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ET
TOME QUATORZIÈME
PORTIER — ROME
Le 23 mars 1945, Dom Henri Leclercq qui, depuis de nombreuses années, assurait la direction du Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgie, s'éteignait à Londres, au couvent des Dames de Sion, dont il avait été si longtemps l'aumônier.
Il avait cependant eu le temps et la satisfaction de pouvoir mener jusqu'à son terme l'œuvre entreprise en 1903 avec le regretté Dom Fernand Cabrol. Dès la reprise des relations entre la France et l'Angleterre, au lendemain de la Libération, il nous faisait parvenir le manuscrit complet des derniers fascicules du Dictionnaire, jusqu'à la fin de la lettre Z.
C'est ce texte que nous donnons au public. M. Henri Marrou, professeur d'histoire ancienne du christianisme à la Faculté des lettres de l'Université de Paris, a bien voulu se charger d'en surveiller l'impression. D'accord avec lui, nous avons pensé que le respect dû à la mémoire de Dom Henri Leclercq ne permettait pas d'envisager des retouches importantes à un manuscrit qu'il avait lui-même estimé prêt pour l'impression. Aussi bien le Dictionnaire était déjà trop avancé pour qu'il fût réellement possible d'envisager une modification profonde de la conception de ses derniers volumes. C'est pour quoi le travail de l'éditeur s'est limité, en dehors des corrections matérielles, à un minimum d'indications supplémentaires, surtout d'ordre bibliographique, destinées à assurer au public un instrument de travail mis, dans toute la mesure possible, au courant du dernier état de la science. Ces additions sont toujours indiquées entre crochets.
ET
PUBLIE SOUS LA DIRECTION DE
TOME QUATORZIÈME
PORTIER — ROME
PARIS-VI
LIBRAIRIE LETOUZEV ET ANE 87, Boulevard Raspail, 87
ET
(suite)
PORTIER. — I. Nom et fonctions. II. Épigraphie. III. Monuments.
I. Nom et fonctions. — Le portier occupe le rang le plus humble dans la hiérarchie ecclésiastique ; il est désigné sous les noms de xdituus, janitor et ostiarius chez les latins, sous celui de TruXcopoç chez les grecs. Le terme le plus communément employé dans l'Église latine est celui d'ostiarius ; nous n'avons pas à nous arrêter à la signification de ce mot qui désignait chez les païens un fonctionnaire militaire 1 avant d'être employé parmi les fidèles avec le sens qu'on va dire. Le mot ostiarius a pris très souvent la forme ustiarius que nous rencontrons non seulement sur quelques épitaphes citées plus loin, mais encore sur un acte de vente de l'année 551 2 et dans le Missale Francorum qui contient une Benedictio ustearii3.
La fonction de portier n'était pas obligatoire à ceux qui voulaient remplir une carrière ecclésiastique, de même rien n'obligeait les portiers à sortir de leur humble condition, qui offrait certaines affinités avec celle des fossores (voir ce mot). Les uns et les autres recevaient cependant le titre de clerici *.
Le premier texte qui mentionne les portiers est la lettre du pape Corneille à l'évêque Fabius d'Antioche écrite en 251, dans laquelle il énumère le clergé romain : 46 prêtres, 7 diacres, 7 sous-diacres, 42 acolytes et 52 clercs inférieurs : 8s xal àvayvcdCJTaç a[xa mjXcopotç 8ùo xal TcsvTYjxovra5. Le pape ne donne pas le nombre des portiers : ils devaient être au moins 7, un par région. Le Liber pontificalis mentionne parmi les compagnons de martyre du diacre saint Laurent un portier nommé Romanus : Post passionem beali Xysli post lertia die passus beaius Laurenlius eius archidiaconus nu id. aug. et subdiaconus Claudius et Severus presbuter et Crescentius tector et Romanus ostiarius 6.
L'Église de Rome comptait donc des ostiarii dès le milieu du IIIe et cette institution se retrouverait probablement ailleurs si nous avions plus de documents pour cette période. On peut le présumer, on n'ose pas l'affirmer pour l'Afrique, vu que dans le procès-verbal d'inventaire (voir ce mot) de l'Église de Cirta, en 303, nous voyons mentionnés l'évêque, des prêtres, des diacres, des sous-diacres, des lecteurs, des }ossores et pas d'osliarii, pas plus que dans la correspondance de saint Cyprien.
[1 est probable que l'institution se développa surtout après la paix de l'Église, quoi que à l'époque des persécutions, leur rôle demandât autant de vigilance, car il s'agissait alors pour eux d'empêcher les païens et les mal intentionnés de s'introduire dans les lieux où s'assemblaient les fidèles. Les conditions de leur surveillance changèrent lorsqu'on leur confia la garde d'édifices importants, des basiliques au lieu des oratoires. Il y eut alors pour les portiers une ordination, en sorte que vers la fin du IVe, ils faisaient vraiment partie du clergé.
On est exposé encore parfois à lire que le IVe concile de Carthage, tenu en 398, publia 104 (ou 105) canons parmi lesquels il s'en trouve un qui fixe la condition des portiers. Le prétendu concile de Carthage est l'œuvre de saint Césaire d'Arles, et doit porter le nom de Statuta Ecclesise antiqua ainsi que nous l'avons montré ailleurs'. On y lit au canon 9e : Ostiarius cum ordinatur, poslquam ab archidiacono instructus fueril, qualiter in domo Dei debeat conversari, ad suggestionem archidiaconi, tradal ei episcopus claves ecclesise de altario, dicens : Sic âge, quasi reddilurus Deo ralionem pro his rébus, quœ his clavibus recluduntur 8.
Les Constitutions apostoliques contiennent plusieurs mentions des portiers, inclus dans la hiérarchie : levitœ autem vestri, qui nunc sunl diaconi, qui lectores vestri et cantores et janitores, item et diaconissœ et vestrx viduaz et virgines et orphani' ;... pari que modo cantor et ostiarius w ; le passage principal qui les concerne est celui-ci : Ety]xstcocfocv Se oî p.èv 7ruXa>pol ziç iàc eîaôSooç tôjv àvSpôiv, aÙTOcç, ai 8s Siàxovoi. sîç tocç twv YuvaLX »v> 8ba)v u. Les portiers se tiennent à l'entrée des hommes, dont ils ont la garde ;
A.
XIV. — 49.
les diaconesses à celle des femmes, à la façon de ceux qui réclament le droit de passage de ceux qui s'embarquent. Au livre VI il est prescrit que ces clercs de rang inférieur n'aient qu'une seule épouse : Ministros vero, cantores, lectores et ostiarios, ipsos quo que monogamos esse jubemus 1.
On voit d'après cela que c'est à tort qu'on s'est demandé si l'Église grecque connaissait les portiers, puis que, outre les textes que nous venons de citer, nous lisons dans saint Épiphane que leurs fonctions consistaient à maintenir l'ordre dans l'église 2. Il paraît vraisemblable qu'ils cumulaient la fonction de gardien et celle d'huissier, pour parler le langage de nos jours. Certains s'en acquittaient avec bonne grâce et d'autres avec rudesse, dans ce dernier cas nous pouvons placer ce portier de l'Église de Milan à qui saint Ambroise avait donné pour consigne d'interdire aux fidèles les repas funèbres sur les tombes des martyrs ; il se trouva que sainte Monique, habituée en Afrique à cette agape funéraire, se présenta avec son panier de provisions et fut mal reçue : Cum ad memorias sanctorum, sicut in Africa solebat, pullis et panem et merum atlulisset, at que ab ostiario prohiberetur s.
Malgré leur rang inférieur dans la hiérarchie, les portiers étaient tenus à conformer leur vie privée à celle qu'on exigeait des autres clercs*, et comme eux tous, on les obligeait non seulement à la monogamie, mais encore à une existence retirée, à s'abstenir de la fréquentation des théâtres et des auberges, comme nous l'apprenons d'un canon, le 24e du concile de Laodicée 6.
Au VIe le nombre des portiers s'était accru en même temps que le reste du clergé dans des proportions telles que Justinien se trouva obligé de limiter par une loi les gens d'Église à Constantinople ; en ce qui concernait les portiers, ils n'y devaient pas dépasser le nombre de cent 8. Dans la suite des temps quand les clercs jouirent de traitements excessifs, la fonction de portier devint un prétexte pour les laïques à solliciter ce titre qui constituait un véritable bénéfice sous les noms de œditui et de mansioharii, qu'on rencontre déjà dans l'épigraphie chrétienne7 et dans un texte de saint Grégoire Ier 8.
Les portiers sont assez rarement nommés dans les documents romains. « 1,'ostiarius était déjà à Rome, à la fin du IVe, une sorte d'employé subalterne, clerc sans doute, mais placé en dehors de la hiérarchie véritable. Les décrétales de Sirice 9, d'Innocent Ier10, de Zosime11, de Gélase12 l'omettent dans l'énumération des ordres qui composent la carrière ecclésiastique, (Gélase, il est vrai, le mentionne dans une phrase précédente : vix forlassis osliarii (quis) possit implere ministerium, mais en marquant bien que les qualités requises pour cet emploi n'étaient pas suffisantes pour entrer dans l'état ecclésiastique. Il faut, dit-il, pour prétendre aux ordres, posséder une suffisante instruction, faute de laquelle on pourrait tout au plus faire un portier. Et, tout de suite, il déclare expressément que les candidats réalisant les conditions exigées débutent par le lectorat.
« Les apocryphes symmachiens, composés à Rome entre 501 et 508, présentent des listes qui ne concordent pas entre elles 1S. Le Constitulum Siluestri, bien qu'il connaisse les ostiarii met le lectorat au seuil de la carrière ecclésiastique « . Le pseudo-concile des 275 évoques exige qu'avant d'être lecteur on exerce pendant un an les fonctions d'ostiarius™. Le premier rédacteur du Liber pontificalis, qui s'inspire en plusieurs endroits de ce dernier document, nomme également l'ostiarius dans le Constitution qu'il attribue au pape Gaius16. Il l'omet, au contraire, dans le décret analogue qu'il insère dans la notice du pape Silvestre », « Il faut voir, dans ces diverses énumérations, des desiderata de canoniste, plutôt que l'exacte image de la pratique alors en vigueur. On peut y relever, en effet, plusieurs autres divergences qui ne s'expliqueraient pas, dans des documents à peu près contemporains, si les auteurs s'étaient contentés d'ériger en règle les usages de leur temps.
Nous avons mentionné déjà l'ordination du lecteur suivant le rite gallican tel que nous le font connaître les Statuta Ecclesiœ antiqua. Le portier est d'abord instruit par l'archidiacre de la conduite qu'il doit tenir dans la maison de Dieu, présenté à l'évêque qui lui dit : Sic âge..., formule qui devait être en usage à Arles dès la fin du Ve et qui se retrouve au pontifical actuel lequel, comme tous les livres romains postérieurs au IXe contient, pour les ordinations, un mélange des deux antiques rituels romain et gallican. A la suite de la porrection des clefs a lieu la bénédiction précédée d'une préface : Deum Patrem omnipolentem suppliciter deprecemur ut h une lamulum suum nomine Illum benedicere dignetur quern in ofjicium ostiarii eligere dignatus est, ut sit fulelissima cura in diebus ac noctibus ad dislinctionem horarum certarum ad in vocandum nomen Domini.
Domine sancte. Pater omnipotens, œlerne Deus, benedicerc digneris h une lamulum tuum ostiarium nomine Illum, ut inter janilores ecclesiie paret obsequia et inter electos tuos partent mereatur habere mercedis.
Le Liber ordinum mozarabe ne donne pas le rituel d'ordination des ordres mineurs, mais il est question des portiers dans YOrdo in ordinatione sacriste 21 que voici : Quum ordinatur sacrista, adstantibus cunctis, episcopus residens in preparalorio tradit ei anulum de sacrario, non tamen ante altarium, sed in preparalorio, dicen sei : Esta cuslos sacrorum, janitor adiluum et preposilus osliariorum.
II. Épiguaphie. — 1. Tablette placée sur un sarcophage dans l'église SaintPaulin à Trêves ; entrée depuis au musée de Mannheim, moulage au musée provincial de Trêves ; 0 m. 29x0 m. 29. Hontheim la vit encore en place : sarcophagus ad parietem una parte perlingens, altéra hoc epitaphium exhibens (flg. 10459) : îvêwïscwpi t^kiw<wivt U.H5> :TxaLv^P0§v' D'après T.-X. Kraus, Die altchristliche Insc/iri/tcn der Rheinlaiide, 1890, t. i, pi. xvi, n. 3.
2. Sarcophage trouvé à Salone, entré au musée (n. 2195), VIe.
+ ARCA PASCASI I CAKEGA RIOQVEMVINDEDIT EABBI + ARCACIVS VSTEARI ÏÏÏ
Ligne 2 : quem vindedit pour vendidit ei... Arcacius usteari pour ostiarius (Kubitschek) ; arca c[l]ust[r]ari (Mommsen) ; ligne 2 : peut-être Flabbius pour Flavius ; à la fin de la 3e ligne, le prix du sarcophage.
Bibl. — Corp. inscr. lat., t. m, n. 14305.
3. Salone, huit fragments d'une épitaphe entrée au musée :
+ FLOHVINVS VST J'orlVS ec 4. Côme, église San-Abondio, entrée au musée, 0 m. 25 X0 m. 37 ; hauteur des lettres : 0 m. 025, vic siècle.
+ h iCR EQVIE CIT IN PACE VALENTINIA NVS VSTIAR 5 QVI VIXET AN NOS pu mu m lllllllllllllll !
5. Bologne, via S. Isaia, trouvée en 1906, gravée sur r~ç im'.R.EQVlISEfy nunl in diaconatu '.'.'.'.'.'.'.'.'.'. TrrvrTia fs :
ITEESSEKS :
/s- -ffifr iîn - rv ST i n <§„ „., ^..n n.mdiction « sryN \ da^' Cette inscription a passé longtemps pour la seule qui fît mention d'un portier, il n'en est plus ainsi aujourd'hui, puis que nous allons citer dix autres textes épigraphiques latins et deux grecs. une tablette de pierre très dure, 0 m. 38 X 0 m. 25, épaisseur : 0 m. 11.
OBIIT INDIC-IIII I//OGO VOS SACERDOTES VT /« ••• ETIS P ME PECCATORE + Martini clerici est ostiarii islius ecclesiœ corpus hic in pace requiesçit sepultum. Quem claviger Petrus solvat consul. Maborti et conjurât per dieni tremendi judicii ne quis hoc aliquando audeat violare sepulcrum.
Bibl. — Corp. inscr. lat., t. x, n. 178.
9. Rome, datée de l'année 569, provient de la basili que Saint-Alexandre sur la voie Nomentane. Ces deux 6. Tortone, tablette de marbre datée de l'année 446 :
VENER[-...os] TIARI QVI VI XIT AN PL M LXX RC SU KL IVL AETIO TER Hic requiescit in pace simplex nomine Livania quœ vixit sub incomparubiii gratin Pauli ustiarii annos 13, quos ne que dies ne que nox invertit iralos et defuncta est annos plus minus 30 sub die id. julii, indictione vi posl fragments appartiennent à la même épitaphe, celle d'un évê que qui rappelle tout son cursus honorum. Après 21 ans de diaconat il devint évê que et le fut 16 ans. Comme il mourut à 60 ans et quelques mois, il avait été ordonné diacre à 25 ans et reprend le souvenir du temps où il fut VSTiarius (fig. 10460).
L'Église grec que avait dans sa hiérarchie la fonction de portier. Elle ne l'a plus aujour d'hui, mais deux textes anciens nous apprennent qu'elle existait.
Mvïi[i.a Siâ<pEpo(v) tcov 6upcop(cov à)yîa< ; Iaojv « Tombeau particulier des portiers de la sainte Siou ».
ARIACTOYXY ANACTACECOC
KAineTPooee 00AYTOY + KAINANTCON T00NAIAct>AYTO) 07)xt) Siaçépoucra yevoijiévcû Gopcopco r/jç àyîaç toù X(piaxo)G 'Avacrrâcrefoç, xat IlÉTpcp Gopcopco tîjç ocùt/jç ulco aùroû xal Ttâvroiv TG)V Si.a(p(spovTwv) aÙTcô(v).
« Tombeau particulier de Théodule, qui fut portier de la Sainte-Anastasie du Christ, de Pierre son fils, très pieux portier de la même (église), et de tous les leurs. » Cette inscription confirme ce que nous venons de dire touchant l'existence de la fonction de portier dans l'Église grec que. Elle nous apprend que le clergé inférieur de l'église du Saint-Sépulcre n'était pas enterré dans un cimetière à lui affecté, voisin de l'église, mais qu'on lui laissait la faculté de choisir sa sépulture où il lui semblait bon.
III. Monuments. — A notre connaissance, il n'existe que très peu de monuments figurés relatifs aux ostiarii. On vient de voir que l'épigraphie nous apprend qu'il ne faut ja mais désespérer. L'abbé Greppo ' avouait de bonne grâce qu'il ne connaissait auc une inscription à une date où celle d'Ursatius circulait depuis plus de deux sièc les, l'abbé Martigny 2 mentionnait cette inscription de Trêves. L. Duchesne disait : « Je ne connais pas d'inscription romaine qui mentionne ce degré3 », il oubliait donc le n. 1119 de De Rossi (voir ci-dessus, le n. 9). Espérons qu'une heureuse découverte nous montrera un jour un portier avec son insigne à la main. Pour le moment nous devons nous en tenir à la belle miniature d'un sacramentaire de Marmoutiers, aujour d'hui à Autun, sur lequel un OSTIAR est représenté tenant deux clefs (voir Dictionn., t. i, au mot Autun, pi. hors-texte).
Ajoutons deux portiers du monastère de Baouït (voir Dictionn., t. n, à ce nom) représentés dans la chapelle xvii, dans la niche de la paroi ouest où l'on voit cinq moines :
1 [ +n« .A.|Kâ>p i ocô.na.ne s'ouj H. Leclercq.
PORTO. — I. La ville. IL Les martyrs. III. La communauté chrétienne. IV. L'hôpital de Pammachius. V. Saint Hippolyte. VI. Liste épiscopale. VIL Ustensi les chrétiens. VIII. Sarcophages. IX. Ciborium. X. Fragments architectoniques. XL Épigraphie. XII. Cimetière juif. XIII. Juifs et chrétiens.
I. La ville. — Située sur la rive droite du Tibre, Porto ne fut d'abord que le port d'Ostie et forma comme une banlieue de cette ville ; dans la suite ce fut le port de Rome et une ville distincte reliée à Rome par la voie dite de Porto (via Portuensis) (voir Die* tionn., t. xn, au nom Ostie).
IL Les martyrs. — Dans l'hiéronymien on trouve la mention de Porto au 24 février et au 2 mars pour un personnage appelé tantôt Primilivus, tantôt Primiliva auquel est associé un Paulus qui paraît être l'apôtre saint Paul à qui était dédiée la basili que constantinienne d'Ostie ; on ne connaît aucun personnage du nom de Paul appartenant en propre à Porto. Quant à Primilivus, il a des homonymes à Tivoli, à Gabies, mais celui de Porto est peut-être l'un ou l'autre.
Le Férial romain du IVe mentionne au 5 septembre : Aconti, in Porto, et Nonni et Herculani et Taurini, qu'on retrouve le même jour dans le martyrologe hiéronymien avec un choix de variantes ; enfin ce même martyrologe fait mention les 20, 21 et 22 de saint Hippolyte : Et in Porto urbis Romœ natale sancti Ippolili qui dicitur Nonnus cum sociis eorum. Entre Ostie et Porto existait une église dédiée à saint Hippolyte détruite par les Vanda les, en 455, et reconstruite depuis. En 1018, on voyait à Porto une église dédiée à ce même saint et désignée sous le nom d'episcopium *. Le martyr Acontius avait aussi une église à Porto, mentionnée dans un texte du Xe. Quant à Taurinus et Herculanus on les rencontre ensemble avec le titre de martyrs sur l'inscription d'un sarcophage de Porto :...SANCTIS MARTYRIBVS ('AVRINO ET HERCVLANO6.
Enfin le martyrologe hiéronymien inscrit à Porto le 24 mai un saint Vincent et, le 18 octobre, une sainte Agnès, vierge et martyre.
Comme il existe un fond de coupe doré sur lequel on rapproche les images de Vincentius, Agnès et Poilus, on a pu se demander s'il n'aurait pas été fabriqué soit à Porto, soit pour satisfaire la dévotion locale, mais d'autres ont soutenu qu'on se trouvait ici devant saint Vincent de Saragosse et des saints romains Agnès et Hippolyte, c'est une conjecture, rien de plus.
Une fois encore, le martyrologe hiéronymien nous conduit à Porto le 15 juillet. Le ms. de Berne s'exprime ainsi : In Portu Komano, hoc est in hiscla ( = insula) natale sanctorum Eulropi, Zosemœ et Bonosœ ; le ms. de Wolfenbuttel ajoute : sororum, de même que celui d'Epternach. Or, nous retrouvons les noms de ces trois martyrs sur une inscription du ive-Ve 8 :
Une autre inscription métri que trouvée à Porto et plus ancienne que la précédente mentionne encore une martyre7 :...ZOSIME SANCTA SOROR... qui est une des trois martyres nommées ; mais il n'y a rien à attendre pour l'histoire d'une Passio Bonosœ, décapitée, en 207, sous Septime Sévère, le 15 juillet8 ; on peut toutefois noter utilement que la notice du pape Hadrien Ier au Liber pontiftealis (772-795) mentionne l'existence d'un monasterium beati Laurentii positum in insula Porlus Romani, on y vénérait les corps d'Eutropius, Zosima et Bonosa, qui furent transférés de là à Chiaravalle9. On lira plus loin l'inscription de Zosima10.
On trouve dans le Férial romain du IVe, au 13 décembre, un Ariston in Pontum qu'il faut corriger en in Portu, et qui est peut-être le même qu'on trouve mentionné dans le martyrologe hiéronymien au 22 décembre : Et in Porlu Romano natale sancti Aristomi, sur le compte duquel les histoires anciennes de Porto ne nous apprennent rien. Mais les Gesta Sebastiani, compilation romaine tardive, mettent en scène un certain Ariston, ami des saints Marc et Marcellien, martyrs de Rome, qui est probablement l'homonyme de Porto. On peut relever comme un indice du culte d'un saint Ariston à Porto et à Ostie, la présence d'un évê que d'Ostie, en 501-502, qui s'appelait Arislus ou Ariston.
Dans le martyrologe hiéronymien, au 15 mai, on lit : Mediolani in Porta Romano où il faut introduire cette correction : Mediolani, in Porta Romana. Felicis Vieloris, d'ailleurs Félix et Victor sont deux martyrs milanais bien connus. Enfin, il n'y a pas à retenir V Hyacintus porté au 26 juillet à Porto par le martyrologe d'Adon.
Porto a donc eu probablement sept martyrs : Eutrope, Zosime, Bonose, Aconce, Herculan, Taurin et Ariston.
III. La communauté chrétienne. — Il n'est pas possible qu'il y ait eu ce nombre de martyrs sans que Porto ait possédé une communauté assez nombreuse, bien qu'il soit difficile de la distinguer de celle d'Ostie. L'épigraphie d'Ostie (voir Dictionn., t. xm, col. 42-53) nous apprend peu de chose sur son compte. J.-B. De Rossi a cru que, à raison du port, cette communauté était plus nombreuse à Porto qu'à Ostie1.
IV. L'hôpital de Pammachius. — En 398, Pammachius, l'ami de saint Jérôme fonda un hôpital destiné aux mala des qui débarquaient à Porto 2 ; nous en avons parlé déjà (voir Dictionn., t. vi, col. 2765, fig. 5755).
V. Saint Hippolyte. — (Voir Dictionn., t. vi, à ce nom, col. 2440-2447).
VI. Liste épiscopale. — 1. Gregorius (314) episcopus de loco qui est in porta Romœ (Mansi, Conc. ampliss. coll., t. il, col. 477).
Romanus ? 370 ? Quoi que Cristofori (i, 9), Ughelli (i, 110), Cappelletti (i, 495) et Gams l'assoient sur le siège de Porto, ils n'en donnent auc une preuve et Piazza s le passe sous silence.
TEXTE CORRIGÉ :
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2. Donatus. Au ive-Ve. Inconnu autrement que pour avoir construit la basilique et le tombeau des martyrs dont l'inscription a été transcrite ci-dessus 4.
3. Anonyme. Au ive-Ve. D'après un fragment de marbre, VS EPISCOPV 5..., il aurait fait construire peut-être dans l'atrium d'une basilique une fontaine dont l'emplacement portait une inscription ainsi conçue * : ciens in Portti Romano episcopum ordinavit 8. La Chronique du comte Marcellin 9 ajoute : et obiit, ce qui paraît vouloir dire que l'évêque Glycerius mourut sur ce siège ; mais Jordanès nous apprend que Nepus imperator détrôné en 475 par Oreste, fugit Dalmatias ibi que dejecil (en 480) privatus a regno, ubi jam Glycerius dudum imperator episcopatum Salonilanum habebat. Il semble donc que Glycerius fut d'abord forcé par Népos d'accepter le siège épiscopal de Porto et il ne le conserva que peu de temps, de là il fut embarqué et conduit à Salone où il fut intronisé.
6. Herennius. 487.
7. Castus. 501.
8. Félix. 590. Cf. S. Grégoire, Dialogi, 1. IV, c. xxvi ; en 593 (ibid., 1. IV, c. li, lv) ; en 595, 598, 599 (Jaffé-Löwenfeld, Regesta pontif. roman., n. 1173, 1480).
VII. Ustensi les chrétiens. — Lors des fouilles exécutées sur l'emplacement du xenodochium de Pammachius (voir Dictionn., t. vi, col. 2763, fig. 5755), on trouva une assez forte proportion d'ustensi les de terre cuite, de verre, de bronze et d'argent, beaucoup d'entre eux ayant reçu des signes ou des symboles chrétiens, tous appartenant à la fin du IVe environ. Parmi ces ustensi les, entrés dans la collection du Vatican on a mentionné des plats d'argent décorés de cannelures et d'arabesques, l'un d'entre eux orné au centre du monogramme du Christ ; ensuite trois tasses d'argent, un verre évasé orné au fond d'une croix latine niellée, une cuiller d'argent, une lampe de bronze avec le monogramme chrétien, des plats, des flacons, des coupes en verre, un grand plat de terre cuite, des lampes de la même matière.
VIII. Sarcophages. — A l'évêché : Grand sarcophage ovale à strigil les. Sur chaque côté, un lion dévorant une biche. Au centre, le bas du corps d'un bon Pasteur, qui occupait toute la hauteur, il tenait la mulctra dont on voit un reste. A ses pieds, deux brebis, une qui lève la tête vers lui, l'autre qui broute ; le haut du corps manque ; la tête a été remise en place, elle est antique, mais d'un tout autre style.
A l'évêché : Fragment de sarcophage à strigil les. De la partie gauche, il ne reste qu'un fragment de strigil les. Au centre, la multiplication des pains. A droite, bon Pasteur barbu, placé entre deux arbres ; à gauche, une brebis le regarde ; à droite, une brisure a enlevé la seconde brebis, IVe.
A l'évêché : Fragments d'une adoration des mages. La Vierge assise sur un siège à dossier et tenant l'enfant Jésus ; sous ses pieds, le tabouret ; le bas de la tunique et les jambes d'un mage, un reste des jambes d'un autre mage, IVe.
IX. Ciborium. — On conserve au musée de Latran un ciborium d'autel provenant de Porto, ouvrage du vme-ixc siècle, sur lequel on lit cette inscription :
Il s'agit du pape Léon III (795-816) (fig. 10462). t. ii, pi. xcv, n. 1 ; O. Marucchi, / monumenti del museo Pio Lateranense, 1911, pi. iv, n. 3.
Sur les quatre fragments d'architrave, mesurant 0 m. 20 à 0 m. 22 de hauteur, on lit :
? ISQ-SITIT VENIAT CVPIEN S AVRIRE FLVENTA ATRIVM CVM QVADRIPORTICVM SED ET COLVMNAS CVM
XI. Épigraphie. — 1. Fragment de 0 m. 69 de haut, sur 0 m. 42 de large. Marbre grec :
Bibl. — De Rossi, dans Corp. inscr. lat., t. xiv, n. 1965 ; O. Marucchi, / monumenti del museo Pio LaD'après Marucchi, / monumenti del museo Pio Lateranense, pi. iv, n. 3.
2. Fragment de 0 m. 25 de haut, sur 0 m. 59 de long. Marbre italique :
QVIESCVNT IN PACE M[
ET FAVSTINA EIVS CVM[
NEPTEMP HOS RECO[
CIT PARENTVM MERITA E[
J0^ X J£0^ KAL Jg0Zr AP[r,7es Flavio Honorio nobilissimo puero et Flavio Eubodio consulibus, Faviis Adeodato centurioni cohortis VII et Cri(spin ?)o cohortis II a civfitalje Ostia on....
5. Fragment de 0 m. 22 de haut, sur 0 m. 84 de long. Marbre grec :
RVEINA CONIVGI SVO
6. Fragment de 0 m. 22 de haut, sur 0 m. 43 de long. Marbre italique :
PELIX-HIC-DORMIT Q-VANN- VM- VIID • XIII
7. Porto, 0 m. 52 de haut, 0 m. 61 de long. Marbre grec :
COMINIVS • MARCELLINVS QVI VIXIT ANN-XXV-M-S-XIDORMIT IN PACE
8. Porto, épitaphe métrique de la martyre Zosima ; restitution de J.-B. De Rossi :
ACCIPE ME DIXIT D0MIN
ZOSIME SANCTA S0R0R-M
IAM VIDET ET SOCIOS SANC
MIRANTVRQVE PATRES TAN
CERTATIMQVE TENENT ATQV
Accipe me, dixit, domin[e, in tua limina, Christr}. Exaudita cito fruitu[r modo lumine cœli] Zosime sancta soror, m[agno defuncta periclo]. Iam videt et socios sanc[ti eertaminis omnes] 5 Lœtalur que videns mira\ntes sistere circuni], Mirantur que patres tan[ta virtule puellam], Quam suo de numéro cupie[n les esse vicissim] Certatim que tenent atq[ue amplcctantur orantes], Iam videt et sentit magni [spectacula regui], 10 Et bene pro meritis gaudet sibi prsemia reddi, Tecum, Paule, tenens calcata morte eoronam ; Nom fide seruata cum pace peregit.
Nous entendons un témoin du supplice rapporter les dernières paroles de la martyre :
« Reçois-moi dans ta demeure, ô Christ ! », puis, suivant par la foi celle qu'il vient de voir glorieusement mourir, il ajoute :
« Exaucée, la sainte sœur Zosime jouit aussitôt de la lumière céleste. Pleine de joie, elle est entourée des compagnons de son saint combat ; les pères admirent la vaillante fille qu'ils désiraient avoir près d'eux, et, triomphants, l'embrassent tour à tour. Déjà elle voit, elle goûte la beauté du grand royaume, et se réjouit de la récompense donnée à ses mérites, tenant avec toi, ô Paul, la couronne, après avoir foulé aux pieds la mort, car elle a gardé la foi et, en paix, accompli sa course. » 9. Porto, aujour d'hui à Saint-Paul-hors-les-Murs ; sur un couvercle de sarcophage :
DEO PATRI OMNIPOTEN Tl ET XPO EIVS El SANCTIS MARTYRIBVS TAVRINO ET HERCVLAN o o MNI 5 ORA GRATIAS agimvs NEVIVS ZARIS/us eT CONSTANTE mart\l RIA SIBI FECerunt lignes 7-8 : [mart]uria (De Rossi) ; [memo]ria(m) (L. Renier).
10. Porto. ou]R -MARCELLINVS DI A[eonus /e]CIT-AVR-ZINZIO-SVBD[/aco no]FILIO SVO QVI VIXIT A[n n]OS-XXV-DORMITIN PAC[e Bibl. — Corp. inscr. lat., t. xiv, n. 1943.
11. Porto. DICAEVS-CHRYSOGONO II ET-HELIODORAE-IN »dÔ VI II BANT. Corp. inscr. lat., t. xiv, n. 1956.
12. Porto. EPICTESIS II IN DEO VIBAS. Ibid., t. xiv, n. 1957.
13. Porto IN DEO VIB.... Ibid., t. xiv, n. 1966.
14. Porto. SECVRA II IN DEO VIBASIbid., t. xiv, n. 1967 15. Porto.
16. Porto. Sarcophage à strigil les :
IANVA RI IN PA CE DOM.
19. Porto, à l'évêché, fragment daté de l'année 408 BASSO FELIPPO CONS
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Bibl. — De Rossi, Inscr. christ, urb. Rom., t. i, n. 589 ; Corp. inscr. lat., t. xiv, n. 1946.
20. Porto, à l'évêché, fragment daté de l'année 366 ;
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MIRAE INTEGR [italis FT FIDEI ATQVAE C[onstantiae FLC5QVODVVLTDE Ol qui vixit 5 ANN N XLV M VIII D[--.dep IN PACE D X KAL DEC[embres GRATIANO ET DKCA[laifo conss ATTIA TLORA FFCIT CO[niugi Bibl. — De Rossi, Inscr. christ, urb. Rom., t. i, n. 187 ; Corp. inscr. lat., t. xiv, n. 1945.
21. Porto, à l'évêché :...ZIOMO BONVS QV(.... Ibid., t. xiv, n. 1948.
22. Porto.
CAELER ina V R B I C A V i r GO ANN-XXIIII HICDORMIT 5 IN PACEM DO Ligne 6 : Donatus spons(a)e.
Bibl. — Corp. inscr. lat., t. xiv, n. 1954.
XII. Cimetière juif. — En 1904, on découvrit la catacombe juive de la via Portuensis, la plus importante nécropole hébraïque parmi celles du début de notre ère (voir Dictionn., t. xi, au mot Monteverde), puisqu'elle servait de sépulture à tous les juifs habitant le Transtévère. Découverte une première fois en 1602 par Antoine Bosio, celui-ci en donna une description assez sommaire dans un des chapitres du livre II de la Roma sotterranea, description qui fut reproduite sans modifications par Aringhi, en 1651. Un compagnon de Bosio, Jean Zaratinius Castellini rédigea à ce sujet une note manuscrite jointe à son exemplaire des Inscripliones antiquœ de Smetius (1588), aujour d'hui conservé à la bibliothèque municipale de Vérone, où Mommsen le découvrit vers 1850.
Entre 1740 et 1745, on retrouva une deuxième fois, la catacombe. Venuti eut l'occasion de la visiter alors et la décrivit en 1748, dans le Giornale de' letterati de Rome, comme déjà plus d'à moitié détruite. Les inscriptions découvertes à cette époque étaient nombreuses et assez intéressantes. La plupart entrèrent au musée Borgia à Velletri et se trouvent aujour d'hui à Naples et au Capitole, une ou deux parvinrent au musée Kircher ; plusieurs vinrent s'abriter dans le cloître de Saint-Paul-hors-les-Murs.
Depuis Venuti personne n'avait revu la catacombe ; vers 1840, Th. Marucchi et (i. Marchi purent, à grand peine, en déterminer l'emplacement probable ; en 1879, Mariano Armellini crut en reconnaître les vestiges dans quelques débris qu'il découvrit à mi-hauteur d'une colline dominant le Tibre, il consigna sa découverte dans sa Chronachetta mensuale où personne n'alla la lire, lin 1900 et en 1904, M. Seymour de Ricci, sur le conseil de Ch. Clermont-Ganneau parcourut et sonda les vignobles de la via Portuensis sans rien découvrir.
Au mois d'octobre 1904, le propriétaire de la vigna dite Pellegrini Quarantotto située sur le Monteverde et plus exactement sur la pente d'un coteau dominant la via Portuensis, à peu de distance des portes de Rome, découvrit dans sa terre les restes de plusieurs galeries de catacombes. Ce fut la troisième découverte. Si la conservation des galeries laisse beaucoup à désirer, la moisson épigraphique est à la fois abondante et intéressante l.
Il y avait longtemps d'ailleurs que cette moisson avait alléché les érudits et les archéologues. Dès l'année 1887, Joseph Derenbourg faisait connaître, grâce à la complaisance de De Rossi quelques textes juifs de Porto conservés dans les papiers du cardinal Pacca2. Une de ces inscriptions offrait cette formule :
ENTAA£KIT£ TYRAT£F£CAYO TTATFOCTCON EBPEOONTA 5 AIATOCKA PACNI PHNH
« Ici gisent deux filles du père des Hébreux, Gadias ; que leur tête soit en paix. » Cette dernière formule de vœu est rare. Ce même Gadias avait perdu une autre fille dont on possède aussi l'épitaphe3 : 'QSe xeïre SocXcô[[i.Y)] 6uyaT7)p TaSîa TCarpôç <ruvaY<0YÎjç Aî6pétov. 'E6ÎWCTSV X(>jxâ6avTaç)[i.â. 'Ev ziprjVfl ?) xoijjnrjau ; aÙT/jç. On remarquera les deux orthographes différentes du même mot : Atêpsœv et 'E6pswv. Le père s'appelait Gadia qui répond à Gaddi ou à Gàdi, et ne se rencontre nulle part que parmi les descendants de Joseph. Or, les Samaritains qui étaient nombreux à Rome, avaient-ils adopté cette appellation d'Hébreux ? On sait que les Grecs et les hellénistes appelaient les juifs 'E6poeïot., les Romains employaient Judœi, et le nom d'Israélites était alors inconnu et inusité à Rome. Il était malaisé dans l'empire d'adopter un nom lorsqu'on prétendait exercer un culte, celui d'Hébreux pouvait ne pas exciter la défiance des Romains ; c'est peut-être ce qui aura suggéré à des Samaritains de le prendre afin de n'être pas confondus avec les juifs, leurs ennemis jurés.
Entre 1821 et 1829, le cardinal Pacca avait rassemblé dans son évêché de Porto des inscriptions dont la plupart furent trouvées à Porto même, il y mêla d'autres marbres, mais il semble que les inscriptions juives avaient été trouvées sur place ; et les ne sont d'ailleurs qu'au nombre d'une trentaine environ parmi lesquelles plus de la moitié sont des fragments.
Celui de ces inscriptions qui sont utilisables nous parlent d'un archonte, Claudius Joses, qui vécut 35 ans, d'une femme nommée Kattia Ammias, fille de Menophilos, père de la communauté des Calcarenses, de Doris et de Martina, de Sara ensevelie avec son fils et des deux filles de Gadia, père des Hébreux.
Porto comptait donc au moins deux communautés, celle des Hébreux et celle des Calcarenses. On a pu se demander si ces communautés, homonymes de communautés romaines, étaient indépendantes ou non de celles de Rome ? C'est au moyen de l'épitaphe de la fille de Gadia qu'on peut répondre à cette question. Dans l'inscription gravée en souvenir de sa fille Salo, qui a été trouvée à Rome, il nous est présenté comme « père de la synagogue des Hébreux », c'est qu'il portait donc ce titre à Rome, et puisqu'il porte ce même titre sur l'épitaphe trouvée à Porto, c'est que les deux communautés ne faisaient qu'une. « La seule explication plausible paraît donc être la suivante : les principaux juifs qui faisaient le commerce à Porto étaient habituellement établis à Rome où ils pouvaient remplir les fonctions d'archontes ou de pères dans les communautés dont nous connaissons les noms ; mais ils avaient à Porto des magasins, avec le personnel nécessaire, et ils s'y transportaient chaque fois que les affaires le demandaient. S'ils mouraient durant leur séjour à Porto, on les y enterrait en marquant sur leurs épitaphes les dignités dont ils étaient revêtus dans les communautés de Rome •. » XIII. Juifs et chrétiens. — On doit supposer que les communautés juives de Porto possédaient leurs synagogues ou du moins leurs proseuques, on ne peut aller plus loin et parler d'une organisation administrative avec le personnel qu'elle entraîne. D'ailleurs, jusqu'au début du IVe, Ostie eut la prépondérance et rien n'indique que Porto ait songé à la lui disputer. Chez les chrétiens, la communauté eut ses martyrs, mais son premier évêque connu, Gregorius n'est pas plus ancien que la paix de l'Église. Le IVe, en effet, marqua la décadence d'Ostie et de Porto. « Si Pammachius, à la fin de Ce, a utilisé des chapiteaux de provenance juive dans la construction de son xenodochium, cela prouverait que les juifs avaient alors à peu près abandonné Porto. Et cette induction est confirmée par la langue des inscriptions juives, qui sont toutes rédigées en grec, tandis que les inscriptions chrétiennes de Porto sont toutes, à une seule exception près, formulées en latin. C'est donc que les juifs florissaient à Porto à une époque où le grec y était encore couramment parlé, tandis que les chrétiens ne semblent y être devenus une force organisée qu'à une époque un peu plus tardive.
« A Ostie, qui jouissait de l'indépendance administrative, il put y avoir, plus facilement qu'à Porto, des communautés juives organisées. Une inscription latine du IIe, trouvée à Castel Porziano, à une dizaine de kilomètres au sud-est d'Ostie, parle du don d'un terrain fait par les dignitaires d'une communauté juive à un certain C. Julius Justus, gérousiarque, en vue d'un monument sépulcral à y élever. La communauté juive dont il est question est très probablement celle d'Ostie.
« Les sépultures des juifs, à Porto — comme d'ailleurs toutes les autres — étaient simples : une fosse horizontale longue de près de 2 mètres et large d'environ 0 m. 50, était creusée dans le sol ; on y disposait le corps du défunt et on recouvrait la fosse de grandes briques placées horizontalement. De l'autre côté de la fosse, un petit mur maçonné de 0 m. 20 d'épaisseur séparait la tombe des voisines, car elles étaient juxtaposées en assez grand nombre.
« De catacombes il n'y a nulle trace, et il ne saurait y en avoir, car la nature du sol et les infiltrations rendent impossibles à Porto les cimetières souterrains l. » H. Leclercq.
PORTO-FARINA. — Aux environs immédiats de Porto-Farina, vers le kilomètre 52, 300 de la route venant de Tunis, des travaux agricoles ont mis au jour les ruines en assez mauvais état d'une petite église qui avait été construite avec des matériaux empruntés à plusieurs édifices, parmi lesquels on a noté des colonnes et des chapiteaux corinthiens de différentes dimensions. Un linteau de marbre vert brisé à gauche, large de 0 m. 65, haut de 0 m. 16, porte en lettres de 0 m. 07 2 :
GLORIA IN Excelsis Il avait été déjà découvert à Porto-Farina un carreau de revêtement et un anneau d'or chrétien3.
Ajoutons-y, à Tozeur, en Tunisie, un chapiteau portant sur l'abaque supérieure 4 :
GLORIA IN EXCEL.
H. Leclercq.
PORTRAIT. — I. Indifférence pour le type individuel. IL Fresques catacombales. III. Les portraits du Fayoum. IV. Portraits de l'Oasis du désert libyque. V. Les icônes-portraits. VI. Le portrait romain. VIL Le portrait polychrome. VIII. Les portraits du Christ. IX. Saint Pierre et saint Paul. X. Saint Augustin. XL Saint Ambroise. XII. Saint Jérôme. XIII. Portraits impériaux. XIV. Portraits consulaires. XV. Portraits de Justinien. XVI. Portraits des papes. XVII. Portraits des dignitaires. XVIII. Portraits des particuliers. XIX. Le portrait sur verre.
I. Indifférence pour le type individuel. — Les plus anciens monuments de l'art chrétien ne laissent pas apercevoir la préoccupation chez les artistes d'atteindre à la ressemblance physionomique ; on en peut induire que les premières générations chrétiennes ne manifestaient sur ce point ni exigence ni curiosité. Nous avons peine, de nos jours, à nous expliquer que la plupart des premiers fidèles n'aient pas souhaité posséder des images leur offrant les traits de Jésus. Bien en ce genre ne nous a été conservé, pas même un souvenir authentique puis que de bonne heure une controverse put s'instituer sur la beauté ou la laideur du Christ. Évidemment la voie restait libre à l'imagination. Pour la vierge Marie, même disette de renseignements et de témoignages figurés. Les apôtres n'ont pas été autrement traités, sauf les saints Pierre et Paul dont on a cherché dès le nc siècle à répandre les traits, en profils affrontés, probablement d'après des souvenirs traditionnels où la part d'interprétation a pu être assez large.
De tout le personnel héroïque qui occupe le premier plan de l'histoire de l'Église jusqu'à la paix constantinienne, il n'est rien resté, au point de vue iconographique, de contemporain. Non seulement pas un monument ou bien le souvenir de ce monument anéanti, mais pas même une description des traits du visage d'un Clément le Romain, d'Irénée ou de Cyprien et de Laurent. Si nous possédons deux verres dorés représentant les papes Calliste et Marcellin (voir Dictionn., t. xm, col. 1179, fig. 9654 ; col. 1190, fig. 9663), nous ne pouvons affirmer en toute assurance leur identification ; quant aux fresques qui nous montrent le pape Corneille et l'évêque Cyprien ce sont des ouvrages très postérieurs et d'où le souci d'information et de ressemblance est absent. Des fonds de coupes, des pierres gravées sont dans le même cas à l'égard des personnages historiques qui s'y trouvent figurés, exception faite toujours pour le type, en contraste, des apôtres Pierre et Paul. Cependant l'art du portrait était connu et pratiqué, sinon chez les juifs, du moins dans les pays de civilisation hellénistique. Au dire de Pline 6, le premier portrait peint sur toile aurait été celui de Néron. Avant le Me nous voyons des sectes hérétiques, comme celle des carpocratiens, posséder les portraits des illustrations de leur secte6 ; les simoniens rendaient honneur aux images de Simon et d'Hélène, on entend parler de la légende d'un portrait du Christ envoyé par lui à l'Abgar d'Édesse, le biographe d'Alexandre Sévère dit qu'il possédait dans son lararium un portrait du Christ ; enfin la statue de Panéas (voir Dictionn., t. xn, à ce nom) représentait le miracle de la guérison de l'hémorroïsse.
Il serait par trop arbitraire de supposer que des dessins, des croquis dont on se sera inspiré — et dans quelle mesure ? — à partir du IVe, avaient été conservés et transmis. Nous ne pouvons que constater la lacune d'une forme d'art d'autant plus surprenante que les païens y attachaient grande importance et considéraient comme une notable récompense l'honneur d'une statue iconique. Par mesure d'économie ou par suite d'événements politiques, il leur arrivait de marteler un passage dans une inscription dédicatoire ou bien de changer la tête d'une statue, ce qui arriva aussi chez les chrétiens au seul témoin de la statuaire anténicéenne. La statue assise dont la chaire porte gravées la table pascale et la liste des écrits de saint Hippolyte fut trouvée acéphale (voir Dictionn., t. v, col. 2420, fig. 5729) et c'est ce qui empêche de soutenir que la tête ajoutée présente les traits du docteur romain ou que celle qu'elle remplace n'était pas, elle aussi, d'une ressemblance conventionnelle.
IL Fresques catacombales. — En fouillant l'album de planches des Pitture dette catacombe on se demande si elles nous présentent, comme on le souhaiterait, toute une galerie de portraits. sur les joues l, quoiqu'il soit à peu près impossible d'imaginer le Sauveur vivant dans les pays d'Orient, au Ier siècle, et ne portant pas la barbe. C'est une première liberté prise avec la ressemblance dont, vraisemblablement, on s'est désintéressé pour ne s'inspirer que du goût de l'époque. Ainsi s'établit une tradition ou, si l'on préfère, un canon artistique qui s'imposera longtemps. A partir du Me on donne au Sauveur une abondante chevelure, ordinairement crêpée ou ondulée qui retombe jusque sur les épaules et devient comme un caractère définitif pour les représentations qu'on fait de lui 2.
On a ainsi obtenu un type d'une jeunesse si frappante qu'on serait tenté parfois d'y voir un adolescent3 ; cependant dans le cubicule m du cimetière de Domitille, une fresque de la première moitié du ine siècle nous offre le Christ avec une barbe courte et de longs cheveux \ tandis que dans un hypogée de la Nunziatella il redevient imberbe, avec des traits durcis, les cheveux longs et tombant sur le dos (2e moitié du Me)5. Il faudra attendre la 2e moitié du IVe pour rencontrer le type qui a prévalu jusqu'à nos jours (voir Dictionn., t. vu, col. 2409, fig. 6200). Ce que nous venons de dire suffit à prouver l'absence de toute préoccupation iconique.
Pour ce qui est de la vierge Marie la question ne se pose même plus lorsqu'on lit ces paroles de saint Augustin : Ne que enim novimus faciem virginis Mariœ, ex qua ille (Christus) a viro intacta... mirabililer natus est 6. Le meilleur commentaire de cet aveu se trouve dans la variété déconcertante des types entre le ne et le IVe '.
En ce qui concerne les apôtres Pierre et Paul, au contraire, l'uniformité des types devient la règle. C'est avec deux fresques d'un cubicule du cimetière de Pierre et Marcellin que s'ouvre la série avec la seconde moitié du Me. On y voit saint Pierre représenté deux fois, sur la paroi d'entrée lisant les Écritures (voir Dictionn., t. xiv, col. 944, fig. 10226) et sur le soffite dans la scène du jugement où il est à côté du Sauveur 8. Quant à saint Paul il faut attendre le IVe pour voir son type nettement individualisé dans les fresques. Nous avons traité déjà ce sujet du type physique des deux apôtres (voir Dictionn., t. xiv, col. 935).
Nous en venons maintenant aux fidèles, clercs ou laïques, figurés dans des situations et des attitudes diverses, les uns dans le paradis (voir ce mot), les autres devant le Souverain Juge (voir Ame) ou bien encore sur terre dans la pose de l'orant (voir ce mot) et dans la profession qu'ils exerçaient. On pourrait être tenté de croire que toutes ces représentations nous ont conservé des portraits, mais il faut y regarder de plus près. Tout d'abord on peut se dire que les fidèles désireux de se faire peindre et tenant à la ressemblance ne devaient pas montrer un très grand empressement à ce que ce portrait fût l'ornement d'une cave où presque personne ne s'aviserait de l'aller dénicher. En outre, les hommes qu'on y rencontre sont la plupart du temps représentés sans barbe, même pour la période d'Hadrien à Constantin alors que le port de cet ornement viril était devenu à peu près général.
Il est vrai qu'on pourrait soutenir que certaines peintures exécutées avec plus de soin nous présentent des essais de ressemblance individuelle, ce qui serait le cas pour la fresque panis (voir Dictionn., 1. 1, col. 800, fig. 172), pour l'imposition du voile à une vierge consacrée au cimetière de Priscille 9 (2e moitié du nie siècle), pour deux orantes de la catacombe de la vigna Massimo 10 ou encore pour celles qu'un certain Januarius fit peindre sur la tombe de sa femme u ; mais le plus qu'on puisse dire c'est que les divers artistes à qui nous devons ces figures n'ont cherché rien de plus que d'éviter la monotonie. Dans la tombe élevée par Januarius nous voyons la même défunte représentée deux fois pour une raison de symétrie, une fois en qualité de bienheureuse, une autre fois à l'instant de prendre le voile ; or, ces deux types sont entièrement différents l'un de l'autre, ce ne sont donc pas des portraits.
Tel n'était pas d'ailleurs le dessein que se proposaient les peintres qui ne voyaient pas autre chose que la figure d'un défunt ; à tel point que nous connaissons des arcosolia dont l'inscription mentionne la sépulture d'un homme et dont la fresque figure une orante du sexe féminin u. On pourrait citer un fait semblable sur une inscription funéraire du cimetière de Marc et Marcellien sur la tombe de Cesidius Faustinus Cyriacus 13.
Et cependant il se trouve certains cas où on se dérobe difficilement à l'impression d'une ressemblance voulue et obtenue. C'est le cas de la fresque qui décore le lucernaire de la crypte de Sainte-Cécile (voir Dictionn., t. u, col. 2747, fig. 2239), par conséquent en pleine lumière, on a peint trois figures viriles dont les noms se lisent au-dessus de la tête de chacune d'elles : POTICAMVS, SABASTANIVS, CVHNVS14. Ce sont trois hommes, dans la force de l'âge, vus de face, imberbes, sauf Policamus qui a une touffe de poils au menton, vêtus de la tunique et du pallium de couleur blanchâtre. Une palme se dresse à côté de Policamus. Cyrinus paraît avoir la chevelure taillée avec la tonsure, ce qui en ferait un des plus anciens témoins de cette coupe. Le style est encore excellent et supérieur à l'exécution qui est assez grossière et même maladroite. L'aspect est néanmoins plein de force, simple et vrai comme la vie. Une pareille œuvre, tracée après les agrandissements de la crypte et sur un stuc de mauvaise qualité n'est certainement pas antérieure à la fin du IVe et appartient, très vraisemblablement, au siècle suivant. Comme on ne peut guère faire descendre cette peinture après le début du VIe, on voit les limites extrêmes entre lesquelles elle peut se placer, peut-être vers le pontificat de Sixte III.
Tout en admettant que dans la plupart des cas, aux catacombes, la préoccupation du portrait est exceptionnelle, nous devons reconnaître que plusieurs fois le souci de laisser une image réaliste paraît plus que probable, nous irions même jusqu'à dire certaine. De preuve on n'en peut apporter, car ce n'en serait pas une que de mentionner telle fresque sur laquelle une orante est désignée par son nom 15, mais en pareil examen on est bien obligé de recourir à l'impression laissée par le monument qu'on examine et, faute de pouvoir donner dans le Dictionnaire une profusion de planches hors texte en couleur, nous inviterons les lecteurs à considérer de près les deux images bien connues sous le nom de « grandes orantes ». Une d'elles, blême et exsangue, avec un regard comme égaré, l'autre débordante de santé, rougeaude, charnue, et toutes deux si réelles, si humaines qu'on ne peut se soustraire à l'impression de la vie et de l'évocation de la ressemblance. La parure, vêtement et bijoux, apporte une sorte de renforcement à cette impression de deux dames romaines du IVe (voir Dictionn., t. n, col. 1118, fig. 1605 ; t. x, col. 2776, fig. 7824 ; t. xii, col. 2441, fig. 9133 ; t. xm, col. 2392, fig. 9965).
Deux médaillons en mosaïque du cimetière de Cyliaqu •, antérieurs à Constantin, nous apportent certainement des portraits, ceux de Flavius Julius lulianus, et de sa jeune femme Mar.a Simplicia Rustica (voir Dictionn., t. m, col. 3250-3253, fig. 3498 ; t. x i, col. 80-82, fig. 8464).
III. Les portraits du Fayoum. — Cette désignation, devenue courante, est justifiée par la provenance du plus grand nombre des pièces aujourd'hui connues. En 1884 on n'en signalait, en tout, qu'une dizaine ; trente ans après, en 1914, un catalogue par musées s'élevait à 400 portraits environ, parmi lesquels 160 provenaient de Hawara, 130 de Roubayat, d'autres encore de Maneshin Shaneh, d'Abousir, à mi-chemin entre Roubayat et Sakkarah-Memphis ; une dizaine avaient été trouvés à Sakkarah et à Memphis, d'autres à Hibeh, toutes localités du Fayoum. Cependant la Haute-Egypte n'était pas tout à fait déshéritée puis que une dizaine de pièces avaient été trouvées à Thèbes, d'autres à Antinoë et à Akhmîn.
Vers 1885, une branche nouvelle du commerce des antiquités égyptiennes commença à s'affirmer et à prospérer, elle portait sur la spécialité, non plus des cartonnages ou toilages stuqués, modelés et peints, offrant une représentation sommaire du visage des défunts, mais sur une catégorie plus fidèle, plus délicate aussi, tendant à s'élever jusqu'à la ressemblance et à l'expression du visage et qui, peinte sur une planchette de bois ou un cadre de toile était insérée au-dessus de la tête du mort serré dans les bandelettes de la momie. D'ailleurs, les deux procédés, celui du masque modelé en stuc peint et celui du portrait sur bois ou sur toile étaient contemporains comme l'ont fait voir les fouilles de Pétrie et la découverte faite à Hawara. Le nombre de ces petites planches qui est connu de nos jours est infime en comparaison de ce qu'il devrait être, mais on peut se l'expliquer en se rappelant certains faits connus. Par exemple, en mars 1887, toute une nécropole égyptienne fut mise au pillage par les Bédouins cherchant du sé à la limite du désert ; ils brûlèrent pendant trois nuits consécutives inscriptions et portraits, dont quelques pièces à peine échappèrent au carnage, environ 130 portraits furent réservés et vendus à un Viennois marchand de tableaux '. Quant aux tablettes qui accompagnaient les portraits elles paraissent avoir été destinées à l'employé des pompes funèbres chargé d'acheminer le corps vers sa destination. En voici un exemple : Mapcovàç xcô|||i.Y)ç ; TrapaSènç iç Kspx.ï), ce qu'on peut traduire ainsi : « Marônas, de la bourgade de la Philadelphie ; à transporter, décharger et mettre à terre à Kerké ». Nous n'avons pas à faire ici l'histoire des découvertes qui continuèrent pendant plusieurs années, mais très peu proviennent de fouilles régulièrement conduites, ce qui alimente d'interminables discussions touchant l'authenticité2.
Ces produits d'un art que n'ont pas ignoré les chrétiens (voir Dictionn., t. vi, au mot Encaustique) peuvent paraître n'appartenir que de très loin à nos études. Il est incontestable que, par leur date, qu'on rapporte aux deux ou trois premiers siècles de notre ère, ils semblent leur être étrangers et, d'ailleurs, aucun de ceux qui ont été trouvés et publiés n'a offert un symbole chrétien, ce qui ne pouvait être compromettant puis que le défunt entrait dans l'anonymat du tombeau. Cependant il faut se rappeler que nous sommes en Egypte, dans le Fayoum où le christianisme comptait de bonne heure de nombreux adeptes parmi lesquels il n'a pas manqué de s'en rencontrer qui, se conformant au goût de leurs contemporains, se firent portraiturer en vue de la toilette funèbre ; ainsi parmi les quelques centaines de portraits que nous connaissons il y a tout lieu de penser que plusieurs sont chrétiens et c'est déjà une raison pour qu'ils trouvent place ici. « La grande majorité des portraits sont peints sur un panneau de bois (tilleul, sycomore, cèdre, sapin), notablement plus haut que large (en moyenne 0 m. 30 à 0 m. 50, sur 0 m. 15 à 0 m. 35). La plupart sont disposés de façon à représenter, en grandeur naturelle ou un peu moindre, la tête avec le cou, les épaules et le haut de la poitrine. Épaules et poitrine sont généralement drapés. La tête est figurée de face et tournant légèrement d'un côté ou de l'autre sur les épaules, qui accentuent souvent cette inclinaison. Il est très rare que le buste soit représenté complètement, très rare aussi que le portrait soit arrêté au cou. Le panneau, généralement très mince — le plus épais ne mesure pas plus de 0 m. 01 — est disposé de façon que la fibre soit placée verticalement — on n'a trouvé que deux cas d'horizontalité sur cinquante —. On posait sur le bois une couche d'apprêt fait d'un mélange de craie et de colle ou de colle et de gypse calcaire, apprêt capable de se durcir rapidement : sur cet apprêt qui doit répondre à la cretula de Pline 3 et que les Égyptiens paraissent avoir pratiqué depuis longtemps, on pouvait peindre comme à la détrempe. Les couleurs les plus employées sont des couleurs préparées avec la cire qu'on devait rendre plus ou moins liquide selon l'emploi qu'on en voulait faire. Le peintre commençait par silhouetter la figure d'un trait noirâtre, mettant en place la bouche et les yeux en même temps qu'il traçait le contour ; puis, ayant soin de rester en dehors du contour, il brossait le fond en une couche mince et fluide de brun ou de gris. De là, il passait à la draperie du haut du buste, presque toujours figuré, il devait se servir alors d'une brosse de soie encore assez épaisse qui, en s'étalant pouvait couvrir 0 m. 0015 à 0 m. 002 ; il la maniait légèrement, chargée d'une couleur assez liquide. Quand il en venait au visage, il prenait un instrument beaucoup plus fin qui ne devait plus tracer que des traits d'un demi-millimètre, soit un pinceau très mince dont la pointe était rendue rigide au moyen de la cire, soit l'extrémité d'un poinçon lancéolé, le cestrum de Pline. Les couleurs qu'il posait étaient à l'état crémeux et on constate jusqu'à trois couches superposées. La même couleur, plus fluide, servait pour les cheveux, pour distinguer leurs boucles et les alléger, on faisait encore usage du bout épointé du pinceau ou du poinçon. Pour fondre mieux le tout, il est possible qu'on ait approché de la surface un fer chaud. Mais cela n'était pas nécessaire en Egypte. La chaleur ambiante suffisait pour y maintenir la cire en état de fusion. C'est quand cette peinture fut portée dans les pays du Nord qu'il devint nécessaire d'user de fers chauds — les cauleria de Pline — pour permettre les retouches et donner le « fondu » ; c'est alors et ainsi seulement que la peinture devint de l'encaustique proprement dite.
« Les peintures sur toile sont fort rares, sans doute parce qu'on savait qu'elles se préserveraient moins bien. Dans les exemplaires les mieux conservés, la toile, montée sur un cadre carré, a été couverte d'une couche fine de stuc. C'est sur ce stuc qu'on peignait à la détrempe, avec des couleurs ressemblant à nos pastels. Dans aucun des deux procédés de peinture l'huile ne jouait un rôle. Si beaucoup de peintures sont gâtées par l'huile, celle-ci vient des bandelettes de la momie. La peinture sur toile se rencontre surtout sur les momies d'enfants où le linceul reçoit directement le portrait1 ». A ces observations, il faut joindre ce que nous savons de l'emploi du cestrum ' : « Avec la partie dentelée, le peintre amincissait, divisait et réunissait les grosses couches de cire en grattant, en raclant ; avec la pointe en forme de lance, il mariait les couleurs en les comprimant et les enfonçant les unes dans les autres ; tandis qu'avec le dos bombé, il rétablissait la surface unie des parties trop profondément raclées ; enfin, avec la tige pointue et recourbée, il plaçait les points lumineux, les traits fins, par exemple le point brillant des yeux, les cils, les cheveux follets... Dans quelques portraits, on peut constater enfin que les détails des chevelures, par exemple, ont été exécutés au pinceau avec de la cire rendue liquide par la chaleur... Pour achever le tableau, il restait à procéder à l'encaustication qui s'opérait en approchant du tableau un fer rougi ou un réchaud.
« A la différence des chairs et des chevelures, la plupart du temps, les étoffes sont peintes d'une façon sommaire, avec de la cire fondue, en quelques traits rapides appliqués au pinceau... D'ailleurs, toute une série de nos portraits sont peints à la détrempe, c'est-à-dire au moyen de couleurs délayées dans de l'eau et additionnées d'une certaine quantité de matière liante, soit de jaune d'œuf seul, soit de jaune d'œuf avec du blanc, soit de jus de figue ou d'une autre matière gommeuse avec laquelle on fouettait les couleurs. Pour recevoir ce genre de peinture, on étendait fréquemment sur le panneau de bois un enduit composé de craie et de colle ; ou bien on recouvrait le bois d'une toile grossière, avec laquelle on étendait l'enduit crayeux ; quelquefois aussi, il n'y a pas de planche de bois et l'on peint un fond de plusieurs toiles collées l'une sur l'autre.
« Un certain nombre de portraits — les plus remarquables — sont exécutés par les deux procédés à la fois qu'on pourrait appeler : détrempe à la cire brûlée. La cire n'est pas combinée en une essence, mais mélangée à l'état chaud, avec du jaune et du blanc d'œuf, auquel on ajoute une goutte d'huile ; le tout, une fois broyé et pétri en une sorte de pâte, est mis en place au cestrum, puis brûlé comme on l'a dit. Ce procédé a l'avantage de permettre d'ajouter des traits à la détrempe et, par suite, de perfectionner et de pousser davantage le portrait. » Tous les portraits peints ont été trouvés dans des tombes, encastrés au-dessus de la tête de la momie, dans l'enveloppe formée de bandelettes et de toiles, de cartonnages ou de stuc qui contenait le défunt. Il ne s'ensuit pas que les portraits aient été peints après la mort et destinés au seul usage funéraire, c'est ce qui résulte de plusieurs constatations : 1° le portrait, en certains cas, a été coupé en haut et sur les côtés en vue de leur adaptation funéraire, mais il avait d'abord été encadré et on a retrouvé des morceaux du cadre ainsi que la corde de suspension, puis aussi des traces de stuc, de plâtre, enfin des traces de clous ; il avait donc été attaché d'abord sur une muraille, dans un cadre, en bois ou en carton doré, en os ou en ivoire, décoré en relief. Le portrait avait donc été fait du vivant du modèle, ce dont témoignent en supplément les graffiti qu'on voit au dos, croquis ou notes explicatives se rapportant au modèle ; 2° Le fait que tous les portraits ont été retaillés suffit à prouver qu'ils avaient eu une première et différente destination ; 3° Certains portraits étaient couverts d'une couche de poussière qui est bien différente du fin sable égyptien et qui prouve que la planchette avait été longtemps exposée à l'air ; 4° Il y a plus, certaines planchettes portent des griffonnages d'enfants ce qui n'aurait pu arriver si elles n'avaient traîné assez longtemps sans être entourées de respect ; 5° Enfin, on a pu constater qu'un panneau avait été peint sur ses deux faces, probablement à un siècle d'intervalle. De ces faits on peut conclure que les portraits ont eu pour première destination d'orner l'atrium des maisons du Fayoum avant d'aller échouer dans les cimetières.
Cette remarque ajoute beaucoup à l'intérêt de ces monuments qu'on pouvait considérer comme industriels et qu'il faut relever jusqu'à la dignité d'un art s'efforçant d'atteindre à la ressemblance.
On a observé que sur les momies les plus riches, le portrait manque souvent, ce qui permet de croire qu'on n'aura pu se résoudre à faire le sacrifice d'un tableau de prix ; en outre on constate que les momies les plus riches et qui sont pourvues d'un portrait ont reçu les tombes les plus misérables, ce qui s'explique parce que, à raison de leur beau portrait, on les conserva longtemps dans la maison familiale où elles faisaient belle figure ; mais un jour vint, après plusieurs générations où ce cartonnage funèbre n'intéressa plus et encombra, alors le vieil ancêtre ne fit qu'un saut de la maison dans un trou quelconque.
De là on a pu établir un rapprochement ingénieux entre ces portraits et la pratique romaine des imagines ou portraits d'ancêtres qui ornaient les ailes de Valerium. Ceux-ci consistaient en masques de cire moulés sur le visage du mort aussitôt après le décès, couvrant le visage pendant les funérailles d'où on les rapportait à la maison pour y être exposés. Il y a là, semble-t-il, une pratique romaine qui s'est introduite en Égypte et on a pu soutenir avec toute vraisemblance qu'elle permet de placer la mode des portraits peints du Fayoum vers le IIIe de notre ère.
Il sera toujours difficile de déterminer une date, même approximative, pour les portraits du Fayoum, si on s'en rapporte à la coiffure, souvent peu distincte, et aux vêtements à peine indiqués ; quant aux bijoux tels que colliers et boucles d'oreilles, l'indice est encore moins sûr. Il y a dans tout ceci une très large part d'arbitraire.
Qu'il y ait dans cette curieuse production des portraits de chrétiens nous n'en doutons pas, mais nous ne sommes pas en mesure de les désigner et c'est pour quoi nous n'avons pas voulu omettre de signaler cette série de pièces si curieuses, dont nous donnerons quelques spécimens. Ainsi qu'on l'a fait remarquer, « devant beaucoup de ces portraits, on éprouve très vivement l'impression de se trouver dans un milieu polé d'El Baghaouat, datant du IVe, possède en particulier deux chapelles d'un intérêt très grand au point de vue de l'interprétation symbolique des scènes que nous rencontrons dans les catacombes de Rome (voir Dictionn., t. h, col. 49, fig. 1127-1189 ; col. 137, fig. 1223 ; t. xii, col. 1829, fig 8981). Ce n'est pas là cependant qu'on pourra rencontrer une préoccupation en vue d'atteindre l'expression individuelle qu'il ne peut avoir été question d'imprimer sur les figures allégoriques représentant la Paix, la Justice, la Prière, ni même sur les personnages d'Abraham ou d'Adam et Eve ou de Noé. Mais à côté de l'influence hellénistique encore prépondérante, on peut relever certains traits orientaux dans le vêtement de Jonas ou de Daniel, ce qui tend à dégager leur personnalité. Les fresques 1 2 3 aussi cosmopolite que celui que présente aujourd'hui la société du Caire ou d'Alexandrie, » Pour ne parler que de ceux reproduits ici, on croit y reconnaître le romain glabre et sanguin (fig. 10463), en face du fellah égyptien en qui survit le sang nègre (fig. 10464, n. 1) le jeune levantin bellâtre (n. 2) en face du grec pâle et fiévreux (n. 3). On doit se rappeler que le Fayoum fut le théâtre d'une colonisation intense et comptait environ trois-quarts de ses habitants d'origine étrangère à l'Égypte. Dès lors, rien de surprenant à ce que les portraits présentent une pareille variété de types ethniques, et ils constituent pour nous un document aussi intéressant pour l'étude de l'ethnographie, que pour l'histoire de l'art et de la technique du portrait l, IV. Portraits de l'Oasis du désert libyque. — L'Égypte ne nous a pas seulement rendu des portraits d'un fini admirable où s'accuse la volonté de la ressemblance, portraits anonymes mais parmi lesquels se rencontrent sans doute des chrétiens et peut-être aussi des artistes chrétiens, mais elle nous a conservé des peintures de l'époque chrétienne qui occupent une place honorable dans l'histoire de l'art.
Un grand nombre de ces peintures ont été conservées grâce aux conditions du climat sec et parfois aussi aux ensablements du désert libyque. La nécropole rappelle ici le portrait d'apa Jérémie, au visage émacié, au regard étincelant, à la bouche édentée (voir Dictionn., t. m, pi. hors texte et col. 547).
V. Les icones-portraits. — Les Byzantins ont continué la tradition hellénistique du portrait. A Havenne, à Parenzo ils ont admirablement rendu les traits du visage de ceux dont ils voulaient conserver le souvenir vivant. Ainsi le portrait prit et conserva longtemps une grande place dans leur sensibilité. Près du foyer, dans les lieux publics, autour de l'autel, au sommet de la conque absidale, partout l'image attirait leurs regards afin de captiver leur attention et d'émouvoir leur piété ou leurs souvenirs. Au xiii siècle, saint Jean Damascène écrivait : « Beaucoup dans leurs maisons ont peint des images d'hommes, les parents celles de leurs enfants ou les enfants celles de leurs parents, par affection mutuelle et pour ne pas les oublier. En sorte qu'ils les embrassent non comme des dieux, mais par affection. Il faut ainsi raisonner à propos des icônes saintes. Elles ont été peintes dans les livres et les églises pour conserver le souvenir des originaux et entretenir notre affection l. » L'icône est une des manifestations capitales de l'art russe, mais ce n'est qu'à partir du XVIe que l'art de l'icône devient industriel ; à ses origines l'icône s'inspire du modèle grec. Son prototype doit être recherché dans les monuments les plus anciens de Byzance et de l'Orient grec2. On rencontre l'icône dès les iie-Ves sous forme de portraits funéraires peints à l'encaustique sur bois ou sur toile stuquée, déposés au-dessus des sépultures des saints ou des martyrs dont ils reproduisaient les traits (voir cidessus : Portraits du Fayoum), On lit des allusions à ces ouvrages chez certains Pères de l'Église et auteurs ecclésiastiques tels que saint Jean Chrysostome, saint Grégoire de Nazianze, le poète Prudence Une sorte de vénération entourait ces Ewtôveç. Elle se rattachait à la coutume égyptienne du portrait funéraire qui, dans la pensée des indigènes, assurait la conservation du ka, c'est-à-dire de l'incarnation immatérielle du défunt à qui il évitait une seconde mort et l'enfer qui attendait ceux dont le cadavre était enseveli sans les rites obligatoires. Dès lors, il fallait reproduire aussi fidèlement que possible les traits, les attitudes familières du défunt afin d'attacher aussi étroitement que possible son âme au portrait qui répondait pour lui. Ceci permet de s'expliquer le réalisme cherché des figures. à suivre des croquis ou portraits exécutés d'après nature 3.
Ainsi l'icône procède de la peinture égyptienne par l'intermédiaire du portrait alexandrin dont elle adopte le coloris, les tons ocres particulièrement dont les Égyptiens ont usé et abusé et elle témoigne d'une prédilection marquée pour la gamme chaude : rouge, brique, pourpre brun, marron foncé, indigo verdâtre, mauve sombre, enfin les tonalités paille des leukas (Xeuxoç), fonds constitués à l'aide d'une légère couche de plâtre, qu'on retrouve sur les sarcophages égyptiens en bois. « Ainsi, à la différence des figures décoratives de l'iconostase (voir Dictionnaire, t. vu, à ce mot) l'icône, l'image de la prière (molennaya icona), portrait d'un parent ou d'un saint, exécuté sur une planchette dont la tradition perpétue le souvenir, est le fondement véritable de l'art chrétien [du portrait] et sera invariablement incarnée par une planchette rectangulaire reproduisant l'effigie d'une personne réelle * ». L'icône-portrait veut reproduire les traits individuels du visage et il y réussit dans une certaine mesure. Il faut se rappeler que l'art qui nous occupe ici est un art industriel la plupart du temps et qui tend beaucoup plus à donner l'impression de la ressemblance qu'à l'atteindre véritablement — et tous ceux qui savent manier un crayon ou un pinceau savent que c'est là un don mystérieux qu'on possède d'emblée encore plus qu'on ne parvient à l'acquérir. Ce qui peut aider à faire illusion en pareille matière, c'est la souplesse technique du pinceau qui permet certains artifices dont nous sommes dupes, tandis que dans d'autres travaux qui sont également de caractère industriel, par exemple les mosaïques funéraires de Thabraca, l'exécution est si rude, si grossière, qu'on hésite à acquiescer à la prétention d'une ressemblance qu'on sent presque insaisissable à travers la maladresse de l'artisan qui, on ne le devine que trop, travaille de mémoire ou d'après une description verbale. L'icône est, plus encore qu'une ressemblance exacte, une synthèse ; elle exprime un caractère, un type, dégagé de tous les détails superflus. S'inspirant de la réalité, elle l'idéalise, elle crée des types et des formes spiritualisés.
Il est trop évident que pour toute une catégorie d'icônes la ressemblance est cherchée et, dans une certaine mesure, obtenue (voir Dictionnaire, t. xi, col. 1747, fig. 8292), tandis qu'une autre catégorie n'y vise aucunement. Pas un seul artisan ne s'est flatté de posséder un croquis du visage de saint Jean-Baptiste, cependant une icône exécutée à l'encaustique, en Égypte, au VIe, nous le fait voir tel à peu près que l'imagination pouvait se le représenter (fig. 10465) et montrant le Sauveur qui efface les péchés du monde :
L'icône nous montre les produits d'un art stylisé, tendant à l'idéalisation tout en donnant l'illusion de la ressemblance.
La vénération des icônes dans l'Orient grec coïncide à peu près avec l'apparition en Égypte des premiers portraits consacrés aux martyrs. C'est une chose qui ne laisse pas que de surprendre qu'on n'ait pas semblé se demander si les fidèles, dont la dévotion aux martyrs et à leurs reliques était si vive, se résignaient à tout ignorer de leur apparence extérieure alors que dans la vie publique comme dans la vie privée l'image des vivants et des défunts tenait une si large place et constituait la plus appréciée des récompenses. Non seulement on se plaisait à regarder l'image, mais on lui rendait des honneurs, et nous ne pouvons croire que ceux qui venaient en pèlerinage au sanctuaire de saint Menas (voir Dictionnaire, t. xi, à ce nom) ne s'enquéraient pas du physique du martyr illustre et se contentaient d'emporter une ampoule en terre à son effigie indistincte. Parmi les marchands qui s'entassaient en ce lieu et offraient leurs marchandises aux pèlerins il a dû se trouver des boutiques de portraits ou de bustes en métal et en terre cuite dont aucun n'a, jusqu'à ce jour, été retrouvé.
Les autorités ecclésiastiques ne s'y opposaient nullement, elles auraient plutôt favorisé une manifestation si naturelle de l'ardeur de la foi et de la dévotion ; aussi ne lit-on nulle part qu'elles aient entravé le développement de l'industrie de l'icône qui s'étendait rapidement autour des lieux de pèlerinage dont le nombre s'accroissait en Orient, en Égypte et en Palestine. Aux IVe et Ves, les voyageurs venus pour leurs affaires ou par piété visiter les sanctuaires rapportaient, en guise d'eulogies, des images saintes (obrasa) qui se répandaient en Occident où elles introduisaient la connaissance et le culte de saint Georges, de saint Démétrius, de l'archange Michel, du prophète Élie, des martyrs Menas, Côme et Damien, Pantaléon, Nikita, des saintes Catherine, Anastasie, Parascève, Pélagie et d'autres. Plus tard on continuera à fabriquer des icônes représentant le Christ, la Théotokos, les apôtres, mais la préférence est toujours donnée aux saints personnages de l'Ancien et du Nouveau Testaments représentés à mi-corps. Ce sont là des icônes dites « de prière » dont les débuts remontent aux Ve et VIes, c'est-à-dire bien avant l'époque des iconoclastes ; mais aucune de ces œuvres, détruites par la fureur de ces derniers, ne nous est parvenue. Les petites icônes de prière (0 m. 12 x 0 m. 15 cent.) appartiennent très certainement à la catégorie des images clandestines de cette époque. Les icônes de prière grecques sont de dimensions et d'épaisseur très variées, leurs types ne sont pas homogènes : les artistes qui exécutaient les icônes inventaient eux-mêmes le dessin. Ainsi le saint Étienne à mi-corps du musée russe, n. 1810, remontant au VIIe-VIIIe, est haut de 0 m. 20 environ. Les anciennes icônes de prière byzantines rappellent les images de pèlerins, leurs dimensions ne dépassent pas 0 m. 24 à 0 m. 28.
A côté de l'icône de prière, de l'icône de bois, prennent place les icônes murales votives ou funéraires qui apparaissent de bonne heure dans les mémorise isolées, puis dans les lieux de sépulture en général, enfin dans les basiliques.
On ne rencontre que rarement des icônes-portraits, des images saintes, parmi les anciennes œuvres gréco-orientales exécutées sur bois, surtout parmi les œuvres égyptiennes. On en connaît toutefois plusieurs spécimens, notamment du Sauveur, dans le Sancta sanctorum du Latran ; on citera encore une icône disparue, la Sainte-Face d'Édesse, ou saint Mar.dylion, image dite « acheiropoïète », exécutée sur un tissu, probablement empreint de leukos, ce qui indiquerait une étroite parenté avec le portrait égyptien. Parmi les icônes de pèlerinage venues de Terre sainte, nous mentionnons celles qui décorent le reliquaire du Sancta sanctorum qui ne sauraient être postérieures au VIIe, ou plutôt à la fin du VIe.
VI. Le portrait romain. — Les Étrusques avaient pratiqué le portrait, mais leur manière évolua et les types se transformèrent. Après l'an 300 (avant notre ère), dans la représentation de l'homme, le corps semble négligeable, le visage devient l'essentiel et on le résume en quelques traits dominants, les contours prennent une forme géométrique et on tâche à concentrer l'expression. L'influence grecque reste extérieure et ce n'est guère avant la fin de la République que Rome semble prendre conscience de son originalité. Aux origines du portrait romain, il faut tenir compte de l'usage des masques funéraires répandu dans tout le bassin de la Méditerranée. L'usage voulant l'exposition du cadavre pendant plusieurs jours avant les obsèques sous un climat généralement chaud on prit l'habitude de remplacer le défunt par un mannequin et un masque qui offrait une ressemblance quelconque ; plus tard seulement on recourut au moulage de la face, le masque funéraire, romain, certain et authentique, n'a jusqu'à ce jour jamais été retrouvé ; il faut se résoudre à n'en rien dire que d'après les textes littéraires. Polybe, qui ne nous parle que des classes élevées, signale le portrait du défunt placé en évidence dans la maison mortuaire, un masque apparemment. Ce masque, après avoir servi aux funérailles, revenait prendre sa place dans l'atrium d'où il ne sortait qu'à chaque nouveau deuil de famille où on chargeait un des parents ou amis ayant à peu près la stature du disparu, de s'appliquer son masque sur le visage pour faire cortège au dernier mort. Mais dès le temps de Pline l'Ancien, ce rite était déjà tombé en désuétude ; il parle, lui, des visages de cire qui ornaient l'atrium, d'où on les retirait pour les convois funèbres. Ils occupaient, un par un, des niches minuscules, juste à leur taille, fermées de deux volets mobiles surmontés d'un fronton.
L'argile, la cire furent probablement employées à la fabrication de ces masques, ensuite on en sera venu au moulage de la face ; quant à la ressemblance des masques, on ne peut rien en préjuger et il serait arbitraire et irrespectueux de la rapprocher de notre mot « mascarade » ; on peut se demander cependant si elle ne laissait pas fort à désirer. Les premiers essais de moulage de la face paraissent remonter aux environs de l'an 150 avant notre ère. La niche semble vers ce temps faire place à une méthode nouvelle d'exposition et l'image ancestrale prend place sur un bouclier, c'est l'imago clypeata dont la mode se retrouve sur les sarcophages chrétiens avec toutes les variétés imaginables moulage de cire, quoi que prêtant aux personnages des airs d'êtres vivants '. » C'est à la tradition du portrait romain que se rattachent les sarcophages chrétiens qui nous offrent dans l'imago clypeata les bustes d'un ou de deux défunts. Nous en avons donné un certain nombre dans le Dictionnaire, t. vin, fig 6848, 6850, 6858, 6899, 6900, 6910, 6911, etc.
Il arrive que, sur certaines cuves, les portraits sont exécutés avec soin et nous ont conservé sans aucun doute possible les traits de ceux qui y reposaient, mais parfois les visages sont simplement épannelés afin de permettre au sculpteur d'exécuter la ressemblance lors que la tombe aura trouvé un acheteur. La tête est simplement modelée ; nous en avons des exemples sur un assez grand nombre de sarcophages où tout le reste est terminé et n'offre aucune particularité qui puisse le faire écarter par la clientèle, qu'elle soit païenne car au lieu d'être convexe, elle s'offre concave et prend la forme d'une coquille (voir Dictionnaire, t. vu, au mot Imago clypeata).
Entre temps, voici que le public a dû s'intéresser au portrait pour lui-même, pour sa conformité avec le modèle ; on veut qu'il reproduise aussi les traits de personnages vivants ; on ne se borne plus à la tête, on y adjoint le haut du corps. Le portrait du défunt s'allonge parallèlement ; il devient un buste. Et les figures de femmes s'ajoutent à celles des hommes. Celles des ancêtres sont moulées généralement dans la cire et continuent à s'abriter dans les petites niches individuelles ; d'où l'habitude de présenter, sur les tombeaux, les bustes des défunts dans des sortes de cases séparées, mais naturellement ouvertes, qui ont l'air de simples baldaquins ; c'est ce qu'on voyait par exemple, sous les Flaviens, au monument des Haterii dont il subsiste les deux têtes célèbres que conserve le musée de Latran.
« Ces objets en cire ont dû tous disparaître ; on n'en possède aucun échantillon ; on les suppose peints, ou du moins avivés par quelques rehauts de couleurs ; nos sources littéraires sont muettes à leur sujet ; peut-être trouverait-on l'indication sommaire de quelques-unes dans les reliefs funéraires. En tout cas, même du jour où ces images d'ancêtres furent exécutées dans une matière différente, les sculptures s'inspirèrent du portrait chrétien. Celui que nous donnons (fig. 10466) en marbre pentélique, long. : 2 m. 20, larg. : 0 m. 72, haut. : 0 m. 65, est dans ce cas.
VII. Le portrait polychromé. — Le monument que nous allons décrire n'est pas chrétien, mais il est probablement unique en son genre et nous offre un exemple précieux de l'idée qu'on se faisait du portrait et de la préoccupation apportée à atteindre la ressemblance. Ce monument vient de Cyzique et paraît remonter au Ier siècle ; il est en marbre blanc ; faces latérales dressées ; revers fruste, brisé à gauche et en bas où il a été sommairement restauré en plâtre ; hauteur maxima : 0 m. 57 ; largeur maxima : 0 m. 68. Ce monument complet devait mesurer environ 0 m. 60 sur 0 m. 75 ; épaisseur 0 m. 31. Il est conservé au musée de Brousse (n. 258) (fig. 10467).
« Le buste est sculpté dans un bloc de quart d'ellipse, dont l'une des sections, légèrement recreusée, forme comme une niche peu profonde et sans décoration architectonique ; il est de face, vêtu de la tunique et du manteau posé sur les épaules et entr'ouvert sur la poitrine ; les traits du visage ont un caractère individuel très fortement marqué ; la face est large, les apophyses proéminentes, l'arcade sourcilière épaisse, le front haut et dégagé sur les côtés, les yeux grands, le nez déprimé presque au niveau des joues, de sorte que le profil dessine une ligne concave, les lèvres unies et saillantes, le menton érasé, les oreilles longues et décollées ; il est imberbe ; les cheveux sont simplement massés. Sur cette sculpture assez rude, est étendue une très riche polychromie, dont les tons se sont beaucoup adoucis, mais qui a dû être très vive ; le buste s'enlève sur un fond noir, tirant sur le bleu ; les cheveux sont peints en rouge brun avec retouches en noir et rose vif ; les chairs sont d'un ton jaunâtre, relevé sur la tempe gauche, au-dessous des yeux et des narines, sur les pommettes, le pavillon de l'oreille et le cou, de retouches rosées ; les sourcils en brun ; les prunelles, les contours de l'iris en noir ; l'iris lui-même en brun ; la sclérotique est d'une teinte jaune-brun clair. D'après Bull, de correspondance hellénique, t. xxxm, 1909, p. 310. clair ; la glande lacrymale indiquée par une tache brune ; les lèvres sont rouges ; le vêtement est d'un général rouge-brun, avec retouches en jaune. Ce qui est remarquable, c'est la tendance à suppléer par la couleur aux insuffisances du modelé ; les ailes du nez sont ainsi accentuées par une ombre grise — et c'est pour quoi, dans la reproduction, le nez paraît beaucoup moins écrasé qu'il ne l'est sur le monument ; le creux de l'orbite est accusé par une ombre presque noire et le bord de la paupière supérieure par un large trait noir ; au contraire, la paupière inférieure, qui n'est pas indiquée plastiquement, est mise en lumière par une touche rose ; le trou des narines, la cavité des oreilles, la commissure des lèvres, le creux de quelques plis de la draperie sont de même marqués en noir. Ce relief, quoi que assez grossier, est très curieux, et peut-être, un exemple unique de sculpture peinte dans la manière impressionniste, et il serait à souhaiter qu'on en publiât une reproduction en couleurs. La forme du monument elle-même est assez rare ; on n'en connaît que trois autres spécimens, tous trois au musée de Constantinople, et tous trois de provenance inconnue, deux d'entre eux portent un buste de femme, le troisième un buste d'homme tenant un volumen de la main gauche. On peut se demander si elle n'est pas inspirée par celle des acrotères en quart de sphère qu'on voit sur les couvercles de certains sarcophages (voir Dictionn., t. vu, col. 2058, flg. 6094) ; de toutes manières, il semble qu'un monument de ce genre ne puisse se concevoir isolé et qu'on doive nécessairement en supposer au moins un second qui lui fasse pendant ; il en est certainement ainsi pour les deux bustes de femme du musée de Constantinople, qui présentent une identité absolue de marbre et de facture et des dimensions sensiblement égales1. » VIII. Les portraits du Christ. — Nous avons parlé déjà du type physique du Sauveur, nous avons apporté les textes, figuré les principaux monuments (voir Dictionn., t. vu, col. 2394-2449, flg. 6198-6230) ; on n'a rien apporté depuis cette date récente qui ajoute quelque chose de notable aux recherches dont nous exposions le résultat 2. Nous rappellerons seulement ici quelques indications bibliographiques depuis le début de Ce :
On est exposé à rencontrer des affirmations insuffisamment mûries comme c'est le cas dans une récente Histoire ancienne de l'Église, par A. Dufourcq, t. n (1927), où se trouve signalé (p. 319) comme une des deux plus anciennes images de Jésus, « le buste trouvé à Jérash (Transjordanie) dans une basilique du Ve, par Garstang : celui-ci le date du IIe et y démêle, avec le type classique de Jupiter, une expression de douleur très profonde ». Des photographies de ce marbre ont paru (en 1926) dans le Times et ailleurs ; y reconnaître un portrait du Christ, même adapté, est inadmissible, comme l'a dit avec netteté S. Reinach, dans Rev. archéol., 1928, t. ', p. 225 ; c'est un Poséidon agité, comme ils le sont tous, sans doute apporté dans les ruines d'une église parce qu'on y avait installé un four à chaux.
X. Saint Augustin. — Dans l'ancienne bibliothèque du Latran, des fouilles exécutées en 1900 ont permis de retrouver des restes de fresques et une inscription. Le tout semble avoir été décoré entre 509 et 604. On croit être ici en présence de débris d'une grande salle du palais de Latran. peut-être le scrinium. A une profondeur de 1 mètres on a vu une fresque très bien conservée (voir Dictionn., t. n. flg. 1552, pi. hors texte en couleurs), accompagnée d'une inscription dont un large fragment s'est détaché et brisé presque aussitôt après la découverte. Le personnage représenté paraît être un personnage chauve et imberbe, vêtu de la toge avec le clavus sur l'épaule, du n' siècle. les pieds nus. Il est assis sur un siège de forme rare, sorte de fauteuil à dossier arrondi et, devant lui, un livre est placé sur un pupitre dans la direction duquel il étend le bras droit, tandis que la main gauche tient un rouleau. Pas de nimbe autour de la tête. Le personnage et l'inscription tracée au-dessous de lui mesurent ensemble 2 m. 50 en hauteur.
L'inscription consiste en un distique :
Voici la restitution proposée par M. Ph. Lauer :
Diversi diversa Paires s[ed hi]c omnia dixit Romano eloqu[io] mystica[s] sensa tonans « On peut considérer comme très hautement probable qu'il a existé des portraits de saint Augustin, exécutés d'après nature. Un artiste qui, vers la fin du VIe, aurait voulu représenter le grand évêque d'Hippone ne manquait donc pas de modèle dont il pouvait s'inspirer 2. La fresque que nous venons de rappeler nous montre un personnage désigné comme un docteur universel de l'Église latine. Il est vrai que l'inscription qu'on vient de lire ne porte pas de nom et le personnage ne porte pas les attributs de l'épiscopat, cependant l'attribution à saint Augustin paraît devoir être admise 3.
XI. Saint Ambroise. — (Voir Dictionn., t. ni, col. 1187, fig. 2716.) portrait de saint Jérôme et fait la même réponse. Pour notre part, nous ne parvenons pas à voir dans la miniature de saint Jérôme tout ce que le P. Pôllmann prétend y découvrir, et il nous semble qu'il passe rapidement sur les difficultés sérieuses que rencontre sa conjecture. Le diptyque de Boèce est un simple Mémento morluorum, et la représentation des trois docteurs de l'Église est plutôt un hors-d'œuvre. Est-il vraisemblable que le miniaturiste ait eu l'idée de rechercher pour ce travail un portrait authentique de chacun des trois saints, à supposer, bien entendu, que pareil les œuvres aient existé ? [et qu'il soit parvenu à se les procurer]. D'autre part, il est vraiment peu probable que par pur hasard il soit tombé sur ces modèles 7. » XIII. Portraits impériaux. — Ce serait s'engager dans un catalogue d'œuvres d'art qui ne rentre pas dans le cadre prévu du Dictionnaire, que d'introduire ici l'énumération et la description des monuments qui nous ont conservé les traits des empereurs et des membres de la famille impériale. Ce sujet relève d'autres études u. Rappelons seulement que nous possédons des portraits certains de plusieurs d'entre ces illustres, le plus grand nombre nous a été conservé de profil par des médailles. l'empereur, « beau comme Apollon ». Les monnaies (voir Dictionn., t. iil, col. 2639) donnent un profil déjà un peu empâté et gras, mais encore jeune et robuste. La grande médaille en or donnée i.ans Dictionn., t. xi i, col. 492, fig. 9383 porte la signature de l'atelier de Constantinople au revers ; elle doit prendre date entre 324 et 337. Elle nous donne un précieux échantillon de l'art du graveur à cette date par l'habileté à offrir une image proche de la vie et en pleine fleur de beauté physique et souriante. Le modelé délicat du visage, la coiffure calamistrée sans raideur et plutôt bouclée, la souplesse du paludamentum quisemble de soie plutôt que de laine, tout est digne d'une renaissance artistique que nous connaissons par ailleurs. Le diadème composé de cabochons et de pierres taillées en table, probablement des grenats sertis dans l'or et alternant avec le laurier, pose sur les stries de la chevelure et offre une des plus belles représentations métalliques de CONSTANTINVS MA + /WG.
Nous ne nous arrêtons pas à la proche descendance de Constantin dont les fils et petit-fils ne sont représentés que par des œuvres de peu d'intérêt au point de vue iconographique ; nous rappelons seulement que le type de Julien n'a rien de commun avec celui de la statue conservée au musée du Louvre et qui passe pour être son portrait (voir Dictionn., t. vm, col. 314). Au contraire, si on veut bien rapprocher l'intaille conservée au Cabinet des médailles (voir Dictionn., t. vm, col. 322, fig. 6414) du médaillon que voici (fig. 10468) il n'est pas possible de ne pas trouver la ressemblance du bas du visage. La tête n'est pas encore hirsute sur ce sou d'or frappé à Antioche et qui représente l'Apostat, en 363, tenant de la main droite la mappa, de la gauche le sceptre et qui porte le vêtement consulaire, la trabea triumplmlis.
Il n'en est pas ainsi de la statue colossale en bronze conservée à Barletta et dont on a voulu faire Théodose le Grand ou Héraclius. A défaut de tout indice nous ne voulons pas écrire un nom propre, mais seulement rappeler que cette statue fut, dit-on, emportée de Constantinople, à la suite de la prise de cette ville en 1204. Le navire qui l'emportait fit naufrage dans l'Adriatique ; il fallut retirer de la mer cette statue de plus de 4 mètres de hauteur ; on la restaura avec maladresse au XVe, les bras et les jambes sont indignes du torse, quant à la tête c'est un chef-d'œuvre. Elle porte un diadème en perles et en pierreries dont les rondeurs présentent un contraste heureux avec les longues mèches plates de la chevelure (fig. 10469). Les arcatures des sourcils sont presque à angle aigu, le nez à peine busqué, la bouche aux lèvres serrées et minces achève la physionomie. L'œuvre est probablement de la deuxième moitié du IVe l.
Nous ne disons rien à cette place de Théodose le Grand dont l'effigie sera rappelée lors que nous parlerons de cet empereur dont le dis que de Madrid a conservé les traits. Nous voulons seulement mentionner le beau médaillon de Galla Placidia (voir Dictionn., t. v, col. 253, fig. 4849) et celui d'Honorius, tous les deux de profil. Ce dernier peut être rapproché du buste trouvé à Sopianae (voir Dictionn., t. xm, col. 1063, fig. 9590). Mais on n'ose écrire aucun nom audessous du camée qui nous fait voir un je une empereur et sa compagne. Sa tête porte le diadème frappé du chrisme et il semble impossible de se dérober à l'impression d'exacte ressemblance en face de cette impériale laideur d'un dégénéré. A. Delbrueck propose d'y voir Honorius et Marie ; on peut mettre un nom quelcon que à cette figure maussade, à quoi bon ? Nous ne cherchons ici qu'à rassembler quel que », monuments parmi les plus instructifs pour l'histoire du portrait5 (fig. 10170). Si vraiment il s'agit d'Honorius, plaignons sa je une épouse. Marie (voir Dictionn.. t. x. col. 2136).
XV, Pi utraits de Justimf.n. Dans la notice que nous avons consacrée à cet empereur nous avons énuniéré et décrit les monuments qui nous ont cou ser\ é ses portraits : médaillon d'or aujour d'hui détruit, ivoire Barberini ? dis que de Kertch' ? et les deux mosaïques de Ravenne dans les églises de Saint Liuiclopedia Apollinaire-Neuf et de Saint-Vital (voir Dictionn., t. vin, col. 517, flg. 6422-6423) où l'empereur et l'impératrice Théodora sont représentés chacun avec les princip aux personnages de sa cour. Il n'est pas douteux que les deux gran des compositions de SaintVital ne nous aient conservé une galerie de portraits ; nous nous arrêtons ici à l'image de Saint-ApollinaireNeuf, qui porte Justinien, surmonté de son nom I VST INI AN, sur le mur à droite dans la dernière chapelle de la nef à gauche, dite chapelle des reliques (voir Dictionn., t. xn, col. 195, flg. 8499).
Carnation. Le ton général delà carnation est trouble donnant dans un rose livide : blanc bleuâtre dans les parties éclairées, à savoir : sur la ligne du nez qui reçoit la lumière venant de gauche à droite ; autour du rebord orbiculaire en haut au-dessous des sourcils, en bas au-dessous de la paupière inférieure, sur le pli nasolabial, autour des lèvres, sur le menton et cinq abaculi sur le front. Ombre rouge foncé et brun, pénombre rose. Les abaculi ja une orange rehaussent l'ensemble, sur la joue droite, quatre sur le front, deux sur les narines, sur le pli qui va du nez à la lèvre, sur la lèvre inférieure et sur le menton.
Cheveux. Bruns dans l'ombre, gris-blanc dans la lumière.
Vêtements. La chlamyde est de pourpre foncée violacée suivant quatre tons. Les plis de la chlamyde ncn modelés se présentent en lignes noires. Le lablion est d'or avec un médaillon de pourpre ornementée. La fibule est composée d'une pierre rouge surmontée d'une grosse perle et entourée de per les et de pendeloques ; les per les sont imitées par l'écaillé, les pendeloques en émail. La tuni que est blanche ornée d'épaulières, avec un galon brun orné d'une double rangée dr. pierres bleues et vertes ; au milieu de l'épaulière un orbiculus, bleu foncé contourné de brun. La couronne surmontée d'un écusson frontal décoré d'un rubis ovale présente, entre deux filets de per les, une rangée d'émerau des rectangulaires (abaculi vert de mer) montées en or (abaculi ja une vif), de la couronna descendent les pendeloques en émail.
Fond. En or avec le nom de l'empereur en caractères brun foncé ; le nimbe d'or est contourné de rouge, de pourpre et orné de per les (écaille).
Par pla ces la mosaï que est maladroitement remaniée et retouchée à l'aide de couleurs, comme par exemple sur les fentes palpébra les. Elle est enchâssée aujourd'hui dans un cadre en marbre gris.
Dans la mosaï que de Saint-Vital, la couleur générale de la carnation est le rose clair, dans la pénombre le rose trouble, dans la lumière le blanchâtre.
XVI. Portraits des papes. — (Voir Dictionn., t. xni, col. 1139-1147, flg. 9636, 9654, 9663, 9673, 9674, 9678, 9680, 9683.) XVII. Portraits des dignitaires. — Le portrait était très répandu à Rome à l'épo que impériale. Néron fit exécuter les portraits des gladiateurs et de leurs servants en grandeur naturelle 1 et on a trouvé cinquante-cinq portraits de gladiateurs dans la mosaï que des thermes de Caracalla ; ces exemp les montrent combien le portrait était accessible aux gens de peu. A plus forte raison, les images impéria les étaient-el les répandues. Nous avons donné dans le Dictionnaire quelques portraits d'empereurs païens : Constance Chlore (voir Dictionn., t. m, col. 2623, flg. 3229), Maximin Daïa (voir t. xm, col. 489, flg. 9381), nous devons nous en tenir aux empereurs chrétiens. A partir du IVe, le portrait se montre à Rome à peu près en tout genre et en toute matière, envahissant toujours davantage les domaines de l'art industriel. Il figure en peinture sur les parois des catacombes et sur les tablettes funéraires, gravé ou tracé au pinceau ; il est très fréquent en mosaï que dans les basiliques et sur les fonds de verres dorés ; l'image impériale qui ornait les vexilla passe sur le labarum de Constantin offrant sur un voile fixé à l'antenne, qui était aussi large que long, et avait à sa partie supérieure le buste de l'empereur chéri de Dieu et de ses enfants, brodé en or, ou plutôt peut-êtn leurs médail les en or suspendues au-dessous de la bannière 2 (voir Dictionn., t. vm, col. 953, flg. 6542). Il existe une lettre de l'empereur Gratien à Ausone, son précepteur, dans laquelle il lui dit : « Je t'ai envoyé une tuni que palmée, dans laquelle est tissée la figure de notre aïeul Constantin 3 » et nous savons que le portrait de l'empereur Justin décorait une tuni que et un xaûXiç (xa6Xôov), cousu sur une chlamyde de soie blanche '.
On possède aujour d'hui dans les princip aux musées des portraits en tapisserie dans un médaillon circulaire ou dans un cadre carré provenant des fouil les du Fayoum, d'Akhmîn, d'Antinoë et d'ailleurs (voir Dictionn., t. t, au mot Akhmin, pi. hors texte en couleurs).
Les témoignages littéraires sur le portrait du ive au commencement du Ve, sont nombreux, tant au point de vue des images officiel les que des particuliers, des portraits individuels et par groupes. Il est malaisé de dire avec précision l'épo que à laquelle cessa l'exposition des portraits funéraires et l'usage de les déposer dans des lieux publics et domestiques. Il y a là une question encore controversée entre érudits, celle du jus imaginum 5. Le Code Justinien nous apprend que Constantin interdit aux tuteurs de procéder à la vente d'une maison in qua defecit pater, minor crevit, in qua majorum imagines aut videre fixas aul révulsas non videre salis est lugubre 6.
Une loi de Théodose le Grand, en 392, interdit la sépulture à la manière égyptienne, comportant ainsi que nous l'avons vu la superposition à la hauteur du visage du défunt de planchettes avec le portrait peint, ou bien de masques ; une autre loi, en 394, interdit la représentation dans les lieux publics honorab les et à côté des images des prin ces de gens de condition méprisée, tels que pantomimi, agitatores et hislriones qui devaient se contenter des lieux de plaisirs comme cir que et théâtre '. En 406, une loi prévoit le cas de la démolition d'un édifice public où se trouve une image de l'empereur, elle prescrit une considération spéciale2 ; enfin, en 425, Théodose le Je une promulgue une loi contre le culte excessif rendu aux statues et images impéria les : Si quando nostrœ staluœ, vel imagines eriguntur, seu diebus (ut adsolet) festis, sive communibus, adsit judex, sine adorationis ambitioso fastigio, ut ornamentum, diei, vel loco, et nostrœ recordationi, sui probet accessisse praesentiam 3. t Ces témoignages des écrivains et les monuments iconographiques montrent que l'usage de conserver les images dans des lieux publics était encore en vigueur du ve au XIe. Ainsi au forum de Nap les, comme l'atteste Procope 4 on voyait l'image en mosaï que de Théodoric, roi des Ostrogoths (467-525). Ce même roi figurait à cheval sur le fronton de l'église Saint-Martin-au-ciel-d'or à Ravenne \ et au VIIE on y représentait même les gens d'église« ; cependant toutes les préféren ces sa tournaient vers les basiliques. On voit l'empereur Honorius proclamer auguste le duc Constantinus, mari de sa sœur Placida et, à cette occasion, envoyer l'image de ce Constantinus à Constantinople à son frère et collègue Théodose le Je une '. Le vu des calen des de mai 602, l'empereur Phocas (voir ce nom) envoie de pareil les icônes de Byzance à Rome, el les y apportaient les portraits de Phocas et de l'impératrice Léontia ; le pape Grégoire Ier ordonna de les disposer dans l'oratoire de Saint-Césaire. En 711, lors que le peuple romain se soustrait à l'obédience de l'empereur héréti que Philippicus Bardanes, il défend de recevoir ses rescrits, les monnaies à son effigie, de bannir son image des églises et de ne plus prononcer son nom dans la lecture des diptyques. Au IXe, dans la basili que de Saint-Pierre de Rome, on voyait accolés les portraits de l'empereur Lothaire et du pape Léon IV 8.
« Saint Miroclès parait être le premier qui ait donné l'exemple de conserver dans les églises les portraits des évêques ; c'est dans l'église de Milan, l'an 314 ( ?) qu'il fit peindre le portrait de saint Anatole, considéré comme le premier évê que de Milan,J. La basili que découverte depuis le commencement de Ce à Aquilée1 » et datée par une inscription de l'épiscopat de Théodore (lre moitié du IVe), présente un pavement en mosaï que qui contient cinq portraits encadrés ; peut-être ['évê que était-il de ce nombre « . (Test peut-être au IVe qu'appartient le portrait de saint Nicolas de Myre dont il est fait mention dans les actes du IIe concile de Nicée u. Nous savons qu'à Primuliac (voir ce nom), Sulpice-Sévère avait fait exécuter les portraits de Martin de Tours et de Paulin de Noie13, tous deux évêques et tous deux ses amis. Ennodius de Pavie parle dans un poème de son propre portrait accompagné de vers de sa composition » ; ainsi encore, à Milan, l'évê que Laurent ltr lit exécuter les portraits des évêques ses prédécesseurs ls. » Toutes ces productions iconographiques étaient désignées communément, du vc au vi Ie, sous le nom de lauratum ou labratum (Xoi'jpa~o ), c'eT-à-dire laureata imago imperatorum, encore que le laurier eût très généralement fait place à une coiffure plus compliquée, diadème, pendeloques ; c'est que originairement, dit Du Cange, le lauratum était l'image destinée par excallence à figurer pendant la consécration de l'empereur, pour être envoyée ensuite dans toutes les provin ces de l'empire afin de manifester au peuple le pouvoir et la dignité de l'empereur nouvellement élu.
Il n'y avait pas que les forums et les basiliques où l'on exposait les portraits ; celui du roi Théodoric, représenté à cheval, ornait le palais royal de Pavie. Au commencement du vmc siècle, le pape Jean VII fit peindre son portrait dans plusieurs églises16 ; au IXe, celui de Grégoire IV se voyait uni à l'image de la sainte Vierge 17. Sous le pontificat de Léon IV, le portrait peint ou tissé sur étoffe se propagea fort en Occident, et plus particulièrement à Rome avec une rapidité surprenante. On le voit mentionné de plus en plus fréquemment sur les v. la et les vestes dont parle le Liber pontiflealis, ainsi le portrait de Léon IV exécuté en tissu ou tapisserie dans les églises, les monastères, à Rome et partout, dans des groupes ou sur des carrés d'étoffe à appliquer comme décoration 18.
XV 1. Portraits des particuliers. — Ce ne sont plus des dignitaires que les fidèles dont les portraits nous ont été conservés dans des mosaïques industrielles à Aquilée en Italie et à Thabraca en Afrique, ce sont cependant des portraits à leur façon, c'est-à-dire à la façon d'artistes fort peu experts dans un art qui n'est pour eux qu'un métier. La basilique découverte à Aquilée au début de Ce et explorée avec beaucoup de méthode contient un pavement où certains motifs ont été traités non sans habileté ainsi qu'on savait encore le faire au IVe ; quant à l'iconographie, elle fait peu d'honneur au mosaïste, mais la parfaite laideur qu'il a réussi à exprimer nous peut satisfaire en nous montrant que si ses modèles n'étaient pas beaux il a su nous les montrer aussi laids que nature. Ce sont probablement des donateurs et des donatrices de la basilique auxquels on a voulu faire ce remerciement pour leur libéralité de transmettre leurs visages à la postérité.
Ces portraits sont d'un grand intérêt et leur style est bien du IVe, ils sont tout à fait à leur place dans une ornementation géométrique avec la cordelette, l'ondulée à tons dégradés, les variantes de la grecque. C'est tantôt une circonférence, tantôt un parallélogramme.
Le costume est simple, la toge ornementée, ourlée et repliée d'un large pli barrant obliquement la poitrine à partir de l'épaule droite, c'est ce que nous observons sur les diptyques consulaires et d'où sortira le vêtement byzantin. Le costume féminin montre la tunique aux larges laticlaves et sur la tête un lourd chignon encore alourdi par une tresse de cheveux.
Dans tel autre portrait, le personnage n'est certes pas Datte, mais il est d'une laideur qui ne s'oublie pas : largo front fuyant et bosse frontale bien marquée, nez droit, bouche et menton volontaires, nuque très développée. Sous un sourcil très arqué où les cils sont séparés, l'œil vif et hardi.
À la même époque à peu près appartiennent les portraits qui ornent la voûte annulaire du mausolée de Sainte-Constance à Rome (voir Dictionnaire, t. i, col. 955, fig. 238). Ce sont encore des images où on a cherché la ressemblance ; et parmi ces portraits se trouve celui du césar Gallus, frère de Julien. Le procédé artistique suivi pour ces portraits présente un exemple typique de l'art et des ressources du mosaïste au IVe. Six tons différents d'abaculi servent à modeler la face et le cou ; blanchâtre pour la nuance générale de la chair ; livide et bleuâtre dans les pénombres ; noir pour dessiner les caractéristiques saillantes de la face ; gris foncé dans les sillons, rouge aux pommettes, au menton, le long de la crête nasale et pour raviver l'ensemble.
Vers la fin du IVe, il faut mentionner la mosaïque de la conque absidale de Sainte-Pudentienne, où il n'y a pas de portraits à proprement parler, mais où le Christ et chacun des apôtres semblent dessinés et modelés d'après un visage vivant. Au VIe, à Ravenne, sur les mosaïques de Saint-Vital, nous voyons la cour de Justinien et celle de Théodora composée d'autant de portraits dont la vérité criante est inoubliable. Que vaut ici la ressemblance ? On peut avoir à son sujet quelques doutes en comparant les deux portraits de Justinien, à des âges différents, il est vrai ; mais toute hésitation se dissipe à la vue de l'évêque Maximien de Ravenne (voir Dictionnaire, t. ii, col. 1185, fig. 2717 et t. x, col. 2784, fig. 7828). La technique a subi bien des transformations depuis l'époque où les artistes pompéiens qui s'essayaient au portrait ne manquaient pas de leur infliger un polissage qui rendait leur surface complètement lisse. Au ive et au VIe, ce procédé ne se retrouve plus et fait place, volontairement, à une façon plus rudimentaire ; le grain des abaculi devient de plus en plus grossier et ses teintes sont plus décoratives qu'exactes. On ne s'occupe plus de polir la surface, on emploie le cube à face crue, détaché au ciseau d'un gâteau d'émail et présenté par la surface de la brisure, dont les inégalités concentrent plus de lumière.
XIX. Le portrait sur verre. — Nous prions ici de vouloir bien se reporter à ce que nous avons dit déjà à propos des fonds de coupes (voir Dictionnaire, t. v, col. 1819-1859, fig. 4516-4551). Le catalogue que nous avons publié alors pourrait recevoir quelques additions, mais généralement si peu importantes que nous ne voulons pas ici placer un supplément ; nous passons tout de suite à notre sujet.
Les fonds de coupes dorés ont été fabriqués dès le Me de notre ère, et un peu plus tôt peut-être, jusqu'au ive et peut-être même jusqu'au Ve ; il y eut des centres divers de fabrication, à Rome et en Rhénanie. D'autres produits, également en verre, ont un intérêt iconographique bien différent ; ce sont des verres peints. Les uns comme les autres, par la donnée générale, se rattachent aux imagines clypeatœ, mais ils procèdent de deux techniques différentes : une soignée et l'autre hâtive, une qui s'inspire de la signature et l'autre de la pochade quoi que toutes les deux visent à la ressemblance, mais la première en se résignant à ne pas l'atteindre autrement que par hasard, ce qui n'est pas sans exemple.
Les fonds de coupes dorés, à en juger par le nombre de ceux qui nous ont été conservés nonobstant leur fragilité, ont dû jouir d'une vogue très générale car il n'est pas douteux qu'une multitude d'entre eux aura été brisée d'après le calcul de récupérer l'or ; en outre, ils devaient être d'un aspect gai et flatteur pour les convives. Dès lors ils ne furent plus qu'un produit industriel. Les verres peints réclamèrent toujours la main et le savoir d'un artiste, ce qui aide à comprendre leur rareté.
« Le procédé de la peinture sur verre n'est pas une invention chrétienne. On ne saurait préciser l'origine de ce genre de peinture ; cependant des disques de verre, ornés de figurines en or semblables aux signes mnémoniques chrétiens faisaient déjà partie intégrante de la décoration de la maison romaine. En 1906, on a trouvé à Pompéi une maison ainsi décorée. Le procédé technique employé sur ces verres est absolument identique à celui des médaillons peints à figures chrétiennes ; dans les deux cas il y a un double disque de verre ; le premier reçoit la peinture, le second est appliqué sur la miniature pour la protéger contre la poussière et l'humidité. Le peintre païen et le chrétien opéraient au pinceau. C'est ce qui distingue, nous le verrons, ce procédé artistique du procédé industriel simplifié comportant seulement l'emploi du poncis.
« Dans le procédé au pinceau on employait presque exclusivement l'or et l'argent en poudre ; parfois, mais rarement, on se servait d'autres nuances comme par exemple la teinte rose. Ayant fixé en silhouette avec l'or ou l'argent le sujet à représenter, l'artiste obtenait le relief au moyen de fins traits noirs qu'il portait directement sur les plans préparés. Ainsi dans ce procédé l'art du dessinateur jouait le premier rôle ; car seules les parties ombrées furent obtenues au moyen du pinceau, par le pointillé, comme de nos jours encore sur les portraits en miniature exécutés à l'aquarelle. Le verre sur lequel s'exécutait ce genre de peinture était tantôt incolore, tantôt colorié de préférence en bleu. Le verre qui servait à protéger l'image était ordinairement incolore.
« Un procédé tout à fait différent se révèle sur les fonds des coupes et des patènes. Dans ce genre de productions l'image devait se trouver aussi entre deux couches de verre, mais, vu la destination du vase, elle devait être hermétiquement isolée entre deux disques fondus en une seule pâte vitrée. Dans ce procédé l'artiste recourait seulement au poinçon, probablement le cestrum vericulum des Romains, outil employé à graver sur l'ivoire. Il n'appliquait plus l'or en poudre au moyen du pinceau, mais il utilisait de minces feuilles d'or dans le genre de celles qui nous servent encore pour dorer les cadres. Il appliquait un morceau à côté de l'autre de sorte que les jointures sont encore parfaitement visibles quand on examine le dessin par transparence. Le relief et le dessin étaient obtenus au moyen de contours grattés dans l'or jusqu'à faire entrevoir le verre. Grâce à ce système le fond qui doit détacher l'objet représenté apparaît tantôt clair, tantôt foncé. Il est foncé quand la coupe est posée sur un fond non transparent ; il est clair si la lumière le traverse ; dans ce cas les figures et les ornementations se détachent en silhouettes sombres sur un fond transparent. Le fond de coupe donné ici (fig. 10471) d'après l'original conservé au musée du Vatican (n. 435) présente un bel exemple du genre, il a été photographié sur un corps opaque, ce qui fit détacher les figures, les légendes et l'ornementation en lumière sur un fond sombre. Ce verre mesure 0 m. 08 de diamètre. Entre les deux couches de verre incolore on voit un groupe de trois personnes, un ménage avec son enfant et la légende en or :
2. tiennes du ve et du VIe. — 2 Est-ce un ménage chrétien, on ne voit ni symbole ni acclamation, mais ce fond de coupe appartient à la catégorie de ceux que nous avons donnés en grand nombre dans l'article Fonds de coupe de ce Dictionnaire.
« Mais le plus bel exemple de ce genre de production artistique, nous est fourni par une trouvaille faite en 1900 dans le cimetière de Priscille. C'est un médaillon mesurant 0 m. 087, peint sur un verre incolore qui sert de fond à la figure. Celle-ci est accompagnée de la légende : EZIMI TTAYAA TTK ZHCAIC (fig. 10173). Il fut trouvé au premier étage du cimetière dans la galerie derrière le baptistère ; il était enchâssé entre deux loculi et plus rapproché de celui de gauche. Il avait encore le verre préservatif devenu épais et presque complètement noir. La peinture exécutée à or et argent est très délicate ; dégagée du verre qui l'a protégée, elle s'effrite au moindre contact et souffre sensiblement de l'humidité ; aussi la Commission des fouilles a délibéré de détacher cet objet et de le transporter au musée du Vatican. L'année même de la découverte de ce beau médaillon, M. Wl. de Gruneisen a fait une demande officielle à la Commissione di archeologia sacra pour obtenir la permission de photographier cet intéressant objet et il a reçu un refus positif, à cause d'une publication prochaine de M. R. Kanzler ; malheureusement cette publication prochaine n'a pas encore vu le jour à la fin de l'année 1910 [ni en 1939] et le verre a perdu sensiblement de son éclat primitif. M. de Gruneisen avait pu prendre le dessin donné ici au moment de la découverte, on y reconnaît le procédé que suivait le peintre dessinateur pompéien. Typique surtout sont les traits courbes et parallèles qui suivent l'ovale de la joue et les bords du cou ; comme sur le portrait pompéien et chrétien du IVe, la bouche forme aux coins des sortes de queues d'hirondelles et la lèvre supérieure reçoit au lieu d'ombre un carrelé assez régulier ; les pupilles sont placées haut et la commissure de l'œil largement dilatée ; cependant la pupille gauche garde encore le point lumineux. L'éclairage est de gauche à droite ; les cheveux sont divisés sur le front, tressés et enroulés en corbeille sur le sommet de la tête ; les oreilles sont ornées de pendants triangulaires formés de trois perles, tels qu'on en voit souvent sur les portraits d'Égypte ; un vêtement ornementé comme celui de Galla Placidia est jeté sur les deux épaules ; enfin un collier dessiné sommairement fait le tour du cou. Ce portrait pourrait appartenir à la fin du iie ou au commencement du IVe.
« Le portrait sur verre, par sa technique de transition, fournit le chaînon nécessaire pour renouer la chaîne entre les pratiques artistiques romaines, les portraits des ive et Ve et celui de Grégoire le Grand aujourd'hui disparu 1. » H. Leclercq.
PORTUS. — On rencontre le mot portus à une date ancienne dans une région septentrionale des Pays-Bas (voir ce nom) où la vie urbaine a connu une grande prospérité. Au ixe et au Xe, il existe des localités du bassin de l'Escaut qu'on désigne sous le nom de portus quoiqu'elles ne puissent jamais avoir entretenu de prétentions maritimes. C'est ainsi qu'au vine siècle on parle d'un Tornaii porti 2 et au xie d'un Portus Tornacensis 3 ; de même que Tournai, Valenciennes revendique à l'époque mérovingienne un Valencianis portus * et au xie elle a son portus navium 6. Le mot portus ainsi entendu d'une étape, d'un débarcadère de marchandises n'est pas particulier à la Flandre française ; nous le rencontrons avec le même sens dans saint Isidore de Séville : Portus dictus a deportandis commercias, dit-il 6, et on ne s'étonne pas de voir multiplier les portus lorsqu'on se rappelle que le tonlieu se percevait dans les portus7. Au Xe et au XIe les portus établis en dehors des villes sont encore nombreux 8. Les portus créés dans un intérêt purement fiscal ne prospérèrent pas et disparurent ; ceux qui avaient été établis dans de bonnes conditions géographiques devinrent des villes et se développèrent par le commerce.
H. Leclercq.
PORTUS CARSICIS. — I. Topographie. II. Nom. III. Histoire. IV. Ruines. V. Autel. VI. Bibliographie.
I. Topographie. — Entre le Gacaou, à l'Ouest, et le cap Canaille, à l'Est, sur une distance de 3 000 mètres environ, s'ouvre une brèche qui donne naissance à quatre petits golfes qui, en allant de l'Ouest à l'Est, portent les dénominations suivantes : 1° Port Miou. formant goulet entre des rochers à pic, dénudés ; trop stérile pour avoir jamais été habité, a de tout temps servi d'abri aux barques de pêche ; 2° Cassis, golfe qui s'ouvre entre la pointe de Saint-Clair et la pointe du Château ; 3° Golfe des Lombards un peu en avant d'une langue de terre ; 4° Golfe de l'Arène, abrité au Sud-Est par le cap Canaille (mous Canalium ) la plus haute falaise de France, à 000 m. environ de Port-Cassis.
II. Nom. - — Les formes anciennes du nom varient, mais pour se ramener à un type toujours reconnaissable : Carsicis, dans l'Itinéraire d'Antonin, Charsitis sur une inscription qui sera mentionnée plus loin ; au Moyen Âge on rencontre : Carsit, en 1214 ; de Cassinis, en 1378 ; de Cassitis, en 1528 ; Cassitis, en 1581. Parmi les étymologies proposées aucune n'est pleinement satisfaisante.
III. Histoire. ■ — • Au sommet du Baou Redon appelé aussi « la couronne de Charlemagne » on a pu suivre l'emplacement d'une muraille en grand appareil sur une longueur de 83 mètres, une largeur de 2 m. 30 et conservant par endroits environ 2 mètres de hauteur. Port-Cassis semble bien avoir sa position définitivement fixée par la découverte d'une inscription portant la dédicace tutelae Charsitanœ. L'emplacement du port dans le golfe a été discuté, il ne paraît pas pouvoir être fixé ailleurs que dans la baie de l'Arène qui, comme son nom le dit, offre une plage de sable et une source, la Maire (la Mère) au pied du cap Canaille.
Cassis échappa aux désastres, mais en 476, sous Euric, ou bien en 572 ou 573, les Lombards, conduits par Amon, descendirent du mont Genèvre jusqu'à Arles, brûlant et saccageant tout sur leur passage. Depuis Arles ils suivirent la Crau jusqu'à Marseille qu'ils dévastèrent et où ils s'emparèrent d'embarcations qui leur permirent de prendre la mer et de ravager les côtes ; ce fut ainsi que Port-Cassis fut détruit de fond en comble. La population qui put échapper se transporta sur l'éminence voisine et s'y abrita de quelques murailles qui lui permirent de tenir tête à la menace des Sarrasins, mais elle vécut au sein de la plus profonde misère.
IV. Ruines. ■ — Vers la fin du XVIe, les ruines de Cassis occupaient encore une assez grande étendue et Marin les mentionne dans son Histoire de La Ciotat ; on voyait là des mosaïques, des pans de murailles dont l'enduit avait été peint à fresque, des tombes, des inscriptions, des tambours de colonnes. Dans le golfe de l'Arène on avait trouvé quelques monnaies impériales allant du règne de Domitien (81-96) à celui de Valentinien III (424-455). La mer ne cessait de désagréger et de niveler ces vestiges lorsqu'en 1775 un affaissement considérable se produisit et la mer engloutit tout ce que jusque-là elle avait respecté, n'épargnant que quelques parties d'une muraille située au fond de la plage et soutenant un terrain cultivé. Cette muraille suit le bord d'un ruisseau qui porte à la mer les eaux d'une assez belle source ; on voit les restes d'un aqueduc qui approvisionnait Cassis d'eau potable.
V. Autel. - — Cassis est la patrie d'un écrivain qui fut célèbre et dont on a récemment célébré la mémoire : l'abbé Barthélémy, auteur du Voyage du jeune Anacharsis. Ce savant homme, qui fut un hellénisant et un numismate trop oublié de nos jours, assurait avoir lu dans son village natal une inscription qui portait une dédicace à la déesse locale ; D'Anville accueillit cette affirmation qui prit place désormais dans tous les dictionnaires. Cependant l'affirmation de Barthélémy, en l'absence du monument, paraissait suspecte ; si sa bonne foi demeurait entière, sa lecture semblait inspirée par la vanité locale.
À l'occasion de travaux exécutés dans l'ancien presbytère de Cassis, transformé en gendarmerie, il parut nécessaire de déplacer une pierre encastrée dans le mur intérieur de l'immeuble. Ce bloc de fortes dimensions provenait de l'ancien cimetière jadis situé hors de l'enceinte du château, vers le haut du versant qui fait face au cap Canaille. Depuis un siècle environ cette pierre avait été enlevée et transportée par ordre du curé dans son presbytère, à raison d'un symbole chrétien qui ornait une des faces.
Les maçons détachèrent le bloc avec les précautions voulues pour épargner le bas-relief et, en le faisant basculer, on vit qu'il portait à la face postérieure un texte gravé qui n'était autre que celui qu'avait lu dans sa jeunesse l'abbé Barthélémy (vers 1755). C'est ce que M. Aug. Bérengier eut la satisfaction de constater. Voici le texte de l'inscription :
TVTELAE CHARSI TANAE S D S D
Le texte ainsi retrouvé le 25 avril 1930 est complet et parfaitement conservé. Les caractères sont tracés avec netteté, profondément creusés et paraissent appartenir au IIe de notre ère. Le texte est une dédicace à la déesse locale : Tutelœ Charsitanœ et la 4e ligne peut être lue : Sacrum Dese sacerdos dedicavit, ou bien Sanctse Dese sacrum dedicatum, ou encore : Sanctœ Dese sacrum dédit. On a proposé une autre lecture d'ailleurs impossible :
TVTELAE CHARS[i'ci's TANAT SDSD et développé les lignes 3-4 :T(itus) An (ni us ) At (tilus ) S(acerdos) D(e) S(uo) D(edit) ou D(onavit).
On a supposé avec vraisemblance que ce bloc était un autel érigé à la déesse tutélaire de Cassis par son desservant sur le territoire voisin de la baie de l'Arène, dans la partie orientale du golfe. Lors que le paganisme eut perdu ses partisans, les chrétiens trouvant le bel autel de bonne prise ne changèrent pas sa destination mais l'adaptèrent à leur culte. Sur la face opposée au texte païen un sculpteur figura trois chrismes, un à six branches et deux plus simples, tous pourvus des lettres AGO (voir Dictiunn., t. i, col. 1 sq.). Cette sculpture ne paraît pas antérieure au vie-VIIE. La face qui nous occupe mesure 0 m. 65 de hauteur sur 0 m. 45 de largeur (voir Diclionn., t. XI, col. 1583, fig. 8219).
H. Leclercq.
PORTUS ITIUS. — [.Géographie historique. II. Le port de Boulogne. III. Boulogne et César. IV. L'expédition de Germanie. V. L'expédition de Bretagne. VI. Le port d'embarquement. VII. Le nom du port. VIII. Les calculs des anciens. IX. Les titres d'Ambleteuse. X. Les titres de Boulogne. XL Portus Itius à Boulogne. XII. Le retour de l'expédition. XIII. Bibliographie de Portus Itius. XIV. Le phare de Caligula. XV. Ilius, Gesoriacum, Bononia. XVI. L'occupation romaine. XVII. La ville haute ou Castrum. XVIII. La via Solemnis vers Lyon. XIX. Le cimetière de Vieil-Atre. XX. Introduction du christianisme. XXI. La communauté au Vieil-Atre. XXII. Du ive au vic siècle. XXIII. Du ixe au XIe. XXIV. Liste épiscopale. XXV. Notre-Dame de Boulogne. XXVI. Les pagus Bononiensis. XXVII. Le musée de Boulogne. XXVII. Nécropoles barbares du Boulonnais. XXVIII. Épigraphie. XXIX. Manuscrits liturgiques. XXX. Bibliographie.
I. Géographie historique. — « Depuis Le Tréport jusqu'au Portel, et sur toute la côte au nord-est de Calais, s'étendent aujourd'hui des plaines marécageuses bordées d'un bourrelet de dunes. Nul doute qu'à l'époque romaine il y eût là une série de lagunes séparées de la mer par un cordon littoral, colmatées par les apports des fleuves. Ce littoral malsain, peu accessible, ne se prêtait guère aux établissements humains ni à la navigation. Peu ou point de ports : Étaples, Calais ne nous apparaissent que tard dans le Moyen Âge ; les voies romaines ne les atteignent pas. Au contraire, le Boulonnais s'avançait vers l'Angleterre comme un promontoire au rivage rocheux et découpé, aux ports profonds et abrités. La bassure de Baas, banc de grès portlandien, maintenant à 4 ou 5 mètres de profondeur, émergeait encore et protégeait la « rade foraine ». La Liane ne pouvait servir de voie de pénétration — ce fut là et c'est encore l'obstacle le plus sérieux au développement de Boulogne — mais les pointes de Châtillon et d'Ordre, qui s'avançaient en mer de 700 à 800 mètres au delà des falaises actuelles, enfermaient dans le cours inférieur du fleuve un bassin de 8 kilomètres de long sur 500 mètres de large. Jusqu'à Isques s'enfonçait un véritable bras de mer, qui pénétrait dans les anfractuosités de la roche, y formait de petits havres dominés par des collines assez élevées. Tel était bien le site que choisissaient les Romains pour leurs établissements de l'Océan ; un large et profond estuaire, à l'abri des vents et des coups de mer, à portée des bois et des matériaux de construction.
« Boulogne dut à cette situation de devenir, dès la conquête romaine, la grande station navale dans les mers du Nord. La classis britannica y avait son point d'attache. Un fait tendrait même à nous prouver que ce fut sous l'empire le seul lieu d'embarquement pour la Grande-Bretagne ; quand Julien voulut dérober la nouvelle de son avènement à l'armée de Bretagne, il envoya un agent à Boulogne pour empêcher que personne ne franchît le détroit (360). Sur ce point se réunissaient quatre chaussées venant de Juliobona (Lillebonne), de Samarobriva (Amiens), de Teruana (Thérouanne) et de Cassel.
II. Le port de Boulogne. — La première mention d'une ville sur l'emplacement actuel de Boulogne se lit dans Pomponius Mêla qui lui donne le nom de Gesoriacum, que nous retrouvons dans l'Itinéraire d'Antonin. On s'est flatté de simplifier les questions d'origine en plaçant Gesoriacum dans la ville basse actuelle et Bononia dans la ville haute ; il y a lieu d'y regarder de plus près.
On a trouvé à Boulogne des témoins nombreux et irrécusables d'établissements préhistoriques. E.-T. Hamy a montré que l'homme y avait établi son domicile de bonne heure et les gisements de pierre taillée qu'on a découverts à Châtillon et au mont de Couple se classent entre les âges du quaternaire moyen et de la période néolithique ; des ossements de renne de la même période ont été rencontrés au sud du Portel et on a trouvé, dans l'ancien port, des crânes dont un néanderthaloïde, des ossements enfoncés dans la tourbe. « Avec l'apparition du métal, c'est presque l'histoire qui commence, et les milieux se rapprochent de plus en plus des milieux actuels. Les cordons littoraux ont disparu, démolis peu à peu par les courants côtiers qui les rongent et les emportent, en même temps qu'ils s'affaissent dans le mouvement de subsidence que l'on constate alors en divers points du littoral ; ils ne laissent à la place qu'ils occupaient jadis que des bancs allongés parallèles au rivage. Les forêts qu'ils protégeaient sont ensevelies sous les sables, et les eaux intérieures ont trouvé leur cours direct vers la mer. Le flot puissant, poussé du Sud-Ouest à chaque marée contre les roches de l'Heurt et de l'Inheurt, se partage en montant vers le détroit, en deux courants secondaires : l'un qui se précipite entre la bassure et la terre, déterminant le courant littoral, l'autre qui se déverse au large, contournant la bassure en dehors, et produit à la longue en passant la dépression constatée au large de Châtillon, où la Liane va trouver son embouchure historique. » Dès l'époque romaine, le port de Boulogne a joui d'une certaine importance, mais il ne porte pas tout de suite, semble-t-il, un nom qui le désigne ; peut-être se contente-t-on de l'appeler portus et ce terme correspond au vaste bassin intérieur d'une extension déjà considérable vers la fin des temps préhistoriques. L'embouchure de la Liane était le seul point du détroit où les Romains pussent trouver à la fois un abri pour une grande flotte et ses chantiers, de l'eau en abondance pour les troupes d'embarquement et le bois nécessaire à la construction et à la réparation des vaisseaux.
Dès la 1re moitié du Ier siècle de notre ère, la flotte romaine avait sa station en ce lieu et on a trouvé dans le bassin à flot, à 9 ou 10 mètres de profondeur, des tessons romains de la flotte en grande quantité, des aiguilles de voilier, du cuir, etc., à 9 mètres de profondeur dans l'avant-port une barque et, à 8 mètres au-dessous de la plage de Châtillon, des traces indiscutables du niveau de la mer à l'époque romaine. « Les fouilles exécutées en 1860-1861, lors de l'établissement du bassin à flot ont été confirmées par le résultat de celles opérées, en 1898, sur la plage de Châtillon et indiquent que le port avait son entrée dirigée vers l'Ouest et placée à un niveau inférieur de 8 mètres environ au niveau de la plage. Les falaises de la tour d'Ordre et de Châtillon devaient s'avancer à plus de 1 kilomètre en mer et se rapprocher de façon à ne laisser entre elles qu'un goulet relativement étroit ; la bassure de Baas elle-même devait émerger à basse mer au nord et au sud du thalweg géologique de la Liane dont la dépression est encore bien marquée ; enfin la forêt littorale dont on retrouve tant de traces sur les plages aux abords de Boulogne et qui semble dater de la période néolithique n'était peut-être pas encore complètement submergée. Le flot avait probablement plus d'importance que de nos jours et il semble établi que la nappe d'eau s'étendait, en se ramifiant, dans le Val de Tivoli et le « Val de Saint-Martin, entre les collines de la tour d'Ordre, de la Colonne, de Marquetra, de Dringhen, de Bertinghen, d'Ostrohove et d'Herquelingue, au Nord, et les falaises d'Outreau et de Saint-Étienne, au Sud. En somme, cette vaste étendue d'eau dans laquelle certains ont vu le fameux Portus Itius des Commentaires de César et de la Géographie de Strabon, s'étendait sans doute jusqu'à Isques. D'ailleurs, il n'existait pas à l'époque d'autre ville maritime romaine dans la région, Quentovic étant de fondation bien postérieure, bien que des auteurs en fassent remonter la fondation 50 ans avant Jésus-Christ ou au milieu du Ier siècle de notre ère. » D'après César la distance entre le Portus Itius et la côte bretonne était environ de xxx milles romains, soit 44 kilomètres 500, ce qui est presque exactement la distance qui sépare Boulogne de Douvres, soit 25 milles marins ou 46 kilomètres 500. Il faut remarquer que de nos jours la distance est plus forte qu'à l'époque romaine, ce qui peut s'expliquer par le fait de la submersion de la bassure de Baas.
De Boulogne, les Romains se rendaient à Douvres (Dubroe) et plus généralement à Richborough (Iiutupiae), près de Ramsgate. Or, la distance de Gesoriacum à Hulupiae est de ccccl stades ou xlv milles, soit 66 kilomètres 500, c'est-à-dire à peu près exactement la distance de Boulogne à Richborough.
Le port formé par l'estuaire de la Liane, bien abrité des vents par un amphithéâtre ininterrompu de hautes collines, offrait une base maritime favorable à la construction et au radoub de flottes importantes ; il n'était pas moins propice à la pêche, le reflux entraînait les barques au large d'où le flux les ramenait à leur point de départ. Il n'était pas jusqu'à la Liane qui ne concourût à rendre quelques services. Le lit de la rivière, beaucoup plus large que n'est aujourd'hui le bassin de retenue, venait frôler le pied des collines entre la route nationale de Boulogne à Montreuil et l'ancien chemin de la Verte-Voie. Toute la plaine où circule aujourd'hui un peu paresseusement cette rivière était, vers le début de notre ère et jusqu'à une époque moins éloignée de nous, couverte chaque jour par la marée montante qui arrivait au moins jusqu'à Isques et peut-être au delà, car on ne saurait préciser. Le premier essai de barrage qui fut tenté pour limiter ce trop vaste estuaire fut la construction du pont qui a donné son nom au hameau du Pont-de-Briques. Un document du XVe dit expressément que ce travail fut exécuté « pour arrêter les débordements de la mer ».
On s'explique sans peine que les Romains aient choisi ces lieux pour leur principal établissement sur la Manche, face à cette île de Bretagne qu'il leur fallait surveiller et, au besoin, menacer ; aussi Strabon fait de Boulogne le quatrième port d'embarquement de la Gaule pour la Grande-Bretagne. Avec son inépuisable réserve de forêts où les destructions méthodiquement poursuivies depuis vingt siècles n'ont pu venir à bout de détruire cet approvisionnement prodigieux, la Morinie, et surtout le Boulonnais, paraissaient le chantier providentiel nécessaire à un vaste établissement maritime, aussi Ptolémée appelait-il Gesoriacum navale Morinorum. Des observations géologiques minutieuses ont permis d'évaluer le volume des eaux de la Liane, plus abondant que de nos jours, et qui permettait le flottage des bois jusqu'aux cales de radoub, avantage que n'offrait aucun autre point du littoral.
Un autre avantage qui n'était pas à négliger était le plateau de la haute ville qui permettait une surveillance et, au besoin, une défense efficace des installations et aménagements qu'on atteignait sans délai grâce à une pente douce qui descend des hauteurs de Saint-Martin jusqu'au milieu de la partie du port la plus rapprochée de la mer. Les lieux présentaient une position exceptionnellement favorable à la construction d'un castrum à peu près inexpugnable d'où que se révélât le danger, du côté de la mer ou de la terre.
III. Boulogne et César. — Les années 58-56 avant notre ère avaient été marquées par la défaite des Helvètes, la soumission de la Belgique au sud de la Sambre, la conquête de l'Armorique et de l'Aquitaine, l'annexion apparente de toute la Gaule. Tout semblait terminé. César touchait au Rhin d'une part, à l'Océan d'autre part, ce qui portait encore le nom gaulois semblait n'être plus que province romaine. César affirma que la conquête était un fait accompli et il se le persuada à lui-même parce que les apparences étaient plus flatteuses pour lui que les réalités. Les faits, sous la forme de soulèvements partiels, lui apportèrent un démenti. Il fallut soumettre la Bretagne et la Normandie, ensuite s'occuper de la Morinie et de la Flandre. Le Rhin paraissait une frontière infranchissable et les ambassadeurs de Germains prodiguaient les protestations pacifiques, tellement que les Romains pouvaient se croire solidement adossés au fleuve depuis le confluent du Mein jusqu'à celui de la Ruhr. Mais la sécurité n'était plus pareille dès que le fleuve entrait dans la plaine. Sicambres, Morins et Ménapiens affectaient une entière ignorance des conquérants latins et de leur général. Celui-ci souhaita faire connaissance avec eux avant l'automne de 56, et il pensa les soumettre en quelques semaines et quelques combats, il en a convenu lui-même : Arbitralus id bellum celeriter confici posse. Il lui fallut reconnaître que ces nouveaux adversaires différaient des Gaulois rencontrés dans les trois années précédentes : longe alia ratione, dit-il.
En plaine il n'aperçut personne et il dut se dire que ceux qu'il cherchait se tenaient cachés dans la forêt proche qui est représentée de nos jours par ce qui en reste sous le nom de forêt de Nieppe, à l'intérieur ou, peut-être, à la lisière du fond, vers le mont Cassel ou vers les hauteurs de Bailleul et le mont Kokerule. César ne pouvait reculer et la saison avancée ne lui permettait pas d'attendre, il chercha l'adversaire, probablement dans la direction du mont Cassel, qui appartenait aux Ménapiens, mais il ne dépassa pas le pays des Morins . S'il y entra ce ne put être que par la route venant d'Arras vers Cauchy et qui se redressait au Nord vers Cassel ; il aura campé vers Lilliers ou le mont Corbeau où il se trouva affronté aux marais de la Lys et aux premiers boqueteaux de la forêt de Nieppe : initium silvarum 6. L'armée s'arrêta et commença à bâtir le camp, jusqu'à ce que soudain toute une fourmilière se précipitât sur les légions, les assaillît et, profitant de l'effet de surprise, les bousculât jusqu'au moment où l'armée romaine les refoula dans le bois, assez avant pour n'y être pas soutenue et perdre du monde *. César en fut pour sa courte honte et, pour atteindre ceux qu'il appelait barbares, adopta une tactique de sauvage. Pendant des jours on vit les légionnaires armés de la hache se frayer une route dans l'épaisse forêt dont les troncs d'arbres entassés de chaque côté du couloir formaient une sorte de rempart '. Il se pourrait même qu'on ait eu recours à l'incendie », mais le tracé de cette route n'est pas assuré, certains ont cru la retrouver de Thiennes à Wallon-Cappel vers Cassel, d'autres de la Lys et de Thiennes à Vieux-Berquin, vers les monts de Bailleul. Quoi qu'il en soit, César fit buisson creux, rencontra des habitations abandonnées et ramena quelques bestiaux, mais point d'hommes. L'hiver approchait, les Romains se retirèrent, détruisant sur leur passage tout ce qu'ils purent atteindre. — Telle fut la première rencontre de César avec les arbres et les hommes de Flandre : il recula.
Mais il reparut. L'année 55 le vit tenter deux entreprises importantes : le passage du Rhin et celui de la Manche. C'est qu'il pouvait alors se flatter d'avoir mis fin aux soulèvements des nations gauloises et d'avoir supprimé les patries locales. L'assemblée des cités n'était plus, au printemps de 55, qu'un rouage administratif entre les mains et à la volonté du proconsul qui y parle en maître aux chefs convoqués par lui : principibus Galliae evocatis*, qui énonce le chiffre du contingent des troupes qu'on doit lui fournir et donne ses ordres.
IV. L'expédition de Germanie. — L'année 55 fut signalée par les campagnes de Germanie et de Bretagne destinées, en apparence, à consacrer la défaite et l'isolement des Gaulois. En réalité, César voyait plus loin. Bretons et Germains n'étaient, à ses yeux, que les éléments d'une gloire destinée à égaler et à dépasser toutes les gloires des conquérants qui l'avaient précédé et Alexandre lui-même, surtout Alexandre. Le mystérieux Orient enveloppait les renommées du halo lumineux de son soleil éblouissant, il fallait que l'Occident septentrional entourât d'une prodigieuse horreur la réputation de celui qui s'enfonçait héroïquement dans les brumes où finit la terre habitée. C'est la part de rêve, « mais c'est encore de l'idéal qu'un tel amour de gloire ». Gardons-nous, en y insistant pour César, de trop embellir son âme. D'autres besoins, vulgaires et mauvais, le poussaient aussi à ces nouvelles aventures. Du moment que la Gaule était pacifiée, ni lui ni ses complices ne pouvaient, de quelque temps, y espérer de très belles affaires ; il fallait chercher ailleurs l'occasion de ces coups de fortune, comme la mise à l'encan de 50 000 Aduatiques et de la nation des Vénètes. Dans ces solitudes de Bretagne et de Germanie on ramasserait des hommes à foison : hominum... infînita multitudo10. La Bretagne, c'était le pays fabuleux de l'étain, où Carthaginois et Marseillais avaient acquis tant de richesses, et c'était l'île aux perles grosses comme le poing« . César voulait maintenant de tout cela. Un âpre désir de luxe et de dépense l'avait saisi, aussi fort que son ambition : esclaves, tables, meubles et statues, il achetait tout à en avoir honte lui-même ». Officiers, soldats et marchands qui l'entouraient étaient à l'unisson. Dans quelques mois, Quintus Cicéron le suivra chez les Bretons en qualité de légat : et ce qui préoccupe le plus son frère l'orateur, c'est de savoir le butin qu'on y fera.
Ce fut en Germanie que l'opération débuta. Dès le début de l'année 55, à Rome, une loi avait prolongé les pouvoirs de César : il ne souhaitait, pour le moment, rien au delà et rejoignit en Gaule son quartier général. Il y trouvait une situation assez trouble : la défaite d'Arioviste avait refoulé au delà du Rhin des milliers de Suèves qui, pour se faire une place, avaient occupé les terres de populations germaniques, Usipètes et Teuctères ; les Ubiens tinrent bon mais durent payer tribut aux Suèves. Rejetés de partout, Usipètes et Teuctères finirent par échouer chez les Ménapiens vers la Meuse, le Brabant et la Flandre. Les Gaulois, aux illusions incorrigibles, imaginèrent voir dans ces envahisseurs des libérateurs à titre d'auxiliaires et leur laissèrent remonter la Meuse jusqu'à Tongres dans la direction de Maestricht. César, tenu au courant de ces événements, ne voulut pas laisser aux Germains et aux Gaulois le loisir de s'entendre, se rendit en Gaule, convoqua les chefs gaulois (à Amiens ?) et leur demanda leur concours pour les protéger de l'invasion menaçante. Cela dit, il marcha contre les Usipètes et les Teuctères qui le supplièrent de les laisser vivre en paix. César fit les chefs prisonniers au moment où ils se présentaient en parlementaires et refoula toute la nation — environ 430 000 âmes — dans l'impasse que formait le confluent de la Meuse et du Rhin, peut-être au passage de Gennep et tout périt dans le fleuve. A cette nouvelle, les Romains connurent cette ivresse d'orgueil et d'ambition qui consacre chez eux leur participation aux pires iniquités ; seul Gaton accusa César d'avoir violé le droit des gens.
Lui se préparait au passage du Rhin sous prétexte de défendre les Ubiens contre les Sicambres. C'était un solennel démenti donné à son affirmation que le Rhin était la limite naturelle de la Gaule : Populi romani imperium Rhenum finire l, mais il n'était pas homme à être lié par sa propre parole. Il voulut traverser le fleuve non sur des barques, mais sur un pont qui se prêterait à un défilé militaire plus majestueux 2. Il se peut que le pont ait été construit à Cologne, où le fleuve mesure cinq cents mètres de largeur, il se composait de pilotis supportant un tablier continu ; la construction demanda dix jours et le passage suivit. Cela fait, le proconsul se dirigea contre les Sicambres et trouva le pays abandonné, toute la population ayant gagné les marécages et les déserts à l'Est. César fit brûler les huttes et couper les moissons afin d'initier les fugitifs à une civilisation italienne. De retour chez ses alliés, les Ubiens, il y reçut des députations qui le suppliaient d'attaquer les Suèves et de conquérir la Germanie. Il y avait là l'espoir d'une entreprise à la mesure de l'aventurier et du capitaine : une armée prête et rendue sur place, des alliés entreprenants, un adversaire digne de lui, ses communications avec l'arrière assurées, la Gaule soumise, et devant lui la route du Danube, celle de l'Inde ! C'en était trop et César fit demi-tour, repassa le pont, qu'on démolit, à la vue des Sicambres rentrés dans leurs terres et fort amusés, on peut le croire, du spectacle qu'on leur offrait 3.
V. L'expédition de Bretagne. — ■ C'était un échec pis qu'une bataille perdue, mais, à ce début de l'été, le temps s'offrait encore de le réparer. César se retourna vers la Bretagne. On a parlé de campagne « improvisée » ; c'est méconnaître l'homme et les ressources de son génie. Des intelligences à la mesure de celles de César et de Napoléon peuvent suppléer à la durée des réflexions par l'intensité de l'intuition. On pourrait s'étonner à ce propos de ne pas trouver ici un rappel de ce qui se passa au camp de Boulogne en 1805 où, par une improvisation mémorable, l'empereur, dont la pensée et l'effort sont concentrés sur l'objectif du débarquement en Angleterre, apprend la menace austrorusse qui se révèle sur le Danube et dicte les ordres de marche de la Grande armée (29 août) qui se transportera sur le Rhin et le Mein, de là à Ulm où le général Mack capitulera le 17 octobre. Cet exemple suffit à montrer qu'il y a des improvisations plus mûries que ne le seraient de longues méditations, et on peut appliquer cette remarque à l'expédition de César en Bretagne (fig. 10474).
Son premier soin, une fois son parti arrêté, fut de prendre sur le pays tous les renseignements possibles. Il fit donner ordre à sa prévôté de rabattre vers son camp tous les marchands et il les interrogea lui-même4 ; en même temps un officier distingué, le tribun Volusénus, partit sur un navire de guerre avec la mission de reconnaître les côtes et les lieux de débarquement 5. César profita d'un personnage à qui il croyait pouvoir se confier pour capter la bienveillance de députés bretons venus vers lui, qu'il reçut de la façon la plus courtoise et qu'il renvoya chez eux (dans le Kent ?) en compagnie de l'Atrébate Comm et de trente cavaliers gaulois 6. Comm avait sa leçon faite et devait annoncer aux impatients et aux mécontents l'arrivée prochaine de l'armée romaine ' : Se celeriter venturum nuntiet.
Richborout, Rutupiae D'après E. Desjardins, Géographie de la Gaule romaine, t. i, 1876, pi. xv.
Celle-ci ne serait que peu retardée par le transport, car le proconsul disposait d'une flotte imposante et exercée, elle se composait de la flotte victorieuse dans la bataille navale contre les Vénètes renforcée des bâtiments montés par les peuples du littoral soumis à Rome 8. Ceci frisait au total : cent vaisseaux de transport destinés au gros des légions, aux chevaux et aux bagages9 ; en cas de combat, les vaisseaux longs à la romaine 10, avec leurs équipages de frondeurs, d'archers et d'artilleurs« ; sur leurs flancs, des chaloupes prêtes, qui débarqueraient des hommes de première ligne 12 ; en avant-garde, de légères navires servant d'éclaireurs 13 : c'était là, on l'a bien dit 14, une escadre ordonnée et pourvue de tous ses éléments. — Comme lieux de concentration et d'appareillage, César n'avait rien négligé des ressources que lui offrait le littoral assez peu découpé qui se prolonge de Dunkerque à Étaples. A partir de cette ville, la profonde échancrure de la Cinche commençait la série des ports des Ambiens, qui depuis l'an 57, étaient soumis à son autorité ; mais, au nord d'Étaples, les ports des Morins étaient indépendants. Cela ne pouvait que lui paraître intolérable, aussi son premier soin, au retour de la ridicule parade sur le Rhin, fut-il de se diriger vers Boulogne ' avec une armée qui devait donner à réfléchir. Les Morins du Boulonnais n'étaient pas, à cette saison, en état de rien refuser, ils livrèrent des otages2 et, en échange, reçurent un roi : Commium, quem ipse, Atrebalibus superatis, regem ibi constituerai 3. On peut le contester, mais nous croyons que ibi désigne les Morins parmi lesquels se trouvait César au moment dont il parle4, car : l°Gomm est Atrébate et c'est à sa demande que César a rendu la liberté à son peuple, ce à quoi on ne s'attend guère de la part d'un roi imposé ; 2° Coram, chaque fois qu'il est nommé est désigné en qualité d'Atrebas et non pas de rex Atrebatium ; 3° dans ipsi Morinos attribuerait (César), le mot ipsi paraît s'appliquer à Comra, non à la cité des Atrébates. On peut donc soutenir qu'à raison de ses relations avec les mécontents de l'île de Bretagne, César aura fait de ce beau parleur le roi éphémère de Boulogne.
Ce fut d'ailleurs à Boulogne que le proconsul établit son quartier général ; ce fut de là qu'il convoqua la flotte et l'armée 5. Aucun navire ne se montrait dans le détroit, la mer était libre 6. La traversée, favorisée par le beau temps, pouvait demander environ neuf heures. « Mais rien ne se passa suivant les prévisions de César. Les trafiquants gaulois, qui voyaient sans plaisir les Italiens approcher des marchés de l'île ', répondirent à César qu'ils ne savaient rien du pays, de ses habitants et de ses ports8 ; puis, laissant le proconsul se tirer tout seul d'embarras, ils avertirent de ses desseins leurs hôtes de Bretagne 9. Volusénus et ses marins ne firent que louvoyer la côte ; ils revinrent au bout de cinq jours, sans avoir osé débarquer et ne rapportant que de vagues indications 10. Coram, en revanche, put descendre à terre avec ses cavaliers (à Douvres ?) et aborda les indigènes qui avaient envoyé des députés à César ; mais à peine commença-t-il sa harangue qu'on se saisit de lui et de son escorte u : les messages d'amitié envoyés au proconsul ressemblaient fort à une manœuvre d'espionnage.
« De plus graves contre-temps gênaient César sur le continent. Dix-huit navires de transport restèrent en souffrance, à quelques mil les du port », faute d'un Vînt favorable ». Il ne lui fut môme pas possible d'emmener beaucoup d'hommes ; il dut laisser une légion à Boulogne 14, et en envoyer d'autres contre les Ménapiens et le reste des Morins,5 : tous ces barbares étaient encore insoumis ; ils avaient leurs vaisse aux, leurs marins, des habitu des de brigands et de pirates ; qui sait ce qu'ils tenteraient contre la flotte et la garnison, si on ne les tenait pas en respect ? Et César ne put disposer que de quelques cavali-rs qu'il envoya s'embarquer sur les vaisse aux en retard l6, et de ses deux meilleures légions, la VIIE et la Xe1'. Ce n'était pas cette petite armée, 10 000 hommes à peine, qui ferait de lui le conquérant de la Bretagne : l'été finissait, les mauvais temps survenaient ; à moins d'une chance inespérée, l'affaire, dès lors paraissait manquée.
« C ?sar espéra encore cette chance. Quand tout fut prêt, un jour de septembre il leva l'ancre vers minuit, et, vers 9 heures du matin, les premiers navires s'arrêtèrent devant le rivage breton 18 ».
VI. Le port n'IÎMBARYUEMENT. — Dès l'épo que de Guillaume le Conquérant, la question du port où César embarqua ses légions formant le corps expéditionnaire de Bretagne, en l'année 55, a été discutée, elle a toujours trouvé des auteurs pour se contredire et un auditoire pour s'y intéresser. Voici le problème qui se présentait à César : étant donné un littoral rocheux formant un angle obtus orienté nord-ouest, bordé en arrière par des marécages et des forêts dont il avait fait connaissance à son désavantage l'année précédente, sur quel point allait-il concentrer sa flotte et son armée pour tenter la traversée ? Il nous l'apprend lui-même, il choisit le trajet le plus court, par conséquent la partie du littoral de la Morinie d'où brevissimus [est] in Britanniam trajec.tus. Dans ce cas c'est le cap Gris-Nez qui remplit le mieux la condition, mais on ne mouille pas, sans nécessité, une flotte en flèche sur un cap, ni on ne fait camper une armée sur un promontoire où l'attente d'un vent favorable peut se prolonger. Dès lors, César a le choix sur le littoral à droite ou à gauche du cap Gris-Nez. Pour apprécier ses exigen ces il faut savoir qu'il lui faut un port servant de rendez-vous à un grand nombre de vaisse aux dont le plus grand nombre venait de l'Ouest. En cette année 55, il rassemble seulement 80 navires marchands avec un nombre qui n'est pas donné de vaisse aux longs ; en l'année 54, il aura 600 vaisse aux disposés pour le débarquement, construits en vue de l'expédition, 28 vaisse aux longs et beaucoup de bâtiments marchands, de telle sorte qu'il se présente devant les côtes de Bretagne avec 800 vaisse aux. Comme il est généralement admis qu'en 55 et en 54 le port d'embarquement a été le même, il faudra que celui-ci lui ait permis d'abriter une flotte de près de 1 000 vaisse aux, portant un effectif de 5 légions, soit 21 000 fantassins et 2 000 cavaliers, outre les chev aux, les valets d'armée, les marins, ce qui ne peut s'élever à moins de 4 000 âmes. Ajoutons que dans le voisinage du port étaient cantonnés pour un temps prolongé environ 30 000 fantassins, 4 000 cavaliers romains et 4 000 cavaliers gaulois.
Cela demande de la place. Il n'est pas concevable que César ait fait choix, pour un pareil rassemblement, d'une plage éventée de toutes parts et sans défenses naturel les. Auc une position n'eût été moins appropriée que Wissant, le point choisi cependant par Du Cange et par d'Anville. La baie de Wissant est une plaine purement sablonneuse, de 4 mil les de longueur à peine et fort étroite, le rayon de la courbe ayant environ 5 mil les et demi. Wissant est encadré par deux promontoires, les caps Gris-Nez et Blanc-Nez qui s'avancent assez peu en avant de la ligne du rivage. A moins de changements inconcevab les dans les âges historiques, Wissant n'a ja mais pu olïrir les conditions nécessaires à une concentration de flottille. Préférer à des havres tels que l'estuaire de la Somme, celui de l'Authie, celui de la Candie et celui de la Liane l'établissement de Wissant eût été. de la part de César, pis qu'une gageure ou une bravade, mais un coup de folie ».
Tel n'était pas le cas pour Boulogne si on veut bien se souvenir que le port ancien s'étendait avant l'ensablement, depuis le pied de la colline de Chàtillon jusqu'au pied de la colline du Calvaire ; que toute la partie basse de Capécure était ouverte aux flots de la mer ; que le bassin de la Liane dans toute sa largeur depuis l'ancien rivage et depuis Bréquerec que jusqu'à Trie et jusqu'à la fontaine Hul in, depuis la Madeleine et depuis le Pont Pitendal jusqu'à Montataire ne formait qu'une vaste nappe d'eau ; qu'on peut remonter ainsi jusqu'au Pont-de-Briques, sans compter les deux bras qui se dirigeaient l'un dans les Tintelleries jusqu'à la porte de Calai ;, et l'autre dans le val de Saint-Martin, en passant sous le grand pont de Bréquerec que, dont parlent les anciens cueilloirs ; et on se demande ce que ce havre pouvait laisser à désirer pour recevoir les mille vaisse aux de César.
Mais la partie n'est pas gagnée pour si peu et les titres de Boulogne à s'appeler Portus Itius soulèvent d'autres contradictions. Il n'est plus question depuis longtemps de Fort-César, ni du camp d'Averlot ', ni de la Motte-du-Bourg, ni de la Motte-du-Vent, ni de la Motte-du-Chàtelet, ni de beaucoup d'autres conjectures et, par surcroît, d'étymologies. Il fut une épo que (de 1859 à 1863) où l'ardeur qu'apportaient certains antiquaires à f.'ire prévaloir leur opinion pour s'imposer à l'attention de l'historien de Ju les César avait rendu impossible de se faire entendre. « Depuis qu'une commission a été formée pour préparer la carte des Gau les, écrivait Ju les Quicherat, il n'y a plus d'accès nulle part, à moins qu'on ne se présente avec un bon billet signé de ladite commission. Ces messieurs, s'abritant sous le nom de l'empereur, ont occupé toutes les avenues de la publicité et sont bien décidés à ne bisser passer que ce qui favorisera leurs doctrines. C'est aux récalcitrants de chercher les moyens de se f.'ire entendre, et estimons-nous heureux si un jour l'on ne nous force pas à nous taire2. » La Revue archéologi que, trop accueillante à des polémiques, s'étaitfait une loi inflexible de refuser tout article qui pouvait déplaire.
La mesure était prudente et cependant le générrl Casimir Creuly réussit à y glisser quelques artic les intitulés : La carte de la Gaule. Examen des observations auxquel les elle a donné lieu (1863), artic les dans lesquels il évitait de nommer ou de désigner personne de ceux qu'il s'avisait de contredire et d'ébranler la thèse après avoir affirmé qu'il la croyait très solide. Néanmoins, son siège était fait, mais il le cachait le mieux possible. L. Cousin a plaisammc nt raconté une visite à Boulogne de Creuly et d'Alex. Bertrand, à qui Aug. Mariette fit valoir « si bien la cause de Boulogne paur l'emplacement de Portus Itius » qu'il n'y av ; it guère à ajouter ; mais « tout ce qu« lui ou moi avons pu dire, ne m'a pas p iru frire beaucoup d'impression sur le général qui était favorable à Ambleteuse, et dont toutes les pensées étaient concentrées sur ce port a ». Ainsi donc c'était avant d'être venu sur les lieux que le parti était pris.
D'après lui c'est vers VEastnear Bay, près de Folkestone que cingla la flotte de César et ce n'est ni à Deal, ni à Walmer Castle, mais à Hythe qu'eut lieu le débarquement, mais ce point est indifférent. Ce qu'il soutient c'est l'embarquement à Ambleteuse qui « a été indubitablement un port, même avec bassin, dans l'antiquité 4 et jusqu'au milieu du XVIe, où il fut pris par les Anglais. Entièrement négligé ju qu'à 1680, il fut depui ; l'objet de trav aux et surtout de nombreux projets qui témoignent de l'importance que les divers gouvernements attachaient à cette position essenti 1lement militaire. J'ai lu tout ce que contiennent les archives du génie et l'impression principale qui m'en est restée est que la rade d'Ambleteuse devait être la vraie rade de Boulogne, pour une descente à faire ;ur la côte anglaise. Une bonne partie de la flotte de César a pu être construite dans la rivière de Boulogne, et y rester jusqu'à l'achèvement des préparatifs. Le vent Corus (Nord-Ouest) qui souffla pendant 25 jours, n'est pas un vent mauvais dans la Manche, à l'épo que de l'année dont il est question, et la flotte une fois rendue dins la rade d'Ambleteuse, dont le fond est exe lient, a dû facilement y résister. Si le vent venait à fraîchir d'une manière inquiétante, rien n'empêchait de rentr r en rivière 5 ». D'après ce qu'on vient de lire, la rade d'Ambleteuse est la « vraie rade de Boulogne » et la flottille a « pu être construite dans la rivière de Boulogne », « y rester ju :qu'à l'achèvement des préparatifs » et, en cas de mauvais temps « rentrer en rivière ».
Ce sont là d'importants aveux mais qui laisseraient la question entière si on négligeait le point de vue nauti que. On a pu, à l'aide des certes mod mes établies au moyen de la triangulation, calculer la dKtance la plus courte entre les deux rivages et les différents poits de la Manche ; c'étr it là un procédé ignoré des anciens pour l'appréciation des distan ces, aussi ne peut-on accorder à leurs évaluations en sta des ou en mil les de la largeur du détroit qu'une exactitude approximative. Qu'il s'agisse de César, de Pline, de Strabon et des autres ou même des Itinéraires, leur dessein est de calculer le trajet et non la distance à vol d'oiseau. Les Romains habitués de longue date à la Méditerranée avaient eu à faire connaissance avec l'Océan et s'étaient aperçus que le détroit qui sépare la Bretagne de la Gaule ne ressemble en rien à une rivière qu'on traverse à la rame, en ligne droite ou obli que au choix ; il fallait se résoudre à y naviguer à la voile, en tenant compte du vent et d<>s courants. D'f illeurs la langue grec que pas plus que la langue latine ne possèdent le terme louvoyer, et cette manœuvre ne leur était connue que comme un moyen de salut pir gros temp ; : Hinc at que hinc ad ventos obliqua transjerre vêla, m is ie n'était pas là pour eux un procédé de marche. Au » i pour la flottille de César, le port dBoulogne était 'e mieux situé, au point de vue du passage en Bretagne parce qu'il permettait d'aborder l'île p ir voie obli que, à la f.veur des courants de marée, avec la chance d'avoir le plus souvent possible une f ire de vent favorable à la traversée 6.
On a vu que Creuly revendique le Portus Itius pour Ambleteuse qu'il comprend dans la rade de Boulogne. Dans ces conditions il devient superflu de se livrer à une étude du développement qu'ont pu exiger le nombre et le tonnage des bâtiments à abriter, mais n'est-ce pas abuser un peu des mots et de leur sens naturel que de parler d'une rade de 8 à 9 kilomètres de longueur ? Quoi qu'il en soit, la flottille composée de navires dont les dimensions restreintes excèdent peu, pour les plus longs, nos chalands de rivières et de canaux, pouvait trouver tout l'espace nécessaire dans le port de Boulogne, peut-être dans celui d'Ambleteuse. Même en leur donnant toute facilité de manière à être à l'aise, les bâtiments ne réclamaient pas un front de bandière dépassant 1 kilomètre 1/2 et une superficie dépassant de peu 3 hectares 1/2. Il n'y a guère de part qui, à la rigueur, n'y suffise, reste à le déterminer.
VII. Le nom du port. — César ne l'a pas nommé autrement que par ces mots : inde... hue... eumdtm VIII. Les calculs des anciens. — Les Morini disposaient d'un contingent de 25 000 hommes dans un pays dont la défense naturelle consistait en silvas ac paludes. Ce fut dans ce pays que César se rendit avec toute son armée pour, de là, passer en Bretagne ; il ne s'agit pas du port, mais de la contrée ; cum omnibus copiis in morinos proficiscitur, quod inde erat brevissimus in Britanniam trajectus naves undi que... jubet convenire. Avec 80 navires de charge, César comptait transporter deux légions dans l'île, le reste de la flottille restait à la garde du questeur, des légats et des préfets ; en outre, 18 navires de charge, contrariés par le vent, se trouvaient retenus à 8 milles (11 kilomètres 848 mètres) et devaient embarquer la cavalerie. Le port resta confié à la garde d'un légat. Quant au point où la cavalerie eut l'ordre de se rendre, on le désignait sous le nom de portas ulterior, ce qui le situe au nord du port de concentration assigné à la flotte, car ulterior n'a qu'un sens chez tous les écrivains latins, c'est-à-dire au delà du lieu où l'on se trouve, Rome étant toujours prise pour point de départ. Plus loin le portus ulterior devient un portus superior, c'est la même chose, car dans le langage géographique des Romains ces deux termes indiquent le Nord par rapport au quartier général de la flotte.
On sait que les 18 navires du port ulterior ne partirent que quatre jours après le corps expéditionnaire, ne purent atteindre leur objectif et regagnèrent le continent. Au retour de l'expédition, il y eut encore deux navires qui ne purent regagner les mêmes ports et furent poussés un peu plus loin : ex iis onerariac duae EOSDEM, QUOS reliquae, PORTUS capere non potcrunl, et paulo infra delatac sunt. Il y avait donc plus d'un port au quartier général et le mot infra ne saurait désigner qu'un point situé au sud du quartier général. L'ensemble des installations propres à l'embarquement se compose donc : 1° du quartier général qui comprend plusieurs ports : eosdem portus, deux au moins ; 2° d'un port ulterior ou superior situé à 11 kilomètres 800 mètres au Nord, et 3° d'un point (pas un port) situé au sud, paulo infra, du quartier général, assez près pour qu'on entende le bruit d'une escarmouche.
César, après la campagne de 55, se rend en Italie et donne l'ordre de construire des navires nouveaux et de réparer les autres. A son retour, il trouve 600 navires nouveaux et 28 bateaux longs prêts à prendre la mer et il concentre le tout à Portus Itius, car, dit-il, il avait reconnu que c'était un excellent point d'embarquement pour passer en Bretagne, distante environ de 30 milles du continent....al que omnes ad portum Itium convenire jubet, quo ex portu COMMODISSIMUM in Britanniam trajectum esse cognoverat. Que dit exactement le texte :...esse cognoverat, circiter millium passuum triginta transmissum a continenti. Il n'est pas question de compter 30 milles (44 km. 443 m.) de Portus Itius à la côte bretonne, mais plus simplement que : 1. César avait expérimenté que Portus Itius était un lieu très commode pour se rendre en Bretagne et 2. que celle-ci se trouve à 30 milles du continent. Il est difficile de ne pas reconnaître dans l'imparfait cognoverat le fruit de l'expérience acquise l'année précédente. Et c'est sur ce point que se trouvent concentrés les sept légions, la cavalerie romaine, la cavalerie gauloise et dans « les ports » 828 navires construits et radoubés.
Le départ de la seconde expédition fut retardé par le vent de nord-ouest (corus) pendant vingt-cinq jours et, lorsqu'il tourna, César embarqua cinq légions et un corps de cavalerie, laissant trois légions à Labiénus qui fit encore construire 60 navires, ce qui représente de vastes chantiers et des berges considérables pour près de 900 navires, puis que César fit mettre toute sa flotte à sec (subductis navibus).
Dion Cassius racontant ces deux campagnes estime que la Bretagne est éloignée « de 450 stades de la région de la Belgique habitée par les Morini », soit 56 milles ou 83 kilomètres, nous voilà loin des circiter millium passuum triginta et ces mêmes 450 stades dont le chiffre exact donné par l'Itinéraire maritime pour marquer les points extrêmes du trajet pour passer du continent dans l'île. Sera-ce Strabon, seul avec César, à mentionner le portus Itius, qui nous donnera la distance de ce port, ayant, dit-il, « servi de lieu d'embarquement au divin César pour passer dans l'île. César mit à la voile pendant la nuit, et il arriva le lendemain à dix heures du matin ayant effectué ainsi un trajet 320 stades », soit 40 milles romains ou 59 km. 200 m. Tpiaxootouç xai eïxoai araSîouç. Et voici maintenant Pline le Naturaliste qui vient nous apprendre que la Bretagne est éloignée de 50 milles de Gesoriacum sur le rivage de la nation des Morini, et c'est le plus court trajet : Usée abesl a Gesoriaco Morinorum gentis litore, proximo trajectu, quinquaginta millia. Or, 50 milles romains valent 75 kilomètres et l'on n'en compte que 50 pour aller de Boulogne à la côte anglaise. Ainsi les auteurs anciens évaluent la distance entre le continent et l'île de Bretagne tous de façon différente : César, 30 milles, Dion Cassius, 56 ; Pline, 50 ; Strabon, 40 ; ce qui nous donne le choix entre 44 km. 443 m., 59 km. 200 m., 75 et 83 kilomètres.
IX. Les titres d'Ambleteuse. — La rade d'Ambleteuse, aujourd'hui partiellement ensablée, pouvait suffire, à la rigueur, au mouillage de la flottille de la première et même de la seconde expédition, mais dans les deux cas elle suppléait peut-être le portas ulterior, elle ne le remplaçait pas et ne le valait pas, eu égard à l'éloignement des chantiers. Ambleteuse compensait en partie ce désavantage par son fond de sable que les Romains savaient apprécier et que, d'ailleurs, leur offrait également la rade de Boulogne. Cette estime pour le sable et l'aversion pour les fonds rocheux est une des raisons qu'a données César pour avoir reporté son point de débarquement de Douvres à Deal ; la raison véritable est l'accueil menaçant qui l'attendait du haut des falaises de Douvres. Il fait donc remonter plus haut vers l'embouchure de la Tamise, vers un point où sa flotte sera balayée par deux tempêtes de marée, mais d'où, nous dit-il, la sortie est moins difficile qu'à l'abri d'un goulet. S'il avait été nécessaire de recevoir des vents une si dure leçon, elle eût suffi à lui apprendre les inconvénients d'un mouillage sans abri et à le détourner de reconduire après l'échec final ce qui restait de sa flottille dans cette rade d'Ambleteuse, dont la plage ouverte ne lui offrait pas pour tout l'hiver, le printemps et les premiers mois d'été qui allaient s'écouler entre la première et la seconde expédition, les garanties de sécurité que lui offrait à Boulogne le portus Itius. Son expérience personnelle et celle de ses marins ne pouvaient que le mettre en garde contre un mouillage de fort une où il n'avait rien de bon à attendre des vents et où ses bateaux mal en point ne pouvaient être réparés sans de longs retards imposés par l'éloignement des chantiers et des arsenaux.
Ces mois d'hiver et de printemps furent signalés par une activité fébrile dans les ateliers de la marine ; on construisit 600 et même 800 embarcations. Évidemment tout cela était disséminé, mais la concentration se faisait sur un seul point : Omne ad portum Itium convenire jubet parce que la pratique lui avait appris que quo ex portu commodissimum in Britanniam trajectum esse cognoverat. C'est à cette occasion qu'il parle de la longueur du trajet, circiter millia passuum XXX a continenti. Mais depuis où et jusqu'où ? Depuis portus Itius, c'est bien entendu ; mais assurément le point d'arrivée ne doit pas et ne peut pas être cette plage où débarqua l'expédition de 55 et où on ne débarquait qu'à grand peine et à grand péril. Le point d'arrivée est-il Douvres où la flottille se dirigea et se présenta, mais sans insister ? En définitive, nous savons bien d'où partent les xxx mille pas, mais nous ne savons pas où ils conduisent ; et puis il y a le circiter d'une élasticité qui ruine tous les calculs.
X. Les titres de Boulogne. — D'après César, Itius est un port, c'est-à-dire une retraite située au fond d'un rivage, avec une issue sur la mer et où les navires mouillent à l'abri de la tempête. Voici pour le port : quint à Itius que Strabon appelle to 'Itiov, et Ptolémée « Itiov axpov, c'est un ;, ce qui se traduit une station navale, ce n'est ni une anse, ni une crique, ni une rade foraine, mais un lieu formé par la nature et devenu un établissement fermé, tellement qu'une ville et un port de Sicile étaient nommés Portus Naustathmus. Mais, d'après Ptolémée, c'est en même temps un axpov, un promontoire, ce qui n'est pas exclusif d'un port puis que Malée servait de mouillage aux Athéniens quoi que ce fût un promontoire de Lesbos. Si le de Strabon est le port de Boulogne, l'axpov de Ptolémée est la pointe d'Alpreck ou la montagne d'Outreau dont la saillie en mer paraît si considérable vue de l'intérieur du pays.
DICT. d'arçh. chrét.
XI. Portus Itius à Boulogne. — ■ La côte et l'estuaire de la Liane, est-il besoin de le dire, ne sont pas demeurés immuables depuis le commencement de notre ère. Sur cette partie du littoral les embouchures de la Bresle, de la Somme, de l'Authie et de la Canche ont gagné sur la mer et la côte s'élevant a empêché les falaises d'être rongées par les flots. Il en a été ainsi aux abords de Boulogne. Au nord et au sud du port, les parties saillantes et élevées du rivage s'avançaient en mer, au xvième siècle, de 700 à 800 mètres plus loin que de nos jours. Depuis lors la pointe de la Crèche s'est effondrée sur place, le cap Alpreck et les rocs de l'Heurt et de l'Inheurt faisaient une saillie plus accusée, enfin le fort de Châtillon s'est écroulé depuis longtemps. Il n'en est pas autrement pour l'estuaire de la Liane dont l'aspect est très différent de ce qu'il était. » On comprend sans peine, lors que les embouchures des grands fleuves océaniens sont spacieuses et communiquent largement avec la mer, que le flux et le reflux entretiennent une agitation permanente, qui disperse incessamment les apports fluviaux. » Il n'en est plus ainsi pour les cours d'eau d'allure plus timide dont l'estuaire se trouve resserré et presque étranglé entre des falaises. C'est le cas de la Liane dont les rives ne laissent, par leur rapprochement, qu'une échappée de 850 mètres d'ouverture sur l'Océan, entre les falaises de la tour d'Ordre, au Nord, et celle de Châtillon, au Sud. Faute d'une force de propulsion suffisante, la rivière ne peut s'affranchir de ce qu'elle charrie et faute d'espace le flot marin ne peut aspirer et entraîner les alluvions de la rivière accumulées pendant près de vingt siècles, ce qui a relevé le niveau de façon très sensible. La Liane avait au début de notre ère une largeur et une profondeur triples de celles qu'elle offre de nos jours, et les navires pouvaient remonter sans difficulté jusqu'à Isques, c'est-à-dire jusqu'à 7 kilomètres de son embouchure actuelle.
Il est impossible d'entrer ici dans le détail des transformations amenées en vue d'approprier le port aux nécessités du commerce moderne et aux exigences scientifiques, mais il en est résulté des levées, des digues, des jetées, des rectifications, des arasements, des constructions sans nombre. Une partie de la basse ville actuelle est bâtie sur l'emplacement de l'île Saint-Laurent qu'on voit encore sur un plan de 1724. Par suite d'opérations analogues, le quartier des Tintelleries s'est trouvé comblé, le petit port qui était un bras de mer s'avançant jusqu'à l'ancien rempart existait encore au xvième siècle et son golfe se remplissait à la marée montante, il n'en reste plus de traces que sous forme d'un mince ruisseau sur le plan de 1724.
D'après ces indications, on peut essayer de localiser les événements rapportés par les textes anciens.
Le Portus Itius proprement dit ne se trouvait pas à Gesoriacum mais plus avant dans le cours de la Liane qui offrait toutes garanties de sécurité et de commodité désirables pour un établissement maritime, à l'abri des vents et des coups de mer, à portée des forêts et des chantiers. Ce sont les conditions adoptées à Bordeaux, où le port est très avant dans la Gironde ; à Brouage où le port des Santons est protégé par l'île d'Oléron, à Nantes et ailleurs. Pour le Portus Itius, nous avons le nom d'Isques qui rappelle ce point et de Bononia.
D'après E. Desjardins, op. cit., t. i, p. xvn. extrême de la Liane et cette distance de 7 kilomètres bordée de chantiers encadrant les bassins à flot où remisaient 800 navires et même plus. En raison de ce chiffre énorme il avait fallu allonger le port jusqu'à Gesoriacum dont remplacement précis est déterminé, ainsi que nous le verrons, par le quartier de Bréquerecque et l'ancienne île Saint-Laurent, et qui servait à Portus Itius d'avant-port. C'est donc avec raison que César a parlé des ports pour désigner cette grande installation maritime. L'identité du promontorium Itium de Ptolémée avec la pointe d'Alpreck, identité qui résulte de la conformité de latitude entre ce cap et Gesoriacum, empêche de chercher portus Itius ailleurs que dans la Liane, dont l'embouchure est distante de 2 km. 500 de ce cap.
Le portus ulterior où relâchaient 18 transports de charge, devait être Ambleteuse, qui est distante en effet — non du port actuel, mais de l'ancien port de la Liane, Gesoriacum — de 11 km. 800, représentant les 8 milles de César.
Le portus inferior pouvait être Le Portel ou ses environs qui auront reçu les deux bâtiments n'ayant pu rentrer au quartier général de la flotte, et chassés un peu plus bas, paulo inferior 1 (fig. 10475).
XII. Le retour de l'expédition. — Nous avons résolu la question de savoir le point d'embarquement, il n'existe pas moins de contestations touchant les circonstances et le point du débarquement en Bretagne, mais ceci n'est plus de notre sujet qui se limite à Portus Itius qui réunit un faisceau de vraisemblances confinant à la certitude. Si Wissant conserve quelques partisans, ils somnolent dans la paisible moiteur des sociétés académiques de province ; quant à Ambleteuse, ses prétentions paraissent satisfaites par l'obtention du titre de portus ulterior — l'injustice est réparée — et le souvenir des 18 transports de charge qui tardèrent quatre jours à prendre le large et n'arrivèrent pas à temps pour prendre leur part du danger mais seulement pour être dispersés, post diem quartum est in Britanniam ventum 2. Quoi qu'il en soit, les 80 embarcations étaient sorties de Portus Itius le 26 août 3 et cinglaient vers Douvres, principal port de débarquement sur cette côte. En approchant, on vit les rochers, les falaises couvertes d'hommes en armes aux dispositions hostiles et nulle trace de Comm avec ses trente cavaliers. Après une délibération entre Castle Hill et South Foreland ( ?) on repartit à sept milles au nord de Douvres, porté par un bon vent, et on arriva devant la grande plage de Deal, à Walmer ( ?) *. Mais les guetteurs avaient signalé la marche des navires et, peut-être par la route de Bingwould, la cavalerie bretonne attendait sur le rivage les envahisseurs, s'avançant dans l'eau jusqu'au pied des plus gros vaisseaux et rendant le débarquement périlleux sinon impossible. Les légionnaires durent sauter du haut des navires avec toutes leurs armes et parer les coups ou les rendre s'ils le pouvaient jusqu'à ce que l'arrivée des vaisseaux longs sur la plage créât une diversion et permît le débarquement de la Xe légion. Alors la situation changea, les indigènes reculèrent, mais le retard de la cavalerie empêcha de s'établir plus loin que le rivage. Le lendemain on vit Comm et son escorte, porteurs de propositions pacifiques que César accepta pour gagner du temps dans l'attente de ses 18 bâtiments porteurs de la cavalerie, partis le 29 au soir ( ?) d'Ambleteuse ( ?) et poussés lent vento. Ils arrivèrent le matin du quatrième jour. Au moment où on les découvrait, un ouragan s'éleva et dispersa la flottille rejetant les unités vers Dungeness et vers Ambleteuse. Ce qui suivit fut pitoyable. A la nuit, la tempête redoubla de violence, la mer déchaînée détruisit la flotte. César ne s'abandonna point, envoyant ses soldats à la maraude pour vivre et au rivage transformé en chantier pour radouber les vaisseaux, devant le menace des indigènes. A la mi-septembre, on décampa vivement et on rentra à Portus Itius. Telle fut l'expédition de César.
XIII. Bibliographie de Portus Itius. — Il est impossible, et il serait peu utile, d'épuiser la bibliographie d'une discussion qui semble apaisée et qui, pas plus que celle relative au Mont Auxois (voir Dictionn., t. xi, col. 2412-2451) n'a la prétention de rassembler les titres de travaux éphémères autant que superficiels ; nous nous bornons à des ouvrages qui témoignent de recherches loyales et encore utilisables.
Mult esploita bien sa besogne, En Flandre oint et en Bologne, Par desor mer esyuarda ; l ne ille oit, si demanda Quels ille estoit que il veoit...
G. Somner, Julii Caesaris Portus Iccius illustratus (écrit avant 1600), in-4°, Oxonii, 1604 ; contre Chifflet. piae, 1630. — Ph. Cluvier, Germania antiqua, in-8°, Lugduni Batavorum, t. n, p. 123-131, bonne discussion. — Meyer (de Bailleul), Annales Flandriae, t. i (1561), p. 7. — *** De statu Germaniae ante Carolum Magnum, 1579. — Nie. Bergier, Les grands chemins de l'empire romain, in-4°, Paris, 1728, 1. 1, p. 528, 547-548.
— L. Moréri (1643-1680), Dictionnaire, au mot Gesoriac. — B. de Roquetaillade de Montfaucon, dans Mém. de l'Acad. des inscr. et belles-lettres, t. vi, p. 585 sq. ; Antiquité expliquée. Supplém.,t. iv, p. 132 sq. où il cite le bronze de Constant : BONONIA OCEANEM. beaucoup de verbiage et pas mal d'intolérance. — J. Lion, Sur le Portus Itius. Recherches sur la configuration des côtes de la Morinie, in-4°, Saint-Omer, 1859.
— Napoléon III, Histoire de Jules César, in-8°, 1865, t. ii, p. 129-176, exposé d'une limpidité remarquable.
En faveur d'Ambleteuse. — Le général Casimir Creuly, membre de la commission, vieil Africain peu soucieux de plaire à ses confrères de la « commission », des « civils » ainsi qu'il disait, se passa la fantaisie de leur jouer une « niche » de sa façon. Dans une série d'articles intitulés Carte de la Gaule sous le proconsulat de César, Examen des observations critiques auxquelles cette carte a donné lieu, dans Revue archéol., 1863 et tirage à part, 1864, p. 102, il asséna à Fr. de Saulcy, qui lui avait ravi la présidence escomptée, une fantaisie topographique inattendue, il plaça Portus Ilius à Ambleteuse et portus superior à Wissant. Alexandre Bertrand, qui l'accompagnait dans son excursion à Ambleteuse et à Wissant, en était un peu embarrassé et protestait » qu'il trouvait plus de raisons en faveur de Boulogne que de tout autre port ».
En faveur de L'Écluse. — Alb. Krantz, de Hambourg, et Hector Boethius, cité par N. Bergier, Hisl. des grands chemins de l'empire romain, 1728, t. i, p. 528, et par G. Chifflet, Portus Iccius, p. 57.
En faveur de Gand. — M. Becan, Antliq. flam., in-4°, Antverpiae, 1583, 1. III, c. n.
En faveur de Bruges. — Ermolao Barbaro (Vénitien), Mario Negro (autre Vénitien), Robert Gaguin (général des mathurins), notes sur les Commentaires de César. — Ph. Labbe, Pharus, p. 137.
En faveur de Nieuport. — Ms. cité par J.-F. Henry, Essai hist. et topogr. sur Boulogne, p. 15.
En faveur de Mardick. — J.-J. Chifflet, Portus Iccius Julii Caesaris demonstratus, in-4°, Antverpiae, 1627.
En faveur de Saint-Omer. — Christophe d'Assonville, Turnèbe, Adversar., 1. VIII, c. xxxi. — Josse Hondius, Malbrancq, De Morinis, in-4°, Tornaco, t. i, 1639, p. 26 sq. — Maillait, dans Mercure de France, fév. 1736, p. 209 sq. — J. Lion, Le Sinus Itius, in-8« , Saint-Omer, 1859. — De Larsière, dans Annuaire du Comité flamand, t. x, 1868-1869, p. 249.
En faveur de Gravelines. -D'après Robert Cenal, évêque d'Avranches (f 1550), le Mont-Cassel devient le promontorium Itium.
En faveur de Dieppe. — Pont-Heuter, chanoine d'Orcun.
En faveur du Crotoy. — Dévérité, Dissertation... que César s'embarqua dans les ports placés à l'embouchure de la Somme, présentée au général 1 » consul Bonaparte à son passage à Abbeville le 10 messidor an XI.
XIV. Le phare de Caligula. — Le dénouement des campagnes de César en Bretagne en 55 et en 54 avait été assez piteux pour l'orgueil des Romains. Sous les apparences d'une opération militaire de grande envergure on avait procédé à une expédition commerciale. Dans la pensée de César et des Italiens, il s'agissait d'une curée lucrative en vue de laquelle officiers et marchands avaient équipé des bâtiments qu'ils se flattaient de ramener bourrés de marchandises et de bétail humain. Après un débarquement difficile la première fois, plein de promesses la seconde fois, il avait fallu regagner le continent, quitter la Bretagne sans les gros profits escomptés et revenir hiverner dans la Morinie. Au printemps de l'an 53, il ne fut plus question d'aller en Bretagne ; les années passèrent et les Bretons, bien vus d'Auguste, furent exonérés des droits de douane trop lourds, leurs exportations reprirent activement dans la Gaule celtique et le trafic retrouva toute son activité de Douvres vers le continent par llion et par Gesoriacum.
On sait que Caligula, à son retour des bords du Rhin d'où il ramenait des légions fourbues sans aucun résultat utile, songea à renouveler l'exploit de César et à envahir la Bretagne, il s'embarqua même dans ce dessein, mais la soumission spontanée d'un jeune prince breton exilé lui fournit le prétexte cherché à un retour et à une entrée triomphale sans s'exposer aux risques d'une expédition. Il voulut plus et décida de planter sur les falaises de Gesoriacum un phare aux dimensions gigantesques (fig. 10476) destiné à éclairer la navigation du détroit : In littore Oceani... et inindicium victoriae altissimam turrim excitavit, ex qua, ut pharo, noctibus ad regendos navium cursus ignés emicarent '. Il est vrai que Suétone est seul à parler de ce phare, mais il n'en détermine pas le site, tellement que certains sont allés le chercher jusqu'aux lagunes de l'embouchure du Rhin. Un phare était, à cette époque, encore une nouveauté, car les très anciennes tours de guet ou de signaux des ports ne sont pas des phares proprement dits ; le phare d'Alexandrie avait inauguré une construction d'un type nouveau et qui se répandit petit à petit (voir Dictionn., t. xiv, au mot Phare). Ce phare d'Alexandrie avait été pris pour modèle, mais en dimensions moins majestueuses et on a même retrouvé près de Douvres les ruines d'une et même de deux tours romaines qui semblaient correspondre à celle de Caligula.
A ce sujet on remarquera que c'est de Boulogne que partit l'expédition de Claude contre les Bretons : A Massilia Gesoriacum usque pedestri itinere confecto, inde transmisit2, et que, sur un bronze de l'an 191, où Commode porte le titre de Britannicus, on voit le départ de la flotte romaine en vue d'un phare à deux étages encore reconnaissable 3. On peut donc croire que Caligula ou, après sa mort qui tarda peu, un de ses successeurs, ait eu la pensée d'utiliser pour le service de la navigation le monument commémoratif d'une prétendue victoire remportée sur les Bretons. Jean d'Aucy 4 et les Chroniques de Saint-Denis en font honneur à Jules César, ce qui est insoutenable vu le silence absolu que les Commentaires gardent sur ce point.
On est assez fondé à croire que le phare, placé au point où s'effectuait le plus souvent le passage de la Gaule en Bretagne, fut entretenu avec soin pendant l'époque de la domination romaine. Au IXe, en 811, Charlemagne, qui préparait une expédition contre les pirates normands, ordonna des réparations, ce que nous apprennent les chroniqueurs contemporains : Pharum ibi ad navigantium cursus dirigendos antiquitus constitution restaurauit 6. Plus tard et jusqu'au XVIe le phare continue ses bons services ; il n'échappe pas à la légende et, chose plus grave, on le transforme en fort, aussi est-ce à ce titre qu'on le trouve mentionné dans le roman de Garin le Loherain6. Au XVIe, de 1544 à 1559, l'occupation de Boulogne par les Anglais lui est fatal ; on l'entoure de deux remparts, l'un en briques (le plus rapproché de la base), l'autre en terre et muni de pièces d'artillerie. Du phare, le souvenir s'était perdu, car la lanterne du sommet, plusieurs fois détruite puis réparée, semble avoir découragé les réparations et cependant on imaginait une étymologie qui expliquait le nom sous lequel désormais le monument romain était connu : la tour d'Ordre ce qui, assurait-on, rappelait la destination primitive : turris ardens. Le P. Malbrancq en était là ', et le P. Le Quien a recueilli un autre sobriquet : la tour du bonhomme, ou l'homme vieil, ou encore l'homme noir.
Quelques cartes, entre autres une carte côtière du « Boulenois » publiée en 1709, à Bruxelles, indiquent, à côté de la tour, un lieu nommé Ordre. Serait-ce ce lieu qui a donné son nom à la tour ? ou est-ce la tour qui a imposé le sien au territoire voisin ? Du Cange, sans donner ses raisons, paraît admettre la seconde hypothèse ; Scatté de Velinghen atteste comme un fait connu que le nom d'Hosdre était celui d'une ferme voisine de la tour 8.
Xe, le phare de Caligula est désigné sous le nom d'Odrans Farus, et quela famille d'Odre (Odrenses) est des premières de la légende féodale qui montre un de ses membres, Hemfroi, en révolte contre la tyrannie du comte Régnier. La Chronique d'Andres, aux années 1084 et 1116, mentionne Gotcelin de Odre ou de Odera, le même qui est appelé Gozelin de Odra dans une bulle du pape Innocent III de l'an 1208 où il est fait mémoire de ses donations à Notre-Dame de Boulogne. On connaît encore Robert de Odera, qui vivait en 1184 et Guillaume de Odere ou de Odra, mentionné dans un acte de 1221.
Cette famille tirait son nom du domaine d'Odre, l'une des douze baronnies du Boulonnais. C'était un lieu-dit, dont la dénomination subsiste encore et qui était parfaitement distinct de la tour. En 1208, Notre-Dame de Boulogne y possédait des terres et des tenanciers : in Odra terram et hospites.
On ne sait quelles raisons ont pu induire Du Cange à croire que le domaine d'Odre aurait tiré son nom de la tour, le contraire nous paraît plus probable, surtout quand nous retrouvons ce radical Odre employé dans la formation d'un autre nom de lieu sur nos côtes, Audreselles qui s'écrivait Oderselle ou Odreselle.
Au commencement du XIVe, on disait encore Odre et non Ordre. Une charte de l'an 1314 parlant du chemin vert qui conduit de la tour d'Ordre à la route de Calais, l'appelle « la verde voie qui moet de la tour d'Odre à la Crois-Galopin ». Le terrier de l'abbaye de Saint-Wulmer de Boulogne, dressé en 1506, écrit aussi constamment Odre. Mais, d'un autre côté, un compte des aides de la cour de Bourgogne, de 1392, et un aveu de 1395, conservés aux Archives nationales, inaugurent la forme Ordre qui est restée le nom de la seigneurie, surtout quand le titre en fut passé aux mains des Saint-Blimont et des du Wicquet. De toute manière, les historiens et les notaires ont continué d'écrire indifféremment Ordre et Odre 9.
Quoi qu'il en soit de ce vocable qui a prévalu, la tour d'Ordre devait périr par suite de la malveillance des magistrats boulonnais à l'égard de ce monument dont ils ne surent prévenir la ruine et dont ils s'employèrent à tirer profit pour les finances de la ville qu'ils administraient. Ébranlés par le flot qui, dans les hautes marées, bat avec violence cette falaise, puis par le travail souterrain des sources nombreuses qui la traversent, enfin par l'imprudente exploitation des carrières qu'elle renferme, le fort et la tour s'écroulèrent en deux fois selon les uns, en trois fois selon les autres, de 1640 à 1644, avec le massif même de la falaise sur lequel ils reposaient. Ce qui paraît certain, c'est que la chute finale date du 30 juillet 1644 I0. OiVlit dans les éphémérides de Jacques Prévost, vicaire chapelain de la cathédrale, mort en 1688 : « Ce jour saint Sébastien, 19 janvier, tomba en partie la tour d'Ode (sic). Peu de jours suivant du même mois, une seconde partie, et la troisième partie le 30 juillet de l'an 1644 ». Ch. Regnard11 place la chute de la première moitié au 29 juillet ; « quant à l'autre moitié, elle est, dit-il, demeurée encore debout quelques années, le terrain lui manquant, elle est trébuchée en 1645, le jour de...12 ». Le P. Le Quien13 place le premier accident en 1640, le second et dernier le 29 juillet 1644.
Après le désastre, les mayeurs et échevins de la ville n'eurent d'autre préoccupation que de dégager la ville des redevances payées, en vertu d'un droit ancien, au seigneur de Paincthun. Le sol manquant, le tenancier se jugeait libre de toute obligation envers le propriétaire. On plaida, et le Parlement condamna, en date du 1er juillet 1656, Messieurs de Boulogne, vu qu'ils avaient causé la perte de la tour, à payer comme devant 2 000 harengs sorets et blancs, ou à remettre les lieux en état ou à abandonner le droit de demande qui se prend pour tous les pêcheurs entrant au havre1.
Tour de Bologna in Francia y est figurée avec neuf étages et un rempart circulaire et ces mots : Torre antiquissima nella quale vi hanno jatto una fortezza d'intorno l'Anglesi per guardare la marina ; ensuite d'après un tableau peint sur toile à Boulogne, lors que la tour subsistait encore. Ces deux dessins ont pour auteur Phil. Luto. Montfaucon a consacré un mémoire au phare de Caligula, il est inséré dans son Antiquité expliquée, Supplément, t. iv, pi. l, et le texte ne fait que reproduire le commentaire publié dans le Recueil de l'Académie des inscriptions, t. vi, p. 585 sq., mais le dessin lui avait été procuré par le P. Michel Le Quien, alors ami de Luto, ce qui met sur la voie des origines. On retrouve ce dessin, mais avec des enjolivements suspects, dans un Mémoire de J.-F. Henry, Essai historique, topographique et statistique sur l'arrondissement de Boulogne-sur-Mer, in-4°, Boulogne, 1810, d'où il passa dans le Magasin pittoresque en 1847. La tour figure encore debout dans Les plans et profils de toutes les villes et lieux considérables de France, publiés par Tassin en 1631.
En ce qui concerne le plan de l'édifice, on se reportera au Plan de la haute et basse ville de Boulogne, à Paris, chez de Beaurain, s. d., où l'on voit la moitié du rempart en briques avec ses fossés, le tout entouré d'une seconde ligne de fortification. Il existe un autre Plan du port de Boulogne et de la ville haute et basse, par Desorgeries, pièce manuscrite sur laquelle la base de la tour est figurée par un demi-cercle ouvert du côté de la plage. Mais comme sur le plan publié en cette même année 1725, par de Beaurain, d'après un dessin de Phil. Luto, on ne remarque plus ces ruines, il est du Viert, 1611 (détail).
D'après D. Haigneré, Recueil historique du Boulonnais, 1845-1893, Boulogne, 1899, t. III, p. 461, il est probable qu'il avait copié cette partie de son ouvrage sur une pièce plus ancienne.
Tous ces éléments sont, comme on le voit, loin d'être négligeables ; nous reproduisons ici le bronze de Commode représentant le phare de Boulogne (fig. 14077) et la flotte de Bretagne, ensuite le dessin de Luto employé par Beaurain (fig. 10478). D'après C. Enlart, la vue, par Joachim de Viert, datée de 1611, est « de beaucoup la plus exacte » (fig. 10479). Nous donnerons ici la description que Em. Egger a faite du monument : « Située à la longueur d'un jet d'arbalète du bord de la falaise, la tour d'Ordre était une sorte de pyramide octogone à douze étages, dont chacun était en retrait d'un pied et demi sur l'étage inférieur. Chaque pan du premier étage avait 24 pieds, ce qui donne 192 pieds de circuit et environ 64 pieds de diamètre (20 m. 48). On assure que la hauteur égalait à peu près la circonférence, soit en nombre rond (200 pieds) l, ce qui semble, à vrai dire, une bien grande hauteur pour un phare déjà situé sur une falaise haute d'environ 100 pieds au-dessus de la mer. Chaque étage avait sur le midi une ouverture en façon de grande porte. A l'intérieur on voyait, au temps du P. Gil les Boucher, c'est-à-dire au commencement du XVIe, trois chambres voûtées l'une sur l'autre 2, avec un escalier intérieur pour relier ces trois étages destinés sans doute à l'habitation des gardiens. Le P. Le Quien signale cet escalier ; mais je ne sais ce qu'il entend par « une espèce de chambre » située, selon lui, à mi-hauteur de la tour et percée de quatre jours, tandis qu'aux autres étages les jours n'étaient, selon lui, que pour l'ornement.
« Quelle place était, dans cette ordonnance, réservée au feu même du phare ? On ne peut là-dessus exprimer que des conjectures. Comme les chroniqueurs du IXe disent que le sommet fut réparé en vue d'y allumer des feux, il y a lieu de croire qu'avant cette réparation, ou bien la tour ne servait point de phare, ou les feux y étaient allumés dans une chambre du dernier des étages subsistant, c'est-à-dire du onzième. En tout cas, il est peu probable que ces feux fussent un simple fanal à ciel ouvert : les vents et la pluie auraient trop facilement pu l'éteindre. Sur les anciens dessins de la tour d'Ordre, le dernier étage paraît ou hexagone ou carré, ce qui s'explique assez naturellement : en reconstruisant cette dernière assise on en aura de plus en plus simplifié l'architecture, sans tenir grand compte de la symétrie observée dans les douze étages par les constructeurs romains.
« C'est sans doute à ces derniers architectes aussi qu'est dû un puits, dont Luto parle seul, puits d'où sortaient deux canaux de plomb par lesquels les eaux s'écoulaient dans la mer au bas de la falaise. On comprend l'importance de cet écoulement des eaux pour assurer la base d'un édifice qui n'avait, assure-t-on, pas de fondation proprement dite. Quant à la construction même de l'édifice, Luto, qui en avait observé les débris encore épars, de son temps, sur la côte, atteste que pour chaque étage les rangs ou assises se composaient de pierres grises, de pierres jaunes (ce sont, en effet, deux sortes de pierres dont abonde encore la falaise sur le territoire boulonnais) et de briques rouges « diversifiées en cet ordre, avec un certain mélange de ces couleurs, ménagées à dessein pour en rendre l'aspect plus agréable. » 1° Trois assises de pierre grise de la côte ; 2° deux lits de pierre jaune ; 3° deux rangs de briques rouges ; 4° trois lits de pierre grise ; 5° deux ou trois rangs de briques rouges ; 6° trois rangs de pierre jaune ; 7° deux rangs de pierre grise ; 8° deux rangs de briques rouges ; 9° deux rangs de pierre jaune ; 10° trois rangs de pierre grise. En somme, quatre lits de pierre grise, alternant avec trois de pierre jaune et trois de briques, le tout uni par un ciment des plus durs où Luto reconnaissait de la chaux du pays, du sable de mer, du petit gravier, des coquilles et carreaux rouges broyés 3 ». viennent ces briques porte de nos jours le nom de Bréquerecque. Il existe une inscription d'une fausseté insigne portant ces mots : Lucina\\ex natione\\gessoriaci\\ morinorum ' ; on ne la mentionne ici que pour mémoire. Gesoriacum désignait l'un des ports des bouches de la Liane et donnait son nom au canton appelé pagus Gesoriacus 2. C'était, avant même que César n'y vînt, le port le plus connu de toute la côte océanienne :...nec portu quem Gesoriacum vocant [apud Morinos] quidquam notius habet3. Au nombre des objets trouvés à Bréquerecque, il s'en trouve un certain nombre qui attestent une industrie indigène, c'est-à-dire gauloise, et semblent rappeler par conséquent la haute antiquité et le caractère national de cet établissement. On a trouvé dans les fondations de la cathédrale de Boulogne une inscription provenant de Bréquerecque et ^ JcôftïaTH
IAV/I-F
v_ D'après E. Desjardins, Géographie de la Gaule romaine, 1876, t. i, p. 369. qui porte ces mots4 (flg. 10480) : Corio, Iiavii f(ilius) fec(it) p(e des) cm « Corio, fils d'Iiavius a fait cm pieds d'ouvrage », probablement de maçonnerie.
Le géographe Ptolémée6 place Y Itium promontorium sur la longitude 22° 15' et la latitude 53° 30', puis immédiatement à la suite Gesoriacum, port des Morini, longitude 22° 30', latitude 53° 30, c'est donc que le port de Gesoriacum que nous savons être à Boulogne se serait trouvé à 15' à l'est du méridien passant par le cap Itium et exactement sur le même parallèle.
L' Itium promontorium ne serait donc pas le cap Cris-Nez et le texte de Ptolémée s'y oppose formellement, c'est le cap d'Alpreck situé à 2 kilomètres 500 du port de Boulogne à 59 mètres d'altitude, tandis que le cap Gris-Nez n'en a que 50. La saillie de ce dernier est plus remarquable sans aucun doute, mais il n'en était pas ainsi pour les anciens qui — comme le prouvent leurs cartes géographiques — n'avaient pas idée de la forme des côtes ; ils en jugeaient par le relief beaucoup plus que par la découpure.
L' Itinéraire d'Antonin ne connaît encore que Gessoriacum ou le portus Gessoriacensis et le texte de la Table de Peutinger que nous avons cité témoigne d'une addition à une date postérieure : quod nunc Bononia. C'est à partir du règne de Dioctétien que Gesoriacum paraît faire place à Bononia. Quand Carausius s'établit dans ce port, le rhéteur Eutrope nous le montre apud Bononiam pertractum Belgicse et Armoricœ. Mais ce n'est que du temps de Constance Chlore qu'il est question, en 292, des Gesoriacensibus mûris. C'est peut-être à cette époque que l'ancien port fut abandonné pour le port neuf situé à l'Ouest (aux Tintelleries), circonstance qui expliquerait le nom de Bononia donné à la ville et au port neuf et qui prévalut parce qu'il désignait une localité distincte de Gesoriacum. Dans ce même Panégyrique de Constantin on lit le mot Gesoriagense désignant le rivage de la mer et dans les fragments d'un historien anonyme, il est question, en 306, de Bononia, que les Gaulois appelaient d'abord Gesoriacum*. Désormais ce dernier nom cesse d'être employé sauf dans les Itinéraires.
Un médaillon contorniate de l'empereur Constant ' porte, au droit le profil avec ces mots CONSTANSP-F-AVG- (Constans Pius Félix Augustus), au revers : BONONIA OCEANEM, avec l'empereur debout, à droite sur un navire, une « Victoire, deux enseignes et le phare (flg. 10481). Le mot Oceanem(sis) est employé ici pour distinguer la Bononia de l'Océan de la Bononia italienne. Une loi de Constant, en 343, est datée de Bononiœ. Sozomène montre, en 408, l'usurpateur Constantin partant de Bretagne et arrivant à Bononia : àno BpeTTocviaç êrcl Bou6covîav tt6Xiv tÎ)ç TaXa-ctaç 8. Olympiodore ajoute que c'est la première ville du littoral gaulois *. Dans la Notifia provinciarum, vi, 12, on lit : Civitas Bononiensium quam nunc Boloniam vocant ultima Belgicae //« post civitatem M or in (or )um 10.
Voici enfin la conclusion à laquelle on s'arrêtait récemment : en somme Portus Ilius, Gesoriacum, Bononia c'est la même chose comme nom historique, mais c'est choses différentes comme points topiques : Portus Itius c'est le port, Gesoriacum c'est le bas quartier, Bononia c'est la ville forte u.
XVI. L'occupation romaine. — Après le passage de Caligula, Boulogne vit, trois ans plus tard, l'empereur Claude s'embarquer dans son port pour la Bretagne qu'il réduisit en province romaine. Désormais, et pour une période plusieurs fois séculaire, la ville reçut une forte garnison et le port abrita la classis britannica. Divers monuments en ont conservé le souvenir. Le transit maritime se développa sur d'importantes proportions. Le tombeau de Titus Claudius Seleucus, affranchi de Claude, construit au Val Saint-Martin témoigne, par le séjour de ce triérarque, de la présence de galères romaines dans l'estuaire de la Liane dès la première moitié du Ier siècle. Des inscriptions moins anciennes font connaître d'autres triérarques : Q. Arrenius Verecundus et divers TR-CBR ; l'un d'eux porte le titre de TRATRIERARCHVS AVGce qui nous apprend que ce Didius avait à ses ordres une galère impériale 12.
Un certain nombre de ces navires avaient leur place assignée dans le port, reconnaissable à l'abondance des détritus que les fouilles de 1863-1864 firent découvrir lors des travaux de creusement du bassin à flot. Là se trouvèrent accumulés sur 9 et 10 mètres de profondeur, sur l'ancien lit de sable, une telle quantité de tessons romains de toutes formes qu'il fallut les évacuer par tombereaux. Bouchard en évalue le cube à 7 ou 8 mètres sur un carré de 500 mètres de côté. C'étaient des récipients jetés au rebut au bord des galères par suite d'une fêlure ou d'une brisure ; on retrouvait au voisinage les uns des autres les fragments d'un même vase ayant encore leurs arêtes vives, et même leur vernis (fig. 10482). Ajoutez à cela des objets de métal, un bras de bronze armé d'un trident *, de grosses aiguilles de voilier en bronze, un morceau de cuir percé de clous. Et surtout des os d'animaux marins ou terrestres et une invraisemblable quantité d'écaillés de mollusques : huîtres, moules, briquards, patelles, littorines, etc.
A 10 mètres de profondeur on rencontre une couche de gros galets calcaires arrondis, de 0 m. 20 à de vase.
D'après Bouloyne-sur-Mer et la région boulonnaise, 1899, t. i, p. 35.
0 m. 50 cent, de diamètre. Cette couche avait été exploitée par les ingénieurs romains pour les travaux publics.
Les classiarii, comme les légionnaires, étaient à la fois marins, charpentiers, maçons et il leur était imposé de bâtir les édifices et hangars à leur usage. A Boulogne on a pu reconnaître quelques bâtiments, deux groupes au moins, qu'ils ont élevés et qui comprenaient sans doute les bureaux de la flotte ; l'un occupait les deux côtés de la voie romaine, qui descend de la Porte Gayole, l'autre se voyait le long du chemin antique qui conduit par le Four-à-Chaux dans la direction d'Échinghen. Sur ces deux points on a relevé des tuiles, des briques, des faîtières, etc., avec l'estampille d'origine Cl-BF-, celle-ci varie beaucoup de mesure et de style et les dates s'échelonnent entre le IIe et le Ve de notre ère. Sur un seul point de ces ruines, les fouilles furent conduites de façon régulière et on constata que les muraillles écroulées à l'intérieur recouvraient une éparsse couche de charbon, de cendres, de terre brûlée parmi lesquels on distinguait des cubes de mosaïques. La toiture en s'écroulant avait dû étouffer le brasier sous ses tuiles formant une dernière couche, ou plutôt une sorte de couvercle que le temps recouvrit d'une épaisseur de terre et de remblais de 0 m. 40 à 0 m. 50 d'épaisseur.
Un autre vestige du séjour de la classis britannica à Boulogne est un ex-voto païen offert à une divinité par la trirème Radians ; on y voit trois personnages dont, au centre, Apollon nu et radié, et de chaque côté du dieu un pilote ou un patron d'une barque ou de deux barques, représentées au-dessous. Ce monument fut trouvé dans l'église de Frencq, canton d'Étaples, où il était devenu l'objet d'un culte superstitieux. n'est connue que par un bronze de l'an 191 où l'on voit représenté le départ d'une flotte à la vue d'un phare. Philippe Luto, auteur de Mémoires (manuscrits) sur l'histoire de la ville de Boulogne sur la mer et de son comté, raconte avoir vu au temps de sa jeunesse (t 1746), chez les Pères de l'Oratoire, une pierre de 2 pieds 1/2 de longueur sur 2 pieds de largeur et 18 pouces d'épaisseur, où se lisait une inscription relative au passage de Septime Sévère à Boulogne, en l'an 211. Cette pierre provenait de la démolition de l'église de Saint-Wulmer (en 1710) et fut plus tard noyée dans la maçonnerie d'un bâtiment que ces Pères faisaient construire dans leur jardin ; au dire de Luto « plusieurs de ceux qui ont vu ce précieux monument l'ont assuré que l'année de l'empire, de la puissance tribunitienne et du consulat de Septime Sévère y étaient marqués, avec le nom de l'impératrice, son épouse, Julia Domna ».
Ce fut surtout sous les empereurs gaulois que la ville gagna en importance. A la faveur du désordre qui régnait dans l'empire, les barbares ne se contentaient plus de menacer les frontières, ils débarquaient sur le littoral. L'empereur Posthume (258-268) assuma la lourde tâche de rejeter les pirates dans les flots qui les avaient apportés. Le musée de Boulogne possède plus d'une centaine de médailles à l'effigie de cet empereur et de ce nombre 7 grands bronzes, 3 moyens bronzes et 3 petits. Après lui, Maximien écrase les Bagaudes, soumet la Belgique et charge le Ménapien Carausius de venir à bout de la piraterie (286).
Celui-ci établit sa résidence à Boulogne et employa une tactique nouvelle ; laissant les pirates débarquer et s'encombrer de butin, il se jetait alors sur eux et les jetait à la mer, s'emparait de leurs prises qu'il gardait pour lui : ut transeuntes cum praeda exciperet alquc hac se occasione ditaret. Maximien n'y trouvait pas son compte et le condamna à mort ; là-dessus Carausius emmena sa flotte à la conquête de la Bretagne et conserva Gesoriacum sous son pouvoir. Ce fut, pour la ville, des années de tranquillité (287-293). Sur les revers des médailles de cet empereur on ne lit que des légendes prometteuses : Pax Augusli, Temporum felicitas, Saeculi felicitas, Securilas orbis, Fortuna redux, Uberilas Augusli ; malheureusement cette idylle prit fin par un assassinat et une usurpation. Allectus n'en jouit pas longtemps.
Constance Chlore devenu césar se transporta de Trêves, sa résidence, devant Boulogne (294 ou 295). Il trouva la ville entourée de fortifications, Gesoriacensibus muris, élevées jadis à la hâte, mais néanmoins d'une solidité à l'épreuve des coups et des siècles. Ces fortifications, qui ne sont pas plus anciennes que les empereurs gaulois, apparurent lors des travaux de percement de la passerelle de la Porte-Neuve. La première assise atteignait 1 m. 70 d'épaisseur et se composait de gros galets ronds et de pierres de mer, noyés dans un massif d'argile bleue. Sur cette base, on avait entassé, en grande hâte, de grosses pierres arrachées à d'anciens monuments. Posés au hasard sur deux rangs, se rencontraient d'énormes cubes, creusés de leurs mortaises, les unes en queue d'aronde, les autres à bords parallèles qui avaient reçu jadis des coulées de plomb.
Toutes ces pierres étaient juxtaposées, sans aucun mortier, un peu d'argile bouchait les intervalles. Ce travail mesurait 6 mètres d'épaisseur et 1 m. 50 de hauteur maxima vers l'extérieur, la face interne était un peu moins élevée. Au-dessus de cette barricade, maçonné avec un ciment extrêmement dur, contenant de menus fragments de briques écrasés, s'élevait le mur dont il ne reste plus que 5 mètres de hauteur, formé de galets et de pierres de mer mêlés de quelques fragments de la roche du fond de la tranchée.
Constance Chlore rendit le port inaccessible aux navires invium navibus, le bassin intérieur formant le port : omnem sinum illum portus. Nonobstant la marée, on ficha des pieux dans la passe et l'on y entassa des rochers, deflxis in aditu trabibus et ingestis saxis. La garnison d'Allectus fut contrainte à capituler et presque aussitôt une tempête furieuse vint tout détruire, enfoncer le barrage et rouvrir le port. Oestus XVII. La ville-haute ou castrum. — Un résumé, fait de main de maître, suffira à reconstituer une petite partie de la cité antique.
On a rencontré les vestiges des remparts romains non seulement dans la passerelle de la Porte-Neuve ou Porte Flamengue, mais aussi dans les guichets ouverts à travers les deux tours de la Porte des Dunes, et on peut en apercevoir la couche supérieure dans l'angle de la muraille au-dessus de la rue des Pipots. D'après cela on a la certitude que, si les fronts nord-ouest et nord-est de la haute-ville correspondent aux faces du vieux castrum, le reste de l'enceinte antique a disparu lors des remaniements exécutés par Philippe irruperil, lota que illa, quoud mus fuit, invicta /luclibus actes arborum, veluti siyno dalo et perarla statione, pilapsa s/7...
Les empereurs font à Boulogne de fréquents séjours, dont il nous reste un témoin, le médaillon frappé à l'honneur d'une expédition de Constant en Bretagne en 343. Julien, à peine proclamé auguste par ses légions (3K0), envoie un agent à Boulogne pour surveiller les communications par mer, Constantin III s'établit quel que temps à Boulogne (408). Une ville qui jouit de cette importance ne peut être négligée par les barbares contre lesquels elle réussit à se défendre et, même, tient en respect Attila qui ne peut rien faire de plus que de saccager la banlieue.
L'archéologie de Boulogne romain réclamerait tout un volume, il faut se borner ici à un bref résumé ; ce qui a été épargné est peu apparent et il est impossible de s'engager ici dans le récit des fouilles. Ce récit existe et il est exact et minutieux ainsi qu'il convient ; on le trouvera dans I. Hatgaeré, Dictionnaire historique et archéologique du département du Pas-de-Calais.
Hurepel, au xmc siècle. Le front sud-est se trouvait à quelques mètres en dehors de la muraille du Moyen Age, et le front sud-ouest fort près du ravin qui se précipite vers la Liane (fig. 10483).
La Porte-Neuve ou Flamengue, que nous venons de nommer, correspond à l'axe principal de la ville antique. La rue de Lille est l'ancienne via decumana. A droite, dans le premier quartier, un vaste édifice religieux, 20 m. x 10 m., parallèle au rempart, est enfoui sous la crypte basse de la cathédrale. Les murs reposaient, dit l'abbé Haigncré, sur une fondation en pierres brutes, maçonnée de terre et ils avaient encore à 1 m. 40 sur 2 mètres de base et 1 m. 20 d'épaisseur au sommet. Ils étaient construits en pierres communes recueillies sur le rivage et reliées entre elles par d'épaisses couches de ciment rougeâtre et n'offraient aucun indice d'appareil régulier. Aux quatre encoignures on avait fait usage de grosses pierres de Marquise, taillées avec soin, atteignant parfois plus d'un mètre de côté et reliées à l'aide de mortaises à queue d'aronde. De très larges pierres taillées gisaient au centre de la construction et un trottoir de 2 mètres de large régnait sur le pourtour, bordé de dalles en calcaire de Marquise, creusées en caniveaux pour l'écoulement des eaux du toit. L'entrée se trouvait sur la face nord-est, qui n'offrait aucune trace de muraille.
Parmi les ruines, encombrées de tuiles, de plaques de ciment, etc., gisaient un beau chapiteau d'ordre dorique dont le coussinet a été taillé en couronne de feuilles d'acanthe, et le tailloir enjolivé de postes et d'oves. Il fait corps avec un tronçon de fût couvert de feuilles de chêne imbriquées, sur chacune desquelles repose un gland. (Voir Dictionn., t. m, col. 465, fig. 2520.) Ce chapiteau conservé dans la crypte a ses analogues dans un certain nombre de musées lapidaires, à Rouen, à Néris, à Sens. Il se pourrait que la décoration ait été limitée à la partie supérieure du fût, car on a trouvé, avec ce chapiteau, un autre fragment de fût lisse, du même diamètre, adhérant à une base attique. Un fragment de frise du même style a été trouvé avec ce chapiteau.
C'est à la construction des remparts du castrum qu'appartient l'inscription de Corio, fils de Javus, entrepreneur (voir ci-dessus, col. 1603). Les terrains situés sous la porte des Degrés ont rendu un fragment de fût de grosse colonne couvert de pampres sculptés qui a disparu. C'est là une ornementation de basse époque qu'on rencontre à Constantinople et dans l'Afrique du Nord, du ive au VIe. De basse époque également sont les deux tronçons d'entablement à modillons trouvés dans la porte des Dunes et conservés au musée de Boulogne, c'est un travail de décadence, on y voit du travail en méplat, signe de décadence. Tout ceci offre un certain intérêt parce qu'on a tout lieu de croire que ces débris ont servi comme matériaux de remploi dans la première cathédrale.
Dans le second quartier, à droite, au delà de l'ancienne via quintana on a signalé un grand balneum qui longeait la voie au delà du parvis Notre-Dame. Plus loin, mais à gauche, à 1 mètre en avant de la façade du n. 2 de la rue de Lille, deux gros piliers carrés en pierre de Marquise, découverts en 1882, marquaient l'entrée d'un établissement important, très probablement religieux, qui devint plus tard Saint-Wulmer.
Dans les caves du n. 26 de la rue Saint-Martin on a trouvé de fortes murailles, là où, en juillet 1724, Scatté de Velinghen signalait quelques peintures. D'autres vestiges de constructions romaines, beaucoup moins importants ont été rencontrés dans la haute-ville.
Au castrum se rattachait directement une seconde enceinte qui couvrait une partie de la ville basse et du port. E.-T. Hamy en a reconnu, rue du Collège, le mur occidental qui court presque parallèlement à la Grande-Rue, à 4 ou 5 mètres en arrière des façades des maisons qui portent les numéros pairs.
Le mur oriental, appelé jadis mur sarrasin, s'amorçait au castrum un peu au delà de la porte des Degrés et descendait tout droit sur l'ancienne chapelle protestante St John's Church. Ces deux murailles interceptaient un vaste espace de forme trapézoïdale où se trouvaient, notamment, les arènes dont d'énormes maçonneries et plusieurs pierres sculptées semblent représenter les restes dans les terrains au-dessous de la porte des Degrés, désignés au Moyen Age sous le nom de Sablon Notre-Dame.
Entre ces deux enceintes et la mer, du côté de l'Ouest, on ne voyait que des tombes aux adossées au coteau des Tintelleries, la tour ou phare de Caligula, un temple de Mithra, profondément enfoui sous l'ancien passage d'Herlen 8. Les classiarii d'origine orientale ou illyrienne avaient importé le culte mithriaque en ces lieux qui s'y prêtaient par la présence d'un petit ruisseau qui descend de la cour Duval vers la rue Thiers. A plus de 8 mètres de profondeur on découvrit deux statues de pierre de Marquise de 0 m. 57 de hauteur, génies lampadophores d'un autel mithriaque4. Des maçonneries romaines et des tuiles à rebords, trouvées au même niveau, représentaient ce qui restait de cette installation.
Dès 1837, Arcisse de Caumont 6 reconnaissait l'existence du tracé gallo-romain et les découvertes d'inscriptions et de sculptures sont venues confirmer son observation à chaque fouille, notamment entre la Porte des Dunes et la Porte-Neuve. Les remparts de la haute-ville forment un rectangle de 100 mètres sur 325 ; les tours cylindriques flanquaient et commandaient les courtines, d'autres plus importantes protégeaient trois angles du rectangle, le château occupant le quatrième. Au centre de chaque côté s'ouvrait une porte flanquée de tours donnant accès aux quatre grandes rues qui aboutissent au marché.
XVIII. La via solemnis vers Lyon. — En remontant la rivière, le faubourg de Bréquerecque apparaît couvert de débris romains. Ce sont des constructions d'une certaine importance 6, où on a cru reconnaître les restes d'un temple d'Esculape et un réservoir avec plateforme ayant servi à une usine, ruinée peut-être lors du siège de 293. C'est un petit portique d'ordre dorique rencontré dans la cour du n. 17 de la rue Bréquerecque, vers la fin de 1861. C'est la route d'Agrippa venant d'Amiens, via Solemnis, qui entre sur le territoire de Boulogne par la Madeleine et l'Abattoir et traverse le Franc-Marché en se rapprochant tout doucement de la rue de Bréquerecque qu'elle rejoint au carrefour de la Porte Gayole, pour gravir, en suivant cette dernière voie, le coteau du castrum. Cette route est bordée sur tout son parcours par des centaines de tombes du ier au Ve, depuis le luxueux tombeau du triérarque Arénius Verecundus ' jusqu'aux modestes cercueils en grosses planches reliées par de longs clous en fer. On a, en effet, recueilli tout le long de la voie des centaines d'objets entrés depuis au musée de la ville : vases de verre, de terre, fibules, bracelets, anneaux, colliers 8, etc.
D'autres tombes encore sont proches de la route romaine, vers le sentier de la Porte Gayole et le long du chemin Huguet. Mais le voisinage immédiat de la voie est occupé à ce niveau par des constructions variées 9 : maisons avec hypocauste, réservoirs en ciment, cuisine, etc., où sont accumulées, des deux côtés, les terres cuites à l'estampille CL-BR dont la présence semble indiquer que là se trouvaient les bâtiments de la flotte.
Tout près de la Porte Gayole, la via Solemnis vient se souder avec l'autre grande voie partie de Thérouanne et descend en droite ligne par Dringhen vers le castrum. C'est entre ces deux voies que les sépultures antiques sont les plus nombreuses et les plus serrées. Le coteau tout entier a servi de cimetière pendant des siècles et son nom de Vieil-Atre a gardé le souvenir de cette ancienne destination.
Le quartier de Bréquerecque était habité par une nombreuse population commerçante, à proximité du port de commerce distinct et du port militaire dont l'emplacement a été suffisamment déterminé par la trouvaille, à quelques mètres au nord de la rue Nationale, de grosses pierres usées par le frottement des cordages virés par les treuils et les cabestans. Ce port pouvait mesurer environ 400 mètres de long sur 225 de large, soit 9 hectares de superficie environ. L'accès n'en devait pas être des plus faciles car les ornières creusées par les roues des chariots présentent un écartement de 1 m. 20, ce qui restreignait fort la circulation. La via Solemnis ne s'arrêtait pas là, elle traversait la rue des Pipots, s'approchait de la Grande-Rue, derrière la chapelle du musée et aboutissait au port militaire.
XIX. Le cimetière de Vieil-Atre. — Dès le XVIe, on a constaté l'existence de sépultures antiques sur le plateau qui s'étend à l'est de Gesoriacum, le contourne en quart de cercle, en s'abaissant graduellement après avoir suivi la croupe du val de Saint-Martin pour aboutir aux bords de la Liane dans le faubourg de Bréquerecque. Cette nécropole mesure 2 kilomètres de développement et a attiré l'attention de Le Quien, Luto, Malbrancq, dom Grenier, etc., qui ont raconté dans quelles circonstances les sépultures furent mises au jour sur divers points depuis le voisinage de la Fontaine de Fer et les abords de la Porte-Neuve jusqu'aux environs de l'ancienne maladrerie. C'est à la date de 1083 qu'on trouve consignées les premières découvertes archéologiques ', elles furent fortuites et le récit n'en peut trouver place ici, mais il suffit de rappeler la disparition de la paroisse Saint-Martin extra muros vers le milieu du XVIe. L'emplacement de son cimetière est clairement indiqué par Luto ; il s'étendait sur une partie des terrains situés entre l'actuel boulevard des Marronniers et la route de Saint-Omer ; même après qu'il eût été désaffecté il continua à porter le nom de Le Vieil Cimetière. C'est de l'autre côté du château, vers le Sud-Est, que se trouvent les terrains désignés sous le nom de Le Vieil-Aire, par allusion aux sépultures antiques. Cette dernière nécropole a été explorée deux fois avec esprit de suite, de 1869 à 1872 par l'abbé D. Haigneré ; en 1888 par le fouilleur professionnel Lelaurain qui a vendu au plus offrant la plupart de ses trouvailles dont V.-J. Vaillant eut le temps de surveiller l'exhumation et de consigner les résultats dans son Épigraphie de la Morinie* qui est la meilleure monographie du cimetière. Enfin en 1893-1895, E.-T. Hamy a fait de fructueuses et méthodiques recherches dont voici une description sommaire.
« J'ai, disait-il, retrouvé le Vieil-Aire lui-même, large bûcher où des générations de morts ont été incinérées et il m'a été donné de pouvoir isoler jusqu'à trois enceintes de forme quadrilatère, des ne et ine siècles, ayant probablement appartenu à des collèges funéraires particuliers. L'ancien sol commence à 1 m. 10 ou 1 m. 80 de profondeur, mais les débris romains se montrent dès 1 m. 50, sous la terre noire, puis jaunâtre accumulée depuis seize siècles. Des restes de petits chemins empierrés, dont les matériaux sont mêlés de fragments caractéristiques, tuiles à rebords, vases cassés rouges, gris ou noirs, témoignent à ce niveau d'une fréquentation prolongée. Le dépôt funéraire descend parfois jusqu'à 3 m. 50 où l'on atteint le sol primitif, formé de roches inégales et de sables ferrugineux.
« Quelques vestiges de la période néolithique gisant sous la couche romaine et Voila gauloise, usitée comme urne cinéraire et qu'accompagne souvent la lampe des funérailles romaines, vient donner une idée de la bourgade primitive où les premiers soldats de Claude coudoyaient les Morins de Gesoriac.
« Les incinérations romaines du fond de nos tranchées, parfois intactes, et parfois bousculées par des remaniements postérieurs, vont de Claude à Antonin le Pieux. » Tout cet ensemble est païen, et malgré l'intérêt qui s'y attache, ne doit pas nous retenir, car il ne faut s'attendre à rencontrer rien de chrétien dans les tombes à incinération. A la période suivante et qui déjà se rapproche de celle qui fait l'objet de nos études, ce sont des inhumations populaires : squelettes fort mal conservés dans des bières diversement orientées et rarement accompagnés de mauvaises poteries. Au cours des fouilles vénales de 1888-1889, V.-J. Vaillant qui surveilla les opérations avec une scrupuleuse et infatigable attention, a signalé la présence de caveaux en maçonnerie, de cercueils de plomb et de bois, etc., et d'une quantité d'objets plus ou moins précieux en or, argent, bronze, étain, fer, verre, ardoise, ivoire, ambre, jayet, coquille, etc.
On a trouvé jadis des inhumations jusqu'aux portes de la ville, Luto y rencontra dans une tombe un verre, un poignard, un anneau et une soixantaine de monnaies à l'effigie des deux Tétricus 3. Une partie seulement des innombrables antiquités recueillies dans ces nécropoles a pu échapper à la dispersion. Au début du XXe, le musée municipal comptait 5 200 objets gallo-romains, formant une des collections les plus riches de la France septentrionale.
XX. Introduction du christianisme. — On n'en sait absolument rien avant la fin du IIIe, mais on a la ressource d'insinuer que les légionnaires romains et les marins de la flotte initiés au christianisme avaient fait connaître et même implanté le christianisme dans cette Morinie qu'ils traversaient et dans laquelle ils séjournaient ; cela n'est pas impossible mais demeure conjectural. Cet apostolat par les militaires, dont on abuse un peu trop de nos jours pour suppléer à l'absence de missionnaires connus, ne peut se réclamer d'un seul texte et il n'est pas superflu de faire observer que s'il s'est réellement produit, il n'a pas laissé de souvenirs. En effet, si on parcourt l'abondante littérature légendaire à partir du vie jusqu'au XIe, on y cherchera à peu près en vain, croyons-nous, une allusion à cet apostolat anonyme qui aurait précédé celui des prédicateurs qui n'ont qu'à se montrer pour convertir des foules compactes et des pays entiers. Autre constatation non moins remarquable, les hagiographes mérovingiens et leurs successeurs ne paraissent pas s'être avisés d'aller chercher ces convertisseurs irrésistibles dans les rangs de l'armée ou parmi les équipages de la flotte. La raison en pourrait être que la part prise par celles-ci à l'évangélisation avait été tellement silencieuse qu'on en avait perdu jusqu'au souvenir. Il parait donc aventureux de dire que les missionnaires qui ont évangélisé la Bretagne au VIe se sont certainement embarqués à Boulogne, où a dû se trouver le premier établissement chrétien de ces régions. Le prétendu message d'un roi breton nommé Iucius adressé au pape Éleuthère pour lui demander le baptême nous reporterait, il est vrai, à un pontificat qui dura de 171 à 189. mais cette lettre porte fausse signature et fausse adresse. Le roi Lucius ici nommé n'est ni anglais ni breton, il n'est autre que Lucius Aelius Septimius Megas Abgarus, en deux mots Abgar IX. roi d'Édesse, et la forme Brittanio désigne la forteresse de Birtha, qui n'est autre que la ville d'Édesse * (voir Dictionn., t. iv, à ce nom). Voici donc le premier établissement de missions établi à Boulogne au IIe un peu compromis. Il est vrai que vers l'an 196, saint Irénée parle d'Églises fondées en Occident jusque chez les Celtes 2 et Tertullien, vers 200-206, a entendu parler d'une évangélisation lointaine qui dépasse la ligne d'avant-garde de l'armée d'occupation de la Bretagne 3. Même en prenant ces affirmations comme historiquement fondées, on a quelque peine à en conclure que les fondateurs de ces postes avancés du christianisme aient eu quelque rapport avec Boulogne.
Le premier indice d'une évangélisation se rencontre dans la passion des saints Fuscien, Victoric et Gentien, dont on peut retenir les noms à défaut de tout le reste où, d'ailleurs, il n'est pas fait mention de Boulogne. Ce qu'on est en droit de supposer — et à défaut de l'hagiographie, la topographie aurait suffi à nous l'apprendre — c'est que l'évangélisation de la Morinie s'est faite suivant la route d'Amiens à Boulogne. Pendant tout le IVe tout ce que nous savons du christianisme à Boulogne, réserve faite des récits légendaires, se réduit à très peu de chose et on ne peut retenir que le nom de saint Victrice, évêque de Rouen.
Celui-ci, en effet, ne borna pas son zèle aux limites de sa ville épiscopale et des campagnes environnantes. La région qu'il évangélisa comprenait le Boulonnais, la Morinie, l'Artois pour sa partie flamande, la Flandre occidentale formant le pays des Morini ; le Brabant, le Hainaut, Bavai formant le pays des Nervii. On sait que dans ces pays existaient alors Thérouanne, Boulogne, Cassel, Werwicq, Escaupont, Bavai, Tournai, Cambrai, Wandrez, Étrœung. Les prédications de Victrice y obtinrent un certain succès puisqu'au dire de saint Paulin de Nole on y vit non seulement dans les villes, mais encore dans les îles et dans les forêts, de véritables monastères : Ubi quondam déserta silvarum ac littorum parlier intuta advenae barbari aut latrones incolae frequenlabant, nunc venerabiles et angelici sanctorum chori urbes, oppida, silvas, ecclesiis et monasteriis plèbe numerosis, pace consonis, célébrant. Ainsi donc, en 398, « les villes, les bourgs, les îles, les forêts sont peuplées par des chœurs vénérables et angéliques et saintes gens qui, dans les églises et les monastères remplis de fidèles, chantent de concert l'hymne de paix. » Ramené aux proportions de l'histoire, ce récit d'un pieux gascon (voir Dictionn., t. xn, col. 1443-1454) laisse entrevoir quelques établissements disséminés où des communautés chantent la liturgie avec les clercs chargés du service divin.
Peut-on induire de là l'existence d'un évêché à Boulogne au IVe ? Tout ce qu'on est en mesure de dire c'est que l'existence d'un évêché, au ive ou au Ve, est établie par des textes certains pour toutes les cités romaines de la Gaule, à la seule exception de la civitas Bononiensium pour laquelle les textes manquent. Que cette exception, qui n'est pas absolument unique, soit bien peu probable, il n'importe, car il n'est pas question de probabilités mais de réalités. Il a pu exister des groupements de cités romaines deux par deux pour former des diocèses épiscopaux, ce fut le cas plus tard pour Arras et Cambrai ainsi que pour Boulogne et Thérouanne ; on n'est pas en mesure de dire qu'il n'en fut pas ainsi dès le IVe.
Ceci ne veut rien dire de plus sinon qu'il a pu exister un titre épiscopal à Boulogne à la fin du IVe avec résidence à Thérouanne, centre administratif des deux évêchés conjoints et cette explication respecte la vraisemblance que tous les chefs-lieux des cités cataloguées dans la « Notice des Gaules » étaient devenues sièges épiscopaux au début du Ve. Quant à l'omission du nom d'un évêque de Boulogne au concile d'Orléans tenu en 511, nous avons déjà fait observer qu'elle s'accorde avec l'omission du nom d'un évêque de Thérouanne à ce même concile (voir Dictionn., t. vi, col. 420), ce qui tendrait à confirmer la conjecture de l'union de ces deux sièges sous un seul titulaire. L'argument qu'on a fait valoir au point de vue archéologique est contestable. Que l'église chrétienne, qui fut élevée au IVe, l'ait été sur l'emplacement et avec les matériaux d'un temple païen cela s'est vu dans un très grand nombre de villes de l'empire et il ne s'ensuit pas que cette église ait été un titre épiscopal dès sa fondation ; les débris qu'on peut conserver dans la crypte actuelle de l'église Notre-Dame peuvent provenir d'un édifice sacré ou profane sans qu'il soit possible d'en décider. Il se peut que l'église en question ait « tous les caractères d'une vieille cathédrale et que son abside soit adossée aux remparts comme celle des plus anciennes églises ». Une fois encore il ne s'ensuit pas que cette église ait été dès le moment de sa construction un titre épiscopal. Quant au baptistère isolé de l'église, on ne peut en conclure à la présence d'un évêque sur place ; il fallait nécessairement un baptistère lorsqu'on procédait au baptême des catéchumènes, même si le titulaire venait de Thérouanne. Sur la date de cet édifice, démoli au XVIe, on ne peut risquer que des conjectures.
Quoi qu'il en soit de cette question d'un titre épiscopal à Boulogne au IVe, il est permis de croire que, à la suite de l'invasion de 406, son existence dut être gravement compromise sinon menacée. C'est pendant le cours du IVe qu'on a réussi à glaner de rares événements. La naissance de saint Patrice, apôtre de l'Irlande, doit, croyons-nous, être maintenue dans l'île de Bretagne, quoi qu'on en ait pu dire en faveur de Boulogne. Le voyage de saint Germain d'Auxerre et saint Loup en Bretagne a pu les conduire à Boulogne pour s'y embarquer. Ensuite le silence enveloppe la ville et l'Église pendant un siècle et demi, jusqu'au premier quart du VIe.
Nous hésitons à accorder même une mention à un apostolat de Maxime de Riez traversant au galop toute la France pour s'arrêter et mourir à Vismes, en Boulonnais, en 480. d'un rieu de la fontaine du lacq jçien avec leurs tenants et aboutissants et il paraît incontestable qu'il s'agit du plateau situé aux environs du cimetière actuel de l'Ouest, au sud-ouest du sentier de Dringhen ; la mention faite du presbytère de Saint-Martin et de son Crocq servirait de preuve, au besoin. Ce presbytère attenait à la vieille église paroissiale de Saint-Martin-lès-Boulogne qui fut complètement détruite pendant le siège par les Anglais et transférée depuis in pago Dainguehen là même où s'élève l'église qui l'a remplacée.
Les bouleversements subis par les terrains du Vieil-Aire pendant ce siège et sous Louis XIV, depuis lors par la culture maraîchère, ont tout aplani, effacé les reliefs trop marquants et interdit l'identification assurée des reliefs désignés par les terriers de Saint-Wulmer ; cependant les fouilles de 1888 permirent à V.-J. Vaillant quelques observations.
Tout le plateau est plein de sources : à Maquétra, à Saint-Martin, sur la grande route, dans les maisons, l'eau abonde, partout de petites nappes souterraines emprisonnées par des puits, par des rigoles qui les dirigent sur des points déterminés ainsi qu'en témoignent les tuyaux de drainage et de canalisation. Près de là et toujours dans la même abondance d'eau qui filtre, suinte, sourd et ruisselle, une sorte de fondrière de forme allongée mesurant environ 30 et 50 mètres dans ses deux axes et aboutit à un petit talus raviné ou couloir boueux, où fut trouvé le cippe des petits enfants de Domitianus.
Non loin de l'extrémité opposée de cette dépression qui offrait les caractères d'un fond de mare dans laquelle les eaux auraient été assez tranquilles pour y déposer une couche épaisse de limon vaseux et tourbeux se trouvait la tombe contenant la coupe ou patène eucharistique et une autre qui donna la bouteille portant la devise : Utere felix Z. Là abondaient les sépultures de pierre, sarcophages monolithes, cuves maçonnées, caveaux en pierre brute, c'est-à-dire tous les modes d'inhumation préférés et pratiqués par les chrétiens. Toutes ces tombes ayant été violées à une époque ancienne on n'en peut rien dire que de conjectural.
Mais où se trouvaient le Lacq chrestien dont parle Jehan Leest, la source et le lit du ruisseau alimentant le réservoir dont le nom survécut à son utilisation' ? On n'a pu le retrouver, mais il reste certain que dans l'enceinte du Vieil-Aire, désigné clairement par les terriers, sur un point facile à désigner, des tombes chrétiennes, des emblèmes, des monnaies ont attesté le voisinage immédiat d'une dépression de terrain à laquelle convient l'indication inscrite dans les registres de Saint-Wulmer. Quand l'abbé Jehan Leest nous dit avoir « fait et renouvelé » le terrier, il se conformait donc à des textes antérieurs qui enregistraient une tradition orale, celle de ce Lacq chrestien, bassin ou réservoir et sans doute baptistère de Gesoriacum situé à proximité de l'église et du cimetière. On croit pouvoir reconnaître dans ce Lacq le lacus synonyme de baptisterium, qui évoque ici la cuve par immersion dans laquelle les premiers chrétiens boulonnais furent immergés vers la fin du IVe.
« Qu'il s'agît d'une simple fosse séparant le cimetière du bassin affecté au baptême, ou de l'un et de l'autre, ou de quelques groupes isolés de tombes chrétiennes auxquels on aurait appliqué et conservé le nom de basse latinité lacus, l'emplacement de ce Lacq chrestien paraît difficile à préciser. Prenez le sentier de Dringhen ; allez jusqu'à la grille qui s'ouvre à votre droite dans le nouveau cimetière des concessions temporaires, là, faites face au Sud. Devant vous, par delà le cimetière et les jardins potagers, s'élèvent les hauteurs qui portent Saint-Étienne et Outreau ; vous distinguez l'église de Saint-Étienne dans le Sud-Sud-Ouest et presque dans l'alignement de l'église, à une centaine de mètres de la grille, se trouve un puits à toit conique, en motte de beurre. Plus à droite dans les mêmes terrains, à une centaine de mètres, en tirant vers le Sud-Ouest, autre puits ; au loin, à sa gauche, l'église Saint-Étienne, à droite la tour du Renard. La position du Lacq chrestien est délimitée par un triangle circonscrit par trois lignes, dont la lre, partant de la grille d'entrée du cimetière, traverse le puits en motte de beurre et se prolonge vers l'église de Saint-Étienne ; la 2e relie ce puits à l'autre puits désigné par ses deux montants maçonnés, et la 3e partant de l'angle de la pâture des Ursulines, traversant le cimetière, vient passer à une vingtaine de mètres en aval du deuxième puits.
« Les renseignements manuscrits ou imprimés sont rares, V.-J. Vaillant n'en a trouvé de décisifs que dans deux plans conservés à la bibliothèque de la ville et dans l'Essai de J.-F. Henry.
« Le grand plan, dit le plan rouge de 1760 (carton 1, n. 4) indique notre ruisselet exactement au point qui vient d'être décrit. Il a sa source dans une pièce de terre alors en culture, et son lit trace une sorte de bissectrice à l'angle des deux haies qui lui servent de clôture à sa pointe sud-ouest ; sa direction semble être du Nord-Est au Sud-Ouest, autant qu'on en peut juger sur les quelques mètres de son parcours qui sont marqués entre la source et l'encadrement.
« Le plan minute de la ville et du port de Boulogne (au XVIIe) (carton 1, n. 4) le figure également à la place désignée ci-dessus.
« L'historien J.-F. Henry a dressé trois plans de Boulogne sous la domination des Romains, en 1550 et au commencement du XVIIe ; tous les trois montrent le ruisselet naissant dans le Vieil-Aire, coulant du Nord-Est au Sud-Ouest et tombant dans le ruisseau du val Saint-Martin ; ils ont, vraisemblablement été dressés d'après d'autres plans anciens et non pas d'après ses relevés personnels. Bien que ses renseignements ne possèdent pas l'autorité de ses observations directes, ils trouvent une puissante confirmation dans leur concordance avec les deux plans de la bibliothèque de la ville et V.-J. Vaillant leur reconnaît une grande vraisemblance, parce qu'ils s'accordent avec les conclusions auxquelles, avant de les consulter, lui-même était arrivé à la suite de l'étude des terrains du Vieil-Aire et de la rive droite du val Saint-Martin.
« Un dernier élément de contrôle fait presque entièrement défaut par suite du nivellement de la seconde enceinte en 1690 ; les ruelles mentionnées dans le terrier de Jehan Leest ont disparu ne laissant de tronçons reconnaissables que dans les alentours du sentier de la Porte Gayole. A son extrémité la plus rapprochée de la ville actuelle se trouvait la ruelle qui mène de la porte de la Gaiolle au bourg et sur laquelle venait se souder la rue de l'arcq ypien qui mène à le gresve ; elle contournait ou traversait quelques-uns des ouvrages extérieurs de la place, vers le Fonds-Notre-Dame, laissant à droite le tour du Cuinq qui est la tour Françoise, et descendait jusqu'aux bords de la Liane qu'elle atteignait vers la Porte-Royale, non loin du Sablon Notre-Dame, de la communette de Lisbourne et de sa fontaine.
XXII. Du ive au VIe. — La nouvelle division administrative de l'empire détacha la civitas Bononiensium de la civitas Morinorum et l'importance de Bononia ne fit désormais que grandir. Un passage d'Eutrope (IX, xxi) nous apprend que cum apud Bononiam per tractum Belgicae et Armoricae pacandum mare accepisset [Carausius] quod Franci et Saxones infestabant ; ainsi les pirates francs et saxons s'étaient montrés sur le littoral de la Morinie bien avant Carausius, mais ils reparurent plus redoutables à la fin du IVe : Erupil Saxonum multitudo et Oceani difficultatibus permeatis romanum limitem gradu petebat inlenlo ; en sorte qu'on fut contraint de constituer de grands commandements militaires le long de l'Océan. Le commandant de la Belgique IIe avait sous ses ordres trois corps de troupes : 1° un détachement de cavaliers dalmates à Marci (Marquise ?) ; 2° une colonne de Nerviens à Epatiacus (Étaples ?) ; 3° une flottille à l'embouchure de la Somme. Peut-être la classis britannica demeurait-elle dans la dépendance des légions de Bretagne. En 406, Arras, Thérouanne, Amiens tombèrent au pouvoir des barbares, on ignore si Bononia partagea leur sort, mais en 407 un usurpateur breton nommé Constantin III débarqua à Boulogne et réussit à se faire reconnaître par les troupes restées en Gaule et, avec leur concours, réussit à repousser les Vandales qui allèrent droit devant eux jusqu'en Espagne, puis en Afrique. Ces événements entraînèrent une conséquence inespérée : la Bretagne, reconnue indépendante par Honorius, perdit ses garnisons et redevint indépendante. La classis britannica n'avait plus, à Boulogne, sa raison d'exister et, désormais, on ne signale dans ce port qu'un passage de troupes, en 421, envoyées en aide aux Bretons contre les agressions répétées des Pictes et des Scots. En 446, Aetius conduisit une autre expédition en Bretagne, mais on ne peut dire si le point d'embarquement fut l'embouchure de la Liane ou celle de la Somme.
Le premier roi connu des Francs, Clodion, habitait vers l'an 440 le pays des Thuringes et résidait à Dispargum ; quelques années plus tard on le retrouve très à l'ouest de ce point de départ, ayant rencontré et battu une armée romaine et s'étant rendu maître de Tournai, Cambrai, Arras, Thérouanne et de tout le pays situé au nord de la Somme. Le sort de Bononia était fixé ; si la ville échappa à Attila elle ne put tarder bien longtemps à être soumise à Mérovée pour être, dans la suite, rattachée au royaume de Soissons, puis au duché de Dentelin.
On ne peut dire quelle est la tribu franque qui s'établit, au Ve, chez les Morini ; tout ce qu'on sait c'est que le pays fit successivement partie du royaume de Soissons et du royaume de Neustrie jusqu'au règne de Dagobert. Ces circonstances ne permettent pas de préjuger si Boulogne conserva sa constitution municipale romaine ; ce qu'on sait se réduit à l'indication suivante : en 940, Boulogne possède des primores civitatis. Les Francs avaient peu de goût pour l'existence urbaine, ils préféraient l'existence rurale. Nous dirons plus loin qu'on a pu retrouver dans le Boulonnais et dans un rayon de vingt kilomètres autour de Boulogne seize ou dix-sept cimetières barbares. Il y a là un indice notable en ce que les emplacements choisis offrent cette particularité que chacun d'eux se trouve en un point stratégique, à la croisée des routes, au passage des ponts. Ainsi s'exerçait la domination franque : les Francs se contentaient de lever des contributions sur les convois de marchandises, sans se mêler du gouvernement des villes ; c'étaient des coupeurs de bourses. De temps en temps, tous ces petits clans se réunissaient à la voix d'un chef pour tenter une expédition, dont ils revenaient le plus souvent chargés de butin. Une fois par an, ils se rendaient aux assemblées où les grandes guerres étaient décidées.
XXIII. Du vne au IXe. — -Le fait que cette ville et cette église de Boulogne englouties, semble-t-il, dans un tel silence ont subsisté et reçu un titulaire du siège épiscopal en la personne de saint Orner, permet de croire que ce siège existait depuis assez longtemps pour qu'on sentît l'obligation de le faire revivre. On a pu relever un signe de christianisme sur une monnaie frappée à Boulogne au VIe ', malheureusement ce nom n'a été lu sur aucune monnaie d'Église épiscopale de l'époque mérovingienne (voir Dictionn., t. xi, col. 2313). Autre indice : en 606, le corps d'un naufragé, Pierre, compagnon de l'évêque de Cantorbéry, fut enterré à Boulogne dans une église2. Vers 629, Audomarus, moine de Luxeuil, devint episcopus Morinensis et cet Orner est désigné par un hagiographe 3 et par un chroniqueur 4 comme episcopus Bononiae et Terruanensis oppidi pastor laudabilis. L'union des deux sièges ne fait aucun doute à cette date. L'évêque établit pendant quelque temps sa résidence à Boulogne où il trouva une population chrétienne et, dans le castrum, une église érigée en l'honneur et dédiée à la vierge Marie ; là reposait le corps de l'abbé naufragé. Cette église était desservie par des chanoines avec qui l'évêque Orner célébra la vigile nocturne, le lendemain il célébra la messe, imposa les mains et prêcha. Ces détails révèlent un fonctionnement régulier du culte chrétien. A peine les Irlandais ont-ils appris que le siège de Boulogne est confié à un moine de la fondation de Luxeuil (voir Dictionn., t. ix, à ce nom), on les voit accourir, réclamant leur part dans l'apostolat. Ainsi qu'il leur arrive parfois, leur concours n'est pas généralement un gage de paix. Invariablement conduits par les anges, ils apaisent sur mer des tempêtes et, sur terre, soulèvent des ouragans dont ils sont victimes. Un premier groupe, composé de Killian, Bauric et Wulgan, fait merveille et disparait en approchant de Thérouanne ; un deuxième groupe, composé de Lugle et Luglien, redoutant la renommée que lui vaut ses miracles, disparaît brusquement et périt assassiné. L'un de leurs compatriotes, Silvain 5, leur succède et les éclipse complètement pendant un apostolat de trente années.
Les successeurs de saint Orner, ainsi que lui-même, ont résidé ordinairement à Thérouanne.
XXIV. Liste épiscopale. — Les deux listes que l'on a conservées des évêques de Boulogne-Thérouanne portent les titres de Morinorum episcopi, dans le Liber Floridus et de Nomina episcoporum Morinensium dans le recueil de Robert de Torigni. La série épiscopale paraît digne de confiance au jugement de L. Duchesne 6.
Bobbio l il était évêque en 642 ; tout cela peut se concilier à la rigueur. Orner était né à Coutances, fut moine à Luxeuil(voir Dictionn., t.xn,au mot Omer) ; il signa le privilège de Clovis II pour Saint-Denis 2, puis, en 663, une charte pour Saint-Bertin 3, en 664, les privilèges de Corbie 4 et en 667, ceux de Sainte-Marie de Soissons \ 4. Drauscius.
5. Bainus. — Il échangea son évêché contre l'abbaye de Fontenelle.
6. Ravengcrus. — Signe un contrat de vente le 2 mai 708.
7. Erkembodus. — Abbé de Sithiu et évêque. Signature du 29 août 723.
8. Adalgerus.
9. Gumberlus.
10. Aetherius.
11. Rodualdus 12. Athalfus ou Athalolfus.
13. Wigbertus ou Wicfridus.
14. Theodwinus.
15. Erembaldus.
15. Folcuinus, vers 816-817.
XXV. Notre-Dame de Boulogne. — ■ Ce qu'on a écrit de plus raisonnable sur la cathédrale de Boulogne et ses plus lointaines origines se réduit à quelques lignes : « La cathédrale est située presque parallèlement à l'une des grandes rues qui divisent en quatre quartiers le castrum de la haute-ville, son chœur touche à la courtine des remparts. C'est la disposition de la plupart des cathédrales anciennes : Chartres, Châlons-sur-Marne, Chalon-sur-Saône, etc. C'est, en effet, vers l'extérieur de la ville que les premiers chrétiens purent trouver plus facilement un terrain, et il est probable qu'ils ne furent d'abord autorisés à élever des églises que dans les faubourgs. Au nord de cette cathédrale était située une petite et très vieille église dédiée à saint Jean-Baptiste et qui a dû être le baptistère ; on voit encore sa tour surmontée d'une petite flèche carrée dans la vue de Joachim du Viertz en 1611 ; elle a disparu au XVIIe, sauf peut-être quelques vieux murs, malheureusement recimentés, situés à l'emplacement qu'on lui assigne ■ — à l'extrémité orientale de la rue Saint-Jean, maison n. 31. L'ancien propriétaire de cet emplacement a dit y avoir jadis détruit une aire en béton. Luto, diacre de Boulogne, dit dans son Mémoire pour l'histoire de la ville de Boulogne que Saint-Jean était voûté et avait des fonts baptismaux et qu'on voyait près de l'autel la figure en pierre d'un abbé à genoux. Cette église appartenait à Notre-Dame, ce qui est une raison de plus de croire qu'elle en était l'ancien baptistère. L'église Notre-Dame fut rebâtie en 1104 *. » Celle-ci seulement peut offrir quelques indices à l'archéologie et déjà elle dépasse notre limite chronologique. Il en est malheureusement de même pour la primitive église de Saint-Wulmer située dans la ville-haute, rebâtie par sainte Ide en 1090'.
Une légende du XMe fait arriver à Boulogne, en 636, une vierge miraculeuse portée sur un bateau. On retrouve une pensée analogue dans le crucifix miraculeux de Rue arrivé en bateau, puis encore saint Josse tourmenté par la faim voit arriver sur la Canche à Dommartin trois bateaux chargés de vivres. Cette légende de Notre-Dame a fait l'objet d'un récit intitulé : La manière de la fondation et augmentation de l'église de Notre-Dame de Boullongne, consigné dans le ms. 5725 de la bibliothèque de l'Arsenal 8. Il n'est pas convenable de plaisanter à propos de cette légende, elle mérite mieux.
Ce récit d'une image qu'on confie à la mer et qui aborde un rivage lointain est calqué sur une légende byzantine fort répandue et dont le premier exemple remonte à l'image du Christ de la Chalcédoine que Léon l'Isaurien fait briser par un spathaire. Celui-ci tombe de l'échelle, se tue, et le patriarche Germain recueille l'icône, la confie à la mer ; elle arrive miraculeusement à Rome, intacte. Ce récit est déjà répandu au « «siècle, il est en grande faveur. En 1200, Antoine de Novgorod l'adopte ; le patriarche Germain devient saint Hermon et la chronologie est de plus en plus bousculée '. Depuis lors elle fait son chemin, nous en avons à Boulogne un nouvel exemple.
XXVI. Le pagus bononiensis. — Voir Dictionn., t. xin, col. 421-423.
Il ne sera pas inutile d'entrer à ce sujet dans quelques précisions.
XXVII. Nécropoles barbares du Boulonnais. — Ce ne sont là que de fugitives indications, car, en réalité, depuis Constantin III jusqu'à Charlemagne, Boulogne n'a plus d'histoire ; à peine peut-on relever quelques rares objets de l'époque mérovingienne trouvés dans les terres sorties de la crypte ou au bas du Vieil-Aire. Dans l'état actuel de nos connaissances on ne peut mentionner dans tout le Boulonnais que seize à dix-sept nécropoles franco-saxonnes ; une seule est d'apparence relativement ancienne, celle de Nesles-lès-Verlincthun qui a donné une belle série de fibules digitées, caractérisant les premiers temps mérovingiens. Toutes les autres sont de basse époque (vne et VMes).
La première qui fut découverte, à Paincthun, comme une d'Échingen à 2 kilomètres au sud de Boulogne, contenait une cinquantaine de tombes (novembre 1857). La deuxième le fut à Pont-Feuillet, saccagée par les ouvriers carriers (hiver 1859-1860). Ensuite les Yeul les à Hardenthun, près Marquise (mai 1863), environ 250 tombes, quelques-unes fort riches ; en 1864, à Uzelot, comme une de Leulinghen, 45 tombes. En 1865, à Boursin, 38 sépultures et, la même année, Le Blanc-Biez et Bourbourg, comme une de Béty, où il ne restait presque rien. En 1868, à Argencourt, comme une de Ferques, 42 tombes déjà violées au Moyen Âge ; Alincthun, la même année, quelques tombes en mauvais état ; en 1871, à Saint-Martin-Choquel, une vingtaine de fosses ouvertes sans méthode ; Condette, sous les fondements de l'église Saint-Martin ; Gazemets, à Wimereux, 2 ou 3 tombes ; Bazinghen et Wierre-Effroy, connus par des objets isolés ; Longfossé, exploité et ravagé en 1889 par le fouilleur Lelaurain qui a infligé le même traitement à la nécropole du Haut-Pichot, à Halinghen.
Tous ces cimetières sont à peu de distance de Marquise dont les carrières étaient exploitées dès le ier siècle et dont les prairies herbagères nourrissaient, au commencement du Ve, la cavalerie dalmate : Marcis in littore saxonico équités dalmalae. Marquise est entourée d'un cercle complet de sept cimetières correspondant à autant de villages barbares exploitant la garnison et surveillant la circulation sur la route qui conduit vers elle. Boulogne a trois cimetières dans son voisinage immédiat et il est probable que d'autres ont disparu au cours des travaux de construction d'une large banlieue.
XXVIII. Épigraphie. — 1. Nous avons donné au mot lydùç un cippe du musée de Boulogne dont l'origine païenne est certaine (voir Dictionn., t. vu, col. 1992-1994, fig. 6048). Il faut y revenir puisqu'il menace encore d'encombrer l'archéologie chrétienne. Trouvé le 27 octobre 1888, au cimetière de Vieil-Atre, pierre provenant des carrières oolithiques de Marquise. Une dalle de soubassement épaisse de 0 m. 21 avec trois agrafes de scellement. Hauteur du cippe : 1 m. 10, depuis le socle jusqu'au chapiteau à double volute, et 1 m. 42 jusqu'au sommet de la pomme de pin ; les faces du dé ont 0 m. 39 de large, les côtés 0 m. 33, le cippe proprement dit 0 m. 59. Dans la face horizontale est creusé un trou destiné à recevoir la base de la pomme de pin qui fut retrouvée la première.
Le cippe gisait sur sa face épigraphique, les caractères sont de bonne époque, mais la décadence se fait sentir dans les lignes courbes, hauteur des lettres : 0 m. 65, interlignes : 0 m. 015. Il n'y a pas précisément ligature de A et R (ligne 2), les deux lettres ne se touchent sur aucun point, mais la haste de R a été supprimée.
Entre D et M (ligne 1) et après BVLIS (ligne 3) deux poissons ; l'abréviation TR (ligne 6) doit se développer trierarchus, ou commandant d'une trière, le signe abréviatif distingue ce titre de celui de tribunus. Celui qui portait ce titre et en remplissait les fonctions s'appelait Domilianus ; il devait être officier de l'escadre de Bretagne et il éleva ce monument funéraire à ses petits-enfants.
Le texte est clair : Diis munibus. Fili(i)s parbulis Domitianus tr(ierarclius) ; seulement il y a les deux poissons, et cela suffisait à l'abbé D. Haigneré pour déguiser Diis munibus en Deo magno et mieux encore Deo Jesu Xristo maximo : Domitianus a érigé ce monument à ses enfants régénérés dans le Christ, c'est-à-dire baptisés ! Et il poursuivait triomphalement : « Que ce soit là le sens de l'épitaphe gravée sur le cippe funéraire, cela ne fait pas de doute, si l'on considère l'inscription elle-même. » Et cela se passait entre 180 et 200 au moment où le pape Éleuthère envoyait, à la demande du roi Lucius, des missionnaires dans l'île de Bretagne (sur ce conte, voir ci-dessus, col. 1612). La bonne foi l'obligeait à convenir qu'on avait trouvé, mêlés aux ossements d'enfants « un certain nombre d'objets portant le plus irrécusable témoignage de mœurs et de croyances absolument païennes » et cela le gênait assez pour lui faire suspecter « la précision et la publicité » de la fouille. En réalité, les poissons ne font pas ici fonction du symbole chrétien bien connu, fallût-il y voir non un dauphin mais un type plus connu dans les eaux de la Manche : moruette, hareng ou merlan. Après l'enlèvement du cippe et de son piédestal, les fouilles continuèrent et on trouva dans la tombe d'une fillette avec laquelle on avait enterré un vase de terre, un bracelet de bronze de 0 m. 055 de diamètre, un peigne en os, une épingle en os et une poupée assise, enfin un collier, une monnaie, moyen bronze de Néron, percée et enfilée, une clochette de bronze haute de 0 m. 015, un vase haut de 0 m. 16 et une rondelle en os, de forme presque circulaire, d'un diamètre de 0 m. 046 environ, percée de quatre trous qui laissaient passer le fil de suspension ; sur sa face supérieure se profile, en relief et dressé verticalement un énorme phallus. Soumise à J.-B. De Bossi la question relative à la présence de cette amulette reçut cette solution : « La découverte de l'amulette phallique sous le cippe en question fait tomber la balance d'une manière définitive du côté du paganisme du monument. Ja mais pareille amulette n'a été trouvée dans les tombes chrétiennes, au moins pour ce qui est à ma connaissance. Dans un monument funéraire de la voie Appienne contigu au cimetière de Calliste, j'ai trouvé à l'intérieur d'une tombe d'enfant un phallus en corail ; or, le monument est païen. Les mille et mille loculi du cimetière chrétien n'ont rien offert de semblable ». Et O. Hirschfeld a écrit pour tout commentaire à ce monument : Prius cave pro symbolo christiano accipias.
Une grande et belle bouteille en verre blanc fin à panse globuleuse dont le goulot, haut de 0 m. 09 se renfle vers le bas, puis s'étrangle avant de se relier au ballon. L'inscription fait le tour du vase encadrée dans un bandeau fileté. Filets et caractères ont été gravés au diamant, hauteur des lettres : 0 m. 012 à 0 m. 013 ; le texte est suivi d'une palme (flg. 10484).
Le texte ne soulève aucune difficulté : SENNIVS ANIMVLA DVLCES, palme.
3. Verre à boire de forme conique, hauteur : 0 m. 11, décoré de cinq palmes verticales qui séparent, à mi-hauteur, autant de petites croisettes. Près de la lèvre, gravés au diamant les mots :
PIEZ ***
Cha que lettre de la rosace à cinq feuilles se trouve au-dessus d'une croisette ; il faut lire : Pie Z/)cteç (voir Diclionn., t. xiv, à ce mot, col. 1024). Trouvé dans une tombe au Vieil-Atre, septembre 1888.
4. Coupe en verre, trouvée le 21 octobre 1888 au cimetière du Vieil-Atre, entrée dans la collection Bellon, à Rouen.
Verre blanc épais de 0 m. 003 à 0 m. 004, en forme de calotte sphérique dont la flèche mesure 0 m. 052, et le diamètre 0 m. 192. Le procédé de la gravure est assez élémentaire, mais il produit des images nettes et bien distinctes. L'artiste a commencé par tracer les silhouettes d'un trait ferme, simple, régulier, uniforme ; puis aux personnages et aux objets ainsi esquissés et silhouettés dans tout leur contour caractéristique, il a donné la solidité et la rondeur en les ombrant de petites hachures courtes, plus ou moins parallèles, suivant ce que permettait la ligne souvent courbe des contours. 11 n'a guère modifié sa technique que dans la chevelure de ses deux personnages, le vêtement d'Abraham, la toison du bélier, les rayons du soleil, le croissant de la lune et le monogramme du Christ ; il les a couverts ou modelés de hachures moins régulières ou de longs traits burinés dans le cristal. Le travail de la gravure a été uniformément exécuté à la pointe de diamant ou à la pierre d'émeri. Mais l'outil, quel qu'il soit, a laissé dans le trait des silhouettes et dans les hachures d'ombre, des irrégularités, des bavures qui sembleraient indiquer qu'il ne possédait ni la dureté ni le tranchant nécessaires ; on dirait qu'il coupait mal, qu'il faisait éclater les bords des tailles, et qu'il s'écrasait dans la main du graveur en égratignant la surface de la phiale comme l'aurait pu faire un outil en silex. Nulle part on n'aperçoit l'intervention de la roue ' (fig. 10485). représentation du sacrifice d'Isaac. Sur la montagne, devant la porte et la façade d'un temple (évoquant le temple du mont Moriah) qui paraît circulaire, est érigé un autel en forme de cippe carré sur le sommet duquel on voit une flamme. Abraham debout, à droite de l'autel, vêtu d'une tunique courte et d'une chlamyde, tire son glaive ; Isaac, à gauche, entièrement nu, sauf une chlamyde portée sur les épaules et rejetée sur le dos, où ses mains sont déjà liées. Le bélier se trouve aux pieds d'Abraham, près d'un des arbustes qui sèment le fond de la scène. D'un nuage sort le bras de Dieu qui arrête le coup. Rien dans cette interprétation d'une scène si souvent représentée dans la peinture et la sculpture chrétiennes ne rappelle la conception romaine ; on peut y voir une œuvre de fabrication indigène, rhénane peut-être. Mettons en regard la coupe de Boulogne. On y voit le patriarche vêtu de la tunique exomide, attachée sur l'épaule par une fibule et laissant à nu le sein droit, ainsi que les bras. La main droite tient un couteau, la gauche montre l'autel et la victime ; au pied d'Abraham on voit le bélier. On doit remarquer qu'Abraham est jeune, imberbe et plus petit que son fils, bel adulte, entièrement nu, la tête inclinée vers la gauche, les mains liées derrière le dos ; les deux hommes paraissent être du même âge. Au sommet du tableau, des flocons de nuages d'où sort le bras de Dieu ou celui de l'ange qui va se saisir du bras d'Abraham. Chose singulière, le bras sort du ciel et à la partie inférieure de la coupe on a ménagé une zone qui représente encore une fois le ciel, avec le soleil, et la lune de chaque côté du monogramme du Christ, et avec la lune dix étoiles. Les deux zones offrent un semis d'objets qu'Edm. Le Blant interprète comme « des têtes de flèches descendant de la nuée ». Si on se reporte à la coupe de Trêves (fig. 54). on se persuadera que ce sont des plantes ; quant aux trois rosaces de 7, 6 et 7 rondelles, le sens nous en échappe.
Une inscription suit la lèvre de la coupe et présente ces mots en lettres capitales :
In elerno doit peut-être s'entendre in aelcrmim. mais on peut traduire littéralement : « Puisses-tu vivre dans l'Éternel », formule si fréquente sur les tombes chrétiennes. Quant au Z, il n'y a pas de doute, il signifie Çrjaociç, « Puisses-tu vivre ». C'est la même acclamation en latin et en grec.
La ressemblance qui existe entre la coupe de Boulogne et celle de Trêves porte à se demander si elles sortent d'un même atelier rhénan où on sait que l'art de la verrerie fut cultivé au Me et qui produisit un certain nombre de fonds de coupes dorés. Cela est possible, mais la même industrie a pu être exercée dans les régions qui correspondent à nos départements du Pas-de-Calais et de l'Aisne. J.-B. De Rossi se posait la question de savoir si les verreries du Rhin ont eu des succursales ou des fabriques concurrentes sur les bords de l'Océan ? Ce dernier cas n'est certes pas impossible et on serait disposé à l'admettre en comparant la coupe de Boulogne à celle d'Homblières (Aisne), voir Diclionn., t. m, col. 3005, flg. 3333 ; l'une et l'autre sont ornées, celle-ci au centre, celle-là à la zone inférieure, d'un grand monogramme du Christ, et les étoiles à huit rais qui l'accompagnent sur la coupe d'Homblières sont semblables aux étoiles de la coupe de Boulogne. Ajoutons que les trouvailles de verrerie ont été si nombreuses qu'on serait tenté de les expliquer par le voisinage d'un centre de l'industrie verrière.
« Toute la pièce qu'on va lire est écrite en oncia les facti ces ; les initia les qui composent l'acrostiche sont en rouge et plus gran des, le nom d'Odbert est donné en rouge les trois fois (1. 9, 13, 17) ; les autres noms ne sont pas distingués (1. 3, 17, 18). La ponctuation est, en grande partie, l'œuvre d'une seconde main. Indépendamment du système acrostiche, Hérivée semble bien avoir voulu développer sa composition en quatrains, tant, du moins, qu'il lui a été possible ; dans un seul cas, en effet (1. 21), cet arrangement fait défaut. Le morceau a été reproduit quatre fois : A. Gérard, Catalogue des livres manuscrits et imprimés composant la bibliothè que de la ville de Boulogne-sur-Mer, 1838184 1, p. 17 sq. ; H. de Laplane, Les abbés de SaintBertin, in-8°, Saint-Omer, t. i, 1854, p. 139 ; Dehaisnes, Documents et extraits divers concernant l'histoire de l'art dans la Flandre, l'Artois et le Hainaut, avant le XVe, in-8°, Lille, 1886, t. i, p. 18 ; A. Wilmart, dans Bull. hist. de la Soc. des antiq. de la Morinie, 1924, p. 184 ; ce dernier fait remarquer que, d'après les renseignements fournis par les derniers vers, les moines de Saint-Bertin sont fiers de trois choses : leurs cloches rassemblées de manière à former un carillon (car il paraît que les mots templa... campants redimita canoris n'impliquent rien de moins) ; leurs livres, si nombreux qu'auc une bibliothè que aux alentours ne puisse se vanter d'en posséder autant ; enfin les reliques, tout de même innombrab les, conservées dans les châsses (compta).
Fol. 1 recto :
Hnnc petre dautticum librum. conscripsit habemliun Ecce sacer tibi. cui claues concessit olimpi P.ex xps simul ac terrée supplex heriueus l/i patris egregii bertini fisus amore. ; 5 Mnica spes mandi ncun xps in hoc titulatus.
Ecclesiam sibimet sponsajn sancinit in euum. ;
Vnus et hic rerum pater est, qui cuncta gubernat.
Spiritus et sanctus summo descriptus honore. ;
Sic pater ODBERTUS xpi solamine fullus. 10 Coenobii que sithiensis sic concio sancta, Rite deo psallit quorum penetralibus altus, \stiul opus coeptum domino patrante peregi. ;
Fax sit multa patri precor ODRERTO super album.
Sitgue sains candis sithiu degentibus omnis. ; lô In xpo naleat, milii quisgue iuuamen adauxit. ;
Tortura possideant, me quis que furatierit ex hinc. ;
Me compsit heriueus. et ODBERTUS decorauit.
Excerpsil dodolinus. et hos deus aptet olimpo. ;
Sancta cohors laetare monaehorum sithiensis 20 Cocnobii, modulons domino gratissima dauid Crgana. quac cecinit sancto spirwnine plenus. ;
Bertinus tibi nani que manum jert. congeminatis Eximiis folqutno siluino que palronis.
Fegna bcata poli retinent qui sorte perhenni. ; 25 Templa nitent tibi campants redimita canoris.
\nnumeris libris saperas uicinia septa.
Nec quisquani numerare ualcl, quot pignora compta Optineas merito-sanctarum relliquiarum. « De l'assemblage littéraire de ce riche recueil destiné, à en croire l'acrostiche, à la prière liturgi que, ce n'est pas le lieu de s'occuper. Dodolin, apparemment, était un homme d'âge, de science et de jugement, et non point un scribe ordinaire.
« La transcription est nettement l'œuvre d'une seule main, extrêmement habile. Dans le psautier proprement dit, l'opposition du texte en gros caractères et des gloses plus menues est une merveille de goût et de patience. Nous reconnaissons pour le reste, l'alphabet archaï que : m, n, q, r, ra, tout à l'ancienne mode ; ici, peut-être, le souci d'employer des formes stylisées estil plus sensible que dans les autres manuscrits de l'abbé Odbert, Hérivée s'étant appliqué davantage.
« L'illustration n'est pas seulement digne de la copie ; elle lui donne un relief inaccoutumé. Odbert se révèle peintre de talent. Il a l'esprit d'invention, le sens du métier, l'amour du détail soigné et fini. Gran des peintures, miniatures, dessins au trait, lettrines, titres complexes, il sait et peut tout faire ; mais non point également bien. Sa grande figure du roi David touchant le décacorde (fol. 2 v°) est excellente ; les petites peintures sont moins bonnes en général ; au contraire, les initia les à entrelacs variés et en plusieurs couleurs attestent une connaissance complète des trav aux d'écriture ornée. A ces petites compositions qui introduisent cha que psaume, sont jointes parfois des figures dessinées et légèrement rehaussées dont on ne saurait trop louer la facture. Entre autres exemp les, la décoration du ps. xxvn : Ad te Domine levavi animam meam, ces mots sont accompagnés d'un moine prostré d'une charmante fantaisie ».
Voici le contenu du manuscrit : Psalterium glossatum. Incipit : Origo prophetiae régis David psalmorum cl : David filius Jesse, cum esset in regno suo. — Desinit : Et abstuli oprobrium a fûiis Israhel. — Canlica. — ■ Preces. — Collectae. — Hymni in ferialis diebus, pro variis officiis. — Oraliones pro divcrsis ulililatibus fidelium.
Écrit, les psaumes à longues lignes (17 1. à la page) avec gloses sur les marges supérieures et latérales ; les prières, hymnes, etc., sur deux colonnes (28 1. à la colonne) ; rayé à la pointe sèche ; minuscule de trois grandeurs différentes pour le texte, les prières et la glose qui est toute petite ; titre en capita les et oncia les mélangées de couleurs verte, rouge et pourpre ; initia les majuscu les des mêmes couleurs ; en tête de cha que psaume, gran des initia les majuscu les à enlacements, fleurons enroulés et figures d'anim aux, au trait, en rouge, remplies ou rehaussées de vert, de pourpre, de rouge et de ja une ; quelques-unes plus gran des, en or et argent, tracées en rouge, avec figurines représentant des sujets bibliques ou allégoriques, dessinées au trait rouge sur fond de cendres bleues d'une exécution assez fine et rappelant le goût anti que.
Sur le premier feuillet on trouve d'une main postérieure et écrite à longues lignes une description mysti que de l'Église de Jésus-Christ commençant par ces mots : Fundamentum ipsius camerae est fi des, et au verso la pièce acrostiche donnée plus haut.
Sur le recto suivant, dans cinq arca des à plein cintre, surmontées de bâtiments dessinés en rouge, cinq figures dont la première est David ; la moitié inférieure de la page représente des instruments de musi que peints en argent avec explication en rubri que, malheureusement effacée en grande partie ; au verso, occupant toute la page, une figure du roi David jouant du décacorde, dans un porti que triangulaire surmonté de bâtiments, avec bordures et rince aux, rouge et or, et quelques rehauts de vert et cendres bleues ; à la suite des prologues, dans un porti que sur fond pourpre, avec bordure d'anim aux et d'enroulements, rouge, or et argent, un fond bleu, quatre petites miniatures représentant des épiso des de la vie de David, au milieu un grand B, dont le haut représente dans le même style Jésus-Christ, et le bas, l'assemblée céleste.
Vélin très fort, épais, peu lisse et assez blanc.
XXX. Bibliographie. — P.-J.-B. Bertrand, Précis de l'histoire physi que, civile et politi que de la ville de Boulogne-surMer et de ses environs depuis les Morins... suivi... d'une biographie..., 2 vol. in-8°, Boulogne-surMer, 1828-1829. — O. Bled, Regestes tics éviques de Thérouanne, dans Mém. de la Soc. des antiq. de la Morinie, 1902. — E. van Drivai, Histoire des évoques de Boulogne (de la période moderne), in-80, Boulognesur-Mer, 1852. — L. Duchesne, Fastes épiscop aux de la
A Madaure, couvercle d'une petite fosse de 0 m. 80 de long, 0 m. 40 de haut, 0 m. 50 de large, 0 m. 15 d'épaisseur ; hauteur des lettres : 0 m. 02 à 0 m. 04 :
ABEDEVFIDEL V I X I T MENSES I III DIES Xllll POSITVS III NONAS 5 IVLIAS ANNOTER TIO Abedeu (= Habetdeus) fidelis, cet enfant de quatre mois et quatorze jours avait donc reçu le baptême. La 3ED>VJ7flç rvS D'après Rivista di arch. cristiana, 1931, t. vm, p. 203, n. 24 et 242, n. 76. date anno tertio indi que la 3e année de l'ère byzantine de Carthage (voir Dictionn., t. v, col. 359), datation qui était adoptée à Madaure ; la mention Carthaginis t. vu, col. 2042), deux inscriptions nous offrent posilus et posita (fig. 10486).
H. Lecletcq.
POSSEDE. — Jésus ayant quitté la Pérée se rendit au pays de Gérasa. Kn débarquant il vit accourir à sa rencontre un être capable d'inspirer l'effroi. C'était un homme possédé d'un esprit impur qui, depuis longtemps, vivait nu et trouvait sa demeure dans les tombe aux ; personne ne pouvait plus le lier ni l'enchaîner, car il avait toujours su mettre en piè ces chaînes et entraves. Chassé de partout, il vivait sous quel que abri dans la nécropole, parcourant la montagne, rendant ces lieux inhabitab les pour tout le monde, sauf pour un malheureux aussi dangereux que lui et dont il avait fait son compagnon. L'un et l'autre tombèrent à genoux devant Jésus, vociférant : « Qu'y a-t-il entre moi et toi, Jésus, Fils du Dieu Très-Haut ? Je t'adjure par Dieu, ne me tourmente pas. » Mais le Maître commandait : « Sors, esprit impur, de cet homme. Quel est ton nom ? » — « Légion est mon nom, car nous sommes nombreux ». Lt il le suppliait instamment de ne les pas envoyer dans l'enfer l.
Nous ne connaissons qu'une seule fres que chrétienne représentant cet épisode raconté par saint Luc, vm, 26 sq. ; elle nous est parvenue au cimetière d'Hermès, dans d'assez mauvaises conditions, le stuc de la partie inférieure s'est détaché et le texte est pres que évanoui et couvert de taches ; néanmoins l'interprétation n'est pas douteuse. Le possédé est entièrement nu et agenouillé, suppliant, les bras abaissés, aux pieds du Christ qui lui pose la main sur la tête 2. La même scène est représentée sur une mosaï que de Saint-Apollinaire-Neuf à Ravenne, où l'on voit les pource aux qui se précipitent dans la nier, ce qui fait suite dans l'évangile à l'épisode du possédé. La fres que occupe le champ du milieu d'une lunette d'un arcosolium, est omise comme sur une inscription d'Youks. La date correspond au 5 juillet 536.
A Rome, au cimetière des Jordani (voir Dictionn., entre le paralyti que guéri et Daniel parmi les lions (fig. 10487).
H. Leclercq.
POSTCOIW IVI UNION.— Voir Dictionn., t. xi, col. 674, 696, 701.
POSTE PUBLIQUE ET PRIVÉE. —
I. Dans l'ancienne Rome. II. Détails d'organisation. III. L'usage de la poste. IV. Les relais. V. En Occident. VI. Chez les Francs. VII. En Orient. VIII. La poste privée. IX. Les postiers. X. Bibliographie.
I. Dans l'ancienne Rome. — Les premières voies romaines, la voie Flaminienne, la voie Appienne sont contemporaines des premières conquêtes du peuple romain dans le pays des Samnites l. El les avaient une destination stratégi que en même temps qu'el les visaient l'intérêt général. Dès cette épo que, les fonctionnaires disposaient d'un nombreux personnel d'esclaves et de moyens de transport qui leur permettaient d'entretenir des rapports assidus avec la capitale.
Parmi une population guerrière et dédaigneuse des étrangers, les premières communications n'avaient été ni très régulières ni très fréquentes. C'est seulement avec l'extension de la puissance de Rome hors de l'Italie que se répand l'usage des lettres missives, malgré les indiscrétions proverbiales du gouvernement. C'est alors un continuel échange de dépêches officielles. En même temps Rome commence à s'encombrer de toutes les richesses extorquées aux provinces par les fermiers des impôts et les proconsuls exploiteurs. Les gouverneurs de provinces songent surtout à envoyer à Rome le fruit de leurs exactions, en même temps que dans les pays nouvellement soumis ils créent des routes par le travail des légions et s'assurent les moyens de communication avec la métropole et l'évacuation rapide et sûre de leurs rapines, au moyen de stratores, dont le rôle ressemblait à celui des ordonnances de nos officiers supérieurs.
Ces stratores se chargeaient du transport des lettres privées, mais les particuliers se servaient plus souvent des tabellarii publicani ou serviteurs messagers des fermiers des impôts. Ceux-là étaient répandus dans toutes les bourgades où le fisc exerçait ses droits. On sait que des sociétés, dites vectigalium, s'étaient formées entre citoyens romains, presque tous chevaliers, pour prendre à bail les impôts. Ces sociétés avaient dans les grandes villes des magasins considérables ; continuellement elles avaient à faire des envois à Rome. Ajoutez que les bénéfices qu'elles faisaient, et les capitaux considérables dont elles disposaient leur permettaient de se livrer à des opérations nombreuses de prêt à intérêt et de change pour lesquelles elles entretenaient des comptoirs dans les plus petites villes.
Le mouvement d'affaires nécessita de très bonne heure l'emploi fréquent et continuel de courriers, de tabellarii, en qui l'on pouvait avoir pleine confiance ; les particuliers eurent souvent recours à eux pour le transport de leurs dépêches, et surtout dans les temps de guerre civile. On se servait aussi des messagers que les grandes familles entretenaient sur les routes pour communiquer avec les peuples qui s'étaient placés sous leur patronage. Ainsi, sous la république, l'activité privée avait presque seule utilisé les routes. C'étaient des sociétés limitées, des fonctionnaires épars, de simples particuliers qui avaient formé sur tout ce vaste territoire un système de communications. La nécessité chaque jour mieux comprise de rapports réguliers et certains entre les principaux points du territoire romain conduisit, sous l'empire, à une véritable réorganisation du système des transports.
On peut dire qu'Auguste créa les postes. Il établit d'abord sur les routes des relais de coureurs publics chargés de transmettre les dépêches d'une station à une autre. Plus tard, incomplètement satisfait, voulant des informations orales et directes sur l'état de ses armées et l'administration de ses provinces, il décida qu'on construirait sur les routes, de distance en distance, des maisons spacieuses où chevaux et voitures seraient entretenus aux frais de l'État pour servir au transport des courriers venus de toutes les parties de l'empire. Ces courriers appelés speculatores, expression synonyme de notre mot « espion », étaient sous les ordres directs du préfet du prétoire. Ce système de transports organisé pour le service public fut dès le principe et resta toujours à la disposition des seuls personnages officiels. Pour se servir de la poste impériale, il fallait se munir d'une lettre de transport : evectio, diploma, émanée de l'empereur ou de son préfet du prétoire, ou d'un des gouverneurs de province, qui avaient toujours un certain nombre de ces lettres en blanc. Avec cette tendance naturelle à l'homme d'user beaucoup de ce qui ne lui coûte rien, les familiers du préfet du prétoire et des grands dignitaires de l'empire ne se firent pas faute d'user largement des commodités que présentait ce moyen de transport. Il fallut augmenter le nombre des voitures, puis des chevaux ; les sommes allouées par le trésor public devinrent complètement insuffisantes. Les charges d'entretien durent être alors supportées par les municipes et les cités voisines de la route. Ces charges devinrent écrasantes, mais dans l'état de détresse où les prodigalités des premiers empereurs mettaient le trésor public, on y fit peu d'attention. On démontra même par des arguments subtils qu'il en devait être ainsi.
Nerva, touché de ces plaintes réitérées, voulut exempter de cette charge les villes d'Italie ; mais le mal était le même sous Trajan. D'autres empereurs entreprirent de faire justice, Hadrien notamment, qui fit une loi pour exempter de ces prestations les magistrats des villes. Antonin et Septime Sévère rendirent aussi des décrets pour remédier à cet abus, mais ce furent là des concessions faites afin de se concilier la faveur populaire, les lois restèrent inexécutées. Le trésor impérial était sans cesse réduit aux expédients et les empereurs n'arrivèrent pas à alléger pour les villes le poids de cette servitude. C'est donc un fait établi qu'à cette époque chaque municipe eut à subvenir aux dépenses de la poste sur la route voisine. Des rescrits de Maximien et de Dioclétien le prouvent jusqu'à l'évidence.
Sous les empereurs qui succédèrent à Constantin, le service de la poste prit chaque jour une influence plus considérable, et son organisation se développa. Le IVe est l'époque la plus florissante pour le système postal ; de nombreux textes nous permettent d'entrer dans quelques détails sur cette organisation.
Les maisons de poste, mansiones, mutationes, étaient éloignées l'une de l'autre de 5 et quelquefois de 8 à 9 milles, c'est-à-dire de 12 à 22 kilomètres. Dans les mansiones résidait un praepositus, placé à la tête d'un personnel nombreux de postillons, disposant d'un matériel considérable, et ayant aussi souvent une mission de surveillance sur de vastes greniers où s'accumulaient les rations de froment destinées aux troupes de passage. En général, ces maisons étaient situées à une journée de marche les unes des autres. Aussi voit-on le mot mansio employé quelquefois comme synonyme d'un jour de voyage. A leur arrivée, les voyageurs y étaient hébergés plus ou moins bien, selon les énonciations de leurs lettres de circulation, tractoriae, sigillum. Ces mansiones étaient souvent de véritables palais destinés aux haltes des empereurs et de leur suite. Les mutationes étaient plus petites. On y trouvait seulement des écuries et quelques chambres destinées à recevoir les hôtes. Autant que possible, ces maisons étaient situées à proximité d'une ville ou d'une bourgade. Souvent, elles ne suffisaient pas au logement des voyageurs et surtout des militaires de passage, alors on encombrait les maisons voisines. C'était au gouverneur de la province à restreindre ces sortes d'exactions. Il devait aussi empêcher qu'on se permît des réquisitions sur les paysans en dehors des routes ordinaires.
Les mansiones et les mutationes contenaient pour le service de la poste un nombre considérable de chevaux et, quand les routes étaient en bon état, on arrivait à franchir rapidement de grandes distances, témoin le voyage que fit Constantin s'échappant des mains de Galère, et allant de Nicomédie jusqu'en Bretagne. Il voyagea jour et nuit, usant d'une incroyable célérité, dit Lactance, et prenant soin, pour éviter les poursuites, d'emmener avec lui tous les chevaux de poste. A la suite de ce voyage, le service postal dut se trouver passablement désorganisé, si, comme le dit l'Épitome de Victor, Constantin fit tuer tous les chevaux de poste qu'il rencontra.
On trouvait dans les stations postales trois espèces de voitures : les rhedae, sorte d'équipage assez lourd, tantôt couvert, tantôt découvert, attelé de huit chevaux dans l'été et de dix dans l'hiver ; des carrucae, voiture à l'usage de l'aristocratie, couverte presque toujours, ornée souvent de clous d'or et d'argent, attelée de deux ou quatre chevaux ; des birotae, correspondant à nos cabriolets à deux roues, traînés par trois chevaux, ânes ou mulets. Le transport des dépêches se faisait quelquefois à cheval par des veredi.
Les chariots pour le transport des bagages : angariae, cursus clavutares, étaient en général traînés par des bœufs, au nombre de six ou huit, et leur charge était de 1 500 livres, au maximum.
D'autres voitures plus petites, les carri, ne portaient que 600 livres (la livre romaine pesait environ 350 grammes). De nos jours les voitures de rouliers portent un poids bien plus considérable et leurs dimensions dépassent de loin celles des charrettes romaines. Les propriétaires voisins, même les pauvres colons, étaient astreints à livrer pour le service des transports impériaux leurs charrettes et leur bétail, obligation très onéreuse dans le cas de transport de troupes, lorsqu'il fallait fournir un grand nombre de chevaux et de fourgons : paraveredi et parangariae. Alors ils ne pouvaient se servir de leurs propres voitures pour transporter le plus léger ballot, sous les peines les plus sévères. Ce roulage impérial fut supprimé en Orient par l'empereur Léon.
On obtient assez facilement l'usage du cursus publicus dès qu'il s'agit d'une mission officielle. C'est ainsi que Sidoine Apollinaire député par ses compatriotes arvernes auprès d'Anthemius est autorisé par celui-ci à faire le voyage en poste14. D'autres obtiennent le même avantage pour des raisons qui semblent moins justifiées, comme c'est le cas pour un individu qui sollicite et obtient le droit d'être voiture auprès de saint Hilarion qui doit, espère-t-il, le délivrer du démon 16. Chacun a son cas intéressant à faire valoir et saint Basile sollicite la faveur de la poste impériale pour le transport d'un cadavre et le retour de la famille 16. Aussi on se plaint, on bougonne et un païen d'esprit rassis, Ammien Marcellin (voir Dictionn., t. x, à ce nom) se plaint de ce que « l'usage continuel des chev aux de service par la foule des prélats qui, dans la pensée de faire triompher chacun ses idées, couraient de synode en synode avait énervé les transports publics » ». Tous ne se montraient pas aussi réservés que les évêques des Gau les, aussi saint Athanase, lui-même, blâme cet abus, sujet de scandale pour les catéchumènes et de risée pour les païens l. Vers la deuxième moitié du IVe, saint Hilaire de Poitiers reconnaît que le cursus publiais est brisé et comme anéanti : cursus que publiais attritus ad nihilum deducitur 2.
Julien l'Apostat ne se privera pas d'adresser un reproche au préfet du prétoire Mamertin à propos de cette désorganisation due « aux exigen ces indiscrètes de quelques-uns 3 » : Cursum publiaim fatigavit quorumdam immoderata praesumptio et exactionum frequentia. Lui-même ne s'interdit pas d'y prendre part. Au début de son règne, il invite son ancien camarade de l'école d'Athènes, Basile de Césarée, à le venir voir : « Hâtezvous donc d'arriver, lui écrit-il, et usez, comme je vous l'ai dit, du cursus publicus. Vous demeurerez près de moi aussi longtemps qu'il vous plaira, puis je vous promets de vous faire transporter là où vous voudrez4. » A son ami Aétius, rélégué en Pamphylie, il écrit : « Je t'invite à te rendre près de nous. Tu te serviras de la poste publi que jusqu'à mon armée avec un cheval de renfort (ou un homme d'escorte) 6.
Celui qui voyageait aux dépens de la poste impériale devait être pourvu d'une pièce officielle qu'on nomme tantôt diploma, tantôt tractoria, qui est un permis ou, comme nous dirions, un passeport. Chez les auteurs chrétiens nous voyons faire usage du mot evectio chez Septime Sévère et Sidoine Apollinaire, ou bien diploma chez saint Jérôme.
L,'evectio de saint Hilaire de Poitiers pour se rendre à Séleucie lui est délivrée per vicarium ac praesidem 6 ; celle qui est accordée à quatre évêques donatistes mandés au concile d'Arles par Constantin énumère d'abord leurs noms et ensuite celui du personnage à qui elle sera soumise pour être contrôlée, ici c'est Domicius Celsus, vicaire d'Afri que, en d'autres cas ce sont tous agents du cursus '. Tous les bénéficiaires sont nommés avec les gens qui les accompagnent s. Il leur sera permis d'user de chev aux de selle et de montures de supplément. Dans certains cas, on prévoit un cheval de charge pour le bagage. Dans d'autres cas, les voyageurs auront droit à l'annonaria pour eux et pour leurs montures. La formule d'une tractoria, conservée jusqu'à nous, présente une liste de provisions alimentaires : Panes tôt, vini mod. tôt, cervisiae mod. tôt, lardi libr. tôt, carnis tôt, porci tôt, porcelli tôt, verve ces tôt, agni lot, anseres tôt, phasiani tôt. pulli lot, ova tôt, idei libr. tôt, gari lib. toi, mellis tôt, aceti toi, cumini tôt, piperis lot, costi tôt, caryophylli tôt, spicae tôt, cinnamomi tôt, grani maslicis tôt, dactylae tôt, pistaciae tôt, amygdalae tôt, cerea lib. tôt, salis lot, olerum leguminum carra lot, faculac tôt, pabul. equorum carra tôt '. Ainsi qu'on l'a dit, l'on trouverait difficilement dans un de nos modernes buffets de gare un menu aussi varié10. Remarquons que le bénéficiaire de Vevectio peut exiger sans retard, sine mora, qu'aux lieux fixés sur l'itinéraire, in locis solitis, les mets indiqués soient mis à sa disposition. Et le voyageur peut emmener avec lui le personnel jugé convenable à son rang, secrétaires, serviteurs, escorte. On peut s'en faire une juste idée en voyant l'appareil qui entoure Étheria (voir Dictionn., t. v, col. 572).
IV. Les relais. ■ — ■ D'une mansio à la mansio suivante, nous venons de dire qu'on ménageait des étapes afin d'accélérer le voyage en réservant des montures fraîches ; ces étapes étaient installées dans des localités de moindre importance, généralement à proximité d'une source, c'étaient les mutationes ou relais pourvus de loc aux suffisants pour les gardiens, les serviteurs, les postillons. Le nombre de relais entre deux mansiones était variable. Sur l' Ilinerarium Burdigalense, en 333, on compte entre Borde aux et Arles trente mutationes pour onze mansiones seulement ; d'Arles à Milan, soixante-trois mutationes pour vingt-deux mansiones ; de Milan à Aquilée vingt-quatre mutationes pour neuf mansiones. Pour le reste du voyage le nombre des mutationes continue à l'emporter sur celui des mansiones. Les interval les ne sont pas constants, le plus souvent c'est 5, 6, 7, 8 mil les, parfois 15, 16 et même 18.
En ce qui concerne la traversée de la Gaule, on voit que les distan ces s'allongent : 1° au moment de la rencontre des fleuves. 11 y a 12 mil les entre Elusa (Éauze) et la mutatio Vanesia (passage de la Baise à Saint-Jean-Pont-de-Gers)11 ; 16 mil les de Narbonne à Béziers (passage de l'Orb)12, 18 mil les de la mansio Cessarone (Saint-Thibéry, Hérault) à la mutatio Foro Domiti (Montbazin, Hérault, traversée de l'Hérault)13 ; 2° au moment de l'ascension des montagnes. Il y a 16 mil les de la mansio Hebriduno (Embrun) à la mutatio Rame (Rame, comm une de Champcella, HautesAlpes) ; 17 mil les de la mutatio Rame, à la mansio Byrigantum (Briançon) l*.
Passons sur un autre point. Entre Tripoli et Béryte ( = Beyrouth) on comptait trois mutationes, deux entre Tyr et Ptolémaïs, une mutatio entre Scythopolis et Naplouse. Ici aussi les distan ces sont variab les, mais celle qu'on rencontre le plus souvent est de 12 mil les romains, et le chiffre le plus fréquent entre une mansio et la première mutatio qui suit est de 9 mil les. Ce chiffre reparaît dans les appellations de Ad Nonum et de xo ëvva-rov appliquées à certaines agglomérations dotées du premier relais ou même issues de ce premier relais. Reprenons notre Itinerarium Burdigalense et nous y lisons ceci : Civilas Tholosa... mutatio ad Nonum, mil. vi ni« ; mutatio ad Nonum... civitas Altino.mil. nui1' ; Civilas Viminatio... mutatio ad Nonum, mil. VIIII » ; Civitas Sarepla... mutatio ad Nonum, mil. vimu ; mutatio ad Nano... in urbe Roma mil. vilil1' ; Civitas Lande...mutatio ad Nonum, mil. vim-a.
La ville d'Alexandrie d'Egypte avait aussi sa mutatio ad Nonum, son to evvaxov et là s'élevait un monastère dont parle Jean Mosch, dans le Pré spirituel (c. clxxxiv), et on a relevé d'autres exemples41. Si on se reporte à la carte-mosaï que de Madaba (voir Dictionn., t. x, à ce nom) on y verra à proximité de Jérusalem deux mutationes appelées : TO TETAPTON et TO CNN/s [TON], quant à la localisation de ce dernier point, l'accord n'existe pas entre archéologues loc aux * ».
V. En Occident. — Ce qui pouvait subsister de l'institution sous le bas-Empire devait être singulièrement désorganisé, cependant il faut signaler une mention du droit d'eveclio en 458, sous Majorien *> : un gouverneur ne peut délivrer de mandat, et ne doit, lorsqu'il visite une autre cité, employer pour lui-même plus d'un chariot (angaria) et deux paraveredi et une autre angaria pour son o(ficium (voir ce mot).
Le service postal subsistait encore en Italie et en — « Novelle VII, 13.
Afri que où les Vanda les le réorg. misèrent l. « Les courriers officiels gardèrent leur ancien titre et les droits de fonctionnaires publics pour transmettre les ordres du roi ; il y avait dans cha que ville des agents chargés d'entretenir et de fournir les chev aux de l'État et tout ce service fonctionna très régulièrement jusqu'à la destruction du royaume des Vanda les en 533. Mais il dut disparaître après la destruction de la domination byzantine en Afri que.
« Malgré la chute de l'empire d'Occident en 476, le cursus publicus se maintint sous le règne d'Odoacre et surtout de Théodoric, roi des Ostrogoths en 493. Ce prince s'efforça de remettre en vigueur le régime postal, tout en soulr géant le peuple, ainsi que cela résulte de plusieurs lettres de Cassiodore : c'est ainsi qu'il fut interdit d'employer les chev aux de poste à un usage privé, de dépasser les limites jadis fixées pour le nombre et la charge des anim aux attelés, ou d'user de la poste sans evectio, et cependant les cités étaient encore accablées de ce fardeau et se plaignaient au prince qui voulait régulariser le service. Il est probable que, dans le royaume burgonde établi depuis 414, et dans le royaume wisigoth, détaché de l'empire depuis 419, les conquérants durent utiliser aussi le cursus publicus. Le Bréviaire d'Alai ic, publié en 50G, renferme nombre de constitutions relatives au cursus pu blicus2. » VI. Chez les Francs. — ■ Au VMe, les voies romaines existent encore et un certain nombre d'entre el les rendent bon service. On les retrouve mentionnées dans les textes de l'épo que sous les noms de slrata et strata publica par lesquels el les se distinguent des simp les chemins, viae vicina les. Les diplômes du vie et du VIIE continuent à les mentionner 3. La poste romaine elle-même n'a pas entièrement disparu, elle a gardé son nom A' evectio publica comme au temps des Romains. Grégoire de Tours en parle ainsi 4 : Rex... pueris destinatis cum evectione publica qui res ejus per loca singula deberent capere. Mais les gouvernements barbares négligeaient l'entretien des voies romaines, laissaient tomber en ruines les stations, les relais, ne se préoccupaient pas des chev aux de poste (verédi), en sorte que la poste se trouva réduite à user des chev aux et des chariots de réquisition, paraveredi et parangariae. Cependant tout n'avait pas sombré puisqu'on lit dans les formu les de Marculfe des modè les de permis ou tractoriae (1. I, n. 11) pour les envoyés publics, avec indication complète de ce qui doit être fourni au porteur, notamment pour les vivres. En 716, Chilpéric II concède encore une evectio à l'abbaye de Corbie 6. Les particuliers voyageaient beaucoup. On est frappé quand on lit les Vies des saints mérovingiens, de la facilité des déplacements. Voyez les nombreux voyages de saint Germain, évê que de Paris, ceux de saint Dumnolus, évê que du Mans, ceux de saint Éloi et de saint Colomban, et toute la vie errante de Venance Fortunat et les nombreux pèlerins qui traversaient la Gaule pour faire leurs dévotions au tombeau de saint Martin de Tours ou de saint Hilaire de Poitiers, et les relations continu' lies des évêques avec le siège de Rome (voir Dictionn., t. xiv, au mot Pèlerinage)6. Grégoire de Tours nous montre maintes fois des hommes qui traversent le royaume et qui paraissent le traverser assez rapidement. Les fonctionnaires roy aux pircoureient incessamment le piys. Les armées avec leur atlir il de lour des voitures se tri importaient assez vite d'un bout du royaume à l'autre. Tout cela prouve qu'il existait un réseau de gran des routes, et un dét ; il fourni par Grégoire de Tours montre que même dans la saison des pluies ces rou les étaient praticab les '. Enfin Char le magne et Louis le Débonnaire s'efforcent encore de restaurer le cursus publicus en Occident 8.
VII. En Orient. — Dans l'empire d'Orient l'organisation postale s'était maintenue régulièrement, et les empereurs avaient continué à légiférer à son sujet. Néanmoins tout ne fut pas admis dans le Code Justinien ; c'est ainsi qu'il laissa tomber les constitutions 1, 4, 5, 6, 7, 9 à 13, 15, 16 à 21, 24, 26 à 31, 35 à 39, 42, 43 à 46, 48, 49, 50, 54, 55, 56, 59, 61, 62, 63, 65 du titre correspondant du Code Théodosien. En outre, les compilateurs du Code Justinien ne se firent pas faute d'interpréter les constitutions maintenues ; il leur est même arrivé de décomposer une constitution en deux lois différentes, par exemple : Code Théodosien, 40, devint Code Justinien, 8 et 9. L'étude des principaux textes montre que Justinien maintint en principe, dans l'empire d'Orient, le système de la poste publique et rétablit l'envoi des inspecteurs ou curiosi cursus publici. De plus, Justinien fit reproduire dans son Code les constitutions du Code Théodosien concernant les charges relatives aux fournitures de fourrage, à la construction et à l'entretien des écuries ; il est vrai que les provinciaux obtiendront en compensation le fumier des écuries.
VIII. La poste privée. — L'État ne prenait à sa charge que la transmission des messages officiels, il ne se prêtait aucunement à servir la correspondance privée ; ce n'est guère que par ruse qu'un particulier pouvait glisser un paquet dans la valise qui ne devait pas les recevoir ; saint Basile ne s'en prive pas à l'occasion, ni saint Jérôme. Malgré tout, c'est là une mesure exceptionnelle et le plus sûr moyen auquel on peut recourir est d'employer les gens de métier qu'on désigne sous les noms de bajuli, portitores, perlatores et principalement tabellarii, un mot qui évoque des usages depuis longtemps dépassés. « Ces peuples grossiers de l'Italie, explique saint Jérôme, qu'Ennius appelle Casci, et qui, au dire de Cicéron, dans ses traités sur la rhétorique, cherchaient leur nourriture à la manière des bêtes, employaient, avant que le papyrus et le parchemin fussent en usage, ou bien des tablettes de bois bien polies, ou des écorces d'arbre, pour s'écrire. De là le nom de tabellarii donné à ceux qui portaient ces lettres. » Nous voyons que c'est l'usage adopté par saint Paulin, par Ausone, par Sulpice Sévère ; mais c'est là un luxe que les riches seuls ont le moyen de se permettre ; ceux qui le sont moins ou pas du tout saisissent des occasions fortuites ainsi que nous l'avons vu en publiant quelques correspondances privées (voir Dictionnaire, t. XIII, au mot Papyrus). Le clergé trouve ainsi parmi les fidèles qui l'entourent quelqu'un disposé à se mettre en route soit pour affaires soit pour tout autre motif et qui, volontiers, se chargera de remettre une lettre à son adresse. Cependant tel n'est pas le cas à Césarée de Cappadoce où saint Basile est mal secondé ; ses diocésains ne sont ni voyageurs, ni excursionnistes, ni bien complaisants et n'aiment pas à quitter leur ville ; mais cette situation est exceptionnelle. Au reste, faute de gens de bonne volonté, on pouvait donner un ordre et c'est ce que nous voyons. Dans les rangs du clergé inférieur un évêque ne manquait pas de clercs prêts à se mettre en chemin et s'il en manquait, c'était chose toute simple : saint Cyprien n'ayant personne sous la main pour emporter une lettre à Rome, ordonna lecteur et sous-diacre Saturus et Optatus qui se mirent en route.
Pareille mesure ne se fût peut-être pas reproduite au IVe, cependant on voit encore des lecteurs et des sous-diacres qui font le service de courriers, ce sont Astérius que saint Jérôme envoie à saint Augustin et Amachius qui se rend de Noie à Primuliac. D'Hippone, on voit saint Augustin envoyer un acolyte, mais ce sont surtout les diacres qui sont des courriers intrépides et infatigables et les prêtres sont tout aussi disposés à rivaliser avec eux. Les moines ne sont pas les derniers à se mettre en route et non seulement pour leurs affaires, mais pour celles des évêques. On a vu saint Basile renoncer à secouer l'esprit casanier des moines Pallade et Innocent qui vivent du travail de leurs mains et hésitent à s'absenter trop longtemps ; mais il en est d'autres et il en use. « J'ai bien reçu votre aimable lettre, écrit-il à son collègue Théophile, mais j'ai attendu pour y répondre de trouver une personne qui puisse, si besoin est, vous documenter sur ce que j'aurai oublié de vous dire. Or, voici que Stratège, que son esprit religieux rend si sympathique, est venu s'offrir à porter ma réponse. » Des courriers de cette qualité sont gens à qui on peut se confier et dont la visite double l'intérêt de la lettre. Et si la lettre se perd ils en reconstituent la substance, ce qui autorise quelques doutes sur leur discrétion.
Il est facile de se rendre compte que rien au monde ne devait être plus irrégulier que la poste privée. Certains lieux sont inabordables, par exemple Cucuse où fut relégué saint Jean Chrysostome ; il n'est pas de tabellarius qui consente à s'aventurer dans une région tellement sauvage. D'autres, pour n'être pas « relégués », sont tout aussi inaccessibles, ce qui est le cas de l'évêque de Colonia, en Arménie, un ami de saint Basile. Les plus favorisés le sont encore assez peu. Entre Noie et Hippone les voyages sont longs et, par conséquent rares ; combien en fait-on par an ? Un, deux peut-être, car l'hiver interrompt les rapports, rendant la traversée ou la marche impossibles. Et ceux-ci habitent des régions relativement rapprochées et bien desservies, tous n'en sont pas là. « L'hiver qui s'est prolongé plus que de coutume, écrit saint Basile à Théodote, évêque de Nicopolis, m'a privé de la satisfaction du courrier » ; saint Jean Chrysostome s'excuse de la rareté de ses lettres sur la difficulté des chemins, les rigueurs de la saison et la pénurie des voyageurs.
Même ceux qui en ont les moyens et qui se trouvent à des distances modérées ne peuvent correspondre assidûment, selon leur désir. Paulin, pendant son séjour en Espagne, a été trois ans sans recevoir une lettre d'Ausone ; et sera deux ans à Noie sans lire un seul billet venu de Primuliac.
Il est vrai qu'on n'a pas que les courriers payés, on peut recourir aux voyageurs et ceux-ci sont nombreux, mais pas assez pour satisfaire l'impatience de ceux qui se morfondent sans nouvelles. De Cucuse, saint Jean Chrysostome écrit à l'évêque Théophile : « Vous nous avez bien vite oublié et vous ajoutez au chagrin de votre départ celui de votre silence de tous les jours. N'objectez pas qu'il y a trop peu de temps que vous êtes parti : il s'est écoulé assez de jours pour qu'un voyageur ait pu venir vers moi. D'autant qu'après votre départ bien des gens sont passés ici. » À cet égard, saint Jérôme est plus favorisé et les pèlerins de Terre sainte, au temps de Pâques, lui apportent toujours quelques lettres ; clercs ou laïques ont la curiosité de voir le grand et farouche solitaire, de l'approcher et de l'entretenir quelques instants.
IX. Les postiers. — Il y en a de toute espèce ; ce sont gens qui savent qu'on les attend, qu'on les désire, qu'on a besoin d'eux et qui sont parfois intraitables. À peine arrivés, ils veulent repartir presque sans donner le délai nécessaire à la réponse. Et on a envie de se demander qui les presse si fort. Saint Jérôme reçoit de la Gaule une lettre et il répond à ses deux correspondantes : « C'est à la hâte et en une courte veillée, que, pour satisfaire au désir de celui qui me les demandait, j'ai dicté ces pages : car il était là qui frappait à ma porte le matin même du jour où il devait partir. » Et le cas est fréquent ; on ne croyait pas les anciens tellement pressés. Il semble que la raison invoquée est toujours la même ; comme, de nos jours, on dirait « je vais manquer mon train », on fait valoir alors le départ d'un bateau. Saint Augustin écrit à saint Paulin de Noie : « Je vous avoue que je me suis pressé. Je pensais que Celsus resterait quelques jours encore près de moi. Mais il a trouvé tout à coup une occasion favorable de s'embarquer et il est venu m'avertir cette nuit seulement qu'il partait le lendemain », et saint Paulin le prévient qu'il a dû être bref parce que « celui qui va emporter la lettre court au bateau », ad navem currente litterarum perlatore. Mais il est cependant difficile de prendre toujours cela au sérieux, par exemple lors que saint Jérôme, écrivant dans sa cellule de Bethléem, un traité destiné à Fabiola s'excuse d'abréger les explications parce que « le câble qui retient le bateau au rivage est déjà délié, et que les appels des marins, pour convoquer les passagers se font de plus en plus pressants » !
Si le postier est un clerc il a la ressource d'invoquer pour justifier la hâte du départ, les occupations qui l'attendent et on veut bien, parfois s'en édifier. « J'aime, écrit saint Ambroise, ces prêtres ou ces diacres qui, lorsqu'ils vont porter des commissions quel que part, ne peuvent supporter longtemps d'être privés de l'exercice de leur ministère. » Et cependant on leur fait grand accueil, ce dont ils devraient se sentir flattés, ...ou gênés. Car n'y a-t-il pas une pointe de malice dans la bienveillance qu'on témoigne à des postiers, gens un peu frustes, et la pensée de s'amuser de leur embarras. Le sénateur Sidoine Apollinaire se réjouit à l'idée qu'il se fait d'avance de voir « comment pour le brave homme qu'il envoie et qui n'est pas plaisant à l'excès, tout sera nouveau lorsqu'on l'invitera, lui, pèlerin, à loger dans la maison ; lui, tout timide, à partager la causerie ; lui, paysan, à se mêler à la gaieté commune ; lui, pauvre, à s'asseoir à table. Lui qui a vécu parmi des gens gorgés d'oignons, régal souverain pour eux, il se verra traité avec autant de politesse que s'il se fût toujours trouvé au milieu des plus délicats. » Parmi les postiers il s'en rencontre de frustes comme celui qu'on vient d'entrevoir, mais il s'en trouve d'autres d'une probité si douteuse qu'on hésite à leur confier une lettre qu'ils égarent sans qu'on arrive à les en convaincre. Saint Jérôme écrit au diacre Julien : « Vous me dites que je ne vous écris pas et vous me relancez. Si je vous dis : Je vous écris souvent, mais les porteurs ont été négligents, vous me répondrez : C'est là un vieil argument de la part de ceux qui sont paresseux à écrire. Si je vous dis : Je n'ai trouvé personne pour la porter, vous me direz que vous en connaissez plusieurs, ils diront que ce n'est pas vrai, pour ne pas dire qu'ils ne les ont pas remises au destinataire. »
Il y a des postiers qui s'attardent le long des chemins, il y a en d'autres qui craignent de s'aventurer dans les régions trop solitaires, d'autres qui s'attardent dans les villes et se font dépouiller de leur sac ; enfin il y a la catégorie de ceux qui violent le secret du message à eux confié. Contre ces derniers on a recours à divers procédés, notamment l'encre sympathique : Ausone avertit Paulin d'écrire « avec du lait ; le papier, en séchant, conservera les caractères toujours invisibles, la cendre chaude les fera reparaître », et voici qui est plus ingénieux : « Inspirez-vous de la scytale lacédémonienne, roulez des bandes étroites de parchemin autour d'un bâton cylindrique ; écrivez votre lettre sur toute sa longueur. Les bandes détachées n'offriront plus que des signes confus, incohérents, si elles ne sont adaptées à un cylindre d'une égale grosseur » ; enfin, on peut recourir à l'emploi de l'écriture chiffrée (voir Dictionnaire, t. i, col. 1259-1260) ou à l'usage de la cire et du sceau : « Je vous envoie une lettre scellée, écrit Ausone à Paulin, car vous pourriez prendre mon messager pour un imposteur s'il ne se présentait sous la foi de mon sceau ». Malgré ces précautions, des lettres se perdent ou n'atteignent le destinataire qu'avec des retards excessifs. Saint Augustin attend huit mois une réponse, ou bien il reste sans nouvelles de saint Paulin pendant deux ans et il en est à peu près de même avec saint Jérôme à qui il écrit : « Rien ne m'est plus pénible, dans les difficultés que je rencontre en lisant les Écritures, que la pensée de vous savoir si loin. C'est à peine si je puis vous envoyer mes lettres et recevoir les autres par intervalles, je ne dis pas de jours ou de mois, mais quelquefois d'années : ...per intervalles, non dierum, non mensium, sed aliquot annorum ». Telle lettre d'Augustin à Jérôme met cinq ans à atteindre le destinataire qui n'en a pas la primeur et bougonne : « Je vous en prie, veillez à ce que désormais, quand vous m'écrirez, je sois le premier à recevoir vos lettres ».
On n'a pas toujours le choix d'un bon postier, mais il faut avouer que Sulpice Sévère a fait un choix malheureux lorsqu'il a envoyé ses lettres à Noie par un certain Marracinus qui a des vêtements et des façons de charlatan, ce qui suggère à Paulin un essai de règlement auquel il est douteux que les postiers aient consenti à se soumettre : « Qu'ils portent les lettres sans s'enorgueillir des couleurs de leurs habits, et avec l'humilité que leur prescrivent les cilices dont leurs corps sont hérissés... Que la courte chlamyde ne brille point sur leurs épaules, qu'ils aient un manteau fait de drap grossier, que le baudrier ne ceigne pas leurs reins, qu'ils n'aient qu'une corde pour ceinture... Que de longues touffes de cheveux ne flottent point impudemment sur leurs fronts ; que leurs chefs soient tondus ; qu'ils préfèrent la chaste difformité d'une tête rasée jusqu'à la peau aux honteux ajustements de la vanité ; que leurs barbes soient inégalement et à moitié rasées, leurs fronts entièrement découverts... Qu'ils soient ornés sans affectation de l'éclat de la pureté, décemment désordonnés et honorablement méprisés ; qu'ils préfèrent la beauté de l'âme aux grâces extérieures du corps ; qu'ils s'étudient à paraître difformes, à rendre, avec prudence, leurs visages désagréables à voir, tout en travaillant sagement à la perfection de leurs âmes ». Ce qui est surprenant, c'est qu'il découvre des postiers de cette catégorie, ce sont Cardamas, un vieil acteur en retraite, Sorianus et Victor, la merveille. Cardamas est infatigable et, presque chaque année, franchit la distance de Bordeaux à Noie, malgré les difficultés et les dangers des mauvais chemins, porteur des lettres de Durand et de Delphin de Bordeaux. Victor est le courrier pédestre, veredarius pedes, le coursier bipède, veredarius bipes, Sorianus vit en moine et leur arrivée à Noie est attendue des moines qu'ils édifient par leur austérité et distraient par leurs récits. Le postier Victor fait même figure de personnage. Paulin écoute ses réparties, admire ses conversations spirituelles, l'interroge à l'occasion sur tel ou tel détail de construction pour ses basiliques.
Cardamas, jadis « bon vivant », se met au régime monastique sans broncher, même en carême ; il jeûne et sait se priver de boisson. Victor n'a pour vêtement qu'une peau de mouton et toujours sur les routes. Parti de Primuliac pour Noie il a rencontré son frère Postumianus à Narbonne et l'a ramené à Primuliac d'où Sévère l'a renvoyé de nouveau à Noie et il en repart après un séjour de près d'un an imposé par une crise de rhumatismes et chargé d'un paquet de lettres. « Quelques-unes sont fort courtes, écrit Paulin ; toujours debout à la porte pour partir, Victor ne me permit pas de leur donner plus d'étendue ; mais, lors que je fus convaincu qu'il serait obligé de prolonger son séjour, j'eus assez de tranquillité d'esprit et de loisir pour en écrire de plus longues ». H. Leclercq.
POTERIE. — I. Poterie commune. II. Types généraux. III. Types barbares. IV. Usage domestique et funéraire. V. Poteries chrétiennes : Gaule et Afrique.
I. Poterie commune. — Il en est de la poterie comme de plusieurs productions des arts industriels dont la matière a peu de valeur, on ne leur a accordé d'attention qu'à raison de leur forme ou de leur décoration exceptionnelles. La terre, le plomb, le fer ont longtemps semblé indignes de l'attention des artistes, des archéologues et des collectionneurs ; lorsqu'enfin on s'est penché vers ces substances dédaignées on s'est aperçu que des produits vulgaires pouvaient offrir plus qu'un intérêt quelconque, mais des éléments d'information historique utiles à l'étude de la civilisation générale. Quand on y a songé, le mal était fait et sans remède ; qui pourra jamais dire la quantité innombrable de vases trouvés dans les tombes et brisés sur l'heure avec cette espèce de joie sadique que met l'homme à détruire ce que le temps a épargné. Ce n'est guère que depuis le milieu du XIXe que les amis de l'antiquité se sont imposé le devoir de rassembler les moindres débris d'un art grossier et de leur ménager un traitement aussi respectueux, des interrogations aussi ingénieuses que leurs prédécesseurs réservaient à un art aristocratique et conventionnel. On semble dire une contre-vérité en avançant que la poterie commune est plus instructive que la poterie artistique, et c'est elle cependant qui nous fait pénétrer plus avant dans le secret de la vie domestique de nos ancêtres à qui, pendant leur vie, elle était d'un usage quotidien, général et indispensable.
II. Types généraux. — Les nécropoles africaines n'ont pas été moins abondantes en poteries communes que celles de la Gaule, on y a recueilli à profusion amphorae, ampullae, ollae ossuariae, la plupart du temps intactes ou d'une restitution facile. Rarement elles se distinguent les unes des autres par une marque, par un signe pour ainsi dire individuel. Peu de ces vases retiennent l'attention par un ornement tracé au pinceau ou gravé à la pointe et il ne s'agit que de décorations purement géométriques. Une bande de peinture rouge entourant la panse, un filet noir contournant l'orifice, des stries parallèles, horizontales ou verticales, tels sont les témoignages de l'art du potier africain. Parfois une inscription est gravée ou peinte sur le haut de la panse des urnes funéraires, mais c'est là une exception.
Ces poteries peuvent être réparties en un certain nombre de types généraux que distingue leur forme extérieure, mais il est rare de rencontrer deux exemplaires absolument identiques. Le profil de la panse est plus ou moins convexe, les anses s'attachent plus ou moins haut sur le col ; la base est plus ou moins large, le col plus ou moins élancé. Il n'y a pas lieu d'être surpris de ces différences car chaque pièce était modelée par le potier et l'usage du moule ne paraît pas avoir été connu des ouvriers qui travaillaient dans les fabriques de poterie commune. En conséquence les produits se ressemblaient, mais on n'atteignait pas à l'uniformité absolue. Il y avait des types dont on se rapprochait plus ou moins, mais dont les altérations ne peuvent échapper à l'œil exercé d'un archéologue ; cependant les exemplaires conservaient le nom du type parce que le vase appartenait finalement à la catégorie ou, pour mieux dire, au profil de l'amphore, de l'urne, etc. Dès lors, il ne faut pas chercher un nom spécial pour chaque forme individuelle, mais on doit caractériser la panse, l'orifice, le col.
La panse forme le corps du vase, elle a toujours une forme arrondie parce que les anciens s'étaient avisés que les volumes ronds sont ceux qui perdent le moins d'espace. Entre l'amphora qui est cylindrique et l'ampulla qui est sphérique, se succèdent d'innombrables types plus ou moins allongés, plus ou moins renflés, parmi lesquels prennent place les gutlurnia et les gutli qui servaient à verser les liquides, les lagenae, diolae, ollae qui contenaient des provisions. Du profil de l'amphora qui est droit, à celui de l'ampulla qui est une demi-circonférence, la transition a lieu sans lacunes. La ligne droite s'infléchit, la courbe s'accuse et par une série de formes très voisines les unes des autres, elle atteint la régularité géométrique de la demi-circonférence. Il existe quatre types de panses : cylindriques (amphorae), allongées (gutlurnia), ovoïdes (lagenae), sphériques (ampullae).
Il arrive rarement de rencontrer un vase reposant sur un pied nettement détaché de la panse ; cette forme n'est fréquente que dans la céramique artistique et décorative ; ce n'est pas celle qui retient notre attention. Les vases adaptés aux besoins de la vie domestique ont une base effilée ou plane et ce type est beaucoup plus répandu. On réserve généralement la pointe effilée aux amphores destinées à contenir une quantité considérable et que pour cette raison on déplace rarement. Une fois introduites dans le cellier, il n'en coûte rien pour les installer ou pour les déplacer puisqu'elles sont enfoncées dans un sol très meuble, généralement du sable, ou appuyées contre les parois (voir Dictionnaire, t. i, col. 1689, fig. 423). A Hadrumète (voir Dictionnaire, t. vi à ce nom), dans la nécropole punique, devant la porte de chaque tombeau, l'on a trouvé plusieurs amphores disposées ainsi que nous venons de le dire.
Les vases d'usage courant, tels que cruches, pots, jarres facilement maniables ont un fond plat qui permet de les déplacer sans effort. La base est ordinairement horizontale et circulaire ; il arrive qu'on garnit cette base d'une couronne qui s'en détache à peine mais qui néanmoins la renforce et dont la faible hauteur, un centimètre environ, suffit à l'isoler du récipient sur lequel on dépose le vase.
Les cols varient de hauteur et de largeur et c'est remarquablement juste qu'on a fait que « ce n'est pas au hasard et sans raison qu'on leur a donné l'une ou l'autre de ces formes. Tout, dans ces poteries ordinaires, a une cause et une fin pratiques. Lorsqu'un vase est destiné à contenir soit des liquides, soit des provisions que l'on utilise vite et qu'on renouvelle fréquemment, le col est large et court ; il l'est même parfois tellement qu'on le distingue à peine. Les grandes amphores, les ollae, les dolia présentent cette disposition. D'autre part, les vases à parfums et les ampullae qui ne devaient, pour ainsi dire, livrer leur contenu que goutte à goutte, se terminent à leur partie supérieure par un col plus ou moins allongé, mais toujours très étroit. 3 » Certains types de vases comportent des anses, et les ont parfois une destination purement utilitaire, qui gaires retirés des Fouilles d'Enserune. — *J. de Saint-Venant, Anciens vases à bec. Étude de géographie céramique, dans Bulletin monumental, 1899. — '.). Toutefois, Notes sur les n'exclut pas toute préoccupation artistique, en ce sens qu'elles confèrent à l'objet plus d'élégance et peuvent varier leur forme ou leur place. Une anse révèle surtout le souci d'utilité pratique, et deux anses sont moins utiles qu'une seule. En effet, ce sont les grands et lourds vases qu'on déplace rarement et qu'on manie difficilement qui sont munis de deux anses : amphorae, ollae, lagenae ; dès lors, ces anses ne servent guère, et elles ne sont plus proportionnées aux dimensions et au poids, et elles perdent leur utilité et jusqu'à leur nom, on les appelle des « oreillettes ». S'il s'agit d'un vase comme le gutlurnium ou le capis servant à verser le liquide, l'anse est d'un usage constant, elle dispense d'un effort plus pénible qui consiste à saisir la cruche par la panse ou par le col pour l'incliner. Dans ce cas l'anse est bien décollée et elle décrit une ample courbe assez prononcée entre l'orifice et la panse. Sur les vases de forme ovoïde les anses ont leurs deux points d'attache sur la panse d'où le nom qu'on leur donne : diotae, oreilles. La plupart des ollae, un grand nombre d'amphores présentent cette disposition.
Quant aux ampullae, aux unguentaria, aux dolia et autres vases à panse sphérique, ils n'ont presque jamais d'anses.
Sous réserves de quelques types que nous allons bientôt rencontrer dans les sépultures barbares de nos contrées, nous pouvons, dès maintenant, mentionner et fixer plusieurs types généraux (fig. 10488) :
1° L'amphore et le cadus consistant en une panse cylindrique à base effilée, col large ou nul, orifice large avec ou sans anses (n. 1 et 2).
III. Types barbares. — En Afrique, en Gaule, en Italie, il existe une poterie d'époque romaine d'un type en quelque sorte officiel, peu compatible avec celui qu'introduisent les conquérants barbares et qui est une industrie toute particulière. La transformation de l'une à l'autre s'accomplit assez rapidement et on s'aperçoit que tout ce qui peut rappeler la céramique romaine est exclu du foyer et de la tombe du Franc. Dans plusieurs cimetières de Belgique, à Samson, à Furfooz, à Spontin, on a recueilli des poteries rouges, fines et parfaites de tour, ayant tout l'aspect de la céramique romaine, mais s'en distinguant par le mode de décoration à la roulette, usage exclusivement barbare. Sont-ce des tombes de Francs Ripuaires, on l'a soutenu et on l'a contesté ; en tout cas ce sont des tombes barbares l. Dès lors, « les grands chaudrons d'argile pour brasser les boissons disparaissent complètement des sépultures. Les vases, plutôt petits, se changent en pots-au-feu et en plats, et les écuelles d'argile cuite en coupe de verre. Même les poteries des Romains, qui avaient été conservées en grande partie, disparaissent bientôt 2. » Les sépultures des barbares renferment presque toujours des vases d'une teinte noirâtre, et quelquefois aussi des urnes rouge pâle et jaunâtre. Les vases noirâtres sont faits d'une pâte plus fine et moins rugueuse que celle des autres poteries. D'où provient cette nuance noire ? Voici ce qu'on a constaté à Herpès (voir t. vi, à ce nom) : la couleur noire est une vigoureuse teinture appliquée sur le vase terminé, un frottement prolongé l'en débarrasse et mieux encore une chaleur de 5 à 600 degrés dans un four de verrier. Cette couleur noire marque le deuil et approprie des vases indifférents à une destination funéraire 3. C'est un cas, il y en a un autre : celui où la pâte est teintée avant de recevoir une couverte. D'ailleurs, certains de ces vases noirs ont une forme caractéristique et présentent presque invariablement la figure de deux cônes tronqués joints par leurs bases, ce qui est le propre de la céramique franque (fig. 10489).
Les vases qui ont servi à l'usage domestique n'ont pas de forme bien distincte ; ce sont des récipients quelconques, propres à faire cuire des aliments ou à contenir une boisson. A Éprave, province de Namur, dans les cimetières des premiers temps de l'occupation franque, les plus anciennes sépultures ne contiennent guère que de la vaisselle usuelle -- grands plats, écuelles, pots à large ouverture et anse épaisse — dont la pâte est rougeâtre et grossière. Cette vaisselle disparaît des tombeaux vers la fin du VIe, pour être remplacée par de petites urnes, généralement noires ou d'un gris foncé4. Tous ou presque tous ces vases de couleur sombre portent sur la panse, c'est-à-dire sur le cône supérieur, une ornementation régulière exécutée à la roulette, décor qui ne se retrouve pas sur les vases à usage domestique 6. Cette ornementation (fig. 10490) a été étudiée en vue d'en extraire les éléments d'une chronologie des cimetières francs ; ce serait déjà atteindre un résultat précieux que d'établir un synchronisme entre certains cimetières où les trouvailles ont donné des décors identiques jusque dans les imperfections et les points de repère, se reproduisant exactement sur des vases provenant de cimetières éloignés les uns des autres, ce qui tend à prouver l'emploi d'une même roulette dans les mains d'un même fabricant, dans une période déterminée.
« Seul le vase funéraire franc a la panse biconique, c'est-à-dire formée de deux secteurs de cône unis bout à bout par le plan de la plus large section. La forme est angulaire et n'a rien d'arrondi, le col est petit, raide, droit ou un peu rétréci vers l'orifice, mais sans apparence de courbure. Cette forme caractéristique du vase franc ne se modifie que bien peu avec les âges, et, dans les cimetières des dernières époques même, le galbe n'est guère différent ; la forme est seulement un peu écrasée, l'arête de la panse ou soudure des cônes un »après 1. Harmignies peu effacée et arrondie, le bord du col à peine recourbé en dehors et voilà tout. Parfois même on y a joint une petite anse verticale, opposée à un petit déversoir à la manière d'un tuyau de théière, mais beaucoup plus court ' ».
IV. Usage domestique et funéraire. -- Il a existé une poterie de couleur claire marquée de taches noires d'intensité inégale, suivant qu'elle a subi plus ou moins longtemps l'usage de la flamme et le contact de la braise du foyer2 ; cette poterie devenue caduque ou paraissant devoir être bientôt hors d'usage a été jugée bonne à servir de poterie funéraire ; peut-être même à raison de sa destination nouvelle, l'aura-t-on enfumée un peu plus qu'elle n'était afin qu'elle ne déparât pas parmi les poteries noires destinées au cercueil. Quelle était l'utilité de ces vases pour le défunt ? Il est probable qu'ils contenaient les aliments destinés à le sustenter pendant son long voyage, ou bien de l'eau lustrale et s'il était chrétien de l'eau bénite3. A Franchimont, près de Liège, on a trouvé l'emplacement des foyers qui servaient aux repas des cérémonies funèbres 4. Chaque peuple eut ses repas d'adieu qui précédaient ou suivaient les funérailles, repas double à l'usage des vivants et du défunt, dont la pitance déposée dans une écuelle était placée dans la tombe. Le christianisme multiplia les interdictions et ce n'était pas contre les païens que légiféraient les conciles, mais contre les fidèles qui se conformaient, nonobstant leur croyance, à cet usage païen '.
Le type pur de cette poterie franque se retrouve incontestablement en Belgique et semble appartenir aux Francs de l'invasion. Dès qu'on franchit les limites de l'ancienne Belgique et qu'on entre dans les provinces du nord de la France, l'urne franque varie beaucoup et s'écarte de l'uniformité que l'on constate dans la plus grande partie des cimetières de la Belgique. Mais cela ne se fait pas tout d'un coup. En 1908, on trouva des poteries dans un cimetière situé près d'Avallon (Yonne). Les vases de formes différentes étaient ornés de dessins tracés en creux à l'aide du poinçon ou de la roulette. Leur surface était lisse et noire extérieurement et l'intérieur n'était recouvert d'aucun enduit. Tous ces ustensiles avaient été fabriqués à l'aide du tour et la pâte employée est fine. Ces divers objets sont des bols, des pots, une assiette 6.
« Si je regarde la céramique comme la première de toutes les industries, écrivait l'abbé Cochet, je considère aussi l'usage de placer des vases dans le tombeau de l'homme comme la plus ancienne de toutes les pratiques religieuses des funérailles 7. Tous les cimetières montrent aux pieds du mort un vase vide dont les hommes d'aujourd'hui nous demandent le sens et le mystère. Nous croyons l'avoir trouvé dans la piété simple, grossière, peut-être même un peu matérielle et superstitieuse de nos pères. Nous supposons donc, non sans fondement, qu'ils auront pris dans ce vase une eau sacrée, préservatrice des obsessions et possessions démoniaques, si fréquentes chez les vivants, et dont ils ne croyaient les morts ni exempts ni affranchis*. » Généralement les tumulus des barbares contiennent plusieurs vases de forme et de dimension variées qu'on retrouve généralement aux pieds ou vers l'extrémité inférieure de la tombe ; il est exceptionnel de les rencontrer ailleurs. « Les pieds, dit encore l'abbé Cochet, étaient si bien la place naturelle, qu'à diverses reprises, à Londinières, à Parfondeval, à Envermeu (voir Dictionnaire, à ces divers noms), nous avons surpris dans ces vases des péronés ou des phalanges de doigts de pied, qui étaient tombés par suite de la décomposition des corps9. » La même observation a été faite dans beaucoup d'autres cimetières barbares en Normandie, en Picardie, dans le Pas-de-Calais, en Belgique, en Suisse, etc 10.
Par contre, dans certaines stations, ce qui est exceptionnel ailleurs devient la règle, les vases sont placés près de la tête, par exemple à Herpès11 (voir Dictionnaire, t. vi, à ce nom) et dans quelques cimetières du Midi ; tandis qu'à Chaillevet, à Pontavert (Aisne), cimetières francs, il y a à peu près autant de vases aux pieds qu'à la tête.
Dans les pays situés au sud de la Loire, on a mis le même acharnement qu'ailleurs à briser les vases et les poteries grossières dont il reste assez peu de chose ; les rares fragments retrouvés sont de teinte grisâtre et sans aucune particularité. Il y aurait eu intérêt à pouvoir dire si la poterie wisigothe différait de celle des Burgondes et de celle des Francs. A Herpès (Charente), les exemplaires recueillis nous font voir une technique propre à la région. La plupart des vases funéraires n'offrent rien qui rappelle les vases biconiques en usage chez les Francs, ils se rapprochent plutôt de la cuvette (fig. 10491, n. 4). L'urne y est décorée de dessins variés, et, contrairement à la règle suivie dans les sépultures franques, la poterie est généralement déposée près de la tête. Le souvenir des formes (Seine-Inférieure).
D'après Barrière-Flavy, op. cit., album, pi. lxxiv, n. 2, 3, 6 et t. i, p. 323, flg. 104, 105. Les formes romaines n'est pas aboli, mais les vases sont tous noirs et ornés à la roulette. Il faut signaler dans ce cimetière d'Herpès deux jolis vases ou cruches à bec tréflé, noirs et décorés. Le deuxième pourvu d'une anse et d'un goulot est encore un type de fabrication courante dans les fabriques de poterie de Castelnaudary (flg. 10491, n. 1 et 2). Une sépulture de ce même cimetière donna une coupe à pied, de mêmes techniques, teinte et ornementation, telle qu'on n'en connaît jusqu'ici aucune dans les découvertes de l'époque barbare qui puisse lui être comparée » (flg. 10491, n. 3), si ce n'est une pièce quel que peu semblable, moins le décor, qui fut trouvée, vers 1865, à Varimpré (Seine-Inférieure) dans une sépulture gauloise ; cette deuxième coupe est moins profonde et de forme plus svelte que celle des temps barbares2 (flg. 10491, n. 5).
De ces types de vases et quelques autres quoi que fracturés, C. Barrière-Flavy croyait pouvoir conclure que, contrairement aux récipients en usage chez les Francs et chez les Burgondes, ceux des Wisigoths avaient une forme plus écrasée, moins élancée et s'inspirant peut-être de plus près de la céramique galloromaine.
J. de Saint-Venant qui a étudié avec autant de minutie que de patience les anciens vases à bec, retrouve dans la région du Languedoc occupée jadis par les Wisigoths, un type de vase, appelé pégau, qu'il décrit en ces termes : « C'est, dit-il, un pichet sans col et à anse à peu près aussi large que haute. Cette panse est, en effet, un ovoïde presque sphérique et tronqué par l'ablation de deux calottes presque égales. L'une des ouvertures est fermée par un fond plat, l'autre reste béante et constitue un orifice renforcé à son pourtour d'un léger bourrelet aplati, à moulure des plus simples : boudin, baguette, ou filet à angles plus ou moins arrondis... Sur cet ourlet s'amorce une anse en arc de cercle, courte, large, mince et cannelée fréquemment de façon grossière sur sa face externe..., en hauteur cette anse ne dépasse pas le plan de l'ouverture... Diamétralement opposé à cette anse, un gros bec en entonnoir se soude sur l'ourlet du bord, sans l'interrompre ; mais celui-ci persiste à peu près détaché comme un pont au-dessus de l'orifice percé de la paroi pour établir la communication du bec avec l'intérieur. Cette forme de bec et cette disposition de l'orle sont les caractéristiques les plus saillantes et les plus fixes de ces poteries 3 ». La panse est dépourvue d'ornements ; elle porte parfois des mascarons comme le montre le pégau de Montauriol (Tarn-et-Garonne). La couleur gris cendré domine (fig. 10492).
La céramique burgonde offre des caractères qui s'écartent de tout ce qu'ont produit l'industrie franque et l'art romain en cette matière. La poterie de ce peuple est confinée dans son habitat et ne se rencontre nulle part ailleurs en Gaule ; elle offre ses types les plus purs et les mieux caractérisés dans le canton de Vaud, le bas canton de Berne, la Saône-et-Loire, le Jura, le Doubs, une partie de la Côte-d'Or. En dehors de ces contrées, cette poterie dégénère rapidement, mais tout en restant distincte de celle des Francs. Ces sortes de vases se rencontrent jusque dans les cimetières situés dans les limites de la Bourgogne et dans des sépultures de Francs ou d'Alamans, par exemple à Bel-Air, à Bassecourt, etc.
Quoi que le goût de la destruction ait sévi dans ces régions comme partout ailleurs généralement, il semble qu'il ait moins trouvé matière à s'exercer parce que les Burgondes faisaient un moindre usage des urnes funéraires que les Francs. En Suisse, il est des cimetières où pas une pièce, pas un fragment n'a été relevé, comme c'est le cas à Elisried et dans presque toutes les stations des environs de Berne et une grande partie de celles du canton de Soleure.
L'urne burgonde est une dégénérescence du prototype, elle offre une base sphéroïdale sur laquelle est soudé un cornet plus ou moins évasé. C'est le type burgonde par excellence, dont toutes les autres poteries ne sont que des dérivés. Les neuf dixièmes des vases provenant des sépultures barbares de Charnay appartiennent à ce type générateur et cette nécropole en a donné plus de cinq cents (fig. 10493).
Rien ne rappelle ici l'urne franque. En outre, les vases burgondes sont totalement dépourvus d'une ornementation à la roulette ; quelques lignes espacées, tracées à la pointe diagonalement de droite à gauche et inversement, une succession de chevrons à raies doubles ou triples, une simple ou double rangée de petits trous obtenus par le même procédé, forment toute l'ornementation de ces vases, lors que toutefois ils en ont une. Souvent les potiers ont employé comme décor des bourrelets disposés à l'orifice du vase, à la ligne d'intersection des deux parties et sur la panse sphéroïdale ; quelquefois ces bourrelets se répètent de manière à couvrir tantôt la partie supérieure du vase (fig. 10493, n. 4), tantôt tout le récipient. Cette dernière ornementation, rare dans les milieux francs de la première époque, se retrouve assez fréquemment dans la Haute-Normandie, particulièrement dans l'Eure : à Guiseniers, à Harquency, aux Andelys, sans que toutefois la forme de l'urne puisse être comparée absolument à celle des Burgondes. On rencontre sur les vases de provenance alamannique cette ornementation intéressante qui caractérise la poterie franque. Cependant, à Meckenheim, nous voyons déjà apparaître une décoration plus recherchée, faite de chevrons, de losanges, de quadrillés alternant avec des roses, des étoiles, des croix, et le type franc se révèle sur des poteries de Selzen, Oberolm, Freilaubersheim, Dietersheim, Abenheim 1. » (Fig. 10494.)
V. Poteries chrétiennes. — « La poterie, disait Camille Jullian, est une des principales ressources de l'archéologie française. Aucune région de l'empire romain n'a livré autant de débris de vaisselle en terre cuite que nos quatre grandes provinces gauloises ; aucune contrée du monde savant n'est, plus que la France, fournie d'érudits fervents de la céramique. Elle est la plus étudiée de nos antiquités nationales *. » On ne peut que souhaiter que cette ferveur se rapproche de celle des Francs, mais elle est de teinte presque exclusivement rouge ou jaunâtre.
« La poterie des sépultures alamanniques présente la plus grande diversité de formes et semble ne procéder d'aucun type déterminé, quoi que appartenant à tous les genres connus. Elle tient de l'urne franque et de l'urne burgonde ; cependant, on y reconnaît le plus souvent les deux cônes tronqués reliés par leur base, particularité propre au vase franc ; mais l'ouverture est sans cesse disproportionnée, tantôt trop étroite, tantôt trop large. Les cônes eux-mêmes sont irréguliers ; ici le cône supérieur s'allonge d'une manière disgracieuse, là le développement de la partie inférieure nuit complètement à la symétrie du vase. L'urne affecte des formes variées à l'infini. A Schwabsbourg (Hesse rhénane) on a recueilli un vase formé en réalité de deux unies superposées.
« Les récipients à anse et à bec ne sont pas rares. La panse en est assez rebondie ; le bec trilobé est placé au-dessous du rebord. C'est exceptionnellement que l'on tient et rappeler les beaux travaux de J. Déchelette ', de M. A. Blanchet ' et de R. Lantier * ; il semble que la poterie chrétienne a été particulièrement négligée et c'est la raison pour laquelle nous groupons ici quelques indications. On a signalé plus de soixante-dix fours à potiers ou ateliers de poterie, plusieurs d'entre eux ont obtenu les honneurs d'une inscription et d'un inventaire des moindres débris6, les rares vestiges chrétiens ont bénéficié, comme par grâce, d'une mention sommaire, ainsi ces fragments d'Andernos (voir Dictionn., t. vii, col. 1071, fig. 5890 ; t. ix. col. 1405-1406) sur lesquels nous voyons un chrismon et un renne suivi de son petit avec la croix gammée (fig. 10495) et auxquels on n'accorde pas même l'honneur d'une description : origine ? dimensions ? couleurs7 ?
En 1905, E. Millier signalait un vase en terre rouge découvert à Silly-le-Long (Oise), orné d'une croix et d'oiseaux encadrés par des palmes en demi-cercle. Ces oiseaux seraient des paons ou des phénix, symbole de résurrection 8.
Aussi longtemps que les archéologues seront réduits à mentionner des poteries dispersées dans les musées et les collections particulières, décrites et non dessinées dans un Corpus, tout ce qu'ils pourront avancer sera sujet à révision l. Trouveront-ils sur le sol de la Gaule un ensemble aussi remarquable que celui qui fut découvert en 1875 à Bordeaux, dans l'ancienne rue Sainte-Hélène 2 et que nous avons déjà signalé (voir Dictionn., t. ii, col. 1073-1075, fig. 1590) ? C'est une céramique particulière par la nature de la terre, sa couleur, le vernis noir qui la recouvre et les symboles qui y sont figurés. Ces poteries ont généralement une épaisseur variant de 0 m. 006 à 0 m. 012, formées d'une argile gris clair cendré, bleuâtre, verdâtre, quelquefois jaunâtre, plus rarement gris foncé ou noir d'ardoise, d'une pâte fine, serrée, bien homogène, avec quelques paillettes de mica ; elles ont généralement une grande sonorité et présentent une cassure rectiligne à arêtes vives. Parfois, la terre moins cuite a sa surface altérée par le séjour dans le sol. On peut remarquer sur quelques fragments un noyau d'une terre moins fine ou d'une autre couleur, enveloppé alors par celle qui doit recevoir les ornements, la couleur, le lustré ou le vernis. Ce noyau de couleur différente semble être un caractère commun de fabrication de toutes les poteries de cette époque, même les plus communes.
Toutes ces poteries sont revêtues d'un vernis noir, lustré plus ou moins, parfois assez translucide pour laisser apercevoir la couleur de la terre et lui donner alors une nuance gris noir comme bronzé et quelquefois marbré, mais l'aspect général est plutôt noir. Ce vernis a dû être posé au pinceau en une ou deux fois, ce qu'indique une répartition inégale laissant des taches là où il est plus épais et où il a coulé ; il a été attaqué sur quelques pièces peu cuites. Les dessous de patères, plats, assiettes n'ont pas de vernis.
L'ornementation se trouve principalement sur les fonds et les bords de plats, d'assiettes, de coupes. La forme est ronde, le fond plat avec un rebord curviligne de 0 m. 030 à 0 m. 065 de hauteur ; les diamètres varient de 0 m. 17 à 0 m. 30 pour les assiettes et les plats. Le bord relevé se termine, soit par l'épaisseur de la terre arrondie au sommet, ou par un tore ou bourrelet saillant sur l'épaisseur de l'objet, ce tore est cannelé par six à dix petits filets plats ; ces cannelures sont un des caractères constants sur les bords de nos poteries bordelaises. Le fond intérieur est divisé en zones ou anneaux concentriques par des filets légèrement creux, en nombre variable, plus ou moins espacés, plus ou moins larges, faits au tour, ayant les arêtes très vives.
Une première zone, celle la plus rapprochée du bord relevé, est unie ou ornée de guillochés faits à la molette ou à l'ébauchoir, probablement à l'aide du tour, très variab les de dessins, généralement formés de points en creux, refoulant un peu la terre, quelquefois striés, très rapprochés et disposés en torsades, en écailles de poisson, en ondulations variées, en lignes ou par zones. La zone ordinairement la plus large se rapproche du centre qu'elle entoure ; elle est ornée de feuilles disposées en étoile, plus ou moins régulièrement, et rayonnant du médaillon central (fig. 10496), parfois alternées avec des rosaces variant de dessins suivant les pièces ; sur quelques objets, les rosaces remplaçant les feuilles sont entrelacées comme des couronnes. Le médaillon est la partie principale des poteries par les signes symboliques qu'il contient.
L'empreinte des feuilles, rosaces, médaillons, est obtenue par applications successives du même poinçon, ce qui explique leur irrégularité de dispositions ; pour quelques-unes on y est revenu à plusieurs fois pour les bien marquer.
Les guillochés, les rosaces, les feuilles sont très variab les.
Sur certaines pièces on peut distinguer le laurier de l'olivier, sur d'autres on reconnaît une feuille ou une demi-feuille de palmier, deux fois la feuille est remplacée par une queue de paon, une autre fois cette feuille est estampée de plusieurs poissons et d'un agneau 10)06. — Poteiies de Borde aux.
D'après Soc. arch. de Borde aux, 1876, t. m, pi. vi, lig. 1, 4, 6, 7 et pi. vu, n. 1.
(fig. 10490, n. 4). Les symboles sont variés : poissons, agneau, paon, ancre, cerfs ; les figures géométriques le sont aussi : losange, triangle, croix pattée et parfois même une inscription cinq fois répétée sans être d'ailleurs plus intelligible : ; serait-ce Eustachius ?
Le médaillon central des poteries est le cerf (diamètre 0 m. 032 à 0 m. 038), le bord du médaillon est dentelé ou crénelé de petites dents de scie arrondies ou triangulaires tournées vers le centre par leurs pointes. Cinq fois ce médaillon olïre le cerf accompagné d'autres signes et escorté de son faon ou d'un chien qui aboie avec force ainsi qu'on s'en aperçoit au gonflement du cou ; le caractère sexuel des deux animaux est très indiqué. Ici encore des lettres sans suite A E H Z I et en légende :
Le médaillon est entouré de crânes d'oiseaux à long bec.
Un type déjà donné (voir Dictionn., t. n, fig. 1500) nous montre le cerf surmonté d'un chrisme et d'une étoile et le mot VEREI
Mentionnons aussi la colombe avec chrisme et étoiles ; ce médaillon était répété plusieurs fois.
Ces poteries, d'après le symbolisme, peuvent appartenir au Ve environ ; elles furent trouvées à une profondeur de 3 ou 5 mètres sous le sol de la place Saint-André, mélangées à des poteries rouges et rien ne s'oppose à ce que les unes et les autres aient servi aux repas liturgiques des agapes1.
Depuis les découvertes faites à Borde aux, la céramique grise à décor estampé, de type chrétien, a été rencontrée dans divers gisements de la Gaule méridionale. Les musées de Narbonne, Ensérune, Béziers, Arles, Marseille conservent d'intéressants échantillons de ces poteries, dont l'aire de dispersion s'étend le long des Pyrénées et de la Méditerranée, pour remonter la vallée du Rhône au moins jusqu'à Vienne. Elles sont particulièrement abondantes dans un site archéologique, en cours d'exploration, placé, non loin de la mer, à proximité des bouches du grand fleuve ; nous traiterons spécialement de ces trouvailles dans l'article Î5, p. 65. qui sera consacré au vicus Ugium. Là, les tessons de vases gris voisinent avec de la céramique rouge, analogue à celle retrouvée en Afrique du Nord, et avec des lampes chrétiennes utiles au classement chronologique de ces vaisselles décorées.
Faute de mieux nous signalerons une roulette de potier, en terre cuite munie d'une armature de bronze, (fig. 10497). On en mentionne une autre au musée de Rouen, de même forme, présentant également des oves et sur le flanc de laquelle on lit le nom du potier GRANIVS ; la provenance de ces deux objets n'est pas indiquée 2.
Nous sommes plus favorisés en Afrique. En 1905 on découvrit à 17 kilomètres à l'ouest d'Hadjeb-el-Aïoum (voir Dictionn., t. vi, à ce nom), dans les ruines de Henchir-es-Srira, un groupe d'établissements de potiers romains, renfermant encore dans leurs magasins de nombreux approvisionnements de vases, plats, lampes n'ayant jamais servi. Les fours semblent avoir été abandonnés en plein fonctionnement, à la suite de troubles ayant bouleversé le pays, à une époque qui, à en juger par la qualité de la terre, la forme et l'ornementation des vases, semble prendre place entre le règne de Constantin et l'invasion vandale. Les vases retrouvés sur place sont presque tous brisés ; les lampes sont très nombreuses et très variées de type ; le motif est tantôt païen, tantôt chrétien 3. Dans cet atelier dont le patron ne songeait qu'à aller au-devant des demandes de sa clientèle. « nous rencontrons des sujets géométriques, des animaux, des personnages. Ce sont des rosaces à sept ou huit pétales, petites ou grandes, formées de feuilles en forme de rais de cœur ou en forme d'CO très fermé. C'est encore le cratère que l'on voit déjà sur les lampes romaines, c'est un cartouche dentelé sur les bords, sans inscription. Les animaux ne diffèrent pas de ceux que l'on observe sur les lampes païennes et que l'on retrouvera sur les lampes chrétiennes. Ce sont le bélier, le bœuf, le cerf, le cheval, le chien, le coq, le lévrier, le lièvre, le lion, le sanglier. Les personnages sont plus significatifs, c'est d'abord toute une série d'amours... c'est Bacchus avec le thyrse et une grappe de raisin, Diane tirant de l'arc, Hélios radié, Léda et le cygne... ; on trouve même une trace curieuse du paganisme survivant : un bœuf porte, gravé sur la cuisse, un swastika1. Est-ce un simple motif décoratif ? Est-ce pour lui donner un caractère sacré ? La quantité des bœufs sculptés sur les stèles et destinés au sacrifice nous ferait plutôt accepter cette dernière solution, sans qu'on puisse rien affirmer dans ces questions de survivance. Ce sont surtout des sujets païens qui ornent les lampes de Henchir-es-Srira. Cependant elles ont bien des rapports avec les lampes chrétiennes. D'abord la religion nouvelle à ses débuts n'a pas chassé complètement les représentations anciennes : il y a au musée du Bardo une lampe chrétienne où se voient un satyre et une bacchante peu édifiants ; une autre semble porter un Hélios radié. Mais il y a des rapports plus étroits : les signatures à l'époque chrétienne deviennent très rares et se réduisent le plus souvent, lorsqu'elles existent, à une simple initiale ou à un ornement. C'est ce que nous rencontrons à Henchir-es-Srira ; nous voyons M, N, V, Y, un trèfle à trois feuilles, un autre à quatre feuilles, des palmettes — sans doute on en connaît des exemples sur des lampes païennes du Bardo, mais ils sont plus fréquents sur les lampes chrétiennes ; nous trouvons plusieurs fois une croix, tantôt seule, tantôt cantonnée de points, tantôt en relief sur une palmette et enfin sur le revers d'une des lampes on a : A B C 2. » On s'est demandé la signification de ce groupe. Il est bon de se souvenir qu'on lit sur un vase de Carthage ces mêmes lettres (voir Dietionn., 1. 1, col. 55, flg. 20 ; t. n, col. 2230, fig. 2117). Ce vase en terre cuite est à rapprocher d'un autre de même matière (voir Dietionn., t. n, col. 760, flg. 1506). Ces lettres, croyons-nous, indiquaient le rudiment spirituel et n'étaient en aucune façon l'équivalent de A GO. Leur présence sur un vase servant à verser l'eau du baptême a le même sens que sur les lampes ; elles signifient l'illumination de la vie spirituelle. On trouve parfois la lettre S ou T et il est probable que c'est la première lettre de la signature du potier. Sur une lampe chrétienne trouvée à Thala, en Byzacène, on voit une étoile à huit pointes entre deux branches de lauriers et au-dessous, en relief la signature du potier chrétien : +CO il SMA3 (fig. 10498).
On s'est demandé si tous ces produits de la fabrication céramique déterrés à Carthage étaient d'origine et de fabrication locales. La réponse à cette question reste indécise car les noms des potiers ne se lisent que sur les lampes, les amphores, vases et plats des trois premiers siècles. Sur beaucoup de poteries se lisent des noms grecs ; la colonie hellénique était nombreuse à Carthage, mais on peut douter qu'elle ait compté tant de coroplastes, aussi incline-t-on à voir là des objets d'importation. Quant à ceux qui portent des noms latins, l'affirmation est permise puisqu'on a pu signaler sur dix briques des estampilles relatives à la gens Domitia et, par conséquent, cuites en Italie. Il en est d'autres sur lesquels on lit les noms de C. Clodius Successus et de C. Oppius Restitutus qu'on pourrait croire particuliers à l'Afrique. Si on tient compte des noms des fabricants, durant les trois premiers siècles,
10 198. — Lampe de Thala.
D'après Huit, de ta soc. des antiquaires de France, 1895, p. 313. les poteries étaient dans une large mesure importées en Afrique. La similitude fréquente des lampes avec celles de Gaule et d'Italie confirme cette opinion. De sûrs indices ont montré que la plupart des types de la collection Marchant provenaient d'Alexandrie, quelques autres de la côte de Syrie. Enfin le P. Delattre a noté qu'un fragment conservé au musée Lavigerie sortait du même moule qu'une lampe trouvée sur le Palatin en 1866.
« A partir du Ve, l'industrie céramique fut plus spécialement indigène. A défaut des signatures qui ne paraissent plus au revers, le style et la technique si étranges des statuettes, les larges bords surchargés d'ornements des lampes, décèlent un travail africain. Une preuve encore plus forte, ce sont les cinq moules, un de lampe, un de médaillon, deux de figurines, un de vase, qu'on possède à Saint-Louis et au Bardo. N'y en eût-il qu'un seul, c'en serait assez pour conclure à l'existence d'une fabrication locale. L'argile plastique était à proximité, à Sidi-Bou-Saïd, au djebel Djeloud ; on l'extrait encore aujourd'hui en abondance de ce monticule proche de Tunis, à deux cents mètres à l'ouest de l'hôpital du Belvédère. Le docteur Carton en a retiré par dizaines des fragments de vases puniques, quelques-uns même présentent des lettres qui paraissent grecques et latines. Les potiers de la seconde Carthage, comme ceux de la première, ont dû exploiter ces gisements4. » De Carthage, nous ne pouvons nous éloigner sans dire quelque chose d'un monument sur lequel on a depuis peu attiré l'attention ; il s'agit d'un gros dolium (voir ce mot) sur la lèvre duquel on lit une inscription latine. On sait peu de chose sur ses origines ; il viendrait, paraît-il, de Tigava, non loin d'Orléansville et, après une étape dans la cour de l'archevêché d'Alger, il vint finir sa carrière, espérons-le, dans la cour intérieure du couvent des Pères Blancs à Garthage. Ce qui fait l'intérêt du dolium c'est son inscription (ftg. 10499) signalée en 1882 par R. de La Blanchère et admise au Corpus qui lui accorda les honneurs d'un fac-similé d'ailleurs médiocre et à peu près indéchiffrable 1. En 1905, M. P. Monceaux lui accorda ses soins et un commentaire. Le texte soumis à M. H. Omont aurait été celui-ci : Ora pro qui fecit quia ad magistrum non amnavitei (l)ubenter fecit ora pro istis( ?) parcionem ( ? ) sic (h)abetis Deum pro. Em. Châtelain proposa ceci : Ora pro qui fecit quia ad magistru(m) non amnavit et bene ( ?) fecit ora pro iscriptorem ( ?) sic (h)abebis. Deum pro (lectorem) ; et M. P. Monceaux opina que « le sens général ne paraît pas douteux. En achevant de mouler son dolium, l'ouvrier, sans doute un esclave, se félicite d'avoir mené à bien son travail. Il demande qu'on prie pour lui, qu'on le récompense ainsi d'avoir exactement rempli la tâche fixée par le maître potier ; sur ceux qui prieront pour lui, il appelle la bénédiction divine. » Muni d'un estampage, M. W. Seston proposa une nouvelle lecture, que voici : Ora pro qui fecit quia ad magis erunos iam novit et benefecit ora pro iscriptorem sic abes dm pro ; il ajoute : peut-être doit-on lire sic (h)abes dom qu'il faudrait alors développer en dom(inum).
Sans doute, le texte est fautif, mais ad magis n'est pas plus surprenant que ad nunc, ad longe qu'on rencontre ailleurs ; le mot erunos s'entend sans peine pour aerumnos.
Nous avons rencontré trop souvent des objets sur lesquels se lit une invocation pour que celui-ci nous surprenne, c'était une habitude si répandue que Ju les l'Africain conseillait d'écrire sur les dolia un verset de psaume dont la vertu empêchait le vin de tourner ; de même un fabricant du v<> siècle traçait ces mots sur un récipient : Cum Deo rogare dolia, si prosuntur. Le potier de Tigava était un homme pieux qui songeait à provoquer des prières pour le salut de son âme, mais a-t-il pu de bonne foi se flatter que les passants sauraient lire son écriture ? Il rappelle le bien qu'il a fait aux malheureux, c'est assez l'usage, et il escompte les prières que lui vaudra sa charité de la part de ceux qu'il a secourus. A supposer qu'ils s'en souvinssent, il faut supposer que le dolium était exposé à leurs regards, ce qui est possible, et qu'ils liraient et comprendraient son appel, ce qui est douteux.
Le Supplément au Catalogue du musée Alaoui à Tunis, mentionne, en 1910 et en 1922, les poteries chrétiennes suivantes :
1 (912). Fragment de poterie en terre rouge. Le Christ vêtu d'une longue tuni que et portant la croix. A côté le poisson (Carthage, 1905).
2 (913). Fragment de poterie en terre rouge. Le Christ nimbé portant la croix (Carthage, Dermech, 1902).
3 (914). Fragment de poterie en terre rouge. Partie inférieure du corps d'un personnage vêtu d'une longue tuni que (Carthage, Dermech, 1903).
4 (915). Fragment de poterie en terre rouge. Un personnage vêtu d'une tuni que tombant jusqu'aux pieds, un oiseau, au-dessous une palme (Carthage, Dermech, 1908).
5 (916). Fragments de poterie en terre rouge décorés de colombes, d'agne aux, de vaches, du calice, du monogramme et de la croix, flanqués ou non de colombes, de carrés, de rosa ces, de cœurs (Carthage, 1900 sq.).
6 (917). Fragment de poterie. Au centre, inscrit dans un cercle, le monogramme du Christ bouclé vers la droite et répété une deuxième fois du côté du cercle (Althiburos = Medeina : fouil les de 1908).
7 (918). Fragment de grand plat. Jonas avalé par la baleine : un homme lève les bras au ciel. Terre rouge, le dessus est formé d'une série de petits cailloux noirs incrustés.
8 (1270). Ampoule à eulogie. Saint Menas nimbé, les bras étendus, entre deux chame aux qui se prosternent ; au revers, cercle coupé par deux barres qui s'entrecroisent ; anses brisées (Carthage, 1903). Cf. A. Merlin, dans Bull. arch. du Comité des trav. hist., 1910, Les poteries qui suivent proviennent de l'église du prêtre Alexandre à Bulla Regia (Hammam-Darradji), fouil les de 1914.
1 (1274). Amphore à base effilée. Sur le col et l'épaule, deux palmes, sur la panse, ban des rouges entre deux lignes ondulées ; hauteur : 0 m. 30.
2 (1275). Partie supérieure d'une amphore. Sur l'épaule, palmette ; plus bas, flots entre deux ban des rouges.
3 (1276). Partie supérieure d'une amphore. Sur l'épaule et le col, ban des rouges, lignes ondulées et arcatures.
4 (1277). Partie supérieure d'une amphore. Ban des rouges, lignes ondulées et filets.
5 (1278). Fragment d'une amphore à long col. Filets, lignes ondulées et quadrillages.
6-8 (1279-1281). Trois cols d'amphores, avec lettres tracées à la pointe. Cf. A. Héron de Villefosse, dans Comptes rendus de l'Acad. des inscr., 1914, p. 702, fig.
9 (1282). Culots d'amphores contenant des grains de blé, des aman des et des noy aux de fruits. Cf. L. Carton, dans Rec. de la Soc. archéol. de Constantim, t. xlix, p. 82 ; Bull, archéol. du Comité, 1915. p. 195 ; Comptes rendus de l'Acad. inscr., 1915, p. 121. cerc les concentriques, accosté de deux paons faisant la roue que surmonte une fleur rouge, hauteur 0 m. 22 (provenance inconnue).
H. Leclercq. POTS-DE-VIN. — Voir Dictionn., t. iv, col. 2451-2453.
POU AN. — Voir Dictionn., t. xn, col. 2554-2556.
POUDRIER. —Les fouil les de Vermand (Aisne) ont mis au jour un petit vase en terre cuite qui ne porte aucun symbole chrétien mais qui appartient au mobilier domesti que et a pu, à ce titre, appartenir à quel que chrétien. On ne nous reprochera pas d'en donner ici une figure avec quelques mots (fig. 10501). On lit :
Parmi les diverses explications proposées, celle d'Edm. Le Blant nous paraît la plus vraisemblable. Ce D'après J. Pilloy, Étu des sur d'anciens lieux de sépulture de l'Aisne, t. n, pi. vin, n. 11. petit vase serait un « poudrier » et désignerait un récipient fait pour contenir le sable fin que l'on verse sur l'écriture fraîche. Ce mot ne se lit ni dans le Glossaire de Du Cange ni dans le Lexicon de De Vit et auc une des miniatures de la période mérovingienne ou carolingienne ne nous fait voir un poudrier à côté du calame, de l'encrier et du canif-grattoir. Que les anciens aient, comme nous, séché leur écriture avec du sable, on n'en saurait toutefois douter. Nous en avons pour garant ce gracieux disti que gravé sur une coupe de terre ja une du musée de Cherchel ' :
Pulveris aurati pluvia sit sparsa papyrus Rescribet Danaë sollicitata : Veni.
On voit que nous inventons moins qu'on ne le croit et les anciens, nos pères les Francs, tout comme les Romains répandaient la poudre d'or sur l'écriture humide ainsi que le font de nos jours encore ceux qui écrivent, depuis les amoureux jusqu'à messieurs les ronds-de-cuir.
H. Leclercq. dessin ci-contre dispense d'une plus ample description (fig. 10502). Un serpent enroulé sur le tronc d'un arbre qui semble vouloir figurer un palmier (voir Dietionn., t. xiii, à ce mot), entre deux croix d'un type peu commun à cause de leur médaillon central. Ces croix pourvues d'une fiche paraissent être de cel les crue nous avons décrites et classées sous le nom de « croix de bénédiction » (voir Dietionn., t. m, col. 3107). Pierre dure, de provenance locale, techni que assez bonne et qui semble encore d'épo que gallo-romaine, sculpture en méplat. Pareille représentation du serpent est uni que dans l'archéologie chrétienne en Occident, et on peut se demander s'il s'agit de la tentation de nos premiers parents ou du serpent d'airain ; c'est vers ce dernier que nous inclinerions plus volontiers. Quant à faire du palmier un symbole de la résurrection, ce serait chose assez imprévue, car c'est une essence qui ne dépouille pas sa verdure avec l'hiver. Ce débris a-t-il appartenu à une auge de sarcophage, on ne sait et sa destination primitive est douteuse. Le symbolisme et l'exécution peuvent reporter au VIe l.
H. Leclercq. 2. POUILLÉ. — ■ « Pouillé » est la prononciation française, relativement récente, du mot latin d'origine grec que polyptychum qui a pris, au cours du temps, un sens plus étroit. Sous l'empire romain et dans le haut Moyen Age, polyptychum sert à désigner les registres du cens et il en est synonyme ; en général il s'entend des impôts directs payés à l'État. Ce terme apparaît avec la signification que nous venons de dire dès le IVe de l'ère chrétienne, chez Yégèce, au livre II, c. xxvi de ses Instituta rei mUitaris, dédiés à l'empereur Valentinien II (370-392) et dans une constitution promulguée en 400 par les empereurs Arcadius et Honorius 2. Elle se retrouve avec le même sens en 122 dans une constitution des empereurs Honorius et Théodose II3. Après la chute de l'empire romain d'Occident, l'expression et le sens persistent ; l« dans un édit émané du roi wisigoth Sisebut (612-620), et conservé par la compilation dite Lex Wisigothorum, 1. XII, tit. ii, § 13. où la notation est tn polipticis public is ; 2° dans la Clironi que dite de Frédégaire, écrite au Aux sièc les suivants du Moyen Age, ce terme polyptychum, polepticum, polelicus, puletius, « pouillé » n'est plus employé lorsqu'il s'agit de la nomenclature des revenus de l'État ; ce mot sert à désigner les registres qui donnent une base à l'établissement des revenus du haut clergé et des abbayes. Déjà le mot polyptycha désigne les registres des revenus de l'Église de Rome dans une lettre écrite par le pape Grégoire le Grand (590-604), la neuvième année de son pontificat . Le diacre Jean, qui, en 872 ou 873, écrivait une vie de ce pape, y parle, 1. II, c. xxiv, d'extraits que Grégoire aurait faits du polypty que du pape Gélase : ex Gelasiano polyptycho 10. Gélase a occupé le siège de Rome de 491 à 496 et aurait donc eu déjà un polypty que ou pouillé, qui subsistait un siècle après lui. En 868, l'abbaye de Lobbes, aujour d'hui en Belgi que, eut un polepticum11. Au même siècle, l'auteur des Actus pontificum Cenomannis in urbe degentium, après avoir reproduit les noms de treize villae données à l'Église cathédrale du Mans par un certain Alanus au temps de l'évê que Hadoind (623-654) ajoute que le même bienfaiteur a donné aussi à la même Église d'autres villae plus petites dont on trouve la liste dans les pouillés, in pollegiticis 12.
Les pouillés des diocèses ne sont pas des nomenclatures de propriétés immobilières. Ce sont des nomenclatures de bénéfi ces ecclésiastiques dressées pour donner une base à l'assiette des décimes payées par le clergé quelquefois au pap ?, plus souvent au roi. Cet impôt qui, en France, apparaît à la fin du xne siècle, en 1 1 88, se rencontre de temps en temps au XMe ; à partir du xiv, il devient très fréquent 1S, surtout depuis le concordat de 1516, et en 1557 il était devenu une charge annuelle ordinaire. Le plus ancien pouillé de diocèse que nous connaissions remonte au xnr siècle. On n'en trouve même de cette date que pour six diocèses : Lyon (1225), Tours, Nantes, Chartres (1272), Rouen (Ï240), Paris (1205). A une date plus ancienne on trouve trois fragments de pouillés du XIe concernant les diocèses d'Autun, de Sens et d'Orléans. Enfin, Grégoire de Tours, dans son Historia Francorum, nous a conservé, sur les paroisses du diocèse de Tours au commencement du tv siècle et en finissant au vie, des indications précieuses que Longnon a reproduites. Les Gcsta pontificum Cenomannensium et les Gesta episcoporum Autissiodorensium ont été utilisés de la même façon pour les diocèses du Mans et d'Auxerre. Divers comptes, notamment des comptes de décimes conservés aux archives du Vatican, ont procuré d'uti les compléments aux renseignements tardifs fournis par les pouillés loc aux ».
Au XVIe, poletus, polerium, polearium, polliarium, pullare, latinisations du mot « pouillé », s'appliquent exclusivement au dénombrement des bénéfi ces d'une abbaye ou de tout un diocèse. Antérieurement au XVIe, ce n'est guère le mot « pouillé » qui sert d'intitulé aux listes de bénéfi ces mais des dénominations sans précision variant d'un diocèse à un autre : prothocollus, pancharta, informatio, repertorium, carthellus, inventarium, manifestum, norma, ou plus souvent encore : Sequuntur nomina beneficiorum... Si le mot « pouillé » se rencontre avant le XVIe, au sens de liste de bénéfi ces, ce n'est qu'exceptionnellement — le plus ancien exemple rencontré date de 1423 2 — et son emploi ne s'est vraiment généralisé qu'aux xvne et xvm« sièc les, grâce aux circulaires de l'Agence générale du clergé. C'est à partir du XVMe surtout que la signification s'est précisée. A cette épo que, le terme s'appli que à des recueils très complets donnant non seulement le nom du bénéfice, mais aussi celui du titulaire, celui du patron, qui dispose du bénéfice, et l'indication des revenus et des charges. Au XIXe, les érudits ont généralement considéré que la présence des noms des patrons formait la caractéristi que des pouillés 3.
Dès le XVIe, plusieurs libraires eurent l'idée de publier des pouillés généraux. En 1627, Gervais Alliot édite le Grand pouillié des bénéfices de la France et se borne à quatre provinces ; en 1648, le même éditeur publie un Pouillié général plus large, mais encore incomplet et des plus fautifs *. Vient ensuite, en 1692, un Recueil général des bénéfices de France, par J. Le Peletier, qui se limite aux abbayes et ce n'est qu'en 1726 qu'on trouve un pouillé général vraiment digne de ce nom. « A cette date, l'Assemblée du clergé prit une délibération ordonnant que « les bénéficiers, corail munautés ecclésiastiques et autres contribuables aux « impositions du clergé » fissent déclaration de leurs biens et revenus (12 décembre). En conséquence, les agents du clergé présentèrent une requête au roi pour l'homologation de la délibération, obtinrent le 3 mai 1727, un arrêt du Conseil d'état du roi, suivi le 15 juin de lettres patentes, lesquelles furent enregistrées le 4 septembre pour être exécutées en leur forme et teneur.
« Dès le 11 du même mois, les agents envoyèrent dans les diocèses la délibération, l'arrêt du Conseil et lettres patentes, en même temps que les modèles, arrêtés par l'Assemblée, des déclarations à fournir. Partout les pouillés furent dressés et trois ans plus tard les agents déclarent dans leur rapport quinquennal : « Nous n'avons reçu, jusqu'à présent, Messeigneurs, « les déclarations et les pouillés que de quatre-vingts « diocèses, mais il y a lieu d'espérer que, dans le courant de la présente année, toutes les déclarations et « tous les pouillés auront été fournis 6. » « Que sont devenus ces pouillés si minutieusement préparés dont les minutes se retrouvent dans les archives d'un grand nombre de diocèses ? Il semblerait que l'on dût rencontrer dans les registres de l'Agence, une belle série de volumes au chiffre de l'Assemblée. Mais les agents du clergé se sont contentés de former une collection d'extraits et ont restitué dans les trois ans aux bureaux diocésains les divers pouillés dont ils avaient eu communication6. En 1755, en 1790, de nouvelles déclarations furent encore réclamées aux bénéficiaires, sans aboutir à une centralisation plus rigoureuse. Des éditeurs, des érudits ne se firent pas faute de reprendre le projet à titre privé, mais ils semblent s'être promptement découragés. L'abbé Lebeuf (voir ce nom), entre autres, avait proposé au clergé de France une nouvelle rédaction du pouillé d'Alliot « où fussent comprises les sept ou huit provinces méridionales dont le pouillé n'a jamais été « donné ». Mais deux libraires consultés lui répondirent « que par expérience ils ont appris que ces livres ne se « vendent point ' ». Il appartenait à l'Institut de France (voir Dictionn., t. vi, à ce mot) de réaliser, dans le seul intérêt de l'histoire, ce que les trésoreries, pour un objet administratif, ou les éditeurs pour un lucre illusoire, avaient vainement tenté 8. » Ce fut sur l'initiative d'Aug. Longnon que fut entreprise la collection des pouillés, rattachée au Recueil des historiens de la France. Les volumes ont paru dans l'ordre suivant : T. i. Pouillés de la province de Lyon (1904), liii-324 p. ■ — T. ii. Pouillés de la province de Rouen (1903), lxxv-602 p. — T. iii. Pouillés de la province de Tours (1903), ci-607 sq. — T. iv. Pouillés de la province de Sens (1904), lxxxv-797 sq. — T. v. Pouillés de la province de Trêves (1915), lxviii-600 p. (par A. Longnon et V. Carrière, préface de M. Prou). ■ — ■ T. VI. Pouillés de la province de Reims (1908), civ-1066 p. — T. vii. Province de Besançon, presque entièrement achevé (en 1935). « M. Clouzot va liquider la situation e. » Chacun des volumes se compose de trois parties : 1° une introduction paginée en chiffres romains ; 2° les textes ; 3° la table. Les introductions ont été rédigées par MM. Longnon, Noël Thiollier, Léon Mirot, Victor Carrière, Maurice Prou, Et. Clouzot. L'introduction de chaque volume se divise en autant de sections que la province ecclésiastique contient de diocèses, et chacune de ces sections se partage en trois subdivisions : la première donne la liste et la provenance des documents qui, concernant les bénéfices ecclésiastiques de ce diocèse, ont été publiés par Aug. Longnon dans la seconde partie du volume ; la seconde subdivision comprend l'état des documents analogues qui n'ont pas été admis dans la présente publication ; dans la troisième subdivision, Longnon étudie l'histoire des circonscriptions géographiques, archiprêtrés, archidiaconés, doyennés, comprises dans le diocèse et, s'il y a lieu, les variations des limites de ce diocèse.
Quand la publication des pouillés sera terminée, celui qui voudra entreprendre un dictionnaire historique de la géographie de la France aura entre les mains une œuvre fondamentale indispensable. Le territoire de la commune rurale moderne est habituellement identique à celui de la paroisse du Moyen Age ou bien il est le résultat soit du morcellement d'une paroisse, soit de la réunion de plusieurs paroisses en une seule unité administrative. Il faut partir de l'étude des circonscriptions diocésaines du Moyen Age pour arriver à déterminer les limites de la cité romaine, et c'est par l'étude géographique des cités romaines qu'on parvient à déterminer, autant qu'il est possible, quel territoire occupait chaque peuple gaulois avant la conquête romaine.
On peut ainsi s'expliquer la raison qui nous a fait entrer dans ces détails sur des documents qui, à première vue, paraissent postérieurs à la période de nos études. C'est ce qu'a montré H. d'Arbois de Jubainville : l'identité des diocèses du VIe avec le territoire des cités romaines du ve est établie par les quelques mots de titre ajoutés dès le VIe en tête de la Notitia provinciarum et civitatum Galliae du manuscrit Paris, lat. 12097, fol. 141 : Ineipit séries episcoporum. Nous en avons la preuve pour la province ecclésiastique de Rouen, ancienne Lugdunensis secunda qui se composait de sept diocèses, correspondant chacun à une cité romaine, si ce n'est que le diocèse de Lisieux avait été agrandi aux dépens de celui de Sées . La civitas Rotomagensium, devenue diocèse de Rouen, se composait du territoire de deux peuples gaulois, les Veliocasses et les Caleti 2. Le diocèse d'Avranches était la civitas Abrincatum, correspondant au territoire des Abrincatui. Le diocèse de Bayeux réunissait les territoires des Bodiocasses et des Viducasses, formant, au Ve, la civitas Baiocassium. Le diocèse de Coutances était identique à la civitas Constantia, qui occupait le territoire des Unelli. Le diocèse d'Évreux était l'ancienne civitas Ebroicorum, qui comprenait le territoire des Auberci Eburovices, moins la civitas Sagiorum ou mieux Saiorum 3, démembrement de ce territoire. Le diocèse de Lisieux correspondait à la civitas Lexoviorum, ancien territoire des Lexovii, agrandi dans le courant du Moyen Age aux dépens de celui de Sées. Le diocèse de Sées, qui s'appela Uxomensis à l'époque mérovingienne , correspondait à la civitas Saiorum, moins la partie annexée au diocèse de Lisieux, et cette civitas était un démembrement du territoire des Auberci Eburovices, comme nous venons de le dire 6.
H. Leclercq.
Sur une mosaïque trouvée dans une chapelle de martyrs à Thabraca on voit un notaire ecclésiastique assis à son bureau, occupé à écrire la vie d'un martyr (voir Dictionn., t. xii, col. 1630, fig. 8947). Au-dessous du scribe apparaît une orante, les yeux levés au ciel. C'est une femme âgée, à la physionomie ascétique, aux cheveux blancs, au visage amaigri, vêtue d'une stola strisciala verte, avec des clavi noirs, qui tombe jusqu'aux pieds chaussés de souliers fermés bruns. La tête est à demi recouverte d'un grand voile blanc qui descend sur la nuque et s'enroule ensuite autour des épaules, emprisonnant le buste entier comme une guimpe. En bas, à gauche de l'orante, brûle un grand cierge bariolé de rouge, de jaune et de blanc, tandis qu'à droite sont plantés de deux côtés deux rosiers : l'un d'eux sépare deux oiseaux affrontés, des poules de Carthage, à plumage sombre et crête rouge.
Nous retrouvons les poules de Carthage sur un encensoir trouvé à Furnos Majus (Henchir Aïn-Fourna ) dans le haut bassin de l'Oued-el-Kébir. Il s'agit d'un bol sans pied, légèrement renflé, estampé dans une feuille très mince de métal jaune or, recouvert d'une patine brunâtre, due au contact de l'objet avec des eaux passant à travers des matières organiques. Hauteur : 0 m. 065, diamètre à l'ouverture : 0 m. 11, à la base : 0 m. 06 ; poids : 125 grammes. Au rebord supérieur sont fixés trois grands anneaux de suspension (haut. : 0 m. 01) et un décor d'exécution très soigné recouvre toute la surface (fig. 10503).
A la partie supérieure, entre un filet et une ligne de petits rectangles on lit cette inscription :
+ KATEY0YN0ITOEITTPOCEYXIMOYGÛC0YMIAMAE NONIONCOYKÊ
K<xT£u6uv0(r))To (f,) Ttpoaeuy^) jxou wç 0u[aîoc(zoc èv(cô)7Uov trou K(ûpt)e C'est un emprunt au psaume cxl : Dirigatur oratio mea sicut incensum in conspectu tuo.
Sur le bandeau central se déroule une tige d'acanthe formant des médaillons au nombre de huit dessinés par les volutes. Deux de ces médaillons nous font voir des poules de Carthage, deux pies, deux pintades et deux perdrix ; les volatiles étant dans chaque couple affrontés. Au-dessous de ce bandeau, un rang de grosses perles rondes, une ligne d'olives mélangées de pois, enfin un bourrelet formant socle, de 0 m. 005 de hauteur, et au fond une marguerite à huit [létales inscrite au centre d'une étoile à huit pointes faite de deux carrés qui s'entrecroisent.
Ouvrage du VIe 6.
Nous pourrions encore mentionner des poules sur la mosaïque de la conque absidale de la basilique de Saint-Clément, à Rome (voir Dictionn., t. iii, fig. 3029) ; il suffît de rappeler la poule avec ses poussins du trésor de Monza (voir Dictionn., t. xi, col. 2777, fig. 8446) qui paraît être un ouvrage du VIIe. Enfin la mosaïque de Kabr-Hiram (voir Dictionn., t. viii, col. 607, fig. 6439).
Voici enfin un médaillon de terre cuite trouvé à Orange, qui représente une poule avec trois poussins ;
(fig. 10504) ; elle porte un épi dans son bec et un des poussins est posé sur son dos. Au-dessus un rameau et la légende :
MIHI ET M[eis
FELICI TER '
H. Leclercq.
POURBOIRE. ■ — Un sermon de saint Augustin conservé dans un manuscrit liturgique de Silos, missel du XIe, acquis par le British Muséum (cod. add. 30844) contient le passage suivant : Loquebaiur cum discipulis suis ascensurus. Videamus qualia illis reliquit, sicul dici solet, Itoria. Humanee conditionis est quod dico, ut quando ab amicis amici deducunlur, quando ille qui deducitur discedere cœperit, quia necesse est ut relinquat in animo diligentium se nonnullam tristitiam, dat eis aliquid pecuniœ, unde illis eadem dies, sicut dicitur, bene sit, id est, unde convivent, simul Ixtentur et jucundentur. Et hace quantulacum que pecunia quse datur, hilari numine Itoria nuncupatur. Quid dimisit Dominus Ihesus discipulis suis ? Eiate, adtendite, quia Itoria illa non solum illos inebriavit, sed ad nos us que manebil. Et un peu plus loin : Eritis mihi lestes in Jérusalem. Primo ibi, ubi sum occisus, ibi ero gloriosus. In Jérusalem. Et in totem Judaeam et Samariam. Et adhuc parum est. Et us que in totam terram. O Itoria 1 Bibite, ructate...
Ce mot itoria avait passé inaperçu et voici que dans un sermon adressé à ses ouailles les saint Augustin leur rappelle les circonstances historiques de l'Ascension : « Voyons, dit-il, quels itoria, comme on dit, il a laissés [à ses disciples]. Ce à quoi je fais ici allusion est d'un usage fréquent dans le commerce habituel de la vie. Quand des amis donnent un pas de conduite à un ami, comme le départ de celui qu'on a ainsi accompagné ne peut manquer de laisser une certaine impression de tristesse dans les cœurs qui l'aiment, il leur donne de l'argent pour que ce jour-là, comme on dit, aille bien pour eux, c'est-à-dire qu'ils se régalent et se réjouissent ensemble. Et cette petite somme d'argent qu'on donne ainsi, s'appelle d'un nom joyeux, itoria. » Et le Sauveur Jésus quittant ses apôtres, leur laissa pour les consoler une itoria non seulement pour eux mais encore pour nous. C'est la promesse que son Église s'étendra de Jérusalem à la Judée, à Samarie, à toute la terre. « O la magnifique itoria ! Buvez et exhalez ce que vous avez bu ! 2 » H. Leclercq.
POURPRE. — I. Fabrication. II. Teinturiers en pourpre.
I. Fabrication. — Les anciens connaissaient la pourpre végétale. Pline, Dioscoride et Pausanias parlent de la cochenille produite par un ilex et mentionnent l'insecte qui la secrète. Vitruve cite la racine de garance. On trouvera tous les passages des auteurs anciens réunis et discutés dans les œuvres de Saumaise 3 qui a utilisé un passage d'un fragment ancien resté inédit jusqu'à nos jours où il fut traduit et publié par Marcellin Berthelot '. Ce fragment est purement technique et se trouve en tête d'un petit traité intitulé Physica et mystica, attribué à Démocrite d'Abdère. Voici ce passage :
« Mettant dans une livre de pourpre... posez sur le feu jusqu'à ébullition, puis, enlevant du feu la décoction, mettez le tout dans un vase, et, retirant la pourpre, versez la décoction sur la pourpre et laissez tremper une nuit et un jour. Puis, prenant 4 livres de lichen marin 5, versez de l'eau de façon qu'il y ait au-dessus du lichen quatre doigts d'eau, et qu'il puisse devenir épais ; filtrez alors, faites chauffer et versez sur la laine. Mettez avec ce qui est le moins compact de façon à atteindre le jus au fond et laissez deux nuits et deux jours. Prenez ensuite et faites sécher à l'ombre, versez le jus, puis prenez le jus lui-même et dans deux livres de ce jus mettez de l'eau, de façon à reproduire la première quantité. Faites de même jusqu'à ce qu'il devienne épais, puis, l'ayant filtré, mettez la laine comme tout d'abord, et laissez une nuit et un jour. Prenez ensuite et rincez dans l'urine, puis séchez à l'ombre ; prenez de l'orcanète *, mettez 4 livres d'oseille et faites bouillir avec de l'urine jusqu'à ce que l'oseille soit réduite, et ayant clarifié l'eau mettez l'orcanète, faites cuire jusqu'à ce qu'elle soit épaissie et, ayant filtré à nouveau l'orcanète, mettez la laine, puis lavez de nouveau avec l'urine et après cela avec de l'eau. Faites sécher de même à l'ombre, exposez aux vapeurs des algues marines trempées dans l'urine pendant deux jours...
« Voici ce qui entre dans la préparation de la pourpre : l'algue qu'on appelle fausse pourpre, le coccus ', la couleur marine9, le crismos (graminée ?), l'orcanète8, la garance d'Italie, le phyllanthion des plongeurs l », le ver de pourpre « , la rose d'Italie ; ces couleurs sont estimées par nos prédécesseurs. Il y en a qu'il faut éviter et qui sont de nulle valeur : la cochenille de Gilatie, la couleur d'Achaïe qu'on appelle laccha, celle de Syrie qu'on appelle rhizion l, et le coquillage de Lybie, et la coquille d'Egypte de la région maritime, q l'on appelle pinna 2 et l'isatis 3 de la région supérieure et la couleur de Syrie qu'on appelle murex. Ces couleurs ne sont pas solides, ni estimées parmi nous, excepté celle de l'isatis. »
II. Teinturiers en pourpre. — La recette qu'on vient de lire n'a pas seulement un intérêt de curiosité, elle nous permet de prendre une idée du commerce de pourpre au début de notre ère, commerce qui fut pratiqué par des chrétiens, notamment par cette Lydia, originaire de la ville de Thyatires et que nous voyons avec un groupe de pieuses femmes écouter la prédication de l'apôtre Paul à Philippes (voir Dictionn., t. ix, col. 2798-2799). Thyatires, ville du district de Lydie, dans l'Asie proconsulaire, était connue pour sa spécialité des étoffes teintes en pourpre. Une inscription grecque de cette ville mentionne une corporation de Pacpsîç, teinturiers. Thyatires était une colonie macédonienne, située entre Sartes et Pergame, ce qui peut expliquer que Lydia fût marchande ou teinturière en pourpre à Philippes. Une inscription latine de cette dernière ville vient ajouter son précieux témoignage à la présence de marchands de pourpre dans cette ville 4 : vQn Nous ne pouvons savoir si ce fragment a quel que rapport avec une communauté chrétienne, mais celui que nous allons transcrire intéresse du moins le judaïsme. Il s'agit d'une inscription trouvée à Hiérapolis, en Phrygie, en 1853, dont nous avons déjà donné le texte (voir Dictionn., t. xiv, col. 271), dans laquelle on relève quelques particularités curieuses. Elle était gravé sur un sarcophage en pierre poreuse, fortement détérioré.
I~Io7rXîoo AtXlou rXoxcov[oç.... uloû IlouXtou AlXlou [Aaluavoû toû SëXeûxou èv f) x [7]Seu6r,aovTai.] aùxèç [xai. yovï) AÙTOÛ[.... xai Ta TEXvà aÙTcov ÉTÉpco Se oùSevi ë^euTai xtjSeu[0 ? ;vaixaxéS[co xev 8è[xa]l tt ; a£[ivo-ràTT) 7rpo£8pia tcov 7ropcpupa[6âq>cov OT£cpa[vco 5 tixoû •/JSiaxôai.a 7rpc.ç to SiSooôai [àTcô]Tcov tôxcov fête des pains azymes. Il a de même légué au comité des fabricants de tapis, à titre d'argent pour les couronnes, la somme de 150 deniers, dont lors de la fête de la Pentecôte. » Il n'est pas impossible d'assigner une date approximative à ce texte, vu le nom de Publius Aelius Glycon. Le nom d'Aelius fut porté par l'empereur Hadrien (117-138), grand voyageur, qui accorda le droit de cité à un très grand nombre de pérégrins, au nombre desquels aura pu se trouver Publius Aelius Glycon qui, comme des centaines d'autres, aura adopté le prénom et le nom de Publius Aelius Hadrianus. Ce n'est que vraisemblable, mais si on admet cette remarque, on ne peut faire remonter l'inscription avant l'année 117, qui est celle de l'avènement d'Hadrien à l'empire. Quant à indiquer une date au-dessous de laquelle on ne puisse placer l'inscription le seul indice à en retenir est l'emploi de Y il qu'on ne rencontre plus guère après la seconde moitié du ne siècle.
Publ. Ael. Glycon fait deux libéralités qui révèlent assez clairement sa croyance puisqu'il a choisi l's fêtes de Pâques et de la Pentecôte ; un païen ne s'en serait pas avisé et il est douteux qu'un chrétien se fût servi de l'expression « la fête des azymes » pour désigner la fête de Pâques ; nous pouvons donc croire que ce Glycon était juif, habitant Hiérapolis (voir Dictionn., t. vi, à ce nom ; t. xiv, au mot Phrygie).
La 2e ligne du texte porte les mets èv fl qui se rapportent à CTÔpco sous-entendu ; le mot aôpoç est d'un emploi fréquent à Hiérapolis 5, où on rencontre également le mot x[r,SEu6if]CT0VTa(.], ainsi que xatés[co]x£v et de [xa]i qui se lisent à la ûe et à la 4e lignes. Quant à appliqué à y^poueria on l'y trouve aussi.
Nous en venons à la rcpoESpta tcov 7ropcpupa6âçcov qui n'a rien de mystérieux. Strabon parle de la propriété de pétrification que possèdent les eaux d'Hiérapolis et il ajoute : 'Ecm Se xat npbç, ttjv (3acpr ;v èpîcov Oauixacrrcoç ai>[xti.£Tpov tô xaTa ttjv 'i£pâ7roXt.v ûScop, coote Ta èx tcov piÇcov èvâraXXa slvai toîç èx tîjç xôxxou xai Taç àXoupyéaiv 6. Or, le xoxxov est la baie du chêne coccifère et qui sert à teindre en écarlate. Les sont les étoffes teintes en pourpre à l'aide de la cochenille. Les habitants d'Hiérapolis pouvaient donc, grâce à leurs sources thermales, teindre les étoffes en écarlate et en pourpre. On sait quel cas les anciens faisaient de ces deux couleurs, et la place que tenait la pourpre dans le commerce et l'industrie'. Dès le temps de Caton le Censeur, les Romains en faisaient grand usage : Purpura viri utemur, praetextuti in magistratibus, in sacerdotiis ; liberi nostri praetextis purpura togis utentur... et quum tibi vin liceat purpura in veste stragula uti, matrem familias tuam purpureum amiculum habere non sines ? et equus tuus speeiosiua instratus erit, quam UXOT veslita 8. mission de s'en procurer de pareille, mais ils n'y réussirent pas '.
Le luxe effréné des empereurs à partir de Dioclétien fit rechercher la pourpre comme un attribut réservé à la majesté impériale ; on essaya même de faire du commerce de la pourpre un monopole à leur profit : Purpurae nundinas, licel innumeris sint constitutionibus prohibilœ, recenti quo que exterminatione vetamus 2. La contrefaçon de la pourpre sacrée, c'est-à-dire de la pourpre destinée à l'empereur fut interdite sous peine de mort 3. On sait que certains empereurs reçurent le surnom de « porphyregénète », c'est-à-dire « né dans la pourpre » et le plus grand luxe pour les livres était d'être écrit en or sur parchemin pourpre.
On comprend que la ville d'Hiérapolis possédait une source inépuisable d'opulence avec ses eaux thermales qui permettaient à ses teinturiers d'obtenir avec de la garance les couleurs d'écarlate et de pourpre, sans avoir à recourir à la cuisine compliquée que nous avons transcrite. Ces teinturiers y devaient être nombreux et ils y formaient une corporation ainsi que nous l'apprenons d'une dédicace gravée sur l'architrave d'une chapelle funéraire4 :
Toûto TÔ 7)PWOV crecpavoi Y) spyaota tùv (3a<pécov corporation qui avait à sa tête une 7rpoe8p[a tûv 7ropcpupa6â<pov5.
Lignes 4 et 7, on lit : crTeçavamxov qui se retrouve dans d'autres inscriptions de Hiérapolis et qui doit s'entendre de la pecunia sepulcris slatis temporibus coronando 6. Ligne 7, le mot xatpo8a7ua[T]G>v paraît dépendre de xoapouv terme technique propre à l'art du tisserand et qui signifie attacher la lisse, donc tisser. On ne s'étonnera pas de voir cette industrie à Hiérapolis, celle des fabricants de tapis se rattache assez naturellement à la teinturerie en pourpre '.
H. Leclercq.
POUZZOLANE. — Le sol de la campagne romaine se compose de trois espèces de roches : roches volcaniques, marines et fluviales. Quelques rares catacombes chrétiennes (Saint-Pontien, Saint-Valentin) sont creusées dans des gisements de cette nature, peu propres aux constructions et dont les architectes romains n'ont guère fait usage. Les roches volcaniques se subdivisent en tuf lithoïde qui est une véritable pierre à bâtir ; en tuf granulaire qui n'offre que l'apparence de la pierre et présente peu de fermeté, enfin en tuf sablonneux ou pouzzolane qui n'est plus que la roche endettée et dégagée de toute substance étrangère propre à agglomérer les molécules. Les païens n'exploitaient que le tuf lithoïde et la pouzzolane d'où ils tiraient des moellons et du ciment. Or, les catacombes sont creusées dans le tuf granulaire dont la friabilité rendait le travail moins long et moins pénible et dont l'adhérence permettait d'obtenir des sections et des excavations suffisamment résistantes pour attendre que l'action de l'air, qui pénétrait par de larges bouches (luminaires ou lucernaires), accrût leur solidité, en sorte que les parois verticales fussent en état de soutenir, non seulement le poids et la poussée des voûtes, des galeries et des loculi, mais de l'enduit destiné à recevoir une décoration polychrome.
H. Leclercq.
POUZZOLES ET CUMES. — I. Site et commerce. IL La colonie syrienne. III. Les juifs à Pouzzo les. IV. Les apôtres à Pouzzo les. V. Liste épiscopale.
I. Site et commerce. — Sans remonter à l'époque où Pouzzoles, alors Dicearchia, était le port de Cumes, il nous suffit ici de l'envisager au moment où Rome entre en scène. A cette date, le mouillage d'Ostie (voir ce nom) régulièrement ensablé par les apports du Tibre, où les bateaux de quel que tonnage ne pouvaient point pénétrer, était déjà insuffisant. Les Romains, vainqueurs des Carthaginois et maîtres de l'Italie, sentirent le besoin d'un port sûr dans la région où aboutissait déjà le commerce gréco-oriental. C'est en Campanie, où se trouvaient Cumes et surtout la florissante Capoue, que les négociants avaient pris l'habitude de débarquer ; c'est vers la côte campanienne qu'il était sage de tourner ses regards ; Pouzzoles devint l'emporium officiel de la République. Chaque nouvelle conquête faite en Grèce, en Égypte, en Syrie, en Asie, devait, par cela seul qu'elle créait de nouveaux débouchés au commerce romain en développer la prospérité.
Mais à la même époque existait, et cela depuis longtemps, un autre centre commercial, intermédiaire entre l'Orient et l'Italie, qui empêchait des relations directes suivies de s'établir entre Pouzzoles et l'Asie, celui de Délos. Dans cette échelle célèbre les marchands de tous les pays se retrouvaient ; les Italiens s'y arrêtaient avant de pousser plus loin et les Asiatiques y possédaient des comptoirs ; tous les écrivains s'accordent à qualifier Délos, suivant l'expression de l'un d'entre eux, de maximum emporium totius orbis terrarum. Pouzzoles ne pouvait être, comme port de commerce, qu'une petite Délos. Delos minor, ainsi que la nomme Lucilius. Il ne fallait rien moins que la ruine de la grande pour modifier la situation ; c'est ce qui advint.
Au moment de la guerre de Mithridate, l'île fut ravagée et vingt ans plus tard, elle fut saccagée par les pirates. Elle ne s'en releva pas. Aussitôt la route du commerce se modifia ; les négociants perdirent l'habitude de s'y arrêter et continuèrent dès lors leur route directement vers l'Italie. Pouzzoles passa sans conteste au premier rang. C'est la Pouzzoles que Cicéron nous a fait connaître dans ses discours, celle où il possédait une maison de rapport et une villa, voisine du Lucrin. Les auteurs de la fin de la république romaine et du début de l'empire en parlent comme d'un port de premier ordre où les vaisseaux affluaient de toutes les parties du monde.
Toutefois, il était bien un peu surprenant que Rome se contentât d'un emporium situé à près de 200 kilomètres et avec lequel il n'y avait de communications que par terre. L'expansion que prit la capitale au début de l'empire rendit la situation de plus en plus fausse ; aussi lors que Claude, pour assurer l'alimentation de sa population et faciliter ses relations avec l'étranger, eut aménagé le port d'Ostie et corrigé par toute une suite de travaux les obstacles naturels, le grand commerce se déplaça peu à peu. Les navires continuèrent bien à toucher à Pouzzoles, mais non plus comme en un point terminus. Seuls les négociants qui venaient trafiquer en Campanie ou dans l'Italie centrale s'y arrêtaient encore ; les autres y faisaient escale et poursuivaient leur route par mer jusqu'à l'embouchure du Tibre. L'emporium maximum totius orbis terrarum, c'était maintenant Ostie. Pouzzoles ne perdit point d'ailleurs, en un jour, toute son importance ; elle jouit d'une certaine prospérité jusqu'à la fin de l'empire. Les services de l'annone, qui y fonctionnèrent pendant longtemps encore, auraient suffi, du reste, à y maintenir une grande activité.
Naturellement l'affluence des marchands de toute sorte établis dans la ville ou simplement de passage n'a pas été sans laisser de traces dans les inscriptions locales. L'Occident et l'Orient y figurent pareillement. On y rencontre des armateurs et des mariniers du Rhône et de la Saône, des marchands d'huile et de salaisons espagnols ; des commerçants en blé de Carthage, de Libye et de Cyrénaïque, des négociants grecs et asiatiques de Corcyre, de Nicomédie, de Pergé, d'Éphèse ; des Nabatéens, des Syriens de Beyrouth ; de Tyr, d'Héliopolis et d'autres villes du Levant. Toutes les parties de l'empire romain y sont à peu près représentées. On est frappé surtout de la part prépondérante qu'y tient l'élément oriental, en particulier l'élément syrien.
II. La colonie syrienne. — Les Syriens étaient les commerçants les plus habiles et les plus entreprenants qui fussent ; ils apportaient dans les affaires un esprit de lucre, une souplesse et une audace qui ne s'embarrassaient point de scrupules inutiles ; par là, ils étaient assurés de l'emporter sur leurs concurrents. Grâce à leur initiative, ils envahirent peu à peu tous les ports, toutes les places de commerce du monde romain, concentrèrent entre leurs mains une grande partie du trafic et arrivèrent à exercer dans le monde entier une véritable influence morale et même artistique (voir Dictionnaire, t. III, au mot Colonies d'Orient aux).
Les inscriptions de Pouzzoles nous apprennent l'étroite solidarité qui régnait entre eux et les sacrifices pécuniaires qu'ils savaient consentir dans l'intérêt de la patrie commune. Les Syriens possédaient des stationes qui consistaient en de vastes édifices destinés à loger les marchands de leur nation et à emmagasiner les marchandises. Il faut, semble-t-il, se figurer les « stations » de Pouzzoles comme des hôtelleries pour les négociants, comme des entrepôts pour les denrées dont ils trafiquaient, et comme des centres religieux où tous ces exilés adoraient les dieux de leur pays. Il est vrai qu'on n'a pas, jusqu'à nos jours, réalisé de trouvailles archéologiques permettant de compléter les renseignements conservés par l'épigraphie et de retrouver la moindre trace d'un établissement de cette sorte.
Que des marchands d'une même origine provinciale se soient réunis sur une terre étrangère et resserrés en associations, c'est ce qui s'est toujours vu et se présente encore partout de nos jours. Les Romains et les Italiens en avaient donné l'exemple dès l'époque républicaine, se répandant dans les provinces lointaines à peine conquises ou même encore indépendantes, pour y tenter la fortune. On a relevé des groupements de cette sorte dont le souvenir s'est conservé en Sicile, en Grèce, à Délos, à Lesbos, à Cos, en Crète, en Asie Mineure, en Égypte, en Afrique, ailleurs encore. Partout, on le constate, ces Italiens ou même ces Romains, qui sont dits consistantes, negotiantes, xenoikoi, 7ipaY|ji.0'Teu6ji.£VOt dans quelle que cité ou dans quelle que contrée, se hâtaient de se former en conventus, fermés à tous ceux qui n'étaient pas de leur groupe ; ils mettaient à leur tête des administrateurs ou simplement un curateur, qui les représentaient soit auprès du gouverneur de la province, si elle était soumise au peuple romain, soit auprès des magistrats des cités qu'ils habitaient, qui prenaient leurs intérêts, défendaient leurs privilèges et faisaient aboutir leurs réclamations ; à Rome même, ils avaient des patrons élus par eux, pour soutenir au besoin leurs revendications. Les mêmes nécessités de défense professionnelle et de cohésion en face de l'étranger amenèrent les marchands syriens, répandus dans le monde romain, à former des associations sur le modèle de celles qui existaient à Pouzzoles.
On connaît depuis longtemps l'influence religieuse que ces marchands syriens ont exercée par leur présence seule en Italie, à Rome, dans les provinces, et la part qui leur revient dans la diffusion de leurs divinités nationales à travers l'empire. Unis durant leur vie par tant de liens matériels, moraux, religieux, tous ces négociants, disséminés sur la terre étrangère, loin des sépultures de leurs ancêtres, ne se séparaient pas non plus dans la mort. Il eût été bien imprudent de leur part de songer qu'on pourrait alors les ramener dans leur patrie ; la longueur du voyage, les frais qu'il aurait entraînés, mille difficultés matérielles s'y opposaient. Le plus sage était de préparer sur place un asile assuré pour leur dépouille mortelle. Or, les associations dont ils faisaient partie possédaient un tombeau commun ou un coin de cimetière : c'est le champ de repos qui leur était destiné. Là encore Pouzzoles nous fournit un document concluant. On a trouvé au Piano di Quarto, c'est-à-dire au IVe mille de la voie qui se dirigeait vers Capoue, une inscription relative au collège des marchands d'Héliopolis. Il y est fait mention d'un ager de sept arpents, enclos fermé, puisqu'il est parlé des portes qui y donnent accès et des chemins qui y sont ménagés ; il comprenait une citerne et un certain nombre de tabernae (boutiques pour les vendeurs d'objets de piété funéraire, salles pour la célébration des banquets funèbres, habitations de gardiens, etc.). Le texte déclare que ceux qui de leur vivant auront violé le règlement de la corporation seront exclus de la jouissance du lieu. L'association des Héliopolitains avait donc à cet endroit sa nécropole particulière. Celle des juifs se trouvait sans doute à Marano, autre localité voisine de Pouzzoles.
III. Les juifs à Pouzzoles. — Les juifs tenaient leur grande place parmi les compatriotes syriens, là, comme sur tant d'autres points du monde romain, il y furent les fourriers du christianisme. Le fait n'est pas douteux, mais les détails font défaut, car on ne sait rien de ceux qui l'implantèrent à Pouzzoles. Ou plutôt ce qu'on en peut savoir se lit dans une compilation sans autorité et légendaire connue sous le titre d'Actus Vercellenses. On y lit que l'apôtre Pierre, venant de Césarée en Italie, débarqua à Pouzzoles. Le pilote du navire, Théon, avec qui il s'était lié d'amitié pendant le voyage et qu'il avait baptisé, se rend chez son hôte, un chrétien nommé Ariston à qui il annonce l'arrivée de Pierre. Ariston profite de la visite pour mettre Théon au courant de la chronique romaine dont il se trouve bien instruit puisqu'il en vient, « étant rendu à la rencontre de l'apôtre et ayant quitté la communauté en pleine division sur le fait de Simon le magicien. Théon et Ariston se rendent au navire où Ariston se jette aux pieds de Pierre et le prie de ne pas tarder à se rendre à Rome pour rétablir l'union entre les frères *.
IV. Les apôtres à Pouzzoles. — Pierre se rend à Pouzzoles, mais suit le conseil d'Ariston et se rend tout de suite à Rome. A quelques années de là, c'est au tour de saint Paul de débarquer au port et de passer sept jours dans la ville, caché dans la maison d'un disciple de Pierre. Que les deux apôtres soient venus en Italie et qu'ils aient pris terre à Pouzzoles on n'en peut douter, du moins pour Paul 2 ; quant à la venue de saint Pierre à Rome, nous croyons en avoir donné une démonstration historique suffisante (voir Dictionnaire, t. XIV, au mot Pierre) et on peut seulement discuter la question insoluble s'il débarqua à Pouzzoles ou à Ostie. Qu'on tasse intervenir l'ordination du premier évêque de Naples, Aspren, lors du passage de Pierre dans cette ville, nous ne croyons pas qu'il y ait lieu d'en parler, la légende d'Aspren remonte, au plus tôt au Ve l (voir Dictionnaire, t. XII, au mot Naples, col. 695-696), lui-même a pu exister vers le milieu du IIIe.
A son passage et pendant son séjour d'une semaine, Paul trouva une communauté chrétienne : 7)kQo[izv elç I1oti6Xouç, ou eùpovxeç 7rapexXr]0Y)[xev 7rap' aù-roïç èra.(j.eïvoa 7)|jiépaç ÉTtrâ. De Pouzzo les Paul se rendit à Rome. On ne fait qu'entrevoir cette première communauté, on ignore tout sur son compte ; la correspondance de l'Apôtre n'y fait plus aucune allusion dans la suite. Il n'y a, semble-t-il, pas lieu de retenir le nom de Patrobas, mentionné dans l'épitre aux Romains 2 et de qui la liste des 72 disciples du pseudo-Hippolyte et du pseudo-Dorothée veulent faire un évêque de Pouzzo les : IIaTpo6â< ;, 00 xal aù-roû 6 ' Aitôaxokoq \ié[ivt)zM, ôç xai. sttîctxottoç èv Hoziokoïc, Y£Y0V£VCes l'stes sont dénuées de toute valeur (voir Dictionn., t. vin, au mot Légen des apostoliques) et de leur affirmation procède celle du Synaxaire de Constantinople s, qui n'en vaut pas plus.
Nous ne croyons pas qu'il faille retenir le nom de Celse dont on fait le premier évêque de Pouzzo les, où on célèbre sa fête et on conserve ses reliques, mais qui ne se trouve pas en meilleure posture que son pseudoprédécesseur Patrobas. On le trouve mentionné pour la première fois dans un document de 1026 qui parle d'une platea ad S. Celsum dans le castrum Putheolanum 4. Fr. Lanzoni ne consent pas plus à discuter les titres de Patrobas que ceux de Celse et de Jean6 ; aussi croyons-nous que c'est leur faire presque trop bonne mesure que d'accepter « qu'un certain Celse fut peut-être un des premiers chefs de la communauté chrétienne de Pouzzo les, et que, pour cette raison, son nom fut lié aux légendes relatives à saint Pierre lors que celles-ci se constituèrent ». » On ne s'attend pas à voir discuter ici certain récit d'une messe célébrée par saint Pierre dans un oratoire appelé San Petrillo situé après le Vado di Serra, à droite de la route de Capoue '.
V. Liste épiscopale. — On vient d'en lire deux ou même trois noms qui ne comptent pas. On rencontre ensuite un certain Maximus, qui est cité dans la vie grecque de saint Janvier avec Maxence, évêque de Cumes et Cosmas, évêque de Nap les 8. Ce dernier est connu par d'autres documents comme ayant vécu dans les premières années du IVe et il faut l'identifier avec l'évêque Zosime nommé dans la Chronique des évêques de Nap les par Jean Diacre comme ayant gouverné cette Église sous le règne de Constantin, à l'époque du pape Miltiade et qui mourut sous le pape Silvestre. Il y a bien quelques difficultés chronologiques ', mais le personnage semble appartenir à l'histoire et Maximus s'en trouve un peu plus assuré. graves et qui, quinze ans plus tard, essayait de reconquérir son siège épiscopal et troublait ainsi l'Église de Pouzzo les. Cette lettre a été écrite entre le 9 août 378 et le 19 janvier 379. Florentius avait donc été évêque et cassé en 363 : Et Florentius Puteolanus post damnationem, quant ricto judicio convictus accepit ac mansuetudinem nostram inquiétant cessatus, dignum titlil improba ofjensione responsum, post quindecimum annum Ecclesiam, de qtta fuerat exlrusus, rursus conlaminare conatur, congregationes illicitas facere molitur, egentem que consilii multitudinent perditi animi persuasione dépravât... 10.
2. Theodorus, connu par son épitaphe datée de l'an 435, le 13 mai ».
THEODOSIXVET-VALENTINIANI-IIII
3. Julius. — En 449, on le voit représenter le pape Léon Ier, avec le diacre romain Hilaire, à l'assemblée qui a gardé le nom de « brigandage d'Éphèse » 12.
4. Claudius. — Il siégeait au concile tenu à Rome sous le pape Hilaire, en 465 13.
5. Aucupius. — ■ Siégea au synode romain de 490, sous le pape Symma que M.
6. Geminus. — Mentionné dans une lettre du pape Pelage 16.
7. Gaudiosus. — ■ Siégea au concile de Constantinople, en 680 16.
VI. Les martyrs. — • On ne peut omettre le nom de saint Ignace d'Antioche qui, dans sa vie retouchée par le Métaphraste, nous est montré débarquant à Pouzzo les : Appulit Puleolos, Huspitio autem cxceptus simul cum militibus ab iis, qui illic erant fidelibus, cum eos quo que valere jussisset in Domino, venil Romam « .
Artemas, dont la passio est l'ouvrage de Pierre, travaillant par ordre d'Etienne, évêque de Pouzzo les, qui a retouché une pièce plus ancienne, probablement au Xe. On y apprend le nom du martyr, mais ni celui du magistrat ni la date. Il est mentionné au martyrologe hiéronymien le 25 et le 26 janvier 18.
Alfius, Phildelfius et Cyrinus font partie d'un groupe de 18 martyrs mis à mort en 251 ». Les trois premiers sont mis à mort en Sicile ; on ramène les quinze autres de Rome à Pouzzo les, où ils sont interrogés et mis à mort. Actes très douteux, qui n'ont d'autre garantie que le Ménologe de Basile 20.
Dasius, Zosimus, Januarius, Dorothea ou Dorotheus Sussimus et Januaria, qu'on ne sait trop où attribuer, à Nicomédie ou à Pouzzo les. Tout ce qu'on a proposé à ce sujet n'est que conjectural « .
Il existe des Acta Vaticana anciens et des Acta Puteolana, les uns et les autres sujets à caution, refaits probablement par Jean Diacre ou à son époque, ce qui les rend difficilement utilisables. Il n'en est pas de même des Acta Bolonensia qui peuvent remonter au début du Ve et qui ont été publiés par A. -S.
Mazzocchi, Actorum Bononensium S. Januarii... vindiciœ, Neapoli, 1759, et critiqués par le même dans ses Commenlarii in vctus marmoreum S. Neapolilanse Ecclesise kalendarium, t. i, p. 269-279. Cette pièce est exempte de fables, elle concentre l'action à Pouzzo les et ses environs immédiats. Les événements sont dégagés de merveilleux et tels qu'on peut se les figurer ; ici l'arrestation de saint Janvier est motivée par sa demande de rendre visite à Sosius dans sa prison. Il existe aussi une Vie grecque, dite du moine Emmanuel, longtemps dédaignée comme apocryphe et qu'une publication plus récente a, en partie, réhabilitée. Nonobstant certaines retouches, on y peut retrouver un fond qui remonterait jusqu'à la première moitié du VIe. D'après ces remarques, on aboutirait à un fait historique survenu en 305 (sous le Ve consulat de Constantin César et de Maximianus César), peut-être au mois d'avril — celle du 19 septembre au calendrier de marbre peut être d'une translation — - celle du 23 septembre se rapporterait à la translation de Sosius — ■ celle du 15 au 20 octobre à la translation de Proculus.
La date du 21 avril est donnée par les ménologes grecs ; d'après Eusèbe, la persécution cessa en Italie au mois de mai 305 ; enfin la Vie grecque de saint Janvier donne il est vrai le 19 septembre pour la mort et pour la translation, l'une en 305, l'autre en 315, cependant elle s'accorde avec Eusèbe et les ménologes pour marquer l'arrestation au 17 avril.
Les martyrs sont : Sosius, diacre de Misène ; Januarius, évêque de Bénévent avec Festus et Desiderius, diacre et lecteur de cette Église ; enfin Proculus, diacre de Pouzzo les, Eutychès et Acutius de Pouzzo les. Mentionnons encore au xiv kal. nov. du martyrologe hiéronymien : in cimeterio Puteolis Prnculi, Prosdoci et Nice matris e(ius Tasie) virginis Astibusli ; ceux-ci sont inconnus sauf le martyr Procule.
Voici le résumé historique qu'on peut retenir : Sosius, diacre de Misène, emprisonné à Pouzzo les par ordre du gouverneur de la Campanie. Januarius, évêque de Bénévent, de passage à Pouzzo les avec le diacre Festus et le lecteur Desiderius lui rend visite en prison ; on les arrête et tous quatre sont condamnés à être livrés aux bêtes dans l'amphithéâtre. Au jour dit on les y amène, mais le gouverneur est absent et la peine est commuée ; les quatre chrétiens sont décapités près de la solfatare et on leur associe trois habitants de Pouzzo les qui leur ont manifesté de l'intérêt, ce sont : Procule, Acutius et Eutychès.
Les corps sont enterrés près de la solfatare, celui de saint Janvier dans un endroit appelé Marcianum (aujourd'hui Convento dei Cappuchini), pour les autres on ne sait, peut-être en différents lieux. Mais au IVe, les corps sont déterrés et réclamés par leurs concitoyens : les Misénates emportent Sosius ; les Bénéventins enlèvent Festus et Desiderius, les Napolitains réclament Janvier, enfin les Pouzzolans transportent Procule, Acutius et Eutychès au prœtorium Faleidii.
La Vie grecque date les différentes translations des corps des martyrs de la même année on eut lieu le transfert de saint Janvier à Naplcs (en 315) ; el les paraissent très rapprochées.
Le prœtorium Faleidii se trouvait à un carrefour : in contrivio ipso, attenant à une basilique dite basilica Sancti Stephani. Aux xv et xrv« des kalendes de novembre le martyrologe hiéronymien commémore à Pouzzo les Eutychès et Procule : / ;; cimilcria Puteolis Proculi l, etc., et ce cirniterium paraît bien être le prsetorium Faleidii, ce qui devait s'entendre, comme à cette époque, d'une villa appartenant à Falcidius2, terrain qui garda son nom même lorsqu'il fut devenu un cimetière chrétien, avec une basilique dédiée à saint Etienne.
VII. Églises. — « Prsetorium et basilica étaient situés in contrivio. Il existe un endroit de la via Campana, la via Celle, où le chemin qui se dirige vers le Cigliano, et la route qui, dans l'antiquité, longeait Pouzzo les au Nord se réunissent et constituent un contrivium. Là précisément ont été reconnus les restes d'une basilique chrétienne primitive, dont l'entrée était tournée vers l'Orient et dont le pavage subsistait presque entièrement, soutenu par la voûte d'un souterrain ; deux chapelles latérales, à droite et à gauche, existaient sur les côtés extérieurs.
« Non loin de là, les traces d'une autre basilique ont été, à ce qu'il paraît, reconnues également. Un amoncellement de ruines assez étendues donne à croire qu'il y avait au même endroit un ensemble d'édifices importants 3. On a voulu y voir l'emplacement du prœtorium qui fut, au début du Moyen Age, transformé en monastère. C'est possible. En tout cas, précisément en ce lieu, parmi les ruines d'une des basiliques, a été retrouvée l'inscription chrétienne de C. Nonius Flavianus, prouvant indubitablement qu'il y avait là, dès l'époque romaine, des sépultures chrétiennes.
« Le prœtorium Faleidii était, aux vi« et vne siècles, un monastère, de même que l'ancienne villa de Lucullus à Nap les, le castrum Lucullanum '. Quand ce monastère fut-il fondé ? On ne sait. Tout ce qu'on peut dire, c'est qu'en l'année 600, il était désert et presque complètement abandonné par les moines, à cause de l'état d'insécurité du pays. La lettre du pape Grégoire, qui nous fournit ces renseignements, fait mention d'une église attenante au monastère, peut-être la vieille basilique de Saint-Étienne : Quia vero monasterium Puteolis constitutiim quod Falcidis dicitur, ita esse destitution a monachis perhibetur, ut non solum Dei illic opus minime eclebrelur, sed eliam pêne pro dereliclo, quod dici grave est. habeatur 5.
« Les autres églises de Pouzzo les que nous connaissons encore sont :
« L'église construite près de la solfatare en l'honneur de saint Janvier. On ne sait pas la date de sa fondation (peut-être le IVe).
« L'ancien temple d'Auguste, devenu postérieurement la cathédrale consacrée à saint Procule, et mentionnée pour la première fois au Xe 6. Quand eut lieu la transformation du temple païen en église chrétienne ? Ce fut probablement quand, au moment des invasions, la plus grande partie de la ville devint inhabitable et que les Pouzzolans se réfugièrent dans l'acropole grecque, le castrum du Moyen Age. Nous avons vu plus haut qu'en 600 le prœtorium Faleidii était abandonné. Il semble difficile de croire que dans ces conditions, les chrétiens y aient laissé les corps de Procule, d'Acutius et d'Eutychès ; ils durent les transporter au contraire dans le castrum et y consacrer une église à leur patron Procule. C'est vers les vi« -vne siècles que le temple d'Auguste fut vraisemblablement consacré à saint Procule.
« On sait enfin que le corps de sainte Julienne, martyrisée à Nicomédie, sous l'empereur Maximien fut transporté en Italie, et déposé à Pouzzo les, où un mausolée fut érigé en son honneur (après 304)'. » VIII. Fresques. — ■ Aucun vestige de catacombes chrétiennes n'a été, jusqu'à présent, découvert à Pouzzo les. iluc. t. u.c. i, n. 406. — : Act<i sanct., tebr. t. a, zo les. Auc une fres que, originaire de Pouzzo les, représentant les martyrs pouzzolans Procule, Acutius et Eutychès, n'est parvenue jusqu'à nous. Mais le culte de ces martyrs ne resta pas localisé à Pouzzo les ; associé à celui de saint Janvier, il se répandit de très bonne heure à Nap les. Dans une crypte des catacombes de saint Sévère, à Nap les, des peintures, datant des IVe et Ves, nous offrent des images de saints, parmi lesquels celle de saint Eutychès et probablement aussi celle de saint Acutius l. Des peintures des catacombes de Saint-Janvier, beaucoup plus récentes (vme et IXes) représentent les sept martyrs de Pouzzo les 2. IX. Épigraphie. — Peu d'inscriptions chrétiennes.
1. Nous avons cité celle de l'évêque Théodore, en 435 : Voir ci-dessus, col. 1678.
2. A Pouzzo les, à l'évêché :
HIC REQVIESCIT IN PACE - MISENV SEPISCOPVS qui vixannPM • LXXVI • DEPOSIII -IDI AN VAR consulatu FLFELICIS ■ V • C • ET SEDIT • ANN ■ M-XDVI Cet évêque vécut 76 ans, mourut en 511.
S. Pouzzo les, aujourd'hui au musée de Nap les.
4. Pouzzo les, aujourd'hui au musée de Nap les.
+ HIC REQVIESCM in som NO PACISAPOL XI -ANN PM CVADraginta dp S & PRie \& IANX Bibl. — J. Fiorelli, Catal., n. 2015 ; Corp. inscr. lat., t. x, n. 3303.
5. Nap les, venue de Pouzzo les ?
HIC REQVIESCIT FOR MICA KIAPP IN PACE Q V I VIXIT ANNOS PLVS MINVS BIGIN 5 Tl ET A SVPERIS MVN DA TRANSIIT CVIVS ANEMA INTER IVSTVS SIT Ligne 5 : et ad superos munda transiil cujus anima inter justos sit.
8. Pouzzo les, aujourd'hui au musée de Nap les
-T-
VICTORIAE BENEMERE NTI IN PACE
Bibl. — ■ J. Fiorelli, Catal., n. 1973 ; Corp. inscr. lat., t. x, n. 3313.
9. Pouzzo les, à Nap les au musée.
LCIS ANIM
ANET HIC POLO
\ONI • IN LOCO
SAN
Bibl. — J. Fiorelli, Catal., n. 1983 t. x, n. 3315.
10. Pouzzo les, aujourd'hui depuis 1856 :
FELICIANVS IN C0IVC10 HIC DEP0SITVS VIXIT ANNIS EST XII KAL DECEM SEX D XXV Q V ANNIS XXXIII DXXV
Corp. inscr. lat., à Nap les, au musée 11. Grande table de marbre blanc trouvée près d'un sarcophage également de marbre, en 1852, dans les ruines de l'église Saint-Étienne sur l'emplacement du praeturium Falcidii. A été détruite :
[VIXIT ANNO VNO M-XI-IN CVIVS HONOREM BASILICA HAEC A
[PARENTIBVS ADQVISITA CONTECTAQVAE EST REQVIEVIT IN PACE-XVIII-
Les parents de C. Nonius Flavianus achetèrent une basilique pour l'enterrer, ce qui ne veut pas dire une église, mais une chapelle ou oratoire funéraire dans une église ou adossée à une église.
X. Bas-reliefs. — Pierre portant originairement une inscription, laquelle fut effacée quand on sculpta le bas-relief. Celui-ci représente une croix. Sur le côté droit, l'image grossière de saint Pierre nimbé, tenant dans la main droite un volumen et dans la gauche un trousseau de deux clefs. Sur le côté gauche, l'image également grossière du Christ tenant dans la main gauche un volumen et faisant avec la droite le geste de bénédiction.
Petit piédestal de 1 m. 15 de haut, portant en bas-relief une croix sur le côté principal, sur un des côtés latéraux, saint Pierre, et sur l'autre saint Paul.
XI. Pouzzo les et Cumes. — Nous avons dit que la prospérité de Pouzzo les avait, au ne siècle de notre ère, scellé la décadence de sa proche voisine Cumes qui ne put dès lors subsister que de ce que consentaient à lui laisser Pouzzo les et Nap les et de ce qu'elle pouvait tirer de profit des proches villas impériales de Baïes et de Misène. Cependant Cumes placée au sommet du triangle Baïes-Misène et Pouzzo les-Nap les offrait aux voyageurs un premier contact avec la riche et populeuse Campanie. Ceci aide à comprendre comment Cumes malgré son éloignement d'une grande voie antique de communication et à peu de distance de Pouzzo les, qui fut le grand port méditerranéen de la Campanie et du Latium l posséda elle aussi de très bonne heure une communauté chrétienne.
Cumes est surtout célèbre par son passé monumental païen, par la réputation de sa sibylle et son rayonnement de civilisation grecque dans l'Italie méridionale et le Latium. Ce n'est pas ce qui rentre dans le cours de nos études, mais seulement ce qui a pu subsister de sa communauté chrétienne primitive. Celle-ci n'a pas été sans gloire, mais il faut rappeler d'abord comment, elle a disparu. Pendant la première moitié du VIe, Cumes était, après Nap les la seule ville fortifiée de la Campanie et devint enjeu de la lutte entre les Byzantins et les Goths. Occupée par Bélisaire en 536, elle tomba au pouvoir de Totila en 542 ; celui-ci en fit son castrum Cumanum jugé imprenable, quel que chose comme sa capitale militaire et l'entrepôt de son immense butin. Après la bataille de 552 et la mort de Totila, Narsès fit le siège de cette place vigoureusement défendue par Aligern et s'en empara après une année. En 558, Flavius Nonius Erastus, préfet de la flotte releva les murailles et restaura le port ; mais les progrès des Lombards marquèrent une crise nouvelle et Cumes tomba au pouvoir du duc Romuald II pour retomber ensuite, en 717, aux mains du duc de Nap les, Jean. En 915, la ville fut dévastée par les Sarrasins et ne se releva plus de ses ruines ; elle ne fut désormais qu'un château féodal, vrai repaire de brigands dont il fallut se débarrasser à main armée en 1207. Les reliques des martyrs furent transportées dans les églises de Nap les 2.
Les fouilles qui ont été conduites à Cumes au cours de ces dernières années ont permis d'éclairer la topographie ancienne de la ville et de l'antre célèbre de la sibylle '.
Virgile. La continuation des fouilles a montré clairement que cette crypte souterraine, allant d'un versant à l'autre de la colline ne peut être autre chose que la continuation d'un autre souterrain qui fut ouvert de Cocceio pour faire communiquer le lac d'Averne, transformé en Portas Julius, avec le littoral de Cumes. C'est la plus majestueuse voie souterraine de caractère militaire qu'aient construit les Romains sur une longueur de 1 200 mètres environ. Cette voie effleurait et touchait l'antre, ce n'était pas l'antre même. Une crevasse survenue a permis de découvrir, à quelques mètres de l'issue de la galerie inférieure, l'entrée de la demeure de la sibylle. C'est une vaste crypte qui mesure plus de 130 mètres de longueur, avec un corridor central en ligne droite qui s'ouvre sur l'Occident à la lumière du soleil et au spectacle de la mer, par des soupiraux. Le corridor offre, au centre, trois bras et s'ouvre sur un espace rectangulaire pourvu de grandes niches dont une a la forme trichore. La galerie et la chambre sont creusées dans un banc de tuf jaune compact de formation volcanique et dont l'aménagement indique l'époque grecque et non l'époque romaine. Toutes ces dispositions et les trois citernes auxquelles aboutissent les trois bras dont on vient de parler justifient dans le détail la description contenue dans la Cohortatio ad gentiles 8 : « Près de la ville on voit une très vaste basilique (Pao-iXixr) [xeyîaT »)) entièrement creusée dans le roc (è$ èvôç Xtôou), œuvre grandiose et digne d'admiration, dans laquelle ceux qui gardent foi aux traditions de la patrie des ancêtres, disent qu'on y rendait les oracles. Au centre de la basilique on montre trois citernes creusées, elles aussi, dans le roc, remplies d'eau où la sibylle se lavait ; après quoi elle reprenait ses vêtements et se retirait dans la chambre la plus intérieure, creusée également dans la pierre, là elle s'asseyait au centre sur un siège élevé et rendait ses oracles. » Qu'advint-il de toute cette installation superstitieuse après la paix de l'Église ? La chambre du fond et le trichore auraient pu être adaptés au culte chrétien dans un oratoire souterrain, cependant on n'en a rencontré aucune trace dans le tuf des parois. On a, il est vrai, trouvé de nombreuses tombes à peu de profondeur dans le sol de la galerie latérale ; ces sépultures réunies par groupes sont indubitablement chrétiennes, les unes se composent de tuiles appuyées à la paroi de la galerie et recouvertes de chaux pour les maintenir, les autres sont de grossiers cercueils fabriqués en terre et recouverts de tuiles et de chaux. On s'étonne que les fidèles n'aient pas exploité ces corridors, ces salles qu'ils trouvaient à leur disposition pour les transformer en catacombe.
Cependant le christianisme a laissé quelques traces de son occupation des lieux. Sur le dernier bras de l'immense galerie on a pu relever sur le tuf des parois quelques symboles chrétiens, la palme, la couronne, plus souvent la croix et l'ancre et enfin à l'embouchure de la crypte vers l'Orient des loculi encore inviolés. Ce ne sont pas les seuls qui aient servi aux fidèles de Cumes, d'autres, furent creusés dans le pavement des deux basiliques supérieures.
XIII. Les églises. — Quels furent les églises ou oratoires des fidèles dont nous parlons ? Nous avons dit que, d'après les traditions hagiographiques, les reliques conservées à Cumes furent, en 1207, transférées à Nap les, d'abord à Sainte-Marie di Piedigrotta, ensuite au raslrum Luculliano, le Château de l'Œuf, et enfin dans l'église de Sainte-Romita et à la cathédrale ; ces reliques étaient celles de sainte Julienne et de saint Maxime. Cependant, lors des fouilles récentes, on n'a pu relever aucune trace certaine d'édifice chrétien sur toute la superficie de l'acropole. Ces mêmes fouilles ont montré que les deux temples principaux de l'acropole, celui d'Apollon, sur la terrasse inférieure, découvert par Spinazzola en 1912, et le temple de Jupiter D'après Atti rlel III congresso intcrnazionale di arch. crist., qui couronne la colline, dégagé entre 1926 et 1930, furent complètement transformés et adaptés au culte chrétien. On a pu y noter trois périodes distinctes dans les constructions : 1° période grecque, représentée par le massif fondamental formé de blocs parallélépipèdes en tuf, sans aucun élément architectural ; 2° période romaine d'époque augustale, murs en appareil réticulé avec quelques éléments architectoniques et des restes du pavement ; 3° période chrétienne qui s'affirma par d'importantes transformations aux deux temples païens de l'acropole.
Les fouilles entreprises en 1912 au temple d'Apollon ont montré que toute l'étendue du temple était envahie par de très nombreuses tombes chrétiennes, creusées dans l'épaisseur du stéréobate ; on en a retrouvé plus de 90 orientées en partie du Nord au Sud et en partie de l'Est à l'Ouest. Mais dans ces fouilles, on n'a pas tenu assez grand compte des maçonneries chrétiennes qui s'interposent et interrompent les murs du temple païen augustal, ce qui rend assez difficile la restitution du plan de la basilique chrétienne qui recouvrait toute l'étendue du temple primitif sur des dimensions allant de 34 mètres en longueur sur 23 mètres en largeur. Il semble que l'édifice comportait trois nefs ; de celle du milieu il reste encore quatre pilastres en blocs de trachite local, tirés du sol même du mont de dîmes sur le versant qui regarde la mer.
XIV. Basilique supérieure. — Celle-ci s'éleva sur l'emplacement d'un temple païen d'époque grecque remplacé par un temple romain d'époque augustale (fig. 10505). La superficie mesure 39 m. 60 de longueur sur 24 m. 60 de largeur. Il ne subsiste aucun morceau architectonique de l'époque grecque et le parterre du stéréobate à l'intérieur est complètement recouvert et caché par le pavement postérieur d'époque romaine et chrétienne. Du temple construit à l'époque augustale, il demeure en place des parties des murs du périmètre qui formaient une manière de péribole ; une cella longue et étroite, tout entière en maçonnerie réticulée et en tuf comme pour les autres constructions d'époque augustale retrouvées dans la crypte inférieure de l'acropole et les autres monuments contemporains. Entre le mur du périmètre qui semble bien avoir été celui du temple et le mur de ladite cella on n'a trouvé aucune trace de colonnes ou de piliers appartenant à la construction augustale et qui eussent été nécessaires pour supporter les formes du toit, vu l'écart qui existe entre la cella et le périmètre ; il se pourrait que cet espace de neuf mètres eût été non couvert, en sorte que le mur du périmètre, d'épaisseur moyenne et de médiocre élévation n'aurait guère servi que de clôture extérieure à la cella.
Ce fut là que s'installa la communauté chrétienne de Dîmes pendant le courant du Ve ou, au plus tard, au commencement du VIe, avant l'occupation de la citadelle par les Goths, lorsqu'on vivait encore sous l'influence du plan basilical à cinq nefs. Ce fut alors, probablement, qu'on prolongea l'écartement de la cella par cinq piliers qui formèrent la nef centrale et qu'on traça les doubles nefs latérales en coupant chacune d'elles dans la largeur par une rangée de treize pilastres en maçonnerie qui reçurent des arcs peu élevés, ainsi qu'on peut le voir sur la fig. 10506, puis que deux de ces arcs se sont conservés à l'angle sud-ouest qui ne mesurent pas plus de 2 m. 80 de hauteur au-dessus du niveau du pavement. On doit remarquer que l'ancienne cella a servi de presbyterium et de sanctuaire, sans aucune abside, et formait un espace réservé de 10 m. 80 de long sur 11 mètres de large. Dans ce presbyterium on a retrouvé les traces de l'ancien autel en pauvre et grossière maçonnerie (A du plan), précédé d'un beau pavement de dalles en marbre. Ce type de presbyterium empiétant sur la nef centrale n'est plus alors tout à fait une nouveauté ; on le rencontre dès le Ve à Manastérine (voir Dictionn., t. m, col. 358, fig. 2474 ; t. x, col. 1371, fig. 7564) où cette disposition est utilisée pour la schola cantorum, et à Rome, dans la basilique de Saint-Clément (voir Dictionn., Cm, col. 1885, fig. 3025 et 3029) dont les cancels portent le monogramme de Jean II (voir Dictionn., t. iv, col. 17, fig. 3504 ; t. xm, col. 1629, fig. 9729), ce qui suffit à attester que cette décoration appartient à un aménagement de ce genre dans la basilique inférieure entre le IVe et le VIe.
La basilique chrétienne de Cumes n'ayant subi, par suite des conditions historiques de la ville, aucune transformation aux XIe-XIIes, conserva en Occident l'exemple le mieux caractérisé de cette disposition du presbyterium installé dans la nef centrale. L'élévation des murailles n'a pas permis de dire si, comme la cella primitive du temple augustal, le presbyterium était entièrement clos sur trois de ses faces ou surélevé à peu de hauteur, mais si on observe que les murs se trouvent dans l'axe même des piliers de la nef centrale, on doit supposer qu'ils s'élevaient autant qu'il était nécessaire pour soutenir les poutres du toit. Les murs devaient avoir des fenêtres correspondant aux ouvertures des nefs latérales afin d'assurer la lumière indispensable aux cérémonies liturgiques.
En arrière du presbyterium et toujours dans l'axe de la nef centrale se trouve un espace carré qui communique par deux ouvertures avec les nefs latérales et qui a conservé intacte son installation : c'est le baptistère primitif (fig. 10506) présentant une vasque circulaire, haute de 0 m. 38 au-dessus du pavement de la basilique et du diamètre de 2 m. 86, avec trois marches pour la descente.
Cette piscine était entièrement revêtue à l'extérieur et à l'intérieur de plaques de marbre et le fond était PRAECEDERE IIM PACE. L'inscription qu'on va lire a été trouvée à Arbal, l'ancienne Regiae, et copiée par S. Gsell :
D M S MEMORIA CONSIDI SECVNDI Q V I NOS PRECESSIT IN PACE DOMINICA VIXIT ANN PL M XXV DISCESSIT VIDVS IVNIAS AN P CCCCL ET V D(is) M(anibus) s(acrum). Meinoria Considi(i) Secundi, qui nos pr(a)ecessit in pace dominica ; vixit ann(is) pl(us) m(inus) xxv, discessit r idus junias, an (no) p(rovinciae) CCCCL et V (494 de notre ère).
Bibl. — S. Gsell. Notes d'archéologie algérienne.
10506. fait d'une grande plaque de marbre circulaire. De nombreux fragments de colonnes en marbre, ramassés à l'intérieur de la vasque suffiraient à prouver que la couverture du baptistère était supportée par six colonnes posant sur le rebord extérieur du bassin. Ce baptistère a-t-il servi également aux catholiques et aux ariens qui vécurent à Cumes, on ne peut le dire, et on peut aussi bien se demander si le petit édicule qui se voit à gauche de l'entrée de la basilique et qui est pourvu d'une abside (C sur le plan), construit en tuf et qui est de l'époque des réparations faites à l'édifice, n'aurait pas servi de baptistère aux Goths ariens devenus maîtres de la ville ?
XV. Épigraphie. — Une inscription chrétienne trouvée à Cumes fut transportée à Pouzzo les et, là, achetée par un collectionneur anglais, C.-YV. Wilshere, qui l'emporta à Londres ; nous ignorons où elle se trouve aujourd'hui :
H. Leclercq.
VI. À propos de diverses inscriptions chrétiennes /l'Afrique, dans Huit, archéol. du Comité des lrai>. hist., 1899, p. 459. n. 10.
H. Leclercq.
PRAEDIUM. — Ce terme est employé pour désigner une propriété dans un sens général : Cum compluribus locis praedia hortos que haberet, nunqunm eis custodem posuit '. Hubet in nummis, habcl in urbinis praediis2. Suburbanum praedium commodissimum esse puto 3. Toutefois praedium diffère de possessio ; ce dernier terme désigne toute espèce de propriété, praedium ne s'applique qu'à la propriété immobilière.
Ce terme est rarement employé dans l'épigraphie chrétienne, cependant on a trouvé près de Bologne, en 1715, cette inscription :
Il faut rapprocher de ce texte ce qui est dit dans les actes de sainte Agnès qui, quoi que légendaires, ne sont pas suspects quand ils nous disent que les parents de la jeune martyre lui donnèrent la sépulture dans le praediolum qu'ils possédaient sur la voie Nomentane : Parentes vero ejus cum omni gaudio abslulerunl eorpus ejus et posuerunt illud in praediolo suo, non longe ab Urbe in via quae dicitae Numcnlana l (voir Dictionn., t. i, col. 010).
H. Lf.olercq.
PR/ESEPE. — Voir Dictionn., t. x, col. 21 12211 ».
PRAESUL. — Ce titre sert à désigner les évêques, mais il est employé de préférence dans les inscriptions métriques et, à partir du commencement du Ve, dans les épitaphes des papes ; on le lit dans celles des papes Célestin Ier, Simplice, Boniface II, Vigile et sous les formes suivantes :
Célestin Ier (422-132) : PRAESVL SEDIS APOSTOLICAE.
Boniface II (530-532) : SEDIS APOSTOLICAE... TOTO PRAESVL IN ORBE SACER.
On trouve également praesul à Grado, en 571 ; à Aquilée, en 580 ; Verceil et sur l'épitaphe de Maria, vicaire du pape Vigile, mort en 555 : |N VICIBVS PRAESVLIS.
H. Leclercq.
PRATA. — Parmi les églises qui furent élevées du VIe au XIe, dans les provinces lombardes de l'Italie méridionale, deux seulement ont gardé leur plan primitif. L'une est le monument dont les annalistes ont parlé avec le plus d'admiration. « Aréchis, dit Erchempert. fonda dans l'enceinte de Bénévent, un temple très riche et très beau, qu'il appela d'un nom grec Haghia Sophia, c'est-à-dire la sainte Sagesse du Verbe. » L'édifice qui s'élevait à côté du palais, fut consacré en 760. Il dut être en grande partie reconstruit après le tremblement de terre de 1 <>88 ; mais, si les voûtes sont modernes, la disposition des colonnes marque encore la hardiesse du dessein qu'avait conçu le fondateur et la maladresse de l'architecte qui le réalisa. Le nom seul de l'édifice était un programme, le prince lombard entendait rivaliser avec le souvenir de Justinien a. Et, en effet, on lui a bâti une église à coupole. Mais l'auteur des plans, ignorant des dispositions nécessaires pour établir des pendentifs, s'est contenté d'élever sur deux lignes circulaires de colonnes antiques, surmontées de chapiteaux corinthiens, une rotonde plus petite et plus gauche que le baptistère de Nocera.
A la période obscure de la domination lombarde semble appartenir encore la basilique funéraire récemment retrouvée à un kilomètre de Prata, non loin d'Avellino. Il n'en reste plus que le chevet, à l'entrée d'une grotte encombrée d'ossements (flg. 10507). Les trois arcades dont deux s'ouvrent directement sur la nuit de la caverne rappelleront l'abside ajourée de la basilique de Paulin (voir Dictionn., t. xn, au mot Nolic) dont la triple baie donnait accès à la « confession » de saint Félix. Mais dans la basilique de Prata, l'arcade centrale n'est que l'entrée d'un sanctuaire, papes Célestin Ier, Simplice, Boniface II, Vigile et sous les formes suivantes :
Célestin Ier (422-132) : PRAESVL SEDIS APOSTOLICAE.
Boniface II (530-532) : SEDIS APOSTOLICAE... TOTO PRAESVL IN ORBE SACER.
On trouve également praesul à Grado, en 571 ; à Aquilée, en 580 ; Verceil et sur l'épitaphe de Maria, vicaire du pape Vigile, mort en 555 : |N VICIBVS PRAESVLIS.
H. Leclercq.
PRATO (Istrie). — Une basilique du Ve devenue depuis plus d'un siècle une fabrique d'acides. On y a trouvé cette inscription fragmentaire :
B • M
SCIT ■ IN • PACE
Pru]DENT\[us H. Leclercq.
PRAXÈDE (BASILIQUE DE SA INTE-).— I. Le titre et la basilique. IL Fresques du clocher. III. La décoration mosaïque. 1° L'abside, 2° L'arc de l'abside. 3° L'arc triomphal. IV. La chapelle de Saint-Zénon. V. Épigraphie. VI. Bibliographie.
I. Le titre et la basilique. — L'emplacement de la basilique de Sainte-Praxède nous amène sur la maison du sénateur Pudens qui fut contemporain des apôtres et passe [jour avoir été converti par saint Pierre. Comme les maisons de l'aristocratie romaine, celle-ci était très vaste. Les fouilles qui ont eu lieu à une époque récente ont mis à jour des salles nombreuses et spacieuses ainsi que des couloirs établissant la communication entre les basiliques de Sainte-Praxède et de Sainte-Pudentienne, en traversant toute la place de l'Esquilin. Nous sommes ici, en effet, dans la Ve région civile de Rome.
Il semble probable que le titre de Praxède existait dès le temps des persécutions ; on le trouve mentionné sur une inscription datée de 491 (voir Dictionn., t. vi, col. 2482, n. 17) et dans les actes d'un synode romain tenu sous le pontificat de Symmaque, en 499. Sous le pontificat de saint Grégoire, le titulaire avait nom Aventius. On ne connaît pas avec précision par quelle série de catastrophes passa la basilique qui, à la fin du Ve, fut restaurée par les soins d'Hadrien 1er et, au commencement du siècle suivant, reconstruite et décorée par Paschal Ier, qui en avait été titulaire : In alium non longe demutans locum. Cette basilique se distingue de toutes les autres basiliques romaines parce qu'au lieu d'offrir deux files de colonnes formant trois nefs, elle présente des groupes de deux colonnes alternant avec une colonne bloquée dans la maçonnerie d'un pilastre. De ces pilastres partent deux arcades qui traversent la nef centrale. Les pilastres sont postérieurs au IXe (voir Dictionn., t. m, col. 2311, fig. 3171).
Le pavement en marbre a été entièrement refait et la basilique attend toujours une restauration qui, tout en respectant certaines modifications faites à l'édifice primitif du IXe, la libère de déplorables superstructures. Les colonnes et l'architrave semblent bien occuper leur place primitive, et on peut croire que Paschal Ier se contenta de modifier la position respective de la porte et de l'abside.
Il ne s'en tint pas là, il décora l'église de mosaïques : Absidam vero cjusdem ecclesiae musivo opère exornatn variis decenler coloribus decoravit. Simili modo et arcum triumphalem et oratorium sancti Zenonis. Il fit bâtir un oratoire dédié à sainte Agnès dans le monastère contigu à la basilique et qu'habitaient des moines grecs chassés par la persécution iconoclaste ; les moines de Vallombreuse leur succédèrent.
L'entrée de la basilique se trouve sur l'ancien clivus Suburanus. Dans la nef centrale, non loin de l'entrée, on montre un puits qu'on dit être celui dans lequel sainte Praxède recueillait le sang des martyrs ; même récit à Sainte-Pudentienne, sans plus de fond historique. A gauche de la porte principale, on montre une plaque de marbre sur laquelle aurait reposé le corps de sainte Praxède ; elle tire son plus grand intérêt du fait qu'elle se trouve avec les colonnes de l'ancien ciborium de l'autel.
Sur la face latérale d'un pilastre à droite de l'autel on voit une inscription sur marbre offrant le catalogue des reliques que le pape Paschal Ier transféra des catacombes dans cette basilique, le 20 juillet 818. Cette translation fut un événement considérable. « Le pape avait fait préparer sous l'autel un souterrain rappelant les catacombes ; c'est ce qui a donné lieu à l'erreur du Moyen Age nommant cimetières cette confession et plusieurs autres, et leur attribuant une étendue fantastique. La crypte n'est pas très grande, il était bien impossible d'y déposer 2300 corps, d'autant plus qu'à cette époque, on ne partageait pas encore les ossements. Il est donc permis de penser que Sainte-Praxède fut en quelque sorte un dépôt provisoire d'où on envoya des reliques à d'autres églises. De fait, plusieurs des saints nommés ici sont depuis fort longtemps vénérés ailleurs. A Sainte-Praxède une tradition veut que beaucoup de ces ossements soient sous le pavement de la chapelle de Saint-Zénon où reposait la mère du pape qualifiée du titre d'episcopa. »
Fresques du clocher. — Dans le très ancien clocher de Sainte-Praxède, sur l'Esquilin, Cancellieri avait pensé reconnaître sur des fresques quelques scènes de la vie de sainte Agnès. Ces peintures, en très mauvais état et peu apparentes ont attiré l'attention de Mariano Armellini qui put déchiffrer les inscriptions demeurées à peu près lisibles pour des yeux exercés. Ces légendes nous apprennent que les figures représentaient des faits relatifs aux Ariasi connus des martyrs Celse, Julien, Chrysanthe, Daria, Hilaria, Jason et Maurus. Écrites en blanc sur fond rouge, ces lignes nous donnent les mots suivants :
Ensevelis dans la catacombe de la via Salaria velus, comme le montrent les anciens Itinéraires, les saints dont nous venons de lire les noms ont été transportés dans l'intérieur de la ville au IXe. Les peintures qui datent du même temps, et ont été sans doute exécutées à l'occasion de cette translation, sont superposées sur trois rangs au deuxième étage du clocher de Sainte-Praxède.
III. La décoration mosaïque. — C'est l'œuvre voulue par Paschal Ier ; elle a été étudiée par Davanzati, par Ciampini, par J.-B. De Rossi et, plus récemment, par Van Berchem et Clouzot. Malgré la grossièreté de l'exécution et tous les symptômes de décadence, l'ensemble offert par le grand arc de triomphe, l'arc de l'abside et l'abside ne manque pas de grandeur, bien que la couleur soit pauvre et sale, les personnages raidis et leurs regards exorbités. On s'est inspiré de la décoration de l'église des Saints-Côme-et-Damien mais avec une technique déchue et le résultat est amoindri.
1° L'abside. — La conque absidale nous montre le Christ debout sur les nuées ; il est figuré de grande taille, tenant le volumen de la main gauche et levant la main droite. Il porte une tunique jaune éteint et un manteau du même ton, frangé ; ses pieds sont chaussés de sandales. La tête se détache sur un nimbe crucifère or et azur. A ses côtés se tiennent saint Paul et saint Pierre qui passent le bras autour de femmes qu'ils semblent attirer vers le Christ. Suivant De Rossi, Praxède est aux côtés de Pierre et Pudentienne se rapproche de Paul ; toutes deux richement vêtues, tenant la couronne du martyre posée sur un voile gemmé. Les têtes ceintes d'un diadème se détachent sur un nimbe d'or.
A côté de sainte Praxède on voit un personnage vêtu d'une dalmatique blanche à larges manches et portant sur la poitrine une croix de Malte ; on ignore qui il peut être. A côté de sainte Pudentienne est représenté le pape Paschal Ier vêtu d'une tunique, de la chasuble et du pallium ; il porte dans un pli de son manteau le modèle de la basilique ; les pieds sont chaussés de campagi et le nimbe est carré.
Toute cette scène se développe entre deux palmiers, sur l'un desquels, celui de gauche, est perché le phénix symbolique, au nimbe irradié de dix rayons. Au-dessus du Christ, le ciel s'ouvre pour laisser la main de Dieu, qui tient une couronne de lauriers ; aux pieds du Sauveur on lit ce mot : + IORDANES, lequel surmonte l'agneau divin debout sur le monticule d'où s'échappent les quatre fleuves. A droite et à gauche se rangent douze brebis, blanches sur fond d'or, sortant des villes de Jérusalem, à droite, et de Bethléem, à gauche. Dans le haut de l'abside, une guirlande de fleurs coupée par le monogramme du pape :
CAL
Au bas de l'abside cette inscription en lettres d'or sur fond bleu disposée en deux groupes de trois lignes :
« Cette demeure pieuse brille de l'éclat des mét aux variés par les soins du souverain pontife Paschal ; il place sous ces murs les corps de nombreux saints, celui de Praxède, aimée du Seigneur dans les cieux ; pour la gloire du Siège apostolique, il leur donne la sépulture avec confiance de mériter par eux l'accès du séjour céleste. »
prête les visions de saint Jean à Patmos : « Je fus, dit-il, ravi en esprit. Et voici il y avait un trône dans le ciel... Autour du trône, je vis vingt-quatre vieillards assis, revêtus de vêtements blancs et sur la tête des couronnes d'or... Devant le trône brûlent sept lampes ardentes qui sont les sept esprits de Dieu... Autour du trône il y a quatre êtres vivants... Le premier être vivant est semblable à un lion, le second est semblable à un veau, le troisième a la face d'un homme et le quatrième est semblable à un aigle qui vole. Les quatre être vivants ont chacun six ailes... Ils ne cessent de dire jour et nuit : « Saint, saint, saint est le Seigneur « Dieu, Tout-Puissant qui était, qui est et qui sera... » Et l'un des vieillards me dit : « Ne pleure point, voici que « le rejeton de David a vaincu pour ouvrir le livre et ses « sept sceaux. » Et je vis au milieu du trône et des quatre être vivants et au milieu des vieillards un agneau qui était là comme immolé... Quand il eut pris le livre, les quatre êtres vivants et les vingt-quatre vieillards se prosternèrent devant l'Agneau... Je regardai et j'entendis la voix de beaucoup d'anges autour du trône et des êtres vivants et des vieillards... Les vingt-quatre vieillards se prosternent devant celui qui est assis sur le trône, et ils jettent leurs couronnes devant le trône en disant : Tu es digne, notre Seigneur et notre « Dieu, de recevoir la gloire et l'honneur et la puissance, « car tu as créé toutes choses et c'est par ta volonté « qu'elles existent... »
Au sommet de l'arc, on voit l'agneau couché sur un trône, une croix sur le dos, dans un médaillon bleu. Trois candélabres d'un côté du trône, quatre de l'autre. Sous le trône, le livre scellé de sept sceaux. Des anges et les quatre êtres vivants, symboles des évangélistes, puis les vingt-quatre vieillards par deux groupes de douze complètent la vision. Les quatre anges sont debout sur les nues, figurées par de petits nuages rouges et bleus ; ils sont nimbés de même que les quatre êtres symboliques, les vieillards ne le sont pas, mais ceux-ci, vêtus de blanc, élèvent vers le Christ leurs bras voilés portant la couronne. Tous ces personnages sont d'une exécution maladroite, les visages sont insignifiants, les gestes rigides, les membres disproportionnés. Les couronnes sont présentées de champ, plusieurs ont été refaites.
La composition se détache sur un fond d'or, elle est encadrée dans la bordure habituelle aux mosaïques de cette époque : chaîne de rectangles alternant avec des oves et des points.
— 3 On a conservé au Vatican, lat. 5407, fol. 10, un dessin où le Christ bénit à la latine, mais l'exactitude est douteuse.
La couronne d'oblation. Le premier d'entre eux, le plus rapproché du Christ, se distingue par un costume assez semblable à celui qu'on vient de décrire : tunique jaune à plis rouges, manteau de couleur foncée. Derrière eux, à l'extrémité gauche, un homme imberbe, très probablement Moïse, étend vers le Christ un phylactère déplié sur lequel on lit ce mot :
L'interprétation a rebuté Ciampini qui ne sait qu'en dire 3, Bianchini n'a rien trouvé de plus ni de mieux4 ; Séroux d'Agincourt 6, Millier 6, Nibby 7, Platner 8, ne voient ici que des élus ou des martyrs. Barbet de Jouy pense voir de chaque côté du Christ et des anges les saintes Praxède et Pudentienne à ses pieds, leur père Pudens vers l'extrémité à gauche ; Novat et Timothée, leurs frères, à l'extrémité opposée ; au premier rang les élus : six à droite, sept à gauche ». D'autres ont proposé des explications auxquelles il est préférable de substituer celle d'Eug. Miinlz (voir Dictionn., t. xii, à ce nom). D'après lui, l'explication se trouve presque tout entière dans les autres parties de la mosaïque qui décore la basilique de Sainte-Praxède.
Commençons, avec lui, par les deux saintes 10. Celle de gauche, aux vêtements de deuil, à la tête voilée, est la Vierge, conçue non comme reine des cieux, mais comme mater dulorosa. Nous la retrouvons sous le même aspect sur le portail, ainsi qu'à l'intérieur de la chapelle Saint-Zénon. La couleur seule de son costume diffère, étant dans l'un des cas d'un bleu foncé, dans l'autre tout à fait noire. Deux autres mosaïques romaines, celle de Saints-Nérée-et-Achillée, exécutée sous Léon III et celle de Sancta Maria in Domnica exécutée sous le même Paschal Ier, nous montrent un type peu dissemblable.
La sainte de droite, qui lui fait pendant, offre une ressemblance parfaite, en ce qui touche la parure et l'habillement, avec l'image des deux saintes sœurs Praxède et Pudentienne exécutée en mosaïque dans la conque de la tribune. Comme l'église est consacrée à la première d'entre elles, à sainte Praxède, il est probable que c'est elle que l'artiste a voulu placer sur l'arc triomphal, aux pieds du Christ, en face de sa mère.
Le personnage debout à côté de la Vierge serait plus difficile à reconnaître, s'il ne figurait dans la chapelle de Saint-Zénon', sous des traits et avec un costume absolument identiques — barbe et cheveux d'un châtain foncé, tunique jaune à plis rouges, manteau noir — ayant son nom écrit en lettres d'or :
C'est saint Jean-Baptiste. Quant à saint Jean l'Évangéliste, nous allons le rencontrer tout à l'heure parmi les apôtres.
La présence du Précurseur à côté de la Vierge et de la patronne de l'église n'a rien d'étonnant. Dans une mosaïque antérieure de près de deux siècles, celle de l'oratoire de Saint-Venance (639-642) (voir Dictionn., t. vin, au mot Latran), nous le voyons au milieu d'une assemblée composée, peu s'en faut, comme celle qui remplit l'enceinte de la Jérusalem céleste.
Les six figures vêtues de blanc, qui lui succèdent à notre gauche et les six qui occupent notre droite, ne peuvent être que les douze apôtres. Les deux d'entre eux qui sont le plus près du Christ, sont évidemment, à gauche saint Paul, à droite saint Pierre. Nous les rencontrons quatre fois encore sur les murs de Sainte-Praxède, à savoir : sur l'arc triomphal, en dehors de l'enceinte ; puis, dans la tribune ; puis sur le portail de la chapelle Saint-Zénon ; enfin à l'intérieur de cette même chapelle. Dans ces différentes représentations, leur type reste invariable. Il ne peut subsister l'ombre d'un doute sur leur identité.
Quant à leurs compagnons, il suffit de les comparer l'un après l'autre aux portraits en médaillons qui sont disposés en demi-cercle des deux côtés du Christ, sur le portail de la chapelle déjà si souvent mentionnée, pour acquérir la conviction que nous avons affaire aux apôtres. La ressemblance est complète ; seul l'ordre dans lequel ils sont rangés diffère.
Les deux personnages placés aux deux extrémités de la cité sainte, étendant les mains vers le Christ comme pour le désigner aux fidèles, sont deux prophètes, probablement Isaïe et Jérémie qui annoncèrent sa venue et que nous trouvons sur différentes mosaïques, comme à Saint-Vital de Ravenne, à Sancta Maria in Domnica, à la cathédrale de Capoue.
Les deux portes de la Jérusalem céleste sont ouvertes et chacune d'elles gardée par un ange aux ailes repliées. L'ange de droite a les mains jointes sur la poitrine, l'ange de gauche lève la main droite comme s'il voulait défendre l'entrée. Aux deux extrémités, on voit des groupes d'élus qui se pressent pour être introduits dans la Jérusalem céleste. Il se peut qu'on ait voulu figurer ici les 2 300 confesseurs et martyrs dont le pape Paschal ordonna le transfert des reliques des catacombes dans l'abside de Sainte-Praxède.
Le groupe de gauche se compose d'hommes et de femmes d'aspect et d'âge différents qui se dirigent vers la ville sous la direction d'un ange aux ailes déployées. On y reconnaît à leurs vêtements des évêques en chasuble et des officiers portant la chlamyde pourpre ou blanche ; les femmes portent le voile sur la tête. Tous portent la couronne des martyrs, les hommes sont chaussés de campagi. Le groupe de droite s'avance, précédé par saint Pierre et saint Paul entre lesquels on voit l'ange de la vision de saint Jean qui, de la main droite, désigne la ville et de la main gauche tient une baguette dorée (Apoc, xxi, 15). Les anges et les apôtres sont nimbés, les élus ne le seront qu'après leur introduction dans la Jérusalem céleste.
Le ciel bleu foncé est couvert de petits nuages blancs et le gazon est parsemé de fleurs.
Au-dessous de ces groupes, sur les portions inférieures de l'arc, une multitude de personnages vêtus de blanc, debout, agitent des palmes, c'est encore l'interprétation du texte de l'Apocalypse : « Après cela je regardai et voici qu'il y avait une foule innombrable de toute nation, de toute tribu, de tout peuple, de toute langue. Elle se tenait devant le trône et devant l'Agneau, vêtue de robes blanches et tenant des palmes en main... Alors l'un des vieillards prit la parole et me dit : « Ceux qui sont vêtus de robes blanches, qui sont-ils et d'où sont-ils venus ?... Ce sont ceux qui viennent de la grande tribulation ; ils ont lavé leurs robes et ils les ont blanchies dans le sang de l'Agneau. C'est pour cela qu'ils sont devant le trône de Dieu et le servent jour et nuit dans son temple. Celui qui est assis sur le trône dressera sa tente sur eux ; ils n'auront plus faim, plus soif et le soleil ne les frappera point, ni aucune chaleur. Car l'Agneau qui est au milieu du trône les paîtra et les conduira aux sources des eaux de la vie et Dieu essuiera toute larme de leurs yeux. » On a dit avec raison que « le contraste qui existe entre la beauté de cette composition et la grossièreté de la technique est frappante. Si l'on examine en détail les figures, on ne peut manquer de s'étonner que des mosaïstes, qui manient leur art avec tant de gaucherie, aient pu concevoir un ensemble aussi grandiose. A cette époque, l'invention était rare, on se bornait surtout à imiter. Nous avons vu que l'arc absidal et l'abside de Sainte-Praxède sont des répliques fidèles de ceux des Saints-Côme-et-Damien. Il est donc permis de se demander si la composition de l'arc triomphal n'est pas, elle aussi, la copie d'une mosaïque plus ancienne, ornant quelque basilique romaine ou ravennate et dont aucune trace n'a subsisté l. »
IV. La chapelle de Saint-Zénon. — Saint Zénon est un martyr honoré sur la voie Flaminienne. La chapelle qui porte son vocable s'ouvre dans la nef droite de l'église Sainte-Praxède, son entrée est décorée de colonnes supportant une architrave sur laquelle repose une urne païenne. L'inscription est ainsi conçue 2 :
Cette chapelle fut construite par le pape Paschal Ier pour recevoir la tombe de sa mère Théodora Episcopa ; elle est surmontée d'une coupole élevée sur plan carré. La façade est percée d'une fenêtre entourée de deux rangées de médaillons, les uns bleus sur fond d'or, les autres or sur fond bleu. Au sommet, dans un médaillon presque double des autres et traversé d'une croix, on voit le buste du Christ bénissant. De chaque côté six médaillons avec les bustes des apôtres. Au-dessous du médaillon du Christ, celui de la Vierge avec l'Enfant, et de chaque côté saint Zénon et saint Valentin, son compagnon de martyre. Ensuite, huit médaillons renfermant des bustes de femmes représentées de face, coiffées de diadèmes et richement vêtues mais non identifiées. Dans les angles formés par le sommet de la courbe de l'arc et la voûte, deux médaillons, peut-être des prophètes.
L'intérieur de la chapelle est très sombre, les fenêtres ayant été murées, sauf une seule. Cette obscurité prépare la vue à découvrir sur le fond d'or de nombreux personnages facilement reconnaissables. La voûte est inspirée par celle de la chapelle épiscopale de Ravenne. Quatre anges aux nimbes bleus, aux ailes repliées, placés aux quatre angles et debout sur des globes soutiennent de leurs bras levés un médaillon où le Christ nimbé et tenant le volumen se détache sur un fond bleu (voir Dictionn., t. i, col. 2116, fig. C37). La technique de la voûte est supérieure à celle des mosaïques des parois. « Les quatre faces du tambour sont percées d'ouvertures inégales. Deux d'entre elles, dans l'axe de la chapelle, ne laissent place qu'à deux personnages, un de chaque côté. Les ouvertures latérales, plus petites, sont placées plus près de l'autel que de l'entrée et sont encadrées de trois figures, une d'un côté et deux de l'autre 3. »
1° Paroi au-dessus de l'autel. — La Vierge et saint Jean-Baptiste debout ; celui-ci bénissant à la manière grecque et, de la main gauche, tenant une hampe surmontée d'un disque où figure l'Agneau divin, allusion à Joa., i, 22. La lunette est fort mutilée, on peut y voir encore le buste du Sauveur entre deux personnages, peut-être Moïse et Élie, nous aurions ainsi la transfiguration, sujet très rarement représenté dans l'antiquité chrétienne. Au-dessus de l'autel, une niche occupée par une mosaïque du xne ou du XMe, représentant la Vierge et l'Enfant.
2° Paroi de gauche. — Les saintes Praxède, Pudentienne et Agnès debout, portant sur leurs mains voilées leurs couronnes de martyres. Dans la lunette l'Agneau nimbé sur le monticule d'où découlent les quatre fleuves auxquels se désaltèrent deux cerfs. Au-dessous quatre bustes de femmes, allant de gauche à droite : THEODO[ra] EPISCOPA, avec le nimbe carré ; ensuite, sainte Praxède portant le diadème, la Vierge avec son manteau sur la tête, une sainte, probablement Pudenticnne, sans ornements, ces trois saintes ont un nimbe d'or circulaire cerné d'un trait noir.
V. Épigraphie. — Quelques inscriptions datées apportées des catacombes sont conservées dans la crypte.
Cette inscription offre plusieurs formules dignes d'attention dans les deux premières lignes auxquelles VI. Bibliographie. — N. Baldoria, La cappella di S. Zenone a S. Prassede in Roma, dans Archivio storico dell' arte, t. iv, 1891, p. 256, n. 273. — N. Bertocci, Notizia délia basilica di S. Prassede, m-8°, Roma, 1879. — Y. -A. Busiri, Lu colonna santa net tempio di Gerusalemme ad il sarcofago di Probo Anicio, Roma, 1888. — Cenni (Brevi ) delta basitica di Santa Prassede DVLCIS CS ET INNOCES £5 HIC DOR MIT-SEVERIAN VS >^ IN SOMNIO PACIS QVI VIXIT CS ANNVS CS PM-L-CVIVS SPIPI l« VS CS IN LVCE DOMINI SVSCEP TVS EST -FDIEVIIIX-KL-MARTDDNNFF AVIOCAESARIOET NCNIO ATTICO V-VCCSSQVEM LOCVMEMITVIFICVNDAVXXORPASCASIOEPC2. Grande tablette ayant reçu successivement quatre épitaphes, dont trois ont été martelées ; celle qui les a remplacées rappelle la mémoire d'Adeodatus Veleius, sa date consulaire peut se rapporter aux années 484, 507 ou 508 (voir Dictionn., t. i, col. 301, fig. 63).
Dans la galerie à gauche, une grande dalle dédiée à la mémoire d'une vierge consacrée, Alexandra, morte le samedi saint de l'année 449 : in ZiocsEPVLCRO REQVIESCET PVELLAVIRGO SACRABMALEXANDRA quae recepTA CAELO MERVIT OCCVRRERE • XPO • AD RESVRRE C'i'onem H. Leclercq. PRÉBLNDE. On lit dans le capitulaire de Villis que les hommes du domaine royal n'ayant pas de manses leur permettant de vivre recevront provenda sur la portion du domaine cultivée au profit du maître '. En outre, on réservera sur les récoltes ce qui revient aux provendarii »-. Ces deux termes sont équivalents de prebenda et de prebendarii, et on emploie indifféremment les uns pour les autres. Ainsi ce terme se rencontre pour la première fois vers la fin du VIIIe ou le début du IXe. Il en est de même en terres d'Église, comme on le voit par une stipulation de l'abbé Hilduin de Saint Denis qui, le 22 janvier 832, affecte 900 muids de seigle da praebendam famulorum eis servientium l ; quelques années plus tard, l'abbé Adalhard mentionne, à propos du victus des moines de Saint-Bertin, diverses villae de quatre, cinq et six prcbendarii2, vraisemblablement des hommes du domaine à qui des vivres sont régulièrement distribués. Certains privilégiés reçoivent en prébende une terre (ad praebendam). Il existait donc à cette époque, à l'intérieur des monastères des serviteurs nourris par les moines et désignés sous les noms de praebendarii ou provendurii. A Saint-Bertin, pour les divers services (per diversas officinas), ils s'élevaient au nombre de 95 praebendarii à qui on faisait présent des vêtements et des outils 3. La prébende consiste donc bien en vivres dont il est fait distribution 4.
Dans les communautés monastiques et canoniques, le mot praebenda servit à désigner la portion d'aliments servie quotidiennement au réfectoire. Saint Benoît * avait pris soin de prescrire la mesure du boire et du manger ; saint Chrodegang8 fit de même et leur exemple fut imité par les conciles d'Aix-la-Chapelle ' et la législation de Louis le Débonnaire 8.
Le texte des règles ne désigne pas la purtio sous le terme de praebenda, mais équivalamment, car on lit dans la règle de Chrodeg :ng, tit. lv : terrena subsidia (debent praelati) diligenter illis praebere et le concile de Tours (813), dans son canon 10e : victus... quae jure ub abbatissis praeberi debuerant. Ainsi, tout naturellement par la suite, cette portio fut souvent désignée par un terme qui signifiait « la part qui doit être donnée » (praebenda).
Le droit à la prébende égale à celle des moines ou des chanoines est souvent acquis par des étrangers au prix d'une donation. Nous voyons à Saint-Gall, en 849, une femme séculière obtenant le gîte et le couvert (locum et praebendam) dans une cella dépendant du monastère. On en peut citer d'autres exemples, mais les textes vont s'éloignant de plus en plus de l'époque qui nous retient. La prébende ne s'entend plus seulement des serviteurs vivant dans les limites du monastère, mais des indigents vivant au dehors et qu'on nourrit ou habille. De plus en plus, dans les établissements ecclésiastiques, comme dans les fiscs royaux, la prebenda ou provenda s'entend d'une distribution de vivres.
Le sens du terme s'altère progressivement. Praebenda en vient à signifier le droit aux distributions alimentaires qui sont faites dans un établissement déterminé, c'est alors la prébende de cet établissement. Le mot qui signifiait à l'origine une portion d'aliments finit par être appliqué à l'ensemble des biens attribués à cette distribution.
H. Leclercq.
PRÉCAIRE. — 1. Origine et signification. II. Bibliographie.
I. Origine et signification. — Les locations perpétuelles, même les baux à long terme, en se régularisant, ne manquent jamais d'entraîner dans le régime de la propriété des complications nombreuses. Tôt ou tard, la raison pratique fait reconnaître au tenancier perpétuel, même au tenancier à long terme, une part dans la propriété du fonds, et celle-ci se trouve ainsi démembrée. Dans la société romaine les locations perpétuelles donnent lieu à une controverse de jurisprudence. Un tel contrat est-il vente ou louage ? En Orient, cette controverse aboutit à la définition législative du contrat d'emphytéose (voir Dictionn., t. iv, à ce mot) ; en Occident, un résultat analogue se produit sans l'intervention du législateur, par la convention du précaire.
Dans les recueils de Formules (voir Dictionn., t. v, à ce mot), on rencontre fréquemment sous la rubrique Precuria l'opération suivante : le propriétaire d'un fonds le donne à l'Église ; puis, la tradition faite, l'aliénation consommée, le donateur prie le recteur de l'Église de lui concéder le même fonds en usufruit (sub precario ou precariu jure et usujructuario ordine). Ce premier acte, contenant la demande de concession, est la precaria ou carta precuria proprement dite. L'acte de concession est intitulé : Praestaria. Parfois la rubrique Precaria est appliquée à l'acte de concession. Ce mot paraît donc avoir été usité pour désigner l'opération tout entière, demande et concession. En définitive, malgré des précautions de style, la convention dont il s'agit n'est rien autre chose qu'une donation avec réserve d'usufruit. Mais, en général, le donateur du fonds ne veut pas amoindrir le caractère de sa libéralité par une réserve formelle. Après s'être entièrement dépouillé de la propriété, il se met à la discrétion de l'Église et reçoit d'elle l'usufruit, à titre de bienfait, per bene ficium par une donation rémunératoire et réciproque. Considération toute morale des rédacteurs d'actes à séparer le moment de la tradition du fonds et celui de la concession d'usufruit.
La façon ordinaire pour l'Église franque de donner ses terres à bail était la precaria, laquelle n'est en aucune façon l'emphytéose, ni même un dérivé et une accommodation de l'emphytéose, mais en règle, une concession à vie, usujructuario ordine, disent presque toutes les formules et les chartes relatives à cette tenure, et même une concession qui doit être renouvelée tous les cinq ans. Que cette tenure ecclésiastique ait ses origines dans le droit romain, cela n'est pas douteux ; mais cette origine n'est certainement pas l'emphytéose. Dans l'opinion de Lôning, aujourd'hui généralement adoptée et qui paraît être celle qui tient le mieux compte des faits, ce n'est même pas (en dépit de la similitude des mots) du precarium romain que dériverait la précaire du droit gallo-franc, mais bien du bail quinquennal lui-même, de la locatio conductio proprement dite ; la nécessité (théorique) du renouvellement de la précaire tous les cinq ans serait la marque visible de cette origine.
On a fait intervenir le 2e canon du concile tenu à Leptines 9 le 1er mars 743, sous Carloman 10. Il y est question seulement de l'usage temporaire des biens ecclésiastiques concédé par le propriétaire à des laïques, à la condition expresse que ceux-ci lui payeraient un cens récognitif du droit de propriété. Ce contrat s'appelait « précaire » et lors que la concession était faite, comme c'est le cas ici, sur l'ordre du prince, on l'appelait precarium ou precaria verbo régis. De l'étude pertinente des textes qui s'y rapportent on a pu conclure que les sources de l'époque ne permettent nullement de soutenir l'existence certaine du précaire verbo régis avant le concile de Liptines « .
L'Église, dans le royaume franc, conserva et étendit la pratique du précaire qui lui attirait une nombreuse clientèle d'obligés et qui, indirectement, on va le voir, lui permettait d'arrondir ses domaines. Souvent, en effet, l'homme qui sollicitait un précaire était poussé par le désir de s'assurer une protection efficace, et pour l'obtenir, il abandonnait ses propres biens et ne les reprenait que pour en jouir comme d'une charité. C'était le precarium oblatum ; il fallait qu'entre la cession par le propriétaire et la rentrée en possession, le donataire ou l'acheteur occupât l'immeuble pendant trois jours afin d'en acquérir la possession légale.
En 745, Félix de Rokasham transmet à l'abbé de Sithiu une chapelle qu'il a construite dans le pagas de Flindre ; l'abbé la lui rend pour la durée de sa vie, mais à condition qu'il ne puisse la donner, la vendre, l'échanger, l'aliéner de quelle que façon ni la mettre en péril '.
En 800, le clerc Déodat cède à l'abbé Odlandus plusieurs biens situés dans le pagus de Thérouanne pour les conserver sa vie durant 2.
En 810, Folbert vend à l'abbé Nanthaire cinq bonniers et un pré dans ce même pagus et il les reprend à précaire 3.
Parfois la vente d'un bien a lieu moyennant remise à titre bénéficiaire d'un autre domaine. C'est ainsi qu'une veuve nommée Lebtrudis transmet à l'abbé Nautharius de Sithiu des biens situés dans le pagus de Boulogne, moyennant remise à elle et à ses trois enfants, leur vie durant, de deux bonniers dans une autre localité, en 808 *. Plus fréquemment encore, le précaire est rémunératoire, c'est-à-dire que le preneur ne se borne pas à restituer les biens cédés, mais que, de son côté, il en ajoute encore ; le recueil de Marculfe contient pour ce cas une formule spéciale (n, 39). C'était un moyen de pousser aux donations, d'enrichir l'Église, d'accroître le nombre de ses dépendants, de faire cultiver ses terres.
Un précaire pouvait être confié à plusieurs personnes ; nous en avons un exemple dans une lettre adressée par Einhard à un comte ; il le prie d'intercéder auprès de l'empereur pour que deux jeunes gens, deux frères, conservent leurs bénéfices, que l'un possède dans le pagus de Tournai, l'autre au delà du Rhin, mais de telle façon que tous deux aient en commun l'ensemble du bénéfice 6.
Tous ces exemples montrent que le précaire avait pris la forme d'un prêt viager et qui, sauf des cas bien déterminés, n'était plus révocable.
Nous venons de voir que des précaires furent conclus en faveur du donateur et de ses enfants ; on a même des exemples en faveur des petits-enfants du précarité, contrairement à la règle que le précaire s'éteint à la mort de celui qui a passé l'acte ; mais il faut reconnaître que ce sont là des pratiques étrangères à la conception primitive du précaire, un développement postérieur à l'institution et non au droit originaire. Cette clause, bien loin de pouvoir être considérée comme un souvenir des baux héréditaires du droit romain du Bas-Empire, est tout au contraire la marque de cette tendance qu'ont eue toujours les concessionnaires, à mesure que l'on avance vers des époques moins anciennes, à rendre leur tenure transmissible à leurs héritiers. Aussi, ce n'est que lentement et petit à petit qu'on en arrive à faire du précaire une concession héréditaire.
II. Bibliographie. - A. Bondroit, Les precariae verbo régis avant le concile de Leptinnes (a. ; I ; i, dans Revue d'histoire ecclésiastique, t. i, 1900, [p. 249-266, 430-417 ; le même, De capacilate possidenti Ecclesiac neenon de regio proprietalis vcl dispositionis dominio in patrimonio eclesiastico aetate merovingica. Ami. 481-751, in-8 », Lovanii, 1900 ; lu les établissements ecclésiastiques sont-ils personnes morales capables de posséder ? 2° Le pouvoir royal a-t-il droit de disposition ? — G. Demante, Des précaires ecclésiastiques dans leur rapport avec les sources du droit romain, dans Revue hist. de droit français et étranger, t. vi, 1860, p. 45-54. - — - Esmein, La propriété foncière dans les poèmes homériques, dans Nouvelle rev. hist. de droit, 1800, p. 821-845. — ■ P. Fournier, Le dernier livre de M. Fustel de Coulanges, dans Revue des questions historiques, juillet 1885. — Fustel de Coulanges, Le problème des origines de la propriété foncière, dans Revue des questions historiques, t. xlv, 1889, p. 349-439. — E. Garsonnet, Histoire des locations perpétuelles et des baux à longue durée, in-8°, Paris, 1879. — E. Glasson, Les communaux et le domaine rural à l'époque franque, in-12, Paris, 1890. — H. d'Arbois de Jubainville, Recherches sur l'origine de la propriété foncière et des noms de lieux habités en France, in-12, Paris, 1890, p. xxiii-xxxi. — M. Kovalevsky, Tableau des origines et de l'évolution de la famille et de la propriété, in-8°, Stockholm, 1890. — E. de Laveleye, De la propriété et de ses formes primitives, in-8°, Paris, 1891. — Em. Lesne, Histoire de la propriété ecclésiastique en France, 1910, t. i, p. 314-332. — Löning, Geschichte der deutschen Kirchenrechts, t. H, p. 170, 171, 711-716.
— Roth, Feudalität und Unterthanverhand, p. 145-175.
— Thévenin, Études sur la propriété au Moyen Age. Les communaux, in-8°, Paris, 1786. — P. Viollet, Histoire du droit civil, p. 666-671. — Wiart, Essai sur la precaria, in-8°, Paris, 1894.
H. Leclercq. PRECENTOR. — Voir Dictionnaire, t. iii, au mot Chantre, col. 344-365.
PRÉFACE. — I. La préface dans le Canon. II. Le sens de Praefatio praemissa. III. Le mot praefatio et son emploi. IV. Le mot contestatio et son antiquité. V. Le nombre des préfaces. VI. Le dialogue de la préface. VII. La préface grecque et la latine. VIII. Les préfaces gallicanes. IX. Les préfaces mozarabes. X. Les préfaces celtiques. XI. Les préfaces romaines. XII. L'abréviation Vere dignum.
I. La préface dans le canon. ■ — La préface fait partie du canon de la messe. La pratique la plus ancienne ne laisse aucun doute sur ce point et cette prière d'une originalité si neuve dans le dessin liturgique du sacrifice, qui passe du dialogue au monologue pour s'achever dans une acclamation commune, se laisse reconnaître nettement dès le seuil du IIIe dans ce texte de Tertullien : Il est, dit-il, véritablement juste que Dieu soit béni par tous les hommes en tout lieu et en tout temps, pour le souvenir que l'on doit toujours garder de ses bienfaits... A Celui que la cour angélique ne cesse jamais de proclamer : Saint, saint, saint. C'est pour quoi nous, si nous méritons de nous associer aux anges, nous apprenons dès ici-bas cette divine parole envers Dieu et le devoir de la future gloire '. » Cette affirmation a son très grand prix parce que, touchant le lieu de la préface au canon, un doute pourrait s'élever. Si, dans le Liber pontificalis nous lisons que ce fut le pape saint Sixte qui décida que le Sanctus ferait partie du canon et si cette tradition est confirmée par le sacramentaire gélasien qui insère ces mots : Incipit canon actionis, avant le Sursum corda », il n'en est pas moins vrai que dans le premier Ordo romain, du VIe, le canon commence après le Sanctus et finit avant le Pater '. Amalaire fait entrer la préface dans le canon », ainsi que le Micrologue « ' et le missel romain actuel fait débuter le canon après le Sanctus et paraît le terminer avant le Pater l.
Tomasi n'est pas seul à ne faire commencer le canon proprement dit qu'aux mots Te igitur et ceux qui l'ont suivi remarquent que la préface diffère de la prière du canon ; celui-ci, d'après une tradition certainement ancienne est récité à voix basse tandis que la préface est prononcée à voix haute ou même chantée. Certains liturgistes ont eu recours à la tradition manuscrite, mais elle ne résout rien car, parmi les manuscrits anciens, il s'en rencontre qui font commencer le canon au Sursum corda, comme il s'en trouve d'autres qui attendent pour cela le Te igitur 2. A ces derniers est conforme le canon romain de nos jours. La préface s'en trouve si nettement distincte qu'elle présente un tout autre caractère. Le Te igitur, malgré le sens confirmatif de Vigitur, a même si peu de rapport avec la prière précédente qu'on l'a parfois séparé originairement de la préface pour le rejeter soit après le Mémento des vivants, soit même après l'anamnèse. On a même trouvé des liturgistes pour découvrir un hiatus entre la préface et le Te igitur, hiatus causé par l'absence du Vere sanctus qui relie la préface au canon dans les liturgies gallicanes. Mais si l'on veut remonter à l'époque antérieure à la formation du canon romain, il faut affirmer que la prière eucharistique, sous quel que nom qu'on la désigne, doit commencer avec le dialogue de la préface.
La raison s'impose dès l'instant qu'on veut bien remarquer que le canon est une prière ininterrompue, une prière eucharistique. La pensée dont tout s'inspire est celle de reproduire ce qui s'accomplit à la dernière Cène où le Sauveur prit du pain et du vin en rendant grâces. Or, tous les rites de la prière sont en forme d'actions de grâces. Dans tous les rites on entend le célébrant commencer par un appel adressé aux fidèles pour remercier Dieu, ce qu'il fait lui-même aussitôt, insistant sur le fait de la venue de son Fils sur la terre et du témoignage d'amour qu'il donna la veille de sa mort par l'institution de l'eucharistie. 11 poursuit, rappelant l'ascension et la descente du Saint-Esprit, intercalant des demandes à divers endroits. Tout ceci n'est qu'une prière, une action de grâces diversifiée depuis l'instant où, s'adressant à l'assistance, le célébrant l'a invitée à s'unir aux sentiments qu'il exprimera au nom de celle-ci.
Après cet appel dialogué par lequel il s'est assuré du concours de l'auditoire et qui forme comme une première péripétie, la prière commence par les mots Vere dignum et se développe sur un ton presque emphatique croirait-on pouvoir dire s'il ne s'agissait d'une circonstance aussi solennelle. L'énumération magnifique de la hiérarchie céleste conduit à une évocation de leur chant auquel s'associe le peuple fidèle par l'interruption du Sanctus, mais interruption apparente puisqu'elle n'est en quel que sorte que l'écho d'une prière entendue dans le ciel et qui retentit jusque sur la terre. On pourrait dire que le mot igitur fait la liaison mystérieuse entre l'acclamation céleste qu'on vient d'entendre et la prière terrestre qui va se poursuivre.
Cette prière fait, en effet, partie, en Orient, des plus anciennes formules de la messe que nous connaissons. Saint Justin, saint Cyrille de Jérusalem, les Constitutions apostoliques, V Anaphore de Sérapion de Thmuis, dans des textes souvent cités, supposent toujours que la préface fait corps avec l'ensemble de la prière eucharistique.
La préface forme aujourd'hui, en Occident, une prière d'un caractère très particulier, avec son rythme, ses expressions propres, un sens déterminé, son cadre. Il suffit d'étudier les différents textes de préfaces que nous possédons, et on les compte par centaines dans certains sacramentaires, pour reconnaître ces traits. Mais pour retrouver la vraie substance de cette prière, il faut remonter au delà du temps où la préface a formé comme un genre de composition à part, où elle a pris mille formes diverses, soit pour s'adapter aux fêtes liturgiques, soit pour exprimer des pensées toutes personnelles à l'officiant, ou même pour traduire ses rancunes, comme cela se rencontre dans le sacramentaire léonien. Primitivement, cette première partie de la prière de consécration était très longue. Elle se complaisait dans une énumération de tous les bienfaits pour lesquels nous devons rendre grâces à Dieu, commençant par la création, parcourant ensuite l'Ancien Testament, évoquant le paradis terrestre et la rédemption, puis, par une transition naturelle, elle en vient à résumer la vie du Sauveur et finalement, arrive au récit de l'institution de la Cène et aux paroles de la consécration. Il est même probable que le Sanctus ne prit la place qu'il occupe aujourd'hui, ou du moins n'interrompit la récitation de la prière eucharistique qu'à la seconde période liturgique.
II. Le sens de Praefatio praemissa. — Le nom de préface ne se rencontre pas dans les sacramentaires léonien et gélasien, il se trouve dans le sacramentaire grégorien3, dans le IIe Ordo romain * et chez tous les liturgistes du Moyen Age 6. Nous verrons les divers termes employés dans les liturgies occidentales, qui comprennent la prière eucharistique depuis le Sursum corda, mais longtemps avant nous devons signaler le mot praefatio, avec son sens liturgique de « préface » dans un document romain, au commencement du VIe, dans le Liber pontificalis où on lit que le pape Gélase composa des préfaces et des oraisons d'un bon style : Fecit etiam et sacramentorum praefationes et orationes cauto sermone 6. A l'époque où fut rédigée cette partie du Liber le sens du mot « préface » était ainsi bien déterminé. Plus tôt encore, en 407, un concile de Carthage se sert du mot praefationes pour désigner une catégorie de prières liturgiques que l'on ne veut plus laisser à l'improvisation et qui servent à la confection des sacrements. Nous allons voir qu'à Carthage, au milieu du IIIe, saint Cyprien prend le mot praelatio dans son sens littéraire de prologue : il ne l'applique pas à la prière solennelle, mais à l'invitation Sursum corda qui l'introduit.
Voici d'ailleurs comment s'exprime saint Cyprien : Quando autem stamus ad orationem fratres dilectissimi, in vigilare et incumbere ad preces toto corde debemus... Ideo et sacerdos ante orationem praemissa parit jratrum mentes dicendo : Sursum corda, et dum respondet plebs : habemus ad Dominum, admoneatur nihil aliud se quam Dominum cogitare debere ; cludatur contra adversarium pectus et soli Deo pateat nec ad se adire hostem Dei tempore orationis paliatur1 . Ce serait aller contre l'interprétation unanime de ce passage que de refuser d'y voir notre préface proprement dite Il y a ce mot praefatio dont la signification est acquise de temps immémorial dans la liturgie romaine et dont il semblerait hasardeux de s'affranchir pour consentir à voir ce que nous appelons aujourd'hui la préface, non dans la praefatio mais dans l'oratio de saint Cyprien, pour en faire deux moments euchologiques distincts où la praefatio est préalable à l'oratio, la prépare et y dispose les âmes des fidèles. Où se trouve et en quoi consiste la praefatio ? Ce serait tout simplement le dialogue : Sursum corda — Habemus ad Dominum — Grattas agamus Domino Deo nostro — ■ Dignum et justum est. La praefatio praemissa ne serait pas autre chose, puis que c'est à la suite du dialogue que vient la prière eucharistique dans toutes les liturgies. « Or, comme le mot l'indique, la prière eucharistique est une action de grâces, ce n'est pas une précaution, praefatio praemissa, pour recueillir les fidèles, une préparation, c'est ici l'oraison par excellence, et c'est cette prière eucharistique que saint Cyprien désigne par l'oratio précédée du Sursum corda.
« Au surplus cela est si vrai que le nom sous lequel saint Cyprien désignait la prière eucharistique était oratio, que, deux siècles après lui, dans cette même Église d'Afrique, on identifiait cette prière de la même manière, sous ce même nom. Nous en avons pour témoin saint Augustin, dans la lettre lix à Paulin où il donne de ce passage, I Tim., u, 7, cette explication devenue classique à force d'être citée ' : phecati0ne8 facimus in celebratione sacramentorum antaquam illud quod est in domini mensa incipiat benedici : orationes cum benedicilur et sanctificatur et ad distribuendum comminuitur, quam totam petitionem fere omnis ecclesia DOMIlflCA ORATIONE concluait : ixterpeli.ationes autem sive, ut vestri codiccs habent Postulationes, fiunl cum populus bencdicitur. l'une enim antistites, velut advoeati, susceptos suos per manus impositionem misericordissimae offerunt potestati. Quibus peractis et participato tanto sacrumento QRA.TIAR.v~U actio cuncta concludit, quam in his etiam verbis commendavit apostolus.
« De même, l'acception de praefatio dans le sens de préparation à la prière est tout ce qu'il y a de plus courant dans les anciens documents liturgiques. Même on dit encore, sinon dans les rubriques, au moins dans le langage usuel : « la préface du Pater », en parlant de la formule Praeceptis salutaribus, etc. Quant à la chose elle-même chacun sait le rôle qu'elle remplit dans les orationes solemnes du vendredi saint, dans les ordinations, dans plusieurs autres fonctions pontificales. La liturgie gallicane en avait conservé plus qu'aucune autre le principe, et il n'est pas besoin de souligner ce qu'une pratique de ce genre a de significatif, au point de vue de la doctrine de la prière. Dans les sacramentaires gallicans, on ne voit presque pas une prière qui ne soit précédée d'une préparation. Cette préparation y conserve même, au commencement de la messe son nom de praefatio, c'est la praefatio missae. D'autres fois, c'est une série de prières pour les vigiles : Praefatio... Collectio sequitur... Rien ne prouve qu'on ne doive entendre en ce sens le canon 12 du concile de Milève (llti) auquel assista saint Augustin ; Plaçait ut i>re ces, vel orationes, seu missae, sive praefationes, quae probalae fuerint in concilie », ab omnibus celebrentur, bien que les lilurgistes n'aient pas manqué d'y voir, comme dans saint Cyprien, ce que nous appelons aujour d'hui la préface. Au fait, on a même un exemple très connu de préface dans ce même sens dans le ConoerSi ad Dominum par lequel saint Augustin faisait passer les fidèles (les Enarrationes in psalmos à la prière. Le Conversi ad Dominum n'est, au fond, qu'une praefatio missae, et il se place au même endroit que dans les liturgies gallicanes. On trouve une formule d'invitation euehologi que du même rôle dans le plus ancien monument qui subsiste peut-être de la liturgie romaine, le « Rouleau de Ravenne ». La chose n'a guère été remarquée, mais il suffit d'être une fois averti pour qu'elle ne passe pas inaperçue, c'est la 40e pièce.
« Pour être moins étendue que ces diverses compositions, la préface de la prière eucharistique n'en remplit pas moins le même rôle. Tant de gravité attachée à si peu de mots n'a rien qui doive surprendre. Le Sursum corda sert de portique à l'action déprécatoire la plus grave aussi. C'est une tradition universelle d'ailleurs, que celle du texte dialogué Sursum corda, etc. Il faut que ces simples mots, de même que le principe et la pratique qu'ils représentent, aient paru bien solennels à toute l'Église, pour que, de toute antiquité, les citations et les gloses des Pères, les textes de toutes les liturgies, nous les représentent invariablement, partout, dans les mêmes termes. La teneur de la prière eucharistique pouvait varier suivant les charismes (aussi longtemps du moins que l'Église n'en consacrait officiellement aucune formule écrite) ; cette praefatio praemissa demeurait immuable. En raison même de ce caractère, on s'expliquerait assez bien qu'elle ait fini par communiquer son nom à la prière eucharistique elle-même, à laquelle elle est si intimement liée. De sorte que ce serait un peu partout que le Sursum corda serait à l'origine des désignations diverses qui ont fini par s'étendre à la prière eucharistique, avec cette particularité curieuse, que l'àvacpopâ orientale et Villatio mozarabe auraient conservé d'une façon concrète, jusque dans leur nom, le reflet originel du Sursum, que l'appellation plus abstraite de praefatio embrassait en même temps que le reste du prologue dans l'usage africain du Me 2. » On peut même aller plus loin et se demander si la préface et les autres prières du canon ne sont pas tellement unies aux prières d'oblation qu'il faille leur adjoindre ces dernières ; à ce compte l'offertoire et notamment les prières connues sous le nom de secrètes ou d'ad offerendum, rentreraient dans le canon. Il n'est pas douteux, en effet, qu'il n'y ait union étroite entre ces diverses parties de la messe des fidèles et développement normal et gradué de l'action liturgique depuis l'offertoire jusqu'à la communion. Mais c'est raisonner ici d'une façon trop théorique. 11 s'agit uniquement d'établir les frontières de la prière qui porte le titre de canon, et non pas de fixer ses relations avec les autres parties de la messe. Or, aussi haut que l'on remonte dans l'étude des manuscrits ou des documents, on voit que les prières du canon forment un groupe à part, aussi étroitement uni qu'on voudra, logiquement, avec les précédentes, mais bien distinct cependant du groupe des prières d'offertoire. La question est à peu près la même que dans le cas précédent de la préface. mot canon à qui il sert d'introduction. Dans cet Ordo on voit que le Pater est, lui aussi, précédé d'une préface : Sequitur in allum praefalio Duminicae orationis et oratio dominica cum emboli suo l.
Après ce qui a été dit plus haut touchant le mot oratio par lequel saint Cyprien désigne la prière eucharistique et le mot praefatio qu'il applique exclusivement au petit prologue dialogué, on doit se demander à quelle époque praefatio a-t-il commencé d'être employé pour embrasser tout l'ensemble ? Si on s'en tient à l'Afrique on a pu voir par le texte cité de la lettre lix de saint Augustin à Paulin que vers le premier quart du vc siècle la terminologie de l'évêque d'Hippone ne différait pas encore de celle de l'évêque de Carthage ; il se pourrait même qu'un passage du sermon ccxxyii : et vos adtestamini laisse entrevoir contestatio.
Si on passe à la liturgie romaine on peut faire un choix entre deux hypothèses. Ou bien on avait fait d'abord à Rome comme en Afrique : Praefatio, c'était le dialogue, oratio, c'était la préface ; ensuite, praefatio désigna le tout. Ou bien contestatio n'était ni plus ni moins ancien que la double dénomination africaine, et ce mot admis par saint Paulin de Nole se maintint en face de praefatio jusqu'au jour où cédant à l'envahisseur il en fut réduit à se dissimuler dans les rubriques de quel que Ordo papal, de quelques sacramentaires obstinément fidèles aux dénominations archaïques.
On arriverait ainsi à une situation dans le genre de celle-ci : d'abord, à l'origine, les deux termes sont employés concurremment, mais pour désigner respectivement deux choses différentes, savoir : celui de praefatio, le petit prologue dialogué : Sursum corda, etc., celui de contestatio, la prière eucharistique proprement dite : Vere dignum, etc. Plus tard, par extension, les deux termes continuèrent d'être employés concurremment, mais déjà le premier, praefatio, devient équivoque en devenant synthétique, c'est-à-dire en embrassant la prière eucharistique elle-même. Et, enfin, le nom primitif de cette prière finit par s'effacer devant son concurrent plus favorisé. Rien donc ne s'oppose à ce que nous admettions l'usage simultané des deux termes, même synonymes (par hypothèse) à Rome, au temps de saint Paulin. On pourrait citer bien des faits analogues.
Ne voyons-nous pas les documents gallicans user indifféremment des deux termes contestatio et immolatio missae ? Est-ce que les sacramentaires et les missels romains eux-mêmes ne conservent pas, fort avant dans le Moyen Age, l'habitude d'appeler dans un même volume, les mêmes oraisons tantôt sécréta, tantôt super oblata ? d'autres tantôt Ad complendum, tantôt Ad communionem, tantôt Post communionem ?2.
IV. Le mot C0WTE3TATW et son antiquité. — ■ La date la plus ancienne de ce terme se trouve dans le De scriptoribus ecclesiastis de Gennade relativement au prêtre Musaeus de Marseille : Composuit sacramentorum egregium et non parvum volumen per membra quidem pro opportunilate ofjlciorum et temporum, pro leclionum textu psalmorum que série et decantatione discretum : sed supplicanii Deo et contest indi beneficiorum ejus solidale sui consentaneum3. Ici le verbe contestari ne peut que désigner la contestatio, ce qui nous reporte avec Musaeus vers la deuxième moitié du Ve. Mais on peut remonter plus haut, dans le carmen xxvn de saint Paulin de Nole, sur saint Félix 4 :
Quid pascale, epulum ? nam certe jugiter omni Pascha die cunctis ecclesia prœdicat oris 55 Contestans Domini mortem cruce, de cruce vitam cunctorum...
Une fois encore le verbe nous achemine vers le subslantif. Si ce n'est le mot c'est la chose, étant donné l'emploi qu'en fait saint Paulin dans une énumération des grandes solennités liturgiques : Noël, Epiphanie, Pâques, Pentecôte. C'est bien ce qu'a compris Du Gange qui range cet exemple sous le mot liturgique de contestatio et, à la suite, il cite un passage extrait sans autre référence de la bibliothèque de Thou : contestatvr sacerdos ac veram professionem populi, id est au ATi as réfère Deo DIGNUM ESSE ; et, en Afrique, pays de rit romain, saint Augustin dit dans le sermon ccxxn... Et vos adtehtamini Dignum et justum est, dicentes ut ei gratias agamus qui nos fecit sursum ad nostrum caput habere cor ?
D'après cela on pourrait être amené à admettre une dépendance de la liturgie gallicane par rapport à une liturgie romaine antérieure à tout ce que nous connaissons et, d ? plus, on ne verrait plus dans le terme contestatio la caractéristique d'une tradition étrangère aux traditions romaines, puis que des Romains de la fin du IVe auraient connu le nom et la chose. A cette date, le mot contestatio appartiendrait donc à l'usage romain et c'est de Rome que la Gaule l'aurait reçu.
Y a-t-il trace dans les livres de la liturgie romaine d'un conflit se manifestant par une alternance entre contestatio et praefalio ? Certainement et les témoignages ne manquent pas. Le premier à invoquer est l'Ordo romanus IXUB de Mabillon qui, lui du moins, ne saurait être pris comme un écho de la liturgie gallicane. Il est difficile, en effet, d'être meilleur garant des traditions romaines qu'un Ordo réglant les cérémonies papales, et c'est le cas de celui-ci :
Pontifex vero ponet manum super caput ejus, et dic.il unam arationcm in modum collecta0., alleram eo modulamine quo solet CONTESTATA cantari, et sedet pontifex in sella sua.
Il semble bien qu'au temps du pape Léon III, la liturgie papale conservait encore, au moins dans ses vieilles rubriques, ce vague souvenir d'une appellation que toute une classe de sacramentaires plus ou moins gélasiens, le sacramentaire de Reichenau6, par exemple, pour ne rien dire de celui de Gellone et bien d'autres connus, s'obstinaient à perpétuer, çà et là, sans y prendre garde 6.
V. Nombre des préfaces. — On a dit dans ce qui précède que la préface dans la liturgie romaine varie selon les fêtes et le temps de l'année. Cette particularité n'est pas seulement caractéristique du rite romain, mais des liturgies de l'Occident, telles que gallicane et mozarabe ; au contraire, le début de l'anaphore orientale est immuable. Le nombre des préfaces, disions-nous, est très élevé ; à lui seul, le sacramentaire léonien n'en compte pas moins de 267, ce qui revient à peu près à une préface pour chaque messe. Elles sont très dignes d'attention et on a pu dire qu'en opposition violente avec le ton sobre et mesuré du rite romain, elles contiennent toute sorte d'allusions topiques, presque personnelles. C'est comme une littérature de combat. On dirait presque que le célébrant, obligé de se contenir pendant le reste de la messe, s'empare de l'occasion, dans la préface, d'épancher ses sentiments. Par exemple, après que l'ennemi (peut-être les Goths en 537) se fut emparé de la moisson péniblement semée par les Romains aux environs de la ville, le célébrant dit dans sa préface : « Nous reconnaissons, Seigneur notre Dieu, nous reconnaissons, comme ta voix nous l'a souvent dit, une punition de nos péchés dans ce fait que ce qui avait été planté par le travail de tes serviteurs ait été ravagé, sous nos yeux, par d'autres mains, et que ce que tu avais fait grandir à la sueur du front de tes fidèles, tu aies permis à nos ennemis de le voler. Prosternés devant toi, nous demandons de tout notre cœur, pardon pour nos péchés ; daigne nous protéger par ta continuelle miséricorde, des attaques de cette terrible année ; car nous savons que ta protection viendra quand tu auras détruit en nous ce par quoi nous t'avons offensé. Par l... » Ces préfaces sont l'une des raisons qui font penser que le sacramentaire léonien, « malgré le titre de « sacramentaire » n'a jamais été un livre liturgique au sens strict, servant pour la messe, mais plutôt un recueil, une sorte d'anthologie où l'on pouvait prendre ce dont on avait besoin selon le moment : ». Plus curieuses encore sont deux préfaces : une pour juillet (xviii, 20) qui renferme une longue et violente diatribe contre les moines ; une pour les quatre temps de la Pentecôte qui défend vigoureusement la pratique de jeûner après la Pentecôte.
Cette note un peu vive a disparu du sacramentaire gélasien, où les préfaces sont moins nombreuses et d'un ton plus calme. Celui-ci accueille, au canon, notre préface commune et 53 autres propres. Dans le sacramentaire grégorien leur nombre est tombé à 10, mais la chute était trop sensible et dans les pays de rite gallican on voulut bien recevoir le livre romain mais on lui rattacha un appendice qui contenait toutes les pièces dont on ne pouvait se résigner à se séparer. Cet appendice ou supplément fut l'ouvrage d'Alcuin qui y fit entrer entre autres choses plus de 100 préfaces. Aujourd'hui le rite romain admet, croyons-nous, quinze préfaces au nombre desquelles les dernières sont celles pour les fêtes de saint Joseph, pour les messes de Requiem, pour la fête du Christ-Roi et pour la fête du Sacré-Cœur. Dix d'entre elles se lisent dans le sacramentaire grégorien, celle de la sainte Vierge a été ajoutée sous le pape Urbain II (1088-1099) qui, dit-on, l'aurait composée et chantée pour la première fois au concile de Guastalla, en 1094. Il y eut quelques autres préfaces composées au Moyen Âge, dont certaines seulement demeurent dans les rites spéciaux ; mais la préface était tenue pour chose trop sainte, trop rapprochée de l'intangible canon, pour pouvoir subir trop de changements. Un sacramentaire gélasiano-grégorien de l'ancienne collection Philippe, aujourd'hui à Berlin présente seize préfaces de carême dont cinq se retrouvent dans le léonien, les onze autres ont peut-être été prises dans la partie perdue du léonien. Cf. Ephem. liturg., t. xlv, 1931, p. 110-123.
VI. Le dialogue de la préface. — Un jour de Pâques, saint Augustin s'adressant aux catéchumènes, dans ce sermon ccxxvii déjà rappelé, leur dit : « Retenez bien l'ordre de la liturgie. Premièrement, après l'oraison, vous êtes invités à tenir haut vos cœurs... Voilà pour quoi quand on prononce : Sursum cor, vous répondez : Habemus ad Dominum. Et de peur que cela même, avoir son cœur en haut au Seigneur, vous n'en fassiez un mérite à votre effort..., car c'est un don de Dieu que d'avoir son cœur en haut, l'évêque ou le prêtre qui célèbre poursuit après que le peuple a répondu : Habemus ad Dominum, et dit : Grattas agamus Domino Deo nostro, ce que nous avons le cœur en haut. Pendons grâces, car n'était le don de Dieu, nous aurions notre cœur terre à terre. Vous alors, vous confirmez, vous dites : Dignum et justum est. » Pour saint Augustin c'est ici que s'ouvre la sanctificatio du sacrificii Dei qui s'achèvera avec l'Amen qui précède le Pater : « Quand est achevée la sanctificatio, nous disons l'oraison dominicale. » Le Sursum corda-Habemus ad Dominum se retrouve dans les liturgies grecques, à Jérusalem, à Antioche, c'est une formule tellement répandue qu'en 390, saint Augustin peut écrire que chaque jour le genre humain répondet Sursum corda se habere ad Dominum, cette universalité invite à y voir une formule contemporaine des plus anciennes créations liturgiques.
Il en est de même pour ce qui suit : Grattas agamus Domino Deo nostro-Dignum et justum est qu'on entend encore dans la liturgie de Jérusalem et dans celle d'Antioche ainsi que dans celle d'Afrique. Mais il ne semble pas que ce soit une formule exclusivement liturgique car au cours d'un dialogue entre l'évêque d'Hippone et les fidèles au sujet du choix de son successeur, Augustin interroge et le peuple répond de différentes manières, parmi lesquelles cette acclamation répétée vingt fois : Dignus et justus est.
Ensuite vient la prière d'action de grâces : Vere dignum et justum est... qui commence le rite sacré, et nous retrouvons ces mêmes paroles ailleurs : ἄξιον καὶ δίκαιον, dit-on dans la liturgie de saint Cyrille de Jérusalem et, en Égypte nous entendons l'évêque Sérapion de Thmuis : « il est digne et juste de te louer, de te chanter, de te glorifier, toi Père incréé... », jusqu'au Sanctus.
VII. La préface grecque et la latine. — « Ce sont là deux exemplaires de « préfaces » grecques, tous deux du iv* siècle et indépendants l'un de l'autre, qui montrent que les préfaces étaient rédigées d'après un dessin fixé et sur un thème constant, dont héritera la liturgie byzantine. L'étonnant est que ce dessin et ce thème de l'Orient chrétien se retrouvent identiques et se soient perpétués en Occident, universalité qui ne s'explique que par une tradition commune remontant à une lointaine origine. Avec raison on a signalé dans l'épître du pape saint Clément aux Corinthiens, c'est-à-dire dans un écrit romain de la fin du Ier siècle, un passage qui répond à ce thème traditionnel, « beau spécimen du style de la prière solennelle, telle que l'exprimaient alors les chefs ecclésiastiques dans les réunions du culte ». On en signalerait d'autres non moins éloquents et qui pour n'être pas, à proprement parler, des préfaces tirent leur inspiration de la même veine : prière de saint Polycarpe de Smyrne, de saint Savin, de saint Philippe d'Héraclée.
La liturgie wisigothique donne à chaque messe une préface ou illatio dont saint Isidore parle en ces termes : Quinta deinde insertur Illatio in sanctificatione libationis, in qua etiam et ad Dei laudem terrestrium creaturarum virtutumque caelestium universitas provocatur, et Hosanna in excelsis constatetur. Ces préfaces commencent toujours par Dignum et justum est et se terminent par Sanctus. C'est la même chose dans la liturgie gallicane. « L'Occident, resté plus longtemps fidèle à l'esprit primitif qui laissait les prières liturgiques à l'improvisation du célébrant, a produit ainsi en regard de la pauvreté des liturgies grecques, une littérature, non pas seulement prolixe, mais souvent lyrique et d'une pathétique inspiration. Les oraisons ont leur style, les préfaces ont le leur, dans lequel la prière n'est plus prisonnière d'une forme volontairement resserrée et d'un sujet qui ne l'est pas moins. Les préfaces sont des invocations à Dieu qui se prêtent à des développements très variés. Elles sont des élévations à Dieu sur son œuvre, contemplée dans la nature, dans l'Ancien Testament, dans l'Évangile, dans les mystères, dans les sacrements, dans les saints. VIII. Les préfaces gallicanes. Saint Germain de Paris, dans son Exposilio missae, vers le troisième quart du VIe, ne dit rien de la prière qui porte dans les anciens livres liturgiques gallicans les noms de Contestatio ou d'Immolatio et qui correspond à la préface du rite romain. Cette pièce débute par le Sursum corda dont l'évêque de Paris se borne à dire : Sursum corda ideo sacerdos habere admonet ut nulla cogitatio terrena mancat in pectoribus nostris in hora sacrae oblationis... Le prélude est le même que dans la liturgie romaine : Vere dignum et justum est, mais les contestationes ou immolationes ont des caractères très différents de ceux des préfaces romaines. Ces pièces sont intéressantes à étudier, non seulement au point de vue théologique, afin de pénétrer les croyances répandues dans les églises de la Gaule, mais encore au point de vue littéraire pour prendre une idée de la façon dont s'exprimaient les Gallo-Romains, de plus en plus compénétrés par les Francs, lorsqu'ils voulaient aborder des sujets demandant réflexion. Le latin qu'on emploie a, depuis les jours d'Auguste, subi de rudes assauts. Ceux qui le manient, même quand ils n'en sont pas réduits à surveiller leur syntaxe comme c'est le cas de Grégoire de Tours d'après son propre aveu, ne peuvent, ou ne savent, ou n'osent plus affronter les larges périodes de l'art, les larges horizons de l'intelligence avec les ressources presque inépuisables d'une langue mûre et saine. Leur art est chétif et leur technique appauvrie, ils n'entreprennent pas de s'élever au-dessus des antithèses, des concetti ; les mots ont, pour eux, plus d'intérêt que les idées ; néanmoins, ce qui donne à ces compositions un intérêt réel, c'est qu'elles sont l'œuvre de clercs qui nous font connaître les croyances qu'ils partagent avec leurs fidèles, les expressions dont les uns et les autres font usage pour s'exprimer touchant les matières courantes de leurs méditations et de leur enseignement : l'eucharistie, la grâce, l'incarnation, la rédemption. Œuvres anonymes, de souffle un peu court, destinées à un auditoire en grande partie illettré mais que le dialogue préparatoire vient de rendre plus attentif à ce qui va se dire ou chanter, de sorte que les contestationes nous apportent un témoignage aussi utile que celui contenu dans des traités élaborés dans une cellule, des affirmations aussi solennelles que si elles faisaient partie d'un sermon épiscopal. C'est là une source d'investigation historique qui a été, peut-être, un peu trop négligée jusqu'à nos jours pour l'étude de la croyance des foules. Voici un spécimen de ces préfaces : Dignum et justum est : qui dives infinitae clementiae munere plasmam tuae creaturae in tantum digneris erigere, ut vernaculo limi patiaris homine de terrena compage claves caeli committeres, et ad judicandas tribus solium excelsae sedis in sublime componeres. Teslis est (lies hodierna beati Petri cathedra episcopatus exposila, in qua fidei merito revelationis mysterium, Filium Dei confitendo, praelatus apostolos ordinatur. In cujus confessione est fundamentum Ecclesiae, nec adversus hanc petram portae inferi praevalent, nec serpens vestigium expremit, nec triumphant mors obtinet. Quid vero beato Petro diverso sub tempore accessit laudis et gloriae, quae vox, quae lingua, quis explicet ? Ilinc est quod marc Ircmulum fixo calccl vestigio, et inter undas liquidas pendula planta perambulat. Hic. ad portam speciosam contracti tendit vestigia, et tactus Petri digito, claudus non indiget baculo. Hinc carceratus dum dormitat, Christus cum ipso pervigilat, et relrusus ergastulo, foras procedit per angelum. Hinc paralyticum erexit decubantem in lectulo, ac debilitato verbo dédit vestigium. Hinc Tabitham mulierem revocavit de funere, et virtute imperanli praedare non lituit. Hinc lanta fidei dolorem inter apostolos petiit, ut curarct universos languores dum praeterit, et cadavera viverent timbra salubris quae tetigit per Christum...
Celle-ci, plus curieuse encore, est l'immolatio de la vigile pascale dans le sacramentaire d'Autun : Dignum et justum est, aequum et justum est, nos libi hic et ubi que gratias agere, tibi laudes dicere, et hostias immolare, et confiteri misericordias tuas Domine, sancte Pater omnipotens aeternus Deus. Quoniam magnas es tu et faciens mirabilia, tu es Deus solus. Tu fecisti caelos in intellectu, tu formasti terram super aquas, tu fecisti luminaria magna, solem in potestatem diei, lunam et stellas in potestatem noctis. Tu fecisti nos et non ipsi nos : opera manuum tuarum non omitlas. Tuus est dies et tua est nox, in die enim mandasti misericordiam tuam et in nocte declarasti [ . . . ] quam hodiernis vigiliis in luminis hujus festivitate celebramus. Haec est enim nox salutarium conscia sacramentorum, nox in qua veniam peccatoribus praestas, de veteribus hominibus novos efficis, de senibus effectis maturos reddis infantiles, quos in novam creaturam renatos de sacra fonte producis. Hac nocte in aeternum diem renascentes populi procreantur, regni caelestis altra reserantur, et beata lege commercias divinis humana mutantur. Haec est enim nox qua facta est in deliciis, in qua maxime delectasti nos, Domine, in factura tua ; nox in qua inferna patuerunt, nox in qua absolutus est Adam ; nox in qua inventa est dragma quae perierat ; nox in qua boni pastoris humeris reportala est ovis perdita ; nox in qua diabolus occubuit et sol justitiae Christus exortus est : et, solulis inferni nexibus claustris que perfractis, multa sanctorum corpora de sepulcris erumpentia intraverunt in sanctam civitatem. O vere beata nox, quaesola meruisti scire tempus et horam qua Christus resurrexit ; de qua jam in psalmo fuerat prophetatum quia nox ut dies illuminabitur ; nox in qua exorta est resurrectio in aeternum. Tu enim omnipotens Deus creaturarum coelestium multitudo et innumerabiles angeli chori sine cessatione proclamant dicentes ; Sanctus.
IX. Les préfaces mozarabes. — Elles portent le nom d'illatio ou illatio et voici en quels termes saint Isidore de Séville les définit : Quinta infertur illatio in sancti factione oblationis in quam etiam Dei laudem, terrestrium creaturarum virtutumque caelestium universitas provocatur, et Osanna in Ecclesiis cantatur. Elle est précédée d'un dialogue qui est différent de celui de la messe romaine. Le prêtre, incliné et les mains jointes, dit ces paroles : Introibo ad altare Dei ; le chœur répond : Ad Deum qui laetificat juventutem meam. Le prêtre en posant les mains sur le calice : Adoremus Dominum ; le chœur : Habemus ad Dominum. Le prêtre : Sursum corda ; le chœur : Levemus ad Dominum. Le prêtre, incliné et les mains jointes : Deo ac Domino nostro Jesu Christo filio Dei qui est in caelis dignas laudes dignas que gratias referamus ; ici le prêtre élève les mains vers le ciel : le chœur dit : Dignum et justum est. L'illatio mozarabe, comme la praefatio romaine ou la contestatio gallicane, aboutit toujours au Sanctus, et le Sanctus, en Espagne comme en Gaule, à la différence de Rome, est suivi d'une oraison dont le titre est toujours Post Sanctus. Pour saint Isidore, Villatio ou cinquième oraison comprend le Sanctus et le Post Sanctus, et aussi la consécration. La sixième oraison est celle du Post pridie ou confirmatio sacramenti. Cette division paraît assez juste, car elle marque bien l'étroite union de toutes ces parties de Villatio à la fin de la consécration. Elle rend mieux compte aussi du titre immolatio, qui est celui de la préface dans les liturgies gallicanes et qui est bon synonyme de consecratio. Voulu y voir une erreur de copiste pour immolatio, qui est le titre gallican de la préface, nous l'avons dit, et qui s'explique tout naturellement. Mais il est curieux, si c'est une erreur de copiste, qu'elle soit aussi universelle, car on rencontre illatio dans tous les livres mozarabes ; la préface y est partout appelée illatio, et jamais encore, croyons-nous, on n'y a lu le mot immolatio, si ce n'est une fois dans le Liber ordinum. Ceci pourrait mériter une étude. Illatio ou inlatio, comme nblatio dont il est synonyme, est à peu près la traduction du mot anaphore, àvà çépw, offrir. Dans la langue post-classique, le mot inlatio (de inferre) désigne l'action de porter, comme invectio ; il s'applique notamment aux morts ; il signifie aussi le paiement d'un tribut. En langage philosophique, Villatio est une conclusion tirée des prémisses, ex duobus sumptis ratione sibimet nexis conficitur illatio. En Espagne, le mot est employé par les conciles dans le sens de don, de présent, de tribut au IIIE concile de Braga, canon 2e, et au VIIE concile de Tolède. C'est donc bien, au contraire, le terme de immolatio des liturgies gallicanes qui serait une corruption ou, si l'on veut, une interprétation paléographique du mot illatio. C'est l'opinion de dom Cagin, c'est celle vers laquelle inclinait déjà Lesley : mais ce n'est jusqu'ici qu'une hypothèse appuyée sur la similitude des deux noms. Resterait à expliquer pour quoi l'un est exclusivement employé dans les manuscrits mozarabes, l'autre, à peu près exclusivement dans les livres gallicans. Sur ces points, ces derniers sont moins exclusifs que les mozarabes. Dans le Missale gothicum et le Missale gallicanum, le mot immolatio alterne avec contestatio et praefatio missae ; il ne se trouve pas dans le Missale Francorum, il se montre une seule fois dans le missel de Bobbie et, semble-t-il, par hasard.
Nous ne dirons rien du dialogue qui précède Villatio. Il contient les éléments que l'on peut appeler essentiels et que l'on rencontre dans toutes les liturgies : Sursum corda, Gratias agamus, etc., et qui servaient de début à toutes les préfaces : Ycre dignum et justum est... A la sobriété du dialogue de la préface romaine, la liturgie mozarabe ajoute, comme toujours, des ornements et des complications qui ne font qu'alourdir le texte. Il faut dire la même chose de Villatio elle-même. Les livres liturgiques mozarabes nous offrent la collection la plus variée et la plus riche d'illationes ; il n'est guère de messe qui ne possède son illatio propre ; quelques-unes s'étendent sur plusieurs pages et si elles ont été chantées, cette prière a pu réclamer une demi-heure. Elles forment un recueil dogmatique d'un prix considérable pour l'histoire théologique de l'Espagne au Moyen Age, recueil qui, il faut le reconnaître, a été assez peu étudié. On y trouve certaines pages qui font honneur à la science et à la culture des théologiens espagnols du VIIIe au IXe. Il s'y rencontre, par endroits, quelques opinions un peu singulières, mais dans l'ensemble on ne peut qu'admirer la richesse de la doctrine, la ferveur de la foi, la naïveté de la piété. On y trouve de véritables thèses de théologie et de longs panégyriques pour la fête des saints, notamment des saints d'Espagne, comme saint Vincent et sainte Eulalie. Rappelons seulement Villatio sur la Samaritaine, celles sur Pavcugle-né, sur le jeûne, sur la Trinité, sur la descente aux enfers, sur les patriarches.
X. Les préfaces celtiques. — Dans le missel de Slowe on ne lit pas la salutation Dominas vobiscum, la préface commence brusquement par Sursum corda ; llabemus ad Dominum ; Gratias agamus... Dignum et justum est. Il existait peut-être des préfaces de rechange, deux rubriques irlandaises semblent y faire allusion. Le missel de Stowe donne quatre autres préfaces ; enfin celle de la messe pro mortuis pluribus a été empruntée à l'oraison d'une messe des morts de Tolède citée par Elipand.
Le texte de la préface donnée par le missel de Stowe fait un emprunt au trisagion, un autre à celle de la Trinité. Le thème de ce qui reste est une confession de la Trinité : Pater omnipolens... qui cum Unigenito tuo et Spiritu Sancto Deus es unus et immortalis, Deus incorruptibilis et immortalis, Deus invisibilis et fidelis... te c.redimus, te benedicimus, te adoramus et laudamus nomen tuum in aeternum et in saeculum saeculi, per quem salus mundi, per quem vita hominum, per quem resurrectio mortuorum, per quem maestatem tuam laudant angeli.
XI. Les préfaces romaines. — Voir Dictionn., t. xi, col. 727-728.
XII. L'abréviation VERS DIGNUM. — Voir Dictionn., t. i, col. 150-162, fig. 38-39.
H. Leclercq.
PRÉMICES. — Parmi les scènes de l'Ancien Testament interprétées sur les sarcophages chrétiens, nous trouvons à plusieurs reprises Abel et Caïn se présentant devant Dieu les bras remplis de leurs offrandes. Caïn qui est cultivateur présente une gerbe, tandis qu'Abel offre un agneau de son troupeau. La scène varie peu et seulement dans les détails. Dieu est un vieillard barbu assis sur un rocher ou sur un fauteuil, levant la main pour bénir les deux jeunes hommes. Sur un sarcophage de Saint-Jean in Valle, à Vérone, la scène est figurée devant la porte d'une ville ceinte de sa muraille crénelée. Dieu est vêtu du pallium et de la tunique, les pieds chaussés, son siège est posé sur un large escabeau. Au contraire, à Saint-Sébastien, la scène est champêtre, encadrée par deux troncs d'arbres et une riche frondaison ; Dieu est assis sur un rocher et tient un polumen. Sur un sarcophage de la Villa Colonna, à Rome, Dieu a, semble-t-il, les jambes croisées et lit un livre.
Nous retrouvons ce sujet sur deux sarcophages d'Arles que nous avons décrits (voir Dictionn., t. i, col. 2452, n. 24), et ligures (voir Dictionn., t. i, col. 62, fig. 23 ; col. 63, fig. 24).
II. Leclercq.
PRÉPOSE. — La signification générale de prae positus s'entend de celui qui a la direction responsable d'une charge, « l'un office, d'un emploi aussi bien dans l'ordre civil ou militaire que dans les fonctions ecclésiastiques. Dans une lettre de saint Cyprien à Celerinus, on lit : Quorum (mulierum) audita causa praeceperunt ras praepositi tantisper sic esse, donec episcopus conslittmtur el l'épître aux Hébreux a rendu familiers à chacun ces deux avertissements : Mementote praepositorum vestrortim (XII, 7), Obedite praepositis vestris (XIII, 17). Le mot peut avoir des significations très différentes puis que saint Augustin écrit : Pracpositus (= diabolus) mortis dolmt victam mortem et saint Benoit consacre le c. lxv de sa règle au Pracpositus monasterii qui n'est pas à l'abri des chutes : Quod si ne que six correxerit, t une defteiatur de online praepositurae ; et alius, qui dignus est. in loco ejus subrogetur.
Comme un presbyter titularis était placé à la tête d'une basilique urbaine, de même un praeposilus, qui n'était pas nécessairement un prêtre, gouvernait une basilique cimétériale dans la dépendance du prêtre titulaire.
Vers le Ve nous trouvons un DIBFS ( = Dires ) [prne]POSITVS, qui à en juger d'après le lieu de la trouvaille dépendait de la basilique de Saint-Paul-hors-les-Murs, en 498 ; un PRAEPOSITVS BEATI MARTYRIS PRANCATI f = Pancratii), en 521 ; un autre de la BhS(M)C(ae) BEATI [Pétri apostoli], en 523, un autre encore BASILICFA,)E B(ea)T\ PAVLI APOSTOLI, en 526 et la même année un PRAEPST basilicae sci /AVRENTI IV ART YRIS. Enfin, à Genève, un PRAEPOSITVS ET PRESBYTER et à Ravenne, un PRAEPOSITVS FABRICAE, en 570-578.
PRESBYTER. — 1. Le titre de presbyter. — Parmi les inscriptions trouvées récemment à Philippes, il en est une, chrétienne, qui offre un très grand intérêt. C'est une stèle en marbre local, remployée, semble-t-il, comme pierre tombale dans le cimetière, certainement très tardif qui se trouvait derrière le chevet de la petite église ; il est probable que la pierre a été tirée d'un des cimetières de la ville antique. Dimensions de la stèle : haut. : 0 m. 85 ; larg. : 0 m. 70 ; épaiss. : 0 m. 25. L'encadrement consiste en un rinceau de feuilles de lierre et moulure qui donnent un rectangle de 0 m. 63 sur 0 m. 52 contenant l'inscription ; haut, des lettres : 0 m. 04 (fig. 10508).
Aùp(y)Xioç) Kamftov 7rpsff6'j(Tepoç) vsoç t% sxXTjcuaç àvsCTTYjaa T7)V CTTY)- 9 Xt)V T0C'JT ?]V toïç ISîoiç Y^veûaiv xaï ty) slola aov6ia> Bs6îa IlaiJXa xod tco Y^'JX'JTaTco 10 (xou u'uo 'EXtuSUo û xéSsxa Ce texte offre de l'intérêt par la mention qu'on rencontre pour la première fois d'un 7tpeo6û(Tepoç) vsoç -njç xa0oXei.xr(ç èxxX^aîaç. Aurelios Capiton, qui éleva une stèle à ses parents, à sa femme Bebia Paula et à un fils très cher Elpidios.
Que signifie l'épithète Tipeo-6o(Tepoç) vsoç ? L'explication suggérée par les premiers éditeurs, M. Jacques Coupry et M. Michel Feyel, nous semble avoir beaucoup de vraisemblance. Ces mots, disent-ils, pourraient signifier « je une prêtre » ; mais on ne voit pas la raison pour laquelle Aurelios Capiton mentionnerait sa jeunesse. Le mot véoç, ajoutent-ils, pourrait-il marquer une nuance hiérarchique ? Mais on ne rencontre nulle part l'idée d'une sorte d'opposition entre les vétérans et les recrues du sacerdoce. En Orient, à la date probable de notre inscription, le célibat sacerdotal était chose si rare qu'on peut la dire exceptionnelle et le dédicant pouvait être catholique fort régulièrement marié. Ou bien, ainsi qu'on le propose, « aurait-il reçu la prêtrise après la mort de tous les siens, ce qui expliquerait assez naturellement qu'il eût indiqué, sur le monument funéraire qu'il leur élevait, sa qualité toute récente de prêtre » ? La conjecture est ingénieuse et fort bien défendable. On pourrait également supposer qu'Aurelios Capiton était venu d'une secte hérétique au christianisme et que, pour cette raison il se paraît de son titre nouvellement acquis de « prêtre de l'Église catholique ».
Aurelios Capiton portait des noms romains, sa femme s'appelait Paula, leur fils Elpidius, tous ces noms peuvent s'être rencontrés dans des sectes hérétiques.
La dernière ligne n'indique pas un numérotage de tombe, plus probablement une date, mais laquelle ?
'KATTI.Tûonttpe octhckaooaeîi cekahciac ame •hcathncthi imtaythntoio) KA1THEIMACYNBIH BEBIATTAYAAKA1 iT^URÀYKYTAT^ D'après Bull, de correspondance hellénique, t. lx, 1936, p. 47, fig. 5.
D'une discussion approfondie des premiers éditeurs d'après les caractères paléographiques de l'inscription, on serait incliné à admettre un calcul d'après l'ère de Macédoine, ce qui nous donnerait l'an 262-263. A cette date, ainsi qu'ils n'ont pas manqué de le faire remarquer, le mot « catholique » était revendiqué officiellement, par le martyr Pionius, à Smyrne en 250 (voir Dictionn., t. u, col. 2628) qui se dit « prêtre de l'Église catholique ». Il semble donc qu'à cette époque le mot « catholique » avait déjà le sens que nous lui donnons encore aujourd'hui.
A.
XIV. — 55.
'I. Voici maintenant un prêtre de la secte cathare :
A'j(pY)Xîa) O'joékzvziXXt) xs Asôvtioç xs KdcT[jiapo< : àv£(TT-/)(Ta|a.£V T'/)V T0(UTV)V Eùysvuo 7toX>.à xoqzovToç \'mkp ttjç àytaç toù ( »)eoù èxXï)aiaç tûv xaOaptov î^covteç [vj-f][ii)c, ^otpiv.
« Nous, Aurélia Yalenlilla et Leontios et Katmaros, avons fait ériger ce litulus à Eugène, presbytre, qui a beaucoup travaillé pour la sainte église de Dieu des Cathares, de notre vivant, souvenir. » Des Grecs, nous passons chez les Latins, car il faut se borner. Déjà saint Jérôme disait avec sa rudesse ordinaire : Diaconos paucitas honorabi les, presbyteros tnrba contemptibi les facit*, ne retenons que le mot turba pour nous autoriser à faire un choix.
La plus ancienne mention du titre de presbijter dans les inscriptions latines non datées n'est pas antérieure à la seconde moitié du IIIe, mais on peut citer un nombre respectable à partir de cette date jusqu'à la paix de l'Église et après cette date.
A Sofia, plaque de marbre blanchâtre de 0 m. 27 sur 0 m. 32, peut être datée du IVe-VIe.
A Sbeitla (Tunisie), en axant de l'abside d'une basilique chrétienne fouillée en 1907 : six Fragments d'une plaque tumulaire de 0 m. 68x0 m. 42 ; épaiss. : 0 m. 055, haut, des lettres : 0 m. (Il à 0 m. 065 :
-f « Les deux caractères H M, à la fin de la ligne 2 et au début de la ligne 3, ont été ajoutés après coup. Comment doit-on les interpréter ? B(onae) m(emoriae) est trop banal pour avoir été ainsi l'objet d'une addition ; peut-être faut-il comprendre b(eatae) mfemoriae), rappelant le martyre subi par le personnage » (Merlin).
Jiibl. — Alf. Merlin, Fouilles de Sbeitla, dans Bull, archéol. du Comité, 1910, p. excv.
Lors que le mot est transcrit en toutes lettres il n'y a pas d'hésitation possible, et c'est le cas pour un bon nombre d'inscriptions, comme celle-ci trouvée à Voghera :
AB MCO
A Benian, sur une pierre de grès, 0 m. 33 x 0 m. 27, haut, des lettres : 0 m. 06 :
MEMVICTORIS-P BVICXIT ANNIS LU DIS -XL KLOCTOBLVCIANVFRATER FE 5 CIT PRO CCC XC ET Mil Memofria ) Vicloris p(res)b(gleri ) ; vicxit annis LU ; disfeessit )... kfa )l( endos ) octob(res) ; Lucianu(s) /rater fecit (anno) pro(vinciae) CCCSC et IIII ; en 433 de notre ère.
A Djemila (Cuicul), une inscription trouvée dans le sous-sol d'une église que l'on nomme « la chapelle ».
A la première ligne on lit : TVRASIVS P PRESL. et on a interprété praesul, à la date de 451 : ce qui paraissait donner le nom d'un évêque de Cuicul inconnu à cette date ; mais après de longues discussions on en revint à lire Turasius presb(gter).
Voici le texte qui offre un certain intérêt :
IN PACE P VIX P AN P
Turasius prcsbfijler / in i>occ vix(it) ont nos) xliiij, men(ses) iij. (lies .ici/. dep(o)s(it)us id(us) oct(obris). Aetio cl st[udi]o co\ns(ulibu)]s.
Accipe mfo)erentes lacrima(s), put numéro fratris. aeternu[mq]ue vole. N[ox est] brev[(i)s il(l)]a ('.') se[pulch]ri.
TEXTE CORRIGÉ :
Quelques autres sur des inscriptions non datées : à Sainte-Balbine (Roma sotterr., t. m, p. 515) ; à Byzantium (/ mon. del mus. Laler., pi. xliv, n. 11) ; à Sainte-Cécile ( ?) (Nuovo bull. di arch. crist., 1899, p. 277) ; à Saint-Fusèbe (Marucchi, Epigr. crist., n. 213) ; à Lucine (Nuovo bull., 1905, p. 115) ; à Saint-Marc, etc. A. Ravenne, on rencontre un PRESBYTER DESERVIENS BASILICAE SCI VITALIS MARTYRIS (Corp., t. xi, n. 550). A Rome, au cimetière d'Hippolyte, un PR PRIOR (Bull, di arch. crist., 1882, p. 65) ; un PRESBYTER SANCTAE ECclesiae romanae (Grisar, Anal, rom., t. i, p. 151).
En Afrique un PRESVITER RELIGIONIS KATOLICAE (Comptes rendus de l'Acad. des inscr., 1915, p. 32).
De même qu'on a pu signaler à Terni une inscription qui permet — rien au delà — de lire episcopa 1, de même on a pu glaner quelques exemples de presbylera (voir Dictionn., t. vu, col. 768). Il s'agit de la femme d'un prêtre. Saint Grégoire Ier parlant du prêtre Ursin, écrit que ex lempore ordinationis acceptac, presbyteram suam ut sororem dilexit2 ; vers le même temps, le concile de Tours tenu en 567, s'exprime ainsi : presbyler cum sua presbytera 3. A Vizye (Thrace), ce texte sur une plaque de 0 m. 51x0 m. 24 4 :
M N H M APEBEKAC THE RTPEE BYTE PAE T KE KEKYMHM ENHE
MvY)(i.oc 'Peêsxaç ttjç Trpsaêu-rspaç, -rrjç xzy.^[rq[i£\/rlç, pour xexor.fXY)(iiv7), défunte.
On voit que l'expression se rencontre en Orient comme en Occident ; mais peut-être pas toujours avec un sens précis car on lit dans les actes du concile de Laodicée : Mulieres q une apud Graecos presbylerae, apud nos autem viduae, seniores, univirae et matriculae.
Du cimetière souterrain des Saints-Pierre-et-Marcellin concernant le prêtre Romanus dont on trouve le souvenir à plusieurs reprises dans cette catacombe, sur trois grallites :
+ CGO CGO
ROMANVS PRB ROMANV PRB
Dominas régit.... ROMANVS (voir Dictionn., t. vi, col. 1469, fig. 5354).
Son écriture offre un mélange de capitale et d'onciale intéressant. De ce même Romanus, qui vient au IVe, nous connaissons l'épitaphe trouvée par Marangoni et qui nous reporte à l'année 461 ou 482, le 22 juillet. Elle nous apprend que ce personnage sedit in presbylerio (voir Dictionn., t. vi, col. 1469, fig. 5354) 6.
HIC QVIISCIT ROMANVS PBB SVI SEDIT PBB P ANN XXVII M X
DEP P X KAL P AVGVS CON P SEVERINI P VCL
Hic quiescit Romanus presbyler qui sedit (in) presbyterio annos XXVI. menses X, depositus x kal. augusti Cons. Severini v. cl.
Autre mention du situs presbyterii dans la basilique de Saint-Laurent-hors-les-Murs (voir Dictionn., t. vin, col. 1948-1949).
H. Leci.ercq.
PRÉSENCE RÉELLE. — Ce sujet appartient à la théologie et nous le lui laissons. Nous croyons toutefois devoir mentionner deux monuments épigraphiques 7 :
A Henchir Touta, cercle de Tébessa (Algérie), sur un montant de porte de 2 mètres de long on lit ces mots :
HIC PAX A>^ui IN DEO dont on peut rapprocher ce texte lu sur un autre linteau de 1 m. 75 de long trouvé à Henchir GabelHaminat-Beïda : il se pourrait qu'on ait voulu faire allusion à l'eucharistie. Nous rappellerons un autre texte que nous avons déjà commenté (voir Dictionn., t. i, col. 756-759, fig. 463) : dont on a donné d'ailleurs une interprétation différente de la nôtre 8.
H. Leclercq.
PRÉSENTATION DE JÉSUS AU TEMPLE (FÊTE DE LA). — I. L'origine de la fête. IL Son introduction à Rome. III. La fête de V h ypapanti. IV. Luperca les et Chandeleur. V. Amburbale et Chandeleur. VI. Le rite de la fête.
L L'origine de la fête. — « Quand furent venus les jours de la purification de Marie, selon la loi de Moïse, [ses parents] portèrent [Jésus] à Jérusalem pour le présenter au Seigneur selon qu'il est prescrit dans la loi : Tout enfant mâle premier-né sera consacré au Seigneur ; et pour offrir en sacrifice, selon qu'il est prescrit deux tourterel les ou deux petits de colombes. » Il n'est pas nécessaire de poursuivre la citation du texte de saint Luc, n. 22-39, qui a donné naissance à la fête de la purification, appelée aussi la présentation et en raison du rite qui la distingue, fête de la Chandeleur. A ce dernier mot (voir Dictionn., t. m, col. 208-210), nous avons décrit et figuré les plus anciens monuments relatifs à cette fête ; il ne sera question ici que de son aspect liturgi que.
Il existe à ce sujet une opinion assez généralement acceptée d'après laquelle l'Église aurait implanté cette fête dans le but d'éliminer la solennité païenne des luperca les ; opinion fort ancienne et acceptée par les historiens de la religion romaine et de la liturgie catholi que.
II. Son introduction à Rome. — Le témoignage le plus ancien serait, dit-on, celui de Bède qui avance que Numa voua le mois de février au dieu Februus, lequel ne serait autre que Pluton considéré par les païens comme une divinité de lustration ; or, on devait procéder à une lustration de la cité en ce mois où l'on s'acquittait envers les dieux mânes. Bède tient que le mot februare signifie purifier par lustration. Il a découvert un dieu Februus identi que à Pluton et a imaginé une relation entre les devoirs rendus aux morts du 13 au 21 février — le mois des Parentalia — et la lustration de la cité en ce même mois : Secundiun (mensem Xuma) dicavit Februo, id est Plutoni, qui lustrationum potens rredebatur, luslrari que eo mense civitalem necesse erat, quo staluit ut jura diis manibus solverentur.
Le même Bède ajoute que la religion chrétienne a opportunément « changé » cette lustration traditionnelle, car, dans le même mois de février, en la fête de sainte Marie, les clercs et les fidè les font une procession au chant des psaumes, dans les églises et lieux de prière de la ville, procession où tous portent à la main des cierges distribués par l'évê que. C'est l'usage que nous pratiquons encore et qui était donc en usage « lès le début du VMe, pour la fête du 2 février ; de lustration il n'est plus question et Bède se contente de constater sa disparition... hanc lustrandi consuetudinem bene mutavit christiana religio, mais il aperçoit une relation entre la procession du 2 février et la lustrandi consuctudo (disparue) du 15 février : Serf hanc lustrandi consueludineni bene mutavit christiana religio, cum in mense eodem, die sanctas Mariae, plebs universa cum sacerdotibus ac ministris, hymnis modulatae vocis, per ecclesias perçue congrua urbis loea procéda, datos que a pontiflce cuncli rereos in manibus gestant ardentes '.
A la date où Bède écrivait son opuscule : De ratione temporum, en 727, l'Église anglo-saxonne suivait la liturgie romaine et lui avait emprunté la fête du 2 février qui ne se retrouve, avant cette épo que, ni dans la liturgie gallicane ni dans la mozarabe. A Rome, on célébrait quatre fêtes de la Vierge : 2 février, 25 mars, 15 août, 8 septembre ; toutes d'importation byzantine et encore inconnues au début du VIIE 2, sous le pontifical de saint Grégoire. Mais, dans le courant de Ce, la liturgie romaine introduite en pays gallican est déjà dotée de ces quatre fêtes • ; sans auc une procession ni le 2 février ni aux trois autres jours, et cette particularité confirme ce que nous lisons dans la notice du pape Serge L'r (087-701) ; Constitua autem : :t diebus Adnuntiationis Domini, Dormitionis et Nalivilatis sanctae J)ei genetricis semper que virginis Mariae, ac sancti Symeonis quod Ypapanti Greci appeltant, letania exeat a sancto Hadriano et ad sanctam Mariam populus occurrat *. On voit par ce texte que les quatre fêtes maria les en question venues de Byzance à Rome 6 y étaient antérieures au pape Serge Ier qui se borna à leur accorder à toutes les quatre une procession allant de Saint-Hadrien au Forum jusqu'à la basilique Libérienne. Ces processions du 25 mars, du 15 août et du 8 septembre ne se rattachaient en rien aux luperca les du 15 février.
III. La fête de V h ypapanti. — Cette fête quod Ypapanti Greci appellant, ainsi que nous venons de lire, était une création liturgi que de l'Église de Jérusalem où elle se célébrait dès la fin du IVe ; nous en avons pour témoin Étheria (voir ce nom) qui la décrit dans sa Peregrinalio et nous apprend qu'on la célébrait au 40e jour après l'Epiphanie, par conséquent le 14 février. C'était la fête de la rencontre du vieillard Siméon et de Marie dans le Temple où celle-ci venait accomplir les prescriptions du Léviti que. Ce jour-là, à Jérusalem, Étheria nous apprend qu'on célébrait la messe à ]'Anaslasis, peut-être cette messe était-elle précédée d'une procession, ce qui était une prati que hebdomadaire : Xam eadem die processio est in Anastase et omnes procedunt... et cum toto anno semper dominica die in ecclesia maiore procedalur, dit Étheria, qui ne dit rien du rite des cierges, mais qui conserve ce détail que le sermon du jour porte sur la présentation de Jésus au Temple.
Au iv siècle auc une allusion au luminaire : au Ve on a relevé ces mots de Siméon : lumen ad revelationem gentium qui ont suggéré le rite caractéristi que de la fête. A celte épo que nous entendons saint Cyrille d'Alexandrie dire aux fidè les : « P'êtons brillamment avec des lampes brillantes le mystère de ce jour 6 », ce qui peut signifier les cierges allumés. Même prati que à Jérusalem vers le même temps : « Soyons brillants, dit l'orateur, et que nos lampes soient brillantes : fils de la lumière, offrons les cierges à la lumière véritable qui est le Christ ;. » Au VIe, nous lisons dans la Chroni que de Théophane qu'au mois d'octobre 534 sévit à Byzance une mortalité considérable ; en ce même temps YHypapanti du Seigneur commença d'être célébrée à Byzance le 2 du mois de février*. D'après L. Duchesne, la fête aurait été imposée par édit de Justinien, d'où on doit conclure que c'était une innovation '. C'est de Byzance que la fête aura passé a Borne au VIIE.
Il nous reste à savoir si cette fête du 2 février a été substituée à une prati que païenne fortuitement, ou intentionnellement, et si cette prati que païenne était celle des luperca les. condition à remplir pour opérer la substitution d'une prati que à une autre est la continuité de temps, la similitude de rites, la coïncidence de date.
Entre les lupercales et la Chandeleur il n'y a pas similitude de rite. Celui du 15 février consistait dans le sacrifice d'un bouc et d'un chien dans une grotte, suivi d'une course des initiés nus une lanière à la main autour du Palatin, cherchant à frapper dans le dos les femmes qui prenaient la fuite à leur vue 2. Il n'y a là rien qui rappelle le rite de la procession de la Chandeleur, ni son itinéraire qui ne se déroulait pas autour du Palatin et la via sacra dans la longueur du Forum 3. La procession du 2 février partait de Saint-Hadrien, passait devant l'arc de Nerva, traversait le forum Traiani (en réalité le forum transitorium), sortait ad arcum Aureae, montait par Saint-Pierre-ès-Liens, passait pet silicem juxta Domum Orphei, arrivait à Sainte-Praxède et, de là, à Sainte-Marie-Majeure 4.
Les lupercales qu'interdisait le pape Gélase n'étaient plus la cérémonie rituelle païenne, mais plutôt un divertissement. Lui-même en fait la remarque quand il dit à Andromachus : Dicite, lupercaliorum patroni,... et cantilenarum turpium defensores, somme toute quel que chose d'analogue à l'exhibition de notre carnaval, et c'étaient les païens eux-mêmes qui avaient dénaturé la fête : Vos ergo primi in lupercalia commisistis. Nonobstant cette déchéance, il se trouvait des païens pour continuer à y voir un rite de préservation contre la peste et contre la stérilité des champs ; quant à l'eJicacité, le pape rappelait qu'en 472 l'empereur Anthemius vint à Rome pendant les lupercales ce qui n'empêcha pas la peste de sévir avec une si grande violence ut toleranda Dix fuerit. Ainsi, le rite païen (inopérant) contre les épidémies est sans rapport avec le rite de la Chandeleur qui ne visait à rien de semblable.
Les cierges bénits devaient, à ce titre, être considérés comme ayant une vertu, mais Bède qui parle de ces cierges, en 727, ne dit pas qu'ils fussent bénits ; Amalaire non plus au IXe, ni ces contemporains, les liturgistes carolingiens, et la plus ancienne bénédiction des cierges ne se lit qu'au xne siècle, dans un Ordo romanus.
Enfin, la coïncidence de date fait défaut : on fêtait les Lupercales le 15 février, on célèbre la Purification le 2 de ce mois, et ceci serait décisif à défaut d'autres preuves. Lors que le pape Serge Ier gratifia d'une procession chacune des quatre fêtes de la sainte Vierge, ce rite fut conservé pour le 15 août, à Rome, jusqu'au XIIe ; pour les 25 mars et 8 septembre jusqu'à la fin de Ce ; seule, la procession du 2 février fut conservée ainsi qu'en témoignent les Ordines romani XI et XII, de Mabillon, livrets qui ont pour auteurs le chanoine Benoît (1140-1143) et Cencius Camerarius (1192-1198).
Les réserves qui viennent d'être exposées ont été contestées sans réussir à persuader 6 et nous tenons pour acquis que la fête de purification de la Vierge n'est pas d'origine romaine *.
1° Les quatre fêtes de la Vierge sont, à Rome, des fêtes d'importation byzantine, introduites à Rome entre le pontificat de saint Grégoire, qui ne les connaît pas et celui du pape Serge Ier, qui a donné à ces quatre fêtes une procession ou letania. — 2° La fête du 2 février était une création liturgique de l'Église de Jérusalem, où elle est attestée par la Peregrinatio d'Éthéria, à la fin du IVe, dont le témoignage est hors de toute contestation. Ce jour-là, nous dit-elle, l'usage veut que le sermon prenne pour thème la présentation du Sauveur et les paroles de Siméon. La rencontre de l'enfant et du vieillard a valu à la fête son nom d'Hypapanti. A la fin du IVe, Éthéria ne dit rien du luminaire caractéristique devenu en usage au Ve. Or, on lit dans la vie de saint Théodose par Cyrille de Scythopolis ' que Longin, spoudaios de l'Anastasis, envoie le je une Théodose, fraîchement débarqué à Jérusalem, à la fondation d'Hikelia, au Kalhisma, ou église du « Repos de la Vierge », entre Jérusalem et Bethléem 8. Et à ce propos l'hagiographe nous apprend que la pieuse diaconesse Hikelia a été la première à introduire l'usage des cierges à la fête de l'Hypapanti, et cela vers 450. Voici le texte. A« >tt) Se tote r) fxaxapîa 'IxsXta Tcàaav eùae6etaç 68ôv s^.aaxrjoaaa èv upcoTOiç y.zzà X7]pîwv YÎV£a6ai T7]v toù aco-rrjpoç r)[xwv Oeoû.
On ne peut que conclure de là que la fête de l'Hypapanti, avec sa signification de commémoration de la présentation du Sauveur au Temple et conjointement de la purification de Marie, avec son rite caractéristique de la Chandeleur, est née bien loin de Rome et — par ses origines et par sa signification native — est en dehors de la perspective des lupercales.
Comment cette création de l'Église de Jérusalem fut transportée et adoptée à Constantinople et, plus tard, dans l'Église de Rome, c'est ce qui a été indiqué déjà lorsqu'on a fait voir que la fête de l'Hypapanti ne pouvait être une fête locale païenne de Rome évoluée en fête chrétienne.
V. AMBURBALE ET CHANDELEUR. - « Dom de
Bruyne a publié, d'après le ms. 18 29 fi de la Bibliothèque nationale, Xe, provenant de Corbie, un sermon anonyme et inédit sur les Rogations 9. Ce sermon a dû être composé en France, assurait l'éditeur, plutôt qu'en Italie ou en Espagne, et c'est à peu près tout ce que l'on peut dire de son origine. Le principal intérêt du sermon est dans quelques lignes qu'il consacre à l'origine des processions de la Chandeleur et des Rogations. Les voici :
Hic et ipsa /esta rogationum pro fertililate agrorum roganda ab antiquis inventa sunt. Duo enim apud illos mqxima habebantur sollemnia, quae ipsi vocabant amburbale et arvambale.
Amburbale dicebant ab ambitu urbis. Circuibunl enim civitates suas lustrantes eus sacris quibusdam suis, sicut mos erat genlilitatis, et hoc pro pace petenda jaciebant in qainto anno. Quam sollempnitatem singulis annis transtulimus in honorent beatue Mariae quarto nonus februari.
Arvambate l vero celebrabant omni anno ab ambilu aruorum pro fertililate eorum, ut dictum est. Quam sollempnitatem islis rogationibus imitamur nostros circtuneuntes agros, non tam pro fertililate eorum quam pro céleris necessitatibus animae et corporis. Et digne hoc fieri constitution est a sanctis palribus, ut qui pascalibus gaudiis libère et ultra modum deliciis indulsimus, saltem his tribus diebus carnem macérantes je junio, orationi at que eleemosinis sludiosius insislamus.
Le texte qu'on vient de lire, et dont on ignore l'auteur, l'origine et la date, avance sur l'origine des Rogations une opinion formellement contredite par Grégoire de Tours dont l'autorité l'emporte de loin sur celle d'un anonyme, ce qui devrait déjà mettre en garde contre ce que celui-ci écrit au sujet de la Chandeleur.
« Dom de Bruyne, qui rejette l'opinion qui en fait une transformation des lupercales, adopte la suggestion que lui fournit son texte inédit : « La Chandeleur, « écrit-il, est une procession indépendante de la Puri- « fication et plus ancienne ; une tradition de grande « autorité la rattache à une cérémonie païenne peu « connue, Vamburbale ; le témoin le plus ancien de « cette tradition est notre sermon de Corbie. » La « tradition de grande autorité » est un sermon anonyme, d'origine et de date inconnues, qui, on vient de le dire, avance au sujet des Rogations ce qui est formellement contredit par Grégoire de Tours et par Sidoine Apollinaire. Étrange preuve d'autorité, qu'il tient à la circonstance d'être inédit. Car ce n'est pas à dire que l'assertion contenue dans le sermon de Corbie est ratifiée par Bède dans son De temporum ratione, c. xn, en 725 ; bède, on l'a dit, fait de la Chandeleur la suite des lupercales et croit que la fête chrétienne est célébrée dans la pensée du royaume céleste, non uti que in lustrationem terrestris impvrii quinquennem. Rède a connu la lustratio quinquennis, mais ne consent pas à y voir, ainsi que l'anonyme de Corbie, le prototype de la Chandeleur.
Rhaban Maur copie Bède de même qu'Amalaire et pseudo-Alcuin qui copie Amalaire, tout cela n'apporte pas une preuve nouvelle. L'idée (pie la Chandeleur serait dérivée de Vamburbale, qui est l'idée de l'anonyme de Corbie, se retrouve dans une homélie attribuée à saint Éloi et dans une homélie attribuée à saint Ildefonse, il faudrait avant d'en faire usage pouvoir déterminer leur origine, mais de toutes façons l'homélie attribuée à saint Éloi ne dépend pas de l'anonyme de Corbie. Ce dernier pense que les païens faisaient la lustration de leurs cités et que celle lustration portait le nom (Vamburbale et se célébrait tous les cinq ans en vue d'obtenir la paix, pro pace petenda, et que cet amburbale a donné naissance à la Chandeleur. C'est là pure conjecture et conjecture cpii ne soutient pas l'examen.
\,'amburbale se faisait, dit-on, tous les cinq ans 2 ; la Chandeleur se célèbre cha que année. On ignore à quelle date se faisait Vamburbale et les critiques qui le lixent au 2 février le font en vertu d'une pétition de principe supposant que la Chandeleur est la suite de Vamburbale.
On peut conclure avec 1'. Batiffol : ■ Quand il y a prolongement d'une fête païenne dans une fête chrétienne, ce que le christianisme garde et doit garder, c'est la date. — En somme, l'anonyme de Corbie nous apporte une conjecture qui ne vaut pas mieux que celle de Bède 3. » VI. Le rite de la fête. — L'Ordo romanus XI fait voir le pape arrivant de Sainte-Martine à Saint-Hadrien ubi est crux stalionalis, escorté des cardinaux, des évêques et de la Curie entière. De Saint-Hadrien on se rend à Sainte-Marie-Majeure, le cortège précédé par la croix stationale, au chant de l'antienne Adorna lhalamum. Le pape et sa suite psalmodient et marchent sans chaussures *. A l'arrivée à Sainte-Marie-Majeure, on répète l'antienne, le sous-diacre porte la croix à l'autel, et le pape chante la messe 5.
Préalablement à la procession, on a procédé à la bénédiction des cierges. Le chanoine Benoît et Cencius Camérarius placent cette bénédiction, à Sainte-Martine, par le dernier des cardinaux-prêtres et la distribution au peuple est faite par le pape en personne : manu propria populo cereos porrigit. La distribution des cierges aux cardinaux et au clergé se fait à Saint-Hadrien, église contiguë à Sainte-Martine. En arrivant à Sainte-Marie-Majeure, le pape prend la chasuble blanche et la mitre précieuse.
L'Orrfo romanus, dit de Saint-Amand '.nous permet de retrouver cette fête au VMe. Le 2 février, à l'aurore, le clergé et le peuple viennent de toutes les églises à Saint-Hadrien : Procedunt omnes de universas ecclesias sipe de litulis cum letania vel anliphonas psallendo, et cerea accensa portantes omnes in manibus, per lurmas suas. Le pape se trouve dans le sacrarium de Saint-Hadrien, où il se revêt de vêtements noirs et les diacres de planètes noires. Tous (les clercs) pénètrent dans le sacrarium et reçoivent du pontife chacun un cierge. La bénédiction une fois terminée, on chante l'antienne Exsurgc Domine, le pape quitte le sacrarium et se rend à l'autel de la basilique de Saint-Hadrien, où il prononce l'oraison. La procession sort alors de Saint-Hadrien précédée par sept croix portées par sept staurofores, accompagnés par le peuple, Ensuite viennent les prêtres, les sous-diacres, et, avec les diacres, le pape précédé par deux cierges allumés et deux croix. Derrière le pape, la sehola cantorum et on s'achemine ainsi vers Sainte-Marie-Majeure. Ainsi au VMe tout le peuple porte un cierge à la main et la bénédiction des cierges a été instituée entre le vin1' et le xn0 siècle. Après ce qui a été dit de l'emploi des cierges dans la liturgie (voir Dictionn., t. m, col. 16131622), on bornera à rappeler ici ce qui offre un rapport plus particulier avec la fête dont nous parlons.
A Rome, les cierges étaient un signe de dignité, au début du V* siècle, dans l'étiquette impériale, ainsi que nous le voyons par la Notitia dignitatum illustrée où le portrait de l'empereur est posé sur une table drapée et flanqué de deux cierges allumés. Cette pratique alors très ancienne, se continua sous les empereurs chrétiens, lui 330, la Chronique d'Alexandrie nous apprend que Constantin se fit élever une statue dorée tenant l'image de la T'j/r, de Constantinople et ordonna que le jour anniversaire de la fondation de cette ville, 1 1 mai. cette statue serait promenée en procession par des soldats tenant tous à la main des cierges blancs '.
Dans la liturgie romaine, au vue siècle, on voit le diacre lisant l'Evangile (pie flanquent deux acolytes portant des cierges allumes et l'Ordo romanus de Saint-Amand * prescrit d'accompagner le pape qui se rend du secretarium à l'autel pour célébrer la messe, par deux cierges allumés qu'on fixera dans deux chandeliers. Bientôt cela ne suffît plus et le pape est précédé par sept cierges allumés qui, pendant la messe, seront placés derrière l'autel et se retrouvent de nos jours encore dans les sept cierges en usage pour la messe pontificale 2. Dans la liturgie du VMe, ces cierges sont toujours portés ou posés devant le pape dont ils honorent la dignité 3. Ceci autorise à croire que les cierges portés par les fidèles à la procession du 2 février rendent hommage non au pape mais à la Vierge portant l'Enfant-Jésus, invisible mais à laquelle tous pensent dans cette procession. Cette interprétation est d'autant plus vraisemblable que d'après l'Ordo romanus de Saint-Arnaud, le pape est vêtu de noir J. Cette couleur s'explique par le fait que Marie se rendit au Temple pour sa purification légale et que pendant ce trajet elle est impure (légalement) jusqu'à ce qu'elle ait offert son fils. Le vêtement noir du pape et des diacres symbolise cette impureté. De même que les vêtements blancs que le pontife revêtira pour la messe à Sainte-Marie-Majeure seront un signe que la purification de Marie est accomplie 6.
H. Leclercq.
PRÉSENTATION DE MARIE (FÊTE DE LA). — L'Église grecque célèbre le 21 novembre la fête de l'EïaoSoç de la vierge Marie au Temple, c'est-à-dire de la Présentation. On a pensé que cette fête remontait au ixe et, peut-être, à la fin du vnie siècle, et qu'elle était d'origine palestinienne. Le témoignage le plus ancien qu'on croyait en avoir se trouvant dans l'offîce du jour et appartenant à Sergius l'Hagiopolite, un mélode hiérosolymitain. Lors que la fête fut introduite dans l'Église de Constantinople, vers 870, ce fut Georges de Nicomédie qui la popularisa par ses panégyriques et qui composa la plus grande partie de l'offîce. La date ainsi assignée est trop tardive. On n'est pas réduit à descendre jusqu'à Georges de Nicomédie puisqu'un nom plus ancien se lit comme celui de l'auteur de deux ou trois homélies inédites consacrées à cette fête, et ce nom, qui est le plus ancien de tous, n'est autre que celui d'André de Crète (voir Dictionn., t. i, à ce nom). Dans le ms. 76 du monastère d'Esphigmenou, à l'Athos, on lit une homélie portant ce titre : Elç Ta xai, Sià tyjv yévvY)aiv tîjç ©eotôxou ». Dans le manuscrit 300 de Saint-Panteleïmon, à l'Athos, autre homélie du même auteur sur le même mystère : Elç tv)v ©eotôxov, ûte 7Tpoo7)vé)(6r] etç xov vaôv '. Dans le ms. laud. SI de la Bodléïenne, autre homélie du même qui ne paraît pas différente de la précédente« : même ms., homélie du même auteur et différente de celle-ci9 ; autre dans ce même ms.10, et enfin dans le ms. 00 de la bibliothèque du Saint-Sépulcre à Jérusalem un fragment d'une homélie sur le même mystère u. est rigoureuse puis que les Évangiles ne mentionnent pas la présentation de Marie, il n'est donc pas question d'un commentaire de l'Écriture sainte. Comme saint André de Crète, originaire de Damas, a passé sa vie principalement à Jérusalem, à Constantinople et dans l'île de Crète, la question se pose de savoir le lieu et la date de ces homélies. Comme el les sont inédites, la réponse est difficile, mais ce qu'on sait de la vie de saint André permet de. leur assigner Constantinople ou l'île de Crète. Nous savons en effet, par un encomion de Nicétas, que saint André, venu à Jérusalem à l'âge de 14 ans, en partit dans sa jeunesse pour porter à l'empereur Constantin Pogonat les actes d'un synode diocésain, tenu à Jérusalem à l'occasion du monothélisme. A son arrivée à Byzance, l'empereur était mort et Justinien II l'avait remplacé (685 ou, plus tard, 686). André s'acquitta de sa mission et entra dans un couvent de la capitale. Il ne revint jamais à Jérusalem, ainsi ses homélies furent prêchées soit à Constantinople où il devint diacre puis orphanotrophe de la Grande Église, ou bien à Gortyne en Crète dont il devint archevêque et mourut à Erissos, près de Mitylène en 725 ou 740, cette dernière date paraissant préférable.
Les deux ou trois homélies se placent donc à Constantinople ou à Gortyne entre 685 et 740 ; il faut donc conclure que, dès la fin du VIIE, la fête de la Présentation de Marie au Temple existait à Jérusalem ou à Constantinople ou dans l'île de Crète, et, au plus tard dès le début du VMe.
Il servirait peu de mettre en doute l'authenticité de ces homélies puisqu'on dehors d'el les nous possédons celle d'un contemporain d'André, saint Germain Ier de Constantinople (715-730) », prêchée à l'occasion de la fête comme on le voit par le début : 'ISoù xal 7râXiv ÉTÉpa TravY)Y'jpiç xal çatSpà èop-TY) tîjç fji7)Tpôç toû Kupfou13, et par la conclusion 8ôç toïç ttjv cty)v éopTTjv u. Il est vrai qu'on peut hésiter entre saint Germain I« (715-730) et Germain II (1222-1210). mais il semble qu'il faille se prononcer en faveur de saint Germain Ier pour deux raisons principales : 1° à cause de la tradition manuscrite unanimement favorable à ce patriarche 15 ; 2° à cause de certaines expressions de l'homélie elle-même qui ne peuvent bien se comprendre dans la bouche de Germain IL II faut conclure d'après cela que l'homélie en question est réellement de saint Germain et que la fête de la Présentation de la sainte Vierge était célébrée à Constantinople sous son patriarcat, durant les premières années du VMe. daterait la fête de la Présentation du IVe ?
Reste à savoir « pour quoi le choix de la date du 21 novembre ? On pourrait supposer que la dédicace de Sainte-Marie-la-Neuve avait eu lieu ce jour-là vers 545, et que, peu à peu, la fête de la basilique devint celle du mystère dont on y célébrait le souvenir ». Cette supposition était historiquement fondée puis que, au dire de Cyrille de Scythopolis, présent à la cérémonie, la dédicace de Sainte-Marie-la-Neuve eut lieu au mois de novembre 543 l. Dès lors, il est probable que la dédicace susdite, célébrée au 21 novembre, à partir de 543, est devenue insensiblement la fête de la Présentation, et que, en perdant son caractère local et palestinien, cette fête s'est répandue dans le monde entier, tout comme la dédicace de l'église du Saint-Sépulcre au 13 septembre donna naissance à l'Exaltation de la Sainte-Croix le 14, fête qui, en se propageant, éclipsa la première dans l'Église grecque et l'anéantit absolument dans l'Église latine.
H. Leclercq.
PRESSOIR. — Les fresques et les sarcophages chrétiens nous font voir assez souvent la cueillette des oliviers et des raisins par des amours, mais il est rare qu'on représente les opérations qui suivent la vendange. Une fois les fruits chargés, les bœufs emmènent les « comportes » et la foulée s'opère dans des cuves d'où le jus s'écoule par deux mufles de lion. C'est là une représentation d'où est exclue toute figuration technique. Heureusement des monuments nous ont été conservés qui y suppléent utilement.
Le pressoir a été spécialement utilisé pour la fabrication de l'huile d'olive. Les documents de l'époque romaine nous renseignent souvent avec précision sur ce qu'a été l'exploitation de l'olivier durant les premiers siècles de l'ère chrétienne. Nombreux au Ier siècle, ils se multiplient au ne siècle ; ensuite ils deviennent plus rares. Non seulement les papyrus nous font, au ier siècle, connaître des olivettes et des pressoirs en diverses localités, mais ils fournissent la preuve qu'en Égypte l'on faisait toujours de nouvelles plantations. On fabriquait de l'huile de rave, le ricin est mentionné sur un ostrakon du 1er siècle, puis le sésame, le carthame. Les propriétaires ou les locataires de pressoirs devaient à l'État des impôts. Les propriétaires qui fabriquaient de l'huile dans leur propre pressoir engageaient pour la durée de la fabrication de l'huile les ouvriers indispensables. Le service des femmes était utilisé. D'autres louaient un pressoir afin d'y travailler pour leur compte 2. Nous nous bornons à en signaler quelques-uns.
A Antremont, 3 km. au nord d'Aix-en-Provence3, on a trouvé en 1929, à 0 m. 50 de profondeur, une pierre ayant dû servir de base à un pressoir de forme rudimentaire ou bien à une meule à huile ; elle mesure en longueur environ 1 mètre, en largeur 0 m. 80, et présente 0 m. 25 d'épaisseur. C'est une pierre du pays, un calcaire dur. L'huile produite par l'écrasement des olives coulait dans la rigole circulaire, très bien formée et creusée (0 m. 05) ; elle passait ensuite par la rigole rectiligne dans quel que dolium ou dans un autre vase où elle subissait, sans doute, une sorte de décantation ; mais on ignore comment la meule s'adaptait à cette base.
Rien ne laisse supposer que cet objet soit d'époque chrétienne. Nous pourrions mentionner beaucoup de pressoirs antiques qui se trouvent dans le même cas. En Afrique, dans les environs de Tipasa (voir ce nom), au pied du mont Chenoua, un bouquet d'oliviers séculaires ombrage encore un pressoir bien conservé*. A 1 km. de la même ville, subsiste un ensemble de constructions de différentes époques. Ce fut d'abord une habitation de maître qui fut détruite par un incendie et remplacée vers la fin du Me, en 278, par une fabrique de vin comme en témoignent les bassins, les pressoirs, les auges, le dolium ( ?), les réservoirs, la citerne. Ensuite vient une destruction à peu près complète et une reconstruction à l'aide des matériaux de deux bâtiments précédents 6.
A l'époque chrétienne, un pressoir est un lieu trop important pour ne pas faire l'objet d'une recommandation spéciale, aussi à Kobbeur-el-Khadcm, près de la piste de Sbeïtla à Maktar, au S.-E. de S'biba, on rencontre un linteau de pressoir, ancienne base honorifique retaillée ; lettres en relief de 0 m. 15 à 0 m. 20, disposées de chaque côté d'un chrisme s :
D D I
H B O
Mais c'est principalement dans la Syrie centrale qu'on a trouvé des pressoirs par centaines, on pourrait dire par milliers ', pour la fabrication de l'huile et du vin. Il est difficile de déterminer l'usage auquel ils servaient et on en connaît de quatre types différents. Pour les plus anciens on a employé des caves et les li qui des se conservaient dans des récipients creusés dans le sol rocheux ; on en trouve de cette sorte dans chaque localité. LTne deuxième catégorie, le pressoir est entouré de blocs qui supportaient un plancher de bois. La troisième catégorie ressemble à un moulin souterrain. La quatrième catégorie qui est surtout fréquente dans le djebel Riha, c'est une sorte de chambre entourée de murailles avec des arca des qui portent un plafond fait de dalles de pierre. 11 existe un exemple bien conservé de ce dernier type à Bashmishli ».
Les trois exemples les plus intéressants sont ceux de El-Barah, de Hass et de Behioh.
A El-Barah c'est un bâtiment de 12 mètres de longueur, divisé par sept arches qui portent les dalles servant de plafond. Ce pressoir, outre la cave et la citerne, contenait une table circulaire qui servait probablement à l'écrasement des olives avant leur mise au pressoir, comme à El-Barah. Une inscription datée de novembre 372 de notre ère nous apprend qu'on y fabriquait de l'huile ; elle est gravée sur le deuxième pilier, à gauche en entrant ; peu lisible à raison de la mauvaise qualité de la pierre. L'inscription mesure 0 m. 60 x 0 m. 65, les lettres ont entre 0 m. 06 et 0 m. 11 :
EICBEDCMONOC ETOYEATTX AIQYBCYN ET£AECBH 5 TOEAEDTP BIDN ETç ©eôç fi.6voç. »E-rooç Stt/'. Aigu 6' tô
« Il n'y a qu'un seul Dieu. En l'année 684 le 9 du mois de Dios, ce pressoir fut terminé. » cxm Nous pourrions encore citer les pressoirs de Banaqfour 2, de Behioh, en Syrie centrale, et de Aïn-elJedide, en Palestine 3, parmi beaucoup d'autres.
Le pressoir de Behioh (Syrie centrale) (fig. 10509) se compose d'une grande cuve carrée, creusée dans le roc, munie sur l'une de ses faces d'une grande pierre debout, encastrée à queue d'aronde dans le rocher et portant une large rainure rectangulaire. Cet engin servait également à la fabrication du vin et à celle de l'huile.
Dans le premier cas, le raisin étendu dans la cuve, était foulé aux pieds ; puis le marc était ramassé dans des paniers et soumis à la presse. Celle-ci se composait d'un long levier dont une extrémité était engagée dans la rainure du gros bloc vertical, et l'autre était violemment abaissée vers la terre par des hommes agissant soit par l'effet de leur poids, soit à l'aide de cordes fixées dans le sol et raidies avec force. L'extrémité du levier, ou « langue » était maintenue dans la rainure à la hauteur convenable, par des cales de bois. La forme en queue d'aronde donnée à la partie du bloc qui était encastrée dans la paroi de la cuve, empêchait que l'effort du levier ne soulevât ce point d'appui et ne l'arrachât de sa base. Quelquefois la rainure est assez large et assez profonde pour que l'on puisse supposer qu'elle servait, non à recevoir l'extrémité du levier, mais à recevoir les paniers de marc eux-mêmes avec des planches superposées que l'on forçait à descendre, en enfonçant entre elles, à coups de maillet, des gros coins de bois.
Le jus obtenu par ces diverses opérations se rassemblait dans l'étage inférieur de la cuve et la remplissait ; il coulait alors par la surface dans les deux rigoles pratiquées sur le rebord de gauche, et se rendait dans une petite cuve circulaire d'où une dernière ouverture le conduisait au dehors, dans les jarres disposées pour le recevoir. Deux trous ronds creusés sur le parcours des rigoles, servaient à l'aire déposer le liquide, déjà clarifié par son séjour dans la première cuve ; celle-ci se vidait complètement à l'aide de la bonde de fond qui est pratiquée sous les rigoles de surface, et qui restait bouchée pendant la première partie de l'opération.
Pour la fabrication de l'huile l'appareil était disposé de même mais les olives n'étaient pas foulées aux pieds ; on les écrasait dans un moulin ou dans la cuve même à l'aide des rouleaux de pierre figurés ici 4.
Nous nous bornerons à rappeler une œuvre d'art qui a passé trop inaperçue. On sait qu'au Moyen Âge et pendant la Renaissance on rencontre assez fréquemment un sujet intitulé « le pressoir mystique », qui représente le Sauveur Jésus accablé sous une croix dont le poids détermine l'effusion du précieux sang de ses plaies sacrées. Or, une mosaïque de Kabr-Hiram (voir Dictionnaire, t. VIII, col. 605-619, fig. 6439), conservée au Louvre, et qui ornait le pavement d'une église, nous montre la première pensée du pressoir mystique. La figure 6439, trop réduite, ne permet pas de s'en faire une idée exacte. Nous la donnons ici (fig. 10510) ; on verra dans le médaillon central une cuve carrée dans laquelle sont assis deux enfants. Le mât du pressoir, servant d'arbre de couche est une croix ; un des enfants l'actionne, l'autre enfant a retiré la bonde qu'il lève en l'air et la liqueur s'écoule dans un récipient.
H. Leclercq.
PRÉTEXTÂT (CATACOMBE DE). — I. Le cimetière de Prétextât. II. Les trois cimetières de la voie Appienne. III. Le créateur du cimetière. IV. Du IVe au Ve. V. Les principales illustrations. VI. Du Ve au XIXe. VII. La découverte. VIII. Fouilles de 1847 à 1850. IX. Fouilles de 1852 et 1907-1909. X. Fouilles de 1935-1936. XI. La fresque du couronnement d'épines. XII. La crypte de saint Janvier. XIII. Fragment épigraphique en l'honneur d'un martyr. XIV. La crypte de Félicissime et Agapit. XV. Un témoin épigraphique. XVI. Fresques. XVII. Curiosités et souvenirs. XVIII. L'épigraphie à date certaine. XIX. Bibliographie.
Cimiterium Prisalle (= Priscillae) ad sanctum Silvestrum via Salaria. Cimiterium lordanorum ad Sanctum Alexandrum via Salaria. Cimiterium Prœtextati ad sanctum Januarium, via Appia. Cimiterium Domicile (= Domitillae).... en est ainsi, la leçon inter portam Appiam et Domine quo vadis est inconciliable avec la topographie ; c'est pour quoi le chemin de traverse à gauche vers le premier mille de la voie Appienne mène plus loin que l'oratoire Domine quo vadis, certainement un mille et demi plus loin. Dans le livre de Severano sur les sette chiese 4, on lit : /'/ cemetero del vicolo, che Onofrio vuole sia di Pretestato, da altri si chiama di Gianuario. Or, dans le manuscrit original de Severano (Vallicell. G. 19) ce vicolo est à main gauche pour aller à Albano. Donc le diverlicolo de Panvinio est celui qui côtoie le cirque de Maxence plus près de Rome que l'église Saint-Sébastien et d'après cela il faut rétablir ainsi le texte des Mirabilia : cœmeterium Prœtextati inter portam Appiam et S. Sebastianum ad S. Apollinarem.
II. Les trois cimetières de la voie Appienne. — l.' Index dont nous avons cité le début dans le paragraphe précédent énumère les trois catacombes de la voie Appienne, ce sont : ...Cimiterium Prœtextati ad sanctum Januarium via Appia. — ... Cimiterium catecumbas ad sanctum Sebastianum via Appia. — Cimiterium Calisti ad sanctum Sistum via Appia. — ... Tel est le fil conducteur pour se guider dans le labyrinthe souterrain de la voie Appienne. Ses trois grands cimetières — car il s'en trouve d'autres de moindre importance — sont nettement distincts de ceux qui bordent la voie Ardéatine (Domitille, Balbine, Hermès) — et leur emplacement est marqué par ces notes très claires : ad S. Sebastianum, ad S. Januarium, ad S. Xystum. La première est seule connue ; des deux autres il ne reste aucune trace au-dessus du sol d'une basilique ou d'un oratoire dédié à saint Janvier ou à saint Sixte ; il est vrai que nous savons que ces lieux de prière ont existé. Dans le sacramentaire grégorien, au 10 juillet, tête des sept fils de sainte Félicité, on prescrit quatre stations et la première se trouve ad S. Januarium via Appia ', or cette station est la même qui est prescrite par le sacramentaire léonien in cœmeterio Prœtextati via Appia 6 ; puis encore dans le manuscrit d'Einsiedeln nous lisons plusieurs fois la mention ad S. Januarium.
Nous avons dit que l'église Saint-Sébastien seule a été conservée, il faut donc partir de là pour se mettre à la recherche de Vad S. Januarium. L'auteur de la Notitia conservée dans le manuscrit de Malmesbury écrit ce qui suit : Undecima porta et via dicitur Appia. Ibi requiescunt S, Sebastianus et Quirinus et olim requieverunt apostolorum corpora. Dans V Itinéraire de Salzbourg on lit : Postea perverties via Appia ad S. Sebastianum martgrem, cujus corpus ja cet in inferiore loco : et ibi sunl sepulcra apostolorum Pétri et l'auli, in quibus XL annorum requiescebant ; et in occidentali parte ecclesise per gradus descendis, ubi S. Cyrinus papa et martyr pansât. Ces textes ont fait l'objet d'une exposition au sujet de laquelle il n'y a plus à revenir ici (voir Dictionnaire, t. XIV, au mot PIERRE, col. S73 sq ) ; ils nous permettent de reconnaître de façon précise et certaine un des trois sanctuaires cimétéri aux de la voie Appienne d'où nous pouvons prendre notre point de repère pour retrouver Vad S. Januarium.
Quirinus, Agapetus, Felicissimus ; et in altéra ecclesia Tiburtius, Valerianus, Maximus. Voici donc retrouvé le cimetière de Prétextât ad S. Januarium. Tous ces martyrs sont du nombre de ceux qui furent enterrés in Prsetextati, et leur coryphée, Janvier, est l'aîné des sept fils de sainte Félicité, comme nous l'apprend le de locis sanctis martyrum, ce qui aide à comprendre pour quoi les livres liturgiques placent la station ad S. Januarium. Les églises qui illustraient ce cimetière étaient au nombre de deux, ce qui explique comment Tiburce, Valerius et Maxime reposaient m altéra ecclesia ; ces églises ne doivent pas être cherchées plus loin que celle de saint Sébastien, mais plus rapprochées de Rome paulo propius Romam. Dès lors l'emplacement du cimetière de Prétextât devient évident.
Les contradictions qu'on avait pensé découvrir entre les guides des pèlerins tiennent à ce que l'un se rendait de Saint-Sébastien à Rome tandis que l'autre marchait en sens contraire, de Rome à Saint-Sébastien. Si on consulte Ylipitome, on lira ceci : Juxta eandem viam [Appiam] ecclesia est multorum sanclorum, id est Januarii, qui juit de septem filiis Felicitalis major natu, Urbani, Agapiti, Felicissimi, Cyrini, Zenonis frutris Valenlini, Tiburtii, Valeriani (et Maximi) et multi martyres ibi requiescunt. Le nombre des noms cités concorde avec celui que nous avons lu dans le manuscrit de Malmesbury, avec deux détails de plus relatifs à Janvier et à Zenon. Et pour obtenir plus de précisions il faudra se reporter au manuscrit de Salzbourg qui, lui aussi, se rend de Saint-Sébastien à Rome : et eadem via ad aquilonem ad sanctos martyres Tiburtium, Valerianum et Maximum, ibi intrabis in speluncam magnam et ibi invcnies sanctum Urbanum episcopum et conjessorem et in altero loco Fclicissimum et Agapilum martyres et diaconos Sixli et in tertio loco Cirinum martirem et in quarto Januarium martyrem ; et in tertia ecclesia sursum sanctus Synon martyr quiescil. Voici bien Yecclesia multorum sanctorum du deuxième topographe et les deux églises du premier subdivisées en trois, c'est-à-dire deux sur le sol dédiées aux saints Tiburce, Valérien et Maxime et à saint Zenon, une souterraine, la spelunca magna, avec quatre cubicules distincts consacrés à saint Janvier, aux diacres Agapit et Pélicissime, au tribun saint Quirin et au pape Urbain.
D'après ce qui précède, il est clair que les deux églises et les cryptes avec la catacombe ne formaient qu'un groupe que nous voyons décrit en ces termes dans la notice du pape Hadrien Ier au Liber pontificalis : Ecclesiam beati Tiburtii et Valeriani at que Maximi et basilicam sancti -Zenonis una cum cœmeterio sanclorum Urbani ponlificis, Felicissimi et Agapiti at que Januarii et Cyrini martyrum foris portam Appiam UNO COHERENTES SOLO, quœ ex priscis marcueranl lemporibus, a novo restauravit. La démonstration est faite, et pour retrouver les vestiges de cet ensemble de monuments sacrés, il reste à savoir de quel côté chercher. de Maxence, un peu plus près de Rome que n'en est Saint-Sébastien (paulo propius Romam) un point où il y a quel que liaison entre ces deux voies, c'est là qu'ont dû se trouver deux églises, une sur le sol et une souterraine uno cohaerentes solo ; c'est Vad S. Januarium.
A gauche de la voie Appienne, un peu avant Saint-Sébastien, s'ouvre un chemin qui conduit au cirque de Maxence et s'arrête à la voie Latine, c'est le diverticolo où, d'après Paivinio, se trouvait le cimetière de Prétextât, d'après les indications de la charte de 1168, c'est là aussi d'après Severano que d'autres situaient il cimitero di Gianuario, car il ignorait que les noms de Prétextât et de Janvier s'appliquaient au même site : mais l'usage commun était de dire il cemetero del vicolo. Au point où débouchent ces deux voies se trouve un bâtiment dont les parois sont incrustées de débris de sarcophages chrétiens, ce qui lui a valu le sobriquet de vigna dei pupazzi. Dans cette vigne on voit deux ruines imposantes d'anciennes constructions, une d'elles circulaire avec cinq absides curvilignes, l'autre quadrangulaire avec trois absides rectilignes. Il est superflu de chercher ailleurs ou d'aller plus loin, ce sont les deux oratoires, l'ad S. Januarium et l'altéra ecclesia. Partout, à fleur de terre, on relève des fragments de balustrades en marbre, de sarcophages et d'inscriptions chrétiennes dont il est facile d'attribuer les types paléographiques aux ive et Ves. Les sarcophages étaient nombreux et importants dans le sol et dans l'intérieur des deux oratoires contigus, en sorte qu'ils justifient parfaitement l'expression uno cohaerentes solo.
Ainsi donc les textes et les ruines sont d'accord pour nous permettre d'identifier le cimetière de Prétextât.
III. Le créateur du cimetière. — Le cimetière de Prétextât s'étendait donc à gauche de la voie Appienne entre le premier et le deuxième mille depuis la porte Appienne, à l'endroit où part un chemin de traverse qui passe entre le cirque de Maxence et l'église de Saint-Urbain alla Cafarella. A cet endroit s'élevait la villa du célèbre Hérode Atticus qu'on appelait Triopium Ilerodis Atlici, mais le cimetière s'étendait entre cette propriété et le Nord. La contiguïté de cette villa et du domaine qui l'entourait ne nuisit pas à la fondation d'hypogées chrétiens, il semble même que les fidèles entretinrent de bons rapports avec la famille du propriétaire ou avec ses descendants.
On ignore l'époque précise où vécut le personnage qui donna son nom à la nécropole chrétienne et sa carrière, mais la chronologie des plus anciens martyrs qui vinrent y reposer autorise à penser que le cimetière est antérieur à l'installation d'Atticus sous Marc-Aurèle. Cette même chronologie s'oppose à ce qu'on identifie le créateur du cimetière de Prétextât avec le chrétien de ce nom, allié peut-être aux Cecilii dont l'épitaphe fut trouvée tout proche de la tombe de la martyre sainte Cécile. Cette épitaphe désigne le défunt qui, ensuite, prend la parole : « Fait par Fronton. — Septimius Prœtextatus Csecilianus ? serviteur de Dieu ayant vécu dignement. Je t'ai servi, je ne le regrette pas et je rends grâces à ton nom. Il a rendu l'âme à Dieu à l'âge de trente-trois ans et six mois. »
« Pétilius.... très cher.... années.... rendu l'âme à Dieu.... septembre. » Cette épitaphe ne parait pas antérieure au début du IIe et, pour cette raison, on ne saurait voir dans Septimius Prétextât le créateur du cimetière dont il porte le nom. Bosio paraît se rapprocher plus de la vérité lorsqu'il croit voir ce créateur dans un certain Prétextât, nommé dans les actes de sainte Sophie et ses filles, passion qui prétend raconter des faits arrivés sous le règne d'Hadrien mais à laquelle on ne cimetière de Calliste le supplice du pape Sixte II et de ses diacres P'élicissime et Agapit pendant la célébration des saints mystères *. Le pape fut mis à mort sur sa chaire épiscopale, ses diacres et d'autres fidèles périrent en même temps, mais tandis que le cadavre sanglant et la chaire étaient conservés dans la crypte papale au cimetière de Calliste, les corps des deux diacres furent apportés au cimetière de Prétextât (voir Dictionn., t. v, col. 1249-1259, fig. 4318-4323).
Un événement si grave et si glorieux dont la catacombe de Prétextât recevait sa part avait dû lui faire une véritable célébrité ; aussi jusqu'à la paix de l'Église, on ne cessa de la visiter. Les monuments et les inscriptions en rendent bon témoignage, principalement les textes épigraphiques, à date certaine, mais peut accorder qu'une très médiocre valeur historique. Le mieux à faire est donc de se résigner à ne rien savoir de l'éponyme de notre cimetière.
IV. Les principales illustrations. — La plus ancienne paraît être le tribun Quirinus avec sa fille Balbine, tous les deux martyrs dont les tombes furent visitées par les pèlerins depuis le ive jusqu'au VMe. Des martyrologes historiques du IXe assignent Quirinus au règne de Trajan, d'autres au règne d'Hadrien, enfin il s'en trouve dans le nombre pour transformer le juge Aurélien mentionné dans la passio Quirini en empereur Aurélien, ce qui recule Quirinus jusqu'au dernier quart du IIe. Le contexte ne peut s'accorder qu'avec le règne d'Hadrien et si l'on accepte cette chronologie, il s'ensuit que le cimetière de Prétextât était exploité dès le premier quart du IIe.
En 258, sous la persécution de Valérien, se place au les fastes de l'Église romaine n'enregistrent dans notre cimetière aucun nouveau nom de martyr historique entre le règne de Valérien et la persécution de Dioclétien.
A l'époque de la paix et depuis lors, on parla beaucoup d'un saint Zenon martyr, frater Valentini, on ne sait rien de l'un ni de l'autre. Le nom de cœmeterium Prœtexlati ne fut pas délaissé, mais un peu éclipsé par la mention ad S. Januarium. Nous avons dit que le sanctuaire de ce saint était souterrain et un autre lui était également dédié, mais à ciel ouvert. Les pèlerins visitaient ce que l'on nommait la spelunca magna avec ses quatre cubiculi de Janvier, Quirinus, Felicissime et Agapit, et Urbain.
V. Du ive au VMe. — Au-dessus du sol se voyait un oratoire dédié au souvenir de ce lieu ubi Stjxtus cuin suis diaconibus decollatus est et c'est là que le pape Jean III, contraint de sortir de Rome par les factions politiques et les rivalités entre la population et l'exarque Narsès, vers 572, vint faire un long séjour et exercer son ministère : Iounnes papa retinuit se in cœmeterio SS. Tiburtii et Valeriani et habitatut ibi multo tempore ut etiam episcopos ibidem consecraret. A cette époque le mot cœmeterium n'avait pas changé de signification, mais celle-ci s'était élargie, elle ne s'appliquait plus seulement aux galeries souterraines, mais aux oratoires et aux basiliques construits à ciel ouvert. C'est ainsi que nous lisons que le pape Grégoire III, en 731, lii refa're les toits du cimetière où son prédécesseur Jean III avait habité : (Gregorius III) in cœmeteriis beatorum martyrum Januarii, Urbani, Tiburtii, Valeriani et Maximi eorum tecta in ruinis posila a novo refecit. Mais ce n'était là qu'un replâtrage, pour ainsi parler, et tout cet ensemble de petits monuments courait à sa ruine, aussi fallut-il y pourvoir quarante ans plus tard, sous le pontificat d'Hadrien Ier en 772 : Ecclesiam beati Tiburtii et Valeriani at que Maximi, seu basilicam sancti Zenonis una cum cœmeterio sanctorum Urbani pontificis, Felicissimi et Agapiti at que Januarii et Cijrini (= Quirini) martyrum foris portam Appiam, uno cohserentes solo, quse ex priscis marcuerant temporibus, a novo restauravil. Ce texte précieux, et que nous avons déjà utilisé, est le dernier qui fasse mention de travaux exécutés au cimetière de Prétextât.
VI. Du vme au XIXe. — Les circonstances difficiles qui se prolongèrent sur Rome pendant les vme et IXes, la menace et la réalité des incursions de Lombards et de Sarrasins, firent délaisser les catacombes et ramener les reliques des martyrs à l'intérieur des villes historiques, c'est que l'explorateur des catacombes, Antoine Bosio, qui visita une multitude de galeries dall' una e dall' altra parte dell' Appia n'a pas eu la pensée d'appliquer à l'une d'entre elles le nom de cœmeterium Prselextati. Quelque temps après la mort de Bosio, Michel Lonigo composa un catalogue alphabétique des églises et sanctuaires de Rome, conservé dans le ms. Barberini, n. 200 !) ; on y lit sous la rubrique Pretestato ces quelques mots : di questo cimitero si vedono ora le vestigia juori délia porta S. Sebasliano in una vigna dei signori Savelli et J.-B. De Rossi avouait n'avoir pu découvrir le nom du propriétaire actuel de cette vigne.
Le 2 mai 1636, Luc Holsten écrivait à Peiresc pour lui faire part de la découverte de la crypte de saint Urbain et son espoir de pénétrer par elle dans le cimetière de Valérius et de Tiburce, par conséquent dans celui de Prétextât. Espoir déçu.
VII. La découverte. - Boldetti et Marangoni n'avaient pas de conviction faite sur l'emplacement du cimetière de Prétextât ; en peu d'années des lieux assidûment vénérés devinrent déserts et tombèrent en ruines, leurs noms et les souvenirs qui s'y rattachaient tombèrent dans la confusion et dans l'oubli. Dès le IXe, le cimetière de Prétextât n'y avait pas échappé et son souvenir ne se distinguait plus que difficilement de celui de la nécropole voisine dite de Calliste. La dernière allusion qu'on rencontre à un des édifices restaurés par Hadrien Ier remonte à l'année 850. Il y est question de la terra S. Zenonis sur la voie Appienne vers le point où nous plaçons aujourd'hui le cimetière de Prétextât. Dans les Mirabilia urbis Romse, compilation du xe-XIe, qui fut le seul guide en usage jusqu'au XIVe, on ne lit plus comme autrefois le nom de Prétextât, ni même celui d'ad S. Januarium ou de quel que martyr local, mais ad S. Apollinarem, alors qu'on ne connaissait rien de semblable auparavant. L'une charte de 1167 s'exprime en ces termes : extra portam Appiam loco SS. Apollinaris et Antoniani et monlis Albani. Nonobstant l'oubli où ces lieux étaient tombés, leur accès demeurait possible, aussi Pomponius Lsetus et les académiciens ses confrères s'introduisirent dans la catacombe et y tracèrent leurs noms (voir Dictionn., t. vm, col. 1047). Au XVIe quelques-uns désignaient encore le cimetière de Prétextât sous le nom de cimitero di Gianuario, mais plus généralement on l'appelait del vicolo. Ce qui est plus surprenant, et qui suffit à donner une preuve des du cimetière de Prétextât, le premier écrivait que si stende sollo tulle le oigne situate poco lungi dalla chiesa di S. Maria délie Piante delta Domine quo vadis ? fmo quasi alla basilica di S. Sebasliano, e Ira le Vie Appia e l'Ardeatina ; le second précisait moins encore : inter Appiam et Ardeatinam, disait-il. Marangoni visita plusieurs fois la catacombe, notamment le 20 janvier 1719 et cette date permet de circonscrire l'étendue des galeries alors accessibles du cimetière dont Boldetti, en 1720, Lupi, en 1734 et Marangoni, en 1740 publièrent des inscriptions comme provenant du cimetière de saint Urbain, dénomination courante alors pour désigner le cimetière de Prétextât.
Le 16 juin 1851, le P. Marchi et J.-B. De Rossi annoncèrent la découverte d'un cimitero col nome di S. Sisto Ira la Latina e l'Appia et donnèrent la description d'un arcosolium où figurait l'épisode de Suzanne mettant en relief la découverte de l'image de saint Sixte à cui gravissimi argumenli estrinseci avevano già prima intitolato il cimitero, disaient-ils. Leur découverte remontait à 1848. A cette époque, profitant d'une crevasse, les deux amis avaient réussi à s'introduire dans l'étage supérieur de la catacombe alors obstruée et oubliée ; ils avaient vu un arcosolium qu'au IVe une certaine Gemina avait fait décorer en vue d'y reposer un jour et parmi ces images, dont aucune ne portait le mot SCS, ils avaient pu lire les noms de Pierre, de Paul et de SVSTVS ; un quatrième nom était illisible '. Ainsi nac que il nome di cemetero di S. Sislo dato nel 1848 a quel sotteranci, écrivait De Rossi, qui ajoutait : « Mais ce saint pontife et martyr était inhumé de l'autre côté de la voie ; son nom et son culte fleurissaient au cimetière de Prétextât où il avait consommé son martyre, par l'oratoire dédié au lieu de sa mort glorieuse et par la sépulture de ses diacres, Félicissime et Agapit '-. » Il est reconnu aujourd'hui que le supplice eut lieu au cimetière de Calliste, mais le nom de Sixte fut adopté sur l'heure3, cependant, en 1872, De Rossi exposait que la lumière n'était pas faite une vingtaine d'années plus tôt sur la topographie et l'onomastique des catacombes, ce qui expliquait le nom de Sixte imposé à cette région nella quale vedeuamo un'immagine di S. Sisto*.
Mais on a pu se demander si De Rossi avait attendu la publication du t. i de la Roma sotterranea, en 1863, pour revendiquer le nom de Prétextât comme appartenant à ce cimetière. Or, le 3 juillet 1852, nous le voyons donner lecture à l'académie pontificale d'archéologie d'un mémoire où il développe sa méthode fondée sur les textes topographiques et traite de la topografia del suburbano di Roma e seguamente di quella del V Appia. Les procès-verbaux n'ont pas inséré ce mémoire dans lequel il établit l'attribution du nom de Prétextât, mémoire conservé dans le manuscrit Val. lai. 10 51-5. La partie qui concerne le cimetière a fait l'objet d'une publication récente5 qui montre l'archéologue parvenu à ce résultat longtemps avant la découverte de l'inscription damasienne de saint Janvier.
Nous dirons plus loin les circonstances qui marquèrent la découverte de la crypte de saint Janvier, mais malgré tant de préoccupations diverses qui réclamaient sa sollicitude sur divers points de la Rome souterraine, De Rossi ne cessa de tenir son attention éveillée sur le cimetière de Prétextât et d'en diriger l'exploration. Celle-ci peut se résumer en trois campagnes de fouilles :
La première (1847-1851) conduisit à la découverte des deux régions du second plan : a ) l'escalier principal et le cubicule du couronnement d'épines ; b) l'escalier secondaire et la région du premier plan (arcosolium de Susanne).
La deuxième (1857-1872)« se divise en deux périodes : d'abord, 1857-1863, découverte de la crypte et de l'épitaphe de saint Janvier en bordure de la spelunca magna ; ensuite, 1868-1872, reprise des fouilles de la spelunca, trouvaille d'autres cryptes et de fragments damasiens.
Entre 1872 et 1900 se place, en 1871, la découverte du graffite historique Félicissime et Agapit : en 1805, la reconstitution de leur crypte et en 1900 la récupération du cubicule du couronnement d'épines et de l'arcosolium de Celerina, dit de Suzanne.
La troisième, 1907-1909, déblaiement d'une partie de la région de Suzanne et de toute la région du cubicule du couronnement avec son escalier et l'escalier secondaire.
Finalement, on a trouvé, au second plan, une longue artère parallèle à l'escalier principal et beaucoup de galeries latérales. On a pu réussir à pénétrer dans une région proche de la vigne Appia Pignatelli, et, en mars 1924, à l'occasion des travaux exécutés sur la voie Appia, Pignatelli on a pu constater que quelques galeries ont été creusées sous la roule pavée actuelle.
Il ne paraît pas qu'on puisse s'arrêter à cette théorie de G. Marucchi que le nom de Prétextât fut donné à une partie du cimetière de Calliste avec lequel il aurait été en communication 7 et dont il serait devenu comme un appendice 8. Sur cette question, comme sur tant d'autres touchant à la topographie souterraine, il est sage de s'en tenir à l'opinion de De Rossi qu'entre les deux catacombes situées de chaque côté de la voie Appienne et intimement liées ; et rapprochées, il n'y a pas eu contact direct et communication entre galeries, mais seulement relations historiques '•'. En définitive, encore que les limites de la catacombe, dans la direction de Rome, ne soient pas nettement déterminées, on n'en doit pas moins tenir pour assuré qu'elle ne rejoignait pas le groupe cimétérial vis-à-vis le monastère actuel des trappistes et l'hypogée délie Monachelle qui renferme les célèbres peintures syncrétistes de Vibia. Il suffit pour en être persuadé de tenir compte de la configuration du terrain et de la distance qui sépare ces deux groupes. C'est encore un point sur lequel Marucchi a fait erreur10 et où il fallait s'en tenir à ce qu'avait dit De Rossi qui, à raison de la distance, écartait jusqu'à la possibilité et n'avait même pas voulu parler des tombeaux de Vibia et de Vincent dans son étude sur le cimetière de Prétextât u. E. Stevenson s'était prononcé dans le même sens 12.
Et puis que nous en sommes à ces précisions, il ne sera pas superflu d'ajouter qu'on ne peut rattacher en aucune manière au cimetière de Prétextât un hypogée anonyme situé sur la voie Appienne, à gauche en venant de Rome, non loin de la catacombe de Calliste, et qui possède son entrée particulière : on a trouvé là une représentation de la croix, tracée au minium, à branches équilatérales de 0 m. 22, et pouvant appartenir au iv siècle u.
Ce qu'on peut conclure de ces dernières remarques c'est que les voies romaines dans le voisinage de la ville, et principalement la voie Appienne, étaient percées d'un assez grand nombre de souterrains qui ne communiquaient pas entre eux.
Nous allons maintenant parcourir les lieux explorés : au plan inférieur, le cubicule du couronnement d'épines (1re moitié du ii siècle) et les galeries voisines (m'' s.), puis l'escalier secondaire parallèle au précédent et ses galeries transversales, enfin une région située sous la spelunca magna et principalement exploitée en 381. De là, nous visiterons au plan supérieur, la spelunca magna (n° s.) et les cryptes et galeries adjacentes (IIIE s.).
VIII. Fouilles de 1847 \ 1850. — De l'étage supérieur, on descendit dans l'étage inférieur où on remarqua une série d'arca des construites pour soutenir une longue galerie éclairée par des luminaires perçant la voûte : beaucoup d'inscriptions adhéraient encore aux inculi. presque toutes rédigées en langue grecque, gravées avec soin, d'un type correct et d'un formulaire laconique assez ancien, ornées aussi de symboles primitifs. Somme toute l'étage inférieur se révélait plus antique que l'étage supérieur. Cette abondance de témoignages servit utilement J.-B, De Rossi à prendre une juste idée de la méthode d'investigation par voie de comparaison pour éclaircir tant de points alors profondément obscurs dans le développement monumental de l'archéologie chrétienne : il n'en évoquait le souvenir qu'avec un sentiment de joie reconnaissante pour la catacombe de Prétextât, ce fut là qu'il conçut et mûrit le dessein de sa Roma sotterranea. Il rencontrait là, à profusion, les types en usage jusqu'au milieu du IIIe et plus anciennement et les preuves de la fréquentation assidue de ces lieux par les fidèles. De fait, le grand ambulacre conduisait au seuil d'un cubicule de l'intérêt le plus rare. Il était décoré de fresques du style le plus classique qu'on eût encore pu voir parmi les peintures cimétériales, et bien que la série des scènes représentées le long des parois sur des espaces laissés libres par les loculi fût interrompue par la chute de l'enduit, il fut possible de reconnaître différents sujets inspirés par l'histoire évangélique. De ce nombre étaient l'hémorroïsse aux pieds du Sauveur (voir Dictionn., t. vi, col. 2200, fig. 5641), la Samaritaine au puits de Jacob, le couronnement d'épines du Christ (voir Dictionn., t. v, col, 189-190, pi. hors-texte en couleurs), d'autres traces ne présentent que des scènes conjecturales. Ces peintures appartiennent au ne siècle, et De Rossi peut se persuader que le cubicule offrait des monuments de deux périodes successives. Tout d'abord il avait été décoré de fresques et par la suite on l'avait creusé plus profondément afin de permettre de nouvelles inhumations. Celles-ci étaient en grande partie conservées et intactes ainsi qu'on put le constater avant qu'on ne procédât au transfert des marbres dans divers musées. Le plus grand nombre des sarcophages et des inscriptions du deuxième niveau, quoi que fort anciens n'étaient pas antérieurs à la première moitié du 1er siècle. Parmi les épitaphes les plus dignes d'attention on citera celle-ci :
•EYMEPITGÛ-OYFANIA- •OYRATHP-HPGOAHC-
Ce qu'il faut lire et corriger ainsi : eùu.otpeÎT<o Oùpavîa Ouyo^'OP 'HpcôSyjç ; bonam sortem ha beat Cran ici filin Herodis. Il est rare sur les inscriptions chrétiennes qu'on mentionne, comme ici, la filiation, surtout dans une formule d'acclamation (voir Dictionn., t. xn, col. 1485-1486, ad 5, n. 1). On en peut induire que l'Hérode ici mentionné, le père d'Uranie, devait être un personnage notable. Comment, dès lors, ne pas songer à une fille d'Hérode Atticus, devenue chrétienne ; car, de toute façon, les tombes découvertes dans ce cubicule sont, au moins en partie, contemporaines de la descendance de ce personnage, remarié en l'an 175 à Annia Regilla ' et ensuite à Vibullia Alcia de qui il eut des enfants 2.
Dans la partie inférieure de ce cubicule, la moins ancienne par conséquent, la sépulture principale, située en face de la porte était soigneusement cachée et demeurait invisible. Après qu'on eut démoli la paroi qui la recouvrait, on aperçut un arcosolium bisome revêtu de plaques de marbre ; la mensa (voir ce mot, t. xi) était pourvue de deux anneaux de bronze pour servir à la soulever ou à l'attirer. Dans la cuve reposaient deux corps, l'un vêtu de toile d'or, l'autre de pourpre. Près de la tête du second squelette on voyait un petit vase et cependant pas un nom, pas un symbole qui pût mettre sur la trace de personnages entourés de tant d'honneurs 3. On peut se demander si ce ne sont pas des martyrs célèbres retirés de leur tombe ou du moins privés de leurs inscriptions et, en quel que manière, emmurés pour les soustraire aux envahisseurs lombards à une époque où on ne transférait pas encore dans Rome les corps saints menacés. Le calme revenu, on les oublia ou bien on ne les retrouva pas, tant le secret de la cachette avait été bien gardé.
A quelques pas de ce cubicule s'ouvre un large escalier qui était comme pris sur l'alignement des deux ruines monumentales de la vigne Vidaschi qui en est peu éloignée, ce qui suggéra à De Rossi que ces deux ruines représentaient tout ce qui restait des oratoires des saints Valérien, Tiburce et Maxime et de celui de saint Zenon, uno cohœrentes solo.
Restait à trouver le nom historique de ce très ancien cubicule situé au pied de l'escalier. En 1850, De Rossi inclinait à y voir la crypte de saint Urbain que le plus soigneux des topographes nomme le premier dans la spelunca magna et c'est le premier qu'on rencontre en descendant l'escalier. En outre dans la passio d'Urbain on lit que la matrone Marmenia l'ensevelit.
Or, on a trouvé près du cubicule une tombe encore intacte portant le nom d'Armenia l :
La correction s'impose et cette Armenia Félicitas aura été ensevelie près du très ancien cubicule du cimetière de Prétextai près de la tombe préparée par elle à saint Urbain. Mais la passio dit que cette tombe n'était pas creusée, mais construite dans une chambre revêtue de plaques de marbre ; or, tel n'est pas le cas du cubicule près duquel a reposé Armenia Félicitas.
IX. Fouil les de 1852 et 1907-1909. — Nous venons de voir qu'au cours des fouil les de 1847 à 1850, on atteignit un étage du cimetière offrant une galerie spacieuse avec des arcs murés et un grand escalier couvert d'enduit et un cubicule dans lequel se voyaient des peintures inspirées de l'Évangile (fig. 10513). En 1852, on fit la découverte d'un deuxième escalier parallèle au précédent (n. 2 du plan) mais dans un état déplorable ; il conduisait à un ambulacre large, très ancien, éclairé de luminaires et rattaché au cubicule du couronnement d'épines. Vu l'état de dévastation et de ruine, on abandonna cette région. Quelques années plus tard, en 1857, on retrouva comme nous l'avons dit (VII) la crypte de saint Janvier, la spelunca magna, et, en 1870, la crypte des saints Félicissime et Agapit. En 1872, la continuation des trav aux pour la spelunca magna devint impossible par suite des exigen ces du propriétaire du sol, un sieur De Romanis. En 1898, la Commission d'archéologie sacrée chargea deux de ses membres d'inventorier toute la moisson épigraphi que provenant des tablettes et des sarcophages, ainsi que des graflites. En 1900, on put creuser une voie souterraine permettant de joindre la partie du cimetière alors accessible à celle où De Rossi avait fait ses premières fouil les. Ce fut alors qu'après de longues années on put revoir la fres que fameuse du couronnement d'épines. Depuis lors les héritiers du cerbère De Romanis permirent des sondages, on put entreprendre des réparations, prolonger la spelunca magna et affermir ses parois par de soli des substructions. A l'extrémité de la dite spelunca, on remit au jour l'anti que entrée du cimetière. En 1902, il fut nécessaire d'entreprendre quelques trav aux pour sauver de la ruine quelques galeries menacées par des glissements et il fut décidé de faire une excavation afin d'examiner rapidement le centre du cubicule peint avec le centre histori que de la spelunca magna. C'est ce qui fut réalisé en 1907 et on put alors constater la condition pitoyable de la région abandonnée depuis 1852. Dans le voisinage du cubicule du couronnement d'épines, les anciennes maçonneries étaient en partie écroulées et de gros blocs de tuf menaçaient de prendre la même voie. Toutes les autres galeries adjacentes représentées sur le plan étaient complètement enterrées. Cha que rang de loculi est séparé du rang suiia')14. — Épitaphe. D'après Nuovo bull. <li arch. rri.it., 1909, p. 124, n. 8. vant par une épaisseur de tuf de 0 m. 40 environ. Nous ne donnerons qu'un choix parmi les épitaphes pres que toutes fort brèves : reaaca||HKA£OnAl|TPA
CALLIOPE||0 • V • A • XXVIL||CASTISSIMA • ET///|| MELLITISSIMA////
CAPITOLINA dulcis || ANIM QVE Vf'x/T, etc. (colombe et palme).
Tombe d'enfant sans nom, à droite un marteau et le forceps.
Les deux épitaphes suivantes ont été trouvées in silu : spi||ilaraIIeiaap||a||ispiri||tvm tvv||m santvm avrelivs-polycarpvsIIlvcillae-filiae <t>AYCTEWA ZHC €N OCO (colombe et palme).
CHARITO || SPIRITVSF/UJVS || IN BONO (entre un ANN l| XLII MEN II DIE S XV EVGEN|| IA SE VI VA
FECIT/
Enfin celle-ci accompagnée d'un symbole ( fig. 1051 4).
AELIA EVSEBIA IN PACE
Un certain nombre d'inscriptions sont tracées sur la ch aux qui maintient les tui les fermant les loculi :
DEPLEONTIAXVKAL DECEMB IN PACE DEPABENTI IUI K 1VNIAS IN PET CAVDENTIAE EIVS VI
[KAL-OCTOBRES DEPDECENTI IN PACE XVII KALNOVEMB-SENIS NEOFITI DEP-PETRONIAE III KAL IVL...IN PACE IN PACE || DEP PETRVLA XVI KALOCTOBTrois fois on a trouvé la mention des consuls Kicomere et Clearco, ce qui nous reporte à l'année 384, date fr^T -r \ h..
10515. Épitaphe d'un enfant de la yens Insteia. D'après ftiti. di arch. crist., 1927, p. 212, fig. 3. de la mort du pape Damase qui s'employa à embellir les cryptes historiques de ce cimetière, ce qui n'empêchait pas les fidè les de s'y faire inhumer Au cours de ces dernières années quelques inscriptions ont été trouvées : nous ne pouvons faire plus que de les mettre sous les yeux de nos lecteurs ' :
AVR MARVLA ROGAT SEPELIENTES SE VT
Évidemment Aurélia Marula souhaitait avoir une tombe à son gré, aussi priait-elle ceux qui prendraient soin de l'enterrer de bien fouler le sol, rogat sepelientes ut massa calcetur, que ce soit solide, de « la belle ouvrage » comme on dit vulgairement ; elle fut obéie car la tombe, le marbre, l'inscription étaient en place alors que tout ce qui l'entourait était en ruines. S'ils se conformaient à la recommandation, le Seigneur écouterait leurs prières.
Au même endroit fut trouvée l'épilaphe d'un enfant clarissime de la gens Insteia2 (fig. 10515). On savait par d'autres témoignages épigraphiques * que cette famille était chrétienne.
Le peu de consistance du sol dans lequel est creusée la catacombe et le peu de profondeur de l'étage supérieur par rapport au sol sur un terrain déclive provo que fréquemment des crevasses qui compromettent la solidité de quelques galeries. Récemment, en 19301931, il a fallu encore procéder à des réparations en vue d'obvier à une crevasse large et profonde intéressant les différents étages1. Au cours de ces trav aux, on a trouvé l'inscription suivante en place ; sur une pla que de marbre servant de fermeture à une tombe forma au pied d'un arcosolium :
CRESIMVS EXIVIT DE SECVLO IN PACE DIE VIII IDVS IAN QVI BIXIT ANNOS PLVS MINVS N LX
Quelques inscriptions offrent des formu les très sobres :
ESTEFANES IN PACE QVE VIXIT ANN XII || ET MN SESTIRTIVS-QVI VIXIT ANNIS LX 1 D EP0S1T Mil KAL-IAN[INPACE INNOCENTIA FLORENTIAE |j ANIS XMQLDESCESS || D PV-
[NON MAIA
X. Fouil les de 1935-t936. — A l'automne de 1935, une crevasse obstrua le passage de la spelunca magna et imposa de grands trav aux de restauration dans les galeries à droite de celle-ci 2. Les trouvail les ont peu d'importance : quelques fragments de sarcophages montrant Jonas et un banquet ; un sarcophage entier avec l'Amour et Psyché. Une inscription est intéressante : 0 m. 56 x 0 m. 43 ; hauteur des lettres 0 m. 032 (fig. 10516) 3 :
LOCVM QV ADR isomum in cymi-
TERO PRAETESTAT/
NV MARTORE_PARI
©V
XL La fres que du couronnement d'épines. — Lors des fouil les dirigées en 1850 par le P. Marchi on déblaya un cubicule orné de très anciennes peintures qu'on estima du ne siècle de notre ère et qui présentaient un intérêt d'autant plus vif qu'el les interprétaient divers épiso des des récits évangéliqu'îs, parmi lesquels le couronnement d'épines, au jugement de Marchi. Alors à ses débuts dans la carrière, J.-B. De Rossi accepta cette interprétation, mais il n'eut ja mais l'occasion de se prononcer explicitement et d'ailleurs les circonstan ces avaient rendu cette crypte inabordable ; il se borna à mentionner la fres que une seule fois 4. L'occasion s'offrait si belle au P. Garrucci qu'il la saisit et déclara tout net qu'il s'agissait du baptême du Christ, ce qu'approuva Th. Roller, mais, en 1903, J. Wilpert revint à l'explication de bon sens et donna une reproduction en couleurs que nous avons donnée (Dictionn., t. v, pi. hors texte). La crypte, entre temps, était redevenue accessible et on la désigna dès lors sous le nom de >< crypte de la passion » ou « du couronnement d'épines ». Une intervention de O. Marucchi (voir Dictionn., t. x, à ce nom) ramena la faveur à la thèse périmée de Garrucci et il fut de nouveau question du baptême du Christ 5 avec cette retouche que les divers autres épiso des représentés étant tirés de l'évangile de saint Jean (résurrection de Lazare et entretien avec la Samaritaine), celui-ci devait s'inspirer du même évangéliste qui ne dit rien du couronnement d'épines et parle du témoignage de Jean rendu sur les bords du Jourdain. On doit ajouter que l'épisode de la guérison de l'hémorroïsse, qui appartient à ce groupe de peintures, n'est rapportée que par les synoptiques (voirDî'edict. d'arch. chrét. tionn.A. vi, col. 2200, fig. 5641). On ne peut omettre de dire que sur la planche en couleurs donnée par J. »Wilpert, dans Le pitture délie catacombe romane, pi. xvm (et Dictionn., t. v, pi. h. t.), le fragment sur lequel on voit un oiseau perché sur une branche se trouve exactement contre le fragment principal tandis que dans la photographie prise et publiée par Marucchi dans le Nuovo bull. di arch. crist., 1909, pi. ix, ces deux fragments sont séparés par plus de 0 m. 01, ce qui porterait à croire à certaines manipulations 6. S'il est difficile d'expliquer la présence d'un oiseau perché assistant au couronnement d'épines, il n'est pas moins i J ^■< FlffVESQ IOCV M'QVAD
TCAQFRMNSTA ■ NVMARTQMPAB) UMVQ]
SagÉf lW difficile d'expliquer comment et pour quoi saint JeanBaptiste voulant rendre témoignage à Jésus lui a fait prendre une couronne (non d'épines mais) de feuillage et lui caresse l'occiput avec un roseau tandis qu'un homme à côté de lui brandit son bâton. N'est-ce pas là tout simplement le percutiebant capul ejus arundine ; quant à l'oiseau perché sur une branche n'est-ce pas certain coq dont le chant devait percer de douleur l'apôtre Pierre ?
XII. La crypte de saint Janvier 7. — Dès 1853, J.-B. De Rossi, dans un mémoire lu à l'Académie pontificale d'archéologie, affirma, en comparant la position de la catacombe nouvellement découverte avec celle des autres cimetières de la voie Appienne et avec les données topographiques des anciens Ilineraria, que les deux étages souterrains qui venaient d'être découverts et dont on vient de lire une brève description devaient faire partie du cimetière de Prétextât. Son affirmation n'était déjà plus une conjecture et, quatre ans plus tard, de nouvel les découvertes confirmèrent la vérité de ses affirmations. En 1857, les maçons qui travaillaient à réparer les ruines du cimetière de Calliste, vinrent chercher des matéri aux de l'autre côté de la voie Appienne, dans les souterrains contigus à la vigne dei pupazzi, voisins de l'église Saint-Urbain alla Cafjarella e. Leur travail les conduisant assez avant dans ces souterrains, ils pénétrèrent, à travers les décombres, dans une large et belle crypte située au même niveau que celle du couronnement d'épines.
A. _ XIV.
Prévenu aussitôt. De Hossi accourut, se glissa, en rampant, par l'ouverture à peine déblayée, et entra clans la crypte. A sa grande surprise il n'y vit pas A'arcosoliiun. Cependant on était en présence d'un sanctuaire histori que. En examinant de plus près, on reconnut que la crypte n'était pas creusée dans le tuf, mais, quoi que souterraine, bâtie en solide maçonnerie (voir Dictionn., t. vu, col. 2145-2147). Sur trois côtés s'ouvrent des niches destinées à recevoir des sarcophages. Les murail les portent encore les tra ces d'un revêtement en marbre grec. La façade qui regarde l'intérieur du cimetière est construite en bel les briques jaunes (voir Dictionn., t. vu, col. 2146, fig. (il 43) et décorée de pilastres en briques rouges et de corniches en terre cuite, comme les tombe aux païens de la voie Appienne ou de la voie Latine. Ce mode de construction et de décoration est le signe incontestable d'une haute antiquité. La comparaison avec des édifi ces païens d'une épau les. Cette peinture est pres que détruite ; des chrétiens, dans leur désir de reposer le plus près possible du martyr, firent percer la muraille, au milieu même de la fres que, pour y pratiquer des loculi.
- 20 « Que Janvier, Agatopus, Félicissimus, martyrs, rafraîchissent l'âme de... » ■ « w 10. »>17. ■ — Inscription de saint Janvier. D'après Sull. di itrch. crist., 1872, pi. v.
Architecture analogue, par exemple avec les ruines des Vigiles de la voie cohorte, dans le Transtévère, nous permet de fixer la date de cet édifice sépulcral à la dernière moitié du IIe. La voûte de la chapelle est peinte à fresque, et ses peintures rappellent les meilleures productions de l'art à cette époque. Quatre guirlandes, l'une de roses, l'autre d'épis, la troisième de raisins et de feuilles de vigne, la dernière de feuilles de laurier, s'enroulent autour de la voûte ; dans les trois premières des oiseaux voltigent, et l'on voit des nids d'où sortent de jeunes têtes emplumées. Peut-être ces guirlandes symbolisent-elles ici les diverses saisons de l'année ; la dernière, l'hiver, celle où il n'y a plus de fleurs, plus de nids, celle où les oiseaux ne chantent plus, est représentée par le laurier, emblème de la victoire qui couronne la période suprême de la vie du chrétien, cette période à la fois dépouillée et pleine d'espérance.
Au-dessous de ces guirlandes se déroule une longue fresque, moins bien conservée, qui représente des moissonneurs, la faucille à la main, coupant des blés épais, d'autres cueillent des roses, vendangent la vigne, font la cueillette des olives (voir Dictionn., t. il, col. 2464, pi. h. t. en couleurs). Enfin plus bas que tout cela, dans l'arc de la voûte, on reconnaît une scène champêtre dont le centre est occupé par la figure du bon Pasteur portant une brebis sur ses épaules.
Ces mots, cette prière d'un parent en deuil pour une âme regrettée et chérie, avaient été gravés dans la chapelle fraîche il y a quinze siècles ; de nos jours ils sont venus révéler à un antiquaire du XIXe un secret longtemps cherché : l'emplacement de la tombe des martyrs auxquels ils sont adressés. De nombreux exemples d'invocations analogues, découvertes dans d'autres cimetières, tout près des reliques des martyrs célèbres, firent penser à De Rossi que les tombes des trois saints qui avaient autrefois rendu illustre le cimetière de Prétextât ne devaient pas être éloignées.
Deux ans plus tard, cette belle conjecture reçut une première confirmation. En 1872, De Rossi parla de treize fragments et nombre de menues parcelles avaient été retrouvées parmi les gravois et principalement sous l'arc de la porte d'entrée. C'est à l'aide de ces débris que l'archéologue avait su, dès 1863, reconstituer l'inscription sous cette forme (voir Dictionn., t. vil, col. 2147, fig. 6144) :
BEATI SS. MARTYRI IANVAE NO RFAMASVS EPISCOP.
FEcit
Aussi avait-il le droit d'écrire, en 1872, que poursuivant ses investigations, il avait retrouvé toutes les lettres de l'inscription, excepté deux, de sorte que non seulement celle-ci se trouvait restaurée, mais rédigée et disposée exactement telle qu'il avait conjecturé neuf années plus tôt. Nous donnons ici les deux états de l'inscription : les parties noires représentent les fragments connus depuis 1863, les parties ombrées, les suppléments qui complétèrent le texte jusqu'en 1872 (fig. 10517).
L'inscription damasienne, ouvrage de Furius Dionisius Filocalus (voir Dictionn., t. v, col. 1594-1600) était gravée sur une dalle de marbre mesurant 1 m. 90 x 0 m. 88. La hauteur des lettres variait entre 0 m. 09 et 0 m. 11. C'est le type d'une inscription dédicatoire damasienne dont on connaît d'autres exemples.
La découverte de l'inscription ne laissait plus de place à l'hésitation ; la crypte était celle de saint Janvier, on pouvait rechercher les autres mentionnées dans les Notitia.
L'inscription. — Le 11 mars 1908, toujours au plan inférieur, dans la galerie parallèle à l'escalier du cubicule du couronnement, nouvelle trouvaille toujours en caractères philocaliens : cinq lettres à l'extrémité des 1re, 2e et 3e lignes et la signature complète du graveur : FVPIVS DIONYSIVS... ; cette fois c'est l'angle supérieur droit de l'inscription. D'après les distances entre les lettres, le poème a dû compter huit lignes afin d'égaler la hauteur de la signature verticale.
— Le 1er avril 1908, dans la 5e galerie à gauche de la grande artère parallèle à l'escalier du cubicule du couronnement, à droite en descendant, quatrième trouvaille, un fragment de 0 m. 325 x 0 m. 19 cent., même qualité de marbre, même type philocalien, hauteur des lettres 0 m. 056, qui sont au nombre de dix réparties sur quatre lignes.
— En novembre 1919, dans la quatrième galerie, à droite de la grande artère partant du 2e escalier du plan inférieur, cinquième trouvaille de deux petits fragments qui se rejoignent et donnent six lettres sur deux lignes.
Si l'on pouvait reconnaître l'arcosolium sur lequel était posée la tablette dont deux fragments ont été retrouvés, on aurait découvert en même temps l'emplacement de la sépulture de Félicissime et Agapit. L'examen minutieux du marbre, la comparaison entre son épaisseur et l'empreinte laissée sur la chaux qui recouvrait la portion subsistante de la muraille fermant, jusqu'à hauteur d'appui, l'arcosolium de la crypte vaste et ornée découverte en 1870, l'identité de l'enduit de couleur rouge trouvé sur la partie plane de cette muraille et de celui qui est encore visible sur un des bords de la tablette, démontrent que celle-ci s'adaptait à l'arcosolium de cette crypte. • J'hésite seulement, disait Armellini, à déterminer la position précise qu'elle occupait, la tombe se trouvant aujourd'hui trop ruinée, la forme de l'arcosolium étant d'ailleurs très irrégulière et ayant perdu son aspect primitif à cause des ornements ajoutés postérieurement.
Voici donc, reconnu avec certitude, le nom de cette crypte si vénérée au IVe ; elle renferma, jusqu'à la translation opérée par le pape Léon IV, en 848, les corps des deux compagnons de martyre du pape Sixte II, Félicissime et Agapit. Le pape Damase la décora avec sa magnificence accoutumée ; il l'éclaira par un luminaire, la revêtit de marbres précieux, l'orna de colonnes d'albâtre et de porphyre, et, au-dessus de la mensa, ferma l'arc du tombeau par une grille élégante en marbre phrygien (voir Dictionnaire, t. V, col. 1255, fig. 4322, 4323). C'est lui aussi, sans doute, qui fit construire en face de l'arcosolium la gracieuse abside destinée à recevoir la foule des pèlerins. Deux inscriptions furent placées par Damase dans ce sanctuaire : l'une est un éloge en vers des martyrs dont le texte nous avait été conservé par la sylloge épigraphique de Tours.
Au mois de janvier 1927, lors de la démolition de l'église Saint-Nicolas à Cesarini, on découvrit dans les dalles du pavement, trois plaques portant presque entier, le poème damasien à l'honneur des martyrs, gravé en caractères philocaliens (fig. 10519) :
[EPIS[C0P]
La ligne 1re manque et on peut maintenir la correction Aspice proposée par De Rossi à la leçon Aspicis donnée par la sylloge. La ligne 7e corrige par t une Xysto, ainsi que l'ont proposé L. Duchesne et J.-B. De Rossi les leçons l'une Christo du ms. de Closterneubourg et te Christo du ms. de Gôttwei. La ligne 8e apporte une variante au texte de ces deux manuscrits qui se contentaient de ces seuls mots : Felicissimo et Agapito Damasus.
Le poème était gravé sur une dalle de marbre de Carrare dont l'épaisseur varie entre 0 m. 030 à 0 m. 033. Furius Dionysius Filocalus écrivit d'abord les caractères à la main, ils n'ont pas tous les mêmes dimensions, par exemple dans le mot comités la lettre M est large de 0 m. 075 et dans domos de 0 m. 08 ; les lignes non plus ne sont pas régulièrement espacées, ainsi entre la 1re et la 2e lignes on mesure 0 m. 033, entre la 2e, la 3e et la 4e on mesure 0 m. 037 ; entre la 4e et la 5e on mesure 0 m. 036 ; entre la 5e et la 6e, on mesure 0 m. 038.
L'inscription était gravée sur trois dalles, chacune des deux que nous représentons mesure 1 m. 00 de long, la première a 0 m. 56 de haut, la seconde 0 m. 79 ; il manque la partie supérieure et la partie droite ; les dimensions primitives devaient être environ 2 m. 50 à 2 m. 62 en longueur et 0 m. 96 en hauteur. Le texte présente quelques ligatures et abréviations.
Voici la traduction : « Regardez ! Ce tombeau garde les célestes membres des saints que ravit tout à coup la cour du ciel. Ces compagnons de sa croix invincible en même temps que ses diacres, partageant le mérite et la foi de leur chef, ont gagné les demeures d'en-Haut et le royaume des élus. Le peuple de Rome est heureux et fier de ce qu'ils ont mérité de triompher avec le Christ, sous la conduite de Sixte. — A Félicissime et à Agapit, aux saints martyrs, Damase, évêque. »
Armellini en 1874 et suggérer un entassement de vérifications dont la plupart ne dépassent pas la valeur de simples conjectures ». Il ne s'agit de rien moins que de retirer à saint Janvier et aux martyrs Félicissime et Agapit les cryptes dont ils sont en possession 2. On ne peut être surpris qu'on hésite à s'engager dans cette voie. Si la lecture du graffite Kefrigeri Januarius... sur le plâtre du loculus creusé au IVe dans la paroi de la crypte de saint Janvier et si la présence des fragments de l'inscription damasienne sur le seuil et à proximité de l'entrée de cette même crypte ne sont pas des titres topographiques irrécusables, on pourra se demander s'il y a lieu de déplacer la crypte de Félicissime et Agapit du lieu où nous l'avons située parce qu'on a rencontré, au nord-est de la crypte de saint Janvier, dans un éboulement où on n'a pu pénétrer qu'à grand peine un débris fragmentaire d'une inscription sur laquelle on a lu 3 (fig. 10520) :
Rien ne prouve que cette pierre n'a pas été déplacée et enlevée d'un loculus proche de la crypte ou dans la crypte elle-même.
Enfin, il nous reste à mentionner le fragment retrouvé en 1870, qui a pu appartenir au titre primitif (voir Dictionnaire, t. V, col. 1250, fig. 4318) et sur lequel De Rossi proposait de lire : Urbanus ; lui-même y a renoncé après la découverte du graffite en 1874 et a accepté la lecture :
Félicissime S MARTYS Agapitus martys conjessor (voir Dictionnaire, t. III, col. 2508-2515). Le texte doit donc se lire ainsi :
ET COFF-QVIRINI • MAIO ris
Il n'est pas possible de s'arrêter, ne fût-ce qu'un instant, à la leçon : Quirini maioris imaginée pour éviter une confusion entre le Quirinus de Prétextât et l'autre Quirinus, évêque de Sciscia inhumé ad calacumbas pas avant le Ve. D'ailleurs le martyrologe hiéronymien nous fait connaître un Major conjessor, au 10 du mois de mai et peu après une mention du cimetière de Prétextât 1. Il est donc très probable que le Major de notre inscription est celui du 10 mai.
XVI. Fresques. — Nous avons donné la nomenclature des fresques du cimetière de Prétextât (voir Dictionnaire, t. V, col. 2613-2614), nous nous contenterons ici de revenir sur une de ces peintures mentionnée au n. 3, dans un cubicule décoré au début du IIe, sous cette mention trop concise : « Le pasteur défendant son troupeau. » On a en effet, et cette fois seulement, figuré le bon Pasteur autrement que gardant paisiblement son troupeau ou bien rapportant la brebis sur ses épaules. Ici, nous le voyons défendant son troupeau contre le péril qui le menace sous l'aspect de deux animaux : un onagre et un porc, qui ont assez fâcheuse réputation, quoi que les fidèles ne se soient pas interdit de prendre ces animaux en guise de prénoms. Mais dans la fresque de Prétextât, l'explication nous vient du Physiologus (voir ce nom), écrit à Alexandrie avant le milieu du IIe et qui est un manuel de symbolisme tiré de l'histoire naturelle. D'après cet ouvrage, l'onagre est la représentation du démon et le porc figure le même esprit malin. Ainsi donc, à la voûte de ce cubicule on a la preuve que, dès le IIe, on chercha à représenter le Christ protégeant ses fidèles contre les puissances de l'enfer. Jusqu'ici cette peinture est la seule des catacombes où l'on se soit inspiré du Physiologus 2 (voir Dictionnaire, t. XIII, col. 2329, fig. 9890).
Dans la crypte de Celerina, nous avons fait allusion à Suzanne, c'est que dans ce cubicule on trouva une fresque devenue célèbre qui représente une brebis entre deux loups (voir Dictionnaire, t. I, col. 903, fig. 217).
XVII. Curiosités et souvenirs. — On ne peut s'éloigner du cimetière de Prétextât sans énumérer des souvenirs qui offriraient un intérêt plus grand si on avait bien voulu situer le lieu où ils furent trouvés, les décrire, les mensurer et les dessiner. A défaut de ces précautions élémentaires la plupart de ces modestes débris restent oublies, sinon dédaignés par les archéologues chrétiens.
Maintenant dans une galerie obstruée, courte mais large, sur une paroi tapissée de briques alternant avec les moellons du tuf, un graffiti tracé en lettres de 0 m. 50 environ de hauteur [sic], sur la chaux blanche avec un pinceau, et portant ces mots :
Puis c'est un arcosolium à peu près privé de sa décoration quoiqu'on puisse y reconnaître le bon Pasteur, il, Kanzler, dans Nuovo bull. di arch. crist., 1898, p..« ><>.
- 'Ne serait-ce pas plutôt O m. 05 ? — * H. Kanzler, op.
Jonas, Daniel, et la représentation plus rare du dauphin entortillé sur le trident 6.
Les fouilles de 1872 avaient fait retrouver une niche ménagée dans la muraille et qu'on soupçonne avoir pu contenir la chaire sur laquelle saint Sixte consomma son martyre, ou bien la copie de cette chaire. Par sa forme et d'après ses dimensions, elle a pu renfermer une statue qui aura été l'objet d'un culte puis que, contre cette niche, on en voit une autre plus petite pour recevoir les lampes dont un débris a été retrouvé attaché à la muraille. Le musée de Latran possède un monument d'une haute importance qui n'est bien connu que depuis la publication photographique et qui avait été mal apprécié jusqu'alors ' (voir Dictionnaire, t. VIII, col. 1761, fig. 6913).
Cette plaque de marbre nous présente deux figures gravées au trait en relief plat, occupant les deux côtés de la plaque qui mesure 0 m. 90x0 m. 47 ; la partie centrale qui est vide de tout sujet ou toute inscription, a été restaurée avec une couche de plâtre. A gauche, un personnage vêtu de la tunique et du pallium ; assis sur une cathedra sans appuis ni dossier mais pourvue du scabellum, il est visiblement occupé à enseigner. En face de lui, un autre personnage, vêtu de la même façon, et qui offre avec le précédent une certaine ressemblance par la coiffure et la barbe, de sorte qu'on pourrait y voir un même individu en deux attitudes qui se ramènent à sa fonction car celui-ci aussi enseigne. La pose est encore toute classique et rappelle le Sophocle du Latran. L'homme est debout, ayant déroulé le volumen qu'il tient devant lui et qu'il lit ou commente.
XVIII. L'ÉPIGRAPHIE A DATE CERTAINE. Le cimetière que nous venons de parcourir est un des plus riches en marbres chrétiens portant des inscriptions. Au xvième siècle, Boldetti, Marangoni, Lupi en ont fait connaître un certain nombre dont la plupart ont disparu. Après les fouilles fructueuses de 1847-1852, le P. Marchi et J.-B. De Rossi firent transporter une partie de leurs trouvailles au musée chrétien Pio Lateranense ; ce n'est qu'en 1892 que l'on s'avisa de fixer aux parois de la spelunca magna les inscriptions dispersées dans ces parages. Au XXe, les travaux de déblaiement ont procuré beaucoup de marbres au cours des campagnes de fouilles de 1907-1909, 1920-1922, 1925-1928, 1931-1932, 1934-1935. On a même, il y a peu d'années, procédé à l'enlèvement de trente inscriptions conservées au Latran pour les restituer au cubicule du couronnement d'épines, aux galeries adjacentes et aux deux escaliers, restitution qui a été rendue possible à l'aide des notes très précises consignées par De Rossi au moment des fouilles. Les originaux enlevés au musée y ont été remplacés par des moulages. Ainsi l'aspect des lieux au moment des découvertes de 1847-1852 a pu être rétabli sur quelques points.
Nous avons donné au cours du travail qui précède un assez bon nombre de formules épigraphiques, ici nous allons nous borner à quelques textes ou symboles dignes d'attention et à quelques inscriptions datées.
I. Le texte de l'épitaphe de Livenius évoque le souvenir d'un bambin de 8 ans, qui est venu mourir à Rome après avoir suivi ses parents en Gaule et en Bretagne. Il s'agit probablement d'un fils de fonctionnaire ou de militaire et d'ailleurs ce détail vaut une date puis que la Bretagne fut débarrassée de l'occupation romaine ; d'ailleurs le texte est orné d'un monogramme dit constantinien (fig. 10522) :
On remarquera en outre quelques particularités telles que l'emploi de certaines lettres comme V et H, ensuite l'emploi de la majuscule et de la minuscule H et h pour une même lettre et de la minuscule seulement pour la lettre b.
-. Sarcophage de Bassa brisé en une trentaine de fragments qui ont été retrouvés à d'assez grandes distances les uns des autres, on a pu réussir néanmoins à reconstituer le poème épigraphique qui avait commencé par être peint au minium, les deux premiers mots, d'un type plus grand sont encore lisibles : Bassa caret... (fig. 10523).
BASSA CARET MEMBRIS VIVENS PER SAECULA
AETERIAS SECVTA DOMOS AC RECNA PIORVM
AERIA NVNC SED ENITENS QV
VI P0TI...ALENS EXPR0MITTA ORBIS
DEPPR-KAL QVAE VIX - ANN-XXI -MVII
5. Quelques marbres nous offrent des symboles tels que Noé dans l'arche, l'arche et la colombe, Daniel entre deux lions qui l'assaillent et à côté un arbre duquel s'éloigne une colombe portant un rameau d'olivier (fig. 10524) ; les courges suspendues à une treille, les trois Hébreux dans la fournaise, des orantes, des colombes.
La plus ancienne porte la date de l'année 273. Cf. De Rossi, Inscr. christ., t. i, n. 12.
« ...INCOMPARABILIS-IN NDIA . . . inJEGRilatis CASTITATIS (en 349).
5 TVRITATEM VENIENS ANNOS INSTITV TO SVPERAVIT ADEO VT SVOS CINERE S SOROR LAVDE PRECEPVA SEPVLCRO EIVS POSCERE ADCRECARI QVOD SAN CTVM ET SPIRITALE DESIDERIVM POST OBI 10 TVM VTRIVSQVE PARILIS PROPOSITI DEO DICA TA VIRCO VINDICIA PATRIS ET AM1TE PROCV RAVIT DIE-PR-IDVS APRILIS DO NN ARCADIO ET HOf/iojrio V 8. Enfin celle-ci qui vaut tout un commentaire sur les noms dits d'humilité (voir Dictionn., t. xn, -~-, MSSACAKÏTMEMBRLXIVJVÉA^MSAECVLA^ ytëffe^SSECVTADOM OSÀ^ÊcVa PI3$A4 • yôLYEkt PFLPÔBÏOS M.KV n^kçimmakwô ■ :^ ?v4 £| v ViAsros v'rrTj. a c rrs^cât i
^6VLAIVDIC !ÛCIV£DEI^>V M ENTVJWV » \ 01
; ^MAPREMLA' GAWERTLTWHACOHS0RTEMWSPICELA£Bf2i \ AEP>1AN^^EDEMIT^ VI ?OtJ^~7Vl MLACW NïkS /ML^CEIŒDEÇETÎERRASQVIACASTAJ ÎMLAQVÈ V|TASATTF)^0KNOSK£P>^ ' ,^j\t$ qvaevix1 an n x>i j r - m \ ' ! ! col. 1519-1528) ; dimensions 0 m. 90x0 m. 49 ; hauteur des lettres 0 m. 015 ; la date est le consulat de Stilicon, en 405 » (flg. 10525) :
M M
QVE INNOCENTEM MITE Q SACTINO VERE BEATI IN QVO MISERABILIS PA TER OPTAVERAT ANTE IACERE DEPOS V KAL AVG STILICHONE VC BIS C H I CR EO Vf E SCTTSVPffr^] TANTvamnnOmin edictvs QvwnocentemMUE'qsactinq I
TER QPTAVEF ATANTELACEREDEFTK V.KALAVC5T/UCHONFVCBI5C
— Épitaphe de Superbus (de nom seulement).
H. Leclercq. PREUVE LÉGALE. — Dans la relation d'un Viaggio in Germania, Baviera, Svizzera, Olanda e Francia compiuto negli anni 1761-1763 par Giuseppe Garampi (depuis cardinal) on lit qu'il se trouvait le 23 février 1762 à Constance d'où il alla visiter il célèbre monastero benedittino detto Peter(s)hausen. On lui montra une iscrizione dell' allezza e larghezza di un palmo, che dissero mandata da Roma annessa ad un corpo di un santo martire et il en transcrivit le texte ' (flg. 10526) :
QVEMCVMPARÀ
Le texte porte ces mots : Locum Vi(n)centi quem cumparavit cum suis. On pourrait citer des dizaines d'inscriptions chrétiennes mentionnant l'achat par une ou par plusieurs personnes d'une tombe souterraine ; ici nous lisons à la suite : si qui voluerit requirere, veniat in de et ce mot interrompu se continuait peut-être sur une autre plaque ; mais cette singularité est peut-être unique dans toute l'épigraphie grecque et latine.
Le mont interrompu CL E doit être ainsi complété : clemelerium pour cœmelerium, ainsi que nous en avons donné d'autres exemples (voir Dictionn., t. m, col. 1629), mais ce mot devait être suivi de la désignation dudit cimetière ainsi que nous en lisons pour l'achat d'une tombe m cumiterium Balbinœ ou m Catacumbas. Il faut bien que cette désignation soit faite puis que le défunt a prévu le cas où une réclamation serait soulevée contre sa prise de possession et où on en exigerait la preuve légale, c'est-à-dire le contrat d'achat, auquel cas le demandant qui voluerit requirere n'a qu'à s'adresser aux archives de tel cimetière. C'est là la preuve d'une organisation que nous serions satisfaits de connaître, du moins en voyons-nous par cette épitaphe tronquée l'existence et le fonctionnement ; on en peut conclure que chaque cimetière possédait une sorte de greffe où les cessions de terrain étaient enregistrées. Malgré la déplorable lacune de notre texte, il n'est pas impossible d'y suppléer en partie.
Un texte provenant de la catacombe de Domitille nous apprend que l'inscription tracée sur la tablette de marbre d'un loculus avait la même valeur testimoniale qu'aurait eu une tablette de cire ou un feuillet de papyrus déposé aux archives. Sur une grande pierre faite pour une tombe creusée dans le sol on a lu ceci '- :
VII CALENDAS FEBRARAS EGO AV R CONSTANIIVS SCRIPSI PRO AVR B IATVRINV-EVM VENDIDISSE LOC VM OVEM E M IT • AV R • L AV R E N VU calendas Febr(u)ar(i )as ego AureliusConslanft )ius scripsi pro Aurelio Biaturinu (Victorino) eum vendidisse locum quem émit Aurelius Lauren(tius). Ceci atteste l'existence d'un véritable contrat conclu entre trois personnes appartenant à la même gens Aurélia, contrat de vente faite en famille sans intervention de la corporation des fossoyeurs. Nous connaissons l'existence d'autres contrats tels que ceux d'un banquier de Pompei : scripsi eum accepisse ab L. Cœcilio Jucundo sestertios num(m)os... écrit sur une tablette de cire et le suivant sur une tablette de terre cuite encore fraîche : Custos P. Vacci Vituli ser(vus) scripsi me accepisse a...*. Il en allait de même pour les contrats d'acquisition d'une tombe ou pour une donation enregistrée légalement et expressément.
En voici des exemples : hujus monumenli exceptio chirographo contenetur 1 ; — donavi vivos chirographo 2 ; — uti in tabulis cautum est 3. Dans l'épigraphie chrétienne, les mêmes formules de contrat d'achat et de vente gravées sur une tablette de marbre attestent qu'il y avait eu un acte légal : l'épigraphie grecque nous apprend qu'en Asie Mineure cet acte était conservé aux archives municipales : à7roxsÏTai tô (xvtLyp°<<Pov èv toïç àp »/etoiç 4. Il est donc clair que notre formule : si qui volueril requirere, veniat in cle- ( mêler ium)... fait allusion à cette archive légale, non qu'elle se trouvât au siège de la municipalité, mais pour plus de facilité à l'archive ou au greffe du cimetière qui veillait à cette administration.
Il resterait à savoir si chaque cimetière chrétien était pourvu de son greffe, cela n'est guère douteux pour les plus importants, on ne peut pas affirmer que ceux de moindre étendue, situés à proximité d'une catacombe importante n'aient pas formé avec celle-ci un groupe placé sous une seule administration. Une autre question demeurée sans solution certaine est celle de savoir qui était le personnage ou l'organisation dont l'autorité intervenait au contrat. Au cours des premiers siècles de son existence, l'administration économique des cimetières romains dépendait de l'Ecclesia fratrum qui semble avoir été placée sous le contrôle des diacres des sept régions ecclésiastiques entre lesquelles la topographie de la ville entière était répartie. Comme chaque cimetière était spécialement rattaché à une paroisse, les concessions, acquisitions et donations de tombes se faisaient sous la surveillance des prêtres titulaires de paroisse. Cette situation aura duré jusque vers le milieu du IVe, quand les fossoyeurs s'arrogèrent le droit de vendre les tombes en leur nom et à leur compte ; cela ne dut pas se passer sans heurts et tiraillements, mais nous ignorons la part qui fut faite dès lors aux praepositi et aux mansionarii que nous voyons figurer dans les contrats de vente et d'achat. Est-ce à ceux-ci qu'auraient affaire les réclamants qui voulaient requirere et qu'à cet effet on adressait in cle(meterium) ? Nous l'ignorons.
H. Leclercq.
PR 1ÈRE. — I. Prières des vivants pour les morts. II. Prières des morts aux vivants. III. Prières des élus pour les vivants. IV. Prière pour la victoire des rois francs. V. Prières dans les armées byzantines.
Demelris et Leontia Sirice filie benemerenti. Mv/jaO/j ct[ou] 'Iyjctoùç ô xupioç, xexvov... travail ; nous l'empruntons au ms. 256 de la Bibliothèque nationale qui contient les quatre Évangiles en lettres onciales du VIIe (Dictionn., t. xm, col. 2077, n. 256). Ce ms. provient de Saint-Denis et renferme différentes notes liturgiques qui l'apparentent au lectionnaire de Luxeuil (voir Dictionn., t. ix,) et se rapportent au rite gallican. On y lit au fol. 103 v°, en écriture mérovingienne, une messe pour un défunt dont voici le texte :
[COLLBCTLO]. Deus cui proprium est miserere semper et purcere propiciure anima fumoli tui illi et homnia eius peccata demitte ut morlis uilculis hosalluta tranessitum meriulur had uita per dominum nostrum qui régnât.
[AJD PACBM], Husliam pru huma fumuli tui domine subplicis le rogamus ut non ad pinam sed indulgenciam consequuntur per dominum nostrum.
[COJTTSSTATIO]. Vere dignum et iustum est.ecum et salulare, domine sancle, pater omnipotens, et terne deus, suscipi domine anima fumuli tui illi et omnia eius peccata demitte ul morlis uincolis absalute transitum meriulur ud uilam. Acipi domine anima famili tui illi.
:
-cei ?iKe +ei ai e -B6N ejubera
'TFUNIHCEHÇ-IHCO$S
D'après O. Marucchi, Le catacombe romane, éd. E. Josi, 1933, p. 165, fig. 41. adsistant ci angeli lui septem : rafael estu ei sanitas, racuel estu ei aiutur luth omnibus arlefecis gabole ne timiat, mih'ail estu ei clepius iu'licia, rumiel estu ei aiutur, sallyel eslo ei proteclur, ilanail estu i sanitas. Libéra domine anima famoli tui illi, sicut libcrasli hysraillitas de monte gebuei, et iunam de uentri cetri, et danuil de laqueum leonum, sic libéra domine anima famoli tui illi ex omnibus aguscies suis, ne memineris antequarum delec uerborum et uuentutc sua sicut haquila. Haccipi domine anima serui tui ad terra uertenlem, du ei refrigerium ciuitatem tuam sanctam yerusalem ce leslem cahtoligam et que sunt pulchra et clora et preciossissema, in h une est lux indeficiens, ubi angeli tui si intermissionem orant. Rogammus te, domine climentisseme, pie pater, ut anima hec ad terra aériens ed cum angelis luis in sino habram in sinua iransferatur et in manus hgsac cl gacop conlogare meriulur et habiad partem in tua primma resurreccionem et cum uiginti et quattuor senior i bus in (ce)lo cl cum quattuor animalibus huna uoei coobalancia et dicen dicenciam concinam et dicant sanctus sunctus.
Le copiste parle une langue barbare et il est peu attentif à ce qu'il écrit (deux fois ad terra uertens au lieu de revertens). Ce texte est du type gallican, ce qui ressort avec certitude de la comparaison de plusieurs formu les avec cel les des anciens livres romains et gallicans, principalement avec le sacramentaire gélasien qui a réuni une série de prières pour un enterrement. On doit encore noter au passage dans ce texte la men tion intéressante des sept anges quoiqu'on ne lise que six noms. On connaît Raphaël et Michel, pas de mention de Gabriel, on trouve Rumiel, Raguel, Saltiel, mais qui est ce Daniel ?
Un texte épigraphi que chrétien, de provenance égyptienne, échoué à Paris, au quartier du Temple, et aujour d'hui en bonnes mains, assez grossièrement gravé et en partie efïacë a pu être reconstitué et nous offre une formule qui peut être reportée au Ve de notre ère, la voici :
+ [èxoiti.]rjOy) 6 [j.axaptT7)ç || Aeô[vTtoç è]v p.Y)vl Oapfxo(uOL) || S'tvS (ixtiwvi) 0(eo)ç àvaroxûei || [i.£Ta 6o[î]cov xal Sixaîtov sv || tô-ttco /Xoï](ç) àvaroxôcjecoç || û8[octw]v èv 7rapa8(s)îaco || Tpsftçjriç svO' àrcéSpa || ôSûvt) xal XÛ7T7) xal axe-|| vay<fj.>6ç+ayt.oç || ayioç âyioç Kûpioç || Sa6âco6, TtXv)p (vjç) 6 || oùpavôç xal Y) yî) T7)ç I âyiaç aou Sô^rjç.
« Le bienheureux Léontios s'est endormi le 4 du mois de pharmouthi de la troisième ( ?) indiction. O Dieu, donne-lui le repos avec les pieux et les justes dans le lieu de verdure du repos (ou du rafraîchissement) des e aux au paradis de délice d'où ont fui la douleur, la peine et le gémissement ; saint, Seigneur Sabaôth, le ciel et la terre sont pleins de ta sainte gloire. » L'éditeur, M. Seymour de Ricci fait observer que « la lecture et la restitution de cette inscription ne présentent que peu de difficultés. Le nom Ae6[vTioç] fréquent en Egypte est celui qui correspond le mieux à l'étendue de la lac une visible sur la pierre. Un peu plus loin, on hésitera, dit-il, entre [Tp[]T7], peut-être un peu court, et [7T£(j.tcty)], peut-être un peu long.XXOTJ est pour x^°^)Ç comme <rrevayv6ç pour aT£vay(i.6ç et, sans doute, Tpe[itp]9)ç pour Tpocpyjç. 'AvocTcaôaecoç est vraisemblablement une erreur du lapidice pour àva- <\i\)E,z<x>c, que donnent d'autres exemplaires lapidaires de la même formule.
« Il n'y a dans ce texte que des formu les chrétiennes courantes. Le début, avec la formule èxoi[i.T)0Y) ô (xaxocplTT]ç etc., est celle que l'on trouve surtout employée à Alexandrie et c'est sans doute de cette cité que doit provenir notre inscription. Le Trisagion, à la fin du texte, est rare dans l'épigraphie chrétienne. Plus singulière est la mention des pieux et des justes : ôcjIgjv xai Sixalcov ; elle a été empruntée par les chrétiens à la langue de la synagogue. Dans une inscription de l'an 330 de notre ère, conservée au musée de Nap les et provenant du cimetière juif de la voie de Porto, à Rome, une nommée Victorina est qualifiée de dicea osia l. » Ajoutons quelques brèves senten ces :
SANCTI PETRE MARCELLINE SVSCIPITE VESTRVM ALVMNVM. De Rossi, Bull, di archeol. crisliana, 1875, p. 30.
MARTER BAVDELIVS PER PASSIONIS D\E(m) DNO DVLCEM SVVM COMMENDAT ALVMNVM (Vénas que). Le Blant, Inscr., t. n,n. 708.
MARTYRES SANCTI IN MENTE HAVITE MARIA. Aquilée. Corp. inscr. lat., t. v, n. 1636.
CVIQVE PRO VITAE SVO TESTIMONIO APVD DEVM ET CHRISTVM ERVNT ADVOCATI. Xuovo bull., 1898, p. 170.
IN PACEM TE SVSCIPIANT OMNIVM ISPIRITA SANCTORVM. De Rossi, Bull., 1875, p. 19.
LEOPARDVM IN PACEM CVM SPIRITA SANCTA ACCEPTVM EVNTE ( = eumdem) HABEATIS INNOCENTE. Mus. Pio-Later., pi. lu, n. 32.
ACCIPITE SANCTI VOBIS |/r]ATRE[/n] DIGNVM MINESTRVM TVLLIVM. (Spolete.) Corp. inscr. lat., t. xi, n. 4968.
QVISQVEDEFRATRIBVSLEGERIT.ROGETDEVM VT SANCTO ET INNOCENTE SPIRITO AD DEVM SVSCIPIATVR. Mus. Pio-Later., pi. Lu, n. 10.
IL Prières des morts aux vivants. — Quelques inscriptions nous montrent les défunts réclamant en leur faveur l'intercession des vivants et ce témoignage de la croyance au purgatoire (voir ce mot) est décisif :
VOS PRECOR O FRATRESORARE HVCQVANDO VENITIS ...SIT VESTRAE MENTIS AGAPES CARAE MEMINISSE. De Rossi, Bull., 1884, p. 73 ; Inscr. christ., t. ii, p. xxx.
ROGO ORATE PRO ME DOMINO. Capoue. Corp. inscr. lat., t. x, n. 4530.
QVI LEGIS ORA PRO ME. Pouzzo les. Corp. inscr. lat., t. x, n. 3312.
ROGO VOS OMNES IN DNO IHV XPO [orale] PRO ME PECCAT [ore]. Capoue. Corp. inscr. lat., t. x, n.4525.
'O àvaytyvwcyxov eûS ;Y)Tai ÛTtèp éjxou Stà t6v K(ùpio)v. Reggio. G. Kaibel, Inscr. grœc, n. 629.
A ces différents exemp les nous ajouterons celui-ci :
Le défunt s'appelait Amachis et exerçait la profession d'apothicaire (voir Diclionn., t.xiv, col. 673) ; son épitaphe présente un avertissement adressé par le défunt sur lequel il n'est pas superflu d'attirer l'attention. Voici la première partie :
+ « Ayioç âyioç ayioç + XatpeT(e) oî tô yXuoùpavoïç. 'Hp :âç 8è èvX(pi<Tro)5'l7]aoij toû K(uptfj)û yjjagjv xal toû àyîou xal ÇcootohoG aù-roû Trvsùfzatoç OTCcoç xal û(i.etç à5 ; !.o>0rJT£ èv xaX^ 10 fôv plov s^sXOeïv. Kàyà> yàp ô Ta7t£ivoç Çvjcaç tov ôXlyov (x,oû XP°~ vov TTJÇ Çwîjç, ëxu^ov tÎ)ç £7iayyeXîaç toû 0eoû. Su 8è K(upi)s £XéY)aov (xe.... « Saint. Salut à vous, qui voyez la douce lumière de notre père qui est aux cieux. Quant à nous, faites-nous reposer en Jésus-Christ Notre Seigneur et dans son Esprit-Saint et viviliant, afin qu'à vous aussi il soit donné de quitter la vie en bons chrétiens. Car moi-même, humble que je suis, au terme de ma vie trop brève, j'ai obtenu ma part de la promesse de Dieu. Et toi, Sauveur, aie pitié de moi. » Le mort s'adresse non à Dieu mais aux vivants et, à ceux-ci, il demande le repos : « Formule hardie, exemple uni que ; à Dieu seul, en effet, ap partient pareil pouvoir. Mais Dieu écoute les prières des vivants et parfois les sollicite : VT QVISQVE DE FRATRIBVS LEGERIT ROGET DEVM1 ». Jadis il sollicitait les passants qui lisaient son épitaphe ; depuis le christianisme, il s'adresse à ceux qui assistent à ses funérail les. On croit entendre ici un souvenir lointain : '(Jpwvreç p.ou tov Tacpov... Xpîirrov - ; c'est bien ce qu'entend Amachis.
III. Prières des élus pour les vivants. — Sans nous écarter des témoins épigraphiques nous lisons la croyance que ceux qui sont demeurés dans le monde ont dans l'efficacité des prières de ceux qui sont entrés dans la béatitude éternelle. Nous en groupons quelques exemp les, tous antérieurs probablement à la paix de l'Église :
De Rossi, Bull, di archeol. crisliana, 1894, p. 58. 2° EXVPERANTIA IN PACE PETAS PO NO FELIX lire : petas p(r)o no(bis), felix. P. Aringhi, Koma sublerr., t. i, p. 521 ; Reinesius, Synlagma inscript., p. 913, n. lxv.
Suzon benedictus\pueruhis] (Deo) reddidit spiritum annorum nove/n. Verus Christus ispir(it)um {tuum accipiai] in pace cl pet(e) pro nubis.
De Rossi, Bull, di archeol. crist., 1873, p. 71.
§ ANIMA PETE ET RO
B GA PRO FRATRES ET
' SODALES TVOS
Roldetti, Osservazioni sopra i cimileri, 1720, p. 490 ; Buonarotti, Osservaz. sopra framm, di vasi antichi, p. 107. epcoTA ... Ynep hmwn De Kossi, Roma sott., t. ri, pi. xlvii, 53.
« * De Rossi, Il museo cpigrafico Pio Lateranense, pi. vm, n. 19 ; L. Perret, Catacombes de Rome, t. v, pi. lxx, 5 ; Mus. Pio-Later., pi. li, n. 19.
9 » CENTIANVS FIDELIS IN PACE QVI VIX IT ANNIS XXI MENSS VIII DIES
XVI ET IN 0 ^yg % t£v^ RATIONIS TVIS R0CES PRO NOBIS QVIA SCIMVS TE IN ~% G. Marini, Iscriz. Albane, p. 37 ; Gli atti degli fratelli Arvali, p. 361 ; L. Perret, Les catac. de Rome, t. v, pi. xx, n. 29. O. Marucchi, / monum. del museo PioLaleranense, pi. li. n. 15.
TV BENISTI-TE IN PACE-IN MENTE NOS ABETO PARENTES TVOS Nuovo bull. di arch. crist., 1933, p. 191, n. 2, au cimetière al viale reyina Margherita.
1 1° xai. . . t) tStcp u([)w OiX7)(aovi (Çï)aavT !. xa)Xtoç stt] Sûo (xerà (rà>v ocôv y)ovauov. è\r/ou Û7rsp r,- (l^ôiv (xerà t)wv àytwv ...et... a proprio ftlio Philemoni qui vixit bene annos duo cum suis parentibus. Ora pro nobis una cum sanctis.
On remarquera l'initiale du nom propre du défunt qui forme en même temps un chrisme (fig. 10528). Kirchhoff, dans Corp. inscr. graec, t. iv, n. 9663 ; De Rossi, Bull, di arch. crist., 1890, p. 143-144.
| I A 1 U->Y GO $ I A H XA OAJ » .LUC fcTHÀTOAAe TA JO N A IUON ERXOYYTT€PH >rvAr*l LON 12° On aurait pu faire un bref commentaire à chacun de ces textes, si concis en apparence et, en réalité, si émouvants et que les théologiens auraient pu utiliser pour évoquer la croyance des premières générations chrétiennes à la communion des saints (voir Dictionn., t. m. col. 2447-2154). Il ne parait pas possible de trouver rien de plus décisif que les phrases : ... et in oru(ioni(bu)s tuis roges pro nobis quia scimus te in Christo, ou bien : ...in mente nos abeto parentes tuos, mais nous citerons encore cel les-ci qui se lisent sur des tui les, indice d'une extrême pauvreté qui n'a pas permis d'acheter une pla que de marbre :
CiXapa
POSVIT • SERELICTVM • AB
PRO ME
E. Paribeni. Iscrizioni crisliane inédite, clans h'uono bull. di archeot. crist., 1910, p. 11, n. 4.
ATTICE DORMI IN PACE DE TVA INCOLVMITATE SECVRVS ETPRONOSTRIS PECCATIS PETE SOLLICITVS. Bull., 1894, p. 58.
PETE ET ROGA PRO FRATPES ET SODALES TVOS. Muratori, Noo. thés, vêler, inscr., p. mcmxxxiv, n. 9.
SANCTIQVE TVI MANES NOBIS PETENTIBVS ADSINT VT SEMPER LIBENTERQVE PSALMOS TIBIQVE DICAMVS.
Narni, en 373, De Rossi, Roma sotterr., t. ni, p. 499.
IV. Prière pour la victoire des rois francs. — La bibliothè que de Karls une possède un manuscrit orinaire de Reichenau, le cod. OOLIII, volumineux palimpseste qui, au jugement de A. Holder « fut vraisemblablement apporté en 724 d'Austrasie à Reichenau par Pirmin (t 753) ». Cette conjecture se trouve fortifiée par un texte contenu au folio 16 reclo du ms. et qui est celui d'une « prière pour la victoire des rois francs sur les rebel les ». Cette prière est écrite en onciale qu'on peut dater approximativement du premier quart du VIIE, malgré la difficulté de dater cette écriture. Voici le texte :
Due dne ds omnium Creator terribelis et fortis iustus et meserecors qui sulu.s es rix bonus sulus pris tans ' prista francora™ rigibus victuriam ut libe rati o rebelli suo sa/uenf« ' quia tu sulus pius omni potens eternus qui libe rasti israhel de oranidiis malum egipto * qui fici.sM patris elictos et sanc /i/îcasti eos 3 per uerbum tuum quod est dns ihs xps pratiques religieuses de l'armée byzantine. Dans le Slrategicon, qui date de la fin du VIe, la religion préside à la vie militaire mais avec modération, ainsi qu'il convient dans une nation chrétienne ; quelques sièc les plus tard, au xe et au xic siècle, les cérémonies religieuses ont tout envahi et l'armée a pris quel que chose de monasti que.
Deux fois par jour, le matin et le soir, dès le lever du soleil, les soldats doivent prier avant de rien entreprendre et le soir encore, ils prient après le dîner '. Ces prières sont faites en commun dans le camp et, à ce sujet, un traité attribué à Nicéphore Phocas (963-969) apporte de précieux détails *. On y lit qu'« il faut que le commandant en chef de l'armée prenne les dispositions suivantes concernant les généraux, officiers et hommes de troupe.
« Dans le camp où se trouve réunie l'armée, au moment de la doxologie * et des hymnes du soir et du matin, les aumôniers militaires doivent faire des prières ferventes, contenant un grand nombre de supplications et commençant ainsi : Seigneur, écoute notre prière, Seigneur, aie pitié de nous. Après avoir terminé les hymnes, l'ensemble de l'armée doit répéter le Kyrie eleison jusqu'à cent fois, au milieu du recueillement, de la crainte de Dieu et des larmes. Personne n'aura l'audace, au moment de la prière, de se livrer à quelle que occupation que ce soit. Si l'on se trouve occupé à un service, et dans l'état où l'on se trouve, qu'on soit à cheval ou à pied (on doit se livrer à la prière) : si l'on est à cheval, on doit descendre, se poster debout à l'endroit où l'on se trouve, tourné vers l'Est, et on doit prononcer sa prière à Dieu, pénétré de crainte. Si l'on est à pied, on doit faire de même. Mais si, une fois que l'heure de la prière fervente a sonné, un homme est surpris à se livrer à quelle que occupation que ce soit, et s'il ne prononce pas sa prière à Dieu, pénétré de la crainte de Dieu, debout et sans s'intéresser à autre chose, cet homme-là sera soumis à la flagellation, à la tonsure et aux moqueries publiques et relevé de son grade pour être placé à un poste inférieur — Voilà pour la prière. » Il faut prier avant de livrer bataille, et une fois que « la force de Dieu aura ranimé de son bras vigoureux le cœur et les esprits des troupes », alors on marchera vers l'ennemi, fût-il deux fois supérieur en nombre.
Avant la bataille, on bénira les étendards et on adressera une prédication à l'armée : le général en chargera les officiers ou les soldats exerçant le plus de prestige sur la troupe. Et l'auteur des traités résume ainsi le contenu de ces harangues : « Il faut proclamer que les victoires accomplissent la prophétie et la prédiction des saints et prédire la déroute de l'ennemi d'après les livres sacrés. » Cela ne suffit pas encore. Le commandant en chef recommandera un jeûne de trois jours, ne prenant qu'un aliment sec vers le soir. Cela fait, la veille de la bataille, les aumôniers célébreront des messes et l'armée s'approchera de la communion ; alors on marchera à l'ennemi en invoquant Dieu et la Vierge, un homme criant : « A notre aide » et l'armée répondant : « Seigneur Jésus-Christ, notre Dieu, aie pitié de nous. Amen. » — et on partira à l'assaut au pas, sans tumulte ni cri. Un coup de clairon annoncera qu'il est temps de faire cette prière : « Seigneur Jésus-Christ, notre Dieu, aie pitié de nous. Amen, et dirige-nous, les chrétiens, rends-nous capables de nous dresser et de lutter jusqu'à la mort pour notre foi et pour nos frères, fortifiant et ranimant nos âmes et nos cœurs et tout notre corps. Toi le Dieu puissant des batailles à l'incomparable vigueur, grâce à l'intercession de celle qui t'a mis au monde, mère de Dieu, et de tous les saints. Amen '. » H. Leclercq.
PRIGNY. — Nous avons décrit au mot Orfèvrerie (voir Dictionnaire, t. xn, col. 2484-2497) le trésor d'argenterie trouvé à Traprain Law, près de Glasgow et nous avons reproduit l'inscription lue sur un vase (fig. 9153) : Prumiaco efccle )sia(e ) Pict(avensis). On peut lire Prumiaco ou Prumiaco, ces lectures désignent un grand domaine gallo-romain du diocèse de Poitiers appelé jadis Primiacus, aujourd'hui Prigny, dans le pays de Retz (Loire-Inférieure). Voici à ce sujet l'opinion de Maurice Besnier : Dès l'antiquité gallo-romaine, Prigny était habité -. Il dépendait de la civitas des Pictones ; on sait par Grégoire de Tours qu'au VIe de notre ère, le rattachement du virus Ratiatensis à Nantes n'était pas encore effectué8. La désinence même du nom de Prumiacus atteste qu'il y avait là, autour de la butte sur laquelle devait se dresser le château du Moyen Age, un domaine rural. Des squelettes et des monnaies antiques ont été trouvés aux environs, près du Collet * et sur le parcours de la route moderne des Moutiers à Arthon-en-Retz 6 et des tuiles à rebord un peu au nord de Prigny, à la ferme de la Pairie s. au voisinage immédiat d'un vieux chemin qui se dirige vers le Clion, au Nord-Ouest Un autre vieux chemin, parallèle lui aussi à une route construite de nos jours, va vers le Nord-Est, jusqu'à Arthon 7. Plusieurs érudits du pays se sont demandé si, à l'époque romaine et au début du Moyen Age, il n'existait pas un port à Prigny même : « La butte et la tour semblent avoir commandé l'entrée d'un havre qui, aujourd'hui, est une prairie, mais dans lequel la mer a dû avoir accès par les canaux qui s'embouchent à Bourgneuf et au bourg des Moutiers 8. Cette hypothèse aurait été confirmée par la découverte dans cette prairie même \ de plusieurs ancres marines ' ».
C'est la position de Prigny au voisinage de la mer et sa prospérité pendant les premiers siècles de l'ère chrétienne qui expliqueraient le pillage de son église par des pirates et la présence d'un trésor de monnaies et d'argenterie provenant du pays de Retz à Traprain Law en Écosse. M. W. Ridgeway a très heureusement rapproché la trouvaille de Traprain Law de celle de 1 .« >• Mi monnaies d'argent découvertes en 1854, à Ballinrees, près de Coleraine, dans le Londonderry » ; ici et là les pièces les plus récentes, 2 à Traprain Law, 140 à Ballinvil les disparues de la Loire-Inférieure, II. 7. La baie de Bourijneiij et ses ports, dans Bulletin de la Sue. île géographie de rees sont à l'effigie d'Honorius. Us doivent provenir tous deux du butin fait en Gaule. M. Ridgeway rappelle à leur propos la légende irlandaise de Niall-aux-neuf-otages, roi d'Irlande, contemporain de saint Patrice, qui aurait régné de 379 à 406 et conduit ses bandes d'aventuriers d'abord en Écosse, puis, à deux reprises en Gaule, dans l'Armorique et la vallée de la Loire. Ce sont peut-être des compagnons de Niall qui auront enlevé à l'église du domaine rural de Prumiacus les objets de Traprain Law, enfouis là-bas à l'approche d'un danger. La présence de cette argenterie galloromaine aux environs d'Édimbourg semble bien se rattacher aux mouvements de peuplement et aux incursions maritimes qui ont suivi la mort de Théodose, alors que, au dire de saint Jérôme 12, vers l'an 406, « des nations innombrables et très féroces ont envahi les Gaules entières 13. » H. Leclercq.
PRIME. — I. Date. IL Lieu d'origine. III. Raison d'être. IV. Signes avant-coureurs.
I. Date. — L'origine et la chronologie de Jean Cassien, moine gallo-romain, offrent de moins en moins d'incertitude. Il était venu, très jeune encore, habiter la Palestine où il se fit moine et vécut jusqu'à l'âge de 25 ou 30 ans. Vers 385 à 390, il se rendit en Égypte visiter différents monastères et y consacra sept années, après quoi il reparut dans son monastère de Palestine, par conséquent vers 392 à 397, et y séjourna quelques semaines avant de lui dire un adieu définitif. C'est donc évidemment de son premier séjour, celui-ci assez prolongé, qu'il faut entendre ce qu'il écrit dans ses Institutions que : Scicndum... hanc matutinam... canonicam junctionem NOSTRO TBMPORE in nostro quo que monasterio primitus institutam « . Ce disant, il parle de l'heure canonique appelée prime, dont l'établissement doit prendre place au cours d'une période qui s'étend de 375 environ à 385-390 au plus tard.
IL Lieu d'origine. — Que faut-il entendre par nostro monasterio ? Jean Cassien, de son aveu, s'était rendu en Égypte venant de Bethleemetici cœnobii rudimentis l5. Son inséparable ami. Germain, annonçait qu'ils s'étaient engagés tous deux formellement à revenir, lors de leur départ coram cunctis fratribus, in spelseo in quo Dominas noster ex aula uteri Dirginalis c/Julsil1 ». A cela on peut ajouter ce que dit Cassien : Nostrum monasterium... non longe fuit a speleeo in quo J). S. .1 . ('.. ex Virgine nasci dignatus est« , à quoi il ajoute : In nostro monasterio... ubi I). S. ./. C. natus ex Virgine, humaine infantile suscipere incrementa dignatus, nostrum quo que adhuc in rcligione teneram ac lactentem infantiam sua gratia confirmavit 18. D'où il est permis de conclure que le monastère en question était fort rapproché de la crèche du Sauveur, puis que la communauté s'y réunissait à certains jours solennels, d'où certains se sont déterminés à faire de Cassien un moine de saint Jérôme, ce que n'ont pu admettre Tillemont1, ni le I'. Ju les Pargoire' parce qu'une maison de Bethléem, bâtie en 389, ce qui est le cas du monastère de saint Jérôme, ait pu loger pendant des années ce même Cassien parti pour l'Égypte en 390 au plus tard Ht Cassien y avait eu des confrères déjà anciens dans le cloître et qu'on ne peut placer au monastère de saint Jérôme pour la même raison lui fin, si ce dernier établit dans sa fondation l'office de prime, il est assez surprenant qu'il n'en ait jamais souillé mot.
On pourrait même être tenté de croire qu'il mit un certain temps à accueillir cet office nouveau qui était en vigueur dans le monastère de Cassien, car on n'en voit aucune mention dans VEpitaphium Paulae où la communauté de sainte Paule mime, hora tcrlia, sexta, nona, vespere, noctis medio per ordinem psalterium cantabant 3. On ne peut donc faire inaugurer l'heure de prime dans le monastère de saint Jérôme ; on n'a plus de raison de l'instaurer dans un monastère auquel auraient appartenu les moines qu'Éthéria vit dans l'église de la Nativité lors de son pèlerinage, car elle ne fait aucune mention de la maison qu'ils habitaient. Il n'y a pas lieu non plus de loger Cassien dans le monastère de l'abbé Jean, restauré par Justinien 4 dont on ne peut dire s'il existait avant 380. Voici maintenant la conjecture ingénieuse et prudente du P. Pargoire 5 :
« Lors de son passage à Bethléem, dit-il, le futur correspondant de Lausus connut un certain Poseidonios qui, pour avoir vécu de longs jours avec saint Jérôme, en disait beaucoup de mal. Ses propos confiés à Palladius « dans le creux de l'oreille » devaient trouver un jour leur place dans l'Histoire lausiaque, tout comme le nom des trois pauvres diables auxquels la présence du Dalmate avait rendu la vie impossible à Bethléem. Ce ne sont là, semble-t-il, que des cancans jaloux et rancuniers, mais il s'en dégage des renseignements utiles. A la façon dont un auteur les accueille et les colporte, on devine facilement que la ville de David possédait alors, dans ses environs, un monastère d'une orthodoxie douteuse, un petit nid de semi-origénistes où, quelques années auparavant, Cassien n'avait pas dû se trouver mal du tout. Cassien certes n'est pas un hérétique, au moins de ce côté, mais ses accointances avec les origénistes ou les prétendus origénistes ne semblent pas douteuses. Sa préface des Institutions et son traité De Incarnatione décernent de grands éloges au solitaire de Bethléem ; mais rien n'empêche de chercher ses traces à l'endroit même où Palladius entendit, une année durant, décrier le nom de Jérôme. » Ce qui le prouverait, c'est que les anciens pèlerins ne signalent aucun monastère au champ des Pasteurs. Sainte Paule, nous dit Jérôme, descendit non loin de Bethléem ad Turrim Ader, id est Gregis, juxta quem Jacob pavit greges suos et postures nocte vigilantes audire meruerunt : Gloria in excelsis Deo, el super terram pax... Là, elle y entendit peut-être l'écho des voix angéliques, mais elle n'y vit pas de moines. Arculphe n'en vit pas davantage juxta Turrim Gader, ni les deux auteurs qui ont fourni à Pierre Diacre les deux phrases suivantes : In lurrc aulem Co des (probablement Gader = Ader) domus fuit Jacob cujus jundamenta usque hodie parent, et : Ad orientem in Turre Ader, id est gregis, mille passibus a civitate segregata ecclesia est, trium pastorum dominicorum natalivitalis consciorum monumenta continens. Il faut arriver au premier quart du IXe pour rencontrer le monastère de rioiu.vt.ov : Ilpôç àva-roXïjv ir\c, Br)0Xeé|i. èari. fi.ovaeîTï)p(.ov tô XEyôiisvov IIot.jjLvi.ov, sv6a èœavY) ô »A.yyzkoç, toIç noi[ièa\.. Ce passage doit être tiré d'Épiphane. Le monastère qu'il signale ainsi pour la première fois, un peu avant 820, n'acquit jamais une grande importance et ne resta pas longtemps debout. Les auteurs contemporains des croisades ne le mentionnent déjà plus, soit qu'ils aient une phrase pour le champ des Pasteurs, soit qu'ils feignent d'ignorer ce pèlerinage. » Jean Cassien ne dit pas qu'en ce lieu du rioiuiviov on ait innové l'heure de prime ; la coïncidence avec le chant du Gloria in excelsis ne lui eût pas échappée. L'incertitude persiste, mais la convenance pour le monastère situé à l'est de Bethléem, à quelle que distance sud-est du champ des Pasteurs subsiste.
III. Raison d'être. — On lit dans les Institutions de Cassien, qu'à Bethléem les moines, après l'office nocturne suivi des laudes, allaient se reposer ; reliquas horas rejeclioni corporum deputatas a majoribus nostris invenimus. C'était là un usage traditionnel, mais les paresseux en abusèrent ; comme aucun exercice de communauté n'était là qui vînt les forcer à quitter leurs cellules, au lieu de se lever pour travailler de l'esprit ou des mains jusqu'à l'heure de tierce, ils prirent l'habitude d'attendre tranquillement dans leurs lits le signal de cet office. Une réaction s'imposait. Pour remédier à pareil état de choses, les anciens décidèrent que l'on continuerait, selon l'usage, à se reposer après la psalmodie nocturne, mais que dorénavant, au lever du soleil, à l'heure où le travail devenait possible, la communauté devrait se réunir pour réciter prime ; tout le monde était tenu au chœur, personne ne pourrait plus, comme par le passé, prolonger indûment le temps du sommeil : Cum... neglegentiores... inducius somni longius prolelarent, quippe quos vel extra relias progredi, vel de suis stratis consurgere ante horam tertium, nulla conventus ullius necessitas invitarct... decretum est... est us que ad solis ortum... jessis corporibus refectione concessa, invitait post hœc religionis hujus observantia cuncli pariter e stratis suis con surgerent. Tel est le récit de Cassien ; on n'a pas de raison de le mettre en doute et Tillemont avait dit qu'on institua « la prière de prime parce qu'il y en avait qui au lieu de travailler lors que le jour estoit venu, dormoient depuis matines jusqu'à tierce ». mais, mais la récitation ne fut pas allongée, car les trois psaumes affectés à prime, le l, le lxii et le LXxxix, avaient fait partie jus que-là des laudes matutinales. En réalité ce n'était pas une innovation puis que beaucoup de moines étaient dans l'usage de commencer l'office de laudes au lever du jour, mais à quelle date peut-on faire remonter cette pratique ? Est-il possible d'en saisir les premières traces dans un texte d'Eusèbe qui parle du deuxième sacrifice de louanges que le psalmiste offre à Dieu au point du jour ? C'est douteux, car ce psalmiste est un homme pieux quelconque, on n'oserait dire que ce soit un moine appartenant à une communauté régulière. On fera la même réserve pour le conseil adressé par saint Jérôme à Eustochium, Démétriade et Laeta dont la fillette doit mane hymnos canere. Au contraire, nous trouvons un texte ferme chez saint Basile qui demande à ses moines de réciter l'office de laudes pour offrir à Dieu la primeur de leurs pensées et de leurs sentiments. « Ils doivent, dit-il devancer l'aurore et se mettre en prière de telle sorte que le jour ne les surprenne point sur leurs couches ». Et voilà bien la destination de laudes que prime viendra suppléer bientôt.
« Telle communauté récitant le nocturne au cœur de la nuit, se reposait ensuite jusqu'aux approches de l'aurore et réservait laudes pour ce moment là ; telle autre disant les deux heures à peu d'intervalle, ou même à la suite, se trouvait n'avoir, en se levant, aucune prière à psalmodier avant celle de tierce. Le monastère de Cassien suivant cette dernière pratique, pour ses moines, les premiers instants du jour étaient libres et prime avait toute facilité d'y prendre place. Antioche, au contraire, tenait pour l'autre manière. Une homélie de saint Jean Chrysostome, prononcée très probablement dans la capitale de la Syrie, nous initie aux coutumes liturgiques suivies dans les environs de cette ville par les contemporains de Cassien. D'après l'orateur, ces moines prolongent le nocturne jusqu'aux dernières heures de la nuit : ils le terminent seulement quand le jour est près d'éclore ; ils prennent leur repos juste lors que les mondains se lancent dans leurs occupations : èreiSàv 8è 7)[i.épa p.éX>,ei. lyvénOai, Xoitt6v xal ôrav rjusïç àp< ;w ;j !.E6a twv ëpywv, èxelvoi xoapôv s/wai ttjç àvaTcaùaeax ;6. Le jour venu, tandis que les hommes du siècle sont dans l'agitation des affaires, les hommes de Dieu entreprennent leur travail dans le silence, non sans avoir à nouveau fait monter leurs prières vers le ciel : Tjiiipaç Se ye^ouivYjç... ttôXiv euyàç éw6tvàç xai. 5u.vouç. Ainsi, près d'Antioche, laudes avait presque déserté le cours nocturne, pour entrer de fait dans le cours diurne ».
PRIMICIER. — Le terme, à lui seul, dit assez qu'il désigne une prééminence. A l'origine, c'était celui qui était inscrit en tête sur une tablette de cire ou sur l'album d'une confrérie. Suidas l'entend du 7rpô>TOv tt\c, TDCÏEMÇ, celui qui lient le premier rang en un lieu quelconque. On connaît un primicerius protectoruma, un primicerius notariorum, un primicerius sacri cubiculi, un primicier domesticorum et protectorum, et combien d'autres dont Du Cange a dressé un catalogue sommaire.
Saint Augustin décernait à saint Etienne le titre du primicerius martyrum ; pour nous en tenir aux témoignages épigraphiques, nous citerons seulement quelques textes ; celui-ci de l'année 452, conservé à Saint-Paul-hors-les-Murs, jadis dans le pavement de la basilique où Philippe de Winghc copia un fragment et le P. Sirmond les deux.
HIC IACET NOMINE MATRONA C ? IN PACE VXOR CORNELI PRIMICERI CENAR IORVM FILIA-PORFORI PRIMICERI MONETARIO RVM QVE VIXIT PLM • AN • XXIII QVE RECESSIT 5 DIE MERCVRIS ORA VIII ET DEPOSITA DIE IOVIS IDVVM MAIARVM IN CONTRA COLOMNA VII CONS EL-HERCVLANI VC.
Cette inscription a été souvent publiée, la transcription de J.-B. de Rossi, dans ses Inscr. christ, urb. Romœ, t. i, p. 332, n. 754 est seule exacte. Une fois de plus, il remet à une autre occasion un commentaire sur le primicerius cenariorum, qui n'a jamais paru, et se borne à une allusion au désaccord entre savants sur l'emploi de cenarius. Jean Lami croit qu'il faut lire cellariorum primicerius, ce qui peut s'entendre de la sacristie ou du trésor d'une église, plutôt que d'un cellier ou d'une cave à provisions.
Une inscription opistographe trouvée au cimetière de Calliste, et que la date reporte à 476 et 480, porte cette mention : HIC REQVII2CET PAVLws... PRIESCOLE SECVNDE16Litterœ... PRIE quomodo supplendw sint, omnino nescio, avouait Rossi, en 1861 ; en 1867 il se décidait pour : primicerius scholœ secundœ.
A Rome, sur un sarcophage conservé dans l'église Sainte-Praxède :
IN PACE
QVI VIXIT AN LX
On notera cette nouvelle mention d'une schola secunda.
Dans l'usage ecclésiastique le titre de primicerius se rencontre à différentes reprises dans l'Église romaine et ailleurs, à partir du Ve et du VIe. A Rome, en 527, un certain Paulus presbgter et PR I MIC (erius) JITfuli) S(an)C(t)AE « ; à Lyon, en 551 un certain Etienne primicerius scolse leclorum servientium in Ecclesia Lugdunensi »(voir Dictionn., t. vin, col. 2261, li^. 7026) ; à Rome, en 565. un PRIMIC (erius) NOTARIORVMS(< »i,C('« /E ECL(esiœ) ROMANAE » ; à Crado, un PRIMICERIVS NOTARIORVM. De ces textes on pourrait allonger la liste en rappelant Grégoire de Tours, Hist. Franc. 1. IL c. xxxvn ; saint Isidore de Séville qui traite la question du primicier des clercs inférieurs dans son Epislola ad Ludefredum ; certaines règles monastiques et canoniques comme celle de saint Chrodegang et les statuts d'Amalaire de Metz, où le primicerius est considéré comme le premier du chapitre après l'archidiacre et l'archiprêtre, surveillant le bas clergé et ayant la direction du chant. On trouvera tout l'indispensable et au delà dans le traité de P.-L. Galletti, Del primicero délia santa Sede apostolica e di altri uffiziali maggiori del sacro palatio Laleranense, in-4°, Roma, 1776.
H. Leclercq.
PRIMULIAC. — I. Le personnage de Sévère. II. Le domaine de Primuliac : 1° Primuliac-Vendres. 2° Primuliac-Prémillac. 3° Primuliac-Périllac. 4° Primuliac en Bigorre. III. Les églises de Primuliac. IV. La décoration des églises. V. Bibliographie.
I. Le personnage de Sévère. — On sait peu de chose sur lui et le peu qu'on sait n'est pas sûr ; mais encore faut-il en tenir compte. Gennade nous apprend du moins son nom : Severus presbyter, cognomento Sulpitius, voici le nom propre et le nom de famille ou gentilice du personnage, et c'est par son nom propre ou, comme nous dirions, par son « petit nom » que Paulin de Noie converse avec lui dans leur correspondance. Il n'est pas le seul à user de cette familiarité que nous retrouvons chez Paulin de Périgueux et l'habitude en paraît prise chez Fortunat, Grégoire de Tours, Jonas de Bobbio, Pierre Damien, Sigebert de Gembloux qui, évidemment, n'ont pas vécu dans son intimité. D'autres sont venus qui ont préféré l'interpeller Sulpice ; affaire de goût ou d'éducation et d'assez mince importance pour ne pas s'y attarder. Pour satisfaire tout le monde, des auteurs se sont avisés d'intervertir Sulpice Sévère en Sévère Sulpice, encore que lui-même dans ses lettres à sa belle-mère Bessula et au diacre Aurelius commence par ces mots : Sulpitius Severus. C'est donc que la vieille règle romaine avait fléchi. « Après la chute de la République, dit le P. Jacques Sirmond, la coutume s'introduisit à Rome et dans les provinces, lors que les grands portaient plusieurs noms, de placer, après tous les autres, le nom propre de chacun, pratique contraire à l'ancien usage. Du temps de la République, le nom propre fut toujours celui qui était placé le premier et que l'on appelait prœnomen. Par là les frères portant un même nom se distinguaient entre eux, mais dans la suite ce ne fut plus le premier nom qui distingua mais le dernier. Ainsi, dans les derniers temps de l'Empire, le nom propre était placé le dernier 1.
L'ascendance de Sulpice Sévère et la chronologie de sa vie sont mal connues. Son ami Paulin de Noie lui écrivait un jour : Mihi « tas provectior... tu selale florenlior 2, d'où on peut conclure à une différence de quelques années entre eux. Paulin étant né en 353, cela peut conduire à placer la naissance de Sulpice Sévère vers 360 environ et cette différence d'âge qu'on peut étendre même à une dizaine d'années suffit à loger les faits qui ont précédé la conversion de celui qui « s'était mis dans le barreau, comme tous les jeunes gens de qualité avoient alors accoutumé de faire... Il parut extrêmement sur ce théâtre du monde. Il y acquit même la gloire de surpasser tous les autres pour l'éloquence et d'exceller soit dans les lettres, soit dans les dons de l'esprit 3. » Tillemont écrit : « comme tous les jeunes gens de qualité » ; il semble, en effet, qu'il fut de naissance noble car Paulin de Périgueux nous le dit en ces termes * :
Nobilitale potens, sed multo extentius idem Nobilior Christi cultu quani sanguinis ortu... et Gennade le déclare virum génère et littcratura nubilem 6. D'après ces indices on a pensé pouvoir rattacher Sulpice Sévère à deux familles bordelaises, les Sulpicii et les Severi et l'apparenter aux membres de ces familles dont l'épigraphie a permis de retrouver les traces dans la Gaule Cisalpine ; il en résulterait que l'historien et chroniqueur que nous étudions se rattacherait par les deux branches à l'historien Velleius Paterculus qu'il « prend sans cesse pour modèle et dont il imite les tours de phrase, au point que le savant Ruhnken a pu user de ces imitations comme d'un instrument de critique dans l'établissement du texte de Velleius 6 ».
La patrie de Sulpice Sévère ne laisse place à aucun doute, c'est lui-même qui nous apprend vers la fin du livre Ier de ses Dialogues qu'il était Aquitain 7, mais l'aire de la province d'Aquitaine est vaste et on ne possède aucun indice sur le barreau où l'avocat était inscrit : Bordeaux, Toulouse ou ailleurs. L'amitié contractée avec Paulin ferait pencher vers Bordeaux, la femme choisie par Sulpice Sévère inclinerait vers Toulouse puis que c'est dans cette dernière ville qu'habitait la belle-mère Bessula. Il était païen et sa femme chrétienne, celle-ci vécut peu de temps et mourut en le laissant maître d'une grande fortune.
La douleur du veuvage, l'exemple de l'ami Paulin, les conseils de Bessula paraissent avoir concouru au même but et tourné Sulpice Sévère vers Dieu. Ceci peut se placer après 390 qui semble l'époque approximative du veuvage ; c'est vers ce même temps que Paulin renonça à une carrière mondaine et distribua la plus grande partie de ses biens, ce qui n'aura pu qu'influencer son ami. Celui-ci n'avait pas été sans entendre parler à son foyer de l'évêque de Tours dont la sainteté éclatait par ses miracles ; il souhaita l'interroger et, à cet effet, lui rendit visite. « Il ne me parla, a-t-il raconté plus tard en rassemblant ses souvenirs, que de renoncer aux attraits du monde et de rejeter les fardeaux du siècle pour suivre, plus libre et plus dégagé, le Seigneur Jésus. Il me citait l'exemple le plus beau des temps présents, celui de l'illustre Paulin, qui, ayant renoncé à tous ses biens, et s'étant mis à la suite du Christ, avait, presque seul en nos jours, suivi les préceptes évangéliques ; il vous faut le suivre, me disait-il un jour, il faut l'imiter 8. » La conversion de Paulin se place vers 392, on en parlait comme d'un triomphe de la grâce divine, c'est vers ce temps ou très peu après, au commencement de 393 au plus tard, que se sera placé le voyage à Tours, les entretiens, avec l'évêque thaumaturge et la conversion. Cette visite rendue à saint Martin était un trait de caractère. Sulpice Sévère voulait connaître celui dont on lui avait tant vanté la personne et les prodiges, et l'historien qui sommeillait encore dans l'avocat voulait voir de ses yeux, entendre de ses oreilles, vérifier à leur source les faits qu'il avait appris jusque-là de seconde ou de troisième main. Déjà s'ébauchait en lui une aptitude encore ignorée : Jam ardebat animus scribere*. Il fut conquis, entraîné. Martin accueillit son visiteur avec une humilité qui le toucha et une vigueur qui l'arracha à tout ce qui le retenait encore ; il avait dû sentir qu'il s'adressait à une force disposée aux générosités héroïques, il ne lui parla que de la nécessité du renoncement pour celui qui embrasse la loi divine et le précepte évangélique. Lorsqu'on s'essaie à imaginer ce qu'ont pu être de pareils entretiens, on ne s'étonne plus de son triomphe et Sulpice Sévère ne le quitta
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que pour changer de vie et se mettre tout entier à l'œuvre de sa sanctification. Dès lors, il ne cessa plus de visiter régulièrement Martin chaque année et même deux fois dans la même année '.
Paulin est le confident de la transformation qui s'accomplit, des luttes soutenues pour s'affranchir et triompher de douces habitudes et de chères affections. De son côté, il l'encourage à soutenir le combat intérieur contre la chair et le monde 2. La xxive lettre de Paulin à son ami nous apprend l'exacte situation de celui-ci. Il n'est pas parvenu du premier coup à compléter le sacrifice, il demeure dans Le, il a vendu une partie de ses grands biens mais non pas tout, ayant conservé une de ses propriétés, sans doute celle où il vit alors en compagnie de Bessula, et il sent bien qu'il a un peu manqué d'héroïsme. Paulin lui répond : Ingemiscis quod vel unum, ut scripsisti, prœdiolum non vendidisse videaris, cum ipsum quo que, « que ut vendita, a tuo jure pru senti alienaveris... quia quse reservasli, Ecclesia, te serviente, possideat 3. Il a beau chercher une excuse en disant que son âme est détachée de ce prœdiolum et qu'il est désormais moins un propriétaire qu'un intendant de la fortune abandonnée à l'Église, il compare sa propre conduite à celle de son ami qui a su, lui, atteindre d'un coup à la perfection en se délivrant du fardeau des biens terrestres tandis que lui-même ne s'est pas dégagé de la boue de ce monde. On voudrait lire une lettre de Paulin à son correspondant si scrupuleux lui disant que même la pauvreté volontaire n'impose pas à ceux qui l'embrassent d'adopter la profession de vagabondage et de coucher à la belle étoile. Cette unique villa que Sulpice Sévère a conservée, le prœdiolum en question, n'implique pas d'ailleurs la pauvreté absolue, c'est encore un domaine d'étendue et de rapport convenables pour qu'on y fasse vivre une douzaine au moins de moines, peut-être plus, qu'on y élève des constructions, qu'on y rassemble une bibliothèque et qu'on puisse chaque année s'accorder quelque voyage. Un moment vint où Sulpice Sévère devenu chrétien et ascète, pauvre volontaire mais non pas miséreux, décida de réunir autour de lui des amis qui partageraient son existence en pratiquant les mêmes observances cénobitiques qu'il voyait en vigueur à chacune des visites qu'il rendait à saint Martin. C'est ici que se pose la question du lieu de cette retraite : Primuliacum, pour laquelle on a proposé tant de solutions différentes.
Primuliac, dirons-nous, pour abréger, est l'unique villa ou domaine ou métairie — comme on voudra l'appeler que s'est réservé Sulpice Sévère, c'est le lieu de sa résidence pendant plusieurs années, remplacement où vont s'élever deux églises et un baptistère '. Mais B « le renoncement à toutes les propriétés, à l'exception de Primuliac, s'accorde mal avec ce fait que Sulpice Sévère résidait en 394 et peut-être plus tard dans sa villa d'Éluso, qu'on représente comme lui appartenant ; en 397 et peut-être en 100, dans une maison de Toulouse qu'on croit être sienne. Car comment n'avait-il pas vendu, en 393, ces deux propriétés avec les autres ? » II. Le domaine de Primuliac. — Avant d'aborder cette question, il ne sera superflu d'écarter ou de résoudre celle qu'on vient de soulever. Ni la campagne d'Éluso (Font d'Alzonne), ni la maison de Toulouse n'auraient appartenu à Sulpice Sévère, elles étaient propriétés de sa belle-mère, Bessula, qui avait reporté sur son gendre toute la tendresse qu'elle portait à sa fille et se montrait à son égard une seconde mère.
C'était le titre que lui-même lui donnait : Sulpicius Severus Bessulœ parenli venerabili, et sous lequel il la désignait à l'ami Paulin : Sacrum sanctam in matrem sortitus œternam. On ne peut s'étonner dès lors si Bessula mettait ses domaines et ses gens à la disposition de ce gendre qui lui écrivait de Toulouse : « Mes secrétaires sont vos obligés. Je ne puis me fâcher contre eux s'ils vous obéissent ; car ils sont entrés à mon service par votre générosité et ils n'ont pu se faire encore à l'idée qu'ils ont cessé d'être vôtres pour devenir les miens ». Comment se refuser à croire qu'il en est de même à Toulouse et Font d'Alzonne où Bessula laissait à son gendre l'usufruit de la propriété. Si on accepte cette explication, on ne s'étonne plus que Sulpice Sévère ait pu vendre tous ses biens sauf le prœdiolum de Primuliac et résider parfois néanmoins à Toulouse et à Font d'Alzonne comme chez lui.
Ainsi déblayée, la question de Primuliac est encore assez encombrée.
Afin de faire le plus large possible le champ des recherches, on a imaginé d'envoyer naître cet Aquitain à Toulouse afin sans doute d'incorporer la Narbonnaise à l'Aquitaine pour y localiser Primuliac. Et il en est de même pour Font d'Alzonne, que certains confondent avec Éauze (Eluso et Elusa). Quoi que cette extension de l'Aquitaine jusqu'à la Narbonnaise inclusivement ait pu être soutenue 6, elle paraît devoir être abandonnée.
Quant à Primuliac on n'a que l'embarras du choix lorsqu'il s'agit d'en déterminer l'emplacement. Il serait fastidieux et inutile d'énumérer toutes les localités proposées aux environs de Vendras (Hérault), de Caunes (Aude), de Béziers, d'Agen, ou même de Tours : ; on se promène ainsi depuis le Béarn jusqu'à la Dordogne et de Bordeaux à Narbonne, sans obtenir une solution satisfaisante. Enfin il faut accorder une mention à la Bigorre.
1° Primuliac-Vendres. — La présence d'un tumulus situé à Saint-Bauzille d'Esclatian (comm. de Vendras) a suggéré la possibilité d'y placer Primuliac. Ce tumulus se compose d'un large rocher de pierre calcaire dont la surface grossièrement aplanie forme à peu près un cercle de 30 mètres de diamètre, sa superficie était creusée de plus de 150 auges funéraires. Ce cimetière monolithe est remarquable par le resserrement des tombes, par leur forme anthropoïde, par leur orientation rigoureusement constante, les pieds au Levant. Il y a au centre géométrique du tumulus un puits profond, et, dispersés entre les tombes, des trous coniques où, probablement, se trouvaient les débris de poterie mentionnés sans autre précision. Presque jusqu'à nos jours, ce lieu de sépulture était vénéré par la population locale ; une croix était plantée et, le jour de Pâques, tout le pays s'y rendait en procession.
Cette croix et ces processions s'expliquent suffisamment par la présence des tombes, parmi lesquelles on n'a pu relever aucun symbole ni indice chrétien. La mention d'une chapelle à Saint-Bauzille d'Esclatian, cum ipso pogio (le tumulus) cl cum ipsa cclla et cum ipso cimeterio, en 071, n'apporte aucune preuve que la donation de cette terra à deux églises de Béziers confirme une donation du V siècle à ces églises par Sulpice Sévère qui, après s'être dépouillé de tous ses biens, s'était réservé Primulia.
Ce nom ne peut s'entendre d'un premier étang, primus lacus, il doit s'interpréter du nom de l'ancien propriétaire Primulus auquel est venu s'ajouter la désinence iac, comme on en connaît en Gaule des centaines d'exemples (voir Dictionn., t. ix, au mot No vis de lieux). Le voisinage supposé entre primas locus et Eluso — voisinage d'ailleurs imaginaire — ne répond pas au lieu dit Luz ou Luch, près de Béziers, car Eluso (Font d'Alzonne) est une statio entre Toulouse et Carcassonne.
D'autres arguments invoqués ne sont pas plus concluants : le Gavidius episcopus noster est un évêque erratique, sans siège connu. Saint Paulin prie son ami de lui envoyer du vin vieux qu'il croit posséder encore à Narbonne, mais la lettre est de 396 ; or, en 395, Sulpice Sévère est à Font d'Alzonne, en 397 à Toulouse, et ce n'est qu'en 400 qu'on l'entend parler de Primuliac ; d'ailleurs il n'était ni long ni difficile de faire une commission de Font d'Alzonne ou de Toulouse à Narbonne. Une phrase de Postumien (Dial., I, i, 3) nous apprend qu'il a mis cinq jours par mer pour aller de Narbonne en Afrique, ce qui ne nous apprend rien sur l'emplacement de Primuliac ; au retour, de Narbonne à Primuliac, Postumien a voyagé sept ou huit jours par terre.
Mais c'est Sulpice Sévère lui-même qui va nous apporter un supplément de démonstration à propos de la marche à soutenir pour aller de Marseille à Primuliac. Au début du Dialogue I« , on lit : Tu modo propler quem tôt maria transnavigavimus, tant uni que terrae transcucurrimus, complectendum, perfruendum que te, remolis omnibus, trade. Et, plus loin, Sulpice Sévère dit à son ami : Enimvero salis probatis quantum plus amor possil, qui nostri causa tôt maria, tantum que lerrarum emensus, a summo fut ita dicam) solis egressu, us que in ejus occidua venisli.
Nous avons ici, dans ces deux phrases, par deux fois, la description du voyage de Postumien : 1° un long voyage par mer, d'Alexandrie à Narbonne, loi maria transnavigavimus ; 2° un long voyage par terre, de Narbonne à Primuliac, tanlum terrse transcucurrimus. Il devient, dans ces conditions, impossible de concilier le texte avec un Primuliac qui serait situé dans la commune de Vendres, au bord de la mer, et avec un Primuliac qui se trouverait à trois jours seulement de marche de Narbonne, vers le pays de Caunes.
2° Primuliac-Prémillac. — On sait que la toponymie se tient et se donne pour une science « exacte ». Étant donné un vocable latin on doit le trouver diversement altéré, mais reconnaissable quand même dans le mot français qui a pris sa place suivant telle ou telle région ; c'est ainsi, nous dit-on, que « le mot de Primuliacum — qui est devenu ailleurs Prcmilhat (Allier), Prémilly (Vienne), et Prémillieu (Ain) » — n'aura pu donner, dans la région aquitaine, que Prémillac, qui se retrouve dans un hameau de 98 habitants (comra. de Saint-Sulpice d'Excideuil, canton de Nouail les, Dordogne). Par une rencontre fortuite, un village voisin se réclame du nom d'un saint Sulpice qui a de grandes et sérieuses chances d'avoir été, en son vivant, évêque de Bourges au VIIE.
Lors que les habitants de Primuliac devaient s'embarquer, ils se rendaient à Narbonne et nous savons (Dial., I, il, 3) que le moine Postumien, en 404, en se hâtant, mit huit jours à se rendre de Narbonne à Primuliac, mais était-ce à pied ou à cheval ? Or, nous savons par saint Paulin (Epist., i, 11) qu'en 391, un esclave a pu faire le trajet de Font d'Alzonne à Barcelone en sept jours, par conséquent à cheval ou en voiture. D'après les anciennes cartes routières, on voit que la route de Narbonne à Prémillac (à 30 km. N.-E. de Périgueux) équivaut à peu de chose près à la route de Font d'Alzonne à Barcelone ; dès lors Postumien a pu se rendre en huit jours de Narbonne à Prémillac. — Disons à Prémillac où partout ailleurs qui se trouve à huit journées de Narbonne, car rien ne permet de soutenir que Prémillac soit notre Primuliac.
Pour attirer Sulpice Sévère dans le Périgord, voici à quels arguments on s'est trouvé réduit. Nous citons : « Sulpice Sévère ne nomme pas la cité de Périgueux à laquelle il aurait appartenu par sa résidence — non point par sa naissance ; il devait sa fortune à son mariage 3 et Primuliacum pouvait être un domaine de sa femme — qu'une seule fois dans sa Chroni que (II, xlv, 7) à la fin de son récit de la querelle arienne. Quand l'empereur Constance fut mort, dit-il, et (pic l'Eglise gauloise fut revenue à l'orthodoxie, on déposa le chef du parti arien, Saturnin d'Arles. « Paternus de Périgueux, non moins obstiné et qui ne craignait pas de proclamer encore son hérésie, fut également chassé du sacerdoce. On fit grâce aux autres. » On pourrait bien supposer ici qu'il y eut en réalité d'autres destitutions, et (pie Sulpice Sévère n'a connu en fait de victimes de la réaction orthodoxe, avec Saturnin d'Arles dont la condamnation était mentionnée par Hilaire de Poitiers, que l'ancien évêque de la cité où il écrivait. Mais ce ne serait là qu'une hypothèse, vraisemblable seulement si nous étions sûrs que Sulpice habitât la cité de Périgueux ». Or, c'est précisément ce qui est en question, d'où on doit conclure que l'hypothèse n'est même pas vraisemblable.
Quant au rapprochement présenté qu'on va lire, il a été apprécié en même temps qu'exposé : « Sulpice Sévère paraît bien avoir habité le territoire de Périgueux, et ce fut un habitant ou du moins un originaire de cette même cité, Paulin de Périgueux, qui traduisit en vers la Vita Martini et les Dialogues. Qu'on ne se hâte pas de voir dans cette coïncidence une confirmation de l'hypothèse Primuliac-Prémillac ; elle en ferait plutôt douter. Le poème de Paulin de Périgueux ne lui fut pas inspiré par sa piété envers saint Martin ni envers Sulpice Sévère. C'était un versificateur, peut-être gagé, qui exécutait une commande de l'évêque de Tours, Perpétuus, l'organisateur du culte de saint Martin. Pour quoi ne dit-il pas dans la lettre-préface qu'il adressa à Perpétuus, que le lieu de la petite patrie l'attachait à son modèle Sulpice Sévère ? Pour quoi le portrait qu'il trace quel que part de celui-ci (I. V, vs. 195-211) est-il fait de généralités qui ne supposent aucune information précise ? Le témoignage du Périgourdin serait donc plutôt négatif. — Mais ce n'est guère un témoignage, nous ne sommes pas sûrs que Paulin de Périgueux habitât Périgueux ; il était d'ailleurs postérieur à Sulpice Sévère de deux générations ; et il a pu s'abstenir volontairement, dans son humble travail de traduction, de toute réflexion personnelle l. » Il n'y a donc pas lieu de s'attendre à une identification possible entre Primuliac et Prémillac et si, comme on l'a avancé, le sol de Prémillac est « jonché de restes gallo-romains2 », il faudra les mettre au jour, les étudier et, alors seulement, prendre la conjecture au sérieux.
3° Primuliac-Périllac. — Nous voici dans un hameau du canton de Villeneuve-d'Agen, à 2 kilomètres de Cancon et à 15 kilomètres au sud-est de Lauzun. Un certain abbé Barrère, renforcé de quelques compatriotes agenais, avait cru découvrir dans l'église Saint-Pierre de Périllac, entièrement disparue, ce qui restait de l'oratoire de Sulpice Sévère. A quelques centaines de mètres, un certain Massip prouva l'existence d'une villa gallo-romaine et d'une bourgade qui est devenue la ville de Cancon. « Le sol, disait-on, est encombré de débris de poteries antiques, de tui les à rebords, de pierres et de ciments de toute espèce ; et on y rencontre partout, à une profondeur qui varie de 0 m. 60 à 2 mètres, des fondations de murail les en pierre et en ciment, dont la plupart portent la trace d'incendie. » Au lieudit le Barron, on signale les ruines d'une riche villa gallo-romaine.
De là à conclure à la découverte de Primuliac, le pas fut aisé à franchir ; il suffit de se reporter à une carte de l'évêché d'Agen, dressée en 1679, par Sanson, pour constater que « Périlhac n'y est représenté que par le mot Péri, et tout à côté est écrit le mot Milhac, qui désigne le petit village situé à 2 kilomètres au Nord-Est, ce qui fait Peri-Milhac. Or, entre F'erimilhac ou Primilhac ou Primuliac, nous ne voyons aucune différence.
« Ces deux noms de Périlhac et de Milhac, si rapprochés l'un de l'autre semblent caractéristiques. Et c'est une preuve de plus (sic) que dans ces parages doit se trouver Primuliac 3. » Rappelons-nous que Postumien partant d'Alexandrie pour se rendre en Gaule, en 249, mit dix jours pour se rendre de Marseille à Primuliac ; or, il a pu aller facilement de Marseille à Narbonne par mer en un jour. De Narbonne il a donc neuf jours (ou bien huit, afin de ne rien précipiter) pour gagner Primuliac, mais ce délai permet également à Postumien de se rendre de Narbonne dans le Périgord, ainsi l'Agenais n'y gagne rien.
Quant aux poteries gallo-romaines, aux tuiles à rebord, aux traces d'incendie, on pourrait dire presque sans exagération qu'il suffit de gratter un peu la terre en Gaule et ailleurs pour en découvrir à volonté. Un pays qui a plus de vingt siècles d'histoire civilisée sous ses pas n'a que l'embarras de choisir ces sortes de témoignages. Enfin, il y a Péri et Milhac, la rencontre est fortuite et surtout stérile. Elle ne prouve que ce qu'on peut vouloir lui faire dire au service d'une hypothèse ; heureusement les philologues sont aux aguets.
4° Primuliac en Bigorre ? — Deux lettres écrites par saint Paulin de Nole à Sulpice Sévère dans les années 401-403 nous apprennent que ce dernier avait fait bâtir, vers ce même temps, une église neuve plus grande que celle qui existait déjà et un baptistère en forme de rotonde entre l'ancienne église et la nouvelle. Cette fixation sur un domaine invite à croire qu'à cette époque Sulpice Sévère avait renoncé définitivement à toute pensée de se transporter ailleurs avec ses compagnons de vie monastique. C'était, en effet, dix années auparavant, vers 393 ou 394, que Paulin lui écrivait (Epist., v) : « Je l'avoue, bien qu'il ne puisse rien y avoir de plus doux que votre présence, cependant le désir de vous voir s'est d'autant plus enflammé que vous m'avez promis d'arriver entouré de nombreux frères spirituels. Est-ce que ce temps viendra jamais, est-ce que jamais brillera le jour où je presserai entre mes bras mon cher frère entouré d'une troupe d'élus de Dieu ? » Ce voyage de Primuliac à Nole ne se réalisa jamais. Du jour où un propriétaire se met à bâtir sur son terrain, c'est fini pour lui des longs déplacements. Outre Postumien et Gallus, il y avait là le moine Clair, venu de Marmoutiers pour diriger la jeune communauté dans les voies spirituelles 4. Là aussi, se trouvaient Victor et Théridius et Vigilance.
Sulpice Sévère se trouvait donc implanté à Primuliac. Reste à savoir où se trouve cette localité ? On a tiré argument, avons-nous déjà dit, d'une demande à lui adressée par saint Paulin (Epist., v) de lui faire expédier à Nole une ou plusieurs barriques de vin vieux que celui-ci avait encore à Narbonne, mais c'est là un de ces services qu'on se rend entre amis lors que l'un se trouve en Gaule et l'autre en Italie. Où que se trouvât Primuliac, Sulpice Sévère s'en trouvait plus rapproché que Paulin ne l'était à Nole et mieux à portée, par lui-même ou par un correspondant, de faire expédier une pièce de vin à l'étranger. Même à Bordeaux, pour supposer au plus loin possible, les relations commerciales avec Narbonne étaient courantes et quasi journalières et Paulin ne pouvait que trouver la demande toute naturelle lorsqu'il s'adressait à son ami pour lui dire : Ut, si necesse fuerit, deficientibus a me et libertis et servis et fratibus, tuam curam impendas et ordinare digneris qualiter ad nos vinum vetus, quod Narbone adhuc nos habere credimus, pervehatur. Ne timeas, frater sancte, damnum, si nos feceris etiam pecuniae debilores1. Il n'y a donc rien à conclure au point de vue de la localisation de Primuliac. Autre chose : On est exposé à entendre ou à lire que Primuliac et Eluso étaient peu éloignés l'un de l'autre. Cette affirmation a été mise en circulation pour la première fois au XVIIe, par Héribert Rosweyde, et encore sous une forme hypothétique : Primuliacum... fuerit non longe ab Elusone ; or, ni Paulin, ni Sulpice Sévère n'autorisent cette conjecture, ce qui fait que la position d'Eluso ne peut servir à localiser Primuliac, même approximativement. Cette position se trouve indiquée d'une manière vague dans la lettre ire écrite par Paulin à Sulpice Sévère, de Barcelone, en décembre 393. Dans cette lettre, il l'invite à venir le voir avant Pâques, et lui dit qu'il pourra faire le voyage d'Eluso à Barcelone en huit jours. D'après cette indication on a cherché à fixer Eluso qu'on a confondu avec Elusa (Éauze) ; on a pu voir dans ce qui précède que nous identifions Éluso avec Font d'Alzonne 2 et on trouve cette station indiquée dans l'Itinéraire de Bordeaux à Jérusalem, en 333, où Éluso est indiquée entre Toulouse et Carcassonne, presque à mi-route, près du col de Naurouze (commune de Montferrand). Mais, une fois de plus, cette détermination reste indépendante de la situation de Primuliac.
Ainsi la question reste entière. Peut-être pourra-t-on approcher de la solution en recherchant d'autres indices que ceux qui ont été jusqu'ici étudiés. Les relations sociales de Sulpice Sévère nous le montrent lié avec des personnages de la région voisine des Pyrénées, et notamment avec un chrétien nommé Vigilance qu'il envoie à Nole chez Paulin d'où il revient le retrouver à Primuliac. Or, ce Vigilance n'est pas un inconnu (voir Dictionn., t. ix, col. 2687), il s'attira les foudres de saint Jérôme et il était originaire du pays de Comminges (Lugdunum Convenarum). Assurément l'indication est à retenir, mais ce n'est rien de plus qu'une indication ; même si Vigilance a appartenu pendant un temps au monastère de Primuliac on peut hésiter à y voir l'indice que Primuliac fût situé dans la région pyrénéenne. Évidemment il faut autre chose.
Voici un autre ami de Sulpice Sévère, c'est le prêtre Didier, aux instances duquel il céda lorsqu'il consentit à publier la Vita Martini, dont la préface est, en quelque sorte, une lettre adressée à Didier. Ce Didier était en relations, lui aussi, avec saint Paulin et, à lire leurs lettres, on est amené à croire avec Tillemont que Didier et Sulpice Sévère étaient fort unis « et qu'ils demeuraient dans le même pays 3 » ; ce qui est aussi l'opinion de l'éditeur de Sulpice Sévère : « De ces passages contenus dans la lettre xliii, 2, il faut conclure que Didier habite avec Sévère ou du moins en un lieu peu éloigné. » Didier, toujours au jugement de Tillemont, estoit prêtre d'une église... vers le pays de Cominge » et dom Vaissète « croit qu'il est le même que celui que Sévère Sulpice appelle son frère et à qui il envoya le premier exemplaire de la Vie de saint Martin ». Nous voilà donc une deuxième fois attirés vers la région du Sud-Ouest, dans le voisinage des Pyrénées, en un lieu qui serait peu éloigné de la résidence de Sulpice Sévère et qui confine à la ville où habitait l'hérétique Vigilance.
Rapproché de l'indice précédent, celui-ci n'est pas négligeable et favorise l'opinion qui chercherait à découvrir Primuliac dans les parages où nous voyons établis Vigilance et Didier.
« Ici cependant nous cherchons en vain un nom qui rappelle, même de très loin Prumuliac, Prémillac ou Périllac. Par contre on rencontre deux fois Saint-Sever, dans la Bigorre et dans le Tarbelais. Le dernier peut être écarté tout de suite, puisqu'il se réclame du martyr de ce nom ; l'autre appelle un plus long examen : c'est Saint-Sever-de-Rustan 4 (= S. Severus de Albiciaco in valle Russitana) à 15 kilomètres au nord-est de Tarbes, au bord de l'Arros. On peut admettre qu'un homme riche qui renonce à ses biens et ne se réserve qu'un prœdiolum l'ait choisi dans ce lieu, solitaire sans être désert, où il a pu espérer jouir de la paix et de l'oubli, sans prévoir la catastrophe de l'invasion prochaine. Ce serait donc là qu'il aurait bâti une première église, ensuite une deuxième plus spacieuse et, entre les deux, un baptistère. Quand tout eut sombré, que des années et peut-être quelques centaines d'années eurent passé sur ces lieux profanés, un monastère nouveau fut construit et un souvenir se réveilla, non celui de Primuliac, à jamais éteint et aboli, mais celui du lointain fondateur : Sulpice Sévère. Hâtons-nous d'ajouter qu'on ne connaît absolument rien de l'époque de la fondation de Saint-Sever. Les fondations des autres monastères par les ducs de Gascogne et les comtes de Bigorre sont constatées par des chartes. Ici tout est ignoré 6 ».
Qu'advint-il de cette maison qui aurait pu s'appeler Primuliac ? Avant le XIe, elle était ressuscitée puis que c'est du monastère de Saint-Sever qu'en 1010 le fondateur de Saint-Pé-de-Générez tira le premier abbé de cette nouvelle maison, lequel n'était autre que Arsius, abbé de Saint-Sever. Mais entre le début du ve et le début du XIe on ne sait rien. Le monastère a-t-il duré seulement jusqu'en 407 et a-t-il disparu lors que les Alains, les Vandales et les Suèves traversèrent la Gaule comme une trombe dévastatrice pour s'engouffrer en Espagne ? Ou bien n'aura-t-il été épargné que pour succomber plus tard ? Il est remarquable qu'il entre dans l'oubli le plus complet et que Sulpice Sévère disparaît lui-même de l'histoire sans qu'on sache rien de sa fin.
S'il disparut en 406, il n'était pas encore relevé au VIe, car Grégoire de Tours qui consacre deux courts chapitres à saint Sever de Bigorre n'y fait pas allusion 6. S'il fut relevé alors ou peu de temps après, on est en droit de s'étonner de ne pas lire ce nom, en 817, lors du dénombrement des abbayes à l'assemblée d'Aix-la-Chapelle. Ceci porterait à admettre l'affirmation du Gallia christiana qu'il avait disparu une deuxième fois, en 732, lors d'une invasion des Sarrasins '. Quant au monastère d'où, en 1010, on tira l'abbé Arsius, il dura jusqu'à la fin du XVIe.
On ne s'étonnera pas, dès lors, que sous ces reconstructions successives, il ne faille pas s'attendre à ce que le monastère du prœdiolum de Sulpice Sévère n'ait laissé aucune trace. Les ruines et le vocable Primuliac étaient remplacés. Le nom n'était pas tellement incorporé au domaine qu'il ne pût s'en détacher et périr. Peut-être était-il récent et avait-il remplacé quelqu'autre ? Sulpice Sévère n'a pas songé à le changer, mais, lui disparu, l'oubli vint et ce nom d'un particulier parla moins haut que celui dont un désastre tragique n'avait pas aboli le souvenir de la fondation pieuse et du bien qu'il avait répandu dans le pays. Nous ne faisons que redire des raisons qui ont été présentées avec une conviction communicative : « Pour quoi voudrait-on nous obliger à représenter un lieu de Primuliac ? Donnée à la villa de Sulpice Sévère, par un de ses parents, un Primulus ou une Primula dont les noms se rencontrent assez communément dans les inscriptions sous-pyrénéennes, cette appellation n'était pas si incorporée au domaine qu'elle ne pût en disparaître. Et le nom de Primuliac en avait sans doute remplacé un autre. Pour quoi le nom de Sévère ou quel que autre n'aurait-il pas pris la place de Primuliac ? On comprend que Sévère ait conservé à sa villa le nom que son parent lui avait donné, on ne comprendrait pas pour quoi ceux qui vinrent après lui auraient dû continuer à appeler le domaine la villa de Primulus plutôt que celle de Sévère, le transformateur de la villa, le bienfaiteur de la contrée. D'une villa païenne ou mondaine à tout le moins, Sévère avait fait une sorte de monastère ; il y avait bâti deux églises et un baptistère ; il en avait fait un hospice pour les pauvres et les malheureux. N'aurait-il pas été juste que l'admiration et la reconnaissance changeassent ce nom de Primuliac, qui rappelait un propriétaire quelconque, en celui de Sévère, qui avait autrement mérité de la religion et de ses concitoyens ? » Ce ne serait d'ailleurs qu'un nouvel exemple parmi beaucoup d'autres de l'abandon d'un nom de lieu primitif et de la substitution qui lui fut faite du nom d'un bienfaiteur local ; ainsi sans nous écarter de la région pyrénéenne nous voyons Bencus faire place à Saint-Savin, Geyres disparaître pour devenir Saint-Pé, Orra s'effacer devant Saint-Lézer et Lugdunum Convenarum devant Saint-Bertrand-de-Comminges.
Nous avons dit plus haut que Sulpice Sévère disparaît de l'histoire vers l'année 406 et personne, parmi ses contemporains ou ceux qui sont venus après eux, ne semble s'être préoccupé de rechercher la fin du biographe célèbre de saint Martin, du converti fameux à qui saint Paulin avait écrit (Epist., v, 5, 6) : « Votre conversion est un bien plus grand miracle de Dieu que la mienne. Tout je une encore, honoré, riche, célèbre, le premier orateur du barreau de votre ville, vous avez d'un coup secoué le joug du péché et rompu les liens mortels de la chair et du sang. Renonçant d'un geste sublime à la vaine gloire, vous vous êtes mis à la suite du Christ, et vous avez préféré les prédications des pécheurs aux écrits de Cicéron et à tout ce que vous eussiez été capable d'écrire. » Le silence qui s'est fait sur un homme tellement en vue paraît surprenant, cependant on a pensé découvrir Sulpice Sévère dans deux chapitres du De gloria confessorum de Grégoire de Tours qui, après avoir parlé au c. xlix du prêtre Juslin et du piètre Misselin qui vécurent dans la cité de Bigorre, aborde au c. l, le personnage de Sévère, prêtre de la même civitas qui bâtit une église dans son domaine de Sextiacum et, plus tard, une nouvelle église dans un autre de ses domaines, peu distants l'un de l'autre puis que chaque dimanche, il desservait ces deux paroisses situées à vingt milles romains, soit 29 ou 30 kilomètres, ce qui est faisable à cheval. Ce prêtre Sévère donnait largement aux pauvres et fit préparer dans une de ces églises le tombeau où il fut enseveli et faisait des miracles. Parmi ces miracles il y a celui d'un lis qui se dessèche et refleurit annuellement, prodige qui reparaît au c. lxxiv du De gloria martyrum, mais cette fois sous le nom d'un personnage appelé Genès et non plus Sévère. Que la légende se ramène à un seul personnage, c'est vraisemblable ; que ce soit Sévère qui doive en retirer le bénéfice, c'est possible, mais que ce Sévère soit celui de Bustan, celui de Primuliac, en un mot Sulpice Sévère, l'historien célèbre de saint Martin de Tours, et que Grégoire de Tours n'en ait rien su, et rien dit, c'est une autre affaire.
On a pu le soutenir cependant et faire valoir quelques arguments. Grégoire de Tours nous dit que Sévère de Bigorre était prêtre et Gennade avance la même chose touchant Sulpice Sévère. Grégoire dit que son confesseur thaumaturge était nobili stirpe progenitus et Paulin de Périgueux s'exprime de même à propos de Sulpice Sévère. Grégoire de Tours parle encore de la vertu et des aumônes du personnage, mais c'est là un lieu commun qui est applicable à presque tous les saints, on souhaiterait des indices mieux caractérisés. Ce ne sera pas ce qui est dit des deux églises bâties à 29 ou 30 kilomètres l'une de l'autre qui pourra être rapproché du baptisterium basilicis duabus interpositum, car avec Grégoire il s'agit de Sextiacum et d'un autre domaine très éloigné, avec Paulin du seul prœdiolum de Primuliac. Grégoire mentionne la présence de reliques dans les deux églises bâties par Sévère, or Sulpice Sévère les recherchait avec zèle pour ses deux églises, en cela l'un et l'autre ne faisaient que se conformer à la discipline de leur temps, qui est aussi celle de nos jours. Enfin le goût du Sévère de Grégoire pour les lis ne manquerait pas de s'affirmer chez Sulpice Sévère s'il l'avait ressenti ; or, il semble que ce soit tout le contraire car, à la fin de son IIIe dialogue, il charge son ami Postumien de fleurir la tombe du cher Pomponius enterré près de Ptolémaïs ; l'occasion s'offrait comme d'elle-même à un auteur familier avec les saintes Écritures de prescrire les lis dont la mention est si fréquente dans la Bible, or il lui parle de couvrir la tombe de « fleurs de pourpre ». Enfin le Sévère de Grégoire fut enseveli dans le tombeau qu'il s'était fait préparer alors qu'on ignore tout de la fin de Sulpice Sévère.
L'identification des deux personnages en un seul ne s'impose donc pas.
Si, comme on l'a avancé, Grégoire de Tours a puisé ses informations touchant le prêtre Sévère dans la tradition orale et qu'il a mis à contribution Amelius de Bigorre qu'il rencontra à Paris, on aura peine à s'expliquer comment ce dernier l'a entretenu des prodiges d'un saint homme qui s'appelait Sévère et ne lui ait pas dit que c'était le biographe même de saint Martin, ce qui ne pouvait qu'intéresser un évêque de Tours.
Ce ne sont pas les seules difficultés. On a vu que le prêtre Sévère est établi à Sextiacum et le monastère de Saint-Sever-en-Bustan est désigné à Abiciacum dont le Gallia christiana fait Aibiciac*. On lit dans le Cartulaire de Saint-Victor de Marseille la donation suivante en 1087 : Ego Centullus episcopus et uxor mea Beatrix pro remedio animarum nostrarum et parentum nostrorum, monasterium sancti Severi confessoris, in valle Rostanensi, in loco Abiciaco, silum in episcopatu Tarbiensi, in comitatu Bigorritano... donamus, concedimus, d'autres préfèrent Aibiciac ou Abiciac, ce qui importe peu, sauf pour prouver que le monastère de Saint-Sever s'élevait à Albiciac qui ne peut être confondu avec Primuliac. Si ce dernier nom est tombé dans l'oubli pour faire place à Saint-Sever lors de la reconstruction du monastère, ce ne peut être qu'à une époque où les habitués toponymiques gallo-romaines avaient si complètement disparu que nul ne se serait plus avisé de changer Primuliac en Abiciac, à moins d'insérer le prœdiolum de Primuliac dans le territoire plus vaste d'Abiciac, vocable qui lui serait postérieur peut-être de deux ou trois siècles. L'explication peut difficilement être prise au sérieux et la situation du site de Primuliac n'en devient pas plus claire.
Surtout elle ne se rapproche pas de l'énigme que Sextiacum sur lequel, dit Longnon, « on est très peu fixé... il faut attendre que les recherches des érudits bigourdans fassent connaître, d'après des documents inédits ou peu connus, quelle localité détruite dont le nom rappelle celui de Sexciacus et qui soit située à une distance de vingt milles (29 ou 30 kilomètres) de Saint-Sever-de-Rustan et en même temps dans la Bigorre », par où l'on voit que Longnon admet que Saint-Sever-de-Rustan serait la deuxième des églises où, chaque dimanche, le prêtre Sévère de Grégoire allait dire la messe. Or, voici ce prêtre Sévère en possession de deux paroisses ou, s'il l'on préfère, de deux domaines sur lesquels il a bâti des églises, mais cela n'est plus le cas de Sulpice Sévère qui ne s'est réservé qu'un prœdiolum à Primuliac.
Il paraît impossible d'imaginer un vicus Sextiacus si étiré en longueur qu'on puisse y loger à chacune de ses extrémités — et Grégoire de Tours ne dit pas qu'elles se trouvent aux extrémités — une église à 30 kilomètres de l'autre ; il est superflu de discuter du moment que dans le cas spécial de Sulpice Sévère il ne s'agit pas d'espacer les deux églises à pareille distance, mais de les mettre si rapprochées l'une de l'autre que Paulin de Nole ne se contente pas de dire : Baptisterium basilicis duabus interpositum, mais encore :
Iste duos inter diversi culminis aulas Turrito jugent tegmine constitua.
Ainsi leur proximité est telle qu'on aperçoit dans le même moment leurs deux toits, l'un plus bas (l'ancienne), l'autre plus haut (la nouvelle). Entre elles, les unissant, le baptistère :
Laeta novos geminis ut mater Ecclesia portas Excipiat sinibus quos tiqua protulerit.
Et l'on a justement dit que « cette image des deux seins de la mère, prêts à recevoir les enfants que l'onde enfante, nous fait voir la porte des églises immédiatement ouverte sur le baptistère ».
Enfin les vers suivants montrent les trois édifices formant une masse unique :
Ecce velut trino colit tument nonine Mentent Sic trinum sancta mole sacravit opus.
Dès lors que les deux églises sont contiguës et non plus séparées par 29 ou 30 kilomètres, le Sévère de Grégoire de Tours n'a plus rien de commun, que son nom, avec le propriétaire de Primuliac.
Si, comme nous le disions plus haut, l'année 406 marqua pour Primuliac la catastrophe finale, on peut se faire une idée du désastre par les plaintes d'un auteur presque contemporain 3 : « Quand tout l'Océan aurait inondé les Gaules il n'y aurait pas fait de si horribles ravages : nos bestiaux, nos fruits et nos grains ont été enlevés, nos vignes et nos oliviers désolés ; nos maisons de campagne ruinées, et à peine reste-t-il encore quelque chose dans les campagnes ; mais tout cela n'est que la moindre partie de nos maux. Depuis dix ans, les Vandales et les Goths font de nous une cruelle boucherie : les châteaux bâtis sur les rochers, les villes les plus fortes, les bourgs situés sur les plus hautes montagnes n'ont pu garantir leurs habitants de la fureur de ces barbares et l'on a été partout exposé aux dernières calamités... C'est une tempête qui a emporté indifféremment les bons et les mauvais, les innocents et les coupables. Le respect dû à l'épiscopat et au sacerdoce n'a pas défendu ceux qui en étaient honorés ; ces barbares leur ont fait souffrir les mêmes indignités et les mêmes supplices. » Après une pareille calamité, il ne restait presque plus personne pour transmettre le souvenir de ce qui avait existé : baptistère, églises, moines, tout avait été balayé, anéanti, à tel point aboli que le souvenir même de Sulpice Sévère ne se retrouvait plus et que Grégoire de Tours, a-t-on dit, ne reconnaissait plus le biographe de saint Martin son prédécesseur sous le personnage d'un prêtre Sévère habitant Sextiacum. Peut-être est-ce là prêter à Grégoire une assez forte naïveté et une crédulité qui dépasse la mesure permise.
Malgré les objections que nous avons énumérées sans les affaiblir, l'identification du prêtre Sévère et de Sulpice Sévère a trouvé des partisans convaincus. On ne saurait compter de ce nombre le P. Rosweyde qui s'est bien aperçu que la difficulté de faire accorder les deux églises distantes du premier et les deux églises contiguës du deuxième empêchait de les ramener à un seul personnage. Lebrun-Desmarettes n'a su que poser les difficultés sans se résoudre à prendre parti et, comme si souvent, c'est à la sagesse de Tillemont qu'il faut revenir : « Il n'est pas difficile, a-t-il écrit, de croire que saint Sulpice ait quitté les environs de Toulouse, en 407, ou depuis, lors que les barbares pillèrent les Gaules, qu'il se soit retiré dans des terres qu'il avait en Bigorre, et qu'il ait bien voulu y servir de curé à ceux dont il était seigneur temporel. Cela n'empêchera point qu'il n'ait ensuite quitté cette fonction pour demeurer dans le silence, et pour aller passer quelques années à Marmoutiers ; ensuite de quoi, il aura pu revenir achever ses jours au lieu de Saint-Sever. Saint Grégoire [de Tours] donne assez lieu de croire tout cela, et nous ne voyons rien qui nous en empêche. Mais nous n'osons pas aussi donner pour certain ce qui ne l'est pas 4. » On ne saurait dire plus prudemment qu'on refuse de prendre parti et de se prononcer. D'après ce que nous venons d'exposer, on pensera probablement que c'est ce qu'il y a de plus sage à faire et ceci nous laisse d'ailleurs libre de dire le peu que nous savons sur les constructions élevées par Sulpice Sévère à Primuliac.
III. Les églises de Primuliac. — Ici encore tout n'est pas absolument clair. G. Hartel, éditeur de saint Paulin a écrit cette note 5 : Ecclesiam illam Primuliaci exstructam esse ex eo patet quod, initio hujus epistolae (xxxn, n. 1) de duabus basilicis eodem in loco, interposito baptisterio, diserte loquatur Paulinus, hic vero addit (n. 7) : vos aliam apud Primuliacum nostram et priorem majorem basilicam preparasse cognovimus. Habemus igitur illic binas cum baptisterio basilicas, hinc basilicam unam cui altera mox adjicietur videlicet Primuliaci. Cf. xxxi, 1. On retrouve cette opinion dans les Acta sanctorum ' qui évitent de se prononcer. Or, voici ce qu'on lit dans la lettre xxxi de saint Paulin : « Notre frère Victor m'a laissé connaître que pour la basilique que vous venez de construire à Primuliac, plus grande qu'elle, dans S. Pontii Meropii Paulini opera, Vindobonae, que celle qui existait déjà, vous désiriez des reliques sacrées des saints, qui doivent apporter à cette église bâtie au milieu de vos possessions, une bénédiction qu'espère votre foi. Le Seigneur m'est témoin que s'il fût resté quelque ossement après l'emploi de ce qui était nécessaire pour la consécration de ma basilique, je vous l'eusse envoyé, mais il ne m'est rien demeuré. D'ailleurs, Victor nous a assuré que Sylvie lui a promis des reliques apportées d'Orient. Toutefois j'ai quelque chose de précieux à vous envoyer pour la consécration de votre basilique, à savoir un morceau du bois de la vraie Croix. » Dans la lettre xxxn, Paulin se réjouit que Sévère ait élevé un baptistère entre ses deux basiliques. Celles-ci ne pouvaient être que l'ancienne et celle dont il est question dans la lettre xxxi. Plus loin, Paulin parle des basiliques et du baptistère, pour lesquels il envoie des vers. Enfin la domestica tua ecclesia peut être aussi bien l'ancienne que la nouvelle. L'explication de G. Hartel ne peut se défendre.
Le texte montre qu'il n'y a qu'une seule basilique nouvelle et non pas deux. Dans Epist., xxxn, 7, saint Paulin dit expressément qu'il n'y avait qu'une basilique construite par Sévère, semblable pour l'abside à celle que lui-même avait élevée à Fondi. L'inscription peinte sur celle-ci avait plu à Victor, et Paulin, en conséquence, l'envoie à Sulpice Sévère : Si forte et eam de duabus elegeris in hac recentiore tua pingere in qua seque apsidem factam indicavit. Il est presque superflu de dire que rien n'a été conservé sur le plan des deux basiliques et du baptistère.
IV. La décoration des églises. — L'amitié qui liait Sulpice Sévère à Paulin de Nole le porta à solliciter du poète quelques compositions de sa façon pour en décorer, suivant le goût de l'époque, les bâtiments qu'il avait élevés à Primuliacum et dans une autre localité dont le nom est inconnu ; il s'agissait de deux églises et d'un baptistère '. Ce n'est qu'après s'y être essayé, probablement sans parvenir à se satisfaire, que Sulpice avait eu recours à Paulin en le priant de lui envoyer des vers qui remplaceraient ceux qu'il avait commis. Et à ce propos, il lui adressait une lettre confiée à un certain Victor qui ajouterait de vive voix les détails relatifs au plan et à la décoration des édifices, notamment au baptistère pour lequel il projetait les deux images de Martin de Tours et de Paulin de Nole, que devaient accompagner deux légendes métriques. Paulin se conforma à la demande, mais il envoya une pièce qui présentait aux néophytes saint Martin comme le guide à suivre et Paulin comme le type du pécheur. Le poète prévoyait que son envoi déplairait, aussi envoyait-il d'autres vers où il se contentait de dire que Paulin avait sacrifié tous les biens d'ici-bas pour assurer son salut.
Voici les deux pièces qui, probablement, ne furent ni peintes, ni gravées par déférence pour l'évêque de Nole :
Abluilis quicumque animas et membra lavacris
Comité prolixitas alit bona vias,
Adstat perfectae Martinus regula vitae,
Paulinus veniam quo mereare docet.
Illic, peccatores, illum spectate, beati.
Exempter sanctis ille sit iste reis.
Dives opum Christo, pauper sibi, pulchra
Severus culmina sacratis fontibus instituit.
Et quia coelestes aulam condebat in actus,
Qua renovarentur fonte Deo que homines,
Digna sacramentis gemina sub imagine pinxit,
Disceret ul vitae dona renatus homo.
Martinum veneranda viri lestatur imago ;
Alteram Paulinum forma refert humilem.
Ille fidem exemplis et dictis fortibus armat,
Ut meriti palmas intemerata ferat.
Iste docet, fusis redimens sua crimina nummis.
Vilior ut sit res quam sua cuique salus '.
Saint Paulin donne ensuite les vers suivants pour la façade du baptistère 3 :
MOX EADEM EMERCIT IVSTIFICATVS AQVA SIC HOMO ET OCCASV FELICI FVNCTVS ET ORTV
TERRENIS MORITVR PERPETVIS ORITVR CVLPA PERIT SED VITA REDIT VETVS INTERIT ADAM
Une autre pièce sera peinte sur les deux églises que sépare le baptistère, c'est-à-dire sans doute sur un portique commun :
— L. Dessales. Etablissement du christianisme en Périgord, in-8°, Périgueux, 1862. — R. Dezeimeris, Recherches sur les origines de Sulpice Sévère, dans Soc. arch. de Bordeaux, t. vi, 1879, p. 69-131. — J. Labrunie, Extraits des Essais historiques et critiques d'Argenton sur l'Agenais. I. Les Nilot briges, in-8°, Agen, 1856.
— Tillemont, Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique, t. xii. — J. Vaissète, Histoire générale de Languedoc, édit. Privât, t. n, note 40.
H. Leclercq.
PRINCIPIUM. — Edm. Le Blant a remarqué quant à on les uns l'ont traduit par qui ou quod, d'autres par ô ti quia. Les Pères de l'Église placés en présence de ce texte ont admis que le Sauveur avait dit : Je suis le principium ; telle est la pensée de saint Augustin *, saint Ambroise2, saint Grégoire le Grand3, saint Fulgence '. Le Seigneur n'avait-il pas dit de lui-même : Ego sum alpha et oméga, principium et finis 5.
« Pour les fidèles, le Verbe éternel, qui est le Christ 6, avait existé avant le temps. Il avait créé le monde % puni par le déluge l'humanité coupable. A Moïse, il avait donné la loi9, parlé dans le buisson ardent10 ; il avait annoncé aux prophètes sa venue » ; apparu à Abraham sous le chêne de Mambré12, introduit le peuple juif dans la terre promise 13, assisté les trois jeunes Hébreux dans la fournaise ardente « . Les artistes chrétiens propageaient cette doctrine. Peintres et sculpteurs représentaient le Christ dans des faits antérieurs à sa naissance humaine ; sous la forme du Verbe quand fut créée la femme 15 ; dans son type habituel avec Adam et Eve », près des jeunes Hébreux livrés aux flammes « , avec Daniel empoisonnant le dragon des Babyloniens 18. Ainsi s'affirmait, par les écrits comme par les œuvres d'art, la croyance à l'éternité de celui que nos Pères nommaient en même temps le Christ et le Principium, ainsi que le montrent ces deux passages de saint Augustin et de saint Ambroise : Tenebam jam Patrem in Dei nomine et Filium in principii nomine » ; In hoc principio, id est in Christo, fecit Deus caelum et terrum« . A côté de ces textes semble devoir être classée l'épitaphe transcrite ci-dessus et dans laquelle les mots in principio figurent comme un équivalent de la formule in Christo placée de même sur d'autres marbres 21. » H. Leclercq.
PRISCILLE (CIMETIÈRE DE). — I. Le site. IL Les premiers explorateurs. III. L'entreprise de J.-B. De Rossi. IV. Les cimetières de la voie Salaire nouvelle. V. Nom et origine du cimetière. VI. Discussion sur ce qui précède. VIL Les Acilii Glabrion. VIII. Le rôle historique de la catacombe de Priscille. IX. Développement de la nécropole. X. Description de la Capella greca. XL La région de l'arénaire. 1° Galerie C. 2° Galerie D' et emplacement h' ». 3° Galerie D. 4° Galeries E, F, G. 5° Galerie H. 6° Passages ; et i1. 1° Galerie I. 8° Galerie K. XII. Étage inférieur. XIII. L'escalier principal. 1° Deux fresques. 2° Galeries environnant l'hypogée des Acilii. 3° L'hypogée des Acilii. 4° Mosaïque du cubicule 17. XIV. Le baptistère. XV. La basilique de Saint-Silvestre : 1° Attestations documentaires. 2° Description générale. 3° Restitutions conjecturales. 4° Monuments figurés. 5° Fresques. 6° Les caractères du type priscillien. 7° Les grallites. 8° Communications avec l'extérieur. XVI. Glanes épigraphiques. XVII. Bibliographie.
I. Le site. — Pendant les derniers siècles du Moyen Âge et jusqu'à la fin du xvi siècle, l'usage avait prévalu d'imposer le vocable de Priscille à presque toutes les nécropoles chrétiennes disséminées le long des deux voies Salaire, l'ancienne et la nouvelle, de même que le nom de Calliste servait à désigner tous les cimetières souterrains espacés sur les voies Appienne et Ardéatine22. Il a fallu attendre J.-B. De Rossi, au xix siècle, pour tracer les limites topographiques, restituer leurs noms aux différentes catacombes et rétablir la distinction entre l'une et l'autre voie Salaire23. Le vrai cimetière de Priscille se trouve au milieu environ de la voie Salaire nouvelle, là où la colline commence à décliner vers le pont de l'Anio, à main gauche, sous la vigne appelée au xvi siècle de Cupis. Sous terre, cette nécropole communique par des galeries d'arénaire avec les hypogées situés à main droite de cette même voie et qui s'étendent dans la direction de la voie Momentané. Bosio avait bien vu dans ces hypogées le centre du cœmeterium Novellœ (voir Dictionn., t. XII, col. 17601761)24, dont l'origine se rapporte au pontificat du pape Marcel, à qui des leçons fautives du Liber pontificalis attribuent la création du cimetière de Priscille au temps de Maxence.
Antoine Bosio visita les hypogées de la vigne de Cupis le 22 avril 1594, inscrivit son nom sur une paroi, prit des notes et fit prendre quelques croquis, mais sa Roma sotterranea de 1632, n'en donne rien27. Il arrêta un moment son attention sur les débris épars sur le sol qu'il estima être ceux de la basilique de Saint-Silvestre. Il ne poussa pas plus loin, sur ce point, ses investigations. lu, montre que le mot principium désigne le Christ : Lin interpretatur laborlosa ; Racket peroovisvel visuni principium. Activa autem oita laboriosa est guia desudat in opère ; contemplativa oero simplex ad solum videndum principium anhelat, odéli cet ipsum < ;ni ail : Ego principium quod et loquor vo l'is. - ■' E. Le Blant, Principium, dans Comptes Ce que n'avait pu faire Bosio, ce ne sont pas Fabretti, Boldetti, Marangoni ou Bottari qui s'y hasardèrent ; on pourrait croire que le nom de Priscille leur est à peu près inconnu, car si cette appellation se lit souvent sur les notes prises aux xvi et xvii siècles, c'est une indication vague qui est plus faite pour embrouiller que pour éclaircir ceux qui en tiendraient compte. L'ignorance, à l'égard de la catacombe de Priscille, avait été poussée à un tel point que, vers la fin du xvii siècle, on l'appelait le cimetière del Crocifisso, à raison de la proximité d'une chapelle moderne portant ce vocable. Séroux d'Aginecourt parcourut la catacombe de Priscille et y fit des dessins qui semblent aujourd'hui disparus l. L, Perret a publié une planche2 représentant saint Pierre entre les vierges Praxède et Pudentienne « découverte au cimetière de Priscille, en 1849 », c'est à peine croyable, car le P. Marchi et J.-B. De Rossi n'ont jamais rien su de cette découverte, pas plus que ce dernier n'en a découvert aucune trace. Perret et ses rabatteurs apportant plus de zèle que de compétence à leur besogne, il aura probablement trouvé cette peinture dans un recoin quelconque de l'église Sainte-Pudentienne, à Rome, car on sait que le nom de Priscille fut délibérément imposé au Moyen Âge du cimetière suburbain au titre urbain de Pudens sur le Viminal ; c'est un fait bien connu3.
En somme, jusqu'en 1849, tout souvenir du cimetière de Priscille semblait aboli et l'attention semblait s'en être même détournée.
III. L'entreprise de J.-B. De Rossi. — En 1851, J.-B. de Rossi se mit à l'œuvre. Un abrégé de ses premières observations sur les lieux accompagnait la publication des Imagines selectœ Deiparse Virginis in cœmeteriis subterraneis udo depictœ 4, dont il parut deux éditions simultanément (française et italienne) en 1863. L'année suivante, dans la Roma sotterranea 5, il en fut question brièvement ; mais l'espoir qu'on pouvait fonder sur les trésors enfouis n'avait pas attendu douze ans pour être divulgué. On savait toutefois l'état de dévastation des tombes, la pulvérisation des marbres et des tuiles gisant dans les corridors, au pied des loculi, la destruction systématique des sarcophages et l'espèce d'acharnement apporté à la destruction des fresques et des bas-reliefs. Ces derniers avaient eu à souffrir des barbares, celles-là n'avaient pas eu seulement à compter avec les hommes, mais encore avec l'humidité qui altère les couleurs et détache les enduits. Cependant beaucoup avaient été épargnées. Dans la portion centrale des excavations, les peintures s'inspiraient du style antique, le même qu'on reconnaissait sur les sculptures de beaucoup de sarcophages. Enfin, il était visible que les inscriptions dans la brièveté de leur formulaire, le plus souvent condensé dans un seul nom, accompagné parfois d'une acclamation, transcrites en caractères très lisibles et rappelant l'époque impériale, offraient une moisson aussi précieuse qu'abondante. Un point à remarquer, dès une première inspection, c'était la dissemblance existant entre la paléographie de ces inscriptions et celle qui caractérisait les autres débris rencontrés dans les cimetières romains ; très vite on sentit la nécessité de les désigner comme une famille distincte sous le nom de « type priscillien ». Au lieu d'être gravés sur marbre ou tracés dans le plâtre, les tituli priscilliens sont en grande majorité peints à la couleur rouge (minium) sur des tuiles de terre cuite posées debout à l'orifice des loculi. Depuis la fin du xvii siècle on avait pu voir une épitaphe de ce genre dans le musée du cardinal Borgia, et à partir du commencement du xix siècle quelques exemplaires avaient trouvé abri dans les magasins de la bibliothèque Vaticane, où on indiqua leur provenance del Crocifisso. A cette catégorie appartient l'inscription si connue de Filumena (voir Dictionn., t. i, col. 2013, fig. 5(13 : t. v, col. 1601, fig. 44(i0) et celle que nous donnons ici (fig. 10529) : SPES PAX TIB/ 6 à laquelle on peut associer toutes celles qui forment la classe xvm du musée épigraphique du Latran. Les inscriptions grecques étaient nombreuses : un nom et parfois aussi un gentilice. Quelques acclamations très brèves : Fax tecum. Pax tihi. In puce, mais nulle part la ; ou deposilio. Les symboles sont l'ancre (voir Dictionn., t. i, à ce mot), mais pas encore accompagné du poisson (celui-ci ne viendra que plus tard), souvent la palme, une fois les colombes cpii s'approchent d'un vase posé entre elles ; il n'est pas encore question du chrismon ou monogramme du Christ. Ce n'est pas qu'on se refuse à évoquer la croix, mais on la dissimule sous la forme de l'ancre qui signifie tout à la fois l'espérance dans la rédemption. Bref, nous nous trouvions en présence d'une génération chrétienne qu'on soupçonnait et qui, pour la première fois, se laissait entrevoir ; une génération antérieure aux formules même les plus anciennes, contemporaine de symboles tellement reculés qu'il est permis de les reporter jusque à l'âge apostolique. Une de ces tuiles portait une estampille doliaire (voir Dictionn., t. v, col. 534-540) au nom d'Antonin le Pieux (138-101). On se trouve donc en présence d'un groupe de chrétiens qui peut prendre place entre les temps apostoliques et le milieu du ii siècle.
Il n'y a pas que ces inscriptions peintes sur des tuiles, les survivants ont employé des plaques de marbre sur lesquelles le nom est soigneusement gravé et ensuite peint au minium ; ce sont généralement les plus beaux types de la paléographie sur les inscriptions chrétiennes. Dès l'année 1851, De Rossi reconstitua une épitaphe dont les caractères sont ceux qu'on employait à Rome vers le début du ii siècle de notre ère :
La simplicité de la rédaction, la mention positus est, très ancienne et antérieure à deposilio qui l'a remplacée, surtout l'emploi des trois noms nous reportent au temps de la famille impériale des Flaviens ; ici on remarquera un affranchi de Titus ou bien un étranger ayant reçu de cet empereur le droit de cité romaine.
Mais il n'y a pas que l'épigraphie qui rend témoignage, la peinture apporte le sien avec cette fresque devenue fameuse qui représente la vierge Marie allaitant Jésus. Ce fut en 1851 que cette fresque, qui avait été vue par Ciaccono et par Bosio, déjà détériorée au point qu'ils n'avaient pas jugé devoir la copier 1, fut découverte à nouveau par De Rossi qui la fit voir au P. Marchi (voir ce nom) et à différents archéologues qui l'estimèrent non posteriore ai primi Antonini e lorse anche assai anteriore 2. On ne pouvait descendre au-dessous de la première moitié du ii siècle (voir Dictionnaire, t. ii, pi. hors texte ; t. x, col. 1988) et cet hommage rendu à la vierge Marie, mère de Dieu, environ trois siècles avant la proclamation de la Géotoxoç, au concile d'Éphèse (en 431) ne put laisser insensible le sectarisme de certains protestants. Dans le t. ii du Dictionary of Christian antiquities de Smith and Cheetham, on pouvait lire avec stupeur que cette fresque, à laquelle il s'agissait de retirer toute portée traditionnelle, appartenait au VIe. Aussi, L. Duchesne, alors dans toute sa verdeur de polémiste, ne manquait pas de signaler « l'article : Marie dans l'art, [comme] déparé par la mention de certains jugements insensés d'un cicérone, qui place au VIe des peintures du iie parce qu'elles représentent la sainte Vierge et que leur antiquité pourrait déplaire à certains touristes 3. » Entre les produits artistiques du ii et ceux du VIe la différence est telle que toute prétendue confusion ne relève pas de l'inexpérience mais de la mauvaise foi.
Dès ses premières visites, De Rossi avait cru reconnaître trois cryptes principales : la spelunca dans laquelle on vénérait le martyr Crescentio que les anciens Guides nomment Crescentius ou Crescentianus ' et où reposait parmi d'autres martyrs le pape Marcellin dans un cubiculum clarum qui patet usque in hodiernum diem. Cette crypte devait être éclairée par le grand luminaire (A\ 6 du plan) dont il sera question plus loin. La spelunca fut déblayée en 1864 par les soins de la Commission d'archéologie sacrée, avec les cryptes et les cubicules adjacents. Le lieu avait été complètement dévasté et dépouillé de ses inscriptions dont les débris n'offraient aucun nom historique, mais sur un morceau d'enduit on lut ce graffite Paule vives proche des débris d'un sarcophage portant le nom HAVLI 5. On se trouvait dans le voisinage de tombes saintes, à en juger par un fragment sur lequel on put lire ces mots :
Un jeune notarius de 18 ans avait reçu la sépulture dans le voisinage des martyrs. Une autre épitaphe dont on put recueillir quelques débris indiquait une épitaphe métrique, par conséquent d'époque postérieure, mais qui faisait allusion à un saint dont on invoquait l'intercession pour obtenir l'admission du défunt dans la félicité éternelle :
Ensuite vinrent d'autres trouvailles dont aucune ne fut décisive, jusqu'à ce que de nouvelles découvertes à partir de 1879 devinrent le couronnement de la carrière du grand archéologue qui ne cessa plus, jusqu'à sa mort, d'en poursuivre le déblaiement et d'en détailler les résultats à ses lecteurs.
IV. Les cimetières de la voie Salaria nouvelle. — La voie Salaria nouvelle est si riche de monuments anciens et de cimetières chrétiens qu'elle eût éclipsé même l'Appienne et l'Ardéatine si on n'en avait pas perdu ou brouillé le souvenir, tellement que les Romains du Moyen Âge ne connaissaient plus qu'une vaste nécropole offrant une sorte de labyrinthe inextricable. Celui qui se trouvait à proximité de la voie Salaria nouvelle porta le vocable de Priscille, comme tout ce qui était proche de la voie Appienne fut désigné par le nom de Calliste. La distinction entre eux fut faite par J.-B. De Rossi qui retrouva les régions distinctes et leur rendit leurs dénominations.
Le précieux catalogue des cimetières dont un exemplaire incomplet fut trouvé dans un manuscrit de la Notitia regionis urbis Romæ indique sur la voie Salaria nouvelle trois catacombes désignées sous les noms de :
Coemeterium Priscillae ad S. Silvestrum. Coemeterium Jordanorum ad S. Alexandrum. Coemeterium Thrasonis ad S. Saturninum.
La confrontation de ces mots avec d'autres documents assez nombreux, en particulier ceux des martyrologes hiéronymien et de Boucher, en confirment l'exactitude, en outre, elle nous apprend que le catalogue est incomplet et qu'à ces trois cimetières il faut en ajouter un quatrième :
Coemeterium Maximi ad S. Félicité.
Afin de faciliter l'intelligence de ce qui va suivre, voici la distribution schématique des lieux :
Ci, n.
Ci. n. Ci.n. Cim.
— | de Priscille o z + dos Jordani Basili que
M *•
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ROME
de Ste Agnès Le cimetière de Priscille, que d'anciens témoignages reportent jusqu'à l'âge apostolique, est très connu ; c'est un des plus illustres de la Rome souterraine, il est situé à 2 milles environ de la ville ; sur ce point l'entente est complète. Il est contigu au cimetière de Novella qui, parfois, dans les documents topographiques ou hagiographiques n'en est pas distinct (voir Dictionnaire, t. xii, col. 1760-1761). Celui des Jordani (voir Dictionnaire, t. vii, col. 2642-2643), dénomination d'origine incertaine, est nommé dans le Liber pontificalis à l'occasion de la sépulture de trois des sept fils de sainte Félicité, martyrisés en l'an 162, ce qui fait qu'on en peut placer les débuts au moins vers le temps de Marc-Aurèle. Ces trois martyrs avaient nom Alexandre, Vital et Martial d'où la mention de Jordanorum ad S. Alexandrum ; là aussi se trouvait la sépulture de sept vierges connues seulement par leurs noms. Un peu plus loin on arrivait à S. Silvestrum, peu après avoir traversé le chemin qui conduisait sur la voie Nomentane à la hauteur de la basilique de Sainte-Agnès. Ce fut là qu'en 1578 furent découverts les hypogées qui mirent sur la voie de la découverte de la Rome chrétienne souterraine 6.
V. Nom et origine du cimetière. - Le cimetière de Priscille est ainsi nommé dans le plus ancien des catalogues de cimetières, inséré dans la Notitia et remontant au moins au v siècle ; on y lit ceci : Ccemeterium Priscillœ ad S. Silvestrum via Salaria. Dans le Mirabilia urbis Romæ il est fait mention du Cozmeterium Priscillœ ad pontem Salarium. La notice du pape Hadrien Ier au Liber pontificalis préfère : Cœmeterium S. Silveslri confessoris at que pontificis et dans les autres documents topographiques du vii siècle où le cimetière n'est pas nommé on lit à la place : Juxta eamdem viam Salariam S. Silvesler requiescit. Enfin sur une paroi de la catacombe on a pu lire la mention de... domnae Priscillae beatae (flg. 10530). Il ne subsiste donc aucun doute1. (Voir Dictionnaire, t. x, col. 1769, flg. 7635.) ■\ 10530. ■ — Détail de graffite au cimetière de Priscille.
Qui est cette Priscille ? — Dans la notice du pape Marcel au Liber pontificalis, nous lisons ceci : rogavit quamdam matronam nomine Prise illam et fecit cy mi terium (Novellae) via Salaria. Ce mot Novella ne se lit que dans trois manuscrits : Berne, Wolfenbùttel (ixe s.) et Paris (xie s.) sous cette forme : noille, nouclle, nobile. Mommsen n'a pas admis cette addition dans son texte où Duchesne l'avait accueillie puis que le cimetière de Novella est mentionné dans les Acta Liberii, qui ne sont pas postérieurs aux premières années du VIe. De toutes façons, le cimetière de Novella est différent de celui de Priscille lequel est mentionné sous ce vocable dans la notice du pape Marcellin (296-303). Au dire du Liber le pape Marcel (308309) ensevelit au cimetière de Priscille les corps de Marcellin, son prédécesseur, et ceux des martyrs Claude, Cyrin et Antonin : Marcellus presbyter collegit noctu corpora et sepelivit in via Salaria in cymiterio Priscillœ. Il est bien certain que la Priscille qui donna son nom au cimetière n'est pas celle que nous venons de voir dans la notice de Marcel ; tout au plus en serait-elle une descendante, car la catacombe de Priscille est le plus ancien cimetière chrétien à Rome, et remonte à l'âge apostolique. Nous n'avons pas répondu à la question : Qui est cette Priscille ?
Les investigations de J.-B. De Rossi permettent de croire qu'il s'agit de la mère du sénateur Pudens 2. Celui-ci, d'après une tradition qui n'est pas négligeable3, aurait offert l'hospitalité, dans sa demeure située au pied du Viminal, à l'apôtre Pierre qui y aurait exercé les fonctions de son ministère. Mais on n'est pas borné à cette explication et il est permis de chercher cette Priscille ou Prisque dans l'épouse d'Aquila dont parlent les Actes des apôtres et les épîtres de saint Paul (voir Dictionnaire, t. i, col. 2654). C'étaient des juifs chassés de Rome, sous Claude, réfugiés à Corinthe où ils connurent l'Apôtre et rentrés à Rome où ils établirent une ecclesia domestica dans leur maison de l'Aventin, devenu le titre de Sainte-Prisque. Quelques années plus tard, on rencontre ce ménage en Asie Mineure d'où il revint probablement encore une fois à Rome pour y finir sa vie. Sous le pontificat de Léon IV on découvrit dans un cimetière de la voie Salaria, certainement celui de Priscille, un groupe de tombes sur lesquelles on put lire les noms de Aquilinus, Aquila et Prisca. et ces derniers parurent être ceux des commensaux de saint Paul. Quant à Aquilinus tout ce qu'on propose à son sujet ne dépasse pas le domaine de la conjecture.
Prisque était-elle une affranchie des Pudens d'où Priscille aurait pris son surnom, comme cela se faisait dans les premiers temps de l'époque impériale, et aurait reçu la sépulture dans leur domaine funéraire ? On n'est pas en mesure de le dire ; quoiqu'il en soit, les relations entre les Pudens du Viminal et les compagnons des apôtres, Aquila et Prisque, sont assurées. En 1776, on découvrit au titre de Sainte-Prisque un diplôme de bronze envoyé en l'an 222 d'une ville d'Espagne à un Caius Marius Pudens Cornelianus, personnage de rang sénatorial que cette ville avait choisi comme patron. Il était d'usage d'encastrer ces sortes de diplômes honorifiques dans l'atrium d'une maison romaine et ce ne peut être une circonstance fortuite que la trouvaille de ce nom de Pudens en un lieu où d'autres indices placent le séjour de cette famille qui peut avoir possédé un lieu de sépulture tout proche.
Quant à Priscille qui a donné son nom au cimetière de la voie Salaria elle ne paraît pas être la vierge Prisque dont le nom revient si souvent dans les documents topographiques et liturgiques, mais la mère du sénateur Pudens. Son souvenir est associé à celui du fils Pudens, de Pudentienne et de Praxède. Les itinéraires du Ve ajoutent aux cryptes historiques priscilliennes la tombe de Priscille qui fut, semble-t-il, la vierge martyre dont on célèbre la fête le 18 janvier et non la matrone éponyme du lieu. D'après le manuscrit d'Epternach du martyrologe hiéronymien la susdite Prisque fut inhumée sur la voie Salaria, et les Itinéraires précisent que ce fut dans le cimetière situé au mile, Prisque et Priscille sont deux formes du même nom employé pour désigner la même personne de façon familière. La martyre Prisque fêtée le 18 janvier ne serait donc autre que la Priscille du manuscrit d'Epternach et la Prisque des autres manuscrits. Reste à savoir si la Domna Priscilla invoquée par le graffite est la Prisque, martyre du 18 janvier.
On peut donc conclure que le noyau du cimetière de Priscille fut établi dans un domaine rural des Pudens à l'époque apostolique.
VI. Discussion sur ce qui précède. — Il s'en faut de beaucoup que tout ce qu'on vient de lire soit indiscutable. La catacombe de Priscille renferme des sépultures authentiques du 11e siècle et du temps même de saint Clément le Romain ; elle était établie dans la propriété des Acilii, chrétiens dont l'hypogée a été reconnu et déblayé par J.-B. De Rossi, hypogée situé à peu de distance d'un baptistère souterrain. De Rossi, suivi par une partie de son école, a tenté d'établir un lien étroit entre les noms du cimetière de Priscille et de l'église Sainte-Prisque, sur l'Aventin, d'une part, et, d'autre part, le souvenir de Prisca ou Priscilla, femme d'Aquila, tous les deux convertis de bonne heure et associés au ministère apostolique de saint Paul qui les connut à Corinthe, à Éphèse où ils se séparèrent de lui pour rentrer à Rome comme nous le voyons par l'épître aux Romains où l'Apôtre leur adresse son salut, ainsi qu'aux fidèles qui se réunissaient dans leur maison. « On suppose qu'Aquila et Prisca (ou Priscilla) habitaient Rome au moment où saint Pierre y serait venu pour la première fois, vers l'an 42 et qu'ils y rentrèrent sous le règne de Néron ; tous deux furent enterrés en bordure de la voie Salaria nouvelle, dans l'hypogée des Acilii Glabrion, convertis eux aussi et qui avaient ouvert leur domaine funéraire aux membres les plus notoires de la petite communauté naissante, préludant ainsi, sans prévoir l'avenir, au développement de la future nécropole apostolique qui portera le nom de Priscille, tandis que la maison d'Aquila et Prisca, située sur l'Aventin, deviendrait dans la suite l'église de Sainte-Prisque. La notice du pape Léon IV insérée au Liber pontificalis nous apprend que ce pontife lit retirer d'un cimetière de la voie Salaria, entre autres reliques, celles d'un Aquila et d'une Prisca, en qui l'on reconnaît les hôtes de saint Paul ».
Le cimetière de Priscille doit son nom, comme l'indiquent les inscriptions chrétiennes qu'on y a trouvées, à une Priscille du IIe, parente des Cornelii Pudentes et des Acilii Glabriones ; la femme d'Aquila était l'affranchie d'une ancêtre de cette Priscilla, qui portait le même nom ; Aquila et Prisca auront été, après leur mort, déposés dans l'hypogée d'une grande famille romaine, celle des Acilii Glabriones et de leurs alliés, dont ils étaient les clients. Enfin, une inscription païenne du IIe, recueillie sur l'Aventin, concerne un Pudens Cornelianus et atteste que le terrain où s'élève l'église Sainte-Prisque appartenait originairement aux parents de Prisca ; celle-ci habitait donc, avec son mari, l'endroit même qui est placé, encore aujourd'hui, sous son invocation.
Le long d'une galerie en forme de r creusée sous les fondations d'une habitation située dans un domaine rural et parmi les ruines d'un vaste cubicule rectangulaire on releva quelques inscriptions :
Près de là, dans les galeries voisines :
KAatjolo.j AKCIAIOY OYAA£PIOY . . .veanickoy (voir Dictionn., t. vi, col. 1270, fig. 5305). aciLI. Marco ACILIO (voir Dictionn., t. vi, col. 1268, fig. 5104).
La paléographie des trois premières inscriptions et leur nomenclature témoigne de leur haute antiquité, à quoi ne contredit pas celle des autres ; ceux qui s'y trouvent nommés sont les descendants aux IIe et IIIes d'un Manius Acilius Glabrion, consul en l'année 91, mis à mort en l'an 95.
La première inscription nomme un Acilius Glabrion du IIe et qui peut être le fils du précédent ; la deuxième nous donne un M suivi d'une , qui est le nom cherché Manius. Si l'Acilius Glabrion nommé sur la première n'est pas désigné comme étant de famille sénatoriale, le C ■ V de la deuxième montre que celle-ci est postérieure car, suivant la remarque fondée de J.-B. De Rossi, l'usage d'énumérer ces sortes de titres sur les inscriptions devint peu à peu de rigueur pendant le IIe et au commencement du IIIe. Nous savons que le consul de l'an 152 fut un Manius Acilius Glabrion et une inscription de Pesaro nous le montre marié à une Priscilla Vera. Leurs enfants, d'après l'usage romain, durent adopter le cognomen Verus et le gentilice Priscilla ; ce seraient eux qui auraient reposé dans les sarcophages dont nous venons de transcrire l'inscription. Cette opinion de De Rossi ■ est atténuée par C.-L. Visconti qui admet bien que Manius Acilius Verus et Priscilla de notre inscription descendent d'une Vera Priscilla, mais non qu'ils sont les enfants du consul de l'an 152, mais seulement ses petits-enfants, étant enfants du consul suffect d'avant 186 et consul ordinaire en 186.
Quoi qu'il en soit, on retiendra que l'Acilius le plus ancien est fils d'un Manius Acilius Glabrion, consul en 124, fils du consul de l'an 91, Aussi, selon nous, est-ce avec raison que J.-R. De Rossi voit dans l'Acilius Glabrion de la première inscription le fils du consul de 124 ; mais, même s'il en allait autrement, la présence d'Acilii chrétiens dans le cimetière de Priscille, descendants d'Acilius Glabrion, mis à mort en 95. est certaine.
Ce dernier était-il chrétien et martyr ? Nous avons répondu à cette question dans un sens plutôt affirmatif (voir Dictionn. , t. VI, col. 1271-1272), c'est, à tout le moins, l'explication la plus probable. Mais pour en revenir aux Acilii et à la question de savoir s'ils étaient apparentés aux Pudens, nous dirons qu'il y a toute apparence que Priscille, l'eponyme du cimetière, a dû, suivant les indices relevés ci-dessus énumérés. appartenir à la famille des Acilii Glabrion. Le nom de Priscille se rencontre parmi ceux des Acilii Glabrion enterrés dans l'hypogée le plus ancien, noyau de la nécropole priscillienne. Cette Acilia Priscilla, clarissima (femina ou /niella) ensevelie dans l'hypogée a pris ce surnom de sa mère Aria Plaria Vera Priscilla. épouse de Manius Acilius Glabrion. consul pour la seconde fois en 186, et elle était flaminica à l'époque où fut érigée la statue de Pesaro. Ce n'est pas à elle que le cimetière doit son vocable, car il est plus ancien (pie ces deux Priscilles, mère et fille, (pie nous avons signalées dans la généalogie des Acilii pendant la seconde moitié du IIe. Mais ce surnom se lit avant le consul de 186 sur une inscription mutilée de Marino (pie Dessau rapporte au M A. Glabrion, consul de 152, où on lit le nom d'une certaine... CILLA AGILIANAQUI ne peut être qu'une l'riscilla Aciliana, tille de ce consul et l'eponyme de la catacombe. lue inscription de Tivoli a révélé (pie Manius Acilius Glabrion l'ancien, consul en l'an 152 faisait usage du gentilice Cornélius1, emprunté suivant la règle admise, aux ascendants dans la lignée maternelle, il a donc pu exister des Cornelii Prisci au commencement du IIe. Le Cornélius l'riscus fut consul suffect vers l'an 103, proconsul d'Asie en 120-121, rien ne s'oppose donc à ce que la Priscille éponyme du cimetière soit apparentée aux Acilii Glabrion et que l'hypogée des Acilii soit le noyau primitif du cimetière, de sorte que le cœmeterium Priscillae ait été créé dans le prœdium des Acilii. Tout ceci n'apporte pas une solution définitive au problème posé, mais montre toute fois la grande vraisemblance d'un lien de parenté entre les Acilii Glabrion et les Fudens ; la description du cimetière, sans lever tous les doutes et aplanir toutes les difficultés en résoudra néanmoins plusieurs.
VIII. LE ROLE HISTORIQUE DE LA CATACOMBE DE
Priscille. — « De toutes les vieilles générations de l'Église romaine, il nous reste un souvenir monumental des plus précieux, l'étage supérieur et primitif du cimetière de Priscille. Leurs épitaphes s'y lisent encore ; elles sont brèves, les noms seulement accompagnés quelquefois de l'acclamation Pax tecum. Çà et là quelques peintures archaïques décorent des chambres où de petits groupes ont pu se réunir en assemblées funéraires. Ces galeries priscilliennes nous représentent évidemment le premier cimetière collectif de l'Église romaine. » Le commentaire de cette indication de L. Duchesne nous a été heureusement développé par lui-même de la façon suivante : « Je me suis demandé souvent où était, avant le IVe, le siège social de la communauté chrétienne, à Rome, ce qu'on appelait au IVe, la maison de l'Église, domus Ecclesiœ, c'est-à-dire la résidence épiscopale, avec l'église principale et les locaux d'administration. Dès l'avènement de Constantin, tout cet ensemble fut installé au Latran et s'y est maintenu mille ans durant. Mais avant ?
« Eh bien, et c'est ici une première conjecture, je crois que le siège de l'association chrétienne se trouvait non point à l'intérieur de la ville, mais assez loin hors des murs, sur la voie Appienne, là où nous visitons maintenant les vieilles cryptes de Calliste et de Prétextât. Règle générale : toutes les fois que l'on peut reconstituer les domiciles primitifs d'une Église locale, on constate que le cimetière, nécessairement suburbain, est antérieur à la cathédrale, laquelle, le plus souvent, est, comme le Latran, dans une situation exceptionnelle par rapport à l'ensemble de la ville. C'est le cas, en particulier, pour l'Église de Tours, où la fondation du cimetière était attribuée au premier évêque, celle de la cathédrale au second seulement. Je pourrais citer bien d'autres exemples.
« A Rome, je ne vois ni dans les monuments, ni même dans les légendes, rien qui nous révèle une tradition quelconque d'après laquelle le Latran aurait été précédé intra muros d'un établissement analogue. celle idée et De Rossi n'a pas réussi non plus à la faire entrer dans la tête de Mommsen, le meilleur juge en cette matière. Négligeons donc et l'hypothèse et l'explication.
« A mon avis, si l'on disait le cimetière, c'est que l'établissement désigné ainsi était le cimetière officiel, non pas, encore une fois, le cimetière unique, non pas le premier en dignité (quelle hiérarchie peut-il y avoir entre cimetières ?), mais le cimetière rattaché spécialement à l'administration centrale de l'Église ■. Et notons bien que là, et là seulement, nous trouvons un point d'attache pour la direction centrale de la communauté chrétienne. Si l'on tient compte de ce que nulle attache de ce genre ne se rencontre en ville et aussi de ce que, en règle générale, les établissements suburbains (ou cimetières) ont toujours précédé les établissements intra muros (ou cathédrales), on arrive à conjecturer que le prédécesseur immédiat du Latran pontifical est à chercher sur la voie Appienne, vers le point où Calliste a laissé son nom. i Mais avant le IIIe ? — Avant le IIIe le siège social était ailleurs ; il y avait un autre cimetière par antonomase, un autre tô xoiu.Y]TY)pi.ov. Cet ancien établissement ayant été abandonné, ou fut conduit à désigner son successeur par le nom de celui qui avait organisé le changement, soit comme diacre, soit comme pape. De là la dénomination de cimetière de Calliste, nécessaire pour distinguer le nouvel établissement de l'ancien.
« Maintenant, où se trouvait cet ancien établissement ? En dehors de la via Salaria et même du cimetière de Priscille, il y a sans doute quelques tombes, ou chambres, ou galeries isolées vraiment antiques, mais nulle part une nécropole qui puisse soutenir la comparaison avec celle-là, comme antiquité et comme développement. Le cimetière de Priscille a contenu et contient encore, par centaines, des tombes dont les caractères archéologiques sont tels que nous n'hésitons pas à les faire remonter au temps de saint Justin, d'Hermas, même de saint Clément. Grâce aux belles découvertes de J.-R. De Rossi, nous savons maintenant que ces cryptes ont été creusées dans une propriété de la famille des Acilii, chrétienne de bonne heure, dont l'un des membres, le consul Acilius Glabrion, figure parmi les victimes de Domitien. Il faut, je crois, être très réservé à l'endroit des conjectures qui rattacheraient la Priscille, éponyme du cimetière, à la femme du juif Aquila, dont il est question dans les Actes et dans les épîtres de saint Paul. Mais, ceci mis à part, le cimetière de Priscille présente une antiquité telle que son développement connu n'est pas loin d'atteindre l'âge apostolique, et ce développement est si large que l'on doit écarter toute idée d'appropriation simplement familiale. Nous avons affaire à un établissement intéressant la communauté chrétienne dans son ensemble. Ce n'est pas un cimetière, c'est le cimetière.
« Si maintenant on admet que le cimetière était, en ces très anciens temps, l'établissement central de la communauté chrétienne, la résidence plus ou moins habituelle de l'évêque, en tout cas le siège de son administration, on voit d'ici l'intérêt qui s'attache à la nécropole priscillienne, au sol qui la recouvre et à tout ce qui peut s'y trouver de débris chrétiens.
« Quoi d'étonnant, maintenant, que des traditions aient rattaché le souvenir de l'apôtre Pierre à des monuments si anciens ? Il y apparaissait dans l'exercice de la plus auguste des fonctions épiscopales : la célébration solennelle des rites de l'initiation chrétienne. On y montrait un siège sur lequel il avait présidé à ces imposantes cérémonies. Admettons que la tradition ait été trop précise et qu'elle rapporte à saint Pierre ce qui n'était vrai que de ses plus anciens successeurs. Toujours est-il que la sépulture des Pétri parait bien avoir eu là son domicile, peut-être son premier domicile, avant de se transporter sur la voie Appienne, puis au Latran, puis au Vatican.
« Cependant, et je ne me le dissimule nullement, il n'y a encore ici que des conjectures. Ce n'est pas une raison pour ne pas dire ce que nous pensons, ou conjecturons, ou soupçonnons. La science certaine pour des événements si anciens et des traditions si faiblement documentées, n'est pas facile à atteindre. Il faut quelquefois beaucoup de tâtonnements avant d'arriver à une solution acceptable. Conjecturons donc, humblement et timidement, sans donner nos hypothèses pour des vérités acquises, sans nous y attacher au point qu'il nous en coûte de les sacrifier au premier rayon de lumière qui viendrait à les rejeter dans l'ombre.
« Du reste, une chose résulte clairement, c'est que si l'on veut atteindre la plus haute antiquité possible dans l'archéologie chrétienne de Rome, c'est du côté du cimetière de Priscille et de son voisinage vers la voie Nomentane que doivent se porter les investigations. » IX. DÉVELOPPEMENT DE LA NÉCROPOLE.
Oll vient de voir que les vraisemblances portent à admettre que le cimetière de Priscille tire son nom d'une matrone Priscille, mère du sénateur Pudens ; on n'en saurait dire plus, en l'état de nos connaissances, ni écrire des dates précises impossibles à justifier. Il fut un moment où on avança comme une chose certaine que ce cimetière avait été établi dans une villa appartenant aux Acilii Glabrion, mais il semble plus conforme aux faits réels d'admettre qu'à l'origine il exista deux régions cimétériales distinctes et indépendantes l'une de l'autre et encore ne serait-ce qu'à la condition d'admettre comme démontrée la conjecture de J.-B. De Rossi, d'un lien de parenté existant entre la famille des Pudens et celle des Acilii. Il n'est pas sans exemple de rencontrer certains membres d'une famille noble enterrés dans l'hypogée d'une autre famille et nous en avons un exemple dans la crypte de Lucine, près du cimetière de Calliste, où on a trouvé ces gentilices : AKCAIA BHPA et AIKINIA *AYCT€INA (voir Dictionn., t. i, col. 2871, fig. 971-075). Il n'en est pas moins vrai qu'il faut maintenir une distinction entre le cimetière de Priscille et la région des Acilii, celle-ci creusée comme tant d'autres dans un tuf terreux, celui-là dans une espèce de tuf peu consistant - constitué par la dernière couche des produits volcaniques du sol romain, appelé improprement arénaire. Que le cimetière soit fort ancien, c'est indubitable ; les inscriptions appartiennent, en partie du moins, au IIe et telle peinture qui décore un arcosolium de la région primitive nous a conservé la plus ancienne représentation de la vierge Marie tenant son Fils (voir Dictionn., t. il, col. 2476, pi. hors texte, en couleurs), qui peut remonter au commencement de Ce. Si on veut bien tenir compte que cette fresque se trouve à l'intérieur du cimetière et pas dans sa partie la plus ancienne, on pourra conclure à la très haute antiquité de la région qui est antérieure à celle à peintures, région qui peut ainsi remonter au rr siècle, mais dont on ne peut juger par des décorations qui ont toutes disparu par suite de l'éboulement des parois qu'il fallut remplacer par des maçonneries. Cette réfection entraîna la ruine de sépultures qui, à en juger par quelques vestiges, devaient consister en niches surmontées d'arcosolia et mesurées pour recevoir un sarcophage au ras du sol.
D'autres indices d'une haute antiquité sont quelques vestiges de constructions dans lesquels on reconnaît les procédés en usage au ier siècle et les traces d'une entrée primitive encore qu'impraticable de nos jours. L'entrée actuelle s'ouvre sur la voie Salaria et conduit directement à une chambre assez spacieuse dans les parois de laquelle s'ouvrent différents cubicules ou chapelles dont une qui porte le nom de capella greca conserve sa décoration picturale du n8 siècle (voir Dictionn., t. n, col. 2084-2106). C'était une sorte de petite église souterraine, construite et aménagée dans une espèce de caverne de l'arénaire, avec son escalier distinct et, à l'origine, isolé de la région précédente. Ses fresques autorisent à la dater de la première moitié du ne siècle, elle était donc de peu postérieure à la région cimétériale, de sorte que ce n'est pas le noyau du cimetière de Priscille, mais une annexe très ancienne.
Dans le laps de temps écoulé entre la fondation du noyau et l'aménagement de la capella greca on doit placer la fondation de l'hypogée des Acilii Glabrion, fourni lui aussi de son entrée particulière et isolé en attendant le jour, qui tarda peu, où il fut pour ainsi dire absorbé dans les développements que prit la nécropole. Tandis que les galeries cimétériales étreignaient successivement cet hypogée sur ses diverses faces, on ménagea à quelques mètres de là un escalier de larges dimensions qui conduisait à un premier étage avec lequel on communiquait à gauche ainsi qu'avec l'hypogée des Acilii. Un étage inférieur se développait autour d'une galerie dont la hauteur était exceptionnelle dans la Rome souterraine. Sur sa droite on n'a pas encore dégagé l'extrémité de cette galerie, sur le côté opposé, elle s'étend sous l'étage inférieur et présente vingt-trois cubicules.
Après quelques degrés, elle conduit à un vaste ambulacre d'où rayonnent à droite et à gauche des galeries et deux escaliers menant, l'un, à une sorte de caverne, l'autre, à droite, à une réserve d'eau. Cette immense région du second niveau fut creusée vers la fin du IIe et on y enterra jusqu'à une époque tardive ; toutefois on a justement fait remarquer que l'élévation anormale de ses galeries témoigne que les différents niveaux correspondent à diverses campagnes d'excavation. A la fin du nie siècle ou au commencement du ive, on pratiqua un nouvel escalier au niveau inférieur de la plus ancienne région de l'arénaire, escalier qui par sa direction forme comme un immense châssis avec le précédent et les deux plus grandes galeries du second plan.
Ainsi donc le développement du cimetière de Priscille s'est fait dans l'ordre suivant : ier siècle : région primitive dite de l'arénaire. Fin du Ier au début du IIe : région des Acilii. lre moitié du ne siècle : la capella greca. Fin du ne siècle : le niveau intérieur. Commencement du IVe : construction, sur les ruines de la villa des Acilii, correspondant à leur hypogée, d'une basilique connue sous le vocable de Saint-Silvestre, autour de laquelle se groupèrent d'autres chapelles, ce qui valut à la nécropole le nom de caemeterium Priscillœ ad S. Silvestrum.
L'atrium consiste en un vestibule bâti en maçonnerie et mesurant 13 m. 74 de long sur 3 m. 72 de large sous cinq voûtes en arêtes. Au point Q se trouve un escalier de seize marches dont les quatre dernières sont taillées à même dans le roc, alors que les autres sont maçonnées. L'atrium devait s'ouvrir sur d'autres pièces que la capella, mais la dévastation n'en laissait rien reconnaître et il a fallu reconstruire les murs et les voûtes en 1863. On peut se faire une idée des lieux par la figure 2065 (t. n, col. 2101) : l'escalier, la voûte en arêtes, le revêtement de stuc à deux couches avec une décoration en simples filets.
L'atrium, son escalier et les cryptes contiguës, sauf N, sont contemporains de la capella greca, à laquelle elle servait en quelque sorte de nef, alors que la capella servait de sanctuaire. L'atrium recevait les fidèles et la capella le clergé. Ce fut à la fois une église et un cimetière ; il suffit de dire que cet usage s'est conservé dans une multitude d'édifices du culte jusqu'à la fin du XVMe. On a dû faire usage de galeries plus anciennes, mais en les transformant, sans pouvoir éviter certaines anomalies dont les traces subsistent. Par exemple, la construction de l'escalier aura probablement rencontré un obstacle au niveau du sol et on y remédia en le rétrécissant vers l'entrée. On fit entrer dans les murs de soutien des lits alternés de pierres de tuf taillées et de briques, tandis que dans la capella les murs de remplissage sont en tuf brut pris sur les lieux. Sur le plan on fait cette distinction en indiquant ces derniers par un semis de hachures et les murs alternés de briques par une teinte plate noire.
Une autre transformation doit être mentionnée : les galeries M furent transformées en réservoir d'eau et on y posa un revêtement de ciment, épais de 0 m. 04, composé de chaux, de pouzzolane et de tessons de poterie broyés. Le croisement des galeries devint une chambre à voûtes en arêtes et on ménagea au centre du pavé un puits carré, surmonté à la voûte d'une ouverture circulaire, oculus, servant à l'introduction de l'eau. En P se trouvait une vanne qu'on pouvait abaisser ou hausser suivant le cas. En construisant l'atrium avec ses cryptes, on renonça à faire usage de la piscine dont on boucha l'oculus et dont on combla le puits.
Les chambres ou chapelles donnant sur l'atrium n'ont presque rien conservé de leur décoration primitive. Cependant nous savons qu'en B on voyait des fresques et des reliefs en stuc ; des premières il n'est resté que quelques filets rouges, des seconds, sur la paroi droite, un pied et l'extrémité d'un manteau ; sur la paroi gauche, une figure privée de sa tête et de son bras gauche, le personnage tient un bâton ou un flambeau.
A l'entrée à droite, on distingue encore quelques vestiges de rinceaux en forme de feuilles d'acanthe ; l'arc de cette entrée était décoré de pampres dont on aperçoit des traces. Cette chambre avait une clôture qui a laissé un indice dans le trou pratiqué dans le mur pour recevoir le verrou. En haut (voir fig. 2065) et au point E du plan, on voit encore l'installation qui avait été faite pour permettre à la porte de tourner sur ses gonds.
Dans la chapelle C, tout a été nouvellement reconstruit.
Dans la pièce D, on a refait la maçonnerie de la paroi gauche et celle de la voûte ; la paroi droite a pu être conservée ; elle présente un endroit fait de deux couches de stuc, sans peinture. Au point 6 du plan on voit un graffite représentant un homme, tenant des deux mains, en travers devant lui, un bâton.
La chambre N ne fut pas creusée avant le Me, elle est pourvue de trois arcosolia et d'un lucernaire : les parois reçurent une double couche de stuc mais aucune peinture. Tout cela fut très maltraité, saccagé et détruit. On a trouvé en ce lieu un fragment de sarcophage portant le nom de PAVLVS et on a tout lieu de penser que c'est à ce défunt que se rapporte une acclamation lue sur la paroi gauche : Paule vives « Paul, tu vivras », avait dit un visiteur. Au-dessous de ce graffite on en voit un autre qui fut tracé dans le mortier encore frais, mais il est indéchiffrable.
Dans cette chambre N se trouve aujourd'hui l'inscription suivante dont la provenance est incertaine (fig. 10531) :
Priscille.
D'après J. Wilpert, l'ractio punis, 1896, p. 93, fig. 16.
Les deux monogrammes isolés doivent être développés ainsi : XP laràç, et IHcoùç. A la 3e ligne il faut lire sui pour sul.
La grande chapelle E était recouverte jusqu'à la voûte de plaques de marbre ; quelques-unes adhèrent encore aux parois ; il a fallu reconstruire entièrement la voûte qui s'était effondrée et dont on ignore la décoration primitive. Le niveau du sol a été relevé de 0 m. 49 ; on a élevé un tribunal qui recouvre en partie une épitaphe, ce qui atteste que la forme antique de cette chambre a été modifiée. Lorsqu'après la paix on entreprit la réfection des lieux où reposaient des martyrs on procéda ici à des aménagements importants. Aux parois de tuf on substitua des murs en pierre taillée et en briques alternées, comme dans la crypte N. Ce fut alors aussi qu'on plaça en yj du plan, une base circulaire en maçonnerie, près du tribunal sur lequel posait le récipient d'huile qui servait à alimenter les lampes brûlant devant les tombes saintes. Comme le sous-sol avait déjà reçu des corps, on fut obligé de fabriquer trois tombeaux en maçonnerie (n. 12, 14 et 15 du plan) dont les deux derniers occupent une grande partie de ce tribunal. Sur le mortier scellant la dalle de l'un d'eux, dont la chaux tombait en miettes, on a pu lire encore l :
« A Irène très vertueuse et fidèle, Lucius, son mari. » « A Aurélia Lucilla, sa fille très chérie. Lucius, son père. »
A. — XIV. — 58.
Ces deux inscriptions proviennent de formée, ainsi qu'on appelait les tombes creusées dans le sol, car cette chapelle ne comportait pas de loculi ; la dalle, très épaisse, fut trouvée brisée en plusieurs morceaux et fixée à la paroi droite ; d'après sa paléographie l'épitaphe d'Aurelia Lucilla peut être reportée vers le temps de Marc-Aurèle. Le gentilice Aurélia a dû être commun à la fille et au père qui s'appelait donc Aurelius Lucius.
Une troisième pierre était fixée à la paroi droite près de l'entrée ; on y lisait ceci l :
KHIA Q 0OIBH
TH OIAANAP00 • KA
« A Ceia Phœbe, épouse fidèle et à lui-même, Capiton, son mari. » A la première ligne devait se trouver un médaillon contenant un symbole ou, peut-être, un portrait. Dernier quart du 11e siècle.
Dans le sol de cette même chapelle on trouva trois sarcophages d'adultes dont deux ornés de sculptures ont été laissés à découvert ; le troisième, non décoré, fut recouvert de terre. Les bas-reliefs des deux premiers n'offrent que peu d'intérêt ; sur l'un, entre des stries verticales, on voit un buste inachevé de femme, et, au-dessous, un cartouche anépigraphe ; sur l'autre, un buste d'homme posant sur deux cornes d'abondance ; de chaque côté des stries ondées et, aux extrémités, deux génies s'appuyant sur un flambeau éteint. Peut-être ces sarcophages ont-ils contenu deux des membres de la famille de Lucius.
Dans la même chambre ou chapelle furent trouvées trois inscriptions latines que voici :
« Tombeau d'Aprilinis et d'Abe.itis qu'ils se sont fait. »
CAI VSBIB ONIVS SEVE
RIANVS E • Q • R • AN
« Caius Bibonius Senerianus, equcs romanus, an. .\ i ///. » Une bri que placée près de rentrée porte ce nom peint en rouge : ICYAINOCUranise Aureliœ Domnœ morti Leonlius neofltus (h une liluluni poni jussil). Quœ vixit annos xxxiij ; deposita (est) xi> kctlendas octobres, Nicomacho Flaviano consule.
De Rossi avait lu MORTE et complété MORTutrE, mais il y a bien MORTI.
Sorti de cette chambre, on passe devant l'escalier pour arriver à la niche G très décorée, mais aujourd'hui dénudée parce que la stratification de stalactites en se détachant a emporté les couches de couleurs. Les traces encore visibles ont permis de reconnaître dans l'arc la figure du bon Pasteur entre deux brebis. Les fresques des deux parois ont péri de même, à part quelques arabesques à fleurs, une bordure vert de mer les séparait ; la face de devant de la niche portait en haut de beaux pampres ; toute cette décoration était exécutée sur un fond rouge cinabre qui, dans la paroi gauche, a repris son éclat primitif. Ces fresques sont contemporaines de celles de la capella greca, il ne serait pas impossible qu'elles fussent de la même main.
Dans la chambre H il ne reste rien ; il en est de même pour le tombeau 18 du plan, en maçonnerie, et pour Varcosolium 17, dans l'escalier Q.
A la piscine on conserva le revêtement de ciment, ce qui rendit impossible une décoration picturale. La fouille pratiquée à l'endroit où se trouvait le puits montra quelques tombes pillées. A l'extrémité de la galerie M, vers la niche 1, on trouva cette inscription :
CSALLIVS MEGETHIVS PA[ter de CEPTVS AB ALLIO AQVIL [a fi LIO Q-VAN-XXXVMVII [d. . .
La forme des lettres parait se rapprocher du Me plutôt que du iie. Le sol avait reçu des tombes, celle-ci est encore en place :
^dj$ guirlande t£^^ SENTIVS MERCVRIVSSIBI El COIVGI SVAE CESORINE AMANTIAEBENEMERENTI PACE Ligne 1 : ei pour et ; ligne 2 : om. in devant pace. 111e siècle.
Dans le grand vestibule marqué K sur le plan, un seul loculus a conservé son inscription du Me :
La niche 5 avait sa façade couverte de plaques de marbre et l'intérieur revêtu de deux couches de stuc. Elle contenait un sarcophage et deux tombes détruits.
La galerie L, contrairement à celles que nous venons de parcourir, n'offrait que des loculi, elle était pourvue, en 8 du plan, d'un lucernaire qui projetait quelque lumière dans la capella greca. Cette galerie était construite partie en maçonnerie et partie taillée dans le roc, avec un double revêtement de stuc. Comme lieu d'ensevelissement on s'en servit avant de s'aventurer dans la capella. car on peut constater que le mur de remplissage de l'abside n repose sur le stuc de la paroi y attenant. « Un badigeonneur a orné la galerie de peintures à sa façon. Des lignes rouges traversent le Champ des loculi, occupé aussi par des rectangles peints en vert et en rouge et deux cruecs gammaUt les plus anciennes de ce type qu'on connaisse dans l'art chrétien — <>n y volt de plus une imitation d'opus alexandrinum, à l'instar de celui du pavé du palais des Flai'ii sur le Palatin ; finalement dans la petite niche a, à gauche, une coupe sur un pied élevé ; à droite, un calice à deux anses ; à la voûte, un pot pareillement à deux anses, et. à la façade, un arc à imitation de briques. Lors que tous les loculi furent occupés, l'on éleva le tombeau en maçonnerie 1. Cette construction ne se fit pas beaucoup plus tard ; ce qui invite à le croire, c'est que la double couche de stuc qui la recouvre est de bonne qualité. Hormis une, anonyme, toutes les tombes ont été saccagées ; la perte de leurs épitaphes est d'autant plus regrettable qu'elles comptaient parmi les plus anciennes de cette région.
« Des rares inscriptions qui sont restées en place, on peut déduire que les pièces situées de chaque côté de l'atrium ont servi de lieux de sépulture aux nc, me et IVes. Dans le sol de l'atrium même, on trouva un certain nombre de sépultures fermées par des briques formant toit. Quelques-unes de ces briques portent l'estampille du temps de Marc-Aurèle, d'autres de Commode l. Si l'on ne peut guère tirer de conclusions chronologiques sûres de monuments de ce genre, les indications qu'ils donnent ne sont pourtant pas en contradiction avec la chronologie donnée par d'autres, ceux de l'atrium et de ses dépendances, et ils viennent même l'appuyer. C'est un fait que les tombes du sol sont postérieurs aux loculi et aux arcosolia des parois « • ».
REIIOBRA'C
VENVST,
Avant de quitter l'atrium et ses dépendances, il est nécessaire de mentionner encore quelques fragments épigraphiques d'un grand intérêt.
Au mur à droite de la capella greca on a fixé une dalle en marbre qui, à en juger par son épaisseur, a dû appartenir à une tombe creusée dans le sol, peut-être dans le sol de l'atrium. Les caractères sont encore du type priscillien, et le nom de famille Aurelius évoque la seconde moitié du ne siècle 3 (fig. 10532).
AVRELIO BRACaro ? filio ? dulcisS\MO VENVSTVS paler ?
Un fragment trouvé sur un loculus d'enfant semble porter les noms des parents ; le reste manque 4 : parente S On doit s'attendre à rencontrer la formule : « en paix » que nous lisons à deux exemplaires :
Voici quatre fragments faisant partie de l'épitaphe d'un loculus, moins complète aujourd'hui que lors que J.-B. de Rossi en prit copie (voir Dictionn., t. u, col. 2105, fig. 2067) ' :
SIMAE-ET-AMA 5 N-TIS-SIME
5 7-VNT-EROGANTE VLPINGENVO curam CORPORIS EIVS Ligne 2 : Cocceius Victor, pater et Alinius Cocceius Lucidus I rater...
« A Atinia Paulina, qui vécut 27 ans, Cocceius Victor, son père, et Atinius Cocceius Lucidus, son frère, et Floridia Candida et Varius Roinanus, ses enfants, ont fait placer le sarcophage par les soins d'Ulpius Ingenuus, chargé de l'ensevelissement de son corps. » On remarque que la mention du père, du frère, des deux enfants, mais il n'est pas question du mari.
Le gentilice Atinius est ancien et n'a pas été rencontré ailleurs, croyons-nous, dans l'épigraphie chrétienne des catacombes. Ce nom reporte à l'époque de Trajan et d'Hadrien, ce qui concorde avec l'âge probable de la galerie dans laquelle a été trouvé ce sarcophage.
L'épitaphe d'Ulpia Helias, comme celle de Kosmia est fixée sur la paroi gauche de la chambre E. De nombreux fragments épars sur le sol de cette chapelle et' encore inédits portent des acclamations telles que : AGAPE IN pacc, ou encore èv G€Cù.
L'état de délabrement dans lequel ont été trouvées différentes pièces de l'atrium ne permet d'établir, pour déterminer l'ordre chronologique suivant lequel elles ont été utilisées, que les conclusions suivantes :
« Il y eut sans doute des restaurations ultérieures ; on est conduit à le penser en examinant les murs de renforcement de l'escalier Q, devant la niche G, et d'autres murs semblables construits aux entrées des chambres E et F ; quant à l'époque de leur construction, l'état des fouilles ne permet pas de la préciser ; non plus que celle où les galeries du second étage furent réunies à l'atrium. De même il n'a été trouvé aucune communication régulière entre l'église cimétériale et les galeries des régions voisines de la catacombe. Les deux communications connues sont dues à des brèches pratiquées probablement par ceux qui, après la mort de Bosio, fouillèrent les catacombes à l'effet d'en exhumer des reliques. » À la description des peintures de la capella greca nous n'ajouterons rien à ce qui a été dit (voir Dictionn., t. il, col. 2084-2101). Seulement nous rappellerons deux inscriptions grecques peintes au minium dans l'abri de la niche m ; elles furent recouvertes d'un « Obrimus à la mémoire de sa bienheureuse et très tendre épouse Nestoriane. » Terminons par un graffite tracé dans la frise à console de la partie droite de la capella 3 :
NAVIGI VIVAS IN >jt C'est encore sur une inscription provenant de la capella greca qu'on a lu cette inscription qui mentionne des martyrs : (voir Dictionn., t. xn, col. 1629) :
XI. La région de l'arénaire. — Après avoir parcouru l'atrium et la capella greca nous allons nous enduit de plâtre qui est tombé. Il est impossible d'imposer une explication raisonnable à ce badigeonnage. Était-ce pour remplacer ces épitaphes par des marbres gravés soigneusement ou bien pour abolir la mention d'une attribution erronée ? Voici les deux textes 2 :
« Obrimus à la mémoire de très tendre cousin et condisciple Palladius. » engager dans le terrain qui en est proche et passer d'une galerie dans la galerie suivante, sauf à revenir parfois sur nos pas en notant au passage tout ce qui vaut la peine d'être mentionné. L'énumération des textes épigraphiques se fera dans l'ordre de leur rencontre (fig. 10533). fond, une inscription porte ce nom en caractères plus grands que le type priscillien ordinaire :
NGTPOC Celle-ci rappelle un tout petit enfant qui portait le nom de Paul :
LVCRETIO PAV/o /NFANTI DVLCIS SIMO QVI BIXITA/iNO VNO MENS Hl DIES XVI LVCRETIVS EVTYCHES ET LVCRETIA MAXIMILLA PARENTES Ligne 3 : corr. Hl en VILes caractères sont bien du type priscillien ; on remarquera à cette date le nom Paulus imposé comme cognomen, assez probablement en mémoire de l'apôtre Paul ' :
POS
C'est un nom à ajouter à notre catalogue d'alumni chrétiens (voir Dictionn., t. I, col. 1295-1301). Voici deux inscriptions peintes sur marbre :
Cel les-ci sont peintes sur des tui les :AIKINIA||XPHCIMH et XAPAAAMFT[oç ou rt] 2 ; on peut citer encore un EVH(~)NOP et toute une série de noms sans autre indication tels que : Pertinax, Marina, S]ecun[dinus ?, Janua[rius, Inge[n]ua.
2° Galerie D' et emplacement h' ». — Nous ne transcrirons désor mais que les textes qui s'écartent de la formule banale, celui-ci par exemple 3 :
Aurelius Petrus mourut vierge, on aurait voulu savoir son âge, et il appartenait probablement à une confrérie, intitulée les Pelagii.
Un fragment minuscule offre le mot 4 : PACS, pour pax, et ce n'est pas un idiotisme de la basse latinité, mais une réminiscence de l'usage archaï que d'emploi de CS au lieu de X ; dans la suite, sous l'empire, et sur les monnaies de l'empereur Galba on lit Faxs.
Dans l'emplacement h'« on a trouvé fixée au sol une pierre carrée intacte, dont les lettres ont été passées au minium et encore du type priscillien, mais déjà moins bon que sur les loculi des parois. Voici le texte 6 : STATILIAE-PHOEBE CONIVGI KARISSIMAE ET-INCONPARABILISSI MAE CVM QVA VIXIT AN XX M IX D XX STATILI VS MODERATVS-MARI TVSB-M-F Le nom de Phoebe paraît bien s'inspirer des souvenirs de l'épo que apostoli que. La gens Statilia ne se rencontre que très rarement dans l'épigraphie chrétienne de Rome. Peut-être est-ce dans cette même région que Boldetti mit la main sur cette inscription qu'il place dans le cimetière de Priscille 6 :
STATILIE FESTI VAE CONIVGI FIDELISSIMAE Nous voyons que le mari Statilius Moderatus bene merenti jecit.
Un certain nombre d'inscriptions avaient été arrachées des loculi. Celle-ci, en be aux caractères priscilliens offre de l'intérêt ' :
P-IVLIVS MARON -QVI • VIXIT ANNII-M-II-D-XXVII-N-V ID NOV •DVIII-ID-MART
A remarquer que cet enfant de 2 ans porte les trois noms ; la rareté du surnom Maron et la mention du gentilice Julius qui se lit souvent sur les épitaphes de cette région, associé au prénom Publius qui chez les Julii de tous les temps et de condition modeste est des plus rares. La formule Nalus v \Dus Novembres appelle l'interprétation Decessit pour le sigle D, cependant le calcul en mois et jours est erroné.
L'inscription suivante est très grossière, les lettressont de forme irrégulière, ce qui n'est pas une raison pour la laire descendre à une basse épo que 8 :
ACONIVS_VICTO-
AVS-ET-N-AVR-CRESCE NT-AVR-FIRMNE FU.viXS, ANIS DVOB-MES 5 DVo dieS XVIII CARE Aconius Viclo(r) a(v)us et N (umerius) Aur(elius) Crescent(inus) Aur(eliœ) Firm(i)ne fiflise vi)xs(it) a(n)nis duob(us) mes(es) du(o die)s xvjii car(a)e. A remarquer l'absence de date et l'emploi des trois noms avec celui de Numerius qui est probablement uni que dans l'épigraphie chrétienne. Quant à l'emploi de aus pour avus, c'est un idiotisme de prononciation qui est ancien.
Voici deux épitaphes en langue grec que, la seconde un peu plus soignée que la première, celle-ci fait usage de 1 '-¥ qui est d'un usage exceptionnel dans l'épigraphie chrétienne. La durée de la vie d'Attale ne fut que d'un an et on l'a indiqué par le chiffre latin | 9.
ONHCIMOC KAI
cgmnh roNeic enikthtco TE KNGO TA¥K¥ 5 tatco enom
CAN
AK€IAIOC KOINtoç
/ K / AKGIAIA M
MNHMHC/Cvexa ATTAAOO Texvcp to 5 ACANCGH xav CNIAYTOY I Parmi une quantité de débris, J.-B. De Rossi réussit à en grouper un certain nombre ayant appartenu à une composition poéti que gravée originairement sur une grande table de marbre ; ce qui donne à cette restitution un véritable intérêt c'est qu'on y retrouve la reproduction plus ou moins littérale d'une des deux célèbres piè ces en vers qui ornaient le tombeau de la vierge Agape, grâce auxquel les l'archéologue romain a réussi à remettre sur pied cette nouvelle pièce que voici l0 : vos precor o fratres ORARE HVC QVfrndu venilis et precibus lotis patrem nalum que ROGATIS SI/ omnipoteHS marciainsflecvla SErvet Caractères de type priscillien, colorés au minium, gravure irrégulière, tantôt espacée, tantôt rapprochée et ne donnant pas à cha que ligne un nombre égal de lettres ce qui gêne le choix des suppléments. Les lignes 4 et 5 offrent d'importantes variantes par rapport au texte du tombeau d'Agape sur lequel on lit : sit veslrœ menlis Agapes carse meminisse, Ut Deus omnipotens Agupen in sœcula scrvel ; il se pourrait que la lac une qui précède le nom hiAP.CIA contienne un autre nom.
La gravure est très soignée, meilleure que celle de l'inscription d'Agape et si ce n'était qu'une question de paléographie on pourrait être porté à croire que celle de Marcia est la plus ancienne des deux ; cependant un examen attentif suggère que c'est plutôt le contraire et que le nom de Marcia est venu bousculer le texte où figurait Agape dont le curmen sépulcral n'était pas compris dans quatre hexamètres et comportait une sorte d'introduction gravée sur une autre table de marbre. Il faut donc que le poème d'Agape soit bien ancien pour qu'on l'ait transformé en quel que façon en formulaire dans l'épigraphie priscillienne. C'est une destinée analogue à celle de l'inscription d'Abercius d'après laquelle, en 216, on modela celle d'Alexandre. Enfin, on peut se demander si le poème d'Agape et celui de Marcia ne procèdent pas d'une formule plus ancienne à laquelle on fit des emprunts ; on peut proposer cette finale : sit veslrœ mentis sanciœ animas meminisse, ut Deus omnipotens (illam) in sœcula servel.
Une autre poésie épigraphi que, malheureusement trop fragmentaire, ne nous est conservée que par quelques mots ' :
....(œtern)um ut vivat in œvum.
3° Galerie D. — A une épo que ancienne les loculi, sauf un très petit nombre, ont été ouverts et dévastés ; ceux qui furent épargnés durent cette chance au fait d'être cachés par des murs de renfort.
Au point 2 du plan on a trouvé dans le pavement cette petite inscription2 : en be aux caractères priscilliens ; la suivante, trouvée in situ, d'une calligraphie irréprochable a ses caractères peints au minium 3 :
On doit remarquer a, la ligne 1 une distraction du lapicide qui a écrit Turciœ au lieu de Turcia ; le gentilice Venuleius se rencontre si rarement qu'on peut le dire uni que dans l'épigraphie cimétériale ; on en pourrait dire autant du gentilice Papirius qu'on a lu sur l'inscription précédente.
Nous trouvons ici un assez grand nombre d'inscriptions sur lesquel les on ne lit qu'un nom accompagné parfois d'un symbole, ancre ou palme, ou bien le symbole tout seul, par exemple : FELICITAS, LYCENTINO, CALPVRNIA PRIMITIVE, EVTHYCES, VICTORINA, MARCIANA4.
Près du pilier de renforcement, au point 3. on trouva quelques loculi non violés ; sur le loculus inférieur on peut lire cette épitaphe en be aux caractères damasiens 6 :
TIMOCRATES-PATER TIMOTEO FILIO CARISSIMO POSVIT TITVLVM QVOD VIXIT ANNIS DVOBVS ET DIES XVIII I
Malgré l'emploi du marbre et le soin de la gravure, le lapicide a employé quod au lieu de quoad.
Les expressions affectueuses ne varient guère de ce que nous rencontrons ailleurs, ce sont benemerenli \ carissimo7, incomparabili 8 ; cependant co(n)iuges amantissimi » est plus rarement employé.
Parmi les formu les plus dignes d'attention, nous devons relever cel les-ci :
Sur la ch aux d'un loculus, acclamation peinte à la couleur rouge 10 :
SPIRI/us luus REQVESQVAT Le nom du défunt ou de la défunte devait se lire sur les tui les ou la pla que de marbre dont rien n'est resté.
Au point 5, grâce à un pilier de soutènement, on a encore trouvé quelques tombes intactes et, tout en haut, celle-ci11 :
Les païens avaient fréquemment sur les lèvres la formule : Diis volentibus, et notre inscription est le plus 41 ancien texte chrétien — du nie siècle au plus tard et plutôt du ne — qui atteste l'adoption et la retouche de la formule anti que. On lit dans les lettres de Syinma que : Deo volenle, car les païens faisaient usage indifféremment du pluriel ou du singulier pour cette locution 12. Ici, le rapprochement de felix et Ampliatus présente une notable différence avec toutes les autres formu les de la même famille épigraphi que puis que dans l'épigraphie priscillienne la plus ancienne, la nomenclature seule est composée du gentilice et du cognomen, et non du double cognomen. Nous avons une épithète felix et un nom propre Ampliatus ; il est probable que le sens de notre inscription est celui-ci : Quamdiu Deus volet, sanus salvus Ampliatus (sibi posuit) ; de même qu'on lit fréquemment à Ostie : Quando ou quamdiu Deus volet, permiserit.
Entre les points 5 et 6 du plan, une épitaphe fait mention d'un SALVIA », gentilice rare chez les chrétiens et qui peut mettre sur la voie d'un aïeul se rattachant à l'empereur Salvius Otton.
Au point 7, un loculus fermé par trois tui les, celle du milieu porte l'épitaphe suivante en lettres noires ' :
MARCIANVS-HIC DORMIT-IN PACE-
Cette formule : dormit in pare ne s'est rencontrée nulle part ailleurs dans toute l'épigraphie priscillienne ; on doit remarquer d'ailleurs que ce texte n'est pas tracé à la couleur rouge mais en noir et les caractères, au lieu d'être grands et espacés, sont hauts et étroits, on ne sait donc rattacher cette épitaphe au type priscillien, elle doit être d'une date postérieure à celle des inscriptions environnantes. Le surnom Marcien s'est rencontré deux fois dans la galerie D.
Au point 10 du plan, un loculus fermé par trois tui les portant cette inscription à la couleur rouge2 :
AYPHAIA HAIOAWPA ^ ïfl ANC0NC0 A€K€M8 Aurélia Heliodora (deposita) pridie nonarum decembris.
La date du jour du décès ou de la sépulture est des plus rares dans l'épigraphie priscillienne ; à remarquer l'omission du mot
Au point 12 du plan, sur un loculus une tuile peinte en rouge 3 (fig. 10535) :
4° Galeries E, F, G. — Au point E2 du plan, une tombe d'enfant fermée par une pla que de marbre portant cette épitaphe ' :
Le sigle PR qui précède le nom du je une Diogène devrait, d'après l'usage, vouloir dire le prénom Proculus, c'est d'une rencontre très rare dans l'épigraphie de l'épo que impériale 5 et sans autre exemple dans l'épigraphie chrétienne. A défaut de l'omission d'un gentilice, J.-B. De Rossi propose d'interpréter ce sigle par ppoculeio plutôt que par le prénom FFoculo ; à vrai dire ce genti'ice ne fait pas meilleure ligure que le susdit prénom dans l'épigraphie chrétienne. A la dernière ligne lire triennium. Une autre pierre trouvée près de là nous fait connaître un Probus Firminus et on se demandera si le sigle PR de l'inscription précédente n'est pas tout simplement un Probus.
Voici une famille dans laquelle on parlait la langue latine plus couramment que la langue grec que comme on le voit par cette épitaphe 6 :
AVGVRIVS AVGV RIO TOKOTO GLICI TATO Ce qui semble vouloir dire : Augurius Augorio lokoto glicilalo qu'il faut interpréter : tsxvco
A cette même famille se rapporte une inscription trouvée au point F 2, tombée, brisée et portant ces mots ' :
SEP • AVGVRIO ■ SEPT • AVGVRIVS • FILIVS ET CAMPANVSETVICTORICVSFRATRES ET IVLIA-CHRYSISCONIVX- FF Ce n'était d'ailleurs pas l'uni que famille dans laquelle on s'amusait à parler le grec (en l'écorchant). Sur une inscription il est fait mémoire de Facunda dont on nous dit que AIMNESTO EPOESEN, sous quoi il faut reconnaître : àstp-v/jaTto ÈTcoiTjaev « ; sur une autre on lit le nom tout latin de Projutura ainsi déguisé : RTPOOOY||TOYPA||ACVNKPITE s. Notons : pax, pax tibi, pax lecum... ' », etc. L'extrémité de la galerie F s'achève par une construction en maçonnerie qui représente un escalier assez large qui conduisait au plan inférieur de la catacombe. La moisson épigraphi que n'est pas bien copieuse ni intéressante « ; nous noterons cependant cette tuile portant le nom de Terentius avec le chrismon (fig. 10536).
5° Galerie H. — Elle se dirige à peu près parallèlement à la galerie D, mais de façon plus directe et pres que en ligne droite, puis elle obli que brusquement à droite où nous trouvons Hl. C'est de là que nous allons la suivre jusqu'à son aboutissement dans une sorte de grande caverne sur laquelle s'ouvrent h.iv.l et 2, en notant au passage, s'il y a lieu, les corridors qui mettent en communication H avec D, par le moyen de h, h', h », h'« . Dans le cul-de-sac H 1, on a trouvé une multitude de fragments de tui les portant des lettres peintes de l'épigraphie damasienne la plus ancienne. Un loculus violé il y a longtemps était fermé de trois tui les avec cette inscription,2 peinte en rouge (fig. 10537).
Au point H2, un loculus était encore fermé par sa pla que de marbre portant les noms13 : DOMITIAE MARCIAE. Au point H3, l'épitaphe de PVBLIAEHERMIONETI »... Dans le passage h étaient encore quelques loculi intacts et, entre autres celui de SABINAE BEATAE1 (fig. 10538). Cette épithète beata est uni que dans toute l'épigraphie priscillienne. J.-B. De Rossi s'est demandé s'il n'était pas une allusion à la certitude de la béatitude céleste conquise et assurée par le martyre ? C'est une de ces questions destinées à demeurer sans réponse.
L'inscription que voici, placée devant la précédente nous offre un nouvel exemple d'improvisation. Les deux premières lignes et les ancres sont gravées, les quatre autres sont peintes 2 :
CIM
Il faut lire ainsi : Fortunata mater Phœbiane fllisei ; après quoi Fortunata a pris un pinceau et, l'ayant trempé dans le minium, elle a écrit ceci : Faibiant (elle voulait dire Phœbianeti) filie 8ouAxi(a)ai.[i.7). Peut-être était-elle étrangère et a-t-elle cru que son grec serait mieux entendu que le latin.
Au-dessus de la tombe de Phœbiane dans un loculus fermé de tui les une inscription peinte avec soin mentionnait la déposition de Felicissima 8 :
FELICISSIMA-HIC POSITA EST
Une inscription grec que de type priscillien passé au minium fait mémoire d'un Flavia APXAC XHPA l, or ce nom de Archas est masculin et s'appli que à une veuve ; peut-être avons-nous un souvenir des Actes, ix, 36, 39. Celle-ci est aussi curieuse 5 (fig. 10539, n. 3) :
£5 MARCELLVS P QVI ET EXSVPERI VSCSEGIIC5AN-V-M-I-D-VII
Cette petite inscription gravée sur une pla que de marbre présente la formule rare : egit annos et l'emploi d'un double nom avec qui et, ce qui ne s'est pas rencontré ailleurs dans l'épigraphie priscillienne, elle s'écarte aussi du type paléographi que avec sa lettre L dont la base est courbée comme un S et fait songer à l'épo que d'Alexandre Sévère. Rappelons que la formule qui et a été considérée comme indiquant le changement de nom au baptême (voir Dictionn., t. xn, col. 15181519).
Au même lieu on a trouvé cette inscription 6 : AGAPE VIVAS IN DEO, qui est anti que, mais remonte plutôt au second plan de notre cimetière.
Au point H12 se rapportent deux très bel les épitaphes encore in situ dans le pavement de la galerie, voisines l'une de l'autre ' :
Le cognomen TARSAHEC a dû être maltraité par le lapicide et J.-B. De Rossi le suppose dérivé de Tapaéç, Tarse, ville natale de saint Paul, dont on aura voulu faire peut-être Tapaeûç ou Tapcrioç et Tapostoç ce qui sera devenu en latin ce mot bretonnant de Tarsahec. Quant au G qui ouvre la seconde ligne, il se trouvait mieux à sa place en tête de la première et nous aurions un Gaius Julius Tarseus. La deuxième inscription est ainsi conçue 8 :
DVLCISSIMEET
SIME-COIVXPAX
TIBI-BENE-DICTE Nous ne nous étendrons pas longuement sur l'emploi de la formule : Bénédicte (voir Dictionn., t. il, col. 741745) dont les premiers fidè les faisaient un usage courant comme nous l'apprend Tertullien ; on en trouve plusieurs exemp les dans les lettres de saint Ignace d'Antioche, aux Éphésiens et aux Magnésiens. La prati que s'en conserve chez les chrétiens jusqu'au Ve 8, Il n'est pas superflu de rappeler ici que les païens faisaient usage de benedictus et de benedicta. Sur une pierre du musée Passionei, autour de la patère creusée pour les libations païennes on peut lire'0 : Animulœ bonse et benediclœ sit tibi terra levis et sur la stèle païenne de Julia Heuresis morte volenle fato, on MÎÛfelÀTAE a écrit n : Hic super ossua cineres que tuos benedicta quiescis.
6° Passages i et i 1. — Avant d'entrer dans la galerie I il est nécessaire de s'arrêter dans les passages i et il qui établissent la communication avec la galerie H, car ces deux passages ou ambulacres sont en relation évidente avec ceux qui sont désignés par h, h', h« et h' ».
Rappelons que nous nous trouvons ici dans une ancienne carrière, assez peu solide pour avoir exigé un jour des étais de maçonnerie à l'effet de prévenir l'affaissement des parois et des voûtes. Le jour où l'initiative de J.-B. De Rossi fit procéder à des coupures vertica les dans ces murs ou piliers de soutènement, on aperçut par les ouvertures ainsi pratiquées des rangées de tombes superposées demeurées intactes 12 (voir Dictionn., t. m, col. 1668, fig. 2947). Dans le passage i, derrière le pilier 1, on eut la joie d'apercevoir une série complète de tombes inviolées et, au sommet, la plus importante de toutes qui portait peint à la couleur rouge sur deux tui les ce nom VERIC VNDVS ; entre les deux tui les, sur un espace demeuré libre le signe M surmonté de l'indice d'abréviation, d'un type alphabéti que différent de celui employé pour les lettres du nom et peint en rouge sur la ch aux. En publiant cette inscription pour la première fois, J.-B. De Rossi se demandait si cet M avait la signification de martyr. Il ne pouvait s'agir ici d'un prénom puis que la lettre se trouvait au milieu du nom propre qu'elle aurait dû précéder, il n'est pas question d'en faire l'initiale du mot memoria qui exigerait pour le nom propre de Yerecundus le cas génitif ; aussi après une longue attente et d'aussi longues discussions a-t-on accepté l'interprétation Yericundiis M (artijr), ce qui n'a rien de plus surprenant que de lire comme nous l'avons fait plus haut :
SABINAE BEATAE et comme nous le ferons dans un moment :...MACARE (= |i.dcxape).
Sous le loculus précédent s'en trouvait un autre portant cette inscription ' :
AELIABVS SERENE ET NORICAE à Ç* CS FILIABVS PIENTISSIMIS § J\ •P-AEL-NORICVS PATER POSVIT y La colombe, la palme, la lettre S, furent peints au minium ainsi que l'M sur l'inscription précédente en dépassant un peu la pierre et empiétant sur le plâtre.
On ne voit rien à remarquer à propos des deux inscriptions suivantes :
Dans la paroi en face, i 2, on aperçut d'autres loculi intacts dont quatre portaient des inscriptions : Susanna, Arsinoe, Silvina et celle-ci 2 :
TTCTRO C
Le même nom en grec et en latin avec cet éloge : filius a sanctis équivalent à filius sanctorum. encastrée dans un tombeau muré plutôt que dans l'ouverture d'un loculus dans la paroi friable d'un arénaire ; peut-être se trouvait-elle dans l'arcosolium du fond du cubicule, là seulement où on avait pu creuser un espace capable de recevoir trois corps •. Sur la paroi gauche le fond d'un petit sarcophage d'art païen représentant une danse d'amours et de bacchantes qui scandalisa des chrétiens, ceux-ci l'enduisirent de plâtre '.
Lors que J.-B. De Rossi explora pour la première fois le cimetière de Priscille, en 1851, il vit devant ce cubicule un grand fragment d'une dalle ayant pu servir de mensa à un arcosolium, portant une inscription très incorrecte du IVe, consistant en un éloge funéraire bien éloigné de la concision priscillienne 8.
VIXIT ANIS XXXV QVEI VS
Le lapicide en prenait à l'aise avec l'orthographe, c'est ainsi que nous le voyons écrire emine sans /, serptum sans i et pareniorum pour parentorum ; après
(KOPNHMFL IOYAIANR-[
KOPNH ^BHPA^Tl GIPrii^H tian4>iaoc eci
^MÀRCPIVS* QVFJETEXSVPHRL
WrSIBNWft Mentionnons encore deux inscriptions du plus beau type priscillien 3 (fig. 10539, n. 1 et 2).
7° Galerie I. — Le point de départ de cette galerie fut obstrué par le cubicule 1. L'entrée vers / 2 fut rouvert par les fossoyeurs modernes qui abattirent le mur de clôture ; en somme l'état primitif a été radicalement changé et d'un tronçon de galerie on a fait une chambre, ainsi ne doit-on pas s'attendre à y trouver des monuments épigraphes fort importants. Cependant on ne peut omettre de signaler dans ce cubicule une inscription en caractères du IVe, gravés sur une pla que de marbre et concernant une tombe trisome 4 : cela on peut lui passer queius pour cuius dont on trouve d'autres exemp les sur des inscriptions païennes 9. Il est impossible de suppléer aux lacunes des trois premières lignes. Le dernier mot de la 3e, destoma, peut être rétabli grâce à ce que nous apprend Donat le grammairien, à savoir que Parentes deslomachali a la signification de indignati, un peu plus fort que notre expression : « estomaqué » ; proprium est, dit-il, parentibus indignatione velut abiieere curam (iliorum, quvan deslomachali fuerini1« . Mais le mot n'a-t-il pas un autre sens ? On pourrait le croire en lisant que la défunte était amalrix parentorum, il faudrait donc entendre ceci que les parents étaient deslomachati à la perspective d'avoir à célébrer les obsèques de la morte ; on proposerait donc de lire : queius (li cet morlem non lux)serint parentes destoma (chati, fuit tamen illa ) amalrix parentorum.
Au point / 2, on a trouvé ce fragment ll :
Dans le large espace / 'i où se termine la galerie arénaire primitive commence l'excavation régulièrement entreprise par les fossores chrétiens. Ici beaucoup de loculi ont conservé en tout ou en partie leur clôture de tui les avec des noms en rouge : OEOSCOPA, |XACARE, A0ANACI, [xo^LMOC, et beaucoup d'autres1. Vers le commencement de la voie qui part en ligne droite de / 3, on releva le débris d'une inscription qui mentionnait le KEFhigerium 2. A peu près au même endroit fut trouvée cette belle inscription3 (iig. 10540) dont on peut juger les caractères gravés et passés au minium, véritable, type de l'épigraphie priscillienne. On y lit la mention d'un Aug. lib. prœpositus tabernaIsaïe ; ici nous voyons dans la lunette d'Un arcosolium un sujet souvent discuté et dont nous avons déjà donné deux reproductions en couleurs, la troisième prendra rang au mot Vikrge (voir Dielionn., t. n, col. 2472, pi. hors texte ; t. x, col. 2000. pi. hors texte) ; ici nous donnons une vue d'ensemble de la fres que (fig. 10541). Au centre une orante vêtue de couleurs sombres, brun carmélite, voile noir, debout, les bras élevés dans l'acte de la prière ; à gauche un vieillard assis sur une chaise à haut dossier a devant lui une ►VG-UB'PRAEPOSITVSTABERNACVL.DISORORIBENEMEREKRIQVAEYLXITA ^ORORKXVAEVIXITANNISXVITSERAP : XXXV^CMYSOMAUB'PATRIAVIVIXITAN VFRATRI-QVIVIX/TA^ISXXII-NICEiy \ ( / culorum, qu'on doit rapprocher des textes qui font mention de tabernacularii domus Augustse et de leur collegium ». Voici ce texte avec les compléments proposés par J.-B. Ue Rossi : je une femme et un je une homme ; à la première, il vient de donner le voile des vierges qu'elle montre comme un objet précieux devant sa poitrine, tandis qu'il lui indi que du doigt la très sainte Vierge représentée à AVG-LIB-PRAEPOSITVS-TABERNAC VLOJrum \ fecilsibi el chrys\D\ SORORI BENEMERENTI QVAE VIXIT-ANnis et SORORI -QVAE VIXIT-ANNISXVIISERAPI oni av ? O qui vixit annis XXXV • CHRYSOMALLO ' PATRI QVI VIXITAN m's IFRATRI-QVIVIXIT-ANNIS-XXII-NICEN i filiaE quae vixit ex V O LV N TAT E • E I V S D E M • C H R Y S I D I S | Sans nous écarter de ce point, voici une inscription trouvée en 1851, sur laquelle nous lisons avec les trois noms 5 :
TITVS FLA VIVS FE LICISSIMVS POSITVS EST
la formule positus que nous avons déjà lue deux fois dans les galeries de l'anti que arénaire. Les tria nomina de Titus Flavius Felicissimus conviennent à l'épo que des affranchis cioitate donati des Flaviens et de leurs descendants.
Il n'est pas possible de s'éloigner de I 3 sansparler du corridor qui se prolonge et contient, en plus de quelques-unes des inscriptions que nous venons de transcrire, un des monuments mémorab les de l'art chrétien de la seconde moitié du IIIE, In demisiècle environ a pu s'écouler depuis la représentation de Marie allaitant son Fils en présence du prophète droite tenant son divin enfant dans ses bras, la lui présentant comme le modèle de la profession qu'elle vient d'embrasser. Comme on peut bien le croire, l'interprétation de cette fres que a soulevé beaucoup de discussions. Certains archéologues ont cru y découvrir une défunte entrée dans la béatitude après avoir été mariée et mère ; la mort l'a prise de bonne heure. Nous croyons que l'interprétation que nous venons de donner est préférable à l'autre8. Nous ne reviendrons pas sur le type de la Mère de Dieu (voir Dictionn., t. x, col. 2000-2001). Tout proche de la fres que dont nous venons de parler se trouve celle de la corporation des tonneliers que nous avons donnée déjà (voir Dictionn., t. i. col. 1704. Iig. 138).
K.' est une crypte très irrégulière fort célèbre car c'est là que se trouve une niche peinte et décorée de reliefs en stucs. On y voit encore les vestiges d'un bon Pasteur parmi les arbres, et, à gauche du spectateur, de la plus célèbre des fresques chrétiennes : la Vierge assise allaitant son divin Fils et le prophète Isaïe qui annonça la naissance virginale du Sauveur (voir Dictionn., t. n, col. 2476, pi. hors texte ; t. x, col. 19881989). On pourra comparer la planche hors texte en couleurs que nous avons donnée en 1910 et la figure fres que qui a donc appartenu à l'aménagement primitif de la crypte, avant cette excavation.
Beaucoup de loculi ont conservé leurs inscriptions in situ ; el les appartiennent, de même que cel les qui sont tombées, aux deux famil les de la plus ancienne épigraphie priscillienne ; beaucoup sont peintes au minium sur tui les, d'autres gravées sur marbre avec soin. Voici cette série de noms et d'acclamations :
10542 ci-contre afin de se rendre compte de l'emplacement de cette peinture dans la crypte A' 2. Le jugement artisti que porté sur cette admirable image de la première moitié du ne siècle est confirmé par les indi ces chronologiques qui ont été recueillis dans cette partie du cimetière. Le loculus ainsi décoré est représentatif du mode de décoration dans la région priscillienne primitive.
Au pied de ce même loculus on a relevé trois fragments d'une épitaphe avec lettres gravées et passées au minium de très gran des dimensions, d'une parfaite élégance, véritable prototype de l'épigraphie dite priscillienne1 :
NCRelius CRESCES TT II Le cognomen Cres ces a déjà été rencontré (au point / 3) et la forme Cres ces ou Crescens est anti que, on la rencontre dans II Tim., iv, 10 ; le gentilice Lucrelius a été relevé (aux points C et D'). Ces lettres majestueuses paraissent vouloir retenir l'attention sur un loculus si richement décoré devant lequel se trouvait un sarcophage et une inscription à demi-cachée par un pilier de maçonnerie 2 :
La nécessité d'un renforcement de la maçonnerie non loin de la paroi où se trouve la fres que de la prophétie d'Isaïe a amené la découverte importante, au point de vue chronologi que d'une série d'inscriptions. On avait établi en cet endroit un escalier assez larg.', profond de 1 m. 50 et conduisant à une galerie creusée à ce niveau. De là on ne pouvait plus apercevoir la
PAX TECVM VÀLERIA <-+• J0^~
ALEXA/x/er Celle-ci devait débuter par les noms des parents du je une Hilaire mort à l'âge de 4 ans et 7 mois, le nom de la sœur a été associé à l'hommage des parents :
ILARO-FI-LI-OETVIC-TRIX • SO ■ RO R -QV ■ XA- llll ■ M - VII qui vixit annos Ifllmenses vu.
Il n'est p.is contestable que la galerie K fut, dès l'origine, destinée à recevoir une suite de sarcophages placés dans de gran des niches dont la partie supérieure est en forme d'arc, cette galerie est une des principa les artères et aussi une des plus anciennes du cimetière de Priscille. Un tronçon de galerie formant cubicule avait reçu à l'origine sept niches formant série, quatre d'un côté, trois de l'autre, les sarcophages de marbre de grande dimension qui y furent introduits ont été brisés à coups de masse de fer et remplissaient l'hypogée. Leur décoration consistait en spira les ou strigil les comme pour ceux qui ont été retrouvés dans la basili que de sainte Pétronille au cimetière de Domitille (voir Didionn., t. iv, col. 1415, fig. 3846 ; t. vi, col. 2934, fig. 5761 ) ; aucun de ces fragments ne présente une scène proprement dite de l'art chrétien, scènes devenues si communes au iv« siècle. Tous ces sarcophages, grands, moyens et petits, sont de la catégorie Cette inscription ne provient pas toutefois d'un des sarcophages destinés à l'hypogée ; on a peut-être à une date postérieure ménagé un certain nombre de loculi.
Sur la paroi de la porte de ce cubicule on avait tracé ce graffite : Parthenius, il n'y faut pas voir un ancien, c'est tout simplement un des compagnons de Pomponius Laetus (voir Didionn., t. vin, col. 1047-1048) qui visita le cimetière vers l'année 1475 « .
Avant de s'éloigner il convient de dire quelques mots d'une des sept niches dont nous avons parlé ; elle a conservé des tra ces non seulement d'un enduit blanc mais de peintures, sur la lunette du fond. Ce qu'il en reste est fort décoloré, néanmoins on voit par la fig. 10543, qu'il subsiste quel que chose en haut et à droite. A la partie supérieure c'étaient certainement deux paons affrontés de cha que côté d'un vase ; on voit encore la queue ocellée d'un des paons. A la partie inférieure, deux personnages, l'un posant sa main droite sur un de ceux qu'on achetait dans les ateliers païens de marbriers, avec exclusion des sujets mythologiques.
NVS
L'écriture est du Me : Spiritum Parhesiasla' in pace et par dérogation à l'anonymat habitue] chez les chrétiens de la part de celui qui érigeait un tombeau, cet essai de signature : scripsit nus.
Parmi les fragments d'autres épitaphes l rouvés dans cette galerie, ceux-ci gravés sur une grande dalle que l'écriture fait juger du Me 2 :
L'autre peinture (fig. 10514) est plus importante, elle occupe la partie droite de la voûte de la niche. On voit, au centre, Jonas étendu et accoudé sous une treille abondamment pourvue de pampres et de courges. Le personnage est encadré par deux figures dont une seule a été conservée, qui représente la tentation d'Eve, qui entièrement nue n'a pris que le temps de cacher sa honte avec une feuille qui, d'après ses dimensions, donne une haute idée de la végétation du paradis terrestre. A ses côtés, le serpent tentateur et l'arbre de la science du bien et du mal. L'état de l'enduit nous prive du personnage d'Adam. Il est très évident qu'on a voulu ici établir un contraste entre le péché des premiers parents qui entraîne la mort et l'épisode de Jonas qui rend l'espoir d'une résurrection 4. On dirait qu'Eve a l'apparence d'un hennés planté dans le sol.
Derrière le pilier de gauche, un loculus de la paroi A' 3 a conservé in situ quelques lettres d'une inscription gravée sur une pla que de marbre plus grande que la plupart. Au pied de cette paroi des débris d'une grande épitaphe grec que, de beau type priscillien et passée au minium. Le texte en peut être restitué par la confrontation avec d'autres inscriptions chrétiennes (fig. 10545)' :
Les trois premières lignes sont en prose, la suite en vers formant un disti que : hexamètre, pentamètre, hexamètre.
ANTOOV eimiht
AZIA NOCZ
ANFTAY ëvv€A GXouaa... eicoN coi revoç eiMi zw^ç...
ÊIC OEON AGÛPHMA cp£Fouaoc...
Il paraît bien que nous avons ici une défunte qui parle d'elle-même, comme semble l'indiquer le verbe eî[j.t employé à trois reprises et, la troisième fois, adjoint à l'adjectif 017). Dans les deux premières lignes (où on a voulu voir des vers, ce qui est douteux), la défunte donne son nom, mais on ne saurait dire si le début Avt(o, présente le cognomen Antoninus ou Anlonina ou bien le nom de famille Anlonius (a) et s'il se rapporte à la défunte ou à son père. La troisième ligne emploie une forme du verbe qui signifie « s'endormir, mourir » et mentionne l'âge : ëvveoc è/oucya...
Cela dit la défunte s'adresse au Christ, à la race duquel elle appartient : eïaov crou y^(v°Ç) sifii ; ce qui fait souvenir de l'inscription d'Autun (voir Dictionn., t. xin, au mot Pectorios) : 'IyOûoç oupavîo'j ayiov yévoç. Ce qui suit peut s'entendre que la défunte est, par la grâce du Christ, à même de vaincre la mort ou bien d'entrer dans la joie éternelle, en portant le don semblable à celui de Dieu.
Quelques inscriptions au point A' 4, dont deux se rapportent à C. Julius Chrysogonus et à ses proches 2 ; à l'angle de la galerie L et de K, gisait une petite pla que de loculus avec ces mots * :
LVCRETIA-PAX TECVM IN-DO-
Il faut lire in Domino et non in Deo puis que le signe d'abréviation man que ; ces mots complètent en quelque façon l'acclamation pax tecum, mais ils ne lui sont pas indispensab les et on peut y voir, de même que par la paléographie déjà un peu décadente, que nous nous éloignons de la période priscillienne primitive.
Des fragments de sarcophages disséminés dans cette galerie ont conservé le souvenir de chrétiens inconnus par ailleurs ; certaines de ces tombes ont été précipitées par le lucernaire de K 6. Dans ce nombre, nous signalerons cel les-ci 4 :
Il s'agit ici d'un jeune chevalier romain, chrétien, à en juger par le mot mémorise, auquel on semble assez souvent avoir préféré le mot dormitioni, comme ici 5 :
Avant de nous éloigner, mentionnons encore au point K ô cette inscription déguisée en grec ' : qu'il faut lire Bocxxo^tç Bapêapotvv) tpiXiai pEvejxepsvxt. (pyjxiT ; petite récréation inoffensive dont l 'auteur aurait pu se dispenser de doubler le X du cognomen féminin très rare Booc^uXtç.
Une autre remarque peut trouver ici sa place à propos d'une inscription trouvée près du point K 4 et ainsi libellée7 :
CIVL-CHRYSOGONVSPET-AVRHELI AS-M-C-IVL-FRVCTVOSO-FIL-D-D-
C. Julius Chrysogonus pater et Aurélia Helias mater C. Julio Fructuoso filio dulcissimo dederunt.
On doit remarquer l'emploi des sigles p, M, D, pour désigner pater, mater, dulcissimus, particularité déjà signalée au cimetière de Sainte-Agnès sur la voie Nomentane 8.
Dans une niche de la région de l'arénaire, à peu de distance du grand lucernaire K. 6, on a trouvé au fond d'une niche qui avait dû contenir un sarcophage une inscription qui aura servi à fermer une tombe (forma) pratiquée dans le sol. Le texte est important ainsi qu'on va le voir et la paléographie permet de le faire remonter à la fin du Me 9 :
RESTVTVS NOMEN FACTVS IN MORTE FIDELIS TERRENA NAM VITA MANET CAELI MIHI IVCIS EQVESTRIS TVRMAS QVONDAM QVI CONDECORAVI INCENIO VELOX STVDIIS INSTRVCTVS HONESTIS 5 EMENSVS LVCIS SPATIVM TRES ATQ X ANNOS HIC CORPVS IACEO CAELI SED IN AETHERE VIVO ANTE PEDES DOMINI PRAECELLENS MVNERE >^TI PARENTES ET FRATRES DDLe je une Restitus, mort à l'âge de 13 ans a été baptisé in extremis, ce qui lui assure une place éternelle dans le paradis ; par sa naissance il appartenait à l'ordre équestre, il était doué d'une intelligence vive, Nous venons précisément de parler d'un Caius Julius Chnjsogonus ; c'est probablement à un des membres de cette famille que se rapporte le fragment en question et que la trouvaille de nouveaux fragments dans la galerie K ont permis de reconstituer ainsi 2 :
C-IVLIVS CHRYSOGO/tus CONIVX ET AELIA » ».. «
MICA CAE DICIAE
////CASTAE FlDelissimac benemeref4T\ Fecerunl Voici donc une tombe qu'il faut placer à l'étage supérieur et on fera de même pour le C. Jul. Exsupeil se conformait aux exercices studieux qui sont de son âge. Son corps repose, mais son âme vit dans le ciel au pied du trône de Dieu, marqué du don du Christ.
Sous la vaste ouverture du lucernaire K 6 et dans les parties adjacentes de la cour carrée furent relevés des débris d'inscriptions et de sarcophages où il se trouvait des fragments précipités de l'étage supérieur. Quelques-uns de ces fragments étaient gravés de fort beaux caractères grecs, d'autres de caractères latins
PNACDPHH'/
D'après .1. Wilpcri, Fractio punis. La plus ancienne également soignés et corrects. Sur l'un d'eux on put lire en entier le gentilice Julius et le début du surnom * : rius, chevalier romain, que nous venons de rencontrer. Quelques fragments sur lesquels on a lu le mot dormitioni et qui sont de belle épigraphie priscillienne prendront le même chemin.
C'est encore là qu'il faut faire remonter un fragment considérable qui va nous retenir quelques instants * (fig. 10546). A première vue on reconnaît ici un poème funéraire où il est question d'un mémento et de prière in sivcula servet, aussi J.-B. De Rossi se souvint à l'instant d'avoir vu un autre fragment de cette inscription dans la chapelle privée de la maison Fondi à Rocca di Papa ', où il avait été apporté avec d'autres débris de même provenance par un abbé Tojetti, custode des reliques (elles se trouvaient en bonnes mains !) à la fin du xvm1' siècle. G. Mariai l'avait encore vue et copiée quand elle se trouvait au cimetière de Priscille '-. A cette époque on ne fit pas d'exploration dans le voisinage du lucernaire au niveau inférieur, mais les fossores n'épargnèrent pas l'étage supérieur, ce fut ainsi que Marini vit le fragment auquel Tojetti fit un sort, sans se préoccuper de la partie manquante qu'on envoya lestement, par le lucernaire, dans l'étage inférieur. Il devait exister encore un troisième fragment, mais celui-ci a tout à fait disparu. Le fragment tombé fut découvert en 1883 et fixé au mur du lucernaire. La paléographie n'est pas très soignée, néanmoins les lettres ont la forme ancienne et se rapprochent de celles qui sont tracées au pinceau. Le fait que l'inscription a été copiée pour le tombeau d'une Marcia et que les « Ht ainsi que Dieu a dit en chassant Adam : Tu as été pris de la terre, tu retourneras à la terre ; de même notre Agape, notre fille, repose ici dans le tombeau, parce que le Christ l'a voulu ; elle est morte en la 27e année de sa vie ; c'était le plein âge que lui avait assigné le Christ.
« Kucharis est ma mère. Lie mon père. Je m'adresse à vous, mes frères ; quand vous venez ici prier, et que dans les prières communes vous invoquez le Père et le Fils, n'oubliez pas, de grâce, de vous rappeler la chère Agape, afin que le Dieu puissant garde Agape dans l'éternité ».
« La première ligne de l'inscription montre que celle-ci est incomplète, la dalle portant le commencement a péri, car le dixit et hoc fait supposer un autre dixit pater ommpotens. On ne peut guère douter que la partie de l'épigraphe qui manque traitât de la création des premiers parents et de leur chute. Le récit de la création, dans l'Écriture, commence par : Et Dieu dit : Faisons l'homme 4 « ; la chute est suivie de l'expulsion du paradis et de la sentence de mort prononcée contre Adam et sa postérité : à quoi se rapportent précisément les deux premières lignes de la dalle conservée de notre épitaphe. Ces réflexions sur la création, la chute et la mort de l'homme qui s'en est suivie, sont placées en tête par les parents dans l'épitaphe de leur fille et démontrent ainsi le sentiment essentiellement chrétien de leur soumission à la volonté de Dieu. Leur Agape fut frappée par le destin à la fleur de l'âge, mais ils se consolent, parce qu'il en a été ainsi décidé par le Christ. La même soumission à la volonté de Dieu est exprimée dans les prières liturgiques pour les défunts : « Doux et miséricordieux Seigneur, nous te prions pour tes serviteurs que tu as créés et sauvés par ton Fils unique et qui ont quitté cette vie d'après ta volonté 5 ».
Dans la dernière partie de l'inscription d'Agape, on fait même parler la défunte ; elle indique les noms de ses parents et s'adresse ensuite aux frères en leur demandant un mémento. La demande s'adresse aux frères en général, à la communauté ; lors de leurs réunions dans la catacombe ils doivent se souvenir de la défunte, dans les prières communes, afin que Dieu lui accorde la félicité éternelle '. » D'après le lieu de la trouvaille, près du lucernaire, dans la région de l'arénaire, on peut croire que le mot hue de la 7e ligne se rapporte à l'église toute proche de la capella greca où priaient les frères et qu'Agape reposait dans l'atrium.
XII. Étage inférieur. — ■ Encore que, ordinairement, les étages inférieurs des catacombes soient plus récents et moins importants que celui qui a reçu la première installation, il n'en est pas ainsi au cimetière de Priscille où l'encombrement aura dû se faire sentir de bonne heure et entraîner l'aménagement de galeries au plan inférieur très peu de temps après la mise en service de l'étage supérieur.
Dans celui que nous allons parcourir et inventorier, on trouve une longue galerie coupée régulièrement par des galeries transversales dont une très large. Pour repérer exactement sa situation par rapport à l'étage supérieur, disons que l'escalier du vestibule de la capella greca aboutit, en se prolongeant à l'extrémité de la susdite galerie transversale et que le lucernaire de dimensions extraordinaires que nous avons signalé au point K H traverse le plan supérieur et se prolonge jusqu'au niveau inférieur. Divers indices nous apprennent l'importance de celui-ci. Ici se trouvaient des martyrs de la persécution de Dioclétien et un certain cubiculum clarum qui devait son nom non pas à l'illustration de ceux qui y reposaient, mais à la clarté qu'il recevait du lucernaire. D'après ce sobriquet, J.-B. De Rossi avait eu l'espoir d'y rencontrer le pape Marcellin et plusieurs autres martyrs de cette persécution ; il fallut y renoncer et à l'issue du déblaiement on se trouva non dans le cubiculum clarum, mais sous une sorte de cour carrée située au milieu d'une espèce de filet de voies parallèles se coupant à angle droit sur la galerie centrale. C'est là un exemple qu'on peut dire exceptionnel. Boldetti en a fait, en 1720, cette brève et claire description : Una scala projondissima con una voila di fabbrica la maggior parte diroccala, e per essa, si distende alla parte injeriore del cimitero... A mano sinistra s'inconlra immediatamenle una capella... ; nel fine délia delta capella a mano désira una via dinlta lunga setlanlatrc canne di misura, che senza dubbio è la principale del cimitero, e di quando in quando è frammezzata da altre oie laterali al numéro di 21 per parle, le quali vengono a dividerla in forma di croce, ed in ciascuna sua divisione vi sono archi di muro con fabbriche di mattoni per soslcnlamento e forlificazione délie pareti che sono allissime, scorgendosi in quelle vie sino al numéro di dodici sepolcri, uno sovrapposlo ail' altro '. En 1715, cette galerie était entièrement obstruée. Boldetti recueillit, avec son habituelle négligence, 15 inscriptions et 4 estampilles doliaires ; heureusement J.-B. De Rossi, en repassant par là, a pu corriger et ajouter quelque chose à cette moisson.
:t. f FAVSTINIANE / (navire) 4. f AVRELIO f LEONTIO / S CVM PAMFILEN f
IVLIA NVS
/ IVLIA / (bélier) 7. p EYTYXIC P 8. (graffite sur une brique) IRE
NE
9. (graffite sur la chaux d'un loculus)
KAPA MNHMONCYC MOV
11. Voir Dictionn., t. î, col. 2009, flg. 558.
Celles qui suivent étaient tombées de leurs loculi, ou arrachées.
15. ANTO'SSA
18. Brebis, bon pasteur, arbre. apRONIAncs ^Au point de vue de la paléographie, il est nécessaire d'avertir que les caractères ne sont pas uniformes et ne paraissent pas provenir de la même officine qui a produit le grand nombre de belles inscriptions du type priscillien de l'étage supérieur, et dont nous avons reproduit un grand nombre dans les pages précédentes. A l'étage du bas on n'a pas trouvé une seule inscription peinte au minium sur tuile, comme celles si nombreuses de l'étage du haut. C'est là un indice de postériorité. Dans son ensemble, le groupe qui nous occupe ici offre les caractères propres à l'épigraphie cimétériale de Rome antérieure au IVe, mais sans l'être beaucoup à la fin du Me1. On fait usage d'acclamations et de formules élégantes : care réfrigéra, n. 1 ; vi(va)tis in Deo, n. 2 ; [vj-qy.ovéi>e [i.oo, n. 9 ; ispiritus en irene (èv Etprjvfl) n. 10 ; in Deo, n. 11 ; on recourt de même aux symboles (n. 3, 4, 5, 6, 11, 13, 16, 17, 18) et on voit l'ancre encore employée seule sans le voisinage du poisson (n. 4, 5, 11 et deux fragments) ; sur un loculus on lit l'initiale du nom du Christ (n. 9) ; nulle part le monogramme dit constantinien, cependant près du n. 8 on a tracé sur la chaux d'un autre loculus une inscription difficilement lisible, on voit MAXIM VCIA et en tête du loculus deux monogrammes superposés :
)jC et au-dessus /*C, donnant les initiales de 'Itjctouç Xpiarôç, sigle très antérieur au IVe2 ; enfin, dans les nomenclatures, les gentilices précèdent parfois les noms (n. 1, 4, 13, 17, 18, 19).
On peut donc tenir pour certain que l'étage inférieur du cimetière de Priscille, au centre duquel règne le grand lucernaire de K 6 est celui-là dont parle Boldetti dans le passage cité plus haut ; un large escalier y descendait directement et les cubicules se trouvaient en tête d'un des côtés de la galerie principale ; ces loculi ne furent pas tous dévalisés entre 1715 et 1720 par les fossores de Boldetti. L'exploitation eut lieu au mc siècle, plutôt vers la fin et on continua au ive puis que l'on y a trouvé une tombe portant le « )£ et datée de 349 3.
Nous avons dit que l'étage inférieur comporte une longue galerie, coupée transversalement, à angle droit, par d'autres galeries dont nous donnerons une idée sommaire (fig. 10548). La lettre A désigne le grand escalier qui dessert les deux étages et le bassin ou réservoir d'eau, escalier contigu à la basilique de saint Silvestre proche de l'hypogée des Acilii. A gauche de l'escalier s'ouvre la galerie B et ses ramifications. La galerie C était entièrement dépouillée ; à peine quelques fragments de deux pierres de type priscillien, sur lesquels on a pu lire FVRVANUS, gentilice très rare. Autres fragments sur lesquels on a lu ceci » :
ACILàw-CELIDO' ! i VS / aC\liac ? IheQDOJae co/uGI
FEC /
qu'on peut rapprocher de ce fragment trouvé près de la voie principale 5 :
ACILIO A MA
On voit ainsi que nous nous trouvons dans le voisinage des Acilii.
Dans la galerie D, rien ; mais dans la galerie E, certains loculi gardaient des traces de tuiles avec des noms peints en rouge, comme à l'étage supérieur ; celles-ci nous montrent l'emploi du chrisme G (fig. 10549) :
Sur un autre loculus on voit deux amphores peintes à la couleur rouge ' ; ensuite des noms : TTPOKOT7I 8 ; FVLVIVS LAVRENTIVS * et d'autres : Irene, Vitoria, Domilia, Lucijera, Antigonè, etc. Le latin côtoie le grec, mais il n'est pas possible de s'y attarder. On retrouve l'ancre et l'étoile, on voit apparaître le navire (voir Dictionn., t. xn, col. 1011, fig. 8789) sur deux tuiles de la galerie K, ainsi que la colombe, dans la galerie L, ces deux monogrammes10 : qu'on peut lire Ruslicus et Rufilla (fig. 10550). Le texte le plus intéressant est tracé sur une pierre attachée à un loculus et portant cette invocation à la défunte u :
MARINE IM-ET MENTEM MA
HABETO DVOBVS Marine in menlem nos habelo duobus et Macriane fdiœ carissimie.
XIII. L'escalier principal. — La longue galerie rectiligne qui forme l'axe du niveau inférieur de la catacombe se termine par quelques degrés qui conduisent à un des paliers du grand escalier desservant tout le cimetière. Cet escalier parti du sol met en communication tous les étages de la nécropole priscillienne ;
A. — XIV. — 59.
lorsqu'on commença à entreprendre la restauration de celle-ci, l'escalier fut trouvé en pitoyable état. Ce n'était qu'un entassement de ruines : murs, arcs, voûtes écroulés ayant tout bouleversé ; les lucernaires étaient obstrués et aveuglés. Ayant renoncé à l'espoir de retrouver sous le grand lucernaire ce cubiculum clarum mentionné par le Liber pontifictlis, que visitaient les pèlerins et où étaient le martyr Crescention et le pape Marcellin, la Commission d'archéologie sacrée tourna son attention vers le déblaiement et la restauration du grand escalier dans l'espoir de retrouver ce cubicule dans une des cryptes. On ne rencontra d'abord que des débris de sarcophages et d'épitaphes sans intérêt historique, on s'obstina dans l'espoir que l'exploration de la grande galerie souterraine mettrait sur la voie de quel que indice de valeur touchant les tombes les plus insignes de cette région aux proportions grandioses. Toutefois, il parut plus pratique de s'employer au dégagement des cryptes du premier étage ; sage pensée qui fut récompensée par des succès inespérés ; mais il faut néanmoins dire quel que chose des observations les plus notables qu'on lit pendant la restauration de l'escalier.
Celui-ci conduit non seulement aux deux étages du cimetière, mais, arrivé à l'étage inférieur, il s'enfonce plus encore jusqu'à une profondeur de 42 degrés jusqu'au niveau de la nappe d'eau souterraine où se trouve aménagé une sorte de bassin rectangulaire, trop peu profond toutefois pour permettre l'immersion d'un adulte. Il se pourrait que l'eau, plus abondante jadis que de nos jours, son niveau ait dépassé les dernières marches de l'escalier, en sorte qu'on pouvait, comme au cimetière de Pontien (voir ce nom), en faire une piscine baptismale. Dans ce dernier bras de l'escalier on n'avait pas creusé de loculi dans les parois et on n'avait pas accès aux galeries cimétériales, de sorte qu'on l'avait creusé seulement en vue d'atteindre la nappe d'eau.
Les inscriptions trouvées parmi les gravois qui emplissaient l'escalier, la première partie de la galerie et les cubicules latéraux étaient toutes en morceaux. On a pu toutefois, en rapprochant deux fragments, obtenir celle-ci :
H-1
)n|i v ^^
<SO-«
Une autre épitaphe trouvée au même endroit offre de l'intérêt par sa forme et indique la préoccupation persistante de dissimuler le symbole de la croix, même dans les catacombes romaines. Sur la tranche d'un fragment qui a pu servir de mensa à un arcosolium ou de couvercle de sarcophage, on a lu ces deux monogrammes 2 (fig. 10551), réduits au tiers environ de leur grandeur originale. On peut les dire des plus rares, car on y doit déchiffrer le gentilice et le surnom rapprochés qu'on interprétera :
VALERI QVARTI Sur la face antérieure d'un sarcophage dont le cartouche central a été conservé avec l'inscription, on a pu lire l'épigraphe suivante, régulièrement gravée vers la fin du 111e siècle :
On ne voit ici rien de chrétien ni rien de païen, mais cette inscription se trouvait mélangée à des débris de sarcophages chrétiens, ce qui porte à croire que c'est un texte de la nécropole priscillienne. Il s'agit d'une femme de l'ordre de la noblesse : Claudia Antonia Secondina à qui ses fils Léon et Lampadius jecerunl matri.
Nous mentionnerons encore dans le susdit escalier la présence de deux tuiles portant une estampille circulaire a :
Boldetti en avait rencortré d'autres exemplaires dans ce cimetière' ; ces produits viennent des figlinse Sal(arenses) ou Sal(ariae) ex prœdiis Flavii Tiliani clarissimi oiri l.
1° Deux fresques. — ■ Au premier palier du grand escalier qu'on vient de décrire, à gauche en descendant, s'ouvre une galerie qu'il a fallu restaurer par des travaux de maçonnerie et le long de laquelle s'ouvrent deux cubicules remplis de terre et de débris lancés par le lucernaire. Quand tout cela fut enlevé, on vit dans l'arcosolium du fond du deuxième cubicule une fresque représentant Orphée dont nous avons donné la représentation et la description (voir Diclionn., t. xn, col. 2739, fig. 9239).
La voûte conservait les traces encore assez reconnaissables d'une grande peinture montrant le Sauveur monté sur un globe entre deux apôtres et précède le baptême du centurion Corneille, on lisait ce qui suit (vers 10-19) 2 :
Euge Simon Petre, quern (laudet mens Cliristi Lumen apostolicum cunctos ornare per annos.
In te sancta Dei pollens ecclesia julget.
In te l'irm(n) suce domus jundamenta loeavil Principis actlierei chirus per saecula natus.
Cunctis clora tibi est virtus censura fides que :
Bis senos inter fratres in principe sistis Ipse loco LEGESQUE NOV.E TIBI DANTVR AB ALTO Quis fera corda damas liominum, quis peclora mili ces Clirislicolas que do ces tu (iinum) omnes esse per orbem.
2° Galeries environnant l'hypogée des Acilii. — Autour de cet hypogée (voir Diclionn., t. vi, col. 12581274 et t. x, col. 1765, flg. 7633) (fig. 10553) dont nous reparlerons bientôt, furent creusées, dès la fin du La scène n'a pas besoin d'être décrite ; rappelons seulement à son sujet quelques vers d'un poème épigraphique qui illustrent bien cette scène. Néon, évêque de Ravenne, vers le milieu du Ve fit composer des épigrammes métriques pour les mosaïques qu'il avait fait exécuter représentant des sujets bibliques. Sous la vision de saint Pierre qui IIe, diverses galeries dans lesquelles on a trouvé des inscriptions du type priscillien semblables à celles qui meublaient la région primitive : certaines de ces inscriptions étaient encore à leur place 3 : es en i p < ; p Cette inscription consacrée par Onésiphore à la mémoire de son fils Titus Flavius Onesiphorus mort à l'âge de 6 ans est remarquable en ce qu'elle nous reporte vers une très lointaine antiquité, jus que vers l'époque des Flaviens et rapproche leur nom de celui de l'affranchi de Titus. Sans doute il a pu se passer depuis lors une ou deux générations, mais la rencontre du nom d'Onésime et d'Onésiphore qui se lisent dans les épîtres de saint Paul l sont d'autres raisons de penser que nous ne sommes pas très éloignés de l'âge apostolique. Et précisément on ne voit encore aucune formule, aucun symbole, c'est vraiment la nudité primitive du formulaire.
Un loculus voisin du précédent porte cette épitaphe tracée au pinceau sur une plaque de marbre2 :
MERENTI /
Le gentilice Corvinius, rare dans l'épigraphie classique et inconnu dans l'onomastique chrétienne ; il vient de Corvinus, célèbre par les Valerii Messala au Ier siècle ; aucun affranchi n'en fit un gentilice. Le nom de la femme du défunt Volgit semble être une abréviation de Volgitia, qu'on n'a rencontré nulle part.
Parmi les fragments relevés sur le sol on a trouvé la mention des gentilices Flavius en latin, Valerius en grec, Aurelius en grec et en latin, Cocceius en grec. Ce dernier qui était fréquent au temps de Nerva, au Ier siècle, est ensuite devenu rare et a été délaissé ; or on a trouvé sur un fragment la mention d'un KOKKhUoç et sur un fragment de sarcophage, avec des brebis, l'inscription que voici 3 :
ATINIAE PAVLINAE Q • V • A • XXVII COCVICTOR PET AT COC LVIDVS FR-ET FLOR-CANDIDA-ET VARIVS ROMANVS-FILI HEREDES POSV ervnt EROGANTE VLP-INGENVO curam CORPORI EIVS Atinise Paulinie quse vixit annos xxuij Cocceius Victor pater cl Atinius Cocceius Lucidus frater et Floridia Candida et Varius Romanus, fili here des posuerunl, eroganle Ulpio Ingenuo curam corpori ejus. Ces derchrétienne plutôt que de parenté naturelle. Remarquer la formule : eù^û/s-i oùSiç àGâvaxoç, que nous connaissons bien (voir Dictionn., t. xm, col. 134-137) et qui est probablement ici la plus ancienne que nous possédions dans les tituli chrétiens 10. evfrxf oya/c ÀQÔKN&T o c 10554.
Tuile de loculus au nom de Tettius.
Voici une épitaphe qui confirme ce que nous avons dit des précoces mariages (voir Dictionn., t. x, à ce mot) « :
MCA- Xllll 3e ligne : m(e)c(um). Favorina, morte à l'âge de 25 ans, s'était donc mariée à l'âge de 11 ans.
A un niveau un peu supérieur derrière l'hypogée des Acilii, nous trouvons l'inscription de Karpos déjà étudiée et figurée (voir Dictionn., t. vu, col. 2463, fig. 6236), ensuite celle-ci ls :
CEFTTIMIA / APKAAIA
KAI AYKAPOYTI MHTPI Beau type priscillien, ligne 2 on a effacé le K afin de lire MAPIANGÙ, quant au surnom Auxapoôç il est inconnu et appartient au dialecte alexandrin dont la déclinaison des noms en oûç donnait oûtoç.
Une inscription de ce groupe, réduite en miettes et récupérée de l'étage inférieur nous donne ceci » : ouv6îw 'Acr>yx
U.VJV
OCYA | xi | NOOC-enO | ir,<Ta PITG) ctuv£ ZHC£ v (i.ex' ÈMOY AC ACKA nentekaimioaoyca KAAAN ACNYNANATTAYETAI • THPOYCAK AMOIT (S GIC ANACTACIN AIWNION d 8<xiç o niers mots se lisent sur une inscription peinte en rouge sur tuile trouvée à la catacombe d'Hermès en 1817, aujour d'hui au Latran : Agrinia Procula matri dulcissimœ. Cura\m egit] corporis Agrinia Gallicane filin. On se souviendra d'avoir lu la mention DORMITIONI à plusieurs exemplaires ; ici c'est simplement1 :
HYPERECHIVSHIC- DORMIT Notons quelques éloges : conjugi castissimœ et incomparabili 6... rarisimo] 6 ; conjugi incomparabili 7. La galerie cimétériale qui s'étend à gauche de l'hypogée des Acilii a conservé beaucoup de loculi fermes d'une tuile portant un nom peint ; nous ne signalerons que le gentilice LIMOTIUS8, les noms KAVBICIA et IANOC « • La tuile que voici (fig. 10554) porte la mention du souvenir adressé à Tettius par son frère qui ne se nomme pas, et il est possible qu'à cette date le mot AACA<fc£ soit encore employé avec l'idée de fraternité Au début de la ligne 1, le gentilice de 'Yàxivôoç ; manquent les noms de la défunte qui devait être la femme de Hyacinthe ; à la fin de la 2e et au début de la 3e ligne on peut proposer xâXcoç xod awçpôvcoç14 ; la défunte fut mariée quinze mois et on peut lire ensuite KAI ATTOAOYCA, donc xal et le nom du mois manque. Ligne 4, on lit vûv àvaTtauerat, nunc requiescit. Ligne 5 : ëtç àvàaTa<Ti.v daaiviov, in resurrectionem œternam. Voici la version que propose J.-B. De Rossi :
...us Hyacinthus feci... (coniugi) incomparabili, quœ coiwixit mecum... menses quindecim et reddidit (spirilum) kalendis...ea vero nunc requiescit : servons (fidem) laboret pro me in resurrectionem œternam.
Nous devons citer encore deux belles acclamations 1S :
O KYP(ioç) META COY, souvenir de Luc, i, 26, et » : n. 330. — m Lupi, Epitaph. Severee, p, 31. — « De Rossi, primitive du cimetière de Priscille on déblaya, en 1888, un hypogée qui, à l'origine, était tout à fait isolé et séparé des autres galeries de la nécropole1. Plus tard ces galeries l'enveloppèrent de tous côtés, mais tout ceci a déjà été exposé et nous y avons ajouté un plan, nous pouvons donc y renvoyer le lecteur (voir Dictionn., t. vi, col. 1259-1274, fig. 5296) et nous pouvons alors poursuivre notre exposition.
La continuation des fouilles amena la découverte d'une inscription monumentale que Huelsen reconnut viser L. Minucius Natale, consul sous Trajan, en 10G, proconsul d'Afrique vers 120 et dont on ignore la date exacte du décès. C'est une inscription funéraire qui a dû être précipitée dans l'hypogée par un lucernaire pour y être débitée comme matériel de construction, ceci n'aura pas eu lieu probablement avant la paix de l'Église, il n'y a donc rien à conclure de la présence de ce monument pour l'antiquité de l'hypogée. Ce n'est pas le cas pour l'inscription (fig. 5300) qui porte O Pater omnium, quos creasli et assumpsisti (assume tccum) Irenem, Zoen et Marcellum.
Gloria tibi in Christo.
4° Mosaïque du cubicule 17. — Primitivement on accédait au cubicule G de l'hypogée des Acilii par l'escalier Al, d'où on s'engageait ensuite dans l'ambulacre F qui conduisait à ce cubicule qui possédait un arcosolium et deux loculi. De ces derniers nous n'avons rien à dire, mais Varcosolium a droit à une description. II porte sur le plan le n. 17 et sa voûte ainsi que sa lunette avaient reçu une décoration en mosaïque que les Goths et les Lombards détériorèrent suivant leur coutume, dont ils arrachèrent les cubes de marbre et d'émail sans pousser plus loin la destruction. En 1780, Séroux d'Agincourt put encore prendre un dessin de la lunette, qu'on trouvera décrite et figurée (voir Diclionn., t. vi, col. 1273, fig. 5306 ; t. xn, col. 86, fig. 8467), aussi n'y reviendrons-nous pas. En 1887, J.-B. De Rossi retrouva l'hypogée et, avec l'aide de J. Wilces mots : ACILIO GLABRIONI FILIO, dont nous avons signalé l'importance et qu'on réussit à compléter.
L'escalier primitif de l'hypogée se trouvait au point A. 1 du plan (fig. 5296) et fut obstrué, l'ambulacre B reçut plusieurs arcosolia, peut-être destinés à des Acilii. La niche placée en face de l'escalier, au point 4, avait une lunette revêtue de stuc peint à fresque et de bon style. Devant cette niche, sous le pavement, se trouvait une tombe couverte d'une dalle de marbre qui a échappé aux dévastateurs et se trouve encore in situ étant en grande partie recouverte par Varcosolium 5 qui reçut une décoration de mosaïque. Sur la dalle on lut cette inscription 2 : ONATHPTOONNANTCON-OYCENOIHCHC-RTNAPEAABHC£IPHNHN-ZOHN-K-MAPK£AAON pert, put décrire ce qui subsistait de la voûte. De la lunette il ne restait à peu près rien 3, du front de Varcosolium, les traces d'un cartouche à queues d'aronde et de cha que côté, guère plus4 ; c'est à la voûte que se concentre l'intérêt (fig. 10555). Au centre, une orante dans un cadre rectangulaire, de cha que côté une scène à quatre personnages. La défunte est figurée en orante, tunique ample, voile retombant symétriquement sur les épaules et qui peut s'appliquer aussi bien à une vierge qu'à une veuve ; mais ici on peut croire qu'il s'agit d'une vierge, car devant Varcosolium on a trouvé quatre fragments d'une épitaphe écrite au IVe environ 6 :
BAEATISSIMAE Virgini DOMINE THEODORA IN NOCEMissimae Q-VIXIT-AN-X-XII-M-III BVRGO/ ALEXANDER-FRater fecil.
Tout porte à voir ici une vierge consacrée à Dieu, d'abord le titre de bealissimse réservé aux martyrs et aux saints honorés d'un culte public, ou parfois aux enfants en bas âge que leur innocence avait préservés du péché. L'épithète d'innocentissima donnée à Théodora s'accorde bien avec la consécration virginale, enfin celle de domina est une marque de déférence que nous retrouvons chez le père de la martyre sainte PerA. Entrée de l'escalier. — B. Abside. — C. Niche du fond de l'abside. — D. Bassin rempli d'eau. — E. Conduit de l'eau. — F. Pavement de travertin. — G. Concavité dans le pavement. — 11. Trou pour l'écoulement de l'eau. — K. Passage moderne. pétue de Carthage. A une date plus rapprochée nous entendons saint Jérôme dire à la vierge Eustochium : Dominant oocare debes sponsam Domini met l. Enfin, à la 3e ligne, on reconnaît sous le déguisement buryo le mot virgo suivi de A(nnis) qui indique le calcul des années écoulées depuis la profession virginale, ce qu'on ne saurait conjecturer car l'âge variait suivant les pays (voir Dictionn., t. xn, au mot Nonne).
On ne peut rattacher à cette épitaphe un graffite qui se lit sur le front qui sert de corniche au monument :
A LES SAN b£ R VIRG Ce n'est pas le frère de la défunte, car l'écriture est beaucoup plus tardive.
De cha que côté de la mosaïque on a relevé des traces et encore quelques cubes d'anciennes mosaïques. A gauche, c'est l'adoration des mages, très suffisamment reconnaissable ; à noter le nimbe qui entoure la tête de l'enfant Jésus, mais non celle de Marie ; ce détail reporterait vers une période allant à peu près du milieu du IVe jusque vers les débuts du siècle suivant. On voit sans peine le rapport existant entre cet hommage rendu à la virginité de Marie et le souvenir de la vierge consacrée, Théodora ; c'est chose moins facile lorsqu'il s'agit du deuxième tableau, à droite, sur lequel un personnage nimbé, portant la tunique et le pallium est présenté par deux hommes à un homme assis vêtu d'une tunique et du pallium. Cette fois encore c'est le Sauveur, que distingue le nimbe, comparaissant devant un tribunal, celui de Pilate sedente pro tribunali (voir Dictionn., t. xm, au mot Pilate). Toutefois, comme on ne voit ici rien qui rappelle le serviteur lavant les mains du proconsul romain, on peut garder un doute. Sur la miniature de l'évangéliaire de Rossano c'est la même omission, mais la présence des attributs du tribunal d'un prœses romain est suffisante pour ne laisser aucun doute '. Il se peut que nous ayons ici la représentation du Christ comparaissant devant Anne ou devant Caïphe ; on peut se rappeler que sur la cassette de Brescia, le Sauveur comparaît devant ces deux personnages assis chacun sur un fauteuil ' et, à côté d'eux, on voit Pilate se lavant les mains (voir Dictionn., t. il, col. 1145, fig. 1624).
XIV. Le baptistère. — Nous rappellerons ici en peu de mots qu'en 1901 O. Marucchi découvrit, à l'étage inférieur de la catacombe de Priscille, un bassin rectangulaire profond de 1 m. 40 situé exactement audessous de la piscine qu'on voit derrière l'abside de la basilique de Saint-Silvestre ; bassin et piscine ont servi successivement de baptistère et grâce à son imagination le bassin se transforma peu à peu en fontaine où baptisait saint Pierre ; ad nymphas beali Pétri (voir Dictionn., t. xn, col. 1815-1816). Nous avons montré déjà que cette proposition est insoutenable (voir Dictionn., t. xm, col. 119-122) ; elle a d'ailleurs été éliminée de l'archéologie chrétienne et de toute la très laborieuse argumentation, il ne ressortait, au jugement de L. Duchesne, que « le grand intérêt qu'il y aurait à ce que des fouilles sérieuses fussent entreprises entre les voies Salaria et Nomentane ' ». lui 1900, Marucchi signalait ces lieux : derrière les Acilii, disait-il. un autre escalier, qui ne communique pas avec les galeries connues, conduit à une crypte qui a la forme d'un baptistère. Rien ne prouve cependant qu'elle ait servi à cet usage1. En 1901 son opinion était faite cl son système bâti. Nous venons de dire ce qu'on peut en retenir, mais ceci ne nous dispense pas d'une description sommaire des lieux (tig. 10556). L'escalier (A) en travertin compte 25 marches larges de plus de 2 mètres aboutit à une abside (B) entièrement revêtue d'enduit et au centre de laquelle s'ouvre un vide (G) qui donne accès à une grande piscine encore emplie d'eau (D) et à laquelle aboutit un conduit aujour d'hui tronqué (E).
On a tout lieu de voir dans cette installation un ancien baptistère, d'autant plus qu'on se demande à quoi aurait pu servir cette installation à pareille profondeur sinon à l'administration du baptême. L'abside avait reçu quel que décoration : festons et fleurs peints en rouge. La descente dans la piscine qui, on l'a vu, était profonde de 1 m. 40, pouvait se faire à l'aide d'un escabeau de bois ou d'une grosse pierre. On pouvait pratiquer le baptême par immersion, ou bien par affusion si on tient compte de (G) où pouvait être assujetti un bassin et de (H), trou foré pour l'écoulement de l'eau. Si une hésitation subsistait touchant la destination baptismale de ces lieux, il suffirait d'avoir pu déchiffrer sur l'arc intérieur, en haut, à gauche, ce graffite (fig. 10557) :
QVI SITET VCNiat ad me et bibal.
Paro les évangéliques qui font allusion à l'eau transportant la grâce du Saint-Esprit par le baptême et qui ont servi à la décoration d'autres baptistères et dont saint Damase s'est inspiré pour dire :
Quis que sitit veniat cupiens haurire fluenla.
Au-dessous de ce graffite, on en a pu lire un autre ; à gauche :
Urse vibas lelicissime Donata vi vatis in X On peut, d'après cela, se convaincre que le lieu était fréquenté ; ici la formule n'a rien qui ne puisse s'entendre du souhait adressé à deux néophytes.
Dans la courbe de ce même arc, sur la bande rougeâtre qui l'entoure, on a pu lire assez distinctement : SCRIPSIT ASELLVS SERBus Dei ?
On admettait volontiers que ce scripsit indique que le signataire donnait une certaine importance à sa personne ou à ce qu'il avait écrit, et ceci pourrait bien avoir été plus résistant qu'un graffite. L'ironie des choses a voulu que, seul, le graffite se soit conservé. On en trouve d'autres dans l'abside et, en particulier, sous l'arc de communication avec la piscine ; mais ils sont indéchiffrables, sauf une multitude de petites croix qu'on peut prendre pour des monogrammes. trouva dans le pavement devant cette maison un long fragment de cette épitaphe 3.
Bosio, en se rendant de la voie Salaria au mont de la Joie, remarqua à main droite beaucoup de murettes et vestiges de bâtiments anciens recouverts de lierre, il y reconnut le plan d'une église, remarqua les traces d'une tribune et de deux chapelles, il en inféra que cela devait être l'église du cimetière de Priscille sous le vocable de Saint-Silvestre. Généralement, ce n'était pas une trouvaille car il l'avait lu dans le livre de Fr. Albertino, Delle cose maravigliose della nuova e vecchia Roma 4, dédié au pape Jules II où il mentionnait le cœmeterium Priscillæ via Salaria apud ecclesiam sancti Silvestri. Cinq ans avant Bosio, Philippe de Winghe avait fait la même observation : anno 1590, mense Februario, vidi in vinea Hieronymi a Copiis via Salaria, non procul a monte Salario sequentibus inscriptiones... Cœmeterium fuit olim christianorum Priscillæ... ; visunturque eo loci reliquiae templi quadrati 5, mais il en ignore le nom que Bosio risqua prudemment : essere chiamata di S. Silvestro. Depuis lors ces vestiges avaient disparu de la surface du sol, on en vit reparaître quelque chose en novembre et décembre 1890 6.
1° Attestations documentaires. — Il est un point incontesté : c'est que le pape Silvestre, témoin du triomphe de l'Église sous Constantin, fut enterré à la fin de l'année 335 au mile de la voie Salaria nouvelle. C'était là une innovation puis que ses prédécesseurs immédiats, Eusèbe et Miltiade, l'avaient été au cimetière de Calliste, sur la voie Appienne (voir Dictionnaire, t. xi, col. 1199-1203, lig. 8080). Nous possédons à ce sujet le témoignage de la depositio episcoporum dressée en 336, c'est-à-dire l'année qui suivit la mort de Silvestre, et celui du martyrologe hiéronymien qui a utilisé un très ancien calendrier et qui, dans le manuscrit d'Epternach donne cette mention : dep. Silvestri in cim. Priscillæ . De ces deux sources dépendent toutes les autres. La tombe du pape Silvestre fut considérée comme le sanctuaire central du cimetière de Priscille. C'est pour quoi dans le plus ancien Index des cimetières suburbains2, on lit : Cymiterium Priscillæ ad S. Silvestrum via Salaria. Mais est-ce là une tombe ou une basilique ? Dans ce même Index le cimetière de Prétextât sur la voie Appienne est désigné ad S. Januarium et sa tombe a été retrouvée dans une belle crypte3 (voir Dictionnaire, t. vii, col. 2145-2147, fig. 6143-6144) ; ainsi Vad S. Januarium s'appliquait à un groupe d'édifices entourant la spelunca magna qui marmoreo tumulo cooperlus, au pied duquel reposait le pape Sirice . A sa droite se trouvaient le pape Marcel, un prédécesseur, et le pape Célestin, un de ses lointains successeurs du Ve. Celui-ci avait bien son proprium cœmeterium orné de peintures où il était enterré dans sa capella 6. Quant au pape Libère il fut déposé in cœm. Priscillæ, mais on n'en connaît pas la place exacte, probablement dans la basilique de Silvestre ou près de là. Le pape Vigile reposa ad S. Marcellum 6. Les sylloges épigraphiques nous ont conservé les épitaphes métriques des papes Marcel, Libère, Sirice et Célestin7 (voir Dictionnaire, t. xiii, col. 1193, 1200 ; cf. t. ix, col. 518-522 ; 1201, 1204). Nous possédons aussi constituait le sanctuaire principal de ce cimetière. On peut donc admettre que Vad S. Silvestrum doit s'entendre d'une basilique bâtie sur l'emplacement du cimetière de Priscille.
L'histoire n'a pas conservé le nom du fondateur de la basilique de Saint-Silvestre, mais nous savons qu'elle fut restaurée par Hadrien Ier (772-795), dont la notice mentionne le cœmeterium S. Silvestri', quoi que dès 761 le corps du pape eût été transporté dans l'intérieur de Rome au monastère appelé aujourd'hui Saint-Silvestre in capite 10. En 962, on lit la mention de Vecclcsia S. Silvestri in desertis posita... foris portam Salariam ». Ensuite il n'en est plus question.
I I fouil les Je 1830 fouil les Je 1301 Voie Salaria nouvelle A. Premier bâtiment en venant de la voie Salaria. — B. Basilique de Saint-Silvestre. — D. Aile ou bas-côté. — F. Mur d'entrée de la basilique. — G. Mur de fond de la basilique. • — K. Siège de l'évêque. — L, Q, R. Constructions d'usage funéraire. — M. Tombe des saints martyrs Félix et Philippe. — N. Tombe dans le sol. — P. Mur semi-circulaire. — S. Escalier conduisant à la crypte du pape Marcellin. — S'. Escalier conduisant à la crypte de saint Crescention. a, b, c. La majeure partie de ces murs est alternée de briques et de moellons de tuf. — d, e. Mur en opus reticulatum du Ier ou IIe. — m. Canal d'écoulement des eaux, — n. Ouverture ancienne pour atteindre l'eau du réservoir devenu un cubicule funéraire.
La basilique de Saint-Silvestre a joui d'une telle célébrité que pendant les siècles où se succédaient dans la Rome suburbaine les pèlerinages, c'était par son nom que l'on désignait la porte qui y conduisait ; ajoutons que ce n'était pas une chose bien surprenante puis que les portes Flaminienne, Nomentane et Tiburtine étaient de même nommées P. Volumni, S. Agnelis et S. Laurentii '. Depuis le Ve, le culte et, on pourrait dire, la popularité de saint Silvestre furent grands à Rome non seulement au lieu de son tombeau, mais au mémorial qui lui était consacré sur l'Esquilin 2.
Avant de poursuivre et d'aborder la description, nous donnons une vue des ruines en 1900-1907 (fig. 10558).
2° Description générale. — L'édifice de forme basilicale qui a été retrouvé et déblayé en 1906-1907, avait son entrée sur la voie Salaria au point I, c'est-à-dire à très peu de distance de cette voie (fig. 10559). Au fond de ce groupe de ruines on voit en b l'abside d'une basilique, au centre de laquelle se trouve une tombe rectangulaire M qui indique la place de l'autel majeur. A quelques pas de cet autel se trouve un escalier S qui conduit dans la catacombe où on a pu fixer de façon certaine la tombe du martyr Crescencion que l'auteur de l'Itinéraire croyait et disait être sous l'autel majeur.
Il est certain que la tombe M, placée à l'entrée de l'abside et près du point de départ de l'escalier de l'hypogée, avait reçu les corps des martyrs Félix et Philippe placés sub altare majore, en sorte qu'on peut affirmer que la salle B était la basilique de Saint-Silvestre. L'identification est incontestable.
On se trouve en présence d'un groupe de constructions dont les formes et les époques varient, oratoires ou mausolées communiquant entre eux par des portiques ouverts permettant de passer facilement de l'un dans l'autre. Ils étaient deux principaux, l'un marqué A, plus proche de la voie Salaria, l'autre marqué B de plus d'importance ; ce furent ces deux édifices qu'on rapprocha et réunit sous une dénomination commune de basilica S. Silvestri englobant tous les autres bâtiments du voisinage. La partie B était la plus importante parce qu'elle communiquait directement avec la catacombe ; cette partie était connue depuis 1890, quoi que De Rossi ait estimé alors que b n'était pas l'abside de cette basilique, mais plutôt le soutien d'une sorte de petit escalier qui s'élevait à l'endroit du berna, ce qui l'induisit à reculer l'abside et l'autel majeur jusqu'en R. Mais ce bâtiment R est indépendant de la basilique B et forme un bâtiment différent et, de plus, derrière b on voit le canal d'écoulement des eaux m qui faisait partie du système d'écoulement de l'édifice B. Ainsi on a la preuve que celui-ci finissait en avant de m, car on ne peut supposer l'existence de ce canal, même recouvert, au milieu de l'espace qui aurait constitué le presbyterium dans l'hypothèse que l'hémicycle précédait le berna. Alors se pose la question de déterminer la destination du mur semi-circulaire P. On peut proposer d'y voir une vasque placée derrière l'abside de la basilique.
Si on admet cette disposition, on placera la banquette du presbyterium le long de b et la niche oblongue K, en face de l'autel, était destinée à recevoir la chaire épiscopale.
On se trouve donc en présence de deux bâtiments A et B qui se terminent chacun par une sorte d'abside, car A s'achève par un mur ancien semi-circulaire qui est, en quelque façon, concentrique à l'abside b. Or cet hémicycle a est antérieur aux tombes qui lui sont adossées ; toutefois il ne s'ensuit pas que aa ait appartenu à une construction païenne élevée en ce lieu au ras du sol, car on pourrait soupçonner que aa et bb ont été bâtis en relation l'un avec l'autre. Ce qu'on peut admettre c'est qu'à un moment donné il y a eu deux édifices distincts A et B et que B, qui est certainement le plus ancien des deux, reçut plus tard le bâtiment A peut-être à destination funéraire, qui en étendrait la portion abritée. Étrange idée, pensera-t-on, mais qui ne l'est certes pas plus que la construction de L, de Q, de B, qui semblent plantés au hasard par rapport à B, l'édifice principal.
Ce bâtiment B était-il une basilique à trois nefs ou bien se composait-il d'une salle unique ? Cela se pourrait et dans ce second cas D ne serait pas une nef mais une chambrette funéraire formant bas-côté ; en tout cas c'est probablement à B qu'ont appartenu deux colonnes cannelées de jaune antique qu'on a retrouvées dans la catacombe d'où elles ont été retirées et placées devant l'abside b.
Les bâtiments A et B avaient reçu beaucoup de tombes dans le sol, on les y voit encore ; d'autres sans doute débordaient de chaque côté et formaient un cimetière à ciel ouvert. Dans le sol des deux bâtiments susdits on a retrouvé des cubes blancs et noirs ayant appartenu à des mosaïques, mais rien de complet. Quoi qu'on pense, B est la construction la plus importante, celle qui a contenu la tombe des martyrs Félix et Philippe et d'où on descendait dans la catacombe sur la paroi de laquelle un pèlerin a écrit ces mots : Limina sanctorum. De plus, B est construit dans l'antique édifice que De Rossi a identifié avec la maison de campagne des Acilii Glabrion, et dont on peut certifier la haute antiquité par la rencontre du mur d construit en appareil réticulé qui ne saurait être postérieur au IIe de notre ère a. Ici, on a proposé une conjecture. Le bâtiment B aurait, dès le IIe, servi de lieu de réunion aux chrétiens, on pourrait y voir un de ces lieux où ils se réunissaient, à Rome comme en Bithynie, pour chanter des hymnes au Christ. On ne le saura jamais. En tout cas, cette maison de campagne n'avait pas encore son aspect de basilicule que lui a donné l'hémicycle b b. Du rapprochement de deux inscriptions, De Rossi a pensé pouvoir établir avec quelque probabilité que le mur b fut construit entre les années 327 et 348, c'est donc sous le pontificat de Silvestre, probablement, que la chambre des Acilii serait devenue une sorte d'oratoire pourvu d'une abside. Qu'on y ajoute n'est que conjecture débordante, à laquelle O. Marucchi s'est employé inlassablement et inutilement.
4° Monuments figurés. — Retenons seulement quelques faits. On a déjà parlé de la base de colonne sur laquelle on lit les noms des martyrs : Félix et Philippe (voir Dictionnaire, t. v, col. 1273, fig. 4325 ; t. x, col. 2495, fig. 7795) ; les inscriptions métriques des papes, ainsi que nous l'avons dit plus haut, ont déjà été données dans le Dictionnaire, t. xiii, col. 1193, n. 31 ; t. ix, col. 518-533 ; t. xiii, col. 1201, n. 40 ; col. 1204, n. 45.
Quelques inscriptions et débris de sculptures en bas-reliefs ont été retrouvés et paraissent appartenir au groupe des monuments ayant appartenu à la basilique de Saint-Silvestre où on peut les voir fixés aujour d'hui sur les murailles des deux modestes édicules érigés en cet endroit.
Édifice R : Quelques fragments, aucune scène nouvelle, les mages, Jonas, etc., un personnage barbu, provenant de la basilique Saint-Silvestre.
Édifice A : A partir de la gauche en regardant l'abside, une quinzaine d'inscriptions parmi lesquelles celle qui souhaite la paix à l'esprit de Parhesias, déjà donnée *, et se trouve le sarcophage, celui-ci fut employé en guise de matériau tout en le laissant intact. Plus tard les barbares l'enfoncèrent, détruisant presque toute l'inscription gravée dans un cartouche et peinte au minium (voir Dietionn., t. i, col. 2019, fig. 573). A l'aide d'un fragment resté dans l'enfoncement, J. Wilpert a pu la reconstituer. Elle se composait seulement de deux lignes ; de la première, le fragment a conservé à peu près quatre lettres, formant la finale d'un nom de femme se terminant en ISTE, soit Evelpiste, Evariste, ou Aumiste, etc. J. Wilpert a choisi Evelpiste parce que ce nom comble parfaitement la partie vide et qu'en outre, non loin de là, reposait un EYEATTICTOC-EVELPISTVS s. Le nom est suivi des lettres BIX (il vixit) dont les extrémités inférieures sont restées sur la pierre. La seconde ligne est formée de ANNfosJ I II. Voici donc quelle était la teneur de l'inscription :
« Ce qui rend intéressant le sarcophage, ce sont les signes gravés aux deux anses du cartouche ; à droite, cinq pains, allusion au repas miraculeux dans le désert ; à gauche, une ancre debout, symbole de l'espérance. La vue de ces signes remet en mémoire les expressions qui désignent l'eucharistie comme le gage de l'espérance en la résurrection et en la vie éternelle.
« L'âge du sarcophage se laisse déterminer, avec certitude, de la place même qu'il occupe. La galerie a fourni des inscriptions qui remontent jusqu'au temps de Nerva et Trajan, sinon à la fin du ier siècle. Nous y lisons les noms de famille Flavius, Valerius, Coccius et Lhpius. L'indication que donnent ces noms est confirmée par la belle forme des lettres, qui est celle du type priscillien l. » Le sarcophage d'Evelpiste est tout proche de l'inscription consacrée par Volgitia à son mari (voir ci-dessus, § 13, n. 2) : Corvinio Secundioni marito merenti.
De la région de l'arénaire provient un petit monument qui mérite, lui aussi, un instant d'attention.
10562.
Grafïite tracé au charbon.
C'est un fragment d'un petit couvercle de sarcophage sur lequel la défunte est vêtue de la tunique et du manteau (voir Z) ;'c/ ;onn., t. xiv, col. 1363, fig. 10443) ; de la main gauche elle tient un volume roulé, de la droite elle fait un geste qui semble réclamer le silence ; derrière elle un cygne soutient un rideau. Le visage semble être seulement ébauché, mais en réalité il était
6° Les caractères du type priscillien. — A maintes reprises, au cours du présent travail nous avons parlé du « type priscillien » et dans l'illustration nous en avons donné quelques exemples, principalement empruntés aux épitaphes tracées au pinceau sur tui les. Il va de soi que l'habileté y manque souvent, aussi est-ce surtout les inscriptions gravées sur marbre qui doivent être étudiées. C'est ce que nous ferons brièvement en donnant au lecteur une idée précise du type priscillien tel qu'il est représenté par quelques bons exemplaires '.
On a pu déjà remarquer que le grec parlé ou écrit à Rome, à en juger par les inscriptions gravées ou
Région de l'Arénaire (Etage Supérieur) Escalier conduisant au baptistère Baptistère cczr^rEscalier de la Cappella greca Source sous /y ietage meneur de Abside 'a basiJtq ue,' Lscalier de la région du baptistère Lscalier conduisant a la source sous l'étage infr peint ainsi que les cheveux ; tout a disparu, il est vrai, mais les plis du vêtement et du rideau ont conservé les traces d'une riche coloration d'or et de carmin. D'après la coiffure, très caractéristique, on peut déterminer avec certitude l'âge du sarcophage ; cette coiffure apparut avec Julia, fille de Titus et disparut avec Sabine, femme d'Hadrien. Le sarcophage est donc au plus tard de la moitié du ne siècle.
Un deuxième exemple de bas-relief polychrome a été retrouvé et il a pris place sur un des murs de la galerie H (voir le plan de la ligure 10533). peintes, était passablement incorrect ; nous en avons ici un nouvel exemple. La lapicide a fait trois fautes dans le premier mot (fig. 10501) ; deux seulement au second mot et une seule au troisième. Voici ce qu'il a fait et ce qu'il aurait dû faire : rrpeiMO npeiMco Les lettres sont gravées et le sillon est passé à la couleur rouge ; il est vrai que le peintre s'est contenté d'enduire la première lettre et la moitié de la seconde (2e moitié du ne siècle).
Sur tel autre fragment (fig. 10561), on peut lire :
PHILIPPO..patri RARISSI'moPhilip. : PIANOFralri (commencement du nc siècle).
1. Salua me domne Crescentione meam luce.
2. Peints vivat in yjt.
3. Paulina requiescas in pacc et filii lui onmes Deutn habeanl protectorem.
4. Jucunda vivas in Deo.
5. Artemidora semper vives in Deo. L'invocation suivante est tracée au charbon « Roma qui repose ici, prie, Roma, pour tes enfants et ton mari. »
8° Communications avec l'extérieur. — El les sont indiquées sur la fig. 10563.
XVI. Glanes épigraphiques. - On rencontre très souvent dans les publications périodiques romaines des inscriptions présentées comme provenant du « cimetière de Priscille », sans autre précision permettant de déterminer sur quel point de l'étage el les ont été relevées, ni l'étage lui-même. Quelques-uns de ces textes sont uti les à la connaissance de l'antiquité chrétienne, nous les rassemblons ici entre beaucoup d'autres.
1. Près d'un pilier construit pour soutenir le sol, peut-être après l'érection de la basili que. Le texte paraît être du Me (fig. 10464), mais du type priscillien.
KX(aû8i.oç) OiXcotôc QeoSwpw.
Zc7>[i.£v èv ©ew (iyQvç,).
« Claudius Philota au très doux frère Théodore. Vivons en Dieu-Jésus-Christ, Fils de Dieu, Sauveur. »...xal y ; îSîa) >->(l)co <ÎHXR]|i.ovi On remarquera à la lre ligne la lettre ct>, initiale du nom du défunt ; au sommet on a tracé une boucle qui en fait à la foi un <t> et un P, mais p n'a pas sa place dans le nom et on doit y voir une allusion au chrismon. Le grand intérêt de cette épitaphe est de nous montrer des parents survivants qui invoquent la protection de leur petit enfant mort à l'âge de 2 ans : « Prie pour nous avec les saints », lui disent-ils.
Ce n'est certes pas un exemple isolé dans l'épigraphie cimétériale. Nous connaissons un petit garçon nommé Anatole « donné à ses parents pour peu de temps » et à qui ceux-ci disent de même : ei'jyou ÛTrèp 7)fi.wv ' ; un autre texvIov à qui on dit de même : [xéy_pi rîjç Çforjç [xou euyw Tcepl tj|jwû 2 ; à la petite Augenda on adresse cette prière : Ç^crau ; èv xupup xal èpûra Yjjjicôv3 ; à Denis enseveli parmi les saints [xerà tcôv àyîwv on dit : fxvrjaxeaOe xal yjjxcov èv toùç àylaiç, û[iûv 7rp(oc ?)£u)(â< ;, xal toû yXù^owtoç xal ypâ^avroç. Dionysi parvule innocens hic ja cet cum sanctis. Mementote nostri in sanctis ad pre ces, neenon et ejus qui sculpsil et ejus qui scripsit . La récolte serait bien plus kaUiaxu TA/l7\ YKYTATUJ A A £A« HJue eq auup lu *£ vuka£ n ' €Neeuj fournie si on mentionnait les adultes dont on réclame l'assistance et si on voulait citer les inscriptions latines.
3. « Del cimitero di Priscilla » la ligne 3e a pu se lire sv 6et,a it) « >{C PaaiXela, in divino Jesu Christi regno et comme dans l'inscription précédente le chrismon a la valeur d'une abréviation ; on a toute raison de penser qu'ici nous avons l'emploi du monogramme dit constantinien à une épo que antérieure à Constantin. De Rossi a proposé par la ligne 3e cette lecture : ev ©sw Iyj »Dff et peut-être à la suite le mot PaoïXet. : in Deo Jesu Christo régi, ce qui rappellerait une belle inscription : ^X''] 8è...elç oùpâviov XpioToû pacnXsîav \ieza. tôv àyîwv 6.
QVIESCE DVL (brodequin) LCIS Jucunda et Rodope, probablement les deux fil les d'un cordonnier.
Ribl. — Nuovo bull. di arch. crist., 1907, p. 227.
5. Grande dalle ayant servi de fermeture à une tombe pratiquée sous la première marche d'un escalier :
DVOS
« . Quelques fragments d'un poème épigraphi que retrouvés sur différents points assez rapprochés de l'escalier de la basili que ; ils sont réunis aujour d'hui dans un des petits édicu les mentionnés ci-dessus : qui TEÇJESACNOSCASTVMVLINOIVIENQVEDECVSJÇUE no STRAE QVOD TANTI NOMINIS ORNAT hcsperias ?dii\Om SOLVS PRAEFECTVS IN ORAS
SL
I....
ROFI
l'urfeX SIC TOTO 7io'(7.s in ORBE
ITEM DEC TE IVV
A la dernière ligne un vestige de lettre plus grande, probablement un Kalcnd. De Rossi a proposé quelques compléments à ce texte : lign. 2 : gentis, ou slirpis, familise, propaginis, propagis, mais aucun de ces mots ne convient pour la métri que. Le sens paraît être : qui leges ( Iegis) agnoscas tumuli nomen que decus que, quod (slirpis) noslrœ U'astos splendore) tanli nominis ornai.
Lign. 3 : on apprend que le défunt fut dndum solus prsejeetus dans une grande partie de l'empire. Le dernier mot oras appelle des épithètes comme oras, hesperias, libycas. Le préfet en question aura été probablement le célèbre Anicius Acilius Glabrio Fauslus qui, sous le règne de Valentinien II, gouverna Rome plusieurs fois, fut consul ordinaire en 438, préfet du prétoire de Rome, et des prétoires d'Italie, d'Illyricum et d'Afri que, présida à la promulgation du Code Théodosien au sénat et dans tout l'Occident. Qui est la Priscilla de la dernière ligne ? On l'ignore.
III. Insigne carme sepolcrale di Agape e suo commenta. panis » rappresentata in affresco cimiieriale délia prima meta del secolo il, dans Dissert. dell. pont, accad. rom. di arch., série, II, t. v, 1894 ; Die atteste Darstellung des eucharistisclten Opfers in der Capella greca, in-4°, Freiburg, 1895 ; Fractio panis. La plus ancienne représentation eucharisti que à la Capella greca découverte et expliquée, in-4°, Paris, 1896 ; Beilrâge zur christlichen Archéologie, dans Rom. Quart., 1908, p. 91-102.
H. LLICLEBCQ.
PRISONNIER. — Voir Dictionnaire, t. n, col. 2112-2127. Nous ne revenons sur cette étude que pour signaler deux monuments. Le dipty que Barberini (voir Diclionn., t. tv, col. 1156, fig. 3773) qui nous
H. Leclercq.
PRISONNIERS (CEPS DE). — (Du bas-latin cippus, même sens), entraves fixées aux chevil les des prisonniers.
L'iconographie anti que fournit quelques exemp les de captifs entravés ; sur un vase grec du Louvre, figure un personnage la tête clans un carcan, dont les pieds sont passés dans deux anne aux réunis par une barre ou un lien très court. A l'épo que romaine, on désignait sous le nom de compe des une entrave semblable, laissant le plus souvent une certaine liberté de mouvement au prisonnier. Quand on désirait réduire le condamné à l'immobilité complète, on fixait à ses chevil les des ceps composés de deux anne aux accolés à une tige, le plus souvent munie d'une serrure ou 10566. ■ — Nervus trouvé à Pompéi.
D'après E. Le Blant, Les persécuteurs et les martyrs, 1893, p. 283.
Elle consiste en deux fers accolés, en forme de demi-anneaux, assujettis à une verge métallique portant à l'opposé, au milieu de l'appareil, une courte potence destinée, sans doute, à fixer l'instrument au sol ou à une muraille.
Les ceps de prisonniers sont restés en usage durant le Moyen Âge ; ils devinrent même, dans les pays flamands, l'emblème de la magistrature judiciaire. C'est pour quoi on les trouve figurés sur quelques armoiries de familles, mais, dans leur stylisation héraldique, les deux demi-anneaux se trouvent opposés, de chaque côté de la barre centrale. C'est ainsi qu'ils sont encore représentés, au XVIe, sur une médaille d'André Doria, gravée par l'artiste arétin Leone Leoni qui avait été délivré des galères par l'amiral génois.
Ribl. — Cf. Eusèbe, Hist. eccl., v, 1 ; vi, 39 ; vin, If. Rolland. PRISQUE (SAINTE).— I. Sur Aquila et Prisque.
II. Le titulus sanctæ Priscæ. III. Rome et Éphèse. IV. Examen archéologique. V. Examen généalogique. VI. Prisque et la martyre Prisca. VII. La dénomination du titulus. VIII. L'ecclesia domestica.
I. Sur Aquila et Prisque. — Sous le double vocable de Prisque ou de Priscille, on a pris l'habitude de désigner un personnage, imprécis comme une ombre, de la plus lointaine antiquité chrétienne. Son nom, inséparable de celui de son mari, Aquila, se retrouve aux origines de l'Église apostolique et tous les deux font escorte au souvenir de Paul. Prisque a laissé une mémoire qui s'est conservée jusqu'à nos jours dans l'église de Sainte-Prisque, titulus sanctæ Priscæ, sur le mont Aventin.
Aquila était un juif originaire du Pont * venu s'établir à Rome où il se maria 3 et fit le métier de fabricant de tentes. En sa qualité de juif, il rencontra saint Pierre lors du premier séjour4 que l'apôtre fit à Rome et lui donna l'hospitalité 5. Selon les uns, Aquila accompagnait Pierre dans son voyage, selon d'autres il fut un des premiers convertis de l'apostolat romain ; si certains conjecturent que c'était chose faite, les textes dont nous disposons n'autorisent pas ces précisions trop minutieuses. Il faut mettre ces récits au rang des conjectures et laisser à ceux qui s'y complaisent les affirmations attendrissantes sur le baptême de Prisque par l'apôtre et le vase dont il usa dans la circonstance6. Ce qui est du ressort de l'histoire c'est l'exil des juifs par Claude vers l'an 50 '.
De Rome, Aquila et Prisque se rendirent par mer à Corinthe et s'y installèrent ', bientôt après ils rencontrèrent l'apôtre Paul, qui exerçait, lui aussi, la profession de fabricant de tentes • et le reçurent dans leur maison. L'intimité qui s'établit entre eux explique comment, dix-huit mois plus tard, on retrouve Aquila, Prisque et l'apôtre à Éphèse où ils logent encore ensemble10 et font de cette demeure commune un lieu de réunion pour la communauté naissante ll.
Cette situation se prolongea trois ans environ jusqu'à ce qu'ait pris fin la persécution contre les juifs« . Il est un peu aventureux de dire qu'Aquila et sa femme firent une étape à Corinthe en retournant d'Éphèse à Rome13. Quoi qu'il en soit, à leur retour à Rome ', ils revinrent habiter l'Aventin 2 et continuèrent à rassembler chez eux un groupe de fidèles3. Cette maison devint un des premiers oratoires d'où la prière chrétienne, à Rome, monta vers Dieu4. Paul, à son séjour à Rome, avait toutes les raisons de s'y rendre et d'y adresser la parole aux fidèles, et ce souvenir valut une consécration qu'on n'oublia plus, aussi un sanctuaire 's'éleva en ce lieu lors que la paix rendue à l'Église au IVe permit d'en commémorer les lointaines traditions toujours vivaces. Mais celles-ci eurent à subir une modification. Le titulus Aquilæ et Priscæ qui, peut-être, était désigné par ce dernier nom seulement, reçut vers la fin du Ve, les reliques d'une vierge martyre, autre Prisque et parente de la première — du moins on peut le croire — qui avait confessé la foi sous Claude II 5. La nouvelle venue éclipsa le souvenir des amis et collaborateurs de saint Paul, sa popularité prévalut et l'église devint, en quelque façon, exclusivement sienne sous le nom de titulus sanctæ Priscæ 6.
II. Le titulus sanctæ Priscæ. — En ce qui concerne la maison d'Aquila et Prisque sur l'Aventin, elle se trouve attestée par ce passage de l'épître aux Romains : 'Aana.aa.aQe Ilpiaxav xai, 'AxûXav... xai xr)v xax' olxov aùxwv èxxX7]<j[av 7. On ne peut rien souhaiter de plus clair. Mais il y a mieux encore et l'archéologie doit être appelée à déposer. Elle ne s'y est pas dérobée 8.
« Au milieu du IXe, sous Léon IV (847-855), on a transféré dans l'église des Quattro Coronati une certaine quantité de reliques, parmi lesquelles le Liber pontificalis » mentionne celles d'un Aquila et d'une Prisque. De Rossi 10 a cru pouvoir démontrer que ces corps étaient ceux des deux personnages cités dans les Actes des apôtres et les épîtres de saint Paul et qu'ils avaient été trouvés sur la voie Salaria, dans la catacombe de Priscille. De plus Prisque ou Priscille, femme d'Aquila, porte un nom qui est très fréquent chez les Acilii Glabriones, fondateurs du cimetière, qui est en particulier celui de l'éponyme de l'hypogée, mère de Pudens ; de même Aquila évoque le gentilice Acilius. De cette communauté de sépulture et de cette similitude de noms, il est probable, suivant De Rossi11, que des rapports étroits, sans doute d'affranchis à patrons, unissaient les deux compagnons de saint Paul aux Acilii Glabriones, plus précisément à Cornélius Pudens et à sa mère Priscilla. Des fouilles ont révélé qu'il existait également un lien entre l'église de Sainte-Prisque sur l'Aventin et les Cornelii Pudentes. Sous le pontificat de Pie VI, en 1776, on a déterré près de Sainte-Prisque un diplôme en bronze du 13 avril 222, délivré par le concilium conventus Clunieni à C. Marks Pudens Cornelianus12. L'emplacement qu'occupe l'église actuelle appartenait donc au début du IIe à un membre de la famille des Cornelii Pudentes. C. Marius Pudens Cornelianus s'appelait primitivement C. Cornélius Pudens ; entré par adoption dans la famille des Marii, il prit le nom de sa nouvelle gens et fit, suivant l'usage, de son ancien gentilice Cornélius, un cognomen : Cornelianus13. Comme nous savons que Prisque, femme d'Aquila, avait avec la famille des Pudentes des relations intimes, il est évident que la présence du titulus sanctæ Priscæ sur un domaine que possédaient les Pudentes, ne peut être l'effet du hasard u. Prisque, à qui est consacrée l'église, est bien la femme d'Aquila ; affranchie des Acilii Glabriones, peut-être de Priscilla, mère de Pudens ; elle a eu un cognomen très usité chez ses patrons, et plus tard elle fut ensevelie dans le cimetière creusé sur une de leurs propriétés ; de même, elle devait sans aucun doute la maison où elle habitait à la libéralité de ses anciens maîtres15 et c'est cette maison, sise sur l'Aventin, où elle a vécu avec son mari Aquila, qui a été au IVe convertie en église. A la mort des deux époux amis de saint Paul, elle était revenue aux descendants de Priscilla, mère de Pudens, représentés au IIe par un Cornélius Pudens dont la parenté exacte avec celle-ci nous est inconnue 16.
« D'autres trouvailles attestent que la mémoire des apôtres était attachée à ce coin de la colline où s'élève Sainte-Prisque. Sous Pie VI, on y a déblayé un oratoire antique, décoré de peintures datant environ du IVe où subsistaient les images des apôtres 17. C'est là inter antiquœ ecclesiæ rudera prope Sanctam Priscam, que, suivant Rianchini, dans ses commentaires au Liber pontificalis18, on a mis au jour un verre gravé du IVe ou du Ve, orné d'effigies en creux reproduisant les apôtres et sur lequel on déchiffrait encore trois noms : Petrus, Andréas, Philippus. De Rossi19 a signalé un autre verre analogue exhumé de son temps dans la vigne du Collège romain, près de Sainte-Prisque.
« N'est-il pas curieux, dit-on, de rencontrer ces témoignages apostoliques si vivaces en ce lieu qui passe pour avoir été honoré de la présence de Pierre et de Paul, résidant chez Aquila et Prisque ? Ne peut-on pas voir dans la persistance opiniâtre de ces souvenirs une confirmation de la donnée courante20, et s'en prévaloir pour localiser à cet endroit la maison de ces deux personnages ?
« A côté de ces déductions, appuyées sur les découvertes archéologiques, les défenseurs de la tradition s'autorisent du nom porté par l'église dans certains textes pour affirmer la solidité de leur thèse. Dans les premiers temps, le sanctuaire s'appelle simplement titulus sanctæ Priscæ, sans aucune trace d'Aquila, dont le nom est, selon eux, sous-entendu ; mais, à partir du IXe, cette désignation abrégée s'efface devant la dénomination complète, avec la mention des deux saints. Tel est le cas, pour n'alléguer que les exemples les plus anciens, dans la vie du pape Léon III, au Liber pontificalis-1. dans un vieux sermon de sanctis Aquilæ et Priscæ, où l'on parle de leur église sur l'Aventin22, dans les actes de sainte Prisque, vierge et martyre, qui doivent avoir été rédigés vers le Xe ou le XIe ', dans un document du XIe ou du XIIe, où il est question de Vabbatia sanctorum Prisca' et Aquilæ '-. Si l'on a cru bon de faire figurer les deux noms dans le vocable de l'église, c'est vraisemblablement qu'on la regardait, dès les premiers siècles, comme s'étant substituée à la maison où avaient jadis vécu les deux époux chrétiens. L'identification topographique entre la maison et l'église, qui se laisse deviner dans les documents que nous venons de rappeler, s'étale nettement dans certains autres ; sur l'architrave de la porte d'entrée, on a lu longtemps deux distiques qui débutent ainsi : HAEC DOMVS EST AQVILAE SEV PRISCAE VIRGINIS ALMAE... » Cette inscription 3, gravée, suivant P. Sabinus qui la copia au XVe, litieris antiquis, c'est-à-dire, d'après De Rossi 4, en caractères du Ve ou du IXe, prouve (pie la transformation de la demeure d'Aquila et Prisque en église était, à cette date, admise couramment et depuis cette époque nous avons une série ininterrompue de témoignages, qui s'accordent tous à considérer que le sanctuaire actuel s'est superposé à l'ancienne construction où habitaient les compagnons de saint Paul et où se rassemblait V ecclesia domestica à laquelle l'apôtre fait allusion 6.
III. Rome ou Éphèse. — On sait qu'il existe deux interprétations de ces mots de l'épître aux Romains, xvi, 3-5 : 'Aa7rdcaa(r(k Ilpîaxocv xai 'AxûXav... xal tï)v xoct' olxov aÙTwv èy.x.'kriaioi.v. Il existait donc une ecclesia domestica dans la maison de Prisque et Aquila, ceci est certain ; le doute ne s'élève que sur la ville où ils résidaient. Ni l'inspiration, ni l'intégrité de l'épître ne sont ici en cause, mais on s'est demandé si la contexture particulière de ce chapitre xvi n'autorisait pas une ingénieuse, explication. Il se compose, en effet, de quatre ou même cinq avertissements indépendants les uns des autres, ce qui a donné à penser qu'ils s'adressaient à différents destinataires. Dès lors, deux opinions ont été soutenues. L'une qui voit dans ces finales successives l'indice de la longue élaboration de l'épître, au cours de laquelle l'apôtre ajoute à plusieurs reprises un paragraphe d'exhortations et de souvenirs particuliers qui visent tous les membres de l'Église de Rome. L'autre opinion voit dans les quinze premiers chapitres une encyclique adressée à différentes communautés, identique pour chacune d'elles et qui s'achève au verset 33 du chapitre xv. Chaque exemplaire reçoit ensuite quelques recommandations destinées en particulier à l'Église à laquelle on l'envoie. Il y a aussi une copie pour Rome avec les salutations d'usage, il y a de même une copie pour Éphèse avec, elle aussi, des salutations, mais différentes. Rt il arriva dans la suite, lorsqu'on se procura les copies conservées dans les Églises, qu'on s'aperçut que si le texte des quinze premiers chapitres était immuable ; il n'en allait pas ainsi du XVIe chapitre et ce fut alors (pi' « afin de ne rien perdre, on mit à la suite du texte ainsi constitué les parties variantes et notamment les diverses finales des exemplaires i collât ionnés » •. L'explication est subtile et respectueuse, elle autorise à penser que la recommandation contenue dans les versets 3-5 s'applique à une ecclesia domestica située non à Rome mais à Éphèse.
L'encyclique doctrinale, un des fondements de la théologie catholique, demeure immuable ; la question est purement archéologique, à savoir si Aquila et Prisque habitaient alors à Éphèse ou à Rome.
On ne peut arriver à une solution définitive, les raisons décisives faisant défaut, mais on doit observer l'analogie des deux formules : > Saluez Prisca et Aquila... saluez aussi l'église qui est dans leur maison » (Rom., xvi, 3-5) et « Aquila et Priscilla chez qui j'habite et l'église qui est dans leur maison vous saluent » (I Cor., xvi, 19), ceci est écrit d'Éphèse. il se trouvait donc dans cette ville une ecclesia domestica.
L'épître aux Romains est de l'année 56-57, antérieure par conséquent à tout séjour de l'apôtre Paul à Rome. Dans les épîtres qui ont précédé celle-ci, Paul salue ordinairement deux ou trois personnes, à moins qu'il ne transmette une commission comme c'est le cas pour l'épître aux Colossiens qu'il n'a pas évangélisés en personne. Mais dans l'épître aux Romains, il ne s'agit plus de commissions faites au nom de tiers, il parle en son nom personnel. Or, avant d'être jamais allé à Rome on s'est demandé comment il peut y compter autant d'amis qui ont coopéré avec lui à ses missions, dont il sait non seulement les noms mais la condition servile, avec le nom des maîtres de ceux qui sont esclaves. Ils sont ainsi 24, dont 16 sont grecs, 7 latins, t hébreu, tous Orientaux qu'on ne sait quelle circonstance a conduits à Rome. Il semble que l'apôtre doit être exceptionnellement renseigné pour savoir qu'ils s'y trouvent tous en ce moment. Dans ce nombre, il y en a plusieurs qu'il considère comme ses parents : Andronique, Junie, Hérodion. Or, ce ne sont pas des gens riches et puissants dont les déplacements sont connus par la voix publique, et quelles raisons tous ces Orientaux de condition probablement fort modeste ont-ils de faire ce long et coûteux voyage de Rome ? Quelles affaires pressantes ont pu les y amener tous à ce moment ? Si au lieu de les chercher à Rome on se contente de les voir à Éphèse, on s'étonne moins de leur intimité avec l'apôtre qui a fait un séjour prolongé dans cette dernière ville et a dû y nouer des relations.
L'épître aux Romains a été écrite neuf mois environ après que Paul a quitté Aquila et Prisque, alors à Éphèse ; dans cet espace de temps assez court, il faudra donc admettre qu'ils ont liquidé leur commerce, sont revenus à Rome et, de retour dans leur maison, y ont de nouveau réuni une communauté. Cela suppose une très grande activité, mais qui n'est pas impossible. Cependant, plus tard, on les retrouve en Asie, à Éphèse (II 'fini., iv, 11)), et on les fait mourir in Asia minore, mais cette formule peut être négligée7.
Il est permis de s'étonner des voyages longs et coûteux de ce couple dont le métier ne semble pas réclamer de si fréquents déplacements et à qui — à en juger par cette modeste profession — la fortune n'avait pas prodigué ses dons. Car non seulement il faut les suivre du Pont jusqu'à Rome et à Corinthe puis à Éphèse. mais encore à Rome, puis en Asie Mineure d'où il reviendront mourir à Rome pour être enterrés sur la voieSalaire nouvelle, 'fou- ; ces déplacements peuvent recevoir des explications vraisemblables, mais de ce que ces voyages ne sont pas impossibles, il ne suit pas de là qu'ils aient été accomplis.
C, xvi, mais toujours les y. 3-5. : Elle se lit dans le Petit martyrologe, d'après De Rossi, Bull, di arch. crist., 1867, p. I 1-45, ces trois mots peuvent ('Ire une addition de l'auteur du martyrologe.
Un exégète a écrit « que le c. xvi (1-16 ou 1-20) s'expliquerait mieux d'une lettre écrite à Éphèse ' » et un historien a fait remarquer que l'allure générale du passage (3-5) s'accorde mieux avec cette hypothèse 2. De toutes les pérégrinations qu'on impose à Aquila et à Prisque on ne peut retenir l'impossibilité pour eux d'avoir fondé une église à Rome dans leur maison, car il faudra d'abord s'entendre sur le caractère improvisé d'une pareille fondation en l'an 56-57 de l'Eglise. Il suffisait pour cela de disposer d'une chambre, d'une table et de pain et vin ; c'est pende chose. L'aptitude à la parole, le zèle pour l'enseignement sont indépendants de toute installation. Aquila et Prisque en possédaient de reste et l'avaient fait voir avec Apollo 3. Ils avaient eu un logis à Rome, avant leur expulsion par Claude, ils pouvaient avoir leurs raisons d'y rentrer, ne fût-ce que pour préparer à Paul une bonne et fructueuse réception4 ; ceci ne fait pas difficulté, peut-être serait-il moins facile d'expliquer leur deuxième séjour à Éphèse. Il est vrai que les Juifs se déplaçaient souvent, mais peu importe.
Paul nous dit encore à leur sujet qu'ils « ont exposé leurs têtes pour lui sauver la vie ». Où et quand ? On ne peut le dire, donc nul indice à retirer de là, car Paul a couru tant de périls ; mais ces quelques mots ont leur grande valeur si on remarque que « des amis si fidèles devaient être disposés à le devancer à Rome, où ils avaient laissé d'autres amis, afin de lui préparer les voies, sans se vanter de ce qu'ils avaient fait pour lui. C'est ce que Paul met en relief, et ce qu'il n'eût pas eu besoin de dire à Éphèse, où tout le monde savait quels étaient leurs rapports 6. Voici un point favorable, mais tout de suite après nous lisons un bref éloge d'Épénète « qui a été le premier né de l'Asie dans le Christ ». Ce devait être un gentil, le premier converti de la province d'Asie dont Ephèse était la capitale et ceci s'expliquerait mieux d'une lettre adressée à Éphèse que d'une lettre adressée à Rome.
Suivent des noms dont chacun a fait l'objet d'une étude pour les retrouver parmi la population romaine : le plus frappant est cet Ampliatus dont nous avons déjà parlé (voir Dictionnaire, t. i, col. 1712, flg. 143) ; presque tous les autres ont été rencontrés dans les épitaphes des columbaria du Ier siècle6. Ce n'est pas une démonstration, mais c'est un indice qui ne peut être négligé quoiqu'on puisse objecter que nulle part ailleurs qu'à Rome on n'a chance de trouver tant de rapprochements, parce que nulle part ailleurs la population n'était aussi dense qu'à Rome et d'origines aussi mélangées. La liste de Paul contient des noms juifs, grecs et venus on ne sait d'où comme Persis, Asyncritos, Patrobas. Toute cette onomastique pouvait se rencontrer à Rome, non ailleurs, ou douteusement ailleurs.
Tout ce monde que Paul salue est venu d'Orient car il n'a encore parcouru que l'Orient, mais dans le nombre il peut s'en rencontrer dont il avait entendu parler sans les avoir rencontrés. S'il a connu le plus grand nombre, on a tout lieu de penser que ce n'est pas au même endroit, mais dans telle ou telle ville qu'il a évangélisée. Seulement, les aura-t-il suivis à la trace ? Entretient-il une correspondance qui le renseigne sur leurs déplacements ? Est-il vraisemblable que tous se trouvent réunis à Rome ? Est-il plus vraisemblable que ce soit à Éphèse ? L'avantage de Rome sur Éphèse c'est à son épigraphie qui nous montre dans la capitale de l'empire un si grand nombre de noms grecs, latins, juifs, étrangers rapprochés au Ier siècle de notre ère.
« A ces vraisemblances indirectes se joint l'argument direct tiré des noms d' Ampliatus, des maisons d'Aristobule et de Narcisse, et de Rufus. Pour chacun de ces personnages, il y a une raison de le retrouver à Rome : Ampliatus comme chrétien ayant laissé un certain souvenir, Aristobule et Narcisse, comme personnages ayant eu à Rome des maisons, Rufus à cause de l'indication de Marc. Pris isolément, ces rapprochements ne donnent qu'une probabilité minime..Mais cette probabilité augmente si l'on met les quatre cas dans la balance. La solution romaine est en harmonie avec tous les quatre. C'est quelque chose.
« Mais pour quoi tous ces Orientaux ont-ils afflué à Rome ? D'abord, répétons-le, rien ne prouve qu'ils étaient tous Orientaux. Et si l'on admet que Paul ne les a pas tous connus dans la même ville, ce qui paraît très clair pour Épénète, Andronique et Junie, Rufus et sa mère, c'est à Rome qu'ils avaient le plus de chances de se rencontrer, les uns à cause de son attraction, pour divers motifs, les autres parce qu'ayant été chassés de Rome sous Claude comme Juifs, ils s'étaient empressés d'y rentrer sous Néron. » IV. Examen archéologique. — L'archéologie sur le terrain se laisse parfois impressionner par des affirmations, des suggestions qui s'évanouissent au contrôle des faits. C'est ainsi qu'on ne peut retenir ce qui avait été écrit touchant certain oratoire du IVe décoré de peintures représentant les apôtres et situé prope tilulum sanctœ Priscœ. Or la décoration ne prouve pas ; quant à l'oratoire sa situation a varié, il s'est déplacé et s'est transporté du jardin de la basilique de l'autre côté de la rue '. Il suffit.
Le diplôme en bronze de C. Marius Pudens Cornelianus est en meilleure posture, ce qui ne veut pas dire qu'il prouve ce qu'on a voulu lui faire attester, à savoir ([lie le titulus sanctœ Priscœ a succédé à la maison de Prisca, laquelle a dû à la générosité de ses patrons sa maison, son nom et sa tombe. D'abord le diplôme a été trouvé non aux abords immédiats de l'église comme l'a dit De Rossi *, mais de l'autre côté de la voie SaintePrisque, dans la villa Torlonia ; ce n'est donc pas dans la maison de Marius Pudens Cornelianus, qui est devenue plus tard le titulus sanctœ Priscœ. « On ne peut donc maintenir l'identité entre la maison de Prisque du ier siècle, celle de Pudens Cornelianus au me et le titulus sanctœ Priscœ au ive ; il faut ou bien qu'Aquila et Prisque aient précédé Pudens Cornelianus dans la maison dont on a exploré les vestiges dans la vigne Torlonia, à une certaine distance du titulus, ou bien qu'ils aient habité là où s'élève aujourd'hui l'église.
« Dans le premier cas, pour quoi le titulus consacré en l'honneur des deux époux n'aurait-il pas été construit sur l'emplacement même de leur maison et aurait-il été transporté de l'autre côté du clivus Publicius, conjecture d'autant plus invraisemblable qu'un oratoire existait au IVe dans la maison possédée au IIIe par Pudens Cornelianus, et que cette chapelle pouvait être transformée en église ? Si l'on préfère croire que l'église occupe la situation même de la demeure où Aquila et Prisque fabriquaient leurs tentes, nous ne pouvons englober cette demeure dans la propriété des Pudentes que par une hypothèse gratuite, car rien ne prouve que le sol de part et d'autre du clivus Publicius ait appartenu au même propriétaire : c'est possible mais ce n'est ni évident ni forcé. Dans ces conditions, il semble qu'il faille, ou renoncer à l'identification entre la maison de Prisque et le titulus, ou rompre l'union entre la maison d'Aquila et la demeure des Cornelii Pudentes 9. » V. Examen généalogique. — « Quelle était la famille de C. Marius Pudens Cornelianus ? De Rossi fait de ce personnage un Cornélius Pudens passé par adoption chez les Marii ; il a reçu le nomen de sa nouvelle gens et changé en cognomen le nom de son premier père. Cornélius Pudens est ainsi devenu Marius Pudens Cornelianus. Mais sont-ce là les règles ordinaires qui président à la dénomination des adoptés ' ? A l'époque républicaine, l'adopté prend, selon l'usage, les noms complets de son père adoptif, en les faisant suivre d'un cognomen formé de son ancien gentilice et terminé en anus. Supposons que ce soit ici le cas : C. Marius Pudens Cornelianus serait un Cornélius adopté par un C. Marius Pudens comme C. Julius Cresar Octavianus était un Octavius adopté par C. Julius Cœsar ; le cognomen Pudens appartiendrait par conséquent à la nouvelle, non à l'ancienne famille ; il se rattacherait à Marius non à Cornélius. — Mais nous sommes ici au Me de l'ère chrétienne. Sous l'empire, les surnoms se sont multipliés ; sommes-nous avec C. Marius Pudens Cornelianus en face d'un adopté ? La réponse n'est pas nécessairement affirmative, car la forme du nom n'a rien qui rende cette solution obligatoire. Acceptons-la cependant : depuis les Flaviens, les adoptés ajoutent au nom de l'adoptant un des noms de leur père naturel, sans changement. Il se pourrait donc que C. Marius Pudens Cornelianus ait eu avant son adoption le surnom de Cornelianus qu'il tenait de son père naturel et qu'en devenant membre de la famille des Marii Pudentes il ait ajouté ce cognomen à sa nouvelle dénomination, comme M. Annius Verus (Marc Aurèle) qui s'appela, après son adoption par Antonin, M. Aelius Aurelius Verus. Ainsi qu'on le voit, Cornelianus, dans notre cas, ne semble point être la transformation de Cornélius, gentilice naturel de l'adopté, pas plus que Pudens n'est le cognomen qui primitivement était lié au gentilice Cornélius ; notre personnage entre donc bien dans la famille des Marii Pudentes, mais il ne sort pas d'une famille dont Cornélius aurait été le gentilice et Pudens le surnom. — Les ruines où le diplôme a été trouvé sont par conséquent celles d'une maison appartenant aux Marii Pudentes, si l'on veut à un... Cornelianus ; mais nous n'avons aucun indice que le terrain fût la propriété des Cornelii Pudentes *. • VI. Prisque et la martyre Prisca. — La découverte de l'hypogée des Acilii Glabrion au cimetière de Priscille sur la voie Salaria nouvelle, en 1888, a permis de constater que cette sépulture avait servi de noyau à la nécropole qui se développa alentour sur un domaine de cette famille. Cette découverte entraîna la révision de quelques données généalogiques relatives à Prisque, épouse d'Aquila et à Priscille, mère de Pudens. J.-B. De Rossi avait montré que Prisque et son mari avaient été enterrés dans le cimetière des Acilii qui devait son vocable de Priscille, mère de Pudens. Mais il y a peu de chose à fonder sur des noms aussi répandus à Rome que ceux d'Aquila, Aquilius, Prisca, Priscilla ; toute la question se ramène à savoir si Aquila et Prisque reçurent la sépulture sur la voie Salaria neuve. De Rossi essaya d'en donner la démonstration, ayant lu dans la notice de Léon IV au Liber pontificalis l'exhumation de reliques au nombre desquelles se trouvaient un Aquila et une Prisque sur la voie Salaria ; des documents plus anciens confirment ce fait pour Prisque. Celle-ci etait-elle la femme d'Aquila ? Ceux qui avaient mis les reliques au jour en doutaient si peu qu'ils les donnèrent à Rhaban Maur pourvues de cette attestation : Aquilæ et Priscillæ, quondam comitum Pauli. Ce qui était certain au IXe laissait, au xixe, subsister un doute, car De Rossi n'a pas manqué de relever que les fouilleurs de Léon IV si credera... si credette qu'il s'agissait d'Aquila et de Prisque. C'étaient, en effet, les fidèles qui avaient prononcé l'identification. On avait trouvé deux corps que les inscriptions désignaient comme ceux d'un Aquila et d'une Prisque ; on en conclut que c'étaient ceux-là mêmes dont parlaient les Actes : Aquilæ et Priscillæ (uti Actus apostolorum lestantur) quondam comitum Pauli. La parenthèse, négligée par De Rossi, donne le sens de la proposition subséquente quondam comitum Pauli ; c'est une réflexion du prêtre Rodolphe, auteur de la vie de Rhaban Maur ; ce n'est pas l'authentique qui accompagnait les reliques.
Quant à Aquila il faut savoir avouer que les Itineraria du VIe ne font aucune mention de lui au cimetière où ils signalent Prisque, c'est donc qu'entre le ve et le IXe on l'y avait amené, ce qui ne va pas sans soulever les plus graves objections ou bien, qu'au IXe, on aura jugé convenable, puisqu'on était en possession d'une Prisca authentique, de lui adjoindre un Aquila qui, peut-être, l'était moins.
Mais c'est de Prisque seulement qu'il est ici question.
Qui était-elle ? L'épouse d'Aquila ? Ce n'est pas l'opinion de De Rossi qui écrivait à son sujet 3 : La quale, a mio avviso, e la vergine martire, festeggiata ai 18 di gennaio. Ceci s'arrange bien avec les Itineraria qui omettent le nom d'Aquila et avec le martyrologe qui décerne le titre de martyre à une vierge qu'on ne saurait confondre avec l'amie de saint Paul. Les reliques extraites sous Léon IV du cimetière de Priscille sont celles d'une martyre Prisca, différente de Prisque épouse d'Aquila.
Si Aquila et Prisque, au ier siècle, étaient revenus d'Éphèse à Rome pour y préparer la venue de saint Paul, ils retournèrent peu après en Asie Mineure, puisqu'ils s'y trouvaient à l'époque où fut écrite la IIe lettre à Timothée ; ils y moururent peut-être ' et s'il en fut ainsi, rien ne permet de croire que leurs corps furent ramenés à Rome, on les honorait en Asie Mineure le 8 juillet, et à Rome les Itineraria les ignorent, car la Prisca qu'ils mentionnent est la vierge martyre dont nous venons de parler.
Quelle est celle-ci ? De Rossi s veut en faire la propre fille d'Aquila et Prisque, enterrée près de ses parents. Mais il est difficile de faire d'une martyre du Me la fille d'un ménage du ier siècle : on n'a aucun lien à établir entre la vierge martyre Prisca et Prisque, que sépare plus d'un siècle. faite d'elle-même à la lecture des deux noms ainsi rapprochés, elle n'y gagnait rien en certitude historique. Ainsi donc, on peut dire, semble-t-il, « que les deux personnages exhumés sous Léon IV, même s'ils provenaient de la catacombe de Priscille, ce qui est à peu près sûr, ne sont pas les hôtes de saint Paul. Dès lors, les rapports étroits que De Rossi avait essayé d'établir entre la mère de Pudens ou les Acilii Glabrion et la femme d'Aquila n'ont pas d'objectivité. Rien ne montre que celle-ci ait été affranchie de celle-là ou de ceux-ci l ». « Il faut, je crois, écrivait L. Duchesne, être très réservé à l'endroit des conjectures qui rattachent la Priscilla, éponyme du cimetière, à la femme du juif Aquila, dont il est question dans les Actes et dans les épîtres de saint Paul 2. » « Dans l'ensemble, on peut conclure que les arguments que De Rossi avait espéré fonder sur les découvertes archéologiques ne sont d'aucun poids pour mettre hors de doute la vérité de la tradition : nous ne voyons nullement, grâce à eux, que le titulus sanctœ Priscœ ait été construit dans un terrain appartenant aux Cornelii Pudentes, sur l'emplacement où se trouvait la maison d'Aquila et Prisque . » VII. La dénomination du titulus. — Elle a varié suivant les époques. Jusqu'à la fin du Ve il n'est jamais question d'Aquila sur aucun monument : 1° Dans les synodes romains : en 499, Dominicus presbyter tituli sanctœ Priscœ » ; en 595 : Maurus presbyter Sanctœ Priscœ 5 : en 721 : Joannes presbyter sanctœ romanœ Ecclesiœ tituli sanctœ Priscœ ; en 745 : Dominicus humilis presbyter sanctœ romanœ Ecclesiœ tituli sanctœ Priscœ'' ; 2° Sur les inscriptions (du Ve environ) : MRfelius) j\T(uli) PRISCAE8 ; LOCVS ADEODATI PRESBYTERI TITVLI PRISCAE9 ; 3° Au Liber pontificalis, notice d'Hadrien (772-795) l0.
A partir du ixe jusqu'au xme ou au XIVe, on rencontre les deux noms rapprochés, par exemple au Liber pontificalis dans la notice de Léon III (795816) pour la première fois on lit : in litulo beatis Aquilœ et Priscœ, on en peut citer trois autres exemples dans des textes de peu d'autorité, mais le nom de Prisca reparaît seul dans cette même vie de Léon III n et il en est de même dans beaucoup d'autres textes du ixe au XIVe, notamment dans le concile romain de 853, dans des catalogues d'églises romaines, dans des bulles papales en 1063, 1066, 1098, 1119, 1129, etc. ; en sorte que pendant cette période on peut dire que le nom d'Aquila n'est accolé à celui de Prisque que d'une manière exceptionnelle. L'histoire de la dénomination du vocable peut donc se résumer ainsi : 1. Jusqu'au IXe, exclusivement titulus sanctœ Priscœ. 2. Du ixe au XMe, le nom d'Aquila se lit parfois, mais très rarement avec celui de Prisque. 3. A partir du XIVe jusqu'à nos jours, le nom d'Aquila disparaît complètement. Ces transformations successives du vocable doivent répondre à des raisons qui ne sont pas toutes évidentes.
De Rossi a supposé que l'exclusion d'Aquila pendant la première période pouvait s'expliquer par un besoin d'abréviation. C'est douteux, outre que c'est presque sans exemple à Rome, on voit le nom de la femme prévaloir sur celui de l'homme et précisément ce nom de Prisca était si répandu chez les chrétiens qu'il pouvait naître de là une confusion ; on se demandera aussi comment et pour quoi Aquila n'a pas été préféré à Prisque dans un seul document de cette période ; enfin, si le public a préféré abréger, est-il admissible que les documents officiels — signatures de synodes — aient fait de même.
Il est aussi difficile d'expliquer l'omission complète d'Aquila pendant la première période que son admission exceptionnelle pendant la deuxième période et sa disparition à partir du XIVe, si on accepte toute autre explication que celle-ci : le vocable primitif est Prisca et c'est à une époque d'érudition, la renaissance carolingienne, que des clercs lettrés, désireux de faire parade de leurs connaissances historiques, ont produit Aquila. De la martyre sous Claude II et de l'épouse d'Aquila laquelle est titulaire ? C'est, aujourd'hui, incontestablement la première dont la fête tombe le 18 janvier. Son souvenir est attesté par le reliquaire qui porte les sigles V. M. et par les peintures murales qui figurent son supplice. Peut-on croire qu'elle ait supplanté son homonyme de l'âge évangélique ? On peut le croire, certes, mais on n'en peut donner la preuve, il faudrait alors soutenir que cette vierge martyre Prisca a pris la place d'Aquila et Prisque, ce qui serait surprenant puisqu'on a vu plus haut que le souvenir de la femme d'Aquila ne se rattache à l'Aventin que par une tradition qui n'est pas antérieure à la fin du VIe.
La vierge et martyre, quoique Romaine, n'avait pas fort exalté l'imagination de ses compatriotes, comme une Agnès ou un Laurent, et il semble que sa personnalité se défendait non sans peine d'une confusion avec la compagne de saint Paul qui avait le même nom. On en vint peu à peu, surtout à une époque où l'histoire était mal connue dans son détail, à amalgamer la martyre et l'hôtesse de saint Paul pour en faire un unique personnage. L'opération était accomplie au début du IXe et Aquila pouvait se montrer, mais à ses risques et périls. Nous avons dit que dans la notice de Léon III, on lit une fois la formule Aquilœ et Priscœ contre deux fois Priscœ. A peu d'années de là le bruit se répandit dans Rome qu'on avait retrouvé les reliques d'Aquila et celles d'une Prisca ; il n'en fallait pas de meilleure preuve et de la vierge martyre Prisca il ne fut plus question pendant quelque temps, pour certains du moins, car nous avons dit qu'Aquila eut grand peine à s'imposer et n'évinça pas la martyre, qui demeura en possession dans les documents officiels, sauf une seule infraction entre le IXe et le Xe.
Prisca, la martyre, se défendait si bien qu'entre le IXe et le Xe on put lire sur la porte de son église ces mots :
Ainsi Prisque n'avait eu accès avec son mari qu'à la condition de devenir vierge ! La véritable Prisca conservait sa fête au 12 janvier et, vers le Xe, on éprouva le désir de tout arranger pour le mieux dans une passio qui n'est pas de bien grande valeur, comme De Rossi a dû le reconnaître. On mit en circulation que la dépouille de la vierge martyre avait trouvé un abri, dès le Ier siècle, dans l'église bâtie sur l'emplacement de la maison d'Aquila et Prisque. L'explication semblait ingénieuse et satisfaire tout le monde, elle expliquait comment le nom de titulus sanctœ Priscœ avait pu prévaloir sans déposséder aucunement Aquila et Prisque. En fait c'était « le contraire de ce qui s'était passé : ce n'est pas Prisca qui s'est immiscée dans une église consacrée à Aquila et à sa femme ; c'est en l'honneur de ceux-ci qu'on a essayé d'accaparer un sanctuaire jusque-là réservé à l'autre martyre en lui imposant le vocable de titulus Aquilœ et Prisca ? 1 », qui remplaça pour un temps, mais jamais officiellement, le titulus sanctae Priscœ primitif.
VIII. L'ÉGLISE DOMESTIQUE. — De ce qu'on vient de lire, il résulte que le nom d'Aquila n'a pas de titre historique à figurer en ce lieu. Ni les découvertes archéologiques, ni les documents littéraires ou historiques ne peuvent prouver que la maison d'Aquila s'élevait sur l'Aventin, là où se voit aujourd'hui l'église qui porte le nom de Sainte-Prisque ; la tradition qui l'y place ainsi que l'Église domestique ne se réclame que d'une tradition qui n'est pas antérieure au IXe ou de la fin du Ve.
Il semble qu'on ne puisse pas soutenir qu'au Ier siècle, en ces lieux, se trouvait l'oratoire qui retentit de la voix des deux grands apôtres ; on a vu que rien n'autorise cette affirmation et on dira quelques mots, en terminant, des monuments archéologiques invoqués en faveur de la prétendue tradition. Ce sont :
1° Un chapiteau antique, peut-être de l'époque des Antonins, sur lequel sont gravés, en lettres du XIIe et du XIIIe, ces mots : Baptismu(m) s(an)c(l)i Petri 2. Ce chapiteau qui subsiste encore dans la crypte, en face l'autel, n'a, il est à peine besoin de le dire, aucune valeur comme document historique, concernant le séjour de saint Pierre sur l'Aventin 3.
2° Une mosaïque du XIIe ou XIIIe, dans la crypte, représentant saint Pierre * qui fut détruite lors de la restauration de l'église au début du XIXe 5.
3° L'inscription en vers, gravée au IXe sur la porte d'entrée, dont nous avons donné le début et dont voici la fin • :
Ilie l'être, divini tribuebas fcrcula uerbi, sepius Iwcce loco sacrificans domino.
4° L'inscription gravée au XVIe, par ordre de Callixte III et qui se lit encore dans le chœur, à gauche de l'autel 7 :
...Monlis Aventini nunc fada est gloria major unius oeri relligione Dei. prœcipue 06 Prises 71101/ cernis nobile templum <iuo<l priscum merito par sibi nomen habet.
Nam Peints il coluit populos dum saepe doceret, dum faceret magno sacra que ssepe Deo. dum quos Faunorum fontts deceperat error, liic melius sacra purificaret aqua.
PROBST (FERDINAND). I. Biographie.
II. Bibliographie.
I. Biographie :. Ferdinand Probst naquit le de l'université : en 1890, prélat romain ; le 4 mars 1896, Dompropsl et installé le 31 juillet 1896. Il mourut le 26 décembre 1899 à Breslau.
Probst consacra la majeure partie de son activité littéraire à l'étude de la liturgie. Il s'était persuadé que la liturgie conservée dans les Constitutions apostoliques (voir Dictionn., t. m, à ce mot) était la liturgie universelle de l'Église et il se servit d'une vaste érudition pour en faire la preuve. Ce fut en vain. Il découvrait des allusions dans les textes les plus vagues et bâtissait des démonstrations sur des pointes d'aiguilles. La lecture en est rebutante et son effort est perdu ; on ne peut contester les recherches, on n'en peut retirer presque rien d'utile. Ce qu'il en reste c'est que la liturgie du VIIe livre des Constitutions apostoliques a pu servir de maquette à la liturgie d'Antioche 8. Les tentatives de F. Kattenbusch* et de P. Drews10 pour galvaniser la monomanie du chanoine Probst ont échoué.
II. Bibliographie. — Kalholische Glaubenslehre. Ein heligionshandbuch fur Laien, Mainz, 1845. — Die sogenannte Rejormalion und die ivirkliche Reformalion. Ein Beilrag zur 300 jàhrigen Jubelfeier der allgemeinen Kirchenversammlung von Trient : Kurzer Ueberbliek iiber die Unterscheidungslehren, Mainz, 1845. — Kalholische Moraltheologie, 2 vol., Tûbingen, 1848-1850 ; 2e édit.,1853. — Die Gesellschajt Jesu, Tûbingen, 1851. — Verwallung der hochheiligen Eucharistie, Tûbingen, 1853 ; 2e édit., 1857. — Brevier und Breviergebet, Tûbingen, 1854. — Exequien, Tûbingen, 1856. — h'irchliche Benedictionen und ihre Verwaltung, Tûbingen, 1857. — Liturgie der drei erslen christlichen Jahrhunderle, Tûbingen, 1870. — Lehre und Gebet in den drei ersten christlichen Jahrhunderten, Tûbingen, 1871. — Sakrarnente und Sakramentalien in den drei erslen christlichen Jahritunderlen, Tûbingen, 1872. — Kirchliche Disciplin in den drei erslen christl. Jahrh., Tûbingen, 1873. — Kateehcse und Predigl vom Anfang des 17. bis zum End ; des VI. Jahrhunderts, Breslau, 1884. — Lehre vom lilurgischen Gebele, Breslau, 1885 ; 2e édit., 1892. ■ — Geschichte der katholischen Katechese, Breslau, 1886. — Die attestai rômischen Sacramentarien und Ordines, Mûnster-i.-W., 1892. — Liturgie des 11. Jahrhunderts und dercn Re/orm, Mùnster-i.-W., 1893. — Die abendlàndische Messe vom I« . bis zum 1 ///. Jahrhundert, Mûnster-i.-W., 1896.
Enfin Verwaltung des hohenpriesterlichen Amstes, Breslau, 1881 ; 2e édit., 1885 ; Théorie der Sccljorgc, Breslau. 1883 ; 2e édit., 1885 : Katholische Pastoralthéologie, Mïmster-i.-\V., 1898.
H. Leclercq.
PROCÉDURE FRANQUE. —La procédure en droit franc diffère de la procédure romaine de l'époque impériale. La loi salique nous montre des traces de l'usage primitif qui introduit l'action du demandeur par un acte d'exécution. Au cas où des bestiaux ont endommagé une culture, le plaignant commence par les saisir et les enfermer (ix, 2, 5), s'agit-il de saint Landelin qui, avec deux compagnons, a entrepris le défrichement d'une forêt, le propriétaire de celle-ci survient, se fâche et saisit leurs manteaux : cappas eorum quasi pro vadia auferens l. En cas de vol, la visite de la maison du voleur ou du receleur présumé est permise nonobstant l'opposition du propriétaire. Dans les trois jours qui suivent le vol, la découverte de l'objet entraîne restitution ou séquestre ; après ce délai, le détenteur garde la possession et recherche le coupable.
Le défendeur est tenu de se rendre à l'assignation du tribunal siégeant au mallberg. Le demandeur somme son adversaire de répondre à sa plainte sans restrictions ni échappatoires, par affirmation ou dénégation. Le jugement du thunginus 8 est définitif si le défendeur a avoué ou s'il a été pris en flagrant délit ; si celui-ci n'avoue pas, le jugement ne porte que sur le dispositif de la preuve. Mais ce n'est pas le tribunal qui recherche la preuve, il attend que les parties remplissent les obligations légales. En cas de flagrant délit, le demandeur est seul admis à fournir la preuve. Ce qui fait de la preuve un privilège, c'est qu'à moins d'être arguée de faux, elle ne peut être écartée ni même combattue ; on ne la discute pas ; du moment où elle est apportée dans les conditions voulues, elle est décisive.
Le serment se faisait au mallus3 ; le nombre des cojureurs était dans le droit salien de douze, dans le droit ripuaire de six à soixante-douze et les témoins étaient appelés « documentaires » ou bien « de notoriété ». Le fait que, dans plusieurs cas, on indique le nombre de témoins 4 qui doivent affirmer le même fait prouve que la valeur intrinsèque du témoignage n'est que chose accessoire.
Reste l'épreuve judiciaire, ce qu'on appellera plus tard le jugement de Dieu ; on y a recours soit en l'absence des co-jureurs, soit si la partie adverse récuse le serment ou l'argue de faux. Une fois la preuve faite, le perdant doit exécuter le jugement.
Enfin la procédure franque ne connaît point l'appel.
IL Leclercq.
PROCÈS ET MARTINIEN (CATACOMBE DE). — I. Un peu de topographie. II. Un peu d'hagiographie. III. Épigraphie.
I. Un peu de topographie. — La voie Aurélienne, appelée Via Aurélia velus, partait du ponte Emilio et par la porte Aurélia, que Procope nomme déjà Pancratiana, proche de la porte moderne dite de Saint-Pancrace, se dirigeait par Lorium vers Centumcella ?, aujourd'hui Civita Vecchia ; c'était la route qui conduisait à la mer et qui, au VIIe de Rome, fut prolongée jusqu'à Gênes. Sous Marc-Aurèle fut tracée une Via Aurélia nova partant du ponte Elio et qui sort de l'enceinte de Rome par la porte Cavalligieri ; après un parcours de trois milles elle rejoint la voie Aurélienne ancienne, la seule qui nous intéresse ici puis que c'est de ce côté de cette dernière que se succèdent plusieurs catacombes chrétiennes.
La topographie de ces parages est loin d'être claire, les fouilles n'y ont été ni méthodiques ni profondes et ce qu'on sait de ces terrains n'est pas beaucoup plus précis que ce qu'on en savait au commencement du XIXe, malgré des études partielles ». Nous avons consacré des notices aux catacombes de Calépode (voir Dictionn., t. n, col. 1593-1595), des deux Félix (voir Dictionn., t. v, col. 1299) et de saint Pancrace (voir Dictionn., t. xm, col. 1009-1014), ici nous nous occuperons du cimetière des saints Procès et Martinien.
Si nous récapitulons ce que nous apprennent les documents du VIe6, nous lisons dans Vltinerarium de Salzbourg : Deinde ambulas ad S. Pancratium, cujus corpus quiescit in formosa ecclesia via Aurélia, quam S. Honorius papa magna ex parte reœdificavil, et in illa ecclesia intrabis longe sub terra et invenies... et S. Processus et Marlinianus sub terra, et S. Lucina virgo et martyr in superiori. Deinde pervenies eadem via ad sanctos pontifi ces et martyres duos Feli ces. Postea eadem via pervenies ad ecclcsiam ; ibi invenies S. Callistum... Dans l' Itinerurium de Guillaume de Malmesbury nous lisons : Quarto décima porta et via Aurélia, quse modo porta S. Pancralii martyris dicilur, quod juxta eam requiescit in sua ecclesia ; et alii martyres... In altéra ecclesia Processus et Martinianus et in tertiu Feliees duo, et in quarta S. Calixtus et Calepodius... Dans l'Ilinerarium d'Einsiedeln : In via Aurélia extra civitatem S. Pancralii, in dextera Processi et Martiniani ; enfin dans l'Index des cimetières des Mirabilia, ces simples mots : Cœmeterium Calepodii ad S. Pancratium. Cœmelerium S. Agalhse ad girulum. Cœmeterium Julii via Aurélia...
Ainsi donc les Itinéraires, d'accord en cela avec le martyrologe hiéronymien et le Liber pontificalis, nous font connaître sur la voie Aurélienne cinq lieux vénérés qui sont : au 2e mille, le cimetière et la basilique de saint Pancrace et le cimetière avec l'église des saints Procès et Martinien que suivent l'église et le cimetière des Feli ces duo ; au 3e mille, la basilique de saint Calliste et le cimetière de Calépode ; enfin, d'après le témoignage unique de la Notitia portarum, au xne mille, l'église de saint Basilide.
A saint Pancrace on vénérait les tombes des martyrs Artemius, Paulin, Sophie et ses trois filles : Agape, Elpis et Pistis, puis un martyr Symmaque, éponyme d'une basilique où le pape saint Grégoire Ier prononça sa xxviie homélie et que le pape Honorius Ier fit rebâtir et qu'on nous présente comme une formosa basilica.
Les martyrs Procès et Martinien étaient l'objet principal du culte dans le cimetière où leur nom était associé à celui de Lucine. Au IVe, ils possédaient une église cimétériale puisqu'à l'époque de l'usurpateur Eugène (392-394) elle fut concédée à une secte de montanistes, qui n'eurent pas le temps de s'y attarder et, ici encore, le pape saint Grégoire Ier prononça une homélie en l'honneur des martyrs.
Du sanctuaire des Feli ces duo on ne sait que dire car le Liber pontificalis y voit les papes Félix Ier et Félix II tandis que des documents plus anciens et recevables font inhumer Félix Ier au cimetière de Calliste (voir Dictionnaire, t. xm, col. 1188).
Au cimetière de Calépode fut enterré le pape Calliste, sur le tombeau duquel le pape Jules Ier bâtit une basilique.
Enfin le sanctuaire de sainte Basilide, au xne mille, ce qui correspond au site de l'antique Lorium, où s'éleva une basilique retrouvée par Boldetti avec des galeries cimétériales qu'il identifia à tort avec le cimetière de Marius, Audifax et Abacuc, erreur corrigée par E. Stevenson et M. Armellini.
Cette topographie rétablie par les Itinéraires du VIIe trouve un complément grâce à deux autres documents que voici : une inscription datée de l'année 404 nous apprend que :
Le culte des saints Nazaire et Nabor à Rome se trouvait, d'après le martyrologe hiéronymien, via Aurélia miliario v, et leur basilique avait été construite au commencement du Ve, sous le pontificat d'Innocent Ier qui vit dédier le titre urbain de Vestina à d'autres martyrs milanais, les saints Gervais, Protais et Vital.
Le deuxième document est le Liber pontificalis qui mentionne une basilique due au pape Symmaque : hic fecii basilicam sancte martyri Agalhœ, via Aurélia, in fundum Lardarium, celle-ci beaucoup plus rapprochée de Rome.
A partir du VIIe la basilique et le culte de saint Pancrace, bien loin de péricliter et de tomber, comme tant d'autres, dans l'oubli, connurent une sorte de vogue, aux dépens des autres sanctuaires dont on rencontre à peine une mention. C'est dans la notice du pape Grégoire III, au Liber pontificalis, que nous relevons la dernière mention de la catacombe des saints Procès et Martinien dont la basilique reçut une toiture neuve : tectum basilicœ a novo construxit. De même le cimetière de Calépode attira son attention : basilicam sancti Calixli pontificis et martyris pene a fundamentis dirutam novis fabricis cum tecto construxit ac totam depinxit. Sous le pontificat de Pascal Ier le transfert des reliques de Procès et Martinien au Vatican marqua l'abandon et la ruine de leur catacombe.
Vers le milieu du IXe, nous lisons parmi les générosités faites par le pape Léon IV qu'il jecit in cymeterio beatœ Agathse martyris quœ ponitur fons porta beati Pancratii martyris vestem de fundato I et vêla VIII ». Ces quelques mots nous apprennent que dès lors l'oubli s'était fait et la confusion s'était mise dans les noms des anciens cimetières romains tel que les conservait le livre des Mirabilia urbis Romœ.
V.lla Doria Pamphili SamtPar F, le cimetière de Calépode, retrouvé par Boldetti et à qui Marangoni imposa le nom de Procès et Martinien que De Rossi lui retira avec raison et où Stevenson découvrit les vestiges de la basilique élevée à saint Calliste.
B, C, D, D1, D', Ds se trouvent à gauche de la voie Aurélienne, dans l'enceinte de la villa Pamphili, tandis que E se trouve à droite de la voie et hors de la villa.
B, près des Quattro venti, s'ouvre l'entrée de quelques galeries dévastées qui, suivant Armellini, ont appartenu au cimetière de saint Pancrace ; elles se trouvent à 150 mètres environ de la basilique ce qui rend la conjecture probable.
C, où s'est produit il y a quelques années une crevasse qui a permis de découvrir un couple de galeries pouvant appartenir à un hypogée chrétien proche de la voie Aurélienne.
D, près du 2e kilomètre, où Stevenson retrouva en 1889 une descente conduisant à une importante région cimétériale avec galeries régulières, élevées et renforcées de maçonnerie, dirigées vers l'Est. O. Marucchi parle de « plusieurs tombeaux encore fermés, et çà et là des constructions anciennes destinées à consolider les parois. Il reste même des traces d'un ancien escalier. Des infiltrations d'eau, provenant peut-être de l'aqueduc de Trajan, ont produit de magnifiques stalactites ». Le plan qu'il en donne ne manque pas d'une certaine exactitude, mais apprend peu de chose ; quant à l'assertion qui fait venir d'ici l'inscription de Gentia conservée dans les papiers de G. Marini à la bibliothèque Vaticane elle ne repose sur rien.
D, D ', D ', D ! paraissent appartenir à un seul cimetière très ancien.
E marque l'entrée par un escalier rapide et étroit mais antique d'une galerie complètement dévastée où on a pu relever quelques graffites et une date : 1782. Les galeries se dirigent vers la voie Aurélienne qu'elles traversent et tournent à l'Ouest et au Sud-Ouest vers l'ancienne villa Farsetti (devenue Pamphili).
Stevenson, Armellini et Marucchi s'accordent à reconnaître dans D et E deux entrées du cimetière des Saints-Procès-et-Martinien, A. Silvagni adopte une opinion opposée et se montre disposé à admettre l'emplacement du cimetière de Procès et Martinien aux points D, D , D , D * et à reporter en E le cimetière des Feli ces duo. Ce n'est là encore que pure hypothèse.
- « E. Stevenson, dans Bull, di arch. CRUL, 1881, p. 104.
On sait que la plus ancienne recension des Mirabilia se trouve dans le Polyptyque du chanoine Benoît et qu'on peut la faire remonter au Xe (voir Dictionnaire, t. vu, col. 1921-1922 ; t. xi, col. 1413-1414). Or, nous y lisons dans son catalogue de cimetières dressé suivant l'ordre topographique : Cœmeterium Calepodii ad sanctum Pancratium. — Cœmeterium S. Agathse ad girulum. — Cœmeterium Julii via Aurélia. Ce même catalogue, dans la 2e édition des Mirabilia ne parle déjà plus du Cœmeterium Julii qui correspond à l'ancien cimetière de Calépode, et c'est d'après ce qu'en dit Panvinio que Bosio a, sur ce point, connu la Rome souterraine. Aucune hésitation n'était possible quant à Saint-Pancrace, il s'employa donc à retrouver le second des deux cimetières, celui di S. Agata o dei SS. Processo e Martiniano nella possessione di Lucina et il pensa avoir retrouvé les vestiges de la basilique de Sainte-Agathe in antiche parietine con qualche segno di antiche pitture conservés au lieu situé où le due Aurelie si congiungono insieme, mais il n'y trouva pas trace de galeries souterraines. Peut-être Bosio a-t-il voulu désigner des ruines qui se trouvaient devant le Casale de Pie V ou le Casale Troili, au point de jonction de la voie Aurélienne ancienne et de la nouvelle. Boldetti, s'inspirant de Bosio, poursuivit avec plus de succès la découverte du cimetière de Sainte-Agathe et l'identifia avec quelques galeries découvertes entre 1672 et 1687 : nella vigna dei Padri della Dottrina cristiana... e si stendono sotto quella di Mons. Farsetti, celle-ci fut, par la suite, annexée à la villa Pamphili. Boldetti ajoute qu'une autre entrée conduisant à ce cimetière ou à un autre fut découverte dans la vigne qui s'étend devant le casaletto de Pie V. Cet antique cimetière reçut de P. Aringhi et de Marangoni le nom des saints Procès et Martinien ; De Bossi lui restitua son vrai nom, celui de Calépode.
Si on veut bien suivre les indications du croquis (col. 1892), on y verra sur l'espace des trois premiers kilomètres depuis la porte Saint-Pancrace une série de lettres qui nous aideront à localiser quelques points, étant bien entendu que l'emplacement de la basilique des saints Nabor et Nazaire est ignoré depuis le Moyen Age et qu'il en est de même du cimetière de Basilide depuis le temps de Boldetti. Nous signalons d'abord deux points extrêmes et tout à fait assurés : A, le cimetière de saint Pancrace sur le clivus Rutarius in agro Fontciano, que mentionne une inscription trouvée en ce lieu.
Enfin quelques épîtres d'après cette passion, le supplice des deux martyrs aurait suivi de près celui de saint Pierre, ils auraient été décapités sur la voie Aurélienne et enterrés par une matrone nommée Lucine, peut-être celle qui est devenue l'éponyme d'un cimetière sur la voie Appienne. Dans le martyrologe d'Adon, on lit que corpora eorum beatissima Lucina collegit et cum aromatibus pretiosis sepelivit in praedio suo in arenario juxta locum ubi decollati sunt, VI non. julii. La passio ajoute ce détail topographique : juxta formant aquœductus, ce qu'il faut entendre de l'aqueduc de Trajan, restauré par Paul V.
Au IVe, probablement, une basilique fut bâtie sur l'emplacement de la tombe des martyrs et c'est là que saint Grégoire le Grand prêcha sa xxxne homélie où on lit cette allusion : Ad bealorum martyrum corpora consistimus, fratres mei... Cette même basilique fut restaurée sous le pontificat de Grégoire III (732) et le pape Pascal Ier fit transporter au Vatican les corps des martyrs où un oratoire leur fut dédié, remplacé aujourd'hui par un autel.
III. Épigraphie. — Les inscriptions cimétériales chrétiennes provenant de la voie Aurélienne s'élèvent à peine au nombre de deux cent cinquante, toutes funéraires et la plupart provenant de la catacombe de saint Pancrace. Il se trouve dans le nombre un texte que nous avons déjà publié et utilisé (voir Dictionnaire, t. xn, col. 1885, fig. 8987). Peut-être y aurait-il lieu d'y revenir, car nous avons, sur la foi de Marangoni, admis que la provenance de cette inscription était le cimetière de Procès et Martinien où elle aurait été trouvée en 1732 ; en réalité, ainsi que nous venons de le dire, le prétendu cimetière de Procès et Martinien a été restitué à Calépode et on ne peut plus soutenir que cette inscription de Pecorius vient d'un cimetière qui s'étendait sous la vigne Pellegrini.
Il reste toutefois un fragment de marbre qui servit au pavement de l'église Saint-Martin-des-Monts et qui provenait des catacombes. Copié au XVIe par des érudits, nous le connaissons par une copie à laquelle J.-B. De Bossi a suggéré de précieux compléments dont il pouvait dire : Carminis sensum me assecutum esse nemo negabit ; stilus quidem damasianus haud est ; quare tametsi ponamus Damasi jussu Marcianum presbyterum Processi et Martiniani cryptam novis operibus ampliasse, nihilominus epigramma ab ipso pontifice compositum minime fuisse et post ejus facile mortem positum judico. Voici les suppléments que De Bossi propose pour cette inscription de la crypte des martyrs :
CONDIERANT E
TEXTE CORRIGÉ :
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VIXQ ■ ADITVSCVPIDI's visendi locum ubi martyrum corQVA MODO OEScensus patet magnifiée exstructus ; et QVAMVIS PVRPVRVA sanguinis pro>^o efîusi lux tuum MARTINIANE IMurn sepulcrum illustret [Processe, LATIVSADNVNCdiffunditurilla lux, operibus ampliatis et LVMINIS ADMIssf in cryptam beneficio : nam HOC P0PVL0N... factum est ut ad martyrum sepulcra INGENI0 Damasi ? pontificis [fidè les concurrant OMNIAQVAE Miraris ut fièrent praestavit XPSQVEM ducem secuti sunt martyres sancti PR0 MERITIS parva quidem sunt sed devoto PECT0RE sanctorum honori dedicata PRAESBYTER ha ?c (Damaso rectore jubente ?) MARCIANUS perficiende curavit.
H. Leclercq.
PROCESSION I. Procession de Saint-Marc.
II. Procession du Saint-Sacrement. III. Procession de l'Évangile.
I. Procession de Saint-Marc. — (Voir Dictionn., t. x, col. 1740-1741).
II. Procession du Saint-Sacrement. — Cette institution ne remonte pas à l'antiquité puisqu'elle est postérieure au pontificat d'Urbain IV (1201-1264) qui institua la Fête-Dieu, dont saint Thomas d'Aquin composa l'office entier où il ne fait aucune mention d'une procession qui en eût fait partie. La bulle d'institution Transitwus d'Urbain IV confirmée par Clément V, au concile de Vienne (1311) ne mentionne pas non plus la procession.
Il s'en faut de bien peu de temps toutefois, car la Chroni que de Donatus Bossius ' nous apprend qu' « en 1404, on porta pour la première fois solennellement le corps du Christ dans les rues de Pavie, comme il est passé depuis en usage ». Cette innovation se sera répandue au cours des années qui suivirent immédiatement le concile de 1311, car on la trouve mentionnée dans un acte du chapitre de Tournai, en 1323, dans un décret du concile de Sens, en 1320, ainsi conçu : « Quant à la solennelle procession qui se fait le jeudi de la fête en portant le divin Sacrement, comme il semble que ce soit par une sorte d'inspiration divine qu'elle s'est introduite de nos jours, nous ne statuons rien pour le présent, laissant toutes choses à la dévotion du clergé et du peuple 2. » Diestemius Blerus, prieur de SaintMartin de Liège attribue la confirmation et l'adoption de cette solennité au pape Jean XXII (fl333)3. Nous avons dit qu'en 1404 la procession est mentionnée à Pavie, pour la première fois dans cette ville, rien ne prouve qu'elle ne fut plus anciennement pratiquée ailleurs. En 1429, le pape Martin V, dans sa bulle : Incfjabile sacramentum accorde des indulgen ces spécia les à l'assistance à la procession, indulgen ces doublées par Kugène IV en 1433, dans sa bulle : Excellenlissitno.
III. Procession de l'Évangile. — A partir d'une épo que déjà ancienne, nous voyons l'usage de transporter processionnellement le livre des Évangi les qui, suivant l'expression d'Origène renferme les prémi ces de toute l'Écriture sainte 4. Dans les Consuetudines de Saint-Bénigne de Dijon, on lit qu' « après tierce a lieu la procession solennelle par le cloître. D'abord l'eau bénite, ensuite trois croix, puis deux textes des saints évangi les portés par deux sous-diacres revêtus de tuniques, ayant l'un et l'autre de cha que côté deux chandeliers et devant eux deux encensoirs 6 ». Cet usage était pratiqué surtout le dimanche des Hame aux. Dans l'Ordo romanus XII de Mabillon on lit ceci : Prœparatur quoddam portalorium honestissime, in quo intromittitw sanction Evangelium, quod intelligilur Christus, cl statuitur in ecclesia unie aram, unde clerus processwus est. Deinde suscipitur a diaconis pra'dictum portalorium eum Evangelio, bajulantes eum ingenti exsultatione jugum Christi suave et omis ejus levé, prœcedenle nqua bcnedictu eum candelabris at que thijmiateriis eum aliis ornamentis, insuper etiam laicorum schola eum vexillis ut que janonibus longe ante prweunte 6.
Vers le milieu du XIe, on voit apparaître pour la première fois dans certaines églises particulières l'usage de porter le corps du Sauveur à la procession des Rame aux, et encore à celle du matin du jour de la Résurrection. Ces usages précurseurs de la procession de la Fête-Dieu se font surtout remarquer dans les églises de Normandie et en Angleterre, où ils furent introduits par les moines normands après la conquête7. Le bienheureux Lanfranc, archevê que de Cantorbéry au xne siècle, signale cet usage qui s'est conservé à Rouen jusqu'à la Révolution 8.
H. Leclercq. PROCESSIONNAL. — Du Cange n'en connaissait pas qui fût antérieur au xvne siècle et les bénédictins qui, sous la direction de dom Carpentier, préparèrent la deuxième édition du Glossaire (1734) n'ont rien connu qui permît de relever cette date. X. Barbier est parvenu à remonter jusqu'au XVIe avec deux processionn aux d'Angers dont l'un est de la fin du XVIe ; l'autre, qui a disparu, serait du xve ( ?). Voici le titre du premier : Incipit Processionarium, secundum usum monaslerii sancti Albini ordinatum, duas continens par les : [prima continet] principa les, spécia les, kadragesima les, sancti Marci et Rogalionum [processiones] : secunda pars continet stationes et processio[nes] sanctorum tant in spirituali [speciali, particulari], quam in communi. Ce livre appartenait à l'abbaye de Saint-Aubin 9 ; il enregistre des rites d'une épo que antérieure à sa rédaction ; mais entre la fin du XVIe et l'épo que où s'arrêtent nos étu des il n'est pas permis de penser qu'il témoigne pour un si lointain passé.
H. Leclercq. PROFESSION DE FOI. — Nous avons fait connaître une formule qui se rencontre très souvent sur les monuments chrétiens Eïç 0eôc (voir Dictionn., t. m, fig. 2546 ; t. iv, col. 2583-2587,' fig. 4027-4028) ; on a publié depuis un travail sur ce sujet avec un déploiement de textes qui apprend ce que nous avions montré, à savoir qu'il existe plusieurs centaines d'inscriptions, principalement en Egypte et en Syrie, d'après lesquel les on constate que la formule s'offre à nous sous les aspects suivants : 1° eïç C-)s6ç. — 2° eïç Oeôç xocl Xpia-rôç. — 3° eïç ©eôç xai ô Xpicrroç ocùtoû àyiov Ilveûpia 10.
H. Leclercq. PROFESSIONS. — On ne s'attend pas, espérons-le, à trouver ici un catalogue alphabéti que des métiers manuels et des occupations intellectuel les dont les monuments figurés et les textes épigraphiques ou autres rendent témoignage ; la plupart — à l'exception de quelques oublis peut-être - - ont été mentionnés dans le cours du Dictionnaire et on les trouvera groupés dans la Table méthodi que qui mettra le point final à la publication. de la collection Duthuit, entrée au palais des be auxarts de la ville de Paris. Tout le reste a été dispersé, et au dire de Visconti, l'ensemble pesait 1029 on ces d'argent et se composait d'un grand nombre d'objets, qui en faisait la plus riche trouvaille d'argenterie connue alors. Comme nous n'avons pas à revenir sur la description de la cassette, nous ne parlerons ici que de quatre objets provenant de ce même trésor de l'Esquilin et qui font partie de la collection Auguste Duthuit, au palais des be aux-arts de la ville de Paris. Ce sont deux couronnements de lit, piè ces en bronze, ajourées et ornées de têtes de mulet, et un buste d'enfant enchâssé dans un couronnement de lit ; ces ouvrages du Me offrent peu d'intérêt pour nos étu des. On en trouvera des reproductions dans W. Frcehner, Collection Auguste Duthuit. Bronzes antiques, or et argent, ivoires, verres et sculptures en pierre, in-8°, Paris, 1897, n. 55, 56, 57, pi. li, lu, lui et dans P. Gusman, L'art décoratif de Rome de la fin de la Ré publi que au IVe, in-fol., Paris, 1912 ; Les bronzes, t. n, pi. XIV.
La patère d'argent figure l'intérieur d'une grande coquille. Au centre, Venus est assise, tournée à gauche, les jambes croisées, les bras levés ; elle passe autour de ses cheveux une bandelette ponctuée ' (fig. 10568). La déesse est pres que nue, son manteau, à bordure brodée, ne couvrant que la jambe droite. Sur sa poitrine se croisent deux rangs de per les, gravées au pointillé et soutenant une amulette. De cha que côté, un petit Amour plane dans l'air ; l'un avec une draperie sur le bras gauche, apporte une fleur de lis et un pavot ; l'autre tient un miroir, aux bords ponctués, et Vénus tourne la tête vers ce miroir pour s'y regarder. Sur le rebord de la patère on voit 46 pétonc les en relief, montrant alternativement leurs deux faces. Le manche représente Adonis nu, appuyant ses deux mains sur un javelot, un chien de chasse est couché à ses pieds et lève la tête vers son maître.
Cette patère faisait, elle aussi, partie du trésor de l'Esquilin, qui, ainsi que nous l'avons dit (voir t. x, col. 1916), fut acheté par le baron de Schellersheim. Celui-ci revendit son acquisition en 1827 au duc de lilacas ; mais peut-être la patère avait-elle dès lors été séparée et cédée à M. Gosselin chez qui on la voyait, à Paris, au mois de janvier 1807.
Il n'est pas superflu de rappeler que toute cette argenterie fut déclarée fausse par Gaetano Marini 2. Le doute de ce savant ne portait que sur la cassette qu'il jugeait inconvenante pour une chrétienne. Quant à la patère, elle n'a rien de chrétien et paraît être un ouvrage du IVe. Ce qui en fait surtout l'intérêt à nos yeux, c'est sa décoration païenne et toutes ces nudités qui montrent combien peu les fidè les s'alarmaient en pareille matière.
H. Leclercq.
PRONE. — I. Étymologie. IL Contenu. III. Caractère. IV. Extension. V. Lieu et moment. VI. Sujet. VIL Bibliographie.
III. Caractère. — Nous avons dit que le prône visait plus à la familière confiance qu'à l'éloquence superbe, et les noms sous lesquels les Pères et les anciens auteurs le désignent s'inspirent de cette simplicité voulue ; on l'appelle homélie, allocution, exhortation 3 ; rien qui évoque l'idée d'art et de magnificence oratoire. Non que, celui-ci soit repoussé ou condamné, mais il appartient à des préoccupations de nature différente et se trouve en quelque sorte à l'apogée de la prédication tandis que le prône s'y trouve être le fondement modeste et efficace. Il est permis de s'étonner et de regretter que, parmi tant de sujets révélateurs de la vie chrétienne primitive, la prédication n'ait pas trouvé son historien érudit. Elle a été le procédé fécond de l'apostolat des apôtres et les monuments de la parole sacrée nous ont été conservés en assez grand nombre. Ce fut par la parole, beaucoup plus que par les écrits que la doctrine chrétienne se répandit dans le monde et gagna les consciences droites. Pour que cette parole remplît l'œuvre et se maintînt dans sa pureté il fallait la vigilante surveillance de l'Église s'exerçant par les évêques successeurs des apôtres. Ces derniers tenaient ce devoir de la prédication comme tellement personnel qu'ils avaient établi sept diacres afin de se réserver plus de temps à consacrer « au ministère de la parole * ». Saint Paul rappelle aux Corinthiens sa mission éminente : « Le Christ, leur dit-il, ne m'a pas envoyé pour baptiser, mais pour prêcher », et il écrit à Tite : « Dieu a manifesté en nos temps sa parole dans la prédication qui m'a été confiée sur l'ordre de notre Sauveur 6. » Cette estime de la prédication ne se démentira plus désormais et chaque évêque s'en acquitte avec plus ou moins d'efficacité. Dès le milieu du IIe, un texte de saint Justin le Martyr nous apprend qu'après que le lecteur a terminé les lectures qui lui incombent, le président de l'assemblée prend la parole et, dans son allocution, instruit le peuple sur les passages qui ont été lus et l'exhorte à y conformer sa conduite ». La même pratique est indiquée par saint Cyprien '. C'est, on le voit, toujours la même préoccupation, celle d'un commentaire, d'une explication d'ordre pratique sous forme d'entretien. Le siège de l'évêque, la cathedra, se trouvant au fond de l'abside, il est probable qu'il quittait cette place trop lointaine afin de se rapprocher « des fidèles entassés dans la nef, et se tenait à l'entrée du sanctuaire.
IV. Extension. — Avant que la paix de l'an 312 n'ait introduit les foules dans l'Église, la prédication s'adresse à un nombre croissant de fidèles rassemblés dans des lieux de plus en plus spacieux, mais dont les dimensions ne s'opposent pas à ce que l'évêque conserve et exerce seul la charge de la prédication. Des cas se seront présentés d'une vacance du siège ou de la maladie du titulaire et un prêtre aura alors suppléé l'évêque. Il ne faut pas se figurer le prêtre comme un personnage muet, mais à cette époque reculée, il est plutôt catéchiste que prédicateur. Au IVe, les conditions ne sont plus les mêmes. La reconnaissance du christianisme par Constantin, la constitution de communautés nombreuses et de paroisses urbaines multipliées impose aux prêtres le devoir de prendre la parole et d'instruire les fidèles. A Hippone et à Antioche, les évêques se départissent peu à peu de la règle ancienne et on les voit faire prêcher devant eux des prêtres qui, à vrai dire, méritent bien pareille confiance et pareil honneur, car ils se nomment saint Augustin et saint Jean Chrysostome. Il n'en est pas moins vrai que l'initiative de Valère d'Hippone déplut à certains 8. Il en est de même d'ailleurs, dès le IVe, à Alexandrie 9 et à Carthage l0. En Gaule, le concile de Vaison, tenu en 529, donna aux prêtres l'autorisation de prêcher au peuple u ; au VIe cet usage est très répandu en Occident12, quoi que l'ancienne discipline se conserve sur certains points. Saint Grégoire Ier rapporte que l'abbé Équitius (+ 540) ayant prêché sans l'autorisation du pape, le clergé romain lui en fit un grief comme d'une violation de la discipline ecclésiastique IS.
Et cependant il faut compter avec l'impossibilité physique ; le même saint Grégoire empêché par la maladie, charge un notaire de lire dans l'église l'homélie qu'il a écrite« et, un demi-siècle auparavant, saint Césaire d'Arles réclame le même service de ses prêtres ou de ses diacres 15. Pour ces derniers, le concile de Vaison ne leur accorde d'autre permission que de donner lecture au peuple d'une homélie des Pères si le prêtre ne peut s'en acquitter lui-même.
V. Lieu et moment. — On a dit déjà que la prédication primitivement réservée à l'évêque et adressée de l'endroit où se trouvait sa chaire a dû subir un déplacement lors que l'édifice prit de vastes proportions. L'évêque se rapprocha de l'auditoire, monta à l'ambon et les prêtres qui le suppléaient l'imitèrent ; ce n'est que beaucoup plus tard, vers le Xe, qu'on édifia vers le milieu de la nef principale le siège du prédicateur qui a conservé dans notre langue le nom de « chaire », sans en avoir l'apparence.
Le moment choisi pour la prédication fut placé à la suite de la lecture dont elle donnait l'explication. Fréquemment on y fait allusion au texte qui vient d'être lu (voir Dictionn., t. vi, col. 2519-2531), mais très souvent aussi, le prédicateur anticipe sur les rites eucharistiques qui vont suivre et s'efforce d'éclairer les fidèles sur la signification des mystères. Le prône avait sa place généralement à la suite de l'évangile. C'est le moment choisi dans la liturgie de saint Justin » et dans les Constitutions apostoliques « , par Eusèbe de Césarée » et par saint Jean Chrysostome« . S'il n'en est pas question dans les plus anciens Ordines romani. on lit du moins dans l'Ordo VI que l'évêque doit prêcher aussitôt après l'évangile ; c'est le moment aussi que désigne Ilonorius d'Autun ou l'auteur quel qu'il soit désigné sous ce nom20. A partir du IXe, l'usage est général 2I.
Les dimanches et jours de fête étaient jours de prédication 1, de même que les jours de station (mercredi et vendredi), les jours de carême et de la semaine de Pâques. Parfois, l'évêque prêchait deux fois dans la même journée - ; on trouve des exemples de plusieurs sermons consécutifs faits par différents prédicateurs 3. Il n'est sans doute pas nécessaire de dire que l'on composerait un recueil, ou même une bibliothèque, en rassemblant tous les sermons et homélies de saint Grégoire le Grand, saint Martin de Vertou, saint Willibrord, saint Boniface, saint I.udger, saint Benoît d'Aniane, etc. Nous ne pouvons rien faire de plus que de suggérer l'étude critique qui devrait se trouver à la base d'une histoire de la prédication chrétienne où se dérouleraient la magnificence oratoire, la science théologique et la splendeur littéraire à côté de la naïveté du langage, et de l'émouvante simplicité de ceux dont les noms se sont conservés dans le souvenir des générations. Au Ve et au IXe, les capitulaires insistent sur la nécessité de la prédication 4 : les conciles et synodes insistent sur le devoir des pasteurs à remplir ce devoir. En 813, le concile de Mayence leur rappelle « que jamais les dimanches et jours de fête le sermon ne doit être omis 6 » : la même année, le concile de Tours prescrit de traduire en langue romane ou teutonique les homélies des Pères, afin que tous puissent comprendre6 (voir Dictionn., t. xi, col. 1754).
VI. Le sujet des sermons dépendait plus ou moins des lectures liturgiques dont il était en quelque façon le commentaire pendant les premiers siècles de l'Église ; à partir du IVe le thème est plus large, surtout en dehors de l'office liturgique, mais le prône conserve alors son ancien caractère d'explication des mystères. Chez les Pères de l'Église latine, le début présente souvent cette formule de bénédiction : « La paix soit avec vous ' » ou bien : « Bénissons le Seigneur ; » ou encore : « Que la grâce de Notre-Seigneur Jésus-Christ, que l'amour du Père, que l'union du Saint-Esprit soient avec vous tous 8. » La fin est souvent marquée par une doxologie en l'honneur de la sainte Trinité. Souvent le prédicateur invitait l'auditoire à adresser ses prières au Seigneur pour les intentions que le diacre allait proposer, et particulièrement les catéchumènes et les pénitents. Cette formule servait de transition à la deuxième partie du prône 9.
H. Leclercq.
PRONONCIATION. Il existe une question, déjà ancienne et non résolue encore, de la prononciation du grec et du latin ; on ne s'attend pas, espérons-le, à la voir exposée dans le Dictionnaire. Nous nous contentons de mentionner quelques travaux dignes d'attention tels que : A. -P. Weemaes. La prononciation du grec. Valeur des arguments épigraphiques, dans Le Musée belge, revue de philologie classique, t. iv, 1900, p. 38-54 ; J.-M. Meunier, La prononciation du latin, in-8°, Corbigny, 1908 ; B. Moissenet. La prononciation du latin (avec un appendice de l'abbé Bousselot), in-8°, Dijon, 1928 ; J. Marouzeau, La prononciation du latin : histoire, théorie, pratique, in-8°, Paris, 1931 ; L. Boussel, La prononciation de l'attique classique, in-8°, Paris, 1931 ; L. Boussel, La prononciation du latin, dans Revue des études anciennes, t. xxxiv, 1932, p. 88-90 ; F. Brittain. Latin in Church Epistles in the history of Us pronunciation particularly in England, in-16, Cambridge, 1934.
Tel fabricant de comptes rendus se plaindra une fois de plus que dom Leclercq renvoie à autrui sans dire ce qu'il pense, ce qui importe assez peu. Ce que j'en pense c'est que, beaucoup moins qu'on ne le croit, saxa loquuntur. On a trop dit que la solution de la prononciation du grec et du latin se trouve dans l'orthographe et surtout dans les fautes d'orthographe des inscriptions. Celles-ci, a-t-on dit, émanent de gens peu lettrés reproduisant des sons qui frappaient leurs oreilles, et elles renferment donc l'orthographe phonétique d'une prononciation qu'elles ressuscitent. Cette démonstration épigraphique n'est pas décisive. Un lapicide a pu, par mégarde, mettre une lettre pour une autre, sauter une lettre, ou écrire le même mot de deux manières différentes ; les copistes de manuscrits ne s'en sont pas privés pour leur part et les typographes les plus attentifs n'en sont pas tous et toujours exempts. La mémoire de l'œil ou celle de l'oreille ou même l'une et l'autre ont été en défaut ; ou bien ils se sont trompés de lettre.
Si la mauvaise orthographe prouve, elle prouve surtout l'inattention et l'ignorance du lapicide.
Depuis quarante ans que celui qui écrit ces lignes rassemble et copie des inscriptions chrétiennes, il a noté plus de dix-huit mille fois la formule : in pace, sous toutes les formules et dans toutes les combinaisons imaginables, c'est-à-dire obiit in pace, quiescit in pace et les innombrables variantes que les lecteurs de ce Dictionnaire sont à même de citer sans qu'on les leur énumère. Or, sur ce chiffre assurément respectable, nous avons rencontré deux lois seulement la lecture : in pache.
Il se peut qu'on en cite d'autres, voici du moins un commencement ' :
...nxx a^U) Cette pierre est datée de l'année 408. Si on en juge par l'orthographe de la ligne 3e on fera peu d'estime de la prononciation du lapicide. En voici une deuxième mais non datée, de Rome également2 (fig. 10569).
D'autres lapicides nous apportent des exemples à retenir sur la prononciation de la lettre u avec le son o. E. Le Blant a fait connaître une bague de bronze à inscription rétrograde portant cette devise 3 :
Le mot cum, dans les épitaphes, est souvent écrit CVN, KOYN et CON '■ Nous pourrions en apporter des exemples nombreux, en voici un dans l'épitaphe d'une tombe creusée dans le sol du cimetière de Pain phile (voir Dictionn., t. xm, à ce nom) 6 :
Lusenia Tallusa déposa le corps d'Aurelius Bassus dans une tombe double où elle comptait venir le rejoindre se vira jecit, lui promettant l'éterna securitas qui sent encore son paganisme, mais que corrige la formule chrétienne cum pace, correctif qu'on ne lit pas sur la tombe de Trebius Justus à qui est promise in (a)eterno securitas.
Dans le même cimetière, galerie 12, sur un loculus encore fermé, on lisait cette épitaphe tracée sur une brique :
IN PACE SECON DINA
Ajoutons en terminant qu'il nous est arrivé de dire qu'on est tenté parfois de se demander comment les générations chrétiennes qui font l'objet de nos études parvenaient à s'entendre à l'aide du langage qu'elles employaient. A plusieurs reprises nous avons exposé quelque chose de l'orthographe qu'il est possible de reconstituer, principalement à l'aide des inscriptions (voir Dictionn., t. i, col. 747-775 ; t. v, col. 2413-2435 ; t. vm, col. 1343-1348), car, nulle part mieux que dans nos inscriptions chrétiennes, ne se montrent les façons de dire, la prononciation des époques dont nous cherchons à éclairer tous les aspects. C'est ce qu'a fort bien montré Edm. Le Blant dans un clair résumé : Grégoire de Tours, dit-il ', s'accuse lui-même de ne pas distinguer exactement l'ablatif de l'accusatif ; ces fautes et d'autres de même nature sont des plus fréquentes sur nos marbres IN HOC TOMOLVM, IN PACEM, INTER SANCTIS, VRSINIANO OSSA, DE DÎ DONVM. NVVELIS (nobilis) ORTVM, IN NOMENI. DNI. IHM. XPT, ANNVM QVARTVM REGNVM, POST CONS HORIO POST CONSOLATO IMPORTVNO (post consulatum Honorii, Importuni ), telles sont les formes qu'on y relève, et cette confusion des cas fait apparaître la préposition, l'article de notre langue sans flexions. Au lieu de minister templi, on dit, au vi° siècle, MINESTER DE TEMPVLO GEROSALE ; pour membra duorum fratrum, on écrit MEMBRA AD DVOS FRATRES. forme qu'on retrouve, vers l'année 751 , dans les mots pro stipendia ad ipsos fratres, au XIe, dans les lois de Guillaume le Conquérant, et qui subsiste encore dans notre parler vulgaire pour indiquer le rapport de possession. Pareil langage semble, au premier abord, participer tout à la fois de l'énigme et du jargon. On a lu sur une inscription de Mandourcl (près de Durban, Aude) A dEO ONORM, ce qu'il faut interpréter A Deo honor(e)m pour Ad honorent Dei.
On commence à voir apparaître comme une ébauche de futures formes françaises : le pronom qui s'emploie au féminin de même qu'au masculin. Sur une épitaphe d'Aultm on rencontre la forme NAVFRAGIO NECTA qui laisse entrevoir le mot nat/er, encore en usage dans les campagnes. Au VIIE on trouve les mots trienta, quarranta, d'où sortiront « trente, quarante ». En l'an 517, le nom Desiderius est écrit Disdcrius et cette contraction nous acheminera vers la forme « Didier ».
Il existe encore des déclinaisons, mais il est presque impossible de s'y reconnaître ; on dit AMICIBVS, DIES SATVRNIS, IN ORATIONIS TVIS. DIES LVNIS. La forme du génitif pluriel de la 2€ déclinaison semble tendre à devenir dominante : on dit OMNIORVM. PONTIFICORVM. VERSORVM, MENSORVM. PARENTORVM, PAVPERORVM. Mais ces formes choquantes pour nous ne le sont pas également alors ; il n'est pas exceptionnel de les lire sur des marbres des catacombes antérieurs à la paix de l'Église, c'est plutôt là « parler vieux » que parler mal. Le féminin paupera atteste l'existence de pauperus d'après lequel on fera pauperorum*. 11 en est de même pour versorum qu'employait Laberius ».
Nonnius Marcellus constate l'usage des nominatifs pluriels exercili, adspecti, lucti et d'autres semblables ' que le vulgaire avait sans doute gardés, comme il faisait, en Afrique, au temps de saint Augustin *, pour l'accusatif assum, autrefois en usage3. Chez les Latins, la langue populaire présentait donc des expressions qui, blessantes pour les oreilles des lettrés, n'étaient pourtant que des formes arriérées et oubliées. Maintenues dans l'usage familier, ainsi que l'attestent les marbres, quelques-unes de ces formes se retrouvent jusque dans la langue du Moyen Age.
Au nombre des survivances si bien oubliées qu'elles nous paraissent barbares, il faut encore rappeler le génitif es pour quelques noms de la lre déclinaison, que nous lisons sur deux inscriptions de la Gaule : SELENTIOSES et SQVELIOLES 4.
Les mots rares ou nouveaux abondent sur les inscriptions chrétiennes : observatio, désignant la vie religieuse, d'où vient évidemment le mot : « Observance » avec le sens qu'on lui donne s : porlavit annos... qui fait songer à notre expression : « porter son âge » ; quatuor in quin que annos, comme nous disons « avoir quatre à cinq ans » ; proponcre, venu de propositum qui manque dans tous les lexiques ; spectare pour aspcclare ; perassiduus, facilis dans une acception que le mot « facile » conserve encore ; astulus, pris en bonne part comme une finesse dépourvue de malveillance ; reliyio désignant l'état monastique ; liberi pour libéraux ; funus pour cadaver ; incipiens pour discipulus ; indolis pour adoleseens ; sequens remplace tant bien que mal acohjtluts et inoftlus. Sur une épitaphe de Lyon nous lisons cette formule : Hic facit (=ja cet' ?t gcrmanilas fratris ad que sororis et cette expression pour désigner la parenté fraternelle se lit déjà sur une inscription de la catacombe de Prétextât :
HOC TVMVLO CONTINETVR RELIGIOSA GERMA NITAS CASSIORVM.
Les inscriptions nous apprennent non seulement certaines expressions en usage chez les populations de la Gaule franque, mais encore la prononciation admise parmi elles. « Les diphtongues eu, eo se confondaient ainsi que nous le voyons par le nom Teudosius gravé sur une pierre de La Gayole ; pour spelunca, on disait espelunca, suivant une coutume qui se retrouve dans certaines de nos provinces ; on écrivait indifféremment Hlotarius, Flolarius, Chlotarius. Si ce n'est devant 'i suivi d'une autre voyelle, comme dans les mots oracio, stacio, negucialor, nous ne voyons jamais dans la série de nos monuments antérieurs au vine siècle, le c prendre le son d'une sifflante. Ainsi que les marbres des catacombes, les nôtres portent IN PAKE, IN PACAE, PVLCER, témoignant ainsi que cette consonne a, comme dans l'antiquité, gardé le son du A'. Le v et le b, l'o et l'u sont alors si voisins pour l'oreille que nous trouvons vocabitur écrit VOCAVETOR, flebilis écrit FLIVELIS, nobilis écrit NVVELIS, liberlos écrit LIVERTVS. Dans la Viennoise au VIe, on disait tempulum pour templum. comme autrefois à Pouzzo les, vers le temps de Trajan 9.
« Des nominatifs en is, en us, des génitifs, des accusatifs, des 3e personnes de verbes perdent la consonne finale, et leur dernière syllabe, diminuée d'importance, annonce qu'un son muet terminera plus tard, dans notre langue, une multitude de mots. Ainsi s'explique la forme donnée au nominatif pour les vocab les Eppoqu, Euluciu, Jucundu, ou avec le changement de l'u en o : Ingoberto, Lconardo, Magno, Valentiniano, Ursiniano. Vers le milieu du ixB siècle, on note dans les chartes de Ravenne, la formule nominative gardée là où il faudrait un génitif : Pelrus filius qdm Lulianus, Peints fllio qnd Ursus, Peints filius quondâ Pelrus, Lcitlerius filio Lupicinus, Anaslasius filio qd Léo '. Dès la période mérovingienne, le même fait apparaît sur nos marbres et on y relève le nominatif faisant fonction de génitif, soit que l'u y soit maintenu, soit qu'il se trouve remplacé par un o. Trois de nos inscriptions nous donnent ainsi : lirsiniano subdiacono ossa, Lindis filia Velandu,qui fucrunl fili Magno6 pour Ursiniani subdiaconi ossa, Lindis filia Velandi, qui fuerunt filii Magni,et encore : MEMBRI AVDOLENA pour membra Audolenœ s et TITOLV HVGDVLFVS pour tilulus Hugdulfi10 ; dans la même série un verbe de Hermès sur lequel on lit : OFIKINA LAVRENTIV11. » H. Leclercq. PROPAGANDE. — Voir Dictionnaire, t. v, col. 978 1014, au mot Expansion du christianisme.
PROPHÈTES. — Voir Dictionn., t. ni, col. 593-
507.
PROPHÈTES. — Voir à leurs noms : Daniel, Ézéchiel, Isaie, Jérémie, et Balaam, Habacuc, Jonas, Macchabées, Michée.
PROPRIÉTÉ ECCLÉSIASTIQUE.
I. Les origines. IL État des biens ecclésiastiques. III. Le régime des Eglises privées. IV. La constitution du temporel. V. Excès de richesses et excès de besoins. VI. Assistance des pauvres. VII. Inaliénabilité des biens. VIII. La sauvegarde de la propriété.
I. Les origines. — Les origines de la propriété ecclésiastique sont modestes. Des aumônes plus ou moins abondantes permettent de subvenir aux besoins les plus pressants : des immeubles indispensables aux réunions liturgiques demeurent pendant un temps le bien d'un particulier, tandis que d'autres livrent à leurs coreligionnaires leur maison extra muros sous laquelle on creuse des galeries funéraires. Tout cela est connu, on n'y reviendra pas. A partir du Me, les Églises possèdent églises et cimetières à titre d'associations religieuses, possession précaire et sujette à la confiscation qui d'ailleurs s'achève généralement par une restitution, lors du retour à la tolérance.
A vrai dire, la propriété ecclésiastique n'est complètement établie qu'après la chute de l'empire romain. Si elle a commencé à se former dès l'époque des persécutions, si elle a pu s'accroître et s'affermir pendant le IVe, elle n'a posé de bases définitives qu'après les invasions barbares, à l'heure où, au sein de la confusion universelle, l'Église paraît en Occident, et particulièrement en Gaule, la seule institution stable, la seule qui conserve une forme précise et offre des garanties de durée. Cependant, la période gallo-romaine a vu se former le noyau primitif ; dès le iv siècle, ce n'est plus l'association des fidèles, mais l'Église elle-même qui possède et administre édifices destinés au culte, cimetières, biens-fonds ou trésors. L'évêque en est administrateur officiel ; à lui appartient le règlement des dépenses de religion et de bienfaisance imposées sur ces biens. Ce patrimoine naissant, les invasions barbares le dévasteront, mais il se reconstituera parce qu'il possède dans sa destination pieuse un principe de force : il grandira parce qu'il apparaît comme le patrimoine de Dieu et des pauvres.
Antérieurement aux invasions, les Églises ressemblent par leur organisation aux missions catholiques de notre temps placées sous la direction prépondérante d'un vicaire apostolique. Que si, du 111e au Ve, les Églises se multiplient au point qu'il y en a une par civilas, la constitution n'en est pas changée. L'évêque est toujours le maître, le chef et le représentant de l'Église. En conséquence, le régime des biens dans chaque civitas est simple : un seul propriétaire, la personne morale de l'Église ; un seul administrateur, l'évêque. Pourvu qu'il respecte les conditions formellement imposées par les donateurs, les pouvoirs de cet administrateur ne sont à l'origine bornés par aucune règle de droit ; mais il arrive parfois que des conciles lui imposent l'obligation de solliciter, pour les aliénations importantes, le consentement du presbyteriiim ou du clergé, jusqu'à ce qu'enfin, au Ve, les biens ecclésiastiques soient déclarés inaliénables.
Sous ce régime, les membres du clergé qui travaillent au bien des âmes ont droit à un salaire, en vertu de la parole évangélique : Dignus est operarius mercede sua. Mais c'est seulement le principe de ce droit au salaire qui est écrit dans les textes canoniques : il appartient à l'évêque d'en déterminer ou d'en modifier la quotité pour chacun, sans qu'aucune règle juridique restreigne sur ce point la liberté de son appréciation. Sans doute, en diverses régions, à la fin du Ve et plus tard, la part destinée au clergé fut fixée, dans son ensemble, au tiers ou au quart des revenus ; mais, alors même que cette prescription était observée, elle ne donnait à aucun membre du clergé un droit propre et personnel à une quote-part déterminée de ces revenus. On a pensé pouvoir affirmer qu'encore au siècle de saint Grégoire le Grand, les clercs, à parler rigoureusement, sont, au moins en droit, au regard des biens ecclésiastiques, dans une situation analogue à celle des pauvres ; aux uns comme aux autres l'évêque doit donner ; mais pas plus les uns que les autres ne sont en droit de réclamer une part fixe au nom d'une obligation juridique. En fait la situation des clercs était bien meilleure que celle des pauvres. C'est qu'en réalité il faut se garder de juger une société d'après les principes juridiques qui semblent la gouverner ; tout au moins, aurait-on grand tort d'envisager uniquement le droit strict sans tenir compte des deux forces qui, de tout temps, sont à l'œuvre pour le transformer, à savoir la morale et la coutume.
II. État des biens ecclésiastiques. — L'état des biens ecclésiastiques reposait sur ce double principe : un seul patrimoine dans chaque Église et, pour gouverner ce patrimoine, l'évêque seul administrateur. Mais ce principe, dont l'origine était surtout historique, ne se fût point maintenu pendant plusieurs siècles s'il ne se fût montré suffisamment flexible pour se prêter à des atténuations et à des dérogations. Le principe fut atténué par l'usage des concessions en précaire (voir Dictinnn., t. xiv, à ce mot), au moyen desquelles l'évêque attribuait à des clercs la jouissance de certains biens ecclésiastiques pour leur tenir lieu, en tout ou en partie, du traitement qu'il leur devait ; l'atténuation fut manifeste quand ces concessions devinrent dans une certaine mesure irrévocables, contrairement à la nature du précaire romain. Une dérogation plus grave se produisit lors que, par la force même des choses, des Églises secondaires formèrent des personnes juridiques distinctes de l'Église épiscopale, à laquelle elles demeuraient pourtant subordonnées ; on voit par les décisions des conciles du Ve que, dès cette époque, ce fait s'était produit en Afrique. Le même fait peut être constaté en Gaule et en Espagne, où en pratique il fallut bien réserver aux églises locales et à leur clergé, en tout ou en partie, les oblations qui leur étaient apportées régulièrement par les fidèles ; peu à peu on s'accoutuma à considérer ces églises comme propriétaires des capitaux fournis par ces oblations. Remarquons que là où se formèrent, en faveur des églises locales, des patrimoines particuliers, ce ne fut point, comme on l'a dit trop souvent, par l'effet du démembrement du patrimoine central, c'est-à-dire de celui de l'Église épiscopale. En général, ce patrimoine central demeura intact ; seulement, on vit s'établir dans divers diocèses des points nouveaux de cristallisation où vinrent se concentrer les oblations des fidèles. Remarquons en outre que la rupture (elle fut d'ailleurs loin d'être universelle) de l'unité du patrimoine ecclésiastique n'entraîna point nécessairement et en tous cas la rupture complète de l'unité de gestion. Sans doute, quand des centres secondaires se sont créés, il fallut bien laisser au clergé local le soin de percevoir certaines recettes et de les employer à certaines dépenses ; mais comme il arrivait à Rome au VIIe, l'unité de gestion reparait lors que le clergé local est tenu de rendre ses comptes à l'évêque et de lui remettre les excédents s'il y en a. C'est ainsi que, sur plus d'un point, l'unité de gestion a survécu au principe de l'unité de patrimoine.
Quelle qu'ait été l'importance de ces dérogations et de ces atténuations, variables suivant les époques et les régions, l'organisation des biens temporels de l'Église, telle qu'elle s'est développée dans le monde romain, demeure fondée sur le pouvoir de l'évêque non comme propriétaire du patrimoine ecclésiastique, mais comme chef de la société spirituelle.
III. Le régime des églises privées. — A la suite de l'exposition qu'on vient de lire, U. Stutz a émis une théorie d'après laquelle les églises se présentent à nous comme le bien de particuliers, ecclésiastiques ou laïques, elles se trouvent dès lors assujetties à la propriété privée, ce qui est le développement d'une idée purement germanique. Cette conception nouvelle de la propriété ecclésiastique qui n'avait rien d'analogue dans le monde romain se serait répandue en Occident à la suite des invasions barbares. Il est nécessaire de couper court à cette prétendue tradition germanique qui aurait engendré, après la conversion des Germains au christianisme, le système des églises soumises à la propriété privée et amené la disparition du régime ancien du patrimoine ecclésiastique contemporain de l'empire romain. D'après cette théorie, l'Église aurait subi dans son organisation une influence païenne profonde et durable ; le régime des biens ecclésiastiques dans le droit canonique classique en aurait gardé la marque. Les preuves qu'on en apporte ne sont pas valables ; elles sont tirées presque toutes de la coutume d'Irlande en plein Moyen Âge et ce n'est pas à l'origine des royaumes barbares qu'on trouve l'église propriété privée, mais environ deux siècles plus tard, du moins dans le royaume franc. Ce délai devient inexplicable si l'église privée était une institution toute faite apportée d'outre-Rhin par les Francs. Il semble plus conforme à la vérité d'en chercher les germes dans les transformations de la société occidentale, profondément ébranlée par la décadence et la chute de l'empire romain.
Alors l'idée de collectivité s'efface pour faire place aux hommes puissants, ecclésiastiques ou laïques, les services deviennent entre les mains de ceux-ci autant d'exploitations particulières. Il y a d'autant moins lieu d'aller chercher les églises privées chez les Germains qu'elles existaient dans le monde romain antérieurement aux invasions.
La genèse des églises privées se trouve d'ailleurs dans l'histoire de la France. Si, au Ve, l'Église épiscopale jouissait seule du droit de propriété, l'usage le concéda par étapes aux églises filiales, basiliques urbaines ou rurales, oratoires ou églises paroissiales, à condition toutefois de rester soumises à l'autorité épiscopale. Ce qui ne les empêcha pas d'être souvent possédées elles-mêmes. « Le droit originel du propriétaire de la villa sur son oratoire privé, du fondateur sur l'église bâtie à ses frais et sur son propre fonds, l'usurpation par le maître du domaine des droits que s'était réservé l'évêque sur l'église qu'il consacrait, la protection accordée par le laïque à la personne des clercs, puis à l'église, à la paroisse, tels sont les éléments dont la combinaison fait apparaître l'église privée. »
IV. La constitution du temporel. — Ébauché dès l'époque gallo-romaine, le temporel ecclésiastique s'accrut rapidement et démesurément. C'est vers les évêchés d'abord que se tournaient les largesses des fidèles, impatients d'assurer par le don volontaire de leur superflu, parfois même de tout leur patrimoine, le salut de leur âme. Souvent le donateur ne spécifie aucune destination particulière, quelques-uns pourtant précisent l'usage de leurs libéralités ou en font dépendre certaines charges. Une pensée inspire la plupart de ces dons magnifiques ou touchants, c'est celle de soutenir les sièges épiscopaux où se concentre alors visiblement l'autorité même temporelle, la charité active qui se dépense au profit des pauvres, des malades, des voyageurs à une époque où il n'existe plus d'institutions dont la charité chrétienne s'est constituée l'héritière.
Plus tardivement se développe l'institution monastique et vers les monastères, quel que soit leur emplacement, la richesse afflue. Dans les centres populaires, de pieuses libéralités viennent, comme d'elles-mêmes, au-devant d'eux pour assurer leur subsistance : si les ascètes fondateurs ont préféré les forêts ou les déserts, les coups de cognée ou le sillon des charrues les transformera en contrées fertiles. A l'exemple des basiliques ou des oratoires, les monastères ont la capacité de posséder ; le nombre croissant des religieux fera de l'exercice de ce droit une impérieuse nécessité. Dès lors les dots des profès, les héritages des moines, les donations sous des aspects variés, les largesses généreuses des fondateurs devinrent autant de ruisseaux qui drainèrent la richesse vers les établissements monastiques. Ceux-ci furent amenés d'ordinaire à s'affranchir de la juridiction épiscopale, mais ils ne furent pas à l'abri des empiétements et devinrent à leur tour propriétés privées des laïques, des rois, des Églises épiscopales et même d'autres monastères.
De si grands domaines, formés de la poussière agglomérée d'une multitude de domaines particuliers, donnaient à ces établissements une situation territoriale qui eût fait de beaucoup d'entre eux l'équivalent de vraies principautés, si la dispersion de leurs biens n'eût, en partie, modifié ce résultat. Mais les évêchés et les monastères ne possèdent pas seulement dans les villes et les provinces où ils sont établis : par des causes diverses, ils se trouvent souvent avoir leur fortune très disséminée. La dévotion envers tel ou tel sanctuaire renommé a conduit quelque ancien pèlerin à lui donner ou à lui laisser un fonds de terre. Un évêque, un religieux, originaires d'une province éloignée de celle où se trouve leur évêché ou leur monastère, ont fait celui-ci héritier de leur fortune. L'Église de Paris a des propriétés en Touraine, celle de Lyon en Provence et en Auvergne, celle du Mans à Paris, dans le Bordelais, en Burgondie, en Provence, dans le Poitou, le Quercy, le Limousin. Les moines de Saint-Denis possèdent des villas dans les provinces les plus diverses. Quelquefois une même propriété a été léguée à plusieurs établissements ecclésiastiques, et partagée entre eux. Les Églises ou les monastères ont souvent intérêt à avoir des biens dans les pays éloignés : cela dispense leurs dignitaires, en voyage, d'aller quêter un gîte ; cela leur permet encore, en un temps où les transports sont difficiles et où le commerce existe à peine, de tirer des denrées des pays d'où elles sont originaires. Mais cela impose aux établissements ecclésiastiques une administration fort compliquée, tout en rendant moins sensible leur grande puissance territoriale. Celle-ci, cependant, est trop considérable pour ne pas acquérir peu à peu, par la force des choses, un caractère privilégié. Par la juridiction spéciale qui leur est concédée sur les hommes de leurs domaines, par l'exemption d'impôts, par l'immunité qui les délivre de toute ingérence des fonctionnaires royaux, les administrateurs des domaines ecclésiastiques font déjà quelque figure de petits souverains.
V. Excès de richesses et excès de besoins. — On se demande si une telle richesse et une telle puissance ne furent pas promptement déviées de leur destination et ne tournèrent pas vite en abus. Qu'il y ait eu des abus, cela n'est pas douteux, et les défauts des hommes durent apparaître d'autant plus que, par cette situation nouvelle, née à l'époque mérovingienne d'une sorte de nécessité, l'Église sembla s'éloigner davantage de l'idéal primitif. Cependant, cet idéal lui-même n'était pas incompatible avec la propriété, car de tout temps l'Église eut à supporter la dépense du culte, l'entretien de ses ministres et, dans une mesure plus ou moins grande, l'assistance des pauvres, ce qui suppose des ressources régulièrement assurées. Mais dans une société aussi complètement désorganisée que celle qui succéda aux vie, vne et VMes, à l'empire romain, ces dépenses s'accrurent de beaucoup d'autres encore, puis que le pouvoir civil était incapable de remplir une partie des offices qui lui incombent en temps normal. La fortune énorme de l'Église se trouve justifiée par les énormes besoins qu'elle seule se trouva pouvoir soulager.
A. — XIV. — 61.
Il y a d'abord ce qu'on pourrait appeler les dépenses régulières, c'est-à-dire celles qui sont de tous les temps : construction, entretien, ornement des sanctuaires, de la maison épiscopale, des monastères, nourriture et entretien des clercs et des religieux, solde du clergé et de tous ceux qui collaborent aux besoins du culte. Puis il y a le champ immense et, pour ainsi dire sans limites, de la bienfaisance ecclésiastique. Celle-ci aussi est de tous les temps ; mais dans les sociétés bien réglées, les pouvoirs civils subviennent dans une large mesure à des nécessités qui, à l'époque dont nous parlons, pesèrent sur l'Église seule. N'oublions pas que cette époque est celle des invasions, puis des luttes intestines de prince à prince, de royaume à royaume, qui ajoutaient de nouvelles ruines à celles qu'avait faites l'installation des barbares, et désolaient tout à coup, par le fer et par le feu, des contrées entières. Souvenons-nous que « de l'administration publique qui n'est plus, de l'assistance publique qui n'est pas encore », la bienfaisance du clergé fut obligée de tenir la place. On se rendra compte des devoirs nouveaux, particuliers à ce temps, qui s'imposèrent à elle en se rappelant ce que fit l'Église pour le rachat des captifs (voir Dictionn., t. il, à ce mot). Ceux-ci sont innombrables, et non pas seulement au temps de l'invasion, mais encore à l'époque franque, c'est-à-dire pendant toute la période de la fin du v au vm1 siècle. Guerres entre Francs, Goths, Burgondes, expéditions de Francs en Italie, en Espagne, vers le Rhin, c'est par milliers que les vaincus tombent entre les mains des vainqueurs. Une recrudescence effroyable de l'esclavage aurait lieu, si la charité de quelques chrétiens riches, mais surtout la charité des évêques et des moines n'entreprenait l'œuvre de délivrance. Saint Épiphane, évêque de Pavie, ramena en une seule fois de Burgondie 6 »00 captifs. La liste des bienfaiteurs ecclésiastiques et monastiques qui se sont dévoués à une œuvre semblable est presque interminable. Nul respect ici pour l'inaliénabilité, tant de fois proclamée par les conciles, des biens de l'Église ; on peut, pour racheter des esclaves, vendre jusqu'aux vases sacrés. Et, dernier trait qui achèvera de mettre en relief la bienfaisance ecclésiastique : tandis que les captifs rachetés par la munificence des particuliers contractent l'obligation de rembourser, s'ils le peuvent, le prix de leur rachat, saint Grégoire le Grand déclare expressément (Epist., 1. IX, c. lu) que nul évêque ne doit être indemnisé de cette dépense. Le rachat par l'Église s'honore de rester une œuvre gratuite de charité.
VI. Assistance des pauvres. — Cette œuvre, évidemment devait être transitoire ; elle dura cependant plusieurs siècles. Mais, à côté d'elle, il en est une autre qui sera permanente : l'assistance des pauvres. Celle-ci est l'obligation stricte des évêques. Ceux qui sont riches y contribuent non seulement des deniers de leur Église, mais encore de leurs propres deniers. Mais les aumônes ne coulent pas au hasard, et pour ne pas les perdre, un grand ordre y préside. Les Églises sont organisées en bureaux de bienfaisance. Les pauvres y sont « immatriculés » ; usage qui, du reste, n'est pas nouveau, puisqu'on le rencontre dans l'Église romaine dès le IIIE. Mais à côté des pauvres résidants, il y a les errants, les pèlerins, les voyageurs ; ceux-ci trouvent aussi près des églises et des monastères asile et assistance. Même les réfugiés qui se sont enfuis vers l'église pour échapper à des poursuites judiciaires ou à des vengeances politiques, sont nourris et hospitalisés par elle. Leur sauvegarde s'étend jusque sur l'esclave fugitif, qu'elle ne devra rendre qu'après promesse solennelle de pardon, quand même il se serait rendu coupable d'un crime ou d'un délit. Quant aux hôpitaux et aux hospices, l'autorité civile ignore et ignorera longtemps encore ce mode d'assistance des pauvres, des malades et des vieillards : elle l'abandonne tout entier, soit à des laïques charitables, soit surtout aux propriétaires ecclésiastiques : aux évêchés, aux monastères, sont annexés les xenodochia (voir Dictionn., t. vi, col. 2748-2770).
VIL Inaliénabilité des biens l. - — A l'époque où se constituèrent les domaines ecclésiastiques, la possession de l'homme n'était guère séparée de celle de la terre. Qu'il fût un demi-libre comme le colon, ou un demi-esclave, comme le serf, il était donné avec le champ qu'il cultivait, la maison qu'il habitait, le sol qu'il n'avait pas le droit d'abandonner. L'Église qui, dans les temps antiques, avait tant fait pour les esclaves, était devenue maintenant propriétaire de serfs ! N'y a-t-il pas là de quoi scandaliser le lecteur superficiel ? Un second motif de scandale ne provient-il pas de l'inaliénabilité des biens ecclésiastiques qui dut mettre obstacle à l'affranchissement de ses serfs, de telle sorte qu'à l'heure même où la conscience chrétienne, conseillée par elle, portait les particuliers à pratiquer l'affranchissement comme une bonne œuvre, l'Église seule paraît avoir été incapable d'affranchir« ? A ces deux objections répond l'institution de la familia des églises et des monastères. En fait, les églises ne purent pas ne point devenir propriétaires de serfs en même temps que des terres auxquelles ils étaient attachés : il n'était ni en leur pouvoir ni dans leur pensée de bouleverser la constitution sociale et économique de l'époque dans laquelle elles vivaient. Mais il résulte de tous les témoignages, comme de nombreux textes de lois, que les serfs ecclésiastiques jouissaient d'une situation privilégiée, et plus d'une fois des hommes libres, avides de protection et de sécurité, se donnèrent à des églises ou à des monastères pour acquérir cette situation. Quant à l'affranchissement des serfs ecclésiastiques, les règlements surent trouver une conciliation entre le principe de l'inaliénabilité et l'impulsion charitable : les évêques eurent toujours la faculté d'affranchir les serfs de leur Église, mais des tempéraments leur furent imposés qui, sans entraver les affranchissements mérités, sauvegardaient le patrimoine de celle-ci. Pour les serfs des monastères, le cas est, en apparence, plus difficile, puisqu'ils ne sont point la propriété de l'abbé, mais de la communauté tout entière. Un concile, celui d'Épaone (Saint-Romain d'Albon) semble même absolument restrictif. Mais le fait est que les affranchis des monastères furent, de même que ceux des églises, fort nombreux, qu'il s'agisse de captifs ou d'esclaves rachetés par eux, ou de leurs propres serfs gratifiés par eux de la liberté, et jouissant d'une petite terre qui leur a été octroyée avec elle. Du reste, les services dus par l'affranchi au patron ne différaient guère de ceux que lui devaient les serfs, surtout les serfs d'Église, dont les charges étaient fort légères ; aussi celle-ci ne s'appauvrissait-elle guère en élevant ses serfs à la dignité d'hommes libres. Quant à eux, ils demeuraient sous la protection spirituelle et temporelle des églises, protection très recherchée en ces temps d'anarchie : et comme, à la même époque, la plupart des affranchissements, même par des maîtres laïques, se faisaient in ccrlesia et que toutes les manumissions ainsi prononcées à l'ombre du sanctuaire mettaient les nouveaux libres sous la protection ecclésiastique, les églises et les monastères se trouvèrent chargés de la protection de la presque totalité des affranchis de l'époque mérovingienne, ce qui des Capitulaires, dans Revue historique de droit français et étranger, t. vi. 1960, p. 1-265. leur assura une clientèle immense, mais ce qui fut pour celle-ci un immense bienfait.
VIII. La sauvegarde de la propriété
2. — A mesure qu'elle s'étendait, la propriété ecclésiastique provoquait des compétitions, telles qu'il fallut recourir à des fonctionnaires spécialement chargés d'en faire valoir les droits en justice. Ce fut dans ce but qu'une loi d'Honorius, du 15 novembre 407, institua les defensores Ecclesiœ, choisis parmi le corps des avocats et mis en possession des prérogatives attribuées au Sacerdos prooincise pour la défense des intérêts du culte impérial. Cette institution, créée à la demande d'un concile de Carthage, par une loi adressée au proconsul d'Afrique, fut, à l'origine, spéciale aux Églises africaines. Mais on la trouve mentionnée dans un autre texte du Code Théodosien : Quœcumque forte Ecclesiœ venerabilis negotia sunt vel esse poterinl, actiones céleri legum ordine servalo judicantum disceptatione finiantur. Nec enim de cet defensione loci nominis que venerabilis suscepla publica diu secretaria prœslolari. Ce texte étant un fragment d'une constitution adressée le 26 juin 409 au préfet du prétoire Jovius, sans aucune disposition qui limite son effet à une province déterminée, on est fondé à en conclure que toutes les Églises de l'empire étaient autorisées à se prévaloir du privilège d'abord concédé à l'Afrique, à avoir leur représentant légal. Usèrent-elles de ce privilège ? On ne peut l'affirmer faute d'exemples certains. Ce qui n'est point douteux, c'est que l'institution des defensores Ecclesiarum de la loi du 15 novembre 407 subsistait encore à l'époque de la promulgation du Code Théodosien, le 15 février 438, puis que les textes qui les concernent y ont été insérés.
Elle n'eut pas ensuite, semble-t-il, une bien longue durée. Dès le milieu du Ve il n'est plus fait mention d'un représentant légal de l'Église tiré du collège des avocats. Le titre de defensor Ecclesiœ désigne désormais un fonctionnaire de l'Église d'un autre ordre et d'un caractère différent. La célèbre constitution de Valentinien III du 15 avril 452, sur la compétence de la juridiction épiscopale (voir Dictionn., t. vin, col. 481, 502-503) renouvelle la défense souvent édictée par les canons des conciles et par les lois impériales, d'élever à aucune charge du clergé ou d'admettre dans les monastères les personnes qui n'ont point la libre disposition d'elles-mêmes, notamment les membres libres ou de condition servile des corporations et collèges de la ville de Rome ou de toute autre ville. Elle dispose en conséquence : « Il est illicite d'ordonner des défenseurs de l'Église tirés desdits servi ces des villes » : Nullus originarius inquilinus servus vel colonus ad cléricale munus accédât ne que monarhis aul monasieriis adgregetur, ut vinculum débitas condicionis évadât, non corporatus urbis Romœ vel cujuslibet urbis alterius, non curialis, non exprimario, non aurarius, civis collegialus sévir aul publicus servus... Defensores Ecclesiœ de e.rpressis urbium ministeriis non liceat ordinari : adquiescen les huic officia rcrum suarum amissio comilctur, quas curies vel corpori suo prœcipirnus adplicari. Ce ne sont donc plus des personnages d'ordre judiciaire, choisis par l'Église, mais indépendants d'elle et munis de pouvoirs en vertu d'une loi. Les défenseurs dont il est question sont assimilés au clergé, font partie de l'ordre des clercs. C'est pour quoi ils ne peuvent être, selon les termes de la constitution de Valentinien, de ceux qui échapperaient ainsi aux servitudes de leur condition. Les defensores Ecclesiarum semblent n'être plus à cette époque que des clercs d'un rang inférieur remplissant des fonctions dans l'administration de l'Église. Tel fut, en effet, leur caractère à la fin du Ve. Les lettres du pape Gélase (492-496) ne laissent aucun doute à cet égard. Dans son épître aux évêques de la Lucanie, le pape prévoyant le cas où des Églises seraient privées de ministres, ou n'en auraient pas en nombre suffisant, prescrit les conditions à exiger de ceux qu'il y aurait lieu d'instituer ou de promouvoir dans les charges du clergé ; puis il ajoute : « Que celui qui remplira toutes les conditions susdites soit fait tout d'abord lecteur ou notaire, ou au moins défenseur, qu'après trois mois il devienne acolyte ; que le sixième mois, il soit nommé sous-diacre, le neuvième mois diacre, et l'année écoulée qu'il soit ordonné prêtre. » Dans un fragment d'une lettre du même pape, adressée à un évêque du nom de Sabinus, il est question d'un défenseur que le peuple de Grumentum, en Lucanie, désire voir consacrer diacre en cette ville ; Gélase décide : « S'il n'y a rien qui puisse être opposé à sa personne, vous l'honorerez de la promotion au diaconat. » Dans la législation de Justinien il ne subsiste aucune trace du représentant légal de l'Église d'ordre judiciaire qu'avaient institué les lois d'Honorius. Elles ne sont point reproduites dans le Code. Le novelle VII, du xvin des calendes de mai (14 avril) 535, sur l'inaliénabilité des biens des églises et établissements pieux, énumère à diverses reprises tous les dignitaires, administrateurs et fonctionnaires ecclésiastiques ou civils chargés de l'observation ou de l'exécution de cette loi ; elle ne mentionne pas les defensores Ecclesiœ. Ils eussent du nécessairement y être cités, si leur fonction avait continué d'exister. Ils ne sont donc plus mentionnés ni dans les novelles, où il s'agit de revendications ou de procédures à exercer au nom des églises, ni dans la novelle XXXVII sur l'Église d'Afrique ; ce qui est particulièrement significatif, puis que cette constitution est spéciale à la province pour laquelle les defensores Ecclesiœ d'Honorius avaient été créés, et puisqu'elle ordonne des revendications analogues à celles qui, en 407, avaient donné lieu à l'établissement de ces représentants de l'Église. Ce n'est pas que la dénomination de defensores Ecclesiœ ne se trouve point dans les lois de Justinien, mais elle y désigne toujours, comme dans les lettres du pape Gélase, des membres du clergé. Joints aux économes (voir Dictionn., t. iv, à ce mot), ils sont cités, de même que ceux-ci, avec la qualification honorifique de 73e/ amanlissimi réservée aux clercs. Subordonnés à l'évêque, ils sont en fonction dans les bureaux de l'église. C'est à l'église même qu'ils exercent leurs fonctions. C'est là, dans la maison de prière, que doivent se rendre et comparaître devant le défenseur de l'Église les grands personnages et les hauts fonctionnaires qui voudront contracter mariage et ne point faire de documents nuptiaux, désormais requis pour la validité des mariages des personnes de leur condition. Le défenseur, assisté, comme témoins, de trois ou de quatre autres clercs, dressera un acte attestant que : « telle indiction, tel mois, tel jour, telle année du règne de l'empereur, sous tel consulat, ont comparu devant lui, dans telle maison de prière, un tel et une telle, qui se sont unis l'un à l'autre ; lesquels signeront cet acte avec le défenseur de la sainte Église et les trois autres clercs, ou les clercs au nombre que l'on voudra, mais qui ne pourront être moins de trois et dont mention sera faite dans l'acte que le défenseur déposera dans les archives de l'église. » De même que l'office d'un magistrat est rendu responsable de l'inexécution des décisions impériales, les défenseurs de l'Église sont, en même temps que l'évêque, menacés de l'indignation de l'empereur en cas de négligence dans l'application des mesures de correction ou d'expulsion prescrites à l'égard des moines coupables. A Alexandrie et en Égypte, les défenseurs de l'Église sont déclarés responsables des dommages causés au trésor public, dans le cas où l'archevêque d'Alexandrie, les évêques dans les autres villes de l'Égypte accorderaient abusivement à des débiteurs du fisc la parole de sûreté, le Xôyoç qu'ils sont autorisés à donner sous des conditions déterminées. Les défenseurs de l'église majeure à Constantinople sont frappés d'une peine de dix livres d'or au cas où, dans les églises de la ville impériale, les clercs en exercice persisteraient à exiger des clercs nouvellement ordonnés par l'archevêque un droit d'entrée qu'ils nommaient les insinualiva et fixaient arbitrairement. Ce droit, déclare l'empereur, ne demeure exigible que dans l'église majeure, où les clercs nouvellement ordonnés auront à acquitter ce qu'il est d'usage de donner.
Ces textes juridiques nous montrent les défenseurs de l'Église chargés d'attributions diverses. A Constantinople les défenseurs (ëxStxoi) sont rangés parmi les fonctionnaires ecclésiastiques de l'église majeure. Le premier défenseur (ttpcotéxSixoç) a charge des captifs, et il est juge des causes résultant des plaintes. Avec onze défenseurs (exSixoi), ses assesseurs, il est juge des causes minimes en matière de compétence ecclésiastique et il en fait rapport à l'archevêque. Il tient ses audiences à l'entrée de Sainte-Sophie, dans le vestibule nommé Protecdicée (7rpc>TEx8i.x£Ïov). C'est apparemment à raison de cette juridiction confiée aux défenseurs par délégation de l'archevêque que la novelle LVI de Justinien leur prescrit de réprimer la coutume abusive des insinuativa et punit leur négligence d'une amende de dix livres d'or.
Dat. m nonas nov. C. P. Imp. dn. Iustiniani PP. Aug. anno XI. P. C. Belisari V. C. anno II ind. i (ann. 537).
L'es pièces conservées dans le recueil de Cassiodore font voir qu'en Italie également, à l'époque de la domination des Goths, les défenseurs de l'Église étaient affectés à des services dépendant de l'Église et qu'ils étaient envoyés en mission pour les affaires de ces services. Dans une lettre adressée, apparemment en 495, par le pape Gélase à la reine Hereleuwa », dans une lettre du roi Théodoric adressée entre 507 et 511 au préfet du prétoire Faustus l« et dans une lettre adressée vers la fin de 533 par le roi Athalaric au pape Jean14, il est question de sollicitations présentées, de missions accomplies à la cour par les défenseurs de l'Église de Milan et par les défenseurs de l'Église de Rome. Dans une lettre de Théodoric au comte Aligern il s'agit d'une plainte formée par les défenseurs de l'Église romaine au sujet d'une maison achetée jadis, suivant acte solennel, par le pape Simplice, d'un acolyte du nom d'Eufraxius, et dont la propriété est contestée sous prétexte qu'il y avait là autrefois une synagogue15. Enfin, une lettre du pape Gélase adressée en 495 au comte Teia, avise celui-ci que le pape a envoyé le défenseur Anastase sommer un certain Eucharistus à comparaître, contradictoirement avec son accusateur, à l'audience pontificale qu'il cherchait à décliner »1. D'autre part, les actes du concile réuni le 6 novembre 502 dans la basilique de Saint-Pierre-Apôtre fournissent la preuve que ces defensores Ecclesiœ étaient membres du clergé. L'un décret de ce concile, relatif à l'inaliénabilité des biens des églises, frappe d'anathème tout prêtre, diacre ou défenseur qui apposerait sa signature à un acte de donation de ces biens« .
Col. 980, Mais si ces textes suffisent à montrer combien, à la fin du ve et au vi siècle, les defensores Ecclesiœ étaient différents du juriste laïque défenseur de l'Église créé par Honorius, ils ne donnent à leur sujet que des notions générales. Les épîtres de saint Grégoire le Grand fournissent, au contraire, en tout ce qui concerne leur nomination, leur organisation, leur situation dans l'Église et leurs multiples fonctions, les renseignements les plus précis et les plus complets. Nul agent de l'Église romaine ne pouvait prendre le titre de défenseur, sans être pourvu d'un diplôme spécial. Averti qu'en Sicile les tonsuraiores, gérants ou agents de perception dans les domaines de l'Église de Rome ', prenaient indûment la qualification de « défenseurs », le pape prescrit au défenseur Roinanus de faire à ce sujet une enquête diligente et de refréner l'abus de ceux qui se trouveraient avoir usurpé ce titre, sans en avoir les lettres, c'est-à-dire le diplôme -. Deux épîtres de saint Grégoire reproduisent la formule de ces lettres ou diplôme de nomination aux fonctions de défenseur. Elle est rédigée en ces termes : « Vu le bien du service de l'Église, notre volonté est que, si tu n'es point tenu aux obligations d'une condition ou d'une corporation, si tu n'es point déjà clerc en une autre cité, et si les canons ne font en rien obstacle à ton égard, tu sois pourvu de la charge de défenseur de l'Église, afin que tu exécutes avec zèle et intégrité tout ce qui t'aura été ordonné par nous, dans l'intérêt des pauvres. Tu useras de ce privilège qu'après délibération nous te conférons, en sorte d'appliquer fidèlement tes soins à accomplir tous les ordres qui t'auront été donnés par nous et tu auras à rendre compte de tes actes au tribunal de Dieu. Nous avons dicté la présente lettre à Paternus (ou Paterius), notaire de notre Église, chargé de l'écrire et nous avons signé au mois de mars, me indiction 3. » Les conditions exigées pour être nommé défenseur étaient, on le voit, celles qu'exigeait pour l'admission dans le clergé la constitution de Valentinien III, du 15 avril 452 4.
Toute Église avait ou pouvait avoir un ou plusieurs défenseurs6. Dans l'Église romaine leur nombre n'était pas limité8 ; les épîtres de saint Grégoire nous font connaître les noms de quatorze d'entre eux '. Ils étaient constitués en schola 8 ou collège auquel présidait l'un d'eux avec le titre de primus defensor », et recevaient un presbylerium10, c'est-à-dire une part des largesses que le souverain pontife distribuait aux clercs ll. Cette part était fixée pour chacun suivant ses mérites 12. A l'exemple du privilège, depuis longtemps concédé à la schola des notaires et à la schola des sous-diocres, une constitution de saint Grégoire accorda en 598 au collège des défenseurs d'avoir sept de ses membres jouissant de l'honneur rcyionaire qui leur donnait droit de siéger dans l'assemblée du clergé en l'absence du pape 13, de ne demeurer debout que lorsque le souverain pontife était présent 14.
Leurs emplois à Rome, où les ordres leur étaient donnés directement, ne pouvaient laisser de traces dans les épîtres du pape ; mais il est aisé d'en discerner la nature d'après les fonctions que remplissaient ceux d'entre eux qui étaient délégués au dehors, soit temporairement pour des affaires déterminées, soit à demeure en Espagne I6, en Corse 16, en Sardaigne « , dans les provinces méridionales de l'Italie18 et en Sicile1 » où s'étendait le patrimoine de l'Église romaine. L'administration du patrimoine y est leur fonction propre. C'est à cette fonction qu'ils sont préposés par les lettres de service qui leur sont remises ou adressées à leur départ de Rome, comme il en était délivré aux fonctionnaires impériaux envoyés en mission dans les provinces20. Une des épîtres de saint Grégoire nous a conservé la formule de ces lettres. Elle est conçue dans les termes suivants : « Notre souci est de confier les intérêts de l'Église à des personnes habiles. C'est pour quoi, sachant que tu t'es montré, Romanus, un défenseur fidèle et soigneux, nous avons pensé à te confier, dans les circonscriptions de Syracuse, de Catane, d'Agrigente et de Milana (Milazzo), à partir de cette seconde indiction, l'administration du patrimoine de l'Église romaine dont, avec l'aide de Dieu, nous sommes le serviteur. Il est donc nécessaire que tu te rendes dans cette région sans différer et que tu t'appliques fidèlement à exercer ta charge suivant nos instructions, sans négligence ni fraude. Agis de façon à pouvoir te recommander à la grâce divine. Nous avons, suivant l'usage, adressé des ordres aux colons de ce patrimoine, afin que rien, de la part de qui que ce soit, ne puisse t'empêcher d'accomplir ce qui a été prescrit n. » Il était donc de règle dans l'Église romaine de ne pas se borner, comme on le faisait dans l'administration impériale, à munir tout fonctionnaire délégué d'une lettre de service constatant sa mission. L'usage ecclésiastique était d'en donner en outre directement avis aux intéressés. Nous avons la lettre d'avis de la nomination de Romanus adressée aux colons du patrimoine de Syracuse ', et une série de lettres destinées à accréditer des agents de l'Église romaine auprès des personnes dont le concours pouvait leur être nécessaire ou utile 2.
Gérants du patrimoine, les défenseurs sont chargés de l'administration des biens qui le composent 3, et en général de toutes les affaires concernant les intérêts de l'Église dans leur circonscription : baux et locations, concessions et cessions de domaines 4, défense aux colons de se marier ou de s'établir hors du domaine auquel ils sont affectés 6, règlement d'indemnités dues à des tiers 6, règlement de salaires 7, restitution d'objets mobiliers appartenant à des tiers 8, délimitation de propriétés et réparation d'usurpations commises par des agents de l'Église romaine 9, aide à fournir à des fonctionnaires ou agents de l'Église 10, mesures conservatoires des droits dévolus à l'Église à titre de successions testamentaires, de legs ou de donations n, mesures conservatoires concernant des successions échues à des clercs ou à des serviteurs de l'Église romaine 12, administration des biens d'une Église en l'absence de l'évêque I3, établissement, administration, surveillance et réforme de monastère et de xenodochia 14.
Ils opéraient des recettes pour l'Église, car on les voit chargés de distribuer des aumônes, de délivrer des dons, d'acquitter des rentes annuelles, et ils sont autorisés à porter en compte le montant de ces paiements 15. Ce rôle de caissier est une conséquence naturelle de leurs fonctions d'administrateurs. Mais ces fonctions ne sont pas leur unique emploi. Par délégation spéciale de l'autorité du Saint-Siège, ils sont appelés à remplir des missions diverses : surveillance et réforme des mœurs du clergé « , des moines et des religieuses », enquêtes à la suite de plaintes contre les évêques 18, règlement de différends dans lesquels des évêques sont en cause19, restitution d'objets mobiliers et de biens-fonds appartenant soit aux Églises de ces évêques soit à eux-mêmes 20, rappel des évêques à l'observation des règles canoniques sur la présence des femmes dans leurs habitations 21, interdiction de séjour prolongé en Sicile à un évêque étranger à cette province qui s'y mêle de procédures 22, avertissement à des évêques d'avoir à procéder aux ordinations nécessaires dans les églises privées de pasteurs 23, surveillance et contrôle d'élections épiscopales M, rachat des captifs « , exécution d'une sentence d'excommunication 2e, mesures de répression contre des agents infidèles22 Mandataires de l'Église romaine dans leurs circonscriptions, les défenseurs ont le pouvoir d'accorder le patronage ou l'intercession de l'Église28, sa protection aux pauvres, aux opprimés29, aux victimes d'actes de violence30 ou de spoliation 31 ; agents du pape, ils sont ses hommes de service. S'agit-il de faciliter le voyage à Rome de personnes appelées à s'y rendre32, de restituer le titre d'une créance recouvrée 3\ de saisir un boulanger, esclave fugitif du frère de saint Grégoire, et de le renvoyer à Rome 31, de prévenir un haut personnage, l'ex-consul Léontius, en faveur des droits des Napolitains sur les îles voisines de leurs côtes ', de donner appui auprès de Léontius aux envoyés des fonctionnaires de divers services du Palais de Rome pour les aider à obtenir paiement des annones qui leur étaient dues36, ou de s'entendre avec un évêque pour hâter le baptême de juifs convertis 37, un ordre du pape prescrit au défenseur de faire les démarches nécessaires. Fréquemment les ordres adressés aux défenseurs sont donnés sur requêtes présentées au souverain pontife, et de même qu'il était dans les usages de la chancellerie impériale de délivrer aux requérants eux-mêmes les rescrits de l'empereur faisant droit à leurs demandes, ces rescrits pontificaux sont remis à ceux qui les ont obtenus, et mention y est faite qu'ils en sont porteurs *.
Une lettre de saint Grégoire adressée au défenseur Romanus lui enjoint de la façon la plus impérieuse de s'abstenir de toute intervention de nature à porter atteinte à la juridiction spirituelle et disciplinaire des évêques ou à troubler l'exercice régulier de leur juridiction en matière civile dans les procès intentés à des clercs 2. Les règles dont il prescrit l'exacte observation à cet égard sont celles qui, définies en 451 par le 9e canon du concile de Chalcédoine 3, étaient devenues la loi en vigueur dans l'empire depuis les constitutions de Justinien du 18 mai 539 4 et du 1er mai 546 6. Il résulte de cette lettre de saint Grégoire que les défenseurs de l'Église n'avaient aucune fonction judiciaire. Il y a pourtant un genre d'affaires dans lesquelles saint Grégoire autorise le défenseur Romanus à s'entremettre. La loi de Justinien, s'inspirant des principes posés par le concile de Chalcédoine 6, avait soumis les procès intentés à un évêque, tant par un clerc que par toute autre personne, au jugement du métropolitain, avec appel à l'archevêque et patriarche du diocèse, lequel était appelé à juger également toute action intentée contre le métropolitain, soit par un évêque, soit par un clerc, soit par toute autre personne '. Le patriarche des évêques de la Sicile étant le pape, c'est par délégation des pouvoirs judiciaires du pape 8 que mission est donnée à Romanus de s'entremettre en cas de procès d'un clerc ou d'un laïc contre l'évêque, pour décider entre les parties ou du moins pour les sommer de se choisir des juges '.
Les épîtres de saint Grégoire fournissent plusieurs exemples de l'intervention des défenseurs en semblables affaires10. On y trouve les pièces principales d'un procès entre évêques, soumis à un défenseur de l'Église romaine jugeant, par délégation du pape11, des questions ressortissantes à la juridiction spirituelle du souverain pontife et à sa juridiction en matière civile 12. Januarius, évêque de Malaca et Stephanus, évêque d'une autre Église d'Espagne, avaient été violemment arrachés à leurs Églises par des clercs que, pour cette exécution, certains évêques avaient envoyés accompagnés d'hommes du juge Comitiolus. Januarius et Stephanus avaient été ensuite condamnés et déposés par ces évêques et avaient été exilés. Sur appel interjeté au Saint-Siège, saint Grégoire délégua en Espagne le défenseur Joannès, muni d'une instruction détaillée qui précise : d'une part, les questions qu'il aura à décider en fait et en droit, tant à l'égard des deux évêques exilés que des évêques coupables de violence contre eux et des évêques intronisés à leur place13 : d'autre part, les textes des lois qu'il aura à appliquer et qui sont celles du Code et des novelles de Justinien 14. Le défenseur, juge délégué, aura de plus à statuer, en matière civile, s'il y a lieu, sur la restitution aux évêques expulsés de leurs sièges des biens dont ils se trouveraient expropriés injustement.
Des deux jugements qu'eut à rendre le défenseur Joannès et qui sans doute furent semblables, le jugement dans l'affaire de Januarius nous est seul conservé. Il prononce « qu'il est avéré qu'en cet évêque ne se trouve aucune faute passible d'exil ou de déposition ; qu'il a été expulsé de son Église par un acte de violence ; que tout ce qui a été fait contre lui, nul en droit et de nul effet, est déclaré infirmé et contraire à la justice ; que les évêques qui, oublieux de leur devoir sacerdotal et de la crainte de Dieu, se sont laissés aller à causer un préjudice à leur frère et ont prononcé contre lui une condamnation injuste, seront reçus dans un monastère pour y faire pénitence à temps (de six mois) ; qu'à l'égard de celui qui contrairement aux saints canons n'a pas craint d'usurper le siège de l'évêque Januarius, il est condamné à la privation du sacerdoce et rayé de tout ordre ecclésiastique ».
L'inscription remise à Joannès et lui déléguant, pour la décision de ce procès, les pouvoirs de juridiction du Siège apostolique porte l'adresse : à Joannès, défenseur allant en Espagne, eunti in Hispaniam 16. C'est l'expression équivalente au terme profleiscens usité dans le style de la chancellerie impériale pour désigner un fonctionnaire expédié en mission dans les provinces de l'empire16. La règle qu'atteste une constitution des empereurs Gratien, Valentinien et Théodose, du 16 juin 383 », en vertu de laquelle tout fonctionnaire chargé d'une mission était muni d'instructions écrites, précises et détaillées qu'il était tenu et devait être requis de produire18, était donc en honneur et continuait à être observée dans l'Église romaine.
Les défenseurs furent chargés de légations, soit à la cour de l'empereur, soit auprès des Églises d'Orient. Au cours de la vne indiction (du 1er septembre 603 au 31 août 604), le défenseur Vitalis reçut ordre de se rendre à Constantinople pour y solliciter en faveur des possesseurs de domaines en Sardaigne un dégrèvement des charges dont ils étaient accablés19. Dans les derniers mois de 590 ou en 591, le défenseur Boniface fut accrédité auprès d'Anastase, patriarche d'Antioche et de l'archevêque de Corinthe 20.
Les défenseurs, hommes d'affaires de l'Église et hommes de confiance du pape, étaient donc appelés à différents services et à des emplois divers. Le seul emploi dont on ne les voit point chargés est d'agir comme le représentant légal de l'Église devant la juridiction séculière, en quoi consistait la fonction unique et le caractère propre du defensor Ecclesiœ jadis institué pour l'Afrique par les lois d'Honorius. Cette institution d'Honorius dont on ne trouve plus de traces à la fin du Ve, ne fut jamais établie, semble-t-il, ni en Orient ni à Rome. Les défenseurs qu'en 451 le concile de Chalcédoine cite sous le titre grec équivalent (ëxStxot), parmi les serviteurs de l'Église qu'il est défendu de nommer à prix d'argent l, sont des ecclésiastiques, bien que n'étant pas énumérés parmi les membres du clergé proprement dit 2. Les actes du concile de Constantinople en 448 donnent, en effet, la qualification de prêtre, de défenseur, ëxSixoç, à Joannès, chargé d'aller, avec le diacre André, donner communication à Eutychès du mémoire présenté contre lui par Eusèbe de Dorylée, et de l'inviter à se rendre au concile 3. Les défenseurs Félix et Tutus qu'en 483, 484, le pape Félix III délégua successivement à Constantinople, étaient, eux aussi, des ecclésiastiques, puis que Tutus, qui chargé de promulguer la sentence prononcée contre Acace, avait abusé de la confiance du pape, fut déposé à perpétuité, dans un concile romain tenu apparemment vers la fin de l'année 485 4.
Le même titre a donc désigné deux fonctions différentes : l'une judiciaire et légale, l'autre de l'administration intérieure de l'Église. La seconde n'est pas une diminution de la première : elles ont coexisté. Le pape Innocent Ier (402-417), ayant appris par les lettres de Laurentius, évêque de Senia, en Croatie, que des photiniens s'étaient fixés en ce pays et se préparaient à y tenir des conventicules, informe cet évêque, par une lettre dont on n'a pas la date, que les démarches nécessaires pour que ces hérétiques puissent être chassés ont été faites par le moyen des défenseurs de l'Église romaine ; et il invite Laurentius à les faire expulser promptement 6. Il est question dans cette lettre de démarches faites à Rome, d'une permission sollicitée et obtenue à la Cour, selon le sens donné à ce passage par Tillemont 6, non d'une action judiciaire ; et le pape dit les defensores, non le defensor de l'Église romaine. Il s'agit bien par conséquent des défenseurs clercs, et point d'un représentant légal. Plus précise est une lettre du pape Zosime, datée du 21 février 418. Répondant à Hésychius, évêque de Salone, qui avait désiré être appuyé de l'autorité du Saint-Siège dans son opposition à l'ambition de ceux qui voulaient passer tout d'un coup de l'état de laïc ou de moine aux degrés les plus éminents du sacerdoce, Zosime fixe les règles à observer pour l'élévation successive de l'état laïc aux différents degrés de la hiérarchie ecclésiastique et prescrit que les défenseurs, lesquels de l'état de laïques sont appelés à cette fonction, qui ex laicis fluni, sont soumis à ces mêmes règles, quand on veut les promouvoir dans le clergé « . Ici point de doute : il s'agit clairement de fonctionnaires de l'Église, de défenseurs clercs. C'est la même règle que rappelle le pape Gélase dans son épître aux évêques de Lucanie 8. Incident d'audience au début de la poursuite que lui-même, évêque de Calama, intenta, vers la fin de 403 10, contre Crispinus, évêque donatiste de cette ville11. Le texte du rescrit de Valentinien ne permet pas de discerner nettement le caractère du premier de ces deux defensores. Peut-être est-il un défenseur clerc, comme ceux qu'Innocent I » charge des démarches en vue d'obtenir l'expulsion des photiniens de Senia ; peut-être est-il un avocat chargé, par procuration spéciale, des intérêts de Damase. Quant au second, au défenseur dont parle Possidius, aucun doute ne paraît possible. Il ne peut être ni représentant légal, ni fonctionnaire de l'Église. Si les Églises avaient eu en 403 des représentants légaux, le concile de Carthage n'aurait pas dû solliciter en 407 la loi qu'il obtient le 15 novembre de cette année, et les défenseurs fonctionnaires de l'Église n'eurent jamais mission d'agir en justice. Ils n'avaient d'ailleurs pas qualité à cet effet, n'appartenant pas au corps des avocats. Il ne peut donc s'agir dans le procès contre Crispinus que d'un avocat appelé à défendre, par procuration spéciale, les intérêts de l'Église en cause dans une affaire déterminée.
Les actes de saint Sébastien portent que le pape Gaius l'institua, en 286, defensor Ecclesiœ 12. Le titre de defensor apparaît ainsi fort ancien dans l'Église. Mais l'authenticité originale de ces actes n'est point admise sans difficultés. On peut croire qu'ils n'ont été écrits, au plus tôt, que sur la fin du IVe13 ; et l'on ne peut se tenir assuré de tous les détails qu'on y rencontre14. Ce qui est bien certain, c'est que l'Église romaine avait des défenseurs fonctionnaires dès le début du Ve, au temps d'Innocent Ier et de Zosime. L'expérience de l'administration que leur faisait acquérir leur emploi pourrait donner à penser qu'on dut, au moins à l'origine, choisir parmi eux les vicedomini, dont le premier exemple se trouve au milieu du vic siècle, dans la notice du pape Vigile (537-555) 15, et dont les épîtres de saint Grégoire le Grand font connaître les hautes fonctions sous son pontificat '6. Les règles consacrées par les décisions des papes Zosime et Gélase s'opposaient à un pareil choix« . Elles ne permettaient point d'élever un clerc à une dignité supérieure, sans le faire passer successivement par tous les degrés intermédiaires du sacerdoce, après un laps de temps fixé pour chacun 18. Les défenseurs, tirés de l'état de simple laïc, étaient au degré inférieur de l'ordre des clercs ; le vicedominus, institué en Occident à l'image des économes des Églises de l'Orient » et suppléants de l'évêque pour l'administration générale des biens de l'Église, était, au contraire, un personnage de la première dignité, ce qui obligeait à le choisir parmi les prêtres ou les diacres *°. Le vicedominus et les défenseurs clercs ont donc coexisté, l'un au rang le plus élevé, les autres au dernier rang de la hiérarchie ecclésiastique.
PROSE. — I. De Jumièges à Saint-Gall. II. De Saint-Gall à Saint-Victor. III. L'œuvre de Notker. IV. Bibliographie.
I. De Jumièges à Saint-Gall. — En dehors de la période de la Septuagésime jusqu'à Pâques et de quelques fériés comme les quatre-temps, la liturgie de la messe admet le chant de l'Alléluia à la suite du graduel. La nécessité de donner au diacre le temps nécessaire pour gravir les degrés de l'ambon suggéra la pensée de recourir à des vocalises afin de prolonger le chant de la dernière voyelle. On appela ce chant jubilus (voir Dictionnaire, t. VII, à ce mot), mais il parut utile de le soutenir par des paroles et on se trouva ainsi amené à une composition qui reçut le nom de « prose » ou « séquence », et ce fut une poésie qui eut ses chefs-d'œuvre et ses jours de gloire. Ce ne fut pas l'écho final d'une poésie prête à s'éteindre, comme furent les hymnes, mais l'effort heureux d'une langue en train de se rajeunir. Nous en avons signalé un premier essai dans la cantilène de sainte Eulalie (voir Dictionnaire, t. II, col. 1969-1975) et nous avons affaire ici à une innovation d'origine française. Les proses, a-t-on dit, naquirent de ce besoin de clarté qui est une des tendances essentielles de l'esprit français. À la suite de l'Alléluia de la messe les liturgistes romains avaient inséré une longue mélodie qui déroutait la mémoire, ainsi que l'avoue Notker : Cum adhuc juvenculus essem et melodiœ longissimœ ssepius memoriœ commendalœ instabile corculum aufugerent. Les moines de Jumièges, bons Normands d'esprit pratique, pensèrent à glisser quelques paroles sous les notes et la solution fut trouvée. On ne possède rien de ces premiers essais, on sait seulement qu'à la suite du pillage de Jumièges par les pirates, les moines prirent la fuite et l'un d'entre eux ne s'arrêta qu'à la porte du monastère de Saint-Gall (voir Dictionnaire, t. VI, à ce nom).
Il est permis et même vraisemblable de supposer que le fugitif était l'un des chantres du monastère, puisqu'il n'avait pu se résoudre à abandonner le volume emporté dans l'épouvante du départ. À Saint-Gall, où l'on s'intéressait fort à tout ce qui concernait le chant, ce fugitif porteur d'un livre neumé fut un événement ; on interrogea, on s'intéressa à l'étranger et à l'innovation ; on peut croire qu'on en demanda l'interprétation qu'on approuva et, finalement, un jeune moine nommé Notker, à qui le surnom de Balbulus ne semblait pas une particulière destination pour le chant, s'enthousiasma et se mit incontinent à composer d'autres paroles pour soutenir les neumes de l'Alléluia. Elles étaient généralement banales, elles n'en obtinrent que plus de succès. L'auteur rassembla plus tard toutes ces petites compositions dans un Liber sequentiarum. Ce sont ces pièces et celles qu'on façonna à leur imitation qui furent communément désignées sous le nom de proses de la première époque.
Les ouvrages de Notker et de ses imitateurs n'ont qu'un seul point de commun avec ceux que composa plus tard Adam de Saint-Victor : le parallélisme. D'ordinaire, en effet, à l'exception du premier et du dernier verset, elles se composent d'une suite de clausulœ qui, réunies deux à deux, correspondent aux mêmes notes et, par conséquent, doivent avoir à peu près la même longueur et la même configuration. La rime y est nulle : on y rencontre cependant des finales en e ou en a, comme dans la prose des Innocents : Laus tibi, Christe ! et dans celle de Noël : Eia recolamus. L'accentuation y joue-t-elle un rôle ? Léon Gautier ne le pensait pas, Eugène Misset était d'opinion contraire. Suivant celui-ci, il serait étrange que l'accent, cette âme de la poésie populaire, n'eût pas obtenu une place quelconque dans les préoccupations de Notker et de ceux qui l'ont suivi et imité. Or, il est admis aujourd'hui que les proses françaises présentent une frappante analogie avec les anciens vers français ; ces vers prennent eux aussi une certaine accentuation pour base, mais il suffira de dire ici que les pièces de Notker, froides, compassées, sans relief, le plus souvent sans mouvement, dignes, si l'on veut, mais d'une dignité pesante et toute germanique, n'ont qu'un rapport très éloigné avec les poésies d'Adam si gracieuses et, pour ainsi dire, aériennes. Les deux auteurs ne sont pas de même race ; le premier veut soulager les chantres, le deuxième songe à charmer les cœurs ; l'un aligne des mots, l'autre évoque des idées.
II. De Saint-Gall à Saint-Victor. — Adam de Saint-Victor doit peu de chose à Notker, s'il lui doit quelque chose c'est par le moyen des proses de transition. Avant Adam et dans cette abbaye de Saint-Victor qu'il devait illustrer, on chantait des morceaux ou séquences qui avaient réalisé des progrès sur les pièces de la première époque et qui n'avaient pas encore atteint au point de souple perfection qui donne à la seconde son caractère.
Certaines pièces avaient conservé le début moins strictement rythmé d'autrefois :
Quam dilecta tabernacida Domini virtutum et atria.
d'autres avaient à la fois gardé le début et la finale :
Trinitalem reserat aquila sunius evangelista qui a pour finale :
Sponso laus per saecula.
Dans une prose célèbre en l'honneur de saint Nicolas :
Congaudentes exsultentius voculi concordia, on trouve les deux styles juxtaposés, quelquefois dans la même strophe, et on pourrait presque dire dans le même vers : Félix confessor — cujus fuit dignitatis — vox de coelo nuntia. Ce mélange fait penser à ces édifices contemporains de nos proses où l'ogive et le plein cintre collaborent à l'ensemble. Les vestiges antiques deviennent si rares d'ailleurs qu'on ne les découvre plus guère. Dans la prose Ad Iwnoreni tuuin, Christe, qui se chantait à Bordeaux pour la nativité de saint Jean-Baptiste, onze strophes sur quinze sont entièrement construites à la manière d'Adam ; les rimes ont la même richesse, les césures sont aussi résolument marquées, à peine quelques mots de la strophe 4 et des strophes 7 et 8 trahissent-ils une époque un peu moins récente. La rime et la césure, il faut néanmoins le reconnaître, sont loin d'avoir toujours cette précision. La recherche de la finale en a est presque constante. Cependant le style perd peu à peu sa lourdeur, il a des tendances à s'élever ; vienne un homme doué d'un talent supérieur, il saura recueillir les éléments épars de beauté, les groupera, les vivifiera et les élèvera à la hauteur de la poésie, ce sera Adam de Saint-Victor.
Les règles fondamentales adoptées par Adam peuvent être résumées ainsi : l'accentuation des syllabes de deux en deux, le même nombre de syllabes dans les vers correspondants, la rime masculine ou féminine et enfin la césure lorsqu'il y a huit, dix, douze syllabes consécutives. Adam a employé six sortes de vers, de 4, 6, 7, 8, 10 et 12 syllabes, avec 2, 3, 4 ou 4, 4, 5 et 6 accents. Ses strophes se composent, soit de vers similaires, soit de vers à nombre de syllabes et d'accents différents. Les premières donnent lieu à treize modifications variées, les secondes au double. On conçoit tout ce que cette diversité dans l'unité a dû produire d'effets inattendus et saisissants.
III. L'œuvre de Notker le Bègue. — Notker se détache entre ses maîtres, Marcel et Ison, et ses élèves ou plutôt ses condisciples, Tutilon et Ratpert : Mi très inseparables, suivant l'expression du Chroniqueur de Saint-Gall. On connaît plusieurs exemplaires du recueil de séquences qu'il composa et qu'il dédia à Liutward, évêque de Vercelli, archichapelain de Charlemagne, ce qui porte sa date entre 880 et 887 ; ce document doit être rapporté ici :
Dignissimo successori abbati que cœnobii Sanctissimi Columbani ac defensori cellulœ discipuli ejus mitissimi Galli neenon el archicapellano gloriosissimi imperatoris Karoli, Notkerus cucullarius Sancti Galli novissimus.
Cum adhuc juvenculus essem et melodiœ longissimœ, ssepius mémorise commendalise, inslabile corculum aufugerent, eœpi tacilus mecum volvere quonam modo eus potuerim colligare. Intérim vero contigit ut presbyter quidam de Gimedia, nuper a Nordmannis vastata, veniret ad nos. Antiphonarium suum secum deferens, in quo ali qui versus ad sequentias erant modutati, sed jam t une nimium vitiati. Quorum ut visu deleclatus, ita sum guslu amuricutus. Ad imitationem tamen eorum eœpi scribere : Laudes Deo conciliât orbis ubi que totus qui gratis est liberatus ; el injra : Coluber Adamaie suasor. Qhos cum magistro meo Ysoni oblulissem, Me studio meo congralulalus impositiœ compassus, quœ placuerunt, laudavit, quœ aulem minus amendare curavit, dicens : « Singuli motus cantilenœ singulas syllabas debeni habere ». Quod ego audiens, ea quidem quœ in ia veniebant ad liquidum correxi. quœ vero in le vel lu quasi impossibilia vel attemperare neglexi, cum et illud poslea visu jacMimum deprehendirem, ut lestes sunt : Dominus in Sino et Mater . Hoc que modo inslruclus, secunda mox vice dictavi : Psallat Ecclesia mater illibata. Quos versiculos cum magistro meo Marcello prœsentarem, Ma gaudio repletus in rolulos eos congessil et pueris cantundos aliis alios insinuavit. Cum que mihi dixisset ul in libellum compactes alicui primorum illos pro munere offerrem, ego pudore relraclus numquam adhuic cogi poteram. Nuper aulem a jratre meo Othmaru rogatus, ul aliquid in laude vestra ronscribere curarem cl ego me ad hoc opus imparem non immerilo judicarem. vix tandem aliquando œgre que ad hoc animalus sum, ul h une minimum vilissimum que codicellum vestra celsitudini consecrare prœsumerem.
On attribue à Notker une quarantaine de proses.
— M. Pellechet, Livres liturgiques, in-8°, Paris, 1883, p. 222-224. — Ad. Reiners, Les tropes, les proses et les préfaces chantées au Moyen Âge, d'après les manuscrits de Prüm et d'Ellwangen, conservés à la Bibliothèque nationale, in-8°, Paris, 1885. — Arbellot, dans Bulletin historique et philologique du Comité des travaux historiques et scientifiques, 1886, p. 123. — J.-E. Gabriel, Lyre liturgique, ou notice historique sur les proses, hymnes, antiennes et autres chants des saints offices de l'Église, in-18, Marseille, 1886. — Nik. Gihr, Die Sequenzen des römischen Messbuches dogmatisch und ästhetisch erklàrt, nebst einer Abhandlung über die Schmerzen Maria, in-8°, Freiburg-im-Br., 1887. — Léon Gautier, La poésie religieuse dans les cloîtres des XIe-XIIes, dans Revue du monde catholique, IVe série, t. XI, 1887, p. 221-248, 479-493. — Fug. Chaminade, Une prose du XIe, dans Bulletin de la Société d'histoire et d'archéologie du Périgord, t. XIV, 1887, p. 475-481, 2 pl. — G. -M. Dreves, dans Zeitschrift für katholische Theologie, 1887, p. 563-566. — X., dans Revue catholique d'Alsace, 1887, p. 312-313. — G. -M. Dreves, Sequentia inédite. Liturgische Prosen des Mittelalters aus Handschriften und Wiegendrucken, dans Analecta hymnologica Medii Ævi, t. VIII, X, XXXIV, in-8°, Lipsia, 1890-1900.
PROSEUQUE. — On donnait le nom de proseuque à un emplacement situé dans un faubourg, à peu de distance d'une ville où les juifs de la Diaspora, trop peu nombreux ou trop pauvres pour aménager une synagogue, se réunissaient le jour du sabbat pour lire et prier ensemble. Il arriva même parfois que, la prospérité étant venue et ayant permis une installation moins sommaire, la synagogue conserva son nom de proseuque, ainsi que nous l'apprend ce trait satirique de Juvénal :
Ede ubi consistas ? in qua te quæro proseucha ?
Dans les Actes des apôtres, nous lisons la mention d'une proseuque à Philippes de Macédoine. Tfj ts '/juipcx Tciv aa66dcTCùv èÇY)X0o[xev iZ,a> tyjç tcuX'/jç uocpà 7TOTa(i.èv où èvo[jlîÇou.£v 7rpo<reir/7)v eïvai, xal toûç auveXOoùaouç yuvaiÇîv (Act., xvi, 13). « Le jour du sabbat, nous sortîmes de la porte, près de la rivière, où paraissait être le lieu de la prière ; et nous étant assis, nous nous entretînmes avec les femmes qui s'étaient rassemblées. » Cette désignation a été principalement en usage chez les Juifs, tellement que son emploi suffit à suppléer un texte plus explicite pour témoigner de l'existence d'une communauté juive2. On l'a rencontrée dans le Bosphore cimmérien 3, en Egypte \ à Alexandrie 6, à Rome« ; et plus fréquemment dans les textes litté raires '. Les chrétiens n'ont pas toujours dédaigné d'en faire usage, nous en donnerons comme exemple la proseuque de Marnas, près Gaza, où vers l'an 400 les fidè les se rendirent pendant sept jours consécutifs, prier et chanter pour la cessation de la sécheresse8.
H. Leclercq.
PROSIER. — Voir Dictionn., t. vi, col. 533-534.
PROSTRATION.
col. 127, fig. 9312.
Voir Dictionn., t. xm,
PROTE ET HYACINTHE. — Voir Dictionn., t. vi, col. 2328-2331. Nous avons cité l'inscription : Martyribus sanctis... du pape Symma que que le P. Grossi-Gondi place dans la crypte de Saint-Hermès près du tombeau des martyrs. Elle aurait, dit-il, orné l'autel élevé en leur honneur dans la rotonde de SaintAndré, au Vatican, où le pape Symma que (f 514) fit transporter leurs reliques. Mais la découverte de 1845, que nous avons rapportée, s'y oppose. Le texte martyribus sanctis n'est pas des plus limpi des, et J.-B. De Rossi y est revenu jusqu'à trois fois. Tout d'abord, faisant état des mots corpora rursus condidit, il a placé l'inscription sur la tombe des martyrs, ensuite il a suivi l'opinion de L. Duchesne pour retirer le texte au cimetière d'Hermès et le transporter dans la rotonde Saint-André ; enfin, il en est venu à croire que le pape Symma que aura orné les tombes demeurées intactes dans la catacombe et aura en même temps édifié une confessio au Vatican. Resterait à savoir si le texte en question remonte bien jusqu'à Symma que ; cette opinion n'a pour elle que le témoignage de Fulvio Orsini*.
H. Leclercq.
PROU (MAURICE). — Maurice Prou poussait jusqu'au scrupule son culte de la sincérité histori que lorsqu'il condamnait les oraisons funèbres et les noti ces nécrologiques. L'épreuve ne lui a pas été épargnée, on ne la renouvellera pas ici, car sa carrière scientifi que relève plus particulièrement d'une période postérieure à celle qui remplit le cadre du Dictionnaire. Cependant il garde plusieurs titres éminents à n'être pas passé sous silence.
Jean-Maurice Prou était né à Sens le 28 décembre 18G1 dans une famille d'ancienne bourgeoisie provinciale dont la foi catholi que et la gravité magistrale en même temps que la simplicité de mœurs et la politesse foncière le marquèrent pour toute la vie. Son pays sénonais lui inspira le goût du passé qu'il voyait revivre dans les monuments de sa province, ses étu des lui permirent d'étendre son attention à l'histoire générale de la France. Après la forte discipline puisée au collège d'Auxerre, puis au lycée de Sens, à l'École des Chartes et à l'École française de Rome, il se trouva en mesure d'occuper un poste qu'il remplit de façon éminente au Cabinet des médail les de la Bibliothè que nationale, d'où il revint à l'Ecole des Chartes prendre possession de la chaire de diplomati que en attendant qu'il en prît la direction en 1910. Edmond Le Blant lui avait légué, en mourant, son épée d'académicien qu'il fut appelé à ceindre en 1910. Dès ses vingt ans, il avait pris la plume et, malgré une santé fragile, il ne la quitta plus pendant un demi-siècle, menant de front la production scientifi que et les obligations de sa carrière professorale et académi que. Les anciens — et même les jeunes — cependant paraissaient respectueux de cet homme d'apparence un peu frêle dont la silhouette ne se modifiait pas plus, avec l'âge, que la physionomie : « Toujours cette attitude d'homme penché sur sa tâche, et cette nature à soubresauts, bougonne à l'occasion et puis soudain rassénérée en face d'un interlocuteur de pauvre contenance. Les tempéraments émotifs s'allient à des esprits sincères : il était ferme dans ses résolutions et ses idées, pénétré de ses devoirs et prêt à fulminer contre les jeunes gens qui ne se sentaient pas en mesure de le suivre jusqu'au bout dans la voie du désintéressement ll. » Les nerfs, facilement excitab les chez lui, prenaient aisément le dessus ; le 20 janvier 1930, il fut frappé subitement et se déclara perdu. Des soins le rétablirent, il reprit sa lourde tâche pour quel que temps et se rendit aux e aux de Néris, où il mourut le 4 octobre, consolé par la foi et l'espérance, gui des et soutiens de sa vie entière.
« Ce fut un grand érudit. Il doit à cette poursuite d'étu des ardues et peu connues que son nom n'a point dépassé les cerc les savants autant que la variété des aptitu des d'un esprit brillant et sa large culture l'auraient permis. Dans sa jeunesse, il avait écrit sur la Gaule mérovingienne un livre net, sûr, élégant, dont le succès aurait pu l'engager dans la voie de l'ampleur histori que. Il eût été à sa place clans une chaire d'université. L'abondance étincelante de sa parole lui aurait valu une grande faveur. Mais il ne prisait guère les diplômes, il négligea de prendre sa licence. Le Collège de France lui aurait volontiers ouvert ses portes. A l'action fugitive sur un nombreux auditoire, il préférait la pénétration de quelques esprits fidè les. Non point qu'il fût infatué des scien ces à l'abord secret ou qu'il considérât le passé uniquement du point de vue grêle de l'antiquaire. Il débordait d'imagination et d'audace, les systèmes l'exaltaient, il s'enthousiasmait pour les anciennes constructions juridiques sur le développement de nos institutions, il concevait l'étude du passé par des exemp les, des enseignements mor aux. Impatient des bornes étroites qui enclosent la certitude histori que, il se contenait avec peine pour ne pas s'emporter au delà. Déliant de la nature humaine, cet homme de réactions vives et de rigoureuse discipline éducative, donnait parfois le sentiment d'avoir infligé à soxi esprit, comme un silice, la méthode la plus sévère... Son enseignement était une animation perpétuelle. Ses leçons, surtout ses commentaires de chartes dans lesquels son tempérament n'était pas maintenu dans une ligne trop directe et pouvait fuser dans tous les domaines de l'histoire du Moyen Age, avaient pour les jeunes gens l'enchantement d'une découverte constante. On sentait éclore et voler sa pensée. Sa méthode était dans la claire tradition bénédictine, plus que dans la nouveauté pénible des théories alleman des qui le rebutaient. Il devint tout de suite un chef d'école l. » Bibliographie. — C. Brunel, Notice, dans Bibliothè que de l'École des Char les, t. xci, 1930, p. 387-389.
H. Leclercq.
PROVENCE. — L'histoire de cette terre heureuse et magnifi que n'appartenant pas au sujet des étu des de ce Dictionnaire, nous devons seulement rappeler en quelques mots qu'elle intéresse la géographie politi que et administrative du pays depuis la fondation de la province romaine jusqu'à la constitution complète du régime féodal. Partie d'une province romaine, proconsulaire sous la républi que, prétorienne, puis sénatoriale, sous l'empire, partagée ensuite entre les deux provin ces de Narbonnaise et de Viennoise, la Provence proprement dite prit naissance au milieu du Ve, avec Arles pour capitale. Llle l'ut gouvernée successivement par un patrice, jusqu'au milieu du vnie siècle, puis, jusqu'au milieu du xe, par un duc, enfin par un marquis depuis 979. A partir du milieu du XIe, l'unité du pays alla s'affaiblissant pour aboutir, au xne siècle, à un partage en trois marquisats ou comtés, de Provence, de Forcalquier et de Venaissin.
On donne le nom de Provence fran que à la période où s'opéra la division de la province en deux portions bien distinctes, distinction qui persista jusqu'à la Révolution française, à savoir : le « pays et comté de Provence », ayant pour chef-lieu Aix, et les « terres adjacentes ». taisant l'une et l'autre partie de la province qui avait alors pour capitale Arles. L'origine et ! ;i cause de cette distinction remonte à la séparation de la Provence en Provence bourguignonne et Provence austrasienne, sous le règne de Gontran, roi de Bourgogne de 561 à 592. Il y a dès lors deux Proven ces, une bourguignonne ou arlésienne, et une austrasienne ou marseillaise qu'on nommerait volontiers auvergnate parce qu'elle se reliait directement à l'Auvergne par 1 zès et Viviers. Or, l'Auvergne, quoi que séparée par la Bourgogne du reste du royaume d'Austrasie, n'en faisait pas moins partie ; de sorte que l'Auvergne proprement dite et la Provence auvergnate formaient un territoire d'un seul tenant, dont le centre politi que fut forcément l'Auvergne, pays plus considérable et plus rapproché de l'Austrasie. La Provence auvergnate forme alors la marche de l'Auvergne et la Provence bourguignonne la marche de la Bourgogne fran que. Ce résumé de l'histoire administrative et politi que nous retiendra moins que la vue d'ensemble de la Provence chrétienne, terre privilégiée où la foi nouvelle fut implantée et d'où elle se propagea dans toute la Gaule et dans une partie considérable de l'Occident. C'est Marseille qui en est le berceau. Sa situation géographi que, sa prospérité commerciale, dès le début de notre ère, le concours incessant d'étrangers qu'attirait et que retenait son port sont pour nous autant de raisons de croire que cette ville posséda de très bonne heure !• ? noyau d'une communauté chrétienne. Ces raisons ne sont pas des preuves, tout au plus des suppositions, mais de cel les qui s'imposent à l'attention.
C'est le cas pour tel passage de la IIe épître de saint Paul à son disciple Timothée. L'apôtre y parle de l'envoi de Crescens en Gaule. Le texte est authenti que, l'affirmation formelle, mais l'interprétation reste ambiguë. Eusèbe de Césarée, Épiphane de Chypre, Théodoret de Cyr et la traduction syria que du Nouveau Testament s'accordent pour interpréter le mot « Gaule » de la Galatie, et la question reste en suspens. Toutefois il reste permis d'opiner en faveur de l'envoi d'un missionnaire apostoli que à la colonie gréco-asiati que de Marseille. Un doute subsiste. Voici mieux, une vraisemblance.
Trois documents d'une autorité incontestable : la lettre aux Romains, l'épître de saint Clément et le « canon » dit de Muratori, mettent hors de toute contestation un voyage de saint Paul en Espagne entre l'an 62 et l'an 66. C'était une traversée longue et fatigante qu'on n'accomplissait pas ordinairement sans esca les. Partis du port d'Ostie, les vaisse aux touchaient à Marseille, s'y arrêtaient pour faire du négoce, des provisions, de l'eau, ce qui pouvait demander quelques jours ou plusieurs semaines. Si l'apôtre débarqua, qui pourra croire qu'il n'ait pas prêché dans cette ville grec que, centre pédagogi que et religieux, résidence d'une colonie d'Asiatiques parmi lesquels il pouvait rencontrer des compatriotes ou des coreligionnaires, son auditoire de prédilection. Que l'apôtre ait dédaigné ou négligé ce champ de propagande qui s'offrait à lui, on aura peine à l'admettre.
Cependant si le grain fut semé, s'il germa et produisit la moisson d'une modeste gerbe, cette communauté — car n'osons pas dire l'Église apostoli que de Marseille — demeura inconnue de l'histoire et le sera peut-être toujours. A moins que cette semence n'ait produit, à un demi-siècle de là, son glorieux fruit. foi au Christ : « Nous rafraîchisse Celui qui le peut. » Un symbole, le plus anti que de tous les symbo les chrétiens, l'ancre, encadra ce souhait.
Les martyrologes ni la tradition locale n'ont pas recueilli ces noms qui devraient être pour tous les Marseillais l'objet d'un culte liturgique. Mais l'Église de Rome n'a pas plus conservé ceux de l'« immense multitude » sacrifiée par Néron dans ses jardins du Vatican. De tels oublis sont à jamais regrettables ; ce que nous venons de dire est tout à la fois un hommage et une réparation.
La famille chrétienne d'Eutychès et d'Eulogia n'était pas isolée. Une autre inscription trouvée à Aubagne, au XVe, et copiée par le célèbre Peiresc, mais aujourd'hui perdue, nous a conservé le souvenir d'une autre famille qui fit graver sur l'épitaphe d'un adolescent deux symboles chrétiens : l'ancre et le poisson-Dieu (voir Dictionnaire, t. X, col. 2251). C'est encore à Peiresc que nous devons la conservation d'un des plus précieux monuments de l'antiquité chrétienne, un sarcophage trouvé dans l'oratoire désert de La Gayole, arrondissement de Digne et, après maintes vicissitudes, généreusement offert et aujourd'hui encastré dans la chapelle du Sacré-Cœur de l'église paroissiale de Brignoles (voir Dictionnaire, t. VI, col. 673, fig. 4878). C'est, très probablement, le plus ancien de tous les sarcophages chrétiens encore existants, et remontant à l'époque des Antonins, vers le milieu du IIe, ou, au plus tard, vers la seconde moitié de Ce.
À cette époque où la profession de christianisme met hors la loi celui ou celle qui l'avoue, les défunts eux-mêmes dissimulent leur croyance et, pour signaler leur tombe, ont recours, comme nous venons de le dire, à des symboles que, seuls, leurs coreligionnaires savent reconnaître ; ancre, poisson, etc. Ici l'art du bas-relief s'est ingénié à offrir des figures symboliques, les unes païennes parmi d'autres chrétiennes, de manière à dérouter les délateurs. Entre un buste du Soleil divinisé et une divinité rustique qui aguiche un oiseau perché sur un arbre se succèdent un pêcheur prenant à l'hameçon le poisson mystique — le chrétien — qu'il attire à lui, forant en prière parmi les arbres du paradis, une figure assise que la fracture du marbre ne permet pas de définir et le bon Pasteur portant la brebis sur ses épaules. Il n'existe aucune œuvre antique qui porte mieux l'empreinte du temps de transition, où plus d'un esprit flottait indécis entre la foi du Christ et les antiques croyances idolâtriques, où, selon la remarque d'un Père de l'Église, témoin de ces étranges accommodements, des artistes, même convertis, travaillaient indifféremment pour une clientèle qui comptait des adeptes dans les deux cultes.
C'est la crypte de Saint-Victor. Nous en reparlerons.
Entre l'époque où Volusianus et Fortunatus confessèrent leur foi et celle où Victor et ses trois compagnons reçurent la palme du martyre, il a pu s'écouler tout près de deux siècles, la communauté chrétienne a été élevée au rang d'Église, mais nous ignorons tout de son histoire pendant cette période. A-t-elle possédé des diptyques et le catalogue des noms de ses évêques ? La perte de ses anciens livres liturgiques ne permet pas de répondre à cette question.
S'il est permis — et il doit l'être — de remplacer la certitude par la conjecture, nous estimerons vraisemblable et même probable l'existence dans ce vaste port de Marseille d'un petit noyau de fidèles se développant en une communauté. Puis que, vers le milieu du IIe, Lyon possédait la sienne gouvernée par un évêque, saint Pothin, entouré de clercs ou de fidèles dont les noms helléniques nous ont été conservés, croira-t-on qu'ils avaient gagné cette ville en traversant les Alpes, alors presque infranchissables, plutôt qu'en remontant le Rhône depuis Marseille où ils avaient dû débarquer. Cependant, dans la supposition que Marseille remplit à l'égard de la Provence le même rôle que Lyon joua envers l'ancienne Gaule celtique, celui d'Église-mère, de foyer de rayonnement chrétien, il faut savoir reconnaître que ce n'est là qu'une supposition. S'il en fut ainsi, Marseille, chose à peine croyable quoique vraie, Marseille demeura modeste et, mieux encore, silencieuse. Alors et depuis, même au VIe, la seule croyance répandue en Provence relativement à l'évangélisation du pays, c'est qu'elle y avait été apportée par saint Trophime, envoyé de Rome à Arles par saint Pierre. Ce n'est pas Marseille, c'est Arles qui est nommée. Grégoire de Tours, à qui il faut toujours en revenir sur cette matière, croyait que l'évêque Trophime était venu de Rome et le pape Zosime, lui aussi, le croyait (voir Dictionnaire, t. VIII, col. 2383-2400). Quoi qu'on en pense, issue de Rome ou de Marseille, l'Église d'Arles s'affirma de bonne heure assez robuste pour négliger et, même, éclipser l'Église voisine. Au IVe, les évêques d'Arles jouent parfois un rôle ; de leurs collègues de Marseille il est rarement question. En 314, c'est à Arles qu'un concile provoqué par Constantin se réunit et parmi les Églises représentées nous voyons les évêques de Vienne, de Vaison, d'Orange, d'Apt, de Nice et de Marseille. Ce dernier s'appelait Oresius, il ouvre le catalogue épiscopal en 314 et la plus grande moitié du IVe s'écoulera avant de lui voir un successeur (voir Dictionnaire, t. X, col. 2217).
Celui-ci s'appelle Proculus et apparaît pour la première fois en 381. Vers ce temps, tous les évêques de Provence recevaient la consécration épiscopale des mains de l'évêque de Marseille considéré comme fondateur de ces différents sièges et faisant figure de métropolitain. Or, Marseille se trouvait dans la province de Viennoise et les évêques de la province de IIe Narbonnaise réclamèrent un métropolitain pris parmi eux. Le conflit fut soumis au concile de Turin qui admit la réclamation mais, par déférence pour Proculus, décida que rien ne serait changé de son vivant. Le même concile eut à se prononcer sur la prépondérance entre les deux sièges de Vienne et d'Arles, il adopta une solution modérée qui déplut à l'évêque d'Arles, nommé Patrocle. Celui-ci avait eu l'adresse de se faire reconnaître par le pape Zosime le droit de conférer seul dans les trois provinces la consécration épiscopale. Proculus de Marseille tint la décision papale comme non avenue et procéda à des consécrations nouvelles. Convoqué à Rome, il ne bougea pas de chez lui, fut déposé, fit la sourde oreille et continua à exercer les droits de métropolitain. C'était, nous dit-on, un saint homme, lié d'amitié avec tous les moines et promoteurs de la vie religieuse : saint Martin, saint Jérôme, saint Honorât de Lérins et Jean Cassien ; il attendit, il laissa passer l'orage. Peut-être eût-il mieux fait de témoigner plus de soumission et de déférence au Siège apostolique ; pendant ce temps Patrocle s'agitait, le pape Zosime grondait et écrivait à la curie, au clergé et au peuple de Marseille que leur évêque Proculus était déposé et qu'au spirituel ils dépendaient de Patrocle. Cette lettre est datée du 5 mars 418 ; on ignore l'accueil que lui firent la curie, le clergé et le peuple, mais on sait qu'à Noël le pape Zosime était mort, l'évêque Patrocle tombé en pleine disgrâce et le bon évêque de Marseille rétabli dans ses droits, réhabilité, presque en faveur.
Parmi ses plus fidèles partisans se trouvait Jean Cassien qu'on rencontre à Marseille, vers 415, tout pénétré des institutions cénobitiques qu'il avait étudiées et pratiquées à Bethléem, auprès de saint Jérôme, et ensuite, pendant sept ans, dans la Thébaïde et en Égypte. De retour à Marseille, il fonda deux monastères, un pour les hommes, l'autre pour les femmes, destinés à devenir tous les deux des foyers de vie religieuse et d'expansion intellectuelle. Par leur moyen, l'influence de Cassien fut grande en Occident où tout le Moyen Âge l'a connu sous le nom de « collateur ». Il fut l'inspirateur de la vie monastique dont saint Césaire et saint Benoît furent les législateurs ; il en proposa des exemples si naïfs et si saisissants que ses deux traités : les Institutions et les Conférences conservent une place éminente dans la littérature ascétique. On a laissé planer des doutes sur son orthodoxie, mais saint Grégoire le Grand et le bienheureux pape Urbain V lui attribuent le titre de saint ; ce sont là d'assez bons connaisseurs et l'Église de Marseille le fête au 23 juillet.
Cassien réunit les moines dans une sorte de crypte ou de catacombe s'ouvrant sur une petite vallée, bordée de rochers abrupts, en face de la Méditerranée, qui a pris et gardé le nom devenu célèbre d'abbaye de Saint-Victor (voir Dictionnaire, t. X, col. 2238-2243). Cette crypte forme une excavation de quelque étendue et ceux qui construisirent le monastère choisirent, le plus exactement qu'ils purent, l'emplacement qui correspond à une partie excavée longtemps auparavant et consacrée à de pieuses assemblées. Un siècle plus tard environ, Grégoire de Tours écrivait un livre « à la gloire des martyrs » et mentionnait les miracles accomplis au tombeau de saint Victor de Marseille. D'autres saints étaient venus s'aligner sous ces voûtes, mais leurs sépultures sont diverses, les unes sous le dallage, d'autres entaillées dans les parois. Deux d'entre elles étaient proches de la tombe de saint Victor ; elles contenaient les restes de Cassien et de l'abbesse Lusébie. Les reliques des martyrs Chrysante et Darie, apportées de Rome à Marseille au VIe, étaient vénérées non loin de là ; celles des martyrs Hermès et Hadrien furent déposées dans un réduit creusé au sud-est de la crypte.
Ce serait abuser que de s'attarder à l'histoire littéraire de Marseille au cours du haut Moyen Âge et d'énumérer les auteurs qui s'exercèrent à instruire ou à édifier leurs concitoyens : un poète Marius Victor, et trois prêtres : Musaeus, Gennade et Salvien. Ce dernier, né à Trêves ou à Cologne, passa plus d'un demi-siècle à Marseille où il dut se faire peu d'amis. Il entreprit de combattre l'avarice et de justifier la Providence, belle occasion de blâmer, de gronder, de condamner la société au sein de laquelle il vit et ces Gallo-Romains qu'il insulte et déchire de son mieux, les mettant fort au-dessous des sauvages Saxons, des Francs perfides, des Gépides inhumains et des Huns impudiques. Salvien réserve et prodigue ses éloges à tous les barbares de Germanie, Goths, Vandales et le reste. Il les trouve pétris de qualités, humbles et pitoyables — Mais lui-même, ce Rhénan, qu'est-il venu faire en Gaule plutôt que de demeurer parmi eux ?
Ce dont cet esprit outrancier et rageur a joui sans s'en apercevoir c'est de cette civilisation finissante dont le musée du château Borély conserve un grand nombre de précieux témoins : épitaphes maladroitement gravées où se lisent encore quelques formules d'espoir en Dieu, tables d'autel, sarcophages dont la signification consolante exprimait la foi de nos pères et qui ont reçu, ici même, leur interprétation. Arles partage, à ce point de vue, la richesse de Marseille grâce à son opulente collection des Aliscamps (voir ce nom) et de Trinquetaille, tandis que Saint-Maximin conserve dans la crypte de sa cathédrale quelques beaux sarcophages (voir Dictionnaire, t. X, col. 2798-2820, fig. 7842-7850) dont les attributions nous amènent à ce qu'on nomme : les légendes provençales.
Ces tombes passent pour avoir renfermé les corps de sainte Marie-Madeleine, de saint Maximin, premier évêque d'Aix, de saint Sidoine son successeur, de sainte Marcelle, en son vivant servante de l'évêque Maximin, enfin de deux saints Innocents. Cinq sur six de ces personnages ont été retrouvés de nos jours et trois d'entre eux sont d'authentiques Auvergnats. Maximin fut l'objet d'un culte à Billom jusqu'à la Révolution française, Sidoine Apollinaire est encore représenté par des reliques au village d'Aydat, dans la même région où il était fêté le même jour (21 août). Les deux Innocents, qui n'étaient pas Auvergnats, avaient leurs restes vénérés également à Aydat ; enfin la servante Marcelle s'est laissé retrouver à six kilomètres seulement de Billom, au village de Chauriat où une église lui était dédiée au Xe et où sont conservés son culte et son souvenir.
D'après ce que nous venons de dire, exception faite pour Marie-Madeleine, tous les personnages commémorés dans la crypte de Saint-Maximin se retrouvent en Auvergne, groupés dans l'arrondissement de Clermont et dans les limites de l'archiprêtré de Billom. Ces saintes gens portent des noms dont l'emploi est peu fréquent et il y a lieu de croire que nous nous trouvons ici en présence d'un transfert de reliques et de culte d'Auvergne en Provence. Mais on se demandera peut-être si ce n'est pas l'inverse et s'il ne s'agit pas d'un transfert de Provence en Auvergne ? Le doute n'est pas possible, à raison de saint Sidoine. On ne saurait assigner au culte qui lui était rendu à Aydat — Aoitacum — son ancienne résidence, une origine exotique ; c'est Aydat qui est le seul point de départ. Et ce qui vaut pour Aydat vaut également pour Billom et pour Chauriat, pour l'évêque Maximin et la servante Marcelle, tous venus de l'Auvergne, en droiture.
Ceci n'empêche qu'on les a incorporés à une légende d'après laquelle, associés à Lazare le ressuscité de Béthanie, à Marie-Madeleine et à Marthe ses deux sœurs, le groupe apostolique, renforcé de Marie-Jacobé et de Marie-Salomé, aurait quitté la Palestine sur une barque sans voiles et abordé le lendemain à Marseille dont Lazare devint le premier évêque. Maximin et Sidoine se succédèrent sur le siège d'Aix, Madeleine vécut solitaire à la Sainte-Baume, Marthe s'aventura jusqu'à Tarascon et les deux Marie gagnèrent la Camargue. En Orient on ignorait tout de cet exode et de ce qui suivit. En 333, un Gallo-Romain, pèlerin de Bordeaux, s'en fut à Jérusalem, visita Béthanie et son église appelée le Lazarium ; vers 390, une grande dame venue d'Espagne passait en cette même localité où s'élevaient deux églises dont une abritait, au dire de saint Jérôme, le tombeau de Lazare, de Marie et de Marthe. Au VIe, Madeleine et Lazare étaient réclamés par Éphèse et au IXe, l'empereur Léon VI faisait transporter Lazare à Constantinople, Marthe reposait à Larnaca dans l'île de Chypre et, au XIIe, on continuait à vénérer à Éphèse le crâne de Marie-Madeleine (voir Didionn., t. VII, col. 2044-2081 ; t. X, col. 2119-2128).
L'Occident n'avait aucune prétention sur les reliques et, à partir du IXe, quelques martyrologes locaux mentionnaient discrètement une fête en l'honneur de Marie-Madeleine sans toute indication géographique. Aucun des anciens livres liturgiques romains ou gallicans ne contient une messe au nom de sainte Madeleine ou de Lazare ; ils ne possèdent ni légende particulière ni sanctuaire spécial et cette situation se maintient pendant le Xe tout entier. Qu'il y ait eu alors, dans le monde latin, un lieu où Madeleine, Lazare et Marthe fussent honorés d'un culte spécial, c'est ce dont il n'y a trace pour un seul d'entre eux avant le milieu du XIe.
Non seulement jusqu'au XIe, l'Orient revendiquait ses droits sur les tombeaux et les reliques des saints de Béthanie, mais encore l'Occident, jusqu'à vers le même temps, ignore et désavoue ceux qu'il réclamera plus tard. Que s'est-il passé ? — Appelons-nous le conflit survenu au IVe entre les évêques de Narbonne, d'Aix et de Marseille et leur collègue d'Arles, la discussion devant le concile de Turin qui avait été chaude et cependant ni Proculus de Marseille ni son collègue d'Aix ne s'étaient réclamés du célèbre Lazare ni de saint Maximin qu'ils ignoraient avoir eu pour prédécesseurs.
L'évêque d'Arles en appela à Rome de la décision du concile de Turin, sachant qu'à Rome on affirmait très haut que l'Occident tout entier devait le bienfait de la foi à l'initiative de saint Pierre, qui avait envoyé à Arles l'évêque Trophime et de cette source arlésienne dépendaient toutes les Églises des Gaules. En 450, le clergé provençal écrivant au pape saint Léon le Grand ne connaissait que Trophime et ignorait tout de Lazare et de Maximin, leur voyage, leur apostolat, leur épiscopat et leur sépulture en Provence. Un siècle plus tard, saint Césaire d'Arles affirme que son Église eut pour fondateur saint Trophime et Grégoire de Tours n'a jamais entendu parler de Lazare dont il est fait mention pour la première fois dans une bulle relative à la consécration de Saint-Victor, en 1040, où il est mentionné après saint Victor, les martyrs Hermès et Hadrien et sans recevoir le titre d'évêque de Marseille. Omission bien explicable puisqu'à cette époque la légende n'existait pas encore ou bien elle ne faisait que de naître. Il y aurait aussi quelques réserves à faire sur l'authenticité du texte complet de la bulle du 15 octobre 1040, car, à cette date, les reliques de Lazare avaient quitté Marseille pour Autun où l'évêque du lieu en faisait la reconnaissance solennelle en 1047.
Nous ne l'y suivrons pas, ce serait trop s'éloigner de la Provence et de Saint-Maximin et ses alentours.
L'église de Saint-Maximin existe encore et, pour toute personne impartiale, la crypte n'est autre chose que la sépulture d'une famille gallo-romaine du Ve ou du VIe. Une sépulture du même genre se trouvait à La Gayole, non loin de là. D'autres pourraient être signalées, car les membres de l'aristocratie en nos contrées aimaient à résider sur leurs terres, à y élever des oratoires et à y dormir de leur dernier sommeil. Le monument de Saint-Maximin n'a rien d'extraordinaire, sinon sa fortune.
Cela dit, on peut examiner ce qui subsiste à l'heure actuelle de l'église primitive que surmonte aujourd'hui un vaste édifice rebâti à la fin du Xe. On y a conservé quatre sarcophages qui paraissent remonter au IVe et quatre dalles de facture plus barbare qui dénotent le vie environ par leur style. L'inscription qui se lit sur l'une d'elles est manifestement en latin de basse époque. On peut croire qu'une église a été bâtie vers le VIe dans cette localité et qu'on y a utilisé, soit immédiatement, soit successivement, quatre sarcophages de l'école arlésienne, déjà vieux de deux siècles. Aucun de ces monuments n'offre la moindre allusion aux récits de l'histoire évangélique où Marie de Béthanie a joué un rôle. On n'y trouve même pas la résurrection de Lazare, si souvent représentée sur les anciens bas-reliefs chrétiens. Les quatre dalles ont servi de parois verticales à l'absidiole d'un autel.
De cet autel aucun vestige ne nous est parvenu, mais la Provence en a conservé bien d'autres en assez bon état pour nous permettre de prendre une idée de cette partie du mobilier liturgique de nos églises entre le Ve et le IXe sans faire trop large la part à l'imagination. Ceux de Bagnols (dans le Gard), de Buoux, de Cavaillon et de Vaugines (dans le Vaucluse), de Brignoles et de La Gayole (dans le Var), d'Auriol, de Cassis, de Favaric et de Miramas (dans les Bouches-du-Rhône) nous offrent un ensemble de monuments arrivés jusqu'à nous dans un état de conservation matérielle suffisant pour en juger. Généralement ces autels consistent en un dé de pierre, c'est-à-dire un cube en forme de petit pilastre à hauteur d'appui sur lequel était posée et, probablement, assujettie une table de marbre assez épaisse pour permettre de décorer la tranche en bas relief. Certains de ces autels ont reçu au VIe une décoration en relief plat qui ne dissimule pas toujours leur destination primitive et qui nous apprend qu'ils ont passé du paganisme au christianisme. C'est le cas pour celui de Cassis dont l'église fut démolie en 1793 ; le bloc de pierre fut transporté à la maison curiale et encastré dans le mur. Nous écrivions à son sujet il y a quelques années que, par suite de cette disposition, deux des faces étaient soustraites à l'étude, la troisième ne présente aucune ornementation et la face principale, qui mesure 0 m. 65 en hauteur sur 0 m. 45 en largeur, est décorée de trois monogrammes du Christ. Or, le 25 avril 1930, par suite de la démolition du mur, on put constater que cet autel chrétien, du VIe environ, avait servi d'autel païen à la déesse du lieu, dont le nom se lit sur une inscription du Ier siècle, sur la face opposée à celle qui porte le chrisme. Souhaitons, si ce n'est pas indiscret, de voir ce curieux monument prendre un jour le chemin du musée du château Borély.
Un autre autel du musée vient de la chapelle de Saint-Cassien à l'abbaye de Saint-Victor. Ce monument est digne de toute notre attention. Il consiste en une table quadrangulaire et isolée, légèrement creusée par le milieu et encadrée d'une bordure en relief ornée de rinceaux de pampres et de raisins. Sur les quatre tranches se développent différents sujets. Sur l'une, le monogramme du Christ dans une couronne de lauriers entre douze colombes figurant les douze apôtres ; sur une autre face, à l'opposé, la scène diffère peu, ici c'est l'agneau debout sur la colline d'où ruissellent les quatre fleuves du paradis : le Tigre, l'Euphrate, le Géon, le Phison et douze brebis (deux manquent) se dirigent vers lui. Au-dessous de la face au monogramme une inscription très mutilée, en langue grecque, nous apprend que cet autel fut « dédié par Callinique ( ?) en accomplissement de son vœu et de celui de toute sa maison ». Ce monument appartient au IVe ; nous hésitons à croire qu'il fut posé sur un dé ou sur une colonnette car le marbre n'est lisse qu'au bord sur une bande de 0 m. 06.
C'est aussi au IVe qu'appartient un beau sarcophage de marbre, sculpté avec talent, qui fut apporté d'Arles et dont la longue inscription retrace la carrière militaire du défunt Flavius Memorius, un païen sans doute, dont l'épouse Prœsidia a réussi à glisser deux mots qui corrigent les sujets païens : « A celui qui repose bien en paix... » En paix ! c'est la profession chrétienne que nous retrouvons sur quelques pierres tombales, toutes de provenance marseillaise, devant lesquelles s'arrêtent à peine les visiteurs indifférents à l'appel que les inscriptions leur adressent. Presque toutes mentionnent le nom et l'âge des défuntes, pour ne parler que de celles-ci. C'est un feuillet détaché de l'état civil qui n'est pas sans intérêt ; nous y rencontrons Benenata, Blandula, Cypriana, Eugenia, Eusebia, Fœdula, Joannula, Marsiola, Martha, Spanilia, Ulpia, Urbeca, et Tillisiola ; celle-ci est une abbesse qui gouverna pendant quarante ans une communauté de vierges ; quant à Eusebia, autre abbesse, elle atteignit son jubilé de cinquante ans. Peu les seules approchèrent de la vieillesse, toutes les autres moururent à 16, 20, 33, 40, 46, 50, 55, 57 et 60 ans.
Il n'en faudrait pas conclure qu'on ne vivait pas très vieux à Marseille. Le magnifique sarcophage du musée qui représente le Sauveur enseignant ses apôtres sous un portique et qui a contenu les restes de « la noble Eugénie, issue d'un sang illustre », très bienfaisante envers les pauvres et les captifs, nous dit qu'elle mourut à l'âge de soixante ans et fut couchée « dans cette tombe où son aïeule en larmes l'a ensevelie ».
A l'abbesse Eusébie, servante de Dieu, qui se fit nonne à l'âge de quatorze ans et dirigea le monastère de Saint-Cyrice au VIe, survint une mémorable aventure dont son épitaphe conservée au musée ne dit rien, et pour cause. Deux siècles environ après sa mort, la Provence fut ravagée par les Sarrasins qui, fatigués sans doute de détruire, et rencontrant un sarcophage intact se contentèrent de casser le nez du défunt vêtu de la laena de clarissime. Quand le calme fut revenu, on conta que le sarcophage renfermait les reliques de l'abbesse Eusébie qui menacée des Sarrasins s'était résolue, ainsi que quarante de ses religieuses, à se couper le nez pour éviter les pires outrages. Elles y gagnèrent le nom de denazza des et il semble permis de soupçonner que du haut du ciel, sa dernière demeure — espérons-le pour elle — la pieuse abbesse entretient les meilleures relations avec le clarissime qu'un choc malencontreux priva de son nez ce qui lui valut, à elle et à ses nonnes, une héroïne légende.
Bibliographie. — G. de Manteyer, La Provence du Ier au Xe. Études d'histoire et de géographie politique, in-8°, Paris, 1908 ; L.-A. Constans, Esquisse d'une histoire de la Basse-Provence dans l'antiquité, in-8°, Marseille, 1923 ; H. Duprat, La Provence dans le haut Moyen Age, dans Mélanges d'histoire du Moyen Age offerts à F. Lot, in-8°, Paris, 1925, p. 306-329 ; J. Sautel et L. Imbert, La Provence romaine. Histoire, arts, monuments, in-8°, Lyon, 1929 ; Les Bouches-du-Rhône, Encyclopédie départementale, 1re partie, t. iv, vol. i, Archéologie, par Robert Doré, p. 141-154 : L'architecture pré-romane ; H. Duprat, Essai sur la topographie de Marseille antique et médiévale, Marseille, 1933, p. 66-72.
H. Leclercq.
PROVERBE. — Ceci appartient à l'histoire littéraire plutôt qu'à l'archéologie et on souhaiterait posséder un recueil des proverbes chrétiens antiques. Celui-ci offre un intérêt particulier parce qu'il nous a été transmis par saint Augustin, obligé de le traduire de la langue punique sous peine de n'être pas entendu de son auditoire : Proverbium notum est punicum quod quidem latine vobis dicam, quia punice non omnes nostis. Punicum enim proverbium est antiquum : Nummum quœrit pestilentia ; duos illi da, et ducat se. Numquid non hoc proverbium de Evangelio videtur natum ? Nam quid aliud dixit Dominus, quam Bedimentes tempus, quando ait : Si quis vint judicio tecum contendere, et tunicam tuam tollere, dimitte ei et pallium (Matth., v, 40).
Sur le proverbe qu'on lit à Julia Concordia : Quod libi fieri non vis alio ne feceris (voir Dictionnaire, t. vin, col. 296, n. 9).
H. Leclercq.
PROVINCIAL. - I. A Rome. II. En Orient. III. En Occident.
I. A Rome. — « Quand on étudie l'histoire du gouvernement de l'Église latine par le Saint-Siège, de Rome, une des choses qui frappent le plus, c'est le peu d'empressement apporté par la Curie pontificale à se renseigner sur la situation des personnes et des établissements qui relevaient de son autorité. Les premiers documents qui témoignent de quel que intérêt accordé par elle à un sujet si important ne remontent pas au delà du Xe et rien n'autorise à croire qu'ils aient été précédés par d'autres que le temps aurait fait disparaître ». Ce ne fut guère qu'à l'issue de la querelle des investitures qu'on vit à Rome quelques personnes s'intéresser à connaître dans le détail la clientèle du Siège apostolique. Ce n'est qu'alors qu'on voit apparaître le Liber censuum (voir Dictionnaire, t. ix, à ce mot), dressé vers le milieu du Xe, dont nous avons parlé et sur lequel nous ne reviendrons pas.
A cette date, en 1192, grâce à Cencius Camerarius, le Liber prit sa forme définitive, et l'Église romaine posséda son Provincial. « En quoi elle était fort en retard sur les patriarcats de l'Église grecque. Il y avait, en effet, plusieurs siècles que les patriarcats de Constantinople, d'Antioche et d'Alexandrie possédaient l'état exact des sièges épiscopaux de leurs obédiences. L'Espagne aussi où, sous les rois wisigoths, l'Église s'était fortement centralisée autour du siège primatial de Tolède, l'Espagne conservait un document de son ancienne hiérarchie ecclésiastique, du temps où elle n'avait pas encore été mutilée par l'invasion musulmane ».
II. En Orient. — Dans plusieurs patriarcats orientaux, il a existé des provinciaux désignés sous le nom de TaxTixà ou Classements répartis en deux catégories, les anciens (îraXaià) et les nouveaux (véoc). Les anciens sont antérieurs au IXe et les nouveaux postérieurs à cette date. Les exemplaires conservent la trace des changements intervenus successivement.
Les TOxXoaà xax-uxâ comprennent seulement les trois diocèses administratifs de Pont, Asie et Thrace dont se composait à l'origine tout le patriarcat de Constantinople. Les provinces d'Isaurie, de Cilicie, d'Euphratésie et d'autres plus lointaines relevant du patriarcat d'Antioche ou des Églises nationales de Perse et d'Arménie n'y sont pas comprises. Vers l'Occident, ils ne mentionnent pas l'Illyricum, oriental ou occidental, qui relève de Rome. On peut reconnaître là la situation établie sous le règne de Justinien et il se peut que le document remonte à cette époque.
On trouve en tête les patriarches énumérés suivant l'ordre alors consacré : Rome, Constantinople, Alexandrie, Antioche, Jérusalem. Cela dit, on s'en tient à Constantinople. D'abord les métropolitains, ensuite les « archevêques », c'est-à-dire les évêques exempts des métropoles et relevant directement du patriarcat ; enfin les suffragants, énumérés dans l'ordre de leurs métropoles.
Les véa xaxTixà omettent les autres patriarches qui se trouvent désormais en dehors de l'empire. « Diverses provinces, jadis comprises dans les ressorts d'Antioche et de Rome ont pu être sauvées par l'empire ; on les rattache au patriarcat de Constantinople qui, pour un bon Byzantin, est désormais toute l'Église ou peu s'en faut. C'est la province de Séleucie (Cilicie Trachée), héritée du patriarcat d'Antioche ; ce sont les provinces de l'Illyricum, depuis la Macédoine et la Nouvelle-Épire jusqu'au cap Malée ; ce sont même certaines provinces nouvellement fondées par le patriarcat dans les régions byzantines de la Sicile et de l'Italie du Sud ».
Le Provincial d'Antioche est ancien, il correspond à l'état des choses entre le règne de Justinien et l'invasion arabe. Le texte primitif fait défaut, mais on peut le remplacer par la version arménienne qui dérive d'un original antérieur à l'année 1053 et d'une version latine à la suite de Guillaume de Tyr, à l'aide desquelles on peut reconstituer le texte grec.
Le Provincial d'Alexandrie est en langue copte, avec noms grecs et identification arabe, remontant à l'époque de la conquête musulmane. Les documents grecs, d'origine melkite, sont loin d'avoir la même valeur. L. Duchesne les tient pour tardifs et artificiels.
Le Provincial de Jérusalem peut être en partie reconstitué à l'aide des signatures des conciles du Ve et du VIe, mais la liste ainsi obtenue s'accorde à peine avec le premier document qui est de la fin du XIe.
III. En Occident. — C'est en Espagne seulement que nous rencontrons un Provincial, à Tolède, où il fut constitué au Ve ; on y trouve seulement l'énumération des évêchés du royaume wisigothique, répartis sous les six métropoles de Tolède, Tarragone, Séville, Mérida, Braga et Narbonne. Ce document s'est conservé dans plusieurs textes, identiques au fond, qui paraissent provenir d'un même manuscrit, transcrit à Oviedo dans le courant du VIIe.
H. Leclercq.
Au point de vue textuel et au point de vue liturgique, ce volume est moins important qu'au point de vue artistique. Des tableaux représentant Notre-Seigneur et les quatre évangélistes ont été peints sur des feuillets isolés aujourd'hui cotés 17, 27, 79, 116 et 178, qui ont été intercalés dans les cahiers au moyen d'onglets.
C'est le fol. 23 qui est le plus curieux du volume, il contient le titre de l'évangile de saint Mathieu. L'espace resté vide entre les trois bandes pourprées sur lesquelles ont été tracés en grandes capitales les mots INCIPIT II EVANGELIVM II MATTHAEI, est occupé par la représentation des événements racontés au c. n de saint Luc. Entre les deux premières bandes sont figurées trois scènes : 1° Joseph et Marie se rendant à Bethléem ; 2° La nativité de Jésus déposé dans la crèche entre le bœuf et l'âne ; 3° L'appel de l'ange aux bergers. Entre la 2e et la 3e bande, la présentation de Jésus au Temple. Ces petits tableaux sont formés de placages d'or et les contours des sujets représentés ont été légèrement tracés au vermillon. Or, le deuxième et le troisième tableaux sont identiques à un des médaillons qui décorent le commencement de la préface du Sacramentaire d'Autun (voir Dictionnaire, t. i, col. 3212, pi. h. t.). Les deux manuscrits ont dû être peints par le même artiste ou copiés d'après le même modèle. Les différences qu'on y remarque s'expliquent par le fait que, dans le sacramentaire, l'artiste avait à couvrir un espace circulaire et celui de l'évangéliaire une bande allongée. Même écriture, même décoration, même provenance. Le sacramentaire fut exécuté pour Renaud, abbé de Marmoutier, en 845, l'évangéliaire de l'abbaye de Prùm est sorti de l'école de Tours.
A. — XIV,
PRUSE. — C'est aujourd'hui la ville de Brousse située au pied du mont Olympe, à 20 kilomètres de la mer de Marmara. Elle possède un musée, inauguré en 1904, catalogué en 1909, et auquel nous devons une mention parce qu'on trouvera dans le Dictionnaire quelques-uns de ses monuments chrétiens les plus curieux :
1. Reliquaire de saint Trophime (voir Dictionnaire, t. m, col. 3205-3208, fig. 3467).
2. Stèle funéraire (voir Dictionnaire, t. iv, col. 1445, fig. 3860).
3. Stèle funéraire (voir Dictionnaire, t. ni, col. 3059, fig. 3371).
4. Stèle funéraire (voir Dictionnaire, t. ni, col. 1476-1477, col. 3060, fig. 3372).
5. Stèle funéraire (voir Dictionnaire, t. iv, col. 644-645, fig. 3707).
6. Stèle funéraire (voir Dictionnaire, t. xi, col. 2533-2536, fig. 8402).
7. Quatre blocs d'architrave provenant d'un même monument, paraissent provenir d'un couvent fortifié placé sous l'invocation des saints Côme et Damien ; marbre bleuté. a) + 'E7ucpocvtou b) ['Yîrèp K ?]ap£ixîou SoXo(i.côvoç (xal) ['EmjçavîSoç (xal) 7râvTwv tcôv YZv<x.[i.év[o\> ow-cjv] c [('Oajlov 7îaT£pov éysvovTa) XMT '- ( +S d) X(pioTo)û [îajrpol xàv roxOcov, 7rpea6e'JaaTE ['jicep
D'après Annales de la soc. arch. de Namur, au sommet d'un rocher escarpé dominant la rivière d'Heure, les restes d'une petite forteresse élevée vers la fin du XIe et dominant la route qui du Rhin et de la Moselle se dirigeait vers Bavay, route très fréquentée par les Francs à en juger par les traces nombreuses qu'ils ont laissées le long de son parcours, Ces Francs y eurent un établissement vers le Ve et un « tombois » ou cimetière, de l'autre côté de la rivière, à 1 200 mètres. Le tombois a contenu 293 sépultures qui ont été fouillées et où Alf. Béquet n'a rencontré aucun indice de christianisme. Les divers objets recueillis ne nous retiendraient donc pas si nous ne devions signaler un spécimen de bijouterie byzantine. C'est une tête d'épingle à cheveux, en or, trouvée dans une tombe pillée jadis. Cette tête d'épingle, figurée ici au double de ses dimensions (fig. 10570), doit dater du VIIe ; elle représente un petit édifice en forme de rotonde couverte d'un dôme percé d'arcatures et surmonté d'une pâte en verre enchâssée dans une bâte. Le filigrane granulé, en or, figure les archivoltes des arcatures et la décoration de la coupole. De petits tubes soudés portent des perles en pâte de verre d'un blanc laiteux. Trois autres bijoux analogues découverts en Belgique appartiennent à la même époque et peuvent sortir du même atelier ; ils ont été trouvés dans la province de Liège et dans le Brabant. Peut-être a-t-on voulu rappeler un édifice religieux.
H. Leclercq.
PRYMNESSOS.— Localité de la Phrygie centrale. On y a trouvé une stèle décorée qui offre de l'intérêt. Abercios, fils de Porphyrios, diacre, a dédié ce monument à lui-même et à sa femme Theuprepie et à leurs enfants. (Voir Dictionnaire, t. VII, col. 402, fig. 5818.) 'A6tpxioç DTopcp'jpïou Siâxcov xaTso-xsûaaa tô jj.eu.6pi.ov ÉAUTCÔ Xaî ffl CTUU.6ÎG) U.OU XÈ TOÏÇ TÉXVOI.Ç.
Au-dessous du texte on voit le Sauveur avec la main levée pour bénir (voir Dictionnaire, t. II, à ce mot) ; il est représenté de face, avec la vierge de profil et de chaque côté les visages d'Abercios et de Theuprepie, très insignifiants tous les deux.
H. Leclercq.
PSALM ISTE. Il existe une inscription grecque du IIe, d'Hadriani ad Olympum, en Bithynie, qui mentionne un défunt « qui formait tous les fidèles au chant des psaumes sacrés » (voir Dictionnaire, t. VIII, col. 919-920). Ce n'est pas le seul connu, mais c'est le plus ancien probablement ; quelques autres se laissent entrevoir dans des textes du IVe ■ ; plus tard, Sidoine Apollinaire le désigne par le nom de Psalmorum modulator et phonascus2, on l'entrevoit sous les noms de lector, de cantor, de psalmista, mais il est peu exact de dire que le psalmiste avait l'ordre de lecteur ni même qu'il appartenait à un quasi-ordre de constitution particulière. Dans les Statuta Ecclesiae antiqua nous lisons cet avis : Psalmista, id est cantor, potest absque scientia episcopi, sola jussione presbyteri, officium suscipere canendi, dicente sibi presbytero : Vide ut quod ore canlas, corde credas ; et quod corde credis operibus comprobes 3.
H. Leclercq.
PSALMODI. — Camille Jullian écrivait, en 1923 : » Qui nous donnera un jour l'histoire de cette abbaye, dont les origines remontent au plus lointain passé de la Gaule ? car il y avait là certainement un sanctuaire celtique 4 ». Et il mentionnait une Note
c. vin, P. /.., t. xi. ix, col. lit. J 1 [efele-Leclercq, Histoire archéologique sur Psalmodi, parue à Aix, en 1922, dont les 12 pages sont condensées dans ces quelques lignes : « Le monastère de Psalmodi est situé dans le diocèse de Nîmes, entre Saint-Laurent d'Aigouze et Aigues-Mortes. Il existait déjà à la période mérovingienne et avait été bâti sur emplacements gallo-romains. Dévasté par les Sarrasins, il reprit une splendeur nouvelle au XIe et devint un centre religieux très important. L'église construite peu après était magnifique. On devine sa beauté, son ampleur à l'importance de ses ruines. M. Chaillan décrit ce qui reste de l'édifice et des dépendances ; il parle d'un autel, paré de jolis rinceaux, qui gît dans la cour [parmi les] outillages agricoles du mas... qui a remplacé le monastère. Pas d'inscription :...amoncellement de pierres variées, débris de tombeaux, larges briques plates, tessons de vases, débris de peinture sur enduit de mortier, cubes de mosaïques, nombreux fragments et vestiges d'antiquités l. » De l'autel païen offert par C. Octavius Pedo à Jupiter et à Sylvain 2, nous n'avons pas à nous occuper, mais il ne faut pas désespérer de lire un jour l'histoire de l'abbaye mérovingienne de Psalmodi si se réalise la promesse inscrite parmi les positions de thèses de l'École des Chartes, en 1926 3.
H. Leclercq.
PSALMODIE RESPONSORIALE. — Ce sujet a été traité dans le Dictionnaire, t. I, col. 2297-2319, à l'occasion de la psalmodie antiphonique ; ici nous n'envisagerons que la psalmodie responsoriale.
En ce qui a trait à la messe et aux heures canoniques, tout ce qui a été dit précédemment pourrait être répété, c'est toujours la différence d'alternance :
Antiphonie Responsorial Chœur à chœur Chantre à chœur Responsorios Itali tradiderunt antequam Græci. Antiphonas, inde dicti, quod alio canere desinente, alter respondens et hoc differunt ab antiphonis quia in responsoriis unus versum dicit ; in illis autem antiphonarum versibus chori alternant *. — Inter Responsoria et Antiphonas hoc differunt quod in Responsoriis unus dical versum in Antiphonis autem alternent versibus chori 5. — Responsoria vocata sunt hoc nomine, quod uno canente, chorus consonando respondet ».
Voici la thèse qu'on peut soutenir : Identité de nos répons, graduels et autres avec la psalmodie responsoriale primitive dont ils sont sortis. Voir les sermons de saint Augustin prononcés pendant la première partie de la messe, dite « des catéchumènes », après la lecture de l'Évangile :
Apostolum audivimus (c'est l'épître) ; psalmum audivimus (c'est le psaume graduel chanté de la manière responsoriale si souvent mentionnée dans les Enarrationes) '.
De divinis lectionibus quod Dominus admonere dignatur intenti audite, fratres, illo dante, me ministrante. Primam lectionem audivimus apostoli : Fidelis sermo et omni acceptione dignus, etc. Hoc de apostolica lectione percepimus (l'épître). Deinde cantavimus psalmum (le graduel) exhortantes nos invicem, una voce, uno corde dicentes : Venite adoremus, etc. — Post hæc evangelica lectio (l'évangile) decem leprosos mundatos nobis ostendit... etc.
Has tres lectiones quantum pro tempore possumus, pertractemus, etc. 8. Lectiones sanctæ propositæ sunt et quas audiamus et de quibus aliquid sermonis, adjuvante Domino, proferamus. In lectione apostolica gratiæ aguntur Deo de fide gentium, uti quæ ideo quia ipse fecit. — In psalmo diximus : Deus virtutum convertere nos et ostende faciem tuam et salvi erimus. — In evangelio ad cœnam vocali sumus, immo alii vocati, nos non vocati, sed ducti ; non solum ducti, sed etiam coacti ».
Divinæ lectiones omnes illæ sibi connexuntur, tamquam una lectio quia omnes ex uno ore procedunt. Audivimus Apostolicam lectionem et forte aliquem moveat quod ibi scriptum est secundum justitiam quæ ex lege est, qui fuerim sine querela. — Audi psalmum interiora dicentem : Tibi soli peccavi. — Auditis et evangelium illis lectionibus. Concordare : Voluntas, inquit, Patris est ut quæ dedit mihi non pereant, etc. 10.
Relevons ici : 1° Il s'agit d'un chant responsorial : Psalmum audivimus, psalmum cantavimus. Ces deux expressions sont corrélatives dans le langage de saint Augustin, et les supposent l'alternance de versets d'un lecteur avec l'assemblée qui répète après lui : respondere, voir les Enarrationes sur le ps. cxix : quem modo cantatum audivimus et canlando respondimus ; sur le ps. xl : quod legenti respondentes, cantavimus.
2° Le lieu d'où ce chantre s'adressait aux fidèles soit pour les lectures, soit pour le psaume responsorial était l'ambon.
3° Le psalmus dont parle saint Augustin a sa place entre la lecture de l'épître et celle de l'évangile. C'est également la place assignée dans la liturgie romaine à notre Graduel d'où ressort une conformité plus proche entre Rome et l'Église d'Afrique qu'entre Rome et les Églises mozarabe et orientale au point de vue des rites. Les psallenda d'Espagne (psalmellus, au rite ambrosien) et les Trpoxetjxsva à7t6crroXou (propositum apostoli) des Grecs (correspondant à notre Graduel), se chantent en effet avant l'épître et non après, pour des raisons particulières et très justifiées.
4° On peut identifier la fonction liturgique de ce psalmus avec celle du Graduel de nos missels. Ce psalmus était chanté sur les degrés (grudus, gradale) de l'ambon par un lecteur suivant la forme responsoriale (responsorium) ; voilà toute l'étymologie du responsorium graduale.
5° Tomasi croit que le responsorium graduale était autrefois un psaume tout entier. Cela semble en effet. Saint Augustin dirait-il : Psalmum audivimus, psalmum cantavimus, s'il s'agissait de psaumes tronqués comme le sont nos graduels ; en tout cas de psaumes assez longs pour mériter d'être assimilés aux lectures qui l'encadrent et en prendre l'importance et le nom : Primam lectionem apostoli. — Deinde cantavimus psalmum. — Post hæc evangelica lectio. — Has tres lectiones... pertractemus.
De veris Apostoli. — « S. Augustin, Serm. x, De verbis Apostoli. — » S. Augustin, Serm. xxxiii, De verbis Domini secundum Lucam. — 10 S. Augustin, Serm. xlix, De tempore. — « Et encore cette citation : Lectiones sacras phires cum recitarentur audivimus... cum ergo in ullimum sil situm evangelium reeitalum. S. Augustin, Serm. ccxxxvii, De tempore ; cf. Confessiones, 1. IX, c. xxxiii, et V Epistola II ad Januarium, écrite vers 400.
Ainsi donc, à cette époque on est déjà loin de la simplicité des jours de saint Athanase qui contenait peut-être une reproduction et comme un écho tout au moins de la méthode des Pères du désert tant aimés et suivis par le grand évêque d'Alexandrie : Tarn modico flexu vocis faciebat sonare lectionem psalmi ut pronuntiati vicinior esset quam canenti... Melos omne cantilenarum suavium quibus Davidicum psalterium frequentatur, etc. C'est une mélodie, un ensemble de cantilène et, néanmoins, une psalmodie. Bref cette musique ne tire rien de leur force puisqu'elle provoque les récriminations des hérétiques et, particulièrement, des donatistes. C'est la méthode de l'Église de Milan dont la mélodie ambrosienne est si proche voisine de la mélodie grégorienne. C'était aussi l'époque où saint Jérôme, avant de traduire de l'hébreu le texte des saintes Écritures, venait de faire paraître ses deux premières revisions du psautier de l'ancienne Italie sur la version grecque des Septante, revisions connues sous le nom de psautier romain et de psautier gallican. Or on sait qu'à part quelques passages de la liturgie — par exemple l'introït de la troisième messe de Noël — demeurés conformes à l'ancienne Vulgate et non corrigés, c'est principalement tantôt du psautier gallican, tantôt du psautier romain que sont tirés la plupart des versets des psaumes qu'on lit dans les introïts, les graduels, les offertoires et les communions du missel, dans l'invitatoire, les antiennes et les répons du bréviaire. Martinetti l'a solidement établi après Bernon de Beichenau qui, avant lui, l'avait remarqué1.
Peut-être cette circonstance pourrait-elle donner lieu à un préjugé touchant la date approximative de naissance de nos chants actuels ? Lors que deux siècles après saint Augustin le pape saint Grégoire Ier parle du chant romain, c'est en des termes qui lui assignent les deux caractères qu'on a reconnus tout à l'heure à celui dont parlait saint Augustin. En 595, saint Grégoire s'oppose à ce que l'on maintienne dans leur fonction de chantres des clercs ordonnés d'abord pour cet office et postérieurement élevés au diaconat : Modulationi vocis inserviunt quos ad prædicationis officium et eleemosynarum studium vacare congruebat.
De ce texte on doit tirer trois conséquences : 1° Le chant est attrayant (comme à Hippone et à Milan) cum populum vocibus delectet ; plus orné que celui de l'évangile et fait l'objet des études des clercs à ce réservés. — 2° Ce sont encore néanmoins des lectiones, car, dit saint Grégoire : Psalmos vero ceteras que lectiones. — 3° Ce sont des psalmos qui sont la grande affaire des chantres, leur office, leur objet, leur destination. Selon lui il n'y a que des psaumes ou, du moins, de la psalmodie. Temps après la 5e leçon, a cette particularité que le chantre psalmodie la première partie du verset et le chœur reprend d'une façon invariable... et laudabilis, etc., sauf d'insignifiantes et d'ailleurs très rares modifications.
Était-ce la tradition de la synagogue ? Ou bien cette pratique était-elle fondée sur les livres saints et la disposition adoptée par eux pour ces deux cantiques et quelques autres offrant une disposition identique ou approchante. Quelle qu'en soit l'antiquité, cet usage subsiste à la fin du Me (chez saint Méthode) et au milieu du IVe (chez saint Athanase) *. — Dans quelle mesure empruntait-on au texte même du cantique ou du psaume à psalmodier le fragment destiné aux reprises du chœur ? Nous ne le savons pas, mais il semble probable que l'emploi d'une intercalation étrangère commença de bonne heure, si l'on observe que le chant des psaumes avec Alléluia, durant le temps pascal, remonte à l'époque apostolique. Toutefois ces développements introduits successivement laissaient intact le caractère psalmodique du chant. Le rythme récitatif était observé loin d'être détruit.
Ainsi, de même que l'antiphonie avait son intercalation corrélative dans l'antienne, ainsi le chant responsorial des psaumes eut aussi son intercalation corrélative dans ce que nous appelons aujourd'hui le « corps du répons » dont la « réclame » n'est qu'une partie tronquée. Peu à peu l'accessoire prenait la place du principal et on s'habitua au cours des derniers siècles à traiter les antiennes et les répons soit de l'office canonial, soit de la messe, sans les rapporter à la psalmodie 3.
H. Leclercq.
PSALTERION. — Aux monuments décrits dans le Dictionn., t. vu, col. 1161-1163, fig. 5902-5905, nous ajouterons ceux-ci d'une époque plus ancienne.
Disparaître brusquement. Ornée de courbes, un grand monogramme constantinien, bouclé à gauche. La poignée presque aussi large que le disque est constituée par une plaque octogonale au pourtour dentelé et orné de petits cercles, la décoration est opulente. Grand cadre formé de deux carrés égaux superposés obliquement, dont les angles dessinent huit triangles égaux. Dans l'octogone intérieur, est inscrit un double cercle. Au centre un personnage assis, coiffé du bonnet thrace, tenant un psalterion ou une cithare, IVe.
Bibl. — P. Monceaux, dans Bull, archéol. du Comité, 1917, pi. xxxiv, p. ccv.
2. Dans le psautier carolingien que nous avons décrit (voir Dictionn., t. xi, au mot Montpellier), on trouve au fol. 1 v° une miniature qui représente David tenant un psalterion qui rappelle la lyre antique et offerts à M. Ferdinand Lot, in-8°, Paris, 1925, p. 364, pi. m.
H. Leclercq. PSAUTIER. — I. Psalmodie. IL Le psautier « gallican ». III. Le psautier juxta Hebrœos. IV. Le psautier « romain ». V. Le psautier latin d'Afrique. VI. De quelques psautiers (18 notices). VIL Psautier carolingien. VIII. Une revision au IXe. IX. Le psautier d'Utrecht. X. Le psautier grec de Paris. XL Le psautier Chloudofi. XII. Le psautier de Munich.
XIII. L'illustration du psautier dans l'art byzantin.
XIV. Psalmodie perpétuelle. XV. Psaume abécédaire de saint Augustin. XVI. Psaume abécédaire de saint Fulgence.
I. Psalmodie. — C'est une tradition juive qui a pris dans le christianisme primitif une place prépondérante. Nous ne pouvons songer à transcrire ici les plus anciens témoignages, ils sont aussi nombreux qu'explicites ; tout au plus nous sera-t-il possible d'en citer quelques-uns.
Saint Paul s'adressant aux Éphésiens leur dit : éauxcâç ^ak^oîc, xod (j^voiç xal tôSaïç 7iveujjia-uxatç, aSovxeç xal fy&XkovTeç, (v, 18) ; aux Colossiens, il répète : èv Tztkcrf) aoepîa xal vouOetouvteç èauxoûç, <\)cù.\i.oZ<z, û[xvo(.ç, 4>So£tç 7rveuu,aTi.xaïç (m, 16). Le presbytre d'Irénée, psalmum exhomologeseos psallebal, il s'agit du Miserere, ps. l, et Eusèbe nous apprend que les solitaires de la Thébaïde cum gaudio at que hilarilale, riden les, capitalem sententiam excipiebant : adeo ut in laudem conditoi is omnium Dei, psalmos, hymnoset gratiarum actiones ad extremum us que spiritum concinerent (Hisl. eccl., 1. VIII, c. ix). Nous avons réuni ailleurs les textes de l'époque anténicéenne et esquissé la reconstitution du psautier de ce temps1 ; nous signalerons seulement ici un texte épigraphique particulièrement précieux qui évoque la mémoire d'un jeune Bithynien mort à l'âge de dix-huit ans et qui « charmait le troupeau du Dieu Très-Haut et formait tous les fidèles au chant des psaumes sacrés et à la lecture des saints livres » (voir Dictionn., t. n, col. 919-920). Nous retrouvons ailleurs des psaltes 2, mais moins reconnaissables que celui d'Hadriani ad Olympum.
La place tenue par les psaumes dans la piété et dans le langage courant des fidèles ferait la matière d'une étude à la fois édifiante et curieuse. Une inscription de l'année 373, nous a conservé ce souvenir d'un mari à sa pieuse épouse défunte 3 : SANCTIQVE TVI MANES NOBIS PETENTIBVS ADSINT VT SEMPER Li'BENTERQVE SALMOS TIBIQVE DICAMVS, et cette familiarité des chrétiens avec les psaumes se manifeste aussi chez les martyrs, par exemple chez saint Saturnin et ses compagnons à Carthage qui per totum iter hymnos Domino cantica que psallebant 4, chez sainte Irène psalmos canenss, et nous pourrions citer encore les actes des saintes Thelica, Theodora, Philippe d'Héraclée, etc.
Septante : Maxàptoç ôv xal upàç ëXa6ov. Une inscription trouvée à Sidon, en Phénicie, en 1854, est certainement une épitaphe et commence par le début du ps. xxm, 1-3 ; elle s'achève par une citation empruntée à saint Paul (I Cor., xv, 53) ; nous donnons ici le début ' : de saint Augustin, le travail est destiné à Paula et à Eustochium et encore studioso cui que, non à ceux qui prient, mais à ceux qui étudient.
D'après dom de Bruyne, l'antiquité comprit la pensée de saint Jérôme et respecta son intention de faire seulement une œuvre scientifique ; l'emploi liturgique (upio)ç 7rot.[xr)v[E]i [ze xoù oùSév [j.e ôa-rep^at.- zlç, tÔtcov •%- XciY)ç èxï (jle <x(ûpio)ç 7T0i|i.[-/)]v[e]i [i.e xocl oùSév> xaxEaxyjvcoaev [ètù] û[S]a[T]oç àva7rauas[co]< : [LZ' [Tï)]v V-ox> S7TÉOTPS^EV.
Autre exemple, à Lapéthos (Chypre) (voir Dictionn., t. m, col 1579, 1742-1743, fig. 2989).
Une inscription du Binson (Marne) nous montre un emprunt au ps. iv, 9-10 2 : In pace in idipsum, dormiam et requiescam :
VRSICINAVIVAT IN DEO DEFVNCTA ANNORVM XXV IN PACE DORMI AM ET REQVIESCAM.
II. Le psautier « gallican ». — Il a existé un psautier ancien qu'on désigne de manière un peu plus précise sous le nom de préhiéronymien que de rares manuscrits et des citations patristiques permettent de reconstituer de façon fragmentaire. Au IVe, avant que saint Jérôme entreprît ses traductions, il était probablement le seul qu'on rencontrât, ce qui ne veut pas dire qu'il n'existât en tous lieux d'Occident qu'une version unique. Toutefois, quel qu'il fut, il dura en Gaule jusque vers le VIe ; en Espagne, il se cristallisa par son absorption dans la liturgie ; en Italie, il succomba et disparut devant la première correction hiéronymienne. A Milan et à Rome on eut désormais le psautier dit romain, qui, de bonne heure, vers le temps de la mission de saint Augustin de Cantorbéry, pénétra en Angleterre, s'y implanta et y dura jusqu'à l'époque de la conquête normande ; resterait à savoir s'il évinça le psautier gallican. Quant à l'Irlande, il se pourrait qu'elle ait acclimaté quelque temps le psautier hébraïque, sans exclusion du gallican.
En Gaule, le gallican tenait bon et, au VIe, Grégoire de Tours lui restait fidèle. Le psautier de Lyon est un texte gallican et beaucoup d'autres psautiers de nos vieilles bibliothèques françaises témoignent de la rivalité persistante entre la seconde révision et la version directe de saint Jérôme jusqu'au vme et au IXe. Peut-être un courant venu d'Espagne apportait-il dans nos contrées franques la version du psautier hébraïque qui s'infiltrait et c'est ainsi qu'en France les deux textes se trouvèrent en présence, on peut dire en conflit, luttant chacun pour son existence et cohabitant sous la forme d'un psautier double ou parallèle dont le célèbre psautier dit de la Reine nous offre un spécimen.
« On a beaucoup écrit sur le psautier gallican, disait dom 1). de Bruyne ; on a esquissé son histoire, énuméré les principaux manuscrits, discuté la date. 11 reste cependant plusieurs questions importantes à résoudre 3. » D'abord, le but poursuivi par saint Jérôme en faisant ce psautier. Était-ce pour corriger le texte chanté dans les réunions liturgiques à la demande d'un évêque, peut-être saint Augustin ? Non, a-t-on répondu, ce psautier n'était pas destiné à la liturgie, la préface le dit clairement. Il ne s'agit pas gi que du psautier hexaplaire dut être très rare avant l'époque de Charlemagne. Celui-ci porte probablement la responsabilité d'avoir imposé son emploi en France. Jérôme n'ambitionnait rien de pareil et surtout pas la récitation liturgique, honneur qu'il lui fallut payer trop cher par la perte de son appareil scientifique et la bousculade des coupures maladroites et l'invasion des mauvaises leçons. On s'est interrogé sur l'origine de ce nom de « gallican » et du droit à porter ce nom. Jérôme en avait dû choisir un, mais lequel ? Peut-être Psallerium secundum Septuaginta. Par Septuaginla, il entendait le grec hexaplaire. Or, le psautier de Corbie (Saint-Pétersbourg, F. V. I. 5), est intitulé secundum LXX ; de même le psautier de Chartres 22. C'est, peut-être, la bonne tradition.
« Le nom de « gallican », toujours au dire de dom de Bruyne, a été créé quand on a voulu comparer les divers psautiers, c'est-à-dire quand on a fait des psautiers triples et quadruples. Ce n'est pas en Gaule qu'on aura appelé un psautier « gallican » et ce n'est pas à Rome qu'on aura appelé un texte « romain ». Ces noms sont donnés seulement par des étrangers C'est précisément ce que nous constatons. Au IXe, à Saint-Gall et à Reichenau on a fait ces psautiers à plusieurs colonnes, on a dû leur donner un nom ; on a donné les noms de gallicanum et de romanum. C'est là, si je ne me trompe, l'origine de ces deux noms.
« Ces noms ont causé des erreurs qui se répètent encore aujourd'hui. On répète encore que ce psautier se propagea rapidement d'abord et surtout en Gaule. D'autres attribuent l'introduction du psautier à Grégoire de Tours. Ces légendes n'ont plus besoin de réfutation. Mais pour déraciner l'erreur, pour l'empêcher de renaître sans cesse, il conviendrait de supprimer ce nom donné au IXe, de le remplacer par un autre qui exprimerait la véritable nature de ce texte. Le nom de secundum LXX a le désavantage d'être équivoque. Nous n'employons plus le mot de Septante dans le sens spécial qu'entendait saint Jérôme, il faudrait ajouter une explication. Le seul nom clair qui exprime l'essence du texte est « psautier hexaplaire » (latin). » III. Le psautier juxta Hebraeos. — C'est entre les années 382 et 384 que saint Jérôme revit sur le texte des Septante la traduction latine du psautier, mais un peu superficiellement et en évitant de trop notables corrections. De cette version revisée on fit longtemps usage dans l'Église romaine quoi que l'auteur eût entrepris très peu de temps après une nouvelle traduction latine d'après le texte grec des hexaples d'Origène. Cette version hexaplaire dont nous venons de parler s'est conservée dans le texte de la Vulgate actuelle et a partout supplanté le psautier romain, sauf à Saint-Pierre de Rome et à Milan, où l'on continue d'en faire usage. Elle satisfaisait saint Jérôme qui lui décernait le satisfecit de translationem diligentissime emendatam, mais ce ne fut pas pour longtemps. Quelques années plus tard, il pensa mieux faire encore et entreprit une traduction directement sur l'hébreu, afin de répondre aux Juifs qui omettent ou altèrent les témoignages, ut scirent nostri quid hebraica veritas continent. Le saint lui-même nous apprend que, dans cette dernière version, il n'a rien changé au texte hébreu qu'il a rendu comme il l'a compris, souvent cependant plutôt selon le sens que d'après la suite des mots. Malgré les mérites littéraires de ce travail et la fidélité de la traduction, le psautier « gallican » (ou hexaplaire) fut maintenu dans la Vulgate. Il n'en est pas moins utile pour l'intelligence des psaumes de connaître le psalterium juxta Hebraeos.
Nous avons dit qu'il jouit en Espagne d'une véritable popularité et on retrouve son texte dans presque tous les manuscrits d'origine espagnole ; il semble bien qu'il jouit aussi en Irlande de quelque faveur. On le trouve dans les plus anciens et les meilleurs manuscrits de la Bible latine, V Amiatinus, le Cavensis, le Toletanus, le Theodulfianus, Y llubertianus. Il fut réédité bien souvent depuis l'édition princeps de Gunther Zainer en 1473, soit séparément en 1496 et en 1509, soit avec les œuvres de saint Jérôme, en 1526, par Érasme ; en 1693, par dom Martianay ; en 1734-1742, par Vallarsi. Dom Sabatier reproduit, en 1751, l'édition de dom Martianay et, en 1766-1772, Zerletti reproduit celle de Vallarsi. Ces deux grandes éditions et surtout celle de Vallarsi demeurèrent à la base des éditions du XIXe. Quant au texte publié par de Lagarde, en 1874, il est presque introuvable. Une dernière édition a été donnée, en 1922, par J.-M. Harden, Psalterium juxta Hebraeos Hieronymi edited with introduction and apparatus criticus, in-8°, London.
IV. Le psautier « romain ». — On vient de lire que le psautier « romain » s'est conservé seulement à Saint-Pierre de Rome et à Milan, depuis le pontificat de saint Pie V ; ce nom de « romain » datait du IXe et, par opposition au nom de « gallican », désignait un texte en usage liturgique à Rome et dans une grande partie de l'Italie. Le nom datait, avons-nous dit, du IXe, mais avant cette date on le rencontrait à peu près partout en Occident, en Angleterre, en Allemagne, mais non en France, où régnait le « gallican », en Espagne où on usait de deux types mozarabes, et dans le nord de l'Italie où on avait l'« ambrosien ». Dès le VIe on le voit cité par saint Grégoire Ier et rien n'indique que celui-ci l'ait introduit à Rome. C'est celui que cite fréquemment saint Benoît et que commente Cassiodore qui représentent le sud de l'Italie.
Une si large diffusion et un usage si prolongé permettent de comprendre que le texte ne soit pas resté à l'abri des retouches, cependant le recours aux éditions anciennes et, même aux manuscrits ne suffit pas à résoudre le problème du texte. « Les manuscrits sont assez souvent d'accord contre les éditions de Tomasi et de Martianay, souvent aussi ils ne sont pas d'accord entre eux » et les spécialistes de ces sortes de recherches ne se prononcent pas. Ils ne peuvent même plus se résoudre à attribuer ce vieux texte à saint Jérôme, attribution qu'ils déclarent « étonnante, difficile, fausse, impossible », et ne découvrent pour la maintenir « aucun argument, sauf la tradition ». Elle est unanime depuis près de deux siècles, mais plus anciennement l'accord n'était pas fait, ce que constate Martinetti, en 1745. Il se pourrait que l'attribution du psautier « romain » à saint Jérôme, dépende d'une affirmation faite au XIe par Bernon de Reichenau dans une lettre à Meginfrid et à Bennon, lettre où on lit que Jérôme a publié ses trois psautiers, gallican, hébraïque et romain, en trois colonnes parallèles. Bernon avait trouvé dans la bibliothèque de son monastère un manuscrit contenant les trois psautiers parallèles ; c'est, aujourd'hui, le manuscrit de Karlsruhe, Aug. 38.
Ici s'amorce une démonstration de vingt pages au terme de laquelle on conclut que « le psautier romain n'est pas la première révision hiéronymienne de l'an 384 et que des parties assez considérables de cette révision sont arrivées jusqu'à nous ». Nous n'avons pas qualité pour en décider et il se pourrait bien que ce problème, puis que « problème » il y a, reçoive une solution différente ; on ne tente rien de plus ici que noter l'état de la discussion à une date encore récente.
La traduction du psautier d'après l'hébreu, vers 393, avait été précédée par celle d'après le texte des hexaples (vers 389) et antérieurement encore par la révision du psautier romain, mais les copistes en prenaient à leur aise, tellement que l'erreur l'emportait sur les corrections. Voyant cela, saint Jérôme décide d'entreprendre une traduction qui bravera l'inattention ou l'incorrection volontaire des copistes ; il renonce donc à son œuvre première ce qui n'empêchera pas celle-ci de faire son chemin. Mais qu'est devenue sa première révision ? On répond à cela : ce n'est pas le psautier romain, parce que saint Jérôme a dû procéder dans sa révision du psautier de la même manière qu'il a suivi pour la révision des évangiles. Dès lors, il a dû supprimer ou réformer les leçons harmonisantes, il a dû expulser ceci, tolérer cela, comprendre et ne pas comprendre, corriger et ne pas corriger, etc. ; toutes raisons ingénieuses mais non évidentes. Tout cela est présenté avec un détail qui ne peut trouver place ici, mais il faut supposer que l'entente est faite — du moins pour un temps. Voici le dernier mot de dom de Bruyne : « J'ai dit que la première révision de Jérôme n'était pas, comme tout le monde croyait, le psautier romain, mais le psautier dont nous trouvons des citations dans les Commentarioli. Le P. Lagrange examine mes arguments et les réponses données et finit par me donner raison. » Pour en juger et prendre parti, il faut attendre encore, puisqu'on est exposé à lire que « jusqu'au IXe, le psautier traditionnel dont se servent la plupart des Églises d'Occident est celui-là même que saint Jérôme a sommairement et hâtivement révisé en 383 ou 384 pour les « dévotes » de Rome. On l'appellera fort justement le psautier « romain ». Et encore que « en 383, le pape Damase chargeait saint Jérôme de revoir la version des Livres saints. L'ardent Dalmate se mit à l'œuvre aussitôt : il fit la révision des Évangiles ; puis, la même année, celle du psautier que le pape introduisit immédiatement dans la liturgie romaine, d'où son nom de psautier « romain » (a. 383) ».
V. Psautier latin d'Afrique. — En Afrique, les conquérants latins apportèrent une religion dont la population punique adopta les croyances et célébra le culte sans qu'on puisse préciser à quel rythme, mais il est vraisemblable que, dans son impatience de s'associer à la prière publique, elle adopta dans leur idiome latin les portions des Livres saints les plus usagées dans la liturgie : Évangiles et Psaumes. Il y eut ainsi une version latine africaine de l'Écriture, très probablement d'origine populaire. Les écrits de Tertullien paraissent plusieurs fois mentionner positivement une version écrite et en laissent supposer l'existence, mais il est impossible de conclure de ces citations à la reconstitution de tel ou tel livre de la Bible de l'apologiste ; son texte est trop mouvant pour déterminer la part de traduction directe du texte grec et d'utilisation consciente ou inconsciente de versions populaires.
Passant de Tertullien à saint Cyprien, on constate que leurs deux versions sont apparentées mais non identiques, elles présentent de notables différences et celles-ci remontent aux origines des textes primitifs des anciennes versions africaines. Le type cyprianien représente une des formes de texte les plus en vogue en Afrique et nous le possédons abondant et fidèle dans les précieux Teslimonia, simple recueil de citations scripturaires qui nous restitue l'état primitif. C'est une version populaire encore.
On s'aperçut que cette origine n'avait pas contribué à la dignité du texte et on songea à améliorer celui-ci par révision et correction. Lactance y contribua, les écrivains donatistes également, on s'écartait de la forme antique, en sorte que si, en 330, les versions africaines gardent la physionomie cyprianiene, en 370, elles s'en sont affranchies au point qu'on cherche entre les deux textes un lien quelconque. Et voici que survient saint Augustin (354-420). Ses Enarrationes in psalmos nous ont conservé un psautier complet (à l'exception de seize psaumes dictés vers 415 seulement), le psautier liturgique en usage dans l'Église d'Hippone (voir Dictionnaire, t. VI, à ce nom), dans un texte essentiellement africain contenant d'abondantes traces de l'ancien psautier cyprianien. S'ils ne restituent pas la vieille physionomie du psautier, c'est que celui-ci avait définitivement disparu après la révision faite en 350. Quant au psautier de Vérone (VIe), frère de celui d'Augustin et africain comme lui, il nous offre la seule physionomie intacte et intégrale du psautier africain qui nous ait été gardé dans une bibliothèque.
VI. De quelques psautiers. — Les quelques indications qu'on vient de lire sont à peine suffisantes pour indiquer certains aspects du sujet esquissé dans ce travail, condamné à n'être qu'un simple rappel de quelques-uns des principaux monuments paléographiques et artistiques dont le nombre est trop considérable pour faire ici l'objet d'un essai de classement. Parmi ces psautiers mémorables, quelques-uns ont déjà été l'objet d'une description dans le Dictionnaire ou d'une simple mention ; nous allons signaler quelques autres en peu de mots sans aucune pensée de classement que, d'ailleurs, l'état actuel de cette branche d'érudition rendrait illusoire presque le jour même où il paraîtrait. On voudrait ne prendre ces notes décousues que sous le bénéfice des progrès futurs de la science. L'examen de son titre. Dom Sabatier, qui l'a édité soigneusement, avait déjà reconnu sa parenté avec celui d'Hilaire de Poitiers, ce qui a été précisé : un sixième des leçons intéressantes de ce dernier est exclusivement commun avec notre manuscrit. Plus étroit encore s'affirme le rapport avec celui d'Eucher de Lyon. En définitive, le ms. lat. 11947 représente un type très caractérisé de psautier gaulois au VIe.
3° Psautier de Corbie. — Aujourd'hui à Saint-Pétersbourg. F. I. 5 (Ve) ; texte moins correct mais néanmoins encore assez voisin de celui du Paris. lat. 11947 (voir Dictionn., t. xiv, col. 640).
D'une comparaison instituée entre ces deux manuscrits et les deux précédents (de Beichenau), il ressort que Psalt. Aug. 1 est un psautier gaulois relativement pur et Psalt. Aug. 2 porte assez la marque gauloise pour garantir cette origine.
Vers la fin du VIe ou le commencement du VIIe, la Gaule usait de deux types de psautiers. Le rapport de ces deux psautiers avec les versions hiéronymiennes n'est pas établi ; il semble que, jusqu'à Charlemagne, la deuxième révision de saint Jérôme fut pratiquement inconnue en Gaule ; son introduction à cette époque apparaît à la fois brusque et générale, imposée par voie d'autorité.
4° Psautier de la Reine. Val. Reg. N. XI. — Ce fut Tomasi, sous le pseudonyme de Jos. Carus, qui fit connaître ce texte sous le nom de Psalterium juxta duplicem editionem quam Romanam dicunt et Gallicam una cum Canticis ex duplici item editione et Hymnarium al que Oralionale, in-12, Bornée, 1683. Le manuscrit mesure 0 m. 310x0 m. 230 ; il est écrit en onciales, sauf le titre et les rubriques en capita les. Tomasi l'estimait, en 1683, supra nongentos annos (ut arbitramur) scriptus ; en 1747, Vezzosi écrit : nec octavo seculo recentior ; mais dix ans plus tard, en 1757, dom Tassin et dom Toustain disent qu' » il paroit du commencement du Ve » et ils évoquent à son sujet le Virgile de Florence. Un siècle se passe et J.-B. De Bossi le replace au VIIe et même au VIIIe ou au IXe et, en 1897, on reparle du VIe-VIIIe. On va donc du Ve au IXe, soit une marge de quatre siècles.
Le livre appartint au comte Evrard, gendre de Louis le Débonnaire, qui y apposa son nom, qu'on y lit encore au fol. 236 ; ce qui a permis de l'identifier avec le Vat. Reg. XI, qu'il légua à son fils aîné. batier, liibliurum sacrorum latinee uersiones anti^atr, t. ii, lre part. 'H. Jeannotte, Le psautier de saint Hilaire de Char les V, en 1404. Au milieu du XVIe, avant les dévastations des protestants, la bibliothè que de la Sainte-Chapelle renfermait une centaine de volumes dont on possède le catalogue, daté du 17 novembre 1552. Dix années plus tard, les huguenots ne l'épargnèrent pas, mais ils ne furent pas les plus funestes à la conservation de ce riche dépôt. Au début du XVIIIe, dom Edmond Martène (voir Dictionn., t. x, à ce nom) le visita et voici ce qu'il nous apprend : « M. le procureur du chapitre me fit ouvrir le lieu où ils [les manuscrits] étoient conservez. Je les trouvai dans un état pitoyable, parce que le receveur du chapitre, à qui on avoit confié la clef de ce lieu, en avoit fait un poulailler, et que, comme ils étoient ouverts sur des pupitres, les poules les avoient couverts d'ordures. » En 1752, les chanoines offrirent une vingtaine de ces manuscrits à Louis XV pour la Bibliothè que du roy, et L. Delisle les a retrouvés et reconnus à la Bibliothè que nationale ; il a décrit le ms. suppl. lat. 333, in-folio, de 196 feuillets, format très allongé, sur parchemin, écriture anglo-saxonne du XIe. Il doit manquer un feuillet au commencement : le feuillet 186 a été coupé avec un canif. Ce remarquable manuscrit, dit-il, contient le psautier latin, avec la version anglo-saxonne en regard l. Sur les premières pages on voit quelques dessins au trait. Après le psautier, ont été transcrits différents cantiques sacrés, le symbole de saint Athanase et les litanies des saints. Le copiste s'est fait connaître : sacer Dei Pulfrinus, id est cognomenlo Cada. Le manuscrit paraît avoir été fait pour une femme. Le duc de Berry y a apposé son nom et a pris soin de le décrire.
Les litanies des saints méritent d'être comparées avec les litanies anglicanes que Mabillon 2 a publiées d'après un ms. de Reims. Je crois, dit L. Delisle, ces dernières plus anciennes que les nôtres, bien que l'éditeur en ait probablement exagéré l'antiquité. L'absence du nom de plusieurs saints anglo-saxons l'a porté à croire qu'elles remontaient au VIIe. Mais il m'a semblé que ces litanies doivent appartenir à la liturgie galloise, et dès lors l'absence de certains noms anglo-saxons ne peut servir à fixer la date du monument.
12° Psautier de Saint-Gall. — (Bibliothè que cantonale) (voir Dictionn., t. vi, col. 174, n. 15, 17, 19), IXe.
13° Psautier de Charlemagne. — Vienne, n. 1861 ; antérieur à l'an 795 (voir Dictionn., t. m, col. 704).
15° Psautier de Folchard. — (Voir Dictionn., t. vi, col. 177, n. 23).
16° Psautier de Wolfcoz. — (Voir Dictionn., t. vi, col. 175, n. 20.) 18° Psautier de Stuttgart. — Cf. A. Dold, Ein Stuttgart alllateinischen Unzialpsalter aus dem vm. Juhrhundert, dans Romische Quartalschrift, t. xm, 1934, p. 251-277, pi. xxvi-xxx.
VII Psautier carolingien. — Le manuscrit conservé à l'université de Montpellier, H. 409, se compose de 346 feuillets de parchemin, mesurant 0 m. 214 x 0 m. 120. Il compte en tout 27 cahiers auxquels furent ajoutés à une épo que ancienne 3 autres cahiers. La première partie en écriture précaroline (fol. 1-330) contient les psaumes avec commentaire abrégé, la deuxième partie en minuscule Caroline (fol. 331-346) renferme les cantiques et les litanies. L. Delisle a montré que cette addition reporte aux années 783 à 794, puisqu'on y lit le nom de la reine Fastrade, mariée à Charlemagne en 783 et morte le 10 août 794.
On distingue, dans les feuillets 3-330, deux mains différentes ; les rubriques sont en onciale, tracées à l'encre rouge, orange ou verte. En tête du psautier (fol. 17), quelques lignes en capita les très élégantes écrites alternativement à l'encre or, argent, violette, verte, rouge vif, avec un d oncial doré, terminé par une tète d'oiseau à bec recourbé, et un B capital, dont les panses sont formées de poissons affrontés et la tige décorée d'une tresse compliquée disposée en cinq pelotes superposées, le tout rehaussé d'or et d'argent, qui annonce déjà celui du psautier d'or de Charlemagne conservé à Vienne. Les lettrines des alinéas sont en capitale ou onciale à traits doublés, divisés en com partiments de couleurs variées, vert, ocre, ja une orange ; cel les des psaumes sont décorées d'or ou d'argent, ornements en zigzag ou tressés, de palmettes,de feuil les, de trèf les, d'entrelacs et de figures de poissons affrontés ou d'oise aux.
Deux miniatures à pleine page ornent le début du volume : le roi David (fol. 1 v°) (voir Dictionn., t. xiv, au mot Psalterion) et le Christ (fol. 2 v°). « Ce sont, à ma connaissance, écrit M. Ph. Lauer, les premières miniatures à représentation humaine que l'on puisse citer dans nos manuscrits de Gaule depuis l'épo que barbare. On comprend donc tout l'intérêt qui s'y attache. David (voir fig. 1 0572) est vêtu d'une robe gris mauve bordée d'or, décorée dans le bas de ban des d'argent et d'un manteau pourpre bordé d'or dont il porte l'extrémité relevée sur son bras gauche... les cheveux sont longs, jaunes et dessinés en rouge..., les pieds sont nus, mais on y voit des lanières destinées à fixer des sanda les, simp les semel les qui n'ont pas été figurées. Les yeux, avec les pupil les très dilatées et soigneusement dessinées annoncent, par leurs dimensions et leur forme en amande, ceux de la belle miniature de l'évangéliaire de Godescalc » (voir Diclionn., t. m, col. 707 et pi. h. t. en couleurs), celle-ci exécutée entre 781 et 782, par conséquent contemporaine.
« Assurément l'influence insulaire est considérable, surtout pour l'ornementation des arcatures et les plis des vêtements : il suffit d'y comparer les miniatures irlandaises des libri scotdce scripti de Saint-Gall (voir Diclionn., t. vi, à ce nom) pour s'en convaincre. Mais déjà nous nous trouvons en présence d'un art différent de l'irlandais, du byzantin, du mérovingien, et qui est l'embryon de l'art carolingien, où l'on sent déjà un retour au réalisme anti que. Les personnages n'ap partiennent plus à la catégorie des dessins stylisés : ils ont des formes véritab les, malgré quelques fautes de proportions, comme la main droite du roi David qui est de dimensions exagérées. Et si nous comparons ces miniatures, aux ors nombreux, aux teintes plates claires (ja une, orange, vert, gris, mauve) et aux taches grenat qui y ponctuent la note sombre, avec cel les du célèbre Psallerium aureum de Saint-Gall (de la seconde moitié du IXe) l, nous sommes frappés de la similitude des coloris et même de certains détails du dessin : ainsi les rubans tressés et les ornements en palmettes 2 des petites arcatures accouplées de l'escabeau du roi David 3, et son instrument à cor des, enfin les pupil les très grosses et noires des yeux des personnages 4. Toutefois l'évangéliaire de Godescalc étant plus voisin comme date, offre des tresses encore plus semblab les dans l'encadrement de la miniature du Christ. Mais il existe encore des ornementations analogues dans d'autres manuscrits de Saint-Gall, notamment dans le célèbre psautier de Folchard (IXe) 5 (voir Diclionn., t. vi, col. 177, n. 23). Ce dernier offre en outre des caractères paléographiques identiques à la seconde main de notre psautier, le g en forme de 3, la ligature nt 6. La conclusion de l'étude des miniatures confirme donc celle de l'examen paléographi que, en indiquant des ressemblan ces entre certains manuscrits rhénans et notre psautier 7. » La version du texte de ce psautier est la version dite romaine représentant l'ancien psautier romain usité dans les Églises banques à la fin du VIIIe *. C'est à ce titre particulièrement que le texte offre un très vif intérêt et doit être décrit ici avec précision.
Les piè ces liminaires, au nombre de douze \ se trouvent dans d'autres manuscrits tels que ['Amiatinus, le Yalicanus 84 et tous les témoins du psautier romain. Au fol. 17 vient le texte du psautier avec le commentaire verset par verset. Nous donnons le psaume Ier afin qu'on puisse s'en faire une idée :
Psalmus 10 David et de Joseph dicit qui corpus XPISTI sepellivit11. Beatus vir qui non abiit... in cathedra pestilentiœ non sedit. Interpretatio12 : In hoc psalmo continetur beatitudo eorum qui secundum legem Dei vivunt et futurum Dei judicium impiorum et peccatorum ; propterea nominatim virum dicit quia vir caput est mulieris, nam virum dicit significat mulierem ; hoc est non consentire cogitationibus suis malis sed magis refutare. Perseverantia maledicit cathedra, pestilentes autem dicuntur qui non solum ipsi peccant sed etiam alios peccatis suis sociare nituntur. Sed in leye Domini fuit voluntas ejus et in lege ejus meditabitur die ac nocte. Interpretatio : Ille méditât legem Domini qui secundum legem vivit et fructum operum suorum ex lege ostendit. Lex enim quasi inberrigans est. — El erit tanquam lignum quod plantatum est secus decursus aquarum. Interpretatio : Ab hoc comparabitur...
On aura remarqué dans le titre du psaume Ier une allusion à Joseph d'Arimathie, ce qui n'est pas exceptionnel puisqu'on lit ailleurs, dans les arguments des psaumes selon Origène : Psalmus iste cum generaliter de omnibus sunctis, specialiler de Joseph, qui corpus Domini sepelivit l3. Dans les Commentarioli de saint Jérôme sur les psaumes, on rit au psaume ier : Aliter Tertullianus in libro De speclaculis1 adurit h une psalmum et de Joseph posse inlelligi, qui corpus Domini sepelivit, et de his qui ad spectacula gentium non conveniant11« . Ailleurs, commentant saint Matthieu (xxvn, 57) saint Jérôme dit de même : In alio evangelisla Joseph iste (3oijXeutt]ç) appellatur, id est consiliarius et de ipso quidam putanl primum psalmum esse compositum : Beatus vir qui non abiit in consilio impiorum, et reliqua. a écrit : Jncipil prophétie, ce dernier mot se rapportant évidemment à David. » lue glose interlinéaire ajoute : />/ est rejert idem psalmus. « Cv mot est ajouté partout en (fol. 122, col. 1) qui débute ainsi : Quœ Nathan projeta per parabolam sapienter interrogans, et, après un grattage, passe de suite à Ecce enim in iniquitalibus. A signaler aussi à certains endroits des gloses interlinéaires tracées d'une petite écriture très fine qui paraît être du Xe environ 2 ».
Le psautier que nous venons de décrire sommairement se termine par le texte de célèbres litanies carolines que Mabillon préleva dans l'ensemble du manuscrit pour les publier dans ses Vêlera analecta 3, en 1675, d'après une copie du jésuite Pierre-Fr. Chifllet envoyée de Besançon à dom Luc d'Achery. Un fac-similé en a été publié par L. Delisle pour les feuillets 194 v° et 344 dans l'Album paléographi que de la Soc. de l'École des Char les (1887), pi. xvi.
Au fol. 331, commencent les cahiers ajoutés, nouvelle écriture, encore différente. Une rubri que annonce les cantiques au nombre de dix et le Te Deum, dans un ordre différent de celui de Tomasi-Vezzosi 4, mais il se retrouve, sauf pour le Te Deum, dans le Psalterium aureum de Vienne 5.
Au fol. 34t, col. 2, commencent les Lau des (voir Dictionn., t. vin, col. 1887-1916) invoquant le Christ, les anges et les saints pour celui qui est l'objet de la cérémonie.
Au fol. 344, on lit : Exaudi Xpiste, Adriano summo pontiftce et universale papse vital Redemptor mundi tu lo iuual Sancte Pelre tu lo iuual etc. Karolo excellentissimo et a Deo coronato magno et pacifico rege Francorum et Langobardorum ac patricio Romanorum vita et Victoria... Ces qualificatifs ne se trouvent joints dans les actes de Char les qu'au titre d'empereur (à partir de l'an 800) et ja mais à celui de roi 6. Il est donc intéressant de les relever ici, dans un texte certainement antérieur à 795 ; le titre de patrice est porté par Charlemagne à partir de 774 '. La copie du P. Chifflet publiée par Mabillon est assez défectueuse, notamment dans la transcription des noms de saints 8.
« Mabillon estime, avec toute apparence de raison, que ces litanies ont été écrites à Soissons, au monastère de Notre-Dame, à cause des noms de saints qu'on y relève : Bautaridus et Urauscius, l'un 14e, l'autre 22e évê que de Soissons, ainsi que Vodoalus et Leodardus qui furent l'un reclus, l'autre boulanger dans ladite abbaye. Nous y ajouterons sainte Medresme, sainte locale qui se retrouve dans le calendrier des Missels de Saint-Médard de Soissons 9. » Ce texte des litanies carolines ou lau des gallicanse est plus ancien que celui qui fut publié par Aug. Prost,0 d'après le Psautier de Harlay (Paris, lai. 13 159, fol. 163), car ici il est question d'Hadrien Ier et dans l'autre de Léon III seulement. C'est un texte d'origine fran que, où on lit encore les noms des anges Orihel, Baguhel et Tobihel que le pape Zacharie, au synode romain de 745, classait parmi les démons. grecs et latins et il s'est imposé le devoir de s'écarter le moins possible de la revision de saint Jérôme. La raison en est dans le respect dû à ce grand docteur et dans les nombreuses divergen ces existant entre les psautiers, même entre les psautiers grecs. Enfin l'auteur s'est interdit toute nouveauté choquante, il a noté les mots latins qui ne répondent à rien dans le texte grec et inversement, les transpositions qui ne sont pas toutes bien graves si on en juge d'après celle-ci au ps. v, in tua justitia au lieu de in justitia tua ; aussi il a passé outre. Mais pour les autres corrections, il a eu recours à divers sig les dont l'intelligence exigeait la présence d'un texte grec, lequel man que dans le manuscrit en question. Il n'est donc qu'une copie incomplète et non le travail original du reviseur qui supplie ceux qui voudraient le corriger de n'en rien faire sans avoir préalablement examiné le texte grec et la correction latine de saint Jérôme.
L'âge du manuscrit, ixe-Xe, permet de croire que la revision est de la fin du IXe, date que confirme le style de la préface. Le lieu d'origine peut être induit de ce fait que le texte est celui du psautier milanais, donc Milan ou ses environs ; les cantiques et l'hymnaire sont de même en usage dans la liturgie de Milan. Quant à l'auteur, il savait fort bien la langue grec que, il ne s'en cache pas et, même, il ne fait auc une faute. D'après cet indice on a proposé d'y voir l'Irlandais Sédulius qui fut écolàtre de Saint-Lambert de Liège, vers le milieu du IXe, d'où il passa à Milan quelques années plus tard. Sa connaissance du grec est attestée par le psautier grec en lettres oncia les, écrit de sa main, qu'on conservait à l'abbaye de SaintMihiel où dom Martène et dom Durand le virent en 1717 ; sa prati que du latin n'allait pas sans quel que afféterie, un goût excessif des néologismes dont on a pu relever des tra ces dans son essai de revision ; enfin l'emploi du chrismon qu'il fait en guise d'obèle dans le ms. 342 se rencontre également dans un exemplaire de notes du même Sédulius conservé aussi à Munich, lot. 6238, fol. 49, 58, 63 ».
IX. Le psautier d'LTtrecht. — Ici ce n'est pas le texte mais l'illustration qui doit retenir notre attention. lille a fait l'objet des étu des de Tikkanen, L. Delisle, Paul Durrieu, et sur lequel nous n'avons pas à revenir après ce qui a été exposé dans le Dictionn.,t. vu, col. 1191, fig. 5933 ; t. xi, col. 13441360, fig. 8155-8166 ; t. xn, col. 1988-1995, pi. horstexte 8996.
XIII. L'illustration du psautier dans l'art byzantin. — « Au point de vue de l'histoire de l'art byzantin, le psautier a peut-être plus d'importance que l'évangile, parce qu'il a inspiré au peintre des images plus riches d'idées et l'a induit à une plus grande indépendance 1. » Les éléments les plus divers composent cette illustration, fait remarquer M. Ch. Diehl dont nous citons les ingénieuses considérations 2 ; à côté des scènes empruntées à la vie du roi David, les artistes se sont de bonne heure attachés à traduire en images toutes les allusions symboliques qui, dans le texte, semblaient applicab les à la personne du Christ, et les épiso des évangéliques, empruntés à l'enfance, aux mirac les et à la passion du Sauveur, ont pris ainsi dans l'illustration une place considérable. D'autres scènes, qui, el les aussi, préfiguraient des épiso des de l'histoire du Christ, furent tirées de la vie de Moïse ou de celle de Joseph ; certains sujets traduisirent, sous une forme allégori que, les idées mora les exprimées dans le texte ; enfin, dans certains manuscrits du psautier, se rencontrent de curieuses allusions aux événements historiques et aux polémiques religieuses du temps. Cette illustration toutefois, on le sait, s'ordonne dans les divers manuscrits selon deux types très différents. Tantôt, dans le groupe que Tikkanen appelle « le groupe aristocrati que » et dont le psautier de Paris (gr. 139) du x> siècle représente un des plus anciens exemplaires, l'illustration est composée de miniatures en pleine page, empruntées pour la plupart à l'histoire du roi David. Tantôt, dans le groupe cpie Tikkanen nomme « le groupe monasti que et théologi que » et dont le psautier f.hloudof, qui date du IXe, est le plus ancien exemplaire connu, les miniatures sont, au contraire, disposées à la marge du texte et leur nombre est beaucoup plus considérable s. Dans ces deux séries d'illustrations, le style comme la conception diffèrent profondément. Tout le monde a signalé le caractère anti que qui mar que les miniatures du psautier aristocrati que, la verve plus populaire, plus réaliste, plus familière qui distingue l'illustration du psautier à vignettes margina les. Ce qui importe, c'est de marquer la place assez particulière, et par là même fort importante, qu'occupe entre ces deux groupes le psautier serbe de Munich.
Strzygowski remar que justement que, malgré ses miniatures souvent exécutées en pleine page, le psautier de Munich se rattache plutôt au groupe des manuscrits à illustration marginale 4. Mais, malgré cette parenté évidente, le psautier serbe représente dans ce groupe une rédaction assez spéciale, et, par la composition du texte autant que par l'illustration, il diffère notablement des autres manuscrits de la série. Dans le texte, outre les psaumes et les neuf o des ou prières extraites de l'Ancien et du Nouveau Testament, on trouve en tête une série de passages relatifs à Saùl et à David, et, après les o des, la parabole du bon Samaritain, le célèbre hymne akathistos (voir Dictionn., t. i, à ce mot) en l'honneur de la Vierge, enfin une série de six tropaires chantés à l'office du dimanche. A ces différentes parties du livre correspondent des cyc les de miniatures qui, selon la remar que de Strzygowski, sont absolument « uniques en leur genre » 5. Nulle part ailleurs, on ne recontre la série de miniatures qui précède le psautier proprement dit, et dont les deux premières — l'une d'el les se rencontre au reste pour la première fois dans l'histoire de l'art 6 — sont visiblement inspirées du fameux roman oriental de Barlaam et Joasaph (voir Dictionn., t. vu, à ce nom). Parmi cel les qui suivent, et qui sont tirées de la vie de David, deux scènes sur cinq apparaissent pareillement pour la première fois dans l'iconographie. Les miniatures qui viennent après le texte des psaumes et des o des sont, peut-être, plus origina les encore. La parabole du bon Samaritain ne s'est point jusqu'ici rencontrée dans le psautier. L'illustration de l'akathistos offre toute une série de traits origin aux et caractéristiques qui contrastent avec les représentations habituel les empruntées à la vie de la Vierge, en particulier une adoration des mages, qui semble copiée d'une mosaï que monumentale 7. et plusieurs épiso des (madone trônant, la Vierge et les orateurs, adoration de l'icône de la Vierge)8, dont l'inspiration est toute différente du type coutumier. Enfin les six miniatures du cycle final ne se rencontrent absolument nulle part ailleurs.
Ce n'est pas tout. Passez en revue les 98 miniatures qui constituent l'illustration propre du psautier. Un bon cinquième des épiso des ne se retrouve dans aucun des manuscrits illustrés, assez nombreux pourtant, que nous possédons des psaumes et, sans entrer dans le détail de ces divergen ces, une conclusion générale s'impose évidemment : c'est que, sur beaucoup de points, l'illustration du psautier de Munich s'écarte de la rédaction ordinaire, pour suivre une voie originale. Sans doute le peintre serbe, auteur du psautier, était très capable d'initiative individuelle et il laisse, dans certains détails de mobilier et de costume, paraître l'influence du temps.
Pourtant il semble difficile d'attribuer à son inveo tion propre tant d'épiso des origin aux qui remplissent le psautier de Munich. Certains parmi eux paraissent s'inspirer de modè les d'un âge beaucoup plus ancien cl l'idée se présente naturellement de se demander si. à l'origine de cette illustration si particulière, il ne faut point chercher quel que lointain prototype perdu.
On admet généralement que l'illustration marginale du psautier est née sous l'inspiration monastique dans la première moitié du IXe. J. Strzygowski s'est efforcé de lui trouver des origines plus anciennes. Après avoir entrepris de démontrer que le psautier aristocratique dérive d'un prototype asiatique du IVe ou du Ve, il a voulu prouver que le psautier à illustration marginale « est une création spécifiquement orientale, née dans les couvents de Mésopotamie et de Syrie, vers le VIe ou même auparavant ». C'est précisément sur l'illustration du psautier de Munich que se fonde la démonstration. Ses miniatures nous auraient conservé, « nettement reconnaissable, un prototype non point byzantin, mais hellénistico-oriental, c'est-à-dire syrien ».
Il n'est point niable, et Tikkanen l'avait déjà remarqué, que les psaumes ont tenu une grande place dans la pensée des Pères du IVe, et l'on sait avec précision que, dès le Ve, un évêque de Ravenne avait fait décorer une salle de sa maison de mosaïques ou de peintures illustrant le psaume cxlviii. Il n'est donc nullement invraisemblable d'attribuer au psautier illustré des origines plus anciennes que celles qu'on lui attribue communément. Il est remarquable, d'autre part, que les allusions à la querelle des iconoclastes, si nombreuses dans l'illustration des psautiers à vignettes marginales, manquent absolument dans le psautier serbe de Munich, ce qui semblerait bien indiquer un prototype antérieur à cette époque. Quand on conclut que ce prototype soit nécessairement d'origine syrienne, on a les meilleures raisons d'en douter.
Quoi qu'il en soit, le psautier serbe de Munich nous a fait connaître un assez grand nombre de scènes nouvelles pour l'iconographie, et certaines d'entre elles témoignent d'une évidente parenté avec les compositions plus anciennes du Ve et du VIe. Derrière le miniaturiste du XVe, on sent des modèles excellents et une longue tradition d'art.
XIV. Psalmodie perpétuelle appelée aussi Laus perennis. (Voir Dictionnaire, t. i, col. 858-867.) XV. Psaume abécédaire de saint Augustin. — Le 8 octobre 393, un grand concile fut tenu à Hippone (voir Dictionnaire, t. vi, à ce nom) et les Pères africains dénoncèrent le danger que faisaient courir à la foi la doctrine et les méthodes du parti donatiste. Le concile promulgua deux canons en vue de préparer les voies à la lutte qui s'imposait. L'évêque d'Hippone, Augustin, entama celle-ci par son commentaire du Sermo Domini in monte et presque aussitôt s'essaya à une composition qui est unique dans son œuvre. Le clergé donatiste avait adopté pour répandre ses doctrines un procédé dont les gnostiques, les ariens avaient fait usage ; on y faisait chanter des psaumes qui inculquaient la croyance hérétique à ceux que les sermons eussent dépassé sans les atteindre. Parménianus (voir ce nom) avait été un des fournisseurs de cette poésie populaire dont on pouvait sourire, mais avec laquelle il fallait compter. L'évêque d'Hippone qui s'en moquait et qualifiait cette littérature de « chansons d'ivrognes », comprit la nécessité de suivre les rivaux sur leur terrain et, pour la circonstance, se fit poète et composa un Psalmus contra partem Donati. « J'ai voulu, dit-il, porter le procès des donatistes à la connaissance de tous, même des plus humbles, des gens tout à fait ignorants et sans instruction ; j'ai voulu, autant que je le pourrais, les forcer à s'en souvenir ». Le Psalmus est une histoire en vers de la secte, composée d'un préambule, d'un récit abrégé, d'une controverse et d'une conclusion. L'auteur s'adressait, de préférence, aux schismatiques qui formaient une notable portion de son auditoire et à chaque strophe du psaume il amenait ce refrain : « Vous tous qui aimez la paix, jugez seulement où est la vérité. » Pour l'histoire, Augustin suivait exactement les notions d'Optat de Milève et n'ajoutait rien de nouveau ; pour la poésie, on sentait que l'auteur lui était étranger et c'était une gageure d'en vouloir introduire dans un sujet qui ne la supportait pas, néanmoins il arrivait à y glisser des antithèses, des sentences, du mouvement et du rythme. Voici ce que lui-même a jugé bon d'en dire : « J'ai composé un psaume, destiné à être chanté, avec des strophes commençant par les lettres successives de l'alphabet latin, mais seulement jusqu'à la lettre V. ; ce qu'on appelle des abécédaires. J'ai omis les trois dernières lettres ; mais je les ai remplacées par une sorte d'épilogue, où notre mère l'Église interpelle les schismatiques. Le refrain (hijpopsalma) qui sert de répons, et le prélude (proœmium) destinés à être chantés, ne comptent pas dans la série des lettres, série qui commence après le prélude. J'ai tenu à n'employer aucune espèce de mètre, dans la crainte que la nécessité métrique ne me contraignît à user d'expressions étrangères à l'usage populaire. » Le poème s'est conservé intact, sauf d'insignifiantes lacunes ; il devait se composer de 291 vers, dont il nous reste 288, soit 20 strophes de douze vers chacune (str. m : 11 vers ; str. xvi : 10 vers), chaque strophe commençant par A, B, C, jusqu'à V inclusivement. Tous les vers sont assonants, en e et se ; le vers est de 16 syllabes simplement comptées ; il est coupé par une césure en deux hémistiches égaux, de huit syllabes chacun. Dans chaque hémistiche, l'avant-dernière syllabe porte toujours l'accent tonique. « On ne connaît pas, dans l'antiquité classique, d'autre exemple de ce système de versification. Ce qui est neuf dans le Psalmus, suivant la remarque de M. P. Monceaux, c'est la réunion et la combinaison des divers éléments qui se retrouvent ailleurs, surtout la structure originale du vers. Dans ces strophes abécédaires avec refrain, comme dans l'épilogue, apparaît un vers tout nouveau, qui a pour principes la fixité du nombre des syllabes, l'assonance de la rime, la césure immuable, les deux hémistiches égaux avec deux accents fixes. On remarquera la frappante analogie de ce vers latin avec le vers roman, qui de même a pour éléments fondamentaux l'isosyllabie, la césure régulière, la rime ou l'assonance, l'accent fixe à l'hémistiche et à la fin. Cette versification nouvelle est-elle une création du génie d'Augustin ? On ne peut l'affirmer. Mais elle apparaît pour la première fois dans le Psalmus contra partem Donati, elle ne se trouve que là dans l'antiquité, et elle marque la plus importante des étapes dans l'évolution rythmique qui aboutit à notre versification moderne. » Leyrie, Voss. lat. 8°, 69, du IXe, fol. 74 v°-80 v° : Abecedarium. Il semble difficile de rencontrer une imitation mieux caractérisée. La première lettre de chaque strophe suit l'ordre de l'alphabet ; chaque verset se partage en hémistiches de huit syllabes (sauf quelques détériorations) et finit en e ou se, ce qui produit un effet de rime ; outre les strophes alphabétiques, il y a refrain, prélude et conclusion, ainsi rien n'y manque. « Cependant, ajoute l'éditeur de ce nouveau psaume abécédaire, le contenu diffère du tout au tout. Saint Augustin cherchait à éclairer le peuple sur les véritables origines de la secte des donatistes ; notre psaume, au contraire, s'en prend à l'arianisme. Cette hérésie y est décrite à l'état cru ; elle apparaît sous une forme plus étendue encore que celle du concile de Rimini, car elle dénie ouvertement au Saint-Esprit, non moins qu'au Fils, la divinité au sens propre. Ce n'est donc plus l'arianisme du temps des grandes luttes théologiques, mais bien celui qui florissait chez les peuples barbares installés dans l'empire romain. » La situation historique au sein de laquelle le psaume doit prendre place est celle qui régna en Afrique à l'époque de la domination vandale. » Le psaume décrit en effet les hérétiques de la même manière que les documents de la persécution vandale : ils détiennent solidement le pouvoir séculier et, forts de leur puissance matérielle, ils s'acharnent sur leurs sujets orthodoxes : Infidèles arianos non debemus jormidare, qui mine positi videntur in seculi potestate et catholicos adfligunt persévérantes in fide (vs. 290-292). Ils les privent de leurs églises, les écartent de l'armée : non permittunt militare (vs. 249), les dépouillent de leurs biens : Noxio dant res aliénas quas tollunt ab innocente (vs. 240), les rebaptisent de force après leur avoir arraché un prétendu aveu de paganisme : Baptismum sanction non metuunt iterare ; catholicos jam fidèles conpellunt Christian negare ; docent falsum confiteri si quos valent in relire ut qui fuit christianus paganum se dicat esse (vs. 67-72). Ils ne regardent pas à la qualité des recrues qu'ils ravissent à l'Église ; ils vont jusqu'à admettre des criminels dans les rangs de leur clergé et dans les hautes charges : Suscipiunt criminosos et provenant in honore et incertos œ pollutos arse faciunt servire. » L'ouvrage est désigné sous ce titre : Abecedarium domni Fulgentii episcopi Ecclesiæ Ruspensis ; il n'y a pas lieu de contester cette attribution.
H. Leclercq.
PTOLÉMÉES (COUPE des). Voir Dictionnaire.
PUDENTIENNE (basilique de sainte-).
I. L'emplacement. II. La légende. III. Les fouilles. IV. L'histoire. V. La mosaïque.
I. L'emplacement. — Le site sur lequel s'élève la basilique de Sainte-Pudentienne est la colline du Viminal séparée de l'Esquilin par une étroite vallée, appelée Vicus Putricius qui, de la Subure, conduisait à la porta Viminalis. Le nom du vicus indique l'origine traditionnelle de ces lieux où Servius Tullius aurait obligé les familles patriciennes à construire leurs maisons.
Sur le versant du Viminal face à l'Esquilin, au pied de la colline, sous l'église Sainte-Pudentienne, de récentes explorations ont révélé à une profondeur assez notable des vestiges de très anciennes constructions en blocs de tuf, en opus incertum et des traces de pavement en mosaïque polychrome (lilhostroton) d'un bon travail, ayant dû faire partie d'une riche habitation de l'époque républicaine. L'entrée s'ouvrait sur le vicus Palricius et l'habitation primitive fut restaurée et développée dans le courant du Ier siècle et au début du IIe, comme en témoignent des pans de mur en opus reticulatum.
Une transformation complète des bâtiments fut exécutée vers le milieu du IIe lors de la construction de thermes pour lesquels on employa des briques dont l'estampille date des années 127 et 128 de notre ère. Ces thermes privés ont pu être ouverts au public payant ; on peut les identifier avec ceux qui portent les noms de Novatianœ ou Timothinœ, élevés sur la propriété de Novatus et de Timothée, fils d'un certain Pudens.
Les plus anciens documents relatifs à l'église Sainte Pudentienne sont apocryphes et tendent à faire croire que vers le milieu du IIe, le pape Pie Ier donna à ce lieu de prière le nom de titulus Pastoris, qui était le nom de son frère, nom qui fut échangé avec celui de titulus Pudenis. En l'état de nos connaissances, on ne peut rien dire de certain, mais c'est évidemment vers l'an 150 que le pape Pie Ier érigea un titre domestique dans une des salles de l'habitation annexée aux thermes dont il a été question plus haut, c'est également ce que portent à croire les actes de saint Justin qui a vécu vers ce temps, et qui nous apprennent qu'il habitait prope ad balneum cognomenlo Timolinum.
Voici la note que contient le Liber pontificatis dans la notice de Pie Ier : Hic ex rogatu beatœ Praxedis dedicavit œcclesiam Ihermas .Xovuti, in vico Patricii, m honore sororis sue sanctœ Potentialité, ubi et milita dona obtulit ; ubi s s'pius sacri/icium Domino offerens ministrabat. Immo et fontem baptismi ronstrui fecit, manus suas benedixit et conseeravit ; et multos venientes ad /idem bapti-avit in nomine Trinitatis. « Cette note ne se rencontre que dans le Vaticanus 3764 et ses dérivés, ainsi que dans le Laurenlianus i.xyi, 35. Elle dépend d'un récit conservé dans ce qu'on appelle les Acta SS. Pudentiame et Praxedis3. Ces Acta se composent de deux lettres et d'un appendice narratif. La première lettre est adressée par un prêtre Pastor à Timothée, disciple de saint Paul, évidemment la même personne que le Timothée des épîtres. Il y est dit qu'un certain Pudens (II Tim., iv, 21), disciple lui aussi de saint Paul, a, dès avant sa mort, changé sa maison du vicus Patricius en paroisse romaine (titulus), sous le nom de Pastor, l'auteur de la lettre ; que ce Pudens étant venu à mourir, ses deux filles, Praxède et Pudentienne, ont donné leurs biens aux pauvres et se sont consacrées au service de Dieu et de l'Église dans le titulus fondé par leur père ; que le pape Pie y a joint un baptistère et qu'il y a exercé souvent les fonctions épiscopales ; que Novatus, frère de Timothée, étant mort peu après, a laissé par testament tous ses biens à Pastor et à Praxède, la seule survivante des filles de Pudens. Timothée est consulté pour savoir s'il consent à cette dotation. Sa réponse affirmative est exprimée dans la seconde lettre. Enfin dans l'appendice narratif, Pastor raconte que les thermes de Novatus, dans le vicus Lcileritius, furent échangés en un second titre sous le nom de Praxède. C'est évidemment la légende de fondation des tituli Pudentis et Praxedis l. » III. Les fouilles. — Nous avons dit plus haut qu'à la profondeur de 9 mètres sous la basilique actuelle on a rencontré quelques fragments d'un pavement en mosaïque et un fragment de mur en réticulé ayant fait partie d'habitations patriciennes du temps d'Auguste ou même de la République. Ces restes sont indépendants de murailles souterraines dans lesquelles, en dehors de quelques substructions du Moyen Âge, on peut distinguer trois groupes différents. Le premier est constitué par un triple appartement, situé sous les travées d'entrée de l'église, et appartenant à une maison de l'époque d'Hadrien ou d'Antonin. Les deux estampilles doliaires n° 128 et 129, avec le nom de Pudens sont d'un grand intérêt. Sur cette maison s'embranchent quatre galeries peu postérieures et qui n'ont jamais servi que de substructions. Elles sont situées sous la nef de l'église. Plus à main gauche, il existe quatre autres galeries, dans lesquelles l'appareil à arêtes de poisson apparaît, mais qui ne sont pourtant pas d'un âge beaucoup plus récent que les premières. Mais il existe d'autres galeries encore, de manière à former un vaste réseau, dont seule la partie concernant Sainte-Pudentienne a été déblayée, et au-dessus duquel les thermes auront été construits. Ceci résulte de la présence de restes de conduites d'eau et d'un véritable système d'égouts, et se trouve confirmé par la découverte, sous le pavement de l'église, de vasques qui occupaient une grande salle voûtée renfermant un nymphéum. Les maçonneries de celle-ci, dans lesquelles se rencontre l'appareil en arête de poisson, sont contemporaines des substructions et remontent à l'an 150 environ. Cette salle fut effectivement convertie en église, comme le disait la tradition, et ses murs sont assez bien conservés pour qu'il soit possible de tenter une reconstruction schématique. Quelques fragments de son pavement en mosaïque existent encore. Sur ses deux côtés étroits la salle se terminait par un mur en exèdre. Celui du fond reçut au IVe la mosaïque absidale bien connue. Pour pouvoir l'y fixer, le mur fut aveuglé, mais les baies qui l'ajouraient restent visibles au revers.
D'autres murailles du ne siècle existent derrière ce mur absidal, en bordure de la via Balbo et ont été restaurées. Quant au mur en exèdre de l'autre extrémité du nymphéum devenu église, il disparut plus tard, par le prolongement de la nef. Rien ne révèle une transformation de la salle en église à une époque qui serait antérieure à celle où la mosaïque de l'abside fut exécutée (387 à 398), mais ceci ne prouve pas que la salle ne servait pas au culte déjà longtemps auparavant.
IV. L'histoire. — Vers le temps de la paix de l'Église ou peu après le titre domestique devint basilique. À partir du IVe on lit ce titre sur une inscription de l'année 384, ce qui nous montre un clergé organisé % :
On trouve une autre mention de ce même titre sur une inscription conservée au cimetière de Saint-Hippolyte :
TITVLI PVD
« i]TIANAE.
Enfin sur la mosaïque qui décore l'abside : DOMINVS CONSERVATOR ECCLESIAE PVDENTIANAE, ce qui n'excluait pas le nom de titulus Pudentis sur une inscription de l'année 528 3 :
QVI-VIXIT-ANN PL-MXXX
DEP « il IDVS IVL PC MABORTI V C De ces indications il est permis de rapprocher le dessin d'une mosaïque de la chapelle de Saint-Pierre, dessin dû à Ciacconio 4 sur lequel on lit :
MAXIMVS FECIT CVM SVIS
(voir Dietionn., t. m, col. 43, fig. 2401). C'est peut-être un souvenir de Maxime et des thermes de Novatus que nous trouvons encore dans une inscription conservée au Vatican et sur laquelle on lit :
MAXIMVS HAS OLIM THERMfls DIVINAE MENTIS DVCTV CVM...
C'était sans doute un rappel de la restauration des thermes exécutée par les soins de Maxime dont on retrouve le nom sur une inscription qui témoigne que sous le pontificat de Sirice, elle fut renouvelée entièrement. Cette inscription fut coupée en deux au Moyen Âge et les fragments prirent place sur les balustrades de l'ancien presbylerium, d'où ils furent retirés et rapprochés à la fin du XVIe 5 :
(voir Dietionn., t. v, col. 1 133, fig. 4286).
Ces fragments sont aujourd'hui conservés au musée de Latran. Le pontificat de Sirice se place en 384-399. C'est alors que la décoration de la basilique fut entièrement renouvelée et, comme nous le disions, la mosaïque absidale existe encore.
Avec la mention du pontificat du pape Sirice I« nous possédons ce texte que Suarez put lire sur le livre ouvert que tient saint Paul et qui nous apprend que la restauration de la mosaïque absidale fut entreprise entre 387 ou 390 et 398 :
FVND A perfecla DOET-IC AVGVSTO Mil
ILIO EVTY
VALENT(Vi(« no CIA
AVG ET. • . NO
COS Sous le pontificat du successeur de Sirice, le pape Innocent Ier (401-417), se place l'achèvement de la décoration dont témoigne ce texte restitué par De Rossi6 : SALW) INNOCEN/Zo episcopo //(CIO MAXIMO ET... PRES&YTERIS LEopardus presb. sumplu proprio marmoribvs ET PICTwm DECORAVI/ On possède des épitaphes de prêtres tituli Pudentis de 489 7 et de 528, nous venons de transcrire cette dernière.
Avec le temps tous ces noms revivent et les souvenirs se complètent ; on a retrouvé, en 1850, ce texte conservé au musée de Latran :
Comme il se trouve que l'église de Saint-Hippolyte est située sur le viens Patricius, il s'agit peut-être du prêtre Ilicius mentionné dans l'inscription qui précède.
Avec le temps Vecclesia Pudenliana devint le titulus Pudentianœ ou sanctse Pudentianœ ou Polentianse. La première fois que cette dernière forme apparaît dans les signatures des conciles, c'est au concile romain de 745, sous le pape Zacharie. Dans la notice du pape Hadrien Ier on trouve le titulus Pudentis, id est ecclesia sanctœ Pudentiane et ces deux appellations se lisent aussi dans celle de Léon III. De nouvelles restaurations furent exécutées sous Hadrien Ier en 772-774, dont le monogramme se lisait sur l'arc triomphal ; sous son pontificat, la voûte de la salle thermale fut démolie et l'église resta couverte par un plafond ou par une simple charpente apparente ; la nef fut prolongée par delà l'ancien mur en exèdre jusqu'à la façade actuelle et des remaniements furent exécutés à certains piliers. Ensuite nouvelles retouches sous le pontificat de Grégoire VII, en 1079 et sous Innocent II, en 1210. Refaite complètement, en 1588, par le cardinal Gaetani, ce fut pour Panvinio l'occasion de prendre des notes qui sont utiles pour reconstituer l'état primitif (Cod. Vat. 6780).
V. La mosaïque. — La basilique a conservé sa disposition antique, les douze colonnes furent, les unes au ixe, les autres au XVIe, enfermées dans des piliers ; tout l'intérêt artistique se rencontre dans la mosaïque de l'abside (voir Diclionn., t. m, col. 35, fig. 239fi ; t. iv, col. 2225, fig. 3976 ; t. ix, col. 2504, fig. 8395 ; t. xn, col. 237-238, fig. 8524 ; col. 285-287). Cette mosaïque fut mutilée en 1588 par suite du rétrécissement de l'abside ; l'adjonction d'un baldaquin entraîna la disparition de l'agneau placé aux pieds du Christ ; en 1831-1832 presque toute la partie droite fut refaite. On voudra bien se reporter à la figure 8524 et à la description qui l'accompagne. les apôtres fussent couronnés, et cela en présence du Christ, par les Églises dont ils furent les fondateurs et les chefs.
J.-R. De Rossi et L. Duchesne croient donc que les couronnes sont présentées au Christ, mais Duchesne préfère voir les Églises de la circoncision et de la gentilité aux saintes Pudentienne et Praxède. « Que ces figures symboliques eussent place dans les mosaïques des églises de Rome, c'est ce que nous voyons par celle de Sainte-Sabine, qui n'a que trente à quarante ans de moins que celle de Sainte-Pudentienne. Il y a des différences, on le sait : à Sainte-Sabine, les légendes ECLESIA EX CIRCVMCISIONE, ECLESIA EX GENTIBVS excluent tout doute et chacune des deux femmes tient en main un livre ouvert, au lieu d'une couronne. Mais ce dernier détail vient de ce qu'elles ne sont pas groupées avec le Christ, comme à Sainte-Pudentienne ; en revanche, comme à Sainte-Pudentienne, elles sont coordonnées aux apôtres Pierre et Paul. Il serait difficile de citer un seul exemple, du ive ou du Ve, qui favorisât l'opinion contraire. Même au vie et au VIIe, quand les saints éponymes des églises sont figurés dans les mosaïques de Rome, en compagnie des apôtres, on les voit toujours présentés au Seigneur par saint Pierre et saint Paul, ou du moins placés à la suite de ceux-ci et comme dans leur cortège.
« A Sainte-Pudentienne, la tradition nous présente deux femmes. Pudentienne et Praxède, comme ayant participé à la fondation de l'église. Mais avant de reconnaître ces deux saintes dans les figures de la mosaïque, il faudrait d'abord mesurer la valeur de la tradition qui les concerne. Son principal document, nous l'avons dit, est un recueil de pièces apocryphes, fabriqué à une date difficilement assignable. Par où on n'entend point dire que l'auteur ait inventé ses personnages ; Praxède et Pudentienne sont des personnes réelles, dont les tombes étaient connues et vénérées dans le cimetière de Priscille, encore que leurs noms n'eussent point été inscrits dans les anciens calendriers et les livres liturgiques de l'Église romaine. Mais autre chose est leur propre réalité, autre chose la réalité de leur histoire, telle que nous la lisons dans les pièces suspectes. Ce ne serait pas le seul exemple de récit imaginé d'après les noms et les monuments.
« Du reste la légende elle-même affirme que le premier fondateur de l'église fut Pudens père de Praxède et de Pudentienne ; en ceci elle est confirmée par la dénomination de titulus Pudentis, (pie l'on rencontre dans les signatures des conciles romains de 499 et de 595, ainsi que dans une épitaphe de l'année 528. C'était la tradition ancienne : Vecclesia Pudentinnn dérivait son nom de Pudens, son fondateur. Et on ne voit pas pour quoi ce fondateur eût été négligé, dans la mosaïque de l'abside, au profit de ses filles *. » Dans le texte qui accompagne la grande planche en couleurs de Musaici cristioni, on a inséré un dessin où des teintes différentes permettent de reconnaître au premier coup d'œil les parties modernes. Ce dessin était exécuté avant qu'un document très exact sur les restaurations faites en 1831 et 1832 fût parvenu entre les mains de J.-R. De Kossi. Les indications qu'il apporte complètent sur quelques points mais vérifient le plus souvent les appréciations portées sur le dessin et fondées sur la seule inspection du monument.
H. Leclercq.
PUDICITE. — Les païens, qui n'étaient pas trop enclins à louer autre chose que le plaisir, même sous son aspect le plus grossier, n'ont pu se tenir de rendre hommage à une vertu qui leur infligeait parfois d'humiliants échecs. Des textes hagiographiques qui sont bien loin d'être tous d'une historicité incontestable, nous les font voir poursuivant, des vierges ou des épouses chrétiennes de leurs assiduités déshonnêtes et repoussés de façon inexorable, parfois même avec tant de rigueur que leur déconvenue les pousse à des vengeances sanglantes et aboutit au martyre. L'estime et la pratique de la chasteté conjugale et virginale a déjà fait l'objet de nos études (voir Dictionn., t. m, col. 1145-1174) ; ici nous ne ferons que grouper quelques textes épigraphiques qui témoignent quel cas on faisait de la pudicité.
A Rome, en 336 ; sur une tablette cimétériale placée sur un cubieulum par lequel il faut entendre un loculus : romaine d'origine, aujour d'hui au musée de Nap les : LAB0RVM AVTRIX CASWATIS S0CIA HIC ERENES IN PACE quiesMT s3 D PD IIIKAL0CT IVLIAN0 Aug.ivetSall\IST\Q C0S Cette inscription brisée en onze fragments a été publiée par morceaux et complétée progressivement.
Ce ne sont pas les seuls exemples à citer :
A Rome : VNIC« E CASTITATIS SORORI ET COMITI SVPER FINEM AMORIS DILIGENS MARITVM. Notizie degli scavi, 1912, p. 233.
A Rome, au cimetière de Prétextât, sous le 1er consulat de M. Nummius Albinus ; sur une tombe prise dans le sol (forma), 1 m. 20 x 0 m. 50, haut, des lettres, 0 m. 022-0 m. 040 (flg. 10573).
Jîl[PXI !ll-j)EP5UIIILDU ;-5EPTlNf
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...-PUDICITIA CASTITATISINTEGRITATE CIRCA SE...m !ll-BXIIII-DEFS-UIII- !DUS SEPT-IN P EC5 NVMMIO ALUINO CONSSA
Rome, en 406 :...casTA VERECVNDO SERVABIT IVRA CVBILI... De Rossi, Inscr., t. i, p. 240, n. 566.
A Rome, en 368 : IVSTITIAE FACIES PVDOR INTEGER OMNIS HONESTAS • CASTA MARITALI SEMPER DEVINCTA PVDORE SJMORTIS ONOS.., De Rossi-Gatti, Supplem., p. 68, n. 1590.
A Rome, au cimetière de Sainte-Sotèrc : (Hilari)tati virginise suœ Probitianus queius fidelitatem et caslitale(m) et bonilale(m) omnes vicina les ezperti
A Rome, en 363, pierre cimétériale, certainement sunt quie annis n(umero) VIII absentia virgini(i) sui suam caslitatem custodivil unde in hoc loco sanclo deposila est ni kal. jeb'
A Rome en 569 : au museo nazional'- :
NOTA PVDICIT/a VIXISTI SAP/e/(.s HAEC BONAE ro ;i|VGIS VRNAM FELICIS SORtis MEMORI HIC-REQ-IN P-STHEFANA lempon • IVSTINI ANN ■ Mil -IND-SECC5 es
A. — XIV.
CITO DESE
La belle-fille et la belle-mère reposaient côte à côte emportées probablement par le même mal, peut-être le fléau de la peste qui fit tant de victimes à Carthage en 252-254.
A Aouste-en-Diois, près de Crest (et non à Aoste), le texte donné déjà dans Dictionn., t. i, col. 2492, flg. 822.
H. Leclercq.
PUELLA, PUER. — Puella est un diminutif de puera. Saint Isidore de Séville nous dit que Puella est parvula, quasi pulla '. Le terme s'entend depuis le plus jeune âge jus que bien au delà de l'adolescence. Chez les auteurs ecclésiastiques, le terme sert aussi à désigner une vierge consacrée à Dieu, ce que nous lisons sur deux inscriptions de la Gaule :
Aisberga puella Deo placita 2, en 491.
Eusebia sacra Domino puella, cuius probabilis vita instar sapientium puellarum sponsum emeruit habere Christum 3.
A Lyon, une belle inscription typique du Ve (voir Dictionn., t. x, col. 273, n. 8290) nous offre cet exemple 4 :
IN HVC LOCO REQVIEVIT LEVCADIA DEO SACRATA PVELLA QVI VITAM SVAM PROVT PROPOSVERAT GESSIT QVI VIXIT ANNOS XVI TANTVM BEATIOR IN DNO CONDEDIT MENTEM PTS CONSV THEVDOSI XIII ^ + Nous pourrions encore citer bien d'autres exemples de ce sens du mot puella. en Gaule, en Afrique5 et ailleurs.
Puer présente plusieurs significations, ou bien ce mot désigne les enfants dans la famille naturelle, ou bien les serviteurs dans la famille domestique sans distinction d'âge \ ou il désigne un être du sexe mâle, un « garçon », par opposition à la puella.
Le terme s'applique non seulement à un enfant ou à un adolescent mais encore à un adulte. Nous en trouvons maints exemples dans les inscriptions chrétiennes, par exemple : PVER FANCHAF. IVS qui... vixit annos xx et menses oclo el dies xij », ou bien encore s au cimetière de Cyria que :
FLAVIIS LVPICINO ET IOBI NO CONS-VII IDVS IVNIAS DECESSET DE SECVLVM PVER VICTORINVS QVI BIXIT ANNVS XXXVII, M • X DX ET CVM VXSORE FECIT ANVS II -M-lll DP-V IDVS IVNIVS VENE MERENTI IN PACE
Puer Victorinus, qui bixil annus xxxuii, m. x, d. x, et cum uxsore fecit anus duo.
Nous entendons le Sauveur s'adresser à ses apôtres en leur disant : Pueri (en grec roxiSla), numquid pulmentarium habetis ? (Joa., xxi, 5). Il est plus curieux encore de lire le mot puer appliqué à un adulte récemment baptisé pour évoquer l'innocence reconquise * : Urso et Polemio conss. natus puer nomine Mercurius, d. un kal. aprili, depositus vij kal. sept., qui vixit ann. xxiiij, m. vij, d. xv, bene m. in pace.
Les exemples abondent dans l'épigraphie. A Fano, en Italie (Fanum Fortunœ)10 :
HIC IACET PVV ER TAVRINVS ANN-XVIII-FILI VSAVF.CRAE DEINVICTOS-
SEN
MA
Rappelons enfin l'épitaphe de Helias, argenlarius mort à 35 ans et 23 jours11 (voir Dictionn., t. v, col. 1187). Dans les codes barbares et, en particulier, dans la loi salique, le puer est un serviteur dont la condition est rapprochée de l'état servile ; mais quand Grégoire de Tours parle de pueri qui sont produits comme champions des Alamans et des Vanda les, on doit les regarder comme de condition libre ; c'est ainsi que le puer régis est presque assimilé au conviva régis.
H. Leclercq.
PUGILLARIS. — L'objet que nous allons décrire ne porte aucun symbole chrétien, mais il est trop usuel pour que des chrétiens n'aient pas fait usage d'instruments semblables. Il a été trouvé à Rapidum (Algérie), en 1926, et se compose d'une sorte d'oeuf allongé en terre cuite rouge, mesurant 0 m. 093 de longueur. 0 m. 045 de largeur, 0 ni. 04 de hauteur (fîg. 10574). Dans le sens de la longueur il est creusé sur une face d'une cavité longue de 0 m. 055 et profonde de 0 m. 015, il présente en outre une petite encoche sur un des côtés longs. Il semble que pour en faire usage il a fallu placer l'index replié dans la cavité, l'extrémité du pouce dans l'encoche et frotter avec la surface recourbée qui se trouve du côté opposé à la cavité.
H. Leclercq. PUNIQUE. — En Afrique, le grec a connu une période de large expansion », mais le punique y était solidement implanté dès avant la conquête romaine et jusqu'au VIe, il s'y parlait encore couramment dans tout le pays. Dans les villes, il se réfugiait probablement dans les classes inférieures de la population. Les allusions de saint Augustin au punique sont sans nombre' ; mais, comme les autres textes qu'on cite d'ordinaire à ce sujet, elles ont trait presque toujours aux campagnards ou aux habitants des petites villes, sans qu'on puisse dire si elles visent déjà la pratique de Carthage. Ce qui paraît certain c'est que les anciennes langues usitées en Afrique ne furent pas supprimées par l'invasion du latin. On continua à y parler le libyque et le punique. Quant à la proportion de ceux qui s'en servaient par rapport à ceux qui parlaient latin ou grec, nous ne la savons pas, et il est probable que nous ne la saurons jamais. Avancer, ainsi qu'on l'a fait, que « c'est surtout en punique que se fit en Afrique la prédication chrétienne », c'est une affirmation qui ne s'autorise pas d'un seul texte. Sans doute le christianisme dut être prêché en punique à ceux qui ne comprenaient que cette langue, et il est probable qu'on fit pour eux des recueils de prières et comme une sorte de catéchisme en cette langue. Il restait encore de ces christiani punici à l'époque de saint Augustin et il cite avec complaisance une définition qu'ils donnent du baptême et qui lui semble venir de la tradition apostolique ». A propos de la diffusion du latin à Hippone, le saint semble se contredire. Il laisse entendre dans ses Confessions (I. xiv) que tout le monde le parle et qu'on l'apprend inter blandimenta nutricum. Au contraire, il dit ailleurs (Epist., lxxxiv) que la prédication évangélique souffre par le manque de gens qui parlent latin : Cujus (latineae linguae) inopia in nostris regionibus evangelica dispensatio multum laborat. Évidemment il ne veut pas dire qu'on ne le sait pas, mais qu'on ne le sait pas assez bien pour prêcher en cette langue. Seule une infime minorité ne parlait que le punique. Il n'est question nulle part d'une traduction de la Bible en punique.
En regard des formules affirmatives de l'introduction immédiate de l'âme en paradis, ce que nous lisons très souvent sur les épitaphes, c'est l'expression de la crainte du retard et l'appel à la miséricorde divine. Ceux-là ne sont pas entrés de droit dans la demeure céleste pour qui les survivants implorent : « Qu'il repose en paix ! Qu'il vive en Dieu ! Qu'il soit reçu dans le Christ ! » Mais l'affirmation de J. Spon a la couleur d'un défi qu'il faut relever et auquel il faut répondre. Il a ouvert la Roma sotterranea de Bosio et il a lu, page 105, sur un marbre du Ve, cette formule : acceptas est apud Deum qu'il cite comme une négation formelle du purgatoire. Que n'a-t-il poursuivi sa lecture, il eût lu, page 407 :
OPTATVS IN PACE REQVIESCAT et cette forme optative reparaît des centaines de fois : Lea, bene quiescas1 ! — Spiritus tuas bene requiescat2 !
— Accepta sis in Christo3 ! — Suscipiatur in pace* !
— Spiritus in bono quiescat* !
D'innombrables exemples — et le mot n'est qu'exact — nous montrent les premiers fidèles priant pour le repos éternel des défunts, pour leur admission au sujet de la paix : Vivas in Domino Jesu ! Vives in Duo ! Vivas in Christo ! Vive in eterno ! In pace Domini dormias ! In pace zezes f— vivas) ! Vivas in Deo et roga ! Lsetaris in pace ! Viva sis cum fralribus tuis ! Vivatis in Deo« ! Vivas in Christo7 ! Vive in pace ! Vive in Deo* ! Sur des marbres de Saint-Ambroise de Milan : In Christo vives ! Deus, te precor ut paradisum lucis possit videre ! In pace estote ». — Solus Deus defendat animam tuam10 ! — Pax tecum sit ! Vivat in Deo ! In pace dominum n.
Il est une expression qui fera l'objet d'une étude particulière, mais que nous ne pouvons omettre de rappeler ici ; c'est la formule : In refrigerio que nous lisons sous toutes ces formes : In refrigerio et in pace 12 ; In refrigerio anima tua n ; In pace et in refrigerio u. A la messe nous demandons pour les défunts le locus refrigerii, lucis et pacis. Rappelons aussi la célèbre vision de sainte Perpétue qui voit son frère Dinocrates souffrant, puis refrigerantem (voir Dictionn., t. xiv, col. 415-416).
Ici encore, reparaît l'optatif : Spiritum vestrum Deus rcfrigerel ! Tibi Deus réfrigère ! n ! Deus refrigeret spiritum tuurn1 » ! Deus tibi refrigeret« ! Cujus spiritus in refrigerium suscipiat Dominas ,B ! Voici celle-ci qui est datée de 291 :
^ EX VIRGINIO TVO BEN
Ex virginio tuo bene me[cum] vixisti liben ![cr] coniuga innocentissima Cervonia Silvana réfrigéra cum spirita s'inrla dep\osita] kal\endas] apr\ilis] Tiberiano II et Dinn\e] coss l ».
Souvent l'épitaphe exprime d'une façon positive ce qui, dans l'esprit des survivants, n'est encore qu'un espoir ; comme nous-mêmes disons quelques instants après la mort d'un parent respecté et chéri : « Il est allé près du bon Dieu ». Sur une inscription de Velletri nous lisons : « Les cieux se sont ouverts pour toi20 ! » et il s'agit d'un néophyte mort dans les aubes baptismales ; sur une inscription de Cologne on nous dit que la défunte est entrée aussitôt au ciel ; or, il s'agit d'un enfant de cinq ans21. Pour tous les deux il était permis de croire à leur entrée dans le ciel.
« J'ai vu, à la catacombe de Saint-Calliste, disait Edm. Le Blant, comment la foi dans l'efficacité des prières pouvait rassurer les vivants sur le sort de ceux qu'ils avaient aimés. Un pèlerin, descendu dans cette crypte à une époque voisine du IVe, se prosterne à chacune des tombes saintes dont elle est remplie. Là, il pense à ceux qui ne sont plus « . Il a perdu une épouse ou une sœur appelée Sophronie et il trace sur la paroi de la crypte : « Sophronie, puisses-tu vivre en Dieu ! » Une autre tombe l'arrête, il trace la même prière ; enfin il pénètre dans la crypte des papes martyrs, il prie encore, se relève, et cette fois, il écrit : « Sophronie, tu vivras en Dieu ! » J. Spon s'étonne de ne pas lire sur les épitaphes anciennes la mention « du remède des âmes que les épitaphes modernes souhaitent aux défunts » ; nous autres, aujourd'hui, nous étonnons de sa surprise et de sa question. Les âmes retenues dans le purgatoire peuvent être secourues par l'intercession des prières et les bonnes œuvres des survivants. Les bonnes actions du défunt lui-même lui sont comptées pour hâter sa délivrance, c'est ce dont témoignent une multitude de documents antiques tels que donations, testaments où sont consignées les œuvres de miséricorde accomplies par le défunt ou en son nom pro remedio animœ et cela bien avant le VIe. Prudemment, toutefois, il se confine sur le terrain de l'épigraphie qui lui est plus familier, mais sa prudence n'empêche pas les documents d'affirmer la préoccupation du remède de l'âme dont témoignent les conciles de Rome, 502 23 et 504 24. de Paris, 557 86, et beaucoup plus tôt, une lettre de saint Paulin de Nole, datée de 397 et adressée à son ami Pammachius qu'il félicite d'avoir, par des aumônes, pourvu au remède de l'âme de Pauline : Remediis salutaribus et vivis operibus, hoc est eleemosi/nis prosrculus... exsequias honorasti2'.
Mais l'épigraphie n'est pas muette, elle nous apprend l'œuvre de miséricorde accomplie par une chrétienne, une Gallo-Romaine de Briord, dont l'épitaphe porte cette formule » :
Hic requieseil in pace borne memoriie Aremberga qutr oixit an nos xxviij ; obiii in pace vij kalendas maias, Avieno viro clarissimo consule. Hœc retiquit liberlum - : : F.. I.e Blant, Inscr. chrét. de la Gaule, t. n, n. 371. puerum nomine Mannonem, pro redemplione animas suit. Il s'agissait d'une manumission par testament (\oir Dictionn., t. i, au mot Affranchissement) « pour la rédemption de l'âme d'Aremberga ». Le consulat d'Avienus nous reporte à 450, à 501 ou à 502, et J. Spon a perdu son défi.
H. Leclercq. PUTIPHAR. ■ — Ce personnage ne tient aucune place dans l'archéologie chrétienne ; il y est représenté par sa femme, de fâcheuse mémoire. « Or, lisons-nous dans la Genèse, il arriva un jour que Joseph étant entré dans la maison et y faisant quelque chose sans que personne fût présent, sa maîtresse le saisit par son manteau et lui dit : « Dormez avec moi ». Alors Joseph lui laissant le manteau entre les mains s'enfuit et sortit de la maison (Gen., xxxix, 7). » Cet épisode a inspiré un des miniaturistes de la Genèse de Vienne et ce feuillet a conservé beaucoup de fraîcheur et d'éclat. Il est divisé en deux registres. En haut, à gauche, une salle circulaire dont le fond se compose de colonnes ; la femme de Putiphar, parée, s'empare du manteau de Joseph qui s'en dégage et prend la fuite par la porte ouverte. Le reste est occupé par des scènes d'intérieur, où la femme de Putiphar reparaît deux fois parmi des servantes et des enfants.
Cette miniature a été reproduite dans Hartel et Wickoff, Die Wiener Genesis, pi. xxxi, dans A. Michel, Histoire de l'art depuis les premiers temps chrétiens, 1. 1, p. 217, fig. 119, et dans H. Peirce et R. Tyler, L'art byzantin, t. i, pi. cxcv.
L'incident se poursuit au feuillet suivant : « Lors donc que son mari fut rentré, elle lui montra ce manteau. » Putiphar est de retour, on le voit entrer dans la maison où sa femme, flanquée d'une duègne, lui fait accueil, tandis que la duègne présente la pièce accusatrice : le manteau.
Cf. H. Peirce et R. Tyler, L'art byzantin, t. i, pi. cxcvi.
H. Leclercq. PUY-EN-VELAY. — Sur les origines de cette Église et sa liste épiscopale, voir Dictionn., t. ix, col. 1399-1401.
En ce qui concerne la liste légendaire qui s'ouvre par un prêtre Georges, compagnon de voyage de saint Front et envoyé avec lui par saint Pierre, mort en chemin ; ressuscité, on en fit le premier évêque du Puy, mais on ne peut dire à quel moment. La légende périgourdine de saint Front, au Xe (fin), parle de Georges comme d'un prêtre, et ne parle pas de son envoi au Puy. Cependant la collégiale de cette ville se disait en possession de ses reliques. On a pu faire voir, grâce à une série de documents la plupart inédits, qu'à partir d'une époque antérieure à 1108 jusqu'à nos jours, l'identité des susdites reliques est incontestable. Mais il n'en est plus de même pour la période qui précède ; et, vraisemblablement, ni le chapitre de Saint-Georges-du-Puy, ni le chapitre de Saint-Georges de Saint-Paulien, qui prétendaient tous deux conserver intactes et dans leur entier les reliques de leur commun patron, n'étaient en réalité en possession des véritables restes de saint Georges l.
Le trésor de la cathédrale du Puy conserve la Bible de Théodulfe d'Orléans. Reliure en velours rouge à clous paraissant du XVIe environ ; 0 m. 325 x 0 m. 235, contenant 348 feuillets ; les cahiers sont de 10 feuillets, numérotés à l'angle supérieur de leur premier feuillet, en lettres grecques de A à KO, la numérotation recommence après les évangiles, écriture sur deux colonnes de 62 à 63 lignes. A comparer au ms. Paris, lat. 9380 et cf. L. Delisle, Les bib les de Théodulfe, 1879 ; Le cabinet des manuscrits, t. m, p. 21 ; Album paléographique, 1887, pi. xvm ; Ph. Fledde, dans Annales de la Soc. d'agric. du Puy, 1839 ; Recueil de fac-similés à l'usage de l'École des Chartes, n. 126 ; S. Berger, Histoire de la Vulgate pendant les premiers siècles du Moyen Age, in-8°, Paris, 1893, p. 171, 331, 341, 344 sq.
Sarcophage (voir Dictionn., t. vu, col. 2662-2663, fig. 6324).
Inscription déjà mentionnée à propos de la liste épiscopale (voir Dictionn., t. ix, col. 1400 ; t. xm, 10575. ■ — ■ Inscription du Puy.
D'après LeBlant, Inscriptions de la Gaule, t. n, pi. lxxv, n. 450. col. 1104), elle rappelle le souvenir de l'évêque Scutarius (fig. 10575). La pierre est opistographe et porte au revers le nom d'une divinité topique et d'un empereur :
ADIDONI ET AVGVSTO SEX TALONIVS MVSICVS D S PP
PUY-DE-GAUDY.— Commune de Sainte-Feyre, près de Guéret (Creuse). Cette localité a possédé un cimetière depuis les temps mérovingiens jusqu'au XIVe : entre deux tombes on trouva une dalle de 1 m. 30 de long et 0 m. 28 à la tête, 0 m. 24 aux pieds, 0 m. 12 d'épaisseur ; ces dimensions permettent de croire que cette dalle abritait un mort déposé entre deux cercueils. Le texte paraît être :
Peut-être : Dodolenus filius Eppo. Ces deux noms se rencontrent dans les textes mérovingiens.
H. Leclercq.
PYRAMIDES. — Dicuil, auteur irlandais du IXe, écrit que les pyramides étaient au nombre de sept et que leur destination consistait à servir de greniers d'abondance afin de conserver le blé en vue des sept années de famine prévues par le patriarche Joseph : Seplem horrea, secundum mime ru m annorum abundanliœ, quse sanctus Joseph fecerat (VI, xxxn). Pour cette raison on les avait construites en forme d'entonnoirs renversés, pointus par le haut de façon à jeter le blé par la petite ouverture. Grégoire de Tours avait appris cela des pèlerins l. Ce qu'il en dit montre que cette opinion était déjà ancienne lorsqu'elle fut adoptée au IXe par la plupart des écrivains arabes 2 ; elle se trouve déjà consignée dans l'Elymologicum magnum où on lit : riupocfiiSeç 8s ixâXiv XéyovTai wpela paatXtxà airoSôya, a 'IioarjÇ. « On appelle encore pyramides des magasins royaux pour recevoir le blé, que Joseph fit construire. » Cette notion repose sur une fausse étymologie du nom que l'on dérivait de Ttupôç, froment ; en effet, Etienne de Byzance dit que les pyramides ont été ainsi nommées des blés (àmb tcôv 7tt>pûv) que le roi y avait entassés, ce qui amena la famine. Ainsi, fausse étymologie et fausse tradition.
H. Leclercq.
PYXIDE. — I. Origines. II. Destination. III. Pyxides chrétiennes en métal. IV. Pyxides en ivoire. V. Essai de classement. 1. Bar-sur-Aube. 2-5. Berlin. 6. Bobbio. 7-8. Bologne. 9. Bonn. 10. Brioude. 11. Cartilage. 12. Cluny. 13. Cologne. 14. Darmstadt. 1516. Florence. 17. Herm Noviron Kertch. 18-19. La Voulte-Chillac. 20-21. Londres. 22. Milan. 23. NewCastle. 24. New-York. 25. Osorouk. 26. Pesaro. 2731. Pétersbourg. 32-33. Borne. 34. Bouen. 35. Sens. 36. Sion. 37. Vatican. 38-40. Vienne. 4L Werden. 42-43. Wiesbaden. 44. Xanten. 45. Zurich.
I. Origines. — Le mot grec Tronic sert à désigner un coffret, une boîte taillée dans le buis, qui se dit 7nSÇoç. Les dimensions cylindriques et assez exiguës s'expliquent par la substance même, car il est rare que le buis prenne un très grand développement. Le latin a changé puxis en pyxis et de bonne heure on renonça au buis pour le remplacer par le métal et principalement par l'ivoire. Nous en possédons un assez grand nombre et leur ornementation permet de les faire remonter à une période qui s'étend du IVe au IXe environ. Certains ont imaginé d'en faire des « boîtes à hosties » à peu de chose près sur le modèle de celles en usage de nos jours dans les sacristies ; c'est préjuger la question des pains azymes eucharistiques (voir Dictionn., t. i, au mot Azyme) et exclure sans raison la possibilité pour ces récipients d'avoir servi, dès une haute antiquité, à la réception de la réserve eucharistique. Lorsque les fidèles qui avaient assisté à la liturgie emportaient dans leur maison le pain consacré, ou bien lorsqu'un clerc comme le jeune Tarcisius ou celui dont nous parle Eusèbe (voir Dictionn., t. m, col. 2437), recevait une parcelle destinée à un malade, il fallait nécessairement transporter celle-ci dans un récipient convenable et de petites dimensions. C'est bien là ce que saint Cyprien nomme une arca in qua Domini sacramentum fuit3, et peut-être est-il permis de voir une des plus anciennes pyxides dans un objet minuscule en bronze, composé de deux lames très minces formant une petite boite mesurant 0 m. 067x0 m. 05 sur laquelle on voit sur une face un martyr, sur l'autre le Christ avec les urnes de Cana et le mot CVAORIA (voir Dictionn., t. i, col. 424, fig. 69 ; t. xiv, col. 634, fig. 10142).
Pour les pyxides en ivoire et les pyxides en os qui n'en sont que des imitations à bon marché, on ne rencontre qu'exceptionnellement le fond adhérant aux parois cylindriques, ce qui s'explique sans peine par la difficulté de se procurer un moellon d'ivoire ou d'os dont la tranche n'offre aucune perforation, car on sait que la dent de l'éléphant est creuse à son sommet et jusqu'à une certaine longueur. Le musée du Louvre possède cependant une pyxide en os, qui provient probablement de la cuisse d'un éléphant ou d'un hippopotame où le fond fait corps avec le cylindre *. Pendant un siècle ou deux après le triomphe du christianisme, les sculpteurs continuent à façonner des pyxides décorées de sujets païens, mais ces petits vases furent admis de bonne heure (nonobstant les scènes mythologiques dont la signification échappait généralement) par les églises qui les firent passer du mundus muliebris dans le mobilier liturgique.
On façonna des pyxides en corne, en plomb, en bronze, en argent et en or. Nous n'avons trouvé nulle part dans l'épigraphie chrétienne la mention d'une pyxide, une inscription païenne de Beggio nous parle d'une PYXIDEM EBOFEAM5. Sur un monument en ivoire, le célèbre diptyque des Symmaques et des Nicomaques (voir Dictionn., t. vu, col. 1939, fig. 6023), on voit une jeune femme retirant d'une pyxide quelques grains d'encens ; mais, en ce cas et pour cet usage, la pyxide prenait le nom d'acerra. Nous avons un exemple de cet usage dans la pyxide de Brioude décrite plus loin (n° 10) qui est munie d'une ouverture demicirculaire pratiquée dans la partie inférieure du cylindre, fermée par une porte à charnière pour faire sortir les grains d'encens 6.
Les plus anciennes pyxides paraissent n'avoir pas toujours été munies d'un couvercle de fermeture ; dans la suite il n'est pas rare de rencontrer la trace de charnières ou l'emplacement réservé à une serrure. Boîtes à bijoux, boîtes à encens, usage profane qu'on délaissa pour affecter la pyxide à une destination plus noble lorsqu'on en fit usage soit pour y déposer la réserve eucharistique soit pour y conserver les pains azymes destinés à la communion du prêtre et des fidèles.
IL Destination. — Par sa rareté relative, l'ivoire pouvait être considéré comme une substance précieuse, son prix élevé, ses dimensions réduites, ses variétés et sa décoration en faisaient un objet digne de recevoir des reliques ou même l'objet le plus adorable au monde : l'eucharistie. On ne saurait néanmoins préciser, à l'aide d'un texte certain, la haute antiquité de l'usage des pyxides pour recevoir le corps du Seigneur, néanmoins parmi les plus antiques qui viennent d'être mentionnées nous croyons qu'on approche de bien près du iv siècle. Il ne faut pas se laisser aller à la tentation de vieillir les témoins, moins encore de les forger de toutes pièces, comme lorsqu'on écrit que ■ le concile de Narbonne, tenu en 589, dit que lors que les prêtres administrent la communion, ils doivent porter l'hostie dans une pyxide ou dans un calice 7 ».
S'il est permis d'hésiter sur la destination d'une boîte d'ivoire, on a bien des raisons de croire qu'il s'agit d'une pyxide eucharistique destinée à recevoir le précieux sang pour l'administrer aux malades lors que nous voyons un petit vase de bronze muni d'une poignée et d'un goulot, son diamètre est de 0 m. 10, il est pourvu d'un couvercle surmonté d'une croix et repose sur trois pieds. Cet objet avait dû appartenir à l'église Saint-Marc de Thèbes en Egypte ; il a été découvert parmi les ruines d'un village copte abandonné pour toujours au temps île 11m asion arabe, vers 640 ' (voir lig. 10576). les hosties ; on aurait couru la chance de les briser, vu l'exiLa pyxide eucharistique a porté assez généralement dans le haut Moyen Age, le nom de turris que nous lisons fréquemment dans le Liber pontificalis, dans les écrits de Grégoire de Tours et ailleurs (voir Dictionn., au mot Tour) ; ce mot s'explique facilement par la forme cylindrique des pyxides. La décoration de certaines d'entre elles peut donner une indication sur leur destination : reliquaire ou vase eucharistique, avec le temps on s'aperçoit que les premiers sont désignés de préférence sous le nom de capsa, les seconds de pyxis. Un texte, tardif il est vrai (IXe), avertit que super altare nihil ponetur nisi capsae. cum reliquiis sanctorum aut pyxis cum corpore Domini ad vialicum.
III. Pyxides chrétiennes en métal. — Quoi que exceptionnelles, ces pyxides se trouvent avoir des analogies dans l'art païen ; elles n'appartiennent pas à nos études, mais nous ne pouvons omettre d'en mentionner quelques exemples. C'est d'abord celle de Vaison, aujour d'hui au musée du Louvre, qui mesure 0 m. 045 de hauteur, en forme de petit cylindre en bronze décoré de dix figures. Au centre Vénus assise sur le bord d'un lit, le buste nu, le bas du corps drapé, elle semble inviter des amours à s'approcher d'elle ; à ses côtés deux Grâces et l'une d'elles tenant un parasol ; à gauche Adonis. Toutes les parties du corps qui sont nues sont formées de plaques d'argent incrustées dans le bronze.
Voici ensuite une pyxide trouvée à Lambèse et appartenant au musée d'Alger. Elle est en bronze, de forme cylindrique, le corps et le fond ont été fondus d'une seule pièce ; la rondelle supérieure est détachée ; la pyxide mesure 0 ni. 037 de hauteur sur 0 m. 0425 de diamètre ; elle est ornée d'une scène à plusieurs personnages, en plaques d'argent encastrées dans le bronze ; les détails sont représentés par des traits gravés au burin dans les parties argentées, par des filets d'argent dans les parties niellées. Il s'agit de Bacchus et son entourage.
Nous en venons maintenant à des objets chrétiens.
Parmi une série de petits objets rapportés d'Egypte par Drury Fortnum, nous trouvons le petit vase de bronze que voici (fig. 10576), dont le diamètre mesure, dit-on, 4 inches ( = 0 m. 10). L'attribution est recevable, mais on pourrait peut-être s'étonner qu'on n'ait pas fait plus de cas de cet objet.
IV. Pyxides en ivoire. — Les pyxides conservées dans les musées offrent, quelques-unes du moins, des sujets mythologiques ou des sujets inspirés par la vie sociale, lesquels ne permettent aucun doute sur leur destination première ; ce n'est qu'à une époque postérieure que ces objets auront trouvé leur place dans le mobilier liturgique. Et, avant d'aller plus loin, en voici deux exemples. D'abord la pyxide de Xanten dont la décoration qui se développe sur son pourtour a été interprétée de la naissance de Jupiter, ou du séjour d'Achille à Scyros ; ensuite la pyxide du Trésor de Sens où est figuré un combat de cavaliers et de piétons contre des fauves ; tous les deux du VIe environ. Mais à côté de ces monuments détournés de leur destination, il en existe un assez grand nombre d'autres, dont la série peut remonter jusqu'au vc siècle environ, et qui paraissent beaucoup plutôt appartenir à l'art latin tel que nous le font connaître les bas-reliefs des sarcophages chrétiens d'Italie et de Gaule qu'à l'art nouveau et transformé tel que nous le trouvons sur les monuments de Ravenne.
Le plus ancien ou tout au moins le plus remarquable de ces monuments paraît être la belle pyxide conservée au musée de Berlin. La sculpture, d'un fort relief et d'un très beau style, peut soutenir la comparaison avec les meilleurs sarcophages chrétiens. Les scènes, du reste, le Christ assis au milieu des douze apôtres et enseignant et le sacrifice d'Abraham, sont de celles que l'on rencontre fréquemment sur les premiers monuments chrétiens. La figure du Christ surtout est drapée avec beaucoup de liberté, le mouvement est juste et l'exécution très large et savante.
Il faut reconnaître du reste que les autres pyxides ne s'élèvent généralement au-dessus du médiocre ; quelques-unes même sont d'une facture tellement sommaire qu'on peut croire ces œuvres sorties d'ateliers provinciaux où les traditions antiques étaient bien peu vivaces. Sans qu'il soit possible d'attribuer des dates certaines à une série de sculptures qui n'offrent pas des éléments de critique bien nombreux, on peut cependant avancer, sans crainte de se tromper de beaucoup, que la plupart d'entre elles ont vu le jour au Ve et au VIe, peut-être même au VIIe, et presque toujours en Italie, ce qui explique que l'on y trouve assez les traces d'influences byzantines, que maigre leur grossièreté trahissent quelques-uns de ces monuments.
C'est à cet art italien du Ve ou du VIe qu'on attribuerait la pyxide de Werden représentant la Nativité et l'Annonce aux bergers ; la pyxide du musée de Rouen offrant l'Adoration des mages et des bergers, une pyxide du musée de Cluny qui offre des sujets fréquents sur les sarcophages chrétiens, sculptés avec une certaine pureté de style. La guérison du paralytique, celle de l'aveugle-né, la Samaritaine et la résurrection de Lazare, Jonas jeté à la mer et Jonas déposé sur le rivage par la baleine, symbolisme si aisé à saisir de la résurrection, sujets chers aux sculpteurs de marbre ou de pierre, se retrouvent aussi et traités d'une façon identique sur les pyxides ; plus rarement on y rencontre des sujets de l'Ancien Testament.
Sur quelques pyxides on peut relever des réminiscences de l'antique, par exemple sur celle de Werden, saint Joseph et la Vierge évoquent, quoi que d'assez loin, le Jupiter et la Junon antiques, tandis que sur la pyxide de Berlin et sur celle de Bologne le personnage d'Abraham debout, vu de face, l'épée à la main, l'autre main pesamment appuyée sur la tête d'Isaac, semble modelé sur Chalcas sacrifiant Iphigénie dans le tableau de Timanthe.
Chacun de ces petits monuments offrirait matière à une étude séparée et approfondie. Si, comme le voulait Ém. Molinier, on peut admettre pour plusieurs d'entre eux une origine italienne entre le Ve et le VIe, il s'en faut qu'on puisse les classer tous dans cette catégorie.
Quoi qu'il en soit, les pyxides ne forment pas un groupe isolé ; elles se rattachent aux sarcophages chrétiens d'une part, et, d'autre part, aux couvertures d'évangéliaires. Ce sont souvent les mêmes sujets dont on fait choix, ce qui ne prouverait pas grand chose, et c'est la même façon de les traiter, mêmes réminiscences et mêmes erreurs de composition. Toutes les scènes qui se déroulent autour de la pyxide de Pesaro ont, comme beaucoup de sarcophages, un portique pour fond, et ce détail a paru autoriser un rapprochement entre cette pyxide et le diptyque de Murano, malgré des différences techniques qui sautent aux yeux. La pyxide du Museo nazionale de Florence fait penser à un autre monument célèbre, la chaire épiscopale de Maximien de Ravenne, tandis que la pyxide de l'église Saint-Colomban à Bobbio rappelle un sarcophage de Tortone.
V. Essai de classement. — 1. barsvr-avbe Boîte cylindrique. Aveugle-né, trois apôtres (Saint-Maclou, aujourd'hui au musée de Cluny). détail qu'on retrouve sur une miniature de l'évangéliaire d'Estchmiadzin. Dans son ensemble, le sacrifice d'Abraham semble introduit pour combler un vide et a pu être détaché d'une pièce de provenance orientale, le reste est d'une noble inspiration, digne de l'époque classique. — Cette pyxide a été acquise à Coblentz, en 1843, pour le musée de Berlin. enfin la Vierge reposant sur des coussins et un ange qui lui tient compagnie. — Cette pyxide qui faisait partie de la coll. Hahn, fut acquise en 1869 pour le musée de Berlin ; elle venait de Minden et a continué à être désignée sous ce nom.
4. berlin. — Fragment de boîte cylindrique en ivoire, hauteur 0 m. 07, largeur 0 m. 082. Travail italien, probablement du VIe. A droite, deux frères de Joseph qu'ils viennent de retirer de la citerne ; à leurs côtés, Joseph s'accroche aux vêtements de l'un des deux, probablement Ruben, le plus compatissant, ou du moins le moins féroce de la bande ; ensuite un marchand ismaélite qui étend la main pour se saisir de l'enfant. A fait partie de la collection Wallerstein, acquis en 1856 pour le musée de Berlin.
5. berlin. — Fragment d'une pyxide en ivoire, hauteur : 0 m. 081 ; largeur : 0 m. 072 ; travail fort grossier et probablement italien, VMe environ. A gauche, probablement le monument sépulcral de Lazare que Jésus, figuré jeune et imberbe, vient de ressusciter ; derrière le Sauveur, deux apôtres barbus ; l'un d'eux fait le geste d'acclamation et tient dans la main gauche le livre des Évangiles. Acquis à Strasbourg, en 1892, pour le musée de Berlin.
6. bobbio. — Boîte cylindrique. Orphée charmant les animaux aux sons de sa lyre et une chasse aux fauves. Conservée dans l'église Saint-Colomban.
W. DARMSTADT. — Boîte cylindrique, avec scènes évangéliques. Guérison du paralytique, résurrection de Lazare, guérison d'un possédé. Au musée.
Bibl. — - H. Peirce et Tyler, L'art byzantin, t. i, 1932, pi. CLX.
Bibl. — Wiltheim, Luciliburgensia sive Luxemburgum romanum, n. 187 ; Garrucci. Storia, t. vi, pi.
17. BERM NOW1RON KERTCH (Crimée). — Fragment. L'annonciation et l'épreuve des eaux arrières, VIIE.
— Voir Dictionn., t. i, col. 426, fig. 71, 72 ; col. 1115, fig. 271 ; t. iv, col. 233, fig. 3581.
22. milan. — Boîtes cylindriques publiées par Gori ; l'une d'elles est entrée depuis dans la collection Basilewsky, à Saint-Pétersbourg, l'autre est, croyons-nous, au Vatican, venue de la basilique ambrosienne.
23. NEW-CASTLE. — Boîte cylindrique. Le Christ tenant une croix suivi de deux apôtres, exorcise un possédé à moitié nu près du sépulcre où il est confiné. Provient d'Aix-la-Chapelle, faisait partie de la collection de M. Walter Sneyd, Keele Hall, à New-Castle, aujourd'hui au British Muséum.
24. new-york. — Boîte cylindrique, représentant la chasse de Bacchus aux Indes. Au musée métropolitain.
25. osorovk (Ossétie, Caucase). — Dans le cimetière de cette localité on a trouvé les restes d'une pyxide en ivoire de travail byzantin du Ve.
Bibl. — Oreschnikov, Fragments d'une pyxide du cimetière d'Osorouk, dans Notes et nouvelles archéologiques des Bulletins de la Société archéologique impériale de Moscou, 1894, n. 1.
27. PÊTER8B0URG. — Boîte cylindrique, hauteur 0 m. 09, diamètre 0 m. 12. Les trois Hébreux comparaissant devant Nabuchodonosor, les trois Hébreux dans la fournaise.
n. 188 ; J.-O. Westwood, Catalogue of fictile ivories, p. 43, n. 100, 103.
31. PÉTERSEOURO. — Boîte cylindrique. Scènes de la vie de Joseph. Repas de Joseph avec ses frères. Benjamin vide son sac et on trouve la coupe.
32. ROME, au Sancla Sanctorum. — Ce ne sont que des fragments, le plus important offre une décoration en bas-relief. C'est une section d'arc de cercle mesurant 0 m. 13. La distance des deux extrémités ou corde de l'arc est de 0 m. 09. L'épaisseur de l'ivoire varie de 0 m. 002 à 0 m. 000. Cette pyxide diffère de toutes celles que nous connaissons en ce que, de grande dimension comme les pyxides antiques, et décorée d'une scène d'inspiration païenne, elle est d'un relief relativement plat, indiquant une époque assez basse. On sait que ces objets, qui appartenaient primitivement à la 1879, pi. ix, 2 ; Ém. Molinier, Hist. générale des arts, t. i, p. 55 ; Rohault de Fleury, La messe, t. v, pi. ccclxxiii ; voir Diclionn., t. xv, au mot Rouen.
35. SENS. — Boîte cylindrique, représentant une chasse (trésor de Sens), fig. 10579.
Bibl. — Gazelle des beaux-arts, nouv. période, t. xxi, 1880, p. 153, fig. ; H. Peirce et R. Tyler, L'art byzantin, t. i, pi. clxiii d ; A. Darcel, Trésor des églises, t. i, pi. ix a ; Chartraire, Inventaire du trésor de Sens, 1897 ; Garrucci, Storia, t. vi, pi. ccccxxxix, 4.
3< ». SION (Suisse). — Boîte cylindrique, représentant l'ange assis sur le tombeau du Sauveur dont s'approchent les saintes femmes, tandis que les gardes sont endormis. En arrière des deux femmes on voit deux hommes debout tenant de leurs mains couvertes l'Évangile, peut-être Pierre et Paul.
•îO. VIENNE. — Collection Figdor. Scènes évangéliques : guérisons d'un aveugle et d'une femme hydropique.
41. werden. — Boîte cylindrique. Scènes évangéliques, adoration des mages.
42. wiesbadex. — Boîte cylindrique. Le Nil, un personnage à une tribune avec quatre suivants ?
Bibl. — H. Peirce et R. Tyler, L'art byzantin, t. il, pi. xn b.
43. wiesbaden. — Provincial Muséum.
Bibl. — Annalen des Vereins für Nassauische Altertumskunde und Geschichte, t. xxvm, 1896, pi. n.
44. xanteN. — Stifskirche.
Bibl. — Jahrbùcher des Vereins von Altertumsfreuden im Rheinlande, t. v-vi, 1844, pi. vin.
45. zuiucn. — Lan des Muséum.
Bibl. — Calalog der Sanunlungen der antiquarischen Gesellschalt, Zurich, 189U, n. 4046.
H. Leclercq.
Q. — La plus ancienne forme de la lettre Q est d'origine grecque ; elle se ramène à un cercle pourvu, à droite, d'un bourgeon à peine indiqué z, mais dès le début du Ier siècle, ce bourgeon s'allonge et s'assouplit en forme de courbe 3 dont nous avons des exemples non seulement à Rome, mais en Afrique * et en Espagne 5, à Néris en Gaule 6 et à Pouzzo les en Italie 7. On ne rencontre que rarement et tardivement la queue à gauche ; à Sétif, au VIe 8 ; tout aussi rare est la queue rentrée à l'intérieur, ce qui ne se voit guère qu'en Gaule du Vc au VIIE « .
Les trois formes suivantes sont rares, mais non exceptionnelles :
La première forme est cursive, on la rencontre à Rome, en 244 ,0.
La deuxième forme se rapproche de l'onciale, elle se montre sur plusieurs inscriptions chrétiennes du IVe, à Rome11 ; au VIe, en Afrique12, en Grande-Bretagne u et en Gaule 14.
La troisième forme a été relevée sur quelques inscriptions chrétiennes d'Espagne ,6.
H. Leclekcq.
QALB-LOUZÉ. — »Voici la description qu'a donnée de cette église Melchior de Vogué, en 1865 :
« Monument du plus grand intérêt et d'une remarquable conservation ; il ne manque que le mur extérieur du bas côté nord et une partie de la façade occidentale, encore ces lacunes peuvent-elles être remplies avec une exactitude mathématique : il suffit de prolonger les lignes interrompues pour reconstruire par la pensée, jusque dans ses plus petits détails, le monument tel qu'il existait au VIe de notre ère. C'est la date que nous lui avons assignée par la comparaison de son style avec celui des monuments datés dont il est entouré [et que nos descriptions d'églises syriennes dans le Dictionnaire ont fait connaître].
L'église a extérieurement 54 pieds de largeur totale sur 114 pieds de longueur. Elle comprend un pronaos ou narthex P, flanqué de tours D, puis une nef de 84 pieds de long, sur 25 de large, avec deux bas côtés de 12 pieds 1/2, piliers compris, et une abside de 10 pieds de rayon intérieur. La nef est portée non par des colonnes, mais par de gros piliers reliés par de larges arcades ; un second ordre formé de colonnettes portées par des corbeaux décore l'étage supérieur ; chacun de ces couples de colonnettes portait une des fermes de la charpente (fig. 10580).
Le chœur, surélevé de près de 3 pieds au-dessus du sol de la nef, s'étend au delà de l'abside, jusqu'à une ligne aa, autrefois fermée par un chancel ou balustrade dont l'encastrement se voit encore dans les murs latéraux. Cette barrière n'avait que 3 pieds d'élévation. On remarque en outre les traces d'une iconostase qui montait jusqu'à l'ordre supérieur, mais qui a été exécutée après coup et ne paraît pas avoir fait partie du plan primitif. Une porte b, située en dedans de la barrière, et au niveau de l'abside, mettait le chœur en communication directe avec le diaconicum c, dont l'accès se trouvait ainsi réservé aux seuls membres du clergé. Une autre porte, au niveau du sol de l'église, conduisait les clercs dans le gazophylacium, ou prothesis B, auquel la foule avait accès par une large arcade ouverte au fond du bas côté sud, pour venir y déposer ses offrandes. La différence de niveau des deux portes accuse, non moins clairement que la description des entrées, la différence de destination des deux annexes latérales du chœur. Des crédençes ménagées dans l'épaisseur du mur de l'abside servaient à poser les objets du culte. D'autres crédençes sont pratiquées dans l'épaisseur des piliers de la nef. Deux chambres ménagées au-dessus du diaconicum et de la prothesis, complètent le système des dépendances ou pièces destinées au service intérieur du sanctuaire.
Les bas côtés sont couverts en dalles de pierre dont les joints sont à recouvrement et dont le bord extérieur, mouluré, constitue la corniche supérieure du monument. La nef était couverte en charpente ; le comble a naturellement disparu, mais la place des colonnettes, la hauteur de l'encastrement qui les surmonte, l'inclinaison des pignons sont des données qui permettent d'en retrouver la disposition ; on a essayé de rendre cet effet dans la vue restaurée (fig. 10580).
L'ornementation est fort intéressante : plus riche que dans la plupart des autres églises, elle affecte des formes qui tendent vers les pratiques byzantines ; les éléments empruntés à la décoration antique sont mêlés à des croix et à des symboles chrétiens ; la grande archivolte de l'abside est d'un bel effet ; la colonnette qui, dans chaque angle, reçoit la retombée du dernier rang de moulures a un chapiteau réticulé en forme de corbeille, d'un aspect tout à fait byzantin ; la console qui supporte cette colonnette porte en-dessous la figure d'un bœuf sculpté en très bas relief, c'est sans doute l'animal symbolique de l'évangéliste saint Luc.
On sait combien les représentations de la nature vivante sont rares dans la sculpture ecclésiastique des églises orientales. L'église de Qalb-Louzé, à ce point de vue, possède un détail fort curieux : sur le linteau de la première porte latérale, se trouvent deux bustes d'hommes, malheureusement martelés ; au-dessus de la tête sont gravés les deux noms :
Ces deux bustes offraient donc la figure des deux archanges : placés au-dessus de l'entrée ils semblaient veiller à la garde du sanctuaire.
Les portes latérales étaient précédées de porches qui ont disparu, laissant sur la surface du mur les traces de leur présence ; les uns étaient en bois, couverts d'un toit à double égout ; les autres étaient en pierre et formés d'une voûte en berceau.
Le narthex qui précède la porte principale est d'un grand effet et la large arcade qui lui donne accès est piteau et cette base intermédiaires, devenus inutiles, disparaissent ou soient remplacés par un simple anneau, que la longue colonne ainsi obtenue se rapproche de sa voisine, que les corbeaux de la corniche se serrent et se découpent, l'abside romane de France, ou des bords du Rhin apparaît et sa filiation s'établit.
Prenons un exemple, c'est la nef de l'église de Silvacanne (Bouches-du-Rhône). Ce monument, comme plan, structure et style, appartient à l'école romane du Midi ; il a été bâti vers 1195. La nef est supportée par trois larges arcades de chaque côté ; elle est voûtée en berceau ogival ; des arcs doubleaux, correspondant à chaque pilier, s'appuient sur des colonnettes qui reposent elles-mêmes sur des consoles en encorbellement d'un vigoureux caractère ; un plafond de bois le recouvrait et formait terrasse entre les deux pavillons ou tours de la façade. Cette disposition est fort originale. Il est facile d'y reconnaître en germe la disposition des façades du Moyen Age occidental. Mais c'est à l'abside surtout qu'apparaît de la manière la plus évidente ce lien de parenté qui unit les églises de la Syrie centrale à celles de l'Occident. Extérieurement elle est décorée de deux ordres de colonnettes directement superposées ; la donnée est encore antique, quoi que l'application en soit absolument nouvelle ; l'architecte, doué d'un grand sens pratique, a supprimé les membres inutiles, les tranches d'architrave et de frise qu'un architecte romain n'eût pas manqué d'intercaler dans sa composition. Néanmoins, la colonne est restée la colonne antique, dans ses proportions, dans le rapport des deux ordres ; mais, que le temps et la réflexion fassent litière de ces derniers scrupules, que ce chaînement. Si l'on compare cette disposition à celle de Qalb-Louzé, il est impossible de ne pas être frappé de leur ressemblance, au style près. L'architecte provençal n'a pris en Syrie qu'une idée, mais, cette idée, il l'a traduite selon ses propres habitudes, remplaçant le plafond de bois par la voûte, les grandes poutres par les doubleaux, l'ornementation du VIe par celle du XIe. On rappellera encore la façade de l'église de l'Ontorson avec laquelle celle de Qalb-Louzé offre une frappante analogie.
H. Leclercq.
QENNAOUAT. — Syrie centrale. Voici la description qu'a donnée de cette basilique Melchior de Vogué en 1865 :
Grand ensemble d'édifices comprenant des constructions de diverses époques et qui porte de nos jours le nom de serai, « le palais ».
A, B, grande basilique du IVe, construite suivant la tradition romaine avec des propylées ou portiques extérieurs, un atrium A ou cour entourée d'une colonnade intérieure, puis la basilique proprement dite, disposée comme celles de Sainte-Agnès et de Saint-Laurent à Rome, avec un bas côté qui fait le tour complet de l'église (fig. 10581). Les colonnes posées sur des piédestaux portent des arcades en plein cintre directement appuyées sur le chapiteau, simple « Quel que temps après la construction de la basilique, cet ensemble fut l'objet d'un remaniement complet. Une église D fut bâtie sur l'emplacement du temple antique suivant le système hauranite des arcs parallèles et des dalles ; l'abside fut largement éclairée par une triple baie percée dans le mur de l'atrium et supportée par des colonnettes trapues et des chapiteaux à oves et à feuillages pris à un des temples de Qennaouât ; en même temps la grande basilique fut transformée suivant le même système. On suppose qu'elle cessa d'être une église et devint une sorte de palais : les colonnes furent englobées dans les piliers des arcs parallèles, des murs percés de fenêtres fermèrent le chœur et l'abside. Un grand ensemble d'habitations, entouré par un mur d'enceinte, flanqué à l'angle nord-est par une tour, fut accolé à l'édifice transformé.
C'est au Ve que ce remaniement fut effectué : la porte h de la petite église D est d'un style qui conévasement rappelant grossièrement le dorique. Aux deux extrémités de la nef, ces colonnes soutenaient des galeries supérieures qu'un second ordre d'arcades mettait en communication visuelle avec l'intérieur de l'édifice. Les bas côtés latéraux ne supportaient pas de galeries ; des trous encore visibles dans le mur du fond prouvent qu'ils étaient recouverts par un toit rampant en charpente. Un chœur, flanqué de deux sacristies, et une abside demi-circulaire complétaient la construction.
La porte a est très ornée : les éléments qui la composent ont été pris à des monuments antiques.
On a utilisé pour la construction de l'atrium le mur latéral d'un édifice antique dont il reste des fragments importants teintés de noir sur le plan : le pronaos G est assez bien conservé ; il est porté par six colonnes, comprises entre deux antés très proéminentes et percées de deux larges arcades ; l'entre-colonnement du centre est beaucoup plus large que les autres et supportait une arcade, dont les sommiers existent encore et qui s'ouvrait dans le fronton suivant un système spécial à l'architecture romaine en Syrie ; les autres colonnes portent, en guise d'architrave, de petits arcs surbaissés. Cet édifice se terminait par une sorte d'abside à trois niches, flanquée de salles obscures d'une destination difficile à déterminer. vient à cette époque.
La porte g de la même église est d'une exécution bien meilleure, une charmante branche de vigne délicatement sculptée dans la pierre orne son linteau ; mais il est facile de voir que ce joli morceau de sculpture a été arraché à un monument antique : l'artiste chrétien s'est contenté d'y ajouter une croix aux dépens d'un des motifs de la composition primitive *.
H. Leclercq.
QOLON1EH. — Village de Palestine près duquel on découvrit, en 1887, un hypogée chrétien décoré de peintures dans le style des catacombes. On y lit dans deux couronnes séparées, soutenues par des anges, les deux inscriptions suivantes qui paraissent ne faire qu'une seule phrase :
eiceeoc Eïç (r)sbc xod ô Xpia(T)ôc aùxoù, wç Zfl [t-vriaQf, Râpcoxiç
Que le Dieu un et son Christ se souvienne de Raruch pour qu'il vive !
L'hypogée a été refermé sans qu'il ait été possible de dessiner les peintures.
H. Leclercq.
On conserve au British Muséum une cuiller d'argent avec ce mot QVADRAGISIM A '.
H. Leclercq.
QUADRAPULUS. - Le nom de l'étoffe dite quadrapulus, qui se lit à plusieurs reprises dans quelques notices du Liber pontificalis des viie et IXes, n'a pas encore trouvé d'étymologie satisfaisante. W.-E. Cruin s'appuyant sur un document copto-arabe du xe-XIe, propose d'y voir une transcription plus ou moins déformée de l'arabe qoulraboulhj, lequel dériverait d'un nom de ville indéterminée à chercher peut-être en Mésopotamie. Le mot rentrerait alors dans la famille assez nombreuse des noms d'étoffes désignées par leur provenance, tels que mousseline, calicot, cachemire 2.
QUARANTE MARTYRS DE SÉBASTE.
« Mais l'ensemble de la pièce offre un tel caractère de sincérité, renferme tant de ces traits « qui ne s'inventent pas » et suppose des situations si concrètes, qu'il n'y a guère moyen de la prendre pour une de ces pièces fabriquées qui encombrent la littérature hagiographique. Le document éclaire d'une lumière nouvelle l'histoire des quarante martyrs, sur laquelle nous ne possédions que des témoignages assez éloignés et des récits peu authentiques. Leurs noms, que nous rapporte l'auteur de la passion, dérivent de cette source. L'époque où le culte des reliques est arrivé à ce point de ferveur est bien celle des dernières persécutions. Dans le passage si touchant relatif à Eunoïcos, qui sera peut-être épargné vu son jeune âge, il faut relever ce trait : ἰβα èv -rf) y.zyi'kn ttjç àvaaTricascoç Yjixepà r ?jç [i.£0'7)u.<ï>v wç vùyr\ qui ne suppose plus une première résurrection comme la prérogative du martyre. Faisons aussi remarquer en passant que, du fait seul qu'Eunoïcos est compté parmi les martyrs dans la passion, il ne suit pas qu'en réalité il ait subi la mort avec les autres. Tout porte à croire que l'auteur n'avait aucun renseignement spécial à son sujet. Son nom, comme tous les autres, est emprunté à la suite des signatures du testament. » (Anal, boll., t. xvn, 1898, p. 467 sq.).
III. Topographie. — Le testament mentionne plusieurs localités. Nous avons nommé déjà le village de Sareim près de la ville de Zéla. Cette ville existe en Arménie, cependant il semble que la Zéla indiquée par les martyrs est plutôt la ville du même nom de la province du Pont, aujourd'hui Zilëh. Saint Grégoire de Nysse dit, en effet, que le lieu où reposaient les quarante martyrs était voisin du bourg d'Ibora (voir Dictionn., t. vu, à ce nom) ; or celui-ci est à quatre ou cinq heures de marche de Zilëh (Anal, boll., t. xxv, 1906, p. 241). D'autres localités sont nommées : Phidela, Chaduthi, Charisphone, Zimara ; cette dernière est la seule qui ait pu être identifiée avec la statio de la route militaire de Satala à Mélitène, dans la Petite-Arménie. « On ne s'étonnera pas, dit M. Fr. Cumont, qu'une partie de ces soldats qui périrent pour la foi à Séhaste ait été originaire de Zimara, à la frontière d'Arménie, une autre des environs de Zéla, dans une tout autre contrée. La légion XII Fulminata à laquelle ils appartenaient était, avec la légion XV Apollinaris, la seule qui défendit l'Asie Mineure, et elle levait certainement ses effectifs dans une grande partie de la péninsule » (Anal, boll., t. xxm, 1904, p. 449).
Saint Éphrem affirme que les martyrs furent exposés sur la glace de l'étang. Saint Basile, Homil., xix, 3, dit qu'ils furent exposés èv \j.i<rr\ tvj 710X21, mais ajoute que la ville était bâtie autour de l'étang, Xûxvr] [i.èv, Tuspt v^v ï) 7t6X(.ç xocTWXLCTTai. La tradition locale a conservé le souvenir de l'étang des martyrs : « il a disparu, comblé par les alluvions ; mais on montre encore au pied de la citadelle une prairie humide qui en occuperait la place. » F. et E. Cumont, Voyage archéologique dans le Pont et la Petite Arménie, 1906, p. 222. On croit même reconnaître les restes des thermes voisins dans une construction carrée en gros moellons, dont la porte est aujourd'hui enfouie dans le sol jusqu'au linteau. P. Allard, Histoire des persécutions, t. v, 1908, p. 325, note 2. (Voir Sébaste.) H. Leclercq.
QUARRÉ-LES-TOMBES. — I. La localité. IL Les sarcophages. III. Description. IV. Date et durée d'emploi. V. Inhumations. VI. La forme semicarénée. VII. Provenance. VIII. L'entrepôt. IX. Les cercueils et la légende. X. Bibliographie.
I. La localité. — Quarré-les-Tombes, dans le bas Morvan, fait partie de l'arrondissement d'Avallon et du département de l'Yonne, dont son territoire forme le point culminant. Le bourg s'étale sur un plateau et s'étage à flanc de coteau autour de l'église qu'environnent, protégés par un mur de soutènement, les sarcophages d'époque mérovingienne qui ont valu au village son surnom. Cette localité a été décrite dans le plus menu détail et nous n'avons pas à en parler ici, mais seulement de ce qui la signale à l'archéologie.
IL Les sarcophages. — En 1724 parurent à peu près simultanément un article de l'abbé Lebeuf, dans le Journal de Verdun et une Dissertation sur les tombeaux de Quarrée, village du duché de Bourgogne..., à Lyon, chez Marcellin-Duplain, 1724, ensuite une Lettre en forme de Dissertation à M. Thomassin, à Dijon, de l'imprimerie Auge, 1725, in-12. Ces deux pièces étaient l'ouvrage de Lazare-André Bocquillot, curé de Chastellux, ensuite chanoine d'Avallon (1649-1728), qui, ayant lu dans une chanson de geste, le Girart de Roussillon, une description poétique des cercueils de Quarré, les visita, les étudia et réfuta l'opinion qu'avait émise à leur sujet l'ingénieur Thomassin. Courtépée, historien de la Bourgogne, nous apprend qu'un certain Moreau de Mautour emprunta le manuscrit de Bocquillot, le copia et « le travestit sous son nom dans les Mémoires de l'académie des inscriptions ».
Voici un résumé des conclusions de Bocquillot. Sur un millier de tombes existant jadis il en a pu compter cinq cents environ en 1674, le reste ayant été débité en pierre à bâtir et réduit en chaux ; la provenance était sans exception la carrière de Champ-Rotard, près Coutarnoux. La destination de ces tombes s'expliquait par la nécessité d'enterrer les victimes d'une grande bataille entre chrétiens et Sarrasins. Vainqueurs, les premiers jetèrent les corps des infidèles dans de grandes fosses et déposèrent leurs coreligionnaires dans des cercueils de pierre. L'explication étant enfantine, il reste à trouver une raison de pareille accumulation de tombes en un lieu où ne se trouva jamais une agglomération historiquement constatée. L'ingénieur Thomassin proposait une extravagance ; des étrangers se faisant enterrer près de Saint-Georges, Bocquillot suppose un vaste entrepôt de cercueils à vendre, et qui d'ailleurs sont presque tous vides.
Entre temps le pillage continue ; les 500 cercueils observés en 1674 se trouvent réduits à 226 en 1718 ; nonobstant leur origine chrétienne car il s'en trouvait six portant une croix, Bocquillot attribuait ces sarcophages au VIe.
III. Description. — En 1895, on comptait encore 111 cercueils de pierre autour de l'église paroissiale, tous de forme identique sauf quant à la décoration ; on peut leur appliquer l'expression moderne de fabrication « en série ». Le plus grand nombre des cuves et des couvercles présentent des stries parallèles sur les parois longitudinales et sur quelques parois transversales du côté de la tête. Il n'y a pas lieu d'épiloguer longuement sur la décoration dont on trouvera ici un schéma (fig. 10582) : croix pattée, croix de Malte, chrismes accolés, listels obliques, etc. Les cuves, assez larges aux épaules, vont en se rétrécissant dans la direction des pieds de façon très sensible ; l'intérieur est complètement évidé. Plusieurs cercueils sont perforés dans la surface de fond ; on y pourrait voir des trous d'écoulement, mais ces perforations n'ont rien de régulier et au lieu d'être intentionnelles elles paraissent s'expliquer par la présence de nœuds siliceux dans la masse de ce calcaire qu'ils ont troué en maints endroits.
Tous les couvercles sont évidés à l'intérieur, aucun d'eux n'est de forme plate ou prismatique. Un couvercle posé debout sur le sol présente un aspect analogue à la figure géométrique d'un cône tronqué coupé par moitié dans le sens de la hauteur. On peut dire que ces couvercles sont, suivant l'expression commune, « en dos d'âne », mais avec un méplat assez prononcé sur une largeur moyenne de 0 m. 20.
Parfois la face antérieure offre quelques traces de décoration. Malgré leur parfaite similitude de forme, les sarcophages peuvent différer de façon considérable de poids et de volume. Le plus grand cercueil pèse plus de 800 kilogrammes et le plus petit 400 environ ; pareille différence s'explique par les exigences à prévoir de la clientèle.
Voici les dimensions moyennes : longueur : 1 m. 92 ; largeur aux épaules : 0 m. 66 ; largeur aux pieds : 0 m. 32 ; hauteur à la tête : 0 m. 49 ; hauteur aux pieds : 0 m. 35. Le couvercle correspondant aux mesures de longueur et de largeur, sa hauteur est généralement de 0 m. 27 à 0 m. 28.
IV. Date et durée d'emploi. — Bocquillot proposait le VIe, mais il paraît plus probable que si l'industrie a pris naissance alors, l'usage courant n'est pas antérieur au VIIe ou au VIIIe. Quoi que le cercueil de pierre fût un luxe que les pauvres ne pouvaient se permettre, il n'en est pas moins certain que nombre de localités témoignent de l'emploi qu'on en faisait, ce qu'attestent les noms de Serquigny, Serques, Cerqueux, Serqueux, Luzi aux et Champ-aux-Lusi aux. Ces termes méconnus pour la plupart d'entre nous aujourd'hui témoignent de l'emploi ancien des cercueils de pierre entre le VIIIe et le XIe-XIIe environ. Peut-être à Quarré, en raison de l'énorme approvisionnement local, l'usage des cercueils de pierre durat-il jusqu'à une époque plus basse ; on utilisa ce qu'on avait sous la main et ce que le changement de mode avait privé d'une bonne part de sa valeur vénale ; mais à partir du XVIe on les brisa et ils furent dès lors employés comme matériaux dans les voûtes et les arcs-doubleaux du sanctuaire de l'église reconstruite. Jusqu'en 1859 on en fit usage comme cénotaphes et comme pierres protectrices des sépultures.
V. Inhumations. — A Quarré, la profondeur moyenne des inhumations paraît avoir été de 0 m. 60 à 0 m. 80 au plus de terre recouvrant le cercueil ; celui-ci reposait donc à 1 m. 35 environ du sol extérieur. Aucun sarcophage ne contenait de mobilier funéraire, ceux qui ont avancé le contraire ont fait erreur. On ne sait rien de précis touchant l'orientation des tombes ; celle adoptée au XVIIe par le curé Ch. Magdalénat était un rangement arbitraire auquel on renonça en 1747 quand le cimetière de Quarré fut clos de murs.
VI. La forme semi-carénée. — Certains cercueils présentent une forme évasée qui peut suggérer la pensée de la carène d'un navire, disposition qui exigeait l'emploi de plus larges blocs de pierre, réclamait plus de main-d'œuvre et rendait le maniement du monolithe plus difficile. La raison de cet usage parait devoir être cherchée dans la préoccupation de reproduire la nef ou nau des Francs1. « Ce mot nau ou Ravis rappelle la croyance ancienne à un voyage funéraire du cercueil en forme de barque parce qu'il doit voyager pour parvenir dans l'autre monde et atteindre le port situé fort loin dans l'immensité de l'Océan. »
VII. Provenance. — On a dit plus haut que Bocquillot attribuait tous les tombeaux de Quarré aux carrières de Champ-Rotard et Coutarnoux. L'analyse chimique et l'étude géologique ont permis d'atteindre une précision plus grande et d'indiquer, comme origine possible des cercueils de Quarré, la bande corallienne orientée N.-E. et S.-O. qui traverse tout le département de l'Yonne ; ensuite comme points plus rapprochés de Quarré, les villages de Merry-sur-Yonne, de Mailly-la-Ville et Bazarnes, respectivement à 35, 37 et 10 kilomètres de Quarré, à vol d'oiseau.
VIII. L'entrepôt. — La conjecture d'un entrepôt de cercueils, à Quarré, émise par Bocquillot, est aujourd'hui élevée au rang de certitude. Non pas qu'on ait pu relever dans les textes anciens une attestation quelconque, néanmoins on a pu conjecturer avec quelque vraisemblance que cet entrepôt aurait été créé par un monastère, entre plusieurs qui remontent à cette époque suffisamment lointaine pour retenir l'attention, tels que Saint-Symphorien d'Autun, Saint-Germain d'Auxerre, Saint-Andoche de Saulieu. Flavigny, enfin Saint-Jean de Béomé, aujourd'hui Moutiers-Saint-Jean (Côte-d'Or) fondé vers 510. Entre eux tous, c'est peut-être Saint-Jean de Réomé qui réunit le plus de vraisemblance.
IX. Les cercueils et la légende. — Peut-être vers l'époque où la mode des cercueils de pierre ne trouva plus d'acquéreurs, l'entrepôt abandonné inspira à l'imagination d'un conteur la pensée qui trouva son expression dans la chanson de Girart de Roussillon, vers le XMe ; mais ici nous sortons de l'archéologie et laissons à d'autres cette étude.
H. Leclercq.
QUATRE-COURONNÉS. — I. La passion. IL Bibliographie.
I. Une passion ancienne, de bonne allure, et suffisante pour affirmer la réalité historique du récit, est rédigée en langue latine et due à un certain Porphyrius, employé du cadastre, qui signa la pièce probablement au IVe. Voici ce qu'il nous apprend : pendant un séjour de Dioclétien en Pannonie, motivé par les grands travaux entrepris sous son règne, on comptait parmi les ouvriers quatre chrétiens d'une très grande habileté ; ils avaient nom Simpronianus, Claudius, Castorius et Nicostratus. Sculpteurs de leur état, ils avaient exécuté une statue du Soleil, sigillum solis, que l'empereur fit ériger dans un temple élevé par ses ordres sur une hauteur appelée le mons pinguis. Sa satisfaction l'amena à une autre commande de colonnes et de chapiteaux en porphyre (melallo porphyretico), extrait de la hauteur nommée le mons igneus. Un sculpteur païen, Simplicius, admira le succès de ses confrères qui lui avouèrent le devoir à leurs prières à Jésus-Christ. Cet aveu et leurs encouragements entraînèrent la conversion de Simplicius qu'un évêque d'Antioche, Cyrille, condamné ad metalla, instruisit dans la foi chrétienne. Sur ces entrefaites, les surveillants des travaux (philosophi) découvrent la croyance des sculpteurs qu'ils dénoncent à Dioclétien, mais celui-ci répond à cette dénonciation par une nouvelle commande : des victoires, des amours, des conques et une statue d'Esculape. Aucune objection des sculpteurs touchant les victoires, les amours et les conques qui n'ont, à leurs yeux, aucune signification idolâtrique, mais refus formel de sculpter un Esculape qui est exécuté en marbre de Proconèse par un autre artiste. L'affaire est portée devant le tribun Lampadius qui s'ingénie à sauver les chrétiens, supplie, sévit et meurt avant d'avoir pris une décision. Sa femme s'adresse à Dioclétien qui fait enfermer les cinq sculpteurs vivants dans des cercueils de plomb qu'on précipite dans le fleuve, le 18 novembre. L'évêque Cyrille meurt de douleur, Dioclétien se rend à Sirmium et, après six semaines, un fidèle retire du fleuve les cinq cercueils et les dépose dans sa maison.
A ce récit de bonne qualité historique vient se souder une relation légendaire. Un an plus tard, Dioclétien, de retour à Rome y élève dans les thermes de Trajan un temple à Esculape que décore une statue du dieu en marbre de Proconèse. Ordre est donné à tous les soldats d'y sacrifier, quatre d'entre eux, des cornicularii nommés Severus, Severianus, Carpophorus et Victorinus refusent et sont mis à mort. L'évêque Miltiade (voir ce nom) et saint Sébastien ensevelissent leurs corps au mile de la voie Labicane. Toutefois, Miltiade qui ignore le nom de quatre cornicularii et s'aperçoit que leur dies natalis coïncide avec celui des sculpteurs pannoniens décide qu'on célébrera leur fête sous le nom de ces derniers. Ceci n'appartient plus à l'histoire mais à la fantaisie, il ne s'ensuit pas que la relation légendaire amoindrisse l'autorité du récit historique.
On rencontre d'abord une difficulté d'ordre chronologique : faut-il chercher une date à un séjour de Dioclétien en Pannonie ? On ne la trouve dans tout son règne qu'antérieure à la persécution, en 294 ; à cette date il n'y faisait pas de martyrs et, en eût-il fait, il ne s'y trouvait pas un 18 novembre. Autre difficulté : Cyrille d'Antioche était, au dire de la Passion, condamné ad metalla depuis trois ans ; or, cette condamnation ne pouvait être antérieure à la persécution de 303, ce qui reporterait le martyre des cinq sculpteurs à 306, mais à cette date Dioclétien avait abdiqué. Simple lapsus de notre Porphyre, auteur de la Passio, a-t-on dit ; il a écrit Dioclétien à la place de Galère. On peut proposer autre chose, Dioclétien a abdiqué, il a construit son palais de Spalato (voir Dictionn., t. iv, col. 1003-1004) qui n'est pas terminé et dont il poursuit la décoration. Ce soin l'a amené de Salone à Sirmium où il fait « un séjour prolongé — la Passio parle de neuf mois — et on doit se souvenir que les relations entre Sirmium et la côte dalmate sont faciles. A Sirmium, le vieil empereur fait travailler car il est encore riche et, à l'occasion, il peut sévir car, malgré son abdication, il reste le senior Augustus que ses anciens collègues consultent et ménagent. S'il serait par trop odieux de lui imputer dans cette situation une condamnation à mort — affaire d'habitude et quelques vies humaines comptaient pour si peu de chose — il est permis de croire que n'ayant pas oublié la persécution déchaînée par lui et s'estimant bravé par le refus d'obéissance des cinq sculpteurs chrétiens, il aura trouvé bon qu'on leur appliquât la législation en vigueur. Ses anciens collègues loin d'y trouver à redire ne pouvaient que l'en féliciter.
Rien, dans tout cela, n'infirme l'authenticité de la Passio, qui tirerait même une nouvelle valeur de la mention qui y est faite de l'évêque Cyrille d'Antioche, personnage trop insignifiant pour qu'un hagiographe se soit avisé de l'y introduire et de l'y faire jouer un rôle ; on y verrait plutôt une confirmation de cette authenticité. La distinction introduite par les sculpteurs entre les statues idolâtriques et les décorations ornementales répond à ce que nous savons des idées en cours vers le commencement du IVe. Au point de vue documentaire et littéraire, l'auteur du récit, Porphyre, se tient à égale distance du procès-verbal et du roman ; il compose une narration telle qu'un homme d'une culture moyenne peut la présenter à ses contemporains et à peu de distance de l'événement, sans artifice comme sans recherche. On a fait observer qu'il cite un passage de saint Matthieu 2 dans une version latine antérieure à la Vulgate, laquelle était admise partout à la fin du IVe ; en outre, Porphyre emploie une expression en usage parmi les travailleurs de l'île de Brazza et probablement à Sirmium même.
Si on interroge la Passio on s'aperçoit que la topographie y est un peu vague et cependant la localisation de l'incident dans les collines de la Fruska-Gora Corp. inscr. lat., est défendable ; situées dans le voisinage de Sirmium et les offrent de bonne pierre. « Or, une étude des lieux, que j'ai pour ma part visités à deux reprises, écrit M. Jacques Zeiller, permet de relever un certain nombre de particularités qui correspondent à divers détails de la Passio d'une façon, je ne dis pas décisive, mais vraiment assez frappante. La petite chaîne boisée de la Fruska-Gora domine de très près le Danube qui serait ainsi le fleuve où les martyrs furent jetés. Dion Cassius signale dans ces parages un 'AXjaocv opoç, dont Eutrope et Vopiscus (auteur de la Vita Probi) ont fait l'aima morts. N'est-ce pas le nom de cette colline que, par une interprétation très naturelle d'alma mons, la « montagne fertile », on retrouverait dans celui de mons pinguis ? Ne reconnaîtrait-on pas aussi le mons igneus à Kipovno, « colline des statues » ou à CrveniCot, la « colline rouge », deux éminences voisines, à 5 kilomètres environ du Danube, sur la route de Banostor ? Les bois qui recouvrent le sommet de CrveniCot empêchent de se rendre compte de la couleur de la pierre, mais le nom est une indication qui a son prix. Le calcaire rougeâtre de Kipovno, dont la teinte expliquerait aussi l'expression de métallo porphyretico, car il n'y a pas de porphyre proprement dit dans la région, aurait fort bien mérité à ce piton, qui s'embrase curieusement au soleil couchant, le nom d'igneus. Il ne serait pas moins vraisemblable que la « colline des statues » rappelât le souvenir de quelques restes de sculptures demeurées gisantes ou de vieilles carrières dont j'ai cru discerner la trace sur ses flancs. Ajoutons qu'on rencontre à faible distance du mamelon de Kipovno, près du village d'Andrevlje (ou Andrijevno), en un endroit appelé Groblje, des restes d'un sanctuaire, qu'on désigne encore sous le nom de Kapela et qui atteste l'existence d'un culte en cette région. Était-ce celui des sculpteurs martyrs ? On ne peut pas l'affirmer, bien que l'opinion locale se prononce en ce sens aujourd'hui. La Passio signée de Porphyrius mérite donc crédit et Simpronianus, Castorius, Claudius, Nicostratus et Simplicius doivent rester inscrits au martyrologe pannonien. » Nous en venons maintenant aux quatre cornicularii. Leur légende dépend étroitement de la Passio des sculpteurs pannoniens. Il existait entre ce pays et Rome des relations étroites dont témoignent dans cette ville le culte de Quirin, de Pollion et d'Anastasie. Ceux-ci y avaient été précédés par le culte des sculpteurs de Fruska-Gora, puisqu'il est attesté par la Depositio martyrum de 354 où nous lisons : V id. novembris, démentis, Semproniani, Claudi, Nicostrati, in comitatum. Cette notice demande deux corrections : vi id. et Castorii au lieu de Clemenlis. Quant à Simplicius on l'a oublié, quoi que martyr, mais peut-être parce que dernier venu. Les deux derniers mots in comitatum servent souvent à désigner les résidences impériales et ici, peut-être, pourraient-ils indiquer que les martyrs furent honorés près de la villa impériale ad duas lauros sur la voie Labicane. Il y aurait eu, vers le milieu du IVe, translation des corps des sculpteurs pannoniens. Mais ce n'est pas soutenable, car le cimetière voisin d'ad duas lauros conserve dans la Depositio martyrum son nom de in Labicana, d'où il résulte que in comitatum désigne la résidence impériale de Sirmium. Ainsi donc, vers l'an 1350, les martyrs Simpronianus, Nicostratus, Claudius et Castorius — nous ne disons rien de Simplicius — étaient vénérés à Rome, mais la translation de leurs corps n'était pas encore faite. Elle n'aura eu lieu qu'à une date postérieure.
Un fait confirme cette observation, à savoir que nous lisons les noms des quatre martyrs dans une pièce légendaire du VIe, la Passio Sebastiani, laquelle ne dit rien de leur sépulture dans quel que cimetière romain.
Au VIe des ides de novembre nous lisons dans le manuscrit de Berne du martyrologe hiéronymien que le culte des quatre sculpteurs — Simplicius toujours omis — est localisé sur le Celius ; mais cette indication manque dans le manuscrit d'Epternach, plus ancien, ce qui permet de supposer une addition au texte primitif faite au Ve. Indépendamment de cette indication du manuscrit de Berne, la fixation du culte au Celius est certaine au VIe : au synode romain de 595, parmi les signatures nous lisons celle d'un prêtre du titulus sanctorum IV coronatorum ', au même siècle le sacramentaire léonien mentionne à une date antérieure au 22 novembre, une messe in natale sanctorum IV coronatorum » et le sacramentaire gélasien identifie les quatre couronnés avec les martyrs Pannoniens de la Depositio martyrum de 354. Simplicius a décidément disparu, quoiqu'il reparaisse plus tard dans les sacramentaires grégoriens 9 et dans les Itineraria. Cette éclipse ne laisse pas d'être curieuse à signaler.
En effet, l'Epitome de locis sanctorum martyrum nomme Claudius, Nicostratus, Simpronianus, Castorius et Simplicius 10, on y adressait les pèlerins du VIIe, c'est donc que la translation avait eu lieu. Mais quand ? Sans doute au siècle précédent, car Sirmium fut définitivement détruite lors des invasions du VIe. « La Passio de saint Sébastien nous assure indirectement qu'au Ve les cinq Pannoniens n'étaient pas encore à Rome. Mais, parce qu'ils étaient déjà connus, au nombre de quatre seulement, l'un des cinq, malgré la présence de ces reliques, continua quelque temps de demeurer dans l'ombre et le groupe fut honoré sous la rubrique des Quatre-Couronnés. Le nom fut donc employé pour désigner et l'église du Celius et la sépulture de la voie Labicane, qui étaient respectivement l'église et la sépulture des mêmes martyrs, les cinq sculpteurs de Sirmium. Mais le jour vint où, la Passio s'étant répandue, à la suite de la translation même des reliques, on s'avisa de la contradiction qui existait entre ce récit, qui mettait en scène cinq personnages, et le culte qui s'adressait à quatre seulement. Une explication s'imposait ; un hagiographe ingénieux s'en chargea, en imaginant un dédoublement. Il distingue les cinq Pannoniens et les quatre couronnés, dont il composa l'histoire, en la rattachant à celle des premiers, mais en faisant de ses héros fictifs des saints militaires, qu'il mit en rapport avec saint Sébastien, peut-être parce que, dans la légende antérieure de saint Sébastien, la fantaisie d'un autre conteur pieux avait déjà fait intervenir Simpronianus et quelques-uns de ses compagnons « . Et voilà comment l'authentique Passion, due à la plume de l'honnête Porphyre, fut pourvue d'un appendice apocryphe qui a pu jeter sur elle une ombre dorénavant dissipée l !. » Le titulus Emilianœ prit dans la suite le nom de titulus sanctorum IV coronatorum, et le pape Léon IV (847-855) fit rebâtir l'église1 où il déposa de nombreuses reliques parmi lesquelles les SS. martyrum IIII coronatorum... corpora, cum Claudio, Nicoslrato, Simphroniano al que Caslorio et Simplicio, necnon Severo, Seueriano, Carpophoro et Victorino, IIII fratibus2... On voit la distinction entre les cinq Pannoniens et les quatuor-coronati, ensuite le groupe des quatre fratres qui leur sont étrangers. A partir de cette époque l'histoire de la basilique du Celius ne nous appartient plus, nous dirons seulement que, lors d'une restauration récente, on a découvert, sur les murs d'une salle, des traces de peintures, cachées dans une couche de badigeon. En la faisant disparaître, on a reconnu les fragments d'un calendrier liturgique du Xe3.
Les origines chrétiennes dans les provinces danubiennes de l'empire romain, in-8°, Paris, 1918, p. 88-104. — N. Vulic, Les martyrs de Fruska Gora (en serbe), dans Glasnik Hist. Ges. Novi Sad, 1931, p. 359-373 ; Le même, Quelques observations sur la « Passio sanctorum quattuor coronatorum », dans Rivista di arch. crist. , 1934, p. 156-159.
H. Leclercq.
QUATRE-TEMPS. — I. Origine. IL Expansion.
I. Origine. — L'institution des quatre-temps a été indûment vieillie. Bellarmin, Bomsée Hase et, en 1903, I. Alberti la font remonter à l'époque apostolique ; cette opinion n'est pas soutenable, pas plus que celle avancée par Schûsler (1822), Hildebrand (1735) et les liturgistes du Moyen Age qui prétendaient rattacher cette pratique liturgique à des usages juifs. Une autre opinion fut mise en avant qui regarde les quatre-temps comme un succédané chrétien des feriez messis, vindemia les et sementinse des Romains *. Cette hypothèse rencontra beaucoup de faveur. La transformation d'une fête païenne en fête chrétienne parut séduisante. Il y avait à l'origine probablement seulement trois fériés ; celle de carême, déjà instituée sous Léon Ier paraît postérieure, car la 1re édition du Liber pontificalis ne parle que de trois jeûnes ; néanmoins P. Lejay croyait pouvoir confirmer l'existence primitive des trois-temps par une particularité de la traduction latine qu'a faite Denys le Petit des Canons apostoliques. Au canon 4, on lit : Offerri non liceat aliquid ad altare praiter novas spicas et uvas et oleum ad luminaria et thymiama (id est incensum) tempore quo sanctœ celebratur oblalio 5. Or, le texte grec ignore les épis et les raisins et ne parle de l'huile comme de l'encens, que pour l'usage de l'autel : ti srepov eîç tô 0uaiacrT7]p(.ov Yj ëXaiov eîç tt)v Xo^vlocv vcal 6ufiia(jLa... Denys s'inspire sans doute de sources canoniques romaines dans sa retouche. Il n'y avait pas alors de férié correspondant aux quatre-temps de carême ».
Or, les païens connaissaient aussi trois fériés concepiivœ, c'est-à-dire annoncées chaque année par les prêtres et non placées à date fixe. Dans l'usage chrétien, leur place était flottante aussi et nous avons encore des formules d'indiction par lesquelles on les annonçait '. De part et d'autre, les fériés des semailles étaient les plus importantes ; pendant longtemps, à Rome, on n'a fait d'ordination que mense decembri 8. Le thème développé par Ovide (vs. 597-604) sur la paix favorable à Cérès, se retrouve dans le passage d'Isaïe qu'on lit encore à la messe du mercredi. Mais le thème de la semence est transformé d'une façon grandiose dans le Rorate cœli et dans les préfaces de sacramentaires *. C'est le germe divin qui va bientôt entr'ouvrir la terre du sein virginal et donner aux élus un pain d'éternité. Sauf dans ces fériés de décembre, où tout converge vers la venue du Sauveur, la liturgie des quatre-temps contient des lectures relatives à l'expulsion des démons. Dom Morin, se fondant sur un texte de saint Léon 10, y voit une protestation contre le culte des démons, contre les pratiques païennes de ces temps de l'année. Il est possible que les chefs de l'Église romaine aient eu cette pensée et dom Morin aurait pu citer un parallèle moderne parfaitement exact, l'institution des quarante-heures au temps de carnaval. Mais on se rappellera que saint Ambroise passe le temps de l'office de vigiles à imposer les mains aux possédés ; lors de la translation des saints Gervais et Protais, il écrit : Ibi vigiliae lola nocte, manus impositio '. Les veilles de solennité sont aussi des temps de pénitence. Peut-être la pratique des exorcismes avait-elle lieu surtout à ces époques dont les quatre-temps faisaient partie 2.
Quoi qu'il en soit de cette confirmation, l'hypothèse d'une origine païenne est aujourd'hui assez négligée ; elle avait d'ailleurs fait bon service depuis que l'avaient proposée S.-J. Baumgarten (1768), G.-W. Fink (1845) et Hergier (1840).
Une opinion différente a prévalu de nos jours. Un examen attentif du texte du Liber pontificalis 3, à la notice du pape Calliste, nous apprend que les quatre-temps ont été établis par ce pape. Hic constitua jejunium die sabbati ter in anno fleri, frumenti, vini et otei, secundum propheliam. Après prophetiam la 1re édition ajoute quarti mensis, septimi et decimi. « C'est, comme l'écrivait Duchesne dans son commentaire, le jeûne que nous appelons des quatre-temps, ou quatre-saisons, en joignant celui du commencement du carême aux trois qui sont mentionnés ici. Le pape Gélase 4 énumère les mêmes jeûnes à propos des ordinations, en se servant des mêmes formules que le Liber : quarti mensis jejunio, septimi et decimi, seu eliam quadragesimalis inilii. Ces formules se trouvent dans tous les livres de la liturgie romaine et dans les homélies de saint Léon, le plus ancien document de cette institution. Les homélies et les prières liturgiques la mettent, comme le Liber pontificalis, en rapport avec les récoltes du blé, du raisin et des olives. On n'en trouve aucune trace en Orient ; même en Occident, les pays de rite gallican ne l'observèrent que plus tard. La prophétie à laquelle on rattache ici ce jeûne est celle de Zacharie, VIII, 19 : Hœc dicil Dominus exerciluum : jejunium quarti et jejunium quinli et jejunium septimi et jejunium decimi erit domni Juda in gaudium et lœtitiam. On peut se demander pour quoi l'auteur du Liber désigne le jeûne des quatre-temps par l'expression jejunium sabbati, alors que cette observance s'est toujours étendue à trois jours de la semaine : le mercredi, le vendredi et le samedi. Peut-être a-t-il cru que le jeûne du samedi n'avait été observé d'abord que trois fois l'an, avant de l'être toutes les semaines ; dans la notice du pape Innocent il attribue à ce pape l'institution du jeûne du samedi, sans distinction de semaines : les deux décrets seraient ainsi corrélatifs. Cette explication semble un peu raffinée, voici celle qu'on préfère. Dans l'ensemble des cérémonies des semaines de quatre-temps, celles du samedi avaient une solennité toute spéciale : c'est alors qu'avait lieu l'ordination : la stalio était invariablement à Saint-Pierre, où l'on célébrait une longue vigile, analogue à celle de Pâques ; douze leçons de l'Écriture y étaient récitées, ce qui a fait donner à ces samedis le nom de sabbata in XII lectionibus. Dans les formules d'indiction de ces jeûnes, le samedi est nettement détaché des deux autres jours : Quarto igitur et sexla jeria jej unemus ; sabbato autan apud beatum Petrum apostolum pariter vigilemus 5. » II. Expansion. — La première mention du nom de quatre-temps se rencontre chez saint Philastre, évêque de Brescia (t 397). Célébrés d'abord trois fois par an, après la Pentecôte, en automne et en décembre, ils le furent plus tard, probablement déjà à l'époque de saint Léon Ier, également pendant le carême, ce qui leur valut l'appellation définitive de quatre-temps. Ce sont avant tout des jours de jeûne solennels qui, au début, se seraient maintenus à côté du jeûne hebdomadaire des jours de « station ». A partir du pontificat de saint Gélase, les quatre-temps constituent l'époque normale des ordinations. C'est probablement à cette circonstance qu'ils doivent leur maintien et leur diffusion.
L. Duchesne a cru voir dans les quatre-temps un vestige de l'ancienne semaine liturgique de Rome, dont on conservait le rite, au moins une fois par saison, ce qui se faisait primitivement chaque semaine de l'année. Cette hypothèse est difficile à accorder avec ce que nous apprend saint Augustin qu'à la fin du IVe les chrétiens de Rome pratiquaient encore les jeûnes des mercredis, vendredis et samedis « . Vingt ans plus tard, en 416, le pape Innocent Ier écrit à Decentius, évêque de Gubbio, pour lui rappeler l'obligation d'observer le jeûne du samedi pendant toute l'année et non pas seulement le samedi saint '. Ce qui porte à croire que les quatre-temps étaient très antérieurs à l'époque où la semaine liturgique romaine fut délaissée.
Institution propre à l'Église de Rome, les quatre-temps y prirent une grande importance dès la première moitié du Ve, mais hors de Rome ils ne s'imposèrent que lentement. A Capoue au VIe, à Naples au VIIe et nulle part ailleurs en Italie on ne se conforme à l'usage romain 8. « Les missionnaires envoyés par le pape Grégoire Ier durent vraisemblablement l'introduire en Angleterre, de même que les moines anglosaxons en Germanie dans le cours du VIIe. Mais pour voir cette institution acceptée généralement tant en deçà qu'au delà des Alpes, il faut attendre la pression romanisante de l'époque carolingienne *. • L'auteur d'un opuscule de ce temps10 est assez indécis en ce qui concerne la raison d'être des quatre-temps ; il suggère qu'ils ont pu être institués en vue de grouper une assemblée plus considérable de fidèles à l'occasion du carême, afin de s'exhorter mutuellement à bien observer ce saint temps et à se mieux purifier en vue de la solennité pascale.
Même à Rome l'institution subit longtemps un flottement. Le Liber pontificalis u mentionne une ordination célébrée le 27 juin 683, qui est le troisième samedi après la Pentecôte, ce qui ne conviendrait pas au samedi des quatre-temps, si l'usage actuel d'après lequel les quatre-temps tombent toujours dans la première semaine après la Pentecôte avait existé. Mais c'est qu'il y avait alors et il y eut encore longtemps après cette date une certaine indétermination sur la semaine précise des quatre-temps.
Ce fut plus marqué encore ailleurs, en Espagne, les quatre-temps ne furent introduits qu'à partir du XIe, date de l'adoption de la liturgie romaine, sous Grégoire VII. Sous ce même pontife nous devons relever le fait suivant. X.'Urdo romanus IX contemporain du pape Constantin 1 » (708-715) reçut une nouvelle rédaction sous Etienne III et reçut une addition (probablement germanique) au sujet des quatre-temps : addition qui ne dut pas plaire à tout le monde car au concile de Seligenstadt, en 1022, les évêques de la province ecclésiastique de Mayence publièrent un Ordo des quatre-temps opposé à l'Orrfo romain, celui dont VOrdo romanus IX nous a conservé des passages.
Lors du synode romain, carême de 1078, le pape Grégoire VII blâma cette conduite, la traita de nova consuetudo, nulla fulta auctoritate, et décida qu'on se rapprocherait de la pratique romaine. Il établit une fois pour toutes que la première semaine de carême et la Ire semaine après la Pentecôte seraient celles des quatre-temps1. Il y eut des résistances, notamment à Milan où l'institution ne fut introduite que par saint Charles Borromée 2.
En ce qui concerne la liturgie des quatre-temps, en particulier celle du samedi, son office compte parmi les plus vénérables de la liturgie romaine et rappelle les antiques vigiles célébrées pendant la nuit du samedi et se terminant par la messe du dimanche matin. Les messes des quatre-temps sont, avec celles des fêtes de Pâques et de la Pentecôte, parmi les plus anciennes et les mieux conservées du missel romain. Cependant elles ne se rattachent pas à l'ancienne liturgie romaine, mais représentent avec la messe de requiem les plus anciens offices de la férié 3.
Voir E. Molien, Quatre-Temps, dans Dictionnaire de théologie catholique, t. XIII, col. 1447-1455.
H. Leclebcq. QUEDLINBURG.— I. Le trésor. IL Le manuscrit.
I. Le trésor. — Quedlinburg-am-Harz fut l'emplacement d'une forteresse qui, à partir du IXe, appartint à la famille des ducs de Saxe. Au Xe, Henri l'Oiseleur y fonda un monastère de femmes réservé aux grandes familles de l'empire, mais son projet ne fut réalisé que par son fils Othon Ier le Grand, le 13 septembre 930. Des domaines immenses, des privilèges exceptionnels et des richesses à proportion expliquent la formation d'un trésor qui ne tarda pas à devenir un des plus riches de l'Allemagne que les révolutions et les spoliations n'ont pas trop appauvri et qui présente aujour d'hui encore un ensemble d'orfèvrerie médiévale d'une importance considérable, dont l'histoire critique n'a été qu'esquissée. Voici la liste des principaux travaux relatifs à l'abbaye et à son trésor :
320 ; le même, Un coffret-reliquaire du trésor de Quedlinbourg, dans Monum. et mém. (Piot), t. VI, p. 175190, pi. xvi-xvn.
Tout ce trésor se composant d'objets du Moyen Age, nous n'avons à signaler qu'un vase en albâtre ou en travertin qui pourrait être d'époque romaine et qu'on donne pour l'une des hydries de Cana (voir Dictionnaire, t. VIII, 711).
D'après O. Wulff, Altchristliche und byzantinische Kunst, t. I, 1022, pi. xvu, n. 2. nasialprogramm, 1888 ; Miilverstedt, Ueber den Kirchenschalz des Stiftes Quedlinburg. III. Das ItalaFragment, dans Zeitschrift des Harzvereins, 1874, p. 251-263 ; W. Schum, Die Quedlinburger Fragmente einer illustrierten Itala, dans Theologische Studien und Kritiken, 1876, p. 121-134 ; W. Ludtke, Untersuchungen zu den Alinialuren der Wiener Genesis, in-8°, Greifswald, 1897, p. 39 ; enfin et surtout V. Schultze, Die Quedlinburger ItalaMiniaturen der königlichen Bibliothek in Berlin. — Fragmente der ältesten christlichen Buchmalerei, in-4°, München, 1898, qui a publié les miniatures et donné la reproduction d'un feuillet d'écriture.
Les feuillets mesurent 0 m. 26x0 m. 30 ; le texte est écrit sur deux colonnes de 26 lignes chacune et sur un feuillet de 22 lignes ; la largeur des colonnes est de 0 m. 10.
Sur le monument on lit : MON VME NT VM || RACHEL ; sur la tête de Saûl : SAVL, au-dessus des deux hommes :
DVO VIRI NVNTIANTES || SAVL QVIA INVENTAE SVNT ASINAE. C'est l'interprétation de I Reg., x, 2 : Lors que vous m'aurez quitté aujour d'hui, dit Samuel à Saûl, vous trouverez deux hommes près du tombeau de Rachel, sur la frontière de Benjamin, vers le Midi, et ils vous diront : « Les ânesses que vous étiez allé chercher sont retrouvées. » La miniature au-dessous interprète I Reg., x, 3 ; on y lit : SAVL et VIRI TRES : Lors que vous serez sorti de là et qu'ayant passé outre vous serez arrivé au chêne de Thabor, vous serez rencontré par trois hommes qui iront adorer Dieu à Béthel ; l'un portera trois chevreaux, l'autre trois tourtes de pain, et l'autre une bouteille de vin.
Les autres miniatures se succèdent. Nous avons le regret de ne pouvoir en donner ici la description et la reproduction '.
H. Leclercq.
QUENOUILLE. — Certains récits apocryphes ont entouré le mystère de l'Annonciation de détails imaginaires ; c'est ainsi qu'ils ont représenté la Vierge occupée à filer ou à préparer des tissus précieux pour l'usage du Temple au moment où l'ange Gabriel lui adressa la salutation. Les monuments véritablement anciens qui se sont inspirés de cette particularité sont rares ; nous croyons cependant qu'on peut y rattacher une plaque d'ivoire d'époque byzantine sur laquelle on voit la vierge Marie assise sur un trône sans dossier, nimbée tenant de la main droite un sceptre terminé par une croix, et de la main gauche une quenouille (fig. 10584) ; elle est placée sous un portique
supporté par deux colonnettes en forme de palmiers : au sommet, dans les angles, deux paons. Cet ivoire a été publié sans en faire connaître la provenance 2. Mentionnons également une pyxide (voir ce mot, n° 3 de notre essai de classement) où la Vierge est représentée avec sa quenouille.
H. Leclercq.
QUENTIN (Saint). — I. Augusta Veromanduorum. IL Civitas Veromanduorum. III. Saint Quentin, apôtre et martyr. IV. Le tombeau de saint Quentin. V. Liste épiscopale. VI. Cimetière gallo-romain. VIL Épigraphie.
/. augusta VEROMAKDUORUM. — En l'année 1900, le conseil de fabrique de la basilique de Saint-Quentin fit encastrer en bonne place dans l'édifice une inscription gallo-romaine d'un très grand intérêt pour l'histoire locale. Ce fragment avait été découvert en juillet 1870 dans le sous-sol du chœur, entre la crypte du Xe et le grand transept. Le texte a été complété par A. Héron de Villefosse, admis par Otto Hirschfeld, commenté par Emm. Lemaire3. Voici ce texte : nVM-AVG-D e o vol KANO-CIVIT-Vlroma/id C-SVICCIVSLktinus SAC-ROM-ET-AVg'-p-PPRAEF-L-VIII-CVrafor CIVITATIS-SVEss. in QVISITOR-GA//. le GATVS...
Numini Augusti, deo Volkano civitatis Viromanduorum, Caius Suiccius Latinus, sacerdos Romœ et Augusti, primuspilus, prœfectus legionis octavse, curator civitatis Suessionum, inquisitor Galliarum, legatus...
« Au dieu Auguste et au dieu Volkanus, de la cité des Veromandues, Caius Suiccius Latinus, prêtre de Rome et d'Auguste, centurion (ou primipile), commandant de la huitième légion, curateur de la cité des Suessions (le Soissonnais), contrôleur général de l'impôt des Gaules, légat... » D'après la paléographie, ce texte est de la seconde moitié du Ier siècle ou le début du IIe.
Ce texte révèle la présence, vers l'endroit où il a été trouvé, d'un temple de Rome et d'Auguste, auquel avait été associé, semble-t-il, le dieu gaulois Volkanus, que nous avons vu figuré sur l'autel des Nautes parisiens (voir Dictionnaire, t. XIII, col. 1774-1778). La découverte à Saint-Quentin d'une inscription votive en l'honneur du dieu Auguste, est une preuve nouvelle de l'identité de la ville avec Augusta Veromanduorum, que certains plaçaient au village de Vermand.
Vermand paraît avoir été un oppidum, forteresse ou place de refuge au temps de l'indépendance de la Gaule. Ses murs en terre sont gaulois et non romains. Il devint au IVe, la civitas Veromanduorum (d'où son nom moderne de Vermand) après qu' Augusta, c'est-à-dire Saint-Quentin, eut été ruinée, dans la seconde moitié du IIe, probablement par quelque invasion des Germains. Comme on ne saurait admettre que l'inscription découverte en 1870, ait été apportée, à une époque quelconque, de Vermand à Saint-Quentin, il faut conclure que le temple d'Auguste et de Volkanus s'élevait soit sur l'emplacement de l'église actuelle, soit dans ses environs immédiats. L'église chrétienne aura donc été bâtie sur les ruines du temple païen.
Cette conclusion ne faisait que confirmer et illustrer celle qu'avaient imposé les découvertes faites en 1893, à Saint-Quentin sur la place de l'Hôtel-de-Ville. Des tranchées faites sur cette place à une profondeur moyenne de 1 m. 60, avaient révélé les substructions d'une église depuis longtemps détruite, des sépultures et les fondations de nombreuses maisons remontant indiscutablement à l'époque du Haut-Empire romain parmi beaucoup de débris antiques et un tronçon de chaussée romaine dont on ignorait l'existence et conservé dans toutes ses parties. Qu'on y ajoute toute la série de vases, depuis les grandes amphores à pointes, depuis le dolium (voir ce mot) à panse ronde et à large ouverture, jusqu'aux coupes minuscules et élégantes de la belle époque tout s'y est rencontré avec la multiple variété de ses formes et de son coloris. La céramique plastique proprement dite n'a fourni qu'un seul échantillon de basse époque.
Jusqu'alors on possédait la quasi-certitude que jamais la grande place de Saint-Quentin n'avait reçu d'habitations à aucune époque de son histoire, et ce qui contribuait à répandre cette croyance, c'est que durant la fin de l'occupation romaine, sous les rois de la Ire race et les premiers Carolingiens, deux villes absolument distinctes, disait-on, séparées par la place actuelle de l'Hôtel de ville (alors terrain absolument désert et neutre, supposait-on encore), formaient les agglomérations composant, d'abord, la ville romaine (Augusta Veromanduorum), sur le penchant de la colline, au midi, ensuite la ville nouvelle ou le monastère (vicus Sancti Quintini un peu plus tard) assise sur le plateau même.
En l'an 883, après la prise à Augusta et du monastère par les Normands, le comte-abbé bénéficiaire Teutrick, voulant mettre les deux cités à l'abri d'une nouvelle destruction par les barbares du Nord, les réunit dans une enceinte commune et c'est de ce jour que toutes les deux prirent le nom de Saint-Quentin.
Les fouilles de 1893 ont apporté la preuve surabondante que la ville romaine s'étendait beaucoup plus loin qu'on ne l'avait cru ; ces maisons viennent confirmer le témoignage des sept ou huit mille incinérations découvertes au XVe, et les milliers de monnaies du Haut-Empire trouvées à Saint-Quentin, tandis que Vermand n'a donné que des médailles du Bas-Empire.
Ainsi trois preuves irréfutables ont été apportées pour attribuer définitivement à la ville de Saint-Quentin le bénéfice d'avoir été le centre administratif, militaire et religieux du pays pendant une partie au moins de la domination romaine. Ces preuves sont : 1° Les actes du martyre de saint Quentin et de la première invention de son corps, qui remontent au commencement du VIIe, car les Actes sincères ne nous sont pas parvenus ; 2° les indications fournies par les Itinéraires et plus particulièrement la Table Théodosienne ; 3° les monnaies romaines trouvées à Saint-Quentin (Augusta Veromanduorum) et à Vermand (Civitas Veromanduorum). La proximité de ces deux localités ressort clairement de la Passio de saint Quentin où nous lisons que le corps du martyr fut jeté dans la Somme ; pour lors une femme nommée Eusébie reçut pendant son sommeil l'ordre de l'en retirer. Elle fit le long voyage et réussit à retrouver et à ressaisir les reliques. « Alors, dit la Passio, la dame prit le corps vénérable, l'enveloppa dans un linceul et voulut aller l'ensevelir dans la Civitas Veromanduorum. S'étant mise en route, elle arriva dans un municipe appelé Augusta Veromanduorum, là, il fallut déposer le corps du martyr devenant trop pesant. La femme le fit ensevelir et éleva un oratoire sur le tombeau. »
CIVITAS VEROMANDUORUM. — En 511, la civitas Veromanduorum fut comprise dans le royaume de Clotaire Ier et Grégoire de Tours, à la fin du siècle, la désigne sous le nom de territorium Veromanduorum et dans son De gloria martyrum il écrit que le tombeau de saint Quentin se trouvait apud Viromandense opidum Galliarum. Il était célèbre au VIe mais ce n'est que plus tard qu'il supplanta l'ancien nom ; c'était chose faite au Xe, où nous lisons castrum sancti Quintini, castellum sancti Quintini, et même Sanctus Quintinus. Sur ce point, aucun doute.
Mais opidum Viromandense désigne-t-il Saint-Quentin ou le Vermandois, ou mieux Saint-Quentin ou Vermand, situé à 11 kilomètres O.-N.-O. de cette ville ? Vermand, célèbre par son camp romain, représente-t-il le chef-lieu de la civitas Veromanduorum, auquel plusieurs textes, antérieurs à l'an 1000, donnent incontestablement le nom de Viromandis, Virmandis ou Vermandis ?
« L'opinion qui fait de Vermand le chef-lieu de la civitas Veromanduorum remonte au moins au IXe, date que les bénédictins assignent aux récits de l'invention du corps de saint Quentin, où la civitas Virmandis est effectivement distinguée du municipium Augustæ Viromanduorum ; la distance de 5 000 pas qui, selon les hagiographes, séparait les deux villes répond à peu près aux 11 kilomètres que l'on compte aujourd'hui entre Vermand et Saint-Quentin. Cette distinction ne saurait être admise car si, d'une part, les documents de l'époque romaine, Ptolémée et la Table de Peutinger donnent à Augusta Veromanduorum le rang de chef-lieu des Veromandui, il est certain d'autre part pour quiconque visite Vermand qu'il n'est pas possible de reconnaître une ville romaine dans cette localité, circonstance qui empêche d'adopter une opinion mixte, d'après laquelle Vermand aurait remplacé Augusta Veromanduorum ou Saint-Quentin, comme chef-lieu de la cité, vers la fin du IVe. » Et Aug. Longnon opine que le village de Vermand doit à quelque demi-savant son appellation trompeuse d'origine identique à celles de Vieux-Laon, de Vieux-Reims, de Vieux-Poitiers.
La question est-elle aussi simple ? Nous avons parlé des indications fournies par les Itinéraires. « Voyons si les chiffres de la Table Théodosienne pourraient s'appliquer à Vermand. Nous savons que 25 lieues gauloises séparent notre ville de Soissons ; comme il n'y a pas trace, soit dans les itinéraires de l'antiquité, soit sur le terrain, d'une chaussée allant directement d'Augusta Suessionum à Vermand, le voyageur qui partait de cette dernière localité pour gagner Soissons, devait suivre la voie romaine d'Amiens jusqu'à Saint-Quentin où il prenait le chemin de l'Augusta Suessionum. Or, 5 lieues gauloises séparant Vermand de la Somme, à son passage au pied de Saint-Quentin, il faut pour trouver la distance de Vermand à Soissons par les chaussées antiques, ajouter au chiffre exact de XXV Leg., donné par la Table Théodosienne, cinq autres lieues de 2 222 mètres chacune ; la carte aurait dû, en conséquence, marquer XXX Leg. Mais une erreur de v Leg. ou 1 000 mètres est absolument inadmissible, alors que la distance donnée par la carte entre Augusta Veromanduorum et Soissons, jointe à la direction de la route encore existante, concorde parfaitement avec la position de Saint-Quentin.
Un auteur du XVIIe admettait que Saint-Quentin fut la capitale du Vermandois sous le haut Empire, puis Vermand devint le centre administratif, militaire et religieux de la province dont Augusta avait perdu le premier rang. Après le passage des barbares et la ruine de Vermand, la cité retrouva sa prééminence et redevint capitale. C'est chose possible.
Cette situation se prolongea peut-être durant deux siècles et demi environ ; alors les rôles furent intervertis ; l'effort de la population se porta d'Augusta sur Vermand qui, à partir du IXe, semble jouir d'une prospérité due au fait que nous signalons. C'est au tour de Saint-Quentin de déchoir jusqu'à l'époque de sa ruine qui coïncide avec celle de sa voisine.
A en rechercher la raison on s'égare parmi les conjectures. Toutefois un fait historique peut suggérer une explication, c'est l'invasion germanique de 275. Il se pourrait qu'Augusta et Vermand, forcés par les barbares, aient vu la population d'Augusta se transporter en majeure partie à Vermand considéré comme plus sûr à cause de ses solides remparts. L'explication ne suppose pas l'abandon total d'Augusta, municipe romain, qui aura conservé un noyau d'habitants en nombre suffisant pour que la ville conservât son titre.
III. Saint Quentin, apôtre et martyr. — « Nous avons peu d'actes de martyrs qui soient mieux écrits que ceux de saint Quentin, a dit Tillemont, et quoiqu'ils ne soient pas originels, il y a néanmoins quelque lieu de croire qu'ils sont écrits avant le milieu du VIIe. » « Dom Rivet les fait remonter « aux premières années » de Ce, « avant la découverte du corps par saint Éloi, mais pas longtemps auparavant. L'auteur assure les avoir composés sur une histoire faite par une personne qui avait assisté à la première translation du saint cinquante-cinq ans après son martyre, circonstance remarquable, qui pourroit leur mériter presque la même autorité qu'auraient les actes originels. Mais le grand nombre de prodiges extraordinaires dont ils sont remplis porte à croire que leur auteur a ajouté, à son original, des bruits communs et des traditions peu sûres, comme il l'insinue lui-même par le terme fertw dont il se sert quelquefois. » C'est, sans doute, pour cette raison que dom Ruinart ne les a pas admis parmi les Acta sincera.
Ces actes font de Quentin le fils d'un sénateur nommé Zenon et associent à sa mission en Gaule saint Lucien de Beauvais, saint Ouen et d'autres pièces y ajoutent saint Denis de Paris et saint Piat de Tournai. « Que si cela est véritable, observe Tillemont, il faudra dire que saint Quentin est venu en France vers l'an 245. » Les mêmes actes le font prêcher à Amiens avec saint Lucien, où ils se séparèrent et celui-ci se rendit à Beauvais ; Quentin continuait à prêcher à Amiens lorsqu'y arriva un personnage que les pièces hagiographiques nomment Rictius Varus et qui ne jouit pas d'une historicité bien démontrée. Celui-ci venait de Reims par Soissons et, dès son arrivée à Amiens fit emprisonner Quentin. Alors commencent les interrogatoires qui alternent avec les tortures et les prodiges. L'atrocité des tourments semble vraiment dépasser ce que peut supporter le corps humain, néanmoins Rictius Varus fait partir Quentin sous bonne garde jusqu'à Augusta Veromanduorum où il le rejoint, lui inflige de nouvelles supplices, entre autres lui fait enfoncer deux barres de fer depuis les épaules jusqu'aux cuisses et ficher des clous entre les ongles et la chair, ailleurs encore et jusque dans la cervelle. Il n'en mourut pas, « ce qui n'est pas néanmoins aisé à croire » et fut décapité. A la nuit, le corps fut précipité dans la rivière, avec une masse de plomb pour qu'il s'enfonçât dans la vase, « à 2 lieues de Vermand, à l'endroit où l'on passait la Somme pour aller d'Amiens à Laon, quoiqu'il soit difficile de l'accorder avec la situation des lieux qui ne permet pas qu'on prenne ce chemin sans se détourner beaucoup. » Le martyrologe hiéronymien et les martyrologes historiques de Bède, Rhaban, Florus s'accordent sur la date du martyre au 31 octobre, il n'en est pas de même pour l'année qui varie suivant les auteurs entre 285 et 303. Cette date dépend du récit de la translation dans lequel on lit que le corps du martyr demeura dans la rivière pendant 55 ans, sous le règne de Constance et ses frères Constantin et Constant. Ces trois princes régnèrent conjointement de 337 à 340, année de la mort de Constantin. Si on en défalque cinquante-cinq années ceci nous reporte à l'an 285. Tillemont plaçait la date du martyre entre 282 et 286, « néanmoins, ajoute-t-il, nous aimons mieux ne le mettre qu'en 287 ». Le P. Benjamin Bossue préfère le 31 octobre 285.
IV. Le tombeau de saint Quentin. — Où était ce tombeau ? Le marlyrium élevé par Eusébie avait fait place, en 497, au dire du Gallia christiana à une église plus vaste 2. Cette reconstruction, dont la date donnée ici est peut-être un peu trop précise, explique comment on en était arrivé à ignorer l'emplacement exact de la tombe sainte. Saint Ouen dit qu'on n'en trouvait aucune trace, mais d'après lui, il se trouvait dans l'église un endroit qu'on honorait comme le lieu de la sépulture, « quoi que ce ne le fût pas ». La découverte en était due à saint Éloi au commencement de son épiscopat, voici en quelle circonstance. Un nommé Maurin, chantre de la chapelle du roi s'était vanté de trouver les reliques ; il creusa la terre et un accident quelconque fit qu'il mourut le lendemain ; ce fait inspira une grande frayeur et on détourna l'évêque Éloi de renouveler l'entreprise, mais après de ferventes prières il réussit (2 ou 3 janvier 641) ' ; la présence des clous encore enfoncés sous les chairs des ongles ne permettait aucune hésitation 4.
Saint Éloi fit ériger un tombeau derrière l'autel de l'église (citra allare) et l'enrichit d'or, d'argent et de pierreries — ■ c'était son métier d'orfèvre — et fit agrandir l'église devenue trop étroite pour la foule des pèlerins 5 : Deinde holoserico preliosissimo obvolutum compositum que honestissime corpus summa cum diligentia citra altare transposuit ; tumbam denique ex auro argento que et gemmis miro opère desuper jabricavit. Ecclesiam quo que, quae exiguu convenlibus populis videbatur, eximio opificio amplialam decoravit. Il n'est question d'une châsse confectionnée par saint Éloi que dans des récits postérieurs.
L'abbé Fulrad entreprit la construction d'une église beaucoup plus grande que celle qu'avait déjà agrandie saint Éloi ; elle fut terminée en 823 et Drogon, de Metz, en fit la dédicace le 25 octobre 825. Ce jour-là, l'évêque Hughes retira le corps de saint Quentin du tombeau élevé par saint Éloi et le plaça dans un mausolée de marbre élevé dans une chapelle souterraine ou crypte de la nouvelle église. Ce ne fut pas pour longtemps puisque le 1er janvier 881, devant la menace des Normands, il fallut fuir et transporter les reliques à Laon8 et l'église fut brûlée. Le 30 octobre 885, le comte-abbé Teutrick fit replacer le corps saint. Ce qui lui arriva par la suite est assez confus et n'appartient plus à notre sujet '.
Dans le ms. Paris, lat. 6042, qui contient le texte de Robert de Torigni, nous lisons :
Nomina episcoporum V iromandensium Hilarius, Marlinus, Germanus, Maximianus, 5. Eosonius, Aeternus, Hilarus, Divitianus, Remédias, 10. Mercorinus, Promotus, Suffronius, Alomerus, S. Medardus. Hic propler Vermandi subi>ersionem Noviomum sedem constituit episcopalcm ; qui eliam pusl sancti Eleutherii episcopi Tornacensis obitum regendam suscepil ecclesiam Tornacensem. Nous avons déjà noté les réserves à faire sur ce point ; voir Dictionn., t. xi, col. 105.
Suivant la remarque de L. Duchesne \ « cette liste s'ouvre par une série de quatre noms : Hilaire, Martin, Germain et Maximin, qui sont ceux de quatre des plus célèbres évêques des Gaules, au ive et au Ve. Il n'est pas téméraire de supposer que ce sont précisément ces personnages, dont les noms, relevés dans les diptyques liturgiques avec ceux des évêques de Vermandois, auront été considérés par le compilateur de la liste comme appartenant à la même série épiscopale. Un peu plus bas, Divitianus, Remedius et Mercorinus se rencontrent aussi dans les listes de Soissons et de Reims. J'ai bien peur que ce début ne soit en partie artificiel. A partir du v »e siècle, il n'y a plus de difficulté. L'évêque So/ronius qui assista au concile d'Orléans, en 511, où il signa comme de Veromandis, est bien à sa place et la série noyonnaise est vérifiée, après Alomerus, depuis .S. Medardus, par une suite de documents. » (Voir Dictionn., t. xi, col. 103-106 ; t. xn, col. 1767-1782.) Évangéliaire. — Voir Dict., t. v, col. 831, n. 146.
VI. Cimetière gallo-romain. — A l'époque du Haut-Empire, cinq voies importantes rayonnaient autour d'Augusta Veromanduorum se dirigeant vers différentes cités. Une d'elles conduisait à Arras, une autre à Amiens, une troisième à Soissons, une quatrième à Reims, la cinquième n'était qu'un embranchement qui mettait en communication Saint-Quentin avec la route allant de Reauvais à Bavai. Dom Grenier parle de huit chaussées et Amédée Piette de onze. Le long de ces différentes voies, les Gallo-Romains enterraient leurs morts et on sait que le sol bouleversé à toutes les époques et surtout au Moyen Age ne laissa pas de livrer à différentes reprises d'intéressantes trouvailles archéologiques. Il en fut ainsi en 1634, 1639 et 1658, où ce furent surtout des urnes en terre et en verre contenant des cendres avec des médailles. Un immense cimetière devait couvrir l'espace compris entre le boulevard Richelieu, le boulevard du Nord, la rue Neuve-Saint-Jean, la place La Fayette, la rue Royale et peut-être la rue d'Orléans. Rien de chrétien.
Il en est de même pour un cimetière situé au lieu-dit la Croix-Saint-Claude où les monnaies recueillies embrassent une période assez courte de Constance II à Gratien (317-383) et où le journal de la fouille conduite par Th. Eck ne révèle aucun vestige chrétien.
Tout proche se trouvait un cimetière franc qui n'a pas été plus fertile en souvenirs et symboles.
H. Leclercq.
QUERELA (SINE). — On ne peut contester que l'épigraphie funéraire, païenne ou chrétienne, s'est montrée souvent indiscrète ; ne parlons pas de l'âge qu'elle révèle avec précision, car ceux qui avaient apporté tant de soins à le dissimuler ne pouvaient plus prendre cette révélation en mauvaise part, mais il est d'autres indiscrétions commises et qui ne regardaient personne comme les épithètes de virginius et de Virginia que se décernent les époux en évoquant l'époque de leur mariage ; enfin pour nous apprendre que, contrairement à l'adage : « il en est de bons, il n'en est pas d'excellents », des conjoints tiennent à nous apprendre que l'entente parfaite ne cessa de régner entre eux.
Une inscription chrétienne du cimetière d'Hermès, nous en avertit par ces mots :
CECILIVS-MARITVSCECILIAE PLACIDINAE-COIVGI-OPTIMAE MEMORIAE-CVM-QVA VI XI-AN NIS-X BEN ESENE • VLLA -QVERELLAIX0YC (Voir Dictionn., t. vu, col. 2025, n. 20, fig. 6059), au musée de Latran.
La formule cum qua vixi ann... sine ulla querella se retrouve également sur les inscriptions païennes et sur les chrétiennes : Corp. inscr. lai., t. vi, 3e part., n. 16753 ; t. ix, n. 3215 ; t. xn, n. 2983 : SINE VLLA ANIMI LAESVRA, et encore : Boldetti, Osservazioni, p. 372.
H. Leclercq.
QUÊTE. — Voir Dictionn., t. ix, col. 429-497.
QUICHERAT (Ju les). — I. Biographie. II. Bibliographie. les figures de rhétorique (t. I, p. 51-78). Pendant dix ans, Ju les Quicherat fut l'âme de la revue à laquelle il ne cessa de collaborer jusqu'à sa mort par plus de quatre-vingts mémoires ou comptes rendus critiques où il se révèle tour à tour philologue averti, historien exact, archéologue ingénieux et critique pénétrant.
Si on s'étonnait de le voir consacrer son attention et ses soins à des objets d'une médiocrité telle qu'elle confine à l'insignifiance, il faudrait rappeler que ces textes valent par les commentaires lumineux qui les ont illustrés, les déductions ingénieuses qu'il a su en tirer, les découvertes qui en furent le résultat durable, comme ce fut le cas pour une méchante épigramme attribuée à Virgile et où Quicherat montra l'ouvrage d'un homonyme, un autre Virgilius Maro, dont on ne soupçonnait pas l'existence. Puis, groupant avec art des traits épars dans les auteurs les plus divers, interprétant des textes incompris jusque-là, il restituait un obscur personnage d'une époque plus obscure encore2. Simples passe-temps qui ne doivent pas être oubliés.
En 1846, Quicherat fut désigné pour occuper la chaire d'archéologie à l'École et, à partir de 1849, la chaire de diplomatique. On peut se faire une idée de son enseignement par sa mémorable Critique des deux plus anciennes chartes de Saint-Germain-des-Prés « , et il se montrait également perspicace lorsqu'il appliquait son attention à l'étude De l'ogive et de l'architecture dite ogivale, ou de l'architecture romane 4, de même que dans une Notice sur l'album à Villard de Honnecourt, architecte du xm* siècle, travail qui révélait les procédés manuels des artistes du Moyen Age et la manière dont se faisait leur instruction 6.
La grandiloquence de Michelet avait eu prise sur l'imagination de J. Quicherat qui, fortement impressionné par les tomes iv et v de ['Histoire de France consacrés au règne de Char les VII, s'attacha à l'étude du xvc siècle et s'éprit de la sainte héroïne en laquelle il vit l'image de la patrie. Afin de la faire mieux connaître et plus aimer, il s'imposa le devoir de publier ses deux procès de condamnation et de réhabilitation. Ce projet formé en 1830 et soumis à la Société de l'histoire de France ' qui l'accueillit, fut réalisé dès l'année suivante par un premier volume contenant le procès de condamnation. Les tomes n et m contenant le procès de réhabilitation parurent en 1844 et 1845 ; il y joignit deux autres volumes, publiés en 1847 et 1849, dans lesquels il réunit tous les témoignages des contemporains, tous les actes origin aux, tous les passages de chroniques, que neuf ans de recherches constantes n'avaient pu lui faire découvrir.
On posséda ainsi les Procès de condamnation et de réhabilitation de Jeanne d'Arc, dite la Pucelle, publiés pour la première fois d'après les manuscrits de la Bibliothèque nationale, suivis de tous les documents qu'on a pu recueillir, et accompagnés de notes et d'éclaircissements, 5 vol. in-8°, Paris, 1841-1849, de 506, 472, 473, 540 et 575 pages, qui furent suivis d'Aperçus nouveaux sur l'histoire de Jeanne d'Arc, pour servir d'introduction au procès, in-8°, Paris, 1850, de 167 pages, l'œuvre la plus profonde sortie de la pensée de l'auteur et où son cœur et son âme ont exprimé ce que chacun doit penser de ■ la sainte du Moyen Age, que le Moyen A 140 a rejetée [et qui] doit devenir celle des temps modernes. Elle a confessé par sa mort bien des sentiments pour lesquels il convient qu'il y ait encore des martyrs. Sortie des derniers rangs du peuple, elle vint faire valoir, non pas sa personne, mais le dessein, qu'elle n'osait s'attribuer à elle-même, de relever un grand peuple abattu ' ».
L'érudition qui captivait J. Quicherat ne le détournait pas de travaux moins austères qui s'adressaient au très grand nombre et c'est ainsi qu'on put lire sa signature au bas d'articles de journaux, de revues, de brochures 2, qui tous le servaient dans son désir de répandre et de faire connaître la vérité historique. Simples distractions d'un jour ou d'une heure à ses travaux tels que les Recherches sur le chroniqueur Jean Castel 3, et le personnage mal connu de Thomas Bazin, sa vie et ses écrits 4 dont l'existence semble défier les aventures de l'histoire romancée. Aussi, vit-on bientôt paraître une Histoire des règnes de Char les VII et de Louis XI, par Thomas Bazin, évêque de Lisieux, jusqu'ici attribuée à Amelgard, rendue à son véritable auteur et publiée pour la lre fois avec les autres ouvrages historiques du même écrivain, pour la Société de l'histoire de France, par J. Quicherat, 4 vol. in-8°, Paris, 1855-1859, de cxliv-336, 436, 399 et 507 pages.
Divers mémoires, malgré leur intérêt, ne peuvent nous retenir6 ; nous rappellerons d'un mot seulement le Rodrigue de Villandrando, l'un des combattants pour l'indépendance française au XVe qui, simple mémoire en 1845, devint un beau volume en 1879, et Un manuscrit interpolé de la Chronique scandaleuse 6. Enfin cette Histoire de Sainte-Barbe7 qui est un des livres qui font le mieux connaître la vie des écoliers, la distribution de la science et l'art de la pédagogie.
L'archéologie n'a pas tenu une place moins importante que l'histoire dans une existence si remplie, et c'est comme archéologue plus encore que comme historien que J. Quicherat s'est élevé au premier rang parmi ses contemporains.
Cette science entrevue par Roger de Gaignières et l'abbé Lebeuf était tombée presque dans l'oubli et c'est à peine si Du Sommerard et A. de Caumont avaient pu encore attirer sur elle l'intérêt. Quicherat pressentit l'importance du rôle des monuments dans la résurrection du passé historique de la France et eut le mérite de comprendre que leur étude doit se faire devant les monuments eux-mêmes. Dès lors commença pour lui une longue exploration, le crayon à la main pour prendre notes et croquis. Cette préparation demanda dix années, sans hâte, sans bruit, et le résultat s'en laissa deviner dans des comptes rendus critiques, tels que celui de l'édition des écrits du moine Théophile. C'est peu après qu'on vit paraître dans le Magasin pittoresque une série d'articles sur l'histoire du costume depuis le XIVe jusqu'à 1798, première esquisse qui, retouchée, développée, aboutira à l'Histoire du costume en France depuis l'époque romaine, ouvrage qu'on a couvert d'éloges et dont il faut beaucoup rabattre.
C'est surtout comme professeur que Quicherat mit son empreinte sur les générations d'élèves qui reçurent un enseignement pour lequel il était doué et qui se résume en deux qualités éminentes : méthode et précision, sans aucune concession à l'éloquence. On a fait de ses cours un grand éloge, comme on trouve matière à louer tout ce qu'il y faisait entrer et tout ce qu'il tenait à en exclure. Cela pourrait donner matière à discussion. Quoi qu'il en soit, son cours, nous dit-on, « était débité d'une voix nette et claire, avec un mélange de gravité et de bonhomie qui tenait les auditeurs sous le charme. Nul ne connut davantage cette sorte d'éloquence familière, d'éloquence sans prétention et sans apprêt, qui captive l'attention en portant la conviction dans les esprits. A son talent d'exposition, Quicherat en joignait un autre non moins précieux. Il savait s'aider dans ses démonstrations de son talent de dessinateur, et tout en parlant à l'esprit de ses élèves, il parlait à leurs yeux par les croquis qu'il exécutait au tableau d'une main habile. C'était un spectacle merveilleux que de l'entendre exposer le développement de notre art roman, prenant la basilique à ses origines, la suivant dans toutes ses transformations, expliquant tous ses accroissements, et de voir sa main suivre pendant ce temps les développements de sa pensée, de voir des traits nouveaux s'ajouter à l'esquisse qu'il avait tracée, de voir la figure se compliquer à mesure que sa parole racontait des transformations nouvelles, de voir enfin une grande église avec toutes ses parties sortir de cette basilique si simple qui lui avait servi de point de départ. Ce sont là des choses qu'il faut avoir vues et entendues pour les sentir, ce sont des qualités que ses élèves seuls ont pu apprécier et dont je regrette que mon faible témoignage soit impuissant à conserver le souvenir ».
Malheureusement ce cours ne fut pas rédigé par son auteur malgré les instances de ses élèves et de ses amis. On n'en possède que des fragments, des débris, ou bien des réminiscences de leçons recueillies par des élèves, et d'ailleurs on n'est pas plus favorisé pour son enseignement de la diplomatique française dont il ne nous reste que le mémoire De l'enregistrement des contrats à la curie et celui sur la critique des chartes de Saint-Germain.
La rédaction de ces cours eût mieux servi la science peut-être que la polémique dans laquelle se jeta J. Quicherat au sujet de la position véritable d'Alésia où il se fourvoya dans une impasse sans profit pour la science et pour lui (voir Dictionnaire, t. XI, col. 2418-2419) ; mais c'est trop dire puis que, au cours de cette polémique qui dura dix ans, il fut amené à publier son Traité de la formation française des noms de lieux (voir Dictionnaire, t. V, col. 2537-2556 ; t. IX, col. 668-671) qui a donné une impulsion heureuse aux recherches de géographie historique et qui conserve en partie sa valeur, modèle à recommander pour la clarté de l'exposition et l'horreur de ces formules algébriques qu'il jugeait plus propres à rebuter les profanes qu'à faire progresser la science.
Il faudrait encore mentionner l'active collaboration accordée aux sociétés scientifiques où pendant plus de trente années on vit paraître des mémoires sur lesquels nous pouvons passer d'autant plus rapidement que leur substance a enrichi le Dictionnaire comme ceux relatifs à des problèmes de topographie historique tels que : Sur le lieu de la bataille entre Labiénus et les Parisiens, sur Les Trois Saint-Germain, sur La rue et le château de Hautefeuille. A partir de 1857, le Bulletin de la Société des antiquaires voit paraître le nom de Quicherat presque à chaque séance à propos d'une communication et l'année suivante il se révèle, du Comité des travaux historiques des Sociétés savantes avec la même prodigalité. Dans ses rapports et ses communications, il pourchasse impitoyablement les néologismes qui ne sont que des cache-ignorance, qu'il s'agisse de préhistoire, de classifications barbares, etc. On le rencontre attentif et dispos sur tous les points de notre sol, à Laon dont il faut déterminer L'âge de la cathédrale ; à Tours où il s'agit d'une Restitution de la basilique de Saint-Martin, d'après Grégoire de Tours et les autres textes anciens ; à Troyes où il est question d'une Notice sur plusieurs registres de l'œuvre de la cathédrale ; à Embrun où, à propos de la cathédrale, il est prouvé que les monuments du Midi n'étaient pas mieux construits que ceux du Nord, qu'ils n'ont pas plus que ceux-ci échappé aux désastres qui ont détruit les monuments antérieurs à l'an 1000, que les édifices voûtés de la Provence et du bassin du Rhône ne peuvent donc remonter à Charlemagne. La démonstration est péremptoire. On pourrait rappeler encore ce qui a trait au Ferrage des chevaux et aux Puits Itinéraires. Ce sont des morceaux achevés.
Nous ne pouvons entreprendre l'énumération de tous les emplois assumés par J. Quicherat et qui, sous le titre de « Commissions », absorbaient son temps et s'alimentaient de son expérience scientifique. La charge la plus lourde fut, en 1871, la direction de l'École des Chartes où il « se révéla administrateur de premier ordre. Quel admirable parti il sut tirer de ressources dérisoirement insuffisantes ! Quel génie inventif ne lui fallut-il pas pour organiser un enseignement si complexe dans un local si obscur et si exigu, pour y introduire chaque année des innovations si bien combinées et pour y rassembler des collections si diverses et parfois si encombrantes ? » L'âge se faisait sentir et Quicherat se préoccupait à l'idée que la mort pourrait le surprendre avant l'achèvement de son œuvre. Il s'en ouvrait à ses amis ; cédant à de vives instances, il commençait la rédaction de son cours d'archéologie et s'appliquait à une Histoire de la laine depuis l'époque gauloise jusqu'à nos jours. Un jour vint où Quicherat donna sa démission afin de réserver ses années de vieillesse à ses travaux personnels. L'émotion fut si vive, si profonde, la protestation si émue et si générale qu'il revint sur sa décision. Admirateurs, amis et élèves lui en témoignèrent leur reconnaissance et sa vigueur parut devoir suffire à de nouveaux travaux. A cette manifestation, l'Académie des inscriptions et belles-lettres s'associa par un prix de 10 000 francs pour se consoler, en quelque sorte, de ne point le compter parmi ses membres. Lue consolation plus digne d'elle était à sa portée ! Jules Quicherat était républicain, mais il ne bénéficia guère de l'avènement du régime par de lucratifs emplois ; il ne brigua jamais ni place ni honneurs et, en 1852, refusa la chaire du Collège de France retirée à Michelet. Célibataire, il avait toujours refusé de faire partager sa pauvreté qu'il supportait fièrement, mais quand la vieillesse approcha il sentit cruellement le vide de son foyer. Bon, serviable, mais un peu rogue parfois, il souffrait d'une affection intestinale et se ressentait des privations du siège de Paris. Un séjour de vacances dans le Jura lui rendait courage ; en 1881 il n'y trouva plus le regain annuel de santé. L'hiver fut rude ; au mois d'avril il sentit ses forces décroître et songea à revoir La Grange-Huguenet ; le mal fut plus prompt que le remède et l'enleva brusquement le 8 avril 1882.
Dieu avait été absent de sa vie.
II. Bibliographie. — A. Giry a publié la Bibliographie des ouvrages de Jules Quicherat, dans Bibliothèque de l'École des Chartes, t. XLIII, 1882, p. 316-360 ; elle comprend 363 numéros, et ce nombre seul suffit à faire comprendre qu'elle ne puisse trouver ici sa place ; on la trouvera dans les Mélanges d'archéologie et d'histoire de Quicherat, t. I, 1885 ; R. de Lasteyrie, Notice sur M. Jules Quicherat, dans Bulletin du Comité des travaux historiques et scientifiques, 1883, p. 4-41 ; Aug. Castan, Jules Quicherat, dans Mémoires de la Société d'émulation du Doubs, 1882, p. 42-57 ; A. Giry, Jules Quicherat, 1814-1882, dans Revue historique, t. XIX, 1882, p. 241-264 ; J. Berthelé, Jules Quicherat et son œuvre archéologique, dans Annales de la Société historique et archéologique du Château-Thierry, 1886.
H. Leclercq.
QUIESCERE. — Ce verbe reparait dans un trop grand nombre d'inscriptions chrétiennes pour qu'il soit nécessaire d'en donner beaucoup d'exemples ; on les trouvera disséminées dans le Dictionnaire. Le choix de ce mot s'inspire de la même pensée que celui de depositio, c'est celle de repos dans l'attente de la résurrection. Dans les textes chrétiens, il a eu à subir diverses déformations qui le laissent d'ailleurs reconnaissable, par exemple : cesquo, quesco et quesquo. Ainsi nous lisons : CESQVAT IN PACE ; QVESCET ; QVESQVENS ; QVIISCIT ; à Rome sur une épitaphe de l'année 340 u :
PELEGRINVS IN PACE CVM VXOREM SVAM SIL VANAM QVIEXIBIT IN PACE Xllll KAL -IANDNCONSTAVG-X-ET-IVL-CAES III CONSSA
Tabarka, dans la basilique, une tombe recouverte de ciment (haut. 2 m. 45 ; larg. 0 m. 20) est surmontée d'un chrisme constantinien accosté de A et 00 et flanqué de deux colombes affrontées surmontées chacune d'une rose renversée :
HIC VICT IN PACE Q VI XIT A
H. Leclercq. présenta ja mais plus, et Salomon Reinach citait à ce propos ment à l'épigraphie. C'est surtout dans les écrits juridiques et ecclésiastiques que l'on aurait quelques chan ces de rencontrer des exemp les de qui et. Une recherche conduite par A. Lipsius dans les Acla PetriPauli n'a pas donné de résultats. Au contraire, P. Lejay fut plus favorisé par le Liber ponlificalis (voir Dictionn., t. ix, à ce mot). Nous avons dit que ce recueil nous a été conservé dans deux éditions. L'une, rédigée sous Hormisdas (514-523) et continuée jusqu'à Félix IV (526-530), n'est plus représentée que par les abrégés cononien et félicien. L'autre, sortie d'une recension de la précédente au milieu du VIe, continuée de Félix IV à Silvère, est donc encore à tous égards un document de la première moitié du VIe. C'est là que se trouve le seul exemple de qui et. La biographie du pape Jean II (533-535) s'ouvre par les mots : Ioannes, qui et Mercurius, nalione Romarins, ex paire Proiecto l. Dans l'inscription de Saint-Pierre-èsLiens, le même pape est appelé : IOHANNE COGNOMENTO MERCVRIO (voir Dictionn., t. m, col. 5, fig. 2380). On pourrait peut-être conjecturer la raison de ce double nom. L'église Saint-Clément contient plusieurs monuments remontant à un prêtre Mercurius. (voir Dictionn., t. m, col. 1874 ; t. xi, col. 456-458) ; or, Jean II avait été attaché à cette église avant son pontificat. Il serait possible que le prêtre Mercurius ait quitté son nom, quel que peu païen, en devenant pape.
La liaison qui et servait encore dans la lre édition du Liber ponlificalis à introduire la mention du lieu de sépulture d'un pape 2, mais dans cet usage qui eliam apparaît dans la biographie de Gaius, et c'est la seule employée dans cette phrase par la 2e édition du Liber, avec la variante qui vero dans la vie rie Gaius 8.
On trouve encore qui et deux fois : quod el jactum est * et qui el constitua 6.
Nous savons dans quel les limites de temps et d'espace doit prendre l'usage de ces sobriquets. Au point de vue de la fréquence, l'Afri que se classe la première (4,27 par mille), ensuite vient Rome (1,85 par mille), en Grande-Bretagne aucun exemple, en Espagne presque pas, et assez peu en Cisalpine et en Narbonnai.se (0,039 par mille). Or, précisément dans ces pays se rencontrent d'autres expressions : le mot signo suivi du génitif, ou sive avec l'accord en cas : OPTATINE RETICIAE SIVE PASCASIE CONIVGI AMANTISSIMAE ENNIVS FILTERIVS SIVE POMPEIVS MARITVS6 (voir Dictionn., t. v, col. 2349, fig. 4682). Au contraire, l'expression pleine qui vocatur, qui vocalus est et analogues est plus spéciale à Rome et à l'Italie 7.
Il est regrettable que la plupart de nos inscriptions ne soient pas datées. On voit par cel les qui le sont et par certains caractères des textes sans date que l'usage de ces sobriquets n'est pas antérieur au IIe. La plus ancienne est de 136 ; la plus récente est de 390. Cet usage se serait conservé encore plus longtemps, à en juger par les noms du pape Jean II, à moins que, dans ce cas probablement assez particulier, il n'y ait là qu'un souvenir d'un usage plus ancien.
La situation sociale des personnes ainsi désignées ou de leurs amis est très humble, autant qu'on en peut juger là où elle est indiquée ; ce sont des affranchis ou des esclaves, des vétérans, des sous-officiers ou des soldats et des marins, un magisler vici et un augur colonise., charges accessib les aux affranchis. Enfin on les rencontre à tout âge 8.
H. Leclercq.
QUIROGA.— Dans l'église de Notre-Dame de la Hermida, située proche de Quiroga, au diocèse de Lugo, on a conservé jusqu'à nos jours une pla que de marbre portant un chrisme et servant de table d'autel, mais qui semble provenir d'une basili que du vc siècle. On y voit représenté un symbole bien connu du type flanqué de A et 00 avec cette légende latine * :
H. Leclercq. QUITTERIE (Sainte). — Voir Dictionn., t. x, col. 2639-2645, au mot Mas d'Aire.
R. — La lettre R offre deux éléments communs avec la lettre B, la haste et la boucle supérieure, mais elle s'en distingue par l'appendice placé au-dessous de cette boucle et qui consiste en une queue de direction obli que, tantôt courte tantôt longue, attachée à la haste et rigide ou courbée.
Dans les inscriptions les plus anciennes, voire cel les du temps de la républi que, la queue touche la boucle et la haste, plus tard il arrive qu'elle sort de la boucle et présente une légère ondulation.
Les principa les variantes offertes par les inscriptions chrétiennes sont, en Gaule, une haste qui dépasse notablement en haut et en bas, comme ceci et en Grande-Bretagne.
Dans l'alphabet grec, la lettre rhô dont la forme est celle du P latin se trouve fréquemment employée dans le ehrismon où elle reçoit différentes formes, tantôt R tantôt P P tantôt l E E' f* ; nous avons traité ce sujet déjà (voir Dictionn., t. m, col. 1503-1515, flg. 28482868).
H. Leclercq.
RABULA. I. Description. II. Contenu.
III. Miniatures. IV. Classement.
I. Description. — Le ms. sir. 5(1 de la bibliothè que Laurentienne, à Florence, est un évangéliaire syria que dont l'illustration fut exécutée par le moine Rabula, du monastère de Zagba, en Mésopotamie : il porte la date de 586. L'auteur ne semble pas viser à l'originalité. Il a dû travailler d'après des modè les grecs, ce qui permet de faire remonter ceux-ci à un quart De plus haut ou même un peu plus ; de toute façon, il nous présente un exemple assez complet des frontispi ces de cette épo que. L'illustration remplit quatorze feuillets qui se succèdent dans l'ordre de l'écriture syria que, il faut par conséquent feuilleter le manuscrit de droite à gauche comme si on commençait par la fin. Le premier et le dernier feuillets sont collés sur onglets et dépareillés, les autres sont au complet et dans l'ordre. Pour obtenir la suite normale il faut intercaler le 1 » feuillet entre le 13e et le 14'. toutefois M. Ajnalov y a justement distingué des éléments nouve aux : chapite aux à figures, pilastres ornés de dessins géométriques, ciboires coniques, croix sur le sommet ou dans un cercle, enfin ornements d'un caractère copte bien tranché. Ces architectures enferment entre leurs colonnes le texte des canons (voir Dictionn., t. il, col. 1948, fig. 2018), tandis qu'à l'extérieur, dans les marges, se développe une riche décoration d'un double caractère : fleurs et oise aux au-dessus des arca des, scènes ou personnages bibliques auprès de la courbe ; plus bas, aux côtés des colonnes, des scènes évangéliques ; enfin, près des bases, des plantes et des anim aux. Ce mélange de texte et de figures rappelle avec une disposition différente le calendrier de 354 (voir Dictionn., t. in, col. 1555-1560). Les deux Testaments se déroulent suivant l'ordre chronologi que, d'un mouvement parallèle, mais sans relation précise de concordance. Au point où finit l'ancien, les quatre évangélistes prennent place au milieu des arca des, auprès des doub les colonnes du canon, interrompant sur deux pages voisines le cycle évangéli que. Puis à ces vignettes tracées sur le fond du parchemin, sans cadre, d'une composition très simplifiée, adaptée à leur fonction décorative, font suite de gran des scènes encadrées, à la façon des mosaïques, de motifs géométriques et se détachent sur un fond de paysage anti que ; ce sont la Crucifixion, la Résurrection, l'Ascension et, si notre transposition est exacte. l'Élection de Matthias. Le cycle se terminait par la Pentecôte, au verso du dernier feuillet ; mais il était interrompu par deux pages (pie l'on avait réservées à dessein pour pouvoir présenter l'une près de l'autre, dans le volume ouvert, les deux figures qui sont l'âme de tout ce frontispice, la Vierge debout tenant l'Enfant et le Christ assis entre deux évoques et deux moines * ».
IL Contenu. — L'ornementation est entièrement placée au début du volume et précède le texte des quatre évangi les qui est ainsi réparti :
Fol. 1-14 vn : sur parchemin, contient les enluminures.
Fol. 15 : sur papier rapporté, présente diverses noti ces en syria que et en arabe.
Fol. 20 : début du texte, mais le commencement de l'évangile selon saint Matthieu fait défaut.
Fol. 93 v° : fin de l'évangile selon saint Matthieu et début de celui selon saint Marc.
Fol. 143 : fin de l'évangile selon saint Marc.
Fol. 143 v° : début de l'évangile selon saint Luc.
Fol. 253 v° : évangile selon saint Jean.
Fol. 291 v° : fin de l'évangile selon saint .Jean. Notes margina les.
Fol. 292 : noti ces et mémori aux.
Fol. 292 v° : noti ces et mémori aux.
Écriture d'une impeccable régularité, mais impersonnelle, c'est le scribe Rabula, distinct peut-être de l'enlumineur. Ce Rabula ne doit pas être confondu avec son homonyme qui devint évê que d'Édesse (412435)'.
Quant aux enlumineurs, ils sont deux et d'époques différentes, celui des pages pleines et celui des miniatures margina les.
III. Miniatures. — En 1742, Etienne Évode Assemani (voir Dictionn., t i, à ce nom) publia le Bibliothecie Mediceœ Lawentiae et Palatinse codicum manuscriptorum orienlalium catalogus, qui contient la description du ms. sir. ;><i avec 26 planches ; en 1752, ce fut au tour de A. -M. Biscioni dans son Bibliothecœ Mediceo-Laurentianœ ratalogus, t. i, p. 169-199 avec de nouveau les 26 planches qui confinent à la carica•10585. — Élection de l'apôtre Mathias Miniature du manuscrit de Rabula, d'après Mélanges Char les Diehl, 1930, t. n, p. 87, fig. 9.
Fol. 1 v°. La Vierge et l'Enfant sous un ciborium, entre deux paons. — Ass., pi. n ; Bise, pi. n ; Garr., pi. cxxvm, 2 ; Macler, p. 87, fig. 10 (d'après Ass.).
Fol. 2. Ammonios (à droite) et Eusèbe (à gauche), debout sous un édicule dont le toit porte deux paons ; cette miniature est peinte sur un feuillet de parchemin différent des autres feuillets enluminés. — Ass., pi. m ; Bise, pi. m ; Garr., pi. cxxix, 1 ; H. Peirce et R. Tyler, L'art byzantin, t. n, 1934, pi. cem a.
Fol. 2 v°. Texte d'Ammonius et d'Eusèbe sur deux colonnes ; feuillet sur onglet.
Fol. 3. Suite et fin du texte d'Ammonius et d'Eusèbe, sur deux colonnes, dans des encadrements multicolores.
A partir du fol. 3 v° jusqu'au fol. 12 v°, canons de concordance qui forment deux séries distinctes pour l'architecture et l'ornementation. La première série offre des scènes des deux Testaments (fol. 3 v° à fol. 9) en marge, pres que tous les personnages sont nimbés à l'exception de Samuel et Josué (pi. 4), Jonas endormi (fol. 6), Daniel (fol. 8 v°), Matthieu et Jean (fol. 9 v°). La deuxième série (fol. 9 v°-12 v°) ne comprend que des scènes et des personnages du Nouveau Testament ; les arcs sont surmontés de fleurettes, de boutons de fleurs et de fruits.
Fol. 3 v°. « Canon premier, dans lequel les quatre évangélistes ont été d'accord ensemble. » En haut, à droite : Aaron tenant la verge fleurie et portant le pectoral orné de quatre pierres précieuses ; à gauche : Moïse et la scène du buisson ardent. En marge droite, l'annonce faite à Zacharie qui tient la tablette sur laquelle est gravé le nom de son fils. — Ass., pi. iv ; Bise, pi. iv ; Garr., pi. cxxix, 2.
Fol. 4. Début d'un 2e cahier rapporté. » Canon premier. » Josué, en guerrier, Samuel tenant une corne d'abondance. En marge, l'Annonciation avec ces mots en syria que : « Voici la servante du Seigneur. » — Ass., pi. v ; Bise, pi. v ; Garr., pi. cxxx, 1.
Fol. 4 v°. « Canon premier ». En haut, droite, David roi, debout, tient une lyre. En haut, gauche, Salomon, assis sur son trône, tous deux imberbes et nimbés d'or. En marge, droite, la Nativité ; gauche, Baptême du Christ. En bas, à droite et à gauche : Jugement de Salomon. — Ass., pi. vi ; Bise, pi. vi ; Garr., pi. cxxx, 2 ; W. Neuss, Die Kunst der alten Chrislen, 1926, pi. lxxxv, fig. 173.
Fol. 5. « Canon deuxième, dans lequel trois évangélistes parlèrent et furent d'accord ensemble » (Matth., Marc, Luc). Osée à droite, Joël à gauche. Hémorrhoïsse. Miracle de Cana avec six vases. — Ass., pi. vu ; Garr., pi. cxxxi, 1.
Fol. 5 v°. « Canon deuxième ». En haut, droite, Amos ; gauche, Abdias. En marge : la fille de Jaïre. — Ass., pi. vm ; Bise, pi. vin ; Garr., pi. cxxxi, 2.
Fol. 6 d°. « Canon deuxième ». En haut, droite, Nahum ; gauche, Sophonie. En marge, résurrection. — Ass., pi. x ; Bise, pi. x ; Garr., pi. cxxxn, 2.
Fol. 7. « Canon troisième, dans lequel trois évangélistes sont d'accord ensemble. » En marge, droite, la scène a été lavée ; à gauche, trois personnages, peut-être Jésus, Moïse et Élie. En haut, droite, Job ; gauche, Isaïe. — Ass., pi. xi ; Bise, pi. xi ; Garr., pi. cxxxm, 1.
Fol. 7 v°. « Canon quatrième dans lequel trois évangélistes encore ont parlé et furent d'accord ensemble » (Matt., Mare, Joa.). En haut, droite, Habacuc ; gauche, Aggée ; en marge droite, Jésus parle à un homme.
A. — XIV.
— Ass., pi. xii ; Bise, pi. xn ; Garr., pi. cxxxm, 2.
Fol. 8. « Canon cinquième dans lequel deux évangélistes ont parlé et ont été d'accord ensemble » (Matt., Luc). En haut, droite, Zacharie avec une faucille ; gauche, Jérémie. En marge, gauche, personnage mutilé par le relieur. — Ass., pi. xin ; Bise, pi. xm ; Garr., pi. cxxxiv, 1.
Fol. 8 v°. « Canon cinquième » (Matth., Luc). En haut, droite, Ézéchiel ; gauche, Daniel ; en marge, le Christ délivrant deux démoniaques. — Ass., pi. xiv ; Bise, pi. xiv ; Garr., pi. cxxxiv, 2 ; Macl., p. 87, fig. 12.
Fol. 9. « Canon sixième, dans lequel deux évangélistes encore ont parlé et ont été d'accord ensemble » (Matth., Marc, Luc, Joa.). En haut, droite, Malachie ; à gauche, Elisée. En marge, la scène du didrachme (Matth., xvii, 27). — Ass., pi. xv ; Bise, pi. xv ; Garr., pi. cxxxv, 1.
Fol. 9 v°. « Canon septième dans lequel deux évangélistes ont été d'accord ensemble » (Matth., Joa.). Matthieu et Jean assis, pas nimbés, tenant leur évangile sur les genoux. Matthieu tient un livre ouvert, Jean un rouleau déployé. — Ass., pi. xvi ; Bise, pi. xvi ; Garr., pi. cxxxv, 2 ; Macl., p. 91, fig. 13.
Fol. 10. « Canon huitième, dans lequel deux évangélistes ont été d'accord ensemble » (Marc, Luc). Ils sont représentés, debout, nimbés, vêtus de blanc rayé de bleu, tenant leur évangile. — Ass., pi. xvn ; Bise, pi. xvn ; Garr., pi. cxxxvi, 1 ; Macl., p. 91, fig. 16.
Fol. 10 v°. « Canon neuvième, dans lequel deux évangélistes ont été d'accord ensemble » (Luc, Joa.). » Ici commence, d'après M. Fr. Macler, une série de canons de concordance d'une architecture tout autre que les précédentes ; il n'y a plus de scènes et de personnages de l'Ancien Testament. Il faut voir, dans cette différence, des feuillets rapportés, inspirés d'un autre manuscrit ou dessinés et peints d'après un autre original. A partir des feuillets où sont représentés les évangélistes, les architectures ont des arcatures différentes, surmontées d'oiseaux (canards) qui présentent une grande ressemblance avec les manuscrits arméniens du même genre. On pourrait se demander si on n'a pas là affaire à des sortes de canons de concordance passe-partout, dessinés et peints par des artistes sans (quelquefois des artistes), qui les vendaient, anépigraphes, aux églises et aux monastères qui en faisaient la demande et qui, plus tard, faisaient écrire dans leurs langues (grecque, syriaque, arménienne) les canons et les autres indications relatives au texte évangélique.
Fol. 12. « Canon dixième, de Luc, où lui seul, sur chose et autre, a parlé et écrit ». Le baiser de Judas. — Ass., pi. xxi ; Bise, pi. xxi ; Garr., pi. cxxxvm, 1.
Nous arrivons maintenant aux miniatures en grande page.
Fol. 13. Crucifixion et résurrection, « d'un coloris très bigarré, presque laid », écrit Fr. Macler. C'est la raison qui nous détourna d'en donner une reproduction en couleurs, d'après celle de Ch. Labarte, Histoire des arts industriels au Moyen Age et à l'époque de la Renaissance.
Fol. 14. Le Christ entre quatre personnages. Le Christ assis, les quatre personnages debout à ses côtés, on a proposé d'y voir deux évêques et deux moines, ou bien Moïse, Aaron et deux apôtres. — Ass., pi. xxv ; Bise, pi. xxv ; Garr., pi. cxl, 2, voir Dictionn., t. xi, col. 1281, fig. 8112.
IV. Classement. — Au jugement de M. Fr. Macler « les miniatures ne sont pas contemporaines les unes des autres et, soit par le dessin, soit par le coloris, elles doivent être rapportées à des époques très différentes. » En outre, elles ne sont pas placées dans leur ordre logique et d'après la conservation généralement bonne des couleurs, cet érudit propose un classement qui se ramène à peu de chose près à celui que nous avons suivi :
1° Ammonius et Eusèbe, la Vierge à l'Enfant, le Christ entre quatre personnages.
2° Les canons de concordance de l'Ancien et du Nouveau Testament ; les évangélistes assis, les évangélistes debout ; les canons de concordance du Nouveau Testament.
3° Crucifixion. Ascension, Élection de Matthias, Pentecôte.
« Ces miniatures ne procèdent ni de la même inspiration artistique, ni du même atelier. Les tableaux de concordance ne sont pas spécifiquement syriaques ; on en rencontre d'analogues chez les Arméniens, chez les Byzantins et même en Occident. A comparer certaines arcades de Rabula et de tétraévangiles arméniens, on pourrait se demander s'il n'y avait pas des ateliers où l'on peignait de ces arcades et de ces frontispices pour les tableaux de concordance évangélique. Et l'acquéreur, Arménien, Byzantin, Syrien, aurait ensuite fait écrire dans sa langue les canons et les autres indications relatives au texte évangélique.
« On pourrait peut-être envisager que les enluminures en pages pleines, telles que la Crucifixion, l'Ascension, l'Élection de Matthias et la Pentecôte sont d'une date assez ancienne, à moins qu'elles ne soient au contraire des copies relativement tardives d'originaux plus anciens. Les enluminures représentant Ammonios et Eusèbe, la Vierge à l'Enfant et le Christ trônant sont sûrement d'une autre main et d'un autre atelier que les précédentes.
« Par contre, les canons de concordance, avec leurs jolies arcatures et leurs miniatures marginales trop souvent rognées par le relieur, sont du plus bel effet à l'œil. Le coloris est bien conservé et encore très vif. Bien qu'il semble y avoir deux motifs architecturaux différents, on se croit autorisé à tenir ces feuillets de concordance comme procédant du même atelier, sinon du même enlumineur », H. Leclercq.
RACHIMBOURGS. — I. La thèse générale. II. Les documents.
I. La thèse générale. — Dans l'étude que nous avons consacrée aux lois barbares, et plus particulièrement à la loi salique (voir Dictionn., t. ix, col. 2033-2123), nous nous sommes trouvés en présence de l'organisation judiciaire des Francs au commencement du VIe, au moment où la monarchie franque vient d'être fondée par Clovis. L'assemblée judiciaire s'appelle mallus qui n'est pas du tout un tribunal populaire en fonction. Le mot malins ne désigne pas l'assemblée des hommes libres de chaque canton, il signifie « tribunal » : reste, pour nous, à déterminer sa composition. Or, les textes nous font voir toujours un judex ou magistrat nommé par le roi et jugeant lui-même, sans aucun concours de l'assemblée qui assiste au jugement. Mais ce judex est entouré d'assesseurs appelés boni homines ou rachimburgi. Qui sont ces rachimbourgs ? Des notables, des prud'hommes que le comte invite à siéger à ses côtés pour le jugement d'une affaire, sans qu'il y ait, à cet égard, aucune règle fixe et aucun caractère permanent. Fonctions variées. Tantôt les rachimbourgs remplissent le rôle de témoins ou de recors, pour authentifier les actes publics ou pour veiller à l'exécution des sanctions, tantôt ils jugent avec le comte ou son lieutenant les procès civils, tantôt enfin ils statuent en matière criminelle, auquel cas leur intervention se borne à fixer le taux de la composition conformément à la loi. D'après cela, les rachimbourgs seraient plutôt des arbitres que des juges, et il faudrait conclure que, dans la monarchie franque, le pouvoir judiciaire appartenait au roi ou à des juges nommés par le roi, soit directement, soit indirectement, de sorte que le peuple n'avait aucune part dans l'administration de la justice.
IL Les documents. — Il s'agit de jugements et nous possédons quarante et une formules qui s'y rapportent entre le vie et le VMe, provenant d'Angers, de Tours, de Sens et d'autres lieux inconnus ; or, elles se trouvent d'accord avec les lois franques usitées surtout au Nord et à l'Est. Ces formules ne sont pas des arrêts à proprement parler, mais des attestations d'arrêts, notitiœ judicii. Nous avons dix-neuf sentences du roi et pas un seul jugement du comte ou du malins, soit que ceux-ci ne fussent pas écrits, soit qu'on n'en donnât pas copie aux parties qui devaient se contenter d'un certificat.
Toutes ces formules donnent le nom du comte-juge et ceux des hommes qui cum eo aderant ou qui cum eo residebant l ; quatre seulement d'entre elles ne nomment que le comte et se taisent sur l'entourage 2 qui ne paraît que dans le corps de la formule '. Quels sont ces hommes qui cum eo aderant ? La plupart des formules restent dans le vague, en voici un exemple : « Tandis que tel comte siégeait pour juger les causes de tous et les terminer par de justes arrêts avec plusieurs personnes qui étaient assises avec lui *. » Deux fois seulement ils sont qualifiés auditores comitis 5 et ces mêmes formules nous apprennent que la décision a été prise « par le jugement du comte et de ses auditeurs ».
Ce mot ne se retrouve chez aucun peuple germanique ni dans aucun dialecte allemand ; on ne sait pas comment il s'écrivait, on a adopté la forme « raehimbourg » qui est la plus rare dans les manuscrits. Le manuscrit des Andegavenses donne rucineburdi ; celui de la loi salique (Guelferbytanus) porte raciniburgius, celui de Munich et le Paris, lat. 4404 : rachymburgius et rachimburgius ; la loi ripuaire : ragimburgii, etc. Même désaccord dans la transcription et dans l'interprétation. Savigny voit dans les rachimbourgs « tous les hommes libres du canton 10 ». Pardessus pense de même « ; G. Waitz : « les membres de la communauté réunis12 » ; Schulte « tous les hommes libres et citoyens 13 » ; Thonissen « tous les citoyens du canton guerriers et juges14 » ; Zœpfi et Sohm en font sept ou douze hommes élus par les hommes libres 15. Fustel de Coulanges préfère la comparaison des textes un à un, qu'ils appartiennent à la loi salique ou aux formules et prouve qu'ils y portent le même nom et y ont le même rôle et les mêmes attributions. Il fait cette remarque importante que même si la loi salique était du Ve et, par conséquent, trop antérieure aux formules pour tenir compte de celles-ci dans son interprétation, elle a été appliquée dans les jugements du vie au VMe, c'est-à-dire durant la période où les formules étaient en vigueur. En outre, les rachimbourgs de la loi salique ressemblent trait pour trait à ceux de la loi ripuaire qui sont du VIIE. Donc ce sont les mêmes hommes qui comparaissent dans tous ces différents documents 16. De la comparaison instituée entre les rachimburgi et les boni homines, il ressort que ce sont des personnages semblables remplissant au tribunal les mêmes fonctions, cette identité s'applique jusque sur les mots et leur concordance : cum resedissel cornes cum rachimburgis et cum resedisset cornes cum bonis hominibus17 ; enfin dans une même formule les mêmes hommes sont appelés tantôt rachimburgi, tantôt boni hominesiB et pour que l'identité soit complète nous lisons : Cum pluris bonis hominibus racimburgis, et cela jusqu'à trois fois19. Il va sans dire que les rachimbourgs bénéficient, tout comme les boni homines du titre de venerabiles 20 ; on ne peut donc rien réclamer de plus.
— » Lex salica, l, 3. — « Edictum Chilperici, 8. res, qui signifiait les premiers parmi les habitants d'un endroit l.
Qui les désigne ? Rien n'indique qu'ils soient élus ou distingués par le roi. Rien non plus ne permet de croire qu'ils soient nommés pour chaque procès par les parties en cause, car on les voit siéger dans des affaires où il n'y a ni demandeur ni défendeur et où il est impossible qu'ils aient été choisis par les parties.
Si c'était le comte qui les désignait, ce qui est possible, c'était à un moindre degré que son oicarius et ses centeniers, ils n'étaient pas fonctionnaires. « Leur choix se faisait séance tenante et sans nulle règle fixe. Quand le comte faisait sa tournée judiciaire, tenait son mallus en un endroit, les notables de cet endroit les plus aisés, les plus expérimentés venaient d'eux-mêmes se ranger autour de lui. D'autres qui ne venaient pas spontanément étaient appelés par le comte, et contraints moralement à siéger. Venaient aussi, probablement, ceux que les parties intéressées pouvaient avoir engagés d'avance à se trouver au tribunal. Venaient enfin, très vraisemblablement, tous les petits praticiens du lieu. Cette sorte d'hommes fut fort nombreuse dans une société très processive ; ils suivaient volontiers tous les jugements, ils étaient heureux d'y prendre part pour acquérir de l'influence et l'on était heureux de les avoir pour profiter de leur expérience. Tous ces hommes pouvaient être rachimbourgs, tantôt un jour, tantôt l'autre ; mais nul ne l'était d'une manière constante. Rien n'était plus variable que la composition de ce petit groupe ; il changeait presque pour chaque procès. Aucune catégorie d'hommes n'y était particulièrement appelée, et aucune n'en était exclue. Plusieurs formules montrent que les clercs pouvaient être rachimbourgs aussi bien que les laïques et cela est confirmé par les actes des conciles d'Auxerre (578) can. 34, de Mâcon (585) can. 19, qui s'inquiètent du goût trop prononcé des clercs pour prendre part aux jugements '. » Quels ont été les fonctions des rachimbourgs ? Il ne faut pas se contenter de dire que c'étaient des juges ; ce ne serait ni tout à fait une erreur ni tout à fait la vérité. On peut citer un certain nombre de cas où les rachimbourgs ne sont que des témoins instrumentaires ou des experts. C'est en cette qualité, par exemple, qu'ils assistent à une saisie ', ou qu'ils reçoivent les serments du demandeur qui fait défaut * ou qu'ils donnent l'authenticité à certains actes. Mais cette distinction est-elle fondée ? Dans tous ces cas, en effet, les rachimbourgs exercent ce qu'on appelle la juridiction gracieuse ou accomplissent des actes d'instruction. En cela ils ne cessent pas d'être juges. Est-il nécessaire de rappeler que tous les jugements ne sont pas définitifs ? Il y en a de préparatoires et d'interlocutoires ; il y en a qui se bornent à donner acte d'un fait accompli sous les yeux du tribunal. Il n'y avait donc pas lieu de ranger ces opérations des rachimbourgs dans une classe à part.
En qualité de juge civil il se pourrait que le comte, en qui proprement résidait la juridiction, ait délégué ses pouvoirs, ce qui permettrait d'expliquer les textes où il est parlé des rachimbourgs seuls, sans mention du comte.
En matière criminelle les textes nous offrent deux séries de faits très différentes. Tantôt c'est le tribunal qui juge entre un accusateur et un accusé, tantôt c'est le comte qui exerce d'office les poursuites et prononce seul des condamnations. D'après cela, Fustel de Coulanges conclut à deux sortes de procédure criminelle dans l'État franc. Selon lui, « tantôt le meurtre était jugé comme crime, tantôt il l'était comme procès. Dans les deux cas, l'affaire était jugée devant le comte et à son mallus, par la raison que le fonctionnaire royal était investi de toute juridiction, au civil comme au criminel. Mais c'est dans le second cas seulement que les rachimbourgs ou boni homines prononçaient et décidaient. » Poussant plus loin cette idée, il conclut que les rachimbourgs prononcent non une peine mais une composition, le droit de prononcer des peines n'appartenant qu'au comte. Quand l'affaire était portée devant les rachimbourgs, c'était qu'elle était, comme on disait autrefois, civilisée.
La distinction ne paraît pas fondée, car la poursuite d'office était une voie extraordinaire, aussi bien en droit franc qu'en droit romain ; au contraire l'accusation est la règle des procès criminels. Ce sont donc bien des affaires criminelles qui sont jugées par les rachimbourgs, elles ne cessent pas de l'être parce qu'elles sont jugées entre deux parties. L'accusateur n'est pas ce que nous appelons aujourd'hui une partie civile. Il exerce une action publique. Quelle que soit la procédure suivie au début, ordinaire ou extraordinaire, l'action publique tend toujours aux mêmes fins. On objecte que, dans tous les documents parvenus jusqu'à nous, les rachimbourgs ne figurent que comme recevant un serment ou prononçant une composition. Mais c'est précisément en cela que consistait l'essence du jugement criminel. Si le serment n'était pas prêté, si la composition n'était pas payée, il n'y avait pas besoin en règle générale d'un nouveau procès ni d'une nouvelle condamnation. La conséquence était l'application de la peine portée par la loi, et le comte n'avait qu'à prescrire une mesure d'exécution *.
H. Leclercq.
RADEGONDE (Sainte). — I. Les origines. IL Jeunesse, mariage, royauté. III. Rupture, séparation, retraite. IV. La vie monastique. V. Le voyage à Arles. VI. La règle de saint Césaire. VIL Le « Testament » de sainte Radegonde. VIII. Mort et funérailles. IX. Reliquaire. X. Légende. XL Anneau. XII. Épitaphe.
I. Les origines. — Les Hermundures. qui portèrent par la suite le nom de Thuringiens, appartenaient à la famille des peuples germaniques, mais on les trouve mentionnés sous leur ancien vocable dans le Chronographe de 354. A partir du iv« siècle, on lit assez souvent la mention des Thuringiens qui nous sont signalés par Sidoine Apollinaire parmi les rapaces qu'Attila entraîne vers la Gaule, en 451 '. Naturellement ils partagent sa défaite, et refluent vers l'Inn et le Danube pour s'établir au nord-ouest de Passau ' et très loin dans la direction du Nord. Au \ » siècle, cette nation offre assez de consistance pour avoir un chef qui porte le titre de roi et se nomme Merwig auquel succède Basin qui, un certain jour, vit arriver à Dispargum' un de ses voisins fugitif. C'était un prince franc nommé Childéric qui venait demander asile au chef des Thuringiens établis dans la Germanie IIe, au pays des Tongres, civilas Tungrorum, sur la rive gauche du Rhin. Childéric risqua, après huit années d'exil, de regagner son royaume et emmena avec lui la femme du roi Basin dont il fit sa propre femme et qui le rendit père de Clovis, roi des Francs.
Basin avait trois fils : Hermenefried, Baderic et Berthaire, qui fut père de Radegonde et fut assassiné. Hermenefried n'y était peut-être pas étranger, en tout cas il eut la satisfaction de voir disparaître son autre frère Baderic et se trouva maître d'un assez joli royaume. Ce fut le moment où les princes francs, ses voisins, entreprirent de s'en emparer et les Thuringiens subirent une rude défaite suivie d'une fuite au cours de laquelle les enfants de Berthaire, Radegonde et son frère, furent faits prisonniers (531).
II. Jeunesse, mariage, royauté. — Thierry et Clotaire, victorieux, ne s'entendirent pas longtemps. Un accident les avait débarrassés d'Hermenefried, les jeunes prisonniers avaient grandi, Clotaire réclama dans son lot la jeune Radegonde et la garda. Elle pouvait avoir une dizaine ou une douzaine d'années environ ; on a proposé avec vraisemblance mais sans preuves de la faire naître en 518. Des tristesses qui avaient entouré son enfance, la fillette n'oublia rien et en faisait, beaucoup plus tard, le récit à un confident qui se trouva être poète pour accommoder les événements au gré de ce qu'on est convenu d'appeler sa muse *. Une brève notice, quelques lignes de souvenirs personnels, de faits historiques nous en eussent plus appris. Ce n'est pas sans peine qu'on entrevoit quelques traits du pur attachement qui avait rapproché Radegonde d'un jeune cousin plus âgé, Amalafrid, fils d'Hermenefried. Malheureusement Fortunat a passé par là et ce n'est qu'à travers sa poésie que nous est parvenu l'écho d'une plainte très tendre : « Rappelle-toi, Amalafrid, tes premières années et ce qu'alors était pour toi Radegonde ; rappelle-toi combien tu me chérissais, toi fils du frère de mon père et parent plein de bonté... Quand j'étais toute petite, tu me prenais doucement dans tes bras ; je me suspendais à tes baisers et tu me charmais par tes paroles caressantes. A peine laissais-tu passer une heure sans venir me trouver : maintenant il se passe des siècles sans que j'entende un mot de toi. Mon cœur était tourmenté d'inquiétudes et elles allaient jusqu'à la colère faute de savoir quand et si tu reviendrais. Si ton père te retenait ou ta mère, ou les soins de la royauté, encore que tu te hâtasses de me rejoindre, tu me semblais toujours en retard. » Cette idylle ne laissa qu'un souvenir demeuré vif et pur qui charmait encore la maturité de la princesse après toutes les déceptions d'une union contrainte et mal assortie de cette jeune chrétienne avec un barbare sensuel et brutal. Ce que fut la douloureuse existence de Radegonde, épouse désignée et cultivée par des maîtres dans le séjour de la villa d'Athies, se sachant promise à un débauché et unie à lui, nous pouvons le deviner sans peine en la voyant prendre la fuite avec quelques suivantes, pendant la nuit, à la nouvelle que Clotaire la mande à la villa royale de Vitry-en-Artois pour consommer le mariage. Poursuivie, reprise, amenée à Soissons, épousée — peut-être vers 540 — la jeune reine subit son sort. Tout ce qui a trait aux années et aux modalités de sa vie conjugale reste en dehors de nos études.
III. Rupture, séparation, retraite. — Un des frères de Radegonde avait partagé sa captivité et se lassait sans doute de la condition dans laquelle il vivait d'une demi-liberté. Clotaire lui soupçonnait le dessein de s'en affranchir et, pour mieux s'y opposer, le fit assassiner '. Radegonde se reprocha cette fin tragique que ses instants pour retenir ce frère auprès d'elle avait rendue possible. « Il désirait vivement aller te voir et ma tendresse l'en empêcha », fit-elle savoir à son cousin Amalafrid, réfugié à Constantinople. « J'étais absente, je n'ai pas vu ses funérailles... Je n'ai passé, depuis lors, aucune journée sans pleurer. » Elle fit mieux, elle exigea la séparation d'avec un mari indigne qui y consentit d'abord et autorisa son départ. Sans plus attendre elle partit et se rendit à Noyon où elle demanda à l'évêque Médard de la consacrer à Dieu sous l'habit des diaconesses (voir Dictionnaire, t. xi, col. 106). L'évêque hésitait, la reine s'éloigna quelques instants et reparut dans le sanctuaire, vêtue de bure et disant : « Si tu hésites à me consacrer, et si tu crains un homme plus que Dieu, sache, pasteur, qu'il te sera demandé compte de l'âme de ta brebis. » Médard consentit et il n'eut pas trop à s'en repentir dans ses relations avec Clotaire. Sa décision était grave, car l'Église des Gaules n'était pas favorable aux diaconesses et le IIe concile d'Orléans, en 533, avait depuis peu interdit à cause de la faiblesse du sexe, de consacrer aucune femme » (voir Dictionnaire, t. iv, col. 730). En fait, il s'agissait moins de la consécration comme diaconesse que de l'admission comme nonne (voir ce mot) sans être astreinte à une règle ou à une clôture. Quant à la date à assigner à la séparation, on l'ignore et tout ce qu'on a proposé n'est que conjectures.
Radegonde se rendit de Noyon à Tours, sur le tombeau de saint Martin, et à Can des où il était mort ; de là elle gagna Chinon, où vivait un pieux solitaire nommé Jean, et ensuite Saix, domaine faisant partie de son douaire, situé aux limites du Poitou et de la Touraine. Elle ouvrit sa maison aux pauvres et aux malades et exerça ses dons d'organisatrice. On croit un peu trop volontiers avoir découvert de nos jours l'idée et l'art de l'application d'un règlement, il n'en est rien. A Saix, vers le milieu du VIe, il semble que tout le service fonctionne avec une parfaite régularité. Les malheureuses secourues sont enregistrées dès leur entrée, on leur accorde deux bains par semaine, le mercredi et le samedi, on leur distribue des vêtements, on les nourrit et Radegonde qui les sert elle-même ne prend son repas que la dernière. Chaque dimanche, après avoir mis le service en train, Radegonde se réservait un temps plus considérable pour la prière et elle partageait son propre repas avec les prêtres invités ou de passage auxquels elle n'infligeait pas son chétif ordinaire : herbes, légumes, eau mélangée de miel ou de poiré.
Une vie sainte et mortifiée, des privations poussées jusqu'à l'héroïsme, ont fait à la sainte reine une auréole dont nous ne pouvons qu'indiquer l'éclat miraculeux, laissant le récit des merveilles accomplies à ses biographes. Un incident vint troubler cette retraite. Clotaire manifesta le désir de reprendre la vie conjugale et, à cette menace, Radegonde redoubla ses austérités, préférant la mort au retour de la vie commune. On ne sait pas si Clotaire donna suite à cette velléité, mais la légende s'empara de l'événement et expliqua son changement d'idée par le « miracle des avoines ».
IV. La vie monastique. — Radegonde espéra trouver un surcroît de sécurité dans la situation plus stable que lui vaudrait une clôture monastique régulière ; elle quitta Saix pour s'établir à Poitiers, non loin du tombeau de saint Hilaire (voir Dictionnaire, t. xiv, au mot Poitiers). Nous avons fait connaître déjà ce qu'on en peut savoir aujourd'hui : deux monastères dont un destiné aux nonnes et dédié à Notre-Dame, l'autre situé à peu de distance, où reposeraient les nonnes défuntes, appelé Sainte-Marie-hors-les-Murs. La construction fut lente, Radegonde surveillait les travaux. Quand la maison fut établie, Radegonde s'y enferma avec Agnès et un groupe de nonnes qui devait augmenter rapidement puisqu'à la mort de la sainte la communauté comptait environ deux cents religieuses. Radegonde refusant le titre et les fonctions de la supériorité, ce fut Agnès à qui on imposa la charge d'abbesse dont elle reçut la bénédiction des mains de l'évêque Germain de Paris, venu à Poitiers. Cette circonstance ne fut peut-être pas indifférente au dissentiment qui sépara plus tard le monastère du successeur de saint Pient, alors évêque de Poitiers (voir Dictionnaire, t. xn, au mot Nonnes).
Sur ses grands biens dont elle avait disposé libéralement, Radegonde avait fait sa large part au monastère Notre-Dame, mais les diplômes originaux ont disparu. Cependant on a trouvé la mention d'intendants ou d'hommes d'affaires : agentes, veillant à l'administration des biens. Il ne faut pas cependant attribuer ces fonctions à Venance Fortunat (voir Dictionnaire, t. v, à ce nom), simple ami de la maison, venu en passant et qui s'attacha, qui s'inscrusta au premier mot qu'on lui dit pour le fixer.
Radegonde le combla de gâteries, il les lui rendit en jeux d'esprit qu'elle appréciait beaucoup, mais pas exclusivement, car elle avait une passion, passion qui était bien de son époque, elle était insatiable de reliques. Autrefois, dans son domaine d'Athies, elle en possédait une grande quantité qu'elle ne pouvait se consoler de ne plus posséder à Saix où elle finit, assure-t-on, par les retrouver. A Poitiers, sa préoccupation principale fut de se procurer des reliques. La religieuse Baudonivie nous apprend que « depuis son entrée au monastère, l'Orient peut attester le Nord, le Midi, l'Occident peuvent dire quelle immense quantité de reliques Radegonde avait assidûment demandées et amassées. De tous côtés, pour ces perles précieuses, fussent-elles cachées jusque dans le ciel, pour ces joies du paradis, sa dévotion multipliait les présents et les prières, et elle finissait par les obtenir. » Il en fut ainsi quand elle souhaita posséder une relique de la vraie Croix qui commençait à n'être plus tellement exceptionnelle en Occident. Ce fut alors que par l'intermédiaire de son cousin Amalafrid, retiré à Constantinople, elle sollicita de l'empereur Justin, depuis novembre 565, une relique de la vraie Croix ; mais Amalafrid s'était laissé mourir. Radegonde se tourna vers le roi Sigebert qui se montra disposé à lui rendre ce service, et s'adressa à l'évêque de Poitiers, Marovée, qui autorisa l'envoi de clercs de son diocèse et ceux-ci rapportèrent un fragment de la relique conservée au palais impérial dans un reliquaire que nous avons décrit et figuré (voir Dictionnaire, t. xiv, au mot Poitiers). Quand les messagers rapportèrent la relique, Radegonde pria l'évêque de Poitiers de lui faire une réception solennelle, mais celui-ci monta à cheval et se rendit à sa maison de campagne. Avertie, Radegonde fit rétrograder les messagers jusqu'à Tours où la précieuse parcelle reposerait dans le monastère d'hommes fondé par elle lorsqu'elle était reine ; en même temps elle fit instruire le roi Sigebert qui pria l'évêque Eufrone, de Tours, d'introduire la relique à Poitiers où elle fut reçue triomphalement et inspira à Fortunat deux hymnes : Vexilla régis prodeunt et Pange lingua, qui n'ont plus cessé depuis de faire partie du patrimoine liturgique de l'Église universelle.
Le monastère possesseur d'un fragment de la croix du Sauveur échangea son ancien vocable, Notre-Dame, contre celui de Sainte-Croix (568 ou 569). Bientôt on parla des miracles qui s'y accomplissaient.
V. Le voyage à Arles. — Cela n'améliora pas les dispositions de l'évêque Marovée dont son collègue de Tours avait rendu la bouderie inefficace. Désormais toutes les avances de Radegonde furent en pure perte, il l'ignora et nous avons vu son attitude lors de l'affaire des « nonnains de Poitiers » (voir Dictionnaire, t. xn, col. 1592-1599). En ce qui concernait l'administration et la direction spirituelle du monastère situé dans sa ville épiscopale, il n'était pas si facile de se passer du concours et de l'autorité de l'évêque du diocèse. Radegonde et l'abbesse Agnès crurent avoir trouvé la solution de cette situation délicate en introduisant à Sainte-Croix une règle monastique ayant déjà fait ses preuves : celle que saint Césaire d'Arles avait composée pour le monastère de Saint-Jean que dirigeait sa sœur Césarie (voir Dictionnaire, t. xn, au mot Nonnes, col. 1592-1599).
La règle élaborée par saint Césaire contenait quarante et un articles auxquels il ajouta plus tard dix-neuf articles et un prologue. L'évêque d'Arles possédait une assez longue expérience pour prévoir que parmi ses successeurs il pourrait s'en rencontrer qui eussent peu de goût pour le privilège de l'exemption, et peu de sympathie pour les monastères qui s'en réclameraient. Sa situation personnelle en qualité de vicaire du Saint-Siège en Gaule et en Espagne lui avait suggéré de recourir au pape Hormisdas pour en obtenir une confirmation solennelle de sa règle avec le privilège de l'exemption ; ce qui fut accordé sans réserve et entériné par les signatures des évêques de la province. L'adoption de cette règle arlésienne sembla apporter la solution des difficultés. C'est ici que se place la question du voyage de sainte Radegonde à Arles.
Il se trouve affirmé dans ces quelques lignes de Grégoire de Tours : Post hœc cum pontifleis sut sœpius graliam quœrcret nec posset adipisci, necessitale commota cum abbatissa sua quant instituerai Arelatensem urbem expelunt de qua régula sancti Cœsarii at que Cœsariœ bealte suscepta régis se tuitionr. munierunt, scili cet quia in illo qui pastor esse debuerat nullamcuramdefensionis suœ poluerant repperire l. Le texte est formel et Grégoire entretenait avec Sainte-Croix d'étroites relations qui n'autorisent pas à mettre en doute son information. Elle nous apprend que Radegonde imposa à son monastère de Poitiers la règle de saint Césaire et voici son propre témoignage également conservé par Grégoire de Tours : Insuper congregationi per me, Christo prsestante, collectée, regulam sub qua sancta Csesaria deguit, quam sollicituda beali Cœsarii antistitis Arelalensis ex institutione sanctorum patrum convenienter collegit, adscivi. Cui,consentienlibus beatissimis vel hujus civitatis vel reliquis pontifleibus, electione etiam nostrœ congregationis, domnam ac sororem meam Agnetem... abbatissam institut. Voici maintenant le témoignage contenu dans une lettre signée par sept évêques dont cinq de la province de Tours et ceux de Paris et de Rouen : Si qua... vestro monasterio meruerit sociari secundum bealœ mémorise domni C ;vsarii Arelatensis episcopi conslituta, nulli sit ulterius discedendi licentia, quœ, sicut continet régula, voluntate prodita videtur ingressa. La date de cette lettre épiscopale n'est pas certaine, rien ne prouve qu'elle soit émanée du concile de Tours de 567, auquel cas il lui man que deux signatures, celle des évêques de Sccz et de Chartres. S'y trouvassent-el les, il ne s'ensuivrait pas que ce fût un document conciliaire officiel et il est permis d'en abaisser la date jusqu'à l'année 573 marquée par la mort du premier des sept évêques signataires.
Ladite lettre, quel que date qu'on lui assigne, répond nettement à une question posée dans la lettre de Radegonde, en ce qui regarde la clôture, mais laisse sans réponse d'autres questions contenues dans cette même lettre, de sorte qu'on peut douter qu'elle réponde à la lettre que nous connaissons ou à une autre lettre qui se serait perdue. Ni celle-ci ni l'autre ne sont donc certainement antérieures au concile de 567 ; bien plus, l'allusion qu'on y lit à la sainte Croix pourrait inviter à la retarder jusqu'à l'arrivée de la reli que (fin 568569). Tout ceci n'avance guère la date de l'institution d'Agnès en qualité d'abbesse du moment qu'on la présente comme postérieure à l'adoption de la règle.
Mais nous avons dit plus haut qu'Agnès avait reçu la bénédiction abbatiale en 561 lors de la visite de saint Germain de Paris à Poitiers, avant la mort du roi Clotaire. S'il en est ainsi on s'expli que facilement que, sept ou huit années plus tard, lors que le monastère adopta définitivement une règle monasti que qu'il n'avait pas eue jusqu'alors, on décida de s'y conformer sur tous les points et on procéda à l'élection d'une abbesse ; décision d'autant plus facile à prendre que le résultat de l'élection était probablement acquis d'avance et celle-ci n'était plus qu'une formalité qui couperait court aux chicanes possib les de l'évê que Marovée.
Nous en demeurons donc, on le voit, à l'affirmation de Grégoire de Tours et ne la croyons pas ébranlée par une pièce dont l'authenticité n'est pas soutenable, la prétendue lettre de Césaire à Richilde et à Radegonde ', qui ne doit pas encombrer plus longtemps l'histoire. On ne se débarrasse pas d'une affirmation d'ordre chronologi que quand elle a été adoptée par Grégoire de Tours et qu'on n'a rien de mieux à lui opposer que des affirmations sans contrôle et sans autorité. Grégoire connaissait dans le menu détail tout ce qui avait trait au monastère de Sainte-Croix et les faits et gestes de Radegonde et d'Agnès, c'est le récit de l'évê que de Tours qui fait foi.
Il n'y a pas lieu de s'attarder à l'objection tirée de ces deux nonnes sortant de la clôture. La première règle qui, en Occident, prescrit la clôture aux nonnes est précisément cette Régula ad virgines de saint Césaire que Radegonde et Agnès vont voir fonctionner sur place avant de l'imposer dans leur monastère ; el les n'y étaient donc pas soumises avant leur voyage à Arles (voir Dictionn., t. il, col. 3202 ; t. ni, col. 2030).
Quand Radegonde et Agnès arrivèrent au monastère de Saint-Jean à Arles, el les durent être reçues par l'abbesse Liliole (559-574) qui leur promit l'envoi d'un exemplaire de la régula ad virgines qui fut adressé au roi Chilpéric ; celui-ci le fit transmettre à Sainte-Croix par Chrodigilde, je une fille aveugle * et cette intervention de Chilpéric dans un fait concernant le Poitou nous reporte vers l'année 570, ce qui confirme encore la chronologie de Grégoire de Tours. Quant à l'itinéraire adopté à l'aller et au retour entre Poitiers et Arles, on ne sait rien de positif ; celui qu'on a proposé est en partie conjectural 3, le point de départ et le point d'arrivée sont seuls certains.
VI. La règle de saint Césaire. — L'introduction d'une règle nouvelle fut peut-être acceptée par toutes, son application provoqua « quelques murmures » nous apprend Fortunat *, sans qu'on en puisse dire plus. Il est possible de grouper quelques indi ces touchant l'organisation du monastère grâce à ce que nous savons des événements pénib les survenus en 590, par conséquent une douzaine d'années seulement plus tard. La règle fut strictement observée. Le roi Chilpéric avait eu la fantaisie de faire entrer sa fille à SainteCroix ; lorsqu'il voulut l'en faire sortir, celle-ci nommée Basine (voir Dictionn., t. xii, col. 1595) refusa et Radegonde soutint sa résistance 6. La clôture était devenue d'une extrême rigueur, à ce point que lors des funérail les de Radegonde, les religieuses ne furent pas autorisées à suivre le corps hors de Sainte-Croix jusqu'à Sainte-Marie-hors-les-Murs ; el les durent se contenter d'assister du haut des tours de la maison 6. La pauvreté n'y était pas pratiquée de façon moins sévère puis que Radegonde elle-même ne se permettait pas le soulagement d'une sœur malade en lui offrant un coup de vin sans prendre la permission de l'abbesse. Cependant le monastère en possédait une certaine provision dont on faisait usage, et qui n'était pas sans doute « du meilleur » puisqu'on réservait ce dernier pour les mala des. On ne s'expliquerait pas la privation des fruits, aussi voit-on Fortunat faire présent à la communauté de pommes, de prunes, de châtaignes ou de fruits exotiques dont on faisait des compotes ou des douceurs (dulceamina) autorisées par la règle. La communauté lui adressait en échange du lait, du fromage, des œufs, des légumes, du miel ; on peut croire que tout cela était fort bien apprêté, même les vian des dont il se régalait lorsqu'on lui offrait à dîner au parloir (voir Dictionn., t. v, col. 1997).
A Poitiers comme à Arles, les bains étaient autorisés, prescrits même, mais seulement au point de vue de l'hygiène. Il existait sans doute une piscine, dont les serviteurs du monastère obtinrent en une circonstance particulière la permission de faire usage 7, concession qui ne fut pas renouvelée. Ces bains firent l'objet de reproches, de même que l'autorisation d'inoffensives distractions comme le trictrac ; tout ceci nous apprend seulement d'infimes détails de minime importance.
On ris que de s'égarer lorsqu'on entreprend de tirer d'un fait isolé la preuve d'une institution régulière. La vie religieuse n'était pas, au vi« siècle, chose si mécani que qu'on ne pût y introduire ou en retirer une prati que au gré des supérieurs loc aux ou des circonstan ces. II est, avec le ciel, des accommodements que les chroniqueurs et les historiens ne peuvent toujours consigner. On voit, partout où existe une règle, surgir les exceptions qui, dit le vieil adage, confirment la règle. La règle de saint Césaire interdisait aux nonnes l'usage des cellu les séparées, nous savons cependant que Radegonde avait sa petite chambrette, retrouvée à Sainte-Croix en 1909 et comportant une cellule et un oratoire, le tout mesurant 4 m. 35 sur 4 m. 70 (voir Dictionn., t. xiv, col. 1320-1322). Ce n'est guère, et d'ailleurs la fondatrice pouvait bien avoir des droits à quelques adoucissements. C'était peut-être pour elle un adoucissement, en effet, que le mois qu'elle prenait parfois à l'écart de toutes et de tous.
Cette règle pratiquée à Poitiers obtenait l'approbation des évêques dans un document signé par sept d'entre eux à une date postérieure au voyage à Arles et dont nous avons parlé déjà. Radegonde ajoutait prudemment à l'approbation épiscopale les privilèges roy aux, elle fit plus encore, elle s'adressa à tous les évêques dans une lettre qu'on a pris l'habitude de désigner sous le nom de « testament » de sainte Radegonde.
VII. LE « TESTAMENT » DE SAINTE RADEGONDE.
La pièce ne comporte aucune précision chronologique, elle peut prendre place entre 568 et 587 *. Mais elle est bien significative du germe de caducité qui se trouve dans toute institution humaine, fût-elle royale, quand on y lit ces prévisions alarmantes : « Si jamais, après ma mort, une personne quelconque, fût-ce l'évêque du lieu ou un mandataire du prince ou quelque autre (ce que je ne puis croire), tentait par des conseils malveillants ou par une action judiciaire de jeter le trouble dans la congrégation ou de violer la règle ou d'établir une autre abbesse que ma sœur Agnès, que la bénédiction du bienheureux Germain a consacrée sous les yeux des évêques ses frères ; ou si la communauté elle-même, par impossible, en une heure de révolte, voulait introduire un changement ; ou si quelqu'un, fût-ce l'évêque du lieu, voulait établir sur le monastère et ses biens, par un privilège nouveau, une domination que les prédécesseurs de l'évêque, ou d'autres, n'auraient pas exercée de mon vivant ; si quelqu'un essayait en outre de sortir de la régularité, ou prétendait, fût-il prince, évêque ou grand personnage, fût-ce un parent de l'une des sœurs, diminuer ou s'approprier sacrilègement quelque chose des biens que l'excellent roi Clotaire ou les excellents rois ses fils m'ont octroyés, et que j'ai transmis avec leur permission... » On voit l'incertitude qui plane sur la maison et sur son avenir. Radegonde n'est pas beaucoup plus rassurée en ce qui la concerne personnellement : « Saints évêques, dit-elle, faites que, lors que Dieu m'ordonnera de quitter ce monde, mon corps soit enseveli dans la basilique que j'ai commencé d'élever... et où plusieurs de mes sœurs sont déjà enterrées, qu'elle soit alors achevée ou non. » VIII. Mort et funérailles. — Le mercredi matin, 13 du mois d'août 587, Radegonde mourut entourée de ses filles. « Informé de son trépas, raconte Grégoire de Tours, nous nous dirigeâmes vers le monastère de Poitiers. Nous la trouvâmes couchée dans un cercueil, mais son visage resplendissait d'un éclat qui effaçait la beauté des lis et des roses. Près du cercueil se tenait la foule des religieuses, au nombre d'environ deux cents ; entraînées par les paroles de la sainte, elles menaient la vie parfaite à l'ombre du cloître, après avoir appartenu dans Le à des familles sénatoriales : quelques-unes même étaient de la race des rois. Elles se lamentaient en disant :...Et comme les gémissements et les pleurs continuaient sans interruption, je me tournai vers l'abbesse : « Trêve aux larmes, et occupez-vous de ce que réclame la situation. Voici que notre frère Marovée, l'évêque de cette ville, est absent, retenu par la visite des paroisses de son diocèse. Veillez donc à ce que le corps de la bienheureuse ne reçoive aucun dommage ; prenez garde que si l'on diffère trop longtemps la sépulture, il ne vienne à perdre cette beauté que le Seigneur accorde à ses membres précieux ; hâtez les funérailles, afin qu'elles reçoivent tous les honneurs qui leur sont dus. » — « Comment ferons-nous en l'absence de l'évêque du lieu ? répondit l'abbesse, car la place où doit reposer la bienheureuse n'a pas encore reçu la bénédiction sacerdotale. » Alors les notables de la ville faisant violence à mon humble personne, me dirent : « Présumez de la charité de votre frère dans l'épiscopat, et bénissez l'autel. Nous avons foi dans ses sentiments de bienveillance et nous croyons que non seulement il n'en prendra pas ombrage, mais qu'il vous saura gré d'être intervenu. Ne refusez pas, nous vous en prions, de donner la sépulture à ces restes sacrés. » Cédant à ces requêtes, je consacrai l'autel dans le caveau. Mais lors que nous commençâmes à transporter le corps de la bienheureuse, des possédés se mirent à crier, confessant la sainteté de Radegonde et déclarant qu'elle les mettait à la torture. Quand nous passâmes sous les murs d'enceinte, la foule des moniales paraissant aux fenêtres des tours, ou montant même aux créneaux qui couronnaient la muraille, éclatèrent en plaintes et en lamentations ; leurs cris de douleur et leurs battements de mains provoquaient les larmes de tous les assistants, les clercs eux-mêmes chargés de chanter l'office avaient peine à faire entendre les antiennes que couvraient les sanglots et les gémissements. Nous arrivâmes enfin au tombeau ; l'abbesse avait fait faire un cercueil en bois, où l'on avait déposé le corps entouré d'herbes aromatiques, et l'on avait creusé la fosse plus large pour recevoir le précieux dépôt, renfermé dans un sépulcre formé de deux sarcophages de pierre à chacun desquels on avait abattu un côté pour n'en faire qu'un tombeau. Nous récitâmes alors l'oraison et nous nous retirâmes laissant à l'évêque du lieu le soin de fermer le tombeau après y avoir célébré les saints mystères e. » IX. Reliquaire de sainte Radegonde. — Voir Dictionnaire, t. xiv, col. 1322-1324, fig. 10418, 10419, au mot Poitiers.
XL Anneau de sainte Radegonde. — Cet anneau fut trouvé près d'Airvault, arrondissement de Parthenay (Deux-Sèvres) ; il fit longtemps partie de la collection Benjamin Fillon ; nous ne connaissons pas son propriétaire actuel. Jonc en or pur et chaton de même métal, de 0 m. 023 de diamètre encadré par trois globules en or disposés en forme de trèfle, caractéristiques de l'orfèvrerie mérovingienne (fig. 10586). Sur le chaton, un monogramme placé sous une arcature, au pied un croisillon, le tout gravé en creux.
En 1863, Jules Quicherat signala ce bijou à la Société des antiquaires de France ; l'année suivante, l'abbé Auber annonça que « l'anneau de sainte Radegonde a été retrouvé en 1862, entre Airvault et Moncontour, sur le terrain même où s'était livrée la mémorable bataille de 1569. » Et, là-dessus, il imagina tout un scénario : le bijou enlevé par les protestants en 1562, perdu par le voleur, etc. J. Quicherat et Edm. Le Blant n'en voulurent rien croire et ce dernier montra que la lecture Radegondis était insoutenable au point de vue paléographique. « Trois lettres essentielles me semblent, dit-il, au moins douteuses. Le trait où l'on a vu le d est une courbure soudée à l'intérieur de la ligne qui ferme à droite le monogramme ; or, il existe, sous cette boucle, une barre qui n'a point son emploi dans l'hypothèse avancée. M. l'abbé Auber lui-même a proposé, dans ses notices successives, de voir en deux endroits le s, qu'il est en effet difficile de montrer avec certitude. Le n qu'il reconnaît dans l'arcade extérieure du chiffre ne me paraît guère acceptable. J'ai toujours considéré cet arc comme un simple cadre, dont la mode des temps mérovingiens cerclait les monogrammes, afin de leur donner un aspect moins diffus et, pour ainsi dire, plus de solidité. » Maximin Deloche ajoutait que « ces réflexions sont justes. L'arcature ne saurait avoir la valeur d'un n, puis que nous en connaissons dans lesquelles cette lettre a été tracée. » La lettre s n'existe pas dans le monogramme et ce qu'on donne pour un d est un < ; (episemon) rétrograde. La leçon Radegondis est donc absolument inadmissible, ainsi que toute interprétation qui impliquerait la présence des lettres d, n et s ou de l'une d'elles.
« En partant, comme cela doit se faire normalement, de la partie inférieure de gauche, on voit un G mérovingien rétrograde (P), attaché par son extrémité supérieure à l'intérieur de l'arcature ; au-dessus, se détache le R ; viennent ensuite : le E adossé à la droite de l'arcature, le second <, le O suspendu, une deuxième fois le R suivi de la barre ou trait droit du premier Ç, et enfin le A final, ce qui nous donne pour l'ensemble :
XII. Épitaphe de sainte Radegonde. — Nous avons décrit l'église construite par sainte Radegonde à Poitiers pour recevoir la sépulture de ses nonnes et la sienne propre (voir Dictionnaire, t. xiv, col. 1319, fig. 10417). Celle-ci fut certainement honorée d'un culte, mais le sarcophage contenant la dépouille de la sainte fut placé dans le sol et rien ne semble l'avoir désigné au dehors jusqu'à ce qu'on le découvrit en l'an 1012. Il devait être muni d'un signe de reconnaissance, épitaphe ou indice quelconque, à moins qu'on ne se soit contenté de la présence d'une dalle sculptée. Ce que nous lisons dans le bréviaire d'Anne de Prye, conservé au grand séminaire de Poitiers : Speciosam portam poli ingressa es Jherusalem ; gloriaris cum angelis, Radegundis, in conspectu Dei et Agni. Ut jenix revixisti. Ut aguila renovanda eris. Qui faciat in bonis desiderium tuum, renovabitur ut aguile juvenlus tua, dont on a prétendu tirer la décoration de la dalle tumulaire est pure imagination. De l'épitaphe qui fut posée en 587 nous ne savons donc rien.
A la fin du xi e siècle, on reconstruisit l'église qui fut consacrée en 1099. A cette époque, le niveau du sol environnant s'était relevé et pour ne rien changer à la situation du tombeau retrouvé en 1012 on fit une crypte. En plan, cette crypte forme une nef terminée en abside et décorée, au pourtour, d'une arcature cintrée, à colonnes trapues, élevées sur un soubassement haut et uni. Autour du mur de clôture circule le déambulatoire voûté, qui conduit à trois absidioles, éclairées chacune par une baie étroite, en meurtrière. L'accessoire se reporte sans difficulté à la fin du xi e siècle, mais la petite nef est certainement plus ancienne.
En 1849, l'enlèvement des boiseries du chœur avait rendu au jour une inscription métrique de l'an 1012, primitivement gravée à hauteur d'homme, mais qui, par suite de l'exhaussement du sanctuaire au xvi e siècle, se trouvait placée au ras du sol. Elle relate la découverte du corps et mentionne les travaux exécutés dans la crypte par l'abbesse Béliarde, contemporaine du roi Robert et de l'évêque Gilbert. Cinq vers se lisaient sur la face septentrionale d'un pilier, à l'entrée du chœur, et cinq en retour sur la face occidentale. En 1883, Alf. Ramé voulut vérifier le texte publié par l'abbé Auber, il trouva les vers de la façade occidentale masqués par une boiserie récente. Quant à ceux de la face septentrionale ils avaient disparu sous le prolongement des marches du sanctuaire, rehaussé depuis quelques années au-dessus du niveau que lui avaient donné les travaux exécutés par ordre d'Anne d'Autriche. La seule partie visible se réduit aux mots :...is bisgue peractis gravés en belles capitales du xi e siècle, hautes de 0 m. 05 l. Voici le texte reconstitué par l'abbé Auber :
« L'an 1012 après l'Incarnation du Fils de Dieu, sainte Radegonde restait encore cachée à tous. Son tombeau enfoui dans cette crypte, y avait été recouvert de terre. Son monastère ne l'honorait plus que par le souvenir de son nom, lors que l'abbesse Béliarde, faisant des recherches dans la crypte sacrée demeurée si longtemps obscure, la découvrit la veille des calendes de mars, fit décorer le lieu saint, l'éclaira de plusieurs lampes et assura ainsi l'heureuse conservation du tombeau. Sous le règne de Robert, Guillaume Ve du nom étant duc d'Aquitaine et Gislebert, évêque de l'église de Poitiers. » H. Leclercq. RAIS. — Ce terme est employé souvent dans l'archéologie chrétienne pour désigner les rayons d'une étoile, et dans les descriptions de l'adoration des mages on les montre suivant une étoile à cinq ou à six rais. En voici un autre exemple : Un anneau d'or, à jonc plat s'élargissant vers le chaton ovale qui porte une étoile à six rais avec cette légende circulaire : + H ÇATTIC MOY O 0C, qui doit s'entendre : 7) èXtùç U.OÙ ô @éoç '.
RAISIN. — I. Symbolisme et bénédiction liturgique. II. Monuments figurés.
I. Symbolisme et bénédiction liturgique. — Dans l'ancienne discipline chrétienne, comme l'a montré dom Jean Parisot, les fidèles offraient à l'église « les premices du pressoir, de l'aire et des troupeaux », τρῶγαυ α.ΤΖ<yt.ç>-/Tfj Yevvr/|i.dcTcov Xïjvou, aXo>voç, (îocôv te xai TjpoêdcTCûv âojaeu ; toïç tepeûaiv2. Cette prescription avait été posée dans les mêmes termes par l'auteur de la Didachè3, mais les destinataires de cette offrande étaient, avant l'établissement de la hiérarchie fixe, les « prophètes », ou, à leur défaut, les pauvres. On voit de plus, dans la Didachè, l'offrande des premices rattachée à la loi mosaïque4. C'est pour quoi une certaine latitude était laissée au donateur, là où la loi ancienne n'avait rien fixé. On détermina postérieurement que les offrandes en nature, du blé, de l'huile, du vin, des fruits et de la laine, seraient employées à l'entretien des ministres de l'Église 5. Enfin, il était d'usage d'apporter ces dons à l'autel, et la liturgie eut, dès le commencement, des formules particulières de bénédiction pour ces premices. Le texte des Constitutions apostoliques 6 est une bénédiction générale de tous les fruits de la terre, où le blé est, à la vérité, mentionné avec une intention spéciale, mais sans l'exclusion des autres sortes de fruits. Cependant, la législation ecclésiastique restreignit de bonne heure l'oblation liturgique des premices aux épis et aux raisins nouveaux, qui, outre leur symbolisme eucharistique, représentent les premices des aliments usuels. On y ajoutait l'huile pour le luminaire et l'encens pour la thurification. Mais les autres espèces de fruits devaient être portées à la maison de l'évêque et des prêtres, non à l'église7, tandis que les premices des épis et du raisin étaient reçus à l'autel et sanctifiés par une bénédiction solennelle prononcée au cours de la célébration de la liturgie. Cet usage subsista en Orient comme en Occident, mais il semble, par un texte de Nicéphore, patriarche de Constantinople, qu'au XIIe, les fidèles qui offraient à l'autel ces mêmes éléments pour y être bénis, les gardaient pour leur propre usage ou les consommaient sur place, à titre d'eulogie8. Nous comparerons ci-après cette pratique à celle des Églises d'Occident.
La discipline était la même parmi les chrétiens d'Afrique. Un décret conciliaire du Ve reproduit presque textuellement les expressions du Canon apostolique cité précédemment : Nec amplius in primiliis offeratur quam de uvis et frumentis 9. Ailleurs, en Italie du moins, on avait substitué aux raisins dans cette bénédiction liturgique, les fèves, et cela non parce que, antérieurement au christianisme, elles avaient été considérées comme un aliment sacré, mais plutôt parce qu'elles constituaient la nourriture ordinaire des peuples de la péninsule.
Quoi qu'il en soit, c'est au pape Eutychien (275-283) que le Liber pontificalis rapporte la réglementation relative à cette bénédiction10. Par une restriction analogue à celle de la discipline gréco-syriaque, exprimée dans le canon des apôtres cité plus haut, l'Église de Rome n'admit plus à la bénédiction liturgique de la messe que les raisins et les fèves, à l'exclusion des autres fruits. Ces premices étaient présentées à des jours distincts : les premiers, à Rome comme à Byzance, le 6e jour d'août, les autres, à Rome seulement, à l'échéance mobile de l'Ascension.
Le sacramentaire grégorien contient, en effet, au 6 août, la formule de bénédiction du raisin, appartenant en propre à la messe de saint Sixte (258) u :
[vin. id. aug.] Natale sancti Syxti episcopi.
Benedictio [Prejatio] uvse : Benedic, domine, et hos fructus novos uvse quos tu, domine, per rorem cœli el inundantiam pluviarum et temporum serenitate et tranquillitate, ad maluritatem perducere dignatus es ; el dedisti ea ad usus nostros cum gratiarum aclione percipere, in nomine domini nostri ihesu christi, per quem hœc [omnia], domine, semper bona créas12.
Le sacramentaire gélasien assigne en propre à la messe de l'Ascension la benedictio fabœ ; mais la formule est conçue, sauf une variante, dans les mêmes termes que la précédente.
Inde vero modicum anle expletum canonem [expleto canone] benedi ces fruges novas. Sequitur benedictio ;
Benedic, domine, et has fruges novas fabse quas [et hos fructus novos fabœ quos[ tu, domine, rore cœlesti et inundantia pluviarum ad maturitatem perducere dignatus es, ad percipiendum nobis cum gratiarum aclione in nomine domini nostri iesu christi. Per quem hœc omnia, domine, semper bona, us que expleto canone u.
Enfin l'un et l'autre élément se trouvent réunis dans une formule commune du même texte : la messe. Pareille particularité distingue la consécration, encore en usage, des saintes huiles (voir ce mot) au Jeudi saint, et l'ancienne formule de bénédiction du breuvage de miel, de lait et d'eau, destiné le Samedi saint et la veille de la Pentecôte, aux nouveaux baptisés 1. On trouve celle-ci au sacramentaire léonien 2 :
Ilenediclio fontis, laclis et mellis. licnedic, domine, et has creaturas fontis, lactis et mellis, et pota famulos tuos de hoc fonte perenni, qui es spirilus veritatis, et enutri eos de hoc melle et lacté ; tu enim. Domine, promisisti palribus nostris abrahe, isaac et iacob, dicens : Inlroducam vos in terram repromissionis, terram fluentem lac et mel, coniunge, domine, famulos tuos spiritui sancto, sicut coniunctum est hoc lac et mel in christo ihesu domino nostro, per quem omnia.
Si l'on écarte, comme n'appartenant pas à la catégorie des fruges, la bénédiction des saintes huiles et celle du breuvage symbolique des baptisés, on reconnaîtra que l'usage séculaire de l'Église a respecté la législation du pape Eutychien et des canons des apôtres. Seuls, en effet, les raisins et les épis ou, à Rome, les fèves, sont bénis à la messe : fruges super altare tantum uvse et fabse benedici ; tandis que les autres bénédictions du rituel latin font voir, par la teneur de leur formule finale, qui est la conclusion commune des prières, qu'elles sont détachées de la célébration du sacrifice eucharistique, en même temps qu'elles ne sont pas spéciales à un jour de l'année.
Le Moyen Age conserva ces coutumes et ces distinctions. Les fèves, le moût, le pain étaient bénis au réfectoire 3, mais les raisins du jour de la Transfiguration l'étaient à l'église. On les consommait au réfectoire comme des eulogies 4. Ailleurs on les distribuait à l'église même, comme le pain bénit, entre le couvent présent au chœur et l'assistance laïque 6.
Les décrets apostoliques que nous avons cités sont une première garantie d'antiquité de nos formules rituelles. Mais il y a plus : la prière de la bénédiction des raisins, qui du sacramentaire grégorien passa aux Églises des Gaules, de Bretagne et de Germanie, pour demeurer de nos jours en usage dans beaucoup de nos diocèses au 6 août, est identique à la formule conservée à la même date dans l'Église grecque6, et les traductions syriaques de la liturgie des melkites de Syrie confirment l'authenticité du texte grec original que voici :
. -Eù)r/] sic, £ÙXoy7]<nv CTTatpuXvjç v/jç AuyoÛCTTOu EuX6y7)CTOV, xùpie, tÔv xaprcôv toûtov ttjç à|i.7réXou tôv véov, ôv Sià tt ;ç toû àépoç eùxpaaiaç, xal tgjv crrayôvcov -r^ç Ppo/j/jç, xal tyjç tôv xaipôv etç tocôttjv ttjv wpt. ;jio>TÂTT]v CTTaoïv èX0eïv t'va fj èv Y)(J.ïv toïç èl ; aÙToij toû yevv7)fi.aT0( ; -rrjç àp.TréXou [XETaXafi.êâvouo'iv, zlc xal toiç Ttpoaevéyxaoi Swpov, eîç è^iXac7[ji.6v à|j.apTt.ôv, Stà xoù lepoû xal àylou aa>fj.aTOç [xal aïfxaToç] tou XpiaTOÛ aou, \ieff oS eùXoyv]TÔç eT, aùv tco Travaylw xal àyaOco xal Çmcitcoiô trou Tiveû(xaTi., vûv xal àel xal eîç xoùç alôvaç tôv alwvœvi, àpiïjv.
La bénédiction syriaque est, sauf l'amplification inséparable des traductions orientales, la reproduction de la prière grecque :
« Prière sur les fruits du raisin nouveau.
« Bénis, Seigneur Dieu, ce fruit nouveau, [ce] fruit de la vigne, qu'une convenable humidité de l'air, la pluie du ciel et la tranquillité des saisons de l'année ont fait croître jusqu'à son complet développement, de manière à devenir [notre] nourriture. Qu'il nous serve, à nous qui en faisons une offrande, pour la rémission de nos péchés, par le moyen du corps pur et saint, le corps de ton Christ. Qu'il devienne, pour ceux qui en approcheront et en mangeront, bénédiction, propitiation et félicité, pour la joie de nos cœurs et la santé de nos corps et de nos âmes, par la vertu de ton Fils Jésus-Christ Notre-Seigneur, avec lequel à toi convient la louange et l'honneur, avec ton Saint-Esprit, en toutes sortes de biens, auteur de la vie, maintenant et en tous temps, dans les siècles des siècles. Amen. » Les rituels melkites nous donnent cette autre : « Bénédiction de la première grappe de raisin », dont nous ne possédons pas l'original grec. Il convient de remarquer la signification très caractéristique de cette pièce évidemment composée parmi des populations dont la richesse consiste dans les produits du sol.
« Prière sur la première grappe.
« Par le sang du raisin de vie, les créatures ont été rachetées ; par le suc sorti de lui, leur vêtement a été lavé de la souillure du péché ; la marque de la perdition a été abolie du corps d'Adam coupable. Qu'il nous réjouisse par ce don [qui vient] de toi, et que nous recevions ce raisin que tu nous donnes, afin qu'il soit la préservation de nos vignes, et que les grains se pressent sur leurs ceps comme les jumeaux dans le sein de Rébecca ; et la louange montera vers le nom de celui qui [nous] donne [ces biens], dans les siècles des siècles. Amen. » L'Église arménienne bénit aussi les raisins à la date fixe du 15 août, à la suite de la messe de l'Assomption '. Enfin les rites syriens possèdent des bénédictions pour le raisin, le vin, les épis et les divers produits du sol, mais elles ne sont pas nécessairement célébrées à l'église, ou, du moins, on ne les rattache pas liturgiquement à des jours spéciaux, si ce n'est la double fête de Notre-Dame des Semailles, au 15 février, et de Notre-Dame des Épis, au 15 mai 8. Les anciennes formules tombées en désuétude parmi les Syriens unis, sont restées en usage chez les jacobites. Cependant le droit syrien a reproduit la disposition du canon des apôtres interdisant la présentation à l'autel d'autres fruits que les raisins et les épis 9. Le patriarche Jean Ier (648) ou Jean de Telia (538) la renouvela, et prescrivit la déposition du prêtre qui, à l'oblation de la messe, aurait joint du moût, de la boisson fermentée ou quoi que ce soit d'autre que du vin, des raisins et des épis10. L'Occident admit au contraire, en certains lieux, la pratique d'employer, le jour de la bénédiction des raisins, du vin nouveau à la messe, par allusion au texte évangélique : « Je ne boirai plus de ce fruit de la vigne jusqu'à ce que je le boive à nouveau avec vous dans le royaume de mon Père11 » ; ou encore d'exprimer quelques gouttes du raisin bénit dans le calice consacré. Dom Martène atteste cet usage pour diverses Églises, spécialement pour celle de Poitiers12. Certains propres diocésains maintiennent de nos jours cette rubrique très spéciale. Or, il y a lieu de noter que, sur ce point encore, l'Orient et l'Occident s'accordaient.
Au vii siècle, le concile in Trullo reconnaît que la coutume autorisait avec les éléments eucharistiques consacrés des raisins bénis à l'autel ; mais il enjoint de distinguer la bénédiction et la distribution de ces prémières de la communion sacramentelle : « Ayant appris que, dans diverses Églises, lors que le raisin est apporté à l'autel, suivant une coutume qui a prévalu, les ministres le mêlent au sacrifice de l'oblation non sanglante, et distribuent au peuple l'un et l'autre indistinctement, nous décrétons que désormais nul des prêtres ne fasse ainsi, mais que l'on distribue au peuple l'oblation [eucharistique] qui donne la vie et remet les péchés, et que les offrandes de raisin soient considérées comme les premières et bénies à part par les prêtres, pour être distribuées à ceux qui les demandent, en actions de grâces, pour celui qui donne les fruits par lesquels nos corps sont fortifiés et nourris selon la disposition divine. Et si quel que clerc agit contrairement à cette prescription, qu'il soit déposé l. » Deux siècles avant le concile in Trullo, les Églises d'Afrique avaient séparé, par une distinction analogue, la bénédiction des premières, blé et raisin, celle du lait et du miel donnés aux nouveaux baptisés, de la consécration sacramentelle. Le texte que nous citons fixe la pratique africaine à la fin du IVe.
Ut in sacramentis corporis et sanguinis Domini nihil amplius offeratur quam quod ipse Dominus tradidit, hoc est panis et vinum aqua mixtum. Primilise vero, seu mel et lac [et] quod uno die sollemnissimo in infantum mysterio solet offerri, quamvis in altari offerantur, suam tamen habeant propriam benedictionem, ut a sacramento dominici corporis et sanguinis distinguante : nec amplius in primiliis offeratur, quam de uvis et frumentis *.
II. Monuments figurés. — Parmi les fruits variés, magnifiques et savoureux que produisent les pays où s'est développé l'art chrétien primitif, il ne s'en trouve aucun qui ait joui d'un traitement favorable qu'on puisse comparer au raisin. L'olive n'est figurée que pour aider à reconnaître l'essence que la forme des feuilles ne désigne pas de façon suffisante. La courge ne s'impose qu'en fonction de son rôle dans l'épisode de Jonas et si le raisin, par sa souplesse, se prête à l'art, ce n'est sans doute pas une préoccupation esthétique qui l'a fait représenter tant et tant de fois. Nous pourrions énumérer par centaines les monuments figurés dans le Dictionnaire qui le font voir soit isolément, soit avec la vigne ; il s'en faut que nous avancions que dans toutes ces représentations le raisin ait une signification symbolique, mais, dans un très grand nombre de cas, il évoque la pensée du vin et de la consécration eucharistique. C'est beaucoup moins le fruit lui-même que l'usage auquel il est destiné qui lui vaut cette préférence, mais s'il a parfois une signification purement décorative, il n'est pas douteux qu'il la doive, comme nous l'avons dit, à sa souplesse qui se prête avec grâce à l'ornementation, mais aussi à l'aisance avec laquelle le cep de vigne se prête à toutes les flexions et à la grâce sans pareille des pampres qui l'entourent. Inventaire si on entreprenait l'énumération des amours folâtrant parmi les branches et faisant la cueillette du raisin. Nous les rencontrons à la voûte de l'hypogée des Flaviens (voir Dictionn., t. iv, col. 1432, pi.), sur un plafond en stuc (voir Dictionn., t. i, col. 1621, fig. 389), sur les faces latérales du sarcophage de Junius Bassus (voir Dictionn., t. i, col. 1617, fig. 387), sur un pavement d'Ancône (voir Dictionn., t. i, col. 1995, fig. 546), sur le lucernaire de la crypte de saint Janvier (voir Dictionn., t. n, col. 2464, pi.).
Que ce soit à Rome, à Constantinople, en Égypte, en Syrie centrale on voit reparaître le vase à godrons et à anses d'or d'où sort un cep soutenant des grappes, nous le voyons à Chaqqara (voir Dictionn., t. m, col. 538, fig. 2602), sur un pilastre, sur une stèle à Aïkirikdjii (voir Dictionn., t. m, col. 3059, fig. 3371) ; parfois des oiseaux picorent goulûment les grains rebondis comme sur un beau fragment conservé à Aix (voir Dictionn., t. m, col. 2202, fig. 3114) ou s'en approchent avec défiance (voir Dictionn., t. vi, col. 2225, fig. 5654), parfois un amour (voir Dictionn., t. i, col. 1620, fig. 388) porte une grappe avec une sorte de respect, ou bien un robuste vigneron (voir Dictionn., t. vu, col. 804, fig. 6527) la charge plaisamment sur ses épaules ; enfin il faut se mettre deux pour porter le raisin de Chanaan (voir Dictionn., t. m, col. 169-172, fig. 24562458). Pour finir, que peut-on rappeler qui égale au point de vue artistique le calice Konchakyi (voir Dictionn., t. vu, col. 847, fig. 6535) et la chaire de Maximin de Ravenne (voir Dictionn., t. x, col. 2787, fig. 7831-7832). Enfin Dictionn., t. m, col. 3019, fig. 3341.
H. Leclercq.
RAM BON A (DIPTYQUE). — Voir Dictionn., t. iv, col. 1168, n. 87 ; t. ix, col. 2606, fig. 7221 ».
RAMEAUX (DIMANCHES DES). — I. Monuments. IL A Jérusalem. III. En Espagne.
I. Monuments. — Voir Dictionn., t. i, col. 20622064, fig. 603-606 ; t. n, col. 1360, fig. 1751, 2230 ; t. v, col. 52-53, fig. 4079-4080, etc. 4.
IL A Jérusalem. — La « semaine sainte » qui commémore annuellement le mystère de la rédemption s'ouvre par une solennité qui porte le nom de dimanche des Rameaux, laquelle s'ouvre, en principe, dès la veille au soir par le « samedi de Lazare » que saint Jean Chrysostome appelle « grand samedi » : Aià toûto [ityoûo] xocXeitoci worrep aûrr) xeçâXatov tùv Xourcôv é6So[jiiiScov, oûtcû Taûvrçç xe<paX9)ç to aâ66atov tô uiya* (voir Dictionn., t. vin, col. 2086-2088).
En ce samedi de Lazare, les fidèles de Jérusalem inauguraient la fête par une procession hors les murs, à Béthanie ; on partait du mont Sion vers une heure de l'après-midi et on s'arrêtait pour la première fois devant l'église élevée au lieu où Marthe et Marie étaient accourues se prosterner lors de la visite que leur fit le Sauveur. Après quelques prières, on repartait à la suite de l'évêque pour ne s'arrêter qu'à Béthanie où la foule devenait compacte et s'associait à un office au cours duquel on alternait le chant des hymnes et des antiennes avec la récitation des leçons appropriées au jour et au lieu. Avant de donner le signal du renvoi des fidèles, on faisait lecture à l'ambon du passage de l'évangile selon saint Jean : « Six jours avant la fête de Pâques, Jésus se rendit à Béthanie, où se trouvait Lazare qu'il avait ressuscité d'entre les morts... » Puis le prêtre annonçait la prochaine solennité de Pâques.
Le lendemain, dimanche des Rameaux, une véritable multitude de peuple et de moines venus de toute la Palestine se préparait à s'unir à la fête * dont Éthéria nous a donné la description suivante : « Après avoir accompli dès le chant du coq, à Y Anastasis et à l'atrium de la Croix, tout ce qui est d'usage, on officie jusqu'au jour. Ainsi donc, le dimanche matin, on se rend, suivant la coutume, à la grande basilique qui est appelée le Martyrium (voir Dictionn., t. vu, au mot Jérusalem). On la désigne sous de nom parce qu'elle est édifiée sur le Golgotha, c'est-à-dire sur la partie arrière de l'atrium de la Croix, où le Seigneur a subi sa passion, par conséquent au Martyrium. Lors que toutes choses ont été accomplies comme d'habitude à l'église majeure, l'archidiacre, avant de prononcer le renvoi, déclare tout d'abord : « Durant toute la semaine, c'est-à-dire dès demain, nous nous rassemblerons tous à l'heure de none au Martyrium, soit à la grande basilique. » De même, élevant une seconde fois la voix il dit : « Aujourd'hui à la septième heure (1 heure après-midi), nous serons tous assemblés à l'église de l'Éléona » (voir Dictionn., t. xi, au mot Mont des Oliviers). Le renvoi étant donc prononcé à la grande basilique ou Martyrium, l'évêque est reconduit, tout en récitant des hymnes, à Y Anastasis. Là, après avoir terminé les cérémonies qu'il est d'usage d'y accomplir aux jours de dimanche, chacun, à la clôture, regagne sa demeure et se hâte de prendre sa réfection, afin qu'à la septième heure tous soient assemblés à l'église de YÉléona, c'est-à-dire sur le mont des Oliviers, où se trouve la grotte dans laquelle enseignait le Seigneur.
« En conséquence, à la septième heure, tout le monde se rend au mont des Oliviers, à YÉléona. L'évêque siège dans l'église ; on récite des hymnes et des antiennes appropriées au jour et au lieu ; il en est de même des lectures. Quand on approche de l'heure de none, on se rend, tout en psalmodiant des hymnes, sur Ylmbomon, c'est-à-dire à l'endroit d'où le Seigneur s'éleva vers les cieux. Là, on s'assied, car en présence de l'évêque on ordonne toujours au peuple de s'asseoir ; seuls les diacres se tiennent debout en permanence. On récite encore des hymnes et des antiennes en rapport avec le lieu et le jour, cependant qu'on intercale de même des leçons et des oraisons. A l'approche de la onzième heure (5 heures du soir), on lit le passage de l'Évangile où il est dit que les enfants accoururent au-devant du Seigneur avec des rameaux et des palmes en disant : « Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! » Tous les enfants présents en ce lieu, même ceux qui ne peuvent marcher, parce que d'un âge trop tendre et que leurs parents portent [à califourchon] à leur cou, tiennent en leurs frêles mains de menues branches de palmier et d'olivier. Ainsi l'évêque est conduit en cortège, de la même façon que jadis le Seigneur. Et, du sommet de la montagne jusqu'à la ville, et de là à Y Anastasis, à travers la cité entière, tous les gens vont à pied, même les matrones et les hauts personnages, s'il s'en rencontre. De la sorte, en redisant le répons, ils reconduisent l'évêque d'un pas très lent, de crainte que le peuple se fatigue, si bien qu'il fait déjà nuit lorsqu'on arrive à Y Anastasis. Arrivé là, quoiqu'il fasse tard, on accomplit généralement l'office du lucernaire. On récite encore une prière au sanctuaire de la Croix, et l'on procède enfin au renvoi de l'assemblée 2. » On aura remarqué dans cette précieuse citation qui nous reporte vers un rite établi à la fin du IVe que la procession des Rameaux commence à 1 heure de l'après-midi et ne se termine qu'à la chute du jour. Quelques autres documents nous permettent de suivre les modifications apportées à l'ordre des offices de ce jour pendant les siècles qui suivirent.
L'ancien Lectionnaire arménien nous apprend que l'office matinal du dimanche est célébré au Martyrium.
Il se compose du psaume xcvm ( = Vulg., xcvii), de la lecture de Ephes., i, 3-10 suivie de l'Alléluia ; du psaume xcix ( = Vulg., xcvm) et de la lecture de Matth., xxi, 1-11.
La procession des Rameaux a été retardée jusqu'à 9 heures du soir. A ce moment elle quitte le mont des Oliviers au chant des hymnes et des psaumes et, à 10 heures, fait son entrée à Y Anastasis en psalmodiant le ps. cxvm ( = Vulg., cxvn), après quoi on procède au renvoi des fidèles.
Le Kanonarion de Jérusalem nous a été conservé dans une version géorgienne et nous y voyons que l'heure tardive de la procession avait été avancée de 9 heures du soir à 3 heures de l'après-midi. On se rendait d'abord à Y Imbomon au chant des hymnes. Là, on exécutait un certain nombre de stichères et on donnait lecture du passage de saint Jean, xn, 12-18, ensuite une ektcnie et une oraison. De Y Imbomon on se dirigeait vers Gethsémani, toujours au chant des hymnes, et on y lisait saint Luc, xix, 29-38 ; ensuite à la Piscine probatique (voir Dictionn., t. xiv, à ce mot) où on lisait saint Marc, xi, 1-10. Alors, la procession, faisant un détour, revenait sur ses pas afin de se rendre à la basilique Majeure dans laquelle on pénétrait au chant d'une hymne, et la cérémonie du jour était considérée comme terminée ; après quoi on célébrait le lucernaire.
A mesure qu'on avance dans la suite des âges, on voit la procession des Rameaux se faire d'abord à 5 heures du soir puis à 9 heures, ensuite à 3 heures de l'après-midi et, finalement, le dimanche matin. C'est ce que nous montre le Typicon.
« Voici, conformément aux rubriques, quelle était l'ordonnance rituelle de cette cérémonie.
« La solennité s'ouvre à Y Anastasis, dès le soir du « dimanche de Lazare » par le chant d'un invitatoire : « Allons, nous aussi en ce jour, ô nouvel Israël ! Église des nations, écrions-nous avec le prophète Zacharie : Réjouis-toi avec enthousiasme, fille de Sion ; proclame, fille de Jérusalem, que voici venir à toi ton Roi, doux et sauveur, monté sur le petit de l'âne, petit mis sous le joug. Célèbre la solennité de tenir en main les rameaux des enfants. Acclame : Hosanna dans les lieux très hauts ; bénie soit la venue du Roi d'Israël 1 » Cependant le patriarche accomplit le rite de l'encensement du Saint-Sépulcre, après quoi il monte au bêma ( =la chaire épiscopale) où il procède lui-même à la lecture du saint évangile selon saint Jean, xi, 45-xn, 11. Le chœur des psaltes exécute ensuite quelques tropaires et stichères appropriés à la circonstance, puis on prononce un premier renvoi. plir le rite de l'encensement. Dès qu'il en est re descendu, le cortège reprend sa marche vers VAnastasis. Les psaltes contournent le Saint-Sépulcre, gagnent le chœur de l'église, où ils exécutent derechef trois o des de circonstance. Le patriarche, environné de son clergé, se rend alors à l'endroit réservé aux catéchumènes, puis on prononce le congé.
« Le moment est ainsi venu d'ouvrir l'action symbolique de l'entrée triomphale de Jésus à Jérusalem. Le patriarche, escorté de tout le peuple chantant le Gloria in excelsis, gravit le mont de l'Ascension jusqu'à Béthanie où a lieu la distribution de l'olivier. Ce rite accompli, le patriarche distribue à l'assistance des palmes, des rameaux et des cierges. A cet instant, quelques hommes vigoureux se chargent de l'olivier, symbole de l'arbre de la rédemption qui sera de la sorte transporté avec honneur sur tout le parcours de la procession.
« De Béthanie, on se rend d'abord sur les lieux qui furent témoins de l'Ascension. Durant la marche, la foule enthousiasmée chante le tropaire : « Hosanna « dans les lieux très hauts ! Béni soit celui qui vient au « nom du Seigneur ! » A la station sur Y Imbomon, le patriarche lit solennellement l'évangile de saint Marc, xi, 1-11, qu'il fait suivre d'une longue oraison. Le cortège s'ébranle alors de nouveau et descend à Gethsémani. La station y est marquée par la lecture de l'évangile de saint Luc, xix, 29-38, accomplie par le premier vicaire du tombeau de la sainte Vierge. La procession se dirige ensuite vers la Piscine probatique. Au cours de la station, l'archiprêtre de l'église érigée en cet endroit vénéré est appelé à l'honneur de lire en public l'évangile de saint Jean, xn, 12-18, et de prononcer la prière usuelle. Faisant alors retour de la Piscine probatique, le cortège se dirige vers la porte royale de la basilique de Saint-Constantin afin d'y procéder à une entrée solennelle. De même, l'assemblée se porte au Golgotha et se range avec ordre sur l'emplacement du « Saint Jardin » (= Atrium en avant du Saint-Sépulcre). Un chantre entonne le prélude : « Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur », etc., accompagné du verset initial du psaume cxvn. Suit la leçon prophétique de Zacharie, ix, 19, couronnée par la lecture de saint Matthieu, xxi, 1-17. A peine cette lecture est-elle terminée que le peuple se prend aussitôt à dépouiller l'olivier rapporté de Béthanie et planté, au préalable, au pied du Calvaire en souvenir du crucifiement. Sur ces entrefaites, après une ekténie du diacre suivie d'une longue oraison récitée par le patriarche, on prononce le congé.
« L'assemblée se rend alors à l'église de Saint-Constantin où se trouve la relique de la vraie Croix. On y célèbre avec pompe la liturgie de saint Jacques. La leçon de l'Apôtre est tirée de Philipp., iv, 4-9. A l'archidiacre revient l'honneur de proclamer la leçon évangélique empruntée de nouveau à saint Jean, xu, 1-11. Après la communion, toute l'assistance se porte derechef à V Anaslasis où l'on prononce le congé définitif. « Ainsi, conclut le rédacteur du Typicon « la cérémonie se termine suivant la coutume, au lieu même où elle avait commencé. Du reste, nous accomplissons encore les mêmes rites le jour de Pâques. A la sortie du clergé du Saint-Sépulcre, les psaltes exécutent du haut de l'ambon le kondakion de la fête • ».
III. En Espagne. — « En Occident, a écrit L. Duchesne 2, [le rite de la procession des Rameaux] s'introduisit assez tardivement à partir du vme et du IXe. Les anciens livres liturgiques latins ne le mentionnent en aucune façon. Amalaire en parle, mais en termes qui n'indiquent pas que l'usage fût universel 3. Saint Isidore, sans mentionner explicitement la procession, parle du dies Pulmarum * et semble viser l'usage de porter ce jour-là des rameaux à l'église et de crier Hosanna. » Il eût été facile à L. Duchesne de corriger ce qu'on vient de lire.
On lit ce qui suit dans le Liber ordinum en usage du ve au xic siècle dans l'Église mozarabe : Ordo babtismi celebrandus quolibet tempore 6. Comme on le voit par ce titre, il ne s'agit ici que des rites du baptême quolibet tempore en dehors du samedi saint. A l'époque où le baptême était conféré solennellement aux catéchumènes le samedi saint, le rite de l'ouverture des oreilles ou efjetalio (c'est le terme dont se sert saint Ildefonse) 6 avait lieu en Espagne le dimanche des Rameaux. Cette cérémonie se pratiquait dans une assemblée matutinale. Si cette partie du rituel wisigothique est de la même date que l'ensemble des formules précédentes, ce qui ne paraît guère douteux, nous avons entre les mains dans le Liber le cérémonial le plus ancien de la bénédiction et de la procession des Rameaux, sous ce titre : Ordo in ramos palmarum ad missam '. On ne connaissait jusqu'ici, se rapprochant sensiblement de la date du Liber, qu'un texte incomplet du missel de Bobbio, qui date de la fin du vu » siècle : Benedictio palmœ et olivœ super altario. Saint Isidore mentionne « la célébration du jour des palmes » et fait allusion d'une façon assez claire à l'usage de porter des rameaux. D'après le Liber ordinum, l'évêque bénissait les palmes (ou des branches de saule et d'olivier) dans une église de la ville ; puis la procession s'organisait, et accompagné de tout le peuple portant des rameaux, il se rendait dans une autre église, où avait lieu la tradition du symbole aux catéchumènes, suivie de la messe à l'ordinaire.
H. Leclercq.
RAOUL-ROCHETTE (Désiré). Désiré Raoul-Rochette naquit le 7 mars 1790 à Saint-Amand (Cher) et mourut à Paris le 5 juillet 1854. L'œuvre de ce savant aurait été dévouée en entier à l'antiquité classique si on n'y rencontrait un travail que nous avons consulté et cité plusieurs fois à raison de son mérite d'autant plus digne d'éloge qu'on ne doit pas oublier la date à laquelle il a paru. Nous voulons parler des Trois mémoires sur les antiquités chrétiennes des catacombes, réunies dans le tome xm des Mémoires de l'Académie des inscriptions et belles-lettres qui porte la date de 1838, et c'est un centenaire qui, à nos yeux, en vaut beaucoup d'autres.
Les trois mémoires ne le cédaient pas à ses autres travaux par la connaissance du sujet et la sagacité de la critique. Raoul-Rochette avait, à plusieurs reprises, visité de la Borne souterraine.ee qui en était accessible avant le P. Marchi et J.-B. De Rossi. Avant celui-ci et en s'aidant des ouvrages de Bosio et de Bottari, il montrait à l'aide d'exemples heureusement groupés que, jusqu'au IVe, l'art chrétien n'a rien créé et a emprunté à l'art païen, en les détournant de leur sens, les types et les symboles dont il s'est servi pour traduire les nouvelles croyances et les espérances nouvelles. Enfin, malgré une grande réserve, il laisse voir qu'il se refuse à croire que les ampolles dites di sangue ont désigné les tombes des martyrs.
H. Leclebcq.
RAPT. — Le Code Théodosien et le Code Justinien contiennent plusieurs lois relatives au rapt qui visent le seul rapt avec violence et font usage du mot raptus qui dénonce le fait d'un enlèvement1. Dans le IIIE concile de Paris, tenu en 557, le canon 6 parle du rapt par défaut de consentement des parents 2, mais il ne dit rien de la séduction proprement dite. Le concile de Meaux, de 845, vise exclusivement, dans ses canons 64, 65 et 66, le rapt avec violence 3. Il faut se reporter à un capitulaire de Charlemagne — d'ailleurs suspect — pour rencontrer une assimilation entre le rapt et la séduction proprement dite : Placuit ut hi qui rapiunt feminas, vel furantur, aul seducunt 4. Cette disposition paraît isolée, et l'autre capitulaire de Charlemagne relatif au rapt est muet sur la séduction 5.
A partir de la fin du xne siècle, le rapt avec violence n'est plus considéré comme un empêchement spécial et le pape Innocent III dans la décrétale Accedens (1200) décide que, malgré le rapt, le mariage est valide s'il est accepté librement par la partie ravie 6. Dès lors, la simple séduction ne constitue plus un empêchement de mariage et les Décrétâtes de Grégoire IX n'apportent aucun texte relatif à la séduction considérée comme empêchement de mariage.
De l'examen des textes qui visent l'autorisation des parents pour le mariage de leurs enfants, aucun n'assimile à la séduction le défaut de consentement. On sait qu'en droit romain le consentement du paterfamilias est nécessaire pour la validité du mariage de l'enfant in patria potestate '. Une constitution des empereurs Valens, Valentinien Ier et Gratien 8, et une autre des empereurs Honorius et Théodose le Jeune *, introduisirent d'importantes modifications : les femmes sui juris, veuves ou filles, ne peuvent se marier librement qu'après 25 ans révolus ; jusqu'à cet âge, elles doivent obtenir le consentement de leur père s'il est encore vivant, sinon celui de leur mère et, à défaut de celle-ci, celui des plus proches parents. Ces innovations contenaient l'ébauche d'une conception plus générale que l'idée ancienne 10. La nécessité du consentement des parents ne sera plus un privilège de la patria potestas ; il ne sera plus exigé dans l'intérêt exclusif du père chef de famille, mais avant tout dans l'intérêt de l'enfant. Il est vrai que les empereurs ne surent pas tirer toutes les conséquences de cette idée.
L'Église prit position et développa l'idée qui s'était fait jour dans les constitutions des empereurs du Ve. Plusieurs Pères, parmi ceux dont l'influence fut la plus acceptée, présentèrent le mariage des enfants sans le consentement des parents comme un cas de fornication ; nulle part ils ne parlèrent d'une séduction présumée à défaut de ce consentement. Le défaut d'autorisation est, par lui-même, une cause spéciale de nullité. Saint Basile le dit en propres termes » : le mariage conclu sans le consentement de ceux qui ont la puissance, n'est autre chose qu'un concubinage et il n'admet pas de différence entre l'union d'un enfant sans le consentement de ses parents et l'union d'un esclave sans le consentement de son maître. Saint Ambroise n'est pas moins rigoureux. Parlant de Rébecca, il dit : Illa enim judicium expectat parentum, non est enim virginalis pudoris eligere maritum 12, et plus loin, il explique que la jeune femme devenue veuve peut se marier, il ajoute : ut electionem mariti parentibus déferai.
Il en est de même en Gaule ainsi que nous pouvons le voir dans des canons de conciles, des capitulaires, des dispositions contenues dans les lois barbares. Le IVe concile d'Orléans (541) défend d'épouser une femme sans le consentement de ses parents, sous peine d'excommunication13 ; le IIIE concile de Paris (557) réitère cette défense sous la même sanction 14. Ces deux textes parlent en même temps du rapt et du défaut d'autorisation et édictent la même peine contre celui qui ravit et celui qui épouse une fille sans l'aveu des parents.
H. Leclercq.
RATIONAL. — I. Ce qu'il était. II. Les deux palliums.
I. Ce qu'il était. — Cet insigne était d'un usage très rare, ce qui fait que les liturgistes ont omis d'en parler ou, s'ils s'y sont risqués, il leur est arrivé de commettre des inexactitudes, certains parmi eux l'ont confondu avec le pallium.
Dom Ruinart, l'historien du pallium, a reconnu l'existence de deux palliums. Ayant rencontré le canon 1er du concile de Mâcon, en 581, qui défend aux métropolitains de célébrer la messe sine pallio, il écrit : Quse verba de romano pallio nemo polest inlerprelari, cum omnibus notum sit sœculo VI soium Arelalensem archiepiscopum, aut forte alios paucissimos pallii romani in Gallia usum habuisse 15. En outre, un concile ne pouvait imposer l'obligation de porter une marque d'honneur dont la concession dépendait exclusivement du pape. L'évêque du Mans, Aiglibert, portait le pallium, lit-on dans sa Vie ; or, il vécut sous le règne de Thierry Ier, à une date où le pallium romain n'existait pas encore, il portait donc un insigne d'origine gallicane que dom Ruinart appelle « rational ».
— « Epist., ii, Ad Amphilochium, De canonibus, c. xlii. romain existait au début du VIe et à la fin du Ve ; et, d'après ce que dit Ruinart, ces deux palliums étaient identiques.
Quand les métropolitains reçurent de Rome le pallium romain, ils renoncèrent au gallican qui perdit son nom vers le VIIIe et conserva celui de rational. Cet insigne alors devint épiscopal et fut parfois désigné sous le nom de pallium des évêques et de surnuméral. Jusqu'au IXe, le rational était placé sur les épaules et s'y maintenait sans fibules. Il consistait en une bande large, ornée de pierreries, posant de telle façon qu'on l'appela souvent superhuméral. Il n'y a donc pas de témérité, dit Ruinart, à croire que le rational est l'ancien pallium gallican, que le pallium romain, réservé aux métropolitains et à quelques évêques, remplaça.
II. Les deux palliums. — En 1071, Lanfranc, archevêque de Cantorbéry, se rendit à Rome et le pape Alexandre lui remit deux palliums : un se trouvait sur l'autel, l'autre des mains du pontife : Honorifice a sede apostolica susceptus, Lanfrancus, unum quidem pallium ab allari Ecclesiie romanœ more accepit, alterum vero in indicium sui amoris, videlice t'cum quo missam celebrare solebat Alexander ei papa sua manu porrexil 3. Pareille faveur avait été accordée à Hincmar de Reims 4 et à Bruno de Cologne 6. Le cardinal Bona a cru que ces deux palliums n'en étaient qu'un seul, unum et idem B ; mais alors le don du deuxième ne constituait pas une faveur, mais un complément ; or, ce deuxième était si bien distinct du premier que le pape s'en servait chaque jour pour célébrer la messe.
L'existence de deux palliums distincts est prouvée par de nombreux textes et certains recourent au mot rational pour désigner l'un des deux, par exemple : Lucius III (1182), Clément III (1198), Innocent III. Le rational n'avait pas une forme constante quant aux accessoires, mais il rappelait l'insigne de ce nom que portait le grand-prêtre juif, sorte de plaque ornée de douze cabochons posée et suspendue sur la poitrine. En 1133, dans un synode romain, le pape Innocent II accorde à Berthold, évêque de Paderborn, l'usage du rational : Et quoniam tanquam Aaron ad pontiflcalis dignilalis fastigium diuina providentia te credimus evocatum, et loco Moysi ad regimen es... usum rationalis libi luis que successoribus ex apostolica sedis benignilale concedimus '. Ce rational était accordé à l'évêque et à ses successeurs et non en vertu d'un droit comme celui du métropolitain.
Semblable concession fut faite aux évêques de Toul, d'Auxerre, mais ceci est déjà d'une époque plus tardive, tandis que nous apprenons que saint Willibald (700-786), évêque d'Eichstâdt, reçut, au dire d'un de ses successeurs, à raison de sa dignité, un vêtement de grande valeur : In cujus dignilatis evidentiam vestitura magni ornalus ac sanctir (igurationis ei concessa... et successoribus... vocatur autem veslis isla Rationale. quo etiam summus sacerdos accedens ad Sancta Sanctorum olim supervesliebalur. Habebat autem Rationale summus Pontifex, in lege veleri, in prœftgurationem mullœ perfeclionis et pontificibus Novi Testamenti quibusdam concedilur in exibitionem consummatœ virtutis, quœ gratia et ratione perficilur a qua Rationale diclum esf.
H. Leclercq.
RATISBONNE. — I. La ville. IL Le christianisme. III. La Confessio de saint Emmeran. IV. Épigraphie.
I. La ville. — Ratisbonne (Regensburg) est située en Bavière, à une centaine de kilomètres à vol d'oiseau de Munich, sur la rive droite du Danube, en face du confluent du Regen et de la ville de Stadtambof à laquelle elle est reliée par un pont de pierre long de 347 mètres. Ratisbonne, l'ancienne ville gauloise de Radaspona, la Castra Regina des Romains, fut choisie par ces derniers comme centre de leur puissance sur le haut Danube ; on a relevé divers vestiges de leur établissement : les assises d'une tour, les restes d'une muraille, etc. A la chute de l'empire romain, la ville tomba aux mains des Ostrogoths, ensuite elle passa aux ducs de Bavière. Lors que le dernier d'entre eux, Tassilo, eut succombé sous les coups de Charlemagne, ce prince fit de Ratisbonne une des villes importantes de son empire et sa situation géographique en fit bientôt un grand centre commercial. Dès 887, c'était au dire d'un abbé de Reims « un lieu de rendez-vous pour les négociants et les fabricants, un entrepôt d'or et d'argent, de toile et d'écarlate, un port où abordaient et d'où partaient sans cesse des navires. »
IL Le christianisme. — Ce fut un certain Emmeran, né à Poitiers, vers 605, qui introduisit le christianisme à Ratisbonne ; on a même pensé voir en lui un évêque de Poitiers et cette tradition bavaroise a été acceptée par le Gallia christiana ; elle semble néanmoins douteuse, en tout cas le catalogue épiscopal de Poitiers ne le mentionne pas, peut-être parce qu'il aurait renoncé à ce siège, peut-être aussi parce que la tradition de Ratisbonne n'est pas fondée. II existe une Vita S. Emmerammi par l'évêque Arbeo de Freising dans laquelle on lit ces mots : Relicta igitur domo immensis que substantiis tot que turbis parentum prœdictœ urbis sedi alium episcopum staluit, où l'on voit que le biographe se range à l'opinion qui fait d'Emmeran un évêque de Poitiers. Cependant à l'époque où on prétend le faire occuper ce siège, vers le milieu du VIIe, nous voyons un évêque Dido, oncle de saint Léger d'Autun, sur la chaire de Poitiers où il succéda à Jean avant la mort de Clotaire II, roi des Francs (628). Vers 656, l'évêque Dido fut chargé par l'usurpateur Grimoald de conduire en Irlande le jeune fils de Sigebert III, et après son retour, en 663, il souscrivit à un privilège pour Corbie ; enfin. Dido est nommé dans une charte (authentique ?) de Childéric II, en date du 1er mars 669 ou 670 ; on ignore la date de sa mort, mais son successeur Ansoald occupa le siège entre 674 et 696. Il paraît donc bien difficile de trouver une vacance pendant laquelle Emmeran aurait gouverné l'Église de Poitiers, à moins qu'on ne la place entre Dido et Ansoald '.
III. La confessio de saint Emmeran. — Il existe à Ratisbonne une église romane placée sous le vocable de saint Emmeran et il était permis de penser que le corps de l'évêque martyr y avait reçu la sépulture ; en conséquence on entreprit des fouilles le 8 mai 1894 10 ; elles aboutirent à un résultat presque inespéré : la découverte du sarcophage et des restes de saint Emmeran lui-même. — Du moins, le crut-on d'abord.
En 1645 on avait trouvé dans le maître-autel des reliques que l'on avait prises pour celles du saint martyr ; en 1873, l'évêque de Ratisbonne avait fait procéder à une nouvelle reconnaissance de ces restes sans que le moindre doute se fût élevé sur leur authenticité. Il faut croire qu'après l'incendie de 1642 dont on ne se pressa point de réparer les ravages, la tradition sur la position exacte du corps de saint Emmeran s'effaça, à moins de supposer — le cas ne serait pas isolé - qu'elle s'était perdue depuis longtemps. Arnold de Saint-Emmeran, dans le Liber de miraculis S. Emmerammi '. nous apprend que de son temps, vers le milieu du XIe, le corps du saint martyr reposait derrière l'autel de Saint-Jean-Baptiste, les pieds tournés vers cet autel, d'où le nom de ud pe des, de pedibus, qui plus tard fut mal compris et expliqué par la périphrase ad pe des sanctorum. Or, aucun document ne fait allusion à une translation postérieure à cette époque, et c'est précisément à l'endroit désigné qu'a été trouvé l'antique sarcophage, renfermant, tout semblait l'indiquer, les restes d'un martyr. Cette place correspond à peu près au milieu de l'abside : ce n'est donc pas à l'intérieur du maître-autel, mais au-dessous et un peu en arrière que se trouvait la confession de saint Emmeran. Le retable de pierre que l'on a retrouvé là et qui parait dater du XIIe, masqua peut-être, depuis cette époque, l'ouverture qui donnait sur la confession et contribua à faire oublier la position exacte de celle-ci. On s'explique aisément qu'au XVe les reliques trouvées sous l'autel aient été prises pour celles de saint Emmeran ; celles-ci reposaient plus bas, dans le sarcophage que nul n'avait plus vu depuis des siècles.
Tout cet échafaudage pouvait paraître solide et recevait des suffrages 2, mais le vent tourna. M. Br. Krusch contesta l'identification proposée des ossements découverts avec ceux de saint Emmeran ; M. G. Anton Weber tenailla le texte d'Arnold de Saint-Emmeran et montra, à l'aide d'une ponctuation hardie, que les conclusions tirées des fouilles étaient insoutenables ; bref on avait découvert le tombeau du comte Babon d'Abensperg 3. La démonstration fut contredite mais pas réfutée *.
IV. Épigraphie. — Le doute qui persiste sur les ossements assez mal conservés n'atteint pas l'historicité et le martyre du personnage de saint Emmeran. Toutefois, on a pu se demander si, avant le milieu du Ve, la ville de Ratisbonne n'avait pas compté d'autres martyrs. Aucun récit hagiographique ne témoigne en leur faveur, on ne peut invoquer qu'un monument épigraphique qui, à première vue, semble décisif. Sur une pierre calcaire mesurant 0 m. 54 sur 0 m. 30 à 0 m. 37 et 0 m. 12 d'épaisseur, on lit le texte donné ici (lig. 10587) et qui n'offre pas de difficultés à la lecture, nonobstant quelques ligatures. La forme du monogramme se rencontre en Gaule et à Rome dès le milieu du IVe, et la paléographie peut être reportée vers cette date, d'où il résulterait que Ratisbonne possédait alors des martyrs locaux. Mais c'est là une conclusion bien hasardée. Le texte semble devoir se lire ainsi : In Christo. B(onse) M (emarin- ) Sarmann(a)e ou Sarmann[i\n(a)e, quiescenli in pace. Marlf i )r( i ) bus sociata.
La pensée n'est donc pas nouvelle ; le nom de la défunte se lit pour la première fois dans l'épigraphie chrétienne et, croyons-nous, dans l'onomastique. Si l'on tient à y découvrir un nom barbare, il n'en est que plus surprenant de lire ce nom parmi des formules chrétiennes et un symbole qui sont d'un usage courant - en Gaule et en Italie aux IVe et Ves. Qu'à pareille époque la ville de Ratisbonne fût en possession de martyrs locaux qu'on ne nomme pas et qu'aucun texte authentique ou apocryphe ne mentionne, ceci est fait pour surprendre. Ne serait-il pas vraisemblable de croire que l'épitaphe de Sarmanna ou Sarmannina a été apportée à Ratisbonne. À quelle époque ? On sait qu'elle fut trouvée en 1849 entre la porte Saint-Jacques et le Kumpfmühl, dans le jardin d'un nommé Herbst, architecte ; ceci ne ferme pas la porte aux conjectures et les dimensions comme le poids de la pierre, conservée au musée de Ratisbonne, n'excluent pas l'idée de son transport dans une valise.
H. Leclercq.
RAVENNE. I. Histoire. II. Martyrs de Ravenne. III. Premier cimetière. IV. Liste épiscopale. V. Liturgie. VI. Rouleau de Ravenne. VII. Liber pontificalis Ravenne. VIII. Palais et tombeau de Théodoric. IX. Les mosaïques. X. Mausolée de Galla Placidia. XI. Baptistère des orthodoxes. XII. La basilique Ursienne. XIII. Église Sainte-Croix. XIV. Chapelle du palais archiépiscopal. XV. Saint-Apollinaire-Neuf. XVI. Saint-Vital. XVII. Saint-Apollinaire in Classe. XVIII. Saint-Michel al Frigiselo. XIX. Baptistère des ariens. XX. Église Saint-François. XXI. Église Saint-Jean-l'Évangéliste. XXII. Église Sainte-Agathe-Majeure. XXIII. Église Saint-Théodore. XXIV. Église Saint-Jean-Baptiste. XXV. Les sarcophages chrétiens. XXVI. Essai de classement. 1° Mausolée de Galla Placidia ; 2° Saint-Vital ; 3° Cathédrale ; 4° Palais archiépiscopal ; 5° Musée national ; 6° Saint-François ; 7° Saint-Jean-Baptiste ; 8° Sainte-Marie du port extérieur ; 9° Saint-Apollinaire in Classe ; 10° Devant la porte Neuve. XXVII. Autels. XXVIII. Transennes et plaques ajourées. XXIX. Ambons. XXX. Chapiteaux. XXXI. Colonnes. XXXII. Plat de bronze. XXXIII. Plaques d'or ciselé. XXXIV. Stuc. XXXV. Ivoire. XXXVI. Croix stationale de saint Agnellus. XXXVII. Cosmographe de Ravenne. XXXVIII. Papyrus de Ravenne. XXXIX. Épigraphie. XL. Pierres gravées. XLI. Ravenne au XVIe. XLII. Bibliographie.
I. Histoire. — Ravenne, chef-lieu de la province de ce nom, est située à 7 kilomètres de la mer Adriatique, dans une plaine marécageuse. Elle fut fondée à l'époque ombrienne mais végéta jusqu'à l'époque de l'empire romain. Auguste fit creuser un port pour abriter la flotte de l'Adriatique et il garda le nom de Portus classis ; le port fut relié à la ville et au fleuve du Pô par des canaux. Entre Ravenne et Classis un quartier s'éleva qui porta le nom de Cœsarea, bâti sur pilotis. Cependant le port fut peu à peu envasé par les alluvions du fleuve, les canaux s'obstruèrent et devinrent inutilisables. Ravenne cessa d'être la station de la flotte, toutefois elle demeura le chef-lieu de la province Flaminienne. Vers le temps où Rome perdit sa grandeur politique au profit de Constantinople, l'empire d'Occident devint si peu sûr que son maître, Honorius, jugea prudent de quitter Rome pour Ravenne que sa situation géographique parmi un réseau de canaux rendait presque imprenable. La ville devint ainsi la seconde capitale de l'Italie durant le Ve. Odoacre y fit sa résidence, après lui Théodoric et les rois ostrogoths. Justinien reconquit cette partie de l'Italie. Lorsqu'en 569 les Lombards envahirent l'Italie, les nécessités de la défense produisirent un grave changement dans l'organisation administrative de la péninsule. Dès lors et jusqu'en 751, le terme d'exarchat de Ravenne servit à désigner à la fois, dans son sens le plus général, l'ensemble des territoires possédés en Italie par les empereurs de Byzance, et, dans une acception plus particulière, celle de ces possessions qui était directement administrée par l'exarque, c'est-à-dire la province dont Ravenne était la capitale.
Malgré les efforts militaires et surtout diplomatiques des empereurs byzantins pour défendre et conserver leurs possessions italiennes, l'exarchat, déjà bien réduit par les conquêtes du roi des Lombards Liutprand, succomba en 751 sous les coups du roi Astolf. Bien des causes de ruine avaient contribué à l'ébranlement de la domination byzantine, la principale fut l'influence chaque jour grandissante de l'Église romaine sur l'administration impériale et sur les populations, le conflit religieux qui mit souvent aux prises le pape et l'empereur, enfin la politique pontificale qui mit au service des rois francs l'appui longtemps donné aux basileis. La donation de Pépin en 754 fit du pape de Rome l'héritier de l'exarchat en lui cédant la province de Ravenne. Bien que comprise dans la donation, Ravenne ne fut pas réellement soumise à l'autorité pontificale. Ses archevêques qui y exerçaient le principal pouvoir étaient, dès l'époque de l'exarchat, entrés en rivalité avec les papes et le conflit se prolongea plusieurs siècles.
II. Martyrs de Ravenne. — On lit dans le martyrologe hiéronymien les noms de trois évêques de Ravenne : Apollinaire, qui fonda le siège épiscopal ; Eleucadius, le troisième titulaire, et Sévère, le douzième. Du premier nous lisons ce témoignage dans un sermon de saint Pierre Chrysologue, un de ses successeurs au Ve : Beatus Apollinaris, primus sacerdotio, solus hanc ecclesiam Ravennatem vernaculo atque inclito martyrii honore decoravit. Au Ve on donnait à saint Apollinaire le titre de confesseur mais qui avait le même sens que martyr et nous verrons que vers la première moitié du VIe il avait une basilique contiguë à son tombeau à Classe. Le Liber pontificalis romain nous apprend que le pape Symmaque (498-514) éleva à Rome un oratoire en son honneur, il y en eut d'autres en Italie et à l'étranger. On vient de lire que saint Apollinaire serait le seul martyr ravennate et son successeur Pierre Chrysologue était bien placé pour le savoir, cependant Venance Fortunat semble en avoir connu d'autres, et lui aussi habita Ravenne.
Inde Ravennatem placitam pelé dulcins urbem pulpita sanctorum per religiosa recurrens martyris egregii tumulum Vilalis adora mitis et Ursicini, parili sub sorte beati ; rursus Apollinaris pretiosi limina jambe fusus liumi supplcx et templa per omnia curre et ailleurs.
Vilalem ac reliquos quos cara Ravenna sepultat, il s'agit ici des saints Vital et Ursicinus. En outre, dans une passion écrite vers la seconde moitié du Ve par un anonyme qui voudrait se faire passer pour saint Ambroise de Milan, on lit que les parents des célèbres martyrs Gervais et Protais s'appelaient Vital et Valérie. Or, Vital était consularis militaris à Ravenne, et avait eu l'occasion d'encourager pendant son supplice un martyr nommé Ursicinus à qui il avait ensuite donné la sépulture. L'auteur de la passio ne précise pas la date, mais Vital fut honoré à Ravenne où il eut une basilique sous son vocable, commencée par l'évêque Ecclesius (vers 522-532) et dont l'archevêque Maximien (546-557) fit la dédicace ; on y lisait dans Vatritim une inscription en mosaïque qui confirmait le récit contenu dans la passio.
Dans la basilique de Saint-Vital on voyait alors un autel dédié à saint Ursicinus, c'est ce qui a pu faire croire à Fortunat que Vital et Ursicinus reposaient dans l'église qui avait remplacé trois oratoires dédiés respectivement à saint Vital, aux saints Gervais et Protais et aux saints Nazaire et Celse qui se partageaient la prothèse et le diaconicum. — La basilique était placée sous le vocable de Vital, Gervais et Protais ainsi qu'on le voit.
Le martyrologe hiéronymien, au 19 juin, rapproche ces cinq noms : In Mediolano civilate natale sanctorum... Gervasi, Prolasi... alibi Valtrise... Vitalis, Ursicini et ce sont en effet des saints en étroit rapport avec Milan, ainsi que saint Victor, qui devinrent populaires à Ravenne. Ceci peut s'expliquer par le transfert de la cour impériale de Milan à Ravenne, en 409 ; Honorius, Galla Placidia ne pouvaient, en changeant de ville, renoncer à de chères dévotions et il se peut que Placidia ait fait élever à saint Vital un édifice dont les fondations ont été retrouvées sous celui qui le remplaça au VIe.
Peut-être Ravenne aura-t-elle compté d'autres martyrs, il n'est pas difficile d'en rencontrer d'autres dans des passions de valeur douteuse, par exemple : une sainte Illuminata nata et nutrita in partibus provinciæ Ravenna, martyre à Todi ; Sévère, natus et nulritus Ravennæ, martyr à Orvieto ; les saintes Fosca et Maura, martyrisées à Ravenne, mais tous ces noms ne peuvent se réclamer que de documents peu anciens, si peu anciens qu'il faut descendre parfois jusqu'au XIVe. En définitive ce qu'il y a de plus sage, c'est peut-être de s'en tenir à l'affirmation de saint Pierre Chrysologue, qui était né à Imola et vivait au IVe : Beatus Apollinaris... SOLUS hanc ecclesiam Ravennalem vernaculo atque inclyto martyrii honore decoravit.
Mentionnons d'un mot des martyrs douteux dont les noms ne peuvent être retenus.
III. Premier cimetière. — Le premier évêque de Ravenne et ses successeurs jusqu'à Sévère inclusivement et peut-être jusqu'à Probus II (le quatorzième du catalogue, seconde moitié du IVe) furent enterrés près des murs de Classe. D'après cela on peut supposer que la première communauté chrétienne de Ravenne se composa, au moins en majorité, de la population de Classis et de ses environs où se trouvaient beaucoup d'étrangers comme dans tout port de mer *. Les plus anciennes inscriptions chrétiennes de Ravenne ont été trouvées, non près de la ville, mais dans les environs du port. Un petit cimetière découvert en 1756 par L. Lovatelli près de la basilique de Saint-Apollinaire-in-Classe donna trois épitaphes chrétiennes pour vingt-deux païennes, et quelques-unes de celles-ci ayant été remployées pour des tombes chrétiennes. En outre les plus anciennes églises de Ravenne mentionnées par Agnellus, s'élevaient dans le voisinage de Classe et les traditions ravennates des Ve et VIIIes placent à Classe le premier baptistère. Les successeurs de Probus III furent enterrés près de Ravenne et depuis que l'empereur Honorius, vers 404, eut transféré la capitale de l'empire d'Occident à Ravenne, on construisit dans l'enceinte de cette ville une cathédrale appelée Anastasis ; toutefois Classe conserva son antique cathédrale avec son clergé distinct de celui de Ravenne et son organisation proprement dite : classicana Ecclesia. Toutefois l'évêque de Classe rentra dans la ville de Ravenne ; mais nous n'en sommes pas là.
L'attention fut appelée sur le cimetière chrétien de Classe par J.-B. De Rossi ' qui se rendit sur place pour l'étudier. Les camaldules de Ravenne, dans leurs Vêlera monumenta ad Classem erula 8 décrivent en ces termes la découverte d'un cimetière chrétien, en 1756, près de Saint-Apollinaire-in-Classe : Lcander Lovatellus Ravennas et monacluis Camaldulensis... efjossa humo, eo loco, in quo olim templi ardica eminebat... (repperit) ad altitudinem septem circiter palmorum slratum quoddam duro admodum cœmento coagmentatum... Eodem elato conspicua fuere multa sane sepulcra, quorum idem non semper ordo. Plera que ex lateribus omnino confecta erant, quiedam tanlummodo obstrucla lapidibus marmoreis, in ea lapidum parte, quœ in cadavera spectabal, characteribus insculplis : unum et alterum tamen inspeximus, quorum lituli in oculos inluentium incurrerent... Non dubitamus quin chrisliani iis (lapidibus) usi sint, deletis tam at que excisis gentilium œdiftciis... Hujus loci ampliludo ab Austro ad Borcam est pulmorum jere 106, ab oriente sole in occidentem palm. 40... Distat a basilica S. Apollinaris circiter 1/8 mill. On pourrait, d'après ce qu'on vient de lire, croire que ces tombes sont postérieures à la paix de l'Église, ce qui ne s'accorde pas avec la chronologie des inscriptions. Aucune d'entre elles n'offre ce qui se rencontre souvent à Ravenne aux Ve, VIe et VIIes, c'est-à-dire une date certaine ; aucune des tombes ne présente les sculptures qu'on y voit sur les monuments du temps
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des Goths et de Justinien ou de ses successeurs et des exarques. Au contraire, parmi les inscriptions chrétiennes, il en est une du IVe ou, au plus tard, des premières années du Ve. D'autres sont plus anciennes et sont ornées de symboles et rédigées en style archaïque. L'inscription chrétienne la plus récente du groupe est celle-ci ' :
>f> FL-ANASTASIO^ SANCTISSIMO FILIO QVI VIXIT ANNIS VII M III FL FELIX EX PRE ANN AFR PR Cette inscription est gravée sur une plaque de marbre trouvée in situ. Le premier monogramme fut donné par les éditeurs camaldules, soit par négligence soit par manque de sigle, comme pareil au deuxième.
Mais J.-B. De Rossi a retrouvé l'angle gauche du marbre original et a pu noter la différence, car ce type se rencontre sur des inscriptions à date certaine pendant la première moitié du IVe 2. A cette même période convient également l'omission du mot depositio. Le père du petit garçon défunt n'était alors que préfet de l'annone d'Afrique : ex prsefecto annonse Africœ provincise, et pas autre chose. Ce Flavius Félix fut probablement le père de FI. Constantius Félix tué à Ravenne en 430. L'âge du père autorise à placer la mort du petit FI. Anastase vers le milieu du IVe. Corp. inscr. lat., t. xi, n. 323.
Une autre inscription chrétienne portant l'inscription offerte in oculos intuentium fut publiée par Spreti dans des dimensions minusculles 3, tandis que Ce Rossi l'a publiée au septième de la grandeur de l'original4. C'est une petite stèle qui devait être posée debout sur le sol (fig. 10588) et on sait que les chrétiens ont très rarement fait usage de stèles pour leurs inhumations : mais à Classe le sol du littoral ne se prêtait pas au creusement d'un hypogée, il fallait adopter la tombe à ciel ouvert et l'indiquer soit par une pierre plate soit par une stèle. Nous avons ici un bon Pasteur portant la brebis sur ses épaules et une inscription que sa paléographie reporte au IVe plutôt qu'au IIIe 5. Les dernières lignes doivent être lues :...frutri dulcissimo posfitus tilulus). La stèle fut d'abord plantée debout, ce qu'indique la taille du marbre, plus tard on la posa à plat sur la tombe et elle fut trouvée ainsi en 1756. Le cimetière était tout proche de la basilique de Saint-Apollinaire.
Voici une autre épitaphe qui fut vue à Saint-Apollinaire au XVe, dont D. Spreti nous a conservé le texte sans autre indication 6 :
On remarquera le même début que sur l'inscription précédente : le mot Mémorise, à la place du Dis munibus des inscriptions païennes. Il se pourrait que Didia Hilara ait été chrétienne, quoiqu'on ne puisse le affirmer, de même qu'un certain Minucius Dionusius Spéculât (or) qui, lui, débute par Bonœ memoriir.
Didia Hilara, et donner le mot WMorise. Ce qui suit doit se développer de la manière suivante : Valeri(a)e Mari fa )e M(arcus) Valerius Epagathus conserv(a)e sorori et coniugi qu(m) cua(sic) vixii an(nos) xxxviij u(i)v(us) pos(uit). Trois mots appellent une explication, ce sont : conservas, sorori et coniugi. Au premier abord on s'étonne de voir deux époux appelés conservi et portant tous les deux le gentilice Valerius, qui les mon Ire ingénus et non esclaves. Mais cela peut s'entendre à la rigueur de leur commun esclavage avant l'affranchissement ; il existe des exemples d'affranchis qui se donnent encore le nom d'esclaves en souvenir de leur condition antérieure '. Plus surprenant encore est le rapprochement de deux conditions qui paraissent s'exclure : sorori et conjugi. On pourrait proposer d'y voir une fraternité civile par voie d'adoption, fraternité dissoute par le mariage, mais l'épigraphie n'en offre pas un seul autre exemple et une explication beaucoup plus simple, tirée du langage ordinaire des fidèles, se présente à nous. Domenico Savorelli s'en avisa 2 et reçut mauvais accueil 3. Cependant on voit que l'épouse de saint Sévère, évêque de Ravenne, est appelée : uxor in sororem versa, et Térasia, la femme de saint Paulin, après l'ordination de ce dernier est dite : de coniuge soror Pautini facta*, enfin saint Jérôme, dans sa lettre XXVIII, Ad Lucianum, lui dit : habes tecum de coniuge germanam. D'où il est permis de conjecturer que Valerius Epagathus ayant été élevé au sacerdoce appelait de même sa femme : soror et coniux. C'était là chose reçue et entendue couramment. Dans la lettre XLIX de saint Jérôme à Paulin, il salue Térasia sanctam conservam tuam tecum in Domino militanlem. La démonstration suffit.
Voici encore une stèle de Classe, celle-ci est du IVe et après avoir servi à une tombe païenne, elle reçut une destination chrétienne ; cf. Corp. inscr. lat., t. xi, n. 61 ; add. p. 1227. On racla le portrait de la défunte et les lettres DM. ainsi que le cognomen du mari qui, sans doute, avait une saveur idolâtrique ; le reste fut épargné et on grava le texte chrétien :
CAIVS ZOBO NIS DE LO KASEN SE CIVIS APER QVI VIXIT ANNIS QVIN QVAGINTA VIVES IN PACE
Il semble qu'il faut lire : Caius (filius) Zobonis, de lo(co) Kasense, civis Afer, qui vixit annis quinquaginta. Vives in pace. On sait qu'il existait en Afrique plusieurs localités désignées par le nom de Casée.
Le soin apporté à oblitérer sur ce marbre tout souvenir idolâtrique invite à le faire remonter à une date voisine de la paix de l'Église, alors qu'on était exposé à rencontrer encore des fidèles capables de comprendre et de se scandaliser à l'évocation du paganisme.
C'est encore à cet antique cimetière de Classe, fouillé en 1756, que De Rossi était disposé à attribuer un petit sarcophage dont le type et le symbolisme lui paraissaient chrétiens 5.
Ce cimetière, ou une partie du moins, avait son niveau situé à 7 palmes au-dessous de Vardica d'une basilique voisine où on vénérait le tombeau de saint Apollinaire, premier évêque de Ravenne. Or, à Ravenne, on appelait ardica le portique extérieur de la façade de la basilique 6 de Saint-Apollinaire-in-Classe. L'étymologie de ce terme étrange ne paraît être autre que <Jcp6y)xa, accusatif du mot 6cp0Y]5 équivalent à vâp6r ;; chez les byzantins. Ce serait donc que la tombe primitive de saint Apollinaire fut placée à Vardica de la basilique construite au VIe et le très antique cimetière de Classe était contigu ou peu s'en fallait avec la basilique élevée au premier apôtre de l'Émilie. Il y a là un fait important qui mérite examen.
On lit dans le martyrologe historique d'Adon au sujet de saint Apollinaire : Sepultus est foris murum et clausum in arca saxea sub terra corpus ejus missum est1 '. Les actes conservés dans les passionnaires nous disent que sepultus est foris muros Classis in arca saxea a discipulis suis, quœ arca sub terra missa est propter metum paganorum ». Dans le martyrologe hiéronymien (ms. de Berne), on lit au 23 juillet :
Apollenaris. IN LAVDITIA frigie-Minisei Tisici.
VIA COLLA Natal • Primitivae La dernière mention doit se lire Via Colla(lina). On voit que l'indication touchant saint Apollinaire nous apprend moins qu'Adon et la passion. Lorsqu'on n'eut plus à craindre les violences des païens on put retirer le corps de dessous terre et élever un martyrium ou une basilique ad corpus, comme presque partout ailleurs. Cependant les histoires de Ravenne n'en disent rien avant le début du VIe. Agnellus nous apprend que l'évêque Ursicinus (534-538) jussil et ammonuit ut ecclesia B. Apollinaris ab Juliano argenlario fundata et consummata fuisset et dans la vie de l'archevêque Maximien on lit que cette église élevée a fundamenlis par Julien l'argentier mandante viro beatissimo Ursicino fut consacrée par Maximien en 549. Les mosaïques du somptueux édifice qui associent à l'image d'Ursicinus celle de son prédécesseur Ecclesius (524-534) semblent lui donner une part dans la fondation de l'église, en sorte qu'on peut entendre des paroles d'Agnellus que l'évêque Ursicinus prescrivit l'achèvement de l'édifice commencé sous son prédécesseur. Mais l'inscription de Saint-Vital l'attribue mandante Ecclesio et celle de Saint-Apollinaire mandante Ursicino. C'est donc qu'Ecclesius aura tout au plus préparé mais non ordonné la construction de la basilique dont les fondations furent jetées vers 534. Alors au plus tard fut restauré et agrandi un monument déjà vieux et ébranlé, d'après cette inscription 9 :
Or, la tombe de saint Apollinaire ne reçut pas la place d'honneur sous l'autel, mais fut placée au dehors dans Vardica, ce que dit expressément Agnellus, dans la vie de Maurus qui, vers le milieu du VIIe, corpus beati Apollinaris, quod dudum in ardica ipsius condilum a Maximiano prœsule cum Juliano argenlario fuit, exinde tulit et in medio lempli collocavit. Pour quoi lors de la construction, Maximien et Julien avaient-ils laissé le corps loin du sanctuaire, ou il demeura un siècle et demi environ avant d'y être amené ' ? Sans doute ont-ils craint de troubler les restes : veriti sanctas commovere reliquias, et se sont interdit tout changement de place du tombeau qu'ils laissèrent là où se trouvait Vardica de la nouvelle basilique. La confessio comportait probablement un espace restreint auquel on accédait par un escalier. Peu à peu, on en vint à l'usage des translations du corps des martyrs sous l'autel principal de leur basilique ; ce que l'évêque Maurus fit à Ravenne pour Apollinaire on l'avait fait à Rome pour d'autres martyrs. On conserva longtemps la mémoire du lieu où stetit arca beati Apolenaris... a tempore Transitus sui us que dise qua... translata est et inlroducta in basilica quam Julianus argenlarius a fundamentis œdi/icavit. Cette inscription ne se trouve plus dans l'ardica mais dans l'intérieur de la basilique ; elle contredit dans les passages que nous avons omis le texte d'Agnellus, attribuant la translation des reliques à Maximien en 549, ce qu'Agnellus attribue à l'archevêque Maurus. L'autorité du chroniqueur doit être préférée à celle de l'inscription qui est d'une paléographie assez postérieure à l'époque dont elle parle.
IV. Liste épiscopale. — L'ancien catalogue épiscopal de Ravenne depuis les origines jusqu'au temps d'Agnellus, au IXe, nous a été conservé authentique et complet. Il dépend entièrement des diptyques, des portraits épiscopaux qui décoraient la basilica Ursiana et sur les courtines de l'autel. Agnellus ne connaît la durée de l'épiscopat par années, mois et jours que pour un petit nombre de titulaires, ce qui prouve que ses sources ne lui apprenaient rien là-dessus. L'exactitude et l'intégrité du catalogue nous donne l'assurance que tous les noms autres que ceux qui en font partie doivent être écartés, par exemple les saints Ferrus, Simplicius, Aurelianus, Severinus, Agapitus, Sisinnius, etc. [Cependant E. Stein, Beitràye zut Gesch. von Ravenna in spatrômischer und byzant. Zeit, i, dans Klio, 1920, p. 40-59, croit le catalogue d'Agnellus incomplet et propose une chronologie toute différente pour les évêques d'Ursus à Agnellus, ici n. 17-30.] ne manquent pas, afin d'assurer la succession, de lui faire ordonner des prêtres, des diacres et des clercs. '•i. Eleucadius. — On a sur lui une inscription du Ve-IXe, un sermon de saint Pierre Damien et une Vie postérieure à ce saint docteur et sans valeur historique.
4. Marcianus.
5. Calocerus. — Une vie postérieure de plusieurs siècles.
6. ii. Proculus. — Une Vita beati Proculi fut composée sous l'archevêque Philippe Fontana (1250-1270), mais n'a rien d'historique.
7. Probus. — La Vita beati Probi raconte l'invention des reliques des premiers évêques de Ravenne, arrivée pendant la seconde moitié du Xe.
8. Datus. J). Liberius.
10. Agapitus. — L'auteur du pseudo-synode romain de 337 connaît son nom et le place en cette année qui n'est certainement pas la sienne.
1 1. Marcellinus.
12. Severus, 342-344. — Il assista au concile de Sardique et son épiscopat prend place dans la première moitié du IVe. Sa biographie fut écrite au IXe par Agnellus et par Liutolf qui s'inspirèrent en grande partie de la tradition orale. Cette tradition ne serait pas, a-t-on dit, une déformation légendaire d'un noyau historique primitif, mais un centon composé d'éléments empruntés à d'autres vies de saints et appliqués à Sévère. Peut-être a-t-il existé une Vita Severi datant de la fin du VIe. Cf. F. Lanzoni, S, Severo, vescovo di Ravenna, nella storia e nella legenda, dans Alti e memorie délia r. deputazione di storia patria per la Romagna, IVe série, t. i, 1911 ; t. m, 1913. La légende hagiographique a inspiré directement les légendes de ses homonymes de Montefalco, de Barcelone, de Césène, de Rouen, de Modène, et indirectement les Vitœ de ses prédécesseurs Aderitus, Calocère, Proculus et du confesseur Liberius. Cf. Anal, boll., 1904, p. 260-263 ; Hist. S. Severi episc. Ravennalensis.
13. Liberius II.
14. Probus II. — Fondateur de l'église qui devint la cathédrale suburbaine de Classe. Cf. Acta sanct., nov. t. iv, p. 475.
15. Florentius. — Du temps de Baronius il existait à Verceil une lettre du concile de Milan de 355 à l'évêque de cette ville, portant trente souscriptions d'évêques condamnant le « sacrilège Athanase ». Le neuvième porte le nom de Probus et le vingt-septième Florentinus. Sont-ce ceux-ci ? gustin, dans son sermon cccxxn, comme d'une église récente, dédiée en 435. L'évêque Ursus mourut entre 424 et 429.
18. Petrus Chrysologus. — Né à Forum Cornelii (Imola), fils de l'évêque du lieu : Ipse me per evangelium genuii, ipse pius piissime nutrivit, ipse sanctus sancta insliluit servitute, ipse pontijex sacris obtulil et consecravit altaribus. Pierre fut élu et ordonné évêque de Ravenne entre 425 et 429 ; il prononça son sermon d'intronisation en présence de Galla Placidia, mater christiani, perennis et fidelis imperii quse procreare augustam meruit trinitalem, c'est-à-dire Théodose, Honoria et Valentinien III. Entre 425 et 439, Pierre consacra l'église de Saint-Jean-Baptiste construite par Galla Placidia à la suite d'un vœu fait pendant une tempête (voir Diclionn., t. vi, col. 260, fig. 4850). Dans l'abside, saint Pierre Chrysologue est représenté portant la barbe longue, célébrant la messe, ayant à son côté l'ange de l'épiclèse l. Ce fut cet évêque qui fonda la cathédrale urbaine de Classe appelée ecclesia Petriana et qui consacra l'église des Saints-Jean-Baptiste-et-Barbatien. C'est lui qui accueillit avec honneur saint Germain d'Auxerre.
Ses sermons sont imprimés dans la P. L., t. lu ; ils étaient brefs et leur débit pouvait demander un quart d'heure environ ; il y aurait lieu d'en revoir l'ordre chronologique. Dom Cabrol a entrepris d'attribuer la composition du « Rouleau de Ravenne » à saint Pierre Chrysologue ; sa démonstration ne nous a pas semblé convaincante. C'est Agnellus qui a imposé pour la première fois à l'évêque Pierre le surnom de Chrysologus, qui pourrait être inspiré de Chrysoslomus. Il existe deux lettres de saint Léon le Grand à saint Pierre Chrysologue, el les sont apocryphes. Agnellus dit que l'évêque Pierre mourut à Forum Cornelii, son lieu de naissance, et fut enterré dans la basilique suburbaine de Saint-Cassien. (Voir Dictionn., t. xin, au mot Pédagogie.) C'est encore Agnellus qui assigne le dies depositionis au 3 décembre, tandis que Testi-Rasponi choisit le 31 juillet et soutient que c'est le jour de la mort de Pierre II qu'on a attribué par erreur à Pierre Ier. inscription en mosaïque mutilée mais se rapportant sans aucun doute à Néon et au-dessous un sarcophage brut scellé avec cette inscription. Le couvercle de marbre étant en deux pièces, on a pu extraire de la tombe les ossements presque au complet d'un corps bien conservé, certainement celui de l'évêque Néon.
20. Exuperanlius. — Une lettre du pape Simplice au successeur d'Exuperantius rappelle que celui-ci deliqueral faciendo presbyterum invitum. Pareil les ordinations contraintes n'étaient pas alors sans exemple. Ce fut pendant son épiscopat qu'on entreprit la construction de la basilique de Sainte-Agnès où il fut enterré, mais son épitaphe est du IXe. Sa dépouille fut transférée à la basilica Ursiana en 1809. Au IXe on célébrait sa déposition au 30 mai.
21. Joannes. — Consacré en juillet 477, et, en 482, une lettre du pape Simplice le blâme d'avoir consacré invitum Grégoire en qualité d'évêque de Modène : si posthac aliquem seu episcopum seu presbyterum seu diaconum invitum facere forte crcdideris, ordinationes tibi Ravennalis seu Aemiliensis noveris auferendas... nam privilegium meretur amittere qui permissa sibi abulitur polestaie. D'après cela on pourrait conclure qu'entre 451 et 482 les évêques de Ravenne obtinrent le droit de consacrer tous les évêques de la province d'Emilie, c'est-à-dire, outre ceux qui sont rappelés, les évêques de Plaisance, de Parme, de Brescello et de Reggio. En 491, une nommée Marie fait son testament en faveur du sancto ac beatissimo papœ Johanni. Le roi Théodoric ayant conclu la paix avec Odoacre le 25 février 493, entra à Classe le lendemain et fit son entrée à Ravenne le 5 mars suivant. Entre ces deux dates il donna audience à l'évêque pour régler avec lui sa réception solennelle par le clergé et le peuple. Au mois de mars 494, le pape Gélase Ier mentionne honorablement l'évêque Jean dans une lettre aux évêques de Lucanie, du Brutium et de Sicile ; son épitaphe fixe sa mort au 5 juin 494, elle lui donne le titre sanctus papa Iohannes ; il fut enterré dans l'église Sainte-Agathe qu'il avait fait bâtir. Il fut particulièrement vénéré à Ravenne, Agnellus nous dit que : ad ejus effigiem infra orbita intus in ecclesia Ursiana, per omnem noctem, usquequo sufixa ecclesia renovata est (nous ne savons pas quand), clari luminis candela fulgebat. Dans l'abside de Sainte-Agathe, on voyait son portrait super sedilia depicta, célébrant la messe avec l'ange de l'épiclèse auprès de lui. De là vint qu'on conta dans le peuple que l'évêque Jean vit un jour un ange qui, pendant la messe, lui offrait le calice, ce qui lui valut le surnom de Ioannes angelop les ou qui vidit angelum. synode romain el on rencontre encore son nom en 503 et en 516-517. En 519, les habitants de Ravenne, nonobstant la résistance de leur évêque mettent le feu à toutes les synagogues de Ravenne et le roi Théodoric adresse de Vérone à l'évêque Pierre un prœceptum ordonnant de les reconstruire.
Ce fut cet évêque qui fit construire le baptistère de l'ecclesia Petriana à Classe. Pendant son épiscopat on commença à Ravenne la construction du Tricoli (Triclinium ?) et, non loin de là, le monasterium S. Andréa ? qu'on nomme de nos jours, quoi que à tort, la cappella di S. Pier Crisologo, chapelle du palais épiscopal destinée à l'administration du sacrement de pénitence. Pierre II serait mort le 3 décembre et aurait été enterré à Classe au monasterium S. Jacobi, près des fonts baptismaux de la cathédrale élevée par ses soins.
32 :j. Uvimundus, 514. — Évêque arien. Sous Odoacre et les rois ostrogoths professant l'arianisme, on vit s'élever à Ravenne et à Classe des basiliques et des baptistères ariens. Agnellus rapporte à l'épiscopat d'Uvimond, en la XXIVe année de Théodoric, soit en 514 la construction d'un évêché et d'une basilique.
25. Cselius Ecclesius. — En 523, il reçut une donation de Hildevara : beatissimo at que apostolico viro... urbis episcopo ; en 525, il accompagna le pape Jean Ier à Constantinople et, dès son retour, il éleva à Ravenne l'église de Sainte-Marie-Majeure. Entre 526 et 530, le pape Félix IV régla un conflit survenu entre Ecclesius et les clercs de Ravenne et de Classe. Il poursuivit la construction du Tricoli et fit bâtir Saint-Vital, grâce aux largesses de l'empereur Justinien. D'après Agnellus, il fut évêque pendant dix ans, cinq mois et sept jours ; il mourut le 27 juillet et fut enterré dans la chapelle des Saints-Nazaire-et-Celse à Saint-Vital. Son sarcophage mutilé se trouve au musée de l'église et son portrait se trouve à Saint-Vital et à Saint-Apollinaire in Classe. Douze ans, six mois et neuf jours de pontificat. Il fut inhumé dans la chapelle des Saints-Nazaire-et-Celse à Saint-Vital.
27. Victor. — Il orna le baptistère de la cathédrale urbaine de Classe, fit restaurer les bains situés près de sa résidence épiscopale ; il poursuivit la construction du Tricoli ; éleva sur l'autel de la basilica Ursiana, à titre de vœu pour la délivrance de Ravenne de la domination ostrogothe, un ciborium d'argent, et au cinquième anniversaire de sa consécration épiscopale offrit un voile d'or pour l'autel. Après six ans, onze mois et onze jours d'épiscopat, il mourut le 15 février et fut enterré à Saint-Vital.
28. Maximianus. — (Voir Dictionn., t. x, col. 2783-2794, fig. 7828-7841). Il fut le premier archevêque de Ravenne.
29. Vacance du siège en 551. — Le clerus universus Ecclesiœ goticae ou legis Gothorum sanctæ Anastasiæ basilicæ Gothorum, en cette année, d'après le papyrus CX IX publié par Marini, céda ses biens propres à un Petrus dejensor à cause du manque d'évêque. L'Anastasis des ariens était Saint-Théodore, voisine du célèbre baptistère des ariens.
30. Agnellus. — Né en 487, diacre sous Félix IV (526-530), attaché à l'église Sainte-Agathe, consacré le 24 juin 557. Il fonda le monasterium S. Georgii, celui de S. Matthœi, celui de S. Jacobi, construisit un ambon dans la basilica Ursiana ; il reçut plusieurs lettres du pape Pelage Ier (558-560). Entre 557 et 561, Justinien accorda à l'Église orthodoxe de Ravenne tous les biens mobiliers et immobiliers de l'Église gothique arienne de Ravenne. L'évêque Agnellus procéda à la reconsécration de Saint-Serge-in-Classe, de Saint-Zénon-in-Cesarea, de Saint-Georges et Saint-Eusèbe près de Ravenne (en 561), de Saint-Théodore (la basilica Gothorum) et de son baptistère (Sainte-Marie-in-Cosmedin), de la basilique palatine fondée par Théodoric alors Saint-Martin au Ciel-d'or, aujourd'hui Saint-Apollinaire-Neuf, avec son baptistère. Plusieurs de ces églises furent décorées par les soins d'Agnellus, notamment Saint-Martin, et reçurent de lui de nouveaux objets que plusieurs d'entre elles ont conservé. Agnellus mourut le 1er août 570 et fut enterré à Sainte-Agathe ; une inscription du temps l'appelle papa Agnellus.
31. Petrus III. — Consacré à Rome en septembre 570, reçut le pallium de Jean III et la confirmation des anciens privilèges. Il commença l'église de Saint-Sévère au Viens salutaris, près de Classe et entreprit plusieurs autres ouvrages. On a trouvé son monogramme à Sainte-Agathe et une inscription de Sainte-Marie-Majeure parle de lui. Le n. Lxxxvm des Papiri diplomatici est un testament fait en sa faveur en 572. Il mourut le 17 août 578 et fut enterré dans la basilique de Probus.
32. Joannes II. — Romain de naissance, consacré évêque le 4 décembre 578 par le pape Pelage II. Il entretint une correspondance avec saint Grégoire le Grand qui lui adressa sa Régula pastoralis. En 591-592 l'archevêque Jean dédia avec les reliques envoyées par le pape Grégoire le monasterium SS. Marri, Marcelli et Feliculee, construit par ses soins à Saint-Apollinaire-in-Classe. Une lettre de saint Grégoire à Jean II, au mois d'avril 592, aide à comprendre comment l'archevêque de Ravenne étendit sa juridiction sur les diocèses de Cesena, de Forlimpopoli et de Sarsina. En l'ait, le pape lui ordonne de veiller sur les évêques suffragants de Rome qui pro interpositione hostium (les Lombards) ne peuvent recourir ad limina.
L'importance de l'archevêque de Ravenne allait grandissant, mais le pape ne déplorait pas moins les abus qui s'introduisaient dans cette Église touchant l'usage du pallium et contra consuetudines et humilitatis tramitem. Quoi que romain d'origine, Jean II se montrait très avide d'étendre les privilèges de Ravenne et à la suite d'une lettre très humble, le pape Grégoire lui accorda l'usage du pallium aux quatre processions ou litanies solennelles et nihil sibi amplius ausu temerario presumptionis arrogare. Il y eut entre eux d'autres difficultés. Jean II termina la construction de la basilique de Saint-Sévère-in-Classe, autorisa la sépulture à Saint-Vital du chef barbare Droktulft. Il mourut le 11 janvier 595 et fut enterré dans le monasterium fondé par lui.
Vacance du siège. — Le 11 février 595, Grégoire Pr nomma Sévère de Cervia visiteur de Ravenne et il exhorte le clergé et le peuple à procéder avec sollicitude à une nouvelle élection. Peu après, le pape repousse l'archidiacre Donat quoniam multa inventa sunt, quæ eum procul ab episcopatu removerent et Jean psalmorum nescium. On choisit à leur place Marinianus qui a vécu longtemps avec Jean II in monasterio et s'est montré in lucrandis animabus sollicilus. Après les refus protocolaires, Marinianus accepte finalement et il est consacré (5 juillet 595).
33. Marinianus. — Le 15 août 595, le pape Grégoire lui accorde le pallium suivant les limites tracées à son prédécesseur et lui confirme les anciens privilèges. Peu de temps après une lettre pontificale loue le dévouement de Marinianus à la doctrine du concile de Chalcédoine, mais au cours des années suivantes, les critiques succèdent aux éloges ; en 596, le pape déplore que l'archevêque de Ravenne ne réponde pas à ses lettres ; en 597, il le blâme de se montrer, lui moine, si peu favorable aux moines qu'il moleste ou laisse molester. Quand Marinianus tombe malade, en 601, et lorsqu'il a des crachements de sang, le pape l'exhorte à ne pas jeûner, à se modérer sur les vigiles et les cérémonies et même à se rendre à Rome où il trouvera un climat plus doux. Il reste de Marinianus un fragment de mosaïque de pavement et un ambon à Saint-Jean l'Évangéliste. L'ambon des Saints-Jean-et-Paul fut exécuté temporibus Mariniani. Il mourut le 23 novembre 606, fut enterré à Saint-Apollinaire-in-Classe où le rejoignirent ses successeurs.
Si on parcourt le Liber pontificalis Ecclesiœ Ravennatis rédigé au ix° siècle par Agnellus, on ne peut manquer de croire au premier abord qu'il y eut peu d'Églises plus saintement gouvernées car le titre de chaque notice présente chaque évêque comme « saint ». De sancto Aderilo, de sancto Eleucadio et ainsi des autres. C'est là une formule protocolaire qui n'implique pas des vertus éminentes et leur consécration publique par l'Église ; d'ailleurs Agnellus n'en est pas responsable. Nous avons dit ailleurs qu'il a son franc-parler, aussi lui suffit-il de les appeler carrément : Aderitus, Eleucadius, etc., et il s'en rencontre qui passent, sous sa plume, un fâcheux quart d'heure ; ce qui est le cas pour Theodorus : Isle juvenis selate, terribili forma, orridus aspectu et omni fallacitate plenus... Theodorus istius ciuitatis pontifex non recedebat a nequitia infinita quam eœperat.
Au ix° siècle un très petit nombre de ces évêques était l'objet d'un culte, ce qu'on sait de la plupart d'entre eux ne le justifierait pas. Agnellus sait fort peu de chose sur les quinze premiers titulaires du siège, souvent il ignore l'emplacement de leurs tombeaux, ce qui témoigne assez que leur culte est fort négligé.
Aderitus est dans ce cas, on ignore sa tombe et son jour anniversaire. — Eleucudius était enterré extra muros Classis, ubi usque hodie ad laudem est nominis ejus ecclesia œdificata et Deo consecrala, mais il avait quitté cette ecclesia lors que l'archevêque Maximien jugea bon de transporter son corps dans la basilique de Probus. Pour quelle raison ? On l'ignore. — Marcianus n'avait ni tombeau ni anniversaire et Agnellus le croyait enterré dans l'église d'Eleucadius, avec qui il avait été ordonné diacre ; mais ce n'était là qu'une conjecture. — Calocerus est un des évêques transportés par Maximien dans la basilique de Saint-Probus. — Proculus n'a pas d'anniversaire et le tombeau est douteux : ubi ejus sit sepulcrum ignoro. Évidemment le culte manque de ferveur. — Probus, il y avait à Ravenne une basilica Probi, portant le nom de son fondateur, mais alors on ne peut croire qu'elle remonte à Probus, 6e successeur d'Apollinaire, antérieur à la paix de l'Église ; c'est Probus II qu'il faut entendre lequel a vécu dans le dernier tiers du IVe et a bâti une basilique sur le terrain du cimetière chrétien ; elle fut consacrée le 10 novembre ; quant à Probus Ier il ne fut jamais l'objet d'un culte. — Datus, Eiberius, Agapitus, ni anniversaire, ni lieu de sépulture. — Marcellinus, pas de date mais sepullus est, ut fatentur alii, in basilica beati Probi. — Severus, culte le 1er février m civitate dudum Classis. — Eiberius, ni date anniversaire ni lieu de sépulture. — Probus II, pas de date et pour la sépulture voir à Probus Ier. — Florentinus, enterré in monasterio sancti Petronilte, pas de culte. — Eiberius, enterré in monasterio sancti Pullionis, pas encore de fête au temps d'Agnellus.
V. Liturgie. — On a bien fait de rapprocher la liturgie de Ravenne de celle de Rome. A propos de celle-ci on a écrit que le canon romain possédait encore, au temps du pape Gélase Ier, une épiclèse. Il l'aurait, ajoute-t-on, perdue au cours du Ve, sans que cette suppression ait eu une signification dogmatique. Le Te igitur, le Communicantes, les deux Memento étaient originairement placés après la consécration ; les prières Hanc igitur et Quam oblationem manquaient et ont été empruntées à une autre liturgie par saint Léon le Grand qui a aussi développé le Supra quæ et le Nobis quoque, et introduit la prière Suppli ces. Grégoire Ier a fait certaines réductions et déplacé le Te igitur. Tout ceci n'est pas précisément nouveau, mais on ajoute que l'auteur de l'inversion n'est pas Gélase mais Grégoire le Grand ; en outre on taille un bout de rôle aux deux autres papes auxquels on attribue la confection d'un sacramentaire. Tout cela est peut-être plus précis que prouvé ; on l'a montré ailleurs.
La liturgie qui aurait fourni à ces papes un modèle et des textes, serait la liturgie de Ravenne. Nous n'avons à peu près rien de cette liturgie et nous ne savons pas comment le patriarche de l'exarchat disait la messe. Mais le De sacramentis, ce bien sans maître, nous donnerait, paraît-il, une description de la liturgie ravennate. L. Duchesne disait à ce propos : « Ce livre me paraît avoir été composé dans une de ces églises du nord de l'Italie où l'usage de Rome se combinait avec celui de Milan. » C'est tout.
Mais voici qu'au témoignage si discutable du De sacramentis on propose d'ajouter celui des mosaïques. La prière Supra quæ présente comme les figures du sacrifice eucharistique les sacrifiants d'Abel, d'Abraham et de Melchisédech. A Rome, ces représentations sont rares, et les ne sont jamais réunies et elles ont plutôt une signification funéraire. A Ravenne, elles sont réunies à Saint-Apollinaire-Neuf ; elles sont groupées à Saint-Vital. Le contraste est, à coup sûr, intéressant. Mais il est moins probant qu'on ne peut penser, car nous n'avons pas à Rome l'équivalent des églises de Ravenne. De plus ces églises sont déjà du VIe et Léon et Gélase du ve. D'autre part, dans les liturgies gallicanes et spécialement dans l'ambrosienne, la mention des trois « types » se rencontre, mais souvent en dehors du canon.
VI. Rouleau de Ravenne. — Voir Dictionn., au mot Rome et au mot Rouleau.
VII. LIBER PONTIFICALIS RAVENNE. — Voir Dictionn., t. ix, col. 466-474 et H.-L. Gonin, Excerpta Agnelliana. The Ravennate Liber pontificalis as a source for the history of art, in-8°, Leyde, 1933 et la nouv. éd. de Mgr Testi-Rasponi, dans Rerum italicarum script., fasc. 197 sq., Bologne, 1924.
VIII. Palais et tombeau de Théodoric. — Théodoric fut un barbare cultivé et bâtisseur ; il couvrit l'Italie de ses constructions. A Pavie, à Vérone, à Terracine, à Spolète, des palais, des thermes, des amphithéâtres, à Ravenne des monuments sacrés et profanes parmi lesquels l'église Saint-Théodore (devenu le Saint-Esprit), le baptistère arien (devenu Sainte-Marie in Cosmediri) et Saint-Martin au Ciel-d'or (devenu Saint-Apollinaire-Neuf).
Depuis longtemps on savait par les témoignages des anciens auteurs, par les documents de Ravenne et par des mosaïques découvertes dans les environs, que le célèbre palais que le roi ostrogoth s'était bâti à Ravenne se trouvait non loin de Saint-Apollinaire-Neuf, dans la région qui, derrière cette église, s'étend vers l'Est jusqu'aux murailles de la ville. Il ne nous est plus connu aujourd'hui que par la représentation de son élégante façade (voir Dictionn., t. i, col. 2833, fig. 951). De sa somptueuse décoration de marbres précieux et de mosaïques, de ces curieux tableaux où Théodoric s'était fait représenter, soit monté sur son cheval de guerre, soit debout, en costume militaire, entre deux figures de femmes qui symbolisaient Rome et Ravenne (voir Dictionn., t. xii, col. 194, n. 9), il ne reste que le souvenir. Depuis le jour où Charlemagne, pour embellir Aix-la-Chapelle, commença à mettre au pillage l'ancienne résidence du roi ostrogoth, le monument s'est lentement acheminé vers la ruine. Il n'en subsiste plus d'autres traces que quelques débris de pavés en mosaïque, retrouvés dans les jardins qui avoisinent Saint-Apollinaire. Jusque vers les derniers jours du XIXe, on montrait aux visiteurs une série d'arches et quelques colonnes, résultats des fouilles de 1898. On a reconnu que ces constructions étaient bien postérieures au VIIe et qu'elles appartenaient à un palais construit devant celui du roi, probablement avec des débris de l'ancien. Corrado Ricci put établir de façon certaine la situation du palais primitif entre les murs de la cité, l'église Saint-Apollinaire et la rue Albéroni. On a alors commencé des fouilles importantes, on a mis au jour une porte, des mosaïques, le commencement d'un atrium soutenu par des pilastres, quelques fragments de bas-reliefs ou de colonnes de marbre. Quant à l'édifice appelé « palais de Théodoric », avec sa haute porte massive, sa loggia du premier étage, sa décoration d'arcs portés sur des colonnes de marbre, les deux tours détruites aujourd'hui qui le flanquaient jadis, il rappelle la Porte-Dorée du palais de Dioclétien (voir ce nom) à Spalato. Mais il n'y faut voir qu'une bâtisse du commencement du Ve, que les exarques byzantins, qui occupaient alors le palais de Théodoric, édifièrent, dans un but défensif, en avant du principal corps d'habitation.
Les mosaïques qui revêtaient le palais de Théodoric à l'intérieur et à l'extérieur existent encore en partie. On a vu que Charlemagne les avait fait détacher pour faire servir les cubes à de nouveaux dessins à Aix-la-Chapelle. Ces cubes entrèrent dans une composition qui fut détruite à son tour, les débris furent jetés pêle-mêle dans des caisses.
Baronius rapporte, à l'année 795, d'après le sommaire de la lettre xii du pape Hadrien Ier que Carolo régi musiva et marmora urbis Ravennse, tam in templis quam in parietibus et stratis sita, sicut petierat, donat. Voici le texte de la lettre papale : Domno excellentissimo filio nostro que spiritali confratri Carolo, regi Francorum et Langobardorum, atque patricio Romanorum, Hadrianus papa. Prœfulgidos atque nectareos regalis potentise vestræ per Arvinum ducem suscepimus apices, in quibus rejerebatur quod palatii Ravennatis civitatis musiva atque marmora cœtera que exempta tam in strato quam que in parietibus sita, Vobis tribueremus. Nos quippe tibenti animo et puro corde cum nimio amore Vestræ Excellentiæ tribuimus effectum et tam marmora quam que musivam cœtera que exempta de eodem palatio vobis concedimus auferenda ; quia per vestra laboriosa regalia cerlamina multis bonis fautoris vestri B. Petri clavigeri regni cœlorum, Ecclesia quotidie fruitur, quatenus merces vestra copiosa adscribalur in cœlis.
On ignore de quelle façon on procéda à l'arrachement et à l'emballage des mosaïques, les moyens dont on disposait au VIIIe-IXe n'étaient pas tels qu'on ne dût mettre en pièces les panneaux qu'on aurait su détacher. Et les édifices d'Aix-la-Chapelle étaient de dimensions autres, ne permettant pas le remploi.
IX. Les mosaïques. — Les mosaïques de Ravenne appartiennent à trois périodes d'art nettement distinctes : période romaine, gothique et byzantine. Leur ensemble compose un trésor d'art aujourd'hui unique au monde par sa magnificence et sa variété ; il ne contient rien de médiocre, et on ne saurait exagérer son importance dans l'histoire de l'archéologie et de l'art chrétiens. Un développement artistique libre de ses moyens, original, exceptionnellement conservé, multipliant ses productions avec une profusion somptueuse, fait de Ravenne l'expression la plus achevée, en Occident, de l'art oriental. « Nulle part enfin, mieux qu'à Ravenne, on ne peut se rendre compte dans le détail des procédés qu'employa cet art si particulier et si savant de la mosaïque. La merveilleuse gamme des couleurs dont disposent ces artistes, l'habileté avec laquelle ils combinent les pâtes de verre colorées, la richesse croissante des matières dont ils font usage, mêlant les plaques de nacre aux cubes d'argent et d'or, la science avec laquelle ils savent, par des cubes de dimensions inégales, dégrader les tons ou faire chanter les harmonies, la technique différente enfin des temps et des maîtres divers, tout cela apparaît à Ravenne en une éclatante lumière. » Nous avons donné déjà (voir Dictionn., t. xii, col. 192-197) le pitoyable inventaire des mosaïques détruites ou disparues ; ce qui subsiste suffit heureusement à retenir et à satisfaire l'attention et l'admiration.
Peu de temps avant sa mort, l'impératrice Placidie (Galla Placidia) se fit ériger un mausolée sous le patronage des saints Nazaire et Celse. C'est une petite chapelle que nous avons décrite (voir t. vi), en forme de croix grecque, longue de 15 mètres, large de 13, couverte par une voûte cintrée. Au premier coup d'œil, on est enveloppé par le charme doux de la couleur qui agit seule en l'absence d'une inspiration bien évidente, et c'est là comme un trait d'ultime ressemblance avec l'apparent désordre des fresques catacombales. L'attention ne sait trop où se fixer dans cet ensemble trop uniformément agréable et, pour ainsi dire, neutre. Peu à peu la réflexion fait saisir la conception de l'œuvre totale. A la voûte, au centre, une croix d'or dans un semis d'étoiles avec les symboles des évangélistes aux angles ; viennent ensuite les apôtres et le martyr saint Laurent en grande vénération à Ravenne, mais tout cela ne s'impose pas clairement.
Aussi le thème symbolique paraît-il subordonné à l'effet général décoratif. Ici la compensation est complète. Rien de plus habilement conçu que la disposition des figures d'apôtres et des compositions, comme le saint Laurent et le bon Pasteur, parmi des symboles floraux et décoratifs qui n'arrêtent pas l'attention : cerfs qui s'abreuvent à la source de vie, colombes qui boivent à la coupe eucharistique. Des vignes enroulent leurs volutes souples et élégantes. Un fond bleu sombre ajoute à l'éclat des figures, et des ornements son reflet velouté semblable à celui du ciel de quelque terre lointaine. Au-dessus de la porte, une mosaïque d'un art consommé montre l'art ravennate atteignant la perfection dès l'heure même de ses débuts. Dans un paysage dégagé de la niaiserie des peintures campaniennes ou alexandrines, le bon Pasteur se repose à la fraîcheur parmi son troupeau. « Jeune, imberbe, couronné d'un large nimbe, il est assis parmi les roches semées de fleurs et d'arbres. Ce n'est plus le pâtre populaire des catacombes, rapportant sur ses épaules la brebis égarée ; c'est un jeune roi bienveillant et noble, vêtu d'un manteau de pourpre à plis nombreux et s'appuyant sur la croix qui remplace la houlette. Les brebis le regardent et cherchent ses caresses ; et le sentiment chrétien donne un charme exquis à cette scène dont tous les détails, le paysage varié, le modelé des chairs et la souplesse des draperies, peuvent soutenir la comparaison avec les meilleures œuvres de l'antiquité. » Les mosaïques ravennates de la période gothique font de l'église dédiée à Saint-Apollinaire-Neuf un des édifices chrétiens les plus somptueux et les plus admirables, surtout depuis les additions dues à la période byzantine de la décoration. L'œuvre soulève un immense intérêt. Une série de petits tableautins d'inspiration évangélique compose un cycle dont la valeur, pour être exactement appréciée, demanderait à être rapproché de celui qui décore la nef centrale de Sainte-Marie-Majeure (voir Dictionn., t. x, à ce nom).
« A Saint-Apollinaire-Neuf, disait Ch. Bayet, la décoration présente, comme à Saint-Vital, un caractère complexe. Au-dessus des deux grandes processions de saints et de saintes, se trouvent des figures isolées de saints ou de prophètes, plus haut encore des sujets empruntés à la vie du Christ. Là, les traditions de la période antérieure reparaissent avec une singulière énergie : le Christ reprend cette figure jeune d'un type indécis, qu'on lui donnait autrefois, et plusieurs scènes choisies parmi les anciens sujets sont traitées de la même façon. Il serait trop long d'examiner ici séparément chacune des parties de cette riche série de tableaux ; mais, pour prendre quelques exemples, la guérison du paralytique, la résurrection de Lazare, le Christ et la Samaritaine semblent comme de fidèles copies des fresques ou des sarcophages anciens. Ces mosaïques ajouteraient ainsi tout un ensemble de témoignages nouveaux à ceux qui démontrent l'unité de l'art chrétien primitif en Orient et en Occident. Par ce scrupule qui est aussi fort significatif, l'artiste, tout en reproduisant plusieurs épisodes de la Passion, a évité le plus douloureux de tous, la Crucifixion ; ce sentiment de pieuse réserve s'effacera bientôt. » A cette époque les fonds d'or ont, à Ravenne, remplacé les fonds bleus et changé considérablement les conditions décoratives ; néanmoins la science de la composition n'a pas faibli, les expressions et les attitudes demeurent aussi justes et aussi finement observées que par le passé ; par contre le coloris a perdu de son éclat et la science de la perspective n'a fait aucun progrès. En somme, la mosaïque de l'époque gothique marque un pas décisif pour s'éloigner du symbolisme primitif et se rapprocher du naturalisme byzantin.
Les mosaïques moins complètes et assez détériorées de Saint-Apollinaire-in-Classe nous offrent un autre exemple notable de ces hésitations qui marquent les œuvres d'une époque de transition entre deux systèmes symboliques. Dans l'abside, au-dessus d'une figure de saint Apollinaire, se dresse un large médaillon contenant sur un semis d'étoiles une croix gemmée. Le paysage s'étend et se modifie peu à peu pour aboutir à la scène de la transfiguration, mais en esquivant la représentation du Sauveur.
A Ravenne, l'influence byzantine était si solidement établie que la domination des rois ostrogoths ne parvint pas à l'ébranler ; toutefois ce ne fut qu'à partir de l'établissement de l'exarchat byzantin que cette influence régna exclusivement. On n'en peut rencontrer de plus complète expression que dans l'église Saint-Vital, commencée sous l'épiscopat d'Ecclésius (524-544) et terminée sous celui de Maximien, en 547. Celui-ci évoque le souvenir du tableau resplendissant où il retient l'attention à l'égal de Justinien entouré de ses ministres et de ses gardes et de Théodora environnée de sa cour. Ce sont d'inoubliables visions.
Non moins importante est la mosaïque du fond de l'abside qui nous montre le Christ siégeant sur le globe entre deux anges, un martyr et un évêque. Le Sauveur y est représenté presque adolescent, imberbe, la chevelure abondante, les traits expressifs et non sans beauté.
Les mosaïques de Saint-Apollinaire-Neuf à l'avenue ne sont pas moins précieuses que celles de Saint-Vital pour l'étude de la mosaïque à l'époque byzantine. Sur une des parois, nous voyons la vue de la ville et du port de Ravenne, le palais de Théodoric, des remparts, des vaisseaux. Au-dessous, des processions, de longues théories de saintes et de saints qui nous aident à mesurer la distance qui nous sépare des œuvres analogues de l'art classique. Au rythme savant qui groupait toutes les différentes figures dans l'harmonie de l'ensemble s'est déjà substituée la symétrie implacable qui réduit toutes ces figures à la monotonie d'un type immuable. On devine l'inintelligence grandissante et on peut pressentir les maladresses et les ignorances qui vont suivre.
L'importance exceptionnelle des mosaïques de Ravenne au triple point de vue de l'histoire, de l'iconographie et de l'art, a été reconnue et proclamée dès les premiers temps du Moyen Age. La première marque d'admiration qu'elles aient provoquée remonte à Charlemagne qui prit tant de plaisir à les admirer qu'il sollicita du pape Hadrien Ier l'autorisation de les emporter.
Un contemporain de Charlemagne, le chroniqueur Agnellus, dans son Liber pontificalis, écrit vers 841, a étudié attentivement les mosaïques de sa ville natale. Il a notamment examiné avec le plus grand soin les portraits d'archevêques peints ou incrustés dans les basiliques de Ravenne, et s'en est servi pour reconstituer la physionomie des prélats dont il écrivait la biographie. Les notes sur le caractère et l'extérieur de ses héros commencent avec saint Irobus (141-174). Il nous apprend que ce prélat était mitis et pius, clarus in specie, fulgidus in opère. Mais ces termes sont trop vagues pour qu'on ne soit pas tenté de contester l'existence d'un portrait authentique du personnage. Pour saint Probianus (351-361), les détails sont déjà plus précis : Pinguis divina gratia et speciosus forma, decrepitus œtate, gravis corpore, hilari vultu. A partir de ce moment, il devient de plus en plus évident que le chroniqueur a eu sous les yeux de véritables portraits. Il ne tardera d'ailleurs pas à le déclarer. Avec saint Liberius (374-378) on retombe, mais pour un instant seulement, dans le vague : Pulcher fuit in forma, clarior in sensu. Pour saint Ursus par contre, les descriptions sont déjà d'une netteté qui ne laisse rien à désirer : Tensam et pulchram habuit faciem, modice calvus fuit. Il en est de même de son successeur saint Pierre dont on lit : Tenui corpore, procera statura, macilentus effigie, prolixam habens barbam. Dans la biographie de saint Exuperantius, le chroniqueur nous fait la déclaration suivante : De illorum (episcoporum) effigie si forte cogitator fuerit inter vos, quomodo scire potui, sciatis quod me pictura docuit, quia semper fiebant imagines suis temporibus ad illorum similitudinem. Il renouvelle cette déclaration à propos de l'archevêque Bonus. Nous nous contenterons de mentionner les portraits de saint Jean, mediocris corpore, tenui fade, maceratus jejuniis, de saint Pierre Chrysologue, pulcher aspectu, deleclabilis forma, de saint Victor (539-541), pulchra fuit facie et alacri pultu, pour arriver à l'esquisse du premier archevêque, saint Maximien. Ici le portrait original existe encore et nous permet de contrôler l'exactitude de la description d'Agnellus qui le dépeint ainsi : Longsea statura, tenui corpore, macilentus in facie, calvus capite, modicos habuit capillos, oculos glaucos, et omni gratia decoratus. Sauf ce dernier trait, qui est empreint d'exagération, on ne saurait reprendre un seul mot à l'analyse donnée par Agnellus du merveilleux portrait conservé à Saint-Vital. On voit par ces citations de quel secours le Liber pontificalis de Ravenne peut être pour servir à l'étude des monuments de cette ville.
Un écrivain postérieur, l'auteur du Traetatus œdificationis et constructionis ecclesiae sancti Johannis Evangelistae de Ravenna, ne témoigne pas moins d'intérêt aux mosaïques ravennates. Il décrit en détail celles dont Galla Placidia avait fait orner l'église Saint-Jean l'Évangéliste.
La Renaissance, loin de dédaigner ces glorieux restes de l'art chrétien primitif, en proclama hautement l'importance. Un des champions les plus éminents de la rénovation littéraire et archéologique du XVe, Ambroise le Camaldule, célébrait, dès 1433, la beauté du mausolée de Placidie, celle de Saint-Apollinaire-in-Classe, celle de Saint-Vital. Quelques années plus tard Desiderio Spreti (1414-1474) mettait au jour son De amplitudine, eversione et restauralione urbis Ruvennœ souvent réimprimé. La description des mosaïques occupe dans cet ouvrage une place considérable.
Le XVIe provoqua en faveur de l'étude des monuments de Ravenne un redoublement d'efforts. Il nous faut surtout citer l'ouvrage, aujourd'hui encore inappréciable, de Girolamo Rossi (Rubeus). Dans son Historiarum ravennatum libri decem, il étudie avec le plus grand détail les mosaïques de sa ville natale. Grâce à ses descriptions, auxquelles sont jointes quelques gravures, il a été possible de reconstituer celles de ces compositions qui ont été détruites au cours du XVIe et du XVIIe. Un contemporain de Rossi, Tomaso 'l'ornai, accorde également une place aux mosaïques dans son Historia di Ravenna, mais ses informations sont loin d'offrir la même importance.
Au XVIIe, on n'a que trop souvent l'occasion de le constater, le sens de la critique monumentale s'émousse complètement. Pour l'archéologie chrétienne, cette période, si brillante dans d'autres branches de l'érudition, correspond à la plus entière décadence. Ciampini lui-même, le plus célèbre des antiquaires du siècle, l'auteur des Vêlera monimenta, a l'œil si peu exercé qu'il lui arrive constamment de confondre les ouvrages du Moyen Age avec ceux des premiers siècles de l'Église et inversement. C'est à lui et à un ecclésiastique de Ravenne, Fabri, que nous devons les seuls travaux de quelque importance dont nos mosaïques aient été l'objet, dans Le sacre memorie di Havenna antica, Venetiis, 1664 ; Ravenna ricercata, ovvero eompendio islorico délie cose piu nolevoli deW antica citlà di Ravenna, Bologne, 1678.
Il en est des mosaïques de Ravenne comme de beaucoup d'autres vestiges archéologiques, on leur a prodigué les études savantes mais l'art s'est trouvé très en arrière de l'érudition. Ce n'est donc qu'par acquit de conscience que nous énumérons ici d'anciens ouvrages où l'illustration est détestable et parfois erronée ; depuis quelques années la situation s'est améliorée. La plupart des anciens érudits italiens n'avaient pas même paru s'apercevoir que les mosaïques comprenaient des portions originales et des restaurations, parfois grossières, maladroites, qui dénaturaient la composition primitive, lui donnant un aspect qui n'était plus celui de l'œuvre d'art. En 1898, C. Ricci prit la surintendance des monuments de Ravenne et débuta par le rétablissement des mosaïques de Saint-Apollinaire-Neuf, travail qui fut, par la suite, étendu aux autres mosaïques de Ravenne. Aidé de deux mosaïstes, il entreprit une publication en couleurs montrant au premier coup d'œil les portions originales et les parties restaurées. Les planches en grand format sont accompagnées d'un texte de moindres dimensions qui présente l'histoire de chaque mosaïque, la critique des documents, la discussion des opinions soutenues relativement à la chronologie. L'ouvrage est intitulé Tavole storiche dei mosaici di Ravenna (dessins de Alex. Arrazoni et de Joseph Zampiga). I. Sepolcro di Galla Placidia, 11 p., 15 pi. ; IL Ratlistero délia cattedrale, 36 p., 22 pi. ; III. Baltistero degli ariani, 28 p., 5 pi., Roma, 1930-1932. Le principal intérêt consiste à montrer combien les mosaïques sont bien conservées dans l'ensemble au mausolée de Galla Placidia. Le baptistère des orthodoxes a subi d'importantes restaurations de Kibel en 1854-1861 et en 1861-1862. Dans la coupole, toute la partie supérieure de la scène du baptême du Christ a été refaite par Kibel et le geste de Baptiste reste discuté. Le baptistère des ariens est d'une meilleure conservation. Enfin, il faut mentionner aussi la publication de J. Wilpert, Die rômischen Mosaiken und Malereien der kirchlichen Ikiuten vom i V-XIII. Jahrhundert.
X. Mausolée de Galla Placidia. — Voir Dictionn., t. vi, col. 248-275. L'une construction de la première moitié du Ve, en forme de croix latine, située entre Saint-Vital et Sainte-Croix, contenant trois sarcophages placés dans les branches de la croix et qui sont réputés avoir contenu les restes de Galla Placidia, de son second mari Constance III et de son frère Honorius ou bien de son fils Valentinien III. Tout cela est invérifiable. En ce qui regarde l'impératrice, elle mourut à Rome, le 27 novembre 450, et on n'a aucun indice que son corps ait été transporté à Ravenne, dont son souvenir est inséparable. Elle y avait déployé une grande activité, élevé peut-être une première basilique à saint Vital, enrichi des monastères et fait construire dans celui de Saint-Nazaire le mausolée qu'elle se destinait, au dire d'Agnellus qui n'affirme pas. Ce n'est que beaucoup plus tard, à la fin du xme et au XIVe que le récit s'autorise de monuments : trois sarcophages d'abord dignes de recevoir des dépouilles impériales, deux autres plus simples où peuvent prendre place les corps des père et mère nourriciers des enfants de Placidia.
Celle-ci reposait dans le plus grand de tous, encore visible par une fente, disait-on, et assise sur un trône en bois de cyprès. Au mois de mai les pèlerins affluaient et gagnaient à cette visite huit années d'indulgence. Les plus fervents élevaient leurs prétentions jusqu'aux miracles et on les entretenait dans cet espoir en leur racontant comment en l'année 1346, au mois de mai précisément, une jeune fille y recouvra la santé et sa mère offrit à l'abbé de Saint-Vital le poids de cire de la miraculée, vêtements et bijoux compris, soit 97 livres.
Aux pèlerins, on contait encore l'histoire de l'impératrice momifiée et assise, malheureusement la fente avait été bouchée et voici qu'en 1577, toujours au mois de mai, des enfants enlevèrent le plâtre, introduisirent une lumière et les voilà, la chaise de cyprès, le squelette brûlèrent. L'abbé de Saint-Vital fit desceller le couvercle, mais quand ce fut achevé l'incendie avait fait son œuvre et Girolamo Rossi ne vit que des ossements et un crâne qu'il admira fort, on ne sait pour quoi. Tout n'a pas péri, heureusement ; le mausolée nous reste.
Nous avons dit la place qui lui appartient parmi les protecteurs de l'art et du goût (voir Dictionn., t. vi), et c'est principalement à Ravenne que, par ses dons, son souvenir s'est conservé. Rien ne subsiste du somptueux palais qu'elle s'était fait construire, « les Lauriers », et de ses autres libéralités, que le mausolée en question.
Nous l'avons déjà décrit (t. vi, col. 266-274) et nous rappellerons seulement qu'il semble destiné à la glorification de la croix qui se montre au sommet de la coupole, entre les mains du bon Pasteur, sur l'épaule de saint Laurent, et parmi les bordures comme sous les voûtes des bras du transept.
La coupole (voir Dictionn., t. i, col. 3019, fig. 1050) est semée de huit cents étoiles d'or à huit rais chacune, disposées en cercles concentriques, plus petites au sommet que dans les retombées de la voûte, afin d'aider à la perspective. Au centre, une croix latine en or, dont le pied est tourné vers l'Orient. Aux angles, sur les retombées, les symboles des évangélistes posés sur de légères nuées. Chaque figure est vue de trois quarts, sans nimbe et avec les ailes de profil (voir Dictionn., t. vi, col. 265, fig. 4854). La coupole pose sur un tambour dont les quatre côtés présentent chacun deux apôtres séparés par une fenêtre (voir Dictionn., t. vi, col. 265, fig. 4854, 4855, 4857). Sur la face orientale, les apôtres Pierre et Paul, conformes au type iconique connu, en outre saint Pierre tenant une clef (voir Dictionn., t. vi, fig. 4857), ils lèvent les regards vers la croix de la coupole. Les autres apôtres sont représentés de trois quarts ou de face. Tous sont chaussés de sandales, vêtus de la tunique blanche rehaussée de clavi et du manteau orné des lettres H ou |. Tous étendent la main droite à leur droite sauf saint Paul dont le bras droit passe devant le corps.
Au-dessus de chaque groupe de deux apôtres se développe une sorte de coquille, du sommet de laquelle pendent en festons trois rangs de perles. Le bord supérieur de la conque est à redents et semble formé d'ailes repliées les unes sur les autres, le motif décoratif central formant une tête d'oiseau.
Au-dessous de chaque fenêtre une coupe à laquelle deux colombes se désaltèrent ou vont se désaltérer, à moins que l'eau n'en retombe en cascade. Le sol vert s'adoucit peu à peu jusqu'à se fondre dans le bleu indigo qui forme la tonalité générale de la décoration.
Les bras du transept sont décorés symétriquement par des enroulements d'acanthes, entre lesquels deux cerfs se penchent vers un petit bassin entouré d'herbes. C'est l'interprétation facile à saisir du psaume xlii (voir Dictionn., t. vi, col. 269, fig. 4856). Les voûtes de ces bras ont pour motif central le monogramme du Christ, flanqué des lettres A et G) et quatre petits personnages, deux de chaque côté, perdus dans des volutes de pampres et qui pourraient être les quatre apôtres qui n'avaient pas trouvé place sur les faces du tambour (voir t. vi, col. 269, fig. 4856).
Le bras septentrional de la chapelle, face à l'entrée est orné d'une composition qui a fait l'objet de longues discussions (voir Dictionn., t. n, col. 895, fig. 1557). Nous nous sommes prononcé, il y a plus de trente ans, pour l'opinion qui paraît avoir prévalu aujourd'hui. Voici d'abord la description. Dans un arc, sous la fenêtre qui en occupe le centre se dresse un gril aux pieds garnis de rondelles verticales entre lesquelles se tordent des flammes. A gauche, une armoire ouverte, au fronton triangulaire, laissant voir à l'intérieur quatre livres posés à plat sur des rayons (c'est l'ancienne méthode) et sur lesquels on lit :
ES
A gauche, un adulte vêtu d'un manteau dont les plis semblent agités par un vent violent, il est nimbé, marche à grands pas, porte sur l'épaule droite la haste d'une longue croix et tient de la main gauche un livre ouvert.
Les interprétations n'ont pas fait défaut. On a proposé d'y voir un ange traversant le ciel au pas accéléré pour venir menacer des flammes éternelles les impies qui n'adopteront pas l'Évangile dont les exemplaires sont soigneusement rangés dans une armoire. C'est inepte. On a avancé que « dans cette figure nimbée et ardente, on s'accorde généralement à cause du gril, instrument de son martyre, à reconnaître saint Laurent ; mais, si ingénieuse que soit cette hypothèse, on ne saurait l'accepter sans quelques réserves, et peut-être faut-il jusqu'à nouvel ordre se résigner à ignorer le nom de ce saint qui semble surtout préoccupé de brûler le livre, sans doute hérétique, qu'il tient en sa main ». C'est timide. On a imaginé y voir le Christ venant juger le monde par la croix et lui montrant les flammes de l'enfer. C'est fantaisiste. Enfin on a soutenu que c'est saint Laurent et nous en dirons la raison.
Pour y voir le Christ ou un ange venant brûler les livres pervers des manichéens, on a dit qu'à l'époque où le mausolée fut construit et décoré, avant 450, sous le pontificat de saint Léon le Grand, ce pape fit la chasse aux sectateurs de Mani et, en 443, plurimos manichœos de secrelis suis erulos et oculis totius Ecclesiœ publicalos, omnes dogmatis sui turpiludinem et damnare jecit et prodere, incensis eorum codicibus, quorum magnœ moles fuerant intercepta. C'est là une affaire de gens d'Église. Il est vrai qu'une loi promulguée deux ans plus tard, en 445, inflige aux manichéens la peine édictée contre les sacrilèges, et qui était la peine de mort, mais ceci n'a plus de rapport avec la mosaïque où il n'est question que de livres. Il est vrai que dans l'armoire ouverte nous voyons les quatre évangiles ; les manichéens ne se privaient pas de les interpoler, dit-on. Mais ceci dépasse le texte de la lettre écrite par saint Léon à l'évêque Turibius, dans laquelle on mausolco di Galla Placiilin, d ;in< BollettinO d'arle délia etlulit : Apocryphœ aulem lilterœ, quœ sub nominibus apostolorum multorum habent seminarium falsitatum... Quamvis sint in illis quœdam quœ videnlur speciem habere pietalis, nunquam (amen vacuœ sunt venenis. Aucune désignation des évangiles canoniques, mais bien d'écrits apocryphes mis sous des noms d'apôtres, et ce sont ces apocryphœ scripturœ qui sont non solum interdicendœ, sed etiam penitus aujerendœ ot que ignibus concremandœ. Mais dans un sermo IV in Epiphaniam, nous lisons, en effet, que les Écritures ont été interpolées par ces mécréants : Apostolicas paginas, quœdam auferendo, quœdam inserendo, violaverant manichœi. D'où on semble pouvoir conclure que « replacée dans l'ambiance de ces événements, la scène s'interprétera à merveille. D'un côté, les écrits coupables et pervertisseurs qu'un saint personnage va détruire radicalement par le feu, et, en opposition, les Écritures authentiques, à l'enseignement desquelles, purgées des altérations déformantes, il faut revenir ». Reste à identifier le personnage. D'après le type iconographique, ce n'est ni saint Pierre ni saint Paul ; si on veut y voir saint Léon on se jette en plein arbitraire ; on a une première raison de s'en tenir à saint Laurent dont le supplice est évoqué par le gril caractéristique, par la croix portée sur l'épaule droite, par la présence des Évangiles mis à sa portée et à la lecture desquels, en sa qualité de diacre, il était préposé comme à sa fonction essentielle, car les diacres au Ve n'étaient plus uniquement préposés à l'administration des biens de l'Église et au service des pauvres. Le témoignage de Sozomène, contemporain de Galla Placidia, nous apprend qu'en Orient un prêtre ou un diacre faisait la lecture liturgique de l'Évangile. En était-il de même en Occident ? A ce sujet on a proposé une ingénieuse explication. Saint Jérôme écrit à Sabinien : Evangelium Christi quasi diaconus lectilabas. Ceci se passait, il est vrai, à Bethléem, en Orient, mais dans une cérémonie où les saints offices furent célébrés en langues diverses et probablement suivant différents rites.
« Comme Sabinianus, qui porte un nom latin, avait été ordonné en Italie et probablement même à Rome ou dans une grande ville telle que Milan, d'après un autre passage de cette même lettre cxlvii, on doit admettre que cette indication de Jérôme vaut pour l'Italie du IVe. En Afrique, il est vrai, on voit que l'usage plus ancien de la lecture faite par les lecteurs se conservait encore au temps de saint Augustin, de même en Espagne vers l'an 400. Mais, pour la Gaule, un canon du concile de Vaison, en 529, laisse entendre que la lecture évangélique était la fonction traditionnelle des diacres, ce qui semble autoriser à lui attribuer au moins un siècle d'existence. La liturgie gallicane et la liturgie romaine coïncident donc sur ce point et nous ne saurions être surpris qu'elles aient inspiré l'auteur d'une mosaïque de Ravenne exécutée vers le milieu du Ve.
« Si on ajoute encore à ceci ce détail, qui a son prix, qu'il résulte d'un sermon de saint Augustin 10 que le culte de saint Laurent était en grand honneur à Ravenne, où lui avait été élevée une basilique, peut-être jugera-t-on qu'il n'y a plus lieu de douter de l'interprétation de la mosaïque du mausolée de Placidie qui est, dès le premier abord, la plus naturelle et en faveur de laquelle, malgré la séduction d'arguments contraires capable d'impressionner un instant, convergent, en définitive, les données les plus décisives n. » Nous en venons à la mosaïque placée au-dessus de la porte d'entrée (voir Dictionnaire, t. vi, col. 273, fig. 4858 ; t. xiii, col. 2337, fig. 9898) et qui représente le bon Pasteur dans un paysage de rochers et d'arbustes où sont disséminées dix brebis, les unes couchées, les autres debout. Jésus assis sur un rocher, jeune, imberbe, nimbé, les pieds croisés, le bras gauche appuyé sur une croix, et flattant de la main droite le museau d'une brebis. Le vêtement du pasteur consiste en une tunique pourpre aux larges clavi, un manteau jeté sur l'épaule, enveloppant le corps, passant sur les jambes et tombant jusqu'à terre. Au premier plan, une série de crevasses semble indiquer que la scène est située au sommet d'une montagne. Toutes les brebis, sauf celle que caresse le bon Pasteur, ont le corps tourné vers l'extérieur et détournent la tête afin de le regarder. Il n'est pas nécessaire d'insister sur la beauté de cette composition, sa noblesse et la place qu'elle tient dans l'art chrétien.
La brebis couchée à gauche a été refaite entièrement à l'exception de la tête 12 ; les pattes et la queue de la brebis voisine, les pieds et le bas de la tunique du Pasteur sont également refaits ainsi que la moitié des crevasses.
L'énumération des notices et ouvrages consacrés à ce monument rendrait peu de services, un très grand nombre de ces écrits sont dépourvus d'intérêt. Nous avons donné déjà une liste détaillée des meilleures reproductions, en plus de celles qui sont disséminées dans le Dictionnaire (voir Dictionnaire, t. xn, col. 197-198, ad 1°). Ici nous mentionnerons, comme pour les monuments ravennates qui vont suivre, quelques publications modernes ou récentes qui contiennent de bonnes reproductions. gnure. La description rlonnce au t. xn, col. 198-205 et la fig. 8500 peuvent suffire.
XII. La basilique Ursienne. — La basilique monumentale à cinq nefs élevée par l'évêque Ursus pendant la première moitié du Ve, et qui était la première grande église chrétienne construite à Ravenne, fut complètement détruite lors que Jean-François Buonamici édifia ce qu'on appelle aujourd'hui le dôme. C. Ricci s'est servi de la notice d'Agnellus dans le Liber pontificalis, des descriptions partielles, des pleins et dessins antérieurs à la démolition, de quelques vestiges épargnés de la décoration architectonique intérieure, particulièrement de chapiteaux de colonnes, pour reconstituer l'aspect et la disposition primitifs de l'édifice. On ne saurait contester à l'Ursus le mérite d'en avoir été le fondateur pendant la durée de son long épiscopat. Les noms d'Éusèbe et Paul, de Statius et Étienne, mis par Agnellus en connexion avec la fondation de la basilique, indiquent très probablement des artistes employés à l'œuvre décorative. A quelqu'un d'entre eux appartiennent peut-être les quatre chapiteaux conservés de nos jours au musée de l'archevêché. A l'intérieur, on comptait quatre files de quatorze colonnes chacune, en tout cinquante-six.
On conserve du passé des colonnes, un campanile rond et une crypte ; en outre deux sarcophages chrétiens et la chaire épiscopale de l'archevêque Maximien dans la sacristie (voir Dictionnaire, t. x, col. 2783-2798, fig. 7829-7841).
XIII. Église Sainte-Croix. — La construction de cette petite église est attribuée à Galla Placidia ; elle subit une restauration complète en 1716, où la décoration en mosaïque fut entièrement sacrifiée. On ne sait à peu près rien sur elle. D'après le Times du 2 septembre 1927 des fouilles conduites par M. di Pietro derrière cette église auraient rendu au jour les restes du palais d'Honorius et de Galla Placidia, palais qui semble avoir été d'une grande magnificence, et du baptistère de la famille impériale. tant la croix en bataille et tenant un livre ouvert. Toute la partie inférieure du corps est refaite : on lui a donné une longue jupe plissée qui est une lâcheuse innovation. J. Wilpert suppose que le Sauveur devait être représenté — par analogie avec ce qui se voit au baptistère des orthodoxes — écrasant le lion et le serpent (Ps., xci, 13). D'après cela on a exécuté une restauration en peinture. D'après C. Ricci, on aurait retrouvé, à l'angle inférieur gauche, l'arrière-train d'un lion en mosaïque. On peut se reporter à la reproduction donnée par H. Peirce et R. Tyler, L'art byzantin, t. n, pi. cxxvm-cxxix. On a retrouvé des restes d'une mosaïque originale avec quelques lettres qui prouvent que les restaurateurs du XVIIE avaient débaptisé deux saints sur trois : Polycarpe en Sébastien et Côme en Fabien. En 1914 on leur a rendu leur identité. De la mosaïque originale, il ne reste rien dans les têtes, très peu de chose dans le fond et dans la bordure à droite (ibid., t. n, pi. cxxxi a).
XV. Saint-Apollinaire-Neuf. — Voir Dictionnaire, t. i, col. 2827, fig. 947 ; col. 2831, fig. 950 ; col. 2833, fig. 951 ; t. i, col. 2829, fig. 948 ; col. 2931, fig. 9519 : t. n, col. 1809, fig. 1988 ; col. 3045, lig. 2339 : t. ni, col. 377, fig. 2484 ; t. vu, col. 2417, fig. 6206 : t. vin, col. 269, fig. 6398 ; t. xi, col. 235, fig. 7900 ; t. xn, col. 1249, lig. 8847 ; t. xm, col. 1625, fig. 9724 ».
Cette basilique fut construite par le roi arien Théodoric (t 526) qui la dédia à Jésus-Christ Sauveur. Quelques années plus tard, l'archevêque Agnellus (556-569) la rendit au culte catholique et fut nommée Saint-Martin au Ciel-d'or ; ce ne fut que trois ou quatre siècles plus tard environ qu'elle prit le vocable de Saint-Apollinaire, probablement à l'occasion du transfert des reliques rapportées de la basilique de Classe. Cette basilique peut être considérée parmi les témoins exceptionnellement conservés de l'ancien art chrétien. L'abside a perdu sa décoration, la nef au contraire l'a conservée du sommet des arceaux jusqu'au faite.
Les mosaïques forment trois zones distinctes. La zone inférieure se compose de vingt-six scènes évangéliques, treize de chaque côté. Chaque composition est séparée de ses voisines par une conque surmontée d'une croix entre deux colombes. La zone intermédiaire, celle des fenêtres, compte seize figures en pied : prophètes ou écrivains inspirés. La zone inférieure voit se dérouler une double procession : à gauche, le port de Classis (voir Dictionnaire, t. i, col. 2831, lig. 950) d'où vingt-deux vierges, à la suite des rois mages, se dirigent vers le trône de la vierge Marie ; à droite, le palais de Théodoric (voir Dictionnaire, t. i, col. 2833, fig. 951) d'où vingt-six martyrs s'avancent vers le Christ (voir Dictionnaire, t. i, col. 2931, fig. 950 : col. 2833, lig. 951). un peu suspects, notamment les rames. La ville appelée Cl VI Cl ASSIS a été refaite, elle aussi, dans sa partie supérieure depuis la petite tour médiane jusqu'à la porte ainsi que le sommet des édifices situé à l'intérieur de la ville. Les créneaux sont plus grands et plus rectilignes, les joints de la muraille plus réguliers, enfin le restaurateur a employé des smaltes rouges et des cailloux jaunes qui marquent d'une façon trop crue la démarcation de la partie nouvelle avec l'ancienne.
La procession des vierges nous les montre toutes semblables (voir Dictionnaire, t. i, col. 916, fig. 219). Nous avons déjà dit que le palais de Théodoric sert de point de départ à une procession de vingt-cinq martyrs conduits par saint Martin (voir Dictionnaire, t. xn, col. 211-212). « On a rapproché de la série de ces martyrs les noms du canon ambrosien et de l'antique canon romain. On indiquera ici respectivement par les lettres A et R les noms communs à la mosaïque de Ravenne et aux canons ambrosien et romain.
« En tête de la troupe des martyrs, sur la paroi de droite, nous voyons saint Martin, qui peut être considéré comme hors série. Il y figure en qualité de patron de l'église.
Paroi de droite : Paroi de gauche.
Clemens A R Eufimia A Syslus A R Pelagia A Laurenlius A R Agalha A R Hypolitus A Agnes A R Cornélius • A R Eulalia Cyprianus A R Cecilia A R Cassianus Lucia A R Iohannes A R Crispina Paulus A R Valeria Vilalis A Vincentia Gervasius A Perpétua A R Protasius A Félicitas A R Vrsicinus lustina A Nabor A Anaslasia A R Félix A Daria Apollenaris A Emerenliana Sebastianus Paulina Demiter Victoria Policarpus Anatolia Vincenlius A Crislina Pancratius Savina A Crisogonus A R Eugenia Protus Iacinthus Sabinus « Les diptyques ambrosiens contiennent, outre les martyrs de la mosaïque, les saints Côme et Damien, qui sont aussi dans le canon romain, et les saints milanais Nazaire, Celse et Victor, En outre, dix noms d'évêques.
« Les noms suivants du canon romain manquent à Ravenne : Linus, Cletus, Cosmas et Damianus. Ravenne a en propre Ursicinus, Demetrius, Poly carpus, Sabinus, et cinq noms de martyrs romains : Hippolytus, Sebastianus, Protus, Hyacinthus, Pancratius qui manquent au canon de Rome.
« Tous les noms ambrosiens, sauf Thecla, et tous les noms romains se retrouvent dans la série des saintes femmes de Ravenne, beaucoup plus longue que les deux autres.
« On ne sait si de la comparaison des trois listes il est loisible de tirer des conclusions un peu fermes sur la composition du canon de Ravenne, même en ce qui concerne la partie propre. Ursicinus était honoré dans cette église, on le sait ; Démétrius est le titulaire de la plus ancienne chapelle de Ravenne. Mais leurs noms figuraient-ils au canon ? Et peut-on affirmer que les saints romains Hippolyte, Sébastien, Pancrace, Protus, Hyacinthus y étaient nommés ? Et toute la série des femmes martyres étrangères à Milan et à Rome ? Il est assez probable que le canon de Ravenne comprenait également les saints Nazaire, Celse et 'Victor, et surtout les saints évêques dont le culte était bien établi, à tout le moins Sévère. Si, comme on l'a pensé, les artistes sous l'impulsion de l'évêque Agnellus, avaient voulu représenter les saints du canon de Ravenne1, ils ne s'en seraient pas tenus exclusivement à des martyrs. Contentons-nous de dire qu'on a voulu représenter les martyrs les plus connus dans le pays. Il est assez naturel que Milan et Rome aient fourni un notable contingent. On notera une lacune intéressante : le martyr Agricola, que nous avons l'habitude de ne pas séparer de saint Vital, ne paraît ici, pas plus que partout ailleurs 2. » A Saint-Apollinaire-Neuf, à l'entrée de la basilique, on voyait les portraits de l'empereur Justinien et de l'archevêque Agnellus ; en 1664, celui de Justinien subsistait seul ; il ne reste aujourd'hui que le buste de Justinien (voir Dictionnaire, t. vm, col. 514, fig. 6421 ; t. xn, col. 195, fig. 8499 ; col. 1301, fig. 8866), on y lit le nom de l'empereur représenté le chef couronné d'un diadème perlé, se détachant sur un nimbe incrusté de perles de nacre, deux pendeloques de chaque côté de la tête, à hauteur des oreilles et trois autres pendeloques à la fibule qui attache la chlamyde. Ce portrait a été refait au XIXe.
XVI. Saint-Vital. — Cette église est bâtie sur un plan octogone que nous avons donné déjà (voir Dictionn., t. vi, col. 1867-1868, fig. 6014). Pour la décoration mosaïque nous renvoyons aux figures déjà données (voir Dictionn., t. i, col. 2099, fig. 618 ; col. 2116, fig. 636 ; col. 3018, fig. 1049 ; t. ii, col. 1463, fig. 1784 ; col. 1845, fig. 2014 ; col. 1963, fig. 2028 ; t. iii, col. 379, fig. 2485 ; col. 1404, fig. 2811 ; col. 1530, fig. 2889 ; t. v, col. 22, fig. 4063-4064 ; t. vi, col. 1561, fig. 5979 ; col. 1867, fig. 6014 ; col. 2418, fig. 6207 ; t. viii, col. 514, fig. 6421, 6422, 6423, 6424 ; t. x, col. 1019, fig. 7476 ; col. 1355, fig. 7558 ; col. 2783, fig. 7828 ; t. xi, col. 235, fig. 7899 ; t. xii, col. 212-221, fig. 8512-8519 ; col. 2443, fig. 9136).
A Saint-Vital, quoi que la superficie couverte soit moindre qu'à Saint-Apollinaire-Neuf, l'ensemble offre plus de cohésion et l'effet n'est pas moins impressionnant. C'est véritablement un lieu privilégié. « Pour juger l'art de l'époque de Justinien, il n'est pas de monument plus important. Tandis qu'à Sainte-Sophie ou dans les églises de Thessalonique le badigeon turc — enfin disparu — a pendant de longs siècles tout effacé, ici au contraire se conserve intacte toute l'admirable décoration des mosaïques primitives. Du sol jusqu'au sommet des voûtes, au tympan des arcades, à la courbe des hautes fenêtres, à la conque de l'abside, l'éclat de l'or se mêle à l'harmonie des couleurs les plus riches. Ici, à l'arc d'entrée, des médaillons encadrent les têtes du Christ et des apôtres ; là à la voûte du chœur, sur les fonds où l'or et le vert alternent parmi d'élégants rinceaux où se joue tout un peuple d'animaux et d'oiseaux, quatre anges soutiennent de leurs bras tendus l'image de l'agneau divin (voir Dictionn., t. i, col. 2116, fig. 636 ; t. xii, col. 215, fig. 8512). Plus bas, sur les parois latérales s'étagent des figures d'évangélistes et de prophètes (voir t. xii, col. 217, fig. 8513), des épisodes empruntés à la vie de Moïse ; au-dessus des arca des, de grandes compositions, d'un symbolisme grandiose, représentent Abel et Melchisédech offrant leurs dons au Seigneur (voir t. xi, col. 235, fig. 7899). Abraham recevant les anges à sa table et se préparant à sacrifier Isaac (voir t. vi, col. 1561, fig. 5979 ; t. x, col. 1355, fig. 7558). A l'arc triomphal, entre les villes saintes de Bethléem et de Jérusalem, des anges flottant doucement dans les airs supportent le monogramme du Christ. Sur le fond d'or de l'abside, le Sauveur est assis sur le globe du monde et à ses côtés deux anges lui présentent l'un, saint Vital, patron de la basilique, vêtu du magnifique costume des dignitaires byzantins, l'autre l'évêque Ecclesius, fondateur de l'édifice qui tient sur ses mains voilées le modèle de l'église qu'il offre au Sauveur (voir Dictionn., t. iii, col. 379, fig. 2485 ; t. vi, col. 2418, fig. 6207). Et enfin, au-dessous de cette scène, aux côtés de l'abside, se voient deux tableaux célèbres, les plus curieux peut-être que nous ait laissés le vi siècle où apparaissent, au milieu de leur cour, dans tout l'éclat de leur puissance, Justinien et Théodora (voir Dictionn., t. viii, col. 514, fig. 6421, 6422 ; cf. t. iii, col. 1530, fig. 2889 ; col. 1404, fig. 2811 ; t. ii, col. 1845, fig. 2014 ; t. viii, col. 516, fig. 6423 ; cf. t. ii, col. 1963, fig. 2028 ; t. xii, col. 2443, fig. 9136). Et sans doute, pour l'artiste, ces deux grandes compositions ne forment pas la partie la plus remarquable de la décoration de Saint-Vital ; c'est à elles pourtant, dès qu'on pénètre dans l'abside, que le regard va tout d'abord, tant il y a là une image vivante du luxe raffiné et de l'étiquette savante du Palais-Sacré de Byzance tant il semble qu'un morceau d'histoire morte se réveille et s'anime dans ces portraits d'une si évidente réalité. Et devant ces figures symétriquement rangées, longuement, dans l'abside solitaire, on s'essaie à déchiffrer le secret de ces énigmatiques visages, de ce Justinien qui fut le dernier des grands empereurs romains, de cette Théodora qui, des coulisses de l'Hippodrome monta sur le trône des Césars. mais elles appartiennent sans doute à la période initiale de la construction, entre 526 et 534 ; et elles précèdent ainsi de fort peu de temps à la vérité, les mosaïques de la conque de l'abside, et de quinze ou vingt années les deux peintures d'histoire. Quoiqu'il en soit, un art s'y révèle, où comme à Saint-Apollinaire-Neuf, apparaît nettement le mélange des compositions historiques et des scènes empruntées aux souvenirs de l'ancien cycle chrétien. Abel, Melchisédech, Abraham, Moïse reproduisent des types fréquemment employés dans les œuvres du me et du IVe ; le sacrifice d'Abel, la philoxénie d'Abraham sont d'une liberté d'exécution, d'une simplicité, d'un naturel qui rappellent les originaux anciens. Mais deux traits surtout marquent cette portion de la décoration : la beauté de l'ornementation, servie par une merveilleuse richesse de coloris et qui apparaît en particulier dans la voûte qui domine le chœur ; un certain goût de réalisme, d'observation de la nature qui se manifeste dans la façon de traiter le plein air et le paysage, et plus encore dans la manière de rendre, d'un accent si vrai, les animaux qui symbolisent les évangélistes : le lion de saint Marc, à la gueule ouverte, aux yeux injectés de sang (voir Dictionn., t. xii, col. 217, fig. 8513), le taureau blanc de saint Luc, si fort, si bien modelé (fig. 10589) sont d'une vérité tout à fait saisissante ; et de même, dans ces figures de Moïse détachant sa sandale, d'Abel si bien dessiné dans sa robuste nudité, dans ce groupe si vivant des juifs gesticulant autour d'Aaron, il y a un sens de la réalité et de la vie tout à fait remarquable. Et c'est chose curieuse de voir ces qualités originales et puissantes s'appliquer aux données traditionnelles de l'art chrétien et y infuser un esprit nouveau.
« Dans cette partie de la décoration il faut noter, au point de vue des procédés, l'emploi des cubes d'argent et l'absence de la nacre. Dans la belle mosaïque de l'abside au contraire, un art plus pompeux, plus cérémonieux déjà se manifeste. De graves et solennelles figures s'enlèvent sur les fonds d'or ; des nacres, traduisant l'éclat des perles, rehaussent la splendeur des vêtements ; une expression de grandeur anime la belle figure juvénile du Christ imberbe, largement drapé dans son manteau de pourpre violette (voir Dictionn., t. i, fig. 618 ; t. vi, col. 2418, fig. 6207) ; le riche costume de saint Vital, la tête si caractéristique — vrai portrait de l'évêque Ecclésius (t. iii, col. 379, fig. 2485) attestent le goût de l'artiste pour la peinture d'histoire. Et cet art aboutit tout naturellement aux tableaux, un peu postérieurs en date, qui représentent Justinien et Théodora. On a décrit bien des fois les magnifiques habillements de l'empereur, de ses chambellans, de ses gardes, les ajustements splendides, tout étincelants de bijoux et d'or, que portent l'impératrice et les dames de sa suite. Le luxe des matériaux employés correspond à cette pompe du cérémonial. C'est un éblouissement de cubes d'or, de nacres, de pierres précieuses même, comme celle qui forme le centre de l'agrafe du manteau de Justinien, comme les perles véritables qui s'accrochent aux oreilles de Théodora. Mais ce qui est plus que tout remarquable, c'est le caractère individuel dont le maître a marqué ses figures. Justinien avec ses yeux largement ouverts, son nez droit et mince, son menton ferme et volontaire, son expression énergique et un peu soucieuse (voir t. ii, col. 1845, fig. 2014). Théodora avec son visage mince et délicat, mélancolique un peu et flétri qu'illuminent deux grands yeux noirs (voir t. xii, col. 2443, fig. 9136) ; Maximien, avec son crâne chauve, ses sourcils épais, ses traits creusés (voir t. x, col. 2783, fig. 7828) ; et les personnages secondaires mêmes, prêtres au doucereux sourire, officiers à l'air brutal et rude, eunuques glabres aux joues trop pleines, dames de la cour à l'éclatante beauté, sont autant de portraits expressifs et vivants. Dans ces belles mosaïques, suite logique des œuvres précédentes, et plus qu'elles encore tout imprégnées d'influences orientales, l'art byzantin nous a laissé une de ses plus admirables créations ».
Dans la conque de l'abside on a représenté de chaque côté du Sauveur saint Vital, titulaire de l'église et l'évêque Ecclesius par qui elle fut construite. Jésus Sur l'arc absidal, deux anges en plein vol soutiennent un disque à fond bleu, dont le centre, où s'inscrit la lettre A, irradie huit rayons blancs et rouges ; de chaque côté Jérusalem et Bethléem et chaque ville est précédée d'un cyprès aux fruits d'or.
Il n'y a pas lieu d'entrer dans une description de la voûte (voir Dictionn., t. xii, col. 215, fig. 8512), des anges (t. i, fig. 636) et de l'agneau (t. i, fig. 1049). On peut juger des évangélistes par les fig. 8513-8514, 10589 ; chacun d'eux porte son nom en toutes lettres. Tous quatre sont nimbés, barbus, drapés, chaussés de sandales. La facture générale de ces quatre images est lourde et grossière, dans certaines parties surtout.
Nous avons rappelé (§ Liturgie) qu'on a édifié une théorie sur la présence d'Abel et de Melchisédech sur une mosaïque (voir Dictionn., t. xi, col. 235, fig. 7899). Un autel carré supporté par cinq colonnes est recouvert par deux étoffes superposées ; l'une, en dessous, de couleur foncée, tombe à plis lourds presque jusqu'à terre ; l'autre, blanche frangée et brodée. Sur l'autel on voit deux pains ronds et modelés de chaque côté d'un cratère muni de deux anses. Au-dessus une main divine sortant de la nuée.
A gauche Abel, désigné par son nom, vêtu d'un sayon de peaux de bêtes, serré à la ceinture, les bras et les jambes nus, une sorte de pèlerine sur l'épaule se tourne vers l'autel et, à bout de bras, élève un agneau vers le ciel ; derrière lui une cabane, un arbre et un arbrisseau.
A droite Melchisédech, vieillard barbu, nimbé d'or, élève vers la main divine un troisième pain rond. Il porte une tunique blanche dont le bas est orné d'une large bande de pourpre et les poignets ont deux bandes plus étroites. Cette tunique est serrée au-dessous des bras par une ceinture verte dont les pans retombent en avant jusqu'au bas. Par-dessus la tunique, une chape violette, bordée d'une bande d'or. Sur la tête, une calotte ; aux pieds, des chaussures collantes. En arrière, un temple orné d'un fronton triangulaire supporté par deux pilastres et surmonté d'une toiture de tuiles à rebords. Le sol vert est parsemé de fleurs.
Au-dessus de la scène, deux anges vêtus du blanc, en plein vol, soutenant un médaillon rond où se détache une croix gemmée portant l'A et Ω suspendus. Les écoinçons nous montrent le prophète Isaïe tenant un rouleau, Moïse gardant les brebis de son beau-père Jethro et ensuite détachant ses sandales pour gravir le Sinaï selon l'ordre du Seigneur.
La philoxénie d'Abraham et le sacrifice d'Isaac (voir Dictionn., t. vi, col. 1561, fig. 5979 ; t. x, col. 1355, fig. 7558), donnent la place centrale à la table qu'abrite un sycomore et à laquelle trois jeunes hommes imberbes, nimbés, vêtus de tuniques à clavi de pourpre se sont assis et ont en face d'eux trois pains ronds. Comme la table n'a pas de nappe on voit le bas de leurs corps et les pieds chaussés de sandales.
A gauche, Sarah, vêtue d'une longue robe dont la ceinture pend par devant, les épaules couvertes d'une sorte d'écharpe, debout sur le seuil d'une cabane, l'air curieux et renfrogné. Abraham, vêtu d'une tunique courte qui laisse les jambes nues jusqu'aux genoux, ceinturé d'une espèce de foulard blanc ; il offre à ses visiteurs sur un plat ovale un veau minuscule.
A droite, Abraham brandit un couteau de la main droite tandis qu'il maintient Isaac de la main gauche, placé sur l'autel du sacrifice. Le bélier est proche et la scène se déroule en pays de montagnes. L'entourage fait pendant au panneau précédent : Jérémie déroule un volumen ; Moïse dans un paysage basaltique tend les bras pour recevoir les tables de la Loi, tandis qu'au pied de la montagne le peuple représenté par une dizaine d'adultes attend son retour.
Quinze médaillons (voir Dictionnaire, t. xn, fig. 8513, 8514-8519) représentent les apôtres et les trois martyrs Vital, Gervais et Protais.
Les mosaïques de Saint-Vital ont soulevé de longues discussions quant à leur origine et leur inspiration. Tels archéologues y ont vu une œuvre italienne et en ont donné pour preuve qu'elles représentaient la glorification, contre l'Orient, du canon de la messe romaine. En effet, on y trouve représentés les sacrifices d'Abel, d'Abraham et de Melchisédech qui sont cités dans la prière Supra quæ propitio du canon romain comme types du sacrifice de la croix et qui ne se retrouvent pas dans le canon des orientaux. A cela on a répondu que les mosaïques en question sont à ce point orientales qu'elles expriment la glorification du diophysitisme, l'exaltation de la doctrine catholique contre les erreurs d'Eutychès. Les représentations d'Abel, d'Abraham et de Melchisédech se retrouvent en Orient aussi bien qu'en Occident, tout au moins séparément. Ensuite, le cycle de Saint-Vital ne représente pas que ces trois scènes, mais bien d'autres encore qui n'ont aucun rapport avec le canon de la messe ; au contraire les symboles et figures qui passent pour représenter communément le sacrifice de la messe ne s'y voient pas.
D'où vient donc l'inspiration qui a trouvé son expression dans l'ensemble de Saint-Vital ? On a pensé la trouver dans une œuvre de Vigile, évêque de Thapse en Afrique, et défenseur zélé de l'orthodoxie. Dans un de ses écrits, Vigile s'évertue à prouver l'humanité du Christ par un grand nombre de figures tirées de l'Ancien Testament et dont la plupart se retrouvent précisément dans les mosaïques de Ravenne. Plusieurs d'entre elles sont du reste employées par la plupart des Pères contre les monophysites. On ne saurait ici les reproduire toutes, en voici l'une ou l'autre qui donnent une idée du genre. La figure de Moïse prouve l'humanité du Christ. Voici comment : Dieu a dit de Moïse : « Je susciterai un prophète de ton peuple et de tes frères... » Donc Moïse est de la même nature que le reste des juifs. Or, Moïse est l'antitype du Christ. Donc le Christ est de la même nature que le reste des mortels. Le buisson ardent est expliqué ainsi d'après saint Grégoire : « Que veut montrer Dieu dans le buisson ardent sinon que de son peuple sortirait Celui qui accepterait dans le feu de sa divinité la douleur de notre chair comme les épines du buisson et qui conserverait entière la substance humaine dans les flammes de la divinité ? » Des explications analogues se trouvent dans Vigile et d'autres Pères, sur les prophètes, les évangélistes, le Christ lui-même et les apôtres, qui ont vu le Christ et qui ont touché son humanité de leurs mains.
Mais la question reste posée. Où ce cycle fut-il conçu et par qui exécuté ? A Ravenne ou en Orient ? Les luttes contre le monophysisme se livraient à Constantinople, l'Occident s'en tenait à l'écart et à Ravenne moins qu'ailleurs, où l'arianisme conservait des partisans. Cette dernière affirmation est contestable, car Saint-Vital fut consacré sous le règne et en présence de Justinien. Mais toute cette argumentation n'a d'autre but que d'attribuer la décoration de l'église à une inspiration byzantine et à des mosaïstes byzantins.
Quel fut le patron de l'œuvre ? Si ce n'est pas un évêque de Ravenne, ce ne peut-être que Justinien en personne, aussi magnifique protecteur des arts qu'adversaire irréductible des monophysites, aussi grand constructeur d'églises qu'amateur de controverses dogmatiques. Il a pris plaisir à se faire représenter dans cette église érigée et décorée suivant son goût, œuvre purement byzantine élevée comme une apologie du dyophysitisme.
Tout cela est plus ingénieux que démontré.
Die Mosaiken von Ravenna, 1912, p. 88-131, pi. xvixxiv ; C. Ricci, Ravenna, 1902, p. 35-47 ; le même, Le pitture délia cupnla di San Vitale di Ravenna, dans l'Arte, t. m, 1900, p. 403-411 ; Revue archéologique, 1893, pi. ix ; W. Neuss, Die Kunsl der alten Christen, 1926, p. 77, fig. 18 ; pi. lv, fig. 113 ; pi. lvi, fig. 115 ; pi. lvii, fig. 116, 117 ; J. Ebersolt, Orient et Occident, t. i, pi. xx ; H. Peirce et R. Tyler, L'art byzantin, t. n, pi. lxxvi, lxxvii, lxxix, lxxx,
LXXXI, LXXXIII, LXXXIV, LXXXVIII, XCII, XCIII, CXIV,
XVII. Saint-Apollinaire-in-Classe. — Voir Dictionnaire, t. i, col. 2107, fig. 624 ; t. n, col. 579, fig. 1441 ; t. ni, col. 1979, fig. 3058 : t. vu col. 2061, fig. 6097 ; t. xi, col. 237, fig. 7900 ; t. xn, col. 221-224, fig. 8520, 8521 ; col. 1291, fig. 8862. Cette basilique fut construite sous l'archevêque Ursicinus (532-536) et consacrée par l'archevêque Maximien en 549 ; c'est encore Julien l'Argentier qui pourvut à la dépense. Cependant cette église ne ressemble en rien à Saint-Vital, comme plan et comme décoration ; celle de Saint-Apollinaire in Classe est loin de soutenir la comparaison au point de vue de l'art, du goût et de la technique. Rica ne permet de croire qu'il en ait été ainsi à l'origine et les restaurations successives peuvent en être la cause.
La conque de l'abside a été déjà décrite et figurée dans le Dictionnaire (t. xn, col. 221-223, fig. 8520), elle représente saint Apollinaire et la transfiguration. C'est à ce dernier sujet qu'appartient le grand médaillon qui remplace le personnage du Christ. On y voit une grande croix gemmée et pattée se détachant sur un fond bleu, semé de quatre-vingt-dix-neuf étoiles d'or à six rais, dans une gloire gemmée (voir Dictionnaire, t. vu, col. 2061, fig. 6097) ; dans le médaillon central on voit une petite figure du Christ portant la barbe en pointe. A droite et à gauche, Moïse et Élie ; au-dessus de la croix, dans les nuées, une main divine.
« L'intérieur est plus impressionnant encore (fig. 10590). Quoi que le monument ait perdu depuis le XVe le somptueux revêtement de ses marbres, que Sigismond Malatesta enleva pour en parer le temple de Rimini, quoiqu'il ait été en quelques parties restauré aux siècles suivants, il offre, avec ses longues files de colonnes de marbre, ses grandes fenêtres cintrées éclairant la nef principale, ses plafonds en charpente, son chœur demi-circulaire auquel on monte par un large escalier, avec les riches mosaïques enfin qui décorent l'abside et l'arc triomphal, une grandeur de lignes puissante et sobre d'un incomparable effet. Toute l'histoire ancienne de Ravenne semble s'éveiller dans ces nefs désertes. Dans les sarcophages anciens l'abside sont, à Saint-Apollinaire-in-Classe du VIe. La décoration de l'arc triomphal, avec ses douze brebis sortant de Jérusalem et de Bethléem et se dirigeant vers le Christ, les médaillons contenant des portraits d'évêques fort restaurés, qui garnissent, au pourtour du chœur, les intervalles des fenêtres, et 10590.
Intérieur de la basilique de Saint-Apollinaire-in-Classe à Ravenne, d'après Ch. Diehl, Ravenne, 1913, p. 67.
Nous avons décrit la grande page de mosaïque qui décore la conque de l'abside. Ce qui est surtout remarquable ici, c'est le mélange de symbolisme et de réalisme, ce fond d'or étincelant qui achève le paysage où l'on a pensé reconnaître le décor de la Pineta. L'œuvre somptueuse est contemporaine de Justinien, car pour la chronologie l'emploi des nacres vaut une date. Mais on remarquera surtout dans la composition la survivance des vieilles inspirations chrétiennes s'affirmant dans une dernière tentative de réaction contre l'école historique triomphante. Les mosaïques de Saint-Apollinaire enfin les deux compositions qui couvrent les parois latérales, datent de la seconde moitié du VIe.
L'autre composition est de caractère historique : c'est la remise des privilèges de l'église de Ravenne à l'archevêque Reparatus. La mosaïque compte neuf personnages placés sensiblement sur le même plan. Au centre un archevêque nimbé revêtu de la tunique clavée, de la chasuble et du pallium. C'est probablement l'archevêque Maurus, prédécesseur de Reparatus, pris à témoin de la remise des privilèges. A gauche, on voit l'empereur Constantin IV Pogonat et ses fils Héraclius et Tibère désignés par leurs noms : Constantinus maior imperator. — Heraclii et Tiberii imperator, suivis d'un haut dignitaire. A droite sont l'archevêque Reparatus et trois assistants dont deux diacres dont l'un porte la navette et l'autre l'encensoir. Reparatus reçoit dans un pan de sa chasuble un rouleau où on lit le mot privilégia. Cette mosaïque était déjà en très mauvais état au XVIe, elle a subi beaucoup de repeints qui lui enlèvent une grande partie de sa valeur.
XVIII. Saint-Michel al Frigiselo. — Voir Dictionnaire, t. xii, col. 225, fig. 8522. Nous avons décrit cette mosaïque transportée à Berlin.
XX. Église Saint-François. — Bâtie vers 450 par saint Pierre Chrysologue, sous le vocable de Saint-Pierre-Majeur, sur les ruines d'un temple de Neptune, église à trois nefs, modernisée, mais qui a conservé sa forme ancienne en partie, avec d'anciennes colonnes, un campanile, un sarcophage du Ve de l'évêque Liberius.
XXI. Église Saint-Jean-l'Évangéliste. — Construite par les soins de Galla Placidia, en 425, à la suite d'un vœu pendant une tempête sur mer ; elle a été complètement transformée ; les bas-reliefs au-dessus du portail sont sculptés avec richesse et la quatrième chapelle est décorée de fresques de Giotto.
De la décoration primitive exécutée par les ordres de Galla Placidia, il ne subsiste rien. A son retour de Constantinople, en 424, elle faillit périr avec ses deux enfants et fit vœu à saint Jean de lui construire une église magnifique. On vit ou on pensa voir une figure lumineuse s'asseoir à la proue du navire et, sur les flots apaisés, le mener au port. Cet événement était représenté dans l'abside de l'église et au-dessous les portraits de l'impératrice et de ses enfants. Peut-être a-t-on un souvenir de cette mosaïque dans une miniature du XIVe que nous avons donnée déjà (voir Dictionnaire, t. vi, col. 257, fig. 4850). Dans l'actuelle église de Saint-Jean, seuls quelques débris de l'abside curieusement décorée d'arcs à colonnettes de marbre, et vingt-quatre belles colonnes antiques, au chapiteau desquelles apparaît pour la première fois le coussinet timbré d'une croix (voir Dictionnaire, t. vi, col. 260, fig. 4851).
XXII. Église Sainte-Agathe-Majeure. — Voir Dictionnaire, t. m, col. 1978, fig. 3057. D'après Ciampini cette église aurait été construite en 378 par l'évêque Ursus et restaurée par le diacre Gemellus au début du Ve. La décoration en mosaïque périt en 1688. De nos jours, la démolition des maisons qui occupaient l'aire devant la basilique a permis des fouilles qui ont révélé les dimensions de l'atrium et plusieurs sarcophages. Ceux-ci étaient placés à trois niveaux différents : douze au niveau supérieur, cinq au niveau intermédiaire et trente-huit au niveau inférieur qui est aussi le plus intéressant. Certains d'entre ces sarcophages sont ornés de croix et de monogrammes.
Ce qui paraît assuré c'est que l'église Sainte-Agathe est bien attestée vers le milieu du VIe. L'atrium fut construit à une époque postérieure à celle où fut élevée la façade. Les tombes, ou du moins plusieurs d'entre elles, peuvent être reportées vers la fin du Ve.
XXIII. Église Saint-Théodore. — Basilique construite sous Théodoric dont elle honorait le patron ; elle changea de vocable en passant au culte catholique et existe encore sous le titre du Saint-Esprit. Aucune mosaïque.
XXV. Les sarcophages chrétiens. — A Ravenne, nous trouvons un assez grand nombre de bas-reliefs à destination funéraire qui, de même que les mosaïques de cette ville, doivent être considérés comme des ouvrages grecs ; mais la décadence s'y manifeste de façon souvent pitoyable. On rencontre d'abord des œuvres assez voisines de l'antique ; puis les traditions s'effacent, l'artiste s'abandonne à son inexpérience et à sa maladresse, il renonce à la représentation de la figure humaine pour se restreindre à des sujets d'ornement. Ces sarcophages ont fait l'objet de plusieurs études. Le P. Arthur Martin (voir Dictionnaire, t. i, à ce nom) a dû les dessiner à peu près tous et ils ont été donnés dans la Storia dell'arte cristiana du P. Garrucci. Divers auteurs tels que Spreti, Giampini, Cavalcaselle, Rahn en ont cité des exemplaires. Ch. Bayet chercha, pendant un séjour à Ravenne, à en dresser le catalogue et en compta plus de vingt-six ornés de sculptures. Ad. Venturi en publia quelques-uns dans sa Storia dell'arte italiana, t. i ; peu de temps après Hans Dietschke donna dans ses Ravennatische Studien, un catalogue de quatre-vingt-deux numéros, mais dans lequel entrent les bas-reliefs païens, et depuis lors on a découvert quelques monuments.
D'après Ch. Bayet, on peut diviser ces bas-reliefs en trois classes : 1° sujets empruntés aux livres saints ; 2° le Christ et les apôtres ; 3° sujets d'où la personne humaine est absente. Cette division n'exclut pas certains sarcophages offrant des personnages sur les grands côtés et des ornements sur les faces latérales.
Les bas-reliefs qui interprètent des épisodes des livres saints sont de beaucoup les moins nombreux. De ce nombre sont ceux qui représentent l'adoration des mages, Daniel entre les lions, la résurrection de Lazare qui sont conservés près de Saint-Vital. Par les sujets traités, ces sculptures se rapprochent des œuvres plus anciennes de l'art chrétien ; mais elles s'en écartent singulièrement par le style et l'exécution. Le sarcophage de l'exarque Isaac (VIIe) accuse surtout une grande décadence ; le travail est lourd et manque d'aisance. Si, dans la scène de l'adoration, quelques arrangements de draperies sont encore assez heureux, on sent néanmoins que la main de l'artiste est inhabile et inexpérimentée.
A un autre endroit de la ville, non loin de l'Académie, un grand sarcophage, placé dans la rue, offre des sujets plus nouveaux, mais d'un style moins imparfait. Un des bas-reliefs latéraux représente l'Annonciation. L'ange est debout devant la Vierge : il est reconnaissable à ses ailes, Marie est assise, à ses pieds se trouve un grand panier en osier tressé dont elle tire la laine qu'elle est occupée à filer (voir Dictionnaire, t. i, col. 2259, fig. 764). Ciampini interprétait cette scène d'une femme qui découvre un serpent dans un vase, mais il n'osait pas se prononcer si la femme avait été mordue. Sur l'autre face, on voit deux personnages qui se rencontrent et se tendent la main, ce qui peut s'entendre de la Visitation. Ces deux bas-reliefs se distinguent par certaines qualités d'exécution qui deviennent alors (Ve) assez rares ; on sent que l'artiste n'a point tout à fait perdu l'habitude de tailler la pierre pour en faire sortir des personnages, qu'il sait leur donner des attitudes naturelles, des mouvements justes ; les détails même sont ici rendus avec plus d'exactitude et de souplesse.
Le Christ est debout sur un tertre ; un large nimbe orné du monogramme sacré entoure sa tête. Deux apôtres se tiennent à ses côtés : à l'un il tend un rouleau à demi déployé ; à l'autre un objet dont la forme a disparu. Des palmiers encadrent ce groupe ; plus loin, aux extrémités du bas-relief, sont placés deux personnages, un homme et une femme, de taille plus petite et d'attitude plus modeste.
Sur le sarcophage de saint Réginald, conservé à la cathédrale, le Christ est assis, et son siège surmonte le tertre d'où s'échappent les quatre fleuves. Les deux apôtres qui l'accompagnent ont en main leurs couronnes ; celui de droite porte en outre une longue croix, appuyée sur son épaule ; des palmiers sont également sculptés aux extrémités de la scène. Mais si la donnée est analogue, l'aspect des deux bas-reliefs est assez différent. A Saint-Vital la composition n'est pas mauvaise, les personnages sont relativement assez bien posés, l'ensemble n'a rien de choquant. Ici, au contraire, tout accuse une époque plus basse, une singulière maladresse : les figures sont grossièrement sculptées, les attitudes d'une invraisemblance qui touche au grotesque. On ne s'explique point, par exemple, comment l'apôtre placé à droite peut se tenir debout, tant l'artiste a exagéré le mouvement du corps penché en avant.
Le sarcophage de saint Exuperantius, qu'on rencontre dans la même église, choque moins le goût : les trois personnages qu'on y a représentés sont debout, dans une attitude uniforme ; mais il y a là une pauvreté d'invention qu'on remarque mieux encore sur un sarcophage voisin, celui de saint Barbatien, dont le travail est plus barbare. Les figures mal proportionnées, isolées dans de trop larges arcades, attestent la décadence de la sculpture (Dictionnaire, t. vi, col. 251, fig. 4848).
Aussi bien l'école dont nous étudions en ce moment les œuvres, semble avoir eu de bonne heure une tendance marquée à négliger la représentation de la personne humaine. Ce qu'on trouve le plus souvent sur ces bas-reliefs, ce sont des motifs où l'ancien symbolisme reparaît, bien que fort modifié. Le nombre en est très limité : on rencontre uniformément des agneaux, des colombes, des paons, des vases d'où s'échappe la vigne, des monogrammes ou des croix, groupés de manières diverses, mais toujours avec un très grand amour de la symétrie. Quelquefois on imagine de reproduire sous cette forme des scènes à personnages : ainsi sur un beau sarcophage, que la tradition désigne comme celui d'Honorius, nous retrouvons le Christ entouré des apôtres, mais les figures humaines sont remplacées par des agneaux. Ces décorations ne manquent ni de caractère ni d'une certaine élégance, citons comme exemple un des bas-reliefs latéraux du sarcophage de saint Réginald. La vigne qui sort en gros rameaux du vase sacré, se développe symétriquement dans tous les sens ; des oiseaux becquètent les lourdes grappes qui pendent aux branches : l'ensemble est d'un aspect assez gracieux.
Par leur forme générale, par leur ornementation, ces sarcophages de Ravenne s'écartent souvent de ce qu'on voit à Rome, et dans la plupart des pays occidentaux ; mais en revanche ils s'accordent avec tout ce que nous connaissons de l'Orient. Peut-être quelques-uns de ceux qui nous sont parvenus furent-ils exécutés par un artiste, dont un document contemporain nous a conservé le nom. On lit dans Cassiodore une lettre adressée à Théodoric à un sculpteur de Ravenne, du nom de Daniel qui avait la spécialité de ce genre d'ouvrages. Quelle était la nationalité de ce Daniel ? La lettre ne le dit pas, mais le nom semble plutôt indiquer une origine orientale.
XXVI. Essai de classement. — 1. Mausolée de Galla Placidia.
1° Sarcophage dit de Constance ; hauteur : 0 m. 94 ; longueur : 2 m. 26 ; profondeur : 0 m. 45 ; couvercle, hauteur : 0 m. 41. Trois agneaux représentant le Christ portant le nimbe crucigère, debout sur le monticule d'où coulent les quatre fleuves du paradis, entre deux agneaux et, aux extrémités, deux palmiers (fig. 10591).
2. Saint-Vital. — 4° Sarcophage ; hauteur : 0 m. 68 ; longueur : 2 m. 31 ; profondeur : 1 m. 05 ; couvercle, hauteur : 0 m. 31.
5° Sarcophage de l'exarque Isaac. — Hauteur : 0 m. 69 ; longueur : 2 m. 16 ; profondeur : 0 m. 72 ; couvercle, hauteur : 0 m. 42. Adoration des mages (voir Dictionnaire, t. x. col. 1019, fig. 7476) ; sur les faces latérales : résurrection de Lazare et Daniel entre les lions.
Bibl. — Ciampini, Vetera monimenta, Romae, 1699, pi. m ; G.-C. Spreti, De amplitudine, eversione et restitutione urbis Ravennae, Ravennae, 1793, t. i, pi. viii ; Garrucci, Storia, pi. cccxi, n. 2 ; R. Cattaneo, L'architettura in Italia, in-8°, Venezia, 1888, p. 23 ; Ad. Venturi, La Madonna, Milano, 1900, p. 263 ; Van den Gheyn, Les sarcophages chrétiens de Ravenne, dans Académie royale d'archéologie de Belgique. Bulletin, Ve série des Annales, 2, n. ii, Anvers, 1902, p. 197, fig. 1 ; C. Goldmann, Die ravenn. Sarkoph., pi. vii, fig. 3 ; W. Neuss, Die Kunst der alten Christen, pi. xxx. fig. 66, p. 228-232 ; O. Wulff, Altchristl. und byzant. Kunst, t. i, p. 179, fig. 175 ; O.-M. Dalton, Byzantine art and archaeology, in-8°, Oxford, 1911, p. 64, fig. 36 ; H. Dietschke, Ravenn. Stud., p. 9-12, n. 12, fig. 3. Voici l'épitaphe de l'exarque Isaac :
Ysaacius, regum socius, universae Armeniae ornamentum magnum ; Armenius enim erat hic ex claro genere ; hoc mortuo gloriose socia vitae Susanna prudens more casuose lucturis frequenter suspiravit viro privata, viro, qui sortitus est ex laboribus gloriam in ortu solis et occasu ; orientis enim duxit exercitum et occidentis.
(voir Manuel d'archéologie chrétienne, t. ii, p. 311, fig. 244).
4. Palais archiépiscopal. — 9° Face antérieure d'un sarcophage ; hauteur : 0 m. 72 ; longueur : 2 m. 05. Sur un cartouche à queues d'aronde entre deux croix latines ; sur les acrotères du couvercle deux oiseaux, le couvercle affecte la forme d'un toit à grandes tuiles.
16° Fragment de bas-relief, hauteur : 0 m. 70 ; longueur : 0 m. 67. Sacrifice d'Abraham.
(î. Saint-François. — 17° Sarcophage représentant le ciel ; le Christ assis parmi des hommes jeunes sous un portique ; hauteur : 0 m. 60 ; longueur : 2 m. 08 ; profondeur : 0 m. 77.
HIC IACET CORPVS : D : LIBERII ARCHIEP Bibl. — Garrucci, Storia, pi. cccxlviii, n. 2-5 ;
15° Sarcophage, hauteur : 0 m. 69 ; longueur : 2 m. 09 ; profondeur : 0 m. 71 ; couvercle, hauteur : 0 m. 54. Au centre, dans une couronne de lauriers le monogramme du Christ avec A et Ω ; de chaque côté, un agneau surmonté d'une rose stylisée ; aux extrémités deux colonnes avec base et chapiteau.
18° Sarcophage analogue au précédent ; hauteur : 0 m. 70 ; longueur : 2 m. 08 ; profondeur : 0 m. 96 ; couvercle, hauteur : 0 m. 89 ; profondeur : 0 m. 97. Il serait facile de confondre au premier aspect ces deux sarcophages, si celui-ci n'était surmonté d'un imposant couvercle à gargouilles en forme de mufles de lion (voir Dictionnaire, t. vi, col. 649, fig. 4871) et si le Christ n'offrait un type remarquable de jeunesse et de beauté (voir Dictionnaire, t. vii, col. 2430, fig. 6214). Il se trouvait autrefois presso San Severo et passa à Saint-François en 1881. Il a été souvent reproduit. Au centre, le Christ tend la nouvelle Loi à saint Pierre qui s'apprête à le recevoir dans ses mains voilées ; les autres personnages ne participent pas à la scène (iv-v siècle). L'une des faces latérales offre le monogramme du Christ entre deux agneaux (voir Dictionnaire, t. i, col. 3015, fig. 1046 ; t. iii, fig. 2857).
20° Sarcophage de la famille Pignatta ; haut. 1 m. 10, long. 2 m. 60, prof. 1 m. 16, couvercle, hauteur 0 m. 86. Le Christ entre saint Pierre et saint Paul, la scène est encadrée par deux palmiers de grandes dimensions. Le Christ est assis sur un trône et il a à ses pieds le lion couché et le serpent qui se tord et ouvre la gueule Ce petit sarcophage peut appartenir au Ve.
8. Sainte-Marie du port extérieur. — 22° Sarcophage. Hauteur : 0 m. 60 ; longueur : 2 m. 16 ; profondeur : 0 m. 45. Le Christ assis sur un trône avec escabeau, il donne la Loi à saint Paul (fig. 10596) en présence de trois jeunes hommes faisant le geste de l'acclamation. Sur les faces latérales quatre personnages, des martyrs sans doute, s'approchent, leur couronne à la main ; à la face postérieure une sorte de rondelle timbrée d'une croix entre deux colombes et deux palmiers. entre deux colombes, un vase à deux anses d'où sortent des pampres.
24° Sarcophage. Hauteur : 0 m. 90 ; longueur : 2 m. 20 ; profondeur : 0 m. 92. Face antérieure. Un portique formé par quatre portes séparées les unes des autres, les deux intérieures abritent chacune un chrisme, les deux extérieures chacune un palmier. Chaque porte se termine par un cintre que soutient une Diehl, Ravenne, p. 92 ; H. Peirce et R. Tyler, L'art byzantin, t. ii, pi. clii c.
27° Sarcophage. Hauteur : 0 m. 76 ; longueur : 2 m. 12 ; profondeur : 0 m. 74 ; couvercle, hauteur : 0 m. 35. Chrisme ou plutôt deux croix superposées de façon à donner huit branches, entre deux agneaux portant chacun une croix.
28° Sarcophage. Hauteur : 0 m. 61 ; longueur : 2 m. 12 ; profondeur : 0 m. 72 ; couvercle : Face antérieure ; à la naissance des cintres, trois oiseaux. faces latérales : un vase entre deux colombes et un agneau, celui-ci sur le monticule aux quatre fleuves. Sur les faces latérales du couvercle : gauche, un chrisme entre deux colombes ; droite, un vase entre deux colombes. Face arrière de la cuve : un portique central, cintré, surmonté d'un fronton et d'acrotères ; le voile entr'ouvert et laissant voir une croix figure le paradis ; deux porches cintrés de chaque côté abritent un chrisme. Face antérieure, un portique, au centre deux paons s'abreuvent à un vase ; de chaque côté, deux croix et deux palmiers ; face postérieure, même composition mais deux brebis broutant les basses feuilles d'un palmier tiennent la place de deux paons ; faces latérales : deux croix sous des arcades.
29° Sarcophage de Théodore. Hauteur : 0 m. 54 ; longueur : 2 m. 06 ; profondeur : 0 m. 66 ; couvercle, hauteur : 0 m. 46. Les deux faces offrent une grande ressemblance. Face antérieure, cuve, deux paons affrontés à un chrisme, deux pieds de vigne dont un oiseau et une perdrix becquètent les grappes. Face postérieure, un vigoureux cep de vigne avec des fruits qui font le régal des oiseaux et d'un lièvre ; face latérale : rinceaux, fleurs et oiseaux ; un vase, une croix, une colombe (voir Dictionnaire, t. ix, col. 1011, fig. 7098 ; t. xiii, col. 1083, fig. 9607 ; col. 1589, fig. 9703).
Attchristl. und byzant. Kunst, t. i, pi. xiii, n. 3 ; H. Peirce et R. Tyler, L'art byzantin, t. i, pi. cv, cvii, cix ; C. Goldmann, Die ravenn. Sarkoph., pi. iv, n. 4, pi. v, 4 a ; H. Dutschke, Ravenn. Stud., p. 85-88, n. 80, fig. 36 a, b, c, d, p. 208-227, fig. 70 a ; W. Neuss, Die Kunst der alten Christen, pi. xxxiii, fig. 71 ; G. Wilpert, Sarcof. crist. ant., t. ii, p. 326, pi. ccliii, 5.
31° Sarcophage de Graliosus. Hauteur : 0 m. 72 ; longueur : 2 m. 11 ; profondeur : 0 m. 82. Face antérieure de la cuve : trois croix latines entre deux panneaux portant l'inscription de l'archevêque (785-789) :
DN PISCOPI £5
Dutschke, Ravenn. Studien, p. 88-89, n. 81 ; W. Neuss, Die Kunst der alten Christen, pi. xxxiii, fig. 73.
32° Sarcophage de Jean IX (778-785). Hauteur :
0 m. 93 ; longueur : 2 m. 39 ; profondeur : 1 m. 02 ; couvercle, hauteur : 0 m. 38 ; identique au précédent.
LVS-CLA/SVM SERVAT-COR
SCISSMI AC TER-BE
10. Devant la porte Neuve. — Couvercle de sarcophage, trouvé en 1889.
XXVII. Autels. — A Sainte-Agathe, une pierre sculptée encastrée dans un autel représente un grand chrisme à huit branches d'un type qu'on rencontre souvent à Ravenne. De chaque côté deux volatiles de basse-cour qui ne sont aucunement, comme nous l'avons dit, des « pinta des » (voir ce mot), mais tout simplement des dindons ; derrière eux deux plants de vigne avec des raisins (voir Dictionnaire, t. xiv, col. 1067, fig. 10295).
Bibl. — H. Peirce et R. Tyler, L'art byzantin, t. ii, pi. cxcviii a ; J. Rraun, Der christliche Altar in seiner geschichllichen Entwicklung, in-8°, Mûnchen, 1924, pi. ccclxxi, n. c.
On conserve au musée de Ravenne une sorte de plinthe qui a pu servir à l'ornementation d'un autel ; la matière n'est pas du marbre, elle semble être d'un grain plus serré, pourtant, que la pierre d'Istrie qui est assez commune à Ravenne. Au centre, une croix dans un cercle et les intervalles des bras de la croix remplis par des fleurons, ou palmettes.
4-5. A Saint-Vital ; autre plaque, treillis analogue mais d'exécution plus lourde.
( ». Au musée, plaque ajourée, cercles et octogones, croix, paons, colombes, fleurs.
Bibl. — H. Peirce et R. Tyler, L'art byzantin, t. ii, pi. xc.ix a.
7. Au palais archiépiscopal, plaque ajourée : croix, cercles et fleurons combinés.
J{. Saint-Apollinaire-in-Classe, fenêtre ajourée (voir Dictionnaire, t. v, col. 1364, fig. 4338).
JJ-10. Saint-Apollinaire-Neuf, deux plaques ajourées se faisant réplique, mais l'une est décorée dans le goût rectiligne, l'autre dans le goût curviligne ; les croix centrales et les encadrements extérieurs sont identiques.
XXIX. Ambons. — Dans l'église du Saint-Esprit, on conserve un ambon dont la partie renflée présente un portique de quatre colonnes supportant un fronton et deux cintres, et une décoration florale ; les parties planes, en retour une croix posée sur un cercle.
Bibl. — H. Peirce et R. Tyler, L'art byzantin, t. i, pi. clxvii b.
Nous avons déjà signalé plusieurs ambons de Ravenne (voir Dictionnaire, t. i, au mot Ambon), celui d'Agnellus doit retenir principalement l'attention (voir Dictionnaire, t. i, col. 1341, fig. 313 ; t. ii, col. 1819, fig. 1998).
XXX. Chapiteaux. — Nous serons très bref sur ce membre d'architecture, parce que nous en avons donné déjà un certain nombre qu'on retrouvera sans peine : t. iii, col. 488, fig. 2560 : Saint-Vital ; fig. 2561 : Saint-Michel ; fig. 2562 : Saint-Apollinaire-Neuf ; fig. 2563 : Saint-Vital ; t. iii, col. 440, fig. 2488 : Saint-Jean-des-Fonts ; fig. 2489 : Saint-Jean-l'Évangéliste ; fig. 2490 : Saint-Esprit ; t. vi, col. 260, fig. 4851 : Saint-Jean-l'Évangéliste.
Signalons trois chapiteaux du type appelé « théodosien » : (voir Dictionnaire, t. iii, col. 444, la légende de la fig. 2492, se réfère à la fig. 2491 ) ; un autre sur la colonne engagée dans le clocher de Saint-Jean-l'Évangéliste ; un autre à Sainte-Agathe.
XXXI. Colonnes. — Voir Dictionnaire, t. iii, col. 2311, fig. 3166, 3169.
XXXII. Plat de bronze. — Le musée national de Ravenne possède un plat byzantin en bronze, orné de figures et d'inscriptions. Au centre la sainte Vierge ; à l'entour : saint Jean-Baptiste, saint Jean l'Évangéliste, saint Marc, saint Jean Chrysostome, saint Nicolas, saint Georges, saint Démétrius, saint Thomas, saint Matthieu, saint Luc, saint Pierre et saint Paul. On voit que ce sont le Précurseur, les princes des apôtres, les quatre évangélistes, saint Thomas, deux évêques et deux martyrs particulièrement vénérés. Autour de la Vierge on lit cette inscription :
+ IIavayi,a 0(eoTÔ)xe, PotjOsi yjjj.ïv. suivie des sigles suivants MTXB dont l'interprétation paraît devoir être :
Moepîoc yiverai xptcmavwv (îoY)6eia Sous le buste on voit une croix flanquée des lettres : EGO0O qu'il faut lire : goumène bénit à la fin du repas en l'honneur de la Trinité et de la sainte Vierge, en souvenir d'une curieuse légende apocryphe, qui se lit dans VHorologion et dans les rubriques du jour de Pâques dans le l'enlecostarion ; on y trouve également le texte de l'invocation à la Vierge que la légende fait remonter aux apôtres.
Iiibl. — Th. Ouspensky, Artonsnaja Panagija, dans le Bulletin de l'Institut archéologique russe de Constantinople, t. viii, 1903, p. 249-263 ; cf. S. Pétridès, dans Échos d'Orient, t. vii, 1904, p. 189.
XXXIII. Plaques d'or ciselé. — En 1854, à peu de distance de la Rotonde, on découvrit des plaques d'or ciselé, enrichies de grenats où l'on pensa voir des débris de la cuirasse de Théodoric. Ces bijoux peuvent remonter au v« siècle ; rien n'autorise à y rattacher le nom de Théodoric.
XXXIV. Stuc. — On a fait à différentes reprises usage du stuc à Ravenne, au baptistère des orthodoxes et à Saint-Vital. J.-P. Richter a proposé d'en faire — au baptistère — une œuvre du v* siècle, tandis que Crowe et Cavalcaselle y voient un produit de l'art du Moyen Age. A Saint-Vital on a recouru abondamment à ce procédé décoratif qui, déjà alourdi, ressemble à un expédient pour se libérer d'une sculpture trop onéreuse (voir Dictionnaire, au mot Stuc).
XXXV. Ivoire. — 1. Chaire de Maximien (voir Dictionnaire, t. x, col. 2783-2798 ; t. xii, col. 301. fig. 8515 ; t. xiii, col. 1095, fig. 9624). Cf. C. Cecchelli. La cattedra di Massimiano ed allri avorii romanoorientali, Roma, 1937.
2. Diptyque de Murano (voir Dictionnaire, t. iv, col. 1162, ri. 75 ; t. xii. col. 529, fig. 8602).
XXXVI. Croix stationale de saint Agnellus. - On conserve à la cathédrale une croix d'argent exécutée par ordre de l'archevêque Agnellus, dont il est fait mention dans le Liber pontificalis en ces termes : Fecit beatissinms Agnellus crucem magnum de argento in L'rsiana ecclesia super sedem posl tergum pontifias in qua sua effigies manibus expansis oral. Aujourd'hui, à Ravenne, on appelle croix de saint Agnellus celle que publia Ciampini, sur les deux faces de laquelle on voit une série de bustes au nombre de quarante, figurés sur autant de petits médaillons. Sarti a fait remarquer que ce ne pouvait être la croix d'Agnellus parce qu'elle fut faite pour être placée sur la chaire épiscopale et non pour servir aux stations. Paciaudi observe que trois seulement des personnages, sur quarante, portent le pallium. Quant aux deux médaillons du centre, la résurrection du Christ et l'Orante entre deux cyprès, c'est un travail du Moyen Age.
Les plus anciens actes dont les originaux nous sont parvenus, chartes* privées du VIe rédigées pour la plupart à Ravenne, ont conservé la tradition du latin de la chancellerie impériale romaine et ne présentent encore qu'un assez petit nombre d'altérations dans l'orthographe dues principalement à l'influence de la prononciation. Ces chartes nous font connaître entre autres choses la forme des souscriptions à la fin du Ve et au VIe. En voici un exemple : 4Ego Theudusius vir honestus) tabell. urbis Rom. habens stationem in porticum de Suborra reg. quarto, scriplor hujus chartulœ a die prœsenti donationis ;>osl testium subscriptiones et tradilione facta complevi et absolvi.
Un de ces papyrus des chartes de Ravenne, publié peu correctement par Marini 2, d'après une copie de Dionigi prise sur l'original alors à Vérone, aujour d'hui à Paris (Suppl. lat. H00) nous offre un exemple de demande de concession emphytéotique adressée à l'Église de Ravenne (voir Dictionn., t. iv, col. 27662777). Elle contient l'énumération des biens qui doivent faire l'objet de l'emphytéose, suivie de l'engagement pris par le concessionnaire de cultiver et améliorer ces biens et de payer une redevance annuelle ; elle est rédigée par un notaire de Cumiachum (aujourd'hui Comacchio). Ce bail emphytéotique offre dans ses caractères extrinsèques une assez grande ressemblance avec les actes du VIe pour qu'il soit permis de le faire remonter jusqu'à cette époque, et de le considérer comme l'un des plus anciens documents de ce genre qui nous soit connu.
XXXIX. Épigraphie. -- Une fois encore nous rencontrons l'inévitable Agnellus qui prœdiclum \librum\ pontiflcalem ego Agnellus. qui est Andréas fabbas Sanclae Maris ail Blachernas et Sancti Bàrtholomei ) exiguus Sanctx mew hujus Ravennatis Ecclesiœ presbyter, rogatus ri conclus a frulribus ipsius sedis composui. Xous avons cl i t ce que l'archéologie lui doit, il n'est pas moins utile pour l' épigraphie de Ravenne. car il a inséré dans son texte un certain nombre d'inscriptions relatives à des archevêques, lesquel les ont aujour d'hui disparu et que personne autre que lui n'a songé à recueillir ; les unes dédicatoires, les autres funéraires. 11 y apportait une grande attention comme on le voit par l'inscription de son homonyme l'archevê que Agnellus (t 570) conservée en partie.
Après Agnellus il faut accorder un rang honorable à Didier Spreti (1414-1 17 11 qui composa en 1 15 !) son Ravennatis de amplitudinr. de vuslutione cl de instauratione l'rbis Ravenna dont l'édition italienne Délia grandezza délia ruina e delta restaurazione di Ravenna. Pesaro, 1574, est une simple traduction. Tous les recueils épigraphiques composés aux xv cl xvr* sièc les dépendent de Spreti.
1. Cathédrale et ses dépendan ces. Portrait en mosaïque de saint Proculus et deux autres évêques :
Hibl. — Fabri, Le sagre memorie, t. il, p. 405, n. 6 ; p. 408, n. 9 ; p. 120. n. 20 : Corp. inscr, lat., t. xi, n. 254.
2. Baptistère SaintJean-des-Fonts ou des orthodoxes ; décoré par l'évê que Néon (458) :
3. Baptistère SaintJean-des-Fonts ou des orthodoxes. a) Baptême du Christ par saint Jean (voir Diclionn., t. il, col. 361, flg. 1295). Au-dessus du Christ le mot IX IN ; au-dessus du symbole du fleuve :
LORDA.WY.
b) A l'entour du médaillon central, une zone dans laquelle sont représentés les apôtres avec leurs noms :
PETR VS, ANDREAS, IAC0BV ZEBEDEI, I0HANNES, FILIP PVS, S LO BARTO MEV. IVDA SZELOT, SIMON CANANE, IAC0BVS ALFEI,
S ES VS
MATT HEVS, PAV LVS
c) Dans la zone inférieure, sur les livres :
EVANCELIVN EVAN CELIVN EVAN CELIVN EVAN CELIVN SECVN MATTH SECVN LVCAN SECVN IOANNE SECVN MARCVN EVN Hibl. — Garrucci, Storia, pi. ccxxvi, p. 34-36 ; Corp. inscr. lat., t. xi, n. 256 ; cf. G. de Jerphanion, Quels sont les noms des douze apôtres dans l'iconographie chrétienne, dans La voix des monuments, in-8°, Paris, 1930, p. 189-200.
4. Baptistère Saint-Jean-des-Fonts ou des orthodoxes ; sur les arcs inférieurs.
Les senten ces a, b, c, sont coupées chac une par un monogramme :
7. Non loin de cette habitation (Tricoli), saint Pierre Chrysologue fit bâtir la chapelle de saint André, dont tous les murs furent revêtus de marbre de Proconnèse et au-dessus de l'entrée, au-dehors, un poème.
8. Chapelle du palais archiépiscopal, décoration mosaï que ordonnée par saint Pierre Chrysologue : Séries de médaillons encadrant les fenêtres, et portant des noms de saints (voir Dictionn., t. xn, col. 201, fig. 8501). a) (Sud) : Cassianuus, Chrysogonus, Chrysanthus, Sebastianus, Fabianus, Damianus. • b) (Est) : Paulus, Jacobus, Johannis, Petrus, Andréas, Filippus. c) (Xord) : Eufimia, Eugenia, Cecilia, Daria, Perpétua, Félicitas. d) (Ouest) : Jacobus, Taddœus, Simon Cananeis, Thomas, Maltheus, Barlholomeus. e) sur la paroi vers l'Orient, sur l'autel : SCA MARIA. /) sur la paroi vers le Nord, le Christ portant sa croix sur l'épaule et tenant en main un livre avec ces mots :
EGO VERI
SVM TAS ET
VIA VITA
MOX REPARATVS ABIT CORPORE CHRISTE TVO Bibl. — Agnellus, Lib. pont., Victor, n. xxv ; Corp. inscr. la !., t. xi, n. 262.
PETRO MERGENTI MANVM o conlinuo ventus cessavit porR\git iubemE DOMN Hibl. — Agnellus, Lib. pont., Victor, n. xxv ; Corp. inscr. lat., t. xi, n. 263. Mommsen et J.-B. De Rossi, croient qu'après le premier mot du 3e vers, la suite du vers et le début du suivant sont refaits, si la leçon est exacte, il faudrait entendre que res balnea parva priu.s refecit novitate quse oetusla fprisco labore) déporta et et tamen mira esset.
11. Tricoli fut complété par l'archevê que Maximien qui s'y fit représenter en mosaï que avec tous ses prédécesseurs et fit mettre une inscription conservée par Agnellus :
ECCLESIAPQVE SVae PONTIFICEM STATVIT IPSE AVTEM FACTIS PROPRIIS Scit NON MERV1SSE
CVLMEN APOSTOLICVM SED PIETATE DEI
12. Sur un chapiteau coupé en deux parties. Monogramme du Christ et d'un certain Pierre qui, d'après Muratori, serait le successeur d'Agnellus en 569 ou 570.
PETRVSEPISC SCERAVENAT a IN HO Bibl. — Corp. inscr. lat., t. xi, n. 265.
13. Cathédrale. Ambon d'Agnellus dans la basilica Ursiana, même inscription sur les deux faces :
+ SERVVS ;XPI ACNELLVS EPISC HVNC PYRCVM || FECIT-
14. Cathédrale. Monogramme sur la chaire d'ivoire de Maximin (voir Dictionn., t. m, col. 59, fig. 2409).
Bibl. — Corp. inscr. lat., t. XI, n. 267.
15. Perdue, autrefois dans le pavement de la cathédrale. De Rossi croyait que ce fragment fut apporté de Faenza ; lui et Mommsen ont proposé divers suppléments : salvo i]ssimo et clemenlissi[mo rege Theoderico] vir subl(imis), De Rossi.
Gudila com(es).... [et cura]tor r(ei )p(u)b(lic« ) hanc sta[luam lerrœ m]olo conlapsam [statuit n]oviter super [marmorea] vase ad ornatum [ecclesise] Faventinae [ex dono propr]i ;v civilati[s], Mommsen.
truite par le cubiculaire majeur de l'empereur Honorius. Fauricius fut inhumé dans le monastère des saints Gervais et Protais, près d'une mosaï que représentant les trois jeunes hébreux et cette inscription en lettres d'or (date 435 ?).
21. Classe, près de l'église appelée Petriana, une fontaine carrée que saint Pierre Chrysologue fit décorer avec ces inscriptions de part et d'autre :
22. Classe, monastère adjacent à l'église Petriana, que l'évê que Agnellus fit orner de mosaïques :
QVI PERIERANT ET DEO AVCFORE INVENTI SVNT HAEC ABSIDA MUSIVO EXORNATA EST
23. Église de la Sainte-Croix élevée par Galla Placidia qui portait sur l'arc ces vers :
Bibl. — Agnellus, Lib. pont., Jean, c. xx ; Corp. inscr. lat., t. xi, n. 274.
24. Église de la Sainte-Croix, au fronton étaient représentés les quatre fleuves du paradis avec cette inscription :
QVI VT FINEM NESCIS SIC QVOQVE PRINCIPIVM TE CIRCVM SISTVNT DICENTES TER SANCTVS ET AMEN
n. 277.
30. Saint-Martin au Ciel-d'or, devenue Saint-Apollinaire-Neuf ; inscription mentionnée par Agnellus :
THEODERICVS REX
Bibl. — Agnellus, Lib. pontij., Agnellus, c. xxvn : Corp. iriser, lai., t,xi, n. 280.
31. Église Saint-Martin au Ciel-d'or, devenue SaintApollinaire in Classe (voir Dictionn., t. i, col. 2827, fig. 947). Nous avons décrit ci-dessus (col. 2108) cette basili que. Au nombre de vingt-cinq, les saints portent sur leurs vêtements une ou deux lettres énigmatiques. On ajouta plus tard une image de Justinien.
Bibl. — Corp. inscr. lat., t. xi, n. 281, 281 a.
32. Mausolée de Théodoric, les noms des apôtres (voir ci-dessus, col. 2089).
33. Église à la vierge Marie élevée par l'évê que Ecclesius (521-532), écroulée en 1550.
VIRCINIS AVLA MICAT CHRISTVM QVAE CEPIT AB ASTRIS NVNCIVS E Cad-IS ANCELVS ANTE FVIT
34. Église Sainte-Marie Majeure ; Rossi rapporte la construction de cette église à Pierre IV (570-578) :
LAVRENTIVS -V-R-SVBDIAC-S-R-E-
Ligne 2 : v(ir) r(everendus) subdiae (omis) sfanctœ) R(avennatis) e(cclesiœ).
35. Même église ; sur l'ambon : il s'agit de J'archevê que Félix (vers 708-724).
En l'année 545.
37. A Saint-Vital, dans le narthex (in ardica), inscription en gran des lettres ; datée de l'année 547 :
Ligne 2 : i » ;'ro beato ; ligne 5 : viro reverendo.
Bibl. — Agnellus, Lib. pont., Maximien, c. xxvi ; t. i, p. 262, n. 279 ; Fabri, Le sagre memorie, t. i. p. 358 :
Corp. inscr. lat., t. xi, n. 288.
38. A Saint-Vital ; sur les quatre faces d'un pet it vase de marbre de forme carrée.
II+IVLIANVS arge||nt-serws ve||st-praecib
VEST BASL||A FVNDA PERFEC||
Julianns argent (arius) servus vest(er) prsecib(us) vest(ris) basi(licam) a funda(mentis) perjec(it).
39. A Saint-Vital. On trouvera ci-dessus (col. 21022107) la description des mosaïques.
40. A Saint-Vital. Tombeau de l'évê que Ecclesius avec une épitaphe métri que en cubes argentés :
T. — XIV. — 68.
44. A Saint-Apollinaire in Classe :
VAL-FELIX-PBOC-
Bibl. — Corp. inscr. lat., t. xi, n. 296.
45. A Saint-Apollinaire in Classe. L'évê que Jean, mort le 1 1 janvier 595, y fut enterré dans la chapelle des saints Marc, Marcel et Felicula, ornée par lui de mosaïques. Au-dessus de la porte on lisait cette inscription :
PARVVLA PRO SVmmIS REDDERE DONA PARAT ORACVLVM STATVIT TANTA VIRTVTE REPLETVM INFLEXVM REPARAT PARTE ab WRAQVE LATVS 15 ADDITVR HIS MERITIS FELIX SMARACDVS IN aevvm
CVIVS IN HIS TITWIS PARTICIPANTVR OPES
46. A Saint-Apollinaire in Classe ; sur la chaire, coupée en deux ; Damien, archevê que vers l'an 700.
Bibl. — Corp. inscr. lat., t. xi, n. 297 a.
47. A Saint-Apollinaire in Classe ; la date est l'année 731 :
NAM TALEM SVBITO FVNDATIS MOLIBVS AVLAM SOLA MANVS HOMINVM NON POTERAT FACERE
51. Aux SaintsJean-et-Paul, dont parle Venance Fortunat, Vita S. Martini, 1. IV, sur l'ambon.
+ s(an)c(ti)s(simo) Iolianni, s(an)c(ti)s(simo) Paulo s(acrum).
De donis d(e)i et s(an)cfti)s(simo)rum Iohanni et Pauli Adeodatus primfus ?) strator inl(ustris) pfrœfecturie ?) tempfori )b(us) d(o)m(i )n(i) v(ene)- rfa)b(ilis) Marinian(i) arcfhi )ep(i jsfcopi ) fec(it) indfictione quinta décima).
52. A Saint-Sévère, construit et dédié sous l'épiscopat de Jean le Romain (578-595) :
IN QVO NESCIT EVM MORS RETINERE VIRVM 5 SED QVAE TECTA SENEX NECDVM PERFECTA RELIQV1T
QVI QVOD INEST TANTO TVL1T HONORE DECVS IPSE PATER POPVLI VENIENS ROMANVS AB VRBE
Bibl. — Corp. inscr. lat., t. xi, n. 301.
53. Dans l'église Sainte-Pétronille, près de celle des Saints-Pierre-et-Paul ; sur la tombe de l'évê que Florentius (voir ci-dessus p. 2080, n. 16).
Bibl. — Corp. inscr. lat., t. xi, n. 302.
54. L'évê que Néon mourut le 11 février 458, il reçut la sépulture dans l'église Saint-Pierre-Majeur, dite aujour d'hui de Saint-François, devant l'autel de saint Pierre sous une dalle de porphyre : episcopi sce ravcnnatis
57. Au musée archiépiscopal, plaque de marbre 0 m. 87 x 0 m. 955. Agnellus fut inhumé devant l'autel de Sainte-Agathe ; retrouvée en 1734 dans le pavement de la cathédrale ; la date est 570 :
Constantini imperatoris liberavit ecclesiam suam de jure romanorum servitutis ; on juge par là du diapason du conflit entre Ravenne et Rome ; cf. Agnellus, Lib. pont., c. xxxiv.
61. Theodorus, 677-691, enterré dans le narthex : Hic requiescit in pace Theodorus v. b. archiepiscopus ; cf. Agnellus, Lib. pont., c. xxxvi, qui dit n'avoir pu lire aisément l'inscription.
62. Damianus, 691-708 ; son épitaphe commençait par ces mots : sanctificatis semper... cf. Agnellus, Lib. pont., c. xxxvii.
63. Félix, 708-724, enterré près de la chapelle Sainte-Felicula, avec cette inscription : Inter amas laudes... avec cette épitaphe : Hic tumulus clausum servet corpus domni Felicis scissiac ter beatiss. archiepiscopi ; cf. Agnellus, Lib. pont., c. xxxviii.
64. Sergius, vers 742 à 752-770 ; au musée de
PONTIFICIS REQVIEM CAELESTI MVNERE CESSAM
AGNELLVS VIRTVTE D~ NON PERDEDIT 111AM
CORPORIS IPSE SVI TEMPLVM SERBAVIT VT ESSEL
HIC RQ IN « PCAGNELLVS ARC-EPISC-
QSANN-Xlll MENSE-VNO DIE VIII
QVI VIXIT ANNOS OCTVGINTA-ET TRES
DEPOSITVS EST SVB D KAL-AVG-IND I1 !
58. Classe. L'abbé Agnellus nous dit : ingressi sumus intra monasterium sancti Jacobi quod est fundatum in/ra superscriptœ ecclesiœ fontem. Vidimus sepulcrum ex lapide proconiso prelioso... et desuper ipsam arcam illius imaginent mire depictam continebatur lilteris ; il s'agit de Pierre II (570-578) :
Bibl. — Agnellus, Lib. pont., Pierre, c. xvn ; Corp. inscr. lat., t. xi, n. 306.
59. A Saint-Apollinaire in Classe, dans le narthex (in ardica). Marinianus (595-606) :
Nous avons dit que la basilique de Saint-Apollinaire in Classe renfermait beaucoup de tombes d'évêques et d'archevêques ; à ceux qui viennent d'être rappelés nous ajouterons les suivants dont Agnellus avait transcrit les épitaphes dans son Liber pontificalis.
Classe : Hic requiescit in pace Sergius i>. b. archiepisc. sedit anno.
65. Joannes, 778-785 (voir ci-dessus, Sarcophages, n. 32, col. 2125).
66. Gratiosus, 785-789 (voir ci-dessus, Sarcophages, n. 31, col. 2125).
Les textes qui vont suivre, transcrits ou résumés sont conservés en original.
67. Au musée archiépiscopal, trouvée en 1734 dans le pavement de la cathédrale. Il s'agit d'un certain GERONTIVS V.C.PAé-NITENTIALIS. âgé de 56 ans, mort en l'an 523.
Bibl. — Corp. inscr. lat., t. xi, n. 308.
68. Au musée archiépiscopal, trouvée en 1734 dans le pavement de la cathédrale. Il s'agit d'une tombe commune à deux prêtres : VIRI VV (venerabiles ) PRESBB, en l'année 536.
Ribl. — Corp. inscr. lat., t. xi, n. 309.
Claaditur hoc tumulo Benedicti fida jugalis, qttse tenait castam defuncto conjuge vilain. Nomine Pulcheria fuit, sed nomine formant signavil mentemq (ue ) simul vitamq(ue) decentem. Filius his Thomas, aluit quem Manda relictee simpliciter pietas cari post fata miu-iti ; offlcium s[o]la ex(h)ibuit comm une parentum. Ipsius hic collo genetrix portata quiescit Taie decus mentit ftincris pia mater haberc D(e)pfosita) s(ub) d(ie) id(uum) F (e)b(ruariarum anno decimo) p(ost) c(onsulatum) Basil(ii) indficlione quarto décima).
+ HIC ■ REQVIESCIT IN PACE PETRVS NOTAR SCAE ECCL • RAV • QVEM MISEN CORS DS IVSTVM REceplT ANTeQVam MALITIA MVTARET-ET COR EIVS ET QVAM 5 VIS GRAVEM LVCTVM SVIS RELIQVI/ PARENTIB IVVENALI SVSCEPTVS IN AEVO IPSE TAMEN EXVLTAT IN PIO M VIXITIN SAECVLO ANN XXVII ET D XLVIII 'ÏÏPJ> DXV K IVL ÏND • Mil IMP • DN 10 JVSTINO PP Â ANN • III • IVXTA QVEM RE POSITA EST SOROR EIVS ZE/////NIA NON INPAR MENTIS RAPTA TENERIS l'N ANNIS QVAE VIXIT ANN~-VII-M XD V etc.
+ hic requiescit in pace Petru[s] notar(ius) s(an)c- (t)se eccl(esiœ) Rav(ennalis), quem mise[ri]rors d(eu)s justum re[cep]it ant\e]qu[am] malitia mutaret et f = etiam) cor eius et qua[m]vis gravem luctum suis j reliquat] parentibfus) juvenali susc[e]ptus in wvo, ipse lamen [e]xultat in (Chrislo ? )... Vixit in sœculo annfis) xxvij et d(ies) xlviij. D(e)p(ositus) s(ub) d(ie) xv kfalendas) Iul(ias) indficlione) iiij imp(erante) d(omino) n(ostro) f I]ustino pfer)p(etuo) A(ugusto) annfo) iij ; juxta quem reposila est soror eius Ze...nia, non in par mentis, rapta teneri\s i]n annis, quœ vixit ann(is) vij, m(ensibus)x, df iebus)o. d(e)p(osita) e(stj linquens luctu(m) utrisqfue) pa[r]entib(us) d(ie) non(o) k(alendas) Iun(ias) indficlione) s(upra) sfcripta quarto) eod(em) \imp(eranle) ann(o tertio)...
74. A Sainte-Marie du port, plaque de marbre ; datée de l'année 574 :
Hic requiescent in pace Florentius pater ( ?) pistorum régis Theoderici, qui vixit ann(os) pl(us)m( inus) Ixxij, depositus est sub d(ie) v non (as) Oct(obres) ind(iclione) v sepliens p(ost) c(onsulatum)] Basil(ii) jun(ioris) v(iri) c(larissimi) et coniux ejus Dominica r(eliyiosa) [/ (emina)], quœ vixit ann(os) pl(us) m(inus) Ixviij, deposita est sub d(ie) xix kalf endos) Oct(obres) indficlione) iij [pfost) cfonsulatum)] secun(dum) d(omini) nfostri) lustini p(er)pfetui) Augfusti) annfo tertio) simulqfue) et filius eorum A]>olenaris cancellfarius ) pref/ecti = exarchi ) Longini, qui vixit annfos) pi fus) m f inus) xxxv, depositus est sub dfie) vi ifdus) lunfias) indficlione) [septima ?], pfost) cfonsulatu) secundo dfomini) nfostri) lustini p(er)j)fetui) Augfusti) annfo octavo ?).
Ce « père des boulangers du roi Théodoric « paraît être là pour le « préposé » ou le « patron », puis que dans une charte de Ravenne, conservée à la bibliothè que Vatican ? et publiée par G. Marini, / papiri diplomatici, p. 187, n. cxxn, il est fait mention à deux reprises d'un Florentinus v. c. Expp. Pistorum, mais ce n'est pas celui de notre inscription car la charte est datée entre 580 et 590.
70. Au musée archiépiscopal, table de marbre trouvée en 1731, dans le pavement de la cathédrale ; peu lisible, date 579.
Bibl. — Corp. inscr. lai., t. xi, n. 318.
77. Au musée de Classe. (Voir ci-dessus, fig. 10588), cf. Corp. inscr. lat., t. xi, n. 320.
EX EPODECTA DE MEO PROPRIO NVLLO HABENTE CONSORTE XXVI SOLÏD
COMPARAVI IN QVA OSSA PARENTIBVS MEIS RELEVANS EX PARVOLA ARCA
DIE XVIII IVTLVNII INDICT QVARTA POST HOC PARVOLA FILIA MEA BONA
VIII IMP DNI IVSTINI PP AVG ANNO X PC EIVSDEM SECVNDO ANNO VII
Ligne 1 : jubante. sco Martine-, formule qui s'inspire de jubenle Christo ; ligne 2 : epodecta pour apodecta (de = suceptor) ; ligne 6 : die decimo menais decembris, c'est probablement l'exemple le plus ancien de la numération par jours du mois, sauf peut-être l'inscription de Lodi (Corp. inscr. lot., t. v, n. 6377).
78. A Saint-Apollinaire in Classe, fragment d'épitaphe d'un ORREARIVS ; cf. Corp. inscr. lat., t. xi. n. 321.
84. Au musée archiépiscopal, plaque de marbre trouvée, eu 1734, dans le pavement de l'ancienne cathédrale. Épitaphe d'Isidorus qui se termine par un anathème : si quis hanc (sepultura)m violaveril (non) accipiat a(nima)... separabil. Cf. Corp. inscr. lat., t. xi, n. 327.
85. Épitaphe de Droctulft (lin du vr3 siècle) devant le seuil de Saint-Vital :
90. Musée de Classe, trouvée en 175G près de SaintApollinaire ; tablette de marbre, longueur : 0 m. 53 ; largeur : 0 m. 25 (voir ci-dessus, col. 2076-2077) ; cf. Corp. inscr. lat., t. xi, n. 332.
91. Près de Sainte-Marie du port :
DEPOSITIO VALERIANI INFANTIS X KALENDAS AVGVSTAS Bibl. — Corp. inscr. lat., t. xi, n. 333.
VASTATOR GENTI ADFVIT IPSE SVAE CONTEMPSIT CAROS DVM NOS AMAT ILLE PARENTES 10 HANC PATRIAM REPVTANS ESSE RAVENNA SVAM BARDORVM INNEMERAS VICIT ET IPSE MANVS RVRSVS ET IN TERRIS AVAREM SVPERAVIT EOIS 20 CONQVIRENS DOMINIS MAXIMA PALMA SVIS
HIS REDIIT TERRIS CVIVS AMORE PIO
Bibl. — Paul Diacre, Historia Langobardorum, I. III, c. xix ; Corp. inscr. lat., t. xi, n. 319.
86. Dans le pavement de l'ancienne cathédrale, perdue ; cf. Corp. inscr. lat., t. xi, n. 328.
87. Au musée archiépiscopal, trouvée dans le pavement de l'ancienne cathédrale :
...vitam com]pleri ; matris Placidiœ v[en(erabilis) f (eminse) t]antum in hoc monumen[to] reponatur corpus nec u\nquam] ab aalico f = aliquo) violelur (co[njuro conjecit Mommsen p]er inseparabilem trin[itatem] qui unus et verus e(st) d(eu)s. Q[uis\quis prœsumpserit su[pra s(cripla)] tria corpora aperire s... hoc judicio d(e)i incurrat [et a]beat portionem cum Iuda l[radito]re d(ei) n(ostri).
92. Quelques fragments parmi lesquels un argentarius (Corp. inscr. lat., t. xi, n. 334).
93. Au musée archiépiscopal, provenant de l'église Saint-Zacharie, située à 10 mil les de Ravenne ; encore un argentarius, fils d'un argentarius, en 581 ; cf. Corp. inscr. lat., t. xi, n. 350.
XL. Pierres gravées. — En 1883, Em. Le Filant signalait à la bibliothè que de Ravenne une collection de pierres gravées parmi lesquel les son choix portait de préférence sur quelques pierres d'origine chrétienne :
1. Cristal de roche. Le bon Pasteur (voir Dictionn., t. vi, col. 833, n. 138, fig. 5023). bar que et en haut le chrismon ; en suivant, la colombe apportant le rameau d'olivier et volant vers Noé debout dans l'arche et dont on voit encore la tète et
+ AO)
+ AOÙ
les bras tendus en avant. Au centre, le Christ debout, semble toucher d'une baguette un objet de forme allongée, posé à terre et que sa mutilation rend difficile à reconnaître (voir Dictionn., t. vi, col. 837, n. 164, flg. 5048).
3. Cornaline portant le mot IX0YC en lettres é parses YX0VC (voir Dictionn., t. vi, col. 819, n. 61, lig. 4951).
■î. Jaspe ovale à base octogone. Le bon Pasteur (voir Dictionn., t. vi, col. 833, n. 139, flg. 5024).
5. Cornaline rapprochant les deux symbo les chrétiens les plus antiques : deux poissons nageant en sens inverse de cha que côté d'une ancre (voir Dictionn., t. vi, col. 826, n. 99, fig. 4988).
Cum canerem reges et prœlia, Cynthius aurem Veïlit et admonu.it. liibl. — E. Le Blant, Une collection de pierres gravées à la bibliothè que de Ravenne, dans Mélanges d'archéol. et d'hist., t. m, 1883. p. 34-42, pi. i ; Rev. archéol., 1883 ; 7-ïO inscript, de pierres gravées inédites ou peu connues, 1896 ; H. Leclercq, Manuel d'archéol. chrét., t. n. p. 383, flg. 297.
XLI. Ravenne au xvne siècle. — Une ville telle que Ravenne mériterait un traitement, disons mieux, un hommage particulier. Il appartiendrait à ceux qui vivent dans la familiarité quotidienne de ses monuments admirab les de recueillir les impressions qu'ils ont faites aux visiteurs de tous les âges. Do m Mabillon n'en fut pas touché, ce qu'il a vu tient en deux lignes3. Dom Montfaucon fut moins concis, mais nous citerons ici le journal du je une religieux bénédictin, dom Paul Briois, son compagnon de voyage en 1698 •. « Nous arrivâmes de bonne heure à Ravenne, le 2 septembre ; c'est une ville assez grande, mal bâtie, mal peuplée et dont les habitants sont fort pauvres. Nous fûmes aussitôt à Saint-Vital 8, monastère de notre ordre... où nous fûmes fort bien reçus... Nous vîmes d'abord l'église, qui est considérable pour son antiquité ; il y a dans le chœur une mosaï que fort curieuse. L'empereur Justinien y est représenté avec ses habits impéri aux, le patriarche, accompagné de ses diacres et de ses autres officiers de l'autre côté ; on y voit l'impératrice avec une partie de sa cour, tous avec les habits et marques de leur dignité. M. Ciampini avait fait copier ce mosaï que pour le donner au public. On voit dans la même église le puits où fut jeté le corps de saint Vital ; dans le jardin il y a une petite église dédiée à saint Celse, où est le tombeau de Placidia et de deux de ses enfants Valentinien et Honorius ; on voit dans celui de Placidia sa tête entière.
« Le 3 : nous fûmes voir le monastère de Saint-Romuald, dans la ville, où l'on voit plusieurs pièces de marbre et de porphyre ; dans l'église des Théatins, la fenêtre par laquelle le Saint Esprit entra en forme de colombe, les évêques étant assemblés pour une élection ; et se vint placer sur la tête de celui qui devait être élu. Il y a, dans la même église, le baptistère des Ariens. Nous fûmes à la place.... et à la cathédrale. C'est une église assez grande, mais mal ornée et qui n'a rien de digne d'une métropolitaine ; l'abside est ornée d'une mosaïque fort belle. Il y a proche de la chaire une espèce de tribune de marbre blanc, fort ancienne et d'une forme particulière. On y lit 6 :
Hune purijum fecit.
« Il y a en relief quatre rangs d'animaux, des pigeons, des canards, des cerfs et des poissons '.
« De l'église nous fûmes aux chartriers, où on nous montra une charte accordée par Pascal II à l'Église de Ravenne ; elle est sur de l'écorce, en caractères lombards 8. Il y a dans la chapelle ouest le Saint-Sacrement... Le soir, nous fûmes à l'église des chanoines de Saint-Jean-de-Latran... dans la sacristie, on conserve un gros vase de porphyre, qu'on dit avoir servi aux noces de Cana (voir Dictionn., t. vm, au mot KefrKf.nna).
« Le 5. Le lendemain matin, nous retournâmes encore au chartrier de la métropole. Le soir, nous fûmes en carrosse... voir la rotonde. C'est un mausolée, de forme ronde, bâti de fort bonnes pierres par le commandement d'Amalasonte pour son père Théodoric ; le corps de ce roi était dans une urne de porphyre, placée sur le haut et au milieu de ce petit dôme. Ce qui est de surprenant, c'est la pierre qui couvre cette chapelle, qui a trente-huit pieds de diamètre et 15 d'épaisseur ; l'urne de porphyre est tombée et elle est présentement enchâssée dans le mur d'un ancien palais, qu'on dit être celui de Théodoric.
« Le 6. Nous fûmes voir ce qui nous restoit encore à voir ; nous vîmes le baptistère des catholiques, qui est orné d'une fort belle mosaïque. C'est un bâtiment de forme presque ronde, on s'en sert encore ; la cuve est fort large... Le soir nous fûmes en carrosse voir le fameux monastère de Classe* : c'est un lieu présentement abandonné : l'église est grande ; la mosaïque de l'abside est d'une très belle conservation. Sous le grand autel est le corps de saint Apollinaire... 10 » Et, cela fait, le lendemain, Montfaucon et son confrère partent pour Lorette.
Ceci n'est qu'une indication, notée au passage, et ce n'est pas la seule. En 1852, un archéologue à l'intelligence ouverte, l'abbé Crosnier, de Nevers, consigne des impressions et des remarques dans son « Avez-vous vu Ravenne ? » » où tout n'est pas à négliger, sauf l'illustration qui est lamentable ; mais cela même montre à ceux qui en douteraient que l'archéologie a cessé d'être un passe-temps pour devenir une science, H. Leclercq.
RÉ (Ile de). — I. Couronne. IL Tombes.
I. Couronne. — Trouvée en 1731 dans l'île de Ré. « Elle n'est que de cuivre, mais on y remarque en quelques endroits les restes d'une assez belle dorure. Ses fleurons consistent en quatre fleurs de lys, et quatre triangles renversés dont les trois lignes sont un peu courbes en dedans ; huit pierres enchâssées sous les fleurons, ornent le cercle, si néanmoins on peut donner le nom de cercle au corps de cette couronne, qui consiste en deux lames convexes, et qui étant l'une et l'autre assez larges au centre, se rétrécissent peu à peu jusqu'aux extrémités où elles se rejoignent. La principale des huit pierres était une turquoise enchâssée au milieu qui posait sur le front ; les sept autres n'étaient que des cristaux fort gâtés par la rouille, et... une partie du crâne du défunt était comme mastiquée au cercle de la couronne qu'on lui avait mise après sa mort l ».
L'éditeur de ce petit monument, dont il ne donne ni le poids ni les dimensions et qui semble avoir disparu, conjecture qu'il a pu appartenir à Hunold, duc d'Aquitaine, qui se fit moine à l'île de Ré en 745, quitta le monastère en 768 après la mort de son fils et, après plusieurs aventures et mésaventures, périt misérablement à Pavie en 774. Comme on ne voit pas trop pour quoi la couronne de ce prince se trouverait en un lieu où il n'en fit pas usage, il semble plus acceptable d'en faire un insigne ayant appartenu à Eu des, père d'Hunold, fondateur du monastère où il mourut paisiblement en 735, comme nous l'apprend une charte de Char les le Chauve, de 845 2.
II. Tombes. — En avril 1849 et en avril 1859 des fouilles firent découvrir des sépultures chrétiennes ( ?) dans la commune du Bois. La description qu'en donne T. Phélippot, dans Bulletin monumental, t. xxvi, 1860, p. lcSO, ne présente aucun indice de christianisme.
H. Leclercq.
RECESSIT. — Ce mot s'entend aisément, même lorsqu'il n'est accompagné d'aucune précision.
On conserve au musée Alaouï, à Tunis, une tombe en mosaïque en bon état de conservation, trouvée à Souk-el-Abiod (Tunisie) ; longueur 2 m. ; largeur 0 m. 90 ; hauteur des lettres : 0 m. 085. Dans un encadrement formé d'une rangée de denticules et d'une torsade est disposée, dans le sens de la longueur, une triple épitaphe en cinq lignes soulignées au milieu du champ. Au sommet une couronne dentelée entoure un chrisme de forme constantinienne, accosté de l'alpha et de l'oméga, en cubes d'émail bleu foncé ; au-dessous, deux colombes ailées becquettent une branche de rosier fleurie. Au bas de la tombe est figuré un cep de vigne avec feuilles, grappes et vrilles. Cubes calcaires de couleurs assez vives 1 :
NARDVS-SENIOR T VR AS-S V S I V N IOR RESTITVTVS IVNIOR RECESSIT PRIDIE IDVS MAIAS-FIDELES IN PACE
Pour montrer combien cette formule était fréquente nous citerons quelques épitaphes trouvées dans un petit cimetière situé dans la région du cap Bon (Tunisie) 2, exploré par le Dr M. Sicart et décrit par M. L. Poinssot3. Deux des tombes sont en mosaïque et sont entrées au musée du Bardo. La première est en deux fragments qui ne se raccordent pas, mais faciles néanmoins à compléter ; celui de gauche, long de 0 m. 58 est incomplet à gauche et partiellement en bas ; celui de droite, long de 0 m. 54 est incomplet en bas et à droite. Large encadrement de 0 m. 26, cartouche intérieur haut de 0 m. 24 ; à gauche, des symboles qu'on ne saurait restituer ; à droite, deux poissons4 :
L'interprétation Récessif s'impose car sur une tombe du même cimetière le mot est écrit en toutes lettres.
Sur la deuxième mosaïque, haute de 0 m. 54, longue de 0 m. 98, encadrement large de 0 m. 20, cartouches haut de 0 m. 16, long de 0 m. 60 ; hauteur des lettres : 0 m. 065, noires en haut, rouges en bas * :
VIXIT /NNIS lli R P& \& APR Honoratus in pace vixit annis iij, r(ecessit) p(ri)- d(ie)idus apr(i les).
Les deux épitaphes qu'on vient de transcrire présentent une grande ressemblance tant au point de vue de la composition que de la répartition des couleurs avec la tombe collective de Nardus senior, Turassus Junior et Reslitutus Junior citée ci-contre 6 et celle de l'archiatre Cottinus qui provient de Furnos minus '. Toutes, attribuables à un même atelier, remontent au IVe après J.-C. 8.
Dalle de calcaire, longue de 0 m. 45, haute de 0 m. 185, épaisse de 0 m. 025, au musée du Bardo :
Les caractères des deux épitaphes sont gravés de façon identique, par la même main, vers le même temps. Tout porte à croire que nous sommes ici en présence d'un frère et de sa sœur qui recesserunt à peu d'intervalle, âgés l'un de 14 ans, l'autre de 12. Les deux symboles sont intéressants, surtout le flabellum (voir Dictionn., t. m, col. 1606, flg. 2930 ; col. 1610 ; t. v, col. 1617, fig. 4468, col. 1618). M. L. Poinssot interprète les deux mentions : anno X 1 et anno XII non de l'âge des défunts mais de la date de leurs décès, par conséquent à l'ère datée de la prise de Carthage par Genséric (octobre 439) ou à l'ère de la reconquête byzantine par Bélisaire (septembre 533). Cette explication est, certes, défendable ; on peut aussi y voir anno\rum\ xiiij et anno[rum] xij, quoiqu'on ait plusieurs exemples de anno suivi d'une note numérale (Dictionn., t. vm, col.J226, 1229-1230).
De ce même cimetière, citons encore :
Enfin, sur une dalle de marbre blanc de 0 m. 24 de large sur 0 m. 28, épaisse de 0 m. 062 :
RECESSIT IN PACE %, à Aquilée (Corp. inscr. lai., t. v, n. 1664).
RECESSIT IN PACE DOMINI Nosirl lESu CHRF'sfl, en Espagne, en 489 (Em. Huebner, op. cit. n. 312).
RECESSIT IN SOMNO PACIS, en 407 (De Rossi, Inscr., t. i, n. 578).
RECESSIT IN SOMNVM PACES, à Rome (Nolizie degli scavi, 1907, p. 703).
RECESSIT IN ALBIS.en Gaule (Le Blant, op. cit., n. 644).
RECESSIT IN ALBIS CVM ibid., n. 355).
PACE, en Gaule (id., Rome (G. Marchi, (Cod. Vatic. 9072, Rome, 235, 403 (De Rome, en 397 (id., Ascoli (Corp. inscr.
RECESSIT Monumenli, p.
RECESSIT fol. 412).
RECESSIT DE SAECVLO, à Rossi, Inscr., t. i, n. 7, 521).
RECESSIT DE HAC LVCE, ibid., t. i, n. 443).
RECESSIT DE HAC VITA, à lat., t. ix, n. 5274).
RECESSIT DOLO SVO, à Rome, en 400 (De Rossi, Inscr., t. i, n. 491).,..
H. Leclercq.
RECLUS. — I. Inclausus ou reclausus. II. Les reclus en Orient. III. Les reclus en Occident. IV. Recluses. V. Épigraphie. VI. Miniature. VII. Bibliographie.
I. inclausus ou bevlausus. — La recluserie est une façon authentique de la pénitence ascétique. Elle comporte deux formes distinctes : la pratique de la vie solitaire dans un lieu à l'écart de toute habitation, ou bien cette même pratique garantie par une étroite et perpétuelle clôture. On sait généralement combien nombreux furent au Moyen Age les reclus qui, pour l'expiation de leurs fautes ou par un ardent désir de contemplation, s'imposèrent ou bien même firent le vœu de vivre jusqu'à leur mort dans une étroite cellule ou une petite maison contiguë à une église. Ce genre de vie religieuse, dont les premières origines nous reportent vers le temps de la paix de l'Église, obtint, dès le vc siècle, un tel développement que les conciles eurent à légiférer à ce sujet '. Par la suite, on en vint à rédiger des règles spéciales destinées aux reclus, par exemple celle du prêtre Grimlaïc, ou celle d'Aelredus, abbé cistercien de Rievaulx 2. Les vies de saints nous offrent souvent la mention de reclus, tandis que les monuments épigraphiques de la période qui fait l'objet de nos études n'en ont gardé aucun souvenir. Ni le recueil d'Edm. Le Blant, ni les divers volumes du Corpus des inscriptions et les collections que nous avons parcourues ne nous en ont offert aucun exemple jusqu'au IXe 3. Il n'en est plus de même à partir du xie et du xiie, mais ceci échappe à nos recherches 4.
Une distinction s'impose entre les ascètes dont le désert était l'unique clôture et ceux qui se confinaient dans un réduit inaccessible à tous. Les premiers n'ont pas pu se dérober à la curiosité, les autres y étaient fâcheusement exposés, on les a distingués les uns des autres par les appellations d'ermites, d'anachorètes, de reclus. Ces derniers eurent de bonne heure un état bien distinct que Mabillon précise en ces mots : Célèbre quondam apud nos fuit reclusorum institutum 6 et, dès le VIe, saint Benoît cataloguait les genres de moines et reconnaissait que dans les monastères il existait deux catégories de cénobites. Celle qui travaille à sa sanctification dans une communauté, sous une règle et sous un abbé ; l'autre qui, ayant dépassé le stade de la ferveur novitiale et subi une épreuve monastique déjà prolongée, a appris dans le monastère à combattre les pièges du démon et suffisamment formée pour soutenir la vie du désert sans le soutien d'autrui, peut, avec l'aide de Dieu, combattre seule les vices de la chair et de l'esprit6. Disséminés ou groupés dans des espaces sur l'emplacement, la nature et l'organisation desquels nous ne savons presque rien, ces ermites n'échappaient pas complètement, comme dans le désert d'Égypte, à une certaine surveillance et à une discipline quelconque. Quelques textes nous renseignent. Un concile de Vannes, en 463 : Servandum quod de monachis, ne eis ad solitarias cellulas liceat a congregalione discedere, nisi forte probatis post emeritos labores, aut propter infirmitatis necessitatem asperior ab abbatibus régula remitlatur. Quod ita demum fiat, ut intra eadem monasterii septa manentes, lumen sub abbalis poleslate separalas habere cellulas permitlanlur 7. A Agde, en 506 : In monachis presentis sententiœ forma servelur, quos si verborum increpalio non emendaverit, etiam verberibus slatuimus coerceri. Servandum quod de monachis, ne eis ad solitarias cellulas liceat a congregalione discedere, nisi forte probatis post emeritos labores, aut propter infirmitatis necessitatem, asperior ab abbatibus régula remittatur. Quod ita demum fiet, ut intra eadem monasterii septa manentes, tamen sub abbalis poteslale separatas habere cellulas permittantur 8. Un siècle et demi plus tard, le VIIe concile de Tolède, en 648, constate la nécessité d'intervenir de nouveau contre cet abus : Ex hoc igitur justœ severilatis talia decernentes, opportuno amputare judicio jubemus eos, quos in cellulis propriis reclusos sanctœ vitœ ambitio tenet ; quos que ejusdem sancli propositi, et mérita juvant et probitas ornai, quielos Dei auxilio et nostro favore tutos existere : illos vero quos in lali proposito ignavia impulil, non prudentiœ cognitio deputavit, quos que nulla vitœ dignitas ornai, sed (quod est deterius) et ignorantia fœdat,et morum execratio turpat, decernimus ab his abjici cellulis at que locis, in quibus aut feruntur vagi, aut tenenlur inclusi ; at que ab episcopis, sive rectoribus monasleriorum, ex quorum congregalione fuerunl, vel in quorum vicinitate consistunt, in monasteriis omni modo deputentur ; ut illic sancli ordinis méditantes doctrin aux, primum possint discere qine sunt a palribus instilula, ut post valeant docere, qua> sunt sancta meditalione percepla « .
Ces canons et quelques autres qui seront promulgués à Francfort-sur-le-Mein, en 794, ont surtout pour objet de soumettre les fidèles désireux de vivre en reclus à une probation qui permette de s'assurer du caractère surnaturel de leur vocation. Généralement les canons conciliaires exigent une ou plusieurs années d'épreuve et un examen.
Il est un petit nombre de saints parmi ceux du passé qui n'aient passé un temps plus ou moins long dans la solitude, nous ne les considérons pas comme des reclus, mais ceux-là seulement qui en firent profession comme le nommé Hospitius, dont Grégoire de Tours a conservé le souvenir. C'était, dit-il, un reclus dans la cité de Nice (voir Dictionn., t. xn, col. 1 175), homme d'une grande abstinence, qui serrait son corps à nu dans des chaînes de fer, portait par dessus un cilice et ne mangeait rien autre chose que du pain et quelques dattes. Dans les jours du carême, il se nourrissait de racines d'une herbe d'Égypte à l'usage des ermites de ce pays et que lui apportaient les commerçants. Il buvait d'abord le bouillon dans lequel il les avait fait cuire et les mangeait plus tard. Dieu daigna opérer par lui de grands miracles, car à un moment donné, l'Esprit Saint lui ayant révélé l'arrivée des Lombards dans les Gaules, il la prédit en ces termes : « Les Lombards viendront dans les Gaules et dévasteront sept cités, parce que leurs méchancetés se sont accumulées devant les yeux du Seigneur, que personne n'entend, personne ne recherche Dieu, personne ne fait de bonnes œuvres pour apaiser la colère de Dieu. Car tout le peuple est infidèle, adonné au parjure, livré au vol, prompt à l'homicide, et ne produit aucun des fruits de justice. On ne paie pas les dîmes, on ne nourrit pas les pauvres, on ne couvre point ceux qui sont nus, on ne donne pas l'hospitalité aux voyageurs, on ne fournit point à leur faim des aliments suffisants ; de là est survenue cette plaie. Je vous le dis donc, rassemblez tout ce que vous possédez dans l'enceinte des murs, afin que les Lombards ne vous l'enlèvent pas, et songez à vous défendre vous-mêmes dans des lieux très forts. » Lorsqu'il eut prononcé ces paroles, tous demeurèrent stupéfaits, et, après lui avoir dit adieu, s'en retournèrent chez eux dans une grande admiration. Il dit aussi aux moines : « Partez de ce lieu et emportez avec vous tout ce que vous avez, car voilà que s'approchent les peuples que je vous ai prédits. » Et comme ils lui disaient : « Très saint père, nous ne t'abandonnerons pas », il leur répondit : « Ne craignez rien pour moi, car il arrivera qu'ils me feront souffrir des injures, mais ils ne me maltraiteront pas jusqu'à la mort. » Les moines s'étant éloignés, les Lombards arrivèrent, et, dévastant tout sur leur passage, parvinrent au lieu où était reclus le saint de Dieu. Il se montra par la fenêtre de sa tour. Ceux-ci, enveloppant sa demeure, cherchèrent une porte pour arriver jusqu'à lui et ne purent la trouver ; alors deux d'entre eux montèrent sur le toit, le découvrirent, et, voyant le reclus entouré de chaînes et vêtu d'un cilice, ils dirent : « C'est un malfaiteur ; il a commis quel que meurtre, c'est pour quoi il est lié de ces chaînes. » Et, ayant appelé un interprète, ils lui firent demander quel mal il avait fait pour être condamné à un tel supplice. Lui s'avoua homicide et coupable de tous les crimes. Alors un de ces barbares tira son épée pour l'en frapper à la tête ; mais le bras qui voulait porter le coup se raidit, demeura suspendu, et, lâchant l'épée, la laissa tomber à terre. Ses compagnons, à cette vue, poussèrent de grands cris vers le ciel, priant le saint de leur indiquer, dans sa clémence, ce qu'ils devaient faire ; alors celui-ci imposant au Lombard le signe du salut, rendit le mouvement à son bras. Cet homme, converti sur le lieu même, se fit tonsurer, et, maintenant, c'est un moine plein de ferveur. Deux des chefs lombards qui écoutèrent les paroles du saint rentrèrent sains et saufs dans leur patrie ; quant à ceux qui méprisèrent ses enseignements, ils périrent misérablement dans la Province même. Plusieurs d'entre eux, saisis par les démons, s'écriaient : « Saint homme et bien heureux, pour quoi nous tourmenter et nous brûler ainsi ? » Et lui les guérissait en leur imposant les mains. » Grégoire de Tours a conservé d'autres anecdotes relatives à celui qu'on a désigné depuis sous le nom de saint Sospir, qui, sentant la mort prochaine, appelle le prieur du monastère et lui dit : « Apporte des outils de fer pour ouvrir la muraille et envoie du monde à l'évêque pour qu'il vienne m'ensevelir... » Voilà un authentique exemple de ce qu'on trouve décrit ou désigné à l'époque mérovingienne sous le nom d'inclausus ou reclausus dont on fera inclusus et reclusus2 ; et inclusio, reclusio, clausura 3.
IL Les reclus en Orient. — Cette forme originale et austère de vie ascétique et pénitente trouva un grand nombre de partisans dispersés dans les solitudes de l'Orient. Trois auteurs principalement nous ont renseigné sur leur compte, ce sont Théodoret, Palladius et Rufin. Théodoret, évêque de Cyr (386-460) a connu personnellement la plupart des saints et étranges personnages dont il a écrit les principales actions ; Palladius (voir ce nom), évêque d'Hélénopolis (vers 367, avant 431) a composé l'Histoire lausiaque, aujourd'hui réhabilitée, et Rufin d'Aquilée (vers 345-410) est un auteur infiniment recommandable. Grâce à eux nous connaissons jusqu'au détail des existences de reclus qui paraissaient devoir échapper à la curiosité des hommes. On les signale nombreux dans la vallée du Nil, en Syrie et en Mésopotamie, où ce genre de vie est pratiqué par Eusèbe dans les environs de Carrhes4 ; en Palestine5, en Cappadoce 6, à Nicée ' et jusqu'aux environs de Constantinople 8. Quoi que le nombre des hommes l'ait partout et toujours emporté sur celui des femmes adonnées à la réclusion, on rencontre quelques-unes de ces dernières à Alexandrie », à Jérusalem 10 et en Syrie ».
Tous les reclus n'adoptaient pas le même genre de clôture. Jean de Lycopolis (aujourd'hui Assiout) s'était construit une recluserie de trois pièces : At que erat quidem unus Iholus ad corporis nécessitâtes, unus autem ubi operabatur, alius vero ubi orabat la. Certains n'en demandaient pas tant. Tel moine, revêtu de l'ordre du diaconat, visitant un ancien, aperçut un recoin dérobé dans la cellule et lui dit : « Enferme-moi ici comme un tombeau et n'en parle à personne » u. D'autres se trouvaient suffisamment à l'aise dans un tombeau, ce fut le cas de Pierre le Galate w, et de Sisinnios15 ; certains faisaient choix d'une caverne16 ; ou bien comme Siméon Stylite décidément aguerri à toutes les températures, descendaient dans une citerne abandonnée « .
Tous les raffinements d'une mortification poussée jusqu'à l'héroïsme paraissaient possibles. Tel reclus s'infligea le séjour d'une cellule dont les dimensions ne lui permettaient ni de se tenir debout ni de s'étendre à terre tout de son long ', ce fut le cas pour Maris, au diocèse de Cyr 2, pour Marcien, au désert de Chalcis, pour Eusèbe de Télédan 3 qui s'imposa de vivre dans un jour de souffrance, car sa recluserie n'avait pour fenêtre qu'une fente dans le toit. Et sans rien contester au mérite de ces saintes gens, il est permis de se demander si leur ingéniosité à se torturer ne touchait pas d'aussi près à l'excentricité qu'à la sanctification.
Afin de se mieux retrancher du commerce des hommes, tels reclus ne se bornaient pas à clore porte et fenêtre, ils les supprimaient, ils les muraient sauf un trou suffisant pour le passage des aliments. Acepsimas s'aperçut que des curieux l'observaient par ce trou, il imagina de lui donner la forme d'une ligne brisée. Salamanes qui vivait dans un village sur les bords de l'Euphrate trouva mieux encore ; il pratiqua un soupirail sous le niveau du sol afin de recevoir, une fois l'an, les provisions qu'on lui remettait. Il semble difficile d'imaginer le degré d'infection où vivaient ces hommes ; on rapporte qu'un évêque voulut conférer l'ordination sacerdotale à ce Salamanes et fut obligé d'abattre le mur4. Mais à quoi bon l'ordination pour s'asphyxier dans un pareil taudis ? On ne parvenait à y atteindre qu'en usant d'une échelle et en découvrant le toit 5. Parfois, l'infection devait dépasser toute appréciation, c'est par exemple lors que plusieurs reclus s'enfermaient dans un même réduit, par exemple Pierre le Galate habitait avec un possédé nommé Daniel6 ; enfin Eusèbe de Télédan avait deux compagnons de recluserie Agapit son frère, et Marcien 7.
On ne nous dit pas le nombre de ceux qui succombaient à cette atmosphère, mais on sait les ravages qu'une cohabitation trop étroite entraîne inévitablement. Les cas de longévité n'en sont que plus extraordinaires ; passe encore pour ce Jean de Lycopolis que nous avons vu se bâtir une recluserie de trois pièces, mais d'autres se renfermaient pour toute leur vie. Acepsimas demeura enfermé 60 ans.
Il en était parmi les reclus qui ne voulaient pas être vus, d'autres gardaient un silence farouche. Cet Acepsimas avait disposé la fenêtre par laquelle on lui passait sa nourriture de telle façon qu'on ne pût l'apercevoir, une fois la semaine il sortait pour puiser de l'eau à une source, mais pendant la nuit. Personne ne pouvait se flatter de l'avoir entendu parler et combien d'autres étaient dans le même cas. On admirait et on redoutait l'approche ou le voisinage de ces gens étranges. Une nuit, tandis qu'Acepsimas se glissait vers la source, un pâtre crut apercevoir un loup et s'apprêtait à lui lancer une pierre ; un jour, un homme escalada un arbre pour voir ce qui se passait dans la recluserie et quand Acepsimas l'apprit il fit abattre l'arbre.
Certains reclus se montraient plus accessibles, mais le regrettaient parfois, tel Eusèbe d'Asicha qui parlait de sa fenêtre mais sans se laisser voir, la foule se fit si nombreuse qu'il abandonna sa cellule pour se retirer dans un monastère. Marcien ne tolérait les visiteurs qu'à partir de la fête de Pâques, il arriva cependant d'ouvrir parfois sa recluserie à un ami et de l'y recevoir plusieurs jours. Il y eut des reclus qui consentaient à parler à ceux qui venaient les interroger.
Théonas voulait bien passer la main par la fenêtre et guérissait les malades qui présentaient leur tête à sa portée. On voyait alors des monastères se former à peu de distance d'une recluserie. Marana et Cyra, de leur fenêtre, dirigeaient les pieuses femmes qui étaient venues s'établir à proximité de leurs cellules. Ces deux recluses ouvraient souvent leur porte à Théodoret de Cyr. Le reclus Maris faisait de même et c'était l'occasion pour les curieux d'accourir de toutes parts. Un jour il pria l'évêque de célébrer la messe dans sa recluserie, Théodoret fit apporter d'une église voisine les vases sacrés et les mains de ses diacres lui servirent d'autel. Le reclus reçut la sainte communion.
La prière était la principale occupation des reclus, ils y employaient le jour et la nuit. Lors de la visite de sainte Mélanie l'Ancienne à la recluse Alexandra, celle-ci lui exposa l'emploi des heures de sa vie : « Depuis le matin jusqu'à la 9e heure je prie. Après quoi je file du lin, je repasse la vie des saints Pères, des patriarches, des apôtres et des martyrs. Lors que le soir arrive, je glorifie le Seigneur mon Dieu, je prends un peu de pain, et je consacre à l'oraison plusieurs heures de la nuit. » Certains parmi les reclus s'imposaient une existence plus que frugale et s'interdisaient la nourriture jusqu'au moment où, exténués par le besoin, ils consentaient à manger un morceau de pain. Marcien, Pierre le Galate, Maris, Jean de Lycopolis, Théonas s'interdisaient tout aliment cuit. Il s'en trouvait qui s'entouraient le corps de lourdes chaînes, d'autres qui s'assignaient un logis sans toiture où le soleil les brûlait pendant les mois d'été et la glace les torturait pendant l'hiver, sans qu'ils pussent recevoir le moindre soulagement. Comme ces rigueurs ne leur suffisaient pas, il s'en trouvait parmi eux qui installaient leur recluserie sur une montagne afin de ressentir les variations de température avec plus de rigueur encore.
Il faut laisser au mystère de la grâce divine ses inspirations, aussi nous ne rapportons ces faits ni pour les donner en exemple ni pour les tourner en ridicule ; ils appartiennent à l'histoire chrétienne et ils ont exercé leur influence sur les générations du passé. Parfois l'imagination a poussé des esprits excessifs à se faire reclus en plein air, sans recluserie. Théodoret a conservé le souvenir d'un certain Jean, disciple de saint Maron qui passa plusieurs années dans une cellule ; cette ascèse lui parut insuffisante, il gravit une montagne, fit choix d'un emplacement et ne s'en écarta pas, ni murailles, ni barrières, ni tente ou toiture pour le garder et l'abriter, et il demeura sous les yeux d'une foule sans cesse renouvelée, tomba malade, guérit et tint bon.
III. Les reclus en Occident. — En Gaule, la solitude trouva ses partisans convaincus, les uns s'essayèrent à la vie érémitique pour leur début, d'autres passèrent de la vie cénobitique à la condition de reclus. Il est certain que la lecture de la Vie de saint Antoine, celle de saint Hilarion, les Conférences de Cassien exercèrent un attrait puissant vers la vie érémitique. Lors que saint Benoît, au sortir de l'adolescence, se retire au désert, on ne peut douter qu'il applique les conclusions tirées de ses lectures ascétiques. La réclusion qu'il s'impose est à tel point rigoureuse qu'il vit sans témoin, dans un trou de rocher, sous-alimenté par un religieux qui lui descend sa pitance avec une corde et ignorant tout jusqu'à la date de la fête de Pâques. Cette influence des biographies écrites en Orient nous est attestée par la vie du reclus Hospitius qu'on a lue au début de ce travail. Vivant près de Nice, il tient à se nourrir exclusivement, pendant le carême, d'une herbe qui servait d'aliment aux ermites d'Égypte et que lui procuraient les commerçants en rapport avec l'Orient.
Les reclus sont mentionnés en Occident pour la première fois, quant à leur genre de vie, par les conciles de Vannes (463) et d'Agde (506) qui ont été cités plus haut, leur nom se lit dans le canon 13 du concile d'Orléans de 533 : Abbates, martyrii, reclusi vel presbyteri apostolicae dore non présumant. On les voit, dans ce texte, pour ainsi dire incorporés parmi le clergé, ce qui peut s'expliquer par leur appartenance à un monastère dont ils se détachaient plus ou moins officiellement pour choisir une retraite plus isolée, ayant parfois trop présumé de leur capacité de solitaires. Ce fut le cas d'un nommé Leobardus qui, après s'être creusé un abri dans la rue, à Marmoutiers, s'en lassa et voulut le quitter. Cette circonstance lui a valu une mention de Grégoire de Tours qui, pour l'affermir dans sa résolution lui envoya les Vitæ Patrum traduites du grec par Rufin et le De institutionibus cœnobiorum de Cassien : Libros que et vitæ patrum, ac institutione monachorum vel quæ recluduntur esse debeant, vel cum quali cautela monachis vivere oporteat... direxi. Et, une fois encore, le don et le choix de ces deux ouvrages témoigne de l'influence exercée par les écrits de provenance orientale.
Tous les reclus n'adoptaient pas le même genre de vie, l'individualisme est trop foncièrement dans la nature du Gallo-Romain. Nous voyons Martius logé dans un abri creusé par lui-même, à coups de pic dans un rocher proche de Royat où il a ménagé une couche et un siège ; Calupinus a, lui aussi, choisi une grotte d'où le besoin le fait parfois sortir pour aller au ruisseau pêcher un poisson mais sans se laisser voir de personne. C'était là une préoccupation qui allait jusqu'à l'obsession chez certains reclus. Fortunat, qui a écrit la vie de saint Étienne ou Paterne, nous le fait voir fondant des monastères qu'il visite en chariot afin de n'être aperçu de personne et lors que le roi Childebert l'invite à Paris il lui propose ut Parisius in carro cooperto reclusus occurreret. On ne s'étonne pas que la solitude eût des charmes supérieurs à ceux de la vie de communauté pour ceux qui en avaient épuisé les joies et les déceptions. Ce fut le cas des moines Pair et Scubilio qui partirent un jour de leur monastère avec un bréviaire pour tout bagage et s'en furent, sans laisser d'adresse, dans un îlot solitaire du diocèse de Coutances où leur ancien abbé, après trois ans, les découvrit, réussit à ramener Scubilio, mais pour peu de temps ; il fallut bientôt le laisser repartir.
Une recluserie se transformait parfois peu à peu en un centre d'apostolat ; c'était le cas pour un certain Desideratus, reclus à Gourdon, au diocèse de Chalon, « homme d'une sainteté admirable qui, au dire de Grégoire de Tours, ne quittait pas sa cellule, mais n'était pas entièrement reclus parce que sa porte restait ouverte à tous les visiteurs ». Le reclus Friard quitta le monde afin de pouvoir s'adonner à la prière dans un îlot où il n'eut d'autre compagnon que le diacre Seeundellus. Leurs deux abris étaient assez éloignés l'un de l'autre, quand Seeundellus fut las de réclusion il quitta l'île d'où Friard ne bougea pas : stetit immobilis. En guise de distraction inoffensive, « il avait planté en terre une verge desséchée et pris soin de l'arroser fréquemment. Bientôt le bâton porta des feuilles et même des fruits. Au bout de deux ou trois ans il avait la taille des vieux arbres. Ce miracle s'ébruita, chaque jour on accourait nombreux voir l'arbre du saint qui rendait célèbre par ses vertus une île jusqu'alors inconnue ». Le reclus coupa l'arbre. C'est à ce même genre de réclusion qui comporte des entretiens, que s'était voué un certain Jean qui « pour l'amour de Dieu, se soustrayant aux regards humains, vint habiter la petite cellule d'un oratoire, près de l'église du bourg de Chinon. Il cultivait de ses mains un tout petit jardin et y planta des lauriers ; sous leur ombre, le saint homme s'asseyait pour lire et écrire ». Sainte Radegonde faisait grand cas du personnage et le consultait à l'occasion.
Il n'était pas possible à tous de subir une discipline qui exigeait une vigueur plus qu'humaine. On vit, à Bordeaux, un jeune garçon nommé Anatole supplier son maître, un marchand, de le laisser se reclure. Quand cette permission lui eût été accordée, le gamin fit choix d'un réduit si étroit qu'un adulte n'aurait pu y tenir. Il s'y enfonça et y vécut, enfermé, pendant sept ou huit ans ; un beau jour le mur de pierres de taille s'écroula, l'homme s'élança dehors, il était fou. Un abbé auvergnat, nommé Salvius, pour échapper aux responsabilités de sa charge, se cacha dans une cellule avec la résolution de n'en plus sortir, il s'anémia au point qu'on le crut mort, et on le retira de son taudis. A peine eut-il repris ses sens qu'il s'y jeta et s'y enferma de nouveau pour de longues années ; il ne consentit à en sortir que pour devenir évêque d'Albi (574).
Même en faisant très large la part de l'originalité, de la singularité et, parfois, d'un certain désordre dans les idées, on ne peut méconnaître chez la plupart des reclus une véritable bonne foi d'intention et, parfois, un esprit pratique fort recommandable. Voici saint Lupicin qui trouve le moyen de s'aménager une recluserie fort acceptable. Dans les ruines d'une maison, il réserve une cellule assez grande à son usage pour lui permettre de s'y promener, tout en échappant aux regards des hommes ; une lucarne par laquelle on lui passait sa nourriture était trop élevée pour permettre de l'apercevoir et la porte était hermétiquement close. Une canalisation amenait à l'intérieur l'eau d'une source voisine. Devenu vieux, il appela l'homme qui prenait soin de lui et lui dit : « Après le temps de se cacher vient le temps de se manifester. Appelle les fidèles, mes frères et mes fils, à qui je veux dire adieu ; qu'ils viennent me visiter. » A l'aurore du troisième jour il ouvrit la porte et tous ceux qui se trouvaient là entrèrent, il les salua, les baisa, rendit grâces au Christ et demanda au peuple de chanter ses louanges. Alors, se couchant à terre, il rendit l'esprit.
Celui-ci était un reclus perpétuel, il y en eut de temporaires. Ce fut le cas de saint Sénoch, fondateur d'un monastère près de Tours. On nous dit qu'il utilisa pour son logement de vieilles murailles qu'il releva de leurs ruines ; puis, un jour, se soustrayant à la vue de ses frères, il s'enferma dans une cellule, priant nuit et jour. Mais cette belle ardeur tomba et Sénoch quitta sa recluserie pour aller rendre visite à sa famille du Poitou, on l'en vit revenir tout lier de son escapade, mais l'évêque Grégoire de Tours le réprimanda tant et si bien que Sénoch protesta de sa résolution d'une perpétuelle réclusion : Ille ita se dixit includere ut nunquam humanis aspectibus appareret. Cette fois Patrum, ex. — » Id., In gloria Confessorum, c. xxu. — » Baudonivie, Vita S. Radegundis, c. iv. — « > Grégoire de l'évêque le lui déconseilla et lui proposa deux périodes distinctes : de la Saint-Martin à la Noël et pendant le carême. Pendant le reste de l'année il se contenterait de soigner les malades.
Dans certains cas il était permis de sortir de la recluserie, mais on a quelle peine à se figurer par quel artifice un reclus pouvait avoir le gouvernement d'un monastère. Un nommé Leoniamis qui, tantôt à Vienne, tantôt à Autun, pratiqua la réclusion pendant plus de quarante ans sans que « personne ne vît son corps ni son visage et ne le connût autrement que par sa conversation ». Quoi qu'il en fût, il gouvernait, en qualité d'abbé, les moines dont les cellules entouraient la sienne et des nonnes qui demeuraient jusque dans l'intérieur de la ville. Pour le reclus Maixent, qui, lui aussi, gouvernait tout un monastère, à l'approche d'un parti de soldats, ses moines enfoncèrent sa porte et l'entraînèrent de force.
On voit parfois des reclus sortir de leur cellule pour rendre visite à un évêque ou bien ouvrir leur porte pour recevoir un personnage réputé pour sa sainteté. Parmi tous les reclus gallo-romains, un des plus célèbres est Eparchius, plus connu sous le nom de saint Cybard d'Angoulême. Il habitait Périgueux, quand il se résolut à mener une vie plus parfaite. Il devint clerc alors qu'il se trouvait au monastère de Sedaciacum, au diocèse de Périgueux et se fit reclus à Angoulême en 537. Autour de lui se réunirent quelques moines qui constituèrent un monastère dont il fut l'abbé. Son temps se passait en prières. Jamais il ne fit cuire de pain, car il vivait de celui dont les fidèles lui faisaient aumône. S'ils lui donnaient en outre de l'or ou de l'argent, il l'employait au soulagement des pauvres et au rachat des captifs. Son souvenir est inséparable d'un acte d'affranchissement de cent soixante-quinze esclaves dans l'église d'Angoulême, le 31 mars 558. Éparchius inspirait une grande confiance, on recourait à lui pour la guérison des pustules malignes par l'imposition du signe de la croix ; il était de ces reclus qui se laissaient voir et qui conversaient, car il obtenait presque toujours la grâce des condamnés à force d'intercession. Lorsqu'il mourut, à la suite d'une courte maladie, le 1er juillet ( ?) 581, il n'avait pas quitté sa cellule depuis quarante-quatre ans.
IV. Recluses. - — Le nombre des recluses est moins élevé que celui des reclus, mais il offre quelques noms célèbres. Sainte Geneviève s'imposait chaque année plusieurs mois de réclusion entre l'Epiphanie et le jeudi saint, afin de se préparer à la fête de Pâques. A Chartres, Monegundis ayant perdu une de ses filles, s'enferma dans une maisonnette entourée d'un jardinet ce qui lui attira des hommages qu'elle voulut fuir, en conséquence elle quitta Chartres pour Tours où elle mourut dans sa recluserie. Nous avons parlé déjà de sainte Radegonde (voir ce nom). Dans son monastère de Sainte-Croix de Poitiers, une nonne sollicita de l'abbesse la permission de vivre recluse dans une cellule. Quand celle-ci fut prête, l'abbesse dit : « Voici la cellule, que désires-tu maintenant ? » La nonne demanda d'y être enfermée. « Alors, ses compagnes se réunirent en chantant des psaumes ; des flambeaux furent allumés et Radegonde prenant la religieuse par la main, la conduisit jusqu'à la cellule. Elle dit adieu à ses sœurs, leur donna à toutes le baiser de paix et fut recluse (reclusa est). On mura l'entrée de la cellule.
Toute médaille à son revers : sous l'épiscopat de Grégoire de Tours, le même monastère de Sainte-Croix de Poitiers posséda une nonne qui sollicita la faveur de sortir du monastère pour vivre en recluse de la basilique de Saint-Hilaire. Elle accusait l'abbesse de toutes sortes de crimes. Saisie de repentir, elle revint au monastère et demanda de se reclure dans une cellule particulière : Ut se in cellulam secretam reclauderet. Après peu de temps, elle brisa, pendant la nuit, la porte de la cellule, et prit la fuite.
V. Épigraphie. — Nous n'avons pas rencontré de texte épigraphique portant la mention reclusus pour la période antérieure au IXe, mais dans la basilique de Sidi-Abich, à 1 500 m. d'Enfidaville, sur la route d'Ippenna (Tripolitaine), dans le pavement de la sacristie à gauche de l'abside, une mosaïque tombale rectangulaire, divisée en trois registres superposés.
Au sommet, une croix grecque dans une couronne cantonnée de quatre fleurons :
V I X I T IN 5 P A C E A N
LXXV AEPO S I T V S EST SA VII ID MAIS
Vitalis, famulus Dei, eremita, vixit in pacean. Ixxv depositus est sub die vij id. maias.
Bibl. — P. Monceaux, dans Bull, archéol. du Comité, 1905, p. clxxxix ; P. Gauckler, Rapport sur des inscript, lut. découvertes en Tunisie, dans Nouv. arch. des miss. se. et lill., t. xv, 1908, p. 420 ; L. Carton, dans Bull, de la Soc. archéol. de Sousse, 1906, p. 71, n. 20 ; P. Monceaux, Hist. litt. de l'Afrique chrétienne, t. in, p. 79, note 1 ; P. Gauckler, Inventaire des mosaïques, t. n, p. 87, n. 253.
VI. Miniature. — Le reclus Hartker (voir Dictionn., t. vi, col. 2057, fig. 5582).
VII. Bibliographie. — J. Ascn, Die Klausen in Kôln, dans Annalen des historischen Vereins fur den Niederrhein, t. ex, 1927, p. 180-201. — A. Basedow, Die Inclusen in Deutschland vornehmlich in der Gegend des Niederrheins um die Wende des XII. und XIII. Jahrhunderts, Meidelberg, 1895. — J.-M. Besse, Les moines d'Orient antérieurs au concile de Chalcédoine, in-8°, Paris, 1900, p. 36-42 ; Les moines de l'ancienne France : Période gallo-romaine et mérovingienne, in-8°, Paris, cherches sur les recluseries de Lyon, in-8°, Lyon, 1887.
— J. de La Martinière, Saint Cybard. Élude critique de textes, dans Bulletin et mémoires de la Société archéolog. et histor. de la Charente, VIIe série, t. vu, 1902, p. 1-292. — Pavy, Les recluseries, in-12, Lyon, 1875. — P. Piolin, Note sur la réclusion religieuse, dans Bulletin monumental, t. xlv, 1879, p. 449-480 ; t. xlvi, 1880, p. 518-550. — L. Ricaud, Les reclus des Hautes-Pyrénées, in-12, Tarbes, 1902. — E. Sainte-Marie Perrin, Le reclusage (sic) en France au Moyen Age, dans Revue hebdomadaire, 19 juillet 1911, p. 598-629. — Streber, Inclusen oder Reclusen, dans Kirchenlexicon, t. vi, p. 631-643. — E. Van Wintershoven, Recluseries et ermitages dans l'ancien diocèse de Liège, dans Bulletin de la Société scientifique et littéraire du Limbourg, t. xxiii, 1906, p. 96-158.
H. Leclebcq.
RECOGNITIONS. — Ayant rencontré le roman chrétien des Reconnaissances, Tillemont estime qu' « il n'est pas nécessaire de s'arrêter beaucoup sur cet ouvrage, puisqu'il est plein d'erreurs, quoiqu'il puisse servir à connaître mieux les dogmes des premiers hérétiques, surtout ceux des ébionites, qui y sont extrêmement répandus. Hors cela, tous ces ouvrages, pleins d'erreurs et de fables, sont de très peu d'utilité ». On en a appelé de cette sentence un peu dédaigneuse et le roman pseudo-clémentin devint même, pendant un temps, la clef d'un problème auquel on donna une importance capitale dans l'histoire des origines du christianisme. Depuis Christian Baur et son école, le problème a été repris et débattu à différentes reprises et on s'est efforcé, à l'occasion de ce roman, de dresser un tableau des transformations successives qu'ont subies ces curieux écrits.
Aux environs de l'année 1880 ce qui paraissait le plus vraisemblable, c'est que, vers l'an 140 à Rome, un ébionite, adversaire décidé de saint Paul, mit par écrit en dix livres, sous le titre de Krfiuyy.ct Uèzpou ou un récit légendaire des voyages et des prédications de saint Pierre, destiné à montrer cet apôtre comme véritable missionnaire des gentils et comme adversaire de Simon le Magicien. Ce dernier, personnage fort méprisable mais très réel, servait dans la légende ébionite à désigner saint Paul, faux apôtre, adversaire de la Loi. A défaut du texte primitif des Kérygmes, on possédait deux pièces qui en formaient une manière d'introduction et qu'on trouvait en tête du roman des Reconnaissances. La première pièce est une lettre d'envoi des Kérygmes fait par Pierre à l'apôtre Jacques « maître et évêque de la sainte Église », pour le prier de ne communiquer le livre à aucun païen ni à aucun juif sans de sûres garanties. Jacques répond que seuls les hommes mûrs et circoncis depuis six ans auront connaissance des Kérygmes sous promesse de secret. Un quart De plus tard, vers 165 environ, un esséno-ébionite s'inspira des Kérygmes et des Périodoi pour composer une version adoucie et qui pouvait circuler parmi les milieux chrétiens sans causer trop de scandale. L'auteur, pour mieux accréditer son livre le mit en circulation sous le nom de Clément Romain dont le prestige était si grand qu'on lui accordait le droit de donner, en quelque sorte, son apostille aux livres recommandables. Clément fut censé à la fois l'auteur et le héros de l'ouvrage auquel on imposa le titre 'AvaYvwpia(i.oi, Les reconnaissances, à raison des surprises du dénouement.
Le romancier, car c'est le seul nom qui convienne à l'auteur, part de l'hypothèse que Clément fut le successeur immédiat de Pierre dans le gouvernement de l'Église et reçut de celui-ci l'ordination épiscopale. On a dit que les Kérygmes étaient dédiés à Jacques ; les Reconnaissances sont préfacées par Clément qui annonce à Jacques « évêque des évêques et chef de la sainte Église des Hébreux à Jérusalem » la mort violente de Pierre et raconte comment cet apôtre, le premier de tous, le véritable compagnon et ami de Jésus, établi par Jésus fondement de son Église, l'a établi, lui Clément, comme son successeur dans l'épiscopat de Rome, et lui a recommandé d'écrire en abrégé et d'adresser à Jacques le récit de leurs voyages et de leurs prédications en commun. L'ouvrage ne raconte pas le séjour de Pierre à Rome ni les circonstances de sa mort. Ces derniers récits formaient sans doute le fond d'un second écrit qui servait de suite à celui qui nous a été conservé.
Depuis 1880, les pseudo-Clémentines n'ont guère connu le repos, et on s'est appliqué à plusieurs reprises à en découvrir les sources littéraires. Tandis que l'un dégage et distingue des Kérygmes et des Actes -, l'autre repousse les actes et se prononce pour des actes plus anciens qu'il ne peut produire. En lieu et place de ces actes plus anciens on présente une source d'autant plus pure qu'elle est purement imaginaire et n'a ni droit ni titre à figurer dans l'ancienne littérature chrétienne où personne ne l'a rencontrée. Afin que le problème demeure un trou noir et l'entente radicalement impossible sur un point quelconque, comme on remarque une différence entre la fin des Homélies et celle des Reconnaissances, la question se pose de l'existence d'une conclusion dans le document primitif ; or, l'un nie cette existence que l'autre affirme, de sorte qu'on retire l'impression qu'à les écouter on perd son temps et que le problème demeure entier.
Et cependant, au sein de cette obscurité où « il faut suivre l'auteur pas à pas sous peine de perdre rapidement le fil conducteur » on finit par se représenter les circonstances de temps et de lieu de la composition de l'ouvrage primitif. Les sources principales sont, on nous l'assure, les Kérygmes de Pierre et un livre de controverses apologétiques juives, d'origine égyptienne, qu'on peut dater d'avant l'année 135 : il faut y ajouter les Actes de Pierre (vers 200) et un conte païen à peu près contemporain. Le tout fut macéré et mis au jour dans la Transjordanie, Mais ces résultats ont été filtrés et clarifiés, on a éliminé des formes dérivées (Épilome grecques et syriaques et Compilation arabe) pour ne retenir que les Homélies et les Reconnaissances qui doivent être deux remaniements tardifs, datés tous les deux du IVe, d'un Écrit fondamental plus ancien d'au moins un siècle et qui a disparu.
Or, on lit dans Origène une incontestable référence à un Itinéraire (Ἰσποσότ) de Clément, dont on retrouve l'équivalent dans Reconnaissances, X, 10 sq., sans compter une autre citation, qui bien qu'ayant été contestée, ne laisse pas de paraître certaine. Concluons que, dès le premier tiers du IIe, il circulait, dans les milieux orientaux, un Itinéraire de Clément, auquel Épiphane se réfère encore un siècle plus tard, qui diffère par plus d'un trait aussi bien des Homélies que des Reconnaissances. C'est là l'Écrit fondamental, ou si l'on veut, la première édition du roman clémentin. »
Au premier abord le récit offre une cohérence satisfaisante et paraît d'une seule venue, son développement semble logique, mais à y regarder de plus près on s'aperçoit que les gestes de Simon le Magicien et de saint Pierre n'appartiennent pas étroitement aux aventures de Clément et de sa famille. D'où on en vient à conclure que l'Écrit fondamental « est une encyclopédie à laquelle différents auteurs ont collaboré ». Il s'agit de retrouver ces pièces et d'identifier, si possible, leurs auteurs. Cela a été tenté et en partie exécuté, de sorte qu'on peut actuellement tenir pour certain que les Kérygmes de Pierre ont existé sous ce nom et ont été utilisés par l'auteur de l'Écrit fondamental. Mais ce n'est pas tout, seulement, on ne peut s'engager ici dans des discussions interminables et des problèmes littéraires qui relèvent d'autres études, en particulier celle de l'histoire du mouvement judéo-chrétien.
Dans les Reconnaissances, l'esprit ébionite est déjà fortement atténué. L'apôtre Paul n'est pas nommé dans tout l'ouvrage, c'est là beaucoup plus qu'une malice, mais c'est cependant un progrès. L'auteur affecte de ne connaître que douze apôtres présidés par Pierre et Jacques et il attribue à la prédication de Pierre l'expansion du christianisme dans le monde païen, ce qui procède de la même méthode. En somme, un lecteur non averti et même un disciple de Paul pouvait trouver ce silence fâcheux, mais il ne pouvait s'en indigner. Simon le Magicien demeurait seul chargé de tout l'odieux du récit ; on ne voyait plus en lui qu'un dédoublement de Néron dans le rôle infernal de l'Antéchrist.
Une fois cette tache originelle dissimulée, l'ouvrage se présentait aux fidèles avec un très vif intérêt. Il était composé suivant toutes les règles du roman antique. Rien n'y manquait : voyages, épisodes d'amour, naufrages, jumeaux qui se ressemblent, voyageurs enlevés par les pirates, reconnaissances de personnes qu'une longue série d'aventures avait séparées. Clément, par suite d'une confusion qui se produisit de bonne heure, est considéré comme appartenant à la famille impériale. Mattidie, sa mère, est une dame romaine, parfaitement chaste, mariée au noble Faustus. Poursuivie d'un amour criminel par son beau-frère, voulant à la fois sauver son honneur et la réputation de sa famille, elle quitte Rome avec la permission de son mari et se rend à Athènes en vue de l'éducation de ses fils, Faustin et Faustinien. Quatre ans se passent sans recevoir de leurs nouvelles, alors Faustus s'embarque avec son troisième fils Clément pour se mettre à la recherche de sa femme et des deux aînés. À travers mille péripéties, tous les membres de la famille se retrouvent et il est très superflu de prodiguer le dédain à ce récit qui offre tout autant de valeur littéraire et d'intérêt romanesque que le plus grand nombre de compositions qui, sous l'étiquette de roman, ont été offerts en pâture à la curiosité humaine depuis le IIe de notre ère jusqu'à l'heure où nous vivons. Non, assurément, que nous les ayons tous lus, mais personne n'en est là et d'après une ou deux douzaines que le temps a épargnées ou peut estimer que les Reconnaissances autant que le Pasteur sont des manifestations suffisamment instructives de ce dont s'accommode l'esprit du très grand nombre.
Faustus et les siens n'étaient pas d'abord chrétiens, mais ils étaient dignes de l'être et tous le devinrent. Païens, ils avaient eu des mœurs honnêtes ; or, la chasteté a ce privilège de plaire si fort à Dieu qu'il se doit à lui-même de sauver ceux qui la pratiquent par instinct naturel. « Si ce n'était une règle absolue qu'on ne peut être sauvé sans le baptême, les païens chastes seraient sauvés. » Les infidèles qui se convertissent sont ceux qui l'ont mérité par leurs mœurs réglées. Clément, en effet, rencontre les apôtres Pierre et Barnabé, se fait leur compagnon, nous raconte leurs prédications, leurs luttes contre Simon et devient pour tous les membres de sa famille l'occasion d'une conversion à laquelle ils étaient si bien préparés.
C'est un artifice littéraire un peu lourd et de la catégorie de ceux qu'on appelait naguère « romans à tiroir » dans lesquels un incident sans importance entraînait un long récit complètement étranger à celui qui se déroulait jusqu'à cet instant, et qui n'attendait que la fin pour reprendre de plus belle. De la rencontre de Pierre va sortir toute une suite d'épisodes dans différentes villes du littoral de la Syrie depuis Césarée jusqu'à Antioche. Simon le Magicien, qui se présente le premier dans chacune de ces localités, commence par séduire les habitants qui voient en lui « la grande vertu de Dieu ». Mais dans chacune de ces villes, Pierre survient presque aussitôt. À Césarée et à Laodicée de Syrie, il l'oblige à une conférence contradictoire qui s'achève en déroute, à ce point que l'imposteur recourt à la fuite et à laisser le champ libre à l'apôtre qui, là et ailleurs, prêche, convertit, baptise, fonde des Églises et ordonne un clergé.
Ce cadre romanesque n'est qu'un prétexte pour entreprendre l'apologie de la religion chrétienne, montrer sa supériorité sur les opinions philosophiques et théurgiques du temps, réfuter les opinions tenues pour dangereuses. Saint Pierre n'est plus l'apôtre galiléen sincère et impulsif, c'est un polémiste habile, un philosophe, un maître homme qui met toutes les roueries du métier de sophiste au service de la vérité. La vie ascétique qu'il mène, sa rigoureuse xéropha »gie, rappellent les esséniens. Sa femme voyage avec lui comme une diaconesse. Les idées que l'on se faisait de l'état social au milieu duquel vécurent Jésus et les apôtres sont déjà tout à fait erronées. Les données les plus simples de la chronologie apostolique sont déjà méconnues.
L'auteur est bien loin du fanatisme, il croit qu'on peut se tromper innocemment et seul, parmi tous les personnages du roman, Simon le Magicien est sans excuse. Ses disciples Apion et Ambion représentent : le premier, l'effort pour tirer de la mythologie quelque chose de religieux, le second, la sincérité égarée, qui sera un jour récompensée par la connaissance de la vérité. Simon et Pierre disputent de métaphysique ; Clément et Apion disputent de morale. Une touchante nuance de sympathie et de pitié pour les païens remplit ces pages, qu'on sent écrites par quelqu'un qui a traversé les angoisses du scepticisme et sait mieux que personne ce qu'on peut souffrir et acquérir de mérites en cherchant la vérité. Clément, comme Justin de Naplouse, a traversé toutes les philosophies, les hauts problèmes de l'immortalité de l'âme, des récompenses et des peines futures, de la Providence, des rapports de l'homme avec Dieu l'obsèdent ; aucune école ne l'a satisfait ; il va, en désespoir de cause, se jeter dans les plus grossières superstitions, quand la voix du Christ arrive à lui. Il trouve dans la doctrine qu'on lui donne pour celle du Christ la réponse à tous ses doutes ; il est chrétien.
Le roman pseudo-clémentin se sépare nettement des écrits vraiment authentiques de la première inspiration chrétienne par sa prolixité, sa rhétorique, sa philosophie abstraite, empruntée, pour la plus grande partie, aux écoles grecques. Le livre reçut bon accueil dans l'Église qui lui laissa usurper une place jusque sur les confins du Nouveau Testament, mais il ne put s'y maintenir ; cependant on essaya de l'adapter au parianisme, mais alors il avait déjà presque terminé sa carrière et ne répondait plus à l'esprit post-nicéen. C'était un témoin aimable mais attardé d'un âge révolu, son ton ému, onctueux, semblait vieillot parmi une société plus combattive.
H. LECLEBCY.
H. Leclercq.
RECUEIL DES HISTORIENS DES GAULES. — I. Biographie. IL Les origines du Recueil. III. Son exécution.
I. Biographie. — Dom Martin Bouquet naquit à Amiens le 6 août 1685 et fit profession dans l'ordre de Saint-Benoît au monastère de Saint-Faron de Meaux le 16 août 1706. Dès qu'il eut terminé les études théologiques prescrites, il se jeta avec entrain dans le grec et l'hébreu ce qui parut de bon augure à Montfaucon (voir ce nom) qui le demanda comme collaborateur. Appelé à Paris, on lui confia la charge de la bibliothèque de Saint-Germain-des-Prés ; il renonça à ces fonctions qui lui prenaient trop d'heures plus utilement employées au travail. Cependant, comme disait de lui dom Tassin, « jamais ses études ne prirent sur les obligations de son état. Jamais il ne fit usage de la pension qu'on lui avait accordée sur le trésor royal, sans en demander la permission à ses supérieurs. Sa physionomie heureuse, sa candeur, son commerce facile, ses manières simples et unies, et sa droiture, autant que ses grands talents lui avaient concilié l'estime et l'amitié de plusieurs personnes de distinction. Les savants français et étrangers venaient le voir et plusieurs ont profité de ses lumières. Il avait rendu tous les services littéraires dont il était capable à l'académie d'Amiens ».
Le 22 avril 1717, dom Bouquet souscrivit avec trente de ses confrères de Saint-Germain (sur quarante-quatre) l'appel au futur concile contre la constitution Unigenitus ; il récidiva le 27 septembre et le 9 octobre 1718, et ce fut un froid entre Montfaucon et lui qui ne cessa de les séparer jusqu'au jour où on put dire : « Dom Martin n'est plus bernardin ». Au mois d'octobre 1734 une lettre de cachet bannit dom Bouquet avec cinq autres anti-constitutionnaires irréductibles ; mais les libraires qui avaient traité avec lui sollicitèrent en sa faveur, et dès 1735, après la mort du supérieur général dom Hervé Ménard, le chancelier d'Aguesseau et la garde des sceaux obtinrent son rappel. On le vit d'abord au monastère d'Argenteuil, de là il regagna les Blancs-Manteaux, où il fut fixé par ordre du roi et où il mourut le 6 avril 1754.
IL Les origines du Recueil. — La première pensée du Recueil dont le titre est devenu inséparable du nom de dom Bouquet ne lui appartient pas ; elle remonte à Pierre Pithou qui conçut le dessein de réunir en un corps les principaux historiens de France soit imprimés, soit manuscrits. Son travail aboutit pendant les années 1588 et 1596, ensuite il n'en fut plus question. En 1635, André Du Chesne publia le plan d'une collection plus étendue, mais une fois encore le mieux fut l'ennemi du bien. Au lieu d'un travail composé seulement de deux volumes, l'un in-8°, l'autre in-folio et se terminant à l'année 1285, on eut une collection qui ne s'arrêtait qu'au règne d'Henri II. Deux volumes parurent en 1636, les deux suivants furent retardés jusqu'en 1611 par la mort prématurée de l'auteur dont le fils donna, en 1649, un cinquième volume. Du Cange estimait que le grand nombre de pièces découvertes touchant l'histoire de France depuis l'époque où travaillait A. Du Chesne imposait une refonte complète de son ouvrage. « Par quelle fatalité faut-il, écrivait dom Bouquet, que la présomption et la jalousie soient si souvent compagnes de la science, dans les hommes mêmes qui semblaient devoir être le moins susceptibles de l'une et de l'autre, et que les gens de lettres ne sachent ni soutenir leur avis sans passion, ni attaquer sans aigreur celui des autres ? » Colbert réclama de Du Gange un autre projet ; celui-ci se récusa, restitua les papiers à lui confiés et ajouta « que, puisqu'il n'avait pas été assez heureux pour plaire à ceux qui avaient l'autorité, il leur conseillait de chercher de plus habiles gens que lui ». On a raconté que Colbert s'était vengé de cette réplique par le retrait de la pension de Du Cange, c'est une erreur ; il lui demanda un mémoire sur le projet d'une collection d'histoire byzantine et, en 1680, agréa la dédicace de cette collection.
Après la disparition de Colbert, l'archevêque de Reims, Charles-Maurice Le Tellier se flatta de réussir là où le ministre avait échoué et, nonobstant le crédit de son frère le ministre Louvois, il n'obtint pas un meilleur succès. « Il jeta les yeux sur le P. Mabillon pour être le directeur de cette entreprise, nous dit dom Tassin ; mais ce saint religieux refusa de se charger de cet emploi, dont il se croyait incapable ; quoi que tout le monde le jugeât très-propre à le bien remplir. Personne n'osa accepter une fonction que D. Mabillon avait cru au-dessus de ses forces ».
Au début du XVIIIe, lorsqu'on vit les heureux résultats des efforts de Rymer, en Angleterre, et de Leibnitz, en Allemagne, on se persuada que le temps était venu de tenter un nouvel effort et la congrégation de Saint-Maur familiarisée avec les grandes entreprises littéraires parut s'y intéresser. Une fois encore nous rencontrons la partialité des gens de lettres, accapareurs sans vergogne de tout ce qui peut les honorer. On vient de lire ce qui fut tenté par des savants illustres, ce qui n'a pas empêché un érudit breton, Arthur de La Borderie, d'écrire que « le premier plan, le premier projet, la première idée de ce grand Recueil appartient à deux bretons, dom Audren et dom Briant. » Quoi qu'en ait pu penser ou dire Léopold Delisle, les Bretons ne furent en cette affaire que les mouches du coche et leurs lettres échangées en 1711 et 1712 sont surtout intéressantes en ce qu'elles nous font voir l'intérêt porté à un projet qui trouva sa réalisation grâce à l'énergie et à la science d'un Picard.
Lors que le chancelier d'Aguesseau prit les sceaux, une des premières entreprises qu'il proposa dans les assemblées de savants qu'il présidait en juin 1717 fut cette collection d'historiens d'après un nouveau plan dont l'exécution fut confiée au P. Lelong, qui mourut en 1721. Ce fut alors que dom Denis de Sainte-Marthe, supérieur général de la congrégation de Saint-Maur, proposa au ministre de se charger de la réalisation du projet dont l'exécution fut confiée à dom Martin Bouquet. Celui-ci a exposé le plan adopté et rempli par lui dans la préface du Recueil qu'il conduisit jusqu'au neuvième volume. Dans le privilège accordé par Louis XV, en 1733, à l'imprimeur J.-B. Coignard, le roi estime cette publication « autant utile à la république des lettres que glorieuse à notre royaume », en conséquence, il veut « favorablement traiter le dit Coignard et encourager par son exemple les autres libraires et imprimeurs à entreprendre des éditions utiles pour l'honneur de la France et le progrès des sciences ». Le premier volume parut en 1738 sous le titre suivant : Recueil des historiens des Gaules et de la France, tome premier contenant tout ce qui a été fait par les Gaulois, et qui s'est passé dans les Gaules avant l'arrivée des François et plusieurs autres choses qui regardent les François depuis leur origine jusqu'à Clovis, par dom Martin Bouquet, prêtre et religieux bénédictin de la congrégation de Saint-Maur, in-fol. A Paris, aux dépens des libraires associés, MDCCXXXVIII.
III. Son exécution. — Dom Bouquet avait donné les tomes I à VIII et préparé le IXe qui parut avec le Xe par les soins de dom Gh. Haudiquier, le tome XI est dû à la collaboration de dom Housseau, dom Poirier et dom Jacques Précieux ; les tomes XII et XIII à celle de dom Fr. Clément et dom M.-J.-J. Brial ; le tome XIV de dom Jean-Joseph Brial qui prépara les tomes XVIII et XIX, terminés après sa mort par M. Pastoret, Fr. Daunou et Jos. Naudet ; ces deux derniers mirent le tome XX en état de paraître et le tome XXI fut préparé par Guigniaut et Natalis de Wailly. Le tome XXII dû à la collaboration de Nat. de Wailly et de Léopold Delisle dont les noms se retrouvent sur le tome XXIII associés à celui de Ch. Jourdain ; enfin le tome XXIV est l'œuvre de L. Delisle.
Le tome XIII fut, en partie, anéanti par un incendie pendant la Révolution et complété en 1847 par un procédé lithographique. La disparition des bénédictins de Saint-Maur entraîna l'abandon du Recueil que dom Brial s'obstina à poursuivre et qui fut continué par l'Académie des inscriptions. En 1869, on vit paraître une nouvelle édition publiée sous la direction de Léopold Delisle qui l'a conduite jusqu'à son tome XXIV, daté de 1904. En voici le détail :
Tome I : contient tout ce qui a été fait par les Gaulois, et qui s'est passé dans les Gaules avant l'arrivée des François : et plusieurs autres choses qui regardent les François depuis leur origine jusqu'à Clovis, 1738 ; éd. nouv., 1869.
Tome II, III : contiennent ce qui s'est passé dans les Gaules et ce que les François ont fait sous les rois de la première race, 1739, 1741 ; 1869.
Tome IV : contient les lettres historiques, les lois, les formules, les diplômes et plusieurs autres monuments qui concernent les Gaules et la France sous les rois de la seconde race, 1741 ; 1869.
Tome V : contient ce qui s'est passé sous les règnes de Pépin et de Charlemagne, c'est-à-dire depuis l'an 752-814 avec les lois, etc., de ces deux rois, 1744 ; 1869.
Tome VI : contient les gestes de Louis le Débonnaire, d'abord roi d'Aquitaine, et ensuite empereur depuis l'an 781-840 avec les lois, etc., de ce prince, 1749 ; 1870.
Tome VII : renferme (contenant nouv. éd.) les gestes des fils et petits-fils de Louis le Débonnaire, depuis l'an 840-877, avec les capitulaires de Charles le Chauve et autres monuments historiques, 1749 ; 1870.
Tome VIII : contient ce qui s'est passé depuis le commencement du règne de Louis le Bègue, fils de Charles le Chauve, jusqu'à la fin du règne de Louis V, dernier roi de la seconde race, c'est-à-dire depuis l'an 877-987 ; 1752 ; 1871.
A. — XIV. — 69.
Tome X : contient surtout ce qui s'est passé depuis le commencement du règne de Hugues Capet jusqu'à celui du roi Henri Ier, 1760 ; 1874.
Tome XI : contient principalement ce qui s'est passé sous le règne de Henri Ier, fils du roi Robert le Pieux, c'est-à-dire depuis l'an 1031-1060 : 1767 ; 1876.
Tome XII : contient une partie de ce qui s'est passé sous les trois règnes de Philippe Ier, de Louis VI, dit le Gros, et de Louis VII, surnommé le Jeune, depuis l'an 1060-1180 ; 1781 ; 1877.
Tome XIII : contient la suite des monuments des trois règnes de Philippe Ier, de Louis VI et de Louis VII, depuis l'an 1060-1180 ; 1786 ; 1869.
Tomes XIV, XV, XVI : contient la suite des monuments des trois règnes... depuis l'an 1060-1180 ; 1806, 1808, 1814 ; 1877, 1878.
Tomes XVII, XVIII, XIX : contient les monuments des règnes de Philippe-Auguste et de Louis VIII, depuis l'an 1180-1226 ; 1818, 1822, 1823 ; 1878-1880.
Tomes XX, XXI, XXII, XXIII : contenant les monuments des règnes de saint Louis, de Philippe le Hardi, de Philippe le Bel, de Louis X, de Philippe V et de Charles IV, depuis 1226-1328 ; 1840, 1855, 1865, 1876 ; 1893-1894.
L'ancienne édition est entachée d'imperfections inhérentes, sinon à l'époque où elle fut exécutée, du moins aux ressources scientifiques dont disposaient les bénédictins. Citons un exemple qui se rapporte spécialement aux deux premiers volumes de la collection. On y rencontre les anciens textes grecs relatifs à la Gaule ; Dora Bouquet a supprimé les signes qui devaient surmonter les majuscules ; or, les noms propres sont innombrables et cette suppression se renouvelle à chaque ligne ; procédé fâcheux et qui rend le texte peu utilisable. Sur ce point la nouvelle édition est irréprochable.
On ne pourrait mentionner qu'un petit nombre d'ouvrages parmi ceux qui sont consacrés à nos antiquités nationales et au Moyen Âge français qui ne renvoient assez ordinairement leurs lecteurs au Recueil des historiens des Gaules et de la France dont l'utilité réelle est quelque peu entravée par les dimensions et le poids exorbitants, surtout pour le tome XXIV. Quant à la valeur scientifique elle a fait l'objet d'une apologie de H. d'Arbois de Jubainville (voir Dictionn., t. VI, à ce nom) qui introduit une comparaison entre le Recueil et les Monumenta Germanica historica de Pertz : « Nous ne cacherons pas, écrit-il, notre préférence pour le Recueil et nous croyons injustes tous les reproches à lui adressés par l'érudition allemande ; nous les croyons injustes bien que les savants français, par un excès de modestie, paraissent presque unanimes pour en accepter le fondement... Ce que nous croyons, c'est que le plan adopté par dom Bouquet est infiniment supérieur à celui qu'a choisi Pertz. L'opinion contraire est reçue ». Et là-dessus il s'embarque dans une discussion qui nous semble peu convaincante. Chaque entreprise a ses mérites et le recours à l'une ne dispense pas de l'usage de l'autre ; peut-être ne serons-nous contredit par personne en écrivant que les Monumenta et le Recueil sont complémentaires et aussi indispensables l'un que l'autre à la préparation et à l'achèvement d'une œuvre historique. Ce qui demeure un des mérites incontestables du Recueil ce sont les tables dont chaque volume est pourvu.
H. Leclercq.
REDDIDIT. — La signification de ce mot est claire par elle-même quand on le lit sur une tombe chrétienne et nous l'y rencontrons à Rome en 268 ou 279 (De Rossi, Inscript, christ, urb. Rom., t. I, n. 10), de 296 à 304 (De Rossi, Roma sotterr., t. III, p. 46 ; Bull, di arch. crist., 1875, n. 88 ; Nuouo bull. di arch. crist., 1903, p. 276 ; Marangoni, Acta S. Victorini, p. 81, 83) ; en Afrique (Corp. inscr. lat., t. VIII, n. 11 900, 17 386).
REDDIDIT SPIRITVM DEO (Bull, di arch. crist., 1873, p. 72).
REDDIDIT DOMINO RERVM DEBITVM COMVNEM OMNIBVS, à Rome, en 483 (De Rossi, Inscr., t. I, n. 882).
REDDIT, à Rome, en 346 (id., ibid., Suppl., n. 1457).
REDDIDIT VITAM IN PACE DOMINI (Marucchi, Le catacombe romane, 1903, p. 213).
REDDIDIT DEBITVM VITAE SVAE (Buonarotti, Osservazioni sopra alcuni frammenti di vasi antichi di vetro ornati di figure, in-8°, Firenze, 1716, p. 17).
Deux épitaphes du cimetière de Priscille emploient ce terme rapproché de ACCEPIT pour deux jeunes enfants qui reçurent le baptême et l'eucharistie lorsque la mort fut proche :
Irène, âgée de 11 mois, 6 jours, baptisée le 7 avril, morte le 13 ; Tyché, âgée de 1 an, 10 mois, 15 jours, baptisée le 8 des calendes et morte le jour même :
Irène . quæ . vixit) cum . p<are>ntibus . suis m(ensibus) . XI d(iebus) . VI . accfepit) VII . id . aprilfes) et redd (idit) . id . aprilfes) Tyche . dulcis vixit . anno . uno . mensibus . X . dieb(us) XV accepit VIII k(alend) reddidit . die s(upra) sfcripto).
H. Leclercq.
REDÈS. — En suivant la voie qui se dirige de Téboursouk à Vaga (Tunisie), on rencontre plusieurs ruines, entre autres Henchir Bedès, sur les bords de l'oued Goutneïa. On rencontre en ce point plusieurs édifices en blocage du type trichore composé de trois absides placées sur la face d'un quadrilatère. Bien n'indique ici une origine ou une destination chrétienne.
Un peu plus loin, de l'autre côté de la rivière, se trouve un autre édifice à abside qui a sans doute été une église. Sa longueur est de 23 m. 50 ; il se compose de quatre parties : une nef centrale, deux nefs latérales et une abside. La cloison qui sépare l'abside de la nef est assez bien conservée pour que l'on puisse en reconstituer les détails : un arc en plein cintre livrant passage de l'une à l'autre, et au-dessus de lui, une fenêtre. Une rangée d'arcades, dont l'emplacement de quelques pieds-droits, complètement abrases, est encore visible, séparait les trois nefs.
L'une partie intéressante de cette construction est Du Gange ; 4° Mémoire de l'abbé des Tirailleries, dressé au mois de décembre 1717 ; 5° Addition contenant deux mémoires adressés à M. le Chancelier, en 1718 ; 6° Mémoire de M.*** ; 7° Récit de ce qui est arrivé au sujet de l'exécution du nouveau Recueil des historiens de France, par D. Martin Bouquet et autres bénédictins. Pour cette histoire du Recueil il y a beaucoup à prendre dans la correspondance de dom François Clément avec dom Berthod, dans le- Arch. des missions scient, et litt., t. VI, 1857, publiées par A. Bailier 2 170 dans la nef de droite, dont elle occupait la moitié. C'était là que, selon toute apparence, se trouvait le baptistère, constitué par une salle voûtée en dôme, à laquelle on accédait par un couloir formant un coude, renfermant une niche. Tout auprès on voit l'ouverture du puits ou de la citerne avec sa rigole d'écoulement encore intacte.
H. Leclercq.
REDEVANCES. — I. Le mot et la chose. II. Le droit de guerre. III. L'hostilitium. IV. Le carnaticum. V. Manses soumis au droit de guerre. VI. Montant de la taxe de guerre. VII. Exemption de cette taxe. VIII. L'herbaticum. IX. Les canonica et les agraria. X. La lignarilia ou lignerilia. XI. La paslio. XII. L'augustalicum. XIII. De la capitation. XIV. Le lidimonium. XV. Du cens. XVI. Les dona. XVII. Bétail. XVIII. Volaille. XIX. Vin. XX. Blé. XXI. Les brada. XXII. Le houblon. XXIII. La moutarde. XXIV. Le lin. XXV. Les camsi les et sarci les. XXVI. Miel, cire, huile et savon. XXVII. Fer. XXVIII. Outils et instruments divers. XXIX. Bois à brûler, échalas, chars. XXX. Tonnes, douves, cerc les, osier, muids. XXXI. Yoliges, barde aux, axiculi et scindulse. XXXII. Les torches, faculté. XXXIII. Bedevan ces diverses.
I. Le mot et la chose. — On appelle redevance une rente en espèces ou en nature due à des termes fixes ; elle représente le prix de la concession de certains avantages ou du rachat de certains services. Il existait des redevances réelles, c'est-à-dire levées sur des manses ou des tenures et d'autres appelées personnelles, c'est-à-dire levées collectivement ou individuellement sans égard à la condition des terres. Les Francs entrés et établis dans les Gaules avaient détruit méthodiquement le système financier que les Romains y avaient implanté et réduit totalement la chose publique en chose privée ; c'est ce qui explique comment les redevances étaient généralement privées et payées au propriétaire du sol et non au souverain politique. A quelques exceptions près, elles étaient invariables et faisaient partie de la loi de la terre.
Les cens et les services se réglaient d'après la condition des manses et non d'après celle des personnes, ainsi selon le cas ils étaient ingénui les ou servi les. Les maires, les doyens et les autres officiers ruraux ou domestiques, et même les hommes libres, étaient imposés suivant la condition de leurs manses, comme les autres tenanciers.
II. Le droit de guerre. — Au Vème-IXème siècle, il n'y avait d'hommes libres que ceux enrôlés dans le service militaire ; pour eux l'obligation était purement personnelle. Charlemagne y apporta une modification ; désormais, elle devint mixte et fut fondée sur la liberté de la personne et sur la propriété ou la possession. Dès lors, pour aller à la guerre, il fallut être de condition libre et posséder quelque bien. A l'égard des gens d'église, clercs ou moines, ils n'étaient pas tenus au service personnel, mais à fournir un contingent composé de leurs vassaux. L'abbaye de Saint-Germain-des-Prés, par exemple, envoyait à l'armée des hommes, des chariots, des bœufs, du menu bétail et du vin. Ces fournitures n'étaient pas seulement exigibles en temps de guerre, mais elles rentraient dans le cens régulier dû par les manses.
Ce droit de guerre levé sur les manses était appelé droit ad hostem, et il était en cens au monastère ; il comportait Vhostilitium et le carnaticum.
III. L'hostilitium. — Il consistait en la prestation de guerre faite de bœufs et de chariots, mais, dans certains cas, ceux-ci pouvaient être rachetés par une somme d'argent. Les chariots destinés à l'armée — nous dirions aujourd'hui à la mobilisation — étaient probablement montés sur quatre roues ; ils servaient au transport des armes, des machines, des munitions et provisions de guerre et se trouvaient sous la garde de tireurs habiles. Dans le Capitulare de villis, n. LXIV, on lit ceci : « Que nos chariots qui vont à la guerre soient des basternes d'une bonne construction. Qu'ils soient bien recouverts et garnis de cuirs tellement cousus que, s'il est besoin de passer des rivières, ils puissent les traverser, avec les provisions qu'ils contiennent, sans que l'eau pénètre dans l'intérieur, et que rien de ce qui nous appartient soit détérioré. Nous voulons aussi qu'on mette dans chaque chariot, pour notre provision, 12 muids de farine, et dans ceux où l'on conduit le vin, 12 muids à notre mesure. De plus qu'il y ait dans tous, un écu et une lance, un carquois et un arc. » Le nombre des bœufs fourni par les abbayes à l'armée royale devait être considérable puis que le moine de Saint-Gall parle de 50 paires de bœufs envoyés par un seul abbé ; les chevaux remplacèrent les bœufs.
L'époque marquée pour acquitter Vhostilitium était, du moins pour l'abbaye de Priim, de la mi-mai à la mi-août, c'était aussi le temps des expéditions militaires.
Dans le polyptyque de Saint-Germain, Vhostilitium est remplacé une fois par Vairbannum, il en est de même dans le polyptyque de Saint-Maur ; dans ces deux passages, les deux termes signifient exactement la même chose.
IV. Le carnaticum. — C'était un droit de guerre consistant dans l'obligation imposée aux manses des tenanciers de fournir pour l'armée une certaine quantité de menu bétail ou de payer à la place une somme d'argent. Lorsqu'on ne procédait pas à cette conversion, le carnaticum était payé surtout en moutons ; dans les Gesta Aldrici Cenomanensis, on précise qu'ils seront tondus : De carnatico arietes LV sine lana. Cependant Vhostilitium et le carnaticum pouvaient se transformer l'un dans l'autre, par conséquent on pouvait livrer des bœufs au lieu de moutons et inversement, ou encore en argent.
V. Manses soumis au droit de guerre. — Ce sont les manses ingénui les et les manses lidi les (voir Dielionn., t. X, au mot Manse) ; au contraire, les manses servi les en paraissent exempts. Les exceptions à cette règle sont rares.
VI. Montant de la taxe de guerre. — A Saint-Germain, la plus forte taxe imposée à chaque tenancier est, par manse, ou bien 1/4 de bœuf, ou 4 moutons ou 4 sous que le polyptyque d'Irminon considère comme équivalent. La taxe moyenne s'élève à la moitié et la moins élevée à 1 sou ou 1 mouton. La taxe de guerre n'était pas constante d'une année à l'année suivante.
VIL Exemption de cette taxe. — A l'origine, les prestations de guerre étaient dues aussi bien par les terres d'Église que par celles des laïques, mais le clergé réclama l'exemption et dès le règne de Louis le Débonnaire le plus grand nombre des abbayes était parvenu à s'y soustraire ainsi que nous le voyons par une liste, fort incomplète il est vrai, donnée dans l'assemblée générale d'Aix-la-Chapelle, en 817, des monastères qui devaient à l'empereur des présents et le service militaire, de ceux qui lui devaient des présents sans aucun service, et de ceux qui lui devaient seulement des prières pour lui, pour ses fils et pour la stabilité de l'empire. Sur cette liste on compte dans la 1re classe 14 monastères, 16 dans la 2e, 18 dans la 3e ; mais la liste est très incomplète.
VIII. L'herbaticum. — La nature de cette redevance semblerait consister dans l'obligation de fournir du fourrage à l'armée ou d'acquitter certaine redevance à la place, ceci est conjectural. Si on s'en rapporte au polyptyque de Saint-Germain, l'herbaticum est une redevance payée pour la faculté de faire pâturer chevaux, bœufs et moutons sur les terres seigneuriales après la récolte des foins et des blés. Il ne différait donc pas du pascuarium, et cette explication est confirmée par un diplôme de l'empereur Lothaire, en 833.
IX. Les canonica et les aoraria. — On donne, dans le polyptyque d'Irminon, le nom d'agraria aux portions de fruits payées en tribut sur leurs champs, par certains tenanciers de manses ingénui les. Mais il n'est question de cette espèce de droit qu'une seule fois et quoiqu'il paraisse avoir été imposé à 15 manses, on n'en fait aucun rappel dans le résumé des charges du fisc. Quant au droit appelé canonica il est difficile de dire en quoi il consiste. Au IXe, il ne s'appliquait plus guère qu'à des redevances privées, le système d'impôts publics ayant disparu depuis longtemps. Agobard désigne sous ce nom le salaire payé par les gens de la campagne aux individus qui faisaient profession de détourner les tempêtes.
X. Le lignaritia ou lignicr. — C'est le devoir de couper et de charrier pour l'abbaye une certaine quantité de bois, en retour du droit d'usage que celle-ci accordait dans ses forêts à ses hommes ou tenanciers ; la polyptyque de Saint-Maur et les Gesta episcoporum Cenomannensium emploient lignalicum et lignarium ; en français lignicr. Ce sont les manses de Saint-Germain ingénui les et lidi les qui sont soumis à ce droit auquel échappent les manses servi les. Cette taxe est payée en nature, elle consiste dans une voiture ou dans une « pédale » de bois par manse ou par tenancier. Ailleurs 3 voitures sur les terres de Saint-Maur, 4 voitures sur les terres de Saint-Rémy de Reims et celles de Gorze. D'après une charte d'environ l'an 800, les manses se rachetaient de cette prestation en payant chacun une mesure d'avoine. A Saint-Germain, certains manses sont tenus de lui livrer des bardeaux, des échalas, des perches et des baguettes pour treillage, des douves et des cercles pour tonnes, de l'osier, mais ne fait pas partie de la lignaritia.
XI. La pâtio. — C'est le droit de paisson comprenant la glandée et le passage ; on emmenait les porcs paître le gland, la faîne et autres fruits à enveloppe coriace tombés naturellement des arbres ; on l'appelait aussi pastionaticum et glandalicum. Sur les terres de Saint-Germain, la taxe pour le droit de paisson est, par manse, de 2, 3 ou 4 muids de vin ou de 4 deniers d'argent. La paisson durait pendant les mois d'octobre, de novembre et de décembre ; cette période est également inscrite dans notre code forestier.
XII. L'avgustaticum. — C'est l'obligation de moissonner les blés des manses seigneuri aux ; elle se racheta avec le temps par un cens annuel qui porte le même nom. Ce service est désigné parfois sous les noms de messis ou de lempora messis. Quant aux journées à faire dans les blés in blado ou per blada, elles doivent probablement s'entendre du sarclage ou d'autres travaux que réclament les blés avant leur maturité.
XIII. De la capitation. — On appelait capitation ou chevage, capaticum, capitale, un cens personnel, c'est-à-dire perçu sur les personnes et non sur les choses. Ceux qui l'acquittaient étaient appelés capita les, capitalatii, cavaticarii, homines de capite. Ce tribut était si accablant pour les familles que beaucoup de parents souhaitaient la mort de leurs enfants afin de n'y être pas soumis.
XIV. Le lidimonivm. — C'était une capitation exigée des li des et imposée quelquefois aux serfs que l'on avait affranchis. Dans le polyptyque d'Irminon, à la fin du fisc de Neuilly, on trouve une liste de sept femmes li des qui paient chacune 7 deniers di litmonio. Là, à Boissy, à Chavannes il n'est pas question d'hommes, ce sont toujours des femmes qui sont soumises au lidimonium. Est-ce à dire que les hommes fussent exempts ? Non, ils devaient y être obligés, mais on se dispensait, à leur égard, de rappeler cette obligation.
XV. Du cens. — Le mot census a soulevé de longues controverses entre Montesquieu, le comte de Boulainvilliers et l'abbé Dubos ; aujourd'hui on s'accorde à y voir une redevance quelconque, publique ou privée, à titre gratuit ou à titre onéreux, acquittée en argent ou autrement par un homme libre ou par un serf.
Dans l'édit de Clotaire II, en 615, on lit que le peuple réclamait contre l'imposition d'un nouveau cens, par où il faut entendre un impôt public mis sur des hommes qui n'étaient pas des serfs, au moins en totalité, puisqu'on les désigne par le mot populus. Dagobert lève en Limousin un census publicus qui est un impôt public ; même signification pour le census abandonné par le même roi à la ville de Tours.
Sous la seconde race on chercherait inutilement un texte où le mot census serait employé dans le sens d'impôt proprement dit, attendu que depuis longtemps les impositions publiques, au moins les personnelles et les foncières, étaient tombées en désuétude, et avaient dégénéré en redevances seigneuriales ou privées. Si l'on rencontre encore, et même fréquemment, les expressions census regius ou regalis, il ne faut pas s'y méprendre ; à l'exception de quelques droits indirects ou des tributs imposés à des peuples soumis, elles ne désignent plus des impôts ; et si des gens de toutes les conditions continuent de payer des cens au roi, ce n'est plus au roi, c'est au seigneur, c'est au maître de leurs personnes ou de leurs biens qu'ils les doivent.
Ce n'est donc que sous la première race que le mot census a le sens d'impôt ; mais il signifie presque toujours une redevance privée. La loi des Alamans nous fait voir un homme libre, liber, qui, après avoir donné ses biens à une église, les reçoit d'elle en usufruit, à charge de cens, census. Dans un précaire de 729, deux époux, qualifiés l'un et l'autre d'illustres, reçoivent pareillement en usufruit, de l'abbé de Saint-Germain, plusieurs biens, meubles et immeubles, pour lesquels ils s'engagent à payer tous les ans un cens de 30 sous d'argent. Enfin, un concile de Reims, en 625, dans son canon 6e, défend à ceux qui sont soumis au census publicus d'entrer en religion sans la permission du prince ou de son lieutenant.
XVI. Les dona. — Ce sont les dons ou présents en usage dès l'antiquité et qu'on voit chez les Francs qui offraient au roi tous les ans à la seconde assemblée générale et aux grands jours de fêtes ainsi qu'aux occasions solennelles. Cet usage était pratiqué dans les abbayes, mais le plus grand nombre d'entre elles parvint à s'en faire exempter dès le commencement du règne de Louis le Débonnaire. Parmi les présents, les chevaux tenaient une place de choix dès le temps des empereurs et deux capitulaires de l'an 803 nous apprennent que chaque cheval ainsi offert devait porter sur un écriteau le nom du donateur.
XVII. Bétail. — Le bétail payé en redevance se composait de bœufs, de moutons et de porcs ; une fois on trouve la mention d'une vache et de neuf génisses. Aucune mention de taureaux. Par contre on doit des brebis, oves, vervi ces, des oviculse et des germgiœ, de moutons, multones, leares, des agneaux, agni, egnelli. Les germgiœ sont de jeunes brebis qui n'ont porté qu'une fois, les leares sont de jeunes béliers ( ?). Pour la gent porcine on distingue entre porci crassi, majores, minores, soa les, porcelli et ferreoli ou cochon de lait.
XVIII. Volaille. — Le tribut ordinaire et pour ainsi dire obligé des manses et généralement de toute espèce de tenure consistait en poulets et en œufs. Dans le polyptyque d'Irminon, le nombre des poulets payés par un manse est communément de 3, le nombre des œufs, 15. Cette proportion ne se retrouve pas partout. D'après la lex Dajuwariorum, les colons et les serfs des églises doivent 4 poulets et 15 œufs ; dans un papyrus de Ravenne on trouva la redevance de 12 pou les et 120 œufs. Parfois il est question d'un pullus regalis, poulet du roi, mais pas toujours accompagné d'œufs. Il y a aussi les pulli vindemia les exigib les au temps des vendanges ; les pulli veslili sont ceux accompagnés des œufs d'usage, les pulli dominici ceux du manse seigneurial.
Les pou les grasses, pastœ, et les oies, ancœ, anseres font partie des objets donnés en cens.
XIX. Vin. — La quantité de vin payée en cens par les tenanciers de Saint-Germain était assez considérable. Il était assigné 2 000 muids de vin par an à la mense conventuelle sous les règnes de Louis le Débonnaire et de Char les le Chauve. En outre, plusieurs manses avaient à fournir du moût, muslum.
XX. Blé. — On avait à s'acquitter de l'annona, blé en général, Vannona viva, blé en grain, de la mixtura qui est le blé mélangé ou méteil, de la mullura c'est-à-dire la mouture, la farine avec le son, de frumenlum ou froment dont le nom latin est triticum. Les redevances d'épeautre, spella, étaient nombreuses ; cette variété était plus cultivée que les autres céréales, au moins dans les pays rapprochés du Rhin.
XXI. Les bracia. — Au singulier bracium, brace désigne des grains de blé qu'on avait fait germer dans l'eau, puis dessécher ; c'est ce que nous appelons le malt pour l'orge qui a subi cette triple préparation et dont on fait usage pour la fabrication de la bière. Peut-être ces bracia étaient-ils du malt moulu et non du malt en grain ; dans le polyptyque de Saint-Bertin, le nom de brace est presque toujours rapproché du mot jarina. Les redevances de malt étaient surtout imposées aux moulins. Entre Villemeux et Aulnay, l'abbaye de Saint-Germain possédait 22 moulins sur l'Eure et sur la Biaise ou sur leurs affluents. Dans le cens qu'elle en retirait il entrait 177 muids de bracia.
A Prûm et à Saint-Bertin beaucoup de tenanciers étaient soumis à l'obligation de préparer du malt, de brasser et de faire la bière. La bière même se présente souvent au nombre des redevances : la loi des Alamans, par exemple, fixe à 15 sic les la mesure de cervisa que les serfs de l'église devaient donner en tribut. Dans le polyptyque de Saint-Germain la bière n'est pas nommée.
Charlemagne prescrivait à ses officiers d'avoir de bons fabricants pour la bière, le cidre, le poiré et toutes sortes de boissons. Il voulut aussi que tout officier, quand il était de service, amenât son malt au palais, et que les maîtres brasseurs y vinssent en même temps pour y fabriquer de la bière de bonne qualité. Le concile d'Aix-la-Chapelle en 817, en réglant la ration des chanoines, accorde par jour, à chacun d'eux, 4 livres de pain et depuis 2 livres de vin ou 3 livres de bière, cervisa, jusqu'à 5 livres de vin ou une livre de vin et 5 de bière, la livre étant de 12 onces.
XXII. Le houblon. — Le houblon entrait dans la fabrication de la bière, il n'était dû que dans trois fiscs. C'était une redevance servile. Cette substance est appelée humolo, humelo, umlo et fumlo.
XXIII. La moutarde. — Cette redevance, dans le fisc de Palaiseau (voir ce nom), est régulièrement d'un setier par ménage de serfs, même lors que le manse est ingénuile. C'est au mois d'octobre que le moine Wandelbert rapporte le temps de la fabrication de la moutarde.
XXIV. Le lin. — Ces redevances sont peu nombreuses. Les tenanciers ou fermiers de l'église de Ravenne et de celle de Modène, aux IXe et Xes, rendaient la 4e, la 7e de la 10e botte ou fagot, martipulus, manna de lin en tige. Les femmes de plusieurs tenanciers du monastère de Prùm étaient obligées de faire, par semaine, deux journées de travail ou de donner une demi-livre de lin et un demi-coms(7/s. Dans une terre du même monastère les femmes qui fabriquaient des camsi les devaient récolter le lin, le rouir et le préparer en niasse.
XXV. Les camsi les et sarcit.es. — C'étaient des étoffes préparées dans les manses tributaires : camsilis ou camisile et sarcilis ou sarcile servaient à désigner deux espèces de vêtements, le premier en lin, le deuxième en laine. On lit dans la règle de saint Chrodegang que les prêtres et les diacres devaient recevoir tous les ans deux sarci les ou de la laine pour les faire (c. xxix). — Parmi les objets exigés pour cens on remarque des nappes d'autel, mappse ; des nappes de table, mensa les ou mensalia ; des couvertures, lodi ces ; des tuniques d'église, tunicœ ad opus ecclesise ; des saies, bodmones. Le camsil était une toile de lin de 8 aunes de long sur 2 aunes de large dans laquelle on taillait des caleçons ; le sarcil était une étoile grossière longue de 12 aunes et large de 2 ; ces mesures pouvaient différer beaucoup et les prix également.
Parfois camsi les et sarci les désignait des vêtements particuliers et non pas de simples pièces d'étoffe. D'après la règle de saint Chrodegang de Metz, on distribuait chaque année aux chanoines de cette Église des frocs neufs qui, l'année suivante, servaient à vêtir les jeunes. De plus, les prêtres et les diacres assidus à leur service, recevaient tous les ans un ou deux sarci les neufs ou de la laine pour en faire ; d'après dom Calmet ce vêtement était une chemise de laine.
XXVI. Miel, cire, huile et savon. — Les redevances de cette espèce étaient fort considérables. Chez les Bavarois, les colons et les serfs devaient donner le dixième de leurs ruches ; dans un des papyrus de Marini, des colons rendent 70 livres de miel. Le miel était en partie produit dans des ruchers, en partie recueilli dans les bois. Un rucher, apiarium, apile, apiculare se plaçait sous le toit de la maison, parfois dans un lieu à part. Le vol d'une ruche, apis, vas ou vasculum apum était puni plus ou moins sévèrement. Une grande partie du miel se récoltait dans les bois où des arbres étaient préparés pour loger les abeilles.
On composait avec du miel et de l'eau une boisson commune appelée hydromel.
A Saint-Germain les redevances de cire étaient proportionnées à celles de miel ; la proportion était de 2 livres de cire pour 4 setiers de miel. D'après un capitulaire du roi Pépin, les curés étaient tenus de rendre à leur évêque une certaine quantité de cire. Le forestier du fisc de Boissy rendait à l'abbaye 1 setier de savon et 1 livre de cire.
Chaque officier de service au palais de Charlemagne devait lui fournir par jour, 3 livres de cire et 8 setiers de savon, plus 6 livres de cire à la Saint-André (30 novembre) et autant à la mi-carême.
XXVII. Fer. — Redevance imposée à des manses serviles.
A Saint-Germain, il n'est question de fer donné en tribut par des tenanciers que dans le seul fisc de Boissy. La quantité exigée d'eux est constamment de 100 livres, appelée pensa dans le résumé, sans qu'on puisse inférer que ce mot ait régulièrement servi à exprimer un quintal.
XXVIII. Outils et instruments divers. — Comme à Corbie, Saint-Germain devait posséder des ateliers en grand nombre, ce qui n'empêchait pas de réclamer des tenanciers des outils et des instruments de plusieurs espèces : houes, fossoria, chaudière, cognées, lances, landier, etc.
XXIX. Bois à druler, échalas, chars. — Ces redevances, quand elles étaient exigées, l'étaient seulement des manses ingénui les et des lidi les, à l'exception des serviles.
XXX. Tonnes, douves, cercles, osier, muids. — Tout cela en quantité variable et n'atteignant que tel ou tel manse.
XXXI. Voliges, bardeaux, a-\IOVLI et scindulae. — La scindula est un bardeau, c'est-à-dire une planchette, ordinairement de chêne, mesurant entre 0 m. 30 à 0 m. 40 de long sur 0 m. 01 à 0 m. 02 de large et 0 m. 005 à 0 m. 008 d'épaisseur ; on s'en servait pour couvrir les toits et revêtir les murs. La traverse sur laquelle on clouait le bardeau s'appelait asciculus ou axiculus, c'était une espèce de latte ou de lame de bois, moins large mais beaucoup plus longue que le bardeau et qu'on désigne aujourd'hui sous le nom de volige, pris dans un sens spécial. Quelle que soit la condition des manses, la taxe ordinaire est de 100 assiculi pour chacun de ceux qui doivent acquitter cette redevance. La même règle s'applique aux scindulœ.
XXXII. Les torches, facvlm. — Ce sont des torches de bois qu'on façonnait pendant les veillées d'hiver principalement avec le pin appelé lœda. On taillait la branche en épi, et on la fendait en brins ; ensuite l'épine blanche, le charme, le coudrier, le genêt. Ces flambeaux étaient employés aux noces, aux funérailles et dans beaucoup d'autres circonstances. Ce mode d'éclairage existe encore de nos jours en France, en particulier dans le Bordelais, où on fend en baguettes très minces des échalas faits avec du pin dont la résine n'a pas été extraite de l'année et on forme avec ces baguettes des faisceaux de 5 à 8 centimètres de diamètre qu'on lie avec de l'osier. Ces torches brûlent bien, donnent une grande lumière peu sujette à s'éteindre ; il suffit de les secouer pour les ranimer. L'abbaye de Saint-Germain lirait ses facultés de trois fiscs serviles ; la redevance est fixée à 7 faculœ par manse, ailleurs à 12 faculœ. Charlemagne voulait qu'il fût tenu par ses officiers un état des faculœ conservées dans ses domaines.
XXXIII. Redevances diverses. — Le forestier de Boissy doit donner tous les ans à l'abbaye de Saint-Germain 1 autour et 3 éperviers, ou bien, à leur défaut, 3 sous d'argent. Un autour non dressé vaut 3 sous et, après la mue, 12 sous. D'après les lois barbares, l'autour, accipiter, est évalué plus cher que l'épervier, speruarius. Quel que prix qu'on attachât aux autours, la capture de ces oiseaux dans les bois n'était pas interdite. Charlemagne recommandait à ses officiers d'entretenir dans ses domaines, pour son service, des autours et des éperviers ; mais il était défendu aux évêques, aux abbés, aux abbesses et à tous ecclésiastiques d'entretenir des chiens de chasse, des autours, des faucons, des éperviers et des jongleurs.
Les anguilles étaient l'objet de redevances imposées par l'abbaye de Saint-Germain. Les neuf moulins de VILLEMEUX rendaient chacun 100 anguilles, si les meuniers parvenaient à les prendre, sinon ils ne donnaient que celles qu'ils avaient pu capturer. De même les deux moulins de Saint-Père de Chartres, chacun 100 anguilles, un autre moulin 30 seulement. A l'abbaye de l'riim dix manses devaient fournir chacun 30 sangsues.
H. Leclercq.
REDON.— I. Cartulaire.— En 1863, Aurélien de Courson publia le cartulaire de l'abbaye de Saint-Sauveur de Redon. Attendu depuis vingt ans environ, l'ouvrage donna généralement satisfaction. Si Anatole de Barthélémy lui adressa quelques critiques ', l'auteur se hâta d'en montrer « le peu de fondement 2 » et put penser avoir partie gagnée, mais l'année suivante Arthur de La Borderie entreprit « de produire en public les observations nécessaires pour la saine intelligence et le bon usage d'un document fondamental de l'histoire de Bretagne 3 ». Il y revint un quart De plus tard 4 avec de nouveaux développements.
Le cartulaire contient 327 chartes du IXe et 11 du Xe, antérieures à l'an 925, pour ne rien dire de pièces de date plus récente. L'authenticité de toutes ces chartes (sauf une ou deux au plus) est incontestée, incontestable. A peine est-il possible de relever quelques fautes commises, imputables à des copistes. En somme, ce recueil est, ainsi qu'on l'a dit, « l'un des documents les plus intéressants de l'histoire de France et, pour l'histoire de Bretagne, un monument d'une importance souveraine et unique. • » Nonobstant leur importance ces actes furent un peu négligés, sinon au point de vue philologique où ils furent abondamment exploités par les celtisants, du moins au point de vue historique avant que A. de La Borderie ne s'y fût appliqué par le côté chronologique. Le premier éditeur avait donné une chronologie sommaire et souvent défectueuse, et là où manquaient les dates précises, c'est-à-dire presque partout, jamais, même dans les cas les plus difficiles, il n'indiquait les motifs des solutions qu'il adoptait. D'où l'inutilité et, parfois, l'impossibilité d'utiliser le cartulaire. L'étude critique à laquelle se livra A. de La Borderie porta sur la chronologie des princes francs du IXe qui s'y trouvent nommés, sur celle des princes bretons, celle des évêques de Vannes et des abbés de Redon.
Si nous n'avions pas donné ces explications nécessaires certains se fussent étonnés peut-être d'un silence et d'une omission en apparence inexplicables ; il faut donc leur dire ici que ce précieux document appartient à peine à nos études. En effet, le cartulaire de Redon ne contient que cinq chartes du temps de Charlemagne ; ce sont les plus anciennes de tout le recueil et toutes les cinq ont été mal datées par l'éditeur. On les trouve dans son édition sous les numéros 33, 135, 166, 168 et 191. Elles n'ont que peu d'importance, il est vrai, au point de vue de nos études et se rapportent à un procès, à une vente, à une vente à réméré, à une vente et à une donation, respectivement pour les années 801, 808, 813, 813 et 800 à 814. On sait qu'en matière d'histoire le Dictionnaire ne dépasse pas cette date, or c'est en 814 que nous rencontrons un premier gouverneur de Bretagne pour les Francs, Gui ou Wido.
Les chartes numérotées ci-dessus 191, 135 et 166 mentionnent un évêque Isaac qui occupait le siège de Vannes entre 801 et 814 au moins ; ainsi, une fois encore, le cartulaire ne nous apporte rien d'appréciable, et on va voir qu'il en est de même pour la liste abbatiale.
II. Monastère. — Il existe deux opinions principales touchant la date de fondation de l'abbaye : en 823 ou en 832. On lit ce qui suit dans la première charte du cartulaire :
« Sachent tous ceux qui entendront cette charte que Convoion, étant allé trouver le liern Ratuili, le rencontra à Lesfau assis au bord d'une fontaine, et le pria de lui octroyer un lieu convenable pour y travailler au service de Dieu ; ce que Ratuili en effet lui accorda, et sur sa demande lui donna le lieu de Redon en pure aumône, pour le salut de son âme et pour avoir part en l'héritage du royaume de Dieu. Ce fut fait un jeudi, présent et consentant Catworet, fils de Ratuili. Ensuite Convoion et les frères religieux qui l'accompagnaient quittèrent le monde au nombre de six, et entrèrent dans ce lieu de Redon. Après quoi Ratuili y vint lui-même visiter ces pieux frères et, tant en son nom qu'au nom de l'empereur, il leur confirma la pleine et perpétuelle possession de ce lieu. [Suivent les noms et les signes des témoins.] Ce fut fait un mercredi du mois de juin, en la dix-neuvième année du règne de l'empereur Louis. » Ce sont là deux notices fondues en une seule, l'une ne marque que la férié, l'autre donne la férié, le mois et l'année. Le fait rapporté dans la première notice est-il de la même année que ceux mentionnés dans la seconde ou bien en est-il séparé par un intervalle d'une dizaine d'années ?
TEXTE CORRIGÉ :
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Ici, entre le premier fait rapporté et le suivant : la donation et la visite du donateur, il a dû se passer du temps ; à tout le moins le temps nécessaire à l'établissement matériel d'un oratoire et de cabanes, ce qui peut être vite fait. Néanmoins on a voulu soutenir l'année 823 en s'appuyant sur une Chronique du Mont-Saint-Michel, dont il existe plusieurs copies très anciennes qui portent les unes 823, les autres 833 ; il faut donc renoncer à l'utiliser et s'en tenir à 832.
La notice qu'on vient de traduire montre qu'en juin 832, au moment de la visite de Ratuili, la communauté monastique de Redon ne comptait encore que six religieux ; or une autre notice (n° 2 en appendice en cartulaire) les montre au nombre de douze frères réunis le jour de la Saint-Martin, avant la messe, et s'engageant tous ensemble à n'avoir plus désormais rien en propre, à mettre en commun tous les fruits de leur travail et tous leurs biens et à ne plus s'occuper des choses du siècle que par l'ordre de leur abbé. Voici donc, à proprement parler, le début de la communauté monastique à Redon, qui ne comptait que 6 moines en juin 832 et qui en comptait 12 au 11 novembre d'une année qui ne peut être antérieure à 832.
III. Le premier abbé. — C'est en juin 832 que commence l'abbatiat de l'abbé Conwoion et le cartulaire nous apprend (n. 68) qu'il vivait encore le 30 juillet 867, tandis que (n. 240) montre que le 28 août 868 il était mort. Reste à déterminer le jour. Ni les actes des saints de Redon, écrits au IXe, dont la fin manque ; ni la Vie de saint Conwoion composée au XIe ne précisent ce jour, mais à l'abbaye de Saint-Sauveur de Redon, depuis un temps immémorial jusqu'en 1790, on fêtait le fondateur le 5 janvier. Pareille tradition en pareil lieu prend la valeur d'un fait presque certain, saint Conwoion était donc mort le 5 janvier 868.
IV. Les gesta sanctorum rotonensium. — Un des six moines de 832 paraît à Mabillon être l'auteur de ce recueil hagiographique : Porro auclor iste sancli Conwoionis, ut jam dixi, discipulus fuit, id est unus e primis monachis cœnobii Rolonensis l. Le point est douteux, car au temps de saint Conwoion et de ses six compagnons, cet auteur n'était qu'un enfant : cum prœsertim illos viras sanctos noverim qui me a pueritia nutrierunt al que in scientia Dei educaverunt 2 ; il fut guéri d'une rage de dents par le moine Fitweten, alors qu'il était juvenculus z, il survit à Conwoion, à Fitweten, à Tetwio, à Doethen, etc., donne la date de la mort de chacun d'eux, mais non l'année. Toutefois il est possible d'y suppléer à l'aide du cartulaire. « On n'a pas remarqué, en effet, que presque tous les « saints » y figurent comme témoins ou donateurs, ce qui nous permet d'établir le terminus a quo, la date à partir de laquelle notre auteur a commencé à rédiger, et aussi, le terminus ad quem au-delà duquel il est invraisemblable qu'il ait écrit.
« Tout d'abord il a survécu à Conwoion ; dans la préface du livre III, il annonce le dessein de raconter la fin du saint abbé4. Or, celui-ci est mort le 5 janvier 868. Son œuvre est donc postérieure à cette date. Et celle-ci trouve sa confirmation dans le récit de la mort de Fitweten, « moine et prêtre » décédé le 11 décembre 5. Ce personnage est, en effet, le Fitweten, moine de Redon, qui souscrit un grand nombre de chartes de cette abbaye, en faisant suivre son nom du mot presbuter. On le voit pour la première fois le 19 janvier 839 6. Il figure encore comme témoin le 18 mai 864 ', enfin le 23 janvier 867 8. Passé cette époque il disparaît. Sa mort étant du 11 décembre, est au plus tôt du 11 décembre 867. Les Gesta sanctorum Redonensium ne sauraient donc être antérieures à 868 9. Leur composition ne saurait être non plus très postérieure à cette date et de l'extrême fin du IXe l0. » IL Leclercq.
REFADI. — Localité du Haûran (voir ce nom) où M. de Vogué eut encore la satisfaction de rencontrer et la prévoyance de faire dessiner des « maisons presque intactes, dont l'une, disait-il, est datée, et qui donnent le type le plus complet des habitations de la région (voir Dictionn., t. vi, col. 1937-1916 ; t. x, col. 1222-1251). On ne saurait imaginer une construction plus rationnelle ; chaque pierre a sa fonction apparente ; l'entablement, formé des architraves monolithes qui relient les colonnes, et de l'extrémité des dalles qui composent le toit a un caractère très vigoureux. Les dalles ont une surface légèrement inclinée pour favoriser l'écoulement des eaux pluviales : celles-ci venant se rassembler dans un chéneau pratiqué dans l'épaisseur des dalles se déversent au dehors par de petites gargouilles. Les chapiteaux et les bases sont d'un style qui se rapproche du byzantin. Des volutes terminent le bandeau supérieur ; elles apparaissent pour la première fois dans l'architecture antique, c'est le prototype évident d'un élément d'ornementation très employé dans l'architecture arabe. Ces maisons appartiennent d'ailleurs par leur âge à la période byzantine ; l'une d'elles, par exemple, porte la date du 13 août 510, indiquée par une inscription gravée sur la dernière balustrade à gauche du premier étage et qui est ainsi conçue :
SufxecovYjç -f Kô(pie) tï ;v eïcroSov xai. T7)v e^oSov Tjtxcôv à[XY)(v). 'E7tAY]pa>0Y) ri axoà èv (J.Y)(vt) « Siméon. Seigneur bénis notre entrée et notre sortie. Amen. Ce portique fut achevé le 13 loûs, la troisième indiction de l'année 558. Airamis. » Siméon est le nom du propriétaire de la maison ; Airamis celui de l'architecte u.
H. Leclercq.
REFRIGERIUM. — I. Refrigerare. IL Refrigeratio. III. Refrigerium. IV. Le bonheur céleste. V. Le repas cultuel. VI. Bibliographie.
I. refrigerare. — « Boire une eau fraîche, quand on est altéré ; se reposer à l'ombre, quand on vient d'être brûlé des rayons du soleil ; est-il une sensation plus exquise et où l'organisme humain rencontre une plus apaisante délectation ? Impuissante à se représenter les récompenses d'outre-tombe autrement que sur le modèle des félicités goûtées ici-bas, la piété humaine a souvent imaginé le bonheur du ciel comme un « rafraîchissement » où s'épanouirait éternellement l'âme des élus. Refrigerare, refrigerium sont des mots de la langue chrétienne. Ils ont même passé dans le vocabulaire de la liturgie. Nous essaierons de retracer ici l'histoire de ce concept qui, né d'une impression toute physiologique, s'est élargi jusqu'à signifier le plus complet bonheur dont l'homme puisse rêver l. » Le mot que nous allons étudier se rencontre dans les inscriptions païennes et dans les chrétiennes, il a le sens de « rafraîchir », c'est-à-dire de procurer une sensation de fraîcheur, ce qui peut s'entendre de tout ce qui affecte l'organisme avec l'impression d'un soulagement physique. En voici quelques exemples tirés de textes païens : Me vero... délectant... pocula, sicut in Symposio Xenophontis, minuta at que rorantia, et refrigeralio sestate, et vicissim aut sol aut ignis hibernus '. Pline l'Ancien parle du besoin de fraîcheur que ressentent les imprudents qui ont absorbé la plante nuisible appelée aegolcthron * : Venenati signa sunl, quod omnino non densalur, quod color magis rulilus est, odor alienus, slernumenta protinus movens, quod ponderosius innoxio. Qui edere, abiciunt se humi rejrigerationem quœrentes, nam et sudore diffluunt. Dans le sens de « rafraîchir » nous pouvons encore citer ces passages de Cicéron : Nonne, ut ignis in aquam conjectus conlinuo reslinguitur et refrige.ralur, sic referuens falsum crimen in purissimam et castissimam vilam collatum, statim eoncidit et exstinguilur 4. — Quorum stellarum... tantus est concentus... ut cum summa (Stella) Saturni refrigeret, média Martis incendal^. — Ubi enim potest illa œtas aulcalcscerc vel apricatione melius vel igni aut vicissim umbris aquisve rejriycrari salubrius 6. Au sens moral le terme est employé avec la signification « jeter un froid », « déconcerter », « faire tomber l'ardeur » :...ita defessa ac rejrigerata accusatione rem integram ad M. Melellum pnvtorem esse venturam '. — Prudens (teslis)... brevi inleiiocutione putroni rejutandus est aut aliquu si conlinget urbane dicto rejrigerandus ».
Nous trouvons le mot refrigerare avec un sens assez particulier dans une inscription de Fcltre * :
Voici d'abord la transcription de ce texte obscur :
Severo et Rufino co(n)s(ulibu)s, v k(alendas) sept- (embres), acceperunt coll(egium) fab(rum) et cfollegium) c(entonariorum) denariorum quingenta milia computata usura anni uni (us) centensima u[n]a denariorum LX ; de qua usura per singulos an(nos) die v idu(s) jan(uarias) natale ipsius ex usura s(upra) s(cripta) at memoriam Hos(tilii) Flaminini refriger(are) se [..}derunt et quatluorvirfis ?) et sexfviris ? ) prinefipalibus ?) et off(icio ?) pub(lico ?) spor(tulam) nofmmos ?) aureos den(arios) et sil(iques) singfulis ?), neienon et per rosfalia ?) et memor(iam) eius refrigerar(e) deveb(unt) n(ummos) CCCLXII.
Il est question d'un nommé Flaminius qui, le 28 août 323, lègue une somme importante à deux collegia à charge pour eux de « rafraîchir » sa mémoire, ce qui revient à dire de raviver son souvenir par une distribution annuelle à date fixe des intérêts de ce capital. Le texte offre un grand intérêt par toute une série d'indications étrangères à notre sujet, nous ne devons nous arrêter qu'à l'usage fait ici du verbe refrigerare dans un sens différent du sens propre signalé plus haut et qui n'est pas cependant celui dont les chrétiens ont fait usage lorsqu'ils se sont servis de refrigerare comme verbe transitif ou intransitif, en le transposant. Pour eux, ainsi que nous le verrons dans un moment, l'idée à rendre est celle de « rafraîchir » l'âme soit dans cette vie, soit après la mort. Il ne s'agit pas non plus d'un repas et du soulagement ou du rafraîchissement du corps par la nourriture, ce que Flaminius désire, c'est que les deux collegia « ravivent sa mémoire, la conservent toujours fraîche ». Ce n'est plus le sens propre et direct du mot, mais un sens figuré avec une allusion favorable, peut-être une locution courante de la langue populaire qui ne s'était pas encore rencontrée ailleurs,0.
On doit observer que refrigerare paraît à deux reprises dans l'inscription avec une construction identique dans les deux passages, et ce détail a son importance ainsi qu'on le verra.
Il existe une inscription du Me environ avant Jésus-Christ, gravée sur une lamelle d'or, trouvée à Pétélie, dans l'Italie méridionale sur laquelle il est question de l'eau de la source de Mnémosyne qui doit rafraîchir le défunt u : ~Eùprtasiç, S'è-rspav (xprjvrjv), rr.ç Mvr(u.Gauv/ ;< ; Sltzo Xîlivtjç ^o/pôv ûScop 7rpopéov... Les mots qu'on vient de lire ont suggéré des rapprochements avec certains passages épigraphiques de Rome, et même avec des textes littéraires grecs qui présentent une idée très analogue. La langue latine a été de même explorée et on a pu y relever refrigerare et refrigerium, traduction directe d'àva^ù/siv et allusion à l'état de félicité de l'âme après la mort.
De là on a conclu que ces expressions, usitées sous l'empire dans les religions les plus diverses, dérivent de la langue des mystères grecs * et du paganisme égyptien 2. On connaît cette douce manie qui tend à déposséder le christianisme de tout ce qu'il peut revendiquer d'original et de personnel pour en découvrir la source dans les religions païennes. Il a pu arriver et il est certainement arrivé que les fidèles ont fait des emprunts et se soient assimilé ce qu'ils trouvaient ailleurs, mais il faudrait les tenir pour bien frustes s'ils n'avaient su découvrir par eux-mêmes et dans la lecture de leurs livres saints la notion de fraîcheur qui soulage et d'appliquer cette pensée à l'âme. Du moment qu'il fallait découvrir une origine égyptienne ou autre, on eut recours aux néo-platoniciens, l'explication ne pouvait qu'être applaudie, elle le fut, même par le R. P. Lagrange, souvent mieux inspiré, qui opina que « les chrétiens avaient peut-être transporté et sans doute aussi transformé une formule osirienne ». Nous venons de voir, en effet, une inscription de Pétélie, on en pourrait citer d'autres à Rome où on entend les fidèles d'Adonis, et plus souvent ceux d'Osiris, émettre le vœu que le dieu donne « l'eau froide », τὸ ψυχρὸν ὕδωρ, à leurs morts. Celle-ci a été lue sur la voie Nomentane 3 :
D-M
DOESE
ce qu'il faut lire : Dis manibus. lookux Soiq goi « Otripiç tô tywypov ûSojp.
Ce vœu n'était pas rare en Égypte. « Dans toutes les formules que nous connaissons jusqu'à présent, l'âme égyptienne, comme l'âme grecque, redoute surtout les ténèbres de la nuit et appelle à grands cris la lumière. Elle demande à pouvoir entrer à volonté dans sa syringe et en sortir, se rafraîchir à son ombre et boire l'eau de son lac cha que jour... prendre le frais sous ses sycomores 4. » L'analogie avec le refrigerium chrétien est purement apparente. Ce n'est pas Osiris ou quel que autre dieu qui a suggéré l'idée de rafraîchissement, c'est l'Évangile. Lors que le mauvais riche reçoit le châtiment, il se trouve dans une température surchauffée : crucior in hac flamma, dit-il, et il demande comme soulagement que le pauvre Lazare humecte d'eau sa langue, ut refrigeret linguam meam 5. L'eau que Jésus propose à la Samaritaine deviendra une fontaine jaillissante 6. En voilà plus qu'il n'en fallait pour suggérer l'idée de « rafraîchissement » que nous retrouvons dans un monument mémorable du 11e siècle, l'épitaphe de Sentrius Volusianus, martyr à Marseille qui, avec ses compagnons furent brûlés vifs : Q VI V !M ignis FASSI SVNT et ce ne sont ni Adonis ni Osiris qui ont dû suggérer la belle acclamation qu'on met sur leurs lèvres : métaphore se présentait comme d'elle-même et après Marseille nous la retrouvons à Lyon, en l'an 177, où « les bourreaux (qui torturaient Sanctus) firent rougir au feu des lames d'airain et les lui appliquèrent sur les parties les plus délicates du corps. Or, Sanctus demeura inébranlable... la source céleste d'eau vivifiante qui sort du sein du Christ le rafraîchissait et le fortifiait7 ». Ainsi on a dit très justement que « l'idée d'une réfrigération bienfaisante à l'âme humaine est aussi ancienne que le christianisme lui-même, et si l'on veut établir une connexion avec la croyance égyptienne, c'est à l'origine du christianisme qu'il en faut chercher et marquer (si on le peut) le point de suture8 ».
Tous les textes qui nous offrent refrigerare peuvent se rattacher aux deux types que voici » :
1° Le verbe est pris d'une manière absolue, au sens intransitif de « être dans le rafraîchissement », c'est-à-dire dans la paix, dans le bonheur. Cette acception n'est pas inconnue aux païens, comme en témoigne, par exemple, l'inscription romaine d'un lupercalien, (h)uius loci refrigera(n)s 10, mais les chrétiens, comme nous le verrons, s'en servent beaucoup plus communément, surtout à Rome, en Afrique, sur les épitaphes et dans les textes hagiographiques et littéraires. C'est de la même manière que refrigerare est construit quand il signifie « se bien traiter », « banqueter » comme dans l'inscription des Syncralii qu'on vient de lire ; usage sans doute exclusivement païen.
2° Le verbe est accompagné d'un complément à l'accusatif et se présente d'ordinaire comme une prière adressée à Dieu pour qu'il « rafraîchisse » le défunt, donc pour qu'il l'accueille dans le bonheur éternel. Les inscriptions chrétiennes ne sont pas seules à nous l'offrir, nous le trouvons dans la littérature, chez Commodien qui écrit : Si refrigerare cupis animam, ad martyres i, chez Antonius Honoratus qui, dans son Epistola consolatoria (vers 437) montre un ange assistant un chrétien martyrisé : consolons eum et refrigerons eum 12, le contexte indique le sens physique de « rafraîchir ».
« Dans cette tournure, le complément du verbe représente toujours une personne, qu'on cite son nom même ou qu'on lui substitue un pronom ou encore un substantif, anima, spiritus, etc. Est-ce là ce que nous offre l'inscription de Feltre ?
« En apparence, dans les deux passages où s'y lit refrigerare, la construction du verbe avec l'accusatif est identique à celle que nous venons de rappeler en second lieu ; mais il faut prendre garde qu'elle renferme un génitif intercalé chaque fois entre l'accusatif et le verbe : d'abord le nom du défunt, ad memoriam Hos(tilii) Flaminini refrigerare), puis au pronom qui en tient lieu, at memor (iam) ejus refrigerar(e). La symétrie est parfaite, et nous sommes fondés à dire que, dans les deux cas, le complément direct ne désigne nullement la personne d'Hostilius Flamininus, mais quelque chose qui lui appartient, sa memoria, son souvenir ls. Dès lors le sens est bien de « raviver la mémoire », la « conserver toujours fraîche ». Explication plus que hasardeuse et que nous croyons inacceptable. Il faut s'en tenir au sens habituel de refrigerare par l'idée d'un banquet donné pour rafraîchir, ce qui revient à garder vivant le souvenir du défunt.
IL — L'emploi de ce terme est exceptionnel chez les auteurs chrétiens l. Le suffixe en — ium s'est substitué au suffixe en — atio, comme il est arrivé souvent dans le latin d'Église 2.
III. REFRIGERIUM. — On n'oserait presque dire que c'est Tertullien qui a « lancé » ce mot ; du moins il lui a assuré un large développement en lui donnant plusieurs significations. Il en est une, tout d'abord, qu'on peut écarter. Il n'est pour rien dans le prétendu sens d'agape servant à la fois de commémoraison funèbre et de suffrage pour les défunts ; les preuves qu'on en apporte ne disent rien de pareil, mais il y voit une idée de « fraîcheur » matérielle. Quoiqu'on pense de la part qui lui appartient dans la composition de la Passio Perpetuæ (voir Dictionn., t. xm, à ce nom), il est certain que dans la vision où la martyre décrit son frère, elle dit avoir aperçu Dinocrate triste, angoissé auprès d'un puits dont la margelle était trop élevée pour que l'enfant pût atteindre l'eau afin de l'étancher sa soif ; dans une seconde vision elle le retrouve tout gaillard, joyeux de pouvoir puiser l'eau pour s'y désaltérer : Video... Dinocraten mundo corpore, bene restitum, refrigerantem.
Dans l'Adnersus Praxean, Tertullien se refuse à admettre ce que dit la Genèse que Dieu le Père se promenant le soir dans le Paradis s'y soit reposé sous un chêne auprès d'Abraham : Ceterum quale esl ut Deus omnipotens Me invisibilis quem nemo vidit hominum nec videre potest... Me altissimus in paradiso ad vesperam dcambulaverit... et apud Abraham sub quereu refrigeraveril 3.
Enfin saint Cyprien parle du refrigerium à propos de l'extinction soudaine de la fournaise à l'instant où Ananias, Misaël et Azarias y furent précipités : quibus inclusis in caminum cesserunt ignés et refrigerium flammée dcderunt 4. VA Paul Orose raconte que, lors de la guerre contre Jugurtha repenlina pluvia silientibus Romanis et sestuantibus refrigerium potum que prœbuil1'.
A l'idée de « fraîcheur » matérielle s'associe celle de « réfection », également matérielle avec le soulagement physique qu'elle comporte. Ce sens est donné au réconfort que goûtent sainte Perpétue et ses compagnons lors que les diacres de Carthage attachés au service du soulagement des confesseurs de la foi parviennent à faire sortir ceux-ci pendant quelques heures de l'horrible cachot où une chaleur malsaine les asphyxie : Tune Tertius et Pomponius, benedicli diaconi qui nobis ministrabant, constituerunt prsemio ut paucis horis emissi in meliorem locum carceris refrigeraremus 6. Le même sens de soulagement est indiqué par Tertullien lorsqu'il nous montre les pauvres gens admis gratuitement à participer à l'agape : ...Quantiscum que sumptibus conslct (hsec cena) lucrum est, pietatis nomine facere sumptum, siquidem inopes quos que refrigerio isto jui'iimus '. De même, Tertullien justifie la prolongation de certains jeûnes jusqu'au soir, d'après la pratique montaniste, par cet argument qu'il est impie ante famulorum carnem refrigerare quam Domini * ; de même encore il établit la supériorité des refrigeria de l'esprit sur ceux de la chair '. Dans le traité De anima ln, pour combattre certaine théorie sur la prétendue persistance d'une parcelle d'âme dans le corps des défunts, il observe qu'il faut se garder de faire état d'une histoire communément répandue d'après laquelle, dans un cimetière, on aurait vu un cadavre se reculer pour faire de la place à un autre cadavre : si réellement le mort en question avait pu effectuer un tel geste, il ne se serait pas borné là, il se serait donné un peu plus d'aise, sibimel ipsi refrigerasset, en changeant de position plus complètement, en étirant dans le sépulcre ses membres raidis.
Ainsi que nous l'avons déjà fait entendre, le mot refrigerium passa, sans beaucoup attendre, de la signification physique et matérielle à la signification morale, toutefois il y eut une nuance intermédiaire et comme une transition entre ces deux sens. C'est encore Tertullien qui, dans son traité De fuga in persecutione, nous dit que jamais les disciples ne songèrent à s'affranchir de la persécution en se rachetant de la cruauté de leurs ennemis, quoiqu'ils ne manquassent pas d'argent, car un grand nombre de fidèles riches se chargeaient de leur entretien : Quse (pecunie) Mis uti que non deeral ex prœdiorum pretiis ad pe des eorum depositis, cerle multis locupletibus viris ac feminis, qui his etiam refrigeria subminislrabant n. Au c. ix du De virginibus velandis, le même Tertullien reproche vivement à un évêque d'avoir agrégé une vierge de vingt ans à l'ordo viduarum. Si l'évêque se considérait comme tenu de lui prêter assistance : si quid reirigerii débiterai episcopus, n'avait-il pas bien des moyens de le faire sans violer la règle établie ? Cui si quid refri-gerii debuerat episcopus, aliter uti que salvo respeetu disciplinée preestare potuissel, ne taie nunc miraculum, ne dixerim monstrum, in ecclesia denotaretur, virgo vidua 12. Dans ces deux exemples, refrigerium exprime la notion d'une aide surtout pécuniaire, mais pas exclusivement pécuniaire.
« En revanche, quand Perpétue raconte que le soldat préposé à la garde de sa prison y laissait entrer un grand nombre de chrétiens ut et nos et Mi invicem refrigeraremus13 ; quand Tertullien, adversaire résolu des unions mixtes, demande à prement quel pourra bien être le refrigerium de la chrétienne mariée à un païen, et obligée de suivre son mari dans des banquets bien différents de l'agape chrétienne : ...Ubi spiritus ? Ubi refrigerium ? Ubi divina benedictio ? « Quand Commodien avec son inflexible rudesse, trace au chrétien ce programme de vie 16 :
Rxcurre, labora, suda, cum tristitia pugna... Si refrigerare cupis animam, ad martyres il ou que le traducteur latin de l'oeuvre grec que de saint Irénée appelle le Christ pacem et refrigerium eorum qui in dormitionem ierant 16, il va de soi que, dans tous ces textes, c'est le sens moral de réconfort, de soulagement spirituel qui prévaut et qui prépare le sens proprement religieux ». » IV. Le bonheur céleste. — - Le canon de la messe romaine contient cette formule au mémento des défunts : Ipsis Domine et omnibus in Christo qnicscenlibus locum refrigerii, lucis et pacis ut indulgeas deprecamur. Le lieu de rafraîchissement, de lumière et de paix est ainsi clairement désigné, c'est le séjour de la béatitude des élus. « Tertullien a, comme on sait, une théorie personnelle sur les destinées de l'âme après la mort. Il croit que, seu les, lésâmes des martyrs ont directement accès dans le paradis. Les autres âmes sont obligées à une sorte de stage dans les enfers, d'où el les ne sortiront que, lors du retour du Christ, pour être réparties entre le ciel et le géhenne « *. Mais durant cette période d'attente, el les reçoivent déjà les châtiments ou les récompenses qu'el les ont mérités pendant leur vie terrestre. Or, Tertullien emploie le mot refrigerium aussi bien pour signifier la félicité provisoire, ainsi goûtée dans le sein d'Abraham l, que le bonheur définitif octroyé par l'ultime verdict divin 2. Chez ses successeurs qui n'acceptent pas ce dédoublement, refrigerium continue à exprimer, d'une façon générale, les joies d'outre-tombe, promises par Dieu à ses élus. Il en est de même dans la Vulgate 3 et sur les monuments funéraires 4. » Ces derniers sont nombreux et nous offrent un choix de formu les très variées que nous allons grouper ici à raison de leur importance au point de vue dogmati que. Celui-ci a déjà été relevé dans le Dictionn. (t. iv, au mot : Défunts ; t. xiv, au mot Purgatoire) où nous avons montré que cette idée de refrigerium est un témoin de l'anti que croyance des fidè les à l'issue souhaitée de l'expiation des fautes dont l'âme n'était pas purifiée au moment de la mort.
Parmi tous les textes portant la mention du refrigerium, il en est un que nous citons à cause de son antiquité et de sa formule complète ; il provient de l'hypogée des Haviens, au cimetière de Domitille, et appartient au 11e siècle, il est encore attaché à la paroi d'une galerie 5.
Il n'est pas possible et il ne serait pas utile de transcrire ici tous les textes épigraphiques sur lesquels nous lisons le souhait du refrigerium ; l'épitaphe de Yolusianus et de ses compagnons à Marseille montre que cette formule était courante et comprise de tous les fidè les à partir du 11e siècle. Au siècle suivant nous pouvons mentionner en 291, à Rome, cimetière de Prétextât :
EX VIRGINIO TVO BEN EMECO VIXSISTI LIB-ENI C ONIVGA INNOCENT ISSI MACERVONIA-SILVANA REFRIGERA C-VM SPIRITASANCTADEPKAL APR TIBERI ANO II ET DIONI COSS Ex virginio tuo bene mec[um\ vixisti liben\ter] confuga innocentissima C.ervonia Silvana réfrigéra cum spirita sancla dep\osita] kal\endas] apr\ilis] Tiberiano II et Dion[e] cous.
Inscription d'origine cimétériaie, conservée au Latran, datée de l'année 363 :
REFRIGERIO BENEMERENTI IN PACE QVI VIXIT ANN PLVS MINV NXL DEPOSITVS llll-IDVS MAIAS DN IVLIANO AVG M II - ET SALLVSTIO CO
L'emploi de la formule in refrigerio se continue longtemps ; on la trouve sur une inscription du cimetière des Saints-Pierre-et-Marcellin, à Rome, datée de l'année 506 :
OPTATAE-CONIVGI KARISSIMAEBENE MERENTI-SABINIAE-FILVIXIT ANNIS-XXXIII-SEPVLTA IN REFRI. GERIO-XIII-KAL-MART-MESSALA-COS.
SECVNDA • ESTO • IN • REFRIGERIO. De Rossi, Bull, di arch. crisl., 1884-1885, p. 43 ; in situ, région d'Ampliatus.
REFRICERET-ISPIRITVS. R. Grousset, Étude sur l'hist. des sarcoph., Catalogue, n. 1.
ISPIRITVS TVVS IN BONO REFRIGERET. De Rossi, Bull, di arch. crist., 1894, p. 45.
BENE-MERENTI-IN PACE -ET IN REFRIGERIVM. A. Lupi, Epit. S. Severœ, p. 106 ; De Rossi. Bull., 1894, p. 71-72.
SICVT SPIRITVM TVVM DEVS REFRIGERET. De Rossi, Bull., 1894, p. 60 ; S. Scaglia, Il cim. di Priscilla, p. 87, flg. 20.
EY RECRITE PI [o]. Wilpert, Principienfragen, p. 80 ; De Rossi, Roma sott., t. il, pi. xlix-l, n. 21.
IN PACE TIBI DEVS REFRIGERIT. Boldetti, Osservazioni, p. 418 ; Mamaehi, Origines, t. in, p. 19.
SPIRITVM TVVM DEVS REFRIGERET. Armellini, Ilcim. di S. Agnese, p. 141.
SPIRITA VESTRA DEVS REFRIGERET. Boldetti, Osservazioni, 1. II, c. vu, t. n, p. 417.
ANIMA DVLCIS IN REFRIGERIO. Boldetti, Osservazioni, t. n, p. 418.
CVIVS SPIRITVM IN REFRIGERIVM SVSCIPIAT DOMINVS. De Rossi, Bull., 188C, p. 129-130 et note 1.
IN REFRigerium et in PACEM. De Rossi, Bull., 1886, p. 128, n. 212.
PRIVATA DVLCIS IN REFRIGERIO ET IN PACE. De Rossi, Bull, di arch. crist., 1886, p. 129.
SPIRITVM TVVM DEVS REFRIGERET. Boldetti, Osservazioni, t. n, p. 418.
VICTORIA REFRIGEPERIS SPIRITVS TVVS IN BONO. N. Wiseman, Fabiola, part. II, c. n.
KALEMERE DEVS REFERIGERET SPIRITVM TVVM. Muratori, Thés. nov. vet. inscr., p. mdcccxci, 8.
DEPOSITVS IN PACE REFRIGERO. Muratori, Thés. nov. vêler, inscr., p. mdccclxiii, 9.
BOLOSA DEVS TIBI F, E F R I G E R E T. Perret, Catac. de Rome, t. v, pi. lxi, n. 8.
DVLCISSIMOANTISTHENICONIVGI SVO REFRIGERIVM. Perret, op. cit., t. v, pi. lxi, n. 5.
SEMPER REFRIGERIS IM PACE DEI. Buonarotti, Vetri, xx, 2.
IANVARIA BENE REFRIGERA ET ROGA PRO NOS. De Rossi, Roma soit., t. m, pi. xxvm-xxix, n. 22.
EXPECTATE REFRIGERA. Bosio, Roma sotl., p. 563.
DVLCIT ANATOLIA REFRIGERI. Marangoni, Acta S. Victorini, p. 117.
IN REFRIGERIO ANIMA TVA VICTORINO. Fabretti, Inscr. antiq., p. 547, n. vu.
CVIVS SPIRITVM IN REFRIGERIVM SVSCIPIAT DOMINVS. Muratori, Nov. thés. vet. inscr., p. mdcccxxii, 1.
DEVS TIBI REFRIGERET. Perret, Catac. de Rome, t. v, pi. lxi, n. 8.
BENE REFRIGERA. De Rossi, Roma sotterr., t. ni, pi. xxvm-xxix, n. 22 ; cf. Corp. inscr. lat., t. vm, n. 8191.
Parmi ces épitaphes, il s'en trouve un certain nombre où la mention du refrigerium fait allusion au bonheur céleste accordé à des enfants en bas âge, celle-ci par exemple l :
Il est clair que pour des enfants de cet âge — d'autres sont plus jeunes encore — l'expression in refrigerio ne s'appli que pas à une sensation bienfaisante de rafraîchissement à la sortie du purgatoire.
Terminons par ce texte d'une galerie cimétériale de la voie Salaire ' :
A ces monuments est venue s'ajouter depuis peu d'années une fres que découverte dans le cimetière souterrain le plus abondamment décoré de la Rome chrétienne, celui de Pierre-et-Marcellin, aussi appelé inter duas lauros, sur la voie Labicane, près de Tor Pignattara (voir Diclionn., t. xiv, col. 981-1018). Toutes ces fresques appartiennent aux me et ive sièc les et présentent un groupe iconographi que important. Outre les scènes bibliques et évangéliques il en est une, tout à fait nouvelle, dont on a proposé une interprétation inexacte3, rectifiée depuis. Cette peinture se voit sur la paroi du fond d'un arcosolium dans une crypte à gauche de l'escalier anti que muré aujour d'hui. L'état dans lequel fut trouvée cette crypte a obligé de refaire toute la partie inférieure de la paroi et de Yarcosolium ce qui a entraîné la perte de la portion inférieure de la fres que. La paroi conservée mesure 0 m. 40 de hauteur sur 1 m. 42 de largeur, la profondeur de Varcosolium est de 0 m. 90. Le sujet représenté est à deux personnages. A droite, nous voyons un homme assis sur une chaise couverte d'un voile et dont on voit bien nettement le dossier. Le personnage est vêtu d'une ample tuni que à manches avec laticlaves rouges et parements rouges aux manches. Il étend la main droite ouverte vers le calice que lui présente une je une femme, à gauche, de taille un peu moindre que l'homme assis. Les visages ont soufîert, l'enduit est partiellement détruit. Nous avons ici, sans aucun doute, la représentation du refrigerium et cette je une femme ne diffère pas de Agape et Irène que nous avons rencontrées déjà dans ce même cimetière (voir Diclionn., t. i, col. 836, fig. 184, 187-190). Dans les fresques en question on voit régulièrement une femme présentant un calice avec le vin mélangé. Une représentation pareille se voit sur un loculus de la même catacombe. Bien qu'il faille se montrer extrêmement réservé en matière d'explication symboli que, nous croyons permis de voir ici une relation entre les scènes de banquets ou d'agape funèbre et celle qui est figurée ici où la défunte tient dans ses mains le breuvage de rafraîchissement en se présentant devant Jésus-Christ *. d'inscriptions dans lesquel les on lit les mots refrigeI Mainz, 1900, p. 53-62. — W. Kubitschek, dans Numisrium et refrigerare : \ malische Zeilschrijt, neue Folge, Wien, 1909, p. 47-66.
'REPRIGERIVM FECI
Nous n'avons plus dans ces graffites le même sens que dans les inscriptions citées auparavant. Ici, il n'est plus question de rafraîchissement promis ou attendu, de contraste entre la souffrance du purgatoire et la félicité du paradis, mais de célébration d'une agape liturgi que en l'honneur des apôtres Pierre et Paul ; or, ce rite est en connexion étroite avec le texte cité plus haut de l'inscription de Préneste où Aurelius »Vitalio, membre du collège funéraire des Syncratii, nous apprend qu'il s'est construit une memoriam cum solario et cuviculo, et il demande à ses confrères ut sine bile refrigerelis, c'est-à-dire qu'on se réunisse pour un repas amical. Ce n'est pas une excentricité, on en peut apporter d'autres exemp les, notamment celui de FI. Concordius qui fait bâtir une salle à manger /7a ut nulli liceat in œodem œdificio corpus sépulture mandare set tantummodo convivium copulantibus vel refrigerantibus pateat l. Dans ces deux cas. la salle d'agapes est évidemment à peu de distance du mausolée ; il en est de même à Saint-Sébastien où les fidè les prennent des rafraîchissements non plus spirituels mais li qui des dans le voisinage de la tombe des apôtres. C'est là un anti que usage que l'Église chrétienne avait toléré afin de ne pas décourager par une austérité excessive ceux qui venaient à elle et qui eussent refusé de s'agréger si ces réunions à la fois religieuses et funéraires avaient été interdites. Les repas funéraires furent donc tolérés plutôt qu'encouragés et probablement surveillés d'assez près. Mais les inconvénients se montrèrent sans beaucoup attendre et, à Milan, saint Ambroise interdit ces réunions trop semblab les aux parenlalia païens. Ces agapes étaient des prétextes de désordres d'autant plus scandaleux qu'ils avaient pour théâtre habituel des basiliques. Nous en avons plusieurs fois parlé dans le Dictionnaire.
AT PAVLO ET PETro REFR \geravimus H. Leclercq.
Dans les temps qui suivent immédiatement la réforme, les vacances qu'entraîne la mort ou la déposition des évêques se prolongent souvent encore très longtemps. Des plaintes s'élevaient sans doute à ce sujet en 755, car les évêques réunis à Verdun ordonnent, d'accord avec Pépin, que chaque cité ait son évêque et rappellent la règle du concile de Chalcédoine qui interdit de laisser un évêché vacant plus de trois mois. En 779, Charlemagne décide que, là où il n'y a pas d'évêques, il en sera ordonné sans tarder. Mais les protestations de l'épiscopat et les promesses royales demeurent sans effet. A Metz, Chrodegang, mort en 766, n'eut pas de successeur avant deux ans et demi ; plus tard, Angélelmus, mort en 791, ne fut remplacé qu'après vingt-sept ans. L'église de Reims fut environ neuf ans sans évêque, après la mort de Tilpin ; le siège de Verdun resta vacant douze ans après la mort de Madelveus. L'église de Bâle, avant d'avoir, sous le pape Léon III, Heiton pour évêque, demeura longtemps sans pasteur. Louis le Débonnaire améliora cette situation.
Quelle est l'origine du droit de régale ? Il faut pour traiter cette question aborder l'époque du Moyen Age. En Allemagne, c'est sous Henri V (1106-1125) qu'il est pour la première fois question d'évêchés ou d'abbayes dévolus pendant la vacance ad manum régis. Cinquante ans plus tard, Frédéric Barberousse, à propos de Cologne (1166) et de Cambrai (1167), invoque son ius regale ; il prétend même, à la fin de son règne, jouir des revenus non seulement jusqu'à la prise de possession de l'évêque successeur, mais pendant un an et un jour. Contre cette extension s'élèvent papes et prélats ; les rois de Germanie multiplient les renonciations à cet abus ; en pratique, ils le perpétuent. En 1223, Frédéric II abandonne à l'ordre teutonique : in omnibus ecclesiis tam imperii quam patrimonii nostri... omnes proventus et usus fructus vacantium vel vacantis ecclesie... ad annum completum... Si on rapproche ces mots : in omnibus ecclesiis du fameux texte du sexte des décrétâtes (conc. de Lyon, 1274, c. 12) qui défend d'usurper regalia, custodiam sive guardiam, advocations vel defensionis nihil in ecclesiis, monasteriis seu locis quibuslibet AUIS logis Plis on peut conclure qu'au XIIIe ce ne sont pas seulement les évêchés et les abbayes royales qui sont sujettes à ce droit, mais toutes les églises. Or, selon Ulrich Stutz, on peut malgré le silence des documents, affirmer qu'il en fut de même aux siècles précédents ; à l'époque où les églises inférieures étaient propriétés privées, exploitées, même quand elles étaient pourvues, par le seigneur à son profit, leur propriétaire ne pouvait être en pire condition pendant la vacance : il touchait les revenus de son bien. La chose est si naturelle qu'elle n'a pas laissé et ne pouvait pas laisser de traces. Dans ce droit du propriétaire sur son église, il faut chercher l'origine du droit de régale : la coutume propre aux églises privées a envahi peu à peu les évêchés et les abbayes.
C'est hors d'Allemagne, — en France particulièrement — que le droit de régale a eu son développement complet. Dès 1147, saint Bernard signale et condamne cette jouissance d'un an entier que le roi s'attribue dans quelques églises vacantes. Mais le droit est plus ancien ; le fait que les Capétiens l'exercent même hors de leur domaine montre que c'est un héritage de la monarchie carolingienne. Du reste, toutes les églises du royaume n'y sont pas soumises, et d'autres que le roi en ont la possession : le duc de Normandie, par exemple ; et il est intéressant de noter qu'en 1089 (trente ans avant le concordat de Worms), Guillaume le Bâtard semble l'avoir introduit en Angleterre.
H. Leclercq.
REGGIO DE CALABRE. — I. Liste épiscopale. IL Épigraphie.
I. Liste épiscopale. — Regii Reginorum que antiquam historiam explicare longum est ne que hujus loci, écrivait Mommsen, et nous dirons comme lui puisqu'à notre point de vue, celui de l'antiquité chrétienne, les souvenirs sont rares et peu importants. La liste épiscopale fait mention en 536 d'un certain Sisinius qui n'a d'autre garantie que la Vita Placidi, apocryphe du XIIe dépourvu de toute autorité, sorti de la plume de Pierre Diacre du Mont-Cassin. L'évêque Hilarius, en 434, n'est attesté par Ughelli que sur la foi d'un faux synode tenu en cette année sous Sixte III. Un autre évêque de Beggio est imaginé en 431, d'après la lettre du prêtre Uranius au sujet de la mort de saint Paulin de Nole ; mais Uranius a nommé des évêques tirés probablement de l'Italie méridionale sans désigner leurs sièges, de sorte qu'on a arbitrairement attribué l'un d'eux à Beggio. Enfin on lit dans quelques manuscrits la mention d'un certain Marais de provincia Calabria, appelé même parfois metropolitanus, qui aurait siégé à Nicée en 325 et, par suite d'une confusion introduite entre la Calabre romaine et la Calabre byzantine on a mis, sans raison aucune, le dit Marcus sur le siège de Beggio.
En définitive, le premier évêque certain de Beggio remonte à l'année 592.
Il n'y a rien d'historique à retenir dans une légende qui n'est pas antérieure au Xe, d'après laquelle saint Paul amené prisonnier à Borne, passa une journée à Beggio, prêcha, convertit, baptisa, consacra un évêque dont on fera un certain martyr Etienne.
IL Épigraphie. — Nous n'avons pas à revenir ici sur un monument trouvé à Beggio et déjà étudié dans le Dictionn., t. i, col. 1801-1803, amulette de plomb opistographe.
Une inscription grecque portant une date consulaire mais peu claire qui pourrait indiquer l'année 490 :
/CÏts èv eîprjvT] Mapîa. ëÇv)[a]ev st/j [f/ijxpôtt (X)oç P' ( ?). Èt£Ai,Cjl>6t] 'I(ou)Xî.ou x', ïm(aTi)a <Ï>X...
Tablette de marbre trouvée negli scaui fatti nell' alrio del quartiere militare di S. Agostino.
'Ev6âSe ô SOGX(oç) toû X(piaTo)ù Eépyioç 6 sv u.vrjp.'fi. ye^â^evoç àrcô ÈTcâpxwv xxi Soût ;, Çirçaaç XP°V0UÇ u.(vjvi) 'Iouvtco xy' IvS(ixtîwvoç) 8'. 6 àvaYivaxrxoyv eu ;t,-x'. ÔTTsp è[i.o5 Stà tÔv x(ôpio)v Si Deus pro nobis, quis contra nos. Dionisi, bibas in Deo.
H. Leclercq.
RÉGION. — I. Les régions d'Auguste. IL Les régions du pape Fabien. III. A Cartilage. IV. A Constantinople.
I. Les régions d'Auguste. — Auguste répartit le territoire de la ville de Rome en quatorze régions d'après certaines limites naturelles qu'on ne pouvait méconnaître. L'enceinte de Servius depuis longtemps débordée se trouvait comprise dans l'enceinte beaucoup plus vaste d'Aurélien ; les plus anciennes rues aboutissaient à ses portes, elle continuait en quelque sorte les quartiers de la ville qu'elle enserrait et les parties considérablement agrandies qui se trouvaient en dehors, et elle servit sur quelques points à marquer les limites des régions. Les vallées présentèrent des lignes bien tracées pour la séparation des quartiers.
Auguste fit rentrer dans le système de la ville les quartiers qui depuis longtemps déjà s'étaient élevés hors de ses murailles. Toutes les régions se subdivisaient en vici qui avaient chacun leurs divinités protectrices appelées Lares compilâtes dont les ediculœ s'élevaient à l'angle des rues ; quand se propagea le culte impérial on y ajouta le Genius Augusti. A l'origine, chaque vicus était administré par quatre magistri ; le catalogue constantinien nous présente dans chaque région un chiffre uniforme de quarante-huit magistri et de deux curatores. En comptant par deux régions on trouvait une cohorte de vigiles dans sa caserne, soit sept en tout.
La regio I* (dite de la Porta Capena, porte de l'enceinte de Servius) était à cheval sur ladite enceinte ; à l'intérieur, elle englobait la dépression entre le Palatin et le Cœlius, probablement depuis l'arc de Constantin ; à l'extérieur, en avant de la porta Capena, elle embrassait le territoire entre l'Aventin et le Cœlius. La voie Appienne bordait la région et sortait de la ville par la porta Appia. Cette voie était particulièrement fréquentée par les chrétiens qui se rendaient dans les catacombes de Calliste, de Domitille, de Saint-Sébastien (voir la carte annexée à l'article Catacombes). A partir de la porta Capena se succédaient de riches sépultures païennes.
La regio II* (dite Cœlimontium) était aussi à cheval sur l'enceinte de Servius, elle englobait le Cœlius et s'étendait au Sud-Est entre les voies venant de la porta Metrovia et de la porta Asinaria. Dans ce quartier du Cœlius se trouvait la maison des Anicii dominant la via Triumphalis. A gauche, au delà du Clivus Scauri, derrière la maison de Pammachius, se dresse le temple de Claude. Le clivus Scauri se poursuivait au delà de l'arc de Dolabella pour rejoindre le palais des Valerii et le Macellum magnum, aujourd'hui Saint-Etienne-le-Rond. A la limite orientale la domus Lalerani (voir Dictionn., t. vm, au mot Latfan).
La regio III* (dite d'Isis et Scrapis), entièrement à l'intérieur de l'enceinte de Servius, occupait l'Oppius et la vallée qui le sépare du Cœlius. Ici se trouvaient l'amphithéâtre Flavien, les thermes de Trajan et le portique de Livie.
La regio IV* (dite de l'Emplo Pacis), également à l'intérieur de l'enceinte, comprenait le Cispius, la Subure et la voie Sacrée ; les limites en étaient marquées par cette rue, le forum de Nerva, l'Argiletum, la Subure et le clivus suburbanus, le mur de Servius et la rue qui, partant de la porta Asinaria, contournait au Sud l'amphithéâtre Flavien. Cette région se distinguait par les riches constructions qui bordaient la voie Sacrée, la plus ancienne rue de Rome.
La regio V* (dite Esquille ?, l'Esquilin demeuré en dehors de l'enceinte de Servius) était entièrement en dehors de cette enceinte ; elle comprenait l'Esquilin et le Viminal jusqu'à la rue qui, venant de la porte Close, entrait dans la ville en longeant le camp prétorien. Ici se trouvaient le marché de Livie, le nymphée d'Alexandre, l'amphitheatrum castrense et la domus Sessoriana, aujourd'hui Sainte-Croix-en-Jérusalem.
La regio VI* (appelée Alla Semita, nom ancien du chemin qui montait directement au Quirinal, aujourd'hui via del Quirinale et via Venti Settembre) s'étendait à l'intérieur et à l'extérieur de l'ancienne cité, comprenait le Viminal, le Quirinal, les jardins de Salluste et le Pincio jusqu'à la porta Salaria. Ici se trouvaient les thermes de Dioclétien, de Constantin, le temple de Quirinus, le temple du Soleil et le castrum prétorianum.
La regio VII* (dite Via Lata, rue ou quartier qui comprenait le cours inférieur de la voie flaminienne) était située au nord de la ville et hors de l'enceinte ; elle comprenait à l'Est le Pincio, à l'Ouest le Corso avec le souvenir de la domus pinciana habitée par Bélisaire, le campus Agrippée, le portique de Vipsanius et le grand portique de Constantin. L'aqueduc nommé forma Virginis traversait ce quartier sur des piliers qui subsistent en partie et servait à alimenter les thermes, piscines et fontaines dans la région du Panthéon.
La regio VIII* (appelée Forum romanum) se trouvait à l'intérieur des murailles, elle embrassait le Capitole, le Forum et les Forums impériaux, temple de Jupiter Capitolin et de Junon Moneta.
La regio IX* (dite Flaminia) s'étendait à l'ouest de la Via lata ; ici se trouvaient le théâtre de Marcellus, le théâtre de Balbus, celui de Pompée, le stade de Domitien, le Panthéon, les thermes d'Agrippa, de Néron, d'Alexandre Sévère (dans la région de Saint-Sauveur in Thermis, la sœpta Julia, l'Odéon de Domitien, le mausolée d'Auguste, enfin les vastes portiques d'Octavie, de Philippe, de Pompée, et la colonne de Marc Aurèle encore debout.
La regio X* (dite Palatium) comprenait le quadrilatère du Palatin et les plus beaux palais des Césars jusqu'au Me : domus Augusti, domus Tiberii, domus Caligulœ, domus Flaviorum (voir Dictionn., I. xn, au mot Palais).
La regio XI* (dite Circus maximus) était désignée par la construction la plus considérable qu'elle renfermait ; elle avait pour limites le Palatin, le Capitole, le Tibre et les hauteurs septentrionales de l'Aventin. Sur le petit côté oriental du cirque se dressait un petit arc de triomphe élevé, d'après une inscription conservée dans V Itinéraire d'Einsiedeln, en souvenir de la destruction de Jérusalem par Titus et Vespasien. Constantin restaura le cirque ; Cassiodore nous apprend qu'on y donnait encore des spectacles de son temps. Au nord de cette région se trouvait le Vélabre.
La regio XII* (dite Piscina publica), à cheval sur l'enceinte de Servius, embrassait les hauteurs orientales de l'Aventin jusqu'à la voie Appienne ; ici se trouvaient les thermes de Caracalla.
La regio XIII* (l'Aventin). Sur la crête se trouvait le temple de Diane ; il semble que cette région contenait le temple de Jupiter dolichenus. La plaine qui longe le Tibre était le marché le plus important de Rome pour le commerce maritime.
La regio XIV* (Transtiberina) tirait son nom de sa situation ; elle s'étendait au Nord jusqu'aux jardins de Domitia, englobait le Janicule et le Vatican. Sur les rives du fleuve on voyait des maisons de commerce et des boutiques. L'abondance des déchargements est prouvée par la quantité d'amphores brisées qu'on y a recueillies. L'église de Saint-François in Ripa est construite entièrement de débris de cette nature.
II. Les régions du pape Fabien. — Le pape Fabien (voir Dictionn., t. v, à ce nom, qui gouverna l'Église de 236 à 250, avait constitué sept régions ecclésiastiques et les avait réparties entre les sept diacres. Cette répartition en sept régions au lieu de quatorze s'explique par le fait que vers le milieu du IIIe la population chrétienne de Rome n'était probablement pas assez nombreuse encore pour justifier une organisation hiérarchique exactement modelée sur celle de l'administration civile. La distribution du clergé en sept régions subsista longtemps. Le diacre Jean, au commencement du VIe, le remarque expressément : Seplem reqionibus ecclesiastica apud nos militia continetur1. Les Ordines romani du VIIIe et du IXe sont encore plus clairs à ce sujet.
La composition exacte des régions ecclésiastiques tracées par Fabien peut être reconstituée à l'aide des inscriptions.
La première région, comprenant les deux régions civiles, XIe et XIIIe, était placée sous l'autorité du premier diacre et desservie par les cimetières de la voie Appienne. Voici un texte qui s'y rapporte :
Locus Dulciti et F.utichfe )lis notfariar.) eccl(esiœ) rom(anœ) q(uem) c(om)p(a)r(a)b(e)r(unt)...
La deuxième région, formée des régions civiles IIe et VIIe, correspondait à une zone cimétériale commençant à gauche de la voie Appienne et comprenant le cimetière de Prétextât. Voici un texte qui s'y rapporte : Eq(uitius) Heraclius qui fuit in sœculum an. xviiij. m. vij. d. xx. leclor r(eqionis) sec(undœ) fecerun(t) sibi et ftlio sao benemerenti in p(ace) deces (s) it vij idus feb(ruarii) Urso et Polemio. conss. Année 338.
La troisième région englobait les IIIe et Ve civiles, c'est-à-dire tout l'Esquilin entre la porte Labicane et la porte Tiburtine ; elle était desservie par le cimetière ad duas lauros.
La quatrième région ecclésiastique comptait les régions civiles IVe et VIe, avec les cimetières de la voie Momentané dans sa dépendance. Voici deux textes qui s'y rapportent ; le premier est perdu :
A Sainte-Agnès-liors-les-Murs :
La cinquième région se composait de la VIIe région civile et faisait ses inhumations sur la voie Salaire.
La sixième région ecclésiastique correspondait à la IXe région civile et, pour ses inhumations, elle était desservie par les cimetières de la voie Aurélienne. Voici deux textes qui s'y rapportent :
LOCVM BAR BAR ( ? acolyli ? regionis SEXTE HIC REQVIEscunf in pace TEODORA ET BONlfalius ? QVI VIXIT ANN VIII ET Mens. dep. ID SEPTEMBRIS IND Bibl. — De Rossi, Inscr. chr. urb. Romœ, 1. 1, n. 1183. Dans les cryptes vaticanes ; datée de l'année 563 :
LOCVS MARCELU SVBDRTC SEXTE CONCESSVM SIBI ET POS TERIS EIVS A BEATISSIMO PAPA I0ANNE
qvi vixit annplm.lxviii« BASILI VC ÂNN XXII
La septième région, formée de la XIVe civile, était desservie par les cimetières des voies Aurélienne et de Porto.
Après la paix de l'Église, on compta une huitième région représentée par le texte suivant, daté de 375 :
DEPOSSIO PETRONIES VI KAL DEC POST CONSVLATVM GRATIANI AVG. III ET AEQITI QVE VIXIT VIRGO ANNOS PM XVI 1 IN PACE EST DE REGIO NE VIII A LACV CVNICLI ~% 2. Le musée du Bardo à Tunis possède une bulle de plomb qui offre ces mots :
FORT
+ PRI
VNIO
MA-RE
EPCS
GIO
diamètre : 0 m. 025x0 m. 03.
Iïibl. — Bull. arch. du Comité, 1906, p. ccxxviii. •i. L'épigraphie de Cartilage a déjà fait connaître3 :
+ MENA LECT • REG • QV
FIDELIS IN PACE VIXIT ANNOS' xxx« ;ii DP ÎTJ jg i ND PRIMA Ji^
Le P. Sirmond ' avance que le sermon xxiv, De diversis de saint Augustin a fut prononcé in basilica Pauli regionis sextie, assertion gratuite ; de même que celle de A. Toulotte 3 que les six régions « étaient ecclésiastiques en même temps que civiles. * » Les églises n'étaient pas réparties d'une manière uniforme entre les divers quartiers ; la population chrétienne ne pouvait pas être égale dans tous, ni par conséquent les besoins spirituels identiques. Les évêques avaient dû profiter des circonstances favorables pour les établir un peu de toutes parts. Pourtant chaque région possédait au moins un lieu d'assemblée et de prière, faute de quoi le sectionnement n'aurait eu aucune raison d'être. Quand elle en renfermait plusieurs, l'un d'eux était l'église principale ; c'est ainsi qu'on interprète les textes où il est question, par exemple, de Ici basili que de la IIe région, sans autre explication 5.
IV. A Constantinople. — Voir Diclionn., t. ri, col. 1384-1393.
H. Leclercq.
RÈGLE. — Nous avons déjà reproduit et commenté un assez grand nombre d'instruments de profession figurés sur des tombes chrétiennes. Nous mentionnerons encore une petite pla que de marbre trouvée en 1911 à 2 kilomètres de la Porta Giovanni et provenant peut-être d'une catacombe de la voie Latine 6. Cette pla que mesure 0 m. 10 x 0 m. 35 et ne vient pas d'un loculus ; on y voit un monogramme dans un cercle, entre deux colombes et, à droite, une règle comme beaucoup d'arti sans de l'épo que pouvaient en faire usage : menuisiers, tailleurs de pierre, etc. J.-B. De Rossi avait publié un fragment daté de l'année 396, trouvé à Sainte-Agnès, sur la voie Nomentane ; grâce à un croquis de Philippe de YVinghe (ms. de Bruxel les, p. 30, b) on sait que cette épitaphe était ornée de trois outils, dont une règle, un ciseau et une pointe7.
H. Leclercq.
REICHENAU. — I. Origines. IL Description. III. Date et charte de fondation. IV. Le fondateur. V. Le premier siècle. VI. Les fausses chartes. VIL L'histoire de Reichenau. VIII. Manuscrits de Reichenau. IX. Manuscrits liturgiques. X. Reliquaire.
I. Origines. — Puis que, à propos de l'île et de l'abbaye de Reichenau, on a parlé un peu prétentieusement de Géologie und Vorgeschichte, bornons-nous à dire que ce site se trouve au centre d'une vaste nappe d'eau (Der Untersee) que forme le Rhin, lors que, sortant du lac de Constance, il se dirige vers Schalïhouse. La célébrité du monastère n'a rien à envier à celle de Saint-Gall (voir Dictionn., t. vi, à ce nom) et lui a valu, de la part de son abbé Walafrid Strabôn, l'épithète bien justifiée d'insula felix.
II. Description. — Vers le milieu du XIXe, l'île de Reichenau fut reliée à la terre ferme par une digue qui aboutit à la rive droite du lac inférieur et part de la petite paroisse d'Oberzell où s'élève une église romane dédiée à saint Georges. Cet édifice, sans ornementation extérieure, paraît avoir été fondé, en l'année 888, par l'abbé Hatton III et doté par le roi Arnulphe. A l'extérieur, il présente une tour basse et massive ; à l'intérieur, c'est une basili que à trois nefs, terminée par une abside semi-circulaire orientée à l'Ouest, des colonnes supportent les arca des. Les dimensions de cette église sont assez petites, les chapite aux des colonnes offrent presque tous des formes bizarres ; à l'Est, une chapelle présente une crypte à trois nefs, surmontée d'un sanctuaire qui s'élève à près de 7 mètres au-dessus de la basili que primitive. Les chapite aux des colonnes de la crypte ont la forme d'un cône renversé.
Le vieil édifice qui borde le côté occidental de l'église, et dont le terre-plein constitue un porti que, appartenait au couvent, uni autrefois à Saint-Georges. L'étage supérieur a pu servir de salle de chapitre. L'église Saint-Georges sert d'église paroissiale aux habitants de l'île supérieure.
Si, de ce point, on se dirige vers le centre de l'île, on est bientôt rendu à la cathédrale qui a porté successivement les vocables de la très Sainte-Vierge et de Saint-Marc. Construite par les soins de Heddon, évêque de Bâle, sous le règne de Charlemagne, dédiée en 816, redécorée en 985 et agrandie en 1048. Pas plus que Saint-Georges, elle ne présente d'ornementation extérieure, mais sur la face ouest on a relevé des pleinscintres formant une frise à deux étages. A l'intérieur on peut signaler les stal les du chœur, le reliquaire dans lequel est enfermé, dit-on, le sang de Notre-Seigneur et diverses autres reliques.
Près de cette église se trouve la paroisse de Mittelzell, la plus peuplée de l'île, environ un millier d'âmes. L'ancien hôtel-de-ville (Rathhaus) est encore debout dans l'Ergerl, nom donné à la petite plaine qui avoisine l'église.
En approchant de la pointe nord-est de l'île, on parvient à l'église placée sous le vocable des Saints-Pierre-et-Paul, située à 6 kilomètres environ de l'église Saint-Georges ; elle fut fondée par Éginon, évêque de Vérone, en 799, mais sous sa forme actuelle, avec deux tours carrées, elle n'est pas antérieure à l'an 1100. Le chœur est orienté à l'Est, le portail occidental est précédé d'un porti que, l'intérieur forme une basili que romane à colonnes, avec des chapite aux très variés. La tombe du fondateur se trouve devant le maître-autel. Une chétive agglomération entoure cette église, c'est Unterzell, 150 habitants environ.
D'autres sanctuaires ont aujourd'hui disparu : Saint-Jean, construit par l'abbé Ekkehard, en 988 ; Saint-Pélage, bâti en 985 ; Saint-Adalbert, Saint-Gothard, etc. L'ancien monastère n'est plus représenté que par les vestiges de quelques dépendances ; aucune trace du palais abbatial (Pjalz) voisin du Munster, de même que pour le château de Schoppelen, jadis résidence des abbés puis des empereurs, situé à la pointe sud-est de l'île. Du point central où s'élève le Llohwart, à 100 mètres au-dessus du lac on embrasse toute l'île, ses ondulations et ses édifices ainsi que sa culture : prairies, vergers et vignobles.
III. Date et charte de fondation. — Reichenau est un des très rares monastères qui peuvent, ou qui osent assigner une date précise à leur fondation :
La date inscrite plus haut est d'autant plus remarquable qu'il y a lieu de noter et, même, de s'étonner, de la pénurie extrême des documents touchant la naissance et les débuts de la grande abbaye. Ni charte authentique de la fondation, ni inscription, ni annales anciennes qui la relatent, ni biographie contemporaine, ni lettres de saint Pirmin, dont les reliques et les-mêmes reposèrent ailleurs que là où il s'était surtout dévoué à son œuvre. A la place, de faux diplômes du XIe, une Vita Pirminii tardive et originaire de Hornbach, des chroniques farcies de traditions étrangères, quelques rares noms dans les nécrologes. On ne peut se refuser à admirer la sagacité apportée par K. Brandi dans l'étude et l'utilisation des moindres vestiges et des plus légers indices pour dégager le vrai du faux, retrouver des traits authentiques sous le document maquillé et ressaisir dans la mesure du possible les traces d'un lointain et obscur passé dans lequel la politique paraît bien avoir joué, comme d'habitude, quelque rôle. Les pages intitulées Die Grundung der Abtei Reichenau, qui se terminent par le diplôme de Charlemagne, daté de Jupille, demeureront longtemps à la base de toutes nos connaissances sur l'histoire du monastère.
Ce travail repose en partie et se termine par le texte reconstitué de la charte de fondation (voir ci-dessous : Les fausses chartes), avec une reproduction du texte.
IV. Le fondateur. — Qui était le mystérieux Pirminius ? D'où venait-il ? Quels furent les caractères de son activité ? A toutes ces questions dom Gall Jecker s'est efforcé de répondre dans deux études successives, et ses solutions ont eu le mérite de faire progresser une cause qu'on pouvait croire désespérée. Pour Mabillon, réduit comme tant d'autres, en l'absence d'attestations anciennes, à de simples suppositions, le fondateur de Reichenau était un Franc de naissance, attiré aux frontières de l'Est par des visées apostoliques. Mais dans la biographie du saint publiée plus tard par Mone on lit que les gens du Castellum Meltis (Meaux ? voir ce nom) s'étonnèrent fort, lorsqu'ils entendirent Pirmin s'exprimer sans trop de peine dans les parlers roman et germanique. Des critiques s'avisèrent alors de reconnaître en lui un Irlandais, un de ces Scots voyageurs à la manière de ceux qui accompagnèrent jadis un Colomban, un Gall sur le continent. Nouvelle objection : le moine Pirmin introduisit partout la règle de Saint-Benoît. In Scot eût-il agi de la sorte ? Il parut dès lors plus commode de l'appeler anglo-saxon, comme les disciples de Willibrord, de Boniface, qui tous étaient bénédictins. Fort justement M. Schnürer fit remarquer que Boniface, si ardent à garder, en pays de mission, des rapports étroits avec ses compatriotes, ne se préoccupa guère d'être en liaison avec Pirmin, lequel pourtant cultiva durant de longues années un champ peu distant du sien. A peine les deux apôtres se rencontrèrent-ils une fois, sur le tard et comme par aventure, à Hornbach. On fit aussi de saint Pirmin un Danois. C'était la thèse de J. Weieherding, qui le mit au nombre des trente jeunes hommes envoyés par saint Willibrord à l'école de Grégoire d'Utrecht. Hypothèse fragile et aujourd'hui sans crédit. La vraie solution de l'épineux problème semble bien devoir nous venir de l'antique et curieux document conservé dans l'une des filiales de Reichenau, à Einsiedeln, sous le nom de Dicta Pirminii. L'unique manuscrit qui nous a gardé cette manière de « vade mecum du missionnaire » date de la fin du VIe, peut-être des débuts du ixe. Pour des raisons tirées tant du fond que de la forme de cette pièce, L. Traube le premier orienta la recherche des origines de Pirmin dans une direction nouvelle : l'Espagne. Dom Morin en étudiant les graphies diverses du nom Perminus, Perminius, Pirminius, Priminius, conclut que la forme originale était Primenius. Or, ce nom est nettement roman et méridional. C'est à partir de là que dom Jecker reprend la question. L'analyse serrée des Dicta Pirminii lui a fait découvrir dans ce texte l'influence incontestable de Martin de Braga et de Césaire d'Arles, tandis que son confrère de Silos, dom Justo Pérez, y relève de son côté les traces non moins sûres d'Isidore de Séville, d'Ildephonse et de Julien de Tolède. Dom Jecker conclut : « Pirmin fut un Romain, il faut chercher ses origines soit en Espagne, soit dans les régions de la France méridionale qui furent soumises à la domination des Wisigoths. » Dans une étude postérieure, dom Jecker confirme l'origine romane. Suivant lui, Pirmin est venu du Sud : Espagne ou Septimanie ? et va jusqu'à préciser la région de Narbonne, où la règle de Saint-Benoît se répandit de bonne heure et qui vit s'élever dès le premier quart du VIIe le monastère d'Altaripa. Pirmin, entre 710 et 720, aurait dû fuir son monastère menacé par l'invasion sarrasine. Rappelons que les bandes d'El-Horr franchirent les Pyrénées en 718 et que Narbonne tomba en 720. Réfugié d'abord en Aquitaine, le moine devenu missionnaire serait de là passé en Austrasie.
Ainsi donc, pas de preuve directe touchant cette origine, mais convergence de nombreux indices, tirés principalement du Scarapsus, sorte de précis de la doctrine chrétienne composé par Pirmin en vue de la prédication. Réfugié dans la région de Meaux, le futur missionnaire y aurait vraisemblablement composé son compendium entre les années 718 et 724.
Sur le personnage on peut consulter utilement : Rettberg, Kirchengeschichte Deutschlands, 1848, p. 57 ; Wiegand, dans Allgem. deutschc Biogr., t : xxvi, 1888, p. 179 sq. ; Ch. de Smedt, dans Acla sanct., nov. t. il, 1894, p. 1-56 ; Malnory, Qiiid Luxovienses monachi, 1894, p. 53 ; Sauer, Die Anfànge des Christentums in Baden, 1911, p. 58 ; A. Hauck, Kirchengesch. Deutschl., t. i, 1914, p. 347 ; Schubert, Geschichte d. christl. Kirche im Frûhmiltelalter, 1921, p. 293.
V. Le premier siècle. — La fondation de Reichenau, en 724, était à peine implantée que l'abbé Pirmin fut contraint de l'abandonner. Il gouverna le monastère pendant trois années seulement qui suffirent à répandre son influence au dehors par la création ou la réforme de plusieurs monastères dans la plaine du Rhin : Neuwiiler et Marmoutier en Alsace, Schuttern, Gengenbach, Schwarzach, sur le revers occidental de la Forêt-Noire. Ces abbayes sont énumérées, avec celles d'Altrich en Bavière, de Pfâffers en Suisse, au c. ix de la Vita antiquior. Entre toutes ces maisons, Pirmin établit un lien de confraternité. La protection de Charlemagne et la bienveillance du pape Grégoire II ne purent mettre l'abbé de Reichenau à l'abri de Theutbald, duc des Alamans, qui ne voyait en Pirmin que la créature du maire du palais et le contraignit à s'éloigner, en 727. Pour ce qui a trait à l'activité de Pirmin après son départ de Reichenau et à la fondation de Hornbach, ainsi qu'à son culte et à ses reliques, on trouvera tout l'indispensable dans M. Pfeilîer, Saint Pirminius in der Tradition der Pjalz, dans C. Beyerle, op. cil., t. i, p. 37-52, et p. 56-58. Le fondateur de Reichenau se réfugia auprès du comte Eberhard d'Eguisheim qui lui fit don du site de Murbach, où un monastère fut fondé ; le saint nous échappe désormais, on sait qu'il mourut à Hornbach, près de Deux-Ponts, en 754, où il fut enterré. Voici son épitaphe par Rhaban Maur :
VERSUS JUXTA COUP V S PERMINLL SCRIBENDI
Permenius Prœsul Christi confessor et ipse,
Hanc sedan inhabitat, con.secrat at que locum.
Qui propler Christum pra :sentia gaudia mundi
Spernens, pauperiem elegit at que sibi.
Deseruit patriam, gentem simul at que propinquos
Ac peregrina petens œtliera promeruit.
Gentem hic Francorum quœsivit dogmate claro,
Plurima construxit et loca sancta Deo.
Souvent les faussaires, à court de parchemin, ont, pour s'en procurer, gratté des chartes anciennes et substitué le texte fabriqué par eux à celui de la pièce primitive ; c'est ce qui explique la disparition d'une grande partie des actes les plus anciens du chartrier de l'abbaye. Dans ces palimpsestes, on a relevé quelques mots qui avaient échappé à la destruction et on a pu restituer ainsi des analyses ou des mentions plus ou moins sommaires des actes perdus. D'autres fragments ont été rétablis d'après le texte des pièces fausses. Une analyse pénétrante et méthodique de chaque mot a permis de déterminer la date à laquelle telle expression était en usage et l'âge de la forme adoptée pour chaque nom propre. Grâce à ces procédés d'analyse très délicats, K. Brandi dans son livre intitulé : Die Reichenauer Urkundenfälschungen, paru dans les Quellen und Forschungen zur Geschichte der Abtei Reichenau, in-4°, Heidelberg, 1890, est parvenu à dégager, dans chaque document faux, les passages copiés sur les documents authentiques que nous n'avons plus, à les isoler des additions du faussaire et à leur rendre la place qu'ils doivent occuper dans le recueil des chartes de Reichenau. L'exemple le plus frappant de cette méthode est donné dans un appendice consacré à deux fausses chartes de Charlemagne, fabriquées au XIIIe. L'éditeur y rétablit presque complètement, peut-être un peu trop complètement — depuis l'exorde (arenga) et le protocole jusqu'aux souscriptions, le dispositif et les formules d'une charte authentique et perdue du même maire du palais.
Dans l'inscription : Igilur ego in Dei nomine Karlus major dono, il manque non seulement les mots inlustri vir, mais aussi, semble-t-il, ceux-ci : filius Pippini quondam. Dans ceux qui suivent : inlustrihus niris Lantfrido duci et Bertoaldo comiti, il y a deux difficultés : l'adresse à un duc et à un comte, usuelle dans les actes royaux, est insolite dans ceux des maires du palais ; de plus, d'après l'usage des premiers, il faudrait viris inlustribus, et, d'après l'usage des seconds, ce titre ne devrait être donné à aucune autre personne que le maire du palais '. La phrase qualiter vir venerabilis Perminius episcopus una cum peregrinis suis monachis de parlibus Galliæ in /'mes Alemannorum ad peregrinandum propter nomen Domini venerat. peut contenir des éléments empruntés à des actes anciens, mais il est permis de douter qu'elle ait figure telle quelle dans la charte de Charlemagne. On cherchera en vain dans Marculfe, 1. I, n. 3. les mots ad peregrinandum propter nomen Domini-, et dans K. Hertz 3 l'exemple allégué de la chute des mots inluster vir par suite du voisinage des mots inlustribus viris 4. Au lieu de concessimus ou de visi fuimus concessisse, on voudrait lire : donavimus donatum que in perpetuum esse volumus 6.
Ce travail rend une sorte d'existence à des documents qui paraissaient perdus pour toujours, en outre il suggère des observations instructives. Il détermine d'abord, par des rapprochements d'écriture dont la subtile finesse s'appuie de fac-similés décisifs, la personnalité du faussaire Odalric, custos et scolasticus de Reichenau dans la seconde moitié du XIe. Ensuite il analyse la portée de ses fabrications, les motifs qui l'ont fait agir, ce qui conduit à un résultat inattendu : en fabriquant des pièces fausses, Odalric n'a cherché, ni à augmenter indûment l'étendue des biens du monastère, ni à lui assurer des privilèges auxquels il n'avait pas droit. Il a voulu simplement rétablir l'ordre dans l'administration des biens monastiques et la discipline parmi les subalternes de l'abbaye. Bar des moyens qu'aujourd'hui nous réprouvons il n'a poursuivi qu'un but honorable et utile.
On doit encore signaler les appendices de ce livre où, à propos des chartes attribuées à Charlemagne, l'éditeur a entrepris l'exposition méthodique des règles encore assez mal connues de la diplomatique de ce maire du palais. Dans une note sur la propagation des fausses chartes en Souabe, on peut voir un groupe d'abbayes voisines qui se sont inspirées des procédés en honneur à Reichenau et se sont fabriqué des titres faux en prenant pour modèles les compositions d'Odalric. libl. — K. Brandi, Die Gründung des Klosters, dans C. Beyerie, Die Kultur der Abtei Reichenau, 1925, p. 10-16 ; pi. hors-texte et transcription, p. 17-18.
VII. L'histoire de Reichenau. — Le douzième centenaire de la fondation de saint Pirmin a inspiré une entreprise dont on ne saurait faire un trop grand éloge, c'est une histoire monumentale intitulée : Die Kultur der Abtei Reichenau. Erinnerungsschrift zur zwölften Wiederkehr des Gründungsjahres des Inselklosters, 724-1924. A ce recueil ont collaboré trente-deux auteurs sous la direction de M. K. Beyerie. Dans les pages qui précèdent nous avons utilisé les premiers chapitres contenus dans ces deux volumes de format in-4°, avec xx-1243 pages et 217 figures. La plus grande partie de ce travail se trouve en dehors de la période chronologique qui fait l'objet de nos études. Nous croyons cependant devoir mentionner à cette place quelques chapitres qui y touchent d'assez près :
B.-M. Bothenhausler et C. Beyerie. Die Hegel des heil. Benedikt.das Gesetz des Inselklosters und seine Verwirklichung. Saint Benoît et sa règle ; la vie monastique à Reichenau jusqu'à la réforme de 817 ; la confraternité de Reichenau ; le développement de la constitution monastique et les officiers de l'abbaye, p. 265-315.
K. Pertz, ci/), cit., i>. 98, tance par un moine grec (Bibl. hag. lot., n. 7950) ; l'activité hagiographique de Walafrid Strabon et d'Hermann Contract, etc. Relevons encore, dans le martyrologe du cod. Aug. cxxvm la mention, au 26 septembre, de la dédicace d'un oratorium ad virgines. C'est là une des attestations les plus anciennes de la diffusion du culte des martyres de Cologne, car elle suppose la consécration d'une chapelle dès avant la dernière décade du IXe.
A la suite de quelques notices sur les privilèges de Reichenau, ses rapports avec le Saint-Siège, son exemption et surtout la bulle d'Innocent III, du 22 mars 1207 (p. 438-451) ; sur les possessions et les droits de Reichenau (p. 452-512) ; sur les fondations de marchés et les origines de la commune de Reichenau (p. 513-539) ; sur les monnaies de l'abbaye (p. 540-556) ; sur la noblesse (p. 557-605) : sur le « gubernator » de l'abbaye, H. de Klingenberg (p. 606-615), on aborde l'étude de :
M. Hartig, Die Klosterschule und ihre Männer. Les renseignements que l'on possède sur l'école de Reichenau sont peu nombreux et peu explicites. Elle acquit quelque célébrité dès les premières années de Charlemagne. Ses maîtres et élèves les plus illustres furent Waldo, Heito, Erlebald, Wetti, Tatto, Reginbert et Walafrid Strabon qui, seul, a imposé son nom à l'histoire littéraire. Sa mort, en 849, marqua le déclin de l'école de Reichenau. Le programme suivi ne se distinguait pas de celui des autres écoles (p. 619-644).
Paul Lehmann, Die Mittelalterliche Bibliothek : ses origines, ses accroissements, son importance, son caractère ; écriture et contenu de ses manuscrits (p. 645-656).
Karl Preisendanz, Aus Bücherei und Schreibstube der Reichenau, notes paléographiques accompagnées de fac-similés médiocres. S'autorisant des deux plus anciens catalogues de Reichenau (IXe) l'auteur essaie de déterminer l'activité et la méthode de travail de Reginbert et de ses disciples dans la transcription des manuscrits (p. 657-683).
Th. Längin, Altalemanische Sprachquellen aus der Reichenau (p. 684-702).
K. Kunstle, Die Theologie der Reichenau. Elle n'y occupe qu'une place assez effacée, on peut toutefois retenir les noms de Haito, de Reginbert, auteur d'un Super oralionem dominicam nonnullorum catholicorum explanationes, enfin Walafrid Strabon (p. 703-710).
A. Bergmann, Die Dichtung der Reichenau im Mittelalter ; ce fut le même Walafrid qui mit la poésie à la mode à Reichenau ; à sa suite on nomme Ermenrich d'Ellwangen, Burchard, Ruotpert, l'abbé Bernon, Herman Contract. Tous ensemble ne font pas un poète (p. 711-755).
Alb. Boeckler, Die Reichenauer Buchmalerei (p. 956-998).
Dans une cinquième et dernière partie, on trouve :
G. Pfeilschifter, Das Kloster Reichenau im achtzehnten Jahrhundert : Ausgang und Ende, expose les derniers temps du monastère de 1700 à 1790 et la fin du dernier prieur (p. 1001-1051).
L. Braumann-Honsell, Aus Volkstum und Leben der Reichenau (p. 1052-1076).
K. Preisendanz, Die Reichenau in der neueren Literatur (p. 1077-1089).
J.-A. Beringer, Die Reichenau in der neueren bildenden Kunst (p. 1090-1104).
C. Beyerle, Das Reichenauer Verbündungsbuch als Quelle der Klostergeschichte (p. 1107-1217) avec des listes de fratres et d'amici vivants ou défunts, et de précieux fac-similés.
VIII. Manuscrits de Reichenau. — La bibliothèque du monastère a été dispersée, mais le lot le plus considérable de manuscrits précieux est conservé dans la bibliothèque de Karlsruhe. Ces documents ont fait l'objet d'une description qui ne laisse presque rien à ajouter, c'est l'ouvrage de Alfr. Holder intitulé : Die Reichenauer Handschriften beschrieben und erläutert von A. H., I. Die Pergamenthandschriften, in-4°, Leipzig, 906 ; II. Die Papierhandschriften : Fragmenta, Nachträge, 1914. Alf. Holder étant mort le 9 mai 1916, le troisième volume contient : 1° le Register zum I und II Band ; Grundslock der Bibliothek ; Die alten Kataloge et dix planches ; cette première partie est l'ouvrage de Alfr. Holder ; 2° Zeugnisse zur Bibliotheksgeschichte gesammelt und bearbeitet von Karl Preisendanz, et huit planches, 1918.
Ce troisième volume contient tous les textes à l'aide desquels il est possible de reconstruire l'histoire de la bibliothèque de Reichenau, depuis le catalogue dressé par Reginbert en 821. Entre autres appendices, on doit signaler l'édition du Liber de viris illustribus monasterii Augiæ de Jean Egon (p. 213-245) et le catalogue des manuscrits de Reichenau dispersés dans diverses bibliothèques (p. 246-253).
Ces brèves indications doivent suffire, croyons-nous, à expliquer le parti que nous avons pris de n'entrer dans aucun détail, relativement à cette riche et célèbre bibliothèque, et à nous en tenir aux plus anciens manuscrits liturgiques.
IX. Manuscrits liturgiques. — Nous ne nous arrêtons pas à ceux qui appartiennent à une époque déjà tardive, par exemple les lectionnaires des xie au XMe ; d'autres, un peu plus anciens, sont décrits dans les Reichenauer Handschrijten dont nous venons de parler et nous y renvoyons brièvement.
Psalterii ilulo-gallicani fragmenta, dix feuillets 140, 143, 147, 148, 151, 152, 156, 157, 160, 180.
Enfin, dans la reliure d'une douzaine de manuscrits (n. 68, 70, 87, 98, 101, 115, 134, 142, 145, 160, 200 et 229) on a trouvé trente-cinq feuillets d'un sacramentaire grégorien, copié au IXe, en caractères minusculés ; onze lignes en ont été lithographiées dans la planche donnée par Mone, n. 9-12. Celui-ci y voit un sacramentaire d'une église de France et cite la prière ajoutée au Xe sur un feuillet inséré aujourd'hui dans le manuscrit 134 : Deus qui hodierna die beatum Dionisium virtute constantiæ in passione roborasti, qui que illi ad prædicandum gentibus gloriam tuam Rusticum et Eleutherium sociare dignatus es, tribue nobis, quæsumus, ex eorum imitatione, pro amore tuo prospera mundi despicere, et nulla ejus adversa formidare. Per Dominum nostrum Jhesum filium tuum.
Il peut être utile de rappeler que la bibliothèque de sir Thomas Philipps, dont nous avons raconté les vicissitudes (voir Dictionn., t. xi, au mot Middle Hill) contenait sous le n. 18 908 deux feuillets d'un ancien manuscrit remontant au IXe, acquis à la vente Libri (voir ce nom) en mars-avril 1859, avec trois autres feuillets d'un glossaire latin-allemand sous le titre de Fragmenta vetusta, n. 1112. Ces feuillets contiennent la table et le début du recueil dont ils faisaient jadis partie :
In hoc corpore continentur mulla de quibus pauca nomina\nda\ :
I. In primis sunt diversi versus a sanctis doctoribus editi.
II. Deinde aliquanti hymni in sanctorum et nonnulla virorum in laudem.
III. Inter ea nam que diversi ad diversos versus sunt conscripti.
IV. Postmodum chronica strictim verbis composita ac poslea versus.
V. Postea martyrologium ac pars cicli at que diversi ad menses et dies.
VI. Deinceps glose super canones ac regulam sancti Benedicti et diversa.
VII. Postmodum glose super Vetus et Novum Testamentum.
VIII. Deinde iterum et glose diverse super nonnullos sanctorum libros.
IX. Postea de grecis litteris et notis Julii et monogrammis et [...].
X. Deinde nonnulle sententiae de multis questionibus incognitis.
XI. Ad extremum libellus Plinii Secundi de diversis in orbe signis.
In nomine Dei, Patris et Filii et Spiritus sancti, a et ω, principium et finis. Hunc codicem ego Reginbertus scriptor, servorum Dei servus, cum permissu et voluntate seniorum ad scriptorium Dei et sci Marci ceterorumque sanctorum quibus in Alva servitur, meo studio ac labore [...] eum que usibus fratrum ibidem famulantium aplari et conservari direxi. Per que Deum optestor ut nulli a quoquam extra monasterium concedatur, nisi quibus fidem et pignus dederit donec cum sanum et salvum suo loco remittet.
A la suite, on lit douze vers intitulés : Metrum heroicum exametrum. déjà publiés par E.-G. Vogel, dans Serapeum, t. m, 1842, p. 6, et par H. Omont, dans Bull. soc. nat. antiq. France, 1889, p. 134-135.
L'auteur de cette suscription et des vers, Regimbertus, avait concouru effectivement à la formation de la bibliothèque de Reichenau dont il dressa un catalogue avant l'année 842. Celui-ci a été publié par Neugart, dans Episcopalus Constantiensis Alemanicus, t. i, Ve part., p. 547-552, par Ziegelbauer, Historia rei litterariœ ordinis S. Benedicti, t. i, p. 569-572, et par G. Becker, dans ses Catalogi bibliothecarum antiqui, 1885, p. 19-24. En voici le titre :
Incipit brevis librorum quos ego Reginbertus indignus monachus al que scriba in insula cœnobii vocabulo Sindleozes Auva sub dominatu Waldonis (a), Heitonis (b), Erelebaldi (c) et Ruadhelmi (d) abbatum, eorum permissu de meo gradu scripsi aut scribare feci, uel donatione amicorum suscepi.
(a) Waldo (787-806). (b) Hatto (806-822). (c) Erlebald (822-838). (d) Ruadhelm (838-842).
Suit une liste de quarante-deux volumes, parmi lesquels nous trouvons : In sexto libro comprehenduntur diversi versus, et nonnullorum hymni sanctorum, et aliquorum [aliorum] epitaphia sanctorum et martyrologium cum compulo et cyclo, et versus de diebus et mensibus et XII signis, et diversœ glossœ super historiam veteris ac novi Testamenti et super alios quamplurimos libros et noix Julii Cœsaris et monogrammis et liber Plinii Secundi de natura rerum.
Fol. 1-4 (d'une autre main, xie s. fin et xne s.) : 1. Confiteor tibi, Domine..., longue formule d'accusation des péchés. 1 v°. Ego Berengarius corde credo et ore confiteor... 2-3. Prescriptions liturgiques relatives à la semaine de la Pentecôte et aux trois derniers jours de la semaine sainte. 3 v°-4. Chant de la généalogie.
Fol. 11 v° : Litanies ; entre autres noms appartenant à Reichenau :...S. Valens ; S. Senesi ; S. Théoponte... ;
Fol. 18 v° et 19 : oraisons des messes de sainte Marie-Madeleine, de saint Paul, évêque de Verdun, et de saint Rémi (xnc siècle).
Fol. 19 v° : In nomine Domini. Incipit liber sacramentorum de circulo anni expositus, a sancto Gregorio papa romano editus, ex authentico libro bibliothecœ cubiculis scriptus, qualiter missa romana celebratur...
Fol. 21 v° : Canon ; aucun Amen. Mêmes signes de croix qu'aujourd'hui, sauf qu'ils ne figurent pas à : [Quam oblationem]... ut nobis corpus et sanguis..., à [Suppli ces]... et sanguinem... omni benedictione... et à [Per ipsum]... omnis honor et gloria.
Fol. 21 v° : Te igitur... papa nostro ill. D'une autre main : et antistite nostro et rege nostro... Memento Domine... et nota devotio, qui tibi offerunt...
Fol. 23 : Unde et memores.... iam (au-dessus de la ligne et d'une autre main : venerande nativitatis quam) beatœ passionis.
Fol. 23 v° : En marge et d'une autre main le memento des morts : Memento mei, queso, Domine et miserere mihi (sic)... Memento eliam, Domine... Ipsis, Domine. Et ailleurs, on le trouve de première main, fol. 18, parmi les prières de Vordo missœ : Item pro defunctis. Ante Nobis quo que peccatoribus. Memento eliam, Domine, et eorum nominum qui nos... in somno pacis. Hic recitentur nomina defunctorum. Ipsis Domine. Aucune prière avant et après la communion ; el les figurent fol. 18.
Fol. 24 v° : In vig. natalis Domini. Nombreuses préfaces.
Fol. 36 v° : Dom. I post Theoph. Id. ian. Nat. S. Hilarii ep.
Fol. 37 v° : Eod. die., oct. Epiph.
Ci-après la série des messes qui ne figurent pas dans le sanctoral grégorien.
Fol. 40 v° : Nat. S. Emerenlianœ et Macharii. Conversio S. Pauli.
Fol. 41 : Eod. die. Precelli mart.
Fol. 42 : Nat. sanctœ Brigide virg. (1er février).
Fol. 44 : Nat. S. Blasii mart. (3 févr.).
Fol. 45 : Felicule et Zenonis.
Fol. 45 v° : Cathedra S. Pétri.
Fol. 46 : Nat. S. Mathiœ ap.
Fol. 46 v° : Nat. sanctœ Juliane virg.
Fol. 47 v° : Depositio S. Benedicti abb.
Fol. 48 V : Dom. II post Theoph.
Fol. 49 v° : Dom. VI post Theoph.
Fol. 50 : In LXX.
Fol. 74 : Pascha.
Fol. 78 : Die dom. post. albas.
Fol. 145-151 : Commune sanctorum.
Fol. 152-158 : Dom. post Pentecosten.
Fol. 158-162 : Dom. de adventu Domini.
Fol. 162-172 v° : Missœ votivœ.
Fol. 174-219 : Missœ votivœ et diversœ, parfois avec des lectures et pièces chantées.
Fol. 205 : Missa Sigismundi regis.
Fol. 206 : Missa pro anima unius defuncti.
Fol. 216-219 (autre main) : Missa patroni. Missa de omnibus sanctis. Missa in die depositionis. î. m vel xxx. mentaires, p. 250-252 ; A. Haseloff, Peintures, miniatures et vitraux, dans A. Michel, Histoire de l'art depuis les premiers temps chrétiens, t. i, 2e part., p. 718-723 ; Y. Leroquais, Les sacramentaires et les missels manuscrits des bibliothèques publiques de France, t. i, 1924, p. 113-116, n. 46.
L'auteur anonyme, quel que moine de Reichenau, rapporte que le préfet de la ville de Jérusalem, au début du ix' siècle, un nommé Hassan, voulant voir Charlemagne, se rendit en Occident chargé de présents destinés à le faire admettre auprès de l'empereur, mais il tomba malade, fut débarqué en Corse où il lit prier Charlemagne de lui rendre visite. Celui-ci, redoutant le mal de mer, sonda Linhard qui se déroba et, finalement, délégua Waldo, abbé de Reichenau, son confesseur, et Hunfrid, gouverneur de l'Istrie. Ceux-ci reçurent de Hassan une ampoule en onyx contenant du sang du Sauveur, une croix en or, garnie de pierreries, contenant du sang du Christ et des parcelles de la vraie croix, ainsi que plusieurs autres reliques qu'ils portèrent en Sicile où Charlemagne se rendit nu-pieds ( ?) depuis Ravenne pour en prendre possession. Les deux mandataires furent récompensés. Waldo reçut des présents considérables pour son abbaye qu'il quitta peu de temps après pour celle de Saint-Denis ; Hunfrid obtint la petite croix en argent doré contenant le sang du Christ, l'emporta en Rhétie où elle fit de nombreux miracles ; la femme d'un de ses descendants, nommée Swanahild, la confia aux moines de Reichenau qui l'obtinrent d'une façon définitive en l'année 925.
Tout ceci n'est certes pas exempt d'invraisemblance. L'auteur paraît avoir eu connaissance des relations établies et des présents échangés entre Charlemagne et Haroun al Raschid, mais peut-être tout le fond historique de son récit dans lequel il a commis la grossière erreur d'introduire parmi les reliques apportées par Hassan la couronne d'épines et les clous de la Passion qui, à la date de ce voyage, reposaient paisiblement depuis environ quatre cent cinquante ans à Constantinople et à Rome. Quant aux reliques de sanguine Christi et de sepulchro Domini el les sont d'une vérification d'autant plus laborieuse qu'on en rencontre dans un très grand nombre de reliquaires.
La croix conservée à Reichenau est une boîte en forme de croix, dont le haut est articulé à charnière cl dont le bas se ferme au moyen d'une clavette ; hauteur : 0 m. 059 ; largeur : 0 m. 044 ; épaisseur : 0 m. 004. Aujourd'hui les deux faces sont enchâssées séparément dans un reliquaire du XVMe, dont nous n'avons pas à parler ici. Sur la face du reliquaire primitif, encadrée d'une bordure perlée, est représenté le Christ en croix, barbu, nimbé, la tête inclinée sur l'épaule droite, les reins ceints du subligaculum, les pieds cloués sur le suppedaneum dont la base a disparu. La figure exécutée au repoussé est d'un style fort lourd et difficile à dater exactement. Même la comparaison avec des ouvrages similaires apprend peu de chose. Le crucifié ne ressemble guère, par exemple, à la croix du musée du Vatican ', que l'on attribue au vne au vme ou au IXe. Sur celle de Reichenau, le Christ a un aspect moins hiératique, moins raide, il est beaucoup moins simple et plus contourné ; de plus, il est seulement vêtu d'un jupon court (perizonium). D'après cela, J.-J. Marquet de Vasselot ne fait pas remonter la croix de Reichenau à une date antérieure au xiie ou au XMe ; mais il n'est pas possible de la faire remonter au vmc siècle et au temps où vécut Hassan.
Sur le revers de la croix, primitivement uni, est tracée une inscription grecque gravée d'une main inexpérimentée. L'histoire de l'interprétation de cette inscription est assez intéressante. Après Mabillon et Gerbert -, sont venus Marmor, Kraus, Durm et Wagner 3, ceux-ci n'en ont lu qu'une partie, p. 265.
A. Heisenberg fut le premier à déchiffrer entièrement les caractères épigraphiques. Il a lu : + K(upi.)£ (iorfi(z)i ct(cô) 8(oûXw) xai xa(0-/])Y<j'.>pxvco Trt< ; \j.o(vriç,) (o)ou t(o>) TÇ7]pï)0(covi) « Seigneur, secourez Hilarion Tzirithon, votre serviteur et cathigoumène de votre monastère ».
L'higoumène Hilarion appartenait à la famille connue des Tzirithons. Cependant deux éléments secondaires de la lecture appellent l'attention. La fin de la 3* ligne et le début de la 4e paraissent devoir être lus : »I>.apîo(vi) [x.oviyioxot.iy.y.(Q-i))YOUU.èviù. C'est la légende courante en sigillographie. On ne saurait dès lors rejeter cette formule traditionnelle que sur des preuves absolument certaines. Or, rien ne dit que le groupe initial de la 4e ligne ne doive se résoudre par uovày/o. L'écriture est assez irrégulière pour ce qui paraît être un A soit un A ; en tout cas le signe cruciforme qui affecte cette lettre a de trop grandes dimensions pour n'être qu'un signe abréviatif. La solution proposée : A surmonté de X sigVii fiant MONAX0J est recevable. L'objection proposée que A et X sont à l'époque ancienne toujours juxtaposés, ja mais superposés en épigraphie pour rendre le terme MONAXOC n'est pas vérifiée, car les bulles offrent au moins un cas où le X surmonte le M initial, et un autre attribué aux xe-xi'' siècles, où l'emploi du sigle. dans le même sens est incontestable.
H. Leclercq. REIMS. — 1. Emplacement de Durocorter. II. Le développement de la ville. III. A propos de quelques légendes. IV. Principaux monuments. V. Le forum. VI. L'amphithéâtre. VII. Reims, ville ouverte. VIII. Une villa rémoise. IX. Reims, ville fortifiée. X. Les voies romaines et celle de Paris à Reims. XI. La population au IVe. XII. Introduction et établissement du christianisme. XIII. Hypogée chrétien. XIV. Liste épiscopale. XV. Le baptême de Clovis à Reims. XVI. La controverse sur le baptême de Clovis. XVII. Le testament de saint Rémi. XVIII. Les successeurs de saint Rémi. XIX. Reims dans le royaume franc. XX. Le pagus rémois. XXI. Les immunités. XXII. La cité et les faubourgs aux viiie-IXes. XXIII. Condition des terres et des personnes. XXIV. Église de Saint-Sixte. XXV. Église des Saints-Apôtres, ensuite Saint-Symphorien. XXVI. Église de la Sainte-Vierge. XXVII. Le portail de la basilique du Ve.
XXVIII. Son autel et sa crypte. XXIX. La cathédrale carolingienne. XXX. Encore la crypte. XXXI. La destruction de 922. XXXII. Les remaniements d'Adalbéron. XXXIII. L'archevêque Sculfe ou Adalbéron. XXXIV. Aspect au XIe. XXXV. Une reconstruction partielle. XXXVI. Martyre et résurrection de la cathédrale. XXXVII. Basilique Jovienne. XXXVIII. Crypte de Saint-Nicaise. XXXIX. Sarcophage. XL. Trois basiliques rémoises des VIes : 1° Saint-Remi. 2° Saint-Timothée-et-Saint-Apollinaire. 3° Saint-Julien. 4° Autres églises 5° Autres édifices. 6° Cimetières. XLI. Le polyptyque de Saint-Remi. XLII. Saint-Remi. XLIII. Chapiteaux. XLIV. Mosaïques. XLV. Scriptorium. XLVI. Manuscrits liturgiques. XLVII. Épigraphie. XLVIII. Calice de saint Rémi. XLIX. Le diptyque d'Amiens. L. Le « talisman ». LI. Le vase de Soissons. LII. Sarcophage. LIII. L'administration monétaire. LIV. Bibliographie.
I. Emplacement de Durocorter. — Vers l'an 300 avant l'ère chrétienne, le pays au nord de la Seine et de la Marne fut occupé par une migration de peuples gaulois parmi lesquels les Celtes des Rèmes s'établirent autour du Mont-de-Berru et rayonnèrent sur les vallées de la Suippe, de la Retourne, de l'Aisne et de la Vesle. Cette population a laissé dans le sol qu'elle occupait des témoins nombreux et intéressants de ses aptitudes industrieuses. Le mobilier funéraire fait connaître la variété de son outillage, la richesse de ses parures, la solidité de ses armes offensives ; néanmoins nous savons que, dès le Ier siècle avant Jésus-Christ, les Rémi durent subir la suprématie de leurs voisins les Suessiones, et ils n'eurent peut-être pas d'autre raison pour se déclarer en faveur de César, faire alliance avec lui, favoriser la conquête de la Belgique par les légions romaines depuis la Marne jusqu'au Rhin. Les Rèmes furent libéralement récompensés et purent étendre leurs frontières de la Marne aux Ardennes et des environs de Fismes à l'Argonne.
Cependant tout restait à faire et, d'abord, le choix et la création d'une ville pouvant servir de rendez-vous politique. Le point adopté fut un emplacement situé là où s'élève Reims aujourd'hui, dont le premier vocable fut Durocorter, borné à l'Ouest par les marais de la Vesle et ne dépassant pas vers l'Est les abords actuels de l'église Saint-André. Ce ne fut d'abord qu'une croisée de chemins bordés de quelques cabanes, non loin de la cathédrale actuelle et pouvant rassembler une population sédentaire d'un millier de personnes environ.
Dès que les légions romaines s'implantèrent en ce lieu, on commença à bâtir sur la partie du terrain correspondant au quartier de Bétheny. On peut croire que Durocorter commença vers le début de notre ère à prendre une désinence latine : Durocorlorum qui fait supposer que Voppidum gaulois se développa assez rapidement en ville. Dès l'automne de l'année 53 elle présentait les ressources indispensables à une installation qui n'allait pas sans d'assez vastes établissements puis que César y tint une assemblée qui ressemble assez à des États généraux de la Gaule. Non loin de la place Bétheny et dans la direction de la Fosse-Jean Fat, on a signalé la présence de sépultures dont le mobilier appartient à la période pré-gallo-romaine ; il faudrait, d'après cela, admettre l'existence d'une ville embryonnaire sur le territoire Champ-de-Mars-Petit-Bétheny, à proximité de l'oppidum gaulois dont on avait peut-être comblé les fossés.
Vers le début de l'ère chrétienne, la bourgade gauloise et la ville romaine se rapprochèrent et fusionnèrent pour s'enfermer dans une enceinte commune, précaution indispensable parmi des populations qui ne pouvaient inspirer toute confiance. Fossé et enceinte semblent vérifiés par les fouilles récentes. Le fossé profond suit une ligne brisée partant de Clairmarais pour aboutir à Dieu-Lumière, la Vesle formant avec ses marécages une fortification suffisante du côté de l'Ouest. Les dimensions paraissent être de 40 mètres au niveau du sol avec une profondeur de 8 à 10 mètres. Son tracé est significatif : il part de l'angle de la rue du Mont-d'Arène avec la rue de Courcelles, traverse les rues des Romains, Gilbert et de Merfy pour aboutir à l'avenue de Laon par la rue Géruzez ; d'où il gagne l'angle de la rue de Neufchâtel avec la rue Danton, suit le côté gauche de cette rue, passe à travers le Port-Sec et aboutit à l'angle de la rue de Sébastopol avec la rue de Bétheny. De là il se dirige vers l'église Saint-Jean-Baptiste, traverse les rues des Gobelins, de Cernay, la rue de Beine, parvient à la rue de Bétheniville, ensuite, parallèlement au boulevard Pommery jusqu'au Chemin-Vert. Là, le fossé se dirige à angle droit vers l'église Saint-Remi et traverse la rue Simon pour aboutir à la Vesle.
II. Le développement de la ville. — Une phrase de Strabon nous apprend que, vers l'époque d'Auguste, le peuple des Rèmes était un des plus considérables de la Seconde Belgique et sa capitale Durocortora était fort peuplée puis que les gouverneurs romains y avaient leur résidence. Les fonctionnaires y devaient être nombreux et, probablement, suivant une méthode généralement adoptée, évinçaient avec bienveillance ce qui subsistait de l'administration gauloise représentée par une assemblée des notables citoyens. Après la révolte de Civilis, cette ombre de l'ancien sénat rême se sentit naître un subit dévouement à l'empire et invita les cités gauloises à se faire représenter dans une réunion tenue à Durocortorum où le rémois Auspex plaida contre la révolte et fut écouté. Pendant la période qui suivit, Reims se développa, vit des faubourgs border les voies romaines et prit une extension qui ne paraît pas trop inférieure à celle de la ville actuelle. Cependant, du côté de l'Ouest on ne vit alors rien qui fasse penser au quartier de Courlancy, de Sainte-Clotilde à Sainte-Geneviève : les marécages de la Vesle s'y opposaient car la rivière n'a pas toujours coulé dans le lit actuel. « La ville, en se développant, l'a constamment déplacée à l'Ouest. A l'époque galloromaine, elle multipliait ses dérivations sur tout l'espace occupé par les rues de Venise, du Jard, de Vesle ; le bras principal se trouvait approximativement dans l'axe des rues Clovis et Jeanne-d'Arc, pour tourner par la rue Châtivesle vers la chaussée Bocquaine. Il va sans dire qu'on ne trouve pas d'antiquités gallo-romaines dans ces quartiers. Mais, par contre, dès le milieu du IIe, les quartiers extrêmes du faubourg de Laon étaient habités. On a retrouvé des traces d'habitations romaines sur l'emplacement de l'orphelinat de Bethléem de la place Ruinart de Brimont, de la rue Perseval, de la rue des Moissons. Il est probable que tout le quartier de l'Est, du boulevard Saint-Mai-ce aux vers les casernes de dragons, qui n'a pas encore été exploré, fournira sa part de découvertes. Enfin, au Sud, il ne semble pas que les maisons aient escaladé les hauteurs crayeuses du plan de Saint-Nicaise ; la ville devait se limiter à une ligne partant du square Drouet-d'Erlon pour gagner l'église Saint-Maurice et la rue du Ruisselet. » Le développement et l'importance de cette ville antique ressortent jusqu'à l'évidence. Dans les parages de la place Royale, de la cathédrale, le sol actuel pose sur un entassement de décombres tellement considérable que, pour atteindre le sol géologique, la craie, il faut creuser six à sept mètres en contre-bas. Tandis qu'au-delà des boulevards de la République, Lundy, de la Paix, on ne rencontre aucun débris du Moyen Age, le sol est abandonné depuis l'époque romaine et les trouvailles abondent.
III. A PROPOS DE QUELQUES LÉGENDES. Ce que nous savons ne nous permet pas de négliger un témoin d'une date postérieure, Adalbert de Sarrebruck, étudiant aux écoles de Reims vers 1130, qui devint dans la suite archevêque de Mayence, dont il existe une Vie écrite en vers léonins par son contemporain Anselme, évêque de Havelberg et plus tard, archevêque de Bavière. La Vie fut écrite entre 1141 et 1152, elle nous apporte des indications qui sont pour nous d'un très grand prix.
Reims, nous dit l'auteur, avait dès l'origine une enceinte immense et tirait son nom de Rémus, frère de Romulus : Ut memor aiinorum canil nias preteritorum, Finibus immensls urbis qui primo Itemensis M<rnia vallabant et fundamenta locabant, Remis ei nomen triburrunt cedis ob omen, Dictum <de Remo pro mortis honore supremo.
— 6 Dès le IXe, il avait attiré l'attention de Flodoard : Fornicem prodeuniibus dexterum, dit-il, lupw, Remo Romuloque p<u-vis ubera prœbcntis, fabula cernimus innotatum, dans La légende qui associe Rémus aux origines onomastiques de Reims remonte à une époque ancienne. Il n'est pas bien sûr qu'elle tint le moindre compte de l'accord existant entre les Rèmes et les Romains au temps de César et d'Auspex, mais le nom de Rémi paraissait répondre de tout. Est-ce une trouvaille de rhéteur rémois, c'est assez possible, et il se pourrait qu'elle eût inspiré le bas-relief décorant la porte de Mars et représentant Romulus et Rémus allaités par la louve. Ce bas-relief, sculpté sur la voûte de l'arcade située à droite en sortant de la ville, existe encore. Au VIe, la légende trouvait sa place dans la Vie de saint Sixte où on lit : Hœc civitas a Romanis constructa, ex nomine Rémi, fratris scili cet Romuli, Remis fertur nuncupata.
Hincmar, dans son livre contre Godescalc, place Rome et Reims presque sur le même rang : Roma, caput mundi, et Remis, civitas campestris, et temporis antiquitate, et conditoris dignitate, anle alias civitates habentur illustres '. Au XIe, Jean de Salisbury partage ces opinions : Hanc enim sibi germanitaiem, ut aiunt, hse due exhibent civitates, ut eisdem subjaceant fatis 8. Flodoard n'en croyait rien, il se refusait à laisser la fondation de Reims à Rémus, mort trop jeune et citait à ce propos Tite-Live ; mais il ne pouvait ou n'osait pas se libérer entièrement de l'opinion commune : Non omnimodis a nobis approbanda vulgata censetur opinio, quœ Remum, Romuli fratrem, civitatis hujus instilutorem, ac nominis tradit auctorem... Hn conséquence, il proposait d'attribuer la fondation de Reims aux soldats fugitifs de Rémus *. Et ces textes ne sont pas les seuls. Dans une note inscrite au XIe sur un feuillet d'un psautier du xe ou XIe, donné au chapitre de Reims par le prévôt Odalric (1051-1075) et conservé de nos jours à la bibliothèque municipale, l'auteur anonyme, après avoir rappelé le passage d'Hincmar qu'on vient de lire, ajoute ces mots : Durocortorum civitas appellata est Remis ante Remum et Romulum ; poslea, subjecta Romulo, vocala est Remis, ob honorem Rémi, interjeeti ipsius fratris 10. La légende se retrouve dans le roman d'Athis et Prophylias « et dans une poésie de Drogon d'Hautvilliers, écolâtre et jurisconsulte rémois du XMe 12 : Romulus et Remus, in scriptis sicut habemus, Edi ficaverunt Romain, Remis, at que fuerunt Fratres, Trojani, genti les, at que prophani. Ex ipsis nomen urbs utra que sumpsit et omen. Communis patria Remis est, et Roma secunda.
Au XIVe, en 1380, Eustache Deschamps accepte encore la légende » :
O lu, cité très noble et ancienne. Qui jadis fus fondée de Remus, Reins t'appela, de son nom Rancienne.
Et Nicolas Bergier la repousse pour lui substituer un certain Rémus, roi des Gaulois, dont il a réussi à reconstituer la généalogie à partir du déluge u. Dom Marlot rejette toutes ces fables u.
IV. Principaux monuments. — L'enceinte la plus ancienne, de forme elliptique, était percée de quatre portes, quatre arcs de triomphe, dont un seul subsiste presque intégralement : la porte de Mars, qui demeura comme enfouie pendant tout le Moyen Âge dans le blocage du rempart. En 1677, on déblaya une partie des arcs pour découvrir les sculptures des voûtes, mais la base des piliers ne fut dégagée qu'en 1816 et ce n'est qu'en 1854 que la construction fut mise en l'état où on la voit de nos jours1. La porte de Mars appartient au iie ou au début du IIIe, c'est un monument important par ses dimensions. La façade a 32 mètres de développement, c'est-à-dire qu'il est deux fois plus long que l'arc de triomphe d'Orange et a sept mètres de plus que l'arc de Constantin à Rome ; mais sa hauteur est réduite par la disparition de la corniche, de l'attique, de l'entablement.
Au sud de la ville se trouvait un autre arc de triomphe probablement semblable au précédent, on l'appelait la porte Bazée, il fut démoli en 1753 (voir Dictionn., t. m, col. 2061, fig. 3085) dont le nom latin était Basilicaris 2. La porte Cérès se trouvait proche l'Esplanade, et la porte aux Ferrons sur l'emplacement en face du théâtre actuel.
Reims avait un amphithéâtre dont le souvenir s'est conservé dans la rue du Mont-d'Arène au faubourg de Laon, et dont les ruines imposantes existaient encore au XIIe comme on le voit dans la description de Reims par Anselme, évêque de Havelberg 3 ; le terrain qui le portait n'a été absolument aplani qu'un peu avant la construction de l'église Saint-Thomas (1848-1853), au XIXe. On a calculé qu'il pouvait recevoir entre 10 et 12 000 spectateurs l.
Le forum n'a pas changé de destination, il se trouve donc identifié avec la place des Marchés actuelle. Grégoire de Tours le désigne sous le nom de Platea (in platea fori nostri) ; le Vita Albertis le désigne sous le nom de forum Civitatis et d'autres documents anciens parlent du forum Remense 5.
C'est sur ce point de la ville que se trouvaient les constructions romaines les plus importantes (exception faite pour la porte de Mars), nous voulons parler des caves qui bordent la place des Marchés à l'Est entre les rues Courmeaux et Pluche ; en retour d'équerre les caves depuis l'entrée de la rue Pluche vers l'entrée de la rue du Tambour.
V. Le forum. — « Les substructions de la place des Marchés consistent en une série de caves dont l'origine romaine ne saurait être contestée et qui sont, sans contredit, l'une des curiosités archéologiques les plus intéressantes de la ville. On les mit à découvert dans toute leur étendue, lorsqu'on creusa les fondations de la halle, en mars 1838 ; suivant M. Brunette, on se trouva alors en présence d'une grande salle de 50 m. de longueur sur 9 m. 50 de largeur, divisée en deux parties par une rangée de treize piliers en pierre et recouverte par une suite de voûtes d'arêtes. Les travaux exécutés en cette occasion ont laissé subsister presque entièrement ces constructions souterraines ; les fondations du marché ont seulement empiété un peu sur elles et les ont diminué d'environ un mètre dans le sens de la largeur. Elles servent de caves aux habitations voisines et ont été partagées en plusieurs tronçons par des séparations modernes suivant les besoins auxquels elles ont été appropriées. La portion dépendante de la maison n. 28 est bien conservée et peut donner une idée fort juste de l'ensemble (fig. 10597). Les piliers qui supportent les voûtes sont carrés, construits en pierre de moyen appareil et ornés d'une moulure fort simple à la hauteur des impostes, leurs bases sont maintenant invisibles et semblent être assez profondément enfouies sous des remblais successifs qui ont fortement exhaussé le sol de la cave ; quant aux voûtes elles sont faites en moellons irréguliers et de faible dimension, noyés dans un ciment très solide ; d'après M. Brunette, elles n'ont que 0 m. 15 d'épaisseur. On constate, en certains endroits, dans les parois des murs, l'emploi de ces longues briques plates si caractéristiques des monuments romains. Le sol de la place des Marchés et des quartiers voisins est rempli de débris antiques et l'on ne peut y pratiquer de fouilles sans faire apparaître quel que fondation d'ancienne muraille 6. » « Depuis la guerre et surtout depuis la démolition des Halles qui avaient été édifiées, en 1840, sur ce terrain, tout l'emplacement occupé par l'ancien forum a été entièrement dégagé de toutes habitations. Sur cette vaste place des travaux ont été entrepris pour mettre à jour et rendre accessibles au public, par un escalier et un jardin approprié, les ruines de ce monument romain enfouies jusqu'à une profondeur de sept mètres sous le sol 7. » Les fouilles entreprises pour les nouvelles constructions ont permis de corriger notablement les dimensions des fouilles de 1838. « La découverte la plus importante fut celle du forum. On a trouvé là une première salle romaine de 62 m. 40 de longueur sur 8 m. 70 de largeur, formée de la succession de 15 travées doubles, voûtées d'arête en plein cintre, portant sur une ligne médiane de piliers carrés. La hauteur est de 5 m. 35 sous clef de voûtes. Le sol intérieur correspond au niveau des rues antiques. C'est un des plus grands vestiges que l'on connaisse d'une salle antique dans l'ancienne Gaule. Le vaisseau énorme constitue le plus ample vestige d'une salle antique d'un seul tenant, dont les piliers et les voûtes sont d'une solidité capable de résister aux siècles.
Rien, même à Nîmes, à Arles, à Vienne, à Lyon ou à Trêves n'est comparable comme rez-de-chaussée '. » L Demaison 2 avait pensé qu'il s'agissait de thermes ; les caves dont il parle n'existent pas. L. Lacroix propose avec plus de vraisemblance de voir ici un cryptoportique, comme ceux qui ont été trouvés à Arles : une crypte à galerie longue et étroite ayant pu servir d'édifice public, de lieu de réunion, voire de magasin ou d'entrepôt 3.
VI. L'amphithéâtre. — Nous lisons dans Anselme de Havelberg une quinzaine de vers 4 qui apportent un renseignement complètement inédit et d'une véritable importance pour l'archéologie de Reims galloromaine. Il nous fait connaître l'existence d'un monument considérable qu'aucun autre texte ne mentionne et il aide à comprendre les causes de la disparition des ruines de la ville. On savait que Reims, comme un très grand nombre d'autres villes de la Gaule, avait à l'époque de l'invasion des barbares, élevé une enceinte de pierre au moyen des matériaux d'anciens édifices, laissés en dehors du tracé de la ville. En 1848, lors de la destruction des vieux remparts près de la porte de Mars, on mit à jour des fragments de cippes avec inscriptions, des chapiteaux, des morceaux de frises et autres débris antiques qui avaient servi de fondation à une tour 5. Flodoard nous apprend que les murs de la ville étaient Romanis auspiciis insignila et que les constructeurs des murailles de Reims mœnium nostrorum locatores avaient laissé erroris sui vesligia lapidibus insculpta 6. A ces témoignages vient s'associer celui d'Anselme de Havelberg qui aide à comprendre pour quoi une ville tellement riche en monuments n'en a conservé qu'un si petit nombre de vestiges : liane prope metropolim fuit execrabilis olim Ardua templorum moles, conclave deorum. Paret (ulliuc liorum faciès antiqua locorum, Templa que semiruta, lapidum compage soluta, Advenu mirulur, oculos que ruina moraiur Set prope cum fine carrai mensura ruinât, Signa que cum velerum sinl tecta jucentia rcrum, Integra cum s tarent, qinv sic moilo diruta parent. Mole sui referunt, quee, qualia, quanta fuerunt. Causa que defectus fuit liis : lonyeva senectus ; Venlus et impingens, quo machina corruit ingens ; Vel lubor humanus, cito casurus quia vanus, Delubra frangendo fragmenta que diripicnilo. Ut nova funduret vel tecta vetustu novaret, Traxit vicinus ud opus murale ruinas.
« Non loin de la ville, s'élevait jadis un vaste temple, sanctuaire exécrable des faux dieux. On voit encore en ces lieux une ruine d'aspect antique dont les murs à demi écroulés et les pierres disjointes attirent les yeux et excitent l'admiration des voyageurs. On peut juger, en voyant la masse et l'immensité de ces débris, quelle grandeur et quel caractère imposant devait avoir le monument, lorsqu'il était encore debout. Sa destruction a été causée par l'action du temps, par le souffle du vent qui a fait effondrer l'édifice, et par le travail des hommes qui en ont dispersé les matériaux, et les ont employés à bâtir de nouveaux monuments et à construire les murailles voisines. » Les ruines, encore si imposantes au XIIe, se trouvaient hors de la cité et à peu de distance des murailles, probablement à proximité d'une route puisqu'elles retenaient l'attention du voyageur qui se rendait à Reims, advena miralur. Tout cela a si complètement disparu qu'on en est réduit à conjecturer l'emplacement de cette ardua templorum moles. Les documents du Moyen Âge ne signalent qu'une seule ruine antique en dehors et à proximité de l'enceinte : les arènes, à peu de distance de la porte de Mars, à gauche de la route de Laon. Nous avons dit déjà que son identification est attestée par la rue du Mont-Aréna, vocable qui remonte au moins au Xe. La mention la plus ancienne se lit dans une charte du 4 janvier 1237 par laquelle Henri de Rraine, archevêque de Reims, oblige les bourgeois de la ville à venir faire amende honorable au chapitre ut... capitulo revertenti occurrant ad harenas juxta portam Marlis 7. En ce même siècle, la chanson d'Huon de Bordeaux place au mont d'araine le théâtre de la vengeance d'Ogier le Danois contre Chariot, fils de Charlemagne *. Cette dénomination se retrouve souvent et indique que les arènes n'étaient plus qu'un monceau de ruines ; au XVIIe, dom Marlot les décrivait en peu de mots : Prwter relictum aygerem, nunc peculiare nihil continet 9.
VII. Reims, ville ouverte. — Jusque vers le milieu du Ve, la ville fut prospère et, comme tant d'autres cités gallo-romaines, s'étendit en rase campagne, semant les édifices, les insulœ, que nous appellerions aujourd'hui des « pâtés de maisons » et les villas des riches propriétaires le long des routes dont nous décrirons plus loin le tracé. L'archéologie locale, qui inspire dans cette ville une louable ardeur, n'a peut-être eu que le tort de s'emparer des moindres indices pour leur donner une interprétation historique parfois un peu hasardeuse et d'utiliser des textes dénués de toute valeur topographique. C'est ainsi qu'au gré des uns et des autres les monuments antiques se livraient à une sorte de vagabondage. Ce fut le cas du capitole que le chanoine Cerf localisait dans le voisinage de la cathédrale, tandis que Ch. Loriquet le transportait au Grand Credo et N. Brunette sur les hauteurs de Saint-Remi. Conjectures 1 En 1868, la découverte de murs mesurant 1 m. 25 sur 1 m. 50 de largeur dans la cour de l'Archevêché et la rue de l'Université mirent les imaginations en campagne. Il en fut de même sur d'autres points de la ville.
On releva aussi des traces nombreuses de (•haussée pavées, les indices d'un système d'égouts et d'un service d'alimentation de la ville en eau potable amenée de la Suippe. Ce dernier offrait un certain intérêt. Il avait sa prise d'eau à Jonchery-sur-Suippe, passait près de Saint-Hilaire-le-Grand, côtoyait la chaussée de Verdun à Reims, passait vers les Commelles, le lieudit Alger, la Pompelle, pour remonter vers Nogent-l'Abbesse et Cernay. Il entrait à Reims au-dessus des buttes Saint-Nicaise, du côté droit de la rue Saint-Jean-Césarée. C'est l'aqueduc qui alimenta la ville pendant tout le haut Moyen Âge.
La population de Reims qui possédait la richesse, ou du moins l'aisance, avait des demeures cossues à en juger par une belle collection de pavements en mosaïques dont nous n'avons rien à dire ici car elles sont toutes païennes l0. Tout cela, en y ajoutant des bas-reliefs, peut aider à se représenter une cité opulente et étendue : il ne s'ensuit pas qu'on puisse lui appliquer le titre d' « Athènes des Gaules » que le rhéteur Fronton n'a d'ailleurs jamais songé à lui décerner. Voici l'affaire en deux mots : dans un passage de sa grammaire latine, à propos du cas nominatif, le grammairien Consentius, du Ve, cite par hasard cet exemple tiré de Fronton : et illœ veslrœ Athense Durocorloro, « et votre Athènes, à savoir Reims » ; on voit, ajoute-t-il, que Durocorloro ne peut être ici qu'un nominatif et que les cas obliques doivent se décliner de la même façon et c'est tout '.
VIII. Une villa rémoise. — En novembre 1929, un propriétaire fit creuser de nouvelles caves dans le fond de la cour de son immeuble, situé 13, boulevard Foch, et découvrit, parmi des débris de poterie romaine, un vase de couleur noire, presque intact. Ce fut ensuite un moellon de marbre blanc qui n'était autre qu'un buste en plusieurs fragments. Une fois reconstitué on se trouva en possession d'un beau buste en marbre de Carrare, dont la base devait reposer sur un pied carré. Le personnage est un jeune homme, dont le nez et le menton, heurtés par les outils ont été endommagés, les parties manquantes n'ont pu être retrouvées. Les fouilles furent reprises le 25 janvier 1930, et le 27, on atteignit le sol primitif. On trouva un candélabre de bronze ciselé, entier, mesurant 1 m. 39 de hauteur et reposant sur trois pieds griffus finement travaillés. Le corps du candélabre, creusé de cannelures légères sur lesquelles on distingue des traces de peinture bleue, est surmonté de la petite lampe à huile à laquelle il ne manque que la mèche. On trouva ensuite deux cupules en bronze, puis une console en poterie rouge, représentant une tête de femme absolument intacte, aux longs cheveux bouclés. Près de là plusieurs fragments de consoles semblables furent mis au jour, parmi lesquels on put reconstituer le pendant de la première. Les deux pièces, exactement identiques, forment un ensemble d'un intérêt remarquable. Le 2 février, on découvrit un petit buste en bronze, représentant un guerrier casqué. Ce furent aussi des poteries de terre cuite, des fibules en os, deux cornes d'élan, des dents de sanglier, des aiguilles et des fragments d'une grande jarre qui a pu être reconstituée depuis la base presque jusqu'à moitié de la hauteur. Une découverte très importante est celle de plusieurs pièces de mortier ayant recouvert les murs de l'habitation. On y distingue un premier placage en chaux garni d'une couche de peinture sur lequel a été déposé un second enduit décoré plus richement et représentant des paysages et des personnages sans qu'on puisse préciser.
M. H. Deneux, architecte en chef des monuments historiques, estime qu' « il est certain que M. Ville a découvert les vestiges du mobilier d'une villa romaine existant au Ier ou IIe. C'est d'ailleurs dans les Hautes-Promenades, presque en face, qu'on trouva la mosaïque qui demeura jusqu'en 1917 dans la salle des mariages de l'Hôtel de ville. C'est dans ce quartier avoisinant la porte Romaine que les riches citoyens venus à Reims avaient construit leurs habitations somptueuses. Le « sol romain » est à environ 1 m. 50 en profondeur dans les Promenades et les objets trouvés ici à 4 m. 50 environ. Il semble que la villa se sera effondrée dans la cave, ce qui a amené le mobilier à cette profondeur ».
1930, mai-juin ; G. Roussinesq et G. Laurent. Histoire de Reims, t. i, 1934, p. 107.
IX. Reims, ville fortifiée. — Le IIIe devait voir la fin de cette félicité 2. Ce fut d'abord, entre 233 et 235, une simple alerte, causée par une course des Francs dans la Gaule. A partir de 249 jusqu'à 208. ce fut bien autre chose ; vingt années de misère, de ruines et de terreur, surtout à partir de 257. Soixante cités furent ravagées. Les trouvailles de monnaies et de trésors s'échelonnent, dans le sol rémois, jusqu'aux règnes de Gallien (253-268) et de Tetricus (270) : à cette date tout s'arrête, ce qui montre que la ville était alors complètement saccagée et ruinée '. En 1923, on trouva dans le sous-sol de la cathédrale un sac rempli de petits bronzes de Tetricus4 ; en 1900, on avait découvert sur un autre point de la ville une cachette de vaisselle précieuse 5.
En 270, l'empereur Aurélien parvint à refouler les envahisseurs, mais sa mort compromit la sécurité un moment retrouvée (275). Francs et Alamans renouvelèrent leurs assauts et il est probable que ce fut alors que Reims subit sa part du désastre. Ses quartiers riches, qui s'étendaient en arc de cercle depuis Clairmarais jusqu'au terrain des Coutures, furent anéantis et s'écroulèrent sur place. La mosaïque dite des Promenades a été retrouvée sous un lit de cendres, de décombres et de poutres calcinées. Ce fut Probus qui sauva la Gaule (270-282) et donna le branle à un mouvement défensif qui décida presque toutes les villes à s'enfermer dans une enceinte s. Reims imita ce qui se faisait partout autour d'elle et s'entoura d'une muraille faite de matériaux de remploi, et parfois encastrant dans ce rempart un bâtiment entier, ce fut le cas pour la porte de Mars '.
Et voici encore une fois le témoignage d'Anselme de Havelberg 8 qui nous décrit la cité telle qu'il l'a vue de son temps, peu différente de l'enceinte du Moyen Âge :
Turribus et portis, vali munimine forlis,
Urbs sedel in piano, quœ pascitur acre sano.
Longis et l<dis et maris firma quadndis.
Prominet alla satis non parvic fertilitatis,
Anselme ne se piquait pas de la science des ingénieurs et lorsqu'il écrit (en vers) que Reims était bien fortifiée : nalli munimine fortis, il est permis de gauler quelques doutes. Nous savons que, déjà, Louis le Débonnaire avait autorisé l'archevêque Ebbon à prendre dans les murs et les portes de la cité les matériaux nécessaires pour la reconstruction de la cathédrale. Dans quelle mesure Ebbon exploita-t-il cette carrière ? D'après ce que nous en dit Flodoard, la destruction paraît avoir été assez complète : en effet, il nous répète à deux reprises que la ville n'avait plus d'enceinte au temps d'Hincmar : Civilas Remorum t une temporis non habebal in ambitu sui murum. Plus tard, l'archevêque Foulques (883-900) fit relever les murs : Urbem quo que cujus murum, ob « difteationem basiliese Dei Genitricis, Ebo dcslruxerat, iste novo circumdedit muro. On démolit même alors l'église de Saint-Denis : necessitale mûri eivitatis ob injestationem paganorum construendi. Parmi tant de remaniements il est difficile de dire ce qui subsista et ce qui disparut. Il est probable que la partie de l'enceinte la plus rapprochée de la cathédrale fut particulièrement éprouvée, c'est-à-dire celle qui s'étendait le long du Bourg-Saint-Denis. Bien certainement, ce côté des murs était livré à l'abandon au XIe, car on voit, dans un privilège donné par Louis VII en 1138 à l'abbaye de Saint-Denis, que les fossés étaient, en cet endroit, envahis par des maisons et des jardins : Quicquid in fossatis et mûris a porta Vidule us que ad porlam Basiiicam... porro quœcum que edificia, quecum que viridaria, in predictis [ossatis facta sunt vel de cetero fient, juri et dominio ipsius ecclesie perpetuo tenenda subicimus s.
X. Les voies romaines et celle de Paris à Reims. — Au mois d'avril 1877 on découvrit à Paris, dans l'ancien cimetière de Saint-Marcel (voir Dictionnaire, t. xiii, col. 1790) une borne milliaire romaine, convertie en sarcophage à l'époque mérovingienne et conservée aujourd'hui au musée Carnavalet. L'inscription n'est plus que fragmentaire, néanmoins elle permet d'y reconnaître le premier milliaire de la route conduisant de Paris à Reims, à l'époque où Maximin Daïa faisait partie de la tétrarchie impériale, entre le mois de mai 305 et la fin de l'année 307, lorsqu'il portait le titre de Nobilissimus Ctesar. D'un examen attentif de l'original par Em. Desjardins, il est résulté que le texte devait être complété et restitué ainsi :
[DD-NN-M-AVR MAXIMIANO ET-FL-VAL CONSTANTINO] AVGG ET D-N-GAL-VAL MAXIMINO NOBIL-CAES A-CIV-PAR .R-CV Après les mots de la 9e ligne : a civitale Parisiorum, dont la lecture est indubitable, figurait évidemment le nom de la localité située à 105 milles de Paris, commençant par un R. Ce ne pouvait être qu'une grande ville, car à une si lointaine distance, il n'y avait qu'une grande ville qui pût être désignée, de façon suffisamment claire, par l'initiale de son nom. Il n'est pas possible de résumer ici la longue démonstration qui aboutit à la conclusion certaine que la ville désignée sur la borne en question par sa seule initiale est Rémi. L'ancien nom gaulois Durocorter ou Durocortorum était, on l'a dit, devenu Rémi ou civitas Remorum, de même que Lucolotia ou Lutetia s'était transformé en civilas Parisiorum.
Reims était la capitale de la Belgica I mentionnée sur la liste de Vérone de l'année 297. C'était un centre d'où rayonnaient les voies de la Gaule septentrionale, et d'où l'on comptait les distances. On connaît sept routes au départ. Dans V Itinéraire d'Antonin, nous en avons quatre partant de Reims :
1° Sur Tarvenna (Thérouanne), par Aug. Suessionum (Soissons), et, de Soissons, sur Samarabriva (Amiens), par Augustomagus (Senlis).
2° Sur Ragacum Nerviorum (Ravay).
3° Sur Lugdunum (Lyon).
4° Sur Divodurum (Metz).
La Table de Peulinger nous montre six routes rayonnant de Reims :
1. Sur Andomatunum (Langres) et Vesuntio (Besançon). — 2. Sur Tullum (Toul), Metz et le Rhin. — 3. Sur Colonia (Cologne). — 4. Sur Bononia (Boulogne) par Bavay. — 5. Sur Samarabriva (Amiens, par Augusta Suessionum, Soissons). — 6. Sur Genabum (Orléans), par Augustobona (Troyes).
Ainsi la route de Reims à Soissons figure dans les deux itinéraires et celle de Soissons à Senlis dans le seul Itinéraire d'Antonin, mais aucune de ces routes ne met en communication directe Reims et Paris ; il en existait assurément une indirecte, partant de Paris et gagnant la voie de Soissons à Reims. La distance exprimée sur la borne ne nous révélerait-elle pas l'existence d'une autre route allant de Paris à Soissons, sans passer par Senlis, et de Soissons à Reims ? Les cv milles indiqués sur la borne valent 155 kilomètres. Le point de départ précis, le parcours et les vestiges de cette voie étaient donc à étudier et Aug. Longnon l'a déterminé.
Cette route ne saurait être reconnue dans la voie qui, de Reims, va à Soissons et à Senlis, bien qu'il soit possible de reconnaître dans la route actuelle de Senlis à Paris le tracé d'une voie antique complétant les deux tronçons précédents. En effet, la voie de Paris à Reims par Senlis et Soissons aurait mesuré, dans cette hypothèse, au moins cvin milles : 3 de plus que la somme indiquée.
Elle ne peut non plus être assimilée à une ancienne route de Paris à Reims, par Claye, Lizy-sur-Ourcq, Gandelu, etc. ; cette seconde voie est en effet plus courte que la distance marquée sur le milliaire, puisqu'elle ne mesure que xcv milles.
Il y a donc lieu de chercher, entre les deux voies précitées, la route mesurant cv milles romains ; or, après un mûr examen, on est naturellement amené à constater qu'elle devait passer par Nanteuil-le-Haudouin, Villers-Cotterets et Soissons. Le dernier tiers de cette voie, de Soissons à Reims, décrit par V Itinéraire d'Antonin, est parfaitement reconnu sur le terrain ; un n'a donc à examiner que sa partie antérieure entre Paris et Soissons.
La route de Flandre (aujourd'hui de Lille par Senlis) emprunte jusqu'à Roissy, sur une longueur de 15 kilomètres, le tracé de l'ancienne voie romaine de Paris à Soissons, qui passait ensuite à Chenevières, Moussy-le-Neuf, Ver et Montagny-Sainte-Félicité, pour arriver à Nanteuil-le-Haudouin. De Nanteuil, la voie gagnait Soissons par Peroy-lès-Gombries, Levignen, Gondreville, Vaumoise, Pisseleux, Villers-Cotterets et la forêt de Retz, suivant ainsi presque constamment le tracé de la route moderne de Paris à Reims.
Il y a donc tout lieu de croire que la route romaine mentionnée par le milliaire passait par Nanteuil, Villers-Cotterets et Soissons ; ajoutons que ce tracé est aussi direct que possible et que l'ensemble de la route, de Paris à Reims, mesure effectivement les cv milles romains indiqués sur l'inscription.
L'antiquité du premier tronçon de la voie compris entre Paris et Louvres est prouvée par deux textes. L'un est une Vie de saint Rieul, citée par l'abbé Lebeuf, et selon laquelle ce bienheureux évêque du VIe, allant de Paris à Senlis, s'arrêta à Louvres. L'autre est le prétendu diplôme par lequel Dagobert Ier aurait accordé le droit d'asile à l'abbaye de Saint-Denis et qui, ayant été rédigé certainement, tout faux qu'il est, au VIe, parle également d'une « voie publique » conduisant du palais royal [de Paris] à ce même lieu de Louvres : siDe de palacio nostro egrediens publicam viam quœ pergil ad Luveram.
[Tout ceci repose sur une fausse lecture de Desjardins ; cf. contra : Corp. inscr. lat., t. xiii, II, 2, n. 8974.]
XI. La population au IVe. — Reims se trouvait à l'abri des envahisseurs germains grâce à sa muraille, mais celle-ci était d'un aspect lourd et disgracieux ; il est vrai qu'elle était à l'épreuve des siècles et, de nos jours, certaines portions subsistaient encore avant les désastres de 1914-1918. Cette robuste enceinte contribua à faire de Reims un des principaux centres militaires de la IIe Belgique. On pouvait appuyer sur elle une solide organisation défensive ; dès la fin du IVe la province est organisée de façon stratégique et c'est au cours de la première moitié du IVe que Châlons est détaché du territoire de la civilas Remorum. Reims renfermait, outre sa garnison, des fabriques d'armes de guerre, l'état-major d'un corps de troupes sarmates et la résidence d'un prœfectus Lœtorum gentilium. Constantin y fit bâtir des thermes ; plusieurs empereurs y firent des séjours assez prolongés, tel Valentinien Ier qui y promulgua des lois datées des 29 janvier, 14 février et 28 avril 367, ce qui suppose une résidence impériale.
On peut se faire une idée de la ville, vers l'an 410, au moyen de la Notitia dignitatum. Outre une garnison nombreuse on y voyait les bureaux de fonctionnaires : preposilus thesaurum, prsepositus branbaricariorum sive argenlariorum, agents du cornes sacrarum largitionum, enfin le procurateur des gynécées. Il se pourrait même que Reims eût compté un atelier monétaire, de même que Trêves, Arles et Lyon ; en tout cas le fisc y avait des bureaux ce dont témoigne la présence de vétérans. « Ces nombreux fonctionnaires et employés formaient à eux seuls tout un petit monde qui représentait sans doute une notable partie de la population civile rémoise. Le chef de bureau Eusebius, qualifié de vir spectabilis par un document qui rappelle qu'il fonda une église à Reims à la fin du IVe ou au début du ve, est un des rares représentants de ce milieu de fonctionnaires dont le nom n'ait pas échappé à l'oubli. Que la société comptât une élite polie, instruite, amie des plaisirs et préoccupée de se distraire des fonctions administratives qui lui incombaient, on n'en veut pour preuve que l'existence à Reims même d'une fabrique de jouets ou de pions qui servaient à divers jeux et dont un grand nombre d'exemplaires, à tous états de fabrication, ont été retrouvés dans le sol de la cité. Beaucoup de ces petits objets datent du IVe.
« A côté de cette « bourgeoisie », la ville comptait également des artisans, notamment des orfèvres, des sculpteurs et des maçons qui construisirent les thermes et les premières églises de la cité. On y rencontrait également un assez grand nombre de verriers, car la verrerie prit, à partir du IVe, un développement considérable dans le nord de la Gaule et particulièrement dans la vallée de l'Oise. Les fouilles ont livré un bon nombre de verres fabriqués à Reims du ive au Ve. Leurs formes sont presque toutes empruntées aux répertoires des céramistes et des orfèvres. Très nombreux sont les flacons qui servaient dans la toilette des femmes ainsi que les verres gravés. Citons hors pair le magnifique bol gravé qui représente le combat d'Atalante et d'Hippomène et qui s'orne par ailleurs d'une brève inscription grecque. Il importe de remarquer en effet que beaucoup d'ouvriers verriers étaient originaires de l'Orient ; c'est pour quoi nous n'hésitons pas à reconnaître des verriers dans le grec et le syrien qui, ainsi que nous l'apprennent deux inscriptions, vivaient à Reims, sans doute durant le Bas-Empire.
« Les documents ne nous permettent malheureusement pas de compléter cette vue sur l'état de la cité aux ive et Ves. Ajoutons toutefois que Reims fut également un des grands carrefours de la Gaule ; nous venons de voir que d'importantes chaussées la mettaient directement en relation avec l'Italie, Boulogne, Verdun, Toul, Metz, Trêves, Soissons, Cologne, Châlons, Bavay et Troyes. Le tracé des deux voies principales qui se coupaient à angle droit au forum se retrouve actuellement dans les rues Carnot, Cérès, de l'Université, Henri IV et de Mars. Le long des rues principales se dressait une colonnade qui supportait un passage voûté. Hors les murs se trouvaient, le long des routes, les cimetières de la cité. Le cimetière du Nord longeait la route vers Laon. Le cimetière du Sud se trouvait à près d'un kilomètre de l'enceinte, non loin du futur emplacement de Saint-Remi. Cela permet de supposer l'existence d'un faubourg autour de ce cimetière. Des aqueducs apportaient l'eau de la Vesle ».
« Nous ne savons pas de quelle manière était administrée cette importante agglomération urbaine. On peut se demander si, vers le milieu du V Siècle, le gouvernement n'était pas exercé par un chef militaire, romain ou franc. On sait qu'Egidius et, après lui, son fils Syagrius eurent un pouvoir de fait sur cette partie de la Gaule où ne s'était pas encore fixé de peuple barbare ; peut-être leur autorité s'étendait-elle sur la cité de Reims. »
« D'autre part, si l'on se réfère à une lettre adressée par saint Rémi à Clovis peu après l'avènement de celui-ci, mais certainement avant la défaite de Syagrius, donc entre 481 et 486, il semble que la majeure partie de la Belgica Secunda obéissait déjà à Childéric, père de Clovis. Il n'est donc pas impossible non plus qu'il y ait eu dans la cité un chef barbare, représentant du roi de Tournai. »
XII. Introduction et établissement du christianisme. — Les origines religieuses de l'Église de Reims ne nous reportent pas avant le Me de l'ère chrétienne. Grégoire de Tours et Flodoard nous ont conservé les noms et la passion de deux martyrs : Timothée et Apollinaire, au sujet desquels on doit faire observer qu'on ne songea pas à attribuer à l'un ni à l'autre la fondation du siège épiscopal. Cet honneur fut réservé à saint Sixte qui paraît prendre place dans la seconde moitié du Me et que deux successeurs séparent du premier titulaire historique, Imbetausius, qu'on voit siéger, en 314, au concile d'Arles avec son diacre Primoqenilus. A Reims, comme partout où le christianisme prit pied, les fidèles eurent un lieu de réunion, et ce fut d'abord un oratoire depuis longtemps disparu sans laisser aucune trace archéologique. Il faut donc, pour cette première période, recourir aux textes historiques, à ceux du moins qui ont une valeur incontestable. L'étude des substructions ne va pas sans leur contrôle, sans prétendre toutefois suppléer aux lacunes qu'elles présentent ; en effet, surtout à une époque reculée, des reconstructions ont pu être faites dont aucun écrit n'a gardé le souvenir.
On a longtemps admis que la fondation de l'Église de Reims devait être reportée aux environs de l'année 290, et cela d'après une Vie de saint Sixte et saint Sinice qu'on faisait remonter au vr siècle et d'après laquelle ces saints auraient été envoyés de Rome après la persécution de Dioclétien ; mais « cette chronologie est inacceptable. Elle abaisse jusqu'au voisinage du iv° siècle la fondation d'une Église que le catalogue épiscopal nous oblige à croire plus ancienne de quarante à cinquante ans ». A partir du ix« siècle on se montra ami de précision. Hincmar, qui ne s'embarrassait pas de grand chose, soutint que l'évêque Sixte avait été envoyé de Rome par son homonyme le pape Sixte » sans désigner lequel des deux papes qui ont porté ce nom à des dates peu éloignées l'une de l'autre. Mais Sixte 1er était à peu près inconnu tandis que Sixte II jouissait d'une grande célébrité à raison de son martyre et Grégoire de Tours avait contribué à répandre en Gaule la croyance qu'il y avait envoyé beaucoup de fondateurs d'Églises. C'est donc probablement à lui que pensait Hincmar, d'accord en cela avec le catalogue. Flodoard place les saints Sixte et Sinice au temps de saint Pierre ; cela ne compte pas.
XIII. Hypogée chrétien. — On ne s'aviserait guère d'aller chercher la description d'une tombe chrétienne dans un petit livre intitulé : Théorie des sentimens agréables, où après avoir indiqué les règles que la nature suit dans la distribution du plaisir, on établit les principes de la théologie naturelle et ceux de la philosophie morale, in-12, Genève, 1747, réédité à Paris en 1748 et 1749, enfin en 1774, avec un faux-titre : 5e édition, augmentée de l'Eloge historique de l'auteur [par l'abbé de Saulx], de deux discours qu'il a prononcés à Reims et de l'explication qu'il a donnée d'un monument antique, découvert dans la même ville ; ceci est la réimpression d'une Description d'un monument découvert dans la ville de Reims en 1738, publiée sans nom d'auteur, à Reims en 1749, in-4, 15 pages et planche.
Est-il nécessaire d'ajouter que ce monument a disparu et nous sommes redevables à Levesque de Pouilly de ce qu'il nous en a appris ; nous transcrirons une partie de sa description en omettant toutefois les interprétations qu'il en donne à une époque où l'archéologie chrétienne était à peu près inexistante.
« Sous la tour du clocher de la paroisse de Saint-Martin, est à vingt pieds du rez-de-chaussée un mausolée, qui a quinze pieds et demi de longueur, huit de largeur, et dix et demi de hauteur sous clef. On y descend par un escalier de pierre de vingt degrés et l'on y trouve une fosse, construite en maçonnerie, de huit pieds en carré sur huit de profondeur, où sont encore plusieurs ossements. » Fout l'intérieur du mausolée est orné de peintures à fresque sur un enduit de tuile battue : elles composent deux tableaux de six pieds trois pouces de hauteur, renfermés dans des cadres qui sont formés par des bandes d'une même couleur. » Le dessinateur et graveur J. Robert ne s'est pas fait faute de draper les personnages d'amples vêtements ainsi qu'on peut le voir sur les figures destinées à illustrer le texte. Nonobstant cette mascarade on reconnaît que les peintures sont chrétiennes. Ce sont d'abord trois personnages, vraisemblablement un père entre son fils et sa fille (celle-ci portait, nous dit-on, des boucles d'oreilles de forme circulaire) entre des oiseaux posés sur des vases, un paon et une colombe (ou un perroquet).
La paroi d'en face nous fait voir Abraham se préparant à sacrifier Isaac et le Paralytique (voir Dictionnaire, t. xiii, à ce mot) emportant son grabat, ensuite une niche tapissée de fleurettes. Au-dessus de ces personnages sont suspendues des guirlandes de fleurs. Le plafond offrait des roses peintes à fresque et comparties en façon de mosaïque ».
Il n'est pas nécessaire d'avoir beaucoup fréquenté le cf. L. Duchesne, Fastes épiscopaux de l'ancienne Gaule, XVIIIe pour se représenter la quantité d'imagination dépensée par le dessinateur et par le commentateur. Après Levesque de Pouilly sont venus Geruzez, Liénard, Jacob qui ont tous expliqué que c'était là une sépulture païenne. Dès lors leur embarras fut grand lorsqu'il s'agit d'expliquer comment les niches de ce prétendu columbarium n'avaient pas conservé les urnes cinéraires et comment on avait retrouvé sur le sol de la chambre des ossements non calcinés, de même que dans la fosse ouverte au fond de l'hypogée.
Cet hypogée se trouvait hors de la ville, sur le bord d'une route appelée Via Cœsarea, dans le testament interpolé de saint Hemi. Levesque de Pouilly croyait cet hypogée construit « dans l'espace des trois premiers siècles de l'ère chrétienne », on pourrait, avec vraisemblance, le retarder jusqu'au ive. Lorsqu'on construisit l'église Saint-Martin, on ne put ignorer la proximité de cet hypogée, mais on eut soin de l'épargner. Ce fut le hasard qui le fit découvrir en 1738 et « ses peintures que le temps avait respectées pendant plus de quinze siècles, furent alors entièrement endommagées par la foule de ceux qui entrèrent dans ce monument avant que le magistrat put prendre des mesures pour leur conservation.
« Quel que défigurées néanmoins qu'elles aient été, elles offrent encore aux curieux des objets dignes de leur attention. » XIV. Liste épiscopale. — L'Église de Reims était en possession de son catalogue épiscopal dès le IXe. Hincmar le connaissait, de son temps on le récitait à la messe. Flodoard en a fait usage pour la trame de son Historia Remensis Ecclesiae, mais on n'en possède pas d'exemplaire plus ancien que le XIe avancé. Voilà les manuscrits qui contiennent ce catalogue :
1° Boulogne, n. 02, ancien n. 84 (olim Arras), s'arrête à Gervais (1055-1067).
2° Boulogne, n. 42, ancien 37 (olim Arras), s'arrête à Raoul le Vert (1106-1124).
Nomina archiepiscoporum Remensis Ecclesiœ S. Sixtus S. Sinicius Amausius. Betausius. Aper. Maternianus S. Donatianus S. Viventius. Severus. S. Nichasius Baruc Barutius Barnabas Bennadius S. Remigius Romanus Flavius Maphinius Egidius Romuljus Sonnalius Leudegislus Engilberlus Lando S. Reolus S. Rigobertus Tilpinus Vulfarius. Ebo Hincmarus Fulco Heriveus Seul/us. Artaldus Odalricus Adalbero Arnulfus Ebalus. Guido Gervasius Rainaldus Manesses Rodulphus. Reinaldus II Sanson Henricus Willelmus Guido. Albricus Willelmus Henricus A Reims on ne prodiguait pas le titre de saint, qu'on ne donne (n. 1 et 2) qu'à neuf évêques : Sixte, Sinice, Donatien, Vivence, Nicaise, Rémi, Nivard, Rieul et Rigobert ; le n. 5 ne le confère qu'à Sixte, Sinice et Nicaise ; les n. 3, 4, 6, à personne. L'évêque Abel exerça ses fonctions au temps de Milon de Trêves ; au dire de Flodoard (1. II, c. xvi) il n'aurait été que chorévêque.
Dans l'ensemble, la liste, vérifiée par des documents nombreux, inspire confiance.
2. Sinicius. — Hincmar, dans sa Vita S. Remigii, c. xxiv, mentionne l'église des Saints Sixte-et-Sinice. Flodoard, Hist. Remens. Eccles., 1. I, c. m, en parle lui aussi et d'après ce qu'il en dit elle devait exister sous l'épiscopat de Sonnatius, au temps de Clotaire II. Mais au IXe elle était fort délaissée, les restes des deux saints se trouvaient à Saint-Remi, en partie seulement car on en avait détaché une partie pour en gratifier les églises de Brème et de Fulda. La fête de ces deux saints fut interpolée, dès le IXe, au 1er septembre, dans le martyrologe de Wandelbert ; celle de saint Sixte seul, au même jour, dans le martyrologe d'Usuard.
3. Amausius.
4. Imbetausius. — Siégea au concile d'Arles, en 314 ; il était accompagné du diacre Primogenitus.
On rencontre un Dyscolius, évêque de Reims, parmi les signataires du faux concile de Cologne, mais Flodoard ne le mentionne pas. Serait-ce un chorévêque ?
5. Aper.
7. Donatianus.
A. — XIV.
empereurs, t. VI, 1738, p. 167-168 ; F. Vercauteren, Etude sur les chutâtes de la Belgique seconde, in-8°, Bruxelles, 1934, p. 48, note 2.
11. Baruc.
12. Barucius, pourrait bien être le même que le précédent.
13. Barnabas. — Mentionné dans le testament de son successeur (Hist. Remens. Eccles., 1. I, c. ix).
14. Bennagius. — Flodoard, op. cit., 1. I, c. ix, nous a conservé une analyse de son testament.
15. Rémi gins. — Au temps de Grégoire de Tours il existait une vie de saint Rémi écrite par un clerc de l'Église de Reims peu de temps après la mort du saint, mais elle disparut de bonne heure et fut remplacée par un récit sans valeur historique, mis, on ne sait pourquoi, sous le nom de l'évêque Fortunat. Grégoire de Tours parle en ces termes de la première Vie : Est enim mine liber vitœ ejus, qui eum narrai mortuum suscitasse. Cet écrit devait certainement contenir des détails sur la conversion et le baptême de Clovis ; il fut malheureusement remplacé, vers le commencement du Ve, par un autre qui ne le valait pas. C'est Hincmar qui attribue cette Vie retouchée à Fortunat, de qui elle est indigne pour l'information et pour le style. Quant à lui-même, Hincmar sachant la Vie primitive disparue et celle du pseudo-Fortunat insuffisante, il se mit à l'œuvre avec le désir de mieux faire et produisit une Vita S. Remigii, vers 878. Afin d'étoffer sa production, il annonça s'être procuré quelques feuillets en mauvais état ayant appartenu à la vie du VIe et, pour le reste, il se contenta de suivre le Liber Historiæ qu'il copia scrupuleusement. Toutefois Hincmar a su se pourvoir de traditions plus ou moins authentiques qu'il a fait entrer dans la trame de sa biographie, il s'est enquis de confidences, de traditions ambiantes et il a eu l'art de mêler la carrière épiscopale de Rémi à la vie politique du roi Clovis ce qui a contribué à accroître l'importance du grand évêque. Il s'en faut de beaucoup toutefois qu'on puisse dire, avec l'abbé Du Bos, qu' « on doit regarder la Vie de saint Rémi compilée par Hincmar, plutôt comme un monument du VIe que comme une production du IXe, puis que son auteur s'est servi pour le composer d'un ouvrage écrit dès le VIe ». D'autre part, la Vita sancti Remigii est bien loin d'être un faux et mérite considération quoiqu'on en ait pu dire. La vie de saint Rémi est un des sujets les plus ardus de l'hagiographie mérovingienne, il n'existe aucun travail moderne ou récent qui puisse être recommandé au point de vue historique.
A l'avènement de Clovis en qualité de roi des Francs à Tournai, en 481, l'évêque Rémi lui adressa ses félicitations et ses exhortations. Ce fut le début de leurs relations qui devaient aboutir à l'acte mémorable accompli à Reims, le 25 décembre 496.
XV. Le baptême de Clovis à Reims. — Cet événement a conféré à Reims une éminente dignité, il a fait d'elle la ville sainte de la France. Accepté sans contestation pendant une longue suite Des, on a entrepris de nos jours de le contester sans réussir à ébranler la position traditionnelle que, pour notre part, nous maintenons ici.
On a dit magnifiquement que la conversion de Clovis au catholicisme est un fait capital dans l'histoire de l'Occident chrétien, c'est l'acte de naissance de la nation française devenue la première des nations modernes issue et purifiée de son origine pagano-germanique. Tous les royaumes barbares et hérétiques ont succombé l'un après l'autre, celui qui fut fondé à Reims a seul duré, grandi, prospéré tellement que la France de nos jours est bien, sans interruption, la France de Clovis.
Nous n'avons pas à traiter à cette place la conversion de Clovis et les circonstances qui la préparèrent ; quant à la cérémonie du baptême accomplie à Reims, ce point a déjà fait l'objet d'une exposition dans le Dictionnaire, t. III, col. 2038-2070.
XVI. La controverse sur le baptême de Clovis.
— Nous avons exposé cette question dans le Dictionnaire, t. III, col. 2042-2052 ; et, depuis cette époque, elle n'a pas cessé d'être discutée comme on le verra par cette bibliographie qui ne saurait avoir la prétention d'être autre chose qu'un aide-mémoire.
J.-J. Chifflet, De ampulla Remensi nova et accurata disquisitio, Antverpia, 1651 ; L. von Renke, Weltgeschichte, t. IV, 2e Abt., Leipzig, 1883, p. 328-368 ; p. 273-296 ; L. Levillain, dans Bibliothèque de l'École des Chartes, t. LXXX, 1919, p. 261-264 ; H. von Schubert, Geschichte der christlichen Kirche im Frühmittelalter, in-8°, Tübingen, 1921, p. 90-92 ; A. Stracke, Over bekeering en doopsel van Chlodovech, in-8°, Anvers, 1931 ; L. Saltet, La conversion de Clovis, dans Bulletin de littérature ecclésiastique, Toulouse, 1932, p. 97-113 ; J. Laenen, dans Revue d'histoire ecclésiastique, Louvain, 1932, p. 854-857 ; Br. Krusch, Chlodovechs Taufe in Tours und die Legende Gregors von Tours (Reims, 496), dans Neues Archiv der Gesellschaft für ältere deutsche Geschichtsforschung, t. XLIX, 1932, p. 457-469 ; W. von den Stein, Chlodwigs Vebergang zum Christentum. Eine quellenkritische Studie, dans Mitteilungen des österreichischen Instituts für Geschichtsforschung, t. XII, 1932, p. 417-501 ; W. von den Stein, Chlodwigs Taufe : Tours 507 ? dans Historischen Jahrbuch des Görresgesellschaft, t. LIII, 1re part., 1933, p. 51-66 ; F. Vercauteren, Étude sur les civitates de la Belgique seconde, dans Académie royale de Belgique, Classe des lettres, 1934, p. 52, note 2 ; L. Levillain, dans Le Moyen Âge, t. XLIV, 1934, p. 265-279 ; L. Levillain, La conversion et le baptême de Clovis, dans Revue d'histoire de l'Église de France, t. XXI, 1935, p. 161-192 ; L. Saltet, Deux poids et deux mesures en critique, dans Bulletin de littérature religieuse, 1936, p. 171-190 ; L. Levillain, Lettre à mon cher Directeur et ami. A propos de la conversion et du baptême de Clovis, dans Revue d'histoire de l'Église de France, 1936, p. 148-156 ; A. van de Vyvere, La victoire contre les Alamans et la conversion de Clovis, dans Revue belge de philologie et d'histoire, t. XV, 1936, p. 858-914 ; t. XVI, 1937, p. 35-95 ; L. Saltet, « Beau joueur » et « prudent Normand » devant un simple critique, dans Bulletin de littérature ecclésiastique, 1937, p. 49-66.
XVII. Le testament de saint Rémi. — Outre la lettre adressée à Clovis, en 481, Rémi lui écrivit une lettre de condoléances au sujet de la mort d'Alboflède, sœur du roi ; elle a été connue de Grégoire de Tours qui en a cité un fragment. Puis encore quelques autres à des évêques : Héraclius de Paris, Léon de Sens, Théodose d'Auxerre, et à l'évêque Fulcon de Tongres. Cette correspondance ne justifie pas l'enthousiasme de Sidoine Apollinaire pour le style de saint Rémi.
Son épiscopat fut des plus longs, car Grégoire de Tours dit qu'il siégea soixante-dix ans ou plus. A l'approche de la mort il rédigea ou dicta son testament. Cette pièce nous est parvenue en deux recensions qu'on distingue sous les noms de « petit » et de « grand » testament de saint Rémi. La recension longue est certainement interpolée, sans qu'on puisse y voir la main de l'archevêque Hincmar ; la recension brève paraît authentique dans l'ensemble, mais celui-ci ne semble pas avoir été à l'abri d'Hincmar ; il est à noter en faveur de cette pièce l'emploi minutieux de la prose métrique, argument favorable à l'authenticité. En voici la traduction :
« Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Gloire à Dieu, ainsi soit-il.
« Moi, Rémi, évêque de la cité de Reims, revêtu du sacerdoce, j'ai fait mon testament, en conformité avec le droit prétorien, j'ai voulu qu'il ait la force d'un codicille, s'il y manquait quel que point de droit. Pour moi, Rémi, évêque, lors que j'aurai quitté cette vie, tu seras mon héritière, sainte et vénérable Église catholique de la ville de Reims, « et toi, Loup, évêque, fils de mon frère, que j'ai toujours particulièrement chéri, et toi, mon neveu Agricole, prêtre, qui dès ton enfance m'as toujours charmé par ta déférence envers moi ; je vous laisse tous mes biens qui seront ma propriété au moment de ma mort, exception faite des dons, legs et présents que j'aurai faits et de ce que je voudrai donner spécialement à chacun de vous.
« Toi, sainte Église de Reims, mon héritière, tu posséderas les colons qui m'appartiennent sur le Porcien, ceux qui me viennent en héritage de mon père et de ma mère, ou que j'ai échangés avec mon frère de sainte mémoire, Principius, évêque ou que j'ai reçus en présent : c'est Dagaredus, Profuturus, Prudentius, Tenuaïcus, Maurilio, Baudoleisus, Projunciolus, et les colones Niviatena, Lauta, Suffronia, ainsi que l'esclave Amorinus t'appartiendront. Et aussi les terres que je possède dans le pagus du Porcien, avec les prés, pâturages et bois.
« Je laisse au futur évêque, mon successeur, une chasuble blanche pour l'office de Pâques, deux tentures bleues, et trois portières de celles qu'on suspend, les jours de fête, aux portes de la salle à manger, du cellier et de la cuisine. D'après la volonté de Dieu, j'ai partagé entre toi, mon héritière et l'Église de Laon qui fait partie de la province un vase d'argent de dix-huit livres dont on a fait, sur mon ordre, des patènes et des calices pour le saint ministère. Un autre vase en or pesant dix livres que le roi Clovis, d'illustre mémoire, que j'ai tenu sur les fonts du baptême, a daigné me donner pour en user à mon gré, j'ordonne qu'on en fasse pour toi, mon héritière, un ciboire en forme de tour et un calice orné de figures. Je le ferai moi-même si je vis assez longtemps. Au cas où je viendrais à mourir, c'est toi, ô Loup, évêque, fils de mon frère, qui, à raison de ta dignité, te chargeras de ce soin.
« Je laisse aux prêtres, mes confrères, et aux diacres de Reims vingt-cinq sous d'or à se partager entre eux à parts égales. Ils posséderont en commun un vignoble situé au-dessus de ma vigne près de la Suippe. Je leur donne le vigneron Melenius à la place d'Albovichus, qui appartient à l'Église, afin que ce dernier jouisse d'une pleine liberté. Je donne aux sous-diacres douze sous d'or, et aux lecteurs, aux portiers et aux petits clercs huit sous. Aux pauvres inscrits sur la matricule, qui attendent l'aumône devant les portes de l'église, on donnera deux sous pour leur nourriture.
« A Vacculiacus, je prescris qu'on donne la liberté à Fruminus, Dagaleifus, Dagaredus, Ductio, Baudovic, Uddulfe et Vinofeifa. Tennarède, né d'une mère libre, recevra sa liberté.
« Quant à toi, Loup, évêque, fils de mon frère, tu réclameras la propriété de Nifaste et de sa mère, Muta, tu posséderas la vigne cultivée par Enée, le vigneron. Je veux qu'on donne la liberté à Enée et à Monulfe, son jeune fils. Le porcher Melloficus et Paschariola sa femme, et Vernivianus avec ses fils, à l'exception de Widragasius que j'ai affranchi, passeront à ton service. L'esclave que je possède à Cerny-en-Laonnois t'appartiendra. Le lopin de terre qu'a possédé mon frère, l'évêque Principius, avec les bois, les prés et les pâturages deviendra ta propriété. Je te laisse mon esclave Viterède, qui a appartenu à Mellonicus et encore Teneursolus, Capalinus et sa femme Teudorosena.
« Je veux que Teudonivia soit libre. Tu retiendras Edoveifa qui fut mariée à l'un de tes hommes. La femme d'Arégildus et sa famille seront mis en liberté. Les prés qui m'appartiennent près des vôtres, au pied de la montagne de Laon et ceux que j'ai possédés à Jovia (=Jouy, canton de Vailly) te reviendront.
« Et toi, Agricole, mon neveu, prêtre, dont l'enfance s'écoula dans ma maison, je te lègue et transmets l'esclave Merovaste, sa femme Menatena et leur fils Marcovicus. Je donne la liberté à son fils Medovic. Je te laisse Amantius et sa femme Daëro, leur fille Dasovinda recevra sa liberté. Je mets dans ton lot Alaric ; quant à sa femme, que j'ai rachetée et affranchie, je recommande qu'elle reçoive sa liberté. Tu réclameras comme t'appartenant Bebrimode et sa femme Mora. Monacharius sera gratifié du bienfait de la liberté, Mellauricus et Placidia, sa femme, appartiendront à ton domaine et leur fils Medaridus sera affranchi. Je te donne la vigne que Mellaricus cultive à Laon avec Brittobaude, mon esclave, ainsi que Gibericus. Je te laisse la vigne que Bebrimodus cultive, à condition qu'on en tirera le vin qui sera offert en mon nom sur les saints autels les dimanches et jours de fête, et celui qui sera versé dans les repas annuels servis aux prêtres et aux diacres de Reims.
« A mon neveu, Practextatus, je lègue Moderatus, Totticio, Marcovicus, l'esclave Innocent que j'ai reçu de Profuturus, mon compatriote, quatre cuillers venant de mes ancêtres, un vinaigrier, un manteau que me donna le tribun Friaredus, et une crosse d'argent rehaussée de figures. A Parovius, son fils, une burette à vinaigre, trois cuillers et une chasuble dont j'ai renouvelé les franges. A Bemigia, trois cuillers marquées à mon nom, la nappe dont je fais usage les jours de fête et qu'elle me donna. Je lui donne le vase dont j'ai parlé à Gondebaud. Je laisse à ma chère fille Hilaire la servante Nora, et une pièce de vigne attenant à la sienne que cultive Cattusio, et je lui donne ma part de Talpusciacus en reconnaissance des services qu'elle m'a rendus sans cesse. Je donne à mon neveu Aetius la part qui est mienne du domaine de Cerny-en-Laonnois, avec les droits y attachés ; je lui donne le domaine Ambroise en toute propriété. Je veux que le colon Vital soit libre et que sa famille appartienne à mon neveu Agathimerus à qui je donne la vigne que j'ai fait planter à Yenderesse, et qui est prospère, à condition que tous les dimanches et jours de fête, il sera fait une offrande en mon nom sur les saints autels et que chaque année que Dieu donnera, un repas sera servi aux prêtres et aux diacres de l'Église de Laon.
« Je donne à l'Église de Laon dix-huit sous d'or que se partageront entre eux à parts égales les prêtres et les diacres. Elle possédera entièrement la part qui me revient dans le domaine de Séry.
« Je recommande à ta sainteté, Loup, évêque, fils de mon frère, les serfs que je veux affranchir : Cattusio et Auliateva sa femme, Nonnio qui cultive mes vignes, Sunnoveifa, née de bonne souche, que j'ai rachetée de captivité et son fils Leuberède, Mellaridus et Mellateva, Vasanta le cuisinier, Cesaria, Dagareseva et Baudoroseva, nièce de Léon, et Mareoleifus, fils de Tottion. O Loup, évêque, fils de mon frère, tu emploieras l'autorité sacerdotale pour leur conserver à tous la liberté.
« A toi, mon héritière, l'Église [de Beims] je donne Flavianus et sa femme Sparagilde ; j'ai donné la liberté à leur fillette Flavaraseva. Fedomia, épouse de Melanius et leur petite fille appartiendront aux prêtres et diacres de Beims. Je veux que Cispiciol, le colon, soit libre et que sa famille appartienne à mon neveu Aétius. A lui et à Agathimerus appartiendra en commun le village de Paissy [canton de Craonne], « A ma petite-nièce Pra ?texta, je donne Mouzon, à Profuturus le domaine Leudocharius. Je veux qu'on donne Leudovère à Profutura. Je laisse quatre sous d'or aux sous-diacres, aux lecteurs, aux portiers et aux jeunes clercs de l'Église de Laon. On donnera aux pauvres inscrits sur la matricule un sou d'or pour leur nourriture. Je lègue à l'Église de Soissons huit sous d'or pour qu'elle fasse commémoration de mon nom.
A l'Église de Châlons six sous, à l'Église de Mouzon cinq sous, à l'Église de Voncq le champ près du moulin bâti en ce lieu, à l'Église de Chéry ' quatre sous, et autant à celle de Port pour qu'elles fassent mémoire de mon nom.
« En reconnaissance des soins particuliers que j'ai reçus de l'archidiacre Ursus, je lui laisse un manteau de fin tissu, un autre plus fort, deux habits d'étoffe fine, la couverture de mon lit et la meilleure tunique que je posséderai au moment de ma mort.
« Loup, évêque, et Agricole, prêtre, mes héritiers, vous partagerez mes porcs également entre vous. Friaredus, que j'ai acheté quatorze sous d'or pour le sauver de la mort, en retiendra deux que je lui cède, et en donnera douze pour faire une voûte à l'église des saints martyrs Timothée-et-Apollinaire.
« Tels sont mes dons, mes legs et mon testament : que tous ceux qui n'y sont pas compris soient exclus de mon héritage.
« J'ai fait ce testament sans mauvaise intention pour le présent et pour l'avenir. Si l'on y trouve quelque rature, quel que surcharge, cela a été fait en ma présence, lors que je l'ai relu et corrigé.
« Fait à Beims, même jour que dessus et sous le consul sus-nommé, en présence et avec la participation des soussignés :
+ Bemi, évêque, j'ai relu, signé, scellé et fermé ce testament, avec la grâce de Dieu, au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.
V. C. Papolus, présent et soussigné.
V. C. Busticolus, présent et soussigné.
V. C. Eulodius, présent et soussigné.
V. C. Eutropius, présent et soussigné.
V. C. Eusebius, présent et soussigné.
V. C. Daweus, présent et soussigné.
« Après que mon testament a été clos et scellé, il m'est revenu à la pensée de l'Église des saints martyrs 'I imothée-et-Apollinaire un bassin d'argent du poids de six livres, pour que le prix en soit employé à la construction du monument qui doit renfermer mes restes. » Le texte du testament a été édité par Ph. Labbe, Nova bibliotheca manuscriptorum, t. i, p. 807 : par dom Marlot, par les Acta sanct., octobr. t. i, p. 167168 ; Yarin, Archives administratives de la ville de Reims, t. i, p. 2-23 ; J.-M. Pardessus, Diplamata, chartse, t. i, p. 81-91 ; Br. Krusch, Passiones vitœque sanctorum œvi merovingici, t. m, 1896, p. 336-340.
XVIII. Les successeurs de saint Remi. — 16. Romanus. teaudun ; ce pour quoi le concile de Paris lui écrivit, le 11 septembre 573, une lettre où il est rappelé à l'observation des canons. Cet évêque était un vieil ami de Frédégonde et se fit volontiers son instrument. Grégoire de Tours avait été consacré par lui (573) ; il est pourtant obligé de dire à son propos plusieurs choses désagréables. Il dit qu'on l'accusait d'avoir trempé dans les intrigues qui amenèrent la mort de Mérovée, fils de Chilpéric (577) 3. Childebert II, auprès duquel il n'était pas moins puissant qu'auprès de son père Sigebert, l'employa à plusieurs reprises comme ambassadeur auprès de ses oncles Chilpéric et Contran. Il reçut de lui plus d'un mauvais conseil. A la fin il découvrit qu'Égidius conspirait contre lui et il dut le traduire devant un concile des évêques de son royaume. Ce concile se réunit à Metz, au mois de novembre 590. L'évêque de Reims y fut déposé et le roi l'exila à Strasbourg 4. Au temps de sa faveur il fut célébré par Fortunat (III, xv). F« lodoard avait sous les yeux plusieurs chartes reçues ou délivrées par lui 6. » 20. Romuljus. — Fils de Loup, duc de Champagne, succéda à Égidius qui venait d'être déposé 6. Flodoard analyse ses principales chartes et mentionne en particulier son testament confirmé par le roi Childebert II ; il occupa le siège épiscopal de 590 à la fin de 593 '.
21. Sonnatius. — Archidiacre de Romulfus, évêque avant l'année 613, siège au concile de Paris, en 614, et au concile de Clichy, en 627. Flodoard a analysé son testament (593-10 oct. 631).
22. Leudegisilus. — Flodoard place son épiscopat sous le règne de Dagobert ; il le met en rapport avec Abbon, évêque de Troyes, ce qui n'est pas possible 8.
23. Angelbertus. — Flodoard parle d'un procès qu'il soutint devant le roi (Dagobert ou Sigebert III), contre l'évêque d'Auvergne Gall II, à propos de certains biens situés au delà de la Loire détenus sans droit par l'église Saint-Julien de Brioude.
24. Lando. — Contemporain de Sigebert III (634656). Flodoard a connu son testament.
25. Nivardus ou Nivo. — « A Reims et dans les monastères de ce diocèse, on possédait encore, au Xe, plusieurs chartes de cet évêque, ou faisant mention de lui. Elles ont été dépouillées, tant par son biographe », contemporain d'Hincmar, que par Flodoard 10. Elles le montrent en rapport avec le roi Clovis II, le maire austrasien Grimoald et son fils Childebert. Il siégeait donc en 657 et peut-être auparavant. Sa signature figure au bas des privilèges de Berthefrid d'Amiens (664) et de Drauscius de Soissons (667). Il est encore mentionné dans un acte de 673 « , relatif au monastère de Fontenelle. Obit, le 1er septembre (673) ». » ceux qui excitèrent Pépin d'Héristal contre le majordome Berthaire et la Neustrie. Flodoard rapporte diverses fondations et divers documents de cet évêque sans qu'il en ressorte une plus grande précision pour sa chronologie. Il signa au privilège d'Ausbert pour Fontenelle en 688 ou 689 '. » Bibl. — Bibl. hagiogr. lai., 1901, n. 1042.
27. Rigobertus. — « Avec cet évêque nous atteignons le vmc siècle. Les documents analysés par Flodoard le montrent en rapport avec Pépin d'Héristal (687714), Dagobert III (711-715) et Thierry IV (720-737). Bien qu'il fût le parrain de Charlemagne, il ne voulut pas prendre parti entre lui et le maire de Neustrie, Bagenfrid. Après sa victoire de Vincy (717), Charlemagne l'exila en Gascogne et donna l'évêché ou plutôt son temporel à Milon, qui détenait déjà, au même titre, l'évêché de Trêves. Un arrangement intervint cependant entre les deux titulaires, et Bigobert put officier dans sa cathédrale. Son anniversaire était fêté le 4 janvier2 » : l'année est incertaine3, peut-être vers 739.
28. A bel. — « Fn 743, Pépin se décida à faire déguerpir Milon et, sur l'indication de saint Boniface, il donne l'évêché de Reims à un moine scot 4 du monastère de Laubach 5, appelé Abel. Le pallium fut demandé aussitôt pour lui par Boniface et les princes francs et le pape Zacharie l'envoya. Peu après, Boniface écrivit au pape une nouvelle lettre où il ne maintenait plus sa demande de pallium pour Abel 6. Celui-ci est mentionné comme » archevêque » dans le capitulaire que Pépin publia le 2 mars 744, après le concile de Soissons, avec Ardobert de Sens qui se trouvait, au point de vue du pallium, dans la même situation que lui 7. Deux ou trois ans plus tard, Abel prit part à une démarche collective de plusieurs évêques auprès du roi de Merde, Aethelbald. Milon cependant n'était pas mort et il parvint à évincer Abel 8. » E. Beusens a publié une pierre tombale qu'il attribue à saint Abel, moine de Lobbes et archevêque de Reims' ; c'est une croix à longue haste autour de laquelle planent douze colombes ; il est permis de conserver des doutes sur l'authenticité de ce monument. Abel mourut vers le 5 août 751 (ou 750). taphe de Turpin, dit qu'il siégea quadragenis amplius annis et Flodoard précise en indiquant l'an 47e de l'épiscopat. Le point de départ tombe donc en 748 ou 749. Fn 769 il siège dans un synode romain. Flodoard a lu son nom dans une charte de la lre année de Carloman (768-769). Peu avant 780, le pape Hadrien lui écrivit à l'effet de confirmer les droits de l'église de Reims et le chargea d'une enquête sur la personne de Lui, proposé pour le siège de Mayence. Anniversaire le 2 septembre. Épitaphe rédigée par Hincmar ».
30. Yulfarius. — « Après la mort de Turpin, Charlemagne laissa vaquer le siège de Reims pendant neuf ans environ, per annos circiter novem, dit Hincmar. ce qui conduisait à l'année 803. Flodoard attribue à l'évêque Vulfaire les qualités de missus dominicus et s'exprime à ce propos en termes qui rappellent ceux du Capitulare missorum de 802 '-. Vulfaire n'était point encore installé quand il fut chargé de cette mission. C'était un homme de confiance. Charlemagne lui commit la garde de quinze otages saxons. Fn 811, il signa le testament de l'empereur. Fn 813, il présida à Reims un des quatre grands conciles de l'empire ; en 814, alors que déjà Louis le Pieux avait succédé à son père, il en tint un autre, celui-ci provincial, à Noyon, pour régler une question de limites entre le diocèse et celui de Soissons. C'est lui qui célébra l'ordination de Frotaire, évêque de Toul, dans la province de Trêves 13. Il était mourant au moment où le pape Étienne IV consacra Louis le Débonnaire, dans sa ville épiscopale, au mois d'octobre 816 l4. » XIX. Reims dans le royaume franc. — Après la bataille de Soissons, Clovis se trouva maître de Reims, en 486. La guerre avait entraîné la défaite de Syagrius et l'armée franque, à Reims comme ailleurs, paraît avoir eu la main lourde ; toutefois, il n'y a pas lieu d'admettre que le vase de Soissons ait été enlevé à Reims. Grégoire de Tours se borne à parler de quadam ecclesia ', et pseudo-Frédégaire 2, Hincmar 3 et Flodoard 4 n'en savaient probablement pas plus que lui. Mais les Francs s'établirent dans Reims et ses environs, comme nous l'apprend une Vie de saint : Circumqua que reyiones fama ipsius (S. Quinidii) occupavil Alpas Cottias, Appenninas villas, ltaliam pervayatur, Romam non us que latuit. Reyna Gallorum, Remis deni que cum suis gennanicis populis, Pyrenœa juya non eam texerunl 5. Après la mort de Clovis (novembre 511), Reims fit partie du lot de son fils Thierry6. Lors que la descendance de Thierry prit lin, en 555, Clotaire Ier réunit le Rémois à ses états ainsi que toute l'Austrasie et, en 556, Childebert dévasta la Champagne rémoise jusqu'aux portes de la ville '. Celle-ci était encore, à cette époque, efficacement défendue par son enceinte gallo-romaine : murorum Remensium septa 8. Un passage de Grégoire de Tours nous montre deux individus entrant un matin dans la ville, au son des cloches et se faisant indiquer la demeure d'un prêtre 9. Flodoard a recueilli un souvenir d'après lequel il existait aux portes mêmes de la cité des maisons de prostitution que saint Rémi fit fermer l0. Quelques années après l'incursion de Childebert, ce fut au tour de Chilpéric d'envahir le Rémois qui venait d'être attribué, en 561, à Sigebert, le nouveau roi d'Austrasie, qui s'en ressaisit, et ses successeurs, jusqu'à la fin du VIe, ne cessèrent pas d'occuper la civitas Remorum.
Au VIe, Grégoire de Tours désigne Reims sous les noms de Remis u, civitas Remis 12, urbs Remensis ou Remenisum « et oppidum Remense 14. L'expression payus Remensis désigne le territoire de Reims, et il emploie deux fois les mots Campania Remensis u, en parlant de la portion de cette région naturelle, vulgairement connue sous le nom de Champagne, comprise dans Civitas Remorum.
XX. Le paous rémois. — Voir Dictionn., t. xm, col. 424-426.
XXI. Les immunités. — Nous avons dit plus haut que l'entente entre l'évêque Égidius et le roi Childebert II avait fait place à la brouille dès l'année 583, c'est donc avant cette date et après celle de l'avènement de Childebert, en 575, que doit prendre place un diplôme d'immunité accordée à Égidius : ut ab omni fiscali functione vel mutilatione prorsus haberelur ac permaneret immunis u. A défaut du diplôme nous possédons le résumé qu'en a donné Flodoard qui n'avait qu'à puiser aux archives de Reims. On voit le roi confirmer l'exemption d'impôt et confirmer toutes les donations antérieurement faites à l'Église (voir Dictionn., t. vu, au mot Immunité).
Après Childebert II, le roi Dagobert Ier accorda à l'Église de Reims, vers 625, des precepta reyalia super ecclesiasticarum immunitate rerum, dans un diplôme adressé à l'évêque Sonnatius ». Cette concession fut confirmée en 657 à l'évêque Nivard 18. Autre diplôme accordé par Dagobert III, entre 711 et 715, à l'évêque saint Rigobert et résumé par Flodoard u. On y voit le roi étendre le privilège d'immunité à toutes les propriétés de l'Église de Reims dans la ville, dans les environs et partout dans le royaume : Omnes ipsius sanctœ Dei ecclesiœ res, tam in Campania et infra urbem vel suburbanis, quam in Austrasia, seu Neustria, vel Burgundia, seu partibus Massiliœ, in Rodonico eliam, Gavalitana, Arvcrnico, Turonico, Pictavico, Lemovicino vel ubicum que infra reyna ejus ipsa Remensis Ecclesia, vel basilica beatissimi Remigii, villas aul homines habere videbatur. Les diplômes rémois avaient probablement pour but de transporter « sur des terres qui n'avaient ja mais fait partie des biens fisc aux le type de l'immunité qui avait été créé pour ceux-ci 2n ».
« Désor mais les fonctions qu'exercent normalement les agents roy aux sont remplies par l'évêque, c'est lui qui rend la justice, qui fait les enquêtes, qui perçoit les amen des ; c'est à lui que sont soumis directement tous ceux qui habitent un domaine de l'Église de Reims. L'immunité étant avant tout une exemption d'impôt, on conçoit que ce privilège a des rapports étroits, notamment avec le payement des tonlieux. On constate, par exemple, qu'en 657 Childebert déclare expressément dans son diplôme d'immunité que le privilège accordé s'entend des tonlieux et des autres taxes levées sur les domaines de l'Église de Reims 21 : Nivardus prseceptum etiam immunitatis a Childeberto reye super theloneis et quibusdam tributis ecclesie Remensi obtinuit. De même, le diplôme de Dagobert III, de 711-715, rappelle l'exception de tonlieu accordée par les prédécesseurs de ce souverain 22 et lorsqu'en 769, Carloman confirma à nouveau l'immunité, il eut soin de délivrer également un diplôme relatif aux tonlieux23. Diverses confirmations de ces privilèges suivirent en 769-794 24, 814-816 25, 830 26 et 847850 « .
« Non seulement les hommes habitant les domaines de l'Église de Reims se trouvaient ainsi soustraits au régime judiciaire et fiscal commun, mais l'immuniste s'efforça aussi d'obtenir pour eux l'exemption du service militaire, que l'immunité, par elle-même et à elle seule, ne leur conférait pas. En 768-771, Carloman accorda une exemption de ce genre pour le domaine de Juvigny 28 et peu après pour ceux de Courville 29 et de Crugny 30. Nous ne savons si cette faveur fut étendue également aux habitants de la cité.
« L'immunité était devenue sous le règne de Charlemagne la condition normale des terres d'Église. Aussi le roi établit-il dans cha que domaine immunitaire un avoué, chargé de le représenter. Il y avait certainement un avoué à Reims dès le début du IXe : Wuljarius... jam quo que vocatus episcopus, adhuc etiam antequam ordinaretur, res quasdam Remensi Ecclesite, sed et mancipia nonnulla vel colonos reimpetrasse ac leyibus per ecclesiœ advocatos evindicasse reperilur 31, mais le premier dont nous connaissons le nom, Radulphus, n'apparaît que vers 825 82 ; il semble exercer la police sur le domaine immunitaire 3S.
« Au milieu des guerres fréquentes qui eurent lieu dans la Francia du IXe, l'immunité était souvent un leurre. Maintes fois les évêques durent recourir à la protection d'un potens vir. Les biens de l'Église de Reims étaient, durant l'épiscopat d'Ebbon (817-840) — » Hist. Remens. Eccl., 1. II, c. xvm. — 3> Id., 1. II, c. xix.
— « Id., 1. III, c. xxvm. placés sous la protection d'un comte1 ; il n'y avait auc une antinomie entre la protection personnelle de ce personnage et la protection réelle de la defensio immunilalis2. Rien ne nous permet cependant d'affirmer qu'à l'intérieur de la cité, l'évêque ait eu besoin de recourir aux bons offi ces de ce comte, l'avoué pouvait suffire 3. » XXII. La cité et les faubourgs aux vm« -ixe sièc les. — Nous sommes très imparfaitement renseignés sur la cité de Reims durant le VMe. Les deux sour ces auxquel les on serait tenté de s'adresser : la Vita sancti Rigoberli est postérieure de plus d'un siècle et demi aux événements qu'elle raconte et la Vita sancti Remigii est l'ouvrage d'Hincmar, en partie fabuleux, mais où tout ne doit pas être rejeté. Il faut laisser aux romanciers le soin de la reconstitution pseudo-histori que de la ville, nous avons dit ce qu'on en pouvait savoir au point de vue monumental en décrivant l'ancienne cathédrale, la basili que Jovienne et celle de Saint-Remi ; sous l'épiscopat de saint Rigobert un oratoire fut aménagé dans les bâtiments de la Porte Basée et dédié à saint Michel 4.
De quoi se composait la population urbaine ? « Des clercs et des serfs semblent constituer l'élément essentiel. Mais ces clercs se trouvent dans une situation fort précaire par suite des usurpations auxquel les se livrent les grands. La sécularisation des biens ecclésiastiques avait en outre privé l'Église de Reims de nombreux domaines. On retrouve un écho pittores que de cette situation lamentable dans un passage de la Vita sancti Remigii d'Hincmar. Les quelques prêtres qui habitaient la cité en étaient réduits, pour vivre, à s'adonner au commerce ; privés des dîmes et des revenus alïectés normalement aux églises, ils vendaient, probablement à leurs concitoyens, les récoltes de leurs domaines. On voudra bien cependant ne voir en eux que des marchands occasionnels ; leur activité économi que suppose toutefois la présence dans la cité d'un certain nombre d'acheteurs qui disposaient de quel que argent liquide. Nous ne tirerons pourtant pas des conclusions trop précises de ce texte isolé ; ce n'est qu'une anecdote qui fait allusion à un épisode exceptionnel ou occasionnel. Le soin que prenaient d'ailleurs les clercs de cacher leurs bénéfi ces, en cousant leurs piè ces de monnaie dans des feuillets de parchemin, montre combien était réduite, en ce temps, la circulation monétaire : Cujus infelici tempore de ista Remensi ecclesia non solum pretiosa quœque ablata /itérant, sed et ecclesiœ at que domus religiosarum destructe et ab episcopis juere divisa', llli quo que pauci qui erant résidai clerici negolio viclum querebant sed et denarios quos mercimonio conquirebant in cartis et librorum [oliis interdum Iigabantb. Jusqu'au début du règne de Charlemagne, l'Église de Reims se trouva dans une situation fort précaire ; ce n'est guère que sous l'épiscopat d'Ebbon (817-840) qu'elle parvint à reconstituer son domaine et même à l'arrondir quel que peu. Les évêques entreprirent alors de restaurer les églises et les édifi ces vétustés ou ruinés 6. » Les églises étaient nombreuses, nous en avons décrit quelques-unes des plus importantes. Le grand testament, au IXe, en cite dix-sept, dont cinq dans l'intérieur de la cité et douze dans les faubourgs, ce sont : dans la cité, la cathédrale, Saint-Symphorien, les Martyrs, Saint-Martin, Saint-Pierre ; dans les faubourgs : Saint-Nicaise, Saint-Corne, Saint-Crépin, Saint-Germain, Saint-Hilaire, Saint-Jean, Saint-Martin, Saint-Maurice, Saint-Sixte, Saint-Timothée, Saint-Victor, Saint-Christophe. A cette liste peuvent s'ajouter cinq autres églises non mentionnées dans le testament, mais attestées par d'autres sour ces : Saint-Julien 7, Saint-Michel 8, Saint-Denis 9, Saint-Celsin 10, Saint-Hilaire en la cité n.
Aux églises viennent s'ajouter les monastères : Saint-Remi, restauré et agrandi par Hincmar 12, Saint-Pierre ls et Saint-Pierre hors cité14, enfin Saint-Thierry. Reims possédait un hôpital15. Ce n'est guère, semble-t-il, avant le règne de Louis le Débonnaire que la ville eut un cloître de chanoines 16.
On a vu, à propos de la cathédrale, l'autorisation donnée par Charles le Chauve de détourner divers chemins publics 17. « Ces voies publiques auxquelles le diplôme carolingien fait allusion sont les anciennes routes romaines qui convergeaient vers Reims ; ces chaussées se prolongeaient à l'intérieur de l'enceinte et constituaient les artères principales de la cité. Il ne souffre aucun doute que la voirie du IXe était, quant au tracé tout au moins, exactement la même que celle de l'époque romaine. Comme l'a déjà fait remarquer C. Jullian 18, le réseau des rues dans les villes romaines était loin d'être aussi irrégulier et capricieux qu'on l'a supposé et le Moyen Âge l'a conservé le plus souvent tel quel. Il n'en fut pas autrement à Reims ; un texte très curieux de la Vita Sancti Rigoberli 19, écrite à la fin du IXe, montre que les rues dallées de l'époque subsistaient encore dans la cité. Néanmoins la voirie urbaine n'était plus convenablement entretenue et en bien des endroits le dallage avait disparu laissant à nu la terre battue. C'est ce qu'on peut conclure d'un passage de Flodoard, qui, racontant le retour du corps de saint Rémi au monastère du même nom, en 901, rapporte que les pluies d'automne incessantes avaient converti la ville en un vaste bourbier, de sorte qu'on craignit de ne pouvoir procéder au transfert des reliques. Heureusement une gelée bienfaisante vint, fort à propos, durcir le sol 20.
« Reims n'était pas seulement une ville de clercs ; c'était aussi au IXe une résidence royale ; c'est à Reims que plusieurs Carolingiens se font couronner et sacrer 21. C'est là aussi qu'ils tiennent, à diverses reprises, leur cour 22, s'installant de préférence, semble-t-il, au monastère de Saint-Remi ». » La cité de forme elliptique dessinée vers le dernier quart du IXe a projeté au Sud une sorte d'appendice qui a fini par rentrer dans l'enceinte et faire partie de la cité. Sa position s'explique par la création d'un cimetière hors de l'agglomération urbaine ; mais avec les siècles, la loi romaine qui interdit les inhumations dans les villes cesse d'être observée et la nécropole se rattache à la cité, même on élève sur le chemin une église dédiée à saint Julien, nous apprend Grégoire de Tours : apud Belgicœ secundw provinciam, id est subtirbano Remensis urbis u, ce que Flodoard corrige ainsi :
Belgicae secundœ provinciœ in subiirbio Remensis urbis ; mais l'insécurité fait probablement que les habitations sont rares dans le faubourg, on y voyait surtout des champs, olcee, comme on disait alors 23, et les maisons se groupaient de préférence près de l'enceinte 24 et des églises ainsi que nous le voyons par le testament de l'évêque Sonnatius, vers 625, qui signale des maisons près de la basilique des Saints-Timothée et Apollinaire 25 et de l'église Saint-Nicaise 26. Ce n'est pas avant la fin du IXe, dans la Vita sancti Rigoberli que nous lisons pour la première fois la mention du suburbium, mais dès lors Flodoard en fait un usage fréquent.
C'est là que se forme et se développe le bourg de Saint-Remi qui forme une petite agglomération domaniale à laquelle l'archevêque Séulfe, vers 924 ou 925, donnera une enceinte 27 distincte de celle de la ville en sorte que le suburbium possède son castrum in quo ipse bealus pastor (Remigius) corpore quiescit, et son marché.
XXIII. Condition des terres et des personnes. — Un diplôme de Louis le Débonnaire, entre 817-825, témoigne de l'existence à l'intérieur des murs de Reims de terres fiscales 28 et, à l'époque de Flodoard, le monastère Saint-Pierre, pour femmes, était appelé regale vel fiscale, eo quod in regali potestate us que ad modernum lempora juerit habilum 29. Le fondateur Gunlberlus, vir illustris, vivait au Ve, peut-être plus tôt et le monastère avait été sécularisé ; il était resté un bien fiscal jusqu'au début du Xe.
Routes et chemins faisaient partie du domaine fiscal et dépendaient du roi qui, nous l'avons dit, pouvait autoriser un évêque à détourner les vias publicas si le besoin s'en faisait sentir 30.
« L'Église de Reims possédait une notable partie du sol de la cité ; l'évêque, les basiliques, les monastères étaient propriétaires. Saint-Remi possédait deux accolées 31. Il est plus difficile de déterminer l'importance de la propriété foncière laïque dans la ville. Dans le courant du Ve, par suite de sécularisations de biens d'Église, on vit des propriétés urbaines concédées en bénéfice à des laïques ; mais Louis le Débonnaire impose des restitutions, au moins partielles et ordonne à ses vassaux et fidèles la cession des terres jugées nécessaires à la construction du cloître des chanoines : volumus etiam, ut vassali et quicumque fidè les nostri ex rébus ejusdem episcopatus aliquid habent eidem operi ( = jundatio claustri canonicorum) inser ient ».
« Il n'est guère possible de connaître avec exactitude la condition juridique des habitants de la cité et encore moins l'importance relative de chacun des groupes sociaux que renfermait l'enceinte. Il est certain qu'il y avait encore quelques hommes libres dans la cité au IXe. Tout au moins y possédaient-ils des terres, s'ils n'y résidaient pas eux-mêmes d'une manière permanente. Entre 804 et 814, l'évêque Vulfaire, désireux d'échanger quelques objets précieux qui se trouvaient dans le trésor de son Église, ne le fait qu'en présence des dignitaires ecclésiastiques et de certains grands laïques 32. Il faut sans doute mettre au nombre de ces viri illustri le comte du pagus de Reims, l'avoué et les fidèles du roi qui possédaient des bénéfices dans la cité. Un passage de Flodoard nous prouve la présence dans la cité, au début du Xe, de gens de bonne naissance, mais de fort une très modeste, et qui sont assurément des hommes libres 33. Un autre document de l'an 847, nous apprend que l'évêque avait des vassaux ; un certain Dodilo, vir nobilis, vassalus ejusdem episcopi, intervient en effet à la prière d'Hincmar, en qualité de missus, dans le domaine d'Aguilcourt », dépendance de Saint-Remi 34. Mais rien ne prouve toutefois que ce fidèle de l'évêque résidait dans la cité.
« Ces textes ne doivent d'ailleurs pas faire illusion ; leur rareté montre bien que les hommes libres n'étaient guère nombreux à Reims à l'époque carolingienne. Nous savons que l'archevêque Ebbon installa dans la cité des ouvriers auxquels il donna des habitations et peut-être même des terres 35. Nous ignorons la condition juridique de ces individus, mais la dépendance économique dans laquelle ils vivaient n'aura pas manqué d'influer sur leur statut personnel et de faire d'eux des non-libres, pareils sans doute à cet habile maçon Rumaldus servus que Louis le Débonnaire céda, en 817-825, à l'Église rémoise ».
« Sur les terres que l'abbaye de Saint-Remi possédait dans et près de la cité habitaient des colons 36. Un grand nombre de serviteurs, que les textes qualifient indifféremment de servus ou de famulus, demeuraient également dans la cité ; ils étaient attachés au service de l'église, de l'évêque et des prêtres et n'étaient certainement pas libres.
« Quant aux ecclésiastiques, ils formaient évidemment la classe dominante ; il n'est que de lire les écrits de Flodoard pour s'en persuader immédiatement. Aucune donnée statistique ne nous permet malheureusement de déterminer l'importance numérique de la population urbaine 37. » XXIV. Église de Saint-Sixte. — La Vie de saint Sixte est ancienne, mais est-elle du VIe ? Son âge ne peut se déduire que de celui de ses manuscrits parmi lesquels on n'en a pas désigné de véritablement anciens, en sorte qu'on peut croire que l'auteur a été surtout préoccupé par là nécessité de concilier la tradition rémoise avec la passion des saints Crépin et Crépinien qui désigne Maximien comme empereur 38. De toute façon cette Vie est antérieure à Flodoard, elle nous apprend que Sixte fit construire un oratoire qui fut placé plus tard sous son vocable et où son successeur Sinice, lui donna la sépulture : Cujus exequiis digne celebralis, sanctus Sinicius corpus ipsius in ecclesia quam ipse in suburbio civitatis construxcral, cum laudibus et hymnis honoriflee collocavit 39. Elle s'élevait près de l'antique Via Cœsarea qui, de Reims, se dirigeait vers le Sud-Est et l'Italie, dans ce faubourg oriental qui prit dans la suite les noms de quartiers de Saint-Remi et de Saint-Nicaise. C'était là que les chrétiens étaient rassemblés en plus grand nombre. Là aussi que s'élevèrent au cours du IVe diverses églises, en particulier la basilique de Saint-Timothée, fondée de très bonne heure sous le vocable du martyr rémois 40 ; la basilique cimétériale de Saint-Agricole édifiée par Jovin 41, la basilique de Saint-Martin voisine de l'hypogée chrétien dont nous avons parlé 42 ; enfin la petite chapelle de Saint-Christophe, in qua ei que subjacentibus atriis ex antiquo eral cymeterium Remensis ecclesiœ. Une estampe du XVe qui représente les environs de Reims signale la présence de deux cimetières le long de la Via Cœsarea autour de l'église Saint-Agricole 43. lui fin c'est sur l'emplacement de la chapelle de Saint-Christophe que s'élèvera un jour l'abbaye de Saint-Remi.
Dans cet ensemble d'édifices du vicus christianorum, l'église de Saint-Sixte est la plus ancienne. Saint Sinice vint y rejoindre son prédécesseur et partagea son tombeau, ut in cœlis, ita etiam meruit in terris habere consortium, uni us ejusdem que lempli tumbœque sortitus cum beato Sixto sepulchrum 44. « Dotée de terres, de maisons et de vignes, elle fut desservie par une congrégation tantôt de douze, tantôt de dix prêtres, qui, dans la suite des temps, lors que la ferveur se refroidit, furent réduits à un seul. Au IXe, cette décadence et cette sorte d'abandon engagèrent à faire transporter les ossements des deux saints en l'église Saint-Remi où ils furent déposés derrière l'autel de Saint-Pierre. » L'église Saint-Sixte a été longtemps affectée au service paroissial. Son titre de paroisse ne fut éteint qu'en 1686, elle fut interdite alors, mais ne fut démolie qu'en 1726. « Elle avait encore conservé au XVIIe un aspect archaïque qui avait frappé l'historien rémois dom Marlot. Ses murs, à l'extérieur, offraient un parement de pierres taillées en carré, sans doute de petit appareil, sectos in quadrum lapides. Il ne devait rien rester, bien entendu, de l'église du Ve, qui avait été sûrement rebâtie à plusieurs reprises dans le cours des âges, mais d'après le renseignement que nous devons à Marlot, l'édifice, dans son dernier état, pouvait remonter en partie au XIe, peut-être même à une date un peu plus ancienne. Il convient d'ajouter, d'après cet auteur lui-même 45, qu'en dehors de l'appareil en question, on n'y voyait aucune trace d'antiquité, les remaniements que le monument avait subis lui ayant probablement enlevé tout caractère. Nous ne savons rien de plus sur lui ; les anciens plans de Reims nous le représentent avec des dimensions fort restreintes, mais ces figures sont tellement imparfaites qu'on ne peut guère les mettre à profit 46. » XXV. Église des Saints-Apôtres, ensuite Saint-Symphorien. — La première église qui porta le titre de cathédrale fut dédiée aux Saints-Apôtres, titre qu'elle garda jusqu'à la construction d'un nouvel édifice par l'évêque saint Nicaise. Nous lisons, en effet, dans la Passio sancti Nichasii : Nam antiquitus cathedra episcopalis in ecciesia quœ ad Sanctos Apostotos dicitur habebatur 47 et dans Flodoard : Cathedra si quidem pontiftealis antiquitus in ecciesia quse ad Apostolos dicitur, extilisse jcrlur 48.
Cette église était située à peu de distance de remplacement de la cathédrale actuelle, par derrière, vers l'Est. Son vocable primitif fut remplacé par celui de Saint-Symphorien. Le grand testament de saint Rémi, pièce d'une authenticité douteuse, mais qui peut remonter dans l'état où nous le possédons au IXe, attribue à cet évêque un legs de deux sous d'or diaconise infra urbem quœ dicitur ad Apostolos 9. L'évêque Sonnatius (t 20 octobre 631) porte dans son testament trois sous d'or pour la même basilique 9, et un de ses successeurs, Landon, évêque de 645 à 649, la désigne déjà ainsi : ...ad basilicam Sancti Symphoriani quœ vocatur ad Apostolos 10. On fait honneur à l'évêque Imbelausius de la construction de cette église, celui qui siégea au concile d'Arles ; c'est une conjecture qui ne repose sur aucun témoignage autorisé 11. Devenue collégiale, l'église était terminée par un chevet construit vers 1209 ; elle fut démolie en 1796 et des maisons furent construites sur son emplacement12. On peut admettre que cette église fut la première proprement urbaine.
XXVI. Église de la Sainte Vierge. — Flodoard a accueilli le récit d'une révélation divine qui aurait décidé l'évêque Nicasius, tout au début du Ve, à construire au centre de la ville une basilique dédiée à la vierge Marie dont il fit sa cathédrale : Is namque sedis hujus sanctœ basilicam in honore perpetuæ virgini Dei genitricis Mariæ divina traditur admonitus revelatione fundasse, quam proprio quoque consecravit sanguine ». C'est le premier monument religieux construit à la place qu'occupe aujourd'hui la « cathédrale-martyre ». Flodoard dit à ce sujet qu'elle avait été fondée in hujus urbis arceu, expression qui a été discutée et interprétée. « On a cru qu'il s'agissait d'une citadelle et même d'un capitole, ce qui est absolument invraisemblable 15. Il convient de faire observer d'abord que la leçon in arce semble être un peu douteuse. On possède diverses rédactions d'une relation du martyre de saint Nicaise 16, qui se rattachent de très près au texte de Flodoard et que celui-ci a pu copier, si elles lui sont antérieures ; tout au moins elles peuvent dériver d'une source commune 17. Or, elles offrent ici des variantes dont on doit tenir compte. La Passio beati Nicasii, contenue dans le manuscrit 1111 de la bibliothèque de Reims et celle du manuscrit n. £ de la bibliothèque de Namur, ont la leçon in arcem sedis ipsius u, assez conforme à celle de Flodoard, sauf l'emploi de l'accusatif au lieu de l'ablatif. Mais la Passio du manuscrit lat. 5333 de la Bibliothèque nationale et la version abrégée empruntée par Surius à un manuscrit, suivant lui, très ancien, ont une variante intéressante qui nous met sur la voie d'une autre solution. Elles nous parlent de la basilica sancta Dei genitricis Maria' quam matrem sedis suœ jundaveral, la basilique dont saint Nicaise avait fait son église métropolitaine 19. Dans l'écriture carolingienne, entre les mots matrem et in arcem, une confusion est facile. Un copiste a pu lire l'un pour l'autre, substituer in arcem à matrem, et tomber ainsi dans une méprise qui s'explique aisément. Les preuves ne manquent pas à l'appui de cette supposition. C'est d'abord l'ni d' arcem qui paraît bien être emprunté à la leçon primitive, la correction grammaticale exigeant in arce, comme l'a, du reste, admis Flodoard. Enfin les mots sedis suœ comportent l'idée d'un siège métropolitain et s'accordent bien mieux avec l'expression matrem. Remarquons que Flodoard, en nous donnant la variante in arce, y joint les mots hujus urbis ; avec arce, sedis aurait beaucoup moins convenu. Je crois donc que la leçon matrem mérite la préférence. S'il en était autrement, s'il fallait s'en tenir à celle qu'adopte Flodoard, on pourrait même lui prêter un sens satisfaisant. In arce signifierait : dans l'enceinte fortifiée, créée à la fin du Ve, lors des invasions des barbares l. La cathédrale s'élève bien, en effet, au cœur de la cité ; elle ne s'appuie pas sur un mur antique, à la différence de plusieurs autres cathédrales, comme celles de Chartres, du Mans et de Bourges ; elle est, au contraire, assez éloignée de la vieille enceinte. En aucun cas, il ne saurait être question d'une citadelle et encore moins d'un capitole 2. Ceux qui, en se laissant guider par un texte mal compris, et peut-être altéré, ont pu en tirer des conclusions pour la topographie de la ville gallo-romaine, se sont étrangement trompés 3. » Quant à l'érection de l'église sur les ruines d'un temple païen dédié à Vénus ou à Jupiter, c'est une affirmation lancée au XVIe ; cette fable du chanoine Ant. Colard ne compte pour rien. La cathédrale s'est élevée sur les restes d'habitations privées ce dont témoignent un hypocauste et une mosaïque trouvés près de la cour de l'archevêché.
XXVII. Le portail de la basilique du Ve. — « Les textes historiques nous fournissent très peu de renseignements sur la cathédrale construite par saint Nicaise. La tradition nous a seulement conservé un souvenir précis de la place où s'élevait sa façade. Le saint prélat, d'après son biographe et d'après Flodoard, fut massacré par les Vandales sur le seuil de son église, ad ostium basilicœ. Or, le lieu de ce martyre est resté à travers les siècles l'objet de la vénération des fidèles ; il était indiqué autrefois par une dalle de forme circulaire, connue sous le nom de « rouelle de saint Nicaise », rotella sancti Nichasii, qui était située dans la sixième travée de la nef, à partir du grand portail, en face d'une petite porte ouverte dans le bas côté sud. Une inscription commémorative se voit aujourd'hui en cet endroit : elle a été posée à la suite de la destruction opérée en 1743 d'un édicule en marbre que Jean Quinart, chapelain de l'église de Reims, avait fait ériger en 1667 *. Quoi qu'on en ait dit, la situation de ces petits monuments successifs ne paraît avoir jamais changé dans la cathédrale actuelle, depuis une époque lointaine. Une charte de l'année 1299 ne laisse aucun doute à cet égard \ Dans un plan de la cathédrale, dessiné par un artiste rémois du XVIe, Jacques Cellier 6, « le lieu où saint Nicaise fut décollé >■ figure toujours à la même place. Il y a donc là une tradition ininterrompue. Mais, nous devons le reconnaître, il en était autrement dans l'église qui a précédé la cathédrale du Xe. L'auteur de la vie d'Albert de Louvain, évêque de Liège, égorgé près de Reims en 1192, dans la description très précise qu'il nous donne de la tombe, nous apprend que la fosse qui avait été réservée à cette sépulture n'étant pas assez spacieuse, on avait été obligé d'empiéter sur la place occupée par la dalle de marbre de forme ronde sur laquelle saint Nicaise fut décapité, lapis marmoreus et rotundus sancti Nicluisii anlislitis super quem juit decollulus. Il en était résulté que cette dalle recouvrait la tête et les épaules du défunt. La découverte que M. H. Deneux a faite de cette tombe en 1919, a prouvé l'exactitude de ce renseignement. Reconnue d'une façon indubitable, elle était située dans la huitième travée. Quant à la pierre de saint Nicaise, on peut constater par là qu'elle n'était pas à la place où on la voit aujourd'hui. Elle était à une dizaine de mètres en avant, vers l'entrée du chœur actuel 7. » L'hésitation n'est pas possible un seul instant entre ces deux emplacements ; les fouilles prouvent que les constructeurs du Xe savaient exactement le lieu du martyre de saint Nicaise et la situation du mur antérieur de sa basilique. Au niveau de la dalle commémorative qui subsiste aujourd'hui on a mis à découvert des substructions qui paraissent bien être celles de cette façade.
XXVIII. Son autel et sa crypte. — « On a conjecturé que l'autel, qui devait se trouver en avant de l'abside, occupait la même place que le maître-autel de la cathédrale actuelle. Cette opinion a été confirmée par la découverte que M. H. Deneux a faite en cet endroit, à une grande profondeur (environ 1 m. 45) de trois socles parmi les quatre soutenant les colonnes du ciborium de l'autel primitif. On peut avoir par là une idée approximative de la surface totale du monument ; elle était assez restreinte et n'atteignait pas la moitié de la superficie de la cathédrale du Xe.
« Nous ne savons presque rien de son architecture. Une autre basilique chrétienne de Reims, celle que Jovin avait fait bâtir (voir § xxxvn) avait d'élégantes colonnes et des arca des (ou des voûtes) ornées de mosaïques en cubes de verre rehaussés d'or, miro cnlumnarum ornalu, arcubus auro et vitro lapillis inlerpositn micantibus ; c'est ainsi qu'elle nous est décrite vers l'année 1066 par un écrivain anonyme qui en avait vu les restes encore debout, mais déjà menacés de ruine 8. On peut croire qu'un édifice important comme la cathédrale offrait aussi une somptueuse décoration de mosaïques et de peintures.
« Elle devait avoir les dispositions habituelles des basiliques de l'époque constantinienne : un vaisseau muni de bas côtés séparés de la nef par des colonnades ; une abside voûtée en cul-de-four ; une façade précédée d'un atrium.
« L'autel était surmonté d'un ciborium reposant sur quatre colonnes dont on a retrouvé les socles. Vers le milieu du VIIe, l'évêque Landon avait fait poser sur cet autel une tour en or, tabernacle contenant la colombe eucharistique 9.
« Derrière l'autel était une crypte où saint Rémi, suivant la tradition, passait la nuit en prière. Elle est mentionnée par Hincmar dans sa Vie de saint Rémi 10, et Flodoard nous apprend qu'après avoir été abandonnée et comblée de terre, elle fut, au commencement du Xe, déblayée par l'archevêque Hervé, qui la consacra à l'apôtre des Francs. Les fouilles entreprises par M. Deneux l'ont fait retrouver à la place même qu'indiquent nos anciens chroniqueurs. Sous un remblai de 1 m. 45 d'épaisseur, on découvrit un dallage en pierre qui a paru être le sol de la cathédrale bâtie par saint Nicaise. A la suite, on a dégagé, en contre-bas, un mur transversal qui fermait la crypte à l'Ouest. A ce mur sont adossés trois arcs en plein cintre reposant sur des piliers de section carrée, où l'on distingue les amorces d'arcs longitudinaux qui supportaient trois berceaux de voûtes. L'accès était ménagé probablement par deux escaliers, aujourd'hui détruits ou dissimulés dans les massifs de maçonnerie des fondations du XMe. Le mur ouest a gardé la trace d'un oculus, semblable aux petites fenêtres qui permettaient de voir à l'intérieur des confessions placées sous les autels. En poursuivant les travaux de déblaiement on a mis au jour les murs latéraux et déterminé le périmètre complet de la crypte1 »(fig. 10598). Son baptistère. — « Dans le voisinage de la cathédrale s'élevait un baptistère, le templum baptisterii, cité par Grégoire de Tours, où Clovis avait été fait chrétien 2. On a prétendu qu'il était situé sur l'un des côtés de l'atrium et que ces deux dépendances de la cathédrale primitive n'avaient disparu que dans la seconde moitié du Xe 3. C'est là une erreur qu'il importe de corriger. Le continuateur de Flodoard était annexé à l'atrium, comme on l'a supposé. En admettant, comme L. Demaison l'avait fait autrefois 6, qu'il était compris en un point indéterminé dans le périmètre de la nef actuelle et qu'on pouvait connaître « à quelques mètres près, ce lieu mémorable « auquel s'attachaient de si grands souvenirs », le prudent érudit s'était certainement trop avancé — ainsi qu'il l'a reconnu lui-même — et les recherches ultérieures ne lui ont pas donné raison. En réalité le problème semble devoir toujours rester insoluble. « Les « baptistères n'avaient pas d'emplacement fixe ; ils « pouvaient être au nord ou au sud de l'église, derrière « l'abside ou devant l'entrée de l'atrium 7 ». On n'a Coupe s~vr A.B Coupe jur CD nous rapporte que l'archevêque Adalbéron fit détruire en l'année 976 une construction voûtée, arcuatum opus, près des portes de l'église de Notre-Dame, ainsi que des fonts d'un admirable travail. On s'est imaginé que cet arcuatum opus doit être identifié avec les portiques munis d'arcs de l'atrium, et que les fonts étaient ceux de l'antique baptistère. Ces édifices auraient survécu à la basilique de Saint-Nicaise, et l'archevêque Ebbon les aurait épargnés, lors que, comme nous le verrons, il entreprit de la rebâtir de fond en comble 4. Mais cette opinion n'a pas prévalu. Il est bien démontré aujourd'hui que les constructions mentionnées par le chroniqueur n'étaient pas antérieures à l'époque carolingienne et qu'elles se trouvaient à l'intérieur et non au dehors de l'église. » « Ainsi s'évanouissent toutes les conclusions que l'on avait voulu tirer de ce texte pour déterminer la position du baptistère. Il n'est nullement certain qu'il donne aucune indication pour rechercher l'emplacement du baptistère de Reims. Les fouilles faites en ces dernières années dans la cathédrale ne nous ont fourni aucun indice certain. Point de fondations d'un édifice de forme ronde ou octogonale dont le caractère ne laisserait aucun doute. On a bien découvert au milieu de la nef un puits auquel aboutissait une canalisation de plomb, se dirigeant vers le bas côté nord, et l'on a pensé qu'il avait pu alimenter le baptistère, mais les recherches poursuivies aux alentours n'ont apporté aucune preuve à l'appui de cette attribution 8. Tout porte à croire qu'il a servi à un autre usage . i Presque toutes les églises, a écrit Viollet-le-Duc. possèdent un puits, soit percé dans la crypte, soit dans un collatéral. Ces puits avaient primitivement été creusés pour les besoins des constructeurs10. » Peut-être celui-ci avait-il été creusé, lors des travaux importants exécutés au milieu du xir3 siècle. Un autre, bien construit en pierres de taille, a été trouvé vers le portail, dans le bas côté sud. Il a été créé sans nul doute pour le service des maçons qui élevaient la cathédrale actuelle.
« Nous croyons avoir résumé ici tous les renseignements qui sont à notre portée sur la cathédrale de saint Nicaise. Les plus intéressants sont ceux que nous fournissent la découverte si curieuse de la crypte et celle des fondations de la façade. Pour le reste, pour ce qui concerne le baptistère et l'atrium en particulier, nos informations sont à peu près nulles. Il vaut mieux se résigner à une documentation incomplète que de hasarder des conjectures peu solides. Les débris sculptés que l'on pourrait rapporter à ce monument doivent être rares. Vers 1879, on a trouvé dans les fondations de la tour septentrionale du portail deux chapiteaux corinthiens d'un style barbare, mais on ne peut se prononcer sur leur origine '. » XXIX. La cathédrale carolingienne. — La basilique élevée par saint Nicaise fut conservée pendant quatre siècles environ ; ses fastes s'achèvent en 816 avec le couronnement de Louis le Débonnaire par le pape Etienne IV. Qu'en était-il alors de l'édifice primitif ? Il avait dû subir bien des réparations. Dès le milieu du Ve le besoin s'en faisait sentir et, vers l'an 456, l'évêque Bennagius inscrivait à cette intention dans son testament une somme de vingt sous d'or avec des champs et des bois : Députât et solidos viginti ad ejusdem ecclesise reparationem cum agellis et sitvis2. A l'époque du sacre de 816, il fallut prévenir une ruine prochaine et l'archevêque Ebbon (voir Dictionn., t. iv, à ce nom) décida une reconstruction totale. Il existe un diplôme, publié par Mabillon, qui a permis de croire que le nouvel empereur, quelques semaines après son sacre, le 1er novembre, avait donné son approbation à cette entreprise... Sancta Remensis ecclesia, in qua prœdeccssores nostri, reges videli cet Francorum, fidem et sacri baptismatis gratiam perceperunt, in qua et nos per impositionem manus domni Slephani papse impcrialia suscepimus insignia, quam que ob honorem Dei parentum que noslrorum memoriam, sive consecrationis nostrœ dignitatcm, a fundamentis restaurare sollempniler decrevimus3. Suivant une pratique alors très répandue et qui dura relativement peu, on ajouta au vocable séculaire de la Sainte Vierge celui du Saint-Sauveur : Dum esset ante in honore lanium Dei genitricis Marise antiquo religionis cultu, nos propter novam exaltationis gratiam superadden les, sub invocalione Sancti Salvatoris Dei et Domini nostri Jesu Christi renovando, rébus compelentibus ditavimus '. A cet effet, l'empereur concède à perpétuité l'abbaye de Montiérender et ses dépendances pour subvenir à la reconstruction et à l'entretien futur : ...quam abbatiam cum foresta noslra indominicala et omnium rerum summa inlegritate... perpetualiter eidem Remensi ecclesia : concedimus, et ad consummandam honorabilités omnem ipsius ecclesise structuram, seu ubicum que. in postmodum necesse fuerit restaurandam, in proprium lradimush. A cela il ajoute une mine de plomb in pago Laumensi et dans les limites de ce territoire : in ipsis quo que finibus vel adjacentiis, Geminiacam villam.
L'authenticité de ce diplôme est contestée, il paraît être postérieur à Flodoard et Th. von Sickel le classe parmi les spuria« ; ce qui n'empêche que Louis se montra favorable à l'entreprise et, ainsi qu'on l'a dit plus haut, il autorisa Ebbon à tirer de l'enceinte romaine les pierres à remployer dans la nouvelle cathédrale '. A cela il ajouta la remise des redevances que l'Église et l'évêché de Reims payaient au palais impérial d'Aix-la-Chapelle 8, enfin il autorisa la déviation de toutes les routes qui avoisinaient l'église et qui eussent mis des obstacles à l'établissement des cloîtres et dépendances où devait s'établir le clergé ; à cela s'ajouta la cession perpétuelle des biens qui en cet endroit pouvaient appartenir au domaine royal ». Un autre diplôme ordonne la restitution à l'Église de Reims des biens qui lui avaient été jadis enlevés et fait une nouvelle allusion à la reconstruction complète de la cathédrale 10.
L'architecte était un serf nommé Rumaldus qui y consacra le reste de ses jours11. L'empereur avait consenti à prêter ce serviteur à Ebbon qui s'employa à rassembler tous les corps de métier nécessaires à l'entreprise, logeant et assurant la vie de chacun n. Ce fut donc Rumaud qui dirigea la reconstruction de la cathédrale agrandie u. La façade fut ornée d'un fronton décoré des figures du pape et de l'empereur et de cette inscription :
Ludouicus Ciesar factus coronante Stephano Hac in sede, papa maqno : t une et Ebo ponlifex Fundamenta renonavit cuncta loci istius, Urbis jura sibi subdens, prœsul auxit omnia.
En quoi consistaient ces figures : statues, bas-reliefs ou mosaïques, on ne peut le dire, mais il y a bien des vraisemblances pour que ce soient des mosaïques ».
Il est probable que la reconstruction fut entreprise très peu de temps après le sacre impérial, vers 817 à 825 environ. Ebbon avait aussi fait bâtir dans le voisinage de la cathédrale, un édifice destiné à recevoir les archives de l'église, avec une crypte dédiée à saint Pierre, qui fut desservie dans la suite par Flodoard ls. Il n'en reste plus trace.
Après qu'Ebbon eût quitté le siège de Reims, en 841, Hincmar pourvut à l'achèvement de l'édifice qui n'était pas encore sous toit et dont la décoration restait à faire. Ce fut Hincmar qui fit poser une toiture en plomb et un pavement en marbre, qui donna des vitraux aux fenêtres et fit peindre les voûtes16. L'autel reçut un revêtement d'or semé de pierreries « , il était surmonté d'une grande croix également plaquée d'or et de pierres précieuses et le trésor de l'église fut rempli d'un riche assortiment de croix, calices, patènes, châsses, vases, manuscrits dans leurs boîtiers, lampes, couronnes de lumières, tentures, tapis. En 862, Hincmar procéda à la dédicace en présence de Charles le Chauve.
Le monument avait des voûtes en cul-de-four sur ses absides. C'est ainsi qu'il faut entendre les picta> camerse dont Hincmar avait orné son église, peintures ou plus probablement mosaïques. Les architectes carolingiens connaissaient la voûte mais l'employaient timidement sur des portions peu élevées et peu étendues de la construction, par exemple sur les cryptes et les absides ; pour les nefs on recourait de préférence à un plafond en bois. Il a dû en être ainsi pour l'église d'Ebbon et d'Hincmar.
XXX. Encore la crypte. — « Au milieu de toutes ces reconstructions, on avait laissé subsister un dernier reste de la basilique primitive : la crypte dans laquelle avait, dit-on, prié saint Rémi, existait encore, mais elle avait été remplie de terre et elle resta longtemps à l'abandon. L'archevêque Hervé, au début du Xe, la fit déblayer, nettoyer et orner, et la consacra en l'honneur du saint pontife *. Nous en avons parlé déjà (§ XXVIII). Elle a dû être ruinée au cours des travaux opérés au XIe, qui ont un peu bouleversé le sol du chœur, mais il en subsiste encore des restes importants que nous avons décrits. A-t-elle été conservée dans son état ancien ou faut-il admettre qu'Hervé ne l'a pas seulement dégagée des terres qui l'obstruaient, mais qu'il l'a remaniée et reconstruite ? Sommes-nous en présence d'une crypte plutôt carolingienne ? On n'y a trouvé ni chapiteaux, ni autres morceaux sculptés qui eussent pu apporter un témoignage irrécusable. L'appareil aussi prête peut-être un peu à la controverse. Cependant les objections que l'on serait disposé à présenter n'ont rien de décisif. On a pu concevoir certains doutes, mais non formuler des affirmations précises. Ajoutons que le texte de Flodoard ne semble pas favoriser cette opinion. Il nous parle seulement du nettoyage opéré par Hervé, et nous montre la crypte appropriée par ses soins : mundatam et excullam. Il n'y est nullement question d'une restauration qui aurait pu en changer le caractère. Enfin, quand on examine l'état des lieux, quand on étudie les substructions, il paraît bien qu'il n'y a rien eu de changé depuis l'origine, et l'on ne voit point de traces de reprises ou de modifications extérieures. Tout bien considéré, disait L. Demaison, je tiens moi aussi pour la crypte de saint Nicaise.
« Hervé, en la rendant au culte, l'avait faite accessible à tous, et elle ne cessa d'être fréquentée, tant que dura la cathédrale carolingienne. Flodoard nous rapporte que, de son temps, un clerc, malade de la fièvre, fut guéri en assistant à une messe qui y était célébrée 2. A la fin du XIIe, on s'en est servi pour y mettre en sûreté un petit trésor, toujours oublié depuis dans sa cachette. On l'a découvert, il y a peu d'années, dissimulé au pied de l'autel. Il se compose de 17-4 pièces d'argent, qui sont pour la plupart, des monnaies de l'archevêque Gervais (1055-1067). La plus ancienne remonte à Charlemagne le Simple ; les plus récentes sont de Henri Ier, comte de Champagne (1152-1181) 3.
« La remise en état de la crypte paraît avoir été le seul travail accompli dans la cathédrale par l'archevêque Hervé, mais il l'a enrichie d'un mobilier précieux : couronnes et lampes d'or et d'argent, vases ornés de pierreries, étoffes de soie. Il érigea, en outre, au milieu du chœur, un autel qu'il dédia à la sainte Trinité, et qu'il entoura de tables recouvertes d'argent. Enfin il garnit d'or, de pierres précieuses et des reliques la grande croix (crucem majorera) sans doute celle qui s'offrait dans l'église à la vue des fidèles et qui avait été déjà décorée par Hincmar4. » XXXI. L'instruction de 922. — On lit dans la Chronique de Waulsort5 un conte dont le récit ne peut être passé sous silence6. Un certain comte Eilbert7, dont l'auteur fait à tort un frère du comte Herbert de Vermandois, se trouvant dans une foire très fréquentée en Thiérache, y vit un cheval superbe qu'il voulut acquérir de son propriétaire, chanoine de l'Église de Reims. L'accord se fit sur le prix, mais Eilbert n'ayant pas d'argent donna un gage appartenant à sa femme Hersent. C'était un collier ciselé par saint Éloi et dont l'ornement principal consistait en un lapis siquidem beryllus qui in mediopositus sculptum retinet, qualiter in Daniele Susanna a senibus judicibus maie criminala sil (voir Dictionnaire, t. VI, p. h. t., col. 809 et au mot Suzanne). Quand vint le moment du règlement de comptes, le chanoine refusa de rendre le joyau et le comte Eilbert rassembla une armée avec laquelle il fit le siège de Reims qu'il prit d'assaut. Le chanoine se cacha dans la cathédrale, on ne put l'y découvrir, alors on mit le feu à l'église qui brûla tout entière. A ce coup le chanoine se découvrit et on lui reprit le joyau qui fut restitué au comte. Le roi de France, Charlemagne le Simple, trouva le procédé un peu vif et déclara la guerre à Eilbert qui le fit prisonnier et l'emmena à Péronne (922, lire 923).
Avec les années vinrent les remords et, pour les apaiser, Filbert fonda l'abbaye de Waulsort à laquelle il donna le joyau, cause de tant d'événements (944). Après avoir bâti six églises, la pensée lui vint, en 948, de rebâtir celle de Reims : ...senario numéro constructarum ecclesiarum seplimam ob honorem ç/enilricis Dei, ob restauralionem Remensis ecclesise adjecit.
Tout ce récit et tous ces faits sont-ils de pure invention ? Ni le chanoine de Reims Flodoard, ni le moine Richer de Saint-Remi, n'en soufflent mot. Faudra-t-il donc accepter le témoignage de la Chronique de Waulsort, qui est postérieure et suspecte. D'après G. Waitz, l'un de ses deux auteurs vivait au milieu du XIe, l'autre auteur écrivait en 1244 8. Le premier des deux a fait de nombreux emprunts aux vieux poèmes français qu'il a traités comme des sources historiques soit par ignorance soit par goût de romancier. Mais cet auteur n'a pas tout inventé. Le roi Charlemagne le Simple fut bien fait prisonnier mais dans une autre circonstance. L'abbaye de Waulsort fut bien fondée par le comte Filbert en 944 s ; enfin le joyau a appartenu à cette abbaye jusqu'à la Révolution, il fait partie des collections du British Muséum, c'est une intaille sur cristal représentant l'histoire de Suzanne sur lequel on lit : Lotharius, re.r Franeorum, fieri jussit. Nous l'avons décrit (voir Dictionnaire, t. VI, col. 609-811). Ainsi Eilbert n'a ni brûlé ni reconstruit la cathédrale de Reims mais, comme il arrive fréquemment, il s'est formé parmi les moines une prétendue tradition pour expliquer la provenance du joyau et lui créer une histoire. Aucun doute n'est possible ; ces faits sont imaginaires 10.
XXXII. Les remaniements d'Adalbéron. Nous arrivons à l'épiscopat d'Adalbéron à propos duquel deux textes contemporains mais quel que peu énigmatiques ont arrêté longtemps les archéologues. C'est qu'au Xe, la cathédrale de Reims présentait une particularité consistant en une partie voûtée, fornix, ou portée sur des arca des, arcualum opus, qui occupait près d'un quart de la nef et qui fut précisément supprimée par l'archevêque Adalbéron en l'an 976.
Deux contemporains nous ont instruit à ce sujet. Ce sont le continuateur1 de Flodoard et le moine Richer, dont les textes se complètent et se corroborent. Le premier écrit qu' « Adalbéron détruisit un ouvrage à arca des qui était contre les portes de l'église Notre-Dame de Reims, et sur lequel étaient placés l'autel du Sauveur et des fonts d'un travail remarquable. » Desiruxit Adalberu... arcuatum opus quod erat secus valvas eccle s'iœ Sanctœ Mariœ Remensis, supra quod « Itare Sancti Salvatoris habcbahir et fontes miro opère cranl positi '. Le moine-chroniqueur Richer nous dit qu' « Adalbéron, au début de son pontificat, s'occupa beaucoup de sa cathédrale. Il détruisit complètement les voûtes qui formaient une haute construction, occupant près du quart de la basilique à partir de l'entrée. L'église fut agrandie et embellie par cet heureux changement de plan » ; Hic [Adalbero] in initio post sui promotionem strucluris ecclesise suse plurimum studuit. Forni ces enim qui ab ecclesise introitu per quarlam pêne tolius basilicw partem eminenti structura distendebantur, penitus diruit. Unde et ampliore receptaculo et digniore scemale lola ecclesia decorata est3.
Le sens de ces deux textes paraît assez clair, mais il reste à se figurer la nature de la construction dont il s'agit. J. Quicherat y voyait « une tribune adossée intérieurement au mur de la façade 4 » et portant sur une voûte. Cette explication a paru peu satisfaisante à L. Demaison 5 qui se demandait « comment se représenter une semblable tribune envahissant le vaisseau au point d'en occuper presque le quart à partir de l'entrée ! A la rigueur, on pourrait imaginer que cette eminens structura si encombrante était non pas une tribune, mais quelle que construction très ancienne, englobée dans l'église carolingienne et mal raccordée avec elle. Il serait d'ailleurs fort difficile de dire en quoi aurait consisté cette construction et quel motif l'aurait pu faire épargner. » L'hypothèse est peu vraisemblable et d'ailleurs inutile. M. Ferd. Lot a proposé de faire de l'Arcuatum opus une crypte ; d'après lui « la cathédrale de Reims était occupée dans le quart de sa longueur, à partir des portes, par une crypte voûtée qui sortait à moitié du sol et qui devait être fort gênante. Adalbéron la détruisit de fond en comble 6. » Cette interprétation fut repoussée par L. Demaison qui estimait que « la place des cryptes était habituellement sous les chœurs des églises, et une crypte si énorme faisant saillie dans une nef est fort invraisemblable 7. » R. de Lasteyrie lui répondait « qu'en supposant à la nef de la cathédrale une longueur totale équivalant à douze travées, ce qui est beaucoup, la crypte qui en occupait le quart n'aurait pas dépassé trois travées, ce qui n'a rien d'excessif8 ». Mais « le continuateur de Flodoard spécifie que l'Arcuatum opus est situé le long des portes de la basilique, secus valvas ; on devait donc le traverser pour pénétrer dans l'église. Or, une crypte est toujours enfouie partiellement au moins dans le sol. Il aurait donc fallu pour entrer dans la cathédrale, traverser d'abord une partie plus ou moins souterraine. C'est bien peu probable, surtout si l'on songe que la ville de Reims n'est pas bâtie sur un terrain très accidenté, et qu'on ne saurait chercher dans les irrégularités du sol l'explication d'une pareille anomalie. D'ailleurs, une crypte est toujours une construction peu élevée ; même en admettant que celle-ci sortît à moitié du sol, la saillie qu'elle aurait fait au-dessus du pavé de la nef eût été peu considérable et jamais Richer n'eût pu la qualifier d'eminenti structura » ».
L'une autre explication fut proposée. L'archevêque Ebbon en bâtissant, vers 820, une nouvelle cathédrale, lui avait donné des dimensions agrandies, ce que rendait possible la permission donnée par Louis le Débonnaire de détourner au besoin les voies publiques avoisinant l'édifice. En conséquence, les agrandissements auraient porté du côté de l'abside, en sorte que la façade occidentale ne fut pas déplacée et s'éleva au même endroit que celle construite par saint Nicaise. Ce portail était précédé d'un atrium entouré d'une galerie à arca des qui avait été probablement remanié lors des travaux d'Ebbon et d'Hincmar et n'était plus Vatrium primitif, mais qui occupait sans doute exactement la même surface. C'était Varcuatum opus démoli par Adalbéron. Quant à la phrase de Richer indiquant que ces arcs s'étendaient sur un quart de la longueur de la basilique, il ne faut pas l'appliquer dans un sens restreint à la basilique toute seule, mais à l'ensemble du monument, c'est-à-dire à l'église et à son parvis. Le parvis, avec les portiques aux arcs élevés, eminenti structura, qui régnaient tout autour, représentait dans cet ensemble le quart de la longueur totale. Pour les fontes miro opère dont parle le continuateur de Flodoard, on doit y reconnaître l'antique baptistère, richement orné de marbres et de mosaïques, qui pouvait abriter Valtare Sancti Salvatoris, à côté de la cuve baptismale. Le texte de l'annaliste semble indiquer une superposition des fonts et de l'autel à Varcualum opus, mais on a cherché à établir, en s'appuyant sur un exemple emprunté à Du Cange, que la préposition supra pouvait exprimer une idée de juxtaposition, de voisinage immédiat, et nous montrer simplement que le baptistère se reliait aux arca des et se rattachait à l'atrium. C'est donc Vatrium et le baptistère qu'Adalbéron aurait fait disparaître pour agrandir la cathédrale.
Cette explication fut acceptée par L. Demaison et par M. Ph. Lauer, comme « de beaucoup la plus plausible ». R. de Lasteyrie l'a réduite à néant. « Rien d'abord ne permet d'affirmer qu'Ebbon ait agrandi sa cathédrale seulement du côté de l'abside. Il n'y a pas un mot dans Flodoard qui vienne à l'appui de cette supposition. L'atrium n'était plus une dépendance obligée des églises carolingiennes, et le prélat, en donnant à l'édifice des proportions plus vastes, « n'a pas dû conserver sans nécessité un accessoire occupant autant de place ». « Les mots arcuatum opus peuvent désigner des arca des, mais ce ne sont pas celles qui auraient entouré Vatrium. Richer, en effet, nous parle d'un ouvrage surmonté de voûtes, fornicées ; or, à cette époque, les portiques qui encadraient les quatre côtés d'un atrium étaient toujours couverts d'un appentis en charpente. D'ailleurs, d'après Richer lui-même, cet ouvrage n'était pas en avant de l'église ; il était à l'intérieur du monument, le long des portes, secus valvas ecclesiae, et il occupait près du quart de la basilique, à partir de l'entrée, ab ecclesiae introitu ». En prétendant que des mots quartam basilicae partem, au lieu de s'appliquer à la seule basilique, doivent s'entendre de l'ensemble du monument, c'est-à-dire de l'église et de son parvis, c'est donner une interprétation tout à fait arbitraire. Il serait facile de prouver par nombre de textes qu'on n'a jamais considéré l'atrium comme partie intégrante de la basilique, « et qu'on ne pouvait en confondre l'entrée avec celle de la basilique elle-même ». « Quant au sens attribué à supra d'après une charte de 832 citée par Du Cange, il ne peut être justifié. Supra et super n'ont jamais été les équivalents de juxta et doivent toujours se traduire par sur ».
R. de Lasteyrie en revient donc à l'opinion de Quicherat : « Cet arcualum opus était une sorte de large tribune portée sur des voûtes assez élevées. Elle était adossée aux portes de la cathédrale et occupait un espace correspondant à deux ou probablement trois travées ». Il est probable qu'elle communiquait avec l'intérieur par des arca des analogues à celles qui reliaient la nef aux bas côtés. Les voûtes devaient être des voûtes d'arêtes, dont les supports étaient assez rapprochés.
On connaît, du reste, plusieurs exemples de semblables tribunes. Dans la partie carolingienne des ruines de Saint-Pierre de Jumièges, on voit les restes d'une tribune placée de la même façon que celle de Reims. Sur celle-ci étaient placés un autel dédié au Sauveur et des fonts baptismaux. Nous savons que des autels avaient été établis dans les tribunes d'autres églises carolingiennes, par exemple à la cathédrale du Mans rebâtie par l'évêque Aldric. La situation des fonts offre un peu plus de difficulté, car elle n'est confirmée par aucun autre exemple, mais elle n'a rien d'invraisemblable. De bonne heure en France on a renoncé à élever des baptistères distincts des cathédrales. On pratiquait le baptême par infusion qui avait commencé à prévaloir dès le VIe. Les cuves baptismales destinées surtout au baptême des enfants, prirent des proportions réduites qu'elles ont conservées jusqu'à nos jours. On les introduisit à l'intérieur des églises ; leur place a varié et l'on voit dans le plan de Saint-Gall (voir Dictionnaire, t. VI, à ce nom) les fonts installés au milieu de la nef. On a pu tout aussi bien les reporter dans une tribune.
Ainsi les constructions signalées par nos chroniqueurs ne sont pas antérieures à la cathédrale d'Ebbon. La démonstration est faite, et il ne saurait plus être question aujourd'hui d'un baptistère du Ve.
XXXIII. L'archevêque Seulfe ou Adalbéron. — Un chanoine de Reims contemporain de l'archevêque Samson (1140-1161) composa un abrégé en deux livres de l'Histoire de l'Église de Reims de Flodoard qui fut augmenté d'un supplément jusqu'à l'époque d'Adalbéron et publié par le P. Sirmond. En plus de ce supplément le chanoine avait inséré quelques notes recueillies et publiées par le P. Labbe, dans sa Nova bibliotheca manuscriptorum librorum, t. I, p. 362-364, celle-ci entre autres : « Nos prédécesseurs répétaient souvent que Seulfe avait augmenté la cathédrale de la longueur de trois arcs. Ils disaient aussi qu'il avait construit la vieille tour que l'archevêque Samson fit détruire, lorsqu'il augmenta lui-même l'église de la longueur de deux arcs, et qu'il commença à édifier une tour de chaque côté, en l'an de l'Incarnation 1152. Mais comme on ne trouve aucune mention de cette opinion dans le livre de Flodoard, la chose parait incertaine, n'étant confirmée ni par écrit, ni par aucun témoignage. Or Flodoard qui est l'auteur de cet ouvrage fut contemporain de l'archevêque Hervé, et aussi de Seulfe et d'Artaud, ainsi qu'on peut en juger par ses propres paroles, et lui qui nous a énuméré dans son récit leurs moindres œuvres n'aurait sans doute pas omis ce fait important, s'il en avait connu la vérité ». Flodoard fait mémoire, en effet, de ce qui fit l'archevêque Seulfe, il ne dit rien d'un remaniement de la cathédrale, peut-être ce remaniement fut-il l'ouvrage d'Adalbéron, à partir de 971. Les trois travées dont il est question dans le texte qu'on vient de lire pourraient être celles qu'il avait gagnées à l'intérieur par la démolition de Varcuatum opus. Ou bien encore, ce même Adalbéron prolongea-t-il l'édifice à l'extérieur. La vieille tour que Samson fera démolir devait être son ouvrage. On a d'autant plus de raison de le penser que Richer nous apprend qu'Adalbéron donna des cloches, campans mugientibus ; il fallait donc une tour pour les loger.
On l'appelait la « vieille tour » et elle s'élevait à côté du portail. Un ordinaire rédigé pendant la première moitié du XIIe, nous fait voir les enfants de chœur qui, le jour des Rameaux, précèdent la procession afin de chanter de là-haut, à son retour, le Gloria laus. Cette tour fut démolie en 1152 par l'archevêque Samson ; ce n'est que beaucoup plus tard qu'on s'avisa de ne plus transcrire cette rubrique, la tour avait disparu et les enfants de chœur chantaient le répons derrière les portes fermées de l'église au moment du retour de la procession.
XXXIV. Aspect au XIIe. — Dans la première moitié de Ce on peut se représenter ainsi la cathédrale. La couverture consistait en un plafond en bois avec charpente apparente. Les absides sont voûtées, revêtues de peintures ou de mosaïques. L'éclairage était échauffé par des vitraux historiés : fenestris diversas continens historias dilucidatam. Au milieu de la cathédrale s'élevait un autel surmonté d'un ciborium que l'archevêque Seulfe avait fait recouvrir d'argent. A l'entour, un riche chancel dû à la libéralité d'Adalbéron. Celui-ci avait fait exécuter un chandelier à sept branches et des couronnes de lumière d'un travail remarquable pour servir à la décoration de l'édifice.
On voyait devant l'autel une mosaïque figurant des entrelacs, des rinceaux et des feuillages qu'on peut faire remonter jusqu'à l'époque d'Hincmar. Un fragment important a été découvert lors des fouilles de 1919, sous un remblai de 0 m. 70 d'épaisseur. Elle était formée de cubes de trois couleurs en marbre noir, en terre cuite rouge et en pierre jaune. M. H. Deneux a constaté que les cubes rouges sont formés de débris de poteries romaines, sectionnées en forme de dés.
Le pavement du chœur offrait les dalles tumulaires des archevêques avec leur épitaphe. Lors de la reconstruction du XIIIe, les tombes demeurèrent, mais les dalles furent remplacées par de simples noms. Peut-être avaient-elles été calcinées par l'incendie de 1210. La dalle d'Adalbéron fut épargnée et dom Marlot nous apprend qu'elle se trouvait près des degrés du sanctuaire et du lutrin. Celui-ci se voyait au milieu du chœur, à l'endroit où il s'élevait encore en 1911, à la hauteur du huitième rang de piliers, à partir du grand portail.
Adalbéron avait été inhumé au pied de l'autel de la Sainte-Croix, autel mentionné dans l'Ordinaire du XIIe qui l'associe à l'ambon placé à l'entrée du chœur. Cet ambon, sur lequel l'archevêque bénissait les cierges le jour de la Purification devait se trouver à l'extrémité de la huitième travée de la cathédrale du XIIIe, à proximité de la travée suivante. Devant l'ambon se trouvait une couronne argentée par les soins de l'archidiacre Boson (mort vers 1165).
La cathédrale possédait une sacristie où l'archevêque déposait ses vêtements pontificaux.
La façade occidentale avait trois portes précédées du porche. Dans le porche de gauche on voyait un autel dédié à Saint-Jean-Baptiste, dans le porche de droite un autel à saint Maurille.
On lit dans un Carmen ad Rotbertum, regem Francorum écrit vers 1006 par Adalbéron, évêque de Laon :
Labitur aula tulis rutilat quo splendida fulvis, et on a pu y voir que la cathédrale avait une toiture dorée, quant à y placer des coupoles dorées c'est une forte invraisemblance pour un édifice carolingien sur plan basilical. Peut-être le vers est-il une simple métaphore. Les termes qu'on y lit paraissent empruntés à une formule banale, on les retrouve à peu près identiques en d'autres écrits.
Les fondations de ces deux tours carrées ont été retrouvées lors des fouilles récentes dans les bas-côtés nord et sud, au niveau du deuxième pilier de la nef actuelle. Un mur épais de 2 m. 60 les réunissait dont on a découvert les substructions et servait de soubassement au portail. Il n'y a en tout cela rien de carolingien. Les deux travées de la nef bâties par l'archevêque Samson étaient certainement voûtées.
L'un des résultats les plus importants de ces fouilles est de nous faire connaître l'emplacement exact du portail et des tours de Samson. L'ampleur de la vieille cathédrale a été pour nous une révélation inattendue, avouait L. Demaison. L'édifice actuel ne la dépasse que de la longueur d'une travée et demie. Ceci, du reste, ne doit pas trop nous surprendre, car nous savons que l'église primitive, depuis sa fondation au début du IXe, avait subi des accroissements notables : trois travées ajoutées peut-être par Adalbéron, deux par Samson en dernier lieu. Ces remaniements successifs l'avaient allongée considérablement et l'on ne peut s'étonner des dimensions qu'elle avait atteintes. Mais il ne serait pas juste d'attribuer cette importance à la seule cathédrale carolingienne qui avait été modifiée à plusieurs reprises et en partie reconstruite un demi-siècle auparavant.
Le 6 mai 1210, un immense incendie dévora une partie de la ville, l'église d'Ebbon, d'Hincmar et de Samson, la cathédrale ne fut pas épargnée, on peut croire que les parties les plus anciennes furent détruites, mais les travées récemment élevées, au XIIe, et pourvues de voûtes, ainsi que le portail, auront pu résister au fléau tout en n'étant pas indemnes. Dans quelles conditions les fit-on disparaître pour faire place à l'édifice qui leur a succédé, nous l'ignorons et il nous suffit d'avoir conduit jusqu'ici l'histoire des cathédrales de Reims antérieures au XIIIe, en nous appuyant sans cesse et citant souvent le travail de L. Demaison, qui est celui qui a le mieux connu, jusque dans leurs moindres détails, les particularités et l'ensemble de cette histoire du passé architectural de Reims.
XXXVI. Martyre et résurrection de la cathédrale. — Pour la cathédrale de Reims nous ferons une exception, unique dans ce Dictionnaire, nous parlerons de l'édifice gothique.
Nous venons de voir comment la cathédrale carolingienne avait péri le 6 mai 1210. Un an après, au jour anniversaire du désastre, l'archevêque Aubri de Humbert posa la première pierre de l'édifice, 6 mai 1211. Dix ans plus tard, une bulle du pape Honorius III exalte sa structura egregia et adeo dispendiosa. Nous savons par un chroniqueur du temps, Aubry de Trois-Fontaines, que pendant les vingt premières années, les travaux furent poursuivis avec une activité prodigieuse.
En 1241, le chœur était terminé et le chapitre en prit possession le 7 septembre. À cette époque, les premières travées de la nef, à partir du transept, étaient achevées, et l'album célèbre de Villard de Honnecourt nous a conservé des croquis d'une de ces travées et d'une fenêtre des bas-côtés ; son dessin paraît avoir été exécuté vers 1244 ou un peu avant. À la fin du XIIIe, le vaisseau entier était achevé ; l'intérieur était complet avant l'an 1300.
Lorsque le corps de l'édifice fut terminé dans son ensemble, on eut l'idée d'un monument commémoratif qui rappellerait les noms des architectes. Ce fut un labyrinthe, situé dans la troisième et la quatrième travée de la nef, à partir du grand portail. Il affectait la disposition d'un carré, flanqué aux quatre angles de compartiments de forme polygonale. Au centre, on voyait l'effigie d'Aubri de Humbert et dans les angles les figures des maîtres de l'œuvre avec leurs noms ; à l'angle supérieur, à droite, était représenté Jean d'Orbais « qui encommença la coiffe » de l'église » ; en face, à gauche, Jean Le Loup « qui fut maître de l'église seize ans et encommença les portaux » ; à l'angle inférieur, à gauche, Gaucher de Reims, maître pendant huit ans « qui ouvra aux voussures et portaux », enfin, à droite, Bernard de Soissons, maître pendant trente-cinq ans, « qui fit cinq voûtes et ouvra à l'O [la grande rose du portail].
La place éminente appartient à Jean d'Orbais qui traça le plan et éleva le chevet de la cathédrale ; il fut l'artiste de génie qui conçut et créa l'un des plus purs chefs-d'œuvre dont puisse se glorifier la civilisation.
En 1300, le vaisseau était complet, sauf quelques travaux extérieurs. Ces travaux furent bientôt ralentis par les misères de la guerre de Cent ans et ne purent être poursuivis que fort lentement et avec des ressources intermittentes. Au début du XVe le sommet des tours n'était pas achevé. En 1406, le chapitre obtint du roi Charles VI l'autorisation de prendre des pierres partout à quatre lieues autour de Reims et de pratiquer les chemins et passages nécessaires pour en effectuer le transport. En 1427, l'étage supérieur de la tour septentrionale fut terminé grâce aux libéralités du cardinal Guillaume Fillastre.
Le mardi 24 juillet 1481, un fourneau allumé par des ouvriers occupés à réparer la toiture en plomb de la cathédrale, communiqua le feu à la charpente qui fut bientôt totalement embrasée. Les flammes ne s'arrêtèrent qu'aux voûtes, lorsqu'elles n'eurent plus rien à consommer. Le comble et le clocher central étaient réduits en cendres ; les galeries ajourées en pierre, à la naissance du toit, les pignons des façades des croisillons étaient calcinés. Or, dès le lendemain, le chapitre se réunit pour aviser aux moyens à prendre en vue de la réparation du monument. Le concours empressé de tous : princes, bourgeois, prélats, clercs et religieux permit la reconstruction des parties détruites. En 1492, la toiture de la nef jusqu'à la croisée était déjà rétablie, ainsi que celle du chevet avec sa flèche ; il ne restait plus à exécuter que le comble du transept et le grand clocher entre la nef et le chevet.
Les pignons du transept ne furent restaurés que vers le début du XVIe. En 1506, le chapitre prescrivit une expertise afin de déterminer l'état de la cathédrale et les travaux nécessaires. On reconnut l'urgence de certaines réparations, entre autres celles des « claires-voies », c'est-à-dire des galeries ajourées qui régnaient le long des combles et qui avaient été fort maltraitées par l'incendie. Les experts réclamaient les flèches qui devaient couronner les tours du portail et l'achèvement des quatre tours commencées au bout des croisillons du transept. C'était trop demander. À la place du clocher dont la flèche s'élevait à 240 pieds de hauteur sur la croisée de l'église, on se contenta d'un humble pavillon, et sur les tours du portail on posa des toitures basses, en 1515.
Vers 1775 une menace plana un moment ; il fut question de surmonter la croisée du transept d'une coupole, dans le style du Panthéon.
On avait d'ailleurs bien d'autres soins à donner à la cathédrale qui commençait à offrir des symptômes de décrépitude. Ses sculptures s'effritaient sous l'influence de la gelée et de l'infiltration des eaux ; le grand portail surtout s'altérait. En 1611 et 1612, on dépensa plus de 4 500 livres pour les réparations des voussures des portes. De 1734 à 1742, on remania de nouveau le portail depuis la galerie des Rois et le groupe des statues colossales de David et de Goliath jusqu'aux gables des portes et aux soubassements. Ces opérations ont laissé des traces trop visibles et fâcheuses.
La Révolution française ne causa pas de graves détériorations à l'édifice : quelques figurines qui ornent les montants des portes de la façade occidentale furent mutilées, semble-t-il, intentionnellement. Pendant la première moitié du XIXe on procéda à des travaux d'entretien parfois importants ; en 1845, on entreprit des restaurations considérables. Successivement, Viollet-le-Duc, en 1865 ; Millet, en 1876 ; Ruprich-Robert ; Darcy en 1888 ont entretenu l'édifice sans toujours s'interdire d'appliquer leurs idées personnelles. Vers le commencement du XXe, il se produisit au portail principal une crevasse inquiétante qui disloqua la grande rose. Il fallut démonter celle-ci pour la reconstruire et la remettre d'aplomb, lui-même temps, on a réparé les figures colossales de David et de Goliath qui la surmontent, le fronton et la tour méridionale. Les travaux continuent toujours et s'attaquent maintenant à la tour du Nord et au portail latéral. Ceci était écrit en 1911.
Le 3 septembre 1914, trois patrouilles de hussards prussiens, conduites chacune par un officier et guidées à coups de sifflet, parvinrent de trois côtés différents sur les hauteurs de Witry. Le 4, un obus allemand tomba sur la ville, il fut suivi de cent soixante-quatorze autres. Quelques vitraux de la cathédrale furent brisés, le groupe de la Visitation fut éraillé. Ensuite, les troupes allemandes coulèrent, pendant six jours, à travers la ville, et puis ce fut la bataille de la Marne... Le 12 septembre quelques chasseurs à cheval parurent dans un faubourg de la ville, et à l'extrémité opposée les dernières patrouilles de l'arrière-garde allemande détalaient. Le 14 septembre, des côtes de Nogent-l'Abbesse, de Berru, de Witry, de Brimont les obus de calibre 150 commencèrent à tomber et les artilleurs allemands réglèrent leur tir sur la cathédrale. Le 18, le premier obus qui arriva au but explosa sur le parvis. Un autre troua une verrière. Un troisième entama l'abside. Un quatrième attaqua les contreforts du côté nord. Un cinquième fit crouler le petit clocher du transept. Les blessés déposés dans la nef avaient été tués ou écharpés par les éclats des projectiles et de moellons. Le 19, le tir reprit dès sept heures du matin. Et ce jour-là, vers le milieu de l'après-midi, un obus éclata sur l'échafaudage qui enveloppait la tour du Nord. Bientôt, dans les combles, la charpente du XVe brûla, le plomb des toits fondit d'abord goutte à goutte, ensuite à gros bouillons. Dans la nef, prêtres et infirmières s'efforcent d'écraser les flammèches qui risquent de mettre le feu à la paille pendant qu'on évacue les blessés allemands. Il faut dès lors renoncer à rien tenter pour le salut des statues du petit porche léchées par la flamme, assommées par la chute des madriers.
Le lendemain 20 septembre, les jours suivants et durant les mois d'octobre, de novembre, de décembre, pendant toute l'année 1915 et les premiers mois de 1916, le bombardement de la cathédrale continue. La voûte est crevée, les contreforts sont ébranlés, les colonnettes, les balustrades déchiquetées. Qui n'a pas eu devant les yeux le spectacle tragique et abominable de la cathédrale saignante et héroïque, offrant sa chair meurtrie comme la rançon de la patrie saccagée.
L'histoire de cet attentat a été écrite jour par jour, par Monseigneur Landrieux, curé de la cathédrale martyre.
Il existe sur ce sujet une multitude d'écrits dont nous n'avons pas à rappeler les noms et le mérite à cette place, mais il est une statistique plus éloquente que toutes les indignations, c'est le compte des obus allemands repérés qui ont frappé la cathédrale du 4 septembre 1914 au 17 septembre 1918.
1914, 63 obus ; 1915, 32 obus ; 1916, 7 obus ; 1917, 51 obus ; 1918, 6 obus. Soit, à la date de l'évacuation, 159 obus repérés dont 42 avant l'incendie et 117 après. A partir du 25 juin 1918 on a noté sur les rapports quotidiens de la gendarmerie 128 obus repérés (soit 159+128 = 287) sans parler de la journée du 24 avril 1917 qui fit de terribles ravages, mais dont on n'a pu relever les coups un par un ; ni les trois mois du 21 mars au 25 juin 1918 où il n'y eut personne pour tenir à jour cette sinistre comptabilité. Et aujourd'hui, 10 juillet 1938, à l'heure même où nous achevons cette notice, toutes les pensées et tous les regards de la France se tournent vers la cathédrale ressuscitée, revêtue de sa parure de beauté immortelle, ayant trouvé un émule de Pierre d'Orbais pour la panser, la guérir, la redresser haute et fière comme aux jours des sacres royaux, M. Henri Deneux. obit le 7 septembre. Le nécrologe de l'abbaye l'inscrivait à cette date, mais ce manuscrit est perdu ; toutefois un cérémonial de l'année 1742 porte son souvenir à la veille de ce jour : 6° septembris. Anniversarium Joannis, urbis Romae praefecti, hujus ecclesiae fundatoris munifici, celebratur solenniter cum vigiliis Irium lectionum et majori sacro in quo ministrant diaconus et subdiaconus, adolelur incensum, et in fine absolutis ad lectionem. Pulsatur major campana primae turris modo in fine ceremonialis descriptae. In vesperis autem accenduntur sex cerei ad altare cum quatuor ad lecticam quae antea praeparanda est l.
Sur le portail ou à l'entrée de la basilique on lisait cette inscription gravée en lettres d'or (voir Dictionnaire, t. VII, col. 2750) dont voici la traduction : « Jovin embrassa avec succès la carrière des armes ; il y parvint au comble des premières dignités : deux fois son mérite l'éleva au rang de maître de la cavalerie et de l'infanterie et il s'est acquis un nom immortel dans la postérité ; mais sa haute piété a droit à de plus grands éloges, la religion a sanctifié ses triomphes éclatants, en sorte qu'il s'est élevé au-dessus de la gloire que la renommée accordait à ses hauts faits et il s'est assuré par ses œuvres l'espérance de la vie éternelle. Il choisit ce lieu où coulent les eaux saintes du salut, pour que ses restes y puisent une nouvelle vie ; il embellit avec joie l'asile destiné à son corps et pourvoit à la conservation des membres destinés à la résurrection. Le Christ tout-puissant, juge vénérable et terrible, bon cependant et miséricordieux, fidèle espoir de ceux qui le prient, ne tient pas compte à ses serviteurs de leurs actions d'éclat : préférons donc avec raison les œuvres de la foi et de la piété ».
L'authenticité de ce texte contestée par Lacourt pour des raisons peu convaincantes peut être admise. Elle ne fait pas mention du consulat de Jovin en 367, c'est qu'elle est antérieure à l'obtention de cette magistrature suprême.
On a fait observer que les vers 10e et 11e :
Sedem vivacem moribundis ponere membris
Corporis hospitium laetus metator adornat
se retrouvent, sinon textuellement, du moins pastichés sur une inscription de Trèves du Ve :
Sedem uicturis gaudens componere membris,
Corporis hospitium sanctus metator adornat.
et tout porte à croire que l'imitation est du côté de l'inscription de Trèves, d'autant plus qu'elle a été composée pour une restauration du temple auquel elle appartenait. De plus, on remarquera l'emploi de deux présents : adornat, providet, qui témoignent que la rédaction fut exécutée du vivant de Jovin. Enfin, le quatorzième vers est faux. Est-ce une erreur attribuable aux copistes ?
Quoi qu'il en soit, la mention de la dignité de maître de la milice et l'omission du consulat invite à placer l'inscription entre 363 et 367. C'est vers ce temps que l'église Saint-Agricola aura été terminée et aura reçu son inscription dédicatoire. Dom Marlot estimait que la construction eut lieu vers l'année 330 et que l'évêque Aper y fut enterré dix ans après ; cette date est conjecturale. Le testament dit de saint Rémi nous dit que les cinq prédécesseurs immédiats de saint Nicaise reçurent la sépulture dans cette église, mais ledit testament est probablement un faux. Ce qu'on peut en retenir c'est le vocable : Ecclesia Joviniana tituli Sancti Agricoleae. On ne peut pas accorder plus de confiance à un prétendu envoi de reliques à Jovin par un pape de Rome ; le détail qu'on en donne suffirait à mettre en défiance : une dent de saint Barthélémy, une dent de sainte Agnès, une dent de sainte Marguerite (voilà beaucoup de dents), des ossements de saint André et de saint Vincent ; mais vers le milieu du IVe un pape n'eût pas eu la pensée de débiter de cette façon les corps des martyrs.
Au dire de Flodoard, les premiers évêques de Reims auraient reçu la sépulture dans le cimetière de Saint-Sixte, mais dès que la basilique Jovinienne fut bâtie on la choisit pour y ensevelir les évêques qui seraient Aper ou Afer, Maternien, Donatien, Vivent, Sévère. C'est pour cette raison qu'on y aurait apporté le corps de saint Nicaise, décapité sur le seuil de la cathédrale, le 14 décembre 406 ou 407, ou 451. L'illustration de ce martyr éclipsa le souvenir d'Agricola et les restes de saint Nicaise donnèrent à la basilique son nouveau vocable ; il y demeura jusqu'en 893, époque de sa translation dans la cathédrale par l'évêque Foulques.
La liste donnée par Flodoard des évêques inhumés dans l'église Saint-Agricola s'arrête à saint Nicaise. Sonnace, un de ses successeurs, mort en 631, désigna l'église Saint-Remi comme lieu de sa sépulture, toutefois il léguait à Saint-Nicaise 5 solidi d'or. Quelques années plus tard, en 649, l'évêque Landon, enterré lui aussi à Saint-Remi, fait un présent d'argenterie à Saint-Nicaise.
XXX IX. Sarcophage. — L'église Saint-Nicaise a possédé autrefois un sarcophage, aujourd'hui détruit, et qui avait orné l'antique basilique Jovinienne, il aurait contenu, disait-on, les corps de saint Nicaise et de sa sœur. Deux palmiers assez rapprochés pour former une sorte d'arcade sous laquelle on voit le Sauveur debout entre saint Pierre et saint Paul. À saint Pierre le Christ remet la loi nouvelle, tandis que saint Paul tient un rouleau dans lequel le dessinateur de dom Marlot a pensé voir un calice. Saint Pierre porte sur son épaule la croix qui sera l'instrument de son supplice. Aux pieds du Sauveur un agneau debout qui le regarde et un cerf qui semble se désaltérer à l'un des fleuves découlant du tertre, mais celui-ci n'est pas indiqué. Une dernière scène représente Job vêtu d'une tunique exomide, assis sur un tabouret en forme de pliant qui remplace le fumier ou la cendre, même il pose le pied droit sur un scabellum ; devant lui, sa femme qui se bouche le nez avec le pan de son vêtement et tendant un pain au bout d'un bâton dont on voit l'attache. Un ami assiste à cette scène. Disait-on, une trentaine d'années auparavant, en démolissant un mur près de la porte de Mars, il se trouvait à côté d'une statue de Cybèle, déposée dans la chapelle souterraine de l'archevêché. Voici l'histoire de cette sculpture qui se rattache au sarcophage du VIe que nous venons de décrire.
« Ledit sarcophage était, à l'origine, adossé à une muraille ; aussi sa face postérieure n'avait-elle pas été sculptée. Mais dans l'église Saint-Nicaise, bâtie au XIIIe, il avait été placé à droite, entre le second et le troisième pilier, et se trouvait ainsi isolé et visible sur tous ses côtés. Au XVe, les religieux jugèrent que la face nue et dépourvue de tout ornement offrait un aspect disgracieux et ils résolurent d'embellir le monument et d'en faire compléter la sculpture. Dom Le Fondeur, trésorier de l'abbaye, s'adressa dans ce but à un sculpteur renommé alors, Thibaut Poissant, d'Abbeville, qui venait, en 1653, de participer à la décoration du mausolée du duc Henry de Montmorency, en l'église de la Visitation de Moulins. Cet artiste, conformément aux instructions qu'il avait reçues, s'appliqua à transformer le tombeau de saint Nicaise. Pour faire pendant au bas relief primitif, il exécuta, en 1655, sur le côté opposé, un nouveau bas-relief figurant le martyre du saint et de sa sœur Eutropie. En même temps, il plaça un ange de marbre à chacun des angles du couvercle du sarcophage, et le surmonta d'une urne également en marbre. Ainsi, dans son dernier état, le monument appartenait à la fois au VIe et au XVe.
« Après la démolition de l'église lors de la Révolution, le sarcophage tomba entre les mains d'un entrepreneur de maçonnerie qui le fit scier et débiter en morceaux. On prétend que le marbre servit, au commencement du XIXe, à faire une cheminée dans le presbytère du village de Chenay, près Reims. Quelques menus fragments très mutilés et sciés en travers, ont été retrouvés et recueillis au musée de Reims. En 1887, L. Demaison attira l'attention sur trois de ces fragments se rapportant aux figures du Christ et de la femme de Job et il leur consacra une notice accompagnée d'une reproduction en photogravure. Depuis, d'autres morceaux sont venus se joindre à ceux-ci. On a eu l'heureuse idée de les présenter sur une maquette en plâtre où l'on avait indiqué au trait le contour des figures du bas-relief. Chacun des fragments avait été incrusté à sa place, et l'on pouvait se rendre compte ainsi de la position qu'il occupait dans l'ensemble et des sujets dont il faisait partie. Malheureusement la guerre a tout détruit et il n'en reste plus aucune trace.
« Il n'est pas douteux que le fragment de la collection Morel provient aussi du sarcophage de saint Nicaise. Le marbre est identique ; les personnages ont été sciés et mutilés de la même façon que ceux du musée de Reims ; mais ils ne se rattachent à aucun des sujets traités par le sculpteur du VIe et leur style est bien différent. Leurs costumes sont ceux de soldats romains dans le goût du siècle de Louis XIV. Nous avons là sûrement un reste de l'œuvre de Thibault Poissant. Ces guerriers avec leurs boucliers à l'antique, représentent certainement les barbares qui, dans le bas-relief du sculpteur abbevillois, égorgeaient saint Nicaise. Ch. Givelet partage cette opinion.
« Quant à la provenance de ce fragment qui aurait été découvert près de la porte de Mars « à côté d'une statue de Cybèle », on est très fondé à en contester l'exactitude. On a bien soutenu également que le débris antique du sarcophage, représentant la femme de Job, avait été trouvé sur la place du Palais-de-Justice à Reims, lors des travaux exécutés pour la réparation des fontaines. Ce renseignement, sans doute, ne mérite pas plus de confiance. Il est vrai que ces débris ont pu être dispersés, jetés aux décombres et remis au jour dans des endroits fort imprévus.
« Aujourd'hui, hélas, il ne reste plus rien du tombeau de saint Nicaise, à l'exception du très modeste fragment conservé au British Muséum et qui a dû son salut à son transport en Angleterre.
XL. Trois basiliques rémoises des Ve-VIes. — 1° Saint-Remi. — Nous en reparlerons dans un instant ; il n'en est question ici que pour constater son existence attestée par trois fois dans les ouvrages de Grégoire de Tours. L'église renfermait le tombeau du saint et le monastère était gouverné, en 590, par l'abbé Epiphanius. Elle avait porté d'abord le vocable de Saint-Christophe qui laissa place à celui du grand évêque Rémi. Elle occupait une situation un peu excentrique par rapport à la cité, se trouvant située à 1300 mètres environ au sud-sud-est de la cathédrale. Saint-Remi ne fut compris dans les murs de Reims qu'à partir du XIVe.
2° Saint-Timothée-et-Saint-Apollinaire. — Leur basilique fut bâtie par un certain Eusebius, vir spectabilis ; nous devons ce renseignement à Flodoard qui aura pu l'emprunter à une inscription. L'épithète vir spectabilis disparut de bonne heure, on ne la retrouve même plus à partir du VIIe et la renaissance carolingienne ne la fit pas revivre. D'après cela cet Eusebius doit être un personnage assez ancien puisqu'on rencontre le titre vir spectabilis pour la première fois en 378. Au Ve, on appliquait ce titre aux chefs de bureaux, cités par la Notitia dignitatum ; il faut donc y voir un fonctionnaire gallo-romain de la fin du IVe ou du Ve, homme dévolu à qui l'évêque accorda les reliques des deux martyrs. L'église de Saint-Timothée fut unie au Xe, par Artaud ou Adalbéron, à l'abbaye de Saint-Remi ; en 1064 on y établit un chapitre de chanoines qui subsista jusqu'à la Révolution. L'église était située dans le bourg de Saint-Remi, à 100 mètres, vers l'est de l'église abbatiale. Saint Julien de Briouze dont elle possédait certaines reliques et se trouvait située dans le faubourg ; elle appartenait, dès l'an 1071, à l'abbaye de Saint-Remi et était attenante au cimetière. Elle a été démolie.
4° Autres églises. — Le testament dit de saint Rémi en compte dix-sept désignées par leurs noms, mais le document n'est pas de ceux auxquels on puisse faire confiance, et ce passage est particulièrement suspect.
5° Autres édifices. — Des épisodes comme la dévastation du Rémois par Childebert, en 556, avaient appris aux moines et aux nonnes les graves inconvénients des établissements situés en dehors des murailles, aussi, nonobstant le besoin de se trouver au large, à la campagne pour cultiver le sol et subvenir à leurs besoins, ils comprirent la nécessité de s'enfermer dans la ville et ce fut le cas pour les monastères de Saint-Thierry, de Saint-Remi, de Saint-Pierre-les-Dames et de Saint-Pierre-en-la-Cité. Il en fut de même pour l'hôpital et pour la maison épiscopale.
Quoi que les enceintes tracées vers la seconde moitié du Ve nous frappent presque toutes par l'exiguïté de leurs dimensions et l'entassement qui dut en être la conséquence pour les édifices et les maisons, les églises et les monastères surent s'arranger presque toujours de manière à s'étendre sur un terrain vague. On lit dans Grégoire de Tours à propos de Saint-Remi, qui, il est vrai, se trouvait hors les murs : Erat enim haud procula basilica [S. Remigii] campus tellure fecundus, tales enim incolae olcas vocant, et hic datus basilicæ sanctæ fuerat, il s'agit ici de terres arabes. C'est ainsi qu'on s'isole et qu'on fait son pré carré, ce n'est pas un exemple isolé.
6° Cimetières. — On sait qu'à l'époque romaine les cimetières étaient toujours situés en dehors des villes ; il ne pouvait exister à proximité des tombes que des jardins, des habitations rurales et des villas éparses, éloignées du centre urbain. À Reims le bourg Saint-Remi est une création du Moyen Âge ; il n'a point succédé à un quartier de la ville romaine, qui s'étendait surtout vers le Nord et l'Ouest dans la direction opposée.
À la fin du VIIe, l'évêque saint Rigobert assigna aux clercs de l'Église de Reims, comme lieu de sépulture, l'église Saint-Hilaire, située près de la porte de Mars, près d'un ancien cimetière romain. Vers la même époque, saint Baudericus fut enseveli extra muros Remorum civitatis. Ce n'est que plus tard que tombera la prévention contre les sépultures urbaines.
XLII. Église Saint-Remi. — L'église de la célèbre abbaye bénédictine de Saint-Remi est l'un des édifices romans les plus remarquables du nord de la France. Une circonstance ajoute encore à l'intérêt qui s'y rattache, c'est qu'elle est datée. Il existe, en effet, le récit d'un témoin oculaire, Anselme, moine de l'abbaye au XIe, qui nous a conservé de précieux détails sur les progrès de la construction. Cet Anselme écrivit un Itinerarium Leonis papœ dans lequel il raconte la cérémonie de la dédicace par le pape Léon IX et rapporte comment la construction demanda presque un demi-siècle.
Ainsi qu'on l'a dit, les origines de Saint-Remi ont été fort modestes ; c'était, au VIe, une humble chapelle dédiée primitivement à saint Christophe, où le corps de saint Rémi fut déposé aussitôt après sa mort. Cet oratoire se trouvait dans un très ancien cimetière de Reims, mais il ne tarda pas à devenir insuffisant eu égard à la foule des pèlerins qui visitaient la tombe du grand évêque ; il fallut le remplacer par une église plus vaste qui eut elle-même à subir des remaniements et des reconstructions successives. L'archevêque Hincmar, en même temps qu'il achevait la cathédrale commencée par Ebbon, fit relever la basilique de Saint-Remi qui tombait en ruines, et il poussa la construction de telle sorte qu'il put en faire la dédicace en 852. Malheureusement le bâtiment se ressentit de cette hâte et, au bout de cinquante ans, il était dans un tel état de décrépitude qu'il fallut entreprendre une restauration totale. Ce fut l'abbé Airard qui s'en chargea. Voici le récit d'Anselme :
« Après sa mort, Thierry, son successeur, voulut achever son entreprise ; mais la tâche était si lourde qu'il lui parut impossible de la mener à bonne fin. Il prit donc conseil des plus sages parmi les moines qui étaient sous sa dépendance, et des personnages les plus respectables de la province de Reims ; sur leur avis, il se décida à détruire en partie l'édifice commencé par son prédécesseur, en respectant quelques fondations dont la conservation sembla nécessaire aux architectes ; puis il se mit à élever une église d'une construction plus simple, mais tout aussi convenable... Diliculter aggressus est inclinaium diruere opus ; quo pane, diruolo et fundamentis quibusdam relictis quae architectis visa sunt necessaria fore futuris sedibus, divinam domum cœpit jaciliori quidem structura, sed non indecentiore construere.
« Ce fut la cinquième année de sa promotion à la dignité d'abbé, vers 1039, qu'il entreprit cette œuvre. Laïques et ecclésiastiques lui prêtèrent à l'envi leur concours ; plusieurs membres du clergé employèrent d'eux-mêmes leurs chariots et leurs bœufs au transport des matériaux. On établit des fondations dans les endroits où il n'y en avait pas encore, on mit en état les colonnes du premier édifice détruit ; on éleva sur elles des arceaux cintrés avec soin, et la basilique commença à prendre figure entre les mains des constructeurs. Fuis, lors que les murs des galeries furent bâtis de toutes parts et que le faîte de la nef eut atteint une plus grande hauteur, on rasa de fond en comble la vieille église dédiée jadis par Hincmar, et l'on couvrit d'un toit provisoire le chœur des moines, afin qu'ils pussent vaquer aux offices divins sans être exposés aux intempéries.
« Sur ces entrefaites, en 1045, l'abbé Thierry mourut prématurément, après avoir gouverné son monastère pendant onze ans et huit mois. Hérimar, qui lui succéda, avait été prévôt de l'abbaye ; il avait été déjà, en cette qualité, l'un des collaborateurs les plus zélés de Thierry dans la construction de l'église, et lui avait fourni de nombreux subsides sur le revenu des domaines confiés à son administration. Il ne laissa donc pas longtemps l'œuvre en suspens ; il fit achever l'aile droite du transept, déjà fort avancée, et l'aile gauche qui n'avait encore que des fondations, ainsi que les escaliers donnant accès aux parties supérieures. Enfin, à l'aide de poutres amenées de la forêt voisine de l'abbaye d'Orbais, il éleva une charpente sur l'édifice qui fut, dès lors, terminé dans toutes ses parties. » La dédicace fut faite par le pape Léon IX au mois d'octobre 1049.
Nous n'abordons pas l'étude de cette église romane, mais le texte qu'on vient de lire est un précieux document en ce qu'il montre les procédés en usage lorsqu'on remplaçait une église par une autre ; celle-ci disparaissait entièrement : Velusta ecclesia, ab Hincmaro archiepiscopo antiquitus dedicata, est eversa funditus.
Est-il nécessaire de rappeler que l'église atteinte à plusieurs reprises par les bombardements fut incendiée en 1918 par les obus allemands et qu'en janvier 1919 tout le grand mur méridional de la nef centrale, qu'on n'avait pu étayer, s'était écroulé, entraînant dans sa chute le bas côté et les tribunes du Sud.
La perte de cet édifice paraissait totale et après le désastre de la cathédrale celui-ci n'eût pas été moins grave à raison des souvenirs qui se rattachent à Saint-Remi et de sa beauté propre, pour l'harmonie merveilleuse que les remaniements de l'époque ogivale surent maintenir dans l'édifice roman. De cette catastrophe l'archéologie a pu tirer quelques sérieux profits. On a vu la preuve que plusieurs chapelles, dédiées à des patrons divers, avaient précédé une première église commencée au VIIe, transformée et agrandie par Hincmar. Les fouilles ont révélé le plan et les dimensions de cette première église, à peine moins importante que celle du XIe ; on a retrouvé les soubassements de ses murs et constaté qu'elle avait deux absides, comme les cathédrales de Mayence, de Nevers, de Besançon. On a exhumé des tombes mérovingiennes, recueilli d'admirables morceaux de sculpture romane, restes des tombeaux de Lothaire et de l'abbé Odoji.
Nous avons dit que l'église actuelle date du XIe. Elle n'avait pas, à l'origine, de déambulatoire, mais un chœur peu profond, accompagné de chaque côté par des chapelles absidales qui s'ouvraient à l'est du transept ; sa nef était couverte par une charpente apparente. Au siècle suivant, Pierre de Celles agrandit l'édifice en bâtissant, autour d'un chœur plus vaste, des chapelles rayonnantes, on voulut accorder à cette construction nouvelle le style de la grande nef : on plaqua, au-dessus des pleins cintres romans, des formerets en tiers-point ; devant chaque pilier on éleva un faisceau de colonnettes destinées à recevoir la retombée des voûtes qui furent contre-butées, à l'extérieur, par des arcs-boutants. Mais ces arcs, les plus anciens à peu près que l'on connaisse en France, trop rares et s'appuyant trop haut, poussaient le mur en dedans plutôt qu'ils n'empêchaient la poussée au dehors. Aussi la voûte fut-elle sans cesse l'objet de réparations. Lorsqu'elle s'effondra tout à fait sous le règne de Louis-Philippe, les architectes n'osant pas la rebâtir en pierre, durent se contenter d'établir une fausse voûte en bois peint et plâtre qui subsista jusqu'à l'incendie de 1918. M. H. Deneux a tenu à reconstruire en pierre, et c'est là la partie la plus ingénieuse de sa restauration. Après avoir relevé en matériaux meilleurs les murs jadis défectueux, il a imaginé de combattre la poussée des voûtes non plus du dehors, mais du dedans. Au-dessus de chaque doubleau, il a jeté d'un mur à l'autre une poutre de béton armé dont la base, dessinée suivant la courbe de l'arc, l'empêche de gauchir et prévient tout écartement. L'ensemble de ces poutres enserre toute la longueur des voussures dans une sorte de « corset » qui a permis de ne point renforcer les arcs-boutants devenus presque inutiles et de ne changer quoi que ce soit à l'aspect du monument *.
XLIII. Chapiteaux. — Dans l'étude consacrée à ces monuments nous avons mentionné celui du musée de Reims (voir Dictionn., t. m, col. 468, fig. 2525) qui avec deux autres y est entré par don gracieux. Ces trois chapiteaux en marbre blanc avaient été recueillis par Narcisse Brunette, ils proviennent vraisemblablement d'une ancienne basilique rémoise.
Le premier (fig. 2525) montre une corbeille garnie de quatre larges feuilles découpées, dérivées de la feuille d'acanthe, entrelacées de bandelettes tressées et croisées entre elles. Ces feuilles sont séparées par des cordons de perles verticales, que surmontent des vases arrondis, ornés de godrons et munis d'anses, placés entre deux dauphins affrontés. Ce motif se répète sur chacune des quatre faces. Il n'est guère douteux que ce monument soit d'origine chrétienne et le style de la sculpture permet de l'attribuer au Ve.
Le deuxième chapiteau, de mêmes dimensions que le précédent, a dû appartenir au même édifice religieux et il est d'ordre corinthien, mais très dégénéré et s'éloigne notablement du type classique. D'après L. Demaison, il n'est pas sans analogie avec un chapiteau du musée de Nantes *, trouvé dans les fouilles opérées en la cathédrale de cette ville, et que l'on considère comme un reste de la première église bâtie en ce lieu. On peut également le comparer avec certains des chapiteaux antiques utilisés au XIe dans la construction de l'église Saint-Pierre de Montmartre 3 et que l'on y voit encore aujourd'hui ; mais ces derniers sont d'un meilleur style et doivent être un peu plus anciens. On remarquera toutefois que le chapiteau du musée de Reims, bien qu'il soit le produit d'un art de décadence, est encore dans la tradition antique et diffère des imitations du chapiteau corinthien qui ont été faites au Moyen Âge. Qu'on le compare avec les gros chapiteaux du croisillon nord de l'église Saint-Remi de Reims exécutés dans la première moitié du XIe, on verra que ceux-ci sont d'une exécution beaucoup plus maladroite.
Le troisième chapiteau est de moindre dimension que les deux précédents, mais il est taillé dans le même marbre et doit avoir la même origine. Au premier abord on pourrait le croire roman. Sa corbeille est recouverte de deux rangs de feuillages simples, non découpés, d'une facture un peu rude ; de la rangée supérieure s'échappent des volutes assez gauchement tracées.
Tout ce qu'on peut dire sur l'origine de ces monuments ne dépasse pas le domaine de la conjecture.
XLIV. Mosaïques. — Nous avons dit que toutes celles qui ont été retrouvées sont d'origine païenne ;
— a A. Lenoir, Statistique monumentale de Paris, atlas, 1. 1, pi. VIII. il faut faire une exception pour celles du Moyen Âge qui ont droit à une mention.
En 1860 on découvrit sur l'emplacement du chœur de l'église Saint-Symphorien un pavement de mosaïque dont un fragment important fut recueilli au musée ; il tire son intérêt principal de sa date puisque le chœur de cette église fut construit en 1209. La bordure est formée de grecques et le milieu est rempli de dessins géométriques avec rosaces et fleurons. Aucun sujet animé.
Le chœur de l'église de Saint-Remi était orné d'un pavement de mosaïque où abondaient sujets et figures et qui datait de 1090 ; ce pavement fut détruit à la Révolution, il n'en reste qu'une description par dom Marlot, Histoire de Reims, t. n, 1845, p. 543-544.
Vers 1805, on mit à jour à 1 mètre environ de profondeur, sous le sol de la rue Notre-Dame (devenue rue Robert-de-Coucy), un débris de mosaïque ayant appartenu à un édifice religieux, chapelle placée sous le vocable de Saint-Nicolas, dépendant de l'Hôtel-Dieu et probablement démolie à l'époque de la construction de la cathédrale. Il semble qu'il faille rattacher à cet édifice le fragment de mosaïque exhumé à une distance de 10 à 12 mètres environ.
Il représente Abraham et Isaac partant pour le sacrifice. Le panneau entier mesure 1 m. 20 de largeur sur 0 m. 63 de hauteur, la bordure a une largeur de 0 m. 18 et les médaillons un diamètre de 0 m. 47. Edm. Le Blant a signalé un type analogue dans un vitrail de la cathédrale de Bourges, qui est un peu postérieur et du début du XIIe. Dans les deux représentations, Isaac porte non pas le bois du sacrifice, mais la croix du Sauveur lui-même. Abraham porte la torche et le couteau. Les attributs, les costumes, la pose même des personnages sont identiques sur la mosaïque et sur le vitrail ; une seule différence à signaler : à Bourges, Isaac suit Abraham, tandis qu'à Reims il le précède. Aucun doute n'est possible sur la mosaïque comme sur le vitrail, chaque personnage est accompagné de son nom en toutes lettres.
Nous n'avons ici que la scène du départ, on ne saurait préjuger du reste puisque ce fragment a été seul retrouvé, mais on peut rappeler que le sacrifice d'Abraham était représenté, quoi que de façon bien différente, dans l'hypogée découvert à Reims sous l'église Saint-Martin et dont on n'a que des dessins trop librement exécutés.
Quoi qu'il en soit on peut constater l'existence à Reims, au XIIe, d'une école de mosaïstes, s'inspirant des traditions antiques pour la confection du travail, mais en y adaptant les sujets et les décorations du Moyen Âge.
XLV. Scriptorium. — Les fables de Phèdre nous ont été conservées par deux manuscrits dont l'un fut détruit dans l'incendie de l'abbaye de Saint-Remi, en 1774 ', l'autre a fait partie de la bibliothèque de Pierre Pithou 2. Ce texte est du IXe et présente un intérêt paléographique exceptionnel en ce qu'il offre deux traits tout à fait caractéristiques : des i allongés au commencement et même parfois dans le cours des mots, et la syllabe que abrégée par un q suivi d'un point unique. Or, ces procédés ne sont nullement familiers aux scribes de l'époque carolingienne, et ils paraissent spéciaux au scriptorium de Reims 3. Cette particularité paléographique a été relevée dans la Bible d'Hincmar, dans l'Évangéliaire de Saint-Thierry de Reims et encore dans d'autres manuscrits de cette ville. Léopold Delisle faisait observer que « si cette règle était bien établie, elle nous révélerait l'origine, jusqu'ici incertaine, de quelques-uns des plus célèbres manuscrits carolingiens ». Il signalait alors une bible de Saint-Paul-hors-les-Murs qui présente ces caractères de ressemblance. De même P. Lejay mentionnait un Térence, ms. lut. 789'J de la Bibliothèque nationale, comme offrant aussi cette double particularité *.
XI AI. Manuscrits liturgiques. — 1. Bibliothèque de Reims, ms. 320-372. - — Ce manuscrit, désigné sous le nom de « Premier sacramentaire de l'abbaye de Saint-Thierry > comprend 241 feuillets, y compris deux feuillets préliminaires cotés A et B, et les feuillets cotés 100 bis et 109 bis. Il mesure 0 m. 34 de haut sur 0 m. 26 de large. Écriture à longues lignes et ornements permettent de rapporter l'exécution à la seconde moitié du IXe.
Feuillet A. Liste des fêtes à la messe desquelles on chante le Credo (addition du XIe).
Fol. 1-8. Cahier ajouté après coup et sur lequel on a copié diverses prières, notamment celles que le prêtre pouvait réciter avant la messe : Ante conspectum divinæ majestatis tuæ, Domine, reus assisto.
Fol. 6. Avertissement sur l'utilité d'honorer chaque jour la mémoire de quelques saints et sur l'usage qu'Alcuin avait introduit à cette occasion : Catholica fide est tenendum...
Fol. 7 v°. ^^^ssa in veneratione sancti Teoderici confessoris.
Fol. 10 v°. Titre du sacramentaire écrit en lettres d'argent sur fond pourpre. Incipit liber sacramentorum de circulo anni, a sancto Gregorio papa Romano éditas. qualiter missa Romana celebratur, hoc est : primum introitus dicitur, qualis fuerit statutis diebus ; deinde Kyrie eleison ; postmodum Gloria in excelsis Deo, si episcopus fuerit, tantummodo diebus dominicis sive festis ; a presbiteris autem minime dicitur, nisi solo pascha ; quando vero lsetania agitur, neque Gloria in excelsis Deo, neque alléluia canitur ; postea dicitur oratio ; sequitur apostolus, gradalis sive alléluia.
Fol. 12. Canon de la messe. La liste des saints invoqués se termine (fol. 15) par les noms suivants : ...Johannis et Pauli, Cosmæ et Damiani, Hilarii, Martini, Benedicti, Gregorii, Amandi, Medardi, Eligii.
Fol. 17-68. Oraisons pour les différentes messes de l'année, depuis la veille de Noël jusqu'à l'Avent inclusivement. En marge sont marqués les premiers mots des introïts, des graduels, des offertoires et des communions.
Fol. 68-80. Oraisons pour différentes messes et répondant à diverses intentions. Oratio quando levantur reliquiæ. Oratio in dedicatione ecclesiæ. Oratio post velatum altare. Oratio in natale papæ. Oratio in ordinatione præsbyteri. Orationes ad sponsas benedicendas. Incipiunt orationes pro peccatis. Incipiunt orationes cotidianæ. Incipiunt orationes matutinæ. Orationes vespertinæ seu matutinæ collectæ (sic). Oratio ad baptizandum infirmum. Oratio aquæ exorcizatæ in domo. Oratio ad visitandum infirmum. Oratio super penitentem. Oratio ad agapem pauperem. Oratio ad capillaturam. Oratio ad clericum faciendum. Oratio ad barbas tondendas. Oratio ad diaconam faciendam. Ad ancillam velandam. Oratio ad abbatem faciendum vel abbatissam. Oratio in tempore belli. Oratio pro lus qui iter agunt. Oratio pro pluvia postulanda. Oratio quando multum pluit. Oratio pro peste animalium. Oratio de mortalitate. Oratio super episcopum defunctum. Item aliæ orationes in agenda mortuorum. Oratio ad pontificem ordinandum.
Fol. 81-111. Oraison des messes principalement pour les fêtes des saints. « Voici la première et la dernière rubrique de cette série : In vigilia [natalis] Domini... Natale sancti Thomæ apostoli.
Fol. 111-117. Oraisons des messes pour le commun. Le dernier morceau de cette série (fol. 116) porte pour rubrique : Incipiunt orationes cotidianis diebus ad missas.
Fol. 117-125 v°. Oraisons pour les messes de différents dimanches : Dominica i post natale Domini... Dominica xxvi post Pentecosten. Sur les marges sont inscrits les premiers mots des introïts, des graduels, des offertoires et des communions.
Fol. 126-186. Oraisons pour différentes messes, pour des bénédictions, pour des exorcismes et pour diverses cérémonies. Voici les premières rubriques de cette série : Missa de sapientia. Missa ad postulandam gratiam Spiritus sancti. Missa in honore sanctæ Mariæ. Missa ad postulanda angelica suffragia. Missa de sancto Johanne Baptista. Missa de sancto Petro apostolo. Missa de sancto Stephano. Missa de sancta Cruce. Missa in ecclesia cujuslibet martyris sive confessoris... On remarque dans cette série les prières placées sous les titres suivants : Missa pro ipsa jamilia l (fol. 138)... Missa ad sponsas benedicendas (fol. 153)... Benediclio vestium virginis vel viduæ (fol. 154)... Orationes et præces super penitentem confitentem peccata sua more solito feria quarta infra quinquagesimam (fol. 157)... Orationes ad reconciliandum pœnitentem feria v in cœna Domini (fol. 157 v°)... Ad aquam benedicendam exorcismus salis (fol. 169 bis)... Inposilio manuum super energuminum caticumenum (fol. 173 v°)... Item alio pro parvulo energumino (fol. 173 v°)... Item aliæ orationes super energuminum baptizatum (fol. 174)... Orationes et præces super dæmoniacos (fol. 176)... Parmi les additions qui ont été faites à la fin de cette série (fol. 184-186), il faut citer la pièce intitulée : Missa in veneratione sancti Remigii episcopi (fol. 185).
Fol. 187-224 v°. Préfaces pour les différentes messes, en commençant à la veille de Noël. Ce recueil de préfaces se termine (fol. 224 v°) par la rubrique : Præfatio pro vivis sive defunctis à laquelle ne répond aucun texte, les feuillets qui devaient suivre ayant disparu.
Fol. 225-227. Fragments d'un cahier additionnel sur lequel on trouve, en caractères du XIe : Orationes ad benedicendum abbatem.
Ce manuscrit est également digne d'attention au point de vue de sa décoration que décrit L. Delisle en ces termes :
Les grandes initiales sont des capitales romaines, tracées avec beaucoup de pureté et de simplicité, alternativement en vert et en vermillon. Quelques initiales sont tracées en pourpre, folios 1 et 7 v° ; au folio 17, grand D en pourpre avec contours argentés. Les grandes initiales du canon (fol. 14 v°-16 v°) sont en or. Aux folios 19, 19 v° et 20, grandes initiales d'or avec contours en vermillon. Ailleurs (fol. 17 v°, 18, 20 v°, 22 v°, 23, etc.) grandes initiales d'argent avec contours en vermillon.
Sur les folios 9 v° et 10 r°, portiques à entrelacs, dont l'intérieur, destiné à recevoir un titre ou un texte, est resté vide. Les huit pages suivantes (fol. 10 v°-14) sont bordées de riches encadrements à entrelacs. Le champ des folios 10 v°, 11 r° et v°, 12 v°, 13 r° et 14 r° a été peint en pourpre. Le titre du sacramentaire est écrit en lettres d'argent sur les folios 10 v° et 11 r°. Le folio 11 v° n'a point reçu d'écriture. Le folio 12 est occupé par le mot VERE, en grandes capitales peintes dans le goût des grandes lettres de la seconde Bible de Charles le Chauve (voir Dictionn., t. m, à ce nom). Sur les folios 12 v° et 13 r°, la préface en onciales d'or. Au fol. 13 v°, le mot TE forme un grand monogramme qui emplit la page. Au fol. 14, commencement du canon en onciales d'or.
Il convient de signaler sept grandes initiales peintes : au folio 17, sur un fond pourpre, grand D à entrelacs, dans l'intérieur duquel est un S formé de lignes se coupant à angles droits et terminées par des pointes de flèche ; cet S est absolument semblable à celui que Jorand a reproduit dans la Grammalographie du IXe (pi. xx) d'après la seconde Bible de Charlemagne. — Au folio 41, sur un fond pourpre, grand D à entrelacs, dans lequel est enfermé un S, dont le trait supérieur et le trait inférieur sont arrondis, mais qui se rattache au même système que celui du folio 17. — Au folio 48, grand C, analogue au C de la planche v de la Grammalographie de Jorand. — Au folio 50, grand D sur un fond pourpre à l'extérieur et blanc à l'intérieur de la lettre. — Au folio 80, grand D légèrement esquissé à l'encre et non achevé. — Au folio 117, grand l) sur fond pourpre. — Au folio 126 grand D à l'intérieur duquel des ornements se détachent en blanc sur un fond jaune, vert et pourpre.
Silvestre a reproduit dans la Paléographie universelle deux pages de ce sacramentaire, le folio 121 r° et le folio 58 r°. Champollion-Figeac, dans la notice explicative qu'il a jointe aux deux planches, a rapporté l'exécution de ce sacramentaire à la première moitié du Xe. Sir Frédéric Madden n'a pas cru devoir sion est spécialement invoquée. — * Sancti Gregorii opera omnia, in-fol., Parisiis, 1705, t. m, p. v. accepter cette date ; il a fait remarquer l'analogie que les ornements du sacramentaire de Saint-Thierry présentent avec ceux de la Bible de Charlemagne, et il en a conclu que le manuscrit devait remonter au milieu du IXe.
Le manuscrit semblerait avoir dû être composé pour le monastère où il se trouvait encore au XVe, car on lit au folio 7 v° : Missa in veneratione sancti Theodorici confessoris, mais le cahier auquel appartient le feuillet 8 a été ajouté après coup ; il n'en faut pas tenir compte pour rechercher à quelle Église le sacramentaire a été primitivement destiné. L. Delisle a relevé un passage du Canon de la messe où sont mentionnés les saints Médard et Éloi et il y voit le chapitre de Noyon, plutôt que celui de Soissons.
2. Bibliothèque de Reims, ms. 41H-452. Ce manuscrit désigné sous le nom de « Second sacramentaire de l'abbaye de Saint-Thierry » dérive en partie du précédent. Parchemin, 222 feuillets, cotés 1-115 et 117-223, Écriture à longues lignes du XIe, sauf quelques parties additionnelles qui sont du XIIe. Les bénédictins, qui ont utilisé ce manuscrit sans l'avoir eu entre les mains lorsqu'ils préparaient leur édition du sacramentaire grégorien 2 le rapportaient au règne de Charlemagne, induits en erreur par une pièce qui se trouve au folio 200, dans laquelle il est question des violences exercées sur le pape Léon III, pièce qui a pu être copiée longtemps après ce pontificat.
Beaucoup de passages témoignent que le volume a été exécuté pour l'abbaye de Saint-Thierry ; on lit au folio 3 : Liber Sancti Theoderici. Anathema sit auferenti Fol. 1-8. Cérémonies et prières diverses : Ordinations (fol. 3). Bénédiction du roi (fol. 3 v°). Dicta Alcuini quibus ebdomadas diebus quorum sanctorum memoria celebretur (fol. 4 v°). Item specialis exomologica sive apologica oratio (fol. 5). Missa de transfiguratione Domini (fol. 7 v°) cette dernière pièce est une addition du Xe.
Fol. 8 v°-12. Préface, canon et diverses prières de la messe (Xe). Les peintures et ornements des fol. 8 v° et 10 r° paraissent copiés d'après un manuscrit plus ancien.
Fol. 73-121 v°. Oraisons pour les messes des fêtes des différents saints de l'année ; certaines d'entre elles appartiennent à l'abbaye ou au diocèse de Reims : v idus février, translatio sanctæ Hélène régine (fol. 78) ; kalendis juillet, natale sancti Theoderici, confessoris atque abbatis (fol. 90 v°) ; eodem die [kalendis septembre], natale sanctorum Sixti, Sinicii atque Nivardi (fol. 101 v°) ; idibus octobre, natale sancti Basoli confessoris (fol. 109 v°) ; v nonas octobre, dedicatio ecclesiæ sancti Bartholomei confessoris (fol. 110 v°) ; xi kal. janvier, transfert sancti Nicasii sociorumque ejus (fol. 118 v°). — A la fin de cette division, à partir du fol. 119, on a ajouté les oraisons de diverses messes, et notamment, au fol. 119 v° : Missa de sancti Sigismundi régis (sic) contra febres, et au fol. 120 v° : Missa tam pro vivis quam et solutis debito mortis. Le dernier morceau ainsi ajouté est une oraison relative à la translation du corps de saint Barthélemi : Omnipotens sempiternus Deus, mundi creator et rector, qui hodierna die corpus beati Bartholomei apostoli per mare cum arca lapidea Lypparim insulam perduxisti... (fol. 121 v°).
Fol. 122-200 v°. Oraisons des messes à dire pour diverses intentions et pour le commun des saints, avec diverses prières, bénédictions ou exorcismes ; entre autres : Missa in honore sanctorum confessorum Theoderici et Theodulfi (fol. 132) ; in veneratione sancti Bartholomei apostoli (fol. 136 v°) ; orationes et preces super demoniacos (fol. 159) ; incipit ordo ad ecclesiam dedicandam (fol. 189) ; exorcismus judicii sive aquæ sive ferri (fol. 197 v°) ; ad furta probanda, benedictio panis et casei (fol. 197 v°) ; [examen aquæ frigidæ a Leone papa III institutum] (fol. 200) ; ad furtum repperiendum (fol. 200).
Fol. 201-223. Recueil de bénédictions publié sous ce titre : Aliud benedictionum episcopalium supplementum ex codice pervetusto Sancti Theoderici prope Remos, dans Sancti Gregorii opera omnia, t. m (1705), p. 625-648).
Fol. 223 et 223 v°. Messes ajoutées au XIe sous les titres suivants : Missa de sancto sepulcro ; viii idus décembre, natale sancti Nicolai, episcopi et confessoris ; xi kal. août, natale sanctæ Marie Magdalene.
Ce sacramentaire renferme un texte des prières à réciter pour le roi dans les Églises de France au temps des premiers Capétiens.
ORATIONES AD REGEM BENEDICENDUM. Deus, Cui omnis potestas et dignitas famulatur, da famulo tuo illi prosperum suæ dignitatis effectum, in qua te semper timeat tibique jugiter placere contendat. Per. alia. Omnium, Domine, fons bonorum justorumque provectuum, tribue, quæsumus, famulo tuo adeptam bene gerere dignitatem et a te sibi prestitam bonis operibus comprobare. Per. benedictio super REGEM. Benedic, Domine, hunc principem, qui regna regum omnium a sæculo moderaris, et tali cum benedictione glorifica ut Davidicum leneat sublimitatis sceptrum, et sanctificatus repperiatur in mente. Da ei tuo spiramine cum moderatione regere populum, sicuti Salomonem fecisti regnum obtinere pacificum. Sit semper cum timore tibi subditus, tibique militet cum quiete. Sit tuo clippeo protectus, cum omnibus suis proceribus, et ubi que maneant sine pugna victores. Honorifica eum præ cunctis regibus terræ, ut felicibus dominetur populis, et feliciter eum omnes nationes adorent. Vivat inter gentium catervas magnanimus. Sit ei in judiciis æquitas singularis. Sit locuples, et subditos locupletes reddat, ut tua fultus dextera contineat fortiter patriam populumque sibi commissum ; liberis ipsius tua pietate prospera ac profutura cuncta tribue. Præsta eis per tempora prolixitatem vitæ, et in diebus eorum semper oriatur justitia, ut cum jocunditate et justitia posl labilem vitam æterno glorificentur in regno.
ITEM BENEDICTIO SUPER REGEM ET POPULUM. Deus, inenarrabilis auctor mundi, conditor generis humani, gubernator imperii, confirmator regni, qui ex utero fidelis amici tui patriarchæ nostri Abrahæ prælegisti reges sæculi profuturos, tu presentem regem hunc, cum exercitu suo, per intercessionem sanctorum omnium uberi benedictione locupleto, et in solium regni firma stabilitate conecte. Visita eum, sicut Moysen in rubo. Josue in agro, Jesu Nave in prælio, Samuelem crinitum in templo, et Ma eum promissione siderea ac sapientiæ tuæ rore perfundas, quam beatus David rex in psalterio, Salomon filius ejus, le rémunérante, percepit e cælo.
Sis ei contra acies inimicorum loricæ in adversis, galea in prosperis, patientia in proiectione, clippeum sempiternum, et præsta ut gentes illi servent fidem, proceres sui habeant pacem, diligant caritatem, abstineant se a cupiditate, loquantur justitiam, custodiant veritatem, et ita populus iste pullulet coalitus benedictione æternitatis, ut semper maneant tripudiantes in pace victores. Quod ipsum.
Oraison qui paraît se rapporter au couronnement de Louis le Bègue par le pape Jean VIII, au concile de Troyes, en 872 : oratio qua benedixit dominus apostolicus Johannes regem nostrum Ludovicum, junioris Karoli imperatoris filium. Trecas civilalis. Spiritum sanctificationis, quæsumus, Domine, Hludovico regi nostro propitius infunde, et cor ejus quod manu tua contines virtute tuæ benedictionis inlustra, quatinus sancti Spiritus rore fecundatus, ubertate donorum percepla, sic externis regni gubernacula teneat, ut intime contemplationis suæ interiora gaudia consequatur. In unitate ejusdem.
Ribl. — L. Delisle, Mémoire sur d'anc. sacrament., p. 285-289, n. cxvi.
Si on s'en tenait à la description de dom Ménard on pourrait croire que le prologue n'occupait que le verso du fol. 1, disposition qu'on rencontre sur les ms. étudié ci-dessus (n° 1) et sur un autre, néanmoins la présence de vingt-trois lignes d'écriture onciale ou capitale sur un feuillet uni que est douteuse. Pour les notes chronologiques nous suivons Ménard et Voisin de préférence à Mabillon, par conséquent : 22 mars 798 et 23 juillet 800. Nous donnons le texte d'après J. de Voisin et, en note, les variantes du texte admis par Mabillon :
IN CHRISTI NOMINE
SACRAMENTORUM CONTINETURA
SACERDOS, SED ET MONACHUS, IMMŒ ETIAM ET
DECANUS, DIVINO INSTINCTU AMORE SUO
DECENTI, IUSSIT IMPERIO TRANSCRIBERE HUNC
LIBRUM. ET HOC DEVOTUS OBTULIT IN HONOREM
BEATISSIMI REMIGII EPISCOPI URBIS REMORUM,
IN COENOBIO ILLIUS, UBI IPSIUS DOMINI PRETIOSUM
CORPUS QUIESCIT. ERCO ISTE CODEX LECTURIS
VEL AUDIENTIBUS PROFICIAT AD SALUTEM, ET CONTEMNENTIBUS
PROLIXORIBUS, BEATITUDO POST TEMPORA. AMEN-AMICE. VIS SCIRE QUOMODO
EXARATUM SIT ? EXORDIUM SUMPSI XI KALENDAS
APRILIS, CONCURRENTE VII, EPACTA NULLA, INDIC-
CONCUR P, III, EPACTQ. XXII. INDICT. VIII ; QUOD
NUNC EST ANNUS QUOQUE XXXI REGNANTE DOMINO
NOSTRO KAROLO CLORIOSSISSIMO REGE FRANCORUM
a. nom. Hoc vol. libri Sacramentariorum continet ; b. seu ; c. sacerdote ; d. degens ; e. imperium ; f. honore ; g. cœnubii ; h. ipse domnus pretiosus ; i, contempnentibus ; j. ejus ; k. a beato per ; l. exaratus est ; m. sumpsit ; n. concurrens ; o. indictio ; p. omis ; q. epacta ; r. domno.
signale deux autres peintures, sans inscription, représentant des prêtres en costume sacerdotal et il conjecture que ce pourrait être le copiste Lambert. La page suivante contenait une post-face latine, écrite en caractères gras, dont Mabillon a conservé les premiers mots : Ego Lautberlus servus servorum Dei. Il s'y donnait de nouveau comme le copiste et le peintre du livre, et précisait l'avoir commencé la 29e année et l'avoir achevé la 31e du règne de Charlemagne roi des Francs ; il faisait ensuite valoir la difficulté de cette écriture et éclamait les prières du pieux lecteur. Au
ÎOOOO. — Le prêtre Godelgaud.
D'après U. Chevalier, Sacramentaire et martyrologe de l'abbaye de Saint-Rémy, l'JOO, pi. i. verso du dernier feuillet se lisait une inscription, constatant la possession de ce livre par les frères de Saint-Rémy, depuis sa donation par Godclgaud jusqu'au temps de l'abbé Hincmar (t 9C7).
Ajoutons que sur les trois portraits du commencement on lisait ces inscriptions :
U pourra être utile de mentionner à la suite les autres textes liturgiques publiés dans le même ouvrage.
6. Martyrologe de la métropole de Reims (p. xvixxi, 23-71), d'après un manuscrit des archives de Reims dont la date est comprise entre »les années 1261 et 1271.
7. Calendrier de la métropole de Reims (p. xxixxvi, 72-91) d'après le manuscrit 326 de la bibliothèque de Reims avec les nombreux articles nécrologiques qui en font partie, annotés avec le concours de L. Demaison. Les variantes relevées dans les manuscrits 327 et 328 de Reims sont insérées dans l'introduction.
8. Premier ordinaire de la métropole de Reims (p. xxvi-xxxi, 261-305) imprimé par fragments dans un manuscrit du British Muséum (Reg., 11, B. Xin), dans lequel le document est intitulé : Ordo Remensis ecclesiæ legendi atque cantandi per revolutum circulum anni. C'est, à proprement parler, un recueil de rubriques et de formules du culte, dont la composition peut remonter à la première moitié du XIe.
9. Second ordinaire de la métropole de Reims, rédigé au XIe (p. xxxi-l, 92-305), publié d'après le ms. 326 de Reims qui a dû être copié vers l'année 1274 ; les variantes des mss 327 et 328 se trouvent dans l'introduction.
10. Prosaire de Reims et de Paris (p. l-lii, 358394), d'après le ms 695 de la bibliothèque d'Assise. Il faut y distinguer quatre parties : 1° (fol. 1-55 = p. 358-367). Pièces se rapportant aux diverses parties de la messe, origine rémoise ; 2° (fol. i-Lin = p. 367373). Recueil de proses formé à Reims entre les années 1257 et 1259 ; 3° (fol. Lvn-cxvxp. 373-379). Recueil de proses formé à l'abbaye de Saint-Victor de Paris, presque toutes sont l'œuvre d'Adam de Saint-Victor ; 4° (fol. cxvi-cxcn = p. 379-394). Autre recueil de prose d'origine parisienne. Le volume a dû être copié peu après l'année 1280 pour Geoffroi de Bar, doyen de N.-D. de Paris, cardinal en 1281.
« De l'ère de Notre-Seigneur, 1395. Ces évangiles et épîtres, qui sont écrits en slavon, sont ceux qu'on chante aux fêtes, lors que l'abbé célèbre en habits pontificaux. Mais la première partie de ce livre qui est selon le rite russe, est écrite de la main de saint Procope, abbé, et c'est feu l'empereur des Romains, Charlemagne IV, qui, pour l'honneur de saint Jérôme et de saint Procope, a donné ce texte russe à notre abbaye. Daignez, Seigneur, lui accorder le repos éternel. Ainsi soit-il. » L'empereur Charlemagne fit exécuter par des libraires ou calligraphies de son temps et de son pays, c'est-à-dire en Bohême, un recueil des épîtres et autres leçons liturgiques, pour faire suite au texte des évangiles. Le tout fut relié magnifiquement, revêtu d'une plaque d'argent doré enrichie de pierreries et déposé, comme don de l'empereur, au monastère de Saint-Jérôme en Bohême, qu'il avait fondé. En 1451, ce monastère fut dépouillé de la relique dont il avait eu la propriété jusqu'alors, elle passa à Constantinople entre les mains des Grecs schismatiques. Vers le milieu du XVIe, Charlemagne de Lorraine, cardinal et archevêque de Reims, en devint possesseur ; il ajouta des bijoux et des reliques de son Église aux somptueux ornements qui décoraient la couverture. Dans les grandes cérémonies, le cardinal portait lui-même ce texte, suspendu à une chaîne d'or passée à son cou. Il en fit don au trésor de sa métropole. François II, en 1559, et, l'année suivante, Charlemagne IX, roi de France, au début de leurs règnes, vinrent à Reims s'y faire sacrer par Charlemagne de Lorraine. En ces deux circonstances, le texte de l'Évangile fut placé sur l'autel, et c'est en étendant les mains sur ce texte que ces jeunes rois, avant de recevoir la couronne, prêtèrent le serment d'usage d'être fidèles à l'Église et de rendre à tous bonne justice. A partir de cette époque, le manuscrit fut employé en semblable circonstance aux couronnements de Henri III, de Louis XIII et de Louis XIV. Telles furent les circonstances qui lui valurent le nom de Texte du sacre sous lequel il est connu.
Cependant, au cours des siècles, les notions précises étaient obscurcies touchant la tradition de ce volume et avaient fait place à des fables touchant l'idiole et l'écriture de l'Évangéliaire. En 1717, Pierre le Grand s'arrêta quelques heures à Reims pour visiter le trésor de la cathédrale ; on lui présenta l'Évangéliaire dont il baisa la couverture. Les seigneurs de sa suite ouvrirent le livre et purent lire la première partie, consacrée aux fragments liturgiques des Évangiles, mais la seconde partie demeura pour eux lettre morte et il n'en fut plus question.
Mi/riens. Dès lors, à Vienne, à Saint-Pétersbourg et à Prague des érudits parlèrent d'une publication possible. A Prague on se borna à des vœux impuissants ; à Paris, Champollion-Figeac inséra dans la Paléographie universelle de Silvestre une dissertation accompagnée de deux feuillets reproduits en fac-similé. Ce fut alors que Silvestre entra en rapport avec Kopitar pour entreprendre une édition dont ce dernier écrirait l'introduction et la traduction latine. Aussitôt un certain Safarik annonça que le profit de la publication se chiffrerait à 100 000 frs à partager entre Silvestre et Kopitar. C'est une méchanceté gratuite, mais on vit paraître une admirable publication intitulée : Evangélia slavice quibus olim in regum Francorum oleo sacro inungendorum solemnibus uti solebat Ecclesia Remensis, vulgo Texte du sacre, ad exemplaris simililudinem descripsit et edidit Silvestre..., in-4° de 62 feuillets et xix pages de texte, avec 62 planches gravées et coloriées, Paris, 1843, chez l'auteur. Avec préface latine et traduction latine du texte, ligne par ligne.
Cependant le polonais Jastrzembski ne perdait pas de vue l'idée de publier lui-même le manuscrit dont il avait le premier donné une exacte description, mais la publication de Silvestre l'y fit renoncer, celle de Hanka lui donna le coup de grâce. Silvestre avait reçu de l'empereur Nicolas Ier une allocation de 13 000 francs, Hanka obtint l'ordre de Sainte-Anne au second degré pour son édition parue à Prague en 1845. En 1853, le P. Martinof forma le projet d'une nouvelle édition qui fut réalisée par Louis Léger : Notice sur l'évangêliaire slavon de Reims dit Texte du Sacre, in-4°, Reims, 1899.
La première partie est attribuée par la note que nous avons transcrite ci-dessus, mais à tort, suivant le dernier éditeur, à saint Procope, ermite de Sazawa, près Benesor, au sud de Prague. Si le manuscrit date bien du xième-xiième siècle, d'après les caractères paléographiques, ce qui correspond à peu près à l'époque où vivait saint Procope, L. Léger fait observer que cependant ce saint n'a jamais pratiqué que la liturgie slave en caractère glagolitique, tandis que le manuscrit est en caractères cyrilliques ; ce qui lui fait croire que cette première partie avait probablement été apportée peut-être à Sazawa, pour être transcrite en caractères glagolitiques. Le texte est sans intérêt philologique, vu la négligence du copiste. La seconde partie, postérieure de plusieurs siècles à la première, a été écrite à Saint-Emmaüs de Prague, à qui, ainsi qu'on l'a vu, Charles IV avait donné la première partie du volume. On sait que ce prince obtint le 9 mai 1346 une bulle du pape Clément II, l'autorisant à fonder en Bohême un monastère où la liturgie serait célébrée en langue slavonne, monastère qu'il fonda à Prague le 21 novembre de la même année ; les offices du manuscrit glagolitique constituent une sorte de propre de l'Église slave de Prague.
Missel de Saint-Nicaise de Reims, conservé à la bibliothèque de Saint-Pétersbourg sous la côte Q. V. 1. 78 exécuté dans les dernières années du xiiième siècle, sans doute avant 1297. A raison de cette date tardive nous n'avons pas à nous en occuper dans le Dictionnaire.
XLVII. Épigraphie. — Elle n'est représentée à Reims que par un petit nombre de monuments.
1. Grégoire de Tours mentionne à Reims une église : Quidam apud Belgicœ secundæ provinciam id est suburbano Rhemensis urbis, basilicam in honore beati martyris (Juliani) studiose construxit l. Ce serait là, d'après Flodoard, qu'aurait été inhumé Attolus, contemporain de saint Rémi : Sepultus que cum filio et filia post altare in ecclesia beati Juliani martyris, h une sepulture declaratur habere titulum templi pinnaculo innotatum 2. Attolus remplissait une charge civile : jure jovens plebis, voici son épitaphe ; elle nous apprend qu'il fonda des hôpitaux :
Cette inscription copiée dans l'église Saint-Julien par Flodoard a pu être composée vers le second quart du vième siècle puis que Attolus était contemporain de saint Rémi, lequel mourut peu après 530. Nous avons dit qu'Attolus, si on interprète le 12e vers de l'épitaphe, paraît avoir été « un fonctionnaire, chargé de fonctions civiles ». Cette interprétation tout à fait plausible a été contestée, afin de faire du défunt un des membres de l'ordo honoratorum civium prœclarus, ou bien un individu de naissance sénatoriale. « Rien ne nous autorise à voir en ce personnage un magistrat municipal », nous assure-t-on, et nous tenons que c'est exactement le contraire qui est vraisemblable. Outre qu'au vième siècle les sénateurs ne sont plus légion, en Gaule, ceux qui peuvent encore se parer de ce titre ont bien soin de ne pas l'envelopper d'une périphrase qui peut signifier tout autre chose. Quant à découvrir qu'un « fonctionnaire chargé de fonctions civiles » diffère d'un magistrat municipal, c'est précisément le contraire.
4. A Thuisy, canton de Verzy, fragment d'un seuil de maison, qui pourrait venir de Luches, où se trouvait un castrum détruit au XVe (fig. 10601) ; ce que Le Blant interprète par ces mots : Hic Floren...ia cet.
R g N / I AO rT D'après Le Blant, Nouveau recueil des inscr. chrét. de la Gaule, 1892, p. 81, n. 58.
5. Binson, près Châtillon (Marne). Pierre calcaire, hauteur : 0 m. 29 ; largeur : 0 m. 30 ; aujourd'hui au musée du Louvre (fig. 10602) :
D E F V N Ç TAANN OKVM ÀAAE^f R F QV&S CA M D'après Le Blant, Inscriptions chrétiennes de la Gaule, pi. 38, n. 229.
Citation du ps. iv, 9 : In pace in idipsum dormiam et requiescam.
XLVIII. Le calice de saint Rémi. — Ce vase liturgique est en or pur, relevé d'émériaux cloisonnés, de filigranes et de pierres précieuses : c'est un des plus riches modèles de vases sacrés, il est peu élevé et la coupe lui donne l'aspect d'un ciboire moderne. Les émaux sont transparents, d'une extrême ténuité et fort variés. Des bandes de filigranes, enrichies de perles, bordent la coupe et le pied du calice et les divisent en six compartiments. Le nœud est rond, recouvert de filigranes, de glands en or et de losanges émaillés. Des pierres, dont quelques-unes sont gravées, enrichissent ce calice précieux ; on remarque sept émeraudes, six grenats, cinq saphirs, un faux onyx, neuf agates, plusieurs cornalines, une pierre de jaspe, un morceau de lave du Vésuve.
Ce calice est mentionné dans l'inventaire de 1669 : Un calice de Sainct Remy, de fin or, garni de plusieurs pierres précieuses, tout à l'entour d'iceluy, avec une platine aussi d'or, faicte en l'année 1367, l'ancienne ayant été perdue. Les dicts calice et platine pèsent ensemble six marcs et six onces et demie. Sur le pied est l'inscription suivante : Quicumque h une, calicem invadiaverit vel ab hac ecclesia Remensi aliquo modo alienaverit anathema sit. Fiat. Amen. En 1790, il était porté sur l'inventaire et, en 1792, enlevé et porté au district. Il fit partie du Cabinet de France jusqu'en 1861, date à laquelle Napoléon III le fit restituer à la cathédrale.
Cette pièce rare n'a jamais appartenu à saint Rémi, car elle a été exécutée au xiième siècle. On a supposé sans preuves que ce calice remplaçait celui dont il est fait mention dans le testament de saint Rémi.
XLIX. Le diptyque d'Amiens. — Voir Dictionn., t. m, col. 2056, fig. 3084.
L. Le « talisman ». — Voir Dictionn., t. m, col. 696698, fig. 2632. Depuis l'époque où nous avons donné la description de ce joyau, alors entre les mains de l'impératrice Eugénie, celle-ci l'a fait remettre au trésor de la cathédrale de Reims.
LUI. L'administration monétaire. — « La cité, comprise dans le ducatus Campanise était soumise à l'autorité du roi, représenté par un duc l. La cité possédait une prison et d'autre part un atelier monétaire s'élevait également dans ses murs. On conserve à la Bibliothèque nationale un triens ou tiers de sou en or, frappé sous le règne de Sigebert Ier (561-575) et qui porte l'inscription REMVS Cl VI T 2. Un sou d'or et trois tiers de sou, datés du règne de Théodebert (534537), semblent être également des produits de l'atelier de Reims3. Enfin, on cite deux monnaies pseudoimpériales de Justinien (527-565) où se lit, dans le champ, le monogramme RE, qui signifie Reims4.
« De nombreux monétaires avaient établi leurs offices dans la cité ; toute une série de monnaies, frappées du vième au vième siècle, nous ont révélé les noms de certains d'entre eux 5. Les premiers monétaires furent des ouvriers échappés des anciens ateliers impériaux 6. Il est plus que probable que, durant la période franque, des monétaires et des orfèvres — car les deux métiers étaient exercés indifféremment par le même individu — venus de Trêves ou d'Amiens, se fixèrent à demeure à Reims et y continuèrent les traditions de l'artisanat impérial. Cette hypothèse paraît reposer sur le fait que la fabrication des pièces d'or de Justinien est tellement semblable à celle des monnaies de Théodebert qu'on ne peut s'empêcher d'y reconnaître l'ouvrage d'un artiste qui aurait travaillé pour le roi austrasien7. » Sur les pièces de Théodebert on découvre dans le champ le sigle RE (mus). Or, sur les monnaies impériales des ivème et vème siècles, les noms des ateliers gaulois sont toujours marqués dans le champ. Si cette technique se rencontre encore à Reims au vième siècle, c'est que les monétaires de l'époque continuaient, sans plus, les traditions de leurs prédécesseurs du Bas-Empire.
« Les ateliers monétaires de Reims devaient être fort réputés dans tout le nord de la Gaule, car le type spécial de monnaie qui s'y créa influença les offices des régions voisines 8. »
H. Leclercq. Équivalence se rencontre également sur l'épitaphe d'Eusebia, religiosa, magna ancilla Dei, conservée au château Borély, à Marseille, dont nous avons parlé longuement (voir Dictionn., t. i, col. 1989-1991, fig. 545 ; t. x, col. 2272-2274, n. 5, flg. 7769), qui appartient au ve-VIe. Ce terme a été surtout fréquent en Gaule où on peut le lire sur des épitaphes des années 511, 520, 524, 540 ; nous avons donné l'épitaphe de Carusa religiosa à Lyon, morte le 19 septembre 520, après vingt-deux années de profession (voir Dictionn., t. x, col. 300, n. 36, fig. 7308). Enfin, dans les Capitula de saint Martin de Braga, au can. 29, on lit : Si qua vidua episcopi vel presbyteri aut diaconi marilum acceperit, nullus clcricus, nulla religiosa cum ea convivium sumat2. Citons, pour finir, ce fragment trouvé à Vienne, en Dauphiné, en 1894 3 :
H. Leclercq.
RELIGION. — Les chrétiens paraissent avoir généralement accepté l'étymologie que Cicéron donnait du mot religio dans son De nalura deorum, 1. II, c. xxvm : Non philosophi solum, verum eliam majores noslri superstitionem a religione separaverunt. Nam qui tolos dies precabantur et immolabant, ut sui sibi liberi superstites essent, superslitiosi sunt appellati : quod nomen postea latius paluit. Qui autem omnia, quœ ad cultum deorum pertinerent, diligenler relractarent, et tanquam relegerenl, sunt dicli religiosi, ex relegendo (al. religendo) ut élégantes ex eligendo, tanquam a diligendo diligentes, ex intelligendo intelligentes : his enim in verbis omnibus inest vis legendi eadem, quœ in religioso. Le mot religion était généralement employé pour signifier la foi et la sincérité de ceux qui adorent et craignent la divinité, c'est le sens que nous lui voyons communément chez les Pères et les écrivains ecclésiastiques. C'est ainsi que la communauté de croyance créait entre ceux qui servaient le même Dieu un lien religieux dont nous lisons l'affirmation sur quelques monuments épigraphiques d'une haute antiquité.
Une inscription, présumée chrétienne, et retrouvée dans le pavement de la basilique de Sainte-Praxède est ainsi conçue * :
T. Aelius [Yictorinus] locum sepulturœcorporum extruxi, cui loco religioso a[c]cedere volo omne œdi ficium adjacens, item agrum [sive) vinc[am] cinctum maceria cujus reditum servire ad tutelam totius loci... prospexi [ajutem [testamento meo], ut sepclliendi [sint ex meis qu]i sup[eraver]int [in locis quœ ut sup]ra empta sunt [meœ] religionis homines.
L'inscription suivante gravée sur plaque de marbre en caractères de la fin du ne siècle, est chrétienne 6 :
MONVMENTVM VALERI M
10 ET AT IPSVM MONVMENT-
La formule : ad religionem pertinentes meam servant à exprimer la condition imposée par le fondateur du monument funéraire aux affranchis des deux sexes et à leurs descendants pour y obtenir une place est chose
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D'après O. Marucchi-E. .Josi, Le calacombe romant.
Opéra posluma, 1933, p. 164, fig. 40. nouvelle et ne s'est ja mais rencontrée dans l'épigraphie païenne où nul ne s'est avisé d'admettre ou d'exclure à raison de leur croyance ceux qui pouvaient revendiquer une place. Un païen, d'ailleurs, n'eût pas employé l'expression religio mea, expression qui énonce une sodalité ou confrérie d'initiés à un mystère. On connaît des inscriptions mentionnant des religiosi de la Grande-Mère », mais jusqu'à nos jours on n'a pas rencontré de collège se réclamant de sa religio.
Nous rapprocherons de ce texte celui qu'on va lire et qui en donne, sous une formule à peine différente, le meilleur commentaire ; elle fut trouvée dans la grande galerie de la catacombe de Domitille et appartient, elle aussi, au ne siècle, l'n personnage qui porte les trois noms, Marc Antoine Restutus avait fait construire un hypogée pour lui-même et pour les siens partageant sa foi dans le Seigneur (fig. 10603) :
M. Antonius Restutus jeeit [h]ypogeu[m] sibi et suis fidenlibus in Domino. au Ve une ardeur particulière on en vient à préciser que cette religion est la religio katolica ' :
PEREGRINVS PRESVITER RELIGIONIS KATOLICE VIXITANIS LX
Dans la suite, le mot religio s'entendit dans le sens de la vie religieuse pratiquée dans un monastère, comme nous disons encore couramment : entrer en religion, vivre en religion. Nous en avons un exemple sur une inscription de Lyon (voir Dictionn., t. x, col. 277,ii. 13, lig. 7294) 2 : *
FAMVLVS DEI PRIMVLVS VIXIT ANN S LXXA IN BONO
HIC DEDITVS IN RELIGIONE REQVIEVI V DX<W KA SEPÎEMB PC OPILIONIS VCC
Cette inscription est datée du 16 août 454. A Vienne nous trouvons celle-ci datée de l'an 491 s :
Et voici encore une interprétation un peu différente du mot religio ; il s'agit de deux jeunes époux qui ne furent mariés que peu de temps mais qui le passèrent, nous dit le survivant, cum omne religione el caslitale, à peu près comme nous dirions : en toute piété et chasteté. Cette épitaphe a été trouvée en bordure de la voie Appienne, dans un petit cimetière souterrain, proche de Saint-Sébastien, sous la vigna Chiaraviglio, où furent trouvées quelques inscriptions parmi lesquel les nous signalerons seulement celle-ci. Sur une table mesurant 1 ni. 98 de long sur 0 m. 55 de large, hauteur des lettres 0 m. 045 (fig. 10604) « :
Voua, à qui son époux survivant ne ménage pas les éloges, était patricienne (femina patricia) ; elle s'était mariée à dix-huit ans à Cléopatre, qui lui-même était vierge, et mourut à 21 ans et demi, après trois ans de mariage. Cléopatre se considérait dès lors comme orphelin et faisait préparer une tombe à deux pla ces.
H. Leclerco.
RELIQUES ET RELIQUAIRES. — 1. Limites de ce travail. II. Le sens et l'emploi du mot reliquise. III. L'honneur rendu aux reliques. IV. Enlèvement des reliques. V. Culte des reliques. VI. Les deux consuetudines. VII. Translations de reliques. VIII. Exhumation des corps saints. IX. Distribution des reliques. X. Invention de reliques. XL De quelques reliques. XII. Vol des reliques. XIII. Corpus, reliquiœ, brundea. XIV. Le commerce des reliques. XV. Coffret reliquaire. XVI. Les cassettes à reliques. XVII. Les niches à reliques. XVIII. Les reliques d'un héréti que. XIX. Reliques pour les défunts. XX. Authentiques de reliques. XXI. Attestations épigraphiques. XXII. De quelques reliquaires. XXIII. Quelques reliques à Constantinople. XXIV. Les reliques du Précurseur. XXV. L'attrait des reliques. XXVI. La vogue et l'oubli des reliques.
I. Limites de ce travail. — Le sujet du présent travail se confine volontairement dans la période chronologi que qui fait l'objet des étu des du Dictionnaire ; c'est très délibérément que nous nous interdisons toute allusion à une croyance pieuse qui n'a rien perdu de sa vivacité jusqu'à nos jours. Nous lisons dans le Journal de la dernière maladie du comte de Chambord, ?• j^NAFFDM^TAD nicT d'arcii. chrét.
A. — XIV. — 73.
à la date du dimanche 8 juillet 1883 : « On reçoit des reliques de tous côtés pour être mises sur l'auguste malade *. » Ceci n'est qu'un exemple parmi un très grand nombre d'autres. Nous nous limitons à l'antiquité chrétienne, à ses manifestations et à ses monuments 2. Ces derniers ont été figurés en grand nombre dans le Dictionnaire (voir Diclionn., t. i, col. 867 ; t. ni, col. 3207, fig. 3467, etc.), il n'est pas possible de les mentionner tous en ce moment alors que la liste s'augmente pres que cha que année de nouve aux exemplaires 3. On voudra donc bien se contenter d'une dissertation là où la matière, fournirait un gros volume.
II. Le sens et l'emploi du mot reliquiœ. — Ce terme, appliqué aux reliques n'apparaît que tardivement. Au milieu du IVe, les reliques étaient désignées en Afri que sous les noms de nomen ou nomina martyrum, nous en avons pour preuve l'inscription de Tixter, datée de l'an 359 (voir Dictionn., t. i, col. 828, fig. 178 et t. xi, col. 301 sq.).
Avant d'être adopté par les chrétiens, le mot reliquise. a été employé par les païens, pour qui il signifiait le corps ou les cendres du défunt. Outre les textes classiques, littéraires ou juridiques, on relève le terme dans plusieurs épitaphes païennes. A Lambèse : M.Servilius Fortunatus a militiis qui per maria et terras retulil reliquias confugis ex provincia Dada ; — sElerna(m) domum L. Domitius Secundus, ubi reliqua corporis sui sinl, se vivo instituit ; — Retiqua L. Umbri Felicis hic posita sunt *. — A Seriana : Post multum temporis intervallum reliquias recollectas tumulum tibi constilui lelernw domus '. — Post obitum luum, piissima mater, quœque fuerunl tibi funeri lata, sunt sepellila et post reliquias recollectas, ut molliter essent, tumulo condites efjeci 8 ; — A Tébessa : Reliquiœ funeris Car[t]haginiensis hoc requiescunt solo' ; — Nunc requiescunt reliquiœ lrig[a]ri solo, per quo(d) fui notus 10.
— Dans la vallée de l'Oued Melian : Ossa reliquias urceo tecta meas servat turricula fada sepulchri vice u.
— A Khamissa : Permissu prœsidis a Karthagine de studio relalis reliquiis n. Chez saint Cyprien, on rencontre même l'expression singulière idolorum reliquias respuerunt ls.
L'emploi du mot « reliques » par les païens rappelle de plus d'une manière toute une série de pratiques religieuses dont la littérature classi que a gardé le souvenir et certaines manifestations de la piété populaire chrétienne qui offrent des analogies incontestab les avec le culte païen des héros. On s'est donc attaché à retrouver dans l'antiquité grec que et romaine ce qui répond à notre culte des reliques, et on a pu constater que les récits imaginés à la gloire des héros évoquent à maintes reprises les inventions des hagiographes, les uns et les autres paraissant s'être adressés à une source comm une et mystérieuse qui alimente souvent ces deux courants, si divergents, de la légende populaire. On ne peut soutenir que, parce que les anciens ont dédoublé certains de leurs dieux ou de leurs héros, les chrétiens ont traité de même quelques saints célèbres. Si l'on signale par-ci par-là des multiplications de reliques chez les anciens, des compétitions entre plusieurs vil les au sujet de la possession d'un tombeau ou d'un objet consacré par la mémoire d'un héros, ira-t-on jusqu'à prétendre que de pareil les erreurs ne se seraient point produites dans l'Église s'il n'y avait pas eu de précédents parmi les païens ? La religion du souvenir produit partout les mêmes effets, en raison de son intensité et du nombre de ceux qui en sont les gardiens. Partout et toujours on cherchera à se rendre présents ceux qui ne sont plus dans quel que objet matériel où l'on croit retrouver leur empreinte ; si ce n'est pas une partie d'eux-mêmes, ce sera une arme, un outil, un meuble qui a été à leur usage, une maison qu'ils ont habitée, une place où ils se sont signalés par quel que exploit. Et nous savons que l'imagination populaire est ingénieuse à créer des relations de cet ordre et qu'il se trouve partout des gens peu scrupuleux habi les à exploiter la crédulité. La curieuse liste où l'on trouve la lance d'Achille, l'épée de Memnon, le bouclier d'Énée, le vaisseau d'Agamennon « , témoigne du même état d'esprit qui nous a valu les invraisemblab les collections d'objets vénérés dans certains sanctuaires du Moyen Age ».
Parmi les nombreuses reliques que recueillit et collectionna la piété des hommes de ce temps, il s'en trouve qui, bien que n'ayant jamais existé ou n'ayant pu être conservées, n'en portent et n'en gardent pas moins, quoi que très indûment, ce nom de reliques et ont été trop longtemps présentées à la vénération des fidèles. Dans ce nombre il s'en trouve qui apparaissent tout à coup en Occident sans qu'il en ait jamais été question soit en Terre sainte, soit même à Constantinople : telles le saint prépuce, le saint nombril, les deniers de Judas. Ajoutons qu'un bon nombre d'entre elles sont rentrées dans l'oubli grâce à la probité de leurs possesseurs. Antoine Galland écrit dans son Journal, à la date du 7 juin 1711, que Bernard de Montfaucon (voir Dictionnaire, t. xi, à ce nom) lui fit voir « une agate-onyce à deux têtes, à relief et en regard, couleur blanche fond brun, qui représentoient les têtes de Germanicus et d'Agrippine, avec cette inscription sur le fond entre les deux têtes : AA<t>HOI ZYN APE0OYIH. Montfaucon me dit que ce bijou était enchâssé, en forme d'un gros anneau en or, dans un couvent de leur ordre, où depuis un temps immémorial, on le donnoit à baiser au peuple comme un anneau que saint Joseph avoit donné à la sainte Vierge en l'épousant. Les religieux n'eurent pas plutôt connu par l'inscription et par la ressemblance de Germanicus et d'Agrippine dont ils furent avertis par des antiquaires et connaisseurs, qu'ils cessèrent de le proposer à la vénération du peuple et qu'ils publièrent la raison pour quoi ils en usaient ainsi. Ils envoyèrent l'anneau à Paris pour être vendu et il se trouva que l'anneau d'or pesoit huit pistoles dont l'argent fut employé aux besoins du couvent. Les deux têtes avaient perdu leur éclat à force d'avoir été baisées. » C'est seulement vers la fin du IVe que les chrétiens d'Afrique commencent à employer la formule reliquiœ avec le sens de reliques. On la trouve assez souvent chez saint Augustin, et déjà dans un canon du concile de Carthage de l'année 397 : Reliquise martyrum conditse probantur '. L'apparition de la formule est plus tardive sur les monuments épigraphiques datés. Iieliquia>, avec le sens de reliques, se lit pour la première fois dans une inscription de Sétif en 452 2 :
IN HOC LOCO SANCTO DEPOSI TAE SVNT RELIQVIAE SANCTI LAVRENTI MARTIRIS DIE III MN AVG CONS HERCVLANI V C DIE DOMN DEDICANTE LAVRENTIO VVS P MOR DOM AN P CCCCXIII • AMEN Elle se retrouve dans les documents d'Uppenna, d'Henchir Fellous, de Guelma. Puis les chrétiens d'Afrique adoptèrent également la formule mémorise, qui auparavant désignait les chapelles de martyrs, et qui désigne les reliques : en 474 à Kherbet-el-Ma-elAbiod3 ; en 543 et 581 à Henchir-Akhrib 4. Le terme mémorise (voir ce mot) prévalut de plus en plus ; on le rencontre dès lors en beaucoup d'endroits, à Ammaedera, Guelma, Henchir-Taghfaght, Aïoun-Berrk'h, Bir-Haddada et Sétif 6.
Sur un coffret, en pierre calcaire, trouvé à Dala'a, aux environs d'Ain Beida, aujourd'hui au musée du Louvre, coffret de forme rectangulaire, les deux grands côtés ont 0 m. 26 de longueur et les petits côtés 0 m. 14, la hauteur 0 m. 13, excepté sur un des petits côtés qui a été entaillé de 0 m. 02 pour recevoir le couvercle perdu. L'inscription, soigneusement réglée, est placée dans un encadrement rectangulaire, muni d'une queue d'aronde à gauche •.
PA III KIVLI AS VLS E
Memoria Feliciani p(assi) a(nte diem) III kfalendas) Julias...« ! A l'intérieur du coffret on trouva les débris d'une fiole en verre.
III. L'honneur rendu aux reliques. — On voudrait pouvoir citer un texte du Martyrium Ignatii, comme une attestation du culte des reliques aux environs de l'an 110 : « Seu les, les parties les plus dures de ses restes saints avaient échappé [à la dent des bêtes] ; elles furent enlevées et emportées à Antioche et déposées dans un coffre comme un inestimable trésor ; ainsi laissées à la sainte assemblée des fidèles à cause de la grâce résidant dans le martyr... '. » Malheureusement, ce texte n'est pas à l'abri de soupçons, du moins quant à sa date. En 156, nous possédons le Martyrium Polycurpi, qui, lui, apporte une attestation incontestable pour le milieu du IIe : « A la vue de l'agitation des juifs, le centurion fit placer le corps au milieu de la place, et, selon leur coutume, le fit brûler. Ainsi nous ensuite, prenant les ossements plus précieux que les gemmes de grand prix et plus épurés que l'or, nous les avons déposés dans un lieu convenable. Là même, autant que possible, réunis dans l'allégresse et la joie, le Seigneur nous donnera de célébrer l'anniversaire de son martyre en mémoire de ceux qui sont déjà sortis du combat, et pour exercer et préparer ceux qu'attend le martyre 8. » Ainsi dès les temps apostoliques on rendait honneur aux reliques des martyrs, à Smyrne, et on voyait en eux « les disciples et les imitateurs du Christ 9 ». A ce moment la doctrine existe et la pratique s'ensuit, c'est ce qui explique le regret manifesté dans la lettre de l'Église de Lyon, en 177, de « n'avoir pu enterrer les cadavres » dont les cendres ont été dispersées au gré des remous du fleuve qui les a reçues. Cependant les actes sincères des martyrs ne mentionnent pas d'honneurs officiels liturgiques rendus aux corps des martyrs. Quant aux attestations qu'on peut rencontrer dans les écrits des Pères nous avons pris soin de les recueillir et de les transcrire textuellement dans les Monumenta Ecclesiee liturgica qui demeurent exclusivement notre ouvrage, même lorsqu'on prend la précaution d'omettre notre nom 10.
IV. Enlèvement des reliques. — Le mystère de la mort conférait à la dépouille humaine qui y avait été soumise une sorte de dignité dont les païens n'osaient s'affranchir à l'égard des cadavres. Même le condamné au dernier et au plus infamant supplice, le crucifiement, pouvait entretenir l'espoir que sa dépouille serait respectée. Il n'est pas de chrétien qui ignore comment Joseph d'Arimathie se présenta devant le procurateur de Judée, Ponce Pilate, réclama de lui le corps du condamné Jésus et obtint l'autorisation de le détacher du gibet afin de lui procurer une honorable sépulture u. Quatre lois insérées au Digeste et au code Justinien témoignent de cette jurisprudence12. Dans un seul cas, le magistrat pouvait refuser l'autorisation, c'est lors que le condamné avait péri au nom de la loi de lèse-majesté, or c'était là l'accusation principale portée contre les chrétiens (voir Dictionnaire, t. iv, au mot Droit persécuteur), dès lors le refus pouvait être opposé à la demande 13. En tout cas, la décision paraît lui avoir été abandonnée, car dans le récit qu'Eusèbe nous a laissé du martyre de saint Polycarpe, nous entendons les juifs insister auprès du gouverneur pour qu'il interdise aux chrétiens l'enlèvement du corps du martyr14. Il y eut des juges dont la vénalité ne sut pas résister aux offres qui leur furent faites et pour qui les dépouilles devinrent l'occasion de honteux trafics. On avait vu Verres tolérer qu'on vendît à des pères le droit d'ensevelir leurs enfants exécutés par ordre du préteur15 ; pareil abus se renouvela dans la suite et en l'an 177, on vit les chrétiens de Lyon offrir de l'argent pour emporter les corps des martyrs qu'ils redoutaient de voir jeter dans le Rhône 10 ; plus tard saint Gaudence de Brescia nous apprend comment quelques fidèles rachetèrent les cendres des quarante martyrs de Sébaste et les emportèrent ».
Cette perspective d'échapper à la promiscuité des puticuli pouvait n'être pas indifférente, même à des confesseurs de la foi nés et grandis au sein d'une société pour laquelle la sépulture entraînait de graves conséquences. Aussi entendons-nous parfois un juge s'adresser au futur martyr, espérant l'émouvoir dans sa résolution en le menaçant de faire anéantir ses restes. « N'espère pas, lui disent-ils, que tes ossements soient recueillis et embaumés par quelques femmes 18. » D'autres passages, non moins instructifs, nous font voir à quelles tractations on se livre pour acquérir la possession des reliques.
— « S. Gaudence, Sermones, xvn. — 1S Acta Sancti Torachi, n. vu.
Nous lisons ce bref dialogue dans la passion de saint Grégoire de Spolète : « Le corps gisait au milieu de l'amphithéâtre lors que la chrétienne Abundantia vint trouver Tircanus et lui demanda l'autorisation d'enlever le cadavre. Tircanus dit : « Donne-moi trente-cinq aurei et prends-le ». Abundantia dit : « Je te les donnerai volontiers ; fais seulement que la remise s'accomplisse sans délai. » Tircanus dit : « Apportemoi la somme et fais enlever le corps. » Elle lui compta trente-cinq aurei et reçut le cadavre l. » Dans la passion du martyr Hiéron il est dit que sa tête fut vendue aux chrétiens contre son poids en or 2.
Il arrivait parfois, soit que les exigences fussent trop élevées, soit que les fidèles fussent trop démunis, que le marché ne pouvait se conclure, soit encore que le magistrat fût incorruptible ; les chrétiens ne pouvant s'y résoudre avaient alors recours à la ruse et à l'audace. Nous en trouvons des exemples dans plusieurs des Actes sincères publiés par Dom Ruinart, notamment dans ceux des martyrs Justin, Epipode, Théodote et Taraque 3. Pareille résolution entraînait des périls qu'on bravait avec joie dans la pensée d'épargner aux saintes reliques l'outrage de l'exposition publique, de l'abandon à la pire souillure consistant à être déchiquetées ou dévorées par des chiens affamés. Pour y réussir il fallait tromper la vigilance des gardiens, s'exposer à leurs coups et parfois à l'arrestation qui pouvait entraîner le supplice.
Parmi ceux qui s'exposaient à ces périls, les femmes furent parmi les plus audacieuses et les plus nombreuses. Sozomène rapporte que, sous Julien l'Apostat, une chrétienne enleva les restes de trois frères massacrés et brûlés par les idolâtres de Gaza4 ; la passion du conscrit Maximilien, décapité en Afrique, s'achève ainsi : Et Pompeiena matrona corpus ejus de judice eruil, et imposilo in dormitorio suo, perduxit ad Carthaginem et sub monticulo, juxta Cyprianum martijrem, secus palalium condidit 5. Il en fut de même à l'égard du pape Corneille : Corpus ejus noclu collegit beala Lucina cum clericis et sepelivit in crypta juxta cœmeteriurn Callisti, via Appia, in prwdio suo 6.
A côté de ces textes, fait remarquer Edm. Le Blant, il faut encore inscrire des documents compris dans les Acta sincera de dom Ruinart : l'histoire de trois chrétiennes dérobant le cadavre de sainte Afra ; celle de deux autres qui, nous dit-on, « plus hardies que les hommes », osèrent charger sur une civière et emporter le corps sanglant de saint Saturnin de Toulouse ; celle de deux femmes esclaves s'emparant des restes de saint Julitta '.
Dans la masse des pièces hagiographiques tenues pour suspectes, la donnée est la même. A prendre sans autre examen ces nombreuses relations, on y relève six noms d'hommes, la plupart évêques ou diacres : Irénée, Paulin, Quirin, Etienne, Sylvestre, Hippolyte8, et quinze noms de femmes : Sophie, Octavilla, Celerina, Justa, Florence, Liceria, Alexandrie, Petronia, Sabinilla, Grata, Theodora, Cleopatra, Abundantia, Apollonia, Theoctista et une matrona nobilis \ Voici encore deux détails qui méritent d'être relevés. Dans les différents textes que nous venons d'utiliser, nous lisons que les restes des martyrs furent enveloppés in sindone nova, mundo linteo, mundis sindonibus, civôoaiv xawaïr, in sindone biblea, cum linteaminibus mundis et valde pretiosis, valde pretiosis linteaminibus, dignissimis pannis, serico panno. Ces indications trouvent leur confirmation dans les trouvailles faites aux catacombes où, dans le loculus des saints Prote et Hyacintfle, on trouva des fils d'or ayant appartenu à la trame de leur suaire et où le corps de sainte Cécile avait été revêtu de tissus brochés d'or.
Enfin cinq des récits utilisés ci-dessus nous montrent ces chrétiennes enlevant les corps qu'elles font déposer in prœdio suo, in prœdiolo suo, in agello suo, in horto domus suæ.
V. Culte des reliques. — On lit dans la notice du pape Félix Ier (269-275) au Liber pontificalis : Hic constituit supra memorias martyrum missas celebrare. Cette disposition peut être difficilement attribuée à la deuxième moitié du IIIe, elle appartient plutôt au Ve, époque où furent rédigées ces notices ; on pourrait en apporter cette preuve qu'au IIIe les églises titulaires à Rome n'étaient pas en mesure de posséder des corps saints dans l'intérieur de la ville. Dans les catacombes, la situation était différente puisqu'on avait les reliques des martyrs et qu'on pouvait édifier sur elles un autel au jour anniversaire de leur supplice, ou bien célébrer le saint sacrifice sur la tablette de Varcosolium qui les contenait 10. On a parfois cherché à appliquer à ce rite un verset de l'Apocalypse (vi, 9) : vidi sub altare animas interfectorum propter verbum Dei et propter testimonium quod habebant ; mais on doit remarquer que le texte porte τὰ σώματα et c'est le mot corpora qui serait seul un témoin du rite. Quoi qu'il en soit, au cours des six premiers siècles, on ne peut citer aucune inscription qui atteste formellement, à Rome, l'emploi des reliques des martyrs dans la consécration des autels. Mais il n'en alla pas de même partout. Dans certains diocèses en Italie, en Gaule, en Afrique et en Orient, dès la fin du IVe, l'usage prévalut d'ouvrir les tombes des martyrs et de distribuer les reliques. Ce qu'on trouve désigné sous les noms de reliquiae, pignora, beneficia, memoria, nomina, sanctuaria, benedictiones, eulogia ; ce sont surtout des brandea (voir ce mot), c'est-à-dire non une parcelle du corps mais un objet, généralement un tissu mis en contact avec la tombe. On sait du reste que les corps des saints apôtres Pierre et Paul furent toujours à l'abri de ces entreprises tentées sur les corps des martyrs ; cependant nombreuses sont les mentions épigraphiques de leurs reliques en Afrique » : à Hippo, à Guelma, à Henchir Magroun, Henchir Taghfaght, Djebel DjafTa, Aïn Zirara, et à Milan, en 380, saint Ambroise recourait lui aussi à des reliques des apôtres pour la dédicace de sa cathédrale.
A Fondi, dans la basilique dite « des saints » l'inscription mentionnant les reliques déposées dans un reliquaire était peinte sur l'abside ' :
Ecce sub accensis altaribus ossa piorum Regia purpurco marinorc crusta tegit, Hic et apostolicas præsentat gratin vires Magnis in parvo pulvere pignoribus. Hic pater Andréas et magno nomine Lucas Martyr et inlustris sanguine Nazarius ; Quos que suo Veus Ambrosio post longa revelât Secula, Protasium cum pare Ocrvasio Hic simul una pium complectitur arcula cœtum Et capit exiguo nomina tailla sinu.
Revenons en Afrique du Nord où nous trouvons à Henchir-Akrib, près de Ras-el-Aïoun, à 14 kilomètres au nord de N'gaous, un précieux document officiel, le procès-verbal d'une déposition de reliques auxquelles on rendait un culte public : une croix de fer et un anneau de fer contenant une relique de la vraie croix.
VI. Les deux consuetudines. — Le Moyen Âge latin a éprouvé, au même titre que l'antiquité chrétienne en Orient, le culte enthousiaste des reliques — culte qui, parfois, les menait au sacrilège — comme, de nos jours, la passion des antiquités a trop souvent entraîné ceux qui s'y livrent au vandalisme. L'Occident allait solliciter de l'Orient des corps saints, comme nous dépouillons la Grèce, l'Asie Mineure et l'Égypte de ses marbres ou de ses papyrus. Lieux d'asiles alors inviolables, les sacristies des cathédrales tenaient la place de nos musées, moins accessibles sans doute mais, du moins, gratuites aux visiteurs. Ceux-ci rapportaient de leurs pèlerinages des impressions mélangées où la dévotion satisfaite et l'éblouissement surexcité leur faisait apparaître Constantinople sous l'aspect d'une collection inépuisable, prédestinée au futur approvisionnement des trésors encore presque vides des basiliques occidentales.
Cependant ces immenses richesses où les métaux, les pierreries, l'art étaient prodigués sans mesure + In nomine Patri(s) et Fili(i) et Sp(irilus) s(an)c(t)i, posit(a)e sunt memori(a)e sancti Iuliani et Laurenti(i) cum sociis suis, per manus beali Columbi ep(i)s(eop)i s(an)cftee) Ec(c)l(e)s(ia)e Aicivensi(s) istius plebi(s), per i(n)stunlia(m) Donati pr(esjb(yteri), imp(e)rfante) Tiberio, anno V, ind I iclione ) XIUL, s(u)b d(ie) pr(i)d(ie) n(o)n(as) octobres.
Dalle rectangulaire, longueur : 0 m. 76 ; largeur : 0 m. 47 ; épaisseur :0 m. 11 ; découverte dans une chapelle chrétienne au-dessous de l'emplacement de l'autel et au-dessus d'un loculus à reliques (voir Dictionn., t. vi, col. 2215-2218, fig. 5650-5652).
Les textes qu'on vient de lire témoignent du culte officiel rendu aux reliques, mais elles étaient aussi l'objet d'un culte individuel et privé. Un texte du De schismate donatistarum, 1. I, c. xvi, nous apprend qu'un jour la veuve Lucille de Carthage, affiliée à la secte des donatistes, fut blâmée par l'archidiacre Csecilianus parce que, avant de baiser les espèces eucharistiques à l'instant de la communion, elle avait baisé une relique d'un martyr qui n'était pas encore reconnu pour tel par l'Église. Il s'agit ici très probablement d'une relique portée en guise de talisman ou d'amulette par Lucile. Il semble que dès le IVe le baisement de reliques de martyrs était devenu une pratique populaire et que le désir de posséder de telles reliques pourrait remonter à une époque sensiblement antérieure à celle des attestations les plus anciennes. Ces reliques de martyrs, enfermées dans un étui, étaient portées en pendentif. Un buste d'enfant du musée provincial de Trêves fournit un exemple d'un procédé de ce genre. L'enfant porte au cou une bulla offrant le monogramme du Christ. Nous en rapprocherons une bulle (voir ce nom) qui fit partie de l'ancienne collection Castellani et dont nous donnons un croquis. L'intérieur légèrement bombé permettait de contenir une relique que l'enfant portait suspendue à son cou. Un païen pouvait fort bien ne rien comprendre à ces deux signes assez effacés, et peut-être intentionnellement (fig. 10605) '. Saint Grégoire de Nysse nous apprend que sa sœur Macrine portait suspendue au cou n'étaient pas l'unique objet de l'avidité des pèlerins ; leur piété s'adressait aux reliques plus que leur cupidité aux reliquaires. Pour les possesseurs byzantins, les reliques étaient comme l'âme des édifices qui les abritaient ; ils voyaient en elles tout autre chose que des ossements arides. Elles avaient été autrefois des corps, des personnalités dont la vie éteinte persistait en une trace lumineuse, dont la foi et les actions avaient semé des germes de vie spirituelle, dont l'exemple pouvait instruire et secourir les individus empressés à solliciter leur secours dans la détresse afin d'obtenir l'atténuation de leurs maux.
La relique n'avait pas seulement une vertu éducative, elle avait été souvent la cause directe de l'érection d'une église. Celle-ci ne se concevait pas sans des reliques dans ou sous son autel et cet usage était fort ancien, tellement qu'on n'eût pas osé s'en affranchir. En Orient les corps des martyrs furent de bonne heure divisés en parcelles et leur désignation peu précise ne permettait pas toujours d'apprécier leur importance 3. En Occident, la protection dont la loi romaine entourait les tombes défendait les corps des martyrs dont on n'eût pas osé troubler le repos par le déplacement du sarcophage, bien plus encore par le dépècement de leur corps, dans lequel on eût vu une profanation '.
Une conséquence de cette opposition dans les usages fut que l'Orient célébra la translation des reliques et leur conféra une grande solennité. A Constantinople, l'arrivée d'un corps saint ou, plus simplement, d'une relique, provoquait la célébration d'une fête et, souvent, la construction et la consécration d'une église avec tout le déploiement de pompe qu'entraîne ce rite 2. Avant de procéder à la dédicace, èyxaîvta, on célébrait la consécration, xaGiépcocriç, par l'introduction des reliques qu'un prêtre déposait sur l'autel, enduit préalablement de saint myre 3.
C'était à qui rivaliserait de dévotion envers les saintes reliques, parfois sans succès. L'empereur Léon Ier (457-474) sollicita le corps de saint Siméon Stylite des habitants d'Antioche qui le refusèrent en disant que « le très saint corps était pour leur ville un rempart, une forteresse * ». Justinien Ier ne fut pas plus heureux à Rome lorsqu'il sollicita, quoi que averti par les légats d'Hormisdas qu'il n'obtiendrait qu'un refus 6. Cela ne suffit pas à l'impératrice Constantine, femme de l'empereur Maurice, qui sollicita du pape Grégoire Ier caput sancti Pauli aut aliud quid de corpore ipsius et n'obtint que des brandea 6. Telle était ce qu'on nommait la consuetudo romana, alors en pleine vigueur. Ainsi, à Paul, évêque de Rieti, qui avait sollicité des reliques des bienheureux martyrs Hermès, Hyacinthe et Maxime, le pape Grégoire se bornait à envoyer des sanctuaria prædictorum martyrum 7, et à Constance, évêque de Milan qui demandait des reliques de saint Paul et des martyrs Jean et Pancrace, il envoyait des sanctuaria 8. En cela, le pape qui se faisait le défenseur de la consuetudo romana se montrait plus rigide que ne l'avait été Trajan qui faisait des concessions à la consuetudo græcorum. Pline le jeune l'ayant consulté sur la conduite à tenir touchant l'autorisation sollicitée en Bithynie de déplacer des cadavres menacés par l'inondation ou la vétusté des tombes, et la nécessité de recourir pour cet objet au collège des pontifes de Rome, l'empereur répondait qu' « il est dur d'imposer aux provinciaux l'obligation d'en référer aux pontifes, dans le cas où de justes raisons exigent le transfert. Suivez donc l'exemple de vos prédécesseurs, et accordez ou refusez l'autorisation selon les circonstances 9. »
VII. Translations de reliques. — L'Orient, fort de sa consuetudo, procède, dès le IVe, à une translation de reliques : il s'agit du corps de saint Babylas transporté à Daphné dans une église, avec la permission du césar Gallus (351-354) 10, mais on ignore si la cérémonie fut entourée de pompe ; on ne peut même pas affirmer qu'elle n'ait eu un précédent si, comme l'affirme saint Paulin de Nole u, les reliques des saints André, Luc et Timothée furent transférées à Constantinople dans l'église des Saints-Apôtres sous Constantin ; nous croyons toutefois que ce fut sous son fils Constance, en 356. Une translation de reliques était, à Constantinople, un véritable événement. Il en fut ainsi pour la réception des reliques de saint Phocas ( ?), martyr du Pont, que décrit saint Jean Chrysostome », et pour celles de saint Paul, évêque mort en exil à Cucuse 13, ramené véritablement en triomphe. Ce sont ensuite l'entrée des martyrs Terentius et Africanus déposés dans l'église Sainte-Euphémie14, enfin l'arrivée du chef de saint Jean-Baptiste 15, dont nous reparlerons.
Les reliques des saints Étienne, Laurent et Agnès et le corps de saint Jean Chrysostome, ramené de Comane, appartiennent au règne de Théodose le Jeune, tandis que la translation de sainte Anastasie est de celui de Léon Ier, mais on peut dire que tout empereur veut signaler son gouvernement par une fête de reliques. Il semble que cela fasse partie des réjouissances auxquelles le peuple a droit ; peut-être se procure-t-on des corps saints sans excès de délicatesse, il s'en trouve dans le nombre dont on ignore la provenance.
Constantinople n'eut pas le monopole des translations de reliques, Antioche était assez riche pour célébrer ses martyrs et récupérer leurs cendres. Toutefois on ignore à quelle époque fixer le retour des restes de l'évêque saint Ignace qui consomma son martyre à Rome, dans l'amphithéâtre, mais saint Jérôme, qui visita Antioche en 396, écrit ces mots : Reliquiæ corporis ejus in Antiochia jacent extra portam Daphniticam in cimiterio. Vers le même temps, saint Jean Chrysostome prononçait à Antioche le panégyrique d'Ignace et insistait sur le retour triomphal du saint dans sa ville épiscopale et sur les honneurs qui lui furent rendus dans les villes du parcours ; il y a lieu, d'après ce trait, de placer ce retour depuis la paix de l'Église.
Une translation toutefois n'était pas définitive. C'est ainsi que ces mêmes ossements de saint Ignace, déposés in cimiterio, furent, sous le règne de Théodose II, amenés dans la ville et déposés dans l'ancien temple de la Fortune transformé en basilique. Saint Babylas non plus n'avait pas connu le repos. On a dit déjà que le césar Gallus l'avait fait transporter à Daphné ; en 362, Julien l'Apostat l'en fit éloigner et ramener dans sa sépulture primitive, ce qui fut l'occasion d'un cortège solennel et, après la mort de Julien, on construisit à Babylas une basilique au delà de l'Oronte et on l'y transporta. Là fut inhumé aussi le corps de l'évêque Mélèce, ramené de Constantinople où il était mort.
En 459, on apporte à Antioche les reliques de saint Syméon Stylite, et en 482, celles de saint Eusthate ramené de Trajanopolis en Thrace, lieu de son exil. Bien d'autres translations sont signalées en Orient : 22 août 394, saint Thomas est conduit, on ne sait d'où, dans la grande basilique d'Édesse ; en 396, translation à Alexandrie des reliques de saint Jean-Baptiste ; à Nisibe, les habitants qui fuient devant l'invasion des Perses emportent le corps de saint Jacques ; à Alexandrie, saint Cyrille transporte à Menouthi les restes des saints Cyr et Jean.
VIII. Exhumation de corps saints. — Le mot « translation » éveille une idée de solennité, de magnificence qui est comme la survivance des cérémonies que nous venons d'évoquer et qui, toutes, appartiennent aux pays d'Orient. Si nous pouvons en rapprocher quelques faits de même nature localisés en Occident, et même à Rome, à une date ancienne, il paraît sage de recourir à un terme plus prosaïque, celui d' « exhumation ». C'est bien, en effet, celui qui s'applique aux quelques transports de reliques dont nous allons parler.
A Rome, au IIIe, les fidèles tirent parti d'un moment de relâche dans les persécutions pour obtenir des autorités administratives la permission de ramener le corps du pape Pontien et celui de l'évêque Hippolyte, morts dans leur exil de Sardaigne ; même autorisation leur est accordée pour le cadavre du pape Corneille mort à Centumcellae ( = Civita Vecchia) et qui reçoit la sépulture à Rome. Vers le milieu du IVe, on vénère à Rome les corps des cinq sculpteurs connus sous le nom de « Quatre Couronnés » qui ont péri en Pannonie. En quelle circonstance ont-ils été retirés du fleuve, déposés dans des cercueils de plomb et amenés à Rome ? Nous l'ignorons, mais le fait d'un transport est indubitable. Un fait analogue et un peu postérieur peut en être rapproché puis que nous savons qu'au commencement du Ve, le martyr Quirin, évêque de Siscia, se trouvait à Rome, où il n'avait pu qu'être apporté de son pays d'origine, la Pannonie, par ses compatriotes fugitifs devant une invasion barbare. Mais on observera que dans toutes ces diverses circonstances, aucune allusion n'est faite à des solennités.
Il est vrai que tous ces faits se passent à Rome et peut-être se montre-t-on moins rigide dans d'autres Églises d'Occident, notamment à Milan et à Brescia. A Milan nous voyons rapporter le corps de l'évêque Denis, mort en Cappadoce ; à Brescia, saint Gaudence rapporte d'Orient une véritable rafle de reliques ; à Nole, à Fondi, saint Paulin enrichit ces basiliques de tout ce qu'il a pu atteindre par lui-même ou par ses amis. Nous verrons saint Victrice de Rouen les imiter, mais cette dévotion n'est pas encore généralement adoptée. Cependant saint Jérôme lui-même, si attaché aux traditions, a subi l'influence de l'Orient et, en 410, il écrit à un Dalmate, nommé Julien, pour le féliciter de s'être associé à une fête religieuse, probablement une translation de reliques, suivie de la dédicace d'une basilique.
IX. Distribution des reliques. — On ne s'en tient pas à des translations, on porte la main sur les restes sacrés des martyrs, on divise, on distribue, on dissipe le gage précieux pour satisfaire de pieuses convoitises et, parfois, des sentiments plus répréhensibles. Dès le IIIe, nous voyons des fidèles heureux de posséder un objet extérieur sanctifié par le contact d'un martyr : ainsi le soldat Pudens qui assiste au supplice de sainte Perpétue et de ses compagnons se réjouira de conserver l'anneau trempé dans le sang du martyr Saturus ; ainsi un des gardiens de saint Cyprien conservera ses vêtements imprégnés de sueur ; ainsi les fidèles présents au supplice de l'évêque de Carthage jettent des linges pour les imbiber de son sang.
Mais l'indiscrétion ne s'arrête pas là et tourne à l'abus. Un document authentique connu sous le nom de Testament des quarante martyrs de Sébaste, nous montre ces saints condamnés demandant à être ensevelis ensemble et priant les fidèles de ne s'approprier aucune parcelle de leurs restes. Cette demande équivaut à une protestation contre une pratique en train de se répandre et cette protestation ne fut pas entendue. Saint Basile nous apprend que les saints martyrs respirant encore furent jetés dans les flammes et leurs cendres jetées dans le fleuve ; cependant tout ne fut pas détruit car le même docteur ajoute : « Les voilà qui occupent notre contrée, et semblables à des tours puissantes nous défendent contre les attaques de l'ennemi ; ils ne se renferment pas en une seule place, mais beaucoup d'endroits leur offrent l'hospitalité et ils sont un honneur pour beaucoup de localités. » S. Grégoire de Nysse écrit de son côté : « Leurs cendres et tout ce que le feu a respecté a été partagé, et le monde entier, pour ainsi dire, participe aux bénédictions de ce trésor sacré. Moi-même j'en possède une part et j'ai placé les corps de mes parents près des reliques de ces soldats. » Et il raconte la première cérémonie célébrée avec sa famille en l'honneur des martyrs à l'occasion de la déposition des reliques.
A Césarée vivaient deux nièces de saint Basile qui avaient reçu de lui des reliques des quarante martyrs ; elles s'en dépouillèrent pour Gaudence de Brescia ; on en signale d'autres à Constantinople et ailleurs.
« Mais ce n'était pas toujours dans des cas exceptionnels, lors que la profanation des reliques par les persécuteurs invitait pour ainsi dire les fidèles à les recueillir pour leur compte, que s'opérait la dispersion. Le traitement infligé aux quarante martyrs, aux reliques de saint Jean-Baptiste sur l'ordre de Julien et aux martyrs de Gaza ne fut point la règle, et pourtant tel saint, dont le corps repose à Sinope, se voit partager entre une foule d'Églises. Constantinople en reçoit une partie ; à Rome, s'il faut en croire Astère d'Amasée, on envoie la tête et d'autres parties vont un peu partout : noXXaj(oû [xept,a6évTa rà Xîei{ ;ava ;pov tcô Tpî.o-fi.axapîcp acoÇei tï)v £Ùcp« /)|jtîav. Théodoret nous apprend que fréquemment dans les basiliques qui sont censées posséder un martyr, on ne trouve qu'une partie de son corps et parfois même une partie minime. « Nous demandons, dit-il, comment s'appelle le martyr renfermé dans le tombeau, et l'on nous répond, suivant l'occurrence, que c'est Julien, Romain ou Timothée, bien que souvent on n'en ait pas le corps entier, mais des reliques de peu d'importance : Gynx.po~a.TOiv Xet'^âvcov. » Il exprime la même pensée, à peu près dans les mêmes termes, en deux autres endroits de ses écrits, en substituant d'autres noms au groupe qu'il avait cité, tantôt Denis, Julien, Cosmas, tantôt l'apôtre Thomas, Jean-Baptiste, Étienne le premier martyr. Et il fait remarquer ailleurs que, quoi que les corps des martyrs soient divisés et dispersés en plusieurs tombeaux, la grâce qui y est attachée reste entière.
« Saint Grégoire de Nazianze déjà parlait ainsi ; pour lui quelques gouttes de sang xal puxpà 7rà0ouç ont la même efficacité que le corps dans son intégrité. Logiquement, on devait à ces reliques partielles les mêmes honneurs qu'aux corps eux-mêmes, et l'on n'hésitait pas à les leur rendre. L'arrivée, dans une localité de Syrie qui doit être Cyr, la ville épiscopale de Théodoret, d'un envoi de reliques de saint Jean-Baptiste et de plusieurs apôtres et prophètes est célébrée avec la solennité des grandes translations. L'évêque, le peuple de la ville et de la campagne vont au-devant d'elles pour les recevoir ; ce sont des explosions d'allégresse et la SauïTixv) /opda n'y manque pas. » Tout ceci n'allait pas sans certaines contradictions. On vient de voir la répugnance éprouvée par les martyrs de Sébaste à la pensée du sort que l'indiscrétion de certains fidèles ménage à leurs dépouilles, or nous en trouvons l'écho dans les Actes de saint Fructueux, martyr à Tarragone, avec ses compagnons. Ces Actes sont un peu postérieurs à l'événement, mais on y lit que, dans la nuit qui suivit le supplice, les chrétiens se rendirent à l'amphithéâtre, arrosèrent de vin les ossements en partie calcinés et les emportèrent ; mais saint Fructueux leur apparut et les avertit d'avoir à restituer ces reliques afin qu'on pût les enterrer en un même lieu.
« L'auteur des actes de saint Saturnin de Toulouse trace un récit intéressant de la construction de la basilique du martyr. L'évêque Hilaire, le premier, bâtit une chapelle en l'honneur de son prédécesseur, sur son tombeau même, scindas veritus commovere reliquias. Bientôt on s'y trouve à l'étroit, et l'évêque Silvius entreprend la construction d'une basilique spacieuse, à quelle distance de la précédente, dans la pensée, c'est bien clair, d'y déposer le corps du martyr. Mais il n'eut pas la joie de voir la fin de son œuvre. C'est l'évêque Exupère, l'ami de saint Jérôme, qui y mit la dernière main (vers 110). Cependant il hésitait à opérer le transfert. l_'n songe le rassura. Il comprit alors que, quand l'honneur du martyr est en jeu, nullam fteri vel deminutione cinerum vel commutionc membrorum spiritibus injuriant. Et aussitôt il présenta une requête aux empereurs et obtint l'autorisation d'introduire les reliques dans le nouveau sanctuaire. Tout en gardant les formes et timidement, on s'engage dans la voie du relâchement.
« Pourtant on s'abstient pendant longtemps encore de distribuer des ossements ou des parcelles du corps des martyrs. De même qu'à Rome on donne des étoffes, des clefs qui ont touché au tombeau de l'apôtre ou dans lesquelles on a renfermé de la limaille des chaînes de saint Pierre, des fragments du gril de saint Laurent, ailleurs, comme en Afrique, nous voyons rendre en guise de reliques des vêtements déposés sur le tombeau, des fleurs sanctifiées au contact du reliquaire, l'huile du sanctuaire.
X. Invention de reliques. — Le refus opposé parfois par les magistrats païens de rendre aux fidèles les restes d'un martyr, ce que nous voyons à Smyrne ou à Lyon, n'empêche pas une Église de commémorer l'anniversaire. A Carthage nous voyons saint Cyprien prescrire de tenir un registre des noms des victimes de la persécution et du jour de leur triomphe ; ainsi s'élabore le calendrier local marqué par des solennités dont le souvenir s'imprime dans la mémoire des membres de la communauté et ainsi se fonde la tradition. Mais vers la fin du IVe on voit apparaître des cultes nouveaux qui ne peuvent s'autoriser d'une tradition constante, martyrs lointains et inconnus dont le souvenir s'est perdu pendant un temps et qui se met, soudain, à revivre, dont la tombe saccagée n'a pas été oubliée par tous. La dernière persécution (303-313) avait accumulé les ruines, mais dix années ne suffisent pas à abolir les souvenirs d'une génération et la paix de l'Église suggéra aux évêques, aux prêtres, la restauration de ce qui avait existé : le culte des martyrs se manifestant par les anniversaires et par les tombeaux. A Rome, on s'y appliqua de bonne heure et un premier essai aboutit à ce double catalogue intitulé : Depositio martyrum et Depositio episcoporum, rédigé probablement sous le pontificat de Libère (voir Dictionnaire, t. IX, à ce nom). Sous le pontificat de Damase (voir Dictionnaire, t. IV, à ce nom) on fit un progrès, ce pape dévot aux martyrs mulla corpora sanctorum requisivit et invenit. Ce fut lui, en effet, ou bien par son impulsion qu'on découvrit plusieurs tombes ; ainsi le corps de saint Eutychius la :
Ostendit latebra insontis quœ membra teneret,
Quœritur, inventus colitur, fovet, omnia praestat.
Puis encore, la tombe des saints Prot et Hyacinthe :
Hœremo tumulus latuit sub aggere montis.
Hunc Damasus monstrat, serval quod membra piorum.
Pour ces derniers, leur culte était établi, car nous lisons dans la Depositio martyrum, au 11 septembre : /// id. sept. Prot et Jacincti in Bassillœ, mais le souvenir de leur tombe était aboli.
Dans certains cas, une découverte de corps saints après un long intervalle de temps écoulé depuis leur mort suggérait l'inscription de leurs noms dans les fastes martyrologiques et il n'est pas possible d'assurer que cette décision ait été garantie par toutes les précautions d'une enquête vraiment éclairée.
Il arrive souvent qu'une tombe ignorée de tous est désignée par un phénomène surnaturel, vision, apparition, révélation et on ne saurait dire avec assurance, parfois, la qualité de la manifestation. Ainsi dans l'inscription damasienne d'Eutychius on lit ce qui suit :
Xoctc soporifera turbant insomnia menton,
Ostendit latebra insontis quœ membra teneret.
Nous n'en sommes pas réduits à ces éléments, grâce à ce que nous savons de l'événement survenu à Milan en 386 lors de l'invention des corps des martyrs Gervais et Protais (voir Dictionnaire, t. III, à ce nom). Que s'est-il passé ? Le diacre Paulin écrit qu'à cette époque les saints martyrs se firent connaître à saint Ambroise. Ils étaient placés dans la basilique où se trouvent aujourd'hui les corps des saints Nabor et Félix. Ces saints martyrs-ci attiraient un grand nombre de fidèles ; des martyrs Gervais et Protais on ignorait les noms comme aussi la sépulture, et l'on marchait sur leurs tombeaux pour s'approcher des barrières qui protégeaient ceux des saints martyrs Nabor et Félix.
Voici qui est clair et c'est saint Ambroise qui, dans sa lettre à sa sœur Marcelline, lui expose les circonstances de la découverte qu'il met au compte d'une sorte de pressentiment : Statim que subiit velut cu.ju.sdam ardor prxsagii. On fouille le sol, on trouve les corps de grande taille : Omnia ossa integra, sanguinis plurinnim. On dépose les reliques provisoirement dans la basilique de P'austc et, le lendemain, on les transfère dans la basilique ambrosienne. Tout l'épisode est d'une interprétation laborieuse ; le biographe contemporain, diacre Paulin, saint Augustin, saint Gaudence, saint Paulin de Nole parlent de révélation, de vision, saint Ambroise s'en tient à un pressentiment. On peut en discuter longuement et âprement, mais on voit que la tombe des deux martyrs était si parfaitement oubliée ainsi que leur culte que l'évêque n'a pas eu recours à une enquête et que les inévitables vieillards ne se sont souvenus du culte ancien qu'après la découverte. Qu'on se montre favorable au pressentiment ou à la révélation, il reste ceci : que l'existence et l'emplacement d'une tombe et d'un culte étaient oubliés, que saint Ambroise a pris sur lui d'après des indices incontrôlables de procéder aux travaux nécessaires à une inventio qui fut suivie sur son initiative unique d'un transport de reliques.
Saint Ambroise ne fit pas que cette inventio ; en 403, il trouva à Bologne, dans le cimetière des juifs, les corps des martyrs Vital et Agricola oubliés de tous et transportés dans la basilique de Florence. Ces deux découvertes soulevèrent un grand intérêt et, dès lors, on vit circuler en Occident de nombreuses reliques des saints Gervais et Protais, Vital et Agricola. Après la découverte des corps de saint Nazaire et Celse, on en vint à croire que lors que le saint évêque allait faire sa prière à un endroit où il ne s'était jamais arrêté auparavant, c'est qu'un corps de martyr lui avait été révélé en ce lieu.
Nous ne revenons pas sur l'inventio de saint Étienne en 415 (voir Dictionnaire, t. V, col. 632-648) ; celle des reliques de saint Jean-Baptiste est passablement obscure. Mis à mort à Maehéronte, le Précurseur se retrouve au IVe à Sébaste où son tombeau est violé, ses ossements brûlés et jetés au vent. Cependant on continue à prier au tombeau vide et on se persuade que les reliques s'y trouvent encore, rapportées par un inconnu. Saint Jérôme n'y contredit pas ; nous reparlerons des vicissitudes du chef du Précurseur.
On pourrait énumérer un grand nombre d'autres inventiones moins fameuses, et dans un grand nombre de pays, mais ce qui précède suffira à notre propos.
De bonne heure la dévotion des empereurs byzantins avait enlevé à la Palestine, pour en parer les églises de Constantinople, plusieurs de ces merveilleuses reliques : la conquête de la Terre sainte par les Perses, puis par les Arabes, multiplia bientôt et justifia ces spoliations. Ce fut œuvre de piété que d'arracher aux infidèles ces vénérables monuments, et les empereurs furent plus fiers d'une relique regagnée que d'une province reconquise. Héraclius, Nicéphore Phocas, Jean Zimiscès rapportèrent en triomphe « comme un présent du ciel, comme un trésor incomparable », ὁ ξύλον τῆς αἰωνίου σταυρῆς oùπᾶν τὸ ξύλον τοῦ σταυροῦ, le bois de la vraie croix ou les souvenirs de la vie du Sauveur 15 ; Romain Lacapène mit en œuvre toute sa diplomatie pour conquérir à l'empire la fameuse image d'Édesse19 (voir ce nom). Au milieu des chants religieux, des processions et des fêtes 17, on rapportait les saintes reliques dans la ville « gardée de Dieu » : on les transportait en grande pompe dans les sanctuaires les plus vénérés, à Sainte-Sophie, aux Blakhernes, ou dans la chapelle du palais impérial : parfois on élevait pour les abriter des oratoires particuliers ; et les évêques proclamaient solennellement leur vertu miraculeuse : Si per ossa mirifica Deus facit, clarum est quod et per imagines, lapides, plura que alla idem possit, disait Léon de Néapolis, en Chypre 18. Pour en multiplier les effets salutaires, on cassait quelques fragments de ces pierres vénérées, et les plus grands personnages de l'empire en recevaient des morceaux 19 ; plusieurs nous sont parvenus avec les reliquaires qui les contenaient.
XII. Vol des reliques. — On lit dans le Code Théodosien une constitution promulguée à Constantinople, en 386, par laquelle les empereurs défendent le déplacement et le trafic des ossements des martyrs : Nemo martyrem distrahat, nemo mercetur 2g. Cette règle se maintint mais avec des accrocs. Saint Augustin dénonce les moines qui colportent et vendent des reliques réelles ou fausses comme membra martyrum » et saint Grégoire Ier veut qu'il n'en soit pas ainsi en Occident« . Mais l'abus était ancien. On lit dans la Depositio martyrum, à la date du 10 juillet, ces mots : et in Maximi Silani avec ce qui suit : h une Silanum martirem novali furati sunt. Voici, probablement la plus ancienne mention d'un vol de reliques consigné par l'histoire qui inculpe la secte des novatiens de s'être emparé du corps de saint Silanus. On ne peut qu'être surpris de voir les affiliés à une secte qui se targuait d'une rigueur extrême et d'une fidélité rigoureuse aux traditions encourir une si grave accusation.
En plus de la vénération tournée vers les restes des saints on voyait en eux les protecteurs des villes et des individus. De même que la lettre apocryphe de Notre-Seigneur au roi Abgar assurait la prospérité et la protection de la ville d'Édesse (voir ce nom), de même les reliques de saint Félix étaient réputées le palladium de la ville de Nole », et il y avait un grand nombre de cités dans le même cas. A Trêves on contait que l'évêque saint Nizier défendait sa cité contre les atteintes de l'épidémie « . Dès lors c'était à qui s'assurerait la possession de reliques protectrices et on ne manquait ni de vendeurs ni d'acquéreurs. Grégoire de Tours avait appris que des voleurs vendirent à un abbé du pays de Bourges des restes de saint Vincent enlevés à Orbigny ; on apprit par révélation leur provenance et obligation fut faite de les restituer •*.
La littérature concernant le vol des reliques est abondante, elle mériterait un travail d'ensemble qui a été entrepris mais non terminé ». Il y eut parfois des vols à main armée pour s'assurer la possession d'un corps saint et des interventions surnaturelles dont l'authenticité paraît suspecte. L'Orient et l'Occident n'ont, dans cet ordre de choses, rien à s'envier. Tel récit en langue copte raconte que des tisserands du Fayoum vinrent à Scété pour y vénérer les corps des martyrs et s'emparèrent de celui de Tiridios qu'ils enfermèrent dans un sac ; mais arrivés sur les bords du lac du Fayoum, le sac s'ouvrit, Tiridios en sortit et court encore \ Un manuscrit syriaque addit. 12 174 du British Muséum, daté de 1197, renferme à la suite de la Vie de Jacques Baradée un écrit de Cyriaque, évêque de Mardin, qui raconte comment les ossements de Jacques furent dérobés au couvent de Casion et transportés à celui de Phesiltha. Cet écrit se retrouve, mais attribué à Cyriaque, évêque d'Amid, dans le manuscrit Sachau de Berlin, écrit en 741. — Jacques Baradée mourut en 578 ; quant au récit qu'on va lire il n'est peut-être ni de Cyriaque de Mardin ni de Cyriaque d'Amid, mais il est antérieur à la conquête de la Perse et de la Syrie par les Arabes et a dû être composé quinze ans tout au plus après le vol qu'il raconte et que voici en bref :
Mar Zachaï, évêque de Telia munit quatre moines de Phesiltha et deux clercs de la ville de montures et d'argent pour les envoyer au couvent de Casion où Jacques s'était endormi. Ils partirent l'an 622 de Jésus-Christ et parvinrent à Casion où ils entrèrent et prièrent, puis furent bénis par saint Jacques et par les frères. Interrogés sur leur destination, ils répondirent : « Nous sommes des ambassadeurs envoyés par l'Église de Syrie au patriarche d'Alexandrie ». On leur rendit grand honneur. Après être restés là deux jours, l'un des moines, selon ce qui avait été machiné entre eux, poussa des hurlements, fut en proie à des convulsions, écuma et délira. Ses compagnons pleurèrent et l'attachèrent au sarcophage de Mar Jacques, afin qu'il étudiât comment s'y prendre pour voler le corps, eux dormirent à ses côtés. Or, pendant la nuit ils creusaient et recouvraient leur travail au petit jour. Quand leur tâche fut presque achevée ils s'emparèrent des clefs du couvent et dirent aux moines : « Nous avons des lettres à remettre, nous ne pouvons rester ici, l'un de nous restera auprès du malade avec un cheval ; s'il guérit, il nous rejoindra à Alexandrie. » Le prétendu malade et son compagnon se levèrent la nuit, prirent le corps de Jacques, l'enveloppèrent dans la soie et sur leurs montures s'enfuirent en Palestine. A leur réveil, les moines de Casion virent, comprirent, gémirent, coururent à la recherche des voleurs dans toutes les directions, ne trouvèrent personne et revinrent désolés pendant que les ravisseurs gagnaient Pella où le clergé et le peuple vinrent à leur rencontre avec des flambeaux, des hymnes et de l'encens. On fit le tour de la ville et le corps fut enseveli dans le couvent de Phesiltha.
XIII. corpus, reliquijE, brandie. — La paix et le triomphe de l'Église au IVe permit de rendre un culte solennel et public aux ossements des martyrs, culte confiné jusqu'alors dans les catacombes. Cette nouvelle dévotion se répandit avec une sorte de soudaineté qui entraîna entre les Églises un incessant échange de reliques. Borne devint l'inépuisable pourvoyeuse tandis que Constantinople fut réduite à emprunter à de plus favorisés. Elle fit tout ce qui dépendait d'elle pour se procurer les corps de saint André, de saint Luc, de saint Timothée 2. Tandis que l'Orient comptait par centaines ses martyrs, l'Italie et la Gaule étaient bien loin d'en posséder pareil nombre. La découverte faite à Milan, en 3cS6, des restes des saints Gervais et Protais8 (voir Dictionn., t. m, au mot Gervais) attira aussitôt à saint Ambroise d'indiscrètes sollicitations de beaucoup de ses collègues dans l'épiscopat. Pour y satisfaire, il procéda, dit-il, à des partages entre un grand nombre de villes ; Forum reliquix... per universam Italiam vel Gallican sunt dilatée '. En Gaule, nous savons que Vienne 5, Tours 6 et Bouen eurent part à ces libéralités. On vit des clercs entreprendre de longs voyages à la recherche de reliques. Gaudence, futur évêque de Brescia, parcourut Antioche, Jérusalem et Césarée de Cappadoce, d'où il rapporta des reliques des quarante martyrs de Sébaste, qui ne paraissent pas avoir été bien sévèrement gardées ; mais il ne se tint pas pour satisfait et ce fut lui probablement qui dota l'église de Brescia des reliques de saint Luc, de saint Jean-Baptiste et de saint Thomas, église qui fut consacrée sous le vocable de Concilium sanctorum '. Ainsi qu'on l'a ingénieusement fait observer 8, il semble que le chef de l'Église de Bouen s'adressa à ses collègues Ambroise et Gaudence pour en obtenir des reliques.
Il est bien entendu que c'étaient des reliques représentatives, brandea, etc., car on estimait alors que la vertu des reliques résidait dans l'attouchement de leur tombeau ou de leurs ossements aussi bien que dans le corps entier : Cruor et limus, écrit saint Victrice « ; Quorum sanginem tenemus gypso collectum, nihil amplius requirentes, écrit pour sa part saint Gaudence 10. Becevoir des reliques était un événement d'une importance presque sans égale. Lorsqu'au retour d'une mission en Grande-Bretagne, vers 396, l'évêque de Bouen apprend qu'un envoyé de saint Ambroise l'attend avec un trésor, il précipite sa marche et il se livre à un débordement de joie. « Voici, dit-il, qu'une grande partie de la milice céleste daigne visiter notre cité, de sorte que désormais il nous faudra habiter parmi des foules de saints ll. « Ceux qu'il accueille sont Proculus de Bologne, Antonin de Plaisance, Saturnin et Trajan de Macédoine, Nazaire de Milan, Alexandre et Chindée de Perge en Pamphilie, Mucius et Datysus d'origine inconnue et quatre vierges, Bogatia, Léonide, Anastasie et Anatolie. Ces noms demeurent peu précis pour nous, mais saint Victrice et son auditoire ne partagent pas nos exigences critiques : « Ce martyr, leur suffit-il de dire, a subi la torture sans pâlir ; cet autre est allé au devant des lenteurs du bourreau ; celui-là a bu avidement les flammes ; celui-ci, bien que mutilé, est resté debout tout entier ; celui-ci se proclamait heureux d'être crucifié ; celui-là, entre les mains des bourreaux, a fait remonter les fleuves vers leur source ; cette (femme) a compati comme fille aux larmes de son père, mais comme martyre elle les a méprisées » ; cette autre, avide de mort, a excité contre elle, en l'irritant, la colère d'un lion ; celle-ci pendant que son enfant jeûnait, a offert aux bêtes fauves ses mamelles toutes pleines 13 ; cette vierge a présenté son cou au bourreau n'ayant pour toute parure que les joyaux de l'éternité 14. » Cet enthousiasme suggère une réception triomphale dans laquelle le clergé et les fidèles, les vierges, les veuves, les fidèles, les enfants défilent dans un enthousiasme qu'il suffit de rappeler et dont le De laudc sanclorum nous a conservé le récit qui nous montre une ville chrétienne en fête à la fin du IVe. C'est un traité qui mérite d'être relu et étudié par ceux qui veulent prendre une idée du culte des reliques à cette époque1.
A cette époque, en Occident, nous l'avons dit, nul ne se fût permis de toucher aux ossements des martyrs et il en était encore ainsi au VIe lors que le pape Grégoire Ier faisait bonne garde contre les sollicitations indiscrètes et écrivait : Cognoscat tranquillissima domina quiu Romanis consuetudo non est, quando sanclorum reliquies danl ut quidquam tangere prœsumant de corpore ; sed tantummodo, in pyxide brandeum mittitur al que ad sacratissima corpora ponitur. Quod levatum in ecclesia quœ est dedicanda débita cum veneratione reconditur et tantœ per hoc ibidem virtu les fiant acsi illuc specialiter eorum corpora deferanlur... in Romanis nam que vel totius Occidentis omnino intolerabile est al que sacrilegum si sanctorum corpora tangere quisquam fartasse prœsumat quod, si prœsumpserit, certum est quiu hœc temeritas impunita nullomodo remanebit2. Cette résistance n'était pas superflue pour contenir les entreprises trop hardies de translations ordonnées par des princes barbares à peine soumis à la discipline chrétienne et des particuliers qui se croyaient tout permis comme cette femme de Maurienne qui voulut se procurer une partie du corps de saint Jean. Grégoire de Tours nous apprend qu'on le lui refusa. Après une semaine de prières obstinées, elle vit un doigt du saint sur l'autel et l'emporta en Maurienne dans une boîte d'or. Trois évêques voisins voulant se le partager ne purent y réussir, mais chacun d'eux en tira une goutte de sang. Alors l'archidiacre de Turin entreprit d'enlever ce doigt merveilleux à la Maurienne pour l'emporter à Turin ; à peine eut-il touché le reliquaire que la fièvre le saisit et il expira s. On en était réduit à conter de pareils récits pour mettre les reliques à l'abri des indiscrétions de la piété ou, plus simplement, du vol.
« Au VIe, puisqu'on n'osait pas toucher aux corps saints, à plus forte raison aurait-on répugné à les dépecer. Quand on voulait dédier un autel, le propriétaire de l'église nouvellement construite s'adressait au pape pour qu'il enjoignît à l'Ordinaire du diocèse de lui procurer des reliques du saint en l'honneur de qui l'autel devait être dédié. Voici des exemp les tirés du Liber diurnus romanorum ponlificum ' (voir Dictionn., t. ix, à ce mot).
Petitio dedicationis oratorii 5 : Domino sancto et beatissimo patri patrum Ht. famulus vester... Ad augmenlum... in predio... juris mei basilicam sumplo proprio usu suggero construxisse quarn in honore sanclorum ill. et ill. martijruni desidero consecrari... Quapropter queso apostulatum vestrum ut, datis preceplionibus vestris ad ill. virum venerabilem civilalis ill. antistitem qualenus supramcnwralam basilicam debcal... consecrare... Pari prece dcposco, ut datis affatibus vestris ad ill. virum venerabilem ill. civilatis episcopum qualenus possit mihi reliquias supramemoralorum sanctorum solemniler contradcre...
Responsum oratorii dedicandi ' : Le pape donne ses instructions à l'évê que du diocèse pour la dédicace de la basili que en question ; il termine par ces mots : sanctuaria vero suscepla sui cum reverenlia collocabis.
Responsum de speranda sanctuaria ' : Le pape s'adresse à l'évê que dans le diocèse duquel se trouvent les tombe aux dont le constructeur a demandé des reliques : ///. sanctuaria beati ill. oblata pelitione sibi postulat debere concedi qualenus in ejus nomine basilicam propriis construclam sumptibus possit sollemniter consecrari et ideo /rater karissime... te... convenit obcedire.
De dandis sanctuariis s : Cette formule a pour objet de faire déposer sous l'autel de la basili que les reliques reçues : in oratorio ab ill. constructo quod... in honore beatorum ill. et ill. dicitur consecratum, beati marlyris ill. accepta sanctuaria dilectio tua... constituât.
De danda beneficiis sancti angeli 9 : Cette formule prévoit le cas d'un autel dédié à l'archange : ill. ut beneficiis beati archangeli oblata petitione sibi postulat debere concedi, quatenus in ejus nomine oratorium... possit... consecrari. Et ideo frater karissime... te... convenu obœdire.
Item responsum 10 : Cette formule précise ce que sont les sanctuaria des apôtres : basilicam quam dilectio tua in honore beatorum apostolorum ill. et ill. nuper fabricasse commémorât jacultatem tribuimus dedicandi... in qua etiam benedictionem de sanctuariis apostolicis, id esl palliola de eorum confessionibus providimus collocanda...
De recondendo corpore sanctorum u : Cette formule règle le cas exceptionnel où il s'agit d'une basili que qui contiendra un corps saint récemment trouvé dans les environs. Le Liber diurnus ne prévoit pas que ce cas puisse se produire pour un simple particulier ; sa formule s'adresse à un prince : ///. filius noster... indicavit in parlibus ill. corpus beati ill. noviter fuisse reperlum et ill. gloriosus genilor ejus in basilicam quam noviter edificavit eundem corpus staluit collocandum petiit que ut eadem ecclesia sollemniler debcut consecrari. Ideo que, frater karissime, si... nullum... corpus ibidem constat humatum... eundem ecclesiam, convocatis aliis... coepiscopis nostris tibi vicinantibus stude sollemniter dedicare...
« Certainement, les reliquiœ ou sanctuaria d'un saint ne doivent pas être confondus avec son corps. Les formu les officiel les du Liber diurnus ne laissent aucun doute à cet égard. C'étaient, nous le savons, le plus souvent des brandea ou des étoi les de prix et objets analogues auxquels un contact plus ou moins prolongé suffisait à communiquer toutes les vertus que le corps lui-même était capable de posséder. Quand l'autel devait être dédié à un saint ange, l'absence forcée de corps ne paraît pas avoir modifié essentiellement la procédure : ne pouvant avoir de reliques proprement dites, on se procurait par analogie des bénéficia qui rappelaient l'esprit céleste. Dès que ces reliquiœ ou ces bénéficia étaient en la possession du propriétaire de l'église nouvelle, l'évê que du diocèse, en qualité de mandataire du pape, se trouvait tenu de les déposer sous l'autel et de consacrer l'église. Maintenant, dans les cas exceptionnels où un corps saint se révélait en quel que pays, on bâtissait une église et on y élevait un autel pour le recevoir. Mais alors il va de soi que les reliquiœ ne sont plus en question et la formule parle nettement du corpus. De plus, dans ce cas, la disposition matérielle de l'autel se compli que de la construction du tombeau. Le corps est placé dans une crypte souterraine et close qui le protège réellement contre toute approche indiscrète. L'autel est disposé dans l'église ouverte, exactement au-dessus du sarcophage inaccessible où repose le corps. La crypte, ainsi mise a l'abri, communi que verticalement avec une chambre, ménagée sur le sol de l'église et sous l'autel, par un petit puits à ouverture circulaire, dénommé umbilicus, qui y débouche au niveau du sol. Une fois par an, on ouvrait l'orifice de ce puits et l'officiant y plaçait un encensoir dont les charbons ardents faisaient fumer l'encens ; cet encensoir y demeurait jusqu'à l'année suivante. Non loin de l'orifice de cet ombilic et à son niveau, dès le IVe, on avait pris l'habitude de creuser dans la dalle horizontale du sol une niche rectangulaire. Cette niche communiquait indirectement, par dessous avec le puits ; mais elle en était séparée par une grille ou cataracla et elle servait à recevoir les étoffes ou objets destinés à être distribués plus tard comme reliques du saint. Ce dispositif de l'ombilic dans la dalle subsiste encore maintenant à Rome dans les basiliques patriarca les de Saint-Pierre et de SaintPaul où il remonte au début du IVe (voir Diclionn., aux mots Pierre et Paul), et c'était une grande faveur que de recevoir des reliques provenant de la grille la plus rapprochée de l'ombilic. Ce dispositif a été retrouvé en 1873 dans la basili que romaine des SaintsApôtres, à l'autel des apôtres Philippe et Jacques (561-574) ; il existait également à Rome dans l'église des Saints-Côme-et-Damien (526-530.). A Ravenne, des autels, qui remontent au même siècle, offrent la même disposition ; notamment celui de SaintApo)linaire-in-Classe. Entre 1087 et 1089, se construit encore ainsi le tombeau de saint Nicolas, à Bari. Le puits et la grille placés sous l'autel étaient eux-mêmes protégés contre un accès trop facile. A cet effet, l'autel formait la table supérieure d'une arca, ou chambre vide, dont les quatre parois se composaient de dal les vertica les et dont la base coïncidait avec la dalle du sol percée par l'orifice du puits. L'ensemble de la chambre pouvait également se trouver taillé dans un monolithe. A la paroi antérieure et verticale, on se bornait à ménager une ouverture assez étroite et à fermeture mobile, par où les fidè les pouvaient prier en apercevant l'orifice du puits dans l'intérieur de la chambre l. Si l'autel ne recouvrait qu'un cénotaphe, c'est-à-dire un simulacre de tombeau, la crypte et le puits devenaient inuti les. On se bornait à déposer dans Varca, sous l'autel, les linges qui étaient les reliques du saint, ou bien encore les bénéficia de l'ange. Les textes font connaître deux exemp les certains de cette coutume.
« Le corps de saint Etienne était enseveli à Jérusalem, on en tirait naturellement des reliquiœen grand nombre pour suffire à son culte très répandu. On fait observer à. ce sujet que, si ce grand saint faisait d'in nombrab les mirac les dans les pays d'Occident où se trouvaient ses reliques, ja mais il n'en avait fait en Palestine où cependant il était enterré. Il existait des reliques du premier martyr un peu partout ; il y en avait dans les Gau les et en Italie, il y en avait dans l'île de Minor que, il y en avait en Afri que. La reli que d'Ancône était particulièrement vénérable : c'était, au dire de saint Augustin, l'une des pierres qui avaient servi à lapider Etienne. A propos des reliques d'Afrique, Augustin note que les prières et les offran des s'adressaient au saint per jenestellam mémorise ad inleriora loca sanctarum reliquiarum 2. Ce texte est aussi clair que possible, sachant le sens précis que le terme de reliquiec possède, sens qu'il gardera encore à l'époque de la rédaction du Liber diurnus. En même temps que saint Augustin 3, Évodius, autre évè que d'Afri que, parle de la vogue des reliques de saint Etienne4. Or, saint Augustin, devenu évè que d'Hippone en 395, est mort le 28 août 430 ; quant à saint Évodius, devenu évè que d'Uzala en 397, il est mort le 16 octobre 424. On sait que la découverte du corps de saint Etienne se fit le 3 août 415 ; ainsi, c'est entre 415 et 424 qu'il existe des attestations sur les autels à feneslella.
« Un siècle plus tard, en 519, on voit le futur empereur Justinien demander au pape Hormisdas quelle parcelle du corps des saints apôtres Pierre et Paul destinés à l'autel d'une basilique nouvelle qu'il érigeait à Constantinople en leur honneur. Rome repousse, bien entendu, sa demande ; mais elle lui concède des reliques, c'est-à-dire des étolies précieuses qui auront été déposées par grâce spéciale, à cette intention, sur la grille la plus rapprochée du puits communiquant, sous l'autel, avec la confession des deux saints. Les reliques envoyées et la basilique dédiée, on voit trente ans plus tard, c'est-à-dire le 5 février 552, à propos d'une nouvelle affaire, le pape Vigile parler de faire déposer sur l'autel de cette basilique byzantine et sur sa grille, comme à l'endroit le plus vénérable de Constantinople, un écrit qui l'intéressait. Il existait donc à Byzance, sur le simulacre du tombeau des apôtres, exactement comme à Rome sur leur tombeau véritable, un autel surmontant une chambre et, au fond de cette chambre, c'est-à-dire au niveau, une niche grillée où on disposait les objets à sanctifier au contact des reliques. Pour accéder à cette grille, il fallait bien une feneslella à Byzance aussi bien qu'à Rome. » C'est seulement à l'époque de l'expansion carolingienne en Italie que Rome se résigna aux désirs pressants de ses nouveaux maîtres et se prêta aux translations, aux échanges, au découpage des reliques.
XIV. Le commerce des reliques. — »- Les Itineraria ou guides des pèlerins à Rome mirent aux mains de ceux-ci, entre le VIe et le IXe, les indications indispensables à la visite des sanctuaires suburbains. Ceux qui, munis d'un guide et d'un lumignon, s'aventuraient dans les catacombes à la recherche des tombes vénérées, n'y arrivaient qu'après avoir parcouru des galeries uniformément remplies de sépultures que l'imagination présentait comme d'innombrables martyrs. Nous avons dit (voir Dictionnaire, t. III, au mot Chiffre) que les amas de corps saints anonymes sont plutôt rares, néanmoins les anciens visiteurs se montraient disposés à accueillir tous les racontars, à grossir toutes les légendes et à compter les martyrs romains par centaines et par milliers. Les catacombes leur semblèrent une inépuisable réserve de reliques. Cependant le respect dont on entourait les corps saints avait interdit pendant des siècles de troubler leur repos et de toucher à leurs ossements, on s'était borné à approcher de leur tombe des étoiles ou des objets inanimés ; mais cette réserve, encore observée du temps de saint Grégoire le Grand, tendait à faire place à une discipline moins stricte et à des concessions de corps saints, en entier ou parcelles, faites à des personnages qui les emportaient dans leur pays. Évêques et abbés se montraient fort désireux de doter leur Église ou leur monastère d'une relique insigne qui lui attirait la piété et les libéralités des fidèles.
Un fondateur ou un restaurateur doué d'esprit pratique savait à merveille que l'avenir et la célébrité du monastère qu'il édifiait dépendait, pour une partie importante, de son trésor de reliques. C'est ce qu'avoue Angilbert, gendre de Charlemagne et abbé de Saint-Riquier (voir ce nom), dans son Libellus de ecclesia Centulensi : Dum enim præscriptas ecclesias prudenti consilio in honore Domini nostri Jhesu Christi suæque genitricis et omnium sanctorum ejus, sicut supra scriptum est, fundatas perspiceremus, magno desiderio nimioque amoris ardore sumus accensi, ut secundum possibilitatem nostram, eodem Domino miserante, partem reliquiarum illorum sanctorum ad ornandas easdem sanctas Dei ecclesias adipisci mereremur. A cet effet, muni de la recommandation impériale, il s'est adressé aux papes Hadrien Ier et Léon III, tandis que les envoyés de l'empereur à Constantinople et à Jérusalem, les patriarches, archevêques et évêques d'Italie, d'Allemagne, d'Aquitaine, de Bourgogne, de Gaule et la chapelle du palais impérial elle-même étaient mis à contribution et aboutissaient à un catalogue qui rend rêveur par son étendue et sa richesse. On y voit parmi beaucoup d'autres reliques des vêtements de Notre-Seigneur, des instruments de la Passion, des objets ayant appartenu à la Vierge, la barbe de saint Pierre, la chevelure de la Vierge, son lait (voir Dictionnaire, t. VI, au mot Galactite), la manne de saint Jean (voir Dictionnaire, t. X, col. 1418, flg. 7584), pour ne rien dire de plus. Les apôtres, les martyrs les plus illustres, les vierges, la plupart des noms inscrits au canon romain sont énumérés. Il en va de même au Mans où l'évêque Aldric consacre sa cathédrale, en 835, et y accumule dans chaque autel une infinité de saints ossements dont on trouve le catalogue dans les Gesta Aldrici (voir Dictionnaire, t. X, col. 1441, 1538-1540). Vers le même temps, Hilduin, abbé de Saint-Médard de Soissons, se rendit à Rome et ses moines furent consternés d'apprendre, à son retour, qu'il n'en rapportait pas la plus modeste relique. Le moine Rodoinus se chargea bien de le lui dire.
Si, en France, on se montrait impatient de posséder des reliques, on ne l'était pas moins — plus peut-être — dans d'autres contrées à peine conquises à l'Évangile : la Germanie, le Danemark, la Suède. Ces Églises encore mal affermies dans leur croyance pouvaient être tentées de revenir à leurs idoles à peine oubliées si on ne leur donnait d'illustres exemples à suivre, et cette préoccupation semble avoir incité les missionnaires à répandre le culte des reliques. Au Ve, les moines de Reichenau attirent dans leur monastère des reliques des martyrs Genès et Eugène apportées de Jérusalem par des marchands. Lorsqu'en 815, Einhard (voir ce nom) fonde le monastère de Mulinheim sur les bords du Mein, une de ses premières préoccupations est de se procurer, à Rome, des reliques : Quomodo ad id pervenire possem ut aliquid de veris sanctorum reliquiis, qui Romæ requiescunt, adipisci conlingeret et peu après il possède les corps des saints Marcellin et Pierre, des saints Prot et Hyacinthe. C'est là un stimulant et, au cours des années suivantes, nous voyons, en 834, l'évêque de Freisingen, Hitto, obtenir pour sa ville épiscopale les corps des saints Alexandre et Justin, martyrs romains ; en 838, Rhaban Maur fait entrer à l'abbaye de Fulda les restes de saint Corneille, pape, des saints Nérée et Achillée, de saint Calliste et de sainte Cécile. Lu 844, l'abbaye de Prum possédera les saints Chrysanthe et Darie et leurs compagnons.
C'était donc Rome qui était la grande pourvoyeuse de reliques, mais l'Église romaine y mettait peu de complaisance. En présence de certaines sollicitations qui ressemblaient trop à des exigences, il pouvait lui être difficile de se dérober, quoiqu'on puisse se demander si parfois, dans l'obscurité des galeries et le dédale des cubicules, on n'a pas eu recours à d'adroites substitutions qui conservaient les martyrs illustres et les remplaçaient par des fidèles inconnus. La plèbe romaine voyait de très mauvais œil des translations qui dépouillaient la ville de ses protecteurs. Entre tous, après saint Pierre et saint Paul, venait saint Sébastien : apostolorum Petri et Pauli tertius, et c'était sur lui, précisément, que l'abbé de Saint-Médard, Hilduin, jetait son dévolu pour demander son corps. Or, le personnage était de ceux qu'il est prudent de ménager et difficile d'éconduire. Sa faveur auprès de Louis le Débonnaire et de Lothaire ne permettait pas un refus, d'autre part la populace était très échauffée et le pape dans un grand embarras dont il ne se tira qu'en accordant, à l'insu du peuple, les précieuses reliques.
Semblable difficulté pouvait renaître, ce fut pour y pourvoir qu'on vit se former à Rome une association consacrée à la vente des reliques, vers le début du IXe. Le commerce était lucratif, car si, d'une part, Francs et Germains ne regardaient pas à la dépense, les Italiens savaient mettre leur sacrilège marchandise à haut prix, afin de ne pas la déprécier. Le plus notable de ces trafiquants fut un diacre nommé Deusdona, qui habitait juxta basilicam b. Petri ad vincula. Cette qualité de diacre lui donnait l'administration d'une zone ou région urbaine à laquelle correspondait une zone cimétériale. Dès lors que Deusdona habitait dans le voisinage de Saint-Pierre-ès-liens (voir Dictionnaire, t. III, col. 10 sq.), il se trouvait dans la IIIe région ecclésiastique et administrait la 3e zone cimétériale s'étendant sur les voies Labicane, Prénestine et Tiburtine, ce qui englobait la superficie de la catacombe des saints Pierre et Marcellin (voir Dictionnaire, t. XIV, à ce nom) et nous voyons par le récit d'Einhard que c'est dans cette catacombe que Deusdona opérait de préférence. Lors d'un voyage à Aix-la-Chapelle, le diacre avait fait ses offres de service à Hilduin et lui avait proposé de lui procurer des reliques de saint Tiburce, enterré au cimetière ad duas lauros où on voit encore une fresque représentant le Sauveur entre Pierre, Marcellin, Gorgon et Tiburce.
Deusdona s'y trouvait dans son domaine ; c'était là que, de préférence, il conduisait les envoyés d'Einhard, sans avertir personne au préalable, et leur en faisait les honneurs, les menait sans hésitation à la sépulture de Tiburce, puis à celle de Lierre et Marcellin comme s'il se promenait dans sa propre maison : ille eorumdem locorum plenariam atque omnimodam habebat notitiam. On a tout lieu de croire que le diacre logé près de Saint-Pierre-ès-Liens, dans la IIe région, était l'administrateur de la catacombe qu'il dévalisait impudemment. Les circonstances s'y prêtaient. Vers l'an 825, la dévotion populaire des Romains se tournait encore vers quelques catacombes, celles de Calliste, de saint Sébastien, de saint Hermès, la plupart des autres étaient dévastées et négligées. Lors du premier entretien entre Einhard et Deusdona il fut question de martyrum sepulchris, quorum Romæ ingens copia est. Négligées n'est pas assez dire, le Liber pontificalis écrit le mot ruinées, dirutis, situation qui décida le pape Paschal aux translations en masse accomplies par son ordre et sous son pontificat. Dans de semblables conditions, alors que les esprits se familiarisaient avec l'idée d'honorer les martyrs ailleurs que dans leur tombe séculaire, on ne s'étonne plus qu'un syndicat — comme on dirait de nos jours — se soit formé pour l'exploitation des corps saints sans alarmer les autorités ecclésiastiques ni la population romaine. Deusdona était l'homme désigné pour diriger cette « bande noire » et il devait rire sous cape de la naïveté de ses clients. Il se serait bien gardé de conduire ceux-ci sur les lieux mêmes où il opérait, c'était dans sa propre maison qu'il tenait un dépôt de reliques, selon la confidence faite à Einhard : esse sibi domi plurimas sanctorum reliquias. Les acheteurs y allaient de confiance, sur le vu des étiquettes et le diacre se rendait au besoin à l'étranger pour leur offrir sa marchandise. Rome et l'Italie ne lui offrant qu'un faible débouché il se décida à tenter l'exportation, vers 827.
La translation du corps de saint Sébastien de Rome à Soissons consentie par le pape Eugène II à l'abbé Hilduin avait fort ému Einhard qui souhaitait introduire dans sa fondation de Mulinheim des reliques non moins illustres ; l'occasion s'offrait à lui lorsqu'il rencontra Deusdona à la cour impériale d'Aix-la-Chapelle. Le diacre était venu, disait-il, implorer l'empereur, pro suis necessitatibus regis opem imploraturus. Du moins le disait-il.
Si Einhard avait ses raisons pour le croire sur parole, d'autres ne se laissaient pas berner à ce point, et, parmi ces derniers, Rudolfus qui écrit sans détours que le recours à la protection royale n'était qu'un prétexte au voyage motivé par la vente des reliques : Re autem vera, sanctorum, quas secum habebat, reliquias daturus alicui religiosorum in Francia virorum, cujus adjutorio posset inopiœ suse capere supplementum. La malice était, comme dit le proverbe, « cousue de fil blanc ». L'étranger parlait de son voyage, laissait entendre qu'il venait de Rome ; là-dessus, cognito que quod esset Romanus, les questions fusaient, car en ce temps Rome avait le privilège d'intéresser généralement. C'est ainsi que « au milieu du repas, raconte Einhard, nous sommes venus à parler de la translation de saint Sébastien — c'était une hantise pour lui — et des tombeaux abandonnés des martyrs, qui sont en si grand nombre à Rome ». Là-dessus Deusdona, s'il ne faisait pas ses offres de service, laissait entendre que... « Alors, Einhard parlant, nous dit-il, de la dédicace de sa nouvelle basilique, lui demanda comment s'y prendre pour en venir à posséder quelqu'une de ces reliques authentiques qui reposent à Rome ». Son interlocuteur se dérobe, excite le désir et se refuse à toute promesse jusqu'à ce qu'il sente Einhard disposé à tout : cum me de hac re sollicitum simul et curiosum esse animadvertit, alors il le renvoie au lendemain. Cette fois il sent qu'il peut tout exiger et, en conséquence, il présente un mémoire où il a énuméré à l'avance ses conditions : il ne s'agit que d'un petit secours et du don d'un mulet. Einhard enverra donc à Rome son propre notaire Ratleicus, qui en rapportera les corps des martyrs Marcellin et Pierre pour Mulinheim. Deusdona ne s'éloigne d'Aix-la-Chapelle que pour rendre visite à Hilduin de Soissons, celui-ci lui passa une commande. Après le corps de saint Sébastien il demandait celui de saint Tiburce, et Deusdona le lui promit : Diaconus ei pollicitus est se efficere ut corpus beati Tuburtii martyris in ejus veniret potestalem ; car, Tiburce était encore de son domaine.
Désormais Deusdona n'avait plus à s'entourer de mystère, il commerçait au grand jour. Son voyage de 827 l'avait fait connaître ; on le rencontre de nouveau au-delà des Alpes vers 830, et il se targue de l'amitié d'Einhard (ferai enim ei familiaris), lui rend visite et lui confie pour un temps un assortiment de reliques qu'il destine au prêtre du pagus de Turichgau. Ce mince personnage est éclipsé par l'abbé de Fulda, Rhaban Maur, lui aussi désireux d'accroître les reliques d'un trésor qui, cependant, possède déjà celles de saint Boniface. Deusdona mis au courant s'aboucha avec le moine Théotmar de Fulda et lui fit ses offres, car il était pourvu d'échantillons. Théotmar posa la question essentielle, assurant que son abbé paierait le bon prix : se procul dubio ob id ab eo fore remunerandum. Ce disant il ne hasardait rien car on savait parmi la communauté que précédemment l'abbé Rhaban avait envoyé un de ses moines en quête de reliques en Italie, aussi dès son retour à Fulda Théotmar mit l'abbé au courant des exigences du diacre romain. Tout de suite, Rhaban Maur expédia son moine, escorté de deux prêtres chargés de présents destinés à Deusdona. Celui-ci, heureux de s'ouvrir un nouveau débouché, se montra généreux et envoya à Fulda des ossements de saint Alexandre, de saint Sébastien, des papes Fabien, Urbain, du diacre Félicissimus, compagnon de martyre de Sixte II, des saintes Félicité et Émérentienne. Ce ne fut pas tout, du moins promit-il d'y ajouter encore à l'avenir.
Mais revint-il ? En 834, on retrouve Deusdona à Mulinheim où Einhard le récompense largement pour les reliques du martyr saint Hermès : Cum interim, circa mensem Augustum, Deusdona diaconus... Roma veniens, unum articulum digiti beati Hermelis martyris pro magno nobis munere attulit ; après cela le diacre romain disparaît, mais son affaire passe aux mains de ses frères et le commerce des reliques continue. Parmi ces frères l'un avait nom Leniso, un autre Théodore, dépositaires des corps saints qu'ils tenaient sous bonne garde et continuant le commerce lucratif car Théodore conserve des relations avec Rhaban Maur à qui, en 836, il expédie des corps saints par l'entremise d'un associé, Sabbatinus. Celui-ci fait son commerce sans vergogne : Quidem laicus ab urbe Roma, Sabbatinus nomine, cum sociis suis in Franciam ferais secum reliquias. Sabbatinus part de Rome avec Théodore, frère de Deusdona ; ils emmènent avec eux plusieurs compagnons : c'est une vraie caravane qui passe les Alpes. Soit que le chef de la société soit allé explorer d'autres terrains, soit qu'il ait mieux aimé se faire annoncer par son associé, Sabbatinus précéda Théodore à Fulda ; il y arriva le 24 avril avec des reliques vénérables. Il offrit à Rhaban des ossements de ce saint évêque de Siscia en Pannonie, Quirinus, dont le corps avait été transporté à Rome et honoré par les pèlerins de plusieurs siècles dans le cimetière de Calliste ; il lui donna en outre des reliques de saint Corneille, de saint Calliste, et des saints Nérée et Achillée. Théodore suivit de près Sabbatinus ; le 1er juin, veille de la Pentecôte, il se trouvait à Fulda. Aux ossements déjà donnés par son associé, il en ajouta de sainte Cécile et de ses compagnons de martyre, Valérien et Tiburce ; il apportait en outre de précieux restes de saint Hippolyte, de saint Zenon, des trois diacres martyrisés avec le pape saint Sixte, enfin des saints amis du grand apôtre Paul, Aquila et Priscilla. Rhaban Maur reçut ces reliques avec la plus grande solennité et une crédulité qui appelle les plus graves réserves. Il ne les garda pas toutes à Fulda ; autour de son monastère, il érigea plusieurs oratoires pour les recevoir : à douze stades à l'orient de l'abbaye, sur une montagne élevée, il fit consacrer par le chorévêque de Mayence un petit sanctuaire où il plaça les reliques des saintes Félicité, Concordia, Basilla, Émérentienne, Candide et Eutropie ; il y ajouta les vêtements et les dépouilles d'Aquila et de Priscilla ; il les y transporta le 28 septembre. Le 25 octobre, il transféra solennellement au monastère de Holzkiricha, du diocèse de Würzburg, les ossements de saint Janvier et de ses compagnons. Les reliques de sainte Cécile, de saint Valérien et de saint Tiburce furent envoyées au monastère de Rathesdorf, qui se trouvait à dix lieues de Fulda, dans le diocèse de Würzburg. Dans chacune de ces églises, Rhaban Maur fit graver une inscription métrique, rappelant aux fidèles les noms et l'histoire des saints dont les reliques étaient déposées en ces lieux.
Fulda s'était montrée une des clientes les plus généreuses et ne devait pas être négligée. Deux ans après le voyage de Sabbatinus et de Théodore, l'abbaye reçut la visite d'un autre clerc italien nommé Félix qui, lui aussi, vendait des reliques. On pourrait se demander si certains corps de martyrs étaient inépuisables, car on retrouvait dans sa pacotille des ossements de Corneille, de Calliste, de Cécile, etc. Nous ne sommes pas en mesure de répondre à cette question pas plus qu'à celle que s'est posée tout lecteur : D'où venaient ces reliques ? De qui étaient-elles ?
D'après H. Vincent et J.-M. Abel, Jérusalem, t. II, p. 797, sépulcre défoncé ou une simple excavation de carrière antique. Ce qu'on peut dire c'est que peu d'années après la construction de la basilique, on désignait la crypte sous le nom de megharta, « caverne » qui peut s'entendre d'un ancien hypogée. Quelques trouvailles réalisées lors du déblaiement de l'abside offrent un très grand intérêt. C'est d'abord un volumineux coffret de pierre taillé très finement sur trois faces et à compartiments intérieurs inégaux (fig. 10600). Mutilé, privé de son couvercle, on ne peut cependant qu'y voir le reliquaire de consécration de l'autel. L'ampleur du reliquaire est bien en harmonie avec le reste de la basilique qui n'était elle-même qu'un monumental écrin destiné à abriter les reliques du premier martyr. Les compartiments intérieurs s'expliquent par la diversité des reliques.
En plus de ce coffret on a pu retrouver de menus fragments de la table de l'autel. Une ligne de grec gravée non sans recherche orne la tranche qu'un large chanfrein raccorde au revers presque fruste de la table ; tranche et face antérieure furent au contraire polies avec soin. L'interprétation proposée des caractères gravés sur les trois fragments n'ayant coufi. 343.
Valérien et de saint Tiburce furent envoyées au monastère de Rathesdorf, qui se trouvait à dix lieues de Fulda, dans le diocèse de Würzburg. Dans chacune de ces églises, Rhaban Maur fit graver une inscription métrique, rappelant aux fidèles les noms et l'histoire des saints dont les reliques étaient déposées en ces lieux.
Fulda s'était montrée une des clientes les plus généreuses et ne devait pas être négligée. Deux ans après le voyage de Sabbatinus et de Théodore, l'abbaye reçut la visite d'un autre clerc italien nommé Félix qui, lui aussi, vendait des reliques. On pourrait se demander si certains corps de martyrs étaient inépuisables, car on retrouvait dans sa pacotille des ossements de Corneille, de Calliste, de Cécile, etc. Nous ne sommes pas en mesure de répondre à cette question pas plus qu'à celle que s'est posée tout lecteur : D'où venaient ces reliques ? De qui étaient-elles ?
D'après H. Vincent et J.-M. Abel, Jérusalem, t. II, p. 797, sépulcre défoncé ou une simple excavation de carrière antique. Ce qu'on peut dire c'est que peu d'années après la construction de la basilique, on désignait la crypte sous le nom de megharta, « caverne » qui peut s'entendre d'un ancien hypogée. Quelques trouvailles réalisées lors du déblaiement de l'abside offrent un très grand intérêt. C'est d'abord un volumineux coffret de pierre taillé très finement sur trois faces et à compartiments intérieurs inégaux (fig. 10600). Mutilé, privé de son couvercle, on ne peut cependant qu'y voir le reliquaire de consécration de l'autel. L'ampleur du reliquaire est bien en harmonie avec le reste de la basilique qui n'était elle-même qu'un monumental écrin destiné à abriter les reliques du premier martyr. Les compartiments intérieurs s'expliquent par la diversité des reliques.
En plus de ce coffret on a pu retrouver de menus fragments de la table de l'autel. Une ligne de grec gravée non sans recherche orne la tranche qu'un large chanfrein raccorde au revers presque fruste de la table ; tranche et face antérieure furent au contraire polies avec soin. L'interprétation proposée des caractères gravés sur les trois fragments n'ayant coufi. 343.
Valérien et de saint Tiburce furent envoyées au monastère de Rathesdorf, qui se trouvait à dix lieues de Fulda, dans le diocèse de Würzburg. Dans chacune de ces églises, Rhaban Maur fit graver une inscription métrique, rappelant aux fidèles les noms et l'histoire des saints dont les reliques étaient déposées en ces lieux.
Fulda s'était montrée une des clientes les plus généreuses et ne devait pas être négligée. Deux ans après le voyage de Sabbatinus et de Théodore, l'abbaye reçut la visite d'un autre clerc italien nommé Félix qui, lui aussi, vendait des reliques. On pourrait se demander si certains corps de martyrs étaient inépuisables, car on retrouvait dans sa pacotille des ossements de Corneille, de Calliste, de Cécile, etc. Nous ne sommes pas en mesure de répondre à cette question pas plus qu'à celle que s'est posée tout lecteur : D'où venaient ces reliques ? De qui étaient-elles ?
XVI. Les cassettes à reliques. — Les premières générations de fidèles apportaient, nous l'avons dit, une vive sollicitude dans l'ensevelissement des corps des martyrs ; ceux-ci, condamnés aux bêtes ou au bûcher, désiraient que leurs restes fussent réunis et renfermés dans une tombe. Toutefois leur souhait, depuis le IVe et, même, dès l'époque de la dernière persécution, fut parfois méconnu par les fidèles, surtout en Orient. Une partie des cendres des quarante martyrs de Sébaste fut accaparée par ceux qui les avaient retirées du bûcher et dès la première moitié du IVe, fut divisée et répartie entre différentes localités de l'Asie, du Pont, de la Thrace et plus tard aussi de l'Italie *. On citera à ce sujet ces mots de Grégoire de Nysse (331-394) : « Les cendres de ces martyrs et les résidus de leur crémation ont été si bien distribués dict. d'arch, chrét. dans l'univers, que, pour ainsi dire, chaque province a joui de leur bénédiction 2. >■ Lui-même, nous dit-il, possède une parcelle de ces reliques et il a placé les corps de ses parents auprès de ces gages sacrés de foi et d'espérance en la bienheureuse résurrection. » Dans ses années de jeunesse il avait assisté à la déposition solennelle du coffret contenant ces reliques qui fut faite dans un oratoire, bâti par les soins de sa mère, dans leur propriété du Pont. Il désigne ce coffret sous les noms de Xâpvaxoc et de 6y ;x7] (capsa et theca) sans en définir la matière, il pleura sur lui pendant la veillée qui précéda sa déposition sous l'autel 3. Nous savons encore que deux àpyupat (boîtes à parfum en argent) se trouvaient, vers la deuxième moitié du IVe, être la propriété d'une diaconesse de la secte des macédoniens, à Constantinople, et furent déposées près de son tombeau, sous la table sacrée d'un oratoire souterrain, qui disparut et tomba dans l'oubli jusqu'à l'année 438, par suite de la réédification d'un temple en l'honneur du martyr Tirse, élevé par Césaire, consul en 397, préfet du prétoire en 401. Sozomène rapporte la découverte de ces deux reliquaires, faite en sa présence, en 438 '. Une autre boîte antique contenant des cendres de ces mêmes martyrs fut trouvée à Constantinople lors que Justinien restaura l'église de Sainte-Irène-de-la-Mer 6, mentionnée dans les actes du concile d'Éphèse. Cette boîte était de forme circulaire, ce qui explique pourquoi Procope lui donne les noms de Sîaxov et d'àêwTiov La découverte du tombeau de saint Etienne survenue à Jérusalem, en 415, souleva un immense intérêt et ce fut à qui s'efforça d'obtenir quelle que parcelle de ces précieuses reliques, principalement en Occident et en Afrique. Ici, ce fut la ville d'Uzala qui en obtint la première. Son évêque, Évodius, ami de saint Augustin, voulut en accorder une parcelle à une autre localité et on mentionne à cette occasion la capsella argentea in qua erat reliquiarum portio 6. Nous lisons une autre mention de capsellœ argenteœ destinées, celles-ci, à la dédicace des autels, dans des lettres écrites par le futur empereur Justinien et les légats du Siège apostolique, au pape Hormisdas, en 519, à l'effet d'obtenir des reliques destinées à être déposées dans la basilique construite par Justinien in domo sua, en l'honneur des apôtres Pierre et Paul 7. Il suit de là que, sur ce point, l'usage (mos Grœcorum) différait en Orient de celui du Siège apostolique 8. Celui-ci s'interdisait de donner les ossements ou les cendres, il s'en tenait aux brandea ou sanctuaria ou palliola et n'accordait comme une grâce exceptionnelle que la permission d'atteindre la deuxième grille : ad secundam cataractam ipsa sanctuaria deponere « . Justinien et les légats poussaient jusque-là leurs prétentions et, de plus, demandaient reliquias de catenis sanctorum apostolorum et de cralicula beati Laurentii martyris.
Les capsellœ argenteœ avaient coutume d'être préparées par les soins et dans le pays de ceux qui recherchaient les reliques (hinc, c'est-à-dire de Constantinople, voluerunt capsellas argenteas facere et dirigere) ; mais on considérait comme une faveur spéciale le fait de recevoir les capsellœ el les-mêmes du Siège apostolique. C'est pour quoi les légats insistèrent auprès du pape ut hoc quo que (les capsellœ) a vestra sede pro benedictione (Justinien) suscipiat, et singulas capsellas per singulorum apostolorum (Pierre et Paul) reliquias fieri debere. Et les choses ne durent pas se passer autrement lorsqu'en 394, Rufin, préfet du prétoire, de-
A.
XIV. — 74.
manda et obtint de Rome des reliques pour la dédicace de qu'il érigea près de Chalcédoine (voir Dictionn., t. m, à ce nom) en l'honneur des apôtres Pierre et Paul *. Mais, dans la relation de cette solennité, la mention de la capsella n'est pas explicite, comme on la lit dans maints récits et témoignages concernant des dépositions de reliques dans ou sous des autels, du IVe au VIe. A partir de cette dernière date on pourrait citer nombre de passages tirés de Grégoire de Tours, et plus particulièrement un texte tiré du manuscrit lat. 8071 de la Bibliothèque nationale. C'est une épigraphe, commémorant la découverte de deux antiques capsellœ latentes, remplies de reliques, découverte survenue au temps d'un évêque Agilrannus (Angelram) qui occupa le siège de Metz et fut ami de Charlemagne. Ces deux capsellœ étaient d'ivoire (eboreo corpore), avec des incrustations de lames d'argent : ambarum faciès exterius flagrabal argento. L'une d'elles demeura en place et déposée sous l'autel ; l'autre fut transportée à Metz. On ignore le lieu précis et la date exacte de la découverte et celle de la déposition 2 :
Nunc novitas (fulget nunc) pace ( ?) del(e)ta oetustas Ritu priscorum crucis hic malfe) nota manebat.
At urbis huius clarus calhegita plebis 5 liane Agilrannus tum formant frangere jussit Sub qua capsellas placid(e) geminas que lateln)tes In latebris saxorum hominum que molimine m(o)en(i)is Invenit septas (et) sacro munere plenas Mox gremium pandens priesul patrocinia sumsit 10 Capsellam gaudens unam deduxit ad urbem Altéra nunc lempli in kujus (s)ancta ara re(ulg(e)t.
Ambarum faciès li cet exlerius que flagrabat Argento, ebore(um) constat corpus que biforme.
Plus tamen interius ditantur uiscera vasis 15 Candida qua(m) specie gazarum glorfiia fulget.
Pignora sanctorum (cunctis) felicia s(a)eclis Tempore jam nullo fraudenl(u)r luce serena.
O (cl)emens custos conserva liane peroigil sedem Flelibus enixis plebem faveto gementem 20 Ut scelerum dominus (dignelur) solvere fact(a).
Les témoignages les plus anciens, relatifs à une autre catégorie de cassettes à reliques, les capsellœ pendulœ, destinées à être portées sur la poitrine ont déjà été mentionnés. L'usage de porter ostensiblement ces capsellœ suspendues au cou fut spécialement propre aux clercs, aux personnes consacrées à Dieu et appelé honor capsellaris '. Les capsellœ destinées aux autels étaient de dimensions plus grandes que ces encolpia et n'étaient pas, comme ceux-ci, munies de crochets et d'anneaux. Toutefois, il est assez difficile de distinguer avec certitude les capsellœ ou cassettes à reliques destinées aux autels de toutes les autres pyxi des, boites, etc., d'usage domestique, ornées de symboles, à moins qu'on ne les trouve précisément renfermées dans les loculi ou pourvues d'une inscription, d'une figure qui en indique clairement la destination, ce qui est exceptionnel, lin voici cependant quelques exemples : tre circulaire, la première attribuée au Ve, la seconde postérieure au VIe, toutes les deux placées sous l'autel et sous le sol du presbyterium de la cathédrale de Grado4. (Voir Dictionn., t. vi, col. 1449, fig. 53415342.) Elles portent l'une et l'autre les inscriptions des noms des saints dont elles contenaient encore les reliques ; la plus ancienne est aussi ornée de leurs bustes. Sur le couvercle de cette dernière, on voit la croix gemmée posée sur la montagne d'où coulent les quatre fleuves. Un agneau de chaque côté de la croix. Sur la cassette la moins ancienne, on a représenté la Vierge assise sur un trône à large dossier (voir fig. 10612). L'intérieur de cette cassette ronde est subdivisé en plusieurs compartiments dans lesquels étaient placés un petit vase d'or cylindrique, une petite boîte d'or ornée d'une croix, une petite fiole de verre et onze étiquettes sur petites lames d'or, portant les noms des saints dont les reliques étaient déposées dans la cassette.
3. En 1876, on trouva à Saint-Zénon, dans le Trentin, une cassette de forme ovale en argent contenant un résidu qu'on supposa être du sang. Sur le couvercle, une croix est figurée au pointillé. La cassette était enfermée dans un coffret de pierre long de 0 m. 50, ayant l'apparence d'un petit sarcophage avec couvercle à deux pans. Le tout était enfermé dans une cella construite et voûtée sur laquelle s'étendait une dalle oblongue, munie de quatre cavités aux angles, ornée de deux canelures parallèles le long des grands côtés, ancienne base d'une table d'autel qui était soutenue par quatre piliers. Ce monument appartient à la période du VIe au IXe.
-î. lin 1879, une cassette d'argent, de forme ovale, mais sans aucun signe ou symbole chrétien, contenant des morceaux de tissus de pourpre, fut trouvée en présence de J.-B. De Rossi, avec un petit vase à parfums en argent et de nombreuses reliques, sous la base de l'autel primitif de la basilique des Saints-Apôtres, élevé sous le pontificat de Jean III, de 560 à 572.
5. En 1884, à 8 kilomètres d'Aïn-Beida, à gauche de la route nationale de Constantine à Tébessa, au lieu dit Henchir-Zirara, sur un point tout couvert de ruines romaines, une basilique chrétienne occupait, vers le Nord, un des points culminants de la colline. On retrouva le baptistère et l'abside de la basilique et, sur ce point, une cassette renfermée dans le petit tombeau qui devait être placé sous l'autel. A 1 m. 50 de profondeur, on rencontra une pierre rectangulaire mesurant 0 m. 38 x 0 m. 33. Au centre de cette pierre, sur la face supérieure, existait une cavité de forme ovale et profonde de 0 m. 30 de long sur 0 m. 15 de large où était déposée la capsella argentea que nous avons décrite et figurée (voir Dictionn., t. î, col. 710713, fig. 148). Celle-ci n'avait pas les mêmes dimensions que la cavité, le vide existant entre la cassette et elle avait été rempli par une boîte, en bois sans doute, car on retrouva un amas de poussière, deux charnières en argent et un crochet de même métal qui avait dû servir de fermeture. L'orifice de la cavité et presque toute la surface de la pierre, était recouvert par une dalle en pierre de peu d'épaisseur. Au-dessus de cette dalle était construit, selon les dimensions de la pierre rectangulaire, une sorte de tombeau dont les quatre faces étaient fermées par quatre autres dalles jointes et placées rebout (voir Dictionn., t. î. col. 713. fig. 140 ; t. m, col. 1107-1108, fig. 2692).
Les cinq cassettes, que nous venons de décrire sommairement, ont été, comme nous l'avons dit, trouvées sous des autels ; il en existe d'autres dont le lieu de déposition n'est pas démontré mais qui n'en méritent pas moins une mention, à titre de reliquaires.
(>. Rappelons la pyxide d'ivoire illustrée de scènes du martyr saint Menas (voir Dictionn., t. r, col. 426, flg. 71, 72).
7. Ensuite une espèce de plaque en terre cuite, d'une extrême finesse trouvée à Mouzaïaville (Mauretanie). « Les morceaux s'ajustent parfaitement, en sorte que l'on a pu reconstituer le tout. La plaque a 0 m. 45 de long, sur 0 m. 37 de large, y compris les rebords qui ont une largeur de 0 m. 05 à 0 m. 06 et sont élevés de 0 m. 02 au-dessus de la partie principale du tableau. Sur chacun des quatre rebords se trouvent podJre' Çoz CuloiL »« rttCit fu'6' >Aje~t. ions fayuUU, fc Sept vohia jibl&s JOk,rrc *c.1i<Ur/<u éevYZ notre aJ\èia^, X^^^Cte. te. ràmJoctcn. tout tt.icllp ->« , w tr„ fef& eP&4Ziefyc <. ■ynair'_ tvumtt e m'cf 6a.A'ée f<rBf -Çnare j créature Deo el Chrislo memoria (m) sanctorum Pétri et Pauli desiderante ( H jonesta matre cum Gralia [sorore ?] Pelronianus, Cassius et Patricius in hoc labernacuto pro sua prece posuerunt. Cette table n'a pas de creux pour recevoir la capsella qui, probablement, se trouvait dans le support de l'autel. L'inscription nomme tabernaculum l'ensemble du monument entouré de colonnettes avec des transennes (voir Dictionn., t. i, col. 1825, fig. 491, 492) qui contenait la memoria des apôtres conformément au vœu de Petronianus, Cassius et Patricius.
Sur le sens et l'emploi du mot memoria, voir Dictionn., t. xi, col. 296-324.
Bibl. — Corp. inscr. tat., t. vin, n. 21496.
!>. Une lettre adressée à Peiresc (voir ce nom) et conservée à la Bibliothèque nationale, ms. lai. 8957, fol. 169-170, contient quelques transcriptions épigraphiques intéressantes ; nous ne relevons que celle-ci :
Loi. 171 v° et sq. : La dernière partie, de la relation se rapporte à un « tombeau de marbre » contenant une cassette d'argent. Cette caisse de marbre aurait été trouvée « en ung endroit habité par des Mores dict et nommé Billedgirit », près de Tunis. Billedgerid ou Bebelgidid, sans doute Bab-el-Djedid (la Porte Neuve). On lisait sur cette cassette une inscription dont la copie fournie par Peiresc :
D'après Mém. de In Soc. des antiquaires de France, trois figures en relief parfaitement conservées. D'abord on serait tenté de croire que ce sont les douze apôtres ; j mais comme les quatre rebords reproduisent également les trois mêmes figures, cette circonstance fait rejeter la première supposition. Un enfant placé au I milieu du rebord supérieur tient à la main un emblème en forme d'Y . Au milieu du tableau se tiennent debout, prêts à monter à cheval, deux guerriers, la lance dans une main et les rênes dans l'autre. Entre les deux se trouve une urne, au-dessus de laquelle on lit l'inscription :
Orationibus sanctorum perdu cet dominus (nos ad régna cœlorum).
COR
S ET LIMINERVM a été interprétée par L. Poinssot en :
Il s'agit probablement d'un tombeau représentatif placé sous un autel, analogue à ceux d'Henchir Zirara, et d'autres déjà mentionnés au cours de ce travail. Nous avons ici une nouvelle cassette à reliques qu'on peut comparer à celles de Saint-Nazaire de Milan, de Brivio (voir Dictionn., t. m, au mot Chasse) et d'autres encore comme celle que décrit brièvement le P. Ant. Lupi dans un manuscrit1. L'n croquis, médiocre assurément, permet de se faire une idée de ce reliquaire probablement quadrangulaire (flg. 10609). Il contenait sept petites fioles de verre (sept ou huit dit la relation) et se trouvait « enveloppé dans une belle estoffe de soye ». Ces fioles contenaient une « certaine terre noire... laquelle se réduisoit en poudre quand on la mettoit entre les doigts ». Peut-être de la terre apportée des lieux saints, comme pour plusieurs reliquaires d'Henchir Akrib qui ne contenaient que de la terre. quettes de mica qui y étaient incluses. Mais le coffret renfermait encore une très petite boîte de bronze rectangulaire : 0 m. 056 x 0 m. 038 X 0 m. 037 qui, hermétiquement close par un ruban de métal, ne contenait qu'un peu de terre.
Il faut en rapprocher un reliquaire de grandes dimensions trouvé en 1933, dans le talus de la route d'Ampère à Ngaous, au lieu dit Aïn-Guigba, aujourd'hui au musée de Constantine. Cet objet se compose de trois parties : un grand mortier en pierre, de type commun, haut de 0 m. 60 contenant une amphore en terre cuite de 0 m. 39 de hauteur ; le goulot de celle-ci a 0 m. 10 de diamètre et 0 m. 87 de circonférence. Le bas de l'amphore, percé de deux rangées de trous circulaires de 0 m. 01 de diamètre, disposés horizontalement, est arrondi, de telle sorte que le récipient ne tient pas debout sans appui. Peut-être était-il scellé avec du plâtre au fond du mortier, ce qui expliquerait l'obstruction de certains trous.
L'amphore était surmontée d'un grand couvercle en terre cuite qui reposait sur le bord supérieur du que celui d'Henchir Akrib. Nous ne pouvons que renvoyer au long et excellent commentaire de M. L. Leschi.
11. L'inscription qu'on va lire se rattache à la série de celles qui relatent un dépôt de reliques sous un autel. Elle a été trouvée à 8 kilomètres à l'ouest de Berteaux, commune mixte de Châteaudun, au pied du Djebel Teîoualt, en 1924. A 2 mètres de profondeur, on trouva deux coupes en terre identiques, accolées et scellées au ciment par leur ouverture et dans l'espace ainsi ménagé une lame de plomb entrée depuis au musée de Constantine. Cette lame offre un rectangle de 0 m. 205 de long sur 0 m. 055 de large, peu épaisse, couverte d'écriture (7 lignes au recto, 6 au verso) tracée à la pointe et rendue peu lisible par l'oxydation du plomb.
Le texte est daté du 8 février 637, sous le règne d'Héraclius empereur, de Constantin son fils, de Constant, petit-fils et fils des précédents. Voici la transcription :
Recto : 1 + in nomine dni di ihu jrpi di et salvatoris nost[ri 2 et maxinwru benefactoru eracli pissimi inperatoris... pacifico 3 anno bicesimo [bicesimo] sesto et post consulalo eius anno bicesimo quinto et costintinis benefac4 toris inpre eractis benefactoris cesaris costintinis indeti benefactoris imperatoris anno bicesi5 mo quinto et post consulatu eius anno quinto eraclio... benefactoris cesaris anno quinto 6 [per]petuorum vitorie inpratoru sub die sestas idus [febru]aruas ? ind décima in oc benera[bi]7 [li] locum deposita sunt reliquie sactoru martiru
Verso : 1 + Id est santi istefani sacti focii ? sacti leudori et sacti bicloris confes2 sorti per manus beatissimoru episcoporu id est leoncius epes sacte clesie sirli3 nensis... epes santé ellesie conturihonensis benenalus epes sacte clesie...
4 Medimus armarius sacte elesie linfersis ?... domno... conserbandos... + 5 ...a/ricana probincia primoru bitaliones diramus do reliquias 6 + elo...clius nr debotissimus scrissi eius crissi — f— mortier. Ce couvercle, lourd et épais, mesure 0 m. 40 de diamètre à la base. Il se termine en haut par une sorte de poignée de 0 m. 37 de circonférence. Sur la face externe (fig. 10610) on lit une longue inscription gravée sur trois registres séparés par des traits horiD'après Comptes ren<ius de l'Acad. des inscript., zont aux profondément gravés. Ces registres ont respectivement, de haut en bas : 0 m. 03, 0 m. 05, 0 m. 03 ; la hauteur des lettres diffère entre 0 m. 015 et 0 m. 06. Voici le texte : Hic memoria Sancti Juliani. Deposit(a)e sunt a s(anc)to ep(isco)po (A)emiliano. Floridus pres(bijter), misericordia indigens, votum reddit, D(omino) D(e)o a(d)juvante.
Le prêtre Floridus dont on lit le nom est le même » Corp. inscr. lut., t. vin, n. 8431. — ■ S. Augustin, De civitate Dei, 1. XXII, c. x-xn. — ' Morcelli, Africa chris
Au recto, on peut hésiter, ligne 6, entre janu et febru\aruas] ; la translation des reliques a été faite le 8 février 637, il s'agit de dépôt des martyrs Etienne, Focius ? Théodore et Victor. Le premier est bien certainement le célèbre protomartyr dont on retrouve le nom dans une inscription du territoire d'Aïn M'iila ' et dont les reliques étaient entourées d'une grande vénération dans la région 2.
Les noms des trois autres martyrs peuvent être identifiés, ce sont Focius, inscrit parmi vingt autres de ses compatriotes, le x des kalen des de juin, au martyrologe de l'Église d'Afrique3 ; puis le prêtre Théodore et Victor au nombre des martyrs de Cirta et de Lambèse 4, ou encore Victor parmi les martyrs de Constantine 5.
Comme nous le voyons sur plusieurs autres inscriptions africaines, notamment les deux de Sétif (ci-dessoifs n. 4), le dépôt des reliques a été fait par les soins de trois évêques, en présence du scribe et du bibliothécaire ou archiviste de l'Église appelée Linfersis. qui jusqu'à ce jour n'a pu être identifié. Deux autres mentions topographiques sont aussi incertaines : Sirlinensis (Sertei ?) et Conturihonensis (El-Kantour ?). Les noms des évêques Benenatus et Leontius ne sont pas rares dans les listes épiscopales d'Afrique s.
La formule de début : In nomine domini Jesu Christi n'est pas spéciale à l'Afrique. secolo vil in Africa, dans Ephem. liturg., t. vi, 1931, p. 368-373.
12. Dans une basilique récemment déblayée à l'extrémité occidentale des ruines d'Haïdra (voir Dictionn. t. vi, à ce nom), on a retrouvé in situ un bloc de pierre (cippe funéraire réemployé) au-dessus duquel se dressait jadis l'autel. Pourvu au centre d'une cavité arrondie d'environ 0 m. 12 de diamètre, d'où les reliques avaient disparu, il était recouvert d'une dalle beaucoup trop grande pour la feuillure pratiquée sur le pourtour du bloc, la dalle était simplement posée sur le rebord de celle-ci ; il y avait sans doute à l'origine une autre dalle plus petite, peut-être en terre cuite, encastrée dans le bloc. La dalle mesure 0 m. 59 de hauteur, sur 0 m. 72 de largeur et 0 m. 10 d'épaisseur : la hauteur des lettres varie entre 0 m. 06 et 0 m. 05. Voici le texte :
HIC ABENTUR
RELIQVIE BEATJ MARTIRISETAN , TISTITIS CYPRIA NI APS A BEXT MEL LEO EPSCO Â~N Mil DMI I VSTINI FMPS
XVII. Les niches à reliques. — Nous avons décrit l'église de Sainte-Marie-Antique, au Forum (voir Dictionnaire, t. v, à ce dernier nom). Lorsqu'on entre dans cette église il est difficile de n'être pas frappé par le nombre considérable de petites niches creusées dans les parois et décorées de peintures. Dans l'atrium, deux à l'entrée, une à l'angle sud-est ; dans la nef droite, la niche des « Trois Mères » ; dans la nef majeure, une sur le pilier nord-ouest ; enfin dans le presbyterium même, une ouverture du mur affecte la même forme. On ne parle pas ici de la niche simplement blanchie et à demi fermée qu'on rencontre à droite en passant du presbyterium dans la chapelle droite, ni de celle qui s'ouvre à gauche de l'absidiole de l'atrium et qui fut creusée au IXe ou Xe pour le service de l'autel.
Nous examinerons en premier lieu la niche de la nef centrale (fig. 10611, 1, 2, 6) où nous trouvons tous les éléments susceptibles d'orienter nos recherches ; c'est une petite niche irrégulière large de 0 m. 41 ; elle s'enfonce dans la muraille de 0 m. 23 à la base. Au milieu de la surface horizontale ainsi obtenue, est creusé un trou conique irrégulier de 0 m. 08 de profondeur et de 0 m. 15 de diamètre à l'ouverture. De la surface plane au bas de la peinture, un espace de 0 m. 06 à 0 m. 07 était occupé par deux dalles superposées qui fermaient hermétiquement l'ouverture et dont on voit encore un angle scellé ; chacune de ces dalles mesurait 0 m. 025 d'épaisseur. L'inférieure était de basalte, l'autre de marbre blanc. Les parois latérales de la niche portent à la base les traces d'un revêtement de vert antique. La surface courbe est occupée par l'image de la Vierge.
Dans la niche à l'angle de l'atrium (fig. 10611, 3, 4), on voit l'image en buste de saint Abbacyr. La largeur est de 0 m. 89. La fosse creusée verticalement dans le mur est ici plus grande. Elle est à peu près rectangulaire, avec un ébrasement oblique de quelques centimètres sur les bords. La longueur à l'ouverture est de 0 m. 53, au fond de 0 m. 43 ; la largeur et la profondeur de 0 m. 22. La fosse est taillée avec soin dans l'épaisseur du mur. Là encore, entre la surface plane et le bas de la peinture il y a place pour les dalles, mais il n'en reste aucun fragment.
La niche de droite à l'entrée de l'atrium est celle des trois chlamydati. Ici point de fosse, mais sur tout le pourtour entre la surface plane et le bas du stuc s'ouvre une gorge de 0 m. 16 de hauteur et de 0 m. 11 de profondeur à la base ; la niche elle-même a 0 m. 74 de largeur et 0 m. 24 de profondeur au sommet de la gorge.
A gauche de l'entrée, la niche des saintes Agnès et Cécile est coupée. On n'y voit pas de gorge ni de fosse. Mais aux deux tiers de la largeur et au bas de la niche s'ouvre, perpendiculairement au mur, un trou rectangulaire de 0 m. 29 de haut, 0 m. 41 de large et 0 m. 19 de profondeur. Une fois fermé, le stuc peint le recouvrait.
La niche des « Trois Mères » est intacte. Le stuc décoré atteint la surface horizontale et la couvre même en partie, car en crépissant la niche, on emplissait de mortier l'angle inférieur et le stuc venait finir assez avant sur la plateforme en courbe adoucie (fig. 10611, 6). Cette plateforme n'a jamais été creusée.
L'ouverture dans le mur du presbyterium se présente dans des conditions assez différentes. Il n'y eut à l'origine qu'un trou assez étroit, perpendiculaire au mur et dont la plus grande profondeur atteignait 0 m. 20, la plus grande largeur étant de 0 m. 30. Il s'ouvrait par devant sur un plan parallèle à la paroi. Quand ce loculus eut reçu le dépôt qu'il devait contenir, on le ferma et sur la surface égalisée, on étendit la couche de stuc sur laquelle fut peinte une Vierge debout portant l'enfant Jésus : cette peinture, interrompant à son milieu la draperie simulée, atteste, semble-t-il, l'intérêt religieux que l'on portait à cette cachette. Plus tard, à une époque qui doit être celle de l'abandon de l'église, on voulut rouvrir la cachette murée ; mais l'emplacement précis en était alors ignoré, car le pic de l'ouvrier détacha le stuc presque entier de la peinture, en levant le crépi par brisures nettes et violentes, et creusa dans l'épaisseur du mur une cavité beaucoup trop haute et trop profonde. Cette cavité n'est évidemment pas primitive et date de la destruction de l'image, car les coups de pic trahissent les tâtonnements du chercheur de reliques (fig. 10611, 5).
Dans trois cas au moins, et vraisemblablement dans cinq, nous sommes donc en présence d'une cachette, d'un loculus scellé, recouvert avec soin de marbre et décoré de peintures. L'intérêt qui s'attache à ce dépôt est tel qu'au moment où l'on doit abandonner l'église, le loculus est ouvert, vidé et reste béant. La seule hypothèse satisfaisante qu'on puisse envisager est qu'il s'agit d'un dépôt de reliques, pignora, brandea.
Aucun texte liturgique à notre connaissance ne vient certifier cet usage. Le Liber diurnus contient plusieurs formules pro condendis reliquiis. Mais dans ces cas il s'agit des corps saints qu'on place sous l'autel pour la dédicace d'églises ou d'oratoires. La dédicace des églises selon le rit romain a ne comporte en effet que la messe, et dans le cas de sanctuaires à reliques, que la déposition solennelle de ces reliques. Les deux Ordines qui décrivent la cérémonie s supposent toujours que ces reliques sont déposées dans un autel.
Le Liber pontificalis parle de reliques du Sauveur, de la Vierge, des douze apôtres et de saints martyrs déposées par le pape Hadrien dans une église bâtie dans un de ses domaines : domus culta Caprucorum, offert par lui-même pour le soulagement des pauvres ; mais rien n'indique où et comment étaient placées ces reliques. Sous le même pape, un incendie dévora l'église Saint-Anastase aux Eaux Salviennes. On ne put sauver que la châsse du martyr : Cetera vero sanctuaria (les reliques) seu ministeria lam in ecclesia quum in vesliurio ab ipso igne confiatu sunt... Et amplius in ea (ecclesia) sanctuaria et ministeria et ornatum maxime quam ibidem combusta sunt contulit. Il semble bien qu'il y avait des reliques en divers lieux de l'église ; mais là encore on ne peut savoir si ces reliques se trouvaient dans des autels mineurs ou dans des reliquaires mobiliers ou scellées dans les parois.
Léon III prit soin de faire réparer une église rurale de Saint-Paul quœ appellatur Convenlum sita in territorio orbevetano. Elle était abandonnée au point de servir de refuge aux troupeaux, et les reliques en avaient été retirées. Le pape la fit réparer, orna l'autel d'étoffes précieuses et replaça les reliques ; in ullare ejus vestem de stauraci posuit et reliquias recondere prœcepii. Ce texte nous apprend qu'on retirait les reliques des églises abandonnées, mais la phrase est construite de façon à laisser croire que les reliques furent replacées dans l'autel.
Le cas des reliques de Grado (voir plus haut, col. 2328) semble plus intéressant pour la solution de notre problème. En creusant dans le presbyterium les fondements de l'autel majeur, on découvrit du côté de l'épître, à environ 0 m. 60 au-dessous du pavé, et sous une grande dalle de marbre de Paros, une cassette de marbre isolée, de 0 m. 49 x 0 m. 21. Elle contenait deux reliquaires d'argent pleins de reliques de divers saints (voir Dictionnaire, t. vi, col. 1449, fig. 5341) ; voici le couvercle d'un de ces reliquaires (fig. 10612).
Voici donc des reliques ensevelies près de l'autel, mais non sous l'autel même, et, semble-t-il, indépendantes de lui. Ensevelies est le mot propre ; selon la remarque de L. Duchesne, le rituel de la réposition des reliques est exclusivement funéraire. On prépare le tombeau du saint, on l'y transporte, on l'y enferme, on répand un parfum à l'intérieur du sépulcre. En transportant les parcelles de corps saints, on veut à cette époque reconstituer en quelque sorte leur tombeau, et en multipliant leur présence symbolique, multiplier l'efficacité spirituelle qui émane du sépulcre lui-même. Cette idée est nettement exprimée dans une Denuntiatio cum reliquias ponendæ sunt martyrum du sacramentaire gelasien. Voici ce texte : Dilectissimi fratres, inter cetera virtutum solemnia, quæ ad gloriam pertinent Christi Domini nostri hoc quoque prœstitit martyribus qui pro nominis ejus confessione morte suscepta cœlestia prœmia meruerunt, ut fidelium votis eorum præclaris reliquiis conlocatis, inlegritas sancti corporis esse credatur. Et ideo commonemus dilectionem vestram quoniam N feria N loco reliquiæ sunt sancti illius martyris conlocandæ ; quæsumus ut vestram præsentiam nobis admonentibus non negetis. Ainsi on ménagea un loculus dans la paroi du presbyterium, une manière d'arcosolium réduit. Dans la niche de saint Abbacyr se trouvaient peut-être des reliques de ce saint ; dans celle des saintes Agnès et Cécile et dans celle des trois chlamydati probablement des brandea ayant touché leurs tombeaux.
XVIII. Les reliques d'un hérétique. — A l'occasion de l'épigraphie de la secte des donatistes (voir Dictionnaire, t. iv, à ce mot), nous avons dit que cette secte avait un cri de guerre : Deo laudes. On en a trouvé nombre de témoins épigraphiques (voir Dictionnaire, t. iv, col. 652-659) auxquels est venu dans ces dernières années s'ajouter une clé de voûte trouvée dans les ruines d'une basilique fouillée à Ksar-el-Kelb, entre Khenchela et Tébana, en Numidie. On y a lu ces mots :
Parmi ces ruines on trouva, dans le collatéral sud une cuve de pierre « de forme ronde, évasée vers le haut. Sa hauteur, mesurée à l'intérieur, est de 0 m. 44 ; le diamètre de l'orifice est de 0 m. 55 entre les parois qui sont épaisses de 0 m. 05. Cette cuve n'offre aucune décoration. Elle était entourée de quatre dalles, celle placée à la face antérieure était ornée en relief autour de ces mots :
A l'époque mérovingienne remonte une plaque de ceinture en ivoire trouvée dans une tombe de l'église Saint-Cyr d'Issoudun (voir Dictionnaire, t. v, col. 1552-1554). L'extrémité de la plaque ornée du griffon et du monogramme (fig. 10613) est refendue par une rainure, D'après Bull, de la Soc. nat. des antiquaires de France, 1877, p. 197. profonde de 0 m. 013 destinée à recevoir l'extrémité du cuir ou de l'étoffe de la ceinture que traversaient deux rivets de métal encore existants. Trois millimètres plus loin que le fond de cette rainure s'ouvre sur la tranche latérale supérieure un évidement long de 0 m. 041 sur 0 m. 047 de profondeur, fermant par un coulisseau en ivoire qui est conservé et qui se meut dans une rainure dont il ne peut sortir que lors que l'on a démonté la charnière unissant la boucle à la plaque.
XX. Authentiques de reliques. — L'importance que les générations chrétiennes attachaient à la possession des reliques était plus ou moins grande suivant la dignité ou les mérites présumés du saint personnage. Il y avait là, à coup sûr, quel que impertinence à vouloir tarifer, pour ainsi dire, le plus ou moins d'efficacité d'une intervention auprès de Dieu, mais le calcul partait d'une simplicité si grande que toute offense semble en avoir été bannie. Et puis, il n'était pas d'église ni de monastère qui ayant eu à cœur d'enrichir son trésor de reliques ne se trouvât dans l'obligation de cataloguer et de classer les corps entiers ou les ossements détachés, les fragments de tissus, les parcelles de pierres dérobées à une tombe glorieuse ou à un édifice vénérable. Ainsi devenait-il nécessaire d'étiquetter, d'énoncer et la piété robuste autant que naïve de nos pères acceptait et transcrivait sans broncher les énumérations les plus extraordinaires.
Ce ne sont pas les églises illustres qui sont aujourd'hui les mieux pourvues de reliques, il s'en rencontre parmi les plus modestes qui ont peu de chose à leur envier. Les premières possèdent des châsses ou des reliquaires dont le contenu, après examen, a été authentifié par un acte et un sceau dont la date est généralement très postérieure à celle qui marque la limite de nos recherches. Les secondes ont ordinairement recueilli un lointain héritage dûment attesté par des bandelettes de parchemin portant une mention explicative. De celles-ci nous avons déjà donné un exemple conservé aux archives d'Eure-et-Loir et provenant d'une châsse de la cathédrale de Chartres. En voici le libellé :
+ Hyc sunt pignora de coberturio domno Monulfo Trejectensi episcopo.
Il s'agit ici de l'évêque Monulfe, qui occupa le siège de Tongres-Maestrich et non celui d'Utrecht.
Rome sous le pontificat de Pelage : Eodem lempore initiata est basilica aposlolorum Philippi et Jacobi, et de Jean III : Hic perfecil ecclesiam apostolorum Philippi et Jacobi et dedicavit eam 3.
3. Hic sunt reliquiif sancti Ibolito. Cette authentique se rapporte au célèbre saint Hippolyte (voir Dictionnaire, t. vi, à ce nom). Le poète Prudence a décrit l'affluence des fidèles à son tombeau 4 :
Mane salutation concurritur : omnis axlorat Pubis, eunt, redeunt solis adus que obitum, Conylobal in cuneum Latios simul ac peregrinos Permixlim populos relligionis amor.
4. Hic sunt reliquies sancti Trojano episcopo et confessure. Il s'agit ici de saint Trojan, évêque de Saintes, très visité dans son tombeau par les pèlerins du VIe : Qui sepultus in terris, cselis se vivere multis
10.614. — Authentiques de reliques. D'après Mélanges d'archéologie et d'histoire, 1884, pi. i.
Nous donnerons maintenant trois exemples d'après les authentiques conservées dans les églises de Vergy (Côtes-d'Or), de Baume-les-Messieurs (Jura) et de la cathédrale de Sens (Yonne).
A Vergy on trouva dans de vieux reliquaires provenant du monastère de Saint-Vivant sept petits morceaux de parchemin portant chacun quelques mots d'écriture mérovingienne de la fin du VIe ou du début du VIIe (fig. 10614). En voici le déchiffrement : virlutibus manifestai. Nam energumeni, frigoritici ai'teri que infirmi plerum que ad ejus tumulum exorantes accepta incolumilate recedunt 5. l'huile, la cire qui avaient touché le tombeau du grand thaumaturge. Tel était le sens du mot pignora en général et, particulièrement, dans la langue de Grégoire de Tours qui parle en ces termes des reliques de ce même saint Alartin qui furent envoyées à Leudovalde, évêque d'Avranches : Quando beati pignora in sanctum locabanlur allare... l.
7. Hic sunt patrocina sancti Pétri et Paullo Roma civio. Il faut corriger patrocina en patrocinia, mais les authentiques mérovingiens n'en sont pas à une faute près ; ce mot a très nettement le sens de reliques dans un capitulaire daté de 712 qui autorise à suivre l'armée les seuls clercs employés au service divin : Propter divinum mysterium, missarum scili cet solemnia adimptenda, et sanctorum patrocinia portanda 2. Le mot patrocinia appliqué aux reliques de saint Pierre se lit dans le récit de la translation de saint Maur, écrit en 868 par Odon de Glanfeuil : Beati quo que Pétri apostoli patrocinia... ibidem sunt reperta3. Enfin les deux derniers mots font allusion à la qualité de citoyen romain que revendiquait saint Paul l.
A Baume-les-Messieurs, l'abbaye fondée par saint Colomban possédait de nombreuses reliques qui échappèrent aux pillages successifs des reliquaires qui les renfermaient. Enfermées dans deux grandes châsses de bois doré posées sur des consoles de chaque côté du maître-autel et qui se voient encore aujourd'hui à la même place dans la vieille abbatiale, devenue l'église de la paroisse, les reliques furent examinées en 1860 et en 1892, sans grand résultat. Toutefois on y trouva quelques étiquettes qui éveillèrent l'attention du curé, M. P. Brune, qui procéda à une nouvelle vérification.
Les deux châsses de bois doré étaient en partie remplies d'ossements attachés sur des coussins ou gisant sur le plancher, de débris d'étoffes anciennes, de boîtes, d'ampoules de verre, etc. Deux ou trois parchemins seulement étaient encore en place qui rendirent possible l'identification des reliques principales, (« elles consistaient dans : 1° le chef de saint Désiré, évêque de Besançon, mort vers l'an 414, à Lons-le-Saunier ; 2° le chef de sainte Florence, apporté au IXe à Gigny par les moines d'Évreux ; 3° le chef de saint Lautein ; et 4° le corps de saint Aldegrin, qui vécut au Xe. Divers objets anciens : une aumônière de cuir, un manipule en toile blanche, un cachet d'oculiste, un chaton de bague fait de deux petites plaques de cristal de roche, enchâssées dans un sertissage de cuivre doré en forme de cœur, une ampoule de verre de teinte verdâtre, diverses boîtes. Outre les tissus de soie et de toile on trouva de petites bandes de parchemin, très étroites dont la longueur varie avec les inscriptions qu'elles portent. Elles étaient généralement enroulées autour des reliques, dans des fragments d'étoffe ou de papier. Les authentiques, au nombre de trente-neuf, vont du VIe au XVIe ; nous ne transcrivons que ceux qui sont antérieurs au Xe :
5. Relqs sci pro....
6. deferetro sci ma[rlin]o epi.
7. de ligno de sa[nclo] sepulcro dni.
8. hic est lignu de cruce dni.
Le trésor de la cathédrale de Sens possède outre une belle collection de tissus anciens, une série d'authentiques de reliques provenant d'un grand coffre décoré de fleurons et désigné sous le nom de « Coffre des reliques anonymes ». Ces reliques furent soustraites à la profanation révolutionnaire grâce au zèle pieux d'un officier municipal désigné pour procéder à l'enlèvement des objets d'or et d'argent du trésor de la cathédrale et de l'orfèvre chargé de démonter les châsses. Ces deux bons chrétiens, aidés de deux serviteurs de l'église, confièrent les reliques à des particuliers et d'autres dans l'ancienne église paroissiale de Saint-Pierre-le-Bond, dont ils s'étaient rendus acquéreurs. Dans la précipitation du sauvetage, beaucoup de reliques furent séparées de leurs étiquettes de parchemin ; on les soumit en 1844 à une commission épiscopale qui les mit à part sous le nom de reliques anonymes, dans le coffre mentionné plus haut. Dès lors, ces authentiques n'offrent plus qu'un intérêt paléographique et historique.
Les premières reliques apportées à Sens, dont les historiens aient gardé le souvenir, sont celles que saint Ursicin, évêque de Sens au IVe, exilé en Phrygie par l'empereur Constance II obtint du patriarche de Jérusalem et de l'évêque de Césarée. Toutefois l'Église de Sens devait ses plus belles reliques à Charlemagne, ainsi qu'en témoigne le procès-verbal original daté de 1192. On y lit ce qui suit : « Il faut retenir que Charlemagne empereur a donné la plus grande partie de ces saintes reliques à cette Église et à l'archevêque Magnus. Toutes les reliques qu'il avait reçues, ledit Magnus archevêque les déposa dans une châsse d'argent la même année où il fit la dédicace de l'église de Melun », dédicace qui eut lieu le 23 mai 809.
Entre 879 et 882, Hieremias, moine et trésorier de Saint-Biquier, apporta à Sens les corps des saints conservés dans son monastère, pour les soustraire au pillage des Normands, et les déposa dans la basilique de Sainte-Colombe. C'est peut-être de Saint-Biquier que provenaient les reliques de saint André dont l'authentique porte : Hic sunt reliquie sancti Andrée quos Angilberlus abba detulit. Angilbert, gendre de Charlemagne et abbé de Saint-Biquier, avait rassemblé dans ce monastère un grand nombre de reliques dont il a pris soin de dresser le catalogue sous le titre : De perjectione et dedicalione Centulensis ecclesiœ 6.
La collection ainsi formée comprend cent soixante authentiques ; plusieurs d'entre eux datent de l'époque mérovingienne, presque tous sont antérieurs au Xe ; les plus récents sont du XVIe. Les éditeurs ont publié le procès-verbal de la translation opérée le 16 août 1192 par l'archevêque Guy de Noyers, on y trouve mentionnées cent trente-trois reliques.
Ce ne sont pas les seules publications d'authentiques, on pourrait mentionner entre autres :
A. Batti, / papiri dell' untica basilica di S. Vincenzo di Galliano, pressa Cantù, provincia di Como, dans Rendiconti del r. istit. lombardo, t. xli, 1908, p. 1024-1031, pi. Il s'agit de sept petites étiquettes de papyrus (VIe-IXe après J.-C.) avec légendes en latin ; elles étaient attachées à des reliques, trouvées en 1801 en démolissant un autel de la basilique de San Vicenzo di Galliano et sont aujourd'hui conservées dans la sacristie de l'église de Cantù.
G. Doublet, Note sur des reliquaires trouvés dans l'église de Vence (Alpes-Maritimes), dans Bull, archéol. du Comité, 1914, p. 255-263. Ce sont encore des reliques sauvées de la profanation le 10 décembre 1793 et qui paraissent provenir de deux évêques célèbres de Vence, saint Véran (451-465, peut-être 471) et saint Lambert (1114-1154). Dans un coffre, des attestations concernant des reliques reconnues au XVe et au XVIe.
Urseau, Authentiques de reliques provenant de l'abbaye du Ronceray à Angers, dans Bulletin du Comité. Hist. et philol., 1903, p. 587-593.
M. Resson, Antiquités du Valais (Ve-Xes), in-4°, Fribourg, 1910, p. 18-47.
XXI. Attestations épigraphiques. — Elles sont nombreuses et, généralement détaillées. En voici quelques-unes.
1. Haïdra (Ammœdera), entrée au musée de Tébessa : elle fut trouvée dans une chapelle rectangulaire, longue de 21 m. 15, large de 8 m. 60, située au nord de la ville (voir Dictionnaire, t. vi, col. 2017), elle était placée probablement en avant de l'espace réservé au clergé, entre les pieds de l'autel :
M. Resson, Antiquités du Valais (Ve-Xes), in-4°, Fribourg, 1910, p. 18-47.
XXI. Attestations épigraphiques. — Elles sont nombreuses et, généralement détaillées. En voici quelques-unes.
1. Haïdra (Ammœdera), entrée au musée de Tébessa : elle fut trouvée dans une chapelle rectangulaire, longue de 21 m. 15, large de 8 m. 60, située au nord de la ville (voir Dictionnaire, t. vi, col. 2017), elle était placée probablement en avant de l'espace réservé au clergé, entre les pieds de l'autel :
Hic habentur memor(i)a(e) sanctorum Pantaleonti, Iuliani et comilu(m). De Rossi avait lu Junani et avait tiré de cette lecture des conclusions ingénieuses mais erronées. Il est probable qu'on vénérait à Haïdra saint Pantaléon de Nicomédie et saint Julien d'Antioche dont le culte fut très répandu en Afrique à l'époque byzantine. Dalle de marbre mesurant 1 m. x 0 m. 71 et 0 m. 12 d'épaisseur ; fin du Ve ou première moitié du VIe. ou bien Hl dont on fait hic. Quant au martyr Gureus, il est inconnu.
3. Sans nous éloigner de l'Afrique du nord nous pourrions former une sorte de petit Corpus de ces authentiques :
Hic sunt memorise sanctorum... (Corp. inscr. lat., t. vm, n. 14237).
Hic memorise sanctorum martirum... (Mem. Soc. antiq. Fr., t. lxiv, p. 7, 30).
...hic sunt reliquise sancli Juliani... (Bull, du Comité, 1889, p. 361).
Hœc sunt nomina martirum... passi... depositi... (Bull, du Comité, 1904, p. cxcix).
Hic venerande reliquioe beat, martyrum... (Bull, du Comité, 1901, p. 418-428, pi. xxxi).
Dans tous ces textes il s'agit proprement de reliques dont on donne les noms et dont, parfois, on a retrouvé les témoins ; c'est ainsi qu'à Guelma (Calama), on découvrit vers 1896, à 3 kilomètres environ au N.-O. de la ville, une plaque de marbre, longueur : 0 m. 62 ; largeur : 0 m. 38 ; épaisseur : 0 m. 22, aujourd'hui conservée au musée du Louvre, on y lit cette formule probablement du VIe :
+ Hic reliquise + beati Pétri apostol(i) et s(an)c- (t)orum Felicis et Vincenti martyr(um). Cette plaque était évidemment placée à côté ou au-dessus du coffre contenant les reliques et qui consiste en un bloc de marbre rose, mesurant 0 m. 54 de long, 0 m. 46 de large, 0 m. 43 de haut, et présentant à l'intérieur un évidement quadrangulaire (0 m. 38 x 0 m. 30), profond de 0 m. 14. Au fond de cet évidement est creusée une cuvette de 0 m. 26 de diamètre et de 0 m. 07 de profondeur. Les bords de la caisse présentent des feuillures pour l'insertion d'un couvercle. En 1898, Stéphane Gsell trouva une boîte semblable en pierre, dans une petite chapelle située à 400 mètres environ au nord-est des ruines d'Henchir-Gonbeul (à une quinzaine de kilomètres à l'ouest de Feriana). Elle est enfoncée dans le sol, en avant de la salle rectangulaire réservée au clergé et servant d'abside. Cette pierre, qui mesure 0 m. 70 x 0 m. 57, offre une cavité centrale, de forme quadrangulaire mesurant 0 m. 31 x 0 m. 26 et 0 m. 11 de profondeur avec une feuillure pour le couvercle. Elle devait être surmontée d'un autel probablement en bois. ligne 3, il faut probablement corriger et lire coslanti ; lignes 4 et 5, à la place des V rétablir des O, et lire EPISCO ; ligne 6, lire apri les. On obtient : Hic m(e)- m(orise) sanctoru(m) Bincenti, Felicis, Co(n)stanlifi) et Victori(a)e posit(a)e a sancto Crescituro episco(po), die (tertia) k(a)lfen des) Apri les. Amen.
Les saints Félix, Vincent et Victoria se retrouvent dans la liste des martyrs d'Abitine, mis à mort à Carthage au mois de février 304. On lit le nom d'un martyr africain, au 3 janvier, nommé Constantius, dans le martyrologe hiéronymien. L'évêque de Sétif, Cresciturus, n'est connu que par cette inscription.
On rapprochera de ce texte une autre inscription trouvée également à Sétif, mentionnant des reliques de saint Laurent déposées par un évêque de ce nom, en 452, et qui se termine aussi par l'acclamation : Amen. (Voir Dictionn., t. v, col. 376.) A. Berbrugger note qu'on a trouvé avec l'inscription du Meslong « des vases dans lesquels il y avait du sang ». Cette affirmation doit être accueillie avec réserve. On sait en effet les controverses soulevées par la question du vase de sang dans les catacombes (voir Dictionn., t. i, au mot Ampoules), il est impossible de reconnaître la nature exacte des dépôts contenus dans des vases antiques non bouchés. Cependant le fait n'est pas inadmissible. On connaît l'inscription de Mastar : depositio cruoris sanctorum martyrum et la découverte faite à Feriana. Un reliquaire en pierre trouvé à Dalaa portait l'inscription : Memoria Feliciani passi m kal. jutias et contenait un petit vase de verre qui avait pu ( ?) contenir du sang.
6. Nous avons donné un croquis d'une cassette à reliques1 (voir Dictionn., t. i, col. 713, fig. 149), ce n'est pas la seule connue. A Biar Haddada, dans la Mauritanie sétifienne, on a trouvé le couvercle d'une auge en pierre ayant contenu des reliques ; ce couvercle mesure en longueur et en largeur 0 m. 74, hauteur des lettres : 0 m. 11 ; la tranche postérieure est lisse (fig. 10615).
Dans cette cassette, mesurant 0 m. 53 de côté, avec un creux de 0 m. 42 sur 0 m. 29 de profondeur, on trouva un coffret en terre cuite de 0 m. 17 de hauteur sur 0 m. 30 de côté, renfermant de la poussière, des débris de bois moisi... De plus, une petite plaque en métal d'environ 0 m. 15 de longueur sur 0 m. 05 de largeur, profondément oxydée. Plusieurs lignes d'écriture avaient été gravées à la pointe sur les deux côtés de cette plaque aujourd'hui conservée à Paris. Le couvercle ne fut pas façonné pour couvrir l'auge qu'il dépasse de 0 m. 21 ; en outre, il est plus ancien que la feuille de plomb sur le revers de laquelle on lit :
CUIUS COEOOORIC IC P cuius memorie ic pfosite sunl) .
Le personnage est-il africain ? C'est ce qu'on ne peut dire avec certitude.
XXII. De quelques reliquaires. — L'abbé Greppo a montré par des textes anciens la coutume des premiers fidèles de recueillir avec respect tous les objets qui avaient été à l'usage des saints et des martyrs2 ; nous n'avons pu nous procurer son ouvrage, consulte Msecianus. — ■ J.-G.-H. Greppo, Dissertations relatives à l'histoire du culte des reliques diuis l'antiquité chrétienne, in-8°, Lyon, 1842 (nous citons cet ouvrage sans avoir pu le consulter : il ne se trouve ni à la Bibliothèque nationale ni au British Muséum). cependant nous espérons avoir rassemblé assez de textes au cours de notre travail pour satisfaire la curiosité des érudits. Il existe une autre source d'information que nous ne prétendons pas être complète, ce sont les monuments. Au cours du Dictionnaire nous en avons donné un nombre respectable et, parmi eux, les plus célèbres ; or, ce serait empiéter ici sur la Table générale de cette publication d'introduire à cette place un catalogue des reliquaires décrits ou figurés dans les volumes qui ont précédé le présent travail. Nous prions donc qu'on veuille bien s'y reporter et, en attendant, nous indiquerons encore quelques pièces dignes d'intérêt.
1. La collection du Campo santo tedesco à Rome possède un encolpium en bronze, trouvé dans les environs du mont Soracte et qui peut remonter vers le milieu du IVe. C'est un chrismon en bronze sur lequel est plaqué un large médaillon renfermant un portrait, peut-être un empereur chrétien (flg. 10616). Ce petit objet est suspendu par un anneau.
2. On conserve à Leuze (Belgique, prov. de Hainaut) une croix-reliquaire, du VIIe-VIIIe, dite de Saint-Badilon 1, cet objet en bronze rappelle toute une catégorie de reliquaires analogues 2 (voir Dictionn. t. m, col. 3107, fig. 3408).
3. Rappelons quelques encolpia (voir Dictionn., t. v, à ce mot) ; celui de Saint-Vital (t. I, col. 424, fig. 69) ; celui de Monza (t. i, col. 1743-1745, fig. 462) et bien d'autres 3.
4. Nous avons déjà parlé d'un précieux reliquaire byzantin de la collection de Goluchow (voir Dictionn., t. » i, col. 2993-2994, fig. 1027). C'est une croix en or niellé, sur le devant de laquelle on a représenté le Christ en croix. Le Sauveur est vêtu d'une longue tunique à trois pans parallèles, brodés de chevrons, sa tête est entourée du nimbe crucifère, ses bras sont nus et étendus horizontalement. Au-dessus de la croix dont le pied est patte, et dont les traverses ont une longueur disproportionnée, il y a un cartouche à queues d'aron des, portant la légende latine en caractères grecs +PEZPG c'est-à-dire Rex regnanti(um).
TNANTI Le cartouche est surmonté des bustes du soleil et de la lune.
La bordure qui enveloppe cette face du reliquaire, c'est-à-dire le devant du couvercle, ne commence qu'au bas du cartouche. Elle présente trois formes différentes : des lignes denticulées, des rangs de feuilles piquées sur des lignes droites, et, sous le pied de la croix, des lignes ondulées. La niellure est faite avec de l'émail bleu.
Au revers de la boîte, le centre de la croix a pour décor le buste du Christ inscrit dans un cercle. Le Christ a la tête ceinte du nimbe crucifère et tient un évangéliaire de la main gauche. I.e même sujet, avec la légende rex regnantium, se trouve sur les monnaies byzantines, en or et en argent, de Justinien II (705-711) jusqu'au règne de Constantin XI Porphyrogenète (commencement du XIe). De cha que côté du médaillon, on voit un ange à genoux ; dans le haut, le buste de la sainte Vierge, tenant de ses deux mains, sur sa poitrine, l'enfant Jésus visible jusqu'à mi-corps. L'enfant, lui aussi, tient un évangéliaire. C'est le buste de la Panagia Kyriolissa, patronne d'une église de Constantinople. Enfin, au-dessous du médaillon central, deux femmes nimbées, la Vierge et sainte Elisabeth sont tournées l'une vers l'autre ; celle de droite porte un livre, c'est la Visitation. Même émail et mêmes bordures de lignes denticulées.
Sur les tranches, une longue légende grecque, partant du sommet de la tranche gauche, se développe entre deux frises d'entrelacs niellés :
L'objet qui vient d'être décrit sert d'étui à une croix d'or massif. La face antérieure représente l'Assomption. Voilée, nimbée et vêtue d'une robe longue, la sainte Vierge plane au-dessus d'un espace carré qui figure son tombeau. Elle a le bras droit levé et les saintes femmes, au nombre de dix, l'attendent. Dans le haut un petit médaillon ovale a pour sujet le Christ assis sur la voûte céleste. A l'intérieur on voit une croisette de pierre tendre accostée de deux aigues-marines en cabochon et de deux quadrilatères en pâte de verre. L'étui contenait sans doute un morceau de la vraie croix. La face postérieure est couverte d'éméraudes cloisonnées sertis sous rabattu, rouges pour la plupart, quelques-uns verts. L'aspect général est un peu lourd et l'exécution laisse à désirer ; presque toutes les pâtes sont encore à leur place et ont leur luisant natif.
Pour les croix-reliquaires, voir Dictionnaire, t. III. On peut dire que les reliquaires byzantins furent innombrables. Certains étaient en or, décorés de pierres précieuses avec une surprenante prodigalité, d'autres étaient revêtus d'argent ; d'autres simplement en fer ou en plomb. Les reliquaires affectaient différentes formes. C'étaient d'abord les châsses (aopôç) destinées aux autels et aux oratoires. Celles qui contenaient le corps entier du saint avaient la forme de véritables cercueils, comme ceux que l'on voit dans le Ménologe de Basile II. Mais il en existait de plus petites destinées à contenir des parcelles de reliques. Elles étaient en marbre et ressemblaient parfois aux sarcophages antiques. Ces châsses pouvaient être constituées par plusieurs enveloppes s'emboîtant les unes dans les autres. L'enveloppe extérieure était en métal, or ou argent. A l'intérieur se trouvait une châsse en pierre, qui contenait une troisième enveloppe renfermant la relique entourée elle-même d'un tissu de soie. Certaines de ces châsses étaient de véritables œuvres d'art. La châsse du prophète Daniel était décorée d'anges sculptés, qui paraissent dormir, et de lions sur lesquels reposait le reliquaire. D'autres châsses étaient placées sur les autels, et avaient la forme de ciborium soutenu par quatre colonnettes.
Les têtes des saints étaient ingénieusement montées dans une parure en or ou en argent. Les bras étaient enchâssés dans de minces baguettes d'or. La classe des reliquaires portatifs était plus nombreuse que celle des reliquaires destinés aux autels, dans cette catégorie rentrent les encolpia (voir Dictionnaire, t. V, à ce mot).
Constantinople, pendant des siècles, s'était montrée insatiable pour dépouiller de leurs reliques toutes les provinces de l'empire, elle n'y avait pas tout à fait réussi ; d'ailleurs elle avait consenti à se dessaisir de quelques reliques insignes, qu'elle n'envoyait pas sans être enfermées dans des reliquaires. La prise de Constantinople par les croisés, en 1204, entraîna un appauvrissement considérable de la capitale. Les latins y trouvèrent la fleur des trésors religieux et se les partagèrent avec autant d'impudence que d'avidité. Ce fut un pillage en règle, une spoliation méthodique qui, par la tolérance ou la connivence des empereurs latins, se prolongea jusqu'en 1261. Et cela continua longtemps encore.
XXIII. Quelques reliques à Constantinople. — La possession et l'exaltation des reliques ont tenu une place considérable dans l'histoire de Constantinople. Elles ont inspiré et expliquent nombre d'actes et d'événements qu'on pourrait croire inspirés uniquement par la dévotion ou par la superstition des basileis, de leurs épouses ou du peuple qui voyait en elles la protection la plus efficace de la « ville gardée de Dieu » ; mais, de plus, les reliques tenaient une place de premier ordre dans la vie liturgique, dans les cérémonies du palais sacré, dans le développement de l'art religieux et de l'iconographie elle-même. Les reliques de Byzance ont inspiré diverses formes de reliquaires, et, par là, influé sur l'art de l'Occident ; elles n'ont pas été moins importantes au point de vue littéraire, et notamment les reliques de la Passion du Sauveur qui, rapportées à Saint-Denis, influencèrent l'élaboration de la légende du récit connu sous le nom de pèlerinage de Charlemagne ; enfin elles ont rempli un rôle de premier ordre dans les rapports entre l'empire grec et la chrétienté latine parmi laquelle elle répandit le culte des saints orientaux.
, Sans être tout à fait une ville nouvelle puisqu'elle succédait à Byzance, Constantinople par son rang de capitale et ses dimensions énormes ne pouvait lutter d'éclat avec Rome, Alexandrie, Antioche ni par sa gloire historique ni par ses richesses religieuses. Lorsqu'en 360, l'empereur Constance fit procéder à la dédicace de Sainte-Sophie, il fut nécessaire d'amener les reliques d'Antioche. C'étaient les corps « intacts et entiers » du martyr Pamphile et de ses compagnons, mis à mort à Césarée de Palestine sous Dioclétien ; on les déposa dans le xûxXtov, passage voûté en berceau situé sous les stalles des prêtres et sous l'autel. Incendiée en 404, reconstruite et dédiée en 415, la nouvelle église reçut d'autres reliques : celles de Joseph, fils de Jacob, et celles de Zacharie, père de saint Jean-Baptiste. Nouvel incendie en 532 et nouvelle reconstruction sous Justinien et dédicace le 27 décembre 537 (voir Dictionnaire, t. II, au mot Byzance). Ce fut l'occasion d'un nouvel afflux de reliques, parmi lesquelles la margelle du puits de Jacob où le Christ s'entretint avec la Samaritaine, qu'on plaça d'abord dans le portique méridional, ensuite dans l'autel. Près de ce puits on montrait quatre trompettes en airain de la prise de Jéricho.
On n'est pas surpris que, au lendemain de la paix de l'Église, les fonctionnaires impériaux aient pu récolter sur place, en Palestine, des objets délaissés ou dédaignés, mais il n'en était pas de même d'une autre relique adorable, le bois de la vraie Croix. L'impératrice Hélène en avait conservé à Jérusalem la partie la plus considérable et envoyé une partie à son fils avec les clous dont il fit un mors pour son cheval et un casque pour lui-même. De bonne heure, les empereurs s'employèrent à accroître leur trésor de reliques. En 574, Justin II ajouta un fragment de la Croix venu d'Apamée en Syrie. En 614, survint la catastrophe de la prise de Jérusalem par les Perses qui emportèrent la partie la plus considérable à Ctésiphon d'où Héraclius, vainqueur, la ramena à Constantinople, en 628, d'où il la renvoya, en 629, à Jérusalem. Mais ce fut pour peu de temps ; en 635, voyant les progrès de l'invasion des Arabes, le même empereur rapporta la relique à Constantinople où elle fut réintégrée à Sainte-Sophie où Arculf la vénéra à la fin du VIIe. Elle était conservée dans la partie septentrionale de l'église, dans une vaste et riche armoire, où était déposé le reliquaire en bois. La relique se composait de trois fragments, le montant divisé en deux parties égales et la traverse. A l'ouverture du reliquaire, il s'en dégageait une odeur suave et les nœuds du bois laissaient sortir un liquide parfumé, semblable à l'huile, dont une simple gouttelette rendait la santé aux malades.
Du 10 au 13 septembre, la relique était exposée à Sainte-Sophie, à l'adoration des fidèles ; le 14, le basileus, la basilissa et toute leur cour s'y rendaient et le patriarche, entouré de deux diacres tenant des cierges et précédé du skevophylax, portant la croix, allait déposer celle-ci sur l'autel. Après avoir gravi l'ambon il élevait la croix au-dessus de sa tête quatre fois sur les quatre côtés de l'ambon. Le célèbre Ménologe (voir Dictionnaire, t. XI, au mot Ménologe) de Basile nous offre une représentation de cette scène (fig. 10617) ; on remarquera que la croix que le patriarche tient dans ses mains est à double travée.
Lorsqu'Arculf visita en pèlerin Constantinople, la modifié par la disparition d'annexés et d'oratoires dont plusieurs contenaient des reliques. Dans l'église de Saint-Pierre, qui était située à l'angle nord-est de Sainte-Sophie, on vénérait le 16 janvier les chaînes de l'Apôtre lorsqu'un ange le fit sortir de prison (Act., XII, 3 sq.). Cette fête l'ait également l'objet d'une miniature du Ménologe de Basile II. Justinien sollicita du pape Hormisdas des reliques des apôtres Pierre et Paul, c'est donc que sous son règne la grande Église ne possédait pas encore les chaînes qu'elle revendiqua plus tard. Dès lors on lui demanda de justifier sa relique, ce qu'elle fit et prétendit posséder la chaîne portée par l'Apôtre à Jérusalem. Celle-ci n'aurait donc apparu à Jérusalem qu'à la fin du VIe. La relique était exposée dans l'église sur un autel d'or pendant les trois derniers jours de la semaine sainte, le jeudi, l'empereur et ses officiers se rendaient à Sainte-Sophie pour adorer et baiser la croix ; le vendredi c'était au tour de l'impératrice et des dames de la cour, enfin le samedi le patriarche et son clergé venaient baiser le bois vénérable. Ensuite le reliquaire était fermé et replacé dans l'armoire, mais un jour vint où les empereurs estimèrent que la sainte croix serait plus en sécurité dans un oratoire du palais impérial.
Le 28 octobre 614, Constantinople s'enrichit de la sainte lance (Y) xi.[i.[a \6*f/rl), apportée de Jérusalem par le patrice Nicétas qui réussit à soustraire également aux Perses la sainte éponge (6 ziynoc, CT7TÔyyo ;).
Dans notre description du palais sacré (voir Dictionnaire, t. XIII, col. 527-544), nous avons mentionné plusieurs oratoires et églises où s'entassaient les richesses et les reliques et dont la réputation s'étendait au loin. Vers 1090, un moine de Cantorbéry, nommé Joseph, pèlerin en Terre Sainte, apprend à Jérusalem l'existence à Constantinople d'un « trésor de reliques incomparable », il s'y rend et parvient à pénétrer dans la capella imperatoris, pleine de sacro-saintes reliques, où pénétra aussi Odon de Deuil, au milieu du XIIe. Quelques années plus tard, en 1171, l'empereur Manuel Comnène se fait un honneur de montrer au roi Amaury de Jérusalem les oratoires, les châsses rutilantes de pierres précieuses et les reliques et corps saints qu'elles contiennent.
Dans la partie la plus ancienne du palais impérial, appelée le « palais de Daphné », se trouvait l'église Saint-Etienne, construite en 428 par l'impératrice Pulchérie pour recevoir la main droite du protomartyr. Un demi-siècle plus tard, sous l'empereur Zénon (474-491), on découvrit à Chypre le corps de saint Barnabé, sur la poitrine duquel fut trouvé un exemplaire de l'évangile selon saint Matthieu, copié de la main même de Barnabé qui vint rejoindre la main de saint Etienne à Daphné. On doit remarquer que dès le Ve, en Orient, on partageait les ossements des corps saints. L'incendie de 532 fut, pour Justinien, l'occasion de faire rebâtir avec une splendeur nouvelle tout ce qui avait souffert de la sédition de Nica (voir Dictionnaire, t. VI, au mot Hippodrome). La nouvelle Chalcé fut relevée avec une magnificence inconnue. Au-dessus de la porte de bronze se voyait une icône fameuse représentant le Christ. Lors que l'empereur Léon l'Isaurien donna l'ordre de la détruire, un spathaire monta sur une échelle, hache à la main, au moment où Théodorie, aidée de pieuses compagnes, renverse l'échelle et le spathaire tombe et se tue. Théodorie et ses compagnes furent mises à mort, leurs reliques étaient en grande vénération.
Le palais de Daphné et le vestibule de la Chalcé n'étaient pas les seuls lieux où on conservait des reliques. Au VIe, Justin II construisit le Chrysotriclinos et bientôt s'éleva l'oratoire de Saint-Théodore où on conservait la verge de Moïse (r, toû Mioaécoç pdc6Soç) qui s'en servit pour frapper le rocher qu'on disait avoir été apportée à Constantinople par Constantin. Cette verge était ornée de pierres précieuses et fut conservée tour à tour dans l'oratoire de Saint-Émilien, dans une église qui prit le nom de Rhabdos, puis au palais sacré dans l'oratoire de Saint-Théodore et, de là, dans la grande église de Saint-Michel.
Au milieu du Ve, Constantin V Copronyme (741-775) construisit à proximité du Chrysotriclinos l'église de la Vierge-du-Phare qui devint le sanctuaire le plus riche et le plus vénéré du grand palais, mais dont ne nous suivons pas les destinées au delà du IXe.
L'église dite des Saints-Apôtres avait peu de chose à envier à Sainte-Sophie. Fondée par Constantin vers la fin de son règne, c'était une basilique précédée d'un atrium et recouverte d'une toiture en charpente. À côté de l'église s'élevait un mausolée destiné à servir de sépulture à la famille impériale (voir Dictionnaire, t. II, col. 1445). Cette basilique était pourvue peut-être d'un transept, dessinant avec la nef la forme d'une croix. L'église fondée par Constantin fut terminée et dédiée sous le règne de Constance (337-361) qui fit transporter de Nicomédie à Constantinople la dépouille de son père qui reposa d'abord dans l'église Saint-Acace et ensuite aux Saints-Apôtres. La basilique constantinienne menaçant ruine, Justinien Ier la fit démolir et remplacer, en 536, par un nouvel édifice qui fut dédié en 546. Le plan différait, c'était une croix constituée par le croisement de deux nefs. Cinq coupoles surmontaient l'édifice, l'une à l'intersection des deux nefs, les quatre autres à l'extrémité des bras de la croix. L'église n'avait pas d'abside ; le sanctuaire occupait le centre du monument.
Justinien laissa subsister l'ancien mausolée de Constantin, il en éleva un autre pour lui et sa famille. Cette église subsista jusqu'à la conquête turque avec ses annexes que nous fait connaître le Livre des cérémonies. Celui-ci nous apprend que la cour impériale se rendait aux Saints-Apôtres plusieurs fois l'an : le lundi de Pâques, le dimanche après Pâques, à l'anniversaire de Constantin le 21 mai, à la fête de Tous-Saints, qui tombait le premier dimanche après la Pentecôte, et à différentes époques de l'année pour y célébrer la mémoire des empereurs défunts.
Après avoir traversé l'atrium on pénétrait dans le narthex qui entourait tout le bras occidental de la croix. Pour approcher de l'autel placé au centre de l'église, on franchissait les « portes saintes » et on parvenait à la « table sacrée ». Ici, près de l'autel, se trouvaient les tombeaux de saint Jean Chrysostome et de saint Grégoire de Nazianze et on pouvait, de ce point, se rendre aux tombeaux impériaux qui se dressaient dans le mausolée de Constantin. Ce mausolée, qui se trouvait à l'est de l'église, derrière l'autel, était, d'après le témoignage de Nicolas Mesaritis, un édifice circulaire surmonté d'une coupole. Justinien conserva ce monument véritable d'où on pouvait se rendre à son propre mausolée formant un édifice distinct, attenant au bras septentrional de la croix. Pour se rendre d'un mausolée à l'autre, on rencontrait les tombeaux des patriarches Nicéphore et Méthode.
L'église des Saints-Apôtres était pourvue de tribunes auxquelles on avait accès par un escalier en colimaçon situé à l'extrémité septentrionale du narthex. Ces tribunes entouraient toute l'église, elles étaient soutenues par les séries de colonnes qui, au rez-de-chaussée bordaient les quatre nefs dessinant la croix. Comme à Sainte-Sophie, on rencontrait autour des Saints-Apôtres plusieurs monuments parasitaires, qui s'élevèrent, après le VIe, à l'ombre des cinq coupoles dressées par Anthémius de Tralles et Isidore de Milet.
L'église des Saints-Apôtres avec ses annexes abritait d'inestimables trésors. Dans les deux mausolées de Constantin et de Justinien se dressaient les nombreux sarcophages impériaux. Dans l'église elle-même on vénérait plusieurs tombeaux de saints et parmi eux les patriarches Nicéphore (800-815) et Méthode (843-847), qui avaient confessé l'orthodoxie et souffert pour elle dans la querelle iconoclaste. L'église était une vaste nécropole. À l'intérieur du sanctuaire se voyaient les tombeaux de saint Jean Chrysostome, au nord de l'autel et surmonté d'une statue d'argent ; au sud, celui de saint Grégoire de Nazianze lui faisant face. Au Ve, saint Willibald les y vit encore ; à une époque postérieure, ils furent transportés à Sainte-Sophie. Les reliques des deux grands docteurs n'étaient pas les seules.
Au début du Ve, saint Willibald appelle Constantinople « la ville où reposent les trois saints André, Timothée et Luc, dans un seul autel ». Les restes de Timothée, le disciple de l'apôtre Paul, arrivèrent à Constantinople sous le règne de Constance, en 356, et furent déposés sous la sainte table. En 357, les reliques de l'évangéliste Luc et de l'apôtre André furent solennellement transférées à Constantinople. Procope raconte que, lors de la construction de l'église par Justinien, les ouvriers trouvèrent dans le sol trois cercueils de bois portant les noms d'André, de Luc et de Timothée : on pria et on les rendit à la terre.
XXIV. Les reliques du Précurseur. — Il n'est pas possible de poursuivre cette énumération qui entraînerait trop loin ; mais nous devons dire quelque chose des reliques doubles, triples, etc. Ce sujet n'a pas toujours été exposé avec toute la gravité désirable, on sait que des églises ont revendiqué la possession intégrale de la même relique ce qui n'a pas manqué de suggérer certaines explications facétieuses et déplacées. Il en fut ainsi pour le chef de saint Jean-Baptiste dont le culte prit, dès le IVe, un immense développement.
La tête du saint Précurseur, qui avait été découverte à Jérusalem et qui était demeurée un certain temps en Cilicie, fut transportée dans un village près de Chalcédoine sous le règne de Valens (364-378). Elle y demeura jusqu'en 391. À cette date, Théodose le Grand la fit transporter à Constantinople. Il se rendit en personne au devant de la châsse qu'il porta de ses mains couvertes de pourpre et déposa à l'Hebdomon où il fit ériger une église en l'honneur du Baptiste. Cette église était de forme circulaire et pourvue de conques, s'élevait à l'Hebdomon, au bord de la mer de Marmara. Ce vieux sanctuaire fut restauré au VIe par Justinien et au IXe par Basile Ier qui le releva de ses ruines.
La tête de Jean-Baptiste ne paraît pas avoir attiré l'attention ni la dévotion des habitants de la ville, et il arriva que des moines trouvèrent à Jérusalem un autre crâne du Précurseur, lequel resta longtemps caché à Émèse en Phénicie. Ce deuxième crâne fut découvert sous le règne de l'empereur Marcien (450-457). On a avancé que Justinien prit la précaution de faire venir d'Émèse le chef, le déposa un temps dans le sanctuaire et le renvoya à Émèse.
Était-ce de sa part l'expression d'un doute, d'un soupçon à l'égard du chef apporté sous Théodose le Grand ? Celui-ci se trouvait-il encore à l'Hebdomon, sinon qu'était-il devenu ? On ne sait.
Et voici un troisième récit, suivant lequel le chef qui était à Émèse fut porté à Comane où il demeura caché pendant la persécution des iconoclastes jusqu'à ce qu'il y fût retrouvé sous l'empereur Michel III (842-867). Enfin, il fut apporté à Constantinople sous le patriarcat d'Ignace (847-858) et déposé dans la chapelle du palais, mais on ne l'y laissa pas toujours car on voit la cour impériale se rendre, le 29 août, au monastère de Saint-Jean-Baptiste de Stoudios, célébrer la fête de la décollation du Baptiste. Le chef était conservé dans un oratoire situé à droite de l'autel, les souverains baisaient la relique. C'est dans ce même monastère qu'elle était conservée en 1025.
La tête de Jean-Baptiste devint une des reliques les plus célèbres de Constantinople. Elle est mentionnée immédiatement après les reliques du Christ dans la lettre d'Alexis Comnène à Robert de Flandre. L'occiput de la tête est signalé vers 1150 à l'église Saint-Jean. En 1157, la tête est mentionnée une fois dans la ville, une autre fois au palais. Vers 1190, le menton, les joues et l'occiput sont signalés dans la chapelle impériale ; c'est là que Robert de Clari localise la tête, cependant, en 1200, Antoine de Novgorod dit avoir vu dans l'église de Saint-Jean-Baptiste de Stoudios, le crâne du Précurseur. que le chef avait été sectionné par les pèlerins. Le monastère de Dionysion au Mont-Athos (voir ce nom) avait reçu en don un reliquaire d'or orné de pierres précieuses, contenant d'après une inscription slavonne la tête du Précurseur. En 1206, arriva à Amiens la face antérieure de la tête apportée par Walon de Sarton qui l'avait trouvée dans l'église de Saint-Georges des Manganes. Du Gange a écrit son Traité historique du chef de saint Jean-Baptiste pour démontrer l'authenticité de la relique d'Amiens, dont il a donné un dessin. Le haut de la tête est recouvert d'une calotte d'argent doré et émaillé. Sur le front un cercle d'or est orné de pierreries et de perles. Au-dessus de ce diadème apparaît « saint Jean-Baptiste en émail » représenté en buste, tenant dans la main gauche une croix et levant la main droite vers une petite figure du Christ. Les noms des personnages sont indiqués en grec, suivant les sigles byzantins accoutumés.
Justinien avait fait venir d'Antioche la main droite du Précurseur ; il la renvoya ; Constantin VII Porphyrogénète la fit rapporter par le diacre Job en 956. Antoine de Novgorod signale, en effet, la main droite de Jean-Baptiste avec laquelle on sacre les empereurs dans l'église de la Vierge-du-Phare. Elle est aussi mentionnée, vers 1150 et en 1157 dans la chapelle de l'empereur. La main droite est signalée plus tard dans le monastère de la Vierge Péribleptos par les pèlerins russes du XIVe et au début du XVe. Le pèlerin anonyme (1424-1453) ne le mentionne plus à la Péribleptos, mais dans l'église du Sauveur ; la relique n'était plus intacte ; les doigts manquaient ; le reste de la main était monté en or. Au début du XVe, Clavijo a vu dans l'église de Péribleptos le bras droit du Précurseur « du coude en bas avec la main ; il était tout à fait bien conservé et intact ; il était enchâssé dans de minces baguettes en or, mais il lui manquait le pouce ». D'après Ph. Bruun ce bras droit passa de Constantinople à Rhodes, puis à Malte, puis en Russie...
Et il y aurait encore à suivre la main gauche, le bras gauche, une molaire, et enfin la chevelure, etc.
XXV. L'attrait des reliques. — Il est sans exemple que l'Occident ait refusé des reliques venues d'Orient, et cette pieuse avidité d'en obtenir et d'en rapporter fut un des principaux attraits des pèlerinages (voir ce mot). Les saints étaient à la fois protecteurs et guérisseurs et chaque fidèle souhaitait posséder, ne fut-ce qu'une parcelle, de trésors cachés dans les sanctuaires orientaux. Saint Avit, évêque de Vienne, envoya à Jérusalem une mission chargée de se procurer un fragment de la vraie croix. Saint Grégoire de Tours connut une dame qui rapporta de Jérusalem une ampoule contenant du sang de saint Jean-Baptiste, et fit bâtir à Bazas (Gironde) une église pour l'abriter ; une autre s'était approprié un ossement du pouce du Précurseur. Ces pieuses femmes, simples particuliers, s'inspiraient du même sentiment qui provoquait chez la reine Radegonde l'envoi d'une mission en Orient, conduite par le prêtre Béoval, pour en rapporter des parcelles du bois de la croix, des reliques des apôtres et des martyrs, qui furent conservées à Poitiers (voir Dictionnaire, t. XIV, au mot Poitiers ; t. XIV, au mot Radegonde). Parmi ces reliques se trouvait un doigt d'une main du martyr Marnas de Césarée en Cappadoce dont le culte s'implanta en Gaule.
Grégoire de Tours contribua pour une très large part à répandre le goût des reliques ; il se mettait volontiers en relations avec les marchands orientaux qui parcouraient la Gaule et les pèlerins n'avaient peut-être pas d'auditeur plus assidu et plus crédule. Un jour, un voyageur déplie devant ses yeux une étoffe de soie, ayant servi, affirmait-il, à envelopper la croix du Sauveur. Il admet sans contestation le récit qu'un Syrien nommé Jean lui traduit du syriaque de la légende des Sept dormants d'Éphèse ; il ne se montre pas plus sévère à l'égard de l'apôtre Thomas et il adresse ses lecteurs au cercueil de plomb venu des Indes aux îles Lipari. On pourrait s'étonner et regretter qu'un homme si bien informé ait accepté beaucoup de récits d'après des informations insuffisantes, mais il s'agit moins pour nous de vérifier le bien fondé de ce qu'il avance que de constater le courant de crédulité qui fait accepter par lui-même et par ses lecteurs les assertions qui répondent à la dévotion de ses contemporains.
La fringale d'hellénisme qui marque l'époque de la renaissance carolingienne se manifeste par un goût très vif pour toute la civilisation byzantine. Les objets d'art ne sont pas moins appréciés en Occident que la langue et la littérature grecques. Dans les trésors des églises, les objets d'art importés d'Orient ne sont pas rares : tissus, reliquaires, etc. La querelle des images eut pour résultat de faire refluer vers l'Occident des Grecs fuyant les iconoclastes et apportant avec eux reliques et reliquaires.
Le catalogue de l'abbaye de Saint-Riquier en Ponthieu nous montre la ferveur avec laquelle on se procurait des reliques exotiques. Charlemagne était le grand pourvoyeur. En 799, le patriarche de Jérusalem lui envoie des reliques du Saint-Sépulcre ; l'année suivante, un moine du Mont des Oliviers et un moine de Saint-Sabas lui remettent à Rome une relique de la vraie croix : vexillum crucis. L'empereur distribuait libéralement ces trésors. Dans la seconde moitié du IXe, le moine et trésorier de Saint-Riquier, Jérémie, apporta à Sens des reliques de son monastère pour les soustraire au pillage des Normands ; c'est ainsi que l'Église de Sens fit remonter à Charlemagne l'origine d'un grand nombre de ses reliques parmi lesquelles on relève les noms de saints orientaux. D'autres Églises l'imitèrent, ainsi Charlemagne devint le grand pourvoyeur de reliques. Ce n'est pas seulement Saint-Riquier, mais Toulouse, Chartres et Paris qui se réclament de sa générosité. On ne se contentait pas de dire que l'empereur avait fait venir des reliques d'Orient pour les donner aux églises, on affirmait qu'il s'était rendu en Terre sainte (voir Dictionnaire, t. III, col. 764-769). Ainsi se répandra le conte d'un pèlerinage qui, de voyage pacifique, se transformera en expédition armée au cours de laquelle il reçoit une abondante provision de reliques à Jérusalem et à Constantinople. Il devient le pèlerin providentiel et magnifique qui a répandu partout en France les reliques les plus insignes. Ces légendes surgirent dans le but d'accréditer telle relique de telle église et nous confirment dans l'idée du prix que les Occidentaux attachaient à la possession des reliques d'Orient.
XXVI. La vogue et l'oubli des reliques. — Le culte des reliques était si ardent qu'il fallait donner continuellement des éléments nouveaux à la piété. Il semble même qu'il y eut des saints à la mode, d'autres qui, on ne sait pour quoi, tombaient dans l'oubli. Basile Ier affectionnait tout particulièrement le prophète Élie qui, disait-il, était apparu en songe à la mère du futur fondateur de la dynastie macédonienne et lui avait prédit l'élévation future de son fils. Une fois monté sur le trône, Basile dédia au prophète la Nouvelle-Église dont il partageait le vocable avec le Christ, la Vierge, saint Nicolas et saint Michel archange. On y montrait, au Xe, une partie du manteau et de la ceinture d'Élie Constantin VII tournait son admiration et sa dévotion vers saint Jean Chrysostome. Certaines reliques étaient recherchées avec avidité, puis, après de grandes manifestations de ferveur, elles tombaient dans une négligence voisine de l'oubli. Après avoir été porté processionnellement par l'empereur Théodose le Grand vêtu de son manteau de pourpre, le chef du Précurseur fut si bien oublié qu'un siècle plus tard on en découvrit un deuxième. La fameuse image achéropoiète du Christ connut les mêmes vicissitudes. Dans la seconde moitié du VIe, on l'apporte en grande pompe de Camouliana, en Cappadoce, à Constantinople, elle y fait des miracles et, un siècle plus tard, elle disparaît.
Bien qu'on ne doive pas conclure du silence des auteurs à la disparition d'une image ou d'une relique, on peut constater que les Byzantins, toujours avides de nouveautés, furent parfois inconstants dans leurs faveurs.
H. Leclercq.
RELIURE. — I. La technique. II. Textes et monuments.
I. La technique. — La reliure est l'art d'unir et de lier les feuillets d'un livre à un dos maintenu entre deux ais. Anciennement les livres étaient écrits sur de longues bandes de parchemin ou de vélin cousues les unes à la suite des autres et roulées sur un ou deux cylindres de bois, de roseau, de métal ou d'ivoire et l'usage de ces volumina ne fut entièrement délaissé en Europe qu'au XVIIe. Le musée archiépiscopal d'Utrecht possède un de ces rouleaux de prières qu'on peut assigner à la fin du XVe. Pour leur donner de la cohésion et on les cousait sur des nerfs formés de lanières de cuir, de cordes de chanvre, ou de parchemin roulé entouré de fil, après quoi, on collait des parchemins sur les dos rendus solides et résistants tout en gardant la souplesse indispensable. Enfin, on ouvrait les bandes pour les fixer aux ais de bois formant les plats du livre. Ceux-ci étaient généralement plus ou moins biseautés du côté du dos ; on faisait passer les extrémités des nerfs de l'extérieur par des trous et on les logeait dans des entailles pratiquées dans la surface intérieure ; ensuite on les attachait fortement au bout le plus éloigné au moyen de coins de la largeur des creux. Quand le bord des planches n'était pas aminci, on faisait passer chaque nerf sous un petit pont dans une entaille pratiquée sur la surface extérieure de la planchette, et on le fixait avec un coin ou bien avec une cheville. Les nerfs, au haut et au bas, beaucoup moins forts que ceux du milieu, étaient logés dans des entailles diagonales dirigées vers le centre de l'ais. Le dos du livre était tout à fait plat, les volumes ainsi reliés s'ouvraient parfaitement et horizontalement. Lorsqu'on commença à délaisser l'usage des ais de bois, on introduisit le système moderne d'arrondir les dos au moyen d'un marteau, pendant que le livre était fixé dans une presse entre deux planches afin de faire un creux pour les couvertures.
Le premier but de la reliure était la conservation du livre ; de bonne heure, elle devint ornementale.
II. Textes et monuments. — La langue latine n'avait pas d'expression pour rendre le mot reliure ; elle ne connaissait que les librarioli, les bibliopegi ou librorum compactores, les glulinatores que nous appellerions couseurs et colleurs, dont les opérations mécaniques aboutissaient à un résultat analogue à la reliure. Les compactores dirigeaient les glulinatores qui collaient proprement les feuillets. On lit dans une épigramme de Catulle adressée à Varus quelques vers relatifs à Suffenus, poète détestable, qui faisait relier luxueusement ses productions :
Puto esse ego illi millia aut decem aul plura
Perscripta, nec sic, ut fit, in palimpsesto
Relata ; charlœ regim, novi libri,
Novi umbilici, lora rubra, membrana
Direcla plumbo, et pumice omnia œquata.
Dans certaines cérémonies publiques, on voyait des officiers de la cour impériale de Byzance porter de grands livres contenant les instructions promulguées pour l'administration des provinces par Justinien (527-563). Le plat supérieur de la couverture présentait le portrait de l'empereur, mais aucun texte ne nous fait connaître la matière employée. Cassiodore, dans son monastère de Vivarium, avait formé un certain nombre de moines-relieurs, afin de sauvegarder les manuscrits de la bibliothèque. Lui-même prit soin de fabriquer et de réunir dans un volume une variété de dessins destinés à servir de modèles à ceux qui exerceraient cette profession 2.
Le célèbre manuscrit des Pandectes, conservé à la bibliothèque Laurentienne à Florence conserve ses deux volumes reliés au VIIe avec des plats couverts de velours rouge garni d'argent.
On peut affirmer qu'à partir de cette époque, tous les livres furent reliés aussitôt que le scribe, le rubricateur, l'enlumineur et le miniaturiste avaient terminé leur travail. Les abbés ou les évêques savaient prévoir les nécessités et se fournissaient du nécessaire. C'est ainsi qu'en 828, Halitgar, évêque de Cambrai, rapporte de Constantinople une provision de plaques d'ivoire sculpté qu'il destinait à la reliure des livres de sa cathédrale 3. Des documents variés nous font voir les moines se pourvoyant de peaux de presque toute espèce d'animaux sauvages et domestiques en vue des reliures, jusqu'à des peaux de phoques et de requins apportées des mers septentrionales.
Le plat supérieur est orné d'un panneau divisé en trois compartiments, et entouré d'une bordure formée de deux tiges entrelacées. Les compartiments supérieur et inférieur sont décorés d'entrelacs ; les lignes incisées formant le dessin sont remplies de couleur bleue et jaune. Le compartiment central est occupé par un ornement en relief fort beau de dessin, portant des traces de couleur. Le plat inférieur est très simple ayant pour seul décor des filets 4.
Quelques autres témoignages méritent d'être notés : dans un diplôme royal de Charlemagne, daté du 26 mars 788, l'abbé et les moines de Saint-Bertin à Saint-Omer sont autorisés à se procurer pour leur monastère, au moyen de la chasse, toutes les peaux nécessaires pour l'atelier de reliure du monastère : Concessimas Outlando abbati et monachis ex monasterio Silhiu... ut, ex nostra indulgentia, in eorum propriis silvis licentiam haberent eorum homines venationem exercere, unde fratres consolationem habere possint, tam ad volumina librorum tegenda, quam que et maniaias et ad zonas faciendas 5.
Le comte Evrard, gendre de Louis le Débonnaire, laissa à l'abbaye de Cysoing, au diocèse de Tournai, par son testament daté de 837 6, ses livres couverts d'or et d'argent, qui malheureusement ont disparu ou perdu leur reliure.
Lors de leur Voyage littéraire, les deux bénédictins Martène (voir ce nom) et Durand virent à Saint-
Cette légende donne évidemment le nom du monastère qui possédait le manuscrit. C'était une précaution prise contre les voleurs, car cet ex libris ne pouvait être aperçu d'eux ; mais les propriétaires s'ils se trouvaient dans la nécessité de revendiquer le volume pouvaient, en défaisant la reliure, faire constater leur droit de propriété. Un autre détail curieux mérite d'être noté. Cette inscription a été imprimée en creux, et dans le creux des lettres on a appliqué un cuir de couleur, comme on le fait dans les reliures modernes en mosaïque. C'est la première fois qu'on signale un exemple aussi ancien de ce procédé de décoration appliqué à la reliure c.
H. Leclercq.
REMIREMONT. — I. Saint Romary. II. Les sources. III. La « lettre » sur Remiremont. IV. Le monastère avant la règle bénédictine. V. L'adoption de la règle bénédictine. VI, Bibliographie.
I. Saint Romary. — Le souvenir de ce saint moine est inséparable de celui de saint Amé son co-fondateur et premier abbé de Remiremont (Habendense monasterium), celui-ci mort le 13 septembre 027, auquel succéda dans sa charge Romaricus, mort lui-même vers 653, et qui eut le même biographe, croit-on, que les saints Arnoul, Amé et Adelphe4. Cette Vie fut écrite à Bemiremont et dédiée à Pabbesse Cecilla 6, entre 653 et 670 ; mentionnée par le P. Labbe ', éditée par Mabillon 7, et avec des coupures par A. Duchesne 8, et par dom Bouquet3, enfin par Br. Krusch 10 et étudiée par A. Didier-Laurent11 elle permet d'établir que saint Boniary ne fut jamais marié, et ne doit être considéré ni comme le père de sainte Claire ni comme l'aïeul de saint Adelphe et de sainte Gébétrude. La donation, consentie par le souverain et sur laquelle fut bâti le monastère, ne comporta que l'unique villa d'Habend, non affranchie totalement du fisc, du domaine et des prérogatives du prince. Le temporel ne se développa, que sous les Carolingiens auxquels il faut faire remonter les immunités et les privilèges dont le monastère se montra si fier au XIe et qu'on essaya de rattacher à ses origines légendaires.
IL Les sources. — On ne peut contester la valeur des diverses Vitae de Romary, Amé, Arnoul et Adelphe dans leur première rédaction, mais il n'en va pas de même pour d'autres pièces, notamment la Relatio primae, secundae, lertiae, quartae translationis et les travaux de Valdenaire, P. -F. Chifllet et Nicolas Serrier. Le premier des trois, Valdenaire, prieur d'Hérival, a eu en cette qualité accès aux archives du chapitre de Remiremont où il a fait un choix arbitraire auquel il n'est pas possible, vu la perte des originaux, d'ajouter foi. Le Père Chifllet n'a pas eu ce scrupule et a retraduit en latin ce que Valdenaire avait traduit du latin en français. Enfin Nicolas Serrier, auteur, en 1605, d'un Comitum par : B. Godejridus Westphalus et sanctus Romarins Austrasius, a manuscriptis edili ne se présente pas en meilleure posture car il paraît avoir tiré le peu qu'il sait des notes du prieur Valdenaire.
On a proposé, avec vraisemblance, celles de l'assionéi, nonce pontifical en Suisse, de 1721 à 1730, fervent ami des bénédictins (voir Dictionn., ♦. xm. au mot Passionei), en relations avec les chanoinesses de Remiremont qui auront pu lui confier en dépôt ce manuscrit, réputé comme une pièce à conviction importante pour les partisans de l'observance bénédictine, partisans de plus en plus clairsemés du reste et qui pouvaient songer à mettre en lieu sûr un témoin indéchiffrable mais qu'on savait précieux. Passionei, grand bibliophile, n'était pas homme à négliger une pareille aubaine et s'il emporta le manuscrit à Vienne et de là à Rome, où il vécut de 1738 à 1761, il est permis de penser que ce fut, à Rome, dans la bibliothèque du cardinal Passionei où Garampi prit connaissance du Liber vitae. A sa mort, Passionei légua sa bibliothèque aux ermites de Saint-Augustin qui l'abritèrent dans leur couvent d'Aquila, dans les Abruzzes, où JeanChr. Amaduzzi le trouva en 1767 12, C'est de là qu'il reprit le chemin de Rome à une date inconnue. xO m.' 21. Écriture sur 2 colonnes, pour la plupart avec encadrement. Tout espace libre a été criblé de noms propres et de mentions tracées entre le ixe et le XIIe, il y a là plus de 11 500 noms propres, qui sont, en somme, des diptyques pour les vivants et pour les défunts. Le manuscrit comprend un Liber vitae et trois nécrologes qui insèrent d'un seul tenant, dans leur registre, le contenu des diptyques antérieurs depuis la fondation du monastère. Il nous faut savoir l'époque à laquelle commença la rédaction du Liber vitae et des trois nécrologes. Le Liber vitae fut entrepris à deux reprises et chaque fois par l'abbesse Thieuthilde ; chaque rédaction est précédée d'une introduction qui peut se lire, la première au fol. 1 b du manuscrit A. 2. 10, la deuxième au fol. 19 a. Celle-ci donne la septième année du règne de Louis le Débonnaire, soit 821 ou 822, mais l'écriture du manuscrit semble postérieure au règne de ce prince et reporte vers la fin du IXe ; en outre les noms de princes qui s'y trouvent insérés présentent celui d'Ermentrude, femme de Charles le Chauve, mariée en 843.
On peut admettre que Thieuthilde, au début de son abbatiat, adopta un usage qui commençait alors à se répandre : elle établit un mémorial des vivants et réserva un calendrier destiné aux mentions nécrologiques. Cette partie se distingue assez facilement dans le quaternion 7e, du fol. 32 au fol. 47, à l'exception des fol. 37 à 41 et du fol. 44, qui ont été postérieurement intercalés. La première et la dernière page de ce quaternion portent les traces d'un frottement prolongé d'où l'on peut inférer qu'il a servi seul pendant une certaine période de temps \ Vers les dernières années de son abbatiat, Thieuthilde put constater l'insuffisance de ce registre et commença un autre registre d'association confraternelle avec nécrologe et diptyque pour les bienfaiteurs. Les pages de ce registre sont encadrées d'un filet de couleur, l'aspect en est plus riche, les marges portent une numérotation : Q\ua]T\ernio] I, fol. 1-4 ; QT II, fol. 5, 10-16 ; QT III. fol. 17-22 ; QT IIII, fol. 23-26 2. C'est le deuxième Liber vitae dont nous cherchons à préciser la date.
Or, au fol. 22 b, la main du IXe a écrit les noms de deux évêques à la suite du pape Nicolas Ier, ce sont Radoald et Jean qu'on doit identifier avec Radoald, évêque de Porto et Jean, évêque de Ficoclea, légats de ce pape en Lorraine à l'automne de l'année 862 et condamnés pour crime de prévarication au synode de Latran (octobre 863). Dans cet intervalle d'une année environ leurs noms furent consignés au Liber vitae. Ceci entraîne comme conséquence un abbatiat de quarante années pour Thieuthilde (822-862), ce qui n'a rien d'extraordinaire puis que DorothéeMarie de Salm, dont nous reparlerons, fut abbesse du 30 juin 1661 au 13 novembre 1702, quarante et un ans.
Mabillon prétendait faire voir : « 1° que l'abbaye de Remiremont n'a pas été fondée d'abord pour des chanoinesses, mais pour des religieuses ; 2° que la règle de Saint-Benoît y a été gardée de temps immémorial ; 3° que ce n'a été que bien longtemps après la fondation de cette abbaye que les religieuses de ce lieu ont été changées en chanoinesses régulières 8 » . L'argumentation est, à la fois, solide et courtoise. La bénédiction s'autorise de la Vie de saint Euslaise, deuxième abbé de Luxeuil, écrite par Jonas de Bobbio, pour dire que les saints Amé et Romary fondèrent Remiremont, en l'année 620 ', in eremo, dans le domaine de Habundi castrum. Le monastère était pauvre car Romary ne s'était réservé que unam tantummodo villam ad bonum opus profuturum. Romary établit deux communautés : une de moines, une de filles et celles-ci sont appelées « dans les anciens monuments de ce temps-là sanctimoniales, sanctœ virgines, congregatio sanctorum virginum, puellœ, sorores ». Dans la Vie de saint Amé on lit que, avec Romary, sub magna sanctitate algue summse perfectionis intentione monasterium puellarum condunt ; aussi Mabillon tient celles-ci pour religieuses parce que Romary et Amé étaient moines et qu'elles habitaient dans « une solitude et un désert ». En outre, dit-il, « leur pauvreté était grande au commencement, et enfin elles faisaient profession d'une perfection consommée. Tout cela, d'après lui, ne convient guères bien à un établissement de chanoinesses purement séculières 10 ».
Ces arguments ne sont pas irréfutables, mais ensuite il fait valoir qu'il n'y avait alors nulle part en Gaule des chanoinesses, ce qui est vrai (voir Dictionnaire, t. 3, col. 250-251) et il conclut que Romary rassembla à Remiremont des religieuses « engagées par des vœux monastiques x ». La preuve décisive, il la tire de la Vie de saint Eustaise, par Jonas, où on lit que « Romary venu à Luxeuil se soumit à la règle monastique. Après y avoir longtemps vécu et avec le consentement d'Eustaise, il construisit un monastère de femmes dans son domaine, et leur imposa la règle de saint Colomban 2 : puellarum monasterium in propria exstruxit possession, in quo et regulam beati Columbani custodiendam indidit. » Règle qui aurait été assurément trop austère pour des chanoinesses séculières, ajoute Mabillon, qui paraît avoir une fâcheuse idée de leurs aptitudes ascétiques. C'est ainsi qu'il observe que l'une d'entre elles ayant mangé une pomme sans permission, le démon survient pour châtier la coupable et Mabillon de dire : « On aurait bien de la peine à faire voir une telle dépendance et une telle régularité dans des chanoinesses séculières 3. » Et à propos d'une pénitence de quarante jours infligée à celle qui a commis une faute contre la règle : « Je ne sais, dit-il encore, si on pourrait aisément persuader à des chanoinesses séculières de faire une si longue pénitence pour une faute qui serait commise contre la loi de Dieu ; et une pénitence de quarante jours pour une faute purement régulière, ne peut assurément convenir qu'à des religieuses qui vivent dans une très étroite observance 4. » Enfin, il invoque le costume d'autrefois d'après les anciennes statues et figures du portail de l'église ; elles portent le voile qui était réservé à celles ayant fait le vœu de virginité.
Il est impossible, croyons-nous, d'acquiescer à cette argumentation. Lorsqu'en 1724, dom Thuillier réimprima la Lettre avec une Préface il crut pouvoir dire qu' « on n'y a opposé que de vaines subtilités ». Les chanoinesses ne s'étaient pas montrées, en leur temps, plus courtoises et, dans la page G de leur second factum on pouvait lire que peut-être l'abbesse se « seroit-elle servie des mauvaises preuves qui sont dans la lettre du P. Mabillon, si elle n'en avait craint la conséquence », tant il est vrai que chacun croit avoir raison dans ce qu'il soutient. Et le rédacteur des Mémoires de Trévoux dit que « M. Amelot de La Houssaye qui, dans le premier article de ses Mémoires historiques, fait le précis de ce qui a été dit de plus fort sur cette dispute semble n'oser décider qui a raison ».
On reconnaîtra, croyons-nous, que la dispute engagée dans cette voie ne pouvait aboutir à une solution historique ; celle-ci se trouvait dans le manuscrit du Liber vitae auquel nous voici ramenés.
Au fol. 35 du quaternion primitif, les indications sont prises des anciens diptyques, dont la forme et la bordure quadrangulaire semblent reproduites par le copiste. Voici ce qu'on lit :
Nomina abbatissarum, quœ in islo loco fuerunt antequam susccpla esset régula sancti Benedicti :
Mactafledis Erkhendrudis Sigoberga Gebedrudis Seuilla Ansperga Ermendrudis Perpétua abbatissa abbalissa abbatissa abbalissa Unachila Huna Alahlrudis Ruotheit Guncia Plictrudis Gillrudis Ymma abbatissa abbalissa abbalissa abbalissa abbalissa abbatissa abbatissa
ABBATISSA 5.
- 3 J. Mabillon-Th. Ruinart, Ouvrages
A la suite on lit les noms de Wulfrada Ire, Theuthildis, Asprin et Wuldrada IIe, désignées en qualité d'abbesses bénédictines, car il est dit ailleurs (fol. 10a) de l'abbesse Ymma :
Prima abbatissa secundum regulam sancti Benedicti : xn kal. oct. migravil lmma abbalissa de hac luce. Jusqu'à celle-ci, par conséquent jusqu'à Giltrudis, les abbesses observèrent la règle de Saint-Colomban et ce fut Ymma qui présida à la transformation. Cette mention contredit formellement l'argumentation développée par Mabillon dans le § n de sa Lettre où il entend prouver que les religieuses de Remiremont « ont été de temps immémorial de l'ordre de Saint-Benoist ». La preuve qu'il en donne est peu convaincante et il reconnaît que les titres « primordiaux » ayant été dissipés, il lui faut recourir aux bulles, diplômes, chartes et livres liturgiques. Il avance que saint Colomban, dont on observait la règle, n'avait pas prétendu instituer un ordre monastique différent de l'ordre bénédictin, mais ces quelques mots : Prima abbatissa secundum regulam sancti Benedicti, suffisent dans leur brièveté à démontrer que les deux règles ne se confondaient pas tellement qu'on ne distinguât l'une de l'autre et qu'on ne remplaçât l'une par l'autre.
On a tout lieu de croire complète la liste des quinze abbesses colombaniennes et de la première abbesse bénédictine. Le copiste ne s'est pas contenté de nous la transmettre, il a conservé les noms de 369 nonnes qui appartiennent à cette même période pré-bénédictine. Leurs noms présentent un trop grand intérêt au point de vue onomastique du vie au IXe pour n'être pas conservés comme nous l'avons fait pour le diptyque Barberini (voir Dictionnaire, t. iv, col. 1159) et pour le monastère de Saint-Germain-des-Prés (voir Dictionnaire, t. vi, col. 1145-1147), mais nous avons ici trois cent soixante-neuf noms qu'on peut lire dans deux publications ; nous devons donc nous borner à un renvoi.
Ce diptyque est précédé du titre que voici :
Hœc sunt nonna sororum quœ tinte régula fuerunt.
Ce sont donc des nonnes de la période colombanienne, entre (120 et les environs de l'an 800.
V. L'adoption de la règle bénédictine. — On a vu dans le Liber vitae que ce fut l'abbesse Ymma qui prit l'initiative ou du moins la responsabilité de cette innovation. Elle eut pour successeur Wulfrada Ire et Theuthildis qui occupa sa charge de 821 ou 822 à 862. D'après cela on peut estimer que l'abbatiat d'Ymma prend place sous le règne de Charlemagne. Peut-être l'abbesse Ymma n'aura-t-elle fait que sanctionner et rendre officielle une transformation imminente à son avènement, car la règle bénédictine, au IXe, ne cessait de gagner du terrain sur l'observance colombanienne, et il pouvait en être ainsi au mont Hebend comme dans bien d'autres monastères, mais nous sommes sur ce point réduits à des suppositions, car il faut, en histoire, réserver toujours la place des exceptions. En 813, le concile de Chalon-sur-Saône constate ces exceptions possibles : Quia pene omnia monasteria in his regionibus constituta, secundum regulam Sancti Benedicti se vivere fatentur '.
A partir de l'abbesse Theuthilde nous pouvons cesser notre investigation sur les origines de Remiremont. A cette époque le Liber vitae a pris soin d'insérer deux fois la liste nominale des religieuses. Un de ces catalogues est plus ancien. Au fur et à mesure que se produisait un décès, on biffait le nom de la défunte. Un jour vint où on jugea utile de rédiger une liste nouvelle, on omit les nonnes décédées et on ajouta les nouvelles venues. Le plus ancien catalogue offre 84 noms, le moins ancien 90 ; sur celui-ci on traça un Y\[equievit] à côté du nom des défuntes.
H. Leclercq.
RENAUDOT (Eusèbe). — I. Biographie. II. Bibliographie.
'« Déjà, Eusèbe Renaudot passait pour une sorte de prodige et pouvait féliciter le duc d'Albret (Bouillon) de son cardinalat en un poème latin fort ample, avec des épigrammes et autres compositions en grec, chaldaïque, syriaque, hébreu, égyptienne [copte] et samaritain. Il ajouta bientôt aux langues orientales la connaissance de la plupart des langues de l'Europe. On utilisa son érudition dans le monde des Arnauld et de Bossuet ; on lui confia la mission de traduire les pièces du troisième volume de La perpétuité de la foi de l'Église catholique touchant l'eucharistie, textes provenant des Églises orientales. La traduction parut en 1674 et révéla au public un jeune savant. L'abbé Renaudot resta attaché à cet ouvrage qui avait reçu les prémices de son activité scientifique. En 1711, il publiait un tome IV sur la foi et la liturgie des Églises d'Orient, et en 1713, un tome V sur la théologie sacramentaire. Il y joignait un recueil de documents émanés de l'Église orthodoxe (1709) et il défendait La Perpétuité contre les attaques de Jean Aymon (1708). Il faut aussi regarder comme sorti de la même inspiration l'ouvrage capital de Renaudot : Liturgiarum orientalium collectio (1715-1716) ; VHistoria patriarcharum alexandrinorum jacobitarum se rattache indirectement aux études qu'il dut faire pour documenter La Perpétuité, une des plus vigoureuses ripostes opposées par le XVIIe aux prétentions scientifiques des protestants. Ainsi tout ce qui compte dans cette œuvre mémorable a été la conséquence de l'impulsion donnée par Arnauld et par Bossuet ; l'auteur n'a fait que continuer dans ses livres à tenir la place qui lui avait été assignée à ses débuts dans les conférences du « petit concile » de Saint-Germain.
Mais la vie d'Eusèbe Renaudot n'a pas été absorbée tout entière par des travaux d'érudition ; son activité extérieure s'exerça en des sens divers. Colbert et, plus tard, Colbert de Croissy utilisèrent sa connaissance de presque toutes les langues de l'Europe pour lui demander de lourds mais clairs mémoires sur les affaires de Rome, d'Espagne, d'Autriche, de Hollande, de Gênes, de Venise, de Savoie, de Pologne et, principalement, d'Angleterre. On le voit servir d'intermédiaire entre Versailles et la cour de Jacques II, entre ce roi exilé et ses partisans demeurés outre-mer.
Après la mort de son père (1679) qui avait succédé au chef de famille dans la direction de la Gazette, c'est au tour de l'abbé d'exercer les mêmes fonctions, en vertu du « privilège » qu'on se gardait bien de laisser sortir de la famille, « privilège » qui n'était pas sans entraîner, avec un travail considérable, une véritable action politique. Le directeur de la Gazette était l'homme le mieux informé du royaume, et si les ministres ne dédaignaient pas de prendre ses avis, ils faisaient aussi passer par ce canal les nouvelles et les doctrines qu'ils tenaient à répandre. Eusèbe Renaudot a été un de ces nombreux agents secondaires que multipliait la politique française. Il a été surtout mêlé aux affaires anglaises et romaines, aux intrigues où s'égarait la petite cour de Jacques II et aux négociations qui accompagnèrent ou suivirent le conclave d'où sortit le pape Clément XI. Son action et son influence en matière diplomatique pourraient faire l'objet de développements qui ne peuvent trouver ici leur place ; l'indication suffit.
Déjà, au XVIIe, le journalisme menait loin son homme et le directeur de la Gazette de France entra en 1688 à l'Académie française, en 1690 à celle des inscriptions et médailles. Sa réputation était grande, et son voyage à Rome (1700-1701) sembla un événement. : sa réputation scientifique y fut consacrée, elle lui a survécu. Était-il savant ? Personne n'a songé à le mettre en doute, mais que valait le savant chez Renaudot ? Avouons d'abord qu'il s'était agrégé à un parti de tendances jansénistes, traditionnelles et exclusives. Il faut savoir le reconnaître, ce n'était pas de ce côté que devait venir le progrès. Dans le camp opposé, les jésuites soutenaient la cause de la raison et professaient une morale moins rigide mais mieux adaptée à la mesure de l'homme. Si les jésuites procuraient à Richard Simon le privilège d'imprimer l'Histoire critique du Vieux Testament, Renaudot faisait appel au bras séculier pour le supprimer. On le voit les positions étaient prises et pas ici seulement. Dans l'affaire des rites chinois les jésuites expliquaient et édulcoraient, Renaudot dénonçait et condamnait, prêtant le concours de sa science d'orientaliste dans des mémoires secrets. Dans la question de la validité des ordinations anglicanes, Renaudot se rangeait au parti qui condamne, il lui serait bien malaisé, depuis certaines décisions récentes, de soutenir toute son argumentation, notamment sur le fait de la consécration épiscopale de Barlow (voir Dictionnaire de théologie catholique, t. XI, col. 1154-1193). L'inquisition d'Espagne condamne en 1696 les Acta sanctorum où Papenbroeck (voir ce nom) avait mis en doute les visions de Simon Stock et Renaudot procure le décret à Bossuet qui s'en félicite. Dans des travaux destinés à l'Académie des inscriptions et fort heureusement restés inédits, Renaudot se divertit des millions d'années réclamés par les Égyptiens pour leur histoire ; il fait remonter l'astrologie et l'astronomie aux patriarches et à Abraham qui en aurait eu, selon lui, la science infuse. Il proteste que la circoncision n'est pas un rite d'origine étrangère '. Il dérive tous les alphabets et toutes les langues de l'hébreu. Il prétend démontrer l'inutilité de l'épigraphie.
Si l'on passe à ce qui est du domaine propre de Renaudot, les liturgies orientales dont nous parlerons dans un instant, on ne le trouve solide et perspicace que sur un champ limité. Il détruit les prétentions des Maronites à l'orthodoxie. Il révoque en doute les attributions qui font remonter les liturgies orientales à des personnages illustres et anciens. Mais, sur l'âge de ces liturgies, l'opinion de Renaudot n'est pas admissible ; il attribue une trop haute antiquité à celles qu'il considère comme fondamentales. Dans les problèmes un peu compliqués, il perd facilement pied, comme à propos de la personnalité du patriarche Gennadius. Enfin, » on reconnaît, en le lisant, qu'il a dépouillé les nombreux manuscrits qu'il avait pu rencontrer, mais on se convainc malaisément qu'il ait toujours su reconnaître la meilleure leçon ou la plus ancienne et la plus authentique 2 ». Le vrai mérite de Renaudot est d'avoir recueilli un grand nombre de textes, de les avoir traduits et ainsi de les avoir fait entrer dans le courant de la science. Mérite modeste, mais considérable.
Eusèbe Renaudot a été un érudit et un polyglotte De telles natures sont toujours déconcertées par la critique. Le bourgeois de Paris s'imagine qu'un polyglotte est un grand maître. La science ne consiste pas dans l'entassement des textes et des connaissances, mais dans le jugement et l'usage qu'on en fait. C'est toujours, en fin de compte, l'esprit qui est le maître*.
Les années de vieillesse ne furent pas des années de repos. Coup sur coup paraissaient de gros volumes, attestant un labeur considérable. Les dernières années ne furent signalées que par une intervention formelle en faveur du jansénisme. Renaudot prenait plaisir à passer une partie de son temps chez ses amis de Saint-Germain-des-Prés où il goûtait le charme de l'amitié, de la science et de la piété. En mourant, il légua sa bibliothèque à l'abbaye, mais ses ouvrages manuscrits et ses papiers restèrent entre les mains de son neveu, M. de Verneuil ; ils n'entrèrent à la Bibliothèque qu'en 1798 où ils forment 45 volumes, dont les 26 premiers contiennent les fragments d'ouvrages et papiers liturgiques.
IL Bibliographie. — Il n'est question ici, conformément au dessein du Dictionnaire, que de l'œuvre liturgique de Renaudot ; quant à la bibliographie détaillée des ouvrages imprimés on la trouvera dans la Notice biographique par Gros de Boze donnée dans l'Histoire de l'Académie des inscriptions, t. V, p. 384-394, reproduite par Nicéron, Mémoires pour servir à l'histoire des hommes illustres de la République des lettres, in-12, Paris, 1727-1745, t. XII, p. 25-41 ; t. XX, p. 35 ; dans le Dictionnaire de Moréri et la Nouvelle biographie générale (Didot). M. Ant. Villien, L'abbé Eusèbe Renaudot. Essai sur sa vie et sur son œuvre liturgique, in-12, Paris, 1904, a donné, p. xi-xiv. une bibliographie à laquelle manquent tous les renvois aux pages des livres qu'il renseigne. H. Omont a publié un Inventaire-sommaire des manuscrits de la collection Renaudot conservée à la Bibliothèque nationale, dans Bibliothèque de l'École des Chartes, t. LI, 1890, p. 270-297. A rappeler encore S. Salaville, Eusebii Renaudot dissertatio inedita de liturgiis orientalibus, in-8°, Roma, 1938.
Liturgiarum orientalium collectio, in qua continentur Liturgiœ Coptitarum tres : Basilii, Gregorii Theologi, et Cyrilli Alexandrini, latine conversœ secundum exemplar copticum ; quae prius ex arabica earumdem versione latina translatae fuerant a Victorio Scialach Maronita et Augustœ-Vindelicorum editœ anno MDCIV.
Adjunctae sunt rubricœ rituales ex variis codicibus mss collectœ, et suis locis appositœ. Earumdem Liturgiarum contextus grœcus ex codice grœco-arabico Bibliothecœ Regiœ ; priorum duorum nunquam antea editus : tertio pridem editus sub titulo liturgiœ sancti Marci, cum versione latina et notis necessariis. Commentarius in Liturgiam copticam sancti Basilii in quo ritus, et omnia ad disciplinam eucharisticam pertinentia explicantur, priecipue ex autoribus orientalibus. Notœ breviores in reliquas liturgias.
Prœmittuntur dissertationes tres : I. De Liturgiarum orientalium origine et auctoritate. II. De Liturgiis alexandrinis. III. De lingua coptica. Tomus primus. Chez J.-B. Avignard, in-4°, 1715.
Voici le titre du tome II, paru en 1716 :
Liturgiarum orientalium Collectio, in qua continentur Jacobitarum, Syrorum liturgiœ, ex multis codicibus syriacis latine conversœ ; tum liturgiœ Nestorianorum tres, ex manuscriplis codicibus pariter latine conversœ. Cum commentario fusiori ad prœcipuas, et notis ne cessariis ad reliquas. Opéra et studio Eusebii Renaudotii Parisini. Tomus secundus.
H. Leclercq.
RENAULT. — Renault, département d'Oran. Une pierre découverte près de ce lieu était probablement placée au-dessus de la porte d'une chapelle dans laquelle on avait enseveli plusieurs martyrs. L'inscription des martyrs de Renault, dans le territoire des Mediouna, a été transportée au musée d'Oran (fig. 10619). Voici le texte :
Memoriu Ennagi et Sexti, k(a)l(end)as Memoria beatissimorum inartgrum, Id est liogati, Malenii, A'assei. Maximes, guem Primosus, Cambus genitores dedicauerunt. Passixij k(u)t(endas) Nou(e)mfbres) y^ (anno) CCXC prov(incise).
C'est donc le monument élevé par Prïmosus et Cambus à la mémoire de leurs enfants martyrs. C'est la plus ancienne inscription datée d'Afrique où se voit le monogramme constantinien. Elle nous apprend que, de ces six enfants, quatre périrent le 21 octobre : Rogatus, Matenius, Nasseus et Maxima ; deux autres souffrirent onze jours plus tard, le 1er novembre : Bennagius et Sextus. Les noms de ces deux derniers furent ajoutés après que l'inscription était déjà gravée. Ceci se passa l'an 290 de l'ère de Maurétanie, soit 329 de l'ère chrétienne, par conséquent sous le règne de Constantin.
Nous venons de dire que les deux derniers martyrs sont mentionnés en surcharge, en outre on remarquera que sur la première inscription les lettres NO ont été gravées à la place d'un autre mot qui a été martelé et dont il reste (avant le chrisme) la moitié d'une MPeut-être avait-on écrit d'abord par erreur DCM, pour d(e)c(e)m(bres).
Les noms de ces saints ne figurent pas au martyrologe hiéronymien, ce qui a fait supposer que nous avions affaire à des donatistes victimes d'une escarmouche avec les catholiques. Il est bien exact que le parti donatiste proclamait la sainteté des siens et leur rendait un culte quand ils avaient succombé dans une rixe confessionnelle. Tel ne semble pas être ici le cas. On proposa autre chose et en s'appuyant sur les erreurs de transcription qu'offrent les martyrologes, on proposa de reconnaître les martyrs de Renault dans ceux qui sont inscrits, le 11 des calendes de novembre dans l'hiéronymien sous cette forme : In Africa, Modesti..., Matheri, Dissei et la date 329 fut expliquée non par la date de la mort mais par celle de l'inauguration ou de la dédicace du monument. A cela on peut objecter 1° qu'il est surprenant qu'on ait oublié deux noms qu'il fallut ajouter ; 2° que Primosus et Cambus, parents des six martyrs ont attendu, bien longtemps pour élever ce monument qui est une simple épitaphe sur un tombeau, 3° que la mention de l'année, qui est éloignée du mot dedicaverunt et qui est séparée de la mention du jour par un monogramme, paraît bien se rapporter au martyre, lequel est certain : passi.
On n'a pas de raison sérieuse de contester la date 329 et la catholicité de ces martyrs qui, à l'exemple de plusieurs de leurs compatriotes, furent victimes de la violence des païens ou des hérétiques en temps de paix, c'est le cas de sainte Salsa, à Tipasa, sous le règne de Constantin, qui, elle, se trouve mentionnée au martyrologe hiéronymien ; on peut citer aussi, au 9 février, les diacres africains martyrs Primus et Donatus mis à mort par les donatistes vers le milieu du IVe.
Bibliographie. — Ephemeris epigraphica, t. v, n. 1041 ; R. de La Blanchère, Musée d'Oran, 1893, p. 27-28 ; Revue archéologique, 1893, t. il, p. 87 ; P. Gsell, dans Bull, archéol. du Comité, 1899, p. 458 ; Le même, dans Mélanges d'archéologie et d'histoire, t. xxi, 1901, p. 235-236 ; Les monuments antiques de l'Algérie, t. n, 1901, p. 251, n. 109 ; P. Monceaux, Inscr. des martyrs de Renault, dans Bull, de la Soc. nat. des antiq. de France, 1903, p. 159-161 ; Enquête sur l'épigraphie chrétienne d'Afrique, dans Mém. présentés par divers savants, t. xn, lre part., 1908, p. 316-320, n. 328 ; Corp. inscr. lat., t. vm, n. 21517.
H. Leclercq.
RENIER (Léon). — L'œuvre de ce savant n'a qu'un seul point de contact avec l'archéologie chrétienne, nous évoquerons son souvenir très brièvement. Léon Renier naquit à Charleville, le 11 mai 1809, et reçut les éléments du latin du curé de Vireux. Une parente âgée se faisait lire par l'enfant l'Histoire du bon Rollin, grâce à qui, lorsqu'il entra en 1823 dans la classe de 7e au petit séminaire de Reims il se trouva faire figure d'historien. L'abbé H. Thédenat lui a consacré dans le Bulletin critique, t. vi, 1885, p. 262-264, une notice nécrologique qui tient plus du panégyrique que de l'histoire et dont la fantaisie a été heureusement corrigée par Henri Wallon, dans la Notice des Comptes rendus de l'académie des inscriptions, 1890, p. 503-541, où il rend hommage à ce qu'on peut attendre d' « un esprit droit et ferme, quand enfin, après plus d'une épreuve, il a trouvé sa voie et qu'il y marche avec résolution ».
Cette voie fut celle de l'érudition et, principalement, de l'épigraphie ; c'est là que nous le rencontrons. Nous l'avons à peine entrevu en décrivant la collection dirigée par L. Perret (voir Dictionn., t. xiv, à ce nom) sous le titre de Catacombes de Rome avec le patronage de Ingres, Ampère, Vitet pour cinq volumes de planches auxquels ils demeurèrent étrangers et un volume de textes (1851-1855), confiés d'abord à Edmond Le Blant, qui les remit en ordre et dont Léon Renier donna la transcription et le bref commentaire.
Toute sa vie consacrée à la science et au progrès des études anciennes avait été honorée par son travail et par les distinctions, plus encore peut-être par son désintéressement, lors que l'estime de Napoléon III lui permettait de prétendre à tout. Son éloge a été esquissé par ceux qui l'avaient approché et gardaient pieusement son souvenir quand il eut disparu (11 juin 1885). Sa science était digne de son esprit et de son cœur, son souvenir a été pieusement invoqué par l'archéologue-épigraphiste qui reprit de nos jours son œuvre africaine, S. Gsell, dans la préface aux Inscriptions latines de l'Algérie. Il faut encore rappeler ici ses sentiments de Français et de chrétien dont le souvenir est conservé dans sa correspondance '.
H. Leclercq.
RENNES. — I. Nom. II. Position. III. Pagi. IV. Topographie. V. Christianisme. VI. Cimetière. VII. Liste épiscopale. VIII. A l'époque mérovingienne.
I. Nom. — On lit dans César 1 : Redones ou Rhedones ; dans Notitia Galliarum : civitas Redonum ; dans la Notitia dignitatum occid. : Redonas Lugdunensis lertiœ ; dans Grégoire de Tours : Rhedonici, Redonica urbs, Rhedonica regio, Redonicum lerritorium 2 ; dans Venance Fortunat : Redones urbs3, civis Redonica* ; dans les conciles mérovingiens : Redonis, Redonensis, Redonica 6 ; sur les monnaies : Redonis, Redonas 6 et sur les monnaies carolingiennes : Redonis, Hredonis '. p. 50, fig. 10. 1. Cathédrale Saint-Pierre. — 2. Ancien Hôtel de Ville.
— 3. Système défensif de la porte Mordelaise, transformé au Moyen Age. — 4. Rue Rallier-du-Baty. — 5. Mairie et Place. — 6. Palais de Justice. — 7. Quai Duguay-Trouin.
— 8. La Vilaine. — 9. Canal d'Ille-et-Vilaine. — 10. Muraille postérieure à l'enceinte romaine.
II. Position. — César place Rennes au nombre des maritimas civitates, quae Oceanum attingunt. La Notice des Gaules et la Notice des dignités la situent dans le IIIE Lugdunaise. La position de cette ville au confluent des deux rivières l'Ille et la Vilaine lui avait valu naturellement chez les Gaulois le nom de Condate qu'on lit dans Ptolémée, dans l'Itinéraire d'Antonin et dans la Table de Peutinger. Sur les milliaires, depuis l'empereur Maximin, on trouve c(ii'itas) R(edonum) 8.
III. Pagi. — Il y avait trois pagi, le Carnutenus qui ne différait pas de Cornutio dont parle Grégoire de Tours : Hrilanni regionem Rhedonicam vaslaverunt... qui usque Cornulium vicum debellandum progressi sunt 9 (aujourd'hui Corps-Nuds, mot qui est une déformation de Cornus 10 ; en outre Matans ou Matantes n et Sextanmanduus 12.
IV. Topographie. — « Le mur d'enceinte, en prenant pour point de départ la place de la Mission, coupait d'abord obliquement cette place du Sud-Est au Nord-Ouest en passant derrière la croix, puis longeait les cours des maisons est de la rue Nantaise, gagnait la porte Mordelaise, suivant le côté sud de la place des Lices et rejoignait le bazar Parisien et l'hôtel de la Rivière (n° 5 et 7, rue Rallier-du-Baty). Tournant alors vers le Sud, il suivait la ligne des maisons orientales de la rue Châteaurenault, passait sous le Présidial (aile septentrionale de l'Hôtel de Ville), longeait la rue de l'Horloge et le côté occidental de la rue de Rohan, puis, se dirigeant vers l'Ouest, il gagnait le quai Duguay-Trouin, entre la rue de Rohan et l'escalier de Carthage et passait sous les maisons du quai jusqu'à la place de la Mission.
« L'enceinte figurait un pentagone irrégulier à angles arrondis, d'une contenance approximative de 9 hectares, avec un périmètre de 1200 mètres environ (fig. 10620). ' « Les fondations dans le sol sont formées d'une masse de blocs de schiste placés sans ordre et liés par un mortier jaune fort dur, sur une hauteur de 2 m. 40. Audessus une couche de blocs de granit, placés les uns sur les autres, constitue la base apparente de la muraille, haute de près d'un mètre, formée en quelques endroits de blocs taillés et moulurés, de chapiteaux et de fûts de colonnes, provenant d'édifices. Au-dessus s'élève un massif haut de 2 mètres et composé de grandes briques rouges liées par un ciment rougeâtre très compact. La muraille en petit appareil cubique régulier s'élève encore au-dessus, formée de zones alternatives de pierre et brique de même hauteur ; de telle sorte qu'à trois assises de pierre en petit appareil succèdent trois assises de brique, puis une triple assise de pierre surmontée d'une triple assise de brique, et ainsi de suite jusqu'en haut15.
« L'enceinte de Rennes contenait ainsi des cordons de briques, plus importants que ceux des autres enceintes romaines, et les pierres elles-mêmes étaient liées entre elles par un ciment rougeâtre. Ces faits expliquent le nom de « ville rouge », urbs rubra, donné à Rennes par plusieurs chroniqueurs anciens u.
« Les fragments les plus importants de la muraille étaient, vers le milieu du XIXe, derrière la Croix de la Mission I6, puis à l'est de la rue des Trois-Journées, et dans l'écurie de M. Chapdelaine (rue Nantaise) u. On en voit quelques parties dans les cours des maisons au sud de la place des Lices 17. Cette enceinte a rendu peu de fragments de sculpture. Mais, en mars 1890, au cours de la construction du Bazar Parisien, on découvrit le reste d'une poterne antique où une couche de mortier et de pierre recouvrait cinq bornes milliaires, puis d'autres bornes, engagées longitudinalement dans les murs de la poterne et entremêlées, dans l'épaisseur du mur de la ville, avec des blocs de granit et de calcaire d'assez grande dimension. Enfin, on reconnut dans une partie de la muraille cinq nouvelles bornes ou fragments mêlés à des blocs semblables « .
« On a proposé plusieurs hypothèses au sujet de la date de l'emploi de ces matériaux de construction l. Celle d'après laquelle les bornes n'auraient été employées que par les constructeurs du IXe ne me paraît pas judicieuse. A. de La Borderie, prenant un moyen terme, supposait que les milliaires de la rue Rallier provenaient bien de la muraille antique, mais avaient été employés au IXe pour consolider la poterne 2. Assurément, les murs de Rennes ont été remaniés à diverses reprises, car ils furent rasés en 824 par Louis le Débonnaire, relevés ensuite, rasés encore en 850 par Noménoé 3, et relevés en 1084, sans parler des modifications consécutives des sièges postérieurs. Et nous savons que les premières restaurations bretonnes imitèrent l'appareil romain. Plus tard, les constructeurs employèrent une disposition en feuille de fougère passablement négligée. 4 « L'enceinte devait avoir quatre portes, bien que les documents anciens ne mentionnent que la deuxième et la quatrième de la liste suivante : Porte Mordelaise (route de Vannes, Carhaix et Corseul). Porte Chastellière (n° 5, rue Rallier-du-Baty. Route de Valognes et d'Avranches). Porte Baudrière ou Baudraère (vers l'est de la rue Beaumanoir. Route de Lisieux, du Mans et d'Angers). Porte Aivière (porta Aquaria, au sud de la rue le Bouteiller. Route de Nantes) 6. » V. Christianisme. — Rennes est déshéritée de toute tradition dite apostolique ; on ne lui en fera pas un reproche. Il faut attendre le IVe pour lui découvrir une communauté chrétienne ; néanmoins il est permis de supposer, si on y tient — comme l'a suggéré A. de La Borderie 6 — que la célèbre patère dite de Rennes, trouvée le 26 mars 1774, contre une maison appartenant au chapitre de la cathédrale, avec tout un riche trésor d'orfèvrerie, a dû appartenir à un temple local de Bacchus. Quand Théodose et son fils, Honorius, portèrent les derniers coups aux temples païens, firent briser les idoles, enlever leurs trésors, transférer leurs biens aux églises voisines 7, l'Église de Rennes alors de fondation récente a pu envisager cette désaffectation comme une bonne aubaine, d'autant mieux venue, qu'elle n'était pas riche.
De leur côté, les prêtres païens s'ingénièrent à soustraire leurs richesses aux mains de leurs rivaux triomphants et ils les enfouirent avec soin dans l'espoir de les retrouver un jour. Du soin apporté à l'enfouissement on a pu juger en 1774. Il n'y avait aucune sûreté à garder à domicile les trésors suspects, le prêtre choisit donc à peu de distance « une aire ou plafond de plus de 30 pieds de long et environ 30 de large, composé d'une couche de ciment de chaux mêlée avec du gros sable, recouverte de carreaux de terre cuite de différentes grandeurs 8 » et le trésor y fut déposé. Tout ceci, on le reconnaîtra sans peine, nous instruit fort peu sur les premiers temps de l'Église de Rennes.
VI. Cimetière. — On n'en sait pas beaucoup plus sur son cimetière. « Ce cimetière était situé sur la colline qui domine la ville du côté du Sud-Est et que couronne aujourd'hui la promenade du Thabor. Il occupait la partie de cette promenade dite actuellement le carré Du Guesclin où s'élevait avant 1789 l'église paroissiale de Saint-Jean, et en outre la place Saint-Melaine et le jardin de la Préfecture ». Les déblaiements exécutés en 1881 ont mis hors de doute l'existence en ce lieu d'un cimetière antique considérable, que les documents historiques permettent ou plutôt obligent d'étendre à tout le terrain ci-dessus indiqué. Les fouilles pratiquées sur un espace restreint ont fait rencontrer des inhumations et des incinérations, quatre sarcophages orientés à l'Est ce qui indique très vraisemblablement des tombes chrétiennes. L'indice est à retenir, mais la présence dans le voisinage d'un trésor de monnaies s'arrêtant à Probus (276 ou 277) ne suffit pas à dater les sépultures chrétiennes de la fin du IIIe plutôt que du IVe ou du Ve, et l'on n'en peut tirer aucun renseignement sur la date de l'introduction du christianisme à Rennes 9. VII. Liste épiscopale. — 1, L'Église de Rennes ne semble pas avoir possédé un ancien catalogue de ses évêques. On doit peut-être lui attribuer un des quatre évêques Sarmatio, Charialo, Rumoridus, Vinentius qui siégeaient en 453 dans la province de Tours 10.
2. Athenius. — Il assiste, en 461, au concile de Tours et, postérieurement, au concile de Vannes.
3. Amandus. Fêté à Rennes, le 13 novembre. « A cette date, écrit L. Duchesne, le martyrologe hiéronymien marque la fête de saint Amandus ou Amantius de Rodez. Cette coïncidence de nom et de date est déjà propre à exciter la défiance. D'autre part, le saint Amand de Rennes n'a d'autre document que la Vie interpolée de saint Melaine (Acta sancl., 6 janvier), ce qui n'est pas rassurant. Il est donc possible que saint Amand de Rennes ne soit pas différent de saint Amand de Rodez. Cependant je ne veux rien définir » 11.
4. Melanius. — Voir Dictionn., t. xi, col. 206-209.
5. Fybedolius. — Siège, en 549, au concile d'Orléans.
6. Victurius. — Siège, en 567, au concile du royaume de Caribert, tenu à Tours, il est un des sept signataires de la lettre des évêques Prétextât, de Rouen ; Germain, de Paris ; Euphrone, de Tours ; Félix, de Nantes ; Domitien, d'Angers et Domnole, du Mans, adressée à sainte Radegonde 12. Il est un de ceux qui célébrèrent la dédicace de la cathédrale de Nantes 13. Il avait une fille nommée Domnola.
7. Haimoaldus. — Autrefois archidiacre de l'Église du Mans. Siège au concile de Paris, en 614. Mentionné dans le testament de saint Bertchram du Mans, en date du 27 mars 614 (voir Dictionn., t. x, au mot Mans).
« Je ne saurais admettre, écrit L. Duchesne 14, au nombre des évêques certains le saint Desiderius connu par une légende comme originaire d'une civitas Rhodonis, Rhodonensis, Hyrodomensis. Il est dit dans ce récit que l'évêque Didier mourut assassiné en Alsace avec son diacre Regnifrid, au retour d'un voyage de Rome, au temps d'un roi Childéric ». La tradition rennaise ignore ce saint. On a essayé de le dater avec plus de précision en l'identifiant avec un évêque Desiderius dont la signature, sans indication de siège, figure au bas du privilège de Fontenelle, vers 688. Si c'est le même, il n'a sûrement pas fait son voyage de Rome au temps de Childéric II ni de Childéric III. Quant à la désignation de la cité épiscopale, le texte de la légende est obscur et peu autorisé. J. Havet a proposé d'attribuer au siège de Rennes un évêque Derarius ou Beracharius mentionné dans plusieurs chartes, en 683, 696 (ou 697), 710. Ce Béraire avait, dans le diocèse du Mans, des bénéfices qu'il tenait de l'évêque du lieu. Je ne vois pas que l'on ait allégué des raisons suffisantes pour lui assigner le siège de Rennes. Si la conjecture de J. Havet venait à être vérifiée, il est clair qu'elle exclurait l'évêque Desiderius, signataire du privilège de Fontenelle. » 15. Moderamnus. — Au dire de Flodoard 16, cet évêque voyagea en Italie aux temps de Luitprand et de Chilpéric (715-720) ; il se retira et mourut au monastère de Berceto. Fête le 22 octobre ou le 16 mai.
Sur les comtes-évêques Agathius et Amitto, voir Dictionn., au mot Nantes.
VIII. A l'époque mérovingienne. — « Dans la première moitié du VIe, le Rennais appartint sûrement au roi de Paris, Childebert, qui, selon une ancienne Vie manuscrite de saint Samson, aurait donné à ce prélat breton la paroisse de Rimou (plebs quœ vocatur Rimau) du diocèse de Rennes 17. Ce pays après avoir évidemment fait partie du second royaume de Paris sous Caribert (561-567) passa ensuite à Chilpéric, et les Bretons l'envahirent en 579, à la suite d'une rupture avec ce prince qui, rappelant de l'exil Fnnius, évêque de Vannes, l'envoya à Angers pour négocier un accommodement 18. Après la mort de Chilpéric (584), Grégoire de Tours considère la cité de Rennes comme appartenant à Clotaire II, son successeur en bas âge 19, et le roi Contran, oncle du jeune prince, envoyait en 586, dans les provinces de l'Ouest, Beppolen, ennemi de Frédégonde, avec la dignité ducale. Les Rennois refusèrent de recevoir Beppolen, qui, après avoir ravagé l'Anjou, revint chez eux, pour les soumettre à la domination de Contran ; mais ses efforts ne furent pas couronnés d'un plein succès. En effet, peu de temps après, les Rennois tuèrent son fils et un grand nombre de personnages de distinction 20. Cependant en 590, à l'époque d'une nouvelle course des Bretons sur les territoires de Rennes et de Nantes, ces cités obéissaient évidemment à Contran et non plus à Clotaire ; car c'est Contran qui songe à les secourir en y envoyant une armée commandée par les ducs Beppolen et Ebrachaire, tandis que Frédégonde, mère de Clotaire, fait marcher les Saxons du Bessin à l'aide des adversaires de la nation franque 21.
« Grégoire de Tours parle du tombeau de saint Melaine, évêque de Bennes, mort en 530 : les chrétiens, dit-il, l'avaient surmonté d'une construction (fabrica) extraordinairement élevée, que l'incendie détruisit sans endommager la tenture de lin (palla linea) qui recouvrait le sépulcre du bienheureux confesseur 22. Saint Melaine avait été enseveli dans un monastère fondé à Bennes, de concert avec Paterne, évêque d'Avranches, et qui fut depuis connu sous son nom 23 ; l'église abbatiale de Saint-Melaine, qui subsiste encore sur le point le plus élevé de la ville, entre l'archevêché et la promenade du Thabor, est placée depuis 1845 sous l'invocation de Notre-Dame 24. » H. Leclercq.
RÉOMÉ. — C'est le nom primitif d'un monastère qui porta dans la suite celui de Moutier-Saint-Jean
H. Leclercq.
RÉPONS — Dans les assemblées liturgiques, le lecteur, psalmiste ou chantre modulait un verset de psaume et le chœur ou bien le peuple le répétait après lui en entier ou quelques mots seulement ; il passait au verset suivant et on recommençait de même. C'était là ce qu'on appelait respondere, responsa, responsoria, ce qui ne différait guère des antiennes. Déjà Tertullien, les Constitutions apostoliques et les Alexandrins y font allusion. Cette méthode d'associer l'assistance en lui faisant prendre sa place dans le chant ou dans la psalmodie paraît avoir pris naissance en Italie et y connut une grande faveur ; en Orient, on excluait les femmes de cette participation, car on lit dans la Didascalie, vers 375 : yuvatÇl èv èxy.Xr,- aîa... (i.ïjxe aujj.'jiâXXei.v u,ï]te auvu7iaxoùetv 25. D'après quelques mots de Cassien, les moines égyptiens en faisaient un certain usage 26.
Le chantre ou psalmiste lisait ou chantait selon le degré de solennité du rite, ce qui explique que pour quoi dans les sermons des Pères et, principalement de saint Augustin, on rencontre si fréquemment : Psalmus, qui lectus est, ou bien : Psalmus, quum legeretur (voir Dictionn, t. vi, au mot Hippone). Cette forme de chant se rapprochait de la lecture, laissant au chantre le rôle principal ; mais la reprise indique que le chœur et les fidèles, en union étroite avec le chantre, ne perdent pas le contact.
La plupart du temps une lecture un peu longue prise dans l'Ancien Testament, était suivie d'un psalmus responsorius, afin de diversifier un peu et de secouer la monotonie et la langueur. Cependant, ce cantus responsorius tendit à se réduire à quelques versets d'un psaume ou de quel que autre livre. On désigna cette pièce de chant, composée de quelques versets, sorte de strophe et d'antistrophe, responsorium prolixtim, comme cela se fait encore aux matines après les leçons, ou responsorium brève, comme on en dit encore aux petites heures du bréviaire romain et à laudes, et à vêpres du bréviaire monastique.
La récitation des répons différait en Gaule de ce qu'elle était à Rome. A Rome, dit Amalaire, on répétait après le verset les répons en entier depuis le commencement 27. En Gaule, au contraire, on ne chantait pas tout le répons après le verset, mais on reprenait au milieu, c'est-à-dire qu'on ne répétait que la deuxième moitié. Voici deux exemples qui rendront la chose claire ; d'après l'Ordo romain, nous avons :
Justus germinabit sicut lilium 28 Et florebit in œlernum ante Dominum. Plantatus in domo Domini, in atriis Dei nostri.
On répète : Justus germinabit, etc.
En Gaule on répétait seulement : Et florebit, etc.
Cet exemple offre dans les deux cas admissibles un sens raisonnable ; il n'en allait pas toujours ainsi ; qu'on prenne pour exemple le répons que voici :
Tu es Petrus ]| ait Dominus ad Simonem. Ecce sacerdos magnus qui in diebus suis placuit Deo.
En Gaule on obtenait ceci :
Ait Dominus ad Simonem : Ecce sacerdos, etc.
H. Leclercq.
REQUIES. — I. Requies. II. Requiescere III. Hequietio. IV. Requietorium.
I. Requies. — Ce mot signifie l'idée de repos, la cessation du travail et il a fait bon service dans la littérature latine profane, où nous n'avons pas à nous en occuper. La Vulgate en fait usage dans des acceptions variées telles que : Requies sabbati sanctificata est Domino (Exod., xvi, 13) ; Requiem tribuere alicui (Deut., m, 20) ; Hœc est requies mea (Is., xxvm, 12) ; Habere requiem in aliquo (I Macch., vm, 12), au sens de placer sa confiance en quelqu'un. Mais c'est principalement dans la langue ecclésiastique que le mot a pris un sens spécial, celui du repos dans la tombe et de l'attente de la vie future : In requie mortui requiescere fac memoriam ejus (Eccli., xxxvm, 24) ; Ingrediemur enim in requiem, qui credidimus (Hebr., iv, 3). L'épigraphie nous en donne d'innombrables exemples. A Stein am Anger (Savaria) en Pannonie, nous trouvons ceci 29 :
HIC-POSITVS-ESTFLORE NT INVS INFANS -QVI-VIXIT-ANNOS-SEPTEM ET-REQVIEM-ADCEPIT-IN-DEO PATRE-NOSTRO-ET-CHRISTO-EIVS
Dans une lettre, sainte Radegonde parle de la crypte où reposaient ses compagnes, les nonnes de Poitiers : Ut in basilica... ubi etiam mullœ sorores nostrœ condilœ sunt in requie, sive perjecta, sive imperjecta... corpusculum meum ibi debeat sepeliri 30.
A Kairouan, à gauche et à quelques mètres de l'endroit où la piste de Kairouan à Sfax pénètre dans le camp du côté de Kairouan ; à 2 m. 50 de profondeur ; hauteur : 0 m. 305 ; largeur : 0 m. 297 ; hauteur des lettres : 0 m. 036 :
+ In nomine Patri et Filii et Spiritus Sancti, amen ! — In hoc lumulo requiebit corpus famulo Xristi, Sisinni, filius Firmo lector(is). Requiem aeternam abeat. Bixit in fide Xristi annos LXV. Migrabit ab hoc saeculo die XXI [m(ensis)] iuni V annos Domini millesimo XXX, indictio I. Audi at vocem Domini et resurgat + in vita aeterna. Amen !
Inscription contemporaine des premiers Sanhadjites, à la veille des grandes invasions arabes.
371. [W. Seston, Sur les derniers temps du christianisme en Afrique, dans Mélanges d'arch. et d'hist., t. lui, 1936, p. 11 ; cf. aussi, ibid., l'épitaphe d'El-Djem, p. 104.] La nécropole chrétienne d'Ain Zara située à 14 kilomètres au sud-est de Tripoli, découverte en 1911, a rendu cent vingt et une tombes à ciel ouvert dont la moitié seulement avaient conservé leurs épitaphes primitives, la plupart mutilées, appartenant à l'époque de la domination vandale en Afrique (ve-VIe). L'une des formules liturgiques qu'on y a pu lire vingt-six fois — et la mutilation des tombes invite à la croire plus fréquente — est le Requiem aeternam del tibi Dominus et lux perpetua luceat tibi, paroles qui se lisent dans un apocryphe appelé le IVe livre d'Esdras dont les deux premiers chapitres forment le Ve livre d'Esdras. On y lit ce qui suit : Ideo que vobis dico, gentes, quae auditis et intelligitis, expectate pastorem vestrum. Requiem aeternitatis dabit vobis, quoniam in proximo est ille, qui in fine saeculi adveniet. Parati estote ad praemia regni, quia lux perpetua lucebit vobis per aeternitatem temporis. Fugite umbram saeculi hujus, accipite iocunditatem gloriae vestrae. Ego lestor palam salvatorem meum. Commendatum Domini accipite et iocundamini gratias agentes ei, qui vos ad caelestia regna vocavit... singulis eorum capilibus imponebat coronas...
On n'a pu parvenir à fixer la date de composition du Ve livre d'Esdras, on a parlé du nc ou du Me. Il est vrai que Edm. Bishop (voir Dictionnaire, t. ix, col. 1735), dans une note nébuleuse in illustration of the book of Cerne, a découvert « que l'expression requies pour signifier l'état du bienheureux n'est pas romaine d'origine, mais gotho-gallicane ». Ceci découle de « la comparaison des inscriptions funéraires relevées dans le Corpus de De Rossi (Inscriptiones christianae urbis Romae, t. m) » qui « montre que c'est au milieu du Ve mais surtout à partir de 475 que cette idée de « repos éternel » est devenue familière à la piété romaine, en vertu probablement d'une influence de la liturgie gothique due à la prise de Rome. » Aucune réfutation de cet oracle du « Savant » Bishop n'est possible puis que le tome troisième des Inscriptiones christianae urbis Romae sur lequel il fonde son affirmation n'a jamais été publié et, nous sommes en mesure de l'affirmer, n'a jamais existé. Jusqu'au moment où on invoquera des textes véritablement fiables, il faudra tenir que les inscriptions de Ain Zara ont dès le Ve popularisé, en Tripolitaine, la prière Requiem aeternam sans attendre l'occupation de l'Italie par les Goths au milieu du VIe.
II. requiescere. — Comme pour le substantif, le verbe a servi dans la langue courante et on l'y rencontre depuis l'époque classique jusqu'à la décadence ; les bons auteurs comme Properce en font usage pour mentionner le repos au lit, Martial pour le repos de la tombe, mais nous ne voulons ne nous occuper que des auteurs chrétiens et, cette fois encore, il faut se borner à un choix, surtout à partir du Ve où la formule : requiescere in pace se montre partout et, avec ses variantes, envahit tout. Tout va bien lorsqu'elle est exprimée correctement, comme à Vienne :
Mais que ne trouve-t-on pas, car il semble que ce mot requiescat in pace soit pour les lapicidaires une véritable pierre d'achoppement. A Cherchel (propriété Riflard), route d'Alger, sur une plaque de marbre rectangulaire (0 m. 29x0 m. 65) ; hauteur des lettres : 0 m. 04 :
ICCEQQVET-HIN-PACE-FECIT MEM
ORIAS-VNA-QVM-FILIS-SVIS
A remarquer icceqquet hin pour hic requies cet in ; la défunte n'est pas nommée, ses fils se sont associés à elle.
IIYH O CT\MV OREOVIEJ ?CÏR NEMOFIAEHOJVOPJAO hvI#î INPAC EA/V//SAXXOBIETD AEVFDVSDKEMBFISWFFOF1
L'épigraphie d'Afrique nous offre toute une famille de locutions telles que : bone memorise paler..., mater..., juvenis..., matrona..., filius..., vir..., femina et...puella1 ; il faut y joindre cette inscription de Cherchell * :
B M R
>f qu'on doit lire : Bone memorise religiosa avec l'acception des autres textes déjà cités.
A Lyon, une table de marbre sans ornements (0 m. 25x0 m. 41) découverte le 18 avril 1912, à 5 m. 20 en contre-bas du niveau de la chaussée actuelle et à l'angle nord-ouest de la place Saint-Nizier, correspondant à la façade primitive de l'église des Saints-Apôtres (fig. 10621) :
In hoc tumulo requiescit bone memorise Honoria que vixit in pace annos triginta ; obiit die V idus decembris Viator viro clarissimo consule.
« Dans ce tombeau repose Honoria de bonne mémoire qui vécut en paix trente années et mourut le 5 des ides de décembre, sous le consulat de Viator, homme clarissime. » Le consulat de Viator donne l'an 495 de notre ère.
On rencontre QVIESCIT ou HIC QVIESCIT à Rome dès l'année 362 (Bull, di arch. crist., 1868, p. 7), en 363, 377, 395, etc. (De Rossi, Inscr. christ, urb. Romae, t. i, n. 159, 269, 427) ; en Gaule (Le Blant, Inscr. chrét. de la Gaule, n. 32, 348, 512, 570) ; en Espagne (Huebner, Inscr. Hisp. christ., n. 101).
QVIESCIT IN PACE en 348 (De Rossi, Inscr. christ, urb. Romae, n. 101) ; en Gaule (Le Blant, op. cit., n. 329, 338, 478, 535, 623) ; en Germanie (Kraus, Inschr. christ. d. Rheinlande, n. 93, 135, 184) ; en Espagne (op. cit., n. 14, 54, 188, 329).
On collectionnerait tout autant et plus encore de REQVIESCIT et de FEQVIEVIT, avec la formule IN PACE si fréquente qu'il faut renoncer à donner des références, ou avec d'autres formules : in somno pacis, in pace somni, in somno pacis cum signo fidei, in Christo et in pace, in nomine Domini, in Christi nomine, in hoc lumulo, in hoc sepulcro, in aeterna domo, etc.
Si nous ne sortons pas de la Gaule nous voyons, à partir du Ve, une série de textes épigraphiques rédigée suivant le type qui s'est perpétué jusqu'à nos jours dans le : « Ici repose... » ; voici ces formules avec leur date :
(422) HIC REQVIESCIT PASCASIA... (Le Blant, Inscr., n. 53).
(439) HIC IACET SANCTVLVS... (ibid., n. 667)
(447) hic IACET DECORA MERCVRINA... (ibid., n. 35).
(469) HIC REQVIESCIT IN PACE...CONTVMELIOSVS (ibid., n. 87).
(474) HIC REQVIESCET BONAE MEMORIAE... EXPECTATVS (Nouveau recueil, n. 334).
(488) HIC REQVIESCIT IN PACE B..M.. BALDARIVS.. (Inscr., n. 374 a).
(491) IN HOC TVMVLO CONDITVR... (ibid., n. 436).
On voit que la formule initiale des épitaphes s'alourdissant. Hic ja cet est encore une formule païenne dont les fidèles se détachent et lui préfèrent HIC PAVSAT, HIC QVIESCIT que nous ne trouvons pas sur nos marbres datés, mais bien sur des épitaphes de Trêves antérieures sans doute à l'invasion des Ripuaires. Ensuite commence la série des hic requiescii avec in pace, in hoc lumulo, bone memorise.
III. RSQVISTIO. — Dans le Léviti que, xxv, 5, on lit : Annus requielionis terra ;; le mot s'entend aussi du repos de la tombe : LOCVM REQVIETIONI's CORPORIS-SVI ».
IV. REQJIETORIVM. — A le sens de tombeau et se trouve employé dans les inscriptions païennes : Q. Fonleius Celer v...i....sibi et conjugi cariss. requietorium fecit '. (Gruter, Inscrip. anliq., p..mxxx, n. 8).
H. Leclercq.
RÉSERVE EUCHARISTIQUE. Les attestations textuelles relatives à la réserve de l'eucharistie remontent à une lointaine antiquité. La plus ancienne nous reporte jusque vers le milieu du 11e siècle, avec la Ie Apologie de saint Justin martyr, n. lxv : Eù)(api.c ;TrjaavTOÇ Se toû 7rpoecrrôjToç, xal !7i£i)(pY) !A'y)aavtoç racvTÔç toû Xaoû, oï raxp '■/)(iïv Siâxovoi. SoSôacav TtapôvTcov fxeraXa6eîv àîrà toû ; àptou xal oïvou xal û8atoç, xal toï ; où irapoûoav àTroçépouo-i. « Après que le président de l'assemblée a terminé les prières et que l'assemblée a acclamé, ceux que nous appelons diacres distribuent à chacun de ceux de l'assistance, le pain et le vin et l'eau et les portent aux absents. » Il n'est pas dit qu'ils communiassent ces absents et il se peut qu'ils déposassent chez eux le corps et le sang du Sauveur pour que la communion se fît plus tard. C'est ce qu'indique Tertullien dans son De oratione, c. xix, où il parle des fidèles qui assistaient au saint sacrifice et qui, pour ne pas rompre le jeûne, recevaient le corps du Christ et l'emportaient dans leur maison pour ne communier les saintes espèces qu'après l'expiration du jeûne : Similiter stationum diebus non pillant pleri que sacrificiorum oralionibus interveniendum, quod stalio solvenda sit, accepta corpore Domini. Ergo devolum Deo obsequium eucharislia resolvit ? An magis Deo obligat ? Nonne solemnior erit statio tua si et ad aram Dei steteris ? Accepte corpore Domini et reservato, utrum que salvum est et participalio sacrificii, etexsecutio officii. Ce texte nous conduit vers l'an 200 et un demi-siècle plus tard, à Carthage également, saint Cyprien parle d'une femme qui cum quœdam arcam suam, in qua Domini sanctum fuit manibus immundis temptasset aperire 2, ce qui rappelle un passage de Tertullien qui nous montre une femme mariée qui communie chez elle à l'insu de son mari païen : non sciel maritus, quid secrète, ante omnem cibum gustes 3.
Un passage de la Vie ou plutôt de l'oraison funèbre de sainte Gorgonia par saint Grégoire de Nazianze, son frère, c. xviii, appartient de droit à notre sujet et prouve que l'usage de la réserve eucharistique était en vigueur encore au IVe mais non celui de la visite au Saint-Sacrement que l'on ne voit apparaître que dans la seconde moitié du XIe.
Tt oùv Y) p.eyâXy) xal tgjv fi.eylaTcov àÇla ^uji], xal tïç 7) îaTpeia toû toxGouç ; èvTaûôa yàp yjSyj xal tô IlâvTcov àTroyvoûaa tûv àXXcov, ènï tov roxvTcov ïaTpôv xaTacpeùyei., **i vuxtoç àcoplav TYjpy)- aaaa, [iixpôv evSoùirrçç aÛTyj tyjç vocou, tw 6utJt.ao-TY)pîco TCPOCTTÛTTTEI fAETa T7)Ç TUSTECOÇ, Xal TCLV êïl' aÙT<I> Tiii.w[jLevov ; (AEyâXr) ttj Poyj xal uàcaiç Taïç xXTjaeai, xal roxacôv aÙTÔv tôjv TucoïtOTE 8'jvâp.ecov 07TO(jwr)aaaa, aoçr) yâo èxelvï) xal Ta roxXaià xal Ta véa, téXoç eùae69j Tiva xal xaX7]v àvaio »)(uvTlav àvataxovTer jj.ip.£ÏTat. r/)v toïç xpacrTTÉSotç XPICTOÛ ^ïjpâvaaav Tnrjyrçv a'1'p.aToç. Kal tI noizl ; Tô) Gueiatro)- pteo T7)v xeçaXvjv éauTrjç TCpoaGelcfx |j.eTà T/jç ïarfi po^ç, xal Sàxpuai, toûio 7vXoualoi.ç, côo-Trép Ttç râXat toùç 7îôSaç XpioToû, xaTaêpsxouca, xal [ay] TipÔTEpov àvrjaeiv, Y) TÎ)ç, ûyietaç to^eiv tô) roxp' lauT^ç çap[j.âxcp tootw to crôjtx.a Tiâv È7TaXsl<poooa, xal et 7too Tt. Toiv toû Ti[iiou ao')(i.aToç r\ toû aï^aToç ï) yzip èfyt]aa.itçiazv, toûto xaTafxtyvûo-a toïç Sâxpooiv, ci toû OaûptaTOÇ, àTr^XOsv sùOùç tt) ; oojT7)plaç, xouçyj xal atôpia xal ^uy^v xal Siâvoiav, (i.io6ôv Xaêoûoa to eX7r1.C6p.evov, xal x^ irf]ç, <\>w/riÇ EÙpcoaTÎa xofxto-ap-évy) ttjv toû Gcôp-aToç. TaÛTa p-eyàXa (j.sv, où 'j/euSï) Se. mulieris iltius instar, quœ olim Christi pe des rigavil, allari admovisset, nec se prius istud dimissuram esse denuntiasset, quum sanitatem obtinuisset ; ac deinde hoc suo pharmaco corpus tolum perfudisset ; et si quid uspiam antityporum pretiosi corporis aut sanguinis manus recondiderat, id ktcrymis admiscuisset (o rem admirandam !) stalim liberalam se morbo sentit, at que e corpore, et animo, et mente levis discedit, pro spei mercede, id quod speraverat, consecuta, et per animœ robur corporis vires accipiens. Magna quidem h ;ec sunl, non tamen falsa.
Voici comme il faut, semble-t-il, comprendre l'action de Gorgonie. Elle s'approche de l'autel et, saisie d'un transport de foi et de dévotion, elle s'y attache comme elle l'aurait fait au vêtement du Sauveur ; puis elle arrose la pierre de ses larmes, et les mêlant aux restes des saintes espèces qu'elle y trouve, elle en fait une sorte de baume dont elle se couvre et expérimente aussitôt l'efficacité.
Quel que étrange que nous paraisse ce recours, même dans un moment d'exaltation, il ne se heurte à aucune objection décisive. Gorgonie, il est vrai, n'était probablement que catéchumène, mais le frère de saint Ambroise, Satyre, l'était également, et lui aussi dans un cas de nécessité n'hésita pas à toucher les saintes espèces enfermées dans un linge. Les anciens, comme nous, veillaient à ce que les parcelles de l'eucharistie ne tombassent point à terre. Mais il semble que, tant qu'elles demeuraient sur l'autel, ils n'appréhendaient aucun danger de profanation, et d'autre part les méthodes bien différentes des nôtres de diviser les espèces eucharistiques et de les distribuer rendaient presque inévitables certaines négligences que nous jugerions coupables. Comment concilier avec le respect du sacrement l'usage que fait Gorgonie des « miettes ou même des traces du saint sang laissées sur l'autel ?
Cette manière de traiter le corps du Sauveur ne laisse pas de nous surprendre ; c'est qu'à l'époque lointaine dont nous parlons, il en allait autrement qu'aujourd'hui. Dans un sermon de saint Césaire d'Arles, on lisait : laissez le malade recevoir le corps et le sang du Christ et s'en oindre le corps : Corpus et sanguinem Christi ille qui œgrotat accipiat et inde corpusculum suum unguat -. Il était permis de se demander si cette leçon était bien correcte et s'il ne manquait pas quelques mots. Mais c'était un texte corrompu : l'édition critique de dom Morin rétablit après accipiat la mention attendue : oleum benedictum a presbyteris humiliter ac fideliter petat.,. Quoi qu'il en soit, ce ne serait pas là chose si surprenante puis que nous lisons dans saint Augustin cette anecdote : H rat upud nos Acatius quidam, honesto apud suos ortus loco, clausis oculis naturam se esse dicebat ; serf quia intus sani palpebris cohwrentibus non palebanl, medicum eos porro aperirc voluisse, nequr hoc permisisse religiosam matrem suam, seil id e/Jecisse, imposito ex eucharistia C(daplasmale, ctun jeun i>ucr quin que ferc aut amplius esset annorum, unde hoc se satis meminisse narrabat. Nous faisions allusion il y a un instant à saint Satyre, frère de saint Ambroise qui, lui, se sert de l'eucharistie qu'il emprunte à un passager sur un navire en perdition, en fait une sorte de talisman qu'il se passe autour du cou et plonge courageusement dans la mer.
On a vu plus haut que le précieux sang était distribué et transporté ; saint Cyrille de Jérusalem dans une de ses Catéchèses donne ce conseil à ses auditeurs : « Après avoir reçu le corps de Jésus-Christ, approchez-vous du calice de son sang que vous buvez et avalez disant Amen. Alors sanctifiez-vous en touchant ce sang et pendant que vos lèvres sont encore humides, essuyez-les avec la main et passez-là sur vos yeux, votre front et vos autres sens pour les sanctifier. Cela fait, attendez la prière que récite le prêtre et rendez grâces à Dieu qui vous a permis de participer à un si grand mystère. » Ce ne sont pas les seuls textes que nous puissions citer. Par exemple saint Jérôme, dans son Commentaire sur les Psaumes, parlant de la sainte eucharistie dit : si micula ceciderit periclitamur et l'évêque syrien Raboula, au VIe, traite la question de savoir que faire si une parcelle de l'eucharistie tombe à terre ; il faut, dit-il, la chercher avec soin, relever la poussière qu'elle a touchée, la mélanger à de l'eau et la donner à un fidèle comme une eulogie. Si on ne retrouve pas la parcelle, laissez la place en état. S'il s'agit du précieux sang sur une pierre, mettez-y de la braise chaude. Cette dernière solution ne plaisait pas à tout le monde, certains recommandaient un lavage à l'eau.
Jean bar Cursus, évêque de Telia, monophysite, écrit vers 538 que si, par inadvertance, le prêtre a laissé tomber une parcelle de l'hostie il doit essayer de la retrouver, sinon qu'il s'en remette à la Sagesse divine qui n'imputera pas à faute au ministre ce qui est arrivé sans négligence de sa part. Au VIe, Jacques d'Édesse répond à un disciple qui l'interroge si l'on peut, à bonne intention, distribuer la poussière du sanctuaire et spécialement celle qui avoisine la table de communion. Si c'est, dit-il, un malade qui sollicite cette poussière pour la mêler à sa nourriture ou à sa boisson, en esprit de foi, on peut la lui donner, mais si c'est pour la répandre sur un lit ou la disperser sur un troupeau on n'y doit pas consentir, même si l'intention est bonne. Ainsi qu'on le voit nous sommes en présence d'une pratique qui se réclame de nombreuses attestations et qui a été d'un usage général. A Rome, en Afrique, à Jérusalem, en Syrie et en Asie Mineure. Saint Basile nous dit qu'à Alexandrie et en Égypte, le plus grand nombre des laïques faisaient la sainte communion dans leur propre demeure. Dans ce pays où les moines et les ermites étaient si nombreux quoi que si dispersés dans les déserts, il ne leur était pas possible d'atteindre un prêtre chaque jour, sans renoncer à leur vocation solitaire, c'est pour quoi ils conservaient dans leur grotte ou dans leur cabane la sainte eucharistie et se communiaient de leurs propres mains. En 527, la novelle CXXIII, 30, de Justinien prescrit d'appointer un prêtre ou un diacre qui portera la sainte communion aux moines et aux nonnes.
Enfin, nous lisons dans la correspondance de dom Ruinart (voir ce nom) une lettre à lui adressée par un prêtre nommé Besson, curé de Masny-en-Yexin qui lui écrit « au sujet de la question, si dans les Églises d'Orient on a jamais gardé un temps considérable le sang du Seigneur. Je prétends avec monsieur de Meaux que cela ne se peut, surtout dans les pays chauds, où en moins de 8 jours les espèces du vin s'aigriroient et ne seroient plus potables. On m'a cité l'endroit de la première lettre de saint Chrysostome au pape Innocent, où en parlant du désordre que des soldats causèrent le samedi de Pâque, il dit qu'ils entrèrent dans le lieu où le sang de J.-C. était réservé. La réserve de ce sang du Seigneur fait toute la difficulté. Je ne sais si on n'auroit point le soir dit une messe et fait cette consécration du sang, qu'on auroit réservé pour ceux qui alloient recevoir le baptême, après lequel on auroit dit une seconde messe après la célébration du baptême, mais il me paroît par ces termes de saint Chrysostome, Trpôç ItTTrépocv, que les soldats entrèrent dans l'Église avant le lucernarium, et par conséquent avant qu'on eût commencé la célébration des saints mystères. L'eut-être avoit-on réservé la coupe du jeudi ou du vendredi saint pour le baptême du samedi saint. » Comme le vendredi on ne consacrait pas, tout porte à croire que le précieux sang conservé jusqu'au samedi saint avait été consacré le jeudi précédent.
H. I.ECLERCQ.
RESPONSORIAL. — On a fait usage dans l'Église de quatre méthodes de chant liturgique désignées sous les noms de directus ou directaneus pour décrire le chant tous ensemble, d'antiphonus pour marquer une alternance en deux chœurs, de responsorius lors que tout le chœur répond à un seul ou à plusieurs chantres, de traclus afin de mentionner le chant d'un ou de plusieurs solistes dans le silence du chœur. Nous ne parlerons ici que du chant responsorial.
Saint Isidore de Séville s'exprime ainsi : Responsoria vocata sunt hoc nomine, quod uno canente, chorus consonando respondet ; ce qui peut s'entendre de deux façons différentes : 1° le chantre donne son morceau que le chœur répète après lui ; 2° le chantre entonne, le chœur reprend et l'alternance se poursuit jusqu'à la fin du morceau. Ces deux procédés furent en usage dans l'Église, le premier à une époque plus reculée, le deuxième dans la suite des temps. Nous en avons un exemple bien connu dans l'Exode où il est dit que t une canlavil Moyses et filii Israël canticum hoc Deo, et dixerunt dicentes : Cantemus Domino, etc., dont on peut rapprocher le chant de Marie, sœur de Moïse et celui de Judith.
Dès les premiers temps de l'Église, ce chant responsorial fut adopté pour la psalmodie, procédé facile avec un auditoire qui ne savait pas de mémoire le texte des psaumes et qui n'était pas en mesure de le lire ; c'est pour quoi nous rencontrons alors la mention psalmi responsorii ou bien responsorium psalmi ; il suffit de renvoyer à la lettre de saint Ambroise à sa sœur Marcellina, aux Tractatus in psedmos de saint Augustin et à ce passage de saint Pierre Chrysologue, Responsorium quod hodie propheta supplicante cantavinuis.
Le lecteur commençait par le titre : Psalmus David et Cassiodore nous apprend que nsus Ecclesise calholicte, Spirilus sancti inspiralione generalitcr et immobiliter tenel, ut quicum que eorum, Psaimorum scili cet, cantandus juerit, qui diverso nomine prevnolatur, lector aliud prsedicare non audeat, nisi Psalmus David. Quod si essenl proprii, id est, aut Idithun, aut Filiorum C.ore, aiit Asaph, aut Moysi, eorum nomina uti que prwdicarenlur, sicul in Evangeliis fd, quando aut Marci aut Lucas aut Matthsei aut Joannis vocahulo pronuntiantur. Il en va de même chez les Grecs où le lecteur fait précéder le Responsum de ces mots Psalmus David. dict. d'arch. chrét.
Cela fait, le lecteur commençait la lecture du psaume ou plutôt le chant, verset par verset, entre lesquels venait s'intercaler le répons renvoyé par l'évêque, le clergé et les fidèles. Voici ce que nous lisons dans le sermon xviii de saint Augustin : Tune erqo non silebit, sed apparebit. Rico dictum est : Non silebit. Modo autem dieit iilud lector de codice, et contemnitur ; dicit illud de ore suo tractalor aut disputalor episcopus et irridelur. Dans le sermon sur le psaume cxvii : Meminit charitas vestra de psalmo, quem modo cantavimus... cum legeretur, credo automnes aut multos vestrum animadverlisse ; sur le psaume xxxiii : Hic incipil pars quœ restât, quod modo canlavimus : Misericordia... Recordare quod cantasli : Misericordia... ; sur le psaume xl : Quod leyenli respondentes, canlavimus... ; sur le psaume xlvi : Ra que in hoc psalmo quem cantatum audivimus, cui cantando respondimus... ; sur le psaume cxix : Brevis psalmus est et valde utilis quem modo nobis cantatum audivimus et cantando respondimus. On a pu remarquer dans ces citations, auxquelles pourraient s'ajouter beaucoup d'autres, que l'évêque ne dit jamais : Psalmum legislis.
Cotelier a cru que les fidèles qui composaient l'assemblée ne répétaient pas le verset intégralement, mais seulement la partie finale à la manière des Grecs ; Tomasi soutient l'opinion opposée et il semble bien qu'il faille lui donner raison. Eusèbe nous apprend que l'usage du chant responsorial, tel qu'il est décrit par Philon dans le De vita contemplativa, était encore pratiqué de son temps et ce qu'il veut dire par là nul n'est mieux en état de le dire que Rufin qui traduit ainsi : Quœ omnia supradictus vir Philo eodem ordine eademque consequentia, qua apud nos geruntur, expressit ; et ut unus ex omnibus consurgens, in medio psalmum honestis modulis concinat, utque præcinens ei VJFVM VERSICULUM omnis multiludo respondeat*. On peut invoquer d'autres passages qui prouvent que le peuple répétait les versets en entier depuis le commencement. Saint Ambroise écrit à sa sœur Marcelline : Matutinis horis lectum est, ut meminislis, quod sumnto unimi dolore respondimus : Deus venerunl gentes in hereditalem tuam ; voilà le commencement d'un verset et, qui plus est, d'un verset de début d'un psaume ; saint Augustin nous dit à l'occasion du psaume xl : Quod legenli respondentes canlavimus, quamquam de medio psalmo sil, hinc lamen sermonis ducamus exordium : Inimici mei dixerunt mala mihi : Quando morietur et peribil nomen ejus ? et voici un verset entier ; autre attestation non moins claire chez saint Pierre Chrysologue (sermo xlv) : Responsorium quod hodie, firophela supplicante, cantavimus : Domine, inquit, ne in ira tua arguas me, ne que in jurore tuo corripias me, et voici encore un verset entier. A ces témoignages on oppose un passage de l'Histoire tripartite, 1. V, c. Il, où on lit ceci à propos de saint Athanase : Residens in sede, prsecepi ut diaconus psalmum legeret, populis respondenlibus. Quoniam in Sceculum misericordia ejus. Ces mots sont tirés du psaume cxxxv qui intercale en effet cet hémistiche à chaque verset comme on le voit dans le psautier romain qu'a suivi Épiphane le Scolastique, auteur ou traducteur de l'Histoire tripartite. Il s'agit bien ici seulement de la répétition de la partie finale d'un verset, mais elle s'explique parce que cette finale forme une sorte de refrain reparaissant à chaque verset.
XIV. — 76.
Le psalmus responsorius était lu en entier et répété jusqu'à la fin, c'est ce sur quoi ne laissent aucun doute les Commentarii in Psalmos de saint Augustin, et non seulement pour les psaumes courts mais même pour les plus longs ; même le cxxxviii à propos duquel il présente une manière d'excuse : Psalmum nobis brevem paraveramus, quem mandaveramus cantari a lectore ; sed ad Iwrom quantum videtur perturbatus, alterum pro altcro legit. Maluimus ergo nos in errore lectoris se qui voluntatem Dei, quant nostram in nostro propusilo.
Le chantre d'un psalmus responsorius appartenait ordinairement à l'ordre des lecteurs, mais c'était parfois un autre clerc ou même un diacre, comme nous le voyons dans les Vies des Pères : Quod autem mane cum surrexisset ad malutinas sancius Nicetius expectatis duabus antiphonis egressus est in sacrarium ; ubi dum resideret, diaconus responsorium psalmum canere cœpil L et encore : Interea jam medio prandii peraclo, jubet rex ut diaconum nostrum, qui ante diem ad missas psalmum responsorium dixeral, canere juberem2 ; mais c'est surtout une fonction réservée aux clercs inférieurs : In sancta Romana Ecclesia, cui divina dispensatio prteesse me voluit, dit saint Grégoire le Grand \ dudum consuetudo est valde reprehensibilis exorta, ut quidam ad sancti allaris ministerium eligantur ; et in diaconalus ordine constituti modulationi vocis inserviant, quod ad prœdicationis ofjicium, eleemosinarumque studium vacare congruebat : unde fit plcrum que, ut ad sacrum ministerium dum blanda vox quœritur, quœri congrua vita negligatur ; et cantor minister Deum moribus stimulet cum populum vocibus détectât : qua in re prœsenti decreto conslituo, ut in hac sede sacri allaris ministri canlare non debeant ; solum que evangelicœ lectionis ofjicium inler missarum solemnia exsolvanl. Psalmos vero, ac reliquas lectiones censeo per subdiaconos, vel si nécessitas fueril, per minores ordincs exhiberi.
Le lecteur chargé du chant de ce psalmus responsorius montait à l'ambon (voir Dictionnaire, t. i, à ce mot) mais non pas au plus haut degré, réservé à la lecture de l'évangile. D'après le texte précédent de saint Grégoire, ce devait être quel que membre de la schola cantorum qui ne comptait que des clercs inférieurs et des sous-diacres. L'Expositio missœ publiée par J. Cochlseus en 1549 nous fait lire (p. 130-137) : ut subdiaconus qui leclurus est, mox ut viderit post pontiftcem presbyteros résidentes, ascendit in ambonem, ut légat. Non tamen in superiorem gradum, quem solus solct ascendere, qui Evangelium leclurus est. Postquam legerit cantor in cantorio sine aliqua necessilate ascendit, non superius, sed stat in eodem loco, ubi et lector, et solus inchoat responsorium... Ipse iterum alléluia dicit slans in eodem gradu, id est inferiore... Ubi Evangelium legitur, ibi epistola legi non débet, sed in subteriori gradu... nec in eodem gradu responsorium vel alléluia cantari débet, quo recilatur Evangelium C.liristi. On eut ainsi un responsorium gradale qui désignait le responsorium quod ad missam dicilur pro distinctione aliorum responsoriorum Gradale vocatur, quia hoc psallitur in gradibus. Au XIIe, d'après Jean Beleth, cet usage ne se pratiquait plus que les jours de fête *.
La place du responsorium à la messe nous est suffisamment désignée par ces mots de saint Augustin dans son sermon clxxvi : Primam leclionem audivimus Aposloli : Fidelis sermo... ; deinde canlavimus Psalmum... post hwc evangelica lectio decem leprosos mundatos nobis ostendil ; et saint Léon le Grand nous instruit de ce qui se faisait au Ve dans l'Église romaine : Davidicum psalmum [cix] dilectissimi, non ad nostram elationem, sed ad Christi Domini gloriam consona voce cantavimus... cum enim sicut evangelica lectione reseratum est...6 Il y avait encore un mode différent de chant responsorial, c'était lors que, laissant le chantre dérouler chaque verset du psaume on lui répondait par le même verset invariablement comme nous en avons un exemple rapporté par Sozomène 6 à l'occasion du transfert ordonné par l'empereur Julien des reliques de saint Babylas. La mesure était considérée par les fidèles comme vexatoire au plus haut degré, aussi la foule manifesta par la répétition d'un responsus dont l'allusion était à la portée de tous : Prwcinebanl ceteris ii, qui psalmos opprime callebant, multitudo deinde respondebat cum concentu, et h une versiculum succinebat : Confusi sunl, qui adorant sculplilia, qui gloriantur in simulacris. Ceci rentre bien dans la définition que donne Papias : Responsorium est verbum aut versus, qui sœpe iteratur et dans cette catégorie rentrent les répons qu'Isidore et Rhaban Maur et d'autres disent être venus d'Italie, comme Papias d'ailleurs : Responsorios Itali tradiderunt anlequam Grueci antiphonas ; inde dicti, quod alio canere desinente, alter respondeat ; et hoc difjerunt ab antiphonis, quia in responsoriis, unus versum dicit ; in illis aulem antiphonnrum versibus chori alternant.
L'usage des responsorii dans l'Église romaine est fort ancien, ainsi que nous le voyons par une formule contenue dans le Liber diurnus (voir Dictionnaire, t. ix, à ce nom) ; c'est celle que prononce devant le pape un évêque nouvellement consacré : Illud etiam prie omnibus spondeo at que promilto, me omni lempore, per singulos dies, a primo gallo us que mane cum omni ordine clericorum meorum, vigilias in Ecclesia celebrure. Un ut minoris quidem noctis, id est, a Pascha us que ad sequinoclium, vigesima quarto die mensis septembris, très lectiones et très antiphonœ, at que très responsorii dicanlur ; ab hoc vero œquinoctio us que ad aliud ver/iale wquinoctium et us que ad Pascha, quatuor lectiones cum responsoriis et antiphonis suis dicanlur. Dominico autem, in omni lempore, novem lectiones cum antiphonis et responsoriis suis persolvere Deo profitemur.
Au témoignage d'Amalaire, De ordine antiphonarii, c. xviii, l'Église romaine continua à chanter les responsorii jusqu'au IXe : Son enim sancta Romana et nostra regio uno ordine canunt responsorios et versus. Apud eam prœcentor in primo ordine finit responsorium. Succentores vero eodem modo respondent. Dein pnvcenlor canit versum. Einito versu succentores vero secundo incipiunt responsorium a capite et us que ad finem perducunt. Deinde prœcentor canit Gloriam Patri et Filio et Spiritui sancto ; quo finito succentores circa mediam portem inlrant in responsorium, et perducunt us que in finem. Postremo prœcentor incipit resjwnsorium a capite et perducit illum ad finem. Quo finito succentores tertio répétant responsorium a capite et perducunt illum us que ad finem.
A ces témoignages il n'est pas impossible d'en ajouter quelques autres. L'Ordo Romonus de Saint-Gall contient cette rubrique : De responsorio graduait. Ab incipienti us que ad finem canlalur et versus simililer, similiter in cottidianis diebus. Alléluia simili modo : in quotidianis vero diebus (si voluerint) tantum prima dicitur ; ainsi le responsorium était chanté intégralement une première fois et répété ensuite intégralement par le chœur, A partir du IXe on commença à alléger les responsoria par amputation, le chantre entonnait et le chœur poursuivait ; mais ceci, vu la date, nous intéresse déjà moins.
Amalaire nous a conservé cette indication à retenir : après le chant d'un ou de plusieurs versets du répons, notandum est neeessarium nobis esse, ut alleros versus habeat noster antiphonarius, quani romanus ; quoniam altero ordine canlamus nostros responsorios quam Romani ; illi a capite ineipiunt responsorium, finito versu ; nos versum finitum infonnamus responsoruim per latera ejus ; ne sic facimus de duobus corporibus unum corpus : ideo necesse est ut hos versus quseramus, quorum sensus cum mediis responsoriorum conveniat, ut /iat unus sensus ex verbis responsorii et verbis versus ' .
H. Leclf.rcq.
RÉSURRECTION DE LA CHAIR. — I. L'anéantissement. IL La réaction chrétienne. III. Témoignages épi graphiques.
TEXTE CORRIGÉ :
I. L'anéantissement. — Quoi que l'affirmation contenue dans la règle de foi : carnis resurrectionem, nous apporte un témoignage de cette croyance parmi les fidèles dès le IIe, on ne saurait douter qu'au jugement d'un grand nombre parmi eux la foi à la résurrection des corps dans une autre vie soulevait une objection grave. Il avait suffi de cette affirmation sur les lèvres de saint Paul parlant aux Athéniens pour que ceux-ci s'éloignassent en haussant les épaules ; ils étaient païens assurément, mais les chrétiens avaient fort à faire pour penser autrement. A plus forte raison en était-il ainsi lors que les éléments constitutifs du corps avaient péri. L'anéantissement de la chair et des os apparaissait comme un obstacle insurmontable à la possession et à la jouissance d'une future béatitude. Déjà, la privation de sépulture était considérée comme la pire condition de l'âme errante et dolente, à plus forte raison le naufrage et l'incinération apparaissaient comme le sort le plus redoutable et le plus horrible. Pour être devenus chrétiens, tous n'avaient pas rompu avec les légendes du passé et celle-ci, entre autres, que les lecteurs d'Homère avaient puisée chez lui, que le trépas des noyés est chose particulièrement horrible, parce que l'âme est de feu et s'éteint pour toujours dans l'élément qui lui est contraire. Au Ve, cette croyance se rencontrait encore. L'évêque Synésius nous rapporte que, se trouvant sur un navire en péril de naufrage, « je ne pouvais me défendre de songer à Homère ; peut-être, pensais-je, il a dit vrai lorsqu'il expliqua que l'âme des noyés périt avec eux ». Parmi les passagers se voyaient des soldats qui se préparèrent au suicide en tirant leurs épées ; à ses questions ils répondirent que « dans un naufrage, mieux vaut jeter son âme au vent que de la perdre au fond des mers ; c'était là penser d'instinct comme le poète, et je les en approuvai. Sans doute, à cette époque, Synésius n'était encore ni évêque ni même converti, mais on voit quel chemin il avait à faire pour s'affranchir de l'opinion courante.
C'était de la part des païens un raffinement que de livrer les corps des martyrs à la destruction. Ils n'avaient pas été sans savoir que leurs victimes sanglantes déposées et vénérées faisaient l'objet d'un culte de la part de leurs coreligionnaires et ils s'imaginaient que cette perspective exaltait l'orgueil des suppliciés. « Ils s'imaginent, disaient-ils, qu'ils renaîtront plus tard et que leurs restes reprendront une nouvelle vie ; c'est pour quoi ils se dérobent au bûcher et à l'incinération. » — « Vous vous trompez, leur répliquait Minucius Félix, aucun mode de sépulture ne saurait nous empêcher de renaître ; nous suivons en inhumant les morts, l'ancienne coutume, qui est la meilleure. Quoi qu'on pût dire, l'opinion des païens était faite et nous voyons qu'à Lyon, en 177, les restes des martyrs furent exposés pendant six jours aux injures de l'air ; puis on les brûla, et leurs cendres furent jetées dans le Rhône afin que rien n'en subsistât plus. Les insensés croyaient ainsi vaincre la volonté du Très-Haut et priver les martyrs de la résurrection ; tout espoir de renaissance serait, disaient-ils, enlevé à ces hommes qui s'en encouragent et introduisent dans l'empire une religion étrangère, méprisant les tortures et courant joyeusement à la mort. Voyons s'ils pourront ressusciter, si leur Dieu leur prêtera secours et les arrachera de nos mains. » On pourrait se demander si, au XVe, une préoccupation analogue n'inspirait pas les bourreaux de Jeanne d'Arc qui, non contents de réduire son corps en cendres, jetèrent celles-ci dans la Seine.
Certains martyrs paraissent n'avoir pas été au-dessus de la terreur de l'anéantissement, ce serait le cas pour deux Africains, Montan et Lucius. L'idée d'être brûlés vifs troubla leur âme : « Lorsqu'on nous gardait en prison, ont-ils raconté eux-mêmes, nous apprîmes que le gouverneur avait décidé de nous faire brûler vifs. Mais Dieu, qui seul peut délivrer ses serviteurs des flammes, Dieu qui tient entre ses mains puissantes les paroles et les cœurs des rois, détourna de nous cette rage cruelle. Nous priâmes sans relâche et nous fûmes exaucés. La rosée du Seigneur éteignit le feu déjà prêt pour anéantir notre chair ; il étouffa l'ardeur de la fournaise. » Ceux-ci n'étaient peut-être pas tout à fait dégagés de l'appréhension inspirée par leur éducation, on peut croire qu'ils n'étaient pas seuls dans ce cas, mais nous savons que dès les premiers temps de l'Église, d'autres martyrs s'efforçaient d'inculquer par leur exemple la croyance en la résurrection de la chair.
On connaît la lettre célèbre d'Ignace d'Antioche aux habitants de Rome où il était conduit, sous Trajan, pour être livré aux bêtes : « J'exciterai les bêtes féroces pour que leurs entrailles me servent de tombeau et pour que rien de mon corps ne subsiste. Quand j'aurai disparu tout entier, c'est alors que je serai vraiment le disciple du Christ. Que les bêtes ne m'épargnent pas ainsi qu'elles ont fait pour quelques-uns ; si elles refusent de m'assaillir, je les y contraindrai par la violence. » Au siècle suivant, saint Pionius d'Antioche, cloué au poteau du bûcher et sommé, une dernière fois, de sacrifier aux dieux pour avoir la vie sauve, s'écrie : « Ce qui me fait surtout chercher la mort, ce qui me pousse à l'accepter, c'est qu'il me faut persuader à tout le peuple qu'il existe une résurrection. » C'était donner à la mort la valeur d'un enseignement suprême et, ainsi que le prêtre Pionius, l'évêque de Tarragone, Fructueux, montait au bûcher avec ses diacres « confiants en la résurrection ». Cette pensée avait besoin d'être inculquée et affermie parmi leur troupeau car le récit des actes porte qu'après sa mort, le martyr apparut aux fidèles. « Il fallait, lisons-nous, que la mort et la résurrection du saint devinssent un témoignage de la vérité des promesses faites par sa bouche au nom du Seigneur. Le juge païen vit de même ses victimes. Revêtues de la robe des bienheureux elles lui reprochèrent sa cruauté. « Tes fureurs ont été inutiles, lui dirent-elles, ceux dont tu as voulu détruire les dépouilles en ce monde sont vivants dans la gloire de Dieu. » Ceux qui écrivaient le récit de ces prouesses héroïques auraient cru manquer à leur devoir en taisant ces affirmations. On les voit insister avec complaisance sur les manifestations d'une intervention surnaturelle, destinée, dans leur pensée, à convaincre les fidèles que Dieu lui-même a rendu témoignage de la résurrection de ses saints. C'est ainsi que le corps de Pionius aurait été retrouvé sur le bûcher intact, ni les cheveux ni la barbe n'avaient été touchés par la flamme, les membres eux-mêmes paraissaient rafraîchis, la chair semblait plus rose. Même prodige à Héraclée où le corps du vieil évêque Philippe et de son compagnon Hermès étaient étendus parmi les cendres comme régénérés et éclatants de jeunesse.
Il va sans dire que ces exemples sont tirés de textes authentiques ; à mentionner les autres on ne finirait pas.
II. La réaction chrétienne. — Le christianisme dut lutter longtemps pour réformer ce préjugé, dissiper les craintes ridicules du Styx infranchissable, des rigueurs du nocher Charon dont les esprits cultivés s'amusaient depuis longtemps mais qui conservaient des partisans crédules parmi les foules. Celles-ci passaient au christianisme tout en frissonnant à la pensée que la destruction du corps pourrait bien réduire à néant l'espoir de la récompense promise. Certains en étaient, nonobstant leur conversion, à appréhender que la présence d'un cercueil par-dessus le leur les empêchât de ressusciter, car si le corps ne sortait du tombeau, l'âme ne pouvait recevoir la rémunération éternelle. On ne songe pas assez à ces difficultés que souleva l'instruction des foules et on peut en prendre une idée lorsqu'on lit ce passage chez l'apologiste Lactance : « Si le Seigneur Jésus a accepté le supplice de la mise en croix, c'est que son corps devait rester entier et que la mort, sous cette forme, ne mettait pas obstacle à sa résurrection : ut integrum corpus ejus conservaretur quum die tertio resurgere ab inferis oportebat. Comment de simples chrétiens auraient-ils eu la prétention d'échapper à la loi qu'avait dû subir le Christ ? On voit où on en était au commencement du IVe, mais au siècle suivant, saint Augustin était encore obligé d'instruire et de réconforter les fidèles après le sac de Rome par Alaric, en 410 : « Combien de chrétiens, me dira-t-on, n'ont pu dans cette tourmente, être mis au tombeau ? C'est là ce qu'une foi pieuse ne saurait guère redouter, car il est écrit que pas un cheveu de notre tête ne périra, et les bêtes qui dévorent un cadavre ne sauraient l'empêcher de ressusciter... Les gentils ne peuvent insulter aux chrétiens demeurés sans sépulture, car il nous est promis que non seulement la terre, mais tous les éléments dans le sein desquels le corps serait confondu, le rendront à la vie éternelle, quand viendra le jour fixé par le Très-Haut. » Les païens croyaient embarrasser les fidèles en leur posant de bizarres interrogations : « Les enfants non venus à terme, disaient-ils, renaîtront-ils comme les autres ? Sera-t-on tous de même taille, tous également maigres ou obèses ? Reviendra-t-on pour la vie éternelle avec ses imperfections physiques, ses cicatrices, comme le Christ sortit du tombeau avec les marques de ses plaies ? A qui appartiendra la chair d'un homme qu'un autre homme aura mangé ? Ressuscitera-t-on avec tous ses cheveux puisqu'il est dit : Capillus capitis vestri non peribit ? » C'étaient là des objections qu'avaient formulées un Tertullien : Hsec et nos risimus aliquando », ou encore un saint Grégoire le Grand : Multi enim de resurrectione dubitant, sicut et nos aliquando fuimus. Ce n'était pas chose exceptionnelle d'entendre mettre en doute la possibilité de reconstituer les éléments d'un corps évanoui. Grégoire de Tours avait rencontré un prêtre gaulois infecté de l'hérésie saducéenne, qui lui demanda comment « des os réduits en poudre pouvaient reprendre l'existence et former un être vivant. » L'évêque avait pu lui citer ce texte de saint Jean : « La mer rendra les morts ensevelis sous les eaux », et cette parole a trouvé une curieuse interprétation archéologique dans une ancienne mosaïque de Torcello, près de Venise. On y voit la résurrection et le jugement dernier. Au centre se trouve un ange sonnant de la trompette. A droite la mer représentée par une Amphitrite entourée de monstres marins dont chacun rend par la bouche un cadavre ; à la gauche, des lions et des fauves rejetant aussi des cadavres.
Un témoignage épigraphique nous montre que, même parmi les chrétiens de Rome, on admettait que le défaut de sépulture entraînait la privation de la résurrection : *TVS IACEAT NON RE SVRGEAT...* Une autre inscription, à Côme, est plus explicite encore (voir Dictionn., t. m, col. 2349-2350), vers la fin du VIe : ...adiuro vos omnes xpiani et te custode beati Juliani per Deum et per tremenda die judicii ut hunc sepulcrum nunquam ullo tempore violetur sed conservetur usque ad finem mundi ut posim sine impedimento in vita redire cum venerit qui judicaturus est vivos et mortuos...
Il fallait réagir, mais en instruisant et en gardant la mesure que certains dépassèrent. On vit donc, au VIe, des esprits excessifs solliciter comme une grâce de ne pas être ensevelis, mais enfouis, comme des animaux, dans les champs ou dans une rivière afin de témoigner de leur robuste croyance à la résurrection, quelles que pussent être les conditions de leur sépulture.
III. Témoignages Épigraphiques. — On pourrait dire que les mots xoiti.7j-nfipt.ov et depositio impliquent la croyance et l'attente de la résurrection des corps. Plus évidemment encore la formule de Thessalonique : Rome, entre 296 et 304, probablement en 303 : *HIC EST SEPULTVM DONEC RESVRCAT AB IPSO
Voir Dictionnaire, t. in, col. 3169, fig. 3449. Rome, épitaphe du pape Damase (366-384) :
Voir Dictionnaire, t. iv, col. 171, n. 9, ligne 6. Rome, 421-432.
De Rossi, Inscr. christ, urb. Romæ, t. n, lre part. (1888), p. 62.
Vienne, en Gaule. Inscription d'Irène, en 441.
...KAI ANASTAS[a£Toa EN TH HMCPA XPIC TOY CCXAMENOY (sic) Rome, Épitaphe d'Alexandra, en 449 :
Alexandra quæ recepta cœlo meruit occurrere xpo ad resurreclionem præmium œternum suscipere digna De Rossi, Inscr. christ, urb. Romæ, t. i (1861), p. 325, n. 745.
Sbeitla (= Sufetula) en Tunisie, dans une église, sur la tombe d'un prêtre. En plein milieu du vaisseau central, à la place d'honneur dans l'édifice, dalle de calcaire, hauteur : 1 m. 25 ; largeur : 0 m. 52 ; épaisseur : 0 m. 10, brisée en plusieurs morceaux se rejoignant, hauteur des lettres 0 m. 02 à 0 m. 025 ; la fin des lignes 3-7 a disparu par l'usure de la pierre ; conservée au musée du Bardo, à Tunis :
In nomine Patris et Fili(i) et Sp(iritu)s sancti, amen. Vitalis pr(e)sbyter), vi[tam reddi]di annis xxxviu re[q]ui[evi]... die. Hic positus pla[cida ?] pace, reserbor pulberi. Spes mihi ? mulla manet, nam ventnrum spero d(omi)n(u)m qui cuncta creavit tibi ut cinere[s] istos suscites ipse potens. H(a)ec est speciosor sole et super omnem s[t]ellarum dispositionem ; luci conparata, inbenitur prior, dum sit una omnium potens et in se permanens, omnia inno dans. Natus anno xxviu régis Gesiric pridie idus septembres.
Merlin, Note sur l'épitaphe d'un prêtre nommé Vitalis trouvée dans les ruines d'une basilique à Sbeitla, dans Comptes rendus de l'Acad. des inscr., 1914, p. 482-486. Vienne. Épitaphe de Severianus, en 491.
RESVRGIT IN XPO DMO
E. Le Riant, Inscr. chrét. de la Gaule, t. n, p. 109, n. 436. Chiusi.
Corp. inscr. lat., t. xi, n. 2583 ; Dictionnaire, t. m, col. 1401.
Rome. Épitaphe d'un cubiculaire de basilique, en 544 ou 533 :
CARO MEA
per XPM CREDO RESV SCitabitur De Rossi, Inscr. christ, urb. Rom., t. i, p. 497, n. 1087.
Revel-Tourdan. Épitaphe de Gundisclus, en 547.
XIONIS MESERECORDIAE XPI E. Le Riant, Inscr. chrét. de la Gaule, t. n, p. 151, pi. ccci.xxm, n. 467.
On la trouve plus fréquemment encore sur des inscriptions non datées :
ANIMA IN CARNEM REDEVNTE RESVRGET. De Rossi, Bull, di arch. crist., 1881, p. 19, Rome.
SVRGATIS PARITER CHRISTO PRAESTANTE BEATI. Corp. inscr. lat., t. ix, n. 5566, Tolentino.
EXP(e)CTAT CHRISTI OPE RVRSVS SVA VIVEfre] CARNE. Corp. inscr. lat., t. x, n. 7972, Alghero.
CREDO RESVRGERE. Corp. inscr. lat., t. x, n. 1377, 1380, Noie ; Capoue, n. 4525.
H. Leclebcq.
RÉSURRECTION DU SAUVEUR. — I. Le récit des synoptiques. IL Le récit de saint Jean. III. Résurrection et Apparitions. IV. Monuments.
I. Le récit des synoptiques. — Lors que le sabbat fut passé, Marie-Madeleine et Marie, mère de Jacques, et Salomé, achetèrent des parfums pour embaumer Jésus. Quand le premier jour de la semaine commençait à luire, Marie-Madeleine et l'autre Marie vinrent au sépulcre apportant les aromates qu'elles avaient préparés, et elles se disaient entre elles : « Qui nous retirera la pierre devant l'entrée du sépulcre ? » Et voici qu'il se fit un grand tremblement de terre, car un ange du Seigneur descendit du ciel, et s'approchant, il renversa la pierre et s'assit dessus. Son visage était comme l'éclair et son vêtement comme la neige. A cause de lui les gardes furent atterrés d'effroi et devinrent comme morts. Et en regardant, les femmes virent que la pierre, qui était fort grande, avait été roulée de côté. Alors l'ange, prenant la parole, dit aux femmes : « Ne craignez point, vous ; car je sais que vous cherchez Jésus qui a été crucifié. Il n'est point ici ; car il est ressuscité, comme il l'avait dit. Venez et voyez le lieu où le Seigneur avait été mis. » Étant entrées, elles ne trouvèrent point le corps du Seigneur Jésus, lit tandis qu'elles étaient saisies de frayeur et qu'elles baissaient le visage vers la terre, elles virent un homme assis du côté droit, vêtu d'une robe blanche, qui leur dit : « Hâtez-vous d'aller dire à ses disciples qu'il est ressuscité, et voici qu'il vous précède en Galilée, c'est là que vous le verrez, comme il vous l'a dit. » Elles sortirent aussitôt du sépulcre, avec crainte et avec une grande joie et s'enfuirent, car le tremblement de la peur les avait saisies, et elles ne dirent rien à personne à cause de leur crainte et coururent porter la nouvelle à ses disciples. Et voici que Jésus vint au-devant d'elles, en disant : « Je vous salue. » Elles s'approchèrent, et embrassèrent ses pieds et l'adorèrent. Alors Jésus leur dit : « Ne craignez point ; allez, dites à mes frères de partir pour la Galilée ; c'est là qu'ils me verront. » De retour du sépulcre, elles racontèrent toutes ces choses aux onze et à tous les autres.
Dans ce récit, saint Matthieu ne fait aucune allusion à Marie-Madeleine en particulier ; saint Marc nous apprend que Jésus apparut d'abord à Marie-Madeleine, saint Luc ne sépare pas Marie-Madeleine de Jeanne et de Marie, mère de Jacques (Matth., xxvm, 1-10 ; Marc, xvi, 1-8 ; Luc, xxiv, 1-10).
IL Le récit de saint Jean. — Le premier jour de la semaine, Marie-Madeleine vint au sépulcre dès le matin, comme les ténèbres régnaient encore ; et elle vit que la pierre avait été ôtée du sépulcre. Puis elle courut donc, et vint auprès de Simon-Pierre et de l'autre disciple que Jésus aimait. Et elle leur dit : « Ils ont enlevé le Seigneur du sépulcre et nous ne savons où ils l'ont mis. » Pierre sortit donc avec cet autre disciple, et ils allèrent au sépulcre. Ils couraient tous deux ensemble ; mais cet autre disciple courut plus vite que Pierre, et arriva le premier au sépulcre, et s'étant baissé, il vit les linges posés à terre, cependant il n'entra pas. Simon-Pierre, qui le suivait, vint aussi, et entra dans le sépulcre, et il vit les linges posés à terre, et le suaire qu'on avait mis sur sa tête, non pas posé avec les linges, mais roulé à part dans un autre endroit. Alors l'autre disciple, qui était arrivé le premier au sépulcre, entra, il vit et il crut... Ils s'en retournèrent chez eux. Cependant Marie se tenait dehors, près du sépulcre, pleurant, lit tout en pleurant, elle se baissa et regarda dans le sépulcre, et elle vit deux anges vêtus de blanc, assis l'un à la tête, l'autre aux pieds, à l'endroit où avait été déposé le corps de Jésus. Ils lui dirent : « Femme, pour quoi pleures-tu ? » Elle leur dit : « Parce qu'ils ont enlevé mon Seigneur et je ne sais où ils l'ont mis. » Ayant dit cela, elle se retourna et vit Jésus debout, mais elle ne savait pas que ce fût Jésus. Il lui dit : « Femme, pour quoi pleures-tu ? Qui cherches-tu ? » Pensant qu'il était le jardinier, elle lui dit : « Seigneur, si c'est toi qui l'as enlevé, dis-moi où tu l'as mis et je l'emporterai. » Jésus lui dit : « Marie ! » Elle se retourna et lui dit : « Habboni » (c'est-à-dire « Maître »). Jésus lui dit : « Ne me touche pas, [ou mieux : Ne me retiens pas], car je ne suis pas encore monté vers mon Père. Mais va vers mes frères et dis-leur : « Je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu. » Marie-Madeleine vint annoncer aux disciples : « J'ai vu le Seigneur et voici ce qu'il m'a dit » (Joa., xx, 1-18).
III. Résurrection et apparitions. — Les évangélistes nous rapportent une suite d'événements dont la discussion appartient aux exégètes. Nous n'avons ici qu'à décrire les monuments figurés de l'antiquité chrétienne qui visent à interpréter les scènes qu'on vient de décrire. C'est un fait digne d'attention que l'art chrétien primitif, celui des catacombes et de la renaissance constantinienne, s'est abstenu de représenter aussi bien la crucifixion que la résurrection. Celle-ci, semble-t-il, aurait dû inspirer les peintres, les mosaïstes, les sculpteurs, il n'en fut rien et la raison n'est pas claire, car cette représentation à la fois consolatrice et triomphale paraissait s'imposer à leur imagination et à leur effort. On s'est posé la question de savoir comment la résurrection s'était faite. Il n'est guère probable que l'ignorance de ce mystère ait détourné les artistes d'en essayer une figuration plus ou moins symbolique. Le Moyen Age n'avait pas plus de lumières qu'eux-mêmes sur ce point et il y a heureusement suppléé en montrant le Sauveur debout, surgissant d'une tombe entr'ouverte parmi l'éclat des rayons lumineux. Rien de semblable dans l'antiquité chrétienne et ce sont les arts mineurs qui, seuls, se sont essayés à figurer les scènes que décrivent les évangiles et ces scènes se ramènent toutes à la visite des saintes femmes au tombeau, par conséquent aux apparitions du jour de Pâques.
IV. Monuments. — Il semble que, dès le v » siècle, un type fut admis dans l'iconographie chrétienne, celui de la visite des saintes femmes au tombeau du Christ1. Nous le rencontrons dans trois catégories principales de monuments : les miniatures, les ivoires, l'orfèvrerie. Pour les miniatures, le monument le plus ancien et le plus remarquable est l'évangéliaire de Rabula, écrit et enluminé au monastère de Zagba en Mésopotamie, en 586 (voir Dictionnaire, t. xiv, au mot Rahula). Si on veut bien se reporter à la représentation donnée (voir Dictionnaire, t. m, col. 3075, fig. 3380) on verra la scène interprétée de façon très claire. Au centre, un édifice devant lequel trois soldats sont bousculés ou terrassés, c'est l'épisode décrit par saint Matthieu ; à gauche, l'ange assis adresse la parole à deux femmes ; à droite, ces mêmes femmes sont prosternées aux pieds du Sauveur. Les arbres du fond montrent que la scène se déroule dans un jardin, celui de Gethsémani.
Évidemment, cette apparition interprète le texte des synoptiques où nous avons lu que Jésus vint au-devant des saintes femmes.
Quant à la boîte de bois à couvercle peint faisant partie du trésor du Sancta Sanctorum, elle appartient au Xe 2. figure est étroitement associée à l'histoire du labarum (voir ce mot). Cela parut trop simple et on proposa d'y voir le rappel de la victoire du Christ sur la mort, de l'Église sur le paganisme, plutôt que le mystère de la résurrection. Mais de cet usage devait naître l'idée de représenter la résurrection elle-même. La transition serait faite par un sarcophage conservé à Rome, au palazzo Cesi, sarcophage déjà connu de Bosio.
Devant le symbole ordinaire et à sa base, on voit Jésus ressuscité se faisant adorer par les saintes femmes. De là on est venu à représenter la résurrection elle-même suivant trois types anciens : le sarcophage d'Honorat (voir Dictionnaire, t. v, col. 2468, fig. 4713, en bas, à gauche) et de Saint-Celse à Milan (voir Dictionnaire, t. xi, col. 1070, fig. 8067, il ne s'agit pas de la résurrection, mais de l'incrédulité de saint Thomas) ; l'autre dans l'ivoire de Munich (voir Dictionnaire, t. i, col. 2929, fig. 988) ; le troisième dans les ampoules de Monza. L'élément commun et caractéristique de ces trois types est le tombeau du Christ, autour duquel s'ordonne la composition. Les ampoules de Monza-Bobbio concordent dans une certaine mesure avec les renseignements des pèlerins sur les constructions constantiniennes vers l'époque du ve-VIe. L'ivoire de Munich offre un caractère hellénistique indéniable. Le tombeau a la forme d'un cube sur lequel pose un tambour soutenant une coupole, et on soutient qu'il n'existait de monuments de ce type qu'en Gaule : le trophée de la Turbie, le monument des Juifs, la tour d'horloge à Aix, d'autres revendiquent une origine orientale, particulièrement l'Asie Mineure. Peut-être serait-il permis de rappeler que le cube et le tambour ont bien quelque chose à voir avec le phare d'Alexandrie.
Enfin, à l'extrême limite chronologique de nos études nous devons accorder une mention aux miniatures du célèbre psautier Chludof (voir Dictionnaire, t. XIV, col. 1962). L'iconographie chrétienne connaît trois manières de représenter la résurrection : 1° les saintes femmes au tombeau ; 2° la descente aux enfers (voir Dictionnaire, t. IV, col. 682) ; 3° Jésus surgissant d'un sarcophage. Ces compositions se sont formées successivement dans l'art byzantin pendant une durée de plusieurs siècles, cependant elles se rencontrent toutes sur les miniatures du psautier Chludof. Les saintes femmes n'y sont représentées qu'une seule fois, mais le tombeau lui-même s'y voit assez souvent avec David, prédisant la résurrection du Sauveur. Le Christ ressuscité est représenté deux fois à l'entrée ou à côté de l'édicule sépulcral. Une miniature nous montre enfin Jésus au moment même de la résurrection, cherchant à se soulever d'une banquette à l'intérieur du tombeau et ceci nous paraît être le plus curieux effort tenté pour atteindre l'instant de la résurrection.
H. Leclercq.
REVOCARE IVI ISSAM. — On lit dans la Vie de saint Germain de Paris, par Venance Fortunat, c. LX : Accidit ut sanctus vir Germanus remeans de Namnetico, domum Nnmichi illustris illustraret vestigio. De cujus veste matrona raplo fideliter filo recondit in oratorio, quœ valeludinem inruens, vigiliis in honore sancti sollemniter celebratis ac missa revocata, de pressenti curata est. On lit de même dans la Vie de sainte Radegonde, c. XIV : Quid egeril circa sancti Martini alria, tempia, basilicam, flens, lacrymis insatiata, singula jacens per limina, ubi missa revocata, vestibus et ornamento, quo se clariori cultu solebat ferre in palalio, sacrum componit altare. Le sens de cette expression missa revocata a attiré l'attention de Du Cange et de Mabillon qui ont conclu à missam explere, complere ou expletam reddere. Le mot missa venait de missio ou dimissio qui signifie le renvoi de l'assistance, et saint Avit dit à ce propos : A cujus proprietale sermonis, in ecclesiis, palatiis que sive prœtoriis, missa fieri pronuntiatur, cum populus ab observatione dimiltitur. Un texte de Grégoire de Tours est bien clair : sa mère est avertie surnaturellement d'avoir à contribuer à vaincre le fléau de la peste inguinaire en assistant à la vigile de saint Bénigne et en faisant célébrer une messe : Vade et vigila totam noctem in honore, ac revoca missas et liberaberis a plaga2 ; on sait que cette locution est fréquente chez Grégoire de dire que les laïques célèbrent des messes : Si qui nunc frigorilici in e jus honore [de saint Sigismond] missas dévote célèbrent, ejus que pro requie Deo ofjeranl oblalionem ; stalis compressis tremoribus, restinctis febribus, sanitali pristinœ restaurantur 3. Aussi célébrait-on la messe pour le repos de l'âme de ceux qu'on estimaient déjà entrés dans la gloire et la liturgie mozarabe prie pro spiritibus pausanlium, c'est-à-dire pour rendre grâces à Dieu de leur salut. Dans un autre passage, le même Grégoire de Tours fait usage du mot « célébrer » en parlant d'une femme qui per annum inlegrum assidue orationi vacabat, celebrans quolidie missarum sollemnia et o/Jerens oblalionem pro anima viri, non di/Jisa de Domini misericordia, quod haberet dejunclus requiem, in die qua Domino oblalionem pro ejus anima delibasset : semper sextarium Gazeti vini prsebuil in sacrificium basilicœ sanctœ '. Ce qui suit n'est pas moins important : Sed subdiaconus nequam réservons gulœ Gazetum, acetum vehemenlissimum ofjerebat in calice, muliere non semper ad communicandi gratiam accedente. Ainsi donc, chaque fois qu'elle faisait offrir le saint sacrifice pour son mari, elle ne communiait pas, quoiqu'elle y assistât, et Grégoire appelle cette assistance celebrare. Mais ici se pose la question de savoir ce que devenait le contenu du calice ministériel si la femme ne communiait pas, et que le prêtre ne consommait lui, que le vin consacré dans son propre calice. Usait-on de deux calices, un pour le prêtre, un autre pour la communiante prévue ? Mabillon avoue : non capio ; mais on peut s'en tenir là et remarquer simplement que, pour Grégoire, celebrare a le même sens que revocare dans le texte où il parle de sa mère et nous retrouvons encore ce même sens dans le testament de saint Yriex, affirmant par le corps et le sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ et les mérites de tous les saints : Ut in oratorio sancti Hilarii in cella mea, quinla jeria omni tempore maturius matutina et missa revocetur.
H. Leclercq.
REVUE ARCHÉOLOGIQUE. Fondée en 1844 et désormais centenaire, a publié des travaux, des bibliographies et des inscriptions auxquels il faut rendre un hommage d'admiration et de reconnaissance.
H. Leclercq.
REVUE DE L'ART CHRÉTIEN. — Fondée par l'abbé J. Corblet en 1857, disparue en 1914, avec son volume LXIV. Pas plus que nous n'avons donné un aperçu des richesses archéologiques contenues dans les Annales archéologiques de E. Didron et dans le Bulletin archéologique du Comité des travaux historiques ou dans le Bulletin monumental d'Arcisse de Caumont, nous ne pouvons entreprendre ici un dépouillement fort utile à la science, mais qui ne différerait pas d'une table des matières et, par conséquent, ne doit pas trouver sa place ici. Nous devons à ce recueil un souvenir reconnaissant pour tout ce qu'il nous a appris et les services qu'il nous a rendus.
H. Leclercq.
RHÉNANIE. — I. L'habitat. II. Vestiges chrétiens. 1. Aix-la-Chapelle. 2. Bonn. 3. Cologne. 4. Guttingen. 5. Mayence. G. Mungersdorf. 7. Xanten. III. Bibliographie.
I. L'habitat. — Le fleuve qui traverse l'Europe occidentale dans la direction du Sud au Nord, depuis la Suisse jusqu'à la Hollande a été, de temps immémorial, une frontière. Les pays qu'il traverse n'ont jamais pu former, au cours des âges, une patrie unique, d'une rive à l'autre du Rhin, l'antagonisme fut irréductible. Dès avant notre ère, César et Strabon assignent au Rhin la fonction de frontière orientale de la Gaule. César estime que toute bande de Germains qui se transporte sur la rive gauche du fleuve pénètre en Gaule ' et Strabon écrit que « la Gaule transalpine a pour limite orientale le cours du Rhin 2 ».
Après la conquête de la Gaule et sa division en provinces, Rome, ayant renoncé à la conquête de la Germanie, fixa au Rhin la frontière de l'empire. Au Ier siècle après J.-C. on construisit une solide barrière, le limes (voir Dictionnaire, t. IX, à ce mot) dans les pays du Rhin et du Neckar, mais cette muraille dut être appuyée par les camps légionnaires échelonnés le long du fleuve depuis Augst jusqu'à Nimègue, à Strasbourg, Mayence, Bonn, Cologne, Neuss et Xanten. En renonçant à la Germanie, Rome ne put se résoudre à effacer ce nom de sa nomenclature provinciale et continua à l'infliger à des pays demeurés étanches à l'influence germanique ; elle satisfit sa vanité en conservant une Germanie supérieure comprenant l'Alsace avec une partie de la Suisse et de la Franche-Comté, et une Germanie inférieure s'étendant jusqu'aux pays de Tongres, de Liège et de Namur, toutes régions dont les populations étaient demeurées exclusivement gauloises. Le Rhin demeura néanmoins la véritable frontière.
Aussi longtemps que cette frontière ne fut pas franchie, la Gaule connut la paix et la sécurité. A partir du IIIe et du IVe, des bandes réussirent à traverser le fleuve, les unes furent exterminées, d'autres furent autorisées à s'établir sur certains territoires de l'empire. Au début du Ve, la catastrophe survint, le Rhin céda sur tout son cours.
La rupture de cette frontière entraîna des conséquences plus que temporaires, elle ouvrit une ère nouvelle dans l'histoire de l'Europe occidentale. On vit dès lors pendant des siècles, suivant ce qu'a dit Ern. Babelon, « la lutte de deux éléments contraires, de deux principes de civilisation qui n'ont jamais pu s'accorder, le romanisme et le germanisme... L'un formé de culture gréco-latine, dont les peuples occidentaux sont imprégnés jusqu'à la moelle ; l'autre, engendré par la forêt germanique et sur lequel la culture gréco-latine est toujours demeurée un vernis superficiel, un luxe de lettrés et d'érudits pédants. La limite géographique de ces deux types de civilisation, c'est le Rhin. » perte de vue entre le pays qui s'étale du Rhin à la Meuse et celui que sillonnent les eaux noires et salées de la Ruhr, de la Lippe et de leurs affluents. Si donc la nature a fait du Rhin une tranchée stratégique, son cours ne crée pas un obstacle continu au passage des hommes. C'est la géographie humaine qui lui a donné son rôle capital dans l'histoire de l'Europe, en un mot ce qui diffère d'une rive à l'autre du fleuve et dans les régions qui s'en éloignent de plus en plus, ce n'est pas la géographie physique, c'est l'habitat.
L'habitat, et par suite l'état social, sont tout différents à l'ouest du Rhin. La Gaule, dès l'antiquité, fait contraste avec la Germanie. Nonobstant la présence de vastes forêts, son sol fertile est riche, son relief facilite la circulation, son climat est presque partout tempéré, sa civilisation déjà ébauchée a progressé rapidement et la richesse a suivi. Sa faiblesse est dans l'incapacité à établir l'unité politique et les discordes des civitates, leurs rivalités affaiblissent la Gaule mais sans ruiner l'unité nationale ni dissocier le patriotisme gaulois. Patriotisme fondé sur la communauté de langue, de cultes et de traditions. Première fois aux regards de l'historien sous les traits des Cimbres et des Teutons ; puis ce furent les compagnons d'Arioviste. Jusqu'au moment où Rome dressa en avant et le long du Rhin une solide barrière contre la poussée des Germains, leurs incursions en Gaule furent, pour ainsi dire, incessantes : la rive gauche du Rhin était pour eux la Terre promise, où ils espéraient donner satisfaction à leurs appétits matériels, à leurs convoitises brutales, à leur goût inné pour le pillage et pour le meurtre 1. » II. Vestiges chrétiens. — Nous avons déjà rencontré et étudié les antiquités chrétiennes de quelques villes de la Rhénanie dans le Dictionnaire, et nous avons eu l'occasion de dire que l'étude n'en était pas très avancée, sauf pour l'épigraphie. Au cours des vingt dernières années des fouilles et quelques trouvailles ont ajouté un peu à ce que nous savions touchant le christianisme primitif dans la région des bords du Rhin et de la Moselle. Il ne faut, toutefois, rien exagérer et les découvertes faites à Bonn, en 1928, de la crypte de la basilique des saints Cassius et Florentius ; à Cologne, d'un cimetière antique autour de Saint-Séverin ; à Trêves, de l' « enceinte sacrée » des sanctuaires païens détruits au IVe ; à Xanten, en 1933, d'un martyrium sous le chœur de l'église de Saint-Victor, appartiennent à la catégorie des événements archéologiques de moyenne importance. Ces trouvailles présentent de l'intérêt, c'est tout.
On savait depuis longtemps que la rive droite du Rhin fut évangélisée principalement à l'époque franque, voici de nouvelles preuves que la civilisation romaine s'implanta de bonne heure sur la rive gauche et y laissa des traces profondes dans le sol, traces que les invasions du ve et du VIe n'arrivèrent pas à effacer complètement. À cette époque la culture romaine persistait dans les villes. Ce n'est pas l'unique résultat obtenu ; il en est un autre qu'on ne saurait négliger et qui intéresse la question de l'organisation des communautés chrétiennes et de la hiérarchie placée à leur tête. On constate donc qu'à l'époque mérovingienne les cadres de l'Église catholique se superposent assez exactement à ceux de l'administration romaine et qu'il est légitime de faire remonter plus haut que la période franque l'existence des diocèses et même celle des métropoles. Ceci n'entraîne pas la conséquence qu'il faille se représenter ces organisations suivant le type évolué et complet qu'elles auront plus tard, ni partager les vues excessives de ceux qui placent aux temps romains l'origine d'un grand nombre d'églises paroissiales. Mais à travers les bouleversements qui marquèrent le déclin de Rome, une tradition s'est transmise et continuée. Charlemagne s'appliqua à la faire revivre, il rêva du rétablissement de l'empire romain et la Rhénanie, plus que toute autre province, profita des efforts et des largesses qu'il consacra à cet effet. Sur ce point se conserva vivace la civilisation carolingienne.
La cathédrale d'Aix-la-Chapelle succéda à des constructions romaines et franques, notamment à une basilique servant de chapelle au palais des mérovingiens dont le plan a été reconstitué.
Grâce à la Vie de Charlemagne par Einhard nous sommes bien renseignés sur la construction, et son récit se trouve illustré par des inscriptions, des annales, des chroniques, ou même encore par les contes du moine de Saint-Gall.
C'est en 786 que Charlemagne choisit Aix comme capitale, il y fait construire un palais et une chapelle, celle-ci située à l'extrémité d'une vaste cour rectangulaire reliée au palais par deux galeries. Commencée peu avant 796, elle est terminée en 865 et, le 6 janvier de cette année, le pape Léon III en fait la dédicace en l'honneur du Saint-Sauveur et de Notre-Dame. Einhard et Anségise dirigeaient, Eu des de Metz conduisait l'œuvre. Autour du tambour du dôme, sur la muraille, entre les grandes arcades et les baies des tribunes on lisait une inscription en lettres rouges à la gloire de Charlemagne qui mourut et fut enterré le 28 janvier 814 (voir Dictionn., t. m, col. 717-718, flg. 2636).
En 817, la galerie de bois qui mettait en communication la chapelle et le palais s'effondra ; en 829, le bâtiment fut ébranlé par des mouvements sismiques ; en 881, la chapelle est transformée en écurie par les Normands ; rendue au culte, elle n'a plus à subir depuis que des embellissements et des restaurations qui ont gravement altéré l'aspect primitif, le seul dont nous ayons à nous occuper.
C'est un édifice à deux étages pour la conception duquel Charlemagne évoqua les souvenirs de ce qu'il avait vu dans ses voyages en Italie. L'architecte s'inspira de Saint-Vital de Ravenne et des Saints-Serge-et-Bacchus de Constantinople, mais sans s'y asservir. « C'était, a-t-on écrit 2, un architecte remarquable. S'il s'inspire, dans ses grandes lignes, des modèles byzantins, il parvient par des moyens plus simples à un effet plus grandiose. Il eut notamment l'idée d'étrésillonner la coupole et le tambour octogone central par les voûtes en berceau rampant des tribunes ; il obtenait en outre ainsi de hautes et vastes baies — 11 m. 40 de haut, tandis que le mur extérieur ne mesure que 8 mètres — qu'il décora en s'inspirant d'ailleurs de modèles anciens, de la manière la plus heureuse.
« Le plan est très simple : un octogone central, enveloppé d'un bas-côté à seize pans, le doublement des pans facilitant le voûtement du bas-côté. À l'Ouest, un narthex surmonté d'un clocher carré flanqué de deux tourelles d'escalier ; à l'Est, un chœur peu profond, à chevet plat. L'ensemble mesurait 29 m. 50 de l'Est à l'Ouest, et 11 m. 40 du Nord au Sud. Sur le bas-côté, de hautes et larges tribunes entouraient l'édifice ; elles communiquaient à l'Ouest par une triple arcade portée par des colonnes et supportant un second ordre de colonnes — l'ensemble a été refait à l'époque moderne — avec la loge de l'empereur, ouvrant à l'extérieur par une grande baie à balcon d'où il pouvait haranguer le peuple, remplacée plus tard par une fenêtre gothique. En avant de la loge, sur le sol de la tribune, se dressait, élevé sur plusieurs marches, le fauteuil d'où Charlemagne pouvait suivre l'office à l'autel du chœur.
« Les bas-côtés sont couverts de voûtes d'arêtes sur plan carré, encadrées par des doubles aux et alternant avec des voûtains triangulaires ; sur les tribunes, des berceaux, montant en rampant vers le tambour octogone qu'ils épaulent, alternent avec les voûtains triangulaires ; seuls ceux de l'axe est-ouest sont horizontaux, et prolongent, l'un, la voûte en berceau de la loge de l'empereur, l'autre, la voûte du chœur. Les grandes arcades du rez-de-chaussée, en plein cintre, ne sont pas moulurées, non plus que les arcs des baies des tribunes, mais les piles sur lesquelles elles reposent sont ornées d'un tailloir à profil dorique, en doucine, que l'on retrouve également aux abaques des colonnes garnissant les baies des tribunes. Ces colonnes sont disposées en deux ordres superposés de deux colonnes ; les colonnes inférieures portent trois arcades, et les colonnes supérieures semblent porter directement l'arc de la baie, mais en réalité leur rôle est uniquement décoratif, et elles ne concourent en rien à l'équilibre de la construction.
« L'édifice s'élève sur de puissantes fondations, larges de 2 mètres et hautes de 5 mètres. Les murs, épais de 1 m. 60, sont construits en petits matériaux allongés, irréguliers, noyés dans du mortier. Les angles extérieurs du polygone et le tour des fenêtres, les arêtes des voûtes — les voûtes elles-mêmes sont en blocage — sont en pierres d'appareil plus grandes, de couleur grise et bleue, provenant de Raeren et de Namur. Chaque angle de l'octogone, dont le mur n'a plus qu'un mètre d'épaisseur, est accosté de deux pilastres formant contreforts, de peu de saillie, et surmontés de beaux chapiteaux antiques, corinthiens, en marbre blanc. À l'intérieur, les arcs secondaires sont composés alternativement de pierres et de briques plates ; les piles et l'ossature sont en pierres de grand appareil régulièrement taillées, qui proviendraient des fortifications de Verdun démantelées par Charlemagne '. Les colonnes 2 des baies des tribunes, de granit, marbre et porphyre — quelques-unes sont modernes — surmontées de chapiteaux en marbre de Carrare — la plupart sont modernes et ont été copiées sur les chapiteaux du Panthéon 3 — avaient été enlevées à des monuments antiques ; plusieurs, provenant de Rome et de Ravenne, avaient été expédiées en cadeau d'amitié par le pape Hadrien à l'empereur4. D'ailleurs il subsistait encore dans les environs mêmes, à Cologne, à Trêves, à Reims, dans les ruines si nombreuses des grands monuments romains, des colonnes, des chapiteaux, des marbres précieux, où l'empereur pouvait puiser pour la décoration de sa chapelle.
« Le décor intérieur n'avait rien de l'éclat parfois exagéré des monuments byzantins : sa beauté reposait uniquement sur la valeur de la ligne et le choix des matériaux. Seule, la coupole était entièrement décorée d'une grande mosaïque représentant l'assemblée des vingt-quatre vieillards de l'Apocalypse acclamant le Fils de l'Homme assis dans un ciel étoilé (voir Dictionn., t. xii, col. 171, fig. 8488). Au-dessous, l'étage central avec ses beaux grès rouges et blancs, ses riches colonnes de granit et de porphyre, ses grilles de bronze doré ; en bas les grands piliers aux tailloirs moulurés à l'antique, montrant les belles assises de pierre nue, alors libres de ces lourds revêtements de mosaïque et de marbre qui les étouffent, formaient un ensemble d'une beauté noble et mâle, digne de celui qui dictait les capitulaires et organisait la civilisation en Occident.
« Il est intéressant de noter avec quelle habileté l'architecture sut user du métal dans le décor architectural. Les grilles d'appui des tribunes, toutes d'un dessin varié, exécutées sans doute sur place subsistent encore, comme quelques-uns des vantaux de porte — deux grands et six petits — qui, ici comme au palais d'Ingelheim, étaient de bronze, ornés seulement de quatre, six ou huit panneaux plats encadrés de bordures de feuilles antiques et d'oves, et au milieu d'une tête de lion.
« Quelques peintures réchauffaient çà et là les murs : la loge de l'empereur en était tapissée ; sur les murs des bas-côtés et des tribunes étaient tracées au pinceau, d'une main ferme, prodigieusement habile, qui fait penser à celle qui traça les dessins des manuscrits de l'école de Reims, et en particulier du psautier d'Utrecht (voir Dictionn., t. xi, au mot Miniatures, col. 1344-1357), de rapides esquisses de personnages isolés, hommes, femmes, enfants, ne formant pas un ensemble suivi, ou du moins ne paraissant être rattachés les uns aux autres que par des liens encore inexpliqués. On en a retrouvé des fragments sous les stucs du XVIIe.
« Le sol était tapissé d'un pavage en mosaïque enlevé à Ravenne, dont on a retrouvé les débris lors des dernières fouilles.
« La façade occidentale était précédée d'un atrium dont il ne subsiste plus rien que les fondations enterrées dans le sol. C'était un rectangle long de 36 mètres et large de 16 mètres, entouré de galeries aux arca des portées par des colonnes alternant avec des piliers. Au milieu s'élevait la fontaine surmontée d'une ourse assise, magnifique pièce hellénistique, peut-être apportée dans la région par les romains eux-mêmes et recueillie par l'empereur. Ces portiques et l'atrium disparurent au XVIe. » 2. Bonn. — L'origine de la ville remonte à un camp romain chargé de la garde du pont sur le Rhin. Des fouilles ont mis au jour les traces du camp, vers l'emplacement des casernes actuelles, au nord de la ville et, dans la ville même et le long du Rhin, des restes d'habitations. On a retrouvé surtout de vastes cimetières le long de la route de Coblence au sud de la ville et de la route de Cologne au nord-ouest.
On attribue à l'impératrice sainte Hélène la fondation de l'église de Bonn, en 310, sous le vocable des saints Cassius et Florentius, soldats de la légion thébaine mis à mort à Bonn en 284, comme certains de leurs compagnons le furent vers le même temps à Agaune, à Cologne et à Xanten. On sait fort peu d'histoire sur leur compte et sur celui des premiers établissements chrétiens, aussi les découvertes archéologiques faites en 1928 n'en ont-elles que plus d'importance en ce qu'elles permettent de combler notre ignorance.
Bonn possède une belle église romane dédiée aux deux martyrs, signalée par les textes en 788 et incendiée par les Normands en 881, relevée au XIe. Sous le choeur de la basilique romane se trouve une vaste crypte à trois nefs, avec transept et abside, couverte par une voûte. A la partie antérieure de la crypte, vers l'Ouest, se trouve sous le pavement une autre crypte beaucoup plus petite et aussi beaucoup plus ancienne, ayant appartenu à un édifice sacré antérieur à l'église actuelle. Cet hypogée est orienté dans la même direction Est-Ouest que la crypte et la basilique. Sous le pavement de l'hypogée et en partie couverts par ses murs ont été conservés in situ trois sarcophages en pierre façonnée sur les lieux mêmes et un quatrième sarcophage plus récent muré de briques. Ces sarcophages ont reçu une orientation différente de celle de l'hypogée, du Sud-Ouest au Nord-Est. Il est évident qu'on a voulu respecter la position positive des sarcophages quand on construisit l'hypogée voûté.
Place et le témoignage d'Einhard est formel : Plurioue pulcritudinis basilicam Aquisgrani exstruxii auro que et urgento et lumlnaribus at que ex trre solido cancellis et jiumis adornavit, c. xxvi. ils y demeurèrent jusqu'en 1166 lors que l'archevêque Renaud de Dassel fit transporter dans la basilique les corps de saint Gassien et de ses compagnons. Mais il demeure certain que ces sarcophages furent la sépulture primitive des martyrs (fig. 10622). La plus ancienne attestation de leur culte remonte à l'année 694 dans un acte de donation faite à la basilica sanctorum Cassi et Florentii socioriûn eorum sub oppido Castro Bonna, attestation importante en ce qu'elle prouve que dès le VIIE une église était dédiée aux saints et qu'ils y étaient l'objet d'un culte.
Dans l'été de 1928 on pratiqua des sondages dans le pavement de la crypte romane actuelle en vue de rechercher l'emplacement et la forme du chœur primitif roman antérieur au chœur actuel. Ce fut alors qu'on découvrit deux sarcophages romains orientés dans la même direction que les sarcophages du petit hypogée, et un autel votif romain avec des ornements. Ces premiers résultats décidèrent à étendre les fouilles à tout le pavement de la crypte et même à la place au-delà de sous le pavement de la crypte de l'église de Bonn.
D'après Riv. di arch. cristiana, 1932, t. ix, p. 153, fig. 2. la Collégiale. On ne put que s'en féliciter par la découverte d'un vaste cimetière contenant des cercueils de pierre, tous déposés sur le sol et suivant la même orientation, identique à celle des trois sarcophages romains trouvés dans l'hypogée. Il y eut ainsi plus de quatre-vingts cercueils romains et francs. Quelques-uns seulement dirigés vers l'abside de crypte étaient d'époque postérieure et orientés dans la direction Est-Ouest. La forme, la décoration et la matière de ces tombes, le mobilier funéraire qu'elles contenaient permirent de fixer l'époque de la petite nécropole qui fut en usage depuis les environs de l'an 300 jusqu'au IXe. Les cercueils romains sont ornés de lignes géométriques, les cercueils francs, en pierre calcaire, présentent des lignes entrelacées.
L'usage d'inhumer en ce lieu, situé à une distance moyenne d'un kilomètre au sud du castrum romain, doit être antérieur à l'an 300. On a trouvé dans le voisinage de l'hypogée, sous la crypte, des restes de murailles très légères qui entouraient un espace de 3 m. 20 de long sur 1 m. 70 de large. Dans cet espace se trouvaient in situ deux cubes de maçonnerie dont l'un est complètement intact et mesure 0 m. 80 de hauteur et de largeur. Sur la face supérieure de ce cube était fixé un vase de terre et à côté un anneau de 0 m. 17 de diamètre tracé sur la chaux. Ce cube avait été maçonné avec des matériaux à portée et ayant déjà servi, particulièrement un autel votif daté de l'an 226 après J.-C. Le cube fut donc façonné après cette date et peut appartenir à la deuxième moitié du IIIe (fig. 10623). Ces cubes sont probablement des mensee (voir Dictiunn., t. ix, à ce mot) destinés au saint sacrifice ou au banquet funèbre en l'honneur d'un défunt. Après l'an 300 cet espace n'aura plus dû servir, c'est pour quoi un sarcophage romain du cimetière fut placé sur le mur est qui, en cette circonstance, fut en partie détruit.
En relation directe avec le cimetière on trouva un édifice plus grand, régulier, formant une vaste salle rectangulaire de 13 m. 90 de long sur 8 m. 90 de large, orienté dans la même direction que les sarcophages. Il est visible que lors de la construction on a veillé à ne pas déranger les tombes. L'entrée semble se trouver au Nord-Est. Les fondations des murs sont faites en grande partie de monuments païens votifs, principalement des cippes et des autels carrés, au nombre de plus d'une centaine, entremêlés de sculptures et d'inscriptions. Un grand nombre parmi ces stèles sont dédiés aux Malronœ ou Maires dont le culte était si répandu dans ces régions de la Germania inferior.
Les symboles de la croix et du monogramme du Christ à deux endroits du pavement, la disposition de l'édifice, les tombes alignées dans le sol, tout cet ensemble ne laisse subsister aucun doute que c'était une église cimétériale chrétienne. Le remploi de tous ces monuments votifs prouve qu'au moment de la construction la victoire du christianisme était acquise (fig. 10624). Les autels votifs entrés dans les fondations appartiennent à la période 164-260 après J.-C ; dans les restes de murs et le pavement on a trouvé des monnaies de Constantin le Grand et ses successeurs, entre 330 et 378, aucune monnaie n'est postérieure à cette année. De plus on a relevé une plaque de marbre portant un chrisme flanqué des lettres A G.« ; tous ces indices nous conduisent au dernier quart du IVe ou au début du ve. On se trouve ici sur l'emplacement de la basilique primitive des martyrs et ses dépendances immédiates. t. xxxviii, 1930, p. 133-151 et 7 pi. ; J.-P. Kirsch, Un cimitero romano con chiesa cimiteriale del iv* e Ve secolo scoporio a Bonn sul Reno, dans Rivista di arch. crisl., t. ix, 1932, p. 151-158 ; J. Sauer, Fruhchrislliche Funde in Deutschland aus den letzlen 25 Jahren, dans Atti del III congresso inlernazionale di archeologia cristiana, 1934, p. 172-175. crist., Inscription gravée sur une plaque de marbre ; long, 0 m. 735 ; larg. 0 m. 56 ; épaiss. 0 m. 115.
6. Mungersdorf. — (Voir Diclionn., t. xn, col. 510, fig. 8601). Il n'est pas possible d'admettre que les quatre figures des écoinçons représentent Constantin le Grand, Crispus, Constance et Constant.
7. Xanten. — Découverte du martyrium primitif sous le chœur de l'église de Saint-Victor (1933).
III. Bibliographie. — H. Friedrich, Die Anfànge des Christentums und die ersten Kirchengrundungen in rômischen Niederlassungen im Gebiet des Nieder-und Mitlelrheins und der Mosel, dans Bonner Jahrbùcher, t. cxxxi, 1926, p. 10-113 ; W. Neuss, Die Anfànge des Chrislenlums in Rheinlande, dans Rheinische Neujahrsblâtter, Bonn, t. n, 1923 ; deuxième édition augmentée, in-8°, Bonn, 1933 ; J. Sauer, Friihchristliche Funde in Deutschland aus den letzlen 25 Jahren, dans Atti del III congresso inlernazionale di archeologia cristiana, 1934, p. 169-181.
H. Leclercq.
RHÉTEURS, RHÉTORIQUE. — Voir Diclionn., t. iv, col. 1762-1769, fig. 3905 ; col. 1780-1785.
RHIRIA (HENCHIR). — Henchir Rhiria, lieu-dit situé à 9 kilomètres à l'ouest de Béja, près de l'Ain Rhiria, sur la route conduisant de Vaga à Thabraca, fut, à l'époque byzantine, l'emplacement d'une agglomération dont il subsiste une basilique, des citernes et quelques vestiges de constructions.
En 1910, on découvrit à l'angle N.-O. de la basilique une inscription sur pierre de 0 m. 415 haut., 0 m. 96 long., 0 m. 18 épaiss., haut, des lettres : 0 m. 07 à 0 m. 06 :
+AVREA FIAELIS IN_PACE BIXIT ANNOS < ;il MNS Çll AP SA « III KL IVLIAS INSP M + Aurea fidelis in pace bixit annos octo, m(e)n(se)s oclo, d(e)p(osila) s(ub) d(ie) octavo k(a) l(en des) Iulias, in(diclione) s(e)p(ti )m(a).
La basilique mesure 19 m. 13 de longueur sur 22 m. de largeur, et, si on ne tient pas compte de l'abside et des sacristies, 14 m. 18 sur 13 m. 40 (fig. 10625). La construction est faite en moellons de petit appareil, avec grand soin, par assises régulières qu'interrompent des chaînages de pierre de taille ; les murs sont très épais, plus ou moins toutefois suivant les poussées qu'ils supportent, variant entre 1 m. 20 et 0 m. 52. Sur certains points ils mesurent encore en hauteur plus de 8 mètres.
La façade est percée de trois portes, les deux latérales étaient voûtées. La nef formait un espace mesurant 13 m. de long sur 11 m. 20 de large, l'abside est orientée à l'Est, elle mesure à l'entrée 1 m. 10 et en profondeur 4 m. 60. Cette nef était soutenue par deux rangées de trois piliers auxquels correspondaient les piliers adossés aux murs, reliés entre eux par des arcs dont on voit la naissance au point F. La nef centrale mesurait, entre deux piliers, 4 m. 10 de largeur. Les bas-côtés étaient voûtés. Le pilier A, seul intact, est de forme quadrangulaire ; bâti en pierres de taille, surmonté d'une simple imposte, au-dessus de laquelle, à 6 m. 50 du sol, se voit encore très nette l'amorce de la voûte. Les bases B et C et le pilier D ont les mêmes dimensions, mais les autres sont construits en moellons plus petits. Pour remédier à la poussée trop forte des rangées d'arca des BE et CF, les piliers de façade E, F, ont reçu deux contreforts extérieurs et inégaux.
II a été dit déjà que les piliers A, B, C, D, sont de dimensions plus considérables que les autres et qu'ils sont construits en matériaux plus gros, comme aussi assemblés avec plus de soin ; de plus, on ne relève nulle part un vestige quelconque permettant de supposer que les deux rangées d'arcades séparant la nef centrale des bas-côtés se soient poursuivies sur toute la longueur de l'église.
Au-dessus et au-delà du pilier A, le mur s'élève à plus de 8 mètres de hauteur, et, en A, on trouve l'amorce d'un arc doubleau à 6 m. 50 du sol ; de là il faut conclure à l'existence en avant de l'abside d'un espace non voûté, un véritable transept.
H. Leclercq.
RICHESSE. — I. Chez les Juifs. IL Chez les chrétiens.
I. Chez les Juifs. — Parmi ce peuple comme partout ailleurs la répartition des richesses a été très inégale et on ne peut contester que l'ingéniosité, l'application au travail et la solidarité nationale n'aient facilité à un certain nombre l'acquisition d'importantes fortunes que certains parmi eux ont réussi à pousser jusqu'au scandale. En regard, il n'est que juste d'opposer l'excès de misère dans lequel croupissait une multitude de leurs coreligionnaires et c'est la condition de presque toutes les sociétés humaines. Elle ne nous apprendrait que peu de chose ; il faut chercher des précisions.
Les Juifs parvenus à une insolente richesse furent-ils nombreux ? Nous ne pouvons apporter en réponse à cette question que des textes insuffisamment clairs mais desquels on peut induire l'existence de fortunes considérables en grand nombre. Chez Strabon nous lisons que les Juifs étaient riches et influents partout et surtout en Égypte : « Ils ont pénétré dans tous les États et il n'est pas facile de trouver, dans le monde entier, un seul endroit qui n'ait pas fait accueil à cette race et où elle ne soit devenue maîtresse l. » Philon 2 et Josèphe 3 nous disent la même chose. Sous les Ptolémées on parle du Juif Arion qui est en mesure de faire une avance de 30 000 talents 4. Au Ier siècle de notre ère, on connaît à Alexandrie des Juifs en possession d'une immense richesse, comme l'alabarque Alexandre qui prête en une seule fois 200 000 drachmes5 ; dès lors ce n'est qu'un jeu pour lui de revêtir d'or et d'argent les portes du Temple de Jérusalem * et ses rivaux, les banquiers juifs d'Alexandrie ainsi que les riches armateurs, pouvaient se permettre de semblables profusions. Pour être peut-être moins riches, les Juifs de Pouzzoles, de Crète \ de Cyrène 9, de Mélos 10, de Césarée n et de Syrie 12 le sont encore assez pour exciter l'avidité de magistrats romains qui confisquent leurs biens.
Des Juifs de la Diaspora font de larges présents à la communauté de Jérusalem qui accepte de toutes mains : coreligionnaires, prosélytes de la justice ou de la porte et même païens. Entre le IIe et le Ve, on voit des donateurs assumer la charge de l'entretien de synagogues ou de cimetières à Ascalon, Tafas, Acmonie, Tlos, Alexandrie, Athribis, Phocée, Mantine, Syracuse 13. Beaucoup de professions conduisaient les Juifs à la fortune : entrepreneurs de caravanes, marchands d'esclaves, etc. Si on les voit faire des legs considérables, se bâtir de riches tombeaux, obtenir l'accès des fonctions publiques les plus onéreuses c'est qu'ils ont possédé une large fortune. On leur avait accordé pendant un temps l'immunité de la curie, mais cette concession dura peu de temps. Plus on les excluait des autres fonctions publiques, plus on les contraignait à assumer la curie qu'on leur représentait comme un honneur : Sane Judseis... uti eos curialium munerum honore permittimus, disait une loi d'Honorius, en 418'. Il est vrai que Théodose s'exprime sans détours et déclare que l'exclusion des fonctions publiques ne doit pas profiter aux exclus et que les Juifs sont tenus à assumer la curie 2. Justinien, qui ne badine pas, déclare qu' « ils auront beau pousser de gros soupirs ». ils resteront exclus des fonctions publiques et seront tenus à la curie, qui suppose toujours la fortune.
Mais s'il n'est pas possible de soutenir que les Juifs ne possédaient pas de grandes richesses, il ne l'est pas plus de contester que ces puissants capitalistes formaient dans l'ensemble de leur nation une exception. Il existait partout une population indigente ou misérable, adonnée à d'humbles métiers ou même dépourvue de métiers véritables qui végétait comme elle pouvait, ne mangeait pas souvent à sa faim, peinait, dérobait, empruntait à la petite semaine. Contraste de tous les temps entre ceux qui ont trop et ceux qui n'ont rien ou trop peu.
A Rome, comme à Alexandrie, on rencontre des riches et des pauvres, ceux-ci forment une pègre résignée à toutes les avanies, sauf à les rendre avec libéralité autour d'elle. Les catacombes juives qui ont été retrouvées montrent une population dénuée de tout. Pendant les deux premiers siècles de notre ère, à Rome, dans la communauté juive, on compte au moins deux mendiants pour un capitaliste3. Aux siècles suivants, la bienfaisance juive suffisait à peine à soulager les misères 4. et même des chrétiens y contribuaient. Saint Jérôme ne déconseille pas de leur faire l'aumône : Et hœc dicimus. non quod in pauperes Judeeos, sine genti les, et omni eujuslibet ç/enlis sini pauperes, prohibeamus faciendem eleemosynam ; sed quod christianos et dedentes pauperes incredulis prteferamusr'.
A certaines époques et dans certains pays nous voyons des Juifs s'adonner à la profession d'agriculteurs en très grand nombre, les uns comme propriétaires fonciers, comme fermiers et d'autres comme simples ouvriers à gage. Ces derniers ne sont pas riches, tant s'en faut, ainsi que nous le mollirent deux lettres de saint Grégoire le Grand adressées à ses mandataires. Celle-ci au sous-diacre Pierre, en Sicile, en 592 : Quia autem multi J udœorum in massis Ecclesiœ eommanent solo, ut si qtiis de eis chrisliani voluerint fieri. aliquanta eis pensi relaxentur, quatenus isto benefteio provocali tali desiderio et alii adsurgant » ; en 504, au diacre Cyprien : Pervenit vero ad me esse Hebrœos in possessionibus nostris qui converti ad Deum nullatenus volunl. Sed videtur mihi, ut per omnes possessiones, in quibus ipsi Hebrivi esse noscuntur, epistolas transmiltere debeas eis ex me specialiter promittens, quod quicum que ad verum Deum et Dominum nostrum Jesum Christian, ex eis conversus juerit, omis possessionis ejus ex aliqua parte inminuetur ' ' ; en 598. au recteur du patrimoine : Domina ablxdissa monasterii sancti Stephani, quod in Atjrit/entino est lerritorio conslilutum, indicante comperimus multos ludirorum ad christianam [idem divina gratia inspirante vclle converti, sed esse necessarium, ut aliquis illic ex nostro mandata debeat proficisci. Proinde hujus libi auctoritatis tenore prœcipimus, ut omni excusatione summota ad preedictum locum pergere et desiderium eorum luis Deo propilio adhortationibus adjuvare jeslines s.
II. Chez les chrétiens. — La vie entière du Sauveur des hommes s'était écoulée dans le dénuement. Son berceau était une crèche d'animaux, sa tombe était empruntée et, entre ces deux extrémités, le Fils de l'homme n'avait pas eu une pierre pour reposer sa tête. Sa vie publique le montrait exceptionnellement en rapports avec les riches ; s'il avait été l'hôte de Simon le pharisien, il en avait tiré l'occasion d'une sévère leçon et la parabole du mauvais riche, celle de l'enfant prodigue le montraient peu disposé à excuser la dureté du cœur et l'inconduite qui sont si souvent les tares de la richesse.
Un jour, rapporte saint Matthieu \ un je une homme s'approche de Jésus et lui dit : « Bon maître que me faut-il faire pour acquérir la vie éternelle ? » Jésus lui répondit : « Si tu veux entrer dans la vie, garde les commandements. » — « Quels commandements ? » — « Tu ne tueras pas, tu ne commettras d'adultère, tu ne déroberas pas, tu ne porteras pas de faux témoignages ; honore ton père et ta mère et aime ton prochain comme toi-même. « — Le je une homme reprit : « J'ai observé tous ces commandements dès ma jeunesse, que me manque-t-il encore ? » Jésus lui dit : « Si tu veux être parfait, vends tout ce que tu possèdes et donnes-en le prix aux pauvres, tu auras un trésor dans le ciel ; puis viens et suis-moi. » Le je une homme, qui possédait de grands biens, se retira triste, et Jésus dit à ses disciples : « Je vous le dis en vérité, il est difficile à un riche d'entrer dans le royaume des cieux. et je vous le dis une fois encore, il est plus aisé à un chameau de passer par le chas d'une aiguille qu'à un riche d'entrer dans le royaume des cieux. » Cet enseignement fut répandu et commenté parmi les premières générations chrétiennes qui se redisaient en frissonnant le Va> vobis divitibus ln, « Malheur à vous, riches » et à qui il fallait qu'on expliquât que le Sauveur ne condamne pas la possession mais le mauvais usage des richesses : Non eos qui habeant divitias, sed eos qui uti his nescianl. sententise cselestis aucioritas condemnat « . C'est la mauvaise disposition du cœur, ce n'est pas le revenu qui est coupable : Non census igitur, sed aflectus in crimine est. Et, dès les temps apostoliques, saint Paul expliquait à son Église de Corinthe que le don des richesses est un présent de Dieu et un moyen de le servir en pratiquant la vertu : Ut in omnibus semper omnem suf]icienliam habentes, abundetis in omne opus bonum 12.
Dès le IIe, un roman qui jouit d'une grande vogue, le Pasteur d'Hermas (voir Dictionn.. t. vi. à ce nom) montrait une allégorie bien faite pour émouvoir les imaginations. L'Église montrait à l'auteur, qui n'était rien moins que le frère du pape Pie [■*, la construction d'une tour avec des pierres étincelantes de préférence à d'autres brisées et rejetées parmi lesquelles il s'en trouvait qui tombaient dans un brasier. Maîtresse, disait Hi rmas, au comble de rétonneiiient. quel les sont ces pierres ainsi rejetées'.' Ces pierres, répondit l'Église, ce sont les riches qui ont embrassé la foi ; lors que vient la persécution, leurs richesses les poussent à renier Dieu. > — Et Hermas interrogea de nouveau : i Maîtresse, quand seront -el les uti les a Dieu ? » — o Lorsqu'el les auront été équarries. dit -elle. et .débarrassées des richesses décevantes ; alors el les pourront entrer dans l'édifice du Seigneur. Une pierre ronde ne peut devenir carrée si elle n'est taillée et ne perd quel que chose de sa masse ; de même les riches de Ce ne deviennent uti les à Dieu (pie si l'on retranche leurs richesses. Juges-en par toi-même ; lu fus autrefois riche et inutile, maintenant tu peux servir et tu es digne de recevoir la vie. Toi donc aussi, tu as été l'une de ces pierres '. » Dans le langage de nos jours on ne manquerait pas de dire que les riches avaient « mauvaise presse » et il est certain qu'on ne les ménageait guère en paro les. Minucius Félix écrivait : « Les riches pris dans d'étroites entraves, pensent plus à leurs trésors qu'au ciel ; le Seigneur les a condamnés par avance 2 », et saint Gyprien dans son traité De lapais dénonçait la fortune des riches apostats comme « autant de liens qui ont enchaîné leur courage 3 ».
C'est qu'il y avait longtemps alors de ces débuts de l'Église de Jérusalem où, sans y être obligé, chacun venait offrir aux pieds des apôtres le montant de ses biens et, peut-être, ces jours d'enthousiasme et de détachement avaient-ils eu pour conséquence une situation financière si difficile qu'il avait fallu que saint Paul sollicitât les Églises fondées par lui pour apporter le montant de ses quêtes aux apôtres ou du moins à saint Jacques demeuré à Jérusalem. Cette leçon avait dû être comprise et, en tout cas, la généreuse mais peu prévoyante organisation n'avait pas été recommencée ailleurs, quoiqu'on ait eu peut-être la même proportion de riches et de pauvres partout.
A Rome, à Carthage, le fonds des communautés se composait de pauvres gens. Plier que pauperes dicimur, avouait sans détours Tertullien ' et : Ecclesia de uili plebecula congregata est, disait saint Jérôme5 ; de son côté Lactance montre que les pauvres ont la conversion plus prompte et plus facile que les riches : Eo fil ut pauperes et humi les credanl facilius quam divites 6. Cependant il y avait partout des exceptions à cette règle. Dès le temps de saint Paul la foi avait pénétré in domo Cœsaris. Nous avons énuméré quelques famil les aristocratiques et princières où la foi chrétienne pénétra pendant les trois premiers sièc les (voir Dictionn., t. i, au mot Aristocratiques). Ceux-là pouvaient répandre de larges aumônes mais on n'a pas, du moins par la période antérieure à la paix de l'Église, le témoignage de l'abandon volontaire et total de la fort une ainsi qu'on le verra dans la période suivante.
L'attachement aux richesses, le souci de l'avenir et de l'établissement des enfants, la défiance que certains fidè les témoignaient aux convertis retardaient et, même, arrêtaient l'entrée de certains dans l'Église. D'autres se persuadaient que leur richesse leur fermait l'espoir du salut éternel et se rejetaient avec un surcroit de fougue voluptueuse dans les plaisirs grossiers de ce monde. Tertullien nous a fait connaître un autre écueil : les mariages mixtes. « Plus d'une femme riche, dit-il, orgueilleuse de sa fort une et de son nom, veut une maison splendide où son luxe puisse se déployer. Il est peu de riches dans l'Église et, s'il en est, peu qui ne soient mariés. Que feront donc ces femmes ? El les demanderont au diable un époux qui leur puisse fournir des litières, des mu les, de gigantesques coiffeurs barbares. Une chrétienne rougit de s'unir à un chrétien sans fortuné et de s'enrichir ainsi d'une sainte pauvreté '. » Et ce qui montre bien la gravité de la question, ce fut le fait qu'un maître éminent, Clément, le didascale d'Alexandre, entreprit de la traiter et de la résoudre dans un écrit intitulé : Quis dives salvetur ? « Quel riche peut être sauvé ? » Son dessein était d'administrer aux riches la preuve que les riches peuvent entrer au ciel sans avoir renoncé à leurs biens. Plusieurs causes, écrit-il, font croire aux heureux d'ici-bas que le salut leur est plus difficile qu'aux pauvres ; c'est une erreur et, comme les autres, ils ont droit à la récompense. Le Sauveur lui-même a tempéré la rigueur de ses paro les quand il nous a dit d'espérer dans la toute-puissante bonté de Dieu. Il a béni les riches maisons de Matthieu et de Zachée. Comment nourrir, vêtir les indigents, ainsi qu'il est prescrit, si l'on est soi-même le premier des pauvres.
On s'attend bien qu'Origène n'a pu rester étranger à ce débat. Son ami et mécène Ambroise était fort riche, il fut arrêté lors de la persécution de Maximin et Origène lui adressa une Exhorlalio ad martyrium pour l'encourager à confesser sa foi lui disant que « celui qui pour l'amour du Sauveur abandonnera sa maison, sa famille, ses champs, retrouvera au centuple ce qu'il aura laissé et gagnera la vie éternelle ». Et il ajoutait ces paro les : « Que je voudrais, si je dois mourir en martyr, avoir à laisser, moi aussi, des maisons et des champs pour recevoir le centuple promis par le Seigneur ! De même que ceux qui n'ont point enduré l'épreuve des tourments et des suppli ces cèdent le premier rang aux saints qui ont fait éclater leur constance dans la torture et dans les flammes, ainsi, nous qui sommes pauvres, nous devons, même si le martyre nous couronne, nous effacer devant vous qui avez foulé aux pieds l'attachement à vos grands biens ».
Ambroise ne fut pas mis à mort, mais nous voyons que, parmi les fidè les, il s'en rencontrait qui savaient fort bien le mérite supplémentaire que valait aux riches le mépris de leur de leurs biens. Parmi un groupe de martyrs de Numidie, en 259, nous rencontrons avec Jacques et Marien un prisonnier nommé Émilicn, chevalier, et qui s'imposait dans son cachot les jeûnes les plus rigoureux. Il eut un songe dont il laissa le récit : « Il me sembla, dit-il, que j'étais hors de la prison, et que je rencontrais un païen, mon frère suivant la chair. D'une voix pleine d'insulte, celui-ci me demanda ce que nous devenions, comment nous vivions, privés de nourriture et plongés dans les ténèbres. Je lui dis : « Pour les soldats du Christ sa parole est une lumière » éclatante et un aliment réparateur. » — « Nous savez, « reprit-il, que la mort vous attend tous si vous vous ■obstinez. » Craignant qu'il ne se jouât de moi, je voulus une confirmation de cette annonce qui comblait mes vœux. « En est-il bien ainsi pour tous ? lui dis-je. » II poursuivit : « Le glaive est sur vos têtes. Mais, dis-moi, « vous tous qui renoncez à la vie, recevrez-vous au ciel « des récompenses éga les ou des couronnes différentes ? » — « Il ne m'appartient pas, répondis-je, de dire mon « sentiment sur une question si haute ; cependant lève « les yeux et contemple la multitude des étoi les. Toutes « ne brillent pas d'un même feu et pourtant toutes sont « éclatantes. » La curiosité du païen ne fut pas encore satisfaite. « Eh bien, s'il y a une différence, quels sont « ceux d'entre vous que préférera Dieu ? » — « Il en est « deux que je n'ai pas à te dire et dont le Seigneur sait « les noms. » Il insista une fois de plus et m'importuna pour obtenir une réponse. « Les préférés, dis-je, seront « ceux dont le triomphe est chose rare et difficile, ceux « pour lesquels il est écrit : « II est plus facile à un cha- « meau de passer par le chas d'une aiguille qu'à un riche « d'entrer dans le royaume des cieux 9. » Après la paix de l'Église, les riches entrent en masse dans la religion du Christ, beaucoup d'entre eux font montre d'une générosité extrême, certains se dépouillent entièrement. Nous avons montré quel que chose de cet aspect du problème de la richesse dans plusieurs étu des du Dictionnaire (voir Marcella, Mélanie, div., 1. VII, ci. — ' Tertullien, Ad uxorem, 1. II, c. VIII. — 8 Origène, Exhortatio ad martyrinm, n. xiv, xv. — « Passio S. Jacobi et Mariant, n. vin. Acta sanct., Apr. m, c. 754-758.
Paula, Hippone, Le Mans, Nole). Il y a là un vaste sujet à exposer qui ne peut trouver place ici, mais bien digne de retenir l'attention de celui qui s'appliquerait à reconstituer les fortunes gigantesques des patriciens de la Rome chrétienne et des grands seigneurs gaulois ou francs dont le testament de Rertchramn du Mans nous a conservé un si précieux témoignage. Outre la richesse des particuliers il y aurait aussi à rechercher celle des Églises et des monastères (voir Polyptyques).
H. Leclerco. RICTIOVARUS. — I. Le cycle martyrologique. II. Les itinéraires du persécuteur. III. La personnalité de Rictiovarus. IV. L'autorité de la tradition.
I. Le cycle marytfologi que. — Autour du personnage qui porte le nom revèche de Rictiovarus se déroule un cycle de légen des hagiographiques qui fait de lui un préfet de Maximien et son farouche représentant en Gaule. Nous l'avons rencontré à l'occasion de la ville de Saint-Quentin, sa première apparition, on le trouve ensuite à Soissons où il fait mettre à mort les saints Crépin et Crépinien, à Razoches en Soissonnais à l'occasion du martyre de Yalère et Rufin. et après cela à Fismes où périt sainte Macre, à Saint-Fuscien en Amiénois où succombent Fuscien, Victoric et Gentien, enfin à Saint -Just en Reauvaisis, lieu du martyre de l'enfant Just. Toute cette persécution se passe, on le voit, entre les quatre localités d'Amiens, de Soissons, de Vermand et de Reims, vil les de la Deuxième Belgi que, qui a Reims pour métropole dès le règne de Dioctétien. On remarquera que ces quatre cités s'échelonnent sur la grande route de Rretagne : Reims, Soissons, Vermand. Amiens. Mais les Vies nous font voir un Rictiovarus très alerte et présent sur beaucoup d'autres points.
La Vie de saint Quentin le fait venir de Bàle à Amiens : Veniens ita que Basilicam civilatem, ubi Arola \V Aarl fluvius in Rhenum ingredilur et pervenit autem civilatem (indiens frtmam beati Qninlini, mais en réalité il n'est pas question de Râle mais de Bazocb.es (Basilica) et du confluent de l'Ordre avec la Vesle, ce qui sera devenu Râle et le confluent de l'Aar et du Rhin.
La Vie de Yalère et de Ru fin fait venir Rictiovarus non de Râle mais de Worms à Reims. On lit bien Vaugionnm, mais il s'agit de Yoncq, Yungum, dernière station avant Reims sur la route venant de Trêves (Vungo vieus). Dans ce cas comme dans le précédent on a remplacé un nom de localité obscure par un nom de ville connue.
La Yie de Fuscien et Victoric en fait les apôtres de Thérouanne d'où ils partent et arrivent ad Tanninensium prsedium (var. Tarasconense) qui peut désigner Saint-Pol-en-Ternoise, autrefois Tcrvane, sur la route de Thérouanne à Amiens. Ils traversent Amiens, et, toujours à la recherche de saint Quentin, suivent la route de Paris, versus urbem Parisiis. C'est alors qu'ils sont accueillis par Gentien, à Sains, où Rictiovarus les rejoint et les ramène vers Amiens, mais à un mille de Sains, il les fait mourir. Tout cela est d'une rigoureuse exactitude topographi que.
La Nie de saint Just nous le montre exerçant son apostolat à Amiens d'où il s'enfuit devant la cruauté de Rictiovarus, dans la direction de Scnlis, ce (pie la Vie ne précise pas, mais il est mis à mort à Saint-Justen-C. haussée, qui est le carrefour de la route de Yermand à Beauvais et d'Amiens à Senlis. De Senlis, Just se proposait sans doute de gagner Paris.
Il est donc permis de limiter la zone d'action de Rictiovarus entre Amiens et Reims.
II. Les itinéraires vu persécuteur. - On le rencontre pour la première fois à Yoncq, à quelques lieues de Reims. A Reims, la Yie de Rufin et Yalère nous dit que in priedicta urbe aliquos suo jussit imperio Irucidari, mais elle ne donne aucun nom, et il sort de la ville per aggerem publicum jusqu'à Fismes (Fines) où il passe du territoire de la cité de Reims dans le territoire de la cité de Soissons. Sa première étape dans cette cité le conduit à Bazochcs (Basilica) où Rufin et Yalère, gardiens des greniers impéri aux, prêchaient la foi chrétienne. Qu'il y ait eu sur le point de la grande route de Rome en Rretagne, un ensemble de bâtiments publics parmi lesquels une basili que servant de marché et servant de lieu de gîte et de grenier impérial ou municipal on n'en peut être surpris. Le Code Théodosien mentionne souvent cette installation le long des voies militaires du Ras-Empire. En outre la fonction de prieposilus horreorum est bien connue, et pour qu'on s'expli que la fécondité possible de l'apostolat des deux préposés il suffit de rappeler que les horrea étaient très fréquentés ; nous lisons à propos de ceux de Tournus : Ibi ergo... ex diversis mundi parlibus homines con/luebant. La réputation de Rictiovarus le précédait, c'est pour quoi, à l'annonce de son approche, Rufin et Yalère se cachent dans une grotte : spclunca vicina ilineri publico, spinosœ densilatis ; découverts, saisis, on les emmène et, à vu mil les de là, Rictiovarus les fait noyer dans la Yesle : Ducti sunl eminus, quasi septem [millia] passuum juxta callem publicum, super liltora Vidule fluminis, probablement à l'endroit où la grande route traverse la rivière.
Rictiovarus arriva à Soissons, ad provinciam civitatis Augustanœ, où on lui présenta la chrétienne Macra qui fut conduite au capitole (voir ce mot), refusa de sacrifier et fut conduite à Fismes pour y être exécutée : Mittitur in insulam quœ vocalur I.ilia ( ?) ubi Arida [l'Ardre] Puviolus in fluvium influit Yidulam |la Yesle]. Pour quoi le choix de Fismes ? On n'a rien de probable à proposer.
De Soissons, Rictiovarus se hâte vers Saint-Quentin car dès son passage à Bazoches il a entendu parler de Quentin, audiens de beati Quintini fama. Celui-ci est un personnage assez important pour que le magistrat veuille faire sa cour en l'envoyant comparaître devant l'empereur : Romam... coram imperatore. On l'y dirige par la route de Yermand et de Saint-Quentin : Locum qui dicitur Augusta Veromanduorum, juxta /lumen qui vocalur Somna, ubi transit agger publicus qui venit de Ambiunensium civilale et pergit contra Lugdunum Clavalum (Laon) et le détail est exact, il faut bien dire contra puis que la route romaine ne passe pas à Laon, mais à deux lieues gauloises à l'est de la ville, à Chambry et Athies.
Débarrassé de Quentin. Rictiovarus, qui n'a peut-être pas dépassé Amiens ou qui y est de retour, poursuit Fuscien et Victoric, venus de Thérouanne, s'empare d'eux à Sains et les fait mettre à mort à Saint-Fuscien. L'enfant Just a eu le temps de gagner Saint-Just-en-Chaussée où on le tue.
Rictiovarus s'est contenté de regagner Soissons d'où il fait poursuivre Crépir) et Crépinien, mais il meurt avant leur supplice.
III. La personnalité de Rictiovarus. — Le groupe de passions qu'on vient de parcourir emploie invariablement le titre de prsefectus en parlant de Rictiovarus ; il ne s'ensuit pas qu'il ait été préfet du prétoire à Trêves, charge considérable pour la décerner à un magistrat rabatteur de chrétiens.
Son nom n'apprend rien sur son compte. On l'a dénaturé du mieux qu'on a pu, et sans résultat : Rictiovarus, Riciovarus, Rictiomarus, Reciofarus, Rictius Varus, enfin C. Ceionius Rufus Varus ; mieux vaut s'en tenir à l'orthographe admise.
Ce qu'il y a de plus simple et, peut-être, de plus sage vu son champ d'activité sur les routes qui joignent Reims à Amiens, c'est de voir en ce personnage un préfet militaire à la tête d'un détachement de barbares cantonnés inler Remos et Ambianos, comme s'exprime la Notitia dignitatum. Nous savons qu'il y eut là des corps de Sarmates dont la présence est attestée par des noms de campements tels que Sermoise en Soissonnais (ancien Sarmaticum) et Sermaize près Noyon.
Ce Rictiovarus répandait la terreur autour de lui et n'étant pas magistrat, mais préfet militaire, avait-il le pouvoir de poursuivre et de mettre à mort les chrétiens ? Sans rien dire des abus de pouvoir qui sont de toutes les époques et des « conventionnels en mission », on rappellera que Lactance dénonce Galère pour avoir confié la charge de persécuter à des juges militaires, sans assesseurs ordinaires : judi ces militares, humanitatis litterarum ru des, sine assessoribus in provincias immissi '.
On ne peut proposer une date, car la préfecture militaire d'Amiens n'est pas connue avant la fin du IVe, mais Maximien, en lutte contre les Bagaudes, peut avoir créé un secteur militaire de Reims à Amiens.
IV. L'autorité de la tradition. — Un homme qui tue sans se cacher ni s'excuser se rend redoutable ; f t-il un brigand, on voit en lui un maître et un agent officiel du gouvernement. Celui-ci loin de s'en cacher se réclamait du pouvoir impérial et sa violence s'exerçant sur des chrétiens, leurs coreligionnaires y virent une persécution et des martyrs.
Persécution limitée à une contrée et dans cette contrée à une secte qui n'était encore ni très nombreuse ni fort riche, mais dont les affiliés, pour cette raison même, n'oubliaient rien de ce qu'ils avaient souffert. Toutes ces brutalités s'étaient exercées vers les derniers temps du IVe et deux dizaines d'années plus tard, lorsqu'on sut que ces violen ces étaient à tout ja mais finies, on rassembla les souvenirs et, non sans les déformer un peu parfois, on prit soin de les consigner comme des gloires loca les. En effet, c'était Soissons et le pays qui l'environne qui avaient été la proie de Rictiovarus et ce fut le Soissonnais qu'on exalta, ce fut à Soissons que le persécuteur succomba et que la tradition s'empara de Rictiovarus pour le rendre odieux. Mais ce qu'on nomme tradition ou légende n'a pas le droit de s'affranchir de l'histoire ou de la déformer impudemment. Parmi ces martyrs rur aux il s'en trouvait un plus célèbre, plus vénéré, dont on ne pouvait déposséder sa ville, cependant déchue alors de son titre de chef-lieu de cité, Augusta Veromanduorum, pour attirer saint Quentin à Soissons, et ainsi la tradition respectait les droits de l'histoire. Tout le merveilleux, tout l'invraisemblable n'y pouvaient rien changer ; il reste difficile de faire la part exacte d'un empereur, d'un préfet, d'un groupe de chrétiens jetés au loin et comme perdus dans une contrée mal connue, il n'est pas possible de les faire passer de l'histoire dans la légende ''.
H. Leolerco. RIDEAU. — On a dit (pie les édifi ces chrétiens étaient mis en communication avec l'extérieur par des baies de dimensions variab les fermées par des portes (voir Dictionn., t. xiv, à ce mot). Cel les-ci pouvaient être fabriquées en métal, en bois et, dans certaines régions, en pierre. A l'heure des réunions liturgiques ces portes étaient ouvertes ou même enlevées et remplacées par un voile soutenu par une tringle avec des anne aux. Ces ride aux occupaient toute la largeur de la baie, ils étaient d'une seule pièce ou en deux piè ces et relevés vers leur milieu par un nœud. On employait Un feuillet d'ivoire conservé au musée de Dijon va nous offrir un bel exemple de l'emploi des ride aux pour donner l'impression d'un lieu sacré (fig. 10626). L'exécution en est remarquable et retient l'attention par son accent hellénisti que. Le Christ imberbe, portant le nimbe crucifère, est assis sur un siège dont on n'aperçoit que le dossier et ses pieds sont posés sur l'escabeau ; il fait le geste qui accompagne la parole et tient le rouleau de l'évangile ; à ses côtés le collège des douze apôtres parmi lesquels saint Paul, très reconnaissable. 'fous de moindre taille que le Sauveur et assis sur des
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chaises dont on voit seulement les dossiers, sauf quatre, bien visib les où l'appui a la l'orme de poisson. Au centre, sur un piédestal, une capsa avec huit roule aux. Tous les apôtres parlent, acclament, gesticulent, remuent. Sauf Pierre et Paul dont les types sont immuab les dans l'art chrétien, il nous semble que tous sont imberbes, vêtus du pallium. C'est, à n'en pas douter, un ouvrage très ancien, sur lequel a été résolu très heureusement le problème de la perspective, travail lisse et soigné qu'on peut reporter vers le milieu du Ve l.
H. Leclercq.
RIETI. — Saint Grégoire le Grand dit qu'au VIe l'église de Rieti honorait un martyr nommé Éleuthère. Il existait, en effet, à Rieti une église dédiée à ce saint où on a trouvé des inscriptions chrétiennes. Fr. Lanzoni, Le origini délie diocesi anliche d'Ilalia, 1923, p. 181, l'affirme, et renvoie au Corpus, t. ix, n. 450 : il s'agit de Venosa et le texte est païen ; à Rieti le Corpus ne donne pas un seul texte chrétien ; quant à Boschi, Un antico cimitero reatino presso i corpi dei SS. Eleuterio ed Anzia. La basilica reatina di S. Eleuterio attraverso i secoli, dans Miscellanea di storia ecclesiastica e studi ausiliari, 1902-1903, p. 145, p. 306, nous n'avons pu l'atteindre.
H. Leclercq.
RIEZ. — I. La ville anti que. II. Le baptistère. III. Liste épiscopale. IV. Mosaï que. V, Bibliographie.
I. La ville anti que. — Riez a été une cité florissante avant de déchoir au rang de simple chef-lieu de canton du département des Basses-Alpes. Du moins, a-t-elle gardé de son passé des ruines remarquab les moins par leurs dimensions que par leur beauté. Pline l'Ancien la mentionne parmi les oppida de la Narbonnaise, sous le nom d'Alabece Reiorum Apollinarium. Ju les César en fit une colonia qui prit le nom de Colonia Julia Augusta Reiorum, Colonia Augusta Apollinaris qu'on lit sur un certain nombre d'inscriptions. Riez était reliée à la grande voie Aurélienne par des voies secondaires partant de Fréjus et d'Aix ; une autre voie la mettait en communication avec Cimiez. En se rendant d'Aix à Riez, on rencontre quatre colonnes corinthiennes qui se dressent à 200 ou 300 pas de la ville, dans la direction du Sud-Ouest, dans la plaine. Les fûts posent sur des bases de marbre blanc, à demienfouies, ainsi que leur soubassement de pierre, sous la terre et le gazon. Leurs chapite aux de marbre paraissent remonter au temps des Antonins. La hauteur des colonnes, non compris les chapite aux, est de 5 m. 85, leur circonférence est de 2 m. 31, les entre-eolonnements mesurent 2 m. 21, 2 m. 40 et 2 m. 15. De l'entablement primitif il ne reste que l'architrave, formée de trois plates-ban des superposées, légèrement inclinées en talus et séparées par une faible saillie, sous laquelle règne un cordon de denticu les. L'architrave, dans sa longueur, se compose de trois linte aux qui correspondent aux trois entre-colonnements ; leur surface inférieure ou soffite a conservé les restes d'une riche ornementation sculptée. A quel monument ont appartenu ces colonnes, on l'ignore.
IL Le baptistère. — A 300 ou 400 mètres de cette colonnade, vers le Sud, on aperçoit un petit édifice de forme carrée, aux murs blancs et dépourvus de tout caractère architectural. Au centre de la toiture, seulement, couverte de tui les courbes, s'élève une petite tour octogone, surmontée elle-même d'une petite tourelle en forme de lanternon, et sur l'un des côtés de l'enceinte apparaît un modeste campanile percé d'une simple arcature. A l'extérieur, la hauteur du mur d'enceinte est d'environ 8 mètres sur 11 m. 15 de long ; le diamètre de la rotondecentrale mesure 5 m. 60 et la largeur de la nef circulaire, en moyenne 1 m. 40. La hauteur des fûts des colonnes comprend 4 m. 12 et celle de la rotonde, du sol au dôme, 12 m. 35. De tout cet ensemble, les colonnes sont seu les antiques, tout le reste a été remanié à différentes époques.
Cet édifice, qu'on appelle encore couramment le Temple, est un baptistère chrétien, nous en avons parlé déjà (voir Dictionn., t. ii, col. 466, fig. 1375, 1376 ; t. v, col. 2288). La piscine a été retrouvée.
Bartel, auteur de YHistorica et chronologica prœsulum sanctœ Regiensis Ecclesiœ nomenclatura, en 1636, mentionne ce baptistère à plusieurs reprises. A l'en croire, ce serait saint Prosper d'Aquitaine qui aurait fondé à Riez une basili que en l'honneur de saint Apollinaire avec le désir d'y être enseveli. Il en fut ainsi et Prosper y reposa 245 ans jusqu'à ce que l'idée lui vint d'apparaître à l'évê que Thomas et de réclamer de lui une basili que plus riche ; l'évê que obtempéra et fit la translation 2. C'est là un conte mis en circulation vers 1604 par le chanoine Fabri, de Draguignan, capiscol de l'Église de Riez. Cette erreur provenait d'une mauvaise lecture de Regensis (Riez) qu'on échangea en Regiensis, lequel désignait Regium (Reggio, en Italie) et cela d'après le calcul de donner au siège de l'Église de Riez, saint Prosper, episcopus Regiensis, véritable évê que de Reggio, confondu avec Prosper d'Aquitaine, qui ne fut ja mais évê que 3. Par suite, la fondation d'une église de Saint-Apollinaire, par saint Prosper, se place à Reggio d'Emilie et non à Riez en Provence. Bartel n'a pas réfléchi que l'évê que Thomas avait peu de chan ces d'avoir gouverné l'Église de Riez puisqu'il nous apprend qu'il opéra la translation des reliques de Prosper sous le règne de Luitprand, roi des Lombards, dont le royaume comprenait Reggio et ne comprit, ja mais Riez4.
La construction du baptistère peut remonter au sixième siècle, il fut conservé intact jusque vers 1559, où il fut converti en chapelle sous le vocable de Saint-Clair. Bartel, le P. Miraillet avaient pris l'habitude de ne plus désigner le baptistère que sous le nom de Panthéon et d'en faire une description de pure fantaisie, mais, cela ne vaut pas la peine d'être conservé. Millin, dans son Voyage dans les départements du midi de la France donna une vue du baptistère, mais dégagé des murs extérieurs et réduit aux huit colonnes qui portent le dôme, ce dessin a été reproduit trop souvent. Alex, de Laborde, dans ses Monuments de France, publia une vue extérieure de la rotonde d'un effet très pittoresque, dans laquelle la tour centrale octogone paraît beaucoup plus élevée au-dessus de l'enceinte carrée qu'elle ne l'est réellement et se trouve, à ses angles, appuyée sur des contreforts très saillants. La prétendue restauration de 1818 fut en réalité une catastrophe qui dénatura l'édifice.
III. Liste épiscopale. — Biez aura compté des fidèles de bonne heure, comme la plupart des villes de Provence, mais on n'y constate pas la présence d'un Siège épiscopal avant la première moitié du sixième siècle.
Le Gallia christiana ouvre la liste épiscopale par un saint Prosper, mais en signalant qu'il ne s'agit pas de Prosper d'Aquitaine ; c'est un évêque de Reggio en Emilie, comme nous venons de le dire. d'Aquitaine, in-8°, Paris, 1900. — • Solomé, Lettre sur le nom de Riez, dans Mercure de France, juillet 1748.
2. Faustus. — Il était évêque en 462 et siégeait le 19 novembre au synode de Rome. Après avoir succédé à Maxime à Lérins il lui succéda à Riez. Son activité théologique appartient à d'autres études (voir Dictionn. de Théol. cath., t. v, col. 2101-2105). Tîxilé par le roi Euric, de 477 à 485, il était encore vivant quand Gennadius publia son De viris illustribus. Fête le 28 septembre. Il n'y a pas lieu d'admettre un évêque Didyme de l'invention d'Albanès.
3. Contumeliosus. — Évêque avant 518, correspondant de saint Avit, de Vienne. Il siège aux conciles de 524,527, 529, déposé par le concile de Marseille en 533 ; mentionné au moins jusqu'en 535.
4. Faustus II. — Représenté au concile d'Orléans, en 549.
5. Emeterius. — Représenté au concile provincial de 554 ; ceci se déduit de ce qu'un diacre Claudianus représente à ce concile un évêque Emeterius ; de ce que l'Auste II, évêque de Riez, avait déjà été représenté en 549, au concile d'Orléans, par un diacre du même nom ; enfin de ce qu'un Claudianus a été plus tard évêque de Riez. Le nom du siège n'est pas marqué dans le protocole de 554.
6. Claudianus. — Siège au concile de Paris, en 573.
7. Urbicus. — Il siège aux conciles de Valence (584), de Mâcon (585) ; est mentionné par Grégoire de Tours, vers 589. C'est à lui que Dynamius dédia la Vie de saint Maxime de Riez (P. L., t. lxxx).
8. Claudius. — Il siège au concile de Reims en 627 et au concile de Chalon-sur-Saône, en 650. Le Gallia christiana mentionne des évêques douteux et dépourvus de références.
IV. Mosaïque. — Nous avons parlé des cavaliers romains foulant aux pieds de leur cheval un ennemi terrassé. Une tradition voulait que Constantin, vainqueur de Licinius à Ciballes, en Pannonie, ait fait passer son cheval sur le corps d'un des généraux ennemis. Or, on lit dans les papiers de Peiresc (Ribl. nat. ms. lat. 8057) parmi des notes relatives aux antiquités de Riez, le passage suivant :
Fol. 86 r. inscr. vi :
Rex Constantinus, leprosus, virque benignus. Est fœtus sanus, sacro baptismate tactus.
Fol. 88 r° : « Quand à l'image du grand Constantin qui paroissoit à la mosaïque de la vieille église de Riez sur un cheval foulant des pieds la figure d'un homme, elle est toute brisée depuis que vous l'avez vue. Pas moins je me suis peiné d'en ramasser fidèlement les deux vers qui estoient autour de cette image que j'ay descrits au bas de ces inscriptions. » des antiq. de France, 1885, p. 68-71 ; [Jo. Solomé], Noua Rejensium siue Regensium episcoporum nomenclatura, in-8°, Massiliœ, 1728 ; L. Valentin, Saint Prosper d'Aquitaine. Etude sur la littérature latine ecclésiastique au Ve en Gaule, in-8°, Toulouse, 1900 ; M. Provence, Catalogue du musée lapidaire de Riez, 1932.
H. Leclercq.
RIGNANO. - Morlupo et Rignano sont situés respectivement à 30 et à 36 kilomètres de Rome, le long de la voie Flaminienne, au xxvie mille. J.-B. De Rossi y découvrit, en 1864, une catacombe qui a reçu le nom de cimetière de Théodora et qui était presque entièrement remplie de terre ; il y releva quelques inscriptions à date consulaire du IVe. Ces textes obtinrent l'honneur de dessins fort exacts dans les Inscripliones christianœ urbis Romie, t. i, p. 45, n. 55, ann. 339 ; p. 47, n. 58, ann. 340 ; p. 52, n. 75, ann. 344 ; p. 53, n. 77, ann. 344 ; p. 55, n. 81, ann. 345 ; p. 57, n. 86, ann. 345 ; p. 59, n. 90, ann. 346 ; p. 71, n. 116, ann. 352 ; p. 90, n. 165, ann. 363 ; p. 134, n. 291, ann. 380 ; p. 244, n. 581, ann. 407. Ces textes n'offrent pas d'intérêt par les formules mais seulement par la paléographie de l'écriture courante à des dates fixes entre 339 et 407.
Aucun des martyrologes anciens ne mentionne le cimetière de Théodora ou des martyrs ensevelis auprès d'elle. On rencontre pour la première fois les noms d'Abundius et Abundanlius dans le martyrologe d'Usuard, au 28 août, dans l'édition de Cologne de 1515, et avec l'indication du lieu et des compagnons dans le martyrologe romain de Baronius, au 16 septembre. Ces deux dates viennent de la passio des martyrs, conservée dans un texte ancien publié par les Acta sanctorum l, et dans un texte imprimé à Rome en 1584 : Sanctorum martyrum Abundii presbyteri, Abundantii diaconi, Marciani et Ioannis eius filii passio ex tribus vetustissimis et manu scriptis codicibus deprompta, cui additae sunt inventiones et translationes et ad historiam notœ 2. A la passio fut ajoutée une Prima inuentio at que translatio ex codice Arinianensi.
Dans tout cela le narrateur ne fait aucune mention de la catacombe et Rosio, qui avait lu la passio, n'en dit rien lui non plus 3. On en rencontre la première mention en 1651 lorsqu'un anonyme transcrivit les inscriptions du cimetière qu'on appelait alors de Saint-Eusèbe et à qui Boldetti, qui le visita en 1702, imposa le nom de Théodora. A cette occasion il mentionne la cappella rotonda (crypte principale aujourd'hui obstruée) pieni di sepolcri, fra i quali quello di S. Teodora col nome di lei scolpilo in una tavola di marmo, e vide alcune pitture. En 1746 on entreprit l'exploitation de la catacombe et parut une Notice anonyme conservée dans le ms. Vatic. 9023.
Les recherches se poursuivirent pendant les années suivantes, tout ce qui fut trouvé et le levé du plan fut communiqué à Maffei qui copia les inscriptions et les publia dans son Muséum Veronense, tandis que Paciaudi n'en publia qu'une seule. En 1808, nouvelle visite ; en 1857, Jean-Baptiste et Michel De Rossi se rendirent à Rignano et étudièrent la topographie et les inscriptions à date consulaire restées sur place ; c'est beaucoup plus tard, en 1883, que Jean-Baptiste convenait que il cimitero meriterebbe spéciale monografia et il tentait di dure con un semplice tracciato di linee un' idea délia rete sollerranea. Les inscriptions encore visibles sont toutes tracées en écriture cursive sur la chaux fraîche étendue sur la paroi ou sur la tablette ; la lecture en est difficile et elle tiendrait ici trop de place pour ce qu'elle apprendrait.
Une seule présente un grand intérêt et elle se trouve aujourd'hui au musée épigraphique de Latran (voir Dictionn., t. x, col. 2499, fig. 7797) :
ABVNDIO PRBS
DEP VII IDVS DEC
La tablette est en marbre, brèche rouge, le revers taillé en corniche. On commença à graver les lettres A B sur un module qui parut trop petit et on recommença en grandeur plus que doublée, la dernière ligne qui ne comprend que la date est plus petite. La paléographie est celle du IVe. Le texte est construit au datif : Abundio presbytero martyri sancto et le jour de la depositio, ce qui convient à un tombeau, mais on ne sait dans quel cimetière se trouvait ce tombeau. Il est vrai qu'on a mentionné plus haut un Abundius, prêtre, associé au groupe de martyrs ensevelis au cimetière situé à 26 milles de la voie Flaminienne. Sans doute il n'est pas impossible qu'un martyr dont le nom ne se lit pas dans les fastes anciens, les itinéraires, les translations se montre à Rome avec le titre de martyr, mais on n'en connaît pas d'autre exemple. Une autre difficulté surgit de la date de depositio au vu idus decembris qui ne concorde ni avec le 28 août ni avec le 16 septembre, elle n'est pas résolue, pas plus que la raison pour laquelle des martyrs condamnés à Rome auraient été exécutés à une telle distance. La catacombe et la passio des martyrs de Rignano offrent un curieux sujet d'étude '.
H. Lkclehcq.
RIGNIEUX-LE-FRANC. — Voir Dictionn., t. v, col. 2511, n. 239, fig. 4735.
RIIVIINI. — La cathédrale primitive de Rimini s'élevait hors de l'enceinte romaine entre la voie Flaminienne et la mer2 ; elle est désignée dans un écrit composé entre la fin du xe et le commencement du XIe5, sous le nom d'Ecclesia beati Gaudenlii... episcopi Ariminensis patriw... in qua... sub ipso ara beatissimum corpus quiescit. A une époque plus ancienne, entre la fin du ve et le début du VIe, la porte de la ville conduisant à la basilique portait déjà le nom de porta sancti Gaudcntii '.
Si on veut bien songer que si l'évêque de Rimini avait fait alors une vigoureuse opposition à la politique de l'empereur Constance, les défenseurs de l'orthodoxie, Athanase, Hilaire et les autres n'eussent pas manqué de lui rendre hommage. En définitive, on entrevoit bien l'existence d'un évêque Gaudentius, on ne sait à quelle date le placer et rien ne prouve qu'il fut martyr 6.
Cette ville n'est pas favorisée. On lui a attribué les martyrs Victor et Corona, qui appartiennent à l'Egypte6 ; un martyr Julien, sous Dèce'( ?) ; un certain martyr saint Venance dont Rhaban Maur reçut les reliques entre 830 et 836, pourrait bien être l'évêque de Salone.
La liste épiscopale de Rimini est très incertaine à ses origines. Il ne semble pas possible d'y retenir les noms de trois personnages dont le premier, anonyme, aurait reçu l'ordination des mains du pape Denys (259-268), et le second appelé Hubert ne peut prendre place qu'au x° ou au XIe ; Venance, enfin, qui, comme on l'a vu plus haut, serait de Salone.
1. Gaudentius est ancien, mais on ne peut rien préciser.
2. Stennius ou Stemnius, en 313 ( ?) n'est pas mieux attesté.
3. Lulychius. D'après Tillemont et le IJ. Savio, on pourrait le placer vers le temps du fameux conciliabule, au milieu du IVe, et il faudrait le découvrir dans VEulychio Ariminiadeno Campaniœ episcopo à condition de lire Eulichio Arimini, Adeno... Cela n'est pas sûr. en tout cas, ce nom ne se lit pas parmi ceux de la lettre de saint Hilaire.
4. Joannes, 366-395, dont on fait le collaborateur de Galla Placidia dans la construction de la basilique Saint-Étienne à Rimini et Agnellus de Ravenne parle bien d'un Jean évêque de Ravenne et non de Rimini.
5. Joannes II, 396-438. Aussi suspect que le précédent.
6. Januarius, 465 et 487. Dans le synode des romains de ces deux années on ne voit pas d'évêques de Rimini.
7. Joannes, 496 ( ?). S'il a existé, il a pu siéger dans les synodes romains qui se sont tenus en 499 et en 501/ 8. Stephanus, 551-553. Accompagna à Constantinople le pape Vigile.
RINCEAUX. — Il en est de ce mot comme pour entrelacs et plusieurs autres désignant un thème de décoration ornementale, leur variété presque infinie semble défier la description et s'accommoderait mieux d'un album que d'un article dans un dictionnaire. Qui dit « rinceau » suggère l'idée d'une fantaisie contenue et, en quelque façon, canalisée entre des lignes droites, courbes ou ondulées ou brisées entre lesquelles un motif se déroule ou se renouvelle d'après une inspiration-
D'après H. Peirce et R. Tyler, L'art byzantin, t. i, pi. cxxvin b. tion régulièrement modifiée. Pièces de mobilier, membres d'architecture, fragments de tissus ont offert pendant des siècles une si extraordinaire efflorescence de rinceaux qu'on doit renoncer à un essai de classement ; il faudrait comparer des centaines de milliers d'exemplaires sur pierre, sur bois, sur ivoire, en stuc, en laine, en lin, etc. Les uns élégants et variés, les autres lourds et monotones. Tout ce que nous croyons pouvoir faire ici c'est de donner un unique exemple d'après une tapisserie de laine du Ve environ d'après l'original conservé au musée des beaux-arts, à Boston (fig. 10627).
H. Leclercq.
RIONS. — Rions, village du canton de Cadillac, arrondissement de Bordeaux (Gironde). Cette localité est mentionnée par Grégoire de Tours : Reontio villa est, in qua cum esset ecclesia catholica, advenientibus Gothis, ad suam sectœ immunditiam eam Iranstulerunt, On voit d'après cela que l'arianisme y remplaça quelque temps le catholicisme. C'est à Rions que fut trouvée, le 1er mai 1926, une plaque de marbre qui mesure 0 m. 21 sur 0 m. 225 et une épaisseur de 0 m. 04. Le soc de charrue qui a ramené cette inscription au jour l'a éraflée à l'endroit où était placé un débris de hache de silex polie. Au-dessous de la plaque on rencontra, à 0 m. 21 de profondeur, un sarcophage. Au jugement de C. Jullian, ce débris de hache polie a pu être placé intentionnellement par les parents du défunt, à côté ou au-dessus de son tombeau. On sait que les chrétiens ont conservé la superstition de ces objets préhistoriques. Voici le texte de l'inscription (fig. 10628) :
Ioun(a)m bene quiescenti in pacem Iuliano, qui recessit vil k(a)l. junias. Tatiano consule.
Le premier mot paraît devoir se lire Joanem pour Jona ou Jonas. La date est 466.
Ce texte se rattache à d'autres textes chrétiens disséminés sur « les deux rives de la Garonne, de Bordeaux à La Réole, où, sous l'influence des grands seigneurs terriens du pays, la floraison du christianisme a été si rapide et si intense dans les premiers siècles du triomphe de l'Église. Bouillac, Rions, Loupiac, Sainte-Croix sur la rive droite, et, sur la rive gauche, l'Hebromagus de Paulin de Nole, le Langon d'Amand et de Delphin [et Primuliac (voir Dictionn., t. xiv, à ce nom)] et la ville familiale d'Ausone l. » H. Leclercq.
RIQUIER (SAINT-). — I. La Vie de saint Riquier. II. Le résidu historique. III. La Chronique de Saint-Riquier. IV. De saint Riquier à Angilbert. V. Les constructions d'Angilbert. VI. Les tours-lanternes. VII. Les tours à vis. VIII. Le chancel. IX. Le vestibule. X. Le couvrage. XI. L'abside. XII. Porte de Saint-Maurice. XIII. La sacristie. XIV. La crypte. XV. Les tribunes. XVI. La décoration. XVII. Les autels. XVIII. Le pavement. XIX. Les ambons. XX. Les fonts baptismaux. XXI. Le parvis. XXII. Le plan. XXIII. L'église de Sainte-Marie. XXIV. L'oratoire de Saint-Benoît. XXV. Le cloître. XXVI. Les reliques. XXVII. Le trésor. XXVIII. Le vestiaire. XXIX. Évangéliaire. XXX. Bibliothèque. XXXI. Consécration de l'église. XXXII. Mort d'Angilbert et la ruine de son œuvre. XXXIII. Bibliographie.
I. La vie de saint Riquier. — Charlemagne vint visiter le monastère de Saint-Riquier au printemps de l'année 800. Parmi sa suite se trouvait Alcuin à qui l'abbé du lieu, Angilbert, fit lire la Vie du saint patron en le priant de la mettre en beau style : cultius adnotarem, nous dit Alcuin, qui trouva l'ouvrage vraiment indigne d'un si grand saint : tam modico gestorum volumine. Charlemagne insista, Alcuin consentit mais réclama la présence d'un notaire devant qui il dicta brièvement, dictu admodum compendioso, une Vie faite pour plaire aux lettrés et qui contenait tout l'essentiel : ea quse referre videbatur de conversione, de moribus, de continentia et sanctitate vere incomparabili necnon de gloriosissimo transitu ejus ad Christum seu de relatione pretiosi corporis in locum priorem. A quelques mois de là la nouvelle Vie fut prête et Alcuin la dédia Karolo semper augusto, ainsi donc après le 25 décembre 800 2.
L'abbé Angilbert ne se préoccupait pas seulement de la gloire de saint Riquier ; on le voit obtenir de Charlemagne, dans une charte datée d'Aix-la-Chapelle, le 28 avril 797, la possession de Forestmontiers, qui était la Cella Forestis où le saint avait vécu et était mort L D'après M. Br. Krusch, cette charte est d'une importance capitale pour l'histoire du saint, elle a pour but d'assurer aux moines de Centule la possession de Forestmontiers et c'est, selon lui, pour confirmer celle possession que la Vie a été écrite par Alcuin.
Dans la charte de 797 on lit ce qui suit :
Anghitbertus venerabilis abbas ex monasterio Centulo,... in quo etiam sanctus Richarius præclarissimus Christi confessor corpore requiescit, situm in pago Pontivo, ad notitiam serenitatis nostræ perduxit eo quod ipse sanctus Richarius adhuc in præsenti sæculo vivens, in ipsa silva, quæ vocatur Forestis, prope cisternam quæ est juxta locum nuncupante Argubium, in ipso pago Pontivo, sibi ad habitandum locum elegisset ; et circa ipsam cisternam bina vel terna bonnaria secundum ejus petitionem a regali dignitate accepta salis vile lugurium amatores servorum Dei ei ad militandum omnipotenti Deo œdificare studuerunt, ibi quæ divina vocatione ex hoc mundo ad Dominum migrasset ; et non post multum tempus fratres a præfato monasterio Centulo tulerunt sacrum ejus corpus, et sepelierunt illud cum magna reverentia in prædicto monasterio ; per cujus merita, omnipotente Deo cooperante, in ipsa duo loca milita declarata sunt magnalia. Nam et sub unius abbatis dominio multis temporibus una fuisset fratrum concors in Dei laudibus digna conversatio.
Pour s'en tenir à l'histoire, ce texte nous apprend que Richarius avait fondé non pas Centule mais la cella Forestis (Forestmontiers) d'où son corps, à une date fort ancienne, fut transporté à Centule qui obéissait au même abbé. Ces faits n'étaient pas, ainsi qu'on l'a dit, de l'invention d'Angilbert, sous l'inspiration de qui la charte a été rédigée et qui est lui-même l'auteur de l'épitaphe de saint Riquier2. En outre, il aurait eu recours à Alcuin tout en se réservant de lui souiller sa leçon. Toutes ces affirmations arbitraires sont insoutenables depuis la découverte du texte du libellus silo simpliciori digestus remanié par Alcuin.
Mais quelle est son ancienneté ? Son style est des plus barbares, c'est chose entendue, mais de tout temps il y a des gens qui écrivent leur langue de façon pitoyable et cela ne prouve rien ou, du moins, peu de chose. Il y eut en pleine renaissance carolingienne des auteurs qui en étaient demeurés à la culture mérovingienne. Dans la Vie ancienne nous lisons à diverses reprises qu'elle est écrite peu de temps après la mort de Richarius lequel vivait récemment : nuper, dans le Ponthieu. Et ce biographe utilise les souvenirs de Sigobardus, le compagnon et serviteur du saint : per manibulas sua, nomine Sigobardo, didici, ...solebat nobis ejus manibula dicere. Mais le père de Sigobardus, Hermonaldus, homme simple et dévoué s'est engagé, sous la conduite de Riquier, dans les voies de vie parfaite. Son exemple est suivi par sa femme, ses fils, ses serfs, ses servantes avec ce résultat : in monasterium conversationem monasticam vitam que finierunt ; ce dont on ne trouve aucune trace dans la Vie composée par Alcuin.
IL Le résidu historique. — Au temps où régnait le roi Dagobert Ier on vit arriver dans le pays des Sicambres deux hommes venus d'Hibernie et nommés Frichor et Caidoc. Ce qui est aujourd'hui le Ponthieu était alors païen et la population prit les deux étrangers pour des enchanteurs qui en voulaient à leurs moissons ; elle leur eût fait un mauvais parti si un homme qui habitait le vicus de Centule ne les eût pris en pitié et invités à se retirer chez lui, ce qu'ils firent. En échange de l'hospitalité ils lui donnèrent la foi chrétienne et sa grande vertu fit qu'on l'éleva au sacerdoce. Pieux, zélé, charitable, l'attention se porta sur lui et ce fut ainsi que Dagobert vint le voir et lui donna des biens pour son luminaire'. Richarius était de naissance modeste et pauvre, mais les dons affluaient entre ses mains où ils ne s'attardaient guère, car non content de pousser son apostolat aux alentours de Centule et même assez loin, on le vit étendre ses prédications jusqu'en Angleterre.
Mais l'apôtre était désireux de solitude et se sentait appelé à la vie érémitique. C'est ce que raconte, à sa façon, la Vie : Cui (Richario) Ghislemarus vir inluster et christianœ religionis amator simul et Maurontus nobilis quidam vir... prœbuerunt locum manendi in silva Chrisciacense... l'bi vero Dei mansionem solitariam pra-paraverunt... Quam vir Dei habitalionem cum solo commilitone ingressus, parvo tantum tuguriunculo vilissimo opère facto contentus... ' Après la mort de Dagobert, Gislemar et son parent, le palatin Mauront, s'adressent à la veuve du roi, la reine Nanthilde pour obtenir au serviteur de Dieu un coin de terre dans la forêt de Crécy, appartenant au fisc, où il puisse établir son ermitage, à proximité d'une citerne au lieudit Argubium : Querebant in prope in ipso pago Pontiro in Chrisciacense /lorefice, ubi construxerunt tugurium vile salis et parvo, nec de ligno cooperto, nisi de rauso exiguo ; ubi aquam invenerunt prope de loco Argubio. Mauront, en sa qualité de garde des forêts royales, n'est pas bien généreux : Non multia bonnaria consigiuwil in ipsa area, nisi bina vel terna circa unam cisternam ; deux ou trois bonniers, ce n'est guère. Or, ce sont ces mêmes bonniers ou arpents qu'on voit reparaître dans la charte de 797 qu'on a lue plus haut ; le reste, la mention de Dagobert et de Nanthilde, la description de l'ermitage, la parcimonie de Mauront, est exprimé en des termes d'une bonne couleur antique et semble difficilement avoir pu être inventé1. D'où il faut conclure que la Vie ancienne a servi de source au rédacteur de la charte de 797.
Richarius a quitté Centule avec un seul compagnon, nommé Sigobardus et la Vie ancienne nous apprend que le père de ce dernier, Hermonaldus, homme simple et dévoué s'est engagé, sous la conduite de Riquier, dans les voies de vie parfaite. Son exemple est suivi par sa femme, ses fils, ses serfs, ses servantes avec ce résultat : in monasterium conversationem monasticam vitam que finierunt ; ce dont on ne trouve aucune trace dans la Vie composée par Alcuin.
Autre divergence entre les deux Vies : on se souvient que, d'après la charte de 797, Richarius a fondé non pas le monastère de Centule où il remplissait seulement les fonctions de prêtre desservant, mais l'ermitage de Cella Forestis ; au moment où il se retire en ce lieu il confie à un autre l'administration de la paroisse de Centule. Dans l'ermitage on ignore combien de temps il a vécu ; il est vrai qu'on place sa mort au vie des calen des de mai (26 avril), mais la date de 645 est conjecturale. Sigobardus inhuma son compagnon en se conformant à ses ordres, mais peu de temps après, son remplaçant à Centule, le prêtre Ocioaldus vient à la tête de ses paroissiens (et non pas d'une communauté) exhumer le corps qu'on place dans un cercueil (feretrum) et qu'on rapporte solennellement, couvert de draperies, à Centule, le vu des i des d'octobre (9 octobre).
On a dit plus haut que l'ermitage de la forêt de Crécy fut, par la suite, transformé en monastère par Mauronlus et annexé à Centule par le diplôme de Charlemagne du 28 avril 797, il devint l'abbaye de Forestmontiers, canton de Nouvion, arrondissement d'Abbeville (Somme).
Du monastère de Centule on peut dire qu'il attendit longtemps avant de prendre le nom de Saint-Riquier, on n'en sait pas plus sur son fondateur et sur sa dotation. Auc une allusion dans la Vie ancienne, mais dès le début du IXe, au temps d'Alcuin, Richarius était considéré comme fondateur et premier abbé.
III. La chroni que de Saint-Riquier. — Il n'est pas possible de parler du monastère sans s'expliquer sur le document qui en contient l'histoire et qui eut pour auteur Hariulf, né dans le Ponthieu, non loin de Saint-Riquier, vers 1060. Il fut donné tout enfant à l'abbaye où on se chargea de son instruction qui fut assez poussée pour qu'on puisse croire qu'il devint écolàtre. Il n'était toutefois qu'un écolier sous l'abbatiat de Gervin Ier et ne prit l'habit monasti que que sous l'abbé Gervin II avec qui il vécut d'abord en bons termes. Mais quand Gervin, devenu évê que d'Amiens, entre 1086 et 1091, entreprit de soumettre les moines à l'autorité épiscopale, Hariulf se rangea dans le parti des mécontents. En 1105, Hariulf devint abbé d'Oudenbourg, abbaye située entre Bruges, Ostende et Nieuport, où ses débuts furent diffici les. Néanmoins il dura et s'imposa, même il trouva les ressour ces indispensab les et, entre temps, il écrivit et il voyagea ; ajoutons qu'il défendit ses droits contre l'abbé de Saint-Médard de Soissons qui obtint, par surprise, une bulle du pape Innocent II ordonnant à Hariulf de démissionner et de se retirer à Saint-Médard. Hariulf devait être alors pres que octogénaire, néanmoins il partit pour Rome, vit le pape et obtint gain de cause. Peu après son retour à Oudenbourg il mourut, le 19 avril 1143.
On vient de dire qu'il écrivit beaucoup, son œuvre la plus considérable et la plus justement connue est son Chronicon Centulense ou Chroni que de l'abbaye de Saint-Riquier qu'il nomme lui-même Gesta ecclesise Centulensis. C'est l'histoire du monastère de SaintRiquier, canton d'Ailly-le-Haut-Clocher, arrond. d'Abbeville, Somme, depuis sa fondation, au VIIE, jusqu'aux dernières années du XIe. L'ouvrage fut composé à la demande des confrères d'Hariulf pour l'édification et l'instruction des moines et des écoliers ; il fut composé dans les dernières années du xic siècle avec l'intention de protéger de la destruction les témoignages historiques anciens incorporés dans le récit. En effet, Hariulf a eu à sa disposition des sour ces nombreuses narratives, hagiographiques, diplomatiques, ora les dont le détail est aujour d'hui inventorié 2* « Les sour ces narratives ne nous donnent rien de neuf sur la période mérovingienne et carolingienne. Hariulf s'en est servi, du reste, d'une façon loyale et, à part quelques amplifications bana les, il n'essaie point d'égarer son lecteur dans l'intérêt de son monastère. Ce qui constitue le grand intérêt de sa compilation, c'est la reproduction des rapports des abbés de Centule à Charlemagne et à Louis le Débonnaire, et surtout des diplômes et des chartes. Sans lui nous n'aurions rien conservé des archives anciennes d'une des plus importantes abbayes de la France, puis que les origin aux ont péri dans l'incendie de 1131 3. » IV. De saint Riquier a Angilbert. — Le livre Ier de la Chroni que a conservé le souvenir des mirac les du saint pendant sa vie et sur son tombeau ; il nous a conservé les noms des premiers abbés qui ne réussirent pas à tirer le monastère de son obscurité ; ils avaient nom Ocioalde, sous lequel, dit Hariulf, « il y eut beaucoup de saints religieux à Centule », qu'on ne prit pas soin de recueillir car ces saintes gens « prédestinés de la solitude ne s'inquiétaient guère de laisser des vestiges de leur passage sur cette terre ; ils n'aspiraient qu'à faire inscrire leur nom au livre de vie 4 ». C'est là une. phrase creuse car nous savons qu'on conservait au début du IXe un gros volume rempli par les mirac les du saint narrés en langue vulgaire. Après l'abbé Ocioalde le catalogue abbatial ne contient que les noms de Coschin, de Gutmaire, d'Aldric et de Symphorien, soit quatre supérieurs pour remplir une période de près d'un siècle et demi. Le bon abbé Hénocque trouve que « c'est bien peu » 6 et il semble que certains titulaires aient été oubliés. Leur successeur Angilbert les éclipsa tous.
Ce personnage a inspiré une légende qui fait de lui le gendre de Gharlemagne dont il aurait épousé la fdle Berthe, ce qui expliquerait la faveur dont il jouit et les libéralités dont il disposa. Sa carrière ne nous ap partient qu'au point de vue de l'archéologie. Ce qui est certain c'est qu'Angilbert, qui portait le sobriquet d'Homère dans l'académie palatine, lit de son abbaye un édifice important et somptueux sur lequel nous possédons assez de renseignements pour entreprendre de les coordonner et de nous représenter cette basili que carolingienne. C'est ce qu'ont rendu possible deux ouvrages d'un très grand mérite dus à M. Georges Durand ' et à W. Effmann 2.
Y. Les constructions d'Angilhert. — L'architecture de l'épo que carolingienne n'a laissé, en France, qu'un petit nombre de spécimens, cependant il importe de la connaître comme la période pendant laquelle se sont élaborés les éléments d'où est sortie l'architecture romane. Une première et sérieuse difficulté tient à la terminologie des auteurs qui varie souvent de l'un à l'autre et chez un même auteur le même mot est pris en des sens très divers que le contexte ne permet pas toujours de distinguer.
Ces écrits avaient cependant une signification techni que pour ceux qui les lisaient et qui s'en inspiraient dans la prati que, aussi n'est-il pas permis d'en prendre avec eux trop à son aise pour leur faire dire ce qu'on veut y voir. Ceci s'impose d'autant plus que le petit nombre de monuments subsistants nous prive pres que complètement de points d'appui et de comparaison. Ce que nous possédons 'pour en juger n'est rien en comparaison de ce qui nous man que. L'Italie est mieux partagée que la France en édifi ces de ces époques reculées, mais avant de recourir à eux il faut se rappeler que l'architecture française a eu ses règ les particulières et différentes de celle des autres pays.
Une lettre d'Alcuin à Adalhard de Corbie, vers la fin de l'année 790, fait mention d'Angilberhtum filium mine vero ex filio patrem 3 ; tout ce qu'on en peut conclure c'est qu'à cette date Angilbert était abbé de Centule l. Il est fort probable que ce monastère n'avait pas alors grande allure, aussi l'abbé rêva de lui donner des dimensions plus vastes et. sans plus larder, entreprit la reconstruction ; c'est ce ([lie lui-même nous apprend 5 :
Omnia quse cernis, summo renovata décore Intérim templum exteriusve sacrum Angilbertus ovans jam fecil mnore paterno Sanctorum pariter perpetui que Dei, Non parcens opibus propriis. Nain quidquid habebat Ecclesise larija jam pietate dédit. Ht tu serue Dei veniens aliunde uiator, Ihec loca percurre pulchra monasterii, Ecclesias que Dei devoto pectore Christi Cerne, itecus varium per pietatis opus, etc.
Et nous savons qu'il s'assura du consentement de la communauté et de riches bienfaiteurs » : De donis Dei et largitate magni dnmini mei Caroli, e jus que nobilissime prolis, vel reliqtwrum bonorum hominum liberoEine l'ntersuchuiKj :ur Geschichte der kirchlichen Baukunst in der Karolin.gerze.it, in-8°, Mùnster-in-Woslf., 1912, dans Forschungen mut F mule, herausgegeben von Prof. Fr. Jostes. rum mihi ab illis collatis '. Gharlemagne ne se borna pas à des encouragements et à des largesses, il envoya de la main-d'œuvre choisie parmi les artistes et arti sans habi les à travailler le bois, la pierre, le marbre ou le verre8. A plus forte raison l'empereur envoya des architectes à Rome pour se pourvoir de colonnes, de bases, de corniches de marbre que des charrois amenèrent d'Italie à Centule. La grande Chroni que, que nous ne connaissons que par Malbrancq, avance que les murs de l'église furent construits ou tout au moins plaqués de marbre blanc ', ce qui s'est pratiqué ailleurs vers ce temps 10. Peut-être s'agit-il de matéri aux de remploi venus d'édifi ces antiques. En 1869, un fût de colonne en marbre blanc aurait été découvert près de l'église de Saint-Riquier et n'a pu être retrouvé depuis11.
La pensée d'Angilbert fut de rendre hommage à la sainte Trinité, en conséquence il construisit trois églises : une sur le tombeau de saint Riquier qu'on laissa en place mais en détruisant l'église bâtie par Ocioalde ; cette église, plus vaste que les autres fut placée sous le vocable du saint Sauveur et de tous les saints. C'était alors un vocable qui était en grande faveur et qu'on rencontre à Amiens, Auxerre, Brescia, Conques, Fulda, Fontenelle, Gellone, Halberstadt, Metz, Nevers, Priim, Ratisbonne, Saint-Genou, SaintMaur-des-Fossés, Sens, Vienne, etc. Il avait fallu renoncer à la dédidace ancienne à sainte Marie et Angilbert, qui craignait par cette substitution d'offenser ou mécontenter la très sainte Vierge, lui éleva une deuxième église : Qui antiqua Ma sancti Richarii ecclesia in honore sancta ? Marias fuerat consecrala, ne viderelur... Dei matrem exhonorasse. alteram ei eonslruxit '-. Avec la Vierge on mit les apôtres et une troisième église dédiée à saint Benoît et aux saints abbés : in honore sancti Benedicti abbatis et reliquorum sanctorum regularium abbatum **, A ce propos Hariulf fait cette observation : « En considérant la situation des lieux, on remar que que la grande église, celle de saint Riquier, occupe le Nord, la seconde, moins importante, en l'honneur de N'otreDame sainte.Marie, occupe le Sud ; la troisième qui est la plus petite, l'Orient. Le cloître des moines est fait en triangle, à savoir de Saint-Riquier à Sainte-Marie, un toit ; de Sainte-Marie à Saint-Benoît ; et derechef, de Saint-Benoît à Saint-Riquier, un toit. Il en résulte que, les parois convergeant de part et d'autre, l'espace à ciel ouvert qu'el les renferment est triangulaire14 ».
CONSTRUCTARUM. E SCRIPTO CODICE E K M ATE I O N.
Sur l'église principale on lit : S. Richarius, sur la deuxième : S. Maria ; sur l'oratoire : S. Benedictus et en travers : haec S. Bened. eccla || super ripam fluvii || Scarduonis sita ; enfin en bas la signature : cura P. Pe. C. R. 1612. L'abbé Hénoc que a imaginé d'encadrer ce dessin dans le plan du monastère de Saint-Gall (voir Dictionn., t. vi, à ce nom).
La deuxième gravure, porte cet avertissement : Hanc mon*11 Centutensis a S. Angilberto abbate instaurati veterem iconein ex ms. cod. in uere incidi curavit lllust. abbas Carolus Daligre, regni consiliarius anno 1673, avec ses armes : Burelé d'or et d'azur, de dix pièces, au chef d'azur chargé de trois soleils d'or. Cette gravure fut insérée par Mabillon dans ses Acta sanclorum Ord. Sci Benedicti. Sœc. iv, pars 2, p. 111. On ne voit que les trois églises et le cloître, tous les autres bâtiments sont omis. Les deux gravures s'inspirent d'une miniature unique interprétée assez librement, on y a ajouté une esquisse de paysage qui, chez Petau, comporte un monticule surmonté d'une maisonnette et d'un vol d'oiseaux avec une douzaine de personnages dans le cloître et hors du cloître. Dans la gravure chez Mabillon, neuf moines dans le cloître et deux laïques au dehors ; celle-ci a évidemment retouché le modèle pour rétablir, autant que possible la perspective et l'échelle.
La grande église, plus ou moins maltraitée et remaniée subsista dans ses parties essentielles telles qu'Angilbert l'avait construite jusqu'à l'abbatiat de Gervin II, dans les dernières années du XIe ; on tenta alors une nouvelle restauration qui amena l'écroulement et entraîna une reconstruction complète sur le même emplacement et peut-être sur le même plan. Il n'est pas possible de dater exactement cette catastrophe car Gervin II fut abbé de 1071 à 1097, mais nous avons vu que la Chronique d'Hariulf datait, en partie du moins, de 1088 et c'est pour l'illustration de son manuscrit que fut exécutée la miniature au chapitre des constructions d'Angilbert. Chapitre et miniature furent certainement écrits et dessinés avant l'écroulement de l'église dont Hariulf ne dit mot ; au contraire, à la façon dont Hariulf décrit la basilique d'Angilbert on voit qu'elle existe, car il en parle toujours au présent.
L'église Sainte-Marie existait du temps d'Hariulf : quœ... hactenus consista1, mais au dire de Jean de la Chapelle l'enceinte du monastère fut réduite par l'abbé Ingelard (fin xe-début XIe) et dès lors la dite église se trouva en dehors.
Dans la miniature on doit remarquer que l'église principale porte la désignation : S. Richarius et non pas S. Salvator que lui imposa Angilbert ; peut-être la miniature est-elle antérieure à cet abbé, peut-être le vocable nouveau n'a-t-il pu s'imposer, peut-être enfin Hariulf s'est-il contenté de figurer ce qui existait de son temps et de le mettre d'accord avec les données résultant du texte d'Angilbert.
C'était une bonne fortune inespérée de posséder une vue d'un édifice remontant peut-être au ix'1 siècle et, au plus tard, au xie que des érudits allemands - n'y voulurent voir que de la fantaisie ; d'autres,'mieux avisés 3, en ont tenu compte et les archéologues français 4 en ont fait le plus judicieux usage.
On peut croire que le vocable de Saint-Riquier était, dès le ix'' siècle, si bien adopté qu'Angilbert lui-même ne put s'empêcher d'en faire usage ; en effet, dans la Scriptura D. Angilberti on lit : In ecclesia sancli Salvatoris sancti que Richarii 5, de même dans VInstitutio S. Angilberti 6 et dans la Descriptio du trésor' ; mais il y a mieux, car dans VInstitutio, à plusieurs reprises il est question de la basilica et de Vecclesia Richarii s ; au XIe, le vocable du Saint-Sauveur était délaissé et Saint-Riquier avait repris tout son prestige. Son tombeau situé dans la partie orientale de l'église, y occupait la place d'honneur, face à l'entrée principale. C'est là que, de préférence, on célébrait les offices, ce fut là que plus tard se trouva le chœur, ce qu'Hariulf nomme chorus, par conséquent l'abside, le carré du transept de ce côté, et le chancel, qui devait occuper les deux travées de la nef : Videtur us que hodie in pavimento chori tam pulchra et lam dislincla marmorea operatio 9.
A Saint-Riquier, comme à Aga une et dans quelques monastères, existait la laus perennis en vue de laquelle Angilbert avait formé trois turmœ comme on disait, ou trois « bandes » avec les 300 moines et les 100 enfants qu'il avait sous sa dépendance. Ces trois bandes formaient les trois chœurs cjui fonctionnaient l'un devant l'autel du Sauveur, le second à l'autel de Saint-Riquier et le troisième devant l'image de la Passion ; mais ceci n'allait pas sans de nombreuses exceptions.
Angilbert avait composé un cérémonial intitulé : Institutio de diuersilate ofjiciorum dont Hariulf n'a conservé qu'une partie, mais qui se trouve complétée par un fragment plus considérable conservé dans le ms. 235 Vat. Reg. I0. Mais tout cela ne dura qu'un temps. En 881, le monastère fut incendié par les Normands et lorsqu'il fut possible d'y rentrer il ne fut plus question de laus perennis, ainsi que l'avoue Hariulf : Sunt certe et alia mulla quse ad decorem divini officii cum superioribus ab eo (Angilberto) honeste statuta, sed quia, post tanla temporel apud nos, tam pro loci immulatione, quam pro abbatum uoluntate, non serventur n. La partie orientale de l'église, la plus ornée, la mieux disposée pour cela, et à la place la plus habituelle pour remplir cet office, devint tout naturellement le chœur et le sanctuaire. L'ancien autel du Sauveur subsista cependant, mais il passa au second rang ; il existait encore au XIe 12.
VI. Les tours-lanternes. — Si on se reporte à la miniature, on voit la façade méridionale de la grande église offrant l'aspect d'une basilique à une nef flanquée de bas-côtés et munie de deux transepts situés à l'Est et à l'Ouest surmontés chacun d'une grosse tour ronde à la croisée ; à l'Orient un chevet un peu moins élevé que la nef, accompagné et débordé vers l'Est par un petit bâtiment. Relisons le texte d'Hariulf : Hfec ab oriente habet ingentem turrem post cancellum, et, inlerposito vestibulo, alia turris versus occidentem habelur priori œqualis... Turris ergo orienlalis cum cancello et butico sanclo Richario dicala est, et turris occidentalis in honore Sancti Salvatoris specialiter est dicata1. Par conséquent deux tours pareilles à l'Orient et à l'Occident, dépassant la toiture de la basilique et composées d'un large tambour en maçonnerie percé de petits cercles surmontés chacun d'un trait vertical. Sont-ce des ornements qui font penser à des macarons ou bien des fenêtres ressemblant à des hublots ? On ne peut le dire. Sur chaque tambour s'élève un triple couronnement tronconique qui ne peut guère être qu'en charpente et la plus élevée est surmontée d'une croix légère qui devait être en fer. La couverture des deux tambours paraît être en tuiles plates ; les trois campaniles étaient probablement couverts en plomb. Ce sont là, comme nous l'avons dit (voir Dictionn., t. n, col. 574), de véritables tours-lanternes de l'époque mérovingienne, qu'on nommait alors machina, arx, turritus apex ainsi que s'exprime Fortunat parlant de Nantes - :
In médium turritus apex super ardua tendit Quod ratum que levans crista rotundat opus, Altius ut stupeas arce ascendente per arcus. Instar monlis agens, ledis acumen habet.
« Au centre de l'édifice, un pinacle en forme de tour monte vers le ciel, et son couronnement passe du carré au plan circulaire, la tour s'étageant en arceaux, porte une flèche qui fait l'effet d'une montagne. » Ces tours-lanternes présentent un intérêt très grand si on les rapproche d'une peinture exécutée au XIe par le moine André de Micy, qui représente deux clochers épargnés par l'incendie de 1020 qui dévora l'ancienne cathédrale de Chartres et qui offrent des couronnements analogues à ceux de Saint-Riquier 3 ; on peut dire aussi que le couronnement des tours-lanternes de Saint-Riquier rappelle d'assez loin celui des dômes et du clocher de l'église Saint-Front de Périgueux, qui en est comme une géniale interprétation en pierre.
L'église dédiée à Sainte-Marie était surmontée d'un clocher ou lanterne tout à fait semblable à ceux qui signalaient l'église principale. Ces campaniles étaient ornés de dorures, du moins dans leur partie supérieure, nous disons bien « campaniles » puis que nous savons qu'Angilbert avait donné quinze cloches au monastère et elles étaient réparties entre les trois tours-lanternes : Cloccaria auro parata III ; cloccœque optimœ XV, cum carum circulis XV*. Anscher dit : In ecclesia sancti Salvatoris sancliquc Richarii, duo campanaria auro et argento parata, et ad sunctam Mariam tertium paratum est5. En quoi consistaient les cercles suspendus aux cloches, dont cinq en argent et les autres en archal : circuit ad signa pendentes argentei V, reli qui ex aurichalco s ? Ne serait-ce pas un essai de carillon ?
VII, Les tours à vis. — Les deux tours-lanternes de l'église de Saint-Riquier s'élèvent chacune sur un transept l'un à l'est, l'autre à l'ouest de la nef. Pareille disposition n'est pas mentionnée dans les textes, et on n'en lit aucune allusion à Vlnstilulio d'Angilbert qui, d'ailleurs, est incomplète. Cependant le témoignage de la miniature ne peut être éliminé et on remarquera en outre la toiture à un seul rampant qui couvre chaque croisillon de ces deux transepts, dont on ne connaît pas d'autres exemples ; de toute façon Saint-Riquier est le plus ancien édifice connu à double transept. Ceux-ci sont d'égale longueur et font saillie sur le mur du bas-côté. A l'extrémité de chaque transept s'ouvrent deux rangées de trois fenêtres chacune, séparées par une ligne de trois oculus. Dans le dessin donné par Petau les fenêtres sont carrées, dans celui de Mabillon elles sont cintrées. Contre chaque transept on voit une tourelle d'escalier qui invitent à conclure à la présence de tribunes, présence d'autant plus vraisemblable qu'il est fort possible de les placer entre la ligne de trois oculus et le bas des fenêtres de la rangée supérieure.
Chacune des deux principales tours-lanternes était flanquée non pas d'une seule mais de deux tourelles cylindriques renfermant chacune un escalier à vis ; on n'en peut douter en étudiant le dessin de Petau, plus fidèle que celui de Mabillon, et qui montre que les deux tourelles visibles sont bien sur le flanc sud de l'église et qu'elles ont dû avoir des tourelles symétriques sur le flanc nord.
Nous venons de parler d'escaliers à vis, nous les voyons mentionnés chez Angilbert et chez Hariulf sous le nom de cochlese. Par exemple, le dimanche des Rameaux, d'après les prescriptions d'Angilbert, les moines reçoivent les palmes dans l'église Sainte-Marie d'où ils regagnent le monastère en longeant le cloître jusqu'à la porte centrale de l'église et montent par l'escalier à vis, cochlea, du midi pour arriver à l'autel du Sauveur, qui se trouvait dans la tour de l'Ouest, où on célébrait la messe : per ostium medianum et per cocleam meridianam ascendentes ad sanctum Salvatorem perveniant '. Puis que saint Angilbert spécifie la cochlea meridiana, c'est qu'il y en avait une autre au Nord.
Ici encore, il faut signaler un désaccord entre le dessin de Petau et celui de Mabillon. Le premier fait sortir du sol la tourelle orientale, le second la fait sortir du toit ce qui doit être inexact et inadmissible. Chaque tourelle était percée de meurtrières superposées pour éclairer l'intérieur. Chaque tourelle forme, au sommet, une lanterne ajourée avec toit en poivrière surmonté d'une croix.
VIII. Le chancel. — Hariulf situe la tour orientale post cancellum, c'est-à-dire derrière la balustrade en métal, en marbre ou en bois (voir Dictionn.. t. i, col. 3174). Le cancel derrière lequel s'élevait la tour devait se trouver à l'ouest de celle-ci, sa place normale dans les anciennes basiliques. Ce chancel devait occuper tout ou partie des deux travées de la nef les plus voisines du transept oriental.
IX. Le vestibule. — Hariulf nous dit encore que le chancel était séparé de la tour occidentale par un vestibule : post cancellum, et, interposito vestibulo, alia turris versus occidentem habetur. On se demande le sens qu'a ici le mot vestibulum. Ce ne peut être celui de vestiaire ou sacristie, pas plus celui de porche ou de salle d'attente ; dans le Liber pontificalis*, ce mot désigne le presbyterium ou du moins un intervalle entre celui-ci et l'autel. Peut-être est-il plus sage d'y voir ici la nef elle-même, ou bien ce qui restait de la nef en avant du cancel. Si on se reporte à la miniature, on voit que la nef centrale était accompagnée de bas-côtés éclairés chacun par six fenêtres en plein cintre, représentant autant de travées.
X. Le couvrage. — Le sommet de la nef est rehaussé d'une crête laitière à créneaux. Le toit de la nef présente des damiers qui se terminent par un feston ; le toit des deux transepts offre des nus alternés et le toit du bas-côté une couverture de plaques rectangulaires. La concordance qu'on relève entre les dessins de Petau et de Mabillon invite à croire qu'ils ont reproduit exactement, avec plus ou moins d'habileté, la miniature.
XI. L'abside. — On lit dans Hariulf : Turris ergo orientalis, cum cancello et butico, sancto Richario dicata est. Nous avons affaire ici à un mot du terroir : buticum. Qu'est-ce à dire ? On le lit sous la plume d'Angilbert, dans l'Institutio et Hariulf en use à deux reprises et Du Cange > ne cite pas d'autres exemples que ceux qu'il a lus dans Hariulf. C'est donc un terme local dont l'interprétation demeure obscure. Mabillon propose de l'entendre d'un ciborium 2 monté sur des colonnes. Mais on remarquera que le butieum ou buticus désigne un membre unique de l'église, car il est toujours employé au singulier, sans autre désignation et il ne peut s'agir de l'une des deux parties symétriques, car en pareil cas on prend toujours soin d'indiquer laquelle. Or, il existait dans l'église deux autels à ciborium, celui du Sauveur à l'Ouest, et celui de saint Riquier, à l'Est.
On a suggéré que Papias définit le mot eantharus d'un vase pourvu d'anses que certains appellent bulticus et que le terme butta, bullo, butio (voir Dictionn., t. il, à ce mot) désigne chez les auteurs liturgiques un vase ou une lampe, en sorte qu'Angilbert et, d'après lui, Hariulf, aurait eu recours à ce terme pour désigner l'abside qui offre une certaine ressemblance avec une demi-cuve ou une demi-lampe renversée.
Si l'explication n'est pas d'une clarté aveuglante, elle a du moins le mérite de s'accommoder aux divers textes où le mot butieum ou buticus est employé 3, de sorte que ce terme aurait le sens d'absida ou absis qu'on ne lit nulle part chez les écrivains de Saint-Riquier. Si on se reporte aux dessins donnés par Petau et par Mabillon, on constate qu'ils ont figuré le chevet de l'église, ce que nous proposons d'appeler buticus, sous la forme d'un bâtiment éclairé par trois baies surmontées chacune par un oculus chez Mabillon, la troisième baie se confondant avec la section même dudit bâtiment, ce qui est impossible. Chez Petau, il n'y a que deux baies surmontées de trois ouvertures, simples ventouses d'aération pour la charpente 4 ; à la place de la troisième baie et, par conséquent à l'extrémité du chevet, une sorte de fenêtre plus haute que les deux autres et se confondant, ici aussi, avec la section du bâtiment. Cette circonstance semble ne laisser aucune hésitation, la miniature a voulu représenter une courbe ; voilà la raison qui a fait supprimer toute indication d'un mur pour mettre une fenêtre à la place. C'est donc bien une abside et non un simple cul-de-four que la miniature a voulu figurer. Cette abside s'amorçait au transept au moyen d'une travée rectangulaire dont la partie pleine équivalait plus ou moins au diamètre des tours à vis. L'abside était surmontée d'une croix posée sur une boule, cette dernière manque sur la gravure de Mabillon.
Nous venons de reconnaître la présence d'une abside à l'Orient ; on s'est demandé s'il existait une autre abside à l'Occident. C. Enlart est disposé à l'admettre5 et M. G. Durand croit que cette « opinion repose tout simplement sur un gros contre-sens * » et il en donne la preuve. Hariulf dit que la tour orientale cum cancello et butico était dédiée à saint Riquier et la tour occidentale au saint Sauveur, puis il ajoute : ubi etiam in gyro deintus hos versiculos scribere fecit memorabilis Angilbertus. Ces mots in gyro ou per gyrum étaient une locution courante qui signifiait « tout à l'entour ». Qu'on se reporte à la miniature, on y verra un chevet formant abside à l'Est et rien de pareil à l'Ouest où la basilique s'arrête à la tourelle d'escalier en forme de vis. Or, on ne peut soutenir que cette tourelle masque ici une abside semi-circulaire, car les textes s'y opposent.
Hariulf, qui a parlé de la tour de l'Est cum cancello et butico, se borne à dire que la tour de l'Ouest in honore sancti Salvatoris specialiter est dicata '. Ajoutons à cela que l'autel de saint Riquier était placé en dehors de la tour qui portait son nom et que l'autel du saint Sauveur était sous la tour à lui dédiée. Autre détail important. Quelques années après l'abbatiat d'Angilbert, sous l'abbé Élizachar (822-837), nous apprenons que la façade occidentale de l'église était percée d'au moins trois portes dont une centrale8 ; donc point d'abside, mais un portail précédé d'un parvis clos dont l'entrée se trouvait dans l'axe de l'église et s'appelait porte de saint Michel '.
Le portail de la basilique se composait d'un porche décoré d'une grande composition en plâtre ou en stuc représentant la Nativité du Sauveur laquelle est attestée par Anscher'0 et ce fut l'endroit choisi par Angilbert pour être enterré : In porticu ecclesiœ sancti Salvatoris sanctique Richarii, tumulatus est coram sancta Nativitate u, en sorte que personne ne pouvait entrer dans la basilique sans fouler aux pieds cette tombe,2. Il y a d'autres attestations qui ne permettent aucun doute. Les processions se rassemblent devant la sainte Nativité, et les y récitent une oraison avant de pénétrer dans l'église, donc pas d'abside occidentale.
Le portail percé de trois portes et précédé d'un porche entre les deux tourelles à vis, touchait la tour-lanterne de l'Ouest qui s'élevait au centre du transept occidental formant un tau en avant de la nef, disposition qu'on retrouve plus tard, notamment à Saint-Paul de Worms, à Saint-Mathias de Trêves et dans l'église de Wassy (Haute-Marne)13.
XII. Porte de Saint-Maurice. — Il va presque sans dire que le cloître communiquait avec l'église, mais on ne s'en aperçoit pas sur la miniature d'Hariulf, cependant cette porte s'ouvrant dans le bas-côté sud, tout proche de l'autel de Saint-Maurice, s'appelait elle-même la porte de Saint-Maurice. Angilbert en parle plusieurs fois dans son Institutio lorsqu'il prescrit aux trois bandes, après l'office du matin et celui du soir, de se rendre processionnellement à l'église Sainte-Marie, de là à l'oratoire Saint-Benoît et ensuite dans la basilique par la porte Saint-Maurice où elles regagnent la place qui leur est assignée u ;
On se demande s'il existait dans le bas-côté nord une porte correspondant à celle-ci, on l'ignore et cela paraît douteux car elle n'aurait conduit à rien puis que le mur de clôture du monastère était tout proche.
XIII. La sacristie. — Devant le chevet et l'abside à l'Est, la miniature nous montre un bâtiment de forme allongée percé de quatre fenêtres, couvert d'un toit dont le faîte affleure le bas des fenêtres de l'abside. Cette dépendance paraît avoir dû remplir le rôle de sacristie, il en est question dans l'Institutio d'Angilbert qui nous apprend que le Samedi saint, à la suite des litanies, la scola cantorum monte à l'autel du saint Sauveur pour y remplir son office, tandis que les autres ministres retournent au secretarium pour s'y revêtir des ornements nécessaires à la messe1.
XIV. La crypte. — En pénétrant dans la basilique par le portail occidental on se trouvait dans le transept surmonté de la tour du saint Sauveur qui abritait un autel '-. Sous cet autel se trouvait une crypte dont parle Angilbert : Prseparavimus capsam majorent auro et gemmis ornalom, in qua posuimus partem supradictarum reliquiarum, quam cum ipsis... sublus criptam sancti Salvatoris ponere sluduimus '■'. « Nous avons fait fabriquer une grande châsse ornée d'or et de pierreries, où nous avons renfermé une partie des susdites reliques, et nous avons fait placer cette châsse sous la crypte du saint Sauveur. » Nous n'avons pas d'autre mention de cette crypte, mais elle était unique puis que celle qui existait à l'Est est très postérieure, n'ayant été construite par Gervin II que vers le dernier quart du XIe.
L'existence d'une crypte entraîne presque toujours, pour lui donner accès, un relèvement du sol et c'est ce qui eut lieu pour l'autel du saint Sauveur. Lors que l'Institutio parle de celui-ci, elle nous dit qu'on y monte ou qu'on en descend4 ; à propos de la procession du dimanche des Rameaux la même Institutio nous a dit, on s'en souvient, qu'on partait de l'église Sainte-Marie, on longeait le cloître au dehors et on arrivait devant le parvis ; là, la communauté récitait l'oraison devant la Nativité, franchissait la porte centrale, montait la tourelle à vis du Sud et arrivait devant l'autel du saint Sauveur pour y célébrer la messe 5. « Le fait de se servir de cet escalier pour arriver à l'autel suggère la pensée qu'il devait être beaucoup plus élevé que de deux ou trois marches, comme pouvait l'être par exemple l'autel de saint Riquier.
« La porte occidentale de l'église devait donc s'ouvrir sur la crypte, et on devait traverser celle-ci pour entrer dans la nef. Il n'était pas nécessaire que cette partie voûtée fût profonde pour qu'Angilbert ait pu lui donner le nom de crypte. En supposant le sol de l'église un peu plus élevé que celui du parvis, ce qui était fort probable, on comprend que, depuis le porche, on entrait, soit en descendant quelques marches, soit même de plain-pied ; puis, par un perron de plusieurs marches, on remontait dans la nef ; il se pouvait même que le sol de la crypte eût été au même niveau que celui de la nef. De là', on atteignait le chœur du Sauveur par deux autres perrons placés à droite et à gauche, soit dans la nef elle-même, soit peut-être dans les bas-côtés, afin de laisser à l'issue des trois nefs subdivisant très vraisemblablement la partie de la crypte qui se trouvait sous la croisée, trois ouvertures correspondant aux trois portes de la façade.
« La crypte devait s'étendre en effet également sous les croisillons du transept occidental ; nous nous rappelons que l'on accédait au chœur du Sauveur par les escaliers en colimaçon placés aux deux côtés du porche. Or ces escaliers, de la façon dont ils étaient placés, ne pouvaient guère déboucher que sur les croisillons.
« L'n passage de l'Institutio d'Angilbert 6 nous laisse d'ailleurs soupçonner cette disposition. Il indique l'ordre à suivre pour la communion des religieux et des fidèles au jour de Pâques et à celui de la Nativité. Ces jours-là l'office devait se faire à l'autel du Sauveur.
Indépendamment du célébrant, qui donnait la communion aux religieux, deux autres prêtres, assistés chacun d'un diacre et d'un sous-diacre la donnaient aux fidèles, l'un aux hommes, l'autre aux femmes. Puis ils la distribuaient aux enfants ; enfin, les deux prêtres susdits descendaient l'un d'un côté, l'autre de l'autre, et, se tenant sur la dernière marche, donnaient la communion à ceux qui n'avaient pu la recevoir aux endroits indiqués 7. » La crypte ne contenait pas d'autels et il semble bien qu'on n'y célébrait aucune fonction liturgique ; elle n'était, en somme, qu'un passage donnant accès à l'église sous l'autel du saint Sauveur et ne contenant qu'une châsse.
XV. Les tribunes. — On ne voit pas trace de tribunes le long de la nef sur la miniature d'Hariulf, cependant il existait une sorte de chemin de ronde au témoignage de l'abbé Angelran (1020-1045). « Nous avions, dit-il, un charpentier nommé Ingelvinus, qui d'ordinaire faisait les réparations nécessaires aux toitures de l'église, et qui ne craignait pas de grimper aux endroits les moins accessibles. Lors des fêtes de Pâques on le fit monter au clocher pour renouer la corde d'une cloche qui s'était rompue. Après s'être convenablement acquitté de son travail, il voulut boucher un trou qui s'était produit dans la toiture, mais le point d'appui qu'il croyait solide lui manqua, et il tomba du haut de l'église. Une mort horrible l'attendait si la puissance divine ne l'avait attiré du côté du mur où se trouvaient les pierres allongées (porrecli lapi des) sur lesquelles on peut faire en sûreté le tour de l'église et circuler, grâce à la protection d'un parapet9. » Le fait est confirmé et expliqué par Hariulf : « L'église est construite de telle sorte qu'au moyen de pierres allongées en avant, elle présente un passage intérieur que l'ingéniosité de ses premiers constructeurs a muni de solides parapets pour qu'on puisse y tenir en sûreté » : ipsa fabrica (empli porreclis in antea lapidibus ex se interius semilam jacit, quam ut tutus passes tenere podiorum munimine industrie. prisca firmavit ''. Évidemment ce n'est pas ce que nous nommons « tribune ». mais plutôt un chemin de ronde ou un balcon porté sur des consoles de pierre ou corbeaux (voir Dictionn., t. m, à ce mot).
XVI. La décoration. — Angilbert n'a pas voulu tout décrire dans la crainte d'être trop long, mais il parle de plurima ornamenta in fabriceduris et in dinersis ulilitatibus, in plumbo, vitro, marmore ,0. Nous savons aussi qu'on lisait une inscription tout à l'entour de la tour occidentale dédiée au saint Sauveur« .
XVII. Les autels. — Angilbert fit ériger et orner plusieurs autels qui portèrent le nom du saint dont ils contenaient les reliques avec un grand nombre d'autres ; certains de ces autels étaient surmontés d'un ciborium '-. Devant chaque autel se trouvait une table d'or et d'argent ornée de pierreries ». Les autels du saint Sauveur, de saint Riquier et celui de l'église Sainte-Marie étaient les plus riches, chacun d'eux couvert d'un ciborium auquel était suspendue une couronne d'or et de pierreries avec de petites croix d'or et d'autres ornements qui devaient rappeler les couronnes de Guarrazar (voir Dictionn., t. vi, à ce nom) u.
Dans la partie orientale de l'église on voyait le tombeau de saint Riquier, son autel et l'autel de saint Pierre. L'autel de saint Riquier se trouvait du côté des pieds et l'autel de saint Pierre du côté de la tête • et, par conséquent, dans le carré du transept.
Dans cet autel de saint Riquier, Angilbert avait déposé les reliques du saint avec celles qu'il avait pu se procurer de la très sainte Vierge - ; dans l'autel de saint Pierre se trouvaient celles de cet apôtre, de saint Paul et de saint Clément 3. Pour le tombeau du fondateur de l'abbaye, Angilbert composa une épitaphe en vers qui fut tracée en lettres d'or 4.
Sur la face antérieure, in ponte sepulchri, on lisait :
Sur le côté droit, in latere dextro :
AMPLAS DIVITIAS SPREVIT AMORE DEI HIC CORPVS PROPRIVM FRANCENS CERTAMINE DIRO
Sur le faîte du sarcophage, in culmine archœ desuper :
Sur le côté gauche, in latere sinistro :
Sur le front, vers les pieds, in jronte pedum :
IPSIVS VT MERITIS CAPIAT CELESTIA RECNA RECNAQVE FRANCORVM PACE QVIETVS ACAT
AMEN.
Ailleurs, alibi :
SEMPER SANCTE TVOS RICHARI PROTECE SERVOS ABSTRACTOS TERRA CAPIAT CELESTIS VT AVLA -
De chaque côté de ce tombeau on voyait ceux de saint Caïdoc et de saint Frichor, monuments d'orfèvrerie présentant chacun une épitaphe métrique de huit vers en lettres dor.
Mais il ne nous est pas possible d'énumérer dans le détail toutes les magnificences qu'Angilbert prodigua à Saint-Riquier, où se voyaient des autels à Saint-Quentin, Sainte-Croix, Saint-Denis, Saint-Maurice, Saint-Laurent et Saint-Martin.
XVIII. Le pavement. — La partie de l'église dédiée à saint Riquier était celle à laquelle était la plus haute révérence, aussi avait-elle reçu, de même probablement que le carré du transept oriental et le cancel, un de ces somptueux dallages en porphyre rouge et vert comme on en conserve des vestiges dans quelques basiliques romaines et dans le chœur de Saint-Benoît-sur-Loire. Le reste du dallage était en marbre blanc 6.
XIX. Les ambons. — Comme on doit s'y attendre, l'église possédait deux lectoria auro, arqenlo et marmoribus parafa ' ; on peut conjecturer qu'ils se trouvaient à proximité de l'autel du saint Sauveur et de l'autel de saint Riquier.
XX. Les fonts baptismaux. — On sait leur existence, mais on ignore leur emplacement 8.
XXI. Le parvis. — Nous avons parlé du portail qui précédait la façade occidentale ; le portail était précédé d'un parvis dont l'existence est bien attestée. Dans les Miracnla du saint, écrits en 864, nous lisons qu'il existait un espace clos de murs devant l'église, du côté de l'Occident, que l'on nomme parvis, ad mœnia quie sunl secus ecclesiam ex parte occidentis, quee oblinent vocabulum paradisi ' et cette mention n'est pas isolée. Hariulf, pour sa part, parle d'un aveugle originaire de Tournai, venu prier saint Riquier et qui passe la nuit sous le toit du parvis : compulsus est inhospitare tectum paradisi jusqu'à l'ouverture des portes de l'église le matin 10. Ce que pouvait être le toit ? Un auvent ou une galerie en appentis longeant les murs.
Une porte s'ouvrait au milieu de chacun des murs du parvis ; ces portes nous sont décrites, turrita mole surgentia, contenaient probablement à l'étage supérieur une chapelle dédiée à un archange : au Sud, saint Gabriel ; à l'Ouest, saint Michel ; au Nord, saint Raphaël, et chacune de ces chapelles renfermait un autel La porte occidentale, considérée comme la principale, faisait face au grand portail de l'église.
XXII. Le plan. — Telle qu'elle a pu être reconstituée à l'aide de la miniature d'Hariulf et des textes de l'Institutio et de la Chronique par M. Georges Durand, nous pouvons nous représenter l'église d'Angilbert comme une basilique à bas-côtés et à double transept (tig. 10629). A la croisée de chaque transept s'élevait une tour-lanterne. En avant du portail, le parvis ou paradisus conduisant au porche encadré par deux tours à escalier en colimaçon. Le porche comportait trois portes et il était orné d'un grand relief en stuc représentant la Nativité.
Sous le transept occidental s'étendait une vaste crypte à laquelle les trois portes donnaient accès et qu'il fallait traverser pour pénétrer dans la nef. Dans ce transept s'élevait l'autel du Saint-Sauveur surmonté d'un ciborium.
La nef ou vestibulum comprenait six travées ; elle était décorée de deux bas-reliefs en stuc représentant la Résurrection et l'Ascension. Un troisième bas-relief en stuc figurait la Passion et occupait la portion du mur surmontant l'arc triomphal. En avançant dans la nef, environ à la hauteur des deux dernières travées, se voyait un cancel. Huit autels latéraux s'échelonnaient le long des bas-côtés. Dans le mur extérieur du bas-côté méridional, la porte dite de Saint-Maurice ouvrait une communication avec le cloître ; il n'est pas certain qu'il en existât une en face dans le bas-côté nord.
Au milieu du transept oriental, sous la tour, un autel élevé à saint Pierre.
A l'extrémité est du transept s'ouvrait une courte travée droite, flanquée de deux escaliers cylindriques semblables à ceux qui encadraient le portail occidental. A la suite de cette travée se trouvait une abside et cet ensemble formait une sorte de chapelle qui abritait la tombe de saint Riquier encadrée par celles des saints Frichor et Caïdoc. L'abside était relevée de quelques marches et formait une espèce de sanctuaire fermé par six colonnes et abritait l'autel de saint Riquier, couvert d'un ciborium. Six fenêtres disposées sur deux rangées de trois, séparées par un rang de trois oculus étaient percées dans chacune des extrémités des transepts. D'autres fenêtres se trouvaient dans les murs occidentaux et orientaux de chacun de ceux-ci.
Douze fenêtres hautes, six de chaque côté, éclairaient la grande nef : d'autres fenêtres étaient percées et de S. Riquier, construite par Angilbert, 790-800.
D'après G. Durand, Picardie historique et monumentale, dans les murs des bas-côtés. Il en existait une à chaque travée '.
XXIII. L'église de Sainte-Marie. — Celle-ci, telle que nous la montre la miniature, se compose d'une nef avec bas-côtés, sans transept. La gravure de Petau montre cinq fenêtres, celle de Mabillon quatre seulement. Une tour cylindrique partant du sol, s'élève hors œuvre à l'extrémité orientale ; sa partie inférieure est garnie de quatre ouvertures cintrées et aveuglées jusqu'au départ du cintre soit par des portes soit par des murs. A l'étage supérieur, trois grandes ouvertures cintrées. Au sommet, une disposition analogue à celle des tours-lanternes. Cette tour obstrue la vue et ne permet pas de décider si l'église se terminait par une abside. La façade occidentale est percée d'une porte en plein cintre surmontée d'un pignon percé d'un oculus et surmonté d'une croix. La couverture de la nef est faite d'imbrications, celle du bas-côté de carreaux.
D'après ce qu'Angilbert nous apprend de cette église nous savons qu'elle contenait treize autels, ouvrages dont un, sans doute le principal, était couvert d'un ciborium ; on y voyait aussi un ambon magnifique 2. L'autel principal était dédié à Marie, les douze autres à chacun des douze apôtres. Quoi que la miniature, dans Petau, ne laisse compter que cinq fenêtres (quatre seulement dans Mabillon), on est porté à croire qu'il en existait six avec autant de travées, soit six autels de chaque côté. Angilbert omet le nom de saint Pierre parce qu'il avait son autel dans la grande église.
A l'intérieur de l'église, on voyait la représentation du Christ entouré des apôtres zonatim picti, c'est-à-dire peints autour de l'abside, soit autour de l'église.
XXIV. L'oratoire de Saint-Benoit. ■ — Ses dimensions sont moindres que pour l'édifice précédent : il se compose d'une nef unique, éclairée de trois fenêtres en plein cintre et sans bas-côtés. La façade occidentale offre une porte en plein cintre, surmontée d'un pignon percé d'une seule ou de deux petites fenêtres ; une croix se dresse sur ce pignon occidental, une autre croix sur le pignon oriental. La toiture est faite d'imbrications dont la grandeur et la direction varient d'un dessin à l'autre.
A cet oratoire fait suite un petit bâtiment quadrangulaire appuyé au pignon oriental et dont la destination est incertaine ; on peut y voir un chœur à chevet plat tenant lieu d'abside, ou bien une sorte de sacristie mettant en communication, au moyen du cloître, l'oratoire de Saint-Benoît avec la grande église.
A l'intérieur, cet oratoire renfermait trois autels dédiés à saint Benoît, à saint Jérôme et à saint Grégoire '.
XXV. Le cloître. — Sa forme rectangulaire est altérée par un angle rabattu qui donne l'impression triangulaire, chaque face présente un mur plein et des arcades cintrées. La portion du cloître qui longe la grande église présente dix arcades dans le dessin de Petau et vingt-trois arcades dans le dessin de Mabillon ; les écoinçons entre les arcades paraissent évidés ce qui porterait à croire que cette construction était en bois. Il semble que la toiture à imbrication veut figurer des tuiles creuses.
Nous avons dit déjà qu'après l'office du matin, l'office du soir, toutes les bandes se rendaient de la basilique à l'église de Sainte-Marie, puis à l'oratoire de Saint-Benoît, de là on rentrait par les degrés des arcades et la portion orientale du cloître dans la basilique par la porte de Saint-Maurice. Le jour de la procession des Rameaux, en cas de mauvais temps, on sortait de l'église Sainte-Marie et on suivait le cloître jusqu'à l'escalier de la galerie à rez-de-chaussée, on montait ledit escalier et continuant par la galerie, on entrait dans la basilique par la porte de Saint-Maurice. Il existait donc dans le cloître, aux environs de la grande église, un escalier ou tout au moins des marches.
On peut même se demander si la galerie n'avait pas deux étages, l'un à la hauteur du sol du cloître, l'autre à celle du sol de la nef de la basilique ; mais ni la miniature ni les textes ne le laissent croire.
XXVI. Les reliques. — On en comptait un grand nombre et c'est pour cette raison que nous ne pouvons en donner la nomenclature. Chaque autel en contenait dont Angilbert donne le détail.
XXVII. Le trésor. — Angilbert ne s'est pas contenté de bâtir, il a multiplié les présents et on peut considérer que le trésor de Saint-Riquier n'aura reçu que peu d'accroissement entre la mort de l'abbé (814) et la rédaction de l'inventaire dressé en 831 et conservé par Hariulf ; il semble plutôt que le trésor ait perdu de sa richesse.
De altariis et altariorum sancti Richarii ornatu.
Cum que prescriptorum sanctorum veneralioni allaria ordinala ut que de eorum reliquiis venerabiliter, ut supra legitur, a nostra parvitate essenl ornata, diligenti cura tractare cepimus, qualiler ea ad laudem et gloriam Domini nostri Ihesu Christi, ob venerationem sanctorum omnium in quorum honore sunt consecrata, de donis Dei et largilale magni domini mei Caroli ejus que nobilissime prolis, vel reliquorum bonorum hominum liberorum mihi ab illis collatis, opère fabrili in auro, argento, et gemmis ornare, etiam et ubi loca convenienlia existèrent desuper ciboria ponere potuissemus, sicut, prout eodem domino coopérante valuimus, facere studuimus.
Id sunt : in ecclesia sancti Salvatoris sancti Richarii altaria fabricata XI, et ciboria duo, lectoria duo, argento et marmoribus parata duo. In ecclesia sancte Dei genitricis Mariae et sanctorum apostolorum, altaria fabricata XIII, ciborium I, et lectorium optime paratum I. In ecclesia sancti Benedicti altaria parata III. In ecclesiis vero sanctorum angelorum Gabrielis, Mychaelis et Raphaelis altaria III. Quœ fiunt simul altaria XXX, ciboria III, et lectoria III.
Nam de aliis uasis et suppellectilibus, habentur cruces auro argento que parate X VII, ces dix-sept croix ornées d'or et d'argent sont réduites à treize : cinq majores et huit minores dans l'inventaire de 831 ; coronw aureœ II, lampa des argentée VI, cuprinœ auro argento que decoralse XII, nombre réduit à six d'argent et six de cuivre doré, en 831 ; poma aurea III, placées sur les autels, on en comptait vingt et une en 831 ; le même inventaire mentionne en outre sept autres pommes argentées et dorées qui servaient aux bannières ; calices aurei magni cum patents II, item calix unus aureus magnus cum imaginibus simul cum patena sua, alii calices argentei XII cum suis patenis, en 831 il est fait mention de quatre calices d'or, deux grands calices d'argent et treize petits d'argent, deux patènes d'or, quatre grandes et treize petites d'argent, et une d'archal ; ofjerloria argentea X, bassins ou disques (voir Dictionn., t. iv, à ce mot) qui contenaient les pains offerts par les fidèles ; en 831 on en comptait quatre en or, soixante en argent, un en ivoire et un grand orné d'or et d'argent. hanappi argentei superaurati XIII, treize hanaps d'argent doré que nous retrouvons en 831, mais suspendus ainsi que cela se voit sur beaucoup de miniatures ; conca argentea major cum imaginibus argenteis I, une grande coquille d'argent à images de même métal ; bocularis argenleus I, un bouclier d'argent ; urcei argentei cum aquamanilibus suis II, deux aiguières d'argent avec leurs bassins ; canna argentea I, eburnea I, chalumeaux d'argent et d'ivoire ; situle argentée II, petits seaux d'argent. On n'en trouve plus qu'un seul en 831, mais avec trois de cuivre et d'airain dont un argenté : suiones argentei duo, deux chalumeaux d'argent ; clavis aurea I, une clef d'or qui manque en 831 où on trouve deux clefs d'argent et une d'archal doré ; schilla argentea I, une clochette d'argent ; corone argentea ? cum luminibus XIII, treize couronnes de lumières en argent ; en 831, il en reste sept d'argent et sept d'argent doré ; columne coram altare sancti Richarii auro et argento parate VI, trabes minores cum arcubus suis argento parate III ; cloccaria auro parafa III, clocce optime XV, cum earum circulis XV (tout cela a été décrit plus haut) ; schillse III, trois clochettes ; imagines eneœ VI, eburnea I, six images d'airain, une d'ivoire ; candelebra auro parata II ; au lieu de ces deux candélabres parés d'or on trouve en 831 quinze grands candélabres de fer parés d'argent et d'or et sept petits ; ostia auro parata VII.
XXVIII. Le vestiaire. — Insuper donavimus ibi pallia optima LXXVIII, le même nombre reparaît en 831, il ne peut s'agir que de tentures à suspendre devant ou sur les côtés des autels et dans les entrecolonnements ; cappas CC, et en 831 ce nombre à deux cent soixante-dix-neuf ; dalmaticas sericas XXIIII, dalmatiques en soie qu'on retrouve en 831 au nombre de trente-deux ; albas romanas cum amictis suis auro paratas VI, albas lineas CCLX, en 831, on ne prend plus la peine de les compter ; les aubes auro paratas étaient ornées de broderies (voir Dictionn., t. i, aux mots Amict et Aube) ; [casulas de pallio XXX, de purpura X, de storace VI, de pisce I, de platta X V , de cendalo V] l'énumération qui précède entre crochets se trouve dans une copie sans indication du lieu où il faut l'insérer ; il s'agit d'un supplément de soixante-deux chasubles ; slolas auro paratas V, cinq étoles rehaussées d'or ; janoncs de pallio auro paratos X, il s'agit de corporaux ou de manipules avec parements d'or, ce qu'on appelait janones adofjerendum, dans lesquels on enveloppait la réserve eucharistique ; en 831 leur nombre s'était augmenté et l'inventaire mentionne quatorze fanons parés d'or, trois de brandeo, quinze d'étoffe et deux de plus parés d'or. Tantôt le fanon était rigide et orné pour recevoir le corps du Christ, tantôt c'était un morceau d'étoffe servant à s'essuyer la figure ; cussinos de pallio V, cinq coussins ; saga de pallio V, cinq saies pour porter la patène, quatre seulement en 831.
Ce même inventaire de 831 ajoute quelques articles à la scriptura d'Angilbert, ce sont capsw reliquiarum aurea ; et argenteœ vel eburnea ; parata ; XXX ; ar[c]se majores très et minores III ; un flabellum d'argent (voir Dictionn., t. v, à ce mot) ; scijphus argenteus major /, minores argentei quatuor, ex aurichalco I, ce sont des coupes de grande dimension ; on n'a pu jusqu'ici interpréter avec certitude les tutelli argenti IV ; enfin on ne peut voir que des crosses d'évêques ou d'abbés dans le baculus auro, argento et cryslallo paralus I et la prœparatio baculi unius ex cristallo.
L'inventaire contient la mention d'un certain nombre de vêtements liturgiques.
Ce volume est décrit par Angilbert : Evangelium auro scriptum cum tabulis argenteis, auro el lapidibus preliosis miriflee paratum, et par Hariulf, d'après l'inventaire de 831 : Evangelium auro scriptum unum cum capsa argenlea, gemmis et lapidibus fabricata. Dom Victor Cotron, au XVIe, dom Grenier au xviiie ont admiré et décrit la reliure du volume renouvelée au xve-XVIe par l'abbé Eustache Lequieux (1478-1511) ; cette parure d'orfèvrerie fut enlevée à la Révolution et remplacée par une broderie de chape.
Le texte débute par le prologue général, les lettres de saint Jérôme à Damase et d'Eusèbe à Carpien, puis viennent les canons ou concordan ces ; en outre chaque évangile est précédé d'un canon en sommaire. « Chaque évangile est précédé d'un prologue et d'un sommaire, écrit dom Grenier. Les titres des prologues et des évangiles sont en lettres romaines minusculles, le commencement des évangiles en lettres romaines majuscules mêlées de quelques lettres conjointes ; les lettres grises sur fond d'or sont ornées de figures en couleur de trois natures, rouge, bleue et verte ; le tout renfermé dans un encadrement. On voit à la tête de chaque évangile, un tableau de l'évangéliste avec ses attributs... On croirait reconnaître la manière de teindre le vélin, qui était de mettre une feuille de vélin entre deux pièces de toile imbibées de cette couleur que l'on mettait sous la presse ; en effet, plusieurs sont encore empreintes de la tissure de la toile. » La linéature, on lit au fol. 188 : Respondit Thomas et dixit ci Dominus meus et Deus meus. A la suite vient un cahier de vélin de 10 feuillets intitulé : Breviurius lectionum evangelii anni circuli (fol. 189-198). L'état de conservation est parfait en ce qui concerne l'écriture, la couleur pourpre a, par endroits, tourné au violacé.
XXXI. Consécration de l'église. — La basilique et l'oratoire de Saint-Benoît furent consacrés le jour des calendes de janvier (1er janvier) d'une année qui n'est pas connue avec certitude mais qu'on croit être 799, puis que parmi les douze prélats consécrateurs se trouvait Georges, évêque d'Amiens, qui mourut dans le courant de cette année '. Les autels de l'église Sainte-Marie furent consacrés un 8 septembre et parmi les évêques consécrateurs on retrouve le même Georges d'Amiens, donc peut-être aussi en 799. Les autels des trois portes du parvis furent consacrés respectivement, celui de saint Gabriel, le 25 mars ; celui de saint Michel, le 29 septembre ; celui de saint Raphaël le 4 septembre, ce dernier par Jessé successeur de Georges sur le siège d'Amiens 2.
D'après cela on peut calculer que les constructions d'Angilbert durèrent environ neuf années. Charlemagne suivi de sa cour vint à Saint-Riquier pour les fêtes de Pâques de l'an 800 et assista à la translation du saint dans sa nouvelle châsse.
De très bonne heure l'église de Sainte-Marie et l'oratoire Saint-Benoît furent abandonnés par les moines pour le service paroissial des habitants. Saint-Benoît dut disparaître dans les guerres du XVe ; Sainte-Marie demeura jusqu'à la Révolution l'unique paroisse de Saint-Riquier sous le vocable de Notre-Dame ; elle a disparu depuis lors 3.
XXXII. Mort d'Angilbert et la ruine de son œuvre. — Angilbert mourut le 18 février 811. Il avait marqué le remplacement de sa tombe sous le porche, devant la porte principale, en face de la représentation de la Nativité. Au dire d'Hariulf, on ne pouvait, en pénétrant dans la basilique, éviter de marcher sur cette tombe. Autour de celle-ci on grava ces quatre vers inscrits sur des tables de pierre : le premier à sa tête, le second à son côté gauche, le troisième à ses pieds, le quatrième à son côté droit :
REX requiem Angilberto da pater ai que pin* UEX LEX legum vitam eternam illi da quia tu es LEX LYX lucem sempei concède illi buna (/ni es LY X 1WX pacetn illi perpétuant dona es nuoniam P\X Angilbert n'a pas eu l'étrenne de ces vers composés par Bernoin, évêque de Clermont (811-823) qui y avait inséré Bernowino à la place à.' Angilberto.
Le 5 novembre 812, l'abbé Ribodon lit exhumer les restes d'Angilbert et les transféra dans la basilique : Simium moleste ferens talon tanlumquc virum quotidiano populi accessu ealcari, reputans que esse justum ut homo Dei intra Dei domum pausaret, levavit que ejus membra sancta el transtulil eo intra basilicam sandi Richarii, où il reposèrent à l'entrée du chœur où l'abbé Gervin le retrouva. L'ancienne épitaphe fut rapportée en cet endroit et le diacre Micon en lit une nouvelle. Là 8 15, à l'approche des Normands, les moines prirent la fuite emportant le corps de saint Riquier. Ils rentrèrent sans autre mal, mais en 859, autre alerte suivie du retour jusqu'en 881 où les Normands reparurent et, ne pouvant abattre la basilique, ils l'incendièrent avec tout le mobilier que les religieux n'avaient pu emporter dans leur fuite. L'empereur Charles le Gros devenu roi de France (884-887) aida de ses biens la restauration et les lidèrent les y contribuèrent. Les dépendances, le cloître, les bâtiments d'habitation des religieux étaient entièrement détruits, mais les autels et les murs de l'église étaient intacts. Grâce aux revenus de l'abbaye on répara et on releva, mais on renonça à la couverture des toits en plomb comme auparavant, on se contenta de les recouvrir de bardeaux : ligneis tabulatis, et bientôt des clercs et quelques moines, gouvernés par un clerc nommé Gerbert, reprirent la célébration de l'office divin '. dict. d'arch. chrét.
J. Malbrancq, De Morinis et Morinorum rébus, 3 vol. in-4°, Tornaci Nerviorum, 1639-1654 ; Edm. Martène et Urs. Durand, Voyage littéraire de deux religieux bénédictins, in-4°, Paris, 1717 ; P. Petau, De Nithardo, Caroli Magni ne pote ac tota ejusdem Nithardi prosopia brève syntagma, in-4°, Parisiis, 1613 ; Poetœ latinœ œvi Carolini, édit. Diimmler et Traube, 3 vol. in-4° ; Ern. Prarond, Histoire de cinq villes et de trois cents villages, hameaux ou fermes. IV. Saint-Riquier et les cantons voisins, 2 vol. in-8°, Abbeville, 1867-1868.
H. Leclercq.
ROACH SMITH (CHARLES). Charles Smith, né près de Shanklin (Ile de Wight), le 20 août 1807, mort à Temple Place Strood, près de Bochester, le 2 août 1890 ; il a si intimement soudé le nom de sa mère, Anne Boach, au sien propre qu'il n'est guère possible, sans cet artifice, de le distinguer parmi ses innombrables homonymes. Sa profession de pharmacien lui permit de s'intéresser aux antiquités romaines et anglo-saxonnes de son pays où il fit bonne figure d'archéologue et collabora à d'estimables périodiques comme The Archæologia, le Numismalic Chronicle, fonda avec Th. Wright la British archæological Association et dispersa ses observations dans diverses publications où on serait fort embarrassé de les retrouver, s'il n'avait eu la bonne pensée de réunir les plus utiles dans les sept volumes de ses Collectanea antiqua, elehings and notices of ancient remains, 1848-1880. On lui doit aussi l'édition de VInventorium sepulchrale, the antiquities... in the... Kent, 1757-1773, by Rev. Bryan Faussett, 1850 (voir Dictionn., t. vin, col. 719).
Ch. Boach Smith portait le plus vif intérêt aux monuments romains de France qu'il comparaît à ceux de son pays. Il avait visité les antiquités de presque toutes nos provinces et il en a publié d'intéressantes notices dans les volumes de ses Collectanea antiqua. Au cours de ses voyages, il avait noué des relations amicales avec nos archéologues les plus en vue alors, Arcisse de Caumont, l'abbé Bourassé, Peigné-Delacourt, Boucher de Perthes, le docteur Bigollot, Mariette, de La Saussaye, de Marsy et tant d'autres et surtout l'abbé Cochet à qui l'unissait une véritable amitié. Un trait peut caractériser Boach Smith. Il se trouvait à Dax, en 1858, à l'époque où le projet de démolition de l'antique enceinte de cette ville passionnait les esprits. Il fit pour sa conservation des démarches aussi actives que s'il se fût agi d'un monument de son propre pays. De retour à Londres, il obtint du maréchal Pélissier, alors ambassadeur de France, une audience pour faire parvenir au gouvernement français sa protestation contre l'acte de vandalisme qui se préparait ; en même temps, il décidait son ami l'abbé Cochet à tenter personnellement une démarche auprès de Napoléon III. A. de Caumont avait pris depuis longtemps l'initiative des réclamations au congrès scientifique de La Bochelle. Pour quelque temps on put croire la partie gagnée, mais la population se déclara contre ce qui faisait la beauté et le charme de sa ville et l'archéologie perdit sa cause.
H. Leclercq.
XIV.
des Gaules, in-8°, Paris, 1895 ; J.-Th. Layral (Jean de Laumière), Notre-Dame de Roc-Amadour. Mois de Marie historique, avec notice sur l'apostolicité du pèlerinage par M. Bourrières, in-8°, Paris, 1908 ; J.-Th. Layral, Défense de la tradition de saint Amadour, in-8°, Paris, 1912 ; cf. Anal, boll., t. xxxn, 1913, p. 98-99 ; L. de Valon, Le tombeau mérovingien de Saint-Amadour et les origines de la chapelle primitive et du pèlerinage de Roc-Amadour, in-8°, Marseille, 1931 (négligeable).
H. Leclercq.
ROCELLETTA. — Le plus majestueux monument du haut Moyen Age en Calabre est la basilique de la Roccelletta1. Fr. Lenormant la faisait remonter au D'après Em. Bertaux, L'art dans l'Italie méridionale, ive ou au Ve, « toute latine encore de plan et de construction », dit-il. Cette basilique (fig. 10630) se composait d' « une nef unique, divisée autrefois en trois nefs par deux files de colonnes antiques, qui auront été emportées au loin ; puis, au-delà de l'arc triomphal, un transept et un sanctuaire aboutissant à trois absides voûtées en cul-de-four. La nef était autrefois couverte en charpente ; le reste de l'édifice, qui forme comme une seconde église, était couvert d'un système compliqué de voûtes d'arêtes sans doubleaux, produites par la pénétration réciproque de deux séries de voûtes en berceaux, dont cinq sont parallèles à l'axe de l'église, tandis que deux autres lui sont perpendiculaires. Une crypte, voûtée comme la partie supérieure de l'édifice et surhaussée de cinq marches au-dessus de la nef, est ménagée sous le sanctuaire. Il est incontestable que la nef couverte en charpente et le sanctuaire voûté ont été construits en même temps ; non seulement l'appareil des briques, mais encore les arcatures et les niches décoratives sont identiques d'une extrémité à l'autre de l'édifice, aux absides, sur la face latérale qui est encore debout et sur la façade principale a ».
Pour fixer la date de la construction, on n'a aucun secours à attendre des rares documents qui mentionnent, vers le commencement du xne siècle, l'abbaye Santa-Maria de Roccella. Il faut demander son secret au bâtiment lui-même. Lenormant parlait du IVVe, Jordan 3 du vmc. Em. Bertaux descend jusqu'au XIIe : d'après lui, le plan et l'élévation de la Roccelletta sont conçus d'après les mêmes principes que l'église de Santa Maria del Patiro et des grandes églises siciliennes. Quant au « bas-relief contemporain de Justinien » découvert par Lenormant, il est signé et daté de 1854 4.
H. Leclercq.
RODEZ. — I. Liste épiscopale. IL Sarcophages.
I. Liste épiscopale. — On ne sait rien d'assuré sur la fondation de la ville gauloise de Segedonum qui prit dans la suite le nom de la peuplade des Rutheni et devint Rotena, Rodena ou Rodcns ; on n'est pas mieux instruit sur la pénétration et l'établissement du christianisme à Rodez qu'on peut reporter, semble-t-il, à la seconde moitié du IVe. Vers 475, Sidoine Apollinaire parle d'une Église de Rodez parmi celles que les Goths laissaient sans évêques 5.
1. Amantius. — Ce premier évêque n'est connu que par une vie du IXe environ 6 ; il n'a précédé que d'assez peu l'évêque Quintianus, mieux connu.
2. Quintianus. — On le voit siéger aux conciles d'Agde (506) et d'Orléans (511) en qualité d'évêque de Rodez. Les Goths l'ayant accusé d'être partisan des Francs, il s'enfuit et se rendit en Auvergne où il devint évêque de Clermont et y mourut en 525 ou 526. On ignore si Quintianus prit la fuite avant ou après 511 ; après la mort de Clovis, Rodez fut reconquise par les Goths 7. Grégoire de Tours a fait entrer la biographie de Quintianus parmi ses Vitœ Patrum . une lettre du comte de Septimanie, Rulgar, lettre écrite entre 610 et 612 ; on le voit siéger aux conciles de Paris (614) et de Clichy (627). On possède deux lettres de lui qui ont été insérées dans le recueil de saint Didier de Cahors (1. II, ep. xvi, xix), la seconde est antérieure à la promotion de Didier (630), la première se rapporte à une affaire à laquelle fut mêlé saint Sulpice de Bourges (t 647).
7. Aredius ou Yriex. — Il est mentionné dans les Miracula de saint Didier de Cahors par qui il fut guéri 2.
8. Faraldus. — Mentionné dans une charte de Conques, donnée par le roi Pépin I« , le 1er août 838 3.
II. Sarcophages. — Tombe de forme évasée (fig. 10631), en marbre blanc, déposée dans la chapelle des fonts baptismaux de la cathédrale ; trouvée dans deux tombeaux en marbre blanc, dont l'un est certainement celui qui nous occupe. » l'église de la Madeleine ; le couvercle, taillé en forme de toit à quatre pentes a disparu.
Sur la face principale, neuf personnages debout sous un portique que surmontent alternativement des frontons et des cintres. Au centre, le Christ tenant le volumen et quatre apôtres de chaque côté. Sur les parois latérales, encore le Christ entre deux apôtres et sur l'autre paroi latérale un édifice timbré du chrisme, probablement le Saint-Sépulcre entre deux apôtres dont l'un fait le geste d'acclamation 4.
« Il n'est pas impossible, d'après De Barrau 5, que ce fût là le tombeau de saint Amans, premier évêque de Rodez, ou de saint Dalmas, que l'on conservait autrefois dans l'église de Saint-Amans et dont on a perdu la trace depuis la reconstruction de l'édifice. En 1673, d'après un procès-verbal qu'on voit aux archives de l'Hôtel de ville, ces deux monuments étaient placés l'un sur l'autre, près du bénitier. On les avait relégués là, après en avoir ôté les reliques ; tous deux étaient en marbre. Quand la démolition de la vieille église eut lieu, en 1752, on dut les transférer ailleurs, probablement dans l'église la plus voisine, d'où, par oubli ou négligence, on ne songea plus ensuite à les retirer. Or c'est de l'église de la Magdelaine que furent extraits Blant, Sarcophages chrétiens de la Gaule, 1896, p. 7273, pi. xxn, n. 1-2-3.
On conserve à l'évêché un fragment de sculpture en grès rouge, de 0 m. 85 de hauteur sur 0 m. 60 — 0 m. 36 de largeur, sujet malaisé à déterminer : homme passant, les bras levés, assez bon travail.
Pierre tombale mérovingienne en grès rose, provenant de l'église Saint-Amans. On lit ce seul mot : chrisme dans une Quant à l'autel portant l'inscription : Deusdedil eps indignus fieri jussit hanc aram il n'appartient pas à nos études. Le siège de Rodez n'a jamais été occupé par un évêque de ce nom avant le Xe. Edm. Le Blant, Inscr. chrét. de la Gaule, t. il, p. 348-349, a eu le tort de ne pas l'éliminer assez résolument ; quant à ce qu'en peut dire V. Davin, cela ne compte pour rien.
ROGATIONS. — Nous avons traité déjà des litaniœ majores, mieux connues en France sous le nom de « procession de Saint-Marc » (voir Dictionn., t. x, col. 1740-1741) ou de « litanie romaine » ; il nous faut dire quelque chose des litaniœ minores ou « litanie gallicane » dont on sait au moins le nom de « Rogations » quoi que certains catholiques n'en sachent que ce que leur en a appris un chapitre de Chateaubriand et un tableau de Jules Breton. L'institution de cette solennité liturgique remonte à l'évêque de Vienne, saint Mamert, vers l'an 474. On vivait alors sous la menace et la réalisation d'événements tragiques ; pour relever les courages, l'évêque imposa à son peuple un jeûne et des processions chantées pendant les trois journées qui précèdent la fête de l'Ascension. Nous sommes ici en pleine histoire et il est superflu de chercher l'origine de ce rite dans des ambarvalia ou des lustrationes. C'est le propre successeur de saint Mamert, l'évêque Avit, qui a pris soin de consigner le souvenir que nous venons de rapporter et qui a été recueilli et consigné par Grégoire de Tours 2, de même que par Sidoine Apollinaire 3 qui écrit que « dans les litanies que Mamert a instituées, on jeûne, on prie, on psalmodie, on pleure ». D'un autre passage de cet auteur qui parle de litaniœ vagie, tepen les, infrequentes ac oscitabundœ, on s'est cru en droit de soutenir que saint Mamert n'avait fait qu'organiser une pratique plus ancienne 4 ; c'est confondre les processions et les Rogations. Celles-ci, on vient de le dire, ont une origine bien fixée et ont gardé leur but bien déterminé consistant à écarter les calamités. Enfin on a pensé découvrir dans un sermon de saint Augustin (t 430) 6 une attestation antérieure à saint Mamert, mais il faut restituer ledit sermon à saint Césaire d'Arles (t 542) 6, ainsi l'opinion traditionnelle conserve toute sa valeur. L'introduction de trois jours de jeûne pendant le temps pascal était, en 474, une innovation et on ne faisait rien de semblable au temps de saint Augustin '.
L'Église tint à honneur de maintenir l'institution de saint Mamert qui, de Vienne, se répandit aux alentours. Sidoine Apollinaire, ami personnel de Mamert, établit les Rogations dans son Église de Clermont ' et saint Césaire les trouva implantées à Arles 9 quand il vint en occuper le siège. A l'origine, on adopta des époques différentes, ensuite l'uniformité s'imposa et, dès la fin du VIe, l'accord s'était fait sur les trois jours précédant l'Ascension10. Le concile d'Orléans, en 51 1, ceux de Tours et de Lyon, en 5ti7, ordonnaient de les célébrer11. Le lectionnaire de Luxeuil (voir Dictionn., t. ix, col. 2748 sq.) prend soin de mentionner les Lecliones quœ legendœ sint in Rogalionis primo die (...die secundo, ...die tertia) et le Alissale gullicanum vêtus 12.
Non seulement le jeûne était prescrit, mais les serviteurs étaient dispensés du travail afin de prendre part à la procession. Venance Fortunat cite le cas d'une femme que la cécité seule empêcha de se joindre au peuple ; guérie par saint Germain elle put se joindre à la procession du troisième jour 13. Le nom de litaniœ donné à cette procession vient-il de l'invocation des noms des saints, c'est assez probable ; en tout cas nous savons que lors que le pape Grégoire I » institua une procession à Rome contre la peste per plateas Urbis on chantait le Kyrie eleison qui est demeuré le début du chant des litanies 14.
On ne se bornait pas au chant des litanies et nous venons de voir que le lectionnaire de Luxeuil prévoit et prescrit de longues lectures tirées de l'Écriture sainte, usage qui s'était conservé dans l'Église de Milan ainsi qu'en témoigne un livre intitulé : Litaniœ majores et triduanœ sollemnes ritu Ambrosiano, a sancto Carolo Cardinale lit. sanclœ Praxedis archiep. editœ, nunc denuo recognitœ. Mediolani anno MDCLXVII ; et voici en quoi consistait cette litanie 15. Le lundi qui précède l'Ascension, en présence du clergé et du peuple assemblés dans la cathédrale, l'archevêque ou le pénitencier bénissait la cendre provenant des rameaux d'olivier et l'imposait sur la tête de chacun avec ces mots : Mémento homo quia cinis es et in cinerem reverteris. Le récipiendaire répondait : Memor ero. On se rendait de là à la basilique de saint Simplicien où on récitait les litanies et l'oraison, suivis de Dominas vobiscum. Cela fait, le lecteur secondicier récitait la leçon de Joël : Hœc dicit Dominus Deus. Converlimini ad me in toto corde vestro, etc. Le premier notaire chantait le répons et le premier diacre, après le Dominus vobiscum, récitait l'évangile de saint Matthieu : Nolite putare quoniam veni solvere legem, etc. Ce qui se renouvelait dans douze églises.
Le mardi, semblable procession dans neuf églises et chacune d'elles entendait deux lectures, une de l'Ancien Testament, une autre de l'Évangile. Dans la septième église, Saint-Nazaire, le diacre criait à haute voix : Parcite fabulis. Le gardien disait : Silentium habete et quelqu'un répondait : Habele silentium ; après quoi on lisait saint Luc : Accessit ad Dominum Jesum quidam princeps et interrogavit eum dicens : Magister bone, quid faciens vilam œternam possidebo, etc.
Le mercredi, la procession se rendait dans onze églises, et dans la cinquième, Saint-Laurent, après les mêmes cérémonies que la veille, on lisait saint Luc : Homo quidam habuit duos filios et Mabillon ajoute cette remarque : Hœc non parum conducunt ad illustrandum lectionarium nostrum gallicanum.
Faut-il entendre des Rogations ce que dit Gennade de l'évêque Honorât de Marseille : Litanias ad inclinandam Dei clementiam cum plebe sibi credita pro viribus agit. En tout cas saint Avit de Vienne prêcha chaque jour des Rogations et nous possédons un de ces sermons en entier, deux fragments des autres .
Hors de France, les Rogations sont constatées par le concile de Girone (517) 16, celui de Tolède (G3G)17 et celui de Braga (572)18. Dans les adnuntialiones festivitatum de la liturgie mozarabe ■ — qui les reporte après l'Ascension — on trouve la mention de ces trois jours de jeûne des Rogations : Illo Illo et Illo [die] omnes jejunemus, ad exorandum Dominum nostrum Jesum Christum pro peccatis nostris, sive ut Dominus iram suam a nobis avertat : ac pro pace impetranda, vel pro sacris lectionibus audiendis, ecclesiam Domini jugiter frequentemus. Cette dernière formule est suivie de l'évangile des Rogations, le même que celui du missel romain l.
A Rome, ce fut le pape Léon III (795-816) qui régla les Rogations de la manière suivante : le lundi, le pape et tout le clergé de Sainte-Marie-Majeure se rendaient à la basilique du Sauveur ; le mardi, de Sainte-Sabine à Saint-Paul-hors-les-murs, le mercredi, de Sainte-Croix en Jérusalem à Saint-Laurent-hors-les-murs. Cependant les anciens sacramentaires romains ne font pas mention des Rogations, pas plus que les Ordines du chanoine Benoît et de Cencius, ni l'antiphonaire de Tomasi ; mais on les rencontre dans VOrdo Romanus XIII 2 probablement et dans VOrdo Romanus XIV*.
H. Leclercq.
ROHAULT DE FLEURY (Georges). — Né à Paris le 23 décembre 1835 dans une famille où le goût des arts avait presque la gravité d'un culte. Son père, Charles, architecte du Jardin des Plantes, très en vue sous le gouvernement de Juillet et le second Empire, se consacra lui-même, vers la fin de sa vie, à l'archéologie chrétienne. De bonne heure, il avait initié son fils à ses travaux et l'avait fait entrer à l'École des Beaux-Arts où il remporta ses premiers succès. Mais une santé particulièrement délicate l'attira en Italie où il fit un premier séjour (1858-1859), se fixa à Pise et parcourut la Toscane. A son retour en France, il publia Les monuments de Pise au Moyen Age, 1 vol. in-8° et atlas in-folio, 1862, et plus tard : Lettres sur la Toscane en 1400, 2 vol. in-8°, Paris, 1874 ; La Toscane au Moyen Age. Architecture civile et militaire, 2 vol. in-fol., Paris, 1874 ; Le Latran au Moyen Age, 1 vol. in-8° avec atlas in-folio, Paris, 1874 ; ce dernier travail lui valut la 1re médaille à l'exposition des Beaux-Arts de 1874. En même temps, le fils collaborait aux travaux du père et gravait les planches de son Mémoire sur les instruments de la Passion de N.-S. J.-C, in-4°, Paris, 1869, et se passionnait à son tour pour ces études. Charles Rohault mourut le 11 août 1875 et Georges poursuivit les travaux commencés. Successivement il fit paraître, avec son père : L'Évangile. Études iconographiques et archéologiques, 2 vol. in-4°, Tours, 1873, ensuite seul : La sainte Vierge. Études arch. et icon., 2 vol. in-4°, Paris, 1878 ; La Messe. Études archéologiques sur ses monuments, 8 vol. in-4°, Paris, 1883-1889, et Les saints de la messe et leurs monuments, 10 vol. in-4°, Paris, 1893-1900. Non content d'écrire, de dessiner et de graver, l'auteur publiait ses livres à ses frais. Sa dernière œuvre, Gallia dominicana. Les couvents de Saint-Dominique au Moyen Age, 2 vol. in-fol., Paris, 1903, restait inachevée lors que mourut l'auteur le 12 novembre 1904, à Paris, dans son hôtel de la rue d'Aguesseau.
Le 5 novembre seulement la maladie l'avait contraint à poser la plume et à cesser un travail qui l'absorbait parfois quatorze heures par jour et dont il faisait honneur à la mémoire et au nom de son père quoique la part principale fût bien sienne. C'est qu'il était passionnément modeste. Fuyant les honneurs, étranger aux distinctions auxquelles son mérite lui donnait tant de droits, il vivait solitaire, absorbé par son œuvre dont il savait l'utilité sans pouvoir en sentir les quelques points faibles, surtout au point de vue de l'information textuelle et de la critique historique. Néanmoins la richesse documentaire demeure solide et forme un ensemble utile à consulter. Ceux qui entrevirent cet homme, qui connurent son immense labeur, son exquise bonté, sa modestie sincère, sa science très étendue et qui reçurent son sourire ne peuvent l'oublier.
H. Leclercq.
ROI TRÈS CHRETIEN. — Il a été longtemps admis que le titre de « Roi très chrétien » fut attribué à Clovis dès le temps de son baptême ; quand on regarda aux preuves on s'aperçut qu'elles manquaient et, au XVIIe, le P. Daniel, auteur d'une Histoire de France, proposa de faire attribuer ce titre, pour la première fois, à Louis XI. Là-dessus, un certain abbé de Camps prit feu et flamme et déversa sa prose dans le Mercure de France (janvier, juin, novembre 1720) pour rétablir Clovis dans ses droits. Suivant un usage qui ne s'est pas complètement perdu, il accusa son contradicteur de n'écrire que « pour déshonorer l'histoire de sa patrie » et le P. Daniel lui tint tête (ibid., avril, août 1720) pendant que Claude du Moulinet insinuait que ce titre pourrait remonter aux règnes de Louis VII, de Philippe-Auguste ou de saint Louis. Quelques années se passèrent et, en 1755, le P. GritTet proposa de s'en tenir à Charles V ; là-dessus, Bonamy, en 1760, parla de Louis le Jeune, et l'intérêt de la question paraissant épuisé on n'en parla plus.
On ne se fit certes pas faute de décerner à des princes francs des épithètes louangeuses, parmi lesquelles se lit christianissimus, mais cela n'entraîne pas à conséquence et il ne s'agit, en aucun cas, d'un titre héréditaire, mais tout au plus d'une formule de politesse, d'un hommage individuel. Rois et reines du peuple franc n'en avaient aucunement le privilège, puisqu'ils partageaient cette appellation avec leurs collègues byzantins et wisigoths. Quand les rois mérovingiens ne furent plus que des ombres, le titre passa aux maires du palais austrasiens et les papes ne se privèrent d'en décorer Charlemagne par deux fois, lorsqu'il fallut le décider à venir au secours de Grégoire III et de l'Église romaine. L'habitude était prise et les premiers Carolingiens s'accommodèrent à merveille de l'épithète de christianissimus qu'ils lisaient dans les lettres que leur adressaient un Zacharie, un Étienne II, un Paul Ier, un Étienne III. Pépin le Bref trouvait fort bon qu'on le traitât de « très aimé, très excellent et très chrétien », bien mieux il voulait être « le plus orthodoxe et le plus chrétien » ; quant à Charlemagne il trouvait le titre si fort à sa convenance qu'il se le décernait à lui-même dans un capitulaire de l'an 802. Désormais cela allait comme de soi, le rédacteur du Liber pontificalis en prenait son parti et accolait ce titre aux noms des fondateurs de la dynastie carolingienne, mais non à toute leur lignée, aussi la chancellerie continuait à le décerner à l'occasion, non seulement aux empereurs byzantins, mais encore aux rois des Bulgares.
À cette époque le titre de « très-chrétien » conserve sa valeur de récompense individuelle pour services rendus, promis ou espérés, les papes n'en ont pas aliéné la possession à une famille à l'exclusion de toutes autres. Ainsi, pendant les Xe et XIes, les rois de France n'y ont aucun droit qu'à titre individuel. Mais lors que survint la querelle des Investitures, la politique rapprocha la papauté de la royauté capétienne. Louis le Jeune ne ménagea pas au pape Alexandre III les témoignages de sympathie et la chancellerie pontificale se laissa toucher, elle fit reparaître cet éloge de « prince » ou de « roi très chrétien » vers l'année 1163, dans les pièces dont la rédaction émanait d'elle, et cela non pas une fois de loin en loin, mais constamment avec une régularité voulue. L'éloge fut adopté par les clercs et nul, alors, n'en fit un plus fréquent usage que saint Thomas Becket, alors exilé et réfugié en France.
Désormais la chancellerie romaine adopta le titre christianissimus et l'appliqua à l'héritier de Louis le Jeune, Philippe-Auguste. Dans une bulle datée de 1214 on lit ces mots : Quocirca non de cet tuam regalem pudentiam, quae inlcr cœleros principes sseculares christianitatis lilulo est insignita, pro aliquo temporali commodo spiritualem impedire projectum. « Entre tous les princes séculiers, tu as été distingué par le titre de chrétien. » Ceci semble très clair, mais néanmoins, en s'exprimant ainsi, Innocent III ne s'engageait pas envers la dynastie capétienne à l'exclusion de tous autres rois qui dans les actes émanés de la chancellerie pontificale se voyaient qualifiés de « très chrétiens ».
Ainsi rien n'était encore décidé au commencement du XIIIe, mais l'idée était en marche. En France on s'y habituait, mais sous cette forme encore hésitante que les lettres adressées par le pape au roi de France débutaient de cette manière : « Innocent, serviteur des serviteurs de Dieu, à notre cher fils, homme catholique, Philippe, roi de France, salut et bénédiction apostolique ». Ainsi l'affirmèrent les recueils épistolaires sans prendre la peine de se reporter aux originaux, et cette erreur se soutint pendant plus d'un siècle.
Ceux qui paraissent avoir attaché le moins d'intérêt à cette distinction ce sont les rois de France. On pourrait être tenté de croire que saint Louis en faisait grand cas, or il est peu de Capétiens à qui les papes l'aient plus rarement décerné ; quant à Philippe le Bel il s'en préoccupait sans doute assez peu, et son entourage moins encore ; dans un mémoire à lui destiné, son conseiller Pierre Dubois réserve le titre de « très chrétien » à Édouard II, roi d'Angleterre. Il en va de même au XIVe, en 1344, le pape Clément VI parle du « royaume très chrétien d'Angleterre » ; mais les choses vont changer à partir du règne de Charles V.
Le pape Grégoire XI écrit à ce prince : Carolus inlcr cœteros fidèles principes christianissimus et, en 1377, Raoul de Presle lui dit : « Vous estez et devés estre le seul principal protecteur, champion et défenseur de l'Église... Et ce tient le Saint-Siège de Rome qui a acostumé à escripre à vos devanciers et à vous singulièrement, en l'intitulation des lettres : « Au très chrétien des princes ». Cependant que dans les bulles pontificales de cette époque les papes usent de la même formule pour les autres rois chrétiens et même au dos des lettres closes on ne rencontre pas une formule où figure le mot christianissimus. Quoi qu'il en soit c'est à partir de ce règne que la chancellerie du roi de France attache une valeur particulière au titre dont elle s'ingénie à faire la propriété de son maître, l'expression de son droit légitime à la succession de tous ses prédécesseurs, l'affirmation du caractère sacré de la monarchie française. Ainsi s'accrédite l'opinion que le titre de « roi très chrétien » est la reconnaissance et proclamation officielle de la gratitude des papes envers la royauté capétienne. Quand survient le Grand Schisme, Charles V prend parti pour le pontife qu'il croit légitime et celui-ci lui prodigue le titre de « roi très chrétien », ce qui lui confère une garantie d'orthodoxie d'autant plus précieuse qu'elle est plus sujette à contestation. On peut dire que désormais le titre appartient en propre aux rois de France et les docteurs les plus écoutés lui en font une parure exclusive, ce sont Philippe de Mézières, Jean Gerson, Étienne de Chautemont, Nicolas de Clamenges, enfin c'est Charles VI sur les livres duquel on place ces paroles : « Nos ancêtres, en poursuivant et en détruisant les hérésies, se sont si bien conformés aux décrets des conciles et des souverains pontifes que les papes les ont appelés très chrétiens et champions de la foi. Nous avons pris la résolution de conserver ce très saint surnom conquis par nos prédécesseurs. » A l'étranger pas de contestation, on paraît admettre la légitimité du titre fondée sur son antiquité. A partir du règne de Charles VII, il est admis que c'est l'Église qui décerne habituellement aux rois de France le titre de « rois très chrétiens ». Les papes Eugène IV, Nicolas V, Calliste III, Pie II y voient un titre héréditaire légué à Charles VII par ses prédécesseurs, l'empereur Frédéric III lui écrit : « Vos ancêtres ont assuré à votre race le nom de très chrétien comme un patrimoine qui se transmet à titre héréditaire. » A partir de Paul II (1464) on lit dans l'adresse de lettres pontificales : « A mon très cher fils en Jésus-Christ, Louis, roi de France très chrétien... » ; telle fut d'alors, tant dans les bulles que dans les brefs, la formule d'adresse constamment usitée.
« C'est du reste la seule innovation du règne de Louis XI. L'ignorance des usages depuis longtemps observés dans la chancellerie des papes a fait attacher une importance exagérée à la conversation que Paul II cinq ans plus tard (1469), eut avec un envoyé du roi de France. Résolu à ne point autoriser les poursuites que Louis XI demandait alors à exercer contre le cardinal Balue, le souverain pontife enveloppa son refus de paroles aimables : « A supposer, dit-il, que ses prédécesseurs n'eussent pas, dans leurs écrits, lettres et le langage courant, fait usage des termes de roi très chrétien, il avait, quant à lui, tant vu et tant lu de beaux traits de dévouement à l'Église dans la vie des rois de France, qu'il croirait mal faire son devoir s'il n'appelait Louis XI très chrétien ; il avait commencé de le faire, et il était tout disposé à continuer. » « La fin du XVe et le commencement du XVIe marquent, dans l'histoire de ce privilège, une période critique. Les rois de France avaient repris le chemin de l'Italie, sans y être appelés cette fois par l'Église. Ils virent à certains moments la papauté se dresser devant eux comme pour leur barrer le passage, et peu s'en fallut que le choc résultant de cette rencontre n'entraînât la perte de leur prérogative. Alexandre VI, à en croire Commynes, fut au moment d'enlever à Charles VIII le titre de « roi très chrétien » pour en gratifier Ferdinand d'Aragon (1496). Il alla peut-être jusqu'à en dépouiller Louis XII au profit d'Henri VIII d'Angleterre (1512) : tel est du moins le bruit qui circulait neuf ans plus tard à la cour de Léon X et dont Guichardin s'est fait l'écho. Le même historien ajoute qu'un décret avait été rendu dans ce sens par le Ve concile de Latran. En tout cas, c'est l'époque où le professeur Belal démontrait que Charles VIII et Louis XII, le roi « bigame », étaient indignes de porter un tel titre, usurpé au détriment et par suite de l'incurie des empereurs. C'est aussi le moment où, se piquant d'honneur, l'empereur Maximilien élevait lui-même à ce sujet une réclamation en cour de Rome.
« L'avènement de Léon X coupa court à ces vaines tentatives. Le temps ne fit que conserver aux rois de France la possession d'un titre auxquels ils prétendirent bientôt en joindre un autre non moins édifiant, celui de « fils aîné de l'Église » '.
II. Leclerc.
ROIS (Couronnes de). — Suétone nous apprend que Jules César refusa de porter le diadème et Lampride rapporte que les courtisans de Caligula lui persuadèrent que l'usage de cet insigne le ravalait au rang des rois. Ce fut Héliogabale qui, le premier, se coiffa d'un rang de perles, quia pulchrior fieret et magis ad luminarum vulturn aptus, mais il ne le porta que dans son palais, au dire d'Aurélius Victor : Prinvus apud Romanos diadema capiti innexuit, gemmis que et aurata omni veste, quod adhuc fere incognitum romanis moribus Nous ne voyons rien de pareil sur les monnaies des rois mérovingiens qui sont généralement d'une exécution si grossière que le type représenté, de face ou de profil, semble viser moins à la ressemblance qu'à la caricature. Sur quelques-unes de ces monnaies la tête royale a pour diadème un rang de perles. Ce qui est décisif pour le sujet qui nous occupe c'est que dans la tombe du roi Childéric, qui fut enterré avec tous les somptueux insignes de la royauté, il n'est fait aucune mention d'une couronne. Nous ne pouvons omettre à ce propos la mention d'une plaisante méprise qui dura longtemps. Dans certaines tombes d'époque barbare on trouva parfois deux ou trois cercles de bronze de même module et un cercle semblable mais surmonté d'une sorte de branche de même métal, courbée, allant d'un côté à l'autre. La destination de ce cercle à bande ne parut pouvoir être qu'une couronne jusqu'au jour où on découvrit un seau en bois, à peu près convenablement conservé et encore pourvu de son armature et de sa poignée.
Certaines monnaies franques offrent un diadème assez analogue à ceux en usage pour les basileis byzantins, insigne dénommé spanoclista dans le Liber pontificalis qui arrange ainsi le mot grec ce qui veut dire une couronne ouverte par le haut. Constantin Porphyrogénète en reporte l'invention à Constantin le Grand qu'il nomme xap.7)Xâuxiùv, dont on a fait camelaucum (voir Dictionn., t. il, à ce mot), qui est une sorte de cas que, ainsi que traduit Bède : Super caput autem geslat pileum in modutn parvuli calamauci, sive cassidis, qui extendebalur supra capitis summitalem. Théophane attribue au roi Totila un couvre-chef couvert de pierreries : xau.riXx6xt.ov 8iaXi.Gov. Polémius Silvius, dans son Laterculus, attribue à Constantin l'invention d'un diadème pour arrêter ses cheveux qui s'écartaient de son front : Constantinus senior, qui chrislianœ religionis ministros privilegiis comnuinivil, diadema capiti suo, propter refluen les de fronte propria capillos (pro qua re saponis ejusdem cognominis odorala conjectio est) quo constringerenlur, invenit, cujus more hodie custoditur.
Si on veut bien se reporter à l'ivoire Barberini (voir Dictionn., t. iv, col. 1156, fig. 3773) et au dis que d'argent de Kertch (voir Dictionn., t. iv, col. 1 184, fig. 3778) ainsi qu'à la mosaï que de Saint-Vital de Ravenne (voir Dictionn., t. vm, col. 517, fig. 6422), on verra que de Constantin à Justinien la forme et la matière du diadème n'ont guère changé. Un camée qui représente peut-être Honorius et Marie, nous montre sur le cabochon qui est au sommet du diadème, un chrisme gravé (voir Dictionn., t. xiv, col. 1565, fig. 10470).
Pour Charlemagne et ses successeurs on se reportera aux monuments que nous avons donnés de Charlemagne et de Char les le Chauve (voir Dictionn., t. m, fig. 2621 ; 2624 ; 2650). Il n'y a pas la moindre confiance à accorder à ce que dit Montfaucon des couronnes des rois de la première race qu'il tire des statues du portail de Saint-Germain-des-Prés (XIe) et d'autres monuments de pareille épo que.
H. Leclercq.
ROIS (Titres des). — On connaît assez généralement la hiérarchie honorifi que romaine qui a précédé l'empire d'Occident : Ordre sénatorial : a) VlRl illustres ; b) Viri spectabi les ; c) Viri clarissimi. — Ordre équestre : a) Viri per{ectissimi ; b) Viri egregii. En Gaule, suivant la Notifia dignitatum, le prœfectus prœtorio est Vir illustris ; est aussi classé parmi les Viri illustres le magister equitum Galliarum ; mais le dux traclus Armoricani et Nervicani, le dux Belgicœ secundœ, le dux Germanicie primœ portent chacun le titre de Vir spectabilis, qui est également donné au vicarius septem provinciarum. Enfin, dans les inscriptions du Ve, comme dans cel les du vie, les consuls sont qualifiés Viri clarissimi. — Vir per/ectissimus est dans les inscriptions le titre du prœses ; Vm egregius celui du procurator. Par-dessus eux tous se trouvait l'empereur qu'on n'appelait pas vir mais Dominvs noster, en y ajoutant divers adjectifs tels que forlissimus, piissimus, clementissimus, vicloriosissimus, gloriosissimus, etc. De ces épithètes, celle de gloriosissimus est celle que le droit canoni que paraît avoir le plus souvent employée, sans d'ailleurs supprimer les autres ou les équivalents. On le voit par les canons de l'Église d'Afri que : IIe concile de Carthage, 390 ; concile de Telepte, 418 ; Codex canonum Ecclesiœ Africanœ, 419. — Cet usage pénétra parmi les sujets des rois wisigoths tant en Gaule qu'en Espagne. Ainsi, au concile d'Agde (506), le préambule porte que l'Assemblée des évêques s'est faite avec la permission du roi des Wisigoths Alaric II : Ex permissu Domini nostri gloriosissimi, magniftcenlissimi piissimi que régis. Le concile de Narbonne (589) se réunit : per ordinationem gloriosissimi Domini nostri Reccaredi régis. Le IIIE concile de Tolède (589) a lieu : anno régnante quarto gloriosissimo at que piissimo ac Deo fidelissimo Lomino Reccaredo rege. C'est dans ce concile que les Wisigoths abjurèrent l'arianisme. La profession de foi catholi que y fut signée par six évêques ariens et plusieurs grands seigneurs wisigoths : Signum Gussini, Viri illustris, proceris ; Fansa, vir illuster, anathematizans, subscripsi ; Afrila, VIR illuster, etc., enfin le roi Reccarède : gloriosissimus DOMINUS noster Reccaderus rex. Cette opposition entre le roi, Dominus, et les virise retrouve au concile de Séville, en 618, anno nono regni gloriosissimi principis Sisebuti. Au concile, les évêques siègent : cum tribus viris Sisisclo, redore rerum publicurum, atque Suanilane, actore rerum fiscalium. — Un usage analogue est établi par l'étude des documents ostrogoths et anglo-saxons. — En France, le plus ancien témoignage nous est fourni par la lettre du concile d'Orléans au roi Clovis (511) : Domino suo, catholicœ Ecclesise filin Chlothovéeho glorisissimo régi ; comparez le IIe concile d'Orléans (529) : cum ex prœceptione gloriosissimoram regum ; le Ier concile de Clermont : Consenlienti DOMINO nostro gloriosissimo piissimo que rege Theodeberto ; le Ier concile de Màcon (585) : in re.gno gloriosi DoitlNl Guntramni régis ; en regard desquels se place le IIe concile d'Orange (529) : Cum ad dedicalionem busiliae quam illuslrissimus prœjectus et patricius filius nosler Liberius in Arausiea civilate fldelissima devotione construxit. Le mot vir man que ici avant illuslrissimus, mais on le trouve dans les autres documents analogues. L'étude des monnaies, des formu les de Marculfe, de YHisloria Francorum de Grégoire de Tours, des epistolœ sévi merovingici confirme ces remarques par de nombreux exemp les. Ja mais le titre de vir inluster n'a été porté par des rois mérovingiens l (voir Dictionn., t. m, col. 966-972).
H. Leclercq.
ROIS GUÉRISSEURS. — I. Le mal des écrouel les. — Nos pères se faisaient de la royauté une opinion bien différente de la nôtre, ils partageaient assez généralement l'anti que croyance au caractère sacré de certaines famil les roya les et consentaient à voir dans les rois chevelus de la dynastie mérovingienne ainsi que dans les rois wisigoths des êtres quasi divins, de véritab les demi-dieux — ainsi s'exprime Jordanès — issus de l'Olympe germani que, adoptés comme tels par l'opinion chrétienne, au moyen de quelques textes de l'Ancien Testament complaisamment sollicités par Fortunat et quelques congénères.
Leur pouvoir s'exerçait, croyait-on, sur une affection morbide consistant dans les inflammations des ganglions lymphatiques dues aux bacil les de la tuberculose, affection que la médecine moderne désigne sous le nom d'adénite et que nos ancêtres appelaient bonnement : les écrouel les ; en latin scrojula ou strumœ. Le mal se portait de préférence sur les ganglions du cou, ce qui, faute de soins, pouvait entraîner des suppurations et la face paraissait atteinte. Fncore très répandue de nos jours, cette affection l'était beaucoup plus jadis par suite de mauvaises conditions d'hygiène, et, dans certaines régions, elle était véritablement endémi que. Point mortel mais incommode et répugnant, ce mal était une pénible épreuve dont cherchaient à se délivrer ceux qui en étaient atteints, espérant leur guérison d'un remède réputé miraculeux, gratuit et, parfois même, rémunéré lors que son effet s'était révélé salutaire.
Nous n'avons pas à suivre ici cette longue histoire d'un rite thaumaturgi que qui a été pratiqué jusqu'à nos jours, c'est l'antiquité seule qui doit nous retenir et les commencements de ce miraculeux pouvoir, expression tangible de la croyance au caractère sacré de la royauté inséparable des vertus insérées dans l'onction royale. Ainsi se constitua un dualisme tenace qui mit à la base du pouvoir des rois la croyance à un caractère surnaturel. On y découvrait une conséquence du caractère sacré de la famille élue de Dieu dont les membres se succédaient sur le trône par droit héréditaire et en vertu de l'onction religieuse conférée à un membre de cette famille.
A quelle épo que ce pouvoir commença-t-il à être exercé ? Comment ses détenteurs furent-ils amenés à le revendiquer ? Comment les peup les consentirent-ils à le reconnaître et à l'invoquer ? C'est ce qu'il nous reste à dire sommairement 2.
IL Les deux premières ra ces. — Est-il possible de trouver un témoignage de la puissance guérisseuse avant les Capétiens ? On se l'est demandé dès le xvie et le xvne sièc les et on n'a pu en apporter un seul. Un jour de Pâques, à Fontainebleau, où il avait touché les écrouel les, Henri IV posa cette question à son dîner et son aumônier Guillaume Du Peyrat se prononça pour la négative 3. Ses contradicteurs n'apportèrent pas, et pour cause, le témoignage demandé et si complètement inconnu que personne, depuis lors, ne l'a produit. Cependant quelqu'un s'avisa de soutenir à cette épo que l que le roi Clovis, le premier, avait guéri les écrouel les ; mais c'était un juriste méridional, du nom d'Etienne Forcatel, auteur d'un Traité de l'empire et la philosophie des Français, paru en 1579. On y lit que Clovis avait un écuyer qu'il aimait beaucoup ; cet homme appelé Lani cet fut atteint des écrouel les ; il essaya en vain de divers remè des, notamment, et par deux fois, de celui que prescrit Celse, qui est de manger un serpent. Alors Clovis eut un songe, il se vit guérissant Lani cet par simple attouchement ; en même temps sa chambre paraissait se remplir d'une flamboyante lumière. Aussitôt réveillé, après avoir rendu grâ ces à Dieu, il toucha en effet l'écuyer dont, bien entendu, le mal disparut '« . Ce conte fit fort une, mais il est superflu d'ajouter qu'il n'en vaut pas mieux.
C'est donc chez Grégoire de Tours que nous lisons pour la première fois, à propos du roi Gontran, fils de Clotaire Ier, la mention d'un pouvoir guérisseur attaché à la personne royale : « On racontait communément, parmi les fidè les, dit-il, qu'une femme, dont le fils, souffrant d'une lièvre quartaine, gisait sur son lit de douleur, s'était glissée à travers la foule jusqu'au roi et, l'approchant par derrière, lui avait arraché sans qu'il s'en aperçût quelques franges de son manteau royal ; elle les mit dans l'eau et fit boire cette eau à son fils ; aussitôt la fièvre tomba, le malade guérit. Je ne mets pas, pour ma part, la chose en doute •, » Après ce prince que Grégoire considère comme exceptionnellement pieux, cette vertu semble s'évanouir, en tout cas elle met longtemps avant de reparaître. Fntre le vic et le XIe, pendant la durée des dynasties mérovingienne et carolingienne on ne découvre nulle trace de ce qui va devenir un des princip aux lustres de la dynastie capétienne. De Louis NT à Louis IX les documents sont également muets mais cela est. du moins, explicable.
III. Les guérisseurs capétiens. — Il faut arriver au début du XIe pour rencontrer une allusion à de telles guérisons. La vie du roi Robert le Pieux, second monarque capétien, a été écrite par le moine Helgaud. C'est une sorte de vie de saint où on nous montre ce roi, pendant un carême, à la fin de sa vie, visitant les sanctuaires fameux de Bourges, Souvigny, Brioude, Saint-Gilles, Castres, Toulouse, Saint-Antonin, Concilies et Aurillac. • Dans ce voyage il distribua beaucoup de biens aux sanctuaires et sa main s'ouvrit largement pour les pauvres, lais ces terres, il trouva beaucoup d'infirmes et particulièrement des lépreux : mais cet homme de Dieu ne les eut point en horreur, puisqu'il avait lu dans les saintes Écritures que le Christ avait reçu souvent l'hospitalité sous l'apparence d'un lépreux. Il allait vers eux avec allégresse, leur baisant les mains et louant en tout le Seigneur... La vertu divine accorda à cet homme parfait une telle grande grâce pour guérir les corps que, en touchant de sa très pieuse main les plaies des malades et les marquant du signe de la croix sainte, il leur enlevait toute douleur et maladie '. » Dom Bouquet et ses collaborateurs ont vu dans ce passage la première mention de la guérison des écrouelles : En origo forsan prerogativœ qua slrumosis valere gaudent Francorum reges. On partage leur avis 2, puisqu'il est question du « toucher » des malades et du signe de croix fait sur leurs plaies. Mais Robert a-t-il acquis ce pouvoir en qualité de roi ? Non pas. Robert est un saint, doué de toutes les vertus chrétiennes, canonisé par la voix publique, puisqu'à son époque il n'était pas encore besoin d'une décision officielle pour être inscrit au nombre des saints ; et dans quelle circonstance accomplit-il ces prodiges ? Dans un pèlerinage fait, au déclin de sa vie, aux sanctuaires les plus vénérés de la Gaule et où les vertus des saints Étienne, Julien, Gilles, Antonin, de sainte Foi, etc., semblent passer en quelque sorte en lui. Mais, et voici le fait difficile à expliquer, Robert va transmettre ce don à ses successeurs. Philippe Ier (1060-1108) va se spécialiser dans la guérison des écrouelles.
Or, vers le début du XIe, le monastère de Saint-Médard de Soissons prétendait posséder une dent de lait de Notre-Seigneur 3, ce qui parut être une supercherie à l'abbé de Nogent-sous-Coucy, un certain Guibert, lequel ne manqua pas d'accuser ses voisins en un traité : De reliquiis sanetorum 4, où il écrivit à propos de Louis VI (1108-1137) : « N'avons-nous pas vu notre seigneur, le roi Louis, user d'un prodige coutumier ? J'ai vu de mes propres yeux des malades souffrant d'écrouelles au cou, ou en d'autres parties du corps, accourir en foule pour se faire toucher par lui — toucher auquel il ajoutait un signe de croix. J'étais là, tout près de lui, et même je le défendais contre leur importunité. Le roi cependant montrait envers eux sa générosité innée ; les attirant de sa main sereine, il faisait humblement sur eux le signe de la croix. Son père, Philippe, avait exercé aussi, avec ardeur, ce même pouvoir miraculeux et glorieux ; je ne sais quelles fautes commises par lui le lui firent perdre. » Nul doute que Guibert ne crût que ces « je ne sais quelles fautes » étaient le double commerce adultère de Philippe Ier avec Bertrade de Montfort, ce qui avait valu au roi l'excommunication et diverses maladies ignominieuses.
Ce texte de Guibert est unique et on ne trouve le témoignage d'autres guérisons opérées par les rois de France que sous le règne de saint Louis (1226-1270) ; ainsi, à défaut du traité De reliquiis sanetorum, nous serions portés à croire que saint Louis fut le premier monarque guérisseur. Mais le moine Helgaud et l'abbé Guibert sont formels et nous savons que Robert le Pieux guérissait les malades, ainsi que ses successeurs ; toutefois la vertu dynastique se précisa peu à peu. On en vint à se dire que le toucher royal était souverain, non contre toutes les maladies indistinctement, mais particulièrement contre l'une d'elles. Dès le règne de Philippe Ier la conviction était faite et la transformation accomplie. Le mal pourchassé, très répandu, s'appelait les écrouelles.
IV. Origine du rite. — Le prodige est anglais autant que français. Si on recherche la raison de l'apparition du rite en France à une date quelconque, on ne peut le tenter qu'après avoir fixé la date de ce rite pour l'Angleterre. Ce pays a possédé, lui aussi, un roi en grande réputation de sainteté. Guillaume de Malmesbury, dans son Historia regum, et trois hagiographes, dont Osbert de Clare, ont raconté sa vie. Il s'appelait Édouard le Confesseur, fils d'Éthelred, qui, après avoir passé sa jeunesse en Normandie, le pays de sa mère, au temps même où Robert le Pieux était roi en France, gouverna l'Angleterre de 1035 à 1066 et fut le dernier souverain de la race saxonne. Or, tous les documents cités racontent qu'une jeune femme, atteinte au cou d'un mal affreux, d'une enflure répandant une odeur infecte, était allée demander au roi Édouard sa guérison ; que celui-ci toucha les parties malades, faisant sur elles plusieurs signes de croix et qu'une semaine après, elle fut entièrement guérie et donna un enfant à son mari. Ce miracle était alors nouveau en Angleterre ; mais Édouard l'aurait accompli déjà à plusieurs reprises alors qu'il vivait en Normandie. Tous ces textes sont postérieurs à la mort du roi saxon ; ils ne remontent qu'au début du XIe. Les contemporains d'Édouard croyaient-ils déjà à ce miracle, ainsi que les contemporains de Robert ? Certainement les Anglais y croyaient vers 1120 et le roi Henri Ier, comme son contemporain Louis VI, prétendait guérir les écrouelles. Même la question se posait de savoir à quel titre Édouard accomplissait ce miracle. Guillaume de Malmesbury écrit : « Quelques-uns prétendent faussement que ce roi avait le pouvoir de guérir cette maladie, non en vertu de sa sainteté (non ex sanctitate), mais à titre héréditaire comme un privilège de race royale (ex regalis prosapiœ hereditate). Et, en dépit de Guillaume, c'est cette dernière opinion qui triompha au temps de Henri II Plantagenet (1152-1189). Pierre de Blois, qui vivait à la cour de ce souverain, écrivait : « Le roi est saint et le Christ est Dieu : ce n'est pas en vain qu'il a reçu le sacrement de l'onction royale : l'efficacité en est amplement démontrée par la guérison des écrouelles ».
V. Conséquences du rite. — C'est dans le caractère sacré de la royauté qu'il faut chercher l'explication de l'attribution du pouvoir guérisseur aux rois. À partir de l'avènement de la dynastie carolingienne, la monarchie, par l'onction liturgique, parut marquée d'un sceau divin. De ce que les souverains étaient touchés par l'huile sainte, certains, comme Pierre de Blois, en conclurent qu'ils pouvaient accomplir des miracles. Le peuple acquiesça.
Cependant, le rapport entre l'onction et le pouvoir guérisseur ne parut pas dès l'abord. D'autres circonstances durent intervenir pour le mettre en évidence. Nous avons vu qu'en France ce pouvoir est d'abord réclamé par Robert le Pieux. Il n'est pas invraisemblable que ce roi ait eu recours à quelque manifestation inédite jusqu'alors pour rehausser l'éclat de son nom et se faire un titre de légitimité. Sa grande réputation de piété aura fait le reste. En Angleterre, nous venons de voir qu'il n'y a aucune raison de croire que les rois anglo-saxons, pas plus Édouard le Confesseur que ses prédécesseurs, aient jamais prétendu, en tant que rois, guérir les scrofuleux ; il est certain que Henri II exerça ce pouvoir ; il est vraisemblable que Henri Ier se l'appropria déjà et que, voulant le justifier, il le mit à l'abri d'un grand nom, celui de saint Édouard ; mais le premier roi médecin n'apparaît que soixante-neuf ans après la mort de Robert le Pieux.
Dès le temps de la décadence carolingienne, les écrivains ecclésiastiques, Hincmar en tête, ne manquent pas, dans l'intérêt de la prédominance de l'Église sur les princes temporels, d'insister sur ce point que le pouvoir royal et son caractère sacré étaient les conséquences de l'onction sainte. Les exagérations de certains auteurs qui en vinrent, au cours des xie et XIes, à proclamer le caractère sacerdotal de la royauté, ne manquèrent pas de jeter l'alarme parmi les milieux ecclésiastiques, ceux-là particulièrement où l'on se prononçait pour la réforme grégorienne ; une réaction en fut la suite inévitable en vertu de laquelle on se refusa à voir dans les rois autre chose que des autorités temporelles et surtout on s'insurgea contre l'idée d'une transmission héréditaire du caractère surnaturel du pouvoir royal. Dès lors, les deux tendances durèrent parallèlement et se recrutèrent de partisans convaincus. Dans les milieux gravitant autour des théories et des intérêts ecclésiastiques on se montra carrément — parfois même agressivement — favorable au pouvoir spirituel et on nia la part de l'hérédité dans le caractère réputé surnaturel de la royauté ; tendance qui persista dans les milieux populaires, fortement imprégnés d'opinions soutenues par le clergé. Qu'on se souvienne de l'état de l'opinion publique au XVe et tout spécialement des idées de Jeanne d'Arc sur le dauphin Charles avant son sacre à Reims. D'autre part, dans les milieux fréquentant l'entourage du roi, les légistes inculquaient la valeur exclusive de l'hérédité, n'accordant à l'onction que le rôle d'une confirmation solennelle et aboutissant à entraîner à leur suite même des canonistes, comme ce Felino Sandei qui ne trouve au caractère surnaturel et au pouvoir thaumaturgique de la royauté, d'autre explication que la vis parentelse.
VI. Application du rite. — Le rite est d'autant plus impressionnant qu'il est plus simple. En France comme en Angleterre, les rois posent la main sur les malades ou sur leurs plaies et font ensuite le signe de la croix sur la place touchée. Toutefois, peu à peu, le rite se développe jusqu'à prendre place parmi les imposantes cérémonies où paradent dans une majesté quasi sacerdotale les monarques absolus. À partir du XVIe, les rois de France font usage d'une formule consacrée : « Le roi te touche, Dieu te guérisse 1. » Quoi qu'on pense de la relation indiquée par ces mots, on ne peut que reconnaître qu'elle est profondément respectueuse. Ce ne fut pas seulement à l'occasion de son sacre que le roi « touchait », mais à différentes fêtes de l'année.
Et ceci entraîna des conséquences administratives imprévues. Pour la France, on peut encore constater dans les livres des comptes où l'on annotait soigneusement les aumônes données aux malades « touchés », la popularité du pouvoir guérisseur des rois. Des centaines de personnes, appartenant à toutes les classes sociales, vinrent chaque année de toutes les parties du pays, demander leur guérison aux rois. Même pendant les xive et XVes (période dont on n'a pas conservé les livres de comptes), la foi aux miracles royaux survivait victorieusement aux tourmentes politiques et à la crise des monarchies française et anglaise. Pendant cette époque, des médecins, par exemple celui de Philippe le Bel, contribuèrent par leurs attestations à accréditer la croyance au pouvoir guérisseur des rois. À partir de ce règne les ecclésiastiques de France se rangèrent aux idées soutenues par la royauté et les prédicateurs tout autant que les publicistes et les historiens parlèrent abondamment du « miracle royal ». Sous Charles V ils en vinrent à détailler les cas de guérison opérées par le roi.
VII. La destinée du rite. — 1° En France. — Saint Louis touche et guérit les écrouelles qui, à cette époque, s'appellent le « mal royal ». Son petit-fils, Philippe le Bel, prince très pieux nonobstant les difficultés qu'il eut avec le pape, très imbu de l'idée du droit divin des rois, croit lui-même à son propre pouvoir guérisseur en vertu de l'onction sainte qui l'a revêtu d'un caractère sacerdotal ou qu'il tient pour tel.
Philippe VI de Valois, en est tout autant persuadé, lui qui, en 1344, s'est fait accorder par le pape Clément VI la prérogative de communier à la messe sous les deux espèces, comme un prêtre. Charles V proclame la vertu guérisseuse dans une charte solennelle rendue en 1380 en faveur du chapitre de Reims : « Dans la sainte église de l'illustre cité... aux jours de la consécration et du couronnement, Dieu étant propice, nous reçûmes l'onction par laquelle, sous l'influence de la clémence divine, une telle vertu et une telle grâce sont répandues dans les rois de France que, par le seul contact de leurs mains, ils défendent les malades du mal des écrouelles : chose que démontre clairement l'évidence des faits, éprouvée sur des personnes innombrables 2 ». Ces mêmes miracles sont invoqués, sous Charles VII et Louis XI, par les ambassadeurs à la cour pontificale pour prouver la légitimité du pouvoir que leurs maîtres revendiquent sur l'Église. François Ier touche les écrouelles à des jours fixes, aux grandes fêtes du calendrier liturgique. Lors que, prisonnier à Pavie, il aborda en Espagne, une foule de scrofuleux se présentèrent devant lui dans l'espoir d'être guéris. Le miracle continua. La relation du sacre de Louis XV (29 octobre 1722) imprimée dans la Gazette de France 3 mentionne la présence de plus de 2 000 malades présentés au roi dans le parc de Saint-Rémi de Reims ; Louis XVI en vit accourir 2400 à son sacre ; mais l'an 1789 mit fin à l'exercice du don guérisseur. On eut quelques difficultés à le galvaniser en 1825 pour le sacre de Charles X qui, le 31 mai, « toucha » entre 120 et 130 malades 4, et les sœurs de l'Hospice Saint-Marcoul ne découvrirent sur ce nombre que 8 cas de guérison dont 5 certains, d'après un procès-verbal en date du 8 octobre.
2° En Angleterre. — Dans ce pays, à partir d'Henri II Plantagenet, tous les rois exercèrent leur pouvoir guérisseur ou réputé tel ; les malades « signés » par le roi recevaient chacun une gratification ; on a pu en retrouver la trace d'après les comptes 6. Sous Henri VIII, même après la rupture avec la papauté, et sous Édouard VI le rite continua à être observé. Élisabeth continua la tradition après avoir éliminé du rituel la Vierge et les saints. Jacques Ier et Charles Ier se refusèrent au signe de croix sur les parties malades. Après sa restauration, Charles II reprit l'ancien usage et Jacques II, catholique, revint aux prières latines, à l'invocation de la vierge Marie et des saints au signe de croix. Même après le règne de Guillaume III, la reine Anne renoua la tradition selon le rite protestant ; elle « toucha » encore le 27 avril 1714, quelque temps avant sa mort. Désormais, la seule famille du prétendant Jacques III Stuart, Charles-Édouard et le cardinal Henri continuèrent le geste qui cessa avec la mort de ce dernier, en 1807.
Il va de soi qu'il opérait de préférence à Corbeny où affluaient les malades qui ne s'en allaient point sans leur provision de médailles en argent ou en fer-blanc avec l'effigie du saint guérisseur, ou bien encore de petites bouteilles contenant de l'eau dans laquelle une relique avait trempé. Or, il arriva que le roi Jean le Bon, au retour de la cérémonie de son sacre, s'arrêta à Corbeny ; ce fut une habitude prise par ses successeurs qui occupèrent ce bref loisir par un toucher d'écrouelles. Dès lors on ne sut plus bien précisément si le roi guérissait le mal en vertu de l'onction royale de Reims ou en vertu d'une délégation du saint guérisseur. Les écrouelles s'appelaient tantôt le « mal royal », tantôt le « mal Saint-Marcoul ». Les chanoines de Reims soutenaient la première explication, les abbés de Corbeny la seconde, ce qui provoqua de plaisantes controverses, tandis que le public acceptait l'une et l'autre croyance sans chercher à les concilier.
H. Leclercq.
ROIS MÉROVINGIENS ET CAROLINGIENS. — I. Dessein de ce travail. II. Pharamond. Le « tombeau de Pharamond ». III. Clodion. IV. Mérovée. V. Childéric. VI. Basine. VII. Clovis I ». VIII. Childebert Ier. IX. Clotaire I« . X. Radegonde. XI. Clodomir. XII. Théodebert Ier. XIII. Clodoald. XIV. Charibert I ». XV. Sigebert I« . XVI. Chilpéric Ier. XVII. Frédégonde. XVIII. Dagobert. XIX. Chlodobert. XX. Clotaire II. XXI. Dagobert Ier. XXII. Berteildis. XXIII. Clovis II. XXIV. Childéric II. XXV. Clotaire III. XXVI. Thierry III. XXVII. Clovis III. XXVIII. Childebert III. XXIX. Chilpéric II. XXX. Childéric III. XXXI. Pépin le Bref. XXXII. Charlemagne.
I. Dessein de ce travail. — Il ne s'agit pas de retracer ici l'histoire de la royauté en France, ni celle de chacun des rois qui appartinrent à la première race ; ce serait entreprendre un sujet étranger aux études du Dictionnaire d'archéologie. Pour ne pas sortir de son cadre, nous devons seulement établir une liste sommaire des monuments figurés qui se rapportent aux princes mérovingiens et aux premiers souverains de la dynastie carolingienne. Un certain nombre parmi eux ont déjà été décrits ou figurés, nous ne ferons qu'y renvoyer parmi d'autres qui feront l'objet d'une notice.
II. Pharamond. — Après avoir fait belle figure pendant des siècles en tête de la dynastie, ce personnage n'est plus aujourd'hui qu'une ombre et son existence même est contestée '. Il n'est pas mentionné dans l'Histoire des Francs de Grégoire de Tours dont les sources remontent directement à l'époque présumée de son règne 2. Il n'est pas nommé davantage dans la compilation dite de Frédégaire, suivant laquelle le premier roi des Francs aurait été Teudemaris filins Richimeris 3. Il apparaît pour la première fois dans une chronique datée de 727, qui porte le titre de Liber historiæ Francorum * ; on y voit aux chapitres vi et v comment les Francs se rattachent aux Troyens (voir Dictionn., t. v, col. 2118-2122), et par quelle suite d'événements la royauté passa du Troyen Priam à son fils Marcomir, puis à son petit-fils Pharamond, pour échoir à Clodion, son fils. Cette généalogie est des plus suspectes. Elle a été visiblement arrangée par l'auteur anonyme du Liber historiæ Francorum (un moine neustrien, et même selon toute apparence un Parisien 5), pour justifier l'origine troyenne des Francs et combler une lacune gênante entre Priam, ancêtre supposé de la dynastie, et le premier roi connu dans l'histoire, Clodion. Le nom de Pharamond est d'ailleurs un nom véritable ; il est porté par plusieurs personnages de l'époque mérovingienne 6, et il se révèle à l'analyse comme authentiquement germanique '. Dans les chroniques des siècles qui suivent, le roi Pharamond prend décidément place parmi les rois des Francs 8 avec une filiation, il est vrai, un peu flottante 9 ; et l'époque de son règne se fixe aux environs de l'an 420. En Grande-Bretagne, Guillaume de Malmesbury10 et Henri de Huntingdon u mentionnent son avènement à la date de 425 ; Matthieu de Westminster18 à la date de 421. Mais tout cela ne saurait remplacer le témoignage initial et contemporain qui fait défaut.
« En Irlande aussi, Pharamond semble avoir été connu, et dans des conditions qui ont été considérées par d'excellents esprits comme une garantie d'authenticité pour l'existence de ce monarque. À la fin d'une étude qui touche à cette question, Sir Samuel Ferguson u s'étonne du scepticisme excessif que les historiens français manifestent à l'égard du premier de leurs rois. Et un historien aussi scrupuleux que J.-B. Bury ll estime que le témoignage de la tradition irlandaise est de nature à établir la réalité historique de Pharamond. Il y a lieu d'examiner de près comment se présente ce témoignage.
III. Clodion. — Celui-ci est le premier roi connu des Francs. On n'a aucune raison de lui attribuer une « chanson » (voir Dictionn., t. xi, col. 2039) et nous avons dit tout ce qu'on sait de lui (voir Dictionn., t. v, col. 2164-2165). Aucun souvenir ne se rapporte à lui, que celui de sa résidence : Dispargum, dont nous disions : « Non identifié ; à chercher sur la rive gauche du Rhin entre Cologne et la mer » (voir Dictionn., t. ix, col. 824). Essayons de préciser. L'invasion dirigée par ce roi se place vers 445 et Grégoire de Tours écrit à ce sujet vers 574, dans son Historia Francorum, 1. II, c. ix : « Plusieurs rapportent que les Francs sont sortis de la Pannonie, qu'ils se fixèrent d'abord sur les pays qui bordent le Rhin, qu'ensuite ayant traversé le Rhin, ils passèrent dans la Thoringie (transacto Rheno Thoringiam transmeasse), et que là, ils élurent, par cantons et par cités, des rois chevelus sortis de la première et pour ainsi dire de la plus noble famille d'entre eux. Ce qui est prouvé quant aux victoires de Clovis, car nous lisons dans les Fasti consulares (pie Théodemer, roi des Francs, fils de feu Ricimer, et sa mère Aschila, furent mis à mort par le glaive. On rapporte que le roi des Francs était alors Clodion, homme très vaillant et très illustre dans sa nation ; il habitait le camp de Dispargum, qui est sur la frontière des Thoringiens (qui apud Dispargum castrum habitabat quod est in termino Thoringorum). Dans ces mêmes contrées, vers le Midi jusqu'à la Loire, habitaient les Romains. Au-delà de la Loire dominaient les Goths. Les Burgondes, attachés à la secte des ariens s'étaient fixés sur l'autre rive du Rhône qui baigne la cité de Lyon. Ayant envoyé des éclaireurs vers la ville de Cambrai et fait explorer tout le pays, Clodion se mit en marche, écrasa les Romains, s'empara de la ville. Après y avoir demeuré peu de temps, il occupa tout le pays jusqu'à la Somme. • On suit les étapes de Clodion : Pannonie, rive droite du Rhin, traversée du fleuve, établissement en Thoringie, puis à Dispargum situé à la frontière de ce pays qui ne peut être que la Tongrie, c'est-à-dire la Hesbaye et Campine actuel les. La ville de Louvain appartenait à la Hesbaye et la frontière de la Tongrie devait se trouver à l'ouest de cette ville, en suivant à peu près le cours de la Dyle, ce qui nous conduit à 2 km. 500 environ de Duisbourg, près de Tervueren, comme une éloignée seulement de 3 lieues de la Toxandrie, le pays de Tessenderloo, localité où l'on a retrouvé des antiquités franques. Dans ces parages se trouvait le premier établissement des Francs Saliens attesté par la persistance de noms caractéristiques, tels que Franschbroek (marais des Francs) à Lummen ; Seelbempden (prairie des Saliens) à Herck-laVille ; Zeelhem, pour Salighem (séjour des Saliens) 2. C'est donc à Duisbourg, près de Tervueren, qu'il faut placer le Dispargum de Grégoire de Tours.
Ce point a été contesté pour de mauvaises raisons. Grégoire de Tours écrivait au vie, c'est seulement au viie que Frédégaire écrit : Chlodio, utilissimus vir in gente sua, qui apud Esbargem castrum residebat quod est in termino Thoringorum. Aimpin, au IXe, renonce à Esbargem et revient à Disbargum et se garde bien de dire que les Francs passèrent le Rhin pour aller de Dispargum à Cambrai. Vient alors Hincmar qui, dans sa Vita S. Remigii, remplace Thoringia par Turingia qu'il nomme regionem Germanise parce qu'il la croit sur la rive droite du Rhin. De là, les Gesta regum Francorum, IXe, qui écrivent qu' « après la mort de Pharamond, Clodion, son fils, fut élevé dans le royaume de son père. En ce temps commencèrent à régner les rois chevelus. Entrant en fuyant aux frontières des Thoringiens, ils y résidèrent. C'est pour quoi le roi Clodion habitait dans le château de Dispargum, aux frontières des Thoringiens, dans une contrée de la Germanie. Pour cette raison toutes les contrées qui sont au-delà du fleuve du Rhin sont désignées sous ce nom : Germanie ; en Germanie, les hommes sont énormes, la race méchante et la population indomptée et féroce... Quant au roi Clodion, il envoya des explorateurs de Dispargum, château des Thoringiens, jusqu'à la ville de Cambrai ; puis il passa le Rhin avec une grande armée, et ayant exterminé beaucoup de Romains, il mit en déroute les ennemis. » On vient de lire post Rhenum transiens, ce qui a permis de soutenir que Clodion avait quitté Dispargum avant de traverser le Rhin. Les Gesta poursuivent leur récit : « Étant entré dans la Forêt Charbonnière, Clodion s'empara de la ville de Tournai, d'où il s'avança jusqu'à Cambrai, y demeura quel que temps, extermina les Romains qu'il y trouva et occupa tout le pays jusqu'à la Somme. » Or ici les Gesta disent avec raison que Clodion traversa la dite forêt qui s'étendait jusqu'au centre du Brabant actuel, aux environs de Bruxelles. Il est donc naturel qu'en quittant Duisbourg, près de Tervueren, l'armée franque ait dû s'engager dans cette forêt pour se diriger vers Cambrai, elle aura suivi la route de Duisbourg à Gembloux (Geminiacum) pour atteindre la grande chaussée militaire de Cologne à Bavay qui la menait jusqu'à Cambrai.
C'est donc par suite d'une confusion entre la Thuringie en Saxe et la Tongrie en Hesbaye qu'on a fait traverser le Rhin à Clodion pour se rendre de Dispargum à Tournai. Au IXe, la distinction d'une Thuringe en Germanie et d'une Thoringie en Germanie IIe n'était plus comprise 3.
— * A. de Dornon et A. de Loë, En quel lieu faut-il placer le Dispargum », séjour de Clodion indiqué par Grégoire de Tours ?, in-8°, Anvers, 1893. quelques mots déjà (voir Dictionn., t. vi, col. 807, fig. 4935 ; t. xii, col. 2533-2546, fig. 9173, 9177), ici nous n'aborderons que la seule question de l'anneau sigillaire, capitale pour l'iconographie de Childéric Ier. Le monument n'existe plus, mais il est possible de le reconstituer. Le sceau consistait en un ovale de 0 m. 021 présentant un buste d'adulte, la tête de face, aux longs cheveux partagés par moitié sur le sommet du front et retombant sur les épaules de façon à encadrer le visage imberbe. Le personnage est vêtu de la tunique romaine décorée d'une plaque à cabochons sur la poitrine, ayant l'apparence du rational des Hébreux. Ainsi que sur les médaillons des empereurs de Byzance, Constantin II, Théodose II, Majorien, Justin Ier et leurs successeurs, le souverain tient de la main droite la lance. La légende porte ces mots : le mot signum ou sigillum étant sous-entendu. La matrice en or de ce sceau faisait partie des bijoux trouvés dans la tombe du cimetière Saint-Brice. Remis à l'archiduc Léopold-Guillaume, gouverneur des Pays-Bas, celui-ci les emporta à Vienne en 1656 où ils entrèrent, en 1662, dans le Cabinet impérial. En 1665, l'archevêque de Mayence, J.-Th. de Schonborn, en obtint cession de l'empereur Léopold, avec le dessein, agréé du souverain, d'offrir ces objets à Louis XIV, ce qui fut accompli au mois de juillet de cette année. Déposés d'abord au château de Saint-Germain-en-Laye, ils furent transférés au Cabinet des médailles, au palais du Louvre, et ensuite à la bibliothèque royale où ils furent en partie dérobés lors du vol de la nuit du 5 au 6 novembre 1831 (voir Dictionn., t. xi, au mot Médailles).
Jean-Jacques Chifflet qui, en 1655, décrivit et figura le premier le contenu du trésor en parle en ces termes : Habet insculptam imaginem hominis criniti largiler, capillitio in utrumque humerum defluente ac, cincinnato. Manu dextra jaculum tenet. Nomen ipsum litteris nondum gothicis, sed adhuc romanis expressum est Childirici regis quo indicio certi simus, cujus sit annulus, aurumque reliquum, el ad quae tempora referendus, puis il ajoute : Utrumque Childiricus et Childericus olim scribebantur, ut Sigibertus et Sigifridus pro Sigeberto et Sigefrido. I cum E magnam habet communitatem, inquit Varro. Consuelum veteribus fuisse litteris illis uti indifferenter, Gellius tradit l. Le jour même de la découverte, le fils du médecin Chifflet tira une empreinte de cire rouge à Tournai et l'envoya à son père qui la mit sous les yeux de l'archiduc-gouverneur qui s'y intéressa et empêcha la dispersion du trésor.
La description de Chifflet qu'on vient de lire fut suivie et reproduite presque littéralement par le P. Lecointe et par l'abbé Dubos, dom Martin, Ribauld de La Chapelle et Mabillon. Dom B. de Montfaucon crut mieux faire en ajoutant une brève remarque, sans paraître songer qu'il avait mieux à faire et, qu'ayant l'original à sa portée, il devait en donner une empreinte fidèle. Il n'en fit rien, se contenta de reproduire l'image donnée par Chifflet de manière infidèle. Sous le burin de son graveur les traits ont été adoucis, le regard rectifié, les joues gonflées afin d'offrir un joli adolescent de la cour de Louis XV, tenant la lance de son bras nu et potelé.
Rien dans la gravure de Chifflet — et moins encore dans celle de Montfaucon — ne donnait l'impression d'un monument de l'époque mérovingienne, ni le style, ni le vêtement, ni même la forme des lettres, tellement qu'on en vint à douter de l'authenticité du sceau de Childéric. Un certain Th. Marion-Dumersan, vaudevilliste, chansonnier et conservateur du Cabinet des médailles et antiques, se trouvant de loisir, fit paraître une Histoire du Cabinet des médailles en 1819, dans laquelle il mentionne, p. 43, 48, les « objets trouvés dans le tombeau de Childéric » ; en 1828, p. 45, il ne s'agit plus que d'un « tombeau que l'on crut être celui de Childéric » ; en 1836, p. 20, le « cachet en or portait un buste de face, avec l'inscription » ; enfin, en 1838, p. 29, il ne s'agissait plus que d' « objets trouvés dans un tombeau que l'on a supposé être celui de Childéric » et p. 30, on lisait : « Comme on n'a parlé de ce cachet que quelques jours après la découverte, on a supposé qu'il était apocryphe ». Cet on inconnu permit de nier l'authenticité et on s'en donna à cœur joie 2.
La disparition de l'original eût autorisé tous les soupçons si on n'avait pu invoquer pour les combattre qu'une empreinte en plâtre, informe et usée, prise avant le vol de 1831 par M. Muret, employé et dessinateur attaché au Cabinet de France. On peut en juger par les reproductions qu'en ont donné Ph. Lebas 3, Ch. Lenormant 4, Vallet de Viriville5 et l'abbé Cochet6.
Or, en 1857, M. Dauban, employé au Cabinet des médailles, en examinant les manuscrits de la bibliothèque Sainte-Geneviève, trouva une empreinte de cire rouge du sceau de Childéric dans le manuscrit coté H, j. 21'. L'auteur d'une Histoire manuscrite de Sainte-Geneviève, le P. Du Molinet (1620-1687), analysant la vie de sainte Geneviève, rencontrait le passage concernant les ascendants de Clovis 8 : genitor ejus Hildericus et écrivait en note : « Il est appelé ordinairement Childericus, et même ce nom se voit gravé à l'entour de sa figure qui est sur son anneau d'or gardé au Cabinet du Roy, qui fut trouvé dans son sépulchre, à Tournay, l'an mil six cent cinquante-trois dont voici l'empreinte. » En regard l'empreinte fixée à la page même. La découverte de Dauban était ainsi décrite par J. de Witte 9 (fig. 10632) : « L'anneau d'or sur lequel était gravé le cachet de Childéric, montrait une tête nue et imberbe, vue de face ; les yeux saillants, le nez large et fort, les lèvres épaisses. Une abondante chevelure, séparée au milieu du front, tombe en gros flocons sur les épaules ; le buste est revêtu d'une tunique recouverte d'une cuirasse. La main droite tient la lance à côté de laquelle est un objet sur lequel on croit distinguer une de ces abeilles ' qui ont été trouvées au nombre de plus de trois cents dans le tombeau de Tournai. Autour de la tête on lit : Chitdirici régis. On remarquera dans cette légende la forme du g et celle de l's. Ces lettres ont exactement la même forme sur les médailles de l'époque mérovingienne. » Dauban publia et commenta sa découverte dont il releva toutes les preuves d'authenticité dans le dessin et le style et aussi dans la légende épigraphique ; l'acquiescement fut unanime a. Il n'y a pas lieu d'entrer ici dans un long commentaire sur la chevelure abondante de Childéric 3. En ce qui concerne la plaque à cabochons qui se voit sur la poitrine, on a pu ingénieusement la rapprocher d'une plaque de verroterie cloisonnée d'or conservée au Cabinet de France '. Si cette analogie n'est rien de plus que cela elle est encore très intéressante, peut-être n'est-ce qu'une broderie de deux rangs de perles suivant l'opinion de Ripault de La Chapelle 5 et de Cochet *.
D'après le dessin de l'anneau donné par Chilïlet ', il était de forme arrondie à l'extérieur et plate à l'intérieur, il mesurait 0 m. 013 de hauteur sur tout son pourtour et 0 m. 0265 à 0 m. 027 d'ouverture, ce qui suppose une main très forte. Ces dimensions ont leur utilité à cette place ainsi qu'on le verra en étudiant l'anneau de la reine Basine.
Nous mentionnons pour mémoire un autre anneau de Childéric, en saphir, avec son image, sans légende, dont parle Mabillon 8 ; il a été publié par ChifTlet 9 et, à première vue, on reconnaît au style qu'il n'est pas antérieur au XMe. On ignore ce qu'est devenu cet anneau, mais il paraît qu'il existe à Vienne un autre cachet de saphir, ayant appartenu à Alaric, roi des Wisigoths, ce qu'atteste une inscription, et qui aurait été découvert au Tyrol 10.
35U.
p. 188-192 ; Ph. Lauer et Ch. Samaran, Les diplômes originaux des mérovingiens, in4°, Paris. 1908, p. 28, pi. xliii, 1.
VI. Basine. — Lors de la découverte de la tombe de Childéric, on y trouva deux anneaux dont Chilïlet parle en ces termes, Anastasis, ch. vu, p. 97 : Annuli aurei duo Childerici, et voici ce qu'il en dit : Sed et alter Childerici regis fuit annulus aureus in ejus conditorio repertus, forma et magnitudine qua in ima tabelhc parte representatur. Un peu plus loin, il émet la conjecture que c'est l'anneau de mariage de Childéric et invoque des textes anciens et un passage d'une loi des Wisigoths, d'après lesquels l'échange des anneaux de fiançailles (voir ce mot) constitue un lien. L'abbé Cochet (voir Dictionn., t. ni, à ce nom) admet cette opinion comme « fort vraisemblable » ». L'anneau dont il est ici question consiste en un simple cercle d'or massif, bombé à l'extérieur et plat à l'intérieur comme l'anneau sigillaire de Childéric. Sa hauteur, égale sur tout le pourtour, est de 0 m. 015, et son ouverture ou diamètre intérieur de 0 m. 025 (fig. 10633). Il est uni, dépourvu de chaton, d'ornement et d'inscription. Si on compare les dimensions de cet anneau à celles de l'anneau sigillaire, on constate que son diamètre est moindre de 6 à 7 millimètres et sa hauteur de 2 millimètres '2 à 3 millimètres. On pourrait, ainsi que le fait remarquer Deloche, chercher à expliquer ces grandes différences de dimensions en supposant que la deuxième bague était façonnée à la mesure du petit doigt, tandis que l'anneau sigillaire était porté à l'un des autres doigts de la forte main de Childéric. Mais cette explication serait peu plausible. D'une part, en effet, si la deuxième bague était un signe de mariage, elle devait être placée à l'annulaire et non au petit doigt. Or, l'annulaire présente ou il ne s'en faut que de très peu, les mêmes dimensions que l'index ou le médius. D'autre part, un écart de 0 m. 007 de grosseur entre le petit doigt et les autres doigts d'une même main serait difficile à admettre. Dès lors on ne peut admettre que les deux bagues aient été faites pour la même main, on ne peut y voir un deuxième anneau de Childéric. Et cependant les deux bijoux sont de même type, de même forme, sortis de la même officine, à la même époque, trouvés dans le même cercueil, mais l'anneau sigillaire était celui de Childéric, et celui qui nous retient ici, celui de sa femme, la reine Basine, qu'il épousa en 463 ou 464, la mère de Clovis. Peut-être était-elle morte, peut-être elle-même, lors de l'ensevelissement de Childéric, aura-t-elle déposé son anneau de mariage dans la tombe.
Clovis fut enterré à Paris, dans la basilique qu'il avait fondée en l'honneur des apôtres Pierre et Paul et où sainte Geneviève vint elle-même reposer peu de temps après ; son vocable remplaça celui des apôtres. La tombe de Clovis figurait encore dans le chœur de l'église Sainte-Geneviève à la fin du XVIIe. La statue conservée de nos jours à Saint-Denis vient certainement de ce tombeau, mais elle ne paraît dater que de la fin du XIe ou même du commencement du xiiie. Le costume et l'attitude de cette statue sans caractère iconographique sont ceux qu'on retrouve sur les statues de l'époque de Philippe-Auguste : tunique serrée à la taille par une ceinture d'où pend une escarcelle, et main droite passée dans le cordon qui attache le manteau. La barbe et les cheveux longs semblent seuls rappeler les usages des mérovingiens. Il est possible que la figure ait été retouchée au XVIe lorsqu'on refit encore une fois le tombeau sur lequel elle était couchée. Le sceptre et la couronne datent de la restauration du XIXe.
Childebert Ier, mort en 558, fondateur du monastère de Saint-Germain-des-Prés (voir Dictionn.. t. vi, col. 1124) fut enterré dans l'église où sa tombe a occupé trois positions successives. Dora Bouillard, Hist. de Saint-Germain-des-Prés, rapporte que le roi mourut le 23 décembre, jour de la consécration de l'église, de sorte que la cérémonie des funérailles succéda immédiatement à la dédicace. Cette première église fut détruite par les Normands et la tombe disparut alors. Mais l'abbé Morart (990-1014) releva l'église et le monastère, ce qui a induit les anciens auteurs à lui attribuer la pierre tombale en demi-relief où Childebert est représenté tenant d'une main un sceptre et, de l'autre, une basilique. Cette effigie demeura dans l'abside jusqu'au XVIe, avec une inscription portant simplement le nom de Childebert.
Vers 1644, de grands travaux furent entrepris ; l'église fut bouleversée de fond en comble, les remaniements opérés épargnèrent le tombeau de Childebert jusqu'en 1656. A cette date, écrit dom Bouillard, « il ne restait plus que les tombeaux de Childebert et d'Ultrogothe, sa femme, à mettre dans un lieu permanent ; mais, parce que la décoration et les inscriptions dont on voulait les orner n'étaient pas achevées, on différa pour quelque temps... Sur la fin du mois de décembre suivant (1656) le monument destiné pour la conservation des corps de Childebert et d'Ultrogothe fut en état d'être placé au milieu du chœur... Le cercueil de plomb fut couvert d'une grande table de même matière ornée de fleurs de lys sans nombre et sur le corps de Childebert on grava ces mots : sur celui d'Ultrogothe :
« Le grand cercueil de plomb fut enfermé dans le monument de pierre de liais revêtu de marbre... couvert d'une grande tombe de pierre où Childebert est représenté en demi-relief... » celle de l'abbé Morart. On possède le texte du marché passé, le 4 octobre 1656, par nom Bernard Audebert, prieur du monastère, avec Michel Bourdin, sculpteur pour la reconstruction du tombeau (Arch. nat. L. 7-5-3). En mars-avril 1794, la tombe de Childebert fut enlevée pour faire place à l'aménagement d'un atelier de salpêtre dans le chœur de Saint-Germain-des-Prés. L'effigie fut transportée au musée des Petits-Augustins, les sculptures de Bourdin et les inscriptions disparurent « détruites, dit Lenoir, par les malveillants ». La mention de l'effigie de Childebert figure sur un catalogue soumis par Lenoir à la Commission temporaire des arts, le 16 août 1794. Lors de la dispersion du Musée des monuments français (1816) elle fut transférée à Saint-Denis.
Montfaucon a donné un dessin de l'effigie royale qui » a été autrefois peinte en différentes couleurs. » Cette statue est très fantaisiste, mais elle accuse le style de l'époque romane et peut dater du milieu du XIe. La figure est taillée en faible relief dans une dalle de marbre grisâtre. On soupçonne que Michel Bourdin le fils, retoucha, refit peut-être la figure principale d'après le monument primitif plus ou moins détérioré. Une certaine mollesse dans les plis et dans l'exécution de la figure, ainsi que dans le petit modèle d'église que porte le roi, incline à douter que l'on soit en présence d'une sculpture originale du XIe, malgré le style général qui s'y accuse.
IX. Clotaire Ier. — De Lagoy, Tiers de sol d'or de Clotaire frappé à Arles, dans Revue numismatique, t. vi, 1841, p. 14-18.
XIII. Clodoald. — Saint Cloud, fils de Clodomir, roi d'Orléans, tué à la bataille de Vézeronce, échappa au meurtre de ses frères, fut ordonné prêtre par Eusèbe, évêque de Paris, vers 551, se retira au bourg de Nogent qui depuis porta son nom et en légua la propriété à l'Église de Paris ainsi que de l'oratoire qu'il y avait construit sous le vocable de Saint-Martin. Cette église fut successivement monastique puis collégiale, reconstruite au XIe. Les anciennes vues peintes ou gravées des environs de Paris montrent l'édifice accompagné d'un clocher et d'une flèche en pierre. Dès le Ve, le vocable de Saint-Cloud avait remplacé celui de Saint-Martin. Clodoald avait reposé dans la crypte sous l'abside au moins jusqu'au XVe ; à cette époque, ses reliques furent placées dans une châsse de cuivre doré datée de l'an 1408 placée dans l'église. Sous Louis XVI la vieille église menaçait ruine, on commença à en élever une autre sur un emplacement situé un peu en avant et tournée en sens inverse, du côté de l'Occident. Les parties de l'édifice du Moyen Age qui s'élevaient au-dessus du sol disparurent, on laissa subsister l'enveloppe de la crypte comme mur de soutènement. Cette enveloppe, appuyée de contreforts, présente trois baies ogivales murées qui paraissent du XIe. Le tombeau ne fut pas déplacé et la nouvelle église ne fut poursuivie qu'après la Révolution.
Il est dans l'ordre des choses possibles que le corps de saint Cloud ait été inhumé dans la crypte de son église, si toutefois la crypte existait alors ; le dimanche 30 avril 1375, Aymery de Magnac, évêque de Paris, transféra les ossements dans une châsse, mais la dévotion des fidèles ne se détourna pas de la crypte où, en 1696, on voyait le tombeau « relevé de deux pieds de haut... son cercueil tout entier, d'une seule pierre avec son ancienne épitaphe ». En mars 1874, des fouilles mirent au jour trois cercueils de plâtre et un en bois de chêne ou de châtaignier presque réduit en poussière, avec des poteries gallo-romaines. Ainsi le tombeau de saint Cloud n'a pas été retrouvé. Tout ce qu'on en sait c'est qu'il consistait en un cercueil en pierre, long de sept pieds (2 m. 27) surmonté d'un couvercle de marbre noir, tirant sur le bleu où on lisait l :
ARTVBVS HVNC TVMVLVM CHL0D0ALDVS CONSECRAT ALMIS EDITVS EX RECVM STEMMATE PERSPICVO.
QVI VETITVS RECNI SCEPTRVM RETINERE CADVCI BASILICAM STVDVIT HANC FABRICARE DEO
sept religieux, avec dom Simon Bougis, assistant du Général. La pensée me vint d'abord que ce pourroit bien être le tombeau du roi Cherebert. Nous étions tous d'avis d'ouvrir ce cercueil, mais le Père assistant s'y opposa, disant qu'un autre tombeau fut ouvert en 1645, et que quelqu'un qui n'étoit pas des nôtres enleva les pièces d'or qui étoient dedans. Nous lui remontrâmes que lui et tant de religieux étant présens, il n'y avoit point à craindre qu'on enlevât rien. Cela ne l'ébranla point, il défendit qu'on y touchât. Il fut donc couvert de terre comme auparavant. Il ne paroissoit point au dehors d'inscription ni d'épitaphe ; mais il y a apparence que l'inscription étoit dedans comme dans deux autres tombeaux trouvez dans cette même église. La reine Ingoberge que Cherebert avoit répudiée, morte loin de Paris, long-tems après lui, ne fut pas enterrée avec lui. » XVI. Chilpéric I« . — Il fut enterré à Saint-Germain-des-Prés, sa tombe fut refaite « car ce qui reste aujour d'hui, écrit Montfaucon, a été fait vers le temps de l'abbé Morard. L'inscription qui est autour de la tombe fait foi de ce que nous disons. Ces mots : sont écrits d'un caractère qui dégénère en ce que nous appelons « gothique » qui n'est pas encore bien formé ».
Sceau de C.hilpéric l ». — Archives nationales K. 3, n. 18. Sceau rond en cire jaune. Diamètre 0 m. 028. Tête de face à longs cheveux. La légende gravée au rebours :
Chilpericus rex Francorum Le côté droit est détérioré.
Un prétendu diplôme. — Cf. P. Bolland, Diplôme de Chilpéric à la cathédrale de Tournai (dans Monum. Germ. hist., Diplomata, t. i, p. 130), dans Bulletin de la Commission royale d'histoire, t. xc, 1925, p. 143188. Ce diplôme était placé par Warichez, Origines de l'Église de Tournai, p. 257, entre les années 1187 et 1190 ; P. Rolland propose de le ramener entre 1130 et 1146, et certainement entre 1108 et 1178. Il aurait été fabriqué d'après un diplôme authentique de Chilpéric II qu'il a totalement employé en le rajustant et suppléant Chilpéric Ier à Chilpéric IL Cf. F. Vercauteren, Étude critique d'un diplôme attribué à Chilpéric /« , dans Revue belge de philol. et d'hist., t. vu, 1928, p. 83-112.
Un Chilpéric bâtisseur nous est présenté dans Les faits des Romains ou Livre de César, composition des dernières années du xne siècle. L'auteur fait le récit de la bataille où Labiénus vainquit Camulogène, il insère l'épisode d'un duel dont César ne dit rien et ajoute ce chapitre : « Comment Labiénus assist la cité de Paris. » « Entre i ces choses Tytus Labiénus fu venus devant Lutece, une des citez principaus de France, que l'en apele ore Paris... Entor le mont Saint Estienne et Sainte Geneviève n'avoit lors nul habitant... li rois Chilperiz... ot fet i théâtre es vignes qui sont entre Sainte Geneviève et Saint Victor. De ce] théâtre que je vos di duroit encore une partie en estant au jor que li rois Phelipes conmença Paris de murs a ceindre par devers Petit pont. » Le théâtre dont l'auteur attribue la construction à Chilpéric n'est autre que les arènes dont une portion importante fut découverte en 1870, dans la rue Monge ; la même assertion se lisait d'ailleurs dans Grégoire de Tours. Hadrien de Valois avait déjà fait observer que Chilpéric ne fit qu'une restauration de l'édifice dont il existait encore au xne siècle des parties considérables. Ces ruines disparurent en 1211 pour faire place à l'enceinte de Philippe-Auguste.
Il n'y a rien d'utile pour l'archéologie dans A. Carro, Notice sur la pierre de Chel les et la pierre de Chilpéric, dans Mémoires lus à la Sorbonne, Archéologie, t. i, 1861-1863, p. 175-180.
XVII. Frédégonde. — Klle survécut trente-neuf ans à son mari et mourut en 597 ; elle fut enterrée à Saint-Germain-des-Prés. C'est une simple dalle en pierre recouverte d'une mosaïque en marbre où des filets de cuivre dessinent le visage et les plis des vêtements. Le visage, les mains et les pieds sont lisses et devaient être rehaussés de peinture. On a cru longtemps y voir un travail presque contemporain de la défunte, travail curieux, mais exécuté suivant un procédé décrit par le moine Théophile dans sa Schedula diversarum artium, 1. II, c. xn ; en sorte que cette mosaïque ne remonte pas au delà du XIe. Le procédé fut souvent employé au xne et au xmc siècle.
XVIII. Dagobert, prince royal. — Fils de Chilpéric Ier et de Frédégonde, mort en 580. Cet enfant mourut dans la villa royale de Braine (voir Diclionn., t. v, col. 2533) peu de temps après le concile tenu en ce lieu. Voici le récit de Grégoire de Tours : « En ces jours-là, le roi Chilpéric fut grièvement malade ; et lorsqu'il commençait à entrer en convalescence, le plus jeune de ses fils, qui n'était pas encore régénéré par l'eau et le Saint-Esprit, tomba malade à son tour. Le voyant à l'extrémité, on le lava dans les eaux du baptême. Peu de temps après, il se trouva mieux ; mais son frère aîné, nommé Chlodobert, fut pris de la maladie. Sa mère, Frédégonde, le voyant en danger de mort, fut saisie de remords tardifs, et dit au roi : « Voilà longtemps que la miséricorde divine supporte nos mauvaises actions ; elle nous a souvent frappés de fièvres et d'autres maux, et nous ne nous sommes pas amendés. Voilà que nous perdons nos fils ; voilà que les larmes des pauvres, les gémissements des veuves, les soupirs des orphelins les font périr, et il ne nous reste plus d'espérance d'amasser pour personne ; nous thésaurisons, et nous ne savons pour qui. Ils demeureront sans maîtres ces biens souillés de rapine et de malédiction. Nos celliers ne regorgaient-ils pas de vin ? Est-ce que le froment ne remplissait pas nos greniers ? Nos trésors ne débordaient-ils pas d'or, d'argent, de pierres précieuses, de colliers et d'autres parures impériales ? Et voilà que nous perdons ce que nous possédions de plus beau. Maintenant, si tu y consens, brûlons ces registres d'injustice ; qu'il nous suffise, pour notre fisc, de ce qui suffisait à ton père, le roi Clotaire 1 » « En parlant de la sorte, la reine Frédégonde se frappait la poitrine de ses poings ; elle fit apporter les registres que Marc lui avait envoyés des cités qu'il administrait, les jeta au feu, et se tournant vers le roi lui dit : « Quoi ! tu hésites ? Fais ce que tu me vois faire, « afin que si nous perdons nos chers enfants, nous
A.
XIV
« échappions du moins aux peines éternelles. » Le roi, touché de repentir, jeta au feu tous les registres et, les ayant brûlés, envoya partout la défense de lever à l'avenir ces impôts.
« Après cela, le plus jeune de leurs enfants mourut consumé de langueur. Ils le portèrent avec beaucoup de douleur de leur maison de Braine à Paris, ils le firent ensevelir dans la basilique de Saint-Denis l. » Launoi a soutenu que la basilica sancti Dionisi mentionnée ici était celle appelée Saint-Denis-du-Pas, mais Jaillot a montré par plusieurs exemples que dans ce texte ainsi que dans quelques autres, Parisius désigne la banlieue tout aussi bien que la ville même 2.
Venance Fortunat composa une épitaphe métrique Chilpéric Ier et de Frédégonde, mort en 580. Peu après la mort du jeune Dagobert, ses parents placèrent Chlodobert sur un brancard et on le conduisit à Soissons, à la basilique de Saint-Médard (voir Dictionn., t. xi, à ce nom). Ses parents le présentèrent au saint tombeau, firent un vœu pour lui ; mais affaibli, épuisé, il rendit l'esprit au milieu de la nuit. Il fut enseveli dans la basilique des saints martyrs Crépin et Crépinien. Il y eut à cette occasion un grand deuil parmi le peuple, les hommes en faisant entendre des gémissements, les femmes couvertes de vêtements lugubres suivirent la pompe funèbre. Le roi fit de grandes largesses aux églises et aux pauvres. Venance Fortunat composa cette épitaphe conservée par les mss.
10
PERPETVI REGNI SE FAVET ARCE FRVI
acrostiche pour cet enfant désigné par son nom : Dagobercthus. Peut-être fut-elle gravée sur la tombe, elle ne nous est connue que par les manuscrits :
Titre : EpitaphiumDagobercthi, om. ms. Paris, lat. 8312 et Vatic. Regin. 329 ; epytaphium, Ambros. C. 74 sup. ; epitaflum, Paris, lat. 14 144 ; dagoberthi, Ambros. C. 74 sup. ; dagoberli, Paris, lat. 8090, 14 144 ; Laon, 469 ; dadoberti, Paris, lat. 9347 ; tagoberti, S. Gall. 196. L'acrostiche n'est mis en évidence que par les mss. Paris, lat. 8312 et Ambros. C. 74 sup. Dans le cours de la pièce les variantes sont tout aussi insignifiantes que dans le titre.
XIX. Chlodobert, prince royal. — Fils aîné de On a dit le rôle du roi Dagobert Ier dans la fondation de Saint-Denis (voir Dictionn., t. iv, à ce nom). Il y « Les monumens de Dagobert se trouvent en assez grand nombre, écrivait B. de Montfaucon. Le plus sûr et le plus original est la statue qu'on voit au bas de l'église de saint Denis, près de la porte en entrant à gauche, où on l'a appliquée contre le mur, mais fort élevée, apparemment pour la garantir des accidents qui l'avoient déjà fort endommagée. Je crois qu'elle fut mise là du tems que sous les rois Pépin et Charlemagne l'abbé Fulrad bâtit le portail, le frontispice, les tours et le bas de l'église : qui furent certainement conservés, et où l'on ne toucha que pour les réparer quand l'abbé Suger fit rebâtir le reste de l'église du tems de Louis le Jeune. Mon dessinateur, M. Antoine Benoît l, qui a un goût excellent pour ces sortes de choses, après l'avoir dessiné me dit sans que je lui demandasse que cette statue est d'un goût et d'un tems tout différent de celui des statues du grand portail : et je suis persuadé que c'est celle qu'on fit faire ou après la mort de Dagobert, ou peut-être même de son vivant. Le grand soin qu'on a pris depuis long-tems de la conserver, me le confirme (fig. 10634). Il est assis et revêtu de son manteau roial ou de la grande chlamyde attachée à l'épaule droite à la romaine. On voit qu'il étendoit ses deux bras, et il tenoit apparemment son sceptre de l'un, et quel que autre chose de l'autre ». Sa couronne est d'une forme particulière. Dagobert tient ses deux pieds sur deux lions. » Cette statue qui pourrait être contemporaine ou, à tout le moins, de la renaissance carolingienne fut brisée en 1793.
Nous ne supposons pas qu'on s'attende à trouver ici le fauteuil célèbre connu sous le nom de fauteuil ou trône de Dagobert que J. Labarte tenait pour « la plus belle production de bronze de l'époque mérovingienne qui soit parvenue jusqu'à nous » et dont Ch. Lenormant faisait l'œuvre originale de saint Éloi ; c'est un ouvrage romain non seulement de style mais de facture.
Sceau de Dagobert Ier. — La matrice en bronze de ce sceau a été, dit-on, retrouvée vers 1840, au cours des travaux de draguage exécutés dans le lit du Doubs. Bien qu'il ne restât plus au revers de la matrice aucun vestige d'anneau, Anat. de Barthélémy n'hésita pas à y reconnaître un sceau, et la distingua nettement des monnaies mérovingiennes avec lesquelles elle fut découverte. On y voit représentée une tête barbare de face avec de longs cheveux séparés au sommet de la tête et retombant sur les oreilles. De chaque côté on voit une croisette, et en exergue, la légende (voir Dictionn., t. iv, col. 12, fig. 3503) :
En 1860, Boutaric émit des doutes sur son authenticité, mais Anat. de Barthélémy la soutint énergiquement dans l'importante déclaration que voici : « La matrice en question fut véritablement trouvée dans le Doubs, à Besançon, par suite des travaux de draguage ; elle me fut remise avec quelques tiers de sols mérovingiens parfaitement authentiques... [Cette] matrice, qui, d'après Montfaucon, Monuments de la monarchie française, t. i, pi. xii, n. 5. a été malheureusement égarée depuis, mais dont quelques empreintes existent encore, a été vue et étudiée par Ch. Lenormant, Dépaulis, Duchalais, Adr. de Longpérier et H. Bordier, et tous se sont accordés à reconnaître son authenticité. En présentant cette observation, j'ai voulu simplement essayer de dissiper les soupçons que M. Boutaric. avait conçus, et que je trouve parfaitement naturels en présence d'un monument aussi rare, et dont la perte est si regrettable. »
XXII. Berteildis. — L'anneau figuré ici (fig. 10635) est d'or pur, il a 0 m. 019 d'ouverture ; le chaton, de forme circulaire quoique un peu irrégulière mesure 0 m. 014 de diamètre, il est appliqué sur la tige, et, suivant une pratique commune aux orfèvres mérovingiens, le praticien a soudé aux points de jonction des globules ou cabochons en or, dont un seul est demeuré en place.
Le chaton est orné d'un monogramme, autour duquel est inscrit, avec une croisette et en lettres rétrogrades le nom :
Quant au monogramme il a été déchiffré par Adr. de Longpérier (voir Dictionn., t. ix, à ce nom) : « La légende circulaire consistant en un nom propre, le monogramme doit représenter, non plus un nom mais un titre, et l'on doit d'autant mieux s'arrêter à cette idée, que l'on connaît diverses monnaies sur lesquelles les titres rex, dux, marchio, cornes, episcopus, en toutes lettres ou en monogrammes, occupent la place centrale, et sont entourés par des caractères disposés en cercle et formant les noms des personnages qui portaient ces titres. » A. de Longpérier lit le monogramme intérieur REGINA et il en conclut que c'est l'anneau-cachet de Berthilde, l'une des femmes de Dagobert Ier (628-638), princesse mentionnée par la Chronique de Frédégaire, c. XL : Luxuriœ supra modum deditus (Dagobertus) tres habebat. ad instar Salomonis, regines, maxime et plurimas concubinas. Régime vero erant Nantechildis, Vulfegundis et Berthildis ; il faut donc lire :
Maximin Deloche (voir Dictionn., t. iv, à ce nom) était, de son côté, parvenu aux mêmes interprétation et attribution. Au sujet de la forme du nom d'où la lettre H est absente à la suite du T, A. de Longpérier présente cette remarque : « La bague que son style, que sa forme ne permettent pas de faire descendre au delà du VIIe, prouve qu'au temps des mérovingiens, le caractère H pouvait être omis. L'irrégularité orthographique était alors extrême ; c'est ainsi, pour n'en citer qu'un exemple, que les monnaies d'or de Clotaire II (584-628) portent tantôt CHLOTARIVS et tantôt CHLOTARIAS et un tiers de sou de ce prince frappé à Embrun : CHLOTHACHARIVS RIX. »
XXIV. Childéric II. — Enterré avec la reine Bilichilde et leur fils Dagobert à Saint-Germain-des-Prés. Ces tombes furent visitées en 1645, puis en 1656 ; nous avons reproduit le récit de Montfaucon dans Dictionn.. t. vi. col. 1125-1126. Au dedans de la tombe royale, à l'endroit où reposait la tête de Childéric, on lut ces mots gravés :
CHILDR-REX
« Les dalles que les Bénédictins avaient posées en 1656 sur les sépultures mérovingiennes de Clotaire II, de la reine Bertrude et de Childéric II ne présentent que des effigies et des noms sans intérêt pour l'art ni pour l'épigraphie. » Albert Lenoir, Statistique monumentale de Paris. Abbaye de Saint-Germain-des-Prés. pi. VI.
XXV. Clotaire III. — On possède cinq diplômes de ce roi (voir Dictionn., t. m, col. 922, 923).
Sceau de Thierry III. — Archives nationales. K. 2, n. 13. Sceau rond, en cire brune. Diamètre 0 m. 027. On y distingue la silhouette d'une tête à longs cheveux, vue de face. En exergue, on lit :
Theodericus rex Francorum
C'est le plus ancien sceau plaqué sur parchemin qui soit connu.
XXVII. Clovis III. — On possède de ce roi cinq diplômes authentiques, datés de 691 à 693 (voir Dictionn., t. m, col. 925-926).
Sceau de Clovis III. — Archives nationales, A'. 3, n. 3. Sceau rond, en cire brune. Diamètre 0 m. 022. On n'y distingue plus que la partie inférieure d'une tête à longs cheveux, vue de face. Légende :
...OVIVS REX F
Chlodovius rex Francorum
Sceau de Clovis III. — Archives nationales, K. 3, n. 7. Sceau rond en cire brune. Diamètre 0 m. 011. On y distingue une tête à longs cheveux, vue de face. Dans la partie droite du champ qui reste seule, une croix latine. Légende : t CHLODV.CVS R M
Chloduicus rex Francorum
Sceau de Childebert III. — Archives nationales, K. 3, n. 9. Sceau rond en cire brune. Diamètre 0 m. 031. Tête à longs cheveux, vue de face et accompagnée de deux croix latines. L'empreinte a été frappée à deux reprises, ainsi que le montrent les traits en double. Légende :
Childebertus rex Francorum
Sceau de Childebert III. — Archives nationales, K. 3, n. 12. Sceau en cire brune. Diamètre 0 m. 031. On n'y distingue que la longue chevelure retombant sur les côtés d'une tête vue de face, et à droite une croix latine :
Childebertus rex Francorum
Sceau de Childebert III. — Archives nationales, K. 3, n. 14. Sceau rond en cire brune. Diamètre 0 m. 033. Tête vue de face à chevelure longue et accompagnée de deux croix latines : t CHILDEBER. .S REX FRACO... Childebertus rex Francorum
XXIX. Childéric II. — On possède cinq diplômes authentiques de ce roi (voir Dictionn., t. m, col. 929-930).
Dom B. de Montfaucon paraît avoir eu plus de bonne volonté que d'expérience en matière d'archéologie mérovingienne et carolingienne. Alors même qu'il avait à sa disposition un monument authentique irrécusable, tel que l'anneau sigillaire de Childéric, il se bornait à une reproduction de celui de Chifflet, un peu retouché pour le rendre plus poupin. Mais les Carolingiens lui ont particulièrement porté malheur depuis Charlemagne jusqu'à Charlemagne. Les planches xix et xx du tome Ier des Monumens de la monarchie françoise ne relèvent que de la fantaisie, même si le dessinateur a aggravé les modèles venus de Saint-Denis et de Fulda ; enfin il a été plus mal servi encore dans les reproductions de sceaux de la pi. xxi dont on est dispensé de tenir aucun compte aussi bien pour les types que pour les légendes. La prétendue miniature de Charlemagne patrice « représenté assis sur une espèce de trône, ayant à ses deux côtés deux hommes avec lesquels il paraît raisonner et délibérer sur des H. Leclercq.
ROM. — I. Rom. IL Sarcophages. III. Bibliographie.
I. Rom, bourg de l'arrondissement de Melle (Deux-Sèvres), bâti sur l'emplacement de l'ancienne station romaine de Rauranum, a livré des bornes milliaires, des colonnes cannelées, des débris de céramique et de verrerie et plusieurs sarcophages. Ceux-ci occupent une assez vaste superficie et trois ou quatre couches superposées.
Aux confins des Deux-Sèvres et de la Vienne, Rom est un nœud de routes important : route de Périgueux, route de Saintes à Poitiers, route de Limoges à Nantes. A 1800 mètres au sud de la localité actuelle, un carrefour secondaire a été reconnu au lieu dit Tresvées (très vias). C'est de là que provient l'inscription toujours mystérieuse, du scamnum. On a pensé y retrouver les traces d'un forum rectangulaire de 84 m. sur 43, terminé, du côté nord, par une abside de 23 m. de diamètre. Pour quoi un forum en cet endroit ? Ou du moins un ensemble monumental qui semble important ? La localité antique se trouvait-elle en ce lieu ? Qu'aurait été, en ce cas, l'emplacement actuel de Rom avec son croisement de grandes routes ? N'y a-t-on pas retrouvé les traces d'un cimetière romain ? Avons-nous à Rom la station routière, distante de la localité qui se serait dirigée vers Tresvées ? L'une et l'autre auraient pu porter le même nom.
IL Sarcophages. — Un sarcophage conservé au musée de Niort est entier, plat, décoré d'une croix à trois traverses et la coupe de tête légèrement inclinée de gauche à droite (longueur moyenne 2 m. 03 ; largeur à la tête, 0 m. 72, aux pieds 0 m. 42 ; épaisseur, 0 m. 18). La taille de la croix est faite à la pointe du pic de gauche à droite, le fond piqué en tous sens. L'inscription : LOPECENA ET DEDIMIA HIC REQVIESCENT IN PACE occupe presque entièrement la traverse supérieure, elle est gravée avec peu de régularité. L'O est rond ; les C sont ronds ou carrés, les T plus petits que les autres lettres, l'U est carré, le Q d'une forme particulière.
Un deuxième sarcophage conservé au musée de Niort n'est pas entier, l'extrémité du couvercle manque ; ce couvercle est bombé, et la coupe de tête comme le précédent (largeur à la tête, 0 m. 68, épaisseur 0 m. 14). Sur la traverse supérieure de la croix on lit : GVMMAREDVS.
Un troisième sarcophage, même provenance, conservé à Poitiers, au musée de la Soc. des antiq. de l'Ouest, plat, sans inscription (longueur moyenne, Un quatrième sarcophage, même provenance, fragment. Plat, complet sur trois faces, porte cette inscription du VIIE, entrée au musée de Niort : BAVTHILDIS HIC RE^VISCIT.
Un cinquième sarcophage détruit portait ces mots : HIC DAVELDES ET DOMNOLENTVS.
Une pierre tumulaire de petites dimensions portait ces mots : FAVSTE VIVAT IN DEO SEMPER et entre les bras de la croix ce graffite : VIVAT FAVSTINVS MAGISTER.
III. Bibliographie. — Berthelé, dans Bull, de la Soc. des antiq. de l'Ouest, 1882, p. 507, 508 ; Antiquités gallo-romaines et mérovingiennes trouvées à Rom en 1883, dans Bulletin de la Société de statistique du département des Deux-Sèvres, avril-juin 1883, p. 242-250 ; Bulletin monumental, t. xlix, 1883, p. 191-197 ; A. de Caumont, dans Bull, monum., IIIE série, t. ii, p. 002 ; C. de La Croix, Cimetières et sarcophages mérovingiens du Poitou, dans Bull, archéol. du Comité, 1886, p. 289291 ; E. Le Blant, Inscriptions chrétiennes de la Gaule, t. ii, 1865, p. 360, n. 577, 578, pi. n. 456, 467 ; Nouveau recueil, 1892, p. 286-288, n. 271-273 ; De Longuemar, Épigraphie du Haut-Poitou, dans Mem. de la Soc. des antiq. de l'Ouest, t. xxviii ; L. Palustre, dans Bull, monumental, 1883, p. 193 ; le Corp. inscr. lat., t. xm, n. 1176 donne l'inscription de Faustinus magister comme étant de Sanxay, mais elle est de Rom.
H. Leclercq.
ROMAN. — I. Le sens du mot « roman ». II. Le roman et les apocryphes. III. Le roman et les actes des martyrs, rv. Le roman et les hagiographes.
I. Le sens du mot « roman ». — A propos de « la vie des mots étudiée dans leurs significations » Arsène Darmesteter écrivait ceci : « Roman veut dire, au Moyen Age, composition en langue romane, c'est-à-dire en français, et spécialement, comme les compositions le plus en honneur sont les chansons de geste, il prend le sens de chanson de geste. A la fin du Moyen Age, il veut dire successivement chanson de geste mise en prose (roman de chevalerie), histoire en prose de quelques grandes aventures imaginaires, puis histoire en prose de quelques aventures inventées à plaisir, et finalement récit à plaisir. » Cet exposé ne satisfaisait pas Gaston Paris. Selon lui, un romain — car telle est la vraie forme — paraît signifier d'abord une traduction du latin, puis un livre quelconque écrit en romanz, c'est-à-dire pour la France en français. Wace, Garnier de Pont-Sainte-Maxence, Guillaume de Saint-Pair, qui nous ont transmis les plus anciens exemples de ce mot comme substantif, l'emploient dans ce sens ; Joinville appelle les Chroniques de Saint-Denis, dont il copie un passage, un romunt ; il désigne de même le résumé, composé par lui, des articles de la foi chrétienne. On n'a pas d'exemple de ce mot appliqué à une chanson de geste avant le xivc siècle, époque où on ne peut pas dire que les chansons de geste sont les compositions le plus en honneur. C'est au XVe que le mot de roman prend le sens d'histoire fabuleuse, parce qu'on désigne surtout ainsi des ouvrages, en vers et en prose, des siècles antérieurs, qui contenaient des histoires fabuleuses ; mais il ne se dit pas encore des livres que l'on compose nouvellement. On ne sait quand a commencé l'usage actuel du mot. Robert Hstiennc et Jean Thierry dans leurs dictionnaires (1539-1564) ne le mentionnent pas. Nicot même, en 1606, ne le donne pas davantage. Cotgrave donne ce singulier article : Roman, The most éloquent French, or any thing written eloquently was termed so in old time. Hence : Le Roman de la Rose, The Romani of the Rose. Le P. Monet, en 1631, dit encore : « Romant, livre d'histoire fabuleuse, avec quel que fondement de sujet, ou sans fondement, en matière de chevaliers errants, de chevaliers d'aventure. Heroicœ fabulse rhapsodia, Heroicse fabulse syntagma, Heroicorum gestorum fabulosa historia. Heroicorum facinorum ficta narratio. » Peu après cependant nous trouvons le mot roman employé couramment dans un sens bien rapproché du sens moderne, entre autres par Pascal et Boileau ; et Richelet, en 1680, donne cette définition : « Le Roman est aujourd'hui une fiction qui comprend quel que aventure amoureuse écrite en prose avec esprit et règles du poème épique, et cela pour le plaisir et l'instruction du lecteur. » Furetière est moins élogieux. « Maintenant, dit-il, il ne signifie que les livres fabuleux qui contiennent des histoires d'amour et de chevalerie, pour divertir et occuper les fainéants. » Le mot a encore marché, et il n'y a pas beaucoup de nos romans modernes qui répondent à ces définitions. Nous essaierons de voir si elles ont plus de rapport avec ce qu'on est convenu d'appeler le primitif roman chrétien.
IL Le roman et les apocryphes. — Son étude est peu avancée et si, sur la foi du titre, on s'attendait à voir la question traitée par « M. Emile Zola, homme de lettres », Le roman dans l'antiquité et dans les premiers temps du christianisme, dans le Congrès scientifique de France, 33e session, 1866, p. 493-500, on s'apercevrait qu'il n'en dit pas un seul mot.
On peut être surpris que les monuments qui nous sont parvenus du roman dans la littérature chrétienne primitive n'aient pas fait l'objet d'une recherche plus méthodique. De très bonne heure, certainement au cours du ne siècle, on voit ce genre littéraire s'essayer et produire des compositions inspirées le plus souvent par un thème historique. Parmi les premiers essais il faut accorder une place au roman de Paul et Thècle (voir Dictionn., t. xm, au mot Paul), à celui des Récognitions clémentines (voir Dictionn., t. xiv, au mot Récognitions), à celui d'Hermas (voir Dictionn., t. vi, à ce nom) déjà moins étroitement attaché à l'histoire. Une veine longtemps féconde a inspiré toute une littérature apocryphe sous les noms d'Évangiles de l'enfance, de Protévangile et y a enveloppé les personnages de Marie et de Joseph sans s'interdire de toucher à Jésus, sans s'aventurer à disserter sur sa conception, sa naissance et son enfance.
« L'exégèse biblique est aujourd'hui consentante pour restituer à la tradition antique ce qui lui revient dans ces floraisons charmantes, et parasites, des lettres chrétiennes. Elle ne s'y est pourtant déterminée qu'avec timidité1. Et j'ai la conviction qu'une étude comparative des romans grecs et des romans chrétiens donnerait des résultats justifiant cette opinion d'un historien de la littérature chrétienne : « La littérature évangélique [apocryphe] aboutit à créer une nouvelle variété du roman grec *. » Rien n'y manque, en effet, de ce qui constitue l'intérêt s'attachant à une fable bien conduite, et où les proportions de la vie sont ménagées sans préjudice pour l'imagination, qui reste libre, et pour la sensibilité qui garde son éveil 3. » Ce qu'on peut relever de puéril, de naïf confinant à la niaiserie, et même de choquant dans la littérature apocryphe une fois mis à part, on ne peut éliminer nombre de traits charmants, tout imprégnés du sens de l'observation du détail de la vie quotidienne, vulgaire si on veut, mais telle qu'on la vit. « L'atelier où travaille Joseph, le bon charpentier, dont la longévité soumet les humaines vraisemblances à une dure épreuve, la peinture si émouvante de la mort de ce juste, de sa terreur de l'au-delà qui n'est apaisée que par la pieuse intercession de Jésus, la narration, répétée avec des variantes, d'une existence de nomades, à laquelle semble condamnée la Sainte-Famille, que, du reste, les apôtres connaîtront aussi et, après eux, bien d'autres sectateurs de la nouvelle foi ; mille détails, enfin, vivifient ces petits ouvrages, qui ne contiennent en général que l'anecdote d'une existence, dont la haute signification a tant préoccupé les auteurs du Nouveau Testament1. » Les romanciers inconnus qui exploitèrent cette veine pieuse n'étaient pas tous des érudits, il a dû s'en trouver parmi eux auxquels la tradition orale était seule accessible et qu'ils estimaient préférable parce que plus souple.
L'évangile de Nicodème est une source presque inépuisable d'épisodes où chacun prendra ce qui lui convient pour dramatiser à son gré l'histoire des origines chrétiennes. L'auteur présumé de cet évangile racontant ce qu'il lui a été permis de dire parmi tant de prodiges assure en avoir trouvé la première rédaction tracée « en lettres hébraïques » par Nicodème, témoin oculaire ; ailleurs, il est question d'un écrit remis par un des deux assistants du miracle posthume du Seigneur à d'autres qui en assurèrent la transmission. Ce sont les procédés usuels des auteurs de romans 2.
A un moindre degré d'ambition la littérature romancée nous offre toute une collection de récits dont les apôtres sont les héros et dont l'inventaire dressé soigneusement il y a peu d'années 3 pourra guider ceux qui s'intéressent aux péripéties de leurs voyages et de leurs aventures. Plusieurs de ces contes ont l'intention d'introduire ces fabules dans l'histoire générale, c'est le cas pour la Passio Pauli qui vise à hausser jusqu'à l'histoire certain dialogue entre l'Apôtre et Néron ; d'autres s'essaient au document, c'est le cas pour la correspondance entre Abgar et Jésus (voir Dictionnaire, t. i, au mot Abgar) et pour celle entre saint Paul et Sénèque. Cette prétention n'exclut pas le recours très visible à des épisodes tirés de la littérature profane et païenne que les conteurs exploitent pour donner de l'intérêt ou de la variété à leurs récits et qui feront une brillante carrière dans la littérature ecclésiastique et médiévale.
III. Le roman et les actes des martyrs. — On a eu déjà l'occasion d'établir une distinction entre deux catégories de textes anciens, les Actes et les Passions de martyrs. Les premiers relèvent de l'histoire, les autres appartiennent à la rhétorique ou sont des produits de l'imagination populaire. De ces derniers il est difficile de repérer les étapes car la rapidité des communications entre l'Orient et l'Occident déroute nos calculs et au cours de ces relais on copie, on ajoute, on retranche, on altère, on accommode suivant les exigences de l'auditoire ou de la clientèle. Parfois deux versions d'un même récit coexistent, l'une officielle, l'autre libre ; c'était la version officielle qui obtenait les honneurs de la lecture liturgique, la version libre circulait sans qu'il fût possible de lui fixer des limites, et peut-être n'y songeait-on pas. Tous ne sont pas doués pour sentir l'éloquence sobre et tendue d'un procès-verbal comme les Actes des martyrs scillitains ou les Actes proconsulaires de saint Cyprien. D'autres se montrent plus sensibles à une exposition encore sobre, mais non exempte d'artifices d'un Eusèbe ou d'un saint Jérôme, dans laquelle tous les traits ne sont pas du plus pur aloi, ou même à l'expression lyrique d'un Prudence, en attendant les développements pieux d'un Grégoire de Tours et d'un Jules d'Afrique 4.
Autant les actes nous offrent un fond solide, autant les passions demeurent suspectes, nonobstant l'insertion de certains détails destinés à produire l'illusion de la réalité et qu'Edm. Le Blant a patiemment recueillis sans réussir à réhabiliter historiquement les pièces romancées.
Il était presque impossible que l'extraordinaire tragédie du martyre chrétien ne devînt pas la proie des gens de lettres. On a vu dans l'histoire de Nérée et Achillée (voir Dictionnaire, t. xii, au mot Nérée) à quelles situations scabreuses les écrivains se laissent entraîner sous prétexte d'édification et saint Jérôme lui-même, qu'on ne peut soupçonner d'induire ses lecteurs aux imaginations libidineuses, a cependant inséré dans la Vie de saint Paul ermite telle anecdote étrangère à l'hagiographie dont, à vrai dire, il reprend une tradition déjà ancienne. Si, à partir de la persécution de Dioclétien, on ne peut contester l'abus de pouvoir qui livrait au stupre des vierges chrétiennes, cette peine ne fut pas généralisée et les auteurs de Passions s'en sont emparés comme d'un lieu commun ; il faut voir là une suggestion des romans païens très friands d'introduire dans leur conte une scène qui se passe dans des lieux de prostitution. Les hagiographes y conduisent sainte Agnès, sainte Agathe et d'autres dont l'on ne peut affirmer qu'elles aient toutes été livrées à ce supplice.
IV. Le roman et les hagiographes. — Après ce que nous avons dit des légendes hagiographiques (voir Dictionnaire, t. viii, col. 2309-2456), il nous sera permis d'y renvoyer en formant le souhait qu'un jour vienne où cette littérature fasse l'objet d'une étude d'ensemble succédant aux résultats acquis mais disséminés en d'innombrables travaux. Le roman de Joasaph (voir Dictionnaire, t. vii, col. 2539-2554), la littérature copte (voir Dictionnaire, t. ix, col. 1620-1622), les Vitœ et passiones sanctorum eevi merovingici, autant de sujets, sans parler de quelques autres, dignes d'occuper la carrière d'un érudit.
H. Leclercq.
ROMANE (ARCHITECTURE). — I. De l'architecture romane. II. Les prétendues influences étrangères. III. D'une définition. IV. De l'introduction des voûtes.
I. De l'architecture romane. — Pour avoir été dites une fois, certaines vérités n'en sont que plus dignes d'être rappelées parce qu'un trop petit nombre seulement ont été à même de les entendre. Dans ce Dictionnaire nous avons, à diverses reprises, étudié de célèbres monuments (voir aux mots : Basilique, Église, France (Architecture), Influences, Orient et Occident) et nous avons présenté plusieurs monographies d'édifices ; il n'est pas question d'y revenir, mais seulement de présenter à leur sujet quelques brèves considérations générales d'autant plus pénétrantes qu'elles ne viennent pas de nous.
« Nous ne savons pas, ou plutôt nous ne voulons pas savoir, en France, que nous avons été, que nous sommes les rois de l'architecture, a dit Anthyme Saint-Paul. Tel est, à cet égard, notre passé, qu'aucun autre pays ne saurait produire de semblables titres. Est-il, Amélineau, Les actes des martyrs de l'Église copte, in-8° Paris, 1890. en effet, en dehors de nous, un peuple qui, étant demeuré le même, avec la même langue, le même gouvernement, les mêmes institutions, le même culte, ait obtenu dans sa carrière deux formes monumentales distinctes, réalisant chacune la perfection d'un type ? On n'attribue aux Égyptiens qu'un seul système, dont ils parvinrent à peine, dans l'espace de trois mille ans, à changer quelques détails. Les Grecs ont, d'abord, opéré d'admirables choses par la colonne, l'architrave et le fronton ; lors que, sous Justinien, mille ans après leur siècle de Périclès, ils se rendirent maîtres des applications les plus savantes de la coupole sur pendentifs, ce n'étaient plus à vrai dire les Grecs, ce n'étaient ni les Athéniens, ni les Spartiates, ni les Ioniens, ni même les Macédoniens ; c'étaient les Byzantins, chrétiens de croyance, romains par les lois et les mœurs. Si l'Italie, à son tour, ose nous rappeler ses deux siècles d'Auguste et de Léon X, demandons-lui en quoi les contemporains des premiers Médicis ressemblaient aux sujets des premiers Césars ?
« Mieux favorisés, surabondamment favorisés, nous avons, nous, Français, trouvé et pratiqué, non pas deux, mais trois styles successifs, bien à nous, sans qu'aucune révolution politique, sociale ou religieuse, fût venue établir sur le territoire de l'antique Gaule une nation nouvelle ou un régime nouveau.
« Ceux qui ont porté à son apogée l'architecture romane, ceux qui ont en même temps ou aussitôt après, créé le style ogival, ceux qui, trois siècles et demi plus tard, se sont assimilé si heureusement la Renaissance que leurs conceptions n'ont rien à envier en valeur et en originalité aux plus beaux monuments de la Rome pontificale et à ceux de Florence, ils étaient tous également Français, également catholiques, soumis à une même dynastie royale présidant à des institutions dont les rouages principaux restaient les mêmes. C'est, en un mot, à la France capétienne qu'appartenait la gloire unique d'avoir présidé à trois des plus intéressantes évolutions que mentionne à travers tous les âges l'histoire de l'art de bâtir.
« De ces trois grandes évolutions, la plus ancienne est celle qui est encore la plus méconnue. Généralement, on ne l'envisage que comme une période de préparation, comme la veille d'un triomphe ; c'est insuffisant. Ou bien, on ne voit dans le roman qu'une décadence du romain ; c'est injuste. Le roman ne serait-il que la préparation immédiate et directe à un style extraordinaire comme l'est le style ogival, ce serait déjà beaucoup, ce me semble, quand même on pourrait oublier que le roman avait presque tout à faire, qu'il a engagé la lutte avec une résolution inébranlable, qu'il a été l'architecture la plus militante et la plus intelligemment militante qui ait jamais existé. C'est beaucoup, mais il y a plus encore. Les constructeurs romans ne se sont pas contentés d'ouvrir la voie à leurs successeurs pour eux-mêmes ; ils ont élevé des monuments où presque rien ne serait à désirer, si l'esprit n'était ébloui par la pensée du style ogival dont ils sont, en quelque sorte, le vestibule l. »
II. Les prétendues influences étrangères. — On rappellera en peu de mots cette criante injustice pour nuire à l'art roman qui s'efforça d'implanter la doctrine d'influences byzantines, syriennes, enfin orientales, ne laissant à l'art roman que la valeur d'un pastiche. Admise avec quelle réserve par J. Quicherat, accueillie avec faveur par Viollet-le-Duc vers la fin de sa carrière, exaltée par L. Courajod et exaspérée par J. Strzygowski, cette doctrine se réclame à l'origine d'un archéologue, Quicherat, qui « connaissait mal les débuts de notre histoire monumentale : l'exploration de l'Orient n'avait pas encore livré les éléments du problème et ce problème roulait sur des temps et des pays qui 2 » lui étaient peu familiers sinon entièrement étrangers. A une date plus rapprochée de nous, R. de Lasteyrie s'est bien gardé de « méconnaître les emprunts faits par notre art national aux divers pays et même au monde musulman ; comme tout le monde, il a admis l'influence de l'Orient sur l'Occident » : Constantinople, nous dit-il, fut « pendant plusieurs siècles le plus grand centre artistique du monde chrétien » ; la Gaule n'a pas échappé à son action, et cela non pas uniquement au temps des croisades, comme on est trop porté à le croire, mais dès l'époque franque et surtout « pendant la période comprise entre le vie et le Xe ».
« Seulement avant d'expliquer l'architecture française par le rayonnement de Byzance, R. de Lasteyrie se réserve de chercher s'il n'y a pas, plus près de nous, des explications plus naturelles. Sa pensée transparaît en divers passages où il regrette la faveur trop exclusive dont jouissent, à l'heure présente, les œuvres de la culture hellénique. Voici, par exemple, les arcs doubleaux ; Viollet-le-Duc a prétendu que les maîtres d'œuvre de nos contrées en avaient pris l'idée en Syrie ; mais « il est peu vraisemblable que nos constructeurs se soient inspirés de modèles lointains alors qu'ils avaient chez eux des voûtes de l'époque romaine munies de véritables doubleaux », sans compter que les arcs transversaux de la Syrie sont dictés par « des principes tout différents ».
« En résumé, l'Orient aurait transmis à l'Occident un certain nombre de dispositions d'ensemble et un nombre plus élevé encore de formes de détail : les absidioles, usitées en Syrie dès le Ve ou le VIe, en Occident au Xe seulement ; les absides et absidioles rondes en dedans et polygones en dehors ; les arca des sur colonnes ; les arcatures aveugles ; le plus ancien spécimen connu d'arcature aveugle se trouve à Spalato, le premier monument d'un art renouvelé par les pénétrations orientales. Sont également d'origine orientale des types de chapiteaux, à Jouarre (voir ce nom) et surtout à Saint-Laurent de Grenoble (voir ce nom), et certains genres d'entrelacs (voir Dictionnaire, t. v, à ce mot). Tous les entrelacs, en effet, n'ont pas même origine : il en est de byzantins et d'autres sont barbares. Les formules venues de l'Orient sont donc l'un des éléments de notre architecture médiévale ; mais elles ne doivent pas absorber toute notre attention et nous faire oublier que cette architecture a puisé ailleurs. Pour la période préromane, le fonds romain, sous l'action de Byzance et du monde barbare, produit un art nouveau :
« Tout semble prouver que nos artistes, après avoir longtemps vécu sur le vieux fonds gallo-romain, imprégné d'influences byzantines et dénaturé par les progrès de la barbarie, ont commencé au VIIIe à pratiquer un nouveau style d'architecture. Celui-ci ressemble fort à celui que les Italiens appellent le style lombard (voir Dictionnaire, t. ix, à ce nom) ; il parvint à son apogée au temps de Charlemagne et de Louis le Pieux, et s'étendit sur tous les pays occupés par les peuples d'origine germanique, ou dépendant de l'empire franc ; ce fut le germe plein de sève et d'originalité d'où sortit plus tard notre art roman ».
III. D'une définition. — J. Quicherat avait proposé cette définition légèrement injurieuse pour l'art qu'elle entend désigner : « L'architecture romane est celle qui a cessé d'être romaine, quoiqu'elle tienne beaucoup du romain et qui n'est pas encore gothique, quoiqu'elle ait déjà quelque chose de gothique ». D'après cela le roman ne serait qu'une transition entre Constantin et Philippe-Auguste. C'est bien autre chose. « Comme l'art romain, l'architecture romane possède l'arcade et la voûte ; mais, au lieu de demander son effet monumental à l'art grec, c'est l'art grec qu'elle élimine ; puis, dégagée de cette étreinte qui avait entravé toute marche en avant, elle se voue, avec ses propres ressources, à la solution du grand problème que lui a légué la civilisation païenne expirante : voûter la basilique ». C'est à poursuivre cette solution que le style roman s'est épanoui dans le style ogival, mais avant d'en arriver là il a atteint des solutions qui, pour incomplètes qu'elles paraissent, ne comptent pas moins parmi les plus fécondes dans l'ascension artistique de l'humanité.
La définition de J. Quicherat qu'on vient de lire est d'autant moins satisfaisante qu'on pourrait lui objecter que Byzance a pu produire une architecture qui, pour avoir cessé d'être romaine, n'est jamais devenue gothique. Anthyme Saint-Paul a proposé une définition moins superficielle. D'après lui « l'architecture romane est l'architecture romaine épurée et complétée suivant les besoins de la liturgie catholique et le génie particulier de chacun des peuples qui l'ont mise en œuvre du IXe au Xe », et, à l'objection soulevée que les églises romanes sont autres que les basiliques civiles, mais non pas supérieures, il opposait que l'art romain est dans l'art roman avec ses caractères fondamentaux : pilier, arc demi-circulaire et les trois variétés de la voûte antique engendrées par le plein cintre : berceau, arêtes, coupole. Mais l'art romain s'est laissé emmaillotter dans l'architecture grecque, dans l'entablement et dans le module et s'y est cristallisé et atrophié. Bien plus, cet art n'avait pas de système décoratif procédant de l'arc et de la voûte, et il n'a pas tenté d'associer la voûte au plan basilical. Tout cela l'architecture romane l'a accompli. Mais la cause principale qui a favorisé la transformation du romain en roman ce sont les nécessités de la liturgie catholique, nécessités qui provoquaient des difficultés graves et multiples à résoudre, ce dont se sont acquittés les architectes occidentaux suivant le génie particulier des écoles locales. Pour être plus concis sans cesser d'être exact, on peut ramener cette définition à quelques mots : l'architecture romane est la forme catholique de l'architecture romaine interprétée par les écoles françaises et étrangères ».
IV. De l'introduction des voûtes. — L'art roman s'est appliqué de préférence sur les basiliques qui, à partir du milieu du IVe environ, présentaient presque partout en Occident des caractères constants. « En plan, elles dessinaient un rectangle allongé dans lequel on pénétrait par un des petits côtés. L'entrée était souvent précédée d'une cour carrée nommée atrium. A l'extrémité opposée se voyait une abside, ou hémicycle voûté, qui renfermait l'autel. L'intérieur du monument était divisé en trois ou, plus rarement, en cinq galeries parallèles.
Celle du milieu, qu'on appelait la nef, navis, était plus élevée que les galeries latérales des bas-côtés. Cette disposition permettait d'éclairer l'édifice à l'aide de fenêtres percées dans les murs de la nef au-dessus des combles des bas-côtés. Parfois, en avant de l'abside, on élevait un vaisseau transversal coupant la nef à angle droit et ayant à peu près même largeur et même hauteur qu'elle, c'était le transept ou, pour employer l'expression du Moyen Age, la croisée, crux, crucifixus. Parfois des tribunes s'ouvraient sur la nef au-dessus des collatéraux. Mais le transept et les tribunes sont des particularités accidentelles, on ne doit point les compter parmi les traits essentiels des basiliques ».
« Ce type primitif subit, par la suite des temps, des modifications qui, graduellement, transformèrent la basilique des premiers siècles en église romane : le transept dessina plus fréquemment une saillie sur l'alignement des murs, surtout depuis l'époque carolingienne ; plus souvent aussi, à partir de la même époque, l'abside fut flanquée d'absidioles et précédée d'un chœur, c'est-à-dire d'une travée droite interposée entre l'abside et le carré du transept ; puis, vers le début du Xe, apparaissent les chevets en carole avec bas-côté tournant, sur lequel s'ouvrent, d'une part, le chœur et l'abside et, de l'autre, presque toujours des chapelles rayonnantes. Enfin, les règles se fixent au sujet des annexes : l'usage des baptistères, qui se maintient longtemps en Italie, tombe en Gaule vers le temps de Charlemagne ; mais on conserve le narthex, portique en avant de l'église, le clocher, connu dès le Ve, la confession, la crypte proprement dite, dont Grégoire de Tours cite des exemples.
« Mais la modification essentielle, celle qui transforma radicalement l'architecture religieuse, a pour objet le mode de couverture des édifices, la substitution des voûtes aux charpentes. Il est assez singulier que les voûtes soient exclues des basiliques chrétiennes, constituées dans le monde romain où on construisit de si merveilleuses voûtes ; le fait est plus surprenant encore quand on se rappelle que les architectes des basiliques ont adopté l'arcade et rejeté l'architrave avec un tel entrain « que, pendant près d'un millier d'années, du Ve au XVIe, on chercherait vainement un exemple d'architraves dans l'ordonnance intérieure de nos églises ».
» Voici la raison de cette anomalie : c'est uniquement le genre de supports qu'une mode universellement adoptée a imposé aux architectes. Les voûtes, à cause de leur poids et de la poussée qu'elles exercent sur les murs qui les portent, ne pouvaient s'allier aux colonnes qui, dans les basiliques chrétiennes, supportaient les murs de la nef. Il fallut donc, quand on voulut voûter les églises, substituer aux colonnes des piliers plus ou moins massifs, ou, comme l'ont fait les Byzantins depuis le VIe, modifier complètement l'ordonnance des monuments. Or, les Latins sont restés longtemps réfractaires à ces innovations.
« De bonne heure, on fit des voûtes dans les parties de l'église qui s'y prêtaient le mieux : l'abside, les bas-côtés, moins larges et moins hauts que la nef, la crypte ; un cul-de-four couvre toujours l'abside et l'Afrique du Nord possède quelques basiliques de l'époque byzantine dont les collatéraux ont de petites voûtes d'arêtes. Peu à peu, la voûte gagne l'édifice tout entier, non pas seulement dans les églises de plan rayonnant, mais aussi dans les églises basilicales. En France, cette invasion de la voûte s'est d'abord affirmée dans nos provinces méridionales. En règle générale, le centre et le midi de la France devancèrent le Nord dans l'art de construire les voûtes. Cette marche est naturelle si l'on admet que le triomphe de la pierre sur le bois, du maçon sur le charpentier, est aussi une réaction de la culture romaine sur les traditions barbares ».
La voûte en berceau, qu'on employa d'abord, avait des inconvénients, parce qu'elle pesait considérablement sur les murs qui lui servaient de piédroits. De plus elle était insuffisante dans les cas où il fallait éclairer les églises qui avaient des bas-côtés et monter la voûte à une assez grande hauteur. Les difficultés de construction furent aplanies par les arcs doubleaux et par les berceaux en arc brisé. On adopta ensuite la voûte d'arête, enfin au début du XIe, apparut la croisée d'ogives. C'est une invention spontanée des architectes français de la fin du XIe. On a prétendu longtemps que les premières croisées d'ogives avaient été employées en Italie, à Saint-Ambroise de Milan, à Saint-Michel de Pavie et dans d'autres édifices de la Lombardie, ce qui paraît aujourd'hui inadmissible. Il faut attribuer, comme l'ont fait Quicherat et Viollet-le-Duc, une part prépondérante aux architectes de l'Ile-de-France dans l'invention des voûtes d'ogives, mais il est nécessaire d'ajouter que dans d'autres régions, à la même époque, en Bourgogne, en Anjou et en Normandie, des essais analogues furent tentés. En Normandie même, on trouve des croisées d'ogives dont l'ancienneté et l'originalité sont plus grandes qu'on ne l'admet généralement.
« La plus ancienne basilique voûtée dont la mention nous soit parvenue est peut-être une église catalane, cette extraordinaire abbatiale de Ripoll, consacrée en 977, refaite et si profondément défigurée qu'il est à peu près impossible de l'étudier.
« L'introduction de la voûte modifia les supports : les colonnes firent place aux piliers, les murs minces et droits aux murs épais armés de dosserets et de contreforts. Les vides diminuèrent en même temps que les pleins augmentaient. Les colonnes gardèrent longtemps leur vogue ; on sait que Charlemagne en tira de monuments antiques ; on sait moins qu'au début du XIe encore on bâtissait des églises comme Saint-Clément de Rome, dont toutes les colonnes proviennent d'édifices romains. Mais dans quelques basiliques, on accoupla les colonnes afin de mieux contenir la poussée des voûtes latérales ; ailleurs, à Tébessa, à Morsott, les colonnes sont réduites à un rôle décoratif et ce sont des piliers qui portent ; ailleurs encore, à Saint-Oémétrius de Saloni que, à Sainte-Marie in Cosmedin, les files de colonnes sont coupées de piliers. Enfin, les piliers l'emportèrent définitivement ; ils se compliquèrent de membrures et leur plan dessina une croix.
« L'art roman se constituait brin à brin ; les essais produisaient les éléments dont la fusion forma plus tard l'architecture romane ».
H. Leclercq.
ROMANI, ROMANIA, ROMANUS. — I. Romani. — De tout temps les habitants de Rome s'appelèrent, dans leur propre langue, Romani, mot formé du nom Roma et du suffixe -ano servant à tirer du nom d'un pays ou d'une ville celui de ses habitants. Les Romani ne se laissèrent pas de longtemps confondre avec les peuples soumis à leur domination : Latins, Gaulois, Hellènes, Ibères, qui eux aussi gardaient leur nom originel ; seuls, des individus pouvaient s'appeler Romains à condition d'en tenir le droit de leur naissance ou d'une faveur rare et recherchée. Cette situation dura jusqu'au temps de Caracalla dont le célèbre édit (voir Dictionn., t. II, à ce mot) donna ce droit à tous les habitants de l'empire : In orbe Romano qui sunt, dit Ulpien, ex constitutione imperatoris Antonini cives Romani effecti sunt. Le voisinage des barbares menaçant les frontières de l'empire contribua à vulgariser le nom de Romani en parlant de tous ceux qui habitaient son territoire et étaient censés devoir concourir à sa défense. Cette circonstance fondit toutes ces catégories de libres et de non libres en une sorte de nationalité unique identifiée dans la patrie romaine. Il ne manqua pas de grands esprits pour s'en réjouir et s'en enorgueillir. Quis jam cognoscit, dit saint Augustin, gentes in imperio Romano quœ quid erant, quando omnes Romani facti sunt et omnes Romani dicuntur ? Sidoine Apollinaire parle de l'empire en ces termes : In qua unica totius orbis civitate soli Barbari et servi peregrinantur. Les poètes se mettent naturellement de la partie ; voici d'abord Rutilius Namatianus :
Fecisti patriam diversis gentibus unam ; Urbem fecisti quœ prius orbis erat et Claudien semble insister particulièrement sur le nom, devenu commun, de Romani :
Hœcest (Roma) in gremium victos quœ solo, recepit, Humanum que genus communi nomine fecit.
Prudence n'est pas moins exagéré lorsqu'il écrit :
Deus undi que genus Inclinare caput docuit sub legibus iisdem, Romanos que omnes fieri, quos Rhenus et Ister, Quos Tagus aurifluus, quos magnus inundat Iberus Jus fecit commune pares et nomine eodem Nexuii et domitos fraterna in vincla redegit.
Ceux qui s'abandonnaient à cette exaltation n'eurent pas besoin de vieillir beaucoup pour voir l'orbis Romanus tomber en miettes et la distinction entre romains et barbares exprimer tout le contraire de la supériorité des premiers sur les seconds. Au reste, les barbares ne s'offusquaient pas de cette appellation et c'était, de leur part, preuve de bon sens avec, pour les plus dégrossis d'entre eux, une pointe peut-être de malice, car les Romains eux-mêmes avaient été traités de βαρβάροι ; il est vrai que c'était par les Grecs, ce qui prouve qu'on est toujours le barbare de quelqu'un. Plus tard, les Romains s'estimèrent aussi raffinés que les Grecs et regardèrent comme barbare tout ce qui n'était pas grec ou romain. Les Grecs mirent plus de temps à les qualifier de βαρβάροι et persistèrent à les appeler ainsi jusque sous l'empire.
Barbants, au sens d'Allemand, se rencontre très souvent et d'ailleurs ce terme ne comportait aucune idée injurieuse ; on le trouve dans VEdictum Theodorici, Prolog., c. xxiv, xliii, xliv, civ ; chez Fortunat, iv, 17 : Romana studio, barbara proie fuit ; id., iv, 8 : Chilperice potens, si interpres barbarus exstat, Adjutor jortis ; dans la loi des Burgondes, tit. LV, LXI : mulier natione barbara ; dans la Vie de saint Éloi, 1. II, c. vin, etc. Aux ix et x siècles, Luitprand, Walafrid Strabon, Ekkehard IV en font usage pour désigner leur nation. Si le mot barbarus est parfois associé à une épithète fâcheuse : barbari féroces, impii, avari, etc., il ne s'ensuit pas que le mot veuille dire autre chose sinon « étranger à la civilisation romaine » ou encore « étranger au christianisme », à peu près le sens plus scripturaire de gentilis. Ce mot servait à désigner l'ensemble des tribus germaniques qui n'avaient pas de cf. in psalm. XXXIX ; De civitate Dei, I. V. c. xvn. — 5 Sidoine Apollinaire, Epist., I. I, epist. vi. — 6 Rutilius Namatianus, Itiner., v, 63. — 7 Claudien, De laudib., 1. III, c. x, V8. 50. — 8 Prudence, Contra Symmaclium, vi, 501 sq. nom commun pour exprimer leur nationalité collective, car le mot Germani était tout à fait inconnu à cette époque.
Nous ne sommes guère exposés à rencontrer le mot theodise, diviisc (franc., tiedeis ; ital., tedesco) qui n'apparaît pas avant le ix siècle sous la forme latine : theotiscus et theudiscus ; le plus ancien exemple se trouve au concile de Tours, en 813, où il est question de la lingua theodisca. Il est vrai que ces mots sont cités par Du Cange, d'après Servius, Aeneid., ix, mais ils sont absents dans les manuscrits anciens. Le mot Teato ne se lit nulle part et son dérivé teutonicus semble indiquer une traduction par approximation de l'allemand thiudisc, d'autant plus qu'il figure presque toujours dans la locution lingua teutonica.
On n'a aucune raison de croire que les Allemands de cette époque aient conscience d'une certaine unité de race, car dans les textes ils se qualifient par le nom spécial de leur tribu et on oppose aux Romani les Franci, les Burgundiones, les Gothi, les Langobardi, etc. Au contraire on ne voit nulle part l'usage de dénominations spéciales servant à désigner les habitants des provinces de l'empire d'après leur nationalité antérieure à la conquête romaine, point de Galli, de Celti, d'Itali, d'Iberi, d'Afri, il n'y a que des Romani en face des conquérants.
Le Romanus est aux v et vi siècles l'habitant, parlant latin, d'une partie quelconque de l'empire et celui qui porte ce nom en tire quelque fierté. Venance Fortunat et Grégoire de Tours mettent de la complaisance à se donner ce nom ; les hagiographes en font un titre d'honneur lorsqu'ils peuvent l'appliquer aux saints dont ils écrivent l'histoire. Saint Médard était fils de Protogia, Romana mater ejus ; sainte Rusticula clarissimis igitur orta natalibus Valeriano et Clementia conjugibus Romanis. Le barbare le repousse et s'obstine à l'appeler walah, plus tard welch, auquel se rattache wallon.
« Le mot welche a en français une nuance méprisante qu'il avait à coup sûr, à cette époque, dans l'esprit des Allemands qui en faisaient usage. Les conquérants avaient une haute opinion d'eux-mêmes et se regardaient comme très supérieurs aux peuples chez lesquels ils venaient s'établir. Les monuments purement germaniques manquent malheureusement pour ces époques reculées ; mais quelques textes latins ont conservé le souvenir des sentiments que la race conquérante, encore plusieurs siècles après la chute de l'empire, entretenait pour les Walahen, seuls dépositaires pourtant de la civilisation orientale. Le plus curieux de ces textes, à cause de sa naïveté, est cette phrase qui se trouve dans le célèbre Glossaire roman-allemand de Cassel, et qui est certainement d'un Bavarois du temps de Pépin : Stulti sunt Romani, sapienti Paioari ; modica sapientia est in Romanis ; plus habent stultilia quam sapientia. A la même époque on rencontrait sur les bords du Rhin des Allemands comme celui que peint Wandelbert, dans son récit des miracles de saint Goar : Omnes Romanœ nationis ac linguæ homines ita quodam geniticio odio exsecrabatur ut ne videre quidem eorum aliquem œquanimiter vellet... Tanta enim ejus animum innata ex feritale barbarica stoliditas apprehenderat ut ne in transitu quidem Romanœ linguæ vel gentis homines et ipsos quoque bonos viros ac nobiles libenter adspicere possel. Ces sentiments n'étaient pas bornés aux hommes sans culture : au x siècle encore, Luitprand s'indignait à la pensée qu'on pût lui faire honneur en le traitant de Romanus, et disait aux Grecs : Quos (Romanos) nos, Langobardi scilicet, Saxones, Franci, Lotharingi, Bagoarii, Suevi, Burgundiones, lanlo dedignamur, ut inimico nostro commoli nil aliud contumeliarum nisi : Romane ! dicamus, hoc solo nomine quidquid ignobilitalis, quidquid limiditalis, quidquid avaritiæ, quidquid luxuriæ, quidquid mendacii, imo quidquid l'iliorum est comprehendentes.
« Le nom de Romani ne se maintint pas au-delà des temps carolingiens. La fusion des conquérants germaniques avec les Romains, l'adoption par eux, en France, en Espagne, en Italie, de la langue des vaincus, fit disparaître de l'ancien empire d'Occident une distinction aussi générale, remplacée par les noms spéciaux des nations qui se formèrent des débris de l'empire de Charlemagne. Il y eut bientôt, non plus des Romains en opposition avec un certain nombre de tribus conquérantes, mais au contraire une nation allemande renfermée dans les limites agrandies de l'ancienne Germanie, et qui, tout en restant divisée en tribus, prit conscience d'elle-même sous le nom de Tiedesc et fut appelée par ses voisins de noms divers, mais également collectifs.
Le nom de Romani se maintint dans deux cas par des populations qui ne se trouvèrent englobées dans aucune nationalité nouvelle et le conservèrent afin de se distinguer des barbares qui les entouraient. Ces deux cas furent : 1° celui des Romani de la Rhétie qui, malgré ce que raconte Fugippius dans la Vita S. Severini, bien loin d'émigrer tous en Italie se maintinrent en groupe dans un canton des Grisons où la langue est le seul vestige conservé de celle parlée autrefois ; 2° celui des peuples qui, dans les provinces danubiennes, se désignent eux-mêmes par les noms de Rumen, Roman, les Roumains.
IL Romania. — De Romani on fit Romania moins encombrant que orbis Romanus et imperium Romanum, mais locution populaire non admise dans le style classique ; c'est ce qui explique qu'elle aura dû servir longtemps avant qu'on ne s'avisât de l'écrire ; les textes n'en font usage que par opposition au monde barbare devenu menaçant pour tous les esprits.
Le plus ancien usage du mot prend place au commencement du v siècle dans les circonstances suivantes : à Bethléem, au cours d'un entretien de saint Jérôme et de Paul Orose sur le roi goth Ataulf, naguère ennemi, alors allié de l'empire : Ego ipse virum quemdam Narbonnensem, illuslris sub Theodosio militiæ, etiam religiosum prudenlem que et gravem, apud Bethlehem oppidum Palæstinæ beatissimo Hieronymo presbytero referentem audivi se familiarissimum Ataulpho apud Narbonnam fuisse, ac de eo ssepe sub testificatione didicisse quod ille, cum esset animo viribus ingenio que nimius, referre solitus esset se in primis ardentissime inhiasse ut, obliteralo Romano nomine, Romanum omne solum Gothorum imperium et faceret et vocaret, esset que, ut vulgariter loquar, Gothia quod Romania fuisse !. Vers la même époque le mot Romania reparaît, en 430, lors que saint Augustin, assiégé dans Hippone par les Vandales, répond aux interrogations de ses collègues sur la ligne de conduite à suivre devant les Romania eversores, et ici le mot a une signification très générale, celle du monde romain, de la civilisation romaine opposée à la barbarie qui va la détruire.
Romania fut conservé plus encore en grec qu'en latin. Après le transfert de l'empire à Ryzance, il garda son titre de « romain ». Constantinople fut appelée la nouvelle Rome ou tout simplement Rome. Les écrivains grecs firent usage du mot Romania pour désigner l'ensemble de l'empire. En voici quelques exemples parmi plusieurs autres : Saint Épiphane parlant de l'hérésie d'Arius écrit : ...xal èJ ;a<p0rjvoa èÇ AÙTOÙ Ttùp où to tuxov, 6 y.a.xsikrfys 7ràaav tt]v 'Pw[xavlav crxéSov, ttjç àva-roXyjç xà [ispr].1 » Ce passage montre bien que le mot désigne non seulement l'empire d'Orient, mais tout ce qui était soumis aux Romains ; saint Athanase dit expressément : My)tpotc6Xiç tj 'Pwji.7) v/)ç 'Pcoji-aviaç 2. C'est encore dans ce sens que l'emploie saint Nil : eïpTjxxç Sià toûto 7roXXâxic, TiX-rfit] Pap6âpwv èu.6xXAei.v tyj 'Pco|i.avîa 3. Plus tard, après la destruction de l'empire d'Occident, le nom de 'Pa>|i.ocv£a désigna, dans les écrivains grecs, l'empire de Byzance, et reparut, sous la forme Romania (avec l'accent sur l'i), Romanie, dans les écrivains occidentaux, avec ce sens spécial. C'est de là qu'il est arrivé à désigner les possessions des Grecs en Asie, puis les provinces qui ont porté quel que temps le nom de Roumélie.
En Occident, Romania caractérisait l'empire romain en face des barbares et plus tard il exprima l'ensemble de la civilisation et de la société romaine. Le mot Romanitas qui se trouve chez Tertullien 4 eut un sens analogue, Romania comprend aussi la langue, ainsi que nous le voyons dans ces vers de Fortunat à Charibert * :
Hinc cui Barbaries, illinc Romania plaudit. Diuersis linguis laus sonat una viro.
Romania énonce ici l'ensemble des Romani, la société romaine, le monde romain opposé au monde barbare.
Le mot Romania resta en usage jusqu'aux temps carolingiens. Dans un capitulaire de Louis le Pieux et de Lothaire on lit, en 825 : Prœcipimus de his jratribus qui in nostris et Romanise jinibus paternœ seu maternas succedunt heredilali* et ici Romania signifie l'étendue de l'empire plutôt que l'Italie et la Romagne. Quand l'empire eut passé aux rois d'Allemagne, le mot Romania s'appliqua à l'Italie. C'est le sens qu'il a dans les passages suivants : Gaudebundus efjectus (imperator Grœcorum) aiirum et argentum in/initum cum puella transmiserunt in terra Romania''. Imperator autem a Romania discedens nostras (Germanise) regiones invisit e. Enfin le nom de Romania finit par ne plus désigner que la province qui porte ce nom de Romagne, et qui répond à l'ancien exarchat de Ravenne ; il lui vient d'après les uns de la célèbre donation faite par Pépin à Vecclesia Romana, d'après les autres du nom de l'empire grec, de la 'Pa>u.avwc, dont cette province fut la dernière possession en Occident.
Le mot Romania servit à désigner le pays romain par opposition au pays celtique. Ainsi dans la Vie de saint Samson, évêque de Dol, au VIIE, on lit : Quœ citru mare in Brilannia et Roman fi )a mirabiliose fecit* ; et ailleurs : Cum esset in domo sua (in) Romania l0. Pour les Bretons, la Romania c'est le pays romain le plus voisin, c'est-à-dire la Gaule, malgré que les Francs y régnent. En résumé, le mot Romania a servi particulièrement à désigner l'empire d'Occident, quand il fut détaché de celui de Constantinople, qui, de son côté, s'attribua le nom de 'Pwfxotvia.
III. Romanus. — On sait généralement que les lois barbares (voir Dictionn., t. ix, à ce mot), dans la fixation du rachat des crimes pour diverses sommes d'argent, établissaient, pour un même délit, un t aux différent, suivant la qualité de la victime. La loi salique et la loi ripuaire distinguent deux catégories désignées sous les noms de « Francs » et de « Romains ». Suivant qu'on appartenait à l'une ou à l'autre catégorie, la composition était majorée ; dans le premier cas, le meurtre d'un Franc coûtait le double que le meurtre d'un Romain ; s'il ne s'agissait pas d'un meurtre, la différence était semblable. Voici quelques textes qui résument clairement cette situation. Loi salique, titre xli : Si quis ingenuum Francum... occiderit, ...sotidos CC culpabilis iudicetur ; ...si vero Romanus homo ...juerit ...qui cum occiderit ...sotidos C culpabilis iudicetur ; tit. xlii : De Romanis ...hœc lex super ius comprehensa ex medietate solvatur. Comparez les titres xiv et xxxix de la même loi, et dans la loi ripuaire les titres xxxvm et xliii.
Le sens de cette règle paraissait clair à ceux qui se souvenaient que la Gaule, depuis les invasions, renfermait des hommes de deux nationalités différentes. Les descendants de l'ancienne population gauloise devenus gallo-romains étaient citoyens romains ; quant aux envahisseurs germains, ils formaient une nation distincte : les Francs. Ces deux catégories étaient non seulement distinctes l'une de l'autre, mais opposées l'une à l'autre. Les lois salique et ripuaire reconnaissaient cette distinction raciale et la consacraient par l'inégalité de composition ou wergeld. D'où on a conclu que le principe de cette inégalité résidait dans la différence des nationalités, et cette conclusion paraissait très explicable que les Francs victorieux, ayant pris possession du sol et du gouvernement de la Gaule, se fussent assurés des avantages qu'on peut juger exorbitants et réduit les vaincus à une condition légale inférieure.
Cependant cette opinion fut combattue par Fustel de Coulanges (voir Dictionn., t. v, à ce nom) qui soutint que le mot Romanus n'avait pas le sens qu'on lui avait donné. Selon lui, le demi-wergeld constitue une infériorité juridique ; l'homme dont le meurtre ne se paie que 100 sous n'est pas (en ce qui dépend de la loi) l'égal de celui dont le meurtre coûte à son auteur 200 sous. On comprendrait pareil traitement de la part d'un vainqueur sur un peuple vaincu, mais tel n'était pas le cas si les Germains n'ont jamais conquis la Gaule et ont vu dans les Gallo-romains des égaux ; dès lors ils ne devaient pas leur infliger un demi-wergeld, signe d'une infériorité juridique intolérable. Dès lors, si les lois salique et ripuaire infligent cette infériorité à celui qu'elles nomment Romanus, c'est que ce mot n'est pas pris dans son acception ordinaire, mais dans une acception spéciale et exceptionnelle. Celle-ci se trouve expliquée par ce que nous savons des formes de l'affranchissement chez les Francs. Il existait deux formes différentes d'affranchir un esclave : la forme du droit franc et celle du droit romain. Par la première l'esclave affranchi devenait un Franc ; par la seconde il était fait citoyen romain et il en prenait le nom, civis Romanus ; fût-il de race germanique, il devenait, par la fiction de la loi, proprement un « Romain ». Partant de ces prémisses incontestables, Fustel y ajoute cette hypothèse que le Romain issu de l'affranchissement doit être le seul que les lois franques avaient en vue, quand elles disaient que le Romain n'aurait qu'un demi-wergeld. Il pense que le nom de Romanus qui, dans les autres textes mérovingiens, désigne indifféremment tout membre de la nation romaine, est restreint dans les lois aux seuls affranchis de cette nation : et ce qui, à ses yeux, rend cette conjecture vraisemblable, c'est qu'elle lui permet d'expliquer l'infériorité légale de ces « Romains », marqués par l'infériorité de leur wergeld : ce sont des affranchis, d'anciens esclaves : c'est pour cela qu'ils valent moins que les hommes libres, ce n'est pas parce qu'ils sont romains.
Cette thèse est spécieuse et n'est pas décisive. On invoque il est vrai les textes littéraires et historiques pour établir qu'entre Romains et Francs l'égalité était complète. Mais les témoignages de Grégoire de Tours, de Venance Fortunat, des chroniqueurs et de beaucoup d'autres peuvent bien témoigner des sentiments réciproques entre Romains et Francs, ils ne modifient en rien ce que d'autres témoignages rapportés plus haut nous apprennent sur le profond mépris des barbares en général pour les Romains. D'ailleurs ceci n'est pas affaire de sentiment, mais question de droit. Quand il serait prouvé que les Francs traitaient les Romains, au cours de la vie, sur pied d'égalité, il ne s'ensuivrait pas que cette même égalité dût se trouver dans leurs lois. Il n'est guère de peuple aujourd'hui chez qui les lois ne favorisent les nationaux du pays plus que les étrangers, c'est ce qui avait lieu chez les Francs. L'égalité de considération, à supposer qu'elle existât, ne prouve rien touchant l'égalité juridique.
L'abaissement du t aux de la composition n'est pas un indice de mépris car on le trouve appliqué à des Germains à l'égard desquels les Francs n'ont jamais prétendu à une supériorité personnelle. La personne d'un Burgonde, d'un Alaman, d'un Frison, d'un Bavarois, d'un Saxon valait celle d'un Franc et cependant la loi ripuaire nous montre que leur composition n'était pas la même. Si des Germains n'obtenaient pas une pleine composition, doit-on s'étonner qu'une loi germanique ne traitât pas mieux des Romains que des Germains.
A défaut d'égalité dans la condition juridique fondée sur la loi franque, on invoque le principe de la personnalité des lois d'après lequel les Francs étaient jugés d'après la loi franque et les Gallo-romains d'après la loi romaine. Mais telle n'était pas la portée véritable de ce principe d'après lequel, dans chaque procès, on avait égard à la race de l'accusé ou du défendeur. Ainsi l'on suivait la loi de l'accusé, mais non pas celle de la victime. Donc le Franc meurtrier d'un Romain était jugé suivant la loi franque. Celle-ci, par conséquent, était bien dans sa compétence en fixant la composition due pour un tel meurtre ; si elle ne l'eût pas fait, elle aurait été incomplète.
« Ainsi, la règle de l'inégalité légale entre Francs et Romains n'est nullement incompatible avec le témoignage des monuments historiques et littéraires de l'époque mérovingienne. Les barbares tenaient les Romains pour des inférieurs, et même en dehors de ce genre de considérations, la différence de nationalité devait suffire pour entraîner l'inégalité juridique. Cette inégalité, c'était à la loi barbare qu'il appartenait de l'établir. Elle était de droit commun parmi les barbares. Chez les peuples qui ont, avec les Francs, occupé la Gaule, c'est-à-dire les Wisigoths et les Burgondes, on la trouve à l'origine de la législation ; il faut, pour la faire cesser, une réforme opérée par les rois, et la royauté sentait bien elle-même que cette innovation devait blesser ses sujets et rencontrer de la résistance de leur part, aussi croyait-elle nécessaire d'y appuyer avec la plus grande insistance. Chez les Francs, plus septentrionaux et moins soumis à l'influence romaine, une semblable réforme ne vint pas même à la pensée des rois ; on ne trouve rien de pareil dans les capitulaires mérovingiens.
« Si donc on trouve dans les deux grands coutumiers des Francs, la loi salique et la loi ripuaire, une disposition qui fixe le rachat des crimes commis envers les Romains à un prix moins élevé que celui des crimes dont la victime est un Franc, quoi de plus naturel ? Est-il juste de s'en étonner, de prétendre que si la loi salique et la loi ripuaire ont voulu dire pareille chose, elles sont « en contradiction formelle avec tous les « monuments de ces trois siècles, avec l'histoire et les « faits, avec les actes et les chartes, avec les autres « codes germains et même avec toutes les autres lois « franques », et peut-on s'appuyer sur cette « contradiction » pour refuser de comprendre les deux lois franques comme tout le monde l'a fait avec raison ? » ' T~F T fci frpo ROMANOS LE MÉLODE. — (Voir Dictionnaire de théologie catholique, t. xm, col. 2895).
ROME . — I. TOPOQRAPHIE. — I. Topographie.
II. HISTOIRE CIVILE ET PONTIFICALE. — I. La ville de saint Pierre. II. Origines de l'Église de Rome.
III. Les juifs à Rome (voir Dictionn., t. vm, col. 145155, 1871-1878 ; t. xi, col. 2557-2608 ; flg. 8409-8422).
XXVIII. La rivalité de Calliste et d'Hippolyte.
XXIX. Depuis Calliste jusqu'à Corneille. XXX. Le traité : De unilate Ecclesise. XXXI. La controverse baptismale. XXXII. Orthodoxie et bienfaits. XXXIII. L'Église romaine et Constantin. XXXIV. Du pontificat de Silvestre à celui de Damase. XXXV. Le pontificat de Damase. XXXVI. Domus Ecclesise. XXXVII. Titres presbytér aux. XXXVIII. Basiliques non titulaires. XXXIX. Le monachisme à Rome. XL. Primauté romaine et l'Orient. XLI. Le Siège romain « dit le droit ». XLII. Rome centre de l'unité ecclésiasti que. XLIII. La primauté du Siège romain. XLIV. Rome au IVe. XLV. Le triomphe du christianisme à Rome. XLVI. Le paganisme stationnaire à Rome au IVe. XLVII. L'empereur Honorius à Rome. XLVIII. Le sénateur Pammachius et ses ému les. XLIX. Symptômes de déchéance. L. Alaric maître de Rome, 408-410. LI. Depuis le pape Silice jusqu'au pape Léon le Grand. LII. La fin du règne d'Honorius. LIII. Pontificat de saint Léon le Grand (440-461). LIV. Genséric III. tableau CHRONOLOGIQUE de concordance des dates consulaires, impéria les et papa les.
3. Cœm. Tertullini. 4. Cœm. Simplicii et Serviliani.
Catacombes ou cimetières de la banlieue de Rome. XXI. Voie Appienne. XXII. Voie Latine. XXIII. Voie Labicane. XXIV. Voie Prénestine. XXX« . X'oie Tiburtine. XXVI. Voie Nomentane. XXVII. X'ûie Salaire. XXVIII. X'oie Flaminienne. XXIX. X'oie Cassienne. XXX. X'oie Cornélienne. XXXI. Voie Aurélienne. XXXII. Bibliographie.
XIX. Aspect intérieur de la basili que conslanlinienne.
XX. Les cryptes vaticanes. XXI. Bibliographie.
VI. LES ÉGLISES DE ROME AU MOYEN-AGE — I. Limites de ces recherches. II. Les anciens catalogues d'églises à Rome. III. Titres au concile romain de
Sainte-Pétronille. 7. Saint-Théodore. 8. Saint-Donat. 9. Saints-Serge-et-Bacchus. 10. Saint-Euplus. 11. Saint-Érasme. 12. Sainte-Euphémie. 13. Saint-Boniface. 14. Sainte-Hélène. 15. Saint-Calliste. 16. SaintEustaehe. 17. Saints-Denys-Busti que-et-Éleuthère. 18. Saint-Sabas. 19. Saint-Victor. 20. Sainte-Martine. 21. Saint-Isidore. 22. Saint-Justin. 23. Saint-Peregrinus. 24. Saint-Grégoire-de-Nazianze. 25. Saint-Agapit. 26. Sainte-Basilide. 27. Conclusion.
XXVIII. Expansion monasti que à Rome. XXIX. dict. d'arch. chuét.
Les monastères des gran des basiliques. XXX. Quelques églises et monastères. 1. Saint-Abbacyr au Transtévère. 2. Saint-Abbacyr in xenodochio Valeriorum. 3. Saint-Agapit ad vincula. 4. Sainte-Agathe in caput Africœ. 5. Sainte-Agathe ad col les iacentes. 6. SainteAgathe in diaconia. 7. Sainte-Agathe de lempulo. 8. Sainte-Agnès ad duo fuma. 9. Saints-Alexis-etBoniface sur l'Aventin. 10. Saint-Anasthase ad aquas salvias. 11. Saint-André de Biberatica. 12. Saint-André près de Sainte-Marie-Anti que. 13. Saint-André in massa Juliana. 14. Saint-André apud sanclum Petrum. 15. Saints-André-et-Barthélémy. 16. Saint-Ange du Château Saint-Ange. 17. Saint-Antoine près de SainteMarie-Anti que. 18. Saint-Apollinaire. 19. Saint-Archange. 20. Sainte-Barbe in Subura. 21. Sainte-Basilide in Merulana. 22. Saint-Césaire in Palatio. 23. Saint-Césaire in monasterio Corsarum. 24. Saint-Calliste. 25. Sainte-Constance. 26. Saints-Côme-et-Damien ad prœsepe. 27. Saints-Côme-et-Damien in xenodochio Tucio. 28. Saint-Cyria que-des-Thermes. 29. Saint-Donat in Aventino. 30. Saint-Érasme. 31. SainteEuphémie. 32. Saint-Euple. 33. Saint-Eustache. 34. Saint-Félix in Pincis. 35. Sainte-Hélène. 36. SaintHermès-hors-les-murs. 37. Saint-Hippolyte in vico Patricio. 38. Saint-Jean sur l'Aventin. 39. SaintsJean-et-Paul. 40. Saint-Isidore. 41. Saint-Justin. 42. Saint-Laurent. 43. Saint-Laurent près SaintEusèbe. 44. Saint-Laurent de Palatio. 45. Saint-Laurent in Pallacinis ou de Paracera. 46. Saint-Laurent ad Taurellum. 47. Saints-Laurent-et-Hadrien. 48. Sainte-Lucie Renati. 49. Sainte-Lucie in septem soliis. 50. Sainte-Lucie in silice. 51. Sainte-Lucie in xenodochio Aniciorum. 52. Sainte-Marie in Aquiro. 53. SainteMarie in Campo Martio. 54. Sainte-Marie in caput Portici. 55. Sainte-Marie in Julia. 56. Sainte-Marie de Lutara. 57. Sainte-Marie de Maxima. 58. Sainte-Marie Mediana. 59. Sainte-Marie in Minerva. 60. SainteMarie in monasterio Michaelis. 61. Sainte-Marie Nouvelle. 62. Sainte-Marie de Porticu. 63. Sainte-Marie in Saxia. 64. Sainte-Marie in Tempulo. 65. Sainte-Marie in Traspedina ou in Hadriano. 66. Sainte-Marie in via Lata. 67. Sainte-Marie in xenodochio Firmis. 68. SaintMartin post sanclum Petrum. 69. Saint-Matthieu in Merulana. 70. Saint-Ménas. 71. Saint-Michel archange. 72. Saint-Michel de porticu. 73. Saint-Pancrace in Laterano. 74. Saint-Paul juxta sanctam Bibianam. 75. Saint-Pérégrin. 76. Hôpital Saint-Pierre. 77. Saints Pierre-et-Paul in via sacra. 78. Sainte-Pétronille in Vaticano. 79. Hôpital Sainte-Pétronille. 80. Les Quarante-Martyrs. 81. Saints-Cyr-et-Julitte. 82. SaintSaturnin extra muros. 83. Saints-Serge-et-Bacchus de forma. 84. Saints-Serge-et-Bacchus de Subura. 85. Saint-Séverin in Merulana. 86. Saint-Silvestre in Palatio. 87. Saint-Silvestre prope sanclum Petrum. 88. Saint-Sixte in gallina alba. 89. Saint-Étienne de Agulia. 90. Saint-Étienne in Dulciti. 91. Saint-Étienne juxta Lateranum. 92. Saint-Étienne-le-Grand. 93. Saint-Étienne Orphanotrophii. 94. Saint-Étienne ad beatum Paulum. 95. Saint-Étienne Vaganda. 96. SaintSymmètre. 97. Saint-Valentin extra portam. 98. SaintVit in Macello. 99. Saint-Vit in monasterio Sardorum. 100. Saint-Zénon.
VII. PARTICULARITÉS. — I. La légende de Rome au Moyen Age. IL Circonscriptions de Rome au Moyen Age. III. Organisation militaire. IV. Diaconies. V. Premiers monastères grecs de Rome. 1. Saint-André et Sainte-Lucie de Renati. 2. Saints-Vincent-et-Anastase. 3. Saint-Sabas sur l'Aventin.
VIII. LITURGIE ROMAINE. — I. Origines dans l'Église de Rome. IL Formu les liturgiques. III. Calendrier. IV. Lectures. V. Les piè ces de chant. VI. Les livres romains : le rouleau de Ravenne. VII. Messe romaine. VIII. Les fêtes chrétiennes. IX. L'initiation
A. — XIV.
chrétienne. X. Bénédiction des saintes hui les. XL Administration du baptême. XII. La confirmation. XIII. La première communion. XIV. La hiérarchie ecclésiasti que. XV. Les rituels latins de l'ordination. XVI. Les ordinations à Rome. XVII. Les vêtements liturgiques. XVIII. Dédicace des églises (voir Diclionn.. t. iv, col. 374-405). XIX. Office divin (voir ibul.. t. xn, col. 1962-2017 ; cf. t. n, col. 1262-1316).
IX. ÉPIGRAPHIE ROMAINE. — I. L'épigraphie chrétienne à Rome. IL Empereurs. III. Ordre sénatorial. IV. Ordre équestre. V. Honesti. Devoli. VI. Employés de la maison impériale. VIL Titres municip aux. VIII. Titres militaires. IX. Titres relatifs aux jeux. X. Professions de la vie privée. XL Patrons, adoptés, affranchis, esclaves. XII. Inscriptions papa les datées. XIII. Prêtres. XIV. Archidiacre, diacre, sous-diacre.
XV. Ordres mineurs et fonctions ecclésiastiques.
XVI. Fidè les chrétiens et chrétiennes. XVII. Catéchumènes, néophytes. XVIII. Épigraphie des basiliques. 1. Dédicace de l'édifice. 2. Inscriptions d'autels. 3. Catalogues de reliques. 4. Inscriptions votives. 5. Inscriptions historiques. 6. Inscriptions léga les. 7. Inscriptions liturgiques. 8. Inscriptions des dépendan ces basilica les. 9. Inscriptions des édifi ces profanes.
X. DROIT CANONIQUE.
yXI. BIBLIOTHÈQUE ET ARCHIVES PONTIFICALES. — I. Des origines à l'épo que de Dioclétien. IL Depuis le ive jusqu'au ixc siècle. III. Du vme au XIe. IV. Aux xme et xive sièc les et depuis. V. Les catalogues des manuscrits du Vatican. VI. Essai de classement et descriptions de manuscrits liturgiques : Reg. 316 ; Reg. 317 ; Reg. 257 ; Sacramentaires de Corbie, de Ratold, d'une Église du Limousin, d'Echternach ; Paint. 493 ; Ottobon. 313 ; Paint, 485 ; Reg. 337 ; Reg. 567 ; Pal. 495 ; Vatic. 3548 ; Vatic. 3086 ; Palat. 494 ; Palal. 499 ; Psautier Reg. 11 ; Homiliaire Reg. 38. VIL Librairies byzantines à Rome.
I. TOPOGRAPHIE. — I. Topographie. — A l'est d'une boucle du Tibre, sur un sol fort accidenté où sept collines se dressent en amphithéâtre et dominent le fleuve à des distan ces plus ou moins rapprochées, avec à l'Ouest, sur la rive droite, un faubourg peu développé, se développa la ville de Rome. Parmi ces sept collines, celle qui occupe la position centrale porta le nom de Palatium, dont on a fait le « Palatin », dont le point culminant se trouve à 51 mètres au-dessus du niveau du Tibre, aux jardins Farnèse. Autour de cette colline, aujour d'hui isolée sur ses quatre faces, mais autrefois rattachée à l'Esquilin par une croupe rocheuse, la Velia, se développe un demi-cercle de cinq collines : au Nord, le « Capitole », formé de deux hauteurs distinctes (46 et 49 mètres) dénommées Capitolium et Arx, séparées par une dépression (36 mètres) ; au Nord-Est, le « Quirinal » (61 mètres) et le « Viminal » (56 mètres) ; à l'Est, 1' « Esquilin » (54, 53 et 46 mètres) ; au Sud, le « Caelius » (49 mètres) et 1' « Aventin » (46 et 43 mètres). Enfin, le <• Pincio » ou colline des Jardins (61 mètres d'altitude). Sur la rive droite du fleuve, le « Janicule » formant une longue crête parallèle au Tibre (85 mètres) et, plus au Nord, le « Vatican » dont le sommet atteint 146 mètres au Monte Mario.
Ces collines sont séparées du fleuve et entre el les par quelques dépressions dont les noms sont devenus familiers, ce sont : entre le Palatin et le Capitole, le « Vélabre » et le « Forum Boarium » (altitude, 11 mètres),- entre le Palatin, le Capitole et le Quirinal. c'est le « Forum » (13 mètres) ; entre le Quirinal, le Viminal et l'Esquilin, c'est la « Subure » (20 mètres) ; entre le Caelius et I'Aventin, c'est la dépression de la « Voie Appienne » (22 mètres) ; entre le Palatin et I'Aventin, c'est la « Vallée du Grand Cir que » (18 mètres).
En plus de ces dépressions, il faut mentionner trois plaines qui sont au Nord, le « Champ de Mars » mesurant 2 kilomètres de longueur sur 1900 mètres de largeur, et s'étendant entre le Pincio, le Quirinal, le Capitole et le Tibre (altitude moyenne 13-15 mètres) ; au Sud, le « monte Testaccio », entre I'Aventin et le fleuve ; à l'Ouest, le Transtévère. entre le Janicule et le Tibre (altitude 15 mètres). A raison de son éloignement de la ville, ce quartier, habité par une population minable, n'a exercé qu'un rôle secondaire.
Vers le milieu de la boucle du Tibre se trouvait une île désignée alors sous le nom d' « Ile Tibérine ». située au centre de la ville, vis-à-vis du Capitole et de la partie méridionale du Champ de Mars.
IL Légende et histoire. — La part de la légende est si grande que celle de l'histoire s'en trouve fort réduite. Romulus peut aller rejoindre son frère jumeau Remus (voir Dictionn., t. xiv, au mot Reims) ; on croit qu'après avoir été vagabond il devint roi de ses congé nères qu'il implanta sur la colline du Capitole. Ceux qui lui succédèrent arrondirent le domaine, si bien que celui-ci prit figure de royaume, royaume d'opérette. Les histoires relatives à ces origines territoria les, religieuses, guerrières et administratives ne dépassant guère el les-mêmes le niveau de l'historiette ; ce qu'on en peut savoir de plus sûr nous vient par l'archéologie. Depuis 1870, les nécropo les du Quirinal et de l'Esquilin et dans la banlieue les fouil les d'Albe et d'Antemn ;e : en 1902, l'exploration de la nécropole archaïque du Forum : en 1899, la découverte de la Pierre Noire ; en 1907 et depuis les découvertes du Palatin ont permis de formuler quelques faits certains.
C'est ainsi qu'on a pu tenir pour démontrée l'origine albaine de Rome remontant vers le Xe avant notre ère. A cette époque un village s'établit sur la partie occidentale du Palatin et, vers le même temps, un second village s'accrocha à la croupe occidentale de l'Esquilin. Plus tard, au vnie siècle, deux colonies s'installent sur l'Oppius et le Quirinal. Successivement, pendant l'époque des rois, des groupes de population s'implantent et se fixent sur la partie orientale du Palatin. Tout cela ne s'accomplit pas sans chocs et sans heurts qui aboutissent à la formation d'une sorte de ligue ou fédération qui reçoit le vocable de Septimontium dans laquelle entrent les villages du Germalus, du Palatium, de la Velia, du Cselius, de l'Oppius, du Cispius et du Fagutal et d'où sont encore exclus le Capitole, le Quirinal et l'Aventin.
Au début du VIe avant notre ère, survient un événement capital. Les Étrusques s'emparent de Rome dont ils font une des bases de leur domination dans l'Italie centrale. Cette première conquête, dont l'histoire des rois Tarquin l'Ancien et Tarquin le Superbe a recueilli et déformé le souvenir, fut bien faisante à Rome qu'elle initia à l'idée d'unification. Elle devint une ville avec un centre politique et une enceinte défensive qui porta le nom de Servius Tullius. Mais tout cela ne dura même pas un siècle, le Latium s'insurgea contre l'Étrurie et chassa la royauté. Mauvais calcul. A quelques années de là, le roi de Clusium, Porsenna, rentra dans Rome dont il démantela l'enceinte et lui interdit l'usage du fer sauf pour les travaux de l'agriculture. Autre calamité, l'unité gouvernementale imposée par les rois étrusques fit place aux rivalités de colline à colline, ce qui dura jusqu'après l'invasion gauloise, au iv siècle.
III. Rome républicaine. — Quoiqu'il faille retenir de l'activité prêtée à Servius Tullius, son nom évoque une période d'acquisitions concrètes : l'unité administrative réalisée par la division de la ville en quatre régions et l'unité militaire symbolisée par la construction d'une enceinte unique et continue remplaçant les fortifications particulières des différentes collines faisant entrer dans la ville le Capitole et l'Aventin.
La division administrative distinguait quatre régions : Palatine, Esquiline, Suburane, Colline. Mais vers le dernier siècle de la République l'enceinte officielle est dépassée, elle n'est plus qu'un noyau marquant des limites trop étroites. Chacune des grandes voies qui sortent de cette enceinte est bordée de faubourgs, au Nord, le long des voies Flaminienne et Salaria ; au Sud, le long des voies Appienne et d'Ostie ; à l'Ouest, le long de la voie Aurélienne.
Cette expansion de la banlieue romaine se trouva facilitée par la mesure prise par Porsenna. Pendant plus d'un siècle, Rome devint une ville ouverte où les Gaulois entrèrent sans coup férir. Après leur départ, la leçon fut comprise et on décida de relever la vieille enceinte et d'utiliser à cet effet les matériaux anciens, ce qui explique comment on a retrouvé des fragments qui remontent à la fin de l'époque royale mélangés à des restaurations du IVe avant notre ère. Celles-ci ne furent pas les dernières : à l'époque de la seconde guerre punique et au cours des guerres civiles on procéda à de nouvelles restaurations, mais la muraille n'en garda pas moins le nom de Servius Tullius.
Elle se développait uniquement sur la rive gauche du Tibre, car la République ne fit pas au Transtévère l'honneur de lui élever un moyen de défense. L'enceinte se détachait du fleuve à l'extrémité septentrionale du Forum Boarium, vis-à-vis de la pointe méridionale de l'île, enfermait successivement le Capitole, le Quirinal avec son annexe le Viminal, l'Esquilin, le Crelius et l'Aventin. Le long du fleuve, entre l'Aventin et le Forum Boarium, un puissant mur de quai complétait la ligne fortifiée et fermait entièrement de ce côté l'accès de la ville. La longueur totale de l'enceinte était d'environ 11 kilomètres et demi. Elle était percée de seize portes, très étroites qui comportaient, en général, un passage unique flanqué des deux côtés par deux retours à angle droit de la muraille et défendu par une ou plusieurs tours carrées. La porte Colline a été retrouvée en 1872 mais immédiatement démolie ; la porte Fontinalis, seule conservée, est encore visible actuellement sur le Quirinal.
IV. Rome impériale. — Auguste transforma la ville en lui annexant des faubourgs et en lui imposant de nouvelles divisions qui, au nombre de quatorze, furent désignées par un numéro d'ordre auquel on joignit plus tard une appellation topographique qui ne semble avoir jamais reçu un caractère officiel :
Ire région = Porta Capenu — faubourg de la Voie Appienne ;
IIe région = Cœlimontium — Caelius ;
IIIE région= Isis et Serapis — partie méridionale de l'Esquilin (Oppius) ;
IVe région= Templum Pacis — partie septentrionale de l'Esquilin (Cispius), vallées de la Subura et de l'Argiletum ;
Ve région = Esquiliœ — partie orientale de l'Esquilin ;
VF région = Alla Semita — Quirinal, Viminal, partie orientale du Pincio ;
VIF région= Via Lata — parties orientale du Champ de Mars et occidentale du Pincio ;
VIIIE région = Forum — Capitule, ensemble du Forum, Fora impériaux ;
IXe région = Circus Flaminius — partie occidentale du Champ de Mars ;
Xe région = Palatium — Palatin ;
XIe région = C/rc us Maximus — Vélabre, Forum Boarium, vallée du Grand Cirque ;
XIIE région =Piscina Publica — partie méridionale de l'Aventin.
XIIIE région = Aventinus — partie septentrionale de l'Aventin et plaine du Testaccio ;
XIVE région = Transliberim — Transtévère et île du Tibre.
La région était une division purement topographique ; elle n'avait ni autonomie ni représentants politiques élus. A la tête était placé un magistrat tiré au sort parmi les préteurs, tribuns et édiles de l'année.
Chaque région était divisée en quartiers, vici, dont le nombre varia suivant les époques : 265, à la fin du Ier siècle de notre ère ; 424, à la fin du IVe. Chaque vicus était le centre d'un culte local, celui des dieux Lares, auquel, à partir d'Auguste, on associa le culte de l'empereur (voir Dictionn., t. iv, col. 2730-2751).
V. L'enceinte d'Aurélien. — (Voir Dictionn., t. v, col. 1953-1960, fig. 4562-4565) >. Une tour, la seconde après la brèche moderne de la Via Romagna est la mieux conservée de toute l'enceinte. Quadrangulaire, 7 m. 60 à la base, portée sur un socle massif, elle comprend un rez-de-chaussée et un premier étage, le toit de briques est moderne.
VI. Travaux d'art. — 1° Portes. — L'enceinte d'Aurélien était percée de dix-huit portes dont quinze sur la rive gauche ; elles portaient, en règle générale, le nom des grandes voies romaines auxquelles elles donnaient passage. Voici une brève énumération des portes de la rive gauche : Flaminia (auj. del Popolo), entre le Tibre et le Pincio ; Pinciana, sur le Pincio ; Salaria ; Nomentana et ? au sud du camp prétorien sur le Quirinal ; Tibartina (auj. San Lorenzo) ; Prœnestina ; Labicana (auj. Maggiore) sur l'Esquilin ; Asinaria ; Metrovia ; Latina, sur le Crelius ; Appia (auj. San Sebastiano) dans la dépression de la voie Appienne ; Ardeatina ; Ostiensis (auj. San Paolo) sur l'Aventin ; enfin, dans la partie de l'enceinte autrefois riveraine du Champ de Mars, la porte Aurélia (la Piazza di Ponte Sant' Angelo actuelle). Voici les trois portes de la rive droite : Fortuensis ; Aurélia (auj. San Pancrazio) sur le Janicule, Septimiana. Certaines de ces portes furent reconstruites en 403 ; outre les portes il existait un nombre considérable de poternes, ces dernières sont généralement murées aujourd'hui.
2° Port. — Le port de Rome était fort important, il comprenait un port de commerce, emporium, situé sur la rive gauche du fleuve, au pied de l'Aventin ; des entrepôts, horrea, dont les principaux étaient désignés sous les noms de leurs propriétaires Galba et Anicius ; enfin un port militaire, navalia, avec des chantiers de construction, des cales, des arsenaux et des magasins. consistant en une arche de péperin, haute de 4 mètres, large de 3 m. 50 appartenant à la construction primitive.
VII. Topographie suburbaine. — La Rome impériale est issue de la Rome républicaine à laquelle Auguste a annexé des faubourgs nommés continentia. Auguste en a fait la ville aux XIV Régions. Vespasien l'a agrandie dans la partie transtibérine. Aurélien lui a ajouté des fractions du Quirinal, du Viminal et de l'Esquilin. Ce même Aurélien construit, vers le dernier quart du Me, une enceinte de sûreté que déborde sur bien des points la ville officielle et cette enceinte s'est conservée jusqu'à la fin de l'empire.
La Rome impériale est caractérisée 1° par l'absence de faubourgs étendus au dehors ; 2° par l'entassement de la population au centre et son espacement à la périphérie. La ville aux XIV Régions comporte quelques faubourgs, mais peu considérables, c'est ce que prouvent les textes anciens et les découvertes archéologiques d'après lesquels la saillie moyenne des faubourgs par rapport à la ville se chiffre par une différence de 360 mètres environ ; or le camp prétorien se trouve à moins de 400 mètres des limites de la ville. Les fouilles contemporaines depuis une soixantaine d'années environ ont multiplié les trouvailles partout les mêmes : quelques villas suburbaines, des tombes, des inscriptions funéraires, qui autorisent cette conclusion : à la périphérie de la ville pas de faubourgs surpeuplés. C'est le cas pour le campus Viminalis sub aggere, au sud du camp prétorien, entre Vagger de Servius Tullius et le mur d'Aurélien ; de même pour le campus cohortium prœlorianum, entre Vagger et le camp prétorien où l'on n'a retrouvé que de chétifs sanctuaires (édicules, chapelles, autels, monuments votifs, érigés par les soldats du camp). Sur la voie Appienne, entre l'enceinte d'Aurélien et l'Almo, les constructions se limitent à la bordure de la voie elle-même. Le long de la voie Nomentane on n'a découvert que des restes de boutiques en opus reliculatum.
Les textes anciens confirment le témoignage de l'archéologie. Une loi de T. Quinctius Crispinus, consul en 9 avant J.-C, parle des sedificia qui sont continentia à la ville, et mentionne les horti, prsedia loca. Le document est antérieur à la création de la ville aux XIV Régions par Auguste. Au Me, Paul le jurisconsulte et Ulpien parlent des horti urbi juncti. Ces indications se trouvent confirmées par quelques autres auteurs, par exemple Tacite, Hist., 1. III, c. lxxxii, qui mentionne les noms des jardins situés hors de la ville. La conclusion qui ressort de là est l'absence d'une agglomération suburbaine importante et l'existence d'une région de jardins et de domaines à demi-ruraux aux portes de Rome.
VIII. Démographie urbaine. — Dans une ville industrielle moderne, la population se masse à la périphérie, à proximité des usines ; c'est tout le contraire à Rome qui ne possède ni industrie, ni commerce actif autre que celui de la vie courante, de sorte que la population s'agglomère au cœur de la cité, sur les pentes des collines ou dans les dépressions. L'entassement de la foule est nécessité par cette banlieue de jardins et de parcs dont on vient de parler et qui forme une sorte de barrière qui supprime les faubourgs. Ceux-ci, à supposer qu'ils existassent, ne pourraient se développer qu'à une distance moyenne de 2 ou 3 kilomètres du centre de la ville, beaucoup trop grande pour être envisagée à raison des difficultés de la circulation, difficultés nées de l'engorgement des rues et de la lenteur des moyens de communication.
De cette situation résulte une grave difficulté de logement qu'entraîne le nombre excessif des édifices publics et celui non moins désordonné des palais et habitations privées. Dans la Rome impériale et plus encore dans la Rome médiévale : basiliques, oratoires, chapelles, couvents se multiplient à tel point que dans certains quartiers ils semblent tendre à se rejoindre et à évincer toute population laïque ; il en allait de même dans la Rome impériale et païenne où des régions entières sont des quartiers essentiellement officiels. Sur une superficie de 270 000 mètres carrés, la Xe région (Palatin) en compte au moins 150 000 occupés par des édifices publics. Ajoutons à cela le nombre et l'importance des Domus ou habitations particulières dont beaucoup sont de grande étendue. Il en résulte pis que de l'encombrement, mais un véritable manque de place pour le logement de la plèbe qu'on refoule pour faire place à des bâtiments énormes : temples, basiliques, théâtres, cirques, amphithéâtres, thermes, marchés couverts qui envahissent tout, absorbent tout.
Pour y remédier on compense le manque de superficie par l'élévation des maisons. Auguste prescrit de ne pas dépasser 70 pieds en hauteur (20 m. 79). A la suite de l'incendie de l'an 64, Néron impose une réduction et Trajan ne permet pas de dépasser 60 pieds (17 m. 83). Mais les Romains tournent les règlements ; ils s'infiltrent et s'incrustent dans les monuments publics. D'abord ils les assiègent et se tapissent dans les fentes et les recoins du dehors ainsi qu'on peut le voir sur les fragments 10 et 11 du plan de marbre de l'époque de Septime Sévère qui représentent le portique de Livie sur l'Esquilin et le pâté de maisons dont il est le centre. De là on se glisse à l'intérieur, de préférence sous la forme de boutiques qui, au moyen d'un escalier en bois, s'insinuent jusqu'à l'entresol 2.
En présence de la contradiction consistant à loger une population en lui réduisant de plus en plus l'espace, on imagine une solution : trouver cet espace indispensable soit dans la plaine du Champ de Mars, soit dans la zone périphérique des jardins et des parcs. Dès l'an 88 avant notre ère on envisagea un lotissement du Champ de Mars3 ; un peu plus tard, Jules César se proposa de détourner, depuis le pont Milvius, le Tibre le long des monts du Vatican, de bâtir le Champ de Mars, de faire du Champ du Vatican un nouveau Champ de Mars 4. L'exécution de ce plan fut commencée mais ne fut pas conduite à son terme : il ne fut jamais repris. Auguste l'abandonna dans ses traits essentiels et ses successeurs après lui couvrirent le Champ de Mars de monuments publics.
Le lotissement de la zone périphérique des parcs et jardins ne reçut pas même un commencement d'exécution. En 44, à sa mort, César légua au peuple romain ses jardins de la région Transtibérine ; en 8 avant J.-C, Auguste hérita de Mécène ses jardins de l'Esquilin qu'il annexa à son domaine personnel. Dès lors, par héritages ou par confiscations les jardins périphériques entrèrent dans le domaine impérial et devinrent intangibles. La question de l'urbanisme romain sous l'empire se trouva résolue et l'hygiène n'y perdit rien, peut-être *.
Un texte de l'historien Zacharias, au VIe après le narthex des basiliques, dans le campanile ou le clocher des cathédrales, et jusque dans la cour d'honneur du château de Versailles où se vendait la desserte du roi, le « serdeau ». — ■ Paul Orose, Hist., 1. V, c. xvm, 27. — ' Cicéron, Ad Atticum, XIII, xxxm, 4 ; XIII, xx, 1 ; XIII, xxxv, 1. — * Dans cette zone rurale se trouvait la villa de Phaon, où Néron se tua.
Jésus-Christ, donne pour le périmètre de la ville 21 636 pieds qui font, dit-il, 40 000 pas ; calcul erroné puis que 21 636 pieds donnent 6 274 mètres et que l'enceinte d'Aurélien à elle seule compte 18 837 mètres. Mais Zacharias donne deux diamètres qui montrent que la ville avait la forme d'une ellipse dont les axes mesureraient respectivement 17 km. 650 d'Est en Ouest, et 19 km. 110 du Nord au Sud. Semblable ellipse comporterait un périmètre de 57 km. 701. Or les 40 000 pas de Zacharias représentent 58 km. 800. La coïncidence des deux chiffres résultant, le premier du calcul mathématique, le second du texte même de Zacharias doivent être retenues. Il faut admettre pour le territoire de Rome sous l'empire, un périmètre de 58 km. avec deux diamètres respectifs de 17 km. de l'Est à l'Ouest et de 19 km. du Nord au Sud '. ' IX. Bibliographie. — Les brèves notions qui précèdent peuvent suffire, croyons-nous, d'introduction à l'étude des antiquités chrétiennes qui fait l'objet du présent travail. 11 pourra n'être pas inutile de grouper quelques brèves indications bibliographiques relatives à cette période païenne.
J. Rendel Harris, Was Rom a Twin-Town (Woodbrooke Essays, n. 8), in-80, Cambridge, 1927 ; A. H. Krappe, Mythologie universelle, in-8°, Paris, 1930, p. 90 sq. ; le même, Note sur la légende de la fondation de Rome, dans Revue des études anciennes, t. xxxv, 1933, p. 146-152.
Ett. Pais, Storia d'Italia dai tempi più antichi alla fine delle guerre puniche, 2 vol., Torino, 1898-1899. Cf. G. Bloch, dans Journal des savants, 1901, p. 748-762 ; 1902, p. 16-31 ; G. de Sanctis, Storia dei Romani, t. i et il, La conquista del primato, in-8°, Torino, 1907. Cf. Alb. Grenier, L'histoire des origines de Rome, dans Journal des savants, 1908, p. 580-592, 632-642 ; G. Pinza, Monumenti primitivi di Roma e del Lazio antico, 1905 ; G. de Sanctis, La légende historique des premiers siècles de Rome, dans Journal des savants, 1909, p. 126132, 205-214 ; 1910, p. 310-320.
Ett. Pais, Storia critica di Roma, in-8°, Roma, 19131915 ; A. Piganiol, Essai sur les origines de Rome, in-8°, Paris, 1917 ; |K. -T. Beloch, Römische Geschichte bis zum Beginn der punischen Kriege, Leipzig-Berlin, 1926] ; A. Piganiol, La conquête romaine, in-8°, Paris, 1927 ; [E. Pais, Storia dell' Italia antica e della Sicilia per l'età anteriore al dominio romano, Turin, 1933 ; Storia di Roma del l'età regia sino alle vittorie su Taranto, Turin, 1934 ; E. Ciaceri, Le origini di Roma, la monarchia e la prima fase del l'età repubblicana, Milan, 1937 ; E. PaisJ. Bayet, Histoire romaine, t. i, Des origines à l'achèvement de la conquête (133 av. J.-C), dans G. Glotz, Histoire générale, IIIE part., 2e éd., Paris, 1940.] X. Les plans de Rome. — En 1879, l'Institut archéologique célébra le cinquantième anniversaire de sa fondation dans la fête dite des Palilies et afin de « maintenir l'esprit primitif de sa fondation, en embrassant l'universalité des archéologues dans l'égale communauté du champ de l'antiquité classique, sans distinction de nationalité et de parti », il confia à Jean-Baptiste De Rossi le soin de commémorer cette solennité par un ouvrage consacré aux représentations graphiques de la ville de Rome depuis les temps les plus reculés jusqu'au XVIe. Le mémoire et l'atlas qu'il illustre forment un véritable monument dont la description apprend tout ce qu'il est nécessaire de savoir sur ce sujet. L'ouvrage est intitulé : Piante icnografiche e prospettiche di Roma anteriori al secolo XVI, raccolte e dichiarate da Gio-Battista De Rossi, pubblicate dalla direzione centrale dell' impériale istituto archeologico germanico in Roma, nelle Palilie 21 aprile 1879, cinquantesimo anniversario della fondazione dell' istituto, Roma, 1 vol. in-4°, vn-152 p., et 1 vol. pi. gr. in-folio, 1879.
Avant Auguste 2, il ne paraît pas avoir existé de plan d'ensemble de la ville éternelle ; du moins il n'est resté ni un fragment, ni une description, ni un souvenir quelconque d'un ouvrage de ce genre. Cependant J.-B. De Rossi a consacré trois chapitres entiers aux représentations graphiques de la période préhistorique de l'époque royale et de l'âge républicain. Pour la période préhistorique, il a pu mettre sous les yeux du lecteur le type le plus ancien de la maison latine, suivi avec plus ou moins de fidélité dans les formes de certains sanctuaires, le tugurium Faustuli du Palatin, la casa Romuli du Capitole, le temple de Vesta, etc., et reproduit avec une entière exactitude dans les anciennes urnes funéraires en terre cuite trouvées dans la nécropole d'Albe-la-Longue.
Non content de montrer comment étaient faites les maisons romaines des temps antérieurs à l'histoire et même à la légende, De Rossi a indiqué un souvenir de leur répartition sur le sol de la Rome historique : ce sont les sanctuaires des Argei, qui s'élevaient sur l'emplacement des premiers établissements agricoles fondés dans cette partie prédestinée de la campagne latine. A ce souvenir s'en joint un autre, celui de la division du terrain et de sa délimitation, consacré par le culte des arbres-limites (arbores terminales) ; puis, pour les propriétés urbaines, par les dimensions et le mesurage du jardin annexé à chaque habitation (insula).
A l'époque des rois se rapportent les deux enceintes fortifiées de Romulus (la Roma quadrata du Palatin) et de Servius Tullius. De Rossi montre qu'il faut distinguer entre le pomœrium, enceinte sacrée, tracée par la charrue, consacrée par les formules augurales, marquée par des bornes de pierre et la ligne des fortifications, placée en arrière, fixe de sa nature, tandis que le pomœrium pouvait être facilement modifié, comme nous savons qu'il le fut souvent, à la suite des guerres de conquête. Nulle trace des pomœria successifs, ni des enceintes fortifiées ne se trouve dans le plan capitolin du temps de Septime Sévère. Les auteurs classiques, qui nous ont conservé le souvenir de ces enceintes primitives, Denis d'Halicarnasse par exemple, avaient plus de peine que nous à se les représenter, car déjà, du temps d'Auguste, elles avaient entièrement disparu sous les constructions postérieures ; de nos jours, au contraire, le progrès des démolitions ramène à la lumière les plus anciennes assises de la vieille cité. Tous les voyageurs contemporains ont vu le mur de Servius Tullius et celui de Romulus.
L'enceinte de Servius comprenait le Septimontium primitif, Capitole, Quirinal, Viminal, Esquilin, Cœlius, Aventin ; elle était divisée en quatre régions où habitaient les tribus urbaines (montani), tandis que les pagani, citoyens des tribus rustiques, étaient établis en dehors des murs. Cette répartition de la population romaine nécessitait un cadastre, et un cadastre entraîne toujours l'exécution de plans géométriques ; mais ces plans ne se sont pas conservés et l'on ne voit pas que les anciens auteurs les aient jamais connus. Tite-Live, cependant, en parlant de la reconstruction tumultuaire qui suivit l'occupation gauloise de 365 de Rome, remarque que les cloaques, les seules constructions qui eussent survécu à l'incendie, avaient cessé alors d'être en rapport avec le plan de la ville. Auparavant ils se développaient sous les rues et autres terrains de domaine public ; depuis les Gaulois, les bâtisses des particuliers ayant empiété sur le terrain autrefois public, les conduits d'égouts se trouvaient passer par dessous les maisons et les jardins privés. Tite-Live avait-il fait cette observation sur d'anciens plans, antérieurs à l'invasion gauloise ? Rien ne porte à le croire ; mais il avait eu sous les yeux le plan d'Agrippa, indiquant les relations des conduits établis dans le sous-sol avec les édifices supérieurs.
On sait, par des témoignages certains, que les résultats des grandes opérations de géodésie et de mesurage itinéraire entreprises par César et terminées sous Auguste et Agrippa, furent consignés graphiquement dans une immense carte connue sous le nom d'Orbis pictus. Cette carte, qui avait la forme d'une sphère, fut disposée dans le portique de Polla, sœur d'Agrippa. C'est d'elle que dérive un très grand nombre de documents topographiques et géographiques, notamment la célèbre Table de Peutinger (voir Dictionnaire, t. v, au mot Itinéraires). Par diverses raisons qui suppléent au témoignage des auteurs, J.-B. De Rossi démontre que l'Orbis pictus n'est pas le seul ouvrage de ce genre qui remonte à Agrippa et à Auguste ; la réorganisation de l'administration de la capitale, les grands travaux d'édilité entrepris par Auguste furent accompagnés d'un mesurage et d'une délimitation, dont un plan authentique dut être dressé, et le fut en effet. Cette Forma Urbis est le premier plan de Rome dont on puisse prouver l'existence. L'enceinte de Servius, à laquelle Auguste subordonna sa division de la ville en quatorze régions, y était nécessairement indiquée ; il en était de même des anciens sanctuaires argiens, des compita du septimontium et des pagi suburbains ; nous en avons pour garant le zèle d'Auguste à restaurer le culte des Lares compita les.
Le plan d'Auguste ne tarda pas à se trouver en désaccord avec l'état des lieux. L'incendie de Néron en détruisant une grande partie de la ville, permit de la reconstruire avec plus de régularité. Lors que, en 73-74, Vespasien et Titus accomplirent pour la dernière fois le cens romain, mure majorum, ce n'était plus sur la Rome d'Auguste qu'ils opéraient, mais sur la Rome de Néron. Les résultats les plus importants du mesurage fait alors sont consignés dans un passage de Pline, fort maltraité par les copistes. De Rossi le restitue dans la mesure du possible. Il se range ensuite à une opinion proposée par H. Jordan, à savoir que Vespasien aurait fait exposer dans le forum Paris un nouveau plan de Rome, d'après les levés et mesures du cens de l'an 74. C'est au même lieu que sous Sévère et Caracalla, fut placé le fameux plan sur marbre, dit plan capitolin, dont il nous reste d'importants débris.
De Rossi passe rapidement sur le plan capitolin. Il renvoie au splendide ouvrage de H. Jordan, Forma urbis Romæ regionum XIIII, Berlin, 1874, qui est de ceux auxquels il est difficile d'ajouter quelque chose, tant que de nouvelles découvertes n'ont pas renouvelé le sujet. De Rossi se contente de marquer le lien entre le plan de Sévère et les œuvres analogues antérieures et postérieures à lui. En ce qui concerne ces dernières, il est remarquable que la plupart des plans du Moyen Âge conservent l'orientation caractéristique du plan de Sévère et placent le midi au sommet de la carte.
Si le plan sur marbre de Rome existait encore nous aurions comme un miroir de Rome pour la période du début du IIIe. Ce plan couvrait jadis sur une étendue considérable le mur nord-ouest du temple de la sacra urbs, devenue l'église des Saints-Côme-et-Damien (voir Dictionnaire, t. iii, à ce nom). Du parvis du temple de Vespasien consacré à la Paix, on pouvait, en regardant ce mur, considérer le réseau des rues de Rome, apprendre à connaître les plans des monuments et lire les noms des plus importants bâtiments et palais. Le temple de la sacra urbs avait été choisi pour cet usage parce qu'il servait de dépôt aux archives censoriennes et aux plans cadastraux. Le mur et le plan embrassaient 20 mètres de large sur presque 18 de hauteur. L'échelle adoptée fut, semble-t-il, du 250e ; le plan eut pour base le nouvel arpentage de la ville ordonné par Septime-Sévère.
La ligne d'orientation se dirigeait du nord-est au sud-est de la ville, non comme sur les plans d'aujourd'hui du Sud au Nord, ni du Nord au Sud comme ce fut l'habitude depuis Auguste et pendant le Moyen Âge. Cette orientation fut probablement adoptée pour faire mieux valoir les nouvelles constructions de Septime-Sévère au Palatin.
Le plan de marbre survécut à l'antiquité, mais il fut détruit à une date inconnue du Moyen Âge. Peut-être se délacha-t-il peu à peu pour se briser sur les dalles du Forum Pacis, recouvert par d'autres débris et enlevé avec eux. Plus tard on prit soin d'en rassembler les différents fragments. Les plus anciennement recueillis que l'on connaisse (ils sont au nombre de 92) furent, sous le pape Pie IV (1559-1565), trouvés dans une fouille pratiquée au pied du mur. En 1742, tous ceux qu'on avait retrouvés furent fixés aux murs de l'escalier du musée capitolin ; les morceaux manquants furent restitués, d'après les anciennes copies. De nos jours on découvrit d'autres fragments, mais de moindre importance, en 1867, 1882, 1884 et 1888, dispersés sur différents points de la ville, où ils avaient été transportés. En 1888 on trouva près de 200 fragments derrière le palais Farnèse dans un antique mur adossé au Tibre pour lequel ils avaient servi de matériaux.
Les fouilles de 1890 ne donnèrent rien d'appréciable ; celles de 1899 sous le palais Farnèse, donnèrent un fragment avec l'inscription LVDVS MAGNVS. [L'ensemble des fragments retrouvés a été groupé à l'Antiquario Comunale ; une reconstitution est exposée sur un mur du jardin du Nouveau Musée du Capitole.] Il est assez difficile de marquer les limites du plan capitolin ; les fragments subsistants ne jettent que peu de lumière de ce côté. Toutefois De Rossi pense que les agrandissements de Rome, en dehors des régions d'Auguste, y étaient représentés ; on y voyait les exspatianta tecta qui, comme dit Pline, avaient ajouté l'étendue de plusieurs villes à l'agglomération romaine primitive. Depuis longtemps, la ville s'étendait au-delà de l'enceinte servienne, cachée par les édifices. Vers l'année 175, les empereurs Marc-Aurèle et Commode établirent une ligne d'octroi dont quelques monuments ont été retrouvés près des portes de l'enceinte actuelle. Celle-ci qui, dans son ensemble, remonte à l'empereur Aurélien et aux environs de l'année 275 (voir Dictionnaire, t. v, au mot Fortifications) paraît avoir suivi à peu près le tracé de la ligne d'octroi établie cent ans auparavant, autour de l'agglomération romaine proprement dite.
Ni les barrières d'octroi du IIIe, ni l'enceinte aurélienne ne sont indiquées dans les textes topographiques de l'âge constantinien. Ces documents, d'ailleurs, c'est-à-dire la Notitia et le Curiosum urbis contiennent la copie des fragments recueillis sous Pie IV. Au musée Capitolin ou a marqué d'une astérisque les fragments que l'on ne connaissait que par ces dessins. Sur Rome, dans le compte qu'ils donnent des portes, des oici, des compita Larum, se réfèrent évidemment à l'état de choses antérieur à Aurélien ; la ville qu'ils décrivent est celle dont l'image était reproduite sur le plan de Sévère.
Après celui-ci, la Notitia dignitatum imperii (voir Dictionnaire, t. xii, à ce nom), rédigée au temps de l'empereur Honorius, nous en fournit un quatrième, ou pour parler plus exactement, quelques traces d'un nouveau plan se sont conservées dans la disposition des pièces que comprend cette collection. Honorius répara l'enceinte aurélienne ; vers la fin de son règne, l'écrivain grec Olympiodore rédigea une description de Rome en rapport avec ces restaurations. Son livre est perdu, mais Photius (Cod. LXXX) l'avait lu ; on y trouvait les mesures de l'enceinte d'Honorius, exécutées par le géomètre Ammon. Parmi les ouvrages de topographie qui se sont plus ou moins inspirés des représentations graphiques de la Rome d'Honorius, il faut signaler les itinéraires des pèlerins chrétiens aux tombeaux des martyrs suburbains, et surtout l'itinéraire d'Einsiedeln, contemporain de Charlemagne. Ce dernier a été évidemment rédigé d'après un plan. De Rossi avait déjà proposé cette conjecture dans le tome Ier de sa Roma sotterranea ; il la regardait depuis comme certaine ; H. Jordan est de son avis.
On sait d'ailleurs, par un texte d'Einhard, que Charlemagne possédait trois tables d'argent représentant Rome, Constantinople et le monde romain tout entier. Ces plans étaient-ils des œuvres contemporaines du grand empereur ? On ne saurait l'affirmer. Il y a d'autres exemples d'objets précieux exécutés au temps d'Arcadius, d'Honorius et de leurs successeurs, et qui, vers le Ve et le IXe, se trouvaient dans les trésors des rois francs ou dans ceux des églises de leur empire.
Du temps de Charlemagne, les études topographiques et cartographiques avaient subi une éclipse presque complète. Un seul plan de cette période est parvenu jusqu'à nous, et encore ne se rapporte-t-il pas à Rome. Nous voulons parler du plan de Saint-Gall dont le talent et la patience de notre collaborateur M. A. Riolet ont donné la meilleure reproduction qui existe (voir Dictionnaire, t. vi, au mot Gall). C'est un ouvrage qui rappelle les plans que les anciens, Romains gravaient sur le marbre, avec cette différence toutefois qu'il ne nous fournit pas l'indication des mesures.
Après Charlemagne, toute tradition de ces belles études se perd. Le pape Hadrien, trois siècles après l'empereur Honorius, remit en état l'enceinte de Rome. Dans le courant du IXe, Léon IV et Jean VIII l'agrandirent, ou plutôt adjoignirent à l'ancienne ville deux quartiers fortifiés, la cité Léonine, bâtie autour de la basilique du Vatican et Joannipolès autour de Saint-Paul. Il n'est resté aucun plan contemporain de ces agrandissements. Les temps deviennent de moins en moins littéraires ; la topographie s'en ressent comme le reste.
Rome, sans doute, ne cessa pas de voir affluer les pèlerins ; mais leur curiosité ne paraît plus réclamer alors une indication exacte des monuments. Ceux-ci, désolés par la guerre, l'incendie, l'abandon prennent un aspect fantastique ; l'éboulis en assiège les bases, les ronces et le lierre grimpent le long des aqueducs et des amphithéâtres ; l'imagination populaire travaille autour de ces ruines et enfante les curieuses légendes des Mirabilia. Les confusions les plus bizarres, les transformations de noms les plus étranges ne cessent d'effacer ou tout au moins de brouiller les souvenirs antiques, le Forum devient le Campo Vaccino (Champ des vaches), le Capitule le Campidoglio (Champ d'huile) ; aucun plan d'ensemble, aucun dessin des monuments ; il faut descendre jusqu'au XIIe pour trouver un plan de Rome qui continue la série interrompue depuis Charlemagne.
Un autre plan, non mentionné par De Rossi, dépasse peut-être encore en barbarie celui du Liber Guidonis. Nous voulons parler de la miniature reproduite dans l'ouvrage de Jomard 2, d'après un manuscrit de Mathieu Paris appartenant au XIIIe. Rome a ici la forme d'un rectangle dans lequel sont figurées quelques constructions représentant la basilique Saint-Pol, le Domine quo vadis, Saint-Jehan de Latran, Saint-Père, la porte devers la reaume de Pouille, la porte vers Lombardie. Un fleuve traverse la cité ; des collines, nulle trace. L'inscription qui accompagne cette grossière esquisse est ainsi conçue : La cité de Rumme, Remus et Romulus furent Marlis et de une ligue la fonderent. Elle fu faite des remasils les de Troie. Romulus l'appela Rome de son nom.
Signalons encore le revers du sceau de Frédéric Ier. L'artiste a voulu y représenter la ville de Rome vue en perspective, mais le seul monument qui soit reconnaissable est le Colisée, lequel paraît couronné de créneaux.
Le plus ancien plan, vraiment digne de ce nom, est conservé dans le Codex Vatic. 1960, et appartient au Xe. L'ouvrage d'où il a été tiré contient une chronique depuis la création jusqu'en l'an 1331, on y trouve une mappa mundi et quatre plans, ceux de Jérusalem, d'Antioche, de Ptolémaïs et de Rome. Le plan de Ptolémaïs reproduit l'état de la ville avant son abandon par les croisés (1292) ; celui de Rome remonte plus haut, jusqu'au temps d'Innocent III. On y trouve en marge une légende très remarquable, formée d'extraits des anciennes Notitiæ locorum urbis Romæ du temps de Constantin. Cette légende est très remarquable parce que sa présence sur le plan du Xe explique son origine première ; il paraît bien que ces petits textes topographiques avaient été constitués primitivement pour accompagner les plans officiels du temps des empereurs ; cette circonstance est propre à leur donner une grande autorité. C'est à peine s'il est question d'orientation dans ce document vénérable. Le dessin des édifices, pris isolément, ne laisse pas moins à désirer ; rien de plus arbitraire que les coupes ou les élévations (ces deux systèmes de représentation sont employés concurremment) de l'artiste du Moyen Âge. S'il n'avait pas pris soin d'inscrire les noms à côté des monuments, il serait vraiment impossible de reconnaître ses dessins du Colisée ou du Panthéon, pour ne citer que ceux-là. On peut dire que de l'étude de ces deux chefs-d'œuvre de l'art de bâtir, encore si bien conservés à cette époque, le dessinateur n'a retenu qu'une chose, c'est qu'ils étaient circulaires. Des colonnes, des pilastres, des arcades, nulle trace. Pour le Colisée, il n'a même pas indiqué le nombre des étages, distinction qui s'impose cependant à l'œil le moins exercé. Par contre, il a affublé ce monument de la coupole en bronze qui n'a jamais existé que dans l'imagination des auteurs ou des lecteurs des Mirabilia. C'est une preuve de plus à ajouter à celles que nous possédons déjà de l'impuissance du Moyen Âge à reproduire, même dans leurs lignes les plus élémentaires, les créations antiques.
Heureusement, le plan en question nous offre d'autres indications d'un caractère moins négatif. Il a notamment permis de démontrer l'existence, près du château Saint-Ange, d'un cirque élevé par Hadrien. On ne possédait auparavant que des indications précaires sur cette construction qui a disparu à l'époque de la Renaissance. Nous savons aujourd'hui que c'est dans ce cirque que les Goths se sont fortifiés lors du siège de Rome, que c'est là aussi que pendant le Moyen Âge, ont eu lieu les combats de fauves organisés sous les auspices du peuple romain.
La bulle d'or de Louis le Bavarois (1328) nous montre dans un espace très restreint les principaux monuments de Rome, ceux qui devaient le plus frapper l'imagination des contemporains : la basilique de Latran, la pyramide de Cestius, l'arc de Titus, le Colisée (cette fois-ci avec sa forme véritable), le Capitole, le Panthéon, Sainte-Marie au Transtévère, l'obélisque du Vatican, Saint-Pierre, le mole d'Hadrien, la colonne Trajane. Quelque imparfait que soit le dessin, le progrès est incontestable. Désormais le don de l'observation augmentera rapidement.
De Rossi est disposé à rattacher au XIVe une vue de Rome conservée dans un manuscrit de la Bibliothèque nationale, le Dittamondo de Fazio degli Uberti. Ce manuscrit, à la vérité, a été écrit en 1447 par Andréa Morena de Lodi, mais la miniature représentant Rome paraît être la copie d'un original plus ancien remontant à l'époque de la composition du Ditlamondo (1355-1364). Si cette hypothèse est fondée, on conviendra que l'écart est grand entre la bulle de Louis le Bavarois et la miniature de Fazio. Dans cette dernière, les monuments commencent à revêtir des formes assez rapprochées de la réalité. Le Panthéon est précédé d'un portique, dont la disposition, il est vrai, rappelle plus les édifices du Moyen Âge que ceux de l'antiquité classique. La statue équestre de Marc Aurèle, les dompteurs de chevaux du Quirinal témoignent également d'une étude plus approfondie. Le Colisée par contre reparaît avec sa fameuse coupole. Notons aussi le nom de colonna Adriana donné à la colonne Trajane.
Les érudits se mirent à l'œuvre en même temps que les artistes, ou même plus tôt, si nous tenons compte des efforts, bien isolés, il est vrai, de Cola di Rienzo à qui, selon toute vraisemblance, il faut attribuer le recueil d'inscriptions dont on avait trop longtemps fait honneur à Signorili. Dès le premier tiers du XVe, le Pogge publia son De varietate fortunæ, dissertation d'un intérêt capital pour la topographie de Rome antique. Puis vinrent les travaux de Cyriaque d'Ancône, de Flavio Biondo, de Pomponio Leto, de Bernard Rucellai, etc.
Les encouragements des amateurs vinrent en aide à cette renaissance des études topographiques. L'essor pris par la géographie ne devait pas tarder à profiter également à la topographie. Il n'y eut bientôt plus de cabinet de curiosités qui ne renfermât des mappemondes, des cartes de France ou d'Italie, des vues de villes. A Florence, Niccolo Niccoli possédait un bellissimo universale, dove erano tutti i siti della terra ; aveva Italia e Spagna tutte di pittura. On remarquait également des mappemondes dans la collection du roi René. Philippe de Bourgogne en fit peindre une par Jean Van Eyck. A la cour de Mantoue, François Mantègne se vit confier, en 1494, un travail analogue. Pie II entretenait un artiste spécialement chargé d'exécuter pour lui une mappemonde à laquelle il travailla pendant plusieurs années : c'était un Vénitien nommé messire Girolamo Bellavista payé 5 ducats par mois. En 1462, le même pape acquit une autre mappemonde. On ne pouvait moins attendre de l'auteur de la Cosmographia. L'inventaire dressé à la mort de Laurent le Magnifique (1492) nous montre que les collections des Médicis étaient surtout riches en documents de ce genre.
Le XVe est particulièrement riche avec ses deux plans qui remontent aux environs de l'année 1472 ; ils sont empruntés à des manuscrits de la géographie de Ptolémée, traduction latine (Vatic. lrb. 277 ; Paris, lut. 1502). De Rossi établit par des arguments d'un grand poids que l'un et l'autre se rattachent à un original exécuté entre 1455 et 1464. Par leur netteté, ces deux plans sont supérieurs à celui dont nous allons parler dans lequel l'auteur a fait disparaître les mentions surannées et réalisé un plan scientifique de Rome. Vient ensuite un plan copié à Venise en 1474 par Alexandre Strozzi et conservé à la Laurentienne de Florence. Enfin, un plan imprimé en 1493 à Nuremberg par Hartman Schedel, dans son De temporibus mundi, et dont les gravures sont l'œuvre de Michel Wolgemut et de W. Pleydenwurff. Quant au second plan, il consiste en une peinture sur toile, transportée en 1868 au musée de Mantoue. Cette peinture ne saurait être postérieure à l'année 1538, puisque la statue équestre de Marc Aurèle, transportée cette même année au Capitole, y figure encore dans le voisinage du Latran. Elle ne saurait, d'autre part, être antérieure à 1531 ; ce qui le prouve, c'est la présence sur le pont Saint-Ange de deux statues que nous savons de source certaine avoir été installées en cet endroit en 1534 seulement. Ajoutons que le plan de Mantoue offre une importance capitale pour l'étude des nombreux monuments antiques détruits depuis le XVe ; on est à la fois étonné et navré en y constatant l'étendue des ravages faits depuis la Renaissance. Les dénominations qu'il emploie ne sont pas encore toutes exemptes de superstition ; signalons notamment la torre dove stette gran tempo il spirito di Nerone.
Rome est, par dessus tout, la ville de saint Pierre, qui en a tellement pris possession par sa venue, par son supplice et par son tombeau qu'il l'a faite sienne à ce point que depuis près de deux mille ans ceux qui l'habitent comme ceux qui la visitent se sentent chez lui. Pierre s'est si complètement identifié à l'Église qu'Elle et lui sont indissociables ; son nom, ses actes, ses paroles, ses démarches, autant que son âme et son souvenir remplissent et vivifient cette Église dont, après Dieu, il est le fondateur, se compénétrant à ce point que ceux-là mêmes qui ont nié l'existence de Jésus n'ont jamais poussé l'aberration jusqu'à douter de celle de Pierre. Et cette Église, dont il nous faut tracer ici une esquisse sommaire, semble évoquer la barque du pêcheur de poisson que la grâce divine transfigura en pêcheur d'hommes. Il nous semble impossible de ne pas rassembler les traits que l'Évangile prend soin de nous offrir. Son père s'appelait Jonas et lui Simon, il habitait Capharnaüm, devant cette mer de Galilée où avec une barque et des filets, il trouvait, aidé par son frère André, les moyens de faire vivre sa famille. On se le représente volontiers robuste, hâlé, dur à l'ouvrage, le verbe haut et bref, prompt à l'action. Entre deux courses sur le lac, il n'a pas pu négliger de s'intéresser à Celui que tous entourent et écoutent, vers qui tous se sentent attirés, de qui tout le monde parle, tandis qu'ils réparent leurs filets, Jésus regarde Simon et André, leur adresse quelques paroles, et ajoute : « Suivez-moi... » Ils le suivent ; sans rien savoir que cette chose vague : « Je vous ferai pêcheurs d'hommes. » C'est pour cela qu'ils abandonnent leur gagne-pain, celui de leur famille. Ce désintéressement sera pour eux sans repentance même lors que Pierre dira avec l'apparence d'un calcul : « Voici que nous avons tout quitté pour te suivre. Quelle sera donc notre récompense ? » Cet élan, fait de confiance dans la claire vue d'un appel divin, deviendra la règle de conduite de Pierre du jour de sa vocation jusqu'à celui de sa dernière rencontre avec le Maître : Domine, quo vadis ? Peut-on ne pas se sentir touché par le spectacle des entraînements de cet impulsif toujours prêt à bondir, à s'élancer, même sur l'eau de ce lac dont il sait toutes les traîtrises et où la peur ne le saisit qu'après qu'il y a mis le pied, qui, déjà, s'enfonce. Son appel au secours est encore un cri du cœur : « Sauve-moi ! » C'est une confession, angoissée par le péril, mais non moins éloquente que l'aveu solennel : « Tu es le Christ, Fils du Dieu vivant. » Que le Fils de Dieu ait aimé un caractère de cette trempe, qu'il y ait découvert les aptitudes et les dons d'un chef, et on ne s'étonne plus qu'il lui ait confié le soin de gouverner son Église en lui imposant ce nom symbolique : « Tu es Pierre et sur cette pierre... » Jeu de mots aussi expressif en araméen qu'en latin et en français.
Cependant Jésus l'a grondé parfois avec une apparente rudesse : « Homme de peu de foi » (Math., xiv, 31) ; « Retire-toi de moi, Satan » (Math., xvi, 23) ; le mot sur l'heure où il fut prononcé aura semblé dur à entendre, mais de la part de Jésus, Pierre pouvait tout supporter car « Tu as, lui disait-il, les paroles de la vie éternelle. Et nous avons cru, et nous avons connu que tu es le Christ, fils de Dieu » (Joa., vi, 69-70).
La passion du Maître sera pour Pierre l'épreuve tragique et recueil de sa foi et de son dévouement. Un jour où le Sauveur découvrait à ses disciples qu'il fallait qu'il allât à Jérusalem pour y souffrir et y être mis à mort, Pierre le tira à part et lui dit : « Ah ! Seigneur, il ne t'arrivera rien de tel » (Math., xvi, 21-22). Or quand ces choses arrivèrent, Pierre fut déplorablement faible et lâche. Après la cène, il proteste de donner sa vie pour son Maître (Joa., xm, 37), cependant il s'endort au lieu de se tenir prêt à le secourir et ne se réveille qu'à l'instant où le péril ne peut plus être écarté. Il tire l'épée, frappe et, de loin, suit Jésus avec l'espoir peut-être de lui être utile. Mais on sait la suite lamentable. Pierre ne s'est pas contenté de nier Jésus trois fois, il a dit et redit avec des imprécations et des serments qu'il ne connaissait pas cet homme, cœpit detestari et jurare quia non novisset hominem.
Alors c'est le regard du Sauveur qui transperce, c'est l'accablement jusqu'au dimanche matin, la course avec Jean au sépulcre, les apparitions de Jésus en Galilée et la triple interrogation adressée à Pierre : « M'aimes-tu ? » et la triple intronisation dans sa charge de chef du troupeau, de chef de l'Église, c'est la réhabilitation, le pardon et la consécration de la charge éminente : Tu es Petrus et super hanc petram œdificabo Ecclesiam meam.
La conséquence c'est la venue et le séjour de Pierre à Rome.
IL. Origines de l'Église de Rome. — Ces origines sont quelque peu obscures. Après que l'ange du Seigneur lui eut ouvert les portes de la prison, l'apôtre Pierre se rendit dans la maison de Jean-Marc et puis il alla en un autre lieu sans qu'on puisse le nommer de façon certaine. Après un assez long intervalle on retrouve l'apôtre à Jérusalem où il rétablit l'accord avec les chrétiens d'Antioche. Pendant la période intermédiaire, peut-être aura-t-il, au témoignage d'Eusèbe, prêché l'Évangile parmi ses compatriotes répandus dans le Pont, la Galatie, la Bithynie, la Cappadoce et l'Asie proconsulaire. On ne sait rien de plus à ce sujet et nous ne pouvons que renvoyer à ce que nous avons écrit de son apostolat antérieurement à l'époque où nous le voyons à Rome (voir Dictionnaire, t. xiv, au mot Pierre). Cette ville possédait une colonie juive et c'était un motif suffisant pour y attirer l'apôtre. De plus Rome pouvait compter, dès lors, le noyau d'une communauté chrétienne. Rien ne s'oppose à ce que quelques juifs, venus de Rome et convertis le jour de la Pentecôte par la prédication de saint Pierre, ne soient rentrés chez eux, apportant les premières lueurs de la foi chrétienne. L'analogie avec ce qui se passa ailleurs, autorise à accepter cette explication. On a invoqué en sa faveur un texte célèbre de Suétone : Judœos impulsore Chresto assidue tumultuantes Roma expulit. Les Actes des apôtres parlent d'une expulsion des juifs sans faire la moindre allusion au christianisme et on peut croire que Suétone a fait confusion et attribué les disputes entre juifs et chrétiens à un certain Chrestos, alors qu'il s'agissait de Jésus ; cette phrase, ainsi que la lettre de Claude aux Alexandrins nous aurait conservé les deux plus anciens témoignages profanes de la propagande chrétienne. Ajoutons qu'on incline à interpréter ou plutôt à corriger Suétone par Dion Cassius. Claude n'aurait pas expulsé les Juifs en masse, mais se serait borné à interdire leurs réunions. Ainsi la question a été rouverte et tout d'abord la question préliminaire de la date de l'intervention de Claude qu'il faudrait relever de plusieurs années afin de la placer au début de son règne, en 41. Dion Cassius semble favoriser cette manière de voir, ce qui est au moins discutable, et son texte peut et doit, selon nous, être considéré comme non daté. Pour faire accepter la date d'expulsion en 40-41, on en vient à proposer, c'est-à-dire à imaginer un gros effort de propagande organisé dans les villes principales de l'empire romain par le centre judéo-chrétien de Jérusalem. Cette opinion, aussi dépourvue de preuves que de vraisemblance, se heurte à l'image du développement de la propagande chrétienne imposée par les Actes et par les Épîtres de saint Paul. « Autant qu'on en peut juger, ce n'est point par l'initiative propre et directe du groupe de croyants parlant araméen qui s'était concentré à Jérusalem, que fut lancée la propagande ardente et réglée, presque méthodique, qui, en moins de trente ans, devait porter le christianisme dans les pays de la Méditerranée orientale et jusqu'à Rome. » Que cette propagande ait atteint de bonne heure Alexandrie et Rome, on l'admet, mais encore faut-il ne pas lui faire brûler toutes les étapes et braver toutes les vraisemblances, au point d'être devenue en peu d'années une fermentation menaçante pour l'empire et un immense complot contre l'ordre romain. » C'est à ce prix qu'on parvient à expliquer les mesures de répression ordonnées par Claude contre les chefs religieux et son attitude à l'égard des juifs. « Oserions-nous rappeler que Rome, à cette date, était la sentine de l'Orient, qu'on rencontrait un peu partout des confréries religieuses égyptiennes, phrygiennes, syriennes, qu'il existait des temples ou des chapelles des dieux orientaux sur l'Aventin et le Janicule, que le temple de la Magna Mater s'élevait sur le Palatin et qu', d'autre part, le mépris des Romains pour les Orientaux et la politique de défiance vis-à-vis des associations secrètes sont beaucoup plus anciens que le christianisme ? Que Claude continua simplement la politique religieuse conservatrice d'Auguste et de Tibère et qu'on ne voit pas bien comment l'arrivée à Rome de quelques juifs remuants ou l'installation de deux ou trois nouvelles confréries aurait révélé à l'empereur l'existence d'un immense complot contre l'ordre établi. » Sur le fait que l'expulsion des juifs de Rome aurait eu pour unique motif leurs altercations avec leurs coreligionnaires dissidents chrétiens. Les autorités romaines, à cette date, n'avaient pas encore été alertées comme elles le furent après l'incendie de Rome, en 64 ; elles prenaient ces querelles d'Orientaux avec patience et quelques bousculades survenues à Subure, au Transtévère ou à la porte Capène ne paraissaient pas à la police devoir entraîner une mesure aussi grave que l'expulsion en masse, pour la juiverie de Rome et celle d'Italie. Quoi qu'il en soit le châtiment ne paraît pas antérieur à l'an 49, c'est la date que lui assignent Paul Orose et les Actes.
IV. La communauté romaine. — Elle dut être sans doute très éprouvée par la mesure d'expulsion, mais elle survécut et dura, d'où l'on peut induire qu'elle renfermait déjà un bon nombre de fidèles venus de la gentilité. Ceux-ci auront tenu tête à l'orage, pris la direction de la communauté, vraisemblablement d'accord avec quelques juifs qui réussirent à se dissimuler et à enfreindre un décret trop rigoureux et trop général pour être strictement appliqué. Les fugitifs, comme Aquila et Priscille, savaient que leur jour viendrait et il est probable que bon nombre d'entre eux reparurent peu après l'avènement de Néron. Celui-ci leur était acquis. Dès l'an 58 il avait pour concubine une juive, Poppée, et à cette date où la distinction entre juifs et chrétiens n'était pas encore faite, les coreligionnaires de cette femme qu'ils voyaient s'acheminer vers le mariage et le trône où elle parvint en 62, pouvaient entretenir l'illusion d'une efficace protection.
Au cours des années qui suivirent l'expulsion de l'année 49, saint Paul avait lié connaissance à Corinthe, en 51, avec Aquila et Priscille et, dès lors, il ne cessa plus de s'intéresser à la communauté de Rome, d'y nouer et entretenir des relations. C'est à cette période que se rapporte l'épître aux Romains.
On ignore où elle fut écrite, probablement à Corinthe, car elle fut portée à destination par Phœbé, diaconesse de l'Église de Cenchrées, port de Corinthe sur le golfe d'Égine, qui se rendait à Rome. Ce premier indice est confirmé par deux autres. Paul salue les Romains de la part de Gaius, de qui il reçoit l'hospitalité et qui paraît être le même qu'il avait baptisé à Corinthe, enfin il nomme Éraste, « économe » de la ville, où il habitait.
On sait mieux à quelle date elle fut écrite. C'est pendant le deuxième séjour de Paul à Corinthe, avant son voyage à Jérusalem où il doit porter le produit des collectes de la Macédoine et de l'Achaïe. Au moyen de l'inscription de Delphes relative à Gallion et des calculs qu'elle autorise, la chronologie des itinéraires de l'apôtre offre aujourd'hui une certitude, relative (voir Dictionnaire, t. XIII, au nom Paul), on ne peut se tromper beaucoup en plaçant la composition de l'épître aux Romains dans l'hiver de l'an 56-57 ou au plus tard de l'an 57-58 après Jésus-Christ, et ainsi qu'on l'a dit : « On ne s'étonnera jamais de la forme si pleine et si ferme de la doctrine chrétienne à une époque aussi rapprochée de la Passion de Jésus-Christ ».
— « Hom., XVI, 23 ; I Cor., I, 14. — « Rom., XVI, 23 ; II Tim., IV, 20. — », M.-J. Lagrange, Épître aux Romains, 1916, p. XX.
Au moment où saint Paul écrivit cette épître, nous pouvons entrevoir quel que peu l'aspect de la communauté romaine. « Elle devait être composée en majorité de chrétiens venus du paganisme, mais les chrétiens juifs d'origine y rentraient. Comme ils étaient les fondateurs de l'Église où les gentils avaient pris la direction et l'influence, on soupçonnerait aisément qu'il y eut là une situation délicate qui exigeait des deux parts beaucoup de charité ; et c'est bien ce que l'épître semble indiquer. Aujourd'hui le plus grand nombre des critiques reconnaît que Paul s'adresse à une Église qui est, en droit, composée de gentils. Et cela semble bien résulter des textes.
« Dès le début, l'apôtre s'autorise de sa mission auprès des gentils pour écrire aux Romains qui en font partie ; il tient à faire des fruits spirituels auprès d'eux comme auprès des autres gentils. Et à la fin de l'épître il revient sur cette pensée. S'il a écrit aux Romains c'est qu'il lui incombe d'offrir les gentils à Dieu comme un véritable sacrifice. S'il résulte bien de l'examen interne de l'Épître qu'au temps où Paul écrivit l'Église de Rome était en droit une Église de gentils, cette conclusion s'accorde avec ce que faisait pressentir l'expulsion des juifs, ses premiers fondateurs. L'épître est muette sur le rôle de saint Pierre son premier chef, et ce n'est qu'en interprétant trop ingénieusement ce silence qu'on conclut d'une part qu'elle suggérait, d'autre part qu'elle excluait la venue du prince des apôtres ».
V. Tendance doctrinale. — Marcion ou un de ses disciples est l'auteur de « prologues » conservés dans les manuscrits de la Vulgate, une quinzaine d'entre eux donnent le texte suivant : Romani sunt in partibus Italiæ. Hi præventi sunt a falsis apostolis, et sub nomine Domini nostri Jesu Christi in legem et prophetas erant inducti. Hos revocat apostolus ad veram evangelicam fidem, scribens eis a Corinthi. Ce peu de lignes accuse nettement les Romains d'être judaïsants et, grâce à la diffusion de ces « prologues », cette accusation s'est imposée partout comme un trait d'histoire alors que ce n'est qu'une imputation sur l'opposition entre la doctrine de Paul et l'Ancien Testament.
L'auteur anonyme connu sous le nom d'Ambrosiaster, et qui écrit vers la fin du IVe, insinue que les premiers chrétiens de Rome ne croyaient pas à la divinité de Jésus-Christ et il en donne cette raison que l'erreur des Romains ne diffère pas de celle des Galates mais bien la responsabilité parce que ceux-ci ont déserté la vérité tandis que ceux-là ne l'ont jamais entendue. Cette insinuation n'a rencontré qu'un accueil discuté, c'est ainsi que dans un passage attribué à Pélage on lit ces mots : Romanorum namque plerique tam rudes erant ut non intelligerent Dei se gratia et non suis meritis esse solvatos, et ob hoc duo inter se populi confligarent, ainsi il ne s'agit plus de l'erreur de toute une communauté, mais seulement d'un conflit entre juifs et gentils convertis. Quant à saint Augustin, il estime qu'à Rome comme en Galatie les judaïsants étaient venus troubler cette jeune Église. Et tous ces témoignages n'apportent pas un éclaircissement décisif sur cette question : Pour quelle raison saint Paul a-t-il écrit aux Romains ? Étaient-ils judaïsants ?
Mieux vaut s'adresser à l'épître elle-même pour connaître l'épisode doctrinal qui l'a provoquée. « Dès le début, Paul loue la foi des Romains et n'annonce nullement l'intention de la corriger ni même de la préserver contre des suggestions délétères. Ce ne sont point là simplement des procédés pour capter la bienveillance. Quel qu'ait été le désir de Paul de s'assurer les bons offices des Romains pour son ministère, il était trop sincère pour rendre grâces à Dieu d'une foi qui, en réalité, eût risqué d'être compromise par des préjugés judaïsants. Ce qui est encore plus caractéristique que les compliments du début, c'est l'effusion si confiante qui termine l'épître. Les aumônes qu'il porte à Jérusalem seront-elles bien reçues des « Saints » ? Il le recommande pour l'obtenir de Dieu aux prières de ses chers Romains. Après cette négociation épineuse, son séjour à Rome lui apparaît comme un délice spirituel. C'est qu'il se sent d'accord avec cette Église déjà grande et dont l'importance lui est connue. Qu'il y ait eu alors à Rome des agitateurs, nous le concédons ; mais ils n'avaient joint troublé la foi de la communauté. A ces intrigants, masqués sous des dehors édifiants Paul consacre un paragraphe sur le ton de l'épître aux Galates. C'est la meilleure preuve que l'épître aux Romains n'est point une polémique contre eux. Quand il a découvert des judaïsants et des judaïsants déguisés, il n'a pas hésité à les dénoncer. Comment aurait-il polémisé contre d'autres judaïsants sans le dire ?
« Ce qui résulte c'est que les Romains, gentils convertis en majorité, presque seuls durant quelques années, ont été tentés de quelque superbe à l'endroit des Israélites. Si c'est bien aux gentils que Paul s'adresse, et s'il devait absolument faire une leçon à ses correspondants, celle qu'il leur a faite est une leçon de modestie, d'humilité, de charité. Encore une fois tout s'explique très bien si l'on suppose que l'apôtre, dans la période où ses compatriotes rentraient à Rome, et des juifs ses amis comme Aquila et Priscille, ait appréhendé chez les Romains un peu de dédain pour ses humbles collaborateurs. C'est pour cela qu'il a écrit son épître ; mais c'est la seule tendance que l'épître laisse entrevoir chez les Romains ».
VI. La venue de saint Pierre à Rome. — La question de la composition et des tendances de l'Église romaine importait grandement à l'avenir des rapports du judaïsme et du christianisme. Lors du conflit qui s'était élevé entre Pierre et Paul sur la place à faire aux gentils l'accord s'était fait par la ralliement de Pierre au point de vue de Paul. Celui-ci ne lui avait résisté « en face » qu'à raison de la situation éminente de Pierre dans l'Église naissante et de l'importance capitale à l'amener à ses vues, ce qu'il ne tenta pas à l'égard de Jacques, trop résolument acquis au parti judéo-chrétien. Pierre avait admis au baptême les premiers gentils et, malgré quelques hésitations, favorisait la tendance émancipatrice ; on l'avait bien vu dans les débats de l'affaire d'Antioche. On a insinué que Pierre serait responsable de l'accès judaïsant survenu en Galatie ; on n'en a apporté aucune preuve et on manque de toute base historique pour faire de l'épître aux Romains une mise en garde de Paul contre l'action judaïsante prévue ou possible de Pierre.
Église et celle de Rome ont eu les mêmes fondateurs. Un demi-siècle plus tôt environ, Papias, évêque d'Hiérapolis rapporte que saint Marc écrivit à Rome son évangile qui condensait les prédications de saint Pierre dans cette ville. Vers l'an 110, saint Ignace, évêque d'Antioche amené à Rome pour y souffrir le martyre, écrit aux Romains qu'il n'a pas d'ordres à leur donner comme Pierre et Paul qui étaient libres alors que lui n'est qu'un condamné. Vers l'an 95, l'épître du pape Clément à l'Église de Corinthe mentionne la persécution subie et ces hommes [Pierre et Paul] qui « donnèrent parmi nous un magnifique exemple ». Enfin, c'est Pierre lui-même qui dans une lettre datée de Babylone, nom symbolique de la Rome païenne, nous apparaît résidant à Rome. Ceux qui ont contesté l'appartenance à saint Pierre ne savent que l'attribuer à Barnabé ou à un inconnu qui se présente comme Pierre lui-même et vivait à Rome entre l'an 43 et le début du IIe.
Pour les monuments, voir Dictionnaire, t. XIV, article cité.
VII. Le séjour de saint Pierre à Rome. — Le séjour est certain, sa durée ne l'est pas. Il existe une tradition, ou prétendue telle, de vingt-cinq années d'épiscopat de saint Pierre à Rome, elle ne repose sur aucune donnée historique, tout au plus sur une confusion. La chronologie d'Hippolyte attribue aux deux premiers successeurs de l'apôtre, Lin et Anaclet la codirection de l'Église romaine du vivant même de Pierre et sous son autorité, avec douze années d'épiscopat à chacun. Clément leur succède à titre de successeur de Pierre et la donnée des vingt-cinq ans d'épiscopat de Pierre est établie (voir Dictionnaire, t. IX, au mot Listes épiscopales, t. XIII, au mot Papes). Quel que parti qu'on adopte, il est certain que le séjour de l'apôtre ne fut pas ininterrompu car en l'an 49 il se trouvait à Jérusalem, à quel que temps de là à Antioche ; avant l'an 56 ou 57 il avait fait un séjour à Corinthe, séjour suffisamment prolongé pour qu'un parti se réclamât de lui : « Moi, je suis... à Céphas ». A l'époque où Paul écrivait aux Romains, son épître ne contenait ni mention de Pierre ni allusion à lui, pas plus que le récit des Actes sur la captivité de Paul à Rome. Rien de tout ceci ne permet d'assigner une durée certaine à l'épiscopat de Pierre ; on n'est pas autorisé à en faire remonter le début vers l'an 41-42 sous prétexte d'une prétendue rencontre entre l'apôtre et l'imposteur Simon le Magicien pendant le règne de Claude. C'est saint Justin le Martyr, vers l'an 150, qui témoigne de l'existence d'une statue élevée à Simon dans l'île du Tibre et portant cette inscription : Simoni Deo sancto, or on a retrouvé dans l'île du Tibre, un vase portant ces mots Semoni Sanco Deo, c'est le dieu étrusque Semo Sancus et Simon le Magicien n'est plus qu'une historiette qu'Eusèbe a commis la bévue de prendre à son compte.
VIII. La primitive catéchèse à Rome. — On souhaiterait connaître la prédication de saint Pierre, il faut se résoudre à ce qui s'en est conservé et ce n'est ni plus ni moins que l'évangile désigné sous le nom de saint Marc. Telle fut la catéchèse adressée aux néophytes romains, et le témoignage nous vient du « presbytre Jean » qui vécut à Éphèse dans l'entourage de l'apôtre, son homonyme et son maître. Papias, dans son Explication des paroles du Seigneur, nous apprend que « Marc, devenu interprète de Pierre, rassembla exactement, mais sans ordre, tout ce qu'il se rappelait des paroles et des actions du Christ. Car il n'entendit pas et n'accompagna pas le Seigneur ; mais plus tard, comme je l'ai dit, il suivit Pierre qui faisait ses instructions, selon les besoins de l'auditoire, et non comme s'il eût voulu dresser un recueil méthodique des discours du Seigneur. Marc n'est point en faute s'il n'a écrit qu'un petit nombre de traits, tel qu'il se les rappelait ; car il n'eut qu'un souci, ne rien omettre de ce qu'il avait entendu, et n'y rien laisser passer de faux ». Ce passage appartient-il tout entier au presbytre Jean qui prend la parole au début, ou en partie à Papias lui-même ? On n'en sait rien, mais Papias consultait Jean qu'il savait très bien informé, comme un témoin oculaire ou peu s'en fallait, s'exprimant sans hésitation sur un fait qui pouvait être de notoriété publique.
Le témoignage précédent nous apprend que Pierre était assez peu familier avec la langue grecque pour devoir recourir à un interprète capable de transmettre ce qu'il disait en langage araméen, sans s'astreindre à un certain ordre, mais en vue d'instruire « selon les besoins de son enseignement »... « sans rien omettre et rien altérer ». Marc fut un secrétaire et c'est bien ce qui donne sa grande autorité à l'évangile qui porte son nom et qui est la primitive catéchèse romaine.
Saint Justin l'apologiste, qui vécut à Rome, ne nomme même pas saint Marc, et il est si bien persuadé qu'il s'agit de la catéchèse de Pierre qu'il attribue aux « Mémoires de Pierre » un trait qui ne se trouve que dans saint Marc. Saint Irénée écrit qu' « après leur mort [de Pierre et de Paul] Marc, disciple et interprète de Pierre, nous transmit par écrit ce qui avait été prêché par Pierre. Tertullien attribue lui aussi à Pierre ce que Marc a écrit.
A ces témoignages de l'Asie et de l'Occident vient s'ajouter celui de Clément d'Alexandrie pour l'Égypte où on sait que saint Marc était tout spécialement honoré. « La lumière de la piété brilla si fort dans les âmes des auditeurs de Pierre, qu'ils ne voulurent point se contenter d'une audition fugitive et de l'enseignement oral de la prédication divine, si bien qu'ils se mirent à supplier de toutes façons Marc, dont on possède l'évangile, et qui était compagnon de Pierre, le priant de leur laisser par écrit un monument de l'enseignement qui leur était donné de vive voix. Ils ne consentirent pas à le laisser en repos sans avoir satisfaction, si bien qu'ils furent cause que Marc écrivit l'évangile qui porte son nom. On dit que l'apôtre apprit ce qui se passait par une révélation de l'esprit, qu'il fut satisfait de ce zèle et qu'il confirma l'évangile de son autorité pour servir de base à l'enseignement dans les Églises. Clément expose les faits au VIe livre des Hypotyposes, et Papias, évêque d'Hiérapolis est d'accord avec lui.
Ce texte nous a été conservé par Eusèbe qui prend sur lui de le compléter quel que peu, mais il y revient dans un autre passage où il le serre de plus près : « Après que Pierre eût prêché publiquement à Rome, annonçant l'évangile selon l'esprit qui l'animait, des assistants, en grand nombre, demandèrent à Marc de rédiger par écrit ce qui était dit de vive voix, lui qui suivait Pierre depuis longtemps et avait conservé le souvenir de ce qui s'était dit. Marc le fit donc, et remit l'évangile à ceux qui l'en avaient prié. Pierre le sut, mais il ne voulut intervenir ni pour l'en empêcher, ni pour l'y engager.
Enfin voici un texte de Clément que nous ne possédons plus qu'en latin : Marci, Petri sectator, prædicante Petro evangelium palam Romæ coram quibusdam Cæsareanis equitibus et multa Christi testimonia proferente, petitus ab eis, ut possent quæ dicebantur memorise commendare, scripsit ex his, quæ a Petro dicta sunt, evangelium quod secundum Marcum vocitatur. Les trois textes s'accordent sur le point que Marc écrivit du vivant de Pierre ; ils diffèrent sur ce point que Pierre approuva positivement l'évangile ou bien qu'il ne se prononça pas à ce sujet.
Origène se borne à dire que « l'évangile selon Marc, [fut] composé selon que Pierre lui avait enseigné ».
IX. La communauté apostolique. — Le chapitre XVIe par lequel se termine l'épître aux Romains nous a conservé les noms de quelques fidèles de la communauté romaine à laquelle Paul recommande la diaconesse Phœbé « pour que vous la receviez dans le Seigneur d'une manière digne des saints et que vous l'assistiez en toute chose où elle pourrait avoir besoin de vous ». Ceux que connaît l'apôtre soit personnellement soit par les rapports qu'on lui en a faits sont « Priscille et Aquila, mes collaborateurs dans le Christ Jésus, ceux qui ont exposé leur tête pour me sauver la vie, auxquels je ne suis pas seul à rendre grâces, mais toutes les Églises des gentils, et [il salue] aussi l'Église qui est dans leur maison », soit qu'ils l'eussent abandonnée à la communauté en partant pour l'exil vers l'an 49, soit qu'ils y fussent rentrés depuis et y exerçassent actuellement leur métier. L'apôtre envoyait son salut à « Épœnetos, mon aimé, les premiers de l'Asie [offerts] au Christ » ; ce devait être un païen converti, le premier converti de la province d'Asie, peut-être avait-il été converti par Aquila et Priscille. Ensuite viennent Andronicos et Junia, « mes parents et mes compagnons de captivité, eux qui sont si considérés parmi les apôtres, qui même ont appartenu au Christ avant moi ». Quel degré de parenté les attachait à Paul, on l'ignore. Puis vient « Ampliatus, mon aimé dans le Seigneur », peut-être celui du cimetière de Domitille (voir Dictionn., t. i, col. 1712-1721), et encore « Urbanus, notre coopérateur dans le Christ ; Stachys, mon aimé ; Apelles, qui a fait ses preuves dans le Christ ; ceux de [la maison] d'Aristobule ; Hérodien, mon parent ; ceux de [la maison] de Narcisse, qui appartiennent au Seigneur ; Tryphœna et Tryphosa, qui prennent peine dans le Seigneur ; Persis, l'aimée qui prit beaucoup de peine dans le Seigneur ; Rufus, cet élu dans le Seigneur et sa mère qui est aussi la mienne ; Asyncritos, Phlégon, Hermès, Patrobas, Hermas, et les frères qui sont avec eux ; Philologos et Julia, Néreus et sa sœur, et Olympas et tous les saints qui sont avec eux ».
Ces noms intéressent par eux-mêmes parce qu'ils nous font entrevoir la plus ancienne communauté romaine, mais ils nous apportent un supplément de preuve à l'authenticité de l'épître mis en valeur habilement par le P. Lagrange. Recueillis dans des columbaria appartenant tous au ier siècle ces noms peuvent soulever deux objections. « La première, c'est que ce nombre d'inscriptions est considérable, et que nulle part ailleurs on n'a chance de tomber sur un pareil choix de rapprochements. Mais précisément les inscriptions sont l'image de la réalité. Si l'on en trouve plus à Rome, c'est que nulle part ailleurs la population n'était aussi dense, comprenant des personnes venues de tous les points du monde romain et d'audelà. La liste de Paul contient en effet des noms juifs comme Maria peut-être et sûrement Hérodion ; des noms grecs en grand nombre, et des noms latins comme Aquila, Prisca, peut-être Maria, Junia, Ampliatus, Urbanus, Rufus, Julia. Elle contient aussi des noms rares comme Persis, Asyncritos, Patrobas, Olympas. Où avait-on chance, ailleurs qu'à Rome, de trouver tous ces éléments réunis ?
« Mais ici la seconde objection se présente. Si Paul salue ces personnes c'est qu'il les a connues. Or il n'a pu les connaître qu'en Orient ; c'est là qu'elles ont pris leur nom ; qu'importent les analogies romaines ? Elles importent comme indice d'un confluent. D'abord rien ne prouve que Paul ne salue pas des personnes célèbres à Rome pour leurs bonnes œuvres, dont il aurait entendu parler sans les avoir encore rencontrées. C'est même le plus grand nombre, si l'on range dans cette catégorie tous ceux dont il n'indique pas les rapports avec lui. Mais supposons qu'il les a tous connus, il est tout à fait probable que ce n'est pas au même endroit. Toutes les villes évangélisées par Paul ont pu fournir ces noms, mais le problème se pose de nouveau : est-il vraisemblable qu'ils ont été réunis dans une autre ville que Rome ? » Voici à titre d'échantillon les noms que fournissent les inscriptions de Priène : 'AvSpôvixoç, 'AtcXXtjç, 'E^otive-rôç, 'Ep[i.7)c, : aucun des noms rares, aucun des noms latins. Magnésie du Méandre donne 'IouXîoc, 'Ecp(Ec ?îa), E-râyuç, 'Apia-ôêouXoç, Nàpxicaoç, Tpuçwaa, 'Epfjû ;ç et 'Poùcpoç, le seul nom latin d'ailleurs très commun : Stcc/dç est relativement rare. Les Inscriptiones grœcœ de l'Italie et de la Sicile (t. xiv) sont plus riches justement à cause de Rome : 'AxoXaç (Naples), Ilpeîaxa (Rome), Junia, Priscilla (Naples), 'Ettocivetôç (Taormine), Mapîa (Rome), 'AvSpovixoç, fréquent, 'Iouvîa (Rome), ' (Rome), 'AtcXày}ç (Sicile), 'Apia-oêouXoç (Taormine), NdtpxicrCTuç, fréquent, Tpuçaïva (Capoue), 'Poùçoç, souvent, 'Epjjirjç et 'Epji.ôcç, souvent, IIaTpô6[,oç (Rome), 'IouXla, très fréquent ; 'AaùvxpiTùç, nom commun.
« Éphèse contenait assurément une population plus dense et plus mélangée que Priène ou Magnésie ; mais était-elle autant que Rome apte à devenir le point de réunion de ces Grecs, de ces Latins, de ces Juifs, dont quelques-uns ont des noms rares ? C'est quel que chose que de les montrer pres que tous en fait à Rome à la même épo que. » X. Une polémi que a Rome au ier siècle. — Ceci n'est qu'un indice mais qui ne saurait être négligé. Le chroniqueur byzantin Georges Syncelle (t 810) nous a conservé un fragment de Julius Africanus, auteur du IIIE, qui mentionne une opinion soutenue par un païen nommé Thallus au livre IIIE de ses Histoires ', à savoir que les ténèbres qui couvrirent la terre de la sixième à la neuvième heure le jour de la mort du Sauveur Jésus 2, n'avaient aucun caractère miraculeux mais n'étaient qu'un phénomène naturel : une éclipse de soleil. Voici ce qu'en dit Julius Africanus : « Ces ténèbres, Thallus les appelle une éclipse de soleil dans le IIIE livre de ses Histoires, mais sans raison à mon avis », itç i[Lol Soxeî, àXdycoç. Ainsi une polémi que existait touchant le caractère des ténèbres survenues entre midi et trois heures le jour du Vendredi saint. Les chrétiens y voyaient un miracle et le païen Thallus le niait. Ce Thallus n'est pas un inconnu, il est mentionné par Eusèbe de Césarée 3 comme l'auteur d'une Histoire en trois livres qui va de la prise de Troie à la 167e olympiade, mais comme ce dernier chiffre ne peut être exact et qu'on hésite sur la correction, il faut s'en tenir que Thallus écrivit entre l'an 29 et l'an 221 de notre ère. La marge est grande, mais l'œuvre de Thallus a été connue et citée par Théophile d'Antioche, Tertullien, Minucius Félix et d'autres, il semble qu'il ait fait effort pour combiner l'histoire gréco-romaine et l'histoire juive 4, entreprise d'autant plus intéressante que les historiens de la littérature proposent l'identification de ce Thallus avec l'affranchi de Tibère dont parle Flavius Josèphe s. Il était de race samaritaine et avait avancé une grosse somme d'argent à Agrippa, futur roi de Judée, peu avant l'an 37. Le nom de Thallus (©dcXXoç) pourrait être conjectural, mais enfin le nom de Thallus fut porté par des serviteurs de la maison de Claude 6 et il est recevable. « Le nom de Thallus n'est pas si répandu que l'on puisse considérer comme téméraire l'identification du personnage nommé par Josèphe avec l'auteur de la Chroni que utilisée par Julius Africanus et Eusèbe, chroni que qui paraît bien avoir été l'œuvre d'un oriental. Il semble donc légitime d'utiliser l'indication fournie par les Antiquitates juduiav pour déterminer la date de composition de la Chroni que de Thallus. Il n'est pas inutile de souligner que cette identification a déjà été faite par Cari Mueller, Emil Schurer et Wilhelm Christ qui ne songeaient pas à en faire état pour déterminer la date de la rédaction. Ce n'est donc pas une identification faite pour les besoins de la cause.
« Affranchi de Tibère, s'étant trouvé avant 37 dans une situation qui lui avait permis d'avancer une grosse somme d'argent à Agrippa. Thallus ne devait pas être alors un tout je une homme. On restera dans la limite des vraisemblan ces en supposant qu'il a pu survivre de quinze à vingt ans au maître qui l'avait affranchi, ce qui placerai* le terminus ad quem probable de sa mort aux environs de l'an 60. Comme il n'y a auc une raison de penser que Thallus ait attendu les derniers mois de sa vie pour rédiger sa chroni que, il semble que c'est vers le milieu du Ier siècle de notre ère qu'elle a dû être écrite et cela à Rome. Or, nous l'avons vu, Thallus polémisait contre l'interprétation que les chic tiens donnaient des ténèbres qui avaient accompagné la mort de Jésus. C'est donc que ce détail de la tradition évangéli que était connu à Rome au milieu du i » siècle, dans un cercle cjui touchait de près à ceux qui étaient de domo Csesaris. Un détail accessoire comme celui dont il s'agit ne peut avoir été conservé et transmis que dans le cadre d'un récit de la passion ' ».
De ce texte, sur lequel l'attention a été appelée depuis peu de temps, il est permis de conclure que la prédication de l'Évangile se faisait dans la communauté naissante à Rome avec assez de liberté pour attirer sur elle l'attention et même la contradiction de la part de ceux qui ne partageaient pas les croyan ces de la secte chrétienne. Cette contradiction porte ici sur un point affirmé dans l'évangile de Marc qui, on l'a vu, est l'expression concrète de la catéchèse romaine. Le texte de Thallus présente ainsi un véritable intérêt pour l'histoire encore si obscure des origines de l'Eglise de Rome.
XI. Premiers développements. — Pendant une quinzaine d'années (49-64) celte Église demeure plongée pour nous dans la pénombre, mais non pas si épaisse que nous ne puissions noter quelques traits de son développement. L'expulsion ordonnée par Claude a eu p3iir conséquence d'affranchir les convertis venus du paganisme d'une tutelle trop impérieuse de leurs coreligionnaires venus du judaïsme, mais la mesure prescrite dut subir des tempéraments si, comme nous l'apprend Dion Cassius, l'expulsion générale se révéla impraticable et qu'il fallut s'en tenir finalement à une prohibition de réunions 8. Mais si Aquila et Priscille durent quitter leur établissement, beaucoup d'autres les imitèrent sans aucun doute et si Pierre était déjà venu à Rome, il aura été au nombre des expulsés.
Ce fut une épreuve, mais elle trempa les caractères, et n'altéra pas l'enseignement, car à quelques années de là cette communauté est en état d'entendre la doctrine contenue dans l'épître (pie saint Paul lui adresse, épître qui contient ce témoignage que l'Église de Rome vers l'an 56-57, est « nombreuse, connue, célèbre par sa foi et ses œuvres *. » On ne possède aucun élément qui permette d'entrevoir la date du retour à Rome de Pierre, mais on ne se hasarde pas trop en l'y ramenant peu après la mort de Claude (en 54). lue dizaine d'années séparent cette date de la catastrophe provoquée par l'incendie de Rome, et rien n'oblige à croire que l'apôtre se soit astreint à une résidence ininterrompue. Peut-être visitait-il des Églises lorsqu'en 57. au plus tard, saint Paul écrivait aux Romains sans nommer leur évê que ; en 60, Paul débar que à Pouzzo les d'où il gagne Rome dont l'Église avertie de sa venue envoie des frères au devant de lui et, à leur vue. ■ il rend grâ ces à Dieu et se sent plein de confiance ».
Paul est prisonnier, mais il jouit d'une certaine mesure de liberté '« qui lui permet de s'aboucher avec la colonie juive. Or, à ce moment, les éléments juifs y sont redevenus assez nombreux pour qu'il soit nécessaire de compter avec eux et, sans tarder, trois jours après son arrivée, Paul copvo que les princip aux d'entre eux et s'expli que ouvertement sur les reproches qu'ils pourraient lui adresser. U prcnd jour avec eux et leur annonce Jésus-Christ, réussit a en convertir quelques-uns seulement » qui viennent grossir la communauté romaine. C'est désor mais surtout pour elle et parmi elle qu'il travaille, il y jouit d'une réelle autorité, on n'y discute plus sa mission. Cette captivité dure deux ans et nonobstant les entraxes qu'impose la situation de prisonnier. Paul recrute tous Us n. 24. ; M. Goguel, (« ;i nouveau témoignage non-chrétien soldats préposés à sa garde * l'ont vu vivre, l'ont écouté parler et connaissent le Christ : « dans tout le prétoire et partout ailleurs nul n'ignore, dit-il, que c'est pour le Christ que je suis dans les fers 2 » ; les chrétiens de Rome ont été encouragés par ses liens et parlent avec plus d'assurance 3.
Autour de Paul les amis s'assemblent et se dispersent car c'est l'action qu'il inspire à tous ceux qui l'approchent. On aperçoit tour à tour Luc 4, Timothée 5, Marc 6, et les représentants des Églises de Macédoine et d'Asie ; ce sont Aristar que de Thessaloni que, son compagnon de captivité7 ; Épaphras de Colosses 8, Tychi que d'Éphèse 9, Épaphrodite de Philippes.
Celui-ci lui apportait les secours envoyés par ses amis de Philippes, mais sa santé ne lui permit pas de prolonger son séjour à Rome, du moins emporta-t-il cette lettre aux Philippiens, écrite à Rome, et qui nous apprend que là-même les adversaires judaïsants étaient venus relancer l'apôtre et causer quelques dissentiments, mais sans gravité car du moins « JésusChrist est annoncé, dit-il, je m'en réjouis et je m'en réjouirai encore 10 ».
Quand Paul, une fois jugé et acquitté reprend le cours de ses voyages, le silence se fait et nous n'apercevons pas les tra ces de la présence et du gouvernement de saint Pierre. Au cours de ces années, l'Église chrétienne à Rome n'a cessé de progresser et de soulever contre ses chefs et ses fidè les une haine prête à se déchaîner à la première occasion qui sera l'effroyable incendie éclatant au mois de juillet de l'an 64.
XII. La persécution de Néron. — Voir Dictionn., t. iv, col. 1565-1633 ; t. vu, col. 481-502 ; t. xn, col. 1138-1150 ; t. xiv, col. 545-546.
XIII. Supplice de Pierre et de Paul. — Voir Dictionn., t. xm, col. 2658-2666 ; t. xiv, col. 851-919.
XIV. Progrès de l'Église sous les Flaviens. — Voir Dictionn., t. i, col. 2847-2860 ; t. m, col. 18671870 ; t. vi, col. 1259-1274.
XV. Persécution de Domitien. — Voir Dictionn., t. iv, col. 1388-1404 ; t. xiv, col. 547-551.
La période qui s'étend de l'année 64 à l'année 95, c'est-à-dire entre la persécution de Néron et celle de Domitien, aide à comprendre de quelle vigueur était animée la communauté romaine. Après avoir perdu son fondateur, ses chefs reconnus, une partie considérable de ses membres, multitudo ingens, elle s'était ressaisie, reconstituée, affermie et comptait parmi ses affiliés plusieurs prin ces et princesses de la dynastie impériale. Flavius Clemens, consul en 95, sa femme Flavia Domitilla, leurs deux jeunes fils, successeurs présomptifs de Domitien, une autre Flavia Domitilla, nièce de la première, ont appartenu à l'Église de Rome avant la fin du Ier siècle. L'épouse du consulaire n'eut peut-être pas l'initiative d'un acte d'une importance capitale », mais elle en adopta les dispositions lorsqu'elle fit donation à cette Église d'un domaine situé sur la voie Ardéatine dans lequel l'Église devenue propriétaire aménagea des galeries et des tombes destinées à recevoir les corps des chrétiens pour leur éviter la promiscuité des cimetières païens. Dès lors fut instituée la catacombe de Domitille (voir Dictionn., t. îv, col. 1404 à ce nom).
XVII. La lettre du pape saint Clément. — Voir Dictionn., t. xiii, col. 1176 ; après ce que nous avons dit touchant l'épiscopat de Clément et sur sa lettre (voir Dictionn., t. viii, col. 2712-2719) nous pouvons nous en tenir à peu de mots. Cette lettre célèbre a fait l'objet d'un essai ingénieux qui tend à en ébranler l'interprétation traditionnelle 12. Celle-ci fut énoncée en ces termes par L. Duchesne 13 : « Soit que l'on considère en lui-même cet acte spontané de l'Église romaine, soit que l'on pèse les termes de la lettre, on ne peut échapper à cette impression que, dès la fin du Ier siècle de notre ère, une cinquantaine d'années après sa fondation, cette Église se sentait déjà en possession de l'autorité supérieure, exceptionnelle, qu'elle ne cessera de revendiquer plus tard. L'apôtre Jean vivait encore à Éphèse au temps où Clément écrivait. On ne voit pas trace d'intervention, ni de lui, ni de son entourage. Et pourtant les communications étaient plus faciles entre Éphèse et Corinthe, qu'entre Corinthe et Rome... Un accueil si parfait lui fut réservé [par les Corinthiens] qu'elle passa chez eux presque au rang des écritures sacrées... Rome avait commandé ; on lui avait obéi. » Non seulement Éphèse resta silencieuse, mais Rome parla avec l'autorité d'une institution consciente de l'exercice d'un devoir et d'un droit à exercer à l'égard d'une communauté sœur. A cela on a opposé que Corinthe, ville essentiellement romaine superposée à une ville grecque morte, était gouvernée par des magistrats romains, comptait une population, un clergé romains, avait des mœurs, des monuments, un langage plus latin qu'hellénique et entretenait avec Rome les meilleurs rapports. Dès lors l'Église de Rome devait être inclinée à manifester une sympathie et une véritable fraternité à l'endroit de l'Église de Corinthe. D'où la lettre de saint Clément.
On ne saurait nier les rapports administratifs entre les deux villes et l'emploi officiel ou privé de la langue latine, mais on ne saurait soutenir qu'il en fut de même dans les rapports ecclésiastiques entre les deux communautés « . Non seulement à la fin du Ier siècle mais jusque vers l'an 250, l'Église de Rome est attachée à la langue grecque et elle n'a eu son premier pape latin qu'à la fin du IIe (Victor). Son premier noyau a été formé dans une synagogue et il a fallu un certain temps et des circonstances extérieures pour que les païens convertis l'emportent sur les juifs convertis. Lors même que les premiers eurent la prépondérance, dans quelle proportion les Latins ou les Romains l'emportèrent-ils ? Qu'on relise le dernier chapitre de l'épître de saint Paul. Sur vingt-quatre noms, quinze sont helléniques, huit latins et parmi ces huit, il y a deux juifs notoires : Aquila et Priscille.
Entre l'an 57 et l'an 96 cette proportion a pu se modifier ; nous avons énuméré quelques-unes des conquêtes réalisées dans l'aristocratie romaine et la famille impériale, mais il est assez peu probable que ces aristocrates fassent usage du latin, en tout cas le pape Clément en qui on a cru voir un affranchi de la famille impériale n'a guère écrit, à notre connaissance, qu'une fois dans sa vie, et, écrivant à une population qu'on nous représente comme presque entièrement latine, il a fait usage du grec. S'il en est ainsi c'est que l'Église au nom de laquelle il parle et celle à laquelle il s'adresse, ne sont latines ni l'une ni l'autre. Et l'intervention de l'Église de Rome ne se fonde ni sur le langage commun et la sympathie qu'il inspire, mais sur la mission religieuse et l'autorité qu'elle confère.
XVIII. La lettre de saint Ignace d'Antioche. — Une dizaine d'années plus tard, vers l'année 107 à 117, un évêque, titulaire d'un des sièges les plus célèbres d'Asie, Ignace d'Antioche est emmené de cette ville à Rome pour y être livré aux bêtes. En chemin ses gardiens s'arrêtent plusieurs fois et le prisonnier profite de ces répits pour écrire sept lettres adressées aux Éphésiens, aux Magnésiens, aux Tralliens, aux Romains, aux Philadelphiens, aux Smyrniotes et à saint Polycarpe. Les préoccupations se ressentent de celles de Clément de Rome, mais le ton diffère entièrement. Clément donne des conseils qu'on devra suivre, Ignace s'impose une plus grande réserve, ne s'adressant aux Églises qu'avec déférence et quand il écrit à l'Église de Rome il n'emploie que prières et supplications ; voici en quels termes il lui parle :
« Ignace, appelé aussi Théophore, à l'Église qui a obtenu miséricorde, dans la magnificence du Père Très-Haut et de Jésus-Christ son Fils unique ; à l'Église aimée et illuminée par la volonté de Celui qui a voulu tout ce qui existe, selon l'amour de Jésus-Christ, notre Dieu ; à l'Église aussi qui préside dans la capitale des Romains, digne de Dieu, digne d'honneur, digne de bénédiction, digne de louange, digne d'être exaucée, digne et chaste, présidant à la charité, qui a reçu la loi du Christ, qui porte le nom du Père, et que je salue au nom de Jésus-Christ, Fils du Père ; à ceux qui sont attachés de corps et d'âme à tous ses commandements, remplis pour toujours de la grâce de Dieu et purs de tout élément étranger, je souhaite une pleine et sainte joie en Jésus-Christ notre Dieu. » Personne ne songe plus aujourd'hui à contester l'authenticité des lettres de saint Ignace (voir Dictionn., t. viii, col. 2719-2725) et, aussi bien, n'avons-nous à parler que de la lettre aux Romains, unique en son genre parce que le début qu'on vient de lire est confirmé, peut-être, si c'est possible, renforcé par les recommandations de la lettre entière. Celle-ci ne contient ni recommandations ni conseils, mais seulement des prières enveloppées de respect et l'expression la plus ramassée et la plus frappante du rôle exercé par l'Église de Rome : « Vous n'avez jamais porté envie à personne ; vous avez donné à autrui des enseignements ; eh bien, ce que je veux, c'est que vos conseils et vos ordres soient constamment pratiqués '. » La fin de la lettre est une sorte de testament où le condamné ouvre à l'avance sa succession et lègue sa propre Église à celle de Rome : « Souvenez-vous dans vos prières de l'Église de Syrie qui, ne m'ayant plus, n'a que Dieu pour pasteur. Elle n'aura d'autre évêque que Jésus-Christ et votre charité 2. » Il peut sembler difficile d'exprimer d'une façon plus positive l'idée d'une primauté exercée par une Église sur d'autres Églises. De cela, l'adresse témoignait avec une emphase calculée 3 et « cette magnificence verbale est un premier indice éprouvé que saint Ignace rend plus d'honneur à l'Église de Rome qu'aux autres Églises auxquelles il écrit 4. « Ainsi il n'est pas douteux épique la communauté romaine exerce la préséance sur le cercle des Églises sœurs, et Ignace proclame l'énergie active déployée par cette communauté pour secourir et instruire les autres ». Il nous dit qu'elle préside au pays ou dans la capitale des Romains. Il ne s'agit pas de l'évêque, il s'agit de l'Église. A quoi préside l'Église romaine ? A d'autres Églises dans une circonscription déterminée ?
Mais Ignace n'a pas l'idée d'une limitation de ce genre. Le sens le plus naturel de ce langage, c'est que l'Église romaine préside à l'ensemble des Églises... Et notons bien qu'Ignace parle en connaissance de cause, il connaît le passé de l'Église romaine ; il fait même allusion à des attitudes, à des actes dont le souvenir a péri pour nous : « Vous n'avez jamais trompé personne ; vous avez enseigné les autres. » De quel enseignement est-il question ? Est-ce la première démentis ? Ce qu'il y a de plus simple, c'est d'admettre d'autres actes, d'autres documents, dont le souvenir était encore vivant au temps d'Ignace et s'est perdu depuis 6 ». En tout cas il nous faut retenir ce témoignage en faveur d'un enseignement et de prescriptions adressés par l'Église de Rome à d'autres Églises avant l'an 117.
Nous n'avons ici qu'à escorter l'esquisse chronologique tracée dans le Dictionnaire par quelques textes d'une importance capitale pour l'histoire de la primauté romaine.
Saint Clément, Epist. ad Corinthios, n. lxiii : « Vous nous causerez une grande joie si, obéissant à ce que nous vous avons écrit dans l'Esprit-Saint, vous coupez court à l'injuste emportement de votre colère, selon que nous avons exhorté à le faire, en vous recommandant par cette lettre la paix et la concorde. Nous vous avons envoyé des hommes fidèles et sages qui, depuis leurs jeunes années jusqu'à la vieillesse, ont vécu sans reproche au milieu de nous ; ils seront témoins entre vous et nous. Si nous agissons ainsi, c'est que notre unique souci a été et est encore votre prompt retour à la paix. » Les termes pompeux sont encadrés dans une formule obscure, presque énigmatique. Avant de proclamer l'Église romaine digne de Dieu, de toutes louanges, etc., Ignace dit : -rç-riç xai 7tpoxâ0Y]Tai èv tôtoo /wpîou 'P<ou.aîcov ; et. après avoir entassé les épithètes qu'on vient de lire, il ajoute : xaî TrpoxaOr ;[j.svY) ttjç àyômt]ç. Il y a ici un hommage rendu à la primauté de l'Église romaine. 1-e verbe TcpoxaOYjfxoci veut dire présider, dominer. Par conséquent la pensée de saint Ignace est que cette Église préside sur tout le pays des Romains. Mais la syntaxe soulève des objections. Si l'évêque d'Antioche entendait parler d'une préséance ou d'une domination sur le pays des Romains, il devait mettre le complément du verbe au génitif : or il s'est servi du datif avec èv. Et puis, quelle idée mettre sous la formule àyâ.ny\çl Régulièrement on devrait traduire : qui préside sur la charité, ce qui n'offre aucun sens. Alors on s'en tenait à cette traduction : « à l'Église... qui préside dans le pays des Romains... qui préside par sa bienfaisance ». Et comme la présidence dont il est question dans le second membre de phrase implique simplement l'idée de distinction ou, si l'on veut, d'éminence, quelques-uns, étendant cette idée au premier membre, arrivaient à cette traduction : « à l'Église, qui se distingue entre toutes dans le pays des Romains... qui se distingue par sa bienfaisance ». Que l'Église romaine ait eu, dès le IIe, des ressources considérables qui lui permettaient de subvenir aux besoins des autres Églises, c'est là un fait attesté par saint Denis de Corinthe et qu'on ne peut révoquer en doute. Mais est-ce uniquement cette bienfaisance que le saint évêque d'Antioche a en vue quand il dit que l'Église romaine 7rpoxà0r)Tai., qu'elle est Tcpoxa0r ;[j.Év7) ? Hypothèse invraisemblable à laquelle on a proposé ce correctif : le verbe grec pourrait être traduit par « protéger, défendre, prendre en mains la cause d'autrui », ce qui ferait dire à Ignace : « à l'Église qui, dans le pays des Romains... prend en mains la cause de la charité ». Explication qui échoue contre le verbe 7rpoxâ07jTai qui signifie « présider, dominer » et pas autre chose. La vérité est que la solution du problème soulevé par le texte d'Ignace se trouve dans cr{à.Tvt\. Divers rapprochements de textes montrent que, dans la langue ignatienne, ce mot ne désigne pas seulement la charité ou la bienfaisance, mais encore l'assemblée, l'alliance de la charité. La traduction suivante est donc plausible : « à l'Église qui préside dans le pays des Romains... qui préside sur l'alliance de la charité ».
En somme on ne peut se soustraire à reconnaître que saint Ignace rend témoignage à la primauté de l'Église romaine, qui possède la présidence dans le pays des Romains et au-delà, non sur les Églises suburbicaires dont on n'avait pas la moindre idée au commencement du 11e siècle, mais sur toute l'Italie et même sur tout l'Occident. L'Église romaine possède une prééminence universelle, elle « préside sur toute la fraternité ». Son frère qui avait nom Hermas ' (voir Dictionn., t. vi, col. 2265-2290). Celui-ci naquit esclave, ou bien, enfant trouvé, fut recueilli par un éleveur d'esclaves, mais on ne sait où, fut amené à Rome et vendu à une dame nommée Rhodé. Hermas avait donc un frère, appelé Pie, celui-ci devint pape de Rome et le fait est notable qu'à cette date un chef de l'Église put être né dans l'esclavage. Hermas ne nous en dit rien et c'est par le « canon de Muratori » que nous en sommes instruits.
Au pape Pie succéda Ani cet vers l'an 151, car il n'y a pas lieu de tenir compte de l'interversion de leurs deux noms dans le catalogue libérien. On a dit avec justesse que « dans l'histoire, encore si imparfaitement connue, de l'Eglise romaine au nc siècle, les dix ou douze années du pontificat de saint Ani cet semblent avoir eu une très spéciale importance... C'est, pour le christianisme, un, temps d'organisation intérieure, de lutte contre les hérésies, de conquêtes dans la société païenne. L'Église de Rome est alors particulièrement active ; l'apologiste saint Justin y enseigne et y écrit ses ouvrages ; les hérétiques Marcion et Valentin y tiennent école et y propagent leurs doctrines ; le vieil évè que de Smyrne, Polycarpe, y vient en visiteur respecté, le savant Hégésippe y passe de nombreuses années dans l'étude des traditions. Une vie intense circule dans cette communauté, dont les progrès sont souvent troublés par des persécutions passagères - ».
Cette Église de Rome est, quoiqu'on en ait pu dire, moins latine que grec que, à en juger par les noms des évêques qui la dirigent. Après Linus, Cletus et Clemens dont les noms sont latins, viennent Télesphore, Hygin, Ani cet, un Syrien originaire d'Émèse ; Soter, un Campanien venu de Lundi ; Éleuthère, sorti de Nicopolis. Nous avons dit 3 avec quelle circonspection il faut conclure des noms propres à l'origine de ceux qui les portent, mais encore ne faut-il pas dédaigner cet indice. Les plus anciens monuments littéraires de l'Église de Rome ont été rédigés en langue grec que : les deux lettres écrites par le pape Clément, en 96, et par le pape Soter (vers 160) à l'Église de Corinthe, le Pasteur d'Hermas (vers 140) écrit à Rome et destiné à la communauté de. cette ville. Ainsi deux papes et le frère d'un autre pape emploient le grec de préférence au latin, mais on remarquera qu'ils appartiennent à la portion cultivée et dirigeante et qu'ils destinent leurs écrits à une Église située en Grèce et à un auditoire de lecteurs répandu dans toutes les chrétientés helléniques.
A Rome même la langue latine est préférée par la masse de la population et employée dans tout ce qui n'a pas reçu une éducation exoti que ou qui n'ap partient pas aux diverses colonies étrangères : Alexandrins, Asiates et Juifs. Cependant, il faut reconnaître que ceux-ci sont plus remuants et donnent l'impression qu'ils existent, tandis que les Latins ne font pas parler d'eux et paraissent ne pas parler entre eux. Ni la Gaule, l'Espagne et l'Afri que n'envoient à Rome des écrivains ou des orateurs, ou bien en petit nombre et bien vite « déracinés », tandis que toutes les contrées helléniques ont leurs représentants qui se signalent par la hardiesse de leurs enseignements, hardiesse contre laquelle les Latins ne sont pas suffisamment en garde. Sous le pontificat d'Hygin, Cerdon vient d'Asie et Valentin vient d'Egypte et s'installent à Rome où ils vont vivre plusieurs années. Marcion, originaire de Sinope dans le Pont, s'implanta à Rome vers 138-139 et s'y fait bien accueillir par un don à
A.
XIV.
l'Église de 200 000 sester ces. Cinq ans plus tard, héréti que et excommunié, on lui restitue son présent, mais il a jeté un trouble profond par ses écrits et sa doctrine qui ont rencontré un grand nombre d'adhérents, lequel ira en se développant encore pendant plusieurs années *. Rome offre un terrain d'essai qui paraît attirer les hérétiques ; on y voit arriver, sous le pontificat d'Ani cet, une intrigante affiliée à la secte des Carpocratiens de qui les erreurs vont de pair avec l'immoralité 2.
L'Église de Rome a d'autres maîtres qui l'ont honorée par leur talent et leur sainteté. Un des plus célèbres est Justin, fils de Priscus, petit-fils de Bacchius, originaire de Flavia Neapolis, ville alors nouvelle et qui existe encore sous le nom de Naplouse, dans la Syrie palestinienne 3. On a imaginé de lui trouver une ascendance romaine 4. Simple conjecture. Il nous suffit de savoir qu'il ignorait l'hébreu, s'exprimait en grec, avait habité Éphèse et s'y était converti à la religion du Christ, vers l'âge de trente ans. Ceci l'avait amené à soutenir une discussion longue et ardue avec un rabbin juif nommé Tryphon qu'il ne put convaincre d'erreur ; il quitta l'Asie pour se diriger vers l'Occident.
Nous le retrouvons à Rome où il semble avoir séjourné habituellement, sauf une interruption dont la durée n'est pas connue. C'est à Rome qu'il écrivit ses ouvrages : deux Apologies, un Dialogue avec le juif Tryphon et plusieurs autres qui sont perdus. A Rome, il tient école et, quoi que laï que — car Tillemont a été seul, et sans preuves, à le croire prêtre — il a des discip les qui sont des Orient aux : Évelpistus de Cappadoce, Hiérax d'Iconium et, une femme, Charito. Au cours d'un interrogatoire le juge lui demande : « Dismoi où vous vous réunissez et où tu rassemb les tes discip les ? » — « Je demeure au-dessus des bains de Timothée, et, pendant tout le temps présent (et c'est le second séjour que je fais à Rome) je n'ai connu aucun autre lieu de réunion que celui-là. Ceux qui voulaient venir me trouver, je leur communiquais la doctrine de la vérité. » Ce qui ne veut pas dire que Justin se soit interdit une propagande plus active. Il n'était pas homme à attendre chez lui qu'on vînt lui parler de questions religieuses, mais il tenait école de philosophie. Faisait-il l'office de catéchiste ou bien laissait-il au clergé romain le soin de préparer les catéchumènes, on ne peut le dire, mais on l'imagine assez volontiers abordant avec ses interlocuteurs les questions d'exégèse. Son enseignement devait être très relevé puisqu'il fut suivi par Tatien, l'Assyrien, oriental comme lui, mais déjà beaucoup mieux au courant que lui de tout ce qui constituait alors la culture : philosophie, littérature, arts plastiques, religions et superstitions. Si un homme aussi cultivé que Tatien lui décerne le titre d'admirable, c'est un hommage rendu à sa vertu ; mais s'il fréquenta son école tant qu'il vécut et ne quitta l'Église qu'après son martyre, c'est qu'il trouvait, auprès de ce maître, la seule chose qui lui manquât encore, la philosophie chrétienne. pour le baptême et pour la communion. Quelques années plus tard, vers 165 ou 166, sous le règne du philosophe Marc Aurèle, Justin, autre philosophe, fut dénoncé par un collègue en philosophie, Crescens, qui « surpassait tout le monde par ses vi ces contre nature et était très adonné à l'avarice. Lui donc, qui conseillait le mépris de la mort, craignait lui-même tellement la mort qu'il intrigua pour le conduire à la mort ». Ce fut le préfet de Rome, Rusticus, qui avait gagné Marc Aurèle à la philosophie, qui reçut l'accusation et prononça la peine de mort contre les six chrétiens.
Il faut nous résoudre à ne rien savoir de l'impression produite dans l'Église de Rome par la disparition de ces martyrs. Après eux on peut entrevoir un autre étranger, venu de Palestine à Rome, suivant l'attrait qu'exerce sur lui l'étude du passé apostoli que qu'il est venu étudier sur les lieux consacrés par le séjour et la mort de Pierre. Ce qu'il y apprend, il veut en faire part à ceux qui viendront après lui, disant que « venu à Rome, il y a fait une succession jusqu'à Ani cet, dont Éleuthère était diacre, à Ani cet succède Soter, après qui Éleuthère 5 ».
« Tous ceux que nous venons de nommer sont des Orient aux d'origine : Palestiniens, Assyriens, Cappadociens, Pontiques, Asiates ; ils viennent de partout, attirés par la réputation de Rome, et, on doit l'ajouter, puisqu'il s'agit de chrétiens, par la célébrité de l'Église romaine, dont l'importance est connue dans le monde entier. Personne, en effet, n'ignore la place prépondérante que tient cette illustre Église, la présidente de la charité, comme l'appelait naguère saint Ignace d'Antioche. On sait qu'elle s'intéresse à tout et à tous, que rien ne se passe, même dans les communautés les plus éloignées, sans qu'elle n'intervienne, tantôt pour rétablir l'ordre troublé, tantôt pour secourir les pauvres ou les condamnés aux mines6 ; et, puisqu'elle est le véritable centre de la chrétienté, on la visite, on en recueille les traditions, on en établit la liste épiscopale vénérable entre toutes, on s'y installe même pour y prêcher, assuré que toutes les paro les qui en sortiront trouveront partout un écho facile 7 ».
De tous ces traits se dégage l'impression d'une vitalité intense. Nous avons vu Marcion et Justin, situés aux points extrêmes, recruter des discip les, grouper, instruire et suivre en cela l'exemple que rivalisent à donner autour d'eux les hérétiques comme les orthodoxes. Tous ces étrangers groupent de préférence autour d'eux des compatriotes et leurs réunions peuvent, semble-t-il, donner l'impression de parlotes où il est permis de tout dire et, dans certaines d'entre el les, de tout oser. Naturellement, la calomnie est une arme trop facile à manier pour qu'on la dédaigne, mais parmi tout ce pullulement qui fuit la lumière, la calomnie elle-même s'émousse contre une propagande habile. Celle de Marcion paraît avoir trouvé la voie du succès dans une initiative dont il s'avisa le premier. Il s'est tourné vers la population indigène, a fait traduire pour elle ses livres sur l'Évangile, sur l'Apôtre, sur les Antithèses, et par le latin il pénètre dans un milieu où le christianisme était peu et mal connu, tellement que vers 150-155, le marcionisme est, à Rome, l'adversaire le plus redoutable du christianisme 8.
En face de ces dissidents, quelle est l'attitude de l'Église officielle, de son clergé, de sa hiérarchie ? Elle se montre libérale à l'égard d'un docteur comme Justin qui paraît entretenir avec elle des rapports confiants et déférents. Dans tout son enseignement on n'aperçoit nulle part matière à condamnation ; au contraire, c'est un traditionnel, ce qui n'est pas pour lui déplaire. Il se pourrait qu'à l'égard d'Hermas l'entente soit un peu plus laborieuse, car celui-ci n'entend pas fermer les yeux sur ce qui lui déplaît et il y a des voyants qui voient plus de choses qu'on n'en voudrait montrer. Mais son procédé littéraire permet de ne pas trop s'alarmer, car il est toujours possible de ne pas tenir plus de compte d'un voyant que d'un visionnaire. Il lui arrive d'effleurer la doctrine et de faire allusion à l'organisation des communautés, mais l'intention couvre tout et la parenté de l'auteur répond pour ses intentions. S'il en était autrement, l'affaire pourrait se gâter et mal tourner, car la hiérarchie, à cette date, ne badine pas, et, à l'occasion, frappe et condamne. On s'en aperçoit lors que, en juillet 144, Marcion est chassé de l'Église à cause de son enseignement. Pareille rigueur donne pres que toujours à réfléchir, elle se passa sous le pontificat de Pie.
Celui-ci eut pour successeur Ani cet, vers 154-155. Comme si une puissance mystérieuse avait prévu et paré dès lors à une objection future, sous ce pontificat Hégésippe, nous l'avons dit, vint à Rome et là, dit-il, « j'ai établi la succession jusqu'à Ani cet », c'est-à-dire en remontant depuis Ani cet jusqu'aux apôtres. Il ajoute qu' « en chaque succession et en chaque cité, il en est ainsi de la foi », de sorte que des hommes sans mission, comme Hégésippe, voyageant d'Église en Église, constatent que leur foi est partout la même, et que cette foi, par une succession partout vérifiable, remonte aux apôtres. Hégésippe n'est pas un théoricien de la catholicité et de l'apostolicité, il en est un témoin et son témoignage suffit à prouver l'existence à Rome, dès les premiers jours, de cet épiscopat monarchique dont quelques-uns reculent l'apparition au milieu du IIe, au temps d'Ani cet.
Que celui-ci fût un important personnage on peut l'admettre en voyant que ce Syrien n'hésita pas à s'engager à fond dans le conflit soulevé par la date pascale (voir Dictionnaire, t. XIII, au mot Pâques), et à tenter d'obtenir l'uniformité liturgique de la fête. Il invita le groupe asiatique de la communauté de Rome à renoncer à l'usage auquel il était attaché de célébrer le jeûne et la fête à une date différente de celle adoptée à Rome. On lui répondait par un refus et on recourut à l'arbitrage des Églises d'Asie Mineure.
Voici le texte d'Eusèbe : « Le bienheureux Polycarpe fit un séjour à Rome sous Ani cet ; ils avaient entre eux d'autres différends de peu d'importance, et ils tombèrent vite d'accord ; sur cette question (de la Pâque) ils ne se cherchèrent pas querelle. Ani cet ne pouvait persuader à Polycarpe de ne pas observer ce qu'avec Jean, le disciple de Notre-Seigneur, et avec les autres apôtres, dont il avait été le familier, il avait toujours observé ; Polycarpe, de son côté, ne put persuader Ani cet qui lui dit qu'il devait conserver la coutume des presbytres qui l'avaient précédé. Les choses étant ainsi, ils restaient en communion l'un avec l'autre et, à l'église, Ani cet céda l'eucharistie à Polycarpe, évidemment par déférence, et se quittèrent en paix, et dans l'Église tous avaient la paix, qu'ils gardassent ou non l'observance. » Il nous semble qu'on a apporté de ce fait l'explication la plus lucide en disant qu' « il est vraisemblable qu'Ani cet fut une personnalité très forte et qu'il se montra plus agissant que la plupart de ses prédécesseurs. Cet incident jette une vive clarté sur ses méthodes de gouvernement ». La divergence touchant la date pascale étant purement liturgique, « n'aurait pas eu grande importance si elle ne s'était produite qu'en des communautés aussi éloignées l'une de l'autre que celles de Rome et de Smyrne ou d'Éphèse. Mais il y avait à Rome, nous le savons, un groupe assez nombreux d'Asiates, qui prétendaient bien rester fidèles à leurs coutumes nationales et célébrer la fête de Pâques conformément à leurs traditions. De la sorte, c'était à l'intérieur même de la communauté romaine qu'apparaissait une fâcheuse différence de pratiques, et cette multiplicité d'usages portait atteinte à l'unité. Les prédécesseurs d'Ani cet, Pie, Hygin, Télesphore, Sixte, avaient pourtant accepté les coutumes asiatiques et avaient gardé la paix avec ceux qui venaient à eux des régions où on les observait. Ils n'avaient pas songé à rompre avec eux la communion et ils leur avaient envoyé l'eucharistie en signe de fraternité. On peut sans invraisemblance supposer qu'Ani cet n'eut pas la même mansuétude et qu'il essaya de ramener à l'usage romain les Asiates de sa communauté qui ne l'admettaient pas. Ceux-ci refusèrent et auraient fait appel à la grande autorité doctrinale de leur pays, Polycarpe de Smyrne ».
Au nombre des « petites » affaires que Polycarpe de Smyrne put résoudre à Rome d'accord avec saint Ani cet se trouvait le conflit avec les marcionites. Irénée nous apprend qu' « il ramena beaucoup de ces hérétiques à l'Église de Dieu, en prêchant qu'il avait reçu des apôtres une seule et unique vérité, celle qui était transmise par l'Église. » Celle-ci, à l'intérieur de la communauté romaine, ne laissait pas que d'avoir ses faiblesses et ses misères dont nous est témoin le livre d'Hermas. Sans doute on y rencontre un clergé qui mène une vie sainte et pratique les vertus de son état, mais il s'y trouve aussi des dignitaires que leur ambition féroce fait comparer à des empoisonneurs ; la même diversité apparaît dans les rangs des fidèles qui comptent des membres jusque parmi la meilleure société. Parmi ceux-ci il en est qui ne persévèrent pas dans la foi et abandonnent Dieu d'une manière définitive, comme il en est d'autres qui se détournent de la foi pour avoir cru la pénitence impossible ; enfin, parmi ceux-ci qui ne se détournent pas de la foi, certains renoncent à en accomplir les œuvres et devenus riches, orgueilleux et hautains partagent la société des païens, plus délectable que celle des justes.
Certains nourrissent contre leur prochain des ressentiments qu'ils dissimulent et sont prêts à renier le divin Maître au jour où éclatera la persécution. Tous ont un pressant besoin de faire pénitence et c'est à cela que veut les attirer Hermas qui leur rappelle que parmi les pécheurs on trouve beaucoup de saints qui ont gardé la grâce de leur baptême et observé les commandements ; d'autres qui ont confessé dans les tourments et méritent de prendre place parmi les apôtres, les épiscopes, les didascales et les diacres.
« Somme toute, au milieu du IIe, la chrétienté de Rome reste généralement fervente ; et cette ferveur est une sorte de miracle, si l'on songe aux conditions au milieu desquelles elle doit vivre. Le paganisme l'enserre de toutes parts. Nombreuses sont les familles dans lesquelles le mari est païen, tandis que la femme est chrétienne ». Justin nous fait connaître, pour l'époque même d'Ani cet, une de ces familles et l'anecdote ouvre un jour précieux sur la société chrétienne à Rome :
— » Pastor, Vis., III, vi, 5. — « Pastor, Sim., VIII, i, 16 ; m, 8. — 13 Pastor, Vis., III, v, 3. — 14 Pastor, Vis., III, II, 1.
» Une femme avait un mari qui vivait dans le vice, comme elle-même y avait vécu auparavant. Elle avait été instruite des enseignements du Christ et s'était corrigée. Elle cherchait à ramener aussi son mari à des sentiments meilleurs, lui exposait la doctrine et le menaçait du feu éternel réservé à ceux qui vivent dans le mal et contrairement à la saine raison. Le mari persévéra dans la débauche, et, par sa conduite, s'aliéna l'esprit de sa femme. Elle crut que c'était désormais une impiété que de partager la couche d'un homme qui cherchait par tous les moyens des plaisirs contraires à la loi naturelle et à la justice, et elle résolut de se séparer de lui. Sur les conseils et les instances de ses parents, qui lui faisaient espérer que son mari viendrait enfin à résipiscence, elle se fit violence et resta. Celui-ci partit pour Alexandrie. Elle apprit que, là, il se conduisait encore plus mal. Craignant d'avoir part à ses crimes et à ses impiétés, si elle restait avec lui, partageant son toit et sa couche, elle lui signifia le repudium, et se sépara de lui. Cet honnête mari aurait dû être heureux de voir sa femme, qui autrefois vivait sans retenue avec des serviteurs et des mercenaires, adonnée au vice et à toutes les iniquités, mettre fin à une telle conduite et chercher à le convertir comme elle ; mais, à la suite de ce divorce, opéré sans son consentement, il l'accusa d'être chrétienne. Elle vous présenta une requête à vous, empereur, demandant qu'on lui permît de régler d'abord ses affaires ; après quoi elle répondrait à l'accusation portée contre elle. Vous avez acquiescé à sa demande. Son mari, ne pouvant rien contre elle pour le moment, tourna sa fureur contre un certain Ptolémée qui lui avait enseigné la doctrine du Christ et qu'il fit condamner par Urbicus de la manière suivante :
« Il gagna un centurion de ses amis, qui fit jeter en prison Ptolémée : il lui avait persuadé de se saisir de Ptolémée et de lui demander seulement s'il était chrétien. Ptolémée, toujours sincère, ennemi de la ruse et du mensonge, avoua qu'il était chrétien ; le centurion le fit mettre dans les fers et le tint longtemps en prison. Conduit enfin devant Urbicus, on lui demanda seulement, comme la première fois, s'il était chrétien. De nouveau, ayant conscience des biens qu'il devait à l'enseignement du Christ, il confessa... Urbicus le fit mourir. Un certain Lucius, lui aussi chrétien, témoin de cette sentence inique, dit à Urbicus : « Eh quoi ! Voilà un homme qui n'est ni adultère, ni débauché, ni homicide, ni voleur, ni ravisseur, qu'on ne peut en un mot convaincre d'aucun crime ; il avoue seulement s'appeler chrétien, et vous le condamnez ? Ce jugement, Urbicus, n'est pas conforme aux intentions du pieux empereur, ni du philosophe, fils de César, ni du sacré Sénat. » Sans autre réponse, Urbicus dit à Lucius : « Tu me parais, toi aussi, être chrétien. » — « Certainement », répondit Lucius, et il le fit de même conduire au supplice. Le condamné lui rendit grâces : mourir, c'était pour lui être délivré de ces maîtres injustes pour aller auprès du Père et du Roi des cieux. Un troisième se présenta qui fut également condamné à mort et exécuté. » D'après cela on voit sous quel régime dure et se développe la communauté romaine : aucune garantie légale. La législation du Christiani non sint reste applicable et l'interdiction, par Trajan, de la délation est illusoire, l'aveu de christianisme suffit à envoyer trois hommes à la mort, à la discrétion du préfet Urbicus. Son confrère Rusticus ne prend pas beaucoup plus de précautions à l'égard de Justin et des cinq fidèles qu'il condamne. Cependant la persécution n'est pas ouvertement déclarée et il faut se tenir sur ses gardes, se dérober, se dissimuler. « Ou vous réunissez-vous ? » demande Rusticus à Justin : « Là où chacun le veut et le peut. Tu penses que nous nous réunissons tous dans le même lieu ? Pas le moins du monde. » II y avait donc différentes assemblées dans lesquelles on administrait le baptême et on distribuait l'eucharistie ; ainsi commence à se développer l'Église de Rome qui, outre son chef et sa hiérarchie, possède des fidèles nombreux et héroïques, des apologistes disposés à prendre sa défense, des admirateurs venus de partout afin de constater les œuvres par lesquelles s'affirme la vitalité de cette Église déjà adulte et robuste, tenant tête à tous ceux qui la combattent : hérétiques, païens et juifs. Ceux-ci ne sont ni les moins fourbes ni les moins agressifs, toujours prêts à dénoncer : « Quand même on dirait des milliers de choses, et une seule si petite soit-elle qui vous déplaise ou que vous ne comprenez pas ou qui ne soit pas absolument exacte, vous ne tenez aucun compte des milliers de bonnes choses, mais vous vous emparez de la petite futilité, et vous multipliez les efforts pour la faire regarder comme une impiété et une injustice ». Ainsi, comme on le voit par les exemples rapprochés, il n'est pas impossible de reconstituer la physionomie de l'Église de Rome sinon à une date précise, du moins pendant la période d'un pontificat d'une durée moyenne. Le personnage même d'Ani cet, s'il n'offre pas les traits d'un pape Clément, se laisse cependant entrevoir comme celui d'un chef doué d'une certaine énergie mise au service d'une idée claire. S'il ne réussit pas à atteindre tous les résultats désirés, à soumettre les Asiates à l'usage pascal romain, à faire reculer la propagande marcionite, « il n'en réalisa pas moins une tâche importante et donna peut-être à la fonction épiscopale un relief qu'elle n'avait pas connu sous ses prédécesseurs ».
XXI. Les écoles romaines au IIIe. — Au titre de didascale dont nous avons donné un exemple épigraphique à Rome (voir Dictionnaire, t. iv, col. 798-800) on pourrait associer, pour une date plus ancienne, le célèbre Hermas. On sait que celui-ci est favorisé de visions, mais il y a visions et visions, les siennes regardent tantôt dans le passé, tantôt vers l'avenir. Une des plus célèbres parmi ces visions est la troisième qui concerne la construction d'une tour symbolique où entrent des pierres carrées et blanches qui s'appareillent exactement et qui sont les apôtres, les évêques, les didascales et les diacres qui ont marché dans les saintes voies de Dieu et qui ont rempli avec pureté et dignité leurs fonctions... pour le bien des élus de Dieu ; les uns sont morts, les autres vivent encore. On voit reparaître apôtres et didascales dans la similitude IXe, mais ceux-ci sont déjà morts lorsqu'écrit Hermas et descendus aux enfers pour faire entendre la bonne nouvelle aux âmes des trépassés. Nous n'avons pas à nous occuper de ceux-ci, tandis que les didascales de la IIIe vision sont des contemporains d'Hermas, qui enseignent présentement dans l'Église de Rome. Suivant les vraisemblances, ils n'appartiennent pas au clergé, quoi que leur prédication les distingue parmi les simples fidèles et leur donne un rang à part. Ce sont des maîtres privés dont l'enseignement n'offre pas une garantie doctrinale absolue, notamment en matière de pénitence, puis que certains parmi eux avancent qu'il n'y a pas d'autre pénitence que le baptême. Hermas lui-même est parti d'une seconde pénitence et il ne ménage pas, en parole du moins, ceux dont la prédication s'inspire de la passion du gain et de l'exploitation des pécheurs. D'après cela on peut entrevoir la situation délicate que les didascales peuvent provoquer dans la communauté ; ainsi s'explique-t-on comment Hermas qui est un prophète ne veuille pas faire figure de didascale. Il n'a ni école ni disciples ; sa mission est bien délimitée : il doit prêcher la pénitence et soumettre ses visions aux chefs de l'Église à l'égard desquels il peut et doit s'exprimer en toute franchise, comme pourrait faire un supérieur.
Ces indications sont assez vagues et ne suffisent pas à nous instruire sur l'organisation et le fonctionnement des didascales romains ; il faut s'adresser ailleurs. Au dire de saint Épiphane, il arriva qu'après la mort du pape Hygin, Marcion posa aux prêtres de l'Église de Rome des questions embarrassantes sur la signification à donner à deux paraboles évangéliques : celle du vin nouveau qu'on ne met pas dans de vieilles outres et celle de la pièce d'étoffe neuve qui ne doit pas être cousue à un vieux vêtement. À cela, « les doux et saints prêtres et didascales de la sainte Église de Dieu répondirent en lui expliquant selon l'ordre et l'harmonie ». Ces mots désignent-ils deux catégories distinctes : une de presbytres et une autre de didascales ? Comme un seul article sert à déterminer les deux termes qualifiés par les mêmes épithètes, on peut soutenir l'existence d'une seule catégorie qui cumule le gouvernement et l'enseignement. Ainsi donc, à prendre la phrase d'Épiphane au sens strict, l'Église de Rome était dirigée par sa hiérarchie et enseignée par ses prêtres. C'était ce qui faisait sa force en face des conventicules hérétiques plus ingénieux ou plus brillants peut-être, mais aussi plus suspects dans leur doctrine et dans leurs déductions.
Nous trouvons un exemple d'école romaine, vers le milieu du IIe, dans la maison d'un nommé Martin, auprès des thermes de Timothée ; on aura reconnu le logement de saint Justin. Une fois converti au christianisme, il se mit à enseigner ce qu'il avait appris et ce que ses réflexions y avaient ajouté, mais il prenait soin d'avertir de ce qu'il mettait de sien, craignant d'en imposer à ses auditeurs. Comme il est laïque, on n'a aucune raison de croire qu'il donne un enseignement ecclésiastique officiel, mais comme en même temps il est pleinement orthodoxe, on a tout lieu de penser que son école est approuvée par les chefs de l'Église. C'est, si l'on veut, un didascale hors cadres. À ce point de vue, sa méthode est instructive, et c'est celle que l'on suit généralement dans les didascalées païennes : il procède par demandes et par réponses ; lorsqu'il a affaire à des juifs, comme dans le Dialogue, il s'appuie surtout sur le témoignage des livres saints qu'il connaît admirablement ; il discute les diverses interprétations que l'on peut donner des prophéties ; il critique la méthode des maîtres juifs ; il examine les diverses leçons des manuscrits et y dénonce à l'occasion des suppressions arbitraires ou des interpolations suspectes ; tour à tour il appelle à son aide la critique textuelle, la philologie, l'exégèse, la philosophie ou l'histoire. Lorsqu'il a devant lui des païens, ce sont les arguments philosophiques qui tiennent la première place, et ce sont aussi les preuves juridiques et morales, mais il ne renonce pas à faire appel au témoignage des prophéties : les livres saints, abstraction faite de leur inspiration divine, annonçant bien des événements futurs et la réalisation de ces oracles est de nature à frapper les païens.
Sur le modèle de cette école a dû se former celle que fonda Tatien, ancien élève de Justin, et ce Ptolémée que nous connaissons à peine mais que nous venons de voir travaillant à une conversion.
Le peu qu'on vient de dire de l'école tenue par Justin dépasse néanmoins ce que nous savons d'autres didascalées. Nous ignorons presque tout de l'établissement de Tatien qui, d'après la Chronique de saint Jérôme, continua à enseigner à Rome pendant quelques années avant de s'écarter de l'orthodoxie. Sa méthode, pour autant que permet d'en juger son Discours aux Grecs, était à l'opposé de celle de saint Justin : emportée, violente, agressive et cherchant à faire valoir infatigablement les insuffisances et les contradictions de la sagesse antique. Son livre intitulé Problèmes est perdu, on en ignore le sujet.
Rhodon, disciple de Tatien, enseigna longtemps à Rome avec un certain succès ; il s'en prenait aux hérétiques, et notamment au marcionite Apelle. Nous n'en connaissons que ce qu'il a jugé bon de nous apprendre : « Le vieil Apelle, dit-il, s'étant abouché avec nous, fut convaincu qu'il disait beaucoup de choses de travers : aussi déclara-t-il qu'il ne fallait pas du tout épiloguer, mais que chacun devait rester selon ce qu'il avait cru ; il affirma en effet que ceux qui espéraient au Crucifié seraient sauvés, pourvu seulement qu'ils fussent trouvés en bonnes œuvres. Rhodon s'écria : « D'où tires-tu cette démonstration ? et comment peux-tu dire qu'il n'y a qu'un principe ? montre-le moi ! » Rhodon répondit que les prophéties se réfutent elles-mêmes, parce qu'elles ne disent absolument rien de vrai ; elles sont contradictoires, mensongères et opposées les unes aux autres. Quant à la raison pour laquelle il n'y a qu'un principe, il dit ne pas la savoir, mais que telle était son impression... Je me mis à rire et lui reprochai de se présenter comme un maître, alors qu'il ne savait pas confirmer son enseignement. On peut douter qu'Apelle fut le radoteur dépeint par Rhodon qui le montre sous l'emprise d'une certaine Philomène ; ce qui est à retenir c'est qu'il fut l'auteur d'un ouvrage en trente-huit livres intitulé : Syllogismes où il se proposait de mettre Moïse dans son tort. Ce qu'on nous en apprend suffit-il à justifier ce qu'on nous dit de l'habileté technique de ce logicien ? Il semble permis de conserver des doutes.
À côté d'Apelle il faut rappeler les noms d'autres chefs d'écoles : Potitus, Basilicus, Synérus qui s'inspiraient de Marcion ou le continuaient chacun à sa manière, et à ces noms viennent s'en ajouter quelques autres tout aussi oubliés, comme ce Lucanus qui a retenu l'attention de Tertullien et de saint Hippolyte.
Était-il Romain ? Du moins Prépon l'Assyrien enseigna à Rome, et celui-ci fut contemporain de saint Hippolyte qui avait lu un ouvrage de sa composition contre Bardesane. On a dit déjà que Marcion avait recruté en partie son auditoire dans les milieux de langue latine ; les docteurs marcionites insistèrent dans ce sens lorsqu'ils traduisirent la Bible en latin. « Il y a quelque chose de vrai dans cette hypothèse, mais il ne faudrait pas l'exagérer en disant que le catholicisme est resté longtemps une chose purement grecque ou orientale, tandis que le marcionisme a compris tout d'abord l'importance de la conquête chrétienne parmi les Occidentaux d'origine et de langue. Nous sommes, à vrai dire, trop mal informés des conditions de la propagande pour opposer ainsi les orthodoxes et les disciples de Marcion. » L'hérésie gnostique ne fut peut-être pas moins prospère que le marcionisme, mais ses progrès sont moins connus. Sous le pontificat d'Hygin, Valentin se rendit d'Alexandrie à Rome, s'y installa et y établit une école qui dura sous Hygin, Pie et Anicet ; il y reçut le renfort de la doctoresse Marcelline appartenant à la secte carpocratienne. Valentin eut des successeurs : Héracléon et Ptolémée qui eurent l'honneur d'être réfutés, le premier par Origène, le second par saint Irénée. Celui-ci dénonce d'autres « docteurs » gnostiques mais d'une façon si impersonnelle qu'il n'est pas possible de les identifier. Ptolémée a laissé une lettre adressée à une de ses auditrices nommée Flora (voir Dictionnaire, t. vi, col. 1331) à qui il promet de découvrir dans la suite « la tradition apostolique » qu'il déclare avoir reçue.
« Nous ne connaissons pas, jusqu'au pontificat de saint Victor (189-198), et depuis la condamnation de Marcion sous Pie, d'acte solennel de l'autorité ecclésiastique pour écarter la gnose ou le marcionisme, et il est assez vraisemblable qu'il n'y a pas eu en effet de tels actes. Nous sommes aujourd'hui frappés de la liberté avec laquelle enseignaient alors les docteurs privés, dans leurs écoles ouvertes à tous les vents » ; elle s'explique par le fait de la proximité des temps apostoliques et de la ressource qu'on avait de faire appel à la prédication de cette époque et aux souvenirs laissés par elle et conservés par les fidèles ; ces souvenirs constituaient la vraie tradition apostolique.
Saint Irénée, Contra hœreses, 1. III, c. m, n. 2 : « Nous montrerons, dit-il, que la tradition que l'Église romaine tient des apôtres et la foi qu'elle a annoncée aux hommes sont parvenues jusqu'à nous par des successions régulières d'évêques, et ce sera la confusion de tous ceux qui, de quelque manière que ce soit, par complaisance en eux-mêmes, par vaine gloire, par aveuglement, par erreur, ramassent des leçons où il ne faut pas en chercher. Car c'est avec l'Église romaine, en raison de sa prééminence supérieure que doit être d'accord toute l'Église, c'est-à-dire tous les fidèles qui sont dans l'univers, et c'est en elle que tous ces fidèles ont conservé la tradition apostolique ». Cela dit, l'évêque de Lyon invoque la « succession régulière » des évêques de Rome (III, m, 3) : « Lorsqu'ils fondèrent et organisèrent l'Église, les bienheureux apôtres (Pierre et Paul) confièrent à Lin (voir ce nom) la charge d'évêque : c'est ce Lin dont saint Paul fait mention dans sa lettre à Timothée. Anaclet lui succède, dont Clément prend la charge : c'est le troisième successeur des apôtres. A Clément succède Évariste, puis Alexandre, puis, le sixième après les apôtres, Sixte ; ensuite, c'est Télesphore, qui souffre glorieusement le martyre ; ensuite Hygin, ensuite Pie, ensuite Anicet ; Soter succède à Anicet, et c'est maintenant Éleuthère qui possède l'épiscopat, le douzième depuis les apôtres. Voilà l'ordre, voilà la suite qui nous a fait parvenir la tradition apostolique et l'enseignement de la vérité. » Lors que saint Irénée, ou son traducteur, écrit ces mots : Ad hanc enim Ecclesiam, propter potentiorem principalitatem, necesse est omnem convenire Ecclesiam, hoc est eos qui sunt undique fidèles, in qua semper ab his qui sunt undique conservata est ea quae est ab apostolis traditio, on s'accorde généralement à reconnaître que l'expression necesse est implique l'idée, non d'obligation morale, mais de nécessité physique ; en d'autres termes, que saint Irénée a voulu exposer, non ce que les Églises ont le devoir de faire, mais ce que la force des choses leur impose. Le sens de convenire est plus énigmatique. Pris dans le sens métaphorique, ce verbe désigne l'accord des esprits dans la foi, ce qui donne la traduction suivante : « Toutes les Églises, c'est-à-dire tous les fidèles, doivent s'accorder avec cette Église à cause de sa principauté supérieure. » Pris dans le sens propre, il exprime l'idée de rassemblement, et l'on doit alors traduire : « Toutes les Églises... se rendent nécessairement à cette Église à cause de sa principauté supérieure. » La première traduction serait de tout point la plus satisfaisante, n'était la grave difficulté que lui crée in qua. Appliquée à l'église romaine, comme on le fait généralement, et comme l'ensemble de la phrase paraît le demander, cette particule donne à la fin du texte le sens suivant : « la tradition apostolique a été conservée dans l'Église romaine (in qua) par les fidèles du monde entier. » Si, maintenant, on rapproche cette idée de celle qu'on obtient en donnant à convenire le sens d'un accord dans la foi, on se trouve en face de ces deux assertions inconciliables : « Toutes les Églises doivent accorder leur foi avec la foi de l'Église romaine, c'est par elles que l'Église romaine conserve la tradition apostolique. » La seconde traduction fait, elle aussi, dire à saint Irénée que la tradition apostolique est conservée pure dans l'Église romaine par les fidèles du monde entier. Mais, du moins, elle ne mentionne pas la nécessité où se trouvent ces Églises d'accorder leur foi avec celle de Rome, elle échappe donc à la contradiction que l'on vient de constater. D'autre part, on a des preuves nombreuses que, dès les premiers temps du christianisme, fidèles et pasteurs de tous les points du monde se rendaient à Rome. Saint Irénée a pu voir dans ce concours, non pas sans doute la cause, mais la garantie de la fidélité de l'Église romaine à la tradition apostolique. En résumé la traduction de convenire par « se rendre » est plausible.
On s'est rendu compte de l'impossibilité d'attribuer à convenire le sens d'un accord dans la foi si l'on rapporte in qua à l'Église romaine. Dans le but de conserver au verbe l'interprétation traditionnelle, on a rattaché la particule aux Églises du monde entier et on a traduit : « Avec cette Église qui jouit d'une principauté supérieure doit s'accorder toute Église (c'est-à-dire tous les fidèles) dans laquelle la tradition apostolique est conservée par les fidèles du monde entier. » Cette traduction soulève plusieurs difficultés ; on ne voit pas notamment ce que viennent faire avec elle les mots : ab his qui sunt undique. On peut cependant la préférer à l'autre à cause du sens qu'elle donne à convenire.
De quelque manière qu'on entende convenire, on doit du moins reconnaître que saint Irénée proclame la primauté de l'Église romaine. Et, à ce point de vue, ce qui importe le plus dans son texte, ce n'est pas convenire, ce n'est même pas le mot principalitas, c'est l'épithète potentior. La principalitas est une prérogative que saint Irénée attribue à toutes les Églises apostoliques (IV, xxvi, 2). Ce qui distingue l'Église romaine, c'est que sa principalitas est potentior, et le convenire qu'ont à accomplir les autres Églises est une pure conséquence de la potentior principalitas. Le saint évêque de Lyon place certainement l'Église romaine au-dessus de toutes les autres Églises, même de celles qui ont comme elle une origine apostolique ; il lui décerne la prééminence. Mais quelle espèce de prééminence ? Il ne s'en explique pas clairement.
Enfin saint Irénée fait dériver la primauté de l'Église romaine avant tout de sa fondation par les apôtres Pierre et Paul. C'est ce que semble prouver la phrase : maximae et antiquissimae et omnibus cognitae a gloriosissimis duobus apostolis Petro et Paulo fundatae... Ecclesiae. Cette phrase précède le texte ad hanc Ecclesiam et elle est destinée à rendre compte de la prééminence de l'Église romaine. Or, on voit que, si elle fait appel à l'antiquité, au développement numérique et à la célébrité de l'Église romaine, elle met aussi en relief sa fondation par les apôtres saint Pierre et saint Paul.
Vers le dernier quart du 11e siècle saint Irénée jouit d'une autorité d'autant plus grande que par son origine et par son rang il personnifie à la fois les Églises d'Asie et celles qui ont réussi à s'implanter en Gaule : Marseille, Lyon-Vienne, Autun ; ainsi, à cette date, l'Église de Rome était bien la reine et maîtresse de toutes les Églises.
XXIII. Le témoignage d'Abercius. — C'est alors que se place le voyage en Occident, à Rome, d'un évêque d'Hiéropolis, en Phrygie, qui est, nous dit-il, « disciple d'un saint pasteur qui fait paître ses troupeaux de brebis sur les montagnes et dans les plaines, qui a de grands yeux dont le regard atteint partout. C'est lui qui m'a enseigné les écritures dignes de foi. C'est lui qui m'envoya à Rome, contempler la majesté royale et voir une reine aux vêtements d'or et aux chaussures d'or ». (Voir Dictionnaire, t. i, au mot Abercius.)
XXIV. Le « canon » de Muratori. — Ce document paraît être d'origine romaine *. Nous en avons déjà exposé l'importance (voir Dictionnaire, t. xn, col. 543-560), mais au point de vue particulier qui nous retient ici, il nous apprend les préoccupations de l'Église de Rome vers la période 180-200.
XXV. Le symbole romain. — Parmi ces préoccupations une des plus graves consistait dans la préparation des catéchumènes au sacrement de baptême. Dans cette vue il fallait les instruire de la règle de foi ou symbole des apôtres. Le texte alors déjà traditionnel différait à peine de celui qui est reçu de nos jours. Tertullien nous l'a conservé en entier et déclare qu'il était en usage dans les Églises d'Afrique et d'origine romaine.
Le texte d'Hippolyte a été présenté et discuté par dom H. Connolly4 et par dom B. Capelle 6, à grand renfort de variantes, dont nous ferons grâce, pour aboutir chez le second au texte que voici :
2. (nt,areùet.ç) etç Xpicrrôv 'I^ooOv t6v uîov toû Osoû 3. tov ex TVjsû[ia.zo< ; àylou xal Maplaç tTjç 7rap6évou 4. t6v (TTaupcoOévra èm IIovtîo'j ITiXoctou xal dbro6av6vTa (xal Tacpévra ?) 5. xal tîj TpÎTfl ruiépcç. Çoivra èx xcov vsxpôv 6. xal àva6âvxa zlç xoùç oùpavoùç 7. xal xa0Y)[i.£vov èv Se^tâ toû TOcxpôç 8. épy6ji.svov xptvou Çwvxaç xal vexpoôç 9. (rhffTeûeiç) etç Trveùu.a àyiov 10. xal àylav IxxXvjalav 11. om.
12. xal aapxôç àvâaTaaw.
Le texte de Tertullien, est, nous dit-il lui-même, d'origine romaine e : Videamus quid didicerit (Ecclesia romana), quid docuerit, quid cum africanis quo que Ecclesiis contesserarit : Unum Deum Dominum novit... Rome avait donc, de même qu'on échange un gage, communiqué son symbole à Carthage et Tertullien, jurisconsulte, donne à ce gage toute sa valeur légale, ce qui le tient en garde contre toute liberté prise à son endroit. Aussi dans les quatre passages empruntés à ce symbole romain, quoiqu'il ne cite pas textuellement et se permette de fortes variantes, il reste fidèle au texte qui lui est peut-être plus familier en grec qu'en latin.
Voici les quatre passages conservés par lui :
1. De virginibus velandis, c. i. — (1) Credendi in unicum Deum omnipotentem, mundi conditorem (2) et Filium ejus Jesum Christum (3) natum ex Maria Virgine (4) crucifixum sub Pontio Pilato (5) tertia die resuscitalum a mortuis (6) receptum in cœlis (7) sedentem nunc ad dexteram Patris (8) venturum judicare vivos et mortuos (12) per carnis etiam resurrectionem.
2. Adversus Praxeam, c. n. — (1) Unicum... Deum credimus ... (2) Filium Dei... Jesum Christum (3)... ex ea[ = virgine] natum (4)... passum... mortuum et sepultum (5)... et resuscitatum (6)... et in cœlo resumptum (7) sedere ad dexteram Patris (8) venturum judicare vivos et mortuos (9)... Spiritum sanctum.
3. De prœscriptionibus hœrelicorum, c. xm. — (1) Creditur unum... Deum esse nec alium prœler mundi conditorem... (2) Filium ejus... (3) delatum ex Spiritu... in virginem Mariam... ex ea natum... Jesum Christum (4)... fixum cruci (5) tertia die resurrexisse (6) in cselos ereptum (7) sedere ad dexteram Patris... (8) venturum... ad profanos judicandos (12). ...cum carnis restitutione.
Le n. 1 semble être une citation littérale, sans interruption ni glose ; le type romain est évident avec Christum Jesum et sub Pontio Pilato. Les principales variantes sont crucifixum, passum, fixum cruci (à 4), receptum in cœlis, in cœlo resumptum, in cœlos ereptum (à 6), resurrectionem et restitutione (à 12). « Seul le premier article porte trace certaine d'influences orientales : unum qui fait partie du symbole de Tertullien, n'a certainement pas été introduit par lui et cependant n'appartint ja mais au symbole romain tandis qu'il se trouve dans les credos orientaux. Le cas de mundi conditorem est plus délicat. C'est aussi une expression venue de l'Orient, mais on n'oserait affirmer qu'elle n'est pas une addition de Tertullien '. » La restauration du texte est donc en partie conjecturale : voici celle qu'on peut proposer :
1. IIiefTSUco elç ëva Qeôv, TOXvroxpaTopa, Trâvxwv 7toiy)tt ;v 2. xal sic, Xpt-GTÔV 'Irjaoùv, tov ulàv toô BsoG 3. tôv ( ?) yevv7)6svTa èx 7tveu(i.ATOÇ àyîou (xal ?) èx Maplaç TTJÇ TOXpôévou 4. tov ( ?) crrauptooévtoc È7ul ilov-rlou ( ?) xal Tacpsvra 5. àvacTavra ty) TplTT) ^[xspqt èx tcôv vsxpcôv 6. àva6âvxa ?) sic -roùç oùpavouç 7. (xal ?) xa0ï)(i.evov èv Se^iâ toû Ttaxpôç 8. èpyô(j.evov xpîvai ÇîovTaç xal vexpoùç 9. xal eiç 7rveû(i.a aytov 10. âyîav èxxXrjoîav 11. ?
Le texte de Tertullien représente une date un peu antérieure à celle du texte d'Hippolyte, car lors que Tertullien l'a transcrit, l'Église de Carthage en avait pris possession et, peut-être, en lui imposant quelques altérations. Le détail d'une comparaison de ces deux textes de Tertullien et d'Hippolyte, détail toujours révisible et par conséquent en partie arbitraire, importe moins que la conclusion d'ensemble, à savoir que « l'Église romaine usait, vers la fin du IIe, non d'un symbole réduit, mais d'un symbole complet, c'est-à-dire avec le développement christologique de la seconde partie. Mais ce symbole n'est pas encore le texte reçu tel que le citeront Marcel d'Ancyre, vers 340, et Rufin, vers 400 ; il en diffère par plus de traits qu'on ne l'a jusqu'ici reconnu. Il ne le fut qu'après 200, en suite d'une révision dont il nous est possible d'apprécier la portée et l'esprit. On changea Fils de Dieu en son Fils unique qui est une expression biblique (I Joa., iv, 9) ; on ajouta Notre-Seigneur au 2e article pour l'équilibrer avec le premier ; on supprima, au Ier, est mort, sans doute parce que faisant double emploi avec a été crucifié ; probablement aussi vivant fut biffé du 5e article, comme une tautologie après ressuscité ; d'où il viendra fut, au 8e, substitué à devant venir, parce que mieux soudé à l'article précédent ; enfin, si tout ne nous trompe, on joignit à la mention de l'Église, la rémission des péchés apparemment parce qu'un symbole servant surtout aux catéchumènes devait porter mention expresse du baptême. Cette mise au point s'opéra au IIIe, à une date impossible à préciser ».
La question pascale, mais cette question rebondissait périodiquement : en 154, en 166, et voici qu'en 190, le pape Victor entreprenait d'en finir (voir Dictionn., t. XIII, au mot Pâques). Il fallait pour cela persuader aux quartodécimans de renoncer à leur observance, ce qui ne tendait à rien moins qu'à se rallier à celle de Rome. Ici on invoquait la tradition de Pierre et de Paul transmise par les presbytres », là on se réclamait de Jean, et ces grands noms devenaient pour chaque parti un point d'honneur à défendre tandis qu'on oubliait trop peut-être que la dualité d'usages et la différence de dates abritaient une divergence d'interprétation de la fête même ; en Asie, la Pâque signifiait la crucifixion, à Rome la résurrection *. Ce qui paraissait n'être qu'un dissentiment conduisait à une rupture, d'autant plus grave que « dans les églises d'Asie, d'Alexandrie et même de Rome, il se produisit, vers la fin du IIe, une revendication en faveur de la coutume judaïque de l'agneau pascal 6 ». Cette circonstance révéla la gravité de la situation : la pratique quartodécimane pouvait entraîner à l'observance judaïsante. Un schisme éclata à Rome, le schisme de Blastus ; alors le pape Victor résolut d'agir, et toute l'Église répondit à son appel. Un des plus notoires parmi les évêques d'Asie était celui d'Éphèse, Polycrate, qui se donna sans réserve et convoqua le synode d'Asie, le seul qui fit résistance • ; partout ailleurs, les évêques « décidèrent que le mystère de la résurrection du Sauveur d'entre les morts ne serait pas célébré un autre jour que le dimanche, et que, ce jour-là seulement, on mettrait fin au jeûne pascal ' ».
Le synode d'Asie fit une réponse très différente à l'intervention pressante et même menaçante de Victor, qui parut un instant pouvoir entraîner de graves conséquences. A Rome, Blastus parlait d'organiser un schisme et le pape Victor, lui, ne parlait de rien moins que d'excommunications.
Ce fut l'intervention miséricordieuse de saint Irénée de Lyon qui lui épargna cette rigueur dont il n'est pas possible de prévoir les conséquences. Frapper les chrétientés de toute l'Asie et les Églises voisines en réponse à la lettre de Polycrate pouvait entraîner la rupture avec les principaux foyers du christianisme, et cette perspective ■ ne plut pas à tous les évêques ». Plusieurs d'entre eux adressèrent au pape des remontrances très vives, leur opinion avait d'autant plus de poids qu'ils partageaient celle d'Irénée. Celui-ci se prononçait en faveur de la coutume romaine qui célèbre toujours le dimanche le mystère de la résurrection, mais il priait respectueusement le pape de ne pas excommunier des Églises entières pour leur fidélité à une tradition vénérable, rappelait la tolérance dont avaient usé ses prédécesseurs, et l'entente du pape Anicet avec le vénérable Polycarpe, contemporain des apôtres.
Il s'en faut de beaucoup que les débuts de son gouvernement aient coïncidé avec une profonde confusion doctrinale dans le milieu romain, mais le gnosticisme et le marcionisme s'y montraient vigoureux encore et gagnaient des partisans sans que Tertullien et saint Hippolyte estimaient devoir combattre. Un autre danger menaçait alors l'Église de Rome : c'était la pénétration de l'hérésie montaniste, venue de Phrygie. L'affectation d'austérité parmi les membres de cette secte devait leur faciliter des recrues parmi une communauté comme celle de Rome où ils eurent de bonne heure des accointances. Nous voyons que dès l'an 177, parmi les confesseurs emprisonnés à Lyon, il s'en trouvait qui sollicitaient saint Irénée de porter au pape Éleuthère, prédécesseur de Victor, une lettre en faveur des montanistes, demandant pour eux sinon la reconnaissance officielle mais du moins la tolérance et le maintien de la paix ecclésiastique. Ce fut probablement le pape Victor qui se refusa à reconnaître la prophétie montaniste.
Sous le pontificat de Victor arriva à Rome un certain Théodote, venu de Byzance où il faisait le commerce du cuir ce qui lui valut le sobriquet de Corroyeur. En outre il était apostat et répandait son erreur : « Pour lui, écrit saint Hippolyte, Jésus est un homme enfanté d'une vierge, selon la volonté du Père ; il a vécu comme tout le monde, mais surpassé tous les hommes par sa piété. Plus tard, lors de son baptême sur les bords du Jourdain, il a reçu et contenu en lui-même le Christ descendu du ciel sous la forme d'une colombe... Mais même alors, après la descente de l'Esprit, Jésus n'est pas devenu Dieu ; selon quelques-uns, il l'est devenu après sa résurrection d'entre les morts. » Théodote le Corroyeur tint à Rome une école qui ne tarda pas à se fractionner en sectes rivales et tandis qu'il implantait la doctrine adoptianiste, Praxéas y introduisait le patripassianisme.
Praxéas était, lui aussi, un Asiate, car l'Asie fut pendant toute cette période des origines le réservoir de l'hérésie. S'il y fut, pendant peu de temps, emprisonné pour la foi, il ne s'obstina pas dans cette voie. « C'était, dit-on, un brouillon et un vaniteux, qui, non content d'avoir empêché Victor de reconnaître la nouvelle prophétie, se mit à prêcher une hérésie encore inconnue. Sous prétexte de maintenir la monarchie divine, Praxéas affirmait que le Verbe n'existe pas à part et qu'il n'est qu'un autre nom du Père : dès lors, c'était le Père lui-même, qui s'était incarné dans le sein de Marie, qui avait souffert, qui était mort, qui était ressuscité. En Jésus-Christ, on pouvait distinguer deux éléments : l'un humain, Jésus, qui est proprement le Fils ; l'autre divin, le Christ, qui est le Père.
« On discute encore sur la personnalité de Praxéas, dont saint Hippolyte, si bien renseigné cependant sur les affaires de l'Église romaine à la fin du IIe, ne dit rien : plusieurs historiens ont vu là un surnom et ont identifié Praxéas soit avec le futur pape Calliste2, soit avec Épigone que saint Hippolyte nous présente comme le disciple de Noët de Smyrne et l'introduireur de l'An monarchianisme à Rome 3. Il est tout aussi vraisemblable que Praxéas a réellement existé, mais que son action personnelle à Rome a été trop brève pour retenir l'attention d'Hippolyte 4 ».
Nous avons parlé déjà du prêtre romain Blastus à qui saint Irénée écrivit à l'occasion du schisme quartodéciman 5 ; on rencontre encore le prêtre Florinus, asiate et disciple de saint Polycarpe de Smyrne avec ce même Irénée6. Peut-être se rendirent-ils ensemble en Occident, mais tandis qu'Irénée poussa jusqu'en Gaule, son compagnon s'arrêta à Rome où il acquit une réelle influence. « Nous connaissons mal sa doctrine. Saint Irénée lui avait adressé, paraît-il, une lettre Sur la monarchie ou que Dieu n'est pas l'auteur des maux ; un peu plus tard, il rédigea encore à son adresse un traité Sur l'ogdoade, comme si Florinus s'était laissé entraîner dans les erreurs de Valentin '. Il est fort possible, en effet, que Florinus n'ait été qu'un gnostique attardé 8 ; quoiqu'il en soit il fut suivi par un groupe de disciples qui lui restèrent fidèles.
« Les indications qui précèdent suffisent à montrer le trouble et la confusion dans lesquels se trouvait la communauté de Rome à la fin du IIe. Vue du dehors, elle pouvait offrir le spectacle d'un inextricable mélange d'écoles rivales, dont tous les chefs prétendaient également s'appuyer sur la tradition et affirmaient posséder seuls la vérité totale. Entre tant de docteurs, comment choisir, et auquel d'entre eux donner la préférence ? En réalité, le christianisme orthodoxe demeurait facilement reconnaissable ; et, à ce moment même, il avait à sa tête un chef décidé à abattre l'erreur sous toutes ses formes.
« Parmi les maîtres qui s'opposaient à la foi traditionnelle, deux étaient prêtres, Florinus et Blastus. Victor avait immédiatement autorité sur eux : il les déposa du sacerdoce 9. Après cela, les prêtres déchus purent bien continuer pendant un temps leurs intrigues. Leurs écoles ne tardèrent pas à disparaître sans laisser de traces.
« Les autres docteurs étaient des laïques : ils continuaient, pour ainsi dire, à représenter les méthodes anciennes ; ils enseignaient comme bon leur semblait, sans s'inquiéter de la hiérarchie et des décisions qu'elle pouvait être amenée à prendre : ni les montanistes I0, ni Praxéas, ni Théodote, ni les autres n'avaient reçu aucun mandat ; ils s'étaient mis à prêcher avec l'intention de recruter des disciples aussi nombreux que possible ; ils continuaient à le faire, et seul le souci de la tranquillité publique aurait pu amener les autorités civiles à intervenir si l'ordre avait été un instant troublé.
« Il est vrai qu'en même temps, sinon déjà auparavant, d'autres prétendaient faire de Victor un partisan de Praxéas et du patripassianisme 3 et qu'ils pouvaient faire valoir des arguments plus spécieux. Praxéas lui-même paraît, d'après ce que raconte Tertullien, être resté peu de temps à Rome. Mais il laissait à Rome des disciples, à la tête desquels se mit Cléomène : Hippolyte nous assure que saint Zéphirin, successeur de saint Victor, permettait à prix d'argent à ceux qui s'adressaient à lui, de se faire les disciples de Cléomène 4 ; accusation absurde sous cette forme, mais qui repose peut-être sur la tolérance dont aurait joui d'abord l'école modaliste qui prêchait une hérésie plus subtile que les adoptianistes. Nous sommes bien assurés que le pape Victor n'a pas accepté le modalisme, mais nous ne savons rien d'une condamnation qu'il aurait portée contre cette erreur.
« Ce qui intéresse surtout ici c'est l'admirable activité déployée par saint Victor contre les maîtres indépendants 6. » Il poursuivit la tâche de ses prédécesseurs avec une énergie accrue, et s'il ne parvint pas à tarir les sources d'erreur à Rome, il rendit impossible l'organisation de nouvelles écoles.
XXVIII. La rivalité de Calliste et d'Hippolyte. — Vers l'an 200, lors que le pape Victor vient de disparaître, l'Église de Rome peut faire le point. L'assaut des hérétiques asiatiques est brisé : gnostiques, marcionites, montanistes sont en recul sinon en déroute. On ne s'en aperçoit pas sur l'heure car l'agitation se prolonge ; à Rome même, un instant, on peut croire que l'habitude de spéculer et de contredire s'y est introduite et s'y conservera, mais après un dernier sursaut elle succombe et s'éteint. Le conflit se concentre autour de deux personnages : Calliste et Hippolyte ; joute rapide et glorieuse. « Dérés comme les gardiens de l'Église, nous ne nous assoupissons pas et ne taisons pas la saine doctrine ». Évidemment nous avons affaire à un évêque et rien moins qu'à l'évêque de Rome, — ou qui se dit tel.
Après la mort du pape Victor, son successeur élu avait été le pape Zéphyrin qui gouverna longtemps (199-217) et autour duquel la lutte fut très vive et même passionnée. Zéphyrin subissait l'influence de son diacre Calliste et autorisait ceux qui le lui demandaient à entendre l'enseignement de Cléomène dont l'école compta un grand nombre d'adhérents, parmi lesquels Sabellius destiné à devenir le chef d'une secte qui porta son nom. Zéphyrin, qu'Hippolyte qualifie de « sot et avare », laissait faire et Calliste flattait les orthodoxes et les sabelliens, réservant ses rigueurs à Hippolyte qu'il traitait de dithéiste. Pour son malheur, Hippolyte ne se bornait pas à faire de la théologie, il élevait son ambition jusqu'au pontificat et à la mort de Zéphyrin il se trouva en rivalité avec Calliste. Celui-ci fut élu et son premier soin fut d'excommunier Sabellius par crainte d'Hippolyte et pour se donner une réputation d'orthodoxie.
Or, Hippolyte était, de par sa science et son talent littéraire, un adversaire redoutable. A l'en croire, ainsi qu'on l'a lu plus haut, il était évêque de Rome ; en réalité Calliste l'avait emporté sur son compétiteur et si Hippolyte a droit à un rang signalé, c'est pour avoir été le premier des antipapes. On ne peut lui contester l'art de déformer les faits puisqu'il en viendra, dans ses Philosophumena, à présenter Calliste sous l'apparence d'un chef de secte hérétique.
« Il était, nous dit-il, esclave d'un certain Carpophore, chrétien faisant partie de la maison de César. Précisément parce que Calliste était chrétien, Carpophore lui confia une somme importante ; d'ailleurs Calliste avait promis de lui rapporter des bénéfices en s'occupant d'affaires de banque. Avec cet argent il fonda une banque dans le quartier de la Piscine publique. Après un certain temps, grâce au crédit de Carpophore, il reçut de nombreux dépôts qui lui furent confiés par des veuves et des frères. Ayant tout gaspillé, il se trouva dans l'embarras. On ne manqua pas de rapporter le fait à Carpophore. Celui-ci déclara qu'il allait lui demander des comptes. Voyant cela, et soupçonnant le danger qu'il courait du côté de son maître, Calliste décampa et courut s'embarquer. Trouvant dans le port un navire prêt à mettre à la voile, il s'embarqua, sans se soucier de la destination. Mais il ne réussit pas, même ainsi, à s'échapper, car on rapporta l'affaire à Carpophore. Celui-ci arriva au port et, d'après les indices qui lui avaient été donnés, tenta de gagner le navire qui, grâce à un retard du commandant, stationnait encore au milieu du port. Du lieu où il se trouvait, Calliste aperçut de loin son maître et, se voyant pris, il renonça à vivre : se jugeant réduit à la dernière extrémité, il se jeta à la mer. Mais les matelots sautant dans des barques le repêchèrent malgré lui, pendant que les gens qui étaient à terre poussaient de grands cris : il fut ainsi livré à son maître, ramené à Rome et enfermé en lieu sûr dans un moulin. » • « Les chrétiens intercédèrent en sa faveur auprès de Carpophore qui fut indulgent et accorda à Calliste une liberté relative à son esclave. Celui-ci désireux de se procurer la gloire du martyre, imagina d'aller faire du tapage dans une synagogue en se proclamant chrétien. Mal lui en prit, les juifs se saisirent de lui, le dénoncèrent au préfet de Rome qui le condamna ad tnetalla et il fut déporté en Sardaigne (voir Dictionn., t. xiv, au mot Plomb). A quel que temps de là, la concubine de Commode, Marcia, qui était chrétienne (voir Dictionn., t. i, col. 2860), obtint sa grâce. Le pape Victor, qui avait dressé lui-même la liste des condamnés graciés, n'y avait pas écrit le nom de Calliste dont il savait les mésaventures, mais celui-ci parvint à se faire comprendre dans l'amnistie et reparut à Rome en qualité de confesseur de la foi. Victor le fit évacuer sur Antium et s'assura au moyen d'une pension de sa tranquillité. Après l'élection de Zéphyrin la situation changea. Calliste trouva tout crédit auprès du nouveau pape à qui il succéda.
Même en réservant quelques doutes, on n'est pas en mesure de tenir ce récit pour suspect et on reconnaîtra qu'Hippolyte était un adversaire redoutable, mais qui, avec toute son adresse, n'avait pu barrer le chemin du pontificat à un ancien esclave, banquier. Il est vrai que pendant sa longue faveur sous le pontificat de Zéphyrin, le diacre Calliste avait eu l'occasion de montrer ses capacités d'administrateur par la création du cimetière officiel de l'Église de Rome. On peut penser aussi que le titre de diacre avait été conféré à un chrétien digne de ce nom, et si Calliste ne pouvait tenir tête en matière de théologie et d'orthodoxie à un maître tel qu'Hippolyte, ce ne fut pas sur ce terrain seulement que celui-ci l'attaqua. Mais est-il bien sûr que Calliste — entouré ainsi qu'il devait l'être — fut tellement inférieur à Hippolyte ? Nous savons qu'il le traitait de dithéiste et ce n'est déjà pas si mal jugé et si mal dit ; en outre, Calliste condamnait Sabellius et c'était très mérité.
Hippolyte dirigea ses coups sur une mesure disciplinaire promulguée par Calliste. Ce qu'on nomme l'édit de Calliste évoque le souvenir d'une décision prise très probablement par Calliste en matière de discipline pénitentielle, et qui eut le don d'exaspérer Tertullien. Il s'agissait de la réconciliation des pécheurs après le baptême, et « le souverain pontife, autrement dit l'évêque des évêques — Calliste, en la circonstance — avait édicté : Moi, je remets les péchés d'adultère et de fornication à ceux qui ont fait pénitence ». Cet « édit péremptoire » souleva l'indignation contre le « laxisme romain ». Cependant, en dépit de ces violences de langage, la manière indulgente prévalut et s'imposa partout.
Calliste mourut en 222, victime probablement d'une émeute populaire, ce qui fait qu'il ne reçut pas la sépulture dans le cimetière organisé par lui et qui a conservé son nom. On regrette de penser qu'entre Hippolyte et lui la réconciliation ne se fit que dans le ciel, car les Philosophumena furent composés après cette mort. Ce ne fut que bien plus tard, en 235, qu'Hippolyte fut condamné à la déportation aux mines de Sardaigne, lui aussi. Le pape Pontien lui aussi y était déporté et tous deux y moururent non sans s'être réconciliés, ce qui valut à Hippolyte d'être honoré comme martyr. La tare du schisme fut oubliée et le martyre fut tenu pour une rétractation. Il laissa l'impression un peu décevante d'une intelligence plus brillante que profonde ; on l'oublia vite, le fait d'avoir écrit en grec en un temps où, décidément, le latin triomphait, y aida ; ainsi on en vint à ignorer, si lui, qui se disait pape, avait été évêque et de quelle ville il l'avait été.
XXIX. Depuis Calliste jusqu'à Corneille. — Pendant cette période d'une trentaine d'années (222-253) qui comprend tout le second quart du iii siècle, et s'étend du règne d'Alexandre Sévère à la fin de celui de Dèce, l'Église romaine continue à gagner en prestige moins du fait de la transcendance de ses papes que de leur esprit de gouvernement. A Urbain (221-230), le Liber pontificalis attribue la répartition du territoire ecclésiastique de Rome en vingt-cinq titres presbytéraux (voir § XXXVII), affirmation insuffisamment prouvée mais intéressante en ce qu'elle montre la pensée de reporter cette organisation à une date aussi reculée. A Pontien (230-235) se rattache le souvenir de la première abdication papale. Déporté aux mines de Sardaigne, il renonce au souverain pontificat vu l'impossibilité où il se trouve d'en remplir les obligations. Antéros (235-236) ne fait que passer. A Fabien (236-250) un long pontificat terminé par le martyre permet de donner sa mesure en qualité d'administrateur de la communauté. Le Catalogue libérien lui fait l'honneur de l'institution des sept diaconies et de la création des sept sous-diacres chargés, avec les notaires ecclésiastiques, de la rédaction des actes authentiques des martyrs. Ceci témoigne des progrès accomplis dans l'organisation intérieure ; il en est de même dans l'organisation extérieure. En Afrique, l'évêque de Lambèse, condamné par un concile provincial sur un point de doctrine, est l'objet d'une lettre sévère du pape de Rome ; en Égypte, le prêtre Origène, condamné par l'évêque d'Alexandrie, adresse au pape Fabien un mémoire justificatif.
Le martyre de Fabien entraîna une grave conséquence. La persécution de Dèce faisait rage et ne permettait pas de procéder à l'élection d'un successeur, la vacance du siège se prolongea quinze mois et l'élection du prêtre Corneille (251-253) devint l'occasion d'un schisme. Un autre prêtre du clergé romain, Novatien, en fut l'auteur. Celui-ci s'était distingué pendant la vacance et avait répondu une fois au moins aux dénonciations adressées à Rome par le clergé de Carthage contre saint Cyprien. Écrivain de talent, théologien averti, Novatien n'avait cessé de protester de son indifférence pour les honneurs ecclésiastiques lors que, soudain, l'élection de Corneille le décida à prendre l'attitude de chef de parti. Celui-ci était peu nombreux, mais déterminé, et tout de suite la rivalité personnelle dégénéra en conflit doctrinal d'une extrême violence. Avec une surprenante rapidité le schisme s'étendit à l'Italie, l'Afrique, la Gaule, l'Orient. « Alors qu'il n'y a, de par l'institution du Christ, qu'une Église répandue en plusieurs membres dans le monde entier, un épiscopat uni que représenté par un grand nombre d'évêques unis entre eux, Novatien s'efforce, malgré l'enseignement de Dieu, malgré l'unité de l'Église catholique dont les membres sont unis et liés entre eux, de faire une Église humaine ; il envoie en un grand nombre de villes de nouveaux apôtres de son choix ; ...et, alors que dans chaque cité se trouvent des évêques régulièrement ordonnés, d'âge avancé, de foi intègre, fidèles dans l'épreuve, proscrits dans la persécution, il ose au-dessus d'eux en créer d'autres qui sont de faux évêques 2 ». Telle était la situation un an à peine après le début du novatianisme. Novatien refusait aux faillis le pardon que le pape Corneille consentait à leur accorder s'ils faisaient pénitence. Les deux Églises de Rome et de Carthage se trouvaient ainsi déchirées par des schismes opposés : la seconde, où un parti réclamait l'indulgence excessive, la première, où le parti de Novatien prétendant faire triompher la rigueur immodérée donnait naissance à une Église de saints et de purs, xoc0ocpoL Mais le pape Corneille eut le sentiment exact de la situation et de ce qu'il pouvait tenter et entreprendre. Il réunit à Rome, dès l'automne de 251, un synode qui compta environ soixante évêques et, en plus, des diacres et des prêtres, et où Novatien fut excommunié 3.
— 3 S. Cyprien, Epist., xxx ; Eusèbe, Hist. eccl., I. VI, L'exploration d'un nouveau cimetière à gauche de la voie Tiburtine * a mis au jour un certain nombre d'inscriptions datées et a été l'occasion d'une découverte importante, celle d'une tombe de martyr, portant cette inscription :
NOVATIANO BEATISSIMO MARTVRI GAVDENTIVS DIAC FEC-
En tenant compte des épitaphes datées de cette partie de l'hypogée et de la paléographie du texte, on est amené à dater ce petit monument du milieu du IIIe.
Quel est ce martyr Novatien dont les pèlerins n'ont pas visité le tombeau et qui n'a laissé aucune trace dans la liturgie ? Le nom figure dans le martyrologe hiéronymien au 27 et au 29 juin, mais dans un texte confus qui ne permet même pas de le rattacher avec certitude à la rubrique Romœ. Il est assez naturel de songer au Novatien qui nous occupe ici et qui, d'après Socrate, aurait souffert le martyre sous Valérien 2. Euloge d'Alexandrie, dans son VIe livre contre les novatiens, fait mention du récit de son martyre mis en circulation par ceux de sa secte, et qu'il qualifie de \)6do\> >_od xa) 6k\o.gzov fi.ocpTupi.ov et de <Jj£u8ofi.ap-r !>piov 3. Les novatiens pratiquaient le culte des reliques, nous le savons par la Depositio martyrum qui les accuse d'avoir volé le corps du martyre Silanus. Mais alors même que le fait du martyre de leur chef serait mieux établi qu'il ne l'est, on n'aurait point d'indice suffisant pour l'identifier avec le Novatianus dont nous venons de transcrire l'épitaphe. Le diacre Gaudentius aurait-il omis d'inscrire à côté de son nom le titre d'episcopus que la secte lui reconnaissait certainement ? Les indices défavorables à l'identification pourraient être multipliés et jusqu'à ce jour aucun argument décisif dans un sens ou dans l'autre n'a été présenté.
Au lendemain de son schisme, Novatien échappe, ou peu s'en faut à l'histoire *. Toutefois, son nom est encore prononcé par des voix de Rome, de Carthage et d'Alexandrie. Voix sévères qui dénoncent la duplicité du personnage et sa propagande criminelle. La lettre du pape Corneille à l'évêque Fabius d'Antioche est impitoyable, mais instructive, et contient d'utiles renseignements sur l'Église et le clergé de Rome au milieu du IIIe. A la lire, on voit qu'il ne fait pas bon d'être hérétique et on se demande si les accusations du pape contre son rival doivent être prises à la lettre, ce qui ne tendrait à rien moins qu'à mettre en cause le pape martyr saint Fabien qui avait élevé Novatien au presbytérat. Voici la traduction de cette mercuriale écrite pour affermir Fabius qui inclinait au parti de l'hérétique 6 :
« ...Afin que tu saches que depuis très longtemps cet étrange personnage désirait l'épiscopat, qu'il cachait en lui l'ardente ambition de l'obtenir sans qu'on s'en aperçût, et que pour voiler sa démence, dès le début, il avait autour de lui des confesseurs. Je veux parler de Maxime, prêtre de notre Église, et Urbain, qui ont moissonné deux fois la noble gloire de la confession, ainsi que de Sidoine et Célérinus, qui a surmonté toutes les tortures, grâce à la très puissante miséricorde de Dieu, qui a par l'énergie de sa foi fortifié la faiblesse de la chair et vaincu l'adversaire par la force ; ces hommes ont observé Novatien, ils ont pris sur le fait la méchanceté qui était en lui, ainsi que sa duplicité, ses parjures, ses mensonges, son tempérament insociable, son amitié de loup ; ils sont revenus dans la sainte Église et ils ont dévoilé toutes ses machinations et ses méfaits qui existaient depuis longtemps et qu'il cachait en lui-même ; ils ont fait ces déclarations en présence d'un assez grand nombre d'évêques ou de prêtres et d'une foule de laïques ; ils gémissaient et regrettaient d'avoir suivi ce monstre astucieux et mauvais, et de s'être séparés un instant de l'Église.
« ...En peu de temps, cher frère, quelle inconcevable transformation et quel changement nous avons vu se faire en lui. Car cet homme très distingué avait persuadé par des serments terribles, qu'il ne désirait absolument pas l'épiscopat ; or, tout d'un coup, il paraît évêque comme s'il eût été lancé au milieu de nous par un mangoneau. Car ce dogmatiseur, ce protecteur de la science ecclésiastique, lorsqu'il entreprit d'arracher et d'extorquer l'épiscopat qui ne lui était pas donné d'en-haut, choisit deux de ses associés qui avaient renoncé à leur salut et les envoya dans une petite localité insignifiante de l'Italie et là, il trompa trois évêques, hommes rustiques et très simples, par une argumentation préparée ; il fit affirmer, en insistant avec force, qu'il fallait qu'ils vinssent promptement à Rome, afin que toute cette dissension qui existait fût terminée avec les autres évêques et par leur arbitrage. Ils arrivèrent, ces hommes, ainsi que nous venons de le dire, trop simples pour les artifices et les ruses de ces méchants ; ils furent enfermés par certaines gens semblables à lui, qu'il avait incités à cela et, à la dixième heure, alors qu'ils étaient enivrés et alourdis par la boisson, il les contraignit de force à lui donner l'épiscopat, par un vain simulacre d'imposition des mains ; cet épiscopat il le revendiqua par ruse et par fourberie, il ne lui appartient pas. Peu après, l'un des évêques est revenu à l'Église, se lamentant et confessant sa faute ; nous l'avons même reçu à la communion des laïques : tout le peuple présent intercédait pour lui ; aux autres évêques, nous leur avons ordonné des successeurs et nous les avons envoyés aux lieux où ils étaient.
« Ce vengeur de l'Évangile, ne sait-il donc pas qu'il faut qu'il n'y ait qu'un seul évêque dans une Église catholique ? Or il n'ignore pas que dans celle-ci — comment l'ignorerait-il ? — il y a quarante-six prêtres, sept diacres, sept sous-diacres, quarante-deux acolytes, cinquante-deux exorcistes, lecteurs et portiers, plus de quinze cents veuves et indigents, et la grâce et la charité du Maître les nourrit tous. Ni cette multitude si grande et si nécessaire dans l'Église, ni le nombre de ceux qui, grâce à la providence de Dieu, sont riches et pourvus de biens, non plus aussi qu'un peuple très grand et innombrable, rien ne l'a détourné d'une semblable désespérance et défaillance, ni ne l'a rappelé dans l'Église.
« ...Maintenant disons par quelles œuvres et quel genre de vie il a eu la hardiesse de prétendre à l'épiscopat. Est-ce pour avoir depuis le commencement vécu dans l'Église et avoir soutenu pour celle-ci des luttes nombreuses et s'être trouvé en de nombreux et grands dangers à cause de la religion ? Mais cela n'est pas. Le principe de sa croyance est Satan qui est venu en lui et y a habité un temps assez long ; il a été secouru par les exorcistes, il est tombé dans une dure maladie et pensant presque mourir, sur le lit même où il gisait, il a reçu le baptême par affusion, si du moins il faut dire qu'un tel homme l'a reçu. Il n'a pas obtenu, après en avoir réchappé, le reste qu'il faut recevoir ensuite selon la règle de l'Église et il n'a pas été scellé par l'évêque ; n'ayant pas reçu cela, comment a-t-il reçu le Saint-Esprit' ?... Par lâcheté et amour de la vie, au temps de la persécution, il a nié qu'il fût prêtre. Invité en effet et exhorté par les diacres à sortir du réduit où il s'était emprisonné et à secourir les frères ainsi qu'il le doit, ainsi que le peut un prêtre, lors que des frères sont dans le danger et demandent le secours d'un réconfort, il a été si loin de céder aux diacres qui le pressaient qu'il est sorti furieux et s'en est allé : il ne voulait plus, disait-il, être prêtre parce qu'il était épris d'une autre philosophie...
« ...Cet homme illustre qui a abandonné l'Église de Dieu dans laquelle il avait cru, où il avait été jugé digne du sacerdoce par la grâce de l'évêque qui lui imposa les mains pour lui donner le sacerdoce, malgré l'opposition de tout le clergé et de beaucoup de laïques ; il n'était en effet pas permis, après avoir été baptisé dans un lit pendant une maladie, comme lui, d'entrer dans le clergé ; mais l'évêque demanda qu'on le laissât ordonner celui-ci seulement... Lorsqu'il fait les offrandes eucharistiques et qu'il en distribue la part à chacun et qu'il la lui remet, il oblige les malheureux à jurer au lieu de rendre grâces ; il prend dans ses deux mains celles de celui qui reçoit l'eucharistie, et il ne les lâche pas avant qu'il n'ait prêté serment en ces termes — je me sers de ses paroles — : « Jure-moi sur le sang et le corps de Notre-Seigneur Jésus-Christ, de ne m'abandonner jamais et de ne pas aller à Corneille. » Et le malheureux ne communie pas s'il ne s'est auparavant maudit lui-même, et au lieu de dire Amen, en recevant ce pain, il dit : « Je ne retournerai pas à Corneille. » Et cela ne suffit pas ! C'est encore de Rome et, très vraisemblablement, d'un successeur de Corneille, le pape Sixte II (257-258) que part l'écrit intitulé Ad Novatianum l. L'auteur « traduit fidèlement la réprobation soulevée dans les rangs de l'Église romaine par la défection du prêtre rigoriste. A rencontre du bon Samaritain, il s'applique à irriter les plaies. Il ne sait qu'anathématiser les pécheurs sans réfléchir à tous les anathèmes que lui-même encourt. Lui qui si souvent, dans la maison de famille, dans l'Église du Christ, encouragea les aveux des pécheurs, pleura sur les fautes d'autrui, porta les fardeaux de ses frères, ne songe plus qu'à perdre autrui et à se perdre lui-même. Rien ne l'émeut : ni les menaces de Dieu contre les mauvais pasteurs, ni l'exemple évangélique du Bon Pasteur, ni toutes les paraboles de miséricorde. Dieu épargne aux siens la contagion d'un si funeste exemple !2 » Novatien avait envoyé des émissaires en Afrique où l'hésitation ne dura guère et saint Cyprien put, sans tarder, mander au pape Corneille qu'on s'était généralement refusé à entrer en communion avec eux. Certains évêques toutefois, comme Antonianus, se laissaient circonvenir et Cyprien prenait la peine de les détromper avec la vigueur qu'on peut attendre de son caractère 3 :
« Quant à la personne de Novatien..., tout d'abord peu nous importe ce qu'il enseigne, dès lors qu'il enseigne hors [de l'Église]. Quoi qu'il en soit de sa personne et de son caractère, celui-là n'est pas chrétien qui n'appartient pas à l'Église du Christ. C'est en vain qu'il se vante et fait valoir en termes pompeux sa philosophie ou son éloquence : en rompant avec la charité fraternelle et l'unité ecclésiastique, il a perdu même ce qu'il était d'abord. Le croirez-vous évêque, S. Cyprien, Epist., lv, 24. — 4 S. Cyprien, Epist., lix, 9. cet homme qui, en face d'un évêque créé par seize collègues dans l'Église, brigue l'épiscopat et prétend se faire créer, évêque adultère et intrus, par des renégats ; qui, sachant qu'il y a une Église instituée par le Christ et partagée en bien des membres par tout le monde, un épiscopat répandu au loin grâce à l'accord des évêques, veut, en dépit de la tradition divine, en dépit de l'unité qui partout assemble et maintient l'Église catholique, faire une Église humaine et envoie à un grand nombre de villes ses nouveaux apôtres, pour jeter les fondements nouveaux de son institution ; qui voyant établis depuis longtemps dans toutes les provinces et dans chaque ville des évêques avancés en âge, sans reproche dans leur foi, éprouvés par la souffrance, proscrits dans la persécution, s'en vient créer à leur place d'autres prétendus évêques... » Jusqu'au milieu du IIIe, l'Église de Rome avait eu à combattre les gnostiques et le marcionisme installés parmi elle, elle avait condamné et dispersé des écoles laïques, elle avait eu rapidement raison du schisme d'Hippolyte ; cette fois, elle avait à entrer en lutte contre une organisation habile, et le pape Corneille s'inquiétait des rumeurs persistantes venues d'Afrique, où le prêtre Maxime, envoyé de Rome et choisi pour évêque par la secte, cherchait très inutilement à s'implanter. Cyprien le rassurait en lui disant que le schisme était discrédité *. Quelques années plus tard, mais Corneille avait alors disparu, le novatianisme portait ses fruits à Arles où l'évêque Marcien refusait tout espoir de réconciliation aux pécheurs 5 et c'était encore l'évêque Cyprien qui donnait l'alarme.
Toujours sur la brèche, c'est Cyprien qui, lors de la controverse baptismale, signale à l'évêque Magnus 6 comment Novatien, étranger à l'Église, ne peut baptiser validement, lui qui se permet de rebaptiser les catholiques passant dans sa secte '.
Ainsi qu'il avait agi avec l'évêque de Carthage, Corneille avait procédé avec celui d'Alexandrie, Denis, à qui il dénonçait le schisme romain, et Denis, s'adressant à Novatien, lui disait 8 : « Si, comme vous le dites, vous avez été entraîné malgré vous, vous le montrerez en revenant de bon gré. Mieux valait tout souffrir que de diviser l'Église de Dieu. S'il y a de la gloire à souffrir le martyre pour résister à l'idolâtrie, il n'y en avait pas moins à souffrir le martyre pour résister au schisme ; selon moi, il y en avait davantage. Car dans le premier cas, il y va seulement de votre vie personnelle ; dans le second cas, il y va de toute l'Église. Et maintenant encore, si vous pouvez décider les frères à revenir à l'unité, le mérite surpassera la faute ; on oubliera la faute pour exalter le mérite. » « Au lendemain de la persécution de Dèce, le même Denis écrit au pape Etienne s que le schisme de Novatien décline, que les Églises renouent la communion avec Rome, et s'adressant au futur pape Denis, alors prêtre, il lui dit 10 : « Nous avons bien sujet de haïr Novatien, qui a divisé l'Église, entraîné plusieurs frères à l'impiété et au blasphème, introduit sur Dieu une doctrine abominable, calomnié notre doux Seigneur Jésus-Christ en niant sa miséricorde, enfin rejeté le saint baptême, bouleversé la foi et la confession préliminaire au baptême, chassé entièrement des âmes le Saint-Esprit, pour autant qu'il y avait chance de le voir demeurer dans les âmes ou y revenir. » XXX. Le traité : de unitate Ecclesiae. — C'est encore à l'épiscopat de Corneille que se rattache un écrit célèbre de saint Cyprien composé en 251 et envoyé, avec le De lapsis, de Carthage à Rome, avant que n'eut éclaté dans cette ville le schisme de Novatien. Le traité De unitate Ecclesiae était primitivement adressé par Cyprien à ceux de ses fidèles d'Afrique que troublait le schisme local de Novat et de Félicissime. Ces fidèles doivent se tenir en garde contre le péril intérieur imaginé par le diable pour parer à la ruine de l'idolâtrie ; ce péril c'est l'hérésie et le schisme qui ébranle la foi, souille la vérité et déchire l'unité. Pour en triompher il faut s'attacher à la parole du Sauveur : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église et les portes de l'enfer ne prévaudront pas contre elle ; je te donnerai les clefs du royaume des cieux, et ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans le ciel, et ce que tu auras délié sur la terre sera délié dans le ciel. C'est sur un seul [homme] qu'il construit l'Église. Après sa résurrection il a donné à tous les apôtres un pareil pouvoir, en leur disant : Comme le Père m'a envoyé, je vous envoie... Recevez le Saint-Esprit ; les péchés seront remis à qui vous les remettrez ; ils seront retenus à qui vous les retiendrez. Cependant pour marquer l'unité, il a fait en sorte par son autorité que cette unité prît sa source en un. A coup sûr les autres apôtres étaient ce que fut Pierre, partageant le même honneur et le même pouvoir ; mais l'unité est au point de départ, pour montrer que l'Église du Christ est une >. » Aux évêques appartient de sauvegarder l'unité et l'indivisibilité de l'épiscopat dont chacun d'eux détient solidairement sa part. Cette affirmation tire une importance particulière de son origine sous la plume d'un grand docteur plus épiscopaliste que « romain » et qui ne visait pas à montrer l'unité de l'Église assurée, garantie et symbolisée par la suprématie du siège de Pierre. Dans la pensée et dans l'expression qu'il lui donne, l'évêque de Carthage entend montrer comment l'unité numérique de l'Église exprime son unité morale et c'est ainsi que, selon lui, le Tu es Petrus doit s'appliquer à l'épiscopat tout entier.
Il existe deux versions du traité en question ou, pour mieux dire, deux éditions successives d'un texte dans lequel on a longtemps dénoncé une abominable interpolation. Celle-ci manquait dans le texte de l'édition princeps parue à Rome en 1471 et dans celles qui suivirent ; il faut attendre pour la rencontrer l'édition de Paul Manuce (Rome, 1563), et elle se maintient dès lors dans les éditions subséquentes, celles de Pamelius (Anvers, 1568), de Rigault (Paris, 1648), de dom Prudence Maran (Paris, 1726). En 1682, l'édition d'Oxford s'en débarrassa et, en 1868, l'édition G. Hartel (Vienne) révéla que la prétendue interpolation était fort antérieure à 1563.
En 1902, un érudit put établir avec un grand luxe de preuves que les prétendues interpolations étaient non des falsifications, mais des retouches apportées par l'auteur à une nouvelle édition de son propre ouvrage 2. Quelques années plus tard, faisant un pas de plus, on pensa pouvoir préciser les circonstances dans lesquelles saint Cyprien aurait refondu sa première rédaction : ce serait en vue des besoins nouveaux créés par le schisme romain. Nous aurions ainsi, dans la recension plus ancienne, le texte composé contre le schisme africain de Félicissime, et, dans la recension postérieure, le texte envoyé à Rome après avoir été adapté à la situation nouvelle créée par le schisme de l'antipape Novatien 3.
Cette explication, dont quelques détails ont été contestés, est aujourd'hui généralement admise, mais non par tous 4. On a proposé deux explications du remaniement : ou bien dans la rédaction « romaine » antérieure, saint Cyprien aurait atténué l'expression jusqu'à affadir l'idée de primatus lorsqu'il fut en conflit avec le pape Etienne quelques années plus tard 5, ou bien saint Cyprien, ayant d'abord rédigé le De unitate contre le schisme de Novat et Félicissime, a accentué son texte primitif lorsqu'il a envoyé son livre à Rome pour combattre le schisme de Novatien '.
« Saint Cyprien ne regarde certainement pas le siège de Rome comme un siège épiscopal d'importance ordinaire : c'est le siège de Pierre et les évêques de Rome sont les successeurs de Pierre ; or, l'Église a été fondée sur Pierre seul, et l'Église de Rome se trouve être ainsi l'Église principale, le point de départ de « l'unité « du sacerdoce chrétien ' ».
Cette idée qu'en saint Pierre réside l'origine de l'épiscopat n'est point particulière à saint Cyprien, quoiqu'il paraisse être le premier à l'avoir explicitement formulée. Elle fera son chemin et nous la retrouvons assez fréquemment dans les auteurs ecclésiastiques du IVe et du Ve. Saint Sirice, pape, la fait sienne, en 386, au sortir d'un concile tenu près des reliques même du prince des apôtres 8. Saint Gélase, un de ses successeurs, s'y réfère une centaine d'années après, quand il condamne l'attitude insoumise d'Acace9 ; l'auteur anonyme d'un sermon que De Rossi voulait, probablement à tort, attribuer au pape saint Léon, trouve dans la chaire de saint Pierre l'origine de l'Église catholique10 ; et saint Césaire d'Arles, au début du VIe, enseigne expressément que l'épiscopat prend son principe dans la personne de saint Pierre apôtre « .
« D'où cette conclusion que « de ce faisceau de témoignages, il ressort incontestablement que, selon la pensée de saint Cyprien, l'évêque de Rome occupe dans l'Église une position unique : héritier du siège de Pierre, fondement permanent de l'Église, centre et source de l'unité, pasteur universel et primat, dépositaire du pouvoir des clefs 12 ». Sans doute, comme chaque Église particulière présente une sorte de réduction de l'Église universelle, chaque évêque reproduit en quelque façon le personnage de saint Pierre ; mais cette idée, parfaitement juste, que nous trouvons exprimée par saint Cyprien, ne doit pas faire oublier les textes très clairs du même auteur nettement favorables à la primauté romaine, et avec lesquels, d'ailleurs, elle s'accorde pleinement. On sait que saint Léon, pape, reprit, deux certes ans après, certaines expressions de saint Cyprien, mais en les corrigeant, de manière à leur enlever ce qu'elles pouvaient avoir d'inexact ou de dangereux. L'évêque de Carthage, tout en accordant à saint Pierre un rang qui lui appartient en propre, accentuait un peu trop le pouvoir des autres apôtres, égaux à Pierre en honneur et en puissance », disait-il, sans s'apercevoir que ces paroles ne s'harmonisaient point avec plusieurs de ses autres affirmations. Saint Léon précise : sans doute, les apôtres étaient tous égaux sous certains rapports ; mais, d'autre part, il s'en trouvait un parmi eux, dont l'autorité dépassait l'autorité de ses collègues, c'était saint Pierre. Ainsi la dignité épiscopale est la même chez tous les évêques, mais les simples évêques ne sont chargés que de leurs diocèses, tandis que l'évêque de Rome, successeur de Pierre, est chargé de l'Église universelle 2. Saint Léon ne fait que répéter en termes plus clairs, ce que disait, bien avant lui, saint Optât de Milève 3, et ce dernier, en définitive, résume à sa manière la doctrine de saint Cyprien.
« Il n'est pas sans intérêt d'observer que l'expression « primauté de saint Pierre, primatus Pétri » devenue classique, fut créée non point par le clergé de Rome, mais par les Africains. C'est ce qu'a démontré M. Erich Caspar ; n'ayant aucune préoccupation d'apologie, simplement inspiré par un souci de science impartiale, il établit non seulement le fait de la primauté de l'évêque de Rome dès les temps les plus anciens, mais l'existence du terme de primatus, au tournant du 11e siècle, surtout au 111e, sans que l'Église romaine se soit employée le moins du monde à la mettre en honneur4. Il y a chez saint Cyprien quatre exemples incontestés du mot primatus ; tous se rapportent à l'idée de primauté romaine ; il n'existe aucun texte de ce Père qui revendique la primauté pour un évêque autre que l'évêque de Rome. Au chap. iv du De catholicœ Ecclesiœ unitalle, on lit : primatus Petro datur ut una Christi Ecclesia et cathedra una monstretur. Ce cinquième exemple de primatus, le plus explicite et le plus clair de tous, est péremptoire pour ceux qui attribuent à saint Cyprien lui-même le texte retouché. Le terme primatus Pétri, saint Cyprien ou ses prédécesseurs ne peuvent guère l'avoir emprunté qu'à la sainte Écriture 5. Mais alors une nouvelle remarque s'impose : la sainte Écriture emploie le mot primatus en parlant du Christ 6 ; il y a donc, dans la pensée des anciens, un rapprochement à faire entre le Sauveur et l'apôtre Pierre : tous deux exercent, bien que d'une manière différente, la primauté. Cela revient à la doctrine plus explicite que nous professons encore aujourd'hui : le Christ est le chef invisible, saint Pierre est le chef visible de l'Église '. » XXXI. La controverse baptismale. — Entre la doctrine et son application, il y eut place pour un froissement douloureux. Corneille mourut martyr en 253 et Cyprien, martyr également, en 258 ; c'est dans cet intervalle que se place la controverse baptismale entre l'évêque de Rome et l'évêque de Carthage. Ce n'était pas leur première difficulté. Après son élection, le pape Corneille avait pris soin de la notifier à l'Église d'Afrique pour lors réunie en concile à Carthage (avril 251). Cyprien lut sa lettre et refusa de donner lecture de celle de l'antipape Novatien 8. Le concile envoya deux de ses membres à Rome afin d'y recueillir des informations sur l'élection papale et attendit leur retour pour se prononcer sur le litige 9. La décision fut favorable à Corneille 10 à qui ce délai n'aura pu que déplaire, car il y eut pis. En l'absence de l'évêque d'Hadrumète, les prêtres et les diacres qui gouvernaient cette Église avaient écrit au pape Corneille qui s'aperçut un jour que la suscription avait changé et s'adressait non plus au pape, mais aux prêtres et diacres de Rome. Corneille demanda une explication et Cyprien répondit que les clercs d'Hadrumète n'avaient fait que se conformer à la décision du concile de Carthage ll. C'était vexant. Ce ne le fut pas moins l'année suivante pour Cyprien lorsqu'il apprit que les schismatiques de Carthage avaient un moment trouvé accès auprès du pape Corneille.
Celui-ci mourut et son successeur Lucius gouverna l'Église pendant moins d'un an (juin 253-mars 254) et fut remplacé par le pape Etienne (254-257). Les deux caractères de Cyprien et d'Etienne étaient mal faits pour s'entendre ainsi qu'on s'en aperçut à propos de l'affaire des évêques espagnols de Léon et de Mérida notoirement indignes de l'épiscopat et, en conséquence déchus de leurs sièges. Cependant Basilide, de Léon, réussit à circonvenir le pape Etienne, alors que son prédécesseur Corneille ne lui laissait d'autre voie que la pénitence 12 et l'exclusion de la cléricature. Cyprien ne s'en prenait pas à Etienne dont il excusait l'erreur, mais la lettre du concile tenu à Carthage (octobre 254) donnait un démenti à l'indulgente décision du pape Etienne, élu au mois de mai précédent.
A quel que temps de là, Cyprien, une fois de plus, signalait à Etienne son intempestive tolérance à l'endroit de l'évêque d'Arles, Marcien, favorable au schisme de Novatien, et l'évêque de Carthage traçait à l'évêque de Rome la conduite qu'il avait à tenir ls. On ne peut nier que Cyprien le prenait d'un peu haut :
« Vous devez écrire très explicitement à nos collègues dans l'épiscopat qui sont en Gaule, lui disait-il, afin qu'ils ne permettent pas plus longtemps à Marcien, qui est opiniâtre et orgueilleux, ennemi de la piété divine et du salut de nos frères, d'insulter à notre collège... Envoyez ensuite en Provence et aux fidèles d'Arles, une lettre en vertu de laquelle, Marcien étant excommunié, un autre soit mis à sa place, afin que le troupeau du Christ, qu'il a dispersé et qui reste blessé et diminué, puisse se rassembler »... Et appuyant un peu plus encore : « Faites-nous connaître qui aura été mis à Arles à la place de Marcien, afin que nous sachions à qui nous devons adresser nos frères et à qui nous devons écrire. « La mise en demeure et le ton étaient faits pour irriter, quoi que Cyprien n'en ait probablement pas eu l'intention. Il en fut de même lors du litige baptismal qui survint à peu de temps de là. On sait que l'Église de Rome enseignait et pratiquait, alors comme depuis, la validité du baptême de ceux qui ont reçu ce sacrement dans une secte hérétique, à condition qu'il ait été administré avec la matière, la forme et l'intention prescrites. Les Africains, de leur côté, soutenaient la nullité de ce baptême ; d'ailleurs, il faut rappeler qu'à cette époque la question n'avait pas été définie quoique posée dans beaucoup d'Églises, surtout depuis que les hérésies s'étaient multipliées vers la fin du ne siècle. D'ailleurs le dissentiment n'était pas limité entre Rome et Carthage. Dans les Églises phrygienne et syrienne où la lutte contre le montanisme était vive, on repoussait le baptême de ces hérétiques qui altéraient la formule sacramentelle en substituant le nom de Montan à celui de l'Esprit-Saint 14. En Afrique on niait la validité du sacrement conféré par un ministre qui ne pouvait donner la grâce que lui-même ne possédait pas. A Rome, le pape Etienne s'en tenait à la tradition ' que Cyprien considérait comme une longue et lourde erreur * et il s'exprimait en ces termes dans son traité de l' Unité de l'Église : « Alors qu'il ne peut exister d'autre baptême que le baptême unique, ils [les schismatiques] croient baptiser ; ils ont abandonné la source de vie, et ils promettent la grâce de l'eau vitale et salutaire. Les hommes n'y sont point lavés, mais souillés ; les péchés n'y sont point effacés, mais comblés. Cette naissance donne des fils non à Dieu, mais au diable. Ceux qui sont nés du mensonge ne peuvent prétendre aux promesses de la vérité » (c. xi).
A Rome, à Alexandrie, en Palestine on s'accorde à soutenir l'opinion opposée qui rencontre même en Afrique — du moins en Maurétanie — des partisans. Mais les évêques de Proconsulaire, au nombre de trente et un, et leurs collègues de Numidie, au nombre de dix-huit, en 255, soutiennent le baptême unique et, l'année suivante, 256, ils sont soixante et onze qui tombent d'accord sur la question baptismale et la réduction des clercs repentants de l'hérésie à la communion laïque. Cette décision fut communiquée à l'Église de Rome avec cet avertissement : « Nous ne prétendons faire violence ni donner de loi à personne, chaque évêque ayant la liberté dans l'administration de son Église, sauf à rendre compte de sa conduite au Seigneur3. » On y ajoutait deux autres lettres qui n'étaient pas mieux faites pour plaire au pape Etienne, personnellement visé 4. Le concile tenu à Carthage, le 1er septembre 256, provoquait de la part de saint Cyprien cet avertissement : « 11 nous reste à exprimer notre avis un à un, sans prétendre juger personne ni excommunier ceux qui ne partagent pas notre avis. Car nul d'entre nous ne se pose en évêque des évêques, nul ne tyrannise ses collègues ni ne les terrorise pour contraindre leur assentiment, vu que tout évêque est libre d'exercer son pouvoir comme il l'entend, et ne peut pas plus être jugé par un autre que juger lui-même un autre 6. » D'autres membres du concile, allaient jusqu'à dire : « Celui qui concède et abandonne aux hérétiques le baptême de l'Église n'est-il pas un Judas pour l'épouse du Christ ? 6 » Le pape Etienne estima le moment venu de répondre ; il est regrettable que sa lettre n'ait pas été conservée entièrement, mais elle fut mal accueillie ainsi qu'on en peut juger par cette citation de saint Cyprien : « Entre autres choses, ou hautaines, ou étrangères au sujet, ou contradictoires, qu'il a écrites, maladroitement et imprudemment, il a encore ajouté ceci :
« Si donc des hérétiques viennent à nous, de quel que secte que ce soit, que l'on n'innove point, mais qu'on suive seulement la tradition, en leur imposant les mains pour les recevoir à pénitence, d'autant que les hérétiques eux-mêmes, d'une secte à l'autre, ne baptisent point selon leur rite particulier ceux qui viennent à eux, mais les admettent simplement à la communion. » Et pour se faire une juste idée de l'ardeur de la lutte il faut se reporter à la réponse de l'évêque Firmilien de Césarée de Cappadoce qui, interrogé par saint Cyprien et l'approuvant sans réserve, interpellait le pape Etienne avec cette amertume ' :
« Quel les querelles et quel les dissensions vous avez provoquées dans les Églises du monde entier ! De quel grand péché vous vous êtes chargé, quand vous vous êtes retranché de tant de troupe aux 1 Car vous vous êtes retranché vous-même, ne vous y trompez pas, s'il est vrai que le schismatique véritable est celui qui se met hors de la communion et de l'unité de l'Église.
Vous avez pensé pouvoir excommunier tout le monde, et c'est vous seul que vous avez excommunié. » On peut, d'après ces citations, se faire une opinion sur la gravité du conflit, dans lequel le pape Etienne se retrouvait dans une situation analogue à celle de son prédécesseur Victor dans la controverse pascale, qui plaçait l'usage romain par-dessus tous autres et l'imposait aux Églises dissidentes de s'y conformer, sous peine de rompre la communion avec celles qui ne s'y rallieraient pas. Etienne soutenait qu'en matière de telle gravité la pratique suivie par l'Église de Rome doit être également celle de toutes Églises en communion avec elle. On ne peut contester que son point de vue, s'il était plus exclusif que celui de Cyprien et de Firmilien, sauvegardait mieux le principe de l'unité de foi. Les Africains, et ceux qui partageaient leur manière de voir, se montraient moins intransigeants mais au risque de graves conséquences. Ils admettaient que chaque Église conservât ses pratiques particulières sans préjudice de son union avec l'Église de Rome. Celle-ci leur signifiait-elle les conditions auxquelles elle mettait sa communion, ils refusaient tout à la fois de s'y soumettre et d'être exclus en conséquence. Situation paradoxale.
On ne sait pas si le pape Etienne réalisa sa menace d'excommunication adressée au concile de Carthage. Cependant on ne voit nulle part que saint Cyprien ait modifié sa manière de voir ; il faut donc tenter d'introduire une explication dans la lacune que laissent les faits et les textes. Ni le pape Etienne ni l'évêque de Carthage ne se sont accordés, pas plus qu'ils ne se sont excommuniés ; seulement il arriva que l'un des deux, Etienne, mourut en 257. On lui élut un successeur, Sixte II, qui, dès son avènement, entretint avec Cyprien de cordiales relations. Tous les deux moururent martyrs l'année suivante (258) et le biographe de saint Cyprien, son diacre Pontius, a peut-être éclairé l'incident en trois mots lorsqu'il caractérise ainsi le pape Sixte : bonus et pacificus sacerdote. Ces qualités avaient pu manquer au pape Etienne et leur absence aurait singulièrement aggravé le conflit que la mansuétude de Sixte II dissipa.
XXXII. Orthodoxie et bienfaits. — Sixte II gouverna l'Église pendant une année à peine et lui procura l'apaisement. Martyrisé avec ses diacres il laissait la communauté romaine dévastée par la persécution de Valérien et le choix des fidèles lui donna pour successeur un prêtre nommé Denis (259-268) qui eut à intervenir dans une circonstance difficile, et le fit pour le plus grand honneur de son Église.
A peine quelques mois s'étaient écoulés depuis l'avènement de Denis, la persécution prit fin à la suite de la catastrophe où succomba l'empereur Valérien. D'autres épreuves suivirent et, notamment, à Alexandrie, la peste (voir Dictionnaire, t. XIV, à ce mot). Survint une autre plaie, l'hérésie sabellienne qui envahit la Pentapole de Libye et y fit de tels ravages qu'en certaines Églises on n'osait plus prêcher le Fils de Dieu. Ces lieux dépendaient de l'Église d'Alexandrie et l'évêque de cette ville, Denis, au terme d'une longue déportation, reconnut le mal et entreprit de le faire reculer. Il s'en ouvrit au pape Sixte, en 257, lui disant qu' « au sujet de la doctrine impie qui contient un grand blasphème contre le Dieu Tout-Puissant, Père de Notre-Seigneur Jésus-Christ, une grande incrédulité au sujet du Fils unique, premier-né de toute la création, le Verbe incarné, et une inconscience du Saint-Esprit, il m'est venu des deux côtés et des documents et des frères qui se sont entretenus avec moi ; j'ai rédigé comme j'ai pu quelques lettres, avec l'aide de Dieu, en leur donnant le caractère d'un exposé méthodique : je t'en ai envoyé les copies ». Mal lui en prit. La théologie de ce théologien prêtait aux interprétations et l'apologiste fut attaqué et dénoncé à Rome au nom de la doctrine. Des Alexandrins subtils s'aperçurent que l'auteur trop désireux de défendre la distinction des personnes divines en arrivait à perdre de vue l'unité de leur substance. Le pape Denis convoqua un concile d'évêques italiens ou, peut-être, seulement des sièges suburbicaires, qui se montra sévère et attira à l'évêque d'Alexandrie deux lettres de blâme : l'une adressée à lui personnellement et qui est perdue, l'autre adressée à l'Église d'Alexandrie et qui condamnait la doctrine sans nommer l'auteur.
Dans ce document l'occasion s'offrait belle — et elle fut saisie — de relever l'autorité magistrale de l'Église romaine exerçant son pouvoir sur une des plus anciennes, des plus vénérables et des plus célèbres, celle d'Alexandrie, dont c'est le titulaire lui-même et son enseignement qui sont soumis à un examen qui aboutit à la censure. Le jugement est une condamnation et l'évêque n'est pas seul en cause, mais avec lui sont repris ceux « qui, chez vous (à Alexandrie) sont catéchistes et maîtres de la doctrine divine ». Le coup est rude pour le Didascalée où survit la tradition origéniste. Est-il vrai que la dénonciation portée à Rome soit partie d'Alexandrie, on l'a insinué sans preuve et l'eût-on apportée, elle ne changerait rien à la signification de la procédure, de la sentence et du destinataire. On s'aperçoit que l'Église de Rome saisit l'occasion qui lui est offerte de régler une querelle doctrinale particulièrement délicate dans le sens de l'affirmation de l'unité divine et de la Trinité, bref de s'affirmer le défenseur du dogme chrétien. Denis d'Alexandrie n'avait pas attendu jusqu'à ce moment pour rendre hommage à la culture théologique de son homonyme romain et déjà celui-ci trouvait, avant les formules, l'accent de Nicée. On sentait, ou du moins on pouvait pressentir que les places désormais étaient prises. L'évêque de Rome fait figure de juge de la foi, sa sentence est rendue, acceptée, publiée, indiscutée.
Ce pontificat avait marqué un progrès mémorable. L'Église de Rome prenait rang dans l'enseignement de la chrétienté et le pouvoir civil lui-même saisissait l'occasion de l'affirmer lorsqu'en 272, à l'occasion d'un conflit survenu à Antioche, l'évêque Paul refusait de sortir de la « maison de l'Église » pour laisser la place à l'évêque catholique. Ce dernier s'adressa à l'empereur Aurélien pour faire valoir son droit et l'Auguste prononça que le bien litigieux devait appartenir au titulaire qui était en communion « avec les évêques d'Italie et l'évêque de Rome ».
Nous avons parcouru les trois premiers siècles, suivi le progrès de la communauté romaine, constaté son affermissement et énuméré les témoignages de la primauté de juridiction de l'évêque de Rome sur les autres Églises. Les conclusions historiques qui s'imposent d'après cette situation ont été mises en lumière ainsi qu'on va le voir : « Cette primauté nous apparaît comme le développement normal d'une institution reconnue par tous et dont le principe se trouve toujours dans le fait que l'évêque de Rome est successeur de saint Pierre. La chose est d'autant plus claire qu'elle résulte non pas d'une théorie quelconque — on fait peu de théorie dans les trois premiers siècles — mais de la constante pratique des évêques de Rome : ils agissent avec la conscience d'un droit incontestable, dont ni eux ni les autres n'éprouvent le besoin de légitimer l'exercice par des arguments.
« Il y a autre chose encore. L'Église de Rome n'a pas seulement défendu l'orthodoxie avec une vigilance et une rigueur que les circonstances rendaient nécessaire ; elle n'a pas seulement recherché les hérétiques pour les rappeler à l'ordre, ou excommunié les récalcitrants. Elle s'est montrée vraiment la mère nourricière de toutes les Églises par son inépuisable charité. Il faudrait énumérer les famines et les épidémies qui désolèrent à tant de reprises les chrétientés, les souffrances qu'elles eurent à subir pendant et après les persécutions pour faire l'histoire de la charité romaine. Ici encore, ce ne sont pas les papes qui parlent : les documents romains se taisent. Si nous savons quelque chose c'est par les lettres que les assistés eux-mêmes ont adressées aux évêques de Rome pour leur exprimer leur reconnaissance.
« Sous Marc-Aurèle (161-180), l'évêque saint Denis de Corinthe écrit au pape Soter : « C'est, depuis l'origine, un usage établi chez vous que de combler de bienfaits tous les frères, d'envoyer des subsides à nombre d'Églises, en tous pays. Ainsi vous soulagez les misères de ceux qui sont dans le besoin, vous répandez vos aumônes parmi nos frères condamnés aux mines, observant la tradition que vous avez, vous Romains, reçue des Romains, vos ancêtres ». Saint Denis d'Alexandrie rappelle au pape saint Etienne la lettre que l'Église romaine vient d'écrire et les secours qu'elle a envoyés « aux Églises de toutes les Syries et de l'Arabie », dévastées par la persécution de Dèce.
« Vers 260, les barbares envahirent la Cappadoce et mirent à sac, en particulier, la ville de Césarée. L'évêque de Césarée était alors Firmilien qui, trois ans auparavant, avait pris part à la controverse touchant le baptême des hérétiques et, se rangeant à l'avis des évêques africains, avait parlé de l'évêque de Rome dans les termes les plus irrespectueux. Il serait très humain que l'évêque de Rome eût gardé quelque rancune, qu'il se fût au moins désintéressé des malheurs de Firmilien et de son Église. Il n'en fut rien. La charité romaine, malgré la grande distance, courut au secours des Cappadociens. Cent ans après on conservait encore vivant le souvenir de cette générosité, et saint Basile écrivait au pape Damase : « Nous savons par le souvenir que nos Pères en ont gardé, et aussi par les lettres encore conservées ici, que Denis, le bienheureux évêque,...vint jadis au secours de notre Église de Césarée, qu'il la consola par ses lettres et lui envoya des personnes chargées de racheter nos frères de la captivité. » XXXIII. L'Église romaine et Constantin. — On n'ignore pas qu'en 311 un événement dont les conséquences furent considérables, se produisit et qui a conservé le nom expressif de « Paix de l'Église » (voir Dictionnaire, t. XIII, à ce mot). Nous n'avons pas à en rappeler les circonstances, mais seulement la situation qu'occupait, à cette date, l'Église de Rome. « Les Églises du monde entier, depuis l'Arabie, l'Osroène, la Cappadoce, jusqu'aux extrémités de l'Occident, sentaient en toutes choses, dans la foi, dans la discipline, dans le gouvernement, dans le rituel, dans les œuvres de charité, l'incessante action de l'Église romaine. Elle
était partout connue, connue dit saint Irénée, partout présente, partout respectée, partout suivie dans sa direction. En face d'elle, nulle concurrence, nulle rivalité. Personne n'a l'idée de se mettre sur le même pied qu'elle. Plus tard il y aura des patriarcats et d'autres primaties locales : c'est à peine si, dans le cours du Xe, on en voit se dessiner les premiers linéaments plus ou moins vagues. Au-dessus de ces organismes en voie de formation, comme au-dessus de l'ensemble des Églises isolées, s'élève l'Église romaine, dans sa majesté souveraine, l'Église romaine, représentée par ses évêques, dont la longue série se rattache aux deux coryphées du collège apostolique — qui se sent, qui se dit, qui est considérée par tout le monde comme le centre et l'organe de l'unité.
La paix religieuse ouvrait de nouvelles perspectives politiques à l'Église de Rome, mais il est un point qu'on doit tenir au-dessus et en dehors de toute discussion, c'est que les chefs successifs de cette Église, successeurs de l'apôtre Pierre et, à ce titre, revêtus de prérogatives éminentes, n'ont jamais fondé ces prérogatives sur le rang occupé par Rome comme capitale de l'empire, mais seulement sur celui de fondement évangélique de la primauté.
Une coïncidence aurait pu résulter du voisinage du trône impérial et de la chaire pontificale dont celle-ci aurait recueilli certains avantages éclatants et subi de graves inconvénients. Constantin, par goût et par calcul, entourait sa propre personne et la religion qu'il professait d'un éclat qui se manifestait par des édifices d'une magnificence extraordinaire et quelque peu excessive. A passer soudainement de la persécution sanglante, dans les immenses somptueux tels que le Latran (voir Dictionnaire, t. VIII, à ce nom) et les basiliques éblouissantes dont le mobilier liturgique énuméré par le Liber pontificalis donne l'impression de splendeur des descriptions des « Mille et une nuits », on est enclin à se demander si l'Église ainsi dotée et comblée va pouvoir et savoir conserver et défendre son indépendance à l'égard du pouvoir civil ?
A cette question on a très justement répondu que « ces faveurs inouïes ne doivent pas dissimuler la médiocrité du rôle où Constantin a confiné le successeur des apôtres, car « la disproportion est étonnante entre sa magnificence à l'égard de l'Église romaine et le peu de place qu'il accorde à la papauté dans sa politique ecclésiastique ».
Le pape Miltiade (2 juillet 310-11 janvier 314) fut appelé à dire son mot dans l'affaire donatiste ; mais le synode romain d'octobre 313 n'était, dans l'esprit de l'empereur, qu'une modeste commission d'arbitrage. Miltiade, « avec une intelligence et une dignité qui sont désormais dans la tradition de l'Église romaine », s'efforce adroitement d'élargir le tribunal en véritable concile ; c'est la politique impériale qui empêchera sa tentative de porter ses fruits.
Après lui, le long épiscopat de Silvestre (31 janvier 314-31 décembre 335) est « le plus vide du siècle ». Par la volonté du prince et, peut-être par la mollesse du pontife, l'Église romaine demeure à l'écart des grandes affaires de la chrétienté ; ses légats siègent dans les grands conciles, à Arles, en 314, comme plus tard à Nicée, en 325, sans y jouer un rôle décisif, ni même notable.
Rimini, en 359. On a pu écrire que cette mise à l'écart fut une chance pour la papauté, mais, on doit l'avouer, la raison qu'on en donne est humiliante : car elle y eût été soumise, dit-on, à une épreuve au moins aussi grave que l'exil de Libère, en Thrace.
Pour comble de malheur, Libère exilé avait été remplacé par l'archidiacre Félix, désigné par l'empereur Constant, consacré d'office par trois évêques.
Ce fut pour l'Église de Rome une épreuve très différente des schismes d'Hippolyte et de Novatien, car cette fois l'intrus était soutenu par le pouvoir impérial qui n'entendait pas le sacrifier aux réclamations du clergé romain. Celui-ci avait solennellement juré fidélité à Libère, il lui conserva sa sympathie, mais se soumit à Félix, de sorte qu'au retour de Libère le siège de Rome eut deux évêques et l'empereur fit avertir les Romains par les évêques du concile de Sirmium (358) d'avoir à les conserver tous les deux et qu'ils « feraient d'accord les fonctions sacerdotales, car il fallait mettre en oubli tous les événements fâcheux qui s'étaient produits à propos de l'ordination de Félix et de l'absence de Libère ».
Au retour de Libère dans Rome la foule l'acclama : « Un seul Dieu, un seul Christ, un seul évêque », il y eut quelques émeutes et Félix ne sut pas comprendre la conduite à suivre et la retraite à faire, il lui fallut se retirer dans la banlieue où il vécut jusqu'au 22 novembre 365. Libère mourut l'année suivante. Le schisme, qui semblait éteint, allait renaître. L'élection du successeur de Libère en fut l'occasion.
Avant même l'élection de Damase, les antiféliciens prirent les devants et lui opposèrent le diacre Ursin que l'évêque de Tibur consacra sur-le-champ, tandis que Damase était régulièrement élu par une assemblée. L'empereur Valentinien, sur le conseil du préfet de la ville, Viventius, et du préfet de l'annone Julien, fit expulser le diacre Ursin. Mais sa faction demeura maîtresse de la basilique libérienne et réclama bruyamment la tenue d'un concile pour chasser Damase du siège de Pierre. Il y eut assaut, bataille et les damasiens l'emportèrent. Ursin fut expulsé de nouveau de Rome mais avec permission de s'établir où il l'entendra à condition que la religion n'ait pas à souffrir de sa présence et de ses démarches. Damase fut remis en possession de la basilique libérienne et Valentinien lui fut fidèle jusqu'à sa mort, en 375.
Le schisme d'Ursin végéta quelques années, mais s'obstina à durer et rendit parfois à Damase la vie et le gouvernement difficiles. Son autorité, même à Rome était contestée. L'autorité civile lui voulait du bien, mais avec un peu d'indiscrétion. Ainsi Damase fut accusé de meurtre par un juif converti, en 371, et son procès instruit pour aboutir à un acquittement. Il lui fallait tenir tête non seulement aux ursiniens, mais encore aux valentiniens, aux marcionites, aux novatiens, aux donatistes, aux lucifériens. Ci les romains furent réunis pendant son pontificat, nous ne pouvons omettre d'ajouter quelque chose sur les institutions ecclésiastiques de cette époque qui fut témoin, malgré deux schismes, d'un affermissement et d'un développement notables. Le pontificat de Silvestre avait été silencieusement réparateur et organisateur. Beaucoup était à rétablir et plus encore à créer, notamment les archives dévastées, les bibliothèques détruites, la chancellerie à peu près inexistante. De l'œuvre entreprise et poursuivie une trace s'est conservée dans le Chronographe de 354 (voir Dictionnaire, t. m, à ce mot) et il n'est pas douteux qu'à côté des catalogues on ait dressé des inventaires. Dans ces derniers, que l'auteur du Liber pontificalis a eu à sa disposition, nous voyons avec quelle minutie tous les dons et tous les biens de l'Église de Rome étaient enregistrés et leur poids, leur métal, leur attribution attestés afin de prévenir toutes les cupidités. La charge de veiller à la conservation et à l'administration de ces biens était dévolue au collège des sept diacres qui formait une sorte de collège cardinalice avant la pourpre, et qui paraît avoir pris ses dispositions afin que le choix du pontife ne s'égarât pas hors de son sein. Un libéralisme prévoyant guidait les diacres dans le choix de leurs collègues dont ils n'excluaient pas les étrangers, c'est ainsi que Damase était originaire d'Espagne et, pour cette raison, plus romain peut-être d'idées et de principes qu'un Romain de naissance.
On rappellera d'un mot son intimité avec saint Jérôme dont il encourageait et protégeait l'effort surhumain en vue de l'amélioration du texte des livres saints (voir Dictionnaire, t. vu, au mot Jérôme) ; ses prétentions poétiques qui lui inspirèrent des compositions qu'il eut le mérite de confier au burin d'un artiste (voir Dictionnaire, t. v, au mot Filocalus) ; sa haute conception du Siège apostolique dont il étend l'autorité et le prestige principalement en Italie, où il lui faut subir en 378 un amoindrissement dans l'Italie du Nord, renoncer à étendre son autorité directe jusqu'aux Alpes pour laisser place à Milan et se contenter de la direction des provinces du vicarius Urbi : les sept de la péninsule (Tuscie-Ombrie, Campanie, Lucanie-Bruttium, Apulie-Calabre, Samnium Picenum, Valérie) et les trois îles (Sicile, Sardaigne, Corse).
« Sur les nombreux évêques de ces contrées — une centaine au Me, deux cents au v° siècle » — l'autorité de Rome est très étroite. Il n'y a même pas, en effet, dans chaque province, un siège principal, fixe ou ambulant, comme en Égypte ou en Afrique. Ces Églises « n'ont aucune autonomie ; elles n'ont ni conciles ni métropolitains ; l'évêque de Rome leur sert de concile et de métropolitain ». Les élections épiscopales, faites sur place, sont toutes confirmées à Rome où le pape sacre lui-même chaque nouvel élu. Pour l'anniversaire de son avènement (son natale), il réunit autour de lui les évêques de son ressort et il suffit de cinq ou sept présences, prononce un rescrit impérial de 378, pour que cette assemblée puisse édicter des sentences valables ».
XXXVI. DOMUS ECCLESIASTICA. — Nous avons mentionné l'existence d'un centre social chrétien dans quelques grandes villes, à Antioche, à Carthage, à Cirta, dès une période antérieure à la paix de l'Église, et ce n'est pas un sujet de peu d'étonnement de ne pouvoir en dire autant pour Rome avant le triomphe de Constantin. Après un séjour probable au Transtévère, on ignore tout du premier établissement adopté par saint Pierre et ses premiers successeurs ; l'existence certaine d'un cimetière papal au Vatican peut donner lieu de supposer que pendant les deux premiers siècles les évêques de Rome auront résidé dans ces parages, mais ce n'est là qu'une conjecture. Au 111e siècle, avec le pontificat de Zéphyrin (199-217) et de Calliste (217-222), nous savons que ce cimetière fut délaissé pour un autre situé sur la voie Appienne. Bien qu'on n'ait aucun indice d'un transfert de la résidence de l'évêque dans cette direction, il paraît légitime de supposer que c'est dans les environs du cimetière de Prétextât (voir ce nom), qu'on doit s'attendre à rencontrer le lieu ordinaire des assemblées de culte, le centre de l'administration charitable, le tribunal ecclésiastique, en un mot, le siège du gouvernement épiscopal. Combien cette installation dura-t-elle ? On court peu de risques d'erreur en parlant d'un siècle environ, car, à la veille de la paix, la maison qui devint le palais pontifical était encore la propriété de Fausta, fille de l'empereur Maximien. On a pu proposer l'hypothèse d'un établissement chrétien à Saint-Laurent in Damaso (voir Dictionnaire, t. vin, col. 1953), mais il n'a pas été possible d'en apporter un commencement de preuve. D'autre part les fouilles entreprises au Latran (voir Dictionnaire, t. vin, à ce nom) ont fait retrouver les vestiges de plusieurs édifices publics ou privés, mais sans aucune trace d'appropriation chrétienne antérieure à Constantin. L'histoire de cette résidence épiscopale ne commence qu'en 313, elle va durer mille ans.
XXXVII. TITRES PRESBYTÉRAUX. — Vers le milieu du m » siècle, le pape Fabien avait réparti entre ses sept diacres les divers quartiers de la ville et créé ainsi sept circonscriptions ecclésiastiques. À la paix de l'Église on n'introduisit aucun changement dans cette répartition ; les diacres romains, toujours au nombre de sept, continuèrent à présider, chacun dans sa région, aux services de charité et d'administration temporelle. On est porté à supposer que ces sept circonscriptions diaconales furent pourvues chacune d'un établissement où le diacre avait le centre de son administration. Cette hypothèse, pourtant, n'est pas confirmée par les documents. Bien que le système des régions ecclésiastiques ait fonctionné plusieurs siècles après Constantin, il n'y a pas la moindre trace de tels établissements. Les diaconies du VIIE sont tout autre chose ; elles n'ont rien à voir avec l'administration diaconale et la distribution de Rome en régions ecclésiastiques. Comme le gouvernement épiscopal, l'administration des diacres avait un siège à l'établissement central de l'Église, c'est-à-dire, depuis le IVe, dans la domus Lateranensis.
Il s'en faut cependant de beaucoup que celle-ci fût le seul établissement chrétien de Rome, au IVe et même auparavant. À Rome, comme à Alexandrie, la population chrétienne était trop nombreuse pour se contenter d'un seul lieu de réunion, d'un seul conventiculum christianorum, comme dit Ammien Marcellin. On se résolut d'assez bonne heure à scinder l'unité du presbyterium et à créer dans l'intérieur de la ville des groupes ecclésiastiques analogues à nos paroisses urbaines, sous la direction de prêtres nommés à poste fixe. Chacun de ces groupes fut pourvu d'une basilique ; les prêtres résidaient dans les dépendances de l'édifice sacré ; c'est ce qu'on appelait un titre : titulus.
Jusqu'où remonte cette institution ? Le plus ancien texte où il soit fait allusion est un passage de saint Athanase, qui, parlant d'un concile tenu à Rome en 341, dit qu'il s'assembla dans l'église du prêtre Viton. La plus ancienne inscription mentionnant un titulus est de l'année 377. D'autre part, le Liber pontificalis attribue la fondation de tituli à plusieurs papes de la première moitié du IVe : Marcel, Silvestre, Marc, Jules. Ses renseignements sur ce point paraissent puisés à bonne source ; ils sont confirmés par les noms que portent les églises et quelquefois par l'épigraphie. On peut donc regarder comme probable que l'institution des titres presbytéraux remonte au moins à la paix de l'Église.
Un document important sur ce point nous est fourni par le concile romain du 1er mars 499, où tous les prêtres assistèrent et signèrent, en joignant à leurs signatures les noms de leurs églises titulaires. Malheureusement quelques-unes de celles-ci portaient deux ou plusieurs noms ; cette circonstance, jointe à d'inévitables erreurs de transcription, a introduit ici un peu d'incertitude. En étudiant les signatures de 499 on trouve plus de vingt-cinq noms d'églises. Un siècle plus tard, en 595, saint Grégoire le Grand tint un autre concile, dont les canons sont également suivis de signatures presbytérales avec indication des titres. Vingt-quatre églises sont nommées. En y joignant celle de Sainte-Anastasie, que l'on sait avoir été titulaire avant saint Grégoire et après lui, on obtient juste vingt-cinq titres. Sauf quelques fluctuations passagères, ce nombre se maintient par la suite, jusqu'à ce que, vers le temps de Calliste III (1119-1121), il soit porté à vingt-huit pour des raisons que nous n'avons pas à examiner ici.
L. Duchesne donne la liste des vingt-cinq titres grégoriens, en les classant par régions civiles et en indiquant, pour chacun d'eux, les plus anciens documents de leur existence et de leur qualité d'églises titulaires.
Regio I. Porta Capena.
Titulus S. XYSTI.
Mentionné pour la première fois au concile de 595.
Regio II. Cselimontium.
Titulus BVZANTIS seu PAMMACHII, postea SS. IOHANNIS ET PAVLI.
Mentionné sous le premier nom dans une inscription du temps d'Innocent Ier (401-417) (Lib. pont., t. i, p. 23(5) ; sous le nom de Pammachius au concile de 499 (cf. De Rossi, Inscr. christ., t. il, p. 150) ; sous le nom des saints Jean et Paul (Lib. pont., t. i, p. 261), Symmaque (p. 287) ; Agapit, dans une inscription de 566 à 578 (De Rossi, Inscr., t. i, n. 1123) et au concile de 595.
Titulus SS. Mil CORONATORVM (AEMILIANAE ?). L'église existait au IVe (Martyr, hiéron., au 8 nov. ; cf. De Rossi, Bull, di arcli. crist., 1879). Le titulus Jùnilianse est mentionné au concile de 499 ; le titulus ss. IV Coronatorum au concile de 595 ; L. Duchesne les croit identiques, sans en être absolument sûr '.
Regio III. Isis et Serapis.
Titulus CLEMENTIS.
Mentionné pour la première fois au concile de 595.
La fondation du titre est attribuée à saint Silvestre par le Lib. pont. (Silvestre) ; le titre est mentionné sous le nom d'Equitius au concile de 499, sous le nom de s. Silvestri, au concile de 595. Le Lib. pont., dans la notice de Silvestre, le désigne successivement des deux façons. L'auteur laurentien de la vie de Symmaque (Lib. pont., t. I, p. 46) désigne l'église sous le nom de Saint-Silvestre 3.
Regio 1111. Templum Pacis.
(Aucun titre).
Regio V. Esquiliœ.
Titulus PRAXEDIS.
Mentionné comme titre dans une épitaphe de 491 (De Rossi, Bull, di arch. crist., 1882, p. 65), aux conciles de 499 et de 595. D'après la légende (Lib. pont., t. i, p. 133) ce titre aurait été fondé vers le milieu du ne siècle.
Titulus EUSEBII.
Mentionnée comme titulaire dans le martyrologe hiéronymien (14 août) : Eusebii, tituli condiloris ; cf. Lib. pont., t. i, p. cxxiv. Épitaphe (Ve) d'un lecteur de d(ominico) Eusebi (De Rossi, Bull, di arch. crist., 1882, p. 112). Figure parmi les titres aux conciles de 499 et de 595.
Titulus PUDENTIS seu PUDENTIANAE.
Regio VI. Alla Semita.
Titulus VESTINAE, postea S. VITALIS.
Le Lib. pont, en raconte la fondation sous le pape Innocent Ier (401-417) comme titre presbytéral.
Mentionné avec cette qualification aux conciles de 499 (Vestinœ) et de 595 (S. Vitalis), dans l'épitaphe d'un acolyte (Vestinœ) qui est tout au plus de la fin du VIe (De Rossi, Inscr. christ., t. i, n. 1185)5.
Titulus GAI seu SUSANNAE.
Le martyrologe hiéronymien (11 août) mentionne cette église ad duas domus, juxta Diocletianas. Le nom de Gaius la rattacherait au pape de ce nom (283-296) (voir Dictionn., t. vi, au mot Gaius) ; celui de Suzanne à une martyre du temps de Dioclétien. Figure comme titre presbytéral aux conciles de 499 (Gai) et de 595 (Susannœ).
Se rattache par son nom au souvenir d'un martyr du temps de Dioclétien. Mentionné comme titulaire ' aux conciles de 499 et de 595. Détruit depuis le XVe.
Regio VII. Via Lata.
Le Lib. pont, en attribue la fondation au pape Marcel (308-309), qui aurait établi le titre. L'église est mentionnée en 418 dans une lettre du préfet de Rome Symmaque (Baronius, Annal., an. 418, n. 79). Figure parmi les titres presbytéraux en 499 et en 595.
Regio VIII. Forum romanum.
Regio IX. Circus Flaminius. églises titulaires aux conciles de 499 (Lucinse) et de 595 (s. Laurentii).
Titulus DAMASI sea S. LAURENTII IN DAMASO.
L'église fut rebâtie sous Damase, en un lieu où se trouvaient peut-être antérieurement les archives du siège apostolique. Le Lib. pont, attribue à Damase la fondation du titre. Nombreuses inscriptions damasiennes et autres (De Rossi, Inscr. christ., t. n, p. 134, 135, 151 ; Lib. pont., t. i, p. 213, 214). Figure parmi les églises titulaires aux conciles de 499 (Domasi ou s. Laurentii) et de 595 (s. Damasi). Cf. s. Grégoire, Dialog., 1. IV, c. xxxi : ecclesiam b. Laurentii quœ ex nomine conditoris Damasi vocalur.
Titulus MARCI.
Le Lib. pont, rapporte que l'église fut fondée et constituée en titre par le pape Marc (336) ; elle se trouvait juxta Pallacinis. Un lector de Pallacine, mort peu après 348 (voir Diclionn., t. vin, col. 2251), semble avoir été attaché au clergé de cette église. Mentionnée comme titulaire aux conciles de 499 et de 595.
Regio X. Palaiium.
(Aucun titre).
Regio XI. Circus Maximus.
Titulus ANASTASIAE.
Regio XII. Piscina Publica.
Titulus F ASCIOLAE, postea SS.NEREI ET ACHILLEI.
Regio XIII. Aventinus.
Regio XIV. Trans Tiberitn.
Titulus IULII seu IULII ET CALLISTI vel MARIAE.
Église fondée par le pape Ju les (337-352). Elle fut envahie en 358 par l'antipape Félix II ; en 366, Ursinus, compétiteur de Damase, y fut élu ; restaurée par le pape Célestin (422-432) ; théâtre de l'une des sessions du concile de 501 (Lib. pont., t. t, p. 8, 141, 142, 205, 206, 230, 231, 264). Figure parmi les titulaires de 499 (.JuliiJ et 595 (Julii et Callisti). Un document de l'année 587 (G. Marini, I papiri diplomatici, p. 138) mentionne déjà le titulus S. Mariée, appellation qui ne tarda pas à prévaloir.
Titulus CAECILIAE.
Le martyrologe hiéronymien (22 nov.) atteste que l'église existait au IVe ; par son vocable elle se rattache à une martyre ancienne. Figure parmi les titulaires en 499 et 595.
Titulus CHRYSOGONI.
Titre mentionné pour la première fois au concile de 499. Inscriptions de 521 et 522 où figurent des prêtres de Saint-Chrysogone (De Rossi, Inscr. christ., t. r, n. 975, 977 ; Roma sotterr., t. m, p. 519, 522). Mentionné aussi au concile de 595 4.
Trois 6 de ces titres, celui de Saint-Sixte, celui des Saints-Marcellin-et-Pierre et celui de Sainte-Balbine ne figurent point, au moins sous ces noms, dans les signatures du concile de 499. En revanche, ce concile nous fournit cinq titres que l'on ne rencontre plus en 595, ceux de Matthieu, de Nicomède, de Crescenliana, de Tigridas et de Romanus. Pour celui-ci, L. Duchesne soupçonne une faute de copiste : au lieu de Marcellus presbyter tituli Romani, il lirait volontiers, Romanus, presbyler tituli Marcelli. Le titre, réel ou non, de Romanus ne se présente qu'une seule fois dans la liste, ce qui est rare, les prêtres du concile de 499 étant presque toujours deux ou trois par titre 6. Cette objection ne peut être opposée au titulus Tigridse, qui n'a pas non plus d'autre attestation que le concile de 499. Le titulus Crescentianœ paraît être identique avec la basilique Crescentiana dont le Liber pontificalis ' attribue la fondation au pape Anastase Ier (399-401). Cette église était située dans la deuxième région, civile ou ecclésiastique ; comme elle n'est plus nommée après le concile de 499, il faut croire qu'elle disparut bientôt ou changea de vocable. Sa situation est encore à déterminer 8. Le titulus Nicomedis est attesté épigraphiquement ; on a l'épitaphe d'un de ses prêtres, Victor, du Ve environ 9.
Qu'il y ait eu quelques modifications entre le temps de Symmaque et celui de saint Grégoire, c'est à quoi il faut s'attendre. D'abord les noms de certaines églises ont changé. Le titulus Gai a passé sous le vocable de sainte Suzanne, le titulus Fasciolœ sous celui des saints Nérée et Achillée, le titulus Pammachii ou Byzanti sous celui des saints Jean et Paul, le titulus Vestinœ sous celui de saint Vital. Pour quoi les titres qui s'appellent, en 595, Saint-Sixte, les Quatre-Couronnés, Sainte-Balbine, n'auraient-ils pas porté un siècle plus tôt, des désignations différentes ? Il n'y a rien d'impossible à ce qu'ils se soient appelés respectivement titulus Crescentianse 10, titulus Aemilianœ, titulus Tigridœ.
L. Duchesne croit donc que les différences entre la liste de 499 et celle de 595 résultent de deux ou trois homonymies dont la constatation directe se fera peut-être quel que jour. Il y a cependant un cas d'une nature différente, la substitution d'une église à une autre dans la dignité de titre presbytéral. En 499, Suint-Mathieu in Merulana figure parmi les titres sous le nom de titulus Matthmi ; en 595, nous voyons apparaître pour la première fois un titulus SS. Marcellini et Pétri, identique à l'église de ce vocable qui s'élève encore, au bord de la via Merulana, à 200 mètres environ de Saint-Matthieu l. Les deux églises sont voisines, mais distinctes. Depuis le concile de 499, Saint-Matthieu ne figure plus parmi les titres presbytéraux, tandis que le titre des Saints-Pierre-et-Marcellin n'a pas cessé depuis le temps de saint Grégoire. Il y a donc lieu de croire que, dans le courant du VIe, le titre aura été transporté d'une église à l'autre. A cette conclusion assez vraisemblable, L. Duchesne joint une hypothèse, c'est que le titulus Nicomedis de 499 n'est pas autre chose que l'église Saint-Matthieu. Je n'ai pour le soupçonner, dit-il, que des raisons assez faibles : d'abord le titulus Malthsei n'est représenté au concile que par un prêtre, ce qui donne à croire qu'il figure une ou deux autres fois sous un nom différent ; ensuite il semble que le titulus Nicomedis doive être cherché plutôt du côté de l'Esquilin 2.
Ces considérations et ces hypothèses, quand même elles ne tomberaient pas tout à fait justes, peuvent servir à montrer combien est faible l'écart entre les deux listes de 499 et de 595 et combien il est aisé de les ramener l'une à l'autre. Si les vingt-cinq titres grégoriens ne sont pas absolument identiques aux vingt-cinq titres symmachiens, il s'en faut assurément de bien peu. En 21 cas sur 25 l'identité est démontrée, pour trois autres elle est ou probable ou fort possible ; pour un seul, celui des Saints-Marcellin-et-Pierre, il paraît y avoir eu transfert du titre à une église voisine de celle à laquelle il était d'abord attaché. On peut donc raisonner sur la distribution topographique des titres à la fin du VIe en la considérant comme représentant l'état des choses dans le courant du Ve.
Cela étant, on doit remarquer d'abord que ces églises se trouvent presque toutes dans une zone relativement excentrique. La partie centrale, le cœur de la ville de Rome, comprenait les quatre régions IV Templum Pacis, VIII Forum Romanum, X Palatinus, XI Circus Maximus. Là se trouvait le Capitole avec le temple de Jupiter Optimus Maximus et ses autres sanctuaires, le Palatin, la Voie Sacrée, le Forum romain et les autres forums de César, d'Auguste, de Trajan, de Nerva, de la Paix, enfin le grand cirque et le Forum Boarium. Or, tandis que, dans les autres régions, on trouve en moyenne de deux à trois églises titulaires, ici il n'y a qu'une seule pour quatre régions, le titulus Anastasiæ, au pied du Palatin, dans les limites de la XIe région.
Une telle distribution s'expliquerait difficilement si les églises dont il s'agit étaient moins anciennes. Au VIe ou même au déclin du Ve on ne les aurait pas construites exclusivement dans les quartiers éloignés du centre ; on n'aurait pas craint de s'installer au cœur de la ville. Au IVe, au contraire, et surtout vers le début de l'ère de paix inaugurée par Constantin, on ne pouvait manquer d'être plus timide. La population païenne était encore très nombreuse ; l'aristocratie, les fonctionnaires, appartenaient encore, sauf quelques exceptions, à la religion païenne. C'eût été les irriter sans raison et s'attirer des désagréments de plus d'un genre que d'aller arborer les emblèmes du christianisme au milieu des plus vieux sanctuaires de la tradition romaine, à l'ombre du temple de Jupiter Capitolin, ou de la demeure sacrée des Vestales. Le clergé romain, toujours prudent, se garda bien d'en agir ainsi. Du reste, certaines habitudes, certaines traditions même, contribuaient à le retenir dans les quartiers excentriques. On ne peut évidemment accepter dans tous leurs détails les légendes qui se sont formées autour de la plupart des églises titulaires ; mais on ne saurait non plus mépriser une certaine indication générale qui ressort de leur ensemble et que les découvertes archéologiques ont quelquefois confirmée. Plusieurs de ces vénérables édifices revendiquent une origine antérieure à Constantin et même à la persécution de Dioclétien. Or, il est difficile de ne pas se rendre aux raisons exposées par J.-B. De Rossi et E. Junyent en faveur de la haute antiquité du dominium Clementis, où des fouilles contemporaines ont révélé la plus étonnante et la plus instructive stratification de constructions antiques (voir Dictionnaire, t. III, au mot Clément). On a pu voir, par cet exemple, ce que l'on était en droit d'attendre de fouilles semblables pratiquées au-dessous d'églises comme Sainte-Pudentienne, Sainte-Anastasie, Saints-Jean-et-Paul, Saint-Martinaux-Monts, Sainte-Sabine, Saint-Chrysogone. Depuis que fut exprimé ce souhait par L. Duchesne, il a été en partie réalisé. Quoi de plus naturel, d'ailleurs, que d'admettre qu'il existait à Rome, avant la persécution de Dioclétien, plusieurs lieux de réunion, plusieurs conventicula christianorum ? On évalue à 30 ou 40 000 âmes la population chrétienne de la capitale, vers le milieu du IIIe. À la faveur de la longue paix qui suivit la catastrophe de Valérien, ce chiffre dut s'élever considérablement. Dès lors il devenait impossible de pourvoir au service de culte et de charité sans avoir quelques centres de ralliement et d'administration. Il est sûr que la communauté chrétienne de Rome possédait des immeubles au moment de la persécution de Dioclétien. Ils furent confisqués en 303, mais en 311, Galère donna ordre de rendre aux chrétiens « les maisons où ils se rassemblaient », et cette disposition fut confirmée et étendue dans les édits publiés les deux années suivantes par Maxence, Constantin et Licinius. Les procès-verbaux de la confiscation des propriétés ecclésiastiques de Rome en 303 et de leur restitution en 311 furent lus in-extenso à la conférence de Carthage, en 411. Si nous avions encore ces documents, nous y verrions sans doute désignés par leurs noms les anciens conventicula de l'Église romaine. Malheureusement le manuscrit qui nous a conservé le protocole de la conférence de Carthage ne va pas jusqu'à l'endroit où figuraient ces procès-verbaux et nous n'en avons plus qu'un rapide abrégé dans le Breviarium collationis de saint Augustin. On y voit cependant que, en 311, le pape Miltiade, ayant reçu de Maxence et de son préfet du prétoire des lettres de restitution, envoya ses diacres au préfet de Rome ad recipienda loca ecclesiastica. Nul doute que le culte chrétien n'ait été aussitôt réinstallé dans ces édifices. Après huit ou neuf ans de persécution on avait évidemment à pourvoir à bien des nécessités : il est à croire qu'on ne s'empressa pas de bâtir de nouvelles églises et que les anciennes furent employées tant qu'il ne fut pas nécessaire de leur en substituer d'autres. Peut-être aussi certaines installations provisoires, auxquelles on avait recouru pendant la confiscation, devinrent-elles définitives. Mais ces édifices devinrent bientôt insuffisants ; au déclin du IVe et au commencement du suivant il est souvent question de reconstructions d'églises. Damase dédie à saint Laurent nova tecta, expression qui caractérise une reconstruction. Sainte-Pudentienne est rebâtie sous son successeur Sirice, le titulus Apostolorum sous Sixte III.
On peut donc dire d'une façon générale que la distribution topographique des églises presbytérales correspond à une époque où le paganisme était encore à Rome, soit légalement, soit de fait, dans une situation prépondérante, c'est-à-dire au IIIe et à la plus grande partie du IVe.
Une autre observation, corrélative de la précédente, c'est que, autant qu'on a pu le constater, les titres presbytéraux n'occupent jamais l'emplacement des édifices publics.
XXXVIII. Basiliques non titulaires. — Elles remontent au IVe ou au Ve, mais ne furent jamais titres presbytéraux.
Regio II. Cœlimontium.
Basilica S. STEPHANI. Fondée sous le pape Simplicius (468-483) (Lib. pont., t. I, p. 249), embellie par les papes Jean et Félix IV (523-530) (De Rossi, Inscr. christ., t. II, p. 152). Porte le titre presbytéral dans un document de 938 (Reg. Sublacense, n. 24).
Regio V. Esquilinœ.
Basilica HIERUSALEM seu SESSORIANA vel HELENIANA. Fondée par Constantin (Lib. pont., t. I, p. 179) dans le palatium Sessorianum ; inscription dédiée vers 425 ; théâtre d'une session du concile de 501 (Lib. pont., t. I, p. 196, note 75). Devint plus tard une église presbytérale titulaire, ainsi nommée sous Calliste II (1119-1124) et depuis lors.
Regio VI. Alla Semita.
Regio VII. Via Lata. Elle ne l'était certainement plus en 499. Rebâtie par Pelage Ier et Jean III (vers 561) sous le vocable des saints apôtres Philippe et Jacques (Lib. pont., t. I, p. 303 sq.). Titre presbytéral depuis Calliste II.
XXXIX. Le monachisme à Rome. — Après ce qui a été exposé dans le Dictionnaire (t. II, col. 3047-3248 ; t. XI, col. 1774-1947) touchant le cénobitisme et le monachisme, il ne peut être ici question d'autre chose que des manifestations localisées à Rome et des oppositions qu'elles y provoquèrent dans le courant du IVe, principalement à la suite de la faveur accordée par le pape Damase à l'institution ascétique.
Entre 356 et 362, plus probablement vers 357, saint Athanase écrivit la « Vie de saint Antoine » dont le succès fut immense ; mais avant d'écrire cette vie, l'évêque illustre l'avait contée à tout venant et principalement pendant son séjour à Rome où il était arrivé à la fin de 339 et avait vécu plusieurs années. Voici ce que nous en savons par saint Jérôme : « En ce temps-là aucune femme de haute naissance ne connaissait, à Rome, la vocation monastique, ni n'osait, en raison de la nouveauté de la chose, adopter un nom que les masses considéraient alors comme ignominieux et vil. Marcella apprit à connaître, de prêtres d'Alexandrie, de l'évêque Athanase et plus tard de Pierre — qui fuyant la persécution occasionnée par l'hérésie arienne, s'étaient réfugiés à Rome comme au port le plus sûr de leur communion — le mode de vie du bienheureux Antoine, lequel était encore de ce monde, les monastères de Pakhôme en Thébaïde, et la discipline imposée aux vierges et aux veuves. Et elle ne rougit pas d'embrasser une profession qui, elle le savait maintenant, plaisait au Christ. Pas mal d'années plus tard, Sophronia, d'autres encore, firent comme elle » (voir Dictionnaire, t. X, au nom Marcella). Tel fut le point de départ du mouvement d'où sortirent, poursuit saint Jérôme « ces nombreux monastères de vierges et cette multitude innombrable de moines » qui se voyaient à Rome ou aux environs de la ville '. Le séjour de saint Athanase permet de placer vers 340 ses entretiens avec Marcella, du vivant d'Antoine, mort en 356, puis que Pierre d'Alexandrie ne vint à Rome que de 374 à 378.
Mais la notion de la vie monastique n'y est-elle pas antérieure à 340 ? Nous avons publié et commenté (voir Dictionnaire, t. I, col. 1313, fig. 307) une inscription d'une abbesse Serena, morte en l'an 514, supérieure du monastère voisin de la basilique de Sainte-Agnès. Cette abbesse étant âgée de 85 ans en 514, il est permis de reporter l'existence du monastère au siècle précédent. Or les Gesta sanctæ Agnes nous apprennent non seulement l'existence de ce monastère, mais nous savons qu'eux-mêmes furent écrits vers 415-420, ce qui reporte le monastère avant cette date. De plus, ces mêmes Gesta attribuent la fondation à Constantine, fille de Constantin le Grand, morte en 354. L'auteur des dits Gesta n'est pas connu, mais il a suivi de près toutes les données historiques et chronologiques relatives à la jeune martyre : âge d'Agnès, nom du juge qui la condamne, fondation de la basilique ; enfin les données topographiques offrent les mêmes garanties d'exactitude : sépulture dans un agellus familial, non loin de la sépulture d'Émérentienne, et présence du mausolée de Constantine près de la basilique. Ce sont là de fortes raisons d'accorder toute confiance aux Gesta et d'accepter leur affirmation que la fondatrice du monastère romain de Sainte-Agnès mourut en 354. Or cette affirmation ne contredit en rien celle de saint Jérôme sur l'introduction du monachisme à Rome par Marcella à la suggestion de saint Athanase, aux environs de l'an 340. Jérôme n'est pas à l'abri des distractions et, parfois, de grosses distractions ' et, d'ailleurs dans le texte que nous avons traduit, s'il affirme qu'avant Marcella aucune femme noble n'avait fait profession de monachisme, il laisse entendre que des vierges de condition sociale inférieure y étaient entrées depuis peu de temps à Rome :
Nulla NOBILIUM FEMINARUM... Romæ, proposuit monachorum... propter rei novitatem... ignominiosum... et vile in populis. Avant l'initiative de Marcella, l'état monastique semblait fait pour la plèbe et non pour la noblesse. C'était donc une innovation mais seulement parmi cette caste.
Peut-on aller plus loin et proposer une date ? On l'ignore, mais une fois le titre de fondatrice reconnu à Constantine on peut croire que la fondation est antérieure à 350, date de son départ de Rome pour Sirmium. Née vers 320, mariée en 335 à Annibalien, veuve en 337, on peut incliner à situer la fondation de la basilique et du monastère dans la période de veuvage 337-350. C'est alors que prend place le séjour à Rome de saint Athanase (339-341), accompagné du moine égyptien Isidore, père spirituel d'une communauté de soixante-dix nonnes.
Dès la seconde moitié du IVe, la diffusion du monachisme va s'accélérant à Rome et en Italie et nous en savons trop peu de chose pour ne pas utiliser un opuscule, intitulé Consultationes Zacchœi et Apollonii, rédigé en Italie, vers 380, par un anonyme qui est peut-être Firmicus Maternus. On y entend le païen Apollonius, déjà ébranlé dans ses convictions, interroger Zacchaeus : « Dis-moi ce qu'est la congrégation ou secte des moines et pour quoi, même de la part des nôtres, elle est un objet d'aversion. » Voici la réponse : « Plusieurs, sous le couvert de ce genre de vie, commettent des actes détestables et, bien que sujets à des reproches différents, ils manquent cependant tous à leur engagement. Ceux dont les dispositions sont les plus mauvaises, parmi ces dévoyés, simulent pour un temps la pratique de l'abstinence et de la continence, et d'abord s'insinuent et provoquent une familiarité dangereuse. Faisant illusion par de vaines opinions aux femmes qu'ils ont captivées, ils les attirent à servir leur misérable passion ; soit qu'ils recherchent les gains sordides de l'avarice, soit qu'ils les soumettent par la ruse, ils en triomphent et les détournent de la résolution d'une vie de chasteté. » Tous ces reproches n'empêchent pas Zacchaeus de proclamer les bons côtés de l'institution, au sein de laquelle il demande qu'on sache distinguer différentes classes :
« Ceux qui gardent le célibat ou qui s'interdisent les secondes noces et s'en tiennent là. D'autres qui, vivant dans les villes, s'imposent un logis solitaire, une nourriture chétive, le jeûne jusqu'au soir, la récitation des psaumes, la couchée sur la dure et le lever de nuit. Ils se réunissent, mais ne vivent pas ensemble. Enfin, la classe la plus vénérable se compose de ceux qui vivent solitaires dans des rochers, des cavernes, entièrement adonnés à la prière et à la lutte contre les tentations. »
Ce classement, cette description s'offraient presque certainement aux regards des observateurs tant à Rome qu'en Italie, mais il ne faut rien exagérer. Lorsqu'en 388 saint Augustin écrit son opuscule De moribus catholicœ Ecclesiœ, il dit avoir connu à Milan un diversorium sanctorum où un prêtre dirige une nombreuse communauté. Il a, ajoute-t-il, connu à Rome plusieurs communautés de ce genre ; mais ce n'est que depuis son baptême qu'il en a entendu parler (27 avril 387). Jusqu'alors il n'avait, dit-il, jamais ouï parler de saint Antoine, ni des foules monastiques ni de l'existence du monastère de Milan où il vivait alors.
La correspondance de saint Jérôme, pendant ses années de séjour à Rome (382-385), ne fait aucune allusion à l'existence de monastères organisés. Le palais de Marcella sur l'Aventin (voir Dictionnaire, t. VIII, col. 2254-2258 ; t. X, col. 1761) était une tiède retraite beaucoup plus qu'un monastère, nonobstant l'impétueux ascète qui y remplissait les fonctions de père spirituel et de professeur. Nous savons bien qu'à propos de la veuve Léa, morte en 384, il emploie les mots de monasterii princeps, de mater virginum, sans préciser le sens de ces expressions ; c'est seulement en 398 qu'il signala dans Rome multi monachi et, en 413, les crebra virginum monasteria et la monachorum innumerabilis multitudo. C'est aux représentants de cette catégorie qu'il demande : « Que faites-vous dans les villes, vous qui, par votre nom, êtes voués à la solitude ? »
« Dans les dernières années du IVe, on vit se produire à Rome une réaction très prononcée contre le mouvement ascétique dont Jérôme avait pris la direction. Sous l'influence des idées propagées par les nouveaux épicuriens, des défections alarmantes s'étaient produites dans les rangs des moines et des vierges. » Jérôme intervint vigoureusement. Mais déjà, en 384, un événement s'était produit qui avait occasionné, à Rome, une véritable manifestation populaire contre les moines. Blesilla, une femme intelligente et pleine de promesses, fille de Paula (voir Dictionnaire, t. XIII, à ce nom) et sœur d'Eustochium, qui venait de se jeter à corps perdu dans l'étude des Écritures et dans l'ascétisme sous la direction de saint Jérôme, vint à mourir subitement ; au cours de ses funérailles, sa mère, qui n'avait pu réussir à comprimer sa douleur, était tombée inanimée. On avait alors accusé Jérôme d'avoir exténué cette frêle créature et de l'avoir, à force de jeûnes et d'austérités, prématurément conduite au tombeau. « Qu'attend-on pour chasser de Rome la détestable engeance des moines, pour les lapider, pour les jeter à l'eau ? » s'était écriée la populace.
« On ne voit pas que les papes aient favorisé l'essor du monachisme occidental à ses débuts, sauf peut-être Damase, l'ami de Jérôme. D'après leurs notices du Liber pontificalis — d'ailleurs sujettes à caution en ceci — Sirice (384-399) et Innocent Ier (402-417) se seraient servis des monastères romains comme de lieux de réclusion pour y incarcérer les gens dangereux. Saint Paulin de Nole rapporte qu'à son passage à Rome, en 394, il fut reçu par Sirice avec une hautaine réserve (superba discretio). Il faudra attendre la fin du VIe pour voir un pape, saint Grégoire le Grand (590-604), faire appel aux forces vives du monachisme. »
XL. Primauté romaine et l'Orient. — Jusqu'à une époque assez rapprochée de nous, on admettait généralement que la conception catholique de l'Église avait été à peu près étrangère aux premières générations chrétiennes et que la primauté romaine ne s'était pas nettement dessinée avant la fin du IVe. L'analyse minutieuse des textes authentiques et des faits connus a permis de renouveler la question et d'aboutir à des conclusions fermes. P. Batiffol (voir Dictionnaire, t. IX, col. 1744-1749), au terme d'une longue enquête, est arrivé à montrer dans l'Église naissante et le catholicisme (1909) que les Livres saints, les documents et la littérature chrétienne ancienne permettaient de saisir, avant même la paix de l'Église, les premiers linéaments de l'idée catholique et les premières manifestations de la primauté romaine. Dans La paix constantinienne et le catholicisme (1914), il étudia les rapports avec l'empire romain depuis la fin du IIIe jusqu'au milieu du IVe, période au cours de laquelle l'Église fut officiellement reconnue, comblée de faveurs et de privilèges par Constantin, mais menacée dans son indépendance par les interventions indiscrètes du prince, persécutée par Constance qui prétendait lui imposer l'arianisme. Dans un troisième volume intitulé Le Siège apostolique (1924), le même auteur exposait les vicissitudes de la période suivante qui s'étend du concile de Rimini au concile de Chalcédoine : 359-451. On voit ici successivement la réaction du catholicisme contre l'intrusion du prince et de l'hérésie, le rétablissement de la communion catholique sur la base de l'unité de foi et de la communion avec l'Église de Rome, le rôle de cette Église comme arbitre de la foi, de l'ordre, de la communion, sa sollicitude de toutes les Églises à titre d'héritière de l'administratio de l'apôtre Pierre. Le sujet ainsi présenté et développé c'est donc le progrès constant et l'avènement définitif du principalus romain. Démonstration historique à l'aide de matériaux rigoureusement vérifiés d'une vérité religieuse. Bien que conduite d'après un point de vue particulier, cette histoire du catholicisme depuis Damase jusqu'à saint Léon éclaire toutes les perspectives et se rattache à tous les débats de ce temps-là. Du point de vue romain, la primauté romaine paraît aussi ancienne que la papauté, puisqu'elle remonte sans contestation possible jusqu'à saint Clément au Ier siècle ; jamais sans doute elle n'a cessé de s'affirmer plus ou moins ; elle s'est De en siècle affirmée avec plus de précision et saint Léon l'a vraiment figure de pape au sens actuel de ce mot. L'histoire des progrès de la papauté est la contre-partie de l'histoire des résistances que Rome a rencontrées et dont elle a triomphé par son habileté diplomatique et par l'adhésion de la conscience chrétienne.
Sur les questions de foi, l'autorité supérieure de l'Église de Rome, héritière de saint Pierre, a été reconnue dès une période si rapprochée des origines qu'elle appartient aux origines mêmes ; en Occident, les témoignages s'enchaînent et se succèdent depuis le IIe ; en Orient aussi, quoique avec moins d'empressement. Pour les questions de discipline, d'organisation, de juridiction, l'Église de Rome a dû tenir compte de résistances et même de fins de non-recevoir. Il arrivait que d'autres Églises se tournassent vers elle quand elles y avaient intérêt, pour s'assurer un appui, à l'occasion d'un conflit, à la suite d'une condamnation ; après quoi, une fois le service rendu, on se détournait d'elle pour un temps plus ou moins long. Témoin l'histoire de l'Orient et de ses conciles, des suppliques ou des impertinences venues d'Antioche ou de Constantinople. Témoin encore l'attitude des Africains, si jaloux de leur autonomie qu'on n'en serait peut-être pas venu à bout sans le donatisme et sans les Vandales ariens.
Enfin dans les rapports avec Rome, rien ne ressemble moins à l'histoire du catholicisme latin que celle du catholicisme grec. Dans tout l'Occident, Rome avait la partie belle : capitale de l'empire, elle était non seulement l'Église de saint Pierre, mais encore la seule Église apostolique. Pour les questions de foi on ne pouvait attendre le mot d'ordre que de Rome, seule dépositaire de la tradition apostolique. Les difficultés ne pouvaient surgir que pour la discipline, pour les appels. Tout autre était la situation en Orient. D'abord les Grecs n'ont jamais pu se départir d'une défiance dédaigneuse à l'égard des Latins. Ensuite l'Orient comptait de nombreuses Églises apostoliques, qui, devant Rome, ne se décidaient pas toujours à se soumettre franchement ; il avait même sa Cathedra Pétri, son Église de saint Pierre, celle d'Antioche. Par surcroît, Constantin et ses successeurs coupèrent en deux l'empire, isolant ainsi l'Orient de la vieille Rome, dressant en face d'elle avec Constantinople une « nouvelle Rome ». Enfin les empereurs byzantins, qui se piquaient de théologie et qui ne s'inclinaient pas devant leurs collègues d'Occident, faisaient lourdement sentir à leurs Églises, avec le poids de leur protection et de leur encombrante sollicitude, les chaînes d'une politique souvent hostile à la vieille Rome. De là tous les obstacles qui entravaient en Orient le progrès de la suprématie romaine. En ces régions, elle n'a pu agir que d'une façon intermittente, souvent indirecte, avec des résultats très divers selon les circonstances. Volontiers on se passait d'elle, comme à Constantinople en 381 ; parfois l'on refusait même d'entendre ses légats, comme à Éphèse, en 449.
Deux années plus tard, à Chalcédoine, en 451, la papauté romaine remporte son triomphe, nonobstant le canon 28e qui étendait les pouvoirs de l'évêque de Constantinople. Mais ce fut un triomphe sans lendemain, que suivirent des ruptures, des schismes, pour aboutir à ce schisme qui dure depuis neuf siècles et qu'on peut craindre définitif.
XLI. Le siège romain « dit le droit » 2. — « La période qui va du premier concile de Constantinople au concile de Chalcédoine (381-451) est particulièrement fournie en documents. Il semblerait qu'à la veille des incroyables transformations qui vont amener les invasions barbares, la papauté se doive à elle-même de briller d'un plus vif éclat, afin que, durant les années sombres où elle finira par entrer comme toutes les grandes institutions de l'Occident, il reste un souvenir plus exact de ce qu'elle fut dans le passé, de ce qu'elle doit être dans l'avenir. Et puis il passe sur la chaire de Pierre pendant ces trois quarts De quelques hommes du plus rare mérite. Damase, Innocent Ier, Léon le Grand, c'en est assez pour donner à la curie pontificale des habitudes de gouvernement, pour accoutumer les évêques de toutes les parties de l'Empire à regarder vers Rome, quelle que soit l'attraction que puissent exercer les résidences impériales, Milan ou Constantinople. Car, il n'est pas hors de propos de le remarquer, c'est précisément à l'âge où Rome n'est plus rien au point de vue politique, où elle n'est plus riche que des soucis d'un passé glorieux, que les papes voient, ne disons pas grandir, mais se préciser, s'affirmer leur situation de chefs de l'Église entière. Et même des pontifes plus obscurs comme Sirice (384-398), Anastase Pr (398-401), Boniface Ier (418-422), Célestin Ier (422-432) n'ont pas laissé d'attacher leur nom à des interventions notoires du Saint-Siège. Il n'est pas jusqu'au pape Zosime (417-418) dont l'histoire n'apporte une contribution intéressante à une étude sur les droits pontificaux dans l'ancienne Église. Il est entendu qu'il fut maladroit et malheureux. Son intervention brusquée dans l'affaire de la primatie d'Arles, ses incompréhensibles revirements dans l'histoire du pélagianisme ont laissé de bien fâcheux souvenirs. Mais, tout de même, il est le signataire de la fameuse Tractoria qui met un terme aux controverses pélagiennes, et cette intervention décisive du Siège apostolique dans une question où, semble-t-il, l'Orient et l'Occident ont pris une attitude différente ne laisse pas que d'être significative.
« Au vrai c'est la fonction du Siège romain qui s'affirme le mieux pendant cette période, celle de « dire le droit ». Et d'abord dans les questions de doctrine. Quatre questions dogmatiques, toutes de grande importance, sont soulevées et résolues dans cette courte période. Au lendemain de la victoire homéenne, c'est Rome qui rétablit, sans difficulté en Occident, au prix de négociations plus laborieuses et plus délicates en Orient, le consubstantiel nicéen, en même temps qu'elle oppose à l'apollinarisme et aux premières aberrations christologiques une fin de non-recevoir qui sera bientôt décisive. A ce point de vue les divers synodes tenus à Rome sous le pape Damase méritent une étude approfondie. S'ils n'ont pas, au point de vue politique, l'importance du concile rassemblé en Orient en 381, il n'y a rien de paradoxal à dire qu'ils sont de plus grande conséquence au point de vue de la doctrine. Trente ans plus tard, ce sont les questions du péché originel et de la grâce, qui, soulevées en Afrique, reçoivent finalement de Rome leur solution définitive. Le Siège apostolique semble d'ailleurs apporter dans toute l'affaire une pondération qui fait contraste avec les impatiences et les outrances mêmes qui échappent facilement au génie d'Augustin. Qu'on relise à ce point de vue VIndiculus de gratia Dei, autrement dit les prieteritorum Sedis apostolicœ episcoporum auctoritas, et l'on verra de quel côté de la Méditerranée se trouve le sens de la mesure : Profundiores vero difficiliores que par les incurrentium questionum... sicul non audemus contemnere ita non necesse habemus adstruere dit ce document intéressant, lit c'est de la doctrine d'Augustin qu'il s'agit et à l'égard de laquelle le Siège apostolique adopte une attitude de réserve qui était la prudence même.
« Même geste du pape Célestin dans l'affaire de Nestorius : rappel énergique à l'archevêque de Constantinople des grands principes qui dominent la question si imprudemment soulevée par lui ; mais nulle hâte non plus à accentuer en face d'un litige infiniment délicat les points discutables d'une théologie opposée à celle de Nestorius. A coup sûr, s'il avait commissionné Cyrille pour obtenir de l'évêque de Constantinople la rétractation des graves propos qu'on lui prêtait, Célestin n'avait point donné mission au patriarche d'Alexandrie de rédiger les fameux anathématismes qui allaient mettre le feu à l'Orient. Au concile d'Éphèse, en 431, ses légats approuvent finalement la position dogmatique prise par Cyrille, position qui est très sûre ; ils n'entérinent pas pour autant tout l'ensemble de la doctrine alexandrine. Au fait, c'est bien plutôt la théologie de l'acte d'union signé en 433 entre Jean d'Antioche et Cyrille qui représente la doctrine romaine. Et celle-ci va s'affirmer avec une majesté sereine dans le Tome à Flavien, quand il s'agira de couper court aux premières offensives du monophysisme. C'est vraiment saint Léon qui apparaît connu le grand arbitre dans toutes ces querelles christologiques et on a raison d'insister sur la signification de son geste. Léon ne propose pas au concile assemblé une question à débattre, il lui envoie une solution toute faite, sur laquelle il ne s'agit plus de discuter et qu'il convient seulement de recevoir avec un respect souverain, sauf à tirer de l'acte pontifical les conséquences qui en découlent quant au jugement des personnages mis en cause par le brigandage d'Éphèse.
« Ces interventions doctrinales du Saint-Siège ne sont pas les seules que l'on pourrait relever dans cette courte période ; signalons au moins l'affaire de Priscillien, celle de Jovinien, celle de l'origénisme dans sa première phase. Mais s'il « dit le droit », et avec quelle autorité dans les questions de doctrine, le Siège apostolique le dit encore dans les questions de personne. Nulle affaire n'est plus caractéristique à ce point de vue que celle de saint Jean Chrysostome ; nulle n'éclaire mieux la manière dont le pape conçoit son rôle dans les questions soulevées en Orient et où il n'a pas directement à intervenir. » XLII. Rome centre de l'unité ecclésiastique '. — « A « dire le droit » ne se borne pas la fonction du Siège apostolique. Il doit être aussi le centre de l'unité ecclésiastique et c'est ici qu'il faut surtout oublier les façons d'agir actuelles, pour comprendre ce qu'est au Ve l'action de l'évêque de Rome. Tout en ayant de l'unité ecclésiastique un besoin aussi vif que le nôtre, les communautés de cette époque ne la réalisent pas de la manière à laquelle nous sommes habitués. L'unité de l'Église catholique romaine se marque aujourd'hui principalement dans le fait que le souverain pontife intervient directement et immédiatement dans la nomination de tous les évêques, qu'il entretient avec les chefs de chacune des Églises particulières un commerce direct et fréquent. Les diverses dignités qui s'interposent entre le simple évêque et le souverain pontife, patriarches, primats, métropolitains, ne sont, à bien dire, que des titres sans réalité. Du Vatican, l'impulsion se transmet directement à chacun des évêques de la chrétienté. L'antiquité ecclésiastique a procédé d'une autre manière. Les évêques des différentes villes (avec des territoires plus ou moins vastes) se groupent d'abord en provinces. A partir du IVe la province ecclésiastique joue un rôle considérable dans les diverses affaires ; son concile fréquemment assemblé est la grande autorité et la première instance (souvent la dernière) pour les questions contentieuses. C'est le métropolitain, l'évêque de la capitale civile, qui ordonne les évêques de son ressort et veille à l'observation des règles ecclésiastiques. Ceci est commun à l'Orient et à l'Occident. A partir de 381, il y a tendance dans les parties orientales de l'Empire à grouper les provinces ecclésiastiques en des circonscriptions plus vastes et qui correspondent aux diocèses civils. Ce ne sont pas encore les patriarcats, puis que ceux-ci en définitive ne correspondent que très vaguement aux diocèses. C'est un groupement sui generis, inspiré, à n'en pas douter, par la vue des avantages que procure dans la vie civile le groupement des provinces en des circonscriptions plus étendues. Pour l'instant l'unité de l'Église d'Orient est assurée par le fait que les évêques de la ville capitale des diocèses sont en communion les uns avec les autres. L'union des Églises orientales avec la chaire de Pierre est assurée de même par la communion qui existe entre ces potentats ecclésiastiques et l'évêque de Rome. Si les évêques d'Alexandrie, d'Antioche, de Césarée sont en communion avec Rome, tous les métropolitains qui dépendent de ces primats sont eux-mêmes rattachés au centre de l'unité et par eux, indirectement, les évêques des Églises de moindre importance groupés autour des métropolitains. En d'autres termes, l'intercommunion ecclésiastique est assurée par l'intermédiaire des échelons hiérarchiques superposés. Ajoutons qu'au point de vue administratif Rome ne cherche pas à s'immiscer dans les affaires de ces Églises lointaines ; seuls des appels directs à son autorité peuvent motiver son intervention.
« Cette hiérarchie de puissances superposées n'est pas complètement inconnue à l'Occident, mais elle n'a jamais pris la consistance qu'elle a très vite acquise en Orient. D'abord le système des provinces ecclésiastiques n'existe pas dans l'Italie méridionale. Toute la région au sud de Rome, à laquelle il faut joindre les grandes îles méditerranéennes, relève directement et immédiatement du successeur de Pierre, qui est, à ce point de vue, le métropolitain de l'Italie entendue dans le sens que nous venons de dire. Dans cette vaste région il jouit du véritable pouvoir administratif ; il ordonne les évêques, réunit et préside le synode, veille par lui-même à l'observation des lois ecclésiastiques. Les autres territoires de l'empire d'Occident connaissent les divisions en provinces ecclésiastiques, et même jusqu'à un certain point le groupement des provinces dans les cadres du diocèse civil. Milan, par exemple, est vraiment la capitale religieuse du diocèse civil d'Italie, Carthage du diocèse d'Afrique ; mais on ne voit pas que rien de semblable soit réalisé pour le diocèse d'Espagne, ou pour celui de Gaule. La tentative de constituer Arles en une primatie des Gaules n'a jamais réussi, et bientôt d'ailleurs une grande partie de ces régions va tomber sous les dominations barbares qui pendant longtemps empêcheront les communications avec le siège romain. On voit donc que l'intercommunion des Églises occidentales est assurée en principe de la même manière que celle des Églises orientales. Mais bien vite l'évêque de Rome jouera le rôle de patriarche par rapport à toutes les Églises d'Occident et cette circonstance amènera dans cette partie de la chrétienté une cohésion beaucoup plus grande que dans la portion orientale de l'empire. » XLIII. La primauté du Siège romain. — Pendant le dernier quart du IVe (373-397), le siège épiscopal de Milan reçut un tel éclat de la présence de saint Ambroise et la ville de Milan tint un rôle politique si prépondérant en Occident que le prestige de la ville et du siège de Rome en souffrirent. Sans rien faire pour y contribuer directement, Ambroise y participa en faisant acte de métropolitain dans toute l'Italie du Nord ; il prit l'habitude de réunir autour de lui périodiquement une trentaine d'évêques suffragants, au chef-lieu de la province, pour tenir des conciles et il inculqua autour de lui le sentiment d'une supériorité incontestée. Cependant il n'empiéta pas sur les droits avérés du siège de Rome, tout reposait sur la valeur personnelle d'Ambroise dont la disparition entraîna à bref délai le déclin dès le début du Ve.
C'est une courte éclipse à laquelle les papes de Rome ne se sont d'ailleurs jamais prêtés, bien décidés à maintenir leur primatie sur toute l'Italie jusqu'aux Alpes. On a dit plus haut qu'à partir de 378, Damase a dû tolérer qu'on limitât sa juridiction aux provinces du vicarius Urbi et aux îles ; mais c'est là une concession sur laquelle on sera toujours prêt à revenir. Un concile quasi-annuel maintient un contact étroit entre les évêques réunis autour du tombeau de saint Pierre et le pape qui légifère avec eux et pour eux. En 385, le pape Sirice adresse aux absents la synodale Cum in num les informant des décisions prises, au nombre desquelles se trouve l'interdiction d'admettre dans le clergé quiconque aura géré une fonction publique après son baptême ou épousé une veuve, l'obligation de la continence pour les clercs mariés, la défense pour un évêque d'accueillir un clerc chassé d'une autre Église et celle d'ordonner un Adèle étranger ou de sacrer seul un évêque. Dans d'autres cas, le pape Sirice ne recourt pas à un concile, il prend sa décision à lui seul, ou bien il se contente d'une consultation restreinte à son presbyterium. La synodale de 386 fut envoyée à différentes provinces d'Occident, notamment à l'Afrique, malgré que cette province se montrât si généralement mal disposée à ce qu'on s'occupât d'elle. Il n'en est pas de même ailleurs et la juridiction romaine s'y fait sentir avec moins de résistance.
Quelques années auparavant, en 381, le pape Damase avait accueilli l'appel de Léonce de Salone et avait reconnu son innocence ; mais après cette date, Damase et son successeur, Sirice, se tiennent en dehors des affaires épiscopales italo-illyriennes qu'ils semblent se résigner à laisser sous la juridiction de l'évêque de Milan. Il est certain que pendant toute cette période, les relations entre Rome et Milan demeurent correctes mais froides. S'il arrive au pape de faire acte d'autorité en condamnant Jovinien, il ne manque pas d'informer l'évêque de Milan que « les fauteurs de cette nouvelle hérésie blasphématoire doivent demeurer hors de l'Église, condamnés par sentence divine et par notre jugement éternellement ». Là-dessus, Ambroise réunit un concile à Milan qui entérine ladite condamnation, la prend à son compte et la communique, en réponse, à Sirice. La démarche est d'une déférence irréprochable dans les termes, mais peut-être l'intention cache-t-elle une arrière-pensée.
On joue ainsi à faire assaut de finesses, et toute occasion est saisie et exploitée. En 385 ou 386, le pape Sirice reconnaît à l'évêque Anysius de Thessalonique le droit de confirmation sur toutes les élections épiscopales en Illyricum (Dacie et Macédoine comprises). Ce n'est rien moins qu'une délégation de l'autorité romaine sur des régions troublées conférée à Anysius. Ambroise et ses conciles de 392 et 393 n'y contredisent pas, ils confirment, mais cette décision parallèle et conforme est une sorte de reconnaissance sinon une approbation.
L'autorité romaine n'hésite pas, elle recherche même, pourrait-on dire, les occasions de faire sentir son autorité notamment en Gaule et en Espagne. En 386, Sirice dénonce l'élection irrégulière de l'évêque gaulois Agrécius à l'empereur Maxime qui lui répond que l'affaire sera soumise aux évêques catholiques gaulois, mais les droits de juridiction du siège romain sont reconnus, encore que transférés.
L'autre pièce est une lettre du pape Sirice à Himérius de Tarragone, datée du 10 février 385, répondant à un mémoire adressé au pape Damase, mort depuis. Le pape Sirice a soumis ces questions à son concile, le premier qu'il ait tenu et envoie ses réponses sur tous les points dont le détail importe moins que cet avertissement : « Pour chacun des cas sur lesquels, par l'intermédiaire de notre fils le prêtre Bassianus, tu avais consulté l'Église romaine, comme la tête du corps auquel tu appartiens, nous avons répondu suffisamment, à mon avis. Maintenant, pour que les canons soient respectés et que les décrets ainsi posés soient observés, nous incitons ta fraternité à faire connaître ce que nous venons de répondre à ta consultation, à tous nos co-évêques, non seulement ceux qui sont établis dans ta province, mais aussi à tous ceux de Carthaginoise, Bétique, Lusitanie et Galice, ainsi qu'à ceux des provinces limitrophes. » Le ton est haut et ferme ; en outre, chaque prescription est renforcée d'une menace de sanction d'être retranché de la communion romaine. Pour en agir de la sorte, le pape se réclame de la succession apostolique : Portamus onera omnium qui grauantur... imo hsec portât in nobis beatus apostolus Petrus qui nos in omnibus, ut confidimus, administralionis suœ prolegil et tuetur here des qui lui impose le droit d'exprimer la tradition sur toutes les Églises : Apud nos et apud omnes Ecclesias.
Il est donc bien vrai de dire que « ces deux textes sont d'une grande portée : ils représentent les premières décrétâtes, et le nom nouveau, qui est ainsi introduit dans le droit ecclésiastique, est significatif des progrès de l'Église romaine. Avant le dernier quart du IVe, les écrits des papes ne consistaient guère qu'en brèves missives privées et lettres pastorales étoffées de citations scripturaires. Avec Sirice — peut-être déjà avec Damase — paraissent les éléments de style empruntés aux décrets conciliaires et aussi à la langue juridique des lois civiles. Consulté par des évêques, le pontife romain leur adresse de véritables « rescrits », comme le prince à des fonctionnaires ; il « dit le droit », soit pour le constater, soit pour le faire. Dans la lettre à Himerius, Sirice écrit : jubemus, decernimus. Les lettres aux évêques subuibicaires et aux évêques africains, qui sont aussi des décrétales, ont moins de solennité dans la forme, mais autant de fermeté dans le fonds. Désormais à côté des canons des conciles et étroitement liés à eux ou appuyés sur eux, le droit ecclésiastique disposera des décrétales des papes. o C'est sur tout l'Occident que l'Église romaine étend ainsi son autorité souveraine et l'on comprend que le pape romain apparaisse aux Orientaux comme le chef ecclésiastique de toutes ces contrées. Saint Jérôme a distingué dans la chrétienté, les Églises d'Orient, celles d'Égypte et celles du Siège apostolique, voulant dire par là les Églises occidentales, expression singulière mais vigoureuse en son raccourci '. » Le travail qui s'est accompli pendant ce quart De a été décisif pour l'Église de Rome et l'institution dont elle est inséparable. Or il faut observer que ceux qui ont présidé pendant cette période à sa destinée n'appartiennent pas à la catégorie de ces hommes éminents que, d'instinct, on nomme de « grands papes ». Ni Damase, ni Sirice, ni Anastase ne sont du nombre de ceux qui s'affirment parmi leurs contemporains et s'imposent à la postérité. Les débuts de Damase furent laborieux et toute la durée de son pontificat assez difficile. Les quinze années du pontificat de Sirice sont plus calmes et s'il l'a emporté sur saint Jérôme, on hésite à croire que ce fut un malheur car personne ne peut imaginer ce qu'eut été Jérôme, pape, mais on sait ce que fut Sirice. Le cardinal de Retz disait que l'impulsion imprimée à l'État par Richelieu fut telle que la Fronde en fut retardée pendant plusieurs années et on pourrait soutenir non sans vraisemblance que l'essor donné à la papauté par le pape Damase soutint l'institution fortement et victorieusement au moins pendant toute la durée du pontificat de son successeur. L'institution papale ne dépend ni dans ses origines ni dans son développement de la coïncidence qui existe entre le fait de Rome capitale du monde au début de notre ère et l'Église exerçant la primauté par le rayonnement de son prestige sur les autres Églises. Ce qui est incontestable comme l'évidence c'est l'affirmation d'une part et, d'autre part, l'aveu du principe de cette primauté. L'Église romaine se considère, s'impose comme « Siège apostolique » et cette expression damasienne reparaît dans toutes les décrétales de Sirice, sous la plume de saint Ambroise et sous celle de Priscillien.
C'est surtout dans le décret pseudo-Gélasien (voir Dictionnaire, t. VI, au mot Gélasien) que nous lisons cette déclaration attribuée à un « concile romain tenu sous Damase » : « Ce n'est pas par des décisions de conciles que l'Église romaine a été mise au-dessus des autres Églises, mais elle a obtenu la primauté par la parole du Seigneur Notre-Sauveur dans l'Évangile : « Tu es Pierre et sur cette pierre, etc.. » Le premier siège de l'apôtre Pierre est donc l'Église romaine « qui n'a pas de tache ni de rouille ni rien de ce genre » (Éphés., v, 27). Le deuxième siège a été consacré à Alexandrie, au nom de Pierre, par Marc, l'évangéliste, son disciple... Le troisième siège du bienheureux apôtre Pierre à Antioche est tenu pour honorable parce qu'il a résidé là avant de venir à Rome et que là a résonné pour la première fois le nom du nouveau peuple des chrétiens ». Le texte, suivant certains, vient du concile romain de 382. S'il en est ainsi on voit que Ambroise de Milan, Valérien d'Aquilée, Anemius de Sirmium, Britton de Trêves, tous présents à ce concile, ont ratifié ce texte qui étayait si fortement le fondement de la primauté romaine.
XLIV. Rome au IVe -. — À défaut de quel que Mirabilia urbis Romæ ou d'Itineraria qui n'existent pas pour l'époque que nous étudions, c'est un pèlerin, un poète qui va nous décrire Rome vers les derniers jours du IVe, Prudence, dont les écrits contiennent des détails précieux pour l'historien et pour l'archéologue. Paul Ailard qui était maître en ces deux sciences a su tirer de ces poèmes une image sinon complète, au moins vivante et pittoresque de la Rome païenne, de la Rome chrétienne et de la Rome souterraine vers le temps où nous sommes parvenus. La Rome monumentale à quelques années seulement de sa capture et de sa ruine par Alaric se dresse encore debout et vivante dans ces poèmes, avant que le marteau n'ait encore abattu aucun temple, aucune statue consacrée aux dieux 3.
Le païen qui sort de sa maison de l'Esquilin ou de Suburre aperçoit d'un coup d'œil la ville en fête et partout des jeux. Devant lui le haut Capitole, les prêtres couronnés de lauriers s'empressent autour des temples tandis que sur la voie sacrée on entend mugir les victimes '. Les sacrifices sont désormais affaire individuelle, simplement tolérée car, depuis 394, l'État se refuse à toute participation aux frais du culte idolâtrique. Néanmoins les temples sont tous debout : le Capitole, le temple de Rome et celui de Vénus ', celui de Jupiter Tonnant ' et tant d'autres 2 que Prudence nomme pêle-mêle parce qu'il les a vus au Forum ; ici « un Hercule se dressant dans la rigidité fauve de son bronze3 » ; là, les statues équestres de Castor et Pollux, dont le temple s'élève au pied du Palatin 4 ; plus loin, vers le Capitole, celui de Janus Bifrons s, qui existait encore au VIe avec son revêtement de bronze 6 et près duquel se célébraient aux calendes de janvier, des rites idolâtriques et des festins sacrés7 ; faisant pendant à celui-ci, le temple de Saturne *. Puis viennent, ornant, çà et là le Forum, les statues des vieux héros de la légende latine : Enée, Italus, le père Sabin, c'est-à-dire Romulus, divinisé sous le nom de Quirinus, le fabuleux Picus ; devant chacune de ces statues, nous apprend Prudence, était posé un antique autel '.
Ces vestiges d'un culte de plus en plus délaissé et à qui ses fidèles eux-mêmes n'accordent plus aucune confiance ne sont pas les seuls. D'autres subsistent, tels le temple d'Hercule, sur l'Aventin, desservi par les prêtres Saliens, et dont un membre de la gens Pinaria était flamen héréditaire10 ; s'élevant sur la même colline, au milieu d'un bois sacré, le temple de Diane d'où les chevaux devaient être tenus à l'écart et sur les parois duquel une fresque encore visible faisait voir Hippolyte enlevé dans l'Olympe par la chaste déesse n. Pareil assemblage faisait ressembler Rome à un musée et à un panthéon. « Ici, une statue apportée de Corinthe ; là, un marbre provenant d'Athènes incendiée. La terre de Cléopâtre a envoyé des cynocéphales et le désert d'Ammon des dieux au front cornu comme des vaches. Chaque fois que le char d'un nouveau triomphateur est entré dans Rome, chaque fois furent élevés des autels à de nouveaux dieux 12. » Parmi tout cela l'art exerce son prestige en faveur de l'idolâtrie et Prudence avoue que les artistes grecs ont présenté des dieux à la folie des hommes ; le ciseau de Miron et le marteau de Polyclète ont fait naître des immortels « , qui défilent chacun avec son caractère, son attribut, ou son symbole », alors qu'on n'a pas paru songer à élever des temples à Mentor et à Phidias 16.
Un culte plus humble, plus familier se rencontrait presque partout, celui des divinités tutélaires attachées à chaque ville, chaque rue, chaque maison et représentées sous la forme de petits reptiles. « Les portes, les demeures, les thermes, les écuries possédaient leur génie : dans toutes les parties de la ville, sur tous ses membres, pour ainsi dire, ils étaient représentés ; il n'y avait pas un coin qui n'eût le sien 16. » Ces particularités n'enlèvent à la ville rien de sa richesse et de sa magnificence qui lui sont dues pour son mérite intrinsèque d'être Rome, la ville des Romains, êtres supérieurs incomparables à tout le reste de l'humanité, car c'est Prudence qui estime qu' « il y a une aussi grande distance entre le Romain et le barbare, qu'entre le quadrupède et le bipède, le muet et le parlant, le chrétien et le païen 17 :
Tantum distant Romanu et Barbara, quantum Quadrupes abjuncta est bipedi, vel muta loquenti. Quantum etiam, qui rite Dei prœcepta sequuntur, Cultibus a stolidis et eorum erroribus absunt.
Gloire ancienne et nouvelle qu'attestent les arcs de triomphe, couronnés des statues des générations, debout sur leur quadrige d'airain qui courbe les captifs agenouillés I8.
Deux poètes païens, Claudien et Rutilius, célèbrent à leur tour « les arcs innombrables autour desquels étincellent les trophées arrachés aux nations vaincues 19, « trophées innombrables dont la ville est remplie, et qu'il est aussi difficile de compter que les étoiles du ciel 20 ». Les trois poètes ont été frappés de l'effet magique du soleil frappant de ses rayons les toits dorés des temples et des palais de Rome. « L'œil, dit Claudien, reste ébloui de tout ce métal embrasé ; le scintillement de tant d'or fatigue la prunelle tremblante n. » — « Les temples étincelants, écrit Rutilius, troublent nos yeux, qui ne les peuvent regarder en face 22. » Prudence, le chrétien, a compris et rendu avec plus d'éclat encore la fête lumineuse offerte par la grande ville à quiconque est capable de comprendre la poésie du soleil. « Ses rayons, dit-il, illuminent d'une splendeur égale toutes les parties de Rome, ils frappent ses faîtes dorés, mais ils frappent aussi les humbles toits noirs de fumée ; ils entrent dans les édifices de marbres éblouissants dont le Capitole est couronné, mais ils pénètrent aussi dans les étroites ouvertures des prisons, dans les bouches des cloaques, dans les honteuses cellules des bouges les plus infects 23. » Malgré cet éblouissement, Prudence et, sans aucun doute, beaucoup d'autres bons chrétiens comme lui ne peuvent manquer de se scandaliser à la vue de tout ce qui offense la morale. On passe condamnation sur ce qui est du ressort de l'art et de la fable, mais la morale y souffre de tels accrocs que l'honnête homme et le croyant ne peuvent qu'en être révoltés. Le luxe des femmes le scandalise. « Leur beauté naturelle ne leur suffit pas, elles y ajoutent des attraits menteurs. Elles s'imaginent que la main du divin artiste qui a modelé leur visage laissa son œuvre incomplète, elles attachent à leur front un diadème de grenats d'un bleu d'hyacinthe, elles ceignent leur col pur du feu des colliers, à leurs oreilles elles suspendent de lourdes émeraudes, elles enroulent dans leurs beaux cheveux des rangs de blanches perles ; des chaînes d'or entrelacées couvrent leur tête d'un tissu rigide 24. » Non contentes de cette magnificence artificielle qui évoque certaines fresques des catacombes et des mosaïques de Ravenne, Prudence ajouta à ce portrait que les femmes de son temps se couvrent de fard '« :
... non enim contenta décore Ingenito externam mentitur femina formant. At velut arti/icis Domini manus imperfectum Os dederit, quod adhuc res exigat aut hyacinthis Pingere sulilibus redimitse frontis in arce. Colla vel ignitis sincera incingere sertis, Auribus aut gravidis viri des suspendere baccas, Nectitur et nitidis concharum calculus albens Crinibus aureolis que riyet coma texta catenis. Teedet sacrilegas matrum percurrere curas, Muneribus dotata Dei quœ plasmata fuco Inficiunt, ut pigmentis cultis inlita perdat Quod fuerat, falso non agnoscenda colore.
Les hommes ne sont pas moins préoccupés de leur parure. « Ils se réjouissent d'emprunter leurs habits, non à la laine des brebis, mais aux dépouilles d'une plante d'Orient ; ils aiment à couvrir leur corps de tissus ornés de broderies aux couleurs variées. Pour eux on carde les laines les plus molles ; celui-ci porte une tunique dont une course rapide révèle l'indécence, ou des vêtements tissés de plumes d'oiseaux ; cet autre, fardé, poudré, exhale les parfums d'une femme l.
Tous sont ainsi parés pour aller s'asseoir dans le Grand Cirque et y applaudir frénétiquement chars, chevaux et cochers, s'émouvoir devant l'adresse des danseurs de corde et l'intrépide hardiesse des dompteurs 2, se divertir à la vue et au récit des aventures les plus sales, des danses les plus obscènes, des histrions les plus dégradés 3. Avec cet auditoire luxueux s'entassait sur les gradins supérieurs une cohue avide d'assister à d'ignobles pantomimes 4, d'acclamer les acteurs dont le répertoire était encore tout païen à en juger par les titres des pièces : Jupiter et Léda, V Enlèvement d'Europe, Vénus et Adonis et par ce que nous en connaissons : « Jupiter transformé en cygne séduit Léda sur la scène ; le même Jupiter métamorphosé en taureau enlève Europe, enfin une courtisane vient répandre en présence de tous des larmes coupables sur les blessures d'Adonis et les prêtres des dieux contemplent sans s'émouvoir le lupanar de la sainte Cypris 6 ». Cette foule réclame encore et on lui accorde les combats de gladiateurs 6 (voir Dictionn., t. vi, à ce mot) sous les yeux des vestales dont les privilèges ont été abolis par Gratien, en 382 ', mais dont la corporation subsiste encore sous Honorius, en 403. Leur recrutement, de jour en plus plus difficile, rendait presque impossible leur conservation ; elles disparurent le jour où la dernière d'entre elles abandonna le temple de Vesta ou tomba morte auprès de son autel refroidi.
Depuis longtemps déjà, selon le mot de saint Jérôme, les araignées tissaient leurs toiles dans les temples délaissés, les basiliques chrétiennes s'élevaient de plus en plus nombreuses, étincelantes, envahies par une foule de fidèles. On ne doit pas supposer à tous ces édifices la magnificence des églises construites et dotées par Constantin au Vatican, au Latran et sur la voie d'Ostie, mais c'est d'après le même plan, avec des matériaux plus simples et une décoration plus sobre que les papes Silvestre, Jules, Marc, Libère, Damase et Sirice pourvurent à la construction et à la réfection des édifices nécessaires au culte. Prudence les a vus et nous en a décrit le vaste atrium auquel donnait accès une porte consacrée et qu'entouraient des portiques couverts 8, sous lesquels tous pouvaient se promener et se délasser en s'appuyant sur les canceaux qui régnent entre les colonnes et en regardant les fontaines jaillissantes \ La basilique de Saint-Paul, élevée par Constantin sur la rive gauche du Tibre, le long de la voie d'Ostie, au temps où la vit Prudence venait d'être rebâtie « avec une royale magnificence par un bon prince qui dépensa à cette œuvre d'immenses trésors 10 ». On le croira sans peine en lisant que « toutes les poutres étaient revêtues d'or en feuilles, afin qu'au-dedans l'édifice parût éclairé comme par une aurore ; les lambris de couleur brune étaient soutenus par quatre rangs de colonnes en marbre de Paros ; des morceaux de verre brillants ornaient de couleurs variées la courbe des arcs : en levant les yeux on eût cru voir des prés semés de fleurs printanières » ». — Non moins riche était l'église bâtie auprès de la catacombe de Cyriaque, non loin du tombeau de saint Hippolyte. Prudence la décrit ainsi : « C'est un temple d'une splendeur royale ; ses murs sont élevés, sa majesté superbe et il a reçu les dons, les plus opulents. Deux rangs de colonnes soutiennent la charpente du toit, posés sous ses poutres dorées. De chaque côté s'allongent d'étroits enfoncements, couverts d'un toit surbaissé. Mais au milieu s'ouvre une allée plus large, que couronne un comble élevé. En face un tribunal est supporté par de nombreux degrés : de là le pontife prêche Dieu n ». On voit ici une basilique du type bien connu avec sa nef à colonnes, son comble en charpente et la chaire épiscopale située dans l'abside. Faut-il y voir une description de la basilique de Saint-Laurent (voir Dictionn., t. vm, col. 1931 sq.) ?13 C'est d'autant moins probable qu'il a décrit le tombeau de saint Hippolyte, chambre souterraine transformée en oratoire, mais trop petite pour contenir la foule des pèlerins : il montre ensuite celle-ci remontant à la surface du sol, et se répandant dans la basilica major consacrée au même saint, où se célébrait l'office solennel le jour anniversaire de son martyre. Toutes les basiliques du IVe se ressemblaient par les grandes lignes et l'ordonnance générale, mais aucune hésitation n'est possible ici car, outre que Baronius rapporte que de son temps on voyait encore quelques restes d'une basilique consacrée à saint Hippolyte à côté de la basilique de Saint-Laurent, à l'entrée du cimetière de Cyriaque14, on a retrouvé l'emplacement de cette basilique 15 et l'on y a découvert une inscription damasienne qui rappelle des réparations et reconstructions importantes exécutées dans la domus martyris Hippolyti (voir Dictionn., t. iv, col. 194, n. 63) :
Laeta Deo plebs sancta canat quod mœnia crescunt et renouata domim martyris Hippoliti ornamenta operis surgunt.
S'il n'a pas décrit la basilique de Saint-Laurent, Prudence y fait allusion lorsqu'il nous apprend que, lors de son voyage à Rome, cette église était fréquentée de préférence par l'aristocratie romaine convertie : « Nous voyons, dit-il, des familles illustres, où le père et la mère sont d'une noblesse égale, y vouer à Dieu leurs clarissimes enfants. Celui qui autrefois portait les bandelettes des pontifes est marqué aujourd'hui du signe de la croix, et dans ton temple, ô Laurent, entre la vestale Claudia 16. » Ces ex-votos d'enfants clarissimes nous sont attestés précisément pour la basilique Saint-Laurent par un petit monument qui peut être contemporain de Prudence. Ce sont deux médailles de dévotion représentant l'oblation de deux enfants au tombeau d'un martyr (voir Dictionn., t. i, col. 1826, fig. 492 ; col. 1825, fig. 491). L'un se nommait Gaudentianus ; son père s'approche, le tenant d'une main, et de l'autre portant un calice qu'il va déposer sur la memoria. L'autre est une fillette déjà grande, Successa, qui s'avance seule, tenant un cierge allumé. Le tombeau est représenté sur les deux médailles avec une forme presque semblable, entouré d'un cancel, surmonté d'un ciborium posé sur des colonnes torses : de la corniche du ciborium tombent des festons ou des voiles repliés et sur l'une des médailles il est garni de cierges allumés. Cette confession est celle de Saint-Laurent, car sur l'autre face la scène de son martyre est représentée ; nous la voyons telle qu'elle existait avant que le pape Sixte III, en 432, la fît orner, au dire du Liber pontificalis, de colonnes droites en porphyre, par conséquent dans l'état où la vit Prudence lui-même, entourée de cancels d'argent, don de Constantin.
Prudence nomme une troisième basilique romaine « placée en vue des tours de la ville, une vierge veille sur le salut des Romains ». C'est Sainte-Agnès, au sujet de laquelle il n'entre dans aucun détail.
Il est, heureusement, moins sobre à l'égard des baptistères, et Rome en possédait plusieurs. L'un d'eux élevé par Constantin auprès du Latran, un autre construit par le même prince sur la voie Nomentane, proche de Sainte-Agnès, enfin un troisième élevé par le pape Damase, près de la basilique de Saint-Pierre, au Vatican, pour mettre à profit une source qui inondait l'antique cimetière (voir Dictionn., t. iv, col. 168, n. 4). Le baptistère du Vatican était célèbre dans l'antiquité. Damase avait mis à l'entrée de l'édicule une inscription où se lisaient ces mots :
D'autres vers étaient inscrits au-dessus de la fontaine sacrée que Prudence nous décrit ainsi :
Dextra Pelruni reyio tectis tenet aureis receptum Canens oliva, murmurons fluenlo : Xam que supercilio suri liquor ortus excitavit l'ontem perennem chrismatis feraeem, Nunc pretiosa mit per marmora lubricat que clivum, Donec virenti flueluet colymbo. Interior tumuli pars est, ubi lapsibus sonoris Stagnum nivali volvitur profundo. Omnicolor vitreas pictura superne tingit undas.
Musci relucent et virescit aurum. Cyaneus latex umbram trahit imminentis ostri :
Crédits tnoveri /luclibus lacunar. Pastor oues alit ipse illic gelidi riyore fontis, Videt sitire quas flueuta Christi.
« Le Tibre, fleuve sacré, coule entre deux tombeaux. La rive droite abrite sous ses toits d'or le corps recouvré de Pierre, dans une région blanche d'oliviers et remplie du murmure des eaux. Une source sort des rochers ; elle alimente la fontaine éternelle de la grâce. Elle coule dans un lit formé de marbres précieux, et suit la pente glissante, jusqu'à ce qu'elle précipite ses flots dans un bassin verdoyant. Il est creusé dans l'intérieur de la montagne, et la chute sonore des eaux fait bouillonner ses froides profondeurs. Au-dessus de la piscine, les mille couleurs des peintures se mirent d'en haut dans les ondes, les mousses brillent, l'or prend des teintes verdoyantes. L'azur de l'eau reflète la pourpre des murailles : les lambris semblent se mouvoir dans les flots. Le Pasteur lui-même y nourrit de l'eau glacée ses brebis, qu'il a vu soupirer, altérées, vers les fontaines du Christ. » Ainsi la voûte du baptistère figurait le bon Pasteur dont l'image se reflétait dans la piscine.
A Rome on commençait à représenter le martyre des saints. On lit dans la notice du pape Silvestre au Liber pontificalis que Constantin avait fait placer devant les reliques de saint Laurent un bas-relief représentant sa passion ; la basilique de Sainte-Pétronille, au cimetière de Domitille, offrait sur deux colonnettes des bas-reliefs représentant le martyre des saints Nérée et Achillée (voir Dictionn., t. iv, col. 1422, fig. 3848) ; une pierre gravée du même temps montre la décapitation d'une martyre (voir Dictionn., t. i, col. 430, fig. 78) ; enfin Prudence, dans son Ditlocheeon consacre un quatrain à la Passio S. Stephani qu'il a pu voir à Rome où il put se complaire parmi les splendeurs du culte des vigiles. Alors, dit-il, « des lumières pendaient, suspendues à des chaînes mobiles, et brillaient au milieu des lambris : la flamme nageant dans l'huile épaisse traversait de clartés vacillantes le verre transparent ; on eût cru voir, au-dessus de sa tête, la voûte étoilée du ciel où brillent les deux Ourses, et, du côté vers lequel se tourne le timon du Rouvier, étincelant, épars, d'innombrables astres de pourpre 2 ».
On s'attend bien à ce qu'un pèlerin à Rome, sous le règne d'Honorius, n'ait pas négligé la visite des catacombes auxquelles les grands travaux récemment exécutés sous le pontificat de Damase avaient donné une importance capitale parmi les sanctuaires de la ville. Prudence, comme bien d'autres visiteurs, avait l'imagination remplie de ce qu'il verrait dans ces souterrains : « A peine, disait-il peut-être avant son voyage, savons-nous par la renommée de combien de saints cachés Rome est pleine, combien de tombes sacrées fleurissent le riche sol de la Ville. Nous [Espagnols], qui sommes privés de ces biens, et ne pouvons contempler les traces du sang des martyrs, nous levons les yeux au ciel 3. » Et après son pèlerinage il dit encore : « Nous avons vu, dans la ville de Romulus, les cendres innombrables des saints 4 ». Cependant, et c'est ce qui donne à ce témoignage d'un visiteur son plus grand intérêt, à quelques années de là, à partir de 410, les inhumations prendront fin dans les catacombes. Prudence aura été un des derniers à rencontrer dans les sombres galeries des clercs et une famille éplorée venant déposer un cadavre dans un loculus, ou bien des fossores défonçant un arcosolium pour y aménager des tombes nouvelles. On assistait à la transformation par des escaliers plus nombreux et plus spacieux, des luminaires plus larges, des chapelles plus luxueuses, des inscriptions multipliées. Quelques familles chrétiennes obtenaient encore à prix d'argent la permission de déposer leurs défunts ad sanctos, mais l'œuvre des excavations régulières avait pris fin, on ne creusait pas de nouvelles galeries et on aménageait seulement quelques cubicules.
Prudence visita le cimetière de Saint-Hippolyte, sur la voie Tiburtine, et comme ses contemporains il réservait son attention pour les tombes saintes dont quelques-unes étaient signalées par le mot martyr ou le sigle équivalent. Ceux qui n'avaient pas la satisfaction d'y venir eux-mêmes chargeaient leurs amis de copier les épitaphes et c'est la demande que l'évêque de Saragosse, Valérien, avait adressée à Prudence qui se dérobait poliment 5 : « Vous me demandez, ô Valérien consacré au Christ, quelles sont les épitaphes gravées sur les tombeaux et quels noms on y lit. Il est difficile de vous répondre, tant sont grandes les multitudes de justes immolées par une fureur impie, alors que la Rome troyenne honorait les dieux nationaux. Beaucoup de tombes portent des lettres gravées, et nous lisons ainsi le nom du martyr ou une épitaphe quelconque. Il y a aussi cependant des murs muets fermant des tombes silencieuses, et révélant seulement un nombre. On peut savoir ainsi combien de cadavres anonymes gisent ensemble. » Prudence n'est pas le seul pèlerin du IVe qui nous ait laissé ses impressions sur les catacombes.
XIV.
« Pendant que je demeurais, dans mon enfance, à Rome où je recevais une éducation libérale, j'avais coutume, nous apprend saint Jérôme, de visiter chaque dimanche, avec des condisciples de mon âge, les sépulcres des apôtres et des martyrs ; nous entrions souvent dans les cryptes, creusées dans les profondeurs de la terre, et dont les murs sont garnis de sépultures à droite et à gauche. L'obscurité est si grande qu'il semble en y pénétrant qu'on pourrait s'appliquer à soi-même ce mot du prophète : Qu'ils descendent tout vivants dans les abîmes I De temps en temps, un peu de jour qui tombe d'en haut y tempère l'horreur des ténèbres. Vous ne pouvez pas dire que vous voyez des fenêtres, mais plutôt des trous lumineux. Puis on continue à marcher pas à pas ; dans la nuit dont ces souterrains vous entourent, vous vous rappelez ce vers de Virgile : « Ici tout fait frissonner, et le silence même « est plein d'épouvante ' ». La description que donne Prudence n'est pas moins curieuse : « Non loin des murs de Rome, dit-il, et de la zone cultivée qui les entoure, une crypte cachée ouvre ses fosses profondes. : La pente étroite d'un sentier qui replie sur lui-même ' ses degrés introduit dans les détours de cette retraite, d'où la lumière est bannie. Car le jour atteint à peine la première ouverture des portes et n'éclaire que le seuil du vestibule. A mesure que l'on avance dans les dédales de la caverne, la nuit devient plus épaisse, quoi que, de temps en temps, les ouvertures pratiquées dans la voûte y fassent pénétrer un brillant rayon de soleil. Au milieu des obscurs détours formés par les | chambres étroites et les noires galeries qui se croisent, '■ un peu de jour tombe ainsi, d'en haut, dans les en- | trail les de la colline. Dans le fond de la crypte souterraine il est encore possible de deviner l'éclat et de suivre la lumière du soleil absent 2. » On s'explique sans peine l'attrait exercé sur les pèlerins par cette mise en scène émouvante associée à la magnificence des décorations et à la sainteté des cérémonies. « Dans le secret de cette retraite avait été porté le corps d'Hippolyte, à la place où s'élève l'autel consacré à Dieu. La même table donne la nourriture sacramentelle et recouvre les os du martyr *. a « Cette ' petite chapelle, qui contient le vêtement périssable ; qu'a rejeté son âme, resplendit d'argent massif. Des ; mains riches et généreuses ont revêtu ses murs d'une surface brillante comme un miroir. Non contentes d'en ! avoir garni l'entrée de marbres de Paros, el les ont dépensé des sommes considérables pour les orner 4. » Toutes ces splendeurs étaient destinées à périr lors du siège de Rome par les Goths, en 537 et 538, sous la conduite de Vitigès ; les marbres, les mosaïques, les plaqués disparurent, mais du moins Prudence avait pu admirer l'ensemble qu'il a pris soin de nous décrire.
XLV. Le triomphe du christianisme à Rome. — Quelques mots suffiront à rappeler ici l'effort suprême tenté à Rome, en 394, pour restaurer le paganisme que Julien l'Apostat avait réussi à galvaniser trente ans plus tôt. Le rhéteur Eugène, proclamé empereur par Arbogast, l'assassin de Valentinien II, n'était que le prête-nom d'une entreprise organisée par Flavien Nicomaque, préfet païen du prétoire et partisan fanatique de l'ancienne religion nationale. Nous avons raconté déjà les péripéties de cette lutte dont Rome fut le théâtre (voir Dictionnaire, t. v, col. 1651-1668, au mot Flavien Nicomaque). Pendant quelques mois, la ville reprit l'aspect de jadis au temps des autels, des sacrifices, des pontifes, des orgies, des lustrations, et comme cette ferveur soudaine n'étouffait pas toute lueur de bon sens et tout pressentiment de danger prochain, on renforça les travaux de défense de l'enceinte d'Aurélien, assez défectueuse sur différents points. On ne pouvait hésiter sur la nécessité d'une rencontre, elle eut lieu tout près d'Aquilée (5 septembre 394) et s'acheva par la défaite et la mort d'Eugène et de Nicomaque Flavien. Théodose, que rien n'arrêtait plus, se rendit à Rome où il réunit le Sénat dont il engagea la faction païenne à se convertir, sans réussir à la persuader. Prudence interprète ainsi son discours : « Tout ce qu'embrasse le monde, ô Rome, t'est soumis ; c'est Dieu qui l'a voulu, qui t'a établie la souveraine et dominatrice du globe terrestre et qui t'a fait fouler aux pieds tous les êtres mortels. Il messied à ta dignité de reine d'abaisser tes regards à la contemplation d'une terre caduque et de placer la majesté dans des objets humbles et inférieurs à toi. Je ne souffrirai pas que sous ma conduite tu t'attachais à d'antiques folies, que tu adores ces dieux monstrueux et vermoulus... Tu as instruit tous les peuples et tu leur as donné des lois et tu te mettrais au niveau des barbares par le culte avilissant des faux dieux ! Reconnais sur mes armes le signe glorieux de la croix qui jadis aussi a valu à Constantin la victoire. Soumets-toi à la puissance de Dieu qui s'est manifestée ; abandonne toutes les superstitions ridicules et les puérilités du service des dieux ; laisse enfin vide ces sanctuaires indignes du grand nom de l'Empire ». Prudence ne s'en tient pas là. « Dans sa vieillesse, dit-il, Rome apprend à rougir de son passé, elle a honte des siècles écoulés, elle déteste les années qu'elle a vécues dans les souillures de la superstition. Le souvenir du sang innocent des martyrs répandu dans toute la campagne qui avoisine ses murailles, la vue des milliers de tombes qui l'entourent augmentent ses regrets et sa douleur de ce sinistre jugement... On embrasse la foi du Christ avec toute la ferveur de l'amour ». Non, ajoute-t-il, le triomphe de Marius après sa victoire sur Jugurtha n'a rien de comparable à celui de Théodose. Celui-ci a conduit la ville sur le chemin de la domination sans fin, une domination qui ne verra jamais vieillir mais rajeunir sans cesse les forces de Rome. Jetez un coup d'œil dans la salle du Sénat ! Il n'y reste plus que bien peu de partisans des ténèbres dans ces jours où le soleil de la foi est déjà haut dans le ciel ! Regardez le peuple ! Combien sont rares ceux qui ne se détournent pas avec horreur de l'autel souillé de Jupiter ! Il est plaisant, à quelques années seulement des catastrophes imminentes qu'Alaric, Vitigès, Totila et plusieurs autres infligeront à Rome, d'entendre parler de cette domination qui ne doit pas vieillir, comme si on tenait les destins dans sa poche. Théodose fut un vainqueur indulgent et son triomphe n'entraîna pas de réactions violentes pour Rome. Par ses soins, Fabius Pasifilus exerçait les pouvoirs de préfet provisoire du prétoire et de préfet de la ville. On ne vit pas de tumultes, les chrétiens se piquèrent de modération et se contentèrent de déboulonner la statue de Flavien Nicomaque, bien moins à raison de son effervescence païenne que pour les abus de pouvoir auxquels avait donné lieu son administration. La statue ne fut pas détruite mais reléguée dans un magasin d'où on la fit sortir quelques années plus tard (431) pour l'installer sur le forum de Trajan, ce fut une restitution honoris qui n'eût pas déplu à Théodose lui-même qui avait exprimé aux sénateurs ses regrets de la disparition prématurée de Flavien ; il ne fut pas le seul à en parler avec indulgence ; il est vrai que d'autres lui furent sévères ainsi qu'à sa tentative de restauration du paganisme qui n'était même pas romain, mais tout bariolé d'orientalisme : Isis, Osiris, Mithra.
Théodose mourut à Milan au commencement de l'année 395 et sa disparition allait séparer pour toujours désormais Rome et Constantinople qui auraient chacune sa destinée politique en attendant d'avoir chacune sa destinée religieuse.
XLVI. Le paganisme stationna à Rome au IVe. — C'est chose entendue que Constantin adopta la religion chrétienne, mais avec toutes sortes de ménagements pour le paganisme. Les lois qu'il rendit contre le culte païen firent plus de bruit que de besogne et le meilleur commentaire du Code Théodosien se trouve dans le Corpus des inscriptions. Celles-ci nous font connaître des faits irrécusables : érections d'autels ou de statues aux divinités, fêtes, offrandes, hommages à elles adressés par des nobles romains, des sénateurs : Clodius Mermogenianus Césarius, Cœlius Hilarianus, Quintus Clodius Flavianus, Lucius Ragonius Venustrus, Llpius Egnatius Faventinus, Petronius Apollodonus, Sextilius Agesileus Fdesius, Nonius Victor Olympius, Aurelius Victor Augentius et d'autres jusque vers 391.
Ainsi quoiqu'en puissent dire les lois, le paganisme dure ; même en admettant qu'il ne prospère plus, du moins il se défend. En 341, Constant interdit la superstition et soumet les sacrifices à un châtiment ; en 353, Constance ordonne la fermeture des temples et menace de mort les sacrificateurs païens ; mais ces lois inappliquées deviennent bien vite caduques après l'avènement de Julien et désormais tout est à reprendre et ce n'est pas avant le règne de Gratien et sa loi de 382 que le paganisme court un véritable danger. Cette loi marque un pas décisif par la suppression des privilèges dont jouissaient les prêtres païens et des revenus attribués aux temples des dieux. Désormais les uns et les autres cessant d'être subventionnés n'ont d'autre perspective que la ruine et la disparition, les libéralités des particuliers n'étant pas assez larges et régulières pour assurer l'entretien prolongé. Certains sénateurs par esprit d'opposition, par gloire, soutiendraient plus ou moins longtemps le culte païen, mais non pas toujours, seulement cela pouvait le prolonger assez longtemps. L'affaire de l'autel de la Victoire est assez connue pour n'être rappelée que d'un mot et le conflit entre saint Ambroise et Symmaque aboutit beaucoup moins à la satisfaction morale du maintien de la statue symbolique de la Victoire qu'à la prétention de sacrifier aux dieux au nom de l'État. Ni Gratien ni Valentinien III n'y consentirent et l'abandon définitif, vers 382, du titre de pontifex maximus par les empereurs marqua un autre effort vers l'affranchissement total du paganisme ; mais on n'y arrivait que pas à pas.
Le vieux paganisme olympien était depuis longtemps déjà en assez mauvaise posture pour subir une brusque dégringolade si les cultes orientaux n'étaient venus, au début de notre ère, le revigorer, et, en particulier, le mithriacisme (voir Dictionnaire, t. xi, au mot Mithra). Le lieu préféré des assemblées se trouvait dans le mithrœum de la VIE région, non loin de l'église actuelle de Saint-Silvestre in capite, et dans le temple de Cybèle, qui s'élevait à gauche de l'entrée de Saint-Pierre, près du cirque de Néron.
On a retrouvé plusieurs inscriptions de ce mithrœum. La plus importante, découverte en 1867, à peu près sur l'emplacement qu'il occupait, sous le palais Marignoli, a permis de constater qu'il fut restauré entre 382 et 391 aux propres frais du sénateur Tamesius Augentius Olympius, qui se fait gloire de s'être passé des subsides de l'État : sumptus tuos nec, Roma, requirit. Mithra possédait beaucoup d'autres sanctuaires à Rome, leur nombre approche aujourd'hui de la centaine et parmi eux un certain nombre furent certainement aménagés au cours du IVe, d'autres étaient de réputation assez fâcheuse, par exemple celui dont le préfet de la ville, Gracchus, fit crocheter la porte pour briser les statues qui s'y trouvaient (377).
Le culte de Cybèle, la « grande mère des dieux » n'était pas moins suivi, ainsi qu'en témoignèrent les inscriptions trouvées en 1608 et 1609, relatives à des criobolies et des taurobolies qui y furent célébrées entre 301 et 390. Et c'est là un curieux contraste avec les spectacles liturgiques qui se déroulaient à la même époque aux baptistères du Latran, du Vatican et d'ailleurs, parmi une foule ardente et mobile pour la religion nouvelle, tandis que certains s'obstinent dans les superstitions du passé. Dans les inscriptions postérieures à 350 on lit encore le titre in œternum renatus qui fait pendant au baptême ; delibutus sacralissimis mysteriis qui copie le langage de l'initiation chrétienne, et jusqu'à ces animæ suœ mentis que custodes qu'on peut rapprocher de nos anges gardiens, ou le puter sacrorum et le paler patrum qui évoquent un rapprochement avec le pontife suprême.
Dans ce qu'on pourrait appeler le paganisme classique, le culte de Vesta a conservé longtemps ses partisans, fidèles familiers de l'antique sanctuaire du Forum. Les fouilles de 1883-1884 et 1901 ont fait connaître l'atrium de Vesta et la demeure des Vestales dans les derniers temps de son existence. Ces lieux auront vu sans aucun doute les sanctissimæ et piissimæ frémissantes de reconnaissance envers le préfet de la ville, Vettius Agorius Prœtextatus, qui en 363, sous le règne de Julien, les avait prises sous sa protection, à titre de pontifex Vestæ que lui donnent deux inscriptions. Sa statue a été retrouvée en 1883. Or c'est ce même Prœtextatus qui habitait sur l'Esquilin, dans la via Merulana actuelle et dont la demeure qui fut retrouvée en 1591 contenait la statue de la Vestale Cœlia Concordia dont le piédestal disait que Prœtextatus l'avait élevée propter egregiam ejus pudicitiam insignem que circa cultum divinum sanctitatem. Cœlia Concordia fut la dernière des Vestales maximæ.
Lors des fouilles de 1883 on put retrouver dans la maison des Vestales le monument d'une Vestalis maxima dont le nom avait été gratté sur l'inscription dédicatoire du socle de la statue, que l'inscription latérale de dédicace permet de reporter à l'année 364.
DOCTRINÆ MIRABILIS /////////////E-V-V-MAX PONTIFICES VV CC
Ceci dit quant aux individus, il faut ajouter relativement aux édifices que le IVe n'en vit pas la destruction, mais tout au plus la fermeture avec les inconvénients qui en sont inséparables. A Rome, la première transformation d'un temple en église chrétienne ne paraît pas antérieure à l'année 526 ; les seuls textes qui mentionnent des destructions de temples avant cette date sont des inscriptions d'une fausseté manifeste de la fabrication de Pirro Ligorio 3. Il y eut peu de changements. Les temples qui avaient été voués aux dieux perdirent leur destination progressivement ; les autres qui avaient reçu d'abord une destination civile reçurent de nouvelles affectations. Ce fut le cas du temple de Saturne sous le Capitole, principalement consacré à la garde du trésor public et qui, successivement, perdit son nom païen et son affectation cultuelle, mais garda sa destination, ce qui lui valut sous le règne de Gratien l'avantage d'une restauration et presque d'une reconstruction. .Mais celle-ci fut conduite avec un sans-gène inouï comme nous le voyons par ce qui subsiste : les bases de colonnes sont d'inégale grandeur, et trois des fûts sont composés de tambours superposés sans ordre ni proportion J. C'est en 391 que Théodose interdit par une loi tous les sacrifices païens, même accomplis à titre privé et édicta des peines contre la visite des temples des dieux : Nemo se hostiis polluat, nemo insontem victimam caedat, nemo delubra adeat 5 ; ce n'est pas la démolition, et peu de temps après la mort de Théodose une ordonnance d'Honorius rappelle qu' « en même temps que nous interdisons les sacrifices, nous voulons que les monuments publics soient conservés à titre d'ornement : Sicut sacrificia prohibemus, ita volumus publicorum operum ornamenta servari », En 408, Honorius renouvelle la prescription, à Rome, de traiter dans les villes et dans les banlieues les temples comme propriété de l'État, mais d'abattre partout les autels : -Edificia templorum... ad usum publicum vindicentur 7.
La volonté d'épargner les monuments païens au IVe trouve sa confirmation dans ce fait que le pape Damase dépose devant un tribunal que le préfet Symmaque n'a causé aucun préjudice à des chrétiens, et sur-le-champ Symmaque affirme qu'aucun chrétien n'a comparu devant lui sous l'inculpation d'avoir endommagé des monuments du culte païen 8. C'est à la lumière de ces faits positifs qu'il faut interpréter certains passages littéraires de forme trop oratoire pour demeurer strictement historiques. Lors que saint Augustin avance dans un sermon : Eversis in urbe Roma omnibus simulacris ', il n'autorise pas à soutenir qu'à Rome toutes les statues des dieux sont renversées ,0. De même lors que saint Jérôme annonce que Templa Jouis et cœrimoniœ ceciderunt11 et encore que « le Capitole doré est dans le délabrement de l'abandon ; la poussière et les toiles d'araignées recouvrent tous les temples de Rome ; la cité sort de chez elle et la foule débordante du peuple ne fait que passer devant les sanctuaires à demi ruinés pour courir aux tombeaux des martyrs. Qui n'est pas entraîné à la foi par la sagesse, qu'il le soit du moins par la honte12 ». XL VIL L'empereur Honorius à Rome. — La succession de Théodose le Grand pesa lourdement sur le règne de ses fils Arcadius et Honorius. Celui-ci avait l'empire d'Occident et montra l'intention de confirmer les avantages dont la religion chrétienne était en possession et se montrait disposé à les accroître : Quia temporibus nostris addi potius reverentiae cupimus, quam ex lus, quœ olim prœstita sunt immulari « . L'intention était bonne, mais l'homme n'était pas à la mesure des événements quand ceux-ci dépendaient des volontés d'Alaric. Après avoir ravagé l'Illyrie, la Macédoine, la Thessalie, conquis Athènes, détruit Eleusis et Olympie, le Goth après une pause gagna la Pannonie et les Alpes Juliennes ; en 401, il foulait le sol italien où il se heurta à Stilicon qui lui livra deux sanglantes batailles à Pollentia et à Vérone pendant qu'Honorius fuyait Milan pour s'enfermer à Ravenne. La victoire de Pollentia, gagnée le jour de Pâques 402, délivrait Rome d'une menace imminente, mais qui devait reparaître sept années plus tard. Dans l'empire l'enthousiasme fut grand et Prudence demanda à l'empereur de venir triompher dans Rome. Ce n'est point la superstition qui a vaincu ll :
Sed vis cruda oirum per/racta que congredientum Pectora nec trepi dans animas succumbere leto Pro patria et pulcram per oulnera quœrere laudens et c'est au nom de Rome qu'il lui dit15 :
Ilegnator mundi, Christo sociabere in œvum Quo ductore meum trahis ad aelestia regnum.
— '* Corp, inscr. Int., 1. VI, n. 1187 sq. — 1T Prudence, Contra Siimnutchum, 1. Il, vs. 725 : /tores, caranie, pallia, toute la triperie italiolo.
Lors de ce séjour à Rome, on peut croire que l'empereur visita le tombeau de l'Apôtre ; il lui eût été difficile de s'en dispenser : Imperator venit Romam. Quo festinat ? demande saint Augustin. Ad lemplum imperatoris an ad memoriam piscatoris ? l. Sa présence, attendue et réclamée, devait signaler une mesure depuis longtemps sollicitée : la suppression des combats de gladiateurs 2 :
Quod genus ut sceleris jam ncscial aurea Roma, Te precor, Aasonii dux augustissime regni, El tam triste sacrum jubeas ut cxteru tolli.
Après un siècle presque accompli depuis la proclamation du christianisme, en 403, on ne concevait pas de triomphe sans un combat de gladiateurs. Cette fête prévue et annoncée fut l'occasion d'un événement sur les circonstances duquel nous ne reviendrons pas (voir Dictionn., t. i, col. 1674-1675 ; t. vi, col. 12801281) et qui amena l'interdiction de ces jeux qu'on aura vus à Rome pour la dernière fois. Honorius ému par le dévouement du moine Télémaque édicta, sous des peines sévères, l'interdiction à Rome des combats de gladiateurs.
L'amphithéâtre Flavien subsista sous le nom de Colisée (voir Dictionn., t. i, au mot Amphithéâtre) avec tout un appareil légendaire, mais on n'y vit plus de massacres humains. Vers le temps où Honorius porta la loi d'interdiction, on avait vu un préfet de l'annone (voir Dictionn., t. i, à ce mot), Arpagius Lupus, faire construire à Porto un bâtiment pour les lutteurs. On n'eut pas le temps de l'inaugurer ni d'en faire usage. C'est ce que nous apprend l'inscription dédicatoire qui porte au revers, en caractères du veVIe siècle, une addition disant que le bâtiment, demeuré sans emploi dès l'origine, reçut par les soins d'Acholius Abydus une autre destination 3 :
...DITO SED SINE VSV AB INITIO DERE/ICTO
...HOLIVS ABYDVS -VC-
On peut compléter la ligne 3e : trdificio autem condilo sed sine usu ab inilio dereliclo, et la ligne 4e : quœ nunquam antehac publica adiumenla.
XLVIII. Le sénateur Pammachius et ses émules. — Parmi les chrétiens de Rome de la fin du ive et du début du Ve quelques noms ont conservé une haute illustration, celui de Pammachius entre autres. Sénateur, ancien proconsul, devenu veuf il renonça au monde et donna un des premiers exemples d'une vocation à une pauvreté héroïque. « Les diamants, les perles, les joyaux, dit saint Jérôme, qui avaient servi à l'ornement de son épouse, se changèrent en pain pour les affamés ; les brocarts de soie et d'or dont le palais regorgeait, au lieu de continuer à faire éclater la vanité et la mondanité, se transformaient en une laine grossière pour couvrir ceux qui avaient froid. Tout ce qui avait servi au luxe de ses ancêtres devenait l'instrument de la vertu. Le palais, naguère encore visité par la foule des amis et des flatteurs, n'est plus assiégé que par la misère sous toutes ses formes ; naguère Pammachius allait par la ville accompagné d'une armée de clients ; aujourd'hui, dès qu'il paraît, ce sont les pauvres reconnaissants qui lui forment un cortège d'honneur. D'autres dispersent l'or et les richesses pour y gagner le peuple par des jeux et des plaisirs et arriver à la dignité consulaire, ce Romain n'emploie plus ses trésors qu'à se gagner le ciel4. » Après deux ans de veuvage environ, Pammachius fonda, en 398, un hôpital à Porto où il recevait les étrangers, les pauvres, les malades (voir Dictionn., t. vi, col. 2765-2766, fig. 5755). C'est le plus ancien hôpital connu en Occident. Sa proximité de Rome permet de le rattacher à l'histoire du passé chrétien de cette ville, ce que faisait saint Paulin de Nole qui disait : « O Rome, tu n'as pas à redouter les jugements de Dieu dont on te menace ! Certes tu mérites bien d'être appelée la Babylone de l'Apocalypse ; mais si tes sénateurs ne donnent pas d'autres spectacles que ceux de la bienfaisance et de la charité, tu n'es pas perdue 6. » Le souvenir de Pammachius est inséparable d'un autre monument déjà décrit (voir Dictionn., t. il, col. 2832-2869, fig. 2259-2280) et dont l'intérêt archéologique l'emporte sur l'hôpital de Porto ; c'est la transformation de sa propre demeure en basilique où des martyrs Jean et Paul furent dans la suite l'objet d'un culte. L'existence du titulus Pammachii, au lieu où on en voit l'église aujourd'hui, est attestée dès le début du Ve. On lisait sur la porte ce distique 6 :
On ne saurait douter que l'Église de Rome à l'époque qui nous retient ici n'ait compté dans les rangs des fidèles les plus humbles des âmes pieuses dignes d'admiration, mais leurs noms et leurs vertus sont demeurés dans l'oubli, tandis que plusieurs membres de l'aristocratie comblés des biens de ce monde et signalés par leur naissance ont pu, comme Pammachius, apporter à leur conversion le lustre de prodigalités inouïes. Certains appartenaient à des familles sénatoriales ; parmi les femmes on rencontrait des noms qui évoquaient les plus pures gloires de la Rome antique ; nous n'allons pas les énumérer après en avoir parlé déjà (voir Dictionn., aux mots Jérôme, Marcelle, Mélanie, Paule), rappelons seulement le nom de Pinianus qui épousa, en 397, Mélanie la jeune. La vie de celle-ci nous initie à l'immensité et à la complication d'une fortune terrestre que les possesseurs veulent abandonner ; quant à Pinianus, nous le savons fils de Valerius Severus, qui fut préfet de la ville en 382. Leur habitation s'élevait sur le Celius, vers l'église Saint-Étienne et le monastère de Saint-Érasme. Ce n'était pas chose facile de liquider des propriétés tellement magnifiques et il fallut renoncer à trouver acquéreur : Primo enim domum, quam in urbe Roma habebant, venundare voluntés, sed quia ad tam magnum et mirabile opus accedere nemo ausus fuit, relicta est. Alaric s'en chargea : ab hostium parte dissipata pro nihilo venundata est quasi incensa '. Sur l'emplacement de ce palais brûlé et disparu on trouva au XVe une remarquable lampe de bronze déjà décrite et figurée (voir Dictionn., t. v, col. 1037 ; t. vin, col. 12111213, fig. 6741) sur laquelle on lit : Dominus legem dut Valerio Severo, Eutropi vivas. « Le Seigneur donne la Loi à Valerius Severus, Vive Eutrope. » A l'avant, un orant, et le Christ au gouvernail. Il est probable qu'on a figuré ici le père ou le frère de Pinianus qui offrait cette lampe à Eutrope à l'occasion de son baptême.
Au IXe, le nom des Valerii se conservait dans ces parages où s'élevait un hôpital nommé xenodochium , Valeri ou a Valeris et qui rappelait peut-être une fondation de cette famille. Le monastère de Saint-Érasme s'éleva vers la fin du vie ou au commencement du VIIe sur les ruines du palais des Valerii '.
« Également sur le Célius habitait la famille des Anicii, qui fournit aux annales chrétiennes de cette époque une série de noms glorieux. La domus gentis Aniciœ s'élevait en face du Palatin, au penchant de la colline, entre le Cirque Maxime et le Colisée2. Divers bâtiments chrétiens durent leur origine à cette illustre famille. On déblaya, en 1857-1859, une basilique de Saint-Étienne établie par une certaine Démétriade de la gens Anicia, dans sa villa de la voie Latine, avec une inscription métrique à la fondatrice 3.
« La famille des Acilii (voir Dictionn., t. i, au mot Aristocratiques) rivalisait avec les Anicii de gloire et de dévouement à l'Église. Ils étaient primitivement établis dans les jardins du Pincius, que posséda plus tard Petronius Probus, de la gens Anicia. J.-B. De Rossi a retrouvé les tombeaux des Anicii dans la catacombe de Priscille. Leurs magnifiques sarcophages de marbre s'y trouvaient dans la crypte de famille et dans les galeries voisines. Ils formaient comme une escorte au tombeau du grand Acilius Glabrion, membre de cette gens. Acilius Glabrion (voir Dictionn., t. vi, à ce nom) fut victime de la persécution de Domitien. On a mis au jour des fragments d'une inscription métrique où se trouve une remarquable mention du nom de Priscille, donné précisément à cette catacombe ; l'inscription semble se rapporter à Anicius Acilius Glabrio I-austus qui fut, en 438, préfet de la ville et consul4. (Voir Dictionn., t. vi, col. 1274.) « Une autre noble famille à Rome, celle des Uranii, emprunta au iv siècle un nouvel éclat à de grandes personnalités chrétiennes en étroite parenté avec elle. Le frère de saint Ambroise s'appelait Uranius Satyrus. L'on a récemment reconnu le mausolée des Uranii chrétiens, remarquable rotonde sur la voie Appienne, près de Saint-Sébastien ; avec son inscription grecque et latine, c'est un vénérable témoin de la transformation de la Rome païenne en cité chrétienne 6.
« Tu vois, dit Prudence, la longue série des sénateurs qui ont préféré le vêtement blanc du baptême à la toge brillante. La curie d'Évandre vient chercher la régénérescence dans la source baptismale du Nazaréen. Les descendants des Annii, les rejetons des Probi, les héritiers des Olybrii déposent les faisceaux des licteurs, devant le tombeau des martyrs. Les Paulini, les Rassi, les Gracques n'hésitent pas à se soumettre à la domination du Sauveur. C'est par centaines que l'on compte les maisons du sang le plus noble et le plus ancien qui ont tourné le dos aux idoles honteuses. Ils sont maintenant l'orgueil de la ville et de son illustre sénat 6. » XLIX. Symptômes de déchéance. — Ce serait une lourde erreur de croire que Rome n'offrait pas dans sa société chrétienne d'affligeants spectacles. Ils étaient de telle nature que saint Jérôme qui, à vrai dire, ne se gênait guère avec personne, en parlait en ces termes à la vierge Eustochium : « J'ai des collègues qui ne reçoivent la consécration sacerdotale ou diaconale que pour avoir plus facilement accès auprès des femmes. Ils ne se soucient que de leurs vêtements ; il les leur faut parfumés de bonnes odeurs ; il leur faut des chaussures souples et luisantes. Leurs cheveux sont frisés au fer ; des anneaux brillent à leurs doigts et ce n'est que sur la pointe des pieds que ces messieurs traversent les rues pour éviter que la boue laisse aucune marque à leurs chaussures. Quand on les voit venir, on les prendrait pour des galants plutôt que pour des clercs. Beaucoup ne mettent leur science qu'à connaître les noms, les demeures et les habitudes de toutes les matrones '. » Et il trace le portrait d'un de ces tristes ecclésiastiques allant dès le matin faire des visites dans les maisons riches, y faire admirer ses cheveux, s'y faire offrir des présents et s'y rendre à la fois nécessaire par sa politesse et redoutable par sa méchanceté. De pareils excès se rencontraient non seulement parmi les clercs, mais parmi les moines 8. N'exagérons rien toutefois ; il est trop facile dans une grande ville de rencontrer et de dénoncer des hommes indignes de leur profession et les satiriques ont la partie belle, rien ni personne ne semble devoir leur échapper. C'est encore saint Jérôme qui écrit : « Pour quoi donc cette noble dame met-elle tant d'ostentation et de solennité dans ses bonnes œuvres ? A-t-elle bien besoin de se faire traîner à Saint-Pierre dans une litière ouverte et dorée pour y faire ses aumônes ? Voyez donc comme elle prend soin de distribuer elle-même ses dons, entourée de ses serviteurs dans la foule des pauvres. Naturellement tout Rome contemplera le spectacle de son abaissement et de sa générosité. Qu'a-t-elle besoin d'un héraut pour préparer ses agapes chrétiennes ? Pour quoi cette procession d'eunuques qui lui fait cortège quand elle s'approche des saints mystères ». » Ces descriptions s'appliquent principalement à ce qu'on peut observer dans les endroits publics, il n'y a guère plus d'édification à recueillir dans les habitations particulières. « Les riches, au dire de saint Ambroise, les maîtres de la société élégante, se voient à table, couronnés de fleurs et la tête artistement frisée. Des essaims de femmes dissolues les entourent et leur tendent la coupe. Ils titubent comme des vaisseaux qui ont perdu leur ancre. Ils font succéder les banquets aux banquets pour échapper à l'ennui qui pèse sur leur existence inoccupée. Dès le matin cuisiniers et maîtres d'hôtel font la ronde par les marchés, se disputant à grands cris les denrées chères à la sensualité : poissons recherchés entre les plus rares, foies gras délectables entre tous 10 ».
Les professions qui devraient former à la pratique du courage et de l'endurance n'échappent pas à la déchéance. Dans l'armée romaine, les officiers s'adonnent au luxe efféminé, aux beuveries, on les entend crier : « Ivresse ! Celui qui ne vide pas la coupe jusqu'au fond est ennemi de l'empereur. » A la sortie des festins, il faut les emporter. A la fleur de l'âge, ils ne sont plus que des vieillards décrépits u. Ce n'est pas seulement à Rome qu'on peut jouir de ce spectacle, mais dans tout l'empire. « L'esprit frémit, écrit saint Jérôme, à la vue des ruines de notre époque. Voici plus de vingt ans que dans le vaste espace qui s'étend de Constantinople aux Alpes Juliennes le sang romain coule sans interruption. Les Goths, les Quades et les Sarmates, les Huns, les Vandales et les Marcomans sèment la désolation, le meurtre et le pillage à travers la Scythie, la Thrace, la Macédoine, la Dardanie et la Dacie ; ils promènent la flamme et le fer dans les campagnes de Thessalie, d'Achaïe, d'Épire, de Dalmatie, de Pannonie. Que de nobles Romains sont devenus leur proie, que de matrones et de vierges ont été les victimes de leurs vices ! Les évêques réduits en esclavage, les prêtres et les clercs livrés au glaive, les églises saccagées, les autels du Christ changés en mangeoires à chevaux, les restes des martyrs arrachés de leur sépulture ; partout la tristesse, partout les gémissements, partout l'image de la mort *. » Ce bouleversement des mœurs n'était pas le résultat de la disparition du paganisme et de l'établissement du christianisme. L'accusation soulevée contre celui-ci a été cent fois réfutée, bien qu'elle reparaisse toujours (voir Dictionn., t. i, col. 287-292) ; il est plus conforme aux faits reconnus de l'histoire d'accepter que la foi chrétienne introduisit un élément de moralité mais ne contraignit pas les contemporains à observer des vertus civiques qui pouvaient seul arrêter une décadence produite par des causes anciennes. Rome succomba à des maux très antérieurs au triomphe du christianisme.
Stilicon obtint, lui aussi, son monument : statue de bronze et d'argent érigée sur le Forum, près des anciens rostres et dont le socle avec l'inscription ont été conservés 4. On proclame ce barbare adflnis divi Theodosi Augusti, et on lui découvre un « extraordinaire amour et sollicitude pour Rome ». Il ne fallait oublier personne. L'armée victorieuse eut aussi son monument dont on retrouve l'inscription au Forum en 1880. On y célébrait la victoire : Post confectum Gothicum bellum (elicitate seterni principes domini nostri Honorii 6...
Stilicon ne jouit pas longtemps de ces faveurs : en 408, ses statues furent renversées, son nom martelé sur les inscriptions, lui-même fut assassiné à Ravenne et Alaric vint assiéger Rome avec le projet arrêté de l'anéantir : « AtciOi. ttjv Popiodcov iz6pQy)aov 7r6Xt,v 6. Comme ce n'était pas chose facile, il se contenta d'en exiger une rançon énorme que le paganisme paya en statues d'anciennes divinités.
En véritable Germain qu'il était, Alaric ne s'éloigna des remparts de Rome qu'après avoir exigé du Sénat qu'il se fît le négociateur d'une paix avantageuse avec Honorius. Par là il entendait la cession de la Dalmatie, de la Vénétie et du Norique, en plus d'un tribut annuel en froment et en argent. L'ambassade envoyée à Ravenne par le Sénat comptait le pape Innocent Ier (401-417) ; elle ne put rien obtenir d'Honorius et la guerre recommença avant que l'ambassade fût rentrée dans Rome.
A la suite d'un nouvel essai pour s'accorder avec l'empereur, Alaric revint donc une deuxième fois devant Rome. Son armée de Goths était renforcée de dix mille Huns et l'avant-garde vint examiner les hautes murailles, les tours et les portes et poternes ; elle ne put que constater leur solidité à toute épreuve. Deux inscriptions nous ont conservé le souvenir des restaurations entreprises sous le règne d'Honorius. L'une d'elles, un peu endommagée, se lit encore à sa place primitive au-dessus de la Porte Tiburtine, à l'extérieur (voir Dictionn., t. v, col. 1955, fig. 4564), l'autre se trouvait au-dessus de la porte Prénestine, sur la face extérieure de la porte. Cette inscription se lisait également sur la porte du Porto et peut-être sur celle d'Ostie. Le texte était ainsi conçu ' : s. p. q. r. impp. Cœss. dd. nn. invictissimis principib. Arcadio et Honorio victorib. ac triumfatorib.
[semper Augg. ob instauratos urbi œternœ muros portas ac turres egestis (immensis) ruderib. (ex suggestione v. c. ' et inlustris com. et mag. utriusq. militiez Stilichonis) ad perpetuitalem nominis eorum simulacra constitua (curante FI. Macrobio Longiniano) v. c. prœf. urbi [d. n. m. q. eorum.
On remarquera que V instauratos du texte se réfère aussi aux portes ; ce ne sont donc pas des constructions entièrement nouvelles ; egestis immensis ruderibus est une hyperbole assez commune dans le style épigraphique. R. Lanciani rapporte cette expression à l'enlèvement de la terre qui couvrait les murs d'enceinte près du castrum prœtorium et de VAqua marcia ; au lieu d'exhausser les basses murailles avec de nouveaux matériaux, on recourut à ce procédé plus simple qui est encore reconnaissable aujourd'hui. Le nom de Longinianus 8, préfet de la ville en 403, nous donne la date des travaux de fortification.
Lors que sa cavalerie eut tournoyé sans résultat devant l'enceinte hermétiquement close, Alaric revint à la tactique adoptée deux années plus tôt : affamer la ville. Il n'attendit même pas si longtemps. A la suite de pourparlers avec le Sénat, la plèbe se souleva et proclama empereur le préfet de la ville Attale qui dut sa couronne à Alaric. Cela fait il entraîna son armée dans la direction de Ravenne où Honorius l'attendait.
Attale, quoi que chrétien de nom, se mettait à favoriser le paganisme, sans succès d'ailleurs pour sa cause, car Alaric négociait déjà avec Honorius. Mais celui-ci n'avait songé qu'à gagner du temps afin de s'assurer des renforts. Se voyant joué Alaric reprit la route de Rome à la tête d'une armée de Goths, de Huns, d'Alains et de Scires. Il choisit son point d'attaque au nord-est de la ville, campa à Antemnæ, sur la hauteur qui domine le pont salarien sur l'Arno. Très judicieusement, se trouvant au cœur de l'Italie, terre classique de la trahison, il évita des hostilités et un siège en règle qu'il n'était pas en mesure d'entreprendre et noua des relations dans l'intérieur de la ville où les païens, les ariens et les esclaves barbares lui facilitaient l'entrée qui eut lieu par la porte Salaire (24 août 410).
Ce fut le pillage et le sac de la ville la plus magnifique du monde ; les églises et, en particulier, celles des Saints Apôtres Pierre et Paul, furent seules épargnées. Adest Alaricus, trepidem Romam obsidet, turbat, inrumpit ; dato tamen prœcepto prius ut si qui in sancta loca, prœcipue que in sanctorum apostolorum Petri et Pauli basilicas confugerent, hos inprimis inviolatos securosque esse sinerent '. L'armée eut trois jours pour remplir ses chariots, ses sacs, et on peut penser qu'elle ne négligea rien de ce qui pouvait être emporté. Quoi qu'en ait dit le goth Jordanès 2, on tua, on incendia afin d'anéantir ce qu'on ne pouvait déménager. Un siècle plus tard on montrait encore les ruines à demi calcinées du palais de Salluste et de ses dépendances près de la porte Salaire. Au Celius, le palais des Valerii chrétiens subit un pareil sort. Près de là, le marché rond fut réduit en cendres 3. La réputation de richesse du quartier de l'Aventin aura dû lui attirer un traitement particulièrement rigoureux. Enfin l'incendie se propagea dans les quartiers au delà du Tibre, puis que nous lisons dans la notice du pape saint Célestin Ier au Liber pontificalis ces mots : Hic dedicavit basilicam Julii (Sainte-Marie au Transtévère) in qua obtulit post ignem Geticum patenam argenteam 4 ; le mobilier liturgique avait été pillé.
Les chroniqueurs et les historiens ne s'interdisent pas quelques exagérations. Le comte Marcellin paraît avoir gardé l'exacte mesure dans cette phrase : Alaricus trepidam urbem Romam invasit partemque ejus cremavit incendio. « Alaric envahit la cité de Rome tremblante et en fit partiellement la proie des flammes. » Alaric fut mal obéi ; il avait interdit l'assassinat, et il y eut de très nombreux morts ; il y eut aussi beaucoup de prisonniers dont les vainqueurs savaient bien qu'ils tireraient de grosses rançons.
Il n'y eut pas que cela. Les Goths du Ve n'étaient pas tous des monstres, il s'en rencontrait parmi eux qui, pour barbares et ariens qu'ils fussent, n'étaient pas inaccessibles à l'émotion pieuse. Une bande gagna l'Aventin, pénétra dans le palais de Marcella (Voir Dictionn., t. x, à ce nom) qui s'était dépouillée de tout et ne pouvait satisfaire l'avidité des envahisseurs. Leur brutalité lui enleva la vie, mais ses supplications touchèrent ces gens-là au point qu'ils respectèrent la vertu des vierges qui demeuraient dans cette maison et ils les conduisirent sous garde sûre à la basilique de Saint-Paul 5. Sozomène a conservé le souvenir d'un fait analogue. Un Goth s'empara d'une catholique et la rudoya jusqu'au sang sans obtenir qu'elle se livrât à ses désirs ; l'ayant menacée de mort il la vit présenter son cou hardiment et, à cette vue, le misérable consentit à conduire lui-même sa victime dans l'asile que lui assurait la basilique de Saint-Pierre ».
Une vierge consacrée à Dieu conservait dans une dépendance de la même basilique les vases d'or et d'argent de cette église. Un Goth de distinction pénétra près d'elle et lui demanda de lui livrer tout ce qu'elle avait. Elle ne put cacher le trésor et le Goth fut ébloui par ce déploiement de richesse dont il ignorait la destination. La vierge lui déclara que saint Pierre saurait défendre sa propriété. Le Goth alla annoncer à Alaric cette extraordinaire découverte et Alaric ordonna de transporter le trésor à Saint-Pierre, sous la conduite de la vierge et avec une escorte sûre. Une sorte de procession se forma par les fidèles qui accompagnaient le cortège, on chantait des psaumes et on vit des Goths ariens se joindre à la petite troupe et mêler leurs voix à celles des fidèles '.
La basilique de Latran fut dépouillée du baldaquin d'argent qui décorait le maître-autel, don de l'empereur Constantin, il pesait 2025 livres, sans parler des statues d'argent qui le décoraient (Voir Dictionn., t. m, col. 1591-1594, fig. 2197, 2919). Le pape Sixte III (432-440) obtint de Valentinien III un nouveau ciborium ou fastigium pesant 2000 livres d'argent 8.
LI. Depuis le pape Sirice jusqu'au pape Léon le Grand. — C'est presque un demi-siècle d'histoire (399-440) pendant lequel, à travers de pénibles vicissitudes, la papauté continue à affermir son autorité et à proclamer ses droits. Le pape Sirice survécut deux ans et demi à saint Ambroise, ayant eu la patience et l'habileté d'attendre que la disparition de l'évêque de Milan réduisît à ses justes limites l'autorité excessive de ce dernier siège. Le transfert du siège impérial de Milan à Ravenne, en 404, découronne Milan au profit de Ravenne, et l'avènement du pape Innocent Ier, successeur du pape Anastase, qui n'a fait que passer, marque la continuation des sages procédés de gouvernement qui ont fait la grandeur de l'Église romaine au IVe. Lors de la chute de Rome aux mains d'Alaric (24 août 410), le pape était absent de la ville. Il accompagnait à Ravenne une commission de sénateurs chargée de décider de la conduite à tenir au sujet des revendications d'Alaric et dès son retour il put voir les violences commises, les ruines accumulées, les restaurations matérielles et morales à entreprendre. Son gouvernement a grande allure, ainsi qu'on peut en juger par sa correspondance. Dès lors un courant est établi, aussi bien en Occident qu'en Orient et on voit les évêques interroger celui de Rome sur des sujets très différents qui sont discutés et résolus avec un ton d'autorité qui implique la reconnaissance implicite d'une autorité reconnue et indiscutée. Ce ne sont pas des encycliques, ces réponses sont adressées ordinairement à un seul destinataire, mais les décisions prescrites sont applicables à l'Église universelle. La plus célèbre de ces lettres est celle à Décentius, évêque de Gubbio. C'est un document capital. Le zèle même avec lequel le pontife s'élève contre les libertés abusives qu'avaient prises dans le ressort du patriarcat d'Occident certaines Églises qu'il veut qu'on lui dénonce ou qu'on rappelle au devoir : aut commoneas, aut indicare non differas, ut scire valeamus qui sint, qui an novitates inducunt aut alterius ecclesiœ quam Romanœ exislimant consuetudinem esse servandam 9 ; le scandale des peuples déconcertés par les innovations irrégulières : dum unusquisque non quod traditum est, sed quod visum sibi fuerit hoc (estimât esse tenendum, inde diversa in diversis locis vel ecclesiis aut teneri, aut celebrari videntur, ac fil scandalum populis qui, dum nesciunt traditiones antiquas humana prsesumptione corruptas, putant sibi aut Ecclesiœ non convenue, aut ab apostolis vel apostolicis viris contrarietatem inductam 10 ; et jusqu'à la nature de ces innovations, loin d'infirmer le principe, en consacrent l'objectivité puis que c'est une revendication catégorique de primauté, méconnue en matière liturgique, un rappel formel à l'obligation de l'unité traditionnelle sur ce point.
Voici les passages les plus remarquables de cette lettre : « Si les prêtres du Seigneur, dit saint Innocent, voulaient garder intactes les institutions ecclésiastiques, telles qu'elles sont réglées par la tradition des saints apôtres, il n'y aurait aucune discordance dans les offices et les consécrations. Mais quand chacun estime pouvoir observer, non ce qui vient de la tradition, mais ce qui lui semble bon, il s'ensuit qu'on voit s'établir des observances, des manières de célébrer diverses, suivant la différence des lieux et des Églises. Il en résulte un scandale pour les peuples qui, ne sachant pas que les traditions antiques ont été altérées par une humaine présomption, pensent ou que les Églises ne sont pas d'accord entre elles, ou que des choses contradictoires ont été établies par les apôtres ou par les hommes apostoliques.
« Car qui ne sait, qui ne comprend que ce qui a été donné par tradition à l'Église romaine, par Pierre, le prince des apôtres, et se garde maintenant encore, doit être par tous observé, qu'on ne doit ajouter ni introduire qui soit sans autorité, ou qui semble imité d'ailleurs. Et d'autant plus qu'il est manifeste que dans toute l'Italie, les Gaules, les Espagnes, l'Afrique et la Sicile et les îles adjacentes, nul n'a institué les Églises, si ce n'est ceux qui ont été constitués prêtres par le vénérable apôtre Pierre et ses successeurs. Au surplus qu'on lise, qu'on cherche s'il est dit quel que part qu'un autre apôtre aurait évangélisé ces provinces. On ne lit rien de pareil, par la raison qu'on ne trouve cela nulle part. Dès lors, quand on tire indubitablement son existence de l'Église romaine, il faut se conformer à ses observances sous peine de donner à penser, en s'attachant à des théories étrangères, qu'on répudie son origine avec les institutions qui en découlent.
• Il est vrai que Votre Charité est venue souvent à Rome ; elle a assisté aux assemblées de notre Église, elle a vu quel usage s'y observe, soit dans la consécration des mystères, soit dans les autres actions saintes. Cela suffirait pour l'instruction ou la réformation de votre Église. Mais vos prédécesseurs, nous le savons assez, se sont moins astreints à ces observances ou les ont modifiées. De votre côté vous avez cru devoir nous consulter sur plusieurs points. En vous répondant à cet égard, nous n'ignorons donc pas que vous n'avez personnellement rien à apprendre de ce côté ; nous voulons seulement augmenter votre autorité, soit pour diriger les vôtres, soit pour admonester ou nous dénoncer sans retard ceux qui s'écartent des institutions de l'Église romaine. Nous arriverons ainsi à savoir quels sont ceux qui introduisent de « nouveautés ou se persuadent qu'ils doivent suivre l'usage d'une Église autre que l'Église romaine. C'est ainsi, très cher frère, que nous nous sommes mis en devoir de répondre suivant notre pouvoir à ce que Votre Charité demandait de nous, et votre Église pourra maintenant garder et observer les coutumes de l'Église romaine, de laquelle elle tire son origine. » Ce qu'inculque le pape dans cette lettre se retrouve ailleurs et chez ses successeurs. En s'adressant à saint Victrice, évêque de Rouen, Innocent s'appuie sur les conciles et sur la coutume pour réserver au Siège apostolique toutes les causes majeures l ; il rappelle qu'il est au-dessus des synodes provinciaux 2. Son successeur Zosime fait observer que s'il use de ménagements, c'est par pure bonté, vu que l'évêque de Rome a le droit de prononcer sans appel 3. Et Boniface insiste, lui aussi, sur le fait que le Siège apostolique peut juger sans qu'on ait la possibilité de revenir sur ses décisions 4. Le pape Célestin prescrit aux évêques qui se rendent au concile de respecter toujours l'autorité du Saint-Siège 6 et il menace Nestorius, au cas où il ne se rétracterait pas dans les dix jours, de le séparer de la communion de l'Église universelle fi.
L'énumération qu'on vient de lire ne comprend que des provinces d'Occident, aussi faut-il rappeler que le pape Innocent est bien loin de se désintéresser et de renoncer à ses droits de juridiction sur l'Illyricum et sur l'Orient où il se montre d'une extrême prudence lors du conflit qui oppose Jean Chrysostome de Constantinople à Théophile d'Alexandrie. « En toute cette affaire, le pape témoigne de beaucoup de sagesse. Il ne commande pas à l'Orient comme il le fait à l'Occident, et l'on se rend compte de la différence des formules qu'il emploie : tandis qu'il parle en chef immédiat aux évêques occidentaux, il cherche plutôt à convaincre les Orientaux ; il leur rappelle les canons ; il leur montre l'indignité de leur conduite. Il ne dépose pas Atticus ; il n'excommunie pas l'empereur Arcadius : ces gestes ne serviraient de rien. Mais il rompt les liens de communion entre l'Orient et l'Occident et il attend avec patience, car il sait bien que, pratiquement, l'Orient a besoin de Rome et finira par faire les concessions indispensables. La conduite de saint Innocent ressemble à celle qu'avait tenue saint Jules au siècle précédent. Tous deux espèrent d'un concile le règlement définitif des affaires qui leur ont été soumises. L'un et l'autre ont pleine conscience d'être les chefs de toute l'Église, mais ils usent à l'égard de l'Orient d'une condescendance pleine de patiente bonté. Ainsi se maintient la tradition de l'Église romaine '. » Avec l'Église d'Afrique dont les allures sont parfois si indépendantes, celle de Rome a parfois des difficultés. C'est, d'abord, à propos des donatistes, que le pape Miltiade a condamnés dans un concile tenu à Rome, en 313. De longues années après, un certain Glorius et quelques autres protestent contre cette sentence et saint Augustin leur répond, en 398 : « Supposons que les évêques qui jugèrent alors à Rome n'aient pas été de bons juges, il restait le concile plénier de l'Église universelle où l'affaire pouvait être discutée avec les juges eux-mêmes, et, si on les avait convaincus d'avoir mal jugé, leur sentence aurait pu être rapportée 8. » On voit qu'il s'agit d'un appel d'un concile particulier au concile général dont la présidence appartient au pape. Lorsqu'il s'agit des pélagiens, saint Augustin ne dissimule sa préférence pour l'Église catholique aux Églises particulières, séparées d'elle \ aussi est-il catholique dans toute la force du terme. L'Église romaine, siège de Pierre, est celle de la chaire apostolique 2 ; c'est pour quoi il soumet un de ses ouvrages au pape non pour l'instruire, mais pour le prier de lui faire ses remarques et, au besoin, ses corrections 3.
En 416, les conciles de Carthage et de Milève écrivent au pape Innocent en lui demandant de confirmer la foi ; celui-ci répond : « Quand une question de foi est soulevée, j'estime que tous les évêques, nos frères et collègues, ne doivent référer qu'à Pierre, l'auteur de leur nom et de leur dignité d'évêques, comme votre dilection vient de le faire ; ainsi seulement on peut obtenir une réponse utile à toutes les Églises 4. » Cette réponse enchante saint Augustin qui déclare que « les décisions des deux conciles ont été envoyées au Siège apostolique ; la réponse est revenue, le débat est clos ; plaise à Dieu que l'erreur finisse aussi » : De hac causa duo concilia missa sunt ad Sedem apostolicam, inde etiam rescripta venerunt. Causa finita est ; utinam aliquando finiatur error 6 ; ce qui diffère de l'adage : Roma locuta est, causa finita est, dont le sens est plus large.
Le pontificat de Zosime dura du 18 mars 417 au 26 décembre 418 ; encore fut-il trop long. Nous n'avons pas à raconter de nouveau le rôle qu'il joua dans l'affaire de la primauté d'Arles 6 (voir Dictionnaire, t. vi, col. 396-397 ; t. viii, col. 2389) ; les excommunications commençaient à tomber dru sur les évêques gaulois et les Africains ne furent pas épargnés s'ils n'avaient fait fière contenance. Le concile de Carthage (hiver 417-418) donna à réfléchir et la lettre pontificale du 21 mars 418 7 marquait une concession tout en affirmant très haut l'autorité du Siège apostolique qu'on ne niait pas. Le clergé romain n'était pas mieux traité et, ne sachant de qui se faire entendre, il s'adressait à la cour impériale de Ravenne ; mal lui en prit. Ses envoyés furent excommuniés et ce n'était qu'un commencement 8 (3 octobre). Le 26 décembre, la Providence en marqua la fin.
« La cérémonie funèbre n'était pas terminée [dans la basilique de Saint-Laurent] que l'archidiacre Eulalius revint au Latran, escorté de ses collègues du diaconat et de quelques prêtres ; ses partisans occupaient déjà l'église ; il s'y barricadèrent et acclamèrent le candidat de leur choix. Les autres prêtres, au nombre d'environ soixante-dix, avec la partie de la population qui ne voulait pas d'Eulalius, attendirent au lendemain et s'assemblèrent dans l'église de Théodora. Leurs suffrages se portèrent sur le prêtre Boniface, homme instruit et sage, à qui le pape Innocent avait confié plus d'une fois des missions à Constantinople. Il était fort âgé et se fit prier pour accepter. Le dimanche venu (29 décembre), chacun des deux partis procéda à l'ordination de son candidat : Eulalius fut consacré au Latran, Boniface à l'église de Marcel, d'où il fut conduit à Saint-Pierre 9. » Devant la perspective d'un schisme les influences rivalisèrent de leur mieux et, grâce surtout à l'influence de Galla Placidia (voir Dictionnaire, t. vi, à ce nom), ce fut Boniface qui fut accepté, mais pour tomber gravement malade à peu de temps de là. Cette circonstance lui inspira une démarche hasardée. Il sollicita l'empereur Honorius, au nom de tous les prêtres et de tous les clercs, d'assurer le maintien de la paix dans le cas où s'ouvrirait sa succession. C'était une invite à remettre l'élection au bon plaisir de l'empereur. Honorius, bien conseillé, éluda la réponse et répondit que si le cas se présentait et qu'on se trouvait devant une double élection, les deux élus seraient écartés. Ce ne fut qu'une démarche sans résultat et pendant les années qui suivirent, le vieillard sut, par son énergie, rétablir partout le prestige du Siège apostolique. Boniface mourut le 4 septembre 422 et le diacre Célestin lui succéda (voir Dictionnaire, t. ii, à ce nom) et continua son œuvre.
En Gaule le désordre provoqué par l'ambition de Patrocle d'Arles prit fin avec l'assassinat de celui-ci (426) et le pape rappela que chaque province devait avoir son métropolitain et que celui-ci ne peut empiéter sur des provinces étrangères à la sienne10 (26 juillet 428). En Afrique, le pape est moins heureux, il se laisse circonvenir par Apiarius de Sicca qu'il renvoie en Afrique où le concile de Carthage, après avoir réussi à arracher à ce misérable l'aveu de ses crimes, adresse au pape Célestin une lettre où « il est exhorté à ne plus admettre avec tant de facilité les plaignants venus d'Afrique, d'autant plus que les décrets de Nicée prescrivent aux évêques de respecter les sentences de leurs collègues et veulent que les procès ecclésiastiques soient terminés sur les lieux. Aucun concile authentique n'autorise le pape à envoyer des légats comme il l'a fait ; les canons allégués à cette fin ne sont pas des canons de Nicée, les enquêtes l'ont bien prouvé. Dans l'Église du Christ, il faut agir avec simplicité et humilité, sans recourir aux procédés arrogants du siècle ll ». En Asie, le pape adopta les décisions du concile d'Éphèse « et mourut peu après (27 juillet 432).
Le pontificat de Sixte III contribua à la réconciliation entre Cyrille d'Alexandrie et Jean d'Antioche ; les lettres écrites à cette occasion mettent bien en lumière l'autorité du Siège apostolique (19 septembre 433) u. Entre Rome et l'Orient s'ouvre une période de paix vigilante, car il faudra que le pape rappelle aux évêques de l'Illyricum d'avoir à soumettre tous leurs différends à l'évêque de Thessalonique qui est vicaire du Siège apostolique. Par ailleurs il tient à ce que ces évêques ne se présentent à celui de Constantinople qu'avec une lettre du pape » et il reçoit un appel à Rome contre une sentence rendue à Constantinople. Sixte III mourut le 19 août 440.
La fin du règne d'Honorius. — La catastrophe de l'année 410 eut, entre autres résultats, celui d'entraîner l'abandon des sépultures souterraines à Rome. Les catacombes furent délaissées pour les cimetières à ciel ouvert. Aucune inscription datée de cette année ne nous est parvenue et au cours des années suivantes le style épigraphique change et s'altère de plus en plus dans le sens de la décadence « . Une autre nouveauté à partir de cette date, c'est l'inhumation des fidèles dans les basiliques et à l'intérieur de l'enceinte de Rome. Les catacombes ne sont pas brusquement abandonnées, comme l'écrit J.-B. de Rossi, mais les sépultures y deviennent de plus en plus rares jusqu'à la fin du \* siècle. L'insécurité de la banlieue entraîne cet abandon qui a pour conséquence la suppression du collège des fossoyeurs (voir Dictionnaire, t. v, à ce mot) 19. Par une conséquence facile à s'expliquer, les catacombes deviennent des lieux de dévotion de plus en plus fréquentés, depuis que saint Damase y a attiré les fidèles au tombeau des martyrs et que les pèlerins ne croiraient pas avoir vu Rome s'ils n'y avaient vénéré les tombes saintes.
La mort prématurée d'Alaric, en 410, rendit l'espoir aux Romains et Honorius s'empressa de traiter avec son successeur Ataulf, beau-frère d'Alaric, à qui il donna en mariage sa propre sœur Galla Placidia (voir Dictionnaire, t. vi, col. 248-275). Les Wisigoths vinrent s'implanter en Gaule et Rome commença à se repeupler. On se remit même à bâtir et Honorius fit restaurer le théâtre de Pompée \ au Champ de Mars. Les jeux ne manqueraient donc pas, mais le pain était rare. En 414, le préfet Albinus annonce à l'empereur que la mesure habituelle de blé pour les distributions est devenue insuffisante par suite de l'accroissement de la population 2.
En 417, l'empereur Honorius vint à Rome et saisit cette circonstance pour ordonner la construction d'un mausolée impérial sous forme de rotonde à coupole, à gauche de la basilique de Saint-Pierre, à peu de distance de l'emplacement ancien de l'obélisque. Ce monument fut plus tard consacré à sainte Pétronille, par les papes Etienne II et Paul Ier et subsista jusqu'à la construction de la nouvelle basilique de Saint-Pierre 3. Honorius mourut à Ravenne, au mois d'août 423, son corps fut rapporté et inhumé à Rome. Il eut pour successeur un enfant de cinq ans, Valentinien III, sous la tutelle de sa mère, Galla Placidia (voir Dictionnaire, t. vi, col. 250-252). Elle conduisit son fils à Rome pour lui faire prendre la pourpre ; mais, au vif désappointement des Romains, elle le ramena à Ravenne.
LUI. Pontificat de saint Léon le Grand (440-461). — Depuis saint Clément aucun pape n'a rempli une si noble carrière et n'est resté entouré d'un tel prestige 4. Le Liber pontificalis le dit d'origine toscane, mais comme le pape Damase il avait su comprendre que c'était à Rome qu'il fallait prendre pied, ce qu'il fit d'assez bonne heure. Dès l'année 430, il était du nombre de ceux avec lesquels on compte et dix ans plus tard, devenu diacre de l'Église romaine, il recevait une mission politique en Gaule. Ce choix ajouta, s'il était possible, à son signalement et sa doctrine ; sa faveur, son savoir-faire décidèrent de son élection ; il apprit celle-ci en Gaule et, dès son retour à Rome, reçut la consécration épiscopale (29 septembre 440). Il avait, ainsi qu'on l'a dit, la plus haute idée de sa mission et de celle qui incombe au siège romain. « La solidité de la foi qui a été louée (par le Christ) dans le prince des Apôtres est perpétuelle, et de même que demeure ce que Pierre a cru du Christ, ainsi demeure ce que le Christ a institué dans la personne de Pierre... Le bienheureux Pierre persévère dans la solidité de pierre qu'il a reçue et il n'abandonne pas le gouvernail de l'Église qui lui fut mis en ses mains... Présentement il remplit sa mission avec plus de plénitude et de puissance ; tout ce qui est des offices et des soins qui lui incombent, il l'exécute en celui et avec celui par qui il a été glorifié. Si quel que chose est faite ou décidée par nous droitement, si quel que chose est obtenue de la miséricorde de Dieu par nos supplications quotidiennes, on le doit aux œuvres et aux mérites de celui dont vit la puissance et excelle l'autorité sur son siège » L'usage que le pape fait de son autorité dépasse les limites de son diocèse de Rome, où il n'a guère à sévir que contre les manichéens 6 qu'il dénonce à tous les évêques d'Italie sur lesquels il exerce une action qui les tient constamment en haleine, saisissant les moindres occasions d'intervenir : conditions requises des candidats à l'épiscopat ', administration des biens ecclésiastiques 8, date des baptêmes 9, etc. Jusqu'alors l'Italie, par suite de son éloignement, a pu échapper en partie aux atteintes des barbares, tandis que l'Occident presque entier était devenu leur proie, situation qui ne pouvait manquer de susciter des abus de pouvoir auxquels le pape Léon eut à remédier. Ce fut le cas en Gaule dans la métropole d'Arles dont l'évêque saint Hilaire reçut défense de réunir des conciles en dehors de sa province, d'admettre aux conciles provinciaux des évêques étrangers, de prendre part à aucune élection épiscopale, et reçoit une admonestation qui était certainement bien méritée 10.
Les décisions du pape Léon relativement à saint Hilaire furent confirmées par une constitution de Valentinien III du 6 juin (ou 8 juillet) 445. Cette lettre impériale, adressée au maître des milices Aetius, règle d'abord que les évêques des Gaules et d'ailleurs ne doivent rien innover contre les anciennes coutumes sans l'autorité du pape, mais considérer comme loi toute décision du Siège apostolique. Jusqu'ici, il n'y a, pour un fonctionnaire comme Aetius, ou pour tout autre fonctionnaire, rien de bien précis. Il est clair que ni les officiers de l'armée ni les magistrats de l'Empire ne sont en situation d'apprécier le rapport entre des actes d'administration épiscopale et les règlements ou usages ecclésiastiques : ce n'est pas leur affaire. Aussi bien, ces recommandations ne sont que des considérants, et la lettre impériale en vient aux prescriptions d'ordre pratique : « En sorte que, tout évêque qui, appelé à comparaître devant le tribunal de l'évêque de Rome, négligerait de s'y présenter, y sera contraint par le gouverneur de la province. » Ainsi donc le pape n'aura qu'à signaler au gouverneur de la province l'attitude contumace de l'évêque, le gouverneur devra mettre la force publique aux trousses de celui-ci et l'expédier à Rome. D'où on a conclu que ce rescrit de Valentinien III est la charte de la papauté. Non seulement, nous dit-on, Léon le Grand est le premier pape, au sens vrai du mot, mais il ne l'a été que depuis cette lettre. Élu et consacré en 440, il n'a reçu que le 6 juin (ou le 8 juillet) 445 l'investiture de son nouveau pouvoir : « La monarchie ecclésiastique de Léon le Grand, affirmait Ch. Rabut, paraît à n'en voir que la façade, un édifice tout canonique. Elle n'avait d'autre fondement avoué et d'autre soutien apparent que le respect des Églises provinciales pour le siège de l'apôtre. On découvre, après une étude attentive, que la bâtisse reposait sur l'armature cachée d'une loi d'empire. » « Je ne suis pas de cet avis, lui répondait L. Duchesne. Si la « monarchie ecclésiastique » avait tenu à une loi d'empire, elle aurait été peu solide. En 445, l'empire d'Occident était bien malade, et sa chétive existence ne devait pas se prolonger au delà d'une trentaine d'années. L'Afrique n'en faisait plus partie, ni l'Espagne, ni la Bretagne, ni les provinces du Danube. En Gaule, Valentinien III était reconnu en théorie, mais le pouvoir de fait était aux mains d'Aetius, et encore dans les régions que n'occupaient pas les Francs, les Burgondes et les Wisigoths. Sans doute, Arles et la Provence obéissaient alors aux magistrats envoyés de Ravenne ; le cas échéant, ceux-ci eussent été en situation de faire empoigner un évêque par leur gendarmerie et de l'expédier au pape. On ne voit pas qu'ils l'aient jamais fait. Ch. Babut pouvait dire que cela prouve que les évêques se montrèrent bien sages. Admettons-le. Mais il devait bien voir de son côté, que cette gendarmerie n'a pas grande importance dans le développement des institutions ecclésiastiques. L'Église catholique n'a jamais été plus centralisée qu'à présent. Le doit-elle à la crainte des gendarmes ? Les gendarmes de France, d'Amérique, d'Italie, sont-ils à la disposition du pape ?
« Comme facteur de la « monarchie ecclésiastique », cette loi de Valentinien III n'a eu, en fait et vu les circonstances, que peu d'efficacité. Si l'empire avait été alors plus étendu qu'il ne l'était et s'il se fût maintenu, il en aurait peut-être été autrement. En Orient, où l'empire dura, la force publique fut bientôt mise au service des juridictions ecclésiastiques. Le pape, lui aussi, soit sous le régime byzantin, soit quand il fut devenu souverain, se trouva pourvu de moyens coercitifs assez puissants pour faire comparaître les évêques et procurer l'exécution de ses sentences ; mais cela dans une partie seulement de la catholicité latine. De reste, dans tout le Moyen Âge latin, on voit la force publique au service de l'autorité ecclésiastique, à tous les degrés. Mais autre chose est l'histoire du for ecclésiastique, autre celle de la constitution générale de l'Église. La loi en question paraît rentrer dans les documents de la première plutôt que dans ceux de la seconde.
« C'est, du reste, un rescrit de circonstance. Les évêques de ce temps-là, et les papes comme les autres, cherchaient en général à se suffire avec leurs propres moyens, avec la conscience des gens, l'opinion publique et des pénalités d'ordre religieux. Cependant, quand ils ne voyaient pas moyen de réussir autrement, ils réclamaient l'appui de l'État. Hilaire d'Arles ne s'en était pas privé ; il en avait même abusé, paraît-il. Les évêques d'Afrique en usèrent aussi dans l'affaire des donatistes. En 378, le pape Damase et les évêques italiens, soucieux d'apaiser le schisme d'Ursinus, obtinrent un rescrit de même sens que celui de 445. Il semble bien que des rescrits de ce genre étaient plus souvent demandés qu'obtenus. Dans l'espèce qui nous occupe, il se trouva que la demande était présentée par un pape très imposant, très bien en cour. D'autre part, il s'agissait de vaincre l'opposition d'un évêque populaire dans son pays, ami des hauts fonctionnaires et accoutumé à leurs bons offices. Le pape Léon, qui avait pu apprécier les dispositions d'Hilaire à l'égard du Saint-Siège et de son autorité, jugea sans doute qu'il fallait lui enlever ses appuis séculiers, et que, pour cela, l'intervention de l'empereur était indispensable.
« Il réussit, nous n'en pouvons douter. Mais je ne crois pas que ses vues ni celles de l'empereur aient dépassé l'horizon des querelles artésiennes, il ne demanda sûrement aucune juridiction, et l'empereur ne la lui eût pas accordée, ne la possédant pas lui-même. Il ne demanda que des gendarmes l. » Une des grandes affaires où Léon le Grand fut engagé ne peut être omise ici ni traitée avec les développements qu'elle comporte. En 448, le moine Eutychès, qui jouissait à Constantinople de la plus haute réputation, écrivit au pape de Rome pour lui dénoncer une reviviscence du nestorianisme. Ce fut le début d'une de ces belles querelles théologiques, devenues fréquentes parmi les Grecs, qui a gardé le nom d'hérésie monophysite. Peut-être eût-il été possible d'étouffer l'affaire en faisant valoir (Eutychès avait soixante-dix ans de solitude) que le bonhomme radotait. C'eût été trop bref et trop clair, on préféra le condamner et Eutychès fit appel de la sentence à Rome et à Ravenne. A Ravenne, l'évêque Pierre Chrysologue se désola et se déroba, remettant la décision au pape de Rome qui, lui, se plaignit de n'avoir pas été mis au courant par l'évêque de Constantinople, Flavien, et déclara ne rien trouver de décisif dans la lettre d'Eutychès. On lui donna satisfaction sans tarder et le pape n'hésita plus sur la vraie opinion d'Eutychès qu'il condamna en s'associant sans réserve à la sentence rendue à Constantinople. Maintenant la bataille était engagée et Théodose II convoqua un concile général, à Éphèse, pour le 1er août 449. Léon Ier, ne voulant pas s'y rendre, y envoya trois légats chargés de plusieurs lettres, dont une — la plus importante — est connue sous le nom de tome à Flavien, qui énonce la doctrine orthodoxe que la personne de Jésus-Christ est unique et que dans cette personne il y a deux natures, la divine et l'humaine, sans confusion ni mélange.
Le concile projeté se réunit et ne fut qu'une suite de honteuses violences qui lui ont valu le nom de « brigandage d'Éphèse ». A peine l'assemblée s'était-elle séparée que les appels et les protestations arrivèrent à Rome ; chacun s'exprimait de façon différente, mais tous s'adressaient, comme à leur juge naturel, à l'Église de Rome. A son tour, Léon protesta de vive voix et par écrit et, en vertu de son autorité apostolique, cassa les décisions prises par les évêques et sollicita la réunion d'un nouveau concile pour examiner l'appel de Flavien et prendre les mesures indispensables de réparation. Cette réaction, quoi que soutenue par Valentinien III, courait grand risque de se heurter à l'obstination de Théodose II, lors que celui-ci mourut d'une chute de cheval (28 juillet 450). Il fut remplacé par sa sœur Pulchérie qui épousa Marcien et, le 22 novembre, une lettre de celui-ci annonçait que le concile demandé aurait lieu, pourvu que ce fût en Orient.
Le concile s'ouvrit à Chalcédoine, le 8 octobre 451, réunit plus de 500 évêques et rédigea une formule dogmatique qui se rapprochait de très près de celle de saint Léon ; le tome à Flavien fut acclamé ; mais tout n'était pas fini pour cela. La question de préséance entre Églises pouvait ranimer toutes les rivalités. On fit belle part à Jérusalem, mais Constantinople était plus insatiable encore. Le concile de 381 lui avait fait la part belle, attribuant la primauté d'honneur à Constantinople après l'évêque de Rome, parce que Constantinople est la nouvelle Rome. L'affaire fut traitée de nouveau et on rehaussa cette primauté d'honneur dans les termes suivants : Au siège de la ville de Rome, parce que cette ville est souveraine, les Pères ont à bon droit attribué la primauté ; dans le même dessein, les 153 théophiles évêques ont accordé la même primauté au très saint siège de la nouvelle Rome, estimant avec raison que la ville qui est honorée (de la présence) de l'empereur et du sénat et qui a les mêmes privilèges que la vieille Rome impériale, est grande aussi comme elle dans les choses ecclésiastiques, étant la seconde après elle. Ce texte a gardé le nom de « canon 28 » de Chalcédoine et il souleva, dès le 1er novembre, d'énergiques protestations des légats. Lucentius dit : « Le Siège apostolique ne doit pas être humilié en notre présence. Donc, tout ce qui, hier, en notre absence, a été fait au préjudice des règles canoniques, nous demandons à votre Sublimité de l'annuler ; sinon, que notre protestation soit jointe aux actes. Nous savons ce que nous avons à référer à l'évêque apostolique qui est le premier de toute l'Église, pour qu'il puisse juger de l'injure faite à son siège et de la violation faite des canons. » La lettre synodale des évêques s'efforçait de faire croire au pape que ses prétentions étaient sauves pour l'amener à sanctionner le canon, mais il refusa toujours de le faire.
Saint Léon remplit un rôle qu'il suffira de rappeler en quelques mots.
En 444 ou 445, Attila (voir Dictionnaire, t. vi, au mot Huns) devint roi de tous les Huns et en 447 envahit l'Illyrie et la Thrace ; dès 450, il manifestait sa résolution de porter la guerre en Occident. On sait qu'il y fut vaincu à Mauriac (voir Dictionnaire, t. x, à ce nom), regagna la Pannonie et, en 452, descendit avec une armée en Italie. Après avoir franchi les Alpes Juliennes, ruiné Aquilée, saccagé la Vénétie et la Ligurie où Milan et Pavie furent brûlées, Attila marcha sur Rome où Valentinien III s'enferma mais sans disposer d'aucune force sérieuse. Il envoya une ambassade composée des trois personnages les plus importants de la ville : Avienus, qui avait été consul en 450, Trygetius, ancien préfet, et le pape Léon. Ils se rendirent près de Mantoue pour soumettre au barbare des propositions de paix. On espérait beaucoup dans le caractère, l'habileté et l'éloquence du pape. Une tradition qui est une légende se forma d'assez bonne heure sur le rôle qu'il remplit et lui attribua l'honneur d'avoir sauvé sa patrie. Ce fut à Acroventus Mamboleius que les trois ambassadeurs rencontrèrent Attila au pont ou au gué du Mincio. Attila s'était arrêté, indécis sur la conduite à tenir ; il hésitait à poursuivre sa marche. Saint Léon sut profiter habilement de cette incertitude. Jordanès, Prosper Tiro et Victor de Tonnenna disent qu'Attila sentit tomber sa fureur et retournant d'où il venait, il se retira après avoir promis la paix. La légende se forma plus tard ; on raconta que pendant que le pape parlait à Attila, celui-ci eut la vision d'un vieillard vénérable, revêtu d'habits sacerdotaux, qui l'épée à la main, le menaçait de mort s'il n'obéissait aux injonctions de Léon. Saint Paul défendait la ville placée sous sa protection. Une autre légende rattache à cette ambassade la fonte de la statue de Jupiter Capitolin dont on fit celle de saint Pierre assis, conservée au Vatican (voir Dictionnaire, t. xiv, col. 946, flg. 10228). Un sermon de saint Léon, où il est dit qu'il faut rendre grâce du succès de son ambassade à la miséricorde de Dieu et à l'intercession de saint Pierre et de tous les saints qui assistèrent les Romains dans mainte infortune, est peut-être à l'origine de ces légendes. Attila savait qu'Aetius pouvait, d'un moment à l'autre, lui couper la retraite et tandis que l'armée des Huns était fort diminuée par le défaut de vivres et par les maladies, les forces de l'empire se trouvaient augmentées. Marcien avait envoyé des troupes au secours de l'Italie, et, avec ce renfort, Aetius avait déjà battu les Huns en quelques rencontres. D'autre part, ceux des Huns qui étaient demeurés dans leur pays étaient attaqués par une armée de Marcien. De ces circonstances venait l'indécision d'Attila, et ce fut apparemment en lui montrant les dangers de sa situation aventurée que saint Léon réussit à le convaincre d'abandonner son entreprise. Il lui promit, au nom de l'empereur, un tribut annuel. Peut-être lui promit-il la main d'Honoria, sœur de Valentinien III, avec la cession de certains territoires. Un engagement de ce genre pourrait bien se trouver à l'origine du roman qui fait de la sœur de Valentinien l'instigatrice de l'invasion des Huns.
Attila se retira au-delà du Danube où il mourut peu de temps après, privant Genséric de son plus utile allié. Celui-ci allait, à son tour, mettre le pape Léon à l'épreuve.
La gravité des événements qui remplissaient cet admirable pontificat paraissait être à la mesure du génie du pape Léon dont on ne sait qu'admirer la lucidité et la prévoyance, en Occident comme en Orient. Une institution qui lui doit l'existence et qui s'est conservée jusqu'à nos jours commença par la nomination d'un chargé d'affaires pontifical à Constantinople. Le premier choisi fut Julien, évêque de Cos, qui fut chargé d'adresser régulièrement au Saint-Siège des rapports suivis sur la marche des affaires ecclésiastiques. Ainsi commença la fonction d'apocrisiaire ou de légat d'où devaient sortir les nonciatures.
Après la mort de l'empereur Marcien, l'empire byzantin passa à un prince homonyme du pape, l'empereur Léon Ier (457), qui n'imagina rien de plus efficace pour ramener les dissidents que de leur accorder des concessions en matière dogmatique. Aussitôt le monophysisme releva la tête en Égypte et le siège patriarcal d'Alexandrie fut usurpé par Timothée l'Elure. Le pape protesta auprès de l'empereur avec énergie : « Je vous parle, disait-il, avec la liberté que donne la foi... Vous devez considérer que le pouvoir royal vous a été donné non seulement pour gouverner le monde, mais surtout pour protéger l'Église. » Utor catholicae fidei libertate... Debes incunctanter advertere, regiam potestatem tibi non ad solum mundi regimen, sed maxime ad Ecclesiae praesidium esse collatam (1er décembre 457). Avec une belle vigueur, on entend ce pape défendre à l'empereur de négocier avec les hérétiques touchant les décisions intangibles des conciles de Chalcédoine et de Nicée ; ces hommes souillés de sang ne peuvent prendre la parole dans des questions religieuses et s'emparer par la violence d'un siège épiscopal comme celui d'Alexandrie. Cette lettre si ferme n'en observe pas moins la révérence due au pouvoir civil en la personne de son détenteur officiel. La chancellerie romaine possédait, dès lors, la pratique d'un style qui devint traditionnel par sa clarté et sa cadence, surtout dans les fins de phrase, ce qu'on a désigné par la suite sous le nom de cursus leoninus (voir Dictionnaire, t. m, au mot Cursus).
Léon eut la satisfaction d'être compris et obéi par l'empereur. Le patriarche intrus Timothée l'Elure fut écarté et remplacé par Timothée Salophaciole, à qui il adressa ses conseils et ses félicitations. Cette lettre, datée du 18 août 460, est la dernière qu'on possède de lui ; il avait eu la joie de voir la situation des défenseurs du concile de Chalcédoine affermie. L'année suivante, le 10 novembre 461, saint Léon le Grand mourait et son corps vint reposer sous le portique de la basilique de Saint-Pierre.
Léon Ier fut le premier pape qui reçut la sépulture au seuil de la basilique de Saint-Pierre, là où un très grand nombre de ses successeurs viendraient le rejoindre. En 688, le pape Serge Ier lit ouvrir la tombe afin de transporter les restes dans l'intérieur de la basilique, où il lui érigea un autel, une statue, une épitaphe. La présence d'une statue semble ressortir des premiers mots de l'épitaphe : Hujus apostolici primum est hic corpus humatum. L'éloge est bref et rempli d'une mâle vigueur :
Rugiil et pavida stupuerunt corda ferarum
Pastorisque sui jussa sequuntur oves.
LIV. Genséric à Rome (455). — A la mort de Valentinien (16 ou 17 mars 455), assassiné à Rome dans sa 35e année pendant qu'il assistait aux courses de chars dans la voie Labicane, proche du mausolée d'Hélène (voir Dictionnaire, t. vi, à ce nom), Genséric, roi des Vandales, résolut de tenter une grande entreprise. Il rassembla les forces dont il disposait, réunit une flotte nombreuse et parut tout à coup à l'embouchure du Tibre '. Rome n'avait point d'armée dans ses murs et ne put s'opposer au débarquement ni opposer la moindre résistance s. Une émeute éclata 9 et chacun prenait la fuite suivant ses moyens »'. L'empereur Petronius Maximus fit de même u, mais il fut reconnu et massacré (31 mai 455) après soixante-dix-sept jours de règne 12. Le surlendemain, 2 juin, Genséric entra dans Rome u et le pape Léon, suivi de tout le clergé, se porta à la rencontre du roi des Vandales dans l'espoir de renouveler le succès de son ambassade auprès d'Attila. Mais la situation était bien différente. Comme pour l'exécution d'un dessein formé entre eux et d'une alliance offensive, tous les barbares se soulevaient et étaient déjà en armes, et l'attitude des « Wisigoths paraissait si menaçante que Maximus avait dû entamer avec leur roi Théodoric des négociations qui n'avaient peut-être pas encore abouti à un résultat »■ Genséric n'avait donc pas à craindre, comme Attila, d'être pris à revers ; il avait le temps de piller Rome, de la saccager et de se rembarquer avec son armée avant que personne put l'inquiéter Dans ces conditions, saint Léon ne peut obtenir rien de plus sinon de ne pas brûler la ville et de ne pas massacrer ses habitants ,s.
Durant quatorze jours, tous les quartiers de Rome furent pillés et dévastés méthodiquement. Les Vandales, collatéraux des authentiques des Germains et déménageurs émérites eux aussi, emballèrent sur leurs chariots toutes les richesses à leur convenance arrachées aux monuments publics, aux temples, aux églises, aux palais I6. Les Vandales n'épargnèrent pas le Palatin. Ils le pillèrent, dit Procope, au point de n'y rien laisser. Le Capitole eut le même sort. Le temple de Jupiter était recouvert de bronze doré ; cette toiture fut arrachée et emportée u ; un des navires vandales fut chargé de statues, il sombra en mer. Parmi les trésors emportés par les Vandales se trouvaient, dit-on, les dépouilles du temple de Jérusalem 18, l'arche sainte, la verge d'Aaron, l'urne d'or contenant la manne, les vêtements et les ornements sacerdotaux d'Aaron, le candélabre d'or aux sept branches.
Saint Léon survécut quelques années à ce désastre et mourut le 10 novembre 461.
Un bas-relief de l'arc de Titus a rendu familier le défilé du vainqueur de Jérusalem conduisant au Capitole les dépouilles liturgiques de la ville sainte, déposées peut-être dans le temple de la Paix, d'où on les expédia à Carthage. A Rome, au VIe, on se flattait encore de posséder divers objets ayant fait partie du trésor du Temple. C'est, en effet, de cette époque que date l'histoire attribuée à Zacharie de Mitylène de Lesbos, contenant une description de Rome où il est parlé de « vingt-cinq statues d'airain de la famille d'Abraham, de Sara et d'Agar, qu'après le siège de l'an 70, Vespasien transporta à Rome, ainsi que les portes de Jérusalem et d'autres objets de bronze ' ». Finissons-en avec ce sujet. Le temple de la Paix était une sorte de musée 2, qui subit un incendie en 191, fut restauré par Septime Sévère ; frappé plus tard par la foudre, il fut abandonné sans réparation. Le pillage qu'il souffrit du fait d'Alaric ensuite de Genséric, lui valut l'abandon et le délabrement. Le sort des objets du temple de Jérusalem et spécialement du chandelier à sept branches depuis leur transport en Afrique est mal connu 3. Au dire de Procope, ces souvenirs furent retrouvés par Bélisaire qui les expédia à Constantinople, d'où Justinien les envoya à l'une des églises chrétiennes de Jérusalem 4, où on en perd toute trace à partir de l'invasion arabe. Au Moyen Age, la basilique de Latran prétendit posséder le chandelier à sept branches, l'arche d'alliance et d'autres reliques judaïques d'une importance capitale, soi-disant envoyées par Constantin le Grand. Les Mirabilia 5 et Jean Diacre 6 se sont fait les interprètes de ces racontars '. Il est à peine besoin de remarquer que la liste authentique des dons de Constantin à la basilique de Latran 8 ne contient rien de semblable *.
Sous Genséric comme au temps d'Alaric, les églises furent saccagées, seules celles de Saint-Pierre et de Saint-Paul furent épargnées, peut-être aussi la basilique du Latran. Du moins sait-on que leur mobilier liturgique était encore assez important en vases de métal précieux après la catastrophe, puis que le pape Léon le Grand put retirer du trésor de ces trois basiliques des vases d'argent destinés à contenir le vin de l'oblation eucharistique, pour les faire fondre et transformer en vases de moindre module à partager entre les églises qui avaient perdu les leurs. Le Latran contribua, pour sa part, par six metritœ ou hydrise et les deux autres basiliques par deux seulement. Chacun des vases donnés par Constantin pesait cent livres d'argent 10.
Dans la basilique de Saint-Pierre se trouvait une grande pièce d'orfèvrerie en or offerte par Valentinien III et déposée sur la confession de l'Apôtre ; on y voyait le Christ et les douze apôtres sous des arca des gemmées n. Ce morceau échappa à la rapacité des Vandales et il existait encore longtemps après, puis que le pape Hadrien Ier en parle comme existant encore dans une lettre à Charlemagne 12.
Il ne faut pas omettre de mentionner le nom d'une église incendiée par les Vandales, celle du martyr saint Hippolyte 13.
Des calculs minutieux placent le meurtre de Petronius Maximus le 12 juin 455, d'autres calculs au 31 mai ; nous nous bornons à dire que Rome était libérée du pillage à la fin de juin pour la fête de saint Pierre et de saint Paul, ce que semble confirmer un sermon de saint Léon 14.
Le souvenir de cette quinzaine humiliante se conserva longtemps à Rome et s'y incrusta en quelque façon dans la liturgie. L'Église romaine fit la mémoire annuelle de cet événement par une fête de réparation et d'actions de grâces, pendant l'octave de la Saint-Pierre. Mais la foule oublia vite, si vite que le pape saint Léon déplore ce manque de mémoire. « Combien peu parmi vous, dit-il aux Romains dans un sermon, sont venus ces jours-ci à la solennité qui, dans un autre temps, a réuni tout le peuple fidèle de Rome ! Cette constatation me remplit de tristesse et de crainte ! Cet oubli n'est-il pas une preuve que la verge de Dieu ne nous a pas été salutaire ? Ou ne vous faut-il pas rendre grâces que la sévérité du châtiment ait été adoucie pour vous ? Je rougis de le dire ; et cependant je ne puis le taire : l'esprit du monde et le démon sont servis avec plus de zèle que les saints apôtres ; les spectacles frivoles attirent à eux plus de peuple que les sanctuaires des martyrs. Sont-ce donc les jeux du cirque qui vous ont préservés de la mort par l'énée, n'est-ce pas plutôt l'intercession des saints ? N'avions-nous pas mérité toute la colère de Dieu et cependant n'avons-nous pas été épargnés, mais seulement pour nous faire rentrer en nous-mêmes et demander pardon 16. » LV. Œuvre monumentale de saint Léon le Grand. — Le développement du culte public entraînait l'accroissement des édifices à ce destinés, et leur décoration aussi riche que pouvait le permettre l'insécurité au sein de laquelle on vivait. Quelques œuvres monumentales conservent le nom du pape Léon le Grand et principalement les grandes basiliques de Saint-Pierre et de Saint-Paul. Au Vatican, le pape entreprit une restauration générale. La grandiose mosaïque qui orna le fronton de la basilique au-dessus des cinq entrées jusqu'au pontificat de Grégoire IX fut son œuvre ; ce travail fut payé, au témoignage de l'inscription, par l'ex-préfet et consul ordinaire Marinien et par sa femme Anastasie. Cependant on en ignorait le sujet qui n'a été connu que depuis peu par un manuscrit de Farfa, aujourd'hui conservé au collège d'Eton (n. 124). On y voyait les vingt-quatre vieillards de l'Apocalypse, répartis par groupes de quatre, offrant des présents au Christ représenté dans la hauteur. Au-dessus d'eux on apercevait les symboles des quatre évangélistes, témoins et hérauts de la divinité du Christ 16.
Il est vraisemblable que la tribune ou abside de la basilique était demeurée sans mosaïque jusqu'à Léon le Grand et que celle qu'il fit poser remplaçait une décoration moins belle « . Il fit ajouter un cloître à la basilique et il établit des gardiens ou cubicularii auprès du tombeau de l'apôtre 18 (voir Dictionnaire, t. iii, col. 3166) ; il en établit également à la basilique de Saint-Paul sur la voie d'Ostie, au témoignage des inscriptions 19.
Homne pour omne est une faute postérieure.
Le sujet de cette dernière mosaïque encore subsistante est analogue à celui de la mosaïque dont Léon Ier orna le fronton de Saint-Pierre. La composition est grandiose. Au centre, le buste du Christ bénissant, entouré d'un nimbe circulaire rayonnant ; à droite et à gauche, les symboles des quatre évangélistes planant dans le ciel tandis que dans une région moins élevée du ciel les vingt-quatre vieillards de l'Apocalypse présentent leurs couronnes au Sauveur, tous inclinés, les mains ouvertes, dans l'attitude de la prière ; un ange conduit chaque groupe de douze et adore avec eux. Au bas, à droite et à gauche, deux figures viriles, saint Pierre à droite de l'arc et saint Paul à gauche. Chacun d'eux tient un rouleau comme témoignage de sa doctrine et de sa confession.
L'inscription métrique placée au-dessus des deux apôtres et que le pape Léon y fit vraisemblablement mettre lui-même, a subi quelques changements par suite des restaurations dans le cours des temps. Pour saint Paul, on lisait, d'après les fragments recueillis par Ciampini et Margarini, interprétés par De Rossi :
Persequitur dum vasa Dei fit PAVLVS ET IPSE Vas (fi) DEI ELECTVM GENTIBVS et populis.
« Tandis que Paul persécute les vases de Dieu, lui-même devient pour les Gentils et les nations un vase d'élection. » Pour saint Pierre on célébrait : le « portier » du royaume comme le « rocher établi par Dieu » et « l'ornement de la cour céleste ».
Cet arc triomphal a beaucoup souffert des restaurations, il a perdu son caractère primitif. Le Christ a été pourvu d'un bâton qu'il porte sur l'épaule, les deux anges ont également des bâtons, enfin saint Pierre a reçu des clefs et saint Paul un glaive, autant d'additions maladroites.
Les deux hexamètres en mosaïque placés au sommet de l'arc, relatant l'origine de toute la basilique, étaient à un autre endroit dans l'église primitive de Théodose, probablement sous la mosaïque de l'abside dont on ignore le sujet, la mosaïque actuelle ne datant que du Xe. Les deux hexamètres doivent se lire :
« Théodose a commencé et Honorius achevé ce monument, sanctifié par le corps de Paul, le docteur du monde. » On conserve dans le cloître de Saint-Paul une inscription de Léon le Grand qui garde le souvenir d'un autre grand travail exécuté par le pape dans la basilique. Il y est question de la restauration du toit de l'édifice, le toit primitif, d'après le Liber pontificalis, ayant été détruit par la foudre. Dans le poème les constructeurs du monument adressent leurs louanges à Dieu tout d'abord qui, dans la ruine de la toiture, a épargné un plus grand malheur ; puis, au pape, auteur de la reconstruction. Dans une seconde partie de l'inscription qui diffère de la première, même par la forme, Léon lui-même s'adresse avec reconnaissance aux architectes et leur retourne la louange : « C'est à toi, prêtre Félix, et à toi, lévite Adéodat, que revient la reconnaissance... ' >< Il est très vraisemblable que ce Félix est le père du futur pape Félix III, à la famille duquel appartenait Grégoire le Grand, qui se rattachait ainsi par ses ancêtres à Léon le Grand 2.
Une troisième inscription enfin qui portait le nom de Léon, se trouvait sur le canthare de l'atrium de Saint-Paul. Elle disait en beaux hexamètres que « Léon, le diligent pasteur », avait ramené à la fontaine l'eau que l'incurie en avait laissé perdre. Elle invitait les visiteurs du sanctuaire à se laver les mains dans la fontaine jaillissante, suivant la coutume religieuse 3.
En 1858, on exhuma aux environs de Rome une église construite par saint Léon. Le Liber pontificatis nous apprend que sous ce pontificat une vierge consacrée nommée Dimitriade fit élever dans son domaine situé sur la voie Latine, à trois mille de Rome, une basilique dédiée à Saint-Etienne. Ce monument fut retrouvé sous des monceaux de terre avec ses murailles reconnaissables, son plan, son ordonnance et maintes parties de la décoration primitive : colonnes, chapiteaux, cancels de marbre. Du narthex, on distingue trois vastes nefs séparées par des colonnades, la nef centrale se termine par une abside. Des portions irrégulières de murailles classiques témoignent qu'il s'agit bien d'une basilique construite sur l'emplacement d'un domaine rural de l'époque païenne. Devant l'emplacement du maître-autel, s'ouvre une sorte de confession, plus ancienne peut-être que l'église elle-même. L'atrium de cette église rurale était parsemé de fragments épars ayant appartenu à des sarcophages de marbre. Enfin on retrouva l'inscription dédicatoire en vers au nom de Démétriade Amnia appartenant à la gens Anicia et au nom du pape Léon l (voir Dictionn., t. xm, col. 1207-1210, fig. 9668).
LVI. Rome au Ve. — La catastrophe de l'année 410 eut un retentissement étendu jusqu'en Orient. Saint Jérôme jeta des exclamations qui peuvent donner la mesure de l'épouvante ressentie par tous ceux qui s'imaginaient Rome intangible, et on peut dire que tous en étaient là : Proh nefas, orbis lerrarum mit, in nobis peccata non ruunt. Urbs inclyta cl Romani imperii caput, non hausta est incendio. Nulla est regio, quœ non exu les Romanos habeat. In cineres ac favitlas sacrie quondam Ecclesiœ conciderunt, et tamen studemus avaritiœ 5. Dans son Commentaire sur Ezéchiel, le même saint Jérôme disait encore : Postquam vero clarissimum terrarum omnium lumen exstinctum est, immo Romani imperii truncatum caput, et ut verius dicam, in una Urbe totus orbis intcriit 6. De cet événement, les païens tirèrent un grief contre le christianisme (voir Dictionn., t. i, col. 265-307), qui avait chassé les dieux protecteurs de la ville pour les remplacer par des apôtres et des martyrs inhabiles à la défendre. Ce reproche s'exprimait si bruyamment que saint Augustin ne croyait pouvoir se dispenser d'y répondre dans la Cité de Dieu et dans un de ses sermons. « Eh quoi, disait-il, les sanctuaires des martyrs qui doivent vous préparer au ciel, auraient dû servir à protéger vos théâtres, les théâtres de vos folies ! Vraiment, saint Pierre est mort, ses reliques reposent à Rome à seule fin d'empêcher la ruine de vos théâtres ! ' » C'était déplacer la question, mais le fait était là et nous avons vu par le pèlerin Prudence combien les monuments du paganisme avaient gardé une large place dans la ville.
Une conséquence du sac de Rome fut de faire place nette, ce qui permit la construction ou la reconstruction de nouvelles édifices chrétiens et y attira un nombre croissant de pèlerins (Voir Dictionn., t. xiv, au mot Pèlerinages). Pour ceux qui habitaient l'Italie, un voyage annuel à Rome tendait à devenir une habitude pieuse. Déjà, en 399, nous entendons saint Paulin de Noie dire à son ami Sévère qu'il s'est rendu à Rome pour la fête des apôtres ; il y a passé dix jours, donnant toutes ses matinées à la visite des sanctuaires des apôtres et des martyrs : ante meridiem in votis noslris, quorum cura veneramus, per aposlolorum et martyrum sacras memorias consumentes 1. L'année suivante, même pèlerinage, cum sollemni consuetudine ad beatorum apostolorum natale venissemus 2. En 406, il est fidèle à son habitude et emmène avec lui un ami 3 et encore en 408 4.
La tragédie de 410 détourne pendant quelques années le courant de pèlerins, mais la confiance dans l'intercession des apôtres et des martyrs ramène clercs et fidèles. Vers 440, l'évêque de Côme, Amantius, rapporte des reliques des apôtres Pierre et Paul, probablement des eulogies. Vers le même temps, l'évêque d'Arles, saint Hilaire, se trouve dans la nécessité d'aller défendre devant le pape saint Léon les privilèges de son siège épiscopal, mais nous savons que dès son arrivée, il commença par la visite des sanctuaires des apôtres et des martyrs : apostolorum martyrum que incursu peraclo, après quoi il se rendit chez le pape. L'évêque de Spolète, Achille (402-418) fit élever dans sa ville une église en l'honneur de saint Pierre sur laquelle on posa cette inscription : « Ne croyez pas vous arrêter dans un sanctuaire vide, parce qu'il n'est pas la demeure du corps de l'apôtre ; la grande Rome, il est vrai, possède son tombeau vénérable là où, pour le Christ, il souffrit et mourut ; mais les tombeaux ne peuvent pas enfermer dans leurs parois les mérites des saints et les dalles qui recouvrent leurs corps ne sauraient retenir leur âme. Victorieuse du monde et de la mort, l'âme de Pierre s'est envolée aux cieux dans le sein de Dieu ; durant sa vie, il s'est donné au Christ ; aussi est-ce au Christ que, martyr, il est allé tout entier. Dieu présente ses saints à tous les croyants pour que, par leur intercession, il puisse exaucer les prières et les supplications des fidèles 5. » N'y a-t-il pas là une arrière-pensée que l'hommage rendu à Rome peut l'être également à Spolète ? C'est assez vraisemblable, mais les épithètes adressées à Rome et à l'apôtre montrent de quel prestige jouissaient la ville et le tombeau et de quelles précautions il fallait s'entourer pour insinuer qu'on pouvait trouver près de chez soi ce qu'on allait chercher très loin.
L'exportation (s'il est permis d'employer ce terme, seul exact cependant) des reliques de provenance romaine ne contribuait pas médiocrement à ajouter au prestige de la ville et à exciter la pieuse envie des pèlerins d'accéder jusqu'à la ville qui possédait ces précieux dépôts. Ainsi se poursuivait l'œuvre entreprise au siècle précédent par Constantin et par Damase. « Comme leurs prédécesseurs du IVe, les empereurs et les papes du ve se plaisent à embellir les sanctuaires des martyrs. Innocent Ier, dans les premières années du siècle, fait restaurer la basilique de Sainte-Agnès-hors-les-Murs 6. Après l'avoir emporté sur son compétiteur Eulalius, Boniface fit construire un oratoire sur le tombeau de sainte Félicité et de son fils Silanus ; dès ce jour, jusqu'au vme et même au IXe, les pèlerins ne cessèrent de se porter dans ce sanctuaire. Célestin Ier fit exécuter des peintures dans la petite basilique de Saint-Sylvestre qui était l'oratoire cémétériale de la catacombe de Priscilla ' ; le pape Hadrien les cita dans sa lettre à Charlemagne sur le culte des images 8.
« Le pape Sixte III semble avoir eu une dévotion toute particulière pour saint Laurent ; il renouvela sa confession dans sa basilique de la voie Tiburtine. Les grilles d'argent données par Constantin avaient probablement disparu dans le pillage de 410. Sixte III les remplaça, mais en les disposant sur un soubassement formé de dalles de porphyre. Aux colonnes torses que l'on voit dans les médailles de Gauclentianus et de Successa (voir Dictionn., t. i, col. 1826, fig. 492 ; col. 1825, fig. 491), il substitua des colonnes unies, également de porphyre. Ce sont sans doute ces colonnes qui soutiennent le ciborium du maître-autel actuel. Cet autel est revêtu de grandes plaques de porphyre qui doivent avoir été empruntées à la transenna de Sixte III. Enfin il plaça dans la confession une statue en argent de saint Laurent. De même que Boniface avait été enseveli auprès de sainte Félicité, dont il avait construit l'oratoire, et Célestin auprès de saint Sylvestre, dont il avait embelli la basilique, de même Sixte III choisit pour lieu de sépulture la confession de Saint-Laurent qu'il avait restaurée. Le Liber pontificalis nous apprend qu'il éleva aussi une basilique, toujours en l'honneur du saint archidiacre qui mourut à peu de jours d'intervalle du pape Sixte II, pour qui Sixte III semble avoir eu une dévotion particulière.
« Dans la crypte du cimetière de Calliste, où Sixte II reposait au milieu des papes du Me, on voit encore les traces des grandes plaques de marbre dont Sixte III l'avait fait revêtir. Il y avait fait graver les noms des pontifes martyrs, et Horuni primus sanctus Xuslus.
« Saint Léon, qui succède à Sixte III témoigna la même sollicitude aux sanctuaires des martyrs. Le Liber pontificalis nous dit qu'il fit construire la basilique cémétériale de saint Corneille près du cimetière de Calliste. Mais c'est surtout sur les basiliques des apôtres qu'il reporta tous ses soins. Il restaura la basilique de Saint-Pierre. Sur la façade, on lisait ces mots au milieu d'une ornementation de mosaïques :
Marinianus vir inl. ex pf prœt. et cons. ord. Cum Anastasia inl. fe. ejus devota vota Beatissimo Petro apostolo persolvit Quse precibus papx Leonis mei Provocata sunl ai que perfecta.
« C'est donc saint Léon qui a été le promoteur de la restauration, c'est lui qui a provoqué les largesses du consul Marinianus ; il nous suffit d'ailleurs de constater qu'au milieu du Ve on sentait le besoin d'embellir ce sanctuaire et qu'une famille consulaire était honorée de pouvoir s'en charger.
« Il en fut de même de la basilique de Saint-Paul-hors-les-Murs ; nous en avons les témoignages dans le Liber pontificalis, et dans plusieurs inscriptions qu'on peut voir encore. La foudre avait détruit le toit de la basilique ; saint Léon s'empressa de la réparer et en confia le soin au prêtre Félix et au diacre Adéodat. Comme pour la restauration de Saint-Pierre, l'Église romaine fut grandement aidée pour celle de
A. — XIV. — 84.
Saint-Paul par une grande famille, la famille impériale elle-même. L'on peut lire encore aujourd'hui sur l'arc triomphal, au milieu des mosaïques, plusieurs fois retouchées, mais dont l'origine remonte au Ve, cette inscription (Voir Dictionn., t. vi, col. 261, flg. 4852) :
Placidte pia mens operis aeeus liunuie paleriti Gaudel pontifias studio sptendere Leonis.
« Placidie se réjouit que par le zèle de Léon, la basilique puisse reprendre son ancienne splendeur » ; elle ne nous dit pas qu'elle ait contribué à cette œuvre, mais nous pouvons le supposer à cause de la prédilection qu'a toujours témoignée à la basilique de Saint-Paul-hors-les-Murs la famille de Théodose. D'ailleurs, s'il en était autrement, on ne s'expliquerait guère cette inscription placée par ordre de Placidie sur l'arc triomphal, à la place la plus apparente de l'Église.
« Ainsi, au milieu au v« siècle, l'aristocratie romaine et les empereurs eux-mêmes unissaient leur zèle à celui des papes pour reparer et orner les sanctuaires des apôtres et des martyrs. Ce n'est plus aux thermes et aux lieux de réunions profanes que l'on prodigue les ressources de l'empire ; ce n'est plus par des jeux ou des monuments de vanité que les grandes familles cherchent à montrer leur splendeur ; c'est l'embellissement des basiliques qui est leur principal souci. N'est-ce pas la meilleure preuve de la transformation complète de Rome ? Elle continue à apparaître de plus en plus comme la ville des apôtres et des martyrs.
« Les apôtres ont élevé Rome à une telle gloire « qu'elle est devenue une nation sainte, un peuple élu, « une cité sacerdotale et royale et la tête du monde « grâce au siège de Pierre l. » C'est ainsi que saint Léon célèbre la nouvelle grandeur de Rome ; ailleurs, parlant du peuple chrétien, de saint Pierre et de saint Paul, il nous les représente comme deux semences qui ont fait germer des milliers de martyrs et ceux-ci « saintement jaloux du triomphe des apôtres, entourent notre ville d'une ceinture de pourpre dont l'éclat brille de toutes parts s. » Telle est l'impression religieuse que Rome produisait dans le monde chrétien » 3.
LVII. Une prédiction accomplie. — Une légende ancienne voulait que Romulus observant le ciel sur le Palatin tandis que Rémus se livrait au même passe-temps sur l'Aventin, aperçut à l'aube douze vautours tandis que son frère n'en vit que six. Un augure romain fort estimé, Vettius, en donna l'interprétation consignée dans un passage du livre XVIII des Antiquités de Varron et, d'après celui-ci, recueilli dans le De die natali de Censorinus. Varron disait donc tenir de Vettius le propos suivant : « Si ce que rapportent les historiens est vrai, au sujet des augures pris par Romulus lors de la fondation de Rome et des douze vautours, puis que le peuple romain a traversé sain et sauf une période de 120 ans, il atteindra une vieillesse de 1200 années 4. » Ainsi, Vettius voulait dire que chaque vautour signifiait un nombre d'années égal à dix ou à cent. Comme le peuple romain avait, depuis longtemps, dépassé 120 ans, la durée d'existence promise devait être de 1200 ans.
Tite-Live, au début de son Histoire, calcule 700 ans écoulés depuis la fondation de Rome qui se trouve alors, dit-il, en pleine décadence B. Plorus, qui écrit vers la fin du règne de Trajan, compare la vie de l'Empire romain à celle d'un individu dont l'enfance a duré 250 ans, l'adolescence 250 ans, la virilité 200 ans, jusqu'au règne d'Auguste ; alors commence une décrépitude de 150 ans heureusement interrompue sous Trajan par un reverdissement dont il ne prévoit pas la durée.
A l'approche de l'échéance fatale de fâcheux symptômes se manifestent. Après la victoire remportée par Stilicon sur Alaric à Pollentia, en 403, Claudien renaît à l'espoir et compose un poème sur la guerre géti que dans lequel il décrit, en termes saisissants, les terreurs de Rome qui se croyait condamnée par le destin, mais que la valeur de Stilicon a sauvée 6 :
Uumnati fulo populi, virtute renati.
Un parlait de fuite, d'évacuation en Sardaigne ou en Corse, on s'inquiétait du vol des oiseaux, des prophéties consignées dans les livres fatidiques, et surtout d'un événement singulier. Un jour où l'empereur Honorius exerçait ses chevaux dans une plaine, deux loups attaquèrent son escorte qui les tua, mais on trouva dans leur ventre deux mains humaines ; là-dessus on se remit de plus belle à calculer le nombre des années de Rome qui, croyait-on, devait durer jusque vers le milieu du Ve. Le millième anniversaire de Rome avait été célébré solennellement sous le règne de Philippe l'Arabe, en 248, ce qui reportait la fondation de la ville à l'an 753 avant J.-C, date admise par Varron et par Cicéron, mais non par beaucoup d'autres qui préféraient la date 747, par conséquent six ans plus tard. Ceux des contemporains de Claudien qui partageaient cette manière de voir plaçaient donc la fin du douzième siècle en 454. Pour sa part Claudien n'en voulait rien croire mais il savait que son entourage s'en alarmait.
« En 456, dans son panégyrique de l'empereur Avitus, Sidoine Apollinaire fait deux fois allusion à l'augure de Romulus. La première fois, c'est Rome qui parle : « Que me présage, demande-t-elle, cet auspice toscan avec ses douze vautours ? » (vs. 55) :
Ouid, rogo, bis seno mihi vultnre Tuscus aruspe.r Porlcndil ?
« Le second passage est plus intéressant : « Déjà les destins remplissaient presque les douze ailes de ton vautour — car tu connais, ô Rome, tu connais les épreuves qui t'attendent — lors que l'eunuque insensé Placidus (Valentinien III, fils de Galla Placidia) immola Aetius » (vs. 358) :
« Ce meurtre d'Aetius par Valentinien, qui priva Rome de son dernier grand général, se place le 21 septembre 454. Aetius fut frappé mortellement par l'empereur lui-même, à l'instigation de Petronius Maximus et de l'eunuque Héraclius ; c'est pour cela peut-être, ou par un souvenir de la Pharsale (VIII, 552), que Sidoine qualifie Valentinien de semivir, confondant à dessein l'empereur et son indigne conseiller.
« Ainsi Sidoine, écrivant en 456, dit que le nombre des années de Rome, annoncé par la prophétie des douze vautours, était à peu près accompli en 454 ; d'autre part, nous avons la preuve que la mort d'Aetius, désastre pour le sénat romain et pour la cause nationale, parut, à beaucoup de contemporains, marquer la fin de l'empire. En effet, dans la Chronique du comte Marcellin, rédigée vers 527, on lit à la date de 454 : Aetius magna Occidentalis reipublicse salus et régis Altilœ terror a Valeniiniano imperatore cum Boethio amico in palatio (rucidatur al que cum ipso Hesperium cecidil regnum nec hactenus valuit relevari l. L'année suivante, 455, Valentinien III périssait, assassiné à son tour ; la prophétie de Didon mourante s'accomplissait a et le Vandale Genséric, parti de Carthage, prenait et saccageait Rome. Si Marcellin, qui note ces désastres en 455, place néanmoins la ruine de l'empire d'Occident en 454, un an avant la prise de Rome, il doit avoir pour cela quel que bonne raison. Or, nous avons montré que Claudien fait allusion à un calcul qui mettait en 404, juste cinquante ans plus tôt, la fin de la première moitié du douzième siècle de Rome. Sidoine, écrivant deux ans après 454, mentionne lui aussi la prophétie des vautours à propos de l'assassinat d'Aetius, et non à propos de la prise de Rome par Genséric, dont il parle également. Ces témoignages concordants semblent établir que beaucoup de Romains instruits, désespérés de la perte d'Aetius, observèrent que ce funeste événement coïncidait avec l'achèvement de l'an 1200 de la ville et s'inclinèrent devant l'arrêt du destin.
« Les modernes ont l'habitude de placer la ruine de l'empire d'Occident en 476, lors que Romulus Augustule fut déposé par le chef des Héru les Odoacre. A cette date le comte Marcellin écrit dans sa Chronique ce qui suit : Hesperium Romanee gentis imperium... cum hoc Augustulo periil... Golhorum dehinc regibus Romam tenentibus 3. Ce passage est en contradiction avec celui emprunté plus haut au même chroniqueur ; Marcellin doit donc avoir suivi et compilé deux sources différentes, dont l'une plaçait la ruine de l'empire en 454, l'autre en 476 seulement. La doctrine qui faisait tomber l'empire d'Occident en 476 est probablement due aux historiens gothiques, qui pouvaient ainsi présenter le royaume germanique d'Italie comme le successeur immédiat de l'empire romain ( Gothorum dehinc regibus Romam tenentibus) , sans allusion à l'usurpation d'Odoacre, 476-489, pendant laquelle, officiellement, l'Italie fut rattachée à l'empire d'Orient. En revanche, la date de 454 était, suivant toute apparence, celle que les Romains avaient acceptée, par la raison qu'elle semblait d'accord avec une vieille prophétie 4. » LVIII. La fin de l'empire (455-476). — Quoi que Rome eût été dépossédée de son prestige de capitale au profit de Milan et de Ravenne, elle n'y consentait pas et se satisfaisait à la vue d'un défilé d'ombres impériales dont les noms n'évoquent plus aucun souvenir. Après Petronius Maximus vient Flavius Msecilius Avitus, un Auvergnat qui échange le diadème pour l'épiscopat et fait place, en 457, à Julius Valerius Majorianus dont ne tarde pas à se débarrasser le comte Ricimer 5, un Suève d'Espagne devenu patrice de Rome, pour proclamer, en 461, Libius Severus, en attendant de prendre, en 465, le pouvoir pour lui-même. Mais il lui fallut subir la volonté de l'empereur d'Orient Léon qui expédia en Occident un empereur à sa façon nommé Anthemius. Il ne fit d'ailleurs que passer et fut remplacé, en 472, par Flavius Anicius Olybrius, un Romain cette fois. Mais Anthemius voulut se maintenir à Rome et Ricimer entreprit le blocus et le siège de la ville. La peste et la famine se firent, dans Rome assiégée, les alliés du Suève qui campait sous les murs de la ville dont il s'empara le 11 juillet 472 et qu'il abandonna au pillage de son armée.
Olybrius y gagna le titre d'empereur qu'il porta peu de mois car la peste l'enleva dans le courant de l'année. Ricimer était honni du peuple qui, pour assez mauvais catholique qu'il fût, lui reprochait son arianisme ; il fit bâtir l'église Sainte-Agathe-des-Goths dont la dédicace portait son nom (voir Dictionn., t. i, col. 2820).
A Olybrius succéda Glycerius dont on fit un évêque de Salone, en Dalmatie ; ensuite vint Julius Nepos qui ne compte pour rien, enfin on met à sa place Romulus Augustule dont les deux noms évoquaient l'origine légendaire de Rome et le début de sa période historique la plus éclatante ; l'enfant, comme s'il eût été accablé sous ces souvenirs, végéta quelque temps sous la tutelle de son père, Oreste. Lors que celui-ci eût été décapité par l'ordre d'Odoacre, l'enfant abdiqua et fut envoyé dans la villa Lucullienne près de Naples, en 476 ». Il avait été le dernier titulaire de l'empire d'Occident dont il n'est plus question désormais jusqu'au jour de Noël de l'an 800.
LIX. La légende et l'histoire. — L'homme croit ce qu'il désire ; s'il ne se trompe pas toujours, parfois il exagère. Les apocalypses juives du ne siècle n'avaient ni pardonné ni oublié les horreurs accomplies sous Titus et sous Hadrien à Jérusalem et prophétisaient pareil sort à la ville de Rome. Au Me, c'était le tour des oracles sibyllins qui clamaient : « Malheur, malheur à toi ; tu t'assiéras, veuve de ton peuple, au bord du rivage ; dans tes temples, les jeunes filles n'entretiendront plus le feu qui brûlait toujours ; tes autels n'auront plus de sacrificateurs. Tu baisseras la tête, superbe Rome ; tes richesses périront ; les loups et les renards habiteront tes ruines ; tu seras déserte et comme si tu n'avais jamais été. » Ces pronostics pouvaient faire sourire les contemporains d'Alexandre Sévère ou ceux de Dioclétien ; ils avaient eu un commencement de réalisation dès le règne du successeur de Théodose, mais l'exagération des auteurs du Ve demande ici à être ramenée à la réalité. Saint Augustin écrit que Interea Roma Gothorum irruptione agent ium sub rege Alarico at que impetu magnée cladis eversa est, cujus eversionem deorum falsorum mullorum que cultores quos usitato nomine Paganos vocamus in christianam religionem referre conantes, solito acerbius et amarius Deum verum blasphemare cœperunt 7. Et saint Jérôme va plus fort ; d'après lui « la métropole fameuse, la capitale de l'empire romain a été détruite par un seul incendie >> 8. On trouve les mêmes exagérations chez Socrate ' et chez Philostorge 10 qui représentent Rome comme un monceau de ruines fumantes. Paul Orose compare le sac des Goths à celui des Gaulois, parle des poutres de bronze des édifices rompues par le feu, des murailles écroulées, des statues des idoles fondues ou calcinées et de la foudre qui frappe ce que les barbares ont épargné '. Cela dit, le même Paul Orose met une sourdine à ses lamentations : Facto quidem aliquantarum œdium incendio, sed ne lanto quidem, quantum septingentesimo conditionis ejus anno casus effecerat '-.
L'histoire est loin de confirmer ces indications et il est plus assuré de s'en tenir à ce qu'elle nous apprend.
La prise de Rome par Alaric, qui causa une si grande émotion dans tout l'empire, fut suivie du pillage, mais il ne dura que trois jours (24-27 août 410). Entré par la porte Salaire, le vainqueur dut allumer quelques incendies dans cette région de la ville, mais ce fut surtout un déménagement, dont on prendra une certaine idée en disant que, quatre ans plus tard, à l'occasion de son mariage avec Ataulphe, Galla Placidia reçut cent coupes d'or ciselées prises lors du pillage, que lui offrirent cinquante jeunes gens goths vêtus de robes de soie provenant également du sac de Rome.
Le séjour de Genséric fut un peu plus prolongé, afin sans doute de permettre un enlèvement plus méthodique. Ce fut, comme on dit, de l'ouvrage soigné. Dans le palais d'Eudoxie, la veuve de Valentinien III, tout le mobilier disparut, jusqu'aux ustensiles de cuivre et de terre (455). En 472, Ricimer ne trouva que des restes. Mais, somme toute, la ville était presque intacte. Sidoine Apollinaire, gendre de l'empereur Avitus, peut encore vanter les théâtres, les amphithéâtres, les gymnases ; il décrit au Capitole un marché fort animé où on mettait en vente des tissus, des gemmes, des curiosités venues de partout ; des changeurs avaient leurs boutiques à l'entour. Cassiodore, consul sous Théodoric (514), ensuite secrétaire de ce roi barbare, parle de statues équestres de marbre et de bronze, de fontaines nombreuses, des aqueducs, du cirque Maxime avec ses obélisques, de la Voie Sacrée avec ses éléphants de bronze déjà chancelants de vieillesse, du forum de Trajan qui surprenait par sa magnificence. Seul, le théâtre de Pompée, le plus vaste de tous et qui pouvait contenir quarante-mille spectateurs, commençait à s'écrouler faute d'entretien. Sous les portiques du forum de Trajan, il était encore de mode de venir faire des lectures poétiques à la foule.
Vers le même temps, en 552, Procope énumère les beautés dont il eut le spectacle : statues de Phidias et de Lysippe, génisse de Myron, Etephas Herbarius, proche du Capitole, forum de la Paix presque intact.
Les deux sièges par Vitigès, en 537, et par Totila, en 546, entraînèrent de graves destructions. En 537, les Goths coupèrent les aqueducs ; en 546, le pillage fut général, il s'y joignit l'incendie de quelques maisons dans le quartier du Transtévère, pauvre en édifices, ce qui restreignit le dommage. Les Goths n'abattirent pas de maisons ni d'édifices et on parla d'un incendie allumé par ordre de Totila ; en réalité il n'en fut rien. nous avons eu déjà l'occasion de dire que ce roi barbare limita ses rigueurs à l'expulsion de la population.
C'est pour quoi Rome s'obstinait à conserver une partie de ses richesses et son titre de Aurea. Ce ne fut pas un barbare qui imposa le pillage de l'année 663, mais un empereur, Constant II dit Pogonat, qui profita d'un séjour à Rome pour présider à l'emballage d'une grande quantité d'œuvres d'art qui prirent le chemin de Constantinople.
Rappelons encore le siège par Astolphe, roi des Lombards, en 755 ; l'invasion des Sarrasins, en 846, qui dévastèrent et pillèrent la campagne romaine, mirent à sac la basilique de Saint-Pierre, mais durent s'arrêter devant les portes de Rome ; enfin, en 896, l'empereur Arnolphe s'empara de vive force de la cité Léonine, mais échoua devant le reste de l'enceinte. Après tant d'assauts et de sacs, Rome, du moins dans ses monuments, n'avait que relativement peu souffert. Les Normands et les Sarrasins de Robert Guiscard venus au secours de Grégoire VII, en 1084, se montrèrent plus redoutables ; ils incendièrent tout le quartier qui s'étendait entre le Latran et le Capitole, firent de la région du Celius une sorte de désert et réduisirent en cendres plusieurs églises. Ces dernières catastrophes nous font dépasser de quelques siècles l'époque qui nous occupe, mais il est impossible de dresser une statistique comparative des dégâts. Bornons-nous à cette constatation. En 1106, un archevêque de Tours vient visiter Rome et ne peut retenir sa surprise devant la quantité de vestiges encore subsistants de l'ancienne Rome. « Il en subsiste encore tant, dit-il, et tant sont par terre que ce qui reste ne saurait être détruit ni ce qui est par terre reconstruit. » On pourrait redire la même chose de nos jours à la vue de cet énorme entassement de débris de toute nature qui couvrait le mont Palatin, sous les voûtes massives du Colisée, dans le vaste espace des thermes d'Antonin, parmi les longs couloirs et les hautes salles de la Maison dorée de Néron et des thermes de Trajan. Cependant, à la pensée de l'ensemble monumental sous Dioclétien, Théodose, Odoacre et Théodoric, on s'étonne du peu qui en reste. Rome comptait alors environ onze forums, dix basiliques, quatorze thermes, deux amphithéâtres, deux cirques, quinze nymphées, vingt-sept bibliothèques publiques, cinq naumachies, trente-six arcs de triomphe, plus de mille fontaines publiques, deux colosses. L'immense enceinte d'Aurélien avait comme englouti sur tout son parcours une multitude d'édifices.
Dans l'énumération des monuments de Rome de Publius Victor, qui vivait au IVe, il est parlé de : deux amphithéâtres, deux colosses, deux marchés, trois théâtres, cinq naumachies, cinq nymphées, vingt-deux chevaux de bronze doré, quarante-quatre chevaux d'ivoire, trente-quatre chevaux de marbre.
Dans le Curiosum Urbis, de : onze forums, dix basiliques, dix thermes.
Dans les Mirabilia, de : vingt-cinq chevaux dorés, quatre-vingt chevaux d'or, soixante-quatorze chevaux d'ivoire.
Le poète Claudien décrivait Rome en ces termes à l'occasion du 6e consulat d'Honorius : « Voyez le mont Palatin ;... il n'y a pas de colline qui puisse mieux révéler la grandeur et l'étendue du pouvoir des empereurs. Le palais, de son faite sublime, domine la tribune ; des temples nombreux l'entourent ; un cercle d'immortels veille à sa garde ; on aime à voir à ses pieds le sanctuaire de Jupiter, les géants suspendus à la roche Tarpéienne, les portes ciselées du Capitole, nos aigles fendant la nue, les demeures des dieux se pressant dans les airs. Les colonnes tapissées de l'airain d'innombrables vaisseaux, des édifices appuyés sur des monts ajoutés de la main de l'homme à l'ouvrage de la nature, et des arcs de triomphe chargés d'abondantes dépouilles ; mais l'éclat des météores éblouit les regards et l'or partout répandu les affaiblit et les fatigue. » Or, de la plupart de ces monuments il n'est rien resté. A peine peut-on fixer l'emplacement des temples capitolins ; il ne subsiste presque rien du Cirque Maxime qui était immense ; de même, le stade qui occupait l'emplacement de la place Navona actuelle et lui a donné sa forme a disparu sans laisser de traces ; il contenait 30 000 spectateurs, de même le cirque Flaminius, le théâtre de Balbus, l'Odéon de Monte Giordano ; de même l'admirable ensemble de monuments construits par Pompée. Près du Panthéon d'Agrippa, sur les bords d'une pièce d'eau, se dressait un portique appelé Eventus bonus ; il mesurait cent mètres de long, ses colonnes mesuraient 15 mètres de haut et leurs chapiteaux 4 mètres de côté. On n'en a retrouvé que de rares fragments.
LX. Conservation des monuments de Rome. — A la place d'un empereur, Rome eut un roi et ce titre fut porté par le barbare Odoacre, acclamé par l'armée et par le sénat. Nonobstant son règne de treize années il ne réussit pas à créer un État et l'empereur d'Orient étendit non plus son pouvoir, mais son prestige jusqu'à Rome. Somme toute, on avait fait l'économie d'un titulaire sur deux, et Odoacre s'y prêtait. On le voyait nommer les consuls d'Occident et pratiquer tous les usages de l'administration romaine. Par l'effet d'une sorte de pudeur, il s'intitulait « roi » sans autre précision et remplissait tous les services d'un fonctionnaire de haut rang. Soit scrupule, soit dédain, il ne se parait pas des insignes impériaux qu'il renvoya à Constantinople ; il porta la modestie ou l'indifférence jusqu'à dater les années non d'après son règne, mais d'après les consuls ; enfin ce fut avec sa permission qu'on érigea dans Rome des statues de l'empereur Zenon.
Nous avons relevé les côtés faibles de la population romaine, mais il n'est que juste de dire que sa foi était robuste, encore que sa piété fut vacillante. Obéir à un roi arien lui était une humiliation ; et celui-ci devait user de plus de ménagements que ne l'avaient fait beaucoup d'empereurs chrétiens ou réputés tels. Ni Alaric ni Genséric ne s'étaient attardés dans Rome, ils l'avaient pillée, Odoacre les imita, il détruisit peu, brûla sans doute quelques palais, mais non d'une manière systématique et avec méthode. Démolir est une sorte de science et les barbares trouvaient plus lucratif et plus rapide de garnir leurs poches et leurs fourgons. D'ailleurs, leur ignorance comme bâtisseurs les obligeait à négliger les monuments qui, laissés sans réparations, se lézardaient, se désagrégeaient sous l'action des éléments -. Dès le milieu du VIe, le fait était reconnu et saint Benoît disait : Roma a gentibus non exterminabitur. Les Romains eux-mêmes s'en chargeaient ; leurs monuments, palais, théâtres, temples, etc., étaient exploités comme des carrières pour fournir les matériaux nécessaires à de nouvelles constructions* mais tout cela n'allait pas jusqu'à la destruction à ras du sol d'une ville couverte et même encombrée de monuments.
Au VIe, Procope atteste le souci que conservent les Romains pour le passé monumental de leur ville : « Je ne connais pas de cité, écrit-il, qui ait autant de soin que Rome pour conserver son antique parure. Quoiqu'elle ait eu tant à souffrir des barbares, elle a cependant sauvé et maintenu ses édifices ; elle montre des quantités de ces chefs-d'œuvre, si solidement construits, que ni la vétusté ni le manque de soins ne peuvent les endommager. On trouve encore dans la ville des monuments témoins des premières origines ».
Ce qui subsistait de l'ancienne administration, laquelle ne disparut pas en un moment, veillait à l'application des anciens édits impériaux. Son principal représentant était le préfet de la ville, nommé par l'empereur, et le plus haut fonctionnaire de Rome. Dans l'ordre de la hiérarchie venaient après lui, dans la liste officielle du Bas-Empire, la notitia dignitatum (voir Dictionn., t. xn, à ce mot) : un curator operum maximorum et un curator operum publicorum ; un curator statuarum, un comes formarum chargé du service des aqueducs, un comes riparum et alvei Tiberis et cloacarum, pour le Tibre et les égouts ; puis encore un consularis aquarum, un comes portus et un centenarius portus ; enfin, pour les magasins du Tibre, un curator horreorum Galbanorum, etc., sans oublier le tribunus rerum nitentium, chef du service d'hygiène.
D'après ce qu'on vient de lire, on voit que Rome possédait un personnel important pour les services de voirie et de tout ce qu'on nomme aujourd'hui édilité ou urbanisme. Il est vrai, comme nous l'avons déjà relevé, qu'on ne se privait pas de faire contribuer les anciens édifices à l'embellissement des nouveaux, mais l'exemple, ou plutôt l'abus, remontait assez haut en arrière. En 1874, on trouva, près de l'église des Saints-Pierre-et-Marcellin, des bains établis sous Dioclétien, comme le prouvent les estampilles de briques, dans les fondations desquels on découvrit en peu de temps quatre-vingt-quinze statues, bustes, tambours de colonnes, vases et sculptures. La précipitation apportée par Constantin à la construction de ses vastes basiliques causa de graves dommages à de nombreux bâtiments qu'on dévalisa de leur plus beau mobilier. Sur l'arc de triomphe de Constantin on distingue sans peine les apports de divers monuments, ici des morceaux de sculpture excellente tirés d'un arc de Trajan, là des pièces lourdes et maladroites. Quand Clément XII, pour réparer l'arc de Constantin (voir Dictionn., t. v, col. 2037-2063, flg. 4603), fit prendre les marbres nécessaires à la majestueuse basilique d'Antonin le Pieux sur la place di Pietra, il ne fit qu'ajouter un chapitre à l'histoire du martyre des monuments.
Depuis des siècles, ceux-ci avaient eu à souffrir de façon si notoire que nous lisons dans le Code Théodosien un titre : De operibus publicis et dans le Code Justinien un titre : De operibus privatis portant défense d'embellir les monuments nouveaux à l'aide des antiques constructions publiques. Nous lisons ceci dans une loi des empereurs Valens, Gratien et Valentinien, en l'année 376 : « Que celui qui veut élever dans la ville un nouveau monument, se procure ses matériaux ; qu'on ne cherche pas à prendre ce qu'on a à portée, que l'on ne creuse pas les fondations de monuments remarquables ; qu'on ne fasse pas revivre les pierres empruntées aux bâtiments de l'État ; qu'on ne s'approprie pas des marbres en détériorant des monuments publics. » La même loi interdit l'érection de nouveaux monuments sans nécessité ou sans cause. « Que nul préfet et nul autre des plus hauts fonctionnaires n'élève aucun nouveau monument dans l'illustre ville de Rome, que l'on apporte plutôt tous ses soins à la restauration des anciens. » Une loi imprévoyante d'Honorius ouvrit la porte aux abus qu'elle voulait interdire. Elle prescrivait la conservation des temples païens à moins que leur état de vétusté en fît un danger pour les citoyens, ou que leur insignifiance artistique n'intéressât point la beauté de la ville ou qu'ils ne rendissent aucun service. On ne tarda pas à s'apercevoir à quels démolitions entraînait le prétexte du délabrement, de l'inutilité ou de la laideur des monuments. Il ne fallut rien moins qu'un édit de l'éphémère empereur Majorien pour mettre fin aux déprédations inspirées par la loi d'Honorius. Cet édit montre où prit naissance la véritable destruction de Rome qu'on imputa par la suite des temps aux barbares. De la volonté ou de l'assentiment de l'autorité, dit-il, et il en fait la remarque avec horreur, des monuments publics furent détruits çà et là. On porte la main sur le magnifique héritage de l'antiquité, sous prétexte qu'il faut des pierres pour les réparations, et c'est aux dépens du grand qu'on répare le petit : déjà l'on commence, et, à la vérité, avec la permission de l'administration urbaine, à élever même des maisons privées en faisant main-basse sur les matériaux des édifices publics. C'est pour quoi chacun désormais se gardera de porter une main sacrilège sur les temples et les autres monuments. Quiconque parmi les plus hauts fonctionnaires en accordera la permission, sera puni d'une amende de 50 livres d'or ; que si un employé subalterne (apparitores et numerarii) coopère à cette œuvre, il subira la flagellation, on lui coupera les mains coupables d'avoir outragé l'héritage de l'antiquité. Un châtiment si sévère n'aura peut-être été appliqué qu'exceptionnellement ou jamais, mais ce que nous devons en retenir c'est ce passage qui inculpe l'administration, auteur de tout le mal : per gratiam judicum in urbe positorum et urbani officii suggestione.
Cette loi de Majorien, en 458, oblige les particuliers qui se sont appropriés les bâtiments officiels d'avoir à en sortir et interdit pour l'avenir de nouveaux abandons. S'il arrive qu'un monument doit être démoli pour un motif valable, l'affaire sera portée au Sénat, celui-ci fera son rapport à l'empereur à qui appartient la décision. Ainsi entendait-il défendre et protéger l'éclat monumental de l'ancienne Rome.
L'impression de cette splendeur paraissait de nature à frapper même des hommes comme le roi goth Totila à qui Bélisaire écrivait : « Bien des siècles ont contribué à l'éclat de beauté dans laquelle tu la vois resplendir à présent ; beaucoup d'empereurs et les meilleurs architectes et artistes du monde ont consacré bien du temps aux œuvres qu'elle renferme. Rome demeure ainsi un monument de toute l'habileté et de tout le génie de l'antiquité. » De cette mosaïque de citations on est en droit de conclure qu'il est permis de ne leur donner qu'une créance restreinte. Leurs auteurs ont trop accordé à l'imagination. Après les pillages et les déménagements de 410, de 455, de 472, Cassiodore s'extasie devant les magnificences de Rome. « Les Anciens, dit-il, ont compté sept merveilles du monde, mais elles sont surpassées par les œuvres surprenantes qu'offre cette ville. On peut dire en vérité que Rome est une merveille. » Il recommande la « merveilleuse forêt de monuments » dont les murs reposent sur de sveltes colonnes qui semblent fondues de cire molle, si belle est leur symétrie, si délicates sont leurs cannelures. Le sol de la ville la fait ressembler à une population de statues. « La vie dont sont animées ces images de pierre et de bronze les ferait prendre pour des hommes réels..., puis viennent les troupes des coursiers en pierre et en bronze », bref on s'aperçoit qu'il faut croire quelque chose mais assez peu de chose dans les malédictions truculentes et dans les descriptions rutilantes que les anciens nous ont transmises.
LXI. Persistance de la vie antique. — Vers cette période du Ve au VIe, Rome est témoin d'usages et de pratiques qui ne consentent pas à disparaître. Les Romains qui se disent tels et ceux qui croient mériter ce titre conservent les formes de la vie sociale d'autrefois et la plus indispensable est la fréquentation des thermes ; toutefois les chrétiens répugnent à se montrer dans ces lieux où n'est pas respectée la pudeur chrétienne, et aux thermes publics ils préfèrent les bains privés ; mais nudité mise à part, les thermes retrouvent une large portion de leur clientèle dans les salles que leur fraîcheur a fait aménager en lieux de réunion. Car c'est, comme par le passé, une existence qui s'écoule à faire peu, le moins possible. La vie consiste à éluder ce qui est dur et pénible, à rechercher tout ce qui est facile ; voilà pour quoi le cirque, ses jeux, ses couleurs, passionnent la population chrétienne autant que par le passé la population païenne ; voilà pour quoi aussi les distributions de pain sont aussi fréquentes et leur annonce aussi impérieusement réclamée qu'autrefois. L'annonne reste un office capital ; il dispense le Romain de tout travail.
La vie officielle conserve ses pratiques anciennes. Le Sénat n'est plus qu'une ombre, mais encore vénérable, et qui s'évertue à conserver les méthodes du passé. Ses décrets sont gravés sur le marbre ou sur le métal au Capitole ou bien sur les antiques rostres. Quant aux édits du préfet de la ville on les pouvait lire, également gravés sur le marbre, dans le portique des thermes de Trajan dans la région de Saint-Pierreès-liens. Au contraire, c'est au Vatican, dans l'atrium de Saint-Pierre et dans celui de plusieurs autres églises, que le roi goth Athaluric fait placer un édit gravé sur le marbre concernant les clercs.
Les vêtements se conservent comme les usages ; la magistrature et la noblesse s'y attachent dans l'exercice de leurs fonctions officielles, mais le vêtement de ville s'arrange des modes venues de Byzance et du pantalon que portent les barbares. La tunique talaire, c'est-à-dire tombant jusqu'aux pieds, la tunique à manches, la dalmatique sont d'un usage courant ; la toge et, pour les femmes, la stole, tendent de plus en plus à faire place à la planeia qui ne diffère presque pas de la chasuble liturgique. Les sénateurs siègent dans les séances officielles vêtus d'une toge spéciale qui est également d'usage à la cour où on usa également de la chlamyde.
Les préfets de la ville portent la toge bordée ou veslis romulea, les consuls revêtent la loga picta et dans l'exercice devenu presque dérisoire de leurs fonctions, ils portent encore le bâton avec l'aigle ou la croix sur la pointe ; leurs pieds chaussent des souliers brodés d'or. Ils montent une chaise curule sur les hauts degrés d'une espèce de tréteau et ne se déplacent que précédés des licteurs avec les faisceaux.
LXII. Causes de destruction. — A partir du Ve, faute d'argent, on laissa sans entretien les palais et les temples ; les vastes constructions du Palatin s'effondrèrent peu à peu, rendant la demeure en partie inhabitable. C'était l'action du temps, elle se trouva aggravée par diverses circonstances.
Mentionnons d'abord les tremblements de terre, ceux de 407, de 801 et de 1349 qui furent désastreux, et d'autres en 442, 481, 801, 1044 ( ?)... 1255. Celui de 407 dura huit jours et renversa, dit-on, plusieurs monuments ; celui de mai 801 entraîna l'écroulement de la couverture de l'église Saint-Pierre.
Les inondations ne furent pas moins fréquentes ni moins funestes. Ces eaux du Tibre venaient saper les fondations des édifices situés dans les parties basses de la ville ; en 554, le quartier du Champ de Mars fut entièrement submergé et quelques monuments s'écroulèrent. On signale d'autres inondations en 589, 725, 792 ; celle-ci tellement forte que l'eau s'éleva à deux hauteurs d'homme dans le Corso ; le pont Antonino (Sublicio) fut emporté, le portique de la basilique de Saint-Marc détruit, les battants de la porte du Peuple furent transportés jusqu'à l'arc appelé plus tard Portogallo (de Domitien).
La folle végétation, développée par le climat malsain de Rome où l'humidité alterne avec les chaleurs, fit grand tort aux monuments où les plantes s'incrustaient et poussaient avec une vigueur extrême, s'accrochant aux murailles, s'enracinant dans les voûtes, festonnant les arches. Les dessinateurs du XVe et du XVIe ont eu beau jeu de tapisser les ruines antiques et de couronner les murailles ébréchées d'une frondaison quel que peu fantaisiste : figuiers sauvages, hêtres, lierre, etc. La flore du Colisée a permis de cataloguer plus de quatre cents espèces ; celle du Palatin, moins riche, n'est pas moins exubérante. L'arc de Constantin réclame périodiquement des nettoyages sous peine de laisser cette végétation s'insinuer dans les interstices, élargir les fissures, déchausser les pierres, ébranler les monuments.
Il faut encore faire sa part à la foudre ; mais ce qu'elle a anéanti offre moins d'intérêt que ce qu'un autre phénomène naturel a protégé : l'enfouissement. Rome offre non seulement des édifices, mais sur divers points, de véritables villes superposées. L'haussement du sol est assez sensible pour attirer l'attention des promeneurs. « Ici, écrit Stendhal à propos de l'arc de Septime Sévère, se pose le plus grand problème que la Rome moderne offre à la curiosité du voyageur. D'où sont venus ces dix ou douze pieds de terre répandus sur le sol de la Rome antique ? Cette terre couvre en partie la plupart des monuments, même ceux qui sont placés sur des lieux élevés. Ce ne sont point des débris de briques ou de mortier, c'est de la belle et bonne terre végétale. » Le Panthéon (voir Dictionnaire, t. XIII, à ce nom), dans certaines de ses parties, est profondément encaissé, et le dallage le plus ancien est enfoui à 2 mètres plus bas que le dallage plus récent ; il en est de même du forum de Trajan ; le pavement du forum d'Auguste, qui est proche, a été découvert à 7 mètres en contre-bas. Le forum romain était recouvert d'une épaisse couche de terre avant les travaux de déblaiement du XIXe.
Les travaux de canalisation exécutés en 1898 aux alentours du Colisée ont permis de retrouver les constructions de l'époque de Néron à 11 mètres au-dessous du niveau du sol actuel. L'arc de Constantin, qui aujourd'hui se trouve de plain-pied et qui était naguère en contre-bas, s'élevait, quand il fut érigé, sur un soubassement et l'on y avait accès par des degrés. Les différences de niveau varient suivant les quartiers de la ville, mais sont toujours considérables. Au ministère des Finances actuel il fallut creuser jusqu'à 12 mètres pour trouver le sol primitif ; sur la via Cavour on ne l'atteignit qu'à 17 mètres de profondeur.
Les alluvions du Tibre ont contribué, dans les régions basses de la ville, à cet enfouissement des monuments anciens, moins facile à expliquer pour ceux des régions hautes. La nature très friable du sol romain qui se transforme l'été en une épaisse poussière que le vent déplace et emporte, que l'hiver transforme en une boue profonde qui coule vers les bas-fonds, explique en partie le phénomène constaté.
Les débris des maisons effondrées ont formé des amas considérables ; ces maisons en étaient venues à ne ressembler que de fort loin à la maison romaine de l'époque classique à un étage ou deux étages au plus ; on en était venu à bâtir des îlots d'habitations presque aussi élevées que celles de nos villes modernes. Auguste porta un édit interdisant la construction de maisons de plus de 70 pieds de hauteur, soit 22 mètres, et Trajan abaissait cette limite à 20 mètres ; les maisons situées au pied du Capitole atteignaient jusqu'au niveau supérieur de la colline. L'étude des décombres provenant d'une maison isolée a donné un résultat intéressant : la couche de débris s'élevait à 1 m. 85 pour une habitation à un étage. Ces Romains qu'on nous représente comme des constructeurs émérites ne s'en donnaient pas toujours la peine. Quand une maison ou un édifice ne pouvait plus servir ou s'effondrait, on égalisait les matériaux, on pilonnait, on nivelait et on bâtissait par-dessus. Ne leur reprochons pas cette négligence à défaut de laquelle l'archéologie serait, encore beaucoup plus qu'elle ne l'est, une science conjecturale.
« Tout ce qui n'était pas enseveli, les Romains en firent leur profit ; c'est à eux, non aux barbares, qu'il faut imputer surtout la disparition de l'ancienne Rome ; ils détruisirent ou, ce qui revient au même, utilisèrent et transformèrent sans merci les anciens monuments. » Ils ne faisaient en cela que se conformer à l'exemple donné par les plus célèbres empereurs qui se montrèrent d'impitoyables démolisseurs et il fallait bien qu'il en fût ainsi pour qu'ils se procurassent les emplacements nécessaires à leurs constructions. Les particuliers agissaient de même et on serait infini si on entreprenait une énumération à peu près complète ; il faut donc se limiter à quelques cas bien significatifs.
La colonne de Phocas (voir Dictionnaire, t. XIV, à ce nom) fut empruntée à un ancien monument et il ne paraît pas possible d'en retrouver l'origine. Ce Phocas était une sorte de brute couronnée dont la statue dorée ornait le sommet de la colonne. Celle-ci a pu faire partie d'un temple païen dédié à Mater Matuta devenue dans la suite Santa Maria del Sole. C'est un temple entouré de colonnes cannelées en marbre, coiffées de chapiteaux corinthiens dont le galbe rappelle la colonne de Phocas, et il se trouve que l'une de ces colonnes, une seule, a disparu depuis la base demeurée en place, au ras du pavement. Le 13 mars 1813 on découvrit sous terre l'inscription du socle de la colonne.
C'était une manière de faire sa cour à un prince qui ne méritait guère pareil honneur, mais du moins la colonne échappait à la destruction. Depuis longtemps il fallait défendre les marbres contre les chaufourniers. Une loi de Théodose, promulguée en 389, décide que ceux qui convertissent des marbres en chaux devront payer au fisc une livre d'or par tombeau. Le roi Théodoric multiplia les lois et les édits en vue d'empêcher les Romains de détruire les monuments de Rome. Dans une formula curée Palatii, il prescrit d'entretenir les choses anciennes dans leur éclat primitif et de faire en sorte que les nouvelles ne déparent pas les anciennes, car « de même que pour être convenablement habillé, il convient que les vêtements soient de la même couleur, de même pour qu'un palais soit splendide, il faut que toutes les parties en soient également belles ! ».
Ce même Théodoric, pour barbare qu'il fût, avait pris à cœur la conservation de Rome, prenant sur son trésor particulier les fonds nécessaires aux réparations des anciens édifices et notamment des temples dont il rétablit plusieurs « à la prière de beaucoup de personnes », petentibus multis. Cette sollicitude s'arrangeait de certains procédés, car le roi ostrogoth restaurateur des édifices ne s'interdisait pas de les dépouiller de leurs statues pour l'embellissement de sa résidence de Ravenne.
Les statues étaient surtout exposées à la destruction, les aqueducs furent peut-être les seuls monuments auxquels on fit des travaux de réparation au Moyen Âge, à Rome.
On peut s'en convaincre : par les faits qui ont été rappelés, des chances différentes se sont exercées sur les monuments de Rome, les uns tendant à la conservation, les autres à la destruction des monuments. Pour nous en tenir aux églises, disons que l'ancienne basilique de Saint-Pierre au Vatican absorba en partie les matériaux des deux cirques de Néron et d'Hadrien. Parmi les colonnes de tout style et de toute époque qui entrèrent dans la construction de la basilique il s'en trouvait 96 semblables et d'une grande beauté ; on pense qu'elles venaient du mausolée d'Hadrien, à moins que ce ne fût des temples d'Apollon et de Mars.
Dans les murailles se voyaient des blocs disparates portant encore des inscriptions en l'honneur de Trajan, de Titus et de Gallien. De chaque côté de l'entrée, au bas des degrés, s'élevaient deux colonnes de granit sur lesquelles on voyait sculpté le buste de l'empereur Hadrien entouré de feuilles d'acanthe.
D'autres églises furent construites dans les mêmes conditions ; trois d'entre elles subsistent : Saint-Laurent, Saint-Clément et Sainte-Agnès-hors-les-Murs, proche voisine du mausolée de Sainte-Constance. La basilique de Sainte-Marie-Majeure fut élevée, croit-on, sur les substructions du temple de Junon Lucina, les trente-six colonnes de marbre blanc qui en séparent les trois nefs proviennent de cet édifice.
Au Xe, on construisit trois églises parmi les ruines des Thermes alexandrins ou de Néron, situés dans la partie centrale du Champ de Mars, ce sont Saint-Sauveur, Saint-Jacques et Saint-Benoît des Thermes.
Dans les ruines du Cirque Flaminius on bâtit les églises de Sainte-Catherine in Funari et de Sainte-Lucie in Calcararia.
Plus de cinquante églises sont bâties avec les restes ou sur l'emplacement d'anciens temples ; ce sont :
Saints-Côme-et-Damien, dans le temple Sacrée Urbis ;
Sainte-Françoise-Romaine, derrière la cella occidentale du temple Veneris et Romee ;
Sainte-Marie in Aracceli, sur les ruines du temple Junonis Monetee ;
Saint-Hadrien, dans la Curie, siège du Sénat ;
Sainte-Martine, dans le Secretarium du Sénat ;
Saint-Laurent in Miranda, dans le temple d'Antonin et de Faustine (Ve ou VIe) ;
Sainte-Marie-Antique, dans la bibliothèque du temple du dieu Auguste ;
Sainte-Agnès in Navona, dans les substructions du circus Agonali (Stadium Domitiani) ;
Saint-Bernard, dans une des rotondes des Thermes de Dioclétien (1594) ;
Sainte-Marie-des-Anges, dans les salles des Thermes de Dioclétien encore existantes au XVIe ;
Sainte-Croix-en-Jérusalem, dans les ruines du Palatium Sessorianum ;
Sainte-Marie del Sole, dans le temple de Mater Matuta ;
Sainte-Marie-Égyptienne, dans le temple de la Fortune Virile (vers 870) ;
Sainte-Marie in Cosmedin, dans un édifice qui est peut-être l'Aula Annonaria ;
Saint-Barthélémy à l'Isola, dans les ruines du temple d'Esculape ;
Sainte-Marie sopra Minerva, sur les ruines du temple Minervae Chalcidicae ;
Saint-Nicolas in Carcere, sur les restes de trois temples contigus dédiés à Juno Sospita, à Spes et à Janus ;
Saint-Nicolas ai Cesarini, sur les restes d'un temple périptère hexastyle ;
Sainte-Catherine de Funari, dans les ruines du cirque Flaminius ;
Saint Urbain alla Calfarella, dans un temple funéraire de l'époque impériale.
Dans la plupart des églises, on pourrait dire dans toutes celles qui sont antérieures au XVe, figurent des colonnes venant d'anciens monuments : à Sainte-Marie-Majeure, trente-six colonnes ioniques de marbre blanc venant du temple de Junon Lucina ; à Saint-Paul-hors-les-Murs, vingt-quatre colonnes en marbre violet, placées lors de la reconstruction de 386 ; à Saint-Pierre-ès-Liens, etc., etc.
LXIII. De saint Léon le Grand jusqu'à la visite de Théodoric. — C'est une période d'un siècle et demi sans grand éclat. Saint Hilaire (461-468) avait été légat du pape au brigandage d'Éphèse d'où il avait rapporté un souvenir qui a été conservé jusqu'à nos jours. Ayant eu grand'peine à échapper aux violences de Dioscore, patriarche d'Alexandrie, il fit construire aux flancs du baptistère de Latran deux chapelles, dont l'une, sous le vocable de Saint-Jean l'Évangéliste, existe encore. On y lit, sur le linteau de la porte cette inscription : Liberatori suo beato Ioanni evangelistae Hilarius episcopus famulus Christi (Voir Dictionnaire, t. VIII, col. 1564, fig. 6795). La correspondance du pape apprend peu de chose.
Le pape Hilaire eut, comme Léon le Grand, le goût des bâtiments. Il accomplit d'importants travaux dans l'église d'Anastasie où les dons généreux de Sévère et de Cassia lui permirent d'orner de mosaïques et de marbre cette église de la cour située sur le Palatin (voir Dictionnaire, t. i, col. 1919-1924). Hilaire fit bâtir un cloître dans le voisinage de Saint-Laurent-hors-les-Murs, il y joignit deux établissements de bains, et, au même endroit, un prœlorium ou hospice pour les pèlerins, pourvu de deux bibliothèques, ce qui veut peut-être dire une latine et une grecque (voir Dictionnaire, t. ii, col. 863-870). Nous avons déjà décrit son activité au Latran (voir Dictionnaire, t. viii, col. 1563-1567) où il prodigua les dons les plus magnifiques. La simple énumération est un véritable éblouissement et ce total fabuleux d'orfèvrerie d'or et d'argent nous apprend qu'après le passage des Goths et des Vandales la source des dons restait intarissable en or, en argent, en pierres précieuses. Ce n'étaient pas seulement des dons, les domaines du patrimoine étaient mis à contribution. On a évalué d'après le Liber pontificalis la somme dépensée par le pape Hilaire en sept années de pontificat à 102 983 écus, somme qu'on ne pourrait évaluer en monnaie moderne sans tomber dans des calculs arbitraires, mais qui était évidemment énorme.
Hilaire témoignait sa sollicitude aux stations qui avaient, semble-t-il, leurs centres liturgiques au Latran et à Sainte-Marie sur l'Esquilin. On le voit offrir vingt-cinq vases d'argent aux églises « titulaires » de Rome et chaque vase pesant dix livres, puis encore vingt-cinq hanaps de même poids et de même métal pour contenir le vin de l'oblation, deux calices d'argent plus petits, calices ministériels de deux livres chacun, et enfin un grand scyphus aureus stationarius, commun à tous les titres, pesant huit livres d'or.
Simplicius (468-483) vit pendant son pontificat la chute de l'empire d'Occident avec Romulus Augustule, en 476 ; incident sans importance car depuis trois quarts De Rome avait perdu au profit de Ravenne son privilège de résidence impériale. L'avènement d'Odoacre au gouvernement de l'Italie changea peu de chose ; il maintint à Ravenne la capitale de l'État et confia l'administration romaine à des préfets. L'ensemble de la population romaine — le Sénat et la papauté à sa tête — restait favorable à l'idée impériale, incarnée désormais par l'empereur d'Orient. Ceci ne pouvait que rehausser le prestige de la papauté à mesure que s'affaiblissait l'empire et que croissait le patrimoine ecclésiastique, mais les élections pontificales n'y gagnaient rien, étant livrées de plus en plus à l'intrigue et même à l'argent. Pour l'activité monumentale de Simplicius, voir Dictionnaire, t. xiii, col. 1210-1211.
Félix III (483-492) fut élu par une assemblée de sénateurs et de clercs présidée par Caecina Rasilius, préfet du prétoire, qui, au nom du roi Odoacre, rappela que conformément aux volontés du défunt pape, il devait donner son opinion avant toute désignation du successeur. Félix III fut élu, il était veuf et père de deux enfants qui moururent bientôt. Pendant son pontificat, en 489, le roi des Ostrogoths, Théodoric, vint attaquer Odoacre qui, vaincu sur l'Isonzo et à Vérone, s'enferma dans Ravenne, tandis que le Sénat et le peuple de Rome se déclaraient pour Théodoric qui, en 493, devint roi de toute l'Italie, maître de Rome, mais résidant à Ravenne.
Gélase (492-496) ne gouverna que quatre ans (voir Dictionnaire, t. vi, col. 722-747, Décret, et col. 747-777, Sacramentaire). Personnage très actif, très autoritaire, entre les mains duquel le pouvoir pontifical ne risquait pas de péricliter. Il a beaucoup écrit, le nombre de ses lettres dépasse la centaine, en comptant les fragments. Il n'y a pas lieu de lui maintenir l'attribution du décret ni celle du sacramentaire.
Anastase II (496-498) ne semble pas avoir été heureusement inspiré dans sa politique à l'égard de Constantinople, mais une prompte mort vint y mettre un terme qui ne suffit pas à calmer les esprits.
Symmaque (498-514) était un des plus signalés parmi les membres de l'opposition au pape Anastase et il fut élu à sa succession dans la basilique du Latran, le 22 novembre. Le Liber pontificalis fait de lui ce bel éloge : Hic amavit clerum et pauperes, bonus, prudens, humanus, gratiosus, ce qui ne l'empêcha pas d'avoir un rival en la personne de l'archiprêtre Laurent qui fut acclamé à Sainte-Marie-Majeure par une partie du clergé et la majorité du Sénat. Une fois de plus on entrait dans une période de schisme et les querelles commencèrent. Le roi Théodoric se déclara en faveur de Symmaque dont le bon droit était évident. Le pape convoqua un concile à Rome (1er mars 499) qui prit des mesures en vue des élections pontificales et éloigna l'intrus en le nommant évêque de Nocera, en Campanie. La paix sembla rétablie et reprit possession de Rome. Elle ne fut pas troublée en 500, année marquée par un concile et un voyage de Théodoric.
LXIV. Théodoric visite Rome. — Deux victoires remportées sur Odoacre avaient rendu Théodoric maître de l'Italie et de Rome (490-491). Ce ne fut toutefois que dix années plus tard que le roi fondateur du royaume ostrogothique fit son entrée dans Rome (500) et prit possession solennellement de la ville dont il respectait les traditions, mais dont il ne voulait pas faire sa résidence.
Le pape Symmaque l'attendait avec le Sénat et le clergé romain devant la porte de la ville et le conduisit à la basilique vaticane où le prince arien fit ou simula une prière au tombeau de saint Pierre. De là une cavalcade conduisit le maître au Forum où était le siège du Sénat romain. Théodoric se plaça au lieu dit ad palmam auream d'où il harangua la foule de dignitaires, de fonctionnaires et de badauds prêts à applaudir tout ce qu'il lui plairait de dire. Fulgence, évêque de Ruspe, présent à cette cérémonie, en était fort ému. Quand le roi goth eut terminé son discours, il ordonna de graver sa confirmation des privilèges de la ville de Rome sur des tables de bronze qui seraient exposées au Capitole. Cela fait, il prit possession des palais impériaux pour la durée de son voyage.
Théodoric avait pris des mesures pour la restauration du palais impérial du Palatin. Il avait le goût et, peut-être, l'intelligence de cet art antique dont il se trouvait inopinément devenu l'héritier responsable. Il veilla à l'entretien des édifices par toute une série d'édits qui sont conservés dans la collection des Variæ de Cassiodore, leur rédacteur, qui fut une manière de grand homme. Ces édits témoignent, par les détails minutieux dans lesquels ils entrent, de la compétence administrative qui se conservait dans Rome. C'est ainsi qu'on ordonne la restauration du grand théâtre de Pompée dont le soin est confié au patrice Symmaque qui s'est fait remarquer par ses constructions dans les environs de Rome. Le Colisée qui avait eu à souffrir d'un tremblement de terre fait également l'objet de réparations sur le podium et sur l'arène.
Parmi les édits du recueil de Cassiodore il s'en trouve un qui affecte des sommes, jugées alors considérables, à un entrepôt du Tibre (portas Licini) où se trouvaient des briqueteries et aux ateliers adjacents, en vue de la fabrication annuelle au compte de l'État de 25 000 briques pour les monuments de Rome (voir Dictionnaire, t. ii, col. 1320-1320). On y lit aussi des ordonnances sur les aqueducs romains placés sous la direction du comes formarum, qui veille à faire réparer les parties endommagées des conduites et veille aussi à l'approvisionnement de l'eau nécessaire aux thermes et aux bains publics. Les édits nous apprennent l'existence d'un architecte particulier pour l'entretien des égouts souterrains, c'est un nommé Jean, subordonné au préfet de la ville Argolicus. Puis viennent deux surintendants du port de Rome sur la mer, le comes portus urbis romæ et le vicarius portus.
Théodoric consacra des sommes importantes à la réfection des murailles de la ville. On n'y apportait plus le même soin que dans le passé, les beaux moellons en pierre taillée faisaient place à la brique, celle-ci du moins était estampillée au nom du roi barbare, avec une acclamation à laquelle tous n'eussent peut-être pas souscrit :
+ REC DN THEODE + RICO BONO ROME
+ REC DN THEODE RICO FELIX ROMA
Régnante Domino nostro Theodorico. Bono Romæ ou Félix Roma.
Ce qui ne laisse pas d'être plaisant c'est de lire sur des monnaies ostrogothiques des symboles et des légendes d'un âge révolu : l'aigle, la louve, la victoire et l'acclamation INVICTA ROMA. Les Excerpta Valesiana nous apprennent à quel degré d'impécuniosité le gouvernement se trouvait réduit. On n'imagina rien de mieux que de prélever sur l'impôt des vins 200 livres d'or pour l'entretien du palais et des murs de la ville. Cela paraît chose admirable et les mêmes Excerpta en tirent matière à la louange de Théodoric : « Il fit, disent-ils, des dons en argent et en froment et remplit par une sage administration le trésor de l'État qu'il avait trouvé complètement vide. Il n'entreprit rien contre la religion catholique. Il accorda au peuple les jeux du cirque et d'autres jeux publics, ce qui lui valut des Romains même les noms de Trajan ou de Valentinien, tant son règne rappelait celui des empereurs. » Panem et circenses, les contemporains de Théodoric n'en demandaient pas plus. Les Excerpta nous apprennent encore que les distributions « au peuple et aux pauvres » de Rome s'élevaient à 120 000 boisseaux de blé par année. À ce compte, l'ancienne administration de l'annone connut un renouveau de prospérité. Dans le diplôme de nomination du nouveau préfet de l'annone, on l'avertit d'apaiser les cris du peuple qui réclame du pain, de distribuer aux affamés le blé que le préfet du prétoire fait venir de régions lointaines, et d'étendre sa surveillance sur les détaillants tels que boulangers, bouchers, charcutiers, etc.
On a loué copieusement Théodoric, qui eut cette chance de succéder à des princes et à des gouvernements qui étaient loin de le valoir, ainsi on a exagéré la louange dans la mesure même où on a cru se tenir le plus près des sources. Fut-il aimé par la population romaine ? Question oiseuse. Les Romains n'aiment qu'à flatter ceux qu'ils redoutent en s'égosillant à les acclamer, sauf à battre, le jour venu, leurs cadavres. Cette population est presque aussi amorale qu'une peuplade soudanaise et c'est se payer de grands mots que lui prêter une animosité persistante contre l'arianisme du roi ostrogoth. Elle l'applaudissait, lui obéissait et le redoutait avec la même platitude qu'un Cola di Rienzo, toujours et uniquement avide du spectacle et de l'audition d'un cabotin de grande marque, de quel que nom qu'il s'appelât : Sylla, Gracchus, Néron ou Théodoric, et la série continue.
Nous venons de dire que Théodoric avait galvanisé la préfecture de l'annone, il avait fait mieux encore en rajeunissant les réjouissances publiques. Puis que les combats de gladiateurs étaient impossibles et interdits, on les remplaçait par les combats de bêtes féroces où les bestiaires risquaient leur vie et répandaient leur sang pour le plus grand plaisir d'une populace hurlante.
Un édit concernant les jeux, rédigé par Cassiodore, contient, à côté de longues dissertations archéologiques d'une science douteuse, une précieuse peinture des scènes dangereuses des combats d'animaux. Nous y apprenons aussi que les nouveaux consuls célébraient leur entrée en charge non seulement par d'opulentes distributions d'argent, mais encore par des jeux publics dans l'arène. Quand, en 519, le gendre de Théodoric, Eutharic, commença son consulat, on amena d'Afrique à Rome des bêtes sauvages de différentes espèces pour les besoins de l'amphithéâtre Flavien. Les Romains contemplèrent avec admiration ces animaux qu'ils avaient désappris à connaître.
« Les vastes espaces du Cirque Maxime entre l'Aventin et le Palatin retentirent aussi, au temps des Goths, des cris des conducteurs de chars et de ceux de la foule. Cassiodore nous montre dans sa description la grandiose porte à douze passages d'où les chars se précipitaient dans des courses furieuses, puis au centre la spina avec les deux gigantesques obélisques d'Égypte ; le plus grand avait été apporté par l'empereur Constance, l'autre existait dès Auguste.
« L'état du Cirque Maxime devait être à l'époque essentiellement le même qu'au temps de sa création par Trajan. Mais il est fort possible qu'une partie des étages qui l'entouraient et où se trouvaient les sièges des spectateurs fût déjà écroulée. Une restauration complète ne paraissait pas opportune : la population fortement diminuée ne suffisait plus à remplir les six immenses espaces réservés aux spectateurs.
« L'agitation des partis dans les jeux du cirque était toujours fort vive à Rome, bien qu'il n'y eût point la même licence et le même déchaînement de passions qui se manifestait à Constantinople où précisément à cette époque, en l'année 501, une lutte à l'hippodrome (voir Didionn., t. vi, à ce mot) entre la faction verte et la faction bleue entraîna la mort de trois mille hommes. Huit années plus tard, les plaines du cirque furent aussi l'occasion à Rome de scènes barbares. Deux sénateurs, Importunus et Théodoric, firent tomber leur suite, l'épée à la main, sur le parti des verts (prasina). Des édits du roi au Sénat et au peuple furent nécessaires pour rétablir l'ordre.
« Dans ses édits, Cassiodore parle des théâtres avec indignation, s'emporte contre l'immoralité des spectacles et des divertissements. Il déclare que le souverain est obligé de céder quelque chose à la folie du peuple et à son goût effréné des plaisirs et il recommande au tribunus voluptatum de tenir l'ordre et la décence parmi les artistes des différentes catégories * ».
LXV. Symmaque et son pontificat. — Le séjour de Théodoric à Rome pendant six mois avait donné l'illusion d'un éclat dont on ne se faisait plus une juste idée, éclat factice et tout extérieur. Fulgence de Ruspe, témoin émerveillé de ces brillantes cavalcades, laissait échapper cette phrase de badaud : « Oh, combien doit être belle la Jérusalem céleste si, sur la terre, Rome brille d'un tel éclat ! » Une fois le roi goth rentré à Ravenne, la diversion faite par sa visite et la retraite épiscopale acceptée par Laurent ne laissaient plus l'occasion de faire revivre l'élection contestée ; les sénateurs imaginèrent autre chose, sinon mieux et répandirent pendant tout l'hiver des calomnies sur la conduite privée du pape Symmaque, l'accusant de mœurs légères avec une certaine Conditaria et d'avoir acheté à prix d'argent la fonction pontificale. Théodoric voulut tirer l'affaire au clair et pensa avoir découvert un moyen d'attirer le pape à Ravenne sous prétexte de lui expliquer la raison pour laquelle la fête de Pâques devant être célébrée cette année (501) dans toutes les Églises le 22 avril, on l'avait fêtée à Rome le 25 mars. Convoqué à Rimini, le pape y aperçut ces mêmes femmes avec qui on l'accusait de relations criminelles ; comprenant le piège à lui tendu, il s'enfuit la nuit avec un clerc, courut jusqu'à Rome et s'enferma dans Saint-Pierre. Cette fugue déconcerta Théodoric qui crut à la culpabilité du pape et envoya Pierre, évêque d'Altinum, administrer l'Église de Rome. Celui-ci aggrava la mesure en refusant d'entretenir aucun rapport avec Symmaque et en célébrant à nouveau le 22 avril la fête de Pâques, déjà célébrée le 25 mars. Cette intervention d'un souverain arien dans une question de discipline catholique était chose grave, bien plus encore lors que Théodoric convoqua un concile d'évêques italiens pour juger le pape. Certains parmi eux hésitèrent ; néanmoins le concile s'assembla en mai 501 à Sainte-Marie au Transtévère et Symmaque consentit à comparaître devant ses pairs ; il déclara accepter leur jugement et se soumettre à leur condamnation s'il était reconnu coupable. Une autre session devait se tenir à Sainte-Croix de Jérusalem ; tandis que le pape s'y rendait avec sa suite, il fut assailli, attaqué par les partisans de Laurent, deux de ses prêtres Dignissimus et Gordianus furent tués, d'autres blessés et le pape regagna précipitamment Saint-Pierre d'où il fut impossible de le faire sortir désormais, quelques instants qu'on lui en fît.
Le concile se réunit le 23 octobre 501 et déclara que Symmaque n'avait pu être jugé et qu'il était renvoyé au tribunal de Dieu ; en attendant, il ne pouvait être reconnu comme coupable et devait être reconnu comme pasteur légitime : Symmachus, papa, sedis apostolicæ præsul, ab hujus modi propositionibus impetitus, quantum ad homines respicit, quia totum consis obsistendiibus superius designalis constat arbitrio divino juisse dimissum, sit immunis et liber et christianæ plebi sine aliqua de objectis obligatione in omnibus ecclesiis suis ad jus sedis suæ pertinentibus et tradat divinæ misericordiæ, quia cum ab impugnatorum suorum petitione propter superius designatus causas obligari non potuisse cognovimus. Ses églises et son temporel lui seraient remis ; les fidèles devaient lui obéir ; les clercs se rallieraient à lui sous peine d'être considérés comme schismatiques.
« C'était, a-t-on dit, une absolution par contumace. Le roi, au fond, désirait une condamnation soit par contumace, soit dans les formes. Mais les évêques, empêchés de suivre les formes, ne voulurent point procéder par contumace contre le successeur de saint Pierre. Bonnes intentions, fâcheux résultats. Le concile se dispersa sans avoir fléchi les résistances. Pour comble de malheur, Laurent revint à Rome. Aux premiers bruits de cette affaire il avait quitté Nocera et s'était transporté à Ravenne. Les évêques étaient à peine partis que ses partisans, à leur tête les sénateurs Festus et Probinus, réclamèrent sa présence. Toujours mal disposé pour Symmaque, Théodoric céda et Rome se trouva bientôt pourvue d'un antipape. Laurent était reconnu dans les églises de la ville et même de la banlieue, à Saint-Paul notamment, où son portrait fut placé parmi ceux des papes ». A son rival il ne restait que la basilique de Saint-Pierre. Le populaire cependant paraît avoir été plutôt favorable à Symmaque. Les partisans de celui-ci avaient pour chef un sénateur Faustus, assez mal en cour ». Au dehors l'opinion était partagée : l'archevêque de Milan, qui avait dirigé le concile, et celui de Ravenne tenaient ferme pour Symmaque ; mais Marcellien d'Aquilée patronait Laurent. Il n'avait pas signé le décret d'absolution. » Un autre concile ou une autre session du même concile se tint le 6 novembre 502, à Saint-Pierre, et sous la présidence du pape. Symmaque trouvait sans doute qu'on avait beaucoup invoqué contre lui le décret de 483 sur l'aliénation des biens ecclésiastiques, il songeait à s'en débarrasser. A cet effet, il déclara et fit déclarer par le concile que ni le préfet Basile, ni l'assemblée réunie sous sa présidence n'avaient eu qualité pour légiférer sur la matière et qu'ainsi la loi n'existant pas, lui Symmaque, n'avait pu y contrevenir. Cela fait, le pape reprit ce même décret de Basile, lui donna une nouvelle rédaction et le proclama cette fois, en toute validité. Cette loi ecclésiastique, homologuée bientôt par l'autorité royale, reçut une grande publicité ; elle tint époque dans l'histoire de la législation sur le bien d'Église.
« Si le pape Symmaque attendait de cette démarche un effet salutaire et immédiat, il dut être cruellement déçu. L'apaisement ne se produisit pas. Pendant quatre ans encore, on ne cessa de se battre dans les rues de Rome à propos du pape et de l'antipape. Il est question de guerre civile, d'homicides, de clercs massacrés, de religieuses insultées. Festus et Probinus d'un côté, de l'autre Fauste, excitaient leurs partisans. Il y eut aussi des conflits de plume. Les évêques étaient à peine partis qu'il paraissait un pamphlet : Adversus ignodum absolutionis incongruae. Symmaque fit écrire en sens contraire par Ennodius, un jeune diacre de Milan, qui lui était fort attaché. Ses clercs se mirent aussi à l'œuvre et jetèrent dans le public tout un groupe de pièces fausses, en patois latin, destinées à montrer que « le premier siège ne peut être jugé par personne » ; que, pour condamner un évêque, il faut un tel nombre de témoins (soixante-douze) qu'en pratique il est toujours impossible de le réunir ; que la Pâque du 22 avril est une invention hérétique, depuis longtemps condamnée, que le baptême pascal peut être célébré en dehors du Latran, et ainsi de suite. C'est ce qu'on appelle les apocryphes symmachiens : Constitution Silvestri, Gesta Liberii, Gesta Xysti, Gesta Polychronii, Synodus Sinnessana. Ces principes sont inculqués par des récits de conciles ou de procès où interviennent les papes Marcellin, Silvestre, Libère, Sixte III et Polychrone, évêque fictif de Jérusalem. Silvestre est censé légiférer, entre autres choses, sur la date de Pâque et sur la procédure à suivre contre les évêques ; Marcellin, Sixte III, Polychrone fournissent des exemples de papes ou d'évêques accusés et que leurs inférieurs ne jugent pas ; Libère, enfin, légitime, en fondant et en utilisant le baptistère de Saint-Pierre, la dérogation que Symmaque a été obligé de faire à l'usage en célébrant au Vatican, et non au Latran, les solennités pascales.
« Au concile de 502, Symmaque avait pu passer en revue ce que son clergé lui conservait de fidélités. Sur les 74 prêtres qui avaient paru en 499, il n'en restait plus que la moitié ; des sept diacres, deux seulement auxquels il faut joindre Hormisdas et Agapit, récemment nommés par Symmaque, et qui tous deux devinrent papes. Des opposants, nous ne connaissons qu'un seul, le diacre Pascharius, un des plus obstinés partisans de Laurent. C'était un homme instruit ; on a de lui un traité sur le Saint-Esprit ; ses vertus, sa charité surtout lui avaient valu une grande popularité. Peu à peu l'opposition à Symmaque diminua. Après tout, Laurent, évincé en 499, avait souscrit lui-même à l'élection de son compétiteur. Quel que pût être celui-ci, il n'avait plus contre lui aucun titre valable. » La situation se serait prolongée longtemps encore si, en 507, un diacre grec, Dioscore, d'origine alexandrine et réfugié à Rome pour cause d'orthodoxie, n'avait consenti à aller soutenir les droits de Symmaque devant Théodoric ; il y apporta tant d'habileté que le Goth ordonna au patrice Festus de rendre les églises au pape légitime. Festus obéit, Laurent se retira et fit pénitence, le clergé, à part quelques exceptions, se rallia à Symmaque.
De cet épisode, il est demeuré un témoignage qu'on lit peu : les apocryphes symmachiens, et un recueil célèbre connu sous le nom de Liber pontificalis (voir Dictionnaire, t. ix, à ce mot), c'est-à-dire un recueil de biographies des papes dont l'importance est grande pour l'histoire des pontifes romains. En voici une vue sommaire en quelques lignes par l'érudit qui l'a le mieux connu et utilisé : « Vers la fin du règne de Constantin, un compilateur romain avait constitué, pour un certain Valentin (voir Dictionnaire, t. m, col. 1556, fig. 2910), un recueil de documents chronologiques, dont un exemplaire, exécuté par le calligraphe Furius Dionysius Filocalus (voir Dictionnaire, t. v, à ce nom), contemporain des papes Libère et Damase, nous est connu par diverses copies. Au nombre des pièces de son recueil figurait un catalogue des papes avec la durée de leurs épiscopats respectifs et, çà et là, quelques notes historiques. C'est ce que nous appelons le catalogue libérien, parce que dans le livre de Filocalus il est continué jusqu'à Libère. D'autres catalogues, combinaisons de celui-ci et de la chronique de saint Jérôme, étaient en circulation. L'un d'eux sans doute fut repris, peu après l'avènement d'Hormisdas, par un des anciens partisans de Laurent, et prolongé, avec quelques développements narratifs, jusqu'à la mort de Symmaque. De ce livre pontifical laurentien il ne reste plus que la vie de Symmaque avec la fin de celle d'Anastase II. En revanche nous en avons un autre, qui fut compilé peu après celui-ci, dans un esprit tout opposé, mais malheureusement par une personne peu qualifiée pour faire de l'histoire sérieuse. Jusqu'à la fin du Ve, c'est un mélange bizarre de renseignements puisés à bonne source, de légendes et de fantaisies diverses. A partir de la vie de Symmaque, le contemporain se révèle par un notable progrès dans l'exactitude ; mais l'auteur est un clerc de condition inférieure ; il nous présente les choses comme les pouvait voir un homme du peuple3. » LXVI. Hormisdas et la réconciliation avec l'Orient. — A Rome le schisme s'éteignait peu à peu ; en Orient la scission dogmatique s'aggravait chaque jour sous l'empereur Anastase, monophysite déclaré, agressif et injurieux. Ce basileus avait traité Symmaque de manichéen et s'attira une réponse de même ton. L'une fois de plus, il montrait la source de tout le mal dans le schisme acacien et dans l'attachement des Grecs à cette erreur. « Crois-tu, disait-il, parce que tu es empereur, n'avoir pas à redouter le jugement de Dieu ? Te crois-tu comme empereur soustrait à l'autorité du prince des apôtres, Pierre ? Compare donc la dignité impériale à celle de chef de l'Église. L'un n'a souci que d'intérêts temporels, l'autre a souci des choses de Dieu. Empereur, c'est de lui que tu reçois le baptême et les sacrements, tu lui demandes ses prières et sa bénédiction, tu sollicites de lui une pénitence. Respecte Dieu en nous et nous le respecterons en toi. Et si tu ne respectes pas Dieu, comment peux-tu revendiquer les privilèges de celui à qui tu refuses l'honneur qui lui est dû ? Jette un regard, empereur, sur la longue chaîne de ceux qui ont persécuté la foi depuis les origines du christianisme. Ils sont tombés, tandis que la vraie religion voit grandir l'éclat de sa puissance en raison des persécutions qu'elle subit 4. » Ainsi engagée et poursuivie, la correspondance conduisait à une rupture. L'une lettre du pape aux évêques d'Illyricum, de Dardanie et de Dacie laissait prévoir la persécution (8 octobre 512) 5, mais Symmaque mourut le 19 juillet 514 et son successeur, Hormisdas, fut élu et consacré le lendemain (20 juillet).
Hormisdas était un pacificateur et la situation s'offrait d'autant plus favorable pour lui que l'empereur Anastase avait à compter avec la révolte de Vitalien, soutenu par les catholiques, qui exigeait la reprise des négociations avec le pape. Des négociations s'engagèrent, mais elles échouèrent. Sur ces entrefaites le basileus mourut subitement et laissa l'empire à Justin Ier, mieux disposé en faveur de l'Église (1er juillet 518). Justin et son neveu Justinien, ainsi que le patriarche byzantin Jean, prièrent Hormisdas de se rendre personnellement en Orient ou d'y envoyer des légats avec de pleins pouvoirs pour restaurer la paix 6. Le pape se rendit à Ravenne afin de consulter Théodoric sur la conduite à suivre, et quoi que le roi goth n'eût rien à gagner à un rapprochement entre Romains et Byzantins, il ne s'y opposa pas. Hormisdas envoya donc Germain, évêque de Capoue, un autre évêque nommé Jean et quelques autres clercs (début de 519), porteurs d'un libellus ou formule d'union que le patriarche de Constantinople consentit à souscrire le jeudi saint, 28 mars. La formule fit le tour de l'empire grec et Hormisdas mourut le 6 août 523.
LXVII. Le pape Jean Ier, martyr (523-526). - Le schisme laurentien avait soulevé des difficultés entre Théodoric et Rome. Les rapports ne cessèrent de s'aigrir jusqu'au jour où Théodoric se crut menacé dans son autorité. La population romaine, et le Sénat surtout, était demeurée fidèle à l'idée d'unité et très attachée à celui qui la représentait à ses yeux, l'empereur d'Orient. Cette attitude fit craindre au roi le loyalisme des Romains car il sentait bien qu'entre eux et lui s'élevait la barrière de la religion. Ce fut l'origine du dissentiment croissant entre le roi arien ostrogoth et ses sujets romains catholiques. Les sénateurs Boèce et Symmaque, deux des chefs de l'aristocratie romaine, accusés de complots avec les basileis de Constantinople, furent mis à mort (524-525). L'empereur Justin Ier, par un édit de la fin de l'année 524, ordonna la fermeture des églises ariennes de Constantinople et l'exclusion des ariens de toute fonction civile et militaire. Cet édit, appliqué en Orient, souleva de véhémentes protestations de la part de Théodoric qui ordonna au pape Jean Ier de se transporter à Constantinople et d'exiger de Justin le retrait de l'édit contre les ariens sous peine de représailles contre les catholiques.
Le pape, accompagné de cinq évêques et de quatre sénateurs, se rendit à Constantinople où il fut reçu avec les plus grands honneurs. La population vint à sa rencontre jusqu'au quinzième mille, l'empereur se prosterna devant le pape et se fit couronner par lui quoi que déjà couronné. Jean Ier demeura à Constantinople de Noël à Pâques 526, ayant occupé la place d'honneur devant le patriarche et chanté la messe en latin. Ce fut tout, car l'empereur fit des concessions aux ariens mais refusa d'admettre qu'un arien converti retournât à l'arianisme. Arrivé à Ravenne pour y rendre compte de sa mission, Jean Ier fut arrêté, emprisonné et mourut en prison, le 18 mai 526. Le corps du pape martyr fut transporté à Rome et enseveli à Saint-Pierre. Théodoric lui donna un successeur, Félix IV, et mourut lui-même le 30 avril 526 : Ordinatus est ex jussu Theodorici regis, lit-on dans le Liber pontificalis.
LXVIII. La succession du pape Félix IV. — Le nouveau pape n'aura pu que se réjouir en lisant la lettre du jeune roi Athalaric félicitant le Sénat de s'être conformé aux ordres de son aïeul, car Félix IV « personnellement digne d'occuper le siège apostolique, joignait aux vertus de son état, nous ne pouvons en douter, un dévouement spécial à la royauté barbare installée à Ravenne 2 », et il ne fallait rien de moins pour lui attirer la confiance d'un vieillard soupçonneux se sentant prêt à quitter la vie et à laisser son pouvoir royal à une régente. Le pontificat de Félix IV fut paisible et ne dura qu'un peu plus de quatre ans (mai 526-septembre 530) ; sa mort fut l'occasion d'un schisme violent provoqué par deux candidats élus et ordonnés en même temps : Dioscore, dans la basilique Constantinienne et Boniface, dans la basilique de Ju les. Le schisme qui s'annonçait s'évanouit presque aussitôt par la mort du premier des concurrents ; la paix semblait rendue, mais le survivant poussa loin ses exigences. Il voulut que les partisans du défunt fissent leur soumission, jetassent l'anathème et le consignassent par écrit ; enfin, dans le but d'éviter le retour des rivalités dans l'avenir, il entendit désigner lui-même son successeur. On le lui concéda, et un procès-verbal écrit suivi d'un serment solennel prononcé sur le tombeau de saint Pierre reconnut l'héritier présomptif en la personne du diacre Vigile. Le consentement donné, on le regretta et le pape lui-même, Boniface II, y renonça comme à un excès de pouvoir et le procès-verbal fut brûlé publiquement en présence du clergé et du sénat. L'acte de condamnation de Dioscore ne fut pas autrement traité, mais seulement sous le pontificat d'Agapit, en 535.
On vient de voir que le schisme de 530 n'avait duré qu'un mois et jusqu'à nos jours on était mal instruit sur l'un des deux protagonistes : Boniface. Sa notice au Liber pontificalis nous apprend qu'il était romain de naissance et fils d'un certain Sigisbuld dont le nom est tout germanique, sans qu'on puisse préciser. Quant à Dioscore, il était grec, diacre de l'Église d'Alexandrie qu'il avait dû fuir pour se soustraire aux violences du parti monophysite. Devenu romain de condition il le fut aussi de cœur et ne ménagea pas ses services et son dévouement sous les deux pontificats de Symmaque et d'Hormisdas. Nous l'avons entrevu déjà se rendant à la cour de Ravenne et y réussissant à convaincre Théodoric d'accorder sa faveur au pape Symmaque et à écarter le diacre Laurent. En 519, on le retrouve à Constantinople, légat avec Hormisdas pour l'affaire de la réunion des Églises. « Hormisdas avait une telle estime pour lui et appréciait à un si haut degré son zèle et son intelligence qu'il crut devoir le signaler à toutes les Églises d'Italie comme le principal auteur du rétablissement de la paix religieuse. Il aurait voulu en faire un patriarche d'Alexandrie ; il écrivit même à ce sujet à l'empereur qui, de son côté, songeait à Dioscore pour le siège d'Antioche 3. Ces projets n'eurent pas de suite, sans doute à cause de la situation de ces deux métropoles où le parti monophysite devenait de plus en plus fort et intraitable. Dioscore revint à Rome, mais l'estime publique n'avait pas cessé de l'entourer : dès que les sentiments purent s'exprimer avec quelque liberté, un parti puissant se forma pour l'élever sur la chaire de Saint-Pierre », ce qui ne devait pas plaire à Ravenne.
La situation résultant de ce qu'on vient de dire s'est trouvée confirmée par trois documents découverts et publiés en 1883 4 d'après un liber canonum du x-XIe de la bibliothèque capitulaire de Novare, coté XXX, 66. Cette collection nous a conservé un document mentionné deux fois dans le Liber pontificalis : l'acte par lequel les partisans de Dioscore se rallièrent à Boniface II et anathématisèrent son compétiteur. Cette même collection nous apprend que Félix IV avait désigné Boniface comme son successeur. La pièce est intitulée : Prœceptum papse Felicis morientis per quod sibi Bonifacium archidiaconum suum posl se substituere cupiebat ; elle n'est pas datée, mais elle a dû être rédigée après le 31 août 530 (après la VIIIE indiction), le pape étant mort au mois de septembre, et Boniface II fut ordonné le dimanche 22 septembre 530.
« Dans son mandement aux évêques (du diocèse suburbicaire), aux prêtres, aux diacres et au clergé de Rome, ainsi qu'au Sénat et au peuple, Félix désigne son successeur. C'est l'archidiacre Boniface qui est l'objet de son choix. Jusqu'alors on ignorait quelle avait été la situation de Boniface avant son élection ; on voit maintenant qu'il était archidiacre. Ceci est très conforme à l'usage romain. Le choix de Félix était donc fort naturel, conforme à des précédents. Ce qui l'était moins, c'est qu'il en fît un et substituât sa volonté à celle du clergé et du peuple auxquels l'usage solennel de l'Église reconnaissait le droit d'élection. Examinons cette question de plus près.
« Suivant la conception chrétienne des élections ecclésiastiques, le corps électoral ne confère aucun pouvoir à l'élu ; il se borne à désigner la personne à qui Dieu, représenté par les autorités épiscopales compétentes, donne le caractère sacerdotal ou diaconal et le droit de gouverner l'Église dans la mesure qui correspond à sa position. L'évêque n'est pas le représentant de la communauté chrétienne, mais le dépositaire de l'autorité que Dieu a sur elle, qu'il a communiquée aux apôtres et que ceux-ci ont transmise à leurs successeurs. L'intervention du corps électoral étant ainsi comprise, il est facile de concevoir comment on a pu l'écarter dans certains cas et même l'éliminer systématiquement. L'essentiel est que l'Église ait de bons chefs : la façon de les désigner est chose relativement secondaire. À l'origine on s'en est quelquefois rapporté au sort ; actuellement ce qui reste de corps électoral est peu de chose ; en général, les nominations ecclésiastiques se font au choix, par un homme ou par un conseil. Pour les papes, le système électoral s'est encore conservé ; mais, depuis le xième siècle, c'est le Sacré Collège qui est seul appelé à voter. Auparavant les choses se passaient dans une publicité plus large et avec des formalités moins sévères. Les clercs et les fidèles se réunissaient dans une des grandes basiliques de Rome, sous la présidence des évêques voisins. En général, l'opinion était déjà faite ; un nom était acclamé avec ensemble ; les notaires de l'Église dressaient un procès-verbal d'élection ; les principaux membres du clergé, surtout les prêtres, et aussi les fidèles les plus en vue, y apposaient leur signature ; après quoi on procédait à l'ordination, dès le dimanche suivant. Mais il pouvait arriver qu'il y eût partage des esprits entre plusieurs candidatures : dans ce cas le schisme se produisait dès le premier instant. Au lieu de se rassembler tous dans la même église, de discuter les titres des candidats et de trancher le différend par un vote, on commençait par s'isoler les uns des autres. Les chefs des deux partis, car il n'y en avait jamais guère que deux, convoquaient leur monde dans des locaux différents ; chacune des deux assemblées se considérait comme la seule, c'est-à-dire comme la représentation de l'Église entière et procédait comme si l'autre n'avait pas existé. À la fin de la journée, on avait deux papes élus et bientôt après deux papes consacrés, qui s'entre-anathématisaient et cherchaient à se supprimer mutuellement. Rome alors devenait un champ de bataille ; la guerre civile sévissait avec toutes ses horreurs et les pouvoirs publics, mis dans la nécessité d'intervenir, ne réussissaient le plus souvent qu'à compliquer davantage la situation. Ce qu'il y avait de plus humiliant dans ces querelles, c'est qu'on finissait toujours par les porter devant l'autorité séculière ; et que l'on voyait un soldat, un barbare hérétique, comme le roi de Ravenne, chargé de décider quel serait le chef de l'Église catholique.
« On conçoit que la perspective de ces désordres attirât la sollicitude des évêques, quand l'âge ou la maladie les avertissait que le terme de leur carrière n'était pas éloigné. Malgré la coutume générale de laisser les Églises élire leurs évêques, on voyait quelquefois des prélats choisir leurs successeurs. Pour ne citer que des exemples éclatants, saint Martin et saint Augustin procédèrent de cette façon, et ni eux ni bien d'autres qui agirent ainsi, ne paraissent en avoir été blâmés. Félix IV, sans avoir l'autorité morale personnelle des grands évêques de Tours et d'Hippone, pouvait déjà s'autoriser de leur exemple et d'autres précédents analogues. Mais on peut aller plus loin.
« Le concile romain tenu le 1er mars 498, après le schisme de Laurent, témoigne clairement du droit que l'on reconnaissait au pape d'intervenir dans l'élection de son successeur : Si, quod absit, transilus papœ inopinatus evenerit ut de sui electione successoris, ut supra placuit, non possit ante decernere ; si guident in unum totius inclinaveril ecclesiastici ordinis electio, consecrelur electus episcopus. Si aulem, ut fieri solet, studia cœperint esse diversa eorum de quibus certamen emerserit, vincat sententia plurimorum ; sic tamen ut sacerdotis careat qui captus promissione non recto judicio de electione decreverit (can. 4). — ■ Ce canon se réfère à une décision précédente, ut supra placuit, laquelle ne peut être que le canon 3 du même concile, où il est défendu de prendre aucune mesure, de tenir aucune réunion, de réclamer aucun engagement pour l'élection du successeur d'un pape, tant que ce pape est vivant et sans son assentiment, eo inconsulto, privalis conventiculis. Ces restrictions supposent que toutes ces mesures préparatoires pouvaient être légitimes du moment qu'elles se faisaient consulta papa et publicis conventibus. Ici encore, le droit du prédécesseur est indirectement sanctionné ; le canon 3, comme le canon 4, suppose ce droit connu et même exercé habituellement quand le pape n'est pas surpris par la mort. Il y avait donc sur ce point un usage ancien, attesté par le concile de 498, et Félix, en choisissant Boniface pour son successeur, ne faisait qu'user d'un pouvoir qui avait été reconnu aux pontifes romains bien longtemps avant lui.
« Il avait d'ailleurs une raison spéciale d'en agir ainsi. Parmi les inconvénients des compétitions au pontificat, outre le scandale donné par le spectacle de l'ambition des clercs et les scènes de désordre qui se produisaient dans le peuple, les textes contemporains signalent le préjudice financier causé à l'Église : Propter fréquentes ambitus quorumdam et RCCLF.SIAE NVDITatem, vel populi rollisionem, quœ molesta et iniqua incompelenter episcopatum desiderantium qeneravit aviditas l. Les compétiteurs, pour s'assurer l'appui de gens influents, ne reculaient devant aucune promesse. Aussitôt l'élection faite, on les mettait en demeure de s'exécuter ; les biens fonds, les vases sacrés, la caisse de l'église, tout était prodigué pour acquitter ces dettes honteuses. Une fois le calme rétabli, même en supposant que le candidat qui triomphait eût les mains nettes de tout pacte de ce genre, il n'était pas facile de faire rendre le bien d'église dissipé par la partie adverse. La politique, la prudence au moins, conseillait de fermer les yeux sur ces marchés et de ne point inquiéter ouvertement les anciens fauteurs de troubles. En définitive, c'était l'Église qui faisait les frais de la compétition et ces frais n'étaient pas minces. Pour obvier à cet inconvénient il avait été réglé plusieurs fois que le pape ne devait pas vendre les biens d'église, sauf certains cas prévus : mais il pouvait arriver et il arrivait en effet que ces règlements fussent mis en oubli, ou que les successeurs de ceux qui les avaient portés se crussent autorisés à s'en accorder dispense.
« Au moment où le pape Félix IV vit arriver la mort, les ressources de l'Église romaine étaient épuisées. L'année avait été mauvaise ; les biens fonds avaient peu rendu ; le pape était sans doute parvenu à donner à tous ses clercs leurs honoraires et à tous les pauvres les secours habituels, mais en contractant des dettes. Dans une telle situation, une lutte de compétiteurs, où le siège pontifical eût été mis aux enchères, devait aboutir à une véritable catastrophe. Il fallait avant tout que la transmission de l'épiscopat se fît sans crise ; et, parmi les personnes qui pourraient aspirer à son héritage, le pape mourant devait préférer celles qui donnaient le plus de garanties du côté de la probité, de l'expérience administrative et même de la fortune. L'archidiacre Boniface, rompu aux affaires, initié depuis sa jeunesse au gouvernement de l'Église romaine, jouissait aussi d'une certaine fortune personnelle. Le Liber pontificalis, qui le traite fort mal, parle cependant de ses largesses en temps de famine, et les signale comme provenant de sa fortune privée, de udeptis hereditutibus '.
« Ainsi, non seulement Félix était dans son droit en désignant son successeur, mais encore le choix qu'il faisait était aussi sage que possible ; ajoutons qu'il eut soin de ne pas le rendre tout à fait définitif en faisant ordonner Boniface. Il se contenta de lui remettre publiquement son pallium, stipulant que l'archidiacre devait le lui rendre au cas où il reviendrait à la santé et réservant l'ordination pour après sa mort. Saint Augustin en avait agi de même avec le prêtre Héraclius qu'il s'était donné pour coadjuteur et pour successeur : il le laissa, tant qu'il vécut lui-même, dans la condition presbytérale. » Toute cette prévoyance échoua devant une préoccupation alors assez générale parmi le clergé romain, pris d'une belle ardeur pour le droit canonique en comparaison duquel les usages traditionnels paraissaient ne compter pour rien ou fort peu de chose. « Les canons étaient à la mode », on ne pouvait s'en affranchir sous peine de « lèse-majesté », le mot se lit dans le Liber pontificalis. Or parmi les canons de la collection formée par Denys le Petit, il s'en trouvait un, le 23e du concile d'Antioche, qui interdisait catégoriquement aux évêques de se désigner un successeur : Episcopo non licere, tamquam successorem sibi futurum, constituer ullerum, quamvis circa viciniam morlis hubcatur. Quod si taie aliquid factum fuerit, irrita sit hujus modi ordinatio. Ce canon faisait trop bien l'affaire du parti byzantin à Rome pour qu'il renonçât à le faire valoir et il lui offrait une base électorale à la candidature du diacre Dioscore qui ralliait alors presque tout le clergé romain : soixante prêtres.
Félix IV mourut le 20, 21 ou 22 septembre au matin, ce dernier jour étant un dimanche. L'occasion s'offrait belle d'agir et Dioscore s'établit dans la basilique constantinienne où il fut acclamé par ses partisans et ordonné séance tenante. En même temps Boniface II se faisait reconnaître, acclamer, ordonner dans la basilique dite de Ju les au Latran, comme on l'a dit au début de ce paragraphe. On n'a pas de détails sur ce qui se passa alors à Rome, mais « Dioscore représentait la liberté des élections épiscopales ; les canons étaient pour lui ; soixante prêtres l'appuyaient ; dans le Sénat il avait la majorité ; son ordination s'était célébrée dans la maîtresse église de Rome, tandis que son rival avait été sacré dans une salle intérieure du palais pontifical » ; il semblait que tous les avantages fussent pour lui, mais acclamé le 22 septembre, il mourut trois semaines après : le 14 octobre. Nous avons dit déjà comment sa mémoire et ses partisans furent traités ; ceux-ci ne purent que se soumettre.
LXIX. La succession de Boniface II. Pontificats de Jean II et d'Agapit. — Boniface II était un vieillard, mais bien déterminé, pour le peu d'années qu'il aurait à vivre, à faire reconnaître la légitimité de sa nomination au pontificat. Pour y mieux parvenir il voulut désigner, lui aussi, son successeur. Son candidat était un diacre nommé Vigile, bien déterminé à faire carrière et, d'ailleurs, heureusement doué pour y réussir. Vigile inspirait une si grande confiance à Boniface que celui-ci estima ne devoir pas attendre l'avertissement de la maladie pour procéder à l'intronisation ; il préféra la solennité d'un synode assemblé dans la basilique de Saint-Pierre : Hic congregavit synodum in basilica beati Petri apostoli et fecit constitutum ut sibi successorem ordinaret, lit-on dans le Liber pontificalis, qui ajoute : quod constitutum cum cyrographis sacerdotum et jusjurandum ante confessionem apostoli Petri in diuconnm Vigiliurn consliluit. Cette démarche entraînait une conséquence grave en ce qu'elle tendait à établir un droit nouveau, remplaçant le système électif demeuré jusqu'alors en vigueur dans l'Église romaine. Certes, on ne pouvait trouver mauvais que le pontife, averti de l'opinion, devançât la manifestation publique de celle-ci en y ajoutant l'autorité de son suffrage dégagé des intérêts terrestres, pas plus qu'on ne pouvait le blâmer d'user de son expérience pour appuyer la candidature la plus digne ; mais pratiquement, l'usage de cette intervention était délicat entre les préventions et les préférences personnelles. Chose plus grave : la discipline antique était changée sur un point très important ; il était permis de craindre que, désormais, le gouvernement épiscopal ne se perpétuât que sous des influences familiales, constituant en quelque manière des dynasties et substituant le régime testamentaire au régime électif.
Ces considérations frappèrent le pape Boniface II lui-même qui réunit un deuxième synode à Saint-Pierre, s'accusa d'avoir agi contre les canons et fit brûler publiquement le décret de nomination rendu en faveur de Vigile : Eodem tempore, factum iterum synodum, hoc censuerunt sacerdotes omnes propter reverentiam sedis sanctae, et quia culpa cum respiciebat ut successorem sibi consliluerel, ipse Bonifatius papa reum se confessus est majestatis quod in diaconum Vigiliurn sua subscriptione cyrographi ante confessionem beati apostoli Petri ipsum constitutum presenlia omnium sacerdotum et cleri et senalus incendio consumpsit. Après cet acte qui rejaillissait sur la décision prise jadis par Félix IV en faveur de lui-même, Boniface, le vieux pape, mourut le 17 octobre 532.
Le joug des rois ostrogoths s'y faisait lourdement sentir. Une opposition se formait, mal comprimée par la régente Amalasonte dont le jeune fils Athalaric mourait, usé avant l'âge par la débauche. Sa mère avait offert sa main et sa couronne à un prince aussi indigne de la porter qu'incapable de la défendre, Théodat, qui l'envoya mourir dans une île du lac de Bolsène (535). Théodat n'avait de courage que pour le crime ; on le vit s'engager dans une campagne diplomatique où il était vaincu d'avance. Pour qui le comparait à Justinien et à Bélisaire, la guerre gothique ne pouvait avoir une issue douteuse, cependant la lutte fut longue et opiniâtre, pleine de vicissitudes imprévues au milieu desquelles l'Église de Rome connut de graves tribulations. Cependant montait l'étoile de Justinien (voir Dictionn., t. vm, col. 507604) vers qui le ridicule Théodat députait le pape Agapit. On n'en sait pas exactement la date, mais on sait fort bien que c'était un homme aussi éclairé que pieux : In regulis ecclesiasticis opprime eruditus 5, issu d'une ancienne famille romaine dont les membres se partageaient entre ce qui restait des honneurs officiels et les plus hautes fonctions de l'Église. Son père, prêtre titulaire de l'église des Saints-Jean-et-Paul, avait péri, au temps du pape Symmaque, dans une des émeutes soulevées par les partisans de l'anti-pape Laurent. Ami de l'illustre Cassiodore, il avait formé avec lui le projet d'une haute école de science théologique, dont les maîtres auraient enseigné l'Écriture Sainte et les œuvres des Pères : une riche bibliothèque avait été déjà réunie à cet effet.
L'arrivée inattendue d'Agapit à Constantinople y mit fin à la prépondérance monophysite. Arrivé dans cette ville le 2 février 536, il y reçut un accueil magnifique et traita de questions religieuses plus que d'affaires diplomatiques, celles-ci ayant échoué devant le refus pur et simple de Justinien d'entrer en relations avec Théodat. Agapit, pendant son séjour, fit hautement respecter le rang et l'autorité du pontife romain. Un évêque de foi suspecte, Anthime, déjà pourvu du siège de Trébizonde, était parvenu en dépit des canons et par la faveur de l'impératrice Théodora à se faire nommer patriarche de Constantinople. Agapit le repoussa de sa communion s'il ne reconnaissait explicitement le dogme des deux natures. Justinien posa la condition, Anthime déposa le pallium et disparut 6, et l'empereur consentit à l'élection d'un nouveau patriarche, Menas, qui reconnaissait le concile de Chalcédoine, et que le pape sacra lui-même (13 mars 536). Agapit réclama la convocation d'un concile qui condamnerait Anthime, mais il mourut avant ce dernier succès pour le siège apostolique.
LXX. L'expédition des affaires et les synodes à Rome. — Nous ne faisons qu'effleurer ici les conflits théologiques, mais nous venons de les voir se succéder sous les pontificats d'Hormisdas, de Jean et d'Agapit, aussi est-il indispensable de montrer l'administration romaine dans son activité laborieuse et réfléchie. De bonne heure l'Église de Rome avait apporté une extrême vigilance à tout ce qui regardait le règlement des affaires ecclésiastiques. Dès le Me, nous la voyons soumettre les questions litigieuses à l'expérience du presbyterium de l'évêque, ce dont témoigne saint Cyprien de Carthage'et nous pouvons voir là les premières réunions synodales devenues si fréquentes dans la suite. Au VIe, l'institution est si fortement implantée qu'on a dû faire choix d'un mot pour la désigner, on l'appelle le consistorium « . Nous en voyons plusieurs se tenir à l'occasion des difficultés surgies entre Épiphane, patriarche d'Alexandrie, et les successeurs d'Hormisdas. « En 531, le pape Boniface II réunit un petit synode au consistoire de Saint-André, c'est-à-dire dans l'ancien mausolée impérial, à gauche de la basilique de Saint-Pierre, que Symmaque avait transformée en église. C'est le plus ancien exemple d'un synode romain dont les actes nous permettent encore de jeter un coup d'œil sur les détails de la procédure qui y était suivie et sur le côté extérieur du synode \ « Autour du pape Boniface siègent, dans la première réunion, quatre évêques : Félix de Numentum (Mentana) et Carosus de Centumcelhe (Cività Vecchia), puis Sabinus de Canuse (futur saint) et Abundantius de Démétrias en Thessalie. Ce dernier se trouvait par hasard à Rome, où il venait porter plainte contre un évêque qui l'avait dépossédé de son siège. A côté des évêques, trente-neuf prêtres de Rome prenaient part à la session ; plusieurs des vingt-cinq titres se trouvaient ainsi avoir plus d'un représentant. En outre, quatre « diacres du siège apostolique » assistent debout à la réunion '. Le premier de ces diacres, l'archidiacre Tribunus, introduit cérémonieusement dans l'assemblée Théodose d'Echinus en Thessalie, porteur des plaintes contre le patriarche de Constantinople, et sur l'ordre du pape, lecture de la première plainte est donnée par le notaire Menas. Etienne de Larisse y expose en détail les violences qu'il a subies. Il dit attendre avec confiance l'aide du pape qui doit veiller sur toutes les Églises du monde et qui, sans doute, protégera d'une manière toute particulière ses droits patriarcaux dans sa province pontificale d'Illyrie 2.
« Comme dans ce rapport l'intrus qui avait pris le siège d'Abundantius était nommé, celui-ci, qui était présent, profite de l'occasion pour faire enregistrer aussitôt une protestation solennelle dans laquelle il défendait ses droits. Après la lecture de la seconde plainte du métropolitain de Larisse, la première session fut close.
« Le surlendemain la seconde session eut lieu dans le même consistoire. Les prêtres étaient au nombre de quarante-et-un. On commença par donner connaissance d'un document envoyé par trois évêques de Thessalie : cette supplique au pape, dirigée contre Épiphane de Constantinople, fut présentée par Théodose et lue par le susdit notaire Menas. Les trois évêques y demandaient le rétablissement du métropolitain persécuté Etienne. Théodose, véritable avoué d'Etienne et en même temps défenseur des droits patriarcaux du pape en Illyrie, demanda la permission, pour exposer ces droits plus clairement, de faire lire une série de documents officiels, pontificaux ou impériaux, qui les garantissaient. Il en avait apporté les copies et il demanda qu'elles fussent collationnées avec les originaux conservés dans les archives de l'Église romaine 3.
« Malheureusement, c'est au milieu de la longue série de ces actes lus par Menas que s'interrompt notre récit documentaire du synode. Le reste du procès-verbal n'a pas été conservé en sorte que nous ne connaissons ni l'issue des débats ni le sort d'Etienne de Larisse.
« Si nous jetons un nouveau regard sur la partie des actes qui nous est conservée et qui garde assez d'importance pour la connaissance de la marche des affaires ecclésiastiques à Rome, nous serons surpris de trouver dans les formalités de la réunion une foule d'analogies avec la procédure du droit romain de l'époque. L'Église de Rome est entrée, dans ses tribunaux, en pleine possession des règlements en cours, jusque pour de petites règles extérieures.
« Citons quelques exemples. Au commencement l'évêque Théodose attend, avec l'écrit d'accusation devant la porte ou le vélum. L'archidiacre l'annonce à l'intérieur par son nom et sa fonction et demande au pape ses ordres. Le pape Boniface dit : « Qu'il entre 1 » Puis, toujours avec le même formalisme, il invite Théodose à dire ce qu'il désire, comme si l'on ignorait de quoi il s'agit. Comme il est grec et que l'assemblée est latine, un interprète est à ses côtés. Théodose annonce d'abord d'une manière sommaire le premier libellus du métropolitain qu'il tient en mains. Sur l'ordre du pape a lieu l'acceptation juridique de cette pièce (susceptio) et il faut un autre ordre spécial du pontife pour qu'il en soit donné lecture. Après ce long cérémonial, le notaire, dont le nom grec (Menas) mérite ici une attention particulière, commence enfin la récitation en langue latine. A la fin de la plainte, il lit exactement les formules de souscription : « Et d'une autre main : Je, Etienne, pauvre évêque de la sainte Église de Larisse, ai de ma propre main souscrit cette plainte rédigée par moi, et l'ai envoyée à mon très saint et bienheureux Seigneur, le vénérable Père des pères et patriarche universel Boniface. » Puis, après qu'Abundantius a fait la déclaration ci-dessus mentionnée, le pape en ordonne l'incorporation aux actes, en même temps que de la plainte. Le procès-verbal est dressé séance tenante : il contient pour la présentation et la lecture de la deuxième plainte du métropolitain les mêmes formalités que pour la première. Enfin le pape lève la séance à cause de l'heure avancée, en autorisant Théodose à présenter dans la prochaine séance quelques autres pièces et communications.
« Des formalités de la deuxième séance nous retiendrons seulement que le début du procès-verbal reproduit presque textuellement dans ses dispositions générales celles de la première séance. Il y a donc un formulaire judiciaire constant, comme le montre d'ailleurs la comparaison avec les autres synodes romains. Le voici : « Après le consulat de Lampade et d'Oreste, le 5 des ides de décembre, au consistoire de Saint-André apôtre, sous la présidence du vénérable pape Boniface, assisté des évêques (suivent les noms avec les diocèses) ; assistant debout à la réunion les diacres Tribunus, Agapius, Donatus et Probus, l'archidiacre Tribunus dit (suivent ses paroles). Puis Boniface, évêque de l'Église catholique de la ville de Rome, dit... » On lit dans le procès-verbal de la première séance : « Abundantius, évêque de la ville de Démétrias, se lève du cercle des assistants et dit... » « D'autres procès-verbaux de synodes romains, intégralement conservés, montrent qu'à la fin de toutes les procédures, le pape président, avec le placet des assistants, résume l'affaire et prononce la sentence ; puis tous signent les actes. Le pape signe le premier avec la formule constante : « évêque de la sainte Église catholique de la ville de Rome », puis les évêques avec mention du siège de chacun d'eux, puis les prêtres avec mention de leur « titre », enfin les diacres qui ajoutent parfois à leur nom celui de la région urbaine à laquelle ils se rattachent.
« L'acte écrit, qui à cette époque encore l'était sur papyrus, est ainsi complété. C'est parce qu'on se servait de papyrus et non de parchemin que nous avons conservé un si petit nombre de ces documents même dans des copies postérieures. L'on faisait usage alors également de papyrus pour la transcription des bulles pontificales et d'autres actes juridiques. Le procès-verbal original du synode était disposé, suivant la coutume, dans les archives du Latran ; des expéditions officielles étaient délivrées par les notaires ecclésiastiques aux évêques et aux autres assistants qui pouvaient y avoir intérêt.
« Parfois ces procès-verbaux de conciles romains font allusion à des conférences plus confidentielles des membres entre eux, ou à des consultations avec le pape. Pendant qu'elles ont lieu celui qui en est l'objet doit quitter l'assemblée. Au petit synode romain de 600, auquel, outre le clergé romain, assistent cinq évêques, l'abbé Probus est introduit par un secundicerius du pape avec toutes les formalités que nous connaissons déjà ; mais presque aussitôt il doit quitter le synode, afin, déclare le président qui est saint Grégoire le Grand, « que nous puissions examiner sa requête avec nos frères (les évêques) et nos fils (le clergé) ».
« Au synode de Symmaque, en 499, tous les évêques et prêtres présents se lèvent de leurs sièges pour conférer entre eux et se mieux entendre au sujet des décrets relatifs à l'élection pontificale. La séance est pour ainsi dire suspendue. Dès que les termes des décrets ont été bien arrêtés les assistants reprennent solennellement leurs sièges, pour marquer la continuation de la réunion officielle ; le notaire lit le texte du décret qui, sur la demande expresse du pape, est reçu par des placets et des fiat.
« Certaines formalités, comme les acclamations en l'honneur du souverain ou du pape, comme l'appel en témoignage du Sénat ou du peuple, comme le discours d'ouverture du pape, ou l'annonce finale du résultat dans l'église, qu'accompagne dans certains cas l'anathème prononcé par les assistants, semblent réservées aux grands synodes ou synodes provinciaux de Rome. Les petites assemblées, dont nous venons de parler, formaient au contraire dans leur simplicité les précurseurs des consistoires médiévaux, où le pape, de concert avec les cardinaux, dans des sessions régulières et fréquentes, prend les plus importantes mesures du gouvernement de l'Église. En fait, les diacres et les prêtres que nous avons vus ci-dessus sont bien les cardinaux des papes quoiqu'ils n'en portent pas encore spécialement le nom ; et les quelques évêques présents du voisinage forment un groupe qui, dans la suite, sera remplacé par les cardinaux évêques des diocèses suburbicaires. »
LXXI. Rome prise par Bélisaire. — Justinien marchant de succès en succès, Rome manifestait en toute circonstance son désir d'une restauration impériale. Son général Bélisaire lui rendait l'Afrique du Nord (533-534), la Sicile (535), Naples (536) et marchait sur Rome. Malgré la présence du roi Théodat à la tête d'une armée, l'assemblée générale du peuple ostrogoth, réunie à Regeta, proclama la déchéance du roi et lui donna un successeur, Vitigès, qui, après s'être débarrassé de Théodat, entra dans Rome pour prendre les mesures jugées par lui nécessaires. Reconnaissant son impuissance, il réunit le Sénat, lui fit prêter serment de fidélité au royaume gothique et lui confia l'administration de la cité, eut un entretien avec le pape Silvère, harangua le peuple, constitua une garnison de 4000 hommes et reprit le chemin de Ravenne avec le projet d'organiser la défense de son royaume. À peine eut-il disparu à l'horizon que les serments des sénateurs et la fidélité des Romains ainsi que du pape Silvère s'évanouirent comme par enchantement et tous firent appel à Bélisaire à qui ils envoyèrent les clefs de la ville. Le général byzantin, homme de promptes résolutions, hâta sa marche. Par la voie Latine, il se présenta devant Rome que la garnison gothique évacua par la porte Flaminienne tandis que l'armée de Bélisaire entrait par la porte Asinaria (9 décembre 536).
Les Byzantins ne pouvaient croire la partie gagnée car Vitigès n'était pas homme à se dire vaincu. De son côté Bélisaire prit des mesures de défense, installa son quartier général à la dormis Pinciana, à proximité de l'enceinte d'Aurélien qu'il renforça d'un fossé devant constituer une première ligne de défense. En même temps, pour prévenir le danger d'un blocus, il fit venir de Sicile d'importants convois de provisions qu'il emmagasina dans la ville. Au printemps de 537, Vitigès quitta Ravenne à la tête d'une armée estimée à environ 150 000 hommes, et se dirigea vers Rome. Bélisaire ne disposait que de forces très inférieures, néanmoins il s'enferma dans Rome et attendit.
LXXII. Rome prise et reprise (537-549). — Vitigès arrivait par la voie Flaminienne, espérant surprendre Bélisaire. Au passage du Pont Milvius (Ponte Molle), situé à 2 kilomètres environ au nord de Rome et dont l'histoire évoquait le grand souvenir (voir Dictionnaire, t. x, col. 2762), Bélisaire avait élevé une tête de pont que la garnison abandonna, laissant les Goths franchir le fleuve sans leur offrir de résistance. À cette nouvelle, Bélisaire accourut, engagea le combat mais parvint à grand'peine à se dégager lui-même, tandis que ses troupes se retiraient en désordre jusqu'à l'enceinte. Mais la Porte Pinciana était fermée, la garnison ne reconnut ni ses camarades ni son général — pareil les choses ne se voient qu'en Italie — et celui-ci n'eut d'autre parti à prendre que de foncer sur les Goths avec les soldats qu'il avait sous ses ordres. Il les repoussa et se donna le temps de rentrer dans Rome, mais les assaillants étaient si rapprochés qu'on pouvait s'attendre à les voir attaquer l'enceinte dès la nuit suivante. Un instant le bruit courut qu'ils avaient forcé la Porte Aurélienne ; il n'en était rien, mais, dès le lendemain, on put constater que Rome était assiégée.
Le siège allait durer un an (mars 537-mars 538) et c'était pour l'attaquant autant que pour la défense, une grosse entreprise. L'enceinte d'Aurélien (voir Dictionnaire, t. v, col. 1953-1960, fig. 4562-4565) avec ses courtines, ses tours, ses meurtrières et ses créneaux, réparée et renforcée par l'empereur Honorius, représentait une puissance défensive de premier ordre. Son point faible résidait dans son étendue même ; longue de plus de 18 kilomètres, elle exigeait pour sa défense une armée considérable, faute de laquelle — et ces effectifs Bélisaire ne les possédait pas — une surprise sur un point ou sur un autre restait toujours possible. Le fait s'était une première fois vérifié en 410 avec Alaric ; il allait par deux fois, et pour la même raison, se renouveler en 545 et en 549.
« L'effet de surprise manqué, Vitigès se résolut à un siège régulier et il établit sept camps devant la ville, sur le périmètre de l'enceinte, six sur la rive gauche face aux portes Flaminienne, Pincienne, Nomentane, Tiburtine (deux) et Prénestine, un sur la rive droite dans la région du Vatican. Ces camps avaient pour rôle de couper les grandes routes et d'intercepter les communications de la ville avec le dehors. Tous étaient conçus comme de solides ouvrages, pourvus vers l'extérieur d'un rempart surmonté d'une palissade et d'un fossé. Chacun d'eux reçut comme commandant un chef goth de valeur éprouvée ; Marcias, récemment arrivé de Gaule, fut chargé de diriger l'attaque dans la région du Vatican. Vitigès installa son quartier général sur la rive gauche, sans doute — comme Bélisaire lui-même — aux abords de la Porte Pincienne. Bélisaire répartit entre ses lieutenants les différents secteurs de l'enceinte fortifiée ; c'est ainsi que Bessas commanda à la Porte Prénestine et Constantin à la Porte Flaminienne. Lui-même se réserva le secteur compris entre les portes Pincienne et Salaire, le plus faible et le plus menacé de la ligne de défense.
« Vitigès ne se contenta pas de bloquer militairement la ville ; il coupa dans la campagne tous les aqueducs qui l'alimentaient. Le résultat fut d'arrêter net le fonctionnement des moulins du Janicule. Bélisaire répondit à ce coup par l'installation de moulins de fortune sur le Tibre. Mais ces premières difficultés avaient eu pour effet de répandre le mécontentement parmi la population civile et d'aigres paroles avaient, contre Bélisaire, été prononcées au Sénat. Sur ces entrefaites arriva à Rome une ambassade envoyée par Vitigès. Bélisaire la reçut en présence du Sénat et de ses lieutenants. Son chef, Albes, somma la ville de capituler, sous la double condition du libre départ pour la garnison byzantine et d'une amnistie pour la population. Bélisaire répondit par un refus formel : « Tant que Bélisaire vivra, déclara-t-il, il n'abandonnera jamais la garde de la ville. » Le préfet du prétoire, Fidelius, ajouta quelques paroles de raillerie et de mépris. Sa proposition repoussée, Vitigès se prépara à un assaut décisif. Désireux de le livrer avec la plénitude de ses moyens, il réunit un matériel considérable, tours mobiles de bois, échelles, béliers, fascines. Bélisaire, de son côté, renforça la défense par la multiplication des engins habituels, balistes, onagres et loups. Bessas et le prince ibère Prianius durent défendre la Porte Prénestine. Urcisinus la Porte Flaminienne, Paul et Constantin la rive droite, le premier à la Porte Aurélienne, le second au mausolée d'Hadrien ; Bélisaire, en personne, les portes Pincienne et Salaire. Au total, le général byzantin ne disposait guère — et c'était fort peu pour l'immensité de sa tâche — que d'environ 50 000 hommes.
« L'assaut fut livré le 21 mars 537. Bélisaire, ses précautions méthodiquement prises, l'attendait avec le calme et le sang-froid des grands généraux. Lors que les engins offensifs des Goths — tours et béliers — furent à proximité des murs, les archers romains, sur un signal du commandant en chef, abattirent tous les bœufs qui les traînaient et mirent ainsi tout le matériel d'attaque hors d'usage. L'assaut fut violent surtout devant la porte Prénestine, sur la rive gauche, la Porte Aurélienne et le Mausolée d'Hadrien sur la rive droite. À la Porte Salaire, les soldats de Bélisaire firent une sortie heureuse et repoussèrent l'ennemi. À la Porte Prénestine, la ligne d'enceinte d'Aurélien se trouvait renforcée par l'existence d'un mur parallèle, celui du Vivarium. Les Goths, dans un violent assaut, enlevèrent le mur du Vivarium, mais ils se heurtèrent ensuite au mur d'enceinte défendu par Cyprianus et une troupe de soldats d'élite. Tandis qu'ils s'efforçaient de franchir l'obstacle, Bélisaire, ayant fait ouvrir la Porte Prénestine, ordonna une sortie sur leurs derrières. Les Goths, pris de panique, s'enfuirent et furent taillés en pièces. Le matériel d'assaut fut livré aux flammes. Mais l'épisode le plus caractéristique fut celui du mausolée d'Hadrien. La défense sur ce point ne disposait que de peu de monde et d'autre part, un long portique, qui reliait le Pont Hadrien à la basilique de Saint-Pierre, fournissait aux assaillants les moyens de s'approcher à couvert. Les Goths purent ainsi s'avancer à l'insu de la garnison et, lors que celle-ci les découvrit — trop tard pour pouvoir efficacement se servir des balistes ou des arcs — ils se trouvaient déjà au pied des murs. Dans cette conjoncture critique, le salut vint de la couronne de statues qui surmontait le mausolée. Les défenseurs précipitèrent sur les Goths ces survivants de la splendeur romaine — les têtes colossales d'Hadrien et d'Antonin, la première au Musée du Vatican (Salle Ronde, n. 543), la seconde au Musée du mausolée (rez-de-chaussée), retrouvées au pied des murs, furent du nombre — ; les assaillants durent reculer pour se mettre à l'abri. Mais alors balistes et arcs entrèrent en action, et Constantin, survenu à ce moment, acheva la victoire (voir Dictionn., t. vi, col. 1979-1980, fig. 5524-5525).
« Cet assaut infructueux avait coûté à Vitigès 30 000 hommes, l'élite de son armée. La solidité de l'enceinte et la science militaire byzantine avaient eu raison de l'ardeur bouillante, mais inexpérimentée, des Goths. Peu désireux de renouveler l'expérience, Vitigès convertit le siège en blocus et occupa Portus (Porto) sur le bas Tibre. Bélisaire, après avoir mandé à Justinien l'annonce du succès, réussit à faire sortir de Rome un grand nombre de non-combattants et, mettant à profit le répit qui lui était accordé, compléta les défenses de l'enceinte et renforça ses troupes en y amalgamant les meilleurs éléments de la population romaine. Des Maures, accompagnés de chiens, durent, la nuit, faire des rondes le long des remparts pour déjouer les tentatives possibles de l'ennemi. Le quarante et unième jour du siège, Bélisaire reçut des renforts, 1400 hommes, surtout des cavaliers danubiens, sous les ordres de Martin et Valérien, qui, malgré leur petit nombre, allaient pour la première fois lui donner les moyens de prendre l'offensive. Il ordonna tout d'abord quelques sorties préparatoires, conduites par Trajan, avec des hommes armés à la légère (par la porte Salaire), Mundilus et Diogène, enfin Willas, et qui toutes furent couronnées de succès. Enthousiasmées par ces résultats, les troupes impériales, pleines de confiance, demandaient une action décisive. Après avoir longtemps hésité, Bélisaire y consentit enfin. Une attaque fut ordonnée par les portes Pincienne et Salaire, tandis que sur la rive droite du Tibre, Valentin tiendrait les Goths en haleine et les empêcherait ainsi de venir au secours de leurs compatriotes. Bélisaire, qui connaissait sa supériorité en cavalerie, avait combiné une bataille où cette arme jouerait un rôle exclusif. Au dernier moment, il changea d'avis sur le conseil de deux de ses lieutenants, le pisidien Principius et l'isaurien Tarmutus. Il n'eut pas à s'en applaudir en la circonstance ; tant sur le théâtre de l'action principale, entre les portes Pincienne et Salaire, que sur la rive droite dans les prés de Néron, la petite armée impériale, submergée par le nombre fut partout vaincue et dut se replier en désordre à l'intérieur de l'enceinte. Principius et Tarmutus restèrent parmi les morts. Instruit par cette expérience malheureuse, Bélisaire en revint à sa tactique antérieure — stricte défensive coupée de sorties partielles et de petites escarmouches où se distinguèrent particulièrement Bessas, Constantin et le Hun Bûchas, tactique qui lui avait si bien réussi jusque-là.
« Le siège se prolongeait et, en dépit des promesses de Bélisaire et de son armée, la situation à Rome empirait tous les jours. La famine commençait à sévir dans la ville. Des intrigues se formèrent au sein des pouvoirs publics et dans la population civile. Une députation vint trouver Bélisaire pour le mettre au courant de la situation. Il lui répondit par l'annonce que des renforts considérables approchaient. Le pape Silvère, accusé de trahison, fut saisi par son ordre, déposé et expédié en Orient. Un certain nombre de sénateurs durent partir pour l'exil. Sur ces entrefaites arrivèrent d'Orient les renforts promis : 3 000 Isauriens, sous les ordres de Paul et de Conon, 2 100 cavaliers, dont 800 Thracés, avec Alexandre, Marcentius, Zenon et Jean, dit le Sanguinaire, 500 soldats sous Procope, accompagnés d'un important convoi de ravitaillement. À la nouvelle de leur approche et pour détourner de ces renforts l'attention des Goths, Bélisaire ordonna par les portes Flaminienne et Pincienne une double sortie qui fut couronnée de succès. Ce fut au tour des Goths de perdre courage. Campés dans la campagne romaine, ils souffraient cruellement de la malaria et une armée byzantine menaçait Ravenne. Une ambassade vint trouver Bélisaire et lui offrit la conclusion d'une trêve, qui fut acceptée en principe et le général byzantin en profita pour ravitailler largement la ville. La trêve était conclue pour trois mois : des otages furent livrés de part et d'autre et une ambassade gothique partit pour Constantinople. Ce siège d'un an, si fécond en multiples épisodes, fut marqué par un dernier incident. Une troupe de Goths tenta d'entrer dans Rome par le canal de l'Aqua Virgo, mais ils le trouvèrent obstrué par un mur, qu'avait expressément fait construire Bélisaire. Revenant sur leurs pas, les Goths allèrent rendre compte à Vitigès qui mit en délibération la question. Mais la lueur des torches, dont s'éclairaient les assaillants, avait été aperçue par les sentinelles romaines. Bélisaire avait pris les précautions nécessaires. La trêve de trois mois expirée, l'armée gothique persuadée désormais de l'inutilité de ses tentatives, leva le siège et, par la voie Flaminienne, prit le chemin du nord. Bélisaire poursuivit l'armée en retraite et, au Pont Milvius, en fit un grand massacre (12 mars 538).
« Des témoignages monumentaux de nature diverse ont conservé le souvenir de ce terrible siège. Ce sont d'abord au Ve mille de la voie Latine les restes — cadavres et armes — d'un camp fortifié goth destiné à intercepter la route. » L'invasion gothique fut fatale aux catacombes de Rome, l'armée de Vitigès y porta la désolation et le pillage : Ecclesiœ et corpora sanctorum exterminata sunt a Gothis, lit-on dans le Liber pontificalis. Les cimetières de la voie Salaire durent en souffrir plus que les autres, car les Goths attaquèrent surtout de ce côté. Les inscriptions nous rapportent, en effet, les dégâts qu'ils firent aux tombeaux des saints Chrysanthe et Darie, Alexandre, Vital, Martial, Diogène, situés sur l'ancienne voie Salaire et sur la nouvelle. Dans la crypte des saints Chrysanthe et Darie, le texte de l'inscription commémorative est touchant :
Pauperis ex censu melius nunc ita resurgunt
Divite sed voto plus placitura Deo.
Plange tuum, gens sœva, nejas :
periere ftirores :
Crevit in his (emplis per tua damna decus.
C'est au pape Vigile, que nous rencontrerons bientôt, qu'il appartiendra de réparer tant de ruines ; il remplaça plusieurs des inscriptions damasiennes par des copies souvent fort imparfaites dont quelques-unes existent encore. Par exemple l'inscription en l'honneur du pape Eusèbe dans le cimetière de Calliste (voir Dictionn., t. n, col. 1749, fig. 1951). Un poème, transcrit par les épigraphistes de l'école d'Alcuin, qui l'avaient lu sur la tombe des saints Alexandre, Martial et Vital dans le cimetière des Jordani (voir Dictionn., t. vu, col. 2642 sq.), fait allusion à ces restaurations d'inscriptions damasiennes entreprises par le pape Vigile. Ce poème paraît avoir été gravé dans tous les cimetières où ce pape entreprit des travaux de cette nature, et un fragment en fut retrouvé dans le cimetière des Saints-Pierre-et-Marcellin sur la voie Labicane (voir Dictionn., t. iv, col. 157, fig. 3549).
Ce souvenir n'est pas unique. Les Ostrogoths tournèrent leur besoin de destruction sur tout ce qui semblait provoquer leur haine, et principalement les nécropoles chrétiennes qui entouraient Rome : on lit dans la notice du pape Silvère : Ecclesiae et corpora martyrum sanctorum exterminata sunt a Gothis. Depuis que le pape Damase avait donné une grande impulsion aux pèlerinages dans les catacombes il s'y trouvait des sanctuaires nombreux parmi lesquels certains devaient renfermer d'assez grandes richesses tels que vases sacrés, lampadaires, etc. C'en fut assez pour attirer les Germani ad prædam. Quand ils eurent tout raflé et brisé ce qu'ils ne pouvaient emporter, ils partirent et alors le pape Vigile se préoccupa de réparer les dommages causés aux tombes des saints. Une inscription de lui, qu'au VIIIe on lisait encore au cimetière des Jordani (voir Dictionnaire, t. VII, col. 2642), sur la voie Salaria neuve, au tombeau des martyrs Alexandre, Martial et Vital, nous apprend les méfaits des « Gètes » qui, ayant établi sous la ville leurs camps voués à la dévastation, firent une guerre impie aux sépultures des martyrs jadis ornées par Damase. La vue de ces ruines, avoue Vigile, lui arrachait des larmes et des gémissements et il entreprit de restaurer ce que les dévastations avaient détruit. Ce poème semble avoir été gravé et encastré dans tous les cimetières où le pape entreprit des travaux de cette nature. Nous donnons ici le texte restauré autour d'un fragment trouvé dans le cimetière des Saints-Pierre-et-Marcellin sur la voie Labicane (voir fig. 10251, t. XIV, col. 991).
Dum peritura Gela ; posuissent castra per urbem,
Moverimt sanctis bella nefanda prius,
Isla que sacrilego verlcrunl corde sepulchra
Martyribus quondam rite sacrata piis,
Quos monstrante Deo Damnasus sibi papa probatos
Affl.ro momiit carminé jure coli.
Sed periit titulus confracto marmore sanctus,
Nec tumen his iterum passe latere fuit,
Dirula Vigilius nam mox ha'C papa gemiscens
Hostibus expuîsis omne novavit opus.
Ce même texte avait heureusement été recueilli et transcrit dans les anciennes sylloges épigraphiques qui nous l'ont conservé intégralement '. D'autres restaurations furent faites par de simples fidèles, quelquefois de pauvres gens 2 :
Pauperis ex censu melius nunc ila resurgunt,
Diuite sed voto plus placitura Deo.
Plange tuum, gens sœva, nejas : periere furores :
Crevit in his templis per tua damna decus.
« En suivant le mur extérieur dans le sens opposé au nord-ouest, sous les hauts remparts du Pincio, on rencontre, à l'angle le plus septentrional de cette colline, un pan de mur d'une grande hauteur écroulé et en ruines, qu'on désigne aujourd'hui sous le nom de Muro torto 1 (fig. 10640). Le Pincio, désigné dans l'antiquité sous le nom de collis hortorum, possédait en ce point de son flanc septentrional, alors comme aujourd'hui, de colossales substructions. Ces murs, à en juger par divers indices, datent environ du ier siècle ; l'appareil réticulé de la meilleure époque romaine se voit au muro torto, comme plus à l'ouest sous les derniers des gigantesques contreforts bâtis par Pie VII.
Dans son travail d'établissement de l'enceinte de la ville, l'empereur Aurélien y a compris toutes les substructions du Pincio.
« Dans l'histoire de la guerre gothique, Procope parle avec détail de cet angle écroulé. Il en parle comme d'une position miraculeusement protégée par saint Pierre, d'après la tradition populaire. Il est visible que la lézarde existait là depuis longtemps déjà ; peut-être dans les temps qui suivirent Aurélien, un tremblement de terre et le poids de la colline avaient-ils produit le désastre. Dans les premières mesures prises pour la défense de Rome, Bélisaire voulut abattre et remplacer par un nouveau mur ce coin qui lui semblait offrir à l'ennemi une brèche capable de le tenter. Mais, d'après Procope, les Romains lui auraient dit que saint Pierre s'était engagé envers eux à y monter la garde ; cette assurance aurait fait renoncer Bélisaire à son projet, et les assiégés auraient pu constater avec admiration que jamais, même dans les années suivantes de la guerre, le lieu en question n'aurait été objet d'un assaut ou d'une alerte quelconque. Jusqu'aujourd'hui, conclut-il, une crainte religieuse a empêché d'y faire la moindre réparation. Le « jusqu'aujourd'hui » de Procope peut s'appliquer à notre époque. Car l'état du muro torto est resté essentiellement le même dans tous les temps. Toujours cependant, et sans doute aussi sous Bélisaire, on a pourvu ce lieu d'une maçonnerie suffisante. A la voir d'en bas, cette masse pendante en avant et cette ouverture béante par derrière donnent l'impression d'une ruine effrayante, mais c'eût été une rare audace que de tenter de s'emparer des murailles sur ce point. D'ailleurs, au temps de Bélisaire, le terrain environnant était considérablement plus profond qu'aujourd'hui et l'assaut n'en était que plus difficile. 2 » LXXV. Contrastes à Rome. — Bélisaire vint relancer Vitigès jusque devant sa capitale de Ravenne et l'obligea à se rendre (539). Il fut décidé que le roi goth vaincu serait conduit à Constantinople par son vainqueur et celui-ci le ramena à Rome pour l'embarquer à Porto. Afin de ne pas lui épargner les humiliations, Bélisaire tint à présenter son prisonnier au pape Vigile au palais de Latran, dans la salle dite « basilique de Ju les ». Ce fut l'occasion d'une scène solennelle où Bélisaire et les gardes byzantins prêtèrent serment devant le pape de ne tolérer aucun attentat contre la vie du vaincu et de l'amener sain et sauf devant Justinien : Tune dederunt ei sacramenta in basilica Julia, ut salvum illum perducerent ad Justinianum 3. Bélisaire se montrait magnifique, il offrit au pape Vigile pour le tombeau de saint Pierre une croix en or qui rappelait ses triomphes sur les Vandales et sur les Goths, et qui pesait cent livres ; ces prodigalités étaient rehaussées par le don de deux grands luminaires d'argent au Vatican, la fondation d'une église à Orte, d'un hospice à Rome marqué par une église : Sainte-Marie in xenodochio ou inter trivium, parce qu'elle se trouvait à la bifurcation de trois rues, dont on fit in trivio, et depuis Sainte-Marie de Trevi.
Vigile assistait à des assises de caractère plus académique. Le 6 avril 544, dans la basilique de Saint-Pierre, le pape entouré du clergé « reçut l'hommage d'un poème en hexamètres composé par le sous-diacre Arator, ancien fonctionnaire de l'état goth. L'ouvrage était intitulé : De actibus apostolorum libri duo 4, l'auteur en lut quelques passages au pape qui confia l'œuvre au primicier des notaires, Surgentius, pour être gardée dans le scrinium. Cependant un poème était devenu un événement si rare que Vigile ne put se refuser aux instants qu'on lui adressa et permit la lecture publique des 2326 vers par l'auteur dans la basilique de Saint-Pierre-ès-Liens. Une annotation manuscrite nous apprend que l'auditoire se composait d'une foule de gens de toutes conditions sociales et la lecture exigea quatre séances parce que certains morceaux parurent si admirables qu'il fallut les répéter plusieurs fois. L'ouvrage n'était pas du tout indigne de ce succès. Les vers du sous-diacre Arator ne manquaient pas de mérite, sa poésie avait de la grâce et il eût été à souhaiter qu'il ne fût pas seul alors à écrire ainsi.
— Les opérations du siège de 537-538 avaient mis en évidence la valeur du courage des Goths et celle de la science militaire de Bélisaire qui, deux ans plus tard, alla enlever Ravenne et y fit Vitigès prisonnier. Le bonheur l'avait quitté, mais peu de temps après, son jeune successeur, Totila (541), reprit avec une armée le chemin de Rome dont il fit le siège (544). Justinien rappela de Perse Bélisaire et le renvoya en Italie où la situation de Rome était fort compromise militairement ; en outre, une flotte chargée de vivres envoyée de Sicile par les soins du pape Vigile était tombée au pouvoir des Goths et c'était la famine. Le diacre Pelage vint implorer l'indulgence de Totila qui posa ces conditions absolues : refus de pardon aux Siciliens ; point de restitution aux Romains de leurs esclaves fugitifs ; enfin démantèlement de l'enceinte de Rome. Félage se retira.
Bélisaire rentrait en scène avec une armée ; mais la garnison ne répondit pas à ce qu'il attendait d'elle et le découragement, ensuite la trahison survinrent. « Un poste de quatre soldats isauriens avait la charge de garder une partie de l'enceinte voisine de la Porte Salaire ; ils résolurent de livrer la ville à Totila. Descendus par des cordes, ils allèrent trouver le roi goth qui, enchanté de l'aubaine, s'entendit avec eux et envoya deux de ses soldats vérifier sur place l'exactitude de leurs allégations. Deux fois encore les Isauriens renouvelèrent leur démarche et deux fois les Goths les accompagnèrent à leur retour. Totila hésitait toujours. Ses tergiversations faillirent amener l'échec de l'entreprise. Des prisonniers goths, amenés dans la ville, racontèrent ce qu'ils savaient et parlèrent même d'Isauriens ; mais leurs propos restèrent vagues et les chefs byzantins Bessas et Conon n'y prêtèrent pas autrement attention. Le 17 décembre 546, dans la nuit, l'armée gothique se présenta en dehors de la Porte Salaire. Quatre soldats goths, se hissant avec des cordes, allèrent rejoindre leurs complices, les Isauriens, puis ils ouvrirent la porte à leurs camarades et, sans opposition, toute l'armée pénétra dans la ville. Le roi, qui craignait quelque embuscade, fit faire halte jusqu'au lever du jour tandis que les 3 000 hommes de la garnison, leurs généraux Bessas et Conon en tête, abandonnant leur trésor, s'enfuyaient par la voie Flaminienne. Pour la seconde fois dans l'histoire de Rome — et ce ne devait pas être la dernière — , la surprise avait raison de la puissante enceinte d'Aurélien.
« Le jour venu, Totila se rendit à la basilique de Saint-Pierre pour rendre grâces à Dieu de sa victoire. Le diacre Pelage l'y reçut en suppliant, tandis qu'à travers la ville les Goths se livraient à un pillage en règle, épargnant les personnes en général — 26 soldats et 60 citoyens seulement perdirent la vie — , et se contentant des dépouilles matérielles. Puis le roi harangua successivement son armée et le Sénat, auquel il ne ménagea pas les dures paroles. Enfin, il passa aux actes. Par mesure stratégique il démantela la ville et ordonna à la population de se disperser dans la campagne. Il aurait voulu, disait-on, davantage et pensait à détruire la ville complètement. Une lettre de Bélisaire qui rappelait le glorieux passé de Rome l'en dissuada. Totila partit ensuite pour l'Italie du Sud, emmenant avec lui comme otages tous les sénateurs. Rome subsistait, mais vide d'habitants.
« Cette désolation dura une quarantaine de jours. Rome faillit ne pas s'en relever et, après douze siècles de grandeur, disparaître à jamais de l'histoire. L'initiative de Bélisaire la sauva. Pendant que Totila entrait victorieux à Rome, le général byzantin se trouvait immobilisé par un accès de fièvre à Portus (Porto). Dès qu'il alla mieux, il prit son parti avec sa décision habituelle. Rome devait renaître et renaître par ses soins. Le départ du roi goth lui fournissait les moyens de mener à bien son entreprise. Une première visite qu'il fit, escorté de 1 000 soldats, à la ville désertée, fut troublée par l'intervention d'un corps de Goths, campé sur le Mont Algide, et qu'il mit en déroute '. Il revint une seconde fois, avec toute son armée, et, entré par la Porte d'Ostie, réoccupa la ville, où nombre d'habitants dispersés dans la campagne se hâtèrent de rentrer. La mesure la plus urgente était le relèvement des murs. Les monuments de Rome, dont beaucoup commençaient à tomber en ruines, fournirent les matériaux nécessaires. Le fossé creusé lors du premier siège de la ville fut renforcé par l'addition d'une ligne palissadée. Poussé fébrilement, car le temps pressait, le travail fut achevé en quinze jours. La nouvelle de la réoccupation de Rome par l'armée byzantine était un rude coup pour Totila. Il se hâta d'accourir et, dès le lendemain de son arrivée, au point du jour, il attaqua la ville. La bataille fut rude et dura jusqu'à la nuit. Les Goths furent repoussés. Un second assaut le lendemain, un troisième quelques jours plus tard n'eurent pas meilleur succès. Une sortie vigoureuse de Bélisaire acheva la victoire. Totila impuissant se retira à Tibur, tandis que Bélisaire envoyait à Justinien les clefs de la ville reconquise (mai 547) 2 ».
LXXVII. Rome reprise par les Goths (549). — Totila attendit deux ans sa revanche. Le rappel de Bélisaire à Constantinople, en 549, sembla enfin lui en fournir l'occasion ; il reprit vigoureusement le siège de Rome qui avait une garnison de 3000 hommes d'élite sous le commandement de Diogènes, lieutenant de Bélisaire. Sous sa direction, plusieurs assauts furent repoussés et le roi goth dut se résoudre à convertir le siège en blocus. Mais Diogènes, mettant à profit le dépeuplement de la ville, avait ensemencé une partie du terrain à l'intérieur des remparts ; tout danger de famine se trouvait ainsi écarté. Le succès escompté par Totila vint d'ailleurs. L'armée byzantine était mécontente de n'avoir pas touché ses arriérés de solde. Ce furent cette fois encore des Isauriens qui prirent l'initiative ; ils ouvrirent des négociations avec Totila et s'engagèrent à lui livrer, une nuit, la Porte d'Ostie, mais le stratagème était éventé. Totila fit embarquer sur le Tibre, à bord de deux bateaux, un certain nombre de trompettes avec ordre de faire grand bruit aussi près que possible du centre de la cité. La garnison accourut pendant que les Isauriens ouvraient la porte d'Ostie et l'armée gothique entrait dans la place. Ceux des Byzantins qui s'enfuirent dans la direction du Janicule avec l'espoir de s'y rallier tombèrent dans une embuscade et un petit nombre seulement parvint à destination. Les défenseurs du mausolée d'Hadrien, au nombre de 400, firent une belle résistance, repoussèrent un assaut de telle façon que Totila eut recours contre eux au blocus. Quand ils eurent mangé les chevaux, manquant de vivres, ils décidèrent une sortie désespérée, mais Totila leur offrit une honorable capitulation : ou bien regagner Constantinople en prenant l'engagement de ne jamais plus servir contre lui, ou bien entrer à son service comme les soldats de sa propre armée. Après avoir choisi la première proposition, les soldats, appréhendant l'accueil qui les attendait à Constantinople, s'en tinrent à la seconde à l'exception de deux. La garnison de Rome — 3 000 hommes — prévenue des mêmes offres fit le même choix et entra au service de Totila (16 janvier 550).
Totila redevenu le maître de Rome ne songea plus à la détruire, il rappela les sénateurs, restaura certains édifices, s'avisa même de donner des fêtes, notamment des courses au Grand Cirque ; ensuite il envoya une ambassade à Justinien pour lui proposer la paix et une alliance sur la base de la reconnaissance des faits accomplis. Justinien refusa de recevoir l'ambassade et Totila marcha sur Centumcelloe (Civita Vecchia) dont Diogènes commandait la garnison. Celui-ci refusa d'imiter les défenseurs de Rome et demanda une trêve à l'expiration de laquelle la ville se rendrait si elle n'avait pas été secourue. Ce fut ce qui arriva.
Pendant le siège de Rome, Totila établit une portion de son armée sur la rive du Tibre, près de la voie de Porto, à 8 milles de Rome, au lieu-dit « le champ des Merles » l. Ce fut là qu'on lui amena Cerbonius, évêque de Populonium, accusé d'avoir caché quelques soldats byzantins fugitifs afin de les soustraire à la mort. C'était là, au jugement de Totila, crime de haute trahison, qu'il voulut punir de façon exemplaire et il fit annoncer dans Rome que l'évêque serait exposé à un ours en présence du roi. Ce qui eut lieu, mais l'animal s'approcha du martyr et se mit à lécher ses pieds. La foule, les officiers réclamèrent la grâce qui fut accordée et saint Grégoire le Grand atteste avoir connu des témoins encore vivants : Ursus... lambere episcopi pedes cœpit... Cui rei hi qui il une prœsentes fuerunt, adhuc noimulli supersunt eam que cum omni illic populo se vidisse lestantur 2.
Totila laissa parmi la noblesse et le peuple de Rome le souvenir odieux d'un tyran. Saint Grégoire le Grand en a recueilli les témoignages encore récents et toutes les fois qu'il rappelle son nom et son souvenir, c'est dans des circonstances fâcheuses pour sa mémoire ; il le nomme perfidus Totila et le montre crudelilatis immanissimœ vesania succensus ou bien lui réserve un rôle passablement ridicule lors d'une visite au Mont-Cassin où il cherche à tromper l'abbé Benoît sur son identité. Il donne à un de ses écuyers les insignes de la royauté et demeure lui-même confondu parmi ses officiers. Naturellement, saint Benoît n'est pas dupe et Totila, le vrai, ainsi démasqué, tombe à genoux, demande pardon et se fait admonester. Le saint lui annonce un règne de neuf années et la mort pour l'année suivante. Comme son élection à la royauté nous reporte à l'année 541, que son expédition en Lucanie est de 547, son occupation de Rome du commencement de 549, on voit que sa défaite et sa mort à Taginae, en 552, nous amènent bien près de ce règne de dix années annoncé par saint Benoît.
LXXVIII. Narsès maître de Rome. — « Depuis 550 Rome était retombée sous la domination gothique, mais Justinien, avec la ténacité qu'il mettait en toutes choses, n'avait pas renoncé à reconquérir l'Italie. A Rome même, la population, à la fois par sentiment national romain et par orthodoxie catholique, ne cessait de souhaiter une restauration byzantine. L'absence de Totila, parti en 550 pour reconquérir la Sicile, la Corse et la Sardaigne, ne pouvait que favoriser les desseins impériaux. Narsès, un des meilleurs généraux de Justinien, réunit en Dalmatie une armée considérable, débarqua en Italie et marcha sur Ravenne. Totila, après avoir remis au Sénat l'administration de Rome, s'avança contre lui ; il fut battu et tué à la bataille de Taginae au pied de l'Apennin, entre Pérouse et Ancône (552). Tandis que les débris de l'armée gothique proclamaient un nouveau roi, Téias, Narsès se présenta devant Rome. La garnison gothique allait souffrir à son tour de la situation désavantageuse, qui, au cours des sièges précédents, avait été celle des Byzantins. Trop peu nombreuse pour tenir efficacement la totalité de l'enceinte, elle s'était concentrée dans le réduit formé sur la rive droite du Tibre par le Mausolée d'Hadrien et dont Totila avait renforcé les défenses. Plusieurs corps d'armée, sous les ordres respectifs de Narsès, Jean et de l'Hérule Philemuth, attaquèrent simultanément la ville. Ce fut un des chefs de légions, Dagisthaeus, qui eut l'honneur d'emporter la décision. A la tête d'un corps de troupes, il escalada l'enceinte sur un point non gardé — cette fois encore apparut en pleine lumière le vice chronique du système défensif d'Aurélien — et, pénétrant à l'intérieur de la ville, alla ouvrir les portes à ses compagnons d'armes. Les restes des troupes gothiques se retirèrent, partie dans le mausolée d'Hadrien, partie à Portus (Porto) où ils ne tardèrent pas à capituler (552). Narsès marcha ensuite vers la Campanie où Téias avait organisé la résistance suprême. Le roi goth, battu au mont Lactarius, dans la plaine du Vésuve, périt au cours du combat (mars 553) et les survivants de l'armée gothique obtinrent du vainqueur, par la suite, la permission de quitter l'Italie. Tout n'était pas fini. 70 000 Alamans, accourus à l'appel des Goths, envahirent l'Italie (553). Rome se trouva de nouveau en grand péril. Ce fut encore Narsès qui sauva la situation. Il réussit tout d'abord à détourner l'invasion sur l'Italie du Sud, puis écrasa les envahisseurs à la grande bataille du Vulturne (554). Il rentra à Rome en triomphe. Le Sénat et la population romaine acclamaient dans sa personne le programme pour lequel ils avaient combattu depuis la destruction de l'empire d'Occident : la restauration impériale et le triomphe de l'orthodoxie catholique 3. »
LXXIX. Le pontificat de Silvère. — Pendant la succession de ces événements, la crise militaire et politique avait été accompagnée dans Rome d'une crise religieuse dont nous devons faire maintenant le récit sommaire.
Lors que Théodat apprit la mort du pape Agapit il pressa l'élection du successeur et quel que diligence qu'il pût faire, le diacre Vigile, en arrivant à Rome, trouva le siège apostolique occupé par le pape Silvère. Celui-ci était fils du pape Hormisdas dont il composa l'épitaphe qui nous a été conservée (voir Dictionnaire, t. XIII, col. 1215) où il n'avait eu qu'à rendre justice à ses mérites et à ses belles actions dont le souvenir survivait parmi la population romaine. L'ingérence de Théodat dans l'élection n'était pas faite pour plaire au clergé romain ; les prêtres entre autres refusèrent leur signature au décret d'élection rédigé suivant les formes usuelles, mais le roi goth n'en réussit pas moins à faire acclamer son protégé qui reçut l'ordination et fut mis en possession du Latran et des églises de Rome. L'opposition se laissa entamer et, finalement, tous signèrent le décret et Silvère put voir disparaître Théodat et s'éloigner de Rome Vitigès avec l'espoir que son autorité s'en trouvait raffermie. Il ne tarda pas à être détrompé 4.
Pendant que Bélisaire mettait les murailles de Rome en état de soutenir l'assaut prévu de Vitigès, le patrice byzantin résidait sur le Pincius et le pape Silvère au Latran, à l'autre extrémité de la ville, près de la porte Asinaria. On l'accusa d'avoir voulu livrer cette porte aux assiégeants. A cet effet, d'habiles faussaires fabriquèrent une lettre qu'il était censé avoir écrite au roi des Goths, puis on intercepta ce document supposé et dès lors on eut en mains une pièce à conviction contre le malheureux pape. Il semble que Bélisaire ait hésité à tremper dans cette intrigue et qu'il ait même suggéré à Silvère un moyen de s'en tirer, en faisant lui-même à l'impératrice Théodora les concessions que celle-ci attendait de son candidat Vigile dont Silvère avait prévenu l'élection. Mais pour se prêter aux désirs de Théodora, il eût fallu étouffer la voix de sa conscience. C'est à quoi Silvère ne se résolut point. Il se souvint qu'il était le gardien de l'orthodoxie, et il trouva sans doute dans le souvenir de son illustre père, un encouragement à maintenir fermement la foi traditionnelle contre les machinations théologiques des Grecs. Bien convaincu qu'en refusant il courait au-devant du danger, il refusa énergiquement. Toutefois pour démentir les bruits de trahison qui commençaient à circuler, il se retira sur l'Aventin, auprès de l'église Sainte-Sabine, c'est-à-dire en un lieu où il ne pouvait évidemment rien entreprendre contre la porte Asinaria.
« C'est là qu'on l'envoya chercher pour comparaître devant le représentant de l'empereur. Malgré les craintes de son entourage, qui l'exhortait, non sans raison, à ne pas se fier aux serments des Grecs, il se rendit au Pincius. A cette première entrevue, aucune violence ne fut tentée. Bélisaire hésitait, au moment de commettre une iniquité si flagrante. Peu de jours après, mandé de nouveau, Silvère descendit les pentes de l'Aventin, agité par de sinistres pressentiments et recommandant sa cause à Dieu. Sa suite était nombreuse : Vigile, entre autres, l'accompagnait. Le cortège pénétra dans la domus Pinciana, habitée jadis par l'illustre famille des Anicii Probi. La salle principale était, suivant l'usage, divisée en plusieurs compartiments par de grandes tentures. Les gens de Bélisaire retinrent les clercs romains au premier et au second compartiment, et ne laissèrent personne pénétrer jusqu'au fond du palais, si ce n'est Silvère et Vigile.
On était au milieu du mois de mars. Peu de jours après, Bélisaire convoqua le clergé et lui enjoignit de procéder à une nouvelle élection. Quelques-uns résistèrent ou firent des objections : mais le plus grand nombre céda. Le 29 mars 537, Vigile fut ordonné pape ». » Quant à Silvère, il fut exilé à Patare, en Lycie, puis ramené à Rome d'où Vigile le déporta dans l'île Palmaria, où il mourut dans le dénûment.
LXXX. Le pontificat de Vigile. — Vigile était romain de naissance, issu de famille sénatoriale et consulaire. Il avait pensé succéder à Boniface II, puis à Agapit, cette fois il était arrivé à ses fins. Ayant compris de bonne heure que le royaume ostrogoth s'acheminait vers sa fin, il s'était tourné vers Constantinople et s'y était fait nommer apocrisiaire, c'est-à-dire nonce, bien déterminé à y nouer à toutes fins des relations utiles. Il avait vu arriver le pape Agapit, avait assisté à la déconfiture du patriarche Anthime et du parti monophysite, puis à la mort soudaine du pape qui parut tout d'abord ne modifier en rien la situation triomphante du patriarche Menas et des clercs romains. Pendant que ceux-ci demeuraient à Constantinople, l'apocrisiaire Vigile ramenait à Rome le corps du pape défunt et y trouvait son successeur Silvère à qui on vient de dire comment il succéda lui-même.
Pendant son séjour à Constantinople, l'apocrisiaire avait su gagner les bonnes grâces de l'impératrice Théodora qui exerçait une influence puissante sur la volonté de son mari. Si elle avait senti la nécessité de subir les exigences du pape Agapit, elle entendait bien tirer tout le parti possible de sa brusque disparition en favorisant le parti monophysite décidé à relever la tête. Dans ce but elle comptait utiliser les dispositions de Vigile qu'elle chargea au moment de son départ de porter à Bélisaire l'ordre impératif de déposer Silvère 2. Quelles promesses avait pu lui faire Théodora ? Liberatus, qui ne l'aime nullement, accuse Vigile d'avoir promis la condamnation du concile de Chalcédoine en échange du pontificat et sur la promesse d'une grosse somme d'argent ; mais Liberatus écrit trente ans environ après les faits qu'il raconte et son récit est si rempli d'erreurs 3 qu'on n'en peut rien retenir. Une accusation plus grave semblerait être celle d'avoir envoyé à Sévère d'Antioche, à Anthime et à Théodose, chefs du monophysisme, une lettre secrète dans laquelle Vigile « leur manifestait son entière conformité de vues, et condamnait les principaux articules du dogme orthodoxe 4. » Mais cette lettre n'est-elle pas apocryphe ? Elle se lit, il est vrai, dans l'ouvrage de Liberatus et encore dans la chronique de Victor de Tonnenna, dans un traité de Facundus d'Hermiane et son existence est attestée par le diacre Pelage 6. L. Duchesne a montré que, si cette lettre est authentique, elle date des premiers temps du pontificat de Vigile et est antérieure à l'Édit contre les Trois Chapitres. Avec lui on remarquera que les concessions qu'elle fait sont non seulement contraires aux déclarations publiques de Vigile, mais dépassent de beaucoup celles que Justinien entendait faire aux monophysites. Ou bien elle a été fabriquée de toutes pièces, ou bien elle a été écrite par d'autres que Vigile qui aurait été invité à la signer et s'y serait refusé 6.
Une fois élevé au souverain pontificat, Vigile sentit sinon le poids des engagements pris, du moins l'entrave des compromissions auxquelles il souhaitait se dérober. La religion et la politique ne sont pas choses toujours si étroitement conjointes qu'on puisse les faire marcher de pair et, à Rome, les esprits étaient si bien habitués depuis près d'un siècle à voir les papes soutenir et défendre contre les empereurs grecs quels qu'ils fussent la doctrine de saint Léon et du concile de Chalcédoine qu'on n'y était pas préparé, ni disposé à accorder à Justinien un changement de direction dans les affaires spirituelles. Toutes les Églises d'Occident partageaient cette manière de voir ; ceci lui donnait de bonnes raisons de réfléchir et de patienter. D'ailleurs Justinien ne le pressait pas et l'apocrisiaire Pelage l'entretenait dans ce sentiment, nonobstant les instances de Théodora et du parti monophysite, et un historien qui n'a rien dissimulé des faiblesses de Vigile avant son pontificat a pu écrire »qu' « en dépit des intrigues de l'impératrice et du parti monophysite, l'Église romaine n'eut point à payer, par un désastre spirituel, les frais de l'ambition de Vigile. Celui-ci parvint même à manœuvrer si bien, qu'il put, sans se brouiller avec Théodora, envoyer à Justinien et au patriarche Menas des lettres d'une orthodoxie absolue, où il adhérait à toutes les condamnations prononcées contre les adversaires du concile de Chalcédoine ' ».
Après la levée du siège de Rome (mars 538), Vitigès avait regagné Ravenne et la double activité de Vigile et de Rélisaire avait ramené un certain lustre sur la ville. Le pape réparait les dévastations commises dans la campagne romaine et les cimetières, le patrice faisait des fondations charitables et des présents magnifiques ; l'un et l'autre se trouvèrent rapprochés dans une cérémonie réparatrice. Après la capitulation de Ravenne, Bélisaire ramena à Rome le roi Vitigès prisonnier, avec toute sa famille, et Vigile le reçut dans la basilique de Saint-Pierre.
Un triomphe dans une basilique pouvait sembler chose inconcevable, mais on était au temps des surprises. « Le 6 avril 544, le sous-diacre Arator offrit au pape, dans le presbyérium de Saint-Pierre, sa traduction des Actes des apôtres, en distiques latins. En ces tristes temps, l'œuvre parut merveilleuse. L'auteur, du reste, n'était pas un clerc ordinaire ; issu d'une famille noble de Ligurie, il avait parcouru la carrière des honneurs sous le règne de Théodoric et avait obtenu le titre de Cornes domesticorum. Son poème qui n'est pas plus mauvais que ceux des autres versificateurs du VIe, fut lu par l'auteur lui-même, et en grand appareil dans la basilique de Saint-Pierre-ès-liens, sur l'Esquilin. Ce qui restait de romains lettrés se firent fête de l'applaudir 2. » Le pape Vigile allait avoir de plus absorbantes occupations. Le 22 novembre 545, pendant la célébration de la messe stationale dans la basilique de Sainte-Cécile, le pape reçut l'ordre de s'embarquer sur le champ pour Constantinople ; il obéit si promptement que ce fut sur le pont du bateau qui l'emportait qu'il donna au peuple sa bénédiction. On devine facilement au milieu de quel émoi, car les larmes et les injures, pis que cela, les projectiles, signalaient ce départ mystérieux ; en arrivant à Porto le pape monta sur un navire en partance pour Syracuse. Le Liber pontificalis ne voit dans tout ceci qu'un coup monté par Théodora, ce qui est peu exact ; toute la responsabilité de cet enlèvement retombait sur Justinien lui-même qui « désirait avoir le pape sous sa main, pour s'en faire appuyer dans la campagne qu'il venait d'engager à propos des Trois Chapitres 3 ». On ne s'attend pas, espérons-le, à trouver ici un récit de cette querelle théologique qu'on trouvera ailleurs 4, Disons seulement que l'apocrisiaire Pelage ayant quitté Constantinople pour rentrer à Rome (543), Justinien tomba sous l'influence presque exclusive de Théodore Askidas, archevêque (non résident) de Césarée, placé lui-même sous l'influence de Théodora. Askidas persuada l'empereur de condamner les ouvrages nestoriens de Théodore de Mopsueste, de Théodoret de Cyr et d'Ibas d'Édesse. D'où un édit, qui condamnait leurs écrits dans des chapitres et qui épargnait, disait-on, l'autorité du concile de Chalcédoine.
La précipitation apportée à l'enlèvement du pape paraîtrait devoir s'expliquer par l'impatience de Justinien à faire approuver son édit par les plus hautes autorités. Le patriarche Menas signa le premier, avec la promesse qu'en cas d'opposition du pape, il pourrait retirer sa signature. Les évêques orientaux signèrent par la contrainte, ceux d'Italie et d'Afrique s'y refusèrent absolument et le pape Vigile traîna en longueur ; on s'expliquerait ainsi l'enlèvement du 22 novembre et le départ brusqué. Mais une fois arrivé à Syracuse, tout fut arrêté et Vigile y fit un séjour de près de dix mois. Il utilisa ce retard pour venir en aide à l'Église et au peuple de Rome par l'envoi d'un ravitaillement de blé de Sicile ; mais la flottille arrivée à Porto fut raflée par l'armée de Totila. Ceux que le pape destinait à gouverner l'Église en son absence n'eurent pas un meilleur sort et ce soin échut au diacre Pelage qui s'en tira avec honneur.
Pendant ce temps Vigile avait tout le loisir de s'entendre avec les évêques occidentaux, unanimes à l'encourager à la résistance. A Carthage, le diacre Ferrand déclarait que la condamnation des Trois Chapitres ne tendait à rien moins qu'à l'abandon des conciles œcuméniques ; les évêques de Sardaigne ne se montraient pas moins fermes, l'évêque de Milan, Datius, de même, et le patriarche d'Alexandrie, Zoïle, déclarait rétracter son adhésion. Nanti de semblables déclarations, Vigile se flatta de résister au courant de l'épiscopat oriental et quand Justinien se fit trop pressant il consentit à partir. On le trouva à Patras, le 14 octobre 546, d'où il continua son voyage par terre et, de Thessalonique, écrivit au patriarche Menas qui se demanda ce que lui réservaient les événements et sentit passer le vent de la disgrâce. Menas sut décider Justinien à écrire au pape pour lui recommander la paix. Le moment était mal choisi. Vigile hautement réconforté par les témoignages de l'épiscopat occidental répondit au patriarche Menas 6 qu'il recevrait du pape le même traitement qu'il avait reçu de l'apocrisiaire Pelage et de l'évêque Datius de Milan, à moins qu'il ne revînt sur son adhésion à l'édit impérial. En même temps, Vigile dépêchait quelques envoyés à Justinien pour le prier de retirer ce fâcheux édit et n'obtint rien.
Le 25 janvier 547, Justinien vint à la rencontre de Vigile, le reçut magnifiquement, lui annonça la reprise de Rome par Totila et le logea dans le palais des apocrisiaires romains. « Il y avait déjà une sorte de tradition à Constantinople sur les honneurs à rendre au pape. Jean Ier y était venu en 525 ; Agapit en 536, tous deux envoyés en ambassade par les rois goths. Mais ce n'était pas à ces fonctions extraordinaires, c'était à leur caractère de successeurs de saint Pierre que s'adressait l'accueil empressé et respectueux qui leur avait été fait. En ce temps-là, malgré certains intervalles de schisme, malgré certains conflits de juridiction, l'Église romaine était encore considérée en Orient comme l'Église principale, souveraine, centre et foyer de l'unité chrétienne. Le pape était le chef de l'Église, l'autorité religieuse la plus élevée, la seule dont les décrets pussent décider définitivement une controverse de foi ou de discipline. Le prestige de ses hautes fonctions était encore accru par la majesté de la vieille Rome et de ses grands sanctuaires apostoliques ; l'éloignement même y ajoutait quelque chose. Aussi les anciens papes s'étaient-ils abstenus de quitter ce théâtre imposant. Mais on ne les avait vu assister aux conciles œcuméniques. Si quelques-uns d'entre eux, au VIe et plus tard, se présentèrent à la cour, ce ne fut jamais de leur plein gré. En cela ils avaient bien raison. Car, si leur prépondérance religieuse était assez marquée pour contrebalancer et dominer l'autorité des patriarches d'Orient, leur situation était moins forte en face du chef de l'empire. Depuis surtout que celui-ci avait mis hardiment la main, non seulement dans les questions mixtes, mais encore dans les querelles de dogme pur, des conflits pouvaient éclater à chaque instant, et des conflits dont on n'était pas sûr de sortir sans y laisser quelque chose de sa considération. Vigile en fit bientôt la dure expérience. » Une première déception pour lui fut le refus de Menas de retirer, suivant sa promesse, sa signature. Vigile l'excommunia avec ses partisans ; Menas fit effacer le nom du pape des diptyques ; cela fait, ils se réconcilièrent (29 juin 547) et le temps passa pendant lequel Vigile se mit à concevoir des doutes sur l'orthodoxie de Théodore de Mopsueste, de Théodoret et d'Ibas que lui lisaient et commentaient les théologiens grecs que ne pouvaient efficacement contredire les clercs latins de l'entourage du pape. Ainsi isolé ou mal entouré dans une situation très délicate, Vigile s'entendait dire et expliquer comment il était possible de condamner les Trois Chapitres sans toucher au concile de Chalcédoine, et il se familiarisait avec cette pensée. Ce serait, a-t-on cru, à ce moment qu'il aurait remis à Justinien et à Théodora des cédulles secrètes, qui furent lues plus tard au Ve concile œcuménique, dans lesquelles, tout en restant fidèle au symbole de Chalcédoine, il promettait de condamner les Trois Chapitres.
Justinien pensait déjà avoir partie gagnée, mais n'obtint rien de plus ; toutes les instances furent inutiles, la volonté du pape qu'on lui soumît les pièces du litige, c'est-à-dire les Trois Chapitres, fut inflexible. Ni les menaces de faire revivre les choses du passé, ni la perspective de violences à exercer contre sa personne ne le troublèrent un seul instant et on l'entendit dire dans une assemblée solennelle : « Je proteste que si vous me tenez captif, vous n'avez pas pour cela enchaîné l'apôtre Pierre. » Justinien consentait à laisser au pape les honneurs d'avoir réconcilié l'Orient et l'Occident à condition que son jugement ne serait pas en contradiction avec l'édit impérial. On réunit non un concile, mais deux conférences de soixante-dix évêques sous la présidence du pape. Lorsqu'on eut achevé l'examen des livres incriminés, Facundus d'Hermiane dont la compétence prouvée par son traité : Pro defensione Trium Capitulorum, était indiscutable, « demanda résolument à l'assemblée si elle ne croyait pas que la condamnation projetée compromît l'autorité du concile de Chalcédoine ». Vigile vit l'effarement se peindre sur les visages des prélats, il interrompit Facundus, mit fin au débat et pria chacun des évêques présents de donner son opinion par écrit. Le magister officiorum accorda à ceux-ci un délai de sept jours, dont deux fériés, pour rédiger leur réponse sous la dictée des émissaires de l'empereur.
Lors que le pape fut en possession de toutes ces réponses, il put rédiger sa sentence qui a conservé le nom de Judicatum de Vigile, adressé le samedi saint 11 avril 548 au patriarche Menas. Cette pièce n'est connue que par fragments cités dans une lettre de Justinien et dans un acte postérieur de Vigile, le Constitutum. Le parti monophysite triompha, faisant valoir que le pape condamnait les Trois Chapitres, mais cette condamnation était tempérée par « des réserves catégoriques sur l'autorité du concile de Chalcédoine ; elles étaient même si claires et si précises que nul monophysite n'aurait pu les signer, sans faire ainsi une abjuration complète. Aussi personne d'entre eux ne fit-il mine de se rallier à l'orthodoxie. Askidas et Justinien avaient en somme fait buisson creux, après avoir bien troublé l'Église et bien tourmenté le malheureux pape ».
La publication du Judicatum aggrava plutôt qu'elle n'améliora la situation religieuse et la mort de Théodora (29 juin 548) ne changea pas les dispositions des évêques ses protégés ; cette circonstance était de nature à les aggraver. Ce ne fut pas seulement l'épiscopat d'Orient qui manifesta son mécontentement, celui d'Occident s'engagea dans une vigoureuse opposition. L'Italie était absorbée par les calamités publiques, mais la Gaule, la Dalmatie, l'Illyricum, l'Afrique s'insurgeaient contre le pape Vigile que ses propres diacres, Sébastien et Rustique, celui-ci son propre neveu, dénonçaient et abandonnaient le jour de Noël 549, au moment où il allait célébrer la messe à Sainte-Sophie. Vigile les déposa, mais ces sévérités effrayaient peu, on les bravait. Félix, abbé de Gillitanum en Afrique, fit le voyage de Constantinople pour y soulever un mouvement d'opposition, le pape l'excommunia. Benenatus, évêque de Justiniana prima dans l'Illyricum, entreprit de convaincre en synode ses confrères de l'excellence du Judicatum et ceux-ci l'excommunièrent. Les sentences se croisent et les bruits circulent. En Gaule, on raconte que le pape a abandonné saint Léon et le concile de Chalcédoine ; un concile d'Orléans condamne Nestorius et Eutychès (28 octobre 549) ; à Arles, l'évêque Aurélien prend le parti d'envoyer un de ses clercs à Constantinople pour s'y renseigner sur place ; en Afrique, l'évêque de Carthage, Reparatus, réunit son concile et excommunie le pape. A Alexandrie et à Jérusalem, les deux patriarches retirent leurs signatures données au Judicatum.
« Devant cette opposition universelle, Vigile obtint de Justinien l'autorisation de retirer son Judicatum en lui faisant valoir que les évêques d'Occident, connaissant mal les raisons mises en avant par les théologiens grecs, avaient besoin d'être éclairés et que la convocation d'un concile œcuménique était nécessaire. Justinien se rendit à ces raisons, mais fit prêter serment au pape, sur les clous de la Passion et sur les quatre Évangiles, en présence d'évêques et de dignitaires, qu'il s'emploierait de tout son pouvoir à faire condamner les Trois Chapitres et il fut convenu qu'on ne parlerait plus de la question avant la convocation du concile. » Afin de ne rien laisser au hasard, Justinien prépara ce concile en écartant le personnage de Théodore de Mopsueste. A cet effet, le 17 juin 550, un concile préparatoire s'assembla à Mopsueste afin de constater que Théodore ne figurait plus sur les diptyques depuis le commencement du VIe. Cela fait, vint le tour de l'Afrique dont Justinien redoutait l'opposition. L'évêque de Carthage, Reparatus, le primat de Numidie, Firmus, les évêques de Byzacène, Primasius et Verecundus furent mandés à Constantinople (milieu de 551), ils s'y montrèrent intraitables sur la question religieuse, on s'en débarrassa avec des procès politiques et on chargea un arien converti, Mocianus, de se rendre sur place pour y faire l'épiscopat plus docile aux volontés impériales. Les deux patriarches d'Alexandrie et de Jérusalem, Zoïle et Macaire, n'ayant voulu rien entendre, furent déposés contre tout droit (juillet 551) et remplacés.
La résistance des évêques occidentaux fit appréhender qu'on ne pût la vaincre en concile, et, malgré l'engagement pris d'attendre sa réunion pour raviver la querelle assoupie, Justinien publia une « Confession de foi » terminée par des anathèmes, qui fut affichée sous forme d'édit à la porte des églises et répandue dans tout l'empire. On y lisait que l'empereur, le patriarche et le pape sont les gardiens de l'orthodoxie et que le présent édit exposait la foi à suivre. Après un rappel des décisions des quatre conciles œcuméniques, l'empereur formulait treize anathématismes, dont les trois derniers visaient les Trois Chapitres. L'empereur se justifiait en terminant de porter atteinte aux canons de Chalcédoine, ce qui ne pouvait rien changer à cet abus de pouvoir qui plaçait l'empereur au-dessus du concile sur les déclarations duquel il anticipait à l'instigation d'Askidas.
Lors que Théodore Askidas vint avec sa suite présenter cet acte au pape il trouva celui-ci très entouré et fort ému. Vigile l'adjura d'insister auprès de l'empereur pour le retrait de cet édit préjugeant une question réservée au concile, l'avertit que quiconque passerait outre serait exclu de sa communion et Datius de Milan ajouta sa protestation au nom de tous les évêques de Gaule, Ligurie, Émilie, Vénétie. Askidas écouta la mercuriale et s'en fut, par bravade, célébrer la messe dans l'église où l'édit venait d'être affiché.
Les événements qui suivent nous sont connus par le récit du pape et celui des clercs italiens. « Vigile était poussé à bout. Pelage, du reste, avait trouvé le moyen de revenir auprès de lui et le soutenait de son énergie. Les prélats grecs, Menas le premier, s'en aperçurent bientôt, car désormais la porte du pape leur fut fermée et il s'abstint de mettre le pied dans leurs églises. Il fit même rédiger une sentence de déposition contre l'archevêque de Césarée, d'excommunication contre le patriarche de Constantinople et les prélats de son obédience. Cette attitude irrita vivement l'empereur. L'orage ne tarda pas à gronder autour du palais de Placidie. Bientôt le bruit courut qu'on se proposait d'enlever le pape et l'évêque de Milan. Réduits à cette extrémité, Vigile et Datius prirent le parti de s'enfuir dans l'église de Saint-Pierre du palais d'Hormisdas et de s'y mettre sous la protection de l'asile religieux. Justinien donna ordre de les en arracher. Le prêteur de police commanda une troupe armée et marcha sur la basilique. Alors se produisit une scène lamentable. Vigile venait d'apposer sa signature à la sentence déjà préparée contre les fauteurs de l'édit ; une personne de confiance reçut ce document en dépôt avec mission de l'afficher à Constantinople s'il lui arrivait quel que malheur. Tout à coup la porte s'ouvre : l'arc tendu, l'épée haute, les soldats du prêteur se précipitent à travers la nef. Le pape et l'archevêque de Milan se serrent contre l'autel ; autour d'eux les clercs romains, fort émus, font néanmoins bonne contenance et cherchent à protéger les pontifes. Au commandement, les sbires s'approchent. Un à un, les clercs, les diacres romains, l'archevêque de Milan, sont arrachés de l'asile sacré. Resté le dernier, le pape se cramponne aux colonnes de l'autel. On ose porter la main sur le vicaire de saint Pierre ; il est saisi par les pieds, par la barbe. Malgré son âge, Vigile, homme de haute taille et d'une grande force corporelle, résistait à l'effort de ses agresseurs. Ils tirèrent si fort que l'autel céda ; les colonnes, la table sainte, tout croulait ; le pape eût été écrasé si des clercs, se précipitant, n'eussent soutenu la ruine du monument. Cependant une grande foule était accourue. D'abord contenue par la frayeur, quand elle vit les soldats saisir le pape et l'autel s'écrouler sur lui, elle se mit à pousser des cris d'horreur et de colère. Épouvantés, dégoûtés, les satellites du prêteur lâchèrent leur victime et s'enfuirent avec leur chef, poursuivis par les huées de la multitude. »
À la suite de ces scènes déplorables, Bélisaire, accompagné de trois anciens consuls, vint assurer le pape qu'il pouvait rentrer au palais de Placidie où sa liberté serait respectée ; il y consentit et fut rejoint par Datius et les autres clercs. Cependant la situation devint bientôt intolérable. Il n'était sorte de vexations qu'on n'infligeât au pontife et à sa suite : mise au secret, menaces, calomnies, espionnage, affronts. Des notaires pontificaux consentirent à rédiger de fausses lettres de Vigile qu'on envoya en Italie. Toute la fin de l'année se passa ainsi jusqu'à ce que (dans la nuit du 23 décembre 551) Vigile, au risque de sa vie, s'aventura sur un mur en construction, tâtant les pierres au milieu des ténèbres, et parvint à gagner le bord de la mer où une barque l'attendait qui l'emmena à Chalcédoine où il se réfugia dans la basilique de Sainte-Euphémie, là même où avait siégé le fameux concile (voir Dictionnaire, t. III, au mot Chalcédoine). Datius et les clercs romains ne tardèrent pas à l'y rejoindre ; parmi les fugitifs se trouvait Vérécondus, évêque de Junca qui, peu de jours après, mourut dans l'église.
Cette fuite était un échec grave pour Justinien qui, de nouveau, envoya Bélisaire pour raisonner le pape et l'engager au retour (22 janvier 552) ; très inutilement, car Vigile y posa comme condition le retrait de l'édit impérial. Au lieu de cela Justinien écrivit une lettre injurieuse qu'il n'osa signer, ni le messager qui l'apporta contresigner. Désormais, Vigile pouvait s'attendre aux pires violences ; dans cette vue il rédigea une encyclique adressée à l'Église catholique tout entière. Il y énumérait tous les sévices exercés contre lui et énonçait clairement sa foi et son attachement à la doctrine des quatre grands conciles, notamment à celui de Chalcédoine, sans mention des Trois Chapitres (5 février 552). « Après cette date, l'histoire devient un peu obscure ; il est difficile d'enchaîner avec certitude les faits dont le souvenir est venu tant bien que mal jusqu'à nous. Justinien paraît avoir procédé, suivant son habitude, avec un mélange de violence et d'astuce. Il parvint à séparer le pape de son entourage ; plusieurs des évêques qui l'accompagnaient furent saisis et mis au secret ; ses diacres, Tullianus et Pelage, furent arrachés de force de l'asile de Sainte-Euphémie. On porta encore une fois la main sur le pape lui-même. Mais rien ne put ébranler sa constance, et l'on finit par reculer devant un sacrilège inutile. » On ne pouvait lui donner un successeur, car depuis 549 Rome était retombée sous l'autorité de Totila et se trouvait à l'abri des entreprises byzantines. Vigile se trouvait à la hauteur d'une situation tragique. Il venait de réussir à rendre publique la sentence de déposition contre Askidas (datée du 14 août 551), l'excommunication de Menas et de tous les évêques de son obédience. Ce coup d'audace déconcerta Justinien qui fut le premier à conseiller la soumission aux évêques. Ils s'y résignèrent, mais à leur façon, c'est-à-dire qu'ils présentèrent au pape, à Sainte-Euphémie, une déclaration pleine de réticences, mais assez humble en somme et propre à lui donner satisfaction. Vigile voulut bien s'en contenter et estimant que les choses avaient été remises à peu près sur le pied où elles se trouvaient avant sa première fuite dans la basilique de Saint-Pierre in Hormisda, il consentit à regagner Constantinople. Vers ce moment disparurent Menas le patriarche et Datius de Milan. Menas fut remplacé par le moine Eutychius qui remit au pape, le jour de son intronisation (6 janvier 553), une profession de foi orthodoxe signée d'Apollinaire, patriarche d'Alexandrie, de Domninos, patriarche d'Antioche, d'Élie, archevêque de Thessalonique. Le 28 janvier 553, Vigile approuvait la profession de foi d'Eutychius et donnait son consentement à la réunion d'un concile œcuménique sous sa présidence au sujet des Trois Chapitres, servata aequitate et conformément aux décisions des quatre conciles œcuméniques.
Les lettres de convocations au concile furent lancées et, sans tenir compte du désir de Vigile que la réunion se tint en Italie ou en Sicile, Justinien imposa Constantinople et détermina que chacun des cinq patriarcats enverrait le même nombre d'évêques ; ce qui assurait aux Grecs une imposante majorité. La Gaule et l'Espagne n'y furent pas représentées, l'Illyricum pas plus que la Dalmatie, l'Italie ne comptait plus guère que des sièges vacants et l'Afrique ne fut autorisée à députer « que ceux dont on espérait avoir raison, en les prenant par leurs intérêts personnels, ou ceux qui s'étaient déjà prononcés contre les Trois-Chapitres ». On aboutit de cette façon à un bloc de 150 évêques grecs contre 25 évêques latins. Dans ces conditions Vigile ne voulait plus entendre parler de concile et croyait se tirer d'affaire au moyen d'une conférence entre lui et trois évêques latins d'une part et quatre prélats grecs d'autre part. Sa proposition inspira une contre-proposition suivant laquelle chaque patriarcat serait représenté à la conférence par quatre évêques, le patriarche (ou son légat) et trois autres. Ce fut au tour de Vigile de refuser et on en revint au concile dont on avait peu de chose à attendre. Dès lors mieux valait y renoncer ainsi qu'à la condamnation des Trois-Chapitres, se rejeter dans les rangs des évêques occidentaux et sauver ainsi, en même temps que l'honneur du Saint-Siège, l'unité et la discipline de l'Église d'Occident. L'auteur de ces conseils était le diacre Pelage, on l'écouta. Vigile déclara que, de sa personne, il ne prendrait pas part au concile et ferait connaître prochainement sa sentence. Le 1er mai, Justinien fit savoir au pape par l'intermédiaire de Bélisaire que cette sentence ne serait pas reçue.
Le Ve concile œcuménique s'ouvrit le 5 mai 553 dans le secretarium de Sainte-Sophie, sous la présidence d'Eutychius, entouré des patriarches d'Alexandrie et d'Antioche, des représentants du patriarche de Jérusalem et de 145 métropolites ou évêques dont 6 africains. On lut un message de Justinien qui exposait les efforts de ses prédécesseurs et les siens en faveur de l'orthodoxie. La présente réunion n'avait pas d'autre but que d'en finir avec les suites de l'hérésie nestorienne et de démasquer ses derniers défenseurs en les acculant à la condamnation. Quant à Vigile, « pape très religieux de l'ancienne Rome », il avait été consulté, avait jeté l'anathème sur les Trois Chapitres et promis à bref délai sa réponse définitive. Le 6 mai le concile envoya au pape une députation pour le prier de venir siéger ; il se déclara malade et réclama un délai. Le 7 mai, semblable démarche des trois patriarches accompagnés des mandataires de l'empereur et nouveau refus. Vigile ne consentit à siéger au concile que si l'on y appelait d'autres évêques italiens.
Le 8 mai, le concile prit connaissance de cette réponse et décida de passer outre, assurant qu'il se conformerait en tout aux décisions des conciles généraux et aux opinions des Pères de l'Église. Le 12 (ou le 13 mai) on donna lecture des passages incriminés et tous les membres du concile poussèrent des cris et des anathèmes contre Théodore de Mopsueste, Théodoret et Ibas, avec des acclamations à l'empereur Justinien.
« Le 14 mai, Vigile lit savoir que sa décision était prête et qu'il désirait en informer l'empereur, par l'intermédiaire d'un certain nombre de hauts fonctionnaires, nommément désignés. Une dernière fois le cortège s'ébranla dans la direction du palais Placidien, sous la conduite de l'illustre Bélisaire, qu'on ne voit pas sans répugnance mêlé à ces exercices. Le pape leur présenta un exemplaire de sa sentence, très longuement motivée ; mais, comme ils se doutèrent que la teneur n'en était guère favorable aux entreprises de la cour, ils ne voulurent point la recevoir officiellement et engagèrent Vigile à la faire porter lui-même au palais par un de ses clercs. Le conseil fut suivi, mais Justinien ne voulut pas recevoir l'envoyé du pape car, disait-il, ou la sentence est contraire aux Trois Chapitres et alors elle est inutile, car il y a longtemps que Vigile s'est prononcé en ce sens, de vive voix et par écrit ; ou elle leur est favorable, et alors il s'est mis en contradiction avec lui-même et on n'a pas à tenir compte de son opinion actuelle. » L'acte souscrit par seize évêques (neuf Italiens, deux Africains, deux Illyriens, trois Asiatiques) et trois clercs romains, dont Pelage, récapitulait toutes les péripéties de la controverse jusqu'à l'ouverture du concile. Le pape examinait ensuite soixante propositions de Théodore de Mopsueste qu'il condamnait apostolicæ sententiæ auctoritate, mais il refusait de condamner sa mémoire, parce qu'il était mort dans la communion de l'Église, et qu'au surplus, il était contraire à l'usage de condamner des morts. De même il refusait de condamner Théodoret et Ibas, parce qu'on ne devait pas revenir sur les disciplines du concile de Chalcédoine, qui les avait déchargés de tout soupçon de nestorianisme avec l'autorité du Siège apostolique. En conséquence, le pape défendait de rien écrire ou publier qui fût contraire à ce Constitulum et terminait par cinq anathématismes contre tous ceux qui attaqueraient les Trois Chapitres par des paroles ou par des écrits.
Tel fut le célèbre Constitutum que l'on a nommé » l'une des meilleures compositions littéraires que nous ait léguées le VIe * » et qui ne fut pas lu au concile. Celui-ci reçut dans sa septième session (26 mai) de la part de l'empereur un dossier de pièces comprenant plusieurs lettres du pape à des évêques pour défendre son Judicatum et trois documents secrets dans lesquels Vigile prenait parti contre les Trois Chapitres, les deux lettres adressées à Justinien et à Théodora et le serment solennel prêté le 15 août 550, par lequel Vigile s'engageait à ne rien faire sans être d'accord avec l'empereur et de s'employer de tout son pouvoir à les faire condamner. On donna lecture du tout et le mandataire de Justinien ajouta celle d'un décret impérial qui demandait la radiation du nom de Vigile sur les diptyques sans préjudice de l'union au Siège apostolique. La lettre impériale fut acceptée par le concile ' et au moyen de cette distinction subtile entre le pape et le Saint-Siège on évitait la rupture.
Le 2 juin se tint la huitième et dernière session du concile qui rendit sa sentence sur le fond des débats sous la forme de quatorze anathématismes qui reproduisaient ceux de l'édit de Justinien 8, mais il recevait la doctrine des quatre premiers conciles œcuméniques, y compris celui de Chalcédoine. Il y eut quelques résistances qui n'étaient pas faites pour troubler Justinien, bien résolu à parfaire son œuvre ; l'exil, la prison, des morts prématurées ou accidentelles y suffirent, mais il restait Vigile et les clercs romains. Rusticus, neveu de Vigile, destitué déjà par son oncle depuis quelques années et très ardent pour les Trois Chapitres, fut envoyé en Thébaïde avec un moine africain nommé Félix 9. Sarpatus et Pelage furent jetés en prison et y rédigèrent à loisir des protestations en faveur des Trois Chapitres ln. Le Liber pontificalis dit que Vigile fut condamné aux mines n, ce qui n'est guère vraisemblable ; il demeura plutôt à Constantinople « .
Sa situation était doublement pénible car il souffrait de la pierre et restait en butte aux doucereuses menaces de Justinien. Il n'avait pas la vocation du martyre et continuait, nonobstant son âge, sa mauvaise santé, les amertumes qui le harcelaient, à tourner ses yeux vers la vie et ses surprises. Il avait su le désastre final des Goths, le retour des Byzantins dans Rome et l'écho lui arrivait des appels de son clergé qu'il avait quitté depuis l'enlèvement du 22 novembre 545 dans la basilique de Sainte-Cécile.
LXXXI. Retour et mort de Vigile. — La victoire de Narsès rétablissait à Rome et en Italie l'autorité de Justinien qui se trouvait désormais en mesure d'imposer ses volontés au clergé romain, soit du vivant de Vigile, soit après sa mort. On a dit que Vigile appréhenda que l'empereur n'attendît point sa disparition pour le remplacer et lui donnât de son vivant un successeur. Cette perspective l'aurait disposé à des concessions de nature à écarter cette menace et à le faire rentrer en grâce. Peut-être fait-on en cela une trop large part aux calculs de l'ambition, quoiqu'il en soit, les faits nous apprennent que Vigile reprit à nouveau l'examen de la question, objet pour lui de tant de tracas ; il se peut que la distinction introduite par l'empereur et par le concile entre le pape et le Saint-Siège ait rassuré sa conscience qui, après six mois de réflexion, l'amena à écrire au patriarche Eutychius une lettre dans laquelle il déclarait une première adhésion (8 décembre 553) 13 suivie bientôt d'une déclaration solennelle en faveur de la condamnation des Trois Chapitres (26 février 554) et qui est le second Constitutum ll dans lequel, après avoir exposé la foi du concile de Chalcédoine, il taxe de faux la lettre d'Ibas et cherche à expliquer le vote des légats romains au IVe concile. Par cette démarche, l'Église romaine se trouva d'accord avec l'épiscopat oriental et l'union fut restaurée, malgré certaines résistances qui se firent sentir encore longtemps en Occident.
A la suite de sa réconciliation avec Justinien, Vigile ne précipita pas son retour à Rome ; il demeura encore un an à Constantinople et obtint de l'empereur une « Pragmatique sanction » qui réorganisait le gouvernement de l'Italie1 (13 août 554). Ce fut probablement vers le printemps de 555 que Vigile reprit le chemin de Rome ; il dut s'arrêter à Syracuse où ex multa adflictione, calculi dolorem habens, defunctus est Vigilius 2 (7 juin). Son corps fut rapporté à Rome et enterré sur la voie Salaria, dans la petite église de Saint-Sylvestre, auprès de son prédécesseur Marcel. On s'est demandé la raison de ce choix. Peut-être, a-t-on dit, un mouvement d'opinion se sera opposé à ce que Vigile vînt reposer dans le portique de Saint-Pierre parmi ses prédécesseurs Léon, Simplice, Gélase, Hormisdas, Agapit, tous héros et vigilants défenseurs du concile de Chalcédoine 3.
LXXXII. Le pontificat de Pelage. — Le successeur de Vigile avait une longue pratique des affaires ecclésiastiques. Nous l'avons entrevu à Constantinople lors de la visite du pape Agapit (avril 536) ; après la mort de celui-ci, Vigile en regagnant Rome lui laissa ses fonctions d'apocrisiaire et, à ce titre, Pelage assista au concile de Menas et en signa les documents. C'était un homme énergique, entreprenant, inflexible généralement sauf quand les circonstances exigeaient la souplesse. Pendant près de vingt années les deux carrières de Vigile et de Pelage seront étroitement associées, sauf un dissentiment pendant les derniers mois. Pelage avait des dons éminents : intelligence, fermeté, audace. Demeuré seul à Constantinople, après le départ des compagnons d'Agapit, il réussit en peu de temps à conquérir une situation très forte et à s'assurer des bonnes grâces de Justinien et de Théodora au point de les conseiller dans les affaires qui intéressaient la religion. Son influence s'étendait jusqu'à découvrir et faire nommer le candidat de son choix en qualité de patriarche d'Alexandrie.
Alexandrie fut l'écueil où il buta. Pelage se fourvoya dans la querelle origéniste, prit parti contre les doctrines du docteur alexandrin et de ses partisans, ce qui lui attira l'animosité d'un personnage fort bien vu à la cour, Théodore Askidas, origéniste notoire, qui jura de se venger et Origène avec lui de la condamnation que Pelage s'était mis dans le cas de ne pouvoir épargner à l'illustre Alexandrin. Ce fut Askidas qui imagina et monta toute l'affaire des Trois Chapitres à l'issue de laquelle Pelage faillit sombrer.
Entre temps il avait regagné Rome et, en sa qualité de diacre, y faisait grande figure. Pendant les angoisses du siège de la ville par Totila (546) il avait été le guide de l'Église romaine et la providence de la population. Fort riche de son patrimoine et de la fortune rapportée de Constantinople, Pelage avait pu soulager la misère des malheureux assiégés et, joignant le courage civique à la charité chrétienne, on l'avait vu aborder et solliciter — inutilement — le roi Totila en faveur de ses concitoyens. Sur le seuil de Saint-Pierre, le roi des Goths avait rencontré Pelage implorant sa pitié pour le Sénat et pour le peuple romain.
Ces occupations ne l'absorbaient pas au point de le détourner du conflit religieux et c'est à sa prière que le diacre Ferrand de Carthage, saint et savant personnage, avait consenti à prendre parti ; mais la politique avait saisi Pelage et ne le lâchait plus volontiers. Après la prise de Rome, Totila l'avait envoyé à Justinien pour lui offrir la paix ; ce ne fut qu'une apparition, il lui fallut regagner l'Italie et dans le courant de l'année 548 nous le retrouvons en Sicile.
Il était cependant bien nécessaire à Vigile auprès de qui on le retrouve aux heures difficiles. Il était près de lui et le soutenait de son courage lors des scènes de violence à Saint-Pierre in Hormisda et à Sainte-Euphémie de Chalcédoine ; près de lui encore lors de la rédaction du Constitutum qu'il contresigna. Enfin, conseiller repoussant toute concession pendant les journées de mai 553, peu écouté dès lors et bientôt emprisonné avec la permission d'épancher son dépit tout autant qu'il lui conviendrait 4. Il n'y manqua pas, mais il sut mettre la prudence nécessaire, épargnant Justinien, mais non Vigile à coup sûr, comme si c'eût été la revanche ou l'expiation d'une trop longue amitié. « La première de ces protestations, dirigée spécialement contre le dernier Constitutum, celui de 554, avait été rédigée, nous dit Pelage, à la demande de l'empereur lui-même ; c'était une sorte de justification opposée à Vigile qui menaçait de la condamner ; une autre, écrite aussi par Pelage, mais au nom de son collègue Sarpatus, emprisonné avec lui, avait suivi de près la précédente. Dans un troisième ouvrage, divisé en six livres et d'une étendue plus grande, Pelage entreprit le concile lui-même, dont la cour lui avait fait passer, soit les procès-verbaux entiers, soit seulement la partie qui regardait la discussion des Trois Chapitres, les sessions v et vi en particulier. Ce travail fut composé vers la fin de l'année 554 ou le commencement de l'année suivante. L'auteur s'est largement servi de l'ouvrage de Facundus, comme il le reconnaît expressément, et il use du Constitutum de 553, avec une familiarité qu'autorisait sans doute un droit de paternité. » 5 La mort de Vigile rendait nécessaire la nomination d'un successeur et, à Rome, on songeait au prêtre Maréas que son épitaphe représente comme orné de toutes les vertus et seul digne du pontificat :
Te quœrunt omnes, te sœeula nostra requirunt
Mais Maréas survécut trop peu à Vigile pour lui succéder ; il mourut avant la fin d'août 555 et la succession restant ouverte, Justinien fit porter son choix sur Pelage à qui il fit comprendre que l'heure était venue pour eux de s'entendre et à quel prix. Pelage y consentit. C'était affaire à sa conscience ; mais il signa les décrets qu'il avait combattus jus quelà et partit prendre possession du siège de Rome. L'accueil qui l'attendait en Italie était bien loin d'être réconfortant, chacun se détournait de lui, se scandalisait de son ambition et s'il réussit à recruter les quelques fonctionnaires et les clercs indispensab les à un simulacre d'élection au Latran, tout ce qui formait l'opposition le mit en quarantaine. C'est ce que le Liber pontificalis ne peut dissimuler : Monasleria et mulliludo religiosorum, sapientium et nobilium subduxerunt se a communione ejus. Cette répugnance se rencontrait jus que parmi les rangs de l'épiscopat italien qui se dérobait à la réquisition tellement que Pelage dut recourir au bon vouloir de Narsès, gouverneur militaire de l'Italie, pour recevoir la consécration épiscopale. L'évè que d'Ostie, consécrateurné des papes, se fit représenter par un simple clerc à la cérémonie à laquelle prirent part Jean, évè que de Pérouse et Bonus, évo que de Ferentino ; le troisième resta introuvable. La cérémonie s'accomplit à SaintPierre, le jour de Pâques, 16 avril 556. Arrivé là, « Pelage donna solennellement lecture d'une profession de foi habilement rédigée ', où il protestait de son attachement aux quatre conci les et spécialement au saint concile de Chaleédoine, de son zèle à défendre la doctrine exprimée dans les lettres des papes CéIestin, Sixte, Léon et leurs successeurs jusqu'à Jean II et Agapit. Tout ce qu'ils avaient enseigné, il l'enseignait ; tous ceux qu'ils avaient reçus comme orthodoxes, il les recevait également « et surtout les vénérab les évêques Ibas et Théodoret ». Pas le moindre mot du pape Vigile, du concile de 553, de Justinien et de ses édits. Le pape se contentait de faire allusion au zèle exagéré de quelques-uns, zèle qui n'était pas selon la science, que les personnes présentes, mieux avisées, devaient s'efforcer d'éclairer 2. » Pelage fit tous ses efforts pour reconquérir l'estime et l'affection de son clergé et du peuple et, à cet effet, il organisa une manifestation destinée à frapper les esprits. Ce fut une procession solennelle partant de la basili que de Saint-Pancrace pour se rendre à SaintPierre. Pelage et Narsès marchaient côte à côte en présence d'une grande foule. A l'arrivée dans la basili que, on tint au-dessus de Pelage, debout à l'ambon, la croix et l'évangile et il jura avec serment qu'il était innocent de tout ce dont on l'accusait, réprouva la simonie et promit que désor mais les dignités ecclésiastiques seraient données suivant la capacité et la moralité des candidats.
Les Romains, nous dit-on, furent satisfaits, et le pape put désor mais gouverner son Église comme si rien ne se fût passé. C'était la paix dans Rome, mais non partout. En Afri que, Victor de Tonnenna et Facundus d'Hermiane ne désarmaient pas et traitaient le pape avec un sans-gêne blessant. En Italie, l'épiscopat de Ligurie, d'Emilie, de Vénitie, d'Istrie et de Dalmatie repoussait la communion de Pelage, mais sur ce point celui-ci se montrait inflexible. Aux évêques de la Tuscia annonaire qui prétendaient s'abstenir de mentionner son nom dans les diptyques, le pape écrivit aussitôt d'avoir à se conformer à l'usage ancien et à le considérer comme pape légitime. Pour leur faciliter l'adhésion, il leur expédia sa profession de foi, leur proposant de venir à Rome s'ils souhaitaient de plus amp les explications 3.
Dans le nord de l'Italie la résistance fut plus sérieuse, les évêques de Milan et d'Aquilée rompirent tout rapport de communion avec l'Église romaine et aboutirent au schisme. Pelage sollicitait inutilement contre eux l'intervention de Narsès qui ne s'en souciait guère 4 pas plus que ses lieutenants, les patri ces Jean et Valérien, l'un en Vénétie, l'autre à Milan. Le pape les sollicitait de recourir à la force et d'expédier les deux évêques insoumis à Constantinople, tandis que leurs suffragants seraient étroitement surveillés et qu'il leur serait interdit de se réunir en concile. Tout cela n'allait pas sans l'accompagnement pres que inévitable d'écrits acerbes où le pape n'était pas ménagé. Et ce fut ainsi que pour s'assurer la bienveillance du roi des Francs, Childebert, à propos de la demande officielle du pallium pour l'évê que d'Arles, le pape se trouva amené à donner au roi des garanties sur sa propre doctrine 6 et, un peu plus tard, une profession de foi longue et détaillée » ; nonobstant ces protestations l'opinion des évêques francs restait soupçonneuse. Excédé, le pape écrivait à Sapaudus d'Arles : « Pour quoi ces récriminations ? Quand j'ai défendu les Trois Chapitres, n'étais-je pas avec la majorité des évêques ? J'ai changé de sentiment, c'est vrai, mais avec cette même majorité ; saint Pierre n'a-t-il pas cédé à la correction fraternelle de saint Paul ? Saint Augustin n'a-t-il pas écrit des rétractations ? Je me suis trompé, j'en conviens, mais n'étant encore qu'un simple diacre, dont l'opinion devait passer après celle des pontifes. Maintenant ils se sont déclarés. L'Afrique, l'Illyrie, l'Orient avec ses milliers d'évêques ont condamné les Trois Chapitres. C'est une folie que de s'écarter d'une telle sentence pour suivre quelques colporteurs de fausses nouvel les '. » En terminant sa lettre, le pape reprochait à l'épiscopat de la Gaule des abus qu'il devrait bien corriger au lieu de faire la leçon au Siège apostoli que.
Toutes ces âpres querel les s'apaisèrent quand le pape mourut (4 mars 561), mettant fin à une période douloureuse entre toutes dans l'histoire de l'Église romaine, dont le récit ne pouvait être écourté pour l'honneur même de cette Église. La figure de Pelage en sort grandie. « Nous savons déjà ce qu'il fut en 546, au milieu des horreurs du siège et de la famine, à la tête d'une population abattue et plongée dans le désespoir, en face de Totila, vainqueur et irrité. La même générosité, la même hauteur de caractère se retrouvent dans tous les actes connus de son trop court pontificat. Contentons-nous ici de recueillir, dans l'épitaphe consacrée à Pelage, une impression contemporaine sur cet homme si discuté de son vivant. Il faut se défier des épitaphes ; mais il y en a qui sont d'accord avec la vérité ; les larmes funèbres ne sont pas toutes de convention. Après quelques distiques pompeux, où l'on délaie l'idée que tout n'est pas mort en Pelage, le pauvre poète continue ainsi :
Rector apostolicœ fidei veneranda retexit Dogmata quœ clari conslituere Patres, F.loquio curans errorum scismate lapsos Ut veram leneant corde placata fidem « C'est le calvaire de Pelage, sa passion, son expiation si l'on veut, en tout cas son sacrifice :
Sacravit multos divina lege ministros Nil pretio jaciens iinmaculata manus.
« En d'autres termes, il fit beaucoup d'ordinations, d'évêques, de prêtres, de diacres, et il n'en tira aucun profit. Cela paraît tout simple : eu égard aux usages du temps, c'était de l'héroïsme. Son biographe, dans le Liber pontificalis, a relevé le même mérite : Pelage eut les mains nettes de toute simonie :
Captiims redimens, miseris succurrere promptus Pauperibus numquam parta negare sibi ;
Tristia participons, lœti moderator opitnus Alterius gemitus credidit esse suos.
« Voilà où allaient les trésors qui passaient par ces mains honnêtes. Toutes les douleurs retentirent dans le cœur de Pelage, toutes les blessures furent pansées
A.
XIV.
de sa ni.iiii. L'Eglise n'a point entouré sa tête de l'auréole des saints, mais l'histoire est tenue de lui faire une place parmi les grands papes de ces sièc les d'arrière-saison, de l'introduire au voisinage d'Agapit et de Grégoire le Grand l. » LXXXIII. Le pape Jean III et le patkice Nasses. — Entre le pontificat de Pelage et celui de Grégoire le Grand trois papes se succédèrent à Rome : Jean III (561-574) qui vit commencer en 568 l'invasion lombarde ; à sa mort, 13 juillet 574, la vacance du siège dura onze mois et Benoît Ier lui succéda le 2 juin 575 ; celui-ci vécut jusqu'au 30 juillet 579, « abîmé, dit le Liber pontificalis, dans les peines et la tristesse »2 ; il eut pour successeur Pelage II, natione Romanus, de pâtre Unigildo 3, par conséquent fils d'un Goth ; il fut pape du 26 novembre 579 au 7 février 590, ne connut guère que des épreuves et mourut victime de l'épidémie de la peste. Pendant cette période de près de trente années, on avait vu disparaître l'empereur Justinien (14 novembre 565) dont les quatre-vingt-deux ans n'avaient pas ralenti l'activité plutôt néfaste que bienfaisante à l'Église. Cette mort n'entraîna pas de conséquen ces immédiates pour Rome parce que son successeur Justin II, déjà âgé et fort étranger depuis longtemps à la métaphysi que et à la théologie, n'entendait pas s'y aventurer. Ce fut une période de calme jusqu'à l'avènement de l'empereur Tibère (578-582) à qui succéda Maurice (voir Dictionn., t. xiv, col. 751-754) dont le règne fut honorable et sordide, et la fin tragi que. Sous ces trois pontificats on connaît mal les relations des papes et des empereurs, faute de documents de la chancellerie pontificale. A Rome nous connaissons mieux quelques détails de la vie ecclésiasti que et de l'administration byzantine '. C'est alors qu'on voit paraître l'astre, mais un astre bien fugitif, de Narsès. Bon soldat et grand général, il mit fin à la guerre des Goths et reçut le haut commandement militaire des parties byzantines de l'Italie et la direction de l'administration civile. Narsès résidait au Palatin, d'où son autorité s'exerçait sur le pays tout entier ; mais il ne portait pas encore le titre d'exar que et n'en exerçait pas les fonctions. Après peu de temps, les accusations portées contre lui décidèrent son rappel, en 567, sa destitution ; mais sa disgrâce ne dura guère, le peuple de Rome et le pape Jean III réclamèrent son retour avec tant d'instan ces qu'il leur fut rendu, mais ce fut pour peu de temps, étant mort peu après 570.
Narsès vivait au Palatin parmi une cour nombreuse et opulente de quatre cents personnes. A l'exemple de Théodoric, il avait fait restaurer et embellir l'ancienne résidence impériale, quoiqu'on ne puisse lui attribuer avec certitude ni constructions ni réparations. On n'a guère retrouvé parmi les ruines dévastées et grandioses que des visages de l'épo que païenne. Il n'y a du Moyen Age, même du plus ancien, que des débris dispersés et fort rares 6. Si Théodoric et Narsès ont tourné leur sollicitude vers l'édifice, ils n'ont guère pu mieux faire que d'en conserver une partie seulement. Deux groupes seulement de bâtiments continuèrent d'être habités : celui qui fait face au Capitole et au Forum, et celui qui se trouvait à l'angle sud de la colline, près du studium palatinum, qui dominait la voie Appienne et qui est encore relativement dans un bon état de conservation (voir Dictionn., t. xm, col. 511-522, fig. 9384).
Narsès institua, à Rome, un monastère grec au lieu dit : ad Aquas Salvias, près de la route d'Ostie, à plus d'un mille romain au-delà de la basili que de SaintPaul, sur un embranchement de la voie d'Ostie, la voie Laurentienne qui conduisait à Laurentum sur la mer. On y découvrit, à la fin du siècle dernier, les fondations d'un petit temple païen, construit en tuf dans le voisinage des sour ces déjà connues des anciens et qui avaient donné son nom au lieu : Aquse Salvise, mais que plus tard la légende assura avoir surgi miraculeusement, lors de la décapitation de saint Paul, aux trois points où sa tête aurait rebondi '.
Au temps de Narsès, les apôtres Philippe et Jacques obtinrent l'honneur d'une magnifique église à Rome, imitée de l'église des Saints-Apôtres à Constantinople ; ce n'est d'ailleurs pas le seul monument du culte qui soit d'origine byzantine. En se dirigeant vers Rome par la porte d'Ostie on traverse le quartier particulier des Grecs, le long du Tibre, quartier qui dut aux succès remportés par Narsès un surcroît de vie et d'animation. Devant la basilique de Saint-Paul-hors-les-Murs un vaste cimetière recevait indistinctement Grecs et Latins dont les épitaphes grecques ont trouvé un abri dans le cloître du monastère actuel. Entre Saint-Paul et la porte d'Ostie se trouvait l'église du martyr saint Menas. Cette église est déjà signalée au Ve dans l'Itinéraire d'Einsiedeln ' et, beaucoup plus tôt, à la fin du VIe, saint Grégoire le Grand y prêcha une homélie sur l'Évangile 9. Un fragment d'inscription grecque, datée de 589, nous apprend l'existence à Rome d'une corporation (Γραμματεῖον τῶν Ἀλεξανδρέων) des Alexandrins qui éleva peu avant cette date un oratoire ou une église au « très saint » Menas dans un lieu non nommé 9. Enfin, avant d'atteindre à la porte d'Ostie, on rencontre près de la pyramide de Cestius l'oratoire dédié au diacre grec et martyr Euple de Catane, érigé vers le milieu du VIIe par le pape Théodore, natif de Jérusalem 10. La porte d'Ostie garde un souvenir christiano-byzantin sur un de ses arcs. Dans la ville, on rencontre l'église et le monastère en l'honneur de saint Sabas qui existait sous un vocable différent dès le IVe. Le centre de la colonie grecque à Rome se trouvait vers l'emporium et le forum boarium « ; nous touchons là à la basilique de Sainte-Marie in Cosmedin, nom grec qu'on retrouve à Constantinople, à Naples et à Ravenne. Sainte-Anastasie, Saint-Théodore, Saint-Césaire au Palatin trahissent dans leurs vocables une origine byzantine, Saint-Georges au Vélabre est restaurée ou reconstruite au VIIe sous Léon II, et on pourrait encore nommer les Saints-Côme-et-Damien, les Saints-Serge-et-Bacchus, etc.
Mais revenons à la basilique des apôtres Philippe et Jacques », située sur la route du Palatin aux thermes de Constantin, comme un monument du triomphe de Byzance. Sous Jean III, elle s'appelait ecclesia apostolorum Philippi et Jacobi « , et sous Hadrien I », ecclesia apostolorum in via Lala « ; elle devait recevoir les reliques des deux apôtres. Dès le Moyen Âge on raconta que Narsès avait dépouillé le forum de Trajan de ses colonnes pour édifier son église de prédilection, ce qui ne se fit que beaucoup plus tard, mais l'imagination populaire ne trouva pas de meilleure explication de la présence des colonnes en marbre pentélique dont quelques-unes se voient encore dans une chapelle latérale. En cet endroit se trouvait une petite église, consacrée par le pape Jules Ier (337-352), la basilica Julia ', qui fut reconstruite et agrandie sur le plan de l'Apostoléion de Constantinople. L'Apostoléion, bâti par Justinien sur plan cruciforme, avec des matériaux d'une richesse inouïe, remplaçait à Byzance une église constantinienne de même vocable. Narsès adopta le même plan cruciforme, ce qui, à Rome, formait, parmi les basiliques, une exception unique et, nous dit-on, in simililudinem crucis fabricant ejus brachiatam largissime inchoavit. Les vastes portiques qui entouraient l'église des Saints-Philippe-et-Jacques offraient une ressemblance nouvelle avec l'Apostoléion de Constantinople que nous savons avoir été entouré de Τρεπῖ6οXoi. Il a pu en être de même, avec quelques développements de moins, à Rome où Constantin avait élevé sur ce point des portiques en relation avec ses thermes voisins. Une aile portait expressément le nom de porticus Constantini et peut avoir été bâtie par cet empereur. L'œuvre commencée par Pelage Ier, ami et favori de Justinien, fut poursuivie et terminée par Narsès et consacrée par Jean III. Audessus de la porte de l'église une inscription exaltait les mérites des deux papes. Dans l'abside, une autre inscription glorifiait Jean III d'avoir pu accomplir une entreprise aussi magnifique malgré le malheur des temps, bien plus, « dans la ruine du monde » ; l'église, disait-on, avait été construite pour réunir le peuple chrétien dans le lieu saint, à l'abri de la dent dévorante du loup, et pour faire briller en ce lieu les lumières des apôtres Philippe et Jacques * :
Quisquis lector adest Jacobi pariler que Philippi Cernai apostolicum lumen inesse locis.
Toutes ces splendeurs inspirent des récits émerveillés, mais on a déjà pu en faire la remarque à maintes reprises, ces rutilantes descriptions nous décrivent des édifices plus magnifiques que solides et nous suivons leur histoire De en siècle, parfois de pontificat en pontificat, par la mention des restaurations qu'ils réclament. Deux siècles sont un long espace pour ces constructions et nous voyons ici que l'ouvrage de Jean III et de Narsès est demeuré étincelant sous Hadrien Ier, mais celui-ci et son prédécesseur ont été obligés de restaurer les portiques qui entouraient l'église3 ; plus tard Léon III sera amené à s'occuper spécialement du quadriportique en avant de la basilique 4.
Quand l'église fut achevée, Jean III en fit la dédicace, probablement le 1er mai ; c'est du moins ce que l'on peut conclure de l'union en ce jour, dans le martyrologe hiéronymien, des apôtres Philippe et Jacques ; on y lit ceci : In Phrygia, Hierapoli, natale sanctorum Philippi apostoli et Jacobi ; or Philippe seul était mort à Hiérapolis. Aujourd'hui encore on fête les deux apôtres à cette date.
Le pape Jean III eut un mérite trop peu connu.
Romain, il porta un attachement et un respect profonds aux cimetières souterrains qui avaient reçu pendant des siècles tragiques la dépouille des martyrs et des autres fidèles. Le Liber pontificalis ouvre sa notice par ces mots : Hic amavit et restauruvit cymiteria sunctorum marlyrum. Hic instiluil, ut oblalionem et amula et luminaria in easdem cymiteria per omnes dominicas in Lateranis minislraretur 5 : « Il aima et restaura les cimetières des saints martyrs. Il établit que tous les dimanches le Latran pourvoirait ces cimetières de l'oblation, du vin du sacrifice et du luminaire. » Cette décision fut observée pendant plus de deux siècles et on célébra la messe dominicale dans chaque église élevée sur une catacombe6. Le prêtre était attaché au « titre » urbain dont dépendait le cimetière, le Latran était appointé pour le reste. Mesure d'une inspiration vraiment pastorale en ce qu'elle facilitait à la population dispersée hors de Rome l'accomplissement du devoir dominical. C'est ainsi que sous le pontificat de saint Grégoire (590-604) nous voyons un prêtre se rendre chaque dimanche à la catacombe de Saint-Pancrace sur la voie Aurélienne pour célébrer la messe dans l'église au-dessus du cimetière7 et Jean III n'avait fait que remettre en vigueur le système appliqué autrefois d'après lequel les cimetières hors de Rome étaient commis à la garde des « titres » les plus rapprochés. Cet usage se conserve jusque dans le Moyen Âge avancé, malgré tous les changements.
Jean III ne s'en tint pas là, il veilla à l'embellissement des lieux sacrés. On a attribué avec vraisemblance à son impulsion certaines décorations qui subsistent encore de nos jours dans la crypte de saint Corneille de la catacombe de Calliste (voir Dictionn., t. n, col. 1189, fig. 2718 ; col. 2983, fig. 3327 ; cf. fig. 3319). Ce sont deux évêques de Rome : Sixte II et Corneille, et deux évêques d'Afrique, Cyprien de Carthage et Optât de Milève, vêtus de même, c'est-à-dire portant l'habit des sénateurs de l'époque en tenue ordinaire : tunique à manches, dalmatique et psenula ou planeta ; pallium de laine blanche à croix noire jeté sur les épaules. Peut-être fut-ce Jean qui ordonna la restauration de la crypte (fig. 3319) telle qu'on la retrouve en 1852. Lors des difficultés qu'il eut avec Narsès, le pape se retira au cimetière de Prétextât (voir Dictionn., t. xiv, à ce nom) et habitavit ibi multum temporis, ut etiam episcopos ibidem consecraret 9 ; il y vécut non pas sous terre, mais dans quelque bâtiment dont on a retrouvé des vestiges.
LXXXIV. L'invasion des Lombards en Italie. — Narsès avait eu peu à se louer de ses maîtres byzantins ; revenu à Rome il prépara sa vengeance. Le Liber pontificalis l'accuse d'avoir écrit aux Lombards pour les attirer en Italie : Nurses scripsil genti Langoburdorum ut venirent et possiderent Italiam 10. Paul Warnefrid a recueilli cette accusation et il ajoute que Narsès envoya aux Lombards campés en Pannonie et sur le bas Danube des fruits d'Italie pour séduire et convaincre les envahisseurs : multimoda pomorum gênera aliarum que rerum species, quorum Italia ferax est11 ; il parle aussi, comme avant lui Frédégaire 12, de la menace adressée par Narsès à l'impératrice Sophie : talem se eidem telam ordilurum qualem ipsa, dum viveret, deponere non posset u. Quoiqu'il en soit de ces récits, c'est au mois de mars 568, sous le pontificat de Jean III, qu'à la guerre gothique, à peine terminée, succéda l'invasion lombarde l. Conduite par le roi Alboin, cette cohue entra en Italie par le pas de Predil. Nous avons esquissé l'allure de cette conquête (voir Dictionn., t. ix, col. 2276-2278) qui, retardée par le long siège de Pavie, menaçait l'Italie méridionale laquelle fut épargnée grâce à l'anarchie régnant parmi les envahisseurs, hideux ramassis de Gépides, Saxons, Alamans, Suèves, qu'on a décoré du nom de Lombards ; c'est au manque de plan et d'unité d'action que Rome évita de tomber entre leurs mains. Il est vrai que pour les provinces abandonnées à l'ennemi ces dix années n'en furent que plus atroces : Regionibus ingressi (Langobardi), maxime per septem annos pervagantes, spoliatis ecclesiis, sacerdotibus interfectis, in suam redigunt potestatem 2. En 589, les Lombards assaillirent et dévastèrent le Mont-Cassin dont les moines s'enfuirent à Rome, où leur installation près du Latran amena un essaim monastique et en popularisa les usages.
Après la mort de Jean III, il fallut un interrègne de onze mois pour l'élection du pape Benoît Ier (2 juin 575) dont le pontificat s'écoula « dans la douleur et la tribulation », dit le Liber pontificalis. On considéra comme une bénédiction providentielle d'échapper à la famine par l'arrivée d'Égypte de la flotte de l'annone3 ; le trésor pontifical était réduit à bien peu de chose. En 579, le patrice Pamphronius porte de Rome à Constantinople 300 livres d'or afin d'obtenir du basileus une assistance efficace qui lui fut refusée. Il rapporta son or qu'on lui conseilla d'employer pour corrompre les généraux lombards.
Byzance, alors absorbée par sa guerre contre les Perses, s'en tirait à moindres frais par l'envoi d'un joyau d'orfèvrerie, cette belle croix reliquaire dont l'inscription fait allusion au secours céleste que Justin II voudrait par ce moyen procurer à la ville (voir Dictionn., t. xn, col. 2467-2468, fig. 9143, 9144) :
Ligno quo Christus humanum subdidit hoslem dat Romœ Justiiius opem et socia deeorem.
Cette croix est le plus ancien et le plus remarquable ex-voto de ce genre conservé au trésor de Saint-Pierre. A l'été de 579, les Lombards vinrent attaquer Rome et quelques jours après le pape Benoît Ier mourut (30 juillet) ; on lui donna pour successeur Pelage II (26 novembre 579) qui fut consacré pendant que l'ennemi était sous les murs. L'occasion s'offrait favorable de s'affranchir du consentement impérial imposé par Justinien à la papauté romaine, obligée de soumettre la confirmation des élections pontificales, ce qui exigeait l'envoi d'une mission, de gros frais et beaucoup de temps. En outre, les relations entre Rome et Constantinople et entre Rome et Ravenne étaient à peu près inexistantes ; on se libéra d'une entrave gênante et on procéda à la consécration de Pelage II sans délai ni autorisation : Hic ordinatur absque jussione principis, eo quod Langobardi obsédèrent civitatem Romanam et multa vastatio ab eis in Italia fieret. Il se pourrait que les 300 livres d'or non employées par Pamphronius aient trouvé leur emploi par le savoir-faire de Pelage II qui sut décider les Lombards à s'éloigner des murs de Rome. Le pape parle plus tard (584), dans une lettre à l'apocrisiaire Grégoire, de serments faits par les Lombards de s'abstenir d'entreprise contre Rome. La situation demeurait incertaine. Aussitôt après le départ des assiégeants, le pape envoya une ambassade à Constantinople pour en obtenir du secours et s'entendre sur les futures élections pontificales. L'empereur Tibère nomma un commandant supérieur et envoya quelques troupes : appui illusoire et Pelage II se tourna alors vers la nation franque : Nec enim credimus otiosum nec sine magna divinae providentiae admiratione dispositum, quod vestri reges Romano imperio in orthodoxae fidei confessione sunt similes, nisi ut huic urbi, ex qua fuerat oriunda, vel universae Italiae finitimos adjutores praestare. (5 octobre 580).
LXXXV. Le pape Grégoire le Grand. — Son pontificat marque une des principales étapes de l'histoire de la papauté, et s'il fut tel, c'est que la personnalité de Grégoire était celle d'un homme éminent dans l'action et le gouvernement. Venu dans le monde à une époque difficile et douloureuse, il s'y montra supérieur aux événements dans plusieurs domaines, à la fois homme d'Église et homme d'État, apte à diriger, capable d'organiser, digne de découvrir dans son champ d'action particulier encore qu'immense, la voie politique et religieuse à suivre et à exploiter par l'Occident et principalement par l'Italie. Jeté par la vie à une époque de transition, il assiste à la disparition définitive de l'antiquité chrétienne et préside sans émotion apparente à l'apparition du christianisme médiéval.
Né à Rome vers 540, Grégoire appartenait à une vieille famille patricienne, profondément chrétienne, qui, avec une longue série de sénateurs, avait compté déjà deux papes et plusieurs religieuses. Il entra dans l'administration impériale, où il fit promptement une brillante carrière. A trente-quatre ans il était préfet de Rome, c'est-à-dire le premier personnage civil de la vieille capitale.
Malgré l'éclat de sa carrière, il rêvait d'autre chose. Dès son adolescence, nous dit-on, il s'était « voué à Dieu ». De plus en plus, il se sentait attiré vers la vie contemplative. Pourtant, il eut quelque peine à rompre avec le monde : « J'ai longtemps, dit-il, différé la grâce de la conversion... Les habitudes prises m'enchaînaient, et je ne me décidais pas à changer ma vie extérieure. » Il s'y décida enfin. Il abandonna sa carrière, fit ses adieux au monde, mais sans rien brusquer, sans quitter Rome. Il ne quitta même pas la maison familiale, située sur le Celius au Clivus Scauri, qu'il avait héritée de son père, et qu'il se contenta de transformer en monastère. Il y vécut en moine, sous la discipline d'une règle et la direction d'un abbé. Il y fut, nous dit-il, parfaitement heureux.
Cela dura environ cinq ans. En 579, dès le début de son pontificat, le pape Pelage II arracha à sa retraite l'ancien préfet, devenu le moine Grégoire, l'ordonna diacre un peu malgré lui, et l'envoya aussitôt à la cour de Constantinople en qualité d'apocrisiaire, c'est-à-dire de nonce. Grégoire y resta en fonctions six ou sept ans. Il y fut accrédité successivement auprès des empereurs Tibère II et Maurice, qui lui témoignèrent beaucoup d'égards.
Devenu nonce par la volonté du pape, Grégoire ne renonçait pas pour cela à la vie monastique. Il avait emmené avec lui plusieurs moines de son monastère romain, y compris l'abbé, le prêtre Maximianus. Il vivait avec eux comme à Rome. La nonciature semblait une colonie de la modeste communauté du Clivus Scauri.
Ce nonce, qui ne savait pas le grec, et qui ne fut jamais qu'un honnête théologien, ne se mêlait guère aux controverses doctrinales qui passionnaient Constantinople. Un jour cependant, il crut devoir prendre à partie le patriarche Eutychios, qui, dans un ouvrage récent, avait développé des idées peu orthodoxes sur la résurrection. A ce sujet, il eut avec lui des discussions, qui durent être assez vives, puis que l'empereur Tibère intervint. Le prince manda les deux adversaires, pesa leurs arguments, et donna raison à Grégoire. Eutychios lui-même, qui ne survécut guère à cet incident, se rétracta avant de mourir.
Dans ses fonctions diplomatiques, le nonce montrait autant d'habileté que d'énergie. En 584, conformément aux instructions du pape Pelage II, il négocia avec le gouvernement impérial pour obtenir qu'on se décidât à protéger sérieusement l'Italie byzantine contre les menaces et les incursions des Lombards. Rome, qui n'avait même pas de garnison, était à la merci d'un coup de main. L'exarque déclarait qu'il ne pouvait rien pour elle, les troupes dont il disposait lui permettant à peine de défendre la région de Ravenne. On pressait donc l'empereur Maurice d'envoyer à Rome un chef militaire, dux ou magister militum, sans quoi tout était à craindre. Malheureusement, l'empereur lui-même n'avait pas trop de toutes ses forces pour la guerre contre les Perses. Nous ne savons ce qu'obtint le nonce. Mais la situation s'améliora ; et la paix fut rétablie pour quelque temps en Italie.
Grégoire avait, à Constantinople, de nombreux amis, qui, toujours, lui restèrent fidèles. Parmi eux, Théodore, médecin de l'empereur ; Philippe, comte de la garde ; le patrice Narsès, illustré par ses victoires sur les Perses. Des femmes d'élite, comme Dominica et Gregoria, dames d'honneur de l'impératrice, comme la patricienne Rusticiana, une Romaine réfugiée à Constantinople. Des princesses de la famille impériale : Theoctista, fille de Tibère II et femme de Maurice. En ces temps-là, le futur pape fut un directeur de consciences, surtout de consciences féminines.
Au premier rang des amis du nonce, on doit citer le moine espagnol Léandre, le futur évêque de Séville. Celui-ci se trouvait alors à Constantinople, chargé d'une mission politique par le prince wisigoth Herménégild, récemment converti au catholicisme, qui cherchait à s'assurer l'appui des Byzantins contre son père, le roi arien Léovigild. Grégoire se lia d'une étroite amitié avec Léandre, qui avait les mêmes goûts, et avec qui il aimait à s'entretenir pour oublier le souci des affaires.
Malgré tout le nonce avait donc quelques loisirs. Il les occupait à des travaux sur l'Écriture. Il commença alors son célèbre commentaire du livre de Job, qu'il devait terminer seulement à Rome, après son avènement.
Il était depuis plus de six ans à Constantinople, quand il fut rappelé à Rome par le pape Pelage II, vers le début de 586. Sans hésiter, il reprit place dans son monastère du Clivus Scauri, avec rang de simple moine. Dans un acte daté du 28 décembre 587, acte de la donation faite par lui à son monastère, et où figure encore comme abbé le prêtre Maximianus, l'ancien nonce se qualifie « indigne diacre du Siège apostolique ». On n'est pas plus modeste.
Dans les années suivantes, Grégoire paraît avoir été chargé de quelques missions par le pape, notamment pour tenter une réconciliation avec les évêques schismatiques d'Istrie. Mais il se plaisait surtout au Clivus Scauri, où il poursuivait ses études sur les Écritures. Il commentait alors pour ses confrères l'Heptateuque, les Rois, les Proverbes, le Cantique, les Prophètes : commentaires dont rien ne nous est parvenu.
En 589, Rome fut dévastée par les inondations, que suivit une terrible peste. Atteint par l'épidémie, le pape Pelage II mourut en janvier 590. On procéda presque aussitôt à l'élection de son successeur. Clergé, Sénat, peuple, tous acclamèrent la candidature du diacre Grégoire, qui, malgré ses protestations, fut élu à l'unanimité. Depuis Justinien, on attendait ordinairement l'approbation de l'empereur avant d'ordonner le nouveau pape : cette fois, par suite de diverses circonstances, la confirmation impériale tarda beaucoup et n'arriva qu'au bout de six mois. Dans l'intervalle, en face des Lombards et de la peste, on n'avait pu se passer d'un chef. Tout en persistant à décliner le redoutable honneur qu'on voulait lui imposer, Grégoire avait dû prendre la direction de l'Église romaine, veillant à la sécurité de la ville et à l'approvisionnement en blé, prêchant en pleine peste pour raffermir les courages, dirigeant de grandes processions pour désarmer la colère divine.
En même temps, il écrivait à l'empereur Maurice pour le supplier de ne pas ratifier son élection ; il multipliait les démarches auprès de ses amis de Constantinople ou d'ailleurs. Tout fut inutile : vers la fin de l'été, on reçut à Rome la confirmation impériale. Grégoire voulait se dérober par la fuite : on le consacra de force, le 3 septembre 590, dans la basilique de Saint-Pierre. Il se résigna ; mais, aux félicitations, il répondit par des lamentations, regrettant d'avoir été arraché à sa vie de méditation et de prière. Il écrivait à Léandre de Séville : « Le labeur de ma charge pastorale m'écrase à ce point, que j'ai plutôt envie de pleurer que de parler... En pleurant, je me rappelle le tranquille rivage du repos que j'ai perdu !... » De cette élection, il ne s'est jamais consolé tout à fait. Cependant, ses électeurs et ses amis avaient raison contre lui. Témoin l'histoire de son pontificat, ce pontificat qui a duré seulement quatorze ans, mais qui a été si fécond en grandes pensées et en grandes choses. Témoin le rôle religieux ou politique que Grégoire le Grand a joué dans son Église de Rome, dans toute l'Italie, en Occident, en Orient, dans presque tout le monde chrétien.
Avant de voir le pape à l'œuvre, essayons de nous représenter ce qu'était l'homme.
Grégoire était, sinon de nature, du moins de goûts, un contemplatif, dont les circonstances et le sentiment du devoir firent un homme d'action. Toujours hanté par l'idée du salut et de la fin imminente du monde, il y subordonnait tout. Jeune encore, il avait abandonné une brillante carrière administrative, pour vivre dans la méditation et la prière. Après sa nonciature, il avait repris sa place, la plus humble dans son monastère. Élu pape malgré lui, il prétendait ne rien changer à sa vie ascétique ; il fut le premier des papes moines. Tout en remplissant tous ses devoirs, il protestait en secret contre l'honneur souverain qui lui avait imposé des tâches multiples et de lourdes responsabilités.
D'autant plus lourdes, que son corps secondait mal son âme. De santé très délicate, il fut tourmenté presque sans trêve par la maladie. Depuis sa jeunesse, il souffrait de terribles gastralgies, qui parfois allaient jusqu'à la défaillance, qui souvent le rendaient aphone, l'empêchant de prêcher, même de jeûner. Plus tard, il fut à demi paralysé par la goutte, qui l'immobilisait dans son lit pendant des mois et des années. Il devint si maigre, qu'il était, disait-il, « desséché comme un mort dans son tombeau ».
Malgré les trahisons de son corps, il avait une merveilleuse puissance de travail, la volonté, l'énergie d'un homme d'action, surtout d'un grand administrateur. Il avait le sens pratique, une vue claire des choses, le sentiment du possible, l'habileté à profiter des circonstances, l'autorité, avec le don plus rare de faire aimer cette autorité. Il avait l'esprit de décision, et trouvait les paroles qui entraînent les actes. Il écrivait un jour à son nonce de Constantinople : « Je suis prêt à mourir, plutôt que de voir amoindrir, moi vivant, l'Église du bienheureux Pierre. » Au moment de ses démêlés avec le patriarche de Constantinople, il disait : « J'irai droit devant moi, ne craignant que Dieu. » Dans les petites choses comme dans les grandes, il se montrait net et ferme, mais sans sévérités hors de propos, plus soucieux d'avertir et de prévenir que de punir.
Comme administrateur, son originalité est d'avoir introduit ou rétabli ou affermi dans l'Église les traditions de discipline et d'équité qu'il avait trouvées ou cru trouver dans l'État. Romain de race et de tempérament, patricien de naissance et d'éducation, il se souvint toujours qu'il avait été préfet de Rome. Il mit au service de l'Église, avec son expérience des affaires, les qualités qu'il avait acquises ou développées au service de l'administration impériale. Dans ses fonctions de pape, il eut d'un vrai magistrat le désintéressement, le respect de la loi et de tous les droits, la méthode, le goût de l'ordre, le souci du détail, le sens de la justice et de la responsabilité.
Mais tout cela, chez Grégoire, prenait un aspect nouveau sous l'influence de sa foi chrétienne. Il respectait surtout dans la loi romaine, une adaptation humaine de la loi divine, dans le pouvoir civil, l'autorité que les princes ou les magistrats tenaient de Dieu ; dans la justice des hommes, celle du Christ. Si lui-même ne sacrifiait rien de son autorité, il l'exerçait uniquement au nom de l'Église ; il se montrait toujours d'une singulière modestie en ce qui le concernait personnellement. Pour lui, la dignité de successeur de saint Pierre se conciliait fort bien avec l'humilité chrétienne. Dans ses lettres, il se qualifiait volontiers de serviteur des serviteurs de Dieu, servus servorum Dei. Toujours il repousse le titre, que beaucoup lui donnaient, d'évêque universel, episcopus universalis.
Un jour, le pape Grégoire déclara qu'il avait toujours eu mauvais caractère. En effet, on constate chez lui des alternatives de longues patience et de brusques éclats, de dures exigences et de charitables réparations. Il manquait parfois de mesure ; il avait des accès de vivacité, des intransigeances farouches en face de certaines fautes ou de certaines trahisons. Pour s'en étonner, il faudrait ignorer que les saints, avant d'être des saints, ont été des hommes. Au pape qui s'accuse de mauvais caractère, répondent ses propres lettres qui attestent sa patience et sa bonté. Lui qui était si économe, et qui vérifiait les comptes de tous ses agents, il devenait prodigue pour les aumônes. Il avait le culte de l'amitié : témoin ses lettres à ses vieux amis de Constantinople, ou encore à Marinianus de Ravenne, à Euloge d'Alexandrie, à Léandre de Séville. Il avait pour eux de bien touchantes attentions. Il s'inquiétait de leur santé ; s'ils étaient malades, il leur envoyait des ordonnances de médecins, il leur défendait de jeûner, il voulait les soigner lui-même. Il invitait un général qui s'ennuyait, à venir lire avec lui les Livres saints. A l'évêque de Clusium, qui était pauvre, il envoyait un manteau d'hiver.
Vivacités ou intransigeances à part, ce qui frappe surtout chez Grégoire le Grand, c'est l'équilibre de ses facultés. C'est probablement ce qui lui a permis, malgré sa santé lamentable, de mener à bien tant de choses et de si diverses, de concilier ses multiples tâches de pontife et d'administrateur, de diplomate et d'organisateur de missions, avec ses travaux d'écrivain, avec le culte de l'amitié, avec le souci constant de sa vie intérieure et de sa propre sanctification.
Dès le début de son pontificat, Grégoire donna sa mesure dans ses fonctions d'évêque de Rome. Il se révéla aussi comme un administrateur éminent, énergique et avisé, hardi réformateur.
Avant tout, il se préoccupa de restaurer dans son Église le principe d'autorité, d'imposer à tous les clercs le respect de la discipline. L'archidiacre Laurentius avait mauvaise réputation : il fut déposé pour son orgueil et ses méfaits ». Certains diacres, fiers de leur belle voix, ne songeaient qu'à la « travailler » pour briller aux offices : on interdit le chant aux clercs d'ordre supérieur, en rappelant les diacres à leurs fonctions, au service de l'autel et des pauvres. Alors, dit-on, pour recruter les chantres, on institua la première Schola cantorum.
Soucieux de réprimer tous les abus, Grégoire interdit formellement tous les petits trafics, familiers à l'administration impériale, qui avaient gagné jusqu'au Latran : gratifications ou cadeaux plus ou moins exigés pour les ordinations, pour les diplômes, pour le pallium, pour l'honneur d'une sépulture dans une église.
Il réorganisa le service des aumônes, réparti entre les diaconies des sept régions ecclésiastiques de Rome. Il fit établir un registre, conservé plus tard dans les archives du Latran, où étaient inscrits les noms de toutes les personnes qui recevaient des secours, avec l'indication de leur résidence et la date de l'allocation.
Pour mieux assurer l'administration de son palais, il voulut avoir toujours près de lui un homme sûr, à qui il pût s'en rapporter pour le détail, et qui pût, au besoin, le remplacer. Il confia l'intendance du Latran à un vice-dominus ou vidame perpétuel, un diacre, qui devint vite le lieutenant du pape, et joua le rôle tenu jadis par l'archidiacre. Une autre petite réforme eut pour objet le recrutement du personnel attaché au palais : le service particulier du pape, où avaient été admis jusque-là de jeunes laïques, fut réservé dès lors à des clercs ou à des moines.
On attribue encore à Grégoire le Grand diverses réformes dans la liturgie de l'Église romaine : des retouches à l'ordinaire de la messe ; la composition du Sacramentaire dit grégorien et d'un Antiphonaire ; la réglementation des stations aux basiliques et aux tombes des martyrs ; enfin l'institution du chant dit grégorien. Mais en raison de multiples remaniements, il n'est guère possible aujourd'hui de distinguer en ces domaines la part de Grégoire le Grand et celle des papes qui l'ont précédé ou suivi. Il ne semble pas douteux néanmoins que son rôle, ici encore, ait été fort important. Quant aux hymnes mises sous son nom, on admet généralement qu'elles ne sont pas de lui.
Une des fonctions les plus absorbantes du pape était d'administrer le « Patrimoine de saint Pierre », vaste domaine foncier constitué depuis le Ve, qui faisait de l'Église romaine une véritable puissance financière. En Italie, le « Patrimoine » se trouvait surtout en Toscane, en Campanie, dans les régions de l'Est et du Sud. Il s'étendait aussi sur la Sicile, la Sardaigne, la Corse, la Provence, la Dalmatie, l'Afrique.
L'importance du « Patrimoine » avait amené les papes à constituer, pour le faire valoir, une administration spéciale, qui avait pour chef, à Rome, un intendant général (dispensator Ecclesiae), dans chaque pays un intendant régional (rector) et de nombreux agents, des fermiers (conductores), chargés de faire rentrer les redevances dues par les tenanciers. L'exploitation du « Patrimoine » fournissait à l'Église romaine la plus grosse part de ses revenus. Pour prévenir ou réprimer des abus de tout genre, le pape devait surveiller de près cette administration.
Grégoire le Grand n'y a pas manqué. On le voit à l'œuvre dans sa correspondance, où il apparaît comme un administrateur éminent, actif, avisé, clairvoyant, aussi juste que ferme. Il contrôle tout par lui-même, vérifie les comptes dans le détail. Il choisit le recteur de chaque province, lui donne ses instructions, lit tous les rapports, y répond par des observations ou des ordres. Il trouve moyen de concilier des intérêts qui ne sont pas toujours d'accord, ceux des fermiers et ceux des colons, ceux de la caisse de l'Église et ceux de la justice ou de la charité. Enfin, il tient à jour le Polypticus, état des revenus du « Patrimoine de saint Pierre », dressé par le pape Gélase et conservé au Latran.
Malgré sa vigilance d'administrateur, malgré la richesse du Patrimoine, Grégoire avoue qu'il a bien de la peine à équilibrer le budget de son Église. Non seulement il doit entretenir son clergé, ses monastères, ses pauvres, mais encore il est forcément le banquier bénévole et jamais remboursé de l'empereur, qui laisse à sa charge l'approvisionnement de la population, même la solde des troupes et les tributs à payer aux Lombards.
Ces Lombards ont été le cauchemar de Grégoire le Grand. En 568, ils avaient envahi l'Italie. En quatre ans, ils avaient occupé tout le Nord jusqu'à l'Apennin. Ils avaient fait de Pavie leur capitale. Plus tard, ils s'étaient étendus jusqu'à Bénévent. L'autorité de l'empereur d'Orient ne se maintenait que dans certains territoires, plus ou moins isolés pour la plupart, administrés par un dux ou un magister militum, sous le contrôle d'un exarque résidant à Ravenne. C'étaient l'exarchat proprement dit (région de Ravenne), la Pentapole (autour de Rimini), la Vénétie, l'Istrie, la Ligurie, Rome, Naples et le Sud-Est de la péninsule. La Dalmatie et la Sicile étaient rattachées directement à Constantinople.
Dans les premières années du pontificat de Grégoire, la situation de Rome était critique. L'empereur, paralysé par ses guerres d'Orient, ne pouvait agir sérieusement contre les Lombards ; et il ne voulait pas traiter avec eux, pour ne pas renoncer à ses possessions d'Italie. D'où la politique paradoxale de l'exarque de Ravenne : ce n'était ni la guerre ni la paix. Rome était sans cesse menacée par Ariulfe, duc lombard de Spolète. Or on avait enlevé à la ville presque toute sa garnison ; les quelques soldats qu'on lui avait laissés, ne touchant plus leur solde, se mettaient en grève et consentaient tout au plus à monter la garde sur les remparts.
Le pape aurait voulu négocier avec Ariulfe ; mais on lui interdisait de faire la paix. Malgré tout, par la force des choses, il se substituait à l'exarque défaillant. Il cherchait à se concerter avec les officiers byzantins qui commandaient encore des troupes. Enfin, Rome fut sauvée par la retraite inopinée d'Ariulfe. Mais l'année suivante, en 593, c'est Agilulfe, le roi des Lombards qui vint en personne assiéger Rome. On raconte que Grégoire alla au devant d'Agilulfe, comme saint Léon au devant d'Attila, et obtint la paix. Mais cette paix, il dut l'acheter en promettant aux Lombards un tribut annuel.
Puis, cette paix si chèrement achetée n'était qu'une trêve, et ne concernait que Rome. Dans les années suivantes, le pape déploya une activité extraordinaire pour amener les adversaires à conclure une paix véritable qui s'étendrait à toute l'Italie. Chose singulière, il eut beaucoup moins de peine à convaincre le roi barbare que l'empereur et ses agents. A la cour de Pavie, il avait une alliée puissante, la reine Théodelinde, qui était catholique ; Agilulfe se montrait disposé à traiter, et acceptait des conditions raisonnables. Au contraire, l'exarque Romanus restait intransigeant. La guerre continuait ou menaçait partout, sauf autour de Rome ; et le pape ne craignait pas d'exhorter les évêques à organiser eux-mêmes la résistance par les armes. C'est seulement après la mort de Romanus qu'on put négocier sérieusement, et que la politique du pape prévalut à Ravenne. Dans l'automne de 598, le nouvel exarque et le roi des Lombards conclurent une paix générale pour toute l'Italie. Paix provisoire encore, rompue en 601, mais bientôt rétablie sous la forme d'une longue trêve. Quand Grégoire le Grand mourut en 604, il put avoir l'illusion d'avoir enfin donné la paix à l'Italie.
Outre l'Église de Rome, le pape avait sous son autorité ou son contrôle direct les régions dites suburbicaires qui formaient son ressort métropolitain : c'est-à-dire une partie de l'Italie centrale et toute l'Italie du Sud, avec la Sicile, la Sardaigne et la Corse. La correspondance de Grégoire montre avec quelle vigilance il exerçait en ces régions ses droits de métropolitain.
Il se constituait le tuteur des Églises de son ressort, en surveillait de près l'administration, recevait les plaintes, ordonnait des enquêtes, demandait des comptes à l'évêque, et, au besoin, n'hésitait pas à le déposer. S'il le jugeait utile, il envoyait dans un diocèse un inspecteur (visitator), avec des instructions précises et des pouvoirs étendus. En cas de vacance du siège épiscopal, il déléguait un représentant pour présider à l'élection, recommandait parfois son candidat, contrôlait la régularité des procédures, vérifiait les titres de l'élu qu'il n'acceptait pas toujours, consacrait à Rome le nouvel évêque. On le voit appliquer des réformes importantes, réunir deux diocèses ou deux monastères, instituer à Syracuse un vicaire apostolique pour la Sicile. Chaque année, pour la fête de saint Pierre et le concile, il convoquait à Rome les évêques de son ressort. Sans empiéter sur les droits de ses collègues, il rendait plus étroite la centralisation métropolitaine imposée aux régions suburbicaires.
Dans l'Italie du Nord qui avait des métropolitains particuliers, à Milan, à Aquilée, à Ravenne, le pape ne pouvait agir ordinairement que par l'intermédiaire de ces métropolitains, et en sa qualité de successeur de saint Pierre. Là, Grégoire parlait sur un autre ton ; c'est surtout par sa diplomatie qu'il espérait arriver à ses fins.
Il n'y parvint pas toujours. Il essaya vainement de rallier les évêques schismatiques d'Aquilée et d'Istrie, séparés de Rome depuis l'affaire des Trois Chapitres ; il dut battre en retraite devant le mauvais vouloir de l'empereur Maurice. A Ravenne, il n'eut qu'à se louer de ses rapports avec les deux évêques qui occupèrent successivement le siège pendant son pontificat : Jean, qui était de ses amis, et à qui il a dédié son Pastoral ; Marinianus, qu'il avait fait élire, qu'il avait ordonné lui-même, et qui était un ancien moine de son monastère du Clivus Scauri. Il s'est servi d'eux pour ses démarches auprès de l'exarque de Ravenne. De même, à Milan, il a trouvé dans l'évêque Constantius un précieux auxiliaire pour ses négociations avec le roi des Lombards.
A Milan comme à Ravenne, les interventions de Grégoire relevaient surtout de la politique. Dans la Haute-Italie, la présence toujours menaçante des Lombards et l'inertie de l'exarque paralysaient ses efforts et compromettaient jusqu'à l'union des Églises. De ce côté, le pape eut bien des déboires. Dans ses ouvrages et ses lettres, il se lamente à tout propos sur les malheurs de Rome et de l'Italie, où il voyait des signes précurseurs de la fin du monde. Clairvoyant comme il l'était, il comprenait que l'on aurait dû chasser les barbares ou traiter définitivement avec eux ; or il constatait qu'à Constantinople on ne voulait sérieusement ni l'un ni l'autre. Il s'en exaspérait, maudissant cette barrière qui coupait l'Italie en deux, et qui lui enlevait une partie de son domaine religieux. En revanche, cette exaspération chronique n'a pas peu contribué à développer en lui le patriotisme italien.
Hors de l'Italie, la politique de Grégoire, les moyens employés et les chances de succès, variaient nécessairement suivant les régions et les traditions des Églises locales, surtout selon l'attitude des maîtres du pays, empereur byzantin ou rois barbares. A ce point de vue, comme à d'autres, l'Orient et l'Occident étaient deux mondes à part.
En Orient, la politique des papes devait compter alors avec les ambitions rivales des quatre patriarches de l'Empire, dont relevaient les diverses provinces ecclésiastiques : les patriarches de Constantinople, d'Antioche, de Jérusalem, d'Alexandrie. Elle devait compter surtout avec l'autorité despotique de l'empereur, qui se mêlait trop des affaires d'Église. De ce côté, Grégoire n'eut pas trop de toute sa diplomatie et de toute sa ténacité pour faire accepter ou respecter les privilèges romains, hérités de saint Pierre.
Il admet l'autonomie des patriarches. En principe, il n'intervient pas dans leurs affaires, ni dans celles des évêques ou des monastères qui leur sont subordonnés. Si pourtant il croit devoir leur signaler une injustice ou un abus, c'est ordinairement au nom de la solidarité chrétienne qui doit unir toutes les Églises, et avec des ménagements tout fraternels. Il n'élève le ton que s'il constate un empiétement sur les droits du chef de l'Église romaine.
Attentif à n'inquiéter personne, poussant l'humilité jusqu'à se dire l'égal des autres évêques, il n'en maintient pas moins avec fermeté les droits et privilèges du principatus romain. Contradiction en apparence, mais pour nous, non pour les gens du VIe. P. Batiffol définit fort bien les caractères de la primauté romaine en ces temps-là. C'est, dit-il, « sur l'Église universelle une primauté de sollicitude de responsabilité, de pouvoir aussi et d'assistance divine... Le principatus est un secours qui entre en jeu quand on fait appel au pape, ou quand le pape juge son intervention opportune, nécessaire ».
Dans le domaine de la foi, cette primauté romaine était alors reconnue de tout l'Orient. Dans les autres domaines, cela dépendait des circonstances, des intérêts en présence, ou de l'autorité personnelle du pape. A l'occasion, Grégoire exerce dans les affaires orientales son droit de contrôle. Il accepte des appels de prêtres condamnés, et fait réformer à Rome des sentences prononcées à Constantinople. Il engage les patriarches d'Antioche et d'Alexandrie à combattre, dans le recrutement du clergé, le scandale de la simonie. Il donne des conseils aux évêques de Géorgie, en réponse aux questions posées par eux, sur la façon de réconcilier avec l'Église catholique les nestoriens ralliés. Enfin, il ne cesse de protester énergiquement, même auprès de l'empereur, contre les prétentions du patriarche de Constantinople, qui lui paraît empiéter sur le privilège romain en s'attribuant le titre équivoque de « patriarche œcuménique ».
Le vrai chef de l'Église byzantine était l'empereur, qui gouvernait la religion comme tout le reste. Or l'empereur du moment est Maurice, un despote impénétrable, capricieux et têtu, qui règle une affaire d'Église par une loi, souvent sans consulter même ses évêques ; on envoie la loi au pape, qui doit la faire promulguer dans l'Italie byzantine. Sujet de l'empire, Grégoire ne peut qu'obéir. Mais ensuite, s'il juge la loi mauvaise, il demande qu'on l'abroge ou qu'on l'amende. En fait, par ses correspondances ou par les négociations du nonce à Constantinople, il obtient ordinairement de l'empereur des concessions importantes qui remettent les choses au point. Cependant, il souffre de ces procédés autocratiques, qui compromettent la dignité de l'Église. Il pardonne moins encore à l'empereur de défendre si mal l'Italie contre les Lombards. Aussi c'est avec une impression de délivrance qu'il apprendra la fin tragique de Maurice, et qu'il enverra à l'usurpateur Phocas ses compliments ou ses vœux.
Dans la péninsule des Balkans, il ne rencontre ni les mêmes obstacles que dans les patriarcats d'Orient, ni les mêmes limites. C'est que les provinces byzantines de l'Illyricum, au point de vue religieux, dépendaient directement de Rome. Le pape pouvait y parler en maître, y tout régler ou contrôler par lui-même ou ses représentants. Il avait dans ces régions, outre son nonce de Constantinople, deux vicaires apostoliques, les évêques de Thessalonique et de Justiniana Prima. Bien que chacune des provinces de l'Illyricum eût son métropolitain, Grégoire y contrôle lui-même les élections épiscopales, et se réserve le droit de confirmer ou non le choix de l'élu. Il accepte les appels des clercs et fait reviser à Rome leurs procès. Il casse les arrêts injustes des évêques, des métropolitains ou des conciles. Même aux ingérences du gouvernement impérial, il oppose les canons de l'Église et les droits de la conscience. Il exerce donc dans l'Illyricum byzantin une juridiction immédiate, qu'il défend au besoin contre l'arbitraire du pouvoir civil ou contre des résistances locales en Dalmatie et ailleurs. Dans cette région des Balkans, il agit et parle, comme dans une partie de l'Occident latin, avec l'autorité souveraine du successeur de saint Pierre.
Pour ses rapports avec l'Afrique, il s'est montré fort habile diplomate. Dans leurs affaires de tout genre, politiques, judiciaires ou religieuses, les Africains étaient assez jaloux de leur autonomie. Depuis que Bélisaire avait chassé les Vandales, l'Afrique du Nord dépendait de l'empire byzantin, dont le représentant, l'exarque d'Afrique, prétendait être maître chez lui. Même les évêques de la région entendaient régler entre eux leurs affaires. Cependant, Grégoire manœuvra si bien que, tout en ménageant les susceptibilités, il se fit partout obéir. Il sut se servir de l'exarque pour arrêter les progrès du schisme donatiste, qui, dans certaines régions, était redevenu menaçant. Quant aux évêques africains, il sut, par d'habiles concessions, les amener à accepter, avec ses instructions ou ses conseils, l'hégémonie de l'Église romaine. Il s'inclina devant leurs traditions, confirma leurs privilèges, et obtint d'eux ce qu'il voulait. On suit les étapes et l'on constate les résultats de cette adroite politique dans sa correspondance avec l'exarque d'Afrique, avec l'évêque Dominicus de Carthage, avec l'évêque numide Columbus.
Outre l'Espagne wisigothique, il y avait alors une petite Espagne byzantine, qui comprenait la province de Carthagène et une partie de la Bétique. Le pape y intervient directement dans les affaires religieuses. Il reçoit les appels des évêques déposés, et les fait juger par son représentant, un defensor romain. Il charge le même agent de réformer un monastère des Baléares. En pays wisigoth, où les évêques tenaient à leur autonomie, le pape ne pouvait exercer qu'une action indirecte, surtout par l'intermédiaire de son ami Léandre, évêque de Séville. De ce côté, d'ailleurs, tout allait bien pour l'Église. En 587, le roi Reccarède avait abandonné l'arianisme pour le catholicisme ; deux ans plus tard, le grand concile de Tolède avait consacré la conversion de la nation entière. Le pape et le roi n'eurent plus qu'à échanger des lettres amicales et des cadeaux.
En Gaule, le pape ne pouvait alors agir directement que sur la Provence, où il contrôlait jusque dans le détail les affaires ecclésiastiques. Pour le reste du pays, il devait s'adresser aux rois francs : d'où ses correspondances avec Childebert, roi d'Austrasie, puis avec ses deux fils Théodebert et Thierry, surtout avec leur grand'mère Brunehaut, qui continuait de gouverner au nom de ces deux princes encore enfants. D'accord avec Childebert, il rétablit le vicariat apostolique d'Arles. Avec Brunehaut, il mena parallèlement des négociations politiques et religieuses, qui visaient d'une part à obtenir un traité de paix perpétuelle entre les rois francs et l'empereur de Byzance, d'autre part, à supprimer les abus des Églises de Gaule, disparition des conciles, interventions des rois dans les élections d'évêques, choix de laïques et simonie. A tous il recommandait la convocation d'un grand concile de Gaule, qui accomplirait les réformes. Il voyait juste ; il préparait les voies, et l'avenir devait lui donner raison. Malheureusement, il mourut trop tôt, sans avoir rien obtenu, sauf de belles promesses et des hommages.
Il fut plus heureux en Grande-Bretagne, où il fit œuvre durable. Il y obtint même des résultats surprenants. Dans tout le sud-est de la grande-île, le christianisme avait été submergé et les Églises anéanties au Ve par les invasions des Angles et des Saxons, toujours païens. Il y avait bien encore des évêques bretons dans les régions restées indépendantes à l'Ouest et au Nord ; mais ils ne tentaient rien pour convertir les barbares envahisseurs.
Une femme y songea : une princesse franque qui était chrétienne, la reine Berthe, femme du roi de Kent Ethelbert. Elle fit appel au pape Grégoire, qui saisit l'occasion et qui envoya au roi de Kent un groupe de quarante missionnaires, dirigés par son disciple Augustin, moine au monastère romain du Clivus Scauri. Le succès fut foudroyant. Au bout de quelques mois, Ethelbert se convertit avec une partie de son peuple. Peu à peu, le christianisme gagna toute la région. Une nouvelle et plus grande Église de Bretagne se constitua autour des métropolitains de Cantorbéry, de Londres et d'York. Ce fut le grand triomphe du pape Grégoire : triomphe éclatant, qui consacrait l'œuvre d'une mission organisée à Rome et dirigée de Rome par le pape lui-même.
Comme on l'a vu, la politique de Grégoire le Grand a eu, suivant les régions, des fortunes inégales. Elle a presque échoué dans l'Orient grec. Elle a enregistré quelques résultats heureux dans le nord de l'Italie, en Gaule, en Espagne. Elle a réussi en Afrique. Elle a triomphé dans l'Illyricum, dans l'Italie du centre et au Sud. Elle a obtenu en Angleterre un éclatant succès.
Elle a marqué d'une empreinte ineffaçable les destinées du christianisme en Occident. Grégoire a organisé définitivement l'Église romaine. Par son action immédiate sur la plus grande partie de l'Italie, il a préparé l'unité religieuse de la péninsule ; par ses négociations avec les Lombards et les exarques de Ravenne, il a même été le précurseur des hommes d'État qui en ont fait l'unité politique. Par la conversion des Anglo-Saxons, qui entraîna celle des pays germaniques, slaves et Scandinaves, il a beaucoup contribué à étendre dans le nord de l'Europe le domaine du christianisme. Par ses relations avec les rois barbares de Gaule et d'Espagne, il a facilité le rayonnement de Rome vers l'Occident, et rendu possible l'entente entre les rois de France et les papes. Par sa conception du monachisme, il a orienté la vie religieuse des siècles suivants. Il est le premier qui, des moines, ait fait des missionnaires ou des évêques, et l'on n'oubliera pas cet exemple donné par lui. Enfin, quand les circonstances s'y prêtaient, il a défini avec une netteté nouvelle et revendiqué très énergiquement les droits de la suprématie romaine telle qu'il la comprenait. Dans ce domaine-là, comme dans bien d'autres, il a tracé la voie aux grands papes du Moyen Age qui ont affermi, étendu et développé l'hégémonie de l'Église romaine.
Le pape Grégoire ne s'est pas contenté d'agir, d'administrer et de gouverner : il a su écrire et parler. Ses œuvres oratoires et littéraires ont eu même une fortune extraordinaire, presque inattendue. Elles ont contribué beaucoup à prolonger le souvenir de son pontificat, à faire rayonner sur le Moyen Age son nom, sa gloire et son influence.
Nous avons de lui six ouvrages authentiques qui appartiennent à des genres assez différents. Des sermons proprement dits : les Homélies sur les Évangiles. Des entretiens familiers mêlés de commentaires sur les Écritures : les Moralia ou Commentaires du livre de Job, et les Homélies sur Ézéchiel. Des ouvrages d'édification et de discipline : la Règle pastorale et les Dialogues. Enfin, la Correspondance.
Aux yeux de Grégoire, l'un des premiers devoirs d'un évêque était de prêcher. Il donnait l'exemple, autant que sa santé le lui permettait. Parfois, quand il était aphone, il faisait lire aux fidèles son sermon par un clerc. Mais dès qu'il le pouvait, il parlait lui-même, et d'abondance, improvisant le détail. Le sermon était sténographié, et aussitôt répandu dans le public, malgré le pape, qui se plaint avec bonhomie de ne pouvoir corriger ses discours.
Ces homélies sont rangées dans l'ordre où elles ont été prononcées. Elles ont été prononcées dans des circonstances assez diverses, pour les principales fêtes, pour des dimanches ordinaires, pour des anniversaires de saints. Elles ont été prononcées aussi dans bien des endroits différents, tantôt à Saint-Pierre ou dans la basilique du Latran, tantôt en d'autres églises, même lointaines. Un jour qu'il prêchait à Saint-Ménas, le pape songea tout à coup au retour. « Nous voilà, dit-il, bien loin de la ville et je ne veux pas que nous rentrions trop tard. Il faut que j'abrège mon sermon... Cet été est tout trempé de pluies d'orage. » Dans ces homélies, presque rien de dogmatique. L'orateur se contente de résumer l'évangile du jour, d'en dégager le mystère ou la signification allégorique, d'en tirer la leçon morale et la conclusion pratique ; nécessité de songer au salut, maintenant surtout que tant de ruines semblent annoncer la fin du monde.
Pour être bien compris de ses auditeurs, il mêle à ses exhortations des anecdotes, l'histoire d'un mauvais riche, la mort édifiante d'un brave homme que tous ont connu, des récits de miracles. Souvent des détails familiers. Le pape parle de sa santé : « L'été, dit-il, qui est tout à fait contraire à mon corps, m'a empêché depuis bien longtemps de vous parler sur l'Évangile ». Parfois, de petits traits satiriques : « Vous êtes venus nombreux à la fête du martyr. Vous êtes là, à genoux, vous vous frappez la poitrine... Mais, pesez, je vous en conjure, vos demandes. Examinez si vous demandez au nom de Jésus, je veux dire si vous demandez les biens du salut... Hélas ! Celui-ci demande à Dieu une épouse ; celui-là, une villa ; cet autre un vêtement ; cet autre, de quoi manger... En voici un qui demande à Dieu la mort de son ennemi. » Très différents sont les entretiens familiers qui sont reproduits dans le Commentaire du livre de Job, et qui s'adressaient à un autre public. Ce long ouvrage qui s'étend sur trente-cinq livres, tient à la fois de l'homélie et du commentaire. L'auteur en explique l'origine et le caractère dans sa préface, une lettre à Léandre, évêque de Séville. L'idée de cet ouvrage est née de conférences destinées à une communauté monastique. Grégoire était encore nonce à Constantinople : ses moines du Clivus Scauri, qui l'avaient accompagné en Orient, et qui vivaient avec lui en communauté, lui demandèrent de leur commenter le livre de Job. Léandre, qui était alors à la cour de l'empereur, joignit ses instances à celles des moines. Grégoire finit par consentir. On sténographia les conférences qui étaient des entretiens familiers d'exégèse. Après 590, devenu pape, l'auteur remania et acheva son commentaire, sans chercher ou sans réussir à en faire un tout harmonieux...
Les Homélies sur Ézéchiel sont un recueil de vingt-deux homélies, prêchées à Rome pour les fidèles en 593-594. Interrompue vers la fin de 593, pendant le siège de la ville par le roi lombard Agilulfe, la série des sermons fut reprise l'année suivante par le pape. Tous les discours avaient été sténographiés, mais on s'était contenté d'abord de les déposer dans les archives épiscopales. Ils furent publiés plus tard, avec quelques retouches, sur la demande d'un ami de Grégoire, l'évêque Marinianus de Ravenne, à qui est dédié le recueil... D'après les homélies sur les Évangiles et sur Ézéchiel, on se représente assez bien le sermonnaire. Cette éloquence pontificale n'avait rien d'apprêté ni de pompeux, ni de solennel. C'était une éloquence familière, pleine de laisser-aller, de bonhomie, de cordialité amicale, avec des traits incisifs d'une ironie paternelle...
La Règle pastorale, appelée ordinairement le Pastoral, est probablement l'ouvrage le plus personnel et le plus original de Grégoire le Grand. Il fut écrit par lui au début de son pontificat et dédié à son ami l'évêque Jean, de Ravenne, qui lui reprochait aimablement d'avoir voulu se dérober lors de son élection. C'est un livre de discipline et d'ascétisme, un manuel du parfait évêque, où sont exposés les devoirs de tous genres qui incombent aux chefs de l'Église... L'ensemble est fort beau, de grande allure et d'un observateur pénétrant. C'est comme le testament épiscopal de Grégoire.
Tout autres sont les quatre livres des Dialogues, ouvrage populaire d'édification, écrit en 593-594. Le sujet est indiqué nettement par le titre primitif : De miraculis Patrum Italicorum. C'est un recueil de miracles attribués à de saints personnages qui vivaient encore ou qui avaient vécu en Italie au cours du VIe. Le deuxième livre est tout entier consacré à saint Benoît, le quatrième a pour objet une série de prodiges qui prouvaient la survivance de l'âme après la mort. C'est un dialogue entre le pape et le diacre Pierre, mais la conversation se réduit presque à un monologue du pape : l'interlocuteur n'ouvre la bouche que pour poser des questions, approuver ou remercier. L'auteur trahit ici une crédulité sans bornes, qui contraste étrangement avec le ferme bon sens du pape dans sa politique et son administration.
Ce qui fait le prix de ces Dialogues, c'est une série de récits poétiques qui mêlent à la fiction les espérances de la foi, et qui annoncent le merveilleux chrétien du Moyen Age, la Légende dorée. A un autre point de vue, c'est le livre II, qui, tout entier, se rapporte à saint Benoît, et qui présente un réel intérêt historique. En évoquant ici avec une singulière puissance la figure du moine, Grégoire a rendu le saint d'autant plus populaire, et contribué ainsi à faire adopter dans tout l'Occident la règle bénédictine.
Pour l'historien, le chef-d'œuvre de Grégoire est sa correspondance. Nous n'en avons d'ailleurs qu'une partie, malgré les précautions prises à l'origine pour la conserver entière. Nous savons que les minutes de toutes les lettres expédiées étaient déposées aussitôt dans les archives du Latran, où chaque année constituait un volume. Le grand recueil original a disparu. Des lettres de Grégoire, nous possédons cependant une importante collection, qui provient surtout d'un choix fait et publié, vers la fin du Ve, par ordre du pape Hadrien. Cette collection comprend environ 850 lettres, classées suivant les dates en quatorze livres. C'est là que l'on voit à l'œuvre le grand pape, l'apôtre, l'administrateur, le politique, dans ses relations avec l'empereur, les rois et les princes, avec les agents du pouvoir civil ou militaire, avec les intendants du « Patrimoine de saint Pierre », avec une foule d'évêques ou d'abbés, avec les Églises d'Orient ou d'Occident. A lire ces lettres, on ne peut qu'admirer l'homme ; et l'on comprend qu'il ait été appelé Grégoire le Grand.
Que vaut l'écrivain ?
Le pape Grégoire était considéré en Italie, même en Gaule par Grégoire de Tours, comme un des hommes les plus savants de son temps : ce qui n'est pas beaucoup dire. Il a des ignorances singulières. Non seulement, il ne savait pas le grec, mais il ne connaissait pas la plupart des classiques latins. D'ailleurs, il se méfiait de tous, parce qu'ils avaient eu le malheur d'être païens. Il allait jusqu'à reprocher à des évêques leurs goûts de lettrés. Chose plus étrange, il était fort mal au courant de la littérature chrétienne. Il n'avait pas lu Irénée, même dans la traduction latine. Il n'était familier qu'avec une partie des œuvres de Cyprien, de Jérôme, d'Ambroise, surtout d'Augustin ; et encore, il ne cherchait guère dans ces œuvres que la matière de sa prédication.
Pour le fond, il n'a presque rien d'original. Politique très avisé, moraliste très pénétrant, il n'est ni théologien, ni polémiste, ni penseur. Sa doctrine, fondée uniquement sur l'interprétation courante des Livres saints et sur la tradition de l'Église romaine, se réduit à une sorte d'augustinisme populaire. Comme le dit fort bien P. Batiffol, « il a moins éclairé l'Église qu'il ne l'a édifiée ; il a mis pour elle la vie chrétienne en formules claires, pleines, portatives... Il est un témoin de la doctrine des œuvres, des sacrements, des fins dernières. » Son style, sans être fort original, est pourtant assez personnel. Malgré certaines fautes de goût, il est ordinairement simple, net et vigoureux. C'est le style d'un homme d'action et d'autorité, mais souvent avec des finesses de diplomate et des saillies d'homme d'esprit. Son latin même vaut mieux qu'on ne s'y attendrait pour cette époque. Sans doute ce n'est pas le latin classique, ni même un latin bien correct ; mais ce n'est pas non plus un latin barbare. C'est la langue de la bonne société du temps, qui péchait surtout par ignorance.
LXXXVI. Les premiers successeurs de saint Grégoire. — Du 12 mars au 13 septembre 604 l'Église de Rome n'eut pas de pontife et celui qu'on élut fut Sabinien, diacre originaire de Toscane, et qui avait rempli, lui aussi, les fonctions d'apocrisiaire à Constantinople. Ce dernier point était le seul qu'il offrît comme ressemblance avec son prédécesseur. Saint Grégoire avait laissé Rome en paix avec les Lombards, c'était beaucoup, mais, ce qui valait plus encore, il avait rempli les greniers pontificaux par une sage administration. Sabinien imagina de les vider à prix fixé : un solidus pour trente boisseaux, ce qui parut exorbitant et qui l'était, certes, puis que c'était le double du prix payé du temps de Théodoric. Le pape avait, ainsi, la main malheureuse et son gouvernement sentait la réaction. Alors que Grégoire favorisait les moines, celui-ci leur faisait la vie dure et, partout où la chose devenait possible, les évinçait en faveur du clergé séculier. Dix-huit mois lui suffirent pour se rendre impopulaire et quand il mourut (22 février 606) on conta que saint Grégoire lui était apparu et l'avait assommé d'un coup de bâton. Ces faits sont d'une vérification difficile, mais ce qui est certain c'est que ses funérailles se firent à la dérobée ; on le transporta du Latran au Vatican par les chemins et ruelles qui bordaient les murailles. et dont le pontificat fut attristé par un tremblement de terre et une épidémie de lèpre qui rendait les victimes hideuses et méconnaissables (voir Dictionn., t. xm, col. 1229-1230).
Le pontificat de Boniface V dura près de six ans (23 décembre 619 25 octobre 625) et ne fut pas marqué par de grands événements à Rome, mais ce pape s'intéressa à la conversion d'Edwin, roi de Northumbrie ; en outre, il s'intéressa à la discipline ecclésiastique, régla les formalités des testaments reçus par les notaires, il établit le principe du droit d'asile, régla les attributions des acolytes (voir Dictionn., t. i, col. 348-356). Le pape consacra une petite basilique dans le cimetière de Saint-Nicomède sur la voie Nomentane (voir Dictionn., t. xm, col. 1230-1231).
LXXXVII. Depuis le pape Honorius Ier jusqu'à Eugène Ier. — Au cours de cette période de 625 à 657 nous n'avons pas de faits considérables à signaler dans l'histoire de la ville de Rome.
Sévérin dut subir de longs délais avant de voir son élection confirmée, il ne fut consacré que le 28 mai 640 et mourut le 2 août de la même année. Ce pontificat si court avait eu le temps d'être attristé par un acte de violence. Le chartularius Maurice prétendit s'emparer du trésor laissé par le pape Honorius qui, à l'entendre, se composait de la « montre » impayée des troupes byzantines. Le pape en référa à l'exarque Isaac, qui accourut de Ravenne, pilla le bien des pauvres et expédia sa part à l'empereur Héraclius.
Théodore (sacré le 14 novembre 642, décédé le 13 mai 649) vit le début de son pontificat troublé par la révolte du chartularius Maurice, qui, pourchassé, se réfugia à Sainte-Marie-Majeure, y fut saisi et envoyé à Ravenne où il fut décapité.
Eugène Ier fut sacré le 10 août 654, du vivant du pape Martin qui ne protesta point contre cette élection afin d'assurer au siège de Rome un évêque orthodoxe. Il mourut le 2 juin 657 et fut compté au nombre des saints. Son successeur, le pape Vitalien, eut à recevoir à Rome l'empereur Constant II.
LXXXVIII. L'empereur Constant II à Rome (663). — Rome avait essayé des maîtres les plus divers sous les titres les plus variés ; la population et l'administration conservaient, semble-t-il, une préférence toujours prête à s'affirmer pour les empereurs qui, depuis Constantin, lui avaient préféré Byzance et dont quelques rares titulaires avaient consenti à regret à y passer quelques jours. Lors que le basileus Constant II consentit à s'y montrer, il y avait près de deux siècles que les Romains n'avaient connu pareil honneur ; cette longue attente les rendait peu difficiles. Constant avait fait mourir son frère, simple peccadille en ces temps de mœurs sauvages. Lors que la fantaisie lui passa en tête de visiter Rome, il s'y rendit de Naples par la voie Appienne. Le pape Vitalien et tout son clergé se rendirent à sa rencontre jusqu'au VIe mille, et, le mercredi 5 juillet, l'empereur entra dans Rome ; il se rendit à Saint-Pierre et fit de larges présents, selon l'usage. Le samedi suivant, on le vit à Sainte-Marie-Majeure, toujours aumônier, et, le dimanche 9, il se montra de nouveau à Saint-Pierre dans un appareil militaire et clérical magnifique. Le samedi 15, ce fut au tour du Latran et après les cérémonies religieuses vint un banquet solennel dans le triclinium. Après avoir assisté le dimanche à la grande messe de Saint-Pierre, Constant II prit congé du pape Vitalien.
Sa visite n'avait pas duré quinze jours et avait coûté aussi cher à Rome que les quinze jours de pillage du roi Genséric. Celui-ci, venu en vainqueur et en barbare, s'était heurté à bien des cachettes impénétrables et n'avait pu éventer tous les trésors ; ce fut pour le plus grand profit de Constant II qui put se livrer impunément à son goût des belles choses. Une véritable armée d'emballeurs accompagnait le basileus qui rafla tout ce qu'il put atteindre. Les tuiles de bronze doré qui recouvraient les toits des temples furent détachées l'une après l'autre ; celles du temple de Vénus et de Rome furent destinées à la toiture de Saint-Pierre, celles du Panthéon furent expédiées à Porto, à destination de Constantinople. Des vaisseaux y attendaient leur chargement et lors que tout fut prêt pour le départ, on mit à la voile pour Syracuse ; ce n'était qu'une escale, mais tout ce riche butin tomba entre les mains des Sarrasins qui emportèrent ces belles choses à Alexandrie. Constantinople n'en vit jamais rien et Rome se trouva un peu plus appauvrie. Quant à l'empereur Constant II, il mourut assassiné dans son bain.
LXXXIX. De saint Vitalien à saint Grégoire II. — Du 30 juillet 657, jour de sa consécration, au 27 janvier 672, jour de sa mort, le pape Vitalien vit disparaître le basileus, mais il eut surtout à lutter contre la tentative de ce prince malfaisant qui s'était mis en tête de rendre l'archevêque de Ravenne indépendant du siège de Rome et, pour cela, irait se faire consacrer à Constantinople. De là sortit un schisme qui dura peu de temps et prit fin lorsqu'en février 692, Damien se fit sacrer à Rome par le pape Serge Ier.
Adéodat II, sacré le 12 avril 672, mort le 16 juin 676, aima les bâtiments, éleva une église dédiée à Saint-Pierre au Campo di Merlo dont nous avons parlé à propos des guerres gothiques, en outre il agrandit le monastère de Saint-Érasme.
Donus lui succéda au mois d'août, fut consacré le 2 novembre 676 ; il bâtit et mourut le 11 avril 678. Agathon Ier, de juin ou juillet 678 au 10 janvier 681, condamna le monothélisme au VIe concile œcuménique, tenu à Constantinople, en 680. Deux traits à noter pour mieux pénétrer la situation vraie du personnel de l'Église de Rome à ce moment. Le pape se réserve à lui-même la charge d'arcarius ou trésorier, faute de trouver dans son entourage quelqu'un qui lui inspire confiance ; et dans sa lettre au VIe concile œcuménique, il présente une excuse touchant la science insuffisante de ses représentants qui, vivant au milieu des barbares et obligés de gagner leur vie par le travail manuel, ne peuvent pousser loin la science des Écritures.
Léon II, élu à l'automne de 681, consacré le 17 août 682, décédé le 3 juillet 683. Il savait assez de grec pour entreprendre la traduction en latin des actes du VIe concile œcuménique, approuvés par le Saint-Siège ; ce fut lui qui mit fin au schisme local de Ravenne dont l'archevêque Théodore renonça à l'autocéphalie et consentit à remettre au pape Léon l'acte de l'empereur Constant II qui était à l'origine de ce désordre.
Benoît II, 26 juin 684 au 8 mai 685, signala son pontificat par la concession obtenue de Constantinople de pouvoir procéder à la consécration de chaque nouveau pape sans attendre l'autorisation du basileus : la formalité pouvait être suppléée par l'exarque de Ravenne. Le pape s'intéressa aux travaux d'embellissement de plusieurs basiliques et fit des largesses aux monastères de diaconies (voir plus loin, § IV de la VIIE partie (Particularités) en ce qui concerne les diaconies).
Jean V, 24 juillet 685 au 2 août 686.
Conon, 31 octobre 686 au 21 septembre 687.
Jean VI, sacré le 30 octobre 701, mort le 11 janvier 705, paraît avoir eu de la souplesse ; on le voit prendre sous sa protection l'exarque Théophylacte venu de Sicile à Rome, dont le peuple lui voulait faire un mauvais parti, et lui permettre de s'éloigner sain et sauf. Après avoir sauvé un Byzantin, le pape s'arrangea avec un Lombard qui s'avançait vers Rome et le décida à regagner son duché de Bénévent.
Sisinnius, du 18 janvier au 7 février 708 ; son souvenir s'est conservé par l'ordre qu'il donna de cuire des briques pour procéder aux réparations nécessaires à l'enceinte de Rome.
Constantin Ier, 25 mars 708 au 9 avril 715, eut un pontificat agité, fit le voyage de Constantinople et de Nicomédie où il rencontra le basileus Justinien II, auquel succéda une période d'anarchie qui eut son contre-coup en Italie, à Ravenne. On put craindre de voir renaître le schisme à peine éteint, mais l'archevêque, rentré d'exil, fit sa paix avec le pape.
A partir du pontificat de Grégoire II, nous renvoyons au travail donné dans le Dictionn., t. xm, col. 1245-1341.
XC. La politique pontificale et la dynastie carolingienne. — Le roi des Lombards, Aistulf, devenu maître de Ravenne poursuivit son grand dessein qui ne tendait à rien moins qu'à la soumission de Rome, réalisée sous la forme d'une contribution financière, s'élevant à un sou d'or par tête, et à l'établissement de la juridiction lombarde. Quoi que ces exigences parussent exorbitantes au pape Etienne II, nouvellement élu, il se flatta de retirer quelques avantages d'une négociation directe qu'il confia à son frère Paul, alors diacre et depuis pape, et au primicier des notaires Ambroise ; ceux-ci conclurent avec Aistulf une paix de quarante années (752). Avant même que l'année fut écoulée, tout fut à recommencer. Une nouvelle ambassade échoua et Etienne II s'adressa au basileus Constantin V dont il sollicita le secours, sans un meilleur résultat. Le pape eut recours aux manifestations chères à la piété théâtrale des Romains, prescrivit des processions solennelles dans les basiliques de Saint-Pierre, de Saint-Paul et de Sainte-Marie-Majeure, et toujours sans succès. Les Romains sentaient la menace d'annexion lombarde planer sur eux et s'en épouvantaient ; comme il leur répugnait d'être asservis par les Allemands, le pape les libéra de cette crainte en s'adressant aux Français.
Le pontificat entretenait des relations cordiales avec la dynastie qui avait succédé aux Mérovingiens et dont le chef, Pépin le Bref (voir Dictionn., t. xiv, à ce nom) avait eu l'habileté de mettre le pape de son côté lors de l'élévation de sa famille sur le trône. Etienne II se rendit en France à Ponthion, s'entretint avec le roi des Francs et le pouvoir temporel à Rome fut transféré des basileus byzantins aux papes, investis désormais d'un pouvoir temporel. Pépin s'entremit auprès d'Aistulf, n'en obtint rien, passa les Alpes avec une armée, le battit, l'assiégea dans Pavie et lui fit renoncer à ses conquêtes (754).
A peine Pépin avait-il repassé les Alpes (755) qu'on vit Aistulf reprendre ses projets et marcher sur Rome (début 756). Deux corps lombards, venus du Nord, s'avancèrent sur la rive gauche du Tibre entre la porte Salaire et la porte d'Ostie, un troisième corps venu du Sud, s'approchait par la rive droite. Aistulf somma la ville de se rendre, ravagea la campagne romaine, pilla les églises, les catacombes, profana les reliques, vola le bétail des fermes, violenta le clergé et les fidèles ; finalement donna l'assaut à Rome. Il trouva une résistance inattendue de la part des milices romaines galvanisées par l'exemple du pape et de l'ambassadeur franc, l'abbé Warhaire. Le pape adressa de nouveaux appels à Pépin qui reparut avec une armée dans l'Italie septentrionale et Aistulf leva le siège pour courir à sa rencontre.
Lombards contre Francs, la partie n'était pas égale. Aistulf fut battu, enfermé dans Pavie, obligé à payer une indemnité de guerre et à renoncer à un territoire important qui forma le noyau du pouvoir temporel des papes, établi sous le protectorat du roi des Francs. Aistulf mourut sur ces entrefaites et fut remplacé par Didier (757). Toute cette question a déjà été exposée (voir Diclionn., t. xm, col. 1322-1338).
A Etienne II succéda son frère Paul Ier (756-767) qui travailla à continuer sa politique et à en consolider les acquisitions ; il put se flatter d'y réussir quand il vit le roi Didier venu à Rome en pèlerin ou peut-être en espion, car il méditait dès lors de rendre au royaume lombard ses prétentions et sa puissance passées. Tout demeura néanmoins dans le statu quo jusqu'à la mort de Paul Ier (767). Celui-ci, prévoyant des troubles possibles après sa mort, avait pris la précaution de faire jurer au duc de Nepi, Théodore, dit Toto, le respect de l'ordre pontifical établi. En bon Italien, Toto, dès que le pape fut mort, viola son serment et avant les funérailles pénétra dans Rome avec ses trois frères Constantin, Passivus et Pascal. Réunis dans une maison appartenant à Toto, ils choisirent Constantin comme pape, se rendirent tous quatre au Latran, y pénétrèrent de force et l'installèrent. L'intrus était laïque, on requit l'évêque de Préneste, Georges, de lui conférer l'ordination. Georges refusa, supplia, puis quand il se vit en péril, il s'exécuta et tonsura Constantin ; le lendemain il le fit sous-diacre et diacre, et le dimanche suivant, flanqué des évêques d'Albano et de Porto, consacra évêque de Rome le nouveau pape à Saint-Pierre.
XCI. L'intrus Constantin. — Pendant treize mois, Constantin exerça ses fonctions, mais il lui fallut compter avec l'opposition soulevée par le primicier Christophe et son fils le secondicier Serge, qui décidèrent Grégoire, duc de Campanie, à se soulever contre l'usurpateur du pontificat. Grégoire fut vaincu et mis à mort, Christophe et Serge, réfugiés à Saint-Pierre, obtinrent la permission de se retirer au monastère du Sauveur, près de Rieti (768). Ils s'en gardèrent bien et se rendirent à Spolète où le duc Théodicius leur donna une escorte pour gagner Pavie où les deux fugitifs sollicitèrent le roi Didier d'intervenir dans cette affaire. Didier se borna à les faire reconduire à Rome par Théodicius et par le prêtre Waldipert. « Les Lombards, après une tentative infructueuse sur la Porte Saint-Pierre, allèrent se présenter à la Porte Saint-Pancrace où, grâce à des intelligences qu'ils avaient dans la place, ils eurent plus de succès ; ils pénétrèrent dans la ville — c'était la première fois que les Lombards réussissaient à entrer dans Rome — et occupèrent le Janicule. Mais ils hésitèrent à pousser plus loin et donnèrent ainsi à leurs ennemis, revenus de leur surprise, le temps d'intervenir. Le duc Toto, accompagné de son frère Passivus et de deux hauts officiers de la cour papale, le secundicerius Démétrius et le chartularius Gratiosus, accourut pour chasser les envahisseurs. L'affaire débuta mal pour les Lombards, qui commencèrent à battre en retraite, mais les trahisons de Démétrius et Gratiosus, secrètement d'accord avec les assaillants, retournèrent la situation ; ils attaquèrent Toto par derrière et le mirent à mort. A cette vue, Passivus se précipita au Latran pour mettre Constantin au courant des événements. Tous deux, avec le vice-dominus Théodore, se réfugièrent dans la basilique, où, de chapelle en chapelle, leurs ennemis les poursuivirent au cours d'une chasse à l'homme sans merci. Les officiers de la milice romaine les tirèrent enfin de l'oratoire où ils avaient cherché un suprême refuge et, sous bonne garde, les mirent en lieu sûr.
« Le second acte du drame venait de se dérouler. La conclusion était proche ; elle allait apparaître digne des prémisses. L'affaire se déroula en deux étapes : la nomination d'un nouveau pontife, les représailles contre les vaincus. Dès le lendemain, le prêtre Waldipert, sans même prendre conseil de son allié Serge, réunit quelques Romains dans le monastère de Saint-Vitus, sur l'Esquilin, leur fit élire un certain prêtre Philippe, qui avait les sympathies du parti lombard, et qu'il conduisit à la basilique du Latran où il fut solennellement intronisé. Un grand banquet qui réunit au Palais les notabilités ecclésiastiques et militaires de Rome, termina la cérémonie. Mais tout le monde dans le camp des vainqueurs n'était pas également bien disposé à l'égard du nouveau pape. Son élection n'était pas exempte d'irrégularités et Christophe, arrivé sur ces entrefaites, se déclara catégoriquement contre lui. Ce fut le coup de grâce. Gratiosus, à la tête d'une troupe armée, marcha vers le Latran et somma Philippe d'en déguerpir. L'infortuné pontife, qui semble l'avoir été quel que peu malgré lui, ne se le fit pas dire deux fois, et, sans même esquisser de résistance, retourna paisiblement à son couvent. Le siège de saint Pierre se trouvait de nouveau vacant. Cette fois, Christophe, et lui seul, prit l'initiative. Il convoqua aux Tria Fata, sur l'ancien Forum, une assemblée générale de la population où figurèrent, côte à côte, les notabilités ecclésiastiques, les prêtres, les chefs de la milice, et civils ou militaires de toute classe, l'ensemble des citoyens romains. A l'unanimité, l'assemblée nomma pape le primicier Etienne, prêtre de Sainte-Cécile au Transtèvère, qui prit le nom d'Etienne III (768).
« L'interrègne pontifical se trouvait clos. Restait le chapitre des représailles. L'avènement du nouveau pontife donna le signal des vengeances vis-à-vis du parti vaincu. Elles furent atroces. Théodore, tiré de sa prison, eut les yeux crevés et la langue coupée. Passivus, le frère de Toto et de Constantin, eut aussi les yeux crevés, puis tous deux furent enfermés dans des monastères de Rome. Théodore dans le couvent du Clivus Scauri, sur le Célius, Passivus, dans celui de Saint-Silvestre in Capita, au Champ-de-Mars. Mourant de faim et de soif, suppliant vainement qu'on lui donnât un peu d'eau, Théodore ne tarda pas à y mourir. Waldipert, tiré de la basilique de Sainte-Marie-Majeure, où il avait cherché un refuge, eut les yeux crevés sur la place du Latran et mourut peu après dans un hôpital voisin où il avait été transporté. Le sort de Constantin fut plus terrible encore. On le traîna à travers les rues de Rome, monté sur un cheval, avec une selle de femme, un lourd poids aux pieds et c'est ainsi qu'au milieu des quolibets et des grondements de la populace il fut conduit au monastère de Saint-Sabas sur l'Aventin. Son supplice ne faisait que commencer : Une assemblée d'évêques et de prêtres se tint dans la basilique de Latran. Constantin, tiré de son couvent, y comparut pour être solennellement dégradé. On lui enleva le pallium et les chaussures pontificales. On le réintégra ensuite dans son monastère. Il n'y resta pas longtemps. Un groupe de forcenés brisa les portes, le tira de sa cellule et lui creva les yeux. Enfin le pape Etienne III, avec l'autorisation expresse des deux rois des Francs, Charlemagne et Carloman, qui venaient de succéder à leur père, Pépin le Bref, mort en 768, réunit un synode pour le juger. Quarante évêques d'Italie et treize évêques francs, expressément venus pour la circonstance, s'assemblèrent sous la présidence du pape dans la basilique de Latran. Constantin, aveugle et épuisé par un supplice de huit mois, fut amené en leur présence. Sommé de justifier sa conduite, il invoqua la contrainte qui lui avait été faite, puis il se jeta à terre, confessant ses fautes au milieu des sanglots et implorant la pitié de ses juges. La décision fut ajournée au lendemain. Le jour suivant, il changea de tactique et essaya de se défendre. Le seul résultat fut de provoquer dans l'assemblée un sursaut de colère. Il fut souffleté, précipité à terre et finalement expulsé de la salle. Les actes de son pontificat furent annulés et les registres, qui les mentionnaient, brûlés. Les évêques nommés par Constantin durent être consacrés de nouveau par Etienne III, et les prêtres, nommés dans des conditions analogues, allèrent méditer sur leur faute dans le silence des monastères. Enfin, pour éviter à l'avenir le retour de semblable usurpation, le synode décida qu'à l'exclusion des laïques civils ou militaires, seuls les ecclésiastiques seraient appelés, pour l'élection du pape, à composer le corps électoral proprement dit (769).
XCII. Hadrien Ier. — (Voir Dictionn., t. vi, col. 1964-1967, fig. 5522).
III. TABLEAU CHRONOLOGIQUE. — On trouvera ici, en regard des années de l'ère chrétienne, les noms des papes, des empereurs, des consuls depuis l'année 67 jusqu'à l'année 546 qui marque la fin du consulat. Quelques notes accompagnent les noms des papes ; elles sont empruntées au Catalogue libérien et au Liber pontificalis.
S. Petrus. Car. lib. : ann. xxv, mens, uno, d. ix. Fuit temporibus Tiberii Césaris et Gai et Tiberii Claudi et Neronis, a cous. Minuci et Longini (p. Chr. 30) usque Nerone et Vero (55). Passus autem cum Paulo die m kal. julias cons. ss. imperante Nerone. Lib. pont. : natione Galileus... qui et sepultus est via Aurélia, in templum Apollinis, juxta locum ubi crucifixus est, juxta palatium Neronianum, in Vaticanum, juxta territurium Triumphalem, iij kal. jul.
Nero. L. Domitius Ahenobarbus ; né le 15-12-37 ; adopté le 1-3-50 comme Nero Claudius Drusus Germanicus (César) ; empereur du 13-10-54 au 96-68 : imp. Nero Claudius Augustus Germanicus.
Consuls ordinaires Fonteius Capito — L. Julius Rufus 68 69 70 71 72 73 74 75 76 i. Linus, 67-76 ( ?). Cat. lib. : ann. xn, m. mi, d. xn. Fuit temporibus Neronis, a consulatu Saturnini et Scipionis (56) us que Capitone et Rufo (67). Lib. pont. : natione Italus de regione Tusciœ... qui et sepultus est juxta corpus Pétri in Vaticano, sub die ix kal oct.
S. Cletus (Ynaelctus), 76-88 ( ?). Cat. lib. : ann. vi, m. duo, d. x Fuit temporibus Vespasiani et Titi et initio Domitiani, a cons Vespasiano VIII et Domitiano V (77) us que Domitiano IX et Ru fo (83). Lib. pont. : natione Romanus de vico Patrici... qui etiam sepultus est juxta corpus beati Pétri in Vatica. vi kal. mai. [Anacletus]. Cat. lib. : ann. xn, m. x, d. m. Fuit temporibus Domitiani, a cons. Domitiano X et Sabino (84) us que Domitiano XVII et Clémente (95). Lib. pont. : natione Grsecus de Athenis... sepultus juxta corpus beat) Pétri, ni id. iul.
(.iiliui. Ser. Sulpicius Galba ; né le 24-12-5 av. J.- C. ; empereur du 9-6-68 au 15-1-69 : Ser. Sulpicius Galba César Aug.
< M h<>. M. Salvius Otho ; né le 28-4-32 ; empereur du 15-1-69 au 25-4-69 : imp. M. Otho César Augustus.
Vitellius. A. Vitellius ; né le 24-9-15 ; empereur du 3-1-69 au 21-12-69 : imp. A. Vitellius Augustus Germanicus.
Vespasianus. T. FI. Vespasianus ; né le 17-11-9 ; empereur du 1-7-69 au 24-6-79 : imp. César Vespasianus Augustus.
Galerius Trachalus Turpilianus Titus Catius Silius Italicus.
S. Sulp. Galba Cés. Aug. II. T. Vinius Ruflnus.
Titus. T. Flav. Vespasianus ; César 69 ; né le 30-12-39 ; empereur du 24-6-79 au 13-9-81 : imp. Tit. Cés. Vesp. Aug.
Imp. Cés. Vespasianus Aug. II. — Titus Cses. Aug. f. Vespasianus.
Imp. Cés. Vespasianus Aug. III.
— M. Cocceius Nerva.
Imp. Cés. Vespasianus Aug. I III.
— Titus Cés. Aug. f. Vespasian. II.
Cés. Aug. f. Domitianus II. — L. Valerius Catullus Messalinus.
Imp. Cés. Vespas. Aug. V (jusqu'au 13 janv.). — Titus Cés. Aug. f. Vespas. III.
Imp. Cés. Vespas. VI. — Titus Cés. Aug. f. Vespas. 1 (jusqu'au 30 avr.).
Imp. Cés. Vespas. Aug. VII. — Titus Cés. Aug. f. Vespas. V (jusqu'au 30 avr.).
Imp. Cés. Vespas. Aug. VIII. — Titus Cés. Aug. f. Vespas. VI vius Priscus. Imp. Cés. Vespas. Aug. VIIII. — Titus César Aug. f. Vespas. VII Ère chrétienne Papes Empereurs Consuls ordinaires 80 Imp. Tit. Cés. Vesp. Aug. VIII. — César divi f. Domitianus VII.
81 Domitianus. FI. T. DoL. Flavius Silva Nonius Bassus. — mit. ; César 69 ; Aug. 14— Asinius Pollio Verrucosus.
9-81 ; né le 24-10-51 ; empereur du 14-9-81 au 18-9-96 : imp. Domitianus César Augustus.
82 Imp. Cés. Domitianus Aug. VIII. — T. Flav. Sabinus.
83 Imp. Cés. Domitianus Aug. VIII I. — Q. Petillius Rufus II.
84 Imp. Cés. Domitianus Aug. X. — C. Oppius Sabinus.
85 Imp. Cés. Domitianus Aug. XI. — T. Aurelius Fulvus.
86 Imp. Cés. Domitianus Aug. XII. — Ser. Cornélius Dolabella Petronianus.
87 Imp. Cés. Domitianus Aug. XIII. — L. Volusius Saturninus.
88 S. Clemens, 88-97 ( ?). Cal. lib. :
Imp. Cés. Domitianus Aug. XIIII. ami. ix, m. xi, d. xn. Fuit tem— Q. Minucius Rufus. poribus Galbe et Vespasiani, a cons. Tracali et Italici (68) us que Vespasiano VI et Tito (76). Lib. pont. : natione Romanus de regione Celimonte in Grœcia (in Chersonesi ?), ix kal. dec.
89 T. Aurelius Fulvus. — ...Atratinus.
90 Imp. Cés. Domitianus Aug. XV. — M. Cocceius M. f. Nerva II.
91 .M. Acilius Glabrio. — M. Ulpius M. f. Traianus (encore le 29 avr.).
92 Imp. Cés. Domitianus Aug. XVI (jusqu'au 13 janv.). — Q. Volusius Saturninus.
93 (Cn ?) Pompeius Collega. — Priscus (Priscinus ?).
94 L. Nonius Torquatus Asprenas. — T. Sextius Magius Lateranus.
Imp. Cés. Domitianus Aug. XVII. — Tit. Flavius Clemens.
Nerva. M. Cocceius Nerva ;
T. Manlius Valens. — C. Antistius né le 8-11, vers 35 ; emVêtus. pereur du 18-9-96 au 25
S. Evaristus, 97-105 ( ?). Cat. lib. :
Nerva Aug. III. — L. Verginius ann. xm, m. vu, d. duos. Fuit temBufus III. poribus novissimis Domitiani et Nervœ et Traiani, a cons.
Valentis et Veri (96) us que Gallo et Bradua (108). Lib. pont. : natione Grsecus, Antiochenus, ex pâtre Judœo nomine Juda de civitate Bethlehem. Qui etiam sepultus est juxta corpus beati Pétri in Vaticano, vi kal. nov.
Traianus, né le 18-9-53 ;
Nerva Aug. II II. — Imp. Nerva adopté par Nerva en oct.
Traianus César II. au 10-8-117 : imp. César -Nerva Traianus Augustus.
A. Cornélius Palma. — Q. Sosius Senecio.
Ère chrétienne 100 101 102 103 104 105 106 107 108 109 110 111 112 113 114 115 . Alexander, 105-115 ( ?). Cat. lib. :ann. vu, m. n, d. uno. Fuit temporibus Traiani a cons. Palmae et Tulli (109) us que Veliano et Vetere (116). Lib. pont. : na tione Romanus, ex pâtre Alexan dro de regione Caput tauri ...via Nomentana, ubi decollatus est, ab urbe non longe, milliario vu, v kal. mai.
S. Six tus I, 115-125 ( ?). Cat. lib. : ann. x, m. m, d. xxi. Fuit temporibus Hadriani a cons. Nigri et Aproniani (117) us que Vero III et Ambibulo (126). Lib. pont. : natione Romanus, ex pâtre pastore de regione via Lata... sepultus est juxta corpus beati Pétri, in Vaticano, m non. apr.
Empereurs Hadrianus. P. /Elius Hadrianus ; né le 24-1-76 ; adopté par Trajan le 7-8-117 ; empereur du 11-8-117 au 10-7-138 : imp. Cés. Traianus Hadrianus Aug.
Consuls ordinaires Traianus Aug. III (jusqu'au 30 avril). — Sext. Julius Frontinus III. Traianus Aug. IIII (jusqu'au 12 janv.). — Q. Articuleius Paetus. L. Julius Ursus Servianus IL — L. Licinius Sura II. Traianus Aug. V. — M. Laberius Maximus IL Sex. Attius Suburanus II. — M.
Asinius Marcellus. Ti. Iulius Candidus Marius Celsus II. — C. Antius R. Julius A. f. Quadratus II.
L. Ceioinus Commodûs Aurelius Annius Verus. — Cerialis. L. Licinius Sura III. — Q. Sosius Senecio II. App. Annius Trebonius Gallus. — M. Atilius Metilius Bradua. A. Cornélius Palma II. — (Q. Baebius ?) Tullus. Ser. Scipio Salvidienus Orfitus. — M. Peduceus Priscinus. C. Calpurnius Piso. — M. Vettius Bolanus. Traianus Aug. VI. — T. Sextius Africanus. L. Publiulius Celsus II. — C. Clodius Crispinus. Q. Ninnius Hasta. — P. Manilius Vopiscus. L. Vipstanus Messala. — M... Pedo Vergilianus.
L. Lamia /Elianus. minius Vêtus. T. Aquilius Niger. Apronianus.
Sex. CarM. Rebilus Hadrianus Aug. II. — Cn. Pedanius Fuscus Salinator. Hadrianus Aug. III (jusqu'au 30 avril). — (Q. Iunius ?) Rusticus. L. Catilius Severus II. — T. Aur.
Fulv. Boionius Arrius Antoninus. M. Annius Verus II. — Arrius Augur. M. Acilius Aviola. — Corellius Pansa.
A.
XIV.
lit' chrétienne Papes Empereurs Consuls ordinaires 123 Q. Articuleius Psetinus (Pœtus). — L. Venuleius Apronianus.
124 M. Acilius Glabrio. — C. Bellicius Torquatus Tubanianus.
125 S. Tèleaphorus, 125-136 ( ?). Cat.
Valerius Asiaticus Saturninus II. lib. : ann. xn, m. m, d. ni. Fuit tem— L. Elpidius Titius Aquilitemporibus Antonini Macrini a nus. cons. Titiani et Gallicani (127) us que Cajsare et Albino (137).
Lib. pont. : natione Grœcus, ex anachoritis... sepultus est juxta corpus beati Pétri, in Vaticano, iv non. jan.
126 M. Annius Verus 111. — C. Eggius L. f. Ambibulus etc. L. Marcius Pos[tumus].
127 M. Gavius Squilla Gallicanus. — T. Atilius Rufus Titianus.
128 [Nonius ?] Torquatus Asprenas II. — M. Antonius Libo.
129 P. Iuventius Celsus T. Aufidius Hœnius Severianus II. — L. Neratius Marcellus II.
130 Q. Fabius Catullinus. — M. Flavius Aper.
131 Ser. Octavius Lœnas Pontianus. — M. Antonius Rufinus.
132 C. Serius Augurinus. — C. Trebius Sergianus.
133 M. ( ?) Antonius Hiberus. — P. ( ?) Mummius Sisenna.
134 L. Julius Ursus Servianus III. — T. Vibius Varus.
135 L. Tutilius Lupercus Pontianus. — P. Calpurnius Atticus Atilianus.
136 S. Hyyiim*, 130-140 (V). Cat. lib. :
L. Ceionius Commodus Verus. — ann. xn, m. ni, d. vi. Fuit tem— Sex. Vetulenus Civica Pompeiaporibus Veri et Marci a cons. Ninus. gri et Camerini (138) us que Orfito et Prisco (149). Lib. pont. : natione Graecus, ex philosophis de Atbenis... sepultus est juxta corpus beati Pétri in Vaticano, in id. jan.
Viiiioiiimis Plus. T. AureCanus Iunius Niger. — C. Pompolius Fulvus Boionius Arnius Camerinus. rius Antoninus ; né le 19imp. T. JE\. Cses. Antoninus ; empereur du 10T. Ail. Cses. Hadr. Antoninus Augustus Pius.
Antoninus Pius 11. — C. Bruttius Praesens II.
S. Pius I, 140-155 (V). Cat. lib. :
Antoninus Pius III. — M. /Elius ann. xx, mens, m, d. xxi. Fuit Aurelius Verus Caesar. temporibus Antonini Pii, a cons.
Clari et Severi (146) us que duobus Augustis (161). Lib. pont. : natione Italus, ex pâtre Rufino, frater Pastoris de civitate Aquileia, juxta corpus beati Pétri in Vaticano, v id. jul.
T. Hœnius Severus. — M. Peducaeus Stloga Priscinus.
2 7 4 5 2 746 Ère chrétienne Papes Empereurs Consuls ordinaires 142 L. Cuspius Hufinus. — L. Statius Quadratus.
143 C. Bellicius Torquatus. — Ti. Claudius Alticus Hero des.
144 L. [Hedius Rufus] Lollianus Avitus. — T. Statilius Maximus.
145 Antoninus Pius I III. — M. yElius Aurelius Verus Caesar II.
146 Sex. Erucius M. f. Clarus II. — Cn. Claudius Severus Arabianus.
147 L. Annius Largus. — C. Prastina Pacatus Messalinus.
148 C. Bellicius Torquatus. — P. Salvius Julianus.
149 Ser. Cornélius Scipio Salvidienus Orfltus. — Q. Nonius Sosius Priscus.
150 M. Gavius M. f. Squilla Gallicanus. — Sex. Carminius Vêtus.
151 Sex. Quintilianus Condianus. Sex. Quintilius Valerius Maximus.
152 M. Acilius M. f. Glabrio senior. — M. Valerius Homullus.
153 C. Bruttius Prsesens. — A. Junius Ruflnus.
154 L. iElius Aurel. August. f. Commodus. — T. Sextius Lateranus.
155 H. Anicetus, 155-166 ( ?). Cal. lib. :
C. Julius C. f. Severus. — M. Juann. mi, m. mi, d. m. Fuit temnius Rufinus Sabinianus. poribus Veri et Marci a cons.
Gallicani et Veteris (150) us que Présente et Rufino (153). Lib. pont. : natione Syrus, ex pâtre Joanne de vico Emisa... sepultus in Vaticano, xv kal. mai.
156 M. Ceionius Silvanus. — C. Serius Augurinus.
157 M. Ceionius Civica Barbarus. — M. Metilius etc. Torquatus Fronto.
158 Ser. Sulpicius Tertullus. — Q. Tineius Sacerdos Clemens.
Plantius Quintilius. — M. Statius M. f. Priscus Licinius Italicus.
App. Annius Atilius Bradua. — Ti. Clodius Vibius Varus.
Marcus Aurelius et LuM. .<Elius Aurel. Verus Caesar III. cius Verus. Ensemble — L. Ml. Aurel. Commodus II. jusqu'au début de février mode depuis le 27-11Catilius Severus, par adoption du 25-2-138 : M.
Ann. Verus ; César le imp. Cœsar M. Aurel.
Antoninus Augustus. — L. V., né le 15-12-130, adopté le 25-2-138 ; empereur du 7-3-161 au début février 169.
P. Junius Kusticus II. — L. Plantius Aquilinus.
M. Pontius Lœlianus Larcius. — A. Junius P. f. Pastor.
1 ri' chrétienne Papes Empereurs Consuls ordinaires 164 M. Pompeius Macrinus. — P. Juventius Celsus.
165 M. Gavius Orfltus. — L. Arrius Pudens.
166 S. Soter, 166-175 ( ?). Cal. lib. :
Q. Servilius Q. f. Pudens. — L. ann. ix, m. ni, d. n. Fuit temFufldius Pollio. poribus Veri, a cons. Rustici et Aquilini (162) us que Cethego et Claro (170). Lib. pont. : natione Campanus, ex pâtre Concordio de civitate Fundis... sepultus in Vaticano, x kal. mai.
167 M. Aurelius Aug. III. — M. Uramidius Quadratus.
168 L. Venuleius Apronianus Octavius... II. — L. Sergius Paulus II.
169 ... Sosius Priscus. — P. Cœlius Appollinaris.
170 C. Erucius Clarus. — M. Cornélius Cethegus.
171 T. Statilius Severus. — L. Alfidius Herennianus.
172 Ser. Calpumius Scipio Orfltus. — Quintilius Maximus.
173 Cn. Claudius Severus II. — Ti. Claudius Pompeianus II.
174 L. Aurelius L. f. Gallus. — Q. Volusius Flaccus Cornelianus.
175 S. Eleutherius, 175-189. Cat. lib. :
L. Calpumius Piso. — P. Salvius ann. xv, m. vi, d. v. Fuit tempoJulianus. ribus Antonii et Commodi a cons. Veri et Herenniani (171) us que Paterno et Bradua (185).
Lib. pont. : natione Graecus, ex pâtre Abundio de oppido Nicopoli... sepultus juxta corpus beati Pétri, in Vaticano, vu kal. jun.
176 T. Pomponius Proculus Vitrasius Pollio II. — M. Flavius Aper II.
177 Aurelius Commodus. — M. Plautius Quintilius.
Ser. Scipio Orfltus. — D. Velius Rufus Julianus.
Aurel. Commodus Aug. II. — P. Martius Verus II.
Commodus. L. ^El. Aurel.
L. Fulvius... Aquilius Veiento II.
Comm. Caes. ; né le 31-8— Sex. Quintilius Condianus. aug. en 177 ; empereur du 17-3-180 au 31-12Caes. L. ^Elius Aurelius Commodus Augustus.
Aurel. Commodus Aug. III. — L. Antistius Burrus Adventus.
M. Petronius Sura Mamertinus. — [Q. Tineius] Rufus.
Aurel. Commodus Aug. IIII. — C. Aufldius Victorinus II.
L. Cossonius Eggius Marullus. — Cn. Papirius .Elianus.
...Maternus. — Ti. Claudius Bradua Atticus.
Aurel. Commodus Aug. V. — M. Acilius Glabrio II.
L. Bruttius Quintius Crispinus. — L. Roscius .(Elianus.
2 750 Ère chrétienne Papes Empereurs Consuls ordinaires 188 Seius Fuscianus II. — M. Servilius Silanus II.
189 S. Victor, 189-199. Cat. lib. : ann.
[Duil]ius Silanus. — Q. Servilius ix, m. n, d. x. Fuit temporibus Silanus.
Caesaris, a cons. Commodi II et Glabrionis (186) us que Laterano et Rufmo (197). Lib. pont. : natione Afer, ex pâtre Felice... sepultus juxta corpus beati Pétri, in Vaticano, v kal. aug.
190 Aurel. Commodus Aug. VI. — M. Petronius Sura Septimianus.
191 ... ius Pedo Apronianus. — M. Valerius Bradua Mauricius.
192 Aurel. Commodus Aug. VII. — P. Helvidius Pertinax II.
193 Pertinax. P. Helvius PerQ. Sosius Falco. — C. Julius Erutinax ;néle 1-8-126 ; emcius Clarus. pereur du 1-1-193 au 28-3-193 : imp. Caesar P.
Helv. Pertinax Augustus.
Didius .lu lia n us. M. l)idius Severus Julianus ; né le 29-1-133 (ou 137) ; empereur du 28-3-193 au 1-6-193 : imp. Caesar M. Didius Severus Julianus Augustus.
Clodius Albinus , avril (193) 196 au 19-2-197 : imp. Cœs. D. Clodius Septimius Albinus Augustus.
Pescennius IV'iyer, mai 193 à nov. 194 : imp.
Cœs. C. Pescennius Niger Justus Aug.
Septimius Severus. L.
Sept. Severus ; né le 114-146 ; empereur d'avril ou mai 193 au 4-2-211 : imp. Caesar L. Septimius Severus Pertinax Augustus.
Septimius, Severus Aug. II. — D. Clodius Septimius Albinus Caesar II.
Scapula Tertullus Priscus. — Tineius Clemens.
C. Domitius Dexter II. — L. Valerius Messala Thrasea Paetus.
T. Sextius Lateranus. — L. (C ?) Cuspius Rufinus.
Saturninus. — Gallus.
S. Zephyrinus, 199-217. Cat. lib. :
P. Cornélius P. f. Anullinus II. — ann. xix, m. vu, d. x. Fuit temM. Aufidius C. f. Fronto. poribus Veri et Antonini, a cons.
Saturnini et Galli (198) us que Présente et Extricato (217). Lib. pont. : natione Romanus, ex pâtre Abundio... sepultus in cœmeterio suo, juxta cœmeterium Callixti, via Appia, vu kal. sept.
Ti. Claudius Severus [Proculus ?]. — C. Aufidius Victorinus.
L. Annius Fabianus. — M. Nonius M. f. Arrius Mucianus.
Ère chrétienne Papes Empereurs Consuls ordinaires 202 Septim. Severus Aug. III. — Imp. Caes. M. Aurel. Sever. Antoninus (Caracalla).
203 C. Fulvius Plautianus II. — P. Septimius Geta II.
204 L. Fabius M. f. Cilo etc. Fulcinianus III. — M. Annius Flavius Libo.
205 Imp. Caes. M. Aurel. Severus... II. — P. Septimius Geta Caesar.
206 M. Nummius Umbrius... Senecio Albinus. — L. Fulvius yEmilianus.
207 ...Aper. — ...Maximus.
208 Imp. Caes. M. Aurel. Severus... III. — P. Septimius Geta Caesar II.
209 Geta. L. Septimius Geta ;
[Ti. Claudius ?] Pompeianus. — né le 27-5-189 ; César en ...Avitus.
198 ; empereur avec Sévère et Caracalla de 209 au 4-2-211 ; tué le 262-212 ; imp. Cœsar. P.
Septimius Geta Augustus.
210 M. Acilius Faustinus. — A. Triarius Rufinus.
211 Caracalla. Avec Septime Terentius Gentianus. — [PompoSévère de 198 à 21 1, avec nius] Rassus.
Geta du 4-2-211 au 262-212, seul jusqu'au 8-4217 ; imp. Caesar M. Aurelius (Severus) Antoninus Augustus Caracallus.
212 C. Julius Asper II. — C. Julius Galerius Asper.
213 Imp. Caes. M. Aurel. Severus... III. D. Caelius Calvinus Ralbinus II.
214 Valerius Messala. — C. Octavius Appius Suetrius Sabinus.
215 ... Maecius Laetus II. — ... Sulla Cerialis.
P. Catius Sabinus II. — P. Cornélius Anullinus.
S. Callistiis, 217-222. Cal. lib. :
Macrinus. M. Opellius MaC. Rruttius Praesens. — T. Messius ann. v, m. n, d. x. Fuit temporicrinus ; né en 164 ; empeExtricatus II. bus Macrini et Eliogabali, a cons. reur du 11-4-217 au 2-6Antonini et Adventi (218) us que Antonino III et Alexandro (222). pellius Macrinus AugusLib. pont. : natione Romanus, ex tus. pâtre Domitio de regione Urbe Ravennatentium, sepultus in cœmeterio Calepodii, via Aurélia, milliario ab urbe tertio, prid. id. octo.
Helioçiabal. Avitus ElagaMacrinus Aug. — ... Oclatinius lalus ; né en 204 ; empeAdventus. reur du 16-5 (8-6)-218 au Aurelius Antoninus Augustus.
Imp. Caes. M. Aurel. Antoninus II. — Q. Tineius Sacerdos II.
Imp. Caes. M. Aurel. Antoninus III. — P. Valerius Eutychianus Comazon.
C. Vettius Gratus Sabinianus. — M. Flav. Vitellius Seleucus.
Ère chrétienne 222 223 224 225 226 227 228 229 230 231 232 233 234 235 Papes Empereurs Consuls ordinaires S. I i bamis I, 220-230. Cat. lib. : ann. vin, m. xi, d. xn. Fuit temporibus Alexandri, a cons. Maximi et Eliani (223) us que Agricola et Clementino (230). Lib. pont. : natione Romano, ex pâtre Pontiano... sepultus in crem. Praetextati, via Appia, quem sepelivit beatus Tiburtius, ix kal. jun.
Severus Alexander. Alexianus ; né le 1-10-208 ( ?), adopté par Heliogabal le 10-7-221 ; empepereur du 11-3-222 au 18/19-3-235 : imp. Caesar M. Aurelius Severus Alexander Augustus.
Imp. Caes. M. Aurcl. Autoninus IV. — Severus Alexander Caesar.
S. Pontianus, 230-235. Cal. lib. ann. v, m. xi, d. vu. Fuit temporibus Alexandri, a cons. Pomper ani et Pelignani (231). In Sardinia discinctus est IIII kal. oct. et loco ejus ordinatus est Autheros xi kal. dec. cons., ss. (235). Lib pont. : natione Romanus, ex pâtre Calpurnio... sepultus in in cœmet. Callista, via Appia.
S. Aiteros, 235-236. Cat. lib. : m. i, d. x. Dormit m non. jan., Maximo et Africano cons. (236). Lib. pont. : natione Grœcus, ex pâtre Romulo, sepultus in cœm. Callisti, via Appia, m non. jan.
Fabianus, 236-250. Cat. lib. : ann. xiv, m. i, d. x. Fuit temporibus Maximi et Gordiani et Filippi, a cons. Maximiani et Africani (236) us que Decio II et Grato (250). Passus xn kal. febr. Lib. pont. : natione Romanus, ex pâtre Fabio... sepultus in cœm. Callisti via Appia, xm kal. febr.
Maximums. C. Julius Maximinus ; né en 172 (173 ?) ; empereur de 253-235 à la mi-juin 238 : imp. Caesar C. Julius Verus Maximinus Augustus Pupienus, Balbinus et Gordianus.
Pupienus ; né vers 164, empereur de mars à juin 238 (avec Balbinus) : imp. Caesar M. Clodius Pupienus Maximus Augustus.
Balbinus ; né vers 178 ; imp. Caesar D. Cœlius Calvinus Balbinus Augustus.
L. Marius Max. Perpet. Aurelianus II. — L. Roscius Paculus Papirius yElianus. App. Claudius Julianus II. — L.
Bruttius Crispinus. Ti. Manilius Fuscus II. — Ser.
Calpurrius Domitius Dexter. Sev. Alexander Aug. II. — C. L.
Aufidius Marcellus II. M. Nummius Senecio Albinus. — M. Laelius Maximus ./Emilianus. ... Modestus II. — ...Probus. Sev. Alexander August. III. — Cassius Dio Cocceianus IL L. Virius Agricola. — Sex. Catius Clementinus Priscillianus.
... Claudius Pompeianus. — T.
Flavius Sallustius Paelignianus. ... Lupus. — ...Maximus. ...Maximus IL — ...Paternus. [M. Clodius Pupienius] Maximus II — ...Agricola Urbanus. Cn. Claudius Severus. — L. Ti.
Claud. Aurel. Quintianus.
Imp. Caes. Julius Verus Maximinus. — M. Pupienius Africanus.
Marius Perpetuus. — L. Mmnmius Félix Cornelianus.
Ère chrétienne Papes Empereurs Consuls ordinaires 238 Gordianus I ; né vers 159, (suite) empereur en févr.-mars 238 : imp. Caesar M. Antonius Sempronianus Romanus Africanus Augustus.
Gordianus II ; né vers 192 ; empereur févr.-mars 238.
Gordianus III, né le 20-10 25, empereur de juin 238 à mars 244 ; imp. Caesar M. Antonius Gordianus Augustus.
239 L. Fulvius /Emilianus II. — L. Naevius Aquilinus.
240 [Vettius ?] Sabinus II. — ...Venustus.
241 Gordianus Augustus. — ...Pompeianus. .
242 C. Vettius Atticus Sabinianus. — C. Asinius Lepidus Praetextatus.
243 L. Annius Arrianus. — C. Cervonius Papus.
244 Philippus. Né le ... ?, em...Armenius Peregrinus. — ...Fulpereur de mars 244 à 29-9 vius iEmilianus. ou 10-10-249 : imp. Caesar M. Jul. Philipp. Aug.
245 Philippus Augustus. — ...Titianus.
246 C. Bruttius Praesens. — C. Ail... Albinus.
247 Philippus, fils. Né en 237 Philippus Augustus II. — Imp. ou 238. Caesar en 244 :
Caes. Julius Sever. Philippus M. Jul. Sever. Philippus Aug.
Caesar ; empereur avec son père de 247 à 249 : imp.
Caesar M. Jul. Phil. Augustus ou Sev. Phil. Aug.
248 Philippus Augustus III. — Jul. Sever. Philippus Aug.
249 Deeius. C. Messius Decius ;
...Fulvius .Emilianus II. — L. né vers 200 ; empereur Naevius Aquilinus. . de fin oct. 249 à fin mai sius Quintus Traianus Decius Augustus.
Decius, fils. Né le... ? CéDecius Augustus II. — Vettius sar en 250, empereur du Gratus. printemps 251 à fin mai rennius Etruscus Messius Decius Augustus.
Cornélius, 251-253. Cat. lib. : ann.
Ilosf iliaiuis, Gallus et Decius Augustus III. — Q. Heii, m. m, d. x, a cons. Decio IV Volusianus. rennius Etr. Mess. Decius Cresar. et Decio II (251) us que Gallo et Hostilianus. Né le ... ? César Volusiano (252). Lib. pont. : naen 250, empereur en 251 tione Romanus, ex pâtre Costijusqu'en nov. : imp. Caesar no... in crypto juxta Callisti, in arenario, in via sius Quintus Augustus.
Appia, xviii kal. Oct.
Gallus. Né vers 207, empereur 251 à 22-10-253 : imp. Caes. Vibius Trebonianus Gallus Augustus.
Volusianus. Né le... ? empereur de nov. 251 à 2210-253 : imp. Caes. C. Vib. Aflnius Gallus Veldumnianus Volusianus Augustus.
Ère chrétienne Papes Empereurs Consuls ordinaires 252 Gallus Augustus II. — Volusianus. Aug.
253 S. Lucius I, 252-254. Cat. lib. : i '.iniliaiiiis. Né en 206 Volusianus Aug. II. — ...Maximus. ann. m, m. vm, d. x. Fuit tem(213 ?) ; empereur de juin porib. Galli et Volusiani us que à septembre 253 : imp.
Valeriano III et Galliano II Caesar M. Mm\\. ^Emilia(255). Lib. pont. : natione Romanus Augustus. nus, ex patre Porphyrio... sepulValerianus. Né vers 193 ; tus in cœmet. Callisti, vm kal. empereur du 22-10-253 à sept.
260, avec Gallienus : imp. Caesar P. Licinius Valerianus Augustus. Gallienus. Né en 218, empereur d'août 253 à mars 268 : imp. Caesar P. Licinius Egnatius Gallienus Augustus.
254 S. Stcphanus I, 254-257. Cat. lib. : ann. iv, m. n, d. xxi. Fuit temporibus Valeriani et Gallieni a cons. Volusiani et Maximi (253) us que Valeriano III et Galieno II (255). Lib. pont. : natione Romanus, ex patri Iovio... sepultus in cœmeterio Callisti, iv non. aug.
Valerianus Aug. II. — Licinius.
255 Valerianus Aug. III. — Lie. Egnatius Gallienus IL 256 L. Valerius Maximus IL — -M. Acilius Glabrio.
257 S. Sixtus II, 257-258. Cat. lib. :
Valerianus Aug. III. — Gallienus ann. n, m. xi, d. vi. Cœpit a Aug. III. cons. Maximi et Glabrionis (256) us que Tusco et Basso (258). Lib. pont. : ex. monachis, cujus generationem non potuimus reperire... sepult. in cœm. Callisti, via Appia, vi kal. jan.
258 [Postumus, en Gaule, de M. Nummius Tuscus. — Pompodéc. 258 à déc. 268.] nius Bassus.
259 S. Dionysius, 259-268. Cat. lib. : ann. vin, m. n, d. iv. Fuit temporibus Gallieni, ex die xi kal. aug. jEmiliano et Basso cons. cons. Claudi et Paterni (269).
Lib. pont. : natione Graecus, de ' Athenis... sepultus in cœmet.
Callisti, vm id. aug. jEmilianus. — Bassus.
P. Cornélius Saecularis IL — C. Junius Donatus IL Gallienus Aug. II IL — T. Petronius T. f. Taurus Volusianus.
Gallienus Aug. V. — Faustinianus.
M. Nummius Ceionius Annius Albinus IL — Maximus Dexter.
Gallienus Aug. VI. — Saturninus.
P. Licinius Cornélius Valerianus IL — Lucillus.
Gallienus Aug. VIL — Sabinillus.
Paternus. — Arcesilaus.
Claudius II. M. Aurel. Claudius ; né le 10-5-219 (220 ?) ; empereur de septembre 268 au 29-8-270 : imp. Caesar M. Aurel. Claudius Augustus.
Paternus IL — Marinianus.
269 270 271 272 273 274 275 276 . Félix I, 269-274. Cal. lib. :
Diocletianus Aug. VI. — Constanann. vin, m. m, d. xxv. Fuit temporibus Diocletiani et Maximiani ex die prid. kal. julias a cons. Diocletiano VI et Constantio II (296) usq. in cons. Dioclet.
VIIII et Maximiano VIII (304).
Lib. pont. : natione Romanus, ex pâtre Projecto ...sepult. in cœmet. Priscillae, in cubiculo claro... vi kal. mai.
Maximianus Aug. V. — Gai. Val. Maximianus Caesar II.
M. Junius Caesonius Niumachus Anicius Faustus Paulinus II. — Vir. Gallus.
Diocletianus Aug. VII. — Maximianus Aug. VI.
Constantius Caesar III. — Gai. Val. Max. Caesar III.
T. Flavius Postumius Titianus II. — Popilius Nepotianus.
Constantius Caesar IV. — Gai. Val. Max. Caes. IV.
Diocletian. Aug. VIII. — Maximianus Aug. VII.
Diocletianus Aug. VIIII. — Maximianus Aug. VIII.
Ère chrétienne
30S
306 307 308 Empereurs . Marcellus, 308-309. Cat. lib. : ann. i, m. vu, d. xx. Fuit temporibus Maxenti, a cons. X et Maximiano (308) us que post consulatum X et septimum (309). Lib. pont. : natione Romanus, ex pâtre Benedicto de regione via Lata sepultus in cœmet. Priscillœ, via Salaria, xvn kal. febr. . Eusebius, 309 ou 310. Cat. lib. : m. iv, d. xvi ; a. xiv kal. maias us que in diem xvi kal. sept. Lib pont. : natione Grœcus, ex medi dicis... sepultus in cœmet. Callisti, in crypta, vi kal. oct.
S. Miltia des, 311-314. Cat. lib. ann. in, m. vi, d. vm, ex die v nonas Julias a cons. Maximiano VIII solo quod fuit mense sept Volusiano et Ruflno (311) us que in m id. januarias Volusiano et Anniano coss. (314). Lib. pont., natione Afer... sepult. in cœmet Callisti, m id. jan.
Constantius Chlorus. Né le 31-3-264 ( ?) ; adopté par Maximien. César le 1-3-293 ; emp. du 1-5-305 au 25-7-306 : imp. Cas. FI. Val. Constantius Aug.
Galerius. Né vers 242. César le 1-4-293, empereur de 305 au 5-5-311 : imp. Caesar C. Gai. Val. Maximianus Augustus.
Flavius Severus. César 13-305 ; empereur du 257-306 à avril 307 : imp. Cœs. Flav. Valer. Severus Augustus.
Maximums Daïa. Adopté par Galère. César 1-5305 ; empereur de 306 à 309 : imp. Cœs. Gai. Valer. Maximinus Aug.
Constantinus I. C. Flav. Valer. Constantinus ; né le 27 février peu après 285 ; César le 25-7-306 ; Auguste le 31-3-307 ; décédé le 22-5-337 ; imp. Cœsar C. Flavius Valer. Constantinus Augustus.
Maxentius. Né vers 280. César le 28-10-306 ; empereur du 28-10-307 au 28-10-312 : imp. Csesar Valer. Maxentius Aug, Lieinius. Né avant 248 ; empereur du 11-11-308 au 18-9-324 ; mort en 325 : imp. Cœsar Valerius Lieinius Augustus.
[Alexander, en Afri que, 308-311.1 Consuls ordinaires Constantius Cœsar V. — Gai. Val. Max. Cœs. V.
Constantius Aug. VI. Aug. VI.
Galerius Maximianus Aug. VIII I. — Flav. Val. Constantinus nob. Cœs.
Orient : Valer. Sever. Aug. — Maximinus Cœsar.
Diocletianus Aug. X. Aug. VII.
Galerius Maxentius II. — M. Valerius Romulus nobiliss. vir. Orient : Imp. Lieinius. — Flav.
Valer. Constantinus Cœsar.
Rome : Maxentius Aug. III ;
Orient : Andronicus. — Sicorius Probus. Rome : Eusebius. — C. Carionius Rufius Volusianus ; autrement :
Galer. Aug. VIII. — Maximinus Aug. IL Constantinus Aug. II. — Lieinius Aug. IL Rome : Constantinus Aug. III. — Maximinus Aug. III ; autrement : Constantinus Aug. III. — Lieinius Aug. III (à Rome jusqu'à octobre : Maxentius Aug. IIII).
Ère chrétienne Papes Empereurs Consuls ordinaires 314 315 316 317 318 319 320 321 322 323 324 325 326 327 328 329 S. Silvester, 314-335. Cal. lib. : ann. xxi, m. xi. Fuit temporibus Constantini, a consulato Volusiani et Anniani (314), ex die prid. kal. febr. usq. in diem kal. jan. Constancio et Albino coss. (355). Lib. pont. : natione Romanus, ex pâtre Ruflno ...sepultus in cemeterio Priscillse, via Sala ria, prid. non. oct.
S. Marcus, 336. Cat. lib. : m. vin, d. xx. Fuit temporibus Constantini Nepotiano et Facundo coss. (336), ex die xv kal. febr. usq. in diem non. oct. coss. ss. Lib. pont. : natione Romanus, ex pâtre Prisco... sepult. in ccemet. Ralbinse, prid. non. oct.
S. Julius I, 337-352. Cat. lib. : ann. xv, m. i, d. xi. Fuit temporibus Constantini, a consulatu Feliciani et Titioni (337), ex die vm id. febr. in diem prid. id. apr. Constantio V et Constancio Caes. (352).
Constantin II. FI. CI.
Constantinus ; né le 7-8314 ; César le 1-3-317 ; empereur du 9-9-337 au 9-4-340 ; imp. Cses. FI. Cl. Constantinus (junior) Augustus.
C. Cationus Rufus Volusianus II. — Annianus.
Constantius Aug. IV. — Licinius Aug. un. Antonius Caecina Sabinus. — Q.
Aradius Rufinus. Ovinius Gallicanus. — Iunius Bassus. Licinius Aug. V. — Flavius Iulius Crispus Nob. Caesar. Constantinus Aug. V. — Licinius Nob. Caesar. Constantinus Aug. VI. — Flav.
Cl. Constantinus Nob. Caesar. Flav. lui. Crisp. Constantinus II.
— FI. Cl. Constantinus Nob.
Caes. II. Petronius Probianus. — Amnius Anicius Iulianus. Orient : Licinius Aug. VI. — - Val.
Licinianus Licinius Caesar II Acilius Severus. — C. Vettius Cossinius Rufinus. Flav. lui. Crispus III. — FI. Claudius Constantinus etc. III. Sex. Coceius Anicius Faustus Paulinus II - — P. Cœionius Iulianius. Constantius Aug. VII — ■ FI. Julius Constantius, etc. FI. Caesarius Constantinius (Constantius). — Maximus. Ianuarius. — Iustus. Constantinus Aug. VIII. — FI. Cl. Constantinus... IIII. FI. Gallicanus. — Aurel. Tullianus Symmachus. Annius Bassus. — Ablabius. Papinius Pacatianus. — ■ Maecilius Hilarianus. FI. Julius Delmatius Delmatii f. — Zenofilus. Proculus Optatus. — Anicius Paulinus junior. FI. Julius Constantius. — Cacionius Rufus Allinus. FI. Popilius Constantinus Nepolianus. — Facundus. FI. Felicianus. nus.
Tit. Fab. TitiaÈre chrétienne Papes Empereurs Consuls ordinaires 337 S. Julîus I (suite). Lib. pont. :
Constantius II. FI. Jul. (suite) natione Romanus, ex pâtre Rus(Cl.) Constantius ; né le tico... sepultus est in cœmet. Cale7-8-317 ; César le 8-11podii, milliarioin ab urbe Roma, 324 ; empereur du 9-9-337 prid. id. apr. au 3-11-361 : imp. Caes. FI. Jul. Constantius Augustus.
Constans. FI. Jul. Constans ; né en 320 (323 ?) ; César le 25-12-333 ; empereur du 9-9-337 au 181-350 : imp. Caes. FI. Jul. Constans Augustus.
338 FI. Ursus. — Polemius.
339 Constantius Aug. II. — Constans Aug.
340 Septimius Acindynus. — - L. Aradius Valerius Proculus (Populonius).
341 Antonius Marcellinus. — Petronius Probinus.
342 Constantius Aug. III. — Constans Aug. II.
343 M. Maecius Memmius... — FI. Pisidius Romulus.
344 FI. Dometius Leontius. — FI. Sallustius Ronosus.
345 Julius Amantius. — Rufius Albibinus.
346 Constantius Aug. III. — Constans Aug. III. A Rome : post cons. Amantii et Albini.
347 Vulcatius Rufinus. — FI. Eusebius.
348 Flavius Philippus. — Flavius Salia.
349 Ulpius Limenius. — Fabius Aco Catullinus Philomatius.
350 FI. Anicius Sergius. — FI. Nigrinianus.
351 Imp. Flav. Magnentius Magnif. Aug. — Gaiso. Orient : post cons. Sergii et Nigriniani.
S. Liberius, 352-366. Cat. lib. :
F). Magnus Decentius Caesar. — fuit temporib. Constanti ex die Paulus. Orient : Constantius xi cal. jun. in diem... a consul.
Aug. V. — Constantius Gallus Constancio V et Constancio Caes.
Caes. coss. (352). Lib. pont. : natione Romanus, ex pâtre Ligusto... sepultus in cœmeterio Priscillae, via Salaria, vm kal. mai.
Magnentius Aug. II. — FI. Magnus Decentius Caes. II. Orient : Constantius Aug. VI. — Constantius Gallus Caes. II.
Constantius Aug. VII. — Constantius Gallus Caes. III.
FI. Arbitio. — Q. Flav. Maecius Lib. pont. : natione Romanus, Egnatius Lollianus (Mavortius). ex pâtre Anastasio... sepult. in basilica ejus quam ipse construxit, via Aurélia, xn kal. dec] Constantius Aug. VIII. — Flav. Cl. Julianus Caesar.
Constantius Aug. IX. — Flav. Cl. Julianus Caesar II.
... Datianus. —...Naeratius Cerealis.
359 360 361 362 363 364 365 366 367 368 369 370 371 372 373 374 375 S. Uainasus I, 366-384. Lib. pont. : natione Hispanus, ex pâtre Antonio, sedit annos xvn, mens, ii, dies x... sepultus in via Ardeatina, in basilica sua, m id, dec.
Iulianus. FI. Cl. Julianus. César le 6-11-355 ; Auguste : hiver 360 ; empereur du 3-11-361 au 266-363 : imp. Cœs. FI. Cl. Julianus Aug.
Ioviaiiu ». Empereur du 27-6-363 au 16-2-364 : imp. Cœsar Flav. Iovianus Augustus.
ValentinianuH I. Empereur du 26-2-364 au 1711-375 (avecJValens 364367, avec Valens et Gratien, 367-375) : imp., Cas. Flav. Valentinianus Augustus.
Valens. Empereur du 283-364 au 25-8-378 : imp. Caes. Flav. Valens Augustus.
FI. Eusebius. — FI. Hypatius. Constantius Aug. X. — Iulianus Caesar III. FI. Palladius Rutilius Taurus Emilianus. — FI. Florentius.
Claudius Mamertinus. — Flav.
Nevitta. I Iulianus Aug. IIII. — FI. Sallustius.
Iovianus Aug. — Flav. Varronius nob. puer.
Gratianus. Empereur du 24-8-367 au 25-8-383 : imp. Caes. FI. Gratianus Aug. ; Pontifex maximus jusqu'en 375.
Valentinianus II. Empereur du 22-11-375 au 15-5-392 : imp. Caes. Magnus Maximus Augustus.
Theoilosius I. Empereur du 19-1-379 au 17-1-395 : imp. Caes. Flav. Theodosius Aug.
Valentinianus Aug. — Valens Aug. FI. Gratianus nob. puer. — Dagalaifus.
Flavius Lupicinus. — FI. Valens Iovinus. Valentinianus Aug. II. — Valens Aug. II. FL Valentinianus nob. puer Valentis Aug. f. — FI. Victor. Valentinianus Aug. III. — Valens Aug. III. Gratianus Aug. II. — Sex. Anicius Petronius Probus Probini f. FI. Domitius Modestus. — Flavius Arintheus. Valentinianus Aug. IIII. — Valens Aug. IIII. Gratianus Aug. III. — C. Equitius Valens. Post consulatum Gratiani Aug.
III et Equitii.
Valentinianus Flav. MeValens Aug. V. junior Aug. Gratianus Aug. IIII. robau des. Valens Aug. VI. — Valentinianus jun. Aug. II. Decimus Magnus Ausanius. — Q.
Clod. Hermogenianus Olybrius.
Ère chrétienne Papes Empereurs Consuls ordinaires 380 Gratianus Aug. V. — Theodosius Aug.
381 FI. Syagrius. — FI. Eucherius.
382 Claudius Antonius. — FI. Afranius Syagrius.
383 Maximus. Empereur de FI. Merobau des II. — Flav. Satur383 au 28-7-388 : imp. ninus.
Caes. Magnus Maximus Aug.
384 S. Siricius, 384-399. Lib. pont. :
FI. Victor. César en 383 ;
FI. Ricomer. — Flav. Clearchus. natione Romanus, ex pâtre Tiempereur de 384 à 388 :
— En Gaule : Imp. Magn. burtio... sepultus in cœmeterio imp. Caes. Flav. Victor Clem. Maximus Aug.
Priscillœ, vm kal. mart.
385 Arcadius Aug. — FI. Bauto.
386 Flav. Honorius nob. puer. — FJ.
Evodius.
387 Valentinianus jun. Aug. III. —...Eutropius.
388 Magnus Clemens Maximus Aug. II. — Orient : Theodosius Aug. II. — Maternus Cynegius.
389 FI. Timasius. — FI. Promotus.
390 Valentianus jun. Aug. ILII. —...Neoterius.
391 FI. Tatianus. — Q. Aurel. Symmachus.
392 Eugenius Rhetor. Empereur de mai 392 au 6-9394 : imp. Caes. Flav. Eugenius Aug.
Arcadius Aug. II. — FI. Ruflnus.
393 Orient : Theodosius Aug. III. — Abundantius. Occident : Flav. Eugenius Aug.
394 Orient : Arcadius Aug. III. — Occident : Honorius Aug. II. — Nicomachus Flav.
395 Honorius. Arcadius.
Anicius Hemogenianus Olybrius.
Emp. du 17Emp. du 17— Anicius Probinus.
1-395 au 151-395 au 18-423. 5-408.
396 Orient : Arcadius Aug. III. — Occident : Honorius Aug. III.
Flav. Caesarius. — Nonius Atticus Maximus.
Honorius Aug. IIII. — Flav. Eutychianus.
Occident Orient S. Anustasius, 399-401. Lib. pont. : nat. Romanus, ex pâtre Maximo, sepultus in cœmeterio suo Ad ursum pileatum, v kal. mai.
Flav. Mallius Theodorus.
Eutropius.
Flavius Stilicho.
Aurelianus.
S. Innocentius I, 401-417 : Lib. pont. : nat. Albanensis, ex pâtre Innocentio... sepultus in cœmet. Ad ursum pilatum, v kal. aug.
Flavius Vincentius.
Flav. Fravitus.
Honorius Aug. V Arcadius Aug.
Theodosius jun. Aug.
FI. Rumoridus.
Honorius Aug. VI.
Aristaenetus.
Flav. Stilicho II.
Anthemius.
Anicius Petronius Probus.
Arcadius Aug. V I Ère chrétienne Papes Empereurs Consuls ordinaires Occident Orient 407 [Constantinus III ; en Theodosius jun.
Honorius Aug.
Gaule, 407 au 18-9-411.] Aug. II.
VII.
408 Theodosius II. Emp. du 1-5-408 au 28-7-450.
FI. Anicius AucheniusBassus FlaviusPhilippus.
409 Honorius Aug. VIII (en Gaule, Espagne et Bretagne : Cl. Constantinus Aug.).
Theodosius jun. Aug. III.
410 Tertullus.
Varanes.
411 Theodos. jun. Aug. II II.
412 Honorius Aug. IX.
Theodos. jun. Aug. V.
413 Heraclianus.
Lucius.
414 Constantius.
Constans (Constantinus).
415 Honorius Aug. X.
Theodosius jun. Aug. VI.
416 Junius Quartus Palladius.
Theodosius jun. Aug. VII.
417 S. Zosimus, 417-418. Lib. pont. : nat. Grsecus, ex pâtre Abramio... sepult. juxta corpus Laurentii mart., vu kal. jan.
Honorius Aug. XI et FI. Cons tantius II.
418 Bonifatius I, 418-422. Lib. pont. :
Honorius Aug.
Theodosius jun. nat. Romanus, ex pâtre Jocun-
XII.
Aug. VIII. do... sep. juxta corpus. S. Felicitatis mart., vin kal. nov.
419 Flav. Monaxius.
Plinta.
420 Constantius Aug. III.
Theodosius jun. Aug. VIIII.
421 < lonstantius III. Emp. du 8-2-421 au 21-9-421 : imp. FI. Constant. Aug.
Agricola.
Eustathius.
422 S. Celestinus I, 422-432. Lib.
Honorius Aug.
Theodosius jun. pont. : nat. Campanus, ex pâtre
XIII.
Aug. X.
Priscu... sepult. in c.oemet. Priscillse, vin id. april.
Iohannes Tyrannus, 423425.
FI. Avitus Marinianus.
Asclepiodotus.
Flavius Castinus Victor.
Valentinianus III. Né en Ioannes AugusTheodosius jun. tus.
Aug. XI. — empereur du 23-10-425 Valentinianus au 16-3-455 : imp. Flav.
Caesar.
Plac. Valent. Aug.
Valentiniaiius Aug. II.
Theodosius jun. Aug. XII.
Hierius. — Ardabur.
FI. Constantius Félix.
Flavius Taurus.
Post consul. Felicis et Tauri.
Florentius et Dionysius.
•Valentinianus Aug. III.
Theodosius jun. Aug. XIII.
Flavius Bassus.
Flavius Antiochius.
S. Sixtus III, 432-440. Lib. pont. :
Aetius GaudenValerius Leonnatione Romanus, ex pâtre Xystiif. tii f. to... sepultus est via Tiburtina, in crypta, juxta corpus beati Laurentii mart.
A.
XIV. — 88.
Ère chrétienne Papes Empereurs Consuls ordinaires Occident Orient 433 Petronius Maximus.
Theodos, jun. Aug. XIIII.
434 FI. Ardabur Aspar.
FI. Ariobindus.
435 Valentinianus Aug. IV.
Theodosius jun. Aug. XV.
436 Post consul. Theodos. XV et Valent. ÏIII.
FI. Anthemius Isidorus et FI. Sénat or.
437 FI. Aetius II et FI. Sigisvultus.
438 Anicius Acilius Glabrio Faustus.
Theodosius jun. Aug. XVI.
439 Rufius Postumius Festus.
Theodosius jun. Aug. XVII.
440 S. Léo I, 440-461. Lib. pont. : nat. Tuscus, ex pâtre Quintiano... sepultus in basilica Pétri, m, id. apr.
Valentinianus Aug. V.
Anatolius.
441 Post consul. Valent. V et An a tolii.
Constantius Cyrus.
442 Dioscorus.
Eudoxius.
443 Petronius Maximus II. — Paterius.
444 Albinus.
Theodosius jun. Aug. XVIII.
445 Valentinianus Aug. VI.
Nomus (Nonius ?) 446 FI. Aetius III.— Q. Aurelius Symmachus.
447 Calepius.
Ardabur Asparis f.
448 Rufius Prœtextatus PostuFlavius Zeno.
449 mianus. Flav. Asturius.
Protogenes.
Mnrciaiiiis. Empereur du Valent. Aug. VII et Gennadius Avicnus.
Flav. Adelphus.
Marcianus Aug.
FI. Bassus 1 1erculanus.
Sporacius.
FI. Rufius Opilio. loannes Vincomalus.
Post consul. Opilionis.
Aetius IIII. — Studius.
Petronius Maximu-, 155 Valentinianus Procopius Antheau 31-5-455.
Aug. VIII. mius.
Avitus. Emp. 9-7-455 au Avitus Aug.
Ioannes-Varanes.
Majorianus. Emp. du 1-4Flav. Constantitinus. — Rufus Maiorianus Aug.
Léo Aug.
Flav. FUcirner.
FI. Patricius Asparis f.
Magnus.
Apollonius.
S. Hilarius, 461-468. Lib. pont. :
Severus III. Emp. du 19Severinus.
Dagalaifus Areonat. Sardus, ex pâtre Crispino bindi f.
...sepult. aci s. Laurentium. o.M i : TABLEAU (. 1 1 11 ( ) M ) l.( )(i I ( ) l I,
7 S
Ère chrétienne Papes Empereurs Consuls ordinaires Occident Orient 462 Severus Aug.
Léo Aug. II.
463 FI. Csecina Decius Max. Basilius.
Vibianus.
464 Post consul. Basilii.
Rusticius. — Anicius Olybrius.
465 Hicimer. 465-467.
? Herminericus Asparis f.
FI. Basiliscus.
466 Tatianus.
Léo Aug. III.
467 Antheiiiiiis. Emp. du 12Post consul. LePuseus. — Jo4-467 au 13-6-472. onis III. hannes.
468 S.Simplieius, 468-483. Lib.pont. : nal. Tiburtinus, ex pâtre Castorio... sep. in basil. Pétri apost., vi non. mart.
Anthemius Aug. II.
469 Marcianus Anthemii Aug. f.
Zeno Rusumbladesti f.
470 FI. Messius Phrebus Severus.
Iordanes.
471 Probianus.
Léo Aug. II II.
472 Olybrius. Emp. d'avril 472 au 23-10-472.
FI. Festus.
Marcianus.
473 Glyeerius. Emp. 3-3-473 au 24-6-474.
Post consul. Festi.
Léo Aug. V.
474 iVepos. Emp. 24-6-474 au 28-8-475. Léo II. 474. Zeno. 474-491.
Léo jun. Aug.
475 Koimilus Auyustulus.
31-10-475 à 476.
Post consul. Leonis jun.
Zeno Aug. II.
476 Basiliscus. 476-477.
Basiliscus Aug. IL — Armatus.
477 Post consul. Basilisci II et Arinati.
Post consul. Armati.
478 Post consul, iterum Armati.
Hillus (Illus).
479 Post consul. Hilli. Cœcina Decius Zeno Aug. III.
Post consul ZeMax. Basilius nonis III. jun.
FI. Ruflus Placidus.
Severinus junior Trocondus.
S. Félix III (II), 483-492. Lib.
Anicius Acilius Post consul. Tropont. : nat. Romanus, ex pâtre Aginantius condi.
Felice presbytero de titulo FasFaustus. ciola ;... sepult. in basil. Pauli ap.
Venantius.
Theodericus Theodemeris reg. f.
Q. Aurel. Memm. Symmachus jun.
Post cons. Theoderici.
Cœcina Mavortius Basil. Decius jun.
Longinus Rusunbladesti f.
Flav. Boethius.
Post consul. Longini.
Cl. Jul. Eclesius Dynamius et Post consul. II Longini.
Ruf. Achil. Sividius.
Petronius Probinus.
Eusebius.
Ere chrétienne Papes Empereurs Consuls ordinaires Occident Orient 490 FI. Probus Faustus jun.
Longinus II.
491 Anastasius I. Emp. du 11Post consul.
Olybrius jun. A4-491 au 9-4-518.
Longini II et Fausti. reobindi f.
492 S. Gelasius I, 492-496. Lib. pont : nat. Afer, ex pâtre Valérie, sepult. in basil. Pétri ap., xn kal. dec.
Anastasius Aug. — Rufus.
493 Faustus Albinus Eusebius II.
494 Turc. Ruf. Apron. Aster. — FI. Praesidius.
495 Flav. Viator.
496 S. Anastasius II, 496-498. Lib.
Post consul. ViaPaulus Anastasii pont. : nat. Romanus, ex pâtre toris. imper, frater.
Petro...sepult. in basil. Pétri, xm kal. dec.
497 Post consul II Viatoris.
Anastasius Aug. III.
498 S. Symmachus, 498-514. Lib. pont. : nat. Sardus, ex pâtre Fortunato...sepult. in basil. Pétri, xiv kal. aug.
Flav. Paulinus.
Ioannes Scytha.
499 Post consul. Pauli.
Ioannes Gibbus.
500 Iterum post consul. Paulini.
Patricius. — Hypatius.
501 Ruflus Magn. Faustus Avienus.
Pompeius.
502 FI. Avienus jun.
Probus.
503 Volusianus.
Dexicrates.
504 Ruf. Petron. Nicomachus Cethegus.
505 FI. Theodorus.
Sabinianus.
506 Ennodius Messala.
FI. Areobindus Dagalaifus.
Venantius Liberii f.
Anastasius Aug. III.
Basilius Venantius jun.
Celer.
Importunus.
Boethius jun.
Eutharicus.
Flav. Félix.
Secundinus.
Post consul. Felicis.
Paulus. — Moschianus.
Probus.
FI. Taurus Clementinus Armenius.
S. Hormisdas, 514-523. Lib. pont. : nat. Campanus, ex pâtre Justo... sepult. in basil. Pétri.
Vitalianus. 514-515.
Aurel. Cassiodorus Senator.
Florentius.
Anthemius.
Flavius Petrus.
Flavius Agapitus.
FI. Anast. Paulus Probus Sabinianus Pompeius Anastasius.
Iustinus I. Emp. du 9-4Post consul. AgaProbus Moschiapiti. nus Probus Magnas.
Ère chrétienne Papes Empereurs Consuls ordinaires Occident Orient 519 FI. Eutharicus Cillica.
Iustinus Aug.
520 Rusticius.
Vitalianus.
521 Valerius.
FI. Petrus Sabbatius Iustinianus.
522 Symmachus. — Boethius.
523 S. Johannes I, 523-526. Lib. pont. : nat. Tuscus, ex pâtre Constantio... sepult. in basil. Pétri.
FI. Anicius Maximus.
524 Flav. Opilio.
Iustinus Aug.
525 Probus jun.
FI. Theod. Filoxenus Sotericus.
526 S. Félix IV (III), 526-530. Lib. pont. : natione Samnis, ex pâtre Castorio...sepult. in basil. Pétri, iv id. oct.
FI. Anicius Olybrius jun.
527 Iustinianus I. 527-565.
Vettius Agorius Basilius Mavortius.
528 Post consul. Mavorti.
Iustinianus Aug.
529 FI. Decius jun.
530 Bonifatius II, 530-532. Lib. pont : nat. Romanus, ex pâtre Sigibuldo... sepult. in basil. Pétri, xvi kal nov.
FI. Postumius I.ampadius — Ruflus Gennadius Probus Orestes.
531 Post consul. Lampadii et Orestis.
532 Post consul.. Lampadii et Orestis II.
533 Iohaiines II, 533-535. Lib. pont. :
Post consul.
Iustinianus Aug. qui et Mercurius nat. Romanus...
Lampadii et
III.
sepult. in bas. Pétri, vi kal. jun.
Orestis III.
FI. Decius Paulinus jun.
Iustinianus Aug. IIII.
S. Agapetus I, 535-536. Lib. pont. : nat. Romanus, ex pâtre Gordiano presb... sepult. in basil. Pétri, xv kal. oct.
Post consul. Paulini jun.
Flav. Belisarius.
S. Silverius, 536-538. Lib. pont. :
Post consul.
Post consul. Belinat. Campanus, ex pâtre HorPaulini jun. II, sarii. misda, episc. Rom., exulatus in ensuite BelisaPontias sepultus in eodem loco, rius. xn kal. jul.
Post consul. Paulini jun. III. Sicile et Rome : post cons. Belisari.
Post consul. Belisarii.
Vigilius, 538-555. Lib. pont. : nat.
Post consul.
FI. Ioannes CapRomanus, ex pâtre Ioanni conPaulini jun. padox. sule... decessit in civ. Syracusa...
IIII.
sepult. ad S. Marcellum in cimit.
Priscillae.
Post consul. Paulini jun. V. — En Gaule : post consul. Ioannis.
FI. Appion.
Ere chrétienne Papes Empereurs Consuls ordinaires Occident Orient 540 Post consul. Paulini jun. VI.
FI. Iustinus jun.
541 FI. Anicius Faustus Albinus Basilius jun.
542 Post consul. Basilii iun. I ; post consul. Paulini jun. VIII ; post consul. Iustini IL 543 Post consul. Basilii II.
544 Post consul. Basilii III.
545 Post consul. Basilii IIII.
546 Post consul. Basilii V.
IV. ROME SOUTERRAINE. — I. Destination. - Il serait superflu de définir ici et de décrire les catacombes ; el les sont familières à tous les lecteurs du Dictionnaire qui pourront se reporter à ce que nous avons exposé à ce sujet au tome n, col. 23762450. Le nom, aujour d'hui consacré pour désigner des cimetières souterrains et qu'on appli que à des excavations disséminées en Italie, en Egypte, en Afri que, et à Paris même, est spécifiquement romain comme nous l'avons dit (voir Dictionn., t. n, col. 24872512) et désignait à l'origine un petit cimetière situé sur la voie Appienne : ad Cutaeumbas qui porta, dans la suite, le vocable de Saint-Sébastien et ne cessa ja mais d'être visité pendant le Moyen Age (voir Dictionn., t. xiv, col. 855-900). Deux étymologies ont été proposées : ou bien le nom fut donné d'après deux mots de la basse latinité, tirés du grec : xarâ « auprès » et x.\)tj.ooç « excavation », c'est-à-dire un lieu où les tombes sont juxtaposées ; ou bien [et c'est le plus vraisemblable) le nom fut inspiré par une circonstance topographi que, un pli de terrain, une dépression que traverse la voie Appienne.
Le mot « catacombe » appliqué à toutes les nécropo les chrétiennes voisines de Borne évo que surtout une idée à la fois glorieuse et tragi que. On se représente volontiers sous le nom d' ■ Église des catacombes • la communauté romaine traquée par la police impériale pendant les sièc les de persécution et contrainte à vivre cachée dans des lieux humi des et obscurs, à y célébrer le culte et à y vénérer les reliques des martyrs. Il y eut certes des lieux de prière dans les catacombes, témoin la Cappella greca (voir Dictionn., t. n, à ce nom) ; on y vit administrer le baptême (voir Dictionn., t. n, à ce mot) et l'eucharistie, on y mit à mort des clercs et le pape Sixte II en personne ; néanmoins si on s'y réfugia et si on s'y cacha ce ne fut qu'exceptionnellement et en petit nombre. La véritable destination de ces souterrains fut de recevoir les corps non seulement des martyrs mais encore des fidè les, les uns avant confessé leur foi dans les suppli ces, les autres ayant expiré dans la communion de l'Église.
Le mobilier funéraire des catacombes, s'il nous était parvenu dans son intégrité, aurait aidé à résoudre nombre de questions qui se posent touchant l'organisation de l'Église et de la société primitive chrétienne ; malheureusement les générations ont apporté un véritable acharnement à bouleverser et à détruire ces antiques témoins. Les chrétiens ont creusé des loculi à tort et à travers, les Goths et les Lombards ont tout saccagé, enfin, pendant près de trois sièc les, les explorateurs ont été surtout les exploiteurs de cette mine, en apparence inépuisable.
IL Avant Antoine Bosio. — Les gran des translations de corps saints, — quels qu'en aient été la fréquence et le nombre — accomplies au IXe, mettaient les reliques à la portée des fidè les habitant Borne et dispensaient les pèlerins d'entreprendre une série de fatigantes excursions aux abords de la ville sur des routes de moins en moins entretenues. On cessa dès lors de visiter les cimetières souterrains qui s'ensablèrent, s'obstruèrent et finirent par être oubliés pendant ries sièc les. Ce ne fut que dans la première moitié du XVe qu'on s'y aventura : en 1432 un certain Johannes Lonk, de 1433 à 1480 quelques frères mineurs, en 1467 des Écossais, en 1469 un abbé de Saint-Sébastien visitèrent quelques galeries de la catacombe de C.alliste et y laissèrent leurs noms avec la date rie leurs visites. En 1475, ries humanistes s'introduisirent dans ce même cimetière et dans celui des Saints-Pierre-et-Marcellin ; leur excursion aurait pu tinir de façon tragi que pour leur chef Pomponius Ictus (voir Dictionn., t. vin, col. 1041-1051) et pour son confrère Pantagathus qui se qualifiaient l'un de ponti/ex maximus, l'autre de sacerdos academiie Homanse, une plaisanterie que la police pontificale n'était pas d'humeur à apprécier. Ils le savaient du reste et se gardèrent d'ébruiter les trouvail les faites au cours de leurs visites l.
Pendant un siècle environ le silence se fait et il faut attendre un esprit curieux et érudit, quel que peu superficiel, 0. Panvinio (voir Diclionn., t. xm, à ce nom), pour s'intéresser aux catacombes et les décrire mais sans les avoir visitées ; il s'est contenté de recueillir tout ce qu'on en avait dit avant lui et composa ainsi son De ritu sepeliendi morluos apud veleres christianos et de eorum cœmeteriis, paru en 1568. Selon lui il a existé quarante-trois catacombes : pour les quatre encore connues, il n'a pas pris la peine de les visiter.
Le 31 mai 1578, quelques coups de pioche donnés au hasard par des terrassiers dans une vigne de la voie Salaire, à deux mil les de Rome, révélèrent d'anciennes galeries funéraires où ils aperçurent des sarcophages, des peintures et des inscriptions. La nouvelle circula dans Rome ' et attira quelques savants, dont le cardinal Baronius qui y fit plusieurs visites, les érudits Alonzo Chacon (Ciacconio), Pompeo Ugonio, Philippe de Winghe et Jean l'Heureux qui prirent des croquis et des notes dont personne ne s'occupa après eux (voir Diclionn., t. ix, col. 7578). Il paraît probable que le cimetière ainsi découvert était celui de Thrason ou celui des Giordani.
III. Depuis Antoine Bosio jusqu'à J.-B. de Bossi. — Nous avons déjà fait connaître la carrière et les trav aux de celui qui fonda la science nouvelle et, le premier, lui imposa son nom de Roma solterranea dans un livre fameux (voir Dictionn., t. n, col. 10841093). Antoine Bosio, né à Malte en 1576, avocat à Rome, n'avait que dix-huit ans lorsqu'il s'engagea pour la première fois dans les catacombes où, peut-on dire, il passa le reste de sa vie jusqu'en 1629, sauf le temps de composer son livre qui ne parut qu'en 1632. Infatigable, il retrouva les entrées, s'y glissa et explora les catacombes de la voie Tiburtine, ensuite cel les de la voie Appienne, passa sur les autres gran des voies qui partaient de Rome et visita trente nécropo les. En même temps qu'il explorait les ambulacres et les cubicu les, parfois au péril de sa vie, il rassemblait tous les textes littéraires susceptib les de l'instruire sur le christianisme primitif, laissant quatre in-folios de mille pages écrits de sa main et contenant les notes qui lui permirent la composition de son ouvrage dont l'oratorien Severano assura la publication. Il reçut un accueil chaleureux, et, comme la langue italienne le rendait peu accessible, il fut traduit en latin par Paul Aringhi (voir Dictionn., t. i, col. 2843-2845). vail les personnel les qui a péri dans un incendie. Il n'y a pas même un souvenir à donner à Bottori (voir Dictionn., t. n, col. 1096-1098) qui a composé un commentaire aux planches de Bosio.
Vers la fin du xvnr3 siècle, pendant un très long séjour à Rome, Séroux d'Agincourt, qui préparait une Histoire de l'art par les monuments, sollicita et obtint l'autorisation de détacher des fresques ; il ne réussit, lui et ceux qui l'imitèrent, qu'à amener leur destruction.
Au XIXe seulement le régime changea. Entre 1830 et 1838, Désiré Raoul-Rochette (voir Dictionn., t. xiv, col. 2064-2065) donna lecture à l'Académie des inscriptions de Trois mémoires et fit paraître un Tableau des catacombes qui révélaient une conception nouvelle et vraiment digne de l'histoire. Un progrès s'affirme avec la nomination de Settele, en 1837, en qualité de conservateur des cimetières sacrés. En 1843, le P. G. Marchi lui succéda et exerça une heureuse influence (voir Dictionn., t. x, col. 1821-1825). Il reprit les explorations suivant la bonne méthode, délaissée depuis deux siècles ; on lui doit des fouilles bien conduites au cimetière Ostrien (voir Dictionn., t. xm, col. 112-130) qu'il nommait par erreur « cimetière de Sainte-Agnès » ; il identifia la tombe de S. Hyacinthe (voir Dictionn., t. vi, col. 2328-2331) et sut résoudre la question des arénaires : il démontra d'une façon définitive que les nécropoles souterraines étaient non pas, comme on l'avait soutenu, d'anciennes carrières de sable utilisées ensuite pour la sépulture, mais bien des galeries creusées expressément par les chrétiens afin d'y enterrer leurs morts (voir Dictionn., t. n, col. 2407-2415, fig. 2181). « Le P. Marchi rendit aux catacombes le service d'en proclamer hautement la valeur, d'en faciliter sans cesse l'accès, d'y guider lui-même tous ceux qui manifestaient le désir de les parcourir. Il avait projeté d'écrire un traité sur les plus anciens monuments de l'art chrétien à Rome ; il voulait y réunir, classer et commenter toutes les œuvres subsistantes. Une seule partie de ce recueil a vu le jour ; elle concerne l'architecture : Monumenti delle arti cristiane primitive nella metropoli del cristianesimo, disegnati ed illustrati. I. Architettura della Roma sotterranea, Roma, 1844. L'est une analyse des divers types de construction que l'on rencontre dans les catacombes et des divers aspects qu'elles présentent. Marchi en revient aux conceptions de Bosio. Le reste de son ouvrage ne devait jamais paraître. Il recula devant l'immensité de la tâche dont il s'était chargé ; il sentit qu'il n'aurait ni le temps ni les moyens d'achever cette immense entreprise. Les événements politiques de 1848-1849 achevèrent de le détourner de son dessein ; il se résigna au silence » Il avait d'ailleurs initié celui à qui était réservée la gloire d'écrire la Roma sotterranea cristiana.
IV. De Rossi. — Voir Dictionn., infra, à ce nom. Nous n'ajoutons rien à ce que nous en avons dit, sinon qu'il a été guidé par une méthode inspirée d'une critique vraiment scientifique et qu'il est du nombre de ceux qui eurent l'intention de tous les résultats auxquels ils sont parvenus. Sur le terrain il découvrit dix cimetières nouveaux et douze cryptes de martyrs ; dans le cabinet, il énonça les règles définitives et exposa les conséquences historiques d'une science qu'il n'a pas créée mais renouvelée, fécondée et transformée. On a dit de lui avec justesse que « le bonheur extraordinaire de ses fouilles vint tout simplement de ce qu'il ne marchait jamais au hasard et n'entamait jamais une recherche sans savoir très nettement au préalable ce qu'il voulait trouver et comment, à quelles conditions, dans quelle direction il devait le trouver. Les découvertes antérieures avaient toujours été accidentelles et fortuites. De Rossi s'arrangea pour ne rien laisser à la chance, et c'est pour cela que la chance l'a si constamment favorisé. Il nous est facile, grâce à ses livres et aux confidences qu'il aimait à faire à ses amis, de nous rendre compte des principes qui l'inspiraient et de sa façon de procéder. A l'exemple de Bosio, mais avec plus de rigueur, il entendait étudier les catacombes sur le terrain : l'examen topographique et géologique du sol et du sous-sol de la campagne romaine était, à ses yeux, le préambule nécessaire de ses investigations. A l'exemple de Bosio encore, mais en profitant de tous les progrès accomplis depuis trois siècles, J.-B. de Rossi jugeait indispensable d'éclairer l'observation du terrain par la mise en œuvre des textes littéraires, des sources antiques et médiévales.
« Tandis qu'avant lui on déblayait les catacombes à l'aventure et sans aucun plan d'ensemble, de Rossi s'astreignit à suivre un ordre déterminé, qu'il demanda aux documents de lui indiquer. Il avait à sa disposition une mine précieuse de renseignements, ignorés ou négligés par ses prédécesseurs ; c'était une série de listes des cimetières romains, écrites au vie et au VMes, alors que la Rome souterraine était encore visitée régulièrement par les fidèles *. Un des papyrus de Monza (voir Dictionn., t. i, au mot Ampoules, et t. xi, au mot Monza 2), rédigé vers l'année 600, reproduit le texte des étiquettes de flacons en verre renfermant chacun quelques gouttes d'huile prises dans les lampes qui brûlaient aux catacombes devant les sépultures des martyrs les plus célèbres ; les étiquettes, également sur papyrus, donnent les noms de tous les saints dont les tombes avaient été mises à contribution ; le catalogue les récapitule et énumère les noms dans l'ordre même où les tombes se présentaient aux regards des pèlerins, le long des grandes routes. D'autre part, on possède dans [le Catalogue des cimetières de Rome 3, dans la Notitia ecclesiarum urbis Romae 4, dans le De locis sanctis martyrum quae sunt in urbe Romae b, dans les Gesta regum Anglorum de Guillaume de Malmesbury », dans un manuscrit anonyme d'un moine d'Einsiedeln ', la copie d'itinéraires composés, un peu plus tard, à l'usage des visiteurs de ces sépultures illustres. Ces petits guides passent en revue successivement les cryptes et les basiliques des voies anciennes et notent les distances qui les séparaient de la ville et les unes des autres. De Rossi se dit, avec raison, que si l'on voulait retrouver et identifier les catacombes, dont beaucoup étaient encore inconnues, dont beaucoup aussi avaient reçu de leurs premiers explorateurs des noms incertains et contestables, il fallait prendre comme point de départ des travaux sur le terrain les évaluations numériques des itinéraires. Mais ceux-ci ne renferment pas seulement des noms de cimetières et des chiffres de distances. Ils nous font savoir aussi, comme le catalogue du prêtre Jean, quelles étaient dans chaque cimetière les principales tombes qu'on y vénérait. De 1593 à 1850 on n'avait retrouvé que trois cryptes historiques ; De Rossi estima qu'il était possible, en s'aidant des itinéraires, d'en découvrir bien davantage. Au déblaiement pénible et souvent stérile de toutes les galeries souterraines que le hasard pouvait révéler, il substitua, de propos délibéré, la recherche des sépultures les plus importantes ; c'est là que devaient s'accumuler les œuvres d'art et les souvenirs des premiers siècles ; en limitant l'effort à ce point précis, l'archéologue le rendrait plus profitable et ne frapperait qu'à coup sûr.
« On voit de place en place, dans les catacombes, de grands effondrements, des masses de matériaux éboulés. Bosio et ses successeurs n'avaient pas essayé de faire des fouilles au travers de ces amoncellements de décombres ; ils reculaient devant les difficultés de la tâche et pensaient que sous les ruines les sépultures avaient dû, elles-mêmes, être entièrement détruites. De Rossi voulut, au contraire, porter hardiment la pioche dans les endroits en apparence les plus dévastés ; il était convaincu que l'on y ferait, malgré tout, un riche butin et que les tombes historiques s'y cachaient. Nous savons par le Liber pontificalis qu'à la fin du IVe le pape Damase fit exécuter de grands travaux destinés à faciliter aux fidèles l'entrée des cryptes des martyrs (voir Dictionn., t. iv, au mot Damase) 8 ; il perça des lucernaires pour éclairer le sous-sol et bâtit des escaliers monumentaux. Les décombres que l'on aperçoit par intervalles dans les cimetières proviennent de l'écroulement de ces lucernaires et de ces escaliers, construits en mauvaises pierres et vite tombés en ruines lors de l'abandon des catacombes. L'événement justifia l'heureuse audace de J.-B. de Rossi : en quelques années il avait reconnu douze nouvelles tombes historiques dont la situation correspondait exactement au signalement qu'en donnent les itinéraires des vie et VMes.
« Un autre élément d'information lui permit de contrôler a posteriori l'exactitude de ses intuitions et de ses déductions. Épigraphiste éminent, il ne pouvait négliger le secours que les inscriptions apportent à l'histoire et à l'archéologie. Les graffiti (voir Dictionn., t. vi, à ce mot) des premiers siècles nous font suivre, pour ainsi dire, à la piste les martyrs célèbres ; lors que les noms des pèlerins et des curieux se multiplient sur les parois des galeries, c'est qu'on approche d'une crypte respectée, où la foule accourait ; souvent à côté de simples signatures ou de pieuses invocations, se lisent les noms des martyrs enterrés tout auprès : il y a là de précieuses indications que de Rossi a su mettre à profit. Les inscriptions métriques ne lui ont pas rendu moins de services. Le pape Damase avait fait placer sur les principales tombes de longs textes épigraphiques renfermant l'éloge en vers des saints dont elles abritaient les restes ; les itinéraires nous ont gardé la copie d'un certain nombre de ces poèmes ; De Rossi s'est appliqué à retrouver les originaux ; il en a recueilli les débris épars et souvent il a pu les reconstituer presque tout entiers, à force de patience et d'ingéniosité. Pour assurer l'identification d'une crypte historique, rien ne vaut la découverte de quelque fragment d'épitaphe damasienne.
« Ce n'est pas à dire assurément que tout soit inattaquable et définitif dans les théories de J.-B, de Rossi. Sur un certain nombre de points des recherches ultérieures ont infirmé ou ébranlé ses conclusions. Les découvertes de J. Wilpert nous montrent qu'il avait tort de chercher la tombe du pape Damase dans la catacombe de Domitille ; O. Marucchi se refusait à placer avec lui au cimetière Ostrien sur la voie Nomentane YOstrianum où prêcha S. Pierre et ici nous croyons ne pouvoir suivre Marucchi (voir Dictionn., t. x, à ce nom). La théorie sur les collèges (voir Dictionn., t. m, à ce mot) est à peu près abandonnée après les assauts que lui ont livrés L. Duchesne et Waltzing. Dans l'interprétation des peintures murales, Rossi se laisse entraîner à son insu par son imagination ardente et par ses préoccupations apologétiques ; il s'est mépris plus d'une fois sur le sens véritable des fresques et il exagère dans l'ensemble leur valeur symbolique et doctrinale. Sur les questions très délicates que soulève l'histoire des origines du christianisme à Rome et de sa propagation dans les classes aristocratiques (voir Dictionn., t. i, à ce mot) il attache trop d'importance à des légendes tardives ou à des rapprochements arbitraires de faits, de noms et de textes. Mais quelques assertions hasardeuses ne compromettent en rien la valeur générale de son œuvre ; sa Roma sotterranea cristiana restera comme un monument de science et de conscience, l'une des créations les plus harmonieuses et les plus solides de l'érudition du XIXe et de tous les temps l. ». [Les méthodes mises au point par J.-B. de Rossi continuent à inspirer l'action de la Commission Pontificale d'Archéologie Sacrée qui poursuit toujours activement l'exploration des catacombes : les Actes de cette Commission paraissent en tête de chaque fascicule de la Rivista di archeologia cristiana qui, depuis 1925, continue le Nuovo bulletino interrompu en 1922.]
Cimetières urbains.
N«
Cœmeterium Voie d'ordre col.
Acqua Bulieante Prénestine
XVII,
2805 Agnetis Nomentane
XV, 2
2803 Alexandri Nomentane
XV, 4
2804 Anonymi Salaire anc.
XIII, 5
2801 Nomentane
XV, 5
2804 Latine
XIX, 6
2807 Aproniani Latine
XIX, 5
2806 Balbinse Appienne
VI, 2
2791 Calepodii Aurélienne
X,4
2799 Callisti Appienne
VI, 1
2790 Castuli Labicane
XVIII, 1
2805 Clivum Cucumeris (ad) Salaire anc.
XIII, 1
VIII, 1
2795 Coronatorum (Quattuor) Labicane
XVIII, 3
2806
Cyriacse Tiburtine
XVI, 1
2804 Cyriaci Ostienne
VIII, 6
2798 Domitillse Ardéatine
VII, 1
2793 Felicis Porto (de)
IX, 1
2798 Feliculse Ardéatine
VII, 4
2795 Félix (des deux) Aurélienne
X,3
2799 Generosse Porto (de)
IX, 2
2798 Gianicolo Ardéatine
VII, 5
2795 Gordiani et Epimachi Latine
XIX, 1
2806 Hermetis Salaire anc.
XIII, 3
2800 Hilariae Salaire nouv
XIV, 3
2801 Hippolyti Tiburtine
XVI, 2
2804 Jordanorum Salaire nouv.
XIV, 4
2801 Lucinae (crypta) Appienne
VI, 3
2797 Majus Nomentane
XV, 3
2804 Marci et Marcelliani Ardéatine
VII, 2
2794 Maximi Salaire nouv.
XIV, 1
2801 Nicomedis Nomentane
XV, 1
2803 Novatiani ( ?) Tiburtine
XVI, 3
2805 Novellae Salaire nouv.
XIV, 5
2801 Nunziatella Ardéatine
VII, 3
2795 Nymphas Catabassi (ad) Cornélienne
XI, 2
2799 Octavilla ;
Aurélienne
X, 1
2799 Onufrii Triomphale
XX,
2807 Ostrianum Nomentane
XV, 3
2804 Pamphili Salaire anc.
XIII, 2
2800 Pancratii Aurélienne
X, 1
2799 Pauli Ostienne
VIII, 2
2797 Pétri et Marcellini Labicane
XVIII, 2
2805 Pontiani Porto (de)
IX, 3
2799 Ponticello di S. Paolo Ostienne
VIII, 7
2798 Prœtextati Appienne
VI, 3
2791 Prima Porta Flaminienne
XII, 2
2800 Priscill* Salaire nouv.
XIV, 6
2801 Processi et Martiniani Aurélienne
X,2
2799 Quarti et Quinti Latine
XIX, 2
2806 VII. Voie Ardéatine. — 1. CŒMETERIUM DOMI-
3. CŒMETERIUM DELLA NUNZIATELLA. — (Voir
4. CŒMETERIUM sanct<e felicvljE. — Ce cimetière se trouvait au viie mille ; il portait le nom d'une martyre qui y fut déposée par S. Nicomède (voir la Passio des SS. Nérée et Achillée) ; cette catacombe n'a pas été retrouvée. De Rossi, Bull, di arch. crist., 1877, p. 140-141 ; M. Armellini, Gli cimiteri, p. 596 ; O. Marucchi, Élém. d'arch. chrét., t. n, p. 254, 409.
VIII. Voie d'Ostie. 1. CŒMETERIUM commodille. — (Voir Dictionn., t. m, col. 2394-2427, flg. 8187-8196.) Depuis que cette notice a été écrite, une étude complète du cimetière a été publiée par S. Bagatti, Il cimitero di Commodilla o dei martiri Felice ed Adautto presso la via Ostiense, formant le tome Ier d'une nouvelle série dans la Roma sotterranea cristiana, gr. in-4°, Roma, 1936. Nous croyons utile d'en donner une vue sommaire l qui, sur plusieurs points, complétera notre travail publié en 1914, d'après ce qu'on en savait alors depuis sa deuxième découverte en 1904-1905.
« Le réseau de galeries souterraines, connu sous le nom de cimetière de Commodille, est situé non loin de Saint-Paul-hors-les-Murs, des deux côtés de la route qui mène à Saint-Sébastien. Mais un nouveau quartier suburbain a bouleversé et rendu inac cessib les les galeries situées du côté Nord. Il reste de cel les-ci, chez Boldetti, un plan assez peu intelligible, que le P. Bagatti reproduit. D'après une relation fragmentaire, publiée ici pour la première fois, Bosio aurait connu certaines galeries situées au sud de la route, mais aurait hésité sur leur identification.
« Le réseau complet du cimetière comprend plusieurs groupes, indépendants au début, mais reliés l'un à l'autre dans la suite. L'auteur démontre le fait par divers indi ces, comme les différen ces de niveau, les raccords irréguliers, etc. Au surplus, les galeries n'ont pas toutes la même origine. Les unes, à la coupe large et arquée, appartiennent à ce type d'arénaires dans lequel les lucernaires sont nombreux, les autres ont la coupe normale, étroite et angulaire, des galeries sépulcra les romaines. Souvent la hauteur primitive en a été modifiée par abaissement du sol ou par exhaussement du plafond. Les loculi garnissent les parois des galeries et des lucernaires, mais des vi des se remarquent dans l'une ou l'autre galerie plus récente, utilisée en partie seulement. Le sol des galeries du type arénaire est souvent occupé par des fosses, plus récentes que les sépultures aménagées dans les parois. En outre, on rencontre dans la catacombe de Commodille des puits profonds, garnis d'une ou de plusieurs rangées de loculi, comme il n'en existe pas ailleurs dans les catacombes romaines.
« L'auteur passe en revue, l'un après l'autre, les divers groupes appartenant à l'ensemble du réseau, mais son examen est forcément fragmentaire pour les parties incomplètement connues ou peu ac cessib les. Il rattache à une galerie principale les galeries secondaires qui s'y embranchent, et décrit successivement la paroi de droite, celle de gauche et le sol.
« Le cimetière de Commodille est occupé par des tombes, généralement fort modestes. El les font croire qu'il desservait le quartier de l'Aventin, habité par de petites gens. Les noms relevés sur les inscriptions révèlent que parmi eux un certain nombre étaient d'origine africaine.
« Seu les les sour ces littéraires, spécialement cel les qui concernent les SS. Félix et Adauctus, indiquent que l'une des régions était utilisée comme cimetière dès la fin du ine ou le début du IVe, vraisemblablement l'épo que du martyre des deux saints. On ne peut guère faire état de quelques rares inscriptions du ii« ou du Me qui auraient été trouvées dans la catacombe. Mais d'autres inscriptions, parfois demeurées in situ, prouvent que la vogue du cimetière remonte aux années 250 à 450. Toutefois, on continua à enterrer dans la large galerie de la région principale, d'origine arénaire, jusqu'au commencement du VIe.
« La largeur même de cette galerie, les peintures et le décor, superposé en plusieurs couches qui s'y rencontrent, attirent plus spécialement l'attention et trahissent l'endroit le plus vénérable de la catacombe. Plusieurs questions se posent à son propos. Les archéologues les ont tranchées dans des sens variés, mais le P. Bagatti leur donne des solutions origina les et solidement motivées. Il propose de reconnaître la tombe de S. Félix à l'extrémité de la galerie, sous une peinture pres que disparue, vraisemblablement de l'épo que de S. Damase (366-384) et représentant le couronnement des deux saints. La tombe de S. Adauctus se trouverait en deçà, sous une autre peinture, représentant la tradition des clefs, et attribuée à l'épo que du pape Jean Ier (523526). Par contre, la sépulture de la martyre Mérita ne paraît pas être retrouvée jusqu'à présent. On ne peut l'identifier avec le loculus en forme de four existant dans l'ambulacre qui prolonge la galerie principale. Celui-ci n'est pas antérieur au milieu du iv8 siècle et la tombe en question coupe les loculi primitifs.
« On s'est demandé à quelle épo que la galerie principale fut transformée en un large sanctuaire souterrain. L'auteur croit que le pape Sirice (384394) commença pap l'élargir, mais que la partie extrême ne fut transformée qu'au début du vr » siècle et pourvue alors, pour des besoins liturgiques, de ses deux absidio les. C'est non loin de cel les-ci que l'auteur place l'escalier qui devait exister à la fin du IVe et qui remonte sans doute aux trav aux du pape Damase. Antérieurement, on se sera servi de l'entrée ordinaire de l'arénaire. Avant de détruire l'escalier damasien, englobé dans les trav aux d'élargissement, le pape Jean Ier aura construit le large escalier qui prolonge un ambulacre s'embranchant à angle droit sur la galerie principale, mieux affectée au culte désormais. Ce culte persista jusqu'au IXe, puis que le pape Léon III (795-816) fit encore exécuter des trav aux à Saints-Félix-et-Adauctus. »
5. CŒMETERIUM S. ZENON IS AD AQUAS SALVIAS. —
6. cœmeterium s. CFRIACI. — Le 23 décembre 1915, le gardien des catacombes fut averti d'un éboulement survenu dans la vigna Vassalli, au vne mille de la voie Appienne, lequel laissait entrevoir des tra ces de galeries cémétéria les. Un examen sommaire permet de releyer quelques indications attestant l'origine chrétienne de ce souterrain dont on élargit l'accès ce qui permit d'y pénétrer et de constater la présence d'un escalier et d'observer la présence de fresques avec des scènes de chasse et de vendange.
XIII. Voie Salaire aneienne. — 1. CŒMETERIUM ix i rcXA OALLI, presso al Leoncino. —Emplacement non reconnu. Roldetti, Osservazioni, p. 575 ; Marucchi, Élém. d'arch. chrét., t. n, p. 369 ; De Rossi, Bull, di arch. crist., 1891, p. 58-59.
5. CŒMETERIUM t — De Rossi, Bull, di arch. cris !., 1894, p. 14.
2. CŒMETERIUM THRASOJFIS AD ÏATVRNINUM. —
(Voir Dictionn., à ce mot.) A. Lupi, Disserlalio et animadversiones ad nuper invenlum Sevcrw marluris epilaphium, in-8°, Panormi, 1734 ; J. Marangoni, De cœmeterio S. Saturnini seu Thrasonis in via Salaria et monumentis ex eodem, aliis que sacris cœmeteriis Urbis nuper refossis, dans Acta sancti Victorini, Roma ?, 1740 ; O. Marucchi, Élém. d'arch. chrét., t. n, p. 306-320 ; 2e éd., p. 400-415 ; De Rossi, Bull, di arch. crist., 1865, p. 11 ; 1868, p. 88 ; 1872, p. 159 ; 1873, p. 5-12, 41-76 ; 1877, p. 50 ; 1878, p. 46 ; 1882, p. 73 sq. ; 1884-1885, p. 133 ; 1887, p. 28.
3. CŒMETERIUM HILARUB SEU Vil V1RGINVM. — L'Itinéraire de Salzbourg et celui de Guillaume de Malmesbury nomment un cimetière où on rendait hommage à sept vierges : Saturnia, Hilaria, Dominanda, Serotina, Gaulina, Donata, Rogantina. De Rossi, Bull, di arch. crist., 1873, p. 10-12 ; Rom. Quarlalschr., 1900, p. 304.
5. ccemeterium ? — Nuovo bull. di arch. crist., 1902, p. 258-259 ; 1905, p. 285.
3. CŒMETERIVLT DV VJALE RESINA MARGIIERITA. — (Voir Dictionn. au mot Viale.) E. Josi, Cimitero alla sinistra délia via Tiburtina al Viale regina Margherita, dans Rivisla di arch. crist., t. x, 1933, p. 187-233 ; t. xi, 1934, p. 7-47, 203-247 ; Le piu notevoli scoperle avvenute in questi ultimi anni nelle calacombe romane, dans Atti del III Congresso internazionale di archeologia cristiana, Roma, 1934, p. 311 312 ; Revue d'hist. ecclcs., 1934, p. 491 ; 1935, p. 696 ; [J. Quasten, Die neuenldeckte Katakombe an der via Tiburtina in Rom, dans Théologie und Glaube, 1932, p. 718724 ; H. Lietzmann, Ein Gnostiker in der Novatianus- Katakombe, dans Riv. di arch. crist., t. xi, 1934, p. 359-362] ; D. Van den Eynde, L'inscription sépulcrale de Novatien, dans Rev. d'hist. ecclés., t. xxxm, 1937, p. 792-794 ; H. D., dans Anal, boll., t. liv, 1936, p. 267
XVII. Voie l'rénestine. — CŒMETERIVLT PASSAT A L'ACQUA detta bvlicante. — Boldetti, Osservazioni, p. 567 ; M. Armellini, Gli cimiteri, p. 535.
3. CŒMETERITJM. IN VIGNA DEL GRANDE SEC IN COMITATV SEV QVATTVOR CORONATORDM. — G. Marchi, / monument !, 1844, p. 45-55 ; O. Marucchi, Élém. d'arch. chrét., t. n, p. 222 ; Nuovo bull., 1892, p. 142 sq.
A. — XIV.
via Latina, dans Riv. di arch. crist., t. xvi, 1939, p. 19-48 ; 197-240 ; t. xvn, 1940, p. 7-39].
6. cœmeterium.... — Nuovo bull., 1903, p. 23. 173-186, 282, 301-314.
XX. Voie Triomphale. — CŒMETERIUM S. ONUFRII SEO S. LUC [NE SEU S. AQATBJE. ■ — De Rossi, Cimilero sotterraneo di ignoto nome sul Monte Mario, dans Bull, di arch. crist., 1894, p. 133-146 ; O. Marucchi, Élém. d'arch. chrél., t. il, p. 403.
Catacombes ou cimetières de la banlieue de Rome.
En plus de ce que nous avons dit sur ces deux sujets (voir Dictionn., t. n, col. 2376-2450 ; t. in, col. 1625-1665 ; t. vi, col. 2932-2945), nous ajoutons ici quelques renvois bibliographiques sommaires suivant l'ordre des voies romaines.
2. boville. — Armellini, Gli cimiteri, p. 582 ; Ricci, Memori storiche dell' antica città di Albano, p. 173 ; De Rossi, Bull, di arch. crist., 1869, p. 79 sq. ; 1873, p. 101.
3. Castrimœnium. — De Rossi, Bull, di arch. crist., 1873, p. 100.
4. ariccia. — Armellini, Gli cimiteri, p. 589 ; L\\- cidi, Storia dell' Ariccia, p. 405 ; De Rossi, Inscr. christ, urb. Rom., t. i, p. 566, n. 1351 ; Bull, di arch. crist., 1869, p. 80 ; 1873, p. 104 sq.
5. NE mi. — Voce délia verilà, 1884, p. 44 ; M. Armellini, Gli cimiteri, p. 590.
6. velletri. — M. Armellini, Gli cimiteri, p. 593 ; De Rossi, Bull, di arch. crist., 1873, p. 107 sq., 115.
3. préNESte. — (Voir Dictionn., t. xm, au mot Palestrina.) O. Marucchi, Élém. d'arch. chrét., t. n, p. 410 sq. ; Guida archeologica dell' antica Preneste, 1895 ; S. Agapito Prenestino, 1898 ; 77 martire San Agapilo Prenestino e le sue memorie locali, dans Giornale arcadico, IIIE série, t. i, p. 97-113 ; Sconamiglio, Délia primitiva basilica del S. Martire Agapilo, 1865 ; De Rossi, Bull, di arch. crist., 1883, p. 88 sq. ; Nuovo bull., 1898, p. 43 sq., 97 sq. ; 1899, p. 225244 ; 1900, p. 68 sq.
XXV. Voie Tiburtine. — CŒMETERIUM STMpboros^e et filiorum, au ixe mille. — (Voir Dictionn., à ce mot) De Rossi, Bull, di arch. crist., 1878, p. 75-81 ; E. Stevenson, Scoperta délia basilica di S. Sinforosa al IX miglio délia via Tiburtina, Roma, 1878 ; Studi et document ! di storia e diritlo, t. i, 1880, p. 105-112. En raison de la nature du sol, le cimetière devait être à ciel ouvert : Bosio, Roma sotterr., p. 401 ; M. Armellini, Gli cimiteri, p. 558.
ET FELICIANI SEU AD ARCUS NOMENT JJTE03, du XIVExve mille. — Boldetti, Osservazioni, p. 569 ; De Rossi, Bull, di arch. crist., 1880, p. 106 ; M. Armellini, Gli cimiteri, p. 557 ; O. Marucchi, Élém. d'arch. chrét., t. n, p. 408.
2. CŒMETERIUM restituti, au xvie mille. — -Boldetti, Osservazioni, p. 570 ; Armellini, Gli cimiteri, p. 557 ; De Rossi, Bull, di arch. crist., 1880, p. 106 sq.
XXVII. Voie Salaire. — 1. cœmetlriim ANTBIMI, au xxme mille. — M. Armellini, Gli cimiteri, p. 543 : Boldetti, Osservazioni, p. 575 ; De Rossi, Bull, di arch. crist., 1880, p. 107 ; Nuovo bull., 1895, p. 160 sq.
J.-P. Kirsch, Le memorie dei marliri sulle vie Aurélia e Cornelia, dans Miscellanea Fr. Ehrle, t. n, p. 63-100.
— A. Scognamiglio, In Roma i cristiani scavarono i loro cimiteri nei propri tenimenti, Roma, 1863. — B. Scott, The contents and teaching of the catacombs at Rome, 3e éd., in-8°, London, 1873 ; Roms kalakomber och hvad de hafva ait lara oss om den ursprungliga kristendomen i motsats mot hedendomen och den romersk-katolska-kyrkan, in-8°, Stockholm, 1890.
V. LES ÉGLISES DE ROME. - la division qui porte ce sous-titre comprendra la description des édifi ces religieux dans l'ordre suivant : 1° les principa les églises ; 2 » la répartition des églises par régions ecclésiastiques pour la période qui s'étend jus que vers le milieu du IXe.
I. Le Latran. — (Voir Dictionn, t. vm, col. 15271887, fig. 6787-6974). [Les recherches récentes » ont permis de constater que la basili que constantinienne avait incorporé dans sa construction les casernements des Equités singulares édifiés par Septime Sévère à côté de ce qui était alors la domus de T. Sextius Lateranus ; les dimensions considérab les de l'édifice avaient entraîné des modifications du réseau de la voirie : la nef centrale recouvre la voie qui longeait à l'Ouest la caserne des Equités.] II. Sainte-Marie-Majeure. — (Voir Dictionn., t. x, c. 2091-2119, fig. 7731-7738.) 2 III. Saint-Pierre du Vatican. — [Le lecteur est prié de se reporter à l'article Vatican : au moment où le présent article Rome est mis sous presse, les résultats des fouil les entreprises à partir de 1940 sous les Grottes Vaticanes et à la Confession de S. Pierre ne sont encore qu'imparfaitement et très incomplètement connus : voir en particulier S. S. Pie XII, dans Riv. di arch. crist., t. xix, 1942, p. 29-32 ; A. Ferrua, dans Civiltà cattolica, 1941, t. m, p. 358 sq., 424 sq. ; 1942, t. iv, p. 73 sq., 228 sq. ; Bull. Comm. Arch. Gov. di Roma, t. lxx, 1942, p. 95 sq. ; E. Josi, Gli scavi nelle Sacre Grotte Vaticane, et G. Nicolosi, Queslioni nuove intorno alla Basilica Costanliniana in Vaticano, dans // Vaticano nel 1944 ; W. Seston, Les récentes fouil les de Saint-Pierre de Rome et la date de la construction de la basili que constantinienne, dans Revue de l'hist. des religions, t. cxxx, 1945, p. 186-188.] IV. Topographie et légen des vaticanes i. — ■ Les anciens appelaient Vaticani montes ' les hauteurs qui longent de plus ou moins près la rive droite du Tibre, en face de Rome. La plus élevée de ces collines, le monte Mario actuel, ne paraît pas avoir eu de nom spécial avant le Moyen Age ; s'il en a eu un nous ne le connaissons pas. Les noms de Vatican et de Janicule, Vaticanum, Janiculus, semblent provenir de localités étrusques, postes avancés de Véies en face de la cité latine. La dénomination A'ager Valicanus s'étendait bien au delà, du quartier qui porte maintenant ce nom et s'appliquait notamment à la plaine des Prati, jusqu'au pont Milvius. Sous la républi que et au commencement de l'empire tous ces terrains étaient cultivés. C'est de ce côté que se trouvaient les prata Quinctia, labourés par l'illustre charrue de Cincinnatus. Les produits en étaient peu estimés ; le vin, en particulier, y était détestable.
Sous l'empire, en dehors de la partie habitée du Transtévère, au-dessous de la forteresse du Janicule, toutes les hauteurs étaient occupées par des jardins, des vignes et surtout des villas impéria les.
C'est à ces villas que se rattachent les premiers souvenirs du Vatican chrétien. Agrippine l'ancienne, la noble femme de Germanicus, en avait une sur les terrains en amphithéâtre entre Sant-Onofrio et la basili que de Saint-Pierre. Son fils Caligula, devenu empereur (37-41), y fit construire le cir que destiné à une si grande célébrité. Plus à l'est, s'étendaient les jardins de Domitia, la tante paternelle de Néron, et l'ennemie intime de la seconde Agrippine, mère de cet empereur. Peu après la mort de celle-ci, à laquelle elle avait indirectement contribué, Domitia éprouva à son tour, non le ressentiment de son terrible neveu, mais son impatience d'héritier. Il fit hâter sa mort par ses médecins (59) et, de cette façon, toute la rive droite du Tibre, depuis la pente nord du Janicule actuel jusqu'au nouveau palais de justice, fut occupée par un immense domaine impérial que l'on appela les jardins de Néron.
C'est là que se passèrent les horrib les scènes de l'année 64 (voir Dictionn., t. vu, au mot Incendie de Rome). C'est tout près du cir que que les chrétiens de Rome montraient, dès la fin du ne siècle, le trophée (voir Dictionn., t. xiv, col. 901), c'est-à-dire le tombeau de l'apôtre Pierre. Sur ce tombeau, Constantin devait plus tard élever la basili que du prince des apôtres. L'édifice de Caligula, avec ses attenan ces, était destiné à demeurer le point principal, le centre histori que de l'ager Vaticanus.
L'empereur Hadrien en créa un second, en choisissant dans les anciens horti Domitise un terrain pour son mausolée. Ce mausolée existe encore dans son gros œuvre ; c'est le noyau du château SaintAnge (voir Dictionn., t. vi, au mot Hadrien). Il fut relié à la ville par un pont qui n'a pas cessé d'être en usage.
Un autre pont existait déjà, celui que Caligula avait fait construire une centaine d'années auparavant pour passer de la rive gauche à sa villa du Vatican. Ce pont, commencé par lui et achevé par Néron, franchissait le Tibre précisément à l'endroit où le fleuve change de direction et, au lieu de continuer vers l'Ouest, tourne brusquement vers le Sud. A cet endroit aboutirent depuis lors 6 diverses voies qui traversaient l'ager Vaticanus entre la voie Aurélia et la voie Claudia Cassia. C'étaient d'abord la voie Triomphale, qui se dirigeait obliquement à travers le Borgo actuel et filait, sous la hauteur que couronne le palais pontifical, dans la direction du Monte.Mario ; puis la via Cornelia, dont on reconnaît l'alignement dans celui du Borgo Vecchio, et qui, suivant le côté nord du cir que, passait sur remplacement même de la grande basili que, laissant à droite le point où s'élève le maître-autel ; enfin la voie Aurélia nova qui, se détachant à gauche de la précédente, en un point que nous ignorons et suivant un parcours encore à déterminer, rejoignait l'ancienne Aurélia assez loin derrière le Janicule.
Ces voies étaient bordées de tombe aux, comme toutes les voies romaines. Sur la voie Triomphale s'alignait, à la hauteur de l'actuel Borgo nuovo, une grande pyramide funéraire à laquelle on attacha plus tard le nom de Scipion l'Africain, puis celui de Romulus. Elle a duré jusqu'au temps d'Alexandre VI. D'autres tombes ont été découvertes au voisinage immédiat de celle de S. Pierre '.
Celle-ci ne garda pas sans interruption la dépouille mortelle du prince des apôtres. Dans le férial philocalien, qui remonte à la fin du règne de Constantin, la fête de S. Pierre est marquée comme se célébrant aux catacombes, sur la voie Appienne, dans un sanctuaire qui abrita aussi, pendant un certain temps, le corps de S. Paul (voir Dictionn., t. xiv, col. 873 sq.). Il s'y éleva une basili que, qui porta d'abord le nom de basili que « des Apôtres » et qui subsiste encore sous le vocable de Saint-Sébastien.
Quelle avait été la cause de ce transfert momentané ? Nous l'ignorons. Diverses hypothèses, plus ou moins plausib les, ont été produites ; auc une ne peut être considérée comme une réponse certaine à la question (voir Dictionn., t. xiv, col. 866 sq.). Un fait est acquis, c'est que la basili que vaticane a été élevée, comme celle de la voie d'Ostie, en un lieu déjà consacré par une longue tradition. Pour la construire, on démolit le cir que de Néron. Il eût été facile de respecter cet édifice, si le point sur lequel on appelait la vénération des chrétiens n'eût pas été déterminé avec précision. Et comment l'eùt-il été sinon par un tombeau ? La tombe apostoli que est justement alignée vers la voie Cornelia, comme toute une série de monuments funéraires qui la flanquaient à droite et à gauche. Les architectes de Constantin se trouvèrent donc en face d'une exigence indéclinable ; la nécessité d'arranger leur édifice de telle façon que le centre, l'emplacement de l'autel, correspondît exac tement à l'un des tombe aux de la voie Cornelia désigné par la tradition comme le tombeau de l'apôtre Pierre.
Les auteurs sont loin de s'accorder sur la désignation de ces lieux saints. S. Jérôme, dans son De viris illustribus, dit que S. Pierre sepulius Romœ in Vaticano juxta viam Triumphalem iolius orbis veneralione celebratur. Ainsi, suivant lui, la basili que s'élève près de la voie Triomphale. Le Liber pontificalis indi que au contraire la voie Aurélia, mais sans négliger la voie Triomphale. Sepultus est via Aurélia in templum Apollinis, juxta locum ubi crucifixus est, juxta palatium Neronianum, in Vaticanum, juxta territorium triomphaient.
Il est singulier, au premier abord, que ni l'un ni l'autre de ces deux textes ne mentionne la voie Cornelia sur laquelle se trouvait [croit-on] la tombe apostoli que. Mais il faut remarquer qu'ils ont été écrits après que la construction de la basili que eut introduit de gran des modifications dans le système des voies de cette région. Elle interrompait la voie Cornelia sur une grande longueur ; en avant et jusqu'au pont d'Hadrien, elle était précédée d'un porti que, que l'on appela naturellement porti que de S. Pierre. Il devint difficile de parler désor mais de la voie Cornelia pour la première partie de son ancien parcours. Son nom ne se rencontre plus guère qu'à propos de localités situées au delà du Vatican, comme dans la passion des Stes Ru fine et Seconde ou dans celle des quatre martyrs per sans Marius, Marthe, Audifax et Abacum. Les chartes la mentionnent souvent, mais dans les mêmes conditions 2.
Saint Jérôme et l'auteur du Liber pontificalis ne s'occupent que du Vatican et du tombeau de l'apôtre. De leur temps, il n'y avait plus que deux voies entre le Tibre et la basili que : la voie Triomphale et la voie Aurélia. Us ne pouvaient nommer la voie Cornelia ; ils ont nommé l'une des deux autres, se fondant, soit sur l'usage reçu de leur temps, soit sur une appréciation personnelle des distan ces. Du reste, le dernier en date, l'auteur du Liber pontificalis, s'il indi que la voie Aurélia, mentionne cependant le territoire Triomphal ; suivant lui, la basili que, quoi que plus voisine de l'Aurelia, est cependant comprise dans les terrains dépendant de l'autre voie.
En dehors des indications de voies romaines, le Liber pontificalis note le voisinage de certains monuments ; S. Pierre, dit-il, est enterré dans le temple d'Apollon, près du palais de Néron. Il revient sur ce sujet dans la vie du pape Corneille et nous montre une seconde fois le saint tombeau in templum Apollinis, in Vaticanum, palatii Neroniani. Dans la vie de Silvestre, il dit encore que Constantin fit construire la basilique in templum Apollinis.
Ce temple d'Apollon au Vatican n'est connu que par le Liber pontificalis, dont l'auteur ne pouvait l'avoir vu, quand même il aurait déjà existé. Tout ce qu'il dit, en effet, suppose que le temple a été remplacé par la basilique. Cependant cette appellation n'est pas tout à fait en l'air. Il y avait eu un temple en ces parages, celui que les régionnaires du IVe appellent Phrygianum, consacré à la Mère des dieux, Cybèle. Son emplacement, il est vrai, ne correspondait nullement à celui de la basilique ; il fonctionna pendant tout le IVe, concurremment avec elle, toute une série d'inscriptions encore conservées se rapportent aux tauroboles célébrés dans ce sanctuaire ; elles s'échelonnent de 305 à 390. On ne sait au juste où il était. Les inscriptions commémoratives des tauroboles ont été trouvées dans les fondations de l'angle sud-est de la façade actuelle, ou dans celles du palais Cesi. mais elles n'étaient pas en place. Le temple, situé forcément en dehors du cirque, de la basilique et de ses dépendances, atrium, place, portique, serait à chercher vers le palais du Saint-Office ou le palais Cesi, ou peut-être beaucoup plus haut, vers Santa Marta.
Il est possible que ce sanctuaire païen, fermé cent ans à peine avant la génération à laquelle appartenait le biographe des papes, ait laissé assez de traces, soit sur le terrain, soit dans le souvenir populaire, pour avoir inspiré cette idée étrange de S. Pierre enterré dans un temple d'Apollon. Il est vrai qu'il était dédié non à Apollon, mais à Cybèle. Mais dans les derniers temps du paganisme, les cultes un peu apparentés se compénétraient facilement. Cybèle et Mithra, la déesse phrygienne et le dieu persan, étaient honorés ensemble. Le culte de Mithra (voir Dictionnaire, t. XI, à ce nom) était celui du Soleil, Sol invictus. Apollon aussi était un dieu solaire. Le collège des Quindecemviri sacris faciundis, chargé du culte d'Apollon, présidait aussi, et dans le temple même du Vatican, aux cérémonies de Cybèle. On est donc fondé à expliquer par le sanctuaire phrygien, au Vatican, la mention du temple d'Apollon dans le Liber pontificalis.
Quant au palais de Néron, auprès duquel était le tombeau de S. Pierre, il n'y a aucune difficulté. Il s'agit ici du cirque de Caligula et de Néron, dont la moitié seulement avait dû être sacrifiée à la construction de la basilique, et dont l'obélisque, en particulier, demeurait en place. D'autres documents parlent ici de « Naumachie » (voir Dictionnaire, t. XII, à ce mot). L'origine de cette appellation doit être recherchée.
Disons tout de suite qu'elle caractérise les récits fabuleux du martyre de S. Pierre, qui nous sont parvenus en diverses rédactions soit anonymes, soit sous les noms supposés de Linus et de Marcellus. Le plus ancien texte, celui du pseudo-Linus, n'indique aucun emplacement pour la sépulture. Le tombeau de l'apôtre n'a pour lui aucun intérêt ; il semble même blâmer le culte dont il est l'objet. Ce qui l'intéresse, ce sont les derniers moments de l'apôtre et surtout les discours qu'il lui fait tenir, discours d'une saveur un peu gnostique. La crucifixion de S. Pierre a lieu, d'après lui, ad locum qui vocatur Naumachise, juxta obeliscum Neronis, in montem.
Dans le récit du pseudo-Marcellus, la Naumachie est d'abord nommée comme devant être le lieu du supplice commun de S. Pierre et de S. Paul. Celui-ci est ensuite séparé de son collègue et conduit sur la voie d'Ostie. S. Pierre est crucifié ; après quoi on l'enterre sub terebinthum, juxta Naumachiam, in locum qui appellatur Vaticanus. Après un enlèvement, le corps saint est replacé dans son tombeau définitif : in Vaticano Naumachiæ. Les expressions topographiques du pseudo-Marcellus se retrouvent dans une troisième rédaction, en grec, des Acta Petri et Pauli ; le tombeau définitif est dit au Vatican, près de la Naumachie.
Il est clair que, dans tous ces textes, le terme Naumachie ne désigne pas autre chose que le cirque de Néron avec son obélisque, tout près du tombeau de S. Pierre. Il y a sans doute une différence entre un cirque et une naumachie ; dans l'un on donnait des courses de chars, dans l'autre des combats navals. Mais il faut faire ici la part des confusions. Le Liber pontificalis appelle palais ce qui était un cirque ; le pseudo-Linus aura bien pu confondre deux édifices, consacrés l'un et l'autre à des jeux publics.
J'ai dit le pseudo-Linus. C'est de lui que dérivent les autres textes. Je ne saurais entrer ici dans l'étude et la classification de ces légendes (voir Dictionnaire, t. VIII, au mot Légendes apostoliques), mais on reconnaît, je crois, assez généralement que la légende gnostisante à laquelle se rattache le pseudo-Linus est la plus ancienne de toutes, et que les autres n'en sont que des modifications. C'est le pseudo-Linus qui a introduit la Naumachie dans cette littérature.
Il faut remarquer que les autres textes ne parlent pas de l'obélisque, mais du térébinthe. C'est que l'obélisque était dans le cirque et hors de la basilique. Si le pseudo-Linus l'a mentionné, c'est à propos de la crucifixion de S. Pierre, qu'il place (et les autres à sa suite) dans l'intérieur du cirque. Le térébinthe, au contraire, est indiqué, dans les autres textes, comme se trouvant auprès du tombeau. Linus, qui ne se préoccupe pas du tombeau, n'a pas eu à s'inquiéter de ce détail. Marcellus passe rapidement sur la crucifixion, néglige l'obélisque et mentionne le térébinthe, parce qu'il attache, lui, une grande importance à la memoria sancti Petri. Il est possible que cet arbre ait existé et qu'il s'en soit conservé quelque souvenir jusqu'au moment où le pseudo-Marcellus, au IVe, plus ou moins avancé, composait son récit.
Les deux appellations de Naumachie et de palais de Néron se trouvaient donc en concurrence pour le même édifice. Avec le temps tout s'arrangea. Le palais de Néron demeura près de la basilique, sur son flanc méridional ; la Naumachie émigra vers le Nord.
Au XIIe, ce nom désignait toute la région située au nord de la portica sancti Petri, entre l'emplacement du palais pontifical actuel et le château Saint-Ange, mais le térébinthe et l'obélisque lui-même, toute la topographie de la légende apostolique, y avaient été transportés.
Cela paraît invraisemblable, car enfin l'obélisque était encore debout et très en vue. Néanmoins cela est. Benoît, chanoine de Saint-Pierre, un homme en situation de connaître les monuments du Vatican, place Vobeliscus Neronis, entre le château Saint-Ange et la memoria Romuli, c'est-à-dire la pyramide qui s'élevait alors près de l'emplacement actuel de S. Maria Traspontina ; et ce n'est pas une confusion passagère, une erreur de mémoire : l'expression revient deux fois, dans la description des processions de Noël et du lundi de Pâques. Nous verrons tout à l'heure ce qu'il appelait obélisque.
Quant à l'obélisque réel, il le mentionne aussi, mais sous le nom d'Agulia. Ce nom se rencontre au siècle précédent, dans une bulle de Léon IX, et déjà on y avait localisé le tombeau de Jules César : que vocatur sepulcrum Julii Cæsaris, détail que l'auteur des Mirabilia n'a pas manqué de faire fructifier.
Cet auteur applique le nom de Naumachia au quartier que je viens d'indiquer ; il connaît, lui aussi, entre le tombeau de Romulus et le château Saint-Ange, un monument important. Il ne l'appelle pas obélisque, mais térébinthe, et térébinthe de Néron, terbenlinum Neronis, évidemment d'après la légende de S. Pierre. Il en donne même la description. C'était un édifice aussi élevé que le château Saint-Ange, en belles pierres, rond dans l'ensemble et arrondi encore aux deux extrémités : quod edificium rotundum fuit duobus gironibus sicut castrum. Ces deux girones étaient pourvus de dalles pour l'écoulement des eaux pluviales : quorum labia erant coperta tabulis lapideis pro stillicidiis. C'est tout à côté que S. Pierre fut crucifié : juxta quod fuit crucifixus sanctus Petrus.
On trouve aussi le térébinthe dans un Ordo du couronnement impérial, qui a été inséré dans le Liber Censuum. Le matin de la fête, l'empereur élu descendait à Sancta Maria Transpadina, près du térébinthe.
Comment s'expliquer que l'on ait ainsi transporté d'un lieu à un autre les souvenirs topographiques du supplice de l'apôtre ?
La première condition pour que ce transfert ait pu se produire, c'est que le fait de la crucifixion de S. Pierre ait perdu son attache topographique. Ce fait était rattaché par le pseudo-Linus à un monument connu et qui a duré, l'obélisque du cirque. Or ce monument a été débaptisé de bonne heure. On a dit plus haut qu'il portait, au XIe, le nom d'Agulia et qu'on le considérait alors, non comme un souvenir de S. Pierre, mais comme le tombeau de Jules César. Il y a plus. Dès le temps de Léon III, c'est-à-dire dès le temps où se manifeste l'émigration de la Naumachie, l'obélisque a perdu son nom. Le Liber pontificalis, dans la vie de ce pape, l'appelle simplement la grande colonne, columna major. Du reste, la basilique ne conservait aucun souvenir de la crucifixion. Elle s'est toujours présentée comme le monument de la sépulture de S. Pierre, non comme celui de son supplice. S. Jérôme ne parle pas du lieu du supplice ; le Liber pontificalis, dans les vies de S. Pierre et de Corneille, ne le mentionne qu'indirectement ; il indique le tombeau, en spécifie l'emplacement avec quelque soin, se bornant à dire que ce tombeau se trouvait près du lieu où S. Pierre avait été crucifié : juxta locum ubi crucifixus est.
Près du lieu, juxta locum, est une expression qui pouvait s'entendre plus ou moins largement. Il n'est pas étonnant que toute la topographie du supplice, de plus en plus séparée de ses points d'attache, ait été transportée à quelque distance du tombeau.
Mais, et c'est là le second point à considérer, pourquoi l'a-t-on transportée du côté où nous la trouvons aux IXe, Xe et XIes ? Quel a été le centre d'attraction ?
La translation de l'obélisque et du térébinthe n'a pas laissé trace dans les textes antérieurs au XIIe. Il n'en est pas de même de la Naumachie (voir ce mot). Un burgus Naumachiæ est mentionné dans une charte de 1042 ; il se trouvait à l'intérieur de la cité Léonine. On peut du reste remonter beaucoup plus haut. Les biographes de Léon III et de Pascal Ier, dans le Liber pontificalis, indiquent in Naumachia ou ad Naumachiam, l'hôpital et l'église Santo Pellegrino. La dénomination était donc en usage au IXe et même au VIIIe.
Dès lors on est en droit de se demander si elle n'aurait pas une origine plus ancienne encore ; si elle ne proviendrait pas d'un monument antique, d'une naumachie véritable, qui aurait fini par donner son nom à tout le quartier.
Divers plans de Rome, au XIVe, marquent au N.-O. du château Saint-Ange, des ruines importantes, qui disparurent depuis la Renaissance *. Sous Benoît XIV, en 1743, on les retrouva hors la porte Castello 6 et elles furent considérées comme des débris d'un cirque d'Hadrien. Procope est le seul auteur qui parle d'un monument à cet endroit. Il raconte que, pendant le siège soutenu par Bélisaire contre les Goths (537), Constantin, un de ses lieutenants, chargé de la défense du côté du mausolée d'Hadrien, fit un soir une sortie dans « la plaine de Néron ». Il y avait là « un grand stade antique, où jadis se donnaient des combats de gladiateurs ; d'anciennes constructions l'entouraient et rétrécissaient les passages autour du monument ». Constantin, qui n'avait qu'une poignée d'hommes, chercha dans ces murailles une position bien défendue d'où il tira efficacement contre les assiégeants et leur fit tant de mal qu'ils prirent la fuite et le laissèrent rentrer en ville.
Ni cette description du monument ni la situation qu'on lui assigne ne permettent de songer au cirque de Néron, tout s'accorde, au contraire, avec ce que nous savons de l'autre édifice.
Celui-ci fut, lors de sa découverte, en 1743, qualifié de cirque d'Hadrien, mais sans raison valable. Procope ne parle ni de cirque ni d'Hadrien ; si quelques monnaies de cet empereur présentent des traits allusifs à des jeux du cirque, il n'y a pas à en conclure qu'ils aient été célébrés dans un cirque spécial, en dehors du grand cirque et du cirque Flaminius.
Ici se présente une hypothèse. Les régionnaires du IVe marquent, dans la région XIV Transtiberim, deux naumachies. On en connaît une, celle d'Auguste, qui se trouvait à l'autre bout du Transtévère, vers la porte Portese. On sait aussi que l'empereur Philippe (vers 245) construisit un lacus Transtiberim pour remédier au manque d'eau dont ce quartier avait à se plaindre. L'eau ne manquait point sous le Janicule ; il y en avait même assez pour faire tourner les moulins. Le bassin de Philippe devait se trouver dans la région vaticane et plutôt en plaine. Sa situation serait à peu près celle du « stade » de Procope. Un stade sans doute n'est point une naumachie ; mais Procope ne doit pas être pris au pied de la lettre. Son stade servait, d'après lui, aux combats de gladiateurs, ce qui est plutôt le fait d'un amphithéâtre. Il ne s'est donc pas exprimé avec une entière rigueur.
Faudrait-il donc admettre que le grand édifice voisin du château Saint-Ange était une naumachie ? Chr. Huelsen est parvenu à s'en convaincre et L. Duchesne serait volontiers de son avis.
Dans la tradition médiévale relative à ce lieu et à ses environs, une place importante est due à une bulle de Léon IX, délivrée en 1053 aux chanoines de Saint-Étienne-Majeur. Le pape leur reconnaît ecclesiam sancti Peregrini una cum hospitale e[t ter]ra vacante juxta se et Dalmachia usque in Centumcellis et rivum qui descendit per valle Arneclo per tempora et vadit in Dalmachia sive Gaiano et terra girante in via juxta murum 6. Ce texte est loin d'être clair. L'église Saint-Pèlerin existe encore ; le ruisseau qui descend per valle Arnecto est sûrement le ruisseau du Val d'Inferno, qui traversait (il est maintenant souterrain) les prés de Néron et se jetait dans le Tibre à peu près en face de Ripetta. Centumcellœ est un terme souvent appliqué, autour de Rome, à des ruines divisées en un grand nombre de chambres ou compartiments. On le relève dans une charte de 989 8. Il s'agit là d'une terre labourable sise hors la porte Saint-Pierre, intro parielinas qui appellantur Centecellas, locum qui vocatur Stainello. Ce lieu est évidemment celui dont parle la bulle de Léon IX ; la situation indiquée et le sens de l'expression s'accorderaient assez avec ce que l'on sait du prétendu cirque d'Hadrien. Mais ne pouvait-il pas y avoir de ce côté d'autres parietinx qui se seraient appelées Centocelle ?
Pour ajouter à nos perplexités, deux dénominations se présentent encore, avec lesquelles il faut compter ; celle de Dalmachia et celle de Gaianum. La première semble bien être une corruption de Naumachia. Mais d'abord comment se fait-il que le terme correct Naumachia se rencontre, onze ans plus tôt, dans la charte de 1042, et se retrouve un siècle plus tard, dans les Mirabilia ? Il est vrai que Naumachia désigne, dans ces textes, un quartier de la cité Léonine, tandis que Dalmachia, dans la bulle de Léon IX, s'applique à un point ou à une région en dehors de l'enceinte. De plus, on trouve à Népi ' un autre lieu dit Dalmachia, lequel n'a bien évidemment rien à voir avec une naumachie quelconque.
Quant à Gaianum, cette dénomination qui se maintint longtemps doit être rapprochée du fait que les régionnaires du IVe marquent, dans la région XIV Transtiberim, un lieu ou un monument de même nom. On a cru souvent qu'ils indiquaient ainsi le cirque de Caligula ou de Néron ; mais, comme l'a relevé Chr. Huelsen, au moment où les régionnaires ont été rédigés, ce cirque avait été démoli, en tout ou en partie, pour la construction de la basilique vaticane. Dion Cassius connaît un endroit appelé Gaianum, du nom de l'empereur Caligula. C'est là que la faction des Verts exerçait ses attelages. Comme Caligula lui était très favorable, son nom était resté au lieu de ses exercices. Le Gaianum de Dion Cassius doit être la même chose que le Gaianum des régionnaires, mais il semble bien, par la manière dont l'historien explique l'origine de ce nom, que ce n'était pas le cirque du Vatican. Si celui-ci avait porté le nom de Gaianum, on l'aurait expliqué par le nom de son fondateur et non par les sympathies de celui-ci pour la faction des Verts. Dans ces conditions, la désignation médiévale in Gaiano nous invite à chercher le Gaianum de Dion Cassius et des régionnaires, non du côté de la basilique vaticane, mais du côté du château Saint-Ange. Ce ne doit pas être la même chose que la Naumachie (ou Dalmachie), mais ce sera un endroit dans le voisinage.
En somme, la dénomination in Naumachia, constatée dès la fin du Ve, paraît bien antique et dérivée d'un édifice qui s'élevait au bord du Tibre, dans le voisinage du mausolée d'Hadrien. Il est même très probable que cet édifice était identique à celui que le Moyen Âge a connu en cet endroit et dont les ruines ont été remises au jour, sous Benoît XIV, par les soins de Revillas.
Ici on peut se demander si les ruines imposantes du prétendu cirque d'Hadrien ne seraient pas marquées dans les Mirabilia et dans l'Ordo de Benoît. On a vu plus haut que ces deux écrits s'accordent à mentionner entre la pyramide appelée tombeau de Romulus et le château Saint-Ange un édifice très élevé, de forme arrondie, que l'Ordo appelle obélisque et les Mirabilia térébinthe. Mais le « cirque d'Hadrien » bien que placé en longitude, entre la pyramide et la forteresse, est trop éloigné de la ligne tracée entre ces deux monuments. Du reste, il est plus que douteux qu'on ait pu en apercevoir même le sommet en suivant le portique de Saint-Pierre. Entre cette voie et le « cirque », il y avait le mur de la cité Léonine, qui devait en intercepter la vue. Notons aussi que la procession de Benoît passe juxta obeliscum Neronis, ce qui revient à dire que ce monument était tout près du portique. Quant aux Mirabilia, ils placent le « térébinthe de Néron » près (circa) de la pyramide. Du reste dans la partie de cette compilation où les monuments de Rome sont décrits suivant l'ordre topographique, l'auteur ne franchit qu'une seule fois l'enceinte des murs, à propos du temple de Mars sur la voie Appienne ; encore a-t-il soin d'en avertir : joris portam Appiam. On est fondé à croire que si, dans le passage qui nous occupe, il avait eu en vue le « cirque d'Hadrien », il eût indiqué, par quelque expression de ce genre, sa situation extra muros.
Il est clair que c'est la Naumachie qui est le pivot du mouvement par lequel les anciens monuments de la crucifixion et de la sépulture de S. Pierre se sont transportés du cirque de Néron aux abords du mausolée d'Hadrien, du Vatican au château Saint-Ange. Les légendes plaçaient le supplice de l'apôtre dans une Naumachie, erreur de nom, car elles voulaient désigner le cirque de Néron. Les exégètes du XIIe ne trouvant pas de naumachie près de la basilique, trouvant, au contraire, ce nom au nord de la cité Léonine, n'ont point hésité à y placer l'obélisque et le térébinthe, peut-être confondus par eux, identifiés, en tout cas, avec le même monument. Ce monument a disparu, mais il devait se trouver près de l'ancienne voie Cornelia, à l'entrée de la portica sancti Petri.
Le pseudo-Linus emploie, à propos de la crucifixion de S. Pierre, une expression bien singulière ; elle eut lieu, dit-il, près de l'obélisque de Néron, in monte. L'obélisque était dans le cirque et l'arène du cirque était une surface plane, sauf la longue épine (spina) en maçonnerie, sur laquelle se dressait l'obélisque. Mais il est difficile de croire que l'épine ait été qualifiée de montagne. L'endroit où s'élevait le cirque n'est pas non plus très montagneux. A peine dépasse-t-il le niveau de la plaine du Tibre, Tiberina palus, comme dit Prudence 2. Il est vrai que, tout de suite après, le terrain s'élève et les collines commencent ; sub monte se concevrait. C'est le terme qu'emploie aussi Prudence, Vaticano tumulum sub monte 3. Il faudrait donc admettre dans la topographie du pseudo-Linus, une certaine impropriété de termes ; après avoir qualifié le cirque de naumachie, il le place sur une hauteur, alors qu'il est plutôt en plaine.
Cependant la « montagne » reparaît dans le Liber pontificalis, notice de Corneille. Ce pape reporta le corps de S. Pierre juxta locum ubi crucifixus est, inter corpora sanctorum episcoporum, in templum Apollinis, in monte Aureum, in Vaticanum palatii Neroniani. Cette accumulation d'indications topographiques, si elle ne laisse place à aucun doute sur le lieu désigné, n'est pas cependant sans poser quelques problèmes. On a parlé plus haut du temple d'Apollon. Nous voici maintenant en présence d'un mons Aureus, alors qu'il n'y a pas de montagne du tout.
Force est bien d'admettre que ces expressions in monte, in monte Aureo, sont approximatives, qu'elles sont suggérées plutôt par la hauteur voisine du lieu saint que par le relief du sol qui le supporte. Du reste, nous ne sommes pas très au clair sur la configuration ancienne d'un terrain si chargé de constructions. Il fallait monter des degrés pour accéder à la basilique ; le saint tombeau était, il est vrai, en contre-bas du sol de celle-ci, mais de combien ?
En tout cas la disposition du terrain devait justifier le terme in monte, car celui-ci se rencontre sous la plume de deux auteurs différents, indépendants l'un de l'autre, et qui l'appliquent, l'un au lieu de la crucifixion, l'autre à l'emplacement du tombeau. Quant à l'épithète aureus, elle s'explique sans doute par la couleur du terrain. En ce temps-là, on ne disait point mons Vaticanus l ; on disait Vaticanum ou in cano sub monte est de lui ; il ne l'a sûrement pas empruntée à l'usage courant, pas plus que le terme TibeValicano. Il y avait un endroit qui s'appelait ainsi, justement l'endroit où se trouvait le tombeau de S. Pierre. La colline en arrière pouvait être appelée Vaticanus mons dans une périphrase poétique ; en réalité, quand on lui donnait son nom, on l'appelait mont d'Or, mons Aureus.
Mais il y avait, ou plutôt il y eut plus tard, à quelque distance de là un autre mont d'Or1 : une confusion finit par se produire.
Dès le VIe, peut-être dès l'antiquité, une localité du Transtévère portait le nom de Mica Aurea 2. Il s'y fonda vers la fin du Xe un monastère sous le vocable des Saints-Côme et Damien (S. Cosimato), qui conserva la vieille désignation topographique : SS. Cosmtv et Damiani in Mica aurea. La même désignation s'appliquait aussi à Saint-Jean délia Malva, près du ponte Sisto 3. Quelquefois, au lieu de in mica aurea, on disait en parlant de S. Cosimato, in vico aureo. L'origine du substantif mica n'est pas claire, mais l'or est celui des sables du Janicule. Sur un saillant que font ces hauteurs entre les deux églises Saint-Côme et Saint-Jean, on construisit une petite église en l'honneur de S. Pierre. Elle ne sembla pas remonter au delà du XMe 4. C'est dans un catalogue d'églises du temps de Grégoire X (1272-1276) qu'elle apparaît pour la première fois 5. Vers l'année 1347, le catalogue de Turin la mentionne en marquant qu'elle était desservie par huit frères de l'ordre de S. Pierre de Morone (Célestin V). Naturellement cette église s'appela Saint-Pierre-du-mont-d'Or, montis Aurei, et cette dénomination fit travailler les esprits. On ne tarda pas à identifier ce mont d'Or avec celui des légendes et à le présenter comme le lieu, non de la sépulture, mais de la crucifixion de S. Pierre 6. En 1472, l'église fut donnée aux franciscains, puis placée sous le patronage des puissants rois d'Espagne, Ferdinand et Isabelle, qui la reconstruisirent. Au XVIe, le roi Philippe III fit construire les murs énormes qui soutiennent la terrasse devant l'église et retiennent les sables du mont d'Or, toujours poussés vers la Mica aurea.
En ce temps-là, le mons Aureus du Vatican, sorti de l'usage depuis des siècles, n'avait d'autre document qu'un petit coin, peu fréquenté, du Liber pontificalis. Il y avait beau temps qu'on n'y rattachait plus le souvenir de la crucifixion de l'apôtre. Ce n'est pas la tradition du Vatican, c'est celle du château Saint-Ange et de la Naumachie que le nouveau système eut à déposséder. Faible adversaire contre le mont d'Or du Janicule, si heureusement soutenu par la nature, si relevé par l'éclatant patronage espagnol.
En dehors de la villa impériale, les édifices du Vatican étaient surtout des tombeaux alignés le long des voies Aurélia, Cornelia, Triomphale. Il y avait pourtant un temple, le Phrygianum des régionnaires, qui demeura ouvert pendant tout le IVe. La construction de la basilique constantinienne entraîna le sacrifice d'un grand nombre de tombeaux de la voie Cornelia et même la suppression de celle-ci sur un parcours égal au moins à la longueur du nouvel édifice. Le cirque, le plus considérable des édifices de la villa, dut être démoli aussi, car c'est sur ses murs nord que l'on éleva les nefs de gauche '. Le reste, c'est-à-dire la spina, le mur sud, une partie au moins de l'hémicycle et des carceres, demeura sans doute à l'état de ruine et dut servir de carrière pour les constructions voisines. Bientôt il n'en resta plus que l'obélisque, qui demeura en place pendant tout le Moyen Âge. Quant au temple, il finit comme tous les temples, par être abandonné et fermé ; il n'en resta que des cippes, dressés jadis autour et portant des inscriptions 8. Ils furent remis au jour sous Paul V, au commencement du XVIIe.
La basilique s'étendait sur une longueur d'environ 200 mètres, tout compris, abside, transepts, nefs, atrium. Des degrés la reliaient à une place appelée plus tard Cortina, où débouchait le porche qui, succédant au premier tronçon de la voie Cornelia, rattachait le sanctuaire au pont d'Hadrien.
V. Le mausolée des Probi. — Au déclin du IVe, le pape Damase (366-384) fit élever un baptistère à l'extrémité nord du transept, qui se trouva ainsi allongé et fit saillie sur les nefs de droite. Des mausolées, comme cela était naturel, ne tardèrent pas à s'élever autour de la basilique. Ceux dont nous avons connaissance sont, derrière l'abside, le tombeau des Probi ; sur le flanc gauche de l'église, les deux rotondes funéraires préparées pour les membres de la famille impériale des Théodose.
Du mausolée des Probi 9, détruit sous Nicolas V, il ne nous reste qu'un sarcophage, actuellement conservé dans la chapelle de la Pietà, où il supporte l'autel ; de plus, une bonne description de Mafeo Vegio, et un plan d'une exactitude problématique. Mafeo Vegio visita l'édifice six mois avant qu'on ne le jetât par terre ; il eut soin d'en copier les inscriptions, épitaphes de Sex. Petronius Probus et de sa femme Anicia Faltonia Proba 1« . C'était un édifice considérable, plutôt un temple, dit Vegio, qu'un oratoire, avec des colonnes à l'intérieur sur trois de ses côtés ; elles supportaient les entablements où se lisaient les inscriptions. Au XVe, il était fort négligé ; on n'y pouvait accéder d'aucun côté. Aussitôt qu'il eut été démoli, les marbres, colonnes et autres matériaux, furent employés à des constructions nouvelles ; et, si le sarcophage principal échappa, au moins fut-il violé. L'or, en assez grande quantité, que l'on trouva dans les restes des vêtements précieux, fut jeté au creuset et l'on en fit un calice. Au XVIe, Alfarano marqua cet édifice sur son plan de la basilique vaticane ; la place qu'il lui assigne (k), la forme, les dimensions qu'il lui donne, concordent assez avec la description de Mafeo Vegio ; mais on ne saurait dire où il a trouvé les détails.
De ce plan, comme du livre de Vegio, on peut au moins déduire que le mausolée des Probi n'avait pas d'ouverture sur la basilique. Dans le voisinage immédiat de celle-ci, il occupait ce qu'on pourrait appeler la meilleure place, juste derrière l'abside, au plus près de la tombe apostolique. Ceci porte à croire que les Probi avaient eu le choix et que les mausolées théodosiens ne furent construits qu'après le leur.
VI. Les mausolées impériaux. — Ces mausolées étaient installés au milieu de l'ancien cirque, en ligne droite avec l'obélisque ; ils étaient au nombre de deux, de forme ronde, et pourvus chacun de huit grandes niches, dont une était ouverte et servait d'entrée. Des édifices de cette forme et de cette destination se voyaient un peu partout autour de Rome, mais plus particulièrement auprès de Sainte-Agnès, sur la voie Nomentane, et des Saints-Pierre-et-Marcellin, sur la voie Labicane, où ils abritaient les tombeaux de princesses de la maison Constantinienne (voir Dictionn., t. i, au mot Agnès, et t. ni, au mot Constance). Celui de Sainte-Agnès s'est conservé, sauf la décoration, qui a disparu en grande partie ; de celui de la voie Labicane, il subsiste des restes importants, dont la disposition rappelle singulièrement celle des mausolées du Vatican.
Des deux mausolées jumeaux, un seul, le plus à l'ouest (pi. d) paraît avoir servi de sépulture. Il abrita sûrement les restes de Marie (voir Dictionn., t. x, à ce nom), fille de Stilicon, femme de l'empereur Honorius, et ceux de Théodose II ', empereur d'Orient. Ces deux personnages sont les seuls pour lesquels il subsiste des documents sûrs et directs. Mais d'autres membres de la famille impériale leur furent adjoints, car lors que, à la Renaissance, les tombeaux furent violés et pillés 2, il y en avait un certain nombre. Le second mausolée (pi. e) ne fut détruit que sous Pie VI. On n'y trouva alors aucune sépulture impériale.
Cette question des deux rotondes voisines de Saint-Pierre rebondit presque régulièrement, et il y a peu de temps dans H. Kcethe, Zum Mausoleum der westrômischen Kaiser bei AH. Sankt-Peter, dans Mittheilungen der deutschen Archœologischen Inslililuts, Rômische Abteilung, t. xlvi, 1931, p. 9-26. L'auteur a étudié les notices d'Alfarano et y a ajouté le plan d'un anonyme exécuté avant la destruction de la rotonde occidentale et conservé aux Offi ces de Florence, en outre des indications contenues dans les pièces concernant la construction du nouveau Saint-Pierre. Tout ceci n'apporte aucun élément nouveau.
C'est dans un des mausolées du Vatican, plus probablement dans ce dernier, encore vierge de sépultures, que se tint, en 483, une assemblée du clergé romain, sous la présidence, non du pape, car le Saint-Siège était vacant, mais du patrice Rasile, préfet du prétoire et représentant du roi Odoacre 3. Une vingtaine d'années plus tard, le pape Symmaque changea cette rotonde en église et la dédia à l'apôtre S. André.
Au IXe, les deux rotondes communiquaient entre elles par un corridor et celle de l'Ouest était reliée au transept sud de la basilique. Je ne sais si cette disposition était primitive ; je croirais plutôt que les deux mausolées jumeaux n'eurent d'abord aucune communication ni entre eux ni avec la basilique, et qu'on ne songea à en établir que quand le mausolée de Marie eut été affecté et transformé (757) en église de Sainte-Pétronille. Pour être bien au clair là-dessus, il faudrait être mieux renseignés que nous ne le sommes sur l'appareil et les détails de construction de ces édifices.
Le pape Symmaque pourvut la nouvelle église Saint-André d'une entrée spéciale, avec portique 4, fontaine et degrés d'accès. A l'intérieur, il profita des niches pour établir des chapelles dont le Liber pontificalis indique les titulaires : l'apôtre Thomas, S. Cassien d'Imola avec les martyrs romains Prote et Hyacinthe, S. Apollinaire, S. Sossius. Un document postérieur 5 ajoute à ces quatre chapelles celle de S. Laurent et celle de S. Vit. Avec la niche d'entrée et celle du fond, consacrée à S. André lui-même, nous avons les huit divisions du mausolée.
Les choses demeurèrent en cet état jusqu'au milieu du VMe. C'est alors que le mausolée de l'impératrice Marie fut, lui aussi, transformé en église. Ce changement eut lieu à la demande du roi des Francs, Pépin le Bref (voir Dictionn., t. xiv, à ce nom). Pendant le séjour du pape Etienne II auprès de ce prince (754), Pépin lui avait demandé de transférer en cet endroit le corps de Ste Pétronille. Cette sainte, honorée sur la voie Ardéatine dans un tombeau primitif, près duquel s'élevait une basilique très fréquentée, passait pour avoir été la fille de l'apôtre Pierre 6. Son sarcophage portait une inscription :
Etienne II, de retour de Rome, s'occupa d'aménager le mausolée en vue de cette destination et son successeur Paul y transporta le sarcophage en grande pompe, le 8 octobre 757. Peu après, le pape y reçut et y déposa un souvenir baptismal de sa filleule Gisèle, fille de Pépin. En somme, le mausolée théodosien, changé en église de Sainte-Pétronille, devenait comme un mémorial sacré de l'alliance entre le Saint-Siège et la maison carolingienne C'est alors, si cela n'avait été fait plus tôt, que l'on établit une communication entre les deux rotondes et une autre entre Sainte-Pétronille et Saint-Pierre, par le transept sud. Le mausolée avait ainsi deux de ses niches occupées par des passages. Aussi ne comptait-il que six chapelles. Celle de Ste Pétronille était au fond, en face de la porte qui ouvrait sur la basilique ; à gauche, pour qui entrait par cette porte, on trouvait un autel dédié à S. Théodore, puis le passage communiquant avec la rotonde de Saint-André, enfin une chapelle du Sauveur. De l'autre côté de la chapelle de Sainte-Pétronille, il s'en succédait trois autres, dédiées à la Sainte Vierge, à Ste Anastasie et encore au Sauveur '. Les vocabulaires changèrent par la suite.
Ce sanctuaire de Ste Pétronille était en grande vénération. Au déclin du XIe, l'impératrice Agnès, retirée à Rome depuis la mort de son mari Henri III (1056), le visitait souvent ; elle voulut être enterrée, et elle le fut en effet (1077), au pied de l'autel principal '.
Au siècle suivant le vieux mausolée impérial passait pour avoir été un temple d'Apollon ; l'autre était qualifié de « vestiaire de Néron ». Une chapelle de passage (pi. 153), qui formait vestibule entre la basilique de Sainte-Pétronille, était appelée plus particulièrement Valicanum et l'on expliquait ce nom en disant que là vates canebant, les devins chantaient leurs offices devant le temple d'Apollon. On se représentait ces vates comme un corps de chanoines païens. Les souvenirs carolingiens étaient tombés en oubli.
Le roi Louis XI les renouvela, ou plutôt, croit-on, inaugura une tradition nouvelle. À la suite d'un voeu fait à l'occasion d'une maladie du dauphin, il fit restaurer l'autel de Ste Pétronille. Les travaux commencèrent en 1471 ; trois ans après, en 1474, on découvrit sous l'autel le sarcophage transféré au temps de Pépin le Bref. Le pape Sixte IV en donna avis au roi de France ; dans sa lettre, il rapporte l'inscription et note ce détail que des dauphins étaient figurés aux quatre coins du sarcophage, ce qui lui donne lieu de conclure que la dévotion du roi pour la sainte romaine ne devait pas être une nouveauté dans sa famille. Ce langage, fait pour étonner les archéologues de notre temps, concorde bien avec le silence des auteurs postérieurs au VIe pour établir que la tradition de Pépin avait fini par s'effacer. Depuis Louis XI, le patronage des rois de France fut acquis à la chapelle Sainte-Pétronille. On l'appelait communément chapelle du roi de France. C'est un cardinal français, Bilhière de Lagiaulas, qui y fit placer, tout à la fin du XVe, la célèbre Pietà de Michel-Ange.
Mais ce patronage ne défendit point l'antique et vénérable mausolée contre la rage impie des démolisseurs. Déjà, en 1458, en cherchant une place pour enterrer un mort, on avait découvert une des sépultures impériales ; elle fut, bien entendu, ouverte et pillée. En 1519, les travaux de la nouvelle église amenèrent au jour plusieurs sarcophages ; ils eurent le même sort. En 1555, ce fut le tour du mausolée lui-même. C'est alors que l'on atteignit le tombeau de l'impératrice Marie. On l'ouvrit ; il contenait encore quelques ossements et les cheveux de la princesse. On n'y fit guère attention ; mais des riches vêtements avec lesquels l'empereur Honorius l'avait déposée dans le sarcophage, il restait assez de fils d'or pour qu'on en ait pu tirer une quarantaine de livres à la fusion (voir Dictionnaire, t. x. col. 213).
Après Marie, Pétronille. Le sarcophage transporté du cimetière de Domitille par les soins du pape Paul, remis au jour sous Sixte IV et Louis XI, ne fut pas ouvert tout de suite. On le transporta sous un autel de la rotonde voisine, qui fut peu après changée en sacristie. Grégoire XIII, en 1574, le fit ouvrir. Les reliques en furent extraites et placées dans un autel provisoire (pi. 54), adossé au mur qui séparait la partie encore debout de la vieille basilique du lieu où s'élevait la nouvelle. En 1606, au moment de démolir ce qui restait de l'ancienne église, on transporta ces reliques à l'autel qui leur avait été préparé dans le nouveau temple. Un tableau du Guerchin, représentant l'enterrement de Pétronille, fut plus tard placé sur l'autel ; il est maintenant au Capitole, mais on lui a substitué une copie en mosaïque. Quant au sarcophage, la translation de 1574 lui fut fatale. On le débita et on l'employa au pavement d'une chapelle, qui elle-même disparut sous Paul V.
Ainsi, de tout cet ensemble de souvenirs et de monuments, il reste, outre les cendres de Pétronille, conservées dans son autel actuel et en d'autres reliquaires de la basilique, la boule d'or du tombeau de l'impératrice Marie, sur laquelle sont gravés les noms des membres de la famille impériale, conservée au musée Trivulzio à Milan, et la Pietà de Michel-Ange.
L'église Saint-André était tout aussi célèbre que celle de Sainte-Pétronille. Nous avons vu que, dès avant son affectation au culte, il s'y était tenu une grande assemblée ecclésiastique, en 483. C'est là que le pape Boniface II réunit, en décembre 531, le concile où fut jugé le grand procès intéressant la métropole de Larisse en Thessalie. C'est là aussi que fut jugé S. Grégoire d'Agrigente, probablement par son homonyme S. Grégoire le Grand. Vers la fin du VIe, ce sanctuaire reçut la visite du célèbre S. Wilfrid. Au XIe, on y célébrait les ordinations des Quatre-Temps. Les papes Borgia, Calixte III (1458) et Alexandre VI (1503) y furent enterrés et avec eux plusieurs personnages de leur nationalité. La rotonde voisine était française ; celle-ci, ou du moins sa chapelle centrale, qui accueillit ces deux papes, paraît avoir été affectionnée des Espagnols.
De grands changements se produisirent dans la distribution des chapelles. Les autels du temps de Symmaque paraissent tous avoir disparu, sauf celui de S. André, avec les cultes que l'on y célébrait. Les chapelles étaient devenues vacantes. Celle de Saint-Sossius (pi. 167) fut dédiée à S. Louis par un évêque de Terni, Louis de Gênés, qui s'y fit enterrer en 1472 ; et cette consécration ne dura pas longtemps, car au temps de Panvinio (1560) il n'y avait plus là que des armoires. Dans la chapelle Saint-Apollinaire (pi. 168), le protonotaire Georgio Cesarini, chanoine de Saint-Pierre, éleva un autel en l'honneur des SS. Lambert et Servais ; il y reçut la sépulture, et, à sa suite, les chanoines de Saint-Pierre y furent enterrés. La chapelle Saint-Thomas (pi. 169) reçut, au temps de Jules II, la chaire de Saint-Pierre, déménagée de l'ancienne basilique. Paul V fit plus tard transporter cette relique dans la chapelle précédente (168), et celle-ci (169) fut dédiée par lui à Ste Anne. On ne sait ce qu'il était advenu de la chapelle de Saint-Vit (173) ; mais la dernière, celle de Saint-Laurent (174), fut dédiée en 1181 à la Trinité et aux SS. Côme et Damien par le bénéficier Ansuino de Anticoli, qui s'y fit enterrer et fonda, lui aussi, une tradition de sépulture, car ce lieu devint la nécropole des bénéficiers du chapitre. S. André était honoré, dès l'origine, dans la chapelle centrale (170) ; le culte de S. Jacques apôtre vint s'y installer à côté du sien ; les papes Borgia, Calixte III et Alexandre VI, y eurent leurs tombeaux. Une image dont il sera question ci-après, la Madone de la Fièvre, avait succédé dans la chapelle voisine (172) à S. Cassien ; là se trouvait aussi, depuis Sixte IV, un autel du Crucifix.
Ainsi les chapelles avaient changé de vocabulaires. L'église elle-même en fit autant. Le pape Pie II, ayant reçu de Grèce la tête de S. André, fit élever, dans la basilique même, une chapelle spéciale pour cette relique. Cette chapelle, un autel entre quatre colonnes qui supportaient un ciborium ou baldaquin, s'élevait tout au bas de la dernière nef latérale de gauche (sud). On y transporta le sarcophage de S. Grégoire le Grand qui fut placé sous l'autel. La tête de l'apôtre fut déposée au-dessus dans le baldaquin. Dès lors le culte de S. André fut détourné de la rotonde théodosienne et attiré par la chapelle neuve. Cela se fit d'autant plus aisément que S. André avait, depuis quelque temps, une concurrence à soutenir dans sa propre demeure. Une madone très populaire, on ne sait depuis quand, s'était installée dans une des chapelles. Elle portait le nom de Ste Marie de la Fièvre (délia Freve), sous lequel nom elle est mentionnée dans une bulle de Nicolas V, en 1449. Mafeo Vegio en parle comme d'une image très populaire. Son vocable était bien fait pour attirer le culte. La rotonde cessa bientôt de s'appeler Saint-André et prit le nom de Sainte-Marie de la Fièvre. C'est ainsi qu'on la désignait dans la première moitié du XVIe. Enfin elle atteignit sa dernière destination et fut changée en sacristie, sous Paul IV (1555-1559) ou peu après. L'image sainte émigra alors et fut déposée dans l'antique secretarium qui prit le nom de Sainte-Marie de la Fièvre et le conserva jusqu'à sa démolition, sous Paul V.
VII. Saint-Grégoire-in-palatio. - Le flanc gauche de la basilique, entre le mur du Sud et la ligne des mausolées théodosiens, demeura longtemps inoccupé. Cependant, au IXe, on y voit s'installer une sacristie, le novellum secretarium dont parle Jean Diacre ; cette sacristie, très voisine de l'ancienne, mais construite sur un axe perpendiculaire, s'ouvrait sur la dernière nef latérale de gauche, vers le bas. Entre la porte de communication et le fond de cette nef, Grégoire IV installa la chapelle de S. Grégoire le Grand. Au XVe, il y avait une autre sacristie (pi. n), beaucoup plus haut, vers le transept, à peu près à la hauteur de l'église Saint-André. Elle ne tarda pas à être flanquée, à l'Ouest, d'une bibliothèque (m), à l'Est, du chœur (q) que Sixte IV fit construire pour les chanoines. D'autres édifices s'élevèrent en ces temps-là sur le même alignement ; ils ouvraient tous et directement sur la basilique, comme on peut le voir dans le plan d'Alfarano.
Il n'en était pas de même du côté nord. Là aussi, toute une ligne de chapelles bordait le flanc de la basilique ; mais elles ne s'ouvraient pas directement sur ses nefs de droite. Entre elles et le mur nord se trouvait un long couloir, par lequel on y accédait. Quelques ouvertures seulement avaient été pratiquées dans le mur de la basilique et servaient de communication. On ne sait rien de ces chapelles, sinon que l'une d'elles, vers le milieu, était consacrée à S. Ambroise. Elle est mentionnée au XIe par P. Mallius, au xive par l'auteur du catalogue de Turin.
Le portique de Saint-Pierre, j'entends ici le côté de Vatrium adhérent à la façade, communiquait à gauche (sud) avec le secretarium, l'ancienne sacristie de la basilique (dd) ; à droite (nord) il conduisait à une chapelle en l'honneur de S. Grégoire. Une description de la basilique Vaticane, qui paraît être du temps de Charlemagne, nous apprend qu'on montait de ce portique, appelé porticus Petronellœ, « au lit où le saint pape Grégoire, avait rendu son âme à Dieu », et qu'il y avait là onze autels. Cette chapelle est communément identifiée avec l'endroit marqué ce dans le plan d'Alfarano ; mais il est difficile à admettre que onze autels aient pu tenir dans un si petit espace.
La vie d'Etienne V (885-891) parle d'une cérémonie accomplie par ce pape in orutorium b. Gregorii ubi ejus lecius habetur, juxta ecclesiam principis apostolorum. C'est évidemment le même sanctuaire.
A l'extrémité gauche (sud) du même portique, il y avait aussi un souvenir monumental de S. Grégoire. C'était là, devant l'antique secretarium, qu'il avait été enterré : son sarcophage y demeura jusqu'à ce que Grégoire IV, comme il a été dit plus haut, l'eût transporté à l'intérieur de la basilique, ante secretarium novellum, dit Jean Diacre. L'installation de ce nouveau secretarium n'a laissé de trace dans aucun document. Mais le fait qu'il était « nouveau » au temps de Jean Diacre suppose que l'abandon de l'ancien ne remonte pas beaucoup au-delà du milieu du IXe. La vieille sacristie ne disparut point. Elle subsista jusqu'au temps de Paul V ; il fallut la démolir pour élever la nouvelle façade. Qu'était-elle devenue ? Quel nom porta-t-elle depuis le IXe ?
Nous avons déjà vu que, dans les tout derniers temps de son existence, elle portait le nom de Santa Maria delle febbri, celui d'une madone que l'on y transporta vers le milieu du XVIe. Mais avant ?
Avant elle s'appelait Saint-Grégoire. C'est ce qui résulte des deux témoignages de Panvinio et de Grimaldi, allégués par Cancellieri 2. Ces auteurs ne se bornent pas à constater l'identité entre Santa Maria delle febbri, Saint-Grégoire et le secretarium ; ils décrivent le monument. Il s'élevait au bout du portique, à gauche (sud), et communiquait avec lui. A l'intérieur il était divisé en trois nefs par deux rangées de colonnes de marbre blanc, quatre de chaque côté. Six autels s'y élevaient dans des chapelles distinctes, deux d'un côté, trois de l'autre, un au fond. La porte s'ouvrait à l'Est, c'est-à-dire sur le prolongement du portique ; elle avait été refaite par Sixte IV.
C'est évidemment à cet endroit, et non point à l'autre bout (nord) du portique, qu'il faut chercher le vetustum et insigne oratorium contiguum basilica', vocatum S. Gregorii, dont parle Mafeo Vegio dans un texte publié pour la première fois par J.-B. de Rossi :i. Vegio ajoute que cette chapelle n'était pas loin du corps et de l'oratoire (principal) de S. Grégoire (pi. <V-3) : quod non longe situm est ab eius corpore et oratorio. En effet, il n'y avait à les séparer que l'épaisseur d'un mur.
Ainsi, le vieux secretarium, près duquel on avait vénéré pendant plus de deux siècles la tombe de l'illustre pape, était devenu lui-même, par la suite des temps, une chapelle en son honneur. Comme c'était un édifice assez spacieux et qu'il ne communiquait pas avec la basilique, on finit par le considérer comme une église distincte. C'est je crois, l'église Saint-Grégoire in Patalio, mentionnée par P. Mallius 4 et qui figure parmi les filiales de Saint-Pierre dans les bulles pontificales du xii* siècle, d'Innocent III (205) et de Grégoire IX (1228) 6.
L'identification que je propose entre Saint-Grégoire del secretarium et Saint-Grégoire in Palatio n'est cependant pas sans difficulté. La désignation in Palatio semble la rattacher au palais apostolique, c'est-à-dire au flanc nord de la basilique, et c'est bien ce qui a trompé Cancellieri et De Rossi. Mais ni l'un ni l'autre n'a pris garde au témoignage de Mallius, qui est d'un temps où le palais apostolique n'existait pas encore.
Du reste, Innocent III, dans sa bulle de 1205, semble, en parlant de Saint-Grégoire in Palatio, employer une expression déjà traditionnelle. Enfin, la chapelle ad lectum S. Gregorii était trop voisine de la basilique, trop engagée dans ses édifices, pour qu'on ait pu la dire in Palatio. Mais ce qui ruine absolument l'objection, c'est le témoignage du catalogue de Turin et de celui de Signorili. Dans ces documents où l'ordre topographique est observé, l'itinéraire suit d'abord le côté nord de la basilique, mentionnant les églises Sainte-Catherine, Saint-Vincent et Saint-Ambroise ; puis il fait le tour et atteint l'église Saint-André, c'est-à-dire la seconde rotonde théodosienne, en notant qu'elle fait partie de Saint-Pierre : Ecclesia S. Andrée in ecclesia S. Pétri. Il nomme ensuite trois églises situées de ce côté et arrive à Saint-Étienne de Agulia, dont le vocable indique suffisamment la place — c'est l'obélisque (n. 171) ; puis Saint-Grégoire in Palatio et enfin Saint-Grégoire in Cortina, qui se trouvait sur la place en avant de Vatrium, plutôt vers le sud. Dans cette disposition, il résulte très nettement que Saint-Grégoire in Palatio ne peut être cherché au nord de la basilique ou de son atrium, mais au sud, plus bas que l'obélisque et avant la Cortina. C'est exactement la situation du secretarium.
Mais s'il est sûr que Saint-Grégoire in Palatio était sur le flanc sud de Saint-Pierre et non sur le flanc nord, s'il résulte de là que la dénomination de cet édifice n'a rien à voir avec le palais pontifical, de quel palais donc a-t-il bien pu tirer son nom ?
La réponse est donnée par les Mirabilia et par Pierre Mallius qui les copie. Tout le flanc gauche de Saint-Pierre, où les constructions chrétiennes reposaient sur les ruines de l'ancien cirque, était réputé in palatio Xeroniano. Sainte-Pétronille s'y trouvait ; Infra palatium Xeronianum est templum Apollinis quod dicitur S. Petronilla ; Saint-André s'y trouvait : Ibi que est aliud templum quod fuit vestarium Xeronis, quod nunc vocatur Sanctus Andréas ; l'obélisque s'y trouvait : Palatium Xeronis, ubi est sepulchrum Julii Cœsaris...juxta quod (Saint-André) est memoria Cesaris, id est agulia '. Ainsi, dans le vocable de notre Saint-Grégoire, l'expression in Palatio doit être entendue comme s'il y avait in palatio Xeroniano.
VIII, La nécropole pontificale. — [On suppose que] les plus anciens papes, de S. Pierre à Victor, c'est-à-dire ceux des deux premiers siècles, furent enterrés au Vatican, près de l'apôtre S. Pierre. Au iii siècle, tous, sauf Calliste, reçurent la sépulture dans le cimetière qui porte le nom de celui-ci ; après la paix de l'Église on y déposa encore les papes Eusèbe et Miltiade. Mais déjà l'on avait commencé à déserter cette nécropole officielle. Les papes Marcellin (304), Marcel (309), Silvestre (335), Libère (306), Sirice (399), Célestin (432), furent enterrés sur la voie Salaria, dans le cimetière de Priscille, pour la plupart dans l'enceinte de la basilique élevée là au temps de S. Silvestre. Les autres papes du iv et du v siècle. Marc (336), Ju les (352), Damase (384), Anastase (401), Innocent (417), Zosime (118), Boniface (422), Sixte III (440), Hilaire (468), Félix (492), choisirent leurs tombeaux en divers autres lieux.
S. Léon le Grand (461) donna l'exemple de revenir à Saint-Pierre, et, après quelques hésitations, cet exemple fit loi. Saint-Pierre reçut, à la fin du v* siècle, les dépouilles mortelles de Simplicius (483), de Gélase (496), d'Anastase II (498). Depuis lors et jusqu'à Jean X exclusivement, c'est-à-dire jusqu'à l'année 914, tous les papes qui ne furent pas enterrés hors de Rome, le furent à Saint-Pierre, un seul excepté. Vigile (555), qui alla s'ajouter au petit groupe des papes enterrés à Saint-Silvestre sur la voie Salaria. Quant à ceux qui furent enterrés hors de Rome, ils sont très peu nombreux : Silvère et Martin, morts en exil ; Hadrien III, mort en cours de voyage. Il ne paraît pas que le corps de Silvère ait jamais été rapporté de l'île Pontia, ni celui de Martin de la Chersonèse ; Hadrien III repose toujours à Nonantola.
Ces quatre cas mis à part, il reste soixante-treize sépultures pontificales pour cette seconde période de la nécropole vaticane. Les tombeaux des papes étaient alors non plus autour de celui de l'apôtre Pierre, mais dans l'atrium, et, plus précisément, dans le portique de l'Ouest, celui sur lequel s'ouvraient immédiatement les portes de l'édifice. C'est à cette situation qu'il est fait allusion dans l'épitaphe d'Anastase II, l'un des premiers papes enterrés en cet endroit (498) :
Limina mine servo, lenui qui culmina sedis.
Quelques-uns cependant se firent déposer à l'intérieur de la basilique, dans des chapelles fondées par eux : c'est le cas pour Jean VII ', Grégoire III 2, Paul I 3, Hadrien 4, Pascal I, Serge II 5.
Les tombes pontificales de ce temps étaient des sarcophages fort simples, à en juger par les menus fragments qui nous en restent ; leur face principale était occupée par une épitaphe métrique. Trente-six de ces compositions nous ont été conservées par des copies plus ou moins complètes ; on pourrait même augmenter ce chiffre en y ajoutant plusieurs épitaphes que Flodoard a insérées, avec quelques retouches, dans son histoire métrique des papes (voir Dictionnaire, t. xiii, au mot Papes). Nous avons donc environ la moitié des épitaphes pontificales de la basilique de Saint-Pierre ; mais ce ne sont que des copies. Des marbres eux-mêmes, il ne subsiste que quelques menus fragments afférents aux sarcophages de Boniface II, de S. Grégoire le Grand et de Sabinien ; deux fragments plus considérables, des épitaphes de Nicolas Ier et Hadrien II, enfin la célèbre épitaphe d'Hadrien Ier (voir ce nom). Mais celle-ci ne fait pas partie d'un sarcophage. C'est une table de marbre noir, envoyée toute gravée par Charlemagne pour être déposée sur le tombeau.
Anastase III (913) est le dernier des papes de cette période dont l'épitaphe ait été lue à Saint-Pierre. Vient ensuite Lando, pape éphémère, dont la sépulture n'est indiquée nulle part, puis Jean X, le premier que l'on sache avoir été enterré au Latran. La basilique du Latran (voir Dictionnaire, t. viii, à ce nom) était située à l'intérieur de Rome, et c'est pour cela que les anciens papes ne l'avaient jamais choisie comme lieu de sépulture. Mais au Xe, il y avait déjà longtemps que l'on enterrait intra muros. La vieille église constantinienne, écroulée en 897, venait d'être rebâtie par Serge III ; les travaux de reconstruction et de décoration se continuèrent sous ses successeurs Anastase III, Lando et Jean X. Celui-ci put y consacrer les dépouilles conquises par lui sur les Sarrasins, à la bataille du Garigliano.
Mais revenons au Vatican. J'ai dit qu'il reste des soixante-treize tombes pontificales du Ve au xe quelques morceaux de marbre qui tiendraient dans une corbeille un peu grande, une assez grande quantité d'inscriptions connues par d'anciennes copies. Ces textes vénérables n'offrent pas tous le même intérêt. L'épitaphier s'est souvent borné à exprimer certaines idées banales : tout n'est pas mort dans le pontife enterré ; la terre garde son corps pour la résurrection, mais son âme est au ciel, triomphante et honorée. Quelquefois, cependant, on trouve un court abrégé de l'histoire du pontificat ; c'est le cas, par exemple, pour l'épitaphe d'Hormisdas, si heureusement retrouvée par J.-R. de Rossi dans les poésies carolingiennes, pour celles de Boniface II, de S. Grégoire, d'Honorius et quelques autres encore. En suivant cette série d'épitaphes, on voit insensiblement pâlir et disparaître le peu de littérature dont elle témoigne tant bien que mal. Au VMe, composer une pièce d'une dizaine de vers est au-dessus de la capacité des Romains les plus experts en versification. Les papes de ce temps n'ont plus que des épitaphes très laconiques :
Subia cet hic Slephanus Romanus papa secundus ou bien Hic requiescil Paulus papa.
Voilà tout ce que l'on a pu dire des deux fondateurs du pouvoir temporel et de l'alliance franque. Seul Hadrien est pourvu d'une longue inscription ; mais rédigée et gravée en France par les soins de Charlemagne et d'Alcuin. C'est un article d'importation. — A la longue, le réveil des études se fit sentir jusque dans cette littérature funèbre, mais il faut l'attendre jusqu'au milieu du IXe. — C'est au delà de la limite de nos études.
Au commencement du VIe, on croyait, à Rome, que les premiers successeurs de S. Pierre « avaient reçu la sépulture au Vatican, tout près du tombeau de l'apôtre. Tel est au moins le sentiment de l'auteur du Liber pontificalis, où, depuis Lin jusqu'à Victor, la sépulture de chaque pape est marquée suivant la même formule : Sepultus est juxta corpus beati Pétri, in Vaticano. Deux exceptions seulement rompent cette ordonnance : le tombeau de S. Clément est indiqué in Graecias, celui d'Alexandre, sur la voie Nomentane. Pour Alexandre il y a sûrement erreur ; on a confondu le pape de ce nom avec un martyr Alexandre réellement enterré sur la voie de Nomentum. Il est bien probable que l'exception à S. Clément dérive d'une confusion de ce genre.
Nous n'avons aucun moyen de vérifier l'assertion du Liber pontificalis en ce qui regarde la sépulture des premiers papes. En 1615, les travaux entrepris pour aménager la Confession amenèrent la découverte d'un certain nombre de sarcophages et de tombes en maçonnerie. Quelques personnes crurent alors que c'étaient les tombes des premiers papes. Mais il est peu probable que ces sépultures fussent antérieures à la construction de la basilique, partant au IVe. Sur le couvercle de l'un des sarcophages on déchiffra, au milieu d'autres lettres, le groupe LINVS, ce qui fit penser à S. Lin (voir Dictionnaire, t. ix, à ce nom). Mais la teneur de l'inscription demeure fort problématique. En somme, il n'y a rien de sérieux à déduire de ces découvertes.
Au XIIe, ce n'est pas au voisinage immédiat du tombeau de S. Pierre que l'on indiquait ceux de ses premiers successeurs. Le Liber pontificalis offrait deux données topographiques : juxta corpus b. Pétri et in Vaticano. Pour son auteur ces deux derniers étaient concordants, la première plus précise, la seconde moins. Mais au temps des Mirabilia et de P. Mallius, la proportion était renversée : l'expression juxta corpus beati Pétri était devenue assez large et pouvait s'appliquer à toute la basilique ; in Vaticano, au contraire, indiquait un endroit bien déterminé.
On appelait ainsi le vestibule (pi. c) par où le transept sud communiquait avec Sainte-Pétronille, autrement dit la basilique Saint-Ange : Templum Apollini quod dicitur, ante quod est basilica que vocatur Vaticanum ex mirifico musivo laqueata, auro et vitro l. C'est là que les votes chantaient leurs offices, ante templum Apollinis, tout comme leurs successeurs, les chanoines de Saint-Pierre, chantaient les leurs devant la Confession de l'apôtre. Ce nom de Vatican s'étendait à toute une partie de la basilique : et ideirco Ma pars 2 ecclesie s. Pétri Vaticanum vocabatur (Mirab.). Mallius spécifie : tota illa pars dextra basilicœ beali Pétri, qua itur per porticum pontificum et usque ad portam Argenteam, vocatur Vaticanum. La porte d'Argent est la porte principale de la basilique ; le portique des pontifes, porticus Pontificum 3, est la dernière nef latérale du Sud. Un peu plus loin, quand il en vient à énumérer les sépultures pontificales, U semble bien distinguer le Vatican proprement dit d'avec le portique des Pontifes : In hac dextra parte basilicœ b. Pétri, scilicet in Vaticano, et per directum per porticum Pontificum, qua itur ad S. Gregorium 4 papam egregium doctorem, et usque ad portam Argentiam, sunt sepulturœ ss. Pontificum. C'est le Vatican seulement qu'il indique pour les premiers papes, de Lin à Victor 6. Quand il a fini, il récapitule : Hi omnes, sicut in Pontificali legitur, in Vaticano requiescunt.
Pour les papes qui suivent, il n'est plus question du Vatican. Chaque fois que Mallius note leur emplacement précis, c'est toujours en indiquant la porte des Pontifes.
Ainsi, au Xe, les premiers papes étaient censés reposer dans le Vatican proprement dit, c'est-à-dire dans la chapelle Saint-Ange, par où l'on accédait à Sainte-Pétronille. On n'avait aucune idée de les chercher sous la Confession de Saint-Pierre.
En dehors des translations ou inhumations à l'intérieur signalées plus haut, il reste une soixantaine de tombes pontificales, indiquées dans les textes comme se trouvant à Saint-Pierre. P. Mallius en place un certain nombre in porticu Pontificum, ce qui, comme on l'a vu, signifie pour lui la dernière nef latérale de gauche (sud) ; il en place d'autres dans le portique extérieur. De Rossi n'a pas fait attention à cette différence, ou plutôt il a cru • que l'expression in porticu Pontificum désigne, chez Mallius, le portique extérieur.
Ceci paraît inadmissible à L. Duchesne. Mallius s'exprime avec netteté, il distingue très bien la nef intérieure et le portique extérieur. Il est vrai que plusieurs des tombes qu'il place à l'intérieur et qu'il y a vues, ont été vues avant lui par d'autres dans le portique extérieur et que telle fut, en effet, leur place primitive. Mais pour quoi n'admettrait-on pas les translations ? Le Liber pontificalis n'en mentionne que deux ; mais il n'y a rien à fonder, en ce genre de choses, sur son silence.
D'une part, que l'on veuille bien se représenter la disposition des lieux et l'on verra s'il était aisé de laisser s'accumuler tant de sarcophages, cinquante ou soixante, dans un espace aussi étroit et dans un lieu aussi fréquenté que le portique de Saint-Pierre. Il avait, il est vrai, environ 62 mètres de long sur 7 de large. Mais sur un des grands côtés, il était limité par une colonnade. On ne pouvait songer à boucher les entrecolonnements. En face s'ouvraient les cinq portes de la basilique ; à trois ou quatre mètres d'ouverture, cela réduisait à un peu plus de 40 mètres la longueur utilisable de la paroi. Aux extrémités il fallait laisser des dégagements, et pour le secretarium et pour une chapelle qui lui faisait à peu près pendant. En somme, il y avait environ 50 mètres de paroi. A deux mètres par sarcophage, ce qui est une bien juste mesure, cela donnait de quoi en installer de vingt à vingt-cinq.
A la fin du VIIe il y en avait déjà trente-quatre. Il est évident qu'en certains endroits, ils devaient se masquer les uns les autres, ce qui était peu convenable, et qu'ils menaçaient de gêner la circulation. Si l'accumulation eût continué, on se demande comment les fidèles fussent parvenus à entrer dans la basilique et comment on eût pu développer, avec la décence nécessaire, les cortèges qui sortaient du secretarium pour arriver à la porte d'Argent.
Revenons maintenant aux indications de Mallius. L. Duchesne les range dans l'ordre chronologique.
Pelage Ier (f 561). — Il se trouvait devant la sacristie, ante secretarium b. Pétri, et près de lui se trouvait Grégoire V, pour lequel on marque expressément : in ecclesia b. Pétri. L'épitaphe est reproduite, très complète, avec des indications chronologiques. On ne la trouve pas ailleurs.
Grégoire Ier (t 604). — Deux indications, l'une relative à l'état présent : sepulcrum et oratorium b. Gregorii, l'autre relative à l'état qui précéda la translation opérée sous Grégoire IV : fuit sepullus ante secretarium, inter columnas porticalium. Ici il faut noter que la formule ante secretarium n'est pas équivalente à la formule ante secretarium b. Pétri dont l'auteur se sert pour Pelage Ier. Celle-ci, il ne l'a pas trouvée dans le Liber pontificalis, elle est bien de lui ; elle exprime la situation du tombeau de Pelage par rapport à la nouvelle sacristie, à celle qui servait de son temps. Pour S. Grégoire, les mots ante secretarium ont été fournis par le Liber pontificalis, où ils se rapportent à l'antique secretarium, qui s'ouvrait sur le portique, en dehors de l'église, tandis que le nouveau, le novellum secretarium de Jean Diacre, s'ouvrait sur l'église elle-même. Chez Mallius, porticalia s'applique toujours et exclusivement au portique extérieur. L'ancien emplacement du tombeau de S. Grégoire (pi. 136) était indiqué, de son temps, par un autel de S. Gilles, qui s'élevait tout auprès. — L'épitaphe de S. Grégoire est pourvue de ses notes chronologiques.
Boniface III (ï 607). — Mallius le place ad s. Gregorium, et l'interpolateur, qui écrivait au temps d'Innocent III, ajoute : in porticu Pontificum.
Boniface IV (t 615). — Sous le nom de Boniface II '. In porticu Pontificum. Épitaphe très complète, avec notes chronologiques.
Séverin (t 640).
Jean IV (t 642). — Pour ces deux papes, Mallius ne donne aucune indication précise, mais Romanus, son interpolateur, marque expressément in ecclesia b. Pétri, in porticu Pontificum.
Théodore (t 649). — Mallius l'indique au même endroit et donne un fragment de son épitaphe ; mais je ne suis pas absolument sûr que cette épitaphe ne doive pas être rapportée à Théodore II (t 807).
Grégoire II (t 731).
Zacharie (t 752).
Etienne II (t 757). — Pour ces trois papes, Mallius indique le porticus Pontificum. Il rapporte l'épitaphe d'Etienne II.
Après Etienne II, le portique des Pontifes cesse d'être mentionné. Les indications topographiques (abstraction faite de ce qui regarde les papes enterrés dans les chapelles) reprennent à partir du milieu du IXe.
Benoît III (f 858), juxta portam Argenteam, de foris.
Nicolas (t 867), juxta portam Judicii.
Jean VIII (t 882), ante ecclesiam, juxta portam Judicii.
Marin (f 884). -■- (Sous le nom de Jean), inter portam Argenteam et portam Romanam, videlicet in porticali.
Etienne V (f 891), ante ecclesiam b. Pétri.
Boniface VI (f 896), in porticu Pontificum x.
Etienne VI (f 897), ante ecclesiam.
Jean IX (f 900), ante ecclesiam, prope portam Guidaneam.
Benoît IV (f 903), juxta aditum qui vadit ad S. Gregorium de Palatio.
Christophe (f 904), in ecclesia beati Pétri.
Serge III (f 911), in ecclesia b. Pétri, inter portam Argenteam et portam Ravennaticam.
Anastase III (f 913), pas d'indication.
De ces douze papes, Mallius donne les épitaphes ; bon signe que les tombes existaient de son temps et qu'ils étaient bien visibles. Les indications topographiques, jusqu'à Benoît IV, nous conduisent toujours 2 dans le portique extérieur de la basilique. Au delà, la chose est moins claire. Je n'oserais affirmer, écrit L. Duchesne, que l'épitaphe de Christophe soit celle d'un pape. Les circonstances de sa mort ne se prêtent guère à l'idée qu'il ait reçu les honneurs de la sépulture pontificale 3. Serge III, qui lui succéda de fait, le considérait comme un intrus ; il le fit mourir en prison. Je ne crois pas qu'il eût souffert qu'on l'enterrât à Saint-Pierre.
Serge lui-même paraît bien avoir son tombeau à l'intérieur de la basilique. Ceci résulte d'abord de l'expression in ecclesia beati Pétri, et aussi de ce que Mallius l'a confondu avec Serge Ier et rangé ainsi au milieu des papes dont les sépultures étaient in porticu Pontificum. Le portique tendait-il à s'encombrer de nouveau ? On serait porté à le croire en lisant les deux vers, mal copiés, que Mallius nous donne comme l'épitaphe de Boniface Ier et qui se rapportent en réalité à Boniface VI (f 896) :
Atria magnifici sunt membris plena sepulchri sedis apostolicae Bonifati presulis almi.
Lui aussi était enterré, exceptionnellement pour sa série, dans le portique des Pontifes.
De tout ceci il résulte d'abord que les indications topographiques de Mallius ne peuvent être prises comme paroles en l'air et qu'il ne confond nullement le portique des Pontifes avec le portique extérieur. Il en résulte ensuite que, de son temps, on voyait dans le portique des Pontifes, c'est-à-dire à l'intérieur de l'église, un certain nombre de tombes pontificales du VIe, du VIIe et du VIIIe.
Plusieurs de ces sépultures n'étaient pas là à leur place primitive. Celle de S. Grégoire venait sûrement du portique extérieur, où le Liber pontificalis l'indique expressément : ante secretarium. Le même emplacement, ou à peu près, est indiqué par le Liber pour Benoît, le deuxième pape avant Grégoire : in secretarium. Vers la fin du IXe, Jean Diacre décrivant la sépulture de S. Grégoire, s'exprime ainsi : Hujus venerabile corpus in extrema porticu basilicae beati Pétri apostoli ante secretarium t une antiquissimum, quo videlicet Léo, Simplicius, Gelasius atque Symmachus, apostolicae sedis episcopi, cum nonnullis aliis tumulati, suis hactenus epitaphiis prœdicantur, sepultum lali titulo decoratur. Suit l'épitaphe.
Au temps de Jean Diacre, les restes de S. Léon reposaient depuis deux siècles à l'intérieur de la basilique ; mais il est fort possible que l'épitaphe ait été laissée en cet endroit comme commémoration de la sépulture primitive. En tout cas, il résulte de son témoignage que les plus anciennes tombes pontificales apparentes, depuis Léon et Simplice jusqu'à S. Grégoire, se trouvaient dans le portique extérieur, en commençant par le voisinage du secretarium.
Ici je ferai observer que des expressions comme ante secretarium et même in secretario doivent s'entendre dans un sens un peu large. Il est peu probable qu'on ait placé un sarcophage dans une sacristie. Celle de Saint-Pierre s'ouvrait non pas directement sur le portique, mais sur un couloir qui le prolongeait vers le sud. Ce couloir n'avait guère que trois mètres de large. Y placer des sarcophages, c'eût été l'encombrer. Du reste, nous savons exactement où était le tombeau de S. Grégoire, et cela suffit à prouver que l'expression ante secretarium doit s'entendre du portique lui-même, partie sud, et non du couloir qui le prolongeait devant la sacristie.
Les collecteurs d'inscriptions, qui, du VIIe au IXe, ont instrumenté à Rome, et auxquels nous devons la conservation de plusieurs épitaphes pontificales, ne nous ont laissé aucune indication topographique assez précise pour éclairer la question qui nous occupe. Le plus considérable de ces recueils, la Sylloge XI de J.-B. de Bossi, contient treize épitaphes de papes, depuis Anastase II (t 498) jusqu'à Jean V (f 685). Il est à noter que, ni dans celui-là ni dans les autres, on ne trouve aucune trace des épitaphes de Léon, Simplice, Gélase, Symmaque, que Jean Diacre atteste avoir vues au déclin du IXe. Cependant ces épitaphes, surtout celles des célèbres papes Léon et Gélase, auraient dû les attirer. Il est à croire qu'elles étaient dissimulées par d'autres sarcophages ; et cette conjecture est confirmée, en ce qui regarde Léon. Le Liber pontificalis (vie de Serge Ier) dit que son corps était in abdito ; l'inscription commémorative de la translation précise ce renseignement 5 :
Hic tamen extremo jacuit sub marmore templi quem iam pontificum plura sepulchra celant.
Cet état de choses cessa, d'abord par le fait de Serge Ier, qui transporta dans la basilique les restes de S. Léon ; puis par un déplacement de sarcophages, antérieur à Jean Diacre, et qui permit à celui-ci d'apercevoir les épitaphes de Léon, Simplice, Gélase et Symmaque. Appelons-nous maintenant que Mallius, expressément ou implicitement, indique à l'intérieur de Saint-Pierre, in porticu Pontificum », les papes du Ve, du VIe, du VIIe et même du VIIIe, jusqu'à Étienne II. Constatons que, depuis 858, le portique extérieur est régulièrement indiqué par lui comme lieu des sépultures pontificales. De tout ceci, il résultera que le portique extérieur, à un certain moment, avant le temps où Jean Diacre écrivait (vers 880), et même avant l'année 858, a été vidé en grande partie de sa collection de sarcophages, et que celle-ci a été installée à l'intérieur de la basilique, dans la nef appelée portique des Pontifes par P. Mallius.
Quelle est cette date ? — Il ne faut pas remonter au delà du VIIIe. Ceci résulte en général de l'âge des anciennes sylloges, dont les auteurs ont vu les tombes pontificales à leur emplacement primitif ; plus spécialement de ce fait que le pape Léon est le premier qui ait été transféré, et il le fut peu avant l'an 700. Entre cette date et l'année 858, il y a un long intervalle. On le réduira considérablement en cherchant quel a été, dans l'immensité de la basilique, le centre d'attraction pour les tombes déplacées. Pour quoi a-t-on choisi la dernière nef latérale de gauche (sud) de préférence à divers autres emplacements ? Il est aisé de voir qu'on n'a pas recherché le voisinage immédiat de la Confession apostolique. La topographie qui se déduit de P. Mallius nous offre plutôt un groupement au voisinage de la chapelle et du tombeau de S. Grégoire. Ce voisinage est expressément indiqué pour Pélagé et Boniface III. Dès lors, il est naturel de penser que le déménagement des tombes pontificales ne s'est produit qu'après la translation de S. Grégoire et la fondation de sa chapelle, événements qui se produisirent sous Grégoire IV (827-840).
Pour aller jusqu'au bout de mes conjectures, je dirai que le désastre subi par la basilique, en 846, du fait de l'invasion sarrasine, me paraît avoir contribué à ce déplacement. Il est bien peu probable que les tombes de l'atrium aient échappé aux explorations sacrilèges des envahisseurs. Il faut se mettre dans leur état d'esprit. Des tombes d'apparence, connus pour être ceux des grands chefs de la chrétienté, disposés à la porte du plus grand sanctuaire de l'Occident, devaient contenir les trésors les plus précieux. Il n'était point malaisé de desceller les couvercles et de les soulever. Quelques coups de pic, un levier solide, c'était tout ce qu'il fallait pour opérer. De tels ouvriers procédaient évidemment avec aussi peu de soin que possible et plus d'un sarcophage dut être abîmé par eux.
Il semble bien qu'on ait tenté, après le départ des Sarrasins, de réparer leurs dégâts. L'épitaphe de Jean V, copiée dans le portique par l'auteur de la Sylloge XI, est reproduite par Mallius, qui l'a vue à l'intérieur de l'église ; mais les deux copies diffèrent pour le premier distique. La plus ancienne portait : lohunnem tumulus uatem tegit ; astruat œtas optima coepta viri, si foret et spatium. Mallius, lui, a lu :
Hic tumulus vaiis conservât niembra lohannis ordine pontificum qui fertur jure secundus, et cette lecture l'a porté à attribuer toute l'épitaphe à Jean II. La différence s'expliquerait par une restitution maladroite. On racommodait quelquefois les épitaphes pontificales. Actuellement encore on peut voir, dans les cryptes vaticanes, l'épitaphe de Grégoire V, pourvue d'un morceau de rapport où l'on a suppléé plusieurs lettres disparues à la suite d'un accident.
Peut-être faudra-t-il expliquer par les sacrilèges des Sarrasins le fait que Mallius ne rapporte qu'un si petit nombre d'épitaphes pontificales des VIIIe, IXe et Xes. Il n'en cite que cinq ou six, celles de Pélagé, Grégoire, Sabinien, Boniface VI, Théodore ( ?), Jean V. Et pourtant, il n'est point avare de ces transcriptions. De Benoît III à Anastase III (858-913), il reproduit douze ou treize épitaphes sur les dix-sept qui ont pu exister. On ne voit pas pour quoi celles-ci auraient eu plus d'intérêt pour lui que les autres. Cependant tous les dégâts ne doivent pas être mis au compte des Sarrasins. Nous avons vu que, du temps de Jean Diacre, la tombe primitive de S. Léon, avec celles de Simplice, de Gélase et de Symmaque, étaient encore apparentes dans le portique extérieur. On n'avait donc pas transféré tous les anciens papes : quelques-uns de leurs sarcophages continuaient à figurer dans la nécropole de l'atrium avec les tombes de leurs successeurs du IXe. Mallius ne parle pas de ces tombes anciennes. Elles avaient dû disparaître entre le temps de Jean Diacre et le sien.
En somme, l'histoire de cette nécropole se ramène, suivant Duchesne, aux points suivants :
1° En 461, elle est inaugurée, dans le portique extérieur, par la sépulture de S. Léon.
2° Au commencement du VIIe, le portique est encombré ; les tombes se cachent les unes les autres ; S. Léon est transféré ; Jean VII se fait enterrer à l'intérieur, dans une chapelle, et son exemple est bientôt suivi (Grégoire III, Paul, Hadrien, Pascal, Serge II).
3° Sous Grégoire IV (827-840), S. Grégoire est transféré à son tour, dans une chapelle aménagée au bas de la dernière nef de gauche (sud).
4° Peu après, probablement à la suite de l'invasion sarrasine et des dégâts subis alors par les tombes du portique extérieur, un grand nombre de celles-ci sont transportées dans l'église, au voisinage de celle de S. Grégoire. De là le nom de portique des Pontifes.
5° Le portique étant ainsi désencombré, les papes de la fin du IXe y trouvent de la place et s'y font enterrer.
6° L'encombrement se produit de nouveau ; Boniface VI (896) et Serge III (911) sont enterrés à l'intérieur. Enfin on se décide à abandonner Saint-Pierre et la basilique de Latran devient le lieu ordinaire des sépultures papales.
7° Des dégâts ultérieurs ou des aménagements nouveaux amènent la disparition des plus anciennes épitaphes, que Jean Diacre put voir encore, mais qui n'existaient plus au temps de Mallius.
IX. Saint-Vincent au Vatican. — Près du flanc nord de la basilique, à proximité du portique d'entrée, s'élevait une église assez considérable (pi. aa), appelée Saint-Vincent. On ne la trouve pas mentionnée avant P. Mallius ; elle ne relevait pas du chapitre de Saint-Pierre, aussi ne figure-t-elle pas dans les anciennes bulles où étaient cataloguées les églises filiales de la basilique. À quand remontait cette église et le culte de S. Vincent à cet endroit ?
Les textes ne nous conduisent pas au-delà du XIIe. A peu près au lieu où nous sommes, la description de Saint-Pierre du Ve ' indique, non pas une église Saint-Vincent, mais une relique de S. Grégoire : accède ad Gregorii leclum, patris sancti, in quo spiritum Deo reddidit dignum munus. La vie d'Étienne V nous montre le pape officiant in oratorium beati Gregorii ubi ejus lectus habetur, juxta ecclesiam principis apostolorum -. Ceci suppose un édifice assez spacieux ; et, de fait, la description déjà citée ajoute qu'au lieu où se trouvait le lit de S. Grégoire, il y avait onze autels.
Depuis Étienne V (t 891) il n'est plus jamais question d'une chapelle de S. Grégoire en cet endroit.
C'est par erreur, on l'a montré plus haut, que tout le monde, jusqu'à L. Duchesne, y a placé Saint-Grégoire in Palatio. Dans ces conditions, il ne serait pas impossible, d'après lui, que l'église Saint-Vincent fût identique avec l'oratoire dit du lit de S. Grégoire, et qu'il y ait eu un changement de vocable, entre le IXe et le Xe.
X. Le SCRINIUM confessionis. — La chose et le mot sont nouveaux, et ne se rencontrent ni dans le Liber pontificalis ni dans le Liber diurnus. Au premier abord on s'imagine un local contenant un dépôt de documents écrits. Il s'agit de découvrir et de situer ce local. Or, à l'époque dont il s'agit, la Confession de Saint-Pierre se composait de trois éléments : 1° la tombe apostolique, dans une chambre souterraine et inaccessible ; 2° un réduit voûté relié à cette chambre par un étroit conduit vertical ; 3° l'autel majeur de la basilique. Le scrinium en question n'a pu se trouver ni en 1°, ni en 3°, mais seulement en 2° et ce réduit mesure 1 m. 12 sur 0 m. 70. De là un fidèle agenouillé pouvait plonger le regard dans le conduit vertical susdit. En outre, on y pouvait déposer les objets que l'on considérait, des brandea (voir Dictionnaire, t. II, à ce mot), des pallia ou des oraria. La proximité du corps de l'apôtre conférait aux actes commis en ce lieu une gravité spéciale et les documents où les engagements étaient consignés pouvaient y être présentés ou déposés quel que temps. Quant à y être conservés, c'est ce qui est exclu, sauf pour des cas tout à fait exceptionnels, par la seule disposition des lieux.
Les textes n'y contredisent pas. Ils consistent : 1° en une lettre de Grégoire II à Léon l'Isaurien, pièce apocryphe fabriquée à Constantinople ' ; 2° une bulle d'Agapit II, autre apocryphe rédigé sur les bords du Danube ; 3° un passage de la notice de Boniface II au Liber pontificalis, qui mentionne non pas la Confession de Saint-Pierre, mais l'espace en avant d'elle et ce passage n'a rien à voir avec la question qui nous occupe.
Qu'il ait pu s'agir d'une présentation momentanée d'un document, c'est possible et exécutable et c'est le cas de la lettre de Léon II aux évêques d'Espagne 2 à qui il demande de signer les définitions du VIe concile œcuménique, en les avertissant que l'exemplaire revêtu de leurs signatures sera déposé par lui à la Confession de Saint-Pierre : has apud b. Petri... confessionem deponimus, ut eo mediante atque intercedente a quo christianæ fidei descendit vera traditio, offeratur domino Jesu Christo. Ainsi, une simple présentation.
Le cas ne diffère pas pour l'engagement pris par l'évêque de Ravenne dont parle la notice du pape Constantin. A quelques jours de là, la pièce déposée par le pape in sacratissima confessione beati Pétri est retrouvée noircie et comme brûlée. La pièce a séjourné quelques jours, sans doute, mais il s'agit d'un cas spécial, car cet évêque de Ravenne était un personnage suspect par son refus de signer, ainsi que tout évêque, sa promissio fidei et sa cautio au Latran. On n'ira pas jusqu'à insinuer, comme d'autres l'ont fait, qu'un délai de plusieurs jours était nécessaire pour que la pièce, préalablement enduite de quel que moyen corrosif, parut refusée ou condamnée par l'apôtre ; ce qu'on retiendra seulement c'est que le dépôt de quelques jours ne peut être considéré comme l'attestation d'un dépôt d'archives permanent à la Confession.
Pour le pape, il n'y avait que deux pièces, toutes deux dictées et signées par lui, l'une le jour de son élection, l'autre le jour de son ordination 3. La première, adressée à l'apôtre Pierre, était présentée à la Confession et accompagnée d'un serment ; la seconde, adressée à l'église de Rome et lue au moment de l'ordination, était aussitôt offerte à la Confession, pour y être conservée : in venerabile corpus luum, béate Petre apostole, optuli conservandam.
Ici, pour la première fois, on mentionne la conservation du document. Mais il faut avouer que le cas est très particulier. C'est du pape qu'il s'agit, et, comme la conservation d'un document de ce genre n'a d'intérêt que pendant la vie du titulaire, comme il n'est ni dit, ni insinué ici ou autre part que l'on ait conservé à Saint-Pierre les professions de foi des papes défunts, ce texte ne nous oblige pas à encombrer la Confession. Il n'exige de place que pour un seul acte et qui n'est pas bien long.
On l'admettra d'autant plus aisément qu'on serait presque forcé, même sans aucun témoignage, de lui faire place. On conçoit, en effet, que les engagements pris par d'autres personnes envers S. Pierre et son vicaire aient pu être placés sous la sauvegarde de celui-ci. Mais qui pouvait garder les engagements du pape envers l'apôtre en personne ? L'analogie exigeait que ce fut saint Pierre lui-même.
Une autre catégorie de documents a pu faire séjour à la Confession de Saint-Pierre. La notice d'Etienne II au Liber pontificalis mentionne la donation faite au pape par le roi des Francs, Pépin, en un diplôme conservé in archivio sanctœ nostrse Ecclesiœ, par conséquent au Latran. Un peu plus loin, le biographe, entrant dans le détail, décrit le contenu de la donation et raconte que Fulrad, abbé de Saint-Denis, en déposa l'original in confessione beati Pétri, avec les clefs des villes cédées. On ne sait si ces clefs y restèrent longtemps ; mais le biographe nous apprend que l'acte fut transporté aux archives du Latran.
Pour la donation de Charlemagne, il n'y a pas de doute. Le biographe du pape Hadrien dit d'abord que le roi, après avoir signé la pièce et l'avoir fait contresigner par les dignitaires de sa cour, la déposa sur l'autel de Saint-Pierre, puis, dans la Confession ; qu'il prêta, avec les siens, serment de l'observer et la remit entre les mains du pape. Puis il ajoute qu'il en déposa un second exemplaire intus super corpus beati Pétri subtus evangelia quse ibidem osculantur, pro firmissima cautela et œterna nominis sui ac regni Francorum memoria.
Voici un second document déposé à la Confession et destiné à y faire séjour. On ne sait s'il y resta longtemps ; Charlemagne après avoir promis se dispensa d'exécuter ; mais on peut admettre qu'il y demeura quelques années. La place qu'il occupait nous est indiquée par le biographe avec beaucoup de précision. Malheureusement nous ne savons où étaient les « évangiles » en question, ni même ce que c'était, des livres réels, ou des fragments, soit copiés, soit peints, ou même des représentations symboliques. En tout cas l'arrangement que l'on peut imaginer, en parlant de ce texte, n'est nullement celui d'un mobilier d'archives ; la donation de Charlemagne aura plutôt été affichée, ou suspendue ou posée par terre toute roulée, comme un ex-voto. En somme, le scrinium confessionis n'a jamais existé.
XL La tombe apostolique 4. — A Saint-Pierre, la fenestella confessionis s'ouvre au-dessous de l'autel ; elle est d'assez larges dimensions et donne accès sur une porte de chambre voûtée qui a été jadis plus large qu'elle ne l'est maintenant. Dans le sol de cette chambre s'ouvre un puits carré uni que, lequel aboutit, 0 m. 35 plus bas, dans le plafond d'une chambre souterraine, dont les murs, irréguliers de contour, sont d'appareil tort négligé ; le sol de cette chambre est couvert de gravats, jusqu'à plus d'un demi-mètre de hauteur l. Le plafond est formé presque entièrement par une large dalle de marbre, percée d'une ouverture carrée correspondant au débouché du puits. Telle qu'on peut la voir maintenant, cette dalle est fracturée en deux, de sorte que, retenue de deux côtés dans la maçonnerie de la chambre, elle a cessé en son milieu et à l'endroit du puits d'adhérer à la voûte. Comme le disait le P. Grisar, l'impression « n'est pas celle de la disposition primitive, ni d'aucune disposition bien ordonnée et bien conservée, mais d'une violation et d'une destruction ».
Au xne siècle les deux tombes apostoliques de Rome étaient surmontées chacune d'un puits ; celui de Saint-Paul ne descend qu'à 0 m. 595 du sol et s'arrête dans un bloc de maçonnerie, sans qu'on puisse savoir jusqu'où va ce bloc. A Saint-Pierre, le puits débouche dans la voûte d'une chambre mal bâtie, sans ornements, remplie de décombres, sous lesquels on ignore ce qui se trouve. Du moins n'a-t-on pu enfoncer dans ces décombres une verge de fer qu'à la profondeur de 0 m. 50.
Suivant le P. Grisar, la dalle brisée qui forme la voûte de cette chambre aurait été originairement apparente, comme celle de Saint-Paul ; comme celle-ci elle aurait été juste de niveau avec le parvis de la basilique primitive et les 0 m. 35 centimètres du puits actuel représenteraient la hauteur d'une couche de matériaux de rapport superposés à la dalle. Sur celle-ci, il avait espéré trouver une inscription analogue à celle de Saint-Paul (voir Dictionn., t. xm, col. 2664, fig. 9998) ; peut-être y en a-t-il une, mais il n'a pas été possible de le constater.
Son impression, on l'a déjà vu, est qu'il y a eu, pour ce sanctuaire, un moment critique où il a été plus ou moins violé et détérioré. Ce moment, nécessairement antérieur à l'établissement du puits dans sa disposition et sa profondeur actuelle, ne peut guère être que celui de l'invasion sarrasine de 846. Je suis, ajoutait L. Duchesne, entièrement de cet avis. Mais ce que nous ne pouvons voir de nos yeux ni toucher de nos mains, d'autres ne l'auraient-ils pas vu et ne pourrions-nous fonder quelque chose sur leurs rapports ?
En premier lieu, il y a le Liber pontificalis, qui, dans la vie de Silvestre, rapporte d'abord que le loculus de S. Pierre fut enfermé par ordre de Constantin dans un cube de bronze de cinq pieds de côté : loculum cum corpus b. Pétri ita recondil, ipsum locum undi que ex œre ci/pro conclusil, quod est immobile : ad caput, pe des v ; ad pe des, pe des y ; ad tatus dexlrum, pe des y ; ad talus sinistrum, pe des y, subter, pe des v ; supra, pe des y. Sic inclusif corpus b. Pétri et recondit. Je ne sais, écrit Duchesne, si le biographe, qui vivait au commencement du VIe, a vu ce sarcophage de bronze ; il emploie par deux fois dans sa description, le terme recondit ; les mots conclusil, inclusif, dont il se sert aussi, désignent le rapport entre le loculus et l'enveloppe de bronze ; le loculus est enfermé dans le bronze. Quant au terme recondil, il exprime plutôt le rapport entre le loculus ainsi enveloppé et l'ambiance extérieure ; à celle-ci le monument est « caché ».
Une autre raison de croire que notre narrateur n'a pas vu le monument de bronze, c'est qu'il lui attribue une forme impossible ; un cercueil, un sarcophage ne peut être cubique, et, s'il contient les restes d'un adulte, il doit avoir plus de cinq pieds (environ 1 m. 50 de long).
La description continue ; mais par des choses extérieures au tombeau sacré : les colonnes de porphyre — sans doute celles de l'autel — et les colonnes ornées de vigne (vitineœ) qui s'élevaient devant la Confession, la voûte dorée de l'abside. Puis, elle revient au tombeau pour dire que super corpus b.' Pétri, supra sera quod conclusil, Constantin fit exécuter une croix d'or du poids de 150 livres, in mensurœ locus, sur laquelle on lisait une inscription en lettres niellées (voir Dictionn., t. xiv, col. 903, fig. 10216) 2. Le biographe a cru devoir reproduire cette inscription, mais sa reproduction 3 est fautive ou incomplète, si bien que, jusqu'à présent, nul n'a pu en donner une lecture satisfaisante. On peut au moins en déduire deux choses : d'abord que c'est une dédicace au nom des augustes Constantin et Hélène, ensuite que la chose dédiée est un édifice (domus) d'un éclat royal, entouré d'une salle (aula) non moins magnifique. L'aula, c'est évidemment * la grande basilique, avec ses colonnades et son abside dorée ; la domus, c'est la confession, dans son ensemble : 1° la partie apparente, c'est-à-dire la chambre supérieure, plus étendue, en largeur au moins, qu'elle ne l'est maintenant ; 2° les parties souterraines, qui forment le domicile intime de l'apôtre Pierre.
Dans ces conditions, l'emplacement de cette grande croix d'or n'est pas à chercher au fond du souterrain, où personne n'aurait pu la voir ni lire l'inscription. Elle se sera plutôt trouvée dans la chambre supérieure. Justement, dans celle-ci telle que nous la voyons maintenant, il y a sur le sol, dans son revêtement en bronze, une grande croix dorée. C'est une œuvre moderne ; mais peut-être conserve-t-elle le souvenir d'une disposition antique. Ceci est un peut-être. Ce qui est plus probable, c'est que la dédicace de Constantin et d'Hélène se lisait dans la partie supérieure et accessible de la Confession, et non dans le souterrain. Qu'elle ait disparu de bonne heure, cela est très naturel, car elle était à la portée des déprédations qui, à diverses époques, s'exercèrent sur les trésors de la basilique.
Le Liber pontificalis ne nous est pas ici d'un grand secours. Il se borne à dire que la croix d'or était au-dessus du monument d'airain, ce qui a fait croire à bien des personnes — au nombre desquelles L. Duchesne — qu'elle le surmontait directement et verticalement. Mais cette interprétation n'est pas sûre ; supposé que la croix était dans la Confession supérieure, on a pu dire qu'elle était supra sera quod conclusil. L'indication in mensurœ locus, traduite en latin intelligible, équivaudrait à in mensuram loci et semblerait signifier que la croix était aussi grande que le lieu où elle se trouvait ; cette donnée, elle non plus, ne nous fixe pas sur l'ubication.
Ce qui n'a pas peu contribué à inculquer l'idée que la croix d'or était sur le monument de bronze, au fond du souterrain, c'est qu'on croyait savoir qu'elle y fut vue en 1594 par l'architecte Giacomo délia Porta et le pape Clément VIII. Ce fait est rapporté dans une note manuscrite de Torrigio, que Bonanni publia dans son Historia templi Vaticani, c. xxiv.
Au cours des travaux entrepris pour l'exhaussement du pavé de la basilique, Giacomo délia Porta avertit le pape qu'il avait découvert un trou par lequel on apercevait le monument de S. Pierre.' Le pape vint, accompagné de trois cardinaux ; et, à la lueur d'un flambeau approché par l'architecte, il vit la croix d'or qui surmontait le tombeau. En conséquence, il ordonna de laisser en place, sans y toucher, le très ancien autel, fit fermer devant lui l'ouverture par laquelle il avait regardé et ordonna de construire par-dessus un nouvel autel plus grand et plus beau, qu'il consacra le 26 juillet 1594.
Sur la visite du pape et ses circonstances, Torrigio avait été renseigné par deux membres du clergé de Saint-Pierre, lesquels en tenaient le récit du cardinal de Sainte-Cécile, Sfondrate. Ainsi Torrigio n'est pas témoin oculaire ; entre son récit et le fait qu'il rapporte, il y a toute une tradition orale, avec plusieurs intermédiaires. Il n'est pas étonnant qu'on y trouve des incohérences.
D'abord, où se produisit l'ouverture (foramen) ? On pourrait croire que c'est à la Confession, soit dans la chambre supérieure, soit dans le souterrain. De ce côté seulement, on aurait pu apercevoir quel que coin de la tombe apostolique. Point du tout, c'est au maître-autel que Clément VIII prend aussitôt des dispositions ; il prescrit de conserver un très ancien autel sans y toucher ; fait maçonner devant lui la fissure qui s'était produite et ordonne de construire un nouvel autel, celui que nous voyons encore. Il semble donc que ce qu'il a aperçu par la fissure, c'est un très ancien autel. Et pourtant Torrigio nous parle d'une croix d'or placée sur le tombeau de l'apôtre. Il y a contradiction entre ces deux données de son récit ; d'un côté la tombe même de l'apôtre, avec sa croix d'or, de l'autre, un autel bien antérieur à celui qui subsistait encore à la fin du XVIe, et qui remontait à Calixte II. Lequel choisir ? Il semble que ce ne soit pas la croix d'or, laquelle, figurant en bonne place dans le Liber pontificalis, ne pouvait manquer de hanter l'imagination de tous ceux qui s'occupaient de la tombe apostolique. Obsédés par l'idée d'un objet si important, ils devaient être tentés de le retrouver sitôt que le sanctuaire mystérieux devenait accessible par quel que endroit.
Une bonne vérification de ces conclusions nous est fournie par un document publié par M. Michèle Cerrati. Il s'agit d'une note authentique de Giacomo Grimaldi, contemporain et des plus autorisés, vu les fonctions qu'il remplit toute sa vie auprès du chapitre de Saint-Pierre et le zèle particulier qu'il mit à recueillir in re præsenti tout ce qu'il put trouver de souvenirs et de monuments de l'ancienne basilique. Grimaldi commence par dire que Calixte II avait restauré, agrandi et consacré à nouveau le vieil autel de Silvestre, sous lequel repose le corps de l'apôtre Pierre ; son nom, Calixtus II papa, se lisait sur le devant. Cet autel avait 14 palmes de long, 4 de large, 7 de haut. Clément VIII décida de l'enfermer dans le nouvel autel que l'on était en train de construire. Pendant que l'on effectuait ce travail, il se produisit des fissures qui permirent d'apercevoir l'autel de marbre de S. Silvestre, avec le sceau (sigillum) de ce pontife sur le côté qui regardait l'abside, per rimulas quasdam apparuit marmoreum altare S. Silvestri sigillum habens in facie apsidem respiciente, le même qui avait été enfermé dans le sien par Calixte II. L'ayant vu, le pape fit aussitôt boucher les fissures : summus pontifex eo viso rimulas statim claudi jussit.
Il est clair que Grimaldi et Torrigio parlent du même fait, le premier exactement et objectivement, le second d'après une tradition un peu altérée et influencée par les données du Liber pontificalis.
En somme, ce que l'on a vu en 1594, ce n'est nullement le loculus de S. Pierre, avec son revêtement de bronze et sa croix d'or, c'est un vieil autel antérieur à Calixte II et englobé dans celui que ce pontife fit construire en 1123. Pour l'histoire et la configuration de la tombe apostolique, il n'y a rien à tirer de là. Nous restons en présence des constatations que le P. Grisar a pu faire et qu'il est aisé de renouveler. Sous l'autel majeur de la basilique, la chambre voûtée dite Confession, laquelle a subi bien des restaurations et n'a plus ni ses dimensions primitives, ni son ornementation originale ; au-dessous, et communiquant avec elle par une ouverture carrée évidemment très ancienne, et, dans sa disposition actuelle, certainement antérieure au XIe, une chambre souterraine, de construction irrégulière, remplie de décombres. Sur ce qu'il peut y avoir au-dessous, sur ce qui reste du loculus apostolique, nous ne savons rien, absolument rien.
À diverses époques, il a pu se produire des accidents capables d'endommager ce sanctuaire ; toutefois, il paraît bien que les dégâts les plus notables aient été l'œuvre de mains sacrilèges. Il n'est guère possible, vu la vénération et même la terreur religieuse qu'inspirait à tous les chrétiens la tombe du prince des apôtres, que ces mains aient été des mains chrétiennes. Nous sommes donc ramenés à l'occupation sarrasine de 846.
Le meilleur récit qui nous soit resté de cette catastrophe, c'est-à-dire celui que nous a conservé le manuscrit Farnesianus du Liber pontificalis, récit dont nous n'avons malheureusement que le début, contient un détail intéressant au sujet des tombes apostoliques. Le marquis de Toscane, Adelpert, informé du prochain débarquement des Sarrasins sur la côte romaine, en avait avisé le pape Serge II, l'engageant à faire transporter à Rome les ornements précieux des deux églises apostoliques et, si cela était possible, les corps mêmes des apôtres. À Rome on n'ajouta pas foi aux renseignements transmis par Adelpert et l'on ne prit aucune précaution.
Le marquis de Toscane jugeait donc les pirates musulmans très capables de se porter à des entreprises tellement sacrilèges que ni Goths, ni Vandales, ni Lombards n'en auraient eu la tentation. Toutefois, que ces pirates aient, en effet, pénétré jusqu'à la tombe de S. Pierre, qu'ils l'aient violée, c'est ce dont nous n'avons ni preuve ni indice. Mais dans les annales officielles de l'empire carolingien, il est spécifié qu'ils emportèrent l'autel de la basilique, avec tous les ornements et objets précieux, ablatis cum ipso altari quod lumine memorati apostolorum principis superpositum fuerat omnibus ornamentis atque thesauris. Par autel, il faut entendre son revêtement métallique, non l'autel de marbre lui-même, qui est encore en place dans l'autel actuel.
Sur l'état des choses après le départ des Sarrasins, les biographies du Liber pontificalis, surtout celle de Léon IV, successeur de Serge II, nous renseignent un peu. Elles parlent souvent de restaurations, de remplacements d'objets sacrés, détériorés ou emportés par les Sarrasins. Leurs déprédations s'étaient étendues jusqu'à l'autel, jusqu'aux grilles de la Confession, jusqu'à sa décoration, extérieure et intérieure. Il n'est pas question d'autre chose. Après le passage des Sarrasins, on parle du corpus beati Petri dans les mêmes termes où l'on en parlait auparavant. Il est toujours supposé présent dans les profondeurs au-dessous de la Confession. De l'inspection du monument, il semble toutefois résulter qu'ils se sont attaqués aux ornements métalliques apparents et qu'ils ont fait quelque tentative sur l'intérieur de la Confession. Ils n'ont pu manquer de voir dans le pavé de la grotte supérieure, l'ouverture du puits de communication avec la tombe sainte. Si la dalle de marbre dans laquelle s'ouvrait ce puits était apparente, comme le pense le P. Grisar, ils ont dû être tentés de la briser, pour voir ce qu'il y avait dessous. De fait, elle a été brisée, ou tout au moins fendue, la fracture est visible, encore que les deux fragments aient été rapprochés. La profanation est-elle allée plus loin ? Pour s'en assurer, il faudrait pouvoir pénétrer dans la chambre souterraine, voir d'où peuvent venir les décombres qui la remplissent, vérifier les dégâts que ses murs et sa voûte ont pu subir. En déblayant cette chambre, on découvrirait peut-être ou le sarcophage apostolique ou l'ouverture d'une chambre plus profonde dans laquelle il se trouverait. Mais comment entreprendre les excavations nécessaires dans un lieu aussi sacré ? Certaines personnes ont pensé que, sans passer par la grotte de la Confession et sans la toucher d'aucun côté, on pourrait pénétrer par en dessous et par côté dans la chambre souterraine. Pour cela il faudrait entamer la paroi par laquelle celle-ci confine à la petite chapelle dite du Salvatorello dans les Grotte vecchie. C'est possible. Toutefois, en indiquant cette possibilité, je n'entends pas exprimer un désir, concluait L. Duchesne : il ne me déplaît pas qu'il reste au monde quelques endroits mystérieux.
XII. L'administration de la basilique. — Au VIe, la basilique vaticane, comme toutes les grandes basiliques suburbaines, était administrée par un prévôt (præpositus) à vie. Il appartenait à ce dignitaire de gérer les propriétés de la basilique et de pourvoir, sur le revenu, à l'entretien de l'édifice, au luminaire et autres nécessités du culte. C'est lui qui mandatait les dépenses de fournitures et de salaires. En un mot, il avait la charge de l'administration temporelle. Un seul prévôt de Saint-Pierre nous est connu par son nom : c'est un certain Transmundus, mentionné dans une inscription de 523. Pour Saint-Paul, on en connaît bien davantage. Sous les ordres des prévôts, on distingue un personnel inférieur, les mansionnaires. Deux mansionnaires du Vatican ont été immortalisés par S. Grégoire : Théodore qui, perché la nuit sur une échelle et occupé après les lampes, vit apparaître en bas l'apôtre Pierre et en fut tellement saisi qu'il dégringola et se cassa la jambe ; Acontius, dont la sainteté était si grande que l'apôtre se déchargeait quelquefois sur lui du soin de faire des miracles. Dans ses récits, S. Grégoire se sert indifféremment des termes de gardien (custos) et de mansionnaire pour indiquer la fonction de ces personnages, Déjà, dans le Liber pontificalis du VIe, il est question des custodes martyrum.
Au temps de S. Grégoire, les mansionnaires jouissaient quelquefois d'une réputation fort édifiante. Il n'en fut pas toujours ainsi. Ce n'était pas des clercs. À la fin du VIe on les voit mentionnés avec le personnel des diaconies, comme deux catégories nettement distinctes du clergé. Cependant leurs fonctions avaient quelque chose de sacré et leur valaient la considération des gens simples, surtout des pèlerins, devant lesquels ils faisaient volontiers les importants. Au Xe et au XIe, ils étaient devenus légion : on en comptait jusqu'à soixante. Ils s'étaient partagé les diverses chapelles de la basilique, auprès desquelles ils formaient autant de scholæ. La principale était la schola Confessionis qui avait dû hériter des antiques cubicularii institués par S. Léon. Fédérées en un seul corps, ces confréries ou scholæ étaient devenues, en fait, maîtresses de la basilique. La basilique vivait sur sa dotation en biens-fonds et aussi sur les oblations. L'accaparement de celles-ci par les mansionnaires représentait un abus transitoire. La règle était que les sommes versées et le produit des offrandes en nature fussent encaissés par l'administration de la basilique. Le pape, s'il lui était interdit de toucher au revenu des immeubles, qui avaient une affectation spéciale, demeurait libre d'employer les offrandes. Nous avons encore une charte du pape Léon IX par laquelle il affecte à l'entretien de la basilique le dixième des offrandes que l'on y faisait.
Au point de vue spirituel, aucun prêtre ne fut d'abord chargé de la desservance. Saint-Pierre, comme toutes les églises suburbaines, relevait directement de l'autorité centrale. À certains jours de fête, le pape s'y rendait, avec tout son clergé ; le peuple entier y était convoqué ; l'assemblée était plénière, et non pas limitée comme celles que présidaient les prêtres dans leurs églises titulaires. Le 22 février, on y célébrait le Natale Petri de cathedra ; le 29 juin, l'anniversaire commun des deux apôtres ; enfin, le 25 décembre, le Natale Domini. Ce sont les plus anciennes « stations » ; avec elles on remonte au IVe. D'autres furent ajoutées dans la suite.
En dehors de ces réunions solennelles, on n'entend pas parler, dans les premiers temps, de messes célébrées à Saint-Pierre ». Il est vrai que, dans la vénérable basilique, la piété s'intéressait plus à la tombe de l'apôtre qu'à la liturgie ordinaire. C'est à d'autres besoins que correspond une organisation nouvelle, attribuée par le Liber pontificalis au pape Simplice. Ce pape, préoccupé de la multitude des gens qui demandaient le baptême et la pénitence, organisa, à ce point de vue, la desservance des trois basiliques de Saint-Pierre, Saint-Paul et Saint-Laurent. Les prêtres des régions les plus voisines de chacune d'elles durent s'y relayer de semaine en semaine. A Saint-Pierre échurent les régions VI et VII, c'est-à-dire celles du Champ de Mars (Lucine, Marc, Damase) et celles du Transtévère (Ju les, Chrysogone, Cécile).
A la longue, le service du baptême et surtout celui de la messe au maître-autel de la basilique. Le pape seul a droit de le faire, ou un cardinal délégué pour le remplacer. De la pénitence perdirent de leur importance ; mais la desservance s'étendit à la liturgie de la messe. S. Grégoire semble être le premier qui ait prescrit et assuré la célébration régulière de la messe dans les deux églises apostoliques l. Désormais, ce sera la tâche principale du prêtre hebdomadier.
XIII. Les monastères desservants. — En plus de la célébration de la messe et de l'administration des sacrements, il fallait veiller à l'accomplissement de l'office divin récité publiquement. A cet effet, le sacerdoce était superflu et de simples moines pouvaient s'acquitter de la psalmodie ; c'est pour cette raison que nous voyons de bonne heure l'institution monastique représentée à Saint-Pierre et les monastères desservants installés dans son voisinage. Le premier indice que nous rencontrons remonte au pontificat de S. Léon le Grand (440-461) : Hic constitua monasterium apud b. Petrum apostolum 2, sans qu'on nous apprenne le vocable dudit monastère, mais une interpolation ancienne et qu'il n'y a pas lieu d'écarter donne les noms des SS. Jean et Paul : quœ nuncupatur sanctorum Johannis et Pauli.
Au commencement du VIIe, en 732, on trouve mentionnés trois monastères : Saints-Jean-et-Paul, Saint-Étienne et Saint-Martin a. Ce dernier existait déjà en 680 car son abbé, Jean, qui remplissait les fonctions d'archichantre à Saint-Pierre, fut envoyé en Angleterre par le pape Agathon, avec S. Benoît Biscop, pour initier les moines bretons à la psalmodie romaine 4. Quant au monastère de Saint-Étienne, on retrouve son origine grâce à la mention qui sert à le désigner aux Ve et IXes : cuta Galla patricia. Ce nom évoque le souvenir d'une patricienne du VIe qui paraît y avoir vécu avant qu'il ne devint un monastère d'hommes 5.
A ces trois monastères, le pape Etienne II en ajouta un quatrième qui porta son nom ; ainsi il y eut deux monastères de Saint-Étienne. Nous y reviendrons. Le Liber pontificalis parle, dans la notice de Grégoire III, des trois monastères illic servientes 6 et, d'après ce qu'on vient de dire de l'abbé Jean, la desservance existait au moins vers 675, et peut-être aussi le « roulement » du personnel des trois maisons. Toutefois, aucun supérieur collectif n'apparaît dès lors ; les monastères conservent leur autonomie, sauf certains cas exceptionnels et transitoires. C'étaient des établissements fort importants. La sainteté du lieu et la célébrité du pèlerinage y attiraient nombre de vocations, dont certaines furent célèbres.
En 749, Ratchis, roi des Lombards, abdiqua et se fit moine ad limina apostolorum, dans un petit hospice voisin de la porte de Saint-Léon7 ; ensuite, vers 752, ce fut Hunald, duc d'Aquitaine ; mais ces belles vocations ne s'attardaient guère. Ratchis quitta son réduit pour le Mont-Cassin ; Hunald vit un jour arriver l'armée d'Astolphe, reprit goût au métier militaire et se fit tuer dans ses rangs (756). L'année suivante, 757, Fulrad, abbé de Saint-Denis en France, se fit attribuer par le pape Etienne II l'hospice vacant de Ratchis avec une autre maison, appartenant au monastère de Saint-Étienne cala Galla patricia et voisine du monastère de Saint-Martin.
A quel que temps de là, Didier, successeur d'Astolphe, vint, en 771, à Saint-Pierre et y séjourna quel que temps pour aider le pape Etienne III à se débarrasser de Christophe et autres partisans de l'alliance franque. Des scènes lamentables eurent lieu, sur lesquelles nous n'avons que des renseignements incomplets (voir plus haut, col. 2734). Il semble que les moines se fussent partagés entre les deux partis en conflit. L'abbé des monastères de Saint-Étienne-Majeur et de Saint-Martin, alors réunis sous un même chef, tenait pour Christophe et le parti franc. Le pape, gagné aux Lombards, le fit arrêter, au pied de l'autel, par Georges, abbé des Saints-Jean-et-Paul, qui l'enferma dans son monastère et fit piller ceux de Saint-Martin et de Saint-Étienne.
Sous le gouvernement réparateur d'Hadrien, la paix se fit parmi les moines du Vatican ; Saint-Étienne-Majeur, qui avait particulièrement souffert, fut réorganisé ; bientôt après Léon III en reconstruisit les bâtiments ainsi que ceux de Saint-Martin. Il donna le gouvernement de Saint-Étienne à un prêtre romain nommé Pascal, qui devint pape en 817 et se distingua naturellement par sa générosité à l'égard du monastère.
Où se trouvaient les quatre monastères desservants ?
Vers le milieu du XIVe, l'église des Saints-Jean-et-Paul avait encore son prêtre desservant ; mais, au siècle suivant, Mafeo Vegio n'en parle plus que d'après les livres et ne donne pas lieu de croire qu'il l'ait encore vue debout. Alfarano la marque dans son plan (bb) sur le côté de la basilique, à l'endroit où se voit, dans l'édifice actuel, le tombeau de Clément XIII. Dans ses notes, il est plus explicite, mais néanmoins des doutes subsistent dont le détail abordé par L. Duchesne nous entraînerait trop loin.
Mafeo Vegio a vu démolir le monastère de Saint-Martin au temps de Nicolas V ; il en restait une chapelle et quelques petits logis ; d'après ce qu'il dit, il est aisé de voir que le pilier de la Véronique, l'un des quatre qui supportent la coupole vaticane, s'élève sur l'emplacement de ce monastère. Il occupait, en somme, l'espace compris entre le mur occidental du transept et la courbe de l'abside. Une porte s'ouvrait à cet endroit et donnait accès dans la basilique, tout près de la chapelle Saint-Léon. Lui-même était si proche de la basilique qu'il semblait en faire partie.
De Saint-Étienne-Majeur, il reste quelque chose. Une église moderne s'élève actuellement sur l'emplacement de l'ancienne nef de l'église monacale. Celle-ci avait des proportions beaucoup plus considérables, comme il résulte et du plan d'Alfarano, dressé en un temps où elle était encore debout, et des restes subsistants, derrière l'église actuelle. On peut y voir l'abside ancienne, bien conservée, sauf les revêtements et les peintures, et l'arc triomphal, encore supporté par deux colonnes de marbre cipollin. L'emplacement de l'église est donc bien déterminé. La porte actuelle conserve l'encadrement de l'ancienne porte en marbre sculpté de rinceaux élégants, œuvre du XIIe. Quant au monastère, il était déjà ruiné au XVe.
Près de Saint-Étienne-Mineur, le roi Etienne de Hongrie fonda, vers l'an mil, un établissement pour ses nationaux et fit reconstruire l'église qui devint la chapelle de son hospice. Cet établissement dura jusqu'au temps de Grégoire XIII.
XIV. Les diaconies. - - Outre les monastères desservants, il y a lieu de signaler, au voisinage de la basilique vaticane, deux catégories d'établissements hospitaliers : les diaconies et les scholœ peregrinorum. Les diaconies étaient au nombre de trois : Sainte-Marie in caput portici, avec hôpital ; Saint-Silvestre, avec l'hôpital Saint-Grégoire ; Sainte-Marie in Hadrianio l. On peut y joindre l'hôpital de Saint-Pérégrin 2.
Quant aux scholœ nationales, il y en avait quatre : la schola Francorum, avec l'église Saint-Sauveur ; la schola Frisonum, avec l'église Saint-Michel ; la schola Saxonum, avec l'église Sainte-Marie ; la schola Langobardorum, avec l'église Saint-Justin 3.
La notice d'Etienne II 4 mentionne, comme antérieures à ce pape, deux diaconies situées hors les murs sous les vocables de Sainte-Marie et de Saint-Silvestre. Elles existaient déjà, lors que le pape fit construire, également hors les murs, près de la basilique de Saint-Pierre, secus basilicam b. Pétri, deux hospices (xenodochia) qu'il annexa (sociavit) aux deux diaconies. Ces établissements sont donc à chercher dans les environs immédiats de la basilique.
Les deux diaconies reviennent dans la notice d'Hadrien Ier 5, accompagnées d'une troisième, Sainte-Marie in Hadrianio. Celle-ci se trouvait évidemment au voisinage du mausolée d'Hadrien. Pour les deux autres, des indications spéciales sont données. Celle de Sainte-Marie est dite foris porta b. Pétri apostoli in caput portici, celle de Saint-Silvestre juxta hospitale S. Gregorii. Le pape Hadrien les trouva en mauvais état ; il les restaura et les réorganisa.
La vie de Léon III, successeur d'Hadrien, mentionne 6 les trois diaconies du faubourg Saint-Pierre, celle de V Hadrianium, celle de Sainte-Marie foris portant b. Pétri, celle de Saint-Silvestre juxta b. Petrum apostolum, et, de plus, une quatrième, sous le vocable de Saint-Martin, au même endroit que la précédente.
Où se trouvaient ces quatre établissements ?
Il n'y a aucun doute pour Sainte-Marie in Hadrianio. La diaconie de Saint-Silvestre se trouvait tout près de l'hôpital Saint-Grégoire. Celui-ci, sans doute, n'était qu'une transformation du xenodochium d'Etienne II. Or, l'hôpital Saint-Grégoire se trouvait in Cortina, près des degrés qui conduisaient à l'atrium, c'est-à-dire entre les degrés actuels et l'obélisque, un peu à gauche pour qui regarde la basilique. Le vocable de Saint-Grégoire paraît avoir été étendu aux deux établissements : au Xe et depuis il n'est plus question de Saint-Silvestre.
Quant à la diaconie de Sainte-Marie in caput portici. c'est évidemment son église que la bulle de Léon VII appelle S. Maria de Gratis qui est capo de portico. Le portique de Saint-Pierre avait deux bouts, l'un près du château Saint-Ange, l'autre près de la basilique ; il s'agit de ce dernier. Pour Sainte-Marie in Hadrianio, après le IXe, elle s'appelle Sainte-Marie in Trampadina, dont on fit Transpontina vers le temps de la Renaissance. Le pontificat de Pie IV fut fatal aux anciennes diaconies du Vatican. Quant à l'hôpital de saint Pèlerin situé à la Naumachie (voir Dictionn., t. XII à ce nom) il fut construit par Léon III et confié par Pascal Ier (817-824) aux moines de de Sainte-Cécile du Transtévère.
XV. La maison pontificale ts ACOLI. — ■ L'ancien portique de Saint-Pierre se trouvait notablement en arrière du portique actuel. L'extrémité nord communiquait avec le palais pontifical et avec certains édifices attenant à la basilique ; l'extrémité sud, devant l'ancienne sacristie (secretarium) transformée en chapelle, offrait un passage étroit aboutissant à un escalier qui conduisait sur la voie publique. Cet escalier débouchait juste en face d'un cimetière appelé Campo Santo. Au XIe, Pierre Mallius vit le tombeau de Benoît IV juxta aditum qui vadit ad S. Gregorium de Palatio. Or cette église était attenante au Campo Santo qui, au commencement du XVe, était, de temps immémorial, propriété du chapitre, qui l'administrait fort négligemment. Les premières mentions de ce cimetière, sous le nom de Campus sanctus, apparaissent vers la fin du XIVe. Peu après, il est question d'un établissement hospitalier organisé en cet endroit, ruiné, puis rétabli avec une chapelle par une confrérie allemande, organisée vers 1450, laquelle s'occupe des pèlerins pauvres et malades ainsi que du cimetière.
Cependant les bâtiments qui, du côté de la basilique, limitaient le Campo Santo semblent avoir été à la libre disposition du pape ; ils n'appartenaient ni à la confrérie du Campo Santo ni au chapitre de Saint-Pierre. Eugène IV (1431-1447) y transporta le service des femmes malades dans un hôpital à part installé à l'ouest de l'entrée du cimetière, entre cette entrée et l'obélisque. Tout cela est détruit depuis longtemps. Le Campo Santo et, plus encore, les bâtiments qui le limitaient du côté de la basilique se trouvaient donc dans le voisinage de l'obélisque, de l'Agulia, comme on disait au XIe. Alors, il y avait là une grande maison, appelée domus Aguliae, à l'usage du pape et de sa cour, quand ils venaient du Latran pour célébrer les vigiles à Saint-Pierre. Il fallait loger, nourrir tout ce monde, dont le nombre devait certainement approcher de la centaine, ménager des écuries, des remises ; bref la domus Aguliœ devait contenir beaucoup de logements.
Jusqu'où remontait cette résidence ? L. Duchesne se l'est demandé et, du rapprochement de trois passages des notices de Léon III, de Grégoire IV et de Léon IV au Liber pontificalis ', il ressort que l'origine de cette domus Aguliae ou domus in Acoli se trouve reportée à la fin du VIe.
Mais on peut remonter plus haut encore.
Depuis les plus lointaines origines, la maison épiscopale, domus ecclesiae, siège social de la primitive association chrétienne, en même temps qu'elle servait de résidence à l'évêque et à ses collaborateurs, abritait aussi les services de l'assistance chrétienne. Aux temps où les papes habitaient le Latran, ces services y étaient installés avec eux. Même leurs résidences temporaires, surtout à Saint-Pierre, comportaient une certaine cohabitation entre les plus hauts chefs de l'Église et ses membres les plus déshérités. Léon III avait aménagé, au sud de la basilique vaticane, un édifice susceptible d'abriter des réceptions et audiences solennelles ; plus tard, son successeur, Grégoire IV, y ajouta quelques chambres pour l'usage privé du pontife. Mais déjà Léon III lui-même avait pensé aux pauvres.
Il y en avait toujours eu une grande affluence auprès de Saint-Pierre. De bonne heure, on se préoccupa de leur offrir des abris. Le long des murs de la basilique régnait une sorte de portique extérieur (tignum) sous lequel étaient ménagées des chambres avec des lits (accubita). Le pape Symmaque qui fut longtemps confiné au Vatican, et qui y fit construire deux episcopia, un de chaque côté de la basilique, y établit aussi des logis pour les pauvres et les pourvut d'un escalier d'accès.
Deux siècles plus tard, le toit du portique et les chambres elles-mêmes, qui avaient eu beaucoup à souffrir tant des eaux pluviales qui leur tombaient du toit de la basilique que des pierres qui se détachaient parfois de ses hautes murailles, furent remis à neuf par ordre du pape Serge 1. Ce n'était probablement pas la première fois qu'on les réparait. D'autres réparations sont signalées dans les vies de Grégoire III 2 et de Léon III 3. Il est à croire que la plupart de ces logis de pauvres se trouvaient sur le flanc sud de la basilique, c'est-à-dire du côté de l'obélisque, plutôt que sur le flanc nord, encombré d'édifices et mal exposé *. C'est sûrement sur le flanc sud que Léon III fit élever un bain de forme ronde : juxta columnam majorera balneum in superiore positum, construction in rotundum 6. Ici encore il ne faisait que continuer l'œuvre de ses prédécesseurs. Depuis longtemps il y avait là un bain à l'usage tant des pèlerins que les fêtes de Pâques amenaient à Rome en grande affluence que des clients ordinaires des diaconies voisines. Ceux-ci y étaient conduits en procession tous les jeudis. Mais, en 756, l'aqueduc de Bracciano (forma Sabatina), qui alimentait le bain des pauvres, avait été coupé par les Lombards. Le pape Hadrien, prédécesseur de Léon III, dut entreprendre de grands travaux pour le rétablir a.
Ainsi le bain lui-même est antérieur au milieu du VIe ; les logis de pauvres nous les constatons au temps de Grégoire III (731-741), de Serge (687-701), de Symmaque (498-514). L'un des episcopia de Symmaque peut avoir eu quelque attenance topographique avec la domus in Acoli ou Aguliœ que nous constatons du vie au XIe et dont il restait, au temps de Mafeo Vegio, des traces monumentales ; mais l'installation, de ce côté, du service de l'Aumônerie apostolique a perpétué, jusqu'au XVIe, un état de choses que l'histoire peut suivre, en remontant, jusqu'au temps du pape Symmaque et du roi Théodoric.
XVI. Encore Saint-Grégoire in palatio. — (Voir ci-dessus, col. 2834-2836.) C'est L. Duchesne lui-même qui se corrige. Errare, humanum est, perseverare...
La maison pontificale in Acoli n'eut d'abord aucun autre caractère sacré que celui qui pouvait lui venir de la qualité de ses destinataires. Plus tard seulement on la pourvut d'une chapelle spéciale, qui fut placée sous le vocable de S. Grégoire. La bulle d'Eugène IV, dans sa description des bâtiments qu'il affecte au service des femmes malades, la mentionne par deux fois : ecclesiam sub vocabulo sancti Gregorii, ecclesiam sancti Gregorii. Alfarano n'en parle pas dans ses notes ; mais sur son plan, on peut voir, à l'extrémité de l'hôpital d'Eugène IV et tout près de l'obélisque un édifice carré, sans abside, divisé en trois nefs par deux rangées de colonnes ou piliers, avec un autel au fond. Il semble bien que cet édifice soit identique à une capella ubi reconduntur ossa mortuorum agri sancti, mentionnée dans un contrat de 1484. Au Campo Santo dei Tedeschi on conserve un dessin où elle est représentée remplie d'ossements jusqu'à la moitié de sa hauteur '.
Jusqu'où remontait cette église ? Ant. de Waal a proposé de l'identifier avec l'église Saint-Grégoire de Palatio ou in Palatio, mentionnée en divers textes 8 du xie au XVe. J'avais pensé d'abord, écrit L. Duchesne, pour ce vocable, à l'ancien secrelarium de Saint-Pierre, transformé en chapelle Saint-Grégoire, depuis sa désaffectation comme sacristie ; mais je n'ai pas hésité à me ranger, aussitôt que j'en ai eu connaissance, à l'opinion de Mgr de Waal 9.
Il est sûr que Saint-Grégoire in Palatio doit être cherché au sud de la basilique. Telle est la situation indiquée, sans le moindre doute, par le catalogue de Turin, entre Saint-Étienne de Agulia (emplacement de la sacristie actuelle) et Saint-Grégoire in Cortina, près des degrés de l'ancienne basilique, non loin de l'endroit où se dresse présentement l'obélisque. Aucun souvenir n'est resté d'une autre église à laquelle ces indications puissent convenir. L'ancien secrelarium de la basilique n'est pas assez indépendant de celle-ci pour qu'on puisse le considérer comme une église distincte d'elle au point d'avoir un desservant propre, comme c'était le cas pour Saint-Grégoire in Palatio. Ce dernier point résulte et des bulles d'Innocent III et de Grégoire IX, et du catalogue de Turin et de diverses mentions de ce recteur dans les obituaires du chapitre 10.
Mais pour quoi ce titre in Palatio ? On l'a vu, Saint-Grégoire était comme la chapelle de la domus Aguliœ, où l'on pouvait voir une sorte de palais pontifical u. Mais rien ne prouve que cette résidence ait porté le titre de palatium ; le mieux est donc de s'en tenir au légendaire palais de Néron, souvent indiqué aux abords de l'obélisque. Néron n'avait eu aucun palais à cet endroit ; mais sous le nom de palatium Neronis se conservait un vague souvenir de son cirque, détruit sous Constantin, mais dont il resta longtemps des vestiges apparents.
XVII. La mica avrea. — Ce sobriquet se rencontre deux fois dans la topographie de Rome, au Celius et au Transtévère. C'est entre San Cosimato et Saint-Pierre in Montorio qu'il y a lieu de chercher Saint-Jean in Mica aurea ; cette église ne devait pas être tout à fait voisine de S. Cosimato et elle relevait de Sainte-Marie au Transtévère.
XVIII. LÉGENDE DU PLAN D'ALFARANO. Le plan de l'ancienne basilique vaticane et de ses dépendances fut dessiné par Tiberio Alfarano et gravé sur cuivre en 1590 12. C'est un document précieux à défaut duquel les constructions élevées du ive au XVIe seraient pour nous presque une énigme. Ce plan a été reproduit très souvent depuis le XVIe, trop souvent avec négligence. La publication la plus fidèle parmi toutes celles qui nous sont passées sous les yeux est celle que J.-B. de Rossi inséra dans ses Inscriptiones christianæ urbis Romæ, t. il, part, i, 1888, p. 229-234 et planche hors-texte ; c'est celle-ci que la libéralité de l'éditeur du Dictionnaire, M. V. Letouzey, a consenti à faire insérer dans notre travail (fig. 10641). Comme chacun peut prendre comme point de repère l'emplacement immuable de la Confession ; il a semblé superflu de compliquer les choses en indiquant les lignes maîtresses de l'église moderne ; ainsi on pourra suivre les annotations littérales et numériques du plan d'Alfarano. Quant aux monuments plus récents que Pierre Mallius et le XIe, il a paru suffisant de les mentionner brièvement.
A-M. Les mesures de longueur embrassant l'abside avec toute la nef et de largeur avec le portique du front I, récoltées au vie ou au VIIE, sont presque d'accord avec le plan d'Alfarano, ainsi l'étendue de l'ancienne basilique n'a pas varié jusqu'au XVIe. Vers la fin du vie, Grégoire de Tours eut entre les mains un Guide du visiteur de la Vaticane, qu'il ne visita, d'ailleurs, jamais, qu'il dut tenir du diacre Agiulfo, pèlerin à Rome en 589-590 '. C'est d'après ce livret qu'il écrit dans son De gloria martyrum, 1. I, c. xxviii : Sepultus est (S. Petrus) in templo, quod vocitabalur antiquitus Valicanum, quatuor ordines columnarum valde admirabilium numéro nonaginta sex habens : habet enim quatuor in altari, quæ sunt simul centum, prœter illas quæ ciborium sepulcri sustentant. Le plan d'Alfarano fait voir, pour chaque ordre, 22 colonnes, en tout 88 et en y ajoutant les piliers on arrive au chiffre 96 ; voilà bien les simul centum. Au commencement du VIe, le Liber pontificalis, dans la notice du pape Silvestre, mentionne, outre les colonnes de porphyre (quatre à l'autel), alias vitineas de Grœcia placées par ordre de Constantin ; à ces six colonnes on en ajouta autant au VIe. Ainsi les sex vitineœ existaient déjà au temps de Grégoire de Tours quoiqu'elles ne fissent pas l'objet d'une mention particulière dans le livret qu'il avait sous les yeux. Il mentionne toutefois les colonnes quæ ciborium sepulcri sustentant et qui sont, dit-il, miræ elegantissimæ, candore niveo, quattuor numéro. Elles se trouvaient aux quatre angles du réduit le plus profond.
Longtemps avant lui, en 397, S. Paulin de Nole, dans sa lettre xiii à Pammachius, décrit ainsi la basilique : sub alto sui culminis, mediis ampla lacunaribus longum palet (la grande nef C), et apostolico eminus solio coruscans ingredientium lumina stringit : sub eadem mole tectorum geminis utrimque porticibus latera difjundit (portique, c'est-à-dire les nefs latérales D, E, F, G) : prætento nitens alrio, jusa vestibulo est (H, I, K, L, M) ; ubi cantharum, ministra manibus et oribus nostris fluenta ruclantem, lasligatus solido œre tholus ornât et inumbrat, non sine mystica specie quattuor columnis salientes aquas ambiens ; dans la suite, on ajouta quatre colonnes.
Dans cette même lettre, Paulin décrit le repas offert par Pammachius divinœ pietatis alumnis (pauperibus) dans l'atrium amplissimœ basilicœ gloriosi Pétri ; il contemple illam venerabilem regiam, c'est-à-dire la porte cerula eminens fronte ridentem et pro januis atrii et pro gradibus campi spatia tantis agminibus (pauperum) coarctata. Sur cette porte royale se trouvait une image de Constantin en mosaïque avec une inscription en vers qu'une sylloge (xxiv, 1) nous a conservée ; en outre le tétramorphe, quuluor animalia picta circa Chrislum, et l'inscription votive du consul de l'année 423, Marinianus. Grégoire IX restaura cette mosaïque du Christ et des quatre animaux, mais une restauration plus ancienne avait eu lieu sous le pontificat de Serge Ier, comme nous l'apprend le Liber pontificalis, et dans la notice de Grégoire IV il en est question déjà : in fronte paradisi principale musivum pingere ac reslaurare decrevit. une vue, et P. Sabinus a copié les vers inscrits sur la grille.
3. Trône papal qui occupait un espace de dix pieds. Sur ce trône une inscription. Sur l'arc extérieur de l'abside, le nom de Constantin et les vestiges d'une mosaïque qui dura jusqu'au XVe.
4. Sièges des cardinaux sub quibus sepulcra Lini, Cleli... Victor is et Ioannis I, ainsi s'exprime Alfarano que corrige De Rossi : pure conjecture, dit-il ; rien ne prouve que ces tombes trouvées au XVIe soient celles des premiers papes.
5. Les douze colonnes vitineœ dont il a été parlé plus haut.
6-7. Ambon et candélabre du cierge pascal. Voir sylloge n, 11, 11 a, pour les inscriptions de ces deux meubles liturgiques.
8. Autel des Saints-Sixte-et-Fabien ad ferratam, et tombeau de Serge II.
9. Autel des apôtres où le pape Silvestre aurait déposé leurs ossements.
10-11. Deux petites portes pour descendre à la crypte de la Confession.
12. Tombeau anonyme.
13. Porte qui mène ad s. Martinum, lettre a.
14. Oratoire de S. Léon où Pascal II réunit les corps des quatre Léon (I, II, III, IV). Entre 14 et 15 se trouvait, au vnie siècle, l'autel S. Mariœ.
15. Oratoire de S. Hadrien Ier et son tombeau, avec le repositorium de la chaire de S. Pierre.
16. Tombeau d'Urbain II. Ici se trouvait l'autel des Douze-Apôtres mentionné par un anonyme au VMe.
17. Oratoire de Sainte-Marie de Cancelli, construit par Paul Ier, et son tombeau ; de même, tombeau et épitaphe de Jean de Burgundia dont P. Mallius fait, à tort, un pape.
18. Autel anonyme. En ce lieu se trouvait l'image de S. Alexis vitreo opère depicla, longtemps avant 1217.
19. Porte de bronze du vestibule et de la chapelle Sainte-Pétronille.
20. Chapelle des Saints-Procès-et-Martinien, construite par Pascal Ier.
21. Chapelle d'époque plus récente, dédiée à Sainte-Catherine.
22. Oratoire de Saint-Maurice.
23. Autel de Saint-Silvestre, tombeau d'Hadrien IV ; en ce même lieu, Mallius a lu sur la paroi l'épitaphe ou la mention du pape Vigile.
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|UHtvtft^f sub (trcu principali, lit-on dans le Liber ponlificalis, pour que les moines y chantent nuit et jour près de la Confession. P. Sabinus a conservé dans sa sylloge, n. 8-10, l'inscription servant de règlement à cette institution.
39. Orgue d'accompagnement pour les moines de l'oratoire voisin, installé à une date postérieure.
40. Autel de S. Pierre nomine pastoris nomination. 41-43. Locaux concernant à peine la basilique.
44. Autel des apôtres Simon et Jude.
45. Autel des apôtres Philippe et Jacques.
46. Bénitiers, d'époque postérieure.
47. Chapelle construite par Boniface VIII, attenante au tombeau de Boniface IV transféré du portique.
48. Tombeau et autel du pape Léon IX. 49-50. Autels d'époque récente (Saint-Antoine et Sainte-Anne ; Saints-Wenceslas-et-Érasme).
51. Autel de Saint-Martial.
52-54-56. Monuments d'époque postérieure.
55. Voir au n. 47.
57. Autel anonyme.
58-64. Monuments d'époque postérieure.
65. Autel anonyme.
66-78. Monuments d'époque postérieure.
79. Tombeau de Grégoire V.
80-84. Monuments d'époque postérieure.
85. Chapelle et autel de S. Grégoire le Grand, de 1462.
86-9.0. Monuments d'époque postérieure.
91. Autel de S. Tridentius.
92. Autel de S. Antonin, martyr.
93. Autel anonyme.
94-99. Autels et monuments d'époque postérieure.
100. Autel de S. Ambroise.
101-106. Autels et monuments d'époque postérieure.
107. Autel de S. Abondius, mansionnaire.
108. Entrée de l'église Saint-Vincent. 109-1 12. Monuments d'époque postérieure.
113. Porte où, en sortant de la basilique, on se trouve à l'extrémité qui, au VMe, s'appelait parti eu s Petronilliv.
114. Oratoire de Sainte-Marie ad prœsepe, construit par Jean VII. 115. Oratoire de la Véronique.
139. Tombeau de Jean XIV.
140. Tombeaux de Jean II et de Jean III.
141. Le porticus Pontificum où furent inhumés les papes du ve et VIes. En ce même lieu, fut enterré le roi Ceadwalla, et aussi Elpis, femme de Boèce.
142-148. Ancien secretarium, avec l'autel et le tombeau de Benoît Ier.
149. Autel de Sainte-Marie in Turri ou inter Turres.
150-151. Tours construites par Etienne II et Hadrien Ier.
152. Portes de bronze portant, en caractères d'argent, les noms des villes données par Charlemagne au Saint-Siège. Sainte-Marie in Turri fut détruite en 1167 et les portes transportées à Viterbe, d'où elles revinrent à Rome en 1200.
153-155. Vestibule de Sainte-Pétronille, appelé basilique Sainte-Ange.
156-163. Lettre d. Mausolée des Augustes, dédié à Ste Pétronille par Etienne II et Paul Ier.
164-165. Vestibule qui contint d'abord l'autel de Saint-Martin, ensuite de Saint-Jean-Chrysostome.
166-170-172-174, lettre e. Chapelle ronde dédiée à S. André par le pape Symmaque.
175. Emplacement de l'obélisque.
N. O. Escaliers devant l'atrium.
P. D'après Alfarano, ce serait l'episcopium de Symmaque.
Q. Constructions pontificales postérieures.
R. Area que P. Mallius appelle cortina sancti Pétri. a. Monastère de Saint-Martin. b. Monastère de Saint-Étienne-Majeur. c. d, e. Voir ci-dessus, n. 153-173. f. Monastère de Saint-Étienne-Mineur. g. Maison des chanoines, construite par Nicolas III. h. Monastère des Saints-Jean-et-Paul (Alfarano). i. Diaconie des Saints-Serge-et-Bacchus (Alfarano). k. Mausolée des Anicii.
1. Cœmeterium fontis s. Pétri (Alfarano). lu. Bibliothèque de la basilique. ii. Secretarium. o. p. q. Constructions d'époque postérieure. r. Alfarano y voit la chapelle de S.-Thomas, bâtie par Symmaque, quoi que l'autel et la confessio de S. Thomas fussent dans la rotonde de S. -André, au n. 169, qui est le secretarium noveltum. s. Oratoire ancien anonyme où De Rossi voit la chapelle élevée par Grégoire IV dans la basilique pour recevoir le corps de S. Grégoire le Grand. t. u. Chapelles anciennes dont on ignore les noms. x. Chapelle de S. -Ambroise. y, z. Chapelles anonymes. aa. Édifice Saint-Vincent et monastère de Jérusalem. bb. Escalier d'époque postérieure. dd. Voir ci-dessus, n. 148-148. ee. Vestibule.
If. Église du Saint-Sauveur et cimetière des étrangers. gg. Hôtellerie. hh. Maison Saint-Apollinaire, construite par Honorius Ier.
XIX. Aspect intérieur de la basilique constantinienne. — Bramante et Michel-Ange ont fait disparaître la basilique constantinienne, témoin de tant d'événements fameux, dont nous ne pouvons juger que par de rares souvenirs figurés. On connaît une coupe intérieure perpendiculaire à l'axe de la basilique, montrant en perspective la profondeur des nefs avec l'abside au fond. P. Durrieu est entré à ce sujet dans des détails que nous lui empruntons l. Cette coupe, dit-il, a été gravée pour la première fois par l'architecte Martius Ferrabosco, pour l'ouvrage de Costaguti sur l'architecture de Saint-Pierre, dont la première édition est de 1620 2. Elle a été donnée de nouveau par Ciampini *, Fontana 4, Bonanni 5, et plus récemment par Valentini 6, Mignanti 7, etc. Ces différentes gravures ne font que se répéter les unes les autres dans un format plus ou moins grand. Si l'on y constate quelques très légères différences de détail, cela tient à des négligences ou à des oublis des exécutants. En somme, elles se ramènent toutes au même prototype, et il n'y a là véritablement, en plusieurs exemplaires, qu'un unique document iconographique.
Nous savons avec certitude d'après quels éléments a été établie cette vue en coupe de l'antique basilique. Les auteurs que nous avons cités ont mis à profit, d'une part, les notes manuscrites et les dessins réunis par deux archéologues aussi soigneux que passionnés pour les souvenirs du passé, Tiberio Alfarano 8, auquel on doit le plan détaillé du vieux Saint-Pierre (voir ci-dessus, fig. 10641 et col. 2858)* et Jacopo Grimaldi 10.
D'autre part, ils se sont aussi appuyés sur une peinture exécutée sous Paul V, dans les cryptes vaticanes, pour garder la mémoire de la dernière portion du vieil édifice « . Cette peinture, qui existe encore, ne montre que l'intérieur des cinq nefs. Celles-ci sont arrêtées à leur extrémité par le mur de refend, construit avant le milieu du XVIe la, pour permettre de continuer à célébrer le culte dans le vaisseau de l'ancienne basilique durant la construction de la nouvelle église ls.
Ces sources sont relativement récentes, elles nous amènent entre la fin du xvi » et le commencement du XVIIe. On peut citer, pour une date plus ancienne, la fresque de la donation de Constantin, peinte par Raphaël del Colle au Vatican, en face de la défaite de Maxence. On y voit l'extrémité supérieure de Saint-Pierre avec l'abside et l'autel majeur. De Rossi y voit le seul document iconographique conservé sur cette partie de la basilique 14 et on lui a attribué plus de valeur qu'il n'en a « , car cette fresque est postérieure aux travaux de Bramante sous Jules II. En 1520, le choix du sujet n'était pas encore arrêté u. La perspective en avant est prise d'assez court, l'abside seule de la vieille église apparaît entièrement. De la nef, on ne voit entièrement que les colonnes les plus voisines du transept. Tout le haut est entièrement caché et on peut y relever beaucoup de fantaisie 17. Le peintre s'est inspiré de ce qui avait existé pour reconstituer une vue, en partie idéale, d'un Saint-Pierre du temps de Constantin, bien plutôt qu'il n'a entendu retracer l'aspect exact du vieux monument condamné à périr.
On trouve plus de sincérité dans le dessin d'après nature conservé à Londres au Sloane Muséum (voir Dictionn., t. xiv, col. 911, fig. 10217), mais qui a été exécuté à une époque où l'œuvre de destruction était fort avancée. Déjà, de l'ancienne basilique, il ne subsistait plus que les parois latérales de la partie inférieure de la nef. Si donc ce dessin nous apporte un renseignement très digne de foi, ce renseignement ne s'applique qu'à une faible portion de la basilique constantinienne.
Il n'y a lieu de mentionner que pour les écarter les représentations apocryphes comme la fresque exécutée au XVIe dans l'église de Saint-Martin-des-Monts à Rome et à laquelle Viollet-le-Duc s'est laissé prendre et, après lui, Francis Wey. Tout autant faut-il se défier des tentatives de restauration où l'arbitraire a la plus grande part. Heureusement nous avons un monument d'une valeur exceptionnelle qui nous reporte à une date antérieure au pontificat de Nicolas V. L'auteur est un grand maître de la Renaissance française, ce Jean Foucquet, qui fut peintre et enlumineur des rois Charles VII et Louis XI. Ce fut pour Charles VII que Foucquet enlumina le manuscrit des Grandes Chroniques de France, qui fait partie du fonds français 6465 de la Bibliothèque nationale. Le travail de copie fut commandé en 1458, l'illustration aura été de peu postérieure à cette date et antérieure à 1481, date de la mort de l'artiste. Mais, suivant l'observation de P. Durrieu, certaines de ces miniatures offrent des souvenirs frappants d'Italie, qui supposent le recours à des notes et esquisses prises sur les lieux-mêmes, et par conséquent lors du séjour que Foucquet fit à Rome dans sa jeunesse. Nous savons qu'il exécuta alors un portrait d'Eugène IV (1431-1447), et il est même probable qu'il s'agit de l'époque où le pape revint à Rome après un long séjour à Florence, soit 1444 à 1447.
L'hypothèse d'un voyage de Foucquet en Italie est confirmée par la miniature du manuscrit des Grandes Chroniques, fol. 89 verso, que nous allons décrire.
La miniature en question représente le couronnement de Charlemagne par le pape Léon III, dans Saint-Pierre. Le sujet était d'ailleurs indiqué par cette légende inscrite immédiatement au-dessous de l'image dans le volume : « Cy commence le second livre des histoires de Charlemagne. Premièrement comment il fut couronné empereur en l'église Saint-Pierre de Rome ».
Foucquet a traité sa composition avec toute l'ampleur de son talent. La scène se passe à l'extrémité inférieure de la grande nef d'une basilique. Au centre, au premier plan, le pape est debout ; un cortège d'évêques l'accompagne. A ses pieds, Charlemagne s'agenouille pour recevoir la couronne impériale, tandis que, derrière lui, ses officiers portent les insignes de la souveraineté, l'épée, le globe, ou encore de grandes bannières armoriées au blason mi-partie de France et d'Empire. Dans le reste de la nef et dans les bas-côtés, une foule nombreuse se presse. Elle est contenue par des sergents d'armes et des massiers, que l'on voit des deux côtés du tableau, vêtus de costumes courts et portant des coiffures de mode tout à fait italiennes.
On peut admirer avec quelle aisance Foucquet a groupé ses nombreux acteurs sur une surface de quelques centimètres carrés, et quelle noblesse, en même temps que quel naturel il a su donner à ses figurines, malgré leurs très petites dimensions. Mais ce qui nous intéresse le plus, c'est le cadre dans lequel celles-ci se meuvent. Tandis que Raphaël, traitant le même sujet dans une des fresques de la Chambre de l'Incendie du Bourg en Vatican, en a pris à son aise avec le décor d'architecture, Foucquet a recherché l'expression de la vérité, et a représenté le vaisseau central du vieux Saint-Pierre tel qu'il a pu le voir pendant son séjour à Rome.
Il faut faire une observation d'ensemble en ce qui concerne le coloris. Foucquet, guidé ici comme partout dans ses créations, par un sentiment exquis de l'harmonie générale à atteindre, a volontairement traité dans une gamme très discrète la partie monumentale, afin de laisser toute leur valeur aux personnages. Il n'a employé que des tons gris, avec des traits noirs, comme dans une sorte de lavis, à l'exclusion de toute note plus voyante. Ce parti pris a forcément entraîné pour lui le sacrifice de l'indication de tout l'élément uniquement polychrome, tel que les peintures ou les mosaïques ornant des surfaces planes. C'est au dessin général de l'édifice, dans ses grandes lignes, que le maître tourangeau s'est arrêté. Mais à cet égard, quelle exactitude irréprochable ! Rien de plus convaincant que de mettre en regard sa miniature et les vues en coupe données par Ferrabosco, Ciampini, Fontana et leurs successeurs. L'identité est absolue.
Voilà bien la grande nef avec sa charpente apparente, avec ses colonnes à chapiteaux corinthiens, réunies par une puissante architrave, au-dessus de laquelle s'élève une haute muraille, percée à sa partie supérieure de fenêtres cintrées. On n'aperçoit qu'à peine les bas-côtés par une échappée à droite et à gauche au premier plan. Mais ce coup d'œil suffit pour nous permettre d'entrevoir les colonnes plus petites qui séparaient les deux nefs secondaires de chaque côté, et de constater que ces colonnes, ainsi qu'elles l'étaient dans la réalité, sont reliées par des arcatures au lieu d'une architrave comme dans la nef principale. Voilà bien, plus loin, les énormes piliers à l'entablement saillant qui supportaient l'arc triomphal. Au delà, nous sentons un espace vide correspondant à la largeur du transept. Enfin, tout au fond, s'ouvre l'abside. Malgré l'éloignement, nous pouvons distinguer la silhouette des figures colossales de la mosaïque qui en ornait la voûte.
Si nous passons ensuite à un examen critique plus approfondi, en prenant comme termes de comparaison non seulement les croquis et les autres représentations graphiques, mais l'ensemble de tous les textes quelconques que l'on peut consulter sur l'ancienne basilique, nous achèverons de nous convaincre de l'exacte rigueur apportée par Jean Foucquet au tracé de sa vue intérieure de Saint-Pierre.
La justesse des proportions relatives des colonnes, de l'entablement, du mur qui le surmonte, et des fenêtres cintrées dans les deux parois de la nef, peut être vérifiée à l'aide du dessin retrouvé au Sloane Muséum, dessin fait certainement d'après nature sur les lieux. Dans cette partie latérale, les fenêtres sont vues de côté, sous une perspective oblique. Pour juger de leur disposition, il faut se reporter aux cinq fenêtres percées dans l'abside, que Foucquet a, au contraire, représentées de face. On retrouvera dans celles-ci la division intérieure de la baie en arcatures géminées au moyen de meneaux, telle absolument que nous la donnent les relevés publiés par les différents auteurs.
Au-dessus de l'architrave qui réunit les colonnes, Foucquet a figuré une balustrade qui court tout le long des murs de la nef. Sa forme est très simple. Elle consiste en une succession de montants réunis par des traverses se croisant obliquement. Cette balustrade existait en effet dans l'ancienne basilique, ayant pour but de faciliter la circulation sur un passage de trois palmes de large qui régnait au-dessus de l'entablement. Chacun des écrivains qui se sont occupés d'une manière spéciale du vieux Saint-Pierre en parle. On la voit reproduite dans les gravures donnant les vues en coupe ainsi que dans la peinture des Cryptes vaticanes ; et partout elle apparaît identiquement avec la même disposition générale que chez Foucquet. L'exactitude de cette disposition est d'ailleurs confirmée par d'anciens dessins, existant dans les archives de la basilique, et par le témoignage d'Alfarano qui en avait vu encore une partie en place. Nous devons insister sur la préoccupation que le maître tourangeau a mise à conserver ce détail, en réalité si secondaire, est la meilleure preuve qu'il a exécuté sa miniature en suivant fidèlement des notes très exactes.
En voici un autre témoignage. A l'extrémité supérieure de la nef, du côté gauche, adossée au pilier qui supporte l'arc triomphal, on distingue une construction de forme rectangulaire qui paraît de dimensions assez importantes, comme s'il y avait là un petit édifice construit à l'intérieur du grand. Les documents dignes de foi que l'on peut consulter, depuis le Liber pontificalis et la description de Saint-Pierre faite au XIIIe par Petrus Mallius jusqu'au plan d'Alfarano, sont d'accord pour nous confirmer que Foucquet représente ici ce qu'il avait vu en réalité. Tous, en effet, nous indiquent à cette place la présence d'un oratoire particulier, appelé Oratoire de Grégoire III ou oratoire de la Vierge, ou de la Vierge et de S. Gabinius, en avant duquel se développait un chœur où les chanoines de Saint-Pierre chantaient l'office.
D'après le Liber pontificalis, l'oratoire avait été construit par Grégoire III. Il est mentionné par le guide des pèlerins dans la basilique de Saint-Pierre au VIIe. Il fut remanié par Eugène III, et il existait encore à la fin du XVIe, car, en 1495, le cardinal Lorenzo Cybo, neveu du pape Innocent VIII, y fit édifier un tabernacle par Bramante, pour recevoir la sainte Lance donnée au pape Innocent VIII par le sultan Bajazet II. Les constructions nouvelles entreprises à Saint-Pierre amenèrent bientôt après sa destruction. L'existence de cet oratoire, avec le chœur des chanoines, dans la grande nef, auprès de l'arc triomphal, à gauche, est donc une particularité bien connue ; mais la miniature du maître tourangeau est jusqu'ici l'unique représentation graphique où on la rencontre figurée.
Enfin, Paul Durrieu a noté que Foucquet, tout en observant les doubles lois de la perspective linéaire et de la perspective aérienne, pour faire sentir l'éloignement où s'enfonce l'extrémité de la basilique, a cependant su trouver le moyen d'indiquer d'un trait fort léger, mais suffisamment distinct, les grandes figures de la mosaïque de l'abside.
Un dernier détail, au contraire, a pu être marqué par lui d'une façon plus accentuée, parce qu'il se trouve tout à fait au premier plan en avant ; c'est le pavé de l'ancienne basilique, composé de grandes plaques de marbre et d'autres matières rares, de formes et de couleurs variées. Foucquet n'a eu garde d'oublier parmi elles les disques ou roues (rote) de porphyre rouge qui ont été replacées et se trouvent aujourd'hui encore, à divers endroits, dans la basilique actuelle.
Nous ne pouvons quitter la basilique vaticane sans accorder un souvenir à une inscription conservée par Bosio :
XX. Les cryptes vaticanes. — (Voir Dictionn., t. xiv, col. 901-919, et en particulier fig. 10218) ; [pour les transformations effectuées à partir de 1940, cf. ci-dessous l'art. Vatican].
Ce qu'on désigne sous le nom de cryptes ou grottes vaticanes (fig. 10642) consiste en un vaste souterrain à un niveau inférieur à la basilique de Saint-Pierre. Cet hypogée existait déjà, du moins pour la partie la plus vénérable, sous le sanctuaire de l'église constantinienne offrant une galerie en forme d'hémicycle, sur l'ombilic de laquelle se détachait une autre galerie dont le sommet était amorti en forme d'abside. Les deux extrémités de cette galerie semi-circulaire aboutissaient, de chaque côté du sanctuaire, près de deux petits autels dédiés à S. Pierre et à S. Paul 3, et un autel à Saint-Sixte 4. Dès le VMe, une opinion se transmettait que l'ensemble que nous venons de décrire surmontait la tombe de l'apôtre Pierre, dans le sens de la tête de l'apôtre 6. Il se pourrait que ce fut là qu'on voyait les quatre colonnes supportant un baldaquin au-dessus de l'autel que mentionne Grégoire de Tours et qu'il semble placer à tort devant la Confession 6. A certaines fêtes solennelles, le pape et sa suite descendaient dans cette crypte, procédaient à l'encensement de l'autel et au chant d'un office '.
Dans la basilique constantinienne, on ne voyait aucune différence de niveau entre le pavement des nefs et celui de la chambre de la Confession. Dans la suite, l'Ordo du chanoine Benoît signalait une légère différence de niveau, il fallait descendre pour pénétrer dans la chapelle. Lors de la reconstruction générale au XVIe on rehaussa le pavement sans modifier la disposition de la Confession. Autour du tombeau de l'apôtre, Paul III (1534-1549) voulut former comme une autre église, une basilique souterraine : celle-ci fut terminée sous ses successeurs.
Ainsi l'hypogée se compose de deux parties : 1° un vaste rectangle partagé en trois nefs par des piliers et qui s'étendrait, dans la direction de la place Saint-Pierre, aussi loin que la basilique primitive, s'il n'avait été fermé à peu près à la hauteur de l'autel du Saint-Sacrement ; 2° une galerie semicirculaire, enveloppant la Confession et représentant la courbe de l'abside constantinienne de façon approximative. On pénètre dans les cryptes vaticanes par quatre escaliers dont le point de départ se trouve marqué par les statues de Ste Véronique, de S. André, de S. Longin et de Ste Hélène.
Lors de la démolition de la basilique constantinienne, on préserva l'autel et la Confession, mais les travaux de fondation rendus nécessaires pour l'érection de la nouvelle basilique firent disparaître les anciens murs. Actuellement [1940], quand on a franchi la porte de bronze doré, à deux battants, qui fait face à la statue de Pie VI, on se trouve dans une petite chambre oblongue terminée par une absidiole ou niche que décore une mosaïque représentant le Sauveur (XMe) et les apôtres Pierre et Paul (xvne siècle). Dans le pavement de cette chambrette, au-dessus de l'autel, on voit l'orifice d'un puits sur lequel sont déposés les palliums avant d'être envoyés aux archevêques. Les Ordines Romani nous apprennent que le jour de la fête de S. Pierre, le pape retirait un encensoir placé dans ce puits à pareille date l'année précédente, distribuait les charbons entre les assistants et le remplaçait par un autre encensoir *. Les fidèles désireux de posséder des brandea ayant touché la tombe apostolique obtenaient à ce moment qu'on les y descendît. Au IVe, Rufin sollicitait de ces reliques pour une basilique de Chalcédoine ; S. Grégoire le Grand en fait mention dans sa correspondance 2 ; une inscription de Carthage nous apprend qu'une basilique de cette ville en était pourvue s. Le dallage de la chambrette a toujours été très ornementé ; à certaine époque, il se composait de lames d'argent, aujourd'hui c'est du bronze doré et ciselé, offrant l'image de la croix rayonnante encadrée par la tiare, les clefs et une colombe. L'un des carrés formés par les bras de la croix est une porte qui recouvre l'ouverture des puits. Cette décoration remonte au pape Innocent X, tandis que la fenestella confessionis fut placée par Innocent III. Le sarcophage même de l'apôtre se trouve au-dessous du petit puits. La grille dorée qui ferme la chambrette de la confession a été exécutée sous Innocent III. A la partie supérieure, on lit ces vers :
On verra ici une coupe du monument que nous venons de décrire : A, l'absidiole ; B, le pavement ; C, l'orifice du puits qui commence en D, pratiqué dans une maçonnerie. A une profondeur de 35 centimètres, il communique avec une chambre G dont le plafond est formé par une plaque de marbre et qui est obstruée par les débris jetés par ordre du pape Clément VIII. A l'aide d'une longue tige de fer, introduite dans ces débris, on tenta d'y pénétrer sans pouvoir réussir au delà de 50 centimètres. La dalle de marbre F est percée d'un trou carré correspondant à l'orifice du puits. Elle a perdu son aplomb, elle est brisée en deux parties qui se sont affaissées vers le milieu, les extrémités restant engagées dans la maçonnerie. L'ouverture n'est pas non plus d'une parfaite régularité : un seul angle a ses arêtes droites, les autres ont été endommagés. Tous ces détails sont sans doute difficiles à expliquer par un simple accident ; on peut penser qu'il y a eu violence, par exemple de la part des Sarrasins qui, en 846, occupèrent pendant plusieurs jours la basilique vaticane. Toutefois, cette violence resta manifestement sans succès, puis que la dalle est encore adhérente aux murs dans lesquels elle était fixée (fig. 10643).
Les monuments qui remplissent les cryptes vaticanes appartiennent à des époques très différentes ; ils y ont été disposés pour la plupart sous Paul V (1605-1621) et Urbain VIII (1623-1644). Quelques-uns ont pris place depuis lors. L'ordre en a été plusieurs fois modifié, si tant est que l'on puisse donner le nom d'ordre au désordre. Dans l'énumération qui va suivre, on limitera la mention et la description aux seuls monuments des neuf premiers siècles. Chaque monument ou fragment est surmonté d'un numéro ; nous suivons cet ordre.
7. Sarcophage, du Ve environ, dont le couvercle portait ces mots :
CONSTANTI LO CVS QVI ADVC COS j0£&- TAT 10. Fragment d'une bulle de Grégoire III (731741) qui déposa dans le chœur des chanoines de Saint-Pierre un grand nombre de reliques et prescrivit les dispositions à prendre à leur égard, dispositions adoptées par un synode romain de 732 et gravées sur marbre. J.-B. de Bossi en a reconstitué le texte en s'aidant de deux fragments fixés dans la chapelle de Sancta Maria de Febri et de la sylloge de Petrus Sabinus, composée en 1494 ; on lui doit ainsi le texte et les signatures du concile romain du 12 avril 732. Après lui, M. Giinther retrouva le texte intégral dans deux manuscrits du IXe : Munich lat. 6355 et Vatic. Beg. 1021, contenant chacun la collection canonique dite Dionysio-Hadriana. D'une confrontation instituée entre ces différents textes, il ressort que l'exemplaire d'après lequel nous viennent les deux copies du IXe a été fait directement d'après l'inscription lorsqu'elle était encore entière comme on peut s'en convaincre en la voyant se conformer aux bévues du lapicide ; d'autre part, les suppléments proposés par De Bossi sont généralement justifiés. Celui-ci a eu raison de soutenir que la formule : prœsedente sanctissimo ac ter beatissimo Gregorio papa sec. iun. (secundus junior) doit s'interpréter non de Grégoire II, mais de Grégoire III. La longueur de ce document ne permet pas de lui donner place ici.
Archiv der Gesellschajt fur altère deutsche Geschichtskunde, t. xvi, 1890, p. 237-249 ; De Bossi, Scoperta del lesto completo degli atti del sinodo romano dell' anno 732 incisi in marmo nella basilica vaticana, dans Bull, di arch. crist., 1890, p. 154-155 ; D. Dufresne, Crypt. vatic, 1902, p. 10-11 ; Hefele-Leclercq, Histoire des conciles, t. ni, part, n, 1910, p. 681685, où nous donnons le texte.
16. Statue de S. Pierre, en marbre, ancienne ; la tête a été refaite au Moyen Age, les mains à la Renaissance (voir Dictionn., t. xiv, col. 1368, fig. 10445).
26. Éloge de S. Boniface IV (608-615) en vers léonins (voir Dictionn., t. xm, col. 1229, fig. 9677).
27. Inscription contemporaine d'Hadrien Ier (772795), relative à une déposition de reliques, en l'année 783. Paléographie, peu soignée, beaucoup de lettres conjointes, fautes d'orthographe : sum pour sunt, reliquias pour reliquix, binea pour vinea, nobebri pour novembri. Au dire de Grimaldi, cette inscription se trouvait dans la chapelle du pape Jean VII. Sarti en avait donné un bon croquis et J.-B. De Bossi a retrouvé le texte dans la sylloge de Petrus Sabinus (fig. 10644) :
Temporibus Dni Adriani papse. hic recondita sunt reliquias Sanctorum. In mesem Nobebri. Die xu. Ind. septima binea clusura. In Integra qp. In Sepliniana Atmviolve gina malu fecit lign. 2, il faut lire reliquise sanctorum et die XXII. La dernière partie mentionne une fondation destinée à l'entretien des lampes qui brûlaient devant les reliques ; on assigne à cette fin le revenu brut d'une vigne close située près de la porte Septimienne. Les derniers mots font allusion à ceux qui violeraient cette prescription.
Vêler, scripl. nova coll., t. v, p. 44, n. 2 ; Sarli et Settele, Appendix, p. 25 : De Rossi, Inscr. christ, urb. Rom., t. n, lre part., p. 431, n. 70 ; D. Dufresne, Crypt. vat., 1902, p. 20-21, n. 27, flg.
28. Portrait en mosaïque de Jean VII (voir Dictionn., t. vu, col. 2197-2212 ; t. xm, col. 1243, flg. 9680) ; la présence du nimbe carré montre que ce portrait fut exécuté du vivant du pape.
29. Inscription sur marbre placée au-dessus du portrait (voir Dictionn., t. xm, col. 1244, flg. 9681).
30. Table de marbre sur laquelle sont gravées trois oraisons pour le repos de l'âme de Grégoire III (731-741) (voir Dictionn., t. xm, col. 1247, flg. 9682).
33. Emplacement du tombeau où reposèrent Léon I » (f 461), Léon II (f 683), Léon III (t 816), Léon IV (j 855). Le pape Serge Ier, en 688, transféra le corps de S. Léon Ier devant la façade de la basilique ; Léon IV le fit transporter près de l'abside, à gauche de la Confession, et Pascal II (1099-1118) lui réunit ses trois homonymes.
38. Épitaphe d'un sous-diacre, trouvée en 1617 devant la façade de l'ancienne basilique, près de la porte Sainte ; le défunt appartenait à la VIe région ecclésiastique, celle du Vatican : la date assignée est la 22e année du post-consulat de Basile, par conséquent 563, et le pape mentionné est Jean III (561-574).
Bibl. : De Rossi, Inscr. christ, urb. Romœ, t. i, n. 1096 ; [Diehl, 1241].
39. Voici une autre concession de tombe sur laquelle est mentionné le pape Hormisdas et un prœpositus de la basilique vaticane. Le défunt avait été tribunus voluptatum.
+ FL • MAXIM0 VC CONjsu/e CONCESSVM LOCVM PE \tro ? (v. s. praef. nnn. urb.) ?
ROME EX .'TRB .V0LVPTJ« fH/7i ET CONIVCI EIVS IOHAN(na> sp. f. u. domino PAPA HORMISDA ET TRA NS Uundo PRAEPSTBASC BEATI PETRJI aposloli Flavio Maximo v. c. consule... concessum locum Petro ? (viro spectabili prœfecto annonse Urbis ? ) Romœ, ex tribuno voluptatum... et conjugi ejus Johannae spectabili feminw a domino papa Hormisda et Transmundo prœposito basilicie beati Pétri aposloli.
Ce Flavius Maximus avait la surveillance des jeux et plaisirs publics. De Rossi a conjecturé qu'il devint ensuite priefectus annonie Urbis, titre supérieur à celui de priefectus voluptatum et cependant de même ordre ; le titre de priefectus Urbis qui, dans l'inscription appellerait le nom de Rome, est d'un autre ordre.
45. Épitaphe trouvée dans la démolition de la basilique constantinienne :
47. Inscription damasienne rappelant les travaux entrepris par les soins du pape S. Damase pour préserver les tombeaux de l'humidité et canaliser les eaux de la colline vaticane dont elles alimentèrent le baptistère :
Cingebant lali ces monlem tenero que meatu... (Voir Dictionn., t. iv, col. 168-169, n. 4.) 49. Fragment du rescrit impérial en faveur des biens ecclésiastiques et du clergé, provenance inconnue ; mention de trois empereurs qui pourraient avoir été Gratien, Valentinien II et Théodose (379-383).
50. Mosaïque ayant fait partie du ciborium de l'oratoire de Jean VII et représentant la Vierge Marie et l'enfant Jésus.
76. Épitaphe de Catellus (voir Dictionn., t. xii, au mot Noms propres), mort en 502.
83. Épitaphe versifiée fragmentaire d'une femme, épouse de Domitius :
120. Épitaphe d'un teneur de livres (voir Dictionn., t. xii, col. 2062, fig. 9027).
121. Épitaphe de Léon, omnium... bonorum consiliatorq., datée de l'année 391 :
122. Fragment d'une inscription que Torrigio et Grimaldi virent entière, ce qui permet de compléter le texte :
159. Sarcophage de Pie II, orné de bas-reliefs du IVe : au centre, le Christ, monté sur la colline d'où coulent quatre fleuves, donne la Loi à S. Pierre, figuré une croix sur l'épaule ; à droite, le Christ devant Pilate.
182. Sarcophage de Marcel II, œuvre en basSubja cet hic V E R V S Q V I S E M per vera locutus POST M0RTEM MERVI/ in Pétri timina SANCTA IACERE 0SSA lF.net tumulus Meus est in coeLO RECEPTA HVIVS VITA B0NA requirunt dul ces amici Hos Quinlilla tibi DICTAB/ï versus amatrix Quœ post morte tua volai meferro necari Sed Dei prœcepla limens casta me in futuro promitto Quinquaginta et sex Verus duxit per sœcula messes 124. Fragment de l'épitaphe de Boniface II (530532). (Voir Dictionn., t. xm, col. 1216, fig. 9669.) 125. Fragments de l'épitaphe de S. Grégoire le Grand. (Voir Dictionn., t. xm, col. 1227, fig. 9675.) 130. Épitaphe d'un nommé Proclus, mort en 412.
138. Épitaphe d'une clarissime, mariée à un Valerius, morte en 384.
142. Épitaphe de l'année 508.
143. Épitaphe fragmentaire du pape Hadrien II (867-872), complétée à l'aide du manuscrit de Petrus Sabinus.
144. Épitaphe d'une nommée MVSTILLA SPectabilis Femina, en 444 ou 493.
145. Fragment d'une inscription destinée à commémorer les travaux exécutés dans le baptistère du Vatican par les soins du préfet de Rome Macrobius Longinianus et sa femme Anastasie :
Longinianus v. c. prsej. urb.]£l ANASTASIA CF EIVS relief du IVe. Au centre Jésus entre Pierre et Paul, deux panneaux de strigiles, deux figures faisant le geste d'acclamation.
231. Sarcophage de Junius Bassus, qui fut préfet de Rome en 359 (voir Dictionn., t. n, col. 608-614, fig. 1460, 1461 ; t. vin, col. 426 ; t. xm, col. 2694, fig. 9999 ; ci-dessous, col. 2881, note 1).
VI. LES ÉGLISES DE ROME AU MOYEN AGE.
— I. Limites de ces recherches. — Ce terme « Moyen Age » nous conduirait jusqu'à l'aube de la Renaissance et nous entraînerait bien au delà des limites chronologiques du Dictionnaire ; nous ne dépasserons pas — si ce n'est exceptionnellement — le IXe. Aux fidèles de l'antiquité chrétienne, cette date suffit ; à ceux qui poursuivent d'autres recherches, nous conseillons de recourir au travail de Christian Huelsen, Le Chiese di Roma nel medio evo. Cataloghi ed appunti, in-8°, Firenze, 1927. Us y trouveront, au cours d'une introduction de cxv pages, l'énumération des anciens catalogues ou listes d'églises romaines, du vne au XVIe, leurs manuscrits et leurs éditions ; ensuite l'exposé bibliographique des ouvrages d'ensemble, et l'étude suivant l'ordre alphabétique des églises romaines d'après les vocabulaires.
Les catalogues les plus importants sont au nombre de quatre : 1° Celui de l'anonyme de Salzbourg (vne-vnie siècle) ; 2° celui d'Einsiedeln (fin du vnr3 siècle), compilés tous deux à l'usage des pèlerins ; 3° la liste fournie par le Liber pontificalis, dans la notice de Léon III, des églises qui reçurent des dons de ce pape, très probablement en l'année 806 ; 4° la liste insérée par Cencius Camerarius dans son Ordo, en 1192. Plus tard, un catalogue du pape Honorius III dans le Liber Censuum. Ce sont encore quelques anciens catalogues : celui de Paris (Arsenal), vers 1230 ; celui de Turin, vers 1320 ; enfin celui de Nicolas Siguori, vers 1425, qui occupent un rang presque aussi important dans la série qui se complète par des extraits de documents de toute sorte, tels que Libri anniversariorum, Actes de conciles, rôles de taxes, Libri indulgentiarum, nomenclatures d'églises filiales, etc.
II. Les anciens catalogues d'églises à Rome. — Pendant une longue période de deux siècles environ, nous sommes fort peu instruits de la situation immobilière de l'Église de Rome. Les réunions liturgiques ont dû se faire d'abord au Transtévère, où était groupée la colonie juive vers laquelle S. Pierre se sera tout d'abord dirigé ; mais pour combien de temps et dans quelles conditions de stabilité ? Il serait vain de rien conjecturer à ce sujet. Les conversions se multiplièrent dans la classe aristocratique (voir Dictionn., t. i, à ce mot), d'où l'on peut induire que vers la fin du Ier et pendant le IIe les chrétiens s'assemblèrent dans de riches habitations privées et y célébrèrent leur culte ; mais nous ne pouvons rien préciser ni au point de vue topographique ni au point de vue statistique. Ce que nous savons, c'est l'existence d'un évêque et d'un clergé dont le siège n'est pas connu de façon absolument certaine, mais qu'il est permis de situer du côté du cimetière de Priscille et dans son voisinage, sur la voie Nomentane (voir Dictionn. t. xiv, au mot Priscille).
Au IIIe, sous le pontificat de Corneille (251253), une lettre de ce pape nous apporte enfin une précision ; elle nous apprend que le clergé romain comptait 155 membres dont 41 prêtres '. Tout cela ne va pas sans des établissements, aussi, en 311, lors que l'empereur Galère ordonne la restitution des biens enlevés aux églises huit années auparavant, nous voyons le pape Miltiade présenter au préfet de la ville un mémoire ad recipienda loca ecclesiastica sur lequel devait se trouver le détail des immeubles.
Les régionaires constantiniens, dans leurs rédactions les plus anciennes — la Notitia, entre 334 et 356, et le Curiosum après 356 — ne disent rien des monuments chrétiens. Dans les remaniements postérieurs, peu de chose. Le Laterculus de Polemius Silvius, en 449, après les insulse horrea domus pistrina énumère : religiosa ivdiftcia cum innumeris cellulis martyrum consecratis 2, mais pas de chiffre. De cette même source dépend la description de Rome introduite dans l'Histoire ecclésiastique de Zacharie le Rhéteur (vers 550) où on lit ce qui suit : Sunt in ea (urbe) sepulchra ubi congregantur et sepeliunt quinque millia 3. En outre, on lit au début de la description donnée par Zacharie ces mots : Sunt in ea ecclesiœ apostolorum beatorum, ecclesiœ catholicœ XXIV. On remarquera que ce chiffre est presque celui des vingt-cinq tituli dont nous parlerons plus loin.
L'auteur de la première rédaction du Liber pontificalis, qui écrit vers le milieu du VIe, suppose que ce nombre de vingt-cinq « titres » remonte à l'époque apostolique : hic, lit-on dans la notice du pape Clet, ex prœcepto beati Pétri xxv presbiteros ordinavit in urbe Roma, et n'a plus varié jusqu'au IVe, où le pape Marcel : A.v r titulos in urbe Roma conslituit. Que ce chiffre soit exact pour le VIe, c'est ce qui ressort de deux documents contemporains, les souscriptions des synodes romains de 499 et de 595, qu'on lira dans un instant.
Mais il n'y avait pas à Rome que les tituli ; dès le IIIe et plus certainement dès le IVe, la ville comptait d'autres églises chrétiennes. Lors que, sous le règne de Constantin, l'évêque donatiste Victor de Garbe, en Afrique, se rend à Rome pour y répandre son hérésie, nous lisons dans Optât de Milève, Inter quadraginta et quod excurrit basilicas locum, ubi colligerent, non habebant '. Ce chiffre de quarante églises passe pour excessif et on a soutenu qu'Optât avait fait entrer dans ce nombre les basiliques funéraires dont il sera question plus loin ; c'est assez peu probable parce qu'Optât poursuit en ces termes : Sic speluncam quandam foris a civitate cratibus sepserunt, ubi ipso tempore conventiculum habere potuissent.
III. Titres au concile romain de 499.
1. titulus Praxidse 2.
— Vestinse 3.
— Cœciliœ 4.
— Pammachii 5.
— démentis 6.
— Iuli 7.
— Sabinœ 8.
— Chrysogoni 9.
— Pudentis 10.
— Aequitii 11.
— Damas i 12.
— Aemilianœ 13.
— Crescentianœ 14.
— Eusebi 15.
— Nicomedis 16.
— Cyriaci 17.
— Matthei 18.
— Tigridse 19.
— Roman i 20.
— Vizantis 21.
— AnastasiiB 22.
— Apostolorum 23.
- — Fasciolœ 24.
— Gai 25.
— Priscse — Marcelli — Marci — Lucinœ — Laurenli.
Variantes. — 1. sanctte Praxedis, ms, Vatic. io42. —
Y.
Titres au concile romain de 595 titulus S. Silvestri — S. Vitalis — S. Clementis — .S. Praxedis — SS. Johannis et Pauli 6. tihilus SS. Apostolorum 22. SS. Marccllini et Pétri 19. Basilica quse appellatur sci. Marcelli ni.
20. Basilica sci. Michahelis archangcli.
21. Basilica sci. Bonifati mar. ubi ipse dormit.
22. Bas.
23. Bas.
24. Bas.
25. Bas.
26. In his omnibus basilicis per certa tempora puplica stalio yerilur.
Variantes. — A, ms. de Salzbourg, aujour d'hui Vienne 1008 ; B, ms. Wiirzbourg theol. fol. 49 ; C, ms. Vienne THô. 1. man que tlans A. — 3-19. appellatur abrégé en app. — 7. apostulorum C ; omis tout entier dans A. — 10. Laurenti de la fin omis dans B. — 12. sca adriana A B ('.. 14. omis dans B. — 16. agathie B. — 20. michaelis arcangeli C. — 21. bonifaci A B. — 22-25. ces indications sans noms dans A. — 26. puplica A H C, stacio C.
Au catalogue qui précède, on a ajouté les églises que voici :
De locis scis martyrum quœ sunt foris civitatis Romœ.
27. iuxta viam Corneliam 28. iuxta viam Aureliam 29. iuxta viam Ostensem 30. ante frontem eiusdem basilice 31. ibi ad aquam Salviam 32. iuxta viam Appiam 33. iuxta viam Tiburtinam 34.
35. iuxta viam Nomentanam 36.
37. iuxta viam Salariam 38.
39. iuxta viam Flamineam ses. Petrus. ses. Pancratius. ses. Paulus. oratorium sci. Stephani. ses. Anastasius. ses. Sebastianus. ses. Agapitus. ses. Laurentius (maior). sca. Agnes. sca. Constantia. ses. Saturninus. ses. Hermès, ses. Valentinus.
VI. Liste de l'anonyme d'Einsiedeln. — Le manuscrit d'Einsiedeln, n. 326 (olim 100) du IXe, contient (fol. 67-86) un recueil célèbre d'inscriptions romaines et un Itinerarium ou guide du pèlerin dans cette ville, celui-ci résumé d'un recueil plus étendu compilé dans le courant du vme-IXe d'après un plan de Rome et contenant les noms d'une soixantaine d'églises, nombre qui se rapproche de celui des églises réellement existantes à cette époque, mais lui est inférieur, car le catalogue contemporain du pape Léon III contient un nombre presque double. Néanmoins, la liste d'Einsiedeln contient quatre noms qui manquent dans le catalogue de Léon III, ce sont :
S. Felicis in Pincis, S. Hermetis, S. Johannis et Pauli in Janiculo, SS. Pétri et Pauli in Sacra Via, dont les deux premiers au moins existaient encore en l'an 1000. dans iUomim. Germ. hist., di Roma nel medio evo, in-8°, Firenze, 1927, p. 4-5, que nous reproduisons ici '.
1.
S. Agathss in diaconia 2.
S. Agathœ in Esquilino ( ?) 3.
S. Agathœ (monaslerium ) in Subura 4.
S. Agnetis (in Agone) 5.
S. Agnetis (Via Nomentana) 6.
S. Anastasia S. Andrese et Bartholomsei v. Monasterium Honorii 7.
S. Angélus (in foro piscium) 8.
Ss. Apostoli 9.
S. Apollinaris 10.
S. Bibianœ 11.
S. Cœciliœ 12.
S. Crysogoni 13.
S. démentis 14.
Ss. Cosmœ et Damiani S. Crucis, v. Hierusalem 15.
S. Cyriaci (in thermis) 16.
S. Cyriaci (et J utilise.) 17.
S. Erasmi 18.
S. Eufemise 19.
S. Eusebii 20.
S. Eustachii 21.
S. Felicis in Pincis 22.
S. Georgii 23.
S. Hadriani 24.
S. Hermetis 25.
Hierusalem 26.
S. Johannis in Laterano 27.
S. Johannis ad porlam Latinam 28.
S. Johannis et Pauli (in Cselio) 29.
Ss. Johannis et Pauli (in Janiculo) 30.
S. Isidori 31.
S. Laurentii in Damaso 32.
S. Laurentii in Formoso 33.
S. Laurentii in Lucina 34.
S. Laurentii (in Paracera) 35.
S. Laurentii via Tiburtina 36.
S. Lucise in Orthea 37.
S. Lucise in Septizonio 38.
S. Marcelli 39.
S. Marci 40.
S. Mariée antiquse 41.
S. Mariée in Domnica 42.
S. Mariæ maioris (in præsepio) S. Mariæ in Minervio S. Mariæ rotundæ v. Rotunda S. Maria (trans Tiberim) S. Martini v. S. Silvestri et Martini S. Mennei S. Andrew et Bartholomæi, v. Monasterium Honorii Ss. Nerei et Achillei S. Pancratii (via Aurélia) S. Pauli (via Ostiensi) S. Petri (in sacra via) S. Petri ad vincula v. Vincula S. Pudentiana Quattuor Coronati Rotunda S. Saturnini S. Sebastiani S. Sergii (sub Capitolio) S. Silvestri (in Capite) S. Silvestri et Martini S. Sixti S. Stephani in Cœlio 61. S. Susannæ 62. S. Theodori 63. S. Valentini 64. ad Vincula 65. S. Vitatis 66. S. Viti.
VU. Catalogue de Léon III. — La notice relative au pape Léon III (795-816) au Liber pontificalis contient une longue liste de dons de ce pontife aux églises, monastères et oratoires de Rome 2. Cette liste débute ainsi : Hic vero præcipuus præsul ex largitatem omnipotentis Dei et beati Petri apostoli... obtulit per universas sanctorum sacras ecclesias hujus urbis Romæ, ob veniam facinorum suorum coronas vel etiam canistros ex argento purissimo, videlicet. Les largesses du pape eurent lieu probablement en 806, onzième année de son pontificat. D'après ce que nous lisons : per universas sanctorum sacras ecclesias, on peut induire que le catalogue est complet et, de fait, il n'existe que très peu de noms d'églises existant au commencement du IXe et qu'on ne lise pas sur ce catalogue. Outre les quatre noms contenus dans la liste d'Einsiedeln (voir cidessus), il manque les suivants : S. Basilidis in Merulana, S. Martini, S. Laurentii ad Taurellum, S. Marcellini et Petri, S. Stephani de Bagauda, dont les deux premiers se lisent dans la notice de Léon III en d'autres passages. L'ordre suivi dans le catalogue est clair. Après la basilique du Latran, mater caput ecclesiarum, viennent les églises dédiées à la Vierge (n. 2-12), ensuite celles dédiées aux apôtres, à S. Jean-Baptiste et aux martyrs principaux (n. 13-27). Puis ce sont les tituli (n. 28-48), les diaconies (n. 49-64), les monastères (n. 65-113), enfin trois xenodochia et un hôpital (n. 114-117). Les tituli sont classés suivant l'ordre des sept régions ecclésiastiques ; mettant à part le n. 28 (Saint-Clément, qui précède on ne sait pour quoi) et les n. 33-35 (trois églises de Saint-Laurent, intercalées après la basilique Saint-Sixte à raison du rapport entre ce pape et son archidiacre), nous avons : n. 29-31 = reg. I. n. 39-43 = IV. n. 32, 36, 37 = reg. II. n. 44-46 = VI. n. 38 = reg. III. n. 47, 48= VII. ecclesia Salvatoris domini nostri quæ appellatur Constantiniana. basilica sanctæ Dei genetricis ad Præsepem. ecclesia genetricis Dei in titulo Calisti. diaconia Dei genetricis quæ appellatur Antiqua. ecclesia beatæ Dei genetricis quæ appellatur ad Martyres, diaconia Dei genetricis quæ appellatur Cosmidi. diaconia sanctæ Dei genetricis quæ appellatur Dominica. diaconia Dei genetricis quæ ponitur in Via Lala.
9. diaconia sanctæ Mariæ in Ciro.
10. diaconia beatæ Dei genetricis joris porta beati Petri apostoli.
11. diaconia Dei genetricis quæ ponitur in Adriano.
12. oratorium Dei genetricis qui ponitur in senodochio Firmis.
13. ecclesia beati Petri apostoli.
14. ecclesia beati Pauli apostoli.
15. ecclesia beati Andreae apostoli quæ ponitur ad beatum Petrum apostolum.
16. ecclesia beati Andreae apostoli quæ ponitur juxta præsepem.
17. titulus beati Petri apostoli qui appellatur Eudoxie.
18. ecclesia beati Iohannis Baptistæ quæ ponitur juxta patriarchium Lateranense.
19. ecclesia beati Iohannis apostoli et evangelistæ quæ ponitur ubi supra.
20. ecclesia beatissimi Stephani primi martyris quæ ponitur in Cœlio monte.
21. basilica Apostolorum quæ ponitur in Via Lata.
22. musileum beatæ Petronillæ qui ponitur ad beatum Petrum apostolum.
23. ecclesia Ierusalem quæ ponitur in Susurrio.
24. ecclesia beati Laurentii martyris quæ ponitur foris murum.
25. ecclesia beati Apolenarii martyris.
26. basilica beati Pancratii martyris quæ ponitur foris murum.
27. ecclesia beati Valentini martyris quæ ponitur foris murum.
28. titulus beati Clementis martyris atque pontificis.
29. titulus beatæ Savinæ martyris.
30. titulus beatis (simorum) Aquilæ et Priscæ.
31. titulus sanctæ Balbinæ.
32. ecclesia beati Xysti martyris atque pontificis.
33. titulus beati Laurentii martyris qui appellatur Lucine.
34. titulus (beati Laurentii) martyris qui appellatur Damassi.
35. ecclesia (beati Laurentii) martyris quæ ponitur Formonsis.
36. titulus Pammachi.
37. titulus Emilianæ.
38. titulus sancti Eusebii.
39. ecclesia beatæ Praxedis.
40. titulus Pudentis qui appellatur in Via Lata. ponitur iuxta Orpheum. tum Petrum apostolum.
64. diaconia sancti Martini quæ ponitur ubi supra.
65. monasterium sancti Sabe.
66. monasterium beati Anastasii martyris.
67. monasterium sancti Andreae qui ponitur in Clibus Scauri.
68. monasterium beatæ Agathæ martyris qui ponitur super Subora.
69. monasterium sancti Erasmi qui ponitur in Cœlio monte.
70. monasterium sancti Silvestri.
71. monasterium beati Laurentii martyris qui appellatur Pallacini.
72. monasterium sancti Pancratii qui ponitur iuxta basilica Salvatoris.
73. monasterium sanctorum Andreae et Bartholomæi qui appellatur Honori.
74. monasterium sancti Stephani qui ponitur iuxta Lateranis.
75. monasterium primi martyris Stephani qui ponitur ad beatum Petrum apostolum.
76. monasterium sanctorum Iohannis et Pauli qui ponitur iuxta beatum Petrum apostolum.
77. monasterium sancti Martini qui ponitur ubi supra.
78. monasterium sancti Stephani ubi supra qui appellatur cata Galla patricia.
79. monasterium sancti Cesarii qui ponitur ad beatum Paulum apostolum.
80. monasterium sancti Stephani ubi supra.
81. monasterium sanctorum Cosme et Damiani qui ponitur iuxta præsepem.
82. monasterium sancti Andreae qui appellatur Massa Juliana.
83. monasterium sancti Adriani qui ponitur iuxta præsepem.
84. monasterium sancti Cassiani qui ponitur iuxta sanctum Laurentium foris murum.
85. monasterium sancti Stephani qui ponitur ubi supra.
86. monasterium sancti Victori qui ponitur ad sanctum Pancratium.
87. monasterium sancti Crysogoni.
88. monasterium sanctæ Mariæ quæ appellatur Ambrosii.
89. monasterium sanctæ Mariæ quæ appellatur Juliæ.
90. monasterium sancti Andreae qui ponitur iuxta basilicam Apostolorum. in Calinico. titulum Eudoxiæ. terio qui appellatur Dua Fuma. qui appellatur de Sardas. terio de Renali. terio Michaelis.
Africi. qui ponitur iuxta titulum Pudentis. in monasterio Tempuli. terio de Corsas.
106. oratorium sanctæ Mariæ qui ponitur in monasterio Aquæ Salviæ.
107. monasterium sancti Donati qui ponitur iuxta titulum sanctæ Priscæ.
108. monasterium sancti Iohannis qui ponitur in Appentino.
109. oratorium sanctæ Marias qui ponitur in monasterio de Lutara.
110. monasterium Ierusalem qui ponitur ad beatum Petrum apostolum.
111. monasterium sanctæ Agnetis qui ponitur foris porta Numenlana.
112. monasterium sanctæ Eugeniæ qui ponitur foris porta Latina.
113. oratorium sancti Gregorii qui ponitur in Campo Martio.
114. oratorium sanctæ Luciæ qui ponitur in xenodochium qui appellatur Anichiorum.
115. oratorium sancti Abbacyri qui ponitur in xenodochium qui appellatur a Valeris.
116. oratorium sanctorum Cosme et Damiani qui ponitur in xenodochium qui appellatur Tucium.
117. oratorium sancti Peregrini qui ponitur in hospilale dominico ad Naumachiam.
VIII. Les tituli ou églises presbytérales. — Les tituli ou « titres » sont les églises de Rome les plus anciennes gouvernées par des prêtres dont la paroisse embrassait un district de la ville. On connaît l'existence de vingt-cinq églises presbytérales au Ve ; c'est le nombre régulier consacré, semble-t-il, par l'usage et par la législation ; ce nombre s'est conservé jusqu'en l'an mille. C'est le pape Calixte II (1119-1124) qui, le premier, fixa le nombre des titres à vingt-huit.
Le Liber pontificalis avance dans la notice du pape Évariste, au début du IIe, que les tituli furent institués par ce pape : Hic titulos in urbe Roma dividit presbyteris '. Déjà dans la notice du pape Clet, le même auteur attribuait à ce pape l'établissement de vingt-cinq prêtres à Rome. Il nous apprend qu'au VIe ce chiffre était devenu traditionnel ; on attribuait au pape Urbain vingt-cinq patènes d'argent pour les messes stationales, et au pape Hilaire (461-468) vingt-cinq vases sacrés pour ces mêmes stations ; enfin, ce qui est plus audacieux, le rétablissement des vingt-cinq titres par le pape Marcel (308-309) : XXV titulos in urba Roma constituil, quasi diœcesis, propter baptismum et penitentiam. Nous sommes sur un terrain plus solide avec le concile romain du 1er mars 499 qui a conservé les noms des prêtres titulaires'- ; on y lit les noms des titres et ceux des prêtres qui les gouvernaient présents au concile. Un siècle plus tard, sous le pontificat de S. Grégoire le Grand, le 5 juillet 595, un autre concile romain nous a encore conservé les « titres » de Rome 3. Cette liste confirme pleinement le catalogue antérieur ; les noms de vingt et un titres sont absolument identiques, et pour les quatre autres, des présomptions permettent de les mettre d'accord.
Le concile de 595 ne nomme que vingt-quatre églises ; mais il n'est pas douteux qu'il faille y ajouter la basilique de Sainte-Anastasie qui paraît avant et après le pontificat de S. Grégoire Ier comme un « titre ». A ce concile souscrit pour chaque église-titre un seul prêtre, tandis qu'au concile de 499 il y en a régulièrement plusieurs et comme les titres portaient des noms différents, il en résulte quel que incertitude pour l'établissement de la liste. Il y a en 499 cinq titres qu'on ne retrouve pas en 595 (ceux de Saint-Mathieu, de Saint-Nicomède, de Sainte-Crescentienne, de Saint-Tigridas et de Saint-Romain [ ?|. Par contre, il lui manque trois titres qui existent sous Grégoire Ier, ceux de Saint-Sixte, des Saints-Marcellin et Pierre et de Sainte-Balbine.
Nous allons mentionner les titres suivant l'ordre des régions, d'après H. Grisar 4 [qui reprend, avec quelques corrections de détail, l'analyse de L. Duchesne qui, le premier, a débrouillé l'histoire des titres romains dans un remarquable mémoire 5 dont la thèse fondamentale s'est trouvée confirmée par les recherches ultérieures qu'elle a inspirées « ].
« Dans la 1re région (porte Capène) se trouvait le Titulus S. Xysti, dédié au célèbre pape martyr de la catacombe voisine de Saint-Calliste. C'est au concile de 595 que nous trouvons Saint-Sixte mentionné sous ce nom et comme titre ; peut-être est-il le même que le Titulus Crescentianæ de 499 que l'on n'a pu déterminer '.
•> La 2e région (Ca ?limontium) possédait deux titres. Celui de Byzantus ou de Pammachius, dit aussi des Saints-Jean-et-Paul, du nom des deux saints martyrs qu'on y honorait, est désigné sous le premier de ces noms dans une inscription du temps d'Innocent 1er (401-417), sous celui de Pammachius au concile de 499, sous celui des SS. Jean et Paul pour la première fois dans le Liber pontificalis (vers 530) '. — Le second titre de la 2e région était celui que l'on appelle encore aujourd'hui des Quatre couronnés. Il existait dès le IVe, d'après une notice du martyrologe hiéronymien, et a dû porter d'abord le nom de Titulus Emilianæ qui paraît au concile de 499 » ; à celui de 595, il était appelé Titulus SS. Quatuor Coronatorum.
« Dans la 3e région (Isis et Serapis), s'élevaient quatre titres. L'existence du Titulus démentis dès le temps de saint Damase (366-384) est garantie par une inscription damasienne l ». — Le Titulus SS. Marcellini et Petri, qui a gardé ce nom, n'apparaît qu'en 595 et a été transporté à cette église de l'église voisine de Saint-Matthieu in Merulana ll. — Le 3e titre, dit Titulus apostolorum ou ad vincula sancti Petri ou encore Titulus Eudoxiæ, paraît pour la première fois au concile d'Éphèse, où le représentant de l'évêque de Rome et l'un des présidents de l'assemblée, Philippe, souscrit « prêtre de l'église des Apôtres ». Sous Sixte III (432-440), cette église fut reconstruite aux frais de la famille impériale d'Orient, et particulièrement de la princesse Eudoxie.
C'est le Liber pontificalis (vers 530) qui la nomme pour la première fois a vinculis sancti Petri ; elle en a gardé le nom de Saint-Pierre-ès-liens * (voir Dictionn., t. ni, au mot Chaînes). — Enfin la 3e région comprenait le Titulus Equitii ou Silvestri construit sous le pape Silvestre Ier par le prêtre./Equitius sur sa propriété. Il reste quelques parties de l'ancien bâtiment près de l'église actuelle des Saints-Silvestre-et-Martin ai Monti 2.
« La 5e région (Esquiliœ) ne possède aussi qu'un titre, celui de Saint-Eusèbe, qui, nommé dans le martyrologe hiéronymien, existait par suite au ve, voire au IVe 3.
« La 6e région (Alla Semita) comporte quatre titres : le Titulus Vestinae appelé plus tard Sancti Vitalis, fondé sous Innocent Ier (401-417) par la matrone Vestina 4. — Le Titulus Gaii ou Susannœ, dont le martyrologe hiéronymien précise l'emplacement « près des deux palais qui avoisinent les « thermes de Dioclétien 5 ». — Le Titulus Cyriaci, aujour d'hui disparu, dont la première mention sûre se lit dans le concile de 499 6. — Enfin le Titulus Pudentis ou Pudentianœ (Sainte-Pudentienne), qui apparaît dès 384 sur l'épitaphe d'un lecteur sous la forme de Pudentiana (voir Dictionn., t. vm, col. 2252, n. 14).
« Dans la 7e région (Via lata), il n'y a qu'un titre, le Titulus Marcelli, dit aujour d'hui Saint-Marcel in Corso. Le Liber pontificalis en fait remonter l'établissement à l'évê que de Rome Marcel (308-309) 7. Le préfet de Rome, Symma que, mentionne cette église dans une lettre de 418 8.
« La 8e région (Forum romanum) ne contient pas de titre.
« La 9e région (Cirais Flaminius) en contient trois. Le Titulus Lucinse ou S. Laurentii in Lucina se rencontre d'abord dans l'histoire du pape Damase, qui y fut élevé sur le siège de S. Pierre « . — Un second titre porte le nom de Titulus Damasi ou Sancti Laurentii in Damaso parce que Damase reconstruisit l'église et fonda le titre d'après le Liber pontificalis 10 ; d'ailleurs des inscriptions de ce pape confirment ce caractère histori que de l'église ». — Le dernier titre de cette région était celui de Saint-Marc, Tilulus Marci, fondé par le pape Marc (336) n.
« La 10e région (Palatium) ne possède aucun titre.
« La 11e région (Circus Maximus) n'en a qu'un, le Titulus Anaslasise, la célèbre église du Vélabre, au pied du Palatin (voir Dictionn., t. i). On la trouve dès le temps de Damase, et la chapelle baptismale en fut érigée en 403 par le préfet de Rome Longinianus 13.
« La 12e région (Piscina publica) contient deux titres : le Titulus Fasciolx devenu plus tard Tilulus sanctorum Nerei et Achillei qu'on rencontre pour la première fois en 377, sur l'épitaphe du lecteur Cinnamius Opas u, puis en 400 dans deux autres inscriptions 15 et le Titulus Balbinœ, mentionné pour la première fois au VIe dans une épitaphe sacerdotale ls.
« Dans la 13e région (Aventinus) deux titres : le Titulus Sabinœ où on peut lire encore sur une mosaï que la magnifi que dédicace qui parle de son érection sous le pontificat de Célestin (422-432) « , — le Titulus Priscœ dont le nom se trouve sur l'épitaphe d'un prêtre, du Ve environ ls et qu'il faut peut-être identifier avec le Titulus Tigridze du concile de 499 19.
« Dans la 14e région (Transtiberim) trois titres complètent le chiffre de vingt-cinq ; ce sont le Titulus Julii ou Julii et Callisti, ou encore Sanctœ Marim (au Transtévère) fondé par le pape Ju les (337-352). — Le Titulus Cœciliœ (Sainte-Cécile) existait sûrement au iv° siècle, comme on peut le conclure du martyrologe hiéronymien 2tl. — Enfin le Titutus Chrysogoni (Saint-Chrysogone), si l'on fait abstraction des légen des qui se rattachent à son origine, est mentionné pour la première fois au concile de 499 21. » Ainsi les vingt-cinq tituli, sauf celui de Cyria que transféré à Sainte-Marie in via lata, se sont conservés à Rome grâce, en partie, à l'institution ecclésiasti que des cardin aux-prêtres. Ceux-ci exerçaient, dès le IVe, des fonctions qu'on peut comparer à cel les des curés. Il en était pour les plus anciens tituli comme pour les plus anciennes catacombes, leur vocable était tiré du nom du fondateur ; c'est plus tard qu'on y substitua les noms de martyrs ou de saints et l'emploi du terme sanctus ne devint obligatoire que depuis le Ve, mais on a toute raison de soupçonner que les tituli existaient en majorité au IVe et que certains parmi eux remontent même au Me.
Des indi ces qui ne sont pas négligeab les favorisent cette opinion. C'est ainsi que nous voyons des tituli restaurés ou même reconstruits au début du Ve ; ils existaient donc depuis longtemps déjà. Le choix de leur emplacement apporte un autre indice : car les « titres » se tiennent en général loin du centre de la ville, abandonné aux monuments de la vie publi que païenne. Par exemple la région du Temple de la Paix ne possède qu'un titre, éloigné du Forum ; le Forum romain et le Palatin n'ont aucun titre ; la région du Cir que Maxime n'en a également qu'un, le Titulus Anastasiœ et elle le doit à la résidence impériale devenue chrétienne sur le Palatin. Tous les autres titres presbytér aux doivent être cherchés [« dans une même zone, qui s'éloigne assez peu, à droite et à gauche du mur de Servius Tullius » : ce sont les quartiers qui, à la lumière des découvertes archéologiques, nous apparaissent, dans la Rome du Me, « en plein épanouissement :...c'est sur cette bande relativement étroite qu'était obligée de vivre pres que toute la population romaine, resserrée qu'elle était entre la verte ceinture des grands parcs, propriétés impéria les, d'une part, et d'autre part, le centre de Rome, quartier de la vie publi que où les bâtiments officiels laissaient peu de place aux simp les maisons d'habitation » '.
Le nom même des titres, tituli, nous invite, lui aussi, à remonter vers la même épo que : litulus, c'est le titre de propriété immobilière, et par extension la tablette de marbre portant le nom du propriétaire que les maisons romaines présentaient, bien en vue, en guise de numéro 2. Les titres romains portent sur les plus anciens documents non celui d'un saint patron, comme il deviendra de règle à partir de la deuxième moitié du IVe, mais celui de simp les particuliers : sans doute des chrétiens généreux qui avaient fait don à l'Église d'un immeuble utilisé pour les réunions liturgiques : ce « mode primitif de propriété, certainement antérieur à la législation constantinienne, indi que que l'organisation titulaire a été établie... à une épo que où la propriété ecclésiasti que n'existait pas de plein droit,... avant les dernières confiscations, c'est-à-dire au plus tard à la fin du Me 3 ».
L'analyse des monuments a, dans plusieurs cas privilégiés, permis de confirmer cette induction (cidessous, XI. Chronologie des églises de Rome).] IX. Les églises non titulaires dans Rome. — Toutes les églises de Rome n'avaient pas le titre de paroisses et cette circonstance n'enlevait rien à leur éclat. C'est ainsi que la basili que qui occupait le premier rang entre toutes les églises était le Latran (voir Dictionn., t. vm, à ce nom), où le pape avait sa chaire. Venait ensuite la basilica Liberii, aujour d'hui Sainte-Marie-Majeure (voir Dictionn., t. x, à ce nom) qui remontait au pontificat de Libère (voir Dictionn., t. ix, à ce nom) (352-366) : Hic fecit basilicam nomini suo juxta macethim Libiœ ; reconstruite sous Sixte III : Hic fecit basilicam sanctœ Mariœ, quœ ab antiquis Liberii coqnominabatur, juxta macelluin Libiie, ubi et oblulit hoc. A l'origine de cette basili que, la légende médiévale attacha un miracle dont le Liber pontificalis ne dit rien, pas plus d'ailleurs que le pape Sixte dans la longue dédicace épigraphi que en vers. Rappelons d'un mot que le récit d'un emplacement marqué par une couche de neige au début du mois d'août n'obtenait pas l'acquiescement de la commission instituée par Benoît XIV, en 1741, pour la réforme du bréviaire. En conséquence, elle demandait la radialion des leçons qui relatent le miracle et l'abandon du vocable Sancta Maria ad Nives, pour le retour à celui de Dedicatio sanctœ Mariœ.
Une troisième église portait le nom de Basilica Jérusalem ou Sessoriana ou encore Heleniana. Elle remontait au règne de Constantin qui l'avait établie dans une salle du palais habité par sa mère : Fec ;Y basilicam in Palatio Sessoriano, ubi etiam de liqno sanctœ crucis Domini nostri Jesu Christi... quœ cognominatur us que in hodiernum diem Hierusalem.
Sur l'Esquilin et non loin de la basili que Libérienne se trouvait une basili que fondée, entre 471 et 483, par le magister militum Valila ; l'édifice ap partenait à la famille des Junius Bassus ; elle portait le vocable de Sanctus Andréas in catabarbara ; elle n'existe plus.
Parmi les églises de cette catégorie, il faut mentionner encore pour la période des ive et ve sièc les : la basilica Julia élevée par le pape Ju les Ier dans la 7e région près du forum de Trajan, restaurée vers 561 par les papes Pelage II et Jean III, consacrée aux apôtres Philippe et Jacques (aujour d'hui des Douze Apôtres) ; la basili que de Saint-Etienne et de SainteBibiane sous le pape Simplice (468-483), la première dans la 2e région, sur le Cœlius, dans le Macellum magnum, la seconde sur l'Esquilin, près du Palatium Licinianum, toutes les deux encore existantes ; il en est de même pour Sainte-Agathe-des-Goths (voir Dictionn., t. i, au mot Ariens) et la basilica Theodorœ dont on ignore l'emplacement, et qui existait en 418 4.
En plus de ces églises, il faut rassembler les noms de quelques autres qui nous sont connues par les Itinéraires. Le De locis sanctis martyrum quœ sunt foris civitalis Romœ 5 contient un chapitre final intitulé : Istœ vero ecclesiœ intus Romœ habentur, qui mentionne vingt et une basiliques et laisse en blanc la place de cinq autres. Parmi ces églises du VIIE, on trouve mentionnées : Sancta Maria Antiqua, au Forum (voir Dictionn., t. v, à ce nom) ; Sancta Maria Rolonda (le Panthéon, depuis le commencement du VIIE) ; les Saints-Côme-et-Damien ; SaintHadrien (aussi depuis le commencement du vii siècle) ; Saint-Georges au Vélabre ; Saint-Michel archange ' : très vraisemblablement l'église des Saints-Michelet-Magnus, près Saint-Pierre, agrandie par le pape Symma que et dotée par lui d'un escalier ; enfin Saint-Boniface s, martyr, où, d'après la liste, » repose le corps du saint martyr ». On lit : Basilica Boni/acii marlyris, ubi ipsi dormit.
Ces églises sont, avec cel les que nous avons déjà citées, les plus importantes de l'épo que, situées dans la ville même et qui ne sont pas des « titres » presbytér aux. Sans être des paroisses au sens des « titres », c'étaient des centres où s'exerçait le ministère pastoral, où on distribuait les sacrements, où se réunissaient enfin des assemblées liturgiques régulières 9.
Il faut établir une distinction entre ces églises urbaines et les chapel les funéraires, lieux de culte situés en dehors de la ville et qui avaient été affectées aux martyrs les plus populaires de la communauté romaine. Cel les-ci non plus n'étaient pas des tiluli, mais on les désignait couramment sous le nom de basilicœ cœmcteria les : el les formaient une autre série de lieux de culte très renommés ap partenant à l'administration ecclésiasti que de la cité.
X. Les églises funéraires hors de Rome. — Au delà de l'enceinte d'Aurélien, il n'est plus question de « titres », mais d'églises élevées le long des différentes voies d'accès à Rome. A peine est-il besoin de rappeler la loi qui interdisait l'inhumation des cadavres dans l'intérieur de la ville ; c'est au delà des murs qu'on enterrait les martyrs sur la tombe desquels la foi et la piété chrétiennes devaient s'empresser d'ériger des édifices dont certains prirent dès avant la paix de l'Église le nom de cella (voir Dictionnaire, t. II, col. 2894, fig. 2287) ou d'oratoire (voir Dictionnaire, t. XII, col. 2346). Constantin croyait « sa gloire » intéressée à ce que ces édifices prissent des proportions et une magnificence auxquelles ne s'appliquait plus le titre de cella et il fit bâtir, sur des tombes vénérées, les basiliques de Saint-Pierre au Vatican, de Saint-Paul sur la voie d'Ostie, de Saint-Laurent-hors-les-Murs, de Sainte-Agnès-hors-les-Murs et des Saints-Marcellin-et-Pierre sur la voie Labicane. Ces églises funéraires offraient entre elles une certaine similitude de plan nécessitée par la conformité de leur destination. En effet, elles s'élevaient au-dessus de la tombe sainte dont elles respectaient la position, en sorte que le maître-autel surmontait la sépulture. Comme il n'arrivait pas qu'un martyr fût enterré isolément, mais toujours parmi une agglomération de tombes, il arriva que ces églises, que nous appelons funéraires, étaient, en réalité, des églises cimetières, et nous pouvons les désigner en suivant l'ordre des voies romaines, à commencer par le nord.
Nous ne mentionnerons ici que les églises nommées par le Liber pontificalis pour la période rédigée vers 530 ; nous pourrions, il est vrai, ajouter que le Liber serait susceptible d'être complété par les anciens Itineraria du VIIe, où on trouverait la mention de quelques églises très anciennes. Nous suivons ici la direction : nord, ouest, sud, est.
1° Voie Cornélienne : basilique de Saint-Pierre, construite par Constantin sous le pontificat de Silvestre Ier, restaurée par Léon Ier et pourvue d'un baptistère par Damase Ier.
2° Voie Aurélienne : église Saint-Pancrace, érigée par le pape Symmaque ; — église de Sainte-Agathe du Transtévère, près de Saint-Chrysogone, construite sur la maison de saint Grégoire II, vers 725.
3° Voie de Porto : la basilique Julia, construite par le pape Jules Ier, au troisième mille sur le Cœmeterium ad Insalalos.
7° Voie Latine : la basilique de Saint-Étienne fondée sous Léon Ier et retrouvée de nos jours.
8° Voie Labicane : la basilique des Saints-Marcellin-et-Pierre, près du mausolée d'Hélène (Torre Pignattara).
9° Voie Tiburtine : la basilique de Saint-Laurent-hors-les-Murs. Constantin l'avait fait construire au cimetière de Cyriaque dans l'Ager veranus. Sixte III y rattacha une basilica maior tandis que l'ancienne prit le nom de basilica ad corpus (voir Dictionnaire, t. VIII, au mot Laurent). Plus tard le pape Félix III éleva dans le voisinage de ces deux églises une basilique de Saint-Agapit et le pape Simplice une basilique de Saint-Étienne.
10° Voie Nomentane : la basilique de Sainte-Agnès, élevée sous Constantin, souffrit des restaurations sous les papes Libère, Innocent et Symmaque ; leur successeur Honorius Ier la fit reconstruire plus tard.
11° Voie Salaria : l'oratoire de Sainte-Félicité (voir Dictionnaire, t. V, à ce nom) sur le cimetière de Maxime, construit par le pape Boniface Ier et restauré par Symmaque ; — la basilique de Saint-Saturnin sur le cimetière de Thrason. La grande catacombe de Priscille proche de cette route était signalée par une basilique érigée par le pape Silvestre et probablement remaniée par Jean Ier ; ses restes remarquables ont été de nos jours ramenés à la lumière (voir Dictionnaire, t. XIV, au mot Priscille).
12° Voie Flaminienne : la basilique de Saint-Valentin située presque à mi-chemin entre la porte Flaminienne et le pont Milvius ; cette basilique, de dimensions imposantes, avait été fondée par le pape Jules Ier, dans le voisinage immédiat du cimetière du saint, dans les rochers de Parioli. En 1888, on exhuma les fondations de cette basilique avec ce qui restait des colonnes et des tombeaux. C'était une basilique à trois nefs.
XI. Chronologie des églises de Rome. — [« Il ne s'est conservé aucun document qui permette de déterminer d'une façon certaine où se trouvaient, avant Constantin, les établissements chrétiens compris dans l'enceinte de Rome l. Il est possible, toutefois, d'arriver à quelques précisions fondées sur l'archéologie. Le nom porté, sur les plus anciens documents, par les titres presbytéraux suggère, nous l'avons dit, une origine antérieure à Constantin. » L'étude des monuments, là où il reste des vestiges de l'édifice primitif, a précisé, en les confirmant, les conclusions tirées de l'onomastique.
« Dans les titres de Clément, d'Anastasie, de Vizans (aujourd'hui Saint-Clément, Sainte-Anastasie et Saints-Jean-et-Paul), on a retrouvé les murs de maisons à plusieurs étages, les unes du IIe, les autres du IIIe, qui subirent toutes, au cours du IIIe, des remaniements profonds 2 ; par la suppression de murs de refend, ou même par la reconstruction partielle des étages supérieurs, on semble avoir voulu alors aménager les grandes salles de réunion où le culte liturgique fut célébré jusqu'aux grandes reconstructions du IVe et du Ve.
« Au titre d'Equitius (aujourd'hui Saints-Sylvestre-et-Martin-aux-Monts), la salle qui servit aux réunions liturgiques, sans modification aucune, jusqu'au VIe, existe encore, et son appareil permet de la dater du temps des Sévères 3.
« Dans les titres de Chrysogone et de Sabine (Saint-Chrysogone et Sainte-Sabine), les vestiges des sanctuaires primitifs retrouvés au cours de fouilles récentes, se rattachent au même type de constructions '. De même le surnom ad duas Domus, que donne le martyrologe hiéronymien au titre de Gaius (Sainte-Suzanne), indique une installation de fortune qui convient mieux au IIIe qu'à l'époque de la paix 2.
« A la fin du IVe, les titres de Crescentiana et de Pudens (Saint-Sixte et Sainte-Pudentienne) furent reconstruits et agrandis : leur fondation n'était donc pas récente 3.
« Ainsi donc sur vingt-cinq titres que Rome comptait au Ve, les neuf qui viennent d'être énumérés ne sont pas postérieurs aux premières années du IVe 4 ».
On peut risquer la même hypothèse pour huit autres églises, « créées avant le développement du culte des saints par des fondateurs » aux « noms sans éclat » • :
Titulus JEmilianœ — Quatre-Saints-Couronnés — Cyriaci = Saint-Cyriaque Fasciolœ = Saints-Nérée-et-Achillée — Lucinse = Saint-Laurent-in-Lucina Nicomedis = Saints-Pierre-et-Marcellin — Praxidee = Sainte-Praxède — Priscx = Sainte-Prisca — Tigridse = Sainte-Balbine « On peut y ajouter trois autres titres : ceux de Calliste et de Cécile (Saint-Calliste et Sainte-Cécile) en connexion avec les fameux cimetières du IIIe et le titre de Marcel (Saint-Marcel, qui date du début du IVe '). » La date de la fondation des autres titres est connue et doit être attribuée à des papes postérieurs à la paix constantinienne, d'après le Liber pontificalis, dont les informations, en pareille matière, fondées sur les documents officiels, deviennent dignes de foi '. D'après cette source, le pape Marc (336) fonda le titre qui a conservé son nom iuxta Pallacinis. Le pape Jules Ier (337-352) dédia une basilique iuxta forum divi Traiani qui porte aujourd'hui le nom des Douze-Apôtres et une autre au Transtévère (aujourd'hui Sainte-Marie du Transtévère), sans parler de trois basiliques cimetières hors les murs (au-dessus des catacombes de Saint-Félix, Saint-Valentin et Calépode.] Libère (352-355) fonde Sainte-Marie ad præsepe. Damase (366-384) constitue le « titre » qui porte son nom, devenu plus tard Saint-Laurent in Damaso, et construit la basilique de Saint-Sébastien ad catacumbas.
Sous le pape Sirice (384-398), les témoins épigraphiques attestent l'existence d'une memoria de Saint-Hippolyte in vico patricio. Le titulus Eusebii remonte probablement à la fin du IVe, car nous lisons [dans le martyrologe hiéronymien à la date du 14 août (xviii kal. sept.) : Eusebii tituli sui condiloris, ainsi que le titre connu aujourd'hui sous le nom de Saint-Pierre-aux-liens qui est désigné, au concile de 499, sous celui de titulus Apostolorum 8.
Sous le pape Innocent Ier (401-417), est créé « le dernier en date des titres romains », Saint-Vital, grâce à la générosité d'une riche Romaine, Vestina, inlustris femina. « Selon la coutume encore récente, le sanctuaire fut placé sous le vocable des saints Vital, Gervais et Protais ; mais selon l'usage ancien, le titre lui-même, c'est-à-dire le centre administratif et religieux, portait le nom de sa fondatrice : titulus Vestinœ ad sanctum Vitalem, dira-t-on encore au VIe 9. »] Saint Léon le Grand (440-461) fonde le monastère des Saints-Jean-et-Paul près de Saint-Pierre. Le pape Hilaire, son successeur (461-468), outre les oratoires toujours debout au baptistère de Latran dédiés à S. Jean-Baptiste, à S. Jean-l'Évangéliste et à la sainte Croix, en éleva un quatrième consacré à Saint-Étienne. Sous son pontificat ou sous celui de son successeur Simplicius (468-482), Flav. Ricimer fonda la basilique de Sainte-Agathe-des-Goths super Suburam ; sous ce même pape, Flav. Valila transforma une salle du palais de Junius Bassus en église de Saint-André. Ce fut encore Simplicius qui fit la dédicace de la basilique de Sainte-Bibiane et de Saint-Étienne au Cœlius.
A la fin du Ve appartient le document déjà mentionné d'un concile romain tenu en 499 où nous lisons les noms de vingt-neuf titres, par suite d'une augmentation apparente, car sous le pape Hilaire nous savons par le Liber pontificalis que : in Urbe vero Roma constituit... scyphos argenteos XXV per titulos, pens. sing. lib. X ; amas argenteas XXV pens. sing. lib. x ; calices ministeriales les l, pens. sing. lib. il. Dans les vingt-neuf titres du concile de 499, le titulus Romani s'explique par une erreur du copiste, le titulus Vizantis est le même que le titulus Pammachii et le titulus Laurentii est probablement celui de Damase. Enfin le titulus Nicomedis est identique avec Saint-Mathieu in Merulana. Le titulus Cyriaci n'est pas situé sur la voie Salaria, au nord des Thermes de Dioclétien, mais à l'intérieur même des Thermes et a dû être élevé à une époque où ces thermes commençaient à être abandonnés.
Pour suivre plus facilement les changements de nom des tituli, on peut se reporter au tableau suivant où ils sont classés suivant leur appartenance à l'une des sept régions.
Au commencement du VIe, le pape Symmaque (498-514) consacra Saint-André, près de Saint-Pierre, les Saints-Côme-et-Damien ad præsepe, Saint-Michel archange au viens palricius et Saint-Pancrace sur la voie Aurélienne. Le pape Félix IV (526-531) transforma la rotonde du templum Urbis en basilique des Saints-Côme-et-Damien et ordonna la restauration, après un incendie, de la basilique cémétériale de Saint-Saturnin sur la voie Salaria. Sous le pape Vigile (537-555) s'éleva, près de la voie Lata, le xenodochium de Bélisaire, près duquel existait peut-être dès l'origine l'église de Sainte-Marie in Sinodochio ; quant à l'église des saints Cyr et Julitte, on ne peut affirmer qu'elle remonte à ce pontificat. Ce fut probablement le pape Pelage (579-590) qui fit construire la basilique cémétériale de Saint-Hermès sur la voie Salaria. Un passage souvent cité de Grégoire de Tours nous apprend que, vers 580-590, il existait à Rome cinq églises dédiées à S. Laurent, parmi lesquelles il mentionne Saint-Laurent ad craticulam (in Panisperna) et Saint-Laurent in Pallacinis. A la dernière année du pontificat de Pelage se rapporte une mention épigraphique de l'église Saint-Menas, datée de l'année 589.
Le pontificat de S. Grégoire le Grand fait époque (590-604) dans l'histoire des églises de la ville de Rome. La fondation du monastère de Saint-André (-et-Grégoire) ad clivum Scauri est inséparable du souvenir du pape et de sa famille. Les monastères de Saint-Pancrace, au Latran, de Saint-Simmetrius, de SaintAndré-et -Lucie, l'église de Saint-Severano in Merulana sont mentionnés pour la première fois dans les écrits de S. Grégoire. Rappelons d'un mot le concile tenu en 595 qui nous a conservé les noms de vingt-quatre tituli, d'où celui de Sainte-Anastasie est exclu. On remarquera que, dès lors, au nom de les plus anciennes mentions de Saint-Césaire iu Palatio et de Saint-HTienne, près de Saint-Paul. Entre 608 et 610, Boniface IV (608-615) consacre le Panthéon d' Agrippa à Sainte-Marie ad martyres, il dédie la petite église de Saint-Ange au sommet du mausolée d'Hadrien. Le pape Honorius Ier (625638) fonda l'église de Saint-Apollinaire ad palmata, près de Saint-Pierre, le monastère des Saints-André et-Barthélémy près du Latran, la basili que de SaintHadrien dans l'ancienne salle du Sénat et la diaconie de Sainte-Lucie in silice. Sous le pontificat d'HonoRégion Concile de 499 Concile de 595 Vie d'Hadrien 1er Catalogue de Léon III Titre
I II
Sabinae Priscse Tigrida ? Fasciola :
S. Savinae S. Prisca ;
S. Balbina SS. Nerei et Achillei b. Prisc ;p b. Savinae martyris b. Aquila ; et Priscae S. Balbinœ 1 2 3 4 Crescentianae Aemilianae Pammachii ) Vizantis S. Sixti SS. IV Coronatorum SS. Johannis et Pauli S. Sixti SS. IV Coronatorum Pammachii SS. Johannis et Pauli b. \i :-,ti martiris et conf. Emiliana ;
Pammachii (>
III
Eusebii Clementis Equitii Nicomedis / S. Matthrei î Apostolorum S. Eusebii S. Clementis S. Silvestri SS. Marcellini et Pétri SS. Apostolorum S. Eusebii martyris b. Clementis b. Silvestri...sito in Ortea Apostolorum q. app. Eudoxi » ad vincula S. Eusebii b. Clementis b. Pétri q. app. Eudoxia ;
8 9 10 11 12 13 14 15 10 17
IV
Praxid* Pudentis Vestinae Cyriaci Gai S. Piaxedis S. Pudentis S. Vitalis S. Quiriaci S. Susannse S. Praxedis Pudentis = S. Pudentianse Cyriaci mart. b. Susannse mart. q. app. duas Domus b. Praxedis Pudentis b. Vitalis S. Cyriaci b. Susannae Lucinse S. Laurentii b. Laurentii mart. q. app. Lucinse 18 19 20 21 22
VI
Marcelli Damasi i Laurentii * Marci Anastasiae S. Marcelli S. Damasi S. Marci S. Marcelli via lata b. Laurentii q. app. Damasi b. Marci pontif. et conf. b. Marcelli ipsius martyris q. app.
Damasi b. Marci mart. atq. pont. b. Anastasise fondateur d'un « titre » fait place celui d'un patron. Des raisons archéologiques permettent de faire remonter au vie [ou au vne] siècle les églises de SainteMarie-Anti que, de Sainte-Marie-tn-Cosmedm, [SainteMaxie-in-via-Laîa, Saint-Théodore, Saint-Saba, SaintFé\ix-in-thermis-Traianis, Sainte-Marie-in-Cannapara »].
Aux dernières années du pontificat de S. Grégoire, coïncidant avec le début du VIIE, appartiennent rius fut composé un catalogue des églises cémétéria les inséré dans les Gesta regum Anglorum de Guillaume de Malmesbury 2 ; on y voit mentionnée pour la première fois l'église de Sainte-Tatiana.
XIV.
Georges au \ élabre. Ce fut Léon II qui construisit l'église Saint-Paul près de Sainte-Bibiane. La notice du pape Serge Ier (687-701) rappelle une restauration de l'église Sainte-Euphémie dont l'origine remonte au commencement du VIIE ou plus haut encore. Le Catalogue de Salzbourg, compilé dans la deuxième moitié du VIIE, contient, pour la première fois, les noms des Sain ts-Boniface-etAlexis, et celui de Saint-Anastase ad aquam Salviam. On peut encore attribuer au vnc siècle, d'après les caractères archéologiques, Sainte-Marie in Capitolio et SaintThéodore.
Au VMe, sous le pontificat de Grégoire II (715731) on rencontre la première mention du monastère de Sainte-Agnès ad duo furna et la diaconie de SaintEustache. Le pape Grégoire III (731-742) renouvela et agrandit l'oratoire des Saints-Serge-et-Bacchus près de Saint-Pierre, ainsi que l'oratoire de Sainte-Marie in Aquiro et l'église de Saint-Calliste au Transtévère. Dans sa constitution synodale de 732 on parle pour la première fois des deux monastères dépendants de Saint-Pierre, qui sont Saint-Martin et SaintÉtienne cata Galla palricia. Une tradition peu sûre attribue au pape Zacharie (741-752) la fondation du monastère de Sainte-Marie-au-Champ-de-Mars. Le pape Etienne II (752-757) restaura la basili que a longis lemporibus diruta de Saint-Laurent super S. démentent ; il fonda l'église de Sainte-Pétronille près de Saint-Pierre et le monastère de Saint-Élienne de agulia. Le même pape construisit en 755 la basili que de Saint-Ange in Pescheria.
Paul Ier fonda l'église des Saints-Pierre-et-Paul in via sacra et probablement le monastère de SaintSilvestre in capite. La première mention de la chapelle de Saint-Laurent in Palatio ou du Sancta Sanctorum se lit sous Etienne IV (768-772).
La notice du pape Hadrien Ier (772-705) contient la mention de nombreuses églises et cel les-ci pour la première fois : Saint-Apollinaire, Saint-Félix in Pincis, SaintJean-devant-la-Porte-Latine, Saint-Laurent-arf TaureUum, Saints-Laurent-et-Hadrien, SainteMarie in eapul portici, Sainte-Marie-in Hadriano, Sainte-Martine, Saints-Serge-et-Bacchus in Capitolio, Saint-Silvestre près de Saint-Pierre, SaintEtienne Vagaudœ.
Dans l'Itinéraire d'Einsiedeln (vine siècle ou ixc), on lit pour la première fois les noms de Sainte-Agathe in diaconia, Saint-Antoine juxta infernum, SainteAgnès de agone, Saints-Jean-et-Paul au Janicule, Saint-Isidore, Sainte-Lucie in septem soliis, SainteMarie de Minerva.
Dans le catalogue des largesses de Léon III, en 806, voici encore des noms nouve aux d'églises : Saint-Abbacyr in xenodochio Valeriorum, Saint-Agapit ad Vincula, Sainte-Agathe in caput Ajricae, SainteAgathe in Tempulo, Saint-André juxta Sanclos Apostolos (de Biberatica) ; SaintAndré près de SainteMarie-Anti que ; Saint-André de massa Juliana ; SaintArchange du palais de Latran ; Saint-Basilide in Merulana ; Saint-Césaire in monasterio Corsarum ; Saints-Côme-et-Damien in xenodochio Tucio ; SaintDonat près de Sainte-Pris que ; Saint-Grégoire (de Nazianze) au Champ-de-Mars ; Saint-Hadrien juxta prœsepe ; SaintJean sur l'Aventin ; Sainte-Marie d'Ambroise (de Maxima) ; Sainte-Marie in Domnica ; Sainte-Marie in Julia ; Sainte-Marie de Lutara ; Sainte-Marie du milieu ; Sainte-Marie du monastère de Michel ; Sainte-Marie de Tempore ; Sainte-Marie in via Lala ; Sainte-Marie in xenodochio Firmis ; SaintPérégrin ; Saints-Serge-et-Bacchus in Callinico ; SaintEtienne in Dulciti ; Saint-Etienne près du Latran ; SaintVite in macello ; Saint-Vite in monasterio Sardorum.
Sous le pontificat d'Etienne V (816-817), on trouve la première mention de l'oratoire de Sainte-Barbe in Subura ; le pape Pascal Ier (817-824) fonda le monastère de Sainte-Agathe ad col les jacentes et reconstruisit celui de Saint-Serge de forma. Sous Grégoire IV (827-844), on lit la mention de l'église Saint-Abbacyr ad Alefanlum. Le pape Serge II (844847) restaura l'oratoire de Saint-Étienne de schola cantorum. Léon IV (847-855) crée la diaconie de SainteMarie-Nouvelle, qui remplace Sainte-Marie-Anti que, et reconstruit l'église de Sainte-Marie- ;/ ? Saxia. Une bulle de ce pape, du 10 août 854. donne pour la première fois les noms de Saint-Michel in Borgo, et de Saint-Zénon. Sous le pontificat de Jean VIII (872-882) fut décorée l'église de Sainte-Marie de gradellis.
XII. La popularité variable des maints titulaires. — On ne peut résumer les noti ces d'un catalogue, quel que attrayant qu'il soit pour un fervent des antiquités romaines. En le lisant, un érudit ' a noté, à l'intention des liturgistes, ce qu'il nous apprend sur la popularité diverse des saints patrons auxquels fuient dédiés oratoires et basiliques. C'est là un aspect de la dévotion romaine qui mérite d'être observé. La plupart de ces sanctuaires sont de fondation privée ' : la fréquence ou la rareté d'un vocable reflète évidemment le crédit dont jouissait le saint en question auprès du commun des Romains.
« Nous sommes aujour d'hui portés, lors que nous songeons aux saints des premiers temps ou du Moyen Age, à établir entre eux une sorte de hiérarchie, d'après l'efficacité avec laquelle il nous semble qu'ils continuèrent en ce monde l'œuvre du Christ, soit par leurs trav aux, soit par l'exemple de leurs vertus. Apôtres, grands missionnaires, martyrs illustres, docteurs et défenseurs de l'Eglise, initiateurs de la vie monasti que et religieuse, pénitents et ascètes héroïques marchent en tète du long cortège. Peut-être s'attendrait-on à ce qu>'. dans la capitale du monde chrétien, l'écho de ces glorieuses réputations, ait. de tout temps, dominé la renommée des saints que nous placerions aujour d'hui à un rang plus modeste. La vieille liturgie romaine nous donne, en effet, l'impression d'une dévotion grave, judicieuse, directement orientée vers l'essentiel, aussi peu sujette que possible à céder aux impulsions irraisonnées ou à subir le prestige de passagers engouements.
« Mais il faut se souvenir que les formu les où elle s'exprime, et d'après lesquel les nous la caractérisons, sont de très ancienne composition. Un grand nombre d'entre el les était déjà en usage au temps de S. Léon. Au contraire, le Sanctoral romain se forma lentement. Au petit groupe de martyrs loc aux, dont l'anniversaire commença d'être célébré dans la seconde moitié du mc siècle, s'ajoutèrent peu à peu d'autres noms : martyrs nouve aux et évèques, d'abord romains, puis étrangers, — plus tard encore, ascètes, vierges et saintes femmes, moines, clercs ou simp les laïques ayant vécu en réputation de haute vertu. Le catalogue s'accrut au gré des circonstan ces sans qu'on ait prétendu y voir une sélection raisonné », portant sur l'ensemble des saints dont pouvait se glorifier l'Église universelle, ou même simplement la le nom du patron est suivi de celui d'une famille ou d'un individu, le nom des fondateurs étant demeuré attaché à leur oeuvre. Dans eelte liste les noms de femmes dominent. communauté de Rome. Aussi le calendrier des anciens sacramenlaircs oflre-t-il, à côté de noms que nous jugerions aujour d'hui très obscurs, d'étranges lacunes. Et cependant il s'était constitué sous le contrôle de l'autorité, tandis que dans les donations, dans les fondations d'oratoires ou de monastères, de basiliques votives, la piété populaire manifesta plus librement à quels saints allaient ses prédilections. Il faut évidemment, même ici, faire la part des initiatives officiel les, mais, à mesure qu'on descend vers leTVloyen Age et que les exigen ces intellectuel les s'affaiblissent, on peut dire que chez les clercs aussi, même les plus élevés en charge, la dévotion s'éloigne de son anti que et austère simplicité. Sans oublier les mystères fondament aux, où se résume l'économie du salut, on se plaît aux récits merveilleux, on s'enthousiasme pour les thaumaturges, dont la renommée vient parfois de fort loin.
« On ne doit pas être surpris que les saints les plus honorés de Borne n'aient pas toujours été ceux que nous estimerions nous-mêmes les plus grands. Quelques apôtres seulement eurent des églises, et, sauf deux ou trois exceptions, en petit nombre et assez tard. Les Pères, tant orient aux que latins, n'apparaissent pres que pas. Les martyrs, vierges ou confesseurs, même romains, ne sont pas toujours ceux que l'on attendrait. Il y aurait grand intérêt à étudier cha que cas particulier. » XIII. Les SANCTUAIRES PLACÉS sous un vocable de saint. — ■< Les premières basiliques romaines que l'on ait désignées par le nom d'un saint semblent bien être cel les que fonda Constantin sur les tombes des plus célèbres martyrs romains : Saint-Pierre du Vatican, Saint-Paul-hors-les-murs, Saint-Laurent sur la voie Tiburtine, Sainte-Agnès sur la voie Nomentane, auxquel les il faut joindre la basili que du Sauveur au Latran, et, tout auprès, celle qui fut dédiée non à un saint personnage, mais à la sainte Croix.
« Les quatre grandes basiliques cémétériales remplacèrent-elles des sanctuaires érigés aux siècles précédents et portant déjà le même vocable ? C'est fort peu vraisemblable. Les tombes vénérées étaient certainement marquées par des monuments connus de tous les fidèles. Mais ces monuments, s'ils s'élevaient à la surface du sol — ce que nous ignorons — devaient être tout au plus de petits édicules, analogues, par leur forme générale et leurs dimensions, aux sépulcres païens — pourvus peut-être, dans un voisinage plus ou moins immédiat, d'un local où pouvaient prier les pieux visiteurs. La Iriclia récemment exhumée sous la basilique de Saint-Sébastien (voir Dictionnaire, t. xiv, au mot Pierre, col. 874, fig. 10201) nous donne une idée de ce que pouvaient être, lors que l'état des lieux permettait leur érection, ces modestes oratoires. Mais on ne saurait parler d'églises, au sens courant du mot...
« L'exemple de Constantin fut suivi. Des basiliques s'élevèrent rapidement dans les cimetières, au-dessus des tombes sacrées. D'autres furent bâties pour recevoir les corps saints ou les reliques transférées à l'intérieur de la cité, ou même, en l'absence de tout vestige matériel, pour honorer une mémoire glorieuse. De ces sanctuaires, plusieurs ont pu disparaître sans laisser aucun souvenir. D'autres, fondés dès cette époque, mais dont aucun document ne nous a conservé la date d'origine, n'apparaîtront qu'aux siècles suivants dans les textes ou inscriptions venus jusqu'à nous. Néanmoins, ceux qu'on peut, avec certitude, restituer aux ive et Ves, sont assez nombreux.
« Jules Ier (337-352) éleva, au cimetière de la voie Flaminienne, une basilique sur le tombeau de S. Valentin. Un peu plus tard, mais encore au IVe, on visitait sur le flanc du Viminal, une memoria sancti martyris Hippolyti.
« Damase (366-384) construisit, près du théâtre de Pompée, une nouvelle basilique, qu'il mit sous le patronage de Saint-Laurent, et une autre dédiée au même martyr, dans le cimetière de la voie Ardéatine, où il devait un jour reposer lui-même. Une phrase obscure du Liber pontificalis peut donner à croire que le même pape éleva sur la voie Appienne, ad Calacumbas, une basilique en l'honneur des apôtres Pierre et Paul, dont les corps avaient reposé en cet endroit. C'est l'opinion de Chr. Huelsen. Les fouilles récentes (voir Dictionnaire, t. xiv, au mot Pierre) ont cependant montré que la première basilique érigée ad Calacumbas existait avant le pontificat de Damase, puis que, dès 356-357, on en creusait le pavement pour y pratiquer des sépultures. Cet édifice du IVe était-il la basilique cémétériale de Saint-Sébastien, auquel, sous le pontificat d'Innocent Ier (401-417), deux prêtres dédiaient une inscription votive ? Il ne le semble pas, car les documents postérieurs l'appellent longtemps encore basilica apostolorum. Mais, comme le corps de S. Sébastien y était vénéré, et que les souvenirs apostoliques s'éloignaient de plus en plus, le vocable du soldat martyr finit par l'emporter définitivement.
« Au temps d'Innocent Ier (401-417), des moines apportèrent d'Alexandrie les corps des martyrs Cyr et Jean. L'église de Saint-Abbacyr Irans Tibcrim dut être aussitôt construite pour les recevoir. Du même temps sans doute, est l'oratoire encore existant qui marque, dit-on, au premier mille de la voie de Porto, le lieu où furent débarquées leurs reliques (SS. Cijri et Joannis extra portant Portuensem), devenu depuis le XVIe, par corruption du nom Sant' Abbaciro, Santa Passera.
« Le Liber pontificalis rapporte que Sixte III (432-440) fecit basilicam sancto Laurentio. J.-B. de Rossi et L. Duchesne croient qu'il s'agit de la basilica major de l'Agro Verano ; J.-P. Kirsch et Chr. Huelsen pensent qu'il s'agit au contraire de la reconstruction de l'ancien titulus Lucinæ qui sera désormais Saint-Laurent in Lucina. Parmi les souscriptions du concile romain de 499, nous trouvons encore le titulus Lucinæ. Mais il y a aussi un titulus (sancti) Laurenlii qu'il faut plutôt identifier avec le titulus Lucinæ qu'avec le titulus Damasi de la même liste.
« Dans la seconde moitié du Ve, le pape Simplicius (468-483) dédia sur l'Esquilin une basilique à Sainte-Bibiane, une sur le Célius à Saint-Étienne [-le-Rond], une autre à Saint-André [in Catabarbara] dans un palais légué par le Goth Valila (t 471), près de Sainte-Marie-Majeure.
« Une trentaine d'années plus tard, Symmaque (498-514) érigeait, près de Saint-Pierre du Vatican, une deuxième petite église en l'honneur de S. André. On dut à ce même pape Saint-Pancrace sur la voie Aurélienne ; près de l'ancien titulus Equitii, une basilique dédiée à Saint-Martin[-aux-Monts], et, près de Sainte-Marie-Majeure, un oratoire des Saints-Côme-et-Damien.
« La basilique de Saint-Martin fut, sans doute, la première qu'on éleva à Rome sous le patronage d'un simple confesseur. Mais la Vierge possédait depuis près de trois quarts De, une des plus belles églises de la ville, Sainte-Marie-Majeure. Libère (352-363) avait bâti sur l'Esquilin une basilique à laquelle, selon l'usage, il avait donné son nom : Hic fecit basilicam nomini suo juxta macellum Livise. Mais, après le concile d'Éphèse, où avait triomphé le dogme de la maternité divine, Sixte III (432-440) reconstruisit l'édifice et le plaça sous le vocable de Marie : Hic fecit basilicam sanctæ Marisæ, quæ ab antiquis Liberii cognominabatur.
« L'archange S. Michel avait aussi sa basilique. Elle était au moins du Ve, puis que Symmaque l'agrandit : ad archangelum Michael basilicam ampliavit.
« Au cours du VIe, le mouvement ne ralentit pas. Félix IV (526-530) restaura la basilique cémétériale de Saint-Saturnin , près de la voie Salaria. Il transforma en église, dédiée aux Saints-Côme-et-Damien, l'héroon de Romulus Augustule, au Forum. La basilique cémétériale de Saint-Hermès fut probablement élevée par le pape Pelage II (579-590). Vers le même temps, une inscription de 589 mentionne l'église de Saint-Mennas . Un peu plus tôt (vers 580), Grégoire, le futur successeur de Pelage, avait établi, dans sa maison paternelle et dédié à S. André, un monastère et une église (Saint-André in clivo Scauri), aujourd'hui Saint-Grégoire. Devenu pape, il convertit au culte catholique deux églises ariennes, qu'il consacra, l'une à S. Séverin *, l'autre aux Saints-Sébastien-et-Agathe (aujourd'hui Sainte-Agathe-des-Goths).
« La correspondance de S. Grégoire mentionne plusieurs sanctuaires qu'il n'est pas téméraire d'attribuer au VIe, même lorsqu'ils n'apparaissent que dans les dernières années du pontificat : le monastère de Saint-Symmétrius ; l'oratoire de Saint-Césaire et le monastère de Saint-Pancrace in palatio Lateranensi ; le monastère des Saints-Étienne-et-Césaire , près de Saint-Paul ; le monastère des Saints-André-et-Lucie *. L'église beati Felicis confessoris, dans laquelle Grégoire prononça une homélie, était sans doute celle de la voie de Porto.
« Vers le même temps, la basilique de Saint-Laurent in Panisperna, ou in Formoso, était connue de Grégoire de Tours. Enfin, d'après le style des peintures qui les décoraient, on peut aussi restituer au VIe l'oratoire de Sainte-Félicité et Sainte-Marie-Antique. Sainte-Marie in Cosmedin n'a du guère être plus récente que cette dernière ».
XIV. Chaque sanctuaire a un patron céleste. — « Ces églises votives se multipliant, depuis le deuxième quart du IVe, on en vint peu à peu à l'idée que tout sanctuaire devait avoir son céleste patron. Tel n'avait pas été, primitivement, le cas des tituli, ou églises paroissiales de Rome, dont un bon nombre remontaient au IIIe. On les considérait tous également comme « la maison du Seigneur », dominicum, sans établir de relation spéciale entre chacun d'eux et un saint particulier. Ils n'avaient d'autre nom que celui de leur fondateur ou du propriétaire de l'immeuble dans lequel on les avait aménagés.
« Cependant, dès le IVe, apparaissent les premiers indices d'une conception nouvelle. Dans le titre qu'il fonda près du théâtre de Pompée, Damase fit orner l'abside de cette inscription :
Hœc Damasus tibi Christe Deus nova tecta dicavi Laurenti saeptus martyris auxilio
« L'église a été construite pour le Christ. C'est à lui qu'elle est offerte, mais avec une pensée pour S. Laurent, dont Damase se déclare le protégé. Cependant elle ne prend, dans l'usage officiel, ni le nom du Christ, ni celui de S. Laurent ; on l'appelle titulus Damasi. Et lors que, au cours du VIe, la règle devint générale de placer toute église sous le vocable d'un saint, Damase l'emporta, au moins provisoirement, sur S. Laurent : au concile de 595, le Ut. Damasi est devenu le lit. sancti Damasi.
« Le titre qui nous apparaît le plus tôt, dans un document officiel, sous un vocable saint, est celui des Saints-Apôtres (Pierre et Paul) dont un prêtre souscrit en cette qualité au concile d'Éphèse (431). Le tit apostolorum (499) ou sanctorum apostolorum (595) était encore connu comme tel au IXe. Mais en même temps, et cela depuis le début du VIe, on lui donnait le nom de basilica a vinculis Pétri. A partir de l'an 1000, cette appellation devint la seule courante (Saint-Pierre-aux-Liens).
« Pour les autres, c'est entre les deux conciles de 499 et de 595 que s'accomplit la transformation. Comme nous l'avons vu à propos du titre de Damase, un certain nombre de fondateurs furent changés en saints patrons, ce qui entraîna, dans l'esprit populaire et chez les rédacteurs de vies de saints, maintes substitutions de personnes : les tituli Marcelli, Marci, démentis. Eusebii, Pudentis ou Pudentianœ, Praxedis, Sabinœ, Prisar. Anastasitr, Cecilise, Chrysogoni, Cyriaci deviennent les tit. sancti Marcelli. sancti Marci, etc. Le tit Julii devient le tit sanctorum Julii et Callixti.
« En d'autres cas, le fondateur disparaît complètement, pour faire place à un ou plusieurs saints de nom différent. Au début du Ve, une pieuse matrone, Vestina, fit construire dans le Vicus Longus, en l'honneur des martyrs milanais Gervais et Protais, une basilique que le pape Innocent Ier (401-417) dédia et érigea en titre. Ce fut le titulus Ycstinse (concile de 499). Le nom de la fondatrice éclipsa celui des patrons qu'elle avait donnés à la basilique, avant que celle-ci ne fut convertie en titre. Au cours du siècle suivant, on ne fit pas de Vestina une sainte, mais on mit le titre sous le vocable du martyr S. Vital (concile de 595).
« Par un procédé semblable, on eut, au lieu du titulus Aequitii (499), le titulus sancti Silvestri (595), nom déjà employé au début du VIe, sous le pape Symmaque ; au lieu du titulus Byzantin ou Pammachii (les deux noms sont employés simultanément en 499), le titulus sanctorum Johannis et Pauli (595) ; au lieu [de titulus Gai] (499), le tit. sanctœ Suzannæ (595) ; au lieu du Ut. Fasciolae (377, 499), le tit. sanctorum Nerei et Achillei (595). Enfin, trois titres apparaissent pour la première fois, au concile de 595, sous les patronages respectifs de S. Sixte, de Ste Balbine, des SS. Pierre et Marcellin.
« A notre connaissance, Rome possédait donc, dès la fin du VIe, plus de soixante sanctuaires portant un vocable de saint. Un petit nombre a disparu. Les autres, restaurés, remaniés, ou même entièrement reconstruits, ont prolongé jusqu'à nos jours le culte de leur éponyme. Titres ou basiliques de martyrs illustres, ils ont toujours été, à travers les siècles, les monuments essentiels de la Rome chrétienne ».
XV. Inégale popularité des saints patrons. — « Les uns n'obtinrent guère, dans la suite des temps, d'autres sanctuaires : les Ste Anastasie, Balbine, Bibiane, Constance, Félicité, Praxède, Prisque, Pudentienne, Sabine ; les SS. Chrysogone, Clément, Eusèbe, Gervais et Protais, Hermès, Marcel, Mathieu, Mennas, Nérée et Achillée, Philippe et Jacques, Quatre-Couronnés, Séverin, Symmétrius, Vital. On reconnaît, dans cette série, la plupart des fondateurs, plus tard transformés en martyrs, et dont, en dépit des passiones qui ne tardèrent pas à paraître, les fidèles ne savaient pas grand-chose.
« A quelques autres, un peu plus favorisés, on dédia plus tard une ou deux églises nouvelles : Ste Agnès possédait, avant la fin du Ve, l'église de la place Navone et un oratoire près de Ste-Praxède. Le Moyen Âge proprement dit n'en ajouta pas d'autres. De même, vers la même époque, les SS. Jean et Paul avaient un monastère près de Saint-Pierre et une église sur le Janicule, tandis que S. Félix n'avait sur le Pincio qu'une seconde basilique. Tous ces édifices ont aujourd'hui disparu. S. Pancrace avait, dès la fin du VIe, son église du Janicule et un monastère au Latran.
« Sur l'ensemble des patrons d'églises romaines que nous trouvons du IVe au VIe, ceux que la dévotion des siècles suivants ne dota guère de sanctuaires nouveaux furent donc les plus nombreux. Quant aux autres, si nous les rangeons d'après le nombre de basiliques ou oratoires qui leur furent consacrés jusqu'au début du XVe, nous obtenons la liste suivante : Marie, avec 94 sanctuaires ; le Sauveur, avec 44 ; S. Laurent, avec 33 ou 35 ; S. André, avec 32 ; S. Étienne, avec 28 ; S. Michel et Ste Lucie, avec 10 ; Ste Cécile, avec 9 ; S. Silvestre et les SS. Côme et Damien, avec 8 ; S. Pierre, avec 8, dont 2 en commun avec S. Paul ; S. Martin, avec 7 ; Ste Agathe et S. Césaire, avec 6 ; S. Cyr (Abbacyr), avec 5 ; S. Paul, avec 5, dont 2 en commun avec S. Pierre ; S. Sébastien, avec 4.
1. La Vierge. — « La Vierge vient en premier lieu. Nous avons déjà rencontré trois de ses sanctuaires. Elle en aura près de cent à la fin du Moyen Âge. Ce nombre est atteint par progression régulière, chaque siècle fournissant son apport.
« Au début du Ve, le pape Boniface IV (608-615) consacre à Marie la rotonde du Panthéon (Sancta Maria ad Martyres). Du VIIe sont également Sainte-Marie du Capitole ou in ara cœli, la diaconie de Sancta Maria in Aquiro et la petite église de Sancta Maria in Cannapara, construite au Forum, sur le côté ouest de la basilica Julia. Au-delà du Tibre, le titre fondé par Jules Ier, appelé au concile de 595 titulus SS. Julii et Calixti, apparaît vers le milieu du VIIIe, dans le catalogue de Salzbourg, sous le vocable de la Vierge : Basilica quæ appellatur Sanctæ Mariæ Transtiberis, ibi est imago Sanctæ Mariæ quæ per se jacta est.
« Vers 727, Ina, roi de Wessex, créait la schola Saxonum dont l'église fut reconstruite au milieu du IXe par Léon IV. Elle était dès lors dédiée à Marie, et sans doute depuis l'origine de la schola. Aux environs de 750, Étienne II rattache un hôpital à une diaconie qui existait déjà près de Saint-Pierre, sous le vocable de la Vierge (Sancta Maria in caput portici). Un peu plus tard, Hadrien Ier (772-795) érige, près du môle d'Hadrien, la diaconie de Sancta Maria in Transpadina. Vers le même temps, l'auteur de l'Itinéraire d'Einsiedeln note les deux églises de Sancta Maria in Domnica et de Sancta Maria in Minerva.
« Au début du IXe, parmi les églises enrichies par le pape Léon III, nous relevons sept nouveaux sanctuaires consacrés à Marie : Sancta Maria de Julia, ... de Lutara, ... Mediana, ... in monasterio Michaelis, ... in lempulo ou in tempore, ... in Via Lata, ... in xenodochio Firmis. Vers le milieu du siècle, Léon IV (847-855) fonde Sancta Maria Nova (depuis le XVIe, Sainte-Françoise-Romaine) pour remplacer Sainte-Marie Antique, qui menaçait ruine. Sous Jean VIII (872-884), un temple antique, au bas de l'Aventin, fut transformé en église et consacré à la Vierge : Sancta Maria in Gradellis.
« La plupart de ces sanctuaires, notamment ceux qui ont disparu, n'étaient que de modestes oratoires, de petits asiles de prière, tels que les pèlerins en rencontraient à chaque pas dans les vieilles rues de la cité apostolique. Sanctum Clementem, quæ a diuiurnis temporibus diruta manebat. Étienne III, en 768, reçoit le sous-diaconat et le diaconat dans l'oratoire de sanctus Laurentius intro patriarchium, le célèbre Sancta Sanctorum. Hadrien Ier (772-795) répare ou rebâtit Sanctus Laurentius in Pallacinis, sanctus Laurentius ad Taurellum et le monastère des Saints-Hadrien-et-Laurent.
8. Sainte-Cécile. — « Dès le Ve, on célébrait sa fête au 22 novembre, dans le titulus (sanctæ) Ceciliæ du Transtévère. Il semble que l'on ait attendu assez longtemps pour élever à la sainte de nouveaux sanctuaires. Pascal Ier (817-824) construisit un monastère in honore S. Agatae et Ceciliæ.
9. Saint-Silvestre. — « Dès la fin du Ve, on mettait sous son patronage le titulus Equitii. Vers le milieu du VIIe, le pape Théodore (642-649) fonde, dans le palais du Latran, un oratoire dédié à son illustre devancier. La diaconie S. Silvestri prope S. Petrum est mentionnée dans la biographie d'Étienne II (752-757). Paul Ier (757-767) établit dans sa maison paternelle un monastère en l'honneur des SS. Étienne et Silvestre qui ne porta bientôt que le nom de ce dernier et dont l'église, plusieurs fois refaite, existe encore (Saint-Silvestre in Capite).
11. Saints-Pierre-et-Paul. — « Les patrons de l'Église romaine eurent, en commun, deux ou trois églises. Pierre en eut cinq ou six en propre, et Paul deux seulement. Il ne faut pas conclure que S. Pierre venait, dans la piété des Romains, après S. Étienne, S. André et tous les saints que nous avons déjà nommés. Mais son culte était concentré dans la grande basilique Vaticane, auprès de son tombeau. C'était, et de beaucoup, le sanctuaire le plus vénéré de Rome, celui qui attirait, des extrémités du monde chrétien, un incessant concours de pèlerins. Il éclipsait d'avance toute autre église que l'on aurait pu avoir l'idée de dédier au prince des apôtres. La présence d'une relique insigne put seule achanter Saint-Pierre-aux-Liens, placé d'abord sous le vocable des apôtres (Pierre et Paul). Vers le milieu du Ve, le pape Paul Ier (757-767) avait fait construire au Forum, près du temple de Rome, un petit sanctuaire en l'honneur des SS. Pierre et Paul, lequel disparut de bonne heure.
« On ne pouvait davantage multiplier les sanctuaires dédiés à S. Paul. La basilique de la voie d'Ostie exerçait trop d'attraction. Léon II (682-684) éleva, près de Sainte-Bibiane, une église sous le vocable de l'apôtre, pour y recevoir les corps des SS. Simplieius, Faustinus et Béatrix. Elle avait disparu avant le Xe.
15. Saint-Cyr, ou Abbacyr, fut encore le patron de trois autres églises ou oratoires. Léon III (806) dota l'oratoire de S. Abbacyri in xenodochio qui appellatur a Valeriis. Dans la biographie de Grégoire IV est citée une église de S. Abbacyri et Archangeli ad Elephantum.
16. Saint-Sébastien. — « S. Sébastien fut toujours très honoré dans sa basilique de la voie Appienne. On ne lui trouve un deuxième sanctuaire qu'au Xe. Il faudrait ajouter qu'à Sainte-Agathe-des-Goths et plus tard à Saint-Georges du Vélabre, S. Sébastien avait été nommé comme deuxième patron par les fondateurs. Mais, dans aucun des deux cas, son nom ne fut retenu par le peuple ».
XVI. Éponymes signalés pour la première fois, entre 601 et 816. — « L'Itinéraire d'Einsiedeln, les biographies d'Hadrien Ier et de Léon III, dans le Liber pontificalis, sont les principaux documents qui nous permettent de dresser un état, sans doute à peu près complet, des églises que possédait Rome au début du IXe. Mais ces textes, postérieurs au milieu du Ve, mentionnent des édifices qui pouvaient être de fondation déjà ancienne et remonter au moins au VIIe. Il nous serait donc impossible de dresser, même en nous contentant d'une exactitude approximative, une ligne de démarcation entre les sanctuaires érigés au Ve et ceux du siècle précédent.
1. Saint-Jean. — « Du Ve au IXe, nos documents font apparaître une trentaine de nouveaux saints à qui l'on dédie des églises. La plupart d'entre eux ne furent titulaires que d'un sanctuaire unique. Quelques autres, au contraire, jouirent d'une faveur plus grande et, bien après le IXe, on continua de leur élever basiliques et oratoires. Ce fut le cas pour les deux Jean, le Précurseur et l'Évangéliste. Il est parfois impossible de distinguer auquel des deux avait été primitivement consacrée telle église appelée Saint-Jean. La dévotion populaire confondit souvent les deux homonymes. C'est certainement en l'honneur de l'Évangéliste qu'avait été construite l'église de Saint-Jean ante portam Latinam, qui tombait déjà en ruines (ruinis prœventam) à la fin du Ve, lors que Hadrien Ier (772-795) la restaura. Les faits sont moins clairs pour sanctus Johannes in Mica Aurea, mentionné dans l'Itinéraire d'Einsiedeln, et pour sanctus Johannes in Aoenlino, cité dans la biographie de Léon III.
« De même que les deux S. Jean, neuf autres saints, qui apparaissent pour la première fois entre le Ve et le IXe se virent encore dédier des églises bien après cette dernière date.
« Dans l'oratoire dit des Quarante-Martyrs au Forum, quelques-unes des fresques illustrent la vie de S. Antoine, premier ermite. Peut-être le petit sanctuaire était-il sous son vocable ? Un autre oratoire lui était consacré dans l'atrium de Sainte-Marie-Antique (ruiné vers l'an 1000).
« L'église de Saint-Vit in Macello (aujourd'hui Saint-Vit ad Lunam) et celle de Saint-Vit in monasterio Sardorum participèrent aux largesses de Léon III.
5. Saint-Apollinaire. — « Honorius Ier (625-638) fonda un oratoire en l'honneur de S. Apollinaire, dans le portique de Saint-Pierre (détruit en 1610). L'église actuelle de Saint-Apollinaire est déjà mentionnée dans la biographie d'Hadrien Ier (772-795).
6. Sainte-Pétronille. — « L'oratoire fut érigé dans le mausolée qui flanquait le côté sud de la basilique Vaticane, par Étienne III (752-757).
9. Saints-Serge-et-Bacchus. — « Les martyrs syriens Serge et Bacchus eurent, à Rome, quatre sanctuaires, dont aucun ne semble avoir été élevé postérieurement au Ve. Grégoire III (731-741) restaura la diaconie des Saints-Serge-et-Bacchus érigée près de Saint-Pierre . Hadrien Ier (772-795) en reconstruisit une autre du même nom, qui était située sub Capitolio . Pascal Ier (817-824) restaura le monastère des SS. Serge et Bacchus de Forma . Ces trois édifices étaient donc déjà anciens à la fin du VIIIe. En 806, Léon III fit des dons au sanctuaire des SS. Serge et Bacchus de Subura . Après avoir jeté un vif éclat dans la période où Rome fut la plus ouverte aux influences byzantines et orientales, le culte des deux martyrs ne semble pas avoir suscité de fondation nouvelle durant le Moyen Âge proprement dit. L'unique sanctuaire des saints qu'il nous reste à énumérer fut également antérieur au IXe.
10. Saint-Euplus. — « L'oratoire de ce saint, hors de la porte de Saint-Paul *, avait été fondé par le pape Théodore.
11. Saint-Érasme. — « Le monastère de Saint-Érasme * sur le Celius, existait au moins dès la première moitié du VIIe, car le pape Adéodat (672-676) y avait été élevé.
12. Sainte-Euphémie. — « L'église de Sainte-Euphémie * déjà ancienne au temps de Serge Ier (687-701) fut restaurée par ce pape.
« Le monastère en l'honneur des SS. Étienne et Silvestre (S. Silvestre in Capite), que Paul Ier fonda dans sa maison paternelle, semble avoir été précédé d'un sanctuaire que le frère et prédécesseur de Paul, Étienne II (752-757) avait érigé, à son retour de France, en l'honneur des trois saints parisiens (species decorala sicul in Francia viderai).
18. Saint-Sabas. — « Le monastère de l'Aventin existait peut-être dès le VIe. Aux siècles suivants, il apparaît d'abord sous le nom de Cetla Nova, auquel se joint, dans la notice d'Hadrien Ier, celui de Saint-Sabas, destiné à l'emporter dans la suite.
10. Saint-Victor. — « Au Ve, le monastère fondé par S. Grégoire, près de Saint-Pancrace, porte parfois le nom de Saint-Victor *.
20. Sainte-Martine. — « La basilique de Sainte-Martine, aménagée dans le Secrelarium du Sénat, est mentionnée pour la première fois dans la notice d'Hadrien Ier '.
21. Saint-Isidore. — « Une église en l'honneur de S. Isidore * est mentionnée dans l'Itinéraire d'Einsiedeln et dans la notice de Léon III.
22. Saint-Justin. — Ansa, femme du roi Didier, fonda vers 770, dans le voisinage de Saint-Pierre, une église en l'honneur de S. Justin *.
23. Saint-Pérégrinus. — « L'oratoire de ce saint, près du Vatican, est cité dans la notice de Léon III.
24. Saint-Grégoire-de-Nazianze. - « L'oratoire du saint in Campo Marlio * figure parmi les églises dotées par Léon III.
25. Saint-Agapit. « De même le monastère du saint ad Vincula * près de Saint-Pierre-aux-Liens.
27. Conclusion. -- « 1° Les saints qui obtinrent pour la première fois un sanctuaire à Rome entre le VIe et le IXe furent surtout des martyrs étrangers, notamment des orientaux. A peine trouvons-nous parmi eux huit Romains avec neuf églises ou oratoires. 2° Mais leur culte n'implanta pas de fortes racines dans le sol romain. Aux siècles suivants, la plupart d'entre eux ne furent honorés d'aucune nouvelle fondation et virent même leur unique sanctuaire tomber dans l'oubli » 2.
XVII. Notices des églises de Rome suivant l'ordre alphabétique. Bibliographie. — Afin de condenser le plus possible les indications bibliographiques données aux § XIX sq... on a abrégé les titres de plusieurs ouvrages d'information générale dont on ne donnera que le nom de l'auteur suivi du chiffre de l'édition et de celui de la page du volume. Les noms d'auteurs et titres d'ouvrages vont être donnés ici pour quelques-uns des écrits les plus souvent cités.
P. Adinolfi, Roma nel l'età di mezzo, 2 vol. in-8°, Roma, 1881-1882 ;
G. Alveri, Délia Roma in ogni stalo, 2 vol., Roma, 1664 ;
D. Angeli, Chiese di Roma. Guida storica e artistica, in-16, Roma, 1903 ;
M. Armellini, Le chiese di Roma dalle loro origini fino al secolo VII, in-8°, Roma, 1887 ; Le même, Le chiese di Roma dal secolo IV al XIX, 2e édition accresciuta e migliorata, in-8 », Roma, 1891 ;
Jo. Ant. Brutius, Theatrum Romanse urbis sive Romanorum sacrée ;v des (Mss. in Archivio Vatic, Mise. Arc, toini i-xxii) soit 26 volumes contenant l'histoire de toutes les églises de Rome ;
G. Fr. Cecconi, Roma sacra e moderna già descritta dal Panciroli ed accresciuta da Fr. Poslerla, Roma. 1725 ;
Jo. Ciampini, Vetera monumenla in quibus prsecipue musiva opéra saerarum profanarum que sedium, structura ac nonnulli anti qui ritus dissertationibus iconibusqué illustrantur, 2 » vol. in-fol., Romse, 1690-1699 ; Le même, De sacris œdificiis a Constantino Magno constructis si/nopsis brevis hislorica, in-fol., Romœ, 1693, 1697, 1747 ;
L. Duchesne, Le « Liber pontificalis », 2 vol., in-4°, Paris 1886-1892 ;
V. Forcella, Iscrizioni délie chiese e di allri ediftzi di Roma dal secolo ai fino ai giorni nostri, 14 vol. in-4°, Roma, 1869-1884 ; le tome xiv contient l'index de tous les noms individuels et géographiques ;
Chr. Huelsen, Le chiese di Roma nel medio evo, Cataloghi ed appunti, in-8°, Firenze, 1927 ;
P. Fr. Kehr, Regesla pontificum Romanorum, in-8°, Berolini, 1904 ;
R. Krautheimer, Corpus basilicarum christianarum Romœ, Cité du Vatican, en cours de publication depuis 1937 ;
Aug. Lubin, Abbatiarum Italise brevis notitia, Romse, 1693 ;
F. Martinelli, Roma ex ethnica sacra SS. Pétri et Pauli aposlolica prvdicatione profuso sanguine, in8°, Romse, 1653 ;
H. Marucchi, Eléments d'archéologie chrétienne. m, Basiliques et églises de Rome, in-8°, Paris, 1902 ; 2e édit., 1907 ;
Th. Mommsen, Libri pontificalis pars prior, in-4°, Berolini, 1898 ;
Ant. Nibby, Roma nell unno MDCCCXXXVIII, in-8°, Roma, 1839 ;
O. Panciroli, / tesori nascoti nell' aima cittù di Roma, in-8« , Roma, 1600 ; 2 » édit., Roma, 1625 ;
O. Panvinio, De prœcipuis Urbis Romse sanctioribus que basilicis, quas septem ecclesias vulgo vocant, liber, in-8°, Romse, 1570 ; Le même, Le sette chiese principali di Roma, tradotle da M. Marco Antonio Lanjranchi, in-8°, Roma, 1570 ; in-8°, Venezia, 1575 ;
C. B. Piazza, Eortologio, ovvero le sacre stazioni romane e feste mobili, loro origine, rito e venerazione nella Chiesa romana, in-8°, Roma, 1702 ; Le même avec les notes de Fr. Ant. Zaccaria, Roma, 1780, 1858 ;
P. de Sebastiani, Viaggio sacro e curioso délie chiese più principali di Roma, ove si nota il più bello délie pitture, sculture ed altri ornamenti, Roma, 1683.
M. Atilio Serrano, De septem Urbis ecclesiis, una cum earum reliquiis, stationibus et indulgentiis, Romse, 1575 ; in-8°, Colonise, 1600 ;
Jo. Severano, Memorie sacre délie sette chiese di Roma, e di allri luoghi chc si trovano per le slrade di esse. Parte prima in cui si traita dell' anlichitù di dette chiese : di quello chc era già nei sili loro ; délie jabbriche. ornamenti, donazioni jatte aile medesime, délia reliquie che vi sono : e délia venerazione, che a quello hunno avuto tulle le nazioni del mondo ; parlicolarmente l'impolentati délia Cristianilà : li Sommi Pontifici e i Sanli chr l'hanno visitate. Parte seconda, in cui si trotta di visitare le sette chiese, in-8°, Roma, 1630 ;
Fr. M. Torrigio, / sacri trofei romani, Roma, 1644 ;
Le même, Sacro pcllegrinaggio délie i V chiese nell' anno del giubileo. in-12°, Roma, 1625 ;
P. Ugonio, Historia délie stationi di Roma che si celebrano la quadrigesima, di P. Ugonio, etc., Dove ollre le vite de' Santi aile chiese de' quali e stalionc. si traita délie origini, fondationi, siti, restaurationi, ornamenti, etc., Roma. 1588.
Rome. - Le nombre et l'importance des édifices religieux à Rome pour la période qui s'étend du IVe jusqu'au XVe donne à l'architecture chrétienne, dans cette ville, une réelle importance. Non, certes, que la basilique puisse rivaliser comme grandeur et comme richesse, moins encore comme science architecturale avec les monuments de l'architecture dite gothique, née, grandie et glorifiée sur le sol et grâce au génie français, mais ce n'est pas de cette question qu'il s'agit ; la basilique, dans sa régularité et sa pesanteur, a été interprétée maintes fois sur le sol romain, ce qui lui a valu une sorte de variété au sein de sa monotonie. Entre le IVe et le IXe, cette construction est demeurée le type unique et exclusif de l'église chrétienne. Rome semble avoir dressé une cloison étanche que l'architecture lombarde, pas plus que la gothique, n'ont réussi à traverser, sauf à Sainte-Marie-sur-la-Minerve. Les monuments conservés et qui permettent d'établir de façon à peu près certaine l'origine et le développement historique du style basilical romain offrent un véritable intérêt tant pour le plan que pour le parti constructif, qu'on peut arriver à ressaisir par certains détails, comme le nombre des nefs, le transept, la disposition de l'abside, l'atrium sans narthex, les colonnes, la disposition des fenêtres, les galeries surmontant les nefs latérales. Tous ces éléments de la basilique sont-ils essentiellement romains ? On l'a affirmé, faute, peut-être, d'avoir institué des rapprochements assez nombreux, à moins qu'il ne faille tenir pour romain ce qui était constantinien et trouvait son expression à Byzance, en Palestine et ailleurs sous l'ingénieux effort des architectes qui s'employaient à réaliser les conditions les meilleures pour faciliter les réunions liturgiques '. N'est-ce pas trop réduire la part de l'influence orientale que de ne lui accorder que le pulvinaire, les chapiteaux et les deux absides latérales ? Les galeries surmontant les nefs latérales n'existent pas à Sainte-Marie in Cosmedin, mais seulement dans les basiliques cémétériales, construites à ciel ouvert au-dessus des catacombes, à Saint-Laurent-hors-les-Murs et à Sainte-Agnès sur la voie Nomentane.
La richesse mobilière de ces basiliques peut alimenter des inventaires, elle apprend peu de chose au point de vue artistique. La profusion des métaux précieux allait-elle de pair avec leur mérite artistique ? On aurait bien quelques raisons d'en douter lors que, à défaut des objets eux-mêmes que leur valeur métallique a condamnés à la fonte, on juge de cet art par les débris qui nous en sont parvenus ou par les objets de moins de valeur intrinsèque que le temps a épargnés. Quoiqu'il en soit, il faut, pensons-nous, modérer son admiration devant les récits qu'on nous donne d'une splendeur étincelante et la réserver pour quelques monuments hors de pair comme les mosaïques de Sainte-Constance et de Sainte-Pudentienne.
XIX. Saint-Paul-hors-les-Murs. — Nous avons dit que les Actes apocryphes de S. Paul situent l'emplacement de son supplice ad aquas Salvias ; les anciens « Itinéraires » marquent son tombeau in prœdio Lucinw ; il s'agit là d'un domaine funéraire, non d'un hypogée ou d'une catacombe. A quel que parti que l'on s'arrête touchant le séjour des reliques des apôtres Pierre et Paul ad calacombas (voir Dictioun., t. xiv, au nom Piehrk), nous savons par le Liber pontiflealis, dans la notice du pape Silvestre, que l'empereur Constantin fecit basilicam sancto Paulu aposlolo cujus corpus recondidit et conclusit in arca sicut sancli Pétri. Cette basili que aura remplacé un oratoire ou marlurium jugé trop exigu, et elle-même aura disparu pour faire place, en 386, à l'édifice construit par Valentinien II. Tandis que la basili que constantinienne avait son entrée sur la voie d'Ostie, la basili que valéntinienne présentait l'orientation en sens contraire. L'édit impérial, adressé au préfet Salluste, a été conservé (386) ; il le chargeait de s'entendre avec l'évê que de Rome, Sirice, « avec le peuple et le Sénat », au sujet de l'édifice qui devait remplacer la petite basili que constantinienne et englober tout l'espace situé en avant, que traversait un chemin anti que, embranchement de la voie Ostienne. En effet, les nouvel les constructions s'étendant par delà l'ancienne route allaient pres que rejoindre avec leur atrium les bords du Tibre. Cyria des, architecte du monument, est signalé dans les lettres du sénateur Symma que sous le titre de Mechanicus ou Professer mechanicus 2. Au temps de Constantin, l'abside ne s'ouvrait pas vers l'ouest, mais vers l'est et c'était la direction que prenait le prêtre tourné vers le peuple. On avait, cette fois encore, élargi le plan de Constantin, mais les dimensions nouvel les faisaient de la basili que de Valentinien II un édifice si vaste que sa construction se continua sous les règnes de Théodose le Grand et d'Honorius, ce qui fait qu'on lit sur la mosaï que de l'arc triomphal : Theodosius cepit, perfecit \H\onorius aulam et ceux qui avaient bonne mémoire n'oubliaient pas Valentinien et appelaient l'édifice basilica trium Dominorum nostrorum. C'est ce que nous lisons sur la pla que d'un collier de chien (de berger ?) conservée au musée de Saint-Paul 3 : ad basilica(m) apostoli Pauli et trium dominorum nostrorum Felicissimi pecor(arii).
La basili que actuelle a conservé la forme et les dimensions de celle des trois empereurs, tandis que l'édifice constantinien ne devait pas dépasser l'espace qui s'étend aujour d'hui entre l'abside et le maître-autel 4.
La basili que des trois empereurs se conserva intacte durant près de quinze sièc les ; un incendie l'anéantit le 15 juillet 1823, c'était le dernier témoin, en Occident, d'une basili que du IVe (fig. 10645). Cependant le feu épargna la nef transversale, l'arc triomphal et l'abside. L'édifice fut reconstruit avec une richesse et un éclat qui font regretter la patine des sièc les écoulés. Les murs ont été relevés, le caractère s'est évanoui.
Saint-Paul dépassait les dimensions de l'ancien Saint-Pierre. La nef centrale et les bas-côtés ne mesuraient pas moins de 120 mètres en longueur ; la largeur totale des cinq nefs était de 60 mètres ; la nef centrale dépassait beaucoup par ses vastes proportions les nefs latérales, ainsi qu'on peut s'en rendre compte sur le plan (flg. 10646). Sur ce plan, il faut tenir compte de beaucoup de parties ajoutées.
Au fond de la nef centrale, on voyait l'arc triomphal de plus de 14 mètres d'ouverture, reposant à droite et à gauche sur une colonne colossale à imposte architravée et terminant la double colonnade de la nef centrale. L'espace entier occupé par les cinq nefs portait une forêt de quatre-vingts colonnes d'ordre corinthien (voir Dictionn., t. n, col. 595, flg. 1450), mais de marbres divers et aux bases variées, partie nouvel les, partie anciennes. Chac une des colonna des comprenait ainsi vingt colonnes reliées entre el les par bras sur les murs latér aux de l'édifice ne dépassait guère l'épaisseur de deux murail les, tandis qu'à SaintPierre et au Latran, la saillie était beaucoup plus forte.
L'autel majeur de la basili que, élevé sur le tombeau de l'apôtre, se trouvait dans le transept, près de l'arc triomphal, à la place qu'il occupe encore de nos jours. Entre l'abside et l'autel, vingt colonnes, la plupart de porphyre, encadraient la partie de l'autel tournée vers l'abside et portaient un entablement orné de statues et de lampes 2. Sixte-Quint les fit enlever. Le P. Grisar conjecture, d'après un mot d'une phrase du Liber pontiftcalis (le mot caméra) que ce fut le pape Léon Ier 3 qui fit remplacer le plafond détruit par la foudre par un autre vraiment magnifi que, celui-ci d'ailleurs fut refait complètement au IXe 10645. L'ancienne basili que de Saint-Pau] sur la Voie d'Ostie. D'après H. Grisar, Histoire de Rome el lies papes, t. L, p. 363, fis. 95. des arcs qui donnaient beaucoup de légèreté à l'édifice. Les colonnes avaient été retirées de divers monuments ; dans les nefs latérales, on en comptait vingtquatre en marbre précieux appelé pavonazzetlo (violet), qui venaient de la basili que émilienne sur le forum ; cette identification a été confirmée grâce aux fouil les récentes opérées sur le forum d'où il ressort que celle basili que a été dépouillée de bonne heure de pres que toutes ses colonnes. On a pu en reconstituer quelquesunes dont quatre se trouvent aux autels latér aux du transept et quatre dans l'abside l.
Derrière l'arc triomphal, on entrait dans la nef Iransversale dont l'extraordinaire largeur dépassait encore celle de la nef centrale ; mais la saillie des nous amèneraient vers l'épo que de la fondation. (Voir Dictionn., t. vi, col. 925-939, fig. 5207-5211.) Nous ne reviendrons pas ici sur la série des portraits des papes qui a fait l'objet d'un travail assez détaillé (voir Dictionn., t. xm, col. 1139-1147) K Quant à la mosaï que de l'arc triomphal ou arc de Placidie, nous n'ajouterons rien à ce qui a été dit. (Voir Dictionn., t. vi, col. 261-266, fig. 4852 ; t. xn, col. 289-290.) Le pape Sirice (384-399) présida à la reconstruction de la basili que des « trois empereurs ». On conserve aujour d'hui la haute colonne de cipollin qui portait à l'extrémité supérieure du fût et à la base une double inscription relative à la dédicace 2 (fig. 10647).
L'inscription de la base reçut la date de la dédicace : 18 novembre 390 et le nom de l'architecte, Flavius Philippus s. La construction ordonnée par le décret de Valentinien II, en 386, n'avait donc demandé que quatre années. Moroni (Voir Dictionn., t. xi, à ce nom) est seul à dire • que vers le milieu du fût on lisait ces mots : episcopus dévolus ; étant taillée dans le marbre cipollin cette colonne fut très endommagée par l'incendie de 1823.
Les douze colonnes anciennes du portail latéral actuel, dont fait partie celle qui vient de nous retenir, ont été fortement restaurées après l'incendie.
Dans la construction des principa les basiliques de Rome, on faisait usage de briques portant une estampille spéciale. Cel les de Saint-Paul-hors-les-Murs présentaient ces caractères : D N FLVALENTINIANVS AVC. « Notre Seigneur Flavius Valentinianus Auguste 6 ». On ne sait rien des tui les du toit. à Saint-Paul-hors-les-Murs.
Pour tout ce qui concerne la tombe de S. Paul (voir Dictionn., t. xm, col. 2664-2666), tenons-nous en à la basili que de 386-390. Nous savons par le texte d'une inscription métri que, conservée dans le monastère, qu'on entreprit une importante restauration sous le pontificat de S. Léon le Grand et grâce à la direction du prêtre Félix et du diacre Adéodat :
Cette inscription est conservée au musée du monastère attenant à la basili que.
A cette période et à celle qui lui fait suite immédiatement se rattache un groupe d'inscriptions qui entourent le tombeau de Félix III, contemporain d'Odoacre et que S. Grégoire le Grand appelle alavus meus. Ce fut le seul pape enterré à Saint-Paul. Non loin de son tombeau, on lisait sur une grande dalle le nom de la pieuse PETRONIA, modèle de vertu féminine, sa femme, LEVITAECONI VNX, FORMA PVDORIS ; trois membres de la famille l'avaient rejoint au tombeau où leurs noms se lisent au-dessous du sien, précédés de la simple formule HIC REQVIESCIT. Ce sont : une fille du pape, PAVLA CLARISSIMA FEMINA ; son fils Gordianus, DVLCISSIMVS PVER, morts l'un et l'autre dans les deux premières années du pontificat de Félix III (484 ou 485). La troisième êpitaphe est celle d'Émilienne, SACRA VIRCO, morte en 489, probablement, elle aussi, proche parente du pape. Ce monument précieux entre tous doit trouver sa place ici. C'est croyons-nous, le seul qui nous ait conservé l'épitaphe de l'épouse et des enfants d'un pape. Les anciens collecteurs d'inscriptions ne l'ont pas toujours traitée fort bien. Le texte de J.-B. de Rossi que nous donnons ici tient lieu de tous ceux qui l'ont précédé » (fig. 10648).
Pétronia mourut en 472, Paula en 483 ou 484, le je une Gordien en 485, Émilienne en 489. On retrouve, au temps de Grégoire le Grand, les mêmes noms de Gordien et d'Émilienne dans la famille, le père de ce pape s'appelait Gordien, c'est lui-même qui nous l'apprend dans ses Dialogues, 1. IV, c. xvi l'inscription suivante relative à un certain Eusèbe qui peut appartenir au vie ou au début du VIIE et qui entreprit des restaurations considérab les dans le cimetière contigu à la basili que. Aucun document ne peut donner une idée plus complète et plus grandiose de l'ensemble des constructions attenantes. Le texte a été trouvé mutilé tel qu'il existe aujourd'hui et il a été publié et commenté abondamment depuis Bosio jusqu'à de Rossi (fig. 10650, haut. 0 m. 51 ; larg. 1 m. 36).
DP » IN PAGE III oNÔlt OCTIOB j F|ESTO j VC COJNSS »
HIC REQVLESCLT [_N PACE PAVLA|_ ^CJLF $ D VJLCISBEN 1GNA GRATLOSA F1L1AJSS »
dp vu kal s^svmmmemu nantjo vcj conss> HIC REQV1ESCJT D|VLC1S !S1MVS PVER D I/ÂN|V.S FILIVS SS » DPV IBSEPT-I. SYMMACHO VC iCONSsl » pv>u>dec »pro BliNOV C'CONSLS » et dans l'Homélie xxxvm sur les Évangi les. Ce Gordien avait trois sœurs vierges consacrées : Tharsilla, Gordiana et /Emiliana, toutes trois niè ces du pape Félix III. Ce dernier, veuf en 472, devint pape en 483 ; on ne saurait douter qu'il n'ait rédigé lui-même cette épitaphe de ses plus proches parents qu'il fit enterrer dans la basili que de la voie d'Ostie où il vint les rejoindre et où il avait déposé son père peu auparavant, en 471, sous une épitaphe métri que. Celui-ci avait nom Félix, prêtre du titre de Fasciola (In) nomine Dei patris omnipot (enti)s et domini noslri Jesu ^ filfii eius et Spiritus sjancti paracliti Eusebius infa... 3 (ren)ovavit cymeteriu tolu (et restituit c)olumnas in porticos] (et) picturfas qu)as in ruinas erat totas ; et (rcfecit tec)tu cum tegulas et tablin... 6 n(umero) et acutos et malerifa reliqu)a tola ; balineu, marmo(ra) quœ minus abuit 8 et scamna, (fenes)tras, speclara ', item in s(up)eriora marmoravit palfalium. c)lostra, incinos » et clabes (p)osuit ; ut poluil us que d(um es)set in seculo jecit reliqufa f)aPRESBYTER HIC POSITVS FELIX IN jPJ ACE QV1ESC1T CVIVSPVRA FILPESPROBITAS VI T I ; SOLLER5 PONTJ t'ICVM CJLARO PLACVfff SIJCN.OT JALEONI POST LABSVM VTREPARANS ;VENLRA|NDLCVLM1UA PAVLI HVICOPER/rS 'TANTIRENOVANDAM CREDERET AVLAM — r^EPosiTy<s<viii idvs maias leone (VVG-uif el proèiano v.càconssg MARTIVS DVLC1S V1XIT ANN-III-MV1
D'après ce texte, nous pouvons voir que le cimetière avoisinant la basilique de Saint-Paul sur la voie d'Ostie était entouré de portiques soutenus par des colonnes et ornés de peintures ; des bains y étaient attenants, revêtus de marbre et pourvus de tout le nécessaire, avec des roues et des calandres et autres engins pour soulever l'eau et la répandre dans les vasques. Au-dessus des portiques et des thermes, on trouvait des habitations somptueuses au point qu'on pouvait leur donner le nom de palais. Un vestibule précédait l'entrée publique des cryptes des martyrs. Au milieu de Varca se voyait une conque entourée de cancels et un abri pour le gardien du lieu. Les portes étaient décorées de sigilla, peut-être des statuettes en bronze. Des parapets de marbre couraient entre les portiques.
Roma, 1816 (dans le ms. Vatic. 9672) ; Fr. Gancellieri, Prospetto delle memorie istoriche della basilica Ostiense di S. Paolo [d'après le plan exposé dans la lettre précédente], dans Effemeridi letterarie, juin 1823 ; P. Garpi, Relazione dell'accesso fatto all'isola del Giglio della Commissione deputata per osservare i graniti di detta isola proposti per le quaranta colonne della nuova grande basilica di S. Paolo, Roma, 1828 ; Jo. Ciampini, De sacris aedificiis, 1693, p. 109 ; F. Contelorius, Privilegia ecclesiæ S. Pauli (dans Ms. Vatic. Barb. 2468, xxxn, 2-59, olim 248 ~> ; Privilegia S. Pauli de Urbe (dans Ms. sec. xvin, Arch. Vatic, Mise. arm. VII, t. cxxxii ; Crescimbeni, L'istoria della basilica di S. Maria in Cosmedin, p. 407 ; L. De Bruyne, L'antica serie di ritratti papali della basilica di S. Paolo-fuori-le mura, Rome, 1934 ; Dissertazione sopra la fabbrica, fondazione e ristoramenti della basilica di S. Paolo (dans ms. Vat. 9023, c. 122-153 ; [F.-W. DeichmannA. Tschira, Die frühchristlichen Basen und Kapitelle von S. Paolo fuori le mura, dans Römische Mitteilungen, t. liv (1939), p. 99-111] ; JC. Erbes, Das Aller INOMIN€D€IPATIUSOMNJPOT FNCTI PARACLETI-EVSF&1VS1NFA DLVMNAS INPOK« COS-PICT VR, ITVC VMTECVLÀS-E TTABL' TOTABALINFVF1ARMO\ TRÀSSP E CLARA1TEMIN5 ; LOSTRÀ1NC1NOSFTCLABE.S \ 'SETINSECVLOFECIT RELKTV L.'CVLOREMISJ TALVMNLSSVI1 IKVN Tl N TR.01 TVATM APXTYKE S' PMCABITMESASATMARTYIV PEKMANCANA F'ECITATCON PAVSÀF VRES FECITCIAMVL ! KSVSCEPITSIGILIACINOVE INFOR'
Sainte-Marie-Majeure. — Cette basilique patriarcale a été décrite dans le Dictionn., t. x, col. 20912119. On se borne ici à rappeler la fondation de ce sanctuaire par le pape Libère (352-356) l juxta macellum Libiœ, lit-on dans le Liber pontificalis, et sa restauration somptueuse par le pape Sixte III (432-440) ; du /1e au IXe on ne l'appelait que Sancla Maria ad prœsepe du nom de la crèche qu'on y conservait. Le vocable qui a succédé se lit pour la première fois dans la notice du pape Serge II (844847) : basilica bealœ Dei genetricis quœ maior ab omnibus nuncupatur. Le sobriquet ad nives relève d'une légende qui n'est pas antérieure au Moyen Age.
Nous venons de décrire les églises patriarcales auxquelles s'ajoutait primitivement la basilique de Saint-Laurent (voir Dictionn., t. vin, col. 19311952). Elles ont gardé une importance exceptionnelle dont n'approchent pas celles qu'il nous reste à étudier et qui vont être groupées suivant l'ordre topographique des sept régions.
XX. Églises de la Ire région. — /. — Ce très ancien titre portait, dès le IVe, le nom de fasciot(a)e ou de fasciola (voir Dictionn., t. v, à ce nom et t. xn, au mot Nérée-f.t-Achillée où nous avons décrit cette basilique, col. 1111-1123).
Ilom. /. Die Gründungsgeschichte der Basilika und die ursprüngliche Apsisanlage (Studi di Antichità cristiana de l'Inst. pont, d'arch. chrét., t. xv). Cité du Vatican, 1939.1 Le S. Césaire en question est un diacre du ier siècle, qui aurait déposé les corps des martyrs Nérée et Achillée au cimetière de Domitille ; église voisine du Carrefour des voies Appienne et Latine. très ancienne qui fut restaurée par le pape Hadrien Ier (772-795) : ecclesiam B. lannis Baptistœ sitam juxta portam Latinam ruinis prœvenlam... noviter restauravil. Le fait du supplice de S. Jean est affirmé par Tertullien, De prœscripl., t. xxxvi, mais la localisation est postérieure, car la Porte latine n'existait pas au Ier siècle. a. uaiatte-balbine. — Titre très ancien qu'on rencontre parmi les souscriptions du concile romain de 595 et dans les notices de Léon III (795-816) et de Grégoire IV (827-844). Le nom de Balbine avait été donné à un cimetière (voir Dictionn., t. n, col. 137157) situé entre la voie Appienne et la voie Ardéatine, près du Domine quo vadis, au-desjus duquel il y eut une petite basilique, construite par le pape S. Marc et un cimetière à ciel ouvert. L'église de l'Aventin dut être, de bonne heure, en relations avec celle du cimetière, mais on n'en trouve pas la mention comme « titre » avant S. Grégoire le Grand (590-604). On voit un Gregorius archipresbyter tit. Balbinœ qui souscrit à une bulle de Paul Ier, en 761, pour Saint-Silvestre in capite. très élevés dont le briquetage est recouvert de plaques de marbre multicolore (fig. 10651). Sur ces incrustations, on a mis, selon le goût du Ve, des figures et des ornements. de caractère profane, généralement surmontés de petites croix de même travail, suivant la mode artistique qui voulait tout sanctifier par la croix. Cette décoration, bien conservée, forme aujour d'hui une des curiosités de l'église. Les grands ornements en marbre coloré, semblables à des miroirs montés sur pied, se répètent au-dessus de chaque colonne ; cependant la figure à droite de notre dessin, celle qui n'a pas la croix, ne se trouve que deux fois sur le mur de droite et deux fois sur celui de gauche ; au centre de la nef, en vis-à-vis, tous les autres ornements ont la croix, qui rappelle, par sa forme godronnée, les croix romaines du Ve. Ce travail était, autrefois, d'un usage fréquent dans les basiliques. On pouvait observer la même décoration dans d'autres parties de l'église, notamment au portique »-.
Ce procédé d'ornementation — opus sectile — qui touche de près à la mosaïque nous amène à parler de celle-ci. Le goût romain ne se tenait pas pour :^g]CCCT^naaTl des parois de Sainte-Sabine.
D'après H. (Irisar, Histoire de Rome et des papes, t. i, p. 382, fig. 103. satisfait par les déploiements de scènes et les théories de personnages, il se plaisait dans les inscriptions monumentales, les noms des fondateurs ou restaurateurs. A Sainte-Marie-Majeure, Sixte III mit la dédicace de la nouvelle église (nova tccla) à l'intérieur du mur d'entrée. A Sainte-Sabine, nous pouvons encore aujour d'hui voir sur la paroi intérieure du mur d'entrée la grande dédicace en mosaïque qui nous conserve en lettres bleues sur fond d'or ces utiles détails (voir Dictionn., t. xn, col. 287, fig. 8536) : i Au temps où Célestin possédait le siège apostolique et qu'il brillait sur le premier trône épiscopal du monde, ces constructions que vous admirez furent fondées par un prêtre de la ville, Pierre, illyrien de naissance, bien digne d'un si grand nom. • : II. Grisar, Histoire de Rome et des Rome, Pierre et Paul. Une main divine perçait la nuée et donnait à Pierre le livre de la Loi nouvelle, tandis que Paul était représenté prêchant la parole divine. A un niveau supérieur, on trouvait les symboles des quatre évangélistes.
L'arc triomphal offrait encore au xvine siècle des restes importants d'un revêtement en mosaïque de style antique. Le cintre était orné de bustes en forme de médaillons (imago clypeata) : au centre, le Christ avec un nimbe crucifère, à gauche et à droite des bustes virils sans attributs de la sainteté ; aux deux extrémités la représentation habituelle des villes de Jérusalem et de Bethléem, symboles du judaïsme et du paganisme convertis.
On ignore en quoi consistait la décoration de la conque absidale. L'église avait un baptistère particulier, en dehors de l'église, mais elle n'avait pas de transept. La schola cantorum se trouvait dans la nef centrale, avec les ambons. Plus tard, ces dispositions furent rajeunies et remplacées par d'autres. Les barrières du chœur furent restaurées sous le pape Eugène II, qui fit placer une pergula devant l'autel. Celui-ci et la confessio sont modernes. Les débris de l'ambon ancien retrouvés vers la fin du XIXe dans le dallage ont été dégagés et fixés aux parois de l'église. Le plus rare trésor archéologique de Sainte-Sabine est sa fameuse porte de bois sculpté que nous avons décrite dans le détail et dont nous avons figuré tous les panneaux couverts de bas-reliefs historiques encadrés dans des bordures magnifiquement sculptées, en bois de cèdre. La porte est contemporaine de la construction de la basilique et forme un des joyaux de l'art chrétien primitif. Le crucifiement du Sauveur entre les deux larrons est un des morceaux les plus précieux de cet art (voir Dictionn., t. xiv, au mot Porte).
La récolte épigraphique à Sainte-Sabine n'est pas considérable ni importante ; on ne peut toutefois omettre l'inscription suivante entrée au musée de Saint-Paul-hors-les-Murs :
La porte de Sainte-Sabine, dans Revue archéol., 1877, p. 361 ; Mamachi, Annal, ord. prœd., t. i, p. 569 ; Marucchi, Bas. et égl. de Rome, p. 184-196 ; C. Maes, L'arancio di S. Domenico nel convento di S. Sabina sull' Aventino, dans 77 Cracas, 17 septembre 1893 ; H.-I. Marrou, Sur les origines du titre romain de Sainte-Sabine, dans Archivum Fratrum Prœdicatorum, t. n, 1932, p. 316-325 ; A. Merlin, L'Aventin dans l'Antiquité, 1906, p. 435 ; Mufioz, dans Studi romani, t. n, p. 329-342 ; Le même, Dissertaz. dell' Accad. pontif., série II, t. xm, 1918, p. 119 sq. ; Nibby, p. 688 ; Odescalchi et Visconti, dans Giornale accad., t. iv, 1836, p. 363-365 ; A. Pératé, L' archéol. chrét., 1892, p. 332 ; C. Rodocanachi, Una cronaca de S. Sabina sull' Aventino, in-8°, Torino, 1898 ; J.-B. de Rossi, Musaici cristiani, fasc. 3, p. 1, note 5 ; Le même, Scavi nell' orto di S. Sabina sull' Aventino, dans Bull, dell' Istit. di corrisp. archéol., 1855, n. 11, 12 ; Rumohr, liai. Forsch., i, p. 273 ; Schnaese, Gesch. d. bild. Kunst, t. vu, p. 251 ; J. Strzygowski, Das Berliner Moses Relief und die Thùren von Santa Sabina in Rom, dans Jahrbuch der kônigl. preuss. Kunslsamml., t. xiv, 1893 ; [I. Taurisano, S. Sabina ail' Aventino (coll. Le chiese di Roma illustrate, n. 11] ; J. Wiegand, Das altchristliche Hauptporstal an der Kirche der heiligen Sabina in Rom, in-12, Trier, 1900.
9. saint-alexis. — Église et monastère très anciens dédiés d'abord au martyr Boniface, mais sans remonter toutefois jusqu'au VIe. Dans la notice de Léon III (795-816) au Liber pont., on trouve la mention de la diaconia sancti Bonifacii. Autour de S. Boniface s'est développé un récit légendaire aujourd'hui généralement repoussé. Ce Boniface aurait été le serviteur et l'amant de la matrone Aglaé qui se convertit avec elle et fut envoyé chercher, en Orient, des reliques de martyrs de la persécution de Dioclétien, en vue de leur consacrer une église sur l'Aventin, où elle demeurait. Arrivé à Tarse en Cilicie, Boniface fut dénoncé, mis en prison et exécuté comme chrétien. Son corps fut rapporté à Aglaé, déposé sur la voie Latine par ses soins en attendant la translation de ses reliques. Ce récit entraîne de grandes difficultés ; on y lit qu'Aglaé fit déposer le corps de Boniface sur la voie Latine à cinq stades de Rome, c'est bien proche ; la tombe n'a pas été retrouvée, les Itineraria n'en soufflent mot et on ne saurait croire qu'on procédât à une translation de corps saint sous le règne de Constantin. Si on s'en rapporte au Liber pontif., à la notice de Sixte III, on lit que Sainte-Sabine se trouve iuxta monasterium S. Bonifacii in quo S. Alexius iacel, d'où il résulterait qu'au VIe il existait sur ce point un monastère placé sous le vocable de saint Boniface où on vénérait un martyr Alexis. On a invoqué en faveur de la tradition le catalogue des huit les de Monza (voir Dictionn., t. xi, à ce nom), mais le Boniface qui s'y trouve mentionné est un autre martyr qui était enterré sur la voie Salaria et que l'Itinerarium Salisburgense nomme Bonifacianus.
Quant à la légende dite de S. Alexis, elle apparaît au IXe et ne saurait retenir notre attention ; son titre apparaît seulement au Xe, lors que Benoît VII l'accorde au métropolite Serge, en 977.
XIV.
XXI. Églises de la IIe région. — Cette région comprenait le Celius, le Forum, le Palatin ; elle était traversée par le Clivus Scauri et par le Viens capilis Ajrictp qui tirait son nom d'un buste de l'Afrique romaine. Sur le Celius se trouvait le Macellum magnum, sur l'Esquilin le Macellum Liviœ. Dans ce quartier se trouvait la demeure des Valcrii, incendiée par Alaric, en 410, où il a pu s'élever au IVe un oratoire chrétien. C'est là qu'on a recueilli la lampe en forme de vaisseau aujourd'hui à Florence (voir Diclionn., t. vin, col. 1201, fig. 6734). Au VIe, cette maison était devenue un monastère grec, peut-être dès le VIe l.
1. saints-jean-KT-pavl. — (Voir Dictiotin., t. n, col. 2832 sq.). Église très ancienne, de la fin du IVe qu'on trouve désignée au Ve et depuis sous les noms de titulus Pammachii et de titulus Bizantis. Souvent mentionnée dans le Liber pontiftcalis, bâtie sur les ruines de ce qu'on croyait être l'habitation des deux martyrs. tero di S. ICrasmo e la casa dei Valerii sul Celio, in-8« , Roma, 18S6. p. 95-144, 539 ; t. xn, p. 494 ; Giaccone, Isloria mile quale si traita esser vera la liberazione dell' anima di Traiano imperatore dalle pêne dell' inferno per le preghiere di S. Gregorio papa, in-4°, Siena, 1595 ; Alb. Gibelli, Memorie storiche ed artistiche dell' antichissima chiesa abbaziale dei SS. Andréa e Gregorio al Clivo di Seauro sul monte Celio, Siena, 1888 ; Le même, L'anlico monastero dei SS. Andréa e Gregorio, al Clivo Seauro sul monte Celio ; isole, abati, castelli e chiese dipendenti délia medesima, in-8°, Faenza, 1892 ; Chr. Huelsen, Le chiese, p. 256, n. 7 ; O. Jozzi, La veneranda antiche chiesa di S. Andréa e Gregorio al Celio, Roma, 1902 ; P. Kehr, Ital. pont., t. i, p. 103 ; Lubiu, p. 329 ; G. Marini, Notizie sul regesto dell' antichissimo munastero di S. Andréa ad Clivum Scauri, dans Ms. Vat. 9033, c. 217 ; Martinelli, p. 107 ; F. Martinelli, Index jasciculi de rébus S. Grcgorii in Clivo Scauri Romœ, dans ins. Vat. 6883, c. 162-208 : H. Marucchi, lias, et égl. de Rome, p. 212-215 ; Memorie storiche délia chiesa ed abbazia dei SS. Andréa e Gregorio al Clivo di Seauro sul Monte Celio, dans .Ms. Vallicell. Q. 74, c. 114 ; Mittarelli, Ann. Camaldul., 1755, t. i, p. 68 ; Le même, // monastero di S. Gregorio Magno al Celio, dans Civiltà callolica, série XVI IL I. vi, 1902 ; H.-l. Marron, dans Mél. d'archcol. et d'hist.. 1. xlviii, 1931, p. 124-169 : [V. Moschini, San Gregorio al Celio (coll. Le chiese di Roma illustrate, n. 17)] ; Nibby, p. 279 ; Le même, Notizie sul pavimento di S. Gregorio al monte Celio e su detta chiesa, dans Ms. Vat. Cappon. 236 ; G.-L. Oderico, Dissertalioncs et adnotationes in aliquot ineditas veterum inscriptioms et numismata ; accedunt inscriptiones et monumenta quse exlant in bibliotheca monachorum Camaldulensium S. Gregorii in monte Ccelio explicationibus illuslrata, in-4°, Rome, 1765 ; Panciroli, t™ éd., p. 393 ; 2e éd., p. 686 ; P. Uccelli, Délia messe Gregoriano, dell' altarc Gregoriano e dell' ottavario solenne dei morti, délia chiesa dei SS. Andréa apostolo, e Gregorio Papa al monte Celio, in-8°, Napoli, 1878 ; E. Wuescher Becchi, Sulla ricostruzione di tre dipinti descrilti da Giovanni Diacone ed esistenti al suo tempo (sec. M ) nel convenlo di S. Andréa ad Clivum Scauri, dans Nuovo bull. di arch. crist., 1900, p. 235-251. par le pape Simplicius : Hic dedicavil basilicam sancli Slephani in Celio monte. On a longtemps discuté la question de son origine : temple païen, mausolée, nymphée. Vers la fin du XIXe, on [paraissait] d'accord entre archéologues touchant la forme et la destination de cette rotonde, pourvue d'une double colonnade concentri que : [on y voyait] un bâtiment profane de l'époque classique. Il existe une médaille de Néron portant un édifice semblable avec les mots MACELLVM AVC- ; peut-être a-t-on reconstruit sur le même plan le Macellum magnum de la IIe région qui était alors le marché ou la « grande boucherie » du Celius. Au premier aspect, [il semblait que] cette rotonde, avec ses larges ouvertures (fig. 10652), était bien adaptée à cet usage.
(Mais une étude plus attentive du monument, due à Pcsarini et surtout à Krautheimer (voir ci-dessous, Bibliographie), paraît bien avoir établi qu'il s'agit d'un édifice entièrement construit par le pape Simplicius (468-482) ; il a subi postérieurement quelques transformations qui ont altéré son aspect sans porter atteinte au gros œuvre. Un tel plan circulaire, adopté pour une église, s'explique par l'influence de la rotonde du Saint-Sépulcre de Jérusalem dont S. -Etienne reproduit non seulement l'ordonnance générale, mais jusqu'aux dimensions].
L'entrée actuelle avec sa colonnade ajoutée après coup est en E, en haut à gauche, l'ancienne en C, en bas. Elle fut encore assez longtemps en usage après la translation dans cette église des SS. Prime et Félicien et après la construction, à l'extrémité opposée de l'axe, de la petite niche qui abrite aujourd'hui le maître autel. Il ne semble pas qu'il y eût jadis un autel au centre de la rotonde. L'église actuelle ne comprend, indépendamment de la niche de l'autel et de ses accessoires, que les deux anneaux concentriques. En dehors de ce mur d'enceinte se trouvaient autrefois les trois espaces ouverts CCC (quatre même en y comptant celui du maître autel) et les quatre espaces DE séparés par des murs antiques. On reconnaît encore en A et B les piliers primitifs.
Pour la mosaïque, voir Diclionn., t. m, col. 3081, flg. 3381.
Diclionn., t. v, col. 2049.) Sanctuaire superposé à la curie du Sénat romain, la Curia Hoslilia ou Julia, édifiée d'abord par Tullus Hostilius, rebâtie par César, ensuite par Dioclétien. Ce fut le pape Honorius Ier (625-638) qui éleva l'église chrétienne et Hadrien Ier (772-795) l'érigea en diaconie. Dans les notices d'Honorius Ier et S. Grégoire IV (827-844), l'église est appelée in tribus fatis, allusion au groupe des trois Parques qui s'y voyait près de l'antique sanctuaire de Janus ; à ce nom, on substitua plus tard celui de S. Hadriani in tribus foris ; l'auteur de la notice de Grégoire IV l'appelle ailleurs basilica beati Adriani martyris posita in via sacra. [Les dernières fouilles et la restauration de la Curie de Dioclétien ont entraîné la disparition de l'église].
8. sainte-Martine. — Ancienne et célèbre basilique construite sur les ruines du Secretarium Senatus. On en trouve la première mention dans la notice d'Hadrien Ier (772-795) ; Sous Léon III, elle est ainsi mentionnée : S. Martinee sita in tribus falis. Au XVIe, cette église était unie à Saint-Hadrien. L'identification est certaine, car on a trouvé au XVIe, dans l'abside de Sainte-Martine et in situ, une inscription datée de 407, aujourd'hui perdue, mais dont le texte est conservé :
9. saint-pierre-iN-carcere. — (Voir Diclionn., t. x, col. 1356.) La tradition en vertu de laquelle le Tullianum ou prison Mamertine aurait été converti en oratoire dès le IVe est contredite par le fait qu'il fut encore utilisé comme cachot en 368 (Ammien Marcellin, 1. XXVIII, i, 57).
— Les origines de cette très ancienne église remontent au VIIe. Le nom du sanctuaire et du monastère qui lui est annexé est toujours, jusqu'au Xe, S. Mariœ in (ou de) Capitolio ; le nom d'Ara cceli ne se rencontre pas avant le XIVe. e convento di S. Maria in Aracœli di Roma, Rome, 1736 ; A. da Cipressa, Discorso storico sopra la prodigiosa immagine di Cesi Bambino che si venera in Roma nella chiesa di D. Maria in Aracœli..., in-16, Roma, 1861 ; Forcella, t. i, p. 111-286, 541-544 ; j [I. Grassi, La Madonna di Aracœli, dans Rio. di archeol. crist., t. xvm, 1941, p. 65-96) ; Chr. Huelsen, Le Chiese, p. 323-324, n. 28 ; The legend of Aracœli, dans Journal of the brit. and amer, archeol. Soc. in Rome, t. iv, 1907, p. 39-48 ; C. Maes, La scala d' Aracœli montata a ginocchi, dans II Cracas, 26 juin-3 juillet 1887, p. 12-17 ; P. Mazio, Délia ricostruzione delta chiesa d' Aracœli nei secoli xv-xvi, dans II Saggiatore, t. i, 1884.. p. 168 ; Nibby, p. 341 ; Panciroli, lre éd., p. 470 ; 2e éd., p. 67 ; L. Paris, La scala d' Aracœli molliplicala nei suoi cxxiv gradini, in-8°, Roma, 1552 ; Piazza, p. 568 ; [B. Pesci, // problema cronol. délia Madonna di Aracœli alla luce délie fonti, dans Rio. di arch. crist., t. xvm, 1941, p. 51-64] ; J.-B. de Rossi, Musaico di S. Maria in Aracœli esistente nella cappella del Palazzo Colonna, dans Miscell. Francescana, 1886, p. 65-68 ; Le même, Le origini délia chiesa dell' Aracœli, dans Bull, di arch. crist., 1894, p. 85-89 ; Valesio, Spiegazioni di una bolla d'Anacleto, antipapa, in cui si descrivono gli antichi confini del Monte Capilolino, concesso al monaslero e chiesa di S. Maria d' Aracœli, allora in cura dei monaci de S. Benedelto, dans Calogerà, Opuscoli, t. xx, Venezia, 1739 ; J. Vetter, L'Ara Cœli, Souvenirs historiques, Rome, 1886 ; Ant. de Waal, Aracœli oder die Sibylle des Augustus. Eine miltelalterliche Légende, 2e éd., in-16, Rome, 1902.
11. saints-seroe-et-bacchus. — On lit dans la notice de Pascal Ier (817-824) que ce pape trouva le monasterium SS. Sergii et Bacchi posl formam aquœduclus patriarchii Laleranensis rébus omnibus desolatum, il y mit un couvent de moines : c'est peut-être cette communauté ou une autre qui est déjà mentionnée dans la biographie de Léon III (795-816) par ces mots : monasterium S. Sergii.
12. sainte-marie-in-cannapara. — Cette église est souvent nommée entre le XIe et le XIVe ; elle était située [dans la partie nord de] l'ancien Forum romain, sur l'emplacement de la basilique .^Emilia. Il y aurait eu une église construite dès le Ve ou le VIe dont il resterait des sculptures chrétiennes.
Cette église renfermait autrefois le tombeau de famille du pape Jean VII (705-707), (il s'agit d'un administrateur du palais impérial nommé Platon. Sainte-Anastasie dépendant du palais, les fonctionnaires s'y faisaient enterrer. L'inscription placée par Jean VII nous a été conservée ; elle nous apprend que Platon, l'illustris et chargé de cura palatii, mourut en 686 et sa femme, Platta, en 687 ; à cette date, le palais impérial n'était pas abandonné. Voici le texte de l'inscription | Diehl. 201 a] :
In templum Dime Anastasia ;. l'Ilimn fuiieres persolvens munia bnstn Quo pulcr illustris membra locanda dedil Adjeeit tilulos proies veneranda Joannes Ne tanins quovis cssel honore ininor. Hic ia cet iile Plato qui multa per agmina luslrans lit maris nmlisoni per frein longa volan.s Claruil insignis regnn gratus que minister Celebrem que sua preestitit (-s.se manu. Post ergo multipliées quos prisca palatia lionne l'n t'slilcranl curus longo re/ecta gradu Pergit ail « terni divina palatia régis Sumere cum meritis prœmia firma Tiei.
Plato. v. ill. cura palatii urbis Romse vix. ann. : pi. m. lxvi. dep. : m. nob. die vu. indic. : xv. Imp. : dn : Justiniano Aug. ano. ti p. c. ejus ano n. même, Bas. et égl. de Rome, p. 246-247 ; Panciroli, lre éd., p. 706 ; Severano, Sette chiese, p. 342 ; G. Ugonio, Stazioni, p. (il.
15. sainte-marie-anti que. — (Voir Dictionn., t. v, col. 2006-2047, fig. 4580-4600.) Église très ancienne construite sur les ruines de la bibliolheca templi Divi Augusti, agrandie et décorée sous Martin I » (649-653), Jean VII (705-708), Zacharie (741752), Paul I« (757-767) et Hadrien I » (772-793), enrichies des dons de Grégoire III (731-741) et de Léon III (795-816). Le pape Léon IV (845-847) décida l'abandon de l'église que menaçait la ruine du palais impérial ; elle fut remplacée par la basili que Sainte-Marie-Nouvelle.
Il existe une autre église sous le même vocable sur la voie Appienne, appelée faussement in Palalio par suite d'une confusion avec la chapelle intérieure du palais impérial. On y trouve une allusion, en 603, dans le Régeste de S. Grégoire le Grand à propos de la translation des portraits de l'empereur Phocas et de sa femme Leontia, in oratorio sancti Csesarii intra Palalio. Mentions dans la notice de Serge Ier (687701) : oraculum beati Cxsarii quod est intra palalium. D'après les noti ces d'Etienne III (768-772) et de Serge II (844-847), cet oratoire se trouvait situé in vesliario, c'est-à-dire dans la partie occidentale du palais de Latran, près du baptistère. L. Duehesne a voulu renvoyer à tort les passages de la correspondance de S. Grégoire et de la notice de Serge Ier au monastère du Palatin (Duehesne, au Liber pontiflealis, t. î. p. 481. n. 16 ; Chr. Huelsen, Le chiese. p. 234. n. 12). monastère bénédictin on fut élu le pape Gélase II en 1118.
18. 8AINT-QEORQES-AU-VÊLABRE. — Dans la notice de Léon II (082-683), on lit ce passage ajouté plus tard : huius... iussu ecclesia iuxta vélum aureum in honore beati Sebastiani edificata est, nec non in honore martiris Georgii ; cette mention est la plus ancienne pour la basili que, car le témoignage d'une épitaphe sur un LECTOR DE BELABRV, en 482 (voir Dictionn., t. vin, au mot Lecteur) peut se rapporter au domicile du défunt plutôt qu'au titre de Saint-Georges. On trouve une autre mention dans la notice du pape Zacharie de la diaconia sancti Georgii sita regione secunda ad vélum aureum. Quant au nom de Velabrum ou Velavrum, on en fit, plus tard, vélum aureum. On trouve bien dans la correspondance de S. Grégoire le Grand une ecclesia sancti Georgii posita in loco qui ad sedem dicitur (Registr., 1. IX, ep. vu), mais elle n'appartient pas à Rome mais à Palerme.
19. sainte-makif.-ix-cosmedix. — (Voir Dictionn., t. x, col. 2079-2084.) Cf. G.-B. Giovenale. La basilica di S. Maria in Cosmedin, in-4°, Roma, 1927. • aula voûtée, pourvue d'annexés, tout en conservant les parties basses des murs du pourtour. Ce devint une église, un dominicum, dénommé depuis lors titulus démentis. Sous le pape Sirice (384-399), de grands changements y furent apportés. X.'aula reçut deux rangées de colonnes et fut changée en une basili que avec nef centrale à éclairage direct. Dans la suite, le prêtre Mercurius, qui fut pape sous le nom de Jean II (533-535), y fit de gran des transformations ; probablement il lui donna son atrium et son abside. Mais celle-ci fut prise aux dépens de la seconde maison au-dessus de laquelle l'église Saint-Clément est construite. Il s'agit d'une habitation privée de la fin du Ier siècle dont les substructions sont conservées, et dans laquelle fut établi le culte de Mithra, depuis le début du me jusqu'à la Tin du IVe. Dans la suite, cette basili que inférieure fut restaurée sous les papes Hadrien (772-795) et Léon V (847). Après l'incendie du quartier du Latran par les hor des de Robert Guiscard (1084), ses ruines émergeaient à peine au-dessus des décombres accumulés. La basili que supérieure date du début du xne siècle. Son atrium correspond à celui de la basili que inférieure, mais sa nef à bas-côtés est moins large : le bas-côté de droite de la basili que inférieure est resté en dehors du périmètre de l'édifice du xnc siècle. Outre le titulus démentis, il en est quatre autres à Rome où l'on peut retrouver des restes dégagés appartenant aux constructions primitives : le titulus Pudentis, le titulus Equitii, le titulus Bijzantis et le iitulus Anastasiœ. Tous paraissent présenter une évolution architecturale analogue à celle que nous venons de rappeler.
On doit se reporter aux deux excellents trav aux de E. Junyent, La primitiva basilica di San Clémente e le costruzioni antiche circostanti, dans Rivista di archeologia cristiana, t. v, 1928, p. 231-278, et // titolo di San Clémente in Roma, dans Studi d'antichità cristiana, t. vi, Roma, 1932. L'auteur a eu le grand mérite de débrouiller l'enchevêtrement de constructions profanes, chrétiennes et mithriaques sousjacentes à la basili que du xne siècle. L'examen méthodi que des appareils de construction, trop négligé jusqu'ici, a permis d'apporter une solution nouvelle à tous les problèmes qui se posaient depuis les fouil les heureuses du P. Mullooly Deux maisons, voisines mais bien distinctes, avaient été bâties, après l'incendie de Néron, au fond de la vallée qui sépare le Celius de l'Esquilin. Dans l'une, on installa un sanctuaire chrétien ; dans l'autre, un mithrseum. Là où de Rossi pensait qu'une même maison avait abrité successivement les deux religions riva les, il faut donc distinguer deux lieux de culte.
Ayant fait à Mithra et à ses fidè les sa part, l'auteur retrace l'histoire du sanctuaire chrétien. Si les textes sont d'une pauvreté désespérante, les murs du monument portent la mar que de ces vicissitu des. La partie supérieure de la maison chrétienne fut rasée au milieu du ine siècle pour être remplacée par une construction de bri que dont les faça des aux baies amp les et nombreuses existent encore ; el les furent, en effet, respectées par les papes Sirice et Jean II qui remanièrent cette construction du ine siècle et lui donnèrent la forme basilicale (fig. 10653). On dressa tout d'abord une double rangée de colonnes pour soutenir le toit ; et, au début du VIe, on prolongea la nef ainsi obtenue par une abside. Celle-ci enfonça le mur de la maison voisine pour venir se loger comme une tumeur au-dessus de l'antre de Mithra, muré depuis plus d'un siècle.
Après le désastre que nous avons rappelé, la nouvelle basili que fut consacrée le 26 mai 1128, solidénient plantée sur les monuments séculaires entassés sous elle l.
A quelle épo que commença-t-on à célébrer le culte chrétien dans ce Dominicum démentis dont les murs les plus anciens remontent au milieu du i« siècle ? Au temps de S. Jérôme, le sanctuaire de S. Clément passait déjà pour très ancien ; il l'était bien, en effet, si l'érection du titre remonte au nre siècle.
Clément à Rome, dans Atti del Congr. inter. di scienze stor. (Roma, 1-9 avril 1903), vu, Stor. dell' arte, p. 171-176 ; Fr. 'Wickhofï, Die Fresken der Katharinenkapclle in S. Clémente zu Rom. Ein Beitrag zu ihrer Datierung, dans Zeitschr. fur bild. Kunsl, xxiv. 11 Aug. 1889 ; G Wilpert, Le pitture délia basilica primitiva di S. Clémente, dans Mél. d'arch. et d'hist.. 1906, p. 251-303.
Cette église remonte à la fin du iv* siècle sous le vocable des Saints-Apôtres ; au Ve, elle fut restaurée par le pape Sixte III et l'impératrice Eudpxie, femme de Valentinien III, ce qui lui valut pour un temps le nom de basilica Eudoxiana. mais ii'empécha pas de lui attribuer une antiquité fabuleuse consignée au martyrologe hiéronymien, 1er août : Romœ dcdicatio ecclesiœ a B. Petro conslruclœ et œdificatœ, lit-on dans le ms. de Rome, et Romœ dedicatio primas ecclesiœ a B. Petro apostolo constructœ, dans le ms. de Wissembourg. Le ms. d'Epternach se contente de ces mots : Natale s. Pétri ad vincula. (Voir Dictionn., t. m, col. 4.) Liens ; M. Rampolla del Tindaro, Del luogo e del sepolcro dei Maccabei, dans Bessarione, 1er févr. 1897, p. 655-662 ; 1 » mai 1897, p. 9-22 ; Torrigio, Sacri tro[ei, p. 126 ; P. Ugonio, p. 50. lus jEquitii fondé par le pape Silvestre (314-335) et appelé à l'origine de son nom, agrandi par le pape Symma que (498-514) par l'addition d'une église dédiée à S. Martin ; il faut lui accorder un peu plus d'attention.
On trouve la mention du « titre d'Equitius » dans les actes du concile romain de 499 ; trois fois on lit ces mots : presbyter tituli Equitii, en regard des noms de Félix, Sébastien et Adéodat qui occupent, dans la liste de 67 prêtres, les 13e, 34e et 43e pla ces. C'était alors un usage qui tendait à tomber en désuétude et les fidè les préféraient donner à une église le nom d'un saint patron plutôt que celui du fondateur dont le souvenir allait en s'estompant cha que jour un peu plus. C'est ce qui expli que pour quoi, dans le Liber pontifiealis laurentien, l'auteur, qui écrivait entre 514 et 519, a écrit dans la notice du pape Symma que : beati Martini ecclesiam iuxla S. Silvestrum Palatini inl. v. pecuniis fabricans et exornans eo ipso insistente dedicavit. Ainsi, au début du VIe, Silvestre, le grand pape, commençait à éclipser Equitius ; l'identification n'est d'ailleurs pas douteuse un seul instant grâce à la mention iuxla thermas domitianas. Toutefois, cette élimination du fondateur aura pu déplaire à certains qui s'ingénièrent à en donner une raison ; d'après eux, le prêtre Equitius donna le terrain du pape Silvestre à charge d'y créer un « titre ». Soit que l'explication parût laisser à désirer, soit pour toute autre raison, on l'inséra à deux reprises dans la notice du pape Silvestre, au début et à la fin. Voici les deux passages : I. Hic [Silvester] fecit in urbe Roma ecclesiam in Prœdium cuiusdam presbiteri sui, qui cognominabatur Equitius, quem lilulum romanum constituit, iuxta termas Domitianas, qui us que in hodiernum diem appellatur titulus Equitii, ubi et hœc dona constituit : patenam argenteam, pensanlem libras XX, ex dono Augusti Constantini. Donavit autem... l — II. Hisdem lemporibus constituit beaius Silvester in urbe Roma titulum suum in regione III iuxla thermos Domitianas qui cognominantur Traianas, titulum Silvestri, ubi donavit Constantinus Auguslus : patenam argenteam... Obtulil et omnia necessaria litulo Equitii 2. Ces deux passages n'appartenaient pas à la rédaction primitive, ce sont des remaniements introduits vers le milieu du VIe 3 ; insertions assez maladroites, puis que le premier passage est comme perdu entre l'histoire du baptême de Constantin et le récit du concile de Nicée, et le deuxième passage est inséré tout à la fin, après la description des églises de Capoue et de Nap les, au lieu de prendre place à côté des basiliques romaines.
Rien, dans les pièces d'archives ni dans le monument, ne fournit le moindre indice pour attribuer avec certitude à Silvestre la fondation du titre. L'auteur qui écrivait vers le milieu du VIe a eu beau jeu pour combiner un petit roman dans lequel il fit entrer Equitius, le pape Silvestre et l'empereur Constantin. Tout ceci permettait d'expliquer les deux noms que portait le titre d'Equitius-Silvestre. On a proposé autre chose *.
Au début du VIe, dans ce même concile de 499, nous voyons que le titulus Pammachi porte dans le Liber pontificalis le vocable des Saints-Jean-et-Paul > ; il en est de même pour le titulus Veslinse qui porte lui aussi le vocable des Saints-Gervais-et-Protais 2. En pourrait-on conclure qu'Equitius dédia le titre à S. Silvestre ? Cette hypothèse soulève des objections sérieuses. Si le « titre » fut consacré à S. Silvestre au Ve, ses dimensions sont disproportionnées à celles d'autres basiliques du même temps, telles que Sainte-Sabine, Saint-Vital, les Saints-Jean-et-Paul, qui peuvent contenir des milliers de fidèles, alors que l'exiguïté du titulus Equitii n'offre rien de pareil, étant réduit au rez-de-chaussée d'une maison privée dont les étages supérieurs sont habités par les prêtres.
Si Equitius vivait au IVe et s'il a demandé à l'un des successeurs immédiats de Silvestre de consacrer à celui-ci la nouvelle église titulaire, on se heurte à l'objection que le culte du premier confesseur à Rome aurait comporté un autel à son nom, non sur sa tombe, mais dans une église à l'intérieur de la ville. On venait l'honorer en ce lieu où se conservaient son nom et son souvenir. Son prestige ne cessait de grandir à une époque où Rome se sentait de plus en plus menacée, on devait lui rendre un culte au cimetière de Priscille où il reposait, peut-être dans le titre de l'Esquilin où il avait vécu et qui portait encore son nom. Quant au titulus Equitii, pour quoi son souvenir y était-il attaché ? Peut-être y avait-il habité, mais c'est une conjecture, rien de plus. « Rien n'oblige à rejeter cette croyance populaire par laquelle on explique sans invraisemblance la double dénomination du titre ; on évite ainsi les objections graves que soulèvent les hypothèses de la fondation du titre par Silvestre ou de l'introduction de son culte par Equitius. On peut même, sans trop de hardiesse, supposer que Silvestre avait exercé là les fonctions de prêtre titulaire avant son élection à l'épiscopat ; l'église où le peuple de Rome venait maintenant implorer sa protection était celle-là même où autrefois il distribuait aux petits et aux humbles la parole divine et le corps du Christ. Lors que Silvestre en prit possession, le titre venait-il d'être fondé ou existait-il depuis longtemps ? Aucun document littéraire ne permet de répondre à cette question ; il est impossible de savoir à quelle date Equitius vécut et fit don de sa propriété à l'Église romaine. Toutefois, comme son nom s'est conservé jusqu'au VIe et n'a été évincé complètement par celui de Silvestre qu'à cette époque tardive, il y a de bonnes raisons de croire que l'expression titulus Equitii était en usage depuis longtemps lors que celle de titulus Silvestri commença à prévaloir, sinon Silvestre aurait tout de suite supplanté Equitius a. » « La maison titulaire fondée par Equitius et illustrée par le passage de S. Silvestre existe encore au flanc de l'Esquilin ; tout rongés qu'ils soient par l'humidité, ses vieux murs se reconnaissent à leur appareil soigné, sous un manteau pittoresque de mousse et de salpêtre ; les voûtes ont résisté à la pesée des siècles et, par endroits, la fresque antique est demeurée attachée. Tout le gros œuvre a donc subsisté, bien que caché en plus d'un point par des constructions plus récentes : il est possible d'en dresser le plan exact et de se rendre compte de la disposition intérieure du titre (fig. 10G54). C'est là un fait unique à Rome ; car dans les quelques rares titres où l'on retrouve les murs du IIIe et IVe, à Saint-Clément, à Sainte-Anastasie, à Saints-Jean-et-Paul, on arrive tout au plus à déterminer le périmètre de la maison ; mais la structure interne de celle-ci nous échappe à cause des transformations radicales qui y furent apportées. Le titre d'Equitius au contraire, grâce à une série de circonstances heureuses, a été préservé des reconstructions ou des remaniements profonds dont tous les autres « titres » ont eu à souffrir : comme la basilique de Saint-Martin, élevée au VIe tout à côté, était assez vaste pour contenir les fidèles du quartier désormais entièrement chrétien, il ne fut pas nécessaire de démolir, pour l'agrandir, la salle liturgique où se conservait le souvenir de Silvestre Les prêtres desservants et, après eux, les moines qui s'y installèrent au Moyen Âge, continuèrent à habiter le premier et le second étage de la maison d'Equitius ; ils y entreprirent quelques travaux d'aménagement et, craignant que le rez-de-chaussée ne s'effondrât sous le poids de ces constructions nouvelles, ils renforcèrent les piliers de la salle liturgique en les entourant d'une gaîne épaisse de maçonnerie. Cette carapace protectrice a assuré la conservation des murs romains, mais elle a donné au sanctuaire un aspect étrange : tous ces murs énormes empêchent de saisir d'un coup d'œil l'ordonnance des lieux et la variété des appareils accroît encore la confusion '. » dans son état primitif.
D'après P.. Vielliard, Les origines du titre de Saint-Martin-aux-Monts à Rome, Paris, 1931, p. 25, fig. 3.
A la fin du VIe, le pape Symmaque (498-514) éleva l'église actuelle à laquelle l'ancienne servit de confession et, vers la fin du VIIIe, l'œuvre de Symmaque fut restaurée par Hadrien Ier : Ecclesiam beati Martini situm iuxta titulum sancti Silvestri... renovavit. Léon III l'enrichit de ses dons et c'est à telle occasion qu'on trouve mentionnée la diaconia SS. Silvestri et Martini quœ ponitur iuxta Orfeam. L'œuvre de Symmaque fut restaurée par Serge II (844-847) dont le nom se lit sur l'ambon : Salvo domino nostro beatissimo Sergio papa iuniore. Dès que les travaux furent terminés, on apporta en grande solennité de nombreuses reliques trouvées les unes dans les catacombes, d'autres à l'intérieur de Rome dans d'autres églises. La liste en est donnée par le Liber pontificalis et par une inscription qui se trouve encore à l'entrée de la confession ; celle-ci est l'œuvre d'un faussaire, exécutée au milieu du XIIe ». chesne, dans Mél. d'archéol. et d'hist., t. vu, 1887, p. 22 ; G. A. Filippini, Ristretto di tutto quello che appartiene all'antichità e veneratione della chiesa dei SS. Silvestro e Martino ai Monti, Roma, 1639 ; Forcella, t. iv, p. 3-34 ; t. xm, p. 421 ; H. Grisar, Hist. de Rome et des papes au Moyen Âge, t. i ; Chr. Huelsen, Le chiese, p. 382-383, n. 110 ; P. Kehr, Ital. pontiflcia, t. i, p. 45 ; J. P. Kirsch, Die rômischen Titelkirchen, p. 41-45 ; Lubin, p. 345 ; Marlinelli, p. 255 ; H. Marucchi, Bas. et égl. de Rome, p. 318-323 ; E. Mtintz, dans Mél. d'arch. et d'hist., t. vm, 1888, p. 108 ; Nibby, p. 543 sq. ; Paneiroli, V éd., p. 618 ; 2e éd., p. 217 ; Piazza, p. 421 ; P. Pouyard, I monumenti esistenti in S. Martino e memorie storico-critiche della chiesa di SS. Silvestro e Martino, dans Ms. de l'Arch. dell' Ord. dei Carmelitani de Observantia ; J.-B. de Rossi, Musaici cristiani ; Severano, Sette chiese, p. 679 ; P. Ugonio, Stazioni, fol. 298 ; V. Vanutelli, La sacra colonna che si venera in Roma a S. Prassede, Roma, 1896 ; Le même, L'immagine dei Sulvatore in S. Prassede, Roma, 1897 ; A. de Waal, Der titulus Praxedis, dans Rom. Quartalschr, 1905, p. 169-180 ; J. Zeltinger, Das Bild des Heilan des in S. Prassede, dans i]Tpfa>[i.dc-n.ûv àpxatoXoytxfjv, p. 8596.
6.SA1JSTT-ANDRÊ L'ATA BARBARA PATRICIA OU JUXTA
Ce Junius Bassus fut probablement consul en 317 et le père de cet autre dont le sarcophage est célèbre (voir Dictionn., t. n, col. 608 ; t. i, col. 897). Il avait décoré sa maison de mosaïque qu'on appelait opus sectile dont quelques fragments sont conservés (voir Dictionn., t. vu, col. 510-511).
La basilique de Junius Bassus demeura basilique civile jusqu'à la fin du IVe ; nous en lisons alors cette mention dans la notice de Simplicius : Dedicavit basilicam bealo apostolo Andréa juxta basilicam S. Mariée. L'inscription qui fut alors tracée dans l'abside nous a été conservée par cette dédicace [Diehl, 1785] :
Hœc. tibi. mens. Valilœ. devovit. prsedia. Christe Cui. testator. opes, delulit. ipse. suas Simplicius que. papa, sacris. eœlestibus. aptans Lffecit. vere. muneris. esse lui Et. quod. apostolici. dcessenl. limina. nobis Martyris. Andreœ. nomine. compnsuit Utitur. hac heeres. titulis. ecelesia. justis Succedens que. domo. mistica. jura, local Plebs. devota. veni. per que. hœc. commerlia. disce Terreno. censu. régna, superna. pelé les pla ces des personnages de distinction, préfets, consuls ou patriciens, Chr. Huelsen a lu le nom de FL. THEODOBIVS, qui était le vrai nom de Valila. Flavius n'était pas son gentilitium, mais un prœnomen que plusieurs autres barbares, au IVe et au Ve, adoptèrent comme titre de noblesse '.
Le pape Simplicius consacra l'édifice auquel il laissa sa décoration en opus seclile ; il ajouta seulement la mosaïque de l'abside dont Ph. de Winghe et G. Marin ont laissé des descriptions et Ciampini un croquis. Au commencement du VIIe, à côté de l'église, s'éleva un monastère dont parle la notice de Grégoire II (715-737) : monasterium iuxta S. Mariam maiorem posilum S. Andreœ apostoli, quod Barbarse nuncupatur. D'après L. Duchesne *, la fondatrice serait Barbara, correspondante et amie de S. Grégoire le Grand. Dans la notice du pape Léon III (795-816), cette église est désignée une fois comme : ecclesia S. Andreœ quœ ponitur iuxta prœsepem, et une autre fois : S. Andrese cata Barbara palricia.
Huelsen, Le chiese, p. 251, n. 4 ; P. Kehr, Ital. pont., t. i, p. 38 ; J.-P. Kirsch, Die rômischen Titelkirchen, p. 58 sq. ; [H. Krautheimer, Corpus basilicarum, t. i, s. v. ;] Lubin, p. 335 ; H. Marucchi, Bas. et égl. de Rome, p. 342-344 ; Martinelli, p. 102 ; Nibby, p. 214 ; Panciroli, V« éd., p. 307 ; 2e éd., p. 166 ; Piazza, p. 483 ; P. Ugonio, Stazioni, p. 258.
Le plus ancien monument de cette basilique est une épitaphe de l'année 491 qui fait mention d'un prêtre tituli Praxedis ; on en trouve d'autres parmi les signataires du concile de 499. La basilique fut restaurée par le pape Hadrien Ier (772-795) et par Pascal Ier (817-824), qui, le 20 juillet 817, consacra un autel contenant d'innombrables reliques. Ce même pape Pascal fonda un monastère de moines grecs qu'on trouve mentionné dans les notices de Grégoire IV (827-844) et de Léon IV (847-855). dans Dissert. Ace. Pont., série II, t. xm, 1918, p. 126 sq. ; Eug. Milntz, L'arc triomphal de Sainte-Praxède, dans Rev. archeol., 2e série, t. xxvm, 1874, p. 172-177 ; F. Nardi, Bullarium Vallombrosianum, in-4« , Florentin ;, 1729 ; Nibby, p. 670 ; Paneiroli, V éd., p. 701 ; 2e éd., p. 228 ; Panvinio, De septem ecclesiis, p. 258 ; Pennotti, p. 276 ; Piazza, p. 500 ; J. Quicherat, Une tombe plate dans l'église de Sainte-Praxède à Rome, dans Revue archéologi que, 2e série, t. xxxvm, 1879, p. 129-138 ; J.-B. de Rossi, Musaici cristiani ; Severano, Sette chiese, p. 679 ; P. Ugonio, Stazioni, fol. 298 ; V. Vanutelli, La sacra colonna che si venera in Roma a S. Prassede, Roma, 1896 ; Le même, L'immagine dei Sulvatore in S. Prassede, Roma, 1897 ; A. de Waal, Der titulus Praxedis, dans Rom. Quartalschr, 1905, p. 169-180 ; J. Zeltinger, Das Bild des Heilan des in S. Prassede, dans i]Tpfa>[i.dc-n.ûv àpxatoXoytxfjv, p. 8596.
8. sainte-bibiane. — Basili que très ancienne qui fut dédiée par le pape Simplicius entre 468 et 483, restaurée par Léon II. On lit dans la notice de Simplicius : Et aliam basilicam inlra urbem juxta palatium Licinianum beatœ martyris Bibianse ubi corpus ejus requiescit. Le palatium Licinianum désigne les édifi ces qui se trouvaient dans les jardins de l'empereur Licinius Gallus. A côté de l'église fut établi le plus ancien cimetière urbain ; il existait dès le VIe et est désigné sous le nom ad ursum pileatum (voir Dictionn., t. xiv, col. 1062).
9. sainte-croix-ex-Jérusalem. — Basili que fondée par Constantin dans le Palatium Sessorianum, mentionnée à plusieurs reprises dans le Liber pontificalis et dans les actes du concile romain de 501 : Hierusalem basilica Sessoriani palatii. On lit dans la notice du pape Hadrien Ier (772-795) : basilica Hierusalem quœ in Suxorio est, et dans celle de Léon III (795-816) : Ecclesia Jérusalem quœ ponitur in Susurrio.
On ne sait d'où vient le nom de Sessorianum ; I il y avait, à Borne, une Porta Sessoriana ; le mot vient peut-être de consessus, « tribunal ». Il se pourrait que le Sessorium fût réuni au Latran et aux jardins de l'Esquilin, que l'impératrice Ste Hélène (voir Dictionn., t. vi, à ce nom) y ait eu son habitation et qu'il ait suffi de transformer la basili que du palais pour en faire une église : Eodem tempore fecit Constantinus Augustus basilicam in palatio Sessoriano ubi etiam de ligno sanctœ crucis Domini nostri Jesu Chrisli 1 posuit. Au Ve, Galla Placidia et Valentinien III j la décorèrent, ce qui fit l'objet d'une inscription I conservée dans la sylloge de Pierre Sabinus 3. A cette même épo que, son nom de Jérusalem fut remplacé par celui de basilica Heleniana. S. Grégoire - le Grand l'érigea en « titre » qui succéda à celui de Nicomède, et l'église fut restaurée par Grégoire II ! (720).
Sainte-Croix-en-Jérusalem formait une dépendance du palais pontifical, on y célébrait les offi ces du vendredi saint. L'Ordo d'Einsicdeln a conservé la description des cérémonies '. On y fait encore la statio du vendredi saint. tionn., t. xiv, col. 981-1018.) Cette église, dédiée à S. Marcellin, prêtre, et à S. Pierre, exorciste, inhumés »au cimetière ad duas lauros, sur la voie Labicane, est mentionnée parmi les « titres » du concile romain de 595 sous le vocable de SS. Marcellini et Pétri. Peut-être cette église devint-elle titre en même temps que Sainte-Croix-en-Jérusalem. Elle fut restaurée sous Grégoire III (731-742) : fecit a novo ecclesiam S. Marcellini et Pétri iuxta Laleranis. Au IXe, cette église hérita les privilèges de l'église suburbaine, délaissée par suite du vol des reliques des martyrs par des pèlerins allemands. Elle fut dédiée sous Alexandre III, le 10 avril 1256, aux SS. Marcellin et Pierre. Des fouil les pratiquées sous la confession, en 1750, firent trouver six fragments d'une inscription dont on a voulu qu'elle existât au temps du pape Sirice (384-398).
Cette conjecture est peu fondée ; les fragments peuvent avoir été apportés d'ailleurs.
XXIII Églises de la IVe région. — Cette région correspondait aux IVe et Ve régions civi les, c'est-à-dire le Templum Pacis et Y Alla semita. tionn., t. v, col. 2048-2049 ; t. vin, col. 1954.) Église construite à l'intérieur du temple d'Antonin et de Faustine. La plus ancienne mention se lit dans les Mirabilia Urbis Romœ ; le qualificatif serait dérivé de quel que dame noble et pieuse qui aurait fait des dons à l'église.
2. saints-COME-et-damien. — (Voir Dictionn., t. m, col. 2350-2367 ; t. vu, col. 2415, flg. 6205.) [Krautheimer, Corpus basilicarum, t. i, s. v.] 3. sainte-marie-nouvelle. — (Voir Dictionn., t. x, col. 2077-2078.) Diaconie fondée par Léon V (847-855) sur les ruines de Sainte-Marie-Anti que.
4. sainte-PUDENTIENNE. — (Voir Dictionn., t. xiv, col. 1967-1973.) p. 305 ; Panciroli, 1« éd., p. 424 ; 2e éd., p. 271 ; Piazza, p. 591.
6. haixte-agathk. — (Voir Dictionn., t. i, col. 2819-2822.) Basili que construite ou restaurée par FI, Ricimer, vers 470. Son qualificatif est de Subura ou super Suburam ; le sobriquet Sainte-Agathe-desGoths n'était plus employé au Moyen Age.
« Une découverte importante a été faite depuis peu d'années dans l'église de Sainte-Agathe-desGoths. Une inscription qui n'est connue que par des copies, rappelait, qu'en 1504, des reliques : ossa sanctorum martyrum Hippolyti Adrias Mariée Neonis Paulinœ Dominandse duarum que sororum, placées dans un sarcophage sous le pontificat de Léon IX, avaient été transférées digniorem in locum. Ces reliques, accompagnées d'une espèce d'authentiques remontant au ixe, peut-être au VMe, ont été récemment retrouvées par M. Respighi. Les cinq premiers appartiennent au groupe des Martyrs grecs, ensevelis dans le cimetière de Calliste en un endroit qu'on n'est point parvenu à désigner. Les reliques furent trouvées dans deux coffres en bois, renfermés eux-mêmes dans des caisses de plomb, lesquel les avaient été placées, l'une dans le maître-autel, l'autre dans l'autel de Sainte-Agathe. A l'ouverture du premier coffre, on ne vit d'abord qu'un sac de toile de 1 m. 50 sur 0 m. 69, sur lequel se lisaient, en bel les capita les du IXe au plus tard, les noms suivants :
« Le sac fut ouvert. On en retira une pièce de toile contenant les ossements, en grande partie calcinés, d'un adulte, probablement de sexe féminin. Auc une inscription n'accompagnait ces restes. Au-dessous, une seconde toile avec les ossements entremêlés de quatre personnes. Des spécialistes réussirent à recomposer à peu près entièrement les squelettes de deux adultes du sexe masculin, d'une je une fille d'environ 18 ans et d'un enfant d'à peu près 6 ans. D'après la légende, Hippolyte et Adrias étaient des hommes faits, Maria avait 13 ans.
« Les restes de Pauline, la mère, manquent par conséquent. La pensée vient tout naturellement de les chercher dans la première couche d'ossements anonymes. Telle n'a pas été l'opinion de ceux qui ont déposé les reliques dans la caisse et ont pris soin de marquer les noms des quatre martyrs. Auraient-ils manqué d'ajouter le cinquième nom, s'ils l'avaient connu ? Comme le pense P. Franchi de Cavalieri, ces reliques séparées ont probablement été extraites d'une tombe voisine, censée être celle d'un martyr.
« Dans le second coffre également, il y avait un sac de toile, où était inscrit d'abord, en gran des capita les :
Un peu plus tard on ajouta en lettres oncia les : SCA PA (aussitôt barré) DOMINANDA ET ALIARVM DVARVM S0R0RVM. Sous la toile étaient réunis, avec les ossements d'une femme, toutes sortes de débris et trois petits sacs, avec, sur l'un d'eux, l'inscription SCA DOMINANDA, en oncia les. Les ossements de ce sac étaient ceux d'un enfant de 10 ans au plus. Les deux sœurs, dont les restes étaient placés dans les autres sacs, étaient plus jeunes encore.
« Paulina, du second coffre, serait donc celle du groupe des Martyrs grecs ? Avec P. Franchi, le P. H. Delehaye hésite à tirer cette conclusion. Le nom voisin de Dominanda invite à suivre une autre piste. Il fait partie du groupe de sept vierges honorées le 31 décembre, au cimetière des Jordani. Parmi ces sept sœurs, qui semblent faire pendant aux sept frères du 10 juillet, il y a une Paulina. Avec Dominanda et deux de leurs sœurs, cette Pauline provient de la voie Salaire et non de la voie Appienne. C'est du cimetière de Calliste qu'ont été enlevés les corps des quatre saints en même temps qu'un martyr anonyme. Il faut croire que Pauline, qu'on s'attendait à retrouver avec les autres martyrs du groupe des Grecs, ayant échappé aux recherches, quel que clerc savant se soit souvenu de la Paulina du cimetière des Jordani, qu'on se soit empressé d'y reconnaître celle qui manquait à l'appel, et de joindre ses reliques à cel les de ses prétendus compagnons. Ce serait une coïncidence par trop curieuse que, par hasard, à la même épo que, dans la même église, une martyre Paulina soit venue prendre la place d'une homonyme manquante.
« Le transfert des corps des Martyrs grecs s'est fait — les inscriptions le montrent — avec plus de soin qu'on n'est habitué à en constater en pareil cas. Pourtant, cette fois encore, il s'est vraisemblablement produit des confusions qui n'auraient été évitées qu'en laissant les corps à leur place. Quel que opinion qu'on se fasse sur Paulina, on remarquera que les Martyrs grecs ne sont pas au complet à Sainte-Agathe-des-Goths. Outre ceux de l'inscription, il y en avait cinq autres, qui sont nommés dans la Passion, avec indication du jour et du lieu de la sépulture, ce qui rend peu probable que ce soient des personnages inventés : Eusèbe et Marcel (20 oct.), Maxime (19 nov.), Marthana et Valeria (10 déc). Tous ces noms d'ailleurs, celui de Maxime excepté, ont été reconnus dans le cimetière de Calliste par les pèlerins du VIIE. Les chercheurs de reliques du IXe les ont-ils reconnus aussi, et alors pour quoi les ont-ils négligés ? Tout cela nous empêche d'avoir une confiance absolue dansces bel les inscriptions qui servent d'authentiques '. » Vestinœ rappelle le nom de l'illustre matrone dont la donation est à l'origine du titre ; les prêtres de ce titre souscrivent au concile de 499, mais en 595, il porte le nom de Saint-Vital. Nous savons, par une inscription que l'acolyte Abundantius appartenait à la IVe région [Diehl, 1249] :
DEPINP DNATSCI-MARCI MENSE • OCT IND • XII
L'église était dédiée primitivement aux SS. Gervais et Protais, on y ajouta le nom de leur père, S. Vital, martyrisé à Ravenne (voir Diclionn., t. xiv, à ce nom) où il a une basili que et où son tombeau était vénéré * :
Marlyris egregii liimulum Vitalis adora Le vocable du père supplanta celui des fils. On trouve cette basili que mentionnée dans la correspondance de S. Grégoire le Grand : Ut. Vestinee (Reg., 1. XI, ep. n), S. Vilalis (ibid., 1. XIII, ch. n) ; elle subit des restaurations sous Léon III (795-810) qui l'enrichit de ses présents, ce que firent aussi Grégoire IV (827-844) et Nicolas I » (858-867).
8. saint£SU8axne. — Titre très ancien qu'on rencontre sous le vocable de titulus Gai dans les souscriptions des conci les de 499 et de 595. Le manuscrit de Berne du martyrologe hiéronymien porte ces mots au 11 août : Romse ad duas domos iuxla dioclecianas (duo clecinas, ms.) natale sce. Susanne. La mention ad duas domos se lit dans le Liber ponlificalis, dans la notice de Serge Ier (687-701) et dans celle d'Hadrien Ier (772-795) : tectum tituli beatae Susannœ martyris qui appellatur Duas Domos silum iuxla s. Quiriacum... reslauravit. Serge Ier, prêtre de ce titre, l'enrichit de ses dons, ce dont fait foi une inscription dont il ne subsiste qu'un fragment conservé dans la galerie lapidaire du Vatican, à gauche, au delà de la bibliothè que ; elle était fort longue, voici ce qui nous en reste « : patrimoine dans la ville et que le quartier de SainteSuzanne était pres que désert. Dans ce document, l'église est encore appelée in regione quarta ad duas domos. Léon III fit restaurer la basili que depuis les fondations et la décora de mosaïques. Lue d'el les, qu'a encore pu voir Pompeo Ugonio, représentait le Sauveur, Charlemagne et Léon III portant le nimbe carré et présentant la basili que ; au-dessous, une inscription aujour d'hui perdue, mais dont De Rossi a publié le texte :
Dudum hsec beatœ Susannx martyris aula cuangusto et lelru existons loco marmoruto quant dominus Léo papa lertius a fundamenlis erigens et condens corpus H. Felicitatis martyris compte tedifteans ornavit atquc dedicavit. Le corps de Ste Félicité se trouve dans le souterrain qui représente en partie le niveau primilif de l'église.
9. saint-caius. — Ce serait le frère de Ste Suzanne et presque en face de Sainte-Suzanne s'élevait Saint-Caius. Abandonnée et presque ruinée au commencement du XVIe, le pape Urbain VIII la fit reconstruire en 1631 et y déposa un corps apporté des catacombes et dénommé Caius pour la circonstance. En 1722, le 21 avril, veille de saint Caius, des terrassiers découvrirent, au cimetière de Domitille, une tombe qu'ils signalèrent à l'abbé Jacques Crescenzio qui lut avec toute l'émotion nécessaire cette inscription tracée au charbon : CAIO-PP J^0^ • Aucun doute n'était possible, c'était le corps du pape Caius (le précédent n'était donc pas authentique) ; le corps fut levé, honoré, promu au rang de thaumaturge jusqu'au jour où J.-B. de Rossi retrouva dans la catacombe de Calliste la véritable épitaphe de Caius. (Voir Dictionn., t. m, col. 1736 sq., fig. 1945.) XXIV. Églises de la Ve région. — Cette région comprenait la VIIE région civile (via Lata) et une partie de la IXe (circus Flaminius). vetustatem crebo casuram esse videbalur... a fundamentis prius crexil... et ad meliorem cullum et decorem perduxit... absidcm que ipsius basilicœ musivo aureis superinducto coloribus cum summa populi gratulatione depinxit. En 806, Léon III avait fait des dons : titulus beali Marci martyris at que pontificis, qui appellalur in via Lata.
2. saints-apôtres. — Titre très ancien, fondé par le pape Jules Ier (337-352) ; la basilique, longtemps désignée simplement comme basilica Julia de la VIIE région fut ensuite placée sous le vocable des SS. apôtres Philippe et Jacques, au temps des papes Pelage Ier qui entreprit la reconstruction de l'église, après la victoire de Narsès sur les Goths, et Jean III qui termina les travaux. Cette inscription se lisait dans l'abside et associait leurs deux noms : Pelagius cœpit, cnmplevit papa Johannes Unum opus amborum par micat et prœmium Parmi d'autres inscriptions, citons encore celle-ci : Larr/ior et Pliitippu.i existens auqusto in tempore presul Despexit mundo déficiente primi Fluctibus liumanis portum seit ferre salutis Cui semper cura est reddcre vota Deo Nomine censura mente et scrmone Iohannis Qui sibi commiasas pasecre novit oves Hoc opus excoluit quo plebs lestina recurrens Jiripitur nwrsu dilaceramli tupi Quisquis lectnr adest Jacobi paritiquer Philippi Cernât apostolieum lumen incsse. loeis p. 64 ; H. Marucchi, Bas. et égl. de Rome, p. 390-392 ; Nibby, p. 108 sq. ; Panciroli, 1™ éd., p. 225 ; 2e éd., p. 356 ; Piazza, p. 468 ; Relazione délia basilica dei SS. Apostoli e dei rescoprimento dei sacri corpi dei santi apostoli Filippo e Giacomo il Minore, in-8°, Roma, 1873 ; [A. Santilli, SS. Apostoli (coll. Le chiese di Roma illustrate, n. 15) ;] Torrigio, Sacre grotte, p. 311 ; J. Volaterranus, Volumen antiquarum rerum di basilica SS. XII Apostolorum, dans Ms. Vat. lat. 5.560 ; P. Ugonio, Stazioni, fol. 78 sq.
3. sainte-marie-in-via-lata. — Diaconie dont le nom rappelle celui de la partie de la voie Flaminienne qui est intra muros. La première mention qui en est faite l'est à propos des présents que lui fit Léon III, en 806 ; ensuite, on la trouve dans la notice de Grégoire IV (827-844) et de Serge II (844-847). La tradition qui fait remonter cette église au pape Serge Ier (687-701) n'a pas de témoignages contemporains.
Bibl. : Adinolfi, n, p. 289 ; D. Angeli, p. 409 ; M. Armellini, lre éd., p. 341 ; 2« éd., p. 471 ; Bruti, vol. ix (tom. vin), fol. 139 V.-176 ; L. Cavazzi, S. Maria in Via Lata e gli odierni scaui nel suo oratorio, dans Miscell. di storia de cullura ecc les., 1905, p. 193203 ; Le même, S. Maria in Via Lata e le recenti scoperte nel suo antico oratorio, dans Nuovo bull. di arch. crist., 1905, p. 123-134 ; Le même, La diaconia di S. Maria in via Lata e il monastero di S. Ciriaco. Memorie storiche, in-8°, Roma, 1908 ; V. Federici, L'anlico evangeliario di S. Maria in via Lata, dans Arch. délia r. Soc. rom. di stor. patria, t. xxi, p. 121 ; Le même, Ancora sull' evangeliario di S. Maria in via Lata, dans Bull, delta soc. filol. rom., 1904, p. 1213 ; Forcella, t. vin, p. 383-416 ; t. xm, p. 499 ; P.-L. Galletti, Brève catalogo degli arcipreti, priori e canonici di S. Maria in via Lata dalV a. 1004 al. 1661, estralto dal cod. Chig., n. SS8, dans Ms. Vat. 7926, c. 243-244 ; H. Grisar, Un' antica diaconia risorta in Roma. S. Maria in via Lata, dans Rassegna Gregoriana, 1906, p. 15-28 ; L.-M. Hartmann, Ecclesiœ Sanctm Marias in via Lata Tabularium, parlem vetustiorem quœ complectitur chartas inde ab anno 921 us que ad annum 1045 conscriptas, in-4°, Vindobonse, 1895 ; Chr. Huelsen, Le chiese, p. 376, n. 97 ; P. Kehr, Ital. pont., t. vm, p. 383-416 ; t. xm, p. 499 ; F. Martinelli, Primo trofeo delta SS. Croce eretla in Roma nella via Lata da S. Pielro Apostolo. Nel quale si spiegano le prérogative délia chiesa di S. Maria Madré di Dio, le glorie délia sua miracolosa imagine, il principio e progressi délia sua insigne collegiata. li merovigliosi successi délie reliquia di S. Ciriaco ecc. Roma, 1655 ; H. Marucchi, Bas. et égl. de Rome, p. 392-394 ; Nibby, p. 519 ; Notizia (Brève) dell' oratorio eretlo solto l'insigne collegiata di S. Maria •n via Lata, in memoria délia prima abitazione in Roma dei SS. Apostoli Pielro e Paolo, in-8°, Roma. 1771 ; Panciroli, lre éd., p. 602 ; 2e éd., p. 357 ; Piazza, p. 805 ; Racconto storico sull' Oratorio e Immagine di S. Maria in via Lata, dans Ms. Vat. 5-576, c. 1-7 : Torrigio, Sacri trofei, p. 75 ; Traltato dei Divino Amore, con il ragguaglio e con l'antichità dell' oratorio erctto sotto questo litulo, nelV insigne diaconia di S. Maria in via Lata di Roma, in-4°, Roma. L748 ; A. de Waal, Das Oralorium der Kirche S. Maria in via Lata, dans Rom. Quarlalschr., 1907, p. 1-6. cimetière : Rogavil quamdam matronam nomine Priscillam et fecit cymiterium Novellœ via Salaria et XX V titulos in urbe constitua. Ce titre est mentionné dans une lettre du préfet Symma que, en 418, de electione Bonifatii. Les prêtres du « titre » souscrivent aux conci les romains de 499 et de 595. L'église existait sur son emplacement antique, mais, avant le XVIe, elle avait une orientation différente de celle qu'elle a aujourd'hui ; l'ancienne basilique avait l'abside tournée vers la voie Flaminienne.
5. saint-sylvestre-in-capite. — La notice du pape Paul Ier (758-760) nous apprend qu'il fonda cette église dans sa maison paternelle : in sua propria domo monaslerium... in honorem S. Stephani et beati Stephani et beati Silvestri... constituit. Dans la bulle du 4 juillet 761, le pape dit avoir fondé in domo quœ mihi parentali successione obvenit, in qua natum me constat at que nutrilum, d'où le sanctuaire prit le nom de cata Pauli, dès le Xe. L'histoire de la fondation de l'église semble établie par les documents contemporains ; mais il existait anciennement une autre tradition qui attribue la fondation au pape Etienne II (752-757). Le moine Benoît du Mont-Soracte, qui écrivait un peu avant l'an 1000, assure que Stephanus papa cepil hedificare domum ecclesiam in onore sancti Dionisi, Rustici et Heleutherii iuxta viam Flaminea... non longe ab Agusto iuxta formas, species decorata sicut in Francia viderat V Cette dédicace à S. Denis était en souvenir du voyage d'Etienne III en France et de son séjour à l'abbaye de Saint-Denis. C'est l'affirmation du Liber pontiftcalis, de la Chroni que de Benoît du Mont-Soracte et des archives de Saint-Sylvestre, publiées par V. Federici. di un' antica iscrizione esistente nella chiesa di S. Silvestro in Capite, dans Dissertaz. dell' Accad. rom. di arch., t. m, 1829, p. 231 ; Severano, Selle chiese, p. 346 ; P. Ugonio, Stazioni, fol. 241.
Les origines de cette petite église remontent au VIe ; le sobriquet fait allusion au xenodochium fondé par Bélisaire dans la région de la via Lata. Bélisaire est considéré comme un fondateur de l'église dans une inscription en vers léonins qui se lit toujours sur le mur de l'église de la via Poli. Le sobriquet a subi bien des retouches qu'on peut suivre dans le Tabularium de Hartmann pour l'église de Sainte-Marie-Zn-y/a-La/o ; ce sont : regione nono iuxta S. Maria quœ vocatur Isichineo (p. 52, n. 42) ; regione sexto ad sancta Mariœ in sinixeus (p. 53, n. 43) ; regione sexto ad sancta Maria in sinikeo et in sinicheo (p. 55, n. 44) ; enfin in synodo ce qui fit dire qu'on y avait tenu un concile. Dans les libri anniversariorum, on la trouve désignée sous le nom de S. Maria inler Trivio (inter Treio), puis S. M. in Trivio et ad fontem Trivii sive Aquore Virginis, tout cela parce que l'église se trouvait située à la bifurcation de trois rues, et on en a fait Trevi, nom qui a été appliqué à une fontaine a.
XXV. Églises de la VIe région. — Cette région correspond à la IXe région civile, dite du Cir que Flaminius. voisine de S. Maria in Via : voir sur celle-ci C. Cechelli, S. Maria-in-Via (coll. Le Chiese di Roma illustrate. n. 14).]
A.
XIV.
- Basili que très ancienne qui existe encore sur la place Navone et qu'on trouve mentionnée vers la fin du vmc siècle dans Y Itinéraire d'Einsiedeln : Cirrus Flaminius. Ibi sca Agnes ; elle commémore le supplice de la je une sainte (voir Dictionn., t. i, au mot Agnès) dont parlent S. Ambroise, S. Damase et Prudence. D'après une inscription perdue, l'oratoire fut renouvelé et consacré par Calliste II, le 28 janvier 1123. llibl. : D. Angeli, p. 15 sq. ; Armellini, lre éd., p. 106 ; 2e éd., ]). 1583 ; G.-B. Bovio, La pieta trionj., p. 145 ; Fr. Gancellieri, Descrizione délia chiesa antica e moderna di S. Agnese al Circo Agonale, con un' appendice di documenli e cogli atti del suo martirio corretli ed illustrali, dans Ms. Vat. 9175 ; Fr. Cancellieri, // mercalo, il lago deW Acqua Vergine ed il palazzo Panfiliano nel Circo Agonale dello volgarmente piazza Navona, Roraa, 1811 ; Ciampini, De S. R. E. Vicecancellario, p. 154 ; Fonseca, De basilica s. Laurentii in Dumaso, p. 275 ; Forcella, t. ix, p. 511-518 ; Chr. Huelsen, Le chiese, p. 168, n. 14 ; P. Kehr, liai, pont., t. i, p. 93 ; [R. Krautheimer, Corpus basilicarum, t. i, s. v.] ; H. Marucchi, Bas. et égl. de Rome. p. 416-419 ; Martinelli, p. 51 ; Nibby, p. 38 ; Panciroli, V éd., p. 180 ; 2e éd., p. 785 ; Severano, Selle chiese, s. v.
4. saint-salvateur-in-lauro. — (Voir Dictionn., t. vin, col. 1953-1954.) Basili que fondée par Damase (366-384), restaurée par Hadrien I » (772-795) et par Léon III (795-816). card. Barberino, Roma-, 1040 ; P. Spezi,.S'. Sali'atore di Galla, dans Bull, délia Comm. arch. com. di Roma, 1905, p. 62-103 ; P. Ugonio, Slazioni, fol. 221 v. ; A. de Waal, Die Tilelkirchen S. Laurentii in Damaso und in Lucina, dans Rom. Quarlalschr., 1903, p. 75-77.
5. saint-ange-en-peche. — Diaconie ancienne qui remonte au VMe. Une inscription de 755 (à 770) atteste qu'elle fut édifiée a fundamentis par le primicier Théodole, oncle du pape Hadrien Ier ; elle se trouve encore in situ. Ce Théodote était primicier des défenseurs et dispensateurs ; son nom et son portrait ont été retrouvés à Sainte-Marie-Antique (voir Dictionn., t. v, col. 2039-2040. lig. 4598). Au XIIe, l'église est mentionnée juxta templum Jouis, plus tard m foro piscium, plus tard encore in pescheria. Sous le maître-autel sont déposés les corps des martyrs de la voie Tiburtine, Symphorose, son mari Getulius et leurs sept fils. Leur translation aura eu lieu après le VMe, car l'inscription, qui est un catalogue de reliques de l'église, n'en fait aucune mention. L'église fut inaugurée sous un pape Etienne, soit Etienne III (752-757), soit Etienne IV (768-772), les mots ab inilio mundi ne nous apprennent pas malheureusement l'ère d'après laquelle fut calculée l'inscription.
XXVI. Églises de la VIIE région. — C'est la région du Transtévère qui comprenait les deux collines du Janicule et du Vatican.
— (Voir Dictionn., t. x, col. 2068-2075.) Suivant la tradition, cette basilique fut fondée par le pape Calliste Ier (217-222), achevée par le pape Jules Ier (337-352). On lit dans la notice de Grégoire IV (827-844) au Liber pontificalis : Ecclesia Dei genelricis, qu& more veterum nunc us que Calisli trans Tiberim dicilur, et encore : ecclesie sunctr Dei genelricis... quie appellatur Callisti et Cornelii. Reconstruite depuis les fondements par Innocent II (1130-1113).
J. 8AINTE-CÉVILE. (Voir Dictionn., t. n. col. i. i. p. 123 ; J.-P. Kirsch, Die rômischen Titelkirchen, p. 113 sq. ; |K. Krautheimer, Corpus basilicarum, l. i. s. v. ;] Lubin. p. 331 ; Martinelli, p. 84 ; II. Marucchi, Bas. et égl. de Home, p. 438-452 ; Nibby, p. 155 ; Panciroli, 1« éd., p. 261 ; 2e éd., p. 007 ; Piazza, p. 382 ; G. Ugonio, Stazioni, p. 129 sq.
3. sai \ r-i ujn sinmxi :. — Titre très ancien représenté parmi les signatures des conci les romains de 499 et de 595. Une inscription aujour d'hui perdue, mais copiée par un pèlerin du Moyen Age, semble renfermer une allusion à la controverse arienne • :
In llirono sci Chrysogoni On a trouvé au xvne siècle, dans les jardins de Saint-Chrysogone, une base de statue du bon Pasteur qui avait été offerte à l'église J :
La basilique primitive est représentée aujour d'hui par les murs de l'abside et de la nef transversale. Une première restauration eut lieu en 731, sous Grégoire III, dont la notice au Liber ponlificalis contient ces détails : Hic renovavil teclum S. Chrysogoni martyris et cameram sive parietem picluras cyborium autem de argento seu arcus quin que... Construxil monasterium erga eumdem lilulum sanctorum martyrum Stefani Laurentii et Chrysogoni eonstiluens ibi ubbatem et monachorum congre gationem ad persolvendas Deo lau des in eodem titulo diurnis al que nocturnis temporibus. llibl. : I). Angeli, p. 107, 606 ; M. Armellini, 1 » éd., p. 198 ; 2<- éd., p. 664 ; liruti, vol. xvi (tom. xv), fol. 21-38 (ital.) ; vol. xr (tom. x), fol. 19-31 (lai.) : P. Fedele, Carte del monastero dei SS. Cosma e Damiano in Mica Aurea, dans Archivio ilclla r. Soc. rom. di stor. pair., t. xxr, 1898, p. 459-531 ; t. xxil, 1899, p. 25-107, 383-447 ; V. Forcella, t. x, p. 321-32 1 : Chr. Huelsen, Le chiese, p. 240-241, n. 23 ; 1« . Kehr, Ital. pont., t. i, p. 129 ; S. Marini, / papiri diplomatici, p. 159, 162, 321 ; H. Marucchi, Bas. et égl. de Rome, p. 456-460 ; Nibby, p. 180 ; Panciroli. 1 » éd., p. 287 ; 2e éd., p. 579.
■'). SAINT-JEAN CALTBITE, dans l'île du Tibre, à laquelle on a voulu attribuer une haute antiquité, n'a pas d'attestation antérieure à une bulle de Benoît VIII, en 1018.
XXVII. Quelques basiliques cémétéria les. — Ces églises ont déjà fait l'objet d'étu des distinctes dans le Dictionnaire ; nous nous bornons ici à y ajouter quelques référen ces bibliographiques.
1. 8AINT-AQNÈS-R0RS-LE8-MUR8. — (Voir Diclionn., t. i, col. 958-965 et t. m, col. 2609-2622.)
delà du pontificat de S. Damase (366-384) dans la notice duquel on lit : fecit basilicam in catacumbis et dedicavit plaloniam, ubi corpora apostolorum jacuerunt, id est beati Pétri et Pauli. Près de la basilique, qui fut renouvelée par Nicolas Ier (858-867), s'éleva le monastère in Calatymbas sous Sixte III (432-440). C'est dans cette basilique que S. Grégoire prononça sa xxxvne homélie super evangelia.
4. — (Voir Dictionn., t. xm, col. 1010-1013). Basilique très ancienne fondée par le pape Symma que (498-514), restaurée par Honorius Ier (625-638), ainsi que l'attestait une inscription aujour d'hui perdue, qui se lisait dans l'abside. Un monastère y fut fondé par S. Grégoire le Grand (Registr., 1. IV, ep. xvm), qui, du temps d'Hadrien Ier (772-795), s'appelait monasterium S. Victoris apud sanctum Pancralium.
XXVIII. Expansion monasti que a Rome. — Nous en avons dit quelques mots déjà auxquels nous ajoutons les référen ces qui vont suivre.
Dès le iv« siècle, S. Augustin signale l'existence à Rome de monastères nombreux et florissants « et le Liber pontificalis, pour la première fois, signale le monastère fondé par Sixte III (432-440) pour desservir le sanctuaire cémétérial de S. Sébastien, ad Calacumbas ' ; peu après S. Léon (440-461) fonde un monastère pour desservir la basilique de SaintPierre 2. Le Latran eut aussi ses monastères ; le plus connu avait été fondé vers la fin du VIe :l sous le vocable des Saints-Jean-Baptiste, Jean l'Évangéliste et Pancrace ; vers cette épo que, il eut pour abbé Valentinien, qui avait été disciple de S. Benoît 4. Cette indication semble favoriser l'opinion d'après laquelle cette communauté aurait été composée de moines fugitifs du Mont-Cassin, lors que les Lombards pillèrent ce monastère ; si elle en venait, elle y retourna lors que l'abbé Pétronax repeupla le Cassin au début du VMe et peu de temps après S. Grégoire III reconstitua le monastère du Latran 5. Il s'en trouvait un autre au même lieu, fondé par Honorius (625-638) sous le vocable des Saints-Andréet Barthélémy 6 ; celui-ci situé à peu de distance du baptistère, là où s'élève aujour d'hui l'hôpital de SaintJean.
Outre le monastère fondé par S. Léon le Grand près de Saint-Pierre et qui portait vraisemblablement le vocable des Saints-Jean-et-Paul, on trouvait à peu de distance celui de Saint-Étienne-le-Grand ou cata Barbara patricia ', fondé vers la fin du vr3 siècle et restauré sous Léon III ; puis il faut nommer encore le monastère de Saint-Martin de Tours. Ces trois monastères existaient sous Grégoire III, en 732 8 et, vers le milieu du siècle, sous Etienne II, il s'y trouvait un quatrième sous le vocable de Saint-Étiennele-Petit. Près de la basilique Saint-Paul-hors-lesMurs, un monastère avait été fondé anciennement, mais avait disparu depuis et le pape Grégoire II (715-731) le releva de ses ruines ; vers la fin du VMe, on trouve, dans ces parages, les monastères de Saint-Césaire et de Saint-Étienne '. Près de Sainte-Marie-Majeure, sous Grégoire II, on signale deux monastères, l'un appelé Gerocomium, derrière l'abside, l'autre Saint-André de Barbara ou in massa Juliana. Plus tard, sous Léon III, le nombre des monastères a augmenté et ils se nomment : SaintAndré, Saint-Hadrien et Saints-Côme-et-Damien.
Outre ces monastères qui gravitent, si on peut dire, autour des gran des basiliques, il en est d'autres dont l'importance n'est pas moindre. Le plus important d'entre eux est Saint-André ad clivum Scauri, fondé par S. Grégoire dans sa maison patrimoniale du Cœlius, d'où il partira pour occuper le siège apostoli que et dont il détachera un essaim de quarante moines pour entreprendre la conversion de l'Angleterre. Devenu pape, il fonde, en 594, un monastère près de la basilique de Saint-Pancrace 10, monastère qui, dans la suite, échangera son vocable contre celui de Saint-Victor u.
Bien que le monachisme ne retrouve pas toujours auprès de tous les papes le même traitement favorable, les fondations se succèdent sous les suc cesseurs de S. Grégoire. Le pape Adéodat favorise le monastère de Saint-Érasme, au Cœlius, où s'était écoulée sa jeunesse 12 ; après lui, le pape Donus donne à des moines romains le monastère dit de Boèce, occupé jusqu'alors par les Syriens 13. Grégoire II, imitant son homonyme, fonde, lui aussi, un monastère dans sa propre maison : Sainte-Agathe u. Grégoire III fonde, à proximité de la basilique de SaintChrysogone restaurée par lui, le monastère des martyrs Etienne, Laurent et Chrysogone,s dont les moines devront se conformer à l'ordre des offi ces suivi par les moines de Saint-Pierre. Enfin, le pape Hadrien Ier organise le service régulier de l'office divin à SaintMarc par la fondation des deux monastères voisins de Saint-Laurent in Palatinis et de Saint-Étienne in Bagauda 18.
Sous le pontificat de Léon III, le nombre des monastères romains est plus que respectable. Outre ceux que nous avons déjà, mentionnés » : Saint-Saba, Saint-Anastase, Saint-André, Sainte-Agathe, SaintÉrasme, Saint-Silvestre, Saint-Laurent-du-Palatin, les deux monastères du Latran, près desquels est venu s'en ajouter un troisième, dédié à Saint-Étienne, les quatre monastères de Saint-Pierre, accrus également d'un cinquième, désigné sous le nom de Jérusalem, puis les deux de Saint-Paul, les trois de Sainte-MarieMajeure et le double monastère de Saint-Laurenthors-les-murs. Viennent, ensuite SaintVictor, SaintChrysogone, Sainte-Bibiane, le monastère de Renatus, Saint e-Agnès-hors-les-Murs.
« Une seconde série, composée d'une vingtaine de noms comprend les monastères moins connus, et dont, par suite, la nomenclature offrirait peu d'intérêt. Plusieurs, néanmoins, étaient célèbres à cette épo que et se trouvent soigneusement mentionnés dans l'itinéraire anonyme, d'ailleurs fort succinct, du VMe. Ajoutons que la liste du Liber pontificalis est, sans aucun doute, incomplète, puis que le chroniqueur se borne à mentionner les établissements qui eurent part aux largesses de S. Léon III. Elle suffit néanmoins pour nous permettre de regarder comme un principe, généralement suivi à Rome à cette épo que, que cha que église devait avoir, dans son voisinage, un clergé monasti que suffisant pour y accomplir avec dignité l'office divin.
« Il ne sera pas sans intérêt de rassembler ici les particularités, malheureusement trop rares, que la tradition nous a transmises relativement à la vie intérieure de ces monastères. Le Liber pontificalis parle d'un décret pris par le pape S. Innocent Ier « touchant les règ les des monastères », mais nous n'en trouvons auc une trace dans les Décréta les de ce pape. Le Pénitentiel de S. Théodore, moinearchevê que de Cantorbéry, envoyé de Rome par le pape S. Vitalien, nous fournit les princip aux usages monastiques, admis à Rome, au milieu du VIIE, usages que Théodore distingue soigneusement des coutumes monastiques d'Orient.
« Il nous apprend qu'à la profession du moine, l'abbé devait célébrer la messe et prononcer sur la tête du nouveau profès trois oraisons solennelles. Puis, il devait lui voiler la tête pour sept jours avec la coulle ou capuchon, et le septième jour, il lui découvrait la tête. « C'est, continue Théodore, une « imitation justifiée de ce que fait le prêtre à l'égard « des nouveaux baptisés : car, suivant le jugement « des Pères, l'acte de la profession est un second » baptême, dans lequel tous les péchés sont remis IB. » Le même auteur décrit en ces termes les funérailles des moines à Rome : « L'Église romaine à l'usage « de porter à l'église les moines défunts, et de leur « oindre la poitrine avec le chrême ; après la célébration de la messe à leur intention, on les porte à la « sépulture, en chantant des cantiques sacrés ; puis, « lorsqu'ils ont été mis au sépulcre, on récite pour « eux une oraison. On les recouvre ensuite de terre, « ou d'une pierre. On célèbre la messe pour eux le « premier jour, le troisième, le neuvième et le trentième, et puis, si l'on veut, au jour anniversaire. « C'est aussi la coutume de réciter chaque semaine « à la messe les noms des moines défunts '. » « Les moines romains, nous apprend Théodore, comptaient au nombre de leurs possessions des serviteurs ; les libéralités des papes consignées dans le Liber pontificalis confirment d'ailleurs l'exactitude de ce renseignement. » XXIX. Les monastères des grandes basiliques. - Dès le Ve, plusieurs monastères s'élevèrent successivement à proximité des grandes basiliques de Rome où les moines avaient mission de célébrer l'office divin. On en comptait trois à Saint-Jean du Latran : Saint-Pancrace, les Saints-André-et-Rarthélémy, et Saint-Étienne ; deux à Saint-Paul-hors-les-Murs : Saint-Césaire et Saint-Étienne ; deux encore à Saint-Laurent-hors-les-Murs : Saint-Laurent et Saint-Cassien ; trois à Sainte-Marie-Majeure : les Saints-Côme-et-Damien, Saint-André et Saint-Hadrien ; enfin quatre proches de la basilique Saint-Pierre du Vatican : Saint-Jean-et-Saint-Paul, Saint-Étienne-Majeur, Saint-Martin et Saint-Étienne-Mineur 2. D'autres basiliques eurent aussi leurs monastères dont le nombre total s'élevait à dix-neuf au VMe.
On a avancé comme une vérité démontrée que ces monastères basilicaux ne devaient pas être confondus avec des monastères bénédictins pour la raison que leur abbé n'était pas élu par la communauté, mais imposé par le pape ; mais ni la règle bénédictine ni, croyons-nous, aucune règle monastique n'a jamais contesté au pape le droit d'investir l'abbé d'un monastère, à Rome surtout. D'ailleurs, nous voyons le pape Grégoire 1er nommer directement un laïc, nommé Probus, abbé du monastère de Sainte-Lucie, dit Renati . Or ce monastère était bien antérieur à S. Grégoire. Dans celui de Saint-Victor, près de la basilique Saint-Pancrace, sur la voie Aurélienne, celui-ci fondé par le même pape, le premier abbé fut nommé par lui : Maurus, et c'était cependant un monastère bénédictin. Les lettres de S. Grégoire fournissent d'autres exemples semblables et, en cela, il ne fait que se conformer à l'exemple donné par S. Benoît lui-même qui, ayant fondé un monastère près de Terracine en nomma le premier abbé . C'était là un usage observé lors de la fondation ou de la reconstruction d'un monastère : le fondateur ou le restaurateur nommait presque toujours le premier abbé. Us exemples en sont nombreux au vu' siècle.
A la fin du siècle suivant, on voit le pape Léon III investir l'abbé du monastère de Saint-Étienne-Majeur et il y nomme un clerc romain élevé dans le patriarchium du Latran, déjà piètre, nommé Pascal et qui succédera au pape Etienne IV : ei monasterium sancti Stèphani... ad regendum commisit. Si Pascal n'était pas moine, il le devint en prenant la direction de son monastère ; à supposer qu'il ne le fût pas, il avait peu à faire pour le devenir car on lit dans sa notice du Liber pontificalis qu' il connaissait à fond les saintes Écritures et la psalmodie. Il recherchait avec soin la nuit et le jour, les entreliens fréquents avec les pieux et saints moines ; il se livrait avec ardeur et humilité à la prière, aux veilles et aux jeûnes quotidiens 5. » Que pourrait-on dire de plus pour un moine ?
Sous le pontificat de Grégoire IV (827-844), on rencontre une mention de monachi canonici appliquée aux moines basilicaux ; il faudrait donc en faire des chanoines réguliers, mais on doit faire observer que ce terme s'applique à un monastère de la basilique Sainte-Marie au Transtévère et non à un monastère basilical ; en outre le monastère en question est une fondation nouvelle succédant à une maison depuis longtemps abandonnée, ce qui permet de croire qu'à cette occasion on introduisit à Rome un type nouveau répandu déjà dans tout l'Occident.
« Cette expression monachi canonici paraît désigner des chanoines : ce serait la plus ancienne apparition, à Rome, de cette combinaison entre la vie cléricale et la règle monastique *. » Elle nous reporte à la moitié du IXe, d'où on peut conclure que les monastères des grandes basiliques de Rome n'étaient pas, aux vne et VMes, peuplés de chanoines réguliers (voir Dictionn., t. m, au mot Chanoines).
Au VMe déjà, les monastères basilicaux, spécialement ceux de Saint-Pierre, suivaient la règle bénédictine.
Le monastère de Saint-Pancrace, voisin de Saint-Jean de Latran, où vinrent se réfugier, avant 580, les moines fugitifs du Mont-Cassin, était bénédictin et il fut gouverné longtemps par l'abbé Valentinien « . Ces moines célébraient l'office divin dans la basilique, ce qui se pratiquait également à Saint-Sébastien, à Saint-Laurent-hors-les-Murs, à Sainte-Marie-Majeure et à Saint-Pierre du Vatican. Un demi-siècle plus tard, le pape Honorius (625-638) fonda, près de cette même basilique de Latran, un monastère qui porta son nom, avec la charge de célébrer l'office divin de concert avec le monastère de Saint-Pancrace, qui avait peut-être sollicité ce soulagement. On peut conjecturer avec vraisemblance que ce deuxième monastère suivait la même règle que le premier, puisqu'il avait à remplir la même mission. On peut en dire autant du troisième monastère, celui de Saint-Étienne, fondé, croit-on, un peu plus tard, près de la même basilique, avec la même destination.
A signaler encore le monastère de Saint-André près de la basilique de Sainte-Marie-Majeure, sous le pontificat de S. Grégoire 8, qui n'aura pas dû songer à lui imposer une règle différente de la règle bénédictine qu'il avait pratiquée avant son élévation à la papauté.
Quant aux monastères basilicaux de Saint-Pierre, ils étaient au nombre de quatre : Saint-Jean-et-Saint-Paul, fondé par S. Léon le Grand (440-461) ; Saint-Étienne-Majeur, fondé par Galla, fille de Symmaque, au commencement du VIe » ; Saint-Martin, qui ne paraît pas antérieur à S. Grégoire ; enfin, Saint-Étienne-Mineur, fondé par le pape Etienne (752-758). Ces quatre monastères étaient bénédictins, c'est ce dont témoigne un écrit anonyme antérieur au IXe qui décrit l'ordo decanlandi in ecclesia sancti Pétri par les moines bénédictins : Qiudiler in cœnobiis fideliter Deo servientes. lam juxta auctoritatem eatholicam id que apostolicam romanse ecclcsiœ quam juxta dispositionem ne régulant) sancti Benedicti missamm solemniis rel nataliciis sanclorum seu o/Jieiis divinis anni circuli die noclu que auxiliante Domino debeant celebrare, sicut in sancta ae romana Ecclesia a sapientibus ac venerabilibus pulribus nobis traditum. Voici qui est décisif. — Et un peu plus loin : Secundum regulam sancti Benedicti omne tempore dicbus dominicis legitur lectio sancti evangelii secundum tempus quo [uerit, et sequitur hymnum Te Deuni laudamus et versum cvan Kyrie eleison aflniuntw vigilise nocturnse. Plus loin encore : Item <de cursu diurno oel noclurno qualiier horas canonicas nuntianlur in scinda scde romaine Ecclesise sive in monasteriis constituas. Après l'office (de Prime, que les moines chantent là où ils ont passé la nuit, ubi dormiunt, les frères s'étant assis, le prieur avec eux, on lit la règle de S. Benoît, qui est expliquée par le prieur ou par un autre, afin que tous la comprennent et que nul ne puisse s'excuser sur son ignorance.
A la tombée de la nuit, ils se réunissent pour l'office de Completorium que S. Benoît avait institué et qui était propre à son ordre. L'anonyme décrit ensuite le lever de la nuit, la célébration des vigiles, des matines ou laudes, les repas de midi et du soir, le service de la cuisine, le tout exactement d'après la règle de S. Benoit dont il emprunte les expressions '. Ces quelques pages font revivre l'observance bénédictine dans les monastères basilicaux de Saint-Pierre qui renfermaient non des clercs ou des chanoines réguliers, mais de véritables moines bénédictins. Et on peut induire avec vraisemblance qu'il en allait de même dans les autres monastères attachés aux grandes basiliques de Rome.
S. Grégoire, venu du monachisme, avait fait bonne part aux moines dans l'organisation de l'office liturgique romain, trop bonne peut-être car son successeur Sabinien tourna ses faveurs sur le clergé : Hic ecclesiam de clero implevil '-. On peut conjecturer que les moines avaient quelque peu envahi tout ce qui leur était accessible dans l'exécution de l'office divin, notamment la scola ; il leur fallut faire place nette ou, du moins, consentir un recul, sauf à prendre leur revanche, ce qui arriva sous le pontificat de Boniface IV qui, à l'exemple du grand pape Grégoire, réservait sa confiance et sa faveur au monachisme. En 610, il présidait un concile qui marqua le retour des moines des monastères de Saint-Pierre dans les charges dont ils venaient d'être évincés. Bevanche passagère suivie d'une autre réaction sous Deusdedit, successeur de Boniface IV, qui cierum multum dilexit, sacerdo les et cierum ad pristina loca revocavit 3, puis sous Honorius (625-638).
Nonobstant ces alternatives auxquelles il leur était impossible de se soustraire, les moines réussissaient à s'implanter individuellement ; c'est ainsi que l'importante charge d'archichantre de la basilique de Saint-Pierre fut investie successivement à quatre abbés du monastère de Saint-Martin ; ainsi s'impose une tradition. Et l'influence monastique bénédictine s'affirmait encore dans l'adoption du cursus diurne : prime, tierce, sexte, none et complie, et son insertion dans l'office romain. Ensuite par la célébration des fêtes des saints selon la disposition de la règle de S. Benoît, ce qui ne se faisait nulle part ailleurs, les fêtes des martyrs n'étant célébrées que sur leurs tombeaux ou sur leurs reliques. Au VIe, les fêtes des saints étaient encore en dehors de l'office des clercs. L'influence des monastères de Saint-Pierre avait agi pour les y introduire et il semble que cette introduction eut lieu sous le pontificat de Grégoire III qui aurait étendu à toutes les basiliques urbaines l'obligation de célébrer les natalicia de tous les saints martyrs et confesseurs du calendrier romain. Avant la fin du VMe, l'œuvre de compénétration était accomplie et les fêtes des saints faisaient partie intégrante de l'office canonique, comme depuis S. Benoît, et les faisaient partie intégrante de l'office bénédictin. En définitive, jusqu'au IXe, il n'y eut guère d'uniformité dans le domaine de l'office divin. Quand on arriva à l'y introduire, ce fut en s'inspirant de la règle bénédictine et surtout de l'usage des monastères de Rome, de ces grands couvents groupés autour des basiliques de Latran, du Vatican, de Sainte-Marie-Majeure, qui, à la longue, sont devenus des chapitres réguliers d'abord, puis séculiers, mais qui représentent, en somme, le principium et fons de tout le développement latin de l'office ecclésiastique et monacal 4.
XXX. Quelques églises et monastères. Nous mentionnons ici avec une documentation et une bibliographie sommaires quelques fondations antérieures à la fin du IXe.
/. .s.iy nt-arbacy r-av-transté i ère. D'après un lectionnaire de l'église Sainte-Marie-// ?- Via-Lata, deux moines, au temps d'Innocent Ier (411-417), apportèrent d'Alexandrie à Rome les corps des SS. Gyr et Jean, hospitati sunt Transtiberim apud Theodoram religiosam viduam. Celle-ci déposa les corps dans l'église qui leur était dédiée sur la voie de Porto. Martinelli rapporte à cette église ce qui se lit dans la vie de S. Grégoire le Grand par Jean Diacre, c. xci : cum que presbyter monachus Lucido episcopo tam dirum nuntium revelare timerel, lacéré autem penitus non auderel monasterio se tandem proripuit et ad domum episcopi non longe a lumine Tiberi, regione septima juxta basilicam Cyri et Joannis posilam, somnium nuntiaturùs accessit.
2. SAÏNT-ABBACYR-llf-XENODOCHIOI ALERIORVM. — Petite église mentionnée seulement dans la notice - Liber pontificalis, t. i, 1 L. Duchesne, Origines 5. ^AINTE-AGATHE-AD-COLLES-JACENTES. — On Ut dans la notice de Pascal Ier (817-824) : construxil monasterium in honore ss. Agathse et Csecilise juxta ipsius ecclesiam in loco qui dicitur Col les jacentes, in quo et monachorum... congregationem pro quotidianis laudibus in prœfato titulo s. Csecilise die noclu que... decantandis conslituit.
6. — Mentionnée pour la première fois dans la notice de Léon III (795-816) ; sur le flanc méridional de l'Alta Semita.
7. saiNte-agathe-de-tempulo. — Seule mention dans la notice de Léon III (795-816) d'un oratorium sanctœ Agathse martyris qui ponilur in monasterio Tempuli.
S. sautte-AONÈS-AD-duo-FURNA. — Oratoire et monastère très anciens, proches de la basili que de Sainte-Praxède ; mention dans la notice de Léon III (795-816) de l'oratorium sanctse Agnetis qui ponitur in monasterio Duo Fuma. La célèbre inscription du pape Pascal Ier à Sainte-Praxède atteste que, le 20 juillet 817, ce pape dépose les corps des SS. Alexandre, Eventius et Theodulus in oratorio b. Christi virginis Agnetis, quod sursum in monasterio situm est.
'J. SAINTS-ALEXIS-ET-BONIFACE-aUR-VA VESTIS. — Église et monastère dédiés dès l'origine au martyr Boni face, auquel on joignit Alexis au x° siècle. (Voir ci-dessus, col. 2934.) 13. saint-andrê-in-massa-juliaNa. — Première mention dans la notice de Léon III (795-816) : monasterium sancti Andrese q. app. Massa Juliana.
15. saints-andré-ET-bartsÉlémf. — Monastère fondé par le pape Honorius Ier (625-634) près de Saint-Jean-de-Latran, restauré par Hadrien Ier (772-795), mentionné dans la notice de Léon III (795-816).
Petite église fondée, s'il faut en croire le martyrologe d'Adon, par un pape du nom de Boniface qui serait Boniface IV (608-615) : Ecclesiam sancti Michaelis nomine constructam, dit Adon, dedicavit in summilate circi, criptatim miro opère altissime porrectam ; unde et idem locus in summitate sui conlinens ecclesiam, inter nubes situs vocatur.
M. Armellini, lre éd., p. 136 ; 2e éd., p. 345 ; Fr. Cancellieri, Descrizione delta chiesa di S. Apollinare anlica e moderna, dans Ms. Vat. lat. 9168, c. 1-44 ; V. Forcella, t. vu, p. 513-530 ; Ch. Huelsen, Le chiese, p. 200, n. 67 ; [R. Krautheimer, Corpus basilicarum, t. i, s. v. ;] Martinelli, p. 63 ; Nibby, p. 106 ; Panciroli, Ve éd., p. 221 ; 2e éd., p. 473.
19. saint-archange. — On lit dans la notice de Léon III (795-816) : fecit in patriarchio Lateranense oratorium a fundamento in honore beati Archangeli ; autre mention dans la notice de Pascal Ier (817-824).
20. sainte-barbe-in-subura. — Dans la notice d'Etienne IV (816-817), on lit que le pape in oratorio sanctœ Barbarœ marlyris in Subura fecit vestem de fundato.
21. sainte-basilide-in-mervlana. — Seule mention de cette église dans la notice de Léon III (795-816) qui sarla tecta beatae Basilidis marlyris sita in Merulana noviler restauravit.
22. saint-CÉsaire-iN-palatio. — Monastère fondé au début du IXe parmi les ruines des palais impéri aux ; la plus ancienne mention se lit dans la Translatio sanctorum Marcellini et Pétri d'Eishard, où il est dit qu'un moine nommé Basile, exilé de Constantinople, en 825, in monte Palatino apud alios Grœcos, qui eiusdem professionis erant, cum quatuor discipulis suis hospitium habuit.
Le monasterium Corsarum ou de Corsis, près de la basili que de Saint-Sixte, d'après la notice de Léon IV (847-855), est mentionné avec l'oratoire de S. Césaire parmi ceux qui reçurent des présents de Léon III (785-816) ; il n'en est plus question dans la suite.
25. sainte-constance. — (Voir Diclionn., t. m, col. 2609-2622.) On lit dans la notice de Silvestre I« (314-335) : fecit et baptisterium Constantiœ.
26. SA1NTS-COME-ET-DAMIEN-AD-PRAESEPE. — Très
ancien oratoire fondé par le pape Symma que (498-514) : ad sanctam Mariam oratorium sanctorum Cosmœ et Damiani a fundamentis construxit. Près de là fut construit probablement un gerocomium qui, sous Grégoire II (715-731), fut converti en monastère qui fut doté par Léon III (795-816).
CIO. — Sanctuaire mentionné seulement dans la notice de Léon III (795-816) : oratorium sanctorum Cosmœ et Damiani qui ponitur in xenodochio qui appellatur Tucium.
31. sainte-eupuémie. — Très ancienne église restaurée par le pape Serge 1er (687-701) : hic basilicam sanclse Euphemise , quee per multa lempora jueral disjecla, cooperuit ac renovavit ; l'anonyme d'Einsiedeln la désigne sous le nom de sancta Euphemia in vico Patricio, et Léon III l'enrichit de ses dons : sanctœ Euphemiœ et Archangeli, qui ponitur juxta tiiulum Pudentis.
32. saint-euple. — Oratoire fondé par le pape Théodore Ier (642-649) : fecit et oratorium beato Euplo foris porta beati Pauli, restauré par Hadrien Ier (772-795) : porticnm qui ducit ad sanctum Paulum apostolum a porta una cum ecclesia b. Eupli restauravil.
Ribl. : M. Armellini, lre éd., p. 741 ; 2e éd., p. 925 ; L. Duchesne, dans Liber pontiflcalis, t. i, p. 520, note 94 ; Chr. Huelsen, Le chiese, p. 250, n. 3 ; Martinelli, p. 101, 301.
3,3. saint-eustacBE. — Très ancienne diaconie qui, au xe-XIe, portait le surnom de in platana.
34. 8AINT-FÉLIX-IN-PINC1S. — La plus ancienne mention certaine de cette église ne se trouve pas dans l'homélie xm de S. Grégoire sur l'évangile habita in basllica beati Felicis confessoris in die natalis ejus qui fut prononcée dans la basili que cimitériale de la voie de Porto, mais bien dans la biographie d'Hadrien I » (772-795) : basilicam beati Felicis positam in Pincis, quœ in ruinis erat... renovavit.
Latran attes que que : 0MNIA QVAE VIDENTVR A MEM0RIA SANCTI MARTYRIS YPPOLITI VSQUE HVC SVRCERE TECTA ILICIUS PRESB SVMITV PR0PI0 FECIT » (lire sumptu proprio). Le prêtre Ilicius est connu par d'autres trav aux exécutés près de Sainte-Pudentienne sous Sirice (384-398), ce qui date la memoria S. Hippolyli.
38. xaixt-jeax-sur-i.aventin. — Dans la notice de Léon III (795-816) on lit la mention d'un monasterium sancli Johannis qui ponitur in Aventino. et d'hist., t. xxvii, 1907, p. 484 ; Clir. Huelsen, Le chiese, p. 285, n. 12.
44. saixt-lavrext-ve-palatjo. — La plus ancienne mention de cette église se lit dans la notice d'Etienne III (708-772) ; restaurée par Honoiius III (1216-1227). (Voir Dictionn., t. vin, col. 1610-1650.)
45. SA1XT-LAUREXT-IX-PALLACIXIS OU DE PARA-
cera. — Ce sanctuaire assez ancien a conservé le nom du vicus Pallacinœ qui rapproche l'extrémité nord du Cir que Flaminien et le commencement de la via Lata. On le trouve mentionné pour la première fois dans la notice d'Hadrien Ier (773-793) : monasterium sancti Laurentii qui appellatur Palalinis... restaurans... coniungens ei alterum monasterium juxla ipsum positum, scili cet sancti Stephani qui cognominatur Vagauda. Léon 111(795-816) lui fit des dons : in monasterio beati Laurentii martyris qui appellatur Pallacina, et on le trouve également nommé dans la notice de Grégoire IV (827-844).
46. SA1NT-LAVRENT-AD-TAVRELI.VM. -- La seule mention de cette église se lit dans la notice d'Hadrien Ier (772-792) : Tectum basilicœ sancti Laurentii ad Taurellum, dum nimis vetuslissimum jam esset... reslauravit.
52. sainte-mari E-IN-AQU I RO. — Église très ancienne existant encore au Champ de Mars près du Panthéon. La forme originaire était Sancta Maria a Cyro ou in Cyro. On lit dans la notice de Grégoire II (731-742) : basilicam S. Dei genitricis quœ appellatur a Cyro, in qua antea diaconia et parvum oralorium fuit, a fundamenfis longiorem et laliorem fecit ; dans la notice de Léon III (795-816) : in diaconia sanctœ Mariœ in Cyro fecit coronam ex argento ; dans celle de Grégoire IV (827-844) : obtulit vestem de fundato et dans celle de Léon IV (847-858) : fecit... regnum... ex argento. dans la notice d'Etienne II (752-757) : secus basilicam beati Pétri aposloli duo fecit xenodochia... quœ et sociavit venerabilib.us diaconiis illic foris exislentibus perenniter permanere, id est diaconiœ S. Dei genelricis et B. Silvestri, et dans celle d'Hadrien>J'r (772-795) : constituit diaconias très foris porta b. Pétri aposloli, idest (S. Mariœ in Adriano) alia vero sanctœ Mariœ quœ ponitur foris porta b. Pétri aposloli in caput porlici... (nec non et alia quœ appellatur S. Silvestri). Ces deux passages rendent vraisemblable que la diaconie se trouvait dans le voisinage immédiat de la basili que, à l'extrémité occidentale du porti que de Saint-Pierre. En 806, Léon III l'enrichit de ses dons et sa notice la désigne ainsi : diaconia b. Dei genetricis foris porta b. Pétri apostoli.
55. sainte-marie-in-JULIA. — Église avec monastère mentionnés pour la première fois dans la notice de Léon III (79—816) sous le nom de monasterium sanctse Mariée quse appellatur Julise.
56. sainte-marie-de-lutara. — N'est mentionnée que dans la notice de Léon III (795-816) : oratorium s. Mariée quod ponitur in monusterio de Lutara, sans autre indication topographi que.
57. sainte-marie-de-maxima.. — Église et monastère existant encore sous le vocable de SaintAmbroise délia Massima. Mentionnés dans la notice de Léon III (795-816) : fecit in monasterium sanctee Mariée quee appellatur Ambrosii canistrum ex argento.
58. sainte-marie-mediana. — Dans les noti ces de Léon III (795-816) et de Grégoire IV (827-844) on trouve la mention d'un oratorium sanctee Dei genetricis Mariée quod Mediana dicitur. fol. 228-249 (ital.) ; vol. xn (tom. xi), fol. 170-182 (lat.) ; vol. iv (tom. m), fol. 1-91 ; Fedele, dans Arch. soc. rom., t. xxm, 1900, p. 171-238 ; t. xxiv, 1901, p. 159-196 ; t. xxv, 1902, p. 169-209 ; t. xxvi, 1903, p. 21-137 ; V. Forcella, t. n, p. 1-16, 527, 538 ; Chr. Huelsen, Le chiese, p. 352, n. 68 ; P. Kehr, Ital. pont., t. i, p. 65 ; Lubin, p. 338 ; Martinelli, p. 230 ; H. Marucchi, Bas. et égl. de Rome, p. 361 ; Nibby, p. 763 sq. ; Panciroli, lre éd., p. 538 ; 2« éd., p. 99 sq.
64. sainte-marie-in-tempulo. — Le monasterium Tempuli est mentionné dans la notice de Léon III qui lui fît des présents en 806 ; il s'y trouva alors incorporé un oratoire de Sainte-Agathe. Le fondateur du monastère, Tempulus, était un grec exilé de Constantinople avec ses frères Servulus et Cervulus ; ils installèrent dans cet oratoire une image de la Vierge attribuée à S. Luc, laquelle fit tant de mirac les qu'on en vint à changer le vocable de l'oratoire : quse scili cet aula... cum a priscis eatenus Sanctœ Agathes nomine titularetur, ab eo tempore crebrescentibus miraculis, quse per ssepe nominalam imaginem Dominus operari dignatus est, sanctse Marise competenler accepit vocabulum. La même légende attribue l'installation de l'image miraculeuse au pape Serge (687-701).
NO. — On lit dans la notice d'Hadrien I » (772-795) : constituit... foris porta beati Pétri apostoli... (diaconiam) sanctse Marise quse ponitur in Hadrianum. Léon III, en 806, l'enrichit de ses dons.
ne s'autorise pas de documents contemporains (voir ci-dessus, col. 2964).
68. saint-martin-POST-sanctum-petrum. — Monastère et église mentionnés dans la constitution synodale de Grégoire 1, en 732 ; restaurés par Léon III (795-816). Le pape Léon IV y fut élevé : in monasterio beali Martini quod foris muros hujus civitalis Romanes juxta ecclesiam beati Pétri apostoli situm est. Une bulle du 10 août 854 concède au monaslerium sancti Martini quod situm est post absidam in introitu ecclesiœ beati Pétri trois autres églises ; en outre, ce même pape la fit restaurer : monasterium beati Martini quod longo senio erat casurum miris domorum œdiflciis restauravit.
69. saint-îiatthiev-in-MERvlana. — Titre mentionné au synode romain de 499. Il fut changé, probablement au VIe, et transféré à l'église des Saints Pierre-et-Marcellin (voir ci-dessus : Pierre et Marcellin). et monasterium sancti Pancratii qui ponitur juxta basilicam Salvatoris. lit dans la notice de Léon II (682-684) que ce pape fecit ecclesiam juxta sanctam Vibianam ubi et corpora sanclorum Simplicii, Faustini, Bealricis at que aliorum martyrum condidit, at que ad nomen beati Pauli dedicavit sub die XXII mens. Februar.
75. saint-pérÉorin. — On lit dans la notice de Léon III (795-816) : oratorium sancti Peregrini quod ponitur in hospitale domestico ad naumachiam, et dans la notice de Pascal Ier (817-824) : hospitale sancti Peregrini positum ad beatum Petrum apostolum in loco qui Naumachia vocatur (voir Dictionn., t. xn, au mot Naumachie).
76. hôpital saintpierre. — Proche de la basili que Vaticane, au nord. Est-ce le même que Yhospitale domesticum ad Naumachiam ?
Église située près de la basili que de Constantin et de la basili que des Saints-Côme-et-Damien, mentionnée dans V Itinéraire d'Einsiedeln. On lit dans la notice de Paul Ier (757-767) : hic fecit noviter ecclesiam... in via Sacra juxta templum Romee in honorem SS. apostolorum Pétri et Pauli... ubi ipsi... propria genua flectere visi sunt ; mentionnée dans la notice d'Hadrien Ier (772-795), man que dans celle de Léon III (795-816). l'ordre du catalogue, il devait se trouver non loin de Sainte-Pudentiennc, mais sans qu'on puisse en déterminer l'emplacement exact.
80. les quarantemartyrs. — Oratoire très ancien proche de Sainte-Marie-Anti que, que les fouil les de 1901 ont mis au jour ; établi sur un édifice anti que du ne ou du Me, près du Lacus Juturnœ, et peint à fres que au vne-VMe. (Voir Dictionn., t. v, col. 2045.)
82. 8A.INT-8ATURNIN-EXTRA-MURQ8. — Église très* ancienne élevée sur le cimetière des SS. Thrason et Saturnin, près de la voie Salaire, restaurée par Félix IV (526-530) et par Grégoire IV (827-844). Elle est mentionnée dans le catalogue de Salzbourg, au VIIE. nombre des petits sanctuaires enrichis par les présents de Léon III (795-816) on trouve Yoratorium sanclorum Sergii et Bacchi quod ponitur in Calinico. Benoît III (855-858) fit également des dons au monasteriurn sanclorum Christi marlijrum Sergii et Bacchi gui appellatur Callinici. consecrare. Cette église ne reparaît dans aucun document de date postérieure, peut-être était-ce une église arienne.
On lit dans la notice d'Hadrien Ier (772-795) : constitua diaconiam quœ appellatur sancli Silvestri quœ ponitur juxta'hospitale sancli Gregori ; cette même diaconie est mentionnée dans la notice d'Etienne II (752-757), avec celle de Sainte-Marie in caput porlici, comme fondation de ce pape. Reçut des dons de Léon III, en 806.
92. saint-étienne-le-grand. --- Monastère déjà existant dans Grégoire III, en 732 ; mentionné dans la notice d'Hadrien I« sous le nom de monasterium sancti Stephani cala Barbara patricia situm ad sanctum Pelrum apostolum, et dans la notice de Léon III (795-816) : monasterium sancli... Stephani qui appellatur cala Galla patricia ; il reçut sa part des présents en 806. nastère mentionné dans la correspondance de S. Grégoire le Grand (xiv, 14), le 25 juin 604, sous le nom de monasterium sancti Stephani quod est ancillarum Di posilum ad Scm. Paulum ; plus tard il est mentionné par Guillaume de Malmesbury. vol. xvni (tom. xvn), fol. 310-316 (ital.) ; vol. xn (tom. xi), fol. 230-235 (lut.) ; vol. vu (tom. vi), fol. 197-295 ; F. Forcella, t. xi, p. 117-156 ; P. Kehr, liai, pont., t. i, p. 39 ; Martinelli, p. 405 ; Nibby, p. 760 ; Panciroli, 1 » éd., p. 805 ; 2e éd., p. 242 ; Severano, Settc chiese, p. 678.
VII. PARTICULARITÉS. I. La légende de Rome au Moyen Age. -- Il y a pas mal d'orgueil dans les contes que les Romains ont entassés autour du berceau de leur ville ainsi que dans les visions où sa fin est mêlée à celle de l'univers qui doit périr avec elle. Pendant mille ans et plus, dans les éco les, dans les églises, dans les monastères de la chrétienté, on a épilogue sur ces sujets qui enflammaient les pèlerins et les poussaient en foule vers ce Mons Gaudii d'où ils saluaient Rome en s'agenouillant et en l'acclamant. A leur retour les « Romipètes » ou « Roinieus » devenaient pour leurs voisins et leurs amis au objet d'envie et une source intarissable de récils toujours avidement écoutés.
La destruction de l'unité romaine s'accomplit dans une telle confusion cl parmi de tels bouleversements que l'impression qu'elle produisit, toute profonde, toute terrible qu'elle dût être, ne trouva pas des esprits assez calmes pour la rendre durable et poéti quement féconde. Hors de l'Italie, il ne resta de Borne cl de sa puissance qu'un souvenir vague, qui dans le peuple s'éteignit bien lot pres que complètement, au milieu des conditions nouvel les de la vie. Le seul témoignage de l'ancienne puissance et de l'ancienne position centrale de Borne qui se retrouvait partout, et dont l'unité ne pouvait manquer de frapper les imaginations, c'étaient ces magnifiques routes que le Moyen Age, loin de pouvoir imiter, avait bien de la peine à entretenir, et qui se rejoignaient toutes pour conduire finalement à leur point de départ. « Tout chemin mène à Rome », disait-on avec admiration, et peut-être faut-il reconnaître dans une légende répandue par toute la France, sous des formes différentes, une défiguration bien populaire du souvenir de la grande cité. Ce n'est pas, en effet, à Ju les César que l'on attribue, comme le dit Huon de Borde aux, d'avoir fait :
Los grans chemins ferrer et compasser ; plusieurs traditions veulent que ce soit à une femme qu'on doive ces créations grandioses. Le nom varie : dans tout le Nord-Est c'est Brunehaut qui est l'auteur des chemins ; en Bretagne, c'est la vieille Ahès, reine de Ker-Ahès ou Carhaix (où se croisaient les principa les voies romaines du pays) ; ailleurs, c'est une reine anonyme. Ne peut-on pas voir dans ces attributions quel que chose de comparable à ce qu'on raconte des Hindous, qui se représentaient la Compagnie des In des comme une « vieille dame » très riche, habitant l'Angleterre et envoyant de là ses agents dans l'Inde ? La femme qui fit construire tous les chemins serait alors Rome elle-même, naïvement conçue comme une reine douée d'une puissance et de richesses incomparab les. Rappelons-nous qu'Abercius (voir Dictionn., t. i à ce nom), lui aussi, conçoit l'Église de Rome comme une reine. Quant aux autres monuments de la grandeur romaine, on avait si bien oublié leurs origines qu'on les attribuait d'ordinaire, comme on sait, aux Sarrasins, indiquant seulement par là le caractère profondément étranger à la société nouvelle qu'on leur reconnaissait instinctivement.
En Italie, il n'en fut pas tout à fait de même. Il était impossible que le souvenir du temps où Rome avait dominé le monde n'y laissât pas un peu plus de tra ces. Cependant là non plus il ne faut pas s'attendre à trouver des légen des vraiment populaires (sauf peut-être quelques-unes de cel les qui se rattachent directement à ces monuments). Plus on étudie ce qu'on appelle la tradition, plus, en général, on la voit s'évanouir. Les événements historiques s'effacent avec une incroyable rapidité, dans les lieux mêmes où ils se sont produits avec le plus d'éclat, quand leur souvenir n'est pas fortifié par quel que appui extérieur et plus durable. Les monuments, qui sont les plus habituels de ces appuis, sont cependant plus souvent encore le point de départ de fictions purement imaginatives, qui n'ont rien à faire avec la réalité. Le passé ne se conserve dans la légende qu'au moyen de compositions poétiques contemporaines des événements et transmises, grâce à leur forme, de génération en génération ; or l'état intellectuel et social des premiers temps du Moyen Age ne se prêtait nullement, en Italie, à la naissance de compositions de ce genre. En dehors de ces chants, qui dans des conditions favorab les produisent les épopées nationa les, le peuple (nous entendons par là tous ceux qui ne sont pas des lettrés) ne s'intéresse point au passé : les récits que les vieillards, d'après les parti sans de la crédibilité de la tradition histori que, font aux jeunes gens avi des de les entendre, laissent d'ordinaire ceux-ci profondément indifférents et, s'ils les écoutent, ils ne les transmettent pas. En dehors de la poésie, la tradition histori que ne peut exister que dans un milieu à demi savant, où l'intérêt pour le passé est entretenu par l'éducation, où l'on a l'espoir de tirer de ce passé un fruit soit moral soit politi que pour le présent et l'avenir, et où l'imagination est à la fois excitée et contenue par un savoir plus ou moins solide, plus ou moins net, plus ou moins étendu.
C'est dans ce milieu que s'est formée la légende de Rome, et c'est à ce milieu qu'elle doit son caractère si souvent factice et pédantesque. Il est peu de ses productions qui aient une vraie valeur poétique et qui jettent, comme les créations de la vraie épopée, une lumière profonde sur la vie morale intime de ceux qui les ont créées. Il en est cependant qui méritent l'intérêt et quelques-unes ne sont pas dénuées de poésie et de signification. Telle est celle de la Salvalio Romœ qui existait sûrement au VIe. Comment les Romains faisaient-ils pour maintenir dans l'ordre et la soumission leur immense empire, composé de tant de peuples différents ? Ils y étaient, racontait-on, puissamment aidés par une « merveille », la plus étonnante en effet du monde entier. Dans le Capitole, (ou ailleurs, les récits varient), se dressaient, rangées en cercle autour de la statue de Rome, les statues de toutes les provinces sujettes, chacune portant son nom sur la poitrine. Si une de ces provinces méditait une révolte, aussitôt son effigie se détournait de la statue centrale qu'elle regardait ordinairement, et agitait une clochette : on savait dès lors où envoyer l'armée, toujours prête à marcher, et les rebelles, surpris par l'arrivée foudroyante des légions, étaient domptés avant d'avoir pu se mettre en défense. Dans d'autres versions, les statues sont remplacées par un miroir magique dans lequel on voyait se refléter ce qui se passait dans le monde entier. La « tour du miroir » fut détruite par la ruse des ennemis de Rome et la cupidité d'un empereur ; on lui fit croire qu'en creusant profondément sous la tour, on y trouverait d'immenses trésors et que, si elle était bien étançonnée, elle ne courrait aucun danger ; puis, une nuit on mit le feu aux étançons, la tour s'écroula, le miroir fut brisé, et avec lui périt la puissance romaine. On a étudié avec soin l'origine de cette légende, qu'on a regardée comme orientale ; on a cherché, au contraire, très ingénieusement, à retrouver dans divers monuments de la ville et dans diverses croyances antiques tous les éléments qui ont contribué à la former. Que quelques-uns de ces éléments n'aient pas été étrangers à la forme particulière qu'a prise la Salvatio, on l'accordera volontiers ; mais l'idée principale se retrouve en Orient plus anciennement qu'à Rome ; elle s'y retrouve, notons-le, sous la forme du miroir, et c'est sous cette forme sans doute, qu'elle arriva d'abord à Rome, sans avoir toute l'importance qu'elle devait prendre en se transformant comme on l'a vu. C'est du moins ce qui semble le plus probable en soi et ce qui paraît le plus conforme à la manière dont se sont développées les légendes romaines du Moyen Âge. Elles ne sont pas proprement romaines, elles n'ont nullement le caractère de celles qui étaient nées spontanément à Rome dans l'antiquité ; elles portent l'empreinte fantastique des conceptions orientales qui avaient envahi la capitale du monde, et qui, là comme en d'autres cas, paraissent bien avoir fourni au moins le germe sur lequel l'imagination occidentale a ensuite travaillé.
Cette puissance romaine si extraordinaire devait avoir eu des commencements merveilleux. Là, les chroniqueurs du Moyen Âge trouvaient les fables accueillies par les historiens romains, et qu'ils répétaient en les variant quel que peu. Mais ni Romulus, ni Énée lui-même n'offraient un point d'arrêt suffisant à des esprits qui ne considéraient une histoire comme ayant un commencement que s'ils pouvaient la rattacher au livre des origines par excellence, à la Bible. On remonta donc logiquement jusqu'au déluge, et le premier fondateur de Rome ne fut autre que Noé : ce second et moins coupable Adam, le premier homme du monde où nous vivons encore, devait inaugurer l'histoire de la ville qui était destinée, après avoir imposé son joug à l'humanité, à la diriger spirituellement jusqu'à la fin du monde.
C'est dans cette idée de la mission de Rome et dans les sentiments opposés qu'elle a suscités que l'imagination du Moyen Âge a trouvé son aliment le plus vivace. Pendant que les uns déplorent la chute de l'antique reine des peuples, les autres célèbrent sa renaissance comme mère des nations ; Hildebert du Mans a le mérite d'avoir rendu ces deux impressions dans deux élégies latines qui comptent parmi les rares poésies de cette période, où une forme simple et élégante se joint à une inspiration sincère. La Rome des Césars, qui a persécuté les chrétiens et fait mourir Pierre et Paul, suscite les invectives les plus ardentes, mais la Rome des papes, qu'illustrent et sanctifient les tombeaux des apôtres, est l'objet de la vénération la plus exaltée. Elle en est l'objet, mais pour ainsi dire l'objet idéal : si, pleins des idées qu'éveille ce grand nom, les fidèles accourent à Rome, ils n'en rapportent trop souvent qu'une amère désillusion. Le contraste entre ce que devrait être la Rome apostolique et ce qu'est la Rome papale fait naître de toute part des satires, les unes passionnées et présageant les explosions futures, les autres railleuses, celles-ci provenant de clercs qui ont eu à Rome quel que affaire personnelle et dont la bourse a été trop durement soumise au traitement exténuant de la curie :
O vos, bursœ turgidte, Romam veniatis : Ibi viyet physica bursis constipatis !
On en vient à prétendre que Romanus tire son nom de rodit manus :
Roma manus rodit : quas rodere non valet odit ; Dantes exaudit, nil dantibus ostia claudit.
Si déchue de son antique réputation qu'elle apparaisse à ses visiteurs, Rome demeure la capitale du monde chrétien, la ville où reposent les corps des apôtres Pierre et Paul, la cité sainte par excellence. Avec Charlemagne, sa gloire laïque paraît un instant devoir égaler sa gloire religieuse. L'empire romain, dont le centre s'était transporté à Constantinople, et qui, à vrai dire, n'existait plus pour l'Occident, est restauré à Rome même, et un nouveau Constantin, ton Armant d'une part et réparant de l'autre l'œuvre de son prédécesseur, consacre l'alliance indissoluble de l'empire et de la papauté. Vain rêve, qui ne devait jamais se réaliser, qui devait halluciner tout le Moyen Âge, dresser l'Italie contre l'Allemagne, et s'évanouir après un millier d'années, non sans avoir contribué à sauver l'unité du monde civilisé. Faire vivre en bon accord la papauté, investie d'un pouvoir temporel, et l'empire, qui était presque un sacerdoce, était une tâche étrangement difficile : Charlemagne lui-même semble avoir renoncé à poursuivre toutes les conséquences de la restauration de l'empire chrétien ; autrement il aurait dû transporter à Rome le siège de cet empire, ce qu'il se garda bien de faire. Mais le fantôme entrevu ne cessa de hanter les esprits : les Romains du Moyen Âge avaient bien plus d'ambition de voir leur cité redevenir le siège de l'empire universel, et en même temps de lui rendre son indépendance municipale, que d'en faire la capitale de l'Italie, et les Italiens eux-mêmes n'abandonnaient pas leur prétention au primato. L'empire était sacré et institué par Dieu comme la papauté ; le siège de tous deux était à Rome, et la « monarchie » qui était l'idéal le plus sublime du Moyen Âge ne pouvait se réaliser que par le retour de l'empereur dans sa seule résidence légitime. Avec quelle passion Dante criait à Henri VII :
V t'en i a veder la tua Roma che piange, Vedova, sola, e di notle chiama : Cesare mio, perché non m'accompagne ?
Ainsi pensaient les Gibelins d'Italie, pour lesquels Rome prenait une importance mystérieuse et symbolique. Les Césars allemands se laissaient aussi parfois entraîner à ces grandioses visions : un ou deux songèrent, dit-on, à s'établir dans cette Rome dont ils portaient toujours le nom dans leur titre impérial ; mais des motifs divers les en empêchèrent et les deux « moitiés de Dieu » ne se réunirent jamais.
La signification de Rome restait donc toujours très grande pour le Moyen-Âge. Le conflit de l'ancienne Rome avec le christianisme avait été l'objet de bien des récits légendaires, mais il avait cessé, et la ville de Mars était devenue la ville du Christ. Les païens avaient déjà proclamé que ses destinées étaient unies à celles de l'humanité tout entière ; le christianisme adopta cette croyance, mais, comme l'humanité devait finir, Rome finirait aussi ; la prédiction de sa chute, liée à l'avènement de l'Antéchrist et aux bouleversements qui la suivraient, a fourni le thème de descriptions apocalyptiques qui ont naturellement leurs sources dans des prophéties antérieures et leur origine dans des milieux lettrés et même savants.
Ceci concerne la Rome idéale. La Rome matérielle a donné lieu à des légendes d'un autre genre et dont on s'explique facilement la naissance. Les monuments de Rome, les uns en ruines, les autres encore entiers ou presque entiers, frappaient de stupeur les étrangers qui, surtout comme pèlerins, y accouraient en foule ; ils en demandaient le sens, la destination, l'origine. On leur répondait tant bien que mal, les ciceroni débitaient les contes qui leur passaient par la tête, les pèlerins y ajoutaient leurs propres fantaisies. De là sortit avec le temps toute la littérature des Mirabilia urbis Romœ dans lesquels des vestiges de traditions locales sont presque étouffés sous des amplifications incessamment renouvelées. L'apport des pèlerins à cette littérature a été réel mais très faible en comparaison de celui des premiers rédacteurs. Que les pèlerins par leurs questions, leur curiosité, leurs objections, aient aiguisé l'esprit des Romains et tenu leur mémoire en éveil, c'est fort probable, mais à coup sûr ils écoutaient avidement ce qu'on voulait bien leur dire beaucoup plus souvent qu'ils ne se permettaient d'intervenir eux-mêmes. La plupart des contes qu'on trouve dans la littérature en question, qui contient aussi, il ne faut pas l'oublier, beaucoup de renseignements exacts et anciens, sont d'ailleurs assez peu intéressants en eux-mêmes ; ils expliquent à leur façon l'origine de certains édifices, notamment du Colisée et du Panthéon, mais ils sortent visiblement de l'invention toute pure, et nous présentent encore ce phénomène surprenant, mais incontestable, de la disparition de la tradition historique la plus élémentaire dans les conditions où elle aurait eu le plus de chance de se propager.
L'imagination s'est donnée plus libre carrière dans la description des merveilles que Rome était censée posséder ou avoir possédées. Nous avons déjà parlé de la Saluatio Romœ ; quelques textes en font une œuvre de Virgile, ce savant magicien, qui devait la popularité napolitaine de son nom au sépulcre du poète [près de] Parthénope, qui devait à des contes byzantins la plus grande partie des histoires mises sous son nom, et qui, plus tard, par une attraction naturelle, fut transporté à Rome et y construisit des prodiges comme ceux qu'il avait construits à Naples. Outre la Salvatio, il y avait fait un feu inextinguible, qui s'éteignit cependant par l'imprudence d'un étranger ; des statues qui se jetaient une balle aux changements de semaines ou de saisons ; une balance qui pesait équitablement le prix des denrées, et surtout la fameuse Bouche de la vérité, qui ne lâchait pas le bras de qui l'y introduisait en prêtant un faux serment, mais qu'il détruisit lui-même quand une femme, justement accusée par son mari, eut su, par une adroite ruse, retirer impunément sa main parjure. Toutes ces merveilles sont originairement étrangères ou à Rome ou à Virgile ou à tous les deux ; elles ont toutes une provenance orientale et leur présence à Rome est un des épisodes de cette immense irruption des fables asiatiques en Occident, qui, au moins en bonne partie, s'est faite sous l'influence byzantine et par l'intermédiaire de l'Italie. Le roman des Sept sages de Rome, dont la forme occidentale la plus ancienne paraît être romaine, qui contient en tout cas plusieurs légendes romaines, et notamment celle que nous venons d'indiquer sur Virgile, en est un autre effet, et forme, avec quelques écrits du même genre, cette singulière littérature gréco-latine, semi-savante, semi-populaire, qui se produisit en Italie à l'époque où la culture des lettres y était le plus abandonnée, c'est-à-dire aux environs du Xe.
A. — XIV.
Au même courant appartient, entre les nombreuses histoires de trésors enfouis ou découverts à Rome, la plus célèbre de toutes, celle du trésor d'Octavien, que raconte déjà Guillaume de Malmesbury (vers 1135) et que répète tout le Moyen Âge. Une statue indiquait par un geste et une inscription la présence, dans le voisinage, d'un riche trésor. Que ce soit là un conte oriental, il ne semble pas qu'on puisse en douter. On en trouve d'analogues dans les Mille et une nuits, et aussi dans la littérature byzantine.
Les légendes relatives aux empereurs — la République romaine n'a laissé aucun souvenir — sont toutes, pour peu qu'elles méritent ce titre à quel que degré, relatives à leurs rapports avec le christianisme (il faut excepter en partie ce qui regarde Constantin). Auguste, Tibère, Néron, Titus et Vespasien, Trajan, Constantin, Julien, ont eu des rapports plus ou moins réels avec le christianisme et ont été l'objet de récits où ces rapports ont été présentés d'une façon imaginaire. Au reste, de légendes vraiment populaires il ne faut guère en chercher ici non plus. La plupart de ces récits sont des inventions parfaitement conscientes et ont été rédigés, quelques-uns fort anciennement, par des chrétiens pour servir de documenta fidei. Tels sont les contes sur la prédiction de la Sibylle à Auguste, sur l'apparition de l'Ara cœli et sur les autres prodiges qui auraient averti Auguste que le fils de Dieu venait de naître ; telle est la lettre de Ponce Pilate à Tibère, suivie d'une proposition faite par celui-ci au Sénat pour décerner à Jésus-Christ les honneurs divins, etc. Dans la même catégorie rentre aussi l'histoire de la Vindicta Salvatoris, mais celle-ci a un caractère plus populaire, elle est sortie d'un milieu profondément ignorant de l'histoire réelle, et des remaniements divers n'ont pu lui enlever complètement le caractère enfantin qu'elle avait en naissant, et qui en a d'ailleurs fait l'immense succès. Que la ruine de Jérusalem ait été dès l'origine considérée par les chrétiens, par ceux du moins qui s'étaient complètement détachés d'Israël, comme un châtiment de la mort du Sauveur, rien n'est plus naturel. Après avoir considéré Vespasien et Titus comme des instruments inconscients de la vengeance divine, on a voulu qu'ils en eussent été les instruments conscients et pour cela on a fait de l'un d'eux l'objet d'un miracle opéré par une relique du Christ. Cette histoire, remaniée diversement, amplifiée et retouchée par des mains érudites à l'aide du livre de Josèphe, resta populaire pendant tout le Moyen Âge, rajeunie qu'elle était par la haine toujours vivante contre les juifs ; elle sortit du petit cercle demi-savant où les autres légendes analogues se renfermaient, et fut traitée à plusieurs reprises en France sous la forme d'une véritable chanson de geste.
Un nom qui a véritablement survécu dans les souvenirs populaires, mais comme nom seulement, c'est celui de Néron. On sait le rôle qu'il joua dans la littérature apocalyptique, et son identification avec l'Antéchrist. En France, pour le peuple, il devint un diable et, en changeant Néron en Noiron, on accentua plus encore son caractère infernal. Le souvenir des jardins du Vatican où il avait brûlé des chrétiens pour éclairer ses fêtes se maintint aussi dans le nom de Prata Neronis, en français Prés Noiron, souvent mentionné dans les chansons de geste.
Trajan n'a eu affaire aux chrétiens que pour les persécuter, et son nom ne se trouve que par hasard être l'objet d'une légende très sympathique. On la connaît : on sait que, d'après elle, le pape saint Grégoire ému d'admiration et d'attendrissement au souvenir de la justice restée proverbiale de Trajan (il est vrai que l'acte particulier qui le touchait tant appartenait, au moins essentiellement, à Hadrien) obtint de Dieu que son âme, quoiqu'il eût été païen, serait délivrée des peines de l'enfer ; mais il lui fut enjoint de ne pas renouveler une demande aussi téméraire, et il fut même puni par une affection corporelle de l'avoir formée. Sur Constantin les légendes abondent. En dehors de celles qui concernent sa conversion et qui ont longtemps passé pour de l'histoire, il en est deux, n'ayant aucun rapport avec son rôle religieux, qui se sont attachées à son nom ; l'une regarde sa naissance et son avènement presque miraculeux au trône, l'autre nous le présente comme mari trompé, et trompé de la façon la plus blessante, sa femme le trahissant pour un nain difforme. Le plus curieux dans cette histoire, c'est le rapport où elle a été mise avec une œuvre de l'art antique, la seule de son genre qui nous soit parvenue, nous parlons de la statue équestre en bronze de Marc Aurèle qu'on voit aujourd'hui à Rome sur la place du Capitole où elle fut transférée de la place de Saint-Jean-de-Latran au XVIe, et c'est le voisinage de l'église bâtie par Constantin qui la fit prendre au Moyen Âge pour la statue de Constantin. Mais originairement elle se dressait devant l'arc de Septime Sévère et ce fut seulement le pape Serge III (905-911) qui la fit transporter devant Saint-Jean-de-Latran. Il est donc probable que déjà antérieurement on la regardait comme représentant Constantin, et que ce fut là la cause de sa conservation d'abord puis de sa translation. Quoiqu'il en soit, on l'a communément appelée au Moyen Âge Caballus Constantini. Au XIIe, le duc Robert de Normandie, passant par Rome pour se rendre en Terre sainte, se scandalisait de voir les Romains livrer aux intempéries de l'air leur « avoué » Constantin, et, pour leur faire honte, couvrit ses épaules d'un riche manteau. Toutefois, on n'était pas unanime à reconnaître Constantin dans le cavalier de bronze : la critique historique s'exerçait. Le vulgaire, dit au XIIIe Ranulf Higden, l'appelle Constantin, les pèlerins l'appellent Théodoric, mais les savants de la curie romaine le nomment Marins ou encore Quintus Curtius. » Quintus Curtius (qui doit son prénom à une confusion avec l'historien) est le Curtius de la célèbre histoire du gouffre ; quant à Marcus, c'est le nom que donne Ranulf Higden au héros d'un récit que nous retrouvons dans les Mirabilia Romae. Il faut remarquer que la statue comportait autrefois un complément qui a disparu on ne sait quand : le cheval foulait sous son pied un personnage de petite taille, le symbole probablement de quelque nation vaincue. De là le conte (que nous trouvons, avec de grandes variantes, dans les Mirabilia, dans Higden et dans un ancien roman en prose italienne, le Libro di Fioravante : les Romains étaient assiégés par un roi qui était nain : un d'entre eux réussit à surprendre le roi seul dans la campagne, l'enleva et l'emporta à Rome après l'avoir foulé aux pieds de son cheval, en mémoire de quoi on éleva ce monument. D'autre part, le chroniqueur allemand Bnetikel (XIIIe) nous dit que le groupe représentait Constantin foulant aux pieds le nain qui avait séduit sa femme. On voit qu'ici encore, malgré la présence d'un monument destiné à conserver un souvenir, c'est l'imagination seule qui l'a interprété sans rien retenir des données de l'histoire.
H. Circonscriptions de Rome au Moyen Âge. — Nous avons dit qu'Auguste divisa Rome en quatorze régions dont les limites sont, en général, assez desquêtes, faciles à déterminer, grâce aux topographies de la fin de l'empire qui nous ont conservé de précieux renseignements sur les monuments principaux et leur classement régional. L'Église romaine avait de son côté, et cela de très bonne heure, établi une division en sept régions ; le Liber pontificalis en fait remonter l'institution à saint Clément, mais on ne doit rien conclure de cette attribution sinon qu'au commencement du VIe, les sept régions ecclésiastiques étaient considérées comme une très ancienne création. Elles existaient certainement avant le milieu du IIIe ; le catalogue des papes appelé catalogue libérien ou philocalien porte, à l'article du pape Fabien (236-250) : il regiones divisit diaconibus. Ce texte remonte au plus tard à l'année 354 : il est même probable qu'il a été écrit peu de temps après la mort de Fabien.
A partir du XIVe, nous trouvons introduite à Rome une division qui subsiste encore, sauf quelques modifications. Elle diffère naturellement beaucoup de celle d'Auguste, la population ayant en général abandonné les sept collines sur lesquelles s'élevait l'ancienne Rome pour se répandre dans le Champ-de-Mars, peu habité encore au commencement de l'empire. Presque toute l'ancienne enceinte de Servius est maintenant renfermée dans une seule région, le rione Monti. L'ancien Champ-de-Mars, divisé autrefois en deux régions seulement, VII (Via Lata) et IX (Circus Flaminius) en compte actuellement dix sur quatorze.
On comprend combien il est important de savoir à quelle époque s'est produit ce changement dans les circonscriptions urbaines. La topographie antique de la ville de Rome ne peut se rétablir que par l'étude et la comparaison des textes du Moyen Âge : les vicissitudes successives subies par les édifices, les changements opérés dans les noms, l'aspect extérieur des monuments, leur transport même, s'il s'agit de statues, de colonnes, etc., ont laissé des traces précieuses dans les chartes de donation, les contrats, les testaments, les chroniques. Mais avant de se servir de ces documents, il faut être au courant de leur langue topographique ; un de ses éléments les plus expressifs est assurément l'indication des circonscriptions régionales.
H. Jordan a entrepris, dans son ouvrage intitulé Topographie der Stadt Rom im Alterthum, de démontrer que, jusqu'au xième siècle au moins, les régions d'Auguste s'étaient conservées dans leur ensemble et que les sept régions ecclésiastiques n'avaient jamais servi, au moins comme indication de lieu. En reprenant l'étude de ses documents et en les comparant aux données fournies par J.-R. de Rossi, je crois être arrivé, disait L. Duchesne, à pouvoir formuler une solution contraire que j'exprimerai ainsi : A partir de la guerre des Goths, c'est-à-dire au milieu du VIe, la division d'Auguste cesse d'être en usage ; elle est remplacée par la division ecclésiastique en sept régions ; les rioni du XIVe représentent une transformation nécessaire de la circonscription ecclésiastique ; ils n'ont rien à voir avec les régions d'Auguste.
La première région ecclésiastique comprenait certainement les tituli Sabini et Priscae situés sur l'Aventin, celui de Ste-Balbine sur le petit Aventin et celui de Fasciola, à droite de la voie Appienne ; ces quatre paroisses embrassaient les deux anciennes régions XIII (Aventinus) et XII (Piscina publica).
Le Caelius était dans la seconde région ecclésiastique qui, vers l'intérieur de Rome, s'étendait jusqu'au pied du Capitole et à la région VI (Forum Romanum). Entre la première et la seconde région ecclésiastique, se trouvent les régions civiles I (Porta Capena), X (Palatium) et XI (Circus Maximus) ; on n'a pu encore déterminer à quelle circonscription ecclésiastique elles appartenaient.
La troisième région ecclésiastique comprenait S. Clément, S. Pierre-ès-Liens, les environs de Ste-Croix-en-Jérusalem et de la Porte-Majeure, c'est-à-dire l'Esquilin, divisé en deux régions civiles, III (Isis et Serapis) et V (Esquiliœ).
La quatrième région ecclésiastique embrassait le Viminal et le Quirinal, c'est-à-dire la région civile VI (Alta semita) ; il faut probablement y joindre aussi la région IV (Templum Pacis).
La cinquième région ecclésiastique comprenait toute la vallée entre le Pincius et le Quirinal avec une grande partie du Champ-de-Mars, c'est-à-dire la région civile VII (Via Lata) et une partie de la IX (Circus Flaminius). Le reste de cette dernière formait la sixième région ; quant à la septième, elle correspondait au Transtévère (Regio XIII Trans Tiberim).
On voit que plusieurs régions civiles appartenaient à des régions ecclésiastiques portant le même numéro qu'elles. Cette coïncidence jette parfois de l'incertitude sur le témoignage des documents ; dans la recherche entreprise par L. Duchesne, il faut, comme il en avertit lui-même, tenir compte de cette chance d'erreur. Pour la première région, H. Jordan cite cinq documents tous relatifs à l'Aventin ; ils sont échelonnés entre le commencement du VIe et l'année 1025. Tous mentionnent la première région et non la treizième ; c'est donc l'usage ecclésiastique, non l'usage civil. H. Jordan propose une explication de ce fait qui, tout seul, est déjà capital contre son système. La porte de S. Paul, qui s'est appelée aussi pendant le Moyen Âge porte Capène, aurait transporté à la région de l'Aventin le numéro de l'ancienne région I (Porta Capena). Ceci est très subtil, d'autant plus que nous ne savons pas si la région I (Porta Capena) était dans la première ou la seconde région ecclésiastique. On comprendrait que l'erreur sur le nom de la porte ait entraîné un changement dans le nom de la région, mais le nom n'a pas changé, il n'y a que le numéro, qui de XIII est devenu I. Ce transport de numéro est d'autant plus extraordinaire que la région I (Porta Capena) n'est pas limitrophe de la région XIII (Aventinus) ; elle en est séparée par la région XII (Piscina publica). Lequel ressortissait très probablement à la seconde région. H. Jordan n'oppose ici que la contradiction avec un texte du Xe où l'on voit mentionnée la région VIII sub Capitolio. Mais un quartier sub Capitolio peut être aussi dans le Champ-de-Mars, ce qui fait disparaître la contradiction. Quant à la basilique Crescentiana, fondée par Anastase Ier, in regione II, via Mamertina, sa mention dans le Liber pontificalis remonte à la première rédaction, c'est-à-dire au commencement du VIe (514-530). L'église elle-même a entièrement disparu, et il est impossible d'en indiquer la situation d'une manière précise. Le nom de la voie Mamertina a fait penser au voisinage de la prison Mamertine ; toutefois comme certains manuscrits portent Mamurtina, H. Jordan pense qu'on pourrait en chercher l'emplacement près d'un clivus Mamuri qui se trouvait dans la région civile IV (Alta semita). Près de la prison Mamertine nous sommes dans la huitième région civile, près du clivus Mamuri dans la sixième ; en toute hypothèse, très loin de la région II (Cœlimonlium). H. Jordan ne parvient donc pas à rendre compte dans son système de la région assignée par le Liber pontificalis à l'église Crescentiana : en prenant au contraire cette région II comme une région ecclésiastique, tout s'explique parfaitement.
Les textes qui parlent de la troisième région se rapportent tous à des monuments appartenant à la troisième région civile aussi bien qu'à la troisième région ecclésiastique : il y a donc ambiguité. Cependant, plusieurs d'entre eux seraient dans la région V (Esquilise) si l'on prenait les termes un peu rigoureusement. Ainsi les textes in regione III non longe da Hierusalem — unam petiam vinee posita juxta formam Cimbri in regione III — regio III juxta porta majore '. L'église de Ste-Croix ou de Jérusalem, la forma Cimbri (trophées de Marius), la porte Majeure sont dans la cinquième région civile ; ce n'est donc pas la division civile qui est indiquée par le chiffre III. Cependant les termes non longe, juxta fournissent une échappatoire.
La quatrième région ecclésiastique comprenait les régions civiles IV et VI. On ne peut donc rien conclure des textes relatifs à des points compris dans l'ancienne région IV ; mais il y en a d'autres qui nomment la quatrième région pour des lieux certainement compris dans la sixième civile. Ainsi l'épitaphe d'un clerc REC QVARTE TT (tituli) VESTINE 2, c'est-à-dire de S. Vital. II en est de même de la lettre de S. Grégoire où on lit 3 : domum positam in hac urbe regione quarto juxta locum qui appellatur Gallinas albas. Ce texte est de 593. Le lieu ad Gallinas albas est placé dans la sixième région civile par le Curiosum et la Notitia. Un diplôme d'Honorius Ier, daté de l'an 625, cite domum cum horto suo positam in hac urbe Roma juxta thermos diocletianas regione A *. Enfin, dans une charte de Sergius Ier (687-701), gravée sur marbre, puis brisée et perdue, mais reconstituée par de Rossi (voir Dictionn., t. m, col. 892 sq.), on voit ce pape attribuer à l'église de Ste-Suzanne, située tout près des Thermes de Dioclétien plusieurs immeubles tous situés in regione quarta 6 : selon toute vraisemblance, ces immeubles se trouvaient dans le voisinage de l'église, c'est-à-dire dans la sixième région civile.
La situation de la cinquième, de la sixième et de la septième région ecclésiastique ne se déduit pas de documents aussi anciens que ceux qui ont rapport aux quatre premières. Mais celles-ci étant une fois fixées — et elles le sont d'une manière qui ne laisse prise à aucun doute — on voit d'abord qu'elles correspondent à quatre secteurs dont les sommets se rejoignent aux environs du Capitole et dont les bases s'appuient sur l'enceinte d'Aurélien à partir de la rive gauche du Tibre, en cheminant de la voie d'Ostie vers la voie Flaminienne. Ces quatre secteurs comprennent à eux seuls les sept collines et les vallées intermédiaires ; reste donc, pour les trois dernières régions, le Champ-de-Mars et le Transtévère. Il est naturel de croire que nous trouverons d'abord la région V, puis la région VI, puis la région VII, en partant du pied du Quirinal pour atteindre le Janicule et le Vatican. La région V devra comprendre la via Lata et la via Flaminia, la région VI s'étendra à l'Ouest de la précédente, jusqu'au Tibre, enfin la septième comprendra le quartier de la rive droite. Cette répartition, très naturelle en elle-même et indiquée a priori par la situation respective des quatre premières régions, trouve une confirmation dans un règlement attribué au pape Simplicius (467-476) par le Liber pontificalis. Ce pape voulant assurer le service religieux des basiliques de S. Pierre, de S. Paul et de S. Laurent, situées hors la ville, ordonna que des prêtres des paroisses intra-muros y demeurassent pour administrer les sacrements. Les prêtres de la première région étaient chargés de S. Paul, ceux de la troisième de S. Laurent : ces choix indiquent l'intention fort naturelle de confier les basiliques suburbaines au clergé des paroisses les plus voisines. La basilique de S. Pierre fut assignée aux prêtres de deux régions, la sixième et la septième. Ces deux régions devaient donc être les plus voisines du Vatican, c'est-à-dire correspondre au Transtévère et à la partie du Champ-de-Mars située le long du Tibre jusqu'en face du mausolée d'Hadrien. De cette façon encore, nous sommes amenés à chercher la cinquième région ecclésiastique à l'est du Champ-de-Mars, au pied du Quirinal et du Pincius, c'est-à-dire bien loin de la région civile V (Esquilise). Or, voici justement que deux titres, l'un de 962, l'autre de 1007, mentionnent comme appartenant à une région cinquième les localités situées près de l'église Sainte-Marie in via Lata, et d'autres entre la place Colonne, le pont Saint-Ange et la porte del popolo. Ces coïncidences ruinent le système présenté par H. Jordan.
Pour les sixième et septième régions ecclésiastiques on ne trouve plus la même concordance et L. Duchesne donne l'explication de ce fait.
J'ai déjà fait remarquer, écrit-il, que le Champ-de-Mars qui, sous Auguste, était réparti entre deux régions seulement, en comprend actuellement dix. La population s'est déplacée pendant le Moyen Âge ; les collines ont été abandonnées pour le Champ-de-Mars ; la basilique de S. Pierre, centre du pèlerinage romain, a insensiblement attiré la ville dans l'angle du Tibre auquel elle fait face, et cela longtemps avant que la résidence pontificale fût fixée dans son voisinage. Antérieurement au XIVe, ce déplacement avait nécessité quelques changements dans les circonscriptions urbaines ; la vie de Gélase II (1118-1119) « , écrite par un contemporain, mentionne douze régions sur la rive gauche du Tibre, sans compter l'île ni le Transtévère, regiones XII Romanie civitatis, transtiberini et insulani. H. Jordan croyait que ces douze régions étaient encore les douze premières régions d'Auguste. L. Duchesne était plutôt porté à croire qu'elles représentent une modification des régions ecclésiastiques primitives, modification portant uniquement sur les deux régions V et VI qui se partageaient l'ancien Champ-de-Mars et correspondaient en gros aux régions VII et IX d'Auguste. Ne pouvant apporter un grand nombre de témoignages à l'appui de ce système, au moins pouvait-il faire voir que, chaque fois qu'une localité est mentionnée pendant le Moyen Âge avec un numéro de région supérieur à IV, cette localité se trouve dans le Champ-de-Mars ou de l'autre côté du Tibre.
C'est déjà prouvé pour la région V, qui paraît s'être étendue vers le Nord, la porte Flaminia, le mausolée d'Auguste, etc. La région VI est indiquée à propos de l'église S. Maria in Sinikeo, S. Maria in Xenodochio, c'est-à-dire Sainte-Marie de Trevi. — La région VII n'est pas bien fixée : on la cite une fois pour un lieu qui est attribué aussi à la région IX ; une fois pour un lieu voisin à Ste-Agathe in Suburra ; dans ce dernier cas, il y aurait un empiétement sur l'extrémité de la quatrième région ecclésiastique à laquelle appartenait certainement Ste-Agathe ; peut-être n'y a-t-il qu'une faute de transcription très commune, VII pour II IL Dans le premier cas, qu'il s'agisse de la région VII ou de la région IX (VIIII), le lieu désigné est voisin de la colonne Trajane, c'est-à-dire dans les limites de la plaine. — La VIIIE région n'est citée qu'avec l'indication sub Capitolio : bien que Jordan et Gregorovius pensent à l'ancienne région civile VIII et au Forum romain, L. Duchesne se dit plutôt disposé à chercher la région %sub Capitolio sur le versant nord-ouest du Capitole, vers l'emplacement occupé par le rione Campitelli, qui a conservé le nom et se trouve juste au pied du Capitole. — La IXe région, très souvent nommée pendant le Moyen Age, correspond au centre du Champ-de-Mars, vers le Panthéon, S.-Eustache, la place Navone, jusqu'aux environs de S. -Laurent in Lucina.
Des trois autres régions, X, XI, XII, il ne nous est resté aucun document, sauf pour la région XII, un titre dont il sera parlé tout à l'heure. Ces régions s'échelonnaient, semble-t-il, le long du Tibre, peut-être l'une d'elles correspondait-elle à la cité Léonine.
Jusqu'ici, ajoutait L. Duchesne, je n'ai pas tenu compte de certains textes qui paraissent témoigner en faveur d'un autre système et concorder avec les vues de H. Jordan. Le chronographe de l'an 354 (Voir Dictionn., t. m, col. 1555), dans le catalogue des papes qui s'arrête à Libère, mentionne deux basiliques fondées par le pape Ju les et les place dans des régions qui sont évidemment les VIIE et les XIVE d'Auguste ; les Actes de Ste Suzanne présentent l'indication de lieu regione sexta juxta vicum Mamurtini (ou Mamuri) ante forum Sallusli l. Cette sixième région est encore une région civile, non une région ecclésiastique. Ces faits seraient graves si les textes appartenaient au Moyen Age, mais il est évident que le chronographe de l'an 354 est un texte de l'époque classique ; quant aux Actes de Ste-Suzanne, ils datent du Ve, comme la plupart des passiones de Rome ; rien ne prouve même qu'ils ne soient pas un simple remaniement d'une pièce plus ancienne encore. Nous ne sommes donc pas en présence de documents du Moyen Age proprement dit.
Le Liber pontificalis, dans la Vie d'Anastase II, rapporte que ce pape était fils d'un certain Pierre, de regione quinta caput Tauri : or les actes de Ste Bibiane mentionnent un lieu ad caput Tauri juxta palatium Liciniani ad formam Claudii ; ce lieu, c'est l'emplacement de l'église actuelle de Ste-Bibiane ; il se trouve sur l'Esquilin dans la région civile V ( Esquilise ) loin du Champ-de-Mars, où se trouvait la cinquième région ecclésiastique. Le Liber pontificalis aurait donc employé ici la division civile à la place de la division ecclésiastique, ce qui ne serait pas extraordinaire, puisqu'il a été rédigé avant la guerre des Goths, 'c'est-à-dire en un temps où l'organisation impériale subsistait encore dans son ensemble. Cependant, il y aurait là une dérogation à l'usage constant du Liber pontificalis : c'est par lui que nous connaissons l'origine probablement fabuleuse des sept régions ecclésiastiques * ; c'est à cette division qu'il se réfère dans les notices d'Anastase Ier et de Simplicius. Je préfère l'explication suivante : dans la notice d'Anastase Ier, nous avons affaire à un texte corrompu : en effet, des manuscrits très autorisés portent la leçon de regione quinlalauma caput lauri. Que signifie ce mot étrange de quinlalauma ? Je n'en sais rien, mais il n'est pas là sans quel que raison paléographique et cela suffit pour douter du sens en cet endroit.
Un titre de l'an 1005 place un lieu regione duodecima in piscina publica, ubi dicitur sancto Gregorio ; un autre de l'an 1037 mentionne le Transtévère comme la région XIVE, non comme région VIIE, regione quarta décima transtiberini. Nous sommes ici en plein Moyen Age. Dans la deuxième indication, il est possible que la circonscription indiquée soit citée, non comme région d'Auguste, mais comme région du système nouveau selon lequel il y avait au commencement du xne siècle regiones duodecim Romanse civitatis sur la rive gauche, plus les insulani et les transtiberini. Les insulani formaient ainsi la région XIII, le Transtévère la région XIV.
Reste la regio XII in piscina publica, ubi dicitur sancto Gregorio, ce qui vise l'ancienne circonscription d'Auguste. Qu'elle se soit conservée inaltérée jusqu'au XIe, ce serait une singulière exception, rien n'indiquant que le petit Aventin et les environs de la voie Appienne aient échappé à la dépopulation générale de la partie méridionale de Rome. Mais, d'abord, il y a dans ce texte une erreur manifeste : le lieu indiqué, église S. -Grégoire, n'a jamais fait partie de la région XIIE d'Auguste ; elle appartenait à la deuxième région civile et à la deuxième région ecclésiastique ; la première, Regio II Cœlimonlium, était séparée de la douzième par la Regio I Porta Capena ; l'indication est donc inexacte. Ce qui a persisté, ce n'est pas la circonscription elle-même, mais son nom et encore n'est-ce pas bien assuré.
Ainsi, lorsqu'un document postérieur à la guerre des Goths et antérieur au xii° siècle mentionne une région romaine avec son numéro, cette région n'a rien de commun avec la division d'Auguste ; elle se rapporte à la division ecclésiastique en sept régions diaconales. De ces sept circonscriptions, les quatre premières se maintiennent inaltérées jusqu'au xne siècle ; les trois autres, ou plutôt la cinquième et la sixième, sont subdivisées vers le ixe et le Xe, en raison de l'accroissement du Champ-de-Mars, de sorte que le nombre des régions finit par remonter à douze, non compris le Transtévère et l'île du Tibre.
Tant que subsista, pour la capitale de l'empire, le régime administratif ancien, c'est-à-dire jusqu'au milieu du VIe, les deux systèmes de régions fonctionnèrent concurremment : le premier pour les relations civiles, administratives, municipales, le second pour l'Église, son clergé, ses services de culte et d'assistance. L'administration diaconale, la distribution hiérarchique des clercs, la répartition des fidèles en général, et, en particulier, des assistés, Voir la notice de veuves, orphelins, pauvres de tout genre, avaient pour bases et pour cadres les sept régions ecclésiastiques '. C'est à cet état de choses que correspond l'expression employée, au commencement du IVe, par un des diacres de Rome, dans une lettre adressée à un fonctionnaire du roi Théodoric : Septem regionibus ecclesiaslica apuJ nos militia continetur '. Les quatorze régions civiles ont laissé peu de traces dans la hiérarchie séculière ; les sept régions ecclésiastiques sont le fond même de l'organisation cléricale.
On conçoit aisément, dit encore L. Duchesne, que les sept régions aient fini par prendre dans les habitudes de la population plus d'importance que les quatorze, surtout après que l'État se fut déchargé sur l'Église de tout ce qui regardait l'assistance publique, l'approvisionnement, les aqueducs, etc. Après les grandes catastrophes de la guerre gothique et de la guerre lombarde, c'est dans les cadres de l'Église que la population se moula, comme c'était de ses mains seules, ou peu s'en faut, qu'elle devait attendre secours et protection. De là, l'importance de plus en plus grande du système régional ecclésiastique pendant la période byzantine ; de là aussi, la disparition des anciennes circonscriptions. La dépopulation de la ville eut aussi son influence. La culture reflua de la banlieue sur l'enceinte ; au VIIE et depuis, on trouve des jardins, des vignes, en bien des quartiers qui, jadis, avaient été couverts de maisons 3. A partir de S. Grégoire (590-604), c'est la division ecclésiastique qui prévaut sur celle d'Auguste.
III. Organisation militaire4. -- Abandonnée, ou à peu près, à elle-même par les successeurs de Justinien, Rome dut pourvoir à sa sécurité extérieure, en recrutant dans son sein les forces nécessaires à sa défense. De Constantinople et de Ravenne, il ne lui venait que de hauts fonctionnaires et les officiers supérieurs. Les milices impériales, si réduites déjà au temps de S. Grégoire le Grand, finirent par disparaître tout à fait, par s'absorber dans une troupe indigène qui fait déjà parler d'elle aux environs de l'année (i 10 \ Quelle était son organisation ? Comment étaient distribués ces corps de milice auxquels commandaient les tribuns, les chartulaires, les ducs, du vir et du VMe ? Il faut, pour s'en faire une idée, étudier l'ordre des processions pontificales.
Dans les anciens Ordines Romani (voir Diclionn., t. xn, à ce mot) dont il nous reste des manuscrits du vme et du iv siècles et qui représentent en somme l'usage de la période byzantine, le clergé et la population elle-même apparaissent groupés par régions ecclésiastiques. C'est évidemment à cette distribution que correspondent les sept croix que l'on porte aux processions les jours de station et de litanie 6, et qui, hors le temps de ces cérémonies, étaient déposées à Ste-Anastasie, église particulièrement officielle à cette époque (Voir Diclionn., t. i. au mot Anastasie). C'est sans doute pour cela que, la procession entrée dans l'église stationale, elles ne pénètrent pas dans le presbyterium, enceinte réservée, mais sont dressées en dehors, prés de l'ambon, dans la partie de l'église où tout le monde est admis.
Mais ce ne sont pas les seuls insignes que l'on voit figurer dans les processions, au moins les jours de très grande fête. Il y a aussi des insignes militaires que portent des milites draconarii. Ceux-ci ont évidemment une dignité supérieure : les porte-enseignes et leurs étendards sont admis dans l'enceinte sacrée.
Les maîtres de cérémonie du pape, el surtout les clercs francs qui copiaient leurs règlements en vue de les adapter à l'usage de leur pays, sont naturellement peu explicites sur la partie militaire des processions. Il y a lieu, en particulier, de regretter qu'ils ne nous aient pas conservé le nombre de ces enseignes et des milites draconarii.
D'autres documents, les Vies des papes, depuis le VIIE, mentionnent, en les distinguant, les deux catégories d'étendards, les étendards ecclésiastiques et les étendards militaires. Le biographe du pape Vitalien qui raconte l'entrée à Rome de l'empereur Constant II (663), le seul empereur byzantin qui ait jamais mis les pieds dans la vieille métropole, aurait eu une belle occasion de faire défiler tout le personnel ecclésiastique et militaire d'une procession solennelle. Il s'en est abstenu. Mais dans la Vie de Serge II 7, on voit à propos d'un événement de l'année 687 que, quand l'exarque venait à Rome, Vexercilus Romanus était tenu d'aller assez loin à sa rencontre avec signa el banda. Les banda étaient précisément ces insignes que portaient aux jours de fête les milites draconarii ; les signa paraissent être les croix régionales.
En tout cas, la distinction est très nette dans le récit de la première visite de Charlemagne à Rome en 774. Le roi franc rencontre d'abord, à 30 milles de Rome, près du lac de Racciano, universos judices, cum bandora : ce sont les chefs de l'armée. Ils sont allés fort loin, car ils sont montés. Près de la ville se présentent universœ scholie militiae, cum patronis, les corps de troupe (à pied), avec leurs chefs (patroni), les enfants des écoles, enfin les croix-enseignes, venerandas cruces, id est signa. Le biographe ajoute que c'était le cérémonial suivi jadis pour recevoir les exarques.
Le même appareil, avec mention distincte des signa et des banda, du clergé et de la milice, est décrit à propos de la réception faite au pape Léon III, en 799, à son retour de Paderborn, et au roi Louis, fils de Lothaire, en 844. Mais ces passages du Liber pontificalis sont aussi muets que les livres de cérémonies sur le nombre des schola militia, des porte-enseignes et des étendards.
Il faut descendre jusqu'au xii siècle pour trouver dans des descriptions analogues, un chiffre déterminé. L'Ordo du chanoine Benoît, rédigé peu avant l'année 1143, nous montre dans le cortège du pape, les jours de grande procession, douze porte-enseignes, qui marchent avant la croix du clergé : Ante crucem milites draconarii, portantes Ml vexilla. quiuc banda vocantur. Ce sont les mêmes termes qu'autrefois, bandora, milites draconarii, mais cette fois, nous avons le nombre des enseignes : douze. Pour quoi douze ?
Au temps où Benoît décrivait les cérémonies pontificales, le cardinal Pandolphe mettait par écrit ses souvenirs sur les péripéties de l'élection de Gélase II en 1118. Au bruit d'un attentat commis contre l'élu du Sacré-Collège, les Romains se soulèvent. On voit accourir d'abord le préfet de Rome, puis les chefs de la noblesse avec leurs troupes respectives de gens d'armes, enfin, les douze régions de Rome, les Transtévérins et les Insulaires : regiones XII Romanæ civitatis, Transtiberini et Insulani.
Douze régions, douze étendards : le rapprochement se fait de lui-même. Et il faut noter que nous sommes encore en deçà de la révolution de 1143, de l'établissement de la commune romaine, c'est-à-dire d'un événement qui put avoir une influence considérable sur les institutions de ce genre. Rien ne s'oppose à ce que les douze régions et les douze étendards que l'on rencontre ainsi au commencement du xii siècle aient derrière eux un passé assez long, même fort long. Et, dans le récit de Pandolphe, il est bon de le remarquer, par régions nous devons entendre non pas des circonscriptions, ni même, d'une façon générale, la population des circonscriptions, mais la population militaire, armée, de chacune d'elles. La région est ici l'équivalent de la schola militie, que nous avons rencontrée au vi et au ix siècle, évoluant sous le commandement de son patronus.
Remontons plus haut. Les Romains, nobles et petit peuple, s'insurgèrent en 965 contre le pape Jean XIII, l'accablèrent de mauvais traitements, le jetèrent en prison et finalement l'exilèrent. Mais l'année suivante, l'empereur Otton le Grand vint à Rome, réintégra le pape et se mit en devoir de punir les coupables. Il commença par l'aristocratie, les consuls (consules), comme on disait alors, dont les chefs furent exilés outre-monts. Puis il passa au menu peuple, lequel fut représenté à la potence par douze personnages qualifiés de decarcones. Le préfet fut remis au bon plaisir de Jean XIII, qui ne se priva pas d'en tirer vengeance. N'est-ce pas ici exactement la même distribution de la population active, militaire, que dans l'affaire de Gélase II : le préfet, les chefs de l'aristocratie, le populaire groupés autour de douze commandants ? Quant à moi, opine L. Duchesne, je crois que l'état des choses en 966 est exactement le même qu'en 1118. Je ne saurais même dire si le titre de decarcon, substitué depuis le ix siècle à celui de patronus, n'a pas persévéré beaucoup plus tard.
IV. Diaconies. — Tel qu'il est aujourd'hui constitué, le Sacré-Collège de l'Église romaine compte quatorze cardinaux-diacres, titulaires, chacun, d'une des quatorze diaconies que les réformes du xvi siècle ont laissé subsister dans la Ville. Cet état de choses résulte d'une synthèse tardive, opérée en plein Moyen Âge, aux alentours de 1100, entre deux institutions bien distinctes à l'origine et qui avaient attendu longtemps avant de se rejoindre.
L'existence des diaconies romaines nous est attestée, par le Liber pontificalis, à partir de la fin du vii siècle, grâce aux mentions qu'il renferme des donations qui leur sont faites par les papes Benoît II (684-685) et ses successeurs : Jean V, Conon, Grégoire II, etc. Sous leur première forme, les diaconies apparaissent comme des institutions charitables, des établissements d'assistance, possédant un caractère religieux : elles sont dotées d'une chapelle et confiées à des moines, diaconites, formant des « communautés de charité », monasteria diaconia. Leur activité essentielle consiste dans la distribution aux pauvres de secours en nature, de vivres : distribution qui suppléait en quelque mesure (car il ne faut pas pousser trop loin le parallèle), pour la pauvre population de la Rome byzantine, à la disparition de la vieille frumentatio impériale. Celle-ci, en effet, représentait comme un dividende perçu sur les bénéfices de la conquête par la plèbe romaine, héritière, en droit sinon biologiquement, des légionnaires qui avaient soumis l'Empire. Les diaconies ne prétendent, elles, qu'assurer un ministère charitable, une œuvre d'assistance aux misérables. Celle-ci, d'autre part, ne s'est jamais limitée aux secours alimentaires : s'il n'est pas certain que les diaconies romaines aient, comme celles de Naples ou d'Égypte, assumé un service hospitalier (logement des pauvres, des malades ou des pèlerins), nous avons la preuve qu'elles ne négligeaient pas l'hygiène : profitant de l'occasion qui rassemblait les indigents, lors des distributions, les diaconites les conduisaient, une fois par semaine, aux bains. Les « pauvres du Christ » se formaient en cortège, escortés par le personnel monastique de la diaconie, ayant à sa tête l'administrateur dispensator (qui paraît, souvent, avoir été un laïque) et se mettaient en route en chantant des psaumes et des prières pour leurs bienfaiteurs, les donateurs de la diaconie. C'est ce que, dans le latin hellénisé de l'époque, on appelait le lusma (de Xoùa(j.a, employé communément, dans la Grécité tardive au sens de XouTpôv, bain).
Ces aumônes et autres services sont alimentés par les dons reçus par les diaconies et par les revenus des biens-fonds dont elles ont été dotées, dons et dotations pour lesquels rivalisent les papes et de pieux laïques, comme le duc Eustathe, dont les libéralités sont commémorées par une grande inscription encore en place à l'entrée de la diaconie de S. Marie in Cosmedin, comme le consul et duc Théodote qui a construit l'église de la diaconie de S. Ange in Pescheria, et décoré celle de Ste-Marie-Antique.
Les diaconies, institutions qui devaient comprendre, groupées autour de la chapelle, des magasins, des bureaux, et les cellules des moines, se trouvent curieusement distribuées à l'intérieur de Rome : à la différence des tituli presbytéraux, elles se pressent dans le centre de la ville. Huit (sur dix-huit : presque la moitié) sont rassemblées dans la zone qui relie les quais du Tibre, le port où on débarquait le blé venu par eau d'Ostie, au point de jonction du forum romain et des fora impériaux, — nœud de la vie urbaine : Ste-Marie in Cosmedin, S. Georges au Vélabre, S. Ange in Pescheria près du Tibre, S. Théodore sur la route du forum, Ste-Marie-Antique, SS. Serge et Bacchus, S. Hadrien et SS. Cosme et Damien autour de celui-ci.
La plupart des autres se situent sur les voies principales de la Rome byzantine : voies les plus fréquentées (à en juger par les Itinéraires), et les seules à être demeurées bien entretenues, via Lata, via in Silice (= rue pavée). Répartition évidemment en rapport avec les exigences du transport et de la circulation que supposent les distributions de vivres.
D'autre part, presque toutes les diaconies se trouvent aménagées dans des édifices publics de la Rome impériale. Édifices abandonnés, et probablement déjà plus ou moins en ruines : c'est le cas de S. Ange, installé dans le portique d'Octavie, de Ste-Lucie dans le Septizonium, de Ste-Marie in via Lata appuyée à quelques piliers du Portique des Sœpta Julia. Édifices désaffectés et devenus disponibles depuis la chute du paganisme : Ste-Marie-Antique occupe une dépendance du Temple d'Auguste (à moins qu'il ne s'agisse d'une entrée monumentale du Palatin). SS. Serge et Bacchus se trouvaient à l'ombre, et peut-être sur les marches mêmes, du Temple de la Concorde, S. Hadrien occupe la Curie, SS. Cosme et Damien le Temple des Pénates et le mystérieux petit sanctuaire circulaire qui lui est adossé (Ps. Temple de Romulus).
Mieux encore, certaines diaconies sont installées dans des locaux qui avaient appartenu aux services du ravitaillement de la Rome classique : Ste-Marie in Cosmedin s'est glissée dans un bâtiment dépendant de la statio annonœ, avant d'empiéter sur l'emplacement du temple de Cérès ; S. Théodore usurpe l'insula centrale des Horrea Agrippiana, auquel Ste-Marie-Antique est, par ailleurs, contiguë ; S. Georges au Vélabre est en bordure du forum Boarium, etc. Ici, la succession topographique exprime bien une sorte de succession fonctionnelle : les diaconies se substituent à l'annone, et parce que la disparition de celle-ci laisse des emplacements disponibles, et parce que les distributions des diaconies remplacent tant bien que mal celles que le peuple-roi avait reçues jadis de l'empereur, au temps de sa splendeur passée.
C'est à Mgr Duchesne que revient le mérite d'avoir, le premier, distingué sous leur forme première diacres et diaconies et d'avoir défini de façon sûre la nature de celles-ci. Tous les travaux postérieurs n'ont fait que confirmer l'exactitude des indications fondamentales qu'il avait fournies avec sa sagacité coutumière : les précisions nouvelles qu'on a pu apporter se sont insérées, sans en modifier l'ordonnance, dans les cadres du schéma qu'il avait fixé.
On aura remarqué que le Liber pontificalis ne nous fait pas assister, à proprement parler, à la création des diaconies romaines (probablement parce qu'elles sont sorties d'une initiative privée, et non d'une décision pontificale) : en 684-685, Benoît II dote des monasteria diaconia déjà existants. D'où provient cette institution originale ? Il faut y voir, la chose ne fait pas de doute, une influence de l'Orient byzantin.
Sans quitter le sol de l'Italie, on peut constater l'existence de diaconies antérieures de près d'un siècle à celles de Rome, dans des régions où l'influence byzantine s'est exercée plus tôt, plus librement et de façon plus durable qu'à Rome même : en Romagne, en Campanie.
« La même institution est attestée d'autre part en Orient : au VIe, à Constantinople même 12, en Palestine » et surtout en Égypte u : partout, elle se présente avec les mêmes caractères d'institution charitable de caractère monastique. Jean Cassien 15 nous permet d'entrevoir ce qu'elle était, dans le milieu de Scété, vers le milieu du IVe : le terme diaconia désignait alors « un service d'assistance, fonctionnant à l'intérieur d'un monastère, et consistant essentiellement en une distribution aux indigents de secours alimentaires, provenant d'offrandes apportées au couvent par de généreux donateurs ls ».] V. Premiers monastères grecs de Rome. Nous avons rappelé déjà les origines de l'introduction et de l'expansion du monachisme en Occident (voir Dictionn., t. n, col. 3175-3179) et notamment à Rome où, pour la première fois, on vit l'évêque Athanase d'Alexandrie, accompagné de deux moines égyptiens, Ammon et Isidore, le 16 avril de l'an 339. C'est entre 356 et 357 que le même Athanase écrit la « Vie de saint Antoine » qui était traduite en latin vers 371 et pouvait dès lors circuler et être lue dans Rome. Quelques années plus tard, en 381, S. Épiphane de Salamine, S. Jérôme et Pierre d'Antioche familiarisaient les Romains avec le monachisme oriental. Les controverses dogmatiques qui remplissent le IVe et les siècles suivants attirent à Rome les légats synodaux qui, souvent, sont des moines orientaux. C'est ainsi que nous y voyons Jean Cassien vers 405, et plus tard le célèbre Denis le Petit, originaires l'un et l'autre de la Scythie Mineure (Dobroudja), et bien d'autres qui font à Rome des séjours plus ou moins longs, soit isolément, soit par groupe. La plus ancienne attestation d'un groupe monastique établi à Rome nous reporte [aux environs de l'année 640). Vers cette date nous rencontrons trois monastères17 : les propriétés de ce monastère s'étendaient du côté de Tivoli et à l'Est de Rome, ce qui a incliné à le situer sur l'Esquilin 1. En tout cas, il existait au temps de saint Grégoire le Grand qui écrit, vers 593-594, dans ses Dialogues en parlant de l'abbé Probus : qui nunc in hac urbe monasterio pra-slo est, quod appellatur Renati 2 et lors d'un synode tenu le 5 octobre 600, ce Probus, de simple laïc, fut élu par le pape comme abbé du monastère de Renati. A cette époque le monastère était composé de sujets latins et un demi-siècle plus tard, en 649, le personnel était remplacé par une colonie de moines arméniens. Lors du synode réuni cette année-là au Latran par le pape Martin Ier au sujet de l'hérésie monothélite, on signale la présence d'un groupe de trente-sept moines orientaux qui présentent un libelle d'orthodoxie et condamnent les chefs du monothélisme Sergius, Pirrhus et Paul avec leurs adhérents 3. Parmi ces moines se trouve un Thalassius abba presbyter venerabilis monasterii Armenissarum in hac Romana civitate, qui appellatur Renati 4. La substitution des moines orientaux aux moines latins s'était donc opérée entre 600 et 649 et même quelques années avant cette dernière date puis que le primicier qui introduit les moines au synode distingue parmi eux ceux qui étaient venus alors in prsesenti adventantes et ceux qui habitaient Rome auparavant : jam per annos habitantes in hac Romana civitate 6 ; au nombre de ces derniers se trouvait Thalassius.
On peut deviner que les motifs ne manquèrent pas aux moines orientaux pour s'expatrier à cette époque. C'est d'abord l'invasion des Perses qui, en 614, s'emparent de Jérusalem, ensuite l'invasion arabe et les querelles religieuses sous le pontificat d'Honorius I« (625-638).
2. SS.-Vincent-et-Anastase. — Ce monastère appelé ad Aquas Salvias et aujourd'hui dénommé Tre Fontane ne trouve pas de plus anciennes attestations que ce même concile de Latran, en 649, où nous entrevoyons un Georgius abba presbyter venerabilis monasterii de Cilisia, qui ponitur in Aquas Satvias, quod in hac Romana civitate habitare dignoscitur 6. Le cas ressemble assez à celui du monastère précédent pour qu'on suppose que les mêmes circonstances ont donné naissance à tous les deux ; cependant, on a proposé une autre explication. Les Actes dits des SS. Pierre et Paul parlent des Aquœ Salviœ comme du théâtre du supplice de S. Paul ; de vagues traditions mentionnent un pin et un roseau comme caractérisant ce lieu, de même qu'un térébinthe désignait le voisinage du tombeau de S. Pierre. Dès avant Constantin, un cimetière chrétien dit Cœmeterium Zenonis se trouvait aux Aquœ Salviœ et S. Grégoire le Grand a exprimé dans une inscription la croyance de son temps que l'apôtre Paul avait souffert pour le Christ aux Aquœ Salviœ '. Dans Le qui suivit son pontificat, les pèlerins de Rome se rendaient, comme ils le faisaient déjà sans doute auparavant, à ce lieu consacré et venaient visiter le monastère fondé par Narsès ; en effet, les Itineraria du VIIE à l'usage des pèlerins font une mention expresse de ce sanctuaire s. D'après ce passage, il y aurait eu déjà un monasterium aux Aquœ Salviœ vers le temps du pape Honorius. L'attribution de la fondation à Narsès n'est proclamée qu'aux environs de l'an mil par le chroniqueur Renoît du Mont Soracte, mais J.-R. de Rossi a fait valoir la crédibilité de ce renseignement, car Renoît appuie souvent ses assertions sur des inscriptions aujourd'hui disparues ».
Les fouilles sont venues corroborer la tradition ; commencées en 1867, elles ont permis de retrouver une inscription de 688 ou 689 10 qui dit qu'à cette époque, sous le pape Serge Ier, l'église élevée au lieu de la décapitation de l'apôtre existait « depuis longtemps déjà ». La lecture en est malaisée, les suppléments incertains, mais on voit tout de suite que ce n'est pas une inscription funéraire. On ne saurait douter que ce soit une inscription historique rappelant un édifice à la mémoire de Paul (fig. 10655)^ AS PAVLI Q ; SCAM ou SCUM PRISCADVDUM ; V CVNCT0S CONS ; NISI IAM SERCIVS ; et le sigle PP (papa). Une autre inscription trouvée au même lieu mentionne la deuxième année du pape Serge, soit 688 ou 689 n. L'église, à en juger par les traces qui furent découvertes, s'étendait sur la colline comme l'église actuelle12 et assez exactement à la même place. D'anciens dessins montrent qu'elle se composait d'un double hall qui suivait les sources.
^GFLPRLSCALWD)
'CVNCT0SC0N ; U5IIAMS€RGiy^ ^PPPINT à la mémoire de S. Paul.
D'après De Rossi, Bull, di arch. crist., 1869, p. 84, n. 2.
Des débris de sculptures de marbre se rapportent assez bien par leur caractère artistique au temps de Narsès. Au Xe, les Romains, en offrant le couvent à S. Nil pour y installer des moines grecs, lui dirent qu'il avait toujours été une possession de « la nation grécanique » u. C'est ce qu'il est nécessaire d'examiner de plus près. de ses compatriotes qui, peut-être, y avaient été attirés et établis par le patrice Narsés. Quant à fixer d'une manière précise la date de leur installation, c'est évidemment avant (549, on n'en saurait dire plus. 3. S.-Saba sur l'Aventin. — On n'est pas plus informé pour le monastère de S.-Saba. La première date qu'on rencontre est l'année 768, lors que l'anti-pape Constantin, frère du duc Toto de Nepi fut outrageusement conduit par la populace romaine au monastère Cellas nouas ou de S.-Saba et y fut enfermé l. La maison était alors prospère et avait au moins un siècle d'existence. Dans la Vita Sancli Cregorii Agrigentini, écrite par Léonce, abbé de S.-Saba 2, il est question du monastère, mais cette Vita est sans valeur critique et ne contient aucune indication chronologique recevable. Le Grégoire d'Agrigente est-il celui qu'on trouve mentionné dans la correspondance de S. Grégoire le Grand \ on est tenté de le croire ; en tout cas il doit appartenir à la fin du VIe ou au début du VIIE. Léonce dit qu'il a vécu à une époque très proche de la sienne propre qui paraît être le milieu du VIIIe, et il dit que Grégoire de Girgenti venu à Rome, avant d'être évêque, se présenta à l'abbé de S.-Saba et sollicita une cellule dans le monastère : air^caç xsXXiov rcapà toù Y]youjjtivw tgo p.ovaoTY)pîou toù àyto'j Zâ&a 4. A l'époque où vivait Léonce, le monastère devait être habité par des moines Sabaïtes depuis plusieurs années, ce qui nous conduit vers la première moitié du VIIE. Le témoignage de Léonce est le seul que nous possédons pour le VIIE et les monuments ne nous apprennent rien de plus précis. Les fouilles exécutées sous l'église actuelle en 1901-1902 ont permis de retrouver l'ancien oratoire avec ses peintures, chétifs fragments du VIIIe 6.
Vlll. LITURGIE ROMAINE. En conformité avec son titre, le Dictionnaire a fait à la liturgie sa juste part. Ambrosienne, celtique, gallicane, grecque, mozarabe ont fait l'objet de notices développées que le lecteur trouvera à chacun de ces mots. Ici, nous abordons la dernière de ces sections fondamentales, la liturgie romaine, et nous restreindrons notre exposition aux indications essentielles. Sous peine de redire et de répéter ce qui a été exposé déjà, il nous faut présenter seulement un sommaire de l'exposition offerte dans son détail chaque fois que la rencontre d'un mot l'a rendue nécessaire. Les institutions et les rites romains ont été l'objet d'une sorte de prédilection qui, pour ne leur avoir pas ménagé l'espace, autorise aujourd'hui à le resserrer. rencontre plus que de façon exceptionnelle et pendant toute la période dont nous parlons ici ou n'en relève aucun symptôme à Rome. Le seul témoignage de ce qui s'y passe c'est le morceau précieux inséré par S. Clément, pape, dans la description qu'il nous a conservée de la prière solennelle (elle que l'évêque la prononce dans l'assemblée liturgique des fidèles, et cela vers l'année 95 de notre ère (voir Dictionn., t. xi, col. 554-556). C'est ce qu'on pourrait appeler l'incunable du rite romain.
Non moins précieux, et plus encore peut-être, est le passage de l' Apologie de S. Justin, écrite à Rome vers l'an 150-160. Ici, c'est le cadre d'une messe telle qu'on la célèbre à Rome à cette date et pendant une longue période de temps précédente, car S. Justin décrit un rite déjà affermi dans ses gestes et dans ses formules et qui est régulièrement célébré le dimanche ; mais il ne donne aucun texte, aucune formule (voir Dictionn., t. xi, col. 561-562). Avec S. Clément et S. Justin nous sommes demeurés à Rome pendant la période d'environ un siècle qui s'est écoulée après l'arrivée dans cette ville des premiers convertis de la Pentecôte.
Mais n'abandonnons pas ces auteurs sans leur demander tout ce qu'ils peuvent nous apprendre. S. Clément reprend la formule de salutation qui se retrouve dans toutes les épîtres de S. Paul : ~/â.ç>i.c, xal £tp/)v7), « la grâce et la paix », et laisse voir que, vers la fin du Ier siècle, l'Église de Rome est entièrement constituée et la communauté chrétienne complètement organisée. Il n'y a pas que la grande prière déjà mentionnée dans la lettre mais celle-ci qui remplit le service d'une sorte de préface 6 :
Contemplons Dieu par la pensée ; considérons des yeux de l'unie sa volonté pleine de patience ; réfléchissons combien il est débonnaire envers toute sa création :
Les cieux, mis en branle par son ordre, lui obéissent en paix.
Le jour et la nuit accomplissent la course qu'il leur a prescrite, sans s'entraver l'un l'autre.
Le soleil, la lune et les chœurs des astres parcourent d'après son ordre, avec harmonie et sans aucun écart, les orbites qu'il leur a marqués.
La terre féconde, docile à sa volonté, fournit en abondance, dans les saisons convenables, leur nourriture aux hommes, aux animaux, à tous les êtres qui vivent à sa surface ; elle n'hésite pas, elle ne change rien à ses décrets.
Les mêmes ordres maintiennent les mystérieux jugements (rendus) dans les abîmes, les sentences inexprimables (prononcées) dans les enfers.
La mer immense dont son action créatrice a creusé le lit en réservoir, ne franchit point les barrières qu'il a établies, mais selon qu'il lui a ordonné, ainsi fait-elle.
Il lui a dit : « Tu viendras jusqu'ici et des flots se briseront sur ton propre sein. » L'océan infranchissable aux hommes et les monts qui sont au delà de l'océan se dirigent par les mêmes ordres du Maître.
Les saisons du printemps, de l'été, de l'automne, de l'hiver se succèdent pacifiquement l'une à l'autre.
Les vents, en leurs demeures, accomplissent aux temps marqués leur office sans trouble ; les sources intarissables, créées pour la jouissance et la santé offrent aux hommes sans s'épuiser leurs mamelles pleines de vie ; les moindres des animaux se réunissent dans la paix et la concorde.
Le souverain créateur et maître de l'univers a disposé pour que toutes ces choses resteraient dans la paix et la concorde, bienfaisant qu'il est pour toutes ses créatures, mais plus que prodigue envers nous qui recourons à ses miséricordes par Notre-Seigneur Jésus-Christ, à qui soient la gloire et la majesté dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.
Nous avons rassemblé dans un autre travail les moindres indices qu'on peut relever des usages liturgiques à Rome pendant la période antérieure au triomphe de l'Église et nous ne transcrirons pas ces textes de nouveau ' ; cependant, il est indispensable de retenir l'attention sur un piètre romain du IIIe dont l'activité littéraire est apparue depuis un siècle, et depuis quelques années surtout, sous un jour nouveau : S. Hippolyte (voir Dictiorm., t. vi, col. 2409-2433) », érudit tout pénétré de la tradition chrétienne et l'un des témoins les mieux instruits du premier quart du IIIe, pour lequel ses ouvrages jettent la plus vive lumière en ce qui concerne l'Église de Rome et sa liturgie. L'écrit capital en cette matière est celui qui est intitulé : Tradition apostolique (voir Dictionn., t. vi, col. 2411-2418).
On ne connaît ce traité qu'au travers de traductions et de recensions plus ou moins tardives mais qui, attentivement comparées et interrogées, nous restituent un document ecclésiastique de première importance, règlement établi à Rome au début du IIe. Il s'agit là d'une ancienne constitution restituée à son véritable auteur, pièce unique dans les trois premiers siècles, pour la plénitude et la précision des renseignements qu'elle nous apporte sur le culte et l'organisation d'une Église chrétienne, laquelle n'est autre que l'Église de Rome 3. Il est maintenant démontré que le livre VIIIE des Constitutions apostoliques, [le Testament de N.-S. J.-C], et les Canons arabes d'Hippolyte dérivent du texte désigné longtemps sous le titre de Constitution de l'Église égyptienne, ainsi nommé parce qu'il fut d'abord connu par des versions coptes, arabe et éthiopienne [avant qu'un palimpseste de Vérone nous en restituât une traduction latine, malheureusement fragmentaire] : ce texte n'est autre que l'œuvre propre d'Hippolyte qu'est la Tradition apostolique, laquelle est, en fait, le plus vieil Ordo romain. Il n'y a pas lieu de répéter ce qu'on en a dit (voir Dictionn., t. vi, col. 2411-2418), et il est bon de se souvenir qu'Hippolyte, chasseur d'hérésies par amour passionné pour l'orthodoxie, nous apporte un témoignage qu'on ne peut contester ni amoindrir, et qui doit être situé aux environs de l'an [215 « ].
De ces monuments antérieurs au triomphe de l'Église, il faut se transporter après cet événement capital. Dès lors les documents consignent des traits liturgiques plus développés : formules et usages, qui peuvent nous mettre sur la voie de ce qui a suivi. On voit les particularités rituelles se fixer, se cristalliser, s'affirmer et s'épanouir en cérémonies qui tendent à se compliquer et à s'alourdir. De même les formules se développent et s'éloignent de l'improvisation. Des usages s'implantent et les métropolitains leur portent un attachement d'où l'orgueil n'est pas toujours absent, ce qui aboutit dès le IVe à ramener à quatre types principaux les liturgies connues, dont le type romain.
Celui-ci est malheureusement démuni de monuments techniques pour l'époque où l'Orient, et principalement la Syrie, en est abondamment pourvu. On a quelle peine à s'expliquer cette indigence en Afrique, en Gaule, en Italie et à Rome surtout pendant tout le IVe (Voir Dictionn., t. i, col. 592619, 620-657, col. 1373-1442 ; t. vi, col. 473-593 ; t. xn, col. 391-491). D'après le peu qu'on puisse entrevoir on constate « qu'en Occident la diversité précéda l'unité. 11 est aisé de constater que, depuis le déclin du IVe, les Églises latines ne suivaient pas toutes le même rituel. L'histoire de l'évangélisation de l'Occident donne raison au pape Innocent Ier quand il la laisse procéder tout entière de Rome et qu'il fonde sur ce fait le droit primordial de la liturgie romaine à être la seule liturgie latine : Quis enim nesciat aut non advertat id quod a principe apostolorum Petro Romanæ ecclesiæ traditum est ac rite usque custoditur ab omnibus debere servari, nec superduci aut introduci aliquid quod auctoritatem non habeat. aut aliunde accipere videatur exemplum ? Prœsertim cum sit manifestum in omnem Italiam, Galliam, Hispanias, Africam, atque Siciliam insulasque interjacentes nullum instituisse ecclesias, nisi eos quos venerabilis apostolus Petrus aut ejus successores constituerunt sacerdotes ? Aut legant si in his provinciis alius apostolorum invenitur aut legitur docuisse. Quod si non legunt, quia nusquam inveniunt, oportet eos hoc se qui quod ecclesia Romana custodit, a qua eos principium accepisse non dubium est.
« Cependant, quel que étrange que pût paraître le fait, il est sûr que, du temps du pape Innocent, l'usage liturgique romain n'était pas le seul que l'on observât en Occident et même en Italie. L'évêque à qui est adressée la lettre citée est l'évêque d'Eugubium, localité d'Ombrie, appartenant au diocèse métropolitain du pape. Il avait, comme suffragant direct, des raisons spéciales de se conformer aux usages de Rome : néanmoins il était tenté d'en introduire d'autres. La coutume romaine était attaquée sur son propre terrain.
« La lettre d'Innocent Ier à Decentius est de l'année 416 ; les particularités liturgiques et disciplinaires qui s'y trouvent opposées aux usages romains sont toutes caractéristiques de l'usage que l'on est convenu d'appeler gallican. Celui-ci existait donc déjà au commencement du Ve ; il avait même assez de vigueur pour entreprendre contre la liturgie romaine et cela jusque dans le diocèse suburbicaire. Cet usage, on peut le constater par de très nombreux documents, était suivi dans les Églises de l'Italie du Nord (diocèse métropolitain de Milan) 5, de la Gaule, de l'Espagne 6. » II existait par conséquent une rivalité entre deux types occidentaux liturgiques ; le gallican et le romain. Si le mot rivalité semble trop dur, qu'on mette « concurrence » ou « distinction ». Or le gallican, tel que nous pouvons le connaître, correspond au IVe et plus précisément au milieu de Ce. A cette date, on ne sait où trouver en Gaule une ville dont le rayonnement ecclésiastique soit assez intense pour se faire sentir jusque dans les limites du diocèse suburbicaire. Si on ne peut s'arrêter dans la Gaule transalpine, peut-être est-il permis de se tourner vers la Cisalpine et la ville de Milan dont l'influence s'exerce à une période d'organisation intérieure. Mais cette influence dura peu et ne dépassa pas la durée de la situation politique de la ville qui s'éclipsa vers les premières années du Ve. Dès lors Rome retrouva son prestige et « les papes jugèrent apparemment qu'il n'y avait aucun inconvénient à laisser subsister des usages liturgiques un peu différents des leurs, ou, en tout cas, qu'il y avait des questions plus pressantes à résoudre. Ils se bornèrent à défendre leur diocèse métropolitain contre l'invasion du rit gallican et laissèrent les églises des autres provinces s'organiser comme elles l'entendaient ' ».
L'état déplorable qu'offrit l'Église gallicane au point de vue disciplinaire à l'époque mérovingienne rehaussa la pratique romaine dont on ne pouvait contester le prestige aussi bien dans son orthodoxie que dans son culte. C'est ce qui décida certains évêques des Gaules à recourir parfois au siège apostolique qui répondait à leurs demandes rituelles en leur envoyant ses propres livres et recommandant son propre usage.
Pendant la période du VIe au IXe le rite romain fit des progrès lents, mais continus, qui l'amenèrent enfin à la prépondérance. II est possible d'en suivre les principaux faits résumés par L. Duchesne 2 :
« En 538, l'évêque de Braga, Profuturus, métropolitain du royaume suève 3 de Galice, écrivit au pape Vigile pour le consulter sur un certain nombre de points de liturgie. Nous avons encore la réponse du pape 4. Il y avait joint divers appendices contenant des règlements disciplinaires et, en fait de textes liturgiques, l'ordre des cérémonies du baptême et de la messe romaine. Pour celle-ci, le pape se bornait à envoyer ce que nous appelons l'ordinaire de la messe, la partie invariable du texte ; mais il avertissait l'évêque de Braga que l'on avait coutume d'y joindre à divers endroits des formules analogues à la solennité du jour. De ces formules, qui représentent la partie la plus considérable de ce que l'on appelait le Liber sacramentorum ou sacramentaire, Vigile se contenta de donner un spécimen, en choisissant celles de la fête de Pâques. Il suppose que l'évêque de Braga pourra rédiger lui-même son sacramentaire, au cas où il jugerait à propos de se conformer au rit romain. Sur ce point le pape n'exprime ni ordre ni conseil. Néanmoins les documents liturgiques envoyés par lui en Galice y furent accueillis avec le plus grand respect. On le vit clairement un peu plus tard, lors que le roi des Suèves s'étant converti au catholicisme, les évêques de ce pays jugèrent opportun de donner une assiette définitive aux règles ecclésiastiques. Dans le concile national qu'ils tinrent en 561, les textes liturgiques envoyés de Rome à Profuturus furent imposés comme obligatoires 6. De là dut procéder une liturgie mixte où, sur le fond romain des Ordines de la messe et du baptême, on ne put manquer d'ajouter quelques développements soit indigènes soit empruntés à la liturgie gallicane. Aucun livre de liturgie suève n'étant venu jusqu'à nous, il est impossible de se faire une idée de ces combinaisons qui, du reste, ne furent pas longtemps en vigueur. En 588, le royaume suève ayant été annexé au royaume wisigoth, les Églises de ce pays entrèrent dans l'obédience des conciles nationaux de Tolède, très zélés pour l'unité liturgique. Les usages romains introduits en Galice furent traités comme des dissidences et soigneusement extirpés au profit de la liturgie gallicane.
« A la fin du VIe, la mission romaine envoyée en Angleterre introduisit naturellement la liturgie romaine dans les chrétientés qu'elle fondait à nouveau. Mais cette première mission n'eut pas un succès durable. L'évangélisation de l'Anglo-Saxonie fut reprise, bientôt après, par des missionnaires irlandais venus du Nord, dont le principal établissement était à Lindisfarne (voir Dictionn., t. ix, à ce nom). Avec ces nouveaux apôtres, la liturgie usitée en Irlande, c'est-à-dire la liturgie gallicane, pénétra dans les Églises anglo-saxonnes. De là, conflit d'usages entre les missions irlandaises de Lindisfarne et la mission de Kent, peu active, mais toujours romaine de principes, sinon de personnel. La succession épiscopale de Cantorbéry étant venue à s'éteindre, le pape Vitalien envoya en Angleterre (668) un nouvel archevêque, Théodore, moine grec de Tarse en Cilicie. C'est à cet homme, énergique et habile autant que consciencieux, que l'Église anglaise doit sa fondation définitive. Il sut concilier les éléments divers et quel que peu opposés qu'il trouva dans les missions confiées à ses soins. Sous sa main forte et sage, l'unité se fit et l'œuvre d'évangélisation s'en trouva bien. Il n'est pas douteux qu'il n'ait fait des concessions, dans le domaine liturgique, aux usages introduits par les apôtres irlandais. Aussi les plus vieux livres anglo-saxons sont-ils loin de contenir la liturgie romaine sous une forme absolument pure. Ils abondent en détails gallicans. Du reste l'attitude de Théodore, en ce qui regarde la liturgie, s'accordait avec les instructions données par saint Grégoire le Grand à Augustin, son disciple, le premier évêque de Cantorbéry : Cum una sit fides, cur sunt ecclesiarum consuetudines tam diversæ, et altera consuetudo missarum est in Romana Ecclesia atque altera in Galliarum ecclesiis tenetur ? — Novit fraternitas tua Romanæ Ecclesiæ consuetudinem in qua se meminit nutrilam. Sed mihi placet ut sine in Romana, sine in Galliarum, sive in qualibet Ecclesia aliquid invenias quod plus omnipotenti Deo possit placere, sollicite eligas et in Anglorum Ecclesia, quæ adhuc in fide nova est institutione præcipua quæ de multis Ecclesiis colligere potuisti, in/undas. Non enim pro locis res, sed pro rebus loca nobis amanda sunt. Ex singulis ergo quibusque Ecclesiis quæ pia, quæ religiosa, quæ recta sunt collige, et hæc quasi in fasciculum collecta apud Anglorum mentes in consuetudinem depone '.
Dès avant S. Boniface la liturgie romaine avait fait sentir son influence en Gaule. Pendant le VIIIe, ce pays fut sans cesse traversé par les missionnaires romains qui se rendaient en Angleterre. De leur côté, les Anglais convertis faisaient volontiers le voyage de Rome ; ils en rapportaient des reliques, des images, des livres, surtout des livres liturgiques. Il dut en rester ou en être copiés quelques-uns dans les évêchés et monastères où s'arrêtaient les pieux voyageurs. Enfin, les moines de S. Colomban, qui ont tant fait pour la propagation de la règle bénédictine, auront contribué aussi à répandre les coutumes liturgiques de l'Église romaine.
Les livres gallicans, peu nombreux, qui nous sont parvenus, remontent à la dernière période du régime mérovingien. Presque tous contiennent des formules d'origine romaine, des messes en l'honneur de saints romains. Dès le temps de Grégoire de Tours, un livre romain d'origine, quoique sans caractère officiel, le martyrologe hiéronymien, fut introduit en Gaule et adapté à l'usage du pays (voir Dictionn., t. x, col. 2530-2563). C'est sous Charlemagne, au plus tard, que fut exécuté le sacramentaire de S.-Denis, que l'on appelle sacramentaire gélasien et qui est, en effet, un livre romain pour le fond. D'autres livres ou fragments de livres, soit romains, soit mixtes, remontent à cette époque, c'est-à-dire à un temps où l'influence de S. Boniface ne s'était pas encore exercée sur l'Église franque, au moins dans les limites de l'ancienne Gaule.
Que S. Boniface ait poussé vivement à la réforme liturgique et à l'adoption des usages romains, c'est ce dont il n'est pas permis de douter. Cependant nous connaissons peu le détail de son activité à cet égard. Il ne pouvait manquer d'être vigoureusement soutenu par les papes, dont il était le conseiller autant que le légat. On apporta même en ces choses un zèle, une passion acrimonieuse, qui sont bien loin de l'esprit du document pseudo-grégorien cité tout à l'heure. Un des rites les plus touchants de la messe gallicane, c'est la bénédiction du peuple par l'évêque, au moment de la communion. On tenait tant à ce rite qu'il fut maintenu, même après l'adoption de la liturgie romaine ; presque tous les sacramentaires du Moyen Age contiennent des formules de bénédiction ; maintenant encore elles sont en usage dans l'église de Lyon. Or, voici comme le pape Zacharie en parlait dans une lettre à Boniface :
Pro benedictionibus autem quas faciunt Galli, ut nosti, frater, multis vitiis variant. Nam non ex apostolica traditione hoc jaciunt, sed per vanam gloriam hoc operantur, sibi ipsis damnationem adhibentes, dum scriptum est : « Si quis vobis evangelizaverit præter id quod evangelizatum est, anathema sit ». Regulam catholicæ traditionis suscepisti, frater amantissime : sic omnibus prædica omnes quæ doce, sicut a sancta Romana, cui Deo auctore deservimus, accepisti Ecclesia.
« aux modulations de la psalmodie » romaine (voir Dictionn., t. ix, col. 1637). Ce personnage ayant été, peu après, rappelé par le pape, l'évêque envoya ses moines neustriens terminer leur éducation musicale à Rome même.
« Ce sont là des faits isolés. Il y eut une mesure générale, un décret du roi Pépin, par lequel fut supprimé l'usage gallican. Ce décret est perdu, mais il se trouve mentionné dans Yadmonitio generalis publiée par Charlemagne, en 789. On y lit, en effet, c. lxxx : Omni clero. Ut cantum Romanum perititer discant et ordinabiliter per nocturnale vel gradale officium peragatur, secundum quod beatæ memoriæ genitor noster Pippinus rex decertavit ut fieret, quando Gallicanum jussit, ob unanimitatem apostolicæ sedis et sanctæ Dei Ecclesiæ pacificam concordiam (voir Dictionn., t. m, col. 807-813). »
IL Formules liturgiques. — Sans nous écarter du rite romain nous y voyons la prière se modeler en formules de types différents. C'est d'abord la forme litaniique dans laquelle il y a alternance entre le ministre et les fidèles (voir Dictionn., t. ix, col. 1550-1553). Le ministre était ordinairement un diacre, mais à Rome le préchantre fut, d'assez bonne heure, substitué au diacre.
Ensuite vient la forme collective, dans laquelle c'est le président de l'assemblée qui suggère la prière à réciter ; celle-ci peut être silencieuse et se prolonger quelques instants dans l'attitude consacrée : debout, les bras élevés, à genoux ou prosterné la face contre terre. On n'en rencontre pas d'exemple tout à fait antique ; cependant la liturgie romaine nous a conservé dans l'office du vendredi saint un groupe de neuf oraisons qui fait suite à l'évangile et qui consiste dans une admonition de l'officiant, un avertissement du diacre et une prière :
Oremus, dilectissimi nobis, in primis pro Ecclesia sancta Dei, ut eam Deus et Dominus pacificare, adunare et custodire dignetur per universum orbem terrarum. subiciens ei principatus et potestates, detque nobis tranquillam et quietam vitam degentibus glorificare Deum Patrem omnipotentem. Oremus.
Adnunliat diaconus : Flectamus genua !
Iterum dicit : Levate !
Omnipotens, sempiterne, Deus, qui gloriam tuam omnibus in Christo gentibus revelasti, custodi opera misericordiæ tuæ, ut Ecclesia tua toto orbe diffusa stabili fide in confessione tui nominis perseveret. Per eumdem Christum...
A cette catégorie, on peut rattacher VOrate fratres de la messe quotidienne, simple avertissement suivi d'une formule secrète faite en silence par les fidèles et par l'officiant. Enfin, il existe une forme plus brève encore qui se rencontre dans un appel d'un seul mot : Oremus.
Les formules romaines : Flectamus genua, Levate (corpora vestra), nous ont conservé l'indication de l'attitude imposée.
Vient enfin la prière eucharistique précédée d'un dialogue entre le célébrant et l'auditoire : Dominus vobiscum. — Et cum spiritu tuo. — Sursum corda. — Habemus ad Dominum. — Gratias agamus Domino Deo nostro. — Dignum et justum est, que suit la Préface, le Sanctus et le Canon actionis.
III. Calendrier. — On peut dire que le calendrier de Rome est à la base du système liturgique de toutes les Églises d'Occident et cette constatation a son prix pour l'établissement du fait de l'unité des liturgies latines. Il faut distinguer le calendrier du martyrologe, car si parfois les deux se sont fondus ensemble, il n'en reste pas moins vrai qu'originairement, le calendrier est consacré à la commémoration des fêtes et le martyrologe aux anniversaires des martyrs. On voudrait pouvoir fixer la plus ancienne forme et distinguer les accroissements successifs du calendrier, malheureusement les sources ne le permettent pas. Pour éviter toute confusion entre elles, il serait utile de distinguer le martyrologe du calendrier, qui est essentiellement local et de réserver le nom de martyrologe pour les compilations dont le martyrologe hiérohymien est un représentant bien connu. A l'origine, les chrétiens n'eurent pas de calendrier, ou du moins n'en eurent pas d'autre que le calendrier civil en usage dans les pays qu'ils habitaient. Les seules fêtes ou dates observées sont celles de Pâques et de la Pentecôte, empruntées elles-mêmes au calendrier juif et qui deviendront les gonds de l'année liturgique chrétienne. Ces deux fêtes étaient comme des pierres d'attente qui appelaient en quelque façon un édifice. Ce fut l'objet d'une lente évolution, les fêtes des saints ou les événements bibliques s'ajoutant à ceux qui commémoraient Pâques et la Pentecôte.
Pour reconstituer le calendrier romain dans sa période primitive, au VIIe et en deçà, on a eu recours à divers documents : 1° la liste des martyrs ; 2° celle des liluli ; 3° celle des staliones ; 4° celle des églises de collectes ; on aurait pu y ajouter la liste des diaconies et consulter aussi le Liber pontificalis et les sacramentaires romains.
Ces listes ont une grande importance car il existe un lien incontestable entre le calendrier liturgique, les églises ou stations et les cimetières, et on doit toujours se souvenir que la liturgie romaine dans sa première période est une liturgie essentiellement locale, on pourrait dire topographique. C'est la liturgie de la ville de Rome, de ses églises et de ses cimetières. Du reste, il faut bien remarquer que ce fut aussi à l'origine le caractère de toutes les liturgies ; dans toutes, les fêtes et les anniversaires se rattachent aux saints ou martyrs locaux, à leurs tombeaux, aux églises ou chapelles élevées sur place. La topographie a donc joué un rôle de premier ordre dans la genèse du calendrier et dans son évolution.
IV. Lectures. I. L'usage de faire des lectures au commencement et à la fin du texte dont on devait donner lecture ; cette table s'appelait capitulaire (voir Dictionn., t. iii, col. 20130-2064). Suivant une pensée qui devait se présenter tout naturellement, les grandes solennités annuelles comme Noël, l'Épiphanie, Pâques, Pentecôte, attiraient à elles la lecture du passage historique qui les concernait. Sur ce point, on ne peut s'étonner de voir toutes les Églises tomber d'accord dans le choix des mêmes lectures. On peut signaler le même accord sur certaines péricopes attribuées à plusieurs dimanches de Carême ; il n'en est plus de même pour les périodes qui s'écoulent entre deux fêtes ; ici les choix ne sont plus imposés par les circonstances et la diversité s'affirme. Si on s'en tient au rite romain, on peut recourir au témoin le plus ancien qui est le lectionnaire de Würzburg (VIIe) et on peut en rapprocher le capitulare lectionum evangeliorum de anni circulo du ms. de Reims, n. 10. La démonstration en a été faite : elle offre pour les profanes tout l'attrait de la Table des logarithmes ou de l'Annuaire du bureau des longitudes. Étrange procédé pour faire avancer une science d'en faire une exposition inintelligible. Au reste, peut-être n'y avait-il rien d'utile à ajouter aux remarques déjà faites sur le système romain (voir Dictionn., t. v, col. 914-923, 326-341) de la lecture « continue ». En dehors des grandes fêtes dotées de péricopes spéciales, en dehors du Carême, on réservait au temps de l'Épiphanie jusqu'à la Septuagésime les premiers chapitres des synoptiques que l'on reprenait ensuite au premier dimanche après les apôtres pour continuer jusqu'à l'Avent. L'évangile de S. Jean figurait au contraire dans la seconde partie du Carême, puis pendant tout le temps pascal. C'était une manière d'épuiser les livres canoniques en suivant l'ordre normal des chapitres. On faisait de même pour les épîtres de S. Paul et les épîtres catholiques.
L'étude des manuscrits des évangéliaires selon le rite romain a permis de reconnaître parmi les plus anciens quatre types différents dont le premier représente l'état de la liturgie au VIIe, les trois autres se succédant des années 710 à 760 environ. Des différents manuscrits appartenant à ces quatre types, il est possible de dégager un texte qui se conservera fidèlement et se transmettra tel quel dans la suite des âges, ce qui ne l'empêche pas de s'accroître continuellement de messes nouvelles aussi bien pour le temps que pour les saints. Ce dernier apport est le plus considérable, il a introduit de nouveaux éléments dans le lectionnaire et, grâce à lui, on peut établir la chronologie de son évolution. Au commencement, c'est à Rome même que se sont faites ces additions, semble-t-il, d'où on peut conclure que l'évangéliaire romain est demeuré longtemps fidèle à ses propres traditions. Cependant vers la fin du VIIIe, on voit différentes fêtes d'apôtres pénétrer dans son sanctoral, peut-être y faut-il reconnaître des influences étrangères. L'introduction des fêtes de saints n'a du reste pas été la seule cause des modifications du lectionnaire. Il y a eu aussi la question des dimanches après l'Épiphanie et après la Pentecôte, et l'on constate qu'elle a fort embarrassé les copistes, en raison de l'instabilité de la date de Pâques qui a toujours entraîné une grande variété dans le nombre de ces dimanches. Assez longtemps l'évangéliaire conserva l'usage d'inscrire jusqu'à huit ou neuf dimanches après l'Épiphanie, et seulement deux après la Pentecôte qui devaient suffire jusqu'à la fête des saints apôtres Pierre et Paul. Le système romain assignait en effet aux dimanches qui suivaient cette solennité gospel-ltrtionani. in-1« , Oxford, 1934. — ' Th. Klauser, Dfe rômische Capitulare evangeliorum, in-S\ Munster, 1933. une place à peu près fixe, les groupant par séries, qui variaient à peine avec les années, de six dimanches après les apôtres, cinq après S. Laurent, sept après S. Cyprien. Ce procédé maintenait ainsi les mêmes dimanches à proximité des mêmes fêtes, et limitait à quelques semaines seulement la perpétuelle fluctuation de ce temps après la Pentecôte. Il y avait plus que cela : ces dimanches fixes, ou à peu près fixes, qui commençaient avec la fête du 29 juin, marquaient, dans le sacramentaire aussi bien que dans le lectionnaire, le début de séries d'oraisons et de lectures qu'on peut encore reconnaître dans l'organisation actuelle que les siècles ont substituée à l'ancien système romain. Il est possible qu'on arrive à expliquer la raison du choix des différentes lectures attribuées à ces dimanches de l'année. Mais il est plus difficile de reconnaître les motifs qui ont guidé les compilateurs du lectionnaire romain dans la fixation de certains passages des évangiles pour les messes de férié en dehors du Carême.
La question de l'épistolier romain est inséparable de la question de l'évangéliaire et on en peut suivre les développements depuis la liste la plus ancienne qu'a fournie le lectionnaire de Wurzbourg (voir Dictionn., t. v, col. 310-316) jusqu'aux rédactions assez complexes qui se rencontrent au Moyen Âge. « Quelques manuscrits ont conservé le recueil des épîtres de la messe sous une forme qui peut passer pour le type authentique de l'épistolier romain vers le Ve. Le lectionnaire d'Alcuin, au siècle suivant, marque un stade plus avancé ; il se met surtout en marge de la tradition antérieure, de sorte qu'il ne paraît pas avoir exercé d'influence durable sur les documents plus récents, malgré l'autorité qui s'attachait au nom qu'il portait. Un exemple entre beaucoup d'autres le prend en flagrant délit d'innovation, sur un point où précisément on ne l'a pas suivi. Dans le lectionnaire typique, les jeudis de Carême, qui ne figuraient pas encore dans la liste ancienne de Wurzbourg, ont reçu des lectures qui sont devenues par le fait même officielles, et que nous lisons toujours au missel romain ; pour ces mêmes jeudis le lectionnaire d'Alcuin adopte des lectures toutes différentes qui n'ont pas survécu à son époque. On aurait pu penser que pour la série des dimanches après la Pentecôte il aurait suivi le modèle du supplément au sacramentaire grégorien que l'on attribue au même Alcuin. Il n'en est rien cependant, puisqu'au lieu de s'en tenir à la nomenclature adoptée désormais, du premier au vingt-cinquième dimanche après la Pentecôte, il préfère s'en tenir à l'ancien système romain : dimanches après les apôtres, dimanches après S. Laurent, etc. C'est, au contraire, la liste officielle des épîtres, représentée par l'épistolier-type de l'époque carolingienne, qui s'est développée peu à peu au cours des âges, surtout en raison de l'accroissement du sanctoral. Le nombre des fêtes de saints était anciennement beaucoup moins considérable dans la liste des épîtres que dans celle des évangiles : la raison en est, semble-t-il, que l'épistolier carolingien a déjà un ensemble complet de messes du commun, alors que l'évangéliaire en est dépourvu. Le cas inverse se présente pour les lectures des mercredis et des vendredis dans les semaines d'été. Les anciennes listes d'épîtres n'en mentionnaient aucune, tandis que des évangiles étaient déjà prévus pour ces messes fériées. Les lectionnaires furent finalement pourvus, eux aussi, d'épîtres pour les mercredis, puis pour les vendredis, usage qui du reste était appelé à disparaître dans la suite. L'on dota également les nouvelles fêtes d'épîtres que l'on emprunta en grande partie aux Communs déjà existants. Mais il y eut dans le choix de ces textes et dans leur attribution aux fêtes, de grandes divergences entre les manuscrits du Comes. C'est le nom que porta le lectionnaire au IXe, surtout lorsqu'il unissait dans un même manuscrit les listes, jadis indépendantes l'une de l'autre, des épîtres et des évangiles. Sa I oit une paraît avoir été assez éphémère, et pas plus que le lectionnaire d'Alcuin, il n'a laissé de trace dans la tradition plus récente. On ne peut donc utiliser qu'avec précaution les éditions qu'en ont données Pamelius et Luc d'Achery. Il faut en dire autant de l'édition Baluze qui représente le lectionnaire de Théotinchus de Cambrai. C'est une rédaction encore plus personnelle que les autres, dont le sanctoral s'est inspiré des gélasiens du VIIIe, en y ajoutant beaucoup de saints du nord de la France. Le lectionnaire de Murbach est du même genre, il dépend de la tradition gélasienne. La pure tradition grégorienne s'est mieux conservée dans le manuscrit de Corbie ; c'est la forme qui, avec des additions successives pour les fêtes modernes, s'est maintenue dans le missel romain.
V. Les pièces de chant. — Le service divin se composait tant aux vigiles qu'à la messe d'une alternance de lectures et de chants, ceux-ci exécutés par un chœur et par les fidèles. Nous en avons décrit le mécanisme sous le nom de psalmodie antiphonique (voir Dictionn., t. i, col. 2282-2319). Cette psalmodie formait dans l'usage romain le fonds de deux mélodies désignées sous le nom de graduel et de trait (voir Dictionn., t. ix, col. 345-354) ; il faut aussi faire sa place au chant de l'Alléluia (voir Dictionn., t. i, col. 1229-1246) qui, à Rome, fut joint au dernier verset du psaume, graduel. Il faut distinguer le trait du répons ou psalmus responsorius auquel le chœur répondait et non pas au trait (voir Dictionn., t. xiv, col. 2389 sq.). Quant à l'antiphonaire nous rappellerons seulement d'un mot son histoire qui a été donnée déjà (voir Dictionn., t. i, col. 2443-2461) ; enfin, nous avons consacré au chant un travail auquel il suffit de renvoyer (voir Dictionn., I. m, col. 256-311).
VI. Les livres romains. Le rouleau de ii.\- venne. — 1° Sacramentaire léonien. — On a beaucoup écrit sur ce livre, toutes les conjectures ont été exposées et discutées ici (voir Dictionn., t. vin, col. 2549-2573).
Les trois études que nous venons de mentionner pourront être et ont été contestées (on a proposé d'autres explications, notamment pour les lettres énigmatiques du léonien) ; nous y adressons le lecteur en toute confiance.
Ces trois sacramentaires forment la base de tout ce qu'on peut édifier d'explications et de suppositions sur la liturgie romaine. Le léonien est un livre entièrement romain par ses formules et par sa topographie très précise ainsi que l'a relevé L. Duchesne en citant 3 : vi id. val. natale sanclorum Felicis, Philippi, in cymiterio ; Vitalis el Martialis, in Cl miterio Iordanorum ; el Silani, in cymiterio mam mi, ma salaria ; et Januarii, in cymiterio praetextati via APPIA ; — /// non. aug., natale sancti Stephani, in cymiterio callisti via appia ; — vin id. aug., natale sancti Xysti, in cymiterio callisti ; el Fclicissimi et Agapiti, in CYMITERIO praetEXtati via appia ; — pridie kal. oct., natale basilicœ Angeli in salaria. Cette dernière fête est la dédicace d'une église de la banlieue de Rome. Une autre messe de dédicace, en l'honneur de S. Etienne, se trouve parmi les messes du mois d'août1 ; elle doit avoir rapport soit à l'église de la voie Latine, soit à celle du Celius. La préface de l'une des messes en l'honneur des SS. Jean et Paul a suppose l'officiant à Rome et même dans l'église consacrée aux deux martyrs. On en peut dire autant des messes en l'honneur des apôtres Pierre et Paul et de bien d'autres. Parmi les services des défunts, plusieurs formules supposent que l'on est à S.-Laurent-hors-les-Murs et que l'on prie pour l'un des papes enterrés dans cette église 4. Il est inutile d'insister davantage. L'origine romaine de ce recueil est de toute évidence.
4° Alissale Francorum. — Quoi que son origine franque ne soit pas douteuse, toutes les messes de ce sacramentaire sont de rite et de style romain (voir Dictionn., t. vi, col. 524-529).
5° Rouleau de Ravenne. — Il s'agit d'un monument assez rare en son genre qui se compose de sept fragments inégaux de parchemin très mince, cousus bout à bout, et formant une bande qui mesure 3 m. 60 de longueur sur 0 m. 19 de largeur, mutilée à ses deux extrémités. L'écriture est une onciale assez nette et régulière, seule la rubrique »item alia« est en lettres capitales. La ponctuation est trop multipliée et paraît marquée en vue des nécessités de la lecture ou du chant à haute voix. La rubrique »item alia« ou bien »alia« , le croisillon et les premiers mots de chaque oraison sont tracés en couleur rouge. Ce recueil est d'autant plus curieux qu'il offre un exemple unique jusqu'ici de rouleau d'euchologie ; comme il est incomplet du commencement et de la fin on ne saurait préjuger ses véritables dimensions. Il est possible de le faire remonter vers le milieu du VIe, l'essai d'attribution qu'on en a fait à S. Pierre Chrysologue n'a guère paru persuasif. C'est une autre conjecture aussi peu fondée qui voudrait y voir une composition de l'évêque Marinier de Ravenne (595-604) qui l'aurait communiquée au pape Grégoire le Grand.
1884, p. 1-34. Eu égard à sa brièveté nous le donnons ici ligne par ligne :
1. Bric adueni r n num per ITEM ALIA 5 Deus qui splendorem gloriae tuae ; per sacrae uterum uirginis in mundi fine indignatus es revelare quatenus densis erro10 rum tenebris effugatis ueritas fulgeat perpétua claritatis. tribue quaesumus ut tantœ incarnationis mysterium, humi les 15 famuli et fidei integritate colamus. et devoto semper obsequio frxquentemus : per ITEM ALIA PROPITIARE DOMINE DEVS suppli20 cationibus nostris et tribulantibus quaesumus auxilium tuae piaetatis concède, ut de filii tui uenientis praesentia conso25 lati-nullis iam polluamur contagiis uetustatis : per ITEM ALIA VNICENITVM 0MNIP0TENS pater prophetarum oracu30 lis declaratum-tota nu ne gaudet ecclesia in mundo uenturum sicut pluuia super uellosoriatur quaesumus abundantia pacis 35 ...eius adventum. Simul ...exultet terra cœlesti rore perfusa. ut redemptori sui leta ualeat offerre splendida uota per 40 INENARRAVILEM potentiae tuae deus uirtute extende. et populo supplicanti per filii tui prœsentiam defensor accède ut 45 ad uotiua desideria ipso iuuante perueniat : per pis per portam iustitiae transire et iter christo domino 50 praeparareconcède propitius ut nullis infirmitatibus fatigemur qui celestis medici fulgentem. praesentiam sus55 tinemus : per Deus qui AD LIVERANDVM humanum genus a uetustatis condicione tua clementia procurasti . largire 60 deuotae expectantibus gratiam tuœ supernse pisetatis.ut ad uerom perueniamus prsemium libertatis : per ITEM ALIA 65 EXAVDI pia ces populi tui omnipotens deus. et radiante de cœlo iustitia omnis germinet terra letitiam ut in lîlii tui redemptoris 70 mundi aduentum quaesumus clesiderantes animas nostrae bénedictione pinguissima repleantur : per + VENIAM praecamur olïen75 sis caelorum conditor deus ut redemptoris nostri sustinentes prrcsentiam peccatorum mereamur percipere indulgentiam : per 80 DEVS QVi VIA EST uerilatis et inefïauilis unitas trinitatis. concède propitius tua in nobis gratia opérante.ut uenienti salvatori 85 mereamur cum dignis operibus obuiare.et beatitudinis prœmia promereri : per + REPLE bonis omnipotens deus terrain tuam redemptoris sui 90 praesentiam cupientem ut consolationis aeternse gratia circumdata • plebs tua caelesti permaneat auxilio guuernata : per 95 DEVS QVEM 0LIM diuina praeconia cecinerunt in mundo uenturum. concède propitius desideranti populo tuo sollemnem re100 demptoris sui natiuitatem suscipere. et cœlestia ab eo doua cofise qui benedictionis.quae plenitudinem possidere : per 105 + DIRIGATUR quaesumus domine in conspecto tuo nostrae petitionis oratio ut ad magnae incarnationis tua> mysterio. nostrse seruitu110 tis uota.inlibata puritate perueniat : per ITEM ALIA + DEVS QVI SALVTARE tuum totis terrae finibus nuntiatum signis fulgentibus de115 clarastitribiue quaesumus ut qui natiuitatis eius gloriam sollemniter praestolamus.nullis iam inimicorum fraudibus manci120 pemur : per ITEM ALIA OMNIPOTENS et inuisiuilis deus qui mundi ténèbres » lucis tuœ aduentu fugasti sereno nos quaesumus uultu cir125 cumspice, ut magnificentia natiuitatis tua ; dignis prœconiis conlaudemus : per ITEM ALIA +0EVS QVI H0MINEM olim perdi130 tum et densis uitiorum nebulis obscuratum gloriosoe natiuitatis tuœ Iumine radiasti. concède pro- • pitius ut quem tante salu135 tis beneficio munerasti quaesumus nullis malorum patiaris subiacere periculis : per +0MNIP0TENS sempiterne deus celi terre que dominator 140 respice propitius ad orationemfamilias tuas et unigedict. d'arch. chrét. nito tuo uenienti pia uota soluere cupientem placatus exaudi : per ITEM ALIA 145 +D0MINE AETERNAE dei fllius ante cuius inenarrauile in carnationis mysterium exultauerunt montes et iocundati sunt col les, concède 150 propitius ut te in secundo aduentu nullo modo formidemussed absoluti a uinculis delictorum.redemptorem humani gene155 ris sensiamus, quam ueraciter confltemur deum et dominum angelorum : per ITEM ALIA +0RIATUR quaesumus omnipotens deus in cordibus nostris splendor 1G0 gloriœ dominus noster iesus christus, ut omnem noctis obscuritate sublata. lilios nos esse diei uere lucis manifestet aduentus : per ITEM ALIA 105 +TRIBVAE QVAESVMVS domine deus ut de uotis mentibus diuinum expectemus aduentum . quo sacratissimus uirginis partus ex spiritu sancto nobis ge170 neret deum ■ quatenus apj>areat in hominibus christus dominus el saluator-qui cum ingenilo pâtre uiuit et régnât. nunc et (>er omnia secula sec. 175 + CLEMENS et misericors deus ad tuorum propitius intende prsecibus famulorum.ut qui redemptoris mundi sustine180 mus aduentu . quaesumus nostrae salutis . capiamus preinium sempiternum : per DEVS TURRIS inexpugnabiIis et ciuitas fortitudi185 nis nostr ;e-esto nobis qu ;esumus protectio salutaris-et desiderauilis uirtus-ut futura natiuitas saluatoris ge190 neralem letitiam et plenissimam omnibus conférât sanitatem : per plicationibus nos195 tris. et suffragante tua ; incarnationis aduentu. quîesumus prse ces nostras dignanter exaudi. et ueniam tribuae 200 omnium peccatorum : per tatem christi lilii tui secundum carnem propinquare cémentes. quœsumus 205 ut nobis indignis famulis misericordiam prestet-ipse qui pro nobis dignatus est ingredi utero sanctse uirgi210 nis -ut uerbum caro fieret et habitaret in nobis : Qer ITEM ALIA :
+DEVS QVI CONSPICIS populum tuum incarnationem
A. — XIV. — 96.
215 dominicain lirleliter expectare . presta quaesumus ul ualeanius ad tanta salutis gaudia peruenire-et uotis sollemni220 bus alacri semper letitia caelebrare : per ITEM ALIA +INCENITI filius patris domino omnipotens christe.nostram qiuesumus dignanter abs que ma225 cula suscipe carne. ul et te humaiiFe substantif participem esse probemus.et nos ad celestia dona ut perduce230 re iubeas postolamus : per +LARCIRE QVAESUMVS domine famulis tuis fldei et securitatis augmentum.ut qui de uentura nativitate 235 domini nostri tui filii gloriantur.et aduersa mundi te guuernante non sentiant.et quie temporaliter cœlebrare de240 sidérant sine fine percipiant : per ITEM ALIA + EXCELSI FILIVS DEI humani generis conditor et inmaculate saluator. 245 procède iam qusesumus de incontaminata uirgine pro mundi redemptione . ut sentiamus per eandem nos gratia 250 liuerare a peccatis.per quam ipse flcri dignatus est abs que delicto similis nobis : per ITEM ALIA +IAM REFVLCENS aduentus 255 filii tui quœsumus omnipotens pater. et lsetitiam nobis prœsentis exhibeat .temporis et alterna ? gloriae pnestet esse partici200 pes : per ITEM ALIA +DEVS AETERNA maiestas cuius inefïauilem uerbum angelo déférente uirginitas immaculata sus205 cepit et domicilium deitatis effecta sancti spiritus luce repletur.qusesumus ut lidelem populum ipsa suis orationibus protegat. 270 qua ? deum cl hominem sacris castisquc uisccribus meruit baitilarc : per ALIA rcdemptor nat une. 275 qui uerbum tuum in utero perpétua ? uirginitatis carnem adsumere uoluisli respice propitius ad pra'ces nos280 tras ul unigeniti tui natiuitate suscepta-ipsius x-tiam redemptoris mereamur diuino consortio sociari : per ITEM ALIA 285 +DEVS QVI INITIO statim mundi promulgans lucem densas tenebrarum nebulas dissipasti .quœsumus ut i])se iam procédât 290 conditor lucis sponsus ueri thalami ante secula quam parasti. ut populus a uetustatis errore liueratos-in oc295 cursum filii lui adueniat.cum dignis operibus pr ;eparatus : per ITEM ALIA +0MNIP0TENS SEMPITERNE DEVS qui per incarnationem uni300 geniti tui munduin tua ; maiestati reconciliare dignatus est • tribuœ qussumus ut nubila peccatorum fugiant a corde sereno 305 et mysteria dominicœ natiuitatis.luce crescentia casta semper lsetitia cselebrentur : per ALIA + LVMEN VERVM quod ex fon310 te cordis tui domine deus noster salutiferum cructuare dignatus est uerbum • qussumus ut sicul beats maria ; intemerata ; 315 uirginis mirabiliter ingressus est uterum ita nobis concédas tuis famulis eius cum gaudio prœstolare.glo320 riosœ natiuitatis prœsentia : per ITEM ALIA +0MNIP0TENS SEMPITERNE DEVS maiestatem tuam suppli ces deprecamus-ut reful325 gente iam dominic ;e carnis aduentuad nostras prœces aures placidas prœbeas-et orationes fidelium famulorum-ex330 audire digneris : per ITEM ALIA + DEVS QVI FILIVM tuum uirginalibus membris receptum nostr ;e carnis tunicam indui uoluisti 335 presta qiuesumus ut et te hunuinœ substantia ? esse participem gaudeamus et nos ad celestia dona et peruenire iubeas pos340 tolamus : per ITEM ALIA cœli facicm decorauit et uirginis uterum dominiese carnis gloriam 345 fecundauit ,qua ?suinus ut splen dor iam nova1 lucis appareat et salus humani generis de castis uisccribus pro mundi re350 demptione procédât : per ro mansionem inelTauili arte sanction tibi carnis cubiculum condidis355 ti. procède iam qinesunnis pli cauilis et formam rediine serui quam ante secula promisi.sti . ut et libi digna cslebrœ360 tnr laudatio, el nobis liai teterna saluatio : per + D0M1NE DEVS IAM VIRCINEI thalaini pulchritudo ornamentis insignibus 365 praeparator . ut regalibus nuptiis caelebratis . procédât exinde sponsùs prae filiis hominum speciosus 370 (|iii letitiam et pacem do sua plsenitudine populis omnibus doiiot et splendorem pra-sentise suœ nos375 trarum inluminet tenebras animarum : per + INEFFAVILEM magni derretum consilii fidèles populi humiliter 380 ueneremus.quia in uirginis partum beata ; stupendum uidemus miraculum coruscare dum humaine naturae 385 deitas sociata genimina in christo fulgit substantia cui caelestia famulantur obsequia et cuncta mundi subia390 cenla eleinenta ■ proinde tante diuinitatis parente fes er
L'Ordo VII de Mabillon est relatif aux cérémonies de l'initiation chrétienne, catéchuménat, baptême, confirmation. Il a été publié d'après des manuscrits du IXe : avant l'année 814, Jessé d'Amiens le transcrivit en grande partie dans son Epistola de baplismo 2. D'après L. Duchesne, il doit même remonter beaucoup plus haut, car il figure presque tout entier dans le sacramentaire gélasien 3.
TEXTE CORRIGÉ :
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1° Entrée de l'officiant. — (Voir Dictionnaire, t. vi, col. 1212-1220.) 2° Chants préliminaires. — Pour le Kyrie eleison (voir Dictionnaire, t. viii, col. 908-816) et pour la litanie diaconale (voir Dictionnaire, t. ix, col. 1550-1553), enfin pour le Gloria in excelsis (voir Dictionnaire, t. iv, col. 1525-1536 ; t. xiii, col. 97-104).
3° Collecte. — « Colligere plebem est l'expression ordinaire pour rendre l'idée de réunir, tenir une assemblée liturgique. Le sens du mot collecta (= collectio, comme missa = missio) est bien déterminé par les rubriques du sacramentaire grégorien, relatives aux jours de litanie. L'oraison indiquée pour l'église d'où part la procession est dite ad collectam. Il est presque inutile de rappeler que les mots grecs συναγωγή, συναγείρειν sont les équivalents des termes latins collecta et colligere 4. » 4° Lectures. — (Voir outre le § IV, donné plus haut, col. 3023, les dissertations du Dictionnaire, t. v, col. 326-344, col. 914-923 ; t. viii, col. 2303.) 5° Graduel, trait. — (Voir Dictionnaire, t. xiv, col. 1945-1948 ; cf. t. ix, col. 344-354.) 6° Alléluia. — (Voir Dictionnaire, t. i, col. 1220-1210 ; t. ix, col. 350-353.) 7° Homélie. -- « A Rome, l'homélie paraît être tombée d'assez bonne heure en désuétude. S. Grégoire et, avant lui, S. Léon, sont les seuls anciens papes dont il reste des homélies et même que l'on sache en avoir prononcé. Encore les homélies de S. Léon sont-elles courtes et réservées à certains jours solennels. Les prêtres romains n'avaient pas le droit de prêcher, et les papes voyaient d'un mauvais œil que les autres évêques laissassent prêcher les leurs s. Sozomène * qui écrivait vers le temps de Sixte III, rapporte que personne ne prêchait à Rome '. » - Le rite romain ne comporte pas cette procession de l'oblation parce que celle-ci s'accomplit à l'autel même et durant la messe. Après que l'archidiacre avait disposé sur l'autel les pains et les calices, le pape s'y rendait. D'après divers textes du Liber pontificalis • rapprochés d'un passage de l'Ordo Romanus I de Mabillon (ch. xlviii), il semble résulter que les prêtres des « titres » avaient eu ici, à l'origine, un rite spécial. On tenait devant eux des oblatœ, posées sur des patènes. Ils récitaient le canon en même temps que le pape et concélébraient à la liturgie eucharistique. Si l'explication est bonne, l'usage eût été tel au commencement du VIe, pour toutes les messes stationales. Au VIIe, ce rite n'était plus observé qu'aux fêtes de Noël, de Pâques, de la Pentecôte et de S. Pierre. Les autres jours, la coopération des prêtres ne se produisait que pour l'offrande, la fraction et la communion 2. Quoi qu'il en soit, le pape, en abordant l'autel, commençait par l'invitation adressée aux fidèles de s'unir à lui dans une prière collective qu'on appelle Secrète ou super oblata. Elle est précédée de cette formule : Orate, fratres, ut meum ac vestrum sacrificium acceptabile fiat apud Deum Patrem omnipotentem ; ce qui suit n'était que la conclusion de la prière faite en silence par les fidèles, elle est prononcée à voix basse, d'où son nom de « secrète », avec une finale à haute voix à laquelle on répond Amen.
13° Préface. (Noir Dictionnaire, t. i, col. 1898-1918 ; t. xi, col. 727-728.) 14° Canon. (Voir Dictionnaire, t. ii, col. 1847-1881, 1898-1904 ; t. xi, col. 710-711.) 15° Récitation des diptyques. A la suite du Sanctus, le canon romain intercale une longue nomenclature des personnes au nom desquelles se fait l'oblation, toute la famille chrétienne y est représentée et trouve sa place dans les oraisons qui commencent par ces mots : Te igitur, Memento, Communicantes, Hanc igitur, Quam oblationem. Ici se place ce qu'on nomme la question des diptyques dont la place est différente dans la liturgie gallicane (avant la Préface) et dans la liturgie romaine (après la Préface), (l'est une matière inépuisable (voir Dictionnaire, t. iv, col. 1051-1083).
16° Prière de l'institution. - (Voir Dictionnaire, t. v, col. 091-092.) 17° Épiclèse. (Voir Dictionnaire, t. v, col. 162-166). Autre matière inépuisable. Benedic, Domine, et tuas creaturas fontis, mellis et lactis et pota famulos tuos ex hoc fonte aquæ vitalis qui est Spiritus veritatis et enutri eos de hoc lacte et melle, quemadmodum pater noster Abraham, Isaac et Jacob [promisisti] introducere te eos in terram promissionis, terram fluentem lacte et melle. Coniunge ergo famulos tuos, Domine, Spiritui sancto, sicut coniunctum est hoc mel et lac quo cœlestis terræ et substantia significalur unilio in Christo Jesu Domino nostro per quem hæc omnia, etc.
« C'est encore à ce moment que l'on bénissait, le jour de l'Ascension, les fèves nouvelles et le jour de S. Sixte (6 août) le raisin nouveau ; enfin, c'est à ce moment que l'on bénissait et que l'on bénit encore, le jeudi-saint, l'huile destinée au soulagement des malades. Il n'est donc pas douteux que la formule per quem hæc omnia n'ait été originairement précédée, même en dehors de ces circonstances extraordinaires, d'une prière pour les biens de la terre 3. » 19° Récitation du Pater. — Le Pater se trouve placé depuis le temps de S. Grégoire à la suite du canon. Lui-même a écrit : Orationem vero dominicam ideirco mox posui post precem dicimus. quia mos apostolorum fuit ut ad ipsam solummodo orationem oblationis hostiam consecrarent. Mihi valde mihi inconveniens visum est ut precem quam scholasticus composuerat super oblationem diceremus, et ipsam traditionem quam Redemptor noster composuit super eius corpus et sanguinem non diceremus. Sed et dominica oratio apud Græcos ab omni populo dicitur. apud nos vero a solo sacerdote *. (Voir Dictionnaire, t. xi, col. 754-755.) 20° Commixtion. (Voir Dictionnaire, t. xi, col. 755-756.) 21° Fraction. (Noir Dictionnaire, t. v, col. 2109-2112 ; t. xi, col. 756-757.) 22° Communion. — (Voir Dictionnaire, t. iii, col. 2427-2436 ; t. xi, col. 757-759.) VIII. Les fêtes chrétiennes. - La liturgie romaine se développe autour de deux périodes principales qui sont la semaine et l'année, double emprunt fait à l'usage juif mais remanié et transformé sous l'inspiration chrétienne.
1° La semaine religieuse. L'adoption d'une période de sept jours dont le septième était consacré au repos : et requievit die septimo, remontait au moins au temps de la révélation mosaïque et tirait sa consécration de la Loi. Observée par les Juifs qui la concluaient par le sabbat, cette période comprenait, outre six jours ouvrables et un jour de prière ou de culte, deux jours de pénitence par le jeûne, le lundi et le jeudi. Au sabbat, l'Église substitua le dimanche (voir Dictionnaire, t. IV, col. 858-994) en ce qui regarde le repos et le culte, et aux jeûnes du lundi et du jeudi ceux du mercredi et du vendredi (voir Dictionnaire, t. vii, col. 2181-2501).
Ces deux jours sont qualifiés du nom de stations par Hermas 5, qui ne les désigne pas nommément, et ils sont marqués par Clément d'Alexandrie' et par Tertullien '. Le jeûne n'en était pas rigoureux et le culte était loin de revêtir la solennité de celui réservé au dimanche, lequel était précédé d'une vigile qui remplissait une partie de la nuit. Mais cette vigile se laissa éliminer par l'office dit de matines (voir Dictionnaire, t. x, col. 2077-2679). Vers la fin du IVe, les vigiles et les matines n'avaient pas encore fusionné à Jérusalem lors de la visite d'Éthérie. A Rome, on conserva la vigile pour certaines solennités importantes telles que celles de Pâques, de la Pentecôte et des dimanches de Quatre-temps. Il semble bien que la principale question était de ne pas laisser les fidèles dans le désœuvrement, et l'office matinal du samedi saint et de la veille de la Pentecôte nous ont conservé un exemple des occupations qu'on leur procurait pendant la vigile des dimanches. Le samedi dut à cette circonstance sa situation spéciale, il devint une sorte de préparation ascétique au dimanche et on étendit le jeûne du vendredi au samedi tout entier ; il en était ainsi à Carthage ' et à Rome. Les deux jours de station comportaient une réunion cultuelle, mais pas toujours eucharistique ; à Rome, le samedi, on ne célébrait pas la liturgie (voir Dictionnaire, t. v, col. 1405-1412).
2° Les Quatre-temps. -- (Voir Dictionnaire, t. xiv, col. 2014-2017.) 3° La semaine sainte. (Noir Dictionnaire, t. xv, à ce mot.) La durée du jeûne différait suivant certaines Églises principales. A Rome, ainsi qu'à Alexandrie et à Jérusalem, la semaine sainte faisait partie de la Quarantaine, de sorte que le jeûne total ne durait que six semaines ; à Rome, encore, les dimanches seulement étaient affranchis de la loi du jeûne, ce qui réduisait celui-ci à trente-six jours. Ce chiffre parut satisfaisant parce qu'il offrait un nombre correspondant au dixième de l'année 4, mais on ne tarda pas à s'apercevoir du désaccord entre ce chiffre et le nom de Quarantaine. L'auteur du Liber pontificalis cherche déjà à insinuer l'obligation d'une septième semaine, ce qui, eu égard aux usages romains, aurait donné quarante-deux jours de jeûne. S. Grégoire le Grand ne connaît encore que les trente-six jours' ; au VIIe, on ignore à quel pape il faut attribuer l'addition des quatre jours à partir du mercredi des Cendres, mais au commencement du Ve le sacramentaire gélasien présente déjà les messes stationales des jours complémentaires. C'est vers le même temps qu'on eut l'idée des trois messes dominicales in Septuagesima, in Sexagesima, in Quinquagesima.
Les fêtes des apôtres pourraient offrir ample matière à un travail dont on trouvera quelques éléments (voir Dictionnaire, t. i, col. 2631-2035 ; t. viii, col. 2309-2323 ; t. xiv, col. 973-981). Ce qui a été exposé déjà au sujet des fêtes de S. Pierre et de S. Paul nous permettra d'être bref (voir Dictionnaire, t. xiv, col. 855-850, 862-900). La fête du 29 juin, inscrite au calendrier philocalien de 336, et accompagnée de la date consulaire de 258, commémore non pas l'anniversaire commun du martyre des deux apôtres ou d'un seul des deux, mais la translation de leurs restes ad Catacumbas où ils reposaient encore au début du IVe et d'où ils furent tirés plus tard pour être transférés dans leurs basiliques respectives du Vatican et de la voie d'Ostie.
Le 25 janvier, la recension auxerroise du martyrologe hiéronymien mentionne une translatio sancti Pauli apostoli sans dire où ni quand ; à la même date, dans le missale gothicum, une fête in conversione sancti Pauli dont on ne trouve pas de mention à Rome ; toutefois la messe du dimanche de Sexagésinie est, en réalité, une messe en l'honneur de S. Paul, célébrée dans la basilique de la voie d'Ostie.
Le 6 mai, on fêtait à Rome S. Jean l'Évangéliste à qui une église était dédiée près de la porte Latine en souvenir de son supplice. On lit une mention de cette église dans la notice du pape Hadrien Ier (772-795) au Liber pontificalis ; la fête n'a pas d'attestation plus ancienne.
La fête du 1er mai réservée aux SS. apôtres Philippe et Jacques marquait l'anniversaire de la dédicace de l'église des SS. Apôtres à Rome. C'était une basilique fondée par le pape Jules Ier (337-352), qui fut rebâtie sous Pelage Ier et Jean III et dont le vocable fut modifié pour être restreint à deux apôtres seulement. Comme la fête de S. Philippe était célébrée le 1er mai, il attira à lui son confrère Jacques sans qu'on puisse préciser lequel, des deux qui portent ce nom.
Le 30 novembre se place la fête de S. André (voir Dictionnaire, t. i, col. 2031-2034) marquée à ce jour dans tous les calendriers depuis le VIe. Peut-être cette date fut-elle choisie parce que c'était le jour de sa fête à Patras et, suivant toute vraisemblance, l'anniversaire de son martyre.
(Pour les fêtes des anges, des martyrs, des saints, voir Dictionnaire, t. v, col. 1418-1426, 1428-1439.) Quelques notions ont été données sur les calendriers (voir Dictionnaire, t. v, col. 1426-1428) et sur les martyrologes (voir Dictionnaire, t. x, col. 2523-2019) ; il suffît de dire ici que c'est en rassemblant les calendriers des diverses Églises, principalement ceux des grandes métropoles comme Rome, Carthage, Alexandrie, Antioche, Nicomédie, que l'on forma ce qu'on appelle les martyrologes. Le calendrier de Rome nous est parvenu sous deux formes différentes : d'abord deux tables intitulées Depositiones episcoporum et Depositiones martyrum (voir Dictionnaire, t. vm, col. 635) qui étaient rédigées dès l'année 330 ; ensuite le martyrologe hiéronymien dans lequel le calendrier romain a subi diverses retouches, dont les dernières sont contemporaines du pape Sixte III (432-440), mais ce calendrier offre aussi la trace d'une rédaction contemporaine du pape Miltiade (311-314). De cette circonstance et de quelques autres considérations, on peut conclure que ces deux rédactions dérivent d'un texte établi en 312 environ, après la dernière persécution. Nous avons parlé déjà des jeûnes (voir Dictionnaire, t. vu, col. 2481-2501), des octaves (voir Dictionnaire, t. xh, col. 1883-1886), des litanies (voir Dictionnaire, t. i, col. 1540-1571) et en particulier des Rogations (voir Dictionnaire, t. x, col. 1740-1741 et i. xiv, col. 2459). Le courant du VIIIe, en pleine période byzantine. A cette date, le baptême des adultes est devenu exceptionnel et cependant les formules et les cérémonies concernent des adultes, encore que les rubriques parlent de petits enfants ; celles-ci sont des retouches qui laissent au texte tout son intérêt primitif.
1° Rites du catéchuménat. — L'aspirant se présente au prêtre qui lui souffle au visage, rite attesté par le seul diacre romain Jean, au VIe, et prononce un exorcisme ut exeat et recédai (diabolus) ; ensuite il le signe au front en disant : In nomine Patris et Filii et Spiritus sancti, et il étend la main sur le récipiendaire en prononçant cette formule que le gélasien donne au pluriel :
Omnipotens, sempiternus Deus, Pater domini nostri Jesu Christi, respicere dignare super hunc famulum tuum quem ad rudimenta fidei vocare dignatus es. Omnem caecitatem cordis ab eo expelle ; disrumpe omnes laqueos Satanae quibus ille conligatus. Aperi ei, Domine, januam pietatis tuae, et signo sapientiae tuae imbutus omnium cupiditatum foetoribus careat, et suavi odore praeceptorum tuorum laetus libens in Ecclesia deserviat, et proficiat de die in diem, ut idoneus efficiatur accedere ad gratiam baptismi tui, percepta medicina.
On procède à l'exorcisme du sel : Exorcizo te, creatura salis, in nomine Dei Patris omnipotentis et in caritate domini nostri Jesu Christi et in virtute Spiritus sancti. Exorcizo te per Deum vivum et per Deum verum, qui te ad salutem humani generis procreavit et populo venienti ad credulitatem per servos suos consecrari praecepit. Proinde rogamus te, domine Deus noster, ut haec creatura salis in nomine Trinitatis efficiatur salutare sacramentum ad effugandum inimicum. Quam tu, Domine, sanctificando sanctificas, benedicendo benedicas ; ut fiat omnibus accipientibus perfecta medicina, permanens in visceribus eorum, in nomine domini nostri Jesu Christi qui venturus est judicare vivos et mortuos et saeculum per ignem.
Le diacre Jean mentionné plus haut nous apprend que ce sel est ensuite béni : Accipiei iam catechumenus benedictum sal et le prêtre en dépose un grain dans la bouche du catéchumène à qui il dit : Accipe sal sapientiae, propitiatus in aeternum, et, cela dit, il termine par une prière : Deus pater noster, Deus universae conditor veritatis te supplices exoramus, ut hunc famulum tuum respicere digneris propitius ; ut haec primum pabulum salis gustantem non diutius esurire permittas quominus cibo expleatur caelesti quatenus sit semper, Domine, spiritu fervens, spe gaudeus, tuo semper nomini serviens. Perduc eum ad novam regenerationis laetitiam, ut cum fidelibus tuarum promissionum tuarum aeterna praemia consequi mereatur.
L'imposition du sel est un trait caractéristique du rite romain.
Au VIIe, les scrutins commençaient dans la troisième semaine de Carême. Dès le lundi, à la messe stationale, on avertissait les fidèles : Scrutinii diem, dilectissimi fratres, quo electi nostri divinitus instruantur, imminere cognoscite. Ideo que sollicita devotione, succedente sequenti illa feria, circa horam diei sextam convenire dignemini, ut celeste mysterium quo diabolus eum sua pompa destruitur et janua regni caelestis aperitur inculpabili, Deo juvante, ministerio peragere valeamus.
Au premier scrutin, ceux qui étaient admis donnaient leurs noms qu'on transcrivait et se répartissaient en deux groupes, les hommes à droite, les femmes à gauche.
La messe commençait. Après la collecte et avant les lectures, un diacre appelait les catéchumènes, les invitait à se prosterner et à prier. La prière se terminait par l'Amen que tous disaient à haute voix. Toujours au signal du diacre, ils se signaient, en disant : In nomine Patris, etc. A ce moment, avaient lieu les exorcismes. Un des clercs chargés de ce ministère s'approchait des candidats, des hommes d'abord, leur faisait le signe de la croix sur le front et leur imposait les mains en prononçant une formule d'exorcisme ; puis il passait aux femmes et leur faisait la même cérémonie. Après lui, elle était répétée par un deuxième exorciste, puis par un troisième. Voici l'une de ces formules :
Deus Abraham, Deus Isaac, Deus Jacob, Deus qui Moysi famulo tuo in monte Sinai apparusti et filios Israël de terra Aegypti eduxisti, deputons eis angelum pietatis tuae qui custodiret eos die ac nocte ; te quaesumus, Domine, ut mittere digneris sanctum angelum tuum ut similiter custodiat et nos jamulos tuos et perducat eos ad gratiam baptismi tui.
Ergo, maledicte diabole, recognosce sententiam tuam et da honorem Deo vivo et vero, et da honorem Jesu Christo Filio eius et Spiritui sancto ; et recede ab his jamulis Dei, quia illos sibi Deus et dominus noster Jesus Christus ad suam sanctam gratiam et benedictionem jontem que baptismatis dono vocare dignatus est. Et hoc signum sanctae crucis frontibus eorum quod nos damus, tu, maledicte diabole, nunquam audeas violare.
Après le passage de chacun des exorcistes, les catéchumènes étaient invités à se prosterner, à prier et à se signer. Les trois exorcistes ayant terminé leur tâche, un prêtre s'approchait, répétait l'imposition du signe de la croix et l'imposition des mains en disant : Eternam ac justissimum pietatem tuam deprecor, domine sancte, Pater omnipotens, aeternus Deus luminis et veritatis, super hos jamulos et famulas tuas, ut digneris eos inluminare lumine intelligentiae tuae. Munda eos et sanctifica ; da eis scientiam veram, ut digni efficiantur accedere ad gratiam baptismi tui. Teneant firmam spem, consilium rectum, doctrinam sanctam, ut apti sint ad percipiendam gratiam tuam.
Il est à remarquer que le prêtre, à la différence des exorcistes, ne s'adresse qu'à Dieu ; ce n'est pas son rôle, en ce moment du moins, de conjurer le démon. Après une dernière prostration, les catéchumènes reprenaient leur place et la messe continuait en leur présence, jusqu'à l'évangile exclusivement. Avant l'évangile ils étaient congédiés. Leurs parents ou parrains ne manquaient pas de prendre part à l'offrande ; les noms des parrains et des marraines étaient récités au Mémento, ceux des élus, dans la prière Hanc igitur, avec une recommandation spéciale.
Ces exorcismes se répétaient, dans la même forme et avec le même appareil, aux autres jours de scrutin, sauf au septième. Le troisième avait une importance particulière. C'est ce jour-là que le candidat était officiellement initié à l'Évangile, au Symbole et à l'Oraison dominicale. Dans les autres pays, cette cérémonie se bornait au symbole et s'appelait la « Tradition du symbole ». A Rome on livrait à l'initié, non seulement le symbole, mais l'ensemble des titres de la loi chrétienne, instrumenta sacrosanctae legis. Aussi la cérémonie avait-elle un nom plus compréhensif ; on l'appelait l'« Ouverture des oreilles », Apertio aurium.
Ce jour-là, les catéchumènes n'étaient pas congédiés aussitôt après le graduel. Ce chant terminé, quatre diacres sortaient de la sacristie, en grande pompe, tenant chacun l'un des quatre évangiles. Ils s'avançaient ainsi vers l'autel ; les volumes sacrés étaient déposés sur les quatre coins de la table sainte. Un prêtre prenait la parole et expliquait ce que c'est que l'Évangile. Puis les élus ayant été invités à se tenir debout, attentifs et respectueux, l'un des diacres lisait les premières pages de S. Matthieu. Le prêtre en donnait aussitôt un court commentaire. On recommençait de même pour les trois autres évangiles.
Venait ensuite la tradition du Pater. Le prêtre lui-même y procédait. Il commençait par une exhortation d'ensemble, puis il récitait phrase par phrase le texte de l'oraison dominicale, en le commentant à mesure. Après la dernière demande, une petite allocution terminait la cérémonie. Les quatre animaux symboliques, avec les quatre livres de l'Évangile. Je n'oserais assurer que cette scène ait été composée expressément d'après le rituel de la Traditio legis Christianæ ; mais il y a entre ces deux choses un rapport trop évident pour qu'il n'ait point été remarqué. Beaucoup de fidèles, en jetant les yeux sur les peintures qui ornaient le fond de leur église, devaient se rappeler une des plus belles cérémonies de leur initiation.
Le septième et dernier scrutin précédait de très près le baptême. Il avait lieu la veille de Pâques ; les livres du VMe lui assignent l'heure de tierce ; mais il est probable qu'à une époque plus ancienne il se célébrait dans l'après-midi. Comme il n'y avait pas de messe le samedi saint, la cérémonie était indépendante de toute réunion stationale. Cette fois, ce ne sont pas des clercs inférieurs qui accomplissent l'exorcisme ; c'est un prêtre qui est chargé d'adjurer Satan pour la dernière fois. Il passe dans les rangs des candidats, leur fait au front le signe de la croix et leur impose la main, puis il prononce le dernier exorcisme :
Xec te latet, Salarias, imminere libi panas, imminere libi tormenta, imminere libi diem judicii, diem supplicii, diem qui venturus est velut clibanus ardens, in quo tibi alque universis angelis tuis iternus veniel interitus. Proinde, damnide, da honorem Deo vivo et vero ; da honorem Jesu Christo Filio eius et Spiritui sancto, in cujus nomine atque virtute præcipio tibi ut exeas et recedas ab hoc famulo Dei, quem hodie dominus Deus noster Jesus Christus ad suam sanctam gratiam et benedictionem fontemque baptismatis dono vocare dignatus est, ni fiat eius temptum per aquam regenerationis in remissionem omnium peccatorum, in nomine domini nostri Jesu Christi qui venturus est, etc.
Vient ensuite le rite de l'Effeta (voir Dictionnaire, t. i, col. 2523-2537). Le prêtre touche, avec le doigt trempé dans sa salive, le dessus des lèvres (nares) et les oreilles de chacun des candidats. Cette espèce d'onction, reproduite de la guérison du sourd-muet dans l'Évangile, est accompagnée de la formule suivante : Effeta, quod est adaperire, in odorem suavitatis. Tu uutem effugare, diabole, adpropinquavit enim judicium Dei.
Les candidats se dépouillent alors de leurs vêtements et reçoivent sur la poitrine et sur le dos une onction d'huile exorcisée. Toute cette cérémonie est symbolique. On est arrivé au moment critique de la lutte avec Satan. Les candidats vont le renier solennellement pour s'attacher à Jésus-Christ. On leur délie les organes des sens, afin qu'ils puissent entendre et parler ; on les oint d'huile, comme des athlètes qui vont combattre. L'onction terminée, chacun d'eux se présente devant le prêtre :
Abrenuntias Satanæ ? — Abrenuntio.
Et omnibus operibus eius ? — Abrenuntio.
Et omnibus pompis eius ? — Abrenuntio.
Le renoncement à Satan est accompli ; le nouveau disciple du Christ prononce alors la formule de foi, en récitant le texte du symbole -. C'est ce que l'on appelle rendre le symbole (Redditio symboli) 3.
La cérémonie terminée, les candidats se prosternent, prient et sont congédiés par l'archidiacre.
X. BÉNÉDICTION DES SAINTES HUILES. - (Yoh
Dictionnaire, t. vi, col. 2777-2791 et principalement 2787-2790.)
XL Administration du baptême. — (Voir Dictionnaire, t. ii, col. 297-309 ; t. vii, col. 305-308 ; t. XII, col. 1801-1805.)
« Les « élus » assistaient à la vigile solennelle de Pâques J. Les lectures 5 que l'on y faisait avaient été choisies de manière à présenter un résumé de l'histoire des rapports de l'homme avec Dieu et à former comme une instruction suprême, au moment où allait s'accomplir le mystère de l'initiation. Elles sont à peu près les mêmes dans tous les rites latins : on y voit se succéder les plus belles pages de l'Ancien Testament, la Création, le Déluge, la Tentation d'Abraham, le Passage de la mer Rouge, la Vision d'Ézéchiel, l'Histoire de Jonas, celle de la statue de Nabuchodonosor : quelques passages des prophètes, comme celui où Isaïe prédit le baptême et chante la vigne du Seigneur, le Testament de Moïse, l'Institution de la Pâque. Chacune d'elle est suivie d'une prière \ Des cantiques analogues aux lectures en interrompent de temps en temps la série ; c'est celui de Marie, sœur de Moïse : (Umtemus Domino ; celui d'Isaïe : Vinea facta est ; celui du Deutéronome : Attende. cœlum, et loquar ; enfin le psaume : Sicut cervus desiderat ad fontes.
L'heure venue, le pontife et ses clercs se dirigent en compagnie des « élus » vers le baptistère.
Le baptistère de Latran existe encore, dans son gros œuvre, nous l'avons décrit et figuré (voir Dictionnaire, t. ii, col. 108-418, lig. 1325-1329 ; t. viii, col. 1550-1558, lig. 6791-6793). C'est dans cet édifice que le pape célébrait le baptême de Pâques, la plus auguste des cérémonies pontificales. Il entrait avec son cortège, en tête duquel étaient portés deux grands cierges, au chant de la litanie. Quand celle-ci s'arrêtait, le pontife, debout près de la piscine, saluait l'assistance et l'invitait à la prière collective suivie bientôt d'une prière de forme eucharistique. Voici les formules des anciens sacramentaires ; elles sont encore en usage :
Omnipotens, sempiterne Deus, adesto magna pietatis tuæ mysteriis, adesto sacramentis ; et ad creandos novos populos quos libi fons baptismatis parturit spiritum adoptionis emille ; et quod humilitatis nostræ gerendum est ministerio tute virtulis compleatur effectu.
Vere dignum... leterne Deus, qui invisibili potentia tua sacramentorum tuorum mirabiliter operaris effectum. Et licet nos tantis mysteriis eiequendis simus indigni, tu tamen gratiæ tuæ dona non deserens etiam ad nostras preces aures tuæ pietatis inclina. Deus, cujus spiritus super aquas inter ipsa mundi primordia ferebatur, ut jam tunc virtutem sanctificationis aquarum natura conciperet ; Deus, qui nocentis mundi crimina per aquas abluens regenerationis speciem in ipsa diluvii effusione signasti, ut unius ejusdemque elementi mysterium et finis esset litis et origo virtutis ; respire, Domine, in faciem Ecclesiæ tuæ et multiplica in eam generationes tuas, qui gratiæ tuæ effluenlis impetu Ixlificas civitatem tuam fontemque baptismatis aperis toto orbe terrarum gentibus innovandis, ut luse majestatis imperio sumat Unigeniti tui gratiam de Spiritu sancto, qui hanc aquam regenerandis hominibus prieparatam arcana sut luminis admixtione fecundel ; et sanctificatione concepta ub immaculato divini fontis utero in novam renata creaturam progenies cœlestis emergal ; et quos aul sexus in ecorpore aut estas discernit in tempore omnes in imam pariât gratia mater infantiam. Procul ergo hinc, jubente te, Domine, omnis spiritus immundus abscedat ; procul Iota nequitia diabolicae fraudis absistat. Nihil hic loci habeat contraria virtutis ammixtio ; non insidiando circumuolet, non lalendo subripial, non inficiendo corrumpat. SU hsec sancta et innocens creatura libéra ab omni impugnatoris incursu, et totius nequitiæ purgata discessu. SU fons vivus aquæ regenerans, unda purificans, ut omnes hoc lavacro salutifero diluendi, operante in eis Spiritu sancto perfecli, purgationis indulgentiam conscquentur. Unde benedico te, creatura aquæ, per Deum vivum, per Deum sanctum, per Deum qui te in principio verbo separavit ab arida et in quatuor fluminibus totam terram rigare præcepit, qui te in deserto amaram suavitate indita fecit esse potabilem et sitienti populo de petra produxit. Benedico te et per Jesum Christum Filium eius unicum, dominum nostrum, qui te in Cana Galilææ signo admirabili sua potentia convertit in vinum, qui pedibus super te ambulavit et a Johanne in Jordane in te baptizatus est, qui te una cum sanguine de latere suo produxit et discipulis suis jussit ut credentes baptizarentur in te, dicens : Ile, docete omnes gentes, baptizantes eos in nomine Patris et Filii et Spiritus sancti. Hœc nobis præcepla servantibus tu, Deus omnipotens, démens adeslo, tu benignus aspira, tu has simplices aquas tuo ore benedicito ; ut præter naturalem emundationem quant lavandis possunt adhibere corporibus, sinl etiam purificandis mentibus effica ces. Descendal in hanc plenitudinem fontis virtus Spiritus tui et totam hujus aquæ substantialiam regenerandi fecundet effectu. Hic omnium peccatorum maculæ deleantur ; hic natura ad imaginem tuam condita et ad honorem sui reformata principii cunctis vetustalis squaloribus emundetur ; ut omnis homo hoc sacramentum regenerationis ingressus in vera innocentia nova infantia renascatur.
Les rituels du VMe prescrivent d'interrompre trois fois cette longue prière pour faire le signe de la croix sur l'eau ou dans l'eau, une autre fois pour souffler dessus. Au moment où le pontife prononçait les mots : Descendal in hanc plenitudinem fontis virtus Spiritus tui, les deux dignitaires qui portaient les cierges les plongeaient dans la piscine. Le canon fini, le pontife prenait une ampoule pleine de chrême, la versait en forme de croix dans l'eau, qu'il agitait ensuite avec sa main.
Tout était prêt ; le baptême commençait. Entièrement dépouillés de tout vêtement, les « élus » s'avançaient vers la piscine. L'archidiacre les présentait un à un au pape, qui leur posait les trois questions où se résume tout le symbole :
Credis in Deum Patrem omnipotentem ?
Credis et in Jesum Christum, Filium ejus unicum, dominum nostrum, natum et passum ?
Credis et in Spiritum sanctum, sanctam Ecclesiam, remissionem peccatorum, carnis resurrectionem ?
Sur sa triple réponse affirmative, le candidat était immergé trois fois, pendant que le pontife prononçait la formule : Baptizo te in nomine Patris et Filii et Spiritus sancti.
L'immersion baptismale ne doit pas s'entendre en ce sens que l'on plongeât entièrement dans l'eau la personne baptisée. Elle entrait dans la piscine (voir Dictionnaire, t. xix, col. 1080-1119), où la hauteur de l'eau n'était pas suffisante pour dépasser la taille d'un adulte ; puis on la plaçait sous l'une des bouillons d'où s'échappaient des jets d'eau ; ou encore, on prenait de l'eau dans la piscine elle-même pour la répandre sur sa tête. C'est ainsi que le baptême est représenté sur les anciens monuments.
Le pape ne procédait pas seul à la cérémonie du baptême ; des prêtres, des diacres, même des clercs d'ordre inférieur, entraient dans l'eau, vêtus d'une longue tunique de lin, et administraient le bain sacré à la foule des néophytes ».
Omnipotens, sempiterne, Deus, qui regenerare dignatus es hos famulos et famulas tuas ex aqua et Spiritu sancto, qui que dedisti eis remissionem omnium peccatorum, emille in eos septiformem Spiritum sanctum tuum Paraclitum de cœlis : Spiritum sapientiœ et intellectus, Spiritum consilii et fortitudinis, Spiritum scientiœ et pietatis ; adimple eos Spirilu timoris lui et consigna eos signo crucis Christi in vitam propitialus œternam.
Le pontife faisait ensuite le signe de la croix, sur le front de cha que néophyte, avec son pouce trempé dans le saint chrême. En même temps il disait à chacun d'eux :
In nomine Palris et Filii et Spirilus sancti. Pax libi. » L'octave de Pâques était, comme il a été dit plus haut, une fête continuelle. Tous les jours, il y avait messe stationale ; les néophytes y assistaient, avec leurs vêtements blancs, et prenaient part à la communion. Le soir, ils se réunissaient à la basili que du Latran, pour l'office de vêpres. On chantait, dans la basili que elle-même, trois antiphones accompagnées de mélodies sur l'Alleluia et de répons ; cette partie de l'office se terminait par le chant de Y Évangile, c'est-à-dire du Magnificat, etja prière ; puis on conduisait les néophytes au baptistère et à l'oratoire de la Croix ; ils accomplissaient ainsi une sorte de pèlerinage au sanctuaire du baptême et à celui de la confirmation. Cette double procession était accompagnée de chants, tantôt en latin, tantôt en grec » '. fcîn Occident et à Rome en particulier, la lettre du pape Corneille à l'évê que Fabius d'Antioche, en 251, que nous avons citée déjà, nous détaille les huit degrés de la hiérarchie : évê que, prêtres, diacres, sous-diacres, acolytes, exorcistes, lecteurs, portiers ; tous ont déjà fait l'objet de noti ces (voir Dictionn.. t. i, col. 348 ; t. iv, col. 738 ; t. v, col. 202 ; t. v, col. 904 ; t. vin, col. 2241 : t. xiv, col. 1525) où se trouvent énumérés les princip aux monuments archéologiques qui les concernent ; il parait superflu d'y revenir car cha que année comble des lacunes. On connaît aujour d'hui des épitaphes de « portiers » romains qui furent remplacés de bonne heure par les mansionarii (voir Dictionn., t. x, col. 1582-1585). On s'étonne un peu et on regrette fort que l'histoire de ces humb les clercs n'ait tenté la curiosité de personne, surtout celle des lecteurs qui offrirait tant de carrières illustres à leurs débuts. Au IVe, à Rome, on comptait quatrevingt-dix lecteurs, beaucoup d'entre eux commençaient dès l'enfance (voir Dictionn.. t. vin. col. 22412269). Dans ce nombre on comptait de futurs papes, entre autres Libère dont l'épitaphe rappelle le sérieux précoce :
Max SCripturarwn lector pins intlole facius t't tua linaua magis legeni qua verba sonaret. Dilecta a domino tua dicta infantia simple* Sullis arte dolis sceda /Muta malignis Officia tali justa nnro que legenili.
Ja mais on ne l'entendit lire malicieusement de Ira vers, estropier le texte saint pour l'amusement des Sainte-Croix en Jérusalem, le samedi a Sainte-MarieMajeure ; ces jours-là, on supprimait la station à l'oratoire de la Croix. —.'Liber diurmis, VII, 19 (éd. damier » ; Liber pontificalis, éd. Dueliesne, t. n, p. ()1>, 195. — ' Vrtètes légères ; et ce discret éloge ouvre un jour sur ce qui s'entendait parfois par inadvertance ou autrement. Cette jeunesse exigeait une surveillance. A Rome, le Constitulum Silvestri nous apprend que les petits lecteurs étaient accompagnés parleurs parents ; dès qu'ils étaient en séance, un primicerius, un princeps ou quelqu'autre titre, les prenait en charge ; il est probable qu'on appelait leur petite bande la schola lectorum, mais d'assez bonne heure leurs fonctions furent modifiées. Quand les fidè les renoncèrent à l'assistance aux vigi les, les lecteurs n'eurent plus leur utilité car les lectures de la messe étaient confiées au diacre (l'évangile) et au sous-diacre (l'épître) ; toutefois, on ne licencia pas les enfants et la schola lectorum se transforma en schola cantorum (voir Dictionn., t. ni, col. 1452-1459). Cette évolution a pu commencer dès le Ve ; au vme, la schola se recrutait parmi les orphelins *. Elle occupait un édifice situé dans la via Merulana, entre les deux églises de S. -Mathieu et de S. -Barthélémy 3 ; la première seule de ces églises est connue. On voit, dans les Ordincs Romani, que la schola avait à sa tête plusieurs sous-diacres : le prior ou primicerius, le secundus ou secundicerius, le lertius et le quarlus ou archiparaphonista étaient les dignitaires de la corporation. Audessous d'eux, il y avait des chefs de groupe ou paraphonistee. Dans les cérémonies, les enfants s'alignaient sur deux rangs, les dignitaires en tête, les paraphonistes en serre-file.
A ce que nous avons dit au sujet des exorcistes (voir Dictionn.. t. v, col. 964-978) ajoutons quelques détails. Cette fonction n'admettait pas les enfants mais seulement les adultes ; S. Martin commença par être exorciste ; l'évê que de Brescia FI. Latinus le fut pendant douze ans (voir Dictionn., t. n, col. 1156). Mais il ne paraît pas qu'il y eût une règle constante, car le Constitulum Sili'eslri assigne à cette fonction un stage d'un jour, et le Liber pontificalis parle d'un mois. A partir du Ve, le titre se fait rare. Les épitaphes romaines d'exorcistes sont toutes du me ou du IVe ; au concile d'Arles, en 314, sur neuf clercs inférieurs qui sont nommés avec leurs évêques, ou rencontre sept exorcistes et deux lecteurs. A Kome, le Constitution compte quatre-vingt-dix lecteurs, quarante-cinq acolytes et vingt-deux exorcistes. Leurs fonctions étant étroitement en rapport avec la préparation au.baptême, el les disparurent en même temps que le catéchuménat. et dans Hall, de théol. anc. et med., t. v, 1917. n. 101. sa relatif aux diacres, prêtres, évêques et au pape. Ces trois Ordines s'accordent entre eux ; 4° le Sacramentuire gélasien et le Missale Francorum qui contiennent le rituel de tous les ordres, non sans y insérer beaucoup de piè ces mêlées et combinées. « On y trouve : a) un passage d'une lettre du pape Zosime sur les intersti ces des ordinations1 ; b) les chapitres i-x des Stiilula Ecclesise antiqua - ; c) des prières pour l'ordination des cinq degrés inférieurs3 ; d) des prières pour les ordinations des diacres, des prêtres, des évêques '. Dans cette dernière partie, les prières romaines, cel les du sacramentaire léonien et du sacramentaire d'Hadrien, sont encadrées dans d'autres prières qui supposent un rituel très différent de celui de Rome 5. » XVI. Les ordinations a Rome. — 1« Les ordres mineurs. — Pas de cérémonie pour les trois degrés inférieurs, ni d'ordination solennelle pour l'acolyte et pour le sous-diacre 6. « Au moment de la communion à une messe quelcon que, même non stationale, le futur acolyte s'approchait soit du pape, s'il était présent, soit de l'un des évêques de la cour pontificale, tenant le sac de lin, emblème et instrument de la plus haute fonction de ces clercs, celle de porter aux prêtres les oblatœ ou hosties consacrées, au moment de la fraction du pain. Il se prosternait, et le pontife lui donnait sa bénédiction en ces termes : Intercedenle be<ila et gloriosa semper que virgine Maria et bealo apostolo Pelro, salvet et custodiat et protegai te Dominus. S'il s'agissait d'un sous-diacre, au lieu d'un sac de lin, il tenait un calice vide qui lui avait été présenté par l'archidiacre ou par l'évê que lui-même ; mais toute la cérémonie consistait en une simple bénédiction, de même teneur que dans le cas précédent, sans aucun rapport spécial avec une collation d'honneur ou de pouvoir. Encore cette formule de bénédiction n'est-elle pas d'une saveur très ancienne ; je ne la crois pas antérieure au VIIE. Le diacre romain Jean, au commencement du vi° siècle, parle de la tradition du calice comme constituant le seul rite de l'ordination des sous-diacres : Cujus liic apud nos est ut accepta sacratissimo calice... subdiaconus jam dicatur ' ».
2° Ordinations des Quatre-temps (prêtres et diacres) 8. — « Les ordinations des diacres et des prêtres étaient aussi d'un rituel très simple, mais el les se célébraient avec la plus grande publicité et en station solennelle. Il n'y avait pas d'ordination tous les ans ; quand le besoin s'en faisait sentir, on choisissait toujours un samedi des Quatre-temps. 11 semble qu'à l'origine, jus que vers la fin du Ve, les Quatre-temps de décembre aient été choisis de préférence, car le Liber ponliflealis mentionne pres que toujours les ordinations comme célébrées mense decembri.
Les ordinands, choisis par le pape, étaient d'abord présentés aux fidè les pendant les messes stationa les du mercredi et du vendredi, à Ste-Marie-Majeure et aux SS. -Apôtres. Peu après le commencement de la messe, un notaire montait à l'ambon, proclamait les noms des élus et engageait les personnes qui auraient eu quel que chose à dire contre eux à le faire sans auc une crainte : Auxiliante Domino Deo Salvatore nostro Jesa Chrislo, elegimus in ordine diaconi (siiw presbyteri) illum subdiaconum (sine diaconum) (de litulo illo). Si quis autem habet aliquid contra lias viros, pro Deo et propter Deum cum ftducia exeal et dirai. Verumtamen memor sit communionis mese.
C'est la formule du sacramentaire gélasien (i, 2(1) ; les deux aulres ne la contiennent pas. h'Urdo IX et celui de S. -Arnaud ont des formu les à peu près identiques. Dans la rubri que du sacramentaire gélasien, c'est le pape qui prend la parole : adnunciat pontifex in populo dicens. Les Ordines lui substituent, l'un un lecteur, l'autre un scrinarius ou notaire. Ces deux expressions doivent être considérées comme équivalentes, car, dans le premier cas, le mot leclor ne désigne pas l'ordre de lecteur, mais la fonction remplie au moment dont on parle. Il est à croire d'ailleurs que, bien que la formule soit présentée dans YOrdo gélasien comme prononcée par le pape et rédigée en son nom, elle fut toujours lue à sa place par une autre personne.
Les ordinands étaient placés à un endroit spécial, bien en vue, afin qu'il ne pût y avoir d'erreur sur leur identité. Cette épreuve publi que avait été précédée d'une déclaration devant les plus hauts dignitaires de l'Église ; le candidat avait dû jurer qu'il n'avait ja mais commis aucun des quatre péchés énormes qui, suivant la discipline du temps, étaient des empêchements aux ordres '.
C'est le samedi soir, à la messe de vigile, qu'avait lieu l'ordination. Les textes du VMe supposent déjà que cette messe était anticipée et célébrée dans le courant de l'après-midi. A l'origine, elle se célébrait la nuit, comme la messe du samedi saint 10. On commençait par l'antiphone ad Introitum, puis venait la longue série des leçons, en grec et en latin, entrecoupée de chants et de prières. Un peu avant l'évangile, l'archidiacre allait prendre les candidats et les conduisait devant le pape. Le pontife se levait et adressait à l'assemblée une invitation à la prière.
Oremus, dilectissimi, Deum Patrem omnipotentem, ut super hos famulos suos quos ad oflicium diaconi i vocare dignalur benedictionem gratine suœ clementer efjundat et consecrationis indultœ propitius dona conservet.
Cette formule est celle que les sacrementaires léonien et gélasien indiquent pour l'ordination des diacres ; il y en a une autre, peu différente, pour l'ordination des prêtres. Dans le sacramentaire d'Hadrien, avec lequel concorde l'Ordo VIII de Mabillon, la formule est disposée de telle façon qu'elle peut s'appliquer en même temps au diaconat et à la prêtrise. Cet Ordo suppose, comme aussi les deux autres documents de même nature, que les diacres et les prêtres étaient ordonnés en même temps ; les sous-diacres destinés à la prêtrise recevant d'abord la nière satisfaisante. Je crois, quant à moi, que ces interrogatoires préalables à l'ordination remontent à un temps où le baptême se recevait, en général, à l'âge adulte et qu'ils concernaient, non pas l'état présent de la conscience de l'ordinand, mais sa conduite avant de recevoir le baptême. Tout en proclamant la rémission des péchés, si énormes qu'ils fussent, par la vertu du sacrement de baptême, l'Église pouvait avoir des exigences spéciales pour les personnes qui se présentaient aux ordres. C'est ainsi que l'on excluait les bigames, sans s'inquiéter de savoir si le premier mariage avait été contracté avant ou après le baptême. — 10 S. Léon, dans une lettre à l'évêque d'Alexandrie, Dioscore, insiste beaucoup sur ce point. Jaffé, Reg. pont, rom., n. 406. bénédiction du diaconat, puis, aussitôt après celle de la prêtrise '.
Sur l'invitation du pape, tout le monde se prosternait, le pontife lui-même, les ordinands, le clergé, les fidèles, et la schola cantorum entonnait la litanie. Celle-ci étant terminée, le pape se relevait, posait les mains sur la tête de chacun des ordinands et prononçait une double formule de prière, une oraison ordinaire et un canon consécratoire - (prière eucharistique).
Deus 3, conlator sacrarum magnifiée dignitatum, quœsumus, ut luts jamulos tuos quos ad officium levilaruin vocare dignaris, altaris sancti ministerium tribuas sufficienter implere, cunclis que donis gratine redundantes et fidticiam sibi (use majestatis acquirere et aliis pruvere facias perfeclie devotionis e.vemplum. Vere dignum... Adesto* quœsumus, omnipotens Deus, honorum dalor, ordinum distributor, officiorum que dispositor. Qui in te manens innopas omnia, et cuncta disponens par Verbum, Virtutem, Sapientiam que luam, Jesum Christum, Filium tuum, dominum nostrum, semipterna providentia préparas et singulis quibus que temporibus aptande dispensas. Cujus corpus Ecclesiam tuam cœlestium gratiarum varietate distinctam, suorum que connexam dislinclione membrorum, per lgem totius mirabilem compagis unitam, in augmentum templi tui crescere dilatari que largiris, sacri muneris servilutem trinis gradibus ministrorum nomini tuo militare constituais ; electis ab initio Levi filiis qui mysticis operationibus domus tua ? fidelibus excubiis permanentes, hœreditatem benedictionis R'terna' sorte perpétua possiderent. Super hos quo que famulos tuos, quœsumus, Domine, placalus intende, quos tuis sacris altaribus servituros in officium diaconii suppliciter dedicamus. L'A nos quidem, tanguant homines, divini sensus et sununee rationis ignari, horum pilam quantum possumus eestimamus. Tu autem, Domine, quine nobis sunt ignola non transeunt, te occulta non jatlunt. Tu cognitor peccatorum, lu scrulator es animarum, tu veraciter in eis cœlesle potes adlùbere indicium, et pet indignis donare quœ j)oscimus. Emitte in eos, Domine, quœsumus, Spiritum sanctum, quo in opus ministerii fideliter exsequendi munere sepliformi tuas gratiae roborentur, Abundel in eis totius jorma pirtutis, uucloritus modesta, pudor constans, innocentiee puritas et spiritalis observantia disciplinée. In moribus eorum preecepta tua julgeanl, ut suée castitatis exemplo imitationem sanctse plebis acquirunt, et bonum conscientiee testimonium prseferentes in Christo firmi et stabi les persévèrent dignis que suc cessibus de injeriori gradu per gratiam luam capere potiora mereantur.
Ces prières terminées, les nouveaux diacres recevaient l'accolade du pape, des évêques et des prêtres, et prenaient place avec les autres diacres, aux côtés du pontife.
Les candidats à la prêtrise se présentaient alors. soit qu'ils eussent été promus depuis longtemps au diaconat soit qu'ils fussent partie du groupe de diacres que l'on venait d'ordonner. Ils se prosternaient devant le pontife et celui-ci récitait sur eux deux autres prières de même forme que les précédentes. Après quoi, ils recevaient l'accolade du pape. des évêques et des prêtres, et prenaient place en tête de ceux-ci.
Voici, sauf la litanie, les formules en usage pour l'ordination des prêtres :
Invilatoire : Uremus dilectissimi, Deum Patrem omnipotentem, ut super hos famulos suos quos ad presbyterii munus elegil cœlestia dona multipliée !, quibus quod ejus dignatione suscipiunt ejus exsequantur auxilio. Litanie.
Oraison : Exaudi nos, Deus salutaris noster, et super hos famulos tuos benedictionem sancti Spiritus et gratiae sacerdotalis effunde pirtulem, ut guos tuse pietatis aspectibus offerimus consecrandos perpétua muneris tui largitate prosequaris.
Eucharistie : Vere dignum... Deus, horum omnium et omnium dignitatum quas tibi militant distributor, per quem proficiunt universa, per quem cuncta firmantur, amplificatis semper in melius naturw rationabilis incrementis per ordinem congrua ratione dispositum. Unde sacerdota les gradus et officia lepitarum sacramentis mgsticis instituta creperunt : ut cum pontifices summos regendis populis prœfecisses, ad eorum societatis et operis adjumentum sequentis ordinis viros et secundœ dignitatis eligeres. Sic in eremo per septuaginta pirorum prudentum mentes Moysi spiritum propagasti ; quibus ille adiutoribus usus in populo, innumerabiles multitudes facile gubernavit. Sic in Eleazaro et llhamar filiis Aaron paternae plenitudinis abundantiam transfudisti, ut ad hostias salulares et frequentioris officii sacramenta sufficerel meritum sacerdotum. Hac providentia, Domine, Apostolis Filii tui Doctores fidei comités addidisti, quibus illi orbem lotum secundis pnvdicatoribus impleperunt. Quapropter infirmituli quo que nostree, Domine, quaesumus, hsee atljumenlu largirc, qui quanto inagis fragiliores sumus tanto his pluribus indigemus. Da, quœsumus, Pater, in hos famulos tuos presbyterii dignitatem ; innova in pisceribus eorum spiritum sanctitatis ; acceptum a te, Deus, secundi meriti munus oblineant, censuram que morum exemplo suae conpersationis insinuent. Sini probi cooperatores ordinis nostri : eluceat in eis totius forma justifiée, ut bonam rationem' dispensationis sibi créditée reddituri eetemee beatitudinis prœmia consequantur ».
3° Ordination des évêques et du pape. — (Voir Dictionnaire, t. m. col. 2579-2604.)
XVII. Les vêtements liturgiques. — Ce sujet a été traité en détail ; textes et figures ont fait l'objet de notes dont il suffira ici de donner l'énumération, sans préjudice de ce qui sera dit au mot Vêtement.
Oremus dilectissimi. Ici, la prière que l'assemblée faisait ordinairement en silence est remplacée par la litanie. ' Cette formule est propre au sacramentaire S. Fulgence de Ruspe, à son retour d'exil, débarqué en Afrique par la pluie, les nobles qui l'attendaient étendent leurs planètes au-dessus de sa tête afin de l'abriter. Une peinture ancienne représentait S. Grégoire le Grand (590-604) et son père vêtus de la planète (voir Dictionnaire, t. vi, col. 1761, fig. 5451).
Dalmatica (voir Dictionnaire, t. iv, col. 111-119, fig. 3534-3538), tunique à larges manches que le pape et ses diacres portaient, aux jours de fête, entre « la tunique ordinaire (linea) et la planète. Vers la fin du Ve, la dalmatique était délaissée comme vêtement d'usage, elle était élevée au rang d'insigne à l'usage du pape qui en gratifiait des évêques ou même des diacres d'autres Églises. Le pape Symmaque (vers 513) l'accorde à titre de privilège aux diacres d'Arles et S. Grégoire, en 599, fait de même pour l'évêque de Gap et son archidiacre ; il prend même la précaution de les leur envoyer toutes faites ; les personnages de Ravenne figurés sur les mosaïques de cette ville revêtent aussi la dalmatique.
Mappula (voir Dictionnaire, t. x, col. 1717-1720, fig. 7623-7625). C'est une sorte de mouchoir fixé sur le bras gauche et qui est aujourd'hui le manipule (voir Dictionnaire, t. x, col. 1411-1416, fig. 7581-7582). Cf. aussi ce qui concerne les mains voilées (voir Dictionnaire, t. x, col. 1209-1212). La mappula comme insigne liturgique ne se rencontre pas hors de Rome. Il est possible que c'nov, sorte de bourse en forme de losange que les évêques grecs portent suspendue à la ceinture, du côté droit, dérive elle aussi de la mappula. Mais en Orient et dans les pays gallicans, on portait des manches (manualia, manicas, è7up.avix[.a) en étoffe précieuse, qui recouvraient la tunique aux extrémités des bras.
Pallium (voir Dictionnaire, t. xm, col. 931-940, fig. 9527-9531).
Orarium, Stola (voir Dictionnaire, t. v, col. 673-676).
Campagus (voir Dictionnaire, t. m, col. 1232-1256, fig. 2731-2746).
Cambuca ou Cambutta (voir Dictionnaire, t. n, col. 621-623 ; t. m, col. 3144-3159, fig. 3430-3434).
Annulus (voir Dictionnaire, t. i, col. 2174 sq.).
XVIII. Dédicace des églises. — (Voir Dictionnaire, t. iv, col. 374-405).
Ce n'est que beaucoup plus tard, vers la première moitié du XVIe, après la publication de la Roma sotterranea de Bosio, en 1632, que l'attention se tourna vers les inscriptions en prose et que les antiquaires en offrirent une moisson assez copieuse aux érudits et, par leur intermédiaire, aux historiens de l'Église pour que ceux-ci s'aperçussent de l'abondance et de la qualité du trésor qu'on mettait entre leurs mains. Toutefois, les collecteurs d'inscriptions n'en firent pas une critique assez rigoureuse pour leur donner l'autorité à laquelle elles ont droit : ils se repassaient les uns les autres des textes mal lus, complétés arbitrairement jusqu'à ce que, en 1861, Jean-Baptiste de Rossi en donnât l'édition modèle dans ses Inscriptiones christianæ urbis Romæ pour la période antérieure à l'an 600 et en se limitant aux seules inscriptions datées. Nous renvoyons à ce que nous dirons de ce volume à l'article Rossi (De) ; il contient 1374 inscriptions datées accompagnées de reproductions et de commentaires. Il édita dans la suite de nombreuses inscriptions chrétiennes dans son Bulletin di archéologia cristiana. Mais De Rossi était plus archéologue qu'épigraphiste et, à sa mort, il léguait à la Bibliothèque Vaticane une quarantaine de boîtes qui contenaient plus de 20 000 fiches originales avec des inscriptions chrétiennes, et laissait à Joseph Gatti des instructions pour leur publication. Delia R. Soc. Romand di storia patria, t. xxxix, le rapport où il fait connaître le plan adopté pour la continuation. Celui de De Rossi, tel qu'il l'a exposé dans le tome Ier, p. xxxix , était grandiose, et lui seul était capable de l'exécuter, ou plutôt, l'événement l'a montré, c'était trop pour un seul homme, et si l'illustre archéologue avait pu se résoudre à renoncer à l'ordre systématique qu'il avait rêvé, et prendre pour seul guide la topographie, il eût sans difficulté donné au public les énormes matériaux accumulés pendant une longue vie tout entière consacrée à la science. La répartition par classes, qui, outre ses difficultés de réalisation entraîne de multiples répétitions, a été abandonnée. On achèvera le supplément des inscriptions datées, mais dans la suite de l'ouvrage c'est l'ordre topographique, celui du Liber de locis sanctis martyrum qui est suivi. Un premier volume contiendra les inscriptions fausses — et elles sont en petit nombre — puis celles, beaucoup plus nombreuses, dont le lieu d'origine est inconnu ou douteux. Le second volume est réservé aux inscriptions dont on connaît la place primitive, celles d'abord des édifices urbains, puis celles des cimetières ou des voies dans un rayon de sept kilomètres. Les diocèses suburbicaires seront exclus ; les inscriptions juives maintenues, suivant le plan de De Rossi •.
« Sans doute, M. Silvagni a-t-il eu pour tâche principale de continuer et d'achever l'œuvre ; mais il a été heureusement inspiré en reprenant de fond en comble le travail et en faisant table rase des fascicules antérieurement publiés. Il apporte ainsi une œuvre nouvelle, riche de toute la documentation des siècles passés, mais allégée de tout verbiage, pratique et maniable, compacte et élégante, autant que le permettait le sujet.
« Le format est le grand in-4 », l'impression sur deux colonnes, la typographie analogue à celle du Corpus. Faute de temps, peut-être aussi d'argent, M. Silvagni a renoncé aux fac-similés dessinés et gravés, si chers à De Rossi, pour en revenir aux caractères épigraphiques du Corpus. Peut-être me laissé-je aveugler par les avantages apparents du fac-similé dessiné, seul capable de nous rendre avec exactitude les formes des cassures et les lettres mutilées : mais je ne puis m'empêcher de regretter que, pour les centaines d'inscriptions dont il avait entre les mains des reproductions impeccables, M. Silvagni ait préféré à des clichés fidèles une élégante et infidèle typographie. Disparues, également, ces belles phrases latines des lemmes et ces amples périodes des commentaires. L'auteur est d'une concision lapidaire et les notes explicatives sont réduites au minimum.
Les inscriptions chrétiennes de Rome, tant grecques que latines, antérieures au VIIe, sont aujourd'hui au nombre d'au moins vingt-cinq mille ; J.-B. de Rossi se proposait de les grouper par matières ; plus pratique, M. Silvagni a renoncé à mettre en vedette les tituli notabiliores ; pour lui, c'est l'ordre topographique seul qui détermine sa classification. Mais comme les fouilles des catacombes nous enrichissent chaque jour de quelques fragments nouveaux, c'est par les inscriptions de provenance incertaine qu'il a commencé sa publication et ce sont celles-là précisément qui ont fourni la matière du premier volume. Comme, par surcroît, ce sont surtout des inscriptions sans provenance que l'on trouve dans les anciens recueils, il se trouve que la publication de ce premier volume a véritablement déblayé le terrain, en réunissant une fois pour toutes, la grande masse flottante de textes non localisés qui sont conservés par d'anciennes copies. Le second volume des Inscriptiones porte ce sous-titre : Cœmeteria in viis Cornelia, Aurélia, Pnrtnensi et Ostiensi, Rome, 1935, in-4°, ix-398 p. « Comme l'indique son sous-titre, ce volume commence la publication des inscriptions dont l'origine est certaine, qui se trouvent dans les cimetières chrétiens et dans les basiliques suburbaines qui s'y trouvaient rattachées. Prenant comme point de départ l'antique itinéraire de locis sanclis martijrum guœ sunl foris rivitutis Romse, la nomenclature débute par la région occidentale de Rome pour continuer vers le sud. On y trouve d'abord les inscriptions de la basilique vaticane (n. 4092-4240) : inscription dédicatoire de Constantin : autres inscriptions impériales et pontificales ; inscriptions tombales des papes ; inscriptions se rapportant à des offrandes ou à des peintures ou provenant de sanctuaires rattachés à la basilique ; enfin nombreuses épitaphes. Ensuite sont données quelques rares inscriptions originaires d'un cœmelerium sub divo apud basilicam, d'un cœmelerium in monte Janiculo (n. 4241-4256) et d'un cœmeterium incerlum <td viam Corneliam (n. 4257-4267). Sur la voie Aurélienne, le cimetière le plus connu est celui d'Ottavilla à S. -Pancrace, situé près d'un chemin de traverse ; il est également le plus riche en épigraphes dont un grand nombre sont grecques (n. 4268-4463). Elles sont ici suivies de celles se rapportant aux SS. Pro cessus et Martinius (n. 4464-4479), aux deux Félix (n. 4480-4486), à Calépode (n. 4187-4498). Vue inscription unique de 404 rappelle la basilique des SS.-Nazaire-et-Nabor (n. 4499). A la voie de Porto se rapporte le cimetière de Pontien, en partie souterrain, en partie à ciel ouvert. Les explorations de ces dernières années ont fourni un bon nombre d'inscriptions (n. 4500-4744). L'auteur attribue au cimetière de S. -Félix ad insalatos l'épigraphe que S. Damase composa pour un S. Félix (n. 4745) ; on croyait jusqu'ici que ce pape avait rédigé cette inscription pour la placer sur la tombe de S. Félix à Nole ; c'eût été la seule composée par lui pour une localité hors de Rome, mais l'auteur démontre que cette affirmation est insoutenable et estime que l'inscription se trouvait dans la basilica urbana di S. Felice in Pincis. Du cimetière ad insalatos, on ne connaît qu'une seule inscription (n. 4746). Vient ensuite le cimetière de Generosa, où étaient ensevelis les martyrs Faustin, Simplice et Viatrix (n. 4747-4774). La section relative à la voie d'Ostie comprend les nombreuses inscriptions de la basilique de S. -Paul (n. 4775-5786) et celles qui furent, à ce que l'on sait sûrement, retirées des terrains environnant la basilique et qui appartenaient par conséquent au cimetière attenant à la tombe de l'apôtre : sur ce cimetière, au-dessus du sol — auquel l'auteur donne le nom d'area Lucinœ — furent édifiées la basilique de Constantin et ensuite celle de Théodose (n. 5787-5929). Comme appendice à cette partie, on trouvera des inscriptions qui furent recueillies à la fin du XVIIIe par l'abbé de S. -Paul, Joseph de Costanzo, et disposées dans le musée du monastère ; elles sont divisées en trois groupes : 1° inscriptions cémétériales dont le lieu d'origine est ignoré (n. 5930-5974) ; 2° celles dont le lieu d'origine est attesté par les auteurs qui s'en occupèrent (n. 5975-5986) ; 3° inscriptions juives (n. 5987-5993). Les inscriptions des petits cimetières de Ste-Thècle, S. -Zenon et S.-Cyriaque sont groupées ensuite (n. 5994-6015) et, enfin, celles du cimetière de Commodille qui, découvert accidentellement en 1688, fut fouillé et étudié de 1903 à 1905 (n. 6016-6459) ; de l'inscription damasienne des SS. Félix et Adauctus ensevelis dans ce cimetière, il ne reste plus qu'un petit fragment. La série se clôture par les deux inscriptions (n. 6460-6461) provenant de localités incertaines, le long de la voie d'Ostie. Dans les addenda, nous trouvons un petit groupe d'inscriptions découvertes en 1931 durant les fouilles de la crypte de l'église de S. Etienne des Abyssins, derrière la basilique vaticane (n. 6462-6465) et un autre groupe d'inscriptions du cimetière de Commodille (n. 6466-6495). Les index comprennent : 1° les noms des consuls cités dans les inscriptions ; 2° les prénoms et les noms cités ; 3° les initia carminum ; 4° enfin une concordance établie entre les inscriptions publiées par De Rossi et par Gatti et celles du présent classement. Les inscriptions les plus importantes sont reproduites en une suite de trente-cinq planches ; les dix-neuf premières, classées chronologiquement, présentent les inscriptions qui s'échelonnent de 339 à 577 ; la planche xx reproduit les inscriptions damasiennes ; les pl. xxi-xxiii, celles de dates incertaines et les pl. xxiv à xxx, celles du musée de S. -Paul ; les dernières se rapportent à S. -Pierre et à d'autres cimetières. » En 1888, la continuation du recueil des Inseripliones offrait une modification notable qui eût, peut-être, justifié un titre remanié ; c'était une monographie, admirable d'ailleurs, sur les anciens recueils épigraphiques manuscrits du IXe au XVe. M. Ang. Silvagni a repris l'étude des principaux recueils épigraphiques dus aux pèlerins et aux érudits dans ses Sludi critiei intorno aile piuanliche raccolte di iscrizioni classiche e cristiane. I. Nuovo ordinamento délie sillogi epigrafiche di Roma anteriori al secolo XI, dans Dissertazioni délia ponlificia accademia romana di archeologia, t. xv, 1921, p. 181-289. « Tout en protestant de sa sincère admiration pour le tome n des Inscriptiones, l'auteur n'est pas d'accord avec De Rossi sur les principes qui l'ont guidé dans son classement. Celui-ci admettait que les premiers auteurs de ces recueils avaient transcrit indistinctement inscriptions païennes et chrétiennes, textes en prose et textes versifiés, et c'est surtout en étudiant les variantes qu'il établissait les relations entre les diverses collections. D'après M. A. Silvagni, il n'est pas permis de dire qu'au Moyen Age on recueillit à la fois les inscriptions chrétiennes et les païennes ; des raisons d'ordre religieux s'y opposaient. De plus, comme les recueils épigraphiques du Moyen Age sont régulièrement unis à des itinéraires, il est certain qu'aucune idée scientifique n'a présidé à leur composition, contrairement à ce que nous constatons pour les collections de la Renaissance. Soit dit en passant, ces formules paraissent bien absolues. Est-il bien sûr qu'un chrétien du Ve ou du VIe se serait fait scrupule de transcrire les belles inscriptions classiques qui ornaient les monuments ? Passe encore pour celles qui mentionnent les faux dieux. Mais les autres ? » Rappelons-nous d'ailleurs que ceux qui copiaient des inscriptions ne les comprenaient pas toujours et que les divinités païennes leur étaient si peu familières qu'il y avait beau temps qu'on enterrait des fidèles à l'abri d'un marbre surmonté d'un dis manibus ; il y avait beau temps aussi que le personnel olympien, Léda, Néréides et bien d'autres servaient de sujets ornementaux dans lesquels personne ne voyait à reprendre. Il nous paraît que la thèse soutenue par De Rossi n'a pas été ébranlée (Voir Dictionn., t. vi, col. 850-1089).
Pour ce qui concerne les sylloges antérieures au XIe, à rencontre de ses prédécesseurs et même de De Rossi, M. Ang. Silvagni cite vingt-trois de ces sylloges : 8 comprennent des inscriptions cémétériales et basilicales ; les autres sont des inscriptions de basiliques. Selon lui, toutes dépendent de deux sylloges primitives : l'une comprenait des inscriptions de tous les cimetières et de toutes les basiliques de Rome, recueillies peut-être par un Anglais vers le milieu du VIIe, et ajoutées ou insérées dans un itinéraire qui devait servir à la visite des lieux sacrés dans la ville et ses faubourgs : la seconde, conservée presque complète, comprenait les inscriptions de la basilique vaticane et du reste de la cité léonine. Celle-ci fut compilée après la seconde moitié du Ve, par un grammairien carolingien et ajoutée à la description de la basilique. Aucune des sylloges qui en dérivent n'est d'origine romaine : elles furent compilées tout d'abord pour l'usage des écoles monastiques de la Gaule et de la Grande-Bretagne, sous forme d'anthologies poétiques, laissant à l'écart les inscriptions en prose, ensuite à l'époque carolingienne, pour servir de modèle aux poèmes épigraphiques qui devenaient à la mode.
Dans la plus ancienne sylloge, carnet d'un voyageur du VIe qu'on a pris l'habitude de désigner sous le nom de velus membrana Scaligeri, chaque ville est traitée séparément : Rome, Ravenne, Rimini, Trêves et on ne fait aucune distinction entre inscriptions païennes et chrétiennes, édifices publics ou privés.
La deuxième sylloge, probablement de la même époque, ne contient que des inscriptions romaines où les païennes sont plus nombreuses que les chrétiennes ; les textes soit en prose soit en vers paraissent distribués d'après un plan topographique. La plus récente inscription et celle de la bibliothèque du pape Agapit Ier (535-536). L'auteur de ce recueil était certainement un homme instruit, capable de faire un choix parmi les matériaux à sa disposition.
Le recueil est consacré aux inscriptions du mausolée d'Hadrien ; il est parallèle au précédent.
Il faut reporter au VIIe une sylloge d'inscriptions romaines où il s'est conservé sept textes épigraphiques. Ce fut surtout vers le pontificat d'Honorius Ier qu'on composa ces sortes de recueils à la suite des itinéraires, quoi que ceux-ci leur semblent un peu antérieurs. Avec la présente sylloge du VIIe, on joignit un itinéraire pour la route à suivre en allant du Vatican à S.-Paul-hors-les-Murs. Vers la fin du VIe et le début du VIIe prend place le célèbre itinéraire d'Einsiedeln qui, depuis sa découverte par Mabillon, et après un long oubli, a attiré l'attention de Urlichs, de H. Jordan, de R. Lanciani, de Ang. Silvagni et qui avait été certainement rédigé à l'aide d'un plan de Rome aujour d'hui perdu, ce qui se voit à la manière dont l'auteur mentionne les édifices le long des différentes voies. L'honneur des divinités païennes, mais n'étendit pas cette exclusion à toutes les inscriptions païennes. a) Au VIIe encore, un anonyme fit un recueil d'inscriptions d'édifices publics, païennes et chrétiennes dont il sera question plus loin. b) Même époque, une petite sylloge de treize épitaphes pontificales de la basilique vaticane ; le pape le plus récent parmi ceux qui s'y trouvent mentionnés est Jean V († 686). c) Au IXe, on composa dans la Haute-Italie un recueil d'inscriptions de cette région que De Rossi désigne sous le nom de collectio circumpadana et subalpina. d) Au IXe encore et vers le premier quart, un anonyme compila la sylloge de Lorsch, mais il ne puise pas dans d'autres collections, il prend directement les textes sur les monuments. L'auteur a encore vu les présents offerts au tombeau de S. Pierre par Hadrien Ier et par Charlemagne, il a lu l'inscription d'Honorius Ier sur la porte d'argent. Tout cela fut la proie des Sarrasins en 846, la sylloge est donc antérieure à cette date.
Ces divers recueils a, b, c, d, forment le Corpus inscriptionum Laureshamense du manuscrit Vatic. Palat. 833, que De Rossi a réussi à débrouiller après le traitement que lui avait infligé Gruter dans son édition ; il a su y reconnaître quatre sylloges distinctes : la quarta (ci-dessus a) et VIII de Rossi ; la secunda (ci-dessus b) et XI de Rossi ; la prima (ci-dessus d) et XIII de Rossi ; la tertia (ci-dessus c) et XVI de Rossi.
Il faut encore mentionner divers fragments de sylloges que De Rossi a su distinguer comme la l'et.membr. Seal. Avant le milieu du VIe fut composée, semble-t-il, la sylloge épigraphique du monastère de S. -Martin de Tours qu'Edm. Le Blant a fait connaître, conforme aux sylloges romaines en ce qu'elle associe l'élément topographique à l'élément épigraphique.
Au VIIe se rapporte encore une sylloge d'au moins douze inscriptions de S. -Pierre du Vatican, avec des précisions locales assez exactes. L'inscription la plus récente est de l'année 682 ; à la fin se trouvait une description sommaire de la basilique. Ce recueil est le premier qui se rapporte au Vatican.
On est fondé à croire que les nombreuses sylloges épigraphiques relatives aux cimetières et sanctuaires suburbains étaient toutes précédées d'un guide du Vatican. Par exemple, la sylloge de S.-Riquier, qui comprend vingt-quatre feuillets consacrés aux lieux suburbains, est précédée de versiculi in basilica sancti Petri et celle dont nous parlons en ce moment a pour titre : Versus in basilica sancti Petri apostoli.
Au VIIIe, autre sylloge épigraphique pour les voies parcourues par les visiteurs des cimetières ; l'auteur fait le tour des sanctuaires en partant du Nord, et passant à l'Est, au Sud et à l'Ouest.
Même siècle, compilation anthologique d'inscriptions urbaines exclusivement, incomplète et sans ordre topographique ; les pièces n'ont pas de litres permettant une détermination locale. part., 3 Id., ibiil., t. n, 1« part., p. ' [d., ihid., t. n, 1 » part, dobertus de Tours (t 07(1) y est mentionné comme vivant encore ; c'est la sylloge VI de De Rossi.
En ce même VIIIe, les compilateurs produisirent deux autres sylloges qui reparaissent dans des recueils postérieurs : la première dont nous avons dit un mot (ci-dessus a) ; l'autre contient une inscription de Ravenne et trois de Spolète (interrompant l'ordre topographique) lesquelles se retrouvent dans a, et d'autres particularités telles que De Rossi les fait venir toutes les deux d'une source unique inconnue et plus ancienne. Du recueil dont nous parlons provient la sylloge Centulensis (S.-Riquier) dont l'auteur a probablement utilisé un exemplaire incomplet ou en désordre.
Enfin, encore une sylloge du VIIe qui contient un grand nombre d'inscriptions suburbaines chrétiennes. Elle se distingue des autres par le soin apporté aux mentions topographiques des cimetières et des sanctuaires. Aucune inscription postérieure à 682 n'y est entrée. Nous en avons une copie remaniée dans une sylloge manuscrite du Xe, la sylloge Virdunensis, ms. 45 de la bibliothèque municipale de Verdun, écrit au monastère de S. -Vanne ; la sylloge de Verdun est la XIIe de De Rossi.
A partir du IXe, on cesse à Rome de composer des inscriptions et de faire des recueils pendant plus de deux siècles. Ceux qui viennent ensuite ne rentrent plus dans nos études.
[A la suite des recueils précédents, il faut mentionner, pour les services pratiques qu'il peut rendre, celui d'Ernst Diehl, Inscriptiones latinae christianae veteres, 3 vol., Berlin 1925-1931. Ce n'est pas simplement, comme les recueils bien connus de Dittenberger ou Dessau pour l'épigraphie classique grecque ou latine, un choix relativement restreint de textes caractéristiques : E. Diehl a réussi à rassembler l'ensemble presque complet des inscriptions latines chrétiennes antérieures au VIIe connues à la date de son travail. Les 600 pages d'Indices qui remplissent son tome III, et où l'on trouve cataloguées jusqu'aux plus minimes variantes orthographiques, en facilitent l'étude. L'épigraphie latine chrétienne dispose ainsi d'un incomparable instrument de travail.]
Fragment de rescrit impérial en faveur des biens ecclésiastiques et des personnes attachées au service du culte. Il manque le nom de l'auteur et aucune église n'est spécialement désignée. Néanmoins il est permis de croire : 1° que ce rescrit concernait spécialement la basilique vaticane, où le marbre a été recueilli ; 2° qu'il est l'œuvre des empereurs Gratien, Valentinien II et Théodose, puis que l'abréviation Auggg. indique trois empereurs régnant ensemble et que pendant le temps où ces princes régnèrent simultanément, il y eut (en 381) deux consuls, FI. Eutherius et Syagrius, dont l'un portait précisément le même nom que le destinataire du présent rescrit.
L'abréviation finale peut s'entendre pro servandis bonis.
•« ». Inscription dédicatoire en lettres dorées de la basilique S. -Agricole, à Reims, par les soins du consul Jovin, de l'an 367 (voir Dictionn., t. VII, col. 2745-2752, fig. 6344) :
Félix militiœ sumpsit devota Jovinus...
Bibl. : Corp. inscr. lat., t. XIII, n. 3256 ; Fr. Buecheler, Carm. epigr. lat., n. 302 ; [Diehl, 61].
6. Éloge funèbre de Sext. Anicius Petronius Probus, consul en 371, et de sa femme Anicia Faltonia Proba, sur leur mausolée dans la basilique de S. -Pierre du Vatican ; le texte a été transcrit par M. Vagius, il a péri au XVe :
SVBLIMES QVISQVIS TVMVLI MIRABERIS ARCES,
DICES : QVANTVS ERAT QVI PROBVS HIC SITVS EST, CONSVLIBVS PROAVIS SOCERISQVE ET CONSVLE MAIOR,
QVOD CEMINAS CONSVL REDDIDIT IPSE DOMOS, 5 PRAEFECTVS QVARTO, TOTVM DILECTVS IN ORBEM,
SED FAMA EMENSVS QVICQVID IN ORBE HOMINVM EST. AETERNOS HEV, ROMA, TIBI QVI POSCERET ANNOS,
CREDAS, ROMA, TVVM : VIVIT ET ASTRA TENET VIRTVTIS FIDEI PIETATIS HONORIS AMICVS,
HOC PROBA SORTITA EST, IVNCAT VT VRNA PARES, FELIX, HEV NIMIVM FELIX, DVM VITA MANERET,
DICNA IVNCTA VIRO, DICNA SIMVL TVMVLO.
Dictionn., t. XIII, col. 47, fig. 9287). Le défunt fut proconsul de la Campanie entre 379 et 382 :
ANICIVS AVCHENIVS BASSVS VCET TVRRENIA HONORATA CFEIVS CVM FILMS DEO SANCTISQVE DEVOTI-f
Bibl. : Corp. inscr. lat., t. XIV, n. 1875 ; H. Dessau, Inscr. lat. sélect., n. 1292 ; O. Marucchi, / monum. del museo Pio. Later., pi. lxiv, n. 4 ; [Diehl, 91].
10. Rome, Vatican ; le texte a été reconstitué par De Rossi :
11. Rome, cimetière ad Catacumbas, sur une transenne de marbre portant au centre AXCJ • 12. Texte qui se lisait près de Rome, au pont de la voie Salaire qui fut ruiné par une crue en 1798. Cette inscription composée en l'honneur du patrice Narsès montre que les louanges n'avaient rien perdu, à l'époque byzantine, de leur grandiloquence :
10 Et tout cela pour un pont remis à neuf !
IV. Ordre équestre. — 14. Rome, couvercle de sarcophage dans la catacombe de Priscille : n. 338 ; Corp. inscr. lat., t. VI, n. 37100 ; [Diehl, 276]. 15. Rome, sur un loculus intart de la catacombe de Priscille :
PMARCELLO BETERAN0|| AACGNN- EQ R
AVRELIO ACAPITO DRACONTIO EQR-
CONIVCI DVLCISSIMO ADQVE INCO
XXX SINE ILLA QVAERELLA AVRELI omnibvs ami A AMAZONIVS FECIT QVIESCIEN convIctor^ Tl IN PACE (un dragon) bonvs
Bibl. : Corp. inscr. lat., t. VI, n. 31950 ; [Diehl, 279].
17. Rome, voie Ardéatine :
Cl. Callisto v. -eJ\sive Hilario uxor\\el filii benemerenli fecer.^vir bonus et prudens studiisfiin pace decessitnomen digni-ftalis eximium laudemq ■ super-\\ bam deum videre cupiens i>idil\\nec frunitus (sic) — obiit. sic sibi volu-\\it ac merilis suis funus ornari\\ omnes filii bonum patrem cla-\\mitant queren les, pariler et || uxor lugel <et> quaeret non in\\ventura quem perdidit.\\qui vixit annis lxv-\\d. p. prid. n. Feb.
18. Rome, au musée du Vatican (voir Dictionn., t. IV, col. 646, fig. 3708) :
A)R(jJ||DE0 ANNOENTE FELIS PEDATVRA||SVSTI VP (viri perfectissimij ?
Bibl. : Corp. inscr. lat., t. VI, n. 8857 b ; O. Marucchi, / monumenti, pi. xlv, n. 7 ; [Diehl, 290].
19. Rome, au musée du Vatican, tablette cémétériale d'un vir egregius :
FORTVNIVS VEDP PRIDNONOCTOB- IN P(ace)
Bibl. : Corp. inscr. lat., t. VI, n. 31994 ; [Diehl, 299].
V. Honesti, Devoti. -- QVODVVLDEVS HONESTE RECORDATIONES VIR, en 396. De Rossi, Inscr. christ, urb. Romœ, t. i, n. 436.
ANASTASIO BENEMERENTI IN PACE VIRO HONESTO, en 438. ld., ibid., t. i, n. 699.
CLARESCIVS VH QVI VIXIT...DEFECIT.... Notizie degli scavi, 1908, p. 328.
+ HIC REQVIESCIT MARIA H. F., en 538. De Rossi, Inscr. christ, urb. Romœ, t. i, n. 1064.
AVRELIVS PRIMVS AVC • LIB • TABVL • ET....PAX TECV, cimetière d'Hermès. Corp. inscr. lat., t. VI, n. 9057.
MAXSIMO FASCALI AUL-..., cimetière de Calépode ; un licteur. Corp. inscr. lat., t. vi, n. 33718. en 571. Corp. inscr. lat., t. vi, n. 9380 ; De Rossi, op. cit., t. i, n. 1121.
RECESSIT IN PACE IOANNIS EVNUCVS CVBICVLARIVS..., cimetière de Commodille. Xiiovo bull. di arch. crist., 1904, p. 102, n. 51.
VII. Titres municipaux. - SIMPLICIVS EX RATIONALIBVS..., Saint-Paul h. 1. M. Corp. inscr. lat., t. vi, n. 9032, add. p. 3164.
HIC POSITVS EST MAXIMVS... PRAEPOSITVS DE VIA FLABINIA..., cimetière de Valentin. Ibid., t. vi, n. 33714.
VICTORINA TVMVLAVIT ERACLIO... CVSTODI CARINARVM..., cimetière de Priscille. Ibid., t. vi, n. 9318.
MNVMmio ATTIDIO TVSCO.. QVAE[.s/or/] DESIC[n« /o]... Ibid., t. vi, n. 32026.
ZONISVS CVRSOR QVI CVCVRRIT (voir Dictionn., t. m, col. 3017, fig. 3339).
RVFVS TABELLARVS DEPOSTVS Mil IDV DEC, cimetière Sainte-Agnès.
VIII. Titres militaires. — ...MARITVS AVRELIANVS QVI MILITAVIT CENTVRIO AN XXX..., au Latran. Corp. inscr. lat., t. vi, n. 3297 1.
>£ TITVLVS AVRELIVS IKARVS CENTVRIO COH VII VIO., porté de Rome à Ferrare. Corp. inscr. lat., t. vi, n. 2995, 32750.
...QIVLIVS DONATIANVS OPTIO < ; COHIII, porté de Rome à Urbin. Ibid., t. vi, n. 3604.
COMINIO MAXIMO EVOCATO COHORTIS X VRBANAE..., au Latran. Corp. inscr. lat., t. vi, n. 2870, add. p. 3377.
DEPIVLIES LEES VII KAL-AVC ANTONINVS BF MARITVS... (benefîciarius), cimetière de Calliste. Ibid., t. vi, n. 32971.
HIC QVIESCIT IN PACE FLDECENT1ANVS PREFECTIANVS..., en 408. Ibid., t. vi, n. 33712.
LICINEVS MIL(e ;X PRETORIANVS... COH ( orte JVI , cimetière de Ste-Agnès. Ibid., t. vi, n. 32691.
PYRRO MILITI VRBICA VXOR BENE MERENTI FECIT, cimetière de Cyria que. Ibid., t. vi, n. 32979.
CRESCENTI... MILITAVIT ANNIS V FECERVNT CONMANIPVLI IPSIVS, cimetière de Domitille. Ibid., t. vi, n. 32976.
AVROCTAVIANVS PISTO CVM MANVPLIO B-M-FECIT, cimetière Ste-Agnès, au Latran. Ibid., t. vi, n. 33010.
AVR CENSORINOVETBENICNISSIME MEMORIE VIRO, au Latran. Ibid., t. vi, n. 3450.
HIC REQVII[.sc(7....] PANTOMI[mus....] DEPOSIT[us ] C0NS.[ ], à S. -Paul ; épitaphe d'un moine chrétien.
De Rossi. Inscr. christ, urb. Romœ, t. i, n. 1205 ; Corp. inscr. lat., t. vi, n. 10116.
ALCIMAS ZMVRNEVS TVBOCANTIVS, cimetière de Cyria que, aujour d'hui à Paris ; un Smyrniote joueur d'instrument. Corp. inscr. lat., t. vi, n. 10149.
X. Professions de la vie privée. — BASILIDES BICARIVS SABINI DISPHIC DORMIT, trouvé à Ostie, conserve au Latran. O. Marucchi, / monumenti, pl. xciv, 10 ; il s'agit d'un dispensator ; nous en connaissons un autre à Rome, Corp. inscr. lat., t. vi, n. 6275, et un à Ostie, Ephem. epigr., t. ix, p. 343, 358.
FLSECVNDINO BENEMERENTI MINISTRATORI CHRESTIANO IN PACE..., cimetière Ste-Agnès. O. Marucchi, op. cit., pi. lui, n. 20.
NEREO ADIVTORI k(mico) S(ene) (A(erenti), 0PTIM0VRSVS, cimetière de Cyria que. Corp. inscr. lat., t. vi, n. 10019.
BENE MERENTI EXVPERANTIO||QVI VIXIT AN-XCVII1I M|| XI -D XXVII1I - DPVII IDVS || IVLIAS || CASARVS A FVRCA, Rome, a péri. On avait pris soin de noter l'âge de ce centenaire moins un jour ; le casarus était un colonus condamné ad furcœ pœnam. Corp. inscr. lat., t. vi, n. 9238.
[In ho]C SARCOFACO CONDITVS [adu/esc]ENTVLVS FLAVRCASARIVS... De Rossi, Inscr. christ, urb. Rom., t. i, n. 1130 ; suppi, n. 1452 ; Corp. inscr. lat., t. VI, n. 9237.
HIC SITVS EST RECORD fabilis) M(emoriœ) VIR FRINCYLLVS HORR (earius)..., Rome, à S.-Martin-des-Monts. De Rossi, op. cit., t. i, n. 958, ad ann. 513 ; Corp. inscr. lat., t. vi, n. 9464.
+ HIC REQVEXCIT IN PACE CONSTANTINVS HORREARIVS..., à S.-Paul. De Rossi, op. cit., t. i, n. 1026, ad ann. 530 ; Corp., t. vi, n. 9461.
[Hic quiescit] PASCASIVS 0RT0LANV[s..., à Ste-Agnès, dans l'escalier. De Rossi, op. cit., t. i, n. 1020, ad ann. 486 ? 529 ? Corp., t. vi, n. 9473.
LOCVS LAVRITI C^OPARII, Rome, à S.-Martin-desMonts, a péri. Corp. inscr. lat., t. vi, n. 33916.
ACATIVS PASTOR, Rome, cimetière de Cyria que. Roldetti, Osseroazioni, 1720, t. n, p. 416.
DOMVS AET... PACIS PAVLI... MESOR..., cimetière de Commodille. Nuovo bull. di arch. crist., 1904, p. 122, n. 100.
(vasa) ANTILOCO PINCERNAE QVAXXX, cimetière de Saturnin. Corp. inscr. lat., t. vi, n. 9798.
HIC QVIESCIT IN PACE ANTHEMIVS CVBICW..., à S.-Paul, ann. 471. De Rossi, Inscr. christ., t. i, n. 837 ; Corp. inscr. lat., t. vi, n. 9297.
« JVBICVLARIAE REGINE..., à S.-Paul. De Rossi, op. cit., t. i, n. 612, ad ann. 339 et 420 ; Corp. inscr. Int.. 1. vi, n. 9314.
ANASTASO...MILITANSBESTEARVDOMINICV...,àS.-l'aiil, un nestiarius plutôt qu'un besliarius. Corp. inscr. lat., t. vi, n. 8556.
PAVLI OLOSIRHÎOPRATE V KALENDARVM..., à S.-Paul. Corp. inscr. lat., t. vi, n. 9893.
...cap]SARARIV[s....REPOSI[/us à Ste-Sabine (voir ...CAPSARARA...., cimetière de Domitille. Corp. inscr. lai., t. vi, n. 9233.
LOCVS TIMOTHEI ARCIATRI ET PAVLINAE, à S.-Paul. Corp. inscr. lat., t. vi, n. 9562.
LIMENIO MEDICO FRATRI CARISSIMO..., cimetière de Gordien. Corp. inscr. lat., t. vi, n. 9588.
MICGINI MEDICO QVI VIXIT..., cimetière d'Hermès, aujour d'hui à Païenne. Corp. inscr. lat., t. vi, n. 9592.
21. HIC IACET AMICVS ET CARV[s omnibus MEDICVS INCENIOSVS PRV[de/is pauPERIBVS NON CVPIDVS NE[m('n ;
Voici un médecin mort à l'âge de 20 ans à qui on ne ménage pas les éloges. Rome, sarcophage du cim. de S. -Sébastien.
RAPETICA MEDICVS CIVIS HISPANVS..., en 388, cimetière de Cyria que. De Rossi, Inscr. christ, urb. Rom., t. i, n. 375 ; O. Marucchi, Monumenti, pi. xlviii, 30 ; Corp. inscr. lat., t. vi, n. 9597, add. p. 3470.
SECVNDINVS MVLOMEDICVS FECIT SIBI DOMVM ETERNA, voie Appienne, détruite. Corp. inscr. lat., t. vi, n. 9611, add. p. 3470.
...ITIVS MMlOMedicus... SE VIBVM FECIT..., à Ste-Agnès, détruite. Corp inscr. lat., t. vi, n. 9612.
...A FILIA OBSETRICIS, à S. -Sixte. Corp. inscr. lat., t. vi, n. 9724.
[Hic requies]C\l IN PACE NORICA NVTRIX..., Rome, détruite, en 558. De Rossi, Inscr. christ, urb. Romœ, t. i, n. 1095.
AELIAE...NVTRICI BE/IEMEREW(, cimetière de Priscille. De Rossi, Bull, di arch. crist.. 1886, p. 92, n. 134, pi. vu, n. 3.
HIC POSITVS.. .NIO COCVS..., à S.-Laurent-hors-lesMurs Corp. inscr. lai., t. vi, n. 9272.
(balance)... A/]ERCVRI PISTVRIS..., à S.-Pierre du Vatican. O. Marucchi, Monumenti, pi. lix, n. 32.
HIC REQVIESCIT IN PACE LAVRENTIVS PATRVNVS [pistorum ? de] RECIONE SECVNDE..., en 520. Corp. inscr. lat., t. vi, n. 10029 ; De Rossi, Inscr. christ, urb. Rom », t. i, n. 972.
[Hic re ?u/]ESCIT MALCVS POPINAWUS...- DE RM..., cimetière de Cyria que, au Vatican. Corp., t. vi, n. 9825 ; De Rossi, Inscr. christ., t. i, n. 1198.
MERCVRIANE FECIT PAREN 7/7wS...AVLMAXIMVS[con| DITARIVS DE CASTRIS PRAWOHBVS AVLHILARUAS CONDITARIAEOS IN PACE, au Latran. Corp. inscr. lat., t. vi, n. 9277. add. p. 3469 ; O. Marucchi, Monumenti, pl. lv, n. 30.
LOCVS LEOPARDI DVLCIARI ET FILICISSIMES, Rome, à l'agro Verano. Corp. inscr. lat., t. vi, n. 9374.
LOCVS CICERONIS DVLCIARI, sur l'Aventin. Corp. inscr. lat., t. vi, n. 33854 ; De Rossi, Inscr. christ, urb. Romœ, t. i, xi//)/)/, n. 1665.
}£ ATTALVS PASTILARIVS CVM COIVCEM SVAM, cimetière d'Hermès, au Latran. Corp. inscr. lat., t. vi, n. 9766.
RENATVS FABER IN PACE, cimetière d'Hermès. Corp. inscr. lat., t. vi. n. 9389.
LOCVS MASVMILLE AVRIFICIS CVm SEVARINO, à S.-Paul, détruite. Corp. inscr. lut., t. vi, n. 9206.
VICCENTIA DVLCISSIMA FILIA AVRI NETRIX.... cimetière de Calliste, au Latran. Corp. inscr. lat., t. vi, n. 9213, add. p. 3469 ; (). Marucchi, Monumenti, pi. lv, n. 27 ; c'est une fillette de 9 ans et 9 mois qui brodait en or les vêtements.
/ilC REQVIESC(7...C0NIVX ET DVL...CABIDARI..., à S.- Paul. Corp. inscr. lot., t. vi, n. 9220, add. p. 3469, 3895 ; De Rossi, Inscr. christ, urb. Romœ, t. i, n. 1173 ; les x*6tSàoioi étaient des graveurs en pierres Unes.
. .CRÈSCENTIO FERRARIVS DE SVBura..., à S.-Paul. Corp. inscr. lat., t. vi, n. 9399.
EVTICIO FABRO FERRIO QVI..., cimetière de Gordien, détruite. Corp. inscr. lat., t. vi, n. 9400.
L0CVS BIS0MVS PROIECTI CORARI, cimetière de Commodille. Nuovo bull. di arch. crist., 1904, p. 127, n. 110.
HIC REQVIESCIT CV.... ? C0RAR10RVM, à S.-Martin-desMonts. Cor]i. inscr. lat., t. vi, n. 9281.
C'est un habitant du Vélabre ; inscription fort mal gravée et conservée au Latran ; ce puer est âgé d'une trentaine d'années et cette qualification s'appli que à quel que serviteur d'église. Nous rencontrerons plus loin un puer orfèvre ou un manieur d'argent âgé de 35 ans. — Ligne 5 : clavarius. Dictionn., t. xi, col. 1430, fig. 8197.
+ L0CVS ROMANI LECTARI..., à Ste-Marie sur l'Aventin, détruite. Corp. inscr lat., t. VI, n. 9503.
[Hic requiescit... fdius ?] ACILI VVCARBON ARV[s..., à S.-Paul. Corp. inscr. lat., t. vi, n. 9236.
...SE VIVOS... « RVNT...M ACVCLARIVS CVM..., à S.-Clément. Corp. inscr. lat., t. vi, n. 10030.
LAIS L COPONI SARCINATRIX, cimetière de Calliste. Corp. inscr. lat., t. vi, n. 9881.
SEVERA SELEVCIANE (voir Dictionn., t. vin, col. 1053, fig. 6559).
CNISMI SVTORIS ET PELORINIS CANTRICIS..., cimetière S. -Agnès, détruite. Corp. inscr. lat., t. vi, n. 9230, add. p. 3469.
+ LOCVS MARCIANI MASSARI..., cimetière de Cyria que, détruite. Corp. inscr. lat., t. vi, n. 9560.
...<7ua]DRATARI AM..., à Ste-Agnès, détruite. Corp. inscr. lat., t. vi, n. 33902 ; De Rossi, Inscr. christ, urb. Romœ, t. i, n. 256.
MAECIO APRILI ARTIFICI SICNARIO QVI..., cimetière de Cyria que ou de Priscille. Corp. inscr. lat., t. vi, n. 9896 ; Marucchi, Monumenti, pi. lix, 1.
...LOCVS CONSTANTI ARCITECF/..., Rome, S.-Martin-desMonts, détruite. Corp. inscr. lat., t. vi, n. 9153. De Rossi, Inscr. christ, urb. Romœ, 1. 1, n. 706, ad ann. 441.
TIMOTHEVS STRVCTOR..., musée du Vatican ; est-ce un maçon ? Corp. inscr. lat., t. vi, n. 9907.
HIC ARTIFEX ARTIS TESSALARIE LVSORIE, cimetière de Cyria que. Corp. inscr. lat., t. vi, n. 9927 (voir Dictionn., t. vu, col. 2480).
ARTIS ISPECLARARIE SABINIVS SANTIAS..., cimetière de Domitille. Corp. inscr. lat., t. vi, n. 33911 (voir Dictionn., t. xi, col. 1430).
LOCVS PRISCI PICTORIS, sur l'ambon de l'évangile à S.-Laurent. Corp. inscr. lat., t. vi, n. 9791.
AVRFELIX P\C[tor..., Rome. Corp. inscr. lat., t. vi, n. 9787 ; De Rossi, Inscr. christ, urb. Romœ, t. i, n. 318 ad ann. 382.
CEMINA BENEVIVENTE EVTICIANUS... (pinceau), cimetière de Cyria que. O. Marucchi, Monumenti, pi. lix, n. 11 (voir Dictionn., t. xiv, col. 1068, fig. 10294) ; il semble que ce soit le mémorial d'une sœur à son frère jumeau.
+ LOCVS VALERANI CARTH AR I (chartari), à Ste-Marie du Transtévère. Corp. inscr. lat., t. vi, n. 9256.
LOCVS DONATI QVI || MANET IN SEBVRA || /NAIORE AD NIMFAjjs LINTEARIVSBISOMV, cimetière de Cyria que.au Latran. Corp. inscr. lat., t. vi, n. 9526 ; O. Marucchi, Monumenti, pi. lv, n. 28.
(couteau) LOCVS CERONTI ET VRSAE POMARARII..., cimetière de Commodille. Nuovo bull. di arch. crist., 1904, p. 105, n. 52 ; Notizie degli scavi, 1905, p. 115 ; Corp. inscr. lat., t. vi, n. 37819.
LEONTIA...AD PORTA TRICEMINA LACVNARA, d'un cimetière de la voie Appienne, au Latran. Corp. inscr. lat., t. vi, n. 9488 ; O. Marucchi, Monumenti, pi. lv, n. 23.
POLLECLAQVE ORDEU BENDETDE BIA NOBA, cimetière de Domitille. Corp. inscr. lat., t. vi, n. 9684 ; O. Marucchi, Roma sott., t. i, p. 258.
HIC REQVIESCEZ MAXIMVS FENARIVS..., à S.-Paul, détruite. De Rossi, Inscr. christ, urb. Romœ, t. i, n. 1012 ; Corp. inscr. lat., t. vi, n. 9417.
FELICISSIMA OLIARIA, cimetière de Domitille. M. Armellini, Gli anlichi cimileri cristiani di Roma, 1893, p. 449.
...CONPARAVIT S/EFANNVS CAPRINAR..., un chevrier, à S. -Pancrace. Corp. inscr. lat., t. vi, n. 9231 ; De Rossi, Inscr. christ, urb. Romœ, t. i, n. 1088 ; O. Marucchi, Monumenti, pi. lxvii, 7.
ANTISSIO CRESCENTI PARENTI... (ligne de pêcheur), voie Salaire neuve. O. Marucchi, Monumenti, pi. lix, n. 25.
Jean, Anastasia et Petronia sont des noms d'origine juive ; ces banquiers ont acheté une tombe au prêtre Pierre, du titre »de S.-Chrysogone pour leur petite fille ; les parents jouissent du titre d'honnestus et honesta ; la mort remonte à l'année 522 ; on retrouve le même prêtre Pierre sur une inscription datée de 525 ; la pierre est en partie détruite. Corp. inscr. lat., t. vi, n. 9162 ; De Rossi, Inscr. christ, urb. Romœ, t. 1, n. 977 ; cf. n. 975 ; O. Marucchi, Monumenti, pi. lxvii, 3 ; [Diehl, 694].
IHIC REQVIESCIT IN PACE IVLIANVS ARCTQVI..., à Ste-Agnès, au Latran. Corp. inscr. lat., t. vi, n. 9163 ; I De Rossi, Inscr. christ, urb. Romœ, t. i, n. 1094 ; O. Marucchi, Monumenti, pi. L, 21.
+ HIC REQVIESCIT IN PACE TRIBUM/SARCENTARARIVS qui..., à S.-Martin-des-Monts, détruite. Corp. inscr. lat., t. vi, n. 9171.
SVLENIVS PARTHENIVS EVRYBATVS... ARCARIVS, musée du Vatican. Corp. inscr. lat., t. vi, n. 9150 ; O. Marucchi, Monumenti, pi. lv, 25.
...IMPORTVNAFILIA Q-D-IVLIA(n,)l ARCARIS...,à S.-Pancrace. Corp. inscr. lat., t. vi, n. 33715 ; De Rossi, Inscr. christ., t. i, n. 1118, ad ann. 568.
+ HIC REQVIESCIT IN P[ace ] MONETARIVS QVI..., ! aux Quatre-Couronnés. Corp. inscr. lat., t. vi, n. 8459 ; De Rossi, Inscr. christ, urb. Romœ, t. i, n. 1089 ; Nuovo bull. di arch. crisl., 1914, p. 130.
SANTIASM0NE[tar<us]QVI..., à S. -Laurent h. l.m. Corp. inscr. lat, t. vi, n. 8458.
24. HIC IACET N0MINE MATR0NA CFIN PACE VX0R C0RNELI PRIMICERI CENARI0RVM FILIA P0RF0RI PRIMICERI M0NETARI0 RVM QVE VIXIT PLM AN XXIII QVE RECESSIT 5 DIE MERCVRIS ORa VIII ET DEPOSITA DIE I0VIS IDVVM MAIARVM INCONTRA COLOMNA VII CONS FL HERCVLANI VCW a à S.-Paul-hors-les-Murs ; un primicier des cenarii ; I paraît être ce qu'on appelait autrefois un « traiteur » qui avait épousé une clarissime ( ?), fille elle-même du primicier des monelarii, et qui s'appelait Malrona ; elle mourut à 23 ans, un mercredi, fut enterrée le lendemain à S. -Paul contre la septième colonne, en 452. On fit usage d'un marbre déjà gravé dans un atelier païen, et on le mit sens dessus dessous. Corp. inscr. lat., t. vi, n. 8460 ; De Rossi, Inscr. christ, urb. Romœ, t. i, n. 754 ; O. Marucchi, Monumenti, pi. L, n. 5 ; [Diehl, 701].
FELICA IN PACE IN FIDE DEI QVI...PREPOSITVSMEDIASTINORVM DE MONETA OFICINA PRIMA, d'Ostie au Latran. Corp. inscr. lut., t. xiv, n. 1878 ; O. Marucchi, Monumenti, pi. LV, 17.
AVRVENERANDO NVMVL..., cimetière de Priscille, au Latran. Corp. inscr. lat., t. vi, n. 9706 ; O. Marucchi. Monumenti, pi. lix, 23.
...™]LLECTARIVS A..., détruite. De Rossi, Inscr. christ, urb. Romœ, t. i, n. 1067, ad ann. 540.
HICQVIESCIT IN PACE LAVRENTIVS [s]CRIBA SENATVS..., à Ste-Marie-du-Transtévère. Corp. inscr. lat., t. vi, n. 33721.
...VM CANCELIANVS I... (pour cancellarius). De Rossi, Inscr, christ, urb. Romœ, t. i, n. 771, ad ann. 455 ou loi) ou 445 ou 440.
DMERMETI NOTARIO MVSE.., cimetière romain. Corp. inscr. lat., t. vi, n. 9705.
BMCALEPODIVS NOTAR..., à S.-Paul. Corp. inscr. lat., t. vi, n. 33890.
VLP • VALERIVS PRIMISCRINIVS PRAEF • VRBIS..., détruite. Corp. inscr. lat., t. vi, n. 33713.
HIC REQVIESCIT C0NSTANTL...MEM0RIALIS CVM..., cimetière de S.-Valentin. Corp. inscr. lat., t. vi, n. 33716.
[locus...m]ACISTRI LVDI LITT[e/wn..., à S.-Paul, détruite. De Rossi Inscr. christ., t. i, n. 1167, ad ann. 525 ; Corp. inscr. lat., t. vi, n. 9529.
...MAJCISTER LVDI...DEP0SITVS..., à S.-Paul. De Rossi, Inscr. christ, urb. Romœ, t. i, n. 1242 ; Corp. inscr. lat., t. vi, n. 9530.
CLAMOSVS MHG(isler) PVER (orum), à Parenzo. \'uovo bull. di arch. crist., 1896, p. 22.
IANVARA COIVCI BENE MERENTI C0RC0N0 MACISTRO PRIMO, cimetière de Calliste (voir Dictionn., t. iv, col. 1737, fig. 3903).
FLAVIVS SABINIANVS AVRELIO CERONTIO MACISTRO SVO..., cimetière d'Hermès. Corp. inscr. lat., t. vi, n. 10008.
MACISTER FECIT DISCEW ; sVO MOLESTO QVI..., cimetière Ste-Agnès, détruite. Corp. inscr. lat., t. vi, n. 33930.
POSVIT TABVLA MACISTER DISCENTI PANPINO..., cimetière de Cyria que, détruite. Corp. inscr. lat., t. vi, n. 10015.
SEPTIMIVS RVFVS MACISTER SYMMAE..., cimetière de Cyria que. Corp. inscr. lat., t. vi, n. 32045, add. p. 3814.
BENEMERENTI BONIFATIO SC[olastico ?] CRAMMATICO.... au Latran. Corp. inscr. lat., t. vi, n. 9446, 33808 ; O. Marucchi, Monumenti, pi. lv, 26.
HIC IACET HERACLIVS... ELOQVIO PRIMVS.NVLLI PROBITATE SECVNDVS..., voie Salaire. De Rossi, Inscr. christ, urb. Romœ, il, p. 116, n. 95.
...CO SCOLASTICO QVI VIXIT..., cimetière de Maxime, voie Salaire neuve. Corp. inscr. lat., t. vi, n. 32955.
...C]VPRIANVS SCOLAS/ ;ct/s... De Rossi, Inscr. christ, urb. Romœ, t. i, n. 869, ad ann. 478 ; Corp. inscr. lat., t. vi, n. 32954.
V'r] SINVS SCOLASTICVS CIBIS CRVMENTINVS..., à S.-Sébastien, détruite. Corp. inscr. lat., t. vi, n. 32956.
HIC REQVIESCIT IN PACE ROSARIVS VHSCOCLATARIVS QVI..., à S. -Nicolas in carcere, détruite. De Rossi. Inscr. christ, urb. Romœ, t. i, n. 930, ad ann. 505 ; Corp. inscr. lut., t. vi, n. 32959.
...VITOR DISCIS HEORVM FECIT..., cimetière Ste-Agnès. Victor discens... Fabretti, Jns<r. aniiq., p. 569, n. xlvii.
...causarum no\ BILIS ACTOR..., détruite. Corp. inscr. lat., t. VI, n. 33866.
DEPOSITIO VICTVRI ADVOCATI..., à Salone. Corp. inscr. lat., t. m, n. 9516.
-« ?* Rome, provenance mal connue, peut-être à S. -Sauveur de Cupellis. Ce Gaianus paraît être d'origine juive ou orientale ; on connaît un Gaianus Tyrius, également juris consulter, qui vivait vers le temps de Libanius. De Rossi, Inscr. christ, urb. Romœ, t.i.n. 101, suppl., n. 1462, ad ann. 348 ; Corp. inscr. lat., t. vi, n. 33865 ; [Diehl, 748].
XI. Patrons, adoptés, affranchis, esclaves. — AVRELIO SCOLACIO PATRONO DICNISSIMO...LIBERTI FECERVNT, près de S.-Calliste. De Rossi, Roma sotterr., t. m, p. 318 ; O. Marucchi, Monumenti, pi. lvi, 19.
BARBARO PATRONO LVCIVS ALVMNVS, cimetière de la voie Latine. De Rossi, Bull, di arch. crist., 1876, p. 34, pi. XII.
CASSINOALVMNOQVI VIXITANNO I MENSIBVS II PATRONI ET MATER, cimetière voie Salaire neuve. O. Marucchi, Monumenti, pi. lvi, 20. au delà de porte Salaire, au musée du « Vatican. De Rossi, Inscr. christ, urb. Romœ, t. i, p. 403, ad ann. 392 ; [Diehl, 754].
HIC IACET I0VIANVS NVTRITOR ET PAPAS TRIVM FRATRVM..., cimetière de Valentin. Notizie degli scavi, 1888, p. 450, n. 48.
DULCISSIMAE FILIAE PVBLICI.t MAXIMINVS PATER ET SYLLENIA EVNOEA NVTRITORES, cimetière voie Salaire neuve. O. Marucchi, Monumenti, pi. lvi, n. 31.
FLORENTIO NVTRITORES, cimetière de Prétextât. Nuovo bull. di arch. crist., 1909, p. 134, n. 58.
CARMINEA VICTORIA CARMINEO LIBERALI ALVMNO, cimetière de Priscille. De Rossi, Bull, di arch. crist., 1886, p. 61, n. 54.
SIMPLICIA ALVMNO SVO QVEM AMAVIT TENERITER QVI..., cimetière Ste-Agnès. O. Marucchi, Monumenti, pi. lvi, n. 24. papes ; fragments rapprochés et complétés à l'aide des sylloges épigraphiques (\oir Dictionn., t. xm, col. 1171, fig. 9647). Hauteur : 0 m. 83 ; largeur : 1 m. 63.
HIC CONCESTA IACET quœR\S SI TVRBA PIORVM CORPORA SANCTORVM retinEUl VENERANDA SEPVLCHRA SVBLIMES ANIMAS RAPVIT SIBI RECIA COELI HIC COMITES XYSTI POR/ANT QVI EX HOSTE TROPAEA 5 HIC NVMERVS PROCERUM SERVAT 9VI ALTARIA CHRISTI HIC POSITVS LONCA VIXFT QVI IN PACE SACERDOS hiC CONFESSORES SANCTI QVOS CRAeeia MISIT HIC ÎUVENES PVERIQVE SENes Casti que nepotes QVIS MACE VIRCINEVM PLACVIT retinere pudorem 10 HIC FATEOR DAMASVS VOLVI MEa condere MEMBRA seD CINERES FIMVI SANCTOS vexare piorvm Ligne 1 : le mot congesta paraît choisi pour insinuer la présence d'un grand nombre de martyrs ensevelis ensemble dans la crypte papale. On retrouve ce terme dans Prudence (Peristephanon, xi, vs..11).
Quanta virum faceant congestis corpora acervis Nosse li cet quorum nomina nulla legas ?
Ligne 4 : les comités Xysti sont les compagnons de martyre du pape Sixte II (257-258), les diacres Janvier, Magnus, Vincent et Etienne ; les diacres Felicissime et Agapit furent inhumés au cimetière de Prétextât. Quand au pape lui-même, il reposait dans la crypte avec cette inscription particulière :
29. Tempore quo gladius secuit pia viscera matris... (voir Dictionn., t. xm, col. 1173, n. 9649) ; [Diehl, 1986].
Ligne 5 : les proceres sont les papes enterrés en ce lieu ; ligne 6 : sacerdos, le pape Miltiade (311-314) enterré dans une crypte voisine (voir Dictionn., t. xi, col. 1199 ; ligne 7 : quos Grsecia misit, les martyrs grecs Hippolyte, Adria, Maria, Neo, Paulina.
30. Rome, voie Appienne, sépulture des apôtres Pierre et Paul ad catacombas (voir Dictionn., t. iv, col. 180, n. 26 ; t. xiv, col. 865), par Damase :
Hic habitasse prius s(an)c(t)os cognoscere debes...
] to teneb[ri] sq.[f]ugalis... nsons] vita fuit Marci, quam novimus omnes... liibl. : De Rossi, Inscr. christ, urb. Romœ, t. H, l » part., p. 108, n. 59 ; [Diehl, 964].
■l~*. Cimetière de Calliste (voir Dictionn., t. ix, col. 526, fig. 7077) :
DEFVNCTA EST EVPLIA QVAR
M QVINQVE DEPOSITA IN PACE SVB LIBE
RIO PAPA
Bibl, : De Rossi, Roma sotlerr., t. m, p. 361, pi. xxix, n. 48 ; Inscr. christ, urb. Romœ, t. i, p. 139 ; O. Marucchi, Monumenti, pi. lui, n. 6 ; De Rossi, Inscr. urb. Romœ, suppl., n. 1479 ; [Diehl, 966].
'Mi. Spolète, épitaphe de Picentia Légitima, confirmée par le pape Libère (voir Dictionn., t. ni, col. 2545) ; [Diehl, 965]. iï7. Ëpitaphe métri que du pape Libère (352-366) (voir Dictionn., t. ix, col. 519-522).
ERENI QVE VIXIT...IN PACE SVB DAMASO EPISCOPO. au Latran. De Rossi, Inscr. christ, urb. Romœ, t. i, n. 190 ; O. Marucchi, Monumenti, pi. lui, n. 7 ; [Diehl, 968].
■ÏH. Épitaphe du pape Damase (voir Dictionn., t. iv, col. 171-172, n. 9 ; t. xm, col. 1201) :
Qui gradiens pelagi fluctus compressa amaros...
30. Basili que de S. -Laurent in Damaso, où avait été transporté le corps de S. Damase dès le temps du pontificat d'Hadrien I,r (voir Dictionn., t. iv, col. 150 ; col. 191-192, n. 57) :
Hinc paler exceptor, lector, levila, sacerdos.
Creuerat hinc meritis quoniam melioribus actis.
Hinc mihi provecto Christus, cui summa poteslas, Sedis aposlolicœ voluit concedere honorem. 5 Archibis faleor volui nova condere lecla, Addere prœterea dextra lœva que columnas, Quœ Damasi leneant proprium per sœcula nomen.
■50. Rome, peut-être sur la voie Salaire ; le pape Sirice (384-399) : SIRICIVS PIA NVNC PERSOLVIT MVNERA SANCTI<s> Prœsul apostolicœ sedis venerabilis omni...
\\. S.-Pierre-ès-liens, restauration exécutée par ordre de Sixte III (432-440) (voir Dictionn., t. m, col. 3-4) : Cède, prius nomen, novitati cède, vetustas...
45. Ste-Marie-Majeure, sur l'arc triomphal (voir Dictionn., t. xm, col. 1204) :
XYSTVS EPISCOPVS PLEBI DEI
4B. Ste-Marie-Majeure, mosaï que, détruite (voir Dictionn., t. xm, col. 1204) :
Virgo Maria, tibi Xystus nova tecta dicavi...
47. Anrï. 432-440. Baptistère de S. -Jean de Latran, à sa place anti que sur la corniche des fonts baptism aux (voir Dictionn., t. vm, col. 1558, fig. 6792). Hauteur : 0 m. 15 ; largeur 3 m. 50 :
Gens sacranda polis hic semine nascilur almo...
Le baldaquin octogonal du baptistère porte sur sept pans un disti que du pape Sixte III, décrivant les effets surnaturels du baptême. On lit au Liber pontificalis, t. i, p. 234, dans la notice de Sixte III : Hic constituit columnas in baplisterium basilicœ Conslantinianœ... n. VIII, quas erexit cum episiolis [epistiliis] suis et versibus exornavit. On s'étonne un peu de constater l'inadvertance des lapici des et l'indulgence des maîtres de l'œuvre : ici au 3e disti que, on a gravé distantia avec deux d, au 4e disti que fétu et au 7e celorum sans diphtongue ; au 6e, xpi au lieu de Christi ; au 8e, quenquam pour quemquam.
-Î8. Ami. 432. Basili que Ste-Sabine sur l'Aventin, sur la paroi intérieure, au-dessus de l'entrée principale. Mosaï que, lettres d'or sur fond bleu turquoise (voir Dictionn., t. xn, col. 287, fig. 8536 ; t. xm, col. 1207). Hauteur 4 m. ; largeur 13 m. 30.
PRIMVS ET IN T0T0 FVLCERET EPISCOPVS ORBE
ILLYRICA DE CENTE PETRVS VIR N0MINE TANT0 5 DICNVS AB EX0RTV CHRISTI NVTRITVS IN AVLA
Exsultate pii lacrimis in gaudia versis et proteclori reddite vota Deo. Cuius sic tenait resotutum dexlera lectum in vacuum ut caderet tanla ruina solum.
Solus et invidiœ princeps tormenta subirel qui nullum ex ampla strage tulit spolium. Nam potiora nilent reparati culmina templi et sumpsit vires firmior aula novas. Dum Christi autistes cunctis Léo partibus se des consulit et céleri tecta reformat ope.
Doctorem ut mundi Puulum plebs sancta beatum intrépide solitis excolat ofpciis. Laus ista jelix respicit le prœsbiter. Nec te lévites Adeodate prœterit. Quorum fidelfs at que pervigil labor Decus omne lectis ut redire ! institit.
Rohault de Fleury, Le Latran, pi. xxxix ; Nesbitt, On Ihe chwches at Rome, dans The archœologia, t. xl, p. 190, pi. ix ; H. Grisar, Analecla romana, 1899, t. i, p. 149-150, n. 5, 6 ; pi. i, n. 3, 4 ; [Diehl, 980].
53. Près du baptistère de S. -Jean de Latran, détruite :
[SVMPTV ETSTVDIOXPIFAMVLI HILARIÉPI IVVANTEDNÔTANTARVDE RVM MOLE SVBLATA QVAMTVM CVLMINIS NVNC VIDETVR AO OFFERENDVM XPO DO MVNVS ORNATVS ATQ DEDICATVS EST l « HI LffiYS EP l SCOFV » SANCMEPLEBIDE » !
10656.
Inscription dll pape Hilaire. D'après H. Grisar, Analecta Romniin, 1899, t. i, pi. i, n. :î.
Ligne 9 : se des pour œdis ; ligne 13 : mètre différent, iambes sénaires et gravure plus profonde, lettres plus espacées. On lit dans la notice de S. Léon au Liber pontificalis, t. i, p. 239 : Beati Pauli (basilicam) post ignem divinum renovavil. Le prêtre Félix et le diacre Adéodat dirigèrent les trav aux de reconstruction. On conserve à S. -Paul l'épitaphe de ce prêtre Félix (f 471). Cf. De Rossi, Inscr. christ, urb. Romœ, t. i, p. 366, n. 831 ; Liber pontificalis, éd. Duchesne, t. i, p. 420.
54. Porti que de la basili que vaticane, inscription du pape Siinplice (468-483), texte conservé par les sylloges :
^H^ LIBERATORÏSFOBEATOIORWNIB^^
5<I. Ann. 461-468. Baptistère de S. -Jean de Latran, sur l'entrée de l'oratoire de S. -Jean-Baptiste, à son ancienne place (flg. 10656) (voir Dictionn., t. vm, col. 1563, fig. 6795) ; [Diehl, 978]. Hauteur 0 m. 06 ; largeur 1 m. 82.
+ HILARVS EPISCOPVS + SANCTE PLEBI DEI + On lit au Liber pontificalis, t. i, p. 242 : Hic fecit oratorio III in baptisterio basilicœ Constantinianœ, sancti Johannis Baptistœ et sancli Johannis Evangelistœ et sanctœ Crucis, omnia ex argento et lapidibus pretiosis.
• »i2. Dans ce même baptistère, sur l'architrave de la porte de l'oratoire de S. -Jean l'Évangéliste, à son ancienne place, on lit cette inscription (flg. 10657). Hauteur 0 m. 05 ; largeur 2 m. 40 :
Liberatori suo beato Johanni Evangelistœ Hilarus episcopus famulus Xpi.
Le mot liberatori fait allusion au péril couru par Hilaire lorsqu'il se trouvait au conciliabule d'Éphèse en 449 et qu'il implora le secours de S. Jean.
55. Inscription dédicatoire de la basili que de S.- André in Esquiliis (voir Dictionn., t. xm, col. 1211) :
Hœc tibi mens Valilœ decrevil prœdia, Christe, Cui leslator opes detulit ille suas, Simplicius quœ papa sacris cœlestibus aptans Efjecit vere muneris esse lui ; 5 Et quod apostolici deessenl limina nobis, Martyris Andreœ nomine composuit. Utitur hac hères titulis ecclesia justis, Succedens que domo mystica iura local. Plebs devota veni, per que hœc commercia disce 10 Terreno censu régna superna peti.
!ï9. Basili que de S. -Clément au Celius, sur l'escalier du souterrain. Fragment d'architrave d'un ancien ciborium d'autel, découvert par le P. Mullooly (flg. 10658). Hauteur 0 m. 05 ; largeur 1 m. 70 :
Altare tibi Deus salvo Hormisda papa Mercurius prcsbyter cum sociis of(jert).
Ce prêtre Mercure devint par la suite le pape Jean II (533-535) ; il fut prêtre du titre de S.-Clément, où il a laissé deux autres souvenirs de son séjour : le chapiteau d'une colonnette probablement de l'autel dont nous avons ici le ciborium et sur lequel on lit son nom (voir Dictionn., t. m, col. 1596, flg. 2921) ; les cancels ou parapets de marbre de la schola caniorum sont ornés de son monogramme Joannes (voir Dictionn., t. xin, col. 1219, flg. 9671).
60. Porti que de la basili que vaticane, épitaphe du pape Jean Ier (f 526) (voir Dictionn., t. xm, col. 1216) :
Quisquis] ad œtern<a>m festinat tendere vita[m...
61 . Tuyau de plomb trouvé près de S.-Laurent
Anno m deposila est in pace Argentea mater suprascripli xiij kalendas decembris qui suprascriptus Boelius vixit annos xi menses viiij dies xxiij et mater ejus vixit annos xxx(v)i menses ij dies xij.
67. A Ste-Marie-du-Transtévère, complétée par les sylloges. Épitaphe du prêtre Maréas, mêlé à la politi que du Saint-Siège, mort en 555 (voir Dictionn., t. x, col. 2072-2074, flg. 7727) :
68. Ann. 604, à S.-Paul-hors-les-Murs (voir Dictionn. t. m, col. 885, flg. 2667). Hauteur :1m. ; largeur : 2 m. 11 :
Prœceptum du pape S. Grégoire le Grand.
ALTAREÏÏBIDSSALVOKOL^LSD^PAMERCVRRVSPBCVMSOCLISOF
hors-les-Murs, portant ces mots (voir Dictionn., t. n, col. 3254 : t. vu, col. 2197, flg. 6159) :
Bibl. : Corp. inscr. lai., t. xv, n. 7261 ; [Diehl, 917 a].
(82. Basili que vaticane, épitaphe de Félix IV (526530) {voir Dictionn., t. xm, col. 1216) :
Cerla fi des justis cœleslia régna patere...
63. Cryptes vaticanes, fragment de l'épitaphe de Boniface II (t 532) (voir Dictionn., t. xm, col. 1216, flg. 9669). Hauteur 0 m. 19, largeur 0 m. 41 :
-f Depositus est Boelius clarissimus puer octavo kalendas novembris indictione XI imperante Domino nostro Justino perpetuo Augusto anno XII et Tiberio Constantino Cœsare
69. Ann. 604. Vatican. Épitaphe de S. Grégoire le Grand (voir Dictionn., t. xm, col. 1227, flg. 9675), fragment. Hauteur : 0 m. 06 et 0 m. 29 ; larg. du deuxième fragment :0 m. 19 ; [Diehl, 990].
70. Ann. 606. Cryptes vaticanes, fragment de l'épitaphe de Sabinianus (voir Dictionn., t. xm, col. 1228, flg. 9676). Hauteur : 0 m. 12 ; largeur : 0 m. 15 ; [Diehl, 991].
71 . VIIE. Dans la paroi de la nef de droite de l'église des SS.-Jean-et-Paul, près de l'autel. Catalogue ou Xotitia fundorum juris tituli hujus (voir Dictionn., t. m, col. 889-890).
72. Ann. 705-707. Cryptes vaticanes. Inscription provenant de l'oratoire de Ste-Marie érigé par le pape Jean VII (705-707) (voir Dictionn., t. vu, col. 2211, flg. 6165). Hauteur :0 m. 14 ; largeur : 1 m. 64.
On pourrait citer d'autres évêques à Rome mais qui n'ont pas occupé le siège de Rome :
+ /n nomine domini Dei sn/VAT0R/s nostri lesu Christi brève FACTA a me Gregorio lerllQ PApae de oblaliones que ofjer 5 re debentur per singulos dies in ecclesia beati PAVLI APOSTO// statut ENIM OFFERRI \DEst in PRIMA MISSA Ad cor 10 PVS OBLATAM unam in sec VNDA MISSA AD sanction Timotheum OBLATAM VNAM in lertia mi ssa ad imaginem Salvatoris qui et apostolonM OBLA/am 15 unam in quarta mi'SSA AD OBLATAM VNAM deinde in MISSA QVINTA AD altare MAIORE OBLATAS duAS QVod 20 SIMVL FIVNT COTid/ANIS di EBVS OBLATAS sex quœ AB ECCLESIA OFferantur in frasilica TVa Domine meus béate Paule apostole quem 25 breuis titulum auctorita te apostolica omni tempo re confirmamus sub analhematis inlerdi CTV ut nulli liceat suc 30 CESSorum nostrorum MINVERI PRœdictas obla Tl ones sed si voluerit ad laudem et honorem eius dem beati Pauli apostoli 35 Mgeri augeat nos vero IDEO dedimus hoc maiore altare monachi ut hec omnia fiant omni tempore.
Texte fort incorrect qui paraît être un résumé d'un brève de Grégoire III (731-741) lequel est perdu.
75. Ann. 741-752. Basili que de S. -Clément auCelius, à gauche de l'entrée principale. Trouvée en 1715 lors de la restauration de l'église sous Clément XI apposita arœ aversa facie. Il s'agit d'un présent de livres sacrés fait à sa basili que par Gregorius, primus presbyter sedis apostolicœ, lequel a souscrit aux deux syno des tenus par le pape Zacharie en 744 (ou 743) et 745. Le première fois, il suit immédiatement Ioannes archipresbyter, et la seconde fois il est qualifié : humilis presbyler sanctœ romanœ ecclesiœ, tituli sancti démentis (voir Dictionn., t. m, col. 899). Hauteur : 0 m. 52 ; largeur : 1 m. 38 :
HISRAELITICVS DE0 OFFEREBAT P0PVLVS RVRI...
Ligne 3 co que pour quo que ; ligne 6 : suppremus ; ligne 8 : Zacchariœ ; ligne 17 caractères plus petits.
76. Ann. 755 (770 ?). Encastré dans le mur de S. -Ange in Pescheria, près de la porte principale ; ce texte a dû se trouver à cette place dès la construction de l'église, c'est le catalogue des reliques. Hauteur : 0 m. 45 ; largeur : 0 m. 88 :
Ligne 1. corum pour quorum ; ligne 3 : salvalori pour sulvatoris, sanclœquœ pour sanctœque ; IHV XPI pour Jesu Chrisli ; ligne 5 : archangeli pour archangelorum ; cette abréviation a pu être provoquée par le man que d'espace. Ligne 10 : Selbeslri, Silvestri (et ligne 14 : lialentini et ligne 28 : octaba) ; ligne 11 : Zini pour Ciri ou plutôt Lini ; ligne 15 : Iuda pour ludœ ; ligne 17 : Tholhaeli pour Theoduli, le diacre compagnon du martyr Eventius ; ligne 18 : Abbaquiri pour Aft&a Cyri ; ligne 19 : Pantaleoni pour Pantaleonis et Nicasi pour Nicasii ; ligne 22 sca Anna pour sca ? Anna ? ; Euphumia pour Euphemia.
Théodote qui éleva cette église, holim dux nunc primicerius [nolariorum] sanctœ sedis apostolicœ est mentionné dans la notice d'Hadrien Ier (772-795) : parvutus suœ nobilissimœ genetrici relictus, sludiose a proprio thio [avunculo] Theodoto, dudum consule et duce, postmodum vero primicerio sanctœ nostrse ecclesiœ... educatus est. La date chronologi que de la construction de l'église se place en 765 ou 770 suivant qu'on adopte l'ère de Constantinople ou l'ère d'Alexandrie.
77. Ann. 772-795. Porti que de Ste-Marie-in-Cosmedin. Fragment, man que le commencement et la fin, trouvé fra le ruine degli antichi edifizi esistenti intorno alla chiesa. Offrande faite à l'église par Gregorius noflarius ?) en style italo-byzantin. Hauteur : 0 m. 14 ; largeur : 1 m. (flg. 10659) :
(de dojmis Dei et sanctœ Dei genetricis Ma(riœ) (temporibu)s domni Adriani pape ego Gregorius no (tarius ?) 7 ».
Ann. 783. Cryptes vaticanes, n. 27. O. Panvinio l'a vue in muro ecclesiœ prope altare sudarii (voir supra, fig. 10644). Hauteur : 0 m. 55 ; largeur : 0 m. 19 : p. 44, n. 2 ; De Rossi, Inscr. christ, urb. Romœ., t. ii, lre part., p. 431 ; H. Grisar, Anal, romana, t. i, p. 179-180, n. 24 ; pi. iv, n. 5.
XIII. Prêtres. — VINCENTIVS PRESBDEP..., cimetière de Balbine. De Rossi, Inscr. christ, urb. Romœ, t. i, suppl. n. 1458, ad ann. 346.
ALEXIVS ET CAPRI0LA FECERVNT SE VIVI||IVSSV ARCHELAI ET DVLCITI PRESBB, cimetière de Domitille. De Rossi, Roma sott., t. i, p. 208.
D0RMITI0 DVLCITI PRESB... ET CRECOW DIAC..., cimetière de Domitille. Nuovo bull. di arch. crist., 1912, p. 171.
MAZEIMOYC TTP., cimetière de Calliste. De Rossi, Roma sott., t. î, pi. xix, n. 5.
AVR HELI0D0RVS PRT, cimetière Ste-Agnès. De Rossi, Bull, di arch. crist., 1871, p. 31.
L0CVS VALENTINI PRAESB., cimetière Ste-Agnès. M. Armellini, // cimitero di S. Agnese, 1880, p. 405.
TIM0TEVS || PRESBYTER, cimetière d'Hippolyte. De Rossi, Bull, di arch. crist., 1882, p. 68, pi. i-n.
[/JVLIANVS PRESBITER, cimetière de Calliste. De Rossi, Roma sott., t. m, p. 323 ; cf. p. 322.
HIC REQVIES||CIT LEO PRES||BYTER, à S.-Paul. O. Marucchi, Epigr. crist., p. 200, n. 218.
}{t I HIC ABET SEDE fl LEO PRB, cimetière romain. De Rossi, Bull, di arch. crist., 1872, p. 114.
7 ». PRAESBYTER HIC SITVS EST CELERINVS N0MINE DIC/us C0RP0RE0S RVMPENS NEXVS QVI CAVDET IN ASTRIS DEP Vllll KALIVNFLSYACRIO ET EVCERI0 (conss.) Voie Nomentane, à Ste-Agnès. De Rossi, Inscr. christ, urb. Romœ, t. i, n. 303, ad ann. 381 ; [Diehl, 1129].
HEMILIANE SE VIVA Ffeci'f...] S0R0R (p)PRAESBYTERI CEL[m'ni..., à Ste-Agnès. M. Armellini, // cimitero di S. Agnese, p. 190.
ET CONIVCI SVAE SEVERAE CASTAE HAC SANC-
FEMINAE QVAE VIXIT ANN XLII - MIII -0-X
Kl. + Hic una locum Augustus et Gaudiosa se vivus conparaverunt a presbyteris tituli sancti Crisogoni, id est Petro priore, Crisogono secundo, Caello tertio, Gaudioso quarto vel a Filippo preposito beati martyris Praxedis sub presentia nonnae Cultiae ancillae Dei vel sub presentia Iohannitis virginis, quo loco ss. martyres promiserunt lumina sua [et filium, quo non ?] meliorem habuerunt id est dulcissimum filium suum Florum, qui vixit annos VII, menses, dies XI, depositus in pace sub divo non. Iulias [Fl. Valerio vc. cons.].
A S. Pancrace, détruite. De Rossi, Inscr. christ, urb. Romae, t. i, n. 975 ; O. Marucchi, Monumenti, pi. lxvii. n. 1 ; Corp. inscr. lat., t. vi, n. 9994, ad ann. 521 ; Alexandre. De Rossi, Inscr. christ, urb. Romae, t. i, [Diehl, 1137]. n. 743, ad ann. 448 ; [Diehl, 1240].
+ LOCVM BONIFATI PBCONCESSVM A PPBBID EST PETRO ET MICINO TT-BEATI MARTYRIS CRISOCONI VBI REQIESCIT BALENTINVS PB ET XYS TVS PBAu Latran. De Rossi, Roma sotterr., t. iii, n. 522 ; O. Marucchi, Monumenti, pi. lxvii, 2 ; [Diehl, 1138].
...PRESB TT SCÔRIOHANNIS ET PAVLI, à S.-Étienne. De Rossi, Inscr. christ, urb. Romae, t. i, n. 1123. pre]SBTITVLLVCI [nœ..., à S.-Valentin. Nuovo bull. di arch. crist., 1905, p. 115.
ASINIVS PB TIT SCI MARCI.... à S. Pancrace. Muratori, Nov. thés, veter. inscr., p. 1832, n. 5.
...VICTOR PRAESBTITVLI NIC0ME[d/s..., à S.-Laurent hors les Murs. De Rossi, Inscr. christ, urb. Romae, t. i, n. 540, ad ann. 405.
LOCVS ROMVLI PRESBYTERI TITVLI PVD[en]TIANAE, à S.-Hippolyte. O. Marucchi, Epigrafia cristiana, n. 210.
87.
Grottes vaticanes. De Rossi, Inscr. christ, urb. Romae, t. i, n. 1096, ad ann. 563 ; [Diehl, 1241] ; le pape Jean est Jean III (560-573).
XV. Ordres mineurs et fonctions ecclésiastiques. — [Hic requiescit in p]ACE ABVNDANTIVS ACOL (itus) REC-QVART ET TTVESTINE..., à Ste-Agnès, détruite. De Rossi, Inscr. christ, urb. Romae, t. i, n. 1185.
CELERI EX||ORC-CVMJ ;COMPARE SVA]|IN PACE, cimetière de Calliste. De Rossi, Bull, di arch. crist., 1868, p. 11.
106Ô9.
Inscription à Sainte-Marie-in-Cosmedin. D'après H. Grisar, o/>. cil., pi. m, n. 1.
LOCVS PRESBYTERI BASIL !« TITVLI SABINE, à S. -Paul. O. Marucchi, op. cit., pi. xi, n. 2.
8 :1. Presbyter hic voluit Sisinnius ponere membra omnibus acceptus populis dignus que sacerdos qui scirel sanclœ servare fœdera matris blandus amore Dei, semper qui vivere nosse.t 5 contentus que suo nesciret divitis inilam.
Rome, voie Latine. De Rossi, Inscr. christ, urb. Romae, t. Il, p. 65, n. 17 ; p. 108, n. 56 ; [Diehl, 1134].
XIV. Archidiacres, diacres, sous-diacres. — A S. -Laurent hors les murs (voir Dictionn., t. vm, col. 1950) ; [Diehl, 1194). mente petens XPM membra recondit humo, 10 insignis merilis clarus que per omnia mi les enituit tanli dignus honore loci. a Deo sic datus altaris fuit ille minisler, nomen ut œquaret vila décora viri depos. vu idus maias Leone iuniore primum conss.
A S. -Paul, détruite.
FAVSTVS EX0RC- ||IN P., à Grotta Ferrata. Nuovo bull. di arch. crist., 1913, p. 232, n. 1.
BASSILIANVS AESS0RCISTA || C0IVCI BENEMERENTI IN PACE, à Rome. A. Silvagni, Inscr. christ., i, n. 3130.
MACEDONIVS j| EX0RC1STA DE KAT0LIKA| A PARTENIVM, grafïîte au cimetière des Jordani. De Rossi, Inscr. christ., t. i, suppl. 1504.
FAV0R (5 FAV0R <— RLECT0R P. à Ste-Agnès (voir Dictionn., t. vin, col. 2245, fig. 7021).
CLAVDIVS ATTICIA ; NVS LECTOR II ET CLAVDIA j| FELICIS SIMA||COIVX, à Ste-Agnès. De Rossi, Bull, di arch. crist., 1871, p. 32.
Eq(uitius) HERACLIVS... LECTOR R-SEC..., au Latran. De Rossi, Inscr. christ., t. i, p. 48, suppl. 1432, ad ann. 338.
IVL... TIVS LECTor ECLES/e CATOLICE VICXiï, cimetière de Domitille. De Rossi, Inscr. christ., t. i, suppl. 1504, ad ann. 362.
CINNAMIVS OPAS LECTOR TITVLI FASCIOLE AMICVS PAVPERVM..., à S.-Paul. De Rossi, Inscr. christ., t. i, n. 262, suppl. 1658, ad ann. 377.
LOCVS AVCVSTI LECTORIS DE BELABRV..., cimetière de Calliste. De Rossi, Inscr. christ., t. i, n. 878, ad ann. 482 ou 461.
...LECTOR DE SAVI[na..., cimetière de Balbine. O. Marucchi, Epigr. crist., n. 231.
Hi]C REQVIESCET RVFINVS LECTOR QVI..., cimetière...VSliarius (voir Dictionn.,X. xiv, au mot Portier), en 569.
Locus FAVSTINI QVEM COMPARAVIT A IVLIO MANSI0NARIO. ;., musée National. De Rossi, Roma sott., t. iii, p. 525.
LEO CESVLFVS CLERICVS BIBAT IN ÂO SEMPER ET..., grafYite, cimetière de Commodille. Nuovo bull. di arch. crist., 1904, p. 149.
..PVER VICTORINVS QVI BIXIT ANNVS XXXVII...CVM VXORE, cimetière de Cvria que. De Rossi, Inscr. christ., t. i, n. 193, suppl. 1585.
SALVTIO PVERO QVI VIXIT ANS P M XXV..., Rome. Silvagni, Inscr. christ., i, n. 3777.
Locus /oan]NIS STAVROFORIS..., à S.-Paul. De Rossi, Inscr. christ, urb. Romae, t. i, n. 544-550, add. p. 577.
+ TOCDECI CVBICVLARI HVII/s basilicœ..., à S.-Paul, détruite. De Rossi, Inscr. christ., t. i, n. 1087.
...LAVRENTIVS PREPOSITVS BASILICE BeaTI PAVLI APOSTOLI..., à S.-Paul. De Rossi, Inscr. christ., t. i, n. 1004, ad ann. 526.
LOCDVLCITI ET EVTICHITIS NOTËCCLRÔM..., à S.- Pierre. Bosio, Roma sott., 1632, p. 106 c.
PRIMVS APOSTOLICAE TENVIT QVI SCRINIA SEDIS..., à S.-Paul ; un primiscrinium. De Rossi, Incr. christ., t. n, p. 69, n. 37.
LVCILIO FOSSORF/J MAXIMINVS FRATER..., cimetière romain. Muratori, Nov. thés, veter. inscr., p. 1969, n. 6.
Rome, voie Latine. De Rossi, Inscr. christ, urb. Romae, t. ii, lre part., p. 65, n. 16 ; p. 107, n. 53 ; |Diehl, 1325).
XVI. FLDÈLES CHRÉTIENS ET CHRÉTIENNES.
...HIC IACIT EREDAM QVE VIXIT IN PACE FEDELIS... De Rossi, Inscr. christ, urb. Romae, t. i, n. 533, ad ann. 401.
HIC REQVIESCIT IN PACE LAIS FEDELIS.... cimetière S. -Sébastien. De Rossi, Inscr. christ., t. i, a. 585, ad ann. 408.
BICTORIA FIDELIS BIRCO QVE..., musée de Latran. O. Marucchi, Monumenti, pi. liv, n. 6.
BELLICIA FEDELISSIMA VIRCO IM..., musée de Latran. O. Marucchi, Monumenti, pi. xxxv, n. 4.
+ ANASTASIA ET LAVRENTIA PVELLAS DEI..., Ste-Marie-du-Transtévère, détruite. Silvagni, Inscr. christ.,n. 544.
CERONTIO PERECRINO BENEMERITO..., cimetière de Cyria que. O. Marucchi, Monumenti, pi. LIV, n. 13.
DEPOSSIO HONORATI PERECRINI.... musée du Vatican. A. Silvagni, Inscr. christ., t. i, n. 2274.
XVII. Catéchumènes, néophytes. — BONIFAE BENE QVAESQVENTI CATECVMINO QVI.... cimetière romain, musée de Naples. De Rossi, Inscr. christ, urb. Romae, t. i, p. 446, ad ann. 397.
...BACIO VALERIO... CATECVMeno, cimetière romain. O. Marucchi, Monumenti, pi. liv, n. 30 ; Silvagni, Inscr., i, n. 1533.
SOZOMENETI ALVMNAE AVDIENTI..., cimetière romain. Corp. inscr. lat., t. vi, n. 26660 ; Silvagni, Inscr., i, n. 2759.
FLHEROTIMO INDVLCENTI CANDIDATO IN %..., cimetière romain, mort pendant la semaine où les néophytes portaient le vêtement baptismal de couleur blanche. A. Silvagni, Inscr., I, p. 3495.
VICTORI NEOFITO IN PACE..., cimetière romain. De Rossi, Inscr. christ, urb. Romae, t. I, n. 311, ad ann. 382.
CONSTANTIA VIRCO IN PACE NEOFITA..., cimetière d'Hermès. Muratori, Nov. thés, veter. inscr., p. 1853, n. 4.
On rencontre en assez grand nombre des inscriptions mentionnant des néophytes et il se pourrait que, dans beaucoup de cas, on ait retardé le baptême jusqu'au moment où tout espoir humain était perdu, comme c'est le cas pour une inscription de la basilique de Marc-et-Marcellien :
Nuovo bull. di arch. crist., 1903, p. 49 ; [Diehl, 1529]. Et encore celles-ci tout aussi démonstratives :
90. DM||EVFR0SINE COIVCI KA RISSIMO KAMPANO QVI VIXIT MECVM AN- |IBENE XIIMESES DVODIES VPERIT ANNXXXV|EX DIE ACCEPTIONES SVE VIXIT DIES LVII. Campanus survécut 57 jours seulement à son baptême ; cimetière ad duas lauros. Fabretti, Inscr. antiq., p. 563, n. xxxix ; cf. Bull, di arch. crist., 1869, p. 27 ; [Diehl, 1535].
91. [S\imp<li>cio benemerenli, qui yixi/[| [a]n/ir.s •Ll et post adceplione sual[d]iis xxvn dep. V nonas feb. in pace. Simplicius n'a survécu que 27 jours ; cimetière romain. O. Marucchi, Monumenti, pi. lu, n. 41 ; [Diehl, 1536].
Sur une autre inscription provenant d'un cimetière souterrain non identifié, nous voyons un je une enfant qualifié natus, ce qui a le sens de filius, qui a reçu | au baptême un nom en rapport avec le jour de : Pâques : Pascasius et qui mourut, âgé de 6 ans, le jour de la déposition des aubes pascales (voir Dictionn..
XVIII. Épigraphie des basiliques. — Quoi que l'épigraphie funéraire chrétienne soit, à Rome, la plus largement représentée, une multitude de ses fragments ne nous ont conservé qu'un ou deux noms propres. Grâce aux sylloges des pèlerins dont nous avons parlé, tel n'est pas le cas pour l'épigraphie monumentale des basiliques dont nous possédons en assez grand nombre les témoins versifiés.
5 Ecce tui testes uteri tibi prœmia portant, Sub pedibus que ia cet passio cui que sua : Ferrum, flamma, ferœ, fiuvius ssevum que venenum Tôt tamen fias mortes una corona manet.
Les quatre derniers vers montrent les martyrs figurés sur la mosaïque offrant leurs couronnes à la Vierge, avec à leur pieds, les symboles des instruments de leur supplice.
Du même pape Sixte III venait l'inscription dédicatoire de la basilique de S.-Pierre-ès-liens, ou basilique eudoxienne ; le vers 7 mentionne le prêtre Philippe, légat pontifical au concile d'Éphèse, qui veilla à la construction :
93. Cède prius nomen, novitati cède vetustas, Regia lœtanter vota dicare libet. Hsec Pétri Pauli que simul nunc nomine signo, Xystus, apostolicœ sedis honore fruens. 5 Unum, queeso, pares, unum duo sumite munus, Unus honor célébrât, quos habet una ft des Presbyteri tamen hic labor est et cura Philippi, Postquam Ephesi Chrislus vicit ulri que polo, Prœmia discipulus meruit vincente magistro, 10 Hanc palmam fidei rettulil inde senex.
Mais la destination particulière de la basilique est mentionnée dans l'abside 2 :
9-ï. Inlœsas olim servant hsec lecta catenas, Vincla sacrata Pétri, ferrum pretiosius auro.
Dès l'entrée de la basilique vaticane, le pèlerin avait devant les yeux cette inscription du pape Simplicius (t 483) 3 :
95. Qui regni claves et curam tradit ovilis, Qui cceli terrse que Pelro conmisit avenas, Ut reseret clausis, ut solvat vincla ligatis, Simplicio nunc ipse dédit sacra iura tenere, Prœsule quo cultus venerandse cresceret aulse.
De Rossi croit que ces vers étaient surmontés d'une image de S. Pierre tenant les clefs, image que rappellerait le grand bas-relief moderne sur la porte principale de l'atrium de la basilique actuelle.
En pénétrant dans la basilique, le regard se dirige sur la grande inscription en lettres d'or de l'arc triomphal où on lit au-dessous de la mosaïque la dédicace faite à S. Pierre par Constantin 4 :
Par contre, l'inscription de l'abside ne parle pas de S. Pierre, mais rappelle en style maniéré les mérites que le père (Constantin) et le fils (Constance) ont eus dans la basilique que le deuxième a terminée 5 :
Hsec est quam cernis, pielas quam possidet omnis, Quse patris et filii virtulibus inclyta gaudet, Auctorem que suum genitoris laudibus œquat.
De cha que côté, sous les images de S. Pierre et de S. Paul, ces deux distiques :
99. Ianitor hic cceli est, fidei petra, culmen honoris, Sedis apostolicœ rector et omne decus. et :
100. Persequitur dum vasa Dei fit [Paulus et ipse] Vas fidei electum gentibus [et populis].
Vraisemblablement, dans le demi-cercle de l'abside de cette antique basilique, devait se trouver l'inscription de l'empereur Honorius pour dédier à l'apôtre des Gentils l'édifice commencé par Valentinien III et Théodose, et terminé par lui. Cette inscription se lit aujour d'hui sur l'arc triomphal :
101. Theodosius cœpit, perfecit Honorius aulam, Doctoris mundi sacratam corpore Pauli.
Le pape Simplicius dédia à l'apôtre S. André la grande salle du palais de Junius Bassus, qui fut transformée en église et dont l'abside reçut le poème en l'honneur du Christ que nous avons transcrit ci-dessus sous le numéro 55.
Dans la basilique de Ste-Agnès, sur la voie Nomentane on lisait avant Honorius un poème acrostiche relatif à Constantina, fille de l'empereur Constantin. L'acrostiche donnait le nom CONSTANTINA et le poème célébrait la sainte martyr devola que Christo. Entre autres vers on lisait celui-ci :
Sacravi templum victricis virginis Agnes et Constantina termina sa composition par ces mots 8 :
O felix virgo memorandi nominis Agnes.
Cette inscription fait à peine mention de la patronne titulaire de la basilique, probablement parce que le pape Honorius avait fait représenter au-dessus de l'inscription l'image de la sainte ainsi que la sienne propre qui se sont conservées jusqu'à nos jours (voir Dictionn., t. i, col. 961, fig. 240). La dédicace de l'église Ste-Agnès était placée sur le grand arc devant l'abside 10 :
IN QVA PLVS FIDEI LVX PRETIOSA MICAT MARTYRIBVS MEDICIS POPVLO SPES CERTA SALVTIS VENIT ET EX SACRO CREVIT HONORE LOCVS 5 OPTVLIT HOC DOMINO FELIX ANTISTITE DICNVM MVNVS VT AETHERIA VIVAT IN ARCE POLI 2° Inscriptions d'autels. — Ce n'est pas seulement l'édifice dans son ensemble vers lequel on attire la piété des visiteurs, mais encore les portions les plus vénérables, telles que la confessio où reposent les corps des martyrs et les autels qui contiennent les reliques des saints. La démangeaison poétique du pape Damase avait été le lot de bien d'autres après lui, pas beaucoup plus heureusement doués que lui. Du moins ne s'était-elle exercée le plus souvent que dans les catacombes ; mais lorsqu'on se mit à ramener les corps saints de la banlieue dans les basiliques urbaines, vers le pontificat de Paul Ier (f 767), les compositions se multiplièrent. La basilique vaticane en fut inondée. Qu'on y pénètre par la rotonde de S. -André, au sud-ouest de la basilique, on trouve sept autels adossés à autant d'absidioles et tous garnis d'inscriptions qui sont peut-être l'ouvrage du pape Symmaque (498-514) ; on a lu plus haut, sous le numéro 57, celle de l'autel des saints Prote et Hyacinthe.
Les pèlerins qui passaient de la rotonde de S. -André dans l'intérieur de la basilique vaticane y voyaient la tombe de S. Léon le Grand (f 461), que le pape Serge Ier (t 701) avait transféré de l'atrium dans la basilique même et dont une inscription célébrait la gloire en vers assez bien frappés. Cette composition était probablement surmontée d'un portrait en mosaïque de S. Léon 1 :
Commonet e tumulo quod gesserat ipse superstes, Insidians ne lupus vaslel ovile Dei. Testantur missi pro recto dogmate libri, Quos pia corda colunl, quos prava turba timel. Rugiit, et pavida stupuerunt corda ferarum Pastoris que sui jussa sequunlur oves Hic tamen extremo jacuit sub marmore lempli Quem jam pontifteum plura sepulcra celant.
Flagita lue veniam, de fréquent intima cordis l'A fessa diutinis contunde pectora pugni s, I 1 placidus purgai tua Christus vulnera mentis L'Itinéraire de Salzbourg invite les pèlerins à verser des larmes de repentir auprès de la tombe de S. Pierre et il en indique le résultat :
Ceci se lisait, suivant De Rossi, sur une petite église voisine des anlra Saxonum, c'est-à-dire dans les ruines du cirque de Gaius, près de S. -Pierre. Cette église aurait été bâtie par Léon III qui y aurait fait transporter beaucoup de corps saints 2.
Les saints mentionnés dans cette liste furent ramenés par Paul Ier des cimetières suburbains et déposés dans l'église S.-Silvestre érigée sur l'emplacement de sa maison paternelle. Aujourd'hui encore, on lit dans l'atrium de S.-Silvestre in eapite deux calendriers gravés sur marbre et consacrés l'un aux saints, l'autre aux saintes *.
4° Inscriptions votives. — C'est encore une catégorie bien représentée et sans s'éloigner de la basilique vaticane, on y rencontre des exemples variés non seulement sur les murs de l'atrium et les parois intérieures de l'église, mais à la confessio, aux autels et au baptistère, enfin jusqu'au ciborium. C'est ainsi que le pape Hadrien Ier orna de vers une couronne qu'il fit suspendre au tombeau de S. Pierre. Ce présent fait allusion à la prise de Pavie par Charlemagne en 774 : 105. Coelorum Dominus, qui cum Pâtre condidit Disposuil terras, virgine natus homo. [orbem Ut sacerdotum regum que est stirpe creatus, Providus huic mundo curât utrum que geri. 5 Tradit oves fidei Petro paslore regendas, Quas vice Hadriano crederet Me sua. Quin et Romanum largitur in Urbe fideli [Patriciatum] famuli[s], qui placuere sibi. Qu[em] Carolus [merito] praecellentissimus [et] 10 Susc[e]pit, dextra glorificanle Pétri. [rex Pro cuius vita triumphi que haec munera regno Obtulit antistes congrua rite sibi 5.
Deux siècles plus tôt, le pape Pelage II (t 590) avait fait un présent du même genre à l'autel de S. Pierre et l'accompagnait d'un poème dans lequel il faisait allusion aux grandes calamités qui frappaient Rome et adressait son recours à l'empereur byzantin Maurice et à ses fils 6 :
IO< ». Vox arcana palris, caeli quibus aequa polestas, Descendit, terras luce rcplere sua, Hanc Deus humanam sumens de virgine formant, Discipulos mundo praecipienda do cet. 5 Quae modo Pelagitts praesul cum plèbe fideli Exercens offert munera sacra Deo, l't romana manu caelesli sceptra regantur, Sit quorum imperio libéra vera fi des. Pro quibus antistes. reddens haec vota, precalur, 10 Saecula principibus pacificata dari, Hostibus ut domitis Pétri virlulc. per orbem Gentibus ac populis pax sit et ista fi des.
A l'autel de S. -Pierre fut donné un pallium soit pour le recouvrir soit pour être suspendu aux colonnes du ciborium ; cet ornement portait le nom de Charlemagne et de sa femme, l'impératrice Hildegardc. avec une dédicace en vers qui commençait par ces mots ' : Paslor ovile Dei servons sine crimine l'être...
Il parait que pallia et vêla étaient souvent ornés, soit tissu soit broderie, d'un poème ; lors que le roi wisigoth Chintila (t 640) fit un don de cette nature à l'autel de S. -Pierre, on y lisait cette prière 8 : I 07. Discipulis cunctis Domini praelalus amore, Dignus apostolico priinus honore coli. Sancte, tuis. Petre. meritis haec munera supplex Chintila rex offert. Pande salutis opem.
Les inscriptions en prose avec le votum solvit sont plus nombreuses encore : celle-ci fait mention de S. Léon I »9.
5° Inscriptions historiques. -- Un des plus beaux exemples est celui de la basilique de Ste-Sabine sur l'Aventin, qu'on a lu ci-dessus, sous le numéro 48. Tout aussi célèbre est celle que le pape Damase consacre aux travaux d'assèchement entrepris sous son pontificat dans la colline vaticane dont les eaux furent captées pour servir au baptistère de S. -Pierre ' (voir Dictionn., t. iv, col. 168-169, n. 4).
Pour donner un exemple en prose de ces sortes d'inscriptions, rappelons celle posée sous le pontificat d'Hilaire (t 468) sur la corniche des colonnes qui formaient le triportique devant l'oratoire de la Ste-Croix au Latran. On y lisait que l'espace nécessaire à la construction des dits portiques avait été obtenu sumptu et studio Christi famuli Hilari episcopi 2.
6° Inscriptions légales. — Celles-ci sont des inscriptions qui rappellent aux visiteurs d'une basilique certaines obligations qui les concernent. Tel est le cas pour les textes qui rappellent un concile tenu, les canons promulgués, la mention des biens, la liste des fonds de terre et autres particularités de même nature.
Parmi les textes de cette catégorie on doit rappeler celui du concile tenu à Rome par Grégoire III, en 732 ; il est unique en son genre. Tout le protocole de ce synode en ce qui concerne le décret relatif à la solennité des fêtes de saints était exposé dans un oratoire de la basilique vaticane construit par ordre de ce même pape (voir Dictionn., t. xiii, col. 1246).
Un décret qui ne peut se réclamer de l'autorité d'un synode, mais qui n'en frappe pas moins les transgresseurs d'un terrible anathème se lisait sur une colonne de la basilique de S. -Paul ; J.-B. de Rossi l'attribue à Léon IV (847-855). Cette colonne avant 1823 se trouvait ad altare maius, ad latus dextrum jornicis (Petrus Sabinus, dans De Rossi, Inscr. christ., n, lre part., p. 423, n. 40), in columna fulciente arcuin majorem (Margarini, Inscr. S. Pauli, p. 28, n. 384) ; in una délie colonne che reggono il grande arco di mezzo (Nicolai, Basil, di San Paolo, p. 206, n. 426). Hauteur : 2 m. 14 ; largeur : 1 m. 37 (fig. 10660) :
Cette notitia contestationis gravée en grands caractères se trouvait près du tombeau de S. Paul et menaçait tous ceux qui porteraient préjudice à la basilique, à ses biens et à ses droits. A la fin, la triple répétition du mot fiât équivaut à l'amen qui sert de conclusion aux bulles majeures. Pas de date, ce qui a fait hésiter sur le nom du pape ; Baronius proposait Léon Ier, ce qu'avec raison J.-B. de Rossi ne peut admettre ; O. Panvinio, Margarini, Muratori, Jafïé, Ewald opinent en faveur de Léon III ; mais se fondant sur des particularités paléographiques, Ue Rossi attribue ce texte à Léon IV (847-855).
Ligne 2 : christianis notiliam au lieu de chrislianis salutem ; ligne 21 : placitum, à la place de judicium, fg ;AT10Nis-£vicvci.DoK>AVE1t Î^RISGLORIOSI PAVLiApt,.
1 StivsQ »tem ?f ! eivs-Ab vs v f ?VTLUTATEHLCDOSERVIENTL l{*.TOU.EREPRESVMPSERRR.
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' ©icipvInineernodapnetvk ^t* Fiat - Fi at v correspond bien à la terminologie en usage à l'époque franque 3.
Pierre Sabinus la vit in porlicu templi divi Pauli où elle se trouvait probablement depuis l'origine, car Jean Diacre nous dit dans la Vie de S. Grégoire, I. II, c. xx, qu'elle fut placée prae foribus ejusdem basilicae. Angelo Rocca, avant 1620, nous apprend qu'elle se
A.
XIV. — 98.
trouvait alors in porticu S. Pauli... in editissimo loco, hinc perpaucis et fere nemini nota '. Vers ce temps, elle fut transportée dans la basilique et, d'après Severano, elle se trouvait in una colonna che sostiene l'arco maggiore délia chiesa 2. C'est ce qu'indique également Margarini : inler vigesimam columnam et gradus ad sinistram 3, enfin J. Ciampini : ante ma/us altare prope alteram ex duabus columnis, quae primarium fulciunt arcum, a dextra parte collocalu *, où elle demeura jusqu'à l'incendie de 1823 6.
Ce praeceptum fait partie du Registre de S. Grégoire, 1. XIV, ch. xiv e, et porte la date du 25 janvier 604 •'. Le début : Gregorius episcopus servus servorum Dei et la date qui suit bene vale manquent dans le Régeste. Il existe quelques autres différences entre le texte épigraphique et le texte diplomatique. On peut tirer profit pour l'histoire de la chancellerie pontificale de ce qui se lit à la fin : hoc praeceptum in scrinio ecclesiae nostrae experientia tua restituât et de la mention des brevia du recteur du patrimoine de la voie Appienne : de brevibus suis delere debeal (experientia tua, ligne 19).
A ce que nous avons dit au sujet de l'éclairage des églises (voir Dictionn., t. iv à ce mot), il faut ajouter ce texte intéressant d'un don d'une massa ad Aquas salvias avec deux jardins près de l'Almone et les termine de la fossa latronis ; c'est un riche présent exclusivement destiné aux lampes et cierges de la basilique et spécialement du tombeau de l'apôtre : quidquid exinde accesserit, luminaribus ejus [sancti apostoli] inpendi (ligne 17). Cette profusion de lumières était habituelle suivant la juste remarque de Baronius 8 et nous lisons dans le Liber pontificalis à la notice d'Hadrien Ier (772-795) pour la tombe de S. Pierre : Eius beatitudo fecit (arum majorem in eadem beali Pétri ecclesia, in tipum crucis, qui pendet anle presbilcrium habentem candelas mille CCCLXV et constitua ut quatuor vicibus in anno ipsum farum accendalur ».
Ce texte nous amène à S. -Pierre où la basilique nous offre dans l'atrium une bulle de Grégoire II mentionnant une donation analogue ; il reste deux parties de cette table de marbre dans l'atrium actuel, à l'origine elle devait en compter trois 10.
7° Inscriptions liturgiques. — Les anciens pèlerins découvraient un attrait particulier dans les inscriptions liturgiques. Heureusement, toutes celles qui rentraient dans cette catégorie n'étaient pas aussi barbares que la prose de Grégoire III dans la basilique de S. -Paul qui fixe les oblationes ou oblatae à offrir chaque jour aux autels désignés u. Les trois oraisons pour le repos de l'âme de Grégoire III nous ont été conservées12 (voir Dictionnaire, t. xm, col. 1249, fig. 9682) ; on sait qu'elles ornaient la paroi de l'oratoire où ce pape était inhumé dans la basilique vaticane ; elles sont conformes pour le rythme et le style aux oraisons liturgiques dont on fait encore usage de nos jours.
Ces sortes d'inscriptions liturgiques se lisaient parfois sur un ambon, sous un tableau, un portrait en mosaïque. Par exemple sur l'ambon du pape Pelage II, on lisait des paroles d'encouragement au lecteur ou au chantre avec ces vers 13 :
Scandite cantantes Domino Dominum que legen les Ex alto populis verba superna sonent.
Au Moyen Âge, ce même texte fut utilisé pour l'ambon de l'église des SS.-Silvestre-et-Martin « .
Sur la fontaine baptismale un vers de l'inscription du pape Damase exprime l'unité du pouvoir ecclésiastique et du sacrement de la régénération15 :
A'o/i haec humanis opibus, non arle magistra Sed praestante Petto, cui tradita janua caeli est Antistes Christi composuit Damusus, Una Pétri se des, union verum que lavacrum. Vincula nulln tenent [quem liquor iste lavât].
Une autre inscription sur cette même fontaine baptismale invite à recevoir la vie de la grâce avec les eaux du baptême. Ces vers ne nous ont été conservés que dans la seule sylloge de Verdun ; à l'avant-dernier vers il faut lire limina au lieu de lumina 16 :
I 10. Sumite perpeluam sancto de gurgite vitam. Cursus hic est fidei, mors ubi sola périt. Roborat hic animos divino fonte lavacrum, Et, dum membra madent, mens solidatur aquis. 5 Auxit apostolicae germinalum sedis honorem Christus, et ad coelos h une dédit esse viam. Nam cui siderei commisit lumina regni, Hic habet in témplis altéra clauslra poli.
8° Inscriptions des dépendances basilicales. — Les alentours d'une basilique offraient matière à diverses inscriptions : canthare, portiques, galeries, bâtiments destinés aux dépendances indispensables. La plus belle inscription d'un canthare (voir Dictionnaire, t. n, à ce mot) est probablement celle que S. Léon le Grand destina à celui de la basilique de S. -Paul. J.-B. de Rossi à réussi à rétablir l'ordre des distiques qui se lisaient sur les pans d'une corniche soutenue par des colonnes et portant le toit du canthare » :
111. Perdiderat lalicum longaeva incuria cursus, Quos tibi nunc pleno cantharus ore vomit. Provida pastoris per totum cura Leonis Haec ovibus Christi larga fluenta dédit. 5 l 'nda lavai carnis maculas, sed crimina purgat Puriftcat que animas mundior amne fl des. Quis que suis merilis vencranda sacraria Pauli Ingrederis supplex, ablue fonte manus.
Non moins importante est l'inscription d'un campanile et surtout celle de la basilique vaticane. Ce campanile fut édifié par les ordres d'Etienne II qui, comme on sait, avait fait un voyage en France d'où il rapporta le texte du campanile du sanctuaire de S. -Martin de Tours. On en était à ce point d'être obligé de copier à Rome une poésie venue de la Gaule et d'y substituer le nom d'Etienne à celui de Martin 18 :
Elala excludens, mitia corda tegens.
Celsior illa tamen, quae caeli vexit ad arcem Stephanum, astrigeris ambitiosa viis.
Sidcreum ingressus sanctipeavit iler. cripliones christianae, t. n, lre part., qu'on les rencontre en nombre.
Les quelques exemples que nous allons donner se trouvaient sur le chemin parcouru par les pèlerins lors que ceux-ci, dès le jour de leur arrivée à Rome, se rendaient de la basilique vaticane à celle de la voie d'Ostie. L'Itinéraire d'Einsiedeln les montre allant de la porta sancli Pétri par le pont Aelius ad sinistram sancti Laurentii [in Damaso, ae des] et theatrum Pompeii ; il dit ensuite : per porticum us que ad S. Angelum et lemplum Jouis ; in dextra theatrum [Marcelli], iterum per porticum us que ad Elephanlum ; inde per scolam Graecorum... inde ad portam Ost[i]ensis [viae] ; inde per porticum us que ad ecclesiam Menne ; et de Menne us que ad S. Paulum apostolum, etc.
Sur la porte sancti Pétri, qui était contiguë au moles Hadriani on lisait ces vers ' :
113. 1. Innovât antiquum melior pictura decorem, Sanctorum meritis frons reparata nitet. Pestes, bella, jamem, insidias casus que nejandos Erecta omnipotens ar cet ab urbe manu.
2. Nunc coelo est similis, vere nunc inclita [Roma, Cujus claustra docent, intus inesse Deum. Non hic (allacem lusit pictura decorem, Sed Domini populos urbs iitulata probat.
3. Ianitor ante fores fixit sacraria Petrus, Quis neget has ar ces instar habere poli ?
Parte alia Pauli circumdant alria muros, Hos inter Roma est : hic sedel ergo Deus.
4. Admitti ad coelos mortalia corpora credas Sub pedibus Domini duni pia porta patet.
Sic oculis hominum Chrisli praestalur imago, Nam verum sola cernere mente li cet 5. Letior occubuit Paulus cervice secanda, Cui caput est Christus despicit ipse suum.
Cette porta sancti Pétri fut restaurée à l'occasion des grands travaux entrepris par Léon IV qui entoura de murs la basilique vaticane et les terrains adjacents, ce qui forma la cité léonine. Sous ce pontificat, on plaça sur la face de la porte en question qui regarde la ville l'inscription suivante 2 :
I I « S. Romanus, Francus Bardus que vialor et omnis, Hoc qui intendit opus, cantica digna canant. Quod bonus autistes quarlus Léo rite novavit Pro patriae ac plebis ecce salute suae. 5 Principe cum summo gaudens [haec cuncta] Et au-dessous :
Civitas Leonina vocatur.
Sur la rive gauche du Tibre, s'élevait l'arc de Gratien, Valentinien et Théodose, au point extrême de la déclivité qui commence aujourd'hui à l'église de S.-Celse. Sur la face principale de l'arc, on lisait cette inscription posée par les susdits empereurs 3 :
Imperatores caesares domini nostri Gralianus, Valenlinianus et Theodosius, pii, feli ces, semper augusti, arcum ad concludendum opus omne porticuum maximarum aeterni nominis sui pecunia propria fleri ornari que jusserunt.
De cet arc partaient les portiques formant la voie parcourue par les pèlerins, dont le souvenir s'est conservé jusqu'à nos jours dans la via del pellegrino et l'église S.-Ambroise in Maxima.
Près de l'église de S. -Laurent in Damaso, les portiques passaient devant un grand édifice destiné à recevoir les archives de l'Église romaine. A l'entrée, on lisait les vers du pape Damase qu'on a trouvés plus haut sous le numéro : ?î) (voir aussi Dictionnaire, t. iv, col. 191, n. 57). L'archive pontificale fut bientôt transférée dans la résidence papale du Latran. Au delà de la maison du pape Damase, les portiques s'étendaient dans la direction du théâtre de Pompée qui se voyait à gauche. Une inscription d'époque chrétienne avertissait des restaurations faites à ce théâtre et portait les noms d'Arcadius et d'Honorius 4. Une autre inscription, rappelant celle du pape Damase, se lisait sur les parois de la bibliothèque du pape Agapet sur le Clivus Scauri, englobée plus tard dans le monastère de S. -André et S. -Grégoire 5 :
115. Sanctorum veneranda cohors sedel ordine (longo). Divinae legis myslica dicla docens. Hos inter residens Agapetus jure sacerdos Codicibus pulchrum condtdit arle locum. 5 Gratia par cunctis, sanctus labor omnibus unus ; Dissona verba quidem, sed tamen una fi des.
La sanctorum veneranda cohors était bien probablement une allusion à une série de peintures représentant les Pères et docteurs de l'Église.
Près de la porte d'Ostie, qu'on appelait alors porta sancli Pauli, les pèlerins rencontraient la pyramide de Cestius que le vulgaire appelait au Moyen Âge le tombeau de Remus et qui correspondait au tombeau de Romulus, voisin de la porta sancli Pétri. Les anciens collecteurs d'inscriptions dédaignèrent celle de la pyramide de Cestius, il fallut attendre jusqu'à Cola di Rienzo, De là le portique se poursuivait dans la direction de S. Paul, couvert d'inscriptions latines et grecques sur une longueur de deux milles romains. Avant d'arriver à l'église de S-Paul-hors-les-Murs, on rencontrait celle de S. -Menas l'Égyptien qui, suivant L. Duchesne, appartenait à une corporation d'Alexandrins résidant à Rome. Ceci devait intéresser assez peu les pèlerins qui prêtaient sans doute plus d'attention à une inscription en vers de médiocre facture placée vers l'entrée du château appelé Johannipolis, et ceci nous conduit aux dernières années du ix' siècle, lors que Jean VIII (t 882) entoura la basilique d'Ostie d'une puissante muraille. ° : l'n fragment de cette inscription est encore conservé au monastère de S. -Paul.
On sait que les principales basiliques possédaient des bains pour les clercs et pour les pèlerins. Ceux-ci, qui venaient de suivre un chemin long et pénible, n'étaient sans doute pas mécontents de lire cette promesse * (voir Dictionnaire, t. n, col. 104-105) : 117. Balnea quae frayilis suspendunl corporis aestum et reparant vires, quas labor afficerit, quae conslricta gelu validis aul solibus usla admixlo latici membra [liquore] levant, 5 [ut]amur causa propri[ae suadente] salutis.
[at cave ne mala mots ? sit me]dicina homini : lubrica ne sensus rapiat lurpet que boluptas, efjera ne mentem luxuries stimulet. ebria neu vino, dapibus neu viscera crud[a] 10 dissolbat fluxo corde lab[anle gula ?], sobria sed caslo foveant [tibi membra labacro] et quaesi[ta salus sit sine damno animae]. haec [tibi, si quis amor vitae] le tangit h[onestae], [quicum que es homi]num, dicta fuisse [putes]\ 15 \tu tam]en ista magis cautus servare me[mento], grex sacrale do corpore men[te flde], cui bellum cum carne subesl, quae et vicia [re sur[gui quam cohibere iubat, si ref obère p[aras] clau[ s]aluti [... ] 20 vulnere [ne doleas], quod medeare iterum. [.... in]veni bene parla remédia carn[is] \non noslris] no cet officiis nec culpa labacri quod sibimel générât, lubrica vita malum est.
Fragments qui se trouvaient à S.-Martin-des-Monts, dans le pavement, lus jadis par Doni et par Suarès ; la plupart ont péri, ce qui subsiste est conservé au musée du Latran.
X. DROIT CANONIQUE. — Ceci n'appartient pas au présent Dictionnaire, mais à une publication parallèle sur le domaine de laquelle nous ne voulons pas empiéter ; néanmoins, nous croyons utile de rappeler ici que nous avons énuméré les conciles romains tenus entre les années 251 et 800 dans Hefele-Leclercq, Histoire des conciles, tome i à m inclus. Voici pour chaque volume une énumération sommaire comportant la tomaison, la pagination et la date du concile. celle-ci en caractères gras :
ann. 761 ; p. 730-737, 1251, ann. 769 ; p. 974, ann. 774 ; p. 982, ann. 780 ; p. 1097, ann. 798 ; p. 1040-1041, ann. 799 ; p. 1114, 1115, ann. 800 ; p. 1132, 1263, ann. 810.
Pour la question des appels à Rome, on pourra consulter : P. Bernardakis, Les appels au pape dans l'Église grecque jusqu'à Photius, dans Échos d'Orient, t. vi, 1903, p. 30-42, 118-125, 249-257 ; Dom H. Leclercq, Notes pour l'histoire du droit d'appel, dans Hefele-Leclercq, Histoire des conciles, t. n, 1908, p. 1238-1259 ; P. Batiffol, Les recours à Rome en Orient avant le concile de Chalcédoine, dans Revue d'histoire ecclésiastique, t. xxi, 1926, p. 5-32.
XI. BIBLIOTHÈQUE ET ARCHIVES PONTIFICALES -. — I. Des origines à l'époque de Dioclétien. — L'empire romain possédait des bibliothèques publiques dont nous avons esquissé l'histoire au point de vue chrétien (voir Dictionn., t. n, au mot Bibliothèques). La plupart d'entre elles avaient été fondées soit par les villes, soit par de riches citoyens. Les splendides constructions entourant à Pergame le temple de Minerve Poliade paraissent avoir servi de type aux édifices destinés à contenir les collections de livres. Devant et derrière le temple s'étendaient de longs portiques : les parois du fond donnaient accès à des chambres garnies d'armoires dont les rayons supportaient les volumes. Ceux-ci à Pergame atteignirent au nombre de 200 000. On sait quels trésors renfermait la bibliothèque d'Alexandrie (voir Dictionn., t. i, à ce nom). L'ornementation intérieure de ces dépôts de livres était fort riche. Des statues ou des portraits d'écrivains décoraient le vestibule et les salles : souvent les catalogues se lisaient sur la base des statues ou le long des cippes surmontés de bustes. Les textes ou les inscriptions concernant la fondation d'une bibliothèque ne manquent pas de dire que le bienfaiteur auquel on la doit y plaça des statues en même temps que des livres. En parcourant ceux-ci les anciens se plaisaient à contempler les traits réels ou supposés de leurs auteurs. Plusieurs fois on a découvert à Rome et en Afrique les ruines d'édifices à usage de bibliothèque ; la trace des armoires se reconnaît contre les murailles et même certaines parties de la décoration tels que médaillons de plâtre, imagines clypeatae, portant le portrait quel que peu conventionnel d'un auteur accompagné de son nom.
Les Assemani (voir Dictionn., I. i, à ce nom) font remonter les origines de la bibliothèque Vaticane à l'évangile composé par S. Marc d'après la prédication de Pierre et donné par lui à l'Église romaine et, pour ne pas descendre de cette antiquité, aux livres que S. Paul, prisonnier à Rome, réclame de la complaisance de Timothée ( 1 1 Tim., iv, 13). C'est peut-être aller un peu haut ; quoiqu'il en soit, on peut citer un passage d'une lettre de S. Ignace d'Antioche aux Philadelphiens qui contient ces mots : èàv u.7 ; èv toïç àpxefoiç eûpw, èv tcT) où mazewo, nisi in archivis, id est in evangeliu, invenero, non credam. Et le même saint dit encore : è\ioï Se àp/eïa èotiv 'Irjaoûç XptaTÔç, xà àôixra àp/eïa ô crraupôç ocùtoù xaî ô 6àva-roç xoù 7) àvâaTaaiç AÙTOÛ xoà rj Tria-n.ç 7) oYaôtoû, archiva esse Christum Jesum, illibata archiva crucem cjus et morlem et resurrectionem et fidem in eum '. Pour bien entendre ceci il faut se souvenir que chaque cité grecque que possédait son àp/siov 2. Il dut en être de même de très bonne heure pour les Églises de ces cités et à plus forte raison pour Rome qui, suivant l'expression du même Ignace, présidait à l'ensemble des Églises : 7tpoxa6y ;(jtiv7)v rîjç àyâ7tYjç.
Au VIe, le Liber pontificalis attribue à S. Clément la répartition de Rome en sept régions nolariis fidelibus ecclesiae, qui gestas marlyrum sollicite et curiose. unusquisqiie per regionem suam diligenter perquirerel3 ; voilà encore un indice qui n'est pas négligeable et dans le murtyrium démentis, pièce peu sûre, mais qui remonte au moins au IVe, on lit que ce pape aurait fait tenir à jour une matricule des pauvres de Rome : psyscova xa-r' ôvojjwc sïysM j'jç, secundum sihgulas regiones et singulorum nom i nu inscribendos curavit 4. On ne peut douter, en tout cas, que ces sortes de matricules n'existassent dans les archives de l'Église romaine au ne et au ine siècles.
Un autre témoin de l'existence d'une bibliothèque se trouve dans le canon de Muratori (voir Dictionn., t. xn, au mot Muratorianum), dont l'auteur est romain ou peu s'en faut et a vécu au ne siècle. C'est dans cette même bibliothèque que qu'aura dû prendre place le Pasteur d'Hermas qui vécut et écrivit nuperrime temporibus nostris, sedenle cathedra urbis Romae Pio episcopo jratre ejus.
Au cours du Me, l'auteur des Philosophumena, Hippolyte (voir Dictionn., t. vi, à ce nom), aura dû faire grand usage des livres que l'Église romaine mettait à sa disposition, auxquels il ajouta ceux que lui-même écrivit et dont la liste fut gravée sur le piédestal de sa propre statue (voir Dictionn., t. vi, col. 2422-2426, fig. 5729).
Nous ne pouvons dresser la liste des bibliothèques ecclésiastiques dont les documents contemporains des persécutions conservent le souvenir. Parmi les plus renommées était celle de Jérusalem, fondée par le saint évêque Alexandre, celle de Césarée commencée probablement par Origène, enrichie par Pamphile, et renfermant à la fin du m1* siècle, environ 30 000 volumes. On connaît celles de Cirta, de Carthage dont les administrateurs déjouèrent les recherches des agents de Dioclétien qui avait donné l'ordre de les détruire. La plus considérable, sans nul doute, fut celle de Rome. Moins favorisée que plusieurs autres, elle ne put échapper à la destruction et disparut tout entière. Aucun document précis ne permet de la reconstituer ; mais on peut donner des renseignements de quel que étendue sur les archives de l'Église romaine, distinctes de la bibliothèque, bien que, à cette époque, l'administration n'en fût peut-être pas encore séparée.
« Plus on étudie de près les origines et les antiquités chrétiennes, plus on se convainc que chaque Église, et en particulier celle de Rome, obligée d'assurer l'exercice de l'autorité qui lui est propre, a dû imiter dans son gouvernement l'État et les municipes, en vertu d'un droit analogue à celui dont jouissaient les corporations, et conserver soigneusement tous ses actes écrits 6.
« Ces pièces, comme les intérêts auxquels elles correspondaient, furent à Rome de deux sortes. Les unes avaient trait à cette sollicitudo omnium Ecclesiarum comme parle S. Paul, qui était le devoir et le privilège du Siège apostolique. Les autres regardaient l'administration particulière de la communauté chrétienne, dès lors très considérable, existant à Rome. Le premier diacre, chargé de cette administration, au point de vue temporel, fut probablement aussi le directeur et le gardien des archives.
« Les documents de la première catégorie consistaient principalement dans la correspondance des papes avec les évêques du monde entier. De l'aveu de tous les érudits, on forma de très bonne heure les recueils (regesta) des lettres des pontifes romains : les archives de l'Église primitive se modelèrent vraisemblablement sur celles de la chancellerie impériale. Dans cette correspondance figuraient les lettres échangées avec les Églises étrangères visitées par la maladie, la famine, la guerre, ou quel que autre fléau, et auxquelles le siège de Rome envoyait des secours : comme l'Église de Corinthe au temps du pape Soter, celles de Syrie et d'Arabie sous le pape Etienne, de Cappadoce sous le pape Denys, beaucoup d'autres pendant le règne de Dioclétien 6. A la même catégorie d'archives appartiennent les pièces relatives aux controverses doctrinales que l'évêque de Rome tranchait en vertu de son autorité suprême. C'est ainsi que les explications ou rétractations adressées par Praxéas au pape Zéphyrin, et une lettre analogue d'Origène au pape Fabien, se conservèrent dans le scrinium de l'Église romaine : Tertullien le dit formellement pour le premier de ces documents '.
« Parmi ceux de la seconde catégorie, concernant l'administration locale, durent figurer les Actes des martyrs. Bien que les textes du Liber pontificalis qui y font allusion soient d'une exactitude douteuse 8, et que les documents vraiment anciens et authentiques sur des martyrs de Rome aient presque tous péri, on a la preuve que l'Église de cette ville gardait avec soin le souvenir de ses membres, surtout de ses chefs, morts pour le Christ : ainsi le martyre des papes S. Fabien et S. Sixte II fut officiellement annoncé par le clergé de Rome à celui de Carthage 9. L'une des principales pièces des archives romaines était le registre où l'on immatriculait, probablement par régions, les clercs, les confesseurs, les veuves, les pauvres, dont la caisse ecclésiastique, alimentée à l'instar de celles des collèges par des cotisations périodiques et des dons volontaires, assurait l'entretien 10 : au milieu du Me, ces pensionnaires de la charité chrétienne atteignaient à Rome le nombre de quinze cents ». On conservait aussi la liste des fidèles condamnés pour la foi à l'exil ou aux travaux des mines : quand Marcia obtint de Commode la grâce des forçats chrétiens détenus en Sardaigne, il suffit au pape Victor de consulter les archives de l'Église pour en donner immédiatement les noms 12. Les archives possédaient encore les pièces relatives à l'administration des biens ecclésiastiques, particulièrement des cimetières 13 ; elles gardaient aussi les dossiers de nombreuses affaires contentieuses que les chrétiens, dociles aux recommandations des apôtres, soumettaient de préférence à l'arbitrage épiscopal '.
■ Grâce aux patientes recherches de J.-B. de Rossi, on peut se faire une idée de l'importance des archives de l'Église romaine avant la fin du mc siècle. L'étude d'une inscription, jusqu'alors imparfaitement comprise, lui a permis d'indiquer l'emplacement de ce précieux dépôt. Selon toute apparence, l'archivum primitif de l'Église romaine se trouvait, au 111e siècle, près du théâtre de Pompée, là où le pape Damase construisit au siècle suivant la basilique de S. Laurent. Outre les témoignages anciens - le nom du fondateur l'ut conservé par les sylloges épigraphiques 3. Au VIIIE, on pouvait lire encore in tlirnno, c'est-à-dire dans l'hémicycle de l'abside J :
A l'entrée de cette même église se trouvait cette poésie :
Mais de ces antiques archives, comme de la bibliothèque, il ne reste que le souvenir, la persécution de Dioclétien a tout dispersé ou détruit 5 ».
11. Depuis le ive jusqu'au IXe. — La paix de l'Église rendit à celle-ci la sécurité des individus et la propriété des immeubles qui, grâce aux libéralités de Constantin, ne cessèrent de s'étendre et de s'enrichir. A Rome, l'édifice qui avait contenu ses archives lui fut rendu, mais vide et dévasté. La munificence impériale se complaisait dans des manifestations d'une somptuosité dont nous n'avons gardé que le souvenir ; elle n'aura pas dû se montrer moins prodigue envers l'Église romaine qu'envers celle de Constantinople à laquelle elle prodiguait les manuscrits d'une richesse éclatante à laquelle certains — comme S. Jérôme — préféraient la correction textuelle '. Ces volumes magnifiques, en latin et en grec, furent certainement utilisés par lui lorsqu'il travaillait aux traductions que lui imposait le pape Damase . A ce pape remonte, semble-t-il, la réorganisation des archives romaines (3(>(>-384). Son père, avant la persécution de Dioclétien, avait été attaché à leur administration comme notaire ecclésiastique, avant d'être élevé au diaconat et au sacerdoce *. Dès l'enfance, Damase suivit la même carrière '« . Devenu évêque de Rome, il voulut honorer ce double souvenir en reconstruisant sur un plan grandiose l'antique édifice. Il prit pour modèle les bibliothèques publiques, dont celle de Pergame était demeurée le type ». Au centre de la construction nouvelle s'éleva la basilique de S. Laurent, comme à Pergame le temple de Minerve Poliade : devant elle, se repliant à droite et à gauche, et l'enveloppant de toutes parts « , s'étendirent de véritables propylées contenant la bibliothèque et l'archivum ».
L'importance des archives ecclésiastiques — du scrinium, selon l'expression employée à cette époque — s'était grandement accrue à partir de Constantin. Une loi déclara que les affranchissements (voir ce mot) opérés dans l'église, en présence du prêtre, auraient une valeur légale, et conféreraient le droit de cité 15. Les procès-verbaux en durent nécessairement être conservés dans le scrinium pontifical ; ainsi l'ordonna une constitution du pape S. Jules Ier (337-352). Le même acte décida que toutes les chartes relatives aux donations, testaments, obligations faits en faveur de l'Église ou provenant de clercs, seraient reçues dans les mêmes archives : ce qui n'empêchait pas, remarque J.-B. de Rossi, d'en déposer le double dans les archives municipales, selon le vœu de la loi civile >6. Là se trouvaient, à plus forte raison, les documents de nature ecclésiastique comme les actes du synode romain de 3(>9 sur lesquels on lit : similiter et alii CXLVL orientales episcopi subscripserunt, quorum subscriptio in aulhenticum hodie in archivis Romanae Ecclesiae tenetur 17. Un contemporain du pape Damase, S. Basile de Césarée, écrit au sujet de ces mêmes évêques : èv tt ; 'Po>jx7] sYypoecpoç otÛTcov ô(xoXoyia TÎjç èv Nixata ttîgtscoç iTcônzizan 18. S. Jérôme qui in chartis ecclesiasticis inioit et Orientis alque Occidentis simodicis consullationibus respondil1' a bien connu cet archivum qu'il nomme chartarium Ecclesiae Romanae, où on pouvait se procurer les lettres des papes so. Celles-ci étaient marquées chacune par un numéro d'ordre. Le même S. Jérôme, objectant à un adversaire une lettre du pape Anastase, lui dit : « Si tu suspectes l'authenticité de cette pièce, pour quoi ne la recherches-tu pas dans le chartrier de l'Église romaine ? » On voit que les archives du S. -Siège étaient, à cette époque, désignées par trois noms indifféremment employés : archivum (Damase), scrinium, chartarium (Jérôme). Les lettres pontificales formaient des recueils annuels où les encycliques adressées à plusieurs destinataires figuraient par une seule copie, portant les noms de tous ceux à qui un exemplaire avait été envoyé n. Tout ceci réclamait une organisation dont nous pouvons saisir quelque chose lorsqu'au synode de 531, le pape Boniface II fait présenter les lettres de Damase et ordonne fidem in sedis apostolicae scrinio requiri ■ ». Longtemps auparavant, les papes Innocent Ier (412) et Boniface I« (410) s'y étaient référés, à propos de l'affaire de l'évêque de Thessalonique. Enfin, nous ne pouvons omettre de rappeler que le pape Silice, successeur de Damase, commença la série des décrétâtes que rassembla Denys le Petit. Dans la notice du pape Sirice. » on lit de lui : fecisse constitutum de omnem ecclesiam à conserver fn omnem Ecclesiae archibo, c'est-à-dire dans l'archive de chaque Église et non pas seulement dans celle de la seule Église romaine, ainsi que l'a cru Mabillon •*. On peut — « De re diplomatica, 1681, I. I. c. n, n. vin. comprendre d'après cela que le nombre des fonctionnaires attaché au service des bureaux de l'archive était considérable : à leur tête se trouvait le primicier des notaires : probablement, comme aux archives du sénat et de la préfecture urbaine, les employés du scrinium pontifical se divisaient en greffiers (exceptores), ayant pour mission de recevoir ou de transcrire les actes, et en scribes, référendaires, scrinarii, chargés de la garde et du classement.
Ce que S. Jérôme appelait bonnement chartarium reçut au vc siècle un vocable plus relevé, celui de scrinium ou scrinia Sedis apostolicae, et c'est de ce terme que font usage Boniface Ier, Célestin Ier, Léon le Grand et d'autres à la suite. Nous ignorons le lieu où se trouvait ce scrinium et nous ignorons de même à quelle date il quitta l'édifice damasien pour s'acheminer vers le Latran '. Cette appellation de scrinium vient des coffres ou boîtes scellés dans lesquels on déposait les titres et les documents juridiques : une statue romaine du ni0 ou du IVe, dédiée au patron d'une corporation, le montre ayant près de lui une boîte sur laquelle on lit : C0RP0RIS MVNIMENTA, « statuts de la corporation 2 ».
On ne possède ni description ni catalogue de la bibliothèque pontificale du Latran au VIe, mais les documents sur d'autres bibliothèques ecclésiastiques du même temps permettent de se rendre compte de l'aspect qu'elle offrait. Les livres étaient rangés avec soin par ordre de matière. Sur les armoires correspondant à chacune des principales divisions du savoir humain à cette époque, se voyaient les portraits des personnages païens ou chrétiens en qui cette branche paraissait résumée : par exemple dans le compartiment des livres de droit, Théodose, Paul, Gaius ; sur celui des livres d'histoire, Eusèbe, Orose ; sur celui de la médecine, S. Côme et S. Damien, Hippocrate, Galien. Des inscriptions en vers rendaient plus clair encore ce classement 3.
[Les fouilles de Ph. Lauer sous la chapelle du Sancla sanclorum ont précisément retrouvé quelques restes d'une salle qui a pu être occupée par la bibliothèque du Latran au VIe : le mur était décoré d'une fresque représentant un personnage assis devant un pupitre sur lequel est posé un codex. Son nom n'est pas indiqué, mais l'inscription placée au-dessous, un distique réparti sur trois lignes :
+ DIVERSI DIVERSA PATRES Sed hic OMNIA DIXIT R0MAN0 ELOQWO MVSTICA SSENSA TONANS, suggère qu'il s'agit de S. Augustin *].
On prenait grand soin de la reliure des livres, « afin que la beauté extérieure revêtit dignement celle du texte sacré ». Des horloges mesuraient le temps et des lampes suspendues au plafond permettaient les veillées studieuses 6.
Observons, avant d'aller plus loin, qu'une distinction entre le scrinium ou archives et la bibliothèque s'impose, quoiqu'on les ait longtemps confondus à tort en s'appuyant sur des textes dont J.-B. de Rossi a rétabli le véritable sens. Ainsi, la bulle d'Agapet II, par exemple, parle évidemment de la bibliothèque de S. -Pierre, lorsqu'il dit que la note des Églises auxquelles on avait donné la dignité du pallium y était déposée ; le pallium étant toujours pris à la Confession de S. -Pierre, on dut naturellement conserver dans les archives de la basilique la mémoire authentique des sièges qui avaient le privilège de le recevoir ; mais lors que le même pape cite les vieux textes conservés dans le sacrum scrinium au sujet de l'acte de translation des droits métropolitains à l'Église de Salzbourg, il parle certainement des registres pontificaux conservés alors dans l'archive du Latran, où, de la basilique S. -Laurent in Damaso, ils avaient été transférés.
Furent-ils tous déposés au palais du Latran ? Non sans doute, [car il a existé d'autres bibliothèques pontificales : nous possédons quelques témoignages, littéraire, épigraphique ° et archéologique de celle que le pape Agapet Ier avait fait construire et décorer sur le clivus Scauri, entre la basilique des SS.-Jean-et-Paul et le site du futur monastère de S.-André-et-S. -Grégoire T). Le registre des propriétés et cens de l'Église romaine, inséré vers 1083 dans la collection du cardinal Deusdedit, puis dans le Liber censuum, indique des pièces tirées, les unes des archives du Latran, les autres, suivant la remarque de Rossi, ex tomis carliceis in cariulario juxta Palladium, c'est-à-dire, dans la tour dite Cartularia, près de l'arc de Titus, au pied du Palatin, lieu réputé le plus fort, le plus sûr de la cour pontificale. Les archives furent donc alors divisées en deux parties, l'une au Latran, l'autre au Palladium, comme plus tard nous les voyons divisées en deux parties également, l'une au Vatican et l'autre plus particulière au château S. -Ange. Mais on ignore qui a pu présider à ce partage des documents. Urbain II, a dit Pflugk-Harttung, l'éditeur d'Acta romanorum pontificum inedita ad annum 1197, a séparé la bibliothèque où étaient les tomes des archives où étaient déposés les registres ; mais, comme la remarque de Rossi, la forme et la matière des tomi carlicci relève à proprement parler d'une archive, et si, au temps du cardinal Deusdedit, sur les formules duquel on s'appuie, les tomes sont distingués des registres, il ne semble pas que la bibliothèque soit encore séparée des archives. Ajoutons qu'au xne siècle, vers 1125, un registre au moins d'Alexandre II était conservé au mont Soracte, non loin de Rome, ce qui nous indique qu'au milieu des voyages continus des papes, en ces temps troublés, avait lieu une certaine dispersion des archives, résultat forcé des déplacements continus de la cour pontificale.
Nous revenons à notre sujet en faisant observer qu'on possède des détails précis sur les archives et la bibliothèque pontificale au siècle suivant. Les regesta de S. Grégoire le Grand, de 590 à 604, peuvent être reconstitués 8. Deux cents ans plus tard, le polyptyque rédigé par ses ordres existait encore, « formant un très grand volume en parchemin déposé dans le sacré scrinium du palais de Latran ' ». Les homélies de ce grand pape y étaient conservées de son vivant 10. Ses Moralia s'y trouvaient aussi, bien que, cinquante ans après lui, l'envoyé d'un roi wisigoth n'ait pu les découvrir « à cause de la multitude des livres » ». Dans la collection pontificale figuraient encore les actes des conciles généraux : S. Grégoire, ayant eu besoin d'étudier celui d'Éphèse, reconnut que « les manuscrits romains, gardés depuis les temps antiques dans les scrinia, étaient plus purs et plus sincères que les grecs u ». Les procès-verbaux d'un concile tenu à Rome, en 649, à propos de l'hérésie monothélite vont nous permettre de jeter un coup d'œil sur la bibliothèque pontificale 13.
Les Pères assemblés au Latran eurent besoin, pour éclairer leurs délibérations, de consulter un grand nombre d'écrivains ecclésiastiques de toutes les époques. Par l'ordre du pape Martin Ier, qui présidait le concile, Théophylacte, primicier des notaires, faisant fonction de bibliothécaire de l'Église romaine ', se tenait à leur disposition : dès qu'un livre était demandé, il l'apportait immédiatement. « La célérité avec laquelle il procurait tous les ouvrages, même anciens et peu connus, montre que ceux-ci étaient classés avec ordre, et leur catalogue facile à consulter. » J.-B. de Rossi a extrait des actes du synode de 649 la liste des livres ainsi portés de la bibliothèque dans la salle conciliaire (voir Dictionn., t. n, col. 871-873) : on y trouve (nous suivons l'ordre alphabétique) les œuvres de S. Ambroise, de S. Amphiloque, de S. Anastase, de S. Athanase, de S. Augustin, de S. Basile, de S. Cyrille d'Alexandrie, de S. Cyrille de Jérusalem, de S. Denys l'Aréopagite, de S. Éphrem, de S. Grégoire de Nysse, de S. Grégoire de Nazianze, de S. Hilaire, de S. Hippolyte, de S. Jean Chrysostome, de S. Jean, évêque de Scythopolis, de S. Jean, de S. Léon le Grand, de S. Sévérien, de Théophile d'Alexandrie, — en un mot, une patrologie sinon complète, au moins fort considérable, et qui était loin d'ailleurs de représenter toutes les richesses patristiques de la bibliothèque pontificale.
Une autre catégorie de livres fut aussi consultée. Ceux qui accusent l'Église romaine d'avoir peur de la contradiction, de supprimer les voix dissidentes, de détruire tout vestige historique des opinions contraires à ses doctrines, liront avec étonnement la liste des ouvrages hérétiques conservés au vu siècle dans la bibliothèque du Saint-Siège, non sans doute pour être communiqués indifféremment au peuple, mais pour être mis à la disposition des personnes capables de les étudier utilement. J.-B. de Rossi a dressé la liste des ouvrages hétérodoxes apportés par le primicier Théophylacte à la demande des Pères du concile. Vingt-neuf furent alors produits -, et combien d'autres, étrangers à la question actuellement soulevée, devaient contenir les armoires du Latran ? Au commencement du Moyen Âge, les bibliothèques n'étaient pas de simples dépôts de livres, mais aussi des ateliers de copistes. Fugippe, ami de Cassiodore, entretenait dans son monastère de Campanie des « esclaves antiquaires », qui copiaient des livres, envoyés ensuite non seulement dans les villes voisines, mais jusqu'en Afrique. L'Église, foyer de lumière jaloux d'éclairer de ses rayons le monde entier, employait de nombreux scribes à reproduire les richesses de ses collections : les nouveaux manuscrits étaient libéralement distribués. Après la mission de S. Augustin en Angleterre, S. Grégoire le Grand envoya dans ce pays des exemplaires des Livres saints. Un prélat anglais, Benoît Biscop, qui visita six fois Rome dans la seconde moitié du VIIe, rapporta de chaque voyage de nombreux volumes qui, à sa mort, formaient toute une bibliothèque. Céolfrid (voir Dictionnaire, t. II, à ce nom), successeur de Benoît, rapporta aussi de Rome une édition complète (Pandecte) de la Bible. Les libéralités de la bibliothèque romaine envers les nouvelles Églises non seulement d'Angleterre, mais de Germanie et de toute l'Europe septentrionale, étaient si nombreuses, que plus d'une fois elle se trouva hors d'état de satisfaire aux demandes. « Notre bibliothèque est épuisée de livres et nous n'en avons plus à donner », écrit en 649 le pape Martin Ier à l'évêque d'Utrecht Amand : Codices jun exinaniti sunt a nostra bibliotheca, unde ci dure nullatemus habuimus : transcribere autem non potuit, quoniam festinanter de hac civitate egredi properavit. Ainsi donc, à ce moment, il n'existait plus un seul manuscrit en double dans les réserves de la collection pontificale.
Les livres ne furent pas la seule chose envoyée de Rome aux nations lointaines. Lors de ses quatrième et cinquième voyages, Benoît Biscop recueillit « beaucoup de saintes images ». Les unes représentaient Jésus-Christ, la Ste Vierge, les apôtres ; d'autres offraient ces concordances des épisodes de l'Ancien et du Nouveau Testament qui eurent une si grande influence sur le développement du symbolisme chrétien, et que l'on suit depuis les représentations figurées des basiliques italiennes au IVe et au Ve jusqu'à la Biblia pauperum du Moyen Âge. Bède cite parmi les « images » rapportées par Benoît Biscop la scène biblique d'Isaac chargé du bois du sacrifice, faisant pendant à la scène évangélique de Jésus portant sa croix. Ces spécimens de l'imagerie du VIIe furent en Angleterre l'origine de la peinture murale : au témoignage de Bède, on les reproduisit en grand dans la décoration des églises ; l'Angleterre après avoir reçu des papes la foi catholique, en recevait aussi l'art religieux.
La musique n'était pas oubliée dans ces largesses : tant de répons, d'antiphonaires, de livres notés furent distribués par les papes aux Églises de France pendant les règnes de Pépin et de Charlemagne, que Louis le Débonnaire en demandant à son tour, Grégoire IV eut peine à trouver pour lui un volume de chant liturgique. Une autre richesse de la bibliothèque pontificale consistait dans les manuscrits d'auteurs profanes, reliques de l'antiquité classique, dont les hommes du commencement du Moyen Âge comprenaient tout le prix. Les copistes étaient occupés à les reproduire. En 757, le pape Paul Ier envoie à Pépin le Bref non seulement les ouvrages de Denys l'Aréopagite, mais encore la grammaire d'Aristote, une autre grammaire, des traités de géométrie, d'orthographe, et « tous les auteurs grecs ». Mais il faut exposer ceci avec plus de détails.
Vers la fin du VIIIe et le début du IXe, on voit le pape Serge Ier confier le soin de la bibliothèque au sous-diacre et sacellaire Grégoire. Il fut, semble-t-il, le premier bibliothécaire du siège apostolique et devint pape en 715, c'est donc lui qui ouvre la liste. La charge à lui confiée diffère de celle de primicier.
Bède écrit en 730 que Nothelmus (un anglais) Romam veniens, nonnullas ibi beali Gregorii papae sinuil et aliorum pontificum epistolas, perscrutato ejusdem sanctae Ecclesiae Romanae scrinio, permissu Gregorii (III) pontificis impenitu. Zacharie, le successeur de Grégoire III, unie scrinium Lateranense fecit porticum atque turrem, portas aereas alque cancellos... et super turrim triclinium et cancellos aereos construxit, ubi et orbis terrarum descriptionem depinxit atque diversis versiculis ornavit. En ce même siècle, nous retrouvons la mention du scrinium dans le synode romain de 715 où il est dit en parlant des livres condamnés d'Aldebert : m scrinio nostro resermentur. Puis encore dans la notice d'Hadrien Ier au Liber pontificalis, on lit que les actes grecs authentiques du Ier concile de Nicée furent traduits en latin par ordre du pape et in sacra bibliotheca pariter recondita ad aeternam orthodoxae fidei memoriam. Ces différents témoignages prouvent à l'évidence que les actes authentiques des conciles étaient conservés dans le scrinium de l'Église romaine et la bibliotheca sacra n'était pas différente de celle de l'archivum.
Dans la basilique de S. Pierre, on conservait, outre les manuscrits liturgiques, les acta et munimenta les plus importants. Les cahiers de tous les évêques et des papes, c'est-à-dire les professions de foi scriptae a notariis in scrinio (Lateranensi) deponebantur in sacratissima confessione beali Petri apostoli ad corpus ejus conservandae (voir ci-dessus, col. 2845), les actes d'élection étaient conservés in sacro scrinio Lateranensi.
Nous venons de dire qu'au VIIIe, le pape Paul Ier faisait à Pépin le Bref des présents délivres ; il lui envoyait aussi et horologium nocturnum, c'est-à-dire un horologium aquatile quod die noctuque horarum jugiter indicaret quantitatem. Quant aux livres, s'il arrivait qu'on fût entièrement démuni de doubles, on consentait quelquefois à prêter l'original, à condition qu'il serait rendu après avoir été copié ; c'est ainsi que Loup, abbé de Ferrières, obtint de Benoît III la concession temporaire du commentaire de S. Jérôme sur Jérémie, du De oratore de Cicéron, des Institutions de Quintilien et du commentaire de Donat sur Térence.
D'autre part, l'Église romaine accroissait jalousement ses collections. En 783, Charlemagne offrit au pape Hadrien Ier le psautier de sa femme défunte Hildegarde. Vers 839, Agnellus de Ravenne est à la recherche d'un grande volumen mire exaratum par ordre de l'évêque Maximien (546-553) qui contenait quidquid ad Ecclesiae ritum pertinet et qu'on disait Romam transmeasse. Raban Maur offrit au pape (827-844) un livre sur la sainte croix conscriptum tempore prisco, Principi apostolico mimera missa Petro ; enfin l'empereur Michel misit ad beatum Petrum apostolum per manum Lazari monachi et pictoriae artis nimie eruditi... evangelium en grec. L'iconoclasme entraîna la fuite de nombreux moines grecs qui gagnèrent l'Italie et Rome où ils apportèrent les livres enluminés qu'ils avaient pu soustraire à la brutalité des hérétiques. De ce nombre était un manuscrit EOPTOON K(où)AriGÙN OA6 T5 £TOYC (Kalendarium jeslorum et sanctorum lolius anni) mentionné sur le texte épigraphique d'une donation faite au monastère de S. André ad clivum Scauri, où vivait une communauté byzantine.
III. Du IXe au IXe. — À cette époque, Rome fut un véritable centre de fabrication ou d'acquisition de livres. Les papes, les particuliers en font copier, en achètent, en reçoivent, en donnent. Le scrinium et la bibliothèque du Latran, la bibliothèque particulière et l'archivum spécial de la basilique vaticane, les basiliques, les églises, les monastères de Rome regorgent de volumes.
Tout d'un coup, ces immenses richesses bibliographiques s'effondrent. A peine quelques manuscrits antérieurs au Xe ou XIe surnagent-ils, épaves des archives et de la bibliothèque pontificale. On suit encore la trace de celles-ci jusqu'au commencement du Xe : au-delà, tout vestige s'efface. J.-B. de Rossi a découvert, avec son habituelle sagacité, la principale cause de cette ruine étrange, que les historiens renonçaient à expliquer. On sait combien Rome fut troublée au Moyen Age : non seulement les églises et les monastères urbains souffrirent cruellement de ces désordres, mais les papes durent plus d'une fois quitter la ville, ou, dans la ville même, demander à des lieux mieux protégés une sécurité que le palais du Latran avait cessé de leur offrir. Les archives de l'Église les suivaient dans leurs pérégrinations : les documents qui en proviennent ont été trouvés dans des monastères hors de Rome. C'est de préférence dans une forteresse, au pied du Palatin, vers Sainte-Marie-Nouvelle et l'arc de Titus, que les pontifes cherchaient un asile. Une tour destinée à recevoir les archives, turris chartularia, y avait été construite : on y transféra les papiers et les livres. Malheureusement, les fidélités sur lesquelles comptaient les papes étaient des fidélités à la manière italienne : les Frangipani, vassaux de l'Église romaine et châtelains de la forteresse pontificale, abandonnèrent leur légitime seigneur pour se rallier à Frédéric II : ils livrèrent aux impériaux « tout ce qu'ils tenaient de l'Église romaine, depuis le Palatin jusqu'au Colisée ». « Ainsi, non seulement la tour des archives, mais les archives elles-mêmes, avec leurs registres, leurs chartes, leurs volumes, tombèrent-elles aux mains des ennemis du Saint-Siège. On peut mesurer la grandeur du désastre à ce fait qu'il n'existe plus rien du scrinium et en particulier des regesta pontificaux antérieurement au règne d'Innocent III. Ce grand pape rétablit ou plutôt créa de nouveau les archives de l'Église romaine : « son avènement, a dit L. Delisle, fut une ère nouvelle pour la chancellerie pontificale ». Il installa le dépôt d'archives au Vatican pendant que la bibliothèque se réorganisait peu à peu au Latran, où Boniface VIII en fit dresser l'inventaire l'an 1295. Grand réformateur de la chancellerie des papes, Innocent III le fut aussi des archives. Innocent III fit bâtir auprès de Saint-Pierre la nouvelle chancellerie, et à côté, il fit déposer les archives. En fait, la série actuelle des registres de lettres des souverains pontifes commence à Innocent III. La série antérieure des registres déposés en divers lieux du Latran, à la tour chartularia, au mont Soracte, etc., ne fut sans doute pas réunie à la série Innocentienne, comme l'appelle J.-B. de Rossi ; cette dernière série, en effet, a été conservée en entier — sauf quelques registres, — et l'autre au contraire a péri, tout entière, on peut le dire, puis que le volume du registre de Jean VIII, celui du registre de Grégoire VIII, cités souvent comme des registres pontificaux, n'ont pas appartenu à la série originale et authentique des premières archives. Comment ces registres de la série antérieure à Innocent III ont-ils péri ? On l'ignore. Ils semblent exister encore au Xe, car ils sont cités par Honorius III et Grégoire IX, mais depuis lors on en a perdu la trace. Ont-ils été détruits lors que la tour chartularia, après avoir été le théâtre de sanglants combats livrés par les Frangipani, châtelains du pape, contre les adversaires de la papauté, fut cédée traîtreusement à Frédéric II, en 1244 ? Peut-être.
On a souvent répété, sur la foi d'un historien allemand, ennemi avéré du catholicisme, qu'aux Xe et XIes, l'Église de Rome fit vendre ses manuscrits et perdit ainsi ses codices, à l'exception de quelques livres liturgiques. C'est un mensonge tendancieux et le texte invoqué par Gregorovius pour le soutenir prouve tout simplement le contraire. J.-B. de Rossi en établit le sens précis : un auteur enthousiaste, célébrant la richesse de la bibliothèque du monastère de Pomposa en 1093, écrit qu' « aucune Église, ni ville, ni province, ni même enfin Rome, ne peut le disputer à Pomposa ». Rome apparaît là évidemment pour désigner le lieu où se trouvait, croyait-on, la plus riche bibliothèque : Nulla ecclesia, neque urbs, neque provincia, tandem ne ipsa Roma, orbis caput, certet laudibus Pomposiae, copia sanctorum fortunalae librorum. Nous pouvons faire remarquer que les exemplaires intacts et les fragments des anciens index de manuscrits sont d'une grande utilité pour l'histoire littéraire. Le volume n. 1877 du fonds palatin nous a conservé un précieux recueil de documents du IXe, concernant les monastères de la région rhénane. Dans ces vieux catalogues apparaît déjà une ébauche de classification par ordre de matières, et aussi de tables alphabétiques ; ils sont d'une telle exactitude que nous pouvons aujourd'hui reconnaître précisément ce qui nous reste des manuscrits décrits dans ces inventaires primitifs. Nous en trouvons des exemples jusqu'au Xe environ.
Antérieurement à la constitution de la bibliothèque du Vatican telle qu'elle existe aujourd'hui et dont les origines ne datent que du XVe, le Saint-Siège a possédé deux bibliothèques dont les livres ont été dispersés au XIVe et au XVe. La première, dont les vicissitudes peuvent être suivies pendant un demi-siècle, depuis 1295 jusqu'en 1345, doit être appelée Bonifaciana, du nom de Boniface VIII, sous le pontificat duquel elle fut organisée. La seconde, fondée en Avignon par le pape Jean XXII, a duré jusqu'au pontificat de Martin V, en 1417.
La bibliothèque de Boniface contenait environ sept cents livres, qui furent portés de Rome à Pérouse en 1304, et, un peu plus tard, avant l'année 1319, de Pérouse dans le couvent des cordeliers d'Assise, où ils devaient être encore en 1345. Après cette date, on en perd la trace. Pour la période d'un demi-siècle pendant laquelle on la peut suivre, il est possible d'utiliser quatre inventaires, savoir : celui dressé à Rome en 1295, celui dressé à Pérouse en 1311 et les deux autres dressés à Assise en 1327 et 1339.
La seconde bibliothèque pontificale, celle des papes d'Avignon, était beaucoup plus considérable que la précédente. Des débris importants en sont aujourd'hui conservés à la Bibliothèque nationale de Paris, au Vatican et dans la bibliothèque Borghèse. L'histoire en a été reconstituée par le cardinal Fr. Ehrle à l'aide d'informations très sûres puisqu'elles sont tirées des livres mêmes conservés à Paris et à Rome, des lettres des papes contenues dans les registres pontificaux du XIVe, des comptes de la chambre apostolique, des inventaires des biens dévolus au Saint-Siège en vertu du droit de dépouille, des inventaires des livres conservés au palais d'Avignon en 1369 et en 1375.
Après que la cour papale se fut transportée d'Italie en France, la collection des registres, diplômes et documents de tout genre, ainsi que les manuscrits, fut transportée également avec le trésor du Saint-Siège apostolique, d'abord à Assise, puis à Avignon. En 1327, Jean XXII en ordonna l'inventaire à Assise. Des catalogues authentiques en furent rédigés à Avignon en 1336-1339, 1367 et 1369. Muratori a publié le dernier. La culture renaissante des lettres exigeait cependant alors de nouvelles récoltes de livres et d'exemplaires corrigés des œuvres de l'antiquité, que recherchaient avec soin et sagacité les savants de cette grande époque. On sait la faveur avec laquelle les papes secondèrent la renaissance des études classiques. Ils eurent en Avignon leur bibliothèque particulière ; ils l'enrichirent d'ouvrages des classiques dont purent profiter les savants, Pétrarque en particulier. L'antipape Benoît XIII transféra au château de Peniscola, en Catalogne, une grande partie de la bibliothèque d'Avignon et des archives. Le catalogue des manuscrits qui y furent portés en 1408 est conservé dans le manuscrit latin 1060 de la Bibliothèque nationale de Paris. Quand le schisme d'Occident eut pris fin, beaucoup de ces manuscrits ne vinrent pas à Rome, mais furent donnés au collège institué à Toulouse par le cardinal Pierre de Foix et furent enfin misérablement dispersés au XVIe. C'est dans cet état d'appauvrissement que la bibliothèque des papes nous est montrée par le célèbre Ambroise Traversari ; il y trouva bien à Rome, en 1432, des manuscrits grecs, mais aucun de ces livres uniques et inconnus dont il poursuivait les traces avec tant de sagacité.
Nicolas V voulut réparer splendidement les pertes de la vieille bibliothèque du Saint-Siège et de la bibliothèque d'Avignon ; il s'appliqua à fonder, pour l'usage de toute la cour, la célèbre bibliothèque que les contemporains, et surtout le bibliothécaire Vespasiano Fiorentino élevèrent aux nues. Giovanni Tortelli en fit un catalogue dont nous déplorons la perte, et la déclara : omnium quae fierant praestantissimam. Des hommes érudits et habiles furent envoyés à grands frais ad diversas extremas que mundi partes, pour la doter des ouvrages perdus de l'antiquité sacrée et profane.
On a accusé Calliste III d'avoir dispersé le trésor littéraire amassé par son glorieux prédécesseur. Cette accusation a été examinée et réfutée par Eug. Müntz (voir Dictionnaire, t. XII à ce nom) qui a fait connaître, d'après le manuscrit 3959 du Vatican, l'inventaire authentique des manuscrits de Nicolas V trouvés dans le palais par son successeur Calliste I et conservés par ce dernier.
La grande entreprise qui fit tant d'honneur à Nicolas V fut conduite à son complet achèvement par Sixte IV, qui donna une forme stable à la Bibliotheca palatina publica, distincte de la secreta, c'est-à-dire des archives et de la bibliothèque privée du pontife dans le palais du Vatican. Elle fut classée, par ordre de matières et d'auteurs, et Demetrio Lucense, sous les ordres de Platina, en fit le remarquable inventaire dont on possède l'original et plusieurs exemplaires anciens. Le fameux bibliographe G.-B. Struvius en eut une copie et en publia des extraits. D'autres inventaires en furent dressés sous Innocent VIII et sous Léon X. On possède les inventaires qui furent faits en 1484, vers 1498 et en 1518, ce dernier par Zanobi Acciavioli, et non comme on l'a écrit par Fauste Sabeo, lequel est postérieur. La communication des manuscrits du Vatican au XVe et au commencement du XVIe ne fut pas seulement donnée aux personnes qui fréquentaient la bibliothèque ; on en accordait le prêt au dehors. Les registres authentiques en font foi, de même que les reçus originaux des savants. Ce sont là de notables monuments de la culture et des études de la cour de Rome à cette époque classique. La plupart des manuscrits recueillis par Léon X et Clément VII — les Médicis — enrichirent ensuite la bibliothèque de Florence : car, au Vatican, il y avait alors comme l'indiquent les vers de Brandolini, quatre bibliothèques : deux publiques, celle des manuscrits latins et celle des manuscrits grecs ; une secrète et une particulière à chaque pape, qui revenait à sa famille.
Lors du sac de Rome par l'armée du connétable de Bourbon en 1527, la bibliothèque du Vatican eut sa part des dommages communs ; elle perdit ses inventaires que cependant on retrouva plus tard. Un nouveau catalogue des manuscrits fut dressé jussu et industriel cardinatis Sanctae Crucis, c'est-à-dire de Cervini, depuis pape sous le nom de Marcel II. Il se transforma en trois grands volumes, sous les pontificats de Paul III et de Jules III. Ces volumes servirent à l'usage ordinaire de la bibliothèque publica et secreta pendant tout le XVIe et au commencement du XVIIe, jusqu'à l'achèvement des six premiers tomes du grand inventaire actuel dont on lira dans un moment l'esquisse.
Les richesses de la bibliothèque ne cessaient de croître. Pie IV ordonna à O. Panvinio de recueillir les livres de toutes les langues. Parmi les nouvelles acquisitions de la seconde moitié du XVIe se plaçaient au premier rang les manuscrits de Colocci, ceux des Manuce, ceux de Panvinio et les inestimables manuscrits et livres annotés que légua Fulvio Orsini. Le possesseur de tant de trésors en avait fait lui-même le catalogue, dont l'original se trouve dans le manuscrit n. 7205 du fonds du Vatican, et dont Bertrani a signalé la valeur. Mais, ni Orsini, ni d'autres ne songeaient alors à publier de tels catalogues. Il n'en est pas même fait mention dans les livres qui donnent la description du nouveau local affecté par Sixte-Quint à la bibliothèque apostolique, de son splendide édifice, de ses richesses littéraires et des sommes affectées à leur conservation et à leur augmentation.
Déjà, même avant Sixte-Quint, sous le court pontificat du savant Marcel II, et ensuite sous celui de Paul IV, on avait annexé à la bibliothèque la célèbre typographie vaticane et institué les fonctions de correcteur pour l'impression exacte des anciens textes sacrés et des Pères de l'Église. Les correcteurs surveillaient avec un soin tout spécial la pureté des copies des écrivains grecs, employés du matin au soir au Vatican à transcrire les anciens textes dont la bibliothèque manquait ou à faire de nouvelles copies de ceux qui périssaient de vétusté. De la recherche et de l'étude spéciale des manuscrits grecs a dû naître le désir d'en faire connaître sous une forme quelconque les index et les catalogues.
Au XVIIe, les copies manuscrites des index grecs du Vatican se multiplièrent ; on en rencontre à l'Escurial, à la bibliothèque du roi et chez Colbert à Paris, dans la collection de la reine de Suède, à la Slusiana à Rome et ailleurs. Le père Antoine Possevin, dans son Apparalus sacer, publié à Cologne en 1608, recueillit le premier et donna à l'impression une série d'index des manuscrits grecs des principales bibliothèques où la Vaticane est représentée. En 1636, Ath. Kircher publia le catalogue des manuscrits coptes et, de 1675 à 1693, Bartolocci publia celui des manuscrits hébreux.
Tous ces efforts ne laissaient pas de rendre l'exploration de la bibliothèque assez difficile. Il serait intéressant et utile de tracer un tableau des conditions faites aux travailleurs par les bibliothécaires et du monde de copistes dont il fallait solliciter les services. L'Iter Italicum de Mabillon, sa correspondance et celle de Dom Michel Germain avec Dom Cl. Estiennot et Dom Jean Durand contiennent la plupart des éléments d'une étude piquante sur ce sujet qu'il n'est pas possible de présenter ici : périodes de fermeture, heures d'accès, humeur des bibliothécaires, méfiances, jalousies, refus de communication.
Au XVIIIe, Dom Bernard de Montfaucon (voir Dictionnaire, t. xi, à ce nom), embrassant dans sa vaste intelligence et dans son labeur infatigable toutes les bibliothèques, donna la Bibliotheca bibliothecarum manuscriptorum et s'attacha à ce travail même dans la Vaticane où on lui accorda le libre usage et la faculté de dépouiller tous les volumes de catalogues rassemblés dans le cours du XVIIe. Montfaucon fit d'abondants extraits, non seulement des sept volumes alors existants de l'inventaire latin proprement appelé « Inventaire du Vatican », mais aussi des plus anciens catalogues et des index grecs. Il découvrit un vieil index de la bibliothèque de la reine de Suède, et celui des manuscrits de Petau, dont les numéros tombés en désuétude, loin d'aider, entravent les recherches et amènent souvent des erreurs. Il ne tint compte ni du fonds d'Urbin, ni du fonds Palatin. Mais au début du XVIIIe, quand parut la Bibliotheca bibliothecarum, elle ne pouvait suffire aux désirs des savants et n'était pas au niveau des progrès de la bibliographie des manuscrits.
Dans les pays les plus lettrés, on se préparait à faire imprimer les catalogues particuliers des meilleures collections de manuscrits en toutes langues, avec un grand appareil de notes et de descriptions. L'index des manuscrits grecs Vaticani-Palatini de Sylburg fut publié à Francfort en 1702. Rome ne tarda pas à s'associer au but commun des savants et des bibliothécaires. J.-S. Assemani fit paraître de 1719 à 1728 les trois tomes de la Bibliotheca orientalis Clementino-Vaticana, fruit du merveilleux trésor de manuscrits recherchés par lui-même en Orient et acquis au Vatican par la munificence de Clément XI, qui assura également à la bibliothèque la possession des manuscrits grecs du fameux /Eneas Silvius, le pape Pie II. Innocent XIII ayant succédé à Clément XI, on s'occupa en 1721 à préparer pour l'impression le catalogue complet de tous les manuscrits en toutes les langues. En 1730, le travail se continuait. De 1756 à 1759, sous les auspices de Benoit XIV, parurent les trois premiers tomes du Catalogus bibliothecae apostolicae Vaticanae codicum mss. in tres partes distributus ; in quorum prima orientales, altera graeci, tertia latini, italici aliorumque europaeorum idiomatum codices, éd. Steph. Evodius et Joseph Simon Assemani. L'ensemble de ce gigantesque catalogue devait occuper vingt volumes, décrivant non modo scriptorum nomina ac singulorum voluminum argumenta, sed et quae prae caeteris conspicua notalua digna in codicibus occurunt. Ce programme grandiose était conforme à l'esprit du temps ; néanmoins l'entreprise était disproportionnée aux moyens et aux forces de l'homme, plusieurs vies très longues n'y eussent pas suffi. En 1768, un incendie dévora les six premières feuilles du IVe volume et les Assemani perdirent courage. Ce désastre et les convulsions politiques de la fin du siècle mirent fin à une époque féconde et glorieuse de la bibliothèque Vaticane.
V. Les catalogues des manuscrits du Vatican. — Leur histoire a dû commencer, il y a très longtemps, et même avant celle du célèbre Platina qui a décrit les manuscrits de la bibliothèque apostolique confiée à ses soins, et placée en un lieu plus digne d'elle par le pape Sixte IV. Ces inventaires sont nombreux et dignes d'intérêt, mais ne suffisent plus aux recherches littéraires telles qu'on les conçoit de nos jours.
En 1620, ou environ, les frères Rainaldi avaient déjà terminé les six premiers grands tomes de l'inventaire des manuscrits latins, avec l'énorme volume de la table alphabétique. Au cours des années suivantes, le tome VII vint s'y ajouter ; vers le même temps, les trois tomes des manuscrits grecs furent achevés. La fameuse bibliothèque palatine, apportée en 1623 de Heidelberg à Rome, fut décrite en deux tomes, l'un pour le latin, l'autre pour le grec. Puis vinrent la bibliothèque des ducs d'Urbin et la bibliothèque Alexandrine laissée par la reine Christine de Suède ; les inventaires en furent bientôt rédigés, en trois volumes latins et un grec pour la première, en un latin et un grec pour la seconde. Les manuscrits en langues orientales furent tous décrits en un volume spécial. Si bien qu'à la fin du XVIIe, la bibliothèque du Vatican avait déjà à sa disposition dix-neuf grands tomes de ses inventaires, sans compter les index et répertoires alphabétiques. Tout cela fut l'œuvre d'hommes habiles, versés dans les langues savantes, dirigés par les conservateurs de la bibliothèque, tous érudits parmi les meilleurs de cette époque si cultivée, les Nicolas Alemanni, Léon Allacci, Félix Contelori, Luc Holsten, Emmanuel Schelstrate.
L'œuvre du siècle suivant, le XVIIIe, ne fut ni moins active ni moins fructueuse. La bibliothèque s'étant enrichie par l'acquisition des bibliothèques Ottobonienne et Capponienne, les fonds de manuscrits de chacune d'elles eurent leurs inventaires spéciaux. Celui de l'Ottobonienne est en deux volumes, grec et latin, composés au Vatican. Ruggeri, dans l'histoire de la bibliothèque du cardinal Ottoboni, publiée par Mai, déplore la perte des index dressés par le célèbre Fr. Bianchini. Mais J.-B. de Rossi les a découverts parmi les papiers de ce grand érudit, dans la bibliothèque capitulaire de Vérone. Au XVIIIe, la Vaticane vit ses trésors s'accroître principalement par les acquisitions des manuscrits en langues orientales et par les savantes études des Assemani (voir Dictionnaire, t. i, à ce nom) qui furent, pendant les deux tiers du siècle, préposés à la garde de la bibliothèque par Clément XI et par ses successeurs. L'impression resta longtemps abandonnée mais le projet ne fut pas pour cela oublié. Sous le pontificat de Pie VI, le P. Fr. Ant. Zaccaria demandait une édition des catalogues grecs et latins, mais entre 1790 et 1815 on ne put rien entreprendre dans ce but. Après le retour de Pie VII à Rome, Angelo Mai (voir Dictionnaire, t. x, à ce nom) renouvela l'entreprise devenue d'autant plus nécessaire que vers la fin du XVIIIe et le premier quart du XIXe, les trésors manuscrits du Vatican s'étaient beaucoup accrus. Leurs inventaires s'accrurent également, principalement par l'effort de Gaetano Battaglini et sous l'impulsion de Gaetano Marini (voir Dictionnaire, t. x, à ce nom). C'est alors que furent dressés les tomes VIII, IX et X de la série latine, ainsi qu'un tome de la section grecque, contenant les manuscrits Basiliens et Colonniens nouvellement acquis et un tome des manuscrits grecs de la bibliothèque Palatine revenue de Paris à Rome en 1814. Sous le pontificat de Pie IX, on avait déjà commencé le tome XI de la série latine, auquel collaboraient volontairement aussi les professeurs de langues orientales, puis le tome XII, qui n'était pas terminé quand survint le mois de septembre 1870.
Alors Pie IX institua une commission spéciale des fonctionnaires supérieurs de la bibliothèque, présidée par le cardinal Pitra, chargée d'examiner l'état de ce grand organisme et de juger ce qu'il y avait à faire pour que, dans les nouvelles et tristes conditions où se trouvait le Saint-Siège, il ne restât rien qui ne fût enregistré ou décrit. En moins de cinq ans le tome XII de la série latine, déjà commencé, fut achevé et le tome XIII rédigé en entier ; le tome IX, qui était ébauché d'une façon très informe, fut refait d'un bout à l'autre ; on dressa les index alphabétiques des nouveaux tomes latins, et l'on revit celui des manuscrits grecs des collections Basilienne et Colonnienne. Dans les tomes nouveaux furent décrits les précieux papiers et les manuscrits anciens provenant du don d'Angelo Mai et les volumineux documents de Mazzuchelli pour l'histoire des écrivains de l'Italie.
[A partir de 1902 commence la publication, à une cadence assez rapide, de catalogues imprimés. Rédaction et publication se poursuivent actuellement, avec une précision et une rigueur scientifiques sans cesse accrues, dont témoignent par exemple le volume concernant les Vaticani Graeci 330-603 publié en 1937 par Mgr Devreesse, ou les deux tomes des Reginenses Latini 1-250, 251-500, dus à dom Wilmart et dont le second a paru, après la mort de celui-ci, en 1945.
Depuis 1928, la rédaction des catalogues imprimés est doublée de la constitution d'un index détaillé sur fiches.] L'étendue donnée à ce paragraphe concernant la bibliothèque du Vatican doit suffire à montrer qu'il ne s'agit que d'une esquisse telle qu'on peut l'introduire dans un dictionnaire et non de l'histoire d'un dépôt dont l'importance demanderait plusieurs volumes et une compétence à laquelle nous ne prétendons pas. Les vicissitudes de la Bibliothèque et des Archives vaticanes à l'époque de la Révolution et du premier Empire ont fait l'objet de recherches multiples aussi bien en France qu'à l'étranger. Rappelons entre autres : Amédée Gachard, Les Archives du Vatican, in-8°, Bruxelles, 1874. — Memorie storiche dell'occupazione e restituzione degli Archivi della S. Sede e del riacquesto de' Codici e Museo numismatico del Vaticano, e de manoscritti e parte del museo di storia naturale di Dologna, dans Regestum Clementis papae V, t. i, p. ccxxviii-cccxxv. Ce mémoire, rédigé à Paris, en 1816, par Marino Marini, se rapporte plus spécialement à l'enlèvement et à la restitution des archives. Il a été résumé par L. Delisle, dans Journal des savants, 1892, p. 429-441, 489-501 (voir Dictionn., t. x, au nom Marini), et il faut y ajouter les documents publiés par P. Batiffol sur l'histoire de la Vaticane en 1798-1799, dans Bulletin de la Société nationale des antiquaires de France, 1889, p. 106-113, surtout il faut recourir à Eug. Muntz, La bibliothèque du Vatican pendant la Révolution française, dans Mélanges Julien Havet, in-8°, Paris, 1895, p. 579-591.
Nous avons déjà dépassé de façon notable la limite chronologique que nous nous étions assignée. L'histoire d'un dépôt de livres tel que celui de la bibliothèque apostolique est chose mouvante malgré son apparence sédentaire : acquisitions, translations, se réalisent sur de telles proportions qu'on a grand'peine à les suivre et à s'y reconnaître. On apprend un jour que les 300 000 volumes qui occupaient les appartements Borgia ont été déménagés dans la salle Léonine ; un autre jour la bibliothèque Borghèse vient se fondre dans la bibliothèque Vaticane et on s'en réjouit, mais ceci ne relève plus de nos études.
VI. Essai de classement et description des manuscrits liturgiques. — En 1876, Léopold Delisle écrivait : « Quelques regrets que doive nous inspirer l'exil de nos manuscrits, il nous faut l'accepter comme un fait accompli ; mais c'est pour nous un devoir de signaler ces débris de nos anciennes bibliothèques, de les décrire exactement, et de montrer le parti qu'on en peut tirer pour l'étude de notre histoire et de notre littérature. On ne saurait trop recommander aux Français qui séjournent à Rome, et en particulier aux archivistes paléographes de l'École française de faire connaître en détail les manuscrits dont ils obtiennent communication au Vatican. En réunissant les notices qu'ils en auraient rédigées, nous aurions en quelques années un catalogue complet de collections qui, pour être la propriété du Saint-Siège, n'en restent pas moins l'un des trésors littéraires sur lesquels la France doit veiller avec la plus tendre sollicitude » 3. Vox clamantis in deserto. Malgré l'exemple donné par L. Delisle lui-même dans la Note et dans le Mémoire sur d'anciens sacramentaires en 1886, ce fut un érudit étranger qui s'appliqua et donna l'œuvre suggérée dans ses Libri liturgici bibliothecae apostolicae Vaticanae manuscripti, digessit et recensuit Hugo Ehrensberger », en 1897, sous les auspices du grand-duc de Bade ! Et après avoir signalé et rangé suivant l'ordre alphabétique des noms de lieux une série de manuscrits d'origine française, Delisle répète que « plusieurs sont de nature à piquer la curiosité des savants qui s'occupent de l'histoire religieuse, littéraire et artistique de la France. Puissent-ils réserver quelques découvertes intéressantes à nos jeunes compatriotes de l'École de Rome 5 ».
Sur les 545 manuscrits inventoriés et décrits par H. Ehrensberger, qui a omis les Evangelia per anni circulum, nous ne rappellerons ici que ceux qui ont un rapport plus étroit avec nos études. [Pour la plupart, l'existence d'une description détaillée et récente nous dispensera de renvoyer à la bibliographie antérieure.] Reg. 316. — Sacramentaire mérovingien : [A. Wilmart, Codices Reginenses latini, t. il, p. 200-204 : vetus Romanum sacramentarium tripartitum, quod Gelasianum non inmerito vocatur, quamvis Gallicanis orationibus auctum fuerit ; copié (à Corbie ?) peu avant 750].
Palat. 593. — Sacramentaire mérovingien : VIIIe.
Ottob. 313. — Sacramentaire de l'Église de Paris. Seconde moitié du IXe.
Palat. 485. — Sacramentaire de Lorsch (fragments). IXe.
Reg. 337. — Sacramentaire carolingien : [A. Wilmart, Codices Reginenses Latini, t. n. p. 255-258 : Romanum Sacramentarium quod a S. Gregorio Magno dispositum esse fertur, videlicet ex authentico libro quem Hadrianus papa I ad Carolum Magnum, saec. VIII ex. misit, deinceps ab Alcuino auctum : Tours ( ?), vers 840-850].
Reg. 567. — Sacramentaire de Sens (fragment) : voir Dictionn., au mot Sens ; xe s.
Palat. 495. — Sacramentaire bénédictin de Lorsch : Xe ou début du xie.
Vatic. 3541t. — Sacramentaire bénédictin de Fulda : Xe.
Vatic. 3896. — Sacramentaire bénédictin de Fulda : Xe.
Palat. 594. — Sacramentaire bénédictin : a appartenu au monastère de Celle, diocèse de Mayence ; XIe.
Palat. 499. — Sacramentaire bénédictin de Lorsch : XIe.
VII. Librairies byzantines à Rome. — Les quelques lignes qui suivent viennent compléter ce qui vient d'être dit touchant les monastères grecs à Rome1. Du vie au Xe, Rome possède une colonie grecque permanente. Groupée dans le quartier populeux et marchand qui s'étend du Vélabre à la Marmorata, aux pieds du Palatin et de l'Aventin, cette colonie a ses églises propres : Ste-Marie in Cosmedin ou in schola graeca, Ste-Anastasie, S. Georges au Vélabre, S. Césaire in palatio. Elle a aussi des monastères nombreux et quelques-uns renommés ; S. Érasme, S. Sabas, S. André, SS. Étienne-et-Silvestre, Ste Lucie de Renatis, SS. Étienne-et-Cassien, Ste Praxède. d'autres encore, sans oublier Ste-Marie in Campa Martio, monastère de femmes qui possède le corps de S. Grégoire de Nazianze. Cette colonie d'émigrés et de fils d'émigrés, fidèles, prêtres, moines, artistes aussi, peintres et musiciens, est une population qui parle grec, qui écrit en grec. Elle suppose des écoles, des ateliers, une littérature, des librairies.
Le pape Paul Ier (757), le même qui fonde le monastère grec des SS. Étienne-et-Silvestre, qui en fait décorer l'église de peintures et de mosaïques, et y établit une communauté de moines grecs, ubi et monachorum congregationem constituens graecae modulationis psalmodiae cynovium esse decrevit 2. Paul Ier envoie à Pépin une collection de livres grecs : Antiphonale et responsale, artem grammaticam, Aristotelis, Dionysii Areopagitae libros, geometricam, orthographiam, grammaticam, omnes graeco eloquio scriptas 3. La souscription d'un manuscrit de Paris, copié en 1276, porte que « le présent livre a été copié sur un exemplaire trouvé dans l'antique bibliothèque de la sainte Église de la vieille Rome », et que ledit exemplaire était daté de l'an 759 4. Un autre manuscrit de Paris, copié en 890, porte en marge de la vie de Ste Marina, qu'il renferme, une suite de scholies composées par Méthodius, le patriarche de Constantinople. « Scholies, est-il dit, insérées par lui au passionnaire qu'il écrivit de sa main, alors qu'il séjournait à Rome, près de S. Pierre », ad sanctum Petrum 6. Méthodius était moine à Constantinople d'où il fut chassé par la persécution de Léon l'Arménien (813-820) ; il se réfugia à Rome. Dans la correspondance de Théodore Studite on trouve nombre de lettres de cette époque, adressées à des membres de sa communauté, émigrés de la sorte à Rome. Encore dans un manuscrit de Paris, lequel comprend le texte grec de la vie de Ste Anastasie, il est dit, à la fin de cette vie, qu'elle fut traduite du latin en grec par Théodore, alors qu'il était à Rome, envoyé pour l'union de la foi orthodoxe ■ et que le texte latin en avait été « découvert par lui dans la maison de Ste-Anastasie0 ». Cette souscription n'est qu'une copie de la souscription originale, le manuscrit qui la donne étant du XIe, et ce Théodore n'étant autre que le Théodore envoyé en 824 par Michel le Bègue à Louis le Pieux pour négocier avec ce prince et le pape Eugène II une entente au sujet des Iconoclastes '. Elle ne nous en fournit pas moins une mention précieuse, celle de la domus sanctae Anastasiae, et de l'édition grecque qui s'y fait des actes de la sainte. Une inscription grecque du monastère de S. André ad clivum Scauri énumère les dix titres d'une donation faite au monastère, et cite un menée grec : « le livre des fêtes et des saints de toute l'année 8 ». A la fin du IXe, Anastase, abbé de Ste-Marie in Transtevere, est occupé à traduire en latin toute une collection d'auteurs grecs ecclésiastiques. En d'autres termes, Rome, dans cette période qui va du vie au Xe, est une place où l'on possède, d'où l'on expédie et où l'on copie des manuscrits grecs. Est-il possible de mettre la main sur quelqu'un de ces exemplaires d'origine romaine ?
Le Liber pontificalis rapporte que c'est le pape Zacharie (741-752) qui publie la traduction grecque des Dialogues de S. Grégoire. Zacharie était grec, natione graecus ; il possédait personnellement une bibliothèque importante, dont il donna une partie à S. Pierre, in ecclesia principis apostolorum omnes codices dormis suae proprios qui in circulo anni leguntur ad malulinos armarium opère ordinavit ; et, nous dit-on plus loin, suo prudentissimo studio quos beatae recordationis Gregorius papa fecit quattuor dialogorum libros de latino in graeco translutavit eloquio et plures qui latinam ignorant lectionem per eorum inluminavit lectionem historiam l. La version grecque des Dialogues est ainsi une édition romaine du milieu du VIIIe. Le manuscrit le plus ancien qui en existe est le Vatic. gr. 1666 daté de l'an 800, dont l'étude minutieuse a montré qu'il avait été copié dans un atelier byzantin de Rome '-.
Duchesne, 300-306. p. 432, 435.
DU
col.
Peiresc (Nicolas-Claude Fabri de). — I. État civil. II. Les enfants. III. Un voyage en Italie. IV. Le doctorat. V. M. Fabri de Peiresc. VI. Les grands voyages. VII. Retour à Aix et établissement. VIII. Peiresc astronome. IX. Nouveau séjour à Paris. X. Peiresc, abbé de Guîtres. XI. Peiresc dans son intérieur. XII. Peiresc et ses livres. XIII. Peiresc et ses bêtes. XIV. Peiresc et ses jardins. XV. Peiresc et ses amis. XVI. Un correspondant de Peiresc. XVII. Peiresc et l'archéologie. XVIII. Peiresc et l'épigraphie. XIX. Peiresc et l'enluminure. XX. Peiresc et les monuments de la monarchie française. XXI. Peiresc et « la curiosité ». XXII. Les « griffonnements » de Peiresc. XXIII. Retour à l'astronomie. XXIV. Mort de Peiresc. XXV. Les collections dispersées. XXVI. Bibliographie, par H. Leclercq... 1 à Pèlerinage à Rome. — I. Ce qu'on peut entendre par le pèlerinage à Rome. II. Pèlerinages dans les catacombes. III. Un pèlerin à Rome au IVe. IV. De quelques pèlerins. V. Les pèlerins à Rome au Ve. VI. Pèlerins francs à Rome au VIe. VII. Vers le milieu du VIe. VIII. Nouvel afflux de pèlerins. IX. Les Irlandais qui furent pèlerins. X. Pendant la seconde moitié du Ve, par H. Leclercq 40 à 40 65 col.
Pélican, par H. Leclercq 176
Pendants d'oreilles, par H. Leclercq 178 à 181
Pendeloque, par H. Leclercq 181 à 186
Pendule, par H. Leclercq 186
Pénitence. — I. Observation préliminaire. II. Épigraphie. III. Moines et confesseurs en Orient. IV. La confession préparatoire à la communion pascale. V. Matière de la confession. VI. Le mode de la confession, par H. Leclercq 186 à 202
Pénitencier. — I. Le prêtre pénitencier à Constantinople. II. En Asie Mineure, en Occident. III. A Rome. IV. Bibliographie, par H. Leclercq 202 à 215
Pénitentiels. — I. La place et le rôle des pénitentiels. II. Qu'il n'y eut pas de pénitentiel romain. III. La réconciliation anticipée. IV. La pénitence tarifée. V. Les changements amenés dans la pratique. VI. Les sources littéraires. VII. La postérité des pénitentiels insulaires. VIII. Abolition et réformation. IX. Le destin de la pénitence tarifée. X. Le dernier pénitentiel. XI. Bibliographie, par H. Leclercq 215 à 251
Pergula, par H. Leclercq
Périgotville. — I. Emplacement. II. Ruines. III. Liste épiscopale. IV. Basilique. V. Chapelle de martyrs. VI. Épigraphie, par H. Leclercq 305 à
Périgueux. — I. La ville romaine. II. L'enceinte romaine. III. L'amphithéâtre. IV. Analyse de la muraille. V. La tour de Vésone. VI. Saint-Étienne de la Cité. VII. La légende de S. Front. VIII. Liste épiscopale. IX. De 418 à 877. X. L'église et la question de S. Front. XI. L'église supposée de Chronopius. XII. Cycle pascal. XIII. Tissu. XIV. Sarcophage. XV. Tuile. XVI. Épigraphie, par H. Leclercq 313 à
Périodeute. — I. Interprétation du mot. II. Textes, par H. Leclercq 369 à
Perizoma. — Voir Dictionn., t. xn, col. 1801-1808, au mot Nudité.
Perle. — I. Symbolisme. II. Usage. III. Parure des femmes romaines. IV. Parure des femmes barbares. V. Perles d'ambre. VI. Perles de verre coloré. VII. Disposition et couleurs, par H. Leclercq 379 à
Péronne, par H. Leclercq 383 à
Pèrouse. — I. Quelques églises. II. Ciborium. III. Sarcophage. IV. Épigraphie. V. Liste épiscopale, par H. Leclercq 385 à
Perpétue et Félicité (Stes). — I. Manuscrits et éditions. II. L'auteur de la Passio Perpetuæ. III. Le montanisme des martyrs. IV. La langue originale de la Passio. V. Les « Actes abrégés » et la Passio. VI. La Passio de Perpétue et de Félicité. VII. La date du martyre. VIII. La ville originaire des martyrs. IX. La culture des martyrs. X. Séjour à Thuburbo. XI. Transfert à Carthage. XII. Dans l'amphithéâtre. XIII. Psychologie et morale. XIV. Sépulture des martyrs. XV. Iconographie. XVI. Bibliographie, par H. Leclercq 393 à
Perpignan. — I. Antiquité. II. Missel, par H. Leclercq 444 à
Perrégaux, par H. Leclercq 446 à
Perret (Louis), par H. Leclercq 447 à
Perroquet, par H. Leclercq 450 à
Perruques, par H. Leclercq 154 à
Persac, par H. Leclercq 155 à
1071 1074 1079 1080 1119 1127 1128 1129 1134 1136 1137 1140 1141 1171 col.
Pluteus. — Voir Dictionnaire, t. II, col. 1821-1831, au mot cancel ; t. XIII, col. 1627-1639, au mot Parapet.
Pluvial. — Voir Dictionnaire, t. III, col. 365-381, au mot Chape.
Poche, par H. Leclercq 1225 à 1226
Podgoritza. — Voir Dictionnaire, t. III, col. 3008-3011, fig. 3336 ; cf. Corp. inscr. lat., t. III, n. 10190.
Poète. — Voir Dictionnaire, t. XI, col. 2779 ; t. XII, fig. 8610.
Poids. — I. Poids monétaires. II. L'exagium solidi.
III. Poids de pierre et de verre. IV. La livre, par H. Leclercq 1226 à 1242
Poignard. — Voir Dictionnaire, t. V, col. 2215-2246, n. XVI, et au mot Scramasax.
Poinçons, par H. Leclercq 1212 à 1246
Poisson, par H. Leclercq 1246 à 1252
Poissonnier, par H. Leclercq 1252
Poitiers. — I. Époque gauloise et romaine. II. La période gallo-romaine. III. Le tracé de l'enceinte.
IV. Malberg et Maubergeon. V. Première construction romaine : les galeries. VI. Deuxième construction romaine : l'enceinte. VII. Origines chrétiennes. VIII. Liste épiscopale. IX. Époque mérovingienne. X. Radegonde et Fortunat. XI. Les derniers Mérovingiens. XII. La fin de l'indépendance. XIII. Le baptistère S. -Jean. XIV. Cathédrale. XV. S.-Hilaire-de-la-Celle. XVI. Église S.-Hilaire. XVII. Monastère de S.-Hilaire. XVIII. Église N.-Dame. XIX. Église Ste-Radegoude. XX. La chapelle du Pas-de-Dieu. XXI. La crypte de Mellébaude. XXII. Le légile de Ste Radegonde. XXIII. L'anneau de Ste Radegonde. XXIV. Le reliquaire de la vraie croix. XXV. Reliquaire en plomb. XXVI. Formule médicale. XXVII. Sculpture et bas-relief. XXVIII. Cimetières et sépultures. XXIX. Épigraphie. XXX. Sarcophages. XXXI. Manuscrits liturgiques. XXXII. Le monastère de Ste-Croix. XXXIII. Encore Sanxay, par H. Leclercq 1252 à 1340
Pola. — I. Historique. II. La cathédrale. III. Le baptistère. IV. Bas-relief. V. Cassette d'ivoire. VI. Bibliographie, par H. Leclercq. . . . 1340 à 1346
Poltava, par H. Leclercq 1316 à 1349
Polyandre, par H. Leclercq 1319 à 1355
Polycandilon, par H. Leclercq 1356 à 1360
Pompeo Ugonio, par H. Leclercq
Pompes funèbres. Voir Dictionnaire, t. VII, col. 2371, épitaphe de Silas ; cf. t. XII, col. 49-51,
Pomponia Græcina. — Voir Dictionnaire, t. I, col. 2817-2818, au mot Aristocratie.
Pomponius Lætus. — Voir Dictionnaire, t. VIII, col. 1042-1051, au mot Lætus.
Ponctuation. — Voir Dictionnaire, t. V, col. 1464-1466, fig. 4551, au mot Feuille de lierre ; t. XIII, au mot Paléographie.
Pont Milvius. — Voir Dictionnaire, t. X, col. 2761, fig. 7811.
Pontarlier, par H. Leclercq
Pontien. — I. Notice. II. La sépulture. III. Examen de la notice. IV. La résignation de Pontien. V. Le martyre. VI. La translation. VII. L'épitaphe. VIII. Le cimetière. IX. Les inscriptions. X. Bibliographie, par H. Leclercq 1409 à
Pontifex. - I. Question d'étymologie. II. Dans l'Église chrétienne. III. Pontifex, titre impérial. IV. Pontifex et episcopis, par H. Leclercq. 1423 à
Pontifical. — I. La genèse du pontifical. II. Les sacramentaires romains. III. Les Ordines Romani. IV. Essais de codification. V. L'ordinarium papote. VI. Le pontifical de Durand de Mende. VII. Sa distribution. VIII. Le pontifical de Burchard. IX. L'édition du Pontificale Homanum. X. Nouvelles retouches. XI. Le pontifical d'Egbert d'York. XII. Le pontifical de Poitiers. XIII. Le pontifical d'Amiens. XIV. Le pontifical de S.-Germains (Lannalatense). XV. Le pontifical de S.-Andrews. XVI. Le pontifical de Jacques Jouvenel des Ursins. XVII. Le pontifical de Sens, par H. Leclercq 1428 à
Pontoise, par H. Leclercq 1443 à
Popinarius, par H. Leclercq
Pudentienne (Basilique de Ste-). — I. Emplacement. II. La légende. III. Les fouilles. IV. L'histoire. V. La mosaïque, par H. Leclercq. 1967 à 1973
Pudicitè, par H. Leclercq 1973 à 1975
Puella, puer, par H. Leclercq 1975 à 1976
Pugillaris, par H. Leclercq 1976 à 1977
Puits, par H. Leclercq 1977 à 1978
Puni que, par H. Leclercq 1978
Pupitre. — Voir Dictionn., t. i, col. 1330-1347 ; t. vin, col. 2493-2496.
Quadragèsime, par II. Leclercq 2003
Quadrapulus, par 1 1. Leclercq 2003
Quadrige. Voir Dictionn., t. iv, col. 2656, 2671 ; t. vi, col. SOI, 802, 2146-2150, 2105, 2407-2408 ; t. ix, col. 611.
Quadrisomus. — ■ Voir Dictionn., t. il, col. 153,914.
Quarante martyrs de Sébaste. — I. La passion. IL Le testament. III. Topographie. IV. L'ivoire de Berlin, par IL Leclercq 2003 à 2006
Quarré-les-Tombes. — I. La localité. IL Les sarcophages. III. Description. IV. Date et durée d'emploi. V. Inhumations. VI. La forme semicarénée. VIL Provenance. VIII. L'entrepôt. IX. Les cercueils et la légende. X. Bibliographie, par H. Leclercq 2006 à 2009
Quatre-Couronnés. — I. La passion. IL Bibliographie, par H. Leclercq 2009 à 201 1
Quatre-Temps. ■*— I. Origine. IL Expansion, par H. Leclercq 2014 à 2017
Quedlinburg. — I. Le trésor. IL Le manuscrit, par H. Leclercq 2017 à 2019
Quenouille, par II. Leclercq 2019 à 2020
Quentin (Saint-). — I. Augusta Veromanduorum. IL Civitas Veromanduorum. III. S. Quentin, apôtre et martyr. IV. Le tombeau de S. Quentin. V. Liste épiscopale. VI. Cimetière gallo-romain. VIL Epigraphie, par H. Leclercq ?.020 à 2026
I. S. -Jean. 2. S.-Anastase. 3. Les Quarante-Martyrs. 4. S. -Georges, S.-Antoine, S. -Vit. 5. S. -Apollinaire. 6. Ste-Pétronille. 7. S.-Théodore. 8. S.- Donat. 9. SS.-Serge-et-Bacchus. 10. S.-Euplus.
2881 col.
S.-Vital. 8. Ste-Suzanne. 9. S.-Caius. XXIV. Églises de la Ve région : 1. S. -Marc. 2. SS. -Apôtres. 3. Ste-Marie in via Lata. 4. S. -Marcel. 5. S.-Silvestre in Capite. 6. Ste-Marie in Trivio ou in Sinodochio.
XXIX. Les monastères des grandes basiliques.
XXX. Quelques églises et monastères, par H. Leclercq 2882 à VII. Particularités. — I. La légende de Rome au Moyen Age. IL Circonscriptions de Rome au Moyen Age. III. Organisation militaire. IV. Diaconies. V. Premiers monastères grecs de Rome. 1. S.-André et Ste-Lucie de Renati. 2. SS.-Vincent-et-Anastase. 3. S.-Sabas sur l'Aventin, par H. Leclercq 299 1 à VIII. Liturgie romaine. — I. Origines dans l'Église de Rome. IL Formules liturgiques. III. Calendrier. IV. Lectures. V. Les pièces de chant.
VI. Les livres romains : le rouleau de Ravenne.
IX. Épigraphie romaine. — I. L'épigraphie chrétienne à Rome. IL Empereurs. III. Ordre sénatorial. IV. Ordre équestre. V. Honesti. Denoti. VI. Employés de la maison impériale. VIL Titres municipaux. VIII. Titres militaires. IX. Titres relatifs aux jeux. X. Professions de la vie privée. XL Patrons, adoptés, affranchis, esclaves. XII. Inscriptions papales datées. XIII. Prêtres. XIV. Archidiacre, diacre, sous-diacre. XV. Ordres mineurs et fonctions ecclésiastiques. XVI. Fidèles chrétiens et chrétiennes. XVII. Catéchumènes, néophytes. XVIII. Épigraphie des basiliques. 1. Dédicace de l'édifice. 2. Inscriptions d'autels. 3. Catalogues de reliques. 4. Inscriptions votives. 5. Inscriptions historiques. 6. Inscriptions légales. 7. Inscriptions liturgiques. 8. Inscriptions des dépendances basilicales. 9. Inscriptions des édifices profanes, par II. Leclercq 3053 à 2994 3015 3053 University of Toronto Library