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ENCAUSTIQUE - FEUX


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PUBLIÉ PAR


ABBÉ DE SAINT-MICHEL DE FARSBORODGH (AKOLETERRE)


ENCAUSTIQUE - FEUX

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(Suite) ENCAUSTIQUE. En ce qui concerne l’encaustique dans l’art chrétien, le sujet est vite épuisé. L’hérétique Hermogène peignait à l’encaustique et Tertullien le déclare « deux fois faussaire : par le caulerium et par le style. » Émeric David, qui ne se piquait pas d’exactitude, avance qu’une partie des peintures des catacombes fut exécutée à l’encaustique ^ et cette assertion a eu du moins l’utilité de provoquer un démenti formel. J.-B. De Rossi a affirmé ne connaître aucune peinture à l’encaustique dans les cimetières chrétiens ; la technique est celle de la fresque, terminée parfois par la détrempe ^ Afin d’éviter les malentendus, il est utile d’écarter le soi-disant portrait de la Vierge Marie à l’encaustique par un prétendu saint Luc et que mentionnent une Vie anonyme de cet évangéliste ainsi que Théophane, cités par Du Gange *. C’est pure légende '.

Eusèbe décrit un grand tableau à l’encaustique représentant Constantin qui précipite dans les flots de la mer un dragon, symbole de la ruine des ennemis de l’Église '. Le moine Épiphane mentionne à Sinope, dans le Pont, une peinture à la cire exécutée sur marbre et représentant saint André '.

Un curieux passage de saint Jean Chrysostome parle des portraits peints à l’encaustique (ζωγράφοι -•ο) et d’autres témoignages postérieurs attestent que cette technique, employée en Égypte pour la représentation des figures, était en vogue à Byzance, au VIe, et plus tard encore, pour les peintures sacrées. Le musée de Kief possède des icônes, provenant du Sinaï et datant vraisemblablement du VIe ; l’une d’elles représente deux bustes de saints, où l’on a cru reconnaître à tort Constantin et sainte Hélène, et l’autre, l’effigie des saints Serge et Bacchus que domine le médaillon du Christ (fig. 4062).

Le Fayoum a possédé une école florissante de peintres à l’encaustique dont les œuvres se distinguent par une intense observation des caractères et des particularités du visage. À en juger par ce qui nous en reste, il ne semble pas que cette école de peinture naturaliste se soit essayée à d’autres ouvrages que le portrait, en sorte que leur art appelle un rapprochement avec celui des mosaïstes de Thabraka ; c’est de l’art industriel et il est possible que beaucoup des portraits peints sur une mince planchette aient simplement été destinés à la confection d’une momie quelconque. De même qu’un grand nombre de gens se précautionnaient de se faire bâtir ou creuser une tombe, ils faisaient rédiger et graver leur épitaphe en laissant vacante la date de la mort, mais les survivants négligèrent de remplir cette indication. Dans le Fayoum, où la mode voulait qu’on recouvrît le visage du mort d’un masque ou d’un portrait fait d’après lui-même en son vivant, il a dû y avoir des « laissés pour compte » ; des ateliers, pour une raison ou une autre, ont gardé les portraits, ils font aujourd’hui l’ornement des musées '.

H. LECLERCY.


ENCENS. — 1. Étymologie. Définition. Lieu d’origine. IL L’encens dans les religions non chrétiennes et dans le culte juif. IIL L’encens dans le culte chrétien primitif. IV. L’encens dans les rites funéraires. V. L’encens dans la liturgie en Orient. VI. L’encens dans la liturgie en Occident. VII. Emplois extra-liturgiques de l’encens.

V.

reth, de sens différents, mais dont le second devint ensuite presque synonyme du premier. Les Septante traduisent lebônàh par θυμίαμα et θυμισθαι, la Vulgate par thus, le latin du moyen âge par olibanum. Les Septante traduisent kelôrelh généralement par θυμιάματα ou θυμίασις, la Vulgate par thymiama, incensum, et à tort par thus.

L’encens est une gomme-résine obtenue par incision du tronc de divers arbres de la région subtropicale. Il répand une odeur balsamique lorsqu’on le brûle. Les arbres qui fournissent l’encens sont du genre Boswellia, de la famille des Térébinthacées-Burséracées. Cette résine est le vrai encens, mais dès l’antiquité on l’a mélangée à d’autres ingrédients, bois, feuilles, fleurs, etc.

D’après l’Écriture, c’est d’Orient, du pays de Saba, et d’assurer ainsi aux morts l’immortalité. Puis, quand les morts furent déifiés, l’offrande de l’encens devint un acte d’hommage dont la fumée, agréable aux dieux, emportait aux cieux l’âme des morts et les prières des vivants '.

1° L’encens en Égypte. — Probablement la plus ancienne référence à l’emploi de l’encens dans le culte religieux se trouve dans l’inscription de Sancbkara, un roi de la XIe dynastie (vers 2500 avant J.-C), qui envoya une expédition dans le pays de Puni pour en rapporter de l’encens.

Les Égyptiens offraient l’encens seul ou avec d’autres offrandes. a) Seul : la composition de l’encens était minutieusement fixée. Chaque ingrédient avait sa propriété magique. On l’offrait à tous les dieux, souvent en quantité considérable. Ramsès II aurait offert 933 766 pièces d’encens pendant les trente et une années de son règne '. — b) Avec d’autres offrandes : l’encens, la myrrhe et d’autres parfums étaient placés dans la carcasse du bœuf offert à Isis.

L’encens était largement employé dans les rites funéraires en Égypte. On en offrait cinq grains, deux fois, à la bouche, aux yeux et aux mains du défunt. On ne s’en servait pas cependant pour l’embaumement. aux dieux '. Les prières, les oracles, les incantations, les rites funéraires étaient accompagnés de l’offrande de l’encens '. On l’employait également comme fumigation pour la table des dieux, pour les lieux que les dieux étaient supposés fréquenter, pour les maisons et pour les personnes '.

4° Chez les peuples cananéens. — L’emploi rituel de l’encens fut très répandu. On l’offrait à Baal, au soleil, à la lune, aux étoiles. Les Livres saints contiennent de nombreuses références à ce culte '.

5° Chez les Perses. — Dans le culte des anciens Perses l’encens était offert cinq fois par jour. On en brûlait parfois des quantités considérables. Hérodote ' rapporte que Darius en brûla 300 talents sur l’autel. On s’en servait également pour les purifications et les fumigations.

6° Chez les Grecs. — L’encens, dans le sens de résine, est postérieur à Homère. L’idée de plaire aux dieux par des fumées odorantes est cependant antérieure, mais on brûlait des bois odorants. Le θυμίαμα d’Homère signifie ces bois. Plus tard, il prit le sens d’encens, d’où le thas des Romains. L’encens proprement dit ne fut employé en Grèce qu’à partir du Ve avant J.-C. Il est probable qu’il y fut introduit avec le culte d’Aphrodite. On le brûlait avec les sacrifices sanglants et non sanglants. On le jetait alors sur l’autel pour le mélanger au sacrifice, ou on en remplissait la victime. Quelquefois on l’offrait avec des sacrifices non sanglants, mais sans le brûler. On l’offrait également seul, soit dans le culte domestique, soit dans le culte public, à Zeus, Déméter, Hermès, etc., soit dans le rituel de certaines sectes, comme le culte d’Orphée. On le brûlait alors sur des brasiers placés sur l’autel ou tout auprès, quelquefois même en dehors du temple. On se servait également d’encensoirs portés à la main '.

L’encens était considéré comme une chose précieuse que l’on donnait en cadeau « .

7° Chez les Romains. — L’encens était une des plus importantes offrandes non sanglantes (libanina). Sans son emploi aucun rite n’était complet. Cependant, comme chez les Grecs, on brûlait à l’origine des bois odorants. C’est par le culte de Bacchus que l’encens fut introduit dans le rituel romain. Pour les sacrifices sanglants, on le versait sur l’autel avec du vin, avant d’y mettre la victime. On l’offrait aussi avec le sang et on le brûlait avec les exta. On l’offrait seul, soit dans le rituel public, soit dans le rituel domestique privé. On l’offrait chaque jour au lar familiaris. On l’employait aussi dans les rites funéraires. Il servait également à éloigner les prodiges ainsi que dans les cérémonies magiques. On le brûlait sur les grands autels des temples, dans des brasiers ou sur de petits autels portatifs (focus, turribulum) '.

8° Chez les bouddhistes. — Le bouddhisme primitif interdisait tout rite extérieur ; néanmoins les cérémonies ne tardèrent pas à s’y introduire et à y prendre une place de plus en plus importante. L’encens fit son apparition vers le IIIe et les voyageurs ont souvent attiré l’attention sur certaines ressemblances entre les rites de l’encensement chez les chrétiens et chez les bouddhistes '.

9° Dans le culte de Mahomet. — Dans le culte officiel l’encens n’est pas employé. Mais on l’offre aux tombeaux des saints et on s’en sert dans les funérailles, les cérémonies magiques et les mariages ».

10° Dans le nouveau monde. — L’encens était également employé dans le culte des anciens Mexicains « .

11° Dans le culte juif. — Les critiques et les exégètes ne sont pas d’accord sur l’origine et le développement de l’emploi de l’encens dans le culte juif. Certains d’entre eux prétendent placer très tard (fin du VIe) l’emploi de l’encens proprement dit (lebônâh) ; et l’érection de l’autel d’encens (Exod., XXX-XXXI) serait encore postérieure '-. Comme dans la plupart des autres religions, les juifs offraient l’encens soit seul, soit avec d’autres sacrifices ou oblations. Dans le premier cas, l’encens n’était pas pur, mais mélangé à trois autres ingrédients ». Les prêtres seuls étaient chargés de préparer et de garder ce parfum, exclusivement réservé, sous peine de mort, au culte divin « . Le jour de la fête de l’Expiation, lors que le grand-prêtre entrait dans le Saint des saints, il offrait cet encens ou parfum dans un encensoir. Cette offrande le garantissait contre la mort ». On l’offrait également deux fois par jour, vers 9 heures du matin et 3 heures du soir, sur l’autel des parfums, dans le Saint« , Cet office, d’abord réservé à Aaron, fut ensuite confié aux autres prêtres. Celui qui devait l’exercer était désigné par le sort ». Les cérémonies de ce rite étaient minutieusement fixées et toute infraction sévèrement punie « . L’encens offert avec les oblations non sanglantes était pur. Sur l’offrande de farine arrosée d’huile on répandait des grains d’encens ». Pour l’offrande des fruits nouveaux, les épis encore tendres étaient broyés, arrosés d’huile et saupoudrés d’encens -« . L’encens était interdit pour les offrandes pour le péché ='. On se servait également d’encens très pur pour les pains de proposition ^■. Dans le culte juif, l’encens est réservé à Dieu seul ». L’offrir à d’autres dieux est une marque d’idolâtrie « . Dans l’Ancien comme dans le Nouveau Testament l’encens brûlant est le symbole de la prière ^.

m. L’encens dans le culte chrétien primitif.

— Nous n'avons aucune preuve positive de l'emploi rituel de l'encens par les chrétiens avant la deuxième moitié du IVe. L'influence du culte juif et celle de l'Apocalypse, par rapport à l'emploi de l'encens, ne se feront sentir que plus tard, et l'allusion à l'encens dans la prophétie de Malachie -« ... et in omni loco sacri— » Exod., xxx, 36-38 ; I Paral., ix, 29. — « Lev., xvi, 12-14. — '• Exod., xxx, 7-8. — » Luc., i, 10. — >' Num., XVI, 17-50 ; II Paral., xxvi, 16-22 ; Lev., x, 1. — « Lev., II, 1-2 ; VI, 15. — = » Lev., ii, 15-16. — « Lev.. v, 11 ; Num.. v, 15. — '= Josèphe, Ant. jud., 1. III, x, 7, — » Hxod, xxx, 38. — • « I Mach., n, 15. — » Psal., cxl, 2 ; Apoc, v, 8 ; viii, 3, 4. — '• Malach., i. 11, ficatur cl of/eiliir nomini meo oblatio munda, dans le texte grec : Q\>\j.ia.p.a. jrpooâyETai, dont les liturgistes postérieurs ont fait tant de cas, est passée sous silence par les commentateurs des premiers siècles ou expliquée comme s j'mbole de la prière '.

Les textes généralement allégués en faveur de l'emploi de l'encens dans le culte chrétien primitif sont peu nombreux et ne sont pas antérieurs au IVe.

Le langage des Constitutions apostoliques, comparant les vierges à l'autel d'encens et à l'encens lui-même ^ est purement figuré et n'implique aucun emploi rituel de l'encens. Il en est de même du passage d'un sermon de saint Basile où il est dit : « Les maisons de prières furent détruites par des mains impies, les autels renversés et il n'y avait ni oblation ni encens '. • C'est une citation textuelle du prophète Daniel '. Hosius, écrivant à Constantin, en 335, lui dit : « Il n'est pas permis à nous d'exercer le pouvoir sur cette terre, ni à vous de brûler l'encens ^. » Ces paroles font allusion au sacrilège du roi Osée', et le contexte montre clairement qu'il faut les prendre au sens figuré. L'ordonnance attribuée par l'auteur du Liber pontificalis au pape Soter (162-170), prescrivant ul nutlns monachiis (d'après certains manuscrits, nulla monacha)... incensum ponerct in sanclam ecclesiam ', est sans valeur comme preuve, puis que la rédaction de cette première partie du Liber pontificalis est du VIe. Il faut également écarter le témoignage emprunté au chapitre xxxiv du De consummatione mundi, attribué à Hippolyte ». Cet ouvrage est apocryphe.

Par contre, toute une série de témoignages, peu concluants peut-être pris séparément, mais dont la force cumulative paraît décisive, semblent démontrer que l'encens, comme symbole rituel, était rigoureusement proscrit du culte chrétien primitif.

Saint Justin et Athénagore, réfutant l'accusation d'athéisme portée contre les chrétiens, admettent qu'ils n'offrent ni sacrifices sanglants, ni libations, ni encens, puis que le Dieu qu'ils adorent n'en a pas besoin ». Tertullien est plus explicite encore. Le chrétien offre à Dieu opiniam et majorem hostiam guam ipse mandavil, oralionem de carne pudica, de anima innocente, de Spiritu Sancto proleclam. Non grana thuris unius assis Arabicœ arboris lachrymas '« . Clément d'Alexandrie, comparant le culte chrétien et le culte païen, déclare que le vrai autel est l'âme du juste et l'encens qui s'en élève, la prière ». Origène insiste sur la même idée^^ Arnobe et Lactance raillent les sacrifices d'encens des païens d'une façon qui semble exclure son usage dans le culte chrétien « . Citons encore le témoignage de saint Augustin : Non imus in Arabiam thus quœrere, non sarcinas avari negotiatorum excutimus. Saerificium laudis quœrit a nobis Deus '*.

Voilà les principaux textes. On trouvera dans l'ouvrage de M. Atchley » d'autres renseignements encore sur ce sujet, avec renvois aux auteurs chrétiens jusqu'au Ve inclusivement. Les liturgistes qui prétendent faire remonter l'emploi de l'encens jusqu'aux origines du christianisme font remarquer que ces divers témoignages ne prouvent nullement que les chrétiens des premiers siècles ne se servaient pas d'encens dans leur culte, mais seulement qu'ils ne s'en servaient pas de la même façon que les païens. Mais cette hypothèse est généralement abandonnée aujourd'hui.

Cette réprobation de l'encens par les premiers chrétiens s'explique par leur aversion pour tout ce qui pouvait rappeler le culte des idoles, surtout les sacrifices d'encens, qui équivalaient pour eux à l'apostasie. Néanmoins, ils n'hésitaient pas à s'en servir dans la vie privée comme mesure d'utilité pratique. Si nie odor alicujas loci oflenderil, écrit Tertullien, Arabiœ aliquid incendo ; sed non eodem ritu nec eodeni habita nec eodem apparalu quo agitur apud idola « . De bonne heure, également, comme nous le verrons plus loin, ils employèrent l'encens dans les funérailles.

A partir du milieu du IVe, les témoignages relatifs à l'encens, soit dans le culte public, soit dans la dévotion privée, d'abord rares, deviennent ensuite plus nombreux, mais ils sont en général si vagues qu'il est impossible de fixer avec précision le rituel primitif de l'encens ou l'origine et le développement des divers usages tels qu'on les rencontre plus tard. Tout ce que nous pouvons faire est de grouper avec autant d'ordre que possible les plus importants de ces témoignages.


IV. L'encens dans les rites funéraires. — Les plus anciens textes concernant l'emploi de l'encens par les chrétiens se rapportent aux funérailles. Suivant l'usage commun, les chrétiens se servaient d'encens et d'autres parfums pour embaumer leurs morts ou pour brûler autour du cadavre, ce qui montre qu'on n'attachait plus aucune signification religieuse à ces pratiques : cependant, vers la fin du IVe, comme le prouve le Testament de saint Éphrem », l'encens et les parfums étaient considérés comme des marques de respect et d'honneur envers le défunt, et non plus comme de simples mesures d'utilité pratique.

En outre, pour bien marquer le contraste entre la conception chrétienne de la mort et celle des païens, les chrétiens donnèrent à leurs funérailles tous les caractères d'un cortège triomphal, chants d'allégresse, lumières, palmes, encens. Il est très probable que c'est par les rites funéraires que l'usage de l'encens est entré dans le culte chrétien.

Tertullien, tout en répudiant l'idée d'offrir des sacrifices d'encens, admet que les chrétiens s'en servaient ad sotatia scpuUune ' ; et ailleurs il dit : Thura plane non emimus ; si Arabiœ queruntur scient Sabœi pluris et diarioris suas merces christianis sepeliendis profligari quam dits famigandis ^ Rien n'indique dans ces textes si l'encens servait uniquement pour l'embaumement ou si on le brûlait aussi comme fumigation.

A partir du IVe, les textes sont plus explicites. Voici la description de l'enterrement de saint Pierre d'Alexandrie, mort en 311 : Tune vicirieia signa palmas gerentes flammantibus cereis, concrepantibus hymnis, flagranti busqué thymiamatibus, cxlcslis viclorise Iriumphum célébrantes deposuerunl sanctas reliquias et sepelierunt cas in cœmeterio '. Vers la fin du même siècle, saint Jean Chrysostome fait également allusion à l'encens dans les cortèges funéraires *. Saint Éphrem, mort en 373, engage les fidèles, dans son testament, à ne pas employer d'encens ni de parfums à ses funérailles, car il n'est pas digne d'un pareil honneur, mais à les offrir à Dieu dans le sanctuaire '.

Ces coutumes ne sont pas particulières à l'Orient. Saint Hilaire d'Arles, à propos des funérailles de saint Honorat, mort en 429, dit : prœlaia l une anle feretrum ipsius aromata et incensum vidimus '. Au Ve, en Orient, l'usage existait d'offrir de l'encens à l'occasion de la mort de quelqu'un. Au concile de Chalcédoine, en 451, le diacre Ischyrion accusa le fameux patriarche d'Alexandrie Dioscore, entre autres choses, d'avoir dilapidé les aumônes laissées par la matrone Peristcria, de sorte qu'il ne restait pas même assez d'argent pour faire une offrande d'encens convenable'. Saint Onuphre, sur le point de mourir, demande à son disciple de faire une oblation ou du moins une aumône pour lui : cependant, si guis ne que oblationem nec eleemosynam potest of/erre pro charitate mea incensum Domino Deo nostro in odorem suavitalis accendat ». L'abbé Julien, apprenant par révélation la mort de saint Siméon Stylite, dit à ses disciples : Mitiitc Ihymiama in Ihuribulum '. Il serait facile de multiplier ces exemples « . Citons encore cependant un autre exemple du VIe. Saint Jean Climaque étant mort, son disciple l'enterra et, le troisième jour, il revint visiter la tombe pour brûler de l'encens au vieillard ». Cette visite au tombeau, le troisième jour, pour brûler de l'encens, serait-elle une réminiscence de la visite des saintes femmes au tombeau du Seigneur, le troisième jour, portantes quse paraveranl aromata ? Notons seulement en passant que cet épisode de l'Évangile fournit, de très bonne heure au moyen âge, aux liturgistes et aux auteurs de drames sacrés, ample matière pour de belles et touchantes scènes et cérémonies, où naturellement l'encens joue un rôle important '-.

Aux funérailles proprement dites, il faut assimiler la translation et la déposition des reliques. Saint Grégoire de Tours rapporte que la translation des reliques de saint Lupicin, vers 488, se fit disposilis in itinere psallentium lurmis cum crucibus cereis que at que odore fragranlis Itiymiamalis « .

Une autre cérémonie d'un caractère presque exclusivement funéraire est la dédicace des églises, suivant l'ancien usage romain. Dans les plus anciennes descriptions de ce rite (IXe) l'encens est mentionné dans la procession des reliques ». L'idée d'embaumement, indiquée dans le rituel primitif par les onctions faites à l'intérieur et à l'extérieur du tombeau, est exprimée plus clairement encore par l'usage postérieur d'encenser l'autel et d'enfermer des grains d'encens dans le tombeau avec les reliques.

V. L'encens dans la liturgie orientale. — Les liturgies orientales font un usage beaucoup plus considérable d'encens que les liturgies occidentales, puisqu'on l'emploie à tous les offices. Néanmoins, les origines de ce rituel si développé sont obscures. Une des plus anciennes mentions de l'encens dans le culte en Orient se trouve dans le Testament dit de saint Éphrem, mort en 373. Dans ce passage déjà cité, le saint demande aux fidèles de n'employer ni parfums ni encens à ses funérailles, mais de les offrir à Dieu pour être brûlés dans le lieu saint, afin que tous ceux qui entrent puissent jouir de l'agréable odeur '^. Ce renseignement si sommaire indique néanmoins un usage déjà établi vers le temps de saint Éphrem et familier à ses lecteurs.

Comment et à quel moment l'encensement se faisait-il ? nous ne le savons pas. S'agit-il d'une simple fumigation par mesure de prudence, sans signification religieuse ? Quelques auteurs l'ont prétendu. D'autres, mais sans raisons suffisantes, considèrent le passage comme interpolé. Cependant les mots : « Offrez l'encens à Dieu » et le fait que le saint le considère comme un honneur laissent croire que, dès cette époque, l'encens tenait un rang élevé dans la liturgie. Rappelons en passant que saint Éphrem passa les dix dernières années de sa vie à Édesse. Or, il y a une allusion à un usage pareil dans une homélie de saint Jean Chrysostome prononcée vers la fin du même siècle, à Antioche, centre religieux important dont l'influence s'est fait sentir à Édesse. Reprochant à ses auditeurs leurs conversations lascives pendant les offices, le saint poursuit : • Nous remplissons l'église d'encens matériel, mais à quoi bon ! si nous ne nous soucions pas de purifier nos esprits et d'en chasser les impuretés « ? • Les canons apostoliques, écrits également à Antioche, vers la fin du IVe ou au commencement du Ve, font aussi mention de l'encens, mais sans indiquer à quel usage il était destiné : Congruo tenipore offcrri non liceat aliquid ad altare prœter... et oleum et luminaria et Ihymiama, i. e. incensum, tempore quo sancta celcbralar oblalio ».

Environ un siècle plus tard (fin du Ve), nous avons deux témoignages également d'origine syrienne, qui nous permettent de préciser le moment de l'encensement. Suivant le pseudo-Denys, l'évêque encensait le chœur et le sanctuaire au commencement de la messe « . Narsai, fondateur de la fameuse école nestorienne de Nisibe, en 457, après son expulsion d'Édesse, nous a laissé une explication détaillée de la messe intitulée : L'exposition des mystères. Voici sa description de l'église quelques instants avant la consécration :

Tout le corps ecclésiastique observe maintenant le silence : tous s'efforcent de prier avec ferveur dans leur cœur. Les prêtres sont immobiles, les diacres sont debout silencieux, tout le peuple est tranquille, silencieux, humble et calme. L'autel est couronné de beauté et de splendeur ; dessus, il y a l'évangile de vie et le bois adorable (la croix). Les mystères sont en ordre, les encensoirs fument, les lampes brillent »...

Le Commentarius liturgicus attribué à saint Sophrone, patriarche de Jérusalem (634-638), est apocryphe du XIe ou XIIe, et par conséquent sans valeur pour le présent travail. Notons cependant que l'encensement pendant le chant de l'alléluia après l'épître, qui y est mentionné -, existait dans le rite syrien au Xe, puisqu'il y a une prière d'encens de cette époque prescrite pour ce moment de la messe '.

Suivant le témoignage d'Éthérie (fin du IVe), l'encens était également employé à Jérusalem à la lecture de l'évangile aux vigiles du dimanche : Didis ergo his tribus psalmis et factis orationibus tribus, ecce etiam thymiama inferuntur intro spelunca Anastasis, ut tota basilica Anastasis repleatur odoribus. El t une ibi stat episcopus intro cancellos, prendet evangelium '...

Pour les origines de l'encens dans le rite byzantin, nous sommes moins bien renseignés. Au VIe, vers 580, à Constantinople, l'église était encensée au commencement de la cérémonie de la nuit de Pâques ', usage analogue à celui décrit par le pseudo-Denys déjà cité, et qui sans doute ne devait pas être particulier à la cérémonie de Pâques.

Au IXe, à la messe des présanctifiés du rite byzantin, le célébrant encensait l'autel en forme de croix à la prothèse : au commencement de la messe des catéchumènes, il encensait le sanctuaire et la nef, et l'encens accompagnait la procession de la petite entrée '.

En Égypte, l'encensement autour de l'autel, probablement au commencement de la messe, est mentionné dans le texte arabe des canons d'Athanase '. La rubrique des Didascalia arabes, de date incertaine, est plus explicite : à la prothèse, l'évêque apportera l'encens et fera trois fois le tour de l'autel en l'honneur de la sainte Trinité ; il donnera ensuite l'encensoir au prêtre, qui encensera les fidèles *. Cet encensement préliminaire était également en usage vers 880, à Alexandrie où le patriarche Sanutius commençait la messe circuineundo cum incenso altare et gradus ejus '.

La version arabe des Constitutions apostoliques prescrit l'emploi de l'encens pour la consécration des évêques : « ... les autres évêques et prêtres, debout à l'autel, prieront en silence, et les diacres tiendront le livre des saints évangiles ouvert sur la tête de celui qui doit être ordonné, et tous prieront Dieu pour lui, et l'évêque priera Dieu pour lui, et un des évêques encensera la main de celui qui doit être ordonné ».

L'encens dans la liturgie en Occident. — Comme pour l'Orient, c'est de la fin du IVe que date le premier témoignage sérieux en faveur de l'emploi liturgique de l'encens en Occident.

Commentant le texte de saint Luc, i, 11 : Apparuit illi angelus Domini stans a dextris altaris incensi, saint Ambroise, écrivant entre 385 et 389, dit : Algue ullinam nobis quoque adolentibus altaria, sacrificium deferentibus, assistat angelus, imo praebeat se videndum « .

La validité de ce témoignage est contestée par certains critiques, qui n'y voient qu'un langage figuré. D'autres prétendent que l'expression adolere altaria ne signifie pas « encenser l'autel », mais « charger l'autel de dons », suivant l'usage classique, les mots sacrificium deferentibus étant une simple clause explicative, de sorte que le sens serait : « Lors que nous chargeons l'autel de dons, à savoir, en apportant la matière du sacrifice, au moment de l'offertoire. » Cette explication n'est pas satisfaisante. D'abord, dans l'expression classique telle que l'emploient Virgile, Lucrèce, etc., Adolere altaria, le complément indirect, qui fait défaut dans le texte de saint Ambroise, est essentiel pour le sens. En outre, cette explication ne tient pas compte du contexte. Le verbe adolere, d'un usage fréquent dans le texte latin de la Bible pour indiquer les sacrifices d'encens, a été suggéré par altaris incensi. Par conséquent, même à défaut d'autres preuves, on serait justifié à conclure que saint Ambroise fait ici allusion à l'emploi de l'encens, soit au sens figuré, la prière, soit au sens propre. Mais cette hypothèse est confirmée par deux autres textes de saint Ambroise, qui prouvent, l'un, que l'encens ou des parfums étaient employés dans l'église, l'autre, que l'expression adolere altaria signifie encenser l'autel. Le premier texte, écrit entre 377 et 385, contient une allusion, d'ailleurs assez vague, à l'encens : nec verearis ne in conventu ecclesiae aut grati adores libi aut dulces cibi... desint '. Le deuxième, écrit vers 390, semble avoir échappé à l'attention de ceux qui prétendent que adolere altaria doit être pris au sens classique, car il tranche définitivement la question : Illi igitur emunt Christum qui bonos odores deferunt, thymiama quo adolent altaria piae mentis. Vnde et David graece hoc modo ait : Katavwvuwv TO 7] Tzpoasuxv) HO'j <I)ç 6uij.i !X[ia èvcÔTtiov aoy (Psal. cxl, 2) ». Saint Ambroise nous fournit donc le plus ancien témoignage explicite en faveur de l'emploi de l'encens à la messe.

Le Ve est pauvre en renseignements relatifs à l'encens. L'ordonnance attribuée par le Liber pontificalis à Boniface Ier (418-422), défendant aux femmes et aux religieuses d'offrir l'encens à l'église, est apocryphe « . La notice biographique de Xystus III (432-440) mentionne le don d'un encensoir d'argent à la basilique de Sainte-Marie-Majeure '. Saint Paulin de Nole, dans un de ses poèmes, parle de l'encens et des lumières portées devant l'évêque à une cérémonie de mariage :

Sed quis odor nares allabitur sethere manans ? Cunde meos stringit lux inopina oculos ?

Nous reviendrons sur ce sujet.

En 599, saint Grégoire le Grand envoie à Secondin de Ravenne de l'encens : Aloa vero cl Ihijmiama sloracem et balsamum sandorum martyrum corporibas of/frenda. latore præsentium déférente transmisimus '.

En 660, à Crémone, de l'encens est brûlé, in onorem S. Sisinnii, le jour de sa fête, in odorem suavitalis '.

Vers la même époque, Théodore, archevêque de Cantorbéry (668-690), ordonne que : Incensum Domini incendatur in natale sanctorum pro reverentia diei, quia ipsi sicut lilia dedent odorem suavitalis '.

Vers la fin du VIIe, le pape Serge (681-701) fecit thymiama aureum majorem cum columnis et coperculo quem suspendit ante imagines tres aureas beati Petri apostoli, in quo incensum et odor suavitatis festis diebus dam missarum solemnia celebrantur, omnipotenti Deo opulentius mittitur '. Il s'agit d'un encensoir fixe ; donc pas d'encensement de l'autel ni des personnes tels que nous les retrouvons plus tard.

Vers 744, Gemmule, diacre de Rome, écrit à saint Boniface : Transmisimas enim per prædidum presbyterum aliquantulum cozumbri quod incensum Domino offeratis, temporibus matutinis et vespertinis, sive dum missarum celebratis solemnia, miri odoris atque fragrantiae '. Mais si tous ces textes attestent l'emploi de l'encens dans la liturgie, ils ne nous donnent aucun renseignement sur le cérémonial suivi. Sur ce point, il faut consulter les Ordines romani. L'Ordo I, qui est du VIIIe, mais qui, comme les autres Ordines, suppose des coutumes déjà établies par un usage plus ou moins ancien, décrit une messe solennelle papale. L'encens y est mentionné trois fois. Le pape, se rendant à l'autel, à l'introït, est précédé d'un sous-diacre portant un encensoir d'or garni d'encens et de sept acolytes avec des torches allumées '. Le diacre, se rendant à l'ambon pour chanter l'évangile, est précédé de l'encens et de torches allumées '. Après la messe, à la sortie, le pape est accompagné par le diacre portant l'encensoir et par les acolytes *.

Cette description est conforme au témoignage d'Amalaire, qui dit qu'à Rome post evangelium non offerunt incensum ad altare '. L'encens et les lumières ne servent qu'à accompagner soit le pape, soit le livre des évangiles, mais ni l'un ni l'autre ne sont encensés. L'encensement de l'autel, des oblats, des personnes, n'est pas un usage romain, puisqu'on n'en trouve aucune trace dans l'Ordo I, qui représente le rite romain pur. Si nous examinons maintenant les Ordines II, V et VI, qui présentent un mélange du rite romain et du rite gallican, nous trouverons que l'emploi de l'encens à la messe s'est considérablement développé. D'après l'Ordo II (début du IXe), l'évêque, à l'entrée, est précédé des sept acolytes et d'un, deux ou trois encensoirs fumants ' ». Pour le chant de l'évangile, le diacre est accompagné par deux acolytes et deux encensoirs ou un seul « . Pendant le chant du Credo, thuribula per altaria portantur et posita ad nares hominum feruntur et per manum fumus ad os Irahitur '. C'est l'encensement de l'autel ou plutôt des autels et des personnes.

Après l'offertoire, ponitur incensum super altare ». C'est l'encensement des oblats. À la sortie, l'évêque est précédé des sept acolytes et du sous-diacre portant l'encensoir « . L'auteur de l'Ordo II, qui par ailleurs a maladroitement adapté l'Ordo I aux usages particuliers de son Église, a oublié qu'au début de la messe l'évêque était escorté d'un, deux ou trois encensoirs.

Nous avons donc dans ces quatre ordines tous les éléments particuliers au rituel de l'encensement à la messe, tel qu'il est pratiqué aujourd'hui, à l'exception de l'encensement au moment de la consécration, qui ne fut d'ailleurs introduit que très tard. Nous pouvons les diviser en deux catégories. La première, d'origine romaine, mais adoptée de bonne heure par la liturgie gallicane, comprend l'emploi de l'encens et des cierges pour l'entrée et la sortie de l'évêque et la procession de l'évangile. La deuxième, d'origine gallicane, comprend l'encensement de l'autel, soit par le célébrant, soit par un ou plusieurs ministres inférieurs. Quelle est l'origine de ces deux usages ? Pour le premier, encensoir et cierges sont un signe d'honneur que la liturgie a emprunté aux coutumes de la magistrature romaine. En effet, certains hauts magistrats avaient le privilège, lorsqu'ils allaient rendre justice, de se faire précéder par les insignes de leur autorité, quatre torches et le liber mandatorum ; l'encens était réservé à l'empereur. La liturgie remplaça le liber mandatorum par le livre des évangiles. Au tribunal, dont la disposition correspondait d'une façon frappante à celle de la basilique romaine, le liber mandatorum et les torches étaient disposés sur une table devant le juge, comme le livre des évangiles et les cierges sur l'autel devant l'évêque. Certains auteurs pensent que l'encensoir n'est que le réchaud, porté pour rallumer les torches si elles s'éteignaient, que la liturgie aurait transformé en brûle-parfums.

Dans quelles circonstances les évêques adoptèrent-ils ces insignes ? Nous ne le savons pas. Peut-être sous Constantin, qui leur accorda dans certains cas le droit de siéger comme juges, droit qui fut confirmé en 408. Il est probable que les évêques ont adopté ces insignes lorsqu'ils se rendaient processionnellement au tribunal et qu'ensuite ils les ont conservés pour leurs entrées solennelles à l'église. La procession de l'évangile à la messe n'est qu'une procession des insignes de l'évêque sans l'évêque. Puis l'idée prévalut que l'encens et les lumières étaient portés comme signes de respect pour l'évangile.

Saint Paulin de Nole, dont nous avons déjà cité le témoignage, mentionne l'encens et les lumières portés devant l'évêque dans une cérémonie de mariage. Deux mosaïques à Ravenne, l'une dans l'église de Saint-Vital, du milieu du VIe, l'autre dans l'église de Saint-Apollinaire, du VIe, nous montrent un évêque accompagné de deux acolytes portant, l'un un encensoir, l'autre le livre des évangiles. Dans la Vie de saint Basile par le pseudo-Amphiloque, probablement du VIe, on trouve un curieux exemple d'un prêtre déléguant sa femme pour recevoir l'archevêque avec lumières et encens : Ecce vadam ad culturam agri, domina mi soror, sed surge et orna domum tuam et circa horam nonam tolle thuribulum et cereos obviam vade sancto Basileo archiepiscopo.

Nous ne savons pas à quelle époque fut introduit l'usage de porter les lumières et l'encens pour le chant de l'évangile. Les lumières sont mentionnées par saint Jérôme. Deux autres témoignages, également d'Orient, attestent l'emploi de l'encens au moment de la lecture de l'évangile : la Peregrinatio Etheriae, de la fin du IVe pour l'office des vigiles, et les canons d'Athanase, document d'origine égyptienne, mais de date incertaine, pour la messe.

En Occident, le sacramentaire gélasien fait mention d'une procession de l'évangile, avec cierges et encens, dans les cérémonies du baptême. Il semble qu'à l'origine, dans le rite romain, l'encens seul était porté dans la procession de l'évangile, comme cela se fait encore à la messe du samedi saint, tandis que, dans le rite gallican et le rite mozarabe, les lumières seules étaient portées, car ni saint Germain, ni saint Isidore ne parlent d'encens. En 852, Hincmar ordonne : ut omnis presbyter thuribulum et incensum habeat, ut tempore quo evangelium legitur, et finito offertorio super oblationem, incensum ut in morte videlicet redemptoris ponat. Un concile tenu à Rouen, vers 878, porte un décret presque identique.

L'origine de l'encensement de l'autel, soit par le prêtre seul, soit par des clercs inférieurs, doit se trouver, suivant M. Atchley, dans le rite gallican de la dédicace. Nous avons vu que la dédicace romaine consistait dans la seule translation et déposition des reliques, suivie de la messe, et nous l'avons rangée parmi les processions funéraires. La dédicace gallicane est plus compliquée. C'est un rituel de type baptismal par lequel l'église est dédiée au culte. Ce rituel offre deux particularités importantes : sa ressemblance avec le rite byzantin et avec certaines cérémonies prescrites par l'Exode et le Lévitique. Voici le texte de la Vulgate comparé à la rubrique gélasienne concernant l'encens :

GÉLASIEN*.

Et opères incensum super altare. Odorem suavissimum Domino.

Vulgate. Et offeres incensum super altare. (Exod., xxix, 13.) Odor suavissimus... Domini.

(Exod., XXIX, 18.) Odorem suavissimum Domino (Levit., I, 13.)

Nous ne savons pas à quelle époque ce sacrifice d'encens fut introduit dans la dédicace gallicane. Théodore, archevêque de Cantorbéry (668-690), fait peut-être allusion à une cérémonie de ce genre dans son pénitentiel : Incensum Domini incendatur in natale sanctorum pro reverentia diei, quia ipsi sicut lilia dederunt odorem suavitatis et asperserunt ecclesiam Dei sicut incensu aspergitur ecclesia primitus juxta altare. Faut-il traduire primitus par le jour de la consécration ?

Dans la cérémonie de la dédicace, l'encens est offert par l'évêque consécrateur, mais, vers la fin du VIIIe, un nouveau développement s'introduisit et l'encensement commencé par l'évêque était continué par un prêtre qui circulait autour de l'autel, pendant les onctions, en balançant l'encensoir.

Or, dans les Ordines II, V et VII, nous retrouverons cette manière d'encenser employée à la messe. Le célébrant offre l'encens à l'autel, un clerc inférieur encense autour de l'autel. Mais ce cérémonial est encore en voie de formation. Certaines Églises adoptent la première manière d'encenser, d'autres la deuxième, d'autres enfin les deux ; même divergence pour le moment d'offrir l'encens. Enfin dans ces ordines apparaît pour la première fois l'encensement des personnes.

Dans l'Ordo II, nous trouvons les deux encensements. Pendant le Credo, l'encensement autour des autels, par un ministre inférieur, suivi de l'encensement du clergé et des fidèles : après l'offertoire, l'encensement de l'autel et des oblats par le célébrant. L'Ordo VII prescrit qu'un encensement de l'autel fait par un des acolytes pendant le Credo, et suivi également par l'encensement des fidèles. L'Ordo VI ne prévoit également qu'un seul encensement de l'autel fait par le célébrant après l'offertoire.

On aura remarqué qu'il n'est question, dans ces ordines, ni de prières d'encens, ni de bénédiction d'encens. L'une et l'autre sont, en effet, d'une époque postérieure et par conséquent en dehors des limites de ce dictionnaire. Disons brièvement que l'idée générale des prières d'encens est que l'encens brûlant est un sacrifice, une offrande, que l'on fait à Dieu dans l'espoir d'en recevoir en retour sa grâce, son assistance, sa miséricorde. Cette idée de sacrifice est clairement indiquée dans la liturgie grecque de saint Marc, du Xe, qui emploie comme prière d'encens une formule qui signifie : »Que l'encens brûlant soit un sacrifice agréable à Dieu« .

Il est important de noter que le mot »incensum« de la Vulgate ne signifie pas encens. L'erreur s'explique facilement de la part de quelqu'un ignorant le texte hébraïque. De même, le passage »Incensi hujus sacricium unctisimum« , de l'Exultet du samedi saint, signifie le cierge pascal, mais il a été traduit par encens, ce qui a donné lieu à la cérémonie des grains d'encens.

Un missel d'origine italienne du commencement du XIIe, nous trouvons la formule suivante employée pour la bénédiction de l'encens à l'offertoire : Pro cujus amore cremaris, ab ipso benedicaris. Un missel italien du XIe, provenant d'une abbaye bénédictine, prescrit simplement de bénir l'encens in nomine Patris et Filii et Spiritus Sancti.

Donnons enfin une longue formule de bénédiction de la fin du Xe, d'origine anglo-saxonne. Elle est très belle et d'un symbolisme très riche. Le manuscrit n'indique pas à quelle occasion elle servait. L'église de Salisbury l'a adoptée plus tard pour la bénédiction de l'encens le samedi saint.

Exorcismus incensi sive thymiamatis.

Exorcizo te omni inmundissime spiritus omne phantasma inimici in nomine Dei Patris omnipotentis et in Jesu Christi filii ejus et Spiritus Sancti, ut exeatis et recedatis ab hac specie thymiamatis sive incensi, cum omni fallacia ac nequitia vestra, ut sit haec species sanctificata in nomine Domini nostri Jesu Christi ut omnes gestantes, tangentes, odorantes ea virtutem et auxilium percipiant Spiritus Sancti ; ita ut non ibidem ubi haec incensa vel thymiata fuerint adpropinquare audeatis, nec adversa inferre presumatis. Adjuro te per nomen et per virtutem Dei Patris omnipotentis et Jesu Christi filii ejus qui venturus est in Spiritu Sancto Benedictio incensi sive thymiamatis.

J’adhere à la règle absolue n°1 de préservation des lignes vides et je vais corriger le texte en conséquence.

JElernam ac justissimam pietatem tuam deprecamur. Domine sanctissime Pater omnipotens, eterne Deus, ut benedicere digneris hsec thymiama vel incensi speciem, ut sit incensum majestati tuae in odorem suavitatis acceptum. Sit a te hsec species benedicta, sit per invocationem sancti nominis tui sanctificata, ita ut ubicumque fumus ejus pervenerit, extricetur et effugatur omne genus daemoniorum. Sicut incensu jecoris piscis quem Raphaël archangelus Tobiam famulum tuum docuit, cum ascendit ad Sareptam liberationem. Descendat benedictio super hanc speciem incensi et thymiamatis sicut in illo de quo David propheta laus cecinit dicens : Dirigatur oratio mea sicut incensum in conspectu tuo. Sit nobis odor consolationis, suavitatis et gratiae, ut fumo isto effugatur omne fantasma mentis et corporis, ut simus Pauli apostoli voce bonus odor Deo. Effugiant a facie incensi hujus et thymiamatis omnes daemonum incursus, sicut pulvis a facie venti et sicut fumus a facie ignis. Presta hoc, piissime Pater, boni odoris incensum ad opus Ecclesiae tuae ob causam religionis jugiter permanere, ut mystica nobis significatione, spiritualium virtutum flagrans ostenderet odor suavitatem. Tua ergo quaesumus, omnipotens Deus immensae majestatis, dexteram hanc creaturam benedicere ex diversarum rerum commixtione infectam dignare, ut in virtute sancti nominis tui omnes inmundorum spirituum phantasmaticos incursus effugare, omnesque morbos reddita sanitate expellere, ubicumque fumus aromatum ejus afflaverit, mirabiliter possit atque in odore flagrantissimo tibi, Domine, perpétua suavitate redolere.

L'encens n'est pas réservé exclusivement à la messe dans la liturgie occidentale. Il était employé à matines, ou, plus correctement, aux vigiles de la nuit, à Rome, dans le courant du ix« siècle. A propos d'Etienne V (885-891), le Liber pontificalis nous dit que ce pape cum in basilica beati Petri apostolorum principis, ubi sacro ipse corpore requiescit, cerneret nocturnis laudibus vix semel thymiama incensum offerri, instituit et per singulas lectiones et responsoria adoleatur. Il s'agit peut-être d'encens brûlé dans les encensoirs fixes et non d'un encensement pratiqué avec un encensoir portatif à chaînes. D'après le contexte, l'usage existait avant le pontificat d'Etienne V, mais il n'y avait pas de règlement précis. Peut-être mettait-on de l'encens dans les encensoirs une seule fois, au début de l'office. C'est sans doute cet usage qui, au moyen âge, donna naissance à différentes coutumes plus ou moins analogues, relatives à l'emploi de l'encens à matines. En Normandie et en Angleterre, dès le xi« siècle, le cérémonial est fixé : l'autel était encensé pendant le dernier répons de chaque nocturne et au Te Deum.

L'encens aux laudes et aux vêpres est mentionné par Gemmule, diacre de Rome, qui écrit vers 744 à saint Boniface : Transmisimus aliquantulum cozumbri quod incensum Domino offeratis temporibus matutinis et vespertinis sive dum missarum celebratis solemnia. Ce témoignage encore suppose un usage déjà établi.

L'encensement aux vêpres a été suggéré par le verset Dirigatur, Domine, oratio mea, sicut incensum in conspectu tuo, qui est dit après l'hymne. Notons en passant que, dans le rite grec, l'encensement aux vêpres se fait pendant le chant du psaume cxl, dans lequel se trouve ce verset. Mais lors que l'influence du culte juif se fit sentir dans la liturgie chrétienne, on identifia l'encensement aux vêpres et aux laudes avec l'encens du matin et du soir prescrit dans l'Exode. C'est ce qui ressort du témoignage d'Amalaire au ix« siècle : Cum ipso versu (Dirigatur, etc.) offeratur incensum quod Dominus praecepit offerri, de quo scriptum est in libro Exodi... Post hoc sequitur hymnus sanctae Mariae. Cependant Raban Maur, contemporain d'Amalaire, parlant de l'office de vêpres, rapporte que les Juifs offraient l'encens à ce moment, mais ne dit rien d'un encensement pratiqué à son époque. On peut donc conclure que cette coutume n'était pas encore établie partout. Jean d'Avranches, au début du xi« siècle, en parle à peu près dans les mêmes termes qu'Amalaire : et versu dicto, hymnus sanctae Mariae... Incipiente versu, juxta quod Dominus praecepit Moysi incensum super altare a sacerdote offeratur.

L'encensement à laudes fut sans doute introduit en imitation de celui des vêpres, ou peut-être est-il dû à une association d'idées entre le Benedictus, Zacharie et l'ange qui lui apparut au moment où il offrait l'encens. Ni Amalaire ni Raban Maur n'en font mention. Jean d'Avranches l'identifie à l'encens du matin des Juifs : Versu quoque excitati hymnum Zachariae concinimus... Versu inciplo, juxta quod Dominus Moysi praecepit, sacerdos incensum super altare adolebit.

L'usage de porter lumières et encens dans les processions est très ancien et, au début, ne semble avoir aucun caractère spécifiquement religieux, mais être simplement un emprunt aux coutumes païennes, car l'encens est employé indistinctement dans les processions religieuses et civiles. En 431, saint Cyrille d'Alexandrie annonce la déposition de Nestorius aux fidèles d'Éphèse, qui témoignent leur joie en reconduisant processionnellement les évêques à leurs demeures, des femmes portant des encensoirs devant eux. Suivant Agnellus, Jean, évêque de Ravenne, après la défaite d'Odoacre par Théodoric, vers 493, alla au-devant du vainqueur cum crucibus et turibulis et sanctis evangelis, pacem petens, cum sacerdotibus et clericis psallendo. Il est probable qu'encens et livre des évangiles sont ici les insignes de l'évêque. Ajoutons aussi qu'Agnellus écrivait au milieu du viii« siècle. En 518, à l'occasion de la ratification des décisions du concile de Constantinople, le clergé et les fidèles de Tyr se rendirent en procession à la messe, en chantant des psaumes et portant des lumières et des encensoirs.

L'Itinéraire attribué à Antonin de Plaisance, et datant du vi« siècle, contient la description d'une procession à Mambré, à laquelle chrétiens et Juifs prennent part : In quadriporticu atrium in medio discoopertum ; et per medium cancellorum ex uno latere intrant christiani, ex alio judaei, facientes incensa multa ; nam et in ipsa provincia est beatus martyr Georgius. Peut-être faut-il aussi considérer comme sacramentaux les munuscula, parmi lesquels se trouvait de l'encens, que le Vénérable Bède, sur son lit de mort, légua aux prêtres du monastère.

La prière du bénédictionnaire de l'archevêque Robert, que nous avons citée plus haut, fait évidemment allusion à l'encens comme sacramental, ainsi que l'indiquent les expressions : ut omnes gestantes, tangentes, odorantes ea virtutem et auxilium percipiant Spiritus Sancti, etc.


VII. Emplois extra-liturgiques de l'encens. — En dehors de la liturgie proprement dite, l'encens fut employé, en Orient comme en Occident, dans la dévotion privée, comme accompagnement de la prière, pour être brûlé devant les reliques ou images des saints, et plus tard, au moyen âge, comme sacramental. Zozime, moine près de Tyr, informé par une révélation divine du tremblement de terre qui détruisit Antioche en 526, prend aussitôt un encensoir, encense le lieu où il se trouve et implore Dieu afin d'apaiser sa colère. De même saint Sabas, à l'occasion d'un phénomène surnaturel, demande des charbons ardents et y jette de l'encens. Certains saints ermites mangeaient les cendres de leurs encensoirs avec leur pain. Saint Grégoire de Tours raconte une scène touchante qui se passa au tombeau de saint Martin. Une pauvre femme, dont l'enfant était sourde-muette, apporte la petite fille au tombeau de saint Martin. Après avoir longtemps prié, elle brûle de l'encens, tient l'enfant dans la fumée et lui demande si l'odeur est agréable : l'enfant, guérie, répond : oui.

Un passage de Philostorge nous permet de conclure qu'au début du v« siècle les fidèles, à Constantinople, brûlaient de l'encens devant les statues et images du Christ et des saints. Cet historien, en effet, accuse les chrétiens de son temps de rendre les honneurs divins à la statue de Constantin en brûlant devant elle lumières et encens. L'accusation n'est sans doute pas fondée, mais il est probable que les chrétiens, dès cette époque, observaient ces pratiques envers les statues des saints. Le poète Corippus rapporte de l'empereur Justin II :

Au début du xi« siècle, en Angleterre, l'encens est employé dans une cérémonie d'adieux. Le saint abbé Ceolfrid, sur le point de partir pour Rome, réunit ses moines à l'église et ipse, tare incenso et dicta oratione ad altare, pacem dat omnibus stans in gradibus, turibulum habens in manu '. Enfin, pour terminer, donnons un curieux exemple d'incubation d'après l'Itinéraire de Plaisance, où il est question de lumières et d'encens : la scène se passe à Gadara prés du lac de Génésareth : In ipso loco transivimus Jordanem et venimus in civitatem quæ vocalur Gaddera quæ et Gabaon dicitur. In ista parte civitatis milliario III ab urbe sunt aqæ calidæ quæ appellantur thermæ Eliæ ubi leprosi mundantur. Ibi est xenodochium, delicias de publico habens, et hora vespertina mundantur thermæ. Ante ipsam vero clibanum, grande est solium quod cum impletum fuerit omnia ostia clauduntur, et per ostium mittuntur intus luminaria et incensum ; et sedent in isto solio tota nocte ; et cum soporati fuerint videlicet ille qui mandatas est aliquam visionem '.

E. Fehrenbach.


ENCENSOIR. — I. Témoignages. II. Monuments.

I. Témoignages. — Une fois adopté l'usage de l'encens par les églises chrétiennes, il va de soi qu'on devait recourir à l'encensoir, qu'on trouve désigné par les anciens écrivains ecclésiastiques sous les vocabulaires divers de thymiaterium, thuricremium, incensarium ou incensorium, lumigalorium.

Le nom de incensorium fut plus particulièrement réservé à ce petit vase que les Latins nommaient acerra et que nous appelons navette. Une tablette du beau diptyque des Symmaques et des Nicomaques (voir Dictionnaire, t. iv, col. 1141, n. 58) représente une femme qui se dispose à répandre de l'encens sur les flammes brûlant sur un autel ; elle prend quelques grains d'encens dans une acerra de forme cylindrique. Sur beaucoup d'autres reliefs, nous voyons des hommes et des femmes tenant de la main gauche la même acerra ronde. Dans les occasions solennelles, un de ces jeunes garçons désignés sous le nom de camillus était chargé de porter et de présenter l'acerra, ce qui est resté la fonction de nos enfants de chœur. Les chrétiens firent usage d'acerries et adaptèrent à cette destination des pyxides d'ivoire, ainsi que nous pouvons nous en convaincre par les inventaires de l'église de Monza. Dans beaucoup de représentations chrétiennes, nous voyons des prêtres tenant l'encensoir de la main droite et l'acerra cylindrique de la main gauche. C'est le cas pour la figure de Zacharie sur un ivoire de South Kensington » et sur un diptyque ancien publié par Paciaudi où l'on voit saint Étienne tenant de la main droite l'encensoir et de la main gauche l'acerra en forme de pyxide « .

Le plus ancien inventaire chrétien liturgique, celui de l'église de Cirta, en 303, ne fait pas mention d'encensoirs ', non plus que celui de l'église d'Apa Psoïos, à Ibion, en Égypte, tandis que l'inventaire copte de l'église de Saint-Théodose, probablement à Ashmunaïn, au VIIIe, mentionne un encensoir '.

C'est dans le Liber pontificalis que nous lisons la plus ancienne indication relative aux encensoirs. Constantin fait don à la basilique de Latran de thymiateria duo ex auro purissimo, pensantes libras triginta et encore d'un thymiaterium ex auro purissimo cum gemmis prasinis (émeraudes) et hyacinthis XLII pensantes libras decem '. À la basilique de Saint-Pierre : Thymiateria ex auro purissimo cum gemmis ex undique ornatum num. XL pens. libr. XV '.

L'Ordo romanus I nous apprend que, pendant que la schola cantorum vient prendre sa place à la messe pontificale, stalim subdiaconus sequens tenens thymiaterium aureum, pro foribus ponit incensum, ut pergal ante pontificem '.

L'Ordo romanus II nous montre à la messe pontificale, au moment de la lecture de l'évangile, le diacre précédé de deux sous-diacres cum duobus thuribulis sive uno, levantes thymiaterium de manu subdiaconi sequentis, mittentes incensum '. encensoir de la main droite. Autres attestations monumentales sur les mosaïques de Ravenne. À Saint-Apollinaire in Classe, une mosaïque représente la consécration de la basilique par l'archevêque Maximien, nous y voyons un thuriféraire avec l'encensoir et la navette. L'encensoir a la forme d'un seau de bronze suspendu par trois chaînes qui se rejoignent dans un anneau où l'on passait l'index de la main ; il est porté sur trois griffes et décoré de divers ornements ; mesuré à l'échelle de la main qui le tient suspendu, il peut avoir environ douze centimètres de diamètre (fig. 4064). Une autre mosaïque à Saint-Vital montre un encensoir de forme un peu différente, moins élevé et s'élargissant par la base (fig. 4063) ». Sur la pyxide de Minden, aujourd'hui au musée de Berlin, un ange tient de la main gauche une croix et de la main droite une croix de bénédiction *. Une miniature du Cosmas du Vatican nous montre Zacharie tenant l'encensoir '. Une miniature du sacramentaire de Gellone (Bibliothèque nationale, fonds latin 120-18) représente la Vierge avec la croix et l'encensoir '« (fig. 4065). Cette miniature et la précédente nous montrent comment on portait ces encensoirs.

En regard de ces encensoirs mobiles, il en existera plus tard de fixes, à qui leurs dimensions, leur poids, leur position difficilement maniables ne permettent pas évidemment de servir à la liturgie quotidienne. La Bible de Charlemagne et beaucoup de manuscrits de l'évangile portant les Canons d'Eusèbe figurent des portiques dont l'arc de décharge contient burettes, couronnes, calices, encensoirs '. Le pape Serge Ier (687) jeta thymiaterium aureum majus cum columnis et cooperculo quod suspendit ante imagines tres aureas B. Petri apostoli, in quo incensum et odor suavitatis estis diebus, cum missarum solemnia celebrantur omnipotenti Deo opulentius mittitur. Le pape Hadrien (772) offre à Saint-Pierre un encensoir d'or du poids de dix-sept livres pour être placé en avant de l'autel. Un poème du IXe en l'honneur des saints de Lindisfarne s'exprime ainsi - :

Omnibus hic rutilo capitellis undique cinclum Turibulum pendet fabricatum cominus auro.


II. Monuments. Dans la basilique chrétienne d'Hadjeb el Aïoun, au sud-ouest de Kairouan, on a retrouvé entre autres poteries de terre cuite deux pieds circulaires de même métal. Trois oreillons destinés à recevoir les chaînettes qui manquent. Chaque face de l'hexagone présente un buste repoussé, se détachant dans un cadre de palmes. Sur les arêtes, un bouton timbré d'une croix. Les bustes sont disposés de façon à se répondre symétriquement. Le Christ entre saint Pierre et saint Paul, du type connu, le premier crépu, le second barbu. La Vierge Marie entre saint Jean, jeune et imberbe, et un autre apôtre, peut-être saint Jacques (fig. 4007) ^.

Plusieurs encensoirs coptes, qui paraissent dater du vie au VIIIe et même de l'époque de l'invasion arabe, sont constitués par les éléments les plus simples, une coupe de bronze posée sur un pied circulaire ou sur trois griffes ou sur trois anneaux. À la partie supérieure, des oreillons, ou, plus simplement, trois trous forés qui reçoivent les chaînettes. L'ornementation est insignifiante : quelques filets circulaires. Un de ces encensoirs est triangulaire (fig. 4068) *. Les dimensions varient assez : hauteurs : 0 m. 058, 0 m. 074, 0 m. 053, 0 m. 055, 0 m. 063, 0 m. 095, 0 m. 046, 0 m. 063,

Encensoir d'Acheripoetos. D'après O. Dalton, Catalogue, p. 88, n. 399. Vases grossiers ayant dû contenir de l'huile à brûler et ayant pu servir de lampe à suspension, trois trous existant le long du pourtour ; ces poteries, noircies par le feu, ont pu recevoir aussi des cendres chaudes destinées à la combustion de l'encens '.

À Crikvine (Dalmatie) (voir Dictionnaire, t. ii, col. 3036), des fouilles, exécutées en 1906, ont fait découvrir, dans l'angle extérieur de l'abside d'une église en ruines, un encensoir de cuivre qui peut remonter au VIe. Sans les chaînettes il mesure en hauteur 0 m. 15 et avec les chaînettes 0 m. 30 : le grand diamètre est de 0 m. 09. Le couvercle est intéressant, c'est une véritable coupole avec douze arcatures et une calotte. Les six faces de l'hexagone sont lisses et recouvertes d'une belle patine verte. Les trois chaînettes avec l'anneau mesurent 0 m. 25, la patine est moins bien conservée. Dans la cuvette se trouvait encore du charbon (fig. 4066) *.

Près du monastère d'Acheripoetos, dans l'île de Chypre, entré dans les collections du Musée Britannique, cuvette hexagonale en argent, montée sur un

0 m. 086 ; diamètres : 0 m. 113, 0 m. 093, 0 m. 096, 0 m. 070, 0 m. 086, 0 m. 095, 0 m. 072, 0 m. 077, 0 m. 086 ; diamètres du pied : 0 m. 083, 0 m. 053, 0 m. 050, 0 m. 040, etc. ; longueur des chaînettes : 0 m. 65, 0 m. 20, 0 m. 345, 0 m. 170.

Encensoir copte en bronze vert, du ve-VIe '. Une coupe montée sur un pied ajouré, fermée d'un couvercle ajouré, surmontée d'une croix ; hauteur avec la croix, 0 m. 248, longueur de la chaînette, 0 m. 125 ; diamètre de la coupe, 0 m. 09 ; du pied, 0 m. 079. C'est une œuvre fort intéressante, d'une technique soignée et dont on possède d'autres spécimens '.

Encensoirs en argent provenant de Louqsor, trois exemplaires, du ve-VIe °.

Encensoir en forme de cassolette surmontée d'un couvercle ajouré et tenue à l'aide d'un manche. Bronze, hauteur, 0 m. 077 ; avec couvercle, 0 m. 17 ; diamètre, 0 m. 083 ; longueur du manche, 0 m. 165 (peut-être moderne) ».

Encensoir en bronze vert ; hauteur, 0 m. 50 ; diamètre, 0 m. 97 : mortaise. 0 m. 027 ; manche, 0 m. 15 (fig. 4068) K Encensoir du cabinet Macià, à Vich (Catalogne). Cuvette en bronze hexagonale, les faces sont ornées de rosaces concentriques, trois oreillons ayant la forme de deux oiseaux adossés : trois chaînettes ; trois

Encensoir en bronze, trouvé à Ksar-Faraoun, près de MoulaIdris (Maroc), dans les ruines de l'ancienne Volubilis (Maurétanie Tingitane) et dans les ruines d'un édifice qu'on croit être une basilique chrétienne '. Le petit nombre des objets découverts jusqu'à ce jour dans cette partie de l'Afrique septentrionale donne à celui-ci un intérêt particulier. Cuvette à bords pleins et couvercle ajouré ; haut, total, 0m.148. Le récipient, de forme ronde, mesure 0 m. 058 de hauteur, il pose sur trois pieds arrondis, dont un seul a été fondu avec l'objet auquel il appartient. Les deux autres pieds, moins bons de forme et plus légèrement trapus, sont soudés au fond après coup. Deux grosses bavures métalliques, visibles à l'intérieur de l'objet, au-dessus de ces deux pieds, permettent de constater qu'ils ont été ajoutés, probablement par suite d'une réparation. Les parois du récipient sont assez épaisses et la profondeur de la cuvette intérieure est de 0 m. 045. De chaque côté de ce petit brasero, aux deux extrémités d'un même diamètre, sur les bords mêmes de l'orifice, sort une double oreillette percée de deux trous qui se correspondent. Deux autres oreillettes simples, également percées, émergeant du couvercle, s'enclavent exactement dans les premières et, à l'aide de petites chevilles de bronze qui les traversent, le couvercle se trouve fixé au-dessus de la cuvette. De ces deux chevilles, la première est rivée et forme la broche immobile d'une charnière sur laquelle on fait manœuvrer le couvercle pour l'ouvrir ou le fermer. La seconde cheville, au contraire, est mobile : elle est suspendue au flanc du petit brasero à l'aide d'une chaînette. Quand on veut fixer le couvercle, on l'abaisse sur le récipient, puis on introduit cette cheville dans les trous des oreillettes (fig. 4069). Le couvercle, de forme ovoïde, mesure 0 m. 09 de hauteur ; il est surmonté d'une croix grecque à larges branches égales. La branche supérieure est percée d'un trou qui sert au passage d'une chaînette, dont il reste quelques maillons. Ce couvercle est ajouré de façon à laisser passer la fumée de l'encens. À la base, on remarque une série de dix-neuf petites ouvertures présentant l'apparence d'un portique circulaire ; on dirait des arcs en plein cintre soutenus par des piliers à chapiteaux saillants. La partie supérieure est percée de trous ronds formant deux motifs répétés et disposés symétriquement en quatre groupes. Le premier motif est une pyramide figurée par cinq lignes de trous superposées, 6, 3, 2, 1, 1 ; le second motif se compose de cinq trous disposés en croix. Cet encensoir peut remonter au VIe.

Encensoir en bronze, en forme d'artichaut avec couvercle à charnière ; au sommet, un trou de suspension et trois trous d'aération. Tige découpée ; provient du Fayoum, IVe-VIe ; hauteur, 0 m. 23 (fig. 4070).

Encensoir de bronze oxydé. Cuvette sur pied circulaire avec trois pieds de très grande dimension. Provient de Çizèh ; haut. 0 m. 054 ; diamètre, 0 m. à rapprocher d'un autre, petit, de même provenance.

Nous voulons encore mentionner une importante série dont on connaît déjà un grand nombre d'exemplaires très peu différents les uns des autres quant à leur forme, à leurs dimensions et à leur décoration. Le lieu d'origine est probablement la Syrie, d'où les pèlerins de Terre Sainte rapportaient un peu partout ces encensoirs-souvenirs. On en a rencontré en Syrie, en Égypte, en Italie, et ils peuvent appartenir à l'art du Ve au VIIe. En voici un exemplaire décrit avec précision.

Vase en bronze, de forme hémisphérique renflée (exactement ce que nous nommons cache-pots et jardinières), ayant à l'ouverture 0 m. 097 de diamètre et 0 m. 077 de hauteur totale. Le pied, creux en dessous, haut de 0 m. 006, est séparé de la panse par une bande sans ornements large d'un centimètre. Vers le haut, 40/1). — Encensoirs divers. D'après O. Wulff, Altchristliche und Mittelalterliche Bildwerke, pl. XLVIII, XLVI, XLVII.

Encensoir de bronze patiné, ressemblant à un bassin à larges côtes et avec les trois chaînettes remplacées par des croisillons. Provient de Constantinople ; haut. 0 m. 065 *.

Encensoir en bronze, en forme de coupe avec couvercle ajouré, montée sur pied. Provient d'Égypte ; haut. 0 m. 19 ^

Encensoir en bronze, un masque humain coiffé d'un bonnet pointu surmonté d'une croix. Provient d'Égypte ; haut. 0 m. 20 « .

Encensoir en forme de cassolette ajourée, surmonté d'un aigle. Provient du Caire ; haut. 0 m. 16 ; diam. 0 m. 085 '.

Encensoir à trois anneaux de suspension, à Akhmîn*.

Ces types sont assez variés pour terminer ici l'énumération, qui serait facilement beaucoup plus longue. Une autre bande large de 0 m. 015, sans ornements aussi, entre deux simples filets. Sur cette bande font légèrement saillie à l'extérieur trois rivets et trois oreillettes placées, non au-dessus des rivets, mais exactement au milieu de la distance qui les sépare. L'encensoir n'a jamais reçu de couvercle ». Sur la panse sont figurés six épisodes évangéliques : Annonciation. L'ange aux ailes déployées, la main levée, salue Marie. — Visitation. Marie et Élisabeth s'embrassent. — Nativité. Joseph assis, Jésus couché dans une haute crèche, Marie couchée, le bœuf et l'âne. — Baptême de Jésus par Jean en présence d'un ange et d'une colombe. — Crucifiement. Jésus nimbé, revêtu du colobium ou tunique longue sans manches, les deux larrons n'ayant qu'une ceinture et liés à un poteau dont l'extrémité supérieure est visible derrière leurs têtes qu'elle dépasse, le soleil et la lune. — Résurrection. Au centre le saint sépulcre, à droite un ange assis, la main droite étendue en avant, à gauche une des saintes femmes nimbée. Provient de Medeat ou Midiat, petite ville ancienne au sud-est de Diarbékir. Ancien cabinet de M. Ledoulx à Constantinople.

Même type à Florence, Musée, ancienne collection Louis Carraud ; bronze, haut. 0 m. 10 ; diam. 0 m. 12 ; quatre oreillettes : Visitation, Annonciation, Adoration des mages. Nativité, Incrédulité de saint Thomas, Jésus dans une gloire adoré par deux anges '.

Même type au Musée Britannique, provient du couvent Mar Muza el Habashi entre Damas et Palmyre : Annonciation, Baptême de Jésus, Crucifiement, Les saintes femmes au tombeau '.

Même type au Musée Kaiser Friedrich à Berlin ; provient du Caire, coll. Fouquet ; haut. 0 m. 095, diam. 0 m. 11 : Annonciation, Visitation. Nativité. Adoration des bergers. Adoration des mages. Baptême du Christ. Son entrée à Jérusalem. Crucifiement. Les saintes femmes au tombeau '.

Le même musée possède d'autres exemplaires '.

Ce sont sans doute des scènes analogues qui ornaient au nombre de six un encensoir d'argent signalé en 1201 à Patmos'.

On a trouvé aussi, dans un tumulus du gouvernement de Kiev, « un encensoir de bronze ayant la forme d'une coupe, avec les figures en relief des quatre évangélistes, » travail grossier du VIIIe-IXe '.

Un encensoir de bronze provenant de Soudaka en Crimée, et conservé au musée de l'Hermitage à Pétrograd ; ainsi décrit dans le catalogue : « Encensoir de bronze du VIIe-IXe, avec figures ciselées en relief ; Nativité du Christ, Salutation d'Élisabeth, Baptême, Crucifiement, Résurrection et bustes des douze apôtres '.

À Carthage, les fouilles de la nécropole voisine de Sainte-Monique ont donné, dans la couche supérieure du sol, de curieux braseros d'argile rougeâtre qui ont peut-être servi d'encensoirs. De forme presque cylindrique, ils sont munis d'une anse destinée à les porter verticalement comme un panier. Leur paroi est percée de quatre petites fenêtres, soit carrées, soit triangulaires. La partie supérieure est complètement fermée. Une dizaine d'exemplaires, presque tous brisés, ont été retrouvés* (fig. 4071).

À Thèbes, en Égypte (Medinet Abou), une série d'objets liturgiques, parmi lesquels une burette (voir ce mot, fig. 1 748) et un encensoir ; réchaud cylindrique pourvu d'un manche, monté sur pieds et orné de rinceaux ajourés. Le dessus, concave, mobile, recevait les grains d'encens« . Bronze ; longueur, 0 m. 15 (fig. 4072).

À Mannheim, encensoir unique en son genre ; bronze, de 0 m. 20 de hauteur, se compose d'un cylindre garni d'anneaux, de trois pieds avec feuillage dans le haut et d'un couvercle en forme de poire. Ce couvercle porte deux chrismes découpés, dont l'ajour laissait passer la fumée de l'encens ; entre ces chrismes ressortent des vases à panse godronnée, desquels s'élèvent de légères brindilles de pampres. La date est incertaine et peut aussi bien se fixer au IVe qu'au Ve et au VIe »(fig. 4073).

M. Martigny, ne connaissant pas les monuments qui nous sont aujourd'hui familiers, avait supposé que l'usage de l'encensoir à chaînettes ne remontait pas plus avant que le XIIe, « selon l'opinion commune, » écrivait-il en soulignant ces mots ; il admettait qu'on pourrait faire remonter cet usage jusqu'au Xe. Il est aujourd'hui certain qu'on usait d'encensoirs mobiles dès le Ve, les monuments en témoignent et rien ne permet d'affirmer qu'on n'en usât pas beaucoup plus tôt.

Au mois de mars 1900, le Musée du Louvre a fait l'acquisition d'une feuille d'argent trouvée à Beyrouth dans un tombeau. Sans épaisseur appréciable, cette feuille ressemble à un ruban ; elle avait été roulée dans un étui cylindrique en bronze dont plusieurs fragments ont été recueillis. Son poids est de 6 gr. 2 décigrammes. Sa largeur uniforme est de 0 m. 03 ; sa longueur de 0 m. 375. Une inscription grecque de cent vingt lignes, dont les cinquante-neuf premières sont assez lisibles, est tracée sur ce ruban d'argent. À partir de la ligne soixante, les caractères apparaissent avec moins de netteté ; ils sont négligemment formés, plus serrés et parfois enchevêtrés les uns dans les autres. À la ligne quatre-vingt-quinze, l'écriture devient plus mauvaise encore ; le scribe se hâtait d'en finir et certaines lettres sont à peine lisibles. Cette inscription est ainsi conçue : èTtâvtù ToO (oij]pavoû Sa(3aco6, tôv èx66[vlTa £T :âvto -roû EXa5 (ju9, TÔv èrràvo) toû X6o6ai. t,(v) étexcv Zôv) à-ô TïavTÔç 8 (a'.] (iôvoç xai izi10 ar^< ; à^iyy.i]\< ;] S[ai]y.6v(i>v xal à-ô S[sti]|xov£cov xai 9ap[i.àxcov y.ai • è ;rixaXo'j !xai èv è|vô| jxa-ri Toû xTÎaavroç 15 Ta Tïâ'/ra, è7ïixaXoûji.at TÔv xa9 (ifj| [XEVov s :rl to [û) 7tp[tô]T0u oùpavo'j MapjxatoO, 7rixaXoû(ia !. tov xa6[r)j(LEVOV Ttll) TOO SEUTÉ20 pou oùpavoû èttixaXoûjxai tôv xa8 [r,] (xevov èttI toû TPÎTOU oùpavoû 'Aï)X, TÔV xa9[T)][i,EV0V — l TOÛ 25 TErâpTOU oùpavoû 2appir,X, 7rixaXoû(i,ai tôv xa6 lr^]\iEVOV £— t TOÛ TïÉji, | ;i] TOU OÙpavoû Xar,X, TÔV xa6(7j](X£VOV CTzi TO30 V êxTov oùpavôv Mopia6, 7TixaXoû(JLai TÔV Xa6[lfl][X£V0V Tîi Ttô|v] 'Apir,)., £mxaXoû|iai TÔV Tri, Tatfç) Xaiç »IvfSjo'j :T :ixaXoû(xai 45 Stopo^a, ènxaXoûfxai, TTtxaXoûnai tôv èttI tT) TrixaXoû(iat TÔV -[l] Ttôv Spaxô>/T6)V 09a3'-pa, tïi50 xaXoûjxai tôv ê— l toïç ttozixy.O'.q BtjSXta, £-txaXoû[J.ai tôv tïI T[a]îç ôSoîç xa9T ;[jtEv[ov] Paoo'jc[OUY ;X, TrtxaXoû55 |xai TÔV ;ri Taîç tïôXectiv xa|9ï ;|}i.£vov 'ETTTO/ajxa, 7rtxaXoû|xai tôv 7r[l] ôjia |X] Éciv NouxaT]X, èttix TÔV Tïl TTJÇ 60 xa9|Y))[i.Evov 'A7zpaç-/ ;a, TT'.- tôv xa9 [tj] (xevov ètcI t[oTç] Ôp[£]CJ'.V àsl ÔEÔV Eiva9 A8ci)vr,ç AE/o^Ba, TÔV ttI tùjv 65 SpaxôvTcov IkÔevvoulaô ■ ô xa9lY))ix£voç ètiI tû CTEPE[cô][xaT !, Xpapa, ô xa9[t]][xevoç £— l T[otç) OaXouji9ouai.v ' jxÉaov tcôv Sù|co] 70 Xy)pou3iv 'toû al(cô|vO( ; TCÔV al((ô|vcov ô 9eôç 'APpaàij. xal ô Beôç laaà/ xai ô 9EÔç 'laxcùP, StaoûXa|Ç)ov 95 ^£[1 Na|xaS<a NafiaStov, TOV xai ppo[v]T[côv]Ta EpEixa6EXÇ9pu pàpSov xa[i]vôv TÔV tôv ©EOTA TÔV Etppa9i3aT PapPXtoiç £t.ia9a) ABapiaÔ OEX/aotacov, [tJôv TiâvTa Ta à|p]pEvtxà xai TràvTa Ta oo^Epà xai Ta SÉafxaTa [eIçucte TGaTi ( ?) ' AXEÇàvâpaç f,v etexev Zôv — ô XATCO TÛV TT »)Yûv xai tt ;i ; àpùatjou (ùj— ô [XTJTE 7] çap- (xaxaî/) TeXe-e [x^ite à(7r]à (xtite àvrô àa7ta(j(jLoû Jatite à-avrà 100 JXYJTE v Pp[cÔ]ct[e]1 v [7r)ôcr[e]t èv otx[É)Ta'.ç ' IXYJTE v CUVOUCL.a<T(iÔ (j.f,TE àjTÔ ooxajxou ' Tq> i(xaTÎ(p [XT)105 [T)E7tp0C£UX0[X£v[T)] (Xr,- [t]£ èv ÔSûi |Xr)TE -i É- [v[7)( ; (xvjTE v -aTOuai[oi ;] ixPaai (XYJTE v PaXav- |8'J [Eta>). ' Ayta xai (s) iox'jpà xai 110 [va] Ta ôvofxaTa à-ô TravTÔç 8[at](xovîou xai 97 ;X[eo| ! ; [x]ai à-ô 7ràcT7 ;ç ôxXtj

Les puissances célestes invoquées pour obtenir cette protection sont nombreuses. Le texte indique avec précision leurs demeures et le pouvoir particulier qui distingue chacune d'elles. Voici d'abord Sabaoth qui règne au-dessus du ciel, qui est venu d'Elasuth qui est au-dessus de Chtothai (l. 1 à 6). Puis Marmaoth assis sur le premier ciel, Ouriel sur le deuxième, Moriath sur le sixième, Chachth sur le septième (l. 16 à 34). Puis Riopha qui préside aux éclairs, Souchar qui dirige les tonnerres, Ouriel dispensateur des pluies, Ariel maître des neiges, Thadama qui règne sur les forêts de l'Indus, Siorocha qui préside aux tremblements de terre, Souriel qui règne sur la mer, Thabira qui commande aux serpents, Bedlia qui règne sur les fleuves, Rasousouel maître des routes, Eptochama maître des villes, Nouchael seigneur des plaines, Apraphea qui préside à la course errante, Einath Adonis Dedochtha qui règne sur les montagnes, Jathennouiath qui dompte les serpents, Chrara assis sur le firmament (lign. 35 à 67).

Vient ensuite une adjuration à Celui qui règne sur les morts, entre les deux chérubim, dans les siècles des siècles, le dieu d'Abraham, le dieu d'Isaac, le dieu de Jacob,... le dieu vivant dans Zaorobem Namado Namadôn, le dieu qui lance les éclairs et les tonnerres Ebemathelzthrô... Eibrathibat....\thariath, Phelcaphiaôn, qui a créé tout ce qui est mâle, les choses terribles et les liens magiques (l. 67 à 91).

Tous ces noms ne sont pas de l'invention de l'enchanteur. Plusieurs sont connus par d'autres documents ', notamment parmi les noms terminés en el, comme Ariel, Cliael, Ouriel, Sarricl, Souriel, etc ; Marmaoth paraît être une déformation de Marmaranoth, qui se lit sur un papyrus et sur le scarabée chrétien de Tusculum, où trois des sept noms inscrits commencent par Marmar, dérivé, paraît-il, d'un mot araméen signifiant « seigneur ». Rasousouel est à rapprocher de Sucl, nom d'une localité de la côte de Béti que ; Ariel se retrouve dans le nom d'une ville de Palestine, Arieldela, etc. Outre la série des noms terminés en el, comprenant Ael, Ariel, Chacl, Nouchael, Ouriel, Rasousouel, Sarriel et Souriel, on remarquera une série de noms terminés en a, comme Apraphea, Bedlia, Chrara, Dcdochta, Eptochama, Riopha, Thabira, Thadama, Thcsla, et une autre série de noms. Il paraît donc certain que cette amulette appartenait à une femme chrétienne. Bien qu'il soit difficile de lui assigner une date précise, il semble qu'on puisse l'attribuer au IVe de notre ère.

On peut rapprocher de ce monument une feuille d'or trouvée à Beyrouth dans un étui. Voir Dictionnaire, t. I, col. 259, fig. 58. Ces pratiques étaient formellement interdites par le droit romain. Le jurisconsulte Paul écrit à ce sujet : Qui sacra, impia, nocturnave, ul queni obcantarent, defigerent, obligarent, fecerinl faciendave curaverinl, aut cruci suffigunlar aut bestiis objiciuntur ' ; ce qui n'empêcha pas les sorciers d'offrir à leurs clients toutes les formules efficaces pour les défaire de leurs ennemis. On ne rencontre que peu de mentions des tablettes d'enchantement chez les auteurs chrétiens. Arnobe ne les distingue pas des amulettes * et saint Jérôme, dans la Vie de saint Hilarion, c. xxi : amalor sabler limcn domus puellœ portenta guS L'dam verborum et porlentosas figuras sculptas tn aeris Cyprii lamina defodit. Nous avons déjà fait connaître une lamelle trouvée à Trau (voir Dictionnaire, t. I, col. 1803-1804, fig. 480) « dont le christianisme est absolument hors de doute puisqu'il y est fait mention du Christ et de l'ange Gabriel. Les enchanteurs ne négligeaient aucune précaution pour attirer la clientèle chrétienne et lui faire accepter leurs produits. Aux noms barbares ils n'hésitaient pas à mêler celui de Jésus avec une invocation au dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob. Sur les deux amulettes de Beyrouth, on relève une adjuration au Dieu vivant dont le nom est deux fois associé à ceux d'Adonaï, de Jaô et de Sabaoth. Sur celle dont nous allons parler, on trouve les noms de Salomon et de l'ange Mechlis. Il semble évident que ces textes ont été libellés par des juifs ou par des hommes tout à fait pénétrés des idées juives « .

La lamelle d'argent trouvée dans l'intérieur d'une bulle et qui entra au Musée du Louvre avec la collection Campana (classe III, n. 363), s'y trouvait désignée de la façon suivante : una lamina sollik di argenlo, sulla quale è graffita una iscrizione in quatlordici versi d'anlichi caralleri greci ; ce qui n'est pas exact, car l'inscription se compose de dix-huit lignes, et les lettres grecques, loin d'être anciennes, datent évidemment de la décadence de l'empire.

Le soi-disant déchiffrement attribué au jésuite Secchi a permis de découvrir dans cette inscription « des prières et des supplications pour obtenir la faveur des dieux de l'Olympe et des invocations adressées aux divinités infernales contre les auteurs de maléfices. » Ce déchiffrement, heureusement pour la réputation du P. Secchi, a disparu ; quant au fac-similé publié à la suite du catalogue français des bijoux du musée Napoléon III, c'est un gibouillis sans forme ni sens et, pour tout dire en un seul mot, une mystification.

La petite bulle lenticulaire en or, dans laquelle était renfermée la lamelle, rappelle l'usage de la bulle portée par les enfants des chevaliers romains avant leur puberté. Voir Dictionnaire, t. II, au mot Bulle. La feuille d'argent mesure en longueur 0 m. 064 millimètres sur 0 m. 034 millimètres de largeur ; afin de l'introduire dans la bulle, il fallut la replier sur elle-même en sorte qu'elle se trouve divisée en cinquante-six petits carrés. Le texte est gravé à la pointe et les traits des lettres ressemblent souvent aux empreintes produites par ces nombreux plis. En plusieurs endroits, surtout le long des sept plis horizontaux, l'argent est noirci ; les marges sont également fort endommagées, et, au milieu, on rencontre une petite lacune qui interrompt le texte de deux lignes (8 et 9). Voici la transcription :

(Signes cabalistiques) SEoèv oapâv-f7)ç.

*E-l-roû [iryàXou x.al àytou èv6[jiaToç toO ^ûvToç Kuptou 0£oû Aajxvavavatou xoà ' AScovaîo'J za l'Iaô> (ôpxt^u] TzâvTX -rà Pappap cooavaiSa xal OTav 7rvî'j(ia TrupsxTW6v xal xat Tîâv — TCù^3CTtc ;jJ.ôv xal — 5v OSpoçâpaV xal -iv pàcr/.avov xal rcâaav è-a7ro- ^iiatav 7r ;£'j(i.a[Ti,x') ;)v xal Trâsav oapijiaxsiav [xou a'iaaôai Tf|Ç 9[apà] vf^jç. Tov ôpxiatiôv TOÛTOV oiTjv T'i/Y) ! ;, ttSv 7msû|jta — ovï)p6v, [XVT)(j6OévTa vjjç i^ç Xovro è ;zl Siei SoXofiovoç xal Ms/Xéco ; ToO àvysXou.ÔTt sxoaav -ôv (xéyav xal àyiov ôpxov Tzi ToO ôvôjxaToç àylou-xal TrSv o, ti xal oE tJ ;£uao]Xs6ai. oùXa^ov trJVTj/Tjv cjv-nJXïjç àTtô TîOVYjpoû (tti/eÙ- (xaroç Travréç, ôpxîÇtù ac ; xal vuxxèç xal f,(ispa ;, xal [isl<Jv)H ?plaç ctuvtux^^- EEçTrâcaç -ràç T)[J.épa( ; t^ç ToaaûTr,ç ç'JX.a^ov <TUVTUX''i^

> Préserve-moi de la rencontre de tout mauvais esprit, je t'en conjure ! La nuit et le jour et l'après-midi préserve-moi de la rencontre. Tous les jours préserve-moi de la rencontre de la grande puissance.

Ce monument ne peut être ni antérieur au vii siècle de l'ère chrétienne ni postérieur au vii. L'abondance des barbarismes et le sans-gêne avec lequel sont traitées les règles les plus élémentaires de la syntaxe le placent plutôt parmi les égypto-grecs, dont l'éducation grammaticale laissait beaucoup à désirer.

Ceci nous amène vers le pays, peut-être même vers l'époque de Basilide, contemporain de Trajan et d'Hadrien.

À la troisième ligne, le mot Aiavavivi-oj cache le nom d'un des plus anciens démons de la mythologie grecque. Plusieurs pierres gravées représentent le serpent des ophites qui se mord la queue (ouroboros) et qui s'appelle en toutes lettres Damnaménée.

Cette feuille d'argent est un préservatif contre toutes sortes de maladies et de mésaventures : fièvre, épilepsie, hydrophobie, angine, poison, mauvais œil et leurs rechutes y sont énumérés. Il existe bien d'autres formules, notamment pour prévenir la colique (voir ce mot), la gale, les hémorroïdes, les maux d'estomac.

Le musée de Karlsruhe possède une feuille d'argent découverte dans les ruines des bains romains de Badenweiler (voir Dictionnaire, t. 1, fig. 37) et remarquable par une inscription latine écrite en caractères grecs.

C'est une amulette collective pour tous les enfants d'une famille. Bien que les lacunes n'y soient pas comblées avec certitude et que l'interprétation en soit moins aisée que la lecture, il en résulte un fait curieux : on y retrouve la marque indélébile du pays natal du gnosticisme. L'usage égyptien, d'ajouter à chaque nom propre le nom de la mère, s'y trouve conservé.

i^apoji Tî[PTLO/.Joja, /.ojîjji : :£ ::£p !T ouLvt 7 ;£p£xouXoj, [ïëpo'jja \i'.Xovo. Gspoua Aoyz'.o. Xouji, sîpoua Mspzoasaau.

1... — 2...ia i Sabaoth. — 3. adonal Ab]lanathanalba Acra. — • 4. machamari S]emesHam Sesengem. — 5. Barpharajnges io io seroale. — 6. Lucio]lum quem peperit Leib. — 7. ia maler]ab omni periculo. — 8...] Acheilon o serva. — 9... Lacioliim si. — 10... ve Mercussam.

Ce n'est pas du tout un exorcisme que le texte écrit sur une feuille de plomb et trouvé en 1869 sur une colline de Dalmatie non loin de Trau, ce n'est pas non plus une adjuration, mais un véritable enchantement, puisqu'il s'agit d'une préservation :

face a) -f In nom(ine) d(omijm Jeso Cri[s] U denontio libi Imnion dissime spirele lar tarùce quem angélus gdbriel 5 de calenis igneis religa[vit\ qui habel decemilia barbar... I po]sl resurrectione vinist[i\ in galilea Ibi te ordinavil u{t\ silvestria loca coUemontia op uli ne hominebus....

10 leneres aui t une demum orr grandene Jnvoceres vede ergo Inmondissime spirele tartaruce ut obiconqua nomen d(omi)ni audiveres vel scriptura cognoveres non -r face b) 15....ubi vel les nocere.... Inde habias.... nis fluvio quem transire non potuisti requesilus qaare (ransirrc non potuisti dixisli quia Ibi ignis 20 aranea ignifera corret et ubi conqua semper libi ignis aranea ignivera corrat denontio libi per domino meum Cavete H — h +

Ce monument est écrit en cursive latine par une main du vi« siècle. À quoi est destinée cette lamelle ? à écarter un danger, mais lequel ? Le démon est appelé tartaruce, il a été emprisonné par l'ange Gabriel : on lui applique aussi l'épithète de dccemilia barbar... qui ne doit certainement pas être tenue pour un compliment. L'épithète aranea ignifera, une araignée boutefeu, n'est pas plus avantageuse, mais pas plus claire.

H. Leclercq.


ENCRE. ENCRIER.

L'encre et l'encrier ont été désignés sous des noms variés : airamentum, atramentum librarium, atramentum scriptorium, atramentarium, atramentale ; en grec, alÀiv, tijÀav Ypaçtxov, ^lAXav m •^pàçofi-sv, a ; ?.avooy ;;ov, usXavôoyov, a^yoç u.£Xav8d/.ov, Ppoyiç ; en grec byzantin, iiiXitim, aTipafxvov et Y/.ajoT&v, ce qui donne le latin encaustum.

Atramentum et a-Xav désignaient toute espèce de noir, car il y avait Yalramentum sulorium, noir des cordonniers ou noir de cirage ; Y atramentum tectorium, noir des peintres, qu'on étendait à l'aide d'un pinceau et qui nous intéresse, puis que plusieurs inscriptions chrétiennes ont été tracées de cette façon •. Mais Yalramentum librarium est proprement l'encre à écrire.

Un célèbre passage du discours de Démosthène Sur la couronne représente le pauvre Eschine employé à broyer du noir », to u-ÉXav -rcfôoiv, chez un maître d'école qui était en même temps son père.

La composition de ce noir est assez nettement décrite par Dioscoride, au dernier chapitre de son livre Sur la matière médicale. On y voit que l'élément colorant du mélange ainsi nommé était la suie ou le noir de fumée -, provenant de la combustion de la résine, mêlée à la gomme ; les proportions étaient, en poids :

Noir de fumée 7,5 / Gomme 25 )


ÉNERGU MÈNES. Voir Dictionnaire, t. iv, au mot DÉMONIAQUES, col. 578-582 ». Notable entre ceux que la loi romaine appelait spurii, sine patre ou vulgo concepti et ceux qu'elle nommait liberi natura les : ces derniers étaient nés dans le concubinat (voir ce mot), union légale, tandis que les premiers devaient la naissance au crime ou au libertinage.

Jusqu'à Constantin, l'enfant naturel n'avait été l'objet d'aucune prescription législative. À partir de ce règne, les lois sur les enfants naturels abondent et se multiplient, formant une législation compliquée et souvent contradictoire, en sorte que, sous Justinien, la puissance paternelle ayant cessé d'être un sacerdoce et une magistrature, le père ne peut plus à son gré se dérober aux devoirs de la paternité. Désormais il ne pourra ni repousser son enfant ni le laisser dans la misère. Il ne pourra non plus le faire entrer dans sa famille légitime et le combler de ses dons ; car il a perdu sa toute-puissance. La loi, plus soucieuse de protéger les bonnes mœurs que de respecter la liberté civile, a mesuré la part de l'enfant naturel ; elle a marqué sa place, à côté, c'est-à-dire en dehors de la famille. Son père ne peut ni le relever de ses incapacités ni le priver de ses droits. La mère va prendre, elle aussi, une position nouvelle. L'ancienne jurisprudence ne voyait dans la filiation maternelle qu'un simple rapport de fait ; tous les enfants, naturels ou légitimes, succédaient à leur mère au même titre et sans distinction. Justinien abroge cette loi comme injurieuse pour la mère. Il n'appelle à la succession de la matrone de haut rang que les enfants issus du mariage, il en exclut les bâtards.

En créant pour l'enfant une incapacité nouvelle, la loi voulait frapper à travers lui les parents coupables. Elle a donc gradué la peine suivant les classes d'enfants naturels issus de l'inceste, de l'adultère, auxquels elle refuse des aliments et jusqu'au droit de vivre — et ceux issus du concubinat, auxquels elle refuse certains droits contre des compensations ; elle leur donne une part de l'héritage paternel et leur ouvre l'accès de la famille par la légitimation.

Les Pères de l'Église refusent unanimement de faire supporter aux enfants les conséquences des faiblesses paternelles ; ils sont tous favorables à la libre admission de tous dans l'Église sans distinction de naissance. En 494, le pape Gélase mentionne avec soin tous les points sur lesquels devra porter l'examen de l'évêque avant de confirmer l'ordination, et le pape ne réclame, en ce qui concerne la naissance, qu'une origine non servile. Le concile d'Orléans, en 511, parle de l'admission aux ordres des fils de clercs ; et le concile d'Orléans, en 538, ordonne d'exclure des ordres les fils de prêtres. Mais ce texte frappe les clercs concubinaires et non leurs enfants, puis que la liste des irrégularités contenue au canon 6 de ce même concile ne mentionne pas l'irrégularité ex defeclu nalalium.

La première mesure qui prépare la législation canonique sur l'irrégularité est le IXe concile de Tolède, en 665. Le canon 10 déclare les bâtards fils de prêtres esclaves de l'Église à laquelle est attaché leur père. Cette peine n'emporte pas rigoureusement exclusion et incapacité des ordres ecclésiastiques ; ils sont serfs, ils se feront affranchir et leur statut personnel sera amélioré. L'irrégularité ex deleclu nalalium est donc exclusivement dirigée à l'origine contre l'incontinence des clercs. Toutefois, remarquons que cette grave déchéance est restreinte non seulement à une catégorie peu nombreuse, mais à une Église isolée. Aucune loi n'est générale alors, même dans la législation ecclésiastique. Une mesure isolée dans le temps et dans l'espace, voilà tout ce que nous avons jusqu'au IXe.


ENREGISTREMENT À LA CURIE. Une loi de l'an 415, insérée au code Théodosien et relative aux donations, tend à rétablir dans l'enregistrement des contrats une régularité disparue. On y lit ceci : « Il faudra pourvoir à la confection des gestes, soit avant, soit après la tradition, de sorte que le titre justificatif de la donation reçoive le caractère public d'un acte enregistré : ce qui se fera, dans la capitale, auprès du directeur des contributions directes, et dans les provinces, auprès des gouverneurs des dites provinces ; ou bien, si ces gouverneurs ne sont pas à proximité, auprès des magistrats municipaux ; ou bien encore, s'il n'y a pas de magistrats, soit dans la cité, soit dans le bourg où aura lieu la donation, auprès d'un défenseur du peuple, en quelque cité qu'il se rencontre. Quant aux curateurs des cités, ils devront s'abstenir de ce soin, de peur que l'infériorité de leur condition ne porte préjudice à des choses d'un si grand intérêt. Toutefois, on tiendra pour valable les donations précédemment déclarées auprès des curateurs, ainsi que les actes qui ont été délivrés en conséquence ; mais à l'avenir, il faudra que les dispositions de la présente loi soient observées, sous peine de voir la donation infirmée par la moindre omission ». Ces dispositions, d'ailleurs inefficaces, témoignent qu'au début du Ve les gouverneurs remplaçaient la curie de la cité de leur résidence pour l'enregistrement des contrats ; parfois les curateurs remplissaient cette formalité, sans doute dans le cas où les cités n'avaient plus de magistrats municipaux.

Dans la deuxième moitié du Ve, nous pouvons citer un exemple de conventions particulières s'élevant contre la loi et obtenant de n'y plus obtempérer dans le pays où elle s'était maintenue. C'est dans l'immunité que saint Germain, évêque de Paris, accorda au monastère de Sainte-Croix et de Saint-Vincent, aujourd'hui Saint-Germain-des-Prés. Voir Dictionnaire, t. iii, au mot Chartes, col. 935 sq. L'une des dispositions prises par saint Germain est ainsi conçue ; la phrase s'adresse aux évêques : « J'ai voulu aussi, par cette charte d'immunité et de concession, que ma basilique ci-dessus nommée restât exempte de l'obligation des gestes ; et parce que cela n'a pas été de coutume dans les temps antérieurs, et que c'est une concession qui m'a été faite tout récemment par les rois et les princes, je n'ai pas voulu me passer de l'adhesion de votre piété dans le présent écrit ; mais je vous la demande, afin que la chose, corroborée et confirmée par vous, demeure désormais solidement établie ». L'acte est de l'an 566, régnant à Paris Caribert, fils de Clotaire Ier. C'est ce prince auquel l'évêque fait allusion et sans doute aussi ses deux prédécesseurs : Clotaire et Childebert Ier, fondateur de la basilique de Saint-Vincent. Les princes sont probablement les principes plebis, notables des cités, nommés explicitement dans une des dispositions qui précèdent ; enfin, lors que l'évêque déclare que ce n'avait pas encore été l'usage d'exempter les établissements religieux de l'obligation des gestes, il faut l'en croire et considérer le cas présent comme le premier pas dans une voie qui conduira plus tard les autres monastères au même genre d'affranchissement.

On ne peut douter qu'un exemple si solennel n'ait eu des imitateurs, mais tous n'y réussissaient pas. Dans le fonds du prieuré de Cunauld (Maine-et-Loire), qui dépendait autrefois de l'abbaye de Tournus, en Bourgogne, on a trouvé une excellente copie faite au XIe de la charte de fondation de l'abbaye de Noirmoutier, en 676, par Ansoald, évêque de Poitiers. Ce titre est rédigé dans une forme curieuse ; il nous dépeint, d'une façon saisissante, la mise en pratique du droit romain, qui servait de règle dans toutes les régions de l'Aquitaine, à l'occasion de l'enregistrement qui s'imposait pour qu'il fût valable. Le secrétaire de l'évêque apporte la donation devant les magistrats de la curie de Poitiers, il les interpelle, il les nomme par leur nom, et réclame la transcription sur les registres municipaux. Nous avons ici une preuve certaine de la persistance des habitudes administratives importées par la conquête romaine, tout au moins jusqu'au Ve, on pourrait dire jusqu'au Xe, tant étaient vivaces les usages.

Les formules du IXe et du Xe nous ont conservé la teneur d'actes de donations pieuses enregistrés aux curies de Tours, d'Angers, de Bourges ; le premier chroniqueur de Saint-Wandrille, qui écrivait sous le règne de Louis le Pieux, renvoie aux archives des cités de Rouen, de Bayeux et de Paris, ceux qui voudront avoir une idée des accroissements territoriaux que reçut ce monastère jusqu'au temps de Charlemagne ; mais nous avons aussi des contrats du même temps dressés en faveur d'autres abbayes, lesquels ne laissent voir, par aucun indice, que les formalités d'enregistrement aient été observées. Une des causes qui firent renoncer définitivement à ces formalités dut être l'exemption qu'en reçurent les religieux à l'époque où ils constituaient la classe des plus riches propriétaires du sol. Ainsi, entre le VIIIe et le IXe, la formalité de l'enregistrement municipal, déjà très compromise, acheva de tomber en désuétude, d'une part, parce que les propriétaires ecclésiastiques en obtinrent dispense de l'autorité ; d'autre part, parce que les propriétaires laïques parvinrent à s'y soustraire au moyen d'une fausse interprétation de la loi.

H. Leclercq.


ENSEVELISSEMENT. Les fidèles ont toujours attaché au devoir de la sépulture une idée particulièrement grave. Le corps du Sauveur avait été l'objet de soins empressés et, lavé de ses souillures, entouré de linges et de parfums, déposé dans un sépulcre neuf. C'était là un hommage auquel on ne songe plus guère de nos jours, mais au début de notre ère le respect du tombeau exigeait non seulement que l'occupant ne fût pas évincé pour faire place à un intrus, mais que le défunt ne fût pas logé dans l'abri dont un autre avait joui avant lui. Après la mort du diacre Étienne, les Actes des apôtres nous apprennent qu'il fut enseveli avec de grandes démonstrations : Sepelierant Stephanum oiri timorali et fecerunt planctum magnum super eum. Ce respect était poussé parfois jusqu'à la superstition. Voir Dictionnaire, t. i, au mot Ad sanctos. Il ne faut pas en être étonné. Les fidèles, en très grand nombre, venaient de la gentilité et le paganisme enseignait, au sujet de la mort, des défunts et des soins dus à leurs restes, une doctrine absolument différente de celle qui finirait par prévaloir sous l'influence du christianisme. Ainsi se conservèrent des croyances et des pratiques qui, pour se faire tolérer, eurent à subir une sorte de réduction, mais ne s'en incrustèrent pas moins dans la pensée et dans le rituel des chrétiens. Ces erreurs portaient sur plusieurs points : le défaut de sépulture entraînant les migrations de l'âme ; l'anéantissement du cadavre interdisant l'espoir de la résurrection du corps ; la proximité de l'ensevelissement à la tombe des saints procurant la garantie du salut éternel.

Les actes des martyrs mentionnent à différentes reprises l'appréhension des fidèles, à la pensée de l'abandon auquel leurs restes sont destinés. Cette préoccupation est bien connue des juges païens.

• N'espère pas que tes ossements soient recueillis, » dit le magistrat au martyr Tara que '. Et ce n'est pas là un abus de pouvoir. Après avoir subi le dernier supplice, la dépouille du condamné pouvait être remise, sur requête, à qui voulait l'ensevelir ; quatre lois du Digeste et du code Justinien en témoignent '. Dans le cas de lèse-majesté, le magistrat refusait parfois d'accorder les cadavres aux réclamants. Nous voyons les juifs de Smyrne presser le gouverneur de refuser aux chrétiens le corps de l'évêque Polycarpe ^. Ceci explique comment certains martyrs sollicitent leurs amis ou les assistants d'ensevelir leur corps après le supplice % tandis que d'autres s'assurent de ce soin en payant à l'avance les persécuteurs ■ ; enfin certains Actes racontent que des saints ont apparu en songe aux fidèles pour leur ordonner d'ensevelir leurs restes . Des offres d'argent furent faites à ceux de qui dépendaient les corps des martyrs de Lyon, en 177 ', et saint Gaudence rapporte dans son sermon xii2 comment quelques fidèles rachetèrent les cendres des quarante martyrs de Sébaste. Les actes de saint Grégoire de Spolète nous offrent un témoignage positif. « Le corps du saint, y lisons-nous, était demeuré au milieu de l'amphithéâtre. Une chrétienne, nommée Abundia, vint trouver Tircanus et lui demanda l'autorisation d'enlever le cadavre. Tircanus dit : « Donne-moi trente-cinq aurei et prends-le. » Abundia dit : « Je te les donnerai volontiers ; fais seulement que la remise s'accomplisse sans délai. » Tircanus dit : « Apporte-moi la somme et fais enlever le corps. » Elle lui compta les trente-cinq aurei et reçut le cadavre« . Le chef du martyr Hiéron est troqué contre son poids d'or »et la matrone Pompeiana obtient les restes du conscrit martyr Maximilien, probablement moyennant une somme que nous ne connaissons pas. Rachat et enlèvement des corps pouvaient d'ailleurs faire courir des risques à ceux qui se compromettaient en manifestant l'attachement trop vif porté à ces restes vénérés. Des chrétiens furent mis à mort pour ce motif, par exemple saint Nicandre, sainte Anastasie, sainte Basilisse ; et les autres, intimidés, renonçaient à la pieuse entreprise. Nous lisons dans les Actes de saint Urbain : Ministri diaboli jaclaverunt corpus S. Luciani de tribunali ante conspectum sanctorum ; quod quidem nemo christianorum, propter tyrannorum edictum, ausus est sepelire '. Mais c'était là une faiblesse contre laquelle les chefs des communautés stimulaient l'audace des chrétiens ; une lettre du clergé de Rome à l'Église de Carthage contient, en effet, cet avis caractéristique : El quod maximum est corpora martyrum aut ceterorum, si non sepeliantur, grande periculum imminet eis quibus incumbit hoc opus-. C'est ainsi qu'à force de courage, d'ingéniosité, de dévouement, les fidèles étaient rentrés en possession des restes de saint Polycarpe et des Actes sincères nous montrent le succès d'autres entreprises non moins ardues, comme le recouvrement des restes des martyrs Justin, Épipode, Théodote, Taraque '. Parfois il fallait y renoncer ; les chiens, les animaux sauvages devaient déchiqueter et dévorer les restes misérables auxquels était refusée la sépulture, ou bien les corps étaient jetés dans les rivières ou dans la mer, brûlés et les cendres livrées au vent afin que les chrétiens se trouvassent dans l'impossibilité de les recueillir, de leur donner une honorable sépulture et de leur rendre le culte habituel. C'était pour braver ce raffinement de sévérité et réconforter les fidèles que le prêtre Pionius de Smyrne, prêt à être brûlé vif et déjà sur le bûcher, disait à haute voix : Hsec me ducit causa, hœc me ratio polissimum compelli ad mortem, ut populus omnis intellegat resurrectionem futuram esse post mortem . Les magistrats romains, en détruisant les corps des martyrs, ne croyaient pas seulement les priver de sépulture, ils croyaient leur interdire tout espoir de résurrection. C'est ce que nous dit la lettre de l'Église de Lyon-Vienne : Igitur martyrum corpora... tandem cremata et in cineres redacta, in profundis Rhodani alveum sparsa sunt ab impiis, ne ulli deinceps eorum reliquiae in terris superessent. Atque id agebant prorsus quasi Deo superiores et resurrectionem illis adimere passent : ut, quemadmodum ipsi dicebant, ne spes quidem ulla resurgendi eis relinqueretur ; qua re novam quamdam ac peregrinam nobis invehunt religionem et gravissima quaeque tormenta contemnunt, prompti que et alacres mortem subeunt. Videamus nunc an sint resurrecturi et utrum adesse ipsis Deus suus ac de manibus nostris ipsos eripere valeat. Pour ingénieuse que se fît la haine des païens, l'ardente piété des fidèles ne se laissait pas décourager. Ni le péril ni les sacrifices n'arrêtèrent les femmes chrétiennes empressées à sauvegarder les restes des martyrs, et, plus souvent que ceux des hommes, leurs noms paraissent dans les récits relatifs à ces œuvres pieuses. Sozomène dit qu'au temps de Julien l'Apostat, une fidèle enleva les cendres de trois frères massacrés et brûlés par les idolâtres de Gaza ' ; la précieuse relation du martyr de saint Maximilien décapité en Afrique, sous le consulat de Tuscus et d'Anulinus, se termine par ces mots' : El Pompeiana matrona corpus ejus de judice eruit, et imposito in dormitorio suo, perduxit ad Carthaginem et sub monicolo, juxta Cyprianum martyrem, secus palatium condidit ». Les actes de saint Corneille et le Liber pontificalis nous montrent une autre matrone, Lucine, enlevant de nuit le corps du saint pontife et l'ensevelissant près de la catacombe de Calliste, dans un hypogée qu'elle possédait : Corpus cujus noctu collegit beata Lucina cum clericis et sepelivit in crypta juxta cœmeterium Callixti, via Appia, in prœdio suo '. Un libellus antiquissimus de la passion de saint Denis, cité au ix« siècle par Hilduin, nomme une femme noble, appelée Catulla, qui ensevelit les restes du martyr. A côté de ces textes, il faut encore rappeler des documents compris dans les Acta sincera de Ruinart : l'histoire de trois chrétiennes dérobant le cadavre de sainte Afra ; celle de deux autres qui, nous dit-on, « plus hardies que les hommes », osèrent charger sur une civière et emporter le corps sanglant de saint Saturnin de Toulouse ; celle de deux femmes esclaves s'emparant des restes mortels de sainte Julitte '. Dans la masse des pièces tenues pour suspectes, la donnée est la même. Bien que tous, en ces temps de sacrifice, aient, à coup sûr, également souhaité de soustraire les corps des saints aux mains païennes, peu d'hommes sont expressément nommés comme l'ayant tenté ou accompli. A prendre sans autre examen ces nombreuses relations, on y trouve, alors qu'il s'agit de faits de l'espèce, six noms d'hommes qui, presque tous, sont des évêques ou des diacres : Irénée, Paulin, Quirinus, Étienne, Silvestre, Hippolyte'« ; quinze noms de chrétiennes y sont notés au sujet de la même entreprise : Sophie, Octavilla, Celerina, Justa, Florentia, Liceria, Alexandria, Petronia, Sabinilla, Grata, Théodora, Cléopâtre, Abundantia, Apollonia, Théoctiste ; puis une matrona nobilis qui ensevelit les restes de saint Cassien ». L'accord singulier de ces pièces avec les documents qui méritent toute confiance ne permet guère de douter qu'à l'âge des persécutions les femmes n'aient été au premier rang parmi les fidèles qui se dévouèrent à cette œuvre généreuse. Sans insister outre mesure sur cette mention prépondérante des femmes, alors qu'il s'agissait d'honneurs suprêmes à rendre aux martyrs, il en faut encore rapprocher un détail qui en confirme l'exactitude. Dans les relevés des actes et passions donnés par Surius, par Assémani et par les Bollandistes, pour quatre-vingt-dix mentions d'embaumement faits par les hommes '-, on en rencontre quatorze attribués à des chrétiennes « . Cinq des actes qui viennent d'être cités montrent ces chrétiennes déposant les restes des saints in prædio suo, in agello suo, in horlo domus sua :. C'est ce que fit Lucine, qui déposa le pape Corneille in crypta... in prædio suo. Plus d'une catacombe a dû son origine à ces ensevelissements : Cœmeterium Timothée, in horlo Theonis ; ecclesia sive cœmeterium S. Hilariœ in horlo ejusdem ; cœmeterium S. Nicomède in horto Justi '. L'ensevelissement apparaissait, malgré tout ce qu'on pouvait leur dire, à un trop grand nombre de fidèles, comme une garantie de résurrection. Saint Augustin ne pouvait manquer d'aborder cette question qui était de son temps, dit-il, opinio utcunque vulgata. Dans le traité adressé par lui à saint Paulin de Nole et intitulé De cura pro mortuis, il établit que l'absence de sépulture ne fait éprouver au chrétien aucun dommage : la pompe des funérailles, de même que le lieu et le mode de l'ensevelissement, sont plutôt une consolation pour les vivants qu'un soulagement pour les morts. Mais il faut rendre ce devoir aux morts afin de témoigner du respect que l'on éprouve pour les fidèles dont le corps a été le temple de Dieu. Si Dieu a permis la profanation des restes des saints, c'est pour nous apprendre que toutes les injures faites à un cadavre ne peuvent causer aucun préjudice à l'âme du défunt ; c'est aussi pour nous faire voir que la dispersion des cendres n'a pas fait vaciller la foi de ces martyrs en la résurrection. L'Écriture sainte loue ceux qui ont eu soin de la sépulture des morts, parce qu'ils ont donné, ce faisant, le témoignage de leur charité. Est-il vrai que des morts soient venus en songe réclamer des vivants la sépulture pour leur cadavre ? Saint Augustin n'en paraît pas bien persuadé ; quoi qu'il en soit, il affirme que les chrétiens doivent, plus que les autres, prendre soin de la dépouille des défunts ; ce n'est sans doute pas un gage de salut éternel que nous leur donnons, mais c'est un devoir d'humanité que nous remplissons. Quant à l'ensevelissement à proximité des saints, il n'a d'autre avantage que d'attirer, en faveur de ceux qui reposent ainsi, une prière plus fréquente et plus fervente. Malgré ces bonnes raisons, les objections des païens laissaient persister des doutes dans l'esprit des fidèles et la conservation de leurs restes parut à beaucoup nécessaire pour participer à la résurrection. Une inscription de Côme, conservée dans la basilique San Giuliano et entrée depuis lors au Museo civico, n° 31 de la salle chrétienne, est tout à fait significative. Dimensions : 0 m. 84 X 1 m. 15, la partie inférieure manque ; hauteur des lettres, 0 m. 035 et 0 m. 040. Date : le vi siècle. Les quatre dernières lignes, aujourd'hui perdues, sont rétablies d'après la copie de Borsieri, ms Paris, 8957, fol. 16, ex Fulvio Peregrino. La copie de Peiresc, qui lit l'inscription entière, en diffère un peu ^ (fig. 4075) : + + + agneau calice agneau H B M HIC REQVIESCET IN PACE FAIVIVLA XPi GVNTELDA 5 SPF QVI VIXI'TJNJJOC SE CVLO ANNVS PS MS LX IN HOC SECVLO ANNVS PL-MS XL ADIVRO VVS OMNES XPIANI ET TE* CVSTVDE BEATI IVLIANI -fDO ET-p-TRE sed conservel us que ad finem mandi ut posim sine impedimento in vita redire cum venerit qui judicaturus est vives et mortuos 20 Nous ne revenons pas sur ce que nous avons dit déjà au sujet de la sépulture et de la seconde vie et de la sépulture à proximité de la tombe des saints. Voir Dictionn., t. i, col. 479 : Ad Sanctos. H. Leclercq. ENTAILLES. Sur beaucoup de débris archéologiques, sarcophages, cancels, bases de colonnes, on constate la présence d'entailles qui n'ont pas besoin d'explication ni de description ; elles servaient à recevoir un tenon, une agrafe de bois, de fer, de métal ou de pierre. On conserve au musée d'Arles une agrafe intéressante ' (fig. 4076). H. Leclercq.


ENTRAITS. La plupart des arcs des Byzantines sont maintenues par des entraits qui annulent les poussées et s'opposent aux effets de gauchissement. Ce sont, le plus habituellement, des tirants de bois, ancrés dans les maçonneries à la rencontre de chaque pile ; quelquefois, par exemple à Sainte-Sophie, ces entraits sont en fer. Enfin, on trouve à la place d'entraits isolés, des plates-formes continues qui offrent une rigidité plus assurée, ainsi à Saint-Démétrius de Salonique.

H. Leclercq.


ENTRAVES. On appelait « entraves » tout lien qui tenait les pieds enchaînés, quelle qu'en fût la matière et la disposition. Tantôt une chaîne, tantôt un poteau ; les ceps qui retenaient à un certain degré placé entre les jambes, lequel est rattaché à la ceinture, comme nous le voyons sur une gemme qui est peut-être antique (fig. 407S) ; d'autres fois, la chaîne qui réunit la ceinture aux entraves des pieds descend le long d'une des jambes. On comprend que cet instrument mettait celui qui en était chargé dans l'impossibilité de fuir, sans toutefois empêcher ses mouvements. Nous ne possédons pas de monuments chrétiens relatifs à cette gêne infligée à des fidèles, mais il n'est pas douteux qu'un grand nombre parmi eux n'en aient fait la dure expérience. Les esclaves qui cultivaient la terre, particulièrement en Italie, étaient ainsi entravés, compediti, alligati, oincti, et Plante les appelle ferratum genus. A plus forte raison, les condamnés aux mines et aux travaux des prisons. H. Leclercq.

D'écartcracnt les pieds du patient et dont on a trouvé un débris à Pompéi (fig. 4077), enfin les anneaux fixés aux chevilles, compedis orbes, et réunis par des chaînons ou des cordes à un troisième anneau burgonde de La Balme (Haute-Savoie), conservée au musée de Genève. Elle mesure 0 m. 107 sur 0 m. 07 de hauteur et a été coulée dans un moule et renforcée par quelques coups de burin. La scène représentée est celle de l'entrée de Jésus à Jérusalem. Voir Dictionn., t. ii, col., 1360. fig. 1751. Un personnage, monté sur un âne, bénit des deux doigts quatre hommes s'inclinant devant lui et dont le premier jette à ses pieds une couronne. Au-dessus apparaissent, dans des ouvertures, sept têtes humaines dont les corps se dissimulent derrière une sorte de remparts. Ces onze personnages représentent ou bien les apôtres, ceinte du nimbe crucigère, vêtu d'une longue robe quadrillée, assis de face sur l'ânesse, qui s'avance lentement vers la droite. Quatre personnages, deux devant l'animal et deux autres par derrière, sont debout et présentent de longues palmes au Sauveur qu'ils acclament. Cet objet peut être attribué au vii ou au viii siècle. Son lieu d'origine est inconnu. M. E. Babelon, se fondant sur un rapprochement avec une pierre gravée du Cabinet des médailles de Paris, de style analogue et portant une inscription syriaque des environs du vii siècle, paraît disposé à croire qu'elles sont toutes deux à peu près contemporaines.

407S. — Évangéliaire de Rossano. D'après Haseloff, Codex purpureus Rossanensis, Berlin, 1895, pl. II. à l'exception de Judas, ou bien la foule accueillant Jésus à son entrée dans la ville. L'encadrement de la scène porte, en bas, deux longs poissons ou peut-être des serpents enroulés, et sur les autres faces, six animaux fantastiques à tête de taureau et queue de poisson. Un érudit allemand a découvert dans ces figures décoratives le symbole des « païens venant adorer le Christ » : c'est une interprétation parfaitement déraisonnable.

Le Cabinet des médailles de La Haye possède une intaille sur cornaline qui représente l'entrée de Jésus-Christ à Jérusalem. On voit le Christ, la tête couronnée, monté sur un âne, et les apôtres, debout, le suivant.

Nous avons déjà fait connaître ce sujet tel qu'il est représenté sur les sarcophages et sur quelques diptyques, notamment celui de Milan, et sur la couverture d'évangéliaire d'Etschmiadzin, (t. ii, fig. 2230) ; enfin une mosaïque de la basilique de Bethléem et dans l'évangéliaire de Rossano (fig. 4080).

H. Leclercq.


ENTRELACS. L'entrelacs forme le motif principal et caractéristique de l'ornementation celtique ; on pourrait, presque sans exagération, dire : exclusif. Les enlumineurs et les sculpteurs en ont tiré un parti inépuisable. On est surpris, dérouté, amusé devant ce déploiement de rubans, de lanières qui se déroulent, se croisent, se recroisent, vont, viennent sans désordre ni emmêlement. Ce motif se diversifie de la manière suivante : entrelacs enchevêtrés comme des lanières ou bien enroulés les uns autour des autres et offrant l'aspect de serpents. Ensuite viennent les ornements à base de T ; en dernier lieu, les spirales. Grâce à l'expansion du monachisme irlandais en Angleterre, en France, sur les bords du Rhin et jusqu'en Lombardie, le style irlandais et anglo-saxon compta un grand nombre d'ateliers dans lesquels on reproduisit sans lassitude, comme sans innovations, le même choix de motifs avec la même perfection. Longtemps on a fait honneur de ce genre d'ornementation aux moines des îles Britanniques comme d'une création véritable qui, au sein de l'universelle décadence des arts en Occident, les établit, du v siècle à la fin du xii siècle, comme les législateurs, les maîtres et les mainteneurs d'un art concentré tout entier entre leurs mains. Non seulement ils ne communiquaient avec personne, mais ils ne procédaient de personne, sine genealogia. Ni influence franco-germanique, ni influence pré-carolingienne : tout au plus se résignait-on à quelle lointaine influence égyptienne ou chinoise, mais si vague qu'il valait mieux n'en pas parler. La réalité est très différente.

Après de longues et impartiales recherches, E. Müntz a scientifiquement démontré que ce sont les Romains qui ont fait de l'entrelacs l'usage le plus étendu, le plus exclusif et que les pavements en mosaïques sont le domaine dans lequel ce motif de décoration s'est maintenu le plus longtemps et avec la faveur la plus incontestable. Ce n'est pas cependant en Italie que l'entrelacs a pris naissance, mais il a commencé à s'y généraliser. Dès le premier siècle de notre ère, nous le rencontrons à Pompéi. Sa fortune est rapide ; de simple bordure de cadre, il en vient à occuper une place prépondérante et à envahir la mosaïque entière. La diffusion de cet ornement dans les diverses provinces du monde antique est un autre sujet de surprise : on le rencontre de bonne heure à Rome, en Italie, en Gaule, à Cologne, à Trêves, en Espagne et dans la Grande-Bretagne. L'époque chrétienne s'arrange de cette combinaison de lignes, elle qui accorde généralement ses faveurs à toutes les figures géométriques formant remplissage : et l'entrelacs fait bonne figure sur les mosaïques de pavements en Afrique, comme sur les peintures du monastère de Baouït, en Égypte, « L'entrelacs entre pour une part considérable dans la composition de deux des plus anciens pavements chrétiens parvenus jusqu'à nous : celui de la catacombe de Saint-Hélène, découvert en 1838, et celui du dôme de Santa Maria di Capua : il en forme la note dominante » ; de même sur la mosaïque d'un petit oratoire antérieur à la persécution de Dioclétien, trouvé à Parenzo, en Istrie (voir fig. 4081, 4082), L'entrelacs paraît encore dans les pavements de Casale, de Crémone, de Vérone, de Pesaro, de Saint-Jean-l'Évangéliste à Ravenne : de Saint-Laurent-hors-les-Murs, à Rome : en Afrique on le retrouve à Orléansville, à Constantine, à Djemila : en Palestine, à Jérusalem ; en Phénicie, à Sour. Ce n'est pas tout ; les mosaïques n'offrent qu'un aspect du sujet. La sculpture sur pierre, du vi au ix siècle, prodigue l'ornement natté. Je citerai à Rome, au Forum, les fragments provenant de la basilique Julia ; dans la basilique de Sainte-Praxède, qui est du ix siècle, la porte de la chapelle Saint-Zénon ; dans l'église San Sebastiano, au Palatin, un fragment conservé dans la cour ; un autre fragment exposé dans le chœur de l'église des Santi Quattro Coronati et bien d'autres. L'orfèvrerie, à son tour, a fait usage de l'entrelacs : fibules, boutons, boucles d'oreilles, agrafes, plaques de ceinturon et le reste, où qu'on les découvre, en Normandie, en Germanie, en Hongrie, nous montrent l'entrelacs vivace et exubérant. Or, en étudiant l'orfèvrerie barbare, nous aurons l'occasion de suivre les étapes des tribus et nous convaincre qu'elles ont apporté leurs types et leurs procédés d'art de régions lointaines de l'Asie antérieure. L'étude de l'émaillerie et principalement de la verroterie cloisonnée nous conduira dans les mêmes régions voisines de la Perse, de l'Assyrie, de la Chaldée et jusque dans ces pays mêmes. C'est là aussi que nous entraîne le motif de l'entrelacs, Auguste Bertrand écrivait : « J'oserai presque dire que ces ornements sont celto-scithes. Nous en retrouvons quelques-uns chez les Celtes du Danube et en particulier chez les populations primitives de la Hongrie dès le i ou v siècle avant notre ère, sinon antérieurement. Puis chez les Goths, Burgondes, Wisigoths, avant leur entrée en Gaule, ainsi que chez les Saxons, avant — U. Leclercq, Manuel d'arch. chrét., 1907, t. ii, p. 203-204, fig. 221, — Cochet, Sépultures gauloises, romaines, franques et normandes. in-8, Paris, 1857, p. 181, 301 ; Le tombeau de Childéric, in-8, Paris, 1859, p. 198-231, 249-250, 261, 287 ; La Seine-Inférieure, in-8, Paris, 1894, p. 85, 140, 142, 195, 331, 350-351, 404, 524 ; Lindenschmit, Handbuch der deutschen Altertumskunde, in-8, Braunschweig, 1886, t. i ; Hampel, Die Goldfunde von Nagy-Szentmiklós, in-8, Budapest, 1886, p. 79, 172, 179 ; S. Guyer, Die christlichen Denkmäler des ersten Jahrtausends in der Schweiz, dans J. Ficker, Studien, Leipzig, 1907, fig. 30-31. lequel les entrelacs sont nettement caractérisés et qui, à nos yeux, résout la question d'origine.

« L'entrelacs eut dans le milieu britannique une vie prolongée à transformations sans nombre. Beaucoup plus compliqué dès l'origine que sur le continent, il a connu les arrangements les plus divers, issus de l'art de la vannerie ou du tisserand, depuis la simple tresse aux anneaux réguliers jusqu'au nattage fait de furieuses et inextricables mêlées d'êtres informes, oiseaux ou quadrupèdes, aux membres étirés, amincis, passés comme au laminoir, n'ayant pour ainsi dire plus de corps, à plus forte raison de caractères distinctifs de race ou d'espèce, devenus tous semblables à des serpents qui se tordent et se nattent les uns les autres, mordant ce qu'ils rencontrent, flanc, patte ou cou, dans le plus invraisemblable et presque toujours le plus géométrique enchevêtrement. C'est ainsi que de plusieurs cordes qui s'entrecroisent et se nouent, en carrés, en cercles, en triangles, en boucles de toute forme et de toute grandeur, souvent même de la plus irrégulière fantaisie. Il n'est pas rare de le voir s'accrocher partout où il y a matière à un prolongement parasite. Parfois il se termine en bec d'oiseau, en tête de monstre. Mais la folie calligraphique du système éclate surtout dans les entrelacs d'animaux. Bien que les files de monstres orientaux s'entredévorant aient probablement servi de premiers modèles, on ne s'en souvient plus guère devant ces uns des triomphes de l'art irlandais. En des manuscrits déjà tardifs, comme le Book of Kells, les êtres humains eux-mêmes se disloquent de façon identique pour obéir aux lois de l'entrelacs. Souvent aussi, à cette époque, une tête d'homme ou d'animal formera le bout d'une lettre ou d'un morceau de cadre, les jambes ou pattes étant à l'autre bout. Il serait impossible de donner une idée, même approximative, de l'inépuisable richesse des combinaisons.

« On trouve des bras, des jambes, des chevelures, des barbes entrelacées et nattées. Sur la pierre de Meigle (Perthshire), on s'est extasié devant l'artifice. Giraud le Cambrien écrivait qu'« à regarder superficiellement et comme à la dérobée ces peintures, on est plus frappé de leurs défauts que de leur beauté, et nulle subtilité ne se remarque dans cet art où cependant tout est subtil. Que si, au contraire, on fixe attentivement le regard sur ces pages et que l'on s'attache à en scruter minutieusement les arcanes, on aperçoit des entrelacs, si déliés et si subtils, si ténus et si serrés, si entrecroisés et entremêlés et d'un coloris si frais, que ces beautés semblent plutôt attribuables à la diligence des anges qu'à une main d'homme. Plus de fois et plus attentivement je considérais ces merveilles, plus mon étonnement redoublait et plus j'éprouvais le désir de les admirer encore et encore ». Que n'a-t-il vécu de nos jours, l'excellent homme ! Il eût trouvé sa voie dans le « cubisme ». Car c'est bien à de pareilles aberrations que conduisent — si elles n'en procèdent — des pages telles que le crucifiement de l'évangéliaire de Saint-Gall (voir Dictionnaire, t. ii, fig. 2336) ou le chapiteau d'Inchagoile (fig. 2314). Dans le Book of Deer, cet art maladif aboutit à représenter le corps humain par un rectangle surmonté d'un cercle ; la plaque de bronze d'Athlone adopte ces schémas pour figurer le Christ, mais la tête a cinq fois la hauteur du corps. Qu'on ne s'y trompe pas. Entre l'entrelacs classique et cette végétation folle de l'art irlandais il y a toute la distance du goût à la virtuosité, et toute celle de la science à l'ignorance. Le dessinateur qui étire, efflanqué et lamine les membres, oreilles, et une caricature ; alors il se jette dans l'incongru, dans l'incohérent et l'entrelacs irlandais ne trouve guère de point de comparaison que dans les grylles gnostiques. L'art carolingien a fait usage de l'entrelacs partout où il a pu l'introduire ; il serait matériellement impossible — autant qu'inutile — de cataloguer des monuments parvenus jusqu'à nous, la plupart, sous forme fragmentaire. Il suffit d'en énumérer quelques-uns. — À Venise (cathédrale), un panneau de chancel avec entrelacs mêlés de rosaces, de grappes de raisin, de croix et d'oiseaux (fig. 4083). — À Bordeaux, crypte de Saint-Seurin (lig. 4084). — À Glanfeuil. La variété des combinaisons est assez limitée : tresses, nattes, etc. ; ce qui offre plus d'intérêt, ce sont les rapprochements qu'on peut établir entre des monuments rencontrés à de grandes distances et qui. Le baptistère de Vintimille est pavé de fragments. — Entrelacs à Venise. D'après R. de Lasteyrie, op. cit., p. 212.

pourraient mettre sur la voie ou bien d'ateliers exportant au loin leurs produits ou bien de cahiers de modèles circulant dans des ateliers très éloignés les uns des autres. M. R. de Lasteyrie a fait remarquer que l'anneau de chancel de la cathédrale de Vence rappelle des panneaux conservés à Orvieto et à Rome (Santa Maria in Cosmedin). Un fragment de Bordeaux est, dit-il, proche parent d'un panneau du VIIIe conservé à San Pietro Abondio de Côme ; un autre fragment de la même crypte de Saint-Seurin reproduit « un motif très répandu à l'époque carolingienne et que l'on retrouve en France », à Aix en Provence, les motifs ornementaux se retrouvent à Vienne en Dauphiné (fig. 4086), à Sainte-Marie du Trastévère de Rome, à Marseille (fig. 4087), à Aix, à Reims. Parmi plusieurs fragments conservés au musée Borély, à Marseille, un des plus importants montre un dessin d'entrelacs qu'on retrouve à Vintimille et à Aix et sur un panneau de la première moitié du IXe, à Saint-Marc de Venise (fig. 4088). « Nul doute qu'avec un peu de patience on ne retrouve au-delà des monts presque tous les motifs que nous avons en France à Saint-Pierre de Vienne, à Saint-Guilhem-du-Désert (fig. 4089) », au musée du Puy (fig. 4090), au musée d'Angnon, au musée d'Arles (fig. 4091), à Saint-Martin d'Angers (fig. 4092), dans la crypte d'Apt. Il importe surtout, pour une période encore si mal connue, de ne négliger aucun morceau, si petit soit-il, car les dispositions symétriques qu'affectent la plupart de ces dessins permettent souvent de restituer à coup sûr des débris qui semblent au premier abord totalement dénués d'intérêt. » Un humble fragment découvert à Poitiers et recueilli « L'entrelacs en est l'élément le plus typique. Il se présente en Italie et en Gaule avec des caractères communs tellement marqués, que l'on ne saurait contester qu'au-delà comme en deçà des Alpes, cet art ait eu les mêmes origines et ait obéi aux mêmes tendances. C'est un point intéressant et qu'on ne semble pas avoir suffisamment mis en lumière, écrit M. R. de Lasteyrie ». Cattaneo lui-même n'a rien dit des analogies de style existant entre les entrelacs italiens du VIIIe et du IXe et ceux qu'on faisait en France à la même époque. Il a qualifié ces œuvres d'italo-byzantines et s'est efforcé de prouver que ce sont des artistes grecs, chassés par les persécutions religieuses, qui ont apporté les premiers éléments de ce style dans le nord de la péninsule ». Mais cette thèse soulève de nombreuses objections. La première, c'est qu'on constate dès le début du VIIIe, au plus tard, l'existence de ce style en Italie. Ainsi le ciborium de Valpolicella en offre un spécimen bien caractérisé qui porte la date de 712 ». Or la querelle des iconoclastes n'est arrivée à l'état aigu que plusieurs années après, et l'édit de Léon l'Isaurien, qui fut le point de départ des persécutions dirigées contre les artistes, n'est que de l'an 726. Il est bien vrai que les artistes byzantins n'ont cessé depuis le VIe d'affluer en Italie et que les entrelacs, qui forment l'élément le plus caractéristique de la décoration sculptée dans les monuments occidentaux du VIIIe et du IXe, sont également communs dans les monuments byzantins. Mais l'entrelacs pris en lui-même ne prouve rien, car c'est un genre d'ornement qui n'est particulier à aucun pays et à aucune civilisation, on en trouve des exemples chez les peuples les plus divers.

Une autre erreur, car il en attribue l'invention de cet art aux artistes du nord de l'Italie, à ces magistri comacini dont il est question dans les lois lombardes du roi Rotaris (636-652) et dans lesquels on a voulu voir une puissante association de maîtres habiles formée dans la ville de Côme, d'où elle aurait rayonné sur toute l'Italie et jusqu'en Gaule et en Espagne ». Or il y a dans ce qu'on nous raconte de ces magistri comacini une grande part de légendes provenant d'une fausse interprétation du mot comacini ». La vérité est que les barbares qui envahirent l'empire romain, et tout particulièrement ceux qui s'emparèrent des Gaules et du nord de l'Italie, Francs, Burgondes, Wisigoths, Lombards, avaient un art qui leur était propre et dont l'élément essentiel était l'entrelacs. Il nous en est resté des preuves innombrables dans les dessins dont ils couvraient leurs bijoux, leurs armes, leurs plaques de ceinturon. C'est surtout dans les pays occupés jadis par les peuples de race celtique, sans remarquer que la forme même du nom donné à la ville de Côme dans les textes du moyen âge exclut cette hypothèse. Le mot comacini est, en réalité, un nom commun servant à désigner les corporations de maçons, en quelle que ville qu'elles existassent ; rien n'autorise à croire qu'il y en ait eu à Côme qui aient inventé un mode de construction ou un style de décoration particulier. C'est-à-dire en Gaule, en Angleterre, en Irlande et dans l'Italie du nord, que le goût pour les entrelacs prit un développement extraordinaire du VIIIe au Xe. Or ce sont précisément les pays sur lesquels Pépin et Charlemagne étendirent leur domination, ou avec lesquels les Francs carolingiens entretinrent les relations intellectuelles et artistiques les plus suivies. Dans toute cette vaste région, l'entrelacs est devenu à cette époque l'élément décoratif par excellence. Il n'est plus confiné aux armes et aux bijoux, il a envahi les peintures des manuscrits, les objets d'orfèvrerie, les ivoires et les monuments d'architecture. Ce style ne doit donc être appelé ni italo-byzantin ni lombard ; il faut le désigner sous le nom de style barbare, car il s'est spontanément développé dans les pays comme la France et le nord de l'Italie, où les barbares de race germanique ont fondé leurs royaumes les plus florissants, ou sous le nom de style carolingien, car il est arrivé à son apogée à l'époque carolingienne et a pénétré dans tous les pays où la dynastie carolingienne a établi son pouvoir ou exercé son influence. C'est ainsi que, de la vallée du Pô, où nous le trouvons en grande faveur au VIIIe, sous les derniers rois lombards, cet art s'est répandu jusqu'à Rome à la suite des conquêtes de Pépin et de Charlemagne, et sous l'influence des artistes que les papes demandèrent à leurs puissants protecteurs. Au contraire, dans les régions de l'Italie méridionale, où la domination byzantine a été plus durable, la rareté des monuments empreints de ce style est en raison directe de la durée de cette domination. Et si nous trouvons jusque dans les provinces illyriennes, à Cattaro et à Zara, des spécimens de cet art datés de 809 et de 812, c'est qu'à cette date précisément ces provinces étaient des dépendances de l'empire de Charlemagne, qui s'en était emparé en 804 et en rétrocéda une partie à l'empire de Byzance en 812. Or, on peut d'autant moins contester ici l'influence des Francs que nous avons le témoignage formel de Fortunatus, patriarche de Grado, qui nous apprend qu'il avait fait recouvrir sa cathédrale aux frais de Charlemagne et fait venir des artistes francs pour en restaurer le baptistère qui tombait en ruines ».

H. Leclercq.

Cette fièvre passée, l'art nouveau eut le temps de se recueillir et il en profita pour se dégager de plus en plus de l'élément romain. Les constructeurs cherchèrent dans le jeu des poussées un principe nouveau d'équilibre, réduisirent la masse de leurs voûtes, adoptèrent le profil surhaussé, inaugurèrent des plans d'édifices inconnus à l'antiquité : ils devinrent eux-mêmes et l'art byzantin se constitua entre leurs mains. Au VIe, l'évolution est accomplie. Toutes les méthodes de construction se sont fixées, tous les types d'édifices se sont produits et tous se montrent appliqués à la fois, sans exclusion, sans parti pris : le plan polygonal se renouvelle à Saint-Serge et à Saint-Vital ; le plan en basilique se retrouve à l'église de la Mère-de-Dieu à Jérusalem ; le plan en croix à cinq coupoles apparaît dans la reconstruction V. — 3

Ce noble effort dure peu de temps et, une fois terminée l'impulsion donnée par Justinien, une sorte d'assoupissement et de routine envahit tout. À certains moments, on constate encore comme un désir de tenter des œuvres nouvelles. Grâce à la prospérité intérieure que donne à l'empire la dynastie macédonienne, les entrepreneurs s'essaient à de grands ouvrages, telle l'église du Palais, décrite par Photius. Mais il n'y a, dans tout ceci, que l'application, à peine retouchée, des principes anciens. La seule innovation, et ce n'en est pas une en vérité, est la surélévation du tambour donnant au dôme plus de légèreté. Puis l'immobilité reprend, si obstinée que plus rien ne la troublera plus. D'ailleurs, les entrepreneurs seraient bien mal avisés de chercher à suivre des voies nouvelles. Dès le VIIIe, le deuxième concile œcuménique de Nicée recommande la soumission absolue de l'artiste aux types traditionnels. Il ne s'agit encore dans ce texte que des peintures et de la représentation des figures sacrées, mais l'extension était fatale et elle se produisit sans retard.

À ces conditions défavorables, il faut ajouter celles que crée l'insécurité croissante et l'appauvrissement chaque jour plus sensible. On bâtit moins qu'on ne répare, qu'on n'entretient, et les gens de métier savent qu'ils doivent se contenter des ressources que leur offre la province, la région dans laquelle ils végètent. Ainsi, ils ne sont plus que des chefs d'ateliers locaux, de plus en plus spécialisés dans les méthodes et les moyens de l'école provinciale qu'ils dirigent. Ainsi s'établissent et s'affirment les différences de style et les différences de procédés. Le style se reconnaît sans trop de peine. Une église de l'Attique se distingue d'une église contemporaine appartenant à l'école monastique de l'Athos ; question de proportion, de souplesse, de finesse. L'école syrienne, caractérisée par le plan en basilique et l'arc outrepassé en fer à cheval, ne se laisse confondre avec aucune autre école.

Les procédés de construction sont encore plus sensibles. La méthode d'exécution des voûtes, par tranches, qui n'exige comme matériaux autre chose que des briques et du mortier de qualité fort ordinaire, eût pu se pratiquer dans les diverses contrées de l'empire où ces éléments existent : or, cette méthode, partout également possible, est fort loin de se montrer partout également en faveur. Et même, en Syrie, on ne rencontre pas un seul exemple de la voûte par tranches ; c'est un type spécial à Constantinople et à l'Asie Mineure. Pour les voûtes d'arête, même distinction d'écoles : la solution normale, c'est la voûte par tranches dont le parement est une surface de révolution ayant comme directrice une courbe diagonale en arc de cercle. Mais ce type n'a rien d'absolu ; et les exceptions, elles aussi, offrent un caractère local.

Les coupoles donnent lieu, de leur côté, à une distribution géographique. À l'Athos, presque toutes les voûtes sphériques sont exécutées par assises annulaires ; hors de l'Athos, dans le reste de la Turquie d'Europe et dans l'Asie Mineure, les voûtes byzantines se partagent entre les deux modes de construction, procédé par lits et procédé par tranches. Les voûtes sphériques sur trompes, très usitées dans la presqu'île grecque et la Syrie, ne se retrouvent qu'à l'état d'applications isolées dans le reste du territoire byzantin ; à Constantinople on ne les voit apparaître qu'avec la domination ottomane.

En Syrie, à propos des entraits, nous avons signalé l'emploi du fer pour ces matériaux employés dans la construction de Sainte-Sophie. L'emploi du métal dans la construction antique est un autre trait de différenciation de pays à pays et d'école à école. Les charpentes en bronze étaient rares, mais non sans exemple. Le portique du Panthéon de Rome a conservé jusqu'au XVIIe une charpente en bronze que Serlio admirait, que dessinaient Labacco et Philibert Delorme, que le pape Urbain VIII faisait détruire, afin de fabriquer les canons du château Saint-Ange.

À la tête des ouvrages publics, trois classes de préposés répondaient jadis de l'ordonnance, de l'exécution, de la forme : le mechanicus, le geometra et l'architeclus. Mais cette hiérarchie, toute romaine, s'appliquait exclusivement à de très grands travaux. Pour les constructions ordinaires, qui ne comportaient pas une surveillance ainsi partagée, les trois fonctions d'ordonnateur, de géomètre et d'architecte se réunissaient en une même personne et ce directeur unique prenait tantôt l'un, tantôt l'autre des trois titres dont il remplissait les rôles.

Mais le classement hiérarchique des trois fonctions de mechanicus, geomclm, architectus, se confirme par le tarif même de leurs services : il existe des architectes, des géomètres et des mccbanici enseignants : or, le mechanica : professor était exempt des tarifs ; seuls, le géomètre et l'architecte étaient compris dans l'édit du maximum, et cet édit accordait au géomètre une rétribution double de celle de l'architecte : on ne peut guère souhaiter de rangs mieux accusés.

À Rome, l'architecte est l'auxiliaire du curalor. Après avoir été englobé dans les corporations, il parvint, semble-t-il, à s'en dégager, mais il ne paraît pas qu'il soit arrivé à se soustraire entièrement à leurs charges. Exempt de contributions personnelles, il reçoit de l'État une sorte de traitement, mais comme toujours, c'est en échange d'une servitude. Il paraît bien être soumis à une résidence fixe : artifi ces... per singukis civita les morantes ; il doit élever ses (ils dans la prati que de son art : ab universis muneribus vacare praccipimiis... quo magis cupiant... suos filios erudire ; il paiera la taxe.

H. Leclehcq.


ENVERMEU. —

I. Vallée de l'Eaulne.


IV. Fosses. — Le cimetière n'a pas été exploré dans sa totalité, mais il était certainement très étendu ; la région explorée mesure au moins 80 mètres de long sur 40 de large, elle a donné entre 450 et 500 squelettes de tout âge et de tout sexe ; des enfants, bon nombre de jeunes gens, beaucoup de sujets entre vingt et quarante ans, peu de vieillards au crâne épais et durci. Tous les ossements furent rassemblés dans une partie réservée du cimetière paroissial. Dans un vase rougeâtre de pâte et de forme mérovingienne on trouva des os calcinés, mais il a été impossible de dire si c'étaient des restes humains. Tous les corps étaient déposés dans des fosses taillées, soit dans la terre végétale, soit dans la craie marneuse, à une profondeur qui variait de 0 m. 50 à 1 m. 50 et même jusqu'à 2 mètres. Dans la campagne de septembre 1854, on rencontra une fosse mesurant 2 m. 40 de large sur 2 m. 80 de profondeur. Le terrain qui remplissait les fosses était de la craie mêlée à la terre végétale ; mais la dernière fosse était pleine de gros moellons. A différentes reprises on trouva à Envermeu, comme à Haulchin (Hainaut) et à Védrin, près de Namur, des fragments de tuiles à rebords, des morceaux de pierre de liais, taillés et polis, qui paraissent avoir servi de pavés ou de corniches. Dans une douzaine de fosses, on retrouva des tuiles broyées et même du ciment mêlé à la terre de remblai. La fosse qui renfermait un plateau de bronze contenait un cadavre couvert d'une couche de ciment de 0 m. 15 d'épaisseur. Quelques-unes des fosses contenaient deux ou plusieurs corps allongés parallèlement, ou même superposés, ce qui s'est vu aussi au cimetière de Londinières et ailleurs.

V. Cercueils. — Deux cercueils seulement en pierre furent trouvés. Le premier, en calcaire du pays, d'un seul morceau, parfaitement taillé au dedans et au dehors. Le couvercle, fort épais, était de forme plate, seulement les angles des bords avaient été abattus ; le bas était un peu moins large que le haut. N'ayant remarqué sur le couvercle aucune trace de sculptures ni d'inscriptions, le cercueil a été enfoui de nouveau sans être déterré complètement. Mesuré en dehors, le cercueil avait 2m.50 de longueur et 0m.45 de profondeur, sur une largeur qui, des pieds à la tête, variait de 60 à 70 centimètres. Il n'était qu'à 0 m. 75 du sol arable. Le deuxième cercueil était en pierre de Saint-Leu ; l'auge, d'un seul morceau, allait se rétrécissant de la tête aux pieds. Mesuré à l'intérieur, il avait 2 mètres de long, 0m.48 de large à la tête, 0m.30 aux pieds et 0 m. 45 de profondeur. Le couvercle, en trois morceaux, avait été brisé sur plusieurs points par la culture. Ce couvercle n'était pas tout à fait plat, mais l'inclinaison était à peine perceptible. Ce sarcophage n'était qu'à 0 m. 40 du sol et renfermait un cette garniture composée du manipule et de la verge de fer soutenant l'écu, rien ne devait être plus aisé à détacher. Outre ce cercueil de pierre, une douzaine de fosses environnant ce sarcophage furent violées ; on en a relevé les indices certains. Pour éviter cette violation ou du moins pour en faire aux juges la preuve indéniable, le cas échéant, les Francs d'Envermeu s'avisèrent de recouvrir les corps d'une couche de ciment rouge de quinze centimètres d'épaisseur ; cette couche a été retrouvée intacte dans la tombe au plateau de bronze.


VI. Attitude des cadavres. — On a trouvé au cimetière de Saint-Mathurin (Maine-et-Loire) un squelette enterré les bras en croix ; pour ce faire, il avait fallu établir deux ouvertures dans la tombe ' ; en 1831, à Couvert, près Bayeux, M. de Gerville vit un squelette couché la face contre terre (adens) avec une croix au-dessous et une chaînette au cou '. Hugues Capet fut inhumé à plat ventre ^ ; à Envermeu, presque tous avaient été couchés sur le dos, la face vers le ciel. squelette bien entier. Vers les pieds se trouvait un amoncellement de fémurs et de tibias provenant de précédentes inhumations. Cette masse d'ossements desséchés remplissait ce cercueil de famille où venait, à tour de rôle, reposer le dernier défunt. Le seul objet recueilli était un pot noir placé aux pieds.


VI. Violations de sépultures. — Le premier de ces deux cercueils avait été celui d'un chef, à en juger par sa beauté et par les débris qu'il renfermait encore. Les voleurs l'avaient ouvert et refermé avec le plus grand soin. Le couvercle était parfaitement en place, seulement la partie supérieure avait été légèrement écrasée par la charrue et par les voitures : les os avaient été replacés à l'intérieur, mais sans beaucoup d'ordre. Ainsi deux fémurs barraient le sarcophage par le milieu. Le crâne était à sa place naturelle, mais il fallait aller chercher près du bassin la mâchoire inférieure. Les titres seuls n'avaient pas bougé. C'était le mobilier que les voleurs avaient en vue ; ils cassèrent l'épée dont l'oxyde avait déteint sur le fond du sarcophage, emportèrent la lame et laissèrent la poignée, la garniture et la pointe du fourreau. Le bouclier avait été enlevé, puis rejeté dans la fosse, où il fut retrouvé sur le couvercle, par-dessus le cercueil. Un détail permet de constater que la violation avait eu lieu peu de temps après l'inhumation : en effet, la garniture du bouclier était encore à sa place naturelle et adhérente à l'umbo, or rien n'étant plus fragile que

Quelques-uns seulement avaient été mis sur le côté, dans l'attitude du sommeil. La direction générale des corps allait, à très peu d'exceptions près, de l'est à l'ouest, mais l'orientation des pieds paraissait avoir suivi le cours du soleil, généralement les ossements étaient alignés régulièrement, cependant plusieurs paraissaient avoir été inhumés ployés ou assis. Un d'eux avait été enterré accroupi, car il n'y avait de distance, de la lance au vase et de la tête aux pieds, que la longueur d'un tronc humain. Les fémurs, les tibias, les radius, les cubitus étaient entassés en paquet le long des côtes. Le 19 septembre 1854, à trois heures et demie, on trouva un squelette qui avait été enterré ployé, la tête touchait aux pieds, les fémurs et les tibias ne faisaient qu'un seul faisceau. Aucun ornement ne manquait et ne semblait avoir été dérangé, pourtant la longueur totale était à peine de cinquante centimètres. Les squelettes ainsi ployés ne possédaient ni hache, ni armes de guerre, ce qui a fait conjecturer que ce pouvait être des femmes. En Angleterre, dans le tumulus de Great Driffield, on trouva, en 1849, le squelette d'un guerrier, sur les genoux duquel une femme était littéralement assise.


VIII. Vases en terre. — Un grand nombre de Francs avaient les pieds posés sur des vases en terre légèrement inclinés vers le corps : dans une tombe, un de ces vases contenait plusieurs osselets tombés de l'extrémité des pieds. Parmi ces vases, plusieurs paraissaient avoir subi préalablement l'épreuve du feu et gardaient des traces de fumée. Le plus grand nombre des vases est d'une couleur noire, appliquée au moyen de la mine de plomb. Ces derniers, qui sont toujours les plus élégants et les plus légers, sont ornés sur la panse de dessins estampillés et en creux qui reproduisent des zigzags, des croix de Saint-André, des dents de scie, des feuilles de fougère, des cercles, des godrons, des ovales, des pointillés, des imbrications, des dentelures, des reines-marguerites et tous les motifs des ornements saxons et carlovingiens. Le plus grand nombre des vases avait une forme qui approchait de celle de nos sucriers ; une douzaine au moins ressemblaient à nos bols modernes et ceux-là étaient en terre rouge et très épais. Un seul de ce genre figurait une petite écuelle. Quelques-uns seulement avaient des anses et un bec comme nos pots d'aujourd'hui (fig. 4094). Généralement ces derniers étaient en terre grise et paraissaient avoir servi à des usages domestiques. La plupart des coupes ou des vases étaient encore recouverts d'un tartre rouge ou d'un résidu brun qui ressemble à de la lie de vin desséchée. Un des seaux de bois avec garniture de bronze exhalait encore, au moment de la découverte, une forte odeur, comme d'une boisson fermentée, on eût dit de la bière.


IX. Vases en verre. — A Envermeu on a trouvé sept ou huit vases de verre, ce qui est rare dans un cimetière franc ; sur ce nombre étaient cinq coupes à boire, un bol et deux ampoules. Les ampoules, ou petites bouteilles, d'un style entièrement romain, avaient la panse ronde, le cou étroit et allongé ; une ampoule reposait sur la poitrine du défunt, l'autre aux pieds. La première de ces ampoules, vide de terre végétale, était remplie d'un sédiment cramoisi que l'analyse chimique a montré être des élytres ou ailes supérieures d'un coléoptère appelé calandre ou charançon des blés. Le vase avait été rempli de ces insectes préalablement à l'inhumation. De ce fait on peut rapprocher celui-ci : un vase trouvé dans le cimetière franc de Flixecourt ou Flichecourt près le Camp-de-V-Étoile, qui était rempli de petits os de rats d'eau, de musaraignes, de pies, de geais et de grenouilles, avec une arête de perche. Ce vase accompagnait un corps qui avait une hache de fer et quatre têtes autour de lui. A Charnay, H. Baudot trouva deux plateaux de bronze, à bord perlé, qui contenaient des restes de nourriture. Cinq des autres vases de verre sont des coupes à boire, sans pieds ni anses, et ne pouvant tenir debout, ainsi que les amphores romaines ou les cornes du moyen âge. Deux d'entre elles sont coniques et rappellent nos verres à vin de Champagne, appelés « flûtes », dont on aurait supprimé le pied (fig. 4095-4097) ; toutes deux sont munies, autour de leur embouchure, d'une dizaine de cercles en émail blanc. La première, rayée dans toute son étendue, est complètement irisée et recouverte à l'intérieur d'une couche de tartre rouge, semblable à de la lie de vin. Ce genre de vase se rencontre non seulement en France (à Charnay) mais en Germanie, en Scandinavie, en Danemark dans les sépultures du Seeland, en Angleterre, à Richborough '. Les trois autres coupes découvertes à Envermeu, en 1853 et 1854, sont fort élégantes et d'un type très original (fig. 4095) : elles ressemblent étonnamment à des coupes trouvées dans les tombes de Selzen, en Germanie, et, fait remarquable, à Selzen et à Envermeu, une de ces coupes a été trouvée dans un plateau de cuivre (fig. 4098) placé aux pieds du squelette du guerrier armé d'une lance et d'un bouclier. Une coupe absolument semblable, pour la forme et la couleur, a été trouvée, en 1851, dans le cimetière franc de Vicq, près Montfort-l'Amaury ; comme celles d'Envermeu, elle était placée aux pieds d'un squelette, armé d'une lance ; autre qui devait être peu différente, mais de couleur verte et brisée, trouvée aux pieds d'un squelette de Sainte-Marguerite-sur-Mer ; autre encore, vers 1850, dans le cimetière franc de Verrières, près Troyes. Elle était renfermée dans un vase de terre. Les parois étaient salies d'un résidu de couleur brune, absolument comme à Envermeu ; autre encore dans le cimetière franc de Remennecourt (Meuse), de couleur verdâtre et striée comme celle de Selzen '.

En Angleterre, Douglas avait trouvé dans un cimetière saxon un verre semblable, qu'il a dessiné dans ses Nenia Britannica. Akerman publia le dessin d'une coupe de verre semblable à celles d'Envermeu : « Elle a été trouvée, disait-il, à Woodnesborough, près Sandwich (Kent), dans un tumulus où il en existait plus de trente semblables, au rapport de Douglas. Celle-ci est la seule qui ait survécu. La couleur du verre est celle d'une feuille morte. Le dessin en est gracieux et elle ne pèse pas dans la main. Sous les bords sont des filets en pâte de verre et au fond est un bouton de la même substance ».

Trois des coupes d'Envermeu sont arrondies par le fond comme un pois légèrement aplati ; cette particularité se remarque aussi sur celle de Vicq ; pour l'embouchure, celles de Vicq et de Selzen sont unies, tandis que celles d'Envermeu et de Woodnesborough sont ornées de six petits filets en pâte blanchâtre. Le verre d'Envermeu est très blanc, comme celui de Vicq, celui de Selzen est vert *. Une couche de tartre, d'un rouge très foncé, couvre les vases d'Envermeu, au dedans comme au dehors ; on dirait de la lie de vin desséchée.

X. Plateau en cuivre. — L'une des coupes était posée sur le plateau de cuivre figuré ici, d'un millimètre d'épaisseur, profond de 9 centimètres sur 29 de diamètre. Ce plateau, sans pieds ni anses, offre une étroite ressemblance avec celui qui a été trouvé à Douvrend en 1838, et ceux de Selzen, 1845. Dans la campagne de 1854, le 26 septembre, on trouva dans une tombe un grand plateau de bronze (fig. 4099).


XI. Seau ou baquet. — En 1852, aux pieds d'un squelette, fut trouvé un seau ou baquet en bois, au milieu de fragments de tuiles à rebords. Ce seau, qui devait avoir près d'un mètre de circonférence, était garni, de haut en bas, de quatre ou cinq cercles de fer. Deux de ces cercles étaient larges et aplatis comme les nôtres. Les autres étaient fins et carrés. L'anse, également en fer, était hémisphérique, mais la verge en était carrée comme quelques-uns des cercles ; ses deux extrémités s'emboîtaient dans des attaches également en fer. En 1838, à Douvrend, on avait recueilli les cercles de fer d'un seau et un petit baril en bois garni de cercles de cuivre ; à Charnay, anses et cercles de seaux dans les sépultures burgondes ; « il y avait même, dit l'abbé Cochet, une garniture qui paraissait fleurdelysée » (voir Fleur de lis). A Houdan, à la butte des Gourgans, un joli vase de cuivre jaune fut trouvé dans le cimetière franc était couvert d'une belle patine verte très brillante ; il était orné, à l'intérieur et à l'extérieur, de lignes circulaires et parallèles, très légèrement tracées, et pourvu d'une anse mobile ; le fond paraît avoir été exposé au feu. D'autres seaux, baquets ou tonnelets de bois du même genre ont été trouvés en Allemagne et en Angleterre, à Marlborough, orné de cercles de métal, relevés en bosse avec des figures d'animaux ; un autre encore entre Sandgate et Douvres ». En 1843, on trouvait un seau en bois d'if aux pieds d'un squelette, dans le tumulus de Roundway Down, près Devizes ; et glèbe, à Fairford et à Selzen, caries restes de seaux en bois ou de baquets sont communs dans les tombes saxons ; on en a rencontré à Ash (Kent), à Fairford, à Streetway Hill (Cambridgeshire), parmi des armes en fer, des perles de verre, des monnaies romaines percées ; un autre dans un ferron, près de deux autres semblables dans le cimetière anglo-saxon de Wilbraham (Cambridgeshire) *. Enfin un seau trouvé à Cuddesden (Oxfordshire) ', pourvu d'une anse, ressemblant à s'y méprendre aux seaux de cuivre servant dans nos églises de campagne à l'aspersion dominicale de l'eau bénite ; mais tandis que l'abbé Akerman, op. Cochet incline à voir dans ces seaux des vases à eau bénite, le protestant Akerman ne consent à y reconnaître qu'un récipient pour la boisson.

Dans une tombe, vers les pieds, furent trouvés deux seaux de bois, avec garniture de bronze. Tous deux étaient de même taille, tous deux avaient des anses de bronze et chacun trois cercles de fer à la partie inférieure. Les douves en bois étaient petites, étroites et noircies par le temps ; un des seaux, au moment de la découverte, exhala encore une forte odeur, comme de la boisson fermentée ; on eût dit de la bière. Le premier paraît avoir beaucoup souffert dans la terre où il avait été mis raccommodé ; le cercle s'est trouvé brisé et un des oreillons cassé. Il y avait sur le bois quatre points dentelés, détail qui ne s'est pas retrouvé sur l'autre seau. Voici un des oreillons qui était intact (fig. 4100). Le second seau paraît avoir été doré ; il est plus fin et plus orné que le premier, quoique très ressemblant en ce qui est de l'anse et des oreillons. La bande supérieure en bronze est large et bien conservée ; au-dessous d'elle règne un petit cercle en bronze très orné. Puis venaient trois cercles de fer étroits et peu distancés. Ils n'ont pu être tirés que par morceaux.


XII. Haches. — Sur les jambes était placée la hache de fer, touchant, d'une part, au bois du cercueil et, de l'autre, aux vêtements de laine dont elle avait gardé l'empreinte. On en a trouvé une trentaine dans les cinq premières campagnes et quelques-unes de plus dans les deux dernières (fig. 4101). Le plus souvent elles étaient seules ; mais une douzaine de fois environ elles s'accompagnaient d'une lance, qui alors était placée aux pieds, la tête en bas ; dans ce dernier cas, la hache et la lance ne touchaient pas au squelette. Les sépultures de Selzen nous montrent plusieurs fois ces deux armes dans la position ici décrite. Le manche n'a jamais été retrouvé, attendu que le temps en avait dévoré le bois. Une seule fois, à Lede, en Belgique, on a recueilli un manche de hache, mais il était en fer. Une des haches d'Envermeu avait conservé une toute petite portion de son emmanchement, protégé par une couche de rouille qui ressemblait assez à de la tôle ou à du fer battu. Le manche d'une autre hache se terminait par une espèce de massue, garnie de pointes de fer, piquantes et aiguës comme des épines. En 1854, on trouva deux haches d'un modèle nouveau ' (fig. 4101), elles n'étaient point recourbées, par la lame, mais le tranchant s'ouvrait comme pour former un quart de cercle. Une hache entièrement semblable fut trouvée, en 1840, à Manneville (Calvados) dans un cercueil de pierre '. Une autre a été trouvée au mois de mars 1856, dans le cimetière franc-mérovingien de Seraing, près Liège, et les ouvriers qui l'ont découverte ainsi que cinq francisques ordinaires ont assuré que « le manche de bois des haches avait pu être placé dans les mains du guerrier ». Une troisième hache faisait partie du cabinet de M. V. Simon, de Metz ' ; la plus belle fut trouvée à Rue-Saint-Pierre, près Beauvais, dans le cimetière franc. A l'opposé de la lame principale qui s'ouvre comme une hallebarde, on voit jaillir une forte pointe en fer qui faisait de cette hache une arme redoutable « . Le manche était en fer. Les haches des Francs étaient placées aux pieds des morts '.


XIII. Clés en fer.— Le long des fémurs et un peu avant d'arriver au bassin, on trouva, en 1853, trois objets qui paraissaient être un trousseau de clés. Ces trois pièces sont toutes différentes l'une de l'autre, ce qui nous donne un échantillon des diverses clés de ce temps. (Voir à Clé.) La plus petite et la mieux caractérisée, celle du moins qui se rapproche le plus de la forme actuelle, a 0 m. 12 de longueur et deux dents bien accusées de chaque côté (fig. 4102). La seconde, d'une longueur semblable, présente, au lieu de crochet, un ovale ou cercle aplati. La troisième, longue de 0 m. 18, montre au bas de son manche un crochet très prononcé de chaque côté (fig. 4102). Chacun des bouts supérieurs des trois objets est percé d'un trou dans lequel était passé un anneau de fer dont on voit les restes. Les tissus se sont imprimés sur ces trois clés au moyen de l'oxyde. Cette particularité est encore plus visible sur une autre clé de fer trouvée dans la même fouille d'Envermeu, mais qui n'a que 0 m. 15 de longueur. Cet objet était tellement enveloppé dans les vêtements, qu'il garde l'empreinte de deux tissus différents : une toile de lin ou de chanvre très fin au dessous, un tissu de laine par dessus. D'autres clés en fer conservées au musée de Rouen proviennent de Lillebonne, de Maulévrier, de Vieil-Évreux ' ; on en a rencontré aussi dans les sépultures anglo-saxonnes de la Grande-Bretagne -, notamment à Stowe Heath et dans le Leicestershire ' ; puis encore dans les tombes helvètes de Bel-Air « , où on trouva trois clés dans une même tombe, ainsi que cela s'est produit à Envermeu. En France, outre les fouilles de Normandie, des clés en fer ont été trouvées à Serupt, en Champagne, dans un cimetière franc ', à Courceroy, à Méry, à Arcis et à Verrières (localités de l'Aube). Ces clés paraissaient se trouver surtout dans les tombes féminines ^.


XIV. Clés de bronze. — Une clé de bronze fut trouvée à Envermeu en 1851, une à Londinières en 1850 (fig. 4103). Celle d'Envermeu est une sorte de languette rectangulaire, massive, percée d'un trou ovale et qui semble destinée à soulever un loquet ; celle de Londinières imite un trèfle ajouré, elle a le talon foré comme la clé d'une montre ou d'une horloge. Le type est romain.


XV. Couteaux. — Sur plusieurs squelettes on a trouvé, à la ceinture, un couteau de fer, parfois sur les os du bassin, parfois à côté. Un de ces couteaux avait été muni d'un manche en bois ; la lame, ne se repliant pas, devait être introduite dans une gaine de cuir ou de peau. Lors des fouilles de septembre 1854, dans la grande fosse, on trouva un squelette ayant à la ceinture une petite boucle de bronze rattachant un petit couteau placé en travers du corps ; sur le côté, le long des hanches, se trouvait un grand couteau, espèce de poignard, mais moins grand qu'un scramasax. On a trouvé près de deux cents couteaux à Envermeu, également à Ouville et à Martot, ainsi que dans les autres cimetières francs. Quelques-uns étaient courts ou petits comme les couteaux de nos pêcheurs, d'autres longs et larges comme des couteaux de bouchers. Ils devaient se rattacher au ceinturon au moyen d'une courroie fermée par une boucle de bronze (fig. 4104). Le couteau se trouve sur tous les sujets, riches et pauvres, hommes et femmes, adultes et enfants ; lorsqu'un défunt n'a rien, il a du moins un couteau. La loi salique en parle : Si quis cullellum alienum furaverit sexagenis denariis, qui faciunt solidos XV, culpabilis judicetur '.

À Farébersviller, en 1854, on trouva au moins huit couteaux ayant de 0 m. 08 à 0 m. 15 de longueur ; à Manneville (Calvados), un couteau possédait encore son manche et sa gaine ; à Seraing, près de Liège, D'après Cochet, Normandie souterraine, pl. XIII, n. 11, 12, 13, 14. on a trouvé un grand nombre de couteaux ; parmi ceux qui n'ont pas été brisés par les terrassiers, il s'en est trouvé qui mesuraient 6, 11, et même 21 centimètres '. Mêmes trouvailles dans les tombes du Kent, à Gilton, à Kingston, à Silberswold, comme à Londinières, à Lucy, à Parfondeval et à Envermeu. Dans cette dernière localité on a même rencontré un étui muni à son extrémité inférieure d'une garniture en argent de forme arrondie ; une garniture entièrement

4105-1106. — Garnitures d'étuis à couteaux. D'après Cochet, Sépultures, p. 213, 211.

semblable mais en bronze a été trouvée à Londinières (fig. 4105). Ce que cette garniture d'Envermeu présente de particulier, c'est que la feuille de métal n'était appliquée que d'un seul côté, celui qui était en vue. Dans le cimetière du Col de la Madeleine, en Savoie, on a trouvé un couteau placé dans un étui de cuir, lequel était orné de beaucoup de petits clous de bronze et dont l'extrémité était garnie d'une demi-lune en bronze '. Enfin, à Envermeu, en 1854, on trouva la garniture de fer d'un manche de couteau. Cette garniture consistait en un cercle placé au sommet du manche en bois (fig. 4106). Dans ce cercle était renfermé un morceau de fer percé d'un tenon assez large pour laisser passer une lanière en cuir. Au moyen de cette lanière, le couteau se rattachait à la ceinture, ainsi que le font les bouchers de nos jours.

Entre le couteau domestique et le grand couteau appelé scramasax, on doit ranger le couteau-poignard. On en a rencontré trois dans le cimetière franc du Vieux-Driencourt, conservés aujourd'hui au musée de Neufchâtel-en-Bray. La lame se termine en pointe, mais ne coupe que d'un seul côté. Elle a 3 centimètres de largeur et une longueur totale de 30 centimètres, dont 10 pour la soie. Les lames, longues de 20 centimètres, étaient enfermées dans des étuis de bois dont est restée trace sur les deux côtés.


XVI. Sabre ou grand couteau. — On rencontre parfois des couteaux de grande taille, de ceux que Roricon, cité par Du Cange, nomme cuKellos per maiimos quos vulgariter scramasaxos nominamus. Ces couteaux-sabres se retrouvent partout : dans les cimetières d'Auffargis et de la Butte des Gargans (Seine-et-Oise), de Lorraine, du grand-duché de Luxembourg, de Belgique ; on les rencontre encore chez les Burgondes, à Chamay ; en Picardie, en Helvétie et en plus grand nombre encore dans la Rhénanie. Les Saxons enterrés en Angleterre ont connu et employé le scramasax et Godefroy de Viterbe imagine que le vocable saxo vient du couteau saxa dont ils ne se séparaient jamais :

Ipse brevis gladius apud illos saxa vocatur, Unde sibi saxo nomen peperisse notalur.

Grégoire de Tours raconte que Frédégonde fit fabriquer duos cullros ferreos et qu'elle ordonna caraxari profundius et veneno infici, en sorte que si mortalis adsultus vita les non dissolveret fibras vel ipsa veneni infcclio vilam possil velocius exlorqaere ; ailleurs Grégoire parle encore de ces poignards empoisonnés : cum cultris validis quos vulgo scramasaxos vacant, inlectis veneno, utra que lalera ci feriunt, et encore : gladiatores percusserunt regem in alvum scramasaxis. Le poison était logé dans les rainures de la lame, le long du dos. Dans la campagne de 1853, on trouva deux de ces poignards avec deux rainures de chaque côté (fig. 4107). Longue de 0 m. 41 et de 0 m. 55 avec le manche, la lame se termine en pointe effilée et sa plus grande largeur est de 0 m. 05. Toute rongée qu'elle est par la rouille, elle pèse encore un kilogramme. Assurément celui qui recevait ce couteau dans la chair n'avait pas besoin de poison. Le scramasax est toujours l'arme la plus commune, bien qu'à Envermeu on n'en ait rencontré que quatre ou cinq en 1854 et un en 1855 ; trois à Ouville ; quatre ou cinq à Martot ; un à Colleville, près Fécamp ; deux à Sigy, le long du mur de l'église, tous de même type : longs de 0 m. 40 environ, larges de 0 m. 05 ou 0 m. 06, tranchants d'un seul côté, portant deux rainures sur le dos. Les scramasax trouvés à Farébersviller ont une longueur totale de 0 m. 60 à 0 m. 70 ; ceux de Suisse et de Savoie varient de 0 m. 45 à 0 m. 75 sur 0 m. 04 à 0 m. 06.

A Envermeu, à Ouville-la-Rivière on a trouvé des scramasax avec une forte entaille qui semble avoir été faite volontairement, soit pour signifier que l'arme du mort ne doit plus servir après lui, soit pour détourner les violateurs de tombes de l'emporter et d'en trafiquer ; à Eslettes les épées étaient plojées ; à La Rue-Saint-Pierre près Beauvais, elle était brisée en plusieurs morceaux, de même à Selzen.


XVII. Ceinturon. — Couteau, épée, scramasax étaient attachés au ceinturon de cuir ou de tissu dont la trace a été reconnue sans hésitation. En de nombreuses tombes, le ceinturon de cuir était orné à chacune de ses extrémités de petits clous de bronze, intéressants par leurs formes (fig. 4108). Quelques-uns avaient la surface unie, d'autres étaient striés. La forme de la tête variait beaucoup, tantôt elle était ronde, tantôt carrée ou pentagonale ; parfois elle était aplatie et parfois bombée ; très souvent elle était décorée. Tous ces clous avaient été étamés ou argentés, rarement dorés, l'imagination pouvait se donner libre cours à leur endroit. On en a trouvé un très grand nombre à Londinières et à Envermeu, mais on retrouve cette décoration en Suisse, en Angleterre, en Rhénanie, à Selzen, à Bel-Air, et déjà M. de Caumont les avait signalés dans un cercueil de pierre à Banville (Calvados), ainsi que M. de Widrange, en Lorraine.

Il est encore un genre d'ornement fort commun dans les sépultures franques. C'est un petit objet de bronze de forme aplatie, terminé en pointe à une des extrémités, tandis que l'autre est une espèce de tête arrondie (fig. 4108). Cette pièce, constamment étamée et polie sur sa face, présente toujours au revers un tenon percé pour y passer une goupille, au moyen de laquelle elle se trouvait fixée au cuir ou au tissu. Cet ornement de ceinture se retrouve non seulement en France, mais encore en Allemagne, en Angleterre, et en Suisse. Cochet en avait rencontré près de cent vingt dans les tombes de la vallée de l'Eaulne. L'opinion générale est que cet objet servait à décorer l'extrémité du ceinturon qui était passée dans la boucle et qui probablement restait pendante.


XVIII. Boucles. — La ceinture fermait sur la hanche au moyen d'une boucle (voir Fibules), dont l'ardillon était souvent usé au milieu par le frottement du cuir. A Envermeu seulement on a trouvé entre cent cinquante et deux cents boucles ; la majeure partie était en fer, les autres en bronze ou alliage de bronze recouvert d'étain. Une d'entre elles avait été dorée. Quelques autres, en bronze, possédaient de jolis appendices du même métal étamé, recouverts d'ornements en creux et garnis sur les bords de têtes de clous très saillantes. Quelques-uns offraient des verres rouges, verts, jaunes, découpés et appliqués sur cet appendice ; d'autres avaient des croix ou des quatre-feuilles percés à jour. Une boucle de bronze était recouverte d'une feuille d'argent assez épaisse que l'oxydation du métal inférieur avait soulevée et détachée, ce qui a permis de constater que l'argent était allié à du cuivre avec des traces de fer.


XIX. Plaques d'argent avec relief. — Le plus curieux ornement de ceinturon trouvé à Envermeu est une plaque de fer très mince, à laquelle est adhérente une petite planchette de bois, maintenant oxydée et vermoulue (fig. 4109). Sur cette planchette avait été appliquée une lame d'argent assez mince, mais qui n'a point été altérée. Cette lame est entourée de petits ronds dans son pourtour. A l'intérieur de cette guirlande, sur deux côtés seulement, le haut et le bas, se voient deux branches à feuillage lancéolé. Sur le fond, au centre, un trépied supportant un objet ovoïde entre deux paons.


XX. Ciseaux. — On a trouvé six à huit paires de ciseaux de fer enveloppés dans des étuis de bois ou de peau, aussi bien dans les tombes des hommes que dans celles des femmes.


XXI. Chaînettes. — Ces chaînettes ou mailles de fer trouvées en paquet, très oxydées, sont sans destination.


XXII. Anneaux. — Une douzaine d'anneaux dont deux en or, deux en argent, les autres en bronze.


XXIII. Bracelets. — Quelques bracelets sans grand intérêt, mais un dont la forme est identique à celui qui fut trouvé dans le tombeau de Childéric ; à Envermeu il appartenait probablement à une femme. D'autres bracelets étaient composés de perles de verre ou de terre cuite. L'un bracelet comptait huit perles ; un autre, cinq perles de verre, une perle de succin et trois médailles romaines percées et attachées au fil principal par un minuscule anneau de laiton. La plus petite de ces monnaies était un bronze quinaire de Constantin le Grand, la seconde une pièce de billon de Posthumius, la troisième un moyen bronze effacé. Cette dernière pièce, outre le trou de suspension, possédait une échancrure, en forme de croissant, dans laquelle était passée une perle de verre. Le point le plus remarquable de ces bracelets, c'est que l'anneau dans lequel étaient passées les perles était de fer.

Autre bracelet, en verre noir, d'une seule pièce, c'était du verre ordinaire, coloré par de l'oxyde de fer. Un bracelet de verre fut trouvé également dans un tombeau en plomb de Picardie, proche de l'ancienne Samarobriva.


XXIV. Styles. — Neuf styles en bronze et un en argent ; un dixième style en bronze fut trouvé pendant la sixième campagne. Ces styles ressemblent, à s'y méprendre, à ceux qui furent trouvés à Lucy, à Parfondeval, à Londinières. Le plus long mesurait 0 m. 22 ; sa boule, de forme carrée, est ornée d'une croix ; celui que nous donnons ici (fig. 4110), avec son manche percé à jour, vient de Verrières (Champagne).


XXV. Fers de flèches. — On en a trouvé à Douai, à Londinières, à Parfondeval, à Eslettes, à Envermeu. Ici ce fut d'abord un fer isolé, puis un paquet de quatre, ce qui semblerait indiquer la provision d'un carquois ; ces fers différaient d'ailleurs entre eux : deux avaient la lame en losange et une en ovale ; le quatrième ressemblait à un dard dont les deux ailes se composeraient de pointes acérées (fig. 4111). C'est une sorte de flèche barbelée, une « fléchette », comme on a dit de nos jours, qui a été trouvée en compagnie de trois fers de flèches de formes différentes. Cette sorte de javelot barbelé a reçu communément et gratuitement le nom d'angon, mais ce javelot est aussi bien un harpon et on le rencontre à Envermeu (Seine-Inférieure), à Greisch (Luxembourg), en Suède et en Norvège. Nous y reviendrons plus loin.


XXVI. Monnaies. — Dans la campagne de 1851, rapporte l'abbé Cochet, on trouva une monnaie gauloise pesant six grammes moins trois décigrammes ; elle est percée d'un trou disposé pour la suspendre au cou ou au poignet ; elle a pu recevoir une autre destination, puis que, au moment de la découverte, la partie concave était remplie d'un mastic assez dur, ainsi que le trou. La partie convexe a dû représenter une tête d'Apollon, qui a été polie et unie comme un miroir. Sur les bords, on remarque une légère saillie, ce qui donne à cette pièce l'aspect d'un bouton. Dans le tombeau de Childéric on trouva quatre monnaies forées qui avaient sans doute été portées au cou.

Les monnaies romaines sont nombreuses ; on a trouvé une vingtaine de pièces, la plupart très frustes, surtout celles du haut-empire ; il y en avait une en billon. Le reste était en grand, petit ou moyen bronze. Huit au moins appartenaient aux césars des trois premiers siècles : un Alexandre-Sévère, quelques Constantin bien conservés. Deux monnaies du haut-empire, trouvées ensemble au milieu d'objets de bronze, semblent avoir été enchâssées dans des montures de cuivre et avoir servi d'ornement, ce qui s'est trouvé ailleurs.

Les monnaies franques sont les plus intéressantes. On en comptait cinq, mais une d'elles a péri, tombant en poussière quand on la manipula. Toutes ces monnaies étaient dans des fosses et à la ceinture même des morts, ce qui porte à croire qu'elles se trouvaient dans des bourses ou cachées sous le ceinturon. Elles ont été recueillies au milieu de couteaux, de boucles et de pierres à feu. Le dernier carolingien était dans la 2° buste diadémée à droite ; R ? OVTVISIRVI et à l'exergue Guerrier franc debout tenant de la main droite une lance, et de l'autre une couronne (fig. 4112). Dans l'« informe assemblage » de lettres, J. de Pétigny croit pouvoir encore retrouver quelques éléments du nom d'Anastase et la légende de Victoria Augusla.

3° Débris informes de légende olTrant de nombreuses traces de surfrappe ; tête diadémée à droite ; R7 personnage assis à droite sur une chaise curule, derrière lui un trophée sur lequel il semble s'appuyer ; devant lui, une étoile (fig. 4112). Cette pièce est la plus dégradée ; parmi les débris de la légende, J. de Pétigny croit reconnaître quelques lettres ayant appartenu au nom de Justinien.

4° DN Giés) I..0.-. Tête diadémée, à droite ; R ? AVA--ANI ; à l'exergue OONOUN roi assis, tourné vers la gauche, tenant une longue croix appuyée sur la terre ; derrière lui, une lance garnie de son amentum fichée la pointe en bas dans le sol. En réalité, une Victoire assise ; au droit on lit DN, sans plus, et, au revers VANANI ce qui semble avoir appartenu au nom de Justinien.

Toutes ces pièces étaient fort oxydées, leur poids variait de 0 gr. 19 ou 3 grains 6 10 à 0 gr. 23 ou 4 grains 1 3. Un fragment soumis à l'analyse donna le titre d'environ 800 1000 d'argent fin. On peut considérer comme des rêveries les explications données de l'ange crucigère en souvenir de Tolbiac ou de Vouillé, de la chaise curule du préfet de Trêves Egidius et du roi Théodebert assis avec une lance dont la pointe est fichée dans le sol !

5° + CARLVS REX FR. ;R/ + NOVIOM. Denier carolingien, argent, poids 1 gr. 77 ou 33 grains 3/10, monogramme de Karolus (fig. 4112).


XXVII. Vril les. — Au cours des premières explorations, Cochet avait rencontré un instrument en terre, coupe des terrains, à 0 m. 75 du sol et à 0 m. 75 du squelette.

1° t VACIVMAVIT : buste, diadème et drapé ; R7 VOMFI. Ange crucigère, debout dans un char, à droite ; devant, une étoile, et au-dessus, une couronne (fig. 4112). En réalité c'est une Victoire crucigère marchant à droite, et ayant devant elle une étoile. Les légendes de cette pièce, comme celles des trois autres, avaient été rendues presque indéchiffrables par la barbarie du travail et l'oxydation du métal. Les caractères visibles sur le dessin semblent donner les lettres NASIVS, débris du nom de l'empereur Anastase. Au revers on peut trouver les éléments de la légende Victoria Augusta. C'est aux monnaies du même empereur que le type de ce revers semble emprunté. Ressemblant à une clé et dont la destination restait problématique. En 1854, il rencontra un nouvel exemplaire le long d'un fémur et au nom de « fiche-patte » substitua celui de vrille ou tire-bouchon en spirale entouré de cuir. Cet outil devait servir probablement à percer le cuir ou le bois.


XXVIII. Épées. — Dans la grande fosse de 2 m. 40 sur 2 m. 80, qui contenait plusieurs corps couchés en double assise, le premier objet qui ait apparu était une grande épée, dont le fourreau en bois recouvert de peau est encore très reconnaissable (fig. 4113). Sur les côtés étaient des tringles ou garniture d'argent ou de bronze étamé ; l'extrémité arrondie est recouverte d'une lame d'argent très brillante. Cette garniture, comme on l'a déjà dit, n'existe que d'un côté, celui qui était vu du public. L'épée elle-même était rattachée au ceinturon par une très belle boucle de bronze. Chez les Francs, l'épée était une arme réservée aux guerriers d'élite, ce qui explique sa rareté dans les tombes. A Ouville, sur cent squelettes, on n'en trouva aucune ; à Envermeu, en 1854, deux sur soixante individus ; en 1855, une sur soixante-cinq fosses. La longueur totale de l'épée figurée ici est de 0 m. 89 ; la lame, rompue par le milieu, mais non diminuée, mesure 0 m. 78 de long sur 0 m. 05 de large. Vers le sommet deux tringles de cuir rayées, étamées ou argentées décoraient le fourreau, dont la garniture d'argent, à l'autre extrémité, était longue de 0 m. 10, et munie également de deux tringles argentées ou d'argent pur.

Dans le cimetière de Farébersviller, près de Saint-Avold (Moselle), sur six sabres, huit couteaux et cinq lances, on a trouvé quatre épées à deux tranchants, mesurant entre 0 m. 80 et 0 m. 90 de longueur. C'était probablement l'arme de la cavalerie, ce que tendrait à prouver la présence d'un éperon de bronze près d'une de ces épées. « La lame de ces épées austrasiennes a une longueur totale de 0 m. 90 sur 0 m. 05 de large. La poignée en bois ou en corne, de 0 m. 05 de haut, était fixée à la lame par deux plaques de fer, retenues par des clous de cuir. Le pommeau, d'une forme triangulaire, est également en fer, il est long de 7 centimètres et se trouvait séparé de la plaque supérieure squelettes. Une de ces épées mesure 0 m. 80, l'autre 0 m. 87, la soie comprise. Sur la lame, dont la largeur est de 0 m. 04, on reconnaît « les vestiges d'un fourreau en bois qui fut probablement recouvert de cuir ». L'épée trouvée, en 1845, dans les sépultures à La Rue-Saint-Pierre, près Beauvais, garnie d'or, d'argent et de verroteries, mesure 0 m. 88 *. Dans le cimetière du Mont-Lupfen, près d'Oberflacht (Wurtemberg), huit épées furent exhumées, mesurant toutes 0 m. 80 de longueur sur 0 m. 04 de largeur, ayant la lame à double tranchant. « Toutes étaient généralement placées à droite du mort, sauf une à gauche et deux près de la tête ; toutes se trouvaient dans des fourreaux. Les plus simples de ces gaines étaient en écorce de bouleau, d'autres y ajoutaient du cuir et quelques-uns une garniture d'argent au bas, à la tête et sur les côtés. L'une d'elles a présenté un pommeau en pierre ». Parmi les trois épées provenant du cimetière de Gilton Town (Kent), une possède un pommeau en bronze de forme à peu près sphérique, offrant quatre petites têtes en relief, placées dans des niches, ce qui semble être d'un travail romain ».


XXIX. Boucliers. — En 1850, 1853, 1854, on a trouvé à Envermeu des umbo, généralement placés à la hauteur du genou. Le manche ou armature était brisé, mais il est facile de reconnaître que la branche de fer était unique. Les clous à tête plate, qui rattachaient l'umbo à l'appendice, étaient encore revêtus de la poignée par une légère bande de corne garnie d'une feuille de cuir. La boucle du ceinturon, également en fer damasquiné en argent, avait été appliquée sur le cuir par de larges clous en cuivre, à tête bombée et aux rebords guillochés ; sa longueur est de 0 m. 12 sur 0 m. 06 de largeur. Le fourreau de l'épée consistait en deux planchettes de bois, recouvertes en cuir, le tout ajusté entre des tringles de cuivre, dont deux fragments existent encore '. » Au cimetière du Tombois, à Védrin, près Namur, on trouva « deux épées en fer, à double tranchant. L'une, longue de 0 m. 69 et large de 0 m. 04 à 0 m. 05, était entre les jambes du guerrier. La poignée, brisée en partie, était garnie à sa base d'une sorte de garde en bronze. Le dessus de la poignée paraissait avoir conservé aussi un ornement du même métal. L'autre, longue de 0 m. 72, était également large de 0 m. 04 à 0 m. 05, on l'avait trouvée le long de la jambe droite. Des parcelles de bois, provenant du fourreau, étaient encore adhérentes à l'épée, que soutenait à la ceinture une forte boucle en bronze '. » Dans le cimetière de Séraing, près Liège, on a trouvé deux épées pour un total de deux cents d'une lame d'argent très brillante ; mais on ne peut affirmer que l'umbo fut également recouvert d'argent. Ces pièces n'égalent pas en intérêt celle de Londinières, trouvée en 1852, où l'umbo a conservé sa monture de fer '. Il n'est guère de cimetière barbare qui n'ait donné sa récolte d'umbo. Deux à Selzen ', douze à Fairford ', quatre à Ozingell (Kent) », cinq à Charnay (Saône-et-Loire) « , un à Émérange, un à Mondorf (Luxembourg), d'autres à Lède (Belgique) ». A Misérj' (Somme) fut trouvé un bouclier de fer dont l'umbo et l'appendice étaient revêtus d'une lame d'argent doré, sur laquelle était estampillé le nom de rorfète« ; à Bâle, on a trouvé un umbo damasquiné, et à une lieue de Verdun, non loin de la Meuse, fut trouvé un umbo que Schœpflin prit pour un casque ». Les artistes ou les archéologues n'ont guère eu d'autre souci que de reproduire les umbo parvenus à leur connaissance. A Harnham Hill, près Salisbury, l'umbo est accompagné d'une barre de fer « ; à Ozingell un des umbo garde sa poignée » ; on y voit le creux où l'on plaçait la main et les deux clous qui fixaient cette traverse à l'umbo. Disposition semblable sur une pièce de Le bouclier est rare dans les sépultures franques : à Londinières, un sur quatre cents squelettes ; trois à Envermeu sur quatre cent soixante tombes ; pas un seul à Parfondeval, à Lucy, à Neufchâtel, à Douvrend ; cinq à Charnay pour plus de deux cents squelettes et ils étaient réunis deux par deux '. Dans les tombes de la Suisse française, le bouclier est également rare, plus commun dans la Suisse allemande. Les antiquaires anglais en ont rencontré fort peu relativement au nombre de cimetières fouillés : douze à Fairford pour cent quarante squelettes, un à Harnham Hill sur soixante-sept squelettes, plus tard deux pour cent squelettes. Tout porte à croire qu'au temps de l'heptarchie anglo-saxonne le bouclier était d'un usage fréquent ; il paraît qu'en 996, sous le roi Ethelred il existait à Winchester une ShieldWright' s streel : « rue des fabricants de boucliers * ».

Mesurés avec soin, les trois umbo de la campagne de 1854 ont présenté les mêmes dimensions, une proéminence de 10 centimètres sur une largeur de 17 à la base. Cinq clous les attachaient à la planchette de fer complète, tout d'une pièce, présentant au centre une lame de fer ployée afin de permettre au guerrier d'introduire son bras ; tandis que la paume de la main saisissait le dos de la plaque, les doigts pénétraient dans l'ouverture et s'y accrochaient. Cette lame de fer était fixée sur le bord de l'umbo au moyen de clous dont les têtes plates sont restées visibles. Le côté convexe était en dehors de l'umbo et la partie concave tournée à l'intérieur ; mais à partir des deux clous le manche de fer se partageait de chaque côté en trois verges plates terminées par un amortissement. La longueur totale de l'armature du bouclier de Londinières était de 0 m. 50. Le diamètre de l'umbo n'était que de 0 m. 07, sa hauteur de 0 m. 10 à 0 m. 12. La place du bouclier dans les sépultures franques ne semble avoir rien de constant, tantôt près de la tête, tantôt à hauteur des genoux, parfois sur la poitrine. Un des boucliers trouvés à Ozingell était posé sur la poitrine et l'extrémité de sa circonférence allait des yeux jusqu'au bas des côtes, ce qui suppose un diamètre de 0 m. 70 ; à Fairford, huit umbo étaient trouvés à hauteur des genoux, un autre à la même place à Harnham. Les têtes de ces clous de fer étaient recouvertes, tantôt d'une lame de cuivre, tantôt d'une lame d'argent, toutes deux très minces. Si un de ces umbo a été trouvé à sa place primitive, sur la poitrine qu'il recouvrait entièrement, les autres avaient pu être déplacés par les anciens spoliateurs des tombes. Il semble d'ailleurs que la poitrine était bien une des places où l'on disposait le plus fréquemment le bouclier du défunt ; un autre exemple en a été trouvé dans une tombe de Long Willenham (Berkshire). Dans le cimetière franc de Bénouville-sur-Orne, en 1838 et en 1839, on trouva deux squelettes dont la poitrine était entièrement couverte d'un fer tellement oxydé qu'on ne put le lever que par petits morceaux. Ce fer descendait jusqu'à la ceinture et reposait sur une grosse toile dont on reconnaissait encore le tissu. Quoi que ceci puisse très bien s'appliquer à une cuirasse, genre d'armure connu des Francs, il semble être question d'un bouclier et de son armature.

D'après les écrivains anglo-saxons, le bouclier était généralement en bois, surtout de tilleul, ce qui explique comment il a disparu dans l'humidité.


XXXI. PATÈRE. — Avec le mobilier de la tombe qui contenait deux seaux en bois, fut trouvée une patère ou coupe de bronze plate et ayant un manche terminé en cou de cygne (fig. 4116). Ce genre de vase, tout nouveau, ressemblait à une petite poêle qui serait un peu profonde. De petites poêles ou casseroles de bronze absolument semblables à celle-ci ont été trouvées dans le Wurtemberg. La poêle d'Envermeu était encore enveloppée dans la mousse qui l'avait recouverte et n'était pas consumée. Dans le cimetière du Mont-Lupfen, à Oberflacht, près Stuttgart, tous les coffres de bois des morts étaient encore remplis de mousse ou de paille, et, au XVIIe, vers 1653, lorsqu'on ouvrit à Saint-Germain-des-Prés le tombeau de Childéric II et de Bilhilde, son épouse, la tête de cette reine mérovingienne reposait sur un coussin d'herbes odoriférantes.


XXXII. Mors de cheval. — Dans la même fosse, vers la tête, on trouva un mors de cheval et deux anneaux de bronze qui se rattachaient sans doute à l'équipement du cheval. Ce mors, semblable à ceux que l'on a rencontrés dans les établissements romains, notamment au Vieil-Évreux, n'est guère qu'un lilet. Un petit objet en forme d'arc pourvu d'une pointe semble être un éperon.


XXXIII. FIBULES OU BROCHES. — Les premières campagnes de fouilles à Envermeu donnèrent au moins cinquante fibules de bronze, toutes diverses dans leur forme. La plupart avaient conservé la trace de la brillante couche d'étain ou d'argent dont elles avaient été recouvertes. Plusieurs, parmi les plus petites surtout, affectaient la forme de poissons, d'oiseaux et même de vers de terre (fig. 4117). Quelques-unes représentaient un poisson ou une abeille ; finalement Cochet avait presque abandonné l'idée d'une abeille. Une fibule hexagone était émaillée d'un beau bleu d'azur avec un cercle d'œillets blancs et rouges. Beaucoup de fibules avaient été recouvertes d'émail. En 1852, on trouva cinq ou six paires de fibules, dont une digitée. Deux paires, entièrement semblables entre elles, avaient la forme d'une croix de Saint-André, et ressemblaient aussi au petit bijou appelé « bouton de chemise ». En 1853, encore trois ou quatre paires de fibules ; parmi les plus jolies sont deux perroquets, dont les pattes joignent le bec très recourbé et dont l'œil rouge est formé par un grenat. Toutes deux conservaient des traces de dorure. Toutes, de quelle que forme et de quelle nature qu'elles fussent, avaient une épingle ou un ardillon de fer ; elles furent trouvées ordinairement sur la poitrine, une fois même deux paires étaient étagées et très régulièrement distancées sur le pectoral. Aux fibules se rattache une feuille de vigne en émail cloisonné d'or (fig. 4118). Cette jolie pièce se compose de deux petites plaques de verre superposées, l'une blanche et l'autre violette. La surface violette, la seule visible au dehors, présente au milieu une feuille de vigne en émail, verte comme au premier temps. La bordure de la feuille est un lict d'or enchâssé dans le vert avec un art exquis et un goût parfait ; le tout


XXXIV. BOUTON ÉMAILLÉ. — L'admirable bouton de bronze dont la surface, ronde et large de 36 millimètres, est couverte d'une délicate mosaïque en émail polychrome. Trois cercles concentriques de bronze cloisonnent ou séparent les dessins, qui sont d'une grande variété. Les couleurs employées sont surtout le rouge, le bleu, le blanc et le jaune.


XXXV. COLLIERS. — Une quinzaine de colliers, tous de perles de verre de pâte de verre ou d'ambre jaune. La plupart se composaient de perles de verre, alternées de bleu, de vert ou de jaune ; un d'eux était formé avec quinze perles en pâte rouge ornées de guilloches blanches et jaunes d'une très grande variété ; un autre comptait dix-huit perles dont une d'ambre jaune, les autres en verre noir ou blanc, mais petites comme un grain de mil ; elles rappelaient par leur exiguïté les petites perles blanches qui bordent les rabats ecclésiastiques. Un collier était composé de vingt-deux perles, dont quatorze rouges et jaunes et huit entièrement vertes. Un collier comptait quarante-deux perles de verre et de pâte de verre ;


XXXVI. BOUCLES D'OREILLES. — Pour les premières campagnes de fouilles, Cochet comptait vingt-deux paires de boucles d'oreilles à Envermeu ; d'autres sont venues plus tard s'y ajouter. Quelques-unes étaient petites et n'excédaient pas la grandeur d'un anneau. Parfois on trouve enfilée une perle d'ambre jaune (fig. 4119) ou bien une perle en pâte de verre (fig. 4122). Chaque boucle avait un nœud, parfois mobile, mais plus souvent fixe et en métal orné de pierreries ou de verroteries (fig. 4120) ; la plus distinguée était en argent allié à beaucoup de cuivre et à un peu d'or, et tors comme on en voit encore de nos jours ; sa circonférence n'était que de 0 m. 10, tandis que celles de bronze avaient souvent 0 m. 20. La boule ou chaton mobile dont elle était ornée était de forme ronde, garnie de tous côtés de lames d'argent très fines et présentant quatre facettes de verre violet. Chacun des côtés, pris isolément, offrait une tête de dragon, à la bouche béante et enflammée. Dans la campagne de 1854, on trouva une admirable boucle d'oreille en or, pesant 7 grammes (fig. 4121). Il paraît bien qu'alors tout le monde portait cet ornement, même les enfants, car dans la fosse d'un enfant de six à sept ans on a trouvé un très petit couteau et, près d'un crâne très tendre, une minuscule boucle d'oreille en bronze de forme un peu allongée.


XXXVII. ÉPINGLE À CHEVEUX. — Épingle en argent, longue de 0 cm. 20, parfaitement conservée ; la tête représente une sorte de perroquet ; la partie dorée était d'une fraîcheur exquise ; l'œil de l'animal était figuré au moyen d'une petite pierre ou verroterie rouge (fig. 4123). Cette épingle fut trouvée près de la tête.


XXXVIII. QUELQUES TOMBES. — L'abbé Cochet publia les procès-verbaux de ses trois dernières campagnes en septembre 1855 : Une fosse profonde de 2 m. 50, longue de 2 m. 20, large de 0 m. 60 à 0 m. 70, ayant les pieds au nord-est et la tête au sud-ouest, ayant probablement reçu deux corps. Le premier, d'une jeune fille de douze ans environ, dont il ne subsiste aucun ossement, mais seulement les bijoux. D'abord deux boucles d'oreilles à cercle de bronze, avec pendants ovoïdes en or : ces boucles ou pendants, semblables à des œufs d'oiseau, avaient été formés au moyen de deux petites coques jointes par le milieu et remplies de mastic (fig. 4123). Autour de chaque boucle d'oreille on trouva bon nombre de fils d'or qui paraissaient avoir fait partie d'un tissu détruit par le temps et l'humidité ; en voici quatre des mieux conservés. Sur la poitrine, ou à la place où elle devait être, se trouvaient deux fibules en or. Celle qu'on reproduit ici (fig. 4123) se compose de trois feuilles métalliques, la première en or massif pesant 7 grammes, la seconde en argent, fine et légère, la troisième en bronze, et l'ardillon en fer. La surface est ornée de filigrane reproduisant un natté et dont la forme était celle d'un perroquet aux ailes déployées. Près d'elle se trouvait une grosse perle en pâte de verre dont les dessins de diverses couleurs imitaient une mosaïque : c'était probablement une amulette suspendue au cou.

Ajout. — C'était le deuxième angon trouvé à Envermeu (1854 et 1855). Jusqu'à cette date, le type de l'angon, communément désigné sous le nom d'angon d'Agathias, restait problématique. La lance, en forme d'hameçon, conservée au Musée d'artillerie, ne paraissait pas remplir les conditions voulues. Ce n'était, en effet, qu'une javeline pointue dont le corps et les ailes sont aplatis ; le manche est court, incomplet, mais n'a jamais dû être long. L'angon d'Envermeu, trouvé en 1855, a 0 m. 95 de longueur ; la douille et la hampe sont arrondies, mais la pointe en est carrée. Cette pointe quadrangulaire est longue de 10 centimètres, et les deux ailerons qui l'accompagnent ont encore 0 m. 05 de longueur. L'angon de 1854 a un mètre de longueur, la hampe et la douille sont rondes comme

À la ceinture s'est trouvée une boucle en bronze, accompagnée de têtes de clou, du même métal, qui ont dû décorer un ceinturon de cuir. Là aussi une petite chaînette de fer, de six à huit anneaux (fig. 4123) ; de petits ciseaux en fer renfermés dans un étui de cuir ou de peau dont un côté était orné de dentelures découpées carrément (fig. 4033) ; un petit couteau tenu dans une gaine, deux petites clefs en fer retenues par un anneau pour les attacher au ceinturon (fig. 4123) et présentant, l'une, deux dents d'un seul côté, l'autre une dent à droite et l'autre à gauche (cette dernière rappelle la croix ancrée des monnaies mérovingiennes). Enfin une perle noire et des restes de cuir qui pourraient bien provenir d'une bourse. Au lieu où devaient être les pieds, s'est rencontré un beau vase de verre, petite carafe ronde encore pleine d'eau d'interposition et de craie descendue des terrains supérieurs. À l'intérieur, sept coquilles de clausilies et quatre ou cinq squelettes de petits rongeurs. Cette ampoule a pu être déposée dans une caisse de bois garnie de fer, dont on a retrouvé les angles et les pentures.

A l'est de la tombe de la jeune fille, un squelette ayant les pieds au sud-ouest, la tête au nord-est. Ce squelette avait à la ceinture un couteau et une boucle de fer ; aux pieds, un vase en terre noire qui fut cassé par les ouvriers.

Au bout de la tombe de la jeune fille, en allant vers le nord-est, on trouva une fosse profonde de 1 m. 50, celle du précédent. La pointe, aussi quadrangulaire, est moins longue et moins prononcée. Les ailerons sont également soudés par l'oxyde (fig. 4124). Un véritable angon avait déjà été rencontré à Remennecourt (Meuse) * ; celui-ci, long de 90 centimètres, se termine aussi par une pointe carrée, mais elle est munie de quatre ailerons recourbés comme un hameçon quadrangulaire. Outre l'angon d'Envermeu ', on peut citer un angon provenant de la Champagne • ; on peut aussi classer parmi les angons une arme longue d'environ 1 mètre, trouvée dans le tombeau d'un chef franc près de Verdun « . La Rhénanie a donné d'autres angons, trouvés sur le territoire des anciens Ripuaires ' et conservés dans les musées de Mayence, de Wiesbaden et de Darmstadt. Les pointes quadrilatérales de ces javelines • sont très remarquables. Elles diffèrent de toutes les autres têtes de lance de cette période, et ressemblent aux pointes de flèches et de hallebarde du moyen âge, et aussi aux pointes de différentes épées et de poignards faits pour percer des armures défensives. Dans presque toutes les têtes de lance, les barbes sont serrées contre la hampe, comme si elles y eussent été appliquées forcément par quelque corps solide. Celles de Wiesbaden et de Darmstadt sont aussi ployées comme si elles avaient servi à la guerre. Sur les pièces d'or au type de Théodebert, ce roi est représenté tenant de la main droite une javeline dont le manche perlé pose sur l'épaule droite, passe derrière le cou et reparaît du côté gauche de la tête (fig. 4125). Là est la pointe de l'arme, munie de deux ailerons absolument comme les angons d'Envermeu, de Wiesbaden, de Mayence et de Darmstadt '. Lance. — ■ Toujours dans cette même tombe se trouvait un fer de lance, long de 0 m. 60, placé aussi la pointe en bas. La lance ou tramée est d'ailleurs une des armes les plus communes des cimetières francs. On la trouve aussi dans les tombeaux romains du bas-empire et parfois à côté des incinérations. Elle est surtout fréquente dans les tombes franques, où deux places lui sont assignées, la tête et les pieds. Chaque fois que la lance est accompagnée de la hache, on la trouve toujours aux pieds. Ces deux armes ont dû être déposées croisées dans la tombe ; quand la lance est seule, elle est toujours près de la tête ou au côté droit. A Envermeu, en 1854 et 1855, on a trouvé de quinze à seize lances ; une fois ou deux, la lance seule était aux pieds des squelettes, mais dans des tombes violées depuis longtemps. La longueur des lances est toujours très variable, aucune ne se ressemble, toutes affectent une forme diverse. Chacune d'elles possède une douille circulaire à laquelle le bois est presque toujours resté adhérent. Les plus longues ont de 45 à 55 centimètres, celles-là sont assez rares ; les plus courtes, très communes, ont de 25 à 30 centimètres. La longueur totale est de 34 centimètres. Une moitié des feuilles est large de 25 à 30 millimètres ; l'autre obtient de 40 à 45 millimètres dans son plus grand développement. Une seule a présenté, en sus de la douille, deux petites lames de fer qui descendaient au-dessous comme moyens de consolidation '. A Farébersviller (Moselle), cinq fers de lance mesuraient de 35 à 40 centimètres de longueur ^ ; à Védrin (près Namur), une mesure 50 centimètres, les deux autres 25 centimètres ' ; à Séraing, sept lances ou tramées dont la longueur variait de 15 à 30 centimètres ^.

La lance qui, en 1740, fut trouvée près de Verdun dans le tombeau d'un chef franc, n'avait que 25 à 26 centimètres ' ; elle était en bronze et sa feuille ressemblait beaucoup plus aux lances gauloises et romaines qu'aux lances franques, burgondes, allemaniques ou anglo-saxonnes. Parmi les lances recueillies dans les tombeaux de Bénouville, le bois du manche était encore logé dans la douille '. Quant aux lances du cimetière allemand de Nordendorf (Bavière), elles sont tellement semblables aux exemplaires d'Envermeu, pour la taille et la forme, que l'on pourrait croire ce faisceau dessiné aussi bien dans la vallée de l'Eaulne qu'au-delà du Rhin. A Little Wilbraham (Cambridgeshire) ' une quarantaine de types, tous différents les uns des autres, se rapportent on ne peut mieux à ceux d'Envermeu et de Londinières ; Cochet disait impossible de distinguer les lances des Saxons de celles des Francs. Dans ce même cimetière de Little Wilbraham, on a trouvé une fois deux lances sur le même sujet » ; la même chose est arrivée à Envermeu et on la signale dans le cimetière ripuaire de Seizen '°. Dans le Kent, la lance se trouvait généralement près de la tête « . Dans le cimetière helvéto-burgonde du Petit-Huningue, près Bâle, une lance ressemble aux types les plus longs d'Envermeu'^ ; dans la gravière de Severy (canton de Vaud), une lance, contemporaine de la précédente, est munie de deux crochets placés près de la douille », comme sur les exemplaires rencontrés à Douvrend, à Lucy, à Neufchâtel et à Londinières « . L'anneau sigillaire de Childéric montre ce prince la lance à la main ; le trésor de Saint-Denis conservait la lance de Dagobert I » et chaque année, aux processions de Saint-Marc et des Rogations, un moine vêtu de l'aube portait cette lance : unus e matriculariis in alba ferai lanceam régis Dagoberti « .

Revenons encore à la tombe. A hauteur des pieds, les débris d'un coffret de bois, une anse de bronze et des fragments de feuilles de cuivre attestant la présence et la destruction d'un de ces plateaux que l'on rencontre parfois dans les sépultures franques. Cette journée se termina par la visite de deux autres sépultures sans grande importance.

10 septembre : Visite de treize fosses orientées de diverses manières. La direction des pieds allait de l'est au nord-est, selon le lever du soleil. Les fosses, peu profondes vers le sud-est du champ, le devenaient beaucoup plus vers le nord et le nord-ouest. Presque toutes avaient été violées, une seule gardait un squelette presque entier. Tout le reste avait été pillé. D'autres fosses ne furent pas plus rémunératrices ; on ne peut compter pour quelque chose une perle de verre verdâtre, un style, une fibule en bronze, une agrafe en fer, six perles d'émail vif, etc.

13 septembre : Visite de treize fosses, alignées du sud au nord. Les têtes à l'ouest et les pieds à l'est. Quatre vases en terre entiers, dont un blanc et trois noirs ; les autres vases brisés ; une petite coupe de verre ayant la forme d'un coquetier. Ces fosses avaient été violées ; dans une fosse on trouva une bague d'argent avec chaton sigillaire présentant un monogramme, une boucle, un anneau de fer et des objets de peu d'importance. Dans une fosse, un squelette de cheval. Déjà, au cours des explorations précédentes, on avait rencontré un mors de cheval (fig. 4126) ; on en rencontra un deuxième très curieux dont nous figurons ici la moitié (fig. 4127). La bibliothèque d'Abbeville conserve des chaînettes, des ronds et des mors de cheval. A Charnay, on trouva également un mors de cheval ; à Conflans (Aube), on trouva « un homme, un cheval enterrés ensemble ». A Seizen, une tête de cheval reposait aux pieds d'un guerrier, de même à Douvrend, ce qui rappelle l'information donnée par Tacite à propos des Germains : Quorumdam igni et equus adjicitur. Comme une prolongation de cette coutume germanique, on trouva

V. — 4

Les autres fosses de cette journée donnèrent un mobilier insignifiant. 9 septembre : Quatorze fosses, presque toutes violées, ossements dispersés ou détruits, quelques vases. Quelques tombes de très jeunes enfants, dont un de six ans et dont la dentition était à peine terminée. Les tombes d'enfants montrent que la mortalité infantile était considérable : dix à Gilton ; vingt-deux à Silberstwold, quarante-quatre à Kingston, huit à Little Wilbraham.

20 septembre : Encore treize à quatorze fosses taillées dans la craie, presque toutes violées. Dans une tombe, près des pieds, beaucoup de fiches plates en os décorées de disques et de raies, avec clous d'attache en os, débris d'un coffret.

Dans une sépulture voisine qui semblait être celle d'une femme, la tête à peu près conservée était comme retombée sur la poitrine. Dans cette région furent trouvées deux fibules en bronze doré et en forme de 24 septembre : Quelques tombes sans intérêt archéologique.


XXXIX. Dernière campagne. — 10 septembre 1856 ' ; Sept sépultures. La première était taillée dans la craie et descendait jusqu'à deux mètres de profondeur. Elle était orientée est et ouest, suivant la coutume générale du temps, intacte et telle qu'au jour de l'inhumation (sauf la corruption du cadavre). Selon toutes les vraisemblances, cette fosse appartenait à un jeune guerrier déposé avec toute sa parure. Le corps était encaissé dans sa longueur totale par une couche de noir qui ressemblait assez à du charbon de bois. Cette braise fine et non mélangée semblait retracer les planches consumées du cercueil '. Les faces latérales du crâne verdies par l'oxyde avaient été en contact avec des boucles d'oreilles en argent, à bas titre, dont le cercle, grand et tors, fermait à l'aide d'un anneau placé à un bout et d'un crochet qui s'y eniboîlait par l'autre. La boule ou pendant, de forme carrée, à angles rabattus, était composée avec une pâte ou mastic recouvert de feuilles d'argent fines et légères. Ces boules enclissaient sur leurs quatre pans principaux des verroteries vertes taillées en losanges. Des triangles du même verre décoraient aussi les huit angles rabattus du pendant. A chacun des bouts de cette boule saillaient, sur le plan de l'argent, quatre petits tubes du même métal fermés par de fines lentilles de verre bleu d'un charmant effet.

Au côté droit de la tête, se trouvait une lance en fer, longue de 24 centimètres, et une partie du manche, longue d'environ 20 centimètres, se reconnaissait encore à une traînée rougeâtre de bois oxydé. C'est cette arme qui fait supposer qu'il s'agit ici d'un guerrier. Au cou du soldat, immédiatement au-dessous de la mâchoire inférieure, quatorze perles en pâte de verre qui avaient dû former un collier. Ces perles, simples ou doubles, sont arrondies et oblongues. Douze sont d'une pâte rouge et dure, recouvertes d'incrustations d'émail jaune dont les dessins imitent des yeux, des dents de scie, des godrons et des guillochures ; deux sont en verre verdâtre et foncé, enveloppées comme des barils dans des cercles d'émail blanc. Sur la poitrine un style en bronze étamé ou en argent à bas titre, car il brille encore et pourrait servir comme autrefois ; ce style est long de 0m.23. A la ceinture se trouvait le couteau de fer, long de dix-sept centimètres avec la soie, ayant la lame plongée dans un étui de cuir. Plusieurs boucles : une carrée, d'un bronze étamé, brillant comme l'argent. Cette boucle était neuve et avait fort peu servi ; évidemment elle avait servi à fermer le ceinturon, qui était de cuir ou de peau. Deuxième boucle en bronze, également carrée, mais fort petite, qui devait servir à rattacher l'étui du couteau à la courroie principale. Deux boucles en fer, un grand anneau qui a dû posséder une courroie de cuir. A côté et plus bas, un bout de chaîne composé de trois anneaux, dont un plus grand que les autres. Un fermoir de bourse placé un peu au-dessus du col du fémur. Ce fermoir est en bronze, comme celui de Lupfen, près Oberflacht, mais beaucoup plus travaillé. Il est long de 0m.09 et large de 0m.012, épais de 0m.001, et orné sur toute sa surface de dessins creux gravés au trait. Au milieu, c'est un quatre-feuilles incrusté, vide maintenant, mais qui probablement autrefois fut rempli d'émail. Ensuite on remarque çà et là quatre groupes composés de trois ronds et disposés perpendiculairement. On y observe enfin six trous percés dans toute l'épaisseur du métal. Ces trous ronds, triangulaires ou polygones, sont garnis de verroteries doublées de paillons. Au milieu inférieur de la pièce sont deux tenons de cuivre, dans lesquels est passée une petite boucle de même métal et qui recevait probablement une lanière de cuir ou de tissu fermant la bourse de tissu. Ce fermoir, au moment de sa découverte, était tout enveloppé de matières oxydées, qui ont paru être du tissu ou du cuir passés à l'état de rouille. A présent encore, on reconnaît fort bien la trace d'une toile tissée très finement. Chaque bout du fermoir figurait un profil de tête d'oiseau de proie, aigle ou perroquet. Les narines et les yeux de l'animal étant figurés par des incrustations de verroteries, tandis que la boucle reproduit les serres ou les pattes.

Le long des cuisses, du côté gauche, on recueillit huit boutons de bronze à tête pentagone, jadis argentés ou étamés avec soin, car ils brillaient encore ; les têtes étaient de bronze, mais les pointes étaient de fer ; ces pointes devaient traverser le cuir du ceinturon, dont elles formaient l'ornement terminal, ainsi que de petites lamelles de bronze, qui devaient garnir les bords et en former la frange.

Enfin, on recueillit deux défenses de sanglier, placées, l'une dans les jambes, entre les fémurs, l'autre aux pieds, auprès des talons. Attributs de chasseur. Déjà, en 1852, on avait trouvé à Envermeu une défense de sanglier, une semblable avait été trouvée à Selzen ; les trois défenses d'Envermeu ne présentaient aucune trace d'industrie humaine.

On peut rapprocher cette trouvaille de celle d'un bois de cerf dix cors, à Envermeu, en 1850, au-dessus d'un squelette. En 1810, à Dale Parte, près Arundel, dans un cimetière anglo-saxon, un squelette avait, à ses pieds, deux cornes de cerf.


XL. Le vase de sang. — Nous avons déjà montré que les monuments et les textes n'autorisent en aucune manière l'interprétation pseudo-édifiante qui transforma par centaines et par milliers les vases funéraires trouvés dans les catacombes de Rome en témoins d'un martyre imaginaire. Voir Dictionnaire, t. i, au mot Ampoules de sang. Le cimetière d'Envermeu va déposer dans cette question où la crédulité ignorante des uns n'a d'égale que la fourberie impudente des autres.

Une excavation faite à Inchyville, près Eu (avril 1856), fit découvrir quatre ou cinq fosses dans lesquelles se trouvaient des corps accompagnés de vases en verre et en métal. Les vases de verre sont de couleur verdâtre, mais d'un vert sale et enfumé, la teinte est celle de l'olive ou de la sépia. Au dedans et au dehors on remarque un tartre rouge, couleur de sang caillé. Trois coupes découvertes à Envermeu, en 1853 et 1854, arrondies par le fond qu'amortit une boule de verre, étaient de même couvertes au dedans et au dehors d'une couche de tartre d'un rouge très foncé, semblable à de la lie de vin. Des constatations analogues ont été faites dans le cimetière franc de Verrières, près Troyes, et sur une coupe trouvée à Woodnesborough (Kent). En 1855, Envermeu donnait encore une toute petite coupe de verre ressemblant à la coquille d'une patelle et une grande fiole d'un verre très blanc et très fin, portant les mêmes traces de tartre rouge. Ajoutons enfin une fiole de verre trouvée dans le cimetière franc de La Hogue, couverte d'un sédiment presque noir et fortement attaché aux parois du vase. Incidemment, fait remarquer l'abbé Cochet, il n'a jamais remarqué ce tartre rougeâtre sur les nombreux vases de verre gallo-romains du haut-empire, recueillis dans les tombes à incinération du pays de Caux. Je ne l'ai rencontré, dit-il, que dans les inhumations franques ou gallo-romaines du bas-empire, mais il n'est que juste d'ajouter que ces tombes à incinération se trouvaient dans l'argile ou la terre végétale, les inhumations postérieures dans des fosses de craie et à une certaine profondeur.

A Paris, chez Louis Perret [voir Dictionnaire, t. ii. Catacombes (Art des)], l'abbé Cochet vit un vase rapporté du cimetière de Cyriaque couvert de ce tartre rouge et exposé sous un reliquaire. Désireux, raconte-t-il, de connaître les causes qui avaient pu, au sein de la terre, produire des effets si étranges et si universellement remarqués, Cochet soumit ses vases francs et leur résidu à l'analyse chimique. En voici le résultat : « Aujourd'hui 23 octobre (1856), j'ai examiné, conjointement avec M. Guéniot, professeur de chimie au collège de Dieppe, deux fragments de verre provenant de deux fioles trouvées dans des tombes franques. Ces fragments, que nous avons numérotés 1 et 2, étaient incrustés, le n° 1 d'une matière brune, et le n° 2 d'une matière rougeâtre.

« Une fraction de chacune de ces substances a été mise en contact avec de l'acide azotique pur, qui aurait déterminé leur coloration en jaune, s'il se fût agi de matière animale ; il n'y a pas eu de réaction. « Une autre fraction a été essayée par l'acide sulfurique pur, qui aurait noirci et carbonisé une substance végétale, il n'y a pas eu de réaction.

« Les substances incrustantes devaient donc être minérales, et leur couleur indiquant du sesquioxyde de fer hydraté, nous avons mis une troisième fraction de chacune des deux substances n° 1 et n° 2, dans deux capsules de porcelaine, et nous les avons traitées par l'acide chlorhydrique pur, qui a immédiatement dissous les matières de l'incrustation et a produit une liqueur jaune foncée qui était du perchlorure de fer, car l'addition, au soluté, de ferrocyanure de potassium a développé une belle couleur bleu de Prusse, réaction qui n'appartient qu'au fer.

« Nous avons fondu au chalumeau une portion de fragment des deux fioles chargés de la matière incrustante, et nous avons obtenu un verre coloré en jaune topaze.

Il n'y a donc aucun doute sur la nature des incrustations brunes et rougeâtres des fioles trouvées dans les tombes gallo-romaines et franques placées dans le terrain crayeux de la Normandie ; ces incrustations sont formées par une couche de sesquioxyde de fer hydraté qui existe abondamment dans la terre végétale supérieure, où les eaux pluviales l'enlèvent et, après avoir filtré à travers la craie, le déposent sur les substances qu'elles imbibent.

« Outre le sesquioxyde de fer, le fragment de verre n° 1 portait extérieurement un peu d'adipocire provenant évidemment de la décomposition du cadavre de la tombe.

« Delattre, docteur en médecine et ancien professeur de chimie. » D'autres parcelles soumises également à l'analyse chimique de M. Girardin, de Rouen, donnèrent diverses réactions d'où l'opérateur conclut : 1° qu'il n'y a aucune matière organique végétale ou animale dans les plaques ou croûtes recouvrant les vases de verre en question ; 2° que ces croûtes sont formées, quand elles sont brunes et ternes, par de l'oxyde de fer mélangé d'autres matières minérales ;... 4° que le phénomène de la coloration provient uniquement de l'altération de la surface vitreuse, qui s'exfolie, absorbe entre ses lames de la vapeur d'eau et présente alors toutes les conditions qui font paraître le verre coloré et irisé par suite de la décomposition de la lumière.


XLI. Les coquillages. — La présence de coquillages dans les tombes a été mentionnée sans attirer beaucoup l'attention. La série des tombes qui ont fourni des spécimens semblables n'a pas été étudiée et ces témoins d'une ancienne migration ou de rapports avec l'Orient n'ont pas été assez remarqués. Il serait cependant instructif de dresser la liste des sépultures où des coquilles de cette provenance éloignée ont été déposées. Non seulement, d'après J. de Baye, Cypraea vinosa Gmelin dans une sépulture francque-mérovingienne (à Nesles-les-Verquin)... Bulletin de la Société académique de Boulogne-sur-Mer, 1904-1907, t. viii, p. 108-110.

Archaeologia, 1853, t. xxxv, p. 48-53 ; Some account of the Merovingian cemetery of Envermeu also of certain weapons of the Franks, dans The Archaeologia, 1854, t. xxxv, p. 223-231 ; The graves of the Alemanni at Oberflacht in Suabia, dans The Archaeologia, 1855, t. XXXVI, p. 129-160, pl. xi-xiv ; Remarks on the angon of the Franks and the pilum of Vegetius, dans The Archaeologia, 1855, t. xxxvi, p. 80-84.

H. Leclercq.


ÉPAONE. En 1875, on découvrit à Saint-Romain-d'Albon, arrondissement de Valence (Drôme), les restes d'une basilique et un cimetière de l'époque mérovingienne ; des fouilles postérieures apportèrent quelques renseignements nouveaux. Parmi les débris anciens on doit signaler un fût de colonne de 1 m. 05 de hauteur et 1 m. 25 de circonférence, utilisé aujourd'hui comme piédestal pour une croix, une tête de femme, un pied en marbre blanc, une petite auge funéraire d'enfant creusée dans une corniche antique en marbre blanc.

A peu de distance du cimetière on mit au jour deux carrelages en mosaïques grossières, formées de cubes de pierre blanche et grise de quatre ou cinq millimètres de côté.

La basilique et le cimetière se trouvaient dans un terrain planté de vignes. On a d'abord mis à jour les fondations de la basilique, dont il ne reste plus que l'abside et une partie de la nef et du bas-côté ; la façade a été détruite par des ouvriers qui, depuis longtemps, extraient de la marne à cet endroit. La largeur de la nef est de 10 mètres, y compris les murs, qui ont un mètre d'épaisseur environ. L'abside est formée par une muraille plus que double de la précédente, ce qui prouve qu'elle était voûtée. La largeur de l'abside est de 6 mètres et sa profondeur de 4 mètres. Il n'existe de bas-côté que sur le côté gauche, et encore était-il très étroit puisqu'il n'a que 1 m. 50 de largeur. Sur le côté gauche de l'abside était un espace entouré de murs recouverts d'un crépissage rougeâtre et entièrement vide ; c'était sans doute le sacrarium qui devait communiquer avec l'abside par une porte dont la trace a disparu. On ne relève pas non plus la trace des piliers ou des colonnes qui devaient séparer le bas-côté de la nef. Dans le bas-côté lui-même on a trouvé deux tombes de petite dimension, et, chose plus curieuse, trois autres tombes plus tard engagées sous les fondations de la muraille qui séparait la nef du bas-côté.

Sur le côté droit de l'abside, on a mis à jour les fondations d'une construction quadrangulaire rattachée par son angle inférieur gauche au mur de l'église, avec laquelle elle ne parait pas avoir de communication directe. Elle contenait cinq tombes rangées symétriquement, plus une sixième posée transversalement sur les précédentes, et enfin une petite auge sépulcrale d'enfant, en marbre blanc, creusée dans une corniche. La régularité avec laquelle sont placées les tombes anciennes dans cet endroit invite à croire que c'était la sépulture du clergé de la basilique. Du même côté droit de l'église, on a trouvé huit autres tombes, toutes orientées dans le sens de l'église et placées irrégulièrement, soit isolées, soit par deux ou trois ensemble. Les murs de la basilique sont construits en matériaux vulgaires, sans trace d'appareil ; les auges sépulcrales sont en molasse, et généralement monolithes ; l'une d'elles cependant est en pierre dure de Crussol et quelques autres en maçonnerie recouverte de briques à rebords. Les plus grandes ont de 2 m. 14 à 2 m. 27 de longueur et de 0 m. 51 à 0 m. 58 de largeur. On n'a trouvé dans ces tombes que des ossements, mais deux d'entre elles, l'une placée contre la muraille de droite de la nef, l'autre contre l'espace quadrangulaire qui servait de sépulture, portaient des inscriptions.

La première est datée du 21 février 467, gravée sur une dalle de 1 m. 80 sur 0 m. 58 (fig. 4130) :

A Icj L'inscription du jeune Lévanius se lit sur une grande dalle de pierre qui avait autrefois fermé entièrement la tombe, mais que l'on avait déplacée plus tard pour y introduire les restes d'un jeune homme ; elle est datée du 22 février 516 et mesure 0 m. 85 sur 0 m. 70 (fig. 4131) :


ET ANTIMIVS LÉONI

La troisième inscription est gravée sur la moitié d'un hexagone de marbre provenant probablement d'un carrelage antique. Elle est datée de l'année 631 ;

D EHÀCLVCEivitfKAL MA »RSLASP^OREHTI ETAKriMiv#Lcoi elle mesure 0 m. 10 sur 0 m. 22 ; le début manque (fig. 4132) :

Le prince nommé ici est Dagobert 1« , qui seul posséda la Bourgogne. La quatrième indiction ne s'est rencontrée qu'une seule fois sous son règne, elle nous reporte donc aux calendriers de juillet de l'an 631.

Au bas de l'épitaphe est gravé un oiseau entre deux poissons. C'est la troisième fois que nous trouvons en Gaule, sur des marbres de basse époque, ce dernier signe, qui, à Rome, caractérise les épitaphes de s'anciens âges. Trois débris découverts au même lieu, en 1878, provenant d'épitaphes chrétiennes : a)... CA.... b) c)...B....

.Irl^NSiitSub..IDIE......SV die. IDVS. ■. JS^^.-VEM....

Le 6 septembre 517 se tint à Epaone un concile convoqué par le roi de Bourgogne, Sigismond, pour procurer l'amélioration des mœurs des clercs et remettre en vigueur d'anciennes ordonnances ecclésiastiques. Le concile fut présidé par saint Avit de Vienne et se sépara le 15 septembre 517.

Sur ce concile :

Depuis trois siècles on disserte sur l'emplacement de la parochia Epaonensis ; sur cette question :

— Gorini, Défense de l'Église, 1853, 1. 1. p. 356-358. — G. Guizot, Histoire de la civilisation en France, t. m, p. 346. — Haller, Biblioth. Schweiz, t. ni. p. 14-15. — J. van Hecke, dans Acia sanct., 1853, octobre, t. \'in, p. 78-79. — Hefele-Leclercq, Histoire des conciles, 1908, t. n b, p. 1031-1042. — G. Henschen, dans Acia sanct., 1658, febr. t. i, p. 655. — A. Jahn, Die Geschichte der Burgundionen und Burgundiens bis :um Ende der I Dynastie, Halle, 1874, t. n, p. 141-148.

— Rivet, Hist. littér. de la France, 1735, t. m, p. 91-93.

H. Leclercq. ÉPÉE. — I. Épée. n. Fourreau. III. Épée brisée. Les tombes chrétiennes des cimetières de Rome nous ont conservé tout un mobilier funéraire dont nous avons maintes fois tiré parti pour la connaissance des usages et des mœurs, mais c'est l'extérieur de ces tombes qui nous a surtout renseigné. Les corps réduits en poussière, les linceuls consumés sont tout ce qu'on rencontre dans ces loculi et ces sarcophages d'où les fidèles bannissaient les objets de nature à rappeler la croyance à une vie diminuée mais soumise encore, selon la conviction des païens, à certaines nécessités. Point d'armes, point de vêtements, point de bijoux, point de vases ; le défunt n'en aurait que faire. Heureusement les épitaphes, malgré leur laconisme, compensent un peu cette nudité du tombeau ; néanmoins, à Rome et dans les provinces latines et helléniques, nous sommes presque entièrement privés de ces indications dont l'archéologie eût tiré si heureux parti pour l'histoire du passé. Même en Égypte, où la pratique de l'embaumement persiste jusqu'à l'époque copte et même jusqu'à l'invasion arabe, il n'y a que peu de profit à tirer des tombes dans lesquelles le défunt est momifié et serré dans les bandelettes, revêtu ensuite d'un vêtement d'apparat ; mais cette méthode funéraire est bien loin de nous procurer les mêmes richesses que nous rencontrons dans les tombes barbares. Les guerriers ensevelis, païens ou chrétiens, emportent avec eux leurs armes, non qu'ils soient dans le cas d'en faire usage dans la vie future, mais comme mémorial de leur vie terrestre. Ainsi, c'est tout un équipement dont nous rencontrons les échantillons variés et nombreux.

L'Épée. — L'épée se rencontre indistinctement à toutes les époques et dans toutes les régions de la Gaule où les barbares ont séjourné. Sa forme est partout sensiblement la même. La lame est habituellement large de 0 m. 05, à deux tranchants ; elle se fixait à la poignée à l'aide d'une soie relativement mince et courte. Le pommeau, de forme triangulaire, très aplati, était rivé à l'extrémité de la soie. Les princes et les chefs étaient signalés par la richesse, l'éclat et aussi par la forme de leurs armes. Pour eux, le pommeau de l'épée se composait de deux plaques métalliques reliées par des rivets à tête d'or ou d'argent, supportant une pyramide en fer, tronquée et à large base, ornée d'incrustations et quelquefois de verroteries ou grenats cloisonnés. Les spécimens les plus connus sont l'épée de Childéric I', celle de Pouan, celle de Flonheim, celle d'Arcy-Sainte-Restitute, celle de Rue-Saint-Pierre (Oise). On rencontre le pommeau damasquiné à Boussières (Doubs), à Harmignies (Belgique), à Vendersheim (Allemagne). La poignée est de bois ou d'os, décorée parfois de fils d'or.

M. Barrière-Flavy a constaté de légères mais constantes modifications des dimensions de l'épée suivant les diverses régions ; il est arrivé à ces résultats pour la moyenne : Normandie, long. 0 m. 89, larg. 0 m. 05 ; Belgique et nord-est, dimensions moins grandes, par exemple : Artois, 0 m. 75 ; Oise, 0 m. 58 et 0 m. 65, même 0 m. 45 ; Champagne, 0 m. 78 ; Aisne, bords de la Moselle et bords du Rhin, 0 m. 89, 0 m. 90 et jusqu'à 0 m. 95 ou même 0 m. 98 ; Belgique, 0 m. 69, 0 m. 72, 0 m. 80, 0 m. 87, 0 m. 90 ; Bourgogne et Suisse : ici ont été rencontrées les épées les plus longues et les plus lourdes, variant entre 0 m. 86 et 0 m. 92. Cette épée pourrait bien avoir été un objet de parade ; outre que ses dimensions et son poids ne la rendent guère maniable que pour les hommes très robustes, il est probable que les chefs étaient seuls à se l'attribuer.

Tandis que M. J. Pilloy estime que l'épée, arme des Francs de la conquête, fut remplacée par le scramasax, M. Barrière-Flavy constate que les cimetières barbares de toutes les époques ont restitué leur contingent de belles épées et observe que le guerrier n'a pas toujours dû être inhumé ceint du ceinturon ou revêtu du baudrier auxquels pendait l'épée. L'arme et la lanière débouclée ont été placées quelquefois sur le côté droit du défunt, parallèlement au corps, entre le bras et la poitrine, la pointe en l'air, la poignée à portée de la main (Pry, Belgique ; Courbes, Aisne ; Selzen, Allemagne). D'une manière générale, le guerrier était inhumé le glaive au côté, en tenue de parade, le pommeau sous la main, à gauche, le long de la jambe ; c'est le cas à Hardenthun (Pas-de-Calais), à Charnay, à Rouvroy, au Jardin-Dieu-de-Cugny et autres stations de l'Aisne, à Wancennes, à Harmignies, à Pouan ; enfin, l'abbé Cochet dit que toujours il a rencontré l'épée au côté gauche des morts. Dans les sépultures de Thuillies, l'épée était posée le long de la jambe gauche, mais la pointe en l'air. Exceptionnellement on a rencontré l'épée et le scramasax disposés en croix sur la poitrine du mort.


II. Fourreau. — L'épée était protégée par un fourreau de bois recouvert de cuir et dont la boutonnière et les ornements ont seuls échappé à la destruction du temps. Généralement les parties conservées sont en bronze ciselé et se rencontrent encore adhérentes à la lame de fer. On remarque aussi parfois, sur le plat, de petites rondelles de bronze, semblables à des boutons et qui décorent le cuir ou le bois du fourreau. À Envermeu, Cochet trouva une épée ainsi décrite : « Elle conservait sur toute sa longueur trace d'un fourreau de bois recouvert de cuir. Vers le sommet, deux tringles de cuivre rasées, étamées ou argentées, décoraient le fourreau, dont la pointe arrondie était garnie à la base d'une feuille d'argent longue de 0 m. 10 et munie également de deux tringles argentées ou d'argent pur ; nous avons négligé de vérifier. Cette ornementation, du reste, ne se rencontre que d'un côté, celui par où l'épée ne touchait pas aux vêtements du guerrier ». Le fourreau des épées était plus habituellement en cuir, le fourreau des scramasax, en bois recouvert de cuir ». Lorsque le cuir était uni, il recevait une ornementation métallique : boutons, anneaux, plaquettes de bronze. Le cuir était fermé, le long de la lame, par une tige creuse de cuivre, ou par une suite de rivets. Parfois le cuivre était gaufre et figurait des tresses (Hautes-Wiheries, Fontaine-Walmont). Le dard ou bouterolle du glaive ancien avait une forme spéciale en gouttière ; elle enveloppait le double du cuir à l'extrémité et se prolongeait le long d'un des côtés du fourreau.

J. Pilloy, Étude sur d'anciens lieux de sépulture de l'Aisne, 1886, 1. 1, p. 115-121. — A. Béquet, Le cimetière tronc de Pry, dans Ann. de la Soc. archéol. de Namur, t. XXI ; Bull, de la Soc. archéol. du Midi de la France, 1898 ; Lindenschmit, Das germanische Tödtenlager bei Selxen, p. 4, pi. vii-xii. — Haigneré, Quatre cimetières mérovingiens du Boulonnais, 1866, p. 53. — H. Baudot, Mémoire sur les sépultures des barbares de l'époque mérovingienne découvertes en Bourgogne, 1860, p. 22. — J. Pilloy, Étude sur d'anciens lieux de sépulture de l'Aisne, t. I, p. 55-59. — A. Béquet, Nos limites en 1883-1884. Wancennes, 1884.— Danjou, Note sur quelques antiquités mérovingiennes conservées au musée de Beauvais, 1856, p. 8 ; Peigné-Delacourt, dans Bull. de la Soc. nat. des antiquaires de France, 1858, p. 80 Note sur les bijoux en or massif et cloisonné, trouvés à Pouan entre Méry et Arcis-sur-Aube. — La Normandie souterraine, 1854, p. 293-379 ; Le tombeau de Childéric, 1859 p. 73. — D. Van Bastelaer, Plusieurs cimetières francs à Thuillies, 1894, p. 42. — A. Namur, Notice sur les tombes gallo-franques du grand-duché de Luxembourg, 1802, p. 45. ** Cochet, Sépultures gauloises, romaines, franques et normandes, plus ou moins haut vers l'ouverture « . Le fourreau était pourvu d'un bracelet auquel était joint une bélière qui permettait de la suspendre au ceinturon. Ce bracelet était ordinairement ciselé et même, parfois, orné de verroteries ».


III. Épée brisée. — Certaines régions de la Gaule ont offert une particularité remarquable. On a trouvé des lames de fer brisées ou ployées au feu ; notamment à Harmignies « , en Normandie ' », en Bourgogne ', dans la Haute-Marne, la Saône-et-Loire, le Doubs « . La brisure de ces lames est trop nette pour n'être pas intentionnelle.

Duraud notait cette particularité dans une sépulture de Bénouville (Calvados) » et l'abbé Cochet écrivait dès 1859 : « Il en a été trouvé de ce genre dans les fouilles de tous les pays et de toutes les époques. Nous avons rencontré beaucoup d'armes rompues ou entaillées dans les cimetières francs d'Envermeu, de Londinières, d'Ouville, dans les sépultures galloromaines d'Eslettes, de Bouelle et du château de Robert-le-Diable. L'épée de Childéric II fut trouvée rompue. Une cinquantaine d'épées ployées ont été vues à Tiéfenau, en Suisse, lors de la découverte qui s'y fit, en 1851, d'armes et de chariots de guerre ^. » Cette pratique a, selon toute apparence, une origine septentrionale. Des faits analogues ont été constatés en Sleswig, en Jutland, en Fionie et à Bornholm '' ; des épées ployées ont été recueillies dans les sépultures de Herrlisheim « et dans le cimetière de Strée ''.

La signification symbolique n'en paraît guère douteuse, bien qu'elle ait été méconnue par Cochet, qui n'y voyait qu'une mesure de précaution prise par les familles contre les violateurs de sépultures. Mais apparemment, ceux-ci faisaient beaucoup plus de cas des métaux et des verroteries ornant la poignée et le fourreau que de la lame elle-même ; ils n'eussent donc pas été fort déçus en trouvant la lame brisée ou déformée, et ils eussent pu d'ailleurs en tirer quelque parti. Ce n'est pas la cupidité des malfaiteurs qui a inspiré cette pratique de mettre les épées et scramasax hors d'usage. En ce cas, il eût fallu détériorer également les haches, les lances, les couteaux, ce qui ne se faisait pas. Il y avait dans cette pratique un symbole, que l'arme était désormais inutile au guerrier et devait être brisée comme sa vie venait de l'être. H. Leclercq.


ÉPERON. Les Romains ont fait usage de l'éperon. Cet instrument consistait en une tige métallique recourbée de façon à s'adapter par pression à la chaussure et s'y fixait au moyen de courroies munies de boucles passant sur le cou-de-pied. Au point central se trouvait une pointe émoussée et dont le contact ne pouvait produire qu'une friction, tandis que les éperons sous les Francs et les Carolingiens étaient aigus et devaient produire une piqûre. Voici quelques spécimens (fig. 4133) :

1 » Reichersdorf (province de Brandebourg), éperon romain, probablement en bronze, avec tige verticale de renforcement.

2« Pays rhénan, éperons romains.

3° Oberalm (Allemagne), éperon trouvé dans une tombe franque ; les éperons francs sont en fer, il est peu probable qu'il en ait été exécuté en bronze, sauf de rares exceptions.

4 » Eclaye (Belgique), éperon en fer dans une tombe franque.

5« Petites-Dalles, commune de Saint-Martin-aux-10° Le Bel-Air, près Chêseaux-sur-Lausanne (Suisse). Éperon consistant en une mince bande de fer dont les extrémités sont repliées sur elles-mêmes pour former une attache dans laquelle était fixé un anneau. Dans cet anneau se trouvaient prises, au moyen d'un crochet recourbé, deux plaques de fer sur lesquelles étaient fixées les courroies d'attache au moyen de rivets.

11 » Mommernheim (Hesse rhénane), éperon en fer constitué par une tige plate, mais légèrement bombée à l'extérieur. Les branches sont assez développées, la pointe petite. Ce qui le distingue, c'est qu'il a reçu sur toute la surface une décoration qui révèle une technique aux (Seine-Inférieure), éperon franc en bronze avec pointe de fer très menue et, aux extrémités des branches, des ouvertures rectangulaires pour passer les courroies.

6 » Tugny-et-Pont, canton de Saint-Simon (Aisne), éperon de bronze avec pointe de fer très petite ; à l'extrémité des branches, une petite ouverture destinée à recevoir une goupille pour la fixation de la pièce qui devait recouvrir le cou-de-pied : long. 0 m. 06 ; largeur, 0 m. 08 : c'est l'un des plus petits connus ; tandis que celui des Petites-Dalles est moyen : long., 0 m. 14, largeur, 0 m. 11. ni que toute nouvelle. Ce sont des filets de laiton incrustés dans le fer qui simulent des stries parallèles.

12° Éperon trouvé dans le cimetière mérovingien de Bourogne (territoire de Belfort, canton de Delle). Il s'agit d'un éperon de bronze accompagné de deux petits passants, de deux passe-lacets, d'une petite plaque-boucle articulée, d'une croix grecque de 20 millimètres de large et d'une médaille romaine, le tout en bronze. On a trouvé un éperon de fer accompagné des mêmes accessoires, moins la médaille romaine ; la petite croix y a la forme d'une croix latine. Dans ce même cimetière, on a rencontré trois autres éperons de fer, mais sans accessoires. Leur pointe est droite et a environ 1 centimètre de long. Tous ces éperons étaient placés au pied gauche de squelettes d'hommes '.

H. Leclercq. ÉPHÈBE. Ce mot semble n'avoir plus sa place dans le vocabulaire chrétien ; cependant il n'a pas dû disparaître en même temps que l'institution de l'éphébie. L'usage se plaît à prolonger l'existence de ces mots qui ne représentent plus qu'une idée confuse pour le plus grand nombre. Cependant une inscription trouvée par E. Renan, lors de sa mission de Phénicie ', nous montre que le mot et l'institution même survivaient à l'époque chrétienne. Au sud de la route de Gébeil à Beyrouth, la grande masse de sable qui s'étend au-dessous a couvert toute une nécropole en amphithéâtre, qui faisait face à la mer. Le roc taillé émerge çà et là ; on y trouva une vaste catacombe à deux étages de tombeaux, en partie évidés dans le roc, en partie complétés par de la maçonnerie. Toutes les ouvertures des niches sont en arceaux « . C'est la seule caverne sépulcrale de ce genre découverte en Phénicie. Une grosse dalle renversée, au milieu de la chambre, présentait l'inscription suivante :

« [Apprends] que la sage épouse Dionysia repose ici, sous moi, dans ce tombeau, que son mari a orné pour elle, afin que ce soit là, pour ceux qui passent, un avertissement de porter témoignage aux époux respectables.

« Telle est la vie, cher passant : des espérances parmi les vivants. Tiens-toi [donc] en joie. Que la rapidité du cours du temps qui passe ne l'échappe pas.

« C'est ici le tombeau de Sérapion, le professeur des éphèbes. » Le nom de Sérapion est très fréquent en Égypte et la présence de la croix ansée sur cette tombe est une autre attestation d'origine du défunt, qui avait exercé la profession de maître des éphèbes, équivalant à peu près à celle de nos maîtres d'escrime. C'était, à n'en pas douter, un chrétien, et Renan a eu tort de n'en rien croire. Sérapion reposait dans une catacombe avec sa femme Dionysia ; il avait mis sur l'épitaphe de son tombeau le sigle que ses compatriotes égyptiens avaient imaginé pour adapter le chrisme à leurs usages symboliques et il avait pris soin d'écarter toute allusion païenne. Froehner ^ et E. Révillout* ne mettent pas en doute le christianisme de cette épitaphe.

H. Leclercq. ÉPHÈSE. — L'Éphèse. II. Saint Paul à Éphèse. III. Saint -Luc. IV. Épître de Paul. V. Saint Jean. VI. Du IIe au IXe. VII. Basiliques. VIII. Peinture. IX. Épigraphie. X. Les Sept-Dormants. XI. Bibliographie.

L'Hermus, le Caystre et le Méandre, fleuves célèbres qui enrichissaient les villes de Pergame, de Smyrne, d'Éphèse et de Milet, quatre villes qui remplirent un rôle considérable dans l'histoire des origines chrétiennes en Asie Mineure. Le cours du Caïque et celui du Caystre étaient trop restreints pour procurer à leurs vallées l'avantage d'une route de pénétration importante, le cours de l'Hermus ne facilitait pas l'accès du plateau d'Asie Mineure, en sorte que ce fut la vallée du Méandre, et ensuite celle du Lycus, qui s'y joint à Laodicée, vers Apaniée, qui devint le grand chemin des migrations et des échanges entre l'Orient et l'Occident. Toute cette civilisation, tout ce trafic se dirigeait vers le port d'Éphèse. Après avoir résisté longtemps, Milet dut céder à la suprématie d'Éphèse devenue la porte maritime de cette contrée.

Sur cette zone du littoral d'Asie Mineure appelée Ionie, si favorisée par le climat, sur ces rivages si heureusement découpés en golfes et en péninsules, les Grecs industrieux et avisés eurent de bonne heure la meilleure part. L'histoire de l'établissement des Ioniens à l'embouchure du Caystre est aujourd'hui suffisamment connue. « Topographiquement et historiquement, Éphèse nous représente un des types les plus saisissants et les plus complets des colonies grecques de l'âge héroïque. Reconnaissant ces préliminaires d'aventuriers, essais et déboires de ces éclaireurs, consultation au dieu de Delphes et réponse de l'oracle, choix d'un roi de famille sainte investi du commandement et du sacerdoce, expédition régulière sous la conduite de l'oekiste, utilisation de postes ou débarcadères phéniciens, négociations diplomatiques entre l'îlot parasitaire et le sanctuaire d'en face, avances au clergé de l'asile, traités d'alliance, devant l'autel de la grande Déesse cosmopolite, avec la classe turbulente des métèques, guerre aux notables de la Haute-Ville et aux nobles du château, prise de l'acropole, refoulement des indigènes, partage du pays conquis, édification de temples, syncrétisme religieux, souci de concilier l'attachement aux divinités de la mère-patrie avec le respect des cultes locaux, attention égale portée aux routes de terre et aux voies de mer, à l'essor de la navigation et à la culture du sol, installation d'une bourgade rurale à proximité du port et de l'agora, campagne de frontières pour donner de l'air à l'État nouveau, enfin, dernier trait, construction de l'héroon du fondateur, voilà quels sont les épisodes significatifs de la colonisation d'Éphèse ».

Éphèse fut un des centres religieux les plus célèbres de l'Asie, un de ces États sacerdotaux où les vicissitudes du droit d'asile entraînèrent d'incessantes variations dans les limites du pouvoir civil et du territoire sacré. Éphèse compte en outre parmi les fondations coloniales les plus caractéristiques des Grecs et peut être considérée comme le type même de ces établissements du XIe avant notre ère, dans lesquels s'incarna si brillamment le génie ionien. Plus tard, Éphèse devint également l'un des modèles les plus remarquables de ces immenses cités hellénistiques dont se couvrit l'Orient sous les successeurs d'Alexandre, puis, bientôt après, l'une des capitales provinciales les plus riches et les plus prospères de l'empire romain. Mêlée aux débuts du christianisme, associée à la prédication des apôtres, dominée par les puissantes ou touchantes figures de saint Paul ou de saint Jean, Éphèse, après une période de floraison suprême sous les Antonins, nous présente, à l'époque byzantine et turque, un des cas les plus frappants de ces crises d'atrophie et de ces retours au foyer d'origine que déterminèrent les catastrophes du moyen âge. Ainsi, de tous les squelettes de villes mortes dont il soit possible de scruter l'ossature plusieurs fois millénaire, il n'en est pas qui fournisse à la géographie historique de plus sûrs indices et des points de repère meilleurs.

À l'époque classique, Éphèse a changé de site et n'a pas changé de nom ; de là des difficultés graves lorsqu'on étudie les auteurs anciens et qu'on ne se reporte pas constamment sur le terrain pour éviter la confusion entre la vieille ville et la ville nouvelle, le château d'Androclos et la cité de Lysimaque. Chacune d'elles a occupé un emplacement distinct et toutes deux ont porté le nom d'Éphèse. L'étude du terrain même ne suffisait pas, il fallait des fouilles profondes et méthodiques sous peine d'erreurs fort graves puisqu'elles prétendaient s'autoriser du témoignage topographique. Le point capital à déterminer était la situation exacte du temple de Diane Artémis. En 1863, Wood le cherchait encore dans la partie ouest de la plaine, c'est-à-dire juste à l'opposé du point où il s'était élevé. Après plusieurs années de tâtonnements, une inscription déblayée au théâtre, celle de C. Vibius Salutaris, fournit la bonne direction à suivre. En mai 1869, Wood rencontra l'un des angles du péribole, puis, fin décembre, les premiers marbres du temple.

« La plaine inférieure du Caystre forme, sur une longueur de huit à dix kilomètres et une largeur moindre de moitié, un couloir aux bords sinueux dont l'axe court exactement d'ouest en est. Deux passages mettent en communication ce vestibule du fleuve avec l'arrière-pays. C'est, à l'angle nord-est, la trouée de Ketchi-Kaléh, où bifurquaient, dans l'antiquité, les routes d'Éphèse à Sardes et d'Éphèse à Smyrne ; ce sont, à l'angle sud-est, les gorges du Dervend-Déré, qui donnent accès à la vallée du Méandre. Trois masses rocheuses, d'une importance inégale, se détachent à l'extrémité du couloir, entre les deux passages, qu'elles barrent intérieurement de leur triple verrou : l'une à l'est, l'autre au nord, la dernière au sud. » De ces bastions naturels, le plus petit, mais aussi le mieux situé, est l'éminence d'Ayasolouk, dont le nom turc rappelle, en l'altérant, celui de l'église que Justinien avait fait construire au sommet en l'honneur de saint Jean l'Évangéliste (Ai/ius Theologos, d'où Allô Luogo, dans les portulans). Isolée de toutes parts, couronnée par une enceinte qui épouse les rebords de son plateau, cette colline évoque l'image de l'Acropole d'Athènes, avec cette différence qu'elle s'étend du nord au sud et non de l'ouest à l'est, qu'elle est moins escarpée et moins haute (87 mètres d'altitude, à son point culminant, contre 156), qu'en revanche, le rapport entre sa longueur et sa largeur offrant un écart beaucoup plus fort (500 sur 120, au lieu de 310 sur 140), elle est d'un tiers environ plus grande.

Quand toute cette plaine était un golfe, l'acropole d'Ayasolouk jouissait d'une position privilégiée ; d'un côté, elle dominait la mer, qui amenait les vaisseaux jusqu'au pied de ses pentes occidentales ; de l'autre, par delà un seuil facile où se croisaient les caravanes allant et venant entre les sillons de l'Hermus et du Méandre, elle regardait la montagne, qui lui servait de barrière contre les périls du continent.

« Kourou-Tépé, le mamelon qui s'étale à l'entrée du passage du nord-est, a joué lui aussi son rôle dans la vie du district, mais à une époque très reculée, quand il était une île cadenassant le fond du goulet. Les boues du Caystre, en le réunissant à la terre ferme, l'ont transformé en une colline. Le groupe le plus important des hauteurs entre lesquelles oscilla le destin d'Éphèse est celui du sud. Il comprend deux systèmes distincts : le mont du Pèlerinage (Panayir-Dagh), ainsi nommé d'une chapelle où les Arméniens de Smyrne viennent célébrer chaque année, en mai, la fête de saint Jean le Théologien ; et le Bulbul-Dagh ou mont des Rossignols. Le Panayir-Dagh est un renflement circulaire dont le diamètre atteint ou dépasse un kilomètre. Couronné d'une double calotte, avec les cotes 131 et 155 aux pointes de cimes, il présente sur son pourtour oriental une série d'anfractuosités qui le découpent comme les lobes d'une rosace. Le Bulbul-Dagh forme avec le Panayir-Dagh un contraste complet. C'est une haute échine raide qui s'étend obliquement de l'ouest-nord-ouest à l'est-sud-est, sur une ligne d'à peu près quatre kilomètres. Sa partie culminante fait face au Panayir-Dagh. Là, sa crête s'élève jusqu'à 358 mètres. Elle s'abaisse ensuite, d'un mouvement continu, dans la direction de la mer, pour se terminer, à son extrémité occidentale, par deux ballons, dont l'altitude est respectivement de 96 et de 45 mètres.

Entre le mont des Rossignols et le mont du Pèlerinage se creuse une dépression qui les relie par ses talus. Cette sorte de gouttière s'incline, au couchant, vers une plaine dont l'aire rectangulaire, d'un demi-kilomètre de côté, est comme le palier de jonction des deux massifs qui la dominent. Le lieu s'appelle aujourd'hui Boudroumia. Sa bande ouest délimitait jadis un port. Elle ne confine plus, depuis des siècles, qu'à des marécages, des champs de roseaux, des eaux.

(I Nous distinguerons trois ports d'Éphèse : 1° le vieux port ou port sacré, situé dans l'extrême fond du golfe primitif, au pied de l'acropole d'Ayasolouk, près de l'Artémision : ce fut le port de l'Éphèse grecque ; 2° le nouveau port ou port de Coressos, situé dans l'angle compris entre la terrasse de Boudroumia et le Bulbul-Dagh ; il devint le port de l'Éphèse hellénistique et romaine ; 3° le port de Panormos, situé entre les pointes extrêmes du Bulbul-Dagh et du Pamoudschak, à l'embouchure du Kenchrios ; son importance grandit sous les Antonins. Éphèse eut toujours simultanément un port et un avant-port. Quand le port se trouvait à Ayasolouk, l'avant-port était à Coressos ; quand le port fut à Boudroumia, Panormos devint l'avant-port. L'expression ol Â'.aEvs ; désigne donc, suivant l'époque où on la rencontre, un appariement différent : d'abord, le vieux port et le port de Coressos, plus tard le nouveau port et le port de Panormos.

Une dernière série de remarques complétera notre connaissance du territoire éphésien. Le Claséas est la rivière de Kirkindjé, ce bourg de montagne où l'occupation ottomane a fait refluer la population grecque du district. Le Marnas, qui alimentait un des quatre grands aqueducs d'Éphèse, celui d'Auguste (Aqua Julio), se confond avec le Dervend-Déré-Tchaï. Entre le Marnas et le Claséas, dans la zone qui jouissait du droit d'asile, sont les deux rios auxquels Pline donne le nom de Selenus. Ortygie, dont Strabon nous décrit le bois sacré, a été fixée dans le haut vallon du Kenchrios, au village d'Arvalia. Le Solmissos, qui dominait Ortygie, répond à l'AlaDagh (664 mètres). Le havre de Pygela (ri lljyjXXa ou -'% >l>-j-(iW%) est la crique qui se creuse à la base du Pamoudschak, un peu au nord de Scala Nova.

Il reste, pour terminer, à dire un mot des changements de site d'Éphèse. Quand, vers le milieu du xi= siècle avant notre ère, Androclos et ses compagnons pénètrent dans le golfe du Caystre, la mer baigne encore les pentes du mamelon d'Ayasolouk. C'est là qu'ils abordent et qu'ils s'établissent. Le hameau actuel, avec son enceinte turque et son kastro byzantin, marque l'emplacement de la première Éphèse grecque. L'île où séjournèrent les Ioniens, avant de se risquer sur la terre ferme, ne fait qu'un, selon toute apparence, avec la Syrie de Pline, c'est-à-dire avec le tertre de Kourou-Tépé. Il en résulte que cinq cents ans avant l'annexion des Éphésiens à la ligue attico-délienne, le flot marin s'avançait jusqu'à l'entrée de la passe qui relie la plaine d'Ayasolouk à la plaine Caystriane. Mais, peu à peu, ce goulet se comble. En 499, lors de la révolte de l'Ionie, l'escadrille portant le corps expéditionnaire contre Sardes ne débarque pas à Éphèse même, bien qu'elle n'ait rien à redouter de cette ville, mais à Coressos, évidemment parce que le vieux port était déjà d'un accès difficile aux navires d'un certain tirant d'eau.

D'âge en âge, on suit les progrès de l'envasement. L'Artémision du vi= siècle, édifié à l'aide des subsides de Crésus, reposait, par trois marches, sur une plateforme haute seulement de 1 m. 08 au-dessus du niveau de la mer. Quand la torche d'Érostrate l'eut brûlé.

Conçue et tracée d'après un plan grandiose, entourée d'une enceinte de murs et de tours qui représentent un des plus beaux types de fortification de l'Orient grec, la cité de Lysimaque, un moment parée du nom d'Arsinoeia, en l'honneur de la dernière femme du roi, acquit une étendue et prit une importance que n'avait jamais eues le vieux château d'Androclos. Mais le port et le fleuve continuaient à être des frères ennemis : le rôle mondial de l'un ne pouvait durer qu'au prix d'une lutte acharnée contre l'autre. En 190 avant Jésus-Christ, durant la guerre contre Antiochus III, on devait, pour atteindre la rade de Boudroumia, franchir au préalable un long chenal, obstrué par des bancs de sable. Le bassin, alors comme aujourd'hui, offrait la configuration d'une outre dont le col s'effile. C'est ce qui suggéra au chef de la flotte romaine l'idée d'y bloquer Polyxénidas, l'amiral commandant l'escadre syrienne, en coulant des vaisseaux de transport à l'orifice du goulet.

Quatre siècles ont passé depuis Lysimaque et le nouveau port est retombé dans la même situation précaire que l'ancien. Pour disputer la ville à l'étreinte du fleuve, il eût fallu recommencer la gigantesque entreprise de 287, reprendre la marche à l'ouest, battre en retraite de Coressos à Panormos. Mais, avec Rome, le monde avait changé d'axe. L'Ionie ne tenait plus, dans la Méditerranée, qu'une place subalterne. Hadrien répara, il ne sauva pas. Génie clair et positif, peu enclin aux conceptions démesurées, il borne son œuvre à détourner le cours du Caystre et à rendre, provisoirement, les ports à la navigation.

Éphèse est alors à son apogée. Elle comprend deux villes : l'une, la ville administrative, militaire et marchande, largement à l'aise dans le périmètre de ses remparts ; l'autre, la ville religieuse, groupée autour de l'Artémision. Deux voies, partant du sanctuaire et divergeant, celle du nord, vers la porte voisine du stade, celle du sud, vers la porte de Magnésie, réunissent le château d'Androclos à l'enceinte de Lysimaque, comme, en Attique, les Longs-Murs, les « Jambes », joignaient Athènes au Pirée. De l'Acropole d'Ayasolouk au dernier ballon du Bulbul-Dagh, sur un arc de cercle de six kilomètres, c'est une succession ininterrompue de quartiers, de portiques et de monuments.

L'invasion des Goths, en 263, marque le déclin. À l'est de la plaine, l'Artémision, incendié et pillé, reste en ruines. À l'ouest, la ville de Lysimaque, appauvrie, abandonnée, se tasse sur elle-même. Plus l'insécurité grandit, plus la ville se rapetisse : c'est à peine si le mur byzantin englobe la terrasse de Boudroumia et la moitié du Panayir-Dagh. On a cessé le duel contre le fleuve. En renonçant à la mer, Éphèse dit adieu à la vie. Sous Justinien, la population, désertant la cité hellénistique, reflue vers la colline d'Ayasolouk. Elle y végète quelques siècles, puis la conquête turque l'étreint et l'étouffe. Les cités comme les hommes renaissent parfois pour mourir à leur berceau.


II. Saint Paul à Éphèse. — C'est au cours de son troisième voyage apostolique que l'apôtre Paul aborda Éphèse. Il y avait passé déjà, mais sans y séjourner assez longtemps pour rien fonder de durable. Cette fois, il partit d'Antioche avec un de ses compagnons de route, peut-être Tite, fit une rapide apparition parmi les Églises de Galatie et marcha droit sur Éphèse. La ville ne différait guère, comme population et comme moralité, d'Antioche et de Corinthe, qu'il connaissait bien. Dédale de rues étroites, de cours puantes et de bazars infects où grouille une fourmilière agitée et fainéante, avide et sordide, obséquieuse et vindicative. Là, comme dans tous les centres commerciaux, pullulait une colonie juive très nombreuse, jalousée des païens que le souci d'entretenir le culte profitable d'Artémis rendait fanatiques et hostiles à toute croyance religieuse qui leur apparaissait comme une menace de concurrence. L'importance administrative, l'énormité du trafic commercial, le mouvement des affaires entretenu par le pèlerinage fameux faisaient affluer à Éphèse une population très mélangée, mais qui charriait nombre d'individus d'esprit curieux et ouverts, disposés à favoriser la diffusion des idées chrétiennes.

« Éphèse avait déjà été atteinte par le christianisme, quand Paul vint y séjourner. Après être parti de Corinthe, Aquila et Priscille y étaient restés. Ce couple pieux, à qui, par une singulière destinée, il fut réservé de figurer à l'origine des Églises de Rome, de Corinthe et d'Éphèse, forma un petit noyau de disciples. De ce nombre, sans doute, fut cet Épénète, que saint Paul appelle « les premiers de l'Asie dans le Christ » et qu'il aimait beaucoup ».

Un autre personnage plus important avait nom Apollonius ou Apollos, originaire d'Alexandrie. C'était un homme instruit et disert, connaissant à fond la version grecque des Écritures et sachant les commenter avec chaleur. Au cours d'un de ses voyages, il avait rencontré des disciples de Jean-Baptiste, qui lui donnèrent le baptême et lui parlèrent de Jésus, mais avec peu de précision ; il semble bien qu'ils n'en savaient pas plus eux-mêmes. Arrivé à Éphèse, Apollos fréquenta la synagogue et y prit la parole avec beaucoup de succès. Il exposait ce qu'il savait et ce qu'il conjecturait à propos d'un Messie indigent, dédaigné, souffrant et mourant, à qui il appliquait telles prophéties. Aquila et Priscille, ravis, l'écoutaient, lui redisaient tout ce qu'eux-mêmes avaient retenu des sermons entendus à Rome et à Corinthe, enrichissaient son fonds de quelques anecdotes, de paraboles entendues et retenues tant bien que mal. Apollos les avait mis en confiance lorsqu'il avait prêché hardiment la voie du Seigneur et le recours à la pénitence. Apollos groupait ainsi autour de lui quelques auditeurs bénévoles et cette Église embryonnaire s'alimentait du mutuel échange entre le maître et les disciples. Aquila et Priscille ajoutaient, rectifiaient au besoin, on peut le croire, mais néanmoins devaient se montrer assez timides, car ils laissèrent Apollos conférer le baptême de Jean, le seul qu'il connût.

Il est possible que ces entretiens lui aient laissé entrevoir une partie des lacunes de sa formation, car, après quelque temps, intrigué par l'idée de tout ce que le ménage avec lequel il était lié avait appris à Corinthe, il forma le projet de visiter cette Église. Les frères d'Éphèse s'y prêtèrent volontiers et donnèrent à Apollos une lettre de recommandation pour les fidèles de Corinthe.

Vers le même temps, Paul arriva à Éphèse. Il se logea chez Aquila et Priscille, ainsi qu'il l'avait fait à Corinthe, il s'associa de nouveau à eux et travailla dans leur boutique pendant les deux années que dura son séjour. Éphèse faisait un grand commerce de tentes et les boutiquiers occupés à ce trafic habitaient probablement les faubourgs pauvres au nord de la ville. C'est dans ces parages que se trouva sans aucun doute le premier foyer chrétien ; là, furent les basiliques apostoliques, les tombes vénérées de toute la chrétienté qu'il serait vain de prétendre désigner.

Aujourd'hui, Ayasolouk ne compte que peu d'habitants permanents, mais à l'époque des travaux agricoles la population augmente. Les ruines disséminées partout, mosquées, bains, établissent l'importance de la ville turque qui succéda à la ville byzantine. On peut tracer les principaux traits de l'existence que mena l'apôtre sur ce sol tant de fois renouvelé depuis vingt siècles. Son activité n'eut pas à s'exercer dans une synagogue, puisque, grâce à Aquila et Priscille, à Apollos et à quelques autres, il trouvait une Église composée d'une quinzaine de membres au moins, dont une douzaine ne voyaient, ne pensaient et ne parlaient que comme leur maître Apollos. Cette Église n'en était une à aucun degré, ne tenant de près ni de loin aux chrétientés constituées par les apôtres ; point de chef hiérarchique, point d'enseignement officiel, mais une croyance incomplète et imparfaite.

Paul questionna ces néophytes, voulant tirer l'affaire au clair. « Avez-vous reçu le Saint-Esprit après avoir cru ? » demanda-t-il — « Nous n'avons pas seulement ouï-dire qu'il y ait un Saint-Esprit », répondirent-ils. « Quel baptême avez-vous donc reçu ? » insista Paul. « Le baptême de Jean », dirent-ils. Alors Paul reprit : « Jean a baptisé du baptême de la pénitence en disant au peuple qu'il devait croire en celui qui serait après lui, c'est-à-dire en Jésus. » Ayant ouï ces paroles, ils furent baptisés au nom du Seigneur Jésus, et après que Paul leur eut imposé les mains, le Saint-Esprit descendit sur eux et ils parlaient diverses langues et ils prophétisaient.

L'épisode est des plus curieux pour l'histoire de la première propagation du christianisme. Cette douzaine d'hommes connaissaient Jean, le Christ et Apollos. Ce dernier les avait baptisés du baptême de Jean, on le sait, mais il ne les poussait pas à aller plus loin, Aquila et Priscille non plus, et ne les entretenait pas du Saint-Esprit ; néanmoins ils se considéraient tous, les uns et les autres, comme disciples du Christ.

Tout en gouvernant l'Église d'Éphèse, où Apollos était venu le rejoindre, saint Paul dirigeait, gourmandait les Églises, principalement celle de Corinthe. Cependant il continuait à habiter la maison d'Aquila et Priscille, mais toujours « travaillant de ses mains pour subvenir à ses besoins et à ceux de ses compagnons ». Soit qu'il fût médiocre ouvrier, soit que ce penseur et cet organisateur, dont le génie et l'activité ont engagé l'humanité dans les voies nouvelles, ne possédât point certaines aptitudes sociales et ne fût pas initié aux mesquines exigences de l'économie domestique, il était tombé, pendant les derniers temps de son séjour à Éphèse, dans un état voisin de l'indigence : « Sans pain, sans toit assuré, misérablement vêtu, maltraité des ouvriers parmi lesquels il cherchait à gagner sa vie ; injures, calomnies, bourrades, rien ne lui était épargné, on le traitait comme le rebut de tous et la balayure du monde ». Ses compagnons l'avaient quitté pour remplir diverses missions : Timothée, Tite, Luc, Silas : alors il se sentit seul, pauvre, malade et prêt à défaillir. Cette fois l'épreuve était à sa taille car il s'avoua vaincu, il était à bout et attendait la mort comme un refuge, l'unique refuge. Mais son âme, une fois acquitté le tribut à la souffrance, se releva plus forte et plus combattive que jamais. Il quitterait Éphèse et tenterait de nouveaux labeurs. Un événement non prévu l'obligea à hâter son départ. Paul avait expérimenté que le concours de pèlerins qui remplissait Éphèse, pendant les fêtes du mois de mai, favorisait singulièrement l'extension de ses moyens d'information avec la gentilité ; en outre, il voulait profiter de ce concours exceptionnel pour annoncer l'Évangile, sans se dissimuler cependant les difficultés et les périls qui pouvaient surgir pour lui. « La porte est largement ouverte, disait-il, mais j'y trouverai beaucoup d'ennemis ». Avec ce peu d'expérience des intérêts matériels, qui semble l'avoir illusionné parfois au cours de ses missions, Paul paraît n'avoir pas observé que le personnel religieux du temple d'Artémis n'était qu'une portion infime et la moins respectée des adversaires que devait lui attirer sa prédication. Les prêtres, leurs ménages, leurs serviteurs jouissaient dans la plupart des sanctuaires païens à Éphèse, comme à Daphné et ailleurs, d'un mépris au moins égal aux profits scandaleux qu'ils exploitaient sans vergogne. Mais en dehors de cette population tarée et mal vue, il y avait le grouillement des gagne-petit, infimes marchands dont l'échoppe tenait parfois sur une planchette et qui, pour avoir une marchandise très différente, ressemblaient à s'y méprendre à d'autres gagne-petit entassés aux abords de modernes sanctuaires. La corporation des orfèvres avait la spécialité de fabriquer de petits naos et des statuettes de la déesse que les étrangers achetaient et emportaient comme souvenir du pèlerinage. Cette industrie très prospère faisait vivre de nombreux ouvriers, assez mal disposés à l'égard de ceux qui ralentissaient la vente et réduisaient le prix de la main-d'œuvre. Ils s'apercevaient bien que, depuis deux ans et plus, la vente des ex-voto diminuait et comme ils ne pouvaient ignorer l'autodafé ordonné par Paul, il leur suffisait d'un raisonnement logique sommaire pour établir un rapprochement entre la mévente des ex-voto et la prédication du juif Paul, qui annonçait que « la divinité n'a rien de semblable à l'or, à l'argent, à la pierre, à nulle des sculptures que produisent l'art et l'imagination de l'homme ». Ce n'était pas la façon d'amorcer la clientèle, aussi la vente tomba au point que la corporation se sentit atteinte et le principal orfèvre de la ville, nommé Démétrius, imagina de relever les affaires par un coup d'éclat.

Démétrius organisa une manifestation violente, réunit les compagnons et leur dit : « Mes amis, vous savez que tout notre gain vient de ce labeur. Or, vous le voyez et vous l'entendez dire, non seulement à Éphèse mais presque par toute l'Asie, ce Paul a détourné de notre culte un grand nombre de personnes, en disant que les ouvrages faits de main d'homme ne sont point des dieux. Le danger pour nous est que, non seulement notre métier tombe en discrédit, mais que le temple même d'Artémis, la grande déesse, perde tout honneur, et que sa majesté révérée de l'Asie entière et de toute la terre habitée soit anéantie ». La manifestation se mit alors à parcourir les rues de la ville, criant : « Vive la grande Artémis d'Éphèse ! » et la cité fut remplie de confusion. La foule voulait se saisir de Paul, mais il put se mettre à l'abri ; à défaut du maître, elle s'empara de deux chrétiens de Thessalonique, Caïus et Aristarque, et les emmena au théâtre, lieu ordinaire des rassemblements. Le tumulte fut à son comble : « Les uns criaient une chose, les autres une autre, et la plupart ne savaient pas pour quoi ils étaient assemblés ». Paul, mis au courant de ce qui se passait, n'écouta que son grand cœur et s'élança. De pareils événements déjouaient toute maladie ; ses disciples le retinrent et un message de quelques Asiarques, qui le connaissaient et s'intéressaient à lui, le mit en garde contre la folie de se montrer en pareil moment. Les Juifs avaient comme les gentils envahi les jardins du théâtre ; l'un d'entre eux, un certain Alexandre, fit signe de la main pour demander la parole ; il prenait bien son temps, on reconnut le Juif, on faillit l'écharper. Deux heures durant, la foule brailla : « Vive la grande Artémis d'Éphèse ! » Quand le magistrat entendit les voix s'enrouer, il jugea le moment venu de prendre la parole. « Éphésiens, dit-il, qui ne sait que la ville d'Éphèse est la gardienne de la grande Artémis et de sa statue tombée des cieux ? Ceci étant incontestable, il convient que vous demeuriez en paix et que vous ne fassiez rien inconsidérément ; car ces hommes que vous avez amenés ici ne sont ni des voleurs sacrilèges, ni des blasphémateurs de votre déesse. Démétrius et les artisans qui sont avec lui ont-ils une plainte à faire contre quelqu'un ? On tient des assises, il existe des proconsuls ; qu'ils accusent devant eux. Si vous avez une réclamation à faire sur d'autres sujets, on en décidera dans l'assemblée légale ; car nous sommes en danger d'être accusés de sédition pour ce qui s'est passé aujourd'hui, n'ayant aucune raison à alléguer pour justifier le concours tumultuaire du peuple ». On avait bien crié, bien sué, tout fut dit, chacun rentra chez soi. Paul, qui ne voulait pas provoquer d'autre émeute, prit le chemin de la Macédoine.

Le petit récit de seize versets consacré par les Actes à la sédition des argentiers nous montre que l'écrivain était un témoin oculaire. Il n'y a pas un détail du récit qu'on ne puisse appuyer de multiples citations d'inscriptions contemporaines. Si la corporation des orfèvres, si puissante à Éphèse, ne nous est connue que par saint Luc, du moins en trouve-t-on de semblables aux institutions locales : le grammateus qui intervient, secrétaire du sénat ou du peuple, était un personnage, et l'on s'explique aisément l'ascendant qu'il prit tout de suite sur la foule. Son discours, si bref qu'il soit, est plein de faits. Il est visible que l'orateur s'inspire d'abord de la législation qui châtiait certains délits touchant au culte. Or, Wood a découvert, dans le théâtre, un texte, d'après lequel la mutilation des statues et des images, ainsi que quelques autres délits, sont considérés comme des crimes. Qui sait si ce n'est pas précisément à cette loi que le grammateus fait appel ? S'agit-il au contraire de griefs particuliers à la corporation, il rappelle qu'il y a des assises, des proconsuls. L'expression « aytoitoi » trouve sa justification dans l'usage épigraphique de la région. Si, au contraire, la foule a d'autres questions à mettre en délibération, qu'on attende une assemblée « régulière ».


III. Saint Luc. — Tous ces détails nous ont été conservés par le compagnon et le biographe de saint Paul, un médecin d'Antioche, nommé Luc, Au centre d'une place carrée, à un niveau un peu inférieur à celui du temple romain, Wood a mis au jour les ruines d'un édifice circulaire de 15 m 86 de diamètre, formé d'un soubassement cylindrique revêtu de dalles de marbre blanc et percé de seize fenêtres, dont l'une d'elles encore en place. L'intérieur est couvert d'une voûte en berceau circulaire, comme un tunnel, appuyée d'un côté sur un pilier central et de l'autre sur la maçonnerie extérieure. On est porté à admettre que la partie supérieure formait un petit temple périptère de seize colonnes. Détruit en partie par l'enlèvement de ces colonnes, les chrétiens en ouvrirent le soubassement du sud et mirent l'intérieur de nouveau à profit. Ils y ménagèrent, d'une façon peu symétrique, du côté du sud-est, une petite chapelle et en ornèrent l'entrée de deux antés saillantes en marbre, enlevées à d'autres monuments. Celle de gauche est brisée, le fragment renversé porte une croix taillée en creux ; celle de droite, encore entière, est divisée en deux registres : le supérieur porte une croix byzantine épatée, le marbre du champ ayant été creusé à coups de ciseau ; le registre inférieur porte le bœuf de Carie, sorte de bison, souvent représenté sur les monuments d'Asie Mineure : sur la bosse du bœuf une croix équilatérale. Nous nous trouvons ici en présence d'un petit temple périptéral, ou peut-être d'un polyandre ; les niches pratiquées dans le soubassement rendraient cette supposition plausible.

Quant à la petite chapelle de 6 mètres de longueur taillée fort irrégulièrement dans le côté oriental du monument, il est impossible d'en fixer l'époque et encore moins la dénomination. Trois petites niches, voûtées en briques, marquent clairement la destination chrétienne ; des traces de voûtes se distinguent encore sur le mur du pilier central auquel s'adossait la chapelle. Mais le détail le plus frappant est certainement la position oblique de l'entrée. Il avait fallu enlever un pilier, car le passage se dirige droit vers le centre de la chapelle et non vers celui du monument primitif. Deux petites annexes ont été ajoutées au monument circulaire. De l'une, il ne reste que les murs de fondation ; dans l'autre, la place est remplie de décombres. Les murs ont ici près de 1 mètre de hauteur. Il est à noter que le revêtement de marbre fut enlevé au point de contact de ces annexes. Toutes ces constructions subséquentes sont d'un appareil négligé et à tel point qu'il est impossible d'en fixer la date. Les matériaux consistent en petites pierres mêlées de quelques briques, ce qui forme un contraste frappant avec l'appareil plus grand et plus régulier du monument primitif.

Le seul endroit où le constructeur chrétien ait montré quelque soin, c'est aux pieds-droits de la porte ; ayant à les placer contre le magnifique revêtement de marbre, il a choisi deux pilastres à peu près de hauteur voulue et, au moyen de quelques changements, les a adaptés à leur nouvelle destination. Ces deux pilastres ne sont pas de proportions identiques. Quant au bœuf, il est d'exécution soignée et la croix en relief, grâce à un évidement du champ, a une forme qu'on rencontre dès le VIe, il y en a une semblable dans les soubassements du château turc sur la colline d'Ayasolouk et sur plusieurs chapiteaux disséminés dans la chapelle actuelle de Saint-Jean, provenant tous de la basilique du Théologos, bâtie sous Justinien vers 537.

A ce monument on a donné, non seulement sans preuve mais même sans ombre de raison, le nom de « Tombeau de saint Luc ». Pour justifier cette dénomination, les conjectures, les hypothèses, les fantaisies n'ont pas manqué. Quoi que les récits les plus anciens fassent mourir Luc à Patras, on le faisait voyager jusqu'à Éphèse, ce qui ne coûtait pas plus aux archéologues qu'à pseudo-Dorothée, qui imagina cette historiette. L'attribution du bœuf, dans lequel on prétendait découvrir dès la fin du Ier siècle une première tentative d'adaptation des symboles des évangélistes, est une facétie qu'il serait impardonnable de prendre au sérieux. Les pilastres sont rapportés de quelque autre édifice et ce bœuf, si fréquemment représenté sur les monuments d'Asie, n'a absolument rien d'une sorte de Moloch en bronze dans lequel on enfermait les martyrs condamnés au supplice. Ce bœuf qui a provoqué tant de divagations est un honnête bœuf païen sculpté par un sculpteur habile à une époque ancienne ; plus tard, les chrétiens, s'avisant d'utiliser le pilastre, songèrent que le bœuf en question pouvait bien porter une croix sur le dos, tout comme un agneau de Deir SanbiJ en porte une sur la croupe (voir Dictinnn., t. i, fig. 208), ils évitèrent donc le champ pour ménager un croisillon en relief. Dans la partie libre qui surmontait ce petit registre, les chrétiens entaillèrent une croix dont le travail peut être contemporain de la date de remploi du pilastre. Quant à saint Luc, il demeure parfaitement étranger à toute l'affaire.


IV. Épître de Paul. — Lors que, s'embarquant à Milet, saint Paul se séparait des anciens d'Éphèse, il leur rappelait encore — c'était toujours pour lui un sujet de fierté — que son séjour et son entretien ne leur avaient rien coûté. Au cours des années qui suivirent, il n'oublia pas l'Église d'Éphèse. Il semble que ce soit pendant sa captivité à Rome que Paul écrivit à cette Église la lettre qui nous a été conservée. Elle débute ainsi : « Paul, apôtre de Jésus-Christ, par la volonté de Dieu, aux saints qui sont [à Éphèse] et aux fidèles en Jésus-Christ. » La lettre originale portait-elle ces deux mots : « à Éphèse » ? Tous les manuscrits grecs, à l'exception du Sinaiticus, du Vaticanus et du manuscrit 07, ont la leçon : « aux saints qui sont » ; et encore ces mots ont été ajoutés par une deuxième main dans le Vaticanus et le Sinaiticus ; dans le manuscrit 67, le copiste les avait écrits et c'est le correcteur qui les a effacés. Dans toutes les versions anciennes, dans le canon de Muratori et chez la très grande majorité des Pères de l'Église, on lisait « aux saints qui sont ». Cependant, l'interprétation que saint Basile déclare traditionnelle des mots : « ceux qui ont la vraie vie, ceux qui sont réellement », interprétation que donnent aussi de ces mots Origène, Victorinus Afer, Jérôme, Hilaire, n'est possible que si on retranche « à Éphèse ». Saint Jérôme dit nettement qu'il en est qui lisaient simplement : « ad eos qui sunt » ; saint Basile déclare que, d'après une tradition, « à Éphèse » n'était pas dans le texte et qu'il a trouvé des manuscrits anciens où ces mots étaient omis. Tertullien, soutenant contre Marcion que l'épître avait été écrite aux Éphésiens, n'eut pas besoin de la salutation « à Éphèse » pour le lui prouver, ce qu'il aurait fait certainement s'il l'avait lue dans son exemplaire. Nous savons d'ailleurs par lui que, pour Marcion et d'autres hérétiques, le titre de l'épître était « ad Laodicenos ». Cette suscription s'expliquerait par une conjecture de Marcion, qui, possédant une lettre anonyme, a pensé que c'était la lettre aux Laodicéens dont il est parlé dans l'épître aux Colossiens, iv, 16.

Paul avait eu lieu d'être satisfait de son Église d'Éphèse, une affection vive et réciproque avait rapproché l'apôtre et les frères, qui lui prodiguaient les démonstrations de tendresse, fondant en larmes, se jetant à son cou, l'embrassant au moment du départ. On ne retrouve rien de cette chaleur de sentiment dans le ton grave, froid, didactique de l'épître : aucune allusion à un souvenir personnel, aucune réminiscence des trois années passées ensemble, aucune effusion. Comment Paul, qui a prêché la foi aux Éphésiens, aurait-il pu dire à ceux-ci (i, 15) : « C'est pour quoi, moi aussi ayant entendu parler de votre foi au Seigneur Jésus, je ne cesse de rendre grâce pour vous ? » Et plus loin, rappelant qu'il est l'apôtre des gentils par une vocation spéciale de Dieu, il a ajouté (ii, 2) : « Si du moins vous avez entendu parler de la dispensation de la grâce de Dieu, qui m'a été donnée pour vous. » Et encore, après avoir décrit les désordres des païens, il conclut (iv, 21) : « Pour vous, ce n'est point ainsi que vous avez connu le Christ : si du moins vous l'avez entendu, et si vous avez été instruits en lui. » Il est incompréhensible que saint Paul ait pu s'exprimer de cette façon s'adressant à des fidèles qui avaient été instruits par lui-même et dont il savait, mieux que personne, le degré d'instruction chrétienne.

On a donc proposé de transformer l'épître dite aux Éphésiens en une sorte d'encyclique adressée aux communautés chrétiennes d'Asie, et Tychique, porteur de lettres destinées aux Colossiens et à Philémon, avait mission de donner à chacune des Églises des nouvelles de Paul et de leur remettre une copie de la lettre, à moins qu'il ne fît, dans chaque Église, exécuter une copie de l'original dont il ne se dessaisissait pas. Toute la tradition a tenu cette épître pour adressée aux Éphésiens parce que peut-être la copie type aura été exécutée à Éphèse, métropole de l'Asie, et l'Église d'Éphèse aura eu l'adresse de laisser croire que cet écrit lui était spécialement destiné. Le fait d'une lettre encyclique est établi parce que nous savons que les Laodicéens en devaient communiquer une aux Colossiens, lettre qui ne leur était pas spécialement destinée, puisqu'elle ne contenait pas pour eux les salutations de l'apôtre, lesquelles leur étaient envoyées par l'entremise des Colossiens.

V. Saint Jean. — L'apôtre Jean paraît s'être fixé à Éphèse à une date qu'il est impossible de préciser. La tradition ecclésiastique l'y représente entourant de sa protection et de ses soins les dernières années de la mère du Sauveur dont Jésus mourant lui avait confié la garde. Sur l'autorité d'un texte qui n'en souffle mot, on a imaginé de faire retirer Marie à Éphèse et on y a même établi son tombeau. Les paroles des Pères d'Éphèse n'en disent pas tant : « et c'est tout ». Les Éphésiens du IVe avaient quelque peu oublié la grande Diane, la déesse vierge, et il ne leur déplaisait pas d'accaparer le souvenir de Marie, la vierge mère de Dieu ; ils associaient, sans autre embarras, le culte de Marie au culte de Jean, peut-être dans un même sanctuaire, peut-être dans l'église double dont nous parlerons plus loin.

Il est probable que Jean se réfugia à Éphèse après la catastrophe qui anéantit Jérusalem. Papias nous apprend que l'apôtre était entouré de tout un cortège d'anciens, familiers des grands apôtres qui vieillissaient doucement en répétant « ce qu'avaient dit André, Pierre, Philippe, Thomas, Jacques, Matthieu, et les autres disciples du Seigneur ». Auprès de ce groupe vivait une des filles de l'apôtre Philippe, mariée et habitant Éphèse, dans la pratique du bien. Il est possible que ces survivants et ces témoins d'un si grand passé aient montré quelque exaltation qui attira sur eux l'attention de la police impériale. Le vieil apôtre Jean fut appréhendé à Éphèse, à l'époque de la persécution de Domitien, conduit à Rome, soumis à diverses épreuves qui, malgré son grand âge, le laissèrent intact, et finalement relégué aux mines de Patmos. Les fidèles vinrent l'y visiter, lui raconter les petites nouvelles qui défrayaient chaque communauté, grossissant ceci, taisant cela, tellement que le saint vieillard, attristé et inquiet au récit des misères que traversaient ces chères Églises d'Asie, leur adressa, à son tour, une sorte d'encyclique, la lettre aux sept Églises d'Asie, qui, aujourd'hui, fait corps avec l'Apocalypse, dont elle forme les trois premiers chapitres.

Entre ces Églises, celle d'Éphèse tenait le premier rang et l'apôtre, s'adressant à son évêque, ne le ménage pas : « A l'ange de l'Église d'Éphèse. Voici ce que dit Celui qui tient les sept étoiles dans sa droite, qui marche au milieu des sept chandeliers d'or : Je connais tes œuvres, et ton travail et ta patience, et que tu ne peux souffrir les méchants. Tu as mis à l'épreuve ceux qui se disent apôtres et qui ne le sont pas et tu les as trouvés menteurs ; tu es patient, tu as souffert pour mon nom et tu ne t'es pas découragé. Mais j'ai contre toi que tu t'es relâché de ton premier amour. Souviens-toi donc d'où tu es déchu, repens-toi et reviens à tes premières œuvres ; autrement je viens à toi, et si tu ne fais pénitence, je changerai ton chandelier de place. Toutefois, tu as ceci de bon, que tu hais comme moi les œuvres des nicolaïtes. Que celui qui a des oreilles écoute ce que l'Esprit dit aux Églises. Au vainqueur je donnerai à manger de l'arbre de vie qui est dans le paradis de Dieu. » Les autres évêques, ceux de Smyrne, de Pergame, de Thyatire, de Sardes, de Philadelphie, de Laodicée, n'étaient pas traités avec plus d'indulgence, mais le prestige de l'apôtre, accru par la persécution, l'exil, la vieillesse, imposa une conduite déférente à son égard. L'évêque d'Éphèse était alors Timothée, disciple et ami de saint Paul, âme douce et débonnaire, dont l'indulgente bonté, la tolérance devenaient, aux yeux de Jean, relâchement et chute. Timothée se tut, jugeant les actes plus éloquents que les paroles et, à quelque temps de là, ce « relâché » protesta avec une indignation si vive contre le scandale du culte de Diane que les adorateurs de celle-ci le massacrèrent sur place.

Le temps de sa relégation à Patmos étant fini, l'apôtre Jean regagna Éphèse, où, à la sollicitation des évêques d'Asie, il rassembla ses souvenirs et dicta les récits qui composent son évangile. Quelques belles histoires, recueillies par Clément d'Alexandrie et plusieurs autres, composent le fond souriant du tableau de ses dernières années, sans qu'on puisse déterminer avec certitude la part qui revient dans ces récits à l'imagination. Jean mourut et fut enterré à Éphèse.


VI. Du IIe au IXe. — Le siège épiscopal et la communauté groupée autour de son chef devaient encore connaître des hommes remarquables, tels Polycrate ou Jean d'Asie, mais leur activité appartient à d'autres études. De même nous omettons de retracer ici les assemblées fameuses de 431 et de 449 ; la première définit en quelque façon le rang et inaugura le culte officiel de la Vierge Marie en la proclamant Theotocos, mère de Dieu ; la seconde demeure inséparable du titre qui en résume la honte : le brigandage d'Éphèse. Le concile de 431 tint ses sessions dans la basilique épiscopale dédiée à la Vierge Marie.


VII. Basiliques. — L'art byzantin nous offre des éléments asiatiques combinés avec des éléments romains sous l'influence grecque. Nulle part ce contact n'a pu se produire avec un résultat plus fécond qu'aux lieux où l'hellénisme, l'Asie et Rome, se rencontraient avec une originalité et une vigueur encore suffisantes pour ne pas s'épuiser, s'altérer ou se dénaturer complètement par l'effet d'une compénétration réciproque. Or, la ligne de communication entre l'Asie et l'Europe traversait des régions pénétrées de l'esprit hellénistique situées à la limite même où s'échangeaient les idées et les produits de l'Europe et de l'Asie, c'est-à-dire vers la côte d'Ionie. « Les caravanes y affluaient des plaines de l'Euphrate en descendant les larges et belles vallées de l'Hermus et du Méandre. D'un autre côté, le commerce de la Méditerranée y venait tout entier aboutir : la voie directe de Rome vers l'Asie, dans un temps de navigation à courtes étapes, consistait à franchir l'Adriatique vers la hauteur de Corfou, transborder à Corinthe et suivre la chaîne des îles de l'Archipel. Éphèse, située à la jonction de ces deux grands courants, formait le confluent des idées et des richesses des deux mondes. » Au nord du forum d'Éphèse se dressent les ruines les plus considérables que les premiers siècles du christianisme aient laissées dans cette ville ; c'est une église double, c'est-à-dire deux églises ajoutées bout à bout ; la longueur totale du monument est de 88 mètres, sa largeur de 33 mètres. Dans la première église, vers l'ouest, la plus ancienne aussi, quatre pilastres soutenaient une coupole centrale ; les côtés étaient ornés de colonnes ; le chœur, plus étroit que l'intervalle des murs latéraux, laissait de chaque côté un chemin de communication avec la seconde église dont la nef du milieu était probablement couverte de voûtes d'arêtes, s'appuyant sur deux séries de colonnes dont on voit encore des vestiges. Le style de cet édifice, son orientation parallèle aux autres monuments antiques permettent de faire remonter son origine au Ve environ. C'est dans son enceinte que se réunit le troisième concile œcuménique, en 431 (fig. 4138). Il est de mode de rajeunir cet édifice jusqu'au VIIe, mais sans raisons plausibles ; au reste, il suffit de rappeler qu'à Éphèse comme à Saint-Nicolas de Myra, à Dere-Aghsy, la coupole pose sur des pendentifs et ces monuments sont du IVe ou du Ve, de même à Korykos (n° 2), à Philadelphie, à Magnésie, à Sardes.

Sur le premier plateau de la colline d'Ayasolouk et dominant le village actuel, s'élèvent les ruines d'une porte flanquée de deux tours carrées saillantes, construites avec des matériaux de remploi dont les sculptures mal comprises ont valu à cette porte le nom de porte de la Persécution. Ce monument n'était que l'entrée de la citadelle chrétienne qui renfermait la célèbre basilique construite par Justinien. À une trentaine de pas de la porte, dans un repli de terrain, se cache une chapelle dédiée à saint Jean, élevée, au dire de traditions locales, sur l'emplacement même de l'ancienne église de Saint-Jean. D'immenses blocs de maçonnerie en briques, couchés çà et là, et provenant de voûtes écroulées, les bases de quatre forts pilastres in situ, les beaux murs de soutènement vers l'ouest et les chapiteaux marqués de la croix équilatérale sont autant de témoignages en faveur de l'attribution à ce lieu de la basilique élevée en 540 et dont la splendeur et la magnificence rivalisaient avec l'église des Saints-Apôtres à Constantinople. Cette basilique remplaçait elle-même un oratoire plus petit et plus simple renfermant le tombeau de l'apôtre. Au temps du concile d'Éphèse, le pape Célestin, alléguant aux Pères une parole de saint Jean, leur rappelait qu'ils avaient sous les yeux les reliques de l'apôtre et lui devaient leurs hommages. Dans ce même concile, nous entendons les évêques de Syrie se plaindre que, « venus de si loin, ils ne peuvent vénérer à leur gré les tombeaux des saints martyrs, notamment celui du trois fois bienheureux Jean, le théologien et l'évangéliste, qui a vécu si intimement avec le Seigneur ». La basilique justinienne de Saint-Jean joue, à travers le moyen âge, un rôle analogue à celui du temple de Diane dans l'antiquité. Chaque année, probablement le 26 septembre, on y célébrait une grande fête religieuse, accompagnée d'une foire considérable, à laquelle participaient tous les alentours. Tel était le concours des négociants que, vers la fin du VIe, les droits de douane des marchandises importées s'élevaient ce jour-là, chaque année, à 100 livres d'or, environ 450 000 francs de notre monnaie.

Une inscription bilingue trouvée à l'ouest d'Istanos, près de l'ancienne ville de Lagbé, dans la province de Pamphylie, nous a conservé un rescrit impérial daté du 1er juin 527 ; le texte latin original et officiel est suivi d'une traduction grecque. Les empereurs Justin et Justinien déclarent prendre des mesures pour protéger les propriétés du vénérable sanctuaire (τὸ ερὸν) du saint apôtre Jean, eorum colonos vel adscripticios el curatores aut conductores, contre les violences des troupes de passage et des postes militaires voisins. Il s'agit ici, suivant toute vraisemblance, de la basilique de Saint-Jean à Éphèse. Celle-là seule pouvait être suffisamment désignée sans recourir à aucune indication de lieu, comme étant universellement connue. D'autre part, les curatores et conductores mentionnés dans le rescrit, comme une catégorie assez nombreuse, semblent plutôt être les administrateurs ou fermiers d'un ensemble de domaines situés en des pays divers, que les préposés spéciaux d'une exploitation locale. Enfin le rescrit n'est adressé ni à des magistrats municipaux ni au gouverneur de la province, mais à une autorité supérieure, semblablement le préfet du prétoire d'Orient ; ceci suppose qu'il concernait des propriétés sises en diverses provinces. En somme, nous avons ici une pièce relative à l'administration temporelle du plus célèbre sanctuaire de l'Asie chrétienne. Elle aura sans doute été gravée sur marbre en différents endroits, sur les propriétés de la basilique Saint-Jean, où les administrateurs de celle-ci l'auront jugé utile. Il ne serait pas surprenant qu'on en retrouvât d'autres exemplaires.

Voici le texte trouvé près du village d'Ali-Faradin, district d'Istanos, à l'endroit appelé Bitchin parmi quelques ruines de médiocre importance ; là, parmi des débris d'édifices, on rencontre, posé sur un soubassement circulaire de 0 m. 20 de hauteur, un bloc de pierre carré, dont trois faces sont couvertes d'un texte bilingue. Malheureusement, un éclat, entamant l'un des angles de la pierre, a partiellement endommagé deux faces ; malgré tout, on possède le document presque entier et il est facile d'en restituer les lacunes.

Impp. Justinus et Justinianus AA Archclao pr. pr. Or. Quia omnes convenu nostros servari co[ll]atores, prsecipue possessio]nes ad ve[n]era[bile ora]torium sancti aposloli Jo[h]an [nis pertinentes ea] providentia [jrui] opor[t]ct. Propter ho]c memoratas precibus [possessiones] eorum colonos vel adscrip- [ticios] et c[uralorcs] aut conductores s[c10] [euros ab om]ni lassione permanere, tam [a transita mi]lilum vel violenlise prohibit- [oribus qu]am ab illis militibus qui se des [prope ea]sdem possessiones habere nos- [cuntw], nullo eorum audente quo[15] [cumqu]e damna ex [qua]cam que occasi- [one] eos] ad/ligere, s[i] prec[es] verx sunl, [compeient]is oraculi sa[cra sanc]lione decer- [nimus] : quam re]cUjr provincix una cum [officio suo modis omni]bus ob[se]r[var]e eflfi20 [ciel] severissima p]oenali condemn[aiione] 77im ;77i]e dejulura conl\ra violatores noslror[um apicum, omni obr[eptione ]ntium sive per sacrum [apicem, sive pe]r[v]icem poslulation[is, 25 aut] alio quollibe\t modo fada jam vel futura cessante. Data kalendas junias Constantinopoli, Mavortio vir[o] clarissimo consulc -f Rescripsi + Recognovi ~.

Ces deux dernières attestations, rescripsi et recognovi, témoignent que l'acte a été soumis à la signature impériale et que copie collationnée sur l'original a été prise par les bureaux de la chancellerie pour être conservée aux archives. En outre, il s'agit de Vettius Agorius Basilius Mavortius, consul de l'année 527, reconnu en Orient.


VIII. Peinture. — Agathias, qui vécut sous Justinien, a composé une épigramme recueillie dans l'Anthologie, à l'occasion d'un tableau qui se trouvait à Éphèse et qui représentait le proconsul Théodore recevant des mains d'un ange les insignes de sa charge :

»D.aO : 'xrjçzioOi'.i, kçyd-^iû.i ■ ar, -(■=' ? ci~<o-r| aozojio ; • iXÀi ppoToiv oûsa néXo'ju ! toîôeèx aso yap BsdSwpoç îyv. ÇwoTÎjpa ^ayii-zooM y.al Sic isBXs-Jc ! ~po ; Opo'vov àvôu-i-ojvTTJÇ 5' £'jifVoj[i05-jvr|Ç T'jç Yp* ?'Ç ' ;J^ ;t ;or|V vip ypoWag ; ivtetû^'oTS yari','/ » Propilius eslo efformatus, archangele ; tua enim faciès invisibilis : scd mortalium dona suni hœcce. Ex te enim Theodorus lenet cingulum Magistri, et bis molitur ad sedile proconsulum ; grati aulem animi testis piclura ; tuum enim coloribus imitantibus expressum vicissim effinxil decorem (Diibner).


IX. Épigraphie. — 1° A plusieurs reprises nous avons mentionné les copies épigraphiques des lettres de Jésus et d'Abgar ; nous en rencontrons un exemplaire à Éphèse, placé sur le linteau de la porte d'une maison. La place donnée au texte sur la face inférieure était telle que l'inscription se trouvait placée directement au-dessus de la tête du visiteur qui franchissait le seuil, disposition éminemment propre à ce qu'un talisman put exercer sa vertu '. Cette inscription est de la fin du IVe ; le texte concorde avec la version donnée par Eusèbe.

2° KupiL [mt[] ef,cjov [tû o]o[JÀ]o[a]oj 'A ;>.. xÈ Tù) xizvw [a]JTo3 /.i Trav- ; -ùj o l'xti) aÙTOu. 'A[ir|v +* 3° + EÙtj/mç =3[Tr|3î -0 xaaTÉXXiv P npO !îS[()x'.^og ? ' 4° Aat''tx]oyoç 'Ap- -éuiSo ;] à ::a-jiXiov eïSo ; OLXGTX'.r^z otvôëTO aripia To'S ;-^ iiôtiSÀtov Ôïov oraupdv -t f ;p£p(ov, v'.zosopOV Xp'.3T&3 3'JVôoXov àôivaTov. '.

.. cj]£oa5a :w OLXto Ti.£V 'EjSî^tu oiax£'.u.£' a—oi'o/o-j 6° Novelle impériale datée du 11 février 585, adressée au proconsul d'Asie et lui ordonnant de ne laisser sous aucun prétexte « imaginer, même en parole, quelque chose de tel », ;jL£/p : ;jid/r, : ôvoaïjii ; T'r.'/j-dv Ti çivTa30f,vï :, mais de maintenir l'ordre dans son gouvernement et de punir sévèrement les contrevenants à l'ordonnance •.

7° Rescrit de Justin II ou de Maurice renouvelant des prescriptions faites par Justinien '.

8° Un groupe d'inscriptions de moindre importance :


XPHCTH AAYne xAipe t Tono :


ICOANNOY YIOY KEOCÛTIA. 9 -. + T'jT.Oi '\i<ii'/'/ùj jÎoj 'Aya-i'oy xi « l'WTtSo ; « .


ETENETOK, TOE NPOTOYALAKI THPI8Eni*AI ANOHMIOYNAT £[l'li''£TO z(al) -0 £... Il -pi Toû 3mz(ov'j-j Il TTjp'Oa 'Etouç ojj u.T|(vo ;) S' : :pi|Y,n »T£'jTr|< ?) y. »'t'x. :

Kûpii ^orlOi : Tov] ooîÀ'Jv joj Uapi « .


KY BOHAEUL K :(ptE) ?OT,iOv.) A£w(v)t( :) ».


XI. Bibliographie. — O. Benndorf, Forschungen in Ephesos, veröffentlicht vom österreichischen archäologischen Institute, t. i, Zur Ortskunde und Stadtgeschichte, Wien, 1905. — Beulé, Éphèse et le temple de Diane, dans Journal des savants, 1861, p. 250-259, 384-393. — A. Choisy, L'art de bâtir chez les Byzantins, in-4°, Paris, 1883, p. 158-159, pl. ra, n. 2 ; pl. IV, n. 2. — Biirchner, Ephesos, dans Pauly— O. Heller, Éléments, parallèles et origine de la légende des Sept-Dormants, dans Revue des études juives, 1904, t. xlix, p. 190-218. — M. Jugie, La primauté romaine au concile d'Éphèse, dans Échos d'Orient, 1911, t. xiv, p. 136-146. — B. Krusch, Gregorii Turonensis Passio VII dormientium apud Ephesum, dans Analecta Bollandiana, 1893, t. xn, p. 371-387. — J. B. Lightfoot, Discoveries illustrating the Acts of the apostles, dans Essays on supernat. relig., p. 291 sq. — De Mas-Latrie, Le commerce d'Éphèse et de Milet au moyen âge, dans Bibliothèque de l'École des chartes, 1864, t. xxv, p. 219-231. — G. Radet, La colonisation d'Éphèse par les Ioniens, dans Revue des études anciennes, 1906, t. viii, p. 1-22 ; La topographie d'Éphèse, dans Journal des savants, 1906, p. 251-264. — W. M. Ramsay, The Church in the Roman empire, p. 112-156 ; St Paul the traveller, p. 267-282. — J. P. Richter, The monuments of christian art at Ephesus, dans The Academy, 1878, t. xiv, p. 97-98.

— H. Rylands and G. Weber, Description of the so-called tomb of saint Luke at Ephesus, dans Transactions of the Society of biblical archæology, 1881. — M. Ryssel, Syrische Quellen abendländischer Erzählungsstoffe, dans Archiv für das Studium der neueren Sprachen und Litteraturen, 1895, t. xcv, p. 1-22, 241-280 ; t. xciv, p. 369-388. — Svoboda, Remains of the seven Churches of Asia, in-8°, London, 1867. — Teplow. Note sur le nom moderne (Aïasolouk) de l'ancienne Éphèse dans IVe Congrès international des sciences géographiques, 1889, p. 427. — G. Weber, Un monument circulaire à Éphèse ou prétendu tombeau de Saint Luc, dans Revue archéologique, janvier 1891, p. 36-48 ; Étude sur la chorographie d'Éphèse, dans le Μεγίστωv za ; tf, ; jpa-cys/.zï, ; iI/o/,r,ç, Smyrne, 1884, p. 9-11 ; Guide du voyageur à Éphèse, avec deux plans, deux cartes et deux vues du temple de Diane restauré, in-8°, Smyrne, 1891. — C. Wilson, Handbook to Asia Minor, 1895. — T. Wood, Discoveries at Ephesus, 1877. — G. A. Zimmermann, Ephesos im ersten christlichen Jahrhunderte, in-8°, Jena, 1874.

H. Leclercq.


ÉPICLÈSE. — I. Sens, définition. II. Les épiclèses les plus anciennes. III. L'épiclèse d'après les Pères. IV. L'épiclèse dans les liturgies du V au x« siècle (épiclèses orientales, mozarabes, gallicanes, milanaises, africaines). V. L'épiclèse romaine. VI. Anciennes épiclèses latines et épiclèses désaffectées. VII. Discussions théologiques sur l'épiclèse. VIII. La place de l'épiclèse. IX. Origine et universalité de l'épiclèse. X. Style et évolution de l'épiclèse. XI. Fondements scripturaires de l'épiclèse. XII. L'épiclèse dans le baptême et la confirmation. XIII. Bibliographie.

I. DÉFINITION. — Le mot épiclèse en liturgie n'est pas d'un usage très ancien et il est absent dans plusieurs dictionnaires, par exemple dans Suicer, Thésaurus ecclesiasticus, Amsterdam, 1682 ; dans Zaccaria, Onomasticon rituale selectum, et plus récemment dans Clugnet, Dictionnaire des noms liturgiques en usage dans l'Église grecque, Paris, 1895. Le mot ἐπίκλησις, assez rare dans les auteurs classiques, a le sens d'appel, ou visite, et plus tardivement celui d'invocation ou prière (Lucien, Dion Cassius). Il est deux fois dans les Septante avec ce même sens '. Mais le verbe ἐπικαλέω, ἐπικαλεῖσθαι, faire visite,

Saint Irénée se sert plusieurs fois de ce mot pour désigner une prière que l'on récitait sur l'eucharistie, καὶ γὰρ εὐχαριστία μετέρα, πρὸς τὸν θεὸν ἐπίκλησις, τοῦ ρτου καὶ τοῦ ονου, πρὸς τὸν θεὸν εὐχαριστία, ἐν τὸν ρτον καὶ τὸν ονον εὐχαριστοῦμεν τ θε, καὶ ατοῦμεν αὐτὸν ἐπικαλεῖσθαι τὸ πνεῦμα αὐτοῦ ἐπ' αὐτὰ, να γένηται σῶμα Χριστοῦ. Ainsi, par celle prière, le pain devient eucharistie '. Il dit aussi que les gnostiques employaient une ἐπίκλησις dans une cérémonie qui était une grossière imitation de l'eucharistie, et où, par quelque tour de prestidigitation, le breuvage devenait couleur de sang, πίκλησις τοῦ κυρίου, ἐξέχεον τὸν ονον, τὸν τοῦ κυρίου αμα. Le mot épiclèse est employé ici au sens large d'une invocation ou prière pour la consécration du pain et du vin. Swete nous avertit justement de n'y pas voir une épiclèse proprement dite '.

Un autre passage de saint Irénée contient une épiclèse et a été souvent cité dans la controverse. Mais il est généralement admis aujourd'hui qu'il est apocryphe, et il n'existe désormais aucun texte précis en faveur de l'existence d'une épiclèse proprement dite avant le milieu du iv » siècle *.

Firmilien, évêque de Cappadoce, se sert du mot latin correspondant à épiclèse, invocatio, pour nous dire qu'une prophétesse consacrait l'eucharistie à l'aide d'une invocation assez remarquable*. La Didascalie des apôtres, que l'on date d'ordinaire de la seconde moitié du ii« siècle, emploie le mot dans un sens analogue : Eam quœ secundum regalis corporis Christi est acceptam eucharistiam offerte... panem mundum præponentes qui per ignem factus est, et per invocationem sanctificatur '. Il faut rapprocher de ces textes ceux de saint Justin et d'autres auteurs anciens, qui désignent ces prières de consécration sous des termes synonymes. Saint Justin parle de la nourriture devenue eucharistie par la prière du Verbe qui est de Dieu, τὴν ἐπὶ τοῦ ρτου καὶ τοῦ ονου εὐχαριστίαν, τὴν διὰ τοῦ λόγου τοῦ θεοῦ γινομένην. D'après l'interprétation qui paraît la mieux fondée, ce serait une allusion au Verbe qui transforme les éléments de l'eucharistie, et cette invocation serait à mettre au nombre des épiclèses qui font appel au Verbe au lieu du Saint-Esprit (voir plus loin, col. 147).

Dans tous ces textes le mot épiclèse ou invocation désigne une prière de consécration eucharistique, en général. Plus tard, vers le milieu du iv » siècle, le sens s'est précisé et aujourd'hui on peut définir l'épiclèse une des prières du canon, dans laquelle le prêtre demande à Dieu d'envoyer sur les éléments du pain et du vin son Verbe ou son Esprit-Saint, pour les

Ajoutons que, dans l'Église grecque et en général dans les Églises orientales, l'épiclèse est entendue dans un sens plus restreint encore. C'est une invocation au Saint-Esprit, qui prend place après l'anamnèse, en général, et en vertu de laquelle on demande à la troisième personne de la sainte Trinité de transformer le pain et le vin au corps et au sang du Christ. C'est dans ce sens que l'épiclèse est entendue d'ordinaire, et c'est sur cette question ainsi posée qu'ont porté, depuis des siècles, les discussions entre les théologiens des deux Églises.

C'est pour n'avoir pas tenu compte de ces différences que l'on tombe souvent dans la confusion, quand on discute sur cette question de l'épiclèse. Grâce à ces distinctions sur les sens d'un mot qui n'est pas toujours bien compris, nous espérons mettre quelque clarté dans la discussion qui va suivre.

Enfin, il faut remarquer encore que tout ce que nous avons dit jusqu'ici ne s'applique qu'à l'épiclèse eucharistique. Mais il y a dans d'autres cérémonies liturgiques, notamment dans la bénédiction des eaux du baptême, une invocation à Dieu le Père pour envoyer le Saint-Esprit, sanctificateur des eaux, et cette prière est une véritable épiclèse (cf. § XII, col. 179).


II. Les épiclèses les plus anciennes. — À la suite de la définition que nous avons donnée et pour l'éclairer par des exemples, il nous semble utile de citer ici le texte de quelques épiclèses, surtout parmi les plus anciennes.

. Nous donnons d'abord l'épiclèse contenue dans un document désigné jusqu'ici sous différents noms, mais qui doit être appelé plus exactement tradition apostolica sancti Hippolyti '.

Memores igitur mortis et resurrectionis eius offerimus tibi panem et calicem, gratias tibi agentes quia nos dignos habuisti adstare coram te et tibi ministrare. Et petimus ut mittas Spiritum tuum Sanctum in oblationem sanctæ Ecclesiæ ; in unum congregans des omnibus qui percipiunt sancta in repletionem Spiritus Sancti ad confirmationem fidei in veritate, ut te laudemus et glorificemus per filium tuum Iesum Christum, per quem tibi gloria et honor Patri et Filio cum Spiritu Sancto, in sancta Ecclesia tua nunc et in sæcula sæculorum. Amen '.

De ce texte il faut rapprocher celui de la seconde constitution apostolique et celui de la Didascalia apostolorum : « ... et alors (à savoir lors que le diacre porte les dons à l'évêque sur l'autel), que le pontife prie sur les oblations pour que le Saint-Esprit descende sur elles et transforme le pain au corps du Christ, et la coupe au sang du Christ. Et quand il a fini les prières qu'il doit dire, l'évêque distribue le corps et le sang du Christ d'abord aux prêtres, puis aux diacres, puis à tout le clergé suivant l'ordre, puis au peuple '. » Vos vero... congreganta : vos... ad Deum pie oblatam... panem mundum præponentes qui per ignem factus est et per invocationem sanctificatur, sine discretione orantes oblatam pro dormientibus '. Le mot invocatio ici pourrait être interprété comme dans plusieurs autres passages que nous avons cités, au sens large de prière eucharistique, mais un autre texte, quelques pages plus haut, semble déterminer avec plus de précision le sens du mot. C'est l'Esprit qui sanctifie l'action de grâces, gratiarum actio per Sanctum Spiritum sanctificatur... quid est majus, panis mit Sancto Spiritu qui sanctificat panem •.' C'est pour quoi Funk n'hésite pas à voir ici l'épiclèse, et Mgr Batiffol dit aussi que la tendance à concevoir la sanctification du pain et du vin comme l'œuvre du Saint-Esprit, sur la fin du ii« siècle, notamment dans ce texte de la Didascalia, est la première manifestation de la théorie de l'épiclèse '.

Le Testamentum Domini, qui appartient à la famille des constitutions ecclésiastiques, s'exprime ainsi :

! Nous t'offrons l'eucharistie, Trinité éternelle, Seigneur Jésus-Christ, Seigneur Père, devant qui toute création et toute nature tremble et fuit en elle-même, ô Seigneur Esprit-Saint : nous t'offrons ce breuvage et cette nourriture de ta sainteté ; qu'ils ne soient pas pour notre condamnation, ni pour notre reproche, ni pour notre destruction, mais pour remède et support de notre esprit, etc. » Suit une prière d'intercession, après laquelle l'épiclèse reprend :

« Accorde que tous ceux qui prennent part à tes choses saintes soient un avec toi, de telle sorte qu'ils soient remplis du Saint-Esprit pour la confirmation de la foi dans la vérité et qu'ils puissent crier vers toi et ton bien-aimé Fils Jésus-Christ une doxologie par laquelle soit louange et puissance à toi avec ton Saint-Esprit pour jamais. » Le peuple dit : « Amen. » Le diacre ; « Supplions notre Seigneur et notre Dieu qu'il nous accorde l'union des esprits. » L'évêque : « Donne-nous la concorde et l'Esprit-Saint, et guéris nos âmes par cette offrande, afin que nous puissions vivre en toi dans les âges des âges. » Le peuple : « Amen. » Le peuple prie dans les mêmes termes.

« C'est pour quoi, nous tes serviteurs, ô Seigneur, nous te demandons et supplions d'envoyer le Saint-Esprit et la puissance sur ce pain et cette coupe, afin qu'il en fasse le corps et le sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ, jusqu'à la fin des âges. Amen ». Voici l'épiclèse des Cons/i7ii(io7is apostoliques : [xév oe ÔTTcoç... ;'i')ç t6 àytov cou IIvEÛjjta lizi TTJV TAUTT|V... ÔTTTOÇ à7t0(p »/)V« f| TOV apxov TOÛTOV aûpta Toû XpiCTTOû aou xal tô TtOTVjpiov toùto al(ia toO XPIOTOÛ aou- 't'va cl [xzxa.'ka.^à^Teç aÙTOû pe[5ato)9ôi(it Tcpôç EÙCTspeiav, y., t. X. *.

Sérapion, évêque de Thmuis et contemporain de saint Athanase, a écrit vers 350 un rituel où nous trouvons la forme suivante d'épiclèse qui suit la consécration : 6ss ttjç ô àyiéç cou Aôyoç èttI tôv apxov toûtov 't'va ycvsTai ô éépTOç (jâi(j.a Toij Aôyou xai èm t6 TtOTifjpiov toûto 'îva yé'« ]Tai TÔ TTOTTipiov aljjta Tïj ; Kal 7rot-/)CTOV Tcâvraç ■voue, xotvojvoùvraç çàp[iaxov î^wïji ; Xapeîv sic OspaTTEiav TcavTÔç voay ;|j.aToç xal tlç èvSuvâ[jiojaiv T :i<rr,ç TrpoxoTt^ç xal àp£T7)ç, jj.')) EÎç xaxâxptatv, Oeè -rfiç ;, jXï)Sè zlç £XEy)(OV xai ôveiSoç, aè yàp xôv àyévvjTov Sià toO [xovoyevoûç èv àyioj ô Xaiç ouToç, TrpoxoTTÎjç Tcùoav àyyEXot tcTj Xaôj Etç xaTâpyif)<îi.v ToO TTOVifjpoû xal eIç [3Epa(cùai.v Tr,ç èxxXrjataç '.

Nous avons reproduit au mot Canon, t. ii, col. 18811895, le texte et la restitution de l'anaphorc du papyrus de Deir Balizeh. Nous nous contenterons de donner ici la traduction latine de l'épiclèse.

Reple et nos gloria tua quœ apud te est, et mittere dignare Spiritum Sanctum tuum in lias creaturas et fac panem quidem corpus Domini el Salvatoris nostri Jesu Christi, calicem autem sanguinem (Novi Testamenti. Quia ipse DOMINVS noster JESUS Cbristus, IN qUA NOCTE TRADEDATVR,ACCEPIT PANEM EUMQUE BENEDICENS FREOIT DEDITQUE) DISCIPULIS (SUIS et apostolis) DLCENS : ( manducate omnes) DATVR in remissionem peccatorum. Similiter postBIBETIS, MORTEU MEAM ANNUNCIATE et resurrectionem meam confilemini. Morlem tuam annuntiamus et resurrectioncm tuam confitemur et deprecamur... ticularités qui rendent ce fragment si intéressant. Il nous suffira de rappeler ici que cette épicièse est avant le canon.

L'épiclèse que les Coptes attribuent à saint Grégoire de Nazianze est aussi de cel les qu'il faut citer, car elle présente un cas à peu près uni que. D'abord l'anaphore tout entière est adressée à la personne du Verbe, au lieu d'être adressée au Père, comme c'est l'usage assez constant à partir du v* siècle. Et C'est au Verbe aussi qu'elle demande l'envoi de son Esprit. Enfin, tout au long de cette anaphore, le prêtre s'exprime au singulier, ce qui constitue une autre exception. EUe existe en grec et en copte et Renaudot l'a reproduite en grec avec traduction latine '.

De cette anaphore dom de Puniet a rapproché une très curieuse formule de la bénédiction des e aux au jour de l'Epiphanie, qui contient cette épicièse au sujet du baptême de Jésus '.

Tu Jordanis aquas sanclificasti hodie, e cela miltens Spirilum tiwm Sancium, el capita illic latitantium conteruisli draconum. Tu ergo piissinie rex, adesto nunc per advenlum Sancli lui Spirilus, et sanctifica + aquam istam. Da ei graciam redcmptionis, benedictionem + Jordanis. Fac eam incorruptionis /onlem, sanctimonii munus, peccaturuni absolutionem, languorum curationem... Tu enim es Deus nosler qui pcr aquam et spirilum renovasii vetustam naturam nostrcan per peecatum... Tu et nunc, Domine, sanetifica + aquam istam Spirilu tua Sanclo, et da omnibus eam tangenlibus, eam accipientibus. eam utcniibus sanctimoniam, benedictionem, purificalionem, sanitatcm '.

Certains textes gnostiqucs anciens contiennent aussi une épicièse. Nous ne donnerons que celle des Acta Thomœ :

« Viens, don du Très-Haut : viens, miséricordieux ; viens, Esprit-Saint ; ^^ens, révélateur des mystères parmi les prophètes élus ; viens, toi qui annon ces les combats de notre victorieux athlète par les apôtres ; \iens, trésor de Majesté ; viens, bien-aimé du TrèsHaut miséricordieux ; \'iens, ô silencieux ; révélateur des mystères ; révélateur des choses cachées, et des ouvrages de notre Dieu ; viens, toi qui donnes la vie, et manifestes tes dons : viens, toi qui donnes la joie et reposes au milieu de ceux qui sont à toi ; viens, pouvoir du Père, sagesse du Fils, car vous êtes un en tout ; viens, et communi que-toi à nous dans l'eucharistie que nous célébrons, et dans cette offrandeque nous t'offrons, et dans cette commémoraison que nous taisons'.> Ailleurs les Acla Thomas ont une épicièse en ces termes : « Et il dit : « En ton nom, Jésus, que le pouvoir de bénir et de rendre grâce vienne el demeure sur ce pain, que toutes les âmes qui en prennent puissent être renouvelées, et que leurs péchés leur soient pardonnes ». Dans la Pistis Sophia, ouvrage gnosti que du in » siècle et d'origine égyptienne, au moment ofl l'invocation (épicièse) est prononcée sur le vin qui est dans une coupe auprès du pain, le vin est changé en eau, les discip les sont baptisés et Jésus leur distribue l'offrande (Trpouçopà) et les mar que du sceau' (cçpayEÇei).

L'ÉPICLÈSE CHEZ LES PÈRES A PARTIR DU iv« SIÈCLE. — Nous avons cité aux § let II les textes de saint Justin, de saint Irénée, d'Origène,de Firmilien, et quelques autres documents antérieurs au i » siècle.

A partir de ce moment, les témoignages de\iennent plus clairs et plus nombreux. C'est d'ordinaire d'une épicièse au sens strict qu'il s'agit, d'une invocation du Saint-Esprit pour transformer les éléments eucharistiques.

Le témoignage de saint CjTille de Jérusalem est l'un des plus importants, parce qu'il est, en ce genre, le plus ancien et le plus complet. Il ne donne pas la formule de l'épiclèse dans l'Église de Jérusalem, mais il dit qu'on supplie Dieu d'envoyer le Saint-Esprit sur les éléments, afin qu'il fasse du pain le corps du Christ et du vin son sang, et que les éléments sont transformés par cette invocation (tniyX-qait ;). Il le dit à plusieurs reprises et y insiste. tôv çiXdcvôpco— ov 6sôv rb âyiov IIvEÛuœ Trrl Ta 7rpox£Î(i£va, va T :oii]<rq ' TÔV [ièv apTOv C5â>(xa Xpia-oO, tôv 8è oîvov aljia XpioTOÛ. nâvTuç - ;'àp ou av è(payT,Tai tô àytov nv£0[i.a, ToiJTO Y)ytaCTTai xa'i (xe-a pé^XTjTai '.

.\iUeurs il compare la sanctification de l'huile dans le baptême par le Saint-Esprit à la sanctification du pain dans l'eucharistie par le même Esprit : yàp ô« apTOç T/jç eùj^apiaTtaç (jtETà ttjv £-' !zXr,CTiv toO àytou oùx zi ôépTOç XtTÔç àW^à acôjjia oÛTco xat TÔ âviov toOto (xùpov oùx ~'. (JdXôv, 0Ù8' ç âv zïizoï Ttç xotvôv jjist' è7rtxXï]<ji.v, àXXà XpioTOÛ yji.pi<S[i.a. xal ; Trapoucix r^ç toù GeônjToç Yivôfjievov '.

Et dans un sens analogue : coOTtep yà.p ô àpTOç xal ô olvoç TÎjç EÛxapiCTTÎai ; Ttpô t^ç è7rixXT]OE0)i ; TÎji ; àytaç xal ; TptâSoç àpTOç ry xal oïvo ; Xitoç, Se YEVO|jiévY ;( ; ô (xÈv àpTOç ylvzTO.'. cùyLtx. XptaToû, ô 8È oivoç aïjjta XPIOTOÛ, tôv aÛTÔv Sr, -pôirov Ta TOiaÛTa (3pa)[xaTa ttJç 7TO(i7ri)Ç toù aaTavà, Trj ISia 9Û0EI XiTa ôvTa, tJj tûv Satfiôvtov p£|3Y)Xa yivETai.

De même pour l'eau du baptême : (i-fj ç Saxi XiTtô Tzpôessyt tm Xoi> »pâi... tô Xitôv 8ù)p âyiou xal XpioToû xal IlaTpôç tt ;v Xa^ôv, 8ùva|xiv ».

On peut grouper les témoignages des Pères d'Égjptc. Nous ne revenons pas sur celui de Sérapion, qui a été cité déjà. Un texte qui est donné en général comme de saint.\thanase nous dit qu'avant les supplications el les prières, il n'y a sur l'autel que du pain el une coupe (de \in). Mais, après ces prières, le pain devient corps du Christ et le vin, son sang. Dès que les prières et les saintes supplications sont dites, le Verbe descend sur le pain et le calice, et il devient son corps « :

»Oi j'Ei Toùç ÀEutTaç çépovTaç àpTOuç, xat Tronf^ptov o l'vou, xal ETtl Tr ;i TpaTre^av xai otjov outtm ixeaîai xal Seïjaeiç Ytvovxai, i/iXoc, èoTW ô àpToç xal TÔ TTOTfjpiûv Tràv SE ai xal 6aujjiaaTal ^'y/jxi, tôtô y^'^'Efo« ' ô àpToç, aôijia' xal tô rcoTrjptov, aïpta xoû Kuplou )|i.ûiv 'Iï)aoG XptaToû. Kal TtâXtv »EXÔojjxev ttI t-/-,v rcXeltoaiv tûv jxuaT-/)pi(ov ouToç ô apToç xal toûto t6 -oTTjptov, ooTov ouTTo eû^al xal IxECTÎat yeyôvaai., ijjiXà eîaiv Ttav Se al (j-cyàXai eù^^al, xal al àyiai IxEolai àva7r£|iç6âi(n, xaTa^alvei ô AÎyoi ; Etç TÔv àpTOv xal tô TTOTvjpiov, xal ylvexat otôiia.

Ici, comme dans l'épiclèse de Sérapion, il est dit que c'est le Verbe qui descend sur le pain et la coupe.

Mais pour son successeur Pierre d'Alexandrie, pour Théophile, lui aussi patriarche d'Alexandrie, et pour saint Isidore de Péluse, c'est le Saint-Esprit qui est invoqué. 'E~' aÙTOu àylou ÔuaiaoTriplov ev6a ToO âyiou TcvsùfiaToç è7n.xaXoû(Ae9a, dit Pierre d'Alexandrie « . Uans un texte attribué à tort à saint Jérôme, mais qui est de Théophile, et que saint Jérôme n'a fait que traduire, un rapprochement est établi entre la sanctification des e aux dans le baptême par le Saint-Esprit et celle des éléments de l'eucharistie : non recu(jital aquas in baplismate mijsticas advenlu Sancii Spirilas consecrari ; pancm que dominicum, quo Salvaloris corpus oslcnditur et qiiem Irangimus in sancii ficationem nosiri, el sacrum calicem quœ in mensa Ecclesiœ collucanlur el uii que inanima sunt, per invocationem et aduentum Sancii Spirilus sanctificari ». Quant à Isidore de Péluse, il dit à son correspondant de ne pas abuser du vin, mais de se souvenir que l'Esprit divin change le vin au sano du Christ : Mr ; xàç çpévaç TipÔTrive Ttlvcov. 'A^à fiE ; (^ aîfjia XplcTO'j -rijv toutou à7ïap/ï)v tô 9cTov èpyâÇETai Ttveûjxa, oÛTtoi ; aÙTtô xéxpïjao, tôç àaôsvTjç xal /_pY]5cùv sic j3oT)6siav, etc. '.

Comme saint Cyrille de Jérusalem, saint Nil dit qu'avant l'invocation du prêtre, avant la descente du Saint-Esprit, les oblats sont du pain et du vin. Après les invocations redoutab les, après la venue de l'Esprit adorable, vivifiant et bon, ce qui est sur la table sainte n'est plus simple pain et vin commun, mais corps et sang du Christ.... upô (xèv Tvjç Toù lz ;,éoic, xal tt,ç toù âyiou <j ;iXôv àpTOv ïTap)(£iv xal oïvov xotvôv Ta Trpoxeifisva. Mexà SsTàç çopepài ; èxelvaç ; xal TtiçoiTT)- atv TOÙ 7rpoaxuv/)TOÛ xal î^uotîoioû xal àyaÔoù Ilvzùp.ocTOÇ, OÙX ETl 'lilCkb^ aptov xal XOIVOV OTVOV Ta TTLTEÔETtiéva T^ âyla àXXà acô(xa xal aljjLa Ttfxiov xal apxpavTOv XpiCTTOù toù Oeoû tcôv àitàvTCjv, xaOapîî^ov àruo TiàvTOç [xoXu(i(/,oi5 toûç ; çôpco xal 7TÔ6u TTÔXXCP *.

Les Cappadociens forment, parmi les Pères de l'Église, un autre groupe, sur lequel s'est exercée l'influence alexandrine, surtout celle d'Origène. Le premier est naturellement saint Basile. On a remarqué, non sans étonnement, que dans son traité du SaintEsprit, où l'occasion se présentait si souvent, il ne fait par d'allusion à l'épiclèse, alors qu'il attribue au Saint-Esprit, comme saint Cyrille de Jérusalem, la vertu régénératrice par l'eau du baptême. Quand il parle de l'invocation, c'est d'une façon assez vague, et il semble désigner sous ce titre la prière eucharisti que en général. Voici ce texte, qui est en tout cas important pour l'histoire liturgi que :

Pour Grégoire de Nysse, le pain est sanctifié par le Verbe de Dieu et par la prière pour devenir le corps de Dieu le Verbe : Stà Xôyou Oeoû xal èvteù^ecoi ;. RaXtù ; oùv xal vûv TÔV TÔ) Aôyto toù 6eoû étpTov EÎç (TM|j.a TOÙ ÔEOÙ Aôyou |j.ETAT :ot£t(jOai. TïtCTTEÛojjtat (comparaison avec le corps humain du Christ sanctifié par l'habitation du Verbe)... VTaù6â te aaÛTOjç o àpTOç, xaÔcôç (pr]CTi.v ô 1 1 Tim., iv, 5), àytà- ^ETai Sià Aoyov 6eoû xal èvteû^eojç, où Stà PpûaEoç xal Trpoïùv sic tô ac5[xa toù Aôyou, àXX' eûOuç Trpôç tô (Jûi(xa toù Aôyou jxsTà 7roioû[i.£vo ; xaGùç EÏp'^- Tat Ttô TOÙ Aôyou, 3ti toùto saTt tô acôixa [iou '.

Ailleurs il fait une allusion au Saint-Esprit, qui opère la consécration du pain et du vin dans l'eucharistie, comme il sanctifie l'huile du chrême et le bois l'autel. 'O âpToç TràXiv àpTOç èotI téwç xotvôç' àXX' ÔTav aÙTÔv TÔ [xuctt/ipiov ÎEpoupy/icf), aôjfxa XpioToù XÉyETat TE xal y IvsTai. Oùtojç tô (xucttixôv sXatov, oûtoç ô oïvoç' ôXtyou Tivôç âÇta ôvTa Tcpô TÎji ; EÙXoylaç, (/.ETà TÔV âytaCT|jiôv tôv toû ÉxaTEpov aÙTciv vspyEl Stacpôpaç '.

Grégoire de Nazianze, comme Grégoire de Nysse, semble subir l'influence alexandrine. Il dit au prêtre que, par sa parole, il fait descendre le Verbe, sa parole est un glaive... ÔTav Xôyco xaÔÉXxyiç tôv Aôyov, ÔTav àvatjiâxToj Topiï) ccôfjta xal altia T£[ivjf]ç AEOTTOTtxôv, 'éx<>>'^ ~ô Çîçoç '.

Malgré ces expressions des deux Grégoire, Srawley ' » ne croit pas qu'il soit prouvé qu'il y eut dans les Églises de Cappadoce une épiclèse du Verbe. Il pense que cette épiclèse du Verbe, au iv« siècle, n'avait sur\écu qu'a Alexandrie, et dans le delta du Nil ; encore fut-elle remplacée à.\lexandrie par celle du Saint-Esprit.

Quant à saint Jean Chrysostome, ses témoignages ne semblent pas concordants et ont donné lieu à bien des controverses. Ed. Bishop a pu dire que saint Jean Chrysostome, comme saint Ambroise, aurait hésité entre la doctrine de l'invocation du Verbe et celle du Saint-Esprit« . Dans deux passages au moins de ses œuvres, il enseigne nettement que la consécration a lieu par les paro les de l'institution ».

Rien de plus formel que les paro les suivantes pour montrer que la conversion des éléments est opérée par les paro les de l'institution : oùSè yàp àv6pco7r6 ; aTtv ô TTOiôiv Ta 7rpox£l(i£vay£vÉ<j9ai. crcôfjia xal aljioc XpiTTOù, àXX' aÙTÔç ô CTTaupcùOEtç TTÈP i[iôjv XptaTÔ ;. 2x'ii^°' ttXtjpcûv ecttyjxev ô Ta pïjjiaTa ; exeîva 7) Se Sùvafjiiç xal q X'^P'-'i '^°^ Qzo^ ècsri, ô XpicjTÔç « TOÛTÔ jjiôu arl TÔ dcôjxa » 9Y)<jL Toùto tô p^^a jiETappu9[jiiî^£t. Ta « .

Dans d'autres passages, au contraire, il semble attribuer les effets de la consécration au Saint-Esprit, appelé sur l'autel par l'épiclèse. Dans le traité De sacerdolio, il dit que ce n'est pas l'cvè que qui fait descendre le feu du ciel (sur les oblats), m ;iis le Saint-Esprit.

L'évê que appelle le Saint-Esprit etcélèbre le redoutable sacrifice '.

A propos de la réponse : ci cum Spiritu tuo, il rappelle que le pontife n'opère pas lui-même, mais bien la grâce du Saint-Esprit -.

Ailleurs, nouvelle allusion à l'invocation du SaintEsprit, qui touche les oblats et opère la conversion : Tt 7toi£Ïç, âmôpwtce ; Tav ÉATYJXY) Tipô -rfiç ■zpa.Tzé^^TiÇ à leptûç, Taç yeipixç âvaTsîvtov etç t6v oùpavév, tô — VEÛjxa TÔ âyiov fOÛ !. y.at a.<\i(x.aQ<x.<. tcov 7vpox£i|i£vcov, ■ko'/XT) T^ouxla, tioXXt) cstyr]. »Oxav T'/jv X'^P'-^ « ^ô TTvsûfjLa, ÔTttv XATÉXÔT), ÔTav â(j ;ir)Tai Tciv — poxet(ji£vcov'.

'O SpTOç 8ià TÔ aÛTÔi Trveùjia àpxoç oùpâvioç yivETai *.

Il insiste avec beaucoup de force, comme la plupart des Pères grecs, sur l'œuvre de sanctification opérée par le Saint-Esprit =^.

Le dialogue De recla in Deum fide (anonyme syrien, vers 300-310) contient aussi une allusion, d'ailleurs assez vague, à l'épiclèse. Le marcionite avec qui dispute Adamantins lui dit à un moment : L'Esprit vient sur l'eucharistie, èm tî^ç EÙxapiaxtaç ipyzTOii, que Rufin traduit : Spirilus pcr eucharistiam venit. Mais Struckmann fait justement remarquer qu'il faudrait traduire is eucharistiam. Nous aurions donc là un témoignage nouveau sur l'épiclèse '.

On a versé récemment au débat le témoignage d'un successeur de saint Jean Chrjsostome, Sévère, patriarche d'Antioche, en 512, qui se déclare nettement pour la consécration en vertu des paro les de l'institution, sans même mentionner l'épiclèse. Voici ce texte :

« Dans la célébration de l'eucharistie, ce n'est pas le ministre qui,usant comme d'une puissance qui lui appartiendrait en propre, transforme le pain en le corps du Christ et la coupe de bénédiction en son sang ; c'est la vertu divine et elTicace des paro les que le Christ, auteur du sacrement, a commandé de prononcer sur les éléments offerts. Le prêtre qui se tient à l'autel n'y remplit que la fonction d'un simple ministre ; prononçant donc les paro les comme en la personne du Christ, et reportant l'action qu'il accompUt au temps où le Seigneur institua le sacrifice de la messe en présence de ses discip les, il dit en désignant le pain : Ceci est mon corps qui est donné pour vous, faites ceci en mémoire de moi ; de même sur la coupe il profère ces paro les : Ce calice est le nouveau testament en mon sang qui est répandu pour vous. Ainsi est-cele Christ qui continue à olïrir le sacrifice et, par la parole divine, sanctifie les éléments qui sont apportés pour être cliangés en son corjjs et son sang '.

Saint Ephrem, (t 373), en plusieurs passages, parle de l'invocation du Saint-Esprit : Sacerdolium aadacter e terra suraum in aelum volitans, ascendit ad Dtum, misericordiam et irdulgentiam a rege miséricorde postalans, ul Spirilus Sanctiis pariter descendat, sanctificet que dona in terris propos ila.

Ne reputes, dit-il ailleurs, quem hic panem qiwd que viniim vi des, eadem hœc exislere : minime, f rater, nolilo hoc crcderc. Precibus sacerdotis, Sancti que Spirilus adventu, panis fit corpus, vinum sanguis... Quœres quomodo panis corpus Christi fiât ? En sic habeto Spiritum Sanctum adventu suo hoc efficere, quod humana mens capere non potest '.

Narsai (t 502), un des représentants les plus fameux de l'école d'Édesse, puis de celle de Nisibe, et aussi de l'hérésie nestorienne, dit très nettement que le Saint-Esprit descend sur l'oblation au moment de l'invocation. L'Esprit descend sur l'oblation sans changer (de place), et par la puissance de sa divinité, il habile dans le pain et complète le mystère de la résurrection de Noire-Seigneur... Le Saint-Esprit descend (sur l'oblation) à la prière du prêtre... Aussitôt que le pain et le vin sont placés sur l'autel, ils offrent un siimbole de la mort du Fils et aussi de sa résurrection ; c'est pour quoi l'Esprit qui l'a ressuscité des morts descend alors et célèbre le mystère de la résurrection de son corps... Le prêtre appelle l'Esprit et il descend sur l'oblation... c'est le moment où le mystère est accompli par la descente de l'Esprit. En même temps, les signes de croix et les génuflexions du prêtre prouvent que le mystère vient de s'accomplir '.

Dans Jacques de Sarug, postérieur de peu à Narsai, on lit ces assertions, assez déconcertantes au premier aspect : « Tout le peuple en union avec le prêtre supplie le Père d'envoyer son Fils, afin qu'il descende et habite dans l'oblation. Et le Saint-Esprit, sa puissance, descend dans le pain et dans le vin et les sanctifie (les consacre), oui, il en fait le corps et le sang ». » Un peu plus loin il attribue la consécration au Saint-Esprit : « Le Saint-Esprit vient du Père, il descend et habite dans le pain et en fait le corps « ... »

La doctrine de saint Jean Damascène est très claire. Pour lui, tout en admettant que les i)arolcs de l'institution sont une condition si'nc qua non de la transubstantiation, il enseigne cependant qu'elle se produit par l'épiclèse. 11 étabfit le parallèle que nous avons déjà trouvé dans l'enseignement de certains Pères entre l'incarnation et l'eucharistie. De même que le SaintEsprit a opéré dans Marie le mystère de la conception, de même il opère dans l'eucharistie la conversion des éléments '=. U rattache cette doctrine à sa théorie sur l'antitypc, qui chez les anciens pères désigne le sacrement du corps du Christ, mais dans lequel Damascène ne voit plus qu'une figure désignant les éléments avant la consécration. Cet enseignement, que les derniers interprè les de saint Jean Damascène n'hésitent pas à qualifier d'erreur, devait exercer une influence consi• Kd. Lamy, 1. 1, p. 20, 22. Dans l'appendice de sou livre dérable sur les écrivains byzantins postérieurs et jusqu'à nos jours '.

Les Pères d'Occident s'expriment sur l'épiclèse dans un sens souvent différent. Dans ce texte de Césaire : Quando benedicendie verbis cœleslibus crealurœ sacris ciUaribax imponuntar, antcqaam invocatione sancli nominis consecrentar, subslantia illic est partis et vini, poil eerba aiilem Christi corpus et sangnis Chrisli, Bunsen voit la preuve que la consécration n'est opérée que par l'épiclèse. Il est clair au contraire que post verba désigne les paro les de l'institution. Le terme invocatio sancli iiominis désigne, comme dans d'autres textes que nous avons cités, non pas l'épiclèse proprement dite, mais la prière eucharisti que en général du canon ^.

Le P. SalaviUe voit une allusion à une invocation du Saint-Esprit sur les oblations dans ce texte : Quomodo igitur non omnia habet quœ Dei sunl, qui cum Pâtre et Filio a sacerdotibus in baptismale nominatur et in oblationibus invocatur, cum Paire et Filio a seraphim in csi-leslibus prsedicatur, cum Pâtre et Filio habitai in sanclis, injunditur justis, inspiratur prophetis^.

Mais il semble que cette épiclèse, si épiclèse il y a, s'adresse au Père et au Fils, aussi bien qu'au SaintEsprit *.

Les textes de saint Jérôme, cités quelquefois au sujet de l'épiclèse, ne nous apportent aucun éclaircissement. Le premier que nous avons déjà donné ap partient à Théophile d'.\lexandrie, dont saint Jérôme n'est que le traducteur. Dans le second, Jérôme blâme les diacres qui veulent s'élever au-dessus des prêtres, ad quorum pre ces Christi corpus sanguiiqae conficilur ''..■\illeurs il condamne les prêtres qui impie agunt in legem Christi, pulan les èu/apioTtav imprecantis jacere verba, non vilam, et necessariam esse tanlum solemnem orationem et non sacerdotum mérita '. Pre ces sacerdolis. verba imprecantis, oratio solemnis sont des termes génér aux qui désignent la prière eucharisti que, mais non pas spécialement l'épiclèse.

Parmi les Pères africains, saint Augustin semble admettre que les paro les de l'institution ont la force consécratoire, dans les textes suivants :

Panis ille quem videtis in altari, sancli ftcatus per verbum Dei corpus est Christi. Calix ille, imo quod habet calix sancti ficatus per Verbum Dei, sanguis est Christi \ Norunl fidè les quid dicam : norunt Chrislum in fractione panis. Non enim omnis panis, scd accipiens benediclioncm Clu'isti fit corpus Christi '.

El inde jani quie agunlur in precibus sanctis qaas audituri eslis, ut accedente Verbo fiai corpus et sanguis Christi. Nam toile Verbum, panis est et vinum : adde Verbum, cl jam aliud est... Toile ergo Verbum, panis est et vinum ; adde Verbum et fiel sacramentum ».

Cependant le texte suivant fait allusion à une épiclèse : (Corpus) quod ex fructibus terræ acceplum et prece mystica consecratum rite sumimus ad salutem spiritualem. Quod cum per manus hominum ad illam visibilem speciem perducatur, non sanctificatur ut sit iam magnum sacramentum nisi operante invisibiliter Spiritu Dei. Je ne vois donc pas comment certains auteurs peuvent s'appuyer sur le silence prétendu de saint Augustin pour dire qu'il n'y avait pas d'épiclèse de son temps dans l'Église d'Hippone. Du reste, les textes de saint Optat et de saint Fulgence, que nous allons citer, prouvent clairement l'existence de l'invocation au Saint-Esprit.

Saint Optat parle de l'autel quo Deus omnipotens invocatus sit quo postulatus descenderit Spiritus Sanctus. Fulgence de Ruspe, un siècle plus tard, ne désigne pas moins clairement l'épiclèse : Cum tempore sacri/icii commemorationem mortis ejus faciamus, charitatem nobis tribual per advenlum Sancti Spiritus postulamus : hoc suppliciter exorantes ut per ipsam charitatem qua pro nobis Christus crucifigi dignatus est, nos quoque, gratia Sancti Spiritus accepta, mundum crucifixum habere et mundo crucifigi possimus, etc. Le passage suivant est plus expressif encore : Car scili cet si omni Trinitati sacrificium offeritur, ad sanctificandum al. (sacriftcandum) oblationis nostræ munus, Sancti Spiritus tamquam missio postulatur : quasi vero (ut ita dicam) ipse Pater Deus, a quo Spiritus procedit, sacrificium sibi oblatum sanctificare non possit ; aut ipse Filius sanctificare nequeat sacrificium corporis sui, quod offerimus nos, cum corpus suum ipse sanctificaverit, quod obtulit, ni redimeret nos ; aut ille Spiritus Sanctus ad consecrandum Ecclesiæ sacrificium mittendus sit, quam Pater aut Filius sacrificantibus desit... Dum ita que Ecclesia Spiritum Sanctum sibi celitus postulat mitti, donum sibi caritatis et unanimatis postulat a Deo conjungeri. Quandoautem congruenlius quam ad consecrandum sacramentum corporis Christi sancta Ecclesia (quare corpus est Christi) Spiritum Sanctum deposcat advenlum ?

Et plus loin : Cum ergo Sancti Spiritus ad sanctificandum lolius Ecclesiæ sacrificium postulatur adventus, nihil aliud mihi videtur, nisi ut per gratiam spiritalem in corpore Christi, quod est Ecclesia, caritatis unitas jugiter indisrupta servetur.

Saint Isidore semble s'inspirer de la pensée de saint Augustin dans les textes suivants :

Sacrificium dictum, quasi sacrum factum, quia prece mystica consecratur in memoria pro nobis dominicæ passionis ; unde hoc eo jubente, corpus Christi et sanguinem dicimus, quod, dum sil ex fructibus terræ, sanctificatur et fit sacramentum, operante visibiliter Spiritu Dei. De substantia sacramentii sunt verba Dei a sacerdote in sacro prolata ministerio, scilicet : hoc est corpus meum. Il revient sur la même pensée dans le De ecc les. offic, 1. I, c. xviii, n. 4 :

Hæc autem (panis et vinum) dum sunt visibilia, sanctificata tamen per Spiritum Sanctum, in sacramentum corporis Domini transsubstantiantur.

Plus loin il décrit ainsi la préface (appelée illalio en Espagne) et l'épiclèse :

Quinque dcinde (oratio) infertur illalio in sanctificatione oblationis, in qua etiam et ad Dei laudem terrestrium creaturarum virtutum que cœlestium universitas provocatur et Hosanna in excelsis cantatur, quod Salvatore de genere David nascenle salus mundo usque ad excelsa pervenit.

Porro sexta (oratio) exhinc succedit conformatio sacramentii, ut oblatio quæ Deo offeritur sanctificata per Spiritum Sanctum, Christi corpori ac sanguini conformetur.

Harum (septem orationum) ultima est oratio qua Dominus noster discipulos suos orare instituit dicens : Pater noster... Il.F.c sunt autem septem sacrificii orationes commendatæ evangelicæ apostolicæque doctrinæ, cujus numeri institutæ ratio videtur vel propter septenariam sanctæ Ecclesiæ universalem, vel propter septiformem gratiæ Spiritus cujus dona ea quæ injunguntur sanctificantur.

Florus de Lyon attribue la vertu consécratoire aux paroles du Christ : Christi virtute et verbis semper consecratur et consecrabitur. Mais il insiste sur l'opération du Saint-Esprit : Ipse ca Spiritus paracleti virtute et cœlesti benedictione sanctum suum corpus et sanguinem suum esse per se fecit. Et sur les paroles Quam oblationem, il fait ce commentaire : Oratur omnipotens Deus ut oblationem suis sacris altaribus impositam et tantis precibus commendatam, ipse per virtutem Spiritus descendentem, illam veram et perpetuam eucharistiam efficiat... ut quamvis de simplicibus terræ fructibus sumpta, divinæ benedictionis influxu potentia, efficiatur fidelibus corpus et sanguis unigeniti Filii Dei... Cum panis et vini creatura, in sacramentum carnis et sanguinis ejus ineffabilis Spiritus sanctificatione transferatur.

Le texte suivant de saint Pierre Damien ne manque pas d'importance, car il insiste tout d'abord sur l'action du Saint-Esprit dans l'eucharistie, et, sans s'exprimer très clairement sur le moment de cette action, il attire l'attention sur ces paroles : Per quem omnia, Domine, bona creas, sanctificas, vivificas, benedicis, qui expriment cette action et constitueraient par suite une sorte d'épiclèse. Constat procul dubio, quia corpus Domini, quod in sacris altariis per sancti sacerdotis dedicatur officium, concepta Sancti Spiritus virtute vivificatur et sanctificatur, ut nos vivificare valeat et sanctificare sicut in ipsis venerandis missarum secretis dicitur : Per quem hæc omnia, Domine, bona creas, sanctificas, vivificas, benedicis. Neque enim aliter vivificari posse creditur, nisi per Spiritum Sanctum, cum, teste veritate, Spiritus est qui vivificat. Quero ergo, cum sanctus sacerdos cœlestc illud munus, quod virtute Sancti Spiritus vivificatum est et sanctificatum alque, ut confidenter loquar ejusdem divini Spiritus gratia veraciter plenum, scelerato forte cuilibet porrigat, numquid propterea Spiritus Sanctus corpus dominicum descrit, etc.

Quant aux autres écrivains du moyen âge, Pascase, Radbert, Alcuin, Agobard, Theodulphe d'Orléans, Rhaban Maur, Ratramne, leur témoignage n'a pas pour nous la même importance et nous nous contenterons de renvoyer sur ce point à l'article si complet du P. Salaville.

Tels sont les principaux textes des Pères sur l'épiclèse du IVe au VIIIe. On y remarquera les mêmes divergences que dans les textes liturgiques. Quelques-uns attribuent la vertu de la consécration aux paroles de l'institution, d'autres à l'invocation du Saint-Esprit. Souvent ces textes peuvent s'interpréter en ce sens, que l'une et l'autre formule sont essentielles et concourent à l'opération du sacrement.

Après cette époque, tandis que l'Occident établira avec une précision de plus en plus grande la portée des paroles de la consécration, l'Orient, sous l'influence de la théorie de saint Jean Damascène sur l'antitype (cf. col. 152), donnera au contraire à l'épiclèse une part prépondérante et exclusive dans l'accomplissement du mystère.

IV. L'ÉPICLÈSE DANS LES LITURGIES DU Ve AU Xe.* — Les textes des Pères et les documents liturgiques antérieurs au Ve, que nous avons cités dans les paragraphes précédents, nous ont permis de déterminer la nature et l'antiquité de l'épiclèse. Nous ne citerons ici qu'un nombre restreint d'exemples tirés des liturgies, parce que ces textes, d'ordinaire, sont faciles à trouver.

1° Liturgies orientales. — Après les deux formules classiques d'épiclèse des liturgies de saint Basile et de saint Jean Chrysostome, nous citerons de préférence quelques épiclèses nouvellement publiées et moins accessibles.

Ατοῦμεν σοι, Δέσποτα, τὴν τοῦ Πνεύματος γίου κατὰξίωσιν, να χάρις αὐτοῦ μῖν ἐπιχορηγηθεῖσα, τὰ προκείμενα δῶρα μῶν, ρτον καὶ ονον, ἐν τύπον μὲν σαρκὸς καὶ αματος τοῦ Χριστοῦ, ἀλλαχῆ δὲ τ ἀληθεί, ες τὸ πλήρωμα τοῦ Πνεύματος μῶν, να...

Sacerdos... submissa voce et secreto dicat : Precamur te, Domine, nosier, te precamur misericordiam tuam immensam et rogamus thesauram bonitatis tuæ in nobis infundas, ut Spiritum Sanctum vere libum consubstantialem procedentem a te et nunquam discedentem, illum, qui tecum esse nullo tempore desinit, æternam scilicet et item firmum et, qui perpétua est, socium quoad definitionem et socium destinatum una cum te et cum Filio tuo unico in omnibus et socium in agendo, quem, cum ipse neminem participem neque a quoquam perfeclior reddatur, semper digni participant, qui sanctificat, cum non sanctificetur, potentem scilicet per semetipsum omnia facere semper, secundum beneplacitum bonitatis tuæ miseris super nos et super has hostias ante te positas, quas mundare, hunc panem et hunc calicem.

Hic sacerdos clamet et dicat : Ut hunc panem facias corpus vivificans Domini nostri Jesu Christi.

Populus dicat : Amen.

Sacerdos dicat : Et hunc calicem sanguinem vivificanlem item ejusdem Dei nostri et Salvatoris nostri in remissionem peccatorum nostrorum et vitam æternam eis, qui eum participaverint.

Populus dicat : Amen.

D'une liturgie syrienne :

Sacerdos inclinatus (dicit) invocationem Spiritus Sancti : Miserere nostri, Deus Pater omnipotens, et mittere nobis Spiritum Sanctum et vivificanlem perfectum omnino et libum Filio tuo unigenito consubstantialem, qui omnibus dona dispensat et unicuique, prout vult, assignat et dat, qui omnibus prope adest neque ullo loco circumscribitur, qui viventibus rector vitæ existit et sanctos reddit perfectos, hunc mittere nobis, Domine, et per nos peccatores ad hæc ministeria coram te (posita) pertingat non administrative, sed proprie, non typice, sed perfecte.


ORATIO : Exaudi me. KYRIE ELEISON. Kyrie eleison. Kyrie eleison.


SACERDOS : Et hunc panem facias + corpus unigeniti Filii tui, corpus præparans remissionem peccatorum nostrorum, + corpus præstans incorruptibilitatem futuram in sæcula sæculorum. Amen.

Et hunc calicem facias nobis + calicem remissionis peccatorum, + calicem communionis adoptionis, + calicem arrhabonis hæreditatis futuræ in sæcula sæculorum. Amen.

D'une autre liturgie syrienne : INVOCATIO SPIRITUS SANCTI : Miserere nostri, Deus Pater omnipotens, et mittere super nos et super has oblationes ante nos positas Spiritum tuum Sanctum, τὸ πνεῦμα τὸ γιον et æternitale libum et Filio tuo unico æqualem, illum, qui per prophetas et per apostolos locutus est, illum, qui super Dominum nostrum Jesum Christum in Jordane flumine apparuit, illum qui in linguis igneis super apostolos requievit — exaudi me, Domine — ut obumbrans fiat hunc quidem panem corpus Christi Dei nostri et hunc calicem sanguinem ejusdem Christi Dei nostri, ut, cum digni fiamus communionis horum sanctorum mysteriorum, animusque nostræ et corpora nostra puritile et illustri luce sanctialis resplendeant.

D'une liturgie arménienne :


ALIA ORATIO : Te adoramus et imploramus te, Deus ineffabilis misericors : mittere de cælestibus descensibus tuis cum gratia cœlesti innovantem et amorem hominum Spiritum Sanctum tuum super nos et super hoc sacrificium. Ciò n une proposito facias panem hunc corpus pretiosum et vinum hoc sanguinem pretiosum Domini nostri et Salvatoris Jesu Christi.

Une autre liturgie arménienne donne cette épiclèse après la consécration : Et nunc procidemus te rogare, Domine : transmitte nobis hunc panem et calicem, ut, sanctificans, ostendat corpus salutis Christi, et sanguinem veniae peccatorum ostendat Christi — signet panem et calicem (et) ter adorai — et per eumdem Spiritum Sanctum, qui est indissolubiliter uniat in amorem proximi.

2° Épiclèse mozarabe. — C'est l'épiclèse mozarabe qui, pour le moment, est la mieux documentée parmi les épiclèses occidentales. Il n'est guère de messe qui n'ait son épiclèse exprimée dans la prière appelée Post pridie, et quelques-unes sont des plus curieuses. Le Liber ordinum et le Liber mozarabicus, édités récemment par dom Férotin, ont apporté une riche moisson.

Nous ferons, à propos de cette épiclèse, les remarques suivantes :

Dans cette oraison Post pridie, qui correspond à l'oraison Post sécréta, Post mysterium des gallicans, la liturgie mozarabe commémore la mort, la résurrection, l'ascension et les autres mystères de la vie du Christ ; on offre à Dieu (le Père) le Christ présent dans les espèces ; on demande à Dieu de recevoir cette offrande, de bénir les espèces consacrées, pour que ceux qui les reçoivent soient comblés des biens célestes. Ces quatre éléments ne sont pas toujours présents dans tous les Post pridie, mais on y trouve toujours l'un ou l'autre.

La place de cette oraison est toujours après les paroles de l'institution, comme du reste l'indique son nom de Post pridie. Ce titre est d'autant plus curieux que, comme l'ont remarqué dom Cagin et dom Férotin, le récit de la cène mozarabe ne contient pas ces paroles : qui pridie quam tradideretur, mais bien celles-ci : In qua nocte. Ce n'est pas le lieu de nous arrêter ici sur cette singularité. En tout cas, ce titre indique bien la place de l'épiclèse comme celui de Post mysterium, ou Post sécréta, pour les liturgies gallicanes.

Beaucoup de ces oraisons ne font aucune allusion à la transformation des éléments, mais expriment seulement l'action du Saint-Esprit sur les fidèles par la consécration. Ces exemples sont d'autant plus curieux que souvent, au contraire, les termes du Post pridie mozarabe, comme ceux du Post sécréta ou Post mysterium gallicans, supposent que la conversion a eu lieu aux paroles de l'institution ; il ne faut pas s'étonner de ces contradictions en liturgie. La logique, comme nous l'avons déjà remarqué, n'est pas toujours appliquée, et, du reste, ces formules sont souvent d'origines très diverses.

Ce qui est vrai, c'est que l'épiclèse mozarabe, dans la variété de ses Post pridie ou Post sanctus, présente les combinaisons les plus diverses et il y aurait à faire une étude sur ces formules. Le Post pridie est adressé au Père, parfois au Fils ou au Saint-Esprit, ou à la sainte Trinité.

Il est un certain nombre de ces prières qui, au contraire, supposent que la transsubstantiation a eu lieu par les paroles de l'institution. Plusieurs autres ne font aucune mention de la sanctification des éléments par le Saint-Esprit. Lesley conclut de son étude que les mozarabes ne considèrent pas l'invocation du Saint-Esprit comme nécessaire à la transformation des éléments et que cette épiclèse diffère essentiellement en ce point de l'épiclèse orientale. Enfin, la formule de l'épiclèse mozarabe varie à chaque jour ou à chaque fête, tandis que l'épiclèse orientale est invariable, comme du reste toutes les formules des liturgies orientales.

On signale avec raison, parmi les épiclèses mozarabes les plus curieuses, la suivante :

Post Pridie.

Memores sumus, eterne Deus, Pater omnipotens, gloriosissime passionis Domini nostri Jesu Christi Filii tui, resurrectionis etiam et ejus ascensionis in coelum. Petimus ergo majestatem tuam, Domine, ut ascendant preces humilitatis nostrae in conspectu tuo, et descendat super hunc panem et super hunc calicem plenitudo tuae divinitatis. Descendat etiam, Domine, illa Sancti Spiritus tui incomprehensibilis majestas, sicut quondam in Patrum hostiis mirabiliter descendit. Ac presta, Domine, ut hujus panis et vini substantia sanis custodiam adhibeat, languentibus medicinam infundat, discordantibus insinuet reconciliationem, etc.

Le Post pridie suivant s'inspire de l'anamnèse romaine :

Recolentes Domini nostri Jesu Christi beatissimam passionem, necnon et ejus resurrectionem, sed et in coelis ascensionem, offerimus praeclare Majestati tuae hostiam panis et vini : quam sereno vultu respicias et accipiam eam jubeas. Descendat itaque super hoc Spiritus tuus Sanctus, qui et munera populi tui sanctificet, et sumenlium corda placatus emundet.

On a, non sans raison, attiré aussi l'attention sur l'épiclèse suivante, qui rappelle une doctrine souvent enseignée par les Pères orientaux, le rapprochement entre l'opération du Saint-Esprit dans l'incarnation et dans l'épiclèse ; Post pridie.

La suivante, qui s'inspire si visiblement du canon romain, a été aussi justement remarquée :

Post pridie. Canon romain.

Credimus, Domine sancte. Te igitur, clementissime Pater eterne omnipotens Pater, Deus, Jesum Christum Filium tuum Dominum nostrum, qui pro nostra salute in carnem fuisse, et in substantia deitatis tibi semper esse sequalem. Per quem te petimus et rogamos, omnipotens Pater, ut accepta habeas et benedicere digneris haec munera, haec dona, haec inlibata, que tibi in primis sancta sacrificia offerimus, pro Ecclesia catholica, quam pro Ecclesia tua sancta pacificare, adunare et regere per universum orbem digneris, in tua pace et unitate.

Memorare etiam, quesumus, Domine, famulos tuos, qui tibi in honore sanctorum tuorum (illorum) reddunt vota sua Deo vivo et vero pro remissione omnium delictorum. Quorum oblationem benedictam, ratam, rationabilemque facere digneris, que est imago et similitudo corporis et sanguinis Jesu Christi Filii tui ac Redemptoris nostri, tibi qui reddunt vota sua aeterno Deo, vivo et vero communicantes.... Hanc igitur oblationem... Quam oblationem tu, Deus... benedictam, adscriptam, ratam, rationabilem... facere digneris : ut nobis corpus et sanguis fiat dilectissimi Filii tui Domini nostri Jesu Christi.

3° L'épiclèse gallicane. — La plupart des remarques faites sur l'épiclèse mozarabe peuvent s'appliquer à l'épiclèse gallicane. Celle-ci est appelée tantôt oraison Post sécréta, tantôt oraison Post mysterium. Le titre même indique que l'épiclèse gallicane n'a pas la portée de l'épiclèse orientale et que les gallicanes ne lui attribuent pas la vertu consécratoire. Le mystère, le sacrement (mysterium, sécréta) est accompli par la consécration ; l'épiclèse vient comme complément. Les quelques épiclèses gallicanes qui semblent attribuer à l'invocation du Saint-Esprit la transformation des éléments sont donc en contradiction avec leur titre. L'épiclèse est souvent absente dans les liturgies gallicanes.

Le missel de Bobbio n'a pas de Post sécréta ou Post mysteria ; il n'y en a qu'un petit nombre dans le missel gallican ; le missel gothico-gallican en compte au contraire un grand nombre ; cependant, quelques messes...

On peut citer encore, parmi les plus curieuses épiclèses gallicanes, la suivante, qu'il faut ranger parmi les épiclèses du Verbe (cf. plus haut, col. 117) :

Descendat, precamur, omnipotens Deus, super hoc quod tibi offerimus, Verbum tuum sanctum ; descendat instimabilis gloriae tuae Spiritus, descendit antiquae indulgentiae donum, ut fiat oblatio haec hostia spiritualis in odorem suavitatis accepta : clamemos famulos tuos per sanguinem Christi tua manus dextera inviciale custodial.

Cette autre, tirée des messes de Mone, a été justement rapprochée des épiclèses orientales, avec lesquelles elle offre des analogies singulières :

Recolentes igitur et servantes praecepta unigeniti, depraecamur, Pater omnipotens, ut his creaturis altario tuo superpositis Spiritus sanctificationis infundas, ut per transfusionem caelestis, adque invisibilis sacramenti, panis hic mutatur in carne, et calix translatus in sanguine, sit offerentibus gratia, sit sumentibus medicina.

Le Post mysterium suivant du Missale gothicum est tiré de la messe de l'Assomption :

Domine, in his sacrificiis tui benedictionis coaeternus et cooperator Paraclitus Spiritus, ut oblationem, quam tibi de tua terra fructificante porregimus, caelesti permutatione, te sanctificante, sumamus : ut translata fruge in corpore, calice in cruore, propitiet meritis quod obtulimus pro delicto.

Les Livres carolins ont deux allusions, qu'il faut citer, à l'épiclèse : Cum scilicet corporis et sanguinis dominici sacramentum ad commemorationem passionis et nostrae salutis nobis concessum ab eodem mediatore Dei et hominum, per manum sacerdotis et invocationem divini nominis conficiatur... Cum videatur illud conficiatur, operante invisibiliter Spiritu Dei... consecratur a sacerdote divini nominis invocationis.

V. L'ÉPICLÈSE romaine. — La question de l'épiclèse romaine nous place tout de suite en face de sérieuses difficultés. Elle est si obscure que cinq systèmes différents ont été imaginés et sont encore soutenus aujourd'hui ; 1° pas d'épiclèse romaine ; 2° épiclèse Quamoblationem ; 3° épiclèse Suppli ces te ; 4° deux ou plusieurs épiclèses romaines ; 5° épiclèse par l'imposition des mains.

1° Il est certain que, si l'on s'en tient à la définition stricte de l'épiclèse telle que nous l'avons donnée et telle qu'elle se trouve dans la plupart des liturgies orientales et dans quelques-unes des messes mozarabes et gallicanes, à savoir, une invocation au Saint-Esprit afin qu'il transforme les éléments du pain et du vin au corps et au sang du Christ, il n'y a rien dans la messe romaine qui ressemble, même de loin, à une telle formule. Le Saint-Esprit n'est même pas nommé à cette place. Mais nous l'avons dit, en dehors de cette épiclèse entendue au sens absolu, il y a d'autres formes d'épiclèse plus antiques et d'un sens plus vague, par exemple, une prière au Saint-Esprit, sans allusion à la transsubstantiation.

Mais, dit-on, s'il n'existe pas aujourd'hui d'épiclèse romaine au sens strict, cette épiclèse a existé autrefois au canon romain. On en trouve encore des traces aujourd'hui. Voilà, en effet, ce que nous lisons dans un texte de Gélase du v siècle :

Il est fait allusion ici, incontestablement, à une invocation du Saint-Esprit, qui, à la manière de l'épiclèse orientale, opère la transformation du corps et du sang du Christ.

On a cherché à contester la valeur de ce texte en disant que Gélase, dans tout le traité De duabus natwis, d'où ce témoignage est tiré, s'inspire de l'« de Théodoret ; il eut par ailleurs de nombreux rapports avec l'Orient ; il est donc possible que Gélase se réfère dans le passage cité à l'épiclèse des grecs '.

Mais il faudrait encore expliquer le texte suivant dans une lettre du même pape à Elpidius, où se lit de même une allusion à l'épiclèse :

Sacrosancta religio quse calholicam tenet disciplinam, lantam sibi reverentiam vindicat, ut ad eam quilibel nisi pura conscientia non audeat pervenire. Nam quomodo ad divini mysterii consecrationemceelestis Spiritus invocalus adveniet, si'sacerdos, qui eum adesse deprecatur criminosis plenus actionibus reprobetur '.

Ce passage, nous dit-on, viserait une liturgie dont se ser\'ait Elpidius, évêque de Volterra, laquelle pouvait contenir une épiclèse '.

Voilà bien des hypothèses, et l'on trouvera que c'est se débarrasser à bon compte de deux textes, dont le second surtout paraît probant.

Même si on les rejetait, nous pourrions en citer un troisième, celui-ci décisif, et qui a été peu remarqué.

Paul Warnefried (Paul Diacre), dans sa Vie de saint Grégoire le Grand, se sert de ces paroles :

Prœscius conditor noster infirmitatis nostrx ea potestale, qua cuncta fecit ex nihilo et corpus sibi ex carne semper virginis, opérante Sancto Spiritu, fabricavit, panem et vinum aqua mixtum, manente propria specie,in carnem et sanguinem suumadcatholicam precem ob reparationem nostram Spiritus tui sanctificatione convertit ',

qui sont à rapprocher de nombreux textes des Pères anciens sur le parallèle entre l'incarnation et l'eucharistie.

L'une et l'autre par l'opération de l'Esprit ; il semble bien qu'il y ait là encore une allusion à une épiclèse romaine.

L'argument que l'on apporte contre l'existence d'une épiclèse romaine est la conformité du canon romain avec le De sacramentis.

Or le De sacramentis, dont l'existence au i\' siècle n'est pas douteuse, n'a pas plus d'épiclèse que le canon romain, au sens strict du mot.

Il paraît peu probable, ajoute-t-on, qu'entre 400 et 492, époque de Gélase, la liturgie ait admis une formule d'épiclèse qui aurait disparu ensuite.

Mais cette objection n'a pas grande valeur.

Il y a eu dans la messe romaine du v au vu' siècle des changements importants.

En tout cas, certains liturgistes admettent l'hypothèse d'une épiclèse romaine plus expressive, que l'on aurait fait disparaître pour lui substituer une forme plus anodine, le Suppli ces te, qui laisse aux paroles de l'institution toute leur force '.

La thèse de Buchwald, que nous exposons ailleurs, revient un peu à celle-là, à savoir : Rome avait d'abord une épiclèse du logos, que l'on remplaça ensuite par celle du Saint-Esprit, laquelle disparut à son tour.

Le Per quem hsec omnia est un reste de l'invocation du logos, comme le Suppli ces te est un reste de l'invocation du Saint-Esprit.

C'est sous Léon (440-461) que l'épiclèse du Saint-Esprit aurait été substituée à celle du Verbe, et sous saint Grégoire I que l'épiclèse du Saint-Esprit aurait fait place à la forme actuelle '.

2° L'épiclèse romaine Quam oblationem. — Un bon nombre de liturgistes anciens ou modernes voient dans le Quam oblationem l'épiclèse romaine.

Il est certain, en effet, que la terminologie, surtout la clause finale : ut nobis corpus et sanguis fiât dilectissimi Filii tui Domini nostri Jesu Christi, a les allures d'une épiclèse.

Parmi les anciens qui se sont ralliés à ce sentiment, on peut citer Innocent III, Alexandre de Halés, Albert le Grand, saint Thomas, etc. * ; parmi les modernes, Lebrun', dom P. de Puniet, mais surtout Ed. Bishop, qui se prononce énergiquement pour cette opinion et condamne ceux qui voient l'épiclèse romaine dans les prières Supra quœ et Suppli ces te.

Il prouve sa thèse par plusieurs raisons, notamment par des rapprochements avec les liturgies orientales, avec les Clémentines, avec la liturgie d'-\daï, etc. ».

Nous donnons ici ce texte, comparé à celui du De sacramentis.

C.\N(J** **ROMAIN.

Domlnus vobiscum...

Sursum corda...

Vere dignuiu et justum est

Sanctus.

Te igitur.

Mémento Domine.

Communicantes...

Hanc iRitur oblationem...

Quam oblationem tu Deus in omnibus benedictam, adscriptam, ratam rationabilem que facere digneris ut nobis corpus et sanguis flat D. N. J. C. qui pridie quam pateretur....

Unde et memores.

Domine, nos servi tui...

tam beatœ passionis, necnon et ab inicris rcsurrectionis sed et in ca^los gloriosx asccnsionis, offcrimus prxclarœ majestati tuce de tuis donis ac datis...

bostiam immaculatam, panem sanctum

De sacramentis.

(Vis scire quia verbis cfe lestibus consecratur [sacramcntum]7 accipe quse suai verba :)

Fac nobis hanc oblationem adscriptam, ratam, rationabilem, acceptidjilem, quod figura est corporis et sanguinis Domini N. J. C.

Qui pridie quam pateretur...

Hrgo memores gloriosissimaï ejus passionis, et ab inferis resurrectionis et in ca4um ascensionis, offcrimus tibi hanc immacuialam liostiara, rationabilcm hostiani.

incruentam hostiam, h une vit3P îeternœ et calicem salutis perpétuée.

Supra qute propitio ac sercno >ailtu respicere digneris, et accepta habere sicuti accepta habere dignatus es munera pueri tui justi Abel et sacrificium patriarchae nostri Abrahse et quod obtulit summus sacerdos tuus Melchisedech, sanctum sacrificium, immaculatam hostîam.

Suppli ces te rogamus, omnipotens Deus, jubé haec perfeni per manus sancti angeli tui in sublime altare tuum in conspectu divinse majestatis tuîc :

ut quotquot et hac altaris participatione, sacrosanctum Filii tui corpus et sanguincm sumpserimus, omni benedictione cselesti et gratia repleamur.

Per eumden C. D. N.

Amen.

panera sanctum et calicem vitae œternœ et petimus et precamur ut hanc oblationem suscipias in sublimi altari tuo per manus angelorum tuonim, sicut suscipere dignatus es munera pueri tui justi Abel et sacrificium patriarcha ? nostri Abrahae et quod tibi obtulit summus sacerdos Melchisedech.

Dom Cagin montre encore, dans ce passage et dans d'autres parties de son œuvre, que Vangelus auquel il est fait allusion dans l'épiclèse Emilte, et dans plusieurs autres formules, à commencer par la formule romaine Suppliques te... jubé hœc perferri per manus sancti angeli tui, n'est autre chose qu'une désignation de l'Esprit-Saint '. Enfin, en poursuivant l'histoire et l'évolution de cette épiclèse désaffectée, il montre que plusieurs autres traits qui se rencontrent dans VEmilte sont encore communs à un grand nombre d'épicléses, et nous ramènent à un état du canon romain antérieur à saint Grégoire '.

C'est encore dom Cagin qui appelle l'attention sur la formule suivante, où il reconnaît une ancienne épiclèse : *MISSALE GALLICANUM VETUS SECRÈTE DE L'ÉPIPHANIE.* Post mysterium. Sacrificils præsentibus. Ecclesiæ tuæ, quaesumus. Domine, quaesumus, intende Domine, dona propitius inplacatus, quibus non jam tuere, quibus non jam aurum, thus et myrrha pro thus et myrrha profertur, fertur, sed iisdem muneribus sed (quod) (de) eisdem munera declaratur, offertur, immolatur. Sumitur. Per Dominum nostrum Jesum Christum.

On peut trouver les éléments d'une ancienne épiclèse dans la prière suivante, qui est conservée dans la prière Summe sacerdos, aujour d'hui encore dans nos missels comme préparation à la messe, et attribuée à saint Ambroise : Descendat etiam, Domine, illa sancti Spiritus tui invisibilis incomprehensibilis que majestas, sic ut quondam in patrum hostias desccndebat, qui et oblationes nostras corpus et sanguinem tuum efficiat, et me indignum sacerdotem doccat tantum tractare mysterium cum cordis puritate, et lacrymarum devotione, cum reverentia et timore, ita ut placide ac benigne suscipias sacrificium de manibus meæ ad salutem omnium tam vivorum quam defunctorum (orationes ante missam).

Le même texte est donné par Alcuin et se retrouve dans les livres mozarabes : Descendat etiam, Domine, illa sancti Spiritus tui incomprehensibilis invisibilis que majestas, sic ut quondam in patrum hostias desccndebat. Per eumdem D. '.

Voici le texte dans le Liber ordinum et dans Alcuin : *LIBER ORDINUM Post pridie Memores sumus.... Petimus ergo majestatem tuam... Sacramentum tuum liber, ; sumus.... Petimus ergo majestatem tuam.. et descendat super hunc panem et super hunc calicem plenitudo tuæ divinitatis. Descendat etiam, Domine, illa sancti Spiritus tui incomprehensibilis majestas sicut quondam in Patrum hostiis mirabiliter desccndebat. Ac praesta, Domine... . et descendat super hunc panem et super hunc calicem plenitudo tuæ divinitatis. Descendat etiam, Domine, illa sancti Spiritus tui incomprehensibilis majestas, sicut quondam in patrum hostias desccndebat. Per eumdem '.

On ne peut méconnaître non plus la formule d'une épiclèse dans cette secrète du Léonien : Mille, Domine, quæsumus, spm scum qui et hœc muncra præsentia nostra tuum nobis efficiat sacramentum et ad hoc percipiendum nostra corda purificet, per *.


VII. Discussions théologiques sur l'épiclèse. — Nous n'avons pas ici à discuter la question de l'épiclèse au point de vue théologique. Nous nous contenterons de renvoyer aux travaux fort nombreux écrits en ce sens '. Il nous faut néanmoins résumer la question en quelques lignes. Sans ces éclaircissements, l'exposé historique lui-même demeurerait incomplet.

La doctrine catholique nous enseigne que la forme de l'eucharistie est constituée par ces paroles que le prêtre prononce à la messe : Hoc est corpus meum... Hic est calix sanguinis mei. La transsubstantiation s'opère à ce moment ; c'est pour quoi, dans la liturgie romaine, les paroles de l'institution forment en quelque sorte le point central et le plus solennel de la messe. On l'appelle le moment de la consécration, et il est facile de voir aujour d'hui, par exemple, à l'ensemble des cérémonies qui entourent ce rite, élévation de l'hostie et du calice, génuflexions, prostrations, son de la clochette ou des cloches, et, aux messes solennelles, encensement et procession de torches ou de flambeaux, que c'est là le moment le plus important de la messe *.

Bien que cette doctrine n'ait pas été formellement définie par l'Église, elle est considérée par les théologiens comme une vérité certaine et proxima fidei « . Salaville nous raconte comment elle fut sur le point d'être définie au concile de Florence et au concile de Trente » ; elle est affirmée dans le décret d'Eugène IV aux Arméniens « ; des condamnations récentes l'ont remise en vigueur ».

Or, plusieurs des formules d'épiclèse ou des textes des Pères que nous avons cités ci-dessus viennent donner à cette doctrine un démenti plus ou moins catégorique et affirment, plus ou moins clairement, que c'est par la vertu du Saint-Esprit et par la prière d'épiclèse, conséquemment assez longtemps après les paroles de l'institution, que s'opère la transsubstantiation.

Cette divergence entre les Latins et les Grecs ne fut relevée qu'assez tard. Il n'en est pas question au temps de Photius, ni au temps de Michel Cérulaire, alors cependant que les discussions entre les deux partis étaient si ardentes « . C'est au XIIe, semble-t-il, qu'elle fut soulevée pour la première fois par Théodore, évêque d'Andide. Au XIVe, Théodore de Mélitène puis Nicolas Cabasilas, et au XVe, Syméon de Thessalonique, portent sur ce point leur attention '.

Mais c'est surtout au concile de Florence que la question fut débattue, alors que les deux Églises, cherchant un rapprochement, s'efforcèrent de trouver sur ce point, comme sur les autres, un terrain de conciliation. Isidore de Kiev, Jean de Torquemada, et Bessarion se distinguèrent dans la discussion, sans arriver à un accord sérieux -.

Torquemada admet que l'épiclèse participe à la confection du corps du Christ, mais à condition qu'on entende, par corps du Christ, son corps mystique. Le cardinal Bellarmin adopte cette opinion. L'opinion du cardinal Bessarion, suivie encore de nos jours par quelques théologiens (Gutberlet, Lingens), reconnaît que la consécration est opérée par les paroles de l'institution, mais elle suppose que l'Église veut manifester l'intention qu'elle a de consacrer, et c'est le rôle de l'épiclèse.

Dès lors, peu importe sa place '. Ambroise Catharin, dominicain, qui assista au concile de Trente, et fut fait évêque ensuite, a imprimé deux traités Quitus verbis Christus consecraverit en 1552, dans lesquels il soutient que la forme de la consécration ne consiste pas dans les paroles de l'institution, mais que la transsubstantiation est opérée avant que ces paroles ne soient prononcées, à savoir, par la bénédiction Benedixit.

Ce sentiment, dit-il, est celui des papes Innocent III, Innocent IV, et d'Eudes de Cambrai*. Christophe de Cheffontaines (Christophorus de Capitefontium, en breton Kerpenfentenio), qui fut général des cordeliers, en 1571 et plus tard archevêque de Césarée, soutint le même sentiment dans plusieurs ouvrages et chercha même à l'appuyer sur le concile de Trente ^.

Bossuet dit de son côté : « L'esprit des liturgies et en général de toutes les consécrations n'est pas de nous attacher à de certains moments précis, mais de nous faire considérer le total de l'action pour en entendre aussi l'effet entier... C'est donc pour rendre la chose plus sensible que l'Église parle en chaque endroit comme la faisant actuellement, et sans même trop considérer si elle est faite ou si elle est peut-être encore à faire *. »

On verra que cette explication a été reprise par quelques liturgistes modernes. Au XVIIe et au XVIIIe, la controverse reprit de plus belle parmi les savants catholiques. Combes, Lequien, Renaudot et Touttée, furent amenés, par leurs travaux sur la liturgie et sur les Pères de l'Église, à examiner de nouveau la question de l'épiclèse '.

Tout en admettant que la forme de l'eucharistie est bien dans les paroles de l'institution, ils refusent de condamner la doctrine de l'épiclèse professée par certains Pères ou formulée dans les liturgies orientales. L'efficacité des paroles de l'institution, au moins pour les Églises orientales, serait conditionnée par l'épiclèse.

Dans la liturgie latine, la cause impétratoire précède (c'est l'oraison Quam oblationem) : c'est pour quoi, après les paroles du Sauveur, tout le mystère est terminé. Dans les liturgies orientales, la cause impétratoire suit (l'épiclèse après les paroles de l'institution) : c'est pour quoi la cause efficiente attend, pour agir, que l'épiclèse soit prononcée.

L'épiclèse, comme partie du Canon, possède une sorte de nécessité liturgique ». Mais c'est surtout à l'occasion de l'ouvrage de Lebrun sur les Cérémonies de la messe que la discussion se ranima. Il traite longuement la question dans son livre sur la messe, et incline vers l'opinion qui veut que l'épiclèse soit nécessaire, dans une certaine mesure, à la consécration '.

Naturellement, protestants et anglicans ont pris vivement parti à ce sujet contre l'Église catholique. Grabe, dans son ouvrage De forma consecrationis eucharisticæ, a défense de l'Église grecque contre l'Église romaine et même contre l'Église anglicane, qu'il accuse d'avoir sacrifié l'épiclèse. Neale fait un grief à l'Église latine d'avoir laissé disparaître ce rite de l'épiclèse, essentiel à la liturgie de la messe. Dans un article de la Church quarterly review, W. C. Bishop pense aussi que l'Église romaine, pour donner aux paroles de l'institution plus de relief, aurait supprimé l'épiclèse. La question de l'épiclèse continue encore de nos jours à diviser les théologiens des deux Églises, et, en 1895, le patriarche Anthime opposait l'obstacle de cette divergence aux efforts de Léon XIII pour tenter un rapprochement avec l'Orient. De leur côté, les théologiens catholiques ont essayé une explication ou une conciliation.

Ils (les Pères orientaux) ne paraissent pas avoir jamais insisté sur l'instantanéité du changement de substance. Ils ont pris le drame liturgique dans son ensemble ; ils ont fait ressortir la suite harmonieuse et progressive des rites sacrés, tous importants et solennels, depuis la doxologie et le commencement de l'anaphore jusqu'à la communion.

Cela donna naissance à une polémique dont nous ne citerons que quelques titres : Lettre d'un curé de Paris touchant le sacrifice de la messe, Paris, 1718 ; Réflexions sur la lettre d'un curé de Paris, dans Mémoires de Trévoux, août 1718, p. 213-225 ; Réfutation de la dissertation du P. Le Brun, sur la forme de la consécration, par le P. Bougeant, S. J., Paris, 1727 ; Défense de l'ancien sentiment sur la forme de la consécration par le P. Le Brun, Paris, 1727 ; le P. Hongnaut, S. J., Apologie des anciens docteurs de la faculté de Paris..., contre la lettre du P. Le Brun, Paris, 1728 ; le P. Bougeant, Traité théologique sur la forme de la consécration de l'eucharistie, Lyon, 1729. Cl. Sommervogel, Bibliothèque de la Compagnie de Jésus, art. Bougeant. — Cf. dom Cabrol, Le canon romain et la messe, dans Revue des sciences philosophiques et théologiques, 1903, t. I, p. 511 sq. — J. M. Neale, A history of the holy Eastern Church, London, 1850, p. 492 sq., surtout p. 498. — W. C. Bishop, The primitive form of the eucharist, dans Church quarterly review, 1908, t. LXVI, p. 385 sq. J. Watterich, dans sa dissertation (cl. la bibliographie), formule la même accusation. Le P. Le Bachelet, dans son article Consécration et épiclèse, dans les Études, 20 mai et 20 juin 1898, t. LXXV, p. 805, expose et réfute la thèse de Watterich. — Lettre encyclique et synodale, Constantinople, 1895 (publiée en grec et en français). Cf. aussi l'article du P. Le Bachelet, loc. cit., p. 466 sq. — E. Bouvy, Les Églises orientales. Traditions et liturgies eucharistiques, dans Congrès eucharistique de Reims, 1894, p. 756. Cf. Revue augustinienne, 1902, t. I, p. 469, cf. Salaville, La liturgie de saint Justin et l'épiclèse, dans Échos d'Orient, 1909, t. XII, p. 224 sq.

Dom Cagin est convaincu que l'étude comparée des liturgies peut apporter sur l'épiclèse des éléments nouveaux de solution, et qu'il faut interpréter dans l'ensemble liturgique des expressions qui, prises à la lettre, nous induiraient en erreur. Il montre, par exemple, que des épiclèses mozarabes, gallicanes ou même orientales, qui semblent placer dans l'invocation du Saint-Esprit la force de la conversion des éléments, n'admettent pas moins dans les paroles de l'institution l'efficacité consécratoire. Ces apparentes contradictions, dans une même liturgie, s'expliquent par l'infirmité du langage humain.

Il est clair que la valeur théologique (de certaines expressions liturgiques) doit être prise dans un sens rétrograde et concomitant avec les paroles de l'institution. Les actes humains ne pouvant être que discursifs, l'explication, par l'homme, de tout ce qui est contenu dans l'unité sacramentelle de la consécration ne peut se développer non plus que successivement. Il arrivera ainsi que l'essence de l'acte sera déjà posée, que l'esprit de l'homme, à plus forte raison sa parole, en seront encore à détailler tout ce que cet acte est destiné à contenir, tout ce que le prêtre a l'intention qu'il contienne, et qu'il contient déjà.

Il reconnaît, il est vrai, que cette explication n'est que partiellement exacte. Il y a un autre point de vue qui atteint plus intimement les intentions et le contenu objectif des formules et des rites. Il y a vraiment une opération distincte et particulière attribuée au Saint-Esprit dans cette partie du canon. Le propre de la consécration, c'est d'avoir posé le mystère, l'élément divin du sacrifice, le principe de sanctification. Il reste à dispenser ce mystère suivant toutes les applications de culte et de sanctification, auxquelles la messe doit pourvoir. La sanctification des membres fidèles du Christ et leur incorporation au mystère par la communion n'épuisent pas cette application ; il y a encore à réaliser extérieurement l'offrande de la victime, à consommer le sacrifice. Cette partie du canon serait donc la part d'opération appropriée au Saint-Esprit, l'œuvre sanctificatrice, de même que la partie s'étendant du Sanctus à l'épiclèse était celle du Fils accomplissant l'œuvre rédemptrice comme l'eucharistia jusqu'au Sanctus (l'anaphore de la Cène juive) était le sacrifice de louange de l'ancienne Loi à Dieu le Père, la reconnaissance de l'œuvre créatrice et conservatrice.

Tout cela d'ailleurs se succède suivant une progression historique évidente, surtout dans les anaphores non abrégées. L'incarnation arrive ainsi à son rang, à sa date relative, puis l'institution de la cène et la consécration du corps et du sang du Seigneur, le précepte donné aux apôtres de perpétuer représentativement et efficacement ce qui s'est accompli sous leurs yeux, enfin la résurrection, l'ascension, la Pentecôte, le second avènement. L'intervention du Saint-Esprit est appelée précisément au moment où le mémorial arrive à son terme, et s'arrête à la Pentecôte... La confirmation, voilà le mot qui définirait le mieux le propre de l'opération du Saint-Esprit dans le cas présent.

Dans ses études postérieures, il est revenu plusieurs fois sur la question de l'épiclèse. Il est arrivé à cette conclusion, avec d'autres liturgistes, que l'épiclèse, au moins au sens strict du mot, n'est pas d'origine apostolique et n'est pas universelle. L'action eucharistique forme un ensemble dont le centre est constitué par les paroles de l'institution. Primitivement, l'épiclèse est une invocation au Saint-Esprit pour qu'il applique aux fidèles le fruit de la communion. Elle ne contient même pas d'allusion à la conversion des éléments. C'est ce que nous pouvons constater dans les épiclèses les plus anciennes, notamment dans l'anaphore des Stoicorum ecclesiasticorum de Vérone, pour laquelle on réclame un droit d'aînesse. La place que l'épiclèse occupe dans la plupart des liturgies orientales est une place usurpée ; l'épiclèse est une interpolation dans l'anaphore primitive ; elle a pris une importance exagérée par rapport aux paroles de l'institution, qui sont le centre de gravité de l'action eucharistique. Tout cela est le fait d'une déviation liturgique et d'un contresens.

D'autres controversistes en ont pris occasion d'accuser les scolastiques d'avoir sur ce point voulu trop préciser, et de s'être prononcés sans une connaissance suffisante des faits liturgiques. N'a-t-on pas récemment établi qu'en matière d'ordination l'imposition des mains seule était essentielle, et que la thèse de la nécessité de la porrection des instruments, soutenue par les mêmes théologiens, n'était pas suffisamment démontrée ? Or c'est précisément le décret d'Eugène IV qui, dans un cas comme dans l'autre, a été pris comme point de départ. Peut-être peut-on dire que, sur ce point, il y a eu progrès dans le dogme eucharistique et précision sur certaines formules.

A l'origine, on ne s'est pas demandé si la consécration s'opérait à tel ou tel moment. Le canon était considéré dans son ensemble comme la formule eucharistique qui opérait sur les éléments. Plus tard, la division de chacune des parties du canon s'étant accentuée, on a cherché à mieux définir leur rôle, quelques-uns accordant à l'invocation du Saint-Esprit l'efficacité qu'ils retiraient aux paroles de l'institution.

En tout cas, la liturgie apporte dans cette discussion une contribution de première importance. L'Invocation, une certaine invocation, du Saint-Esprit est fort ancienne, primitive, si l'on veut, et à peu près universelle. A en juger par les plus anciens textes (avant le IXe), c'était une prière à Dieu le Père d'envoyer le Saint-Esprit et parfois le Verbe sur les dons offerts, pour opérer l'union et la sanctification parmi les fidèles.

Ce n'était sûrement pas une épiclèse demandant que l'Esprit-Saint transformât le pain et le vin au corps et au sang de Jésus-Christ. L'épiclèse, conçue en ces termes exclusifs et absolus, est un fait liturgique qui n'est ni primitif ni universel. On voit naître cette formule vers le milieu du IVe, et on la retrouve sous des formes analogues dans la plupart des liturgies orientales.

Elle est absente dans la liturgie romaine ; et les autres liturgies latines, la liturgie gallicane et la liturgie mozarabe n'ont qu'un certain nombre d'épiclèses qui ont le sens exclusif de l'épiclèse orientale. On peut donc dire que cette dernière se présente plutôt à l'état d'exception ; en tout cas, ce n'est pas un fait universel.

L'étude de la liturgie primitive nous conduit encore à cette conclusion, que le point central de l'anaphore, c'est le récit de la cène. Certaines liturgies, comme la liturgie mozarabe, dont les épiclèses paraissent parfois exclusives, et même souvent les liturgies orientales, trahissent l'extrême et capitale importance qu'elles donnent aux paroles de l'institution '.


VIII. La place de l'épiclèse.

Une autre question qui n'a guère moins d'importance que celle de l'universalité, c'est la question de la place de l'épiclèse dans le canon. Il est clair que, quand l'épiclèse précède les paroles de l'institution, la difficulté disparaît en partie. Entre théologiens et liturgistes, la discussion porte aussi sur ce point.

Dans les liturgies de saint Chrysostome et de saint Basile, que nous avons citées et qui sont les plus universellement employées dans l'Église grecque, la question ne peut faire doute un instant : l'épiclèse vient à la fin de l'anamnèse, c'est-à-dire après la formule qui suit les paroles de l'institution.

C'est aussi le cas pour la plupart des liturgies orientales, comme on peut s'en convaincre par un simple coup d'œil jeté sur les collections de Renaudot, de Swainson, de Brightman, et, sur ce point les liturgies mozarabes et gallicanes suivent le même ordre.

La question est de savoir si, dans quelques liturgies, notamment dans la liturgie romaine, elle n'est pas avant les paroles de l'institution au lieu d'être après, et si cette place ne serait pas la place naturelle et primitive de l'épiclèse.

Disons d'abord que le système qui place l'épiclèse après l'anamnèse est plus logique. L'anaphore grecque ou orientale suit une marche parallèle au canon des liturgies latines. Le pontife s'adresse, dans la préface, à Dieu le Père, à qui le sacrifice est offert.

C'est le Fils qui s'offre en victime, renouvelant la cène et le sacrifice de la croix. Alors intervient le Saint-Esprit, qui, dans l'épiclèse, parachève l'œuvre de sanctification.

Cette progression répond au développement historique des mystères, et à l'ordre de la confession de foi, comme on le verra par le tableau suivant :

Prière à Dieu le Père, tout puissant et créateur (Préface ou anaphore).

Offrande du Fils, récit de la Cène.

Souvenir des mystères : Passion, Descente aux enfers, Résurrection, Ascension (anamnèse).

Rôle du Saint-Esprit (Épiclèse).

Création, Œuvre du Père.

Incarnation.

Cène et Passion.

Mort.

Descente aux enfers, Résurrection, Ascension.

Pentecôte.

Œuvre du Saint-Esprit.

Credo in Deum, Patrem, etc.

Et in Jesum Christum qui passus est, Mortuus est, sepultus, descendit ad inferos, resurrexit, ascendit in cælos.

Et in Spiritum Sanctum, etc.

Ainsi l'ordre logique, naturel, chronologique, semble demander que le rôle du Saint-Esprit, dans l'eucharistie comme dans l'incarnation, vienne après l'œuvre du Père et celle du Fils.

Mais il ne faudrait pas attacher trop d'importance à cette considération, car nous savons que l'inspiration liturgique ne suit pas toujours un développement logique ou historique.

Ce qui est plus remarquable, c'est la constatation du fait que, dans la plupart des liturgies, l'épiclèse vient en effet à cette place.

Elle semble même faire souvent partie de l'anamnèse '.

Le P. Salaville résume ainsi ses vues : « On peut affirmer, d'une façon générale, que toutes les liturgies ont le récit de la cène et les paroles du Sauveur (Hoc est corpus... Hic est sanguis) avant l'épiclèse.

En outre, malgré la difficulté des problèmes concernant les origines liturgiques et bien que la lumière soit encore loin d'être complète en ces matières fort complexes, nous pouvons, avec un groupe assez nombreux de liturgistes (Renaudot, Hoppe, Probst, Duchesne, Funk, Cagin, Cabrol, Rauschen, etc.), admettre l'existence de l'épiclèse, à la place que nous avons dite, dans toutes les liturgies anciennes d'Orient et d'Occident, au moins à partir de leur période de fixation — la première où nous puissions les constater — c'est-à-dire au IVe '. »

Aux articles Anamnèse, Anaphore et Canon, nous avons montré, en effet, que l'épiclèse est un des éléments du canon, et qu'elle vient à peu près invariablement après l'anamnèse.

Cependant il y a quelques exceptions notables, dont il faut nous occuper maintenant.

Quelle fut à l'origine cette épiclèse ou invocation eucharistique ? Il est difficile de le savoir. L'improvisation étant à cette époque la loi de la liturgie, elle a dû varier et, en effet, les prières eucharistiques les plus anciennes, comme celles que nous avons citées, ont toutes une forme différente.

Quelques critiques prétendent que l'invocation primitive fut une épiclèse du Verbe. Il est certain qu'on retrouve des traces de cette invocation en Égypte, et même, comme nous l'avons vu, dans des liturgies gallicanes. Mais de là à y voir la forme primitive de l'épiclèse, il y a loin et cette hypothèse n'a pas de fondement sérieux.

L'hypothèse de Buchwald n'est pas plus solide ; d'après lui, Jésus bénit le pain et le vin selon la forme juive, la Barakhah, une prière eucharistique ou d'action de grâces. La première génération chrétienne garda cette forme au moins substantiellement. C'est notre anaphore, d'où le nom d'eucharistie. La Barakhah tout entière était considérée comme forme de la consécration. C'est à cette forme que fait allusion Justin, apol., Lxvi, 2.

Plus tard, on oublia quelque peu cette forme primitive, ou du moins on la crut insuffisante, et on y ajouta une prière à Dieu pour qu'il voulût consacrer et envoyer son Verbe. C'est à cette nouvelle forme que ferait allusion Irénée, Adi. hœr., v, 2, 3. Il en est resté quelques traces en Espagne, en Gaule, dans l'Orient. Au IVe, le Saint-Esprit remplace le Verbe et produit l'épiclèse de la troisième personne. Le Saint-Esprit — eurent pour effet de faire préciser cette doctrine et l'on affirma plus vigoureusement dans l'épiclèse l'action vivifiante et transformatrice de la troisième personne. C'est le Saint-Esprit qui est désormais à peu près partout nommé dans l'épiclèse ; on le prie, non plus seulement de sanctifier les fidèles par la participation au sacrement, mais encore on lui attribue la transformation des éléments.

Sous cette dernière forme, l'épiclèse se trouve dans toutes les liturgies orientales, presque sans exception, se glisse même dans des liturgies latines. Rome résiste à cet entraînement et la forme de son épiclèse a si peu de relief qu'on peut soutenir encore que l'épiclèse est absente dans la messe romaine ; en tout cas, le Saint-Esprit n'y est pas nommé et aucune allusion n'est faite à son action sur les éléments.

Étudier le style des épiclèses serait se lancer dans une étude comparative de toutes les liturgies. Cette étude serait assurément utile et instructive, mais elle dépasserait le cadre de cet article. On pourrait alors se rendre compte des imitations, additions ou modifications que l'épiclèse présente à travers les âges et les liturgies diverses. Cette étude sera faite quelque jour, nous l'espérons, et amènera à des conclusions intéressantes. Dès maintenant les grandes lignes en ont été tracées, l'on peut se rendre compte de son évolution.


XI. Fondements scripturaires de l'épiclèse. — D'après Salaville, ces fondements scripturaires se réduiraient à trois, et encore, sur les trois, il en est deux dont les applications sont douteuses. Commençons par ces derniers.

Probst, dans le discours de la cène, Joan., xiv-xvn, cherche des rapprochements avec la prière eucharistique ou l'anaphore ancienne qui se serait inspirée de ce discours (souvenir de la passion, de la mort, de la résurrection, de l'ascension et de la Pentecôte). Il y est fait mention de l'opération du Saint-Esprit et de son œuvre de sanctification. Ce serait la partie correspondant à l'épiclèse. Mais ces rapprochements sont vraiment trop subtils, ou plutôt ils sont trop vagues pour qu'on puisse y voir autre chose que des idées générales dont la liturgie a pu s'inspirer, mais qui ne sont qu'en relations assez indirectes avec les formules.

Cependant Salaville rapproche de ce discours une épiclèse syriaque qui s'inspire d'un texte de saint Jean, Ki, 14. « Le second fondement scripturaire de l'épiclèse serait les passages de saint Matthieu et de saint Luc qui expriment l'opération du Saint-Esprit dans la conception surnaturelle de Jésus. Dans ces textes, l'œuvre de l'incarnation est appropriée à la vertu du Saint-Esprit. Or l'eucharistie est comme le prolongement et le renouvellement de l'incarnation. On voit donc comment on était amené en quelque sorte logiquement à attribuer le mystère de la transsubstantiation à l'opération du Saint-Esprit. Ce parallèle entre l'incarnation et l'eucharistie, opérées l'une et l'autre par la vertu du Saint-Esprit, se rencontre très fréquemment chez les Pères. Ce qui est intéressant pour nous, c'est qu'on le trouve aussi indiqué dans quelques épiclèses. Le P. Salaville cite les cas suivants : Spiritus Sancti... qui ly s/.\v^J punuii visaisissA.YCT.EBi ;scE.\Di Tel corpus FORILAVIT VERBO TCO EJVS SOCIO... ut ipse iuedesCENDAT ETIAM NUXC supcT hœc mysteria... cl facial panem guident istum corpus sanctum Christi lui... '.

...Tu oereille ignises...qui inlibaltevirginis in utero quondam membra, in qua verbum caro fierct quibus hoc rite sacrificium competeret, immaculata formasii, in cujus SIMILITVDIXEM hœc munera corporis et sanguinis ingerimus... '. Nous avons nous-même, dans le présent article, souligné quelques autres cas semblables dans les formules liturgiques.

Enfin on peut citer encore, comme fondement scripturaire, l'Épitre aux Hébreux (ix, 14) : Quanta magis sanguis Christi, qui per Spiritum Sanctum (le grec porte Sià TTVEÛjjiaToç atcùvîou) semetipsum obiulii immaculalum Deo, emundabil conscientiam nostram ab operibus mortuis ad serviendum Deo viventi ' : c'est donc par l'Esprit-Saint (et non par le feu ou le fer, comme les victimes de l'ancienne loi) que Jésus s'est offert à son Père. Mais c'est là même l'idée qui fait le fond des épiclèses, le sacrifice du Christ, par l'opération du Saint-Esprit. Le P. Salaville cite aussi quelques épiclèses qui mettent mieux en lumière ce rapprochement :


ILLUD PVRIFICATIONEM ESSE FACIAT ».

Tu vere ille ignis es, qui patrum nostrorum acceptans sacriftcia divinitus consumpsisti... DIVIXITATIS TV.î IGNE SALViFico onuiium peccatorum nostrorum affectionem exurens... *.

Visitet ea munera Spiritus Sanctus, qui IS simili tudixem flammj : Manucs dona suscepit... qui per vaporem incendii Helise prophetœ holocaustum adsumpsit...^.

De ce texte de l'Épître aux Hébreux, il faut rapprocher celui-ci ' : Elç Ta civai [xc XeitoupyJ>v 'lïjaoO XpiOTOû zlç Ta 9vif), to zùcffyéXiov toû 6coû, l'va Yévï]Tat t) Ttpôaçopa Tôiv èSvcôv èv àytco. Les termes mêmes }£iToupyàv îïsoupyoûvTQt, Trpoaçopa, sont entrés dans le vocabulaire liturgique. Cette offrande des païens, qui est agréée et sanctifiée dans l'Esprit-Saint, rappelle le rôle du Saint-Esprit dans l'eucharistie. Aussi ce texte est-il visé dans ce que Salaville appelle une prolepse d'épiclèse ou proépiclèse '.

Enfin il faudrait ajouter à ces textes celui de I Tim., IV, 5 : ÔTi — âv Bsoïi xxXôv, xal oùSîv [icTà EÙyaptaTtaç Xafj.pavoiJ.Evov • ' Ayii'C.^'Cii yàp Sià Xôyou 6eoû xal èvizd^zioç, auquel Origène et saint Grégoire de Nysse font allusion au sujet de l'épiclèse '.


XII. Autres épiclèses dans le baptême, la confirmation, ETC. — L'épiclèse de l'eucharistie n'est aussi célèbre qu'à cause des questions qu'elle soulève. Mais il faut remarquer que d'autres sacrements et d'autres cérémonies rituelles ont aussi leur épiclèse '. Nous n'avons pas à nous arrêter longuement sur ce sujet, qui est plutôt du domaine de la théologie, néanmoins nous devons signaler quelques-unes de ces épiclèses.

Celles du baptême et de la confirmation sont les plus connues. Théophile d'Alexandrie, dans un texte que nous avons cité, rapproche l'épiclèse eucharistique de l'épiclèse baptismale :

Quod asserens (se. Origenes) non recogilal aquas in baplismate mysticas adventu Sancli Spiritus consecrari, panem que dominicum... per invocationem et advenlum Sancli Spiritus sanclificari « . Ce rapprochement prouve bien l'importance que l'on attachait alors à l'épiclèse baptismale. Mgr Batiffol fait justement remarquer à ce propos que la doctrine professée en Afrique par les rebaptisants impliquait un parallèle entre l'épiclèse du baptême et celle de l'eucharistie. Le principal argument des rebaptisants est celui-ci : les hérétiques n'ayant pas le Saint-Esprit, qui est l'Esprit de sanctification, ne peuvent pas sanctifier les eaux du baptême. C'est la doctrine de saint Cyprien. Tant vaut l'épiclèse baptismale pour le baptême, tant vaut l'épiclèse eucharistique pour la consécration de l'eucharistie. Mais le pape Étienne, en condamnant la rebaptisation, semblait condamner par là même cette théorie ». Il faut remarquer que ces analogies entre l'intervention du Saint-Esprit dans le baptême et dans l'eucharistie ont été souvent relevées par les Pères et par les écrivains postérieurs.

De son côté, saint Cyrille de Jérusalem établit un parallèle entre le pain de l'eucharistie, qui, après l'invocation du Saint-Esprit, n'est plus du pain simplement, mais le corps du Christ, et l'huile de l'onction, qui, après l'invocation n'est plus une huile ordinaire, car elle est devenue charisme du Christ, et par la présence du Saint-Esprit elle possède l'énergie de sa divinité. t Cette huile symboliquement oint ton front et tes sens, ajoute-t-il ; par l'huile qui se voit ton corps est oint, par le saint et invisible Esprit ton âme est sanctifiée '-. W. C. Bishop attire notre attention sur la consecratio fontis de la liturgie romaine et sur ses ressemblances avec le canon romain. On retrouve, en effet, dans l'une et l'autre les mêmes éléments qui se présentent dans le même ordre. Il suffit, pour s'en convaincre, de jeter les yeux sur le tableau suivant :

Benedictio fontis. Préface. Dominus vobiscum. Sursum corda. Gratias agamus. Vere dignum. Qui invisibili potentia.

C.\NON ROM.VIN.

Dominus vobiscum. Sursum corda. Gratias agamus. Vere dignum... Qui... per Christum Dominum nostrum Qui pridie quara patcrctur.... dédit discipulis suis dicens : Hoc est enim corpus meum...

H^c quoticscura que Iccoritis. Unde et memorcs. Domine, nos servis tui... per Jesum Christum filiura ejus unicum Dominum nostrum qui te in C.'uia... îiistitiition. et discipulis suis jussit ut credentes baptizarentur in te dicens :

Ite docete omnes gentes baptizantcs ces in noraine Patris....

Anamnése.

Hsec nobis praîcepta servantibus, tu, Deus oinnipotens, cicmcns, adesto. Épielèse.

Dcsccndat in hanc plenitudinem fontis, \irtus Spiritus Sancti totamquc hujus aquie substantiam, regenerandi foecundct cUcctio.

W. C. Bishop établit un parallèle entre ces deux compositions liturgiques, pour montrer que, logiquement, après l'anamnèse du canon romain, devait arriver une épiclèse, à peu près dans les termes de l'épiclèse de la consécration des fonts, n donne ce fait comme un argument en faveur de son système, que la formule romaine d'épiclèse Suppli ces le n'est qu'un substitut qui aurait remplacé une épiclèse plus expressive et plus conforme à l'épiclèse orientale '.

Nous avons apprécié ailleurs cette opinion ; nous ne donnons ici ce rapprochement que pour citer le Descendal de la consécration des fonts, qui est incontestablement un exemple d'épiclèse non eucharistique.

Aujourd'hui encore, dans le rituel du baptême, l'exsufflation est accompagnée de ces paroles ; exi ab eo spiritas immunde el du locum Spiritui Sancto parnclito. Accipe Spiritam bonum per ipsam insafjlalionem el Dei benediclionem.

Dans la confirmation, l'imposition des mains se fait avec cette formule : Spiritus Sanctus supervenial in dos et virtus altissimi castodiat vos a peccalis.

Dans les ordinations on trouve des formules comme celles-ci : Accipe Spiritam Sanctam ad robur el ad resistendam diabolo (ordination du diacre). Emitte in eos, quassumus. Domine Spiritum Sanctum in opus ministerii...

Exaudi nos... el super hos famalos luos benediclionem Sancli Spirilus, et gralise sacerdotalis in/ande virtutem... Accipe Spiritam Sanclam. Propiliare, Domine, supplicalionibas nostris, el inclinalo super h une famulum luum cornu gratin sacerdolalis. benediclionis tase in eum effunde virialcm. Enfin il faut remarquer que le Veni Creator et d'autres prières au Saint-Esprit sont des épiclèses au sens large. — Varaine, L'épiclèse eucharisti que, Paris, 1910. — J. Watterich, Der Konsekrationsmoment im heiligen F. Cabrol. ÉPICURÉISME. Au cimetière de Prétextât, il arriva qu'un jour les fossores clu-étiens débouchèrent dans le caveau d'un hypogée préparé pour un prêtre de Sabazius et quelques-uns de ses discip les, caveau qui communi que librement aujour d'hui avec la catacombe ^ (voir Diclionn., t. t, col. 838, 1507, fig. 355). L'inscription principale d'une tombe dont les fresques représentent la mort d'une femme enlevée par Pluton, sa descente aux enfers sous la garde de Mercure psychopompe, son jugement et son admission au banquet des bienheureux, est ainsi libellée - : PLVRES ME • ANTECESSERVNT, dit la défunte, OMNES EXPECTO • MANDVCA VIBE ' LVDE ET VENI AT ME • CVM VIBES • BENEFAC • HOC • TECVM FERES. Cette formule est épicurienne dans sa teneur, mais on l'a méconnu pour y découvrir une touchante exhortation à la bienfaisance ; ami vibes, benefac, qui ne s'y trouve qu'à la condition qu'on l'y mette. Le complément hoc lecum feres qui suit immédiatement met sur la voie de l'interprétation définitive, puisqu'il s'agit ici d'un emprunt textuel à Pétrone . On lit, dans le Satyricon. ce détail sur les mœurs de Chrysante : « Il avait, dit Philéros, convive de Trimalchion, une santé de fer, et était noir comme du poil de corbeau. Je l'ai eu, dans le temps, comme mignon ; et, vieux, il était encore fier et gaillard. Il n'aurait pas respecté, je crois, le chien de la maison. Il aimait aussi la fillette et faisait flèche de tout bois, » et Philéros ajoute : « Je me garderai bien de blâmer en lui ces fredaines. C'est tout ce qu'il a emporté de ce monde. » Hoc enim solum secum tulil '. On rencontre l'équivalent de cette dernière phrase sur deux marbres païens '. Là encore c'est le défunt qui prend la parole : QVOD • EDI BIBI • MECVM HABEO, dit-il, QVOD RELIQVI PERDIDIET ailleurs : QVOD COMEDI • ET ■ EBIBI TANTVM MEV ■ EST. Dans un sermon destiné à exposer et à défendre le dogme de la résurrection, saint Augustin s'exprime ainsi : • Les gentils et ceux qui se rient de la résurrection ne cessent de murmurer à nos oreil les : Manducemus et bibamus, cras enim moriemur. Ils se moquent aussi de ceux qui affirment la résurrection des morts, eu leur disant ; Voyez celui-là, il est descendu au tombeau, entendez-vous sa voix ? U ne saurait parler. Entendrais-je la voix de mon père, de mon aïeul, celle de mon bisaïeul ? Qui s'est ja mais relevé de la tombe ? Qui a pu dire ce qui se passe aux enfers ? Faisons-nous du bien tant que nous vivons : Bene nabis faciamus cum vivimus '. » Ce sont des termes analogues à ceux de l'inscription de l'hypogée ; cependant celle-ci dit simplement : CVM VIBES (virix) BENEFAC, saint Augustin dit de façon plus explicite : Bene nobis faciamus cum vivimus, et le régime qui man que au verbe dans la légende sépulcrale de Rome pourrait laisser l'interprétation douteuse. Mais nous lisons ceci dans l'Ecclésiaste : Et cognovi quoil non esset melius nisi lœlari et jacere bene in viia sua. verset dont le suivant précise le sens matérialiste : Omnis enim homo qui comedit et bibil et videt bonuni de suo tabore, hoc donum est Dei '. L'histoire des idées épicuriennes dans le christianisme ne peut être appréciée avec exactitude qu'à la condition de tenir compte de l'ambiance, de la routine, afin de ne pas exagérer quelques formu les sans conséquence. Nous avons montré que l'emploi du sigle DM, ne prouvait d'auc une manière l'affiliation, le souvenir, la culture païenne des fidè les qui laissaient ces lettres compromettantes au sommet de leur épitaphe, ils n'y prêtaient plus même attention. De même certaines affirmations épicuriennes leur paraissaient sans inconvénient, à force de les avoir entendu employer autour d'eux. Il faut reconnaître que la société païenne n'y regardait pas de bien près. >lon lueras, nunc es, iterum nunc desines esse, lit-on sur une inscription africaine ' et, en Italie : nec scio quit nunc sim nec scio quit juerim \ Sur des épitaphes grecques : oùx '/îixvjv, oùy. || si 8é Ttç &XX'èpézi4i£'-><JETai • oùx Ëoo[xai ' ; ou bien encore ; eù'J/uxôi ôax'.f ; oùx '/5[J.t)V, xal è-f£v6[JL7]V, oùx Et(il xal où Xu7ro0[iai . Environnés de gens pour lesquels ces formu les étaient <l'un usage quotidien, les chrétiens ne s'en abstenaient pas. Tertullien lui-même écrit : gui non eras faclus es, quum iterum non eris, fies ' et la formule : NON FVI, FVI, NON SVNL, NON CVRO était si comm une qu'on la représentait par les seu les initia les. Une sylloge épigraphi que ' du xn= siècle indi que in ecclesia Lateranansi Quisquis a des qui morte cii des sta perlege plora Sum quod eris, quod es ante fui, pro me precor ora, disti que qui rappelle celui-ci, à peu près de la même épo que « : Vos qui transilis nostri memores rogo sitis Quod sum hic eritis, fuimus quando que quod estis. C'est surtout en présence du spectacle de la mort frappant et brisant sans pitié que l'épicuréisme s'affirmait comme une bravade et une revanche ; parfois c'était une sorte de résignation stoï que : « Personne n'est immortel. > Cette affirmation se lit sur un grand nombre de tombes chrétiennes, à Rome, en Chypre, en Syrie, en Egypte, en Décapole, en Nubie. Dans les ' Eccl., 111,12,13. — ' Corp. inscr. lat., t. vni. n. 2885 ; cf. ibid., t. V, a. 1939 ;t.vi, n.9258 ;t. vni, n.3463. — ■ Corp. inscr, lat.,i.v, n. 3415. — Corp. inscr. grœc, t. m, n. 6745. carrières situées derrière les temp les de Kélabscheh, on lit » : -f NAVCECÙCAAE AOS / HAI ACETEAECO0SCÙ MENI MEXIPEINAIK EMHAYNEICOVA 10 A0ANATOC < et cette deuxième sur laquelle la formule se développe' » : K A 1 AN An AVC ECOC THBO K Al N A A- A ©AN ATOC EN TCO BICO TOV on la retrouve chez les Juifs « et sur les plus anciennes inscriptions chrétiennes '- ; Souvent on rencontre la même pensée : Heu tu viator lasse qui me pretereis/j cum diu ambulareis tamen hoc veniundum estlibi^\ Dolere noli matrem faciundum fuif ; Amicinolitelristare quiaonmes moriluri sumus^', et bien d'autres variantes encore '°. Au cimetière de Prétextât, à une date où le grec est encore d'un usage rare à Rome, on trouve sur une épitaphe » : oùSeiç ; 'P-rjyixâva mais bientôt on s'avise que cette formule a besoin d'un correctif et on ajoute èv xû Picô xouxcô comme à Kalabscheh, ou bien £v xoji. xocî(j.coi xouxot, ou encore ÛTrèp y^ç ; ce qui revient à dire : Personne n'est immortel dans cette vie, ou bien : dans ce monde ; et à sous-entendre : mais nous le serons dans l'autre (voir Egypte, col. 2520-2521). Plus tard, on traduit la formule « : NEGOTIAS COIVGI SVAE IVSSE NEMO INMORTALIS N LVS DEVS DOMINE QVI DEDISTI O ANT TV NOMENTVNT QV QVE FECIT CVM CONI A-XI-D-XXV Dans le même ordre d'idées nous rencontrons une formule brève et amère (Cg. 4140) : « C'est la viel •> ou bien « Voilà la vie I » Cette inscription, où le latin se mélange avec le grec et qui se termine par une série de symbo les, est conservée au musée deLatran.Ony tait la mémoire d'une certaine famille composée de Beratius Nicalor Lazaria et Julia et Onesime cum fiiios. Bcnemerentes ; l'énumé- / BHPATIOYGMKMDMC ; AAZAPIHKAIIOYAIH. KAIOM HCIMLHKONTÎMOLD ration et l'éloge s'achèvent par ces mots : ô fliôi ; TaÛTa'. Cette formule est tout à fait exceptionnelle dans l'épigraphie chrétienne. Sur une inscription chrétienne de Tanagra, on lit ce seul mot : TAYTA °, et sur une inscription de la catacombe de Calliste on voit deux — ■us et NA EIVS uxor vivi fecera N T TAV TA Ici encore la formule se contracte en un mot uni que, mais écrit en caractères latins ; elle était cependant d'importation helléni que, car ce Beratius, gentilice uni que à Rome, est certainement un étranger, peutêtre un Galate, puis que nous connaissons en Galatie un Beratius qui compose à sa femme une épitaphe terminée par ces mots O BIOC TAYTA . La coïncidence est trop remarquable pour être fortuite ; de plus, le cubicule isolé de Beratius entre les voies Appienne et Latine se trouve près de nombreuses tombes d'Asiates. Quant à cette formule ô ^i6ç TaÛTa, elle est fréquente chez les païens '. Rappelons encore le (xeràrtâv-ra toûto d'une inscription de Palestine », et, sur une inscription de SjTie dont le christianisme est discuté : ôxav )câix7]ç, toûto téXoç '. Enfin, à Arles une inscription compare la vie trop brève d'une fillette de trois ans au parfum des fleurs si vite évaporé ' : Ja cet que rapta parentibus reliquit dolorem. ut tam dulcis eral lanquam aromata. desiderando semper mellea vita que ■ vixil annis 1 ■ men ■ VI die X VI. 'ApcoîxaTt, TaÛTa H. Leclercq. ÉPILER (Pin ces a). Nous mentionnerons seulement quelques-uns de ces petits objets dont la destination n'exige pas de description. On a mentionné déjà celle d'Envermcu (voir ce mot)'. H. Baudot en trouva cinq à Charnay, dont une en fer et quatre en bronze, les tiges faisaient ressort et avaient conservé leur élasticité '« . Également ù Herpès (Charente) dans des sépultures de femmes, et parfois avec la tranche coupante » ; enfin dans les localités suivantes : Andernach, Benouville, BrissyHameglcourt, Caranda, Charnay, Criteuil, Engers, Envermeu, Épave, Fresch aux, Harmignies, Herpès, Lenglay, Londinières, Manneville, Meckenheim, Menoux, Xoiron-lès-Cîte aux, Obrigheim. H. LecLEiîcg. ÉPINAL (Manuscrit d'). Sans offrir un intérêt liturgi que, le manuscrit 6S de la bibliothè que d'Épinal mérite une notice, à raison des secours qu'il fournit pour l'étude de la paléographie mérovingienne« . Ce manuscrit contient 209 feuillets de parchemin mesurant 0 m. 27 sur 0 m. 23 ; il porte la date suivante : r. ; 2 ^ *'X. ~ Z g z s ^ ' »^ O a Ruinart ' et Mabillon ' ont liésité sur la lecture du premier mot :...yjcus, écrit Ruinart ;...ncus, écrit Mabillon ; J. Matter est moins embarrassé, il écrit Clodovicus ; Michelant ne l'est pas du tout, car il omet le mot litigieux, que Léopold Delisle lit : Ainricus. Cette souscription est mérovingienne, ainsi qu'on peut s'en convaincre par l'observation des c allongés des mots quicun que et Childerici, et dans la liaison de la lettre e avec les lettres r, c et n, dans les mots scribere, obsecro, obœdientiam et implentibus. L'authenticité de cette souscription est à l'abri du soupçon*.

L'abbé Henri ( ?) a fait copier le livre en la troisième année du règne de Childéric. Il peut s'agir de Childéric II, en 662, ou de Childéric III, en 744. Mabillon et Delisle se rangent à cette dernière date, mais Delisle fait observer que, « dans l'état actuel de nos connaissances, il serait difficile de donner des raisons péremptoires en faveur de l'une ou de l'autre date. Mais, que le manuscrit soit de l'année 662 ou de l'année 744, il n'en doit pas moins être cité comme un des exemples les plus authentiques et les plus curieux de l'écriture mérovingienne à la fin du vii° ou au commencement du viii° siècle ».

Nous avons ici un nouvel exemple de l'usage adopté à l'époque où ce livre fut transcrit, de recourir à plusieurs scribes auxquels on confiait un certain nombre de cahiers. On obtenait un résultat peu flatteur, un même volume présentait une grande variété d'écritures, depuis l'onciale jusqu'à la cursive ; en outre, il fallait raccorder les cahiers et, pour cela, surcharger certaines pages tandis que d'autres restaient à moitié blanches. On ne peut que mettre au compte d'une époque mal civilisée ces méthodes trop rudimentaires ; il semble qu'avec un peu de soin, il n'eût pas été impossible d'appareiller des équipes de scribes sachant tracer des caractères peu dissemblables, particulièrement pour l'onciale et la semi-onciale, qui réduisent au minimum l'individualisme de la main. De tout ceci on ne se préoccupait nullement.

Le contenu du manuscrit d'Épinal, analysé par L. Delisle, ne se rapporte pas à nos études.

H. Leclercq.


ÉPINES (Couronnement d') - Dans une crypte du cimetière de Prétextat, deux parois ont été décorées de fresques vers la moitié du xi° siècle. Chaque paroi avait quatre scènes, mais sur les huit sujets quatre seulement sont conservés et certains d'entre eux ne le sont qu'en partie. Parmi les sujets représentés nous avons déjà fait connaître la Vierge à l'enfant (voir Dictionnaire, t. ii, pl. hors texte, au mot Catacombes ('Art des) ; nous mentionnons aussi, d'une façon particulière, le couronnement d'épines. Cette représentation est unique en son genre dans l'ancien art chrétien. Au centre, le Christ, debout, vêtu du pallium et non de la chlamyde de pourpre dont parle l'Évangile ; deux soldats en tunique et chlamyde se tiennent à sa droite ; un

H. Leclercq.


ÉPINGLE. Cet objet de toilette féminine ne concerne l'archéologie chrétienne que par les trouvailles faites dans les catacombes et dans les cimetières. Il est vraisemblable que les artisans qui fabriquaient des épingles pour soutenir la coiffure songèrent à flatter leur clientèle chrétienne en ciselant des sujets destinés à lui être agréables. Pour se faire quelle idée de l'infinie variété des motifs, autant vaudrait entreprendre le classement et la description des épingles en usage chez nos contemporaines. Une élégance et un goût exquis rivalisaient avec une technique habile ; les métaux précieux, l'ivoire, l'os, les minéraux étaient mis à contribution. Boldetti a fait connaître quatre épingles trouvées dans les catacombes (fig. 4142, n. 5, 6, 7, 8). M. Greppo possédait un objet de ce genre spécialement intéressant par cette inscription tracée sur trois faces de l'épingle, qui est hexagonale (fig. 4142, n. 4) :

Ces épingles en métal étaient offertes en présent et c'est ce qui explique la présence d'un nom gravé. Nous en avons un autre exemple ; sur une épingle de bronze trouvée à Senorbi, en Sardaigne, on lit :

Cette épingle est conservée au musée de Cagliari, ainsi que celle-ci, en bronze, sur laquelle on lit :

« Il faut citer quelques épingles à têtes ornithomorphes qui ne sont que la reproduction des fibules de cette catégorie, comme celles d'Herpès (Charente) entièrement cloisonnée, et celle de Samson, en bronze avec œil de grenat, et celle d'Envermeu, qui représente plutôt un griffon (musée de Rouen) ; de Cliaffois (Doubs), en argent doré (musée de Besançon) (fig. 1142), de Sigmaringen, de Bassecourt (Suisse), plus grossières, moins délicates. Enfin, nous signalerons, à titre d'exception, l'extrémité de trois épingles à cheveux figurant des haches et des croix. Elles sont en bronze et le sujet n'est pourvu d'aucune ornementation. L'une est une simple francisque, elle provient de Wancennes (musée de Namur), les deux autres, recueillies à Eprave (Belgique), ont l'une une hache à marteau et à double développement, l'autre une arme toute semblable à la précédente, surmontée en outre d'une belle francisque ». H. Leclercq.


EPIPHANIE.— I. Histoire. II. Liturgie. III. Archéologie.

I. Histoire. — L'Epiphanie est une fête d'origine orientale. Les Grecs et les Latins se sont ingéniés à lui appliquer différents noms, mais aucun n'a prévalu contre celui qu'a adopté la piété chrétienne. Saint Fulgence de Ruspe l'appelle « la manifestation » et saint Léon le Grand « la déclaration », les Grecs ne sont pas en retard et leur trouvaille : « fête des lumières », est charmante, c'est tout ce qu'on en peut dire.

La plus ancienne mention de la fête de l'Epiphanie nous est donnée par Clément d'Alexandrie '. La secte gnostique des basilidiens célébrait le jour du baptême du Sauveur par une solennité précédée d'une vigile ; mais tandis que les uns la fixaient au 15 Tubi (= 10 janvier), les autres préféraient le 11 du même mois (6 janvier). On ne sait où Jean de Nicée a pris, à moins que ce ne soit dans sa cervelle, que l'établissement de cette fête remontait aux disciples de saint Jean '. Nonobstant cette origine très recommandable, la fête rencontra d'abord peu de faveur chez les orthodoxes, car vers le milieu du IVe, à Alexandrie, Origène la passe sous silence '. En l'année 304, nous savons que l'Epiphanie était célébrée en Thrace. La Passio de saint Philippe, évêque d'Héraclée, écrite à une date très rapprochée du martyre, fait mention de cette fête : De Ecclesia non recedens, et ad tolerandi patientiam singulos fratres docta oratione confirmans. Epiphaniæ dies sanctus incumbit '. Vers la même époque, saint Grégoire de Néocésarée prononce un sermon sur cette fête -. Enfin, on peut rappeler le papyrus du Fayoum que nous avons déjà publié et commenté (voir Dictionnaire, t. i, col. 2440-2443). Le Testamentum Domini est trop tardif pour être utilement appelé en témoignage ', et si l'auteur nomme à deux reprises l'Epiphanie sur le pied des fêtes les plus solennelles de l'année, il n'y a pas lieu d'en être surpris, vu la date à laquelle il écrit.

Le choix du 6 janvier pour commémorer la fête du baptême du Christ combinée avec la fête de sa nativité, n'est pas assez évident pour s'imposer. Les basilidiens n'avaient en vue que la commémoration du baptême : τοῦ παθτίσματος αὐτοῦ τὸ μέρα. La « manifestation » n'était pas selon eux l'apparition du Christ dans la chair, mais le début de sa mission publique parmi les hommes, lorsqu'une voix se fit entendre : « Tu es mon fils bien-aimé, je me suis complu en toi ». C'est aussi le baptême qui faisait l'objet principal de la solennité dans la plupart des Églises orientales.

Il n'y a pas trace de solennité du 6 janvier en Occident avant le IVe. L'Occident avait, de bonne heure, célébré l'anniversaire de la Nativité ; l'Orient s'en arrangea et, de son côté, amena les Latins à adopter la fête du baptême. Dans le courant du IVe, à une date qui ne peut être précisée, il y eut échange et les deux fêtes commencèrent alors à être célébrées partout. Le calendrier philocalien de 354 ne fait aucune mention de l'Epiphanie ; on ne saurait dire avec certitude sous quel pontificat elle obtint à Rome droit de cité, mais elle est sûrement postérieure à 243 et antérieure à 336. Cependant on la célébrait en Italie aux environs de l'an 400, saint Paulin de Nole y fait allusion « . En Gaule, elle est attestée quarante ans plus tôt ; Ammien Marcellin rapporte que, en 361, Julien César, déjà en hostilité avec l'auguste Constance, mais dissimulant encore ses sentiments païens, assista publiquement au service religieux chrétien à Vienne, le jour de l'Epiphanie : feriarum die quem celebrantes mense januario Christiani Epiphania dicunt.

Au début du Ve, l'Epiphanie était inconnue en Occident, notamment dans l'Église d'Afrique, où les donatistes se séparèrent des catholiques en 313. Un siècle plus tard, saint Augustin leur reprochait une dissidence qui les entraînait à écarter une fête que leurs fondateurs n'avaient pas célébrée du temps où ils étaient dans l'Église. S'ils n'ont pas l'Epiphanie, disait-il, c'est « parce qu'ils n'aiment pas l'unité et ne sont pas en communion avec l'Église orientale ». Mais, dès 380, le concile de Saragosse réglemente l'Epiphanie comme une des fêtes les plus solennelles de l'année : sxi a xri kal. jan. us que in diem Epiphanise qui est viii id. jan. continuis diebus, nulli liceat de ecclesia absentare. Vers la fin du IVe et le début du siècle suivant, à l'exception des donatistes, les fêtes de Noël et de l'Epiphanie étaient acceptées partout en Occident '.

En l'an 400, Arcadius et Honorius interdisent les jeux du cirque le jour de la fête de l'Epiphanie et Justinien lui donne le caractère de jour férié. Vers les dernières années du IVe, Éthérie assiste à Jérusalem à la fête de l'Epiphanie, qui jouit d'un éclat particulier et s'enrichit d'une octave. L'évêque et son clergé remplissaient ces huit jours par des processions dans les différents sanctuaires et de pompeuses cérémonies. On visitait successivement les basiliques dites de Bethléem, de la Croix, de la Résurrection pendant trois jours, ensuite, le quatrième jour, la procession se rendait à l'Eleona, le cinquième au Lazarium, le sixième à l'église de Sion, le septième à l'Anastasis, le huitième à la Croix.

À partir du Ve, la fête de l'Epiphanie est devenue une institution universellement adoptée dans l'Église, en sorte que l'histoire de ses origines prend fin vers cette date.

Nous avons vu que la coutume de célébrer le baptême du Christ apparaît au IIe parmi la secte basilidienne » et il n'est pas impossible que, dès cette époque, semblable commémoration ait été pratiquée dans quelques Églises orientales. Dès le IVe, l'Epiphanie rappelle le baptême de Jésus dans les Églises de Palestine, de Syrie, d'Asie Mineure. À cette époque, il règne encore une incertitude générale sur la date de la Nativité, tandis que presque partout le baptême est rattaché au 6 janvier « . À Jérusalem, on réunit les deux fêtes le même jour, 6 janvier ', et on en donne pour prétexte qu'au moment de son baptême, le Christ était incipiens quasi annorum virginia '. Nous avons dit que l'Orient et l'Occident procédèrent à un échange, l'Orient accepta la Nativité au 25 décembre, l'Occident accueillit l'Epiphanie au 6 janvier et les deux fêtes commencèrent à être célébrées partout. » On procéda, ou du moins on dut alors procéder à un allégement de la fête du 6 janvier, de laquelle on élimina les allusions à la Nativité, sauf à en tirer parti le 25 décembre '. Sauf toutefois là où la Nativité n'avait jamais obtenu que l'honneur d'une mention tacite ; il est possible qu'il en fut ainsi à Antioche et à Constantinople, où saint Jean Chrysostome et saint Grégoire de Nazianze parlent de la fête récemment dédoublée, sans qu'on aperçoive aucun indice d'un changement quelconque de la signification de l'Epiphanie depuis que la Nativité en a été séparée '.

Au nom de baptême ou fête du baptême, un autre vocable fut préféré, τὰ ἐπιφάνια, τὰ ἐπιφάνεια, et ces termes, qui étaient d'un usage répandu parmi les païens, notamment les théophanies. Τὰ θεοφάνια, pour désigner la fête de l'apparition d'Apollon, n'impliquaient pas, malgré l'emploi du pluriel, l'évocation de plusieurs objets différents pour la même fête. Il ne s'agit pas d'une fête « des Manifestations », mais de la fête de la manifestation divine. On note cependant quelque incertitude parmi les Pères grecs, qui appliquent le mot ἐπιφάνεια soit à la naissance de Jésus, soit à son baptême, soit à sa mission parmi les hommes. Certains d'entre eux ont maintenu à l'Epiphanie le vocable de τὰ φωτα, « les Lumières », réservant à la fête nouvellement instituée le mot τὰ ἐπιφάνια ; mais l'usage a fini par prévaloir, en Orient comme en Occident, de donner à la fête du 6 janvier le nom d'Epiphanie.

L'opinion générale en Orient est que cette fête glorifie la manifestation par excellence. « Nous donnons à ce jour le nom d'Epiphanie ou apparition, dit saint Jean Chrysostome, parce que la grâce salutaire du Seigneur s'est manifestée à tous les hommes. Or, pour quoi n'est-ce point le jour où il est né mais bien celui où il a reçu le baptême que nous appelons Epiphanie ? C'est que sa manifestation à tous les hommes ne date pas de sa naissance, mais de son baptême ; car, jusque-là, beaucoup l'avaient ignoré ». Les Constitutions apostoliques nous redisent par deux fois que l'Epiphanie est le jour où la divinité du Christ a été révélée au monde par le témoignage solennel de Dieu le Père • et saint Jérôme identifie l'Epiphanie avec le baptême du Christ, même il l'oppose à la Nativité, qui demeura cachée et pour ainsi dire secrète « .

Manifestation du Fils de Dieu, illumination des fils des hommes, telle est la manière préférée des Pères d'envisager la fête de l'Epiphanie. Cette illumination consiste dans la connaissance de Dieu manifestée par son Fils ; on voit le thème que les orateurs développeront infatigablement. « Le Christ apparaît au monde, dit Proclus de Constantinople ; il l'illumine et le remplit de joie ; il sanctifie les eaux et répand sa lumière dans les âmes des hommes. Le soleil de justice apparaît et dissipe les ténèbres de l'ignorance. Le Fils unique du Père nous est manifesté et il nous donne par le baptême la qualité de fils de Dieu ». L'Epiphanie demeura, pour l'Église grecque, la fête exclusive du baptême du Christ ; le souvenir des mages fut rattaché à la Nativité. L'office de l'Epiphanie est entièrement consacré au baptême. La cérémonie de la bénédiction de l'eau, γιασμός τοῦ δατος, rappelle également le baptême du Sauveur. C'est là un rite ancien, dont on rencontre diverses attestations dès le Ve et même dès le IIe. Dans l'euchologe actuel cette pièce est précédée d'un prologue qui s'y est trop étroitement soudé. Si on se reporte à l'édition du rituel arménien on rencontre un texte complet de cette formule d'après quatre manuscrits anciens, dont l'exemplaire oncial de la bibliothèque Barberini, du VIIIe. Dans l'Église arménienne, cette composition poétique était reçue dès le Ve et passait pour un chant angélique auxquel les voix humaines étaient invitées à se joindre. Dans l'Église grecque, on la récitait sur un ton plus solennel que le reste : »ρχηταὶ ο ερεῖς, ξυγαλαξαθῶμεν, dit la rubrique : οὐχ ξουσιν ἀκροατὴς λλος, ἀλλὰ τὰ ρχοντα τῆς κκλησίας, καὶ τὰ λλα τῶν ερέων« .

L'hymne avec son prologue factice porte le titre de Τὸ τῶν Φώτων, Λόγος πρὸ τῆς Θεοφανείας, πифανίου. Saint Sophrone est l'auteur des idiomèles du jour et l'hymne en question semble avoir si bien été composée pour la bénédiction du Jourdain que, d'après les Arméniens, Basile l'aurait rédigée à Jérusalem vers l'an 377 pendant un pèlerinage qui se rapporterait à la septième année de son épiscopat. D'après le vieux typicon de Saint-Sabas, on constate que cette longue prière n'était pas récitée dans les églises de Constantinople et du mont Athos. C'est encore là une présomption en faveur de son origine hiérosolymitaine, Sophrone étant un des réformateurs des usages liturgiques de saint Sabas. Aujourd'hui l'hymne en question est employée dans toutes les églises du rite byzantin.

En Occident, l'objet de la solennité ne fut pas conservé tel qu'on le recevait d'Orient. Il fut bien question sans doute d'honorer la manifestation de la lumière divine, mais une commémoration historique donna à la fête de l'Épiphanie un caractère nouveau, et son écart d'avec la Nativité sembla même prendre une valeur chronologique. Saint Augustin, qui consacre cinq sermons à la fête de l'Épiphanie, ne souffle pas mot du baptême. Pour lui, la solennité n'a d'autre objet que l'apparition de l'étoile et l'adoration des mages. Saint Léon n'envisage pas la fête autrement, non plus que le sacramentaire gélasien. L'illumination symbolique se matérialise dans le rayonnement mystique de l'étoile. Si le souvenir du baptême du Christ est parfois rappelé, c'est d'une façon passagère chez Sedulius, dans son poème A solis ortus cardine, et chez Paulin de Nole, dans son carmen ; simple façon d'évoquer la mention des mages et le miracle opéré aux noces de Cana. Désormais les différentes liturgies latines consacreront ce triple souvenir, avec une prépondérance marquée pour celui des mages. Le long voyage, l'entrevue avec Hérode paraissaient expliquer à merveille le délai entre le 25 décembre et le 6 janvier ; on n'entreprenait pas d'ailleurs de fixer le point de départ des trois voyageurs. Quant à l'accumulation de trois événements le même jour, sans ombre de raison historique, on ne s'en préoccupait guère. Au Ve, saint Maxime de Turin écrivait : « Li cet de solemnilate diei hujus veterum sil diiwrsa traditio, una tamen sanclse devotionis est fi des. Et qiianquam nonnulli hodie Dominam... stella duce... Mugis œstiment adoratum ; alii autem asserant eum nquas in vina mutasse ; quidam vero baptizatum illum... confirment, in omnibus Dei Filius credilur, in omnibus est nostra festivitas ». Rien ne permet de supposer sur l'ombre même d'une apparence que, malgré le sentiment de Baronius et quelques autres, le baptême du Christ ait eu lieu le 6 janvier. On n'en sait rien et on n'en saura jamais rien.

Certaines Églises d'Occident ont aussi connu l'usage d'une bénédiction solennelle le jour de l'Épiphanie. L'ensemble de formules, collectes, exorcismes et bénédictions de provenance diverse que l'on rencontre avec quelques variantes dans les manuscrits sous le nom de Benediclio major, et plus tard dans les rituels imprimés, n'ont rien de commun avec la tradition orientale. On trouve dans le manuscrit latin S20 de la Bibliothèque nationale, à Paris, transcrit au XIe, une traduction latine du ερὰ ἀκολουθία τῆς Θεοφανείας, tel qu'on le rencontre dans les eucologes du Xe. Au début on lit ce titre : Benediclio aquarum sanclarum Theophaniarum secundum ordinem orientalium ecclesiaram, c'est-à-dire selon l'usage de la seule Église byzantine. C'est un essai d'adaptation d'un ordo byzantin à la liturgie latine. En premier lieu vient une hymne qui est celle que nous avons rencontrée chez les Grecs sous le nom de Sophrone ou de Basile ; ensuite vient un appel au Saint-Esprit, enfin — et ceci est une particularité de la traduction latine — à la suite d'une brève bénédiction conforme au texte original, on a substitué, au psaume et au tropaire qui terminent l'office grec, la lecture d'un passage de saint Luc (III, 21 sq.), et le chant du Te Deum.


II. Archéologie. — Voir Dictionnaire, au mot Mages.

H. Leclercq.


ÉPIS. Le symbolisme de l'épi de blé, devenu inséparable de celui de la vigne, remonte à une haute antiquité. La Didaché, les Constitutions apostoliques y font de rapides allusions, à propos de l'eucharistie. Malgré la défiance qui s'impose à l'égard des anciens dessinateurs du Xe au XIIIe, qui prétendent reproduire ce qu'ils ont vu dans les catacombes, on doit mentionner des épis peints à la voûte d'un cubicule du cimetière de Pontien et dans la catacombe de Calliste. Naturellement nous ne disons rien ici du cubicule de l'Annone (voir t. I, col. 2267-2279). La fresque que nous avons interprétée d'un songe de la martyre Perpétue, nous montre un champ d'épis (voir Dictionnaire, t. II, col. 151, fig. 1229), mais ici il n'y a plus d'allusion au blé servant à préparer l'eucharistie.

Sur le sarcophage de Junius Bassus (voir Dictionnaire, t. II, col. 609, fig. 1460), nous voyons Adam et Eve après le péché et, à côté d'Adam, une gerbe qui indique l'obligation du travail agricole. Sur d'autres sarcophages, notamment en Gaule, on retrouve la gerbe auprès d'Adam et la toison de brebis à côté d'Eve (voir Dictionnaire, t. I, col. 510), notamment sur le sarcophage d'Adelphia à Syracuse (voir fig. 102). Nous voyons aussi Abel offrir à Dieu une gerbe d'épis (voir fig. 23). Un verre doré représente une femme avec des épis, probablement Cérès (voir Dictionnaire, t. I, col. 3021, fig. 1052) ; Garucci en fait la figure de l'Église.

H. Leclercq.


EPISCOPAT. — I. Origines. II. Presbyteros. III. Episcopos. IV. Proïstamenos. V. Synonymie de episcopos et presbyteros. VI. Ignace d'Antioche. VII. IIe. VIII. Archiépiscopat. IX. Patriarcat. X. Bibliographie.

I. Origines. — En Palestine, à Jérusalem, pendant les dernières années de l'empereur Tibère (30-37), on signala l'existence et on constata la présence d'un groupe d'individus se réclamant du nom et de la doctrine de Jésus de Nazareth. Autour de ce nom et à l'occasion de cette doctrine, des incidents singuliers et des phénomènes merveilleux attiraient l'attention des autorités et de la foule sur les orateurs, d'ailleurs inoffensifs, qui racontaient d'étranges histoires à propos de leur chef disparu. Doué de toutes les séductions de la parole et de la bonté, corrigeant les uns, soulageant les autres, commandant à la nature, il avait un moment entraîné les foules à sa suite et aurait pu faire figure d'agitateur ; mais il prescrivait l'obéissance au prince, le respect envers la loi, la soumission aux autorités et, après avoir paru en état de faire échec au procurateur lui-même, il avait été soudain la victime d'une intrigue : accusé, livré, condamné, supplicié, sans le moindre effort de sa part pour éviter son sort lamentable, sans un appel jeté à ceux qu'il avait séduits, conquis, et qui fussent accourus prendre sa défense. Ce n'était là, peut-être, qu'un exemple frappant de l'inconstance des foules et des revirements de la destinée. Mais l'événement avait eu une suite. Les partisans du supplicié assuraient l'avoir vu, et entretenu, et touché après sa résurrection. Prodige admirable dont, cependant, ils ne s'étonnaient guère, le jugeant dû à celui qu'ils considéraient comme le Messie, le Fils de Dieu, chargé d'en établir le royaume sur la terre. Traversé dans sa mission par le succès obtenu par ses ennemis, il ne renonçait pas à la remplir et c'est pour quoi, avant de retourner auprès de son Père céleste, il avait délégué ses représentants et institué ses fondés de pouvoirs. À ceux-ci incombait le rôle d'établir administrativement le royaume.

Ces fondés de pouvoirs étaient hommes de leur temps et de leur pays, sans moyens transcendants. Il leur fallut quelque temps pour se faire à l'idée du rôle pour lequel ils avaient été choisis ; certains parmi eux ne se haussèrent jamais jusque-là. Nous ne savons pas si la préférence que leur avait témoignée leur Maître n'avait pas en même temps excité contre eux de mesquines jalousies ; auquid cas, ils avaient pu se satisfaire en constatant que, dans cette élite de douze sujets, un avait trahi et livré, un autre avait renié, un seul avait accompagné Jésus jusqu'à la croix et jusqu'à la sépulture. L'événement de la résurrection et la période qui suivit jusqu'à l'ascension du Sauveur les avait montrés pas toujours à leur avantage. Cependant, c'étaient ces hommes qui, après avoir complété leur nombre, allaient assumer cette organisation administrative du royaume. Comment ils s'y prendraient ? C'était là ce qu'on allait pouvoir se convaincre que certains d'entre eux n'avaient pas envisagé le royaume autrement que comme une expansion plus ou moins limitée du judaïsme. Pour l'apôtre Jacques, en particulier, les observances mosaïques subsistaient, le Temple demeurait le centre de la foi et de l'adoration, le sacerdoce n'avait qu'à accueillir la croyance que le Messie était venu sur la terre en la personne de Jésus. La propagande commençait à embrigader les convertis en assez grand nombre et c'est à l'encadrement de cette société nouvelle que les fondés de pouvoir du Maître allaient expérimenter les méthodes d'où sortira l'épiscopat chrétien.

Mais on n'y vint pas soudainement et, pour ainsi parler, d'un seul bond. Les avancées faites par Jacques et son groupe, soucieux par-dessus tout de ménager le judaïsme, même aux dépens des destinées du christianisme, ces avancées ne rendaient pas, il s'en fallait de beaucoup, ce qu'on en avait attendu. Désireux de bien marquer leur conservatisme, les prêtres juifs rudoyaient les apôtres, leur faisaient infliger des châtiments corporels, sans grand résultat : un jour vint où le sanhédrin saisit une occasion et fit lapider selon les formes traditionnelles un dignitaire chrétien nommé Étienne. L'émoi fut vif, mais dura peu de temps : après une courte dispersion, on se réunit de nouveau ; seulement il devenait manifeste que le développement escompté ne se réalisait pas. Les apôtres, aidés de sept auxiliaires, n'étaient pas parvenus à incorporer dans la communauté les Juifs palestiniens ; non seulement les autorités religieuses faisaient bonne garde, mais l'opinion générale leur résistait. Cette contrariété fut un bienfait. Parmi les fidèles auxquels le supplice d'Étienne donna l'idée de voyager, beaucoup parcoururent la Palestine et abordèrent même la Phénicie, la Syrie, l'île de Chypre. Certains poussèrent jusqu'à Damas, et dans le royaume d'Arabie. Tous ou presque tous emportaient au cœur une foi ardente, le goût du prosélytisme et l'impatience de s'essayer à convaincre autour d'eux des vérités dont ils se savaient dépositaires. Leur départ de Jérusalem avait dû être fort précipité et la nouveauté de cette dispersion n'ayant pas été prévue ni organisée, ils se trouvèrent abandonnés à leur inspiration, marchèrent de l'avant et firent de leur mieux, répandant la bonne nouvelle, sauf à faire savoir aux apôtres, quand le calme serait revenu, les organismes qui se seraient ébauchés sous leur impulsion. On doit croire que ces rapports ne furent pas tous bien accueillis. L'admission du centurion Corneille et de son groupe fit scandale parmi les conservateurs demeurés à Jérusalem et saint Pierre ne put justifier ce qui s'était fait qu'en se couvrant d'une intervention divine.

Ces Églises offraient entre elles des traits de ressemblance ; c'est immanquable ; mais elles devaient être bien loin de présenter cette unité typique de construction ecclésiastique sous laquelle on a essayé de nous les montrer. Rien ne permet de soutenir que Jésus eût discuté et recommandé à ses apôtres un genre d'organisation, à l'exclusion de tous les autres ou même de préférence à certains autres. Sur ce point, il avait laissé, semble-t-il, l'œuvre à l'expérience des ouvriers. Pierre serait le chef, la tête, le fondement de la société nouvelle, le centre du royaume ; mais la parousie attendue, le retour imminent du Christ et la conflagration universelle laissaient une certaine latitude à l'institution et à l'exercice des pouvoirs disciplinaires. C'est ainsi que, sur une question essentielle, celle de l'accueil à réserver aux convertis de la gentilité, l'entente n'existait pas. Or, cette question touchait à l'avenir et à l'organisation des communautés ; un parti très décidé voulait maintenir la circoncision et, par ce moyen, établir dans l'Église une élite et des parias, c'était la communauté à deux étages. Pierre, tiraillé, commença par se déclarer pour l'unification, ensuite il la repoussa et s'attira de graves reproches de Paul, en ces temps quasi fabuleux où la sagesse pouvait gagner l'autorité. La solution préconisée par saint Paul triompha et fut appliquée dans les Églises. Les grandes missions commençaient, les grandes Églises, prospères et audacieuses, se multipliaient, il fallait à tout prix sortir de l'état inorganique. L'Église de Jérusalem avait fait peu de choses dans ce but. L'institution des diacres n'a peut-être, à cette première heure, qu'une intention plutôt utilitaire que hiérarchique. Les sept ne sont pas des intermédiaires entre l'autorité spirituelle détenue par les apôtres et le peuple, ils sont des intendants, des administrateurs, des surveillants en vue d'un service déterminé.

Les premiers conflits avec saint Paul ont précisément ce résultat de faire sortir la communauté de l'état inorganique et amorphe. À Jérusalem, on vivait sans préoccupations à longue échéance ; à Antioche, on préparait la conquête du monde. L'Esprit de Dieu n'était ni moins pur ni moins bouillant à Antioche, mais il était plus méthodique dans le choix des moyens, plus pénétrant dans la désignation des hommes, plus prévoyant dans l'utilisation des ressources.

À la tête de l'Église de Jérusalem se trouvait l'apôtre Jacques, assisté d'un corps de notables ou d'anciens, les πρεσβύτεροι. On a beaucoup écrit sur ces personnages mentionnés à diverses reprises dans les livres du Nouveau Testament. On les rencontre à Jérusalem, à Éphèse, en Crète, dans les Églises fondées par saint Paul, dans celles auxquelles écrit saint Jacques, et aussi saint Pierre. Quels sont-ils ? Les anciens de la communauté ; bonnes gens assagis par l'âge sinon par l'expérience, ils bénéficiaient de cette réputation de prudence et de circonspection qui est l'une des formes — la plus sympathique à coup sûr — de la timidité des vieillards. L'âge constituait une supériorité sur le mérite moins tardif, c'était une déférence touchante que cette façon d'attribuer au déclin de la vie des prérogatives que la maturité et la jeunesse, en leur verdeur, n'avaient point toujours su conquérir. Ces groupes restreints étaient, de très loin seulement, les émules des corps politiques dont le recrutement exigeait la dignité du grand âge chez les titulaires : anciens d'Israël, γέροντες de Sparte, sénateurs de Rome.

Ils ne s'en tiennent pas là. L'épître adressée par saint Jacques aux douze tribus de la dispersion nous montre encore les anciens et, cette fois, dans une fonction nouvelle : « Quelqu'un parmi vous est-il malade, qu'il mande les prêtres de l'Église, afin que ceux-ci prient sur lui, l'oignant d'huile au nom du Seigneur ». S'agit-il du même collège de marguilliers que nous avons rencontré à Jérusalem ? On peut le croire ; le vocable est identique et, si la fonction diffère, elle n'est pas incompatible avec celle de conseiller. Mais ce qui est notable, c'est que ces prêtres se rencontrent dans toutes les Églises, puis que Jacques prescrit sans hésitation de s'adresser à eux. Il n'y a donc pas lieu d'être surpris que Paul et Barnabé, dès leur premier voyage, instituent et ordonnent des anciens dans les communautés fondées par eux ». Nous ne savons pas si Paul agit de même au cours de ses voyages postérieurs ; toutefois nous avons lieu de le croire ; les Actes font mention d'anciens pour l'Église d'Éphèse, or il a séjourné trois années presque sans interruption à Éphèse, où il a fondé l'Église ; on est dès lors porté à croire que ces anciens ne se sont pas institués sans son consentement et son initiative. A l'heure où Paul s'éloigne définitivement, ces anciens lui donnent la conduite jusqu'au port de Milet et, avant de se séparer d'eux, l'apôtre leur rappelle les devoirs qui leur incombent : veiller sur les fidèles comme font les pasteurs sur le troupeau ». Dans sa lettre à Timothée, Paul indique cette règle à suivre : « Que les prêtres qui président bien soient jugés dignes d'honoraires doubles, surtout s'ils s'appliquent à la prédication et à l'enseignement. » Ce sont les anciens d'Éphèse qui recevront cette bonne promesse adressée à leur évêque et parmi eux un certain nombre devaient avoir fait le voyage de Milet et reçu l'instruction relative à ceux qui veillent sur la communauté. Comme dans cette même lettre nous entendons Paul rappeler à Timothée qu'il a reçu l'imposition des mains du corps des anciens ', et que nous ignorons en quel lieu le fait se passa, nous devons retenir cette fonction nouvelle et l'attestation d'un collège d'anciens non localisé. S'ils imposaient les mains, c'est apparemment qu'eux-mêmes avaient reçu cette imposition, et on peut croire que cette ordination était accompagnée de prières et de jeûne ; c'est du moins ce que nous pouvons constater pendant la mission de Paul et Barnabé. Dans une lettre adressée à Tite, établi en Crète, il lui prescrit d'établir des anciens dans toutes les villes et qu'il fasse choix d'individus d'une réputation irréprochable, mariés une seule fois, ayant des enfants fidèles, purs et soumis ». Nous sommes mal renseignés sur le procédé en usage pour recruter les anciens des premières Églises, il ne peut en être autrement et c'est déjà un ensemble d'indications positives très appréciable que les notions qui viennent d'être établies. On en pourrait tirer parti pour rédiger les conditions réclamées des candidats et ce serait s'exposer à une grave erreur. Rien ne nous permet de savoir si ces règles s'appliquaient uniformément dans toutes les Églises. C'est même le contraire qui est probable. Ensuite, le terme de candidat est bien contestable aussi longtemps que nous ignorons le mode adopté pour constituer, compléter, renouveler le collège presbytéral. La seule chose qu'on puisse tenir pour certaine, c'est que le nom de prêtre ne désigne pas nécessairement des hommes âgés, — pas plus que les dénominations semblables usitées chez les Grecs, '{spoualoi, yépovTEç. « Ce n'est pas l'âge, mais une vie louable, dit Philon, qui fait le véritable ancien. » Les prêtres sont essentiellement des notables et dans la lettre aux Galates nous les voyons qualifiés Soxoûvreç, ce qui « concorde bien avec ce que nous avons lu dans l'épître à Timothée. Mais il y a plus encore. La première lettre de Pierre adressée aux communautés d'Asie Mineure répandues dans le Pont, la Galatie, la Cappadoce, l'Asie (proconsulaire), la Bithynie, interpelle directement, dans chaque Église, les anciens : « Je supplie les prêtres qui sont parmi vous, moi leur collègue, cu[ji7rpE<j(3û-spo :. Paissez le troupeau de Dieu qui est parmi vous, veillant sur lui, non par contrainte, mais volontairement,... étant les modèles du troupeau ». A i ; lIIJoh.,1. — « Act.,xv ;Gal.,n. — '.Act..xvi, 4. — ' Jac, V, 14. — ' Act., XIV, 22. — • Act.. XX, 17-35. - • I Tim., VI, 14. — '• Tit.. I, a. — » Gai., ii, fi. — « I Petr., v, 1. ce titre, Us partagent la responsabilité et ressentent les hostilités qui sont réservées à tout supérieur. Lors que, vers l'an 95, le chef de l'Église de Rome, Clément, admoneste l'Église de Corinthe, il lui reproche de s'être soulevée contre les prêtres ». Ceux-ci sont et doivent rester inamovibles : ■ Ceux qui ont été établis, Toùç soit par eux (les apôtres), soit après par les autres hommes illustres, ce n'est pas sans injustice qu'on les chasse de leur fonction ; » cependant ils peuvent démissionner volontairement : « Celui qui est généreux dira : Si cette sédition a éclaté à mon occasion, je m'en irai où il vous plaira, et je ferai ce que la communauté voudra m'imposer, mais il est nécessaire que le troupeau du Christ jouisse de la paix avec ses anciens établis -. » Tels sont les textes les plus anciens concernant l'essai d'organisation des Églises. Les historiens étrangers aux préoccupations confessionnelles et aux méthodes de l'exégèse biblique admettent presque unanimement la contemporanéité de ces documents avec les communautés chrétiennes du ier siècle. Ces termes d'anciens et de prêtres sont malheureusement plus expressifs qu'on ne le voudrait. De même qu'on se représente les anciens sous l'aspect de vieillards, de même on imagine les prêtres sous la figure de prêtres et on leur attribue du même coup un rang intermédiaire entre l'apôtre ou l'évêque et les diacres. Ainsi, d'un coup de baguette, surgit la communauté chrétienne primitive avec sa hiérarchie, entre les mains de laquelle il ne manque plus qu'à déposer un exemplaire du catéchisme du concile de Trente. Il faut bien prendre garde de se laisser piper par les mots. Ces personnages, ces notables revêtent toujours quelque apparence trompeuse suivant qu'on les nomme : anciens, prêtres, marguilliers ou tout ce qu'on voudra. Ils sont tout cela, mais pas comme les mots semblent inviter à le croire, et ils sont encore autre chose, ils sont dans l'ordre de l'histoire un spécimen aboli dont nous savons quelques particularités mais sans pouvoir déterminer avec assurance le caractère essentiel.

Prenons une communauté sinon typique, au moins bien vivace et pourvue de ses organes. Après la période des tâtonnements inévitables, des premiers débuts au cours desquels on se cherche, on s'interroge, période inorganique qui semble avoir peu duré, l'Église de Jérusalem nous apparaît de bonne heure pourvue d'un triple conseil : douze apôtres sous la présidence de l'un d'entre eux, Pierre ; des anciens, dont le nombre n'est pas spécifié ; des diacres, au nombre de sept. Nous sommes, ici, à la période où l'inorganique se dissipe rapidement, on n'en peut assigner la durée, mais c'est quelques années au plus qu'il faut compter, l'ius tard, un « frère » du Seigneur, Jacques, se détache du groupe des douze apôtres et prend un relief individuel bien marqué. Il est associé à leur titre, à leur prestige, à leur pouvoir et, dès que les circonstances ont amené la dispersion des Douze, il se substitue à eux, demeure sur les lieux d'où ceux-ci s'éloignent et prend le gouvernement de l'Église locale. Ce gouvernement, il l'exerce conjointement avec les anciens et, à l'occasion, il accueille encore ses anciens collègues les apôtres de passage à Jérusalem dans une occasion importante. Qu'on le veuille ou non, cette hiérarchie hiérosolymitaine ressemble, à s'y méprendre, à la hiérarchie qui s'établira généralement dans les Églises.

En est-il de même dans chacune de celles-ci dès sa fondation ou peu de temps après ? Les indications font le plus souvent défaut. Antioche ne possède un évêque connu de nous nominalement qu'à l'aurore du IIIe : il fait figure en regard de son collègue de Jérusalem. Ignace et Siméon ont chacun un entourage de presbytres et de diacres. Donc Jérusalem n'est pas une anomalie, un cas isolé, c'est un type qu'on reproduit volontiers. Nous avons vu saint Paul calquer celui de ses communautés naissantes sur le type hiérosolymitain. « Cependant ces chefs locaux, ces presbytres, sont rarement mentionnés dans ses lettres. Les plus anciennes parlent plutôt d'actes exercés que de fonctions constituées *. ou, s'il s'agit de fonctions, celles de l'apostolat itinérant, œcuménique, sont plus clairement visées que celles du gouvernement local. C'est ainsi que l'épître aux Éphésiens énumère en même temps les apôtres, les prophètes, les évangélistes, les pasteurs et les docteurs ; ces termes ne sont pas tous techniques, et les trois premiers n'ont rien à voir avec l'organisation locale de l'Église. Il ne faut pas croire, du reste, que, dans ces groupes de néophytes, les dignitaires puissent avoir, aux yeux des apôtres, un relief bien prononcé. Tous étaient des convertis de fraîche date, à peine dégrossis du paganisme ; les véritables chefs étaient encore les ouvriers directs de l'évangélisation '. » Ceux-ci procèdent à l'organisation du royaume sans s'embarrasser des imaginations superfines qu'on leur prête généreusement. Ils croient en Jésus, ils préparent son retour et répandent sa doctrine ; mais en même temps ils établissent des groupes et leur transmettent les vérités spirituelles dont ceux-ci doivent vivre. Cependant la foi vacille, la docilité hésite, l'inspiration de l'Esprit-Saint est contestée, tiraillée, obscurcie ; alors il devient manifeste que chaque groupe local requiert des soutiens appropriés, une organisation extérieure, munie d'une juridiction et d'un pouvoir de coercition. C'est dans l'épiscopat, c'est-à-dire l'autorité agissant au nom de Dieu et prétendant canaliser par des conduits humains l'action de l'Esprit divin, que la chrétienté naissante, et déjà menacée dans l'intégrité de sa croyance et la rectitude de sa conduite, cherche et trouve l'organisation permanente dont elle a besoin. L'épiscopat est ainsi, dès la première heure, comme le noyau solide autour duquel la masse branlante et mouvante s'altère, se coagule et forme une société durable et organisée. L'épiscopat a été la cellule de l'institution ecclésiastique, elle s'est amplifiée d'autant plus puissamment qu'elle assimilait plus résolument tout ce qui se trouvait à portée de son action. Soit suggestion mystérieuse de son divin fondateur, soit géniale découverte de ses premiers organisateurs, une hiérarchie embryonnaire était trouvée et appliquée, si heureusement adaptée à l'institution naissante qu'elle a traversé les temps sans modifications essentielles : et, trouvaille non moins surprenante, les mêmes termes sont demeurés en possession de désigner les mêmes fonctions. Dans l'intitulé de sa lettre aux Philippiens, saint Paul s'adresse aux saints du Christ qui sont à Philippes, avec les évêques et les diacres. En quittant Éphèse, il s'était entretenu avec les prêtres et leur avait recommandé cette Église dont le Saint-Esprit les avait constitués « évêques ». Ici apparaît, déjà l'indistinction des prêtres et des évêques dans le gouvernement collégial de l'Église. Comme celle de Philippes, l'Église d'Ephèse est dirigée par un groupe de personnages qui sont à la fois prêtres et évêques. Cela parait arranger tout le monde. Les documents que nous avons énumérés déjà nous montrent la persistance de cette situation, qu'atteste encore, tout à la fin du Ier siècle, la lettre de saint Clément le Romain et aussi la Didaché. À cette date, pas plus qu'au temps de l'apôtre, nulle protestation ne s'élève et cependant les survivants de la première génération chrétienne sont encore nombreux et en position de se faire écouter. Ce silence devient tout à fait significatif à qui songe qu'il existe encore dans les chrétientés de très nombreux disciples ayant recueilli directement la prédication apostolique et que saint Jean lui-même a prolongé son existence jusqu'au déclin du siècle : ce silence semble plus démonstratif encore à qui le compare aux protestations que feront entendre plus tard les Églises asiatiques pour la défense de leurs traditions sur la célébration de la fête de Pâques. Ne serait-il pas plus sage de voir dans l'établissement de l'épiscopat un développement naturel plutôt qu'une brusque évolution ? Après tout, la tradition ecclésiastique n'a jamais présenté les évêques que comme les successeurs des apôtres : il n'y a pas lieu de s'étonner que les successeurs ne paraissent qu'après les prédécesseurs. Le gouvernement épiscopal se montre lorsqu'il prend fin le gouvernement des apôtres, c'est-à-dire après la période de fondation : de même, encore de nos jours, dans les pays nouvellement évangélisés, ce n'est pas du premier coup qu'apparaît l'évêque, même sous la forme du vicaire apostolique. Si l'on songe que douze apôtres, en leur adjoignant les disciples, ne pouvaient guère suffire à l'œuvre immense d'évangélisation qui leur était assignée, on entrevoit pour chacun de ces fondateurs la nécessité de ne pas s'attarder outre mesure dans une ville, mais, aussitôt le groupe constitué, de le pourvoir du noyau administratif nécessaire à sa perfection et, cela fait, de s'éloigner. Dès lors, ces apôtres n'avaient le choix que parmi des néophytes instruits, pieux, pleins de promesse et offrant toutes les garanties désirables. Leur gestion se ramenait à ce que nous ont appris les textes cités à propos des anciens : prédication, préparation au baptême, célébration de l'eucharistie, direction des assemblées, administration du temporel. Il ne se trouvait là rien d'exceptionnellement compliqué à quoi ne pût suffire un converti intelligent et, le prestige de la vertu ou de la fortune aidant, chaque communauté présenta un lot d'hommes capables d'en assumer la direction. La transition aura pu être parfois difficile et amener des conflits ; les IIe et IIIe épîtres de l'apôtre Jean semblent conserver l'écho des tiraillements issus de cette substitution d'un pouvoir d'origine locale à un pouvoir apostolique, mais que ces jeunes communautés eussent un seul évêque à leur tête, ou qu'elles en eussent plusieurs, l'opération s'accomplit plus ou moins pacifiquement et les évêques se trouvèrent, en fait comme en droit, les successeurs des apôtres. Des historiens se sont donné beaucoup de peine pour imaginer, d'autres pour réfuter, la théorie d'un épiscopat monarchique, naissant dans les Églises d'Asie Mineure et, de là, se répandant dans toutes les Églises au cours du IIe. La simple réalité des faits incontestables ne favorise pas cette explication. Si on recherche un exemple vraiment primitif d'épiscopat monarchique, on n'a aucune chance d'en découvrir un plus ancien et mieux caractérisé que celui de l'Église mère de Jérusalem, au temps de saint Jacques. Au début du IIe, dans l'Église d'Antioche, l'évêque Ignace n'hésite pas à recommander aux Églises d'Asie une extrême soumission au chef de l'Église locale, afin de mieux résister au péril de l'hérésie. Cet épiscopat monarchique n'offre à ses yeux rien de nouveau et de contestable, il ne prend aucun soin de le faire accepter par ses correspondants auxquels il recommande de s'attacher à une organisation traditionnelle. Et, de fait, entre ce que nous avons constaté à Jérusalem et ce que nous observons à Antioche, il y a place pour le témoignage identique de l'Apocalypse, grâce à laquelle nous savons que sept, au moins, parmi les Églises asiatiques du dernier quart du Ier siècle, possédaient un évêque, assez relevé et responsable entre tout son clergé pour s'attirer, à lui seul, les gronderies du vénérable apôtre Jean. Est-ce autre chose et mieux qu'une facétie, cette affirmation, que l'Église de Rome a, la première de toutes, pratiqué et organisé l'épiscopat monarchique ? À l'époque où Clément le Romain écrivait à l'Église de Corinthe, on nous assure que ces deux Églises ne connaissent encore que les évêques multiples ; mais peu d'années plus tard, exactement entre 100 et 110, Rome installe l'épiscopat monarchique, sous l'influence des idées d'autorité et de gouvernement dont s'inspire cette lettre de Clément et qui va leur donner une dernière impulsion. La preuve de tout ceci se trouve dans le fait que les listes épiscopales des évêques de Rome ne prennent un caractère historique qu'avec le commencement du pontificat d'Alexandre Ier (103-114 ?) ou au plus tard avec Sixte Ier (114-124). D'où il résulte qu'Alexandre Ier ou, à son défaut, Sixte Ier est le premier évêque monarchique de Rome. Il suffit d'exposer cette argumentation pour justifier le qualificatif de facétie que nous avons donné ; et il faudrait en dire autant d'une prétendue chronique épiscopale romaine contemporaine de Marc-Aurèle, à laquelle seraient venus s'approvisionner saint Irénée et tous les chronologistes. Mais ce premier Liber pontificalis n'a jamais existé que dans l'imagination d'un historien ', qui l'a reconstitué avec d'autant plus de ressemblance à l'original que celui-ci ne se retrouvera jamais. D'après ce système, c'est Anicet qui ouvre la liste des évêques monarchiques ; reste à expliquer comment on aurait pu, quelques années après celui-ci, le présenter comme le successeur de toute une série d'évêques et faire accepter cela tant au public local qu'à des visiteurs de marque qui s'appelaient Hégésippe, Irénée, Tertullien, Hippolyte. A Rome, la succession épiscopale était si bien connue, si bien classée chronologiquement qu'elle servait, comme l'eussent fait des fastes consulaires, à dater les événements. On distinguait les hérésies par le pontificat sous lequel elles s'étaient produites : sous Anicet, sous Pie, sous Hygin. Dans la querelle à propos de la Pâque, Irénée datait de la même façon en remontant plus haut encore, jusqu'à Télesphore et Sixte Ier, c'est-à-dire jusqu'au temps de Trajan et de saint Ignace. La succession remonte jusqu'au fondateur du siège, l'apôtre Pierre, sans soulever de protestation. On ne possède ni un fait, ni un indice, ni rien de recevable qui autorise l'affirmation d'un changement de régime, d'une révolution administrative faisant passer la direction de la communauté du régime collégial au régime monarchique. Le gouvernement d'un grand nombre d'Églises se centralisait aux mains d'un titulaire d'assez bonne heure pour que le touriste Hégésippe, allant d'Église en Église, put recueillir en plusieurs endroits des listes épiscopales remontant aux apôtres, d'après des souvenirs et des documents locaux.

Concluons que l'épiscopat monarchique existait déjà, dans les pays situés à l'occident de l'Asie, au temps où furent écrits des livres comme le Pasteur d'Hermas, la Didaché et que, par suite, les témoignages donnés par ces vieux textes à l'épiscopat collégial ne sont nullement exclusifs de l'épiscopat monarchique. La Didaché donne, pour sa part, un témoignage tout à fait formel en faveur de l'épiscopat collégial, au moins pour la Syrie-Palestine. Après avoir formé une catégorie des apôtres (les Douze étaient alors disparus), les prophètes et les didascales, qui remplissent des fonctions spirituelles, elle nomme les épiscopes et les diacres aux fonctions proprement administratives. Les épiscopes sont des dignitaires essentiellement locaux, élus par les fidèles, exerçant l'administration, l'intendance et la surveillance, mais pouvant à leur gré remplir les fonctions spirituelles de l'enseignement. La Didaché atteste également le fonctionnement de l'épiscopat collégial à Rome et à Corinthe. Clément n'y parle jamais des épiscopes qu'au pluriel, par conséquent l'Église de Rome n'aurait connu l'épiscopat monarchique qu'à une date postérieure à cette lettre, et la liste épiscopale ne signifierait rien du tout avec sa succession d'évêques remontant aux apôtres. Cependant, puisqu'il est admis que l'avènement de l'épiscopat monarchique à Rome est contemporain du premier quart du IIe, il restera à expliquer comment, dans les dernières années de Ce, l'auteur du Canon de Muratori peut écrire, en parlant d'Hermas, que cet auteur avait écrit tout récemment, sous l'épiscopat de son frère Pie : naperrime, temporibus nostris, sedente cathedra urbis Romae ecclesiae Pio episcopo fratre ejus. Ainsi Hermas ne semble connaître que l'épiscopat collégial et pourtant il écrit à Rome, sous un évêque monarchique, qui est son propre frère. Vers le temps de l'empereur Commode, un docteur modaliste comparait à diverses reprises devant l'autorité ecclésiastique de Smyrne. Hippolyte, qui raconte le fait, emploie l'expression « les prêtres », ο πρεσβύτεροι. Il est pourtant bien sûr que Smyrne avait alors un évêque.

« Du reste, l'épiscopat collégial, par lequel on a sûrement commencé dans plus d'un endroit, ne pouvait être considéré comme une institution définitive ; il dut se transformer de très bonne heure. On ne gouverne avec une commission que quand elle est présidée par un chef qui la tient dans sa main, qui l'inspire, la dirige et agit pour elle. Il est vraisemblable que les collèges épiscopaux de ces très anciens temps comptaient un peu plus, à côté de leurs présidents, que les chanoines de nos jours auprès de leur évêque. D'après certains souvenirs un peu confus que nous a transmis la tradition, ils auraient conservé assez longtemps le pouvoir d'ordination, caractéristique actuelle de la dignité épiscopale. Les prêtres d'Alexandrie pourvoyaient au remplacement de leur évêque défunt, non seulement en élisant, mais aussi en consacrant son successeur. Cet état de choses remontait sans doute à un temps où l'Égypte n'avait d'autre Église que celle d'Alexandrie ; il ne serait pas étonnant que la même situation eût porté les mêmes conséquences à Antioche, à Rome, à Lyon, partout où les Églises locales avaient un ressort extrêmement étendu.

« Et l'on s'explique ainsi l'usage de comprendre président et conseillers dans une dénomination commune. Nous disons le clergé, les prêtres de la paroisse, bien qu'il y ait entre le curé et ses vicaires une grande différence d'autorité. De même on pouvait, en parlant des prêtres de Rome ou des évêques de Corinthe, réunir dans une seule expression les deux degrés supérieurs de la hiérarchie. Mais le progrès naturel des choses allait à une concentration de l'autorité entre les mains d'un seul ; ce changement, si changement il y eut, était de ceux qui se font tout seuls, insensiblement, sans révolution. Le président du conseil épiscopal avait, à Rome, à Alexandrie, à Antioche et bien ailleurs, assez de relief au milieu de ses collègues pour que son souvenir se soit conservé isolément et facilement. « L'Église de Dieu qui habite Rome » pouvait avoir hérité collégialement de l'autorité supérieure de ses fondateurs apostoliques ; cette autorité se concentrait dans le corps de ses prêtres-évêques ; l'un d'eux l'incarnait plus spécialement et l'administrait. Entre ce président et l'évêque unique des siècles suivants il n'y a pas de diversité spécifique.

Chacun demeure libre d'exploiter la prétendue opposition entre un épiscopat collégial et un épiscopat monarchique en vue d'intérêts de controverse et d'opinions confessionnelles. Ce qui ne peut être toléré, c'est de manipuler les textes afin d'en tirer des constatations par trop aventureuses. L'un imagine faire honneur de l'épiscopat monarchique à l'Asie Mineure, un autre en fait grief à Rome, et c'est par cet aspect que cette question doit nous retenir un moment encore.

Dès l'âge apostolique, la prépondérance de la communauté romaine s'affirme, mais par des moyens qui vont fausser l'institution chrétienne — je résume la conception de M. Sohm. — Quand les hommes de peu de foi, pour sauver la croyance et la discipline de l'Église, cherchent l'abri d'une organisation extérieure, quand l'Église devient une société dont les membres sont répandus dans tout le monde connu, la communauté chrétienne de la capitale du monde se trouve être naturellement la portion la plus importante, parce que la plus signalée, de cette société. Déjà au temps de saint Paul l'influence de la communauté romaine était considérable : elle deviendra prépondérante après la chute de Jérusalem. Remarquez que son développement fut favorisé par cette vieille idée du christianisme, d'après laquelle toute assemblée de chrétiens représenterait l'assemblée de la chrétienté tout entière : la communauté la plus puissante de la chrétienté sut habilement exploiter ce principe. Aussi, dès le dernier quart du Ier siècle, c'est la chrétienté romaine qui dirige l'Église entière ; Rome enseigne toutes les Églises et n'est enseignée par aucune ; Rome se préoccupe des intérêts particuliers de chacune des Églises ; Rome sépare de sa communion les chrétientés indociles ou rebelles, et elles cessent d'appartenir à l'Église. C'est ainsi que, dans cette immense société des fidèles, Rome, à force d'audace, d'intrépidité et d'esprit d'entreprise, est devenue le centre de l'unité. Mais elle n'est arrivée à ce résultat qu'au prix d'une transformation essentielle, elle est devenue l'Église catholique, c'est-à-dire un organisme administratif, et elle n'en est venue là qu'en introduisant et en imposant dans les autres Églises le type sur lequel elle s'est modelée elle-même. Ce type n'est autre que l'épiscopat monarchique.

Irénée leur adjoint les évêques des environs : convocatis episcopis et presbyleris, qui eranl ab Epheso cl a reliquis proximis ciuitalibas. Évidemment c'est qu'il a été embarrassé de voir que l'Esprit-Saint a établi des presbylcroï en qualité d'episcopoî pour régir l'Église de Dieu. Ou bien il a appréhendé des objections à rétorquer, des explications à donner ; manifestement ses lecteurs, sinon lui-même, n'eussent pas compris que les prélrcs d'Éphèse gouvernaient en qualité à'évéques leur Église et, très adroitement, il a convoqué les évêques des villes voisines, bien qu'en réalité ils ne s'y trouvassent pas. De cette subtilité nous pouvons conclure qu'à la fin du ii » siècle, à Lyon, une distinction d'état existait entre prêtres et évêques. C'est, dès lors, un point admis sans hésitation, que la hiérarchie existante remonte aux temps apostoliques. Clément d'Alexandrie, Origène, Tertullien sont affirmatifs ; saint Jean Chrysostome. ayant à expliquer l'adresse de la lettre aux Philippiens, se demande ce que veut dire ce CTUVE :ricrx67ro !.i ;. Y avait-il donc plusieurs évêques dans une ville ? Nullement. L'apôtre donne ce titre aux prêtres, car en ce temps les dénominations étaient indivises ; les prêtres se nommaient évêques et diacres, les évêques se disaient prêtres. Cela changea dans la suite, chacun eut son titre, tel fut évêque, tel autre fut prêtre. Ainsi, pour lui, évèque, prêtre, diacre désigne la même fonction et s'applique à la même personne, qui se dit indifféremment l'un ou l'autre. Saint Jérôme, commentant le texte de l'épître à Tite, i, 5 sq.. se reporte aux passages parallèles : Phil., I, 1 ; Act., xx, 17, 28 ; Hebr., xiii, 17 ; I Petr., V, 1-2, et en conclut que « c'est le même qui est prêtre et aussi évêque ; les Églises étaient gouvernées par le conseil des prêtres. Si l'on pense, ajoutait-il, que nous n'exprimons pas le sens des Écritures mais notre manière de voir en identifiant le prêtre avec l'évêque, sauf cette différence que des deux titres l'un désigne l'âge et l'autre la fonction, qu'on se reporte donc aux paroles adressées par l'apôtre aux Philippiens : Aux fidèles de Philippes, aux évêques et aux diacres. Philippes est une ville unique de Macédoine, et certes dans une seule ville il ne pouvait y avoir plusieurs évêques. Mais, à cette époque, on appelait les mêmes personnages soit évêques, soit prêtres, c'est pour quoi Paul emploie indifféremment le nom d'évêques pour celui de prêtres. » On a fait observer maintes fois que les Pères de l'Église, bien qu'ils aient vécu à une époque relativement rapprochée de celle dont ils parlent, ne paraissent pas avoir supposé ni su que les institutions ecclésiastiques de leur temps avaient subi des transformations avant d'exister telles qu'ils les voyaient ; c'est ce qui fait dire à saint Jean Chrysostome : Y avait-il plusieurs évêques dans cette ville ? Nullement ; et à saint Jérôme : Dans une seule ville il ne pouvait y avoir plusieurs évêques. Saint Irénée, trop voisin des temps apostoliques pour oser se permettre ces affirmations intrépidées, tournait la difficulté comme nous l'avons fait voir. Saint Épiphane n'a pas été plus perspicace. Dans la réfutation qu'il consacre à l'hérésie d'Aérius, qui niait la supériorité des évêques sur les prêtres, l'évêque de Salamine, oubliant les knlaysjT.o'. de l'Église de Philippes, explique que les apôtres n'ont pu tout organiser ni tout improviser du premier coup. « Le besoin de prêtres et de diacres se fit d'abord sentir : par ces deux ordres ils étaient en mesure de pourvoir aux nécessités des Églises. Là où ne se rencontrait aucun sujet digne de l'épiscopat on se passa d'évêque. Là où le besoin s'en faisait sentir et où on en avait sous la main, on en établissait. Enfin, dans les petites communautés qui n'eussent pas fourni un seul prêtre, on mettait un évêque. Comme l'évêque a besoin d'un diacre, l'apôtre Paul leur en accorde et à ces heures de début, l'Église n'ayant pas encore une organisation complète, on s'arrangeait le mieux possible et sans grande uniformité. Théodoret ne voit dans épiscopes et presb j'tres que des prêtres ; quant aux évêques, il leur attribue le titre apôtre. « Paul, écrit-il, donne aux prêtres le titre d'évêques, car à ce moment ils portaient ces deux noms », et après avoir allégué Actes, x, 17, 28, et Tite, 1, 5-7, il continue : « Il est évident que Paul appelle les prêtres évêques ; en nommant Épaphrodite leur apôtre, il enseigne clairement que celui-ci était revêtu de la charge épiscopale, puisqu'il portait le nom d'apôtre. » Dans son commentaire sur la I » Tim. m, il reprend son affirmation. « Paul nomme le prêtre et après les prescriptions concernant les évêques, il passe à celles qui ont trait aux diacres, laissant les prêtres. Jadis on appelait les mêmes dignitaires prêtres ou évêques, et ceux que nous nommons aujourd'hui évêques, on les nommait apôtres. Mais dans la suite on réserva le titre d'apôtres aux seuls Douze et on affecta le titre d'évêques à ceux qui précédemment jouissaient de celui d'apôtres. » Voici ce qu'au iv^ et au v^ siècle on savait et on enseignait sur cette question de l'è-îazoTroç. Voyons ce qu'on en faisait au i« siècle. Que le nom d'ÈTcioxoTCOç ne fût pas une invention des chrétiens, c'est indiscutable. Il était usité dans le langage administratif des Grecs. Les personnages nommés par les Athéniens pour réorganiser les villes alliées étaient appelés Ce nom se rencontre aussi dans les inscriptions des associations religieuses grecques, avec le sens de « surveillant » chargé de la gestion des fonds et de l'application des décrets votés par la société. Mais cela ne signifie pas du tout que le nom d'è-icrxoTto ; ait été imposé, pour ainsi dire, par l'usage qu'en faisaient les Grecs, aux chrétiens naissants pour désigner leurs administrateurs '. Car précisément l'usage était très loin d'en être général. Le terme 7ri[xsÂ7)-r/jç, dont la signification est très approchante, était infiniment plus répandu dans les sociétés privées aussi bien que dans la vie politique des Grecs -. Mais il est tout de même permis de conclure de la préférence donnée à ce mot èttloxottoç que les membres de l'Église de Philippes pourvus de ce titre y devaient remplir des fonctions identiques ou très analogues à celles que remplissaient dans les associations grecques les personnages gratifiés du titre d'épiscopes. Si, chez les Grecs proprement dits, le mot épimélète est beaucoup plus usité que son synonyme épiscope, il en est tout autrement chez les juifs helléniques. Dans la version des Septante notamment, les mots è7tî<jy.07roç, -taxoTTETv, £7 :1(7X071/, reviennent maintes fois avec le sens de surveiller, conduire, être préposé. On voit dès lors très bien quelle idée éveillait le mot d'ÈTctaxoTTOç dans l'esprit d'un juif helléniste tel qu'était saint Paul, nourri de la lecture de l'Ancien Testament, et dans l'esprit de ses disciples, juifs hellénistes pour la plupart. Certains membres de l'Église de Philippes furent en quelque sorte instinctivement et pour ainsi dire automatiquement appelés parce qu'on leur voyait remplir les fonctions désignées par ce nom et par celui à' lrzf.y.zk^- :a.'. dans les organisations voisines, en d'autres termes parce qu'ils administraient les biens de l'Église et veillaient à l'observation des règles de l'association. L'emploi se trouve encore justifié par le fait que l'épître aux Philippiens a été écrite pour remercier cette communauté des subsides qu'elle avait envoyés à l'apôtre Paul. Pareil secours faisait l'éloge de la gestion des biens de la société par ses administrateurs, les épiscopes, dont le nom au pluriel n'offrait rien de malsonnant aux contemporains, puis que les associations grecques possédaient ordinairement plusieurs épiscopes.

Cette identité peut d'ailleurs être contestée. Une adaptation quelconque ne coïncide jamais si exactement qu'on s'efforce de le montrer, il y reste toujours du jeu ; mieux vaut donc s'adresser aux documents chrétiens. Parmi ces derniers, la version de l'Ancien Testament par les Septante jouissait d'une autorité singulière et elle habituait ses lecteurs au titre d'ÈTriaxorioç donné à des magistrats, à des officiers supérieurs, aux préfets, aux gouverneurs, aux chefs de troupe, aux lévites, inspecteurs des architectes qui réparent le temple, à des dignitaires, à des princes. Au nom de Jahveh, Isaïe promet au peuple de bons princes : « Je te donnerai des archontes, àpxovTaç, qui feront régner la paix et des gouverneurs, -ttjxoTTOUç, qui maintiendront la justice » (lx, 17).

Si on passe à l'étude des documents proprement chrétiens, il devient nécessaire à l'historien de prendre parti sur la valeur des sources qu'il exploite. Ces documents appartiennent au Nouveau Testament ; épîtres pauliniennes, Actes, épître de Pierre, épîtres pastorales, que les exégètes tiraillent en tous sens, dans le texte desquels ils découvrent des retouches, des additions, des suppressions, des coupures qui leur permettent d'opérer un plaisant travail de marqueterie, au moyen duquel tout ce qui dérange leur théorie se trouve apocryphe et relégué dans la nécropole des textes mal famés, quoi que pour peu de temps, car il se trouve d'autres exégètes qui exhument ces débris, en font la toilette, leur découvrent des caractères si antiques et si authentiques qu'on est en droit de se demander lequel — d'eux ou de leur contradicteur — se moque du lecteur. Nous prenons pour ce qui nous concerne ces textes prétendus contaminés pour des textes authentiques, contemporains du i » siècle ; c'est moins arbitraire, moins aisé et plus sincère.

En se séparant des -psa^ÙTepoi. d'Éphèse, saint Paul leur dit : « Prenez garde à vous et à tout le troupeau sur lequel le Saint-Esprit vous a établis comme épiscopes », èv td ^âç TO 7TV£ij(i.a TÔ àyiov eÔeto Et voici qui est clair. Ce sont des dignitaires établis par l'Esprit-Saint, ils gardent tout le troupeau parce qu'ils en sont les TrtaxoTTOi. On objecte que ces paroles ont été transcrites par saint Luc, qui a pu changer un mot pour un autre et faire employer par Paul un mot que celui-ci n'a pas employé. Avec cette méthode on peut et on doit se résigner à renoncer à toute étude historique, parce qu'il n'est pas d'auteur ancien ou moderne, de mémorialiste, de chroniqueur, dont on puisse désormais invoquer le témoignage. Pour quoi saint Luc aurait-il prêté à saint Paul un mot que celui-ci n'a pas employé ? Pourquoi saint Paul n'aurait-il pas employé ce mot qu'il connaît et dont il fait usage dans ses lettres ? Et quelles preuves en apportent-on ?

Les prêtres d'Éphèse sont en même temps des πρεσβύτεροι ; il faut en prendre son parti. En outre, les fonctions ne sont pas restreintes à l'administration du contentieux, les conseils qui leur sont donnés s'adressent à des hommes dont la responsabilité n'est pas celle de simples caissiers ou de gérants : ils prêchent et ils enseignent, ils sont en nombre. A Philippes également. S'il ne s'en trouve pas dans toutes les Églises fondées par Paul, en voici au moins deux qui en sont pourvues et on ne conteste pas que l'organisation de ces Églises ne soit, dès lors, assez avancée. Si les épiscopes de Philippes sont l'objet d'une mention particulière, c'est peut-être pour les remercier d'avoir envoyé Épaphrodite avec un fonds de secours, mais comme Paul ne le dit pas, ce n'est rien de mieux qu'une conjecture. On ne peut pas avancer raisonnablement que la mention des épiscopes prouve qu'ils existaient à Philippes et non ailleurs, car la lettre aux Éphésiens ne les nomme pas, quoi que cette Église en possède ; il est vrai que la lettre aux Éphésiens passe pour être une encyclique sans rien de personnel à Éphèse. Mais il n'est pas douteux un seul instant que les Églises auxquelles écrivaient saint Paul, saint Clément, saint Ignace possédaient une hiérarchie ; or nulle part celle-ci ne fait l'objet d'une mention spécifique analogue à celle qui ouvre l'épître aux Philippiens.

Dans les Épîtres pastorales — deux lettres à Timothée et une à Tite — les détails se précisent. On y rencontre l'πίσκοπος qui, une fois encore, se confond avec le πρεσβύτερος, ce qui est d'autant moins fait pour surprendre que Paul s'adresse à Timothée, chef de cette Église d'Éphèse aux πρεσβύτεροι-πίσκοποι de laquelle il avait, à Milet, adressé ses recommandations. Les mêmes qualités sont exigées de l'πίσκοπος (I Tim., 3, 1-7) et des πρεσβύτεροι (Tit., 1, 5, 6). Est-ce à dire qu'un changement grave se soit produit dans cette Église d'Éphèse entre la date du départ de Paul, qui embrassait tendrement les πρεσβύτεροι, et la date de la lettre à Timothée, chef de cette même Église à un moment où il n'est déjà plus question que d'πίσκοποι ? Ce serait donc à Éphèse et aux environs de la période 55-66 que nous saisirions la transformation de l'épiscopat collégial en épiscopat monarchique. C'est bien séduisant, mais c'est bien invraisemblable. Il n'est pas nécessaire de supposer que Timothée s'était débarrassé de tous ses co-évêques afin d'expliquer comment la lettre de Paul ne connaît plus qu'un seul évêque. Dans ce collège épiscopal où on s'appelait tantôt πρεσβύτερος, tantôt ἐπίσκοπος, il y avait nécessairement un président, l'πίσκοπος, que son mérite ou sa situation ou sa science ou son bien plaçait à la tête de ses confrères, dans un rang plus signalé, reconnu, admis, bien qu'il ne fît pas l'objet d'un titre particulier.

Quant aux fonctions de ce personnage, on peut les déduire des passages de nos lettres où sont énumérées les qualités requises et les tares réprouvées chez le parfait ἐπίσκοπος. Marié une fois seulement, ayant ses enfants chrétiens, de bonnes mœurs et de réputation sans tache. Sobre, prudent, grave, hospitalier, point ergoteur mais capable d'enseigner, désintéressé, ayant su rendre sa vie privée et sa famille aussi respectables que doivent l'être celles de l'homme qui ambitionne d'être l'administrateur, le contrôleur, l'intendant de Dieu, οκονόμος τοῦ Θεοῦ (Tit., 1, 7) ; ἐπισκοπὴν καλὴν ἐξεργαζόμενος (I Tim., 3, 5). N'oilà une belle charge, καὶ ργον, et qui entraîne avec elle des hommages dont l'encens pourrait troubler un simple néophyte. Somme toute, l'πίσκοπος aura la gestion du contentieux et la direction financière, la garde de la règle et de la tradition, l'exemple de la conduite et la science requise pour défendre la doctrine et fermer la bouche aux contradicteurs, ο ἀντιλέγοντες. Évidemment le temps a marché depuis les premiers jours que nous appelions l'époque inorganique ; les idées d'ordre, de discipline, de gouvernement ont fait des progrès marqués, surtout ces idées se sont cristallisées dans la notion de sacerdoce, qui incarne le principe d'autorité dans l'Église.

La première épître de Pierre, qu'on n'a aucune bonne raison de lui retirer et qui, de toutes façons, a été écrite de Rome aux environs de l'année 63, ne renferme pas la mention d'un παρχος de l'Église de Rome, non plus d'ailleurs que de toute autre Église. Le seul passage de cette épître où il soit parlé de conducteurs ecclésiastiques se trouve au début du chapitre V : « J'exhorte les πρεσβύτεροι qui sont parmi vous, moi qui suis πρεσβύτερος comme eux, ς συνπρεσβύτερος... ; paissez le troupeau de Dieu parmi vous, exerçant la surveillance, ἐπισκοπῶντες, non par contrainte, mais avec bonne volonté selon le Seigneur. » Ainsi les πρεσβύτεροι — et Pierre s'en donne le titre — sont essentiellement, comme dans l'épître aux Éphésiens et dans les Actes, des ποιμένες, des bergers qui veillent sur les fidèles. Quant au titre et à la fonction d'πίσκοπος, il est en ce moment, dans l'Église de Rome, exercé par les πρεσβύτεροι. Les chefs de l'Église de Rome sont essentiellement des πρεσβύτεροι, ἐπισκοποῦντες, comme s'exprime l'épître. Il ne s'ensuit pas que tous les πρεσβύτεροι exercent simultanément la totalité des fonctions administratives et disciplinaires. Par leur nature même, quelques-unes de ces fonctions ne conviennent pas à une collectivité. Il faut donc admettre qu'on choisissait parmi les πρεσβύτεροι des personnages qui, sous le nom d'πίσκοποι, recevaient les attributions propres que n'avait pas le collège entier des πρεσβύτεροι. Dans tous les cas, il n'est pas sans intérêt de constater que cette toute primitive Église de Rome était une de celles où le plus sûrement les fonctions épiscopales étaient exercées par les πρεσβύτεροι, en d'autres termes, où le gouvernement presbytéral paraît avoir été le plus fortement organisé.

La lettre de Clément de Rome aux Corinthiens est une véritable charte de l'Église de Rome et du gouvernement catholique. Elle est anonyme et adressée par l'Église de Rome à l'Église de Corinthe : « ἐκκλησία τοῦ Θεοῦ τῆς ώμης τ ἐκκλησί τοῦ Θεοῦ τῆς Κορίνθου ». Dans les écrits chrétiens de cette époque, l'absence du nom de l'auteur est un fait très ordinaire, d'où il serait abusif de conclure que cette omission dans le cas présent prouve que l'Église de Rome n'a pas encore un évêque unique. L'attribution à Clément est donc simplement traditionnelle, mais bien appuyée ; en tout cas, c'est un personnage important de la communauté de Rome qui a écrit la lettre. Cette lettre offre le double avantage de nous renseigner sur deux Églises importantes. Elle nous apprend que des désordres se sont élevés dans l'Église de Corinthe. Un conflit est né entre les anciens et les autres membres de la communauté, il ne semble pas que la théologie y fût pour rien, ce seraient plutôt des questions liturgiques ou des rivalités personnelles. Quoi qu'il en soit, la lettre de Clément a pour but d'amener les mécontents à se soumettre à leurs πρεσβύτεροι. Il les tient pour des séditieux, donc il faut qu'ils se repentent et qu'ils cèdent, « non à nous, dit la lettre, mais à la volonté de Dieu ». Quels sont ces chefs de l'Église de Corinthe auxquels est due l'obéissance ? Clément nomme les πρεσβύτεροι, les πρεσβυτέρω, les παρχοι, et les στάρχοντες. Une fois encore l'assimilation des πρεσβύτεροι aux παρχοι est manifeste, mais ce qui importe plus encore c'est que : 1° les παρχοι exercent, en principe, des fonctions à vie ; 2° la communauté a le droit de les destituer dans des circonstances absolument exceptionnelles. Ce que nous devons en outre constater, c'est que les séditieux de Corinthe ont destitué plusieurs de leurs παρχοι, θτον παρχοι ; nous ignorons s'il s'en trouvait un plus signalé, un président, qui ait partagé leur sort, on ne nous le dit pas. A Rome, où, une trentaine d'années auparavant, l'apôtre Pierre ne revendiquait pour lui que le titre de πρεσβύτερος, nous ne voyons pas une situation hiérarchique mieux dessinée. Nulle part l'épître, dans un seul des soixante-cinq chapitres dont elle se compose, ne fait mention ni allusion à un évêque unique ; elle insiste au contraire sur l'obéissance due par les fidèles à « leurs anciens » et à « leurs conducteurs » au pluriel. A moins qu'on n'invoque l'argument d'une vacance du siège, sans pouvoir en apporter ni preuve ni indice, il faut admettre que le régime existant à l'époque de la lettre de Pierre ne s'est pas essentiellement modifié, l'épiscopat collégial continue à diriger cette Église, mais en même temps — et il serait presque impossible qu'il en fût autrement — dans le collège un homme s'impose, un nom s'affirme, une volonté prédomine, une responsabilité se met en avant. Parmi ses copresbytres, Pierre prend la plume et parle au nom de l'Église ; parmi ses co-évêques, l'anonyme prend la plume et parle au nom de l'Église. Il se trouve si bien, en fait, supérieur à ses égaux en titre que son nom seul survivra, toute une floraison légendaire s'épanouira autour de ce nom, les catalogues épiscopaux de son Église lui feront une place, ce sera Clément.

Ce sont précisément ces catalogues épiscopaux qu'on oppose dans leur rigidité onomastique à l'imprécis anonymat de la lettre. Mais ces catalogues, pour anciens qu'on les reconnaisse, n'en sont pas moins postérieurs, et de beaucoup ; les éléments les plus primitifs entrés dans leur composition sont de plus de cinquante ans postérieurs à la lettre aux Corinthiens. Les plus anciennes listes épiscopales de l'Église de Rome remontent à Hégésippe et à Irénée, qui tous deux les ont mises par écrit à la fin du IIe. Toutes les autres listes sont postérieures. Les catalogues qui ont été utilisés par le rédacteur du Liber pontificalis sont du IVe et plus tard. Ces catalogues ont tous été composés par des auteurs convaincus a priori que chaque Église avait été de tout temps gouvernée par un évêque unique, et que le salut de l'orthodoxie, dans sa lutte contre les hérétiques, était intéressé à la reconstitution des successions épiscopales linéaires dans chaque Église. Évidemment l'autorité de ces documents est grande, mais elle ne prévaut pas, elle n'infirme rien contre le témoignage d'écrits contemporains, tels que l'épître de Pierre et celle de Clément.

Nonobstant la constatation qui ressort de ces deux documents, nous voyons que l'épiscopat collégial se condense dans un personnage plus représentatif, mieux doué ou plus habile, mais qui imprime le mouvement et inculque l'esprit de l'Église de Rome, esprit de gouvernement, de prépondérance qui s'affirme par la sollicitude à l'égard d'autrui autant que par le souci de lui imposer ses conceptions et ses règlements. Clément, ou l'auteur quel qu'il soit de la lettre, ne s'embarrasse pas dans la revendication de son droit à gourmander et à instruire, il affirme d'abord l'idée de la succession et de l'origine apostolique au nom de laquelle il intervient et il insinue très clairement le devoir de la soumission envers lui.


IV. Proïstamenos. — Vers l'an 52, l'apôtre Paul écrit aux Thessaloniciens : « Nous vous recommandons de considérer ceux qui travaillent parmi vous et qui sont à votre tête dans le Seigneur, et qui sont vos guides, vous octopoi. » Ce sont donc ceux qui sont à la tête, ceux qui dirigent, ceux qui président. A ce titre, ils possèdent un caractère administratif et appartiennent à une Église déterminée. Peut-on entreprendre de déterminer leurs fonctions ? Assurément, il suffit pour cela de s'abandonner à l'imagination. C'est pour quoi il parait sans utilité d'établir que les proistamenoi de Thessalonique sont bonnement ceux que nous nommons presbytres à Éphèse. Il est tout aussi arbitraire d'imposer aux proistamenoi les épiskopoi.

D'une Église à l'autre on correspond, on s'avertit, on se communique ce qui fait l'objet des préoccupations et on fait usage du vocabulaire courant, comme si tous les lecteurs devaient vous entendre. Mais il n'y a pas que la postérité et les historiens qui soient arrêtés par cette multiplicité de vocabulaires, les contemporains, les destinataires de ces précieux avertissements ont bien pu se trouver dans un pareil embarras. On leur parlait de proistamenoi, reste à savoir s'ils savaient de qui ou de quoi il s'agissait. D'autres les entretenaient d'episkopoi, d'autres de presbytres ; rien ne nous apprend que ces appellations existassent chez eux, qui étaient censés les connaître et les employer, et encore moins qu'elles y existassent avec le même sens qu'on y attachait ailleurs. L'équivalence entre les titres d'épiscopes et de presbytres, équivalence constatée pour maintes Églises, doit nous rendre circonspects lorsqu'il s'agit d'attribuer à un mot la valeur d'une institution.

V. Synonymie d'episkopos et presbyteros ? — Deux faits paraissent imposer cette synonymie. Les livres du Nouveau Testament désignent indifféremment les membres du conseil directeur des communautés sous le nom de presbytres et sous le nom d'épiskopoi ; ces mêmes livres ne parlent nulle part des épiskopoi et des presbytres comme de deux ordres distincts. Enfin, dans les seuls textes où les deux termes sont employés simultanément, ils sont clairement marqués comme synonymes. C'est que ces termes furent adoptés par l'usage et ils ne furent adoptés que parce qu'ils répondaient d'une façon probablement frappante au sens général qu'ils possédaient dans le langage de l'époque et aux occupations des chefs des communautés. On transporta ces termes du langage courant, qui en usait pour désigner les administrateurs des sociétés civiles, gens graves et d'expérience reconnue. Nous n'avons pas la preuve que, partout, les fidèles aient désigné indifféremment le conseil directeur de leur communauté par ces deux noms, dont l'un, presbyteros, emporte une idée plutôt honorifique et l'autre, épiskopos, éveille la pensée d'une charge. De plus, le premier a une signification plus étendue et peut s'appliquer à tous ceux qui prenaient part au gouvernement des Églises, ne fût-ce qu'à titre de conseillers officiels et réguliers, sans aucun pouvoir personnel de juridiction, tandis que le second suppose l'exercice effectif de ce pouvoir. En d'autres mots, les épiskopoi étaient les proistamenoi, ni les proistamenoi les épiskopoi, mais il pouvait y avoir d'autres proistamenoi qui ne possédaient pas cette qualité, et rien, absolument, ne permet d'affirmer que toujours et en tous lieux ces termes sont synonymes, que celui qui porte l'un a droit à porter l'autre.

La prétendue synonymie qu'on a pensé découvrir avait induit en erreur saint Jérôme, qui, après avoir tiré parti des textes contenus dans les Actes et dans les épîtres canoniques et sans invoquer un seul fait historique ni un seul document indépendant de ces sources susdites, imagina et affirma qu'à l'origine les Églises étaient gouvernées par un collège de prêtres, que des rivalités intestines et les factions qui en résultèrent firent abandonner et remplacer par un évêque unique. Les textes utilisés par saint Jérôme ne disent rien de tel ; on y voit des presbytres qui, en qualité d'épiskopoi, gouvernent une Église, sans qu'on puisse nier que cette institution ait été pratiquée en d'autres lieux, mais on ne peut fournir la preuve de cette négation. Timothée, avec son collège de presbytres à Éphèse, se présente dans une posture à peine différente de celle de Jacques. Il en est de même pour Tite en Crète, pour les sept évêques d'Asie Mineure admonestés par saint Jean.


VI. Ignace d'Antioche. — La correspondance de l'évêque d'Antioche peut se placer aux environs de l'an 112 ; elle offre une importance qu'on ne saurait exagérer. Le principe de toutes les exhortations adressées par Ignace aux différentes Églises d'Asie est le sentiment profond de la nécessité pour les membres d'une même Église de vivre unis. Or, à cette époque, l'unité est on ne peut plus menacée dans les Églises par l'épanouissement des systèmes gnostiques. A Éphèse, à Tralles, à Smyrne, à Philadelphie, les Églises sont travaillées par des prédicants nombreux et dont l'origine prête aux plus graves soupçons. Le seul moyen d'échapper au péril de désunion est de se grouper autour de l'évêque. L'évêque est en effet le représentant de l'unité ecclésiastique ; il est l'unité vivante. Comment le fidèle pourra-t-il se reconnaître, parmi tant de séductions qui le sollicitent ? Clément de Rome l'a indiqué : « Soyez soumis à vos conducteurs », dit-il. Ignace dit sans autre périphrase : « Attachez-vous à l'évêque. » Voici qui est clair et ne laisse aucune place aux échappatoires : « Ne pas résister à l'évêque, afin d'être soumis à Dieu » (épître aux Éphésiens) ; « Celui qui honore l'évêque est considéré par Dieu ; celui qui agit en dehors de l'évêque sert le diable » (aux Smyrniens) ; « Ceux qui sont à Dieu et à Jésus-Christ, ceux-là sont avec l'évêque » (aux Philadelphiens). etc. Au surplus, les presbytres et les diacres ont également droit au respect et à l'obéissance des fidèles, mais ils n'en sont pas moins des coopérateurs d'un rang inférieur.

Dans quelques passages de la correspondance, l'évêque est seul nommé en qualité de représentant de l'autorité à laquelle la communauté des fidèles emprunte son caractère d'unité : « Tous ceux, dit-il aux Philadelphiens, qui appartiennent à Dieu et à Jésus-Christ se trouvent avec l'évêque. Ne vous y trompez pas, quiconque se met à la suite d'un schismatique se prive de l'héritage du royaume de Dieu » (c. iii). « Soyez donc soin d'être unis dans un seul banquet eucharistique. Il n'y a qu'une seule chair de Jésus-Christ, un seul calice pour nourrir l'unité de son sang, un seul autel, comme il n'y a qu'un seul évêque, avec le collège des prêtres et les diacres » (c. iv). J'ai dit bien haut à ceux que j'ai eu l'occasion de voir : Obéissez à l'évêque et au collège des prêtres et des diacres. Quelques-uns ont cru que c'était dans la prévision d'un schisme que je parlais ainsi. Celui pour qui je porte mes chaînes m'est témoin que ce n'est pas le sens humain qui m'a donné cette connaissance. C'est l'esprit de Dieu qui a proclamé cet avis par ma bouche : Ne faites rien sans votre évêque (c. vii). Et aux Smyrniens : « Obéissez tous à l'évêque comme à Jésus-Christ et au collège des prêtres comme aux apôtres ; respectez les diacres comme établis par Dieu. Que personne ne se sépare de l'évêque en rien de ce qui tient aux assemblées religieuses. Un seul sacrifice eucharistique doit être regardé comme ayant de la valeur, celui qui est offert par l'évêque ou par celui que l'évêque aura délégué à sa place. Que le peuple fidèle se trouve là où apparaît l'évêque, comme là où se trouve Jésus-Christ, là est aussi l'Église catholique. Il n'est permis ni de conférer le baptême, ni de célébrer les agapes sans l'évêque. Il n'y a d'agréable à Dieu que ce qui se fait avec le concours de l'évêque ; c'est par l'évêque que tout ce qui se fait dans la réunion des fidèles reçoit sa force et sa valeur. Celui qui rend honneur à l'évêque est lui-même honoré de Dieu ; se séparer de l'évêque en quoi que ce soit, c'est porter ses services au démon » (c. viii-ix).

A Éphèse, Ignace n'a que des louanges à adresser à l'évêque, au collège presbytéral et aux fidèles, tous étroitement unis (c. iv) ; à Magnésie, Ignace est encore plus explicite : « J'ai eu, dit-il, l'honneur de vous voir dans la personne de Damas votre évêque, des dignes prêtres Bassus et Apollonius et de mon coserviteur le diacre Sotion, qui m'est particulièrement cher parce qu'il est soumis à son évêque comme à Dieu et au collège des prêtres comme à la loi de Jésus-Christ » (c. ii). Ce qui suit nous montre que l'évêque n'était pas nécessairement un vieillard : « Gardez-vous, dit-il encore, de faire moins de cas de votre évêque à cause de son âge peu avancé ; ayez soin, au contraire, de lui témoigner le plus grand respect en considération de la puissance de Dieu votre Père. C'est ce que font, à ce qu'on m'apprend, vos saints prêtres, qui ne se permettent pas de le traiter avec dédain en voyant sa jeunesse, mais, par un sentiment de religieuse piété, lui marquent une entière déférence, considérant en lui, non la personne humaine, mais le Père de Jésus-Christ, qui est l'évêque universel » (c. iii). « Je vous exhorte donc à agir en tout avec une parfaite harmonie, l'évêque siégeant au premier rang comme occupant la place de Dieu, les prêtres tenant celle du sénat des apôtres, et les diacres, mes bien-aimés, se regardant comme chargés des fonctions du ministère de Jésus-Christ » (c. vi). Aux prêtres de Tralles, il donne cet avis : « Tous, et particulièrement les prêtres, vous devez tâcher de rendre plus léger à l'évêque le poids de sa charge » (c. xii) ; enfin, en l'absence de l'évêque, malgré les soins des prêtres et des diacres, une Église n'a « plus d'autre pasteur que Dieu ».

Il n'existe donc qu'un seul évêque par ville, les campagnes n'ayant point d'existence propre se rattachant à la cité la plus proche ou la plus facilement accessible ; mais en est-il ainsi partout ? Voilà ce qu'on ne peut affirmer ; nous nous trouvons à une période de transition où l'évêque — au sens moderne du mot — refoule et absorbe les épiscopes. Rien ne prouve que ceux-ci disparaissent comme par enchantement. Sur certains points l'épiscopat collégial a pu ne céder que pied à pied à l'épiscopat monarchique et ne se laisser abolir que par voie d'extinction. Dans la lettre aux Philippiens on lit ceci : α κκλησίαι χουσιν καστοι τὸν ἐπίσκοπον, α δὲ πρεσβύτεροι διάκονοι, ce qu'on peut entendre en ce sens, que « quelques Églises voisines ont envoyé leur évêque (chacune le sien), quelques-unes des presbytres ou des diacres (chacune un) » ou bien que ces Églises, ayant encore leur épiscopat collégial, y ont fait un choix ainsi que parmi les presbytres et les diacres.

Le témoignage d'Ignace porte sur les Églises destinataires de ses lettres et sur sa propre Église : Éphèse, Magnésie, Tralles, Philadelphie, Smyrne et Antioche ; Rome enfin. L'épiscopat monarchique existait-il ailleurs ? C'est vraisemblable, mais ce n'est pas démontré. La vigueur avec laquelle Ignace affirme, l'énergie avec laquelle il attire à l'épiscopat tout ce qui peut en relever le caractère, notamment le droit exclusif à consacrer l'eucharistie, pourrait donner lieu à penser que l'évolution monarchique n'était pas encore achevée ni même pleinement assurée de la victoire ; l'analogie instituée entre le pouvoir de Dieu le Père et le pouvoir épiscopal paraît également bien agressive et cependant nulle part Ignace ne fait allusion, ne semble même soupçonner la contradiction et la persistance d'un épiscopat collégial, lequel n'était pourtant pas disparu depuis longtemps, à supposer qu'il fût disparu généralement. Lui-même n'a pas pu vivre les années de sa jeunesse sous un régime dit différent de l'épiscopat collégial, il semble en avoir perdu jusqu'au souvenir. Mais il faut se tenir en garde contre ces conclusions trop anguleuses et rigides. Ignace écrit à l'Église de Rome, qui, nous l'avons vu par la lettre de Clément aux Corinthiens, est en possession au moins depuis le temps de saint Pierre de τῶν πρεσβυτέρων, d'« aucuns •, de • conducteurs » ; or l'évêque d'Antioche n'y fait même pas allusion. On dira qu'il n'en savait rien ; mais on ne dira pas qu'en s'acheminant vers Rome il ignorait tout de cette Église célèbre et ce qu'il y rencontrerait. Cependant sa lettre est adressée à toute la communauté des frères, parce que c'est l'impétueuse commisération de cette grande et puissante communauté qu'il redoute ; quant à ses chefs, il n'en fait même pas mention.

Il faut tenir compte de ce procédé d'Ignace, rempli de tolérance, de libéralisme à l'égard de ce qu'il n'approuvait certainement pas, si on veut comprendre que ses lettres passent sous silence systématiquement un état de chose qu'il souhaite voir disparaître et remplacer. Ce n'est donc pas à dire qu'à la date où il écrit la substitution de l'épiscopat monarchique à l'épiscopat collégial soit un fait admis, universel, incontesté. Si les lettres ne laissent supposer aucun tiraillement entre les épiscopes qu'on supplante et l'évêque qui supplante, il ne s'ensuit pas que les premiers se dissipent sans résistance comme s'ils prenaient conscience de leur soudaine inutilité. Autant d'Églises, autant de méthodes différentes. Si à Philippes on s'attache aux usages primitifs, ailleurs ils sont oubliés, dénigrés, négligés et prêts à disparaître au premier choc ; ailleurs une dynastie conquiert le siège épiscopal, s'y cramponne. A la fin du IIe, Polycrate d'Éphèse est le huitième de sa famille qui occupe le siège, qui, dans ces conditions, a dû échapper presque complètement au collège épiscopal. Ailleurs encore le péril de l'hérésie et de la lutte pour l'unité a dû effrayer et décider le collège à confier la défense de la foi à un évêque unique.

Quel fut le procédé en usage pour la désignation de ces évêques monarchiques dont le pouvoir étendu était de nature à rendre circonspects leurs électeurs, surtout lors que, comme c'était le cas à Magnésie, l'évêque était encore jeune ? Saint Ignace nous montre le plus ancien exemple de cette explication qui consiste à faire bénéficier l'élu d'une sorte de désignation surnaturelle. A l'occasion du choix de l'évêque de Philadelphie, il avance que celui-ci « ne l'est pas par sa volonté, ni par celle des hommes, mais par l'amour de Dieu le Père et du Seigneur Jésus-Christ ». On aurait mauvaise grâce d'en douter ; cependant cette désignation eût offert quelque chose de si peu canonique, qu'on est en droit de douter qu'il s'agisse ici d'autre chose que d'une formule édifiante. Un évêque était donc nommé soit par l'action de ses propres intrigues ou le spectacle de ses vertus, soit par l'intervention de ses amis et partis. Il existe aussi un autre élément. Ignace invite les Philadelphiens, les Smyrniens à déléguer un diacre à Antioche, il présentera à la communauté de cette ville leurs sympathies et collaborera à l'élection du nouvel évêque ; déjà les Églises les plus rapprochées ont envoyé leur évêque, un presbytre ou un diacre.

Le mot Église progresse depuis le temps déjà presque lointain des réunions dans le cénacle de Jérusalem. Ce n'est alors, à Jérusalem, qu'une assemblée aux idées peu larges et surtout peu sympathiques à tout ce qui n'est pas juif de naissance, de croyance et d'espérance. Avec saint Paul, un souffle emporte au loin les paroles fécondes de l'Évangile et les dépose en des lieux souvent très éloignés les uns des autres, sans communications directes ni fréquentes, ni possibles. Des Églises naissent, grandissent, mais sujettes à de douloureuses crises de croissance qui alarment l'apôtre et dont la lettre de Clément de Rome nous donne un plus récent témoignage. Il existe dès lors une Église du Christ, mais dont beaucoup de membres ne portent pas leurs regards plus loin que les frontières de leur Église locale : c'est ce qui explique comment ils s'accommodent d'une vie de communauté très étriquée, très isolée, très différente de ce que sera la notion d'Église telle qu'elle prévaudra plus tard. Dans ces groupes que nous entrevoyons à Philippes ou à Iconium, en Bithynie ou dans le Delta égyptien, il semble que les fidèles doivent savoir que tous ceux qui sont unis à eux, ont la foi en Jésus appartiennent à l'Église, qui est la société des frères et qui ne peut périr ; mais le grand nombre de judaïsants qui entrent dans la composition de ces communautés y entretient l'idée toute judaïque d'une sorte de Diaspora chrétienne, agrégée à l'Église centrale de Jérusalem de la même façon un peu vague dont les synagogues hellénisantes entretenaient leurs rapports de déférence avec le Temple de Dieu. On ne voit nulle part au début s'affirmer dans une communauté l'idée d'une forte Église universelle, centralisée. Le désastre de l'an 70 chasse des lieux consacrés par la passion du Sauveur l'Église de Jérusalem, qui se réfugie à Pella et y végète ; Antioche n'est qu'une capitale de transition jusqu'au moment où Pierre s'installe définitivement à Rome. Après la disparition des deux apôtres Pierre et Paul, il a pu y avoir quelque incertitude dans les communautés, mais la lettre de Clément nous montre que l'Église de Rome était en position, vers la fin du Ier siècle, de revendiquer le titre de capitale et en disposition d'affirmer sa prépondérance. Ce n'est pas avec le nombre infime de documents venus jusqu'à nous que nous pouvons entreprendre de faire plus que d'entrevoir et d'esquisser les origines de la notion d'Église parmi les fidèles ; mais, dès l'aube du IIe, nous sommes en mesure, grâce à la correspondance de saint Ignace, de caractériser le mouvement très vif d'organisation et de centralisation de l'Église par le moyen de l'épiscopat.

Au cours de cette évolution ascendante de l'épiscopat, que deviennent les groupes dont l'évêque se distingue ? Les épiscopes sont décidément condamnés à disparaître. Leur situation est évidemment délicate, plus délicate — à cause précisément de leur nombre — que n'est de nos jours la situation d'un coadjuteur. Ils sont plusieurs, ils se réclament des usages, ils exercent certains droits et cependant, persévérément, ils sentent une volonté qui les évince, qui les supplante, qui les annule en toute occasion. Leur titre au pluriel, πίσκοποι, commence à sonner faux, et on le remplace volontiers par quelque équivalent sans doute, mais qui ne soit pas de nature à choquer ; c'est peut-être toute la raison qui fait employer tantôt πίσκοπος, tantôt πίσκοποι. Le mot épiscopat tombe ainsi dans une sorte de discrédit, à moins qu'on ne l'emploie au singulier, et, par contre, Πρεσβύτερος jouit d'une vogue nouvelle. Le presbyterion est l'image du collège apostolique qui entoure l'évêque, figurant Dieu le Père. Tout ceci est très flatteur et il est clair qu'au moment où l'épiscopat collégial en était réduit à des concessions aussi essentielles sur ses droits, ce n'était pas le moment de lui chicaner les grandes phrases et les nobles comparaisons. Conseillers, coadjuteurs pouvant recevoir une honorable délégation, célébrer l'eucharistie, ils n'en sont pas moins subordonnés. On peut croire qu'il leur en coûte, puis que la déférence rendue par les presbytres de Magnésie à leur jeune évêque est citée en exemple à l'usage de ceux qui ne les imitent pas ou seraient tentés de ne pas les imiter. C'est sans doute par allusion à leur nombre que ces presbytres sont comparés aux douze apôtres. On peut voir un indice concordant pour ce nombre et pour sa persistance dans le chapitre XVI des Canons apostoliques égyptiens (voir Dictionnaire, t. n, col. 1931 sq.). On y lit la prescription formelle d'instituer un évêque dans chaque Église locale, même dans le cas « de communautés si peu nombreuses qu'il ne s'y trouve pas douze hommes qui aient droit de donner leur suffrage pour l'élection de l'évêque ». Il ne peut s'agir de communautés comptant onze hommes au plus, ce seraient les plus chétifs des hameaux et, à ce compte, les évêques eussent été multitude ; ces douze membres sont le collège presbytéral qui élit l'évêque.

Dès le milieu du IIe, l'épiscopat monarchique fonctionne dans toutes les grandes Églises du monde romain, à Rome, à Lyon, à Athènes, à Corinthe, etc. À la fin du IIe, il n'y a plus sans doute une seule Église catholique qui ne soit gouvernée par un évêque unique. Seules les communautés gnostiques échappent à cette règle et restent réfractaires à l'institution de l'épiscopat monarchique. Et cela vient précisément de ce qu'elles sont désormais en dehors de la constitution, comme elles sont en dehors du dogme de l'Église catholique. L'épiscopat est, à la fin du IIe, la constitution essentielle de toutes les Églises catholiques. C'est le temps d'ailleurs où Hégésippe voyage à travers les Églises pour recueillir et pour dresser partout les successions épiscopales. Il est évident que, pour Hégésippe et ses contemporains, il n'y a pas d'autre forme du gouvernement ecclésiastique, dans les Églises catholiques, que l'épiscopat unique, puisqu'il s'enquiert partout, et avec tant de soin, des traditions à l'aide desquelles on peut établir, pour chaque Église, la liste de ses évêques (et, bien entendu, de ses évêques uniques), témoignage de son apostolicité, gage de sa pureté et de l'autorité de sa foi et de sa doctrine. À Rome, en particulier, la liste dressée par Hégésippe s'arrêtait au pape Anicet (155-166 ?) : πίσκοπος βδομος ἐν ώμ νίκητος. Bien qu'Hégésippe n'ait publié ses souvenirs de voyage, « Τὰ πομνήματα », que sous le pontificat d'Éleuthère (175-189), le fait que la liste s'arrête à Anicet fait supposer qu'elle fut arrêtée avant l'année 166. Si cela ne prouve pas sans doute que les premiers noms recueillis sur cette liste aient été ceux d'évêques monarchiques, à coup sûr cela prouve qu'Anicet en était bien un. Même conclusion de la succession des évêques de Rome établie par saint Irénée (vers 180), et allant depuis les apôtres jusqu'au pape Éleuthère (175-189). Évidemment les contemporains d'Irénée ne soupçonnaient pas que l'Église de Rome eût jamais connu un autre régime que cet épiscopat unique, dont ils cataloguaient avec soin les titulaires. Tout cela montre, non seulement que l'épiscopat monarchique fonctionnait à Rome d'une façon sûre à la fin du IIe, mais encore que, très probablement, il existait déjà quelques années auparavant, puis que, à la fin du IIe, on ne concevait déjà plus qu'il ait pu y avoir une époque où il n'existait pas. On peut aller plus loin. Le fait que, à cette date, on a pu dresser une telle liste et par conséquent donner à des personnages tels que Lin, Anaclet, Clément, etc., qui n'avaient été, semble-t-il, en leur temps que des πρεσβύτεροι, la place qui leur revient, prouve d'une façon absolument certaine l'existence de l'épiscopat monarchique à Rome à la fin du IIe, au plus tard sous Anicet (155-166 ?). On peut remonter plus avant et, sans aller encore jusqu'à Alexandre Ier (103-114 ?) et Sixte Ier (114-124), on peut reporter le fonctionnement de l'épiscopat monarchique à Rome au moins jusqu'aux environs de l'année 140, date approximative du livre d'Hermas, frère de Pie Ier, sedens in cathedra urbis Romae ecclesiae.

En résumé et à s'en tenir à la lettre des textes, on ne peut se dérober aux constatations suivantes.

IIe. — Les six premiers livres du recueil intitulé Constitutions apostoliques (voir ce mot) semblent avoir été écrits dans le patriarcat d'Antioche, avant le milieu du IIIe. Nous y trouvons l'épiscopat monarchique en plein éclat, autorité absolue de l'évêque sur les fidèles, supériorité sur tous les degrés de la hiérarchie cléricale, exigence d'une soumission sans réserve et sans délai.

A propos de l'obligation d'entretenir le clergé suivant les préceptes de la loi ancienne, on lit ceci : « Vos grands-prêtres, ce sont les évêques ; la dignité du sacerdoce appartient à vos prêtres, à la place des lévites, vous avez vos diacres, vos lecteurs, vos chantres, vos portiers, et aussi vos diaconesses, vos veuves et vierges et vos orphelins. Au-dessus de tous est le pontife, c'est-à-dire l'évêque. Il est le ministre de la parole, le gardien de la science, le médiateur entre Dieu et vous dans le culte divin ; c'est lui qui vous enseigne la vraie piété ; après Dieu, il est votre père, qui vous a fait renaître par l'eau et par le Saint-Esprit à la condition d'enfants adoptifs de Dieu ; il est votre chef et votre guide, il est votre roi, votre empereur ; après Dieu, il est votre dieu visible. C'est de lui et de ceux de sa condition que Dieu lui-même a déclaré : J'ai dit : Vous êtes tous Dieu et les fils du Très-Haut ; et : Vous n'aurez garde de mal parler des dieux. Que l'évêque occupe donc le premier rang parmi vous, comme étant revêtu de la dignité de Dieu, en vertu de laquelle il a toute autorité sur le clergé et gouverne le peuple » (II, XXV, XXVI). — « Ne faites rien sans l'évêque. Tout ce qu'on fait sans l'évêque n'a aucun mérite et n'est pas porté en compte parmi les bonnes œuvres » (II, XXVIII). — « Le laïc doit honorer l'évêque, l'aimer, le respecter comme père, comme seigneur, comme maître, comme grand-prêtre de Dieu, comme guide de la piété. Celui qui l'écoute, écoute le Christ ; celui qui le méprise, méprise le Christ ; et celui qui ne reçoit pas le Christ, ne reçoit pas Dieu son Père » (II, XX).

Le même document nous montre l'évêque en possession de distribuer l'enseignement de la doctrine de la foi et des règles de la piété chrétienne (II, XXVI, XXXII, XXXIII), de régler la participation aux sacrements (ibid.). A lui appartient la célébration de l'eucharistie (II, LVII, LIX), la répression des fautes publiques (II, XVI), la réconciliation des pénitents (I, X ; II, XLV, XLVI) ; enfin, il juge les différends survenus entre les fidèles (II, XLVII), administre les biens de l'Église. Tant de devoirs et si absorbants nécessitent un soulagement, c'est pour quoi l'évêque sera aidé dans l'exercice de sa charge par les diacres, qui sont plus particulièrement destinés à l'administration, et par les prêtres, auxquels est confié l'enseignement. Quant à l'ancien collège épiscopal, il n'en est plus question, pas même pour nous apprendre comment il est remplacé. Les prêtres servent l'évêque dans la célébration du sacrifice eucharistique.

Nous avons déjà mentionné les Canons apostoliques égyptiens, qui appartiennent, au plus tard, à la première moitié du IVe. Les écrits des Pères de cette période nous offrent peu de textes utilisables ; cependant Clément d'Alexandrie est formel dans le passage où il compare les degrés inégaux de gloire qui distinguent les élus dans le ciel avec les trois ordres de la hiérarchie ecclésiastique : « Ici sur la terre, dit-il, dans l'Église, les degrés successifs des diacres, des prêtres et des évêques nous représentent, me semble-t-il, ce qui a lieu pour la gloire des anges et dans cette distribution de récompenses, réservée, comme nous l'apprenons par l'Écriture, à ceux qui, marchant sur les traces des apôtres, ont vécu dans la perfection de la justice, conformément aux préceptes de l'Évangile. Lorsqu'ils auront été élevés dans les nuages, d'après la parole de l'apôtre, ils seront d'abord honorés de la dignité des diacres ; puis, par la progression de la gloire, car la gloire diffère de la gloire, agrégés au corps des prêtres jusqu'à ce qu'ils parviennent enfin à la suprême perfection ». La même gradation est marquée par Origène.

Dans l'Église de Dieu aussi on trouve des hommes qui aspirent aux premières places dans les banquets, et se donnent beaucoup de mouvement, d'abord pour devenir diacres, mais non pas tels que les demande l'Écriture. Et ceux qui sont arrivés de cette manière au diaconat mettent ensuite leur ambition à s'emparer des sièges plus apparents de ceux qu'on appelle les prêtres. Quelques-uns même, n'étant pas encore satisfaits de cet honneur, mettent tout en œuvre pour parvenir à porter devant les hommes le titre d'évêque, c'est-à-dire de maître ». Et ailleurs : « Il y en a qui se glorifient de compter parmi leurs parents et leurs aïeux des hommes qui ont été jugés dignes de s'asseoir à la première place sur le trône épiscopal, ou revêtus de l'honneur du presbytérat, ou chargés de l'office de diacre auprès du peuple de Dieu ».

En Occident les textes sont rares. Nous n'avons pas voulu tirer argument d'un texte de la première Apologie de saint Justin, d'après lequel le président à qui on présente le pain et la coupe à consacrer serait l'évêque monarchique de Rome. Ce président est vraisemblablement et dans la plupart des cas l'évêque, mais il ne l'est pas nécessairement, il peut être un des presbytres délégués par l'évêque à la célébration de l'eucharistie. Ceci est d'autant plus admissible que, sûrement, à l'époque de Justin, les fidèles de Rome étaient trop nombreux et trop dispersés pour ne posséder qu'un seul lieu d'assemblée, en sorte que l'évêque ne pouvait présider qu'en un lieu et laissait nécessairement ailleurs cette fonction aux presbytres. Les actes authentiques du martyre de ce même Justin font une allusion formelle à plusieurs lieux de réunion.

Sans doute on a proposé de voir dans les réunions présidées par des presbytres des assemblées de qualité inférieure dans lesquelles on ne célébrait pas le sacrifice eucharistique, mais seulement le baptême, les exercices de la pénitence et le culte des martyrs ; mais ce système est insoutenable.

À la limite du IIe et du IIIe, nous trouvons les témoignages de saint Irénée en Gaule et de Tertullien en Afrique, qui n'hésitent pas, dès lors, à invoquer contre les nouveautés des hérétiques la tradition des Églises, tradition symbolisée par la succession épiscopale ininterrompue. « Traditionem ita que apostolorum, dit saint Irénée, in toto mundo manet, in omni Ecclesia adesl respicere omnibus qui vera velint videre : et habemus enumerare eos qui ab apostolis instituti sunt episcopi et successores eorum usque ad nos, qui nihil tale docuerunt neque cognoverunt quale ab his deliratur. Etenim si recondita mysteria scissent apostoli, quae seorsim et latenter a reliquis docebant, his vel maxime traderent ea quibus etiam ipsas Ecclesias commillebant. Valde enim perjectos et irreprehensibiles eos volebant esse quos et successores relinquabant, suum ipsorum locum magistri tradentes ».


VIII. Archiépiscopat. — Cet émiettement pouvait entraîner, outre la déconsidération, une déperdition irrémédiable des droits de juridiction. Dans le courant du n° siècle, on avait vu les communautés sortir de leur isolement et tendre vers une fédération ; dans ce but des assemblées d'évêques s'étaient tenues au cours desquelles on avait discuté et réglé les questions principales intéressant la généralité des Églises ou leurs plus graves difficultés. A l'ombre de ces réunions un peu bruyantes et très espacées, une nouvelle institution était née, se développait dans le silence ; nous parlons des synodes provinciaux avec leurs sessions régulières et annuelles. Firmilien de Césarée (t. 269) en atteste l'ancienneté ; la controverse pascale nous les montre en action. Aussi peut-on, sans crainte d'erreur, en faire remonter l'origine au milieu du n° siècle. Leur naissance se rattache aux assemblées provinciales que les Romains avaient laissé subsister dans les provinces d'Orient et auxquelles se rattachait étroitement le culte impérial organisé par provinces. La métropole politique était devenue métropole religieuse du culte d'Auguste et le christianisme, principalement en Asie Mineure, adopta cette métropole deux fois importante pour en faire le centre des communautés chrétiennes. L'existence d'une métropole chrétienne — elle l'était de fait avant de l'être de nom, — affermit, attira et organisa l'embryon administratif nouveau des synodes provinciaux, acheva la réunion des Églises d'une même province, qui furent désormais une unité vivante et personnelle dans l'Église universelle. L'évêque résidant dans la ville métropole de la province politique se trouva naturellement désigné pour convoquer et diriger les opérations du synode tenu dans sa ville épiscopale, d'accès plus facile et plus central que les autres villes de la province. Aussi son pouvoir ne cessa de grandir et de se développer, avec l'ordinaire contingent de contradictions et d'oppositions. On lui disputa en particulier le droit de confirmer l'élection des nouveaux évêques de sa province.

Il laissait dire, s'enhardissait. Au n° siècle, l'évêque de Rome possédait en réalité un véritable pouvoir juridique sur les chrétientés d'Italie, en même temps qu'il conservait son pouvoir moral sur les autres Églises, par exemple, celles de Gaule ou d'Espagne. C'est l'archiépiscopat qui apparaît, et le premier qui en soit investi est l'évêque de Rome, dont la prétention sera bientôt imitée. Cet évêque devait son autorité sur les autres Églises d'Italie à l'influence prédominante que la ville impériale exerçait sur le reste de la péninsule ; de même, à la fin du n° siècle et au siècle suivant, les Églises des villes les plus importantes d'autres régions de l'empire acquirent une juridiction sur les Églises des provinces voisines. Cela n'allait pas sans difficultés et sans heurts. Pendant l'intervalle de paix qui s'écoule entre Valérien et Dioclétien, les évêques des métropoles ont fort à faire pour s'imposer ; mais la fortune les favorise sous la forme de la persécution qui impose silence aux rivalités et détourne l'attention vers des intérêts plus poignants, en sorte que, vers la fin du n° siècle, l'organisation métropolitaine est complète en Orient.

La persécution, en s'acharnant tout particulièrement sur les chefs de la hiérarchie, ne fit que la consolider aux yeux des fidèles. Aussi, comme Dioclétien avait imposé, à l'empire tout entier, une nouvelle division qui portait le nombre des provinces de quarante-deux à cent une, l'Église d'Orient modifia pareillement ses cadres et se conforma entièrement à la nouvelle répartition administrative et politique, ainsi que le montrent les actes du concile de Nicée. L'avènement de Constantin, l'édit de Milan, qui créait des relations plus intimes entre l'Église et l'État, devaient encore fortifier la tendance des Orientaux à assimiler plus complètement l'organisation politique et l'organisation ecclésiastique. Le concile de Nicée fut le triomphe de cette tendance. Conservateur avant tout, il sanctionna et consacra légalement l'organisation métropolitaine, telle que le temps et les circonstances l'avaient façonnée (canon 4). Il le fit en des termes qui supposent une étroite concordance entre la province civile et la province ecclésiastique. Cette décision ne fut pas acceptée de fait par toute l'Église ; elle n'eut aucune influence sur l'évolution de l'organisme épiscopal en Europe et en Afrique. L'Orient seul réalisa le principe énoncé par le concile.

Les évêques des grands sièges, en particulier ceux de Rome, d'Alexandrie et d'Antioche, possédaient des droits bien plus étendus sur les Églises des régions voisines que ceux des métropolitains sur leur province. Ils pouvaient convoquer le synode, y déposer


IX. Patriarcat. — La vie synodale, toujours intense en Orient, présente vers le milieu du n° siècle un phénomène remarquable. Des centres apparaissent autour desquels se groupent les évêques de plusieurs provinces : Antioche, où se réunissent à de nombreuses reprises les évêques de l'Orient ; Alexandrie, dont l'évêque Denis est consulté par les prélats de toutes les parties de l'Égypte ; Éphèse. Si le fait est patent, ses causes demeurent obscures. On peut, à Antioche, invoquer la situation politique de la ville et l'exceptionnelle dignité de la fondation d'une Église par saint Paul et qui reçut saint Pierre ; pour Éphèse, ce sera le souvenir de l'apôtre Jean et la situation faite au siège par l'aîné de la controverse pascale au temps de Polycrate ; pour Alexandrie, son importance civile et commerciale avait fait d'elle le centre du judaïsme de la dispersion, la capitale de l'Égypte et la deuxième ville du monde. On constate, dans l'Église d'Alexandrie, l'exercice d'un droit juridique véritable sur tout le pays au moment du schisme de Mélèce ; au concile d'Alexandrie, tenu en 306, elle réclame le droit de convoquer en concile les évêques de toutes les provinces d'Égypte, de leur imposer des règlements disciplinaires et de confirmer les élections de nouveaux pasteurs. Il semble singulier, à première vue, que pareille prétention se trouve réalisée pour la première fois à Alexandrie, rattachée cependant au diocèse d'Orient et soumise à Antioche. C'est que l'origine en remonte plus haut que la réforme provinciale de Dioclétien. Octave s'était réservé personnellement l'Égypte et lui avait donné une organisation spéciale qui en faisait un État dans l'empire.

Le concile de Nicée fut amené par le schisme de Mélèce à sanctionner le nouvel organisme. Par son canon 6, il assura le maintien des ἀρχαῖα et garantit leurs droits à Alexandrie, à Antioche et aux Églises des autres éparchies. Mais quels droits accordait-il à Alexandrie et à Antioche ? Quelles Églises mettait-il sur le même pied ?

Ces droits consistent en un pouvoir essentiellement différent du pouvoir des métropolitains, supérieur à ceux-ci et donnant droit à une véritable juridiction sur eux. Quant aux Églises mises sur le même pied qu'Antioche et Alexandrie, ce sont — si l'on compare le canon 6 de Nicée avec le canon 2 de Constantinople — Éphèse, Césarée de Cappadoce et Héraclée de Thrace. Tout le monde savait quelles Églises le concile avait en vue ; ce n'est que par égard pour leur importance et leur haute dignité qu'il a nommé expressément celles d'Alexandrie et d'Antioche ; les trois autres avaient des droits trop récents pour prétendre leur être égalées complètement. Quant au canon 7 de Nicée, il accorde le titre de sur-métropolitain à l'évêque de Jérusalem, lequel prendra place ainsi tout de suite après son primat, l'évêque d'Antioche, tout en gardant les relations de dépendance juridique qui le lient à son métropolitain, l'évêque de Césarée.

Ce qui valut aux évêques d'Éphèse, de Césarée et d'Héraclée l'honneur d'être adjoints et presque assimilés à leurs collègues d'Alexandrie et d'Antioche, le canon 3 du même concile marque un nouveau pas décisif de l'Église orientale dans l'adaptation à l'empire. Il règle la situation de l'évêque de la ville impériale, soumis juridiquement jusque-là au sur-métropolitain d'Héraclée. Alexandrie, par sa culture et son renom scientifique, était depuis longtemps le foyer intellectuel et le centre directeur de l'Église des pays orientaux. Les victoires d'Athanase sur l'arianisme et sur la puissance impériale lui avaient assuré l'hégémonie de l'Orient, malgré les premières tentatives de sa rivale naissante, Byzance. Après une courte défaillance qui suivit la mort du grand évêque, elle avait retrouvé sa puissance en 380, quand elle voulut se l'assurer, en mettant à Constantinople, auprès de l'empereur, un évêque entièrement dévoué à sa cause. Ce fut sa perte ; le canon 2 du concile avait consacré sa défaite ; le 3 consacra le triomphe définitif de sa rivale : « L'évêque de Constantinople a droit à la préséance d'honneur immédiatement après l'évêque de Rome, parce que Constantinople est la nouvelle Rome. » L'évêque de la ville impériale, débarrassé de toute dépendance juridique vis-à-vis d'Héraclée, est élevé au rang de sur-métropolitain, mais sans obtenir aucun ressort juridiquement soumis à sa puissance ; il a simplement la première place parmi tous les sur-métropolitains d'Orient et vient immédiatement après l'évêque de Rome dans l'ordre d'honneur et de dignité.

Après la ville impériale, viennent Alexandrie et Antioche, qui peuvent être considérées comme patriarcats de première classe ; les trois autres, qui sont de deuxième classe, et se rangent dans l'ordre suivant : Éphèse, Césarée, Héraclée. C'est l'ordre suivi par le concile même et par d'autres actes ; c'est l'ordre exigé par le principe supposé dans le canon 3, suivant lequel l'importance et le rang d'une Église se déterminent d'après l'importance et le rang de la cité. Telle est la théorie légitime pour l'Orient, tandis qu'une autre tout opposée a prévalu en Occident. Les papes furent mal avisés lorsqu'ils invoquèrent le principe de l'origine et de la succession apostolique pour déterminer et justifier la préséance et la dignité des Églises d'Alexandrie et d'Antioche ; ils méconnaissaient en cela le principe qui avait prévalu en Orient. Le concile de 381 s'égarait lui aussi quand il réclamait pour Rome le premier rang à raison de sa situation politique ; cette situation se trouvait supplantée par le transfert de l'empire à Constantinople.

Le résultat principal du concile de 381 fut de mettre la nouvelle Rome, Byzance, à la tête de l'Orient chrétien. Elle en profitera pour étendre son influence et sa juridiction aux diocèses d'Asie, du Pont et de Thrace, qui lui seront soumis effectivement par le concile de Chalcédoine en 451.

X. Bibliographie. — U. Baltus, L'Église primitive et l'épiscopat, dans Revue bénédictine, 1901, t. xviii, p. 26-43. — P. Batiffol, L'Église naissante et le catholicisme, in-12, Paris, 1909, p. 46-171. — E. Beaudouin, Les origines de l'épiscopat, dans Nouvelle revue historique de droit français et étranger, 1896, t. XX, p. 105-150. — Bruders, Die Verfassung der Kirche von den ersten Jahrzehnten des apostolischen Wirksamkeit an bis zum Jahre 175 n. Chr., in-8, Mainz, 1903. — C. de Smedt, L'organisation des Églises chrétiennes jusqu'au milieu du iii siècle, dans Revue des questions historiques, octobre 1888, t. xliv, p. 329-384 ; octobre 1891, t. L, p. 390-429. — A. de Meissas, Le sénat ecclésiastique à Rome, dans Annales de philosophie chrétienne, novembre 1904. — Döllinger, Christenthum und Kirche in der Zeit der Grundlegung, in-8, Regensburg, 1860. — Douais, Origines de l'épiscopat, dans Mélanges de littérature et d'histoire religieuses publiés à l'occasion du jubilé épiscopal de Mgr de Cabrières, évêque de Montpellier, in-8, Paris, 1899, t. I, p. 1-48. — L. Duchesne, Histoire ancienne de l'Église, in-8, Paris, 1911, t. i, p. 84-96. — S. von Dunin-Borkowski, Die neueren Forschungen über die Anfänge des Episkopats, in-8, Freiburg-Br., 1900, et dans Zeitschrift für katholische Theologie, 1903-1905.

— V. Ermoni, Les origines de l'épiscopat monarchique, dans Revue des questions historiques, 1900, t. lxviii, p. 337-363. — F. W. Falconer, From apostle to priest : or studies in the early episcopate, Edinburgh, 1900. — L. Galtier, Du rôle des évêques dans le droit public et privé du bas-empire, in-8, Paris, 1893. — H. de Genouillac, L'Église chrétienne au temps de saint Ignace d'Antioche, in-8, Paris, 1907, p. 122-173. — Gobet, De l'origine divine de l'épiscopat, in-8, Fribourg, 1898.

— H. Grisar, Der Ursprung der bischöflichen Gewalt, dans Zeitschrift für katholische Theologie, 1881. — A. Harnack, Geschichte der altchristlichen Literatur. H. Leclercq. ÉPISÉMON. Parmi les chiffres les plus couramment employés dans les inscriptions latines, il faut noter (stigma, ancienne lettre grecque, représentant le nombre six (voir Dictionnaire, t. iii, col. 1338, au mot Chiffre). Divers éléments de concordance, parmi lesquels figurent les marbres à date consulaire, ne laissent aucun doute sur la valeur numérale de ce sigle. Il n'est pas toutefois sans intérêt de noter qu'à leur défaut, l'inscription suivante, dans laquelle il paraît sous l'une de ses formes, en fournirait la preuve :


ELIAEBENTIAFACET-SIPTIIVIIG FAVSTINO • COI VGI MEO-QVI FE CIT-MECV-MIESES < ;IIIIN ILLVS-MESES NOBE-IRINTA-DIEBVS SANVS-AV 5 LANORV • XXX< ;i ■ MISORV NOBEDVL Cl S AN I MAFAVSTI NE CONIVGALIS QVALIS NE INBENTVR • FAMA ■ ISQVE CLODIAEVICTORINAE-EVPLE CLGDIVS-AMARANTHVSCONIVCI 10 CARI SSI MAE • FECITQVE- VI X I T. ANNISMECVMXXIMIIIIBENE.

On rencontre l'épisemon dès le IVe en Afrique, plus fréquemment dès la fin du Ve et le début du suivant. Une seule fois, à notre connaissance, on rencontre l'épisemon comme signe de ponctuation. C'est sur une inscription romaine trouvée en 1854 au cimetière de Prétextat ; elle est datée du xi des kalendes d'octobre de l'an 399.

Sur des monnaies mérovingiennes on rencontre , dont la valeur ne semble pas constante. D'abord employé comme caractère épigraphique, il ne se rencontre que sur des inscriptions funéraires, mais l'usage existait depuis longtemps d'y recourir en Grèce et à Rome, et son emploi devint général en Gaule au VIe et au viie dans les manuscrits et dans les diplômes, son type traditionnel et sa valeur n'avaient pas changé. Sur une collection canonique on lit : Hormisda sedit annos mil ab apostolica sede Petri apostoli usque ordinatione si silvestri anni CCLSI (= 257).

Dans le calendrier de Corbie du VIIe, la fête de Noël, au viie des kalendes de janvier, est annoncée || KL lAN : dans le martyrologe à la suite du sacramentaire de Gellone, le septième jour des kalendes est marqué SI KL '. Une charte de Chrotildis, pro fundatione Brocariensis monasterii, anno 670, die 10 martii, est datée : dalum Morlacas vico publiée quod fecit minsis mircius, dics dieci, anno x< ; regni domini nostri Chilotharii '. Un diplôme de Thierry III, du 30 octobre 690, porte : dat. sub die tercio kalendas novembris annum XS regni nostri ; sur un placitum de Childebert III, quo monasterium Lemausum monasterio S. Vincenlii (depuis Saint-Germain-des-Prés) adjudical anno 703, die 25 februarii, on lit : datum quod fecit mensis februarius dies xxv anno S II regni nostri ; sur un diplôme de Childéric III, du 20 juin 751 : dalum quod fecit mensis iunius dies viginii, annum nono < ;||| Childerico rege.

Cependant la forme tend à s'altérer en sur les monnaies. La numismatique mérovingienne n'étant qu'une simple contrefaçon du monnayage impérial, il serait légitime de rechercher l'épisemon sur les monnaies byzantines, mais on ne reproduisait que des types à l'aurei byzantins sur lesquels l'épisemon n'a jamais figuré. La valeur ne fut altérée qu'au xive ou XVe où, par une méprise singulière, on se servit du pour faire un 5. À une époque tardive, en plein moyen âge, l'épisemon n'était plus compris et ne servait qu'à induire en erreur certains copistes. Des cartulaires du xiiie et du XIVe ont seuls conservé un acte de Charles Martel, maire du palais, relatif à un procès jugé par sa cour et qui provenait des archives des célèbres moines.

Corpus inscriptionum latinarum, t. viii, n. 1693, addit. an. 357.

C'est d'abord la date du règne qu'il faut rechercher. Chilpéric II monta sur le trône en 715 et, jusqu'à la fin de 719, Charles Martel refusa de le reconnaître ; par conséquent, il n'aurait pas alors daté un acte par les années de ce règne. Mais en 720, Chilpéric II tomba entre les mains de son maire du palais et mourut peu après, au cours de la sixième année de son règne, probablement au printemps ou dans l'été de 721. L'acte dont il s'agit, étant daté du mois de décembre, ne peut donc être rapporté qu'au mois de décembre 720, qui était la sixième année du règne de Chilpéric II.

Or, il se trouve que, dans les deux cartulaires où cet acte est transcrit, le mot régnante est précédé d'un signe conventionnel qui figure à peu près la lettre phi inclinée : . C'est donc que les scribes du xiiie et du XIVe se sont trouvés en présence d'un caractère étranger à l'alphabet en usage de leur temps et que, sans doute, ils ne pouvaient comprendre. Or, on trouve dans les chartes mérovingiennes un signe — un seul — qui a cessé d'être connu après cette période et c'est précisément l'épisemon employé dans la date des actes pour représenter le nombre six ; et c'est ce nombre qui devait figurer à côté du nom de Chilpéric II dans la date de la pièce. C'est cet épisemon que, tant bien que mal, les copistes ont figuré.

Ce sigle incompris est précédé du mot non ; or le mot non est une autre erreur pour le mot annum. Dans le grand recueil de Letronne, aux planches xiii, xxiii, xxxiii, xxxiv, xxxv-xxxvi et xl, on lit ce mot annum abrégé de la façon suivante :

ce qui peut faire croire qu'il ne se trouve que deux n n parce que l'a suscrit est presque inaperçu. Un scribe habitué à compter selon le calendrier romain a dû lire nn comme l'abréviation de nonas. Dans la date du jour, deux mots avant celle de l'année, le nombre six est écrit et il n'est pas fait usage de l'épisemon. Il n'est pas impossible, au dire de J. Havet, que cette contradiction se soit présentée dans l'original même.

Si l'on répugne à l'admettre, ajoute-t-il, l'hypothèse la plus simple est que l'original portait dies sex en toutes lettres, et que la traduction de ce nombre en chiffres est ici du fait du copiste. Il est possible aussi que VI soit une erreur de transcription pour ni.

On peut donc avoir un doute sur le chiffre du jour, mais on n'en saurait conserver sur celui de l'année, et il faut rétablir ainsi la formule : Dat. quod fecit mense decembri die [sex ?] annum [q] régnante Chilprico rege, ce qu'il faut interpréter par le 6 ( ?) décembre 720.

H. Leclercq.


ÉPITAPHE. — I. Epitaphium. II. Elogium.

Le mot epitaphium se rencontre rarement dans l'épigraphie chrétienne et il a, dans la langue des premiers siècles de notre ère, tantôt le sens bien connu d'annonce funéraire mentionnant l'état civil avec une rapide énumération des principaux faits de la vie du défunt, tantôt le sens d'éloge funèbre, en sorte qu'il faudrait se garder de tenir pour des épitaphes toutes les pièces en tête desquelles on lit ce mot. Nous dirons ici quelques mots et donnerons des exemples des epitaphia et des elogia.

I. ÉPITAPHIVM. — Ce mot placé en vedette d'une inscription se lit sur deux monuments d'origine gauloise. L'un, daté de l'année 442, se trouvait à Rome in tabula marmorea, quae arcam sepulcralem tegebat, inventa ad S. Constantinam via Nomentana, anno 1603. Le marbre original est aujourd'hui perdu :

[Mani fratres Epitaphium Remo et Arcontioe qui, natione Galli, geradii una die mortui et pariter tumulati sunt. Hic tenet urna duos sexu sed dispari fratres Quos uno Lachesis mersit acerba die Ora puer dubioe signons lanugine vestis Vix hiemes licuil cui geminasse novem Aef Thalassius longinqua soror Irieleride quinla Tcenareas crudo funere vidit aquas Ille Remi Latio flctum de sanguine nomen Sed Gallos claro germine Iraxil avos AsI hae c graiugenam resonans Arcontia linguam Nomina virgineo non tulit apta choro Depositi nonis novemb. consul. Dioscori v. c.

Burmann et Sirmond admirent la correction de ce petit poème. Sirmond trouve le nom d'Arcontia peu convenable pour une femme ; Fabretti s'étonne de trouver dans une pièce de facture chrétienne des réminiscences païennes en si grand nombre et Rossi observe que Sidoine, Ennodius et leurs rivaux ne se faisaient pas scrupule de ces emprunts. Le frère et la sœur, d'origine gauloise, moururent le même jour et furent enterrés dans le même tombeau. L'épitaphe a dû être composée par un de leurs compatriotes car l'emploi de l pour ph dans le premier mot est une graphie gauloise, que nous allons retrouver sur le monument suivant conservé au musée de Lyon et daté du 25 mars 601 :

Enfin nous citerons encore cette composition de saint Jérôme en mémoire de sainte Paule : Epilaphiam Paulse vidum : Seipio quant genuit Paali fudere parentes Grsecorum sobo les Agamemnonis inclyta proies Hoc ja cet in tumulo Paulam dixere priores Eustochii genitrix romani prima senatus Pauperem Chrisli et Belhlemitica rura secuta est Et in [oribus sepukhri hœc habes : Aspicis augustum prœcisa in rupe sepulcrum, Hospitium Paulae est cœleslia régna tenentis. Praires cognatos Romam patriam que relinquens Divilas sobolem Bethlemiti condilur antro Hic prœsepe tuum Christe atqtie hic mystica magi Munera portantes homini que Deo que dedereII. ELOOlVil Les elogia oa laudationes sont rares, parmi les monuments de l'épigraphie chrétienne. -

Dans le cimetière de Calliste, dans la crypte du diacre Redemptus, J.-B. De Rossi a pu rassembler plus de soixante débris ayant appartenu à une de ces compositions dont Sénèque disait : aliud est laus, aliud laudatio. Hœc et vocem exigit : ila que nemo dicit tandem funebrem, sed laudationem cujus ofpcium oratione constat '. On prononçait ce panégyri que aux funérail les des païens ' et il est peu probable que les funérail les des fidè les leur fissent une place, du moins pendant les trois premiers sièc les ; à partir du rv= siècle, bien des innovations se produisirent et peut-être La laudatio trouvée au cimetière de Calliste est très incomplète, au point qu'on ne peut dire si elle s'adresse à un défunt ou à une défunte ; les phrases sont pres que entières et le sens est cependant malaisé à saisir afin de compléter les lacunes. Voici l'original et les compléments proposés par J.-B. De Rossi (fig. 4144) * :

1 (vi)xil annis XYII menses IIII....(prid)ie kal... (h)ora noctis sexta amotus anima [es videre.......er... i infelicissimo anima Iiabui sem(p)er. Ego cr(edo).

Opseqaenlix tuse nali mei contrarias lib(i) 5 innocenl(iss t)u(se a)man(tes n)on habui. lis [qao ci(rca)...

.... 0 dejecta amantes tuo(s prjœcario vel jure...nia [ulasld)....m mca vidcri(l) mens mala qux non possit vivere [averti animo....(n)on sperans te lucem karerœ. Quo(d) ega nan[qua vit(at)urus sum.

..a carus orat(o) daminum tu(u)m, quod (ego) non [mereor, uniter dominum 10... re prestes in arationis luis ul possit amartias meas [infdajlgere. Te in pacx.

A la deuxième ligne, Rossi suggère : hora noctis sexta amotus, animo (calest) es videre fse des properasti ).

Un autre elogium a été trouvé, en 1864, près de la tombe de Saint-Laurent à l'agro Verano. Elle est plus complète mais beaucoup moins barbare ' :

Quu M QVAWL NVL/VM AB HIS SORTE ET CONDLHONE ESSE INMVNEM CONSTET VERVM ID NOBIS DOLORI EST OVOD RARI' EXEMPLI /em INA IN QVA IVSTITIA MIRABILIS INNOCENTIA SINGVLARIS CASTITAS 5 inc ONPARABILIS OBSEQVENTISSIWIA IN OWINIBVS cbs TINENTISSIMA ORBATIS TRIBVS LIBINS QVI VNA MECV HVIC SEPVLCRQ pr« JCONIA LAVDIS EIVSDEM INDIDERVNT INMATVRIS /îJ/nijnis SIT ANOBIS AD QVIETEM PACIS TRVNSLATA CVIQVE PRO VITAE SVAE les ITIMONIVIVL SANCTI MARTYRES APVT DEVM ET >^ Quiriace. — Quamquam nul(l)um ab his sorte et eond(iti)one esse immunem liquida constet, verum id nobis dolori est, quod rari exempli (emina, in qua justilia mirabilis, innocentia singularis, caslitas incomparabilis, obsequenlissima, in omnibus abstinentissima, orbalis Iribus lib(er)is, qui una mecum huic sepulcro prseconia taudis ejusdem indiderunl, immaturis, hymnis sit a nobis ad qaielem pacis translata. Cui que pro ville suse testimonium sancti martyres aput Deum et Chrislum erunt advocati. Quœ vixit mecum inculpabiliter et cum omni suavitalc dulcissime annis IIII, mensibus quin que, diebus duodecim. La suite devait comprendre le total des années, mois et jours de vie, mais le lapicide s'est contenté de ces mots im vixit.

Cette inscription peut être assignée au iv= siècle. On remarquera la belle formule sur les saints intercesseurs : cui que pro vitse suœ testimonium (sic) sancti martyres apud Deum et Chrislum erunt advocati. Voir Dictionn., au mot Ad sanctos.

Le livre l\' des Carmina de Venance Fortunat se compose d'épitaphes ; on en compte vingt-huit, comptant entre dix et quarante vers ', sauf l'epitaphium Vililhutœ, qui en compte cent soixante et qui est, comme l'a jugé E. Le Blant, une véritable laudatio funebris que sa longueur ne permet pas de transcrire ici, car l'intérêt de la pièce ne rachèterait pas ses proportions '.

H. Leclercq.


ÉPITRES.— I. Remarques préliminaires. 11. Quelques données anciennes, ii »-vi= siècle. 111. Cérémonial. IV. Les documents, énumération et classement des sour ces. V. Les séries ou systèmes : 1° mozarabe ; 2° gallican ; 3° ambrosien ; 4° napolitain ; 5« romain ; 6° fixation dans le Missale romanum. VI. Essai d'explication.

I. Remarques PRÉLI^NNAIRES. — 11 eût été peut-être préférable de présenter conjointement l'étude de l'épître et celle de l'évangile de la messe sous un titre commun, tel que « Leçons de la messe » ou « Lectures bibliques dans la liturgie de la messe ». Pour plusieurs raisons, le sujet a été divisé en deux artic les portant les main actuel, d'une seule leçon empruntée le plus souvent aux pîtres de saint Paul, plus rarement aux Actes, à l'Apocalypse, aux pîtres catholiques ; en quelques circonstan ces seulement : samedis précédant Pâques et la Pentecôte, fériés des quatre-temps, diverses fériés de carême, le missel présente plusieurs leçons tirées de l'Ancien Testament sous le nom commun de lectiones et désignées dans le langage courant sous l'appellation de prophéties. A ce titre, la leçon prophéti que lue à la messe appartient à notre sujet et il serait difficile de séparer les èpîtres des prophéties, que l'on trouve réunies dans les systèmes traditionnels.

Pour éviter de donner à cet article une longueur excessive, on s'est borné à ne dire que l'essentiel, surtout pour la période des origines, où il serait facile d'aligner un bon nombre de textes patristiques sans grande utilité. On a cherché surtout à présenter simplement l'état actuel de la question, à énumérer et à classer les documents, lectionnaires ou épistoUers proprement dits, qu'il faudrait étudier pour exécuter sur ce sujet un travail d'ensemble qui n'a pas encore été entrepris. Seul, le système de lectures que nous ont conservé les documents romains les plus anciens sera examiné de plus près que les autres, parce que c'est ce système qui est encore en usage dans la'liturgie de l'Église catholi que.

Le sujet ainsi défini a été à peine abordé, jusqu'à nos jours. Les textes princip aux ont été édites par Mabillon, Tommasi, Georgi, puis, de nos jours, par Ranke, dom Morin, dom Wilniart. Mais ce sont des documents épars, dont les relations n'ont pas été déterminées avec précision. 11 n'existe qu'un seul Uvre important sur cette matière, celui d'E. Ranke, Das kirchliche Perikopensystem, qui sera fréquemment cité ci-dessous. Mais cet excellent travail devrait être repris et mis à jour à l'aide des publications nouvel les. Cette tâche ne peut être entreprise ici. On trouvera donc dans les pages qui suivent l'exposé des questions et l'inventaire des sour ces.


II. Quelques données anciennes. — 1° Les premiers sièc les. — On se bornera ici à rappeler très brièvement que les premières communautés chrétiennes Dans l'Église d'Occident, il faut arriver jusqu'à saint Ambroise et saint Augustin pour saisir les tra ces d'un système annuel de lectures déterminées : on avait dès lors choisi pour la lectio continua des livres ayant un rapport plus marqué avec cha que période liturgi que '^ A Milan (comme à Constantinople) on lisait pendant le carême les livres de Job et de Jonas, au témoignage de saint Ambroise : Audistis librum Job legi qui solemni muncre est decursus et tcmporc... Sequenti die lectus est de more liber Jonx Erat aulem dies quosese Dominus pro nobis dédit quo in ecclesia pœnilentia relaxatur '- = jeudi ou vendredi saint.

En Afri que, on lit la Genèse (et peut-être aussi d'autres livres) : Lectio illa, fratres charissimi, in qua beatus Abraham Isaac filium suum in holocaustum legitur obtalisse, ideo in ordine suo diebus quadragesimœ non recitatur quia, sicut ipsi nostis, in vigiliis Pascbse propter sacramentum dominicœ passionis reseroatur ' ».

Entre Pâques et la Pentecôte, on lit en Afri que les Actes des apôtres : Actus apostolorum, ille liber canonicus omni anno in ecclesia recitandus. Anniversaria solemnitate posl passionem Domini nostis illum librum recitari « . Ipse liber (Act. apost.) incipit a dominico Paschse, sicut se consuetudo habel Ecclesia ; '*.

On lisait donc des livres déterminés à des périodes déterminées de l'année. Mais il ne s'ensuit pas que ces lectures fussent déjà sectionnées en péricopes fixes, dans le sens moderne de ce mot. Les principales fêtes étaient pourvues de lectures propres de l'Évangile, qui interrompaient la lectio continua alors en cours ». L'évêque gardait pourtant encore une grande liberté : In memoria retinentes pollicitationem nostram, congruas etiam ex Evangelio et apostolo facimus recitari lectiones « . Dans une lettre de saint Augustin à Alipius de Thagaste », on voit l'orateur lire les passages fixés pour le jour où il parle, et beaucoup d'autres qu'il choisit à son gré. En Afrique on lisait aussi les actes des martyrs le jour de leur fête « . Dans la même Église et à la même époque, on constate que l'usage n'est pas uniforme. Ainsi saint Augustin commence par ces mots l'un de ses sermons : In omnibus lectionibus quas recitatas audivimus, si animadvertit caritas vestra primam lectionem Isaïæ prophetæ (Lvn, 13)... Deinde ascendit apostolica lectio vn, 1).... Au début d'un autre il dit : Prima lectio quæ nobis hodie recitata est apostoli Jacobi (v, 12), oblata nobis est ad disserendum -'. Cependant le peuple était déjà si fort attaché à ses usages qu'il n'acceptait pas volontiers l'innovation tentée par saint Augustin, qui voulait faire lire la passion du Sauveur selon les quatre évangélistes et non selon le seul saint Matthieu, comme on le faisait jusqu'alors '.

En somme, tous les textes que l'on pourrait passer en revue s'accordent bien sur le fait d'une lecture de l'Ancien Testament ou du Nouveau Testament précédant celle de l'Évangile ; mais ils ne fournissent aucune précision sur la question qui nous occupe : l'origine des péricopes déterminées, attribuées à des dates fixes de l'année ecclésiastique. De plus, les renseignements recueillis çà et là à travers les écrits des Pères doivent être utilisés avec beaucoup de prudence, car il n'est pas toujours possible de déterminer avec certitude si l'on se trouve bien en présence de lectures faites au début de la messe, ou, au contraire, au cours de toute autre réunion liturgique.

2° Les premiers essais. — Les premiers essais de fixation de péricopes propres à des périodes données, au lieu de la lectio continua, apparaissent en Gaule vers le milieu et la fin du v^ siècle.Ce sont les textes bien connus de Sidoine Apollinaire et de Gennade.

Sidoine rapporte que Claudien, frère de Claudien Mamert, évêque de Vienne (vers 450), solennibus annais paravit quæ quo tempore lectiones convenirent -. Gennade, prêtre de Marseille, mort vers 485, dit que Musaeus, Massiliensis ecclesiæ presbyter, horulatu sancti Venerii (t452) episcopi excerpsit ex sacris Scripturis lectiones totius anni festivis aptas diebus '.

Ces deux tentatives ne s'étendaient pas à l'année entière, mais seulement aux périodes principales et aux jours de fête. Elles visaient à la fixation et à l'appropriation des lectures qui convenaient le mieux au sens des plus importantes solennités.

On peut ajouter ici l'Epistola sancti Hieronymi missa ad Constantium.

Les liturgistes du moyen âge, Amalaire, Bemon, l'auteur du Micrologue, Honorius d'Autun, ont tous répété que saint Jérôme avait composé un lectionnaire pour toute l'année liturgique, et que ce lectionnaire avait été mis en usage dans l'Église romaine par le pape Damase Cette affirmation repose sur l'Epistola Hieronymi ad Constantium, qui se trouve en tête d'un certain nombre de manuscrits du Comes *. Dès le xii^ siècle, l'exactitude de ce renseignement a été mise en doute et actuellement l'attribution à saint Jérôme est unanimement rejetée. Qui est donc le véritable auteur ? Dom G. Morin a proposé d'abord Victor de Capoue ', puis plus récemment Claudien Mamert '. La lettre serait la préface du lectionnaire dont parle Sidoine Apollinaire dans le texte cité ci-dessus. Mais ce lectionnaire ne nous est point parvenu et on lui a substitué de bonne heure celui qui était venu de Rome au vi^ siècle. Ces deux tentatives d'identification demeurent, jusqu'à présent, purement conjecturales.

L'auteur de la lettre constate d'abord que le mot Comes, couramment employé dans la langue ecclésiastique, désigne deux sortes de livres : les uns sont destinés à l'usage liturgique et varient suivant la pratique de chaque Église ; les autres sont destinés à l'instruction ou à l'édification des particuliers. À la demande d'un certain Constantius, qu'il appelle à deux reprises « son vénérable frère « , l'auteur a consenti à en composer un de la première espèce. Les péricopes y étaient adaptées aux différentes fêtes de l'année, à partir de la veille de Noël, à l'heure de none : Incipiens ilia a nativitate Christi, quod est vm kalendas januarias, in vigiliis ad nonam, per ordinem quem assidue in Ecclesia didiceram, lectiones utriusque Testamenti simplicibus ministravi, porro editionem illam quam ex hebraicis voluminibus in latinum translatam esse constat, in hunc quippe modum quæ vel cuiusque prophetae lectio praesenti festivitati congruat, quid apostoli doceant, vel ad eundem titulum quid Evangelii annuntiet auctoritas, dudum vertente jam anno per omnes dies festos Ecclesiae, opportune censui omnia secundum tempora esse legenda '.

A cette série de lectures, il a ajouté un recueil de textes de l'Écriture destinés à l'édification des fidèles, spécialement durant la période quadragésimale : sed et nonnulla alia œdificationis causa mulla illic aggregatas sunt... Il semble que cette seconde partie de l'ouvrage concorde assez bien avec la description, donnée au début de la lettre, de la seconde catégorie de comes : pro voluntate studiosi lectoris qui.... totum parvum in corpore ad unum desiderat habere paupertatis necessitale.

La date de composition de cette pièce doit être antérieure de peu au milieu du vi^ siècle, car elle reflète une période où le lectionnaire est déjà d'un usage courant, mais varie encore suivant la coutume de chaque Église, c'est-à-dire une époque antérieure à saint Grégoire ; de plus, « la préférence absolue donnée ici à la Vulgate (hiéronymienne) dans une œuvre liturgique ne se conçoit guère, dans le cercle de Rome, avant le milieu du vi^ siècle *. j Le lectionnaire composé par l'auteur n'a pas été conservé, pas plus que le recueil d'exhortations morales. Les documents qui nous en donnent l'image la plus rapprochée sont probablement le lectionnaire de Luxeuil et la liste du Fuldensis.

Nous ne connaissons pas, pour cette époque, de traces plus précises d'un système fixe de péricopes. Les homélies des Pères ne fournissent pas d'indices très sûrs, pour cette raison que, les fêtes mises à part, on ne sait pas si l'orateur commente tel ou tel texte parce que ce texte faisait partie de la péricope fixe du jour, ou bien parce que la lectio continua le lui faisait alors passer sous les yeux.

De plus, il ne faut pas attacher plus de créance qu'elles n'en méritent aux indications précises de temps et de lieu qui figurent en tête des homélies : ces indications ont été souvent ajoutées après coup par les copistes et par les éditeurs, qui prenaient pour base de classement leurs propres calendriers. Il est donc à craindre que certaines de ces attributions tardives, fondées sur la vraisemblance et la probabilité, soient complètement erronées '. nous, à peu de chose : pas d'uniformité entre les Églises du monde occidental ; la lectio continua, destinée à l'instruction des catéchumènes plus encore qu'à l'édification des fidèles, s'étend souvent à deux ou plusieurs livres de l'Ancien Testament ou du Nouveau Testament lus concurremment ; on n'a pas de preuve que cette lectio continua ait été pratiquée de telle façon que l'Écriture fût lue tout entière chaque année ; — l'influence de certaines périodes et de certaines fêtes met de bonne heure en relief certains livres et certains passages de ces œuvres ; — dans la seconde moitié du haut moyen âge, on commence à fixer en nombre de plus en plus grand les péricopes déterminées dont l'agglomération est ensuite constituée en système.

On peut admettre que deux causes ont amené, par une évolution naturelle, la substitution de péricopes à la lectio continua : 1° la disparition progressive de la catégorie des catéchumènes : les lectures qui entraient dans la constitution de l'avant-messe et qui étaient destinées à l'instruction des candidats au baptême, ont été modifiées le jour où leur raison d'être a disparu ; — 2° le développement du cycle liturgique : à mesure que les grandes périodes de l'année chrétienne, aventure, Noël, carême, Pâques, Pentecôte, et les principales fêtes des saints, se dessinaient de plus en plus nettement et prenaient leur plein relief sur l'ensemble du cycle, se produisit automatiquement, pour ainsi dire, la fixation définitive des lectures appropriées à ces anniversaires. m. CÉRÉMONIAL. — Pendant des siècles, la lecture publique de l'épître fut la fonction propre des lectores, comme l'indique, de nos jours encore, l'admonition du pontife à l'ordinand : Stude igitur verba Dei, vide lectiones sacras distincte et aperte, ad intellegentiam et œdificationem fidelium absque omni mendacio falsitalis proferre '.

Le sacramentaire gélasien présente les deux formules suivantes : Præfatio lectoris. Eligant te fratres tui, ut sis lector in domo Dei tui : et agnoscas officium tuum ut impleas illud : potens est enim Deus ut augeat tibi gratiam. Per.

Benedictio lectoris. Domine sancte, Pater omnipotens, æterne Deus, benedicere digneris hunc famulum tuum nomine {illum) in officio lectoris, ut assiduitate lectionum distinctus atque ornatus, curis modalis spirituali devotione resonet ecclesiæ. Per Dominum '.

On lit dans le missel romain actuel : Si quandoque celebrans cantat missam sine diacono et subdiacono, epistulam cantat in loco consuelo aliquis lector superpelliceo indutus qui in fine non osculatur manum celebrantis '.

Il est remarquable que saint Isidore de Séville * et Rhaban Maur ' ne comptent point parmi les attributions du sous-diacre la lecture de l'épître, tandis que dans l'Ordo romanus I, dans les actes du concile de Reims en 813 ', le pseudo-Alcuin ', Amalaire ', la lecture de l'épître apparaît au contraire comme la fonction normale et réglementaire du sous-diacre. Mais Amalaire prend soin de noter la réflexion suivante : Miror qua de re sumptus usus in Ecclesia nostra ut subdiaconus frequenter legat lectionem ad missam, cum hoc non reperiatur ex ministerio sibi data in consecratione commissum, neque ex litteris canonicis, neque ex nomine suo. Subdiaconus, ut monstratum est, dicitur quia sub diacono est positus. In quibus rebus illi subditus sit, consecratio eius et canonica institutio monstrant, id est ut in his ministeriis diacono quæ aguntur circa altaris officia. Nam primævo tempore diaconus non legebat Evangelium quod nondum erat scriptum : sed postquam statutum est a patribus nostris ut diaconus legeret evangelium, statuerunt ut et subdiaconus legeret epistolam sive lectionem '. Au xi^ siècle, le Micrologue affirme de même : Solis subdiaconibus inter inferiores gradus romana auctoritas concedit ut, sacris vestibus induti, epistolam legant ad missam ; quod tamen non ex eorum consecratione sed potius ex ecclesiastica concession meruerunt obtinere. Aussi, à défaut de sous-diacre, c'est le prêtre lui-même qui doit lire l'épître, et non pas aliquis nondum ordinatus « .

Au xii^ siècle, Beleth formule la même règle : Ne quis epistolam legere præsumat nisi sit hypodiaconus, aut diaconus, aut etiam sacerdos. Melius est enim ut sacerdos legat, etiam si cantat missam, quam acolythus *'. Durand de Mende répète, au siècle suivant : Cœlerum nullus debet epistolam solenniter in ecclesia legere nisi sit subdiaconus ; qui si forte defuerit, dicatur a diacono ».

Le rite de la tradition de l'épistolier dans l'ordination du sous-diacre n'apparaît que tardivement au cours du moyen âge « et c'est seulement depuis Innocent III (1198-1216) que le sous-diaconat a pris le rang d'ordre majeur ». Du reste, nous l'avons déjà noté, le missel romain témoigne que la lecture de l'épître n'est pas réservée au sous-diacre à l'exclusion de tout autre clerc, comme l'est le chant de l'évangile au diacre seul. lio ; post finilam, sedet ; similiter episcopi vel presbyleri sedent. Tune ascendant subdiaconi regionarii ad altare stantes se ad dexteram sive ad sinistram altaris. Tune ponit/ex annuit episcopis el presbyteris ut sedeant. Subdiaconus vero qui lecturus est, mox ut viderit post ponlificem episcopos et presbyteros résidentes, ascendit in ambonem et legit. Postquam legerit, cantor cum cantorio ascendit et dicit responsam '...

Après VOrdo I, nous pouvons placer VOrdo du manuscrit de Saint-Amand qui représente, d'après Mgr Ducliesne, l'usage liturgique du vii siècle environ '. Voici les passages correspondants à ceux que nous venons de citer de l'Ordo rom. I : désignation du lecteur : Intérim slat guartus de scola ante pontificem et dicit ad subdiacono regionario : « Talis psallit responsorium et talis alléluia. »...Dcinde venit subdiaconus suprascriptas ad auriculam pontificis et dicit secreto : « Talis legit, talis et talis psallit... » (lecture de l'épître). Oracione expleta, sedet ponlifex in scde sua et diaconi stant hinc et inde. Et revertit scola subtus tabula qui est subtus ambone et subdiaconi qui stant subtus cancelli psallunt{= ascendunt) circa altare ex utraque parte. Et annuit pontifex ut sedeant sacerdotes in presbyterio. Deinde legitur lectio a subdiacono in ambone, stans in médium de scola aut acolythi planita et accipit cantorium et psallit in ambone et dicit responsorium ^. Le texte de cette dernière phrase est corrompu ; par comparaison avec VOrdo rom. I, Mgr Duchesne estime que plusieurs mots ont été omis entre ambone et stans : il devait être prescrit au cantor d'enlever sa planeta avant de monter à l'ambon '.

En troisième lieu, et représentant probablement l'usage du ix siècle, VOrdo romanus II nous offre les textes suivants. On y trouve encore la désignation des cantores : Bis ita compositis, invitante ad regiam secretarii prœfalo subdiacono scholam, quartus scholse, qui semper nunciat pontifici de cantoribus..., etc. Post primam autem datam orationem, pontifex sedet versus ad populum et presbyleri cum eo ad nutum ejus, el diaconi stant ante pontificem. Subdiaconi autem ascendunt ad altare statuentes se ad dexteram sive sinistram. Subdiaconus vero qui lecturus est, mox ut viderit post pontificem presbyteros résidentes, ascendit in ambonem ut légat, non tamen in superiorem gradum quem solus solet ascendere qui Evangelium lecturus est.Postquam legerit, cantor cum cantorio... ascendit, non superius, sed stat in eodem loco ubi et lector, etc. « ...

L'Ordo III et l'Ordo VI, que l'on peut dater approximativement, le premier de la fin du ix siècle et le second de la première moitié du x siècle ', ne diffèrent pas de VOrdo II. VOrdo V, dont la date ne peut être précisée entre le ix et le xi siècle, ajoute ce détail : Subdiaconus ila que, lectione perlecta, genu osculetur episcopi '. Les autres ordines de Mabillon qui traitent des cérémonies de la messe sont de date trop tardive pour que nous en fassions état.

Le Sacramentaire grégorien, à l'époque où nous l'atteignons, ix siècle, présente cette simple mention :... postmodum dicitur oratio ; deinde sequitur apostolus '.

A côté de ces ordines, auxquels correspondent de nos jours le Pontificale et le Cérémoniale episcoporum, nous pouvons noter rapidement quelques détails complémentaires chez les principaux liturgistes du moyen âge. Au vii siècle, saint Isidore de Séville écrit : Est autem lectio non parva audientium œdificatio. Unde oportet ut... cum lectio legilur, facto silentio, œque audiatur a cunctis. Sam et si t une supervenial quis que cum lectio celebratur, adoret lantum Deum el prœsignala fronte aurem solicite acconimodet... Ideo et diaconus clara voce silenlium admonet ut... dum lectio pronunciatur... ab omnibus audiatur. Pronunciantur autem lectiones in Christi Ecclesiis de Scripturis sanctis. Constat autem eadem sancta Scriptura ex veteri lege et nova '.

A malaire écrivit vers l'an 830 les quatre livres intitulés De ecclesiasticis officiis ; il a connu et il cite VOrdo I. Dans le long chapitre De officio lectoris et cantoris '° il n'ajoute aucune précision au texte de l'Ordo, sauf cette remarque : Quandiu hsec duo celebrantur, id est lectio el prophetia, solemus sedere more antiquorum. Mais dans ses Eclogœ de officio missœ, il commente ainsi le texte de VOrdo II : Christus enim minister fuit... Joannes nempe subminister... qui non ascendit ad superiorem gradum quem solus solet ascendere qui Evangelium lecturus est, ut ostendat se subministrum esse quia non est Joannes dignus solvere corrigiam calceamentorum cujus verba in eo leguntur ^'.

Rémi d'Auxerre (ix siècle) apporte quelques détails nouveaux : Deinde sequitur lectio apostolica ante evangelium, non causa dignitatis sed ad morem apostolorum qui ante Dominum ibant... Incipiente autem subdiacono apostolicam lectionem, verso ordine cerei transferuntur ab oriente in occidentem ut demonstretur per vocem et per prsedicationem apostolorum totum mundum gratia fidei illuminatum i^...

Raban Maur se contente d'écrire : t une lector legit lectionem canonicam ''. Parlant ensuite des lectures, il reproduit les prescriptions de saint Isidore exigeant que le lecteur soit sensuum ac verborum scientia perornatas, ita ut in distinctionibus sententiarum intelligat ubi finiatur junctura, ubi pendeat adhuc oratio, ubi sententia extrema claudatur >'.

Au même siècle, Walafrid Strabon, puis au xi siècle Bernon, Pierre Damien, le Micrologue, au xii siècle Yves de Chartres, Hildebert du Mans, Rupert de Deutz, Pierre le Vénérable, n'apportent aucun éclaircissement concernant proprement le cérémonial. Au xiii siècle, Sicard de Crémone signale la manœuvre des cierges : Quo (episcopo) sedente, cereostala mutentur de locis suis in ordine uniuslinese a primo us que ad altare ». 11 remarque aussi : attende quod lectio dicitur a legendo ; debet enim legi el non cantari « .

Enfin, chez Durand de Mende, les renseignements deviennent beaucoup plus abondants et plus précis. Voici les principaux détails d'ordre purement rituel que l'on peut recueillir : Oratione finita, dicitur epistola. Legi debet epistola, secundum magistrum Petrum Anlisiodurensem » indextra parte ecclesiae, quia Christus primo venit ad judices qui dicebantur in dextera esse. Melius tamen fil in medio ecclesiae pro eo quod Joannes fuit medius inter apostolos et prophetas. Dicitur quoque epistola in loco inferiori, evangelium in superiori... Sane subdiaconum epistolam lecturum unus lantum comitatur acolythus... Facies autem epistolam legentis respicere debet altare quod Christum significal... Is vero qui precedit subdiaconum eum legere, non vertit faciem ad legentem quia Joannes non ad se audientes sed potius ad Christum dirigebat...Epistola nec semper legitur de prophetis nec semper de apostolis, sed interdum sumitur de Veteri Testamento interdum de novo... Cum autem dicitur epistola, genua non flectimus ; imo sedemus. Mili les tamen stare consueverunt quando epistolae Pauli leguntur, in honorem ejus quia miles fuit... Prophetias voce inferius dejlexa, evangelium vero ac epistolam vocem exaltando finimus... Post lectionem epistolam subdiaconas cum acolyto ad sacerdotem accedit... in quibusdam ecclesiis osculatur dextram sacerdotis. Adhuc lecta epistola, subdiaconas librum clausum episcopo representat, ipse vero supra illum manum ponit quam subdiaconas osculatur. Subsequenter episcopus, vel sacerdos, subdiacono benedicit... In missa vero pro defunctis, subdiaconus lecta epistola non venit ad osculum manus '.

Dans les églises où il y avait deux ambons, on sait que l'ambon placé à droite, en regardant l'autel, était réservé à la lecture de l'épître ; l'ambon placé à gauche, au chant de l'évangile. Parfois, comme à Saint-Clément de Rome (voir ce mot), un troisième ambon, placé près de celui de l'épître, moins élevé que lui et tourné vers le peuple, servait à la lecture des prophéties. Quelle fut la raison de ce choix, de l'ambon nord pour l'évangile et de l'ambon sud pour l'épître ? Les textes anciens ne nous l'apprennent pas et les liturgistes symbolistes du moyen âge forgent des explications aussi variées que l'est leur fantaisie. Il semble bien probable qu'il faille attribuer cette distinction des deux ambons à un simple motif de dignité ou de préséance : le diacre chantant l'évangile est plus digne que le sous-diacre lisant l'épître ; il se place donc à la droite du pontife, qui siège au fond de l'abside, face à l'assemblée, et entouré de son presbyterium ; le sous-diacre se place à sa gauche ^

Pendant les premiers siècles, au moment où les lectures allaient commencer, un diacre invitait l'assemblée à garder le silence et à écouter avec attention. Ipsi enim (diaconi), dit saint Isidore de Séville, clara voce in modum prœconis admonent cunctos sive in orando, sive in lectendo genua, sive in psallendo sive in lectionibus audiendo', et cette invitation n'était pas superflue, si nous en croyons l'exclamation de saint Ambroise : Quantum laboratur in ecclesia ut fiat silentium cum lectiones leguntur* ! Nous avons un exemple de ces injonctions au silence dans la liturgie mozarabe : Silcntium jacile '.' et un autre dans la liturgie romaine : State cum silentio, audientes intendite ! ordonne le diacre avant chaque lecture, dans la cérémonie de l'expositio evangeliorum in aurium aperlione '.

Le titre et les premiers mots de la péricope scripturaire se présentent sous des formes variées, que Durand de Mende détaille en ces termes : Quando lectio vel epistola de libris Moysi vel Salomonis sumitur, nomen eorum reticetur...Item in epistolis quae sumuntur de prophetis vel de Actibus apostolorum sive de Apocalypsi, ponitur in principio hujusmodi oratio : » In diebus illis « et in fine dicitur : « ait Dominus omnipotens », eo quod in libris illis hoc saepe scriptum invenitur. Eadem etiam ratione dicitur in epistolis Jacobi et Petri : » Charissimi » et in epistolis Pauli : « Fratres », et « in Christo Jesu Domino nostro ». In epistola autem ad Hebraeos dicunt quidam non debere apponi « Fratres » eo quod apostolus suspectus erat Hebraeis ; sed melius est ut apponatur... Porro li cet in epistolis quae de Apoc. leguntur dicatur : « Lectio libri Apocalypsis beati Joannis apostoli, i in quibusdam tamen ecclesiis et epistolis tacetur illud verbum « beati ' ».

A la fin de la lecture, l'assemblée répond Deo gratias ou Amen. Voir ci-dessus l'article De gratias ».


IV. Les documents. — 1° Leurs formes successives. — On peut représenter assez fidèlement, sans doute, la succession réelle des faits de la façon suivante : 1. Pendant longtemps on s'est servi, pour les lectures liturgiques, des exemplaires ordinaires de la Bible, en un ou plusieurs volumes. Ces manuscrits portent dans les catalogues du moyen âge le nom de bibliotheca. Ainsi, dans une liste, rédigée entre 823 et 833, des livres que l'abbé Ansgise procura à la bibliothèque de l'abbaye Saint-Wandrille de Fontenelle, on lit : bibliothecam optimam continentem Vetus et Novum Testamentum ; et dans un catalogue de Saint-Riquier, daté de 831 : bibliotheca Integra, ubi continentur libri LXXII in uno volumine, bibliotheca dispersa in voluminibus quatuordecim (Becker, p. 24, catal. 11, n° 1 et 2).

2. Très fréquemment, le Nouveau Testament forme à lui seul un volume distinct, par exemple, dans le catalogue de la bibliothèque de l'abbaye de Saint-Amand au xii° siècle : item Vetus et Novum Testamentum, in duobus libris. Mais plus fréquemment encore, le Nouveau Testament est divisé lui-même en plusieurs volumes, et on a ainsi le Liber epistolarum Pauli, indépendant et complet. On en possède de nombreux manuscrits depuis le VIe. Cette « édition spéciale » du texte des Épîtres semble disparaître, dans l'usage liturgique, à partir du xi° siècle.

Divers manuscrits de ce recueil des Épîtres portent des indications marginales relatives aux sections ou péricopes liturgiques. Le plus souvent, on devait employer des tables ou indices, analogues aux capilularia evangeliorum, permettant de repérer dans le texte intégral des Épîtres les sections alternatives à chaque jour.

L'Ordo romanus I, n° 28, renvoie explicitement à ce capitulare : Legitur lectio una sicul in capitulare continetur.

3. Quand le système des péricopes commença à se fixer, on constitua très vite un recueil spécial ne contenant que les péricopes, et non plus le texte complet des livres bibliques. Ce recueil spécialisé portait le nom de lectionarius, lectionarium, epistolare, comes, liber comitis, liber comicus (sur ces appellations voir ci-dessous). Lier, antiphonaire, ordn). Les péricopes sont dès lors inscrites à leur place dans la liturgie de chaque jour, selon l'ordre de l'année liturgique.

Bien entendu, il serait tout à fait faux de concevoir les phases que nous venons d'esquisser, comme rigoureusement et exactement successives : dans la réalité, elles empiètent largement l'une sur l'autre, et les formes diverses du livre des Épîtres coexistent un peu partout dans le temps et dans l'espace. Ainsi le missel de Bobbio et le palimpseste du Mont-Cassin, qui datent de la fin du vi° ou du début du vii° siècle, sont déjà des missels pléniers.

2° Leurs diverses appellations. — Le mot comes, désignant un livre liturgique, se trouve dès le v° siècle, dans la charte de donation et de fondation connue sous le nom de charta Cornuliana, datée de l'an 471 : item codices : evangelia III, apostolum, psalterium et comitem. Qu'était ce comes ? C'était évidemment un livre liturgique, le contexte l'indique clairement, mais il n'est pas aussi évident que la contexture de ce livre fut dès cette époque, analogue, de près ou de loin, à celle qu'il possède plus tard, au ix° siècle. Car l'auteur de l'Epistola Hieronymi ad Constantium laisse entendre que le nom de comes s'applique à tout recueil de lectures scripturaires destiné aussi bien, semble-t-il, à l'usage privé qu'à l'usage public : Quamquam licenter adsumatur in opere congregatio cœlestium lectionum, et Ipsum opusculum ab ecclesiasticis viris comes quidem soleat appellari..., etc. ; le recueil que l'auteur lui-même a composé sous le titre de comes est bien une sorte de lectionnaire ; mais ce mot de comes doit être regardé comme le nom d'un genre sous lequel se classent plusieurs variétés. Or nous ne pouvons pas préciser avec certitude à quelle variété appartenait ce comes de l'église de Cornutum. (Voir Diction., t. III, col. 881).

Plus tard, le mot comes est certainement synonyme du mot lectionarium, comme le prouvent, par exemple, le titre de l'ouvrage de Smaragde, Expositio libri comitis, le nom du Comes auctus a Theolincho et celui du Comes ab Albino emendatus que l'on trouve classé sous le nom de lectionarius plenarius a supradicto Albino ordinatus dans le catalogue de l'abbaye de Saint-Riquier, daté de l'année 831 (Becker, p. 28, catal. 11, n° 237). Cependant le comes est catalogué parfois à part et à côté du lectionarium ; en voici deux exemples : catalogue de la bibliothèque de Fulda au xii° siècle : Missales III ; evangelium I ; lectionarium I ; genesis... paralipomenon ; pastoralis : liber comes ; psalterium... (Becker, p. 266, catal. 128, n° 8) ; catalogue de la bibliothèque de l'abbaye de Marchiennes, xii°-xiii° siècle : lectionarii duo ;... liber comitis. Peut-on déterminer une différence entre ces deux livres ? Nous venons de voir qu'au bas moyen âge les deux appellations semblent être utilisées indistinctement. Liber etiam comitis, sive lectionarius, quem S. Hieronymus compaginavit, dit le Micrologue.

Tommasi n'établit pas de distinction entre lectionarius, comes et epistolariam : lis enim nominibus appellatum in olerum monimentis illud volumen invenio, Dicr. d'. Arch. chrét. quod ordine distribuit lectiones Vetus et Novi Testamenti in missae sollemniis qualibet die legendis. Georgi est du même avis : Proprie vero lectionarius, qui et liber comitis, est liber continens epistolas et lectiones ad missam legendas, et il cite à ce propos Réginon de Prüm, qui nous a conservé le texte de la norme épiscopale de la fin du ix° siècle, où il est prescrit à l'évêque de s'assurer que chaque prêtre de son diocèse missalem plenarium [al. psalterium], lectionarium et antiphonarium habeat. Nam sine his missa perfecte non celebratur.

Quelques liturgistes modernes, Beissel et Thalhofer Eisenhofer, par exemple, admettent que le comes pouvait n'être qu'une table, un indiculus, un capitulare epistolarum et evangeliorum, n'indiquant que les premiers et les derniers mots de chaque péricope. Cette opinion ne paraît pas s'accorder avec les faits. Le comes d'Alcuin, par exemple, dans le ms. de Paris, Bibl. nat., lat. 9452, du viii°-ix° siècle, et le liber comicus wisigothique édité par dom Morin, contiennent les textes in extenso. Il est vrai que le comes de Theotinchus et celui de Murbach, par contre, ne sont bien en effet que des capitularia ; mais il est fort probable que dans leur état actuel les documents de ce genre ne sont que le résumé, le sommaire de documents antérieurs et complets. D'ailleurs, nous avons sur ce point des indices positifs assez clairs. L'auteur de l'Epistola Hieronymi ad Constantium a l'intention, en rédigeant son comes, de répondre aux désirs du studiosus lector, qui lotum parvo in corpore adunatum desiderat habere paupertatis necessitate. On ne voit pas comment une simple table de référence à un ouvrage complet pourrait satisfaire ce studiosus lector.

L'auteur de la préface Hunc codicem (placée à la fin du comes d'Alcuin et au début de son supplément) déclare qu'il a reproduit emendate atque distincte le texte corrigé et publié par Alcuin et il prie les copistes de le transcrire eadem cura et diligentia. Or la revision d'Alcuin a porté sur l'application des règles de la grammaire, de la ponctuation, de la prononciation : ad purum corrigeretur et distinctionibus artis grammaticae pronuntiandi gratia distingueretur : ut, videlicet, ut et legentibus eiusdem codicis textus iter planum panderet, et audientium auribus nihil inconsonum adferret. Ce soin de conserver la pureté du texte et ce souci de ne pas choquer les oreilles des auditeurs supposent manifestement que les péricopes sont publiées in extenso. Pareilles préoccupations seraient inintelligibles si le comes n'était qu'une table de références.

Il reste maintenant à préciser le sens du mot lectionarium. Ce mot s'applique à deux livres distincts : le lectionnaire de l'office, contenant les lectures faites à la fin de chaque nocturne (nous n'avons pas à nous en occuper ici), et le lectionnaire de la messe. Quel était le contenu de ce dernier ? Nous avons sur ce point des définitions explicites ; par exemple dans le catalogue de l'église de Saint-Riquier, daté de l'an 831 : de libris sacrarii qui ministerio altaris deserviunt... lectionarii epistolarum et evangeliorum mixtim et ordinale compositi.

V.— 9

Ces quelques notes suffisent pour faire apparaître combien il est imprudent et inexact de prétendre donner des définitions précises et exclusives de ces différents termes ; dans la réalité, ils ont reçu des significations qui ont varié avec le temps et les lieux. On voit aussi combien sont insuffisantes les descriptions de manuscrits de certains catalogues modernes, où on lit par exemple : Paris. Bibl. nat., latin 10449, lectionnaire, xii° siècle ; 720^5, lectionnaire, ix° siècle ; 12046, lectionnaire, xii° siècle.

Le mot apostolus a été employé de très bonne heure pour désigner spécialement saint Paul, l'apôtre par excellence. Apostolum audivimus, psalmum audivimus, evangeliam audivimus, dit saint Augustin au début d'un de ses sermons, et ailleurs : Apostolum audivimus, cum legeretur, corripielem... Apostolum cum legeretur audistis. On voit déjà que cette expression peut désigner aussi bien la personne même de l'apôtre que la collection de ses épîtres, et c'est certainement ce second sens que nous trouvons dans le lexle du second canon du premier concile tenu à Tolède en l'an 400 : Item placuit ul... evangelic apostolum non legat (penitencns).

Ce même sens apparaît dans le texte de la charta Cornutiana, datée de 471, citée plus haut, si on admet la leçon apostolum. On le retrouve en plein xii° siècle, par exemple, dans le catalogue de la bibliothèque de l'abbaye de Prufening, en 1158 : scorsum apostolum, seorsum canonicas epistolas (Becker, p. 209, catal. 95). Mais de bonne heure aussi, lors de la formation des recueils de péricopes, on appliqua ce nom d'apostolum à l'epistolarium, parce que les épîtres de l'apôtre fournissaient à elles seules la très grande majorité des péricopes du nouveau recueil. Ainsi le VI° Concile de Tolède, en 633, remarque que in quibusdam quoque Hispaniarum ecclesiis, laus apostoli apostolum decantantur, priusquam evangelium praedicetur. Hincmar nous a conservé les capilula synodica de l'année 852, où l'on lit ceci : ut unusquisque presbyterorum... orationes missarum, apostolum quoque et evangelium benedicere possit.

Il ne nous reste qu'un mot à dire de la dernière forme sous laquelle se présente la première série de lectures : c'est l'incorporation de l'épistolier dans le missel plénier, la dissémination des péricopes, chacune à sa place dans l'ensemble des pièces liturgiques propres à chaque jour. Nous avons déjà noté que cette disposition existe dès le début du VIIIe dans les missels de Bobbio et du Mont-Cassin qui sont, à ce point de vue, des missels pléniers. Les catalogues anciens distinguent bien les missales simples, les missales cum lectionario et les missales plenarii, qui sont ainsi décrits : missalia II in quibus evangelia, epistolae et gradalia continentur (catalogue de Ratisbonne en 994, Becker, p. 131, catal. 44, n° J 1 2-1 1 3) ; missales cum epistolis et gradalibus et evangeliis VIII (Weissenburg, XIe, Becker, p, 133, catal. 48, n° 1-8) ; liber missalis cum epistolis et evangeliis per totum annum (Wessobrunn, XIe, Becker, p. 135, catal. 51, n° 4) ; duo missales cum grad. et sequentibus epistolis ac evangeliis adscriptis (Weihenstephan, XIe, Becker, p. 173, catal. 73, n° 2-3.) Nous avons ainsi examiné brièvement les différents livres dont on s'est servi au cours des âges pour la lecture dite de l'Épitre, depuis la Bible ordinaire jusqu'au missel plénier, en passant par le liber epistolarum Pauli, le comes, le lectionnaire, le capitulaire, l'épistolier, Vapostolus.

Nés, et on a pu dire qu'il révèle une liturgie jusqu'alors ignorée (dom Morin, Prœfatio, p. 1). Le missel de Ximénès compte six dimanches de l'avent, le Comicus en compte cinq ; pour la période du carême, le missel et jjourvu d'olli ces pour le mercredi et le vendredi seulement, dans le Comicus chaque jour de la semaine a ses lectures jiropres, sauf le mardi et le jeudi des trois premières semaines ; le missel compte huit dimanches après l'Epiphanie et huit après la Pentecôte, le Comicus ne connaît pas ces deux séries, mais en revanche il se termine par une série de vingt-quatre dominicis quolidianis, qui seraient probablement plus nombreux si le manuscrit n'était pas incomplet, et qui atteindraient le nombre de trente-deux, que l'on trouve dans un certain nombre d'autres mss. mozarabes ; les péricopes du missel et du Comicus sont rarement identiques ; le sanctoral est beaucoup plus développé dans le missel que dans le Comicus, lequel ne contient qu'un très petit nombre de têtes de saints, pas même celle de saint Martin, pourtant si répandue dans tout l'occident ; de plus, les fêtes qui leur sont communes ne sont pas toujours célébrées à la même date : ainsi la fête des saints Innocents est placée après celle de saint Jean dans le missel, et après l'Epiphanie dans le Comicus, la décollation de saint Jean-Baptiste est inscrite au 29 août dans le missel, tandis qu'elle figure en septembre après la fête de saint Cyprien dans le Comicus.

L'usage que représente le Liber comicus est vraisemblablement celui de la province de Tolède, à l'époque de saint Ildephonse, qui en fut l'évêque de 657 à 667 : la discipline des catéchumènes y est celle de l'antiquité ; en carême le jeûne n'est pas encore étendu au samedi ; il n'y est fait aucune allusion à saint Jacques.

On y retrouve, de façon constante, les trois séries de lectures qui existèrent aux origines de toutes les liturgies, ou dans leur source commune : la série Ancien Testament, ou prophétique ; la série Nouveau Testament, Actes, Épîtres, Apoc ; la série évangélique. Sur ce point, le rite mozarabe est en étroit accord avec l'ambrosien, le gallican et le romain ancien.

Dans l'analyse qui suit du Liber comicus, les titres reproduisent exactement ceux de l'édition de dom Morin ; puis à la référence bibliographique on s'est borné à ajouter seulement les quelques mots du début de la péricope nécessaires et suffisants pour permettre des comparaisons rapides et faciles. Pour la même raison, on a numéroté en chiffres arabes toute la série des titres : 1 à 151.

Le système de lectures du missel de Ximénès ne sera pas examiné ici, car ce missel, reconstitué et publié en l'année 1500, contient, à côté de purs éléments espagnols, de nombreuses interpolations d'origine étrangère, surtout gallicane et romaine. D'ailleurs, depuis la publication en 1912 du Liber mozarabicus sacramentorum par dom M. Ferotin, nous possédons des sources plus anciennes et qu'aucune influence exotique n'a contaminées, dans un certain nombre de mss. liturgiques mozarabes apparentés de très près au Comicus de Silos. À la suite du Comicus, nous donnerons l'analyse succincte de ces mss. au point de vue qui nous occupe ici, c'est-à-dire au point de vue des deux premiers livres.

1. Legendum in 1° dominico de adventum Domini ad missam.

Is., n, 1-5 : Et erit in novissimis diebus.

— IV, 2-3 : Erit gemens.

Rom., XI, 25-31 ; Nolo vos ignorare mysterium.

2. Legendum in II° dominico ad missam.

Is., xxviii, 16-17 : Ego mittam in fundamentis.

— XXIX, 17-24 : Nonne adhuc modicum.


II Cor., IV, 1-5 : Fratres sic nos existimet.

3. Legendum in III° dominico.

Ezech., xxxi, 6-11 : Ecce ego in zelo meo.

Col., m, 4-11 : Cum Christus apparuerit.

4. Legendum in IIII° dominico.

Malach., in, 1-4 : Ego mittam angelum.

I Thess., V, 14-23 : Fratres rogo vos corripite inquietos.

5. Legendum in V° dominico.

Is., XXXV, 1-2 : Laetabitur deserta.

Philip., IV, 4-7 : Gaudete in Domino semper.

6. Legendum in Sci André apostoli ad missam.

Sap., IX, 17 : X, 4-6 ; xiv, 5-7 ; xvi, 8.

Gai., n, 19-20 : Ego per legem legi.

— M, 14, 17-18 : Mihi autem absit.

7. Legendum in sancte Eulalise.

Is., Liv, 1-3 : Lauda sterilis.

I Cor., vn, 37-40 : Fratres quis stabit in corde suo.

8. Legendum in sancte Marie ad missam.

Mich., IV, 1-3 : In novissimis diebus.

— — 5-8 : quia omnis populus.

— V, 2-5 : Et tu Bethlehem domus.

Gai., m, 27-iv, 7 : Fratres quicumque in Christo baptizati.

9. Legendum in nativitas Domini ad missam '.

Is., vn, 10-16 : Et adjecit... pete tibi signum.

— IX, 1-7 : Primo tempore alleviata.

Hebr., i, 1-12 : Multifarie.

10. Lectiones ecclesiasticae de mirabilibus sancti Stephimi martyris Xpi ex libris De civitate Dei beati Augustini episcopi, die Viii kalendas januarias.

(De civ. Dei, 1. XXII, c. vm, n. 10-22).

11. Legendum in diem Sci Stefani levite.


III Reg., XXI, 1-29 : vinea erat Naboth.

Act., VI, 1 -vn, 2 : crescente numero.

— \Ti, 51-\in, 4 : dura cervice.

12. Legendum in diem Sci Johannis apostoli.

Sap., X, 10-14 : Justum deduxit.


II Cor., V, 1-5 : Fratres scimus quoniam si terrestris.

13. Legendum in diem circumcisionis Dni ad missam.

Gen., XXI, 1-8 : Visitavit dominus Saram.

Rom., XV, 8-13 : Dico Christum Jesum ministrum.

14. Legendum in caput anni '.

Jer., X, 1-10 : Audite... justas vias gentium.

I Cor., X, 14-xi, 2 : Fugite ab idolorum cultura.

15. Legendum in apparitione Domini ad missam.

Num., XXIV, 3-9 : Assumpta parabola.

— — 15-18 : Sumpta igitur parabola.

Tit., n, 11-in, 7 : Apparuit gratia Dei.

16. Legendum in allisione infantum.

Jer., XXXI, 15-20 : Vox in excelso audita est.

Hebr., n, 9-18 : Videmus Iesum propter passionem.

Is., XLiu, 1-7 : Creans te Jacob et formans.


II Cor., XI, 16-31 : Ne quis me putet.

Is., xxxii, 1 : Ecce in justitia. — — 3-9 : Non caligabunt. — • — 15-18 : Donec effundatur.

I Petr., V, 1-5 : Seniores qui in vobis sunt.

20. Legendum in dominico ante carnes tollendas.

Jer., vn, 1-7 : Sta in porta domus.

I Cor., I, 3-9 : Gratia vobis et pax.

21. Legendum de carnes tollendas '.


III Reg., XIX, 3-15 : Venit [Heliab) in Bersabee.


II Cor., VI, 2-10 : Ecce nunc tempus acceptabile.

Leciiones de Quadragesime.

In prima ebdomada.

22. Secundo feria ad nona.

Is., I, 16-19 : Lavamini, mundi estote.

Jac, I, 2-12 : Omne gaudium existimate.

23. Legendum die IIII^ feria ad VIIII'.

Is., XXX, 15-18 : Si revertamini et quiescatis.

Jac, I, 13-21 : Nemo cum tentatur.

24. Legendum V° feria ad VIIII'.

Is., Lv, 6-7 : Quaerite Dominum.

Jac, I, 22-25 : Estote factores verbi.

25. Legendum die sabbato ad III'.

Jer., m, 12-14 : Revertere aversatrix.

Jac, I, 26-27 : Si quis putat se religiosum.

26. Legendum in I° dominico ad matutinum.

Os., XIV, 2-10 : Convertere Israël.

I Petr., m, 5-9 : Aliquando et sanctae mulieres.

27. Legendum in I° dominico ad missam.

Dan., n, 1-49 : In anno secundo regni.

Jac, n, 2t-ra, 13 : Abraham pater noster.

Leciiones de secunda ebdomada de XL"« .

28. [Secunda feria.]

Jer., m, 20-22 : Quomodo si contemnal.

Jac, n, 1-5 : Nolite in personarum acceptionem.

29. Legendum IIII^ feria ad nona.

Jer., xvm, 7-11 : Repente loquar.

Jac, IV, 7-10 : Subditi ergo estote Deo.

30. Legendum V° feria ad nonam.

Jer., XXV, 5 : Revertimini unusquisque.

Jac, V, 12-15 : Nolite iurare.

31. Legendum sabbato ad III^.

Jer., VI, 16 : State super vias.

Jac, V, 16-20 : Confitemini ergo alterutrum.

32. [In II° dominico ad matutinum.]

Dan., IX, 4-19 : Obsecro Domino, Deus.

I loh., n, 8-12 : Mandatum novum scribo.

33. Legendum secundo dominico ad missam.

Dan., IV, 1-34 : Ego Nabuchodonosor quietus eram.

I Job., I, 5-9 : Et haec est annuntiatio.

Leciiones in tertia ebdomada.

34. Il° feria ad VIIII ».

Joël, n, 12-13 : Convertimini ad me.

I Petr., I, 16-21 : Sancti estis quoniam ego.

35. Legendum III° feria ad VIIII'.

Joël, II, 15-17 : Canite tuba.

I Petr., m, 10-15 : Qui vult vitam diligere.

Dan., xjii, 1-64 : Erat vir habitans in Uni).

Jac, IV, 1-lG : Unde bella et lites.

Legendum mediate die festo ad missam '.

Dan., X, 1-xi, 2 : Anno tertio Cyri regis.

— xn, 1-13 : Consurget Michael.

Jac, m, 14-18 : Quod si zelum amarum.

Lectiones de Purificatione Domini '.

In / » 6'. ebdomada, 11^ jeria ad nonam.

Is., I, 1-4 : Visio Isaise.

— —24-26 : Consolabor.

I,Joh., I, 1-4 : Quod fuit ab initio.

Legendum III° jeria post vicesima ad nonam.

Js., V, 20 : Vœ qui dicitis.

23-27 : Qui justificatis impiium.

I Joh., I, 10-n, 2 : Si dixerimus quoniam non.

Legendum III J'' jeria ad VIIII'.

Os., V, 10 : Facti sunt principes.

— vil, 13-10 : Vx cis quoniam.

— xni, 4 : Ego autem Dominus.

I Joh., Il, 3-6 : In hoc scimus quoniam.

Legendum V° jeria ad VIIII'.

I Joh., n, 9-17 : Qui dicit se in luce esse. Lectiones in ebdomada maiore.

56. Secunda feria ad nonam.

Is., L, 1-4 : Justus perit et non est. —. — 13 : Qui fiduciam habet mei. I Joh., n, 27-28 : Et vos unctionem quam accepistis.

57. Legendum III feria in ebdomada maiore.

Is., L, 5-8 : Dominus aperuit mihi aurem. I Joh., m, 6-9 : Omnis qui in eo manet.

58. Legendum II feria in ebdomada maiore.

Jer., XXVI, 13-15 : Bonas tacite vias vestras. Jud., 20-25 : Supersedificantes vos.

59. Legendum in Cena Domini ad matutinum.

Joh., xxiv, 14-25 : Mane primo consurgit.

— I, 22 : In omnibus his non peccat. I Petr., n, 21-25 : In hoc vocati estis.

60. Legendum ad III in Cena Domini. Exod., XIX, 1-19 : Mense tertio egressionis. Hebr., xn, 12-28 : Remissas manus.

61. Legendum in Cena Domini ad missam.

Zac, n, 13 - m, 5 : Sileat omnis caro.

— XI, 7-14 : Et assumpsi mihi duas virgas.

— xm, 7-9 : Framea, suscitare.

I Cor., XI, 23-32 : Ego enim accepi a Domino.

62. Legendum in Cena Domini per titulos.

Jer., XX, 11-12 : Dominus mecum est quasi.

I Petr., n, 21-25 : In hoc vocati estis.

63. Legendum in Parasceve.

Is., L, 13 - LI, 12 : Ecce intelleget servus meus.

I Cor., I, 23 ; v, 7 ; Gai., i, 4 ; n, 19-21 ; ra, 1 ; Rom., v, 6 ; I Petr., m, 18 ; Rom., vi, 3-4 ; Hebr., n, 14-15 ; Gai., m, 13-14 ; Phil., n, 7-8 ; Col., n, 14-15 ; Hebr., ix, 11-14, 16-20 ; I Petr., n, 21-25.

64. Legendum die sabbato per titulos.

Apoc, I, 9-10 : Ego Johannes frater vester.

— — 17-18 : Ego sum primus. Col., m, 1-3 : Si consurrexistis.

65. Lectiones in vigilia Pasce.

1 Gen., I, 1-ii, 6 : In principio.

2 Gen., ii, 7-iii, 24 : Formavit Dominus Deus hominem.

3 Is., LV : Omnes sitientes.

4 Gen., v, 31-vi, 21 : Noe cum quingentorum esset.

5 Exod., xiii, 18-xv, 2 : Armati ascenderunt filii.


XV, 20-21 : Sumpsit ergo Maria.

6 Gen., xxii, 1-18 : Tentavit Deus Abraham.

7 Deut., XXXI, 28-xxxii, 3 : Congregate ad me.

xxxii, 44-45 : Venit ergo Moyses et locutus.

8 Gen., xxvii, 1-29 : Senuit autem Isaac.

9 Exod., xii, 1-42 : Dixit Dominus... Mensis iste.

10 II Paral., xxxiv, 1-4 : Octo annorum erat Josias.

— 30-33 : Ascendit (rex) in domum Dom.

— xxxv, 1-19 : Fecit autem Josias in Jerus.

11 Ezech., xxxvi, 1-14 : Facta est super me manus.

12 Dan., iii, 1-24 : Nabuchodonosor rex fecit statuam.

— — 46-48 : Et non cessabant.

— — 49-51 : (Prologo) Angelus Domini.

I Cor., v, 7-8 : Expurgate vetus fermentum.

I Cor., XV, 1-11 : Notum vobis facio evangelium.

20-22 : Nunc autem Christus resurrexit.

67. Legendum 11 feria Pasce.

Apoc, n, 1-7 : Hæc dicit qui tenet septem.

Act., I, 15-26 : Exurgens Petrus in medio... Viii fratres, oportet.

68. Legendum III feria Pasce.

Apoc, n, 8-11 : Angelo Smyrnæ.

Act., n, 22-41 : Viri Israelitæ.

69. Lectiones IIII feria Pasce.

Apoc, m, 7-13 : Angelo Philadelphiæ.

Act., n, 42-47 : Erant perseverantes.

70. Legendum in diem V feria Pasce.

Apoc, n, 12-17 : Angelo Pergami.

Act., X, 25-43 : Introivit (Petrus) Cæsaream.

71. Legendum die VI feria Pasce.

Apoc, n, 18-29 : Angelo Thyatiræ.

Act., V, 12-6 : Per manus apostolorum.

72. Legendum die sabbato.

Apoc, m, 1-6 : Angelo Sardis.

Act., xm, 26-39 : Viri fratres, filii generis Abraham.

73. Legendum in dominico de octabas Pasce.

Apoc, vu, 2-12 : Vidi alterum angelum.

Act., vm, 26-40 : Angelus Domini locutus est ad Philippum.

74. Legendum in primo dominico post octabas Pasce.

Apoc, XXI, 9-23 : Venit unus de septem Angelis.

Act., IX, 1-22 : Saulus adhuc spirans.

75. Legendum secundo dominico post octabas.

Apoc, IV, 1-10 : Ecce ostium apertum in cælo.

Act., vm, 14-25 : Cum audissent apostoli.

76. Legendum in tertio dominico post octabas Pasce.

Apoc, XIV, 1-7 : Ecce Agnus stabat supra montem.

Act., iv, 32-v, 11 : Multitudinis autem credentium.

77. Legendum in IIII dominico post octabas.

Apoc, XIX, 5-16 : Laudem dicite Deo nostro.

Act., IX, 32-42 : Factum est ut Petrus dum pertransiret.

78. Legendum in diem sancti Torquati vel sociorum ejus.

Apoc, vu, 9-10 : Vidi turbam magnam.

Hebr., x, 32-38 : Rememoramini pristinos.

79. Legendum in diem sanctæ crucis.

Apoc, XXI, 10 : Fui in spiritu in montem altum.

— — 9 : et venit ad me unus de septem.

— XXII, 1-5 : et ostendit mihi fluvium.

Phil., n, 5-11 : Hoc enim sentite in vobis.

80. Legendum in Ascensione domini ad missam.


IV Reg., n, 1-15 : Cum levare vellet Dominus Eliam.

Act., I, 1-11 : Primum quidem sermonem.

81. Legendum in dominico post Ascensione Domini.

Apoc, IV, 2-4 : Fui in spiritu et ecce sedes posita.

— — 10-11 : Procidebant viginti quatuor.

Ephes., IV, 7-10 : Unicuique nostrum data est gratia.

82. Legendum die sabbato ad tertiam ante Pentecosten.

Is., Lxi, 1-5 : Spiritus Domini super me.

I Cor., xii, 2-13 : De spiritualibus nolo vos ignorare.

83. Legendum in diem sanctum Pentecosten ad missam.

Joël, II, 21-32 : Noli timere terra, exulta.

Act., II, 1-21 : Dum complerentur dies Pentecostes.

Prov., IV, 18 ; Justorum semita.

— XXXI, 10-31 : Mulierem fortem quis inveniet.

Hebr., x, 32-38 : Rememoramini pristinos.

Gai., IV, 22-31 : Abraham duos filios habuit.

— — 10 : et accepi libellum...

— XI, 1, 3, 4, 15.

84. Legendum in diem sanctarum Juste et Rufine.

Eccli., XXXIX, 17-21 : Obaudite me divini fructus.


II Cor., IV, 5-10 : Non nosmetipsos prædicamus.

85. Legendum in diem sanctarum Justi et Pastoris.

Sap., X, 17-21 : Reddidit justis munerem.

I Cor., m, 1, 2 : Non potui vobis loqui.

— — 7 : Ita quæ non qui plantat.

86. Legendum in diem scor. Sixti episcopi et Laurenti archidiaconi.

Sap., m, 1-8 : Justorum animæ in manu.


II Cor., IX, 6-13 : Qui seminat in benedictionibus.

87. Legendum in diem sancti Cipriani episcopi.

Eccli., XLIV, 20-21 : (Vir iste) conservavit legem.

— L, 1-25 : Qui in vita sua suffulsit.


II Tim., IV, 17-18 : Dominus mihi astitit.

88. Legendum in decollationem sancti Johannis.

Jer., xxxm, 1-4 : Factum est verbum... clama ad me.

— — 10-11 : Adhuc audietur in loco isto.

Hebr., xi, 24-28 : Fide Moyses grandis factus.

— — 36-40 : Alii vero ludibria et verbera.

— xii, 1-2 : Ideo quæ et nos.

89. Item lectiones de sanctis.

Prov., XV, 3-9 : In omni loco oculi Domini.


II Thess., I, 3-12 : Gratias agere debemus.

90. Item secundus de sanctis.

Sap., V, 16-19 : Justi autem in perpetuum vivent.

Rom., V, 1-5 : Justificati ergo ex fide pacem.

91. Item III de sanctis.

Sap., XI, 2-4 : (Sancti) iter fecerunt per deserta.

Rom., VIII, 28-39 : Scimus quoniam diligentibus Deum.

92. Item quartus de sanctis.

Sap., XVIII, 1 : Sanctis tuis maxima erat lux.

— — 3-4 : propter quod ignem.

— — 7 : suscepta est a populo.

Hebr., xi, 13-16 : Juxta fidem defuncti sunt.

93. Item V de sanctis.

Prov. X, 27-xi, 4 : Timor Domini apponet dies.

Hebr. xi, 33-34 : (Sancti) per fidem vicerunt.

94. De sanctis (VI).

Sap., V, 1-5 : Stabunt justi in magna.

Ephes., I, 2-8 : Gratia vobis et pax.

95. Item lectiones unius justi.

Eccli., XXXII, 27-XXXIII, 1 : In omni opere tuo crede.

Col., i, 24-29 : Nunc gaudeo in passionibus.

96. Legendum de uno justo.

Is., XLVIII, 1-4 : Ecce servus meus, suscipiam.


II Tim., n, 1-10 : Tu ergo fortifica te.

97. Legendum de unius justi.

Sap., IV, 7-15 : Justus si morte præoccupatus.


II Tim., m, 16-IV, 8 : Omnis scriptura divinitus.

98. L. unius justi.

Eccli., XXXI, 8-11 : Beatus vir qui inventus est.


II Tim., IV, 17-18 : Dominus mihi astitit.

99. Legendum de uno justo.

Is., XI, 1, 8-13 : Servus meus Jacob quem.

Phil., m, 7-12 : Arbitratus sum propter Christum.

— — 9-13 : In omni opere dedit.

Rom., x, 8-13 : Hoc est verbum fidei quod.

100. Legendum de uno justo.

Eccli., u, 1-4 : Oratio... confitebor tibi.

I Tim., vi, 11-14 : Sectare justitiam, pietatem.

Eccli., XXXIX, 17-21 : Obaudite me divini fructus.

I Cor., VII, 25-34 : De virginibus, præceptum Domini.

101. Legendum de uno justo.

Jer., XXXI, 2-7 : Invenit gratiam in deserto.


II Cor., X, 17-XI, 6 : Qui gloriatur, in Domino.

Jer., XXIX, 5-7 : Aedificate domos et habitate.

I Cor., VII, 1-14 ; Bonum est homini mulierem.

102. Legendum de primulis.

Eccli., XXXV, 10-13 : Bono animo gloriam redde.

Rom., VIII, 22-27 : Scimus quod omnis creatura.

103. Legendum de decimis.

Malac., III, 7 : Revertimini ad me.

— 10-12 : Inferre omnem decimam.

I Cor., IX, 7-17 : Quis militat suis stipendiis.

104. Legendum in ordinatione episcopi.

Ezech., XXXIII, 1-11 : Factum est... Fili hominis.

I Tim., m, 1-13 : Fidelis sermo.

105. Legendum in ordinatione regis.

Sap., IX, 1-5, 7-12 : Deus patrum meorum.

Rom., XIII, 1-8 : Omnis anima potestatibus.

106. Legendum die sabbato quando sal aspergitur in templo novo dicendus.

Sap., IX, 8-11 : Et dixisti me ædificare templum.

I Cor., III, 10-17 : Nescitis quia templum Dei estis.

107. Legendum in sacraltione vasculi ad missam.

Gen., XXVIII, 10-22 : Egressus Jacob de Bersabee.

I Cor., III, 8-17 : Unusquisque propriam mercedem.

108. Legendum in restauratione basilicæ.


CORRECTION OCR - Chunk 63/326

Rom., XII, 16-21 : Nolite esse prudentes apud vos.

130. VIII dominico.

Is., XLIX, 1-6 : Audite insulæ et attendite.

Rom., XVI, 17-20 : Rogo vos, fratres, ut observetis.

131. Lectio nonam (= nono dominico).

Is., LXVI, 10-13 : Lætamini cum Jerusalem.

Rom., XII, 10-14 : Dilectio proximi malum.

132. Decimus.

Jer., XXXI, 31-34 : Ecce dies venient.

I Cor., III, 16-23 : Nescitis quia templum Dei.

133. XI dominico.

Jer., VIII, 4-6 : Hæc dicit... Numquid qui cadit. — — 11 : et sanabant contritionem.

— IX, 3-5 : Confortait sunt in terra.

— — 9-10 : numquid super his.

— — 23-24 : Non glorietur sapiens.

I Cor., VI, 12-20 : Omnia mihi licent.

139. XII [Dominico].

Jer., m, 14-23 : Convertimini, filii, revertentes.

I Cor., xn, 27-xin, 8 : Vos estis corpus Christi.

140. Tertiodecimas.

Jer., V, 20-vi, 1 : Annuntiate hoc domui Jacob.


II Cor., \i, ll-\ii, 1 : Os nostrum patet ad vos.

141. Quarto decimo dominico.

Jer., xxiii, 2-8 : Dicit Dns ad pastores... dispersistis.


II Cor., xni, 7-11 : Oramus Deuni ut niliil mail.

Jer., XXX, 3 : Ecce dies veniunt.

—. — 7-17 : quia magna est dies illa.

Gai., n, 16-20 : Non justificatur homo.

Jer., XXXI, 10-14 : Audite... qui dispersit.

Gai., V, 14-vi, 2 : Omnis lex in uno sermonc

Is., xxxn, 37-42 : Ecce ego congregabo.

Eph., I, 16-23 : Non cesso grattas agens.

de trente-deux.

I.e sacramcntaire mozarabe n'en mentionne que sept ;

le Contiens de Silos, vingt-quatre ;

le Cornes de San Millan a la série complète des trente-deux (Férotin, p. Lxxnl.

146. Legendum nono decimo [dominico].

Prov., n, 1-21 : Fili mi, si susceperis seniiones.

Rom., V, 5-10 : Cliaritas Dei diffusa est.

147. Legendum vicesimum [dominicum].

Ezecli, xxvm, 25-26 : Quando congregavero.

Rom., XV, 4-7 : Quœcum que scripta sunt, ad nostram.

148. Legendum vicesimum primum [dominicum].

Jer., XXX, 18-xxxi, 1 : Ecce ego convertam conversionem.

Eph., V, 1-8 : Estote imitatores Dei.

149. XXII [dominico].

Jer., XXXI, 27-28 : Ecce dies veniunt et seminabo.

Eph., 1, 16-23 : Non cesso gratias agens pro vobis.

150. Legendum vicesimo lerlio [dominico].

Prov., m, 1-10 : Fili mi ne obliviscaris legis mefe.

Rom., vn, 14-25 : Scimus quia lex spiritualis est.

151. Legendum vicesimo quarto [dominico].

Prov., m, 19-34 : Dns sapienlia fundavit terrani.

I Tim., I, 15-17 : Fidelis sermo.

Un bon nombre d'autres Comités sont signalés au moyen âge dans

— xn, 7-9 : Reli qui domini meam.

39. Ad sexta in Parasceven.

Amos, vin, 4-11 : Audite hoc qui conteretis.

40. Ad nona in Parasceven.

Zach., vm, 14-15 : Sicut cogitavi ut amigerem vos. xn, 10 : planctura quasi super unigenitum.

41. In sabbato sancto.

4« Gen., xxn, 1-19 : Tentavit Deus Abraham. 5 » Gen., xxvn, 1-40 : Senuit Isaac et caligaverunt. 6 » Exod., xn, 1-50 : Dixit Dns : Mensis iste vobis. 7' Exod., xm, 18-xiv, 9 : Armiati ascenderunt filii. — XV, 14-21 : Ascendcrunt populi et irati. 8' Ezech., xxxvn, 1-14 : Facta est super me manus. 9 » Is., I, 1- ? : Visio Isaise filii Amos. 10 » Josue, ra, 1-iv, 25. Josue de nocte consurgens. 11* Jon., I, 1-m, 10 : Factum est verbum : Surge et vade in Niniveni. 12 » Dan., m, 1-100 : Nabuch. rex fecit statuam.

Rom., VI, 3-12 : An ignoratis quia quicumq. baptiz.

42. In die sancto Paschæ ad missam.

I Cor., XV, 1-19 : Notum vobis facio Evangeliuni.

43. Feria // Paschæ ad missam.

Apoc,...I, 14-11, 7 : Candidi tamquam lana. Act., u, 14-40 : Stans Petrus cum undecim.

44. Feria /// » Paschæ.

Apoc, n, 8-17 : Angelo Smyrnœ.

Act., I, 15-26 : Exurgens Petrus in luedio (ratrum.

45. Feria /V' Paschæ.

Apoc, V, 1-13 : Et vidi in dextera sedentis. I Cor., XV, 47-58 : Primus homo de terra.

46. Feria V » Paschæ.

Apoc, XIV, 1-7 : Agnus stabat supra montem. Act., m, 1-19 : Petrus et Johannes ascendebant.

Apoc, XIX, 5-16 : Vox de throno : Laudcm. Act., V, 17-41 : Exurgens princeps sacerdotum.

Apoc, XXI, 1-8 : Vidi cœlum novum et terram. I Cor., XV, 31-45 : Quolidie morior per vestrani.

Is., Lxi, 1-7 : Spiritus Dni super me.

I Cor., XV, 12-28 : Si Christus praedicatur quod.

Act. XVI, 19-36 Apprehendcn les Paulum et Silani.

Dan., IX, 2-19 : Ego Dan. intellexi in libris. b) Prima die ad tertiam in jejunis.

Jac, I, 1-v, 20 : Jacobus Dei et D. N. servus. c) Eadem die ad sextam.

I Petr. i-v : Petrus apostolus J. C. d) Ad nonam eodem die.

Tob., i-xiv : Tobias ex tribu et civitate Neptalim.

56 a) Die II in rogationibus ad matutininos.

Joël, I, 13-n, 11 : Accingite vos et plangito. b) Eodem die ad tertiam.


II Petr., I, 1-m, 18 : Simon Petrus, servus. c) Eodem die ad sextam.

I Joan., I, 1-v, 21 : Quod fuit ab initio. d) Ad nonam eodem die.

Judith, i-xv : Arphaxad rex Medorum.

57 a) Die III in rogationibus ad matutinum.

Ose., V, l-\i, 6. Audite hoc sacerdotes. b) Eodem die ad tertiam.


II Joan., 1-11 : Senior electæ dominæ, et III Joan, 1-12 : Senior Gaio. c) Eodem die ad sextam.

Jud., 1-25 : Judas J. C. servus. d) Ad nonam eodem die.

Esther, i - xvi : In diebus Assueri.

58. In Ascensione Dni nri J. C. Act., I, 1-11 : Primum quidem.

Eph., IV, 1-13 ; Obsecro vos ego vinctus in Dno.

59. Die dominica post Ascensionem.

Act., xi.x, 1-12 : Cum venisset Paulus Ephesuni.

60. In sancto Pentecosten.

Joël, n, 21-32 : Noli timere terra, exulta. Act., n, 1-21. Cum complerentur dies P.

61. Proxima dominica post Pentecosten. Gai., \i, 7-14 : Quas seminaverit homo.

62. In festivitate sancti Johannis Baptiste.

Is., XL, 1-10 : Consolamini popule meus. Act., xin,16-47 : Surgens Paulus et manus illeniuni.

63. In festo sanctorum Petri et Pauli.

Rom., \'ra, 15-27 : Non accepistis spiritum servit.

64. In passione sancti Johannis Baptiste.

Is., xLni, 1-13 : Dns creans te Jacob et formans. ■ — — 22-XLiv, 5 : Non me invocasti Jacob. Hebr., xi, 33-xn, 7 : Sancti per fidem vicerunt.

65. Ad missam de novis fructibus.

Joël, n, 21-27 : Noli timere terra, exulta.

I Cor., IX, 7-15 : Quis militât suis stipendiis.

66. In festa unius martyris.

Is., Lx, 4-16 ; Leva in circuitu oculos tuos.


II Tim., n, 3 - (m, 12 ?) : Labora sicut bonus miles Christi.

67. De pluribus martyres.

Is., Lxv, 13-Lxvi, 2 : Ecce servi mei comedent. Apoc, VI, 9-vu, 4 : Vidi subtus altare animas.

— — 9-12 : Post hœc vidi turbam magnam.

68. De uno confessore.


II Tim., ra, 16-iv, S : Omnis scriptura divinitus.

69. De pluribus confessore.

Thren., m, 25-42 : Bonus est Dns sperantibus. I Tim., VI, 7-16 : Nihil intulimus in hunc mundum.

I Cor., XV, 51-58 : Ecce mysterium vobis dico.

Hebr., xn, 28-xni, 21 : Regnum immobile suscipientes.

Ezech. XXXIV, 1-31 : Propheta dixit pastoribus Israël. I Petr., I, 3-25 : Benedicimus Deum et Patrem.

— V, 1-4 ; Seniorcs ego qui in vobis sunt.

Is., XXVI, 2-20 : Aperite portas et ingredietur. I Cor., XV, 1-22 : Notum vobis facio Evangelium.

Gen., xxvm, 10-22 : Egressus Jacob de Bersabee. 1 Cor., m, 9-17 : Dei sumus adjutores.


TS. In natale ecclesiæ.

Is., uv, 1-LVi, 7 : Lauda sterilis.

Eph., n, 8-22 : Gratia estis salvati per fidem.

76. In velatione virginum.

Is., Lxi, 10-Lxii, 7 : Gaudens gaudebo in Dno. I Cor., vn, 25-40 : De virginibus præceptum.

77. Hœc lectio legenda quando episcopi prædicare debent ut plebs decimas reddat.

Malach., i, 6-11 : Filius honorat patrem. I Cor., IX, 7-12 : Quis militât suis stipendiis.

78. Quando diaconus ordinatur.

Ezech., XLiv, 15-16 : Sacerdotes et Levitæ filii Sadoc. I Tim., m, 8-13 : Diaconos similiiter pudicos.

79. Quando presbyter benedicatur.

Tit., I, 1-6 : Paulus servus Dei, apostolus.

80. In proiectione itineris.

I Tim., m, 14-16 : Hœc (vobis) scribo sperans me.

81. De redeundo itinere.

Rom., XV, 17-29 : Habeo gloriam in Ch. J. ad Deum.

82. Incipiunt lectiones cotidianas.

Is., Lxra, 7-Lxiv, 4 : Visitationum Dni recordabor. Eph., I, 15-23 : Audiens fidem vestram quæ est. 82&. Item lectiones cotidianas.

Malach., ni, 17-iv, 6 : Erunt mihi in die qua ego facio. Rom., X, 15.... Quam speciosi pedes evangelizantium.

Lectionn.ure de Schlettstadt 1. Dominica I de adventum Domini.

Is., VI, 1-10 : Anno quo mortuus est rex Ozias.

2. Dominica II in advento Dni.

Is., XXXV, 1-10 ; Lœtabitur déserta et invia.

3. Dominica III de advento Dni.

Is., Lxn, 10-12 : Transite per portas. — XLV, 8 : Rorate cœli desuper.

4. Dominica IIII de advento Dni.

Is., UV, 1-5 : Lauda sterilis quæ non peperit.

5. Dominica V de advento Dni.

Is., XL, 1-10 : Consolamini.

6. Dominica sexla in adventum Dni.

Is., XI, l-10 :Egredietur, virga de radice 7. In natale Dni.

Is., IX, 1-7 : Primo tempore aUeviata est terra.

8. In Epiphania.

Is., Lx, 1-6 : Surge, illuminare.

9. In caput quadragesimæ.

Joël, n, 11-14 : Dns dedit vocem suam ante.

10. Secunda dominica in quadragesima.

Prov., ra, 19-34 : Dns sapientia fundavit terram.

11. Tertia dominica in quadragesima. Is., Lvm, 1-8 : Clama, ne cesses.

12. In média quadragesima.

Zac, vm, 19-23 : Jejunium quarti, quinti.

Jer., xvm, 13-23 : Interrogate gentes : quis audivit.

Zac, IX, 7-16 : Auferani sanguinem eius de ore.

Exod., xn, 1-14 : Dixit Dns : mensis iste vobis principium.

Is., ui, 11-Lm, 12 : Recedite, exite inde.

Act., vn, 2-10 : Viri fratres et patres audite : Ds gloriose.

Act., n, 29-41 : Viri fratres, licet audenter dicere.

Act., n, 42-47 ; Erant perseverantes.

Act., m, 1-13 : Petrus et Joannes ascendebant.

21. Dominica III post albas.

Act., n, 22-28 : Viri Isr., audite : J. Naz., virum.

22. Item actus apostolorum.

Act. IV 31-35 : Et cum repletis sunt omnes.

23. Item actus apostolorum.

Act.,iv, 36-v,ll : Joscph, cognominatus Barnabas.

24. Lictio actus apostolorum.

Act., vm, 9-25 : Vir quidam nomine Simon (magus).

25. Lictio actus apostolorum.

Act., vm, 26-40 : Angelus Dni locutus est ad Philippum.

26. Lictio actus apostolorum.

Act., IX, 1-22 : Saulus adhuc spirans.

27. Lictio actus apostolorum.

Act., IX, 36-44 : In Joppe fuit discipula, Tabitha.

28. Lictio actus apostolorum.

Act., xn, 1-7 : Misit Herodes rex manus.

29. Actus apostol.

Act., XIX, 4-17 : Joan. baptizavit bapt. paenit.

30. In Pentecosten.

Act., n, 1-21 : Cum complerentur dies P.

31. Incip. cotidianas.

Is., xxxvm, 1-7 : grotavit Ezechias us que.

32. Cotidianas.

Is., XL, 28-xLi, 4 : Numquid nescis aut non audisti ?

33. Cotidianas.

Is., XLi, 8-14 : Israël, serve meus, Jacob.

34. Cotidianas.

Is., XLn, 5-9 : Haec dicit Dns creans cœlos et extendens eos.

35. Cotidianas.

Is., XLiv, 24-28 : Hæc die. Dns redemptor et formator.

36. Cotidianas.

Is., XLix, 8-13 : In tempore placito exaudivi.

37. De siccitate.

Jer., XIV, 20-xv, 4 : Cogno\imus Dne irapietates.

38. Item cotidianas.

Jer., xvr, 19-21 : Dne fortitudo mea et robur.

39. Item alia cotidianas.

Jer., XXVI, 12-16 : Ait Jerem. : Dns misit me ut prophetarem.

40. Cotidianas.

Is., XL, 26-XLi, 12 : Levate in excelsum oculos.

41. Cotidianas.

Ezech., m, 17-21 : Fili hom., speculatore in dédite.

42. Cotidianas.

Ezech., V, 5-13 : Ista est Jerus. in medio.

43. Cotidianas.

Ezech., XIV, 12-23 : Fili hom., terra cum peccaverit.

44. Item cotidianas.

Ezech., xvm, 1-21 : Quid est quod inter vos.

45. Cotidianas.

Is., Lxm, 15-Lxiv, 4 : Altende de coelo et vide.

Ezech., xxxvn, 1-14 : Facta est super me manus.

Ezech., xxxvn, 21-25 : Ecce ego assumam filios.

Joël, n, 12-16 : Convertimini ad me in toto.

Jer., vn, 1-7 : Sta in porta domus Dni.

Jer., x%Ti, 7-14 : Benedictus vir qui confidit.

Is., Lv, 6-12 : Quærite Dnm dum inveniri.

Is., xux, 1-5 : Audite insula : et attendite.

Is., XLV, 18-24 : Haec dicit Dns creans caelos formans terram.

54. Item cotidianas.

Is., XLm, 1-11 : Haec die. Dns creans te Jacob.

55. Item alia cotidianas.

Is., xm, 1-4 : Ecce servus meus, suscipiam eum.

56. Item alia cotidianas.

Is., XLn, 10-21 : Cantate Dno canticum novum.

57. Item alia cotidianas.

Is., xxxm, 2-9 : Due miserere nostri, te enim.

58. In sanctorum ubi volueris.

Is., Lxi, 10-Lxn, 3 : Gaudens gaudebo in Dno.

59. In dedicatione.


III Reg., vm, 22-30. : Stetit Salomon ante altare.

Missel de Bobbio.

1. Missa romensis cotidianas.

Dan., xn, 1-3 : In tempore illo consurgens Michael.


II Cor., X, 17-xi, 2 : Qui gloriatur, in Dno. Incipiunt lectiones de adventu Domini.

2. Missa in adventum Domini.

Malach., m, 1-6 : Ecce ego mittam angelum. Jac, V, 7-12 : Patientes estote usque. — — 19-20 : Fratres mei, si quis ex vobis.

3. Item missa in adventum Domini.

Rom., vm, 3-6 : Deus filium suum mittens.

4. Item missa in adventum Domini.

Rom., XV, 8-13 : Dico enim C. J., ministrum fuisse.

5. Missa in vigilia Natalis Domini.

Phil., IV, 4-7 : Gaudete in Dno semper. ■ 6. Missa in Natale Domini.

Is., IX, 6-7 : Parvulus enim natus est. Hebr., i, 1-5 ; Multifarie.

7. Missa sancti Stephani.

Rom., I, 13-17 : Nolo vos ignorare quia saepe.

8. Missa sanctorum Infanlum.

Apoc, ^^, 9-11 : Vidi subtus altare animas.

9. Missa Jacobi et Johannis.

Act., xn, 1-3 : Misit Herodes rex manus.

10. Missa die Circumcisionis Domini.

Phil., m, 2-6 : Videte circumcisionem. Nos enim sumus circumcisio.

11. Missa in Epiphania.

Tit., n, 11-13 : Apparuit gratia Dei.

12. Missa in cathedra sancti Petri.

I Petr., I, 2-4 : Benedictus Deus et Pater.

13. Missa in sanctas Mariæ solemnitate. Epli., M, 1-9 : Filii obedite parentibus.

14. Missa in assumptione sanctæ Mariæ.

Apoc, xiv, 1-7 : Ecce Agnus stabat supra montem.

15. Missa Quadraginsimalis.


III Reg., XIX, 3-15 : Venit Elias in Bersabee Juda.


II Cor., ^^, 2-10 : Ecce nunc tempus acceptabile. IG. Item missa jejunii.


II Cor., XI, 19-28 : Libenter suffertis insipientes.

17. Item missa jejunii.

Rom., xiv, 11-18 : Vivo ego dicit Dns.

18. Item missa jejunii.

Rom., xn, 9-16 : Odientes malum, adhaerentes.

Jac, n, 5 : Deus etegit pauperes.

Is., L^^I, 1-4 : Justus perit et non est qui. — -- 13 : Qui autem fiduciam habet. I Petr., n, 21-25 : In hoc enim vocati estis.

I Cor., XI, 20-20 : Convenienlibus vobis. 2 1. Missa in vigiliis Paschæ.

I Cor., v, 6-7 : Bona gloriatio vestra in C. Jesu.

Apoc, I, 1-18 : Revelatio J. C. quam dedit. Act., I, 1-8 : Primum quidem.

Apoc, IV, 1-S : Vidi ostium apertum in caelo. Act. I 12-14 : Reversi sunt (apostoli) Jerosolymam.

27. Item missa paschalis.

Apoc, XIV, 14-20 : Vidi nubem candidam. Act., IX, 1-9 : Saulus adhuc spirans.

28. Missa in Inventione sanctæ Crucis. Phil., n, 5-11 : Hoc enim sentite in vobis.

29. Missa in Letanias dicenda.

Joël, n, 12-23 : Convertimini ad me.

30. Missa in Ascensione Domini.

Apoc, \u, 9-12 : Vidi turbam maguam.

31. Missa in Quinquaginsimo (= Pentecosten). Apoc, XXI, 9-21 : Veni et ostendam tibi sponsam.

Incipiunt lectiones cottidianas.

32. Missa sancti Johannis Baptiste.

Jer., XXIX, 7-14 : Quærite pacem civitatis. Phili., IV, 4-9 : Gaudete in Dno semper.

33. Missa in sancti Johannis passione.

Eccli., XXXI, 8-11 : Beatus vir qui inventus est.

34. Missa in natale Petri et Pauli.

Rom., V, 1-9 : Justificati ergo ex fide.

35. Missa sancti Sigismundi regis.

I Joan., II, 15-16 : Nolite diligere mundum.

36. Missa in sanctorum Martyrum.

Apoc, VII, 13-17 : Respondit unus de senioribus. Hebr., xi, 33-34 : Sancti per fidem vicerunt. 37. Glissa unius martyris. H Tim., IV, 17-18 : Dominus mihi astitit. 38. Missa de uno confessore. Jer. : cento ; Prov., x. C ; Eccli., m, 15 : Prov., iv, 18 ; XXXI, 20, 25, 26, 27 : I Cor., ix, 22 ; Tit. (cento ex variis locis scripturæ neque ad verbum neque ad sensum realis, v. g. Job., XXI, 12 ; Ecch, l, 20 ?). 39. Missa sancti Martini episcopi. Jer., xii, 7-10 : Benedictus vir qui confidit. — — 12-14 : Solium gloriae. II Tim., ii, 16-iv, 8 : Omnis Scriptura divinitus. 40. Missa unius virginis. I Cor., xi, 25-34 : De virginibus autem præceptum. 41. Missa pro ægrotis. Jac, V, 14-18 : Infirmatur quis in vobis. 42. Missa in dedicatione. Gen., xxviii, 10-22 : Egressus Jacob de Bersabee. I Cor., iii, 9-17 : Dei sumus adjutores. 43. Missa in honore sancti Michael. Apoc, xii, 7-11 : Factum est prælium in caelo. 44. Missa pro iter agenlibus. Eph., v, 15-16 : Videte quomodo caute ambuletis. 45. Missa quomodo sacerdos pro se orare debet. Jac., i, 19-21 : Scitis fratres mei dilecti, sit omnis homo. 46. Missa omnimoda. I Joan., I, 8-9 : Si dixerimus quoniam peccatum. n, 1-5 : Sed et si quis peccaverit. 47. Missa votiva. Rom., XV, 30-33 : Obsecro vos per Dominum nostrum. Eccle., v, 3-6 : Si quid vovisti Deo. Rom., XV, 4-7 : Quæcumque scripta sunt. Col. (« Farrago ex Scripturæ verbis contexta. » Mabillon. « Le tout ressemble à quelques-uns des sermons de l'appendice aux sermons de S. Augustin. » Neale et Forbes). Lectiones dominicales. Ezech., XXXII, 1-9 : Quid est quod inter vos. Gai., v, 22-vi, 2 : Fructus spiritus est caritas. Apoc, V, 1-9 : Vidi in dextera sedentis. — — 13 : Et omnes audivi dicentes, I Cor., iv, 12-22 : Si Christus prædicatur quod. 54. Missa dominicalis. Malach, iii, 10-14 : Inferte omnem decimam. — — 18 : Convertimini et videbitis. — IV, 2, 5, 6 : Et orietur vobis. • Rom., VI, 12-18 : Non ergo regnet peccatum. 55. Item missa dominicalis. Col., iii, 5-11 : Mortificate membra vestra. 50. Missa dominicalis. Rom., X, 8-13 : Hoc est verbum fidei. 57. Legendis cotidianis. Rom., xv, 17-20 : Rogo vos ut observetis. 58. Item alia (missa cotidiana dominicalis). II Cor., v, 10 : Omnes nos manifestari oportet. Gai., VI, 8-10 : Quæ seminaverit homo. 59. Item alias lectiones cotidianas. Tit., ii, 15 - iii, 4 : Haec loquere et exhortare. 60. Item lectiones cotidianas. Col., i, 12-15 : Induite vos sicut electi Dei. (Item lectiones cotidianas. Phil., I, 7-8 : (Scio) socios gaudii mei vos esse. 62. Legenda in depositione sacerdotis. 1 Thess., IV, 13-17 ; Nolumus vos ignorare de dormientibus. 63. Lectiones pro defunctis. Rom., XIV, 7-9 : Nemo nostrum, sibi vivit.

Le système ambrosien. — La liturgie ambrosienne a été étudiée dans le Dictionnaire, t. i, au mot Ambrosienne (Liturgie) '. On se bornera ici à présenter le système des lectures de cette liturgie d'après trois documents ambrosiens anciens. Le premier est le Capitulare epistolarum S. Pauli du manuscrit VIII du fonds de la reine de Suède, appartenant maintenant à la bibliothèque Vaticane, sous la cote Reginensis 9 et datant du vii siècle. Ce ms a été édité pour la première fois, en 1691, par Tommasi ', puis par Georgi ^, puis par Vezzosi *. Depuis lors il avait disparu et était considéré comme perdu, quand il fut retrouvé récemment en Autriche par dom H. Quentin, qui donna à son tour, une nouvelle édition du catalogue plus exacte que les précédentes '. L'origine ambrosienne du texte du Regin. 9 a été reconnue par Tommasi et démontrée par Georgi, en se basant sur l'analyse du sanctoral. On trouvera ci-dessous la reproduction du texte donné par dom Quentin. Les mots placés entre parenthèses ont été ajoutés pour faciliter les comparaisons. Reginensis 9. 1. In vigiliis Natalis Domini. Rom., viii, 3 : Ds filium suum misit in similitudinem. 2. In Kalendis Domini. Gai., IV, 1 : Dico autem quamdio hæres. 3. In sancti Stephani. II Tim., iii, 16 : Omnis scriptura divinitus. 4. Innocentorum. 1 Cor., iii, 1 : Non potui vobis loqui quasi. 5. In sancti Jacobi. Gai., ii, 9 : Petrus et Jacobus et Johannes. 6. In sancti Johannis evangelistæ. Rom., X, 8 : Hoc est verbum fidei. 7. In kalendas januarias. I Cor., viii, 4 : De escis quæ idolis immolantur. 8. In vigiliis Epiphanias. II Cor., IV, 6 : Deus qui dixit de tenebris lumen. 9. In Epiphania. Tit., II, 11 : Apparuit gratia Dei et Salvatoris. 10. In sancti Sebasliani. Rom., I, 13 : Nolo vos ignorare quia. 11. In sanctæ Agnetis. I Cor., vii, 25 : De virginibus præceptum Domini. 12. In sancti Vincentii. II Tim., ii, 16 : Omnis scriptura divinitus. 13. In sancti Babylæ. Hebr., ii, 9 : Pro omnibus gustare mortem. 14. In sanctæ Agathæ. II Cor., X, 15 : Spem habentes crescentes. 15. In sanctæ Mariæ. Hebr., i, 1 : Olim locutus est Deus. 16. In caput Sexagesimæ. II Cor., VI, 12 : Non angustiamini. 17. In caput Quadragesimæ. II Cor., vi, 2 : Ecce nunc tempus acceptabile. 18. In Quadragesima Dominica II. I Tim., i, 15 : Hominem oportet omni (acceptione). 19. In dominica III. Gai., VI, 7 : Nolite errare, Deus autem (non). 20. In dominica IIII. I Cor., I, 26 : Videte vocationem vestram. 21. In dominica V. Rom., xiii, 12 : Abiciamus opera tenebrarum. 22. In Cœna Domini. I Cor., XI, 23 : Ego accepi a Domino. 23. In vigiliis Paschæ. I Cor., X, 1 : Nolo vos ignorare quod patres (nostri). 24. In sollemni Paschæ. I Cor., V, 6 : Nescitis quia modicum fermentum. 25. Secunda feria in Pascha. Rom., VI, 3 : Quicumque baptizati sumus. 26. Tertia feria in albas. Gai., iii, 27 : Quicumque enim in Christo (baptizati). 27. Quarta feria in albas. Eph., II, 4 : Deus qui est in misericordia. 28. Quinta feria in albas. Eph., IV, 23 : Renovamini spiritu mentis. 29. Sexta feria in albas, I Thess., I, 2 : Gratias agimus Deo semper. 30. Sabbato in albas. II Tim., II, 4 : Nemo militans Deo obligat se. Phil., IV, 4 : Gaudete in Domino semper. Rom., VI, 12 : Non regnat peccatum. I Tim., II, 1 : Obsecro ita que primum (omnium). Eph., IV, 1 : Obsecro ita que vos ego vinctus. II Cor., VII, 4 : Multa mihi fiducia ad vos. I Cor., ii, 10 : Nobis revelavit Deus per spiritum suum. 37. In Pentecosten. I Cor., XII, 1 : (De spiritualibus) nolo vos ignorare ; scitis quoniam gentes. 38. In sancti Eleutheri. II Cor., I, 3 : Benedictus Deus et Pater Domini nostri. 39. In sancti Georgii. Eph., I, 3 : Benedictus Deus et Pater Domini nostri J. 40. In Dedicatione Salvatoris. I Cor., iii, 16 : Nescitis quia templum Dei estis. 41. In sancti Victoris. 42. In sancti Pangratii. 43. In sancti Vili. 44. In sanctorum Protasii et Gervasii. Phil., I, 3 : Gratias ago Deo meo semper. 45. In vigilia sancti Johannis Baptistæ. Gai., IV, 12 : Obsecro vos : nihil me laesistis. 46. In natale ipsius. Eph. ii, 11 : Memores estote (quod aliquando) vos gentis (in carne). 47. In sanctorum Petri et Pauli. II Cor., XI, 19 : Libenter sufferimus insipientes. 48. In sancti Thomæ apostoli. I Cor., XV, 1 : Notum vobis facio Evangelium (quod). 49. In sanctorum Naboris et Felicis. Hebr., xi, 33 : Sancti per fidem devicerunt. 50. In sancti Apollinaris. II Tim., iii, 10 : Fili adsecutus es doctrinam. 51. In sancti Nazari. II Tim., ii, 4 : Nemo militans Deo (obligat se). 52. In Machabæorum. I Thess., ii, 3. Nam exortatio nostra non ex errore. 53. In sancti Sixti. II Tim., I, 3 : Gratias ago Deo meo cui servio. 54. In sancti Laurentii. II Cor., IX, 6 : Hoc dico : quia qui seminat (seminal). 55. In sancti Hyppoliti. II Thess., II, 13 : Nos debemus gratias agere (Deo). 56. In sancti Mame. I Cor., IX, 7 : Quis militat suis stipendiis. 57. In sancti Genesi. Phil., I, 12 : Scire vos volo (quia quæ circa me). 58. In sancti Johannis decollatione. 59. In sancti Cyriani. 1 Cor., IX, 24 : Scitis quia qui in stadio suo. 60. In sanctæ Euphimæ. I Cor., vii, 25 : De virginibus præceptum (Domini). 61. In sanctorum Cosmæ et Damiani. Rom., viii, 28 : Scimus quoniam diligentibus Deum. 62. In sancti Martini. I Tim., VI, 6 : Magna pietas cum sufferentibus. 63. In sancti Antonini. II Thess., I, 3 : Gratias agere debemus Deo. I Cor., XIV, 4 : Qui loquitur linguis, semetipsum (ædificat). Hebr., x, 32 : Recordamini (pristinos dies). Rom., XI, 13 : Vobis dico gentibus (quando). Gai., iii, 11 : Quoniam in lege nemo iustificatur. II Tim., ii, 4 : Nemo militans (Deo obligat se). Phil., IV, 4 : Gaudete in Domino semper. I Tim., i, 15 : Hominem oportet omni (acceptione). I Tim., ii, 1 : Obsecro ita que primum (omnium)

72. Dominica ante Natalem Domini. Rom., XV, 8 : Dico enim Christum Jesum ministrum (fuisse circumcisionis). Sacramentaire de Bergame. 1. Depositio S. Martini episcopi (xi kal. novembris). I Tim., iii, 16-iv, 8 : Magnum est pietatis sacramentum. 2. Natale S. Romani (xvi kal. novembris). I Cor., xiv, 1-19 : Sectamini caritatem, aemulamini. 3. Natale sanctæ Ceciliæ (kal. decem). I Cor., vii, 12-17 : Si quis uxorem habet infidelem. 4. Natale sancti Clementis (viii kal. dec). Phil., iii, 17-iv, 3 : Imitatores mei estote. 5. Nal. S. Andreæ, missa in vigiliis. Eph., I, 3-14. Benedictus Deus et Pater. 5 bis. Mane ad missam. Gai., I, 3-12 : Gratia vobis et pax a Deo Patre. 7. Ordinatio beati Ambrosii (iii id. dec). Missa in vigiliis. Hebr., v, 1-6 : Omnis pontifex ex hominibus. 7 bis. Mane ad missam. Eph., iii, 2-11 : Audistis dispensationem gratiæ. S. Dominica prima de Adventu. II Thess., ii, 1-14 : Rogamus vos per adventum Domini. 9. Dom. II de Adventu. Rom., XV, 1-13 : Debemus nos firmiores imbecill. 10. Dom. III de Adventu. Rom., XI, 25-36 : Nolo vos ignorare mysterium hoc. 11. Dom. IIII de Adventu. Hebr., x, 35-39 : Nolite amittere confidentiam. 12. Dom. V de Adventu. Gai., IV, 22-v, 1 : Scriptum est quod Abraham duos filios habuit. 14. Dom. VI de Adventu, ad sanctam Mariam. Phil., IV, 4-9 : Gaudete in Domino semper. 16. In vigilia Natalem Domini. Hebr., x, 37-39 : Qui venturus est veniet. 16 bis. In Natale Domini, in nocte sancta. Gai., IV, 4-6 : Postquam venit plenitudo temporis. 16 ter. Mane ad missam. Hebr., i, 1-8 Multitariam. 18. Natalis sancti Stephani (ii kal. jan.). II Tim., ii, 16-iv, 8 : Omnis scriptura divinitus. 20. Natale sancti Johannis evangelistæ (VI kal. jan.). Rom., X, 8-15 : Hoc est verbum fidei quod. 21. Nat. Innocentum (V kal. jan.). Rom., viii, 14-21 : Quicumque Spiritu Dei aguntur. 22. Natale sancti Jacobi (iii kal. jan.). Gai. I, 11-19 : Notum facio vobis Evangelium quod Evangelium. 2 1. Dom. post natal. Domini. Rom., VIII, 3-11 : Deus Filium suum misit in similitudinem. 25. Octava Domini (kal. jan.). Phil., iii, 1-8 : Gaudete in Domino. Eadem vobis. 20. Vigilia Epiphanias (non. jan.) ad missam. Tit., iii, 3-7 : Eramus nos aliquando insipientes. 2G bis. Mane ad missam. Tit., II, 11-iii, 2 : Apparuit gratia Dei Salvatoris. Eph., IV, 23-28 : Renovamini spiritu mentis vestrae. Rom., VIII, 22-27 : Scimus quod omnis creatura ingemiscit. Gai., V, 26-vi, 6 : Si vivimus spiritu, spiritu. Col., I, 3-11 : Gratias agimus Deo et Patri Uni. (Col., II, 1-7 : Volo vos scire qualcm sollicitudinem. 32 Nat. sancti Sebasliani (vii kal. febr.). 1 Cor., IV, 6-10 : Deus qui dixit de tenebris lumen. 33. Nal. sanctæ Agnes (iii kal. febr.). I Cor., vii, 32-40 : Volo vos sine sollicitudine esse. ' GG. 3-1. Mat. sancti Vincentii (xi kal. febr.). II Cor., I, 3-7 : Benedictus Deus et Pater Domini. ; 67. 3-5. Nat. sancti Babylæ et trium parvulorum (viii kal. febr.). 1 Thess., ii, 2-12 : Fiduciam habuimus in Deo. 3G. Sancti Julii (pridie kal. febr.). I Tim., ii, 12-16 : Confessus es bonam confessionem. 37. Sancti Severi (kal. febr.). II Tim., iii, 16-iv, 8 : Omnis scriptura divinitus. 38. Purificatio sanctæ Mariæ (ii non. febr.). Rom., v, 3-11 : Deus Filium suum misit. 39. Nat. sanctæ Agathæ (non. febr.). II Cor., X, 17-xi, 10 : Qui gloriatur, in Domino glorietur. 40. Sanctorum Fausti et Joviti (xi kal. mart.). II Cor., xii, 7-12 : Oro Deum ut nihil taceatis. 41. Dominica in Septuagesima. I Cor., IX, 24-x, 4 : Nescitis quod hi qui in stadio. 42. Dominica in Sexagesima. I Cor., IX, 7-12 : Quis militat suis stipendiis. 43. Dominica in Quinquagesima. II Cor., vi, 14-vii, 3 : Nolite jugum ducere. 41, Dom. in caput Quadragesimæ. II Cor., VI, 1-10 : Hortamur vos ne in vacuum. 4.') Fer. II in Quadr. hebdom. I. Ezech., XXXIV, 11-16 : Ecce ego requiram oves meas. 46. Fer. III hebdom. I.

Is., LV, 6-11 : Quærite Dominum dum inveniri potest.

47. Fer. IIII hebdom. I.


III Reg., XIX, 3-8 : Venit Helias in Bersabee Juda.

48. Fer. V hebdom. I.

Ezech., XXXIV, 1-9 : Quid est quod inter vos parabolam.

49. Fer. VI hebdom. I.

Ezech., XXXIV, 20-28 : Anima quae peccaverit, ipsa.

50. Sabbato hebdom. I.

Sap., XXXVI, 1-10 : Miserere nostri Deus omnium.

Rom., XIII, 10-XIV, 9 : Dilectio proximi malum non operatur.

51. Dom. I de Quadragesima.

Eph., I, 15-23 : Audita fide vestra quae est in Christo.

52. Fer. II hebdom. II.

Dan., IX, 15-19 : Domine Deus noster qui eduxisti populum.

53. Fer. III hebdom. II.


III Reg., XXI, 8-16 : Surge et vade in Sareptha Sidon.

54. Fer. IIII hebdom. II.

Esth., XIII, 9-17 : Graviter Esth. : Domine Deus rex omnipotens.

55. Fer. V hebdom. II.

Jer., XVII, 5-10 : Maledictus homo qui confidit.

Eph., V, 1-9 : Estote imitatores Dei sicut filii.

89. I Thess., II, 20-III, 8 : Vos estis gloria nostra et gaudium.

90.


IV Reg., V, 1-15 : Neman princeps militiae regis.

Hehesum. Servus tuus, vir meus mortuus est.

Num., XXI, 1-13 : Convenerunt filii Israël ad Moysen.

Sabbato III hebdom. III.

I Thess., II, 13-20 : Gratias agimus Deo sine intermissione.

Dominica de cœco.

I Thess., IV, 1-12 : Rogamus vos et obsecramus.

Fer. II hebdom. IIII.


III Reg., XXI, 16-28 : Venerunt duae mulieres meretrices.

Fer. III hebdom. IIII.

Exod., XXXII, 7-14 : Descende de monte quia peccavit.

Fer. IIII hebdom. IIII.

Is., I, 16-19 : Lavamini, mundi estote.

Fer. V hebdom. IIII.


IV Reg., IV, 25-38 : Venit mulier Sunamitis ad Heliseum.

Fer. VI hebdom. IIII.


III Reg., XVII, 17-24 : Aegrotavit filius mulieris matris.

[Sabbato IIII],

I Thess., V, 12-23 : Rogamus vos ut noveritis eos.

Dominica de Lazaro.

Eph., V, 15-22 : Videte quomodo caute ambuletis.

Fer. II hebdom. V.

Jon., III, 1-10 : Surge, vade in Nineve civitate.

Fer. III hebdom. V.

Dan., XIV, 27-42 : Congregati sunt Babylonii ad regem : Trade nobis Danielum.

Fer. IV hebdom. V.

Lev., XIX, 11-19 : Ego sum Dominus Deus vester.

Fer. V hebdom. V.

Dan., III, 34-45 : Gravit Daniel. Domine ne disperdas.

Fer. VI hebdom. V.

Jer., XVII, 13-18 : Domine omnes qui te derelinquunt.

Sabbato in traditione symboli.

Eph., IV, 10-19 : Confortamini in Domino et in potentia.

Dominica in Ramis olivarum.


II Thess., II, 15-III, 5 : State et tenete traditiones.

Feria II in coena Domini.

Is., L, 5-10 : Dominus Dominus aperuit mihi aurem.

Feria III.

Jer., XI, 18-20 : Domine demonstrasti mihi et cognovi.

Feria IIII in coena Domini.

Is., LXI, 1-7 : Dicite filiis Sion, ecce Salvator.

— LXI, 1-7 : Quis est iste qui venit de Edom.

Feria V in coena Domini.

I Cor., XI, 20-34 : Convenientibus vobis in unum.

In sancto sabbato.

Gen., I, 1 : In principio creavit.

Gen., XXII, 1 : Tentavit Deus Abraham.

Exod., : Quinta generatione ascenderunt.

Exod., XII, 1 : Dixit Dominus ad Moysen et Aaron.

Is., XLV, 17 : Hæc est hereditas servorum Domini.

Is., I, 16 : Lavamini, mundi estote.

In vigiliis Paschæ : in ecclesia minori.

Rom., I, 1-7 : Paulus, servus Christi Jesu, vocatus.

Item alia missa in ecclesia majori.

Eph., IV, 1-6 : Obsecro vos, ego vinctus in Domino.

Mane die sancto Paschæ in ecclesia minori pro baptizatis.

Rom., V, 8-11 : Commendat suam caritatem Deus.

Item alia missa in ecclesia majori.

I Cor., XV, 3-10 : Tradidi vobis in primis quod accepi.

Feria II in albis, missa pro baptizatis.

I Cor., V, 7-8 : Expurgate vetus fermentum.

Item missa in ecclesia majori.

Rom., VI, 3-4 : Quicumque baptizati sumus in Christo.

I Cor., VIII, 8-13 : Esca nos non commendat Deo.

Feria IIII in albis, missa in ecclesia majori.

I Cor., X, 1-4 : Nescio vos ignorare quia patres nostri.

99.

Feria V in albis, missa in ecclesia majori.

I Cor., X, 16-17 : Calix benedictionis cui benedicimus.

101.

Feria VI in albis, missa in ecclesia majori.

I Cor., XV, 12-22 : Si Christus prædicatur quod.

103.

Die sabbati in albis depositis, missa in eccl. majori.

I Tim., II, 1-7 : Obsecro primum omnium fieri.

104.

Dominica in albis depositis.

Col., II, 8-15 : Videte ne quis vos decipiat.

105.

Dominica II post Pascha.

Phil., III, 17-IV, 1 : Imitatores mei estote.

106.

Dominica III post Pascha.


II Cor., VII, 10-12 : Tristitia quæ secundum Deum.

108.

Dominica IIII post Pascha.

Phil., II, 12-18 : Obœdite Deo sicut semper.

109.

Dominica V post Pascha.

Hebr., XII, 1-7 : Deposientes omne pondus.

112.

In Ascensione Domini] mane ad missam.

Eph., IV, 7-12 : Unicuique nostrum data est.

113.

Dominica post Ascensionem Domini.

Rom., III, 19-26 : Scimus quia quæcumque lex.

115.

De letaniis die primo.

Joel, II, 12-21 : Convertimini ad me in toto corde.

117.

Die secundo.

Osee, XIV, 2-10 : Convertere Israël ad Dominum.

119.

Die tertio.

Sap., XXXV, 1-10 : Miserere nostri Deus omnium.

121.

In vigiliis Pentecostes.

I Cor., II, 10-16 : Nobis revelabit Deus per Spiritum.

123.

Die Pentecost., missa in eccl. majori.

I Cor., XII, 1-11 : De spiritualibus nolo vos ignorare.

124.

Dom. I post Pentecost.

I Cor., XV, 24-38 : Cum evacuaverit Dominus omnes.

125.

Dom. II post Pentecost.

Gal., V, 16-26 : Spiritu ambulate.

126.

Dom. III post Pentecost.

Rom., XIV, 9-18 : In hoc Christus mortuus est.

127.

Dom. IIII post Pentecost.

Col., III, 12-16 : Induite vos sicut electi Dei.

129.

Missa canonica.

Gal., VI, 7-10 ; Nolite errare, Deus non irridetur.

134.

Dom. V post Pentecost.

Rom., VII, 14-25 : Scimus quia lex spiritualis est.

135.

Dom. VI post Pentecost.

Rom., XII, 1-3 : Obsecro vos per misericordiam.

136.

Dom. VII post Pentecost.

Rom., XII, 5-16 : Unum corpus sumus in Christo.

137.

Dom. VIII post Pentecost.

Gal., VI, 7-10 : Nolite errare, Deus non irridetur.

138.

Dom. VIIII post Pentecost.

Rom., VI, 19-23 : Humanum dico.

139.

Dom. X post Pentecost.

Col., III, 5-11 : Mortificate membra vestra.

I Cor., VI, 3-11 : Nescitis quia angelos judicabimus.

Rom., XII, 16-21 : Nolite fieri prudentes.

Rom., V, 12-17 : Sicut per unum hominem.

Hebr., XIII, 17-22 : Obœdite præpositis vestris.

Hebr., XIII, 1-8 : Caritas fraternitatis.

Eph., V, 6-14 : Neminem vos seducat.


II Cor., XIII, 16-21 : Gratias Deo qui dedit optimum.

Eph., VI, 1-9 : Obœdite parentibus vestris.

Phil., I, 3-11 : Gratias ago Deo meo in omni memoria.

149.

Dom. XX post Pentecost.

Col., III, 17-IV, 6 : Omne quodcunque facitis.

150.

Dom. XXI post Pentecost.

Rom., VI, 12-18 : Non regnet peccatum.

151.

Dom. XXII post Pentecost.

Rom., XIII, 1-8 : Omnis anima potestatibus.

152.

Dom. I post dedicationem ecclesiæ.

I Cor., XII, 13-24 : Omnes nos in unum corpus.

153.

Dom. II post dedic. eccl.

Rom., XIII, 1-5 : Omnis anima potestatibus.

155.

Deposilio S. Gregorii papæ (vii id. mar.).

Epist. de confessor.

157.

Deposilio S. Ambrosii episc. (die viii april.).

Col., III, 1-4 : Si consurrexistis cum Christo.

159.

Nat. S. Georgii martyris (viii kal. mai.).


II Cor., I, 8-14 : Nolumus vos ignorare de tribulatione.

160.

Nat. apost. Philippi et Jacobi (kal. mai.).

I Cor., IV, 9-15 : Puto quod nos Deus apostolos.

161.

237. Item alia missa sacerdotis propria.

1 Tim., 1, 12-14 : Gratias ago ei qui me confortavit.

240. Missa sacerd. in lemplalione carnis.

I Cor., X, 12-13 : Qui se existimat stare.

241. Missa voliva.

I Joan., I, 8-9 : Si dixerimus quod peccatum non habemus.

242. Ilem alla missa.

Is., xiv, 7 ; xix, 4, 19, 21, 22, 24, 25.

249. Missa pro iler agenlibus.

Gen., XXIV, 7 : Dominus Deus caeli qui tulit me.

254. Missa pro infirmo.

Jac, V, 13-16 : Tristatur aliquis vestrum.

255. Missa pro episcopo defuncto.

Col., III, 1-4 : Si consurrexistis cum Christo.

256. Missa pro sacerd. sive abbale defunclo. Col., III, 1-4, supra.

257. Missa unius defuncli.


II Macch., XII, 43-46 : Vir fortissimus Juda.

259. 7^ alia missa plurimorum defunclorum.

I Thess., IV, 13-18 : Nolumus vos ignorare de dormientibus.

262. Missa pro defunct. anniversar.

Job., XIV, 13-16 : Quis mihi hoc tribuat.

265. Missa in lempore jejunii Joël, II, 12-21 : Convertimini ad me.

267. Missa qui a demonio vexalur.

Apoc, XII, 7-9 : Factum est praelium magnum.

Lectionn.vire de Mil.^n.

1. Dom. I de Ado.

Is., Li, 1-8 : Audite me, audite populus.

2. Dom. II de Adv.

Baruc, IV, 36-V, 9 : Circumspice ad orientem.

3. Dom. III de Adv.

Is., XXXV : Laetabitur deserta.

4. Dom. IV de Adv.

Is., XL, 1-11, Consolamini.

Mich., V, 2 : Et tu Bethleem Ephrata.

Malac, III, 1-7 : Ecce ego mitto Angelum meum.

Ezec, XLIV, 1-15 : Convertit me (angelus) ad viam.

Is., LX, 8-LXI, 4 : Si correxeris te, Jérusalem.

Is., VII, 10-17 : Pete tibi signum a Domino. VII, 4 : Antequam sciat puer vocare. Judic, XIII, 2-9 : Erat vir quidam de Saraa.

Gen., XV, 1-10 : Noli timere Abram, ego protector.

I Reg., I, 7-17 : Tristis erat Anna et non capiebat cibum.

Is., IX, 1-7 : Primo tempore alleviata est.

V. — 10

Act., VI, 8-VII, 4 : Stephanus plenus gratia et fortitudo. In festivale S. Stephani, sabb. albis depositis.

Is., LXI, 10-LXII, 3 : Gaudens gaudebo in Domino. In S. Johannis evangelistae.

I Joan., I, 1-1, 17 : Quod fuit ab initio. Innocentum.

Jer., XXXI, 15-20 : Vox in Rama audita est. In S. Jacobi apostoli.

Is., I, 1-10 : Consurge, consurge, induere. Dom. I post Nat. Domini.

Is., VII, 10-18 : Nobis cura Deus scitote gentes. In octava Domini.

Baruc, VI, 1-2 : Propter peccata vestra.

Jer., LI, 47-48 ; Baruc, VI, 3-6. In vigilia Epiphaniae.

Is., XIX, 8-13 : In tempore placito exaudivi te.


IV Reg., II, 1-12 : Cum levare vellet Dominus Heliam.

Num., XXIV, 15-25 : Sumpta parabola Balaam.


IV Reg., VI, 1-7 : Dixerunt filii prophetarum ad Heliseum : Ecce locus. In Epiphania Domini.

Is., LX, 1-6 : Surge, illuminare. In purificatione S. Mariae.

Is., VII, 10-18 : Nobiscum Deus scitote gentes. Dom. I post Epiphaniam.

Is., LXI, 1-4 : Spiritus Domini super me.

— LXII, 11-12 : Dominus auditum fecit. Dom. II post Epiphaniam.

Num., XX, 2-13 : Convenerunt filii Israel ad Montem et universae inseditione. Dom. III post Epiphaniam. Ezech., XXXI, 19-20 ; Ecce ego assumam filios Israel. Dom. IV post Epiphaniam. Jer., XXXI, 14-22 : Ecce dies venient et suscitabo. Dom. in Septuagesima.

Malac, III, 7-IV, 2 : Revertimini ad me et revertar. Dom. in Sexagesima. Joël., II, 12-21 : Convertimini ad me. Dom. in Quinquagesima. Zach., VIII, 5-VIII, 3 : Loquere ad omnes populos. Dom. in capite Quadragesimae. Is., LVII, 21 : Non est gaudere impiis.

— LVIII, 1-12 : Clama ne cesses. Fer. II, hebdomadae I Quadragesimae.

Ezech., XXXIV, 10-17 : Ego requiram oves meas. Fer. III.

Is., LV, 6-11 : Quaerite Dominum dum inveniri potest. Fer. IV.

Exod., XXIV, 12-18 : Ascende ad me in montem. Fer. V.

Ezech., XVIII, 1-9 : Quid est hoc quod inter vos. In vigilia prima.

Deut., I, 3-11 : Postquam percussit Sehon.

I Reg., XVII, 1-11 : Ecce audivi vocem vestram.

Exod., III, 1-12 : Hascebat Moyses oves Jethro.


III Reg., III, 5-14 : Apparuit Dominus Salomoni per somnium. Sabbato I de Quadragesimae.

Is., LI, 1-8 : Audite me, audite populus Domini. Dom. I de Quadragesimae.

Exod., XX, 1-23 : Ego sum Dominus Deus tuus qui eduxi. Fer. II hebdomadae II.

Dan., IX, 15-19 : Domine Deus noster qui eduxisti populum tuum. Fer. III.


III Reg., XVII, 8-16 ; Surge et vade in Sarephtha. Fer. IV.

Esther, XIII, 9-17 : Domine Deus omnium in auditione.

Jer., XVII, 5-11 : Maledictus homo qui confidit.

39. In vigilia II.


III Reg., XVIII, 21-40 : Accedens Elias : usquequo claudicatis.

Levit., XXVI, 3-13 : Si in praeceptis meis ambulaveritis. I Reg., II, 26-35 : Puer Samuel proficiebat atque crescebat. Deut., V, 1-22 : Audi Israel caeremonias atque judicia.

40. Sabbato II de Quadragesimae.

Is., XXXI, 9-XXXII, 8 : Beatus homo qui habet semen.

41. Dom. II.

Exod., XXXIV, 1-10 : Facturus sum duos tabulas lapideas.

42. Fer. II hebdomadae III.


IV Reg., V, 1-15 : Naaman princeps militis.

43. Fer. III.


IV Reg., IV, 1-7 : Mulier quaedam clamavit ad Heliseum : Servus tuus, vir meus, mortuus est.

44. Fer. IV.

Exod., XX, 12-24 : Honora patrem et matrem.

45. Fer V.

Jer., VII, 1-8 : Sta in porta domus Domini.

46. In vigilia III.

I Reg., XXI, 1-13 : Usquequo tu luges Saul. Deut., VI, 3-20 : Audi Israel et observa ut facias. III Reg., VIII, 22-30 : Stetit Salomon ante altare Domini. Deut., IV, 1-9 : Audi Israel praecepta et judicia.

47. Sabbato III in Quadragesimae.

Ezech., XX, 2-11 : Fili hominis, loquere senioribus.

48. Dom. III de Quadragesimae.

Exod., XXXIV, 23-XXXV, 1 : Tribus temporibus anni.

49. Fer. II hebdomadae IV.


III Reg., III, 16-28 : Venerunt duae mulieres in medio.

50. Fer. III.

Exod., XXXII, 7-14 : Descende de monte quia peccavit populus.

51. Fer. IV.

Ezech., XXXVI, 23-28 : Sanctificabo nomen meum.

52. Fer. V.


IV Reg., IV, 25-38 : Venit mulier Sunamitis ad Heliseum.

53. In vigilia IV.

I Reg., XII, 1-14 : Ecce audivi vocem vestram. Exod., XXXIII, 11-23 : Loquebatur Dominus ad Moysen facie ad faciem. IV Reg., IV, 8-38 : Cum transiret Heliseus per Sunam. Deut., XXVII, 4-XXVIII, 11 : Cum transieris Jordanem.

54. Sabbato IV.

Ezech., XI, 15-20 ; Fili hominis, fratres vestri viri proximi.

55. Dom. IV de Quadragesimae.

Exod., XIV, 15-31 : Quid clamas ad me.

Jon., III, 1-10 : Surge et vade in Niniven.

Dan., XIV, 28-42 : Trade nobis Daniel.

Levit., XIX, 11-19 : Non facies furtum.

Jer., XVII, 13-19 : Domine, omnes qui te derelinquunt.

56. In vigilia V.

Deut., VIII, 1-7 : Omne mandatum quod ego.

Deut., I, 3-11 : Postquam percussit Sehon.


III Reg., XVII, 9-24 : Surge et vade in Sarephtha.

Exod., IV, 10-20 : Obsecro, Domine, non sum eloquens.

61. Sabbato in traditione symboli.

Ezec, XXXVI, 22-28 : Non propter vos ego faciam.

62. Dom. in Ramis olivis.

Is., L, 1-12 : Quis credidit auditui nostro.

63. Fer. II in auctione.

Is., L, 5-10 : Dominus Dominus aperuit mihi aurem.

64. Fer. III in auctione.

Jer., XI, 18-20 : Domine, demonstrasti mihi et cognovi.

65. Fer. IV.

Is., LXI, 11-LXIII, 7 : Ecce salvator vester venit.

66. Fer. V.

Dan., XIII, 1-61 : Erat vir habundans in Babylon, Joachim.

Sap., II, 1, 12, III, 5 : Cumque inveniamus virum justum.

67. Eadem die, ad missam quinto chrisma conficitur.

Jon., I-IV : Factum est verbum Domini ad Jonam : Vade in Niniven.

68. Fer. VI, mane.

Is., L, 24-26, LI, 1-11 : Si quis captivum duxerit gigantem, accipiet spolia.

Is., XIX, 22 : Ecce levo ad populum manum.

— LI, 3-8 :

69. Ad vesperum.

Dan., III, 1-24 : Nabuchodonosor rex fecit statuam.

Dan., III, 91-100 : Tunc Nabuchodonosor rex obstupuit.

70. In sabbato sancto, mane.

Gen., VII, 9-22 : Noe, vir justus ; VII, 1-3, 18-21, 23, 24 ; VIII, 1-3, 6-12, 15-21.

Gen., I, 1-3 : In principio.

Gen., XXII, 1-19 : Tentavit Deus Abraham.

Exod., XII, 1-12 : Mensis iste vobis principium.

Exod., XIII, 18-XIV, 9 : Armati ascenderunt filii Israel.

Is., XXXIV, 17-XXXV, 11 : Haec est hereditas servorum.

Is., I, 16-20 : Lavamini, mundi estote.

71. Post baptismum, ad missam, in ecclesia hyemali. Act., II, 22-28 : Viri Israelitae, audite verba haec.

72. In ecclesia lesu.

Act., II, 29-38 : Viri fratres licet audenter dicere.

73. Die dom. sanctae Paschae, in eccl. hyemali.

Act., III, 1-9 : Petrus et Johannes ascendebant in templum.

74. Dominica in Pascha.

Act., I, 1-18 : Primum quidem sermonem.

75. Fer. II in albis.

Act., VIII, 26-40 : Angelus Domini locutus est ad Philippum : Surge.

76. Fer. III.

Act., III, 25-IV, 10 : Vos estis filii prophetarum.

77. In ecclesia sestiva.


IV Reg., V, 1-15 : Naaman princeps militis.

78. Fer. IV.

Act., V, 12 : Per manus apostolorum fiebant.

79. Fer. V.

Is., I, 1-8 ; In anno quo mortuus est rex Ozias.

80. Fer. VI.

Gen., XIV, 18-24 : Melchisedech, rex Salem, proferens panem.

81. Sabbato albis depositis.

Act., III, 12-17 : Viri Israelitae, quid admiramini in hoc.

82. In ecclesia sestiva.

Is., LXI, 10-LXII, 3 : Gaudens gaudebo in Domino.

83. Dom. in albis.

Act., IV, 8-24 : Stans Petrus in concilio et repletus Spiritu Sancto.

84. Dom. II post albas.

Act., IX, 19-31 : Venit Paulus cum discipulis qui erant Damasci.

85. Dom. III.

Act., V, 33-42 : Insurrexerunt principes sacerdotum adversus Apostolos et cogitaverunt interficere illos.

86. Dom. IV.

Act., IV, 32-V, 11 : Multitudo credentium erat cor unum.

87. Dom. V.

Act., IX, 32-42 : Factum est ut Petrus pertransiens universos deveniret... Lyddam.

88. In Ascensione Domini.

Act., I, 8-14 : Vos eritis mihi testes in Jerusalem.

89. Dom. post Ascensionem Domini.

Act., I, 15-26 : Exurgens Petrus : Oportet impleri Scripturam.

90. Die primo de letaniis.

Joël., II, 12-21 : Convertimini ad me.

Is., XL, 1-6 : Dominus creans te Jacob et formans te.

Jac, I, 2-12 : Omne gaudium existimate.

Dan., IV, 1-14 : Ego Nabuchodonosor quietus eram.

Dan., IV, 15-34 : Hoc somnium vidi ego Nabuchodonosor.

Is., XXXI, 9-XXXII, 8 : Beatus homo qui habet semen.

Ezech., XX, 2-11 : Fili hominis, loquere senioribus Israel.

Ezech., XXXIII, 7-17 : Speculatorem dedi te.

Is., XLVIII, 12-21 : Audi me Jacob et Israel.

Baruch., II, 9-15 : Justus est Dominus in omnibus viis suis.

Is., LXV, 13-19 : Ecce servi mei comedent.

Is., XLIV, 21-24 : Memor esto horum Jacob et Israel. Ad missam.

Is., XL, 5-10 : Ego sum Dominus creans caelos et extendens.

92. Die II de letaniis.

Is., LVI, 1-8 : Custodite judicium et facite justitiam. Is., LVI, 21 : Non est gaudere impiis.


LVIII, 1-12 : Clama ne cesses. Ezech., XXXVI, 22-28 : Non propter vos ego faciam. Jon., I-IV : Factum est verbum Domini ad Jonam. Is., XXXIII, 2-10 : Domine, miserere nostri. Is., LXI, 10-LXII, 3 : Gaudens gaudebo in Domino. Jer., XV, 15-21 : Domine, memor esto mei et visita me. Jer., VII, 2-7 : Sta in porta domus Domini. I Joan., I, 1-1, 17 : Quod fuit ab initio. Ad missam.

Ezech., XXXIV, 1-17 ; Fili hom., propheta de pastoribus Israël.

107. Dom. XI.

Dan., in, 34-45 : Dne fac miseric. propt. nom. t.

108. Dom. XII.

Is., XLViii. 12-24 : Audi me Jacob et Israël.

109. Dum. XllI.

Jer., m, 22-iv, 2 : Convertiniini, fdii, revertentes, 110. Dom. XIV.

Ezech., XXV, 1-7 : Fili hom., pone faciem tuani contra.

111. Dom. XY.

Dan., IX, 14-19 : Juslus es Dne in omiiib. operib.

112. Dom. XVI.

Is., Lxv, 13-19 : Ecce servi mei comcdent.

113. Dom. XVII.

Jer., Ml, 2-7 : Sta in porta donuis Dni.

114. Dom. XVIII.

Is., xxxm, 2-10 : Dne misertTe nostri.

115. Dom. XIX.

Jer., XXXI. 31-34 : Ecce dies veniunt et leriam.

116. Dom. XX.

Is., Lxin, 15-i.xiv, 5 : Dne attende de crelo et vide 117. Dom. XXI.

Baruch., iv, 21-29 : Constantes cstote, filii, clamate.

Baruch., ii, 9-15 ; Justus est Dns in omn. opcr. suis.

Ezech., xxxm, 7-17 : Speculatorcin dedi le.

Is., LX\i, 5-14 : Dixerunt frat. vri, odientes vos.

Is., XXXI, 9-xxxn, 8 : Beatus honin qui habet scmen.

Jer., I, 4-19 : Priusquam te tormarem.

Act., xn, 1-11 : Misil Herodcs rex manus ut aflligerel. 121. In vig. S. Laurenli.

Is., XLiii, !-•> : Dns creans te Jac. cl formans le.

125. // ! dcposHione S. Simpliliani.

Eccli., XLiv, 16, 17, 20, 22, 25-27 ; xlv, 3, S, 19, 20. Ecce sacerdos magnus qui in diebus. lîiG. // ! sanclie Mariœ.

Eccli.. XXIV, 11-20 : In omnibus requiem qu« esivi.

127. In decollalione S. Joh. Bapt.

Is.. xLvm, 22 : Non est pax impiis. XLix, 1-6 : Audite insulœ et attendite.

128. In nalivilate S. Mariœ.

Cant., \~i, 8-9 : Una est inatris suîe, electa. Eccli., XXIV, 24-28 : Ego mater pulchrœ dilect.

129. In dedic. S. Michael archanri.

Apoc, XI, 19-xn, 12 : Apertum est templum Dni in cœlo.

130. In nat. unius aposloli.

Sap., x, 10-14 : Justum deduxit Dns per vias.

131. In nal. plurim. aposlolor.

Sap., V, 1-5 : Stabunt justi in magna constanlia.

132. In nal. unius martyris.

Sap., IV. 7-15 : Justus si morte aliqua prseoccupatus.

133. Ado.

Sap., X, 10-14 : Justum deduxit Dns per vias.

134. In nal. plurim. sanclorum.

Sap., m. 1-8 : Justorum animîe in manu Dei.

135. Alia.

Sap., V, 1-5 : Stabunt justi in mag. const.

136. In nat. confessorum.

Eccli., XXXIX, 6-13 : Justus cor suum tradit.

137. Aliiî.

Eccli., xuv : Ecce sacerdos magnus (cf. n« 125 ».

138. In nal. virginum, Eccli., u, 13-17 : Dne exaltasti super terrani.

139. Alia de virginum.

Eccli., Li, 1-13 : Confitehor tibi, Dne rex, et collaudabo.

140. In dedicalione ecclesiie.

Baruch., m, 24-37 : O Israël, quani magna est domus Dni.

141. Alia.

Apoc, XXI, 9-27 : Vcnit angélus et loc. est mecum dicens : Veni ostendam.

142. In honore omnium sanclorum.

Sap., X, 17-20 : Reddidit justis Deus mercedciii laborum.

143. [In consecratione altaris].

Is., x%Tii, 7 ; XIX, 4, 19, 21, 22. 24-25 : In die illa defertur munus Dno exercituum.

144. Pro iler agentibus.

Gen., xxiv, 7 : Dne qui tulit me de donio pal ris mei.

145. Pro pace.

Eccli., XXXM, l-lO : Miserere nostri, Deus omnium, et respicc.

146. Pro Iribulationc.

Esth., xm, 9-17 : Dne Ds, omn. in tua ditione cuncta sunt posila.

Thren., ii, 19-ni, 56 : Consurge, Jerus. et lauda in nocte.

Jer., XIV, 19-22 : Dne numquid proiciens abiecisll Judam.

Is., XLiv, 21-23 :.Memor esto horum Jacob el Israël.

Joli., XIV, 1.3-16 : Quis milii hoc Iribuat Dne iil in infcnio.

Ego quasi vitis frucUQcavi. Midierem fortem.

1Ô3. Prn (Iffuiicli ciiuiii>iTxaiii.

Job., XIX, 20-27 : Pelli iuct, consuiiiplis cariiibus. 154. In plurimorum defunctorum.


II Macch., xii, 43-46 : vir forliSNimus Judas, collatione facta. ibb. In dedic. erclesiœ.

I.S., Lx, 11-21 : Apeiicntur Jcnis. porlx tu » jugiter.

156. Unde supra.

I II Reg., vm, 22-30 : Slelil Saloni. anlc allare Diii.

157. Unde supra.

Apoc, XXI, 2-5 : Yidi civilatcin saiiclaiii, Jciu.s. novam.

158. Unde supra. Is., Liv, 14 ( ?) Dus Ecce requiem dabil imbi ; in loco isto et in die illa canlabitiir. (Cf. Is., L\7ii, 11 et XXVI, 1).

159. In Assumptione sanclœ Mariœ.

Cant., m, 11 : Egredimini et vidctc, filiie Sion. VI, 9 : Quse est ista quœ progreditur.

160. In nalivitate sanclie Mariée.

Cant., VI, 8-9 : Una est matris sua :, electa. Eccli., XXIV, 24-28 : Ego mater pulchi ;c dilect.

161. In cathedra S. Pelri.

1 Petr., I, 1-7 : Pelius, apostolus J. C.

4 » L'index épislolaire du CODEX Fuldkx.'^i.' ?. — ■ Le codex Fuldensis, que Victor, évè que de Capouc, eut en mains en l'année 546-547, comme l'atteste l'inscription qu'il y a lui-même tracée, présente en tête des épîtres de saint Paul un index des péricopes disposé dans l'ordre de l'année liturgi que de la façon suivante : de Advcnlu ad romanos suh titulo XVIII. pridie natale Domini ad philipp. sub titulo XIII. in natale Domini ad Hebreos principium cpistulse. et ainsi de suite. Puis, en marge du texte même des Epîtres, les titres de l'index ci-dessus sont apposés à l'endroit où commence la péricope prévue pour le jour en question, et la fm de la leçon est marquée par une petite croix ou un obèle.

Ce ms qui appartient à la Landesbibliolek de Fulda, nous a donc conservé la physionomie de l'année liturgi que et la distribution des épîtres paulinicnnes dans la liturgie de l'Église de Capoue au \j' siècle.

Cette liste de péricopes a été publiée pour la première fois par Gcrbert, dans ses Monumenta vclcris liturgi !e Alcniannicx ', puis, avec plus d'exactitude, par E. Ranke -. Dom Morin a repris l'édition de Ranke, à la suite de son comicus mozarabe ', en disposant sur deux coloimes parallè les l'index et les notes margina les, avec les premiers et les derniers mots de cha que lecture. Récemment, dom J. Chapman' et le P. S. Beissel ' ont donné chacun un tableau abrégé de l'édition Moriu.

On trouvera ci-dessous le texte de l'index et celui des notes margina les condensés le plus possible, et les premiers mots de cha que péricope, selon l'édition Morin.

Rom., vm, 3-17 : Nam quod impossibile orat legis, i. q. i. p. c, Deus filium suum mittens. riuin hoc inquiètes. l'iiili., IV, 4-9 : Gaudite in Domino stniper.

In Wilale Douiini.

Ilebr., I, 1- ? : Multifariam. In natale sancti Johannis.


II Tim., III, 16-iv 8 : Omnis Scriplura divinitus. In natale Innoccntum.

Rom., V, 1-5 : Justificati igitur ex fide. De Circumcisione Domini, in octabas Dni. Rom., XV, 8-14 : Dico enim C.J. ministrum fuisse circunc., De eodem die contra idola, in octabas Dni contra idola. I Cor., vnn, 1-jx, 22 : De his, autem quœ idolis immolantur. De eodem die, item de Circumcisione.

I Cor., X, 14-33 : Fugite ab idolorum cultura. In jejunio Fpi/aniorum.

Col., I, 9-19 : Ideo et nos ex qua die audivimus. In Epifania mane.


II Cor., IV, 6-18 : Deus qui dixit detenebris lumen. In eodem die Epifaniorum, tertio in Epifania. Tit., II, 11-ni, 6 : Apparaît enim gratia Salvatoris. In eodem die Epifaniorum, lectio in Epifania. Gai., III, 27-iv, 7 : Quicumq. in Ch. baptizati estis.

Cottidiana post Epifania, lectio cottidiana.

Rom., xn, 6-16 : Habentes autem donationes.

Cottidiana.

Hebr., xu, 25-28 : Videte ne rccusetis loquentem.

Cottidiana.

Hebr., \^, 9-15 : Confidimus autem de vobis meliora. Cottidiana.

Gai., in, 15-26 : Frs, secundum hominem, dico. Cottidiana. Hebr., xn, 29 : Deus noster ignis consumens est, xm, 1-8 : Charitas fraternitatis maneat in vobis. Cottidiana.

I Tim., vi, 7-lC : Nihil intulimus in h une mundum. Cottidiana.

Rom, xn, 16-21 : Nolitc esse prudentes. Cottidiana.

Rom., VII, 14-24 : Scimus quod Icx spiritalis est. Cottidiana. Rom., I, 13-25 : Nolo vos ignor. q. sape proposui venire. Cottidiana.

Rom., xm, 1-6 : Omnis anima potcstatibus sublim. Cottidiana.

Rom., I, 1-6 : Pauhis servus Christi Jesu. In Sexagesima. I Tim., m, 16-iv, S : Manifeste magnum est pietatis sacramentum. Cottidiana, lectio post Sexagesima.

I Cor., IX, 24-27 : Nescitis quod hii qui in stadio currunt.

In Quinquagesima.

Rom., XIV, 10-19 : Omnes stabimus ante tribunal. Ch. In Quadragesima, in capui Quadragesime.


II Cor., \t, 2-10 : Ecce nunc tempus acceptabile. In jejunio I in Quadragesima, in Quad. jejun. I. Rom., VI, 12-23 : Non ergo rcgnet peccatum.

Jejunio II in Quadragesima. Rom., XII, 1-5 : Obsecro i. v. f. ut exhibeatis Eph., IV, 23-32 : Renovamini a. spjritum mentis vestrae.

37. In Quadragesima jejunio V.

Eph., V, 1-5 : Estote ergo imitalores Dci.

38. In Quadragesima jejunio VI.

Eph., \i, 10-17 : De cetero, fratres, coiifortaniini.

39. In Quadragesima dominica IIII.

Gai., I, 11-24 : Notum a. vobis facio frs evangol.

40. In Quadragesima jejunio VII.

I Thess., IV, 1-9 : De cetero e. frs rogamus vos et obsecr.

41. In Quadragesima jejunio VIII.


II Thess., m, 4-16 : Confidimus a. de vcbis in Dno.

42. In Quadragesima dominica V.

Col., n, 4-10 : Hoc a. dico ut nemo vos decipiat.

43. In Quadragesima jejunio VIIII.

Rom., XIV, 19-xv, 6 : Et quœ Bedificalionis sunt in invicem custodiamus.

44. In Quadragesima jejunio X.


II Cor., m, 2-17 : Epistula nostra vos estis.

45. Dominica unie oclo dies Pascbœ.

[II Cor., n, 1-11 ( ?) : Statui hoc ips. apud me].

46. In ebdoma majore, de indulgeniia.

IICor.,xi,19-31 : Libentercn.suffertis insipientes.

47. In secunda jeria anle Pasclia ebdoma majore, posi indulgeniia jeria II.

Gal.,n,19-ni 6 :Egoen perlegemlegimortuussuiu.

48. In lerlia jeria anle Pascba, posl indulgeniia jer. III. Gai., m, 7-14 : Cognoscite ergo quia qui ex fide.

49. In quarla jeria anle Pascha, posl indulgenliam jer. IIII.

Eph., n, 13-ni, 12 : Nunc aut. in Ch. J. vos qui aliquando.

50. In quinia jeria anle Pascha, in Cena Dni manc.

I Cor., V, 6VI, 11 : Nescitis quia modicum fcrmentum.

51. In quinia jeria ad vesperam cenam Domini, in cena Dni ad sero.

I Cor., XI, 20-32 : Convenientibus en. vobis in unuin.

52. In sexla jeria anle noclu magna,... n. sancta. Phil., n, 5-11 : Hoc enim sentilc in vobis.

53. In noclu sancla, manc, pridie Natale Dni et in noclu sancla.

Phil., IV, 4-9 : Gaudite in Domino semper.

54. In noclu sancla noclu, in nocle sancta ad sera.

I Cor., X, 1-4 : Nolo e. v. ignor. Ir. quon. paires nostri.

55. In sanclum Pascha, in sanclum Pascho dominica. Col., m, 1-11. Si consurrexibtis cum Christo.

56. In secunda jeria Pasclue.

Rom., VI, 3-11 : An ignoratis quia quic. baptiz. sumus.

57. In 1er. jeria Paschœ.

Rom., V, 6-11 : Si en. Chr. cum adhuc infirnii essemus.

Eph., n, 4-10 : Deu.s autem qui dives est.

Eph., IV, 1-13 : Obsccro itaq. vos ego vinctus.


II Tim., IV, 16-18 : In prima niea defensione.


II Cor., IX, 6-9 : Qui parce seminat.


II Tim., n, 4-10 : N'cmo militans Dec.

[I Cor., n, 1-8 : Et ego cum venisscin ad vos].

65. De martyribus.

Hebr., x, 32-39 : Rcniemoramini a. pristinos dies.

66. De martyribus.

(Même péricope que la précédente ?) 67. De martyris generalis jeminini, in natale martyr ix, IICor.,x,17-xi,2 ;Quia.gloriaturinDnoglorictur.

68. De martyribus.

[Hebr., XI, 33-40 : Quipcrfidem dcvicerunt régna j 69. De martyribus.

[II Tim., I, 8-12 : Xolite itaq. erubescere testimonium.] 70. De martyribus, in natale martyrum.

Rom., vm, 28-39 : Scimus a. quon. diligentibii ? Deum.

71. In dedicatione.

I Cor., m, 8-17 : Qui plantât a. et qui rigat.

72. In dedicatione.

Hebr., ra, 1-6 : Unde fratres sancli, vocatioru cselestis.

73. In dedicatione.

? Eph., n, 11-22 : Propter quod meniores estote.

74. De natale episcopi.

1 Hebr., v, 1- ? : Omnis nam que ponlifex ex hominibus.

75. De ordinationibus.

1 Tim., ni. 8-15 : Diaconos siniilitcr pudicos.

76. De ordinationibus diaconorwn, de ordin.

1 Tim., IV, 9-16 : Fidelis sermo et omni acceptione.

77. De àgendis.

1 Thess., IV, 13-17 : Nol. a. ignor. vos frs de dorniienlibus.

Remarques. — Quand un titre est donné de façon identi que dans l'index et dans les notes margina les du Fuldensis, ce titre n'est reproduit qu'une fois dans le tableau ci-dessus. Jlais quand les notes margina les ne coïncident pasexactemenl avec l'index, alors les deux textes ont été juxtaposés et sépares par une virgule. Ainsi, par ex., au n » 5, l'index parte seulement : Pridie na/a/eiini.Ianotcïnarginale ajoute : et in noclu sancta.

Les deux titres donnés sous les n« ' 45 et 46 doivent peut-être n'en former qu'un.seul qu'il faudrait lire : Dom. anle octo dies Pasc., in cbd. mai., de indulgeniia (= le dimanche des Hame aux), avec la péricope II Cor., XI, 19 : Libenter sujlertis. La note inargin :ile fait défaut dans le ms. pour le n » 45 ; de même pour. - n »» 25, 26, 64, 65, 66, 68, 69, 73, 74.

Le n° 06 doit être une répétition, par erreur, du n° précédent, la même péricope étant indiquée dans les deux cas.

N° 68 et 69, références douteuses.

5° Le système romain. — Le système romain est de beaucoup le plus important et le plus abondamment représenté. Le type le plus pur de ce système est un document de la tradition grégorienne, le comes d'Alcuin, que l'on trouvera ci-dessous in-extenso. Autour de ce comes, nous grouperons trois autres documents : les fragments du missel du Mont-Cassin, le lectionnaire de Wurzbourg et le comes de Murbach. Puis, pour terminer, les documents carolingiens connexes seront brièvement mentionnés. Le manuscrit, conservé à Chartres) provenant de l'abbaye de Saint-Père, où il portait la cote n° 12. Ce sont deux missels différents. L'un est la source de l'ominasi est probablement le parisiien.

Le lectionnaire de Tommasi a été reproduit par E. Ranke. Le comes, qui est un épistolaire, puisqu'il ne contient que les prophéties et les épîtres, sans les évangiles, se présente ainsi : 242 lectures (Ancien et Nouveau Testament) pour le temporal et le sanctoral mélangés (dimanches, fériés, fêtes du cycle, fêtes des saints) : puis la préface In une codicem, et enfin le supplément : 65 lectures pour fériés, vigiles et circonstances diverses. La grande valeur et l'importance capitale de ce comes viennent de ce qu'il a été composé sur le plan du sacramentaire grégorien, si l'on en croit l'auteur de la préface au supplément : imitando ac sequendo libellum papae Gregorii sacramentorum. Cette assertion apparaît inexacte, comme il est facile de le constater, si l'on compare le comes et le sacramentaire grégorien tel que nous le possédons. Aussi existe-t-il des rédactions de la préface In une codicem où cette phrase a été supprimée. Mais elle est parfaitement exacte en ce sens que le comes a dû être modelé sur un sacramentaire grégorien ancien, c'est-à-dire très voisin de l'édition originale, et non sur un grégorien de l'époque carolingienne, le seul dont nous ayons des témoins complets. C'est dans ce même fonds grégorien ancien qu'Alcuin a puisé les éléments de son supplément au sacramentaire envoyé par le pape Hadrien à Charlemagne, vers 785-791. On peut conjecturer de ce fait, par simple vraisemblance, que la rédaction du comes fut antérieure à l'arrivée du sacramentaire d'Hadrien.

1. In vigilia Domini.

Rom., I, 1-6 : Paulus, servus J. C.

2. Ad sanctam Mariam.

Is., IX, 2-7 : Populus gentium (qui ambulat in tene).

3. Item ad sanctam Mariam.

Tit., II, 11-15 : Apparuit gratia Dei Salv.

4. Item ad sanctum Petrum.

Hebr., I, 1-12 : Multifarie.

5. In natali S. Stephani.

Act., VII, 8-11, 60 : Stephanus plenus gratia.

6. In nat. S. Johannis Evang.

Eccli., XV, 1-6 : Qui timet Deum.

7. Alia ut supra S. Johannis Evang.

Eph., II, 19-22 : Jam non estis hospites et advenae. S. In natali Innocentium.

Apoc, XIV, 1-5 : Vidi supra montem Sion agnum.

9. Dom. I post Natale Domini.

Rom., XII, 6-16 : Habent dona secundum.

10. In natali S. Silvestri.

Hebr., VII, 23-27 : Plures facti sunt sacerdotes.

11. In natali ejus supra.

Eccli., XLIV, 16-XLV : Ecce sacerdos magnus.

12. Dom. II post natale Domini.

Gal., IV, 1-7 : Quanto tempore heres parvulus est.

13. In vigilia Theophaniae.

Tit., III, 4-7 : Apparuit benignitas et humanitas.

14. In Theophania.

Is., LX, 1-6 : Surge, illuminare Hierusalem.

Rom., XII, 1-6 : Obsecro vos per misericordiam.

I Tim., I, 15-17 : Fidelis sermo et omni acceptione.

Hebr., III, 1-6 : Considerate Apostolum et pontificem.

Rom., XII, 16-21 : Nolite esse prudentes apud vosmetipsos.

Rom., XIII, 8-10 : Neminem quicquam debeatis.

20. Item alia.

I Tim., I, 8-13 ; Noli erubescere testimonium.

21. In natali S. Felicis.

Hebr., XIII, 9-16 ; Doctrinis variis et peregrinis.

22. In natali S. Marcelli papae.

Eccli., XXXIX, 6-13 : Justus cor suum tradidit.

23. In natali S. Sebastiani.

Hebr., XI, 33-39 : Sancti per fidem vicerunt regna.

24. In natali S. Agnes.

I Cor., X, 17-XI, 2 : Qui gloriatur, in Domino gloriatur.

25. In die qua beata Virgo offeret Christum in Templo, Malac, III, 1-4 : Ecce ego mittam Angelum.

26. In natali S. Agathae.

Eccli., XXIV, 11-20 : In omnibus requiem quaesivi.

27. In natali S. Valentini.

Eccli., XXXI, 8-11 : Beatus vir qui invenit sapientiam.

28. In Annuntiatione S. Mariae. Is., XI, 1-5 : Egredietur virga.

29. In Septuagesima.

I Cor., IX, 24-X, 4 : Nescitis quia hi qui in stadio currunt.

30. In Sexagesima, ad sanctum Paulum. II Cor., XI, 19-XII, 9 : Libenter suffertis insipientes.

31. In Quinquagesima, ad S. Petrum.

I Cor., XIII, 1-13 : Si linguis hominum loquar.

32. Feria IV, ad sanctam Sabinam.

Joël, II, 12-13 : Converlimini ad me in toto.

33. Fer. VI, ad SS. Johannis et Pauli.

Is., LVIII, 1-14 : Clama, ne cesses.

34. In Quadragesima, ad Lateran.


II Cor., VI, 1-10 : Hortamur vos ne in vacuum.

35. Feria II, ad Vincula.

Ezech., XXXIV, 11-16 : Ecce ego requiram oves.

36. Feria III, ad sanctam Anastasiam.

Is., LV, 6-11 : Quaerite Dominum dum inveniri.

37. Incip. lect. mensis I. Fer. I V, ad S. Mariam. a) Exod., XXIV, 12-18 : Ascende ad me. Item ul supra, ad S. Mariam. b) III Reg., XIX, 3-5 : Venit Elias in Bersabee Iuda.

38. Feria V.


II Esdr., I, 5-11 : Oravit Esdras : Quaeso Domine.

39. Feria VI, ad apostolos.

Ezech., XVIII, 20-28 : Anima quae peccaverit.

40. Sabbato, ad S. Petrum in XII lectiones. a) Deut., XXI, 15-18 : Respice Domine de sanctuario. b) Deut., XI, 22-25 : Si custodieritis mandata. c) II Mach., II, 23-27 : Orationem faciebant sacerdotes. d) Eccli., XXX, 1-10 : Miserere nostri Deus omnium. e) Dan., III, 49-55 : Angelus Domini descendit cum Azaria.

f) I Thess., V, 14-23 : Rogamus, corripite inquietos.

41. Dominica I mensis primi.

I Thess., IV, 1-7 : Rogamus vos et obsecramus in Domino Iesu.

42. Feria II, ad S. Clementem.

Dan., IX, 15-19 : Domine Deus noster qui eduxisti.


III Reg., XXI, 8-16 : Surge et vade in Sarephtha.

Esth., XIII, 9-17 : Domine rex omnium, in ditione tua.

Thren., III, 22-57 : Misericordia Domini multa.

Gen., XXXVII, 6-22 : Audite somnium meum.

Gen., XXVII, 6-39 : Dixit Rebecca : Audivi partem tuam.

Eph., V, 1-9 : Estote imitatores Dei sicut filii.

49. Fer. II, ad S. Marcum.


IV Reg., V, 1-15 : Naaman princeps militiae.

50. Fer. III, ad S. Polentianam.


IV Reg., IV, 1-7 : Mulier (de uxor prophetae) clamabat ad Helisaeum.

51. Fer IV, ad S. Sixtium.

Exod., XX, 12-24 : Honora patrem tuum et matrem.

52. Fer. V.

Jer., XVII, 7-10 : Beatus vir qui confidit in Domino (ou, en marge : Jer., VII, 1-7 : Sta in porta domus Domini).

53. Fer. VI, ad S. Laurentium in Lucina.

Num., XX, 1-13 : Convenit filii Israel et versa in seditionem.

54. Sabbato, ad S. Susannam.

Dan., XIII, 1-62 : Erat vir in Babylonia et nomen eius Ioachim.

55. Dom. [in] Vicesima, ad Hierusalem.

Gal., IV, 22-V, 1 : Scriptum est quod Abraham duos filios habuit.

56. Fer. II, ad sanctos quatuor Coronatos.


III Reg., III, 16-28 : Venerunt duae mulieres meretrices.

57. Fer. III, ad S. Laurentium in Damasci.

Exod., XXXII, 7-14 : Descende de monte, peccavit populus.

58. Fer. IV, ad S. Paulum in Mediana.

Ezech., XXXVI, 23-28 : Sanctificabo nomen meum.

59. Secundo ut supra.

Is., I, 16-19 ; Lavamini, mundi estote.

60. Feria V.


IV Reg., XIII, 14-21 : Heliseus aegrotabat infirmitate.

61. Feria VI, ad S. Eusebium.


III Reg., XVII, 17-24 : Aegrotavit filius mulieris matris sanctae.

62. Sabbato, ad S. Laurentium in Mediana.

Is., XLIX, 8-15 : In tempore placito exaudivi te.

63. Item ut supra.

Is., LV, 1-11 : Omnes sitientes venite ad aquas.

64. Dom. V in Quadragesima, ad S. Petrum.

Hebr., IX, 11-15 : Christus adsistens pontifex futurus.

65. Fer. II, ad S. Chrisogonum.

Jon., III, 1-10 : Surge et vade in Niniven.

66. Fer. III, ad S. Quiriacum.

Dan., XIV, 27-42 : Congregati sunt Babylonii.

67. Fer. IV, ad S. Marcellum.

Levit., XIX, 11-19 : Ego Dominus Deus : non facietis furtum.

68. Fer. V.

Jer., VII, 1-7 : Sta in porta domus Domini.

69. Fer. VI, ad S. Stephanum.

Jer., XVII, 13-18 : Domine omnes qui te derelinquunt.

70. Fer. VII.

Zach., IX, 9-16 : Exsultabit filia Sion.

Phil., II, 5-11 : Hoc enim sentite in vobis.

Is., L, 5-10 : Dominus Dominus aperuit aures meas.

Zach., XI, 12-XIII, 9 : Si bonum est in oculis vestris.

Jer. XI, 18-20 : Dominus demonstravit mihi.

Sap., II, 12-22 : Circumveniamus justum.

Is., LXII, 11-12 : Ecce Salvator tuus venit. Isa., LIII, 1-12 : Dominus quis credidit auditui nostro.

I Cor., XI, 20-32 : Venite igitur vos in meum.

Osee, VI, 1-6 ; In tribulatione.

80. Item ubi supra.

Exod., XII, 1-11 : Mensis iste vobis principium.

Expliciunt lectiones de Quadragesima.

Incip. lectiones de vigilia Paschae.

a) Gen., I, 1-3 : In principio.

b) Exod., XIV, 24-XV, 1 : Factus est in vigilia matutina.

c) Is., IV, 1-6 : Adprehendent septem mulieres virum.

Cant. Is., V, 1 : Vineam factam dilecto.

d) Deut., XXXI, 22-30 : Scripsit Moses canticum.

e) Is., LIV, 17-IV, 11 : Haec est hereditas servorum Domini.

f) Dan., III, 49-55 : Angelus Domini descendit cum Azaria.

Incip. lectiones de Pascha.

82. Sabbato sancto, ad Lateranis.

Col., III, 1-4 : Si consurrexistis cum Christo.

83. Dominica sancta ad S. Mariam.

I Cor., V, 7-8 : Expurgate vetus fermentum.

84. Fer. II, ad S. Petrum.

Act., X, 34-43 : Stans Petrus... : in veritate comprehendit (ou 37-43 : Vos scitis quod factum est).

85. Fer. III, ad S. Paulum.

Act., XIII, 16-33 : Surge Petrus ot manus imponens.

86. Fer. IV, ad S. Laurentium.

Act., III, 12-19 : Aperiens Petrus os suum : in Israël, quid miramini.

87. Fer. V, ad Basilicam apostolorum.

Act., VIII, 26-40 : Angelus locutus est ad Philippum : Surge et vade.

88. Fer. VI, ad S. Mariam ad Martyres.

I Petr., III, 18-22 ; Christus semel pro peccatis nostris mortuus est.

89. Sabbato, ad Lateranis, in albis.

I Petr., II, 1-10 : Deposite omne malum.

90. Dom. in Octava Paschae, ad Lateran.

I Joan., V, 4-10 : Omne quod natum est ex Deo.

91. De Pascha annotina.

Eph., I, 16-21 : Non cesso gratias agens pro vobis.

92. Prima dom. post octav. Paschae.

I Petr., II, 21-25 : Christus passus est pro nobis, vobis relinquens.

93. Secunda dom. post octav. Paschae.

I Petr., III, 11-20 : Obsecro vos, ut advenas et peregrinos.

94. Dom. tertia post octav. Paschae.

Iac., I, 17-21 : Omne datum optimum et omne donum perfectum.

95. In natali Philippi et Jacobi.

Act., V, 17-21 : Exsurgens princeps sacerdotum.

96. In natali S. Petronii.

Prov., III, 13-20 : Beatus homo qui invenit sapientiam.

97. In natali sanctorum.

Eccli., XLIV, 10-15 : Illi sunt viri misericordiae.

98. Item ubi supra.

Prov., XV, 2-9 : Lingua sapientis ornabit.

Sap., V, 16-24 : Justi in periculum vivent.

Sap., III, 1-9 : Justorum animae in manu Dei sunt.

Iac., V, 16-20 : Confitemini alterutrum.

I Tim., II, 1-7 : Obsecro igitur primo omnium fieri obsecrationem.

Eph., IV, 7-13 : Unicuique nostrum dedit gratiam.

Act., I, 1-11 : Primum quidem.

Eph., II, 4-7 : Deus qui dives est in misericordia.

107. In sabbato Pentecosten.

Act., XIX, 1-8 : Cum Apollo esset Corinthi.

108. In dominica Pentecosten.

Act., II, 1-12 : Cum complerentur dies Pentecostes.

Cl Deut., XXVI, 1-11 : Cumque intraveris terram. d ) Lev., XXVI, 3-12 ; Si in praeceptis meis ambulaveritis. f ) Dan., III, 49-55 : Angelus Domini descendit cum Azaria.

Rom., V, 1-5 : Iustificati ex fide, pacem habeamus.

121. Dominica ut supra [mensis quarti].

Rom., VIII, 18-23 : Existimo quod non sunt condignae.

122. Dom. III post Pentec.

1 Pet., IV, 7-11 :,Estote prudentes et vigilantes in oratione.

123. Dom. IV post Pentec.

1 Joan., IV, 16-21 : Deus charitas est.

124. In nat. S.S. Gervasii et Protasii.

Rom., VIII, 28-32 : Scimus quod diligentibus Deum.

125. In nat. SS. Johannis et Pauli.

Rom., VIII, 35-39 : Quis nos separabit a charitate Christi.

126. In vigilia S. Johannis Baptistae.

Jer., I, 4-10 : Priusquam te formarem.

Is., LXVI, 1-7 : Audite insulae et attendite.

Act., III, 1-10 : Petrus et Johannes ascendebant in templum.

Act., XII, 1-11 : Misit Herodes rex manus.

Gal., I, 11-20 : Volum vobis facio evangelium quod evangelizo.

Act., IX, 1-22 : Saulus adhuc spirans.

Rom., V, 18-21 : Sicut per unius delictum.

Rom., VI, 3-11 : Quicumque baptizati sumus in Christo.

135. Dom. III post nat. apostol.

Rom., VI, 19-23 : Humanum dico.

136. Dom. IV post nat. apostol.

Rom., VIII, 1-6 : Nihil nunc damnationis est.

137. Dom. V post nat. apostol.

Rom., VIII, 12-17 : Debitores sumus non carni.

138. In nat. S. Sixti.


II Cor., I, 3-7 : Benedicimus Deum et Patrem Domini nostri Jesu Christi.

139. In vig. S. Laurentii.

Eccli., LI, 1-12 : Confitebor tibi, Domine rex.

140. In nat. S. Laurentii.


II Cor., IX, 6-10 : Qui seminat parce.

141. In nat. sanctorum.

Apoc, VII, 9-12 : Vidi ostium apertum in caelo et turba magnam quam dinumerare.

142. Item ubi supra.

Sap., V, 1-5 : Stabunt iusti in magna constantia.

143. Item ubi supra.

Sap., X, 17-20 : Reddet Deus inercdem laborum.

144. In nat. SS. Cornelii et Cypriani.

Prov., X, 28-XI, 11 : Expectatio iustorum laetitia.

145. In nat. Evangelistarum.

Apoc, IV, 1-10 : Vidi ostium apertum in caelo et vox.

146. In decollatione S. Johannis Baptistae :

Hebr., XI, 36-39 : Sancti ludibria et verbera experti.

147. Hebdomada prima post S. Laurentii.

I Cor., XV, 39-46 : Non omnis caro eadem caro.

148. Hebdom. II post S. Laurentii.


II Cor., V, 1-11 : Scimus quoniam si terrestris domus.

149. Hebdom. III post S. Laurentii.


II Cor., VI, 14-VII, 1 ; Nolite iugum ducere cum infideli.

150. Hebdom. IV post S. Laurentii.

Gal., III, 16-22 : Abrahae dictae sunt promissiones.

151. Hebdom. V post S. Laurentii.

Gal., V, 16-24 : Spiritu ambulate et desideria.

152. Hebdom. prima mensis septimi.

Eph., IV, 1-6 : Obsecro vos ego vinctus in Domino. Incipiunt lectiones mensis septimi.

153. Feria I, ad S. Mariam. a) Amos, IX, 13-15 : Ecce dies veniunt et comprehendet. Item ubi supra. b) II Esdr., II, 1-10 : Congregate cum omnis populus quasi.

154. Fer. VI, ad apostolos.

Osee, XIV, 2-10 : Convertere Israël ad Dominum Deum.

155. Sabbato, ad S. Petrum, in XII lectiones. a) Lev., XXIII, 27-32 : Decimo die mensis septimi. b) Lev., XXIII, 34-43 : Quintodecimo die mensis septimi. c) Mich., VII, 14-20 : Domine, pasce populum tuum. d) Zach., VIII, 14-19 : Sicut cogitavi ut affligerem. e) Exod., XXXIII, 11-14 : Oravit Moyses : Cur, Domine, irascitur. f) Hebr., IX, 2-12 : Tabernaculum laicum est primum.

156. Dominica ut supra mensis septimi.

I Cor., I, 4-8 : Gratias ago Deo meo semper pro vobis.

Prov., XXXI, 10-31 : Mulierem fortem.

Eccli., XXIV, 23-31 : Ego quasi vitis fructificavi.

Sap., VII, 30-VIII, 4 : Sapientia vincit malitiam.

Apoc, I, 1-5 : Significavit Deus quae oportet fieri.

Apoc, XII, 7-12 : Factum est praelium magnum.

157. Hebdom. I post S. Angeli.

Eph., IV, 23-28 : Renovamini spiritu mentis.

158. Hebdom. II post S. Angeli.

Eph., V, 15-21 : Videte quomodo caute ambuletis.

Eph., VI, 10-17 : Confortamini in Domino et in potestate.

159. Hebdom. III post S. Angeli.

Phil., I, 6-11 : Confidimus in Domino Jesu.

160. Hebdom. IV post S. Angeli.

Phil., III, 17-21 : Imitatores mei estote et observate.

161. Hebdom. V post S. Angeli.

Col., I, 9-14 : Non cessamus pro vobis orantes.

162. In vigilia omnium sanctorum.

Apoc, V, 6-12 : Ego vidi in medio throni.

163. In nat. omnium sanctorum.

Apoc, VII, 2-12 : Vidi alterum Angelum ascendere ab ortu.

164. In vigilia S. Martini.

Sap., X, 10-14 : Iustum deduxit Dominus.

165. In nat. S. Martini.

Eccli., XLIV, 16-XLV, 20 : Ecce sacerdos magnus.

166. In nat. S. Cecilii.

Eccli., LI, 13-17 : Dominus exaltavit super terram.

167. In nat. S. Clementis.

Eccli., XIV, 22-XV, 6 : Beatus vir qui in sapientia morabitur.

168. In vigilia S. Andreae.

Eph., I, 3-8 : Benedicimus Deum et Patrem Domini nostri Jesu Christi.

169. In nat. S. Andreae.

Rom., X, 10-18 : Corde creditur ad iustitiam.

170. Dom. IV ante nat. Domini.

Rom., XIII, 11-14 : Scitis quia hora est iam nos de somno.

171. Dom. III ante nat. Domini.

Rom., XV, 4-13 : Quaecumque scripta sunt, ad nostram.

172. Hebdomada II ante nat. Domini.

I Cor., IV, 1-5 ; Sic nos existimamus homines.

Incipiunt lectiones mensis decimi.

173. Feria IV, ad S. Mariam. a) Is., II, 1-5 : Erit in novissimis diebus. Item ubi supra. b) Is., VII, 11-15 : Petet tibi signum.

174. Fer. VI, ad apostolos.

Is., XI, 1-5 : Egredietur virga de radice Jesse.

175. Sabbato, ad S. Petrum, in XII lectiones. a) Is., XIX, 20-22 : Clamabunt ad Dominum a facie. b) Is., XXXV, 1-7 : Laetabitur deserta. c) Is., XL, 9-11 : Super montem excelsum ascende. d) Is., XLV, 1-8 : Haec dicit Dominus Christo meo Cyro. e) Dan., III, 49-55 : Angelus Domini descendit cum Azaria. f) II Thess., II, 1-8 : Rogamus vos, fratres, per adventum.

176. Hebdomada prima ante nat. Domini.

Phil., IV, 4-7 : Gaudete in Domino semper.

177. Item ubi supra.

Hebr., X, 35-39 : Nolite amittere confidentiam.

178. Item ubi supra.

Jer., XXIII, 5-8 : Dicent venienti die et suscitabo David germen.

Is., LX, 1-4 : Propter Sion non tacebo.

I Tim., III, 8-13 : Diaconus sit pudicus, nihil bilinguus.

179. Item ut supra.

I Tim., I, 1-9 : Paulus, servus Dei, apostolus.

I Tim., III, 1-6 : Fidelis sermo : si quis episcopatum desiderat.

180. In dedicatione ecclesiae :

Apoc, XXI, 2-5 : Vidi civitatem sanctam Jerusalem.

181. De nat. papae.

Hebr., V, 1-6 : Omnis pontifex ex hominibus assumptus.

Tob., XII, 12-19 : Benedictus Tobias filio suo ait : Reddidit Dominus Deus templum suum.

182. Ad sponsas benedicendas.

I Cor., XI, 15-20 : Nescitis quod corpora vestra membra sunt Christi.

183. In die belli.

Is., XXXVIII, 1-6 : Irrogavit Ezechias usque ad mortem.

184. Item ut supra.

Jer., XXXII, 4-9 : Numquid qui cadet non resurget.

185. Item ut supra.

Jer., XXII, 3-4 : Facile iudicium et iustitiam.

186. In sterilitate pluviarum.

Jer., XIV, 19-22 : Numquid proiciens abiecisti Judam.

187. Pro aeris tempestate.

Joel, II, 21-26 : Noli timere, terra, exulta.

188. In tribulatione.

Jer., XIV, 7-9 : Si iniquitates nostrae responderint.

189. In adventu iudicii.

I Tim., II, 1-7 : Obsecro primo omnium fieri obsecrationem.

190. In nat. sacerdotum.

Malach., II, 4-7 : Scitote quia ad vos mandatum.

191. In nat. sanctorum.

Hebr., X, 32-37 : Rememoramini pristinos dies.

192. Item ut supra.


II Cor., I, 3-7 : Benedicimus Deum et Patrem Domini nostri Jesu Christi.

193. In nat. unius martyris.


II Tim., II, 4-10 : Nemo militans Deo implicat se.

194. Item ut supra.

Eccli., XXXI, 8-11 : Beatus vir qui invenit sapientiam sine macula.

195. In agenda mortuorum.


II Mach., XII, 43-46 : Vir fortissimus Judas, colligit facta.

196. Item ut supra.

I Thess., IV, 13-18 : Nolite vos ignorare de dormientibus.

197. Item ut supra.

Job, XIV, 13-16 : Quis mihi hoc tribuat ut in inferno.

198. Incipiunt lectiones quotidianis diebus.

Rom., V, 6-11 : Cum adhuc essemus infirmi.

199. Item ut supra.


II Cor., III, 4-11 : Fiduciam talem habemus.

200. Item ut supra.

Gal., V, 25-VI, 10 : Si spiritu vivimus, spiritu et ambulamus.

201. Item ut supra.

Eph., IV, 23-28 : Renovamini spiritu mentis vestrae.

202. Item ut supra.

Phil., I, 6-11 : Confidimus in Domino Jesu.

203. Item ut supra.

Col., II, 8-13 : Ne quis vos decipiat per philosophiam.

204. Item ut supra.


II Thess., II, 15-III, 5 : Stabiles estote et tenete traditionem.

205. Item ut supra.

Hebr., XIII, 20-21 : Deus pacis, qui eduxit.

206. Item alia.

I Petr., III, 8-15 : Omnes unianimes in oratione.

207. Item alia.

I Cor., X, 6-13 : Non simus concupiscentes malorum.

208. Item alia.

Rom., VI, 16-18 : Scitis quod cum servo dominio obligamini.

209. Item alia.


II Cor., IV, 5-10 : Non praedicamus nosmetipsos.

210. Item alia.

Col., I, 12-20 : Gratias agimus Deo Patri, qui dignos nos fecit.

211. Item alia.

Eph., II, 13-21 : Obsecro vos ne deficiatis in tribulatione.

212. Item alia.

I Thess., III, 6-13 : Denuntiamus vobis in nomine Domini.

213. Item alia.

I Tim., I, 5-12 : Finis praecepti est caritas.

214. Item alia.

Rom., XI, 25-36 : Nolo vos ignorare mysterium hoc.

Rom., XIV, 7-12 : Nemo nostrum sibi vivit.

I Petr., I, 13-16 : Succingite lumbos mentis vestrae.

Hebr., IV, 12-16 : Vivus est sermo Dei et efficax.

Jac., II, 10-13 : Quicumque totam legem servaverit.

Rom., III, 12-14 : Non regnet peccatum in vestro.

I Joan., I, 4-9 : Haec scribo vobis ut gaudeatis.

I Petr., V, 6-11 : Humiliamini sub potenti manu Dei.

215. Item alia.

I Cor., I, 26-31 : Videte vocationem vestram.

216. Item alia.

Jac., IV, 7-12 : Subditi estote Deo, resistite.

217. Item alia.

I Joan., III, 2-9 : Nunc filii Dei sumus.

218. Item alia.

Hebr., X, 19-31 : Habeamus fiduciam in introitu.

219. Item alia.


II Petr., III, 8-14 : Hoc non lateat vos, quia unusquisque.

220. Item alia.

Rom., III, 19-24 : Scimus quaequae lex loquitur.

221. Item alia.

Jac., III, 14-18 : Quod si zelum amarum habetis.

222. Item alia.

I Joan., III, 21-24 : Si cor non reprehendit nos.

223. Item alia.

I Thess., IV, 9-12 : De charitate fraterna non necesse.

224. Item alia.


II Tim., II, 19-21 : Novit Dominus qui sunt ejus.

225. Item alia.

I Tim., IV, 7-10 : Exerce teipsum ad pietatem.

226. Item alia.

Hebr., XII, 11-14 : Omnis disciplina in praesenti.

227. Item alia.

Hebr., III, 12-14 : Videte ne forte sit in aliquo.

228. Hebdom. V ante Nat. Domini, fer. I V.


II Thess., I, 3-10 : Gratias agere debemus Deo semper.

229. Hebdom. I V ante Nat. Domini, fer. I V.

Jac., V, 7-10 : Patientes estote usque ad adventum.

230. In nat. unius apostoli et martyris, sive confessoris.

Prov., X, 6-7 : Benedictio Domini super caput iusti.

231. Item alia.


II Tim., IV, 1-8 : Testifico coram Deo et Jesu Christo.

232. In missa quae sacerdos pro se canere debet.

Rom., VIII, 14-25 : Scimus quod lex spiritualis est.

233. Ad missam regis votivam, praesente ipso.

Eccli., XXXII, 1 : Rectorem te posuit Deus.

234. In missa votiva.

Is., XVIII, 7-IX, 25 : In die illa defertur munus Domino.

235. Pro iter agentibus.

Gen., XXIV, 7 : Domine Deus qui eduxisti me de domo patris.

236. Alia.

Gen., XLVII, 1-4 : Profectus est Israël cum omnibus.

237. Pro infirmis.

Jac., V, 13-16 : Tristatur aliquis vestrum, oret.

238. In anniversario dedicationis basilicae.

Ici, à la fin du codex, se place la praefatio Hunc codicem dont il sera parlé plus loin :

Is., I, 6-10 : Propter hoc sciet populus.

Is., LXI, 1-XII, 12 : Spiritus Domini super me.

Col., I, 25-28 : Audistis dispensationem Domini.

Is., LVIII, 9-10 : Si abstuleris de medio tui catenam.

239. Lectiones in vigilia Paschae.

Gen., V, 31-VI, 21 : Nocent quingentos esset annorum.

240. Item alia.

I Cor., in, 8-15 : Unusq. propriam mercedem accipit.

61. In dedicatione oratorii.

Apoc, XXI, 9-27 : Venit Angelus... : Veni ostendam tibi sponsam.

62. In conventu episcoporum.

Act., XX, 17-35 : Cum venis, Paulus Ephes., vocat majores natu Ecclesiae.


II Reg., VII, 8-16 : Ego tuli te ut esses dux super populum.

Ezech., XXXIV, 2-13 : Vae pastoribus Isr. qui pascebant semet.

Alcuin subdivisa la longue série des dimanches après la Pentecôte en sections secondaires : post apostolorum, post S. Laurentii, post S. Angeli, selon la tradition romaine et contrairement à l'usage gallican, qui numérotait ces dimanches de 1 à 24.

Le sanctoral du comes d'Alcuin n'est autre que le sanctoral romain du Ve-VIe, conservé par S. Grégoire dans son missel réformé à la fin du VIe. On n'y relève que quelques fêtes d'institution plus récente : les fêtes de S. Silvestre et de S. Martin, propres au missel grégorien (c'est-à-dire absentes du gélasien et établies par S. Grégoire) ; celles de l'Annonciation et de la Nativité de N.-D., introduites dans le missel grégorien au VIIe-VIIIe ; la décollation de S. Jean-Bapt. et la Toussaint, introduites au VIIIe-IXe. Nous avons vu que le comes d'Alcuin nous est parvenu, dans le ms de Paris 9452 (et dans quelques autres qui doivent être peu nombreux), augmenté d'un supplément, lequel est précédé d'une préface anonyme. L'auteur de cette préface Hunc codicem déclare que la revision du lectionnaire qui précède a été exécutée par Alcuin, sur l'ordre de Charlemagne ; cette revision a eu pour but, non seulement la correction des fautes nombreuses contre la grammaire et l'orthographe qui défiguraient les exemplaires du comes jusqu'alors en circulation, mais aussi la conformité des lectures avec le sacramentaire de saint Grégoire ; lui-même, l'auteur anonyme, assure qu'il a pris sa copie du comes corrigé sur l'exemplaire même d'Alcuin ; or il a remarqué que dans l'œuvre d'Alcuin certaines lacunes, particulièrement in vigiliis Paschae vel in feriis at que in aliis quibusque ecclesiasticis officiis ; il a donc cru devoir y ajouter un supplément, dont il laisse l'usage à la discrétion du lecteur.

L'auteur de cette pièce doit être probablement identifié avec l'abbé Hélisachar, chancelier et confident de Louis le Débonnaire jusqu'en 819. Dom Morin a fait connaître une rédaction nouvelle de la préface Hunc codicem dans un ms. de Freising, le Clm 6424, du Xe, dans lequel le supplément d'Hélisachar se trouve déjà fondu avec l'œuvre d'Alcuin.

Un martyr ; pour plusieurs apôtres, Eph., II, 19-22 : jam non estis hospites ; pour un martyr, Sap., X, 10-12 : justum deduxit ; pour un confesseur, Eccli., XLIV-V : ecce sacerdos magnus ; pour les vierges. Il Cor., X, 17-XI, 2 : nemo gloriatur ; pro lempore belli, Is., XXXVII, 1-8 ; idsponsas benedicendas, I Cor., VI, 15-20 = Alcuin, 192.

A la messe in pascha annolina, l'épître est omise ; c'est peut-être parce qu'on reprenait ce jour-là l'épître même de Pâques, I Cor., V, 7-8.

— 2, ad sacra Maria = A 3.

— 3, ad sacra Anastasia ; cf. A 13.

— 4 = A 4.

— 5 = A 2.

— 6 ad sacra Anast. = A supp. 2.

— 7 ad sacrum Petruni = A supp. 1.

— 8 = A 5.

— 9 = A 6.

— 10, nat. S. Johancvang., Sap., X, 10-14 ; cf. A 170.

— 11, nat. S. Johan. evang., Eph., I, 3-8 ; cf. A 174.

— 12, 13 = A 7, 8.

— 14 = A 10.

— 15, in nat. ubi supra, Hebr., XIII, 0-10 ; cf. A 21.

— 16, 17 nat. sacerdot. quor. supra ; cf. A 11.

— 17, in nat. quorum supra, Eccli., XXXI, 8-11 ; cf. A 27.

— 18, in Theoph. = A 13.

— 19 = A 14.

— 20, post Theoph. = A 15.

— 21, alia p. Theoph. ; cf. A 9.

— 22 — d« — ; = A 18.

— 23 — d » — ; = A 19.

— 24 = A 23.

— 25, natubi supra, Sap., X, 17-20 ; cf. A 143.

— 26, Dom J p. nat Dni ; cf. A 12.

— 28, D. m p. nat. Dni ; cl. A 16.

— 29 /V — ; cf. A 17.

— 30, nat. Agn. et Agathx = A 24.

— 31, nat. s car. supra, Eccli., XXIV, 11-20 = A 26.

— 32, 710/. ubi supra, Eccli, II, 1-12 ; cf. A 139.

— 33, nat. s car supra, Eccli., II, 13-17 ; cf. A 172.

— 34 à 41 = A 29 à 36.

— 42, Fer. Jy mensis primi, Uod. = A 37, 1e leçon seulement.

— 43, Fer. V ad sacra Marii. III Reg. = A 37, 2e leçon.

— 44 = A 39.

— 45 à 48 = A 40 a. b. c. d.

— 49 = A 40 f.

— 50. item alia itnde sup. à 53 = A 41 ; 44.

— 54 à 59 = A 46 à 51.

— 60 à 66 = A 53 à 59.

— 67 à 73 = A 61 à 67.

— 74 = A 69.

— 75 à 84 = A 71 à 80.

— 85 à 93 = A 82 à 90.

— 94 à 96 = A 92 à 94.

— 97 = A 101.

— 98 et 99, Dom. V et VI post Pasch. : cf. A 122 cl 123, Dom. III et IV p. Pent.

— 100, Dom. VII p. Oct. Pasc : cf. A. supp. 18.

— 101, Dom. VIII p. Oct. P. : cf. A supp. 36.

— 102 — IX — ; cf. A supp. 21.

— 103 = A 102.

— 104 = A 105.

— 105 à 113 = A 107 à 115.

— 114 Dom. in nat scor. = A 141.

— 115, item tindf supra ; cf. A 117.

— 116 à 123 = A 118 à 120, moins 120 e. Dun.

— 124, iibi supra ; cf. A 121.

— 125, in nat. scor ; cf. A 96.

— 126, nat. scor. Johann, et Pauli, Rom. VIII, 2S ; cf. A 124.

— 127, unde supra ; cf. A 97.

— 128 à 133 = A 126 à 131.

— 134, nat. apos. Philip, et Jacobi. (A 95), Eph., IV, 7-13 ; cf. A 104.

— 135, nat. ubi supra = A 142.

— 136 = A 138.

— 137, nat. ubi supra, Eccli., XXXIX ; et. A 22.

— 138, vig. S. Laurenti, II Tim., IV ; cf. A supp. 53.

— 139 vig. ubi supra = A 139.

— 140 = A 140.

— 141, nat. ubi supra, Sap., X ; cf. A 170.

— 142 à 151 = A 153 à 155.

— 152, in nat. angrli = A 160.

— 153, cujus supra, I Cor., I ; cf. A 156.

— 154 = A supp. 60.

— 155 = A 189.

— 156 = A supp. 61.

— 157 = A 174.

— 158, in vig. supra, Eccli., XXXI : cf. A 27, 204.

— 159 = A 175.

— 160, nat. S. Andr., Prov., X = A supp. 52.

— 161 à 169 = A 179 à 181.

— 170, de adv. Dni = A 176.

— 171, de adv. Dni = A 184.

— 172 et 173, de adv. Dni = A 177 et 178.

— 174, de adv. Dni = A 182.

— 175 à 177 = A 185 à 187.

— 178, inord. episco, TH.,I, ~, Oportet episc. in praehens.

— 119, it. ut sup. = A 188.

— 180, in jejunio de nat. papae, II Esdr., I, 4-11 j/c/iinavit Esd. sac. et prostrant.

— 181 = A 190.

— 182, in nat. papiF, Eccli : cf. A 11.

— 183 = A 191.

— 184, in nat. papse, Deut., XXVIII, 1-10 : facial te Dns excelsiorem cunctis.

— 185, in nat. papse, Deut., XIX, 9-12 : suscitavit te Dns sibi sacerdotem.

— 186, in nat. papae, II Reg., VII, 8-16 = A supp. 63.

— 187, adsponsas velandas = A 192.

— 188, it. ut supr., I Cor., VII, 32-36 : volo vos sine sollicitud. esse.

— 189, in nat. scor., Eccli., XIV, 22-XV, 6 ; cf. A 173.

— 190, unde supra = A 100.

— 191, item ut supra = A 99.

— 192, item unde supra, Prov., X, 2S-XI, 11 ; cf. A 144.

— 193, il. ut sup. in nat. scor. = A 98.

— 194, nat. S. Sabinte, Prov. XXXI ; cf. A 157.

— 195, in Iselania tempore belli, Is., XXXVII, 4-7 ; cuius audisset Ezech. verba Rabs. ces.

— 196, il. ut sap., Is., XXXVII, 15-35.

— 197, il ut sup. = A 193.

— 198, inrfe sup.. Jer., VI, 1-7 ; cf. A 52 et 08.

— 199, il. und. sap. = A 194.

— 200, il. und. sup., Jer., IX, 4-9 : ut cuique proximo suo custodiat.

— 201, in sterilit. pluviae. Jer., XVII, 5-10 : maledictus homo qui confidit.

— 202, il. ul sup., Jer., XVIII, 2-7 : surge et descende in domum figuli.

— 203, il. ut sup. = A 196.

— 204, in die belli = A 195.

— 205, il. ut sup., Jer., XL, 8-12 : Fact. c... vocavit que Johan. filium Cares.

— 206, il. ul sup.. Thren., III, 22-57 : miseric. Dni quia sumus.

(207, 208, 209, manquent.]

— 210, il. ut sup. Dan., III, 16-23 ; Princ. et satrap. miserunt D. in lacu leon.

— 211, in agendis = A 205.

— 212, il. ut sup., Ezech., XXXVII, 1-14 : facta est super me manus Dni et eduxit me.

— 213, in dedic. eccles., III Reg., IX, 14-34 : convertit rex Salom. faciem suam

— 214 = A 208.

— 215 à 219 = A 133 à 137

— 220 = A supp. 22.

— 221 = A 116.

— 222 = A 147.

— 223 = A 200.

— 224 = A supp. 24.

— 225 à 228 = A 148 à 151.

— 229 = A 210.

— 230 = A supp. 26.

— 231 = A 152.

— 232 à 237 = A 162 à 167

— 238 = A supp. 25.

— 239 = A 213.

— 240 = A supp. 17.

— 241, Col., III, 12-17 : induite vos sic. electi.

— 242, I Thés., II, 9-13 : memor est laborcm.

— 243 = A 214.

— 244 = A supp. 27.

— 245, I Tim., I, 3-14 : sicut rogavi te ut.

— 246, in adventu judic. = A 199.

— 247, I Tim., VI, 7-14 : nihil intulimus.

— 248 = A 20.

— 249, II Tim., II, 22-III, 15 : juvenilia desideria.

— 250, Hebr., I, 13-II, 3 : ad quem angelorum.

— 251 = A 201.

— 252, Hebr., IV, 11-16 : festinamus ingredi.

— 253, Hebr., XII, 3-9 : recogitate eum qui talem.

— 254, Hebr., XII, 12-23 : remissas manus et desoluta genua.

— 255 = A supp. 9.

Le tableau ci-dessus permettra de reconstituer complètement, si on le désire, le lectionnaire de Wurzbourg. La comparaison avec le comes d'Alcuin donne lieu à des observations dont voici les principales, d'après dom Morin, W possède encore la leçon prophétique aux trois messes de Noël (5, 6, 7), et à la vigile (175), tandis qu'Alcuin ne la possède qu'à la vigile et à la messe de minuit (2, 4). A noter que ces lectures de l'Ancien Testament sont inscrites après les lectures du Nouveau Testament.

W possède 4 leçons pour S. Jean l'Évang. (pour 2 messes ?), 9 et 12. Alcuin n'en a que deux ; 6 et 7 ;

W possède 2 leçons pour S. Silvestre, 14-15, comme Alcuin ; puis il donne deux autres leçons, 16-17, qui sont probablement des pièces de rechange pour les fêtes de même catégorie ;

W 18 ne connaît pas la vigile de la Théophanie d'Alcuin 13 ; il semble plutôt donner une double lecture Nouveau-Ancien Testament comme à Noël ;

W 20-21-22-23 : à remarquer un cas de lectio continua de Rom., XII, 1-6, 6-16, 16-21 ; XIII, 8-10, qui n'existe pas chez Alcuin ;

W 20, pièce de rechange ou reste de lecture prophétique ;

W 26 29 place après la Théophanie :

4. Dom. post nat. Dni ;

Alcuin a : 2, Dom. post nat., 9 et 12, et :

5. Diem. post Theoph.., 15 à 19.

W 30-33, péricopes de rechange pour fêtes de même catégorie ;

W ne connaît pas avant le Dom. Indulg. 75, l'office du samedi d'Alcuin 70 ;

Les fériés de la semaine sainte ont conservé deux lectures dans W 76-84, comme dans Alcuin 72-80 ;

Les 6 lectures d'Alcuin 81 pour le samedi saint sont inconnues de W, qui ne signale, 85, que la seule épître de saint Paul que possède aussi Alcuin 82 ;

W ne signale pas la pascha annolina d'Alcuin 91 ; peut-être l'omission s'explique-t-elle de la même façon que dans le cas du missel palimpseste du Mont-Cassin ;

W compte dix dimanches après Pâques (en y comprenant le Dom. in octau.), 93-102. Alcuin n'en compte que quatre entre Pâques et l'Ascension. Il semble que dans W on ait cherché à faire lire les épîtres catholiques durant cette série de dimanches dont les cinq derniers se trouvaient nécessairement hors du temps pascal ;

W omet le Dom. post Ascens. d'Alcuin 110 ; pour le samedi vigile de la Pentecôte, W 105 ne compte encore qu'une leçon, d'accord cette fois avec Alcuin 107 ; pour la semaine de la Pentecôte, W 106 à 113 et Alcuin sont pleinement d'accord ;

W 175 termine l'année liturgique par la leçon prophétique de la vigile de Noël et il l'ouvre par l'épître de cette même vigile. Alcuin suit la même marche : 185 et 1 :

W 180-186, groupement remarquable d'un jeûne et de six lectures pour l'anniversaire du pape, Alcuin n'a conservé de tout cela que deux lectures, 190-191 ; l'importance inusitée de ce groupement est un indice sûr de l'origine romaine de W.

W 189-193 nouveau groupement de péricopes, sorte d'embryon du futur « commun des saints ».

W 1J5 a 200 et 201 à 210 ; de cette longue série de messes pro lempore belli et in die belli, Alcuin n'a co ;iservé que trois lectures, 193-4-5 ;

La seconde leçon in agendis de W 212 est attribuée ])ar la table en tête du ms. non aux défunts ma s l'i la dédicace ;

I W 214 à 255 : en écartant le n' 246, m advenla jiidiciim qui est évidemment hors de sa place ici, on se trouve en présence de quarante péricopes de saint I Paul, sans aucun titre dans le ms, et rangées exacteI ment dans l'ordre traditionnel des épîtres : Rom., Cor., [ Gai., Eph., Phil., Col., Thess., Tim., Hebr. « EUes ! étaient destinées sans nul doute aux dimanches ou I jours ordinaires appelés cclidiani ; de fait, on les rej trouve toutes (à part quelques exceptions) assignées à quel que dimanche ou férié de l'année, soit dans le cornes d'.\lcuin, soit dans les autres recueils utilisés par Tommasi » (dom Morin).

Dans Alcuin, ces péricopes ayant été distribuées entre différentes pério des du cycle, l'ordre des épîtres est évidemment brisé ; on ne le retrouve que par fragments, par ex : 133 à 137, etc.

Aux samedis des quatre-temps, W ne connaît pas la leçon gallicane : Dan., m, 49. Au samedi mense primo { W 45-50) elle est remplacée par une deuxième péricope paulinienne = Alcuin 41.

.\u samedi Q. T. Pentec. elle est de même remplacée par la péricope paulinienne qu'.\lcuin attribue au dimanche Q. T., 121 ; au samedi Q. T. septemb., où Alcuin 155 ne la possède pas lui non plus, W compte six lectures prophétiques, les cinq d'.\lcuin, plus une sixième, Jer., XXX, 8, 11 : Conteram jugum Babylonis de collo tao, placée au n° 146, entre les deux premières du Léviti que ; enfin au samedi Q. T. Adrenl., la lecture. Dan., qui reparaît dans Alcuin 181, est remplacée dans W 167 par Is., xm, 1-9 : ecce seruus meus suscipiam eum.

W ne connaît pas de lectures pour les jeudis de carême ; or on sait que ces fériés furent pourvues d'un oflke par le pape Grégoire II (715-731). Il ignore également toutes les fêtes de la sainte Vierge, qui furent admises à Rome au cours, du vu » siècle, ou au commencement du vui« et les fêtes de la Croix qui furent admises à la même épo que environ. Enfin le sanctoral de W appartient tout entier à la première tradition gélasienne (v« -\i^ siècle), adoptée par saint Grégoire (vT-vn ») à part la seule fête de saint Silvestre, 31 décembre, qui est propre à la tradition grégorienne '.

Des indi ces certains permettent de conclure, avec l'éditeur dom Morin, que le lectionnaire de Wurzbourg est bien le plus ancien comes de l'Église romaine actuellement connu. On ne peut cependant y voir un type complet, pur, authenti que en tous ses détails, du livre romain ofiieicl usité à Rome dans le cours du vn« siècle, car il porte des tra ces d'arrangement systémati que, et par conséquent de déformation, dont un exemple particulièrement net se présente dans la série des dix dimanches après Pâques, 93 à 102 '.

4. Le comes de Marbach. — Le manuscrit 184 de la Bibliothè que municipale de Besançon, datant de la fin du vni » siècle et provenant de l'abbaye de Murbach, en.Alsace, contient une liste des lectures de la messe (épîtres et évangi les) qui a été récemment pul)liée et étudiée par dom.\. Wilmart sous ce titre : • Le comes de -Murbach '. » Ce conh-s est plus exactement un Ciipitularc ou indiciilus, une table, car il ne présente que les premiers et les derniers mots de cha que péricope. Ce troisième document vient se plaeer chronologiquement ai>rés le comes d'.Meuin et c'est par lui que nous devons terminer la série dos représentants du système romain. Le tableau ci-dessous a été dressé, comme le précédent, par comparaison avec le Cornes d'.Meuin. M 1, in vigl. nal. Dni ad noman ad scam.Miiriam =.\ 1, Rom., Is.. A 185.

— 2, il. invii/.dc nucle.iid-'ic.mjr. ■= TiL,.\3et ls.,.'V2.

■ CI. dom Wilmart, dans Rtv. bénéd.. 1<)13, t. xxx, p. M.

- 3, it. ad se. anaalas., mnne prima = Tit., m, 1 : apparaît benignitas : Is., A siipp. 2.

- -1, i7. ad scm pelruin in die = Hebr., A 4, et. Is., A supp. 1.

- 5 =• A 5.

- 6 = Eccli.,A6 ;Epli.,i, 3 : Frs benedictus.

- 7 = A 8.

- 7', nal. sci Silvcslri = A 11.

- S, Oct. Dni ad se. mariain = Tit., A 3.

- 9, Dom. I post nat. Dni ; cf. A 12.

- 10, Vigil. Theitph. = A 13.

- 11, 12 =.\ 14, 15.

- 12', Fer. IIII, Rom., m, 19-26.

-13, Oct. Theuph., Is., xxv, 1 : Dne D. m. lionorificabo te : xn, 3-5 : haurietis aquas.

- 13', nal. S. Felicis ; cf. A supp. 53.

- 14, Dom II p. Theuph. ; cf. A 9.

- 14 », Fer IIII. = A supp. 3.

- 14 *, nat. S. Marcclli ; cf. A 10.

- 15, Dom. III p. Theuph., cf. A 18.

- 15 », Fer. IIII ; cf. A 16.

- 15 *, nat. SS. Fabiani et Sebasliani = A 23.

- 15*= A 24.

- 15 », nal. S. Vincenti, II Tim., n, 8 ; cf. A 203.

- 15, nal. Emerenliani et Macharii ; cf. A 144.

- 15, Conversio S. Fauli ; cf. A 131.

- 16, Dom. IV p. Theuph. ; cf. A 19.

- 16 », Fer. IV ; cf. A 133.

• 17, in purifie. S. Mariée ; cf. A 158.

■ 17 », nul. Agathe ; cf. A 139.

- 18, Dom. V p. Theuph., Col., m, 12-17 : induite vos (cf. W241).

■ 18*, nat. Zotici, Herenei et Yacinlhi ; cf. A 100. 18', nat. Valerdini, Vitalis, Feliculœ et Zenonis ; cf.

.\ 143. 18« , nat. Juliame ; cf. A 172.

■ 19 = A 29.

■ 19 », Fer. IV, Hebr., iv, 11-16 : festiiicmus ingredi (cf. W. 252). 20 = A 30.

20 », Fer I V, Hebr., xn, 3-9 : recoi^itate (cf. W 253). 21, Culhed. S. Pelri, I Petr.,i,.l-7. 21 », In nat. S. Gregorii, Eccii., XLix, 9 : dédit Dns confessioncm sancto suo 21 », In nat. S. Benedicli ; cf. A 27.

■ 21', in concepli. S. Maria ;; cf..\ 179 1). ■22 = A 31.

23, Fer. I V =.\ 32.

24, Fer. V ; cf. A 193. 25 = A 33.

■ 26, Fer. VII = A supp. 4. 27 à 30 = A 34 à 37 a et b.

31, Fer. V, Is., xvm, 1-9 : Quid est quod inler vos parabolam. ■32 à 37 = A 39 a 44.

■ 38, Fer. V, Jer., xvii, 5-10 : Malediclus homo (cf. \V • 51 = A 58 et 59.

■ 55 à 58 = A 64 à 67.

• 59, Fer. V, Dan., m, 34-45 : oravit Dan. ne Iradas nos in peri>etuum.

■ 60 =.\ 69.

■ 61 Fer VII vagat, Jcr., xvm, 18-23 : dixerurit iinpii. venite et cogitemus. 02 a 07 = A 71 à 80.

■ 68, lecl. in vigl. pascb.

Gen.,i, 1 : In princii)io. Gen., V, 32 : Noc veri). Gen., xxn, 1 : Temjila\it Deus.

Exod., XIV, 24 : Tact. c. in vigil. cum cant. Gante mus, XV, 1. Is., Li V, 17 : 1 laec est tieredilas. Bar., m, 9 :.-\udi Israël. Ezech., xxxvii, 1 : Eacla e. super me. Is., I v,l : Adprehend. sept. mul. cu/nco/i<. Vinea,v,l. Exod., xn, 1 : mcnsis iste. Jon., III, 1-10 : Surge et vade in Niniv. Deut., XXXI, 22 : Scripsit Moyses. Dan., ui, 1 : Xabuchod. rex.

— 69 à 77 = A 82 à 90.

— 77 », Fer. IV = \ supp. 9.

— 77', In nat. S. Leonis papu ; cf. A 1 1.

— 78 = A 92.

— 78 » = A supp. 10.

— 78*, nal. Tibartii et Valeriani ; cf. A 98

— 79 = A 93.

— 79 » = A supp. 11.

— ■■ 80, in pascha. annolerra., [épitre omise).

— 80 », nat. S. Vitalis, Eccli., iv, 7 : justus si morte.

— 81 nal. S.S. Phili. et Jac ; cf. A 142.

— 82 = A 94.

— 82 » = A supp. 12.

— 83, in invent. S. Crucis = A supp. 13.

— 83 », nal..SS. Nerei, Achillei et Pancralii ; cf..\ 99.

— 84 = A 101.

— 85 = A 102.

— 86, In vigl. de Asctvis.,.\ct., iv, 32 : multitudinis aulem.

— 87 = A 105.

— 88, Dom. posl Ascens. ; cf. A 1 22.

— 88 », Fer. IV ; cf. A supp. 15.

— 89 Sabb. in vigl. Pentec.

Gen., i, 1 : in principio. Gen., xxn, 1 : Temptavit. Exod., XIV, 24 : Fact. est. Deut., XXXI, 22 : Scrips. Moy. Is., IV, 1 : adpreliend. cum eanlic. Bar., III, 9 : audi Israël. Ps. XLi : sicut cervus. admissa =.\ 107.

— 90 à 96 = A 108 à 115.

— 97, Dom. oct. Pentec. ; cf. A 141 (W114)et Act, v,29 Bespiciens Petrus et apostoli.

— 97 », Fer. IV, I Cor., xv, 12-23 : Si Clir. prjedicatur (cf. A supp. 1 i).

— 97« , In nat. S. Urbani ; cf. A 10.

— 97*, In nal. SS. Pelri et Marcelli ; cf..\ 100.

— 98, Ebdom. II p. Pentec ; cf..A 123.

— 98 », Fer. IV ; cf. A supp. 17.

— 98*, nat. SS. Primi et Feliciani, I Petr., i, 3 : Bensdictus Deus.

— 98', nat. S. Basilidis ; cf. A 22.

— 99, Ebd. III p. Penl. ; cf. A supp. 18. -— 100 à 102 = A 118 à 120.

— 102 », nal. SS. Marci et Marcelliani ; cf. A 141.

— 102 », nal. SS. Prolasi et Gervasi ; cf..-^ 144.

— 103, Ebd un p. Pentec. ; cf. A supp. 36.

— 103 », Fer. IV ; cf. A supp. 19.

— 104, Ebd. V p. Pentec ; cf. A 121.

— 104 », Fer. IV, cf. supra M 18 (W 241).

— 105 et 106 = A 126 et 127.

— 107, Ebd. VI p. Pentec ; cf..\ supp. 21.

— 107-, Fer. IV ; cf A 103.

— 107*, nal. SS. Joltunn. et Pauli ; cf..\ 97.

— 108 à 111 =.A 128 à 131.

— 112, Ebd. VII p. Pentec ; cf. A 134.

— 112 », Fer. IV ; cf. A supp. 20.

— 112*, nal. Processi et Marliniani ; cf. A 142.

— 112', Transit. S.marli. pon., Eccli., xlvh, 9 : Dédit Dns confessionem.

— 113, Oct. apostoL ; cf. A 97.

— 114 Ebd. VIII p. Pentec ; cf. A 135.

- 114', nat. VU jralrum ; cf. A 201.

- 114', nat. S. Praxiiis, Eccli., x.viv, 1 : sapientia laudabit. 114^ nat. S, Appollonaris ; cf. A 21.

115, Ehd. VIIII p. Pentec ; cf. A 137.

115S Fit. IV, Rom., v, 8-11 : Quoniam cum adhuc peccatores.

116, Ebd. X p. Pentec ; cf. A supp. 22. 116« , Fer. IV ; cf. A supp. 23.

117, nat. S. Jacobi aposfoli ; cf. A 174.

117^ nat. SS. Simplii, Faustini, Beatricis ; cf. \ 99. 117^ nat. S. Felicis, Eccli, xlv, 1 : Dilectus Deo. 117', nat. SS. Abdo et Sennen, I Cor., iv, 9 : Spcctaculum facti sumus.

118, Ebd. XI p. Pente. ; cf. A 116. 118S Fer. IV ; cf. A 147.

119, nat. SS. Machabeor. ; cf. A 157. 119S nat. S. Stephani pont. ; cf. A 11.

■ 119', nat. S. Xysti pont. ; cf. A 170.

120, Ebd. XII p. Pentec. ; 1 Cor., xv, 1 : notiim vobis facio.

120% Fer. IV ; cf. A 192.

120', nat. SS. Cyriaci et Nazari : cf. A 23.

121, /n vigl. S. Laurentii = A 139.

122, nat. S. Laurentii = A 140.

122S nat. S. Tiburtii, Sap., iv, 7 : Justus si morte. 122% nat. S. Yppolyti, II Tim.,ii, 8 : Meinor eslo. 122', nat. S. Eusebii ; cf. A 21.

123, Adsiimp. S. Mariœ ; cf A 26.

124, Ebd. XIII p. Pentec ; cf. A 209. 124% Fer. IV ; cf. A supp. 24.

124', nat. S. Agapiti ; cf. A 22.

124% nat. S. Tliimolhei et Sinforiani ; cf..\ ''•'.

125, nat. S. Barthol. ap. ; cf. A 7.

125% depos. S. Aiigastini epi. ; cf. A supp. 53.

126, pass. S. Joh. Bapt. ; cf. A 144.

127, Ebd. XI III p. Pentec ; cf. A 150. 127% Fer. IV ; cf. A 148.

127% nativitas S. Mariœ ; cf. A 26.

127% nat. SS. Proti et Yacintlii ; cf. A 98.

128, Ebd. XV p. Pentec ; cf..\ 151. 128% Fer. IV ; cf. A 149.

128% exalta. S. Cruels et nat. SS. Cornili et Ci/prini ; cf. A 71. 128% nat. S. Nicomcdis ; cf. A 204. 128 ». nat. S. Eufemiœ et S. Luciœ ; cf. A 13 ;).

129, Ebd XVI p. Pentec ; cf..\ 210. 129% Fer. IV ; cf. A supp. 25.

130, Ebd. XVII p. Pentec ; cf. A supp. 26. 130% Fer. IV ; cf. A 213.

131, Ebd. XVII J p. Pentec ; cf. A 152.

- 132, In vigl. S. Math, ap. ; cf. A 9( ;.

■ 133, In nat. S. Matix. ap. ; cf. A 104.

■ 134 à 136 = A 153 à 155 (136 e. =- Dam.

■ 137, Ebd. XVIIII p. Pentec ; cf..\ 156.

• 137% Fer. IV ; cf. A supp. 17.

■ 137% nat. SS. Cosme et Damiani, Eccli., ti, 18. Qui timent Doniinum.

■ \ZS,dedicat. basil. S. Mihahelis. = A 160.

- 139, Ebd. XX p. Pentec ; cf. A 21 1.

- 139% Fer. IV ; cf. A 214.

- 139% nat. SS. Germant et Remedii ; cf. A 97.

- 139% nat. S. Leudegarii ; cf. A.

■ 140, Ebd. XXI p. Pentec ; cf. A 163.

- 140% Fer. IV ; cf. A supp. 27.

- 140', nat. S. Marci, lîccU.,.\xxix, 1 : Sapicntiatn omnium antiquor.

- 141, Ebd. XXII p. Pentec ; cf..\ 164.

- 141% Fer. IV ; cf. A 103.

- 142, Ebd. XXIII p. Pentec ; cf. A 165.

- 142% Fer. IV ; cf. A 103 (supra 141 »).

• 142% nat. S. Luce evang. ; cf. A 145.

— 145, Ehd. XXIIII p. Pentec ; cf. A 166.

— 145% Fer. IV ; cf. A 20.

— ■ 145', nat. S. Cesarii epi. ; cf. A 138.

— 145% nat. SS. IIIL Coronat. ; cf..\ 23.

— 145% nat. S, Martini ; cf. A 11.

— 146, Ebd. XX V p. Pentec ; cf..\ 167.

— 146% Fer. IV ; cf..\ supp. 29.

— 146% nat. S. Ceciliœ, I Cor., vn, 25 : de virginibus prœceptum.

— 146', nai. S. Clenwntis mart., ICor.,iv, 9 ; spectaculura facti sumus.

— 147, Inc. lect. de aduentu Domini, Ebd. V ante natale Dni ; cf. A 184.

— 147% Fer. IV ; cf. A supp. 50.

— 148, In vig. S. Andréas ; cf. A supp. 52.

— 149 = A 175.

— 150, Ebd. IV ante nat. = A 176.

— 150% Fer. IV ; cf. A supp. 51.

— 151, Ebd. m = A 177.

— 151% Fer. IV : cf. A 25.

— 152, Ebd. II. = A 178.

— 153 à 156 = A 179 à 182 (Q. T. et Hbd. I).

— 157, nat. S. Thome ap. ; cf. A 27.


EXPUAUNT PER ORCULUM ANNI.

— 161, il nat. ubi supra ; cf. A 173, M 80% 117% A 170,

202, M. 122% 117'.

— 162, nat. plurini. sanctorum ; cf. A 98, 99, M 137'.

140% 98'.

— 163, natl.plurim. mari. ; cf. A 100, 144, 143, 201, 23.

— 164, natl. virginum ; cf.A 139, 172, M. 114% A 159,

M 146'.

— 165, in ordin. diacon. = A 186.

— 166, in ordin. prcsb. = A 187.

— 167, in ordin. cpisc ; cf. W 178, et A 188.

[168 à 178 manquent.) — • 179, contra iud. mal. ag., pas d'épttrc.

— 180, contra episc malc agent. = A supp. 64.

— 181, pro iter agentes = A supp. 57,58.

— 182, ad missa votiva = A supp. 56.

— 183, ad missa pro hcliimosinam ; cf..\ 140 et Is.,lvim, 6 ; hoc est jcjunium quod elcgi. — 184, pro sainte vivorum, 11 Macc, i, 23 : orationcni faciebant.

— 185, pro infirmo = A supp. 59 et A 193.

— 186, in agenda morliiorum = A 205, 206 et I Cor..


XV, 49 : sicut portavimus.

Il ne peut être qucslicm ici d'examiner en détail ce long document et de le comparer avec ceux qui procèdent. Cette étude entraînerait des développements excessifs dans un dictionnaire.Notons seulement quelques observations et les conclusions capita les de l'éditeur.

Le comes de Murbach présente déjà toute l'ossature de l'organisation des lectures devenue définitive dans le M issale romanum ihi xvi' siècle. L'ordonnance de son cycle dominical est complète : cinq dimanches aprè.s la Théopliaiiie, quatre après l'oclavc de l'Aques, un après l'Ascension, vingt-cinq après la Pentecôte, ciiu) avant Noël. Chacun d'eux est suivi régulièrement de deux jours pourvus de lectures propres : le mercrcili ayant une épîlre et un évangile, et le vendredi, un évangile scuU^ment.

Le comes de Murbach connaît l'oITlce des jeudis de carême, mais il est remarquable qu'auc une des lectures qu'il assigne à ces féries ne correspond AccUes d'Alcuin. Il possède douze leçons pour la vigile de l'ûqucs et six pour la vigile delà Pentecôte. Aux quutresamcdis des quatrc-tcmps il fait lire la leçon gallicane : Dan. m.

Le calendrier du cornes de Murbachest celui du missel gélasien du vm« siècle, et cette constatation permet de préciser les conclusions. Notre cornes est « une adaptation de l'ancien lectionnaire romain au missel composé en France vers le milieu du vrn » siècle par l'union des deux authentiques missels romains du vi« et du vn« siècle, le gélasien et le grégorien... Par l'écriture, il se place à la fin du \in siècle ; par sa distribution des leçons, il se présente comme une revision de l'ancien lectionnaire romain ; par l'état de la liturgie dont il témoigne, il se rattache nécessairement au mifsel romano-franc du xm« siècle... (Il est donc) un lectionnaire destiné à compléter dans la célébration du culte le sacramenlaire ou missel revisé du vni' siècle. A le prendre tel qu'il est, il donne le moyen d'apprécier la valeur traditionnelle dulectionnaire inclus dans le Missale romanum '. » 5. Les documents carolingiens connexes. — Les documents carolingiens que nous devons mentionner ici sont : le cornes de Pamelius, le cornes de Theotinchus, le cornes de Saint-Pétersbourg, l'homéliaire du pseudoBède et l'homéliaire de Smaragde. Puis nous citerons pour mémoire le leclionnarius missœ de Tommasi. a) Le cornes de Pamelius. — Pamelius a publié dans son recueil Liturgica Lalinorum ' un lectionnaire complet, donnant la double série des épîtres et des évangi les (non le te.xte intégral mais seulement les premiers mots de cha que péricope), qu'il intitule cornes Hieronijmi. Son texte a été reproduit par E. Ranke =. Ce cornes n'est point un document original mais une compilation exécutée par Pamelius lui-même à l'aide de plusieurs mss. qu'il énumère dans sa préface : l'un appartenant à la cathédrale de Bruges, plusieurs autres conservés à Cologne et collationnés par Hittorp, parmi lesquels un ms appartenant à l'église métropolitaine de Cologne et signalé dans un catalogue de la bibliothè que de cette cathédrale en l'année 833 . Mais Pamelius ne donne auc une date, ni cote, ni analyse de ses mss ; étaient-ils des épistoliers et des cvangciiaires distincts, ou les deux ensemble ? Où a-t-il lu le titre cornes Hieronymi ? quel est le catalogue de 833 visé par Hittorp ? Dans quelle mesure Pamelius a-t-il utilisé chacun de ses documents ? Ces questions demeurant sans réponse, l'incertitude qui en résulte sur les sour ces et les procédés de composition de Pamelius ne permet pas d'utiliser son cornes comme un témoin sûr de la tradition.

L'attribution à saint Jérôme n'est pas soutenable : l'existence de lectures pour laseptuagésime,sexagésime, quinquagésime et surtout pour les jeudis de carême suffît à le montrer. Ces dernières indiquent d'ailleurs que la collection ne peut remonter plus haut que le milieu du vm« siècle. L'examen du sanctoral (très peu chargé, à peine trente fêtes) serait un excellent critère si le document était homogène ; tel qu'il se présente, on y trouve vingt-cinq fêtes appartenant à la tradition gélasienne-grégorienne, v^-viis siècle, et cinq autres provenant de l'apport du gélasien du vm« siècle, dont l'édition fut laite en France vers 750. Ce sont : la chaire de saint Pierre, la décollation de saint JeanBaptiste, l'exaltation de la croix, saint Matthieu, saint Simon et saint Jude *. Nous sommes donc ramenés de nouveau vers le milieu ou la seconde moitié du vnr siècle.

Le cornes de Pamelius fournit des lectures pour les dimanches, mercredis et vendredis de toute l'année, le vendredi n'étant pourvu que d'une péricope évangéli que, sans épître. Depuis le début du carême jusqu'à l'octave de Pâques, tous les jours de la semaine sont DICT. d'arcu. chrét. dotés d'une épître et d'un évangile. Au samedi saint, douze leçons, au samedi vigile de la Pentecôte, six leçons. Les quatrc-temps sont conformesà ceux d'Alcuin. La série dominicale est semblable à celle du comes de Murbach : cinq dimanches après la Théophanie, cinq après Pâques (y compris le dim. ocl.), vingt-cinq après la Pentecôte, cinq pour l'avcnt ; le carême ordinaire. Dans l'ensemble on peut dire que le comes de Pamelius est de la même famille que celui de Murbach.

La courte préface placée en tête du document expli que ainsi l'intention de l'auteur : Liber comitis incipit, aurtus a Theotincho... Ha tamen ul sancta evangelislarum dicta nec non et apostolorum ac prophetarum immola al que inconcussa servarentur, et diebus guibus deeranl proprias sanclse lectiones adhiberentur sicut a sanrtis patribus sunt coadunala. Aut si alicui aul in feriis aut in /eslivitalibus sanctorum aliquid minus esse videtur, recurrat ad hebdomadam quam voluerit et repiriet semper super oclo aut unam aut duas aut eo amplius feriam quam légère poterit ul sibi nihil desit. Dans le corps du lectionnaire, on relève les deux remarques suivantes :

Kal jan. si in dominica contigerit, istœ lectiones e.r libro comitis legantur ; et après le Dominica inilium quadragesimœ : Hinc ptcnarius sequilur ordo sicut in libro comiti continetur, us que octabas Paschie.

L'auteur s'est donc borné à compléter un livre déjà existant.

Le choix des péricopes dominica les donne lieu à l'observation suivante : pour les six semaines pasca les et les six premières de la Pentecôte, les lectures de Theotinchus sont les mêmes que cel les du comes de Murbach : puis, dans ce qui reste du temps après la Pentecôte, il semble au contraire d'accord avec le cornes d'Alcuin. • S'il est permis de porter un jugement d'après ces détails, le rédacteur du comes Theolinchi doit avoir combiné deux documents distincts, l'un semblable au comes de Murbach, l'autre plus ancien et authentiquement

V.

Pour les fériés, il tait lire depuis Noël jusqu'au carême la Genèse, sauf pendant la semaine de l'épiphanie où apparaît Isaïe ; depuis l'octave de Pâques jusqu'à la 3° semaine après la Pentecôte, les Actes, puis pendant huit semaines l'Apocalypse, puis l'Épître aux Hébreux.

On peut noter aussi la façon dont sont libellés les titres des fêtes de saints ; par exemple : v kal. jan. Parisiis, depositio sancti Germani episcopi et confessoris, et translatio corporis sancti Gentiani martyris Ambianensium. iv non. iun. Romae natale sancti Marcellini et Petri exorcistae cum aliis XLII. C'est la formule des martyrologes.

c) Le comes de Saint-Pétersbourg. — Le ms de ce comes portait, dans l'ancienne bibliothèque impériale de Saint-Pétersbourg, la cote Q. I. 16. ; il doit être daté du IXe et provient de l'abbaye de Corbie. Il a été décrit et analysé par D. A. Staerk dans son catalogue '. Ce comes Hieronymi, d'après son en-tête (il possède l'Epistola Hieronymi ad Constanlium), est exactement un épistolier plénier, puisqu'il présente in-extenso le texte des épîtres seulement. Il donne d'un bout à l'autre (sauf quelques différences au début) les mêmes leçons que le comes de Murbach, mais avec cette particularité, qu'il omet toutes les fériés, sauf celles du carême, de la semaine de Pâques et de la semaine de la Pentecôte ; pour tout le reste de l'année, il ne connaît que les dimanches. Le sanctoral est encore moins riche que celui de Pamelius : une vingtaine de fêtes seulement, parmi lesquelles des fêtes de Notre-Dame, de la croix, d'apôtres, qui datent du VIIe. Cet épistolier appartient au même groupe que celui de Murbach.

d) L'homéliaire du pseudo-Bède. — L'édition des œuvres de Bède par Jo. Gymnicus, Cologne, 1535, contient une série d'Homiliæ ven. Bedæ in D. Pauli epistolas, qui ne figure plus dans les éditions suivantes de Gymnicus lui-même ni des autres éditeurs, Hervagius, Friessen, Giles, etc. N'ayant pu nous procurer cette édition de Cologne, 1535, nous nous bornons à résumer ici l'étude de Ranke sur ces homélies ». Ce recueil, composé en grande partie d'extraits de sermons de saint Léon, est faussement attribué à Bède. Sa date ne peut être fixée avec quelle que précision : différentes observations ne permettent pas de le faire descendre plus bas que le XIe ; par ailleurs, rien ne s'oppose à ce qu'il ait été composé à l'époque de Bède. Ces homélies contiennent des passages entiers extraits mot à mot des sermons de saint Léon, et ces passages sont si nombreux qu'ils forment à peu près la moitié du texte des homélies. Les données fournies par cet homéliaire sont naturellement incomplètes : les seules péricopes qui y soient indiquées sont celles sur lesquelles une homélie a été prononcée. Ainsi manquent les péricopes des samedis de Pâques et de Pentecôte, des fériés et des fêtes de saints où l'on n'a pas prêché. Il reste donc les péricopes des dimanches et des jours de fête. La série des dimanches après la Pentecôte est numérotée de 1 à 18 ; puis elle est comptée par rapport aux quatre-temps d'automne : dom. I, II, III... mensis VIII. La série dominicale de l'Avent n'a aucune numérotation. Dans l'ensemble, le choix des péricopes paraît s'accorder avec celui des documents romains. Ranke relève, après la Pentecôte, des traces de lectio continua. L'incertitude relative à l'auteur de cette collection d'homélies ne permet pas de tirer de conclusions bien fermes ; mais la collection prouve du moins l'existence d'un lectionnaire.

e) L'homéliaire de Smaragde. — Smaragde, abbé de Saint-Mihiel, a composé un recueil d'homélies empruntées à une vingtaine de Pères, sur les épîtres et les évangiles des dimanches de toute l'année, des fériés des principales périodes (carême, Pâques), et de quelques fêtes de saints. Ce recueil date des premières années du IXe, car on le trouve déjà inscrit sur un catalogue de Reichenau entre 823 et 838 et sur un catalogue de Cologne en 833 *. Il n'en existe que deux éditions : celle de Hedio, Strasbourg 1536, et celle de dom Pitra dans la Patrologia Latina de Migne, t. 102 ; Pitra se borne d'ailleurs à reproduire le texte de Hedio en y introduisant quelques corrections ^ La compilation de Smaragde a pour nous cet intérêt qu'elle présente l'état du lectionnaire à une date certaine : le début du IXe. Le tableau comparatif que l'on trouvera à la fin de cet article montrera clairement le parallélisme à peu près constant du comes de Murbach et de l'épistolier de Smaragde, pour la série dominicale. On y verra comment s'est stabilisé à l'époque carolingienne le type Murbach, issu lui-même des types romains Alcuin et Wurzbourg. Nous en parlerons plus longuement dans la conclusion générale.

Il faudrait signaler encore le Lectionarius missæ de Tommasi, qui donne la première série de leçons (prophéties et épîtres) sans les évangiles « . Mais, comme le comes de Pamelius, ce lectionarius est une compilation exécutée par Tommasi à l'aide de plusieurs manuscrits dont il donne l'état-civil et de plusieurs autres sur lesquels il ne fournit aucun renseignement, pas même leur nombre '. Quand tous ses mss. concordent pour les lectures d'un même jour, il donne ces lectures sans plus d'explication : quand ils sont en désaccord, il donne toutes les leçons diverses en les marquant du sigle convenu du ms qui présente chacune d'elles. Malheureusement, la valeur du travail de Tommasi est à peu près nulle pour nous, parce qu'il n'a donné que des indications tout à fait insuffisantes sur les sources qu'il a utilisées '.

6. Fixation dans le Missale romanum. — Il serait assez aisé de suivre pas à pas le développement et les modifications du système romain à travers le bas moyen âge, jusqu'à sa fixation définitive au XIIe. Il suffirait de relever les données des liturgistes comme Amalaire », Bernon '°, Bernold de Constance « , Honorius d'Autun », Rupert de Tongres »%, Durand de Mende >« . Nous n'essayerons pas de tracer ici ces rapprochements qui nous entraîneraient par trop hors des limites chronologiques de ce dictionnaire, n'est d'ailleurs assez clair que les modifications ont été peu nombreuses, comme on le verra dans le tableau final ; les principales furent la fixation de la fête de la Trinité, après bien des oscillations, au dimanche qui suit la Pentecôte, entraînant ainsi la suppression du dimanche octave de la Pentecôte ; la réduction à quatre des semaines de l'Avent ; la disparition progressive des messes propres pour les fériés ordinaires devant la multiplication des fêtes de saints. Enfin le moment vint où le Missale romanum publié par le pape saint Pie V, le 14 juillet 1570, consacra définitivement, et en la conservant à peu près intacte, la série des épîtres dominicales du système romano-carolingien, formée dès le VIIIe.


VI. Essai d'explication du système romain. - L'étude de chaque système en particulier, et l'étude d'ensemble des relations de différents systèmes entre eux, est entièrement à faire. E. Ranke a montré la méthode, en l'appliquant au système romain. Il reste à reprendre son œuvre à la lumière des documents récemment retrouvés, dont il n'a pu tirer parti, et à l'étendre à tous les autres systèmes liturgiques. Il serait donc prématuré et tout à fait hors de place d'essayer même une ébauche de cette synthèse dans un article de dictionnaire qui doit se borner à enregistrer les résultats acquis, et non point lancer des solutions nouvelles.

Cependant quelques observations paraissent suffisamment claires et solides pour qu'on puisse les exposer ici sans trop de présomption.

L'origine de chacun des systèmes de lectures nous est complètement inconnue. La reconstitution, au moins conjecturale, de leur formation pourrait sans doute être tentée, avec quelques chances de succès, par la méthode des comparaisons. En attendant cette étude, constatons ici qu'à certaines grandes fêtes, le choix des péricopes était tout naturellement indiqué : on devait choisir comme lectures les passages de l'Écriture où étaient racontés les faits dont on célébrait l'anniversaire ; ainsi par exemple à la messe du jeudi saint, la lecture du récit de l'institution de l'eucharistie s'imposait évidemment ; aussi trouve-t-on dans tous les systèmes la même péricope, I Cor., xi, 23 ; de même au jour de la nativité du Seigneur, le début de l'épître aux Hébreux, et au commencement du Carême, l'exhortation de saint Paul : Ecce nunc tempus acceptabile, II Cor., vi, 2, ont été unanimement choisis en raison d'une appropriation évidente.

Dans d'autres cas, particulièrement au cours des périodes liturgiques dont le caractère est plus nettement marqué, surtout au cours du carême, dont la couleur est si forte, les besoins de l'instruction des catéchumènes, puis des fidèles en général, le souci de mettre en relief une doctrine importante, celle de la saison en cours, souvent aussi l'opportunité de souligner l'enseignement de la péricope évangélique soit par le contraste soit par l'accord des deux séries de lectures (ceci est surtout visible en carême) : ces raisons et d'autres encore que nous n'apercevons pas, expliquent de façon plausible et satisfaisante un certain nombre de choix.

Quant au reste, c'est-à-dire, avant tout, pendant la longue période atone qui s'étend entre la Pentecôte et l'Avent, il paraît bien probable qu'il est inutile de chercher à deviner les motifs du choix des lectures, pour cette excellente raison qu'il n'y eut aucun choix. On dut parfois pratiquer simplement la lectio continua dont nous avons des preuves certaines dans l'antiquité et jusqu'au seuil du haut moyen âge (cf. ci-dessus, col. 248) ; nous en avons déjà relevé quelques traces, par exemple dans le comes mozarabe où les lectiones de dominicis quotidianos (n° 128-151) présentent une série de péricopes qui se succèdent dans l'ordre normal Rom., Cor, Cor., Gal, Eph. ; dans le lectionnaire de Luxeuil, la série complète des épîtres catholiques également dans l'ordre normal (n° 55, 56, 57) ; dans celui de Schlettstadt, la lecture des Actes après Pâques (n° 19-29). Le cas le plus net est conservé dans le système romain, à partir du VIIIe dimanche après la Pentecôte, comme nous le verrons plus loin. Mais si cette observation peut rendre compte d'un certain nombre de choix, elle n'est évidemment pas la solution de tout le problème ; il y a des séries, par exemple la série dominicale après la Pentecôte du sacramentaire de Bergame, qui ne présentent absolument aucun ordre discernable. Nous devons donc ici reconnaître notre ignorance complète, et constater en même temps l'indépendance totale des systèmes entre eux et la pleine liberté dans laquelle chacun d'eux s'est constitué.

Un rapprochement attentif des lectures de la messe et des lectures de l'office éclairerait sans doute dans une certaine mesure l'origine des unes et des autres ; nous n'avons pas à essayer ici ce rapprochement et nous ne présenterons pas de conclusions plus fermes pour les systèmes non romains.

Dom J. Chapman a noté quelques points de contact« , qu'il est utile d'enregistrer ici, entre la liste du Fuldensis, le comes mozarabe ( = C), l'ambrosien (Bergame) ( = A), le missel de Bobbio ( = B), le lectionnaire de Luxeuil ( = L), et les témoins romains ( = R) ^ Le Fuldensis sert de base de comparaison. Les chiffres renvoient aux numéros marginaux des documents publiés ci-dessus.

1. De adventu, B 3.

2. De adventu, A 10, C 1.

4. De adventu, C 4.

5. Prid. nat. Dni., B 5.

6. In nat. Dni., A 16, B 6, C 9, L 8, R 4.

9. De Circumc. Dni., C 13.

11. De eodem die, C 14, L 15.

14. In die Epifan., A 26, B 11, C 15, L 19.

30. In quadrag., A 44, B 15, C 21, L 27, R 34.

51. Fer. V in Cena Dni., A 85, B 21, C 51, R 78.

62. In nat. S. Laurent., A (Regin. 54), C 89, R 140.

65. De plur. mart., R 201.

67. De virgine, C 106, R 24.

Dom Chapman fait remarquer l'accord entre le Fiild., Cet L (par ex. 9, 11, 14,) ; le système du Fuldcnsis lui paraît clairement plus gallican que romain, sans être purement gallican. En carême, il ne note aucun accord, sauf pour le I'' dimanche ; mais le carême du ms de Luxeuil est perdu ; dans le système romain, seu les les épîtres dominicales sont empruntées au Nouveau Testament et dans l'ambrosien, seu les celles du samedi et du dimanche.

F 33 = A 50 ; F 37 = A 57 ; F 40 = A 66, parallélisme assez curieux. Dans l'ensemble le carême de F paraît être une composition originale et d'usage privé.

Le système romain. — Pour le système romain, ou mieux romano-gallican carolingien, Ranke est arrivé à des résultats beaucoup plus précis, qu'il importe d'exposer ici, car c'est ce système qui nous intéresse le plus directement : notre lectionnaire actuel en est la reproduction presque intacte pour les grandes périodes et pour la série dominicale de toute l'année. Il faut d'abord distinguer dans l'année ecclésiastique plusieurs éléments qui s'entre-croisent, s'enchevêtrent sans cesser de constituer des lignes distinctes, comme les veines d'un marbre ou les fils d'une tapisserie : ce sont les fêtes du Seigneur, les fêtes des saints, les quatre-temps et les dimanches sans fêtes ou ordinaires*.

Eliminons d'abord les fêtes des saints. L'Église célébra d'abord la mémoire de ses martyrs ; puis, plus tard, elle institua des fêtes en l'honneur de ses confesseurs, de ses vierges, de ses veuves. Pour tous les saints dont le nom est cité dans l'un quelconque des livres canoniques, la péricope choisie est toujours ce passage du côté le proupe de messes variées qui forme une sorte d'appendice aux lectionnaires : pro pliwia, in die belli, in velatione, in agenda, etc. La composition en est extrêmement variable. Le texte sacré où apparaît le nom du saint. Ce choix s'imposait naturellement. Pour les autres, on a recueilli dans l'Ancien et dans le Nouveau Testament des passages glorifiant plus ou moins directement le genre de vertu par lequel chacun d'eux a brillé : charité, dévouement, défense de la foi, don de la prière ; ou bien des morceaux d'une application générale, célébrant l'imitation du Seigneur, les vertus, les devoirs moraux, les récompenses des justes.

I Thess., IV, 1-7. Dom. mensis IV (= Q.-T. été ou Pentecôte) : Rom., VIII, 18-23. Dom. mensis VII (= Q.-T. automne, septembre) :

I Cor., I, 4-8. Dom. mensis X (= Q.-T. hiver, advent) : Phili., IV, 3-7.

Les quatre-temps de printemps et d'hiver tombant en carême et en advent, il n'est pas aisé de discerner si le choix des lectures des deux dimanches qui les suivent a été influencé par la présence des quatre-temps ou correspond au caractère général de la période liturgique en cours, puisque dans les deux cas, l'esprit des uns et l'esprit de l'autre sont sensiblement identiques : invitation à la pénitence. 1 Thess., IV, est une invitation à la pureté, à la probité, à l'ascèse morale ; Phili., IV, est une préparation à la venue du Seigneur.

Aux quatre-temps de septembre, les leçons des trois fériés sont un encouragement à la pénitence dans l'espoir d'une moisson abondante, avec rappel des observances juives durant ce même mois. Or l'épître du dimanche (cf. ci-dessous, tableau comparatif, dum. XIX po.ll P( ;n/.)ditTère totalement des épîtres des dimanches voisins dont elle interrompt la série. On peut y voir un contraste voulu entre la description des effets de la grâce chez les fidèles qui croient au Seigneur, et les promesses d'un tout autre ordre contenues dans les lectures de l'Ancien Testament des fériés précédentes.

De même, le dimanche des quatre-temps de Pentecôte est pourvu d'une leçon : Rom., VIII, qui apparaît isolée dans une période où l'on lit des péricopes des Épîtres catholiques. Or cette leçon s'accorde facilement avec celles des trois fériés précédentes : elle montre la création dans l'attente et dans l'espérance de son Sauveur, d'où appel naturel à la sanctification, à la purification par le jeûne et la pénitence.

Ces deux groupes : fêtes des saints et quatre-temps, étant éliminés, reste la partie vraiment constitutive de l'année chrétienne. On y peut distinguer, du point de vue auquel nous nous plaçons ici, trois grandes périodes : d'abord le point culminant, le sommet du cycle annuel, Pâques, encadré entre sa préparation, le carême, et son complément, la Pentecôte ; — puis la fête de Noël, encadrée elle aussi entre sa préparation, l'avent, et sa suite, l'Épiphanie ; — enfin la longue série des dimanches après la Pentecôte et des fériés ordinaires.

1° Le carême, Pâques, la Pentecôte. — Cette période centrale du cycle s'étend du début du carême jusqu'après la Pentecôte, à la fête de saint Pierre et de saint Paul.

1. Examinons d'abord cette sorte de rallonge au carême qui commence au dimanche de la septuagésime et qui fut organisée avant saint Grégoire. Les péricopes sont empruntées aux épîtres aux Corinthiens. 1 Cor., IX, 24, pour la septuagésime est une introduction fort bien appropriée à un temps consacré à la lutte, à la pénitence, à l'ascèse ; II Cor., XI et XII, pour la sexagésime, expose les travaux et les peines de Paul pour la diffusion de l'Évangile, ses révélations et ses misères : modèle et exemple à suivre pendant la quarantaine qui approche ; I Cor., XIII, pour la quinquagésime, éloge de la charité, sans laquelle toutes les macérations sont vaines et inutiles.

Les lectures des fériés IV et VI (Alcuin, 32, 33) exposent la vraie conception et l'utilité de la mortification.

Dans cette série on peut reconnaître une intention de progresser du général au particulier.

Les lectures introduites dans les documents plus tardifs (par exemple, Murbach, 19-, 20^^^ pour les mercredis entre septuagésime et quinquagésime ont dans l'ensemble le même caractère. Les vendredis ont été également pourvus, mais d'une péricope évangélique seulement. Le missel romain a tout supprimé.

2. Du premier dimanche de carême au dimanche des Rameaux. — On se trouve ici sur un terrain solide, fortement constitué. Nous atteignons l'ordonnance de ces lectures dès une époque très proche de saint Grégoire grâce au lectionnaire de Wurzbourg. Le tableau qui suit (col. 3'29) permettra de constater à travers les cornes d'Alcuin et celui de Murbach que cette série n'a subi que de très légères retouches jusqu'au jour où elle a été fixée définitivement dans le Missale romanum du XIIIe (V = M'urzbourg, A = Alcuin, M = Murbach, M R = Miss. rom.).

Nous n'avons pas à faire ici l'analyse détaillée de chaque lecture, mais à rechercher seulement le plan général de l'ensemble. Les leçons des trois premières semaines concordent bien avec le caractère du carême : abstinence, pénitence, charité. On peut même y saisir une certaine gradation :

1 » semaine (y compris les Q. T.) = jeûne et pénitence ; 2° -- = nécessité de l'humilité ; 3« — -- expiation, charité, pureté.

Mais ce plan n'est pas suivi de façon systématique de jour en jour ; ainsi les leçons du mardi 2 » semaine, devoirs envers le prochain, devraient figurer à la 3« semaine ; les leçons du mercredi et du vendredi semblent conserver leur note habituelle de journées consacrées à la passion et à la mort du Christ. Dans la 3 » semaine, des leçons de sobriété auraient leur place dans la I« semaine ; l'insertion des quatre-temps dans la première semaine a produit ce résultat que les récits Exod., 24, et III Rég., 19, figures A. T. du jeûne N. T., sont placés au quatrième jour, alors qu'ils devraient ouvrir le premier jour de la quarantaine chrétienne.

Le dimanche Laetare marque un jour de joie ; quelle que soit l'explication historique de ce fait, il suffit de constater ici que l'épître relève ce même sentiment de joie : les chrétiens sont fils d'une mère libre, l'Église, et ainsi ils sont soustraits à la domination du péché. Depuis ce dimanche jusqu'à celui des Rameaux, la série des péricopes évangéliques dénote un plan indéniable, mais on ne peut en dire autant de la série épistolaire et prophétique : chacune de ces lectures Ancien et Nouveau Testament est bien en rapport avec le caractère général du carême, mais on n'aperçoit pas dans leur ensemble une intention directrice ; les unes ont pour but la préparation des catéchumènes au baptême (aux jours de scrutins), les autres encouragent à la pénitence, d'autres montrent les préfigurations Ancien Testament du Messie. Ces deux derniers groupes sont mélangés sans ordre discernable.

En somme, depuis le 1 » dimanche de carême jusqu'à celui des Rameaux, la succession des péricopes forme une construction imparfaite, inachevée dans le détail, mais dont l'ensemble révèle un dessin étudié et harmonieux. Ces péricopes semblent se partager en deux groupes : les unes visent le devoir du jeûne, expliquent la nécessité de la pénitence, exhortent à la mortification ; les autres sont en quelque sorte une introduction historique à la grande semaine. Il y a là une preuve du soin et de l'habileté qui ont présidé au choix des lectures ; on y peut saisir l'intention (d'ailleurs présumable a priori) d'adapter les leçons à la période en général et même, partiellement au moins, à chaque jour en particulier. Mais il ne faut pas trop pousser cette observation. On ne peut dire, sans tomber dans l'arbitraire, qu'il existe une progression constante et réglée de lecture en lecture, de jour en jour. Il faut avouer que par endroits on ne suit plus du tout l'intention directrice.

3. La semaine sainte. — L'épître du dimanche Indulgentia ou Palmrum, Phili., II, 5, est en parfait parallèle avec le récit de la passion selon saint Matthieu que l'on lisait en ce jour'. Elle montre l'humiliation suprême du Messie, suivie de sa glorification. Elle n'a pas de rapport direct avec le rite des Rameaux mais elle ouvre fort bien la grande semaine, qu'elle synthétise en deux aspects : abaissement et exaltation.

A la férié II, les listes anciennes portent deux leçons : Is., L, 5, souffrances du Messie, et Zach., XI, 12, trahison de Judas. Le Miss. rom. n'a conservé que la première.

A la férié III, les deux leçons montrent des préfigurations du Christ. Le Miss. rom. n'a encore conservé que la première.

A la férié IV, Is., LXIII, prophétise le Christ, vainqueur du monde, sous la figure d'un guerrier couvert de sang, apportant aux siens la bénédiction et la justice. La seconde péricope, Is, LIII, est le célèbre évangile du Messie : ses souffrances vicariales, sa mort expiatrice, la récompense de son sacrifice. C'est déjà le récit de la passion, que l'on va lire ensuite selon Saint Luc. Ces trois lectures forment un groupe parfait.

Pour la Cena Domini, le récit de l'institution de l'eucharistie d'après saint Paul et d'après l'évangile de saint Jean, XII, s'imposait naturellement.

A la férié VI, Osée VI, appelle le peuple infidèle à revenir à Dieu et menace de châtiments les endurcis ; Exod. XII, raconte l'immolation de l'agneau pascal, figure du Christ, qui trouve sa réalisation complète et parfaite dans le récit de la passion selon saint Jean.

Le samedi saint, la fonction prépondérante, absorbante et dominante, était le baptême des catéchumènes. C'est à ceux-ci que s'adressent les lections in vigilia Paschae, dont le nombre a varié. Pour une raison inconnue, le ms de Wurzbourg n'en indique aucune ' ; le sacramentaire grégorien en compte quatre (1« , 4°, 5 » et 6« du missel romain actuel) ; Alcuin, six ; enfin le cornes de Murbach, douze, parmi lesquelles les cinq premières d'Alcuin. Ce sont ces douze que le missel romain a définitivement adoptées. On peut dire que les neuf premières racontent les grands faits de la création et de la rédemption et que les trois dernières sont des exhortations d'ordre moral. Les 5 », 6« , 7, et 8 » (la personne du Messie et son œuvre) de même que les quatre du grégorien, étaient fort bien appropriées aux catéchumènes.

.\ la messe, la péricope Col., m, 1-4, marque le point culminant de la semaine pascale, le passage de la semaine sainte à la semaine de Pâques ; son texte (à rapprocher de la collecte) s'applique de façon saisissante aux nouveaux baptisés. La cérémonie du baptême a terminé le samedi saint ; celle du dimanche s'applique pleinement au grand événement du jour de Pâques ; puis celles des jours suivants s'adressent aux catéchumènes baptisés et devenus ainsi membres de la communauté chrétienne.

5. De l'octave de Pâques à la Pentecôte. — Nous entrons ici dans une section qui semble avoir été moins soigneusement élaborée que la précédente. Les épîtres des quatre dimanches (2 à 5 post Pascha, ou 1 à 4 post oct. Pasc.) ont le même sens général : exhortations des apôtres aux fidèles pour l'obéissance à la loi divine. Mais ici une remarque très importante pour le résultat de notre enquête, s'impose : toutes ces épîtres et celles qui suivront jusqu'à la fête des apôtres, ainsi que les épîtres fériales du mercredi (voir Murbach), sont empruntées aux épîtres catholiques. Or nous savons que ces mêmes épîtres étaient lues aux heures de l'Office (bréviaire) précisément de Pâques à la Pentecôte ', et que, dans l'antiquité et le haut moyen âge, l'ordre des livres canoniques du Nouveau Testament, fort variable, présentait souvent les épîtres catholiques avant les épîtres pauliniennes. Nous reviendrons sur ces deux observations.

Cette série est interrompue par la vigile et la fête de l'Ascension, jour où la péricope choisie est naturellement le récit des Actes. Pour la vigile, elle manque dans le ms de Wurzbourg : Alcuin fait lire un passage d'Eph., IV, 7, où il est question du Christ glorifié et monté à la droite du Père, tandis que la tradition de Murbach présente un texte : Act., iv, 32, relatif à la résurrection.

Après cette interruption motivée par une fête importante, la série des épîtres catholiques reprend son cours avec le dimanche suivant. Puis elle est de nouveau interrompue par la vigile et la fête de la Pentecôte. Primitivement, la solennité de la Pentecôte dut se borner à un seul jour de fête : le dimanche. « Mais, vers le milieu du vi« siècle, la liturgie de cette semaine de la Pentecôte prit un développement qu'elle n'avait pas auparavant ; il y eut une tendance à l'assimiler à l'octave de Pâques = » : d'où la création d'un office de vigile ; le ms de Wurzbourg ne signale pas cet office, pas plus que celui du samedi saint ; Alcuin, qui donne six leçons au samedi saint, n'en donne aucune ici, peut-être parce qu'on répétait celles du samedi saint ; enfin dans le ms de Murbach on trouve un office de six leçons qui toutes ont déjà figuré parmi les douze de la veille de Pâques ; le missel romain a conservé cinq leçons de Murbach et changé la C« pour une autre, Ezech., xxxvu, également prise au samedi saint. Toutes ces leçons s'adressent donc aux catéchumènes.

L'épître de la messe, Act., xix, 1, est en rapport direct avec la fête du jour et celle du dimanche de la Pentecôte est, bien entendu, le récit de la descente de l'Esprit-Saint sur les apôtres. A remarquer l'harmonie parfaite entre l'épître et l'évangile : celui-ci, Joa., xiv, 23, promet et le récit des Actes montre la réalisation de la promesse.

G. De la Pentecôte à la fête des apôtres. — L'ordonnance des lectures de la semaine qui suit la Pentecôte dépend de la présence ou de l'absence des quatre-temps, dont le point d'insertion n'a pas toujours été fixe '. Aussi, dans les documents où les quatre-temps étaient placés à la 2 » semaine après la Pentecôte, comme le cornes de Wurzbourg et celui d'Alcuin, ou à la 4 », comme celui de Murbach, les lectures de la 1 » sont toutes empruntées aux Actes et ont trait à l'action de l'Esprit-Saint et au développement de l'Église. Au dimanche octave (qui a disparu dans le missel romain pour faire place au dimanche de la Trinité), il y a divergence entre Alcuin, d'une part dont l'épître s'adresse plutôt aux catéchumènes, et Wurzbourg-Murbach, d'autre part, qui continuent la lecture des Actes. Les leçons de cette première semaine ont donc encore une réelle homogénéité, sous l'influence de la fête de la Pentecôte.

L'usage gallican, qui s'est perpétué dans le missel romain officiel, compte les dimanches qui suivent la Pentecôte en une seule série de 1 à 24 ou 25. Le vieil usage romain subdivisait cette période en tranches séparées par les fêtes des apôtres, de saint Laurent, de saint Michel, de saint Cyprien. Du point de vue auquel nous nous plaçons ici, qui est la recherche des causes du choix originel des péricopes, nous constatons que la série des épîtres catholiques ouverte au dom. in albis, interrompue par l'Ascension, puis par la Pentecôte, reprend son cours à partir du 2« dimanche après la Pentecôte (ou le 1« post oct. Pent.), et se prolonge jusqu'à la fête des apôtres Pierre et Paul (8 » semaine), avec une seule interruption, celle du dimanche qui suit les quatre-temps. L'analyse de ces cinq épîtres ne révèle aucun plan, et comme de la période liturgique en cours ne ressort pas non plus un enseignement spécial, il est fort probable que, depuis l'octave de Pâques jusqu'à la fête des apôtres (au total, une douzaine de dimanches, en défalquant l'Ascension et la Pentecôte), nous nous trouvons en présence d'un cas de lectio continua d'accord avec la lectio continua de l'office canonial. — A noter au passage quelques exemples de concordance intentionnelle entre l'épître et l'évangile : Dom. II post Ascension, 1 Petr., ii, 21 : « Vous êtes revenus vers le pasteur de vos âmes », et Joa, x, 12 : « je suis le bon pasteur » ; Dom. II post Pentec, 1 Joa., iv, 16 : » qui aime Dieu, aime aussi son prochain », et Luc, xvi, 19 : le riche et Lazare ; Dom. IV post Pentec, 1 Petr., v, 8 : « Le diable rôde comme un lion » et Luc, xv, 1 : la brebis perdue.

2° De la fête des apôtres à l'Avent. — Suivant pas à pas le développement du cycle liturgique, nous arrivons à la série de dimanches qui remplit l'espace libre entre les deux grandes périodes dont nous avons parlé au début de cette analyse : Pâques et Noël. Du 7 » au 25 » dimanche, nous trouvons une succession d'une vingtaine de péricopes qui se présentent dans un ordre extrêmement remarquable : c'est l'ordre même des épîtres pauliniennes dans la Vulgate ; Rom., Cor., Cor., Gal., Eph., Phil., Col., comme on pourra le voir au premier coup d'œil sur le tableau comparatif final. C'est donc la continuation pure et simple de la lectio continua commencée après Pâques avec les épîtres catholiques. Cependant on ne manquera pas d'observer que nous n'avons plus ici l'accord Wurzbourg-Alcuin qui garantissait l'origine romaine et grégorienne du système perpétué par le cornes de Murbach, les carolingiens, et adopté par le missel romain. Sans entrer dans l'examen détaillé de cette difficulté *, disons que les séries, d'ailleurs fort peu différentes, d'Alcuin et de Murbach sont suffisamment attestées et appuyées par ailleurs pour qu'on y puisse voir avec certitude la véritable tradition romaine de l'époque grégorienne. Au reste, nous avons exactement la matière nécessaire pour combler cette lacune du texte de Wurzbourg dans le ms de Wurzbourg lui-même : c'est cette série de 41 épîtres données sans titres sous les n. 214 à 255, et rangées précisément dans l'ordre normal des pauliniennes.

Les prières du missel ont une teneur très générale et les dimanches ne se relient par aucun caractère commun et suivi. On pourrait présumer que les fêtes des apôtres, de saint Laurent, de saint Michel, de saint Cyprien, qui sont comme les bornes qui jalonnent cette longue route, le souvenir de la Pentecôte à une extrémité et l'approche de l'Avent à l'autre, aient influencé et en quelque sorte coloré les lectures. L'analyse ne confirme pas cette hypothèse et nous devons nous borner à constater cet exemple très net de lectio continua.

3° L'Avent, Noël, l'Épiphanie. — Cette grande période festive a des origines obscures que nous n'avons pas à examiner ici. Notons seulement, pour éclairer notre enquête, que la fête de la Nativité n'a pas toujours été célébrée à la même date, et que l'Église d'Occident a emprunté à l'Église d'Orient la fête de l'Épiphanie en ajoutant au sens originel de cette fête, qui était la manifestation de Jésus à son baptême, un nouvel élément : la visite des mages '.

1. Période préparatoire ; l'Avent'. — Pour bien comprendre le choix des leçons, il faut se rappeler que cette période liturgique présente, dès le moment où nous l'atteignons, un caractère déjà complexe : elle est à la fois une préparation au retour du Seigneur pour le jugement, une préparation à la fête de la Nativité, et un rappel des préparations historiques à l'Incarnation. Ces trois aspects sont intimement liés ; Noël est bien toujours la fête de la naissance du Seigneur, et l'Avent est sa préparation, son attente ; mais cette attente se double d'une autre, qui est l'attente du second avènement du Seigneur, de sa parousie, pour le jugement, et la trame liturgique porte la marque de cette double conception : préparation à la fête de la naissance, par rappel du fait historique lui-même, et préparation spirituelle au second avènement.

Dans les documents qui comptent cinq dimanches avant Noël ', la première péricope, Jer., xxiii, 5, est une promesse de l'envoi du Messie ; celle du 4 » dimanche dit dans quelles dispositions il faut l'attendre ; celle du 3 » dimanche est un appel à la confiance dans les promesses : de Jessé un rejeton se lèvera, les nations espéreront en lui, Rom., xv, 4-13 ; celle du 2 » dimanche (dans les listes anciennes ; le missel romain l'a transposée avec la suivante) passe très nettement à l'attente de la parousie du Seigneur comme juge suprême, I Cor., iv, 1-5, et enfin celle du 1 » dimanche, Phil., iv, 4-7, est un remarquable exemple de l'union dans le même texte des deux perspectives de l'Avent ; le Seigneur est proche : nous sommes en effet à la dernière semaine avant sa naissance, et il est proche aussi comme Juge suprême, dans la pensée de saint Paul. Il est donc manifeste que le choix des péricopes de cette période a été guidé par l'esprit du temps liturgique en cours, et n'est plus subordonné à la lectio continua. Les épîtres fériales sont conformes, pour le sens, aux dominicales.

2. De Noël à l'Épiphanie. — Les épîtres de la vigile et du jour de la Nativité se rapportent toutes au fait historique de la naissance de Jésus et à ses conséquences. Les jours suivants sont occupés depuis l'antiquité par les fêtes que l'on connaît *. L'octave n'est point connue de Wurzbourg-Alcuin, qui comptent immédiatement, le premier, quatre dimanches après Noël, et le second, deux seulement. On remarquera que les quatre périodes

Comme conclusion de cette longue analyse, il nous reste à réunir rapidement ses résultats partiels en une vue d'ensemble. L'auteur ou les auteurs primitifs du lectionnaire romain nous sont totalement inconnus. Nous n'avons sur ce sujet aucune donnée vérifiable et sérieuse. Les témoins du texte les plus anciens que nous connaissions jusqu'à présent, le cornes d'Alcuin et le ms de Wurzbourg, nous permettent d'atteindre avec sécurité une période très voisine de saint Grégoire ; on pourrait essayer de remonter plus haut encore, à travers les écrits des Pères, mais ce serait faire la préhistoire du lectionnaire, et nous ne devons pas dépasser ici l'âge de nos plus anciens témoins. Par l'analyse interne de leur texte, nous avons essayé de saisir les raisons du choix des péricopes, de pénétrer le plan, les intentions de l'auteur ou des auteurs successifs, et nous avons obtenu le résultat suivant : seulement pour les grandes fêtes et leur préparation (carême-Pâques, Avent-Noël), on peut affirmer qu'il y a eu sélection et harmonisation des péricopes épistolaires tant entre elles qu'avec la place qui leur est assignée dans le cycle liturgique ; — en dehors de ces périodes festives, nous avons constaté : de Pâques à la Pentecôte : lectio continua des épîtres catholiques ; de la Pentecôte à l'Avent : continuation des mêmes, puis lectio continua des épîtres pauliniennes ; après l'Épiphanie : reprise des pauliniennes.

Or, cette disposition se trouve précisément d'accord avec celle des lectures de l'office canonial dès le haut moyen âge, et avec la distribution fréquente des livres du Nouveau Testament dans les bibliques de l'antiquité.

La question de la corrélation entre l'épitre et l'évangile sera complétée au cours de l'article Évangile. Déjà nous avons relevé au passage quelques exemples de cette harmonisation ; mais pour l'ensemble du système, on peut dire qu'elle n'a pas été cherchée : l'examen montre que cet accouplement n'a pas été établi d'une façon complète et systématique même dans les grandes périodes liturgiques. Il ne faut pas regarder le lectionnaire comme une œuvre d'ensemble, dont toutes les parties, parfaitement liées et articulées, aient été élaborées et composées avec le même soin. Dans l'état où il se présente à nous, il faut plutôt y chercher simplement l'expression fidèle de l'année chrétienne telle que l'a conçue l'Église romaine dès le haut moyen âge.

Tableau comparatif. — Le tableau des col. 335 à 342 éclairera l'analyse qui précède et permettra de la vérifier à chaque instant. Ce tableau n'a pas d'autre prétention que celle de faciliter les comparaisons. On a pris pour base, puisqu'il en fallait bien une, le cornes de Murbach pour cette seule raison que son cycle dominical est déjà entièrement constitué et complet ; il fournissait donc un cadre dans lequel viendraient se ranger à l'aise les autres documents moins développés.

Pour donner un intérêt et une conclusion pratiques à cette étude, la série dominicale du missel romain actuel a été juxtaposée à celle du ms de Murbach : on verra quelle étroite dépendance existe entre elles et on appréciera ainsi la grande valeur traditionnelle du système de lectures conservé dans l'Église romaine.

Alcuin et le ms de Wurzbourg représentent l'usage romain grégorien ; Smaragde et deux mss. du xi° siècle représentent la tradition carolingienne, à peu de chose près identique à celle de Murbach. Puis viennent les représentants des autres systèmes.

Chaque fois que les documents indiquent pour le même jour la même leçon que le cornes de Murbach, la référence bibliographique est remplacée par le sigle M, qui a l'avantage de faire ressortir au premier coup d'œil l'accord à peu près constant de tout le groupe romano-franc, et au contraire l'extrême diversité qui règne entre tous les autres systèmes.

Dans la première colonne on trouvera la série des dimanches du ms de Murbach ; puis, intercalés en lettres italiques, les noms variés que chacun de ces dimanches porte dans les diverses listes analysées. Cette concordance ne prétend nullement atteindre à une exactitude rigoureuse ; nous ne la présentons qu'à titre provisoire et pour la commodité des lecteurs.

G. Godu.

1. ÉPONGE. Les représentations du crucifiement de Jésus dans l'art chrétien primitif ont interprété le détail donné par l'Évangile. Lors que le Sauveur était sur la croix, il s'écria : « J'ai soif » ; alors un soldat lui présenta une éponge imbibée de vinaigre. Sur la miniature de l'évangéliaire de Rabboula, daté de l'année 586, nous voyons ce soldat tenant, d'une main, le seau dans lequel il vient de plonger l'éponge. Voir Dictionnaire, t. III, fig. 3380. A Sainte-Marie-Antique, nous retrouvons ce soldat, et le seau posé à terre (fig. 3383). Un monument moins connu a été trouvé à Beyrouth, dans les excavations pratiquées sur l'emplacement de l'ancienne église Saint-Georges des Grecs orthodoxes et des Maronites, qui avait succédé à une église byzantine. Ce n'est qu'un fragment, portant trois lignes de caractères trapus, négligés ; nombreuses ligatures. La pierre est complète à droite, elle semble incomplète en haut (fig. 4145).

Ligne 2, le P est douteux ; l'M final pourrait être un N. A gauche, au-dessous de la première ligne, croix patriarcale à double branche transversale, accostée de la lance et du roseau portant l'éponge.

H. Leclercq.

2. ÉPONGE LITURGIQUE. Dans la liturgie grecque, l'éponge remplit l'office qu'on réclame du purificatoire dans les liturgies latines. Après que les parcelles consacrées ont été retirées du disque ou de la patène, pour être mises dans le calice (voir Dictionnaire, t. III, au mot Cuiller, col. 3172-3183), le diacre se sert de l'éponge liturgique pour purifier ce disque et en faire tomber dans le calice ce qui pourrait y être demeuré des espèces consacrées. Après la communion, on purifie le calice avec l'éponge. Les Syriens et la plupart des autres Églises orientales l'emploient au même usage. L'éponge rappelle ainsi celle qui abreuva Jésus dans l'agonie du Calvaire.

Hors le temps de la liturgie, l'éponge est conservée dans un corporal plié.

H. Leclercq.


ÉPOUSE. L'inscription trouvée au cimetière de Priscille, le 13 mars 1805, est ainsi conçue :


IS-XVII I DIEBVS X H EC 5 FVIT EIS SENECTVS VI TES

Les restes de cette Vibia furent transportés dans l'église Saint-Cassien à Pesaro, mais l'épitaphe a été égarée longtemps ; elle se trouve aujourd'hui au musée du Vatican.

S.AVR.VINCENTJI. M.QVI.VIX.ANN.I^X N^II MIR' D ECES. nil. IDVS NOV.

Épitaphe trouvée en 1717 au cimetière de Prétextât. D'après Boidetti, Osservazioni, 1720, p. 317.

Le terme adiutrici est d'un usage rare pour désigner une épouse et il s'inspire des paroles divines consignées dans la Genèse : « Jaceamus et adjutorium simile sibi ».

H. Leclercq.


ÉQUERRE. C'est un symbole de plus à ajouter à ceux des corps de métier que nous avons déjà rencontrés sur les épitaphes chrétiennes. Nous avons déjà rencontré ce symbole (voir Dictionnaire, t. III, au mot Cheval, col. 1296, fig. 2776). De Rossi a fait connaître, parmi les débris employés dans le pavement de Sainte-Marie in Castello, les outils d'un maçon ou d'un tailleur de pierres : un maillet et une équerre servant de fil à plomb (fig. 4146). Boidetti a publié une épitaphe trouvée, en 1717, au cimetière de Prétextât (fig. 4147).

H. Leclercq.


EQUITATION. Nous avons parlé déjà de cet usage du cheval pour la chasse, pour la guerre ou pour le voyage. Une croix est gravée sur la panse de l'animal. On a trouvé d'autres plaques aussi grossières et plus grossières, si c'est possible, à Marilles (Belgique, prov. de Brabant), dans une sépulture qui renfermait tous les bijoux et ornements précieux d'une femme, chrétienne assurément, puisqu'elle possédait une magnifique fibule d'or avec pierres précieuses serties dans des cloisons, de style anglo-saxon, dont le centre figure une croix, ainsi qu'une croix de bronze à branches égales. Autre rondelle à Quincy-Basse, canton de Coucy-Château (Aisne) ; autre à Séraucourt-le-Grand, canton de Saint-Simon (Aisne). Tous ces monuments ajourés nous montrent le cavalier les bras en croix, dans l'attitude de l'orant. Toutefois, il paraît clair qu'on n'a pas songé à symboliser la prière, mais à assurer la solidité de la rondelle en ménageant les découpures de façon à soutenir la circonférence extérieure ; un regard jeté sur la fig. 2784 rend ceci évident. Mais il est probable qu'on finit par adopter ce type de l'orant à cheval comme figurant un saint cavalier. C'est ce qu'on peut induire d'une boucle trouvée, en 1818, à Saint-Jean-de-Losne (Bourgogne) (fig. 4148). Une rondelle plus intéressante que les autres a été trouvée à Wanquetin (Pas-de-Calais) en 1893. Ici les bras du cavalier ne sont plus levés tous deux, mais un seul qui soutient évidemment la circonférence qu'une découpure trop longue eût mise en danger. Ce cavalier, dit J. Pilloy, c'est évidemment le seigneur carolingien, allant, à cheval, visiter ses propriétés, ou poursuivant le loup, le sanglier ou le daim dans les nombreuses forêts de son domaine (fig. 4149).

H. Leclercq.


ERBEY'EH. Tombeau creusé dans le roc avec façade construite en maçonnerie. Le portique a une arcade médiane qui rappelle la disposition des temples romains de la région centrale de Syrie. Il est précédé d'une cour également taillée dans le roc, mais dont les parois latérales et l'entrée étaient complétées à l'aide de blocs rapportés. Un escalier, aujourd'hui encombré de terre, conduisait à ce bel hypogée, qui ne paraît pas avoir été achevé ; les disques qui flanquent l'arcade de la façade étaient sans doute destinés à être sculptés et à représenter une rosace ou un monogramme chrétien (fig. 4511).

H. Leclercq.


ERCHEU. Ercheu (Somme), village situé à 6 kilomètres de Nesle, sur la voie antique d'Arras à Noyon. Dès l'année 988, ce village porte le nom d'Atceium, plus anciennement il a dû posséder une agglomération assez importante, si on en juge par les huit cents tombes d'époque barbare trouvées au lieu appelé le champ à luzi aux, proche le « vieux chemin de Ncsle ». La plupart des tombes avaient été, depuis longtemps, violées ; quant à celles que le hasard avait épargnées, elles étaient uniformément orientées de l'ouest à l'est, avec parfois une légère déviation dans le parallélisme. La profondeur était tout à fait variable. Les unes à 0 m. 20 seulement du sol, les autres à plus de 2 mètres. Si ces dernières se dérobaient assez bien à la cupidité, les autres semblaient s'y offrir d'elles-mêmes ; maintes fois le choc de la charrue a dû mettre sur la trace du ne tombe et entraîner sa profanation ; souvent aussi celle-ci fut provoquée par l'usage existant d'inhumer successivement plusieurs corps dans la même fosse, ce qui nécessitait l'ouverture de la sépulture et entraînait l'enlèvement des objets déposés avec le prédécesseur de celui qu'on inhumait.

Le très modeste mobilier des VIe et VIIes, qui renferme surtout comme objet usuel l'inévitable couteau, soit seul comme arme soit joint à la framée, à la francisque, et, dans des cas plus rares à la longue épée de guerre, à l'angon, voire même au bouclier, nous révèle à Ercheu, dans ce qu'elle a de mieux caractérisé, la sépulture classique du Franc de condition inférieure, à côté de celle de son chef, mieux pourvue et, partant, plus luxueuse. Dans d'autres tombes voisines, celles-ci moins sobrement meublées, ayant pour elles le nombre, la variété et la quantité des ex-voto mis avec le défunt, c'est le VIe et c'est le VIIe qui apparaissent clairement visibles, avec de naïves ciselures sur métal apparentées à la gravure symbolique de quelques-uns de ses sarcophages, sur lesquels domine le serpent aux multiples enroulements, la croix dite latine, certains méandres non définis, et la torsade habilement combinée. Puis nous constatons une fois de plus que c'est durant toute la période mérovingienne, et même au delà, qu'eut lieu le port et l'emploi à peu près exclusif de cette courte épée de combat, dite scramasax, que jamais dans les tombes de la Picardie, du Vermandois, du Laonnois et du Soissonnais on ne trouve associée dans la même tombe ni avec la lance, ni avec la hache des deux siècles antérieurs. A Ercheu, la troisième époque, dite carolingienne, a également fourni ses épaves sépulcrales ; les artisans de ce temps se plaisaient, on le voit, dans la conception de grands ornements ajourés ou cloisonnés de verroteries parfois plates — la tradition se maintenait encore chez les artisans — mais plus souvent taillées en cabochons ; ils aimaient l'entrelacs et le natté aux réguliers contours ; ils façonnaient ces longues chaînettes avec pendeloques, fibules et croix que l'on rencontre exclusivement sur les squelettes de femmes ; c'est eux qui ciselaient ces autres fibules rondes, extraordinairement grandes, ornées de combinaisons géométriques ou de verroteries saillantes en demi-sphères qui sont loin d'être communes ; c'est d'eux également que nous viennent ces bagues d'or, d'argent et de bronze avec symbole chrétien ou monogramme ; enfin, pour conclure, l'époque carolingienne a livré avec profusion d'assez abondantes antiquités pour que ce champ de sépultures prenne place, comme importance, à côté de celui de Marchélepot.

H. Leclercq.


ÈRE. — I. res anciennes. II. re alexandrine mineure. III. re césarienne d'Antioche. IV. re de Bostra. V. re de Chaqqa. VI. re de l'Église byzantine. VII. re de Carthage. VIII. re de Chéhébé. IX. re chrétienne. X. re de Dioclétien. XI. re d'Eleuthéropolis. XII. re d'Espagne. XIII. re de Gaza. XIV. re de Gerasa. XV. re de Maurétanie. XVI. re des Séleucides. XVII. Bibliographie.

I. RES ANCIENNES. — Parmi les modes de supplication, certains sont particuliers aux païens, certains aux chrétiens, d'autres leur sont communs ; parmi ces derniers se trouvent les ères. Olivieri a publié une épitaphe provenant, à l'en croire, des catacombes et portant la mention de l'ère chrétienne ;

C'est un monument d'une fausseté insigne qui ne doit même plus faire l'objet d'une discussion ; on peut l'envoyer rejoindre une prétendue inscription portant la mention de l'ère dionysienne avec la date 552. Il a fallu une imagination très ingénieuse pour découvrir la mention d'une ère dans cette inscription de Milan :

B • M

M VALERI • POLY

5 ANNO

ce qui veut dire tout simplement que Polychronius mourut à l'âge de cent quatre ans.

La pensée de calculer le nombre des années écoulées depuis la naissance du Christ ne pouvait manquer de venir à certains, mais ce calcul ne comportait encore aucune supputation officielle. En 419, saint Augustin écrit à Hesychius, évêque de Salone : « a nalioilale aulem Domini hodie compulantur anni jerme quadringenti viginii, a resurrectione aulem vel ascensione ejus anni plus minas CCCXC ». A elle seule, cette imprécision, plus minas, écarte l'idée d'un comput. Les plus anciens monuments épigraphiques qui témoignent de l'usage d'une ère calculée d'après la vie du Christ sont l'inscription du baptistère de la rotonde de Brescia, sur laquelle on lit : ' et l'inscription de la basilique de Saint-Valentin, à Terni » :

A défaut d'ères calculées pour leur usage exclusif, les chrétiens s'accommodaient sans la moindre répugnance d'ères employées par les païens, sans se préoccuper de les faire accorder avec la naissance du Christ, à laquelle bon nombre d'entre elles sont antérieures. Ce qui ne laisse pas de surprendre nos habitués modernes, c'est la facilité avec laquelle une ville, une province adoptent une supputation chronologique sans paraître se soucier le moins du monde de la supputation en usage chez le voisin. Dans la pratique, ce particularisme devait entraîner de graves inconvénients, analogues à ceux qui rendaient en France, avant l'adoption du système métrique, les échanges si difficiles par suite de la différence des poids et mesures d'une province à l'autre. Il est évident que l'abbesse Etheria, habituée à l'ère d'Espagne, devait être quelque peu embarrassée quand on lui parlait d'après l'ère des Séleucides et d'après celle de Gaza ou celle d'Alexandrie. A-t-il existé des tables de réduction des diverses ères locales à une numération unique ? on n'en rencontre pas trace ; aussi l'innovation de l'ère chrétienne fut-elle un véritable progrès, auquel d'ailleurs on ne se rendit qu'à la longue et après une belle résistance.

Ce sujet des supputations chronologiques a tenté, par sa complication même, beaucoup de computistes et de calculateurs ; de gros volumes remplis de chiffres ont été écrits ; on aura toujours la liberté d'y recourir et de s'y perdre ; nous n'avons voulu autre chose que donner ici quelques notions sur les ères les plus fréquemment employées dans les documents chrétiens. Une inscription de Dorylée, qui date des années précédant le début de l'ère chrétienne (744-753 de Rome), nous fait voir comment on procédait à l'adoption d'une ère. C'est un rescrit latin par lequel Paulus Fabius Maximus, proconsul d'Asie, enjoint aux cités de son ressort de faire coïncider le début de leur année civile avec l'anniversaire de la naissance de l'empereur. Le fragment était précédé de considérants nuageux dont M. Homolle a reconstitué le texte grec et que M. G. Radet traduit ainsi :

« Le jour natal du très divin César, voilà ce que nous devons regarder justement comme le principe de tous les biens, à considérer non l'ordre de la nature, mais celui de l'utilité ; car aucune prière n'aurait pu ni rétablir une situation sans espoir et précipitée dans l'infortune, ni donner une seconde nature au monde prêt à subir la destruction, si pour la prospérité commune de tous César n'était né.

[Ici se place le fragment latin.] « C'est donc à bon droit que les hommes feront coïncider le début de leur existence avec l'époque où ils ont cessé de regretter d'avoir reçu la vie ; et puis que, pour tirer des auspices heureux, soit en particulier, lorsqu'il s'agit de personnes seules, soit en public, lorsqu'il s'agit de tous, aucun jour ne vaut celui que l'on regarde communément comme le plus fortuné ; puis que d'ailleurs, dans presque toutes les cités asiatiques, les entrées en charge de magistrats tombent au même moment de l'année nouvelle, moment qui, sans doute, par un décret des dieux, désireux d'honorer notre prince, correspond à son jour de naissance ; soit encore pour ce motif qu'il est difficile de se montrer reconnaissant envers tant de divins mérites, si l'on ne met en œuvre tous les moyens offerts à la piété ; soit enfin pour cet autre, qu'il faut inviter chacun à témoigner personnellement sa joie, lorsqu'il revêt un honneur public, j'estime que le jour auquel les Grecs donnent dans leur langue le nom de nouvelle nouménie doit être assimilé au jour natal de César ».

Dans le fragment trop incomplet pour offrir un sens suivi et qui faisait suite à celui qu'on vient de lire, le proconsul réglait probablement le détail des modifications à introduire dans le calendrier.


II. RE ALEXANDRINE MINEURE. — Antérieurement au triomphe et à la propagation définitive de l'ère dite byzantine, on fit usage d'une chronologie alexandrino-byzantine désignée sous le nom générique d'ère alexandrine ou ecclésiastique.

Vers l'an 412 de notre ère, un moine alexandrin, nommé Panodore, entreprit une conciliation des sources païennes de l'histoire orientale et des théories astronomiques de l'école d'Alexandrie avec la chronologie judaïque de l'Ancien Testament. Son système chronologique est la source de tous les autres et le plus contesté de tous ; il fait commencer son ère mondaine le 29 août de l'an 5493 avant Jésus-Christ. La date du mois est certaine. Elle correspond au 1er Thoth, début de l'année alexandrine, l'année semble devoir être maintenue, malgré des objections diverses, au millésime indiqué ci-dessus.

Panodore plaçait la nativité de Jésus-Christ en l'année 5494 et, de ce fait, la passion en 5526. Panodore acceptait la tradition alexandrine ; tradition assez générale d'ailleurs, d'après laquelle le Christ était mort à l'âge de trente-trois ans. Si nous évaluons l'ère chrétienne de Panodore au moyen de son ère mondaine, nous pouvons constater qu'il plaçait la conception et la naissance du Christ en l'année 1 de l'ère dionysienne. De toutes les chronologies diverses élaborées à Alexandrie et à Byzance, le système de Panodore est celui qui comporte le moins d'écart entre l'ère mondaine et l'ère chrétienne ; cette particularité est une garantie de la réalité de la chronologie panodorienne, pour les faits postérieurs au début de notre ère. Cette réalité elle-même est imputable sans doute à ce que Panodore disposait, pour cette période, de sources quasi-officielles, telles que les fastes consulaires et les xavivsç paaiXeiôiv des astronomes alexandrins.

Son contemporain Annianos se préoccupe avant tout et presque exclusivement des traditions religieuses. On le voit modifier l'ère mondaine de Panodore pour des raisons de comput pascal, et aussi son ère chrétienne pour revenir à l'ancienne tradition symbolique de Julius l'Africain. Le système d'Annianos nous est parfaitement connu, grâce aux nombreux extraits que nous a conservés Georges le Syncelle. Son ère mondaine commence le 25 mars 5492 avant Jésus-Christ (soit 209 jours après celle de Panodore). L'année est assurée en particulier par la date assignée à la mort du patriarche Théophile (octobre 412 = an du monde 5904) ; la date du mois est assurée en particulier par le passage relatif à la Résurrection (25 mars = 1er jour de l'an 5534). La réduction de l'ère d'Annianos à l'ère chrétienne ou dionysienne s'effectue donc en soustrayant 5592, pour les dates du 25 mars au 31 décembre, et 5591 pour les dates du 1er janvier au 24 mars.

Annianos appliquait à l'histoire son ère commençant le 25 mars 5492 ; nous en avons un indice certain dans le papyrus Golenischev (voir Didionn., t. VII, au mot Chronique pascale). En tête de cette chronique, qui remonte du moins indirectement à Annianos, nous trouvons un catalogue des mois selon les Hébreux, les Alexandrins, etc. Or, s'il n'est guère étonnant de voir la liste des mois hébreux commencer par Nisan, il est certes plus caractéristique que les mois alexandrins commencent avec Pharmouthi, pour finir avec Phamenoth. Cet ordre ne s'explique que si l'auteur considérait, en effet, Pharmouthi comme le premier mois complet de l'année, ce qui correspond exactement à la doctrine d'Annianos.

Annianos se préoccupait fort peu d'histoire et beaucoup de mystique. Inventeur du grand cycle pascal de 532 ans, il voulut établir sa doctrine de comput sur des bases historiques et fournir aux recherches pascales un mécanisme aisé. Il suffisait, en effet, de diviser l'an du monde, selon l'ère d'Annianos, par 19 et 28 pour obtenir les cycles lunaire et solaire de l'année. Évidemment Annianos préférait à toute l'astronomie la concordance établie par lui entre le jour de la création du monde, celui de la conception et celui de la résurrection de Jésus. Mais c'est surtout dans le choix de l'ère chrétienne qu'Annianos s'est laissé guider par les traditions pieuses de son époque. Revenant à la conception mystique de Julius l'Africain, il s'est de plus fondé sur les synchronismes que l'exégèse biblique établissait pour la passion de Jésus-Christ. Il a pris pour base du calcul l'année 5533, qui lui offrait la coïncidence du vendredi 23 mars et, par un calcul régressif, il a fixé la nativité à la date du 25 décembre 5501, qui lui permettait de faire coïncider la naissance de Jésus-Christ avec un mercredi, conformément à une ancienne tradition symbolique. Enfin, à cause de la coïncidence de la conception avec le premier jour de l'année 5501, il a choisi comme début de l'ère chrétienne, non pas la nativité, mais la conception.

L'ère d'Annianos fut généralement dédaignée par les historiens ; par contre, elle obtint grand succès dans le monde religieux. Nous la trouvons, au début du VIIe, intronisée à Byzance, où elle est considérée, suivant l'expression de saint Maxime, comme la « chronologie traditionnelle de l'Église ». Sans être demeurée immuable, elle n'a eu à subir que peu de transformations et celles-ci s'expliquent par le fait que la tradition pascale, qui s'élaborait au temps d'Annianos, s'est précisée dans l'intervalle. En effet, la table de saint Maxime ne présente plus certaines lacunes légales qu'admettait encore celle d'Annianos, et le début de l'année a reculé du 25 au 23 mars. À part cela, tout est resté immuable, l'ère de saint Maxime concorde de tous points avec celle d'Annianos et celle-ci, à peine modifiée, est donc devenue, à l'époque de saint Maxime, l'ère officielle de l'Église byzantine. (On remarquera que cette ère présente avec l'ère civile et indictionnelle un écart de 203 jours et l'on conçoit aisément la multitude d'inconvénients que le chevauchement de ces deux chronologies pouvait comporter. De là cette rivalité dont saint Maxime se fait l'écho, de là cette production d'ères mondiales nouvelles que l'on constate au début du Ve.

En somme, à cause de ses inconvénients, l'ère ecclésiastique devait se transformer ou disparaître ; avant de disparaître, elle se transforme, mais ceci eut lieu aux IXe et Xes par l'emploi de l'ère des chroniqueurs byzantins, qui demeure, par sa date, étrangère à nos études.


III. re CÉSARIENNE d'ANTIOCHE.

Au nord des montagnes d'El Barah, dont il est séparé par la fertile plaine d'Edlip, s'étend un second groupe de montagnes, appelé le Djebel Ala, qui, à l'ouest, domine le lac d'Antioche, et, à l'est, pousse ses derniers contreforts jusqu'à une demi-journée d'Alep. Au nord, on rencontre un second groupe de montagnes, moins élevé que le Djebel Ala et qui porte le nom de Djebel Sémàn. Dans le premier, on trouve encore une foule de belles ruines chrétiennes, semblables à celles d'El Barah, et dans le second, la magnifique église de Deir Sémàn, bâtie à la fin du Ve, en l'honneur de saint Siméon Stylite, et qui est, sans contredit, la plus belle ruine chrétienne qui existe au monde (voir Dictionnaire, t. I, col. 2380-2388, fig. 801-807). La grande route d'Antioche à Alep passe entre les deux massifs de montagnes et suit la dépression qui les sépare.

Ici encore les monuments et les inscriptions abondent, mais, bien que l'architecture soit à peu près la même que celle des édifices d'El Barah, les chiffres des dates sont beaucoup moins élevés, et si on les rapportait à l'ère des Séleucides, la construction de toutes ces églises, plus ornées et plus vastes que celles d'El Barah, tomberait en plein paganisme, à l'époque des plus cruelles persécutions de l'Église. Il faut donc chercher une autre ère, et le doute n'est point permis ; tout ce district est voisin d'Antioche, la grande métropole païenne et chrétienne de la Syrie, et l'ère en usage à Antioche doit être celle qui a été employée ici. Le point de départ de cette ère a été déterminé par Chrysos et Belley, et, ensuite, plus exactement, par Ideler ; elle commence à l'automne de l'année 49 avant Jésus-Christ. Le véritable commencement de l'année syrienne était le 1er octobre ; mais à une époque qu'on ne peut déterminer avec précision, on le recula d'un mois et on fit coïncider le commencement de l'année civile avec celui de l'indiction, c'est-à-dire avec le 1er septembre. On trouve dans les auteurs des exemples des deux manières de compter, et nous verrons qu'il en est de même dans les inscriptions. Ainsi l'historien ecclésiastique Evagrius, qui écrivait à Antioche, au VIe, fait commencer l'année au 1er septembre, comme l'a démontré Ideler, et l'historien syrien Abou'l-Faradj dit que, de son temps, les Grecs de Syrie commençaient l'année au 1er septembre, tandis que les Syriens proprement dits conservaient l'ancien usage du 1er octobre.

Dans le district de Deir Sémàn, habité autrefois par les populations hellénisées, syriennes d'origine, mais ne parlant plus que le grec, l'usage avait prévalu de faire coïncider le commencement de l'année avec celui de l'indiction. L'inscription suivante en est la preuve ; elle a été copiée par M. de Vogué, au village de Dana, sur une grande maison antique ; elle est datée du 27 de Gorpiaios, de l'an 532 et de la septième indiction. L'année 532 de l'ère d'Antioche, ainsi que la septième indiction, commence au 1er septembre 483, et l'inscription a été gravée le 27 septembre de cette année : si on faisait commencer l'année au 1er octobre 483, le 27 Gorpiaios 532 correspondrait au 27 septembre 484 ; mais alors la huitième indiction était déjà commencée, et il n'y aurait plus accord entre les deux données.

Deux autres inscriptions, datées du mois d'août et du mois d'octobre, s'accordent avec l'un et l'autre système. Mais il n'en est pas ainsi d'un autre texte, trouvé à Ktell Lata, à la lisière septentrionale des montagnes d'El Barah. Elle est datée de l'an 497 et de la troisième indiction ; l'année 497 d'Antioche commence à l'automne de l'an 448 de notre ère, et la troisième indiction au 1er septembre de l'an 449 ; si donc l'année de l'ère locale commençait, comme l'indiction, au 1er septembre, il y aurait juste une année de différence entre l'année de l'ère et l'indiction, et les deux données chronologiques ne s'accorderaient point entre elles ; mais si l'on fait commencer l'année de l'ère locale au 1er octobre, le dernier mois de cette année coïncidera avec le premier mois de la troisième indiction, et il en résultera que l'inscription a été gravée au mois de septembre 449. On se demande pour quoi les anciens habitants du village de Ktell Lata ont employé l'ère d'Antioche de préférence à celle des Séleucides, usitée dans tout le groupe de montagnes dont dépendait leur territoire ; cela peut tenir au caprice du personnage qui a fait élever le monument, ou bien à la circonstance que ce village se trouve à l'extrémité des montagnes d'El Barah, sur la limite, en quelque sorte, du domaine des deux ères. Quant à l'époque du commencement de l'année, pour laquelle il eut été fort incommode de s'écarter des errements suivis dans le voisinage, l'habitant de Ktell Lata s'en est tenu à l'usage universellement adopté par ses voisins d'El Barah, qui se servaient de l'ère des Séleucides et commençaient leur année au 1er octobre.

Des remarques qui précèdent et de celles qui seront faites à l'occasion de l'ère des Séleucides, il résulte clairement que cette dernière était généralement employée dans la portion moyenne de la Syrie, et l'ère d'Antioche dans la Syrie du nord. Ces deux ères appliquées aux monuments donnent des résultats en parfaite concordance. Dans les deux groupes, les derniers monuments païens portent des dates antérieures de quelques années au règne de Constantin, et les monuments chrétiens des dates postérieures à la paix de l'Église.


IV. re de Bostra. — Le point de départ de l'ère de Bostra (voir ce mot) est indiqué dans le Chronicon paschale ; on y lit à l'année 105 après Jésus-Christ : « L'Arabie fut conquise par Cornélius Palma, légat de Syrie pour l'empereur Trajan, et réduite en province romaine ». On a manqué longtemps des documents nécessaires pour déterminer avec précision le commencement de cette ère ; grâce aux nombreuses inscriptions copiées par Waddington, tant à Bostra que dans l'Auranitide et la Trachonitide, il est devenu possible d'arriver à une date certaine.

L'ère employée dans presque toutes les inscriptions de ces provinces est celle qu'on trouve mentionnée dans le Chronicon paschale. La mention de l'année 104 se lit sur une médaille frappée à Bostra sous Septime-Sévère et l'année 434 se lit sur une inscription gravée dans cette ville sous Justinien. Enfin, sur une autre inscription de Bostra on lit la date 134 et la mention « de la province », d'où il résulte que l'ère n'était pas particulière à la ville, mais commune à toute la province. En effet, l'année de la province, « de la province », est mentionnée dans des inscriptions de Salkhat, de Bousàn, d'El Hayat, de Harran, de Busr el Hariri, localités toutes situées dans l'Auranitide et dans la Trachonitide. Cependant, dans quelques cas, l'origine de l'ère est rapportée plus directement à la ville de Bostra ; dans une inscription de Harran on trouve l'expression « de Bostra » et à « Umrah stouç xarà Bostra » ; comme Bostra était à cette époque la capitale de la province et la résidence du légat, cette expression s'explique d'elle-même. Enfin, une médaille de Rabbath-moba, à l'effigie de Caracalla et portant la date 105, montre que l'ère de Bostra était usitée dans cette ville, qui appartenait également à la province d'Arabie.

En prenant pour base l'an 105, indiqué par le Chronicon paschale, on voit que l'année 292 de l'ère de Bostra correspond à peu près à l'année 397 de l'ère chrétienne ; or la 10e indiction commence au 1er septembre 396, et la 11e au 1er septembre de l'année suivante ; d'où il résulte que le commencement de l'année 292 de Bostra tombe entre le 2 septembre 396 et le 31 août 397. Mais un passage du commentaire de Simplicius sur la Physique d'Aristote nous apprend que les Arabes et les habitants de Damas commençaient l'année à l'équinoxe du printemps, et par conséquent l'on peut fixer avec toute certitude au 22 mars le commencement de l'année de Bostra. L'ère de Bostra commence au 22 mars de l'an 106, et en ajoutant 105 à une année de l'ère de Bostra on trouvera l'année correspondante de l'ère chrétienne, au 22 mars de laquelle elle a commencé.

De nombreuses inscriptions confirment ce résultat et les objections qui avaient jadis arrêté Wetzstein se sont évanouies devant la lecture de copies plus correctes. Ainsi une inscription de Sahwet el Khudr, gravée sous le règne de Marc-Aurèle, porte la date CO, qui correspond à l'année 171 de notre ère, onzième du règne de ce prince. Une inscription d'Imtàn, gravée sous Constantin et Constant, est de l'année 238 de Bostra, 343 de notre ère, qui appartient effectivement au règne de ces princes. Sur treize inscriptions du Recueil de Waddington qui portent à la fois la date de l'ère et le chiffre de l'indiction, dix sont datées de l'indiction qui correspond à la première moitié de l'année provinciale, tandis que trois seulement furent gravées pendant l'indiction qui correspond à la seconde moitié de l'année. Cette anomalie s'explique par ce fait, que les édifices auxquels appartiennent ces inscriptions ont dû généralement être bâtis pendant la belle saison, qui comprenait toute la première moitié de l'année de Bostra.

Dans la grande majorité des inscriptions datées, on trouve seulement la mention de l'année, sans l'indication spéciale de l'indiction ou de l'ère à laquelle elle se rapporte ; mais il est évident que, sauf preuve du contraire, c'est toujours à l'ère provinciale qu'il faut les rapporter. L'usage de l'ère de Bostra se propagea lentement d'abord, comme il arrive toujours lorsqu'on veut changer les habitudes d'un peuple. Ce n'est qu'au IIIe de l'ère de Bostra que les témoins s'en rencontrent dans toute l'étendue de l'Auranitide et de la Trachonitide, tandis que jusque-là ces témoins étaient confinés dans la portion méridionale de l'Auranitide, à proximité de Bostra et du désert de Syrie. À partir du IVe et du Ve de l'ère, les témoins sont moins nombreux, enfin ceux du VIe de l'ère ne se rencontrent plus que sur la lisière du désert. Waddington avait relevé pour le Ve de l'ère provinciale trois dates qui correspondent aux années 633, 644 et 665 de l'ère chrétienne et se trouvent sur des monuments chrétiens ; la première est antérieure de quatre ans à l'établissement définitif de la domination musulmane en Syrie (637) et à la soumission du dernier prince Ghassanide ; les deux autres sont postérieures de quelques années à cet événement, mais ce n'est pas une raison pour les rapporter à une autre ère, l'ère chrétienne par exemple. Il n'y a aucune trace de l'emploi de l'ère chrétienne en Syrie à cette époque. Pendant le premier demi-siècle de la conquête musulmane, il devait rester encore bon nombre de chrétiens dans ces districts écartés et arides, si peu faits pour attirer la cupidité des conquérants, qui avaient devant eux tant de riches provinces à envahir ; et il est très naturel de supposer qu'ils aient conservé encore pendant quelques années leurs usages et leur ère traditionnelle.

V. re de Chaqqa. — Outre l'ère générale de la province, on trouve encore dans quelques localités une ère particulière. Ainsi les dates des inscriptions de Chaqqa ne s'accordent ni avec l'ère de Bostra, ni avec celle des Séleucides, usitée dans les environs de Damas ; elle est d'ailleurs désignée expressément dans les inscriptions comme étant spécifique à Chaqqa. Chaqqa est l'ancienne Saxxata de Ptolémée, ville principale de la Batanée, et qui devint colonie romaine probablement sous le règne de Septime-Sévère ou d'Alexandre Sévère ; ces faits, qui résultent de différentes inscriptions, nous mettent sur la voie pour fixer le commencement de l'ère locale : il faut sans doute la rapporter à l'établissement de la colonie romaine. Dans tous les cas, cette ère a peu d'importance et on n'en trouve pas trace ailleurs que sur les monuments de Chaqqa.


VI. re de l'Église byzantine. — Dès le début du VIIe, on voit, à Byzance, se multiplier les ères mondaines. Ce nom d'ère peut servir à désigner deux choses complètement distinctes : ou bien l'écart numérique qui sépare une ère mondaine donnée de l'ère chrétienne ou dionysienne ; ou bien la réduction d'une ère mondaine donnée à l'ère chrétienne, ou, si l'on préfère, la date assignée par l'auteur à la naissance de Jésus-Christ. L'ère mondaine d'un auteur est l'écart que présentent ses années mondaines avec les dates correspondantes de l'ère dionysienne ; l'ère chrétienne d'un auteur est l'année mondaine en laquelle il place la naissance de Jésus-Christ.

1° re mondaine de 5492 ou ère alexandrine, appliquée d'abord, semble-t-il, par Annianos et non par Panodore, bien qu'elle porte le nom de ce dernier. Adoptée ensuite par l'Église orientale, elle se retrouve chez George le Syncelle, qui l'appliquait même aux faits contemporains, chez Théophane et chez un grand nombre de chroniqueurs byzantins.

2° re mondaine de 5508 ou ère byzantine.

3° re mondaine de 5509, utilisée par l'auteur du Chronicon paschale.

4° re mondaine de 5516, qui se retrouve chez l'un des premiers rédacteurs de l'Epitome B.

Les ères chrétiennes qui se combinent avec l'une ou l'autre de ces ères mondaines sont :

1° re de 5500 ou ère de Julius l'Africain, dont l'emploi se perpétue chez les chroniqueurs byzantins jusqu'au Xe.

2° re de 5501 ou ère d'Annianos, que nous retrouvons au VIIe, à Byzance, chez saint Maxime.

3° re de 5506, qui se retrouve dans l'une des traditions combinées par l'auteur du Chronicon paschale, d'après laquelle Jésus-Christ, âgé de trente ans et treize jours, aurait été baptisé le 6 janvier de l'an 5536. Une tradition analogue est connue de Cédrénus, qui place la nativité en l'an 5506 et la Passion en l'an 5539 ; cette même chronologie se retrouve dans un cycle de chroniques dont les principaux représentants sont l'Ecloge de Wirth, le Xpovixàv ètrîto(iov, la chronique attribuée à Jean de Sicile et le Chronion Barberini.

4° re de 5516, inventée, d'après saint Maxime, par les computistes qu'il nomme ol ? xal ;.

Toutes ces ères mondaines et toutes ces ères chrétiennes ont un caractère commun, qui est d'être liées à une méthode pascale déterminée.

C'est au début du VIIe que nous constatons pour la première fois, à Byzance, la préoccupation et l'étude des ères mondaines et chrétiennes. Jusqu'alors l'administration byzantine ne fait usage de l'une ni de l'autre. Les inscriptions, les papyrus, les textes historiques ou juridiques sont datés par la désignation de l'empereur régnant et de l'indiction. Parfois, par un souci de précision, l'indiction est assurée par le synchronisme avec l'année du règne ou l'année correspondante d'une ère locale. Même sous Héraclius, qui avait le souci des choses astronomiques, le système traditionnel est respecté. En appendice au commentaire des Tables manuelles de Ptolémée, qui, pour être l'œuvre d'Etienne d'Alexandrie, n'en porte pas moins la signature d'Héraclius lui-même, l'empereur avait publié une méthode pascale. Il n'y est question ni d'ère mondaine, ni d'ère chrétienne. La base chronologique est l'année indictionnelle, le cycle solaire commence en la 3e année d'Héraclius, le cycle lunaire en la 8e indiction de Maurice.

En regard de la chronologie officielle et civile existait une chronologie ecclésiastique, sur laquelle saint Maxime nous donne des renseignements précis. « Selon le comput et la tradition de l'Église », dit-il, l'année 31 d'Héraclius correspondait à l'an du monde 6133. Ce même chiffre apparaît pour la même année dans la Xpôvcov xal ô(/.âi ;, annexée par saint Maxime à sa méthode pascale. Comme l'année 31 d'Héraclius correspond à l'année 641 de notre ère, l'ère mondaine de saint Maxime présente nécessairement avec l'ère dionysienne un écart de 6133 — 641 = 5492 ans. L'ère mondaine de saint Maxime, traditionnelle dans l'Église, n'est donc autre chose que l'ère alexandrine d'Annianos.

L'ère chrétienne de saint Maxime est l'objet d'un paragraphe spécial de sa méthode. Jésus-Christ est né, selon lui, en l'année 5501 et mort en l'année 5534. Ces dates correspondent aussi à la tradition alexandrine d'Annianos. Celui-ci, de même, admettait l'année 5501 comme année de la nativité et, s'il semble différer de saint Maxime pour l'année de la passion, c'est qu'au lieu de placer le début de l'année le 23 mars, le jour même de la passion, il ne la faisait commencer que le 25 mars, jour de la résurrection. C'est donc l'ère d'Annianos, devenue traditionnelle dans l'Église, qu'adopte et que défend saint Maxime.

Celui-ci, partisan de l'ère ecclésiastique, fait sa place à la chronologie civile ou indictionnelle. Il fait remarquer que, si les cycles solaire et lunaire équivalent aux restes de la division par 28 et 19 de l'an du monde, par contre, l'indiction se montre rebelle à ce calcul. Elle a été instituée en l'an du monde 5460, qui, divisé par 15, donne un reste 15. Or, l'an du monde 5460 fut, de par la volonté d'Auguste, non pas une année 15e, mais une 1re année d'indiction. Et il faut par conséquent, pour reconnaître l'indiction, augmenter d'une unité l'an du monde que l'on divisera ensuite par 15. Certes, la préoccupation d'un traitement uniforme, par lequel on pourrait reconnaître, en fonction de l'an du monde, le cycle solaire, le cycle lunaire et l'indiction, ne conduit pas saint Maxime à suspecter, moins encore à modifier, la chronologie traditionnelle de l'Église byzantine, mais cette préoccupation existe chez lui, ou du moins autour de lui. Elle peut expliquer peut-être pour quoi la méthode pascale de saint Maxime apparaît comme une œuvre de polémique, où l'année traditionnelle, l'ère traditionnelle, la méthode traditionnelle de comput sont défendues autant qu'enseignées et où elles sont sans cesse comparées à un autre système, fortement malmené, exposé avec une obscurité voulue, le système des y.oà


VII. re de Carthage. — A Bône ( = Hippo-Régiiis), dans les dépendances d'une maison, fut trouvée une pierre tumulaire, envoyée à Paris, en 1833, et placée à l'entrée du département des livres imprimés de la bibliothèque du roi. Elle porte l'inscription suivante :


KARTAGINIS

Il est ici question d'une ère dite de Carthage. D'après Dureau de La Malle, cette ère se lit sur plusieurs médailles de Justinien ; en effet, les monnaies de ce prince, frappées à Carthage, après la victoire de Decimum, adoptent une chronologie fixée d'après l'année 533, date de la réoccupation de la province par les Byzantins, comme point de départ. Cette épitaphe daterait donc de l'année 557-558.

C'est à cette même ère que se rapporte l'épitaphe tracée sur une tombe en mosaïque provenant de Lamta (= Lepti-Minus) et actuellement à Monastir :

B I L L A

T I C A

V I X I T A N N I S

Billalicn vixit annis XVIII j(ensis) m(inus) ; requiescit in pace die VIII kl(endas) julias anno XXIV. Uillatica serait donc morte l'an 562-563 après Jésus-Christ. On a proposé, par pur esprit de chicane, de compter cette année 24 en prenant pour éponyme l'empereur Valentinien III, ce qui reporterait à l'année 452 ; cette opinion manque de fondement.

Justinien ne fit que recommencer ce qu'avait fait Genséric, qui data de l'époque de la prise de Carthage les années de son règne. Les médailles frappées à Carthage par ordre de Genséric portent en effet la mention d'une ère dite de Carthage. Le roi vandale fit dater ses monnaies d'après cette ère et ses successeurs l'imitèrent. Une médaille du roi Genséric, publiée par le baron Marchant, nous montre un buste couvert du paludamentum et la légende : HONORIVS ACT ; au revers, femme tête nue, de face, tenant dans chaque main un bouquet de feuillage, en légende : ANNO III. Une deuxième médaille, publiée par Friedlander, ne diffère de la précédente que par la légende du revers, où on lit : ANNO V. Ces deux pièces ont été incontestablement frappées à Carthage ; le baron Marchant attribue la première à Genséric et M. Friedlander les donne toutes deux à Hunéric, Honoriciis, d'où Honorius. Cette dernière attribution est insoutenable. La légende du droit se rapporte bien à l'empereur Honorius ; le respect conservé à un fils de Théodore le Grand n'est pour rien dans cette mention, qui s'explique par un motif commercial ; afin de rendre plus facile la circulation de ces monnaies, on les marquait de la mention la plus accréditée.

Le mot ère est peut-être un vestige de la langue des Vandales.


VIII. RE DE C.HÉHÉBÉ. — Ici aussi on s'est servi d'une ère locale : une inscription en l'honneur des empereurs Philippe père et fils, datée de la première année de la ville, en est la preuve. Ici, il ne peut y avoir de doute ; les ruines de Chèhébé sont celles de l'ancienne Philippopolis d'Arabie, la patrie de l'empereur Philippe, et l'ère locale commence à l'époque où ce prince rebâtit entièrement sa ville natale, l'orna d'édifices considérables et lui accorda, avec le nom de Philippopolis, le titre de colonie romaine.


IX. RE CHRÉTIENNE. — Cette ère n'est pas ancienne, mais elle a peu à peu supplanté toutes les autres. Elle fut inventée et proposée dans la première moitié du VIe par un personnage réputé fort instruit en son temps, parce qu'il savait le grec ; c'était un moine originaire de Scythie, vivant à Rome et nommé Denis ; à cause de sa taille minuscule, on lui infligea le surnom d'Exiguus, dont il s'arrangea comme d'un nom propre, en sorte que ce bon travailleur, qu'on rencontre sur plusieurs champs d'étude de l'antiquité, comput, collections canoniques, etc., s'y est acquis une personnalité bien nette sous son nom de Denis le Petit. Il mourut avant l'année 556.

Denis fixa la naissance du Christ au 25 décembre de l'an de Rome 753, en sorte que l'an I de l'ère chrétienne coïncide avec l'an I de l'ère de Rome. Son calcul, encore qu'il soit contestable, a prévalu. Il fut d'abord accepté et pratiqué en Italie, mais, dans ce pays même, ne s'étendit que lentement. Toutefois c'était une date de plus et on sait le goût qu'éprouvaient les annalistes et chroniqueurs du moyen âge pour les synchronismes ; les chancelleries — comme toutes les bureaucraties de tous les temps — n'éprouvaient aucun attrait pour les changements quels qu'ils fussent et l'ère chrétienne reçut d'elles un mauvais accueil.

Sous le pontificat de Jean XIII (965-970) les lettres apostoliques commencent à porter la date de l'ère chrétienne, mais elle demeure exceptionnelle. On trouve, il est vrai, la mention d'une année de l'incarnation indiquée dans le texte d'une lettre du pape Jean VIII en 878, mais ceci ne porta pas à conséquence. Depuis assez longtemps, cette ère était employée dans les actes privés. En Angleterre l'usage en aurait été importé par saint Augustin, venu d'Italie (604), et on la rencontre en effet dans des chartes saxonnes de la fin du VIIe et dans des actes royaux du commencement du VIIIe. On en rencontre également des exemples en Espagne dès la fin du VIIe. En Gaule, elle apparaît pour la première fois au milieu du VIIIe pour dater les capitulaires de Carloman et de Pépin, maires du palais ; on la trouve en 876 dans un diplôme de Louis III de Germanie et, depuis 877, dans les diplômes de Charlemagne. Il faut ajouter à cette liste un fort beau diplôme original de Pépin II d'Aquitaine, aujourd'hui conservé aux archives de la Haute-Vienne, dans le fonds de l'abbaye de Solignac. D'une authenticité indiscutable, il porte la date suivante :

« Anno incarnationis Domini nostri Jesu Christi octingentesimo nono, indictione II, anno primo regni nostri. Actum monasterio quod vocatur Solignac in Dei nomine. »

C'est le seul exemple rencontré jusqu'à ce jour dans la chancellerie des Carolingiens d'Aquitaine.

L'emploi ne s'en généralisa dans l'Europe occidentale qu'après l'an mille, d'où le nom de millésime (au moyen âge millenarium) donné au chiffre qui sert à exprimer la date. En Espagne, l'ère chrétienne ne fut adoptée qu'au XIVe.

X. RE DE DIOCLÉTIEN. — Letronne a consacré à cette ère une notice que nous allons citer presque en entier. L'ère de Dioclétien, dit-il, dont se sont servis les prêtres d'Isis pour fixer l'époque de leurs fonctions, est, comme on sait, l'ère qu'emploient les Coptes et les Abyssins, et à laquelle ils donnent le nom d'ère des martyrs. Il n'y a nulle difficulté sur le point initial de cette ère, et par conséquent sur sa concordance avec l'ère chrétienne. Elle commence avec la première année du règne de Dioclétien, comptée à l'égyptienne, c'est-à-dire le 29 août de l'an 284 de Jésus-Christ. Mais si son caractère chronologique est parfaitement déterminé, son emploi donne lieu à quelques difficultés historiques.

Pourquoi les chrétiens d'Égypte ont-ils choisi une ère qui datait de l'avènement de leur plus cruel persécuteur ? En outre, cette ère était contraire à l'usage dominant du pays. Ideler répond que cela tient probablement à ce que l'ère de Dioclétien s'est trouvée dans une condition pareille à celle où était l'ère chrétienne, qui dut être adaptée généralement à la table pascale que Denis le Petit y avait rattachée. Du moins nous savons avec certitude que Cyrille avait rapporté sa table à l'ère de Dioclétien. Ce n'est pas par hasard que le commencement d'un de nos cycles lunaires de dix-neuf ans tombe sur l'année 285, la première du règne de Dioclétien, tellement qu'une simple division des années comptées à partir de ce point donne le nombre d'or. Par là, il devient vraisemblable que le calcul pascal des Alexandrins s'établit sous le règne de ce prince. Nous savons que l'usage de ce calcul a été confirmé, mais non introduit, par le concile de Nicée.

Les chrétiens ont, comme on vient de le voir, rattaché cette ère au cycle pascal, nous en trouvons une deuxième preuve dans la lettre de saint Ambroise aux évêques de la province Émilie, où la citation de l'an 89 de Dioclétien est rapportée au calcul de la Pâque. Mais cette ère était-elle réellement contraire à l'usage constant en Égypte, ou bien fut-elle admise d'abord par les païens, et adoptée ensuite par les chrétiens ? Ceux-ci en bornèrent-ils l'usage au calcul pascal, ou bien fut-elle pour eux une ère usuelle, comme elle l'est encore pour les Coptes et les Abyssins ? Telles sont les questions à résoudre.

Les païens firent usage de l'ère de Dioclétien, ainsi que nous pouvons le voir par les deux éclipses de l'an 364, que Théon rapporte tout à la fois à l'ère de Nabonassar, d'après l'année vague, et à celle de Dioclétien, d'après l'année fixe ; en outre, par son calcul pour le lever de Sirius, la 100e année de Dioclétien. On peut y joindre encore l'observation d'Héliodore dans les années 498 et 502, et celle de Thius, dans les années 475 à 510, également rapportées à cette ère. Ainsi, il est certain que, chez les astronomes au moins, elle remplaça l'ère d'Auguste, qui n'avait jamais servi dans l'usage civil. Si l'on abandonna cette ère pour la remplacer par celle de Dioclétien, il faut, je pense, en chercher la cause dans un intérêt religieux. Cet empereur, après sa victoire sur Achillée, s'occupa sérieusement de l'Égypte : Ea tamen occasione, dit Eutrope, ordinavit provide multa, et disposuit quae ad nostram aetatem manent. Dans un de ses édits rapportés par Jules, auteur du martyre de saint Épine, il ordonne à Arménius, gouverneur d'Alexandrie et de l'Égypte, de détruire les églises chrétiennes et de réparer les temples, depuis Rhacotis (Alexandrie) jusqu'à Syène. La reconnaissance des Égyptiens pour ces améliorations, de plus, le zèle de l'empereur envers le paganisme, durent naturellement leur suggérer l'idée de prendre son avènement à la couronne comme point de départ d'une ère nouvelle, flatterie qui manquait rarement son effet. Leurs chronologistes et leurs astronomes, abandonnant celle d'Auguste, prirent la nouvelle ère et s'en servirent concurremment avec celle de Nabonassar ; ils continuèrent d'appliquer à celle-ci le calendrier vague, auquel étaient rapportés tous les calculs antérieurs, et ils attachèrent le calendrier fixe à l'ère de Dioclétien, dont le point initial était le 29 août, c'est-à-dire le commencement même de l'année alexandrine.

Mais ce ne fut pas une ère purement fictive, comme celle de Nabonassar et d'Auguste ; ce fut une ère réelle ou civile, qui remplaça dans l'usage ordinaire l'emploi des années de règne. C'est ce que prouvent trois inscriptions païennes de Philae, où les années sont comptées uniquement d'après l'ère de Dioclétien, tout comme dans les calculs astronomiques de Théon. On peut même présumer que l'emploi de cette ère, depuis que le trône impérial fut occupé par des princes chrétiens, dut plaire d'autant plus aux païens, qu'elle les dispensait de rappeler le nom de l'empereur régnant. Ce qui agréait aux païens ne pouvait que déplaire aux chrétiens, à qui le nom de Dioclétien ne rappelait rien d'aimable ; comment ceux-ci ont-ils pu s'accommoder de l'ère mise sous son nom ?

Tout d'abord il faut observer que cette ère a servi aux chrétiens pour le calcul astronomique et chronologique ; il ne pouvait en aller autrement, puis que toutes les observations des astronomes alexandrins, celles du moins qui étaient rapportées au calendrier fixe, furent, depuis Dioclétien, rattachées à la première année de son règne. Les astronomes ou chronologistes chrétiens de cette époque devaient s'appuyer sur les travaux des savants païens et prendre, pour leurs propres calculs, les mêmes points de départ ; conséquemment, établir leur cycle pascal sur le commencement de l'ère nouvelle.

Les quatre documents datés, qui embrassent l'intervalle des règnes de Constance et d'Héraclius, prouvent que, depuis Constantin jusqu'à l'invasion des Arabes, c'est-à-dire jusqu'à l'époque où l'Égypte fut enlevée aux empereurs d'Orient, les indictions, employées seules ou concurremment avec l'année impériale, servirent aux chrétiens, dans l'usage civil, pour marquer les dates des actes officiels et publics ou des transactions particulières. L'ère de Dioclétien ne s'y montre pas.

Quel fut donc le rôle de cette ère pendant tout cet intervalle ? Le voici : chez les chrétiens, elle ne servait évidemment qu'au calcul astronomique et pascal ; mais, chez les païens, son rôle continua d'être ce qu'il était avant que le christianisme fût devenu la religion de l'État, c'est-à-dire qu'elle fut employée par eux dans l'usage civil et particulier, comme le prouvent les inscriptions païennes de Philae ; car ici point d'indictions, point d'années impériales, mais uniquement l'ère de Dioclétien. Cette affectation des prêtres d'Isis, d'indiquer trois fois cette ère, montre avec quel soin les païens en conservaient l'usage, sans doute comme un précieux souvenir du dernier empereur païen.

Il est facile, à présent, de concevoir comment les chrétiens en vinrent à adopter cette ère païenne. Son usage civil, qui ne s'était jamais maintenu que chez les païens, dut disparaître nécessairement avec les derniers vestiges du paganisme effacés à l'issue par Justinien. Les indictions la remplacèrent tant que l'Égypte chrétienne resta soumise aux empereurs. Lors que le pays eut passé sous la domination des khalifes, tout lien politique avec Constantinople étant rompu, l'usage de nommer les empereurs dans les actes ne pouvait plus subsister ; d'une autre part, le cycle des indictions ne pouvait être employé seul, parce que cette période de quinze années doit nécessairement être accompagnée d'une autre indication qui donne un point fixe et déterminé. Que l'on conservât les indictions, cela se conçoit ; c'était un souvenir de la domination chrétienne, et d'ailleurs ce cycle était employé dans les livres qu'on révérait ; mais il fallait le rattacher à une ère quelconque pour pouvoir se reconnaître.

Ces considérations de Letronne étaient restées vraies jusqu'aux premières années du XXe. En publiant, en 1907, le Recueil des inscriptions grecques chrétiennes de l'Égypte, M. Gustave Lefebvre comptait sur trente-huit inscriptions datées, trente et une portant l'année de l'ère des Martyrs ou ère de Dioclétien et il rappelait que, d'après Letronne, cette ère n'aurait été employée par les chrétiens d'Égypte que postérieurement à la conquête arabe, soit après 640. Cette théorie a été reprise par E. Révillout. Si on écarte les inscriptions n. 43 et 664 du Recueil, dont la date est loin d'être sûre et qui ne peuvent pas être un argument contre la théorie de Letronne, on rencontre le n. 143, publié d'abord en 1903 et pour lequel l'éditeur proposait de lire l'année 239 des Martyrs (novembre 522). Depuis lors, la découverte des douze inscriptions d'El Doukheilchi, n. 1-12 du Recueil, qui sont du VIe, la plus récente de 590, a fait disparaître toute espèce de doute et rendu certain pour tous que l'ère dioclétienne était d'un usage répandu parmi les chrétiens d'Égypte, plus d'un siècle avant que le pays fût envahi par les troupes du khalife Omar. Il existe donc actuellement (1907) treize inscriptions datées de l'ère des Martyrs, antérieures à 640 et seize qui sont postérieures à cette date.

L'ère de Dioclétien, qui servait non seulement dans le calcul pascal mais encore dans le calcul civil, continua donc d'être employée sous les khalifes, parce que l'habitude était prise. Que les païens s'en soient servis sous le nom d'ère de Dioclétien pour esquiver une dénomination à saveur chrétienne et que les chrétiens en aient fait usage sous le nom d'ère des Martyrs pour effacer son origine païenne, nous n'en avons pas l'ombre d'une preuve, ni même d'une vraisemblance ; au reste, ce vocable d'ère des Martyrs était un non-sens, puis que l'ère est de 284 et la persécution lui est postérieure de dix-neuf années. Ce n'est donc pas au 29 août 284, mais au 29 août 302, que l'ère des Martyrs mériterait son nom. Il paraît tout à fait probable que l'ère de Dioclétien portait ce vocable depuis longtemps, quand on s'avisa qu'il rappelait un prince dont les chrétiens n'avaient pas eu à se louer et, sans songer ou peut-être sans savoir que l'avènement de Dioclétien ne coïncidait nullement avec l'édit de persécution, on se sera avisé de remplacer un nom fâcheux par un souvenir glorieux. Cette nouvelle dénomination ne devait pas effacer l'ancienne. Ainsi l'on peut être assuré que, de très bonne heure, les chrétiens d'Égypte avaient eu une tendance à ne pas faire la distinction chronologique ; pour eux, qui disait : Dioclétien, disait : persécution. Peut-être s'en trouvait-il parmi eux qui faisaient la distinction, mais il resterait à savoir si ceux-ci ne croyaient point que l'année de la persécution était la première de Dioclétien ou bien que le point initial de l'ère était la dix-neuvième année du règne. Il est en effet à remarquer que la première erreur a été commise par Abou'lfaradge, et la seconde par Ignace, patriarche d'Antioche, dans sa lettre à Scaliger.

À propos de l'ère de Dioclétien, nous devons mentionner une conjecture très ingénieuse dans les termes où elle a été présentée. Il s'agit de deux inscriptions de Philae.

Voici la première : èx Tr, ! ; ê^ouctaç ToO xuptou (Jto'j Toû [jizya\o^^(fKta' :â' :ou) y.y.l y.ô| ;.(iT0i ;) *X(aou(ou)'A|X[/.(ovîvj ; CTro'jSyj xal èxi5 Eizeîa xal 7iap£/o(jtév£.jv Ttapà ©EoSouto'j Toû aTtè 7rpai(7 ;ootTtov) àvotxoôo^ïjGt, toOto Ta (jtépoç toû ret/ouç 10 IvStx (Ttûvoç) Le dernier éditeur, M. C. Lefebvre, écrivait : date, 795 (ç : ?, de l'ère des martyrs). « Ainsi donc, répond M. H. Grégoire, un siècle et demi après la prise d'Alexandrie, la hiérarchie de la Byzance des Ve et VIes, et l'épigraphie si caractéristique de l'époque (le prénom Flavius, les abréviations êvSo^', xofji', etc.), se seraient miraculeusement conservées à Philae ! Ce prodige laissera tout le monde incrédule. D'ailleurs, l'an 796 ne concorde pas avec la XIIe indiction, il se partage entre la IVe et la Ve.

« Mais alors, de quelle ère est-il fait usage ici ? L'hypothèse d'une ère locale est celle qui se présente la première à l'esprit. Seulement, sur aucune des nombreuses inscriptions païennes de Philae que nous connaissons, on ne trouve la trace d'une pareille ère. J'ose donc proposer de voir ici une ère chrétienne. Aucune explication ne sera, je le crains, plus mal accueillie que celle-là. M. Ed. Schwartz vient encore de se prononcer catégoriquement contre toute théorie chronologique de l'espèce. Il faut avouer que les précédents lui donnent raison. Combien de fois a-t-on cru tenir un exemple épigraphique certain de l'ère de l'incarnation ! Kirchholl avait pensé retrouver cette chronologie dans une série d'inscriptions syriennes, et il a fallu abandonner l'un après l'autre tous ces cas prétendument démontrés. L'ère de Bosra, ou celle de Gérasa, ont repris leurs droits sur toutes ces inscriptions.

« Cependant, il est indiscutable que, dès le Ve, dès le VIe même, les chronographes alexandrins connaissaient une ère de l'incarnation ; non point celle dont nous nous servons aujourd'hui, mais une ère en retard de sept (ou huit ans) sur la nôtre. Cette ère concorde toujours avec l'an du monde alexandrin pour les dizaines et les unités. C'est elle qui fixe régulièrement dans les synchronismes de Théophane ; et Cyrille de Scythopolis, dès le milieu du VIe, en fait usage, exceptionnellement, il est vrai, dans ce curieux passage où il se réclame des travaux chronologiques « d'Hippolyte, d'Épiphane de Chypre, et d'Héron, philosophe et confesseur.

Voyons comment ce comput s'accorde avec les données de l'inscription. D'après Théophane, l'année 512 du Christ (tt, ; Oîîaç ciapxaxjïcdi ; cty] çt^') = l'an 6012 du monde (î<6it(jio'j ev^ i ?' ?)- Or l'an 6012 de Théophane = la 2e année de Justin = 519-520 de notre ère (dionysienne). La douzième indiction va du 1er septembre 518 au 1er septembre 519. D'après Théophane, dont l'ère est « une ère de 5492 », l'année 512 de l'incarnation se partagerait entre la XIIIe et la XIVe indiction, et non point entre la XIIe et la XIIIe. Mais si l'on admet sans correction le texte, cité plus haut, de Cyrille de Scythopolis, qui fait tomber le 5 décembre 524 dans la Xe indiction, il faut reconnaître que cette année 524 commençait pour lui au 25 décembre 530 et non au 25 décembre 531 ; en d'autres termes, Cyrille emploie « une ère de 5491 ». Selon ce comput, l'an 512 commence au 25 décembre 518, et correspond effectivement à la Douzième indiction et les synchronismes de Philae sont exacts.

« L'inscription suivante est datée de la même manière : c-ouS^ xal tizif.y.zix Toû è7râp »/(o'j) >.sy(£âivo ! ;) <E>t).ôJv xal TLa/_o>~ 5 7rpi« c(xi7ioç ?) àvxvîciSr, (sic) tô |J.époç TOÛ -sixo\)c, à-no 6s- [i.£At<ov ctt' âYa6(p èzd (l. é-si) ça' tt, ; véxç r, lvS('.XTt6voç) « M. Lefebvre, malgré la mention du préfet de la région de Philae, a cru pouvoir assigner à cette inscription la date de 785 après notre ère. Mais, si bien réparée qu'ait été la place de Philae, il est peu vraisemblable que la kgio prima, dont il semble être ici question, y ait bravé pendant cent cinquante ans le flot islamique. La date de l'inscription pourrait s'expliquer, comme dans la précédente, par l'ère chrétienne alexandrine. Théophane identifie l'an 501 t ?, ; Oîtaç caçxcocrcwç à l'an 6001 du monde (dix-huitième du règne d'Anastase) : c'est-à-dire 508-509 de notre ère (selon Cyrille, 507-508). La première indiction court du 1er septembre 507 au 1er septembre 508. Il va sans dire qu'il faut corriger, à la ligne 8, r ?, ; véaç ) Lv3{ ixTiôvo ;), ce qui ne présente aucun sens, en TÎjç véa : tvS(i.XTiovoç). La nouvelle indiction, c'est la première et non la huitième.

« Conclurons-nous de tout ceci que l'emploi d'un comput chrétien de l'incarnation à Philae au VIe est chose démontrée ? Non ; car, malgré tout, l'hypothèse d'une ère locale ne saurait être absolument écartée. Une inscription chrétienne mentionnant l'empereur Zénon et datée de l'an 6 est le seul témoin épigraphique de l'ère de Cherson.

« Il reste acquis, pour des raisons intrinsèques, que nos inscriptions sont au plus tôt de la fin du Ve et au plus tard des premières années du VIIe. Et le point de départ de l'ère employée, s'il ne coïncide pas avec l'an 7 de notre ère, tombe en 23, en 8 avant Jésus-Christ, en 22, en 37, en 52, en 67... de notre ère.


ÈRE d'Éleuthéropolis. — Voici d'abord un lot d'inscriptions sur lesquelles on lit la mention de cette ère.

1° Grande dalle de marbre blanc veiné de noir, trouvée à Bersabée, conservée au musée municipal de Jérusalem :

+ ENGAAE KeiTC OMAKAPIO CK&IOVMOCAI AHCIOCANCNA

H _


EMAECIOV^SI NASSETOVCKAT AGAEVOEPCONOAITAC AMT -I-

« La bienheureuse Philadelphie est morte à vingt ans, le 20 du mois d'Hyperbérétaeos selon les Arabes, en la onzième indiction, l'an 348 des Eleuthéropolitains. » (7 octobre 547.)

3° Dalle de marbre gris, large de 0 m. 63, haute de 0m.55, haut, des lettres 0m.035 ; conservée au patriarcat grec orthodoxe de Jérusalem :

+ 'Av£-âr, ô aaxâp'.oç 'IcoâvvT, ! ; 'E'jXoyîo'j h/ ja./)(vl) A(ai.)aiou S' biS 1.3' sro'j ; xarà 'EX Taç t5 e' xal àvETrâï] 6 [xa xàpioç 'HXiaç ô uioç a' !i(To3) èv (JLYJVI 'APTÎ(X(i.)<J'(ou... Iv)S(ixTiùvoç) Y' CTOUÇ Toa' -I- ('Avâ9[ji)a Se ècttiv exaa [toç ôç toût|ov xàv xâcpov [àvoiyeî £r :£]l y*P T^ !J-(eVxal oùx £Ti X » ?^^l ocXXov Tiva + « Feu Jean (fils) d'Euloge est mort le 4 du mois de Daïsios, en l'indiction douzième, l'an des Éleuthéropolitains 365. 1-t feu Élie, son (ils. le... du mois d'Artemisios, en l'indiction troisième, l'an 371. Est anathème quicon que ouvre ce tombeau, car il est plein et n'a plus de place pour un autre. • (24 mai 564 et le... avril-mai 570.) + y.zX-ix'. 6 jj.a 11 xâjstoç 0s68wpoç 'l Tepixàvou àvarraeiç || (x-IC^l) 'ATtpiXXtou xy' Il za-à SE « Apafiaç »ASTE II [iiaio'j Y' ■'îi'i^pfqt)' ;' < !opav p' || îvS(r/'.Tt(ôvoi ;)q ' ETO'jç zarà \\ 'EAEu6sp(07TC//iTaç) Otit' ^'qaT./ ; \\ 'éx-q e' liï.va ; Ç' àvàGc | : (ia 8È aro àro toO || n(aT ;p(6)( ; y.(a« 0 Toû »TtoO x(al) -ou || àytou nv(£'j[xa-roX Tiàç âv(oî)Y« v TÔ jxv/i(xa toû 1| to ; y£[X£i,. + • Ci-gît le bienheureux Théodore (fils) de Germain, mort le 23 avril, selon les Arabes, le 3 d'Artemisios, le vendredi à 2 heures, en la 6e indiction, l'an 389 des Éleuthéropolitains, âgé de 5 ans et 7 mois. Anathèmc soit du Père et du Fils et du Saint-Esprit quicon que ouvre ce tombeau, car il est plein ■ (23 avril 588).

5° Fragment brisé sur tous les côtés, lettres moyennes de 0m.032, le second fragment porte une çiCM-^npi^Ar^Kr i 6X€ré£FÂTTX,ZHC^C nP.CK T'dYio''I<Ty -§0 r ffnctt^- c ^ N Y date : t ; s'. Suivant l'ère d'Éleuthéropolis et le calendrier gréco-arabe, on peut avoir, ici, avril-mai 565 ■. 6 » Fragment trouvé à Jérusalem, près de la grande mosaïque des Oiseaux, originaire de Bersabée -.

M KAP ICOANNOV IV1IAN0IK A INAS E ET KATA EAEYGE PO n YM H Ji^-^ »« t...du bienheureux Jean. Au mois de Xanthikos, 1 » (jour), indiction 5 ; année 448 d'Éleuthéropolis ^ » (22 mars 647.) On sait par la numismatique l'existence d'une ère propre à cette ville, ère dont l'époque se placerait sous le règne de Septime-Sévère. De Saulcy était arrivé à en fixer le début entre 202 et 208 de Jésus-Christ *. Depuis le classement des monnaies connues jusqu'à la découverte de cette inscription, aucun monument n'est venu préciser cette ère. On a conjecturé, d'après des textes moins sûrs, que l'ère d'Éleuthéropolis daterait des immunités accordées à la ville par Septime-Sévère, lors de son voyage en Palestine après la pacification de la Syrie, voyage qui fut marqué par un retour de rigueur contre les juifs et contre les chrétiens '. Ce voyage est de l'année 202, au dire des uns, ou bien de l'année 200, d'après notre inscription. L'année 448 de cette ère spéciale, calculée a priori' d'après l'an 200, équivaut à l'an 648 de l'ère chrétienne. Or, en 648, de janvier à octobre, on était encore dans l'indiction 5', commencée en octobre 647. Le 1« jour de Xanthikos, suivant l'usage du calendrier syro-macédonien, doit correspondre au 22 mars.

Toutes ces inscriptions s'accommodent de l'an 200 comme point de départ de l'ère, si l'on fait aller la première indiction de septembre 312 à la fin d'août 313, selon l'opinion généralement adoptée. Pour calculer les concordances des ères après Jésus-Christ, il suffit d'ajouter au millésime de l'ère donnée le millésime de l'ère chrétienne moins une unité ; par conséquent :

L'ère 344, 6' indiction = 344 + 199, 5 juin 543.

L'ère 348, 11« indiction = 348 + 199, 7 octobre 547.

L'ère 365, 11= indiction = 365 + 199, 24 mai 564.

L'ère 389, 6 » indiction = 389 + 199, 23 avril 588.

L'ère 448, 5= indiction = 448 + 199, 22 mars 647.

« Ces chiffres prouvent en même temps que l'ère n'a pu commencer avant le 7 octobre 199, c'est-à-dire à l'automne de 199, ni après le 9 mars 200 ; c'est-à-dire au printemps de 200 « ».

Il reste donc constant que l'ère d'Éleuthéropolis employée à Bersabée et à Jérusalem ' commençait en l'an 199-200 après Jésus-Christ. L'année d'Éleuthéropolis, telle qu'elle nous était connue par quatre inscriptions parfaitement datées de Bersabée, comprenait au moins les mois de Dystros-Daïsios de l'an 200. c'est-à-dire qu'elle embrassait au moins la période de temps comprise entre le 15 février et le 19 juin de l'an 200. Dès lors le commencement de l'ère d'Éleuthéropolis devait se placer entre le 29 juin 199 et le 15 février de l'an 200, en supposant, bien entendu, qu'on se servait à Bersabée du calendrier gréco-arabe en même temps que de l'ère d'Éleuthéropolis. Cette hypothèse présentée par M. S. Vailhé ', a été confirmée peu après par une heureuse trouvaille. Il s'agit de cette inscription de Bersabée qui commémore le jeune Théodore, mort à l'âge de 5 ans et 7 mois. L'indiction 6« , allant avec l'an 389 de l'ère d'Éleuthéropolis, nous reporte à l'an 588 de notre ère. D'autre part, le 3 d'Artemisios du calendrier des Arabes nous donne le 23 avril, puisque Artemisios commence le 21 avril. Donc Théodore est mort le 23 avril 588, un vendredi de la semaine de Pâques.

Donc l'année 1 d'Éleuthéropolis, telle qu'elle nous est connue à présent, renfermait au moins la période de temps comprise entre le 11 mars et le 7 octobre de l'année 200. Et comme le 11 mars 200 correspond au 25 du mois de Dystros, qui avait commencé le 15 février ; comme, de plus, le 7 octobre 200 correspond au 20 du mois d'Hyperberetaeos, qui se terminait le 17 octobre, il s'ensuit que l'année 1 d'Éleuthéropolis a sûrement embrassé la période de temps comprise entre les mois de Dystros-Hyperberetaeos, c'est-à-dire entre le 15 février et le 17 octobre de l'an 200.

Elle n'a donc pu commencer qu'entre le 10 octobre 199 et le 15 février 200 '.


XII. re d'Espagne.— L'origine de l'ère d'Espagne n'a pas été déterminée avec certitude, mais il parait vraisemblable qu'on doit la chercher dans un cycle pascal de quatre-vingt-quinze ans qui coïnciderait avec l'an 38 de l'ère chrétienne. Les auteurs, comme Prosper, mentionnent tel cycle commençant avec l'an 46 de l'ère chrétienne ; il semble qu'en Espagne le choix n'ait eu d'autre raison de se porter sur un cycle commençant en l'an 38 que le désir d'approcher le plus près possible de la date de naissance du Christ •.

Quelques inscriptions d'Espagne comptant parmi les plus anciennes et provenant des Asturies et de la Biscaye ' nous donnent d'utiles indications que voici : anno.. CCLI consulatu C CXVI..

• » CCCXXIIX..

» » CCCXXXIIX..

^ra consuhim. CCC\-X\\\.. consulatu CC C C... ara. CCCCLXXIV. consulatu..... CCCCXXCII.

C./.L.,t. ii,n.5729 2833 ' 5752 5732 2713 5683 2918 5744 5738 La plus ancienne date portée sur les inscriptions est CLt.'., chiffre incomplet ; en outre, le titre original a disparu. La date la plus récente est CCCCXXCII (soit 482). Toutes ces inscriptions, à s'en tenir au style et au caractère des formules ainsi qu'à la paléographie, prennent place entre le i« siècle et le début du iv« de notre ère, sans qu'il soit possible de les rajeunir. Cette ère, qui date des consulats et des consuls — consulats et consuls qu'on ne peut supposer différents de ceux du peuple romain — ne doit pas être cherchée chez des indigènes tombés sous le joug des Romains ; il est donc nécessaire de la faire remonter au début de la domination romaine, laquelle fut établie en Espagne par les Scipions, au vi'= siècle de Rome, ni' siècle avant Jésus-Christ. Si donc cette ère commençait en 536 de la fondation de Rome (soit 218 avant notre ère), année pendant laquelle les Scipions vinrent pour la première fois en Espagne, l'année 316, rapportée comme la plus ancienne, tomberait l'an 852 de Rome, c'est-à-dire 99 après Jésus-Christ ; l'année 482, rapportée comme la plus récente, tomberait l'an 1018 de Rome, c'est-à-dire 265 après Jésus-Christ. Or la province romaine fut probablement constituée en 548 de Rome, soit 206 avant Jésus-Christ ^ Si nous prenons cette date comme début de l'ère nous obtiendrons pour l'année 316, la plus reculée, le synchronisme : 864 de Rome et 111 après Jésus-Christ ; pour l'année 482, la plus récente, le synchronisme : 1030 de Rome et 277 après Jésus-Christ.

Une seule objection s'élève contre ce calcul, c'est que l'Asturie et la Biscaye ne furent réduites en provinces romaines par Auguste qu'en 728-729 de Rome, soit 26-25 avant Jésus-Christ. Ce point de départ ne peut être défendu, sous peine de faire tomber l'ère 316 en 1044 de Rome, soit 291 après Jésus-Christ, et l'ère 482 en 1210 de Rome, soit 457 après Jésus-Christ. Or ces dates sont en complet désaccord avec le caractère des inscriptions. Si, d'un autre côté, nous suivons l'opinion d'après laquelle l'ère d'Espagne commencerait avec l'année qui vit la soumission de la Lusitanie et du nord de l'Espagne par D. Junius Brutus, c'est-à-dire en 616 de Rome ou 138 après Jésus-Christ, alors l'ère 316 tomberait en 932 de Rome, 138 de Jésus-Christ et l'ère 482 tomberait en 1098 de Rome et 345 de Jésus-Christ. Mais en ce cas l'inscription de 482 (n° 5738) est reportée à une date trop récente, car il est certain que cette inscription n'est pas postérieure au v ou au vi« siècle au plus tard. Ajoutons que, quoi qu'en dise Mommsen, ce n'est pas l'Asturie et la Cantabrie (= Biscaye) que soumit D. J. Brutus, mais la Lusitanie et la Gallécie (Galice), qui en sont fort éloignées ; or, aucun monument relatif à cette ère n'a été rencontré en Lusitanie et en Galicie, tous ceux connus proviennent de l'Asturie et de la Biscaye. On peut encore bien moins songer à cette ère espagnole dont nous avons fait mention et qui commencerait à l'an 38 après Jésus-Christ. S'il devait en être ainsi, l'ère 316 tomberait en 354 après Jésus-Christ et l'ère 482 en 519. L'âge des inscriptions exclut forcément de telles dates.

On arrive, avec quelle probabilité, à soutenir l'hypothèse suivante. Après leur soumission sous Auguste, l'Asturie et la Biscaye adoptèrent une ère commune à toute la province et commençant à l'année 548 de Rome, soit 206 avant Jésus-Christ, mais l'usage de cette ère, pour une raison qui nous échappe, ne dépassa pas la région la plus septentrionale de la province. D'après cette hypothèse, les neuf inscriptions mentionnées plus haut se trouvent reportées aux années 111 et 277 après Jésus-Christ, dates qui sont pleinement d'accord avec les caractères paléographiques desdites inscriptions.

On a pensé trouver dans le mot ère un terme d'origine ibérique ; à défaut d'une preuve irrécusable, on ne saurait admettre que les années consulaires soient désignées, dans des inscriptions latines, par un vocable étranger. Par contre, ce mot fut employé par les troupes mercenaires pour désigner les années seulement. Le pluriel œra fut employé en qualité de féminin singulier par suite d'une coutume rustique et semi-barbare, mais très explicable dans ces régions où le recrutement annuel introduisait un grand nombre de soldats dans les rangs de l'armée romaine.


XIII. Ère de Gaza. — Fragment d'inscription trouvé dans une maison arabe à Gaza, Om. 30 de haut sur Om. 26 de large, hauteur des lettres Om. 025 ' : *+ CHMAKATA THCTOYXP ANACTAC Est-ce l'ère de Gaza, 61 avant Jésus-Christ ? En ce cas, l'année 270 de cette ère répondrait à 211 ou 210 de l'ère chrétienne et la formule initiale deviendrait intéressante. Une autre inscription, provenant de Rouheîbé, région sud de Bersabée, et entrée au musée de Saint-Sauveur à Jérusalem, est une épitaphe ainsi conçue • : + 'AvETrâv] f] [jtaxapîa 'AvaCTxaatoc, 8'. LvS. y', sxouç u'-jS' + • S'est reposée la bienheureuse Anastasie, le 4 » jour des épagomènes, de l'indiction 3« , de l'an 494. Malgré la provenance voisine de Bersabée, ce n'est pas l'ère d'Éleuthéropolis qui est employée ici. Cette ère débute en l'an 199 de notre ère, or ici le désaccord indictionnel en montre l'impossibilité, l'an 693 de Jésus-Christ (494 + 199) correspondant aux indictions 6-7. Cette constatation a induit M. Clermont-Ganneau à penser qu'il pourrait être question de l'ère de Gaza, dont il a fixé l'époque exacte au 28 octobre (1 » Dios) de l'an 61 avant Jésus-Christ « . La majorité des épitaphes chrétiennes trouvées à Gaza porte une date exacte, l'année de l'indiction et l'année d'une ère ; presque toutes sont des épitaphes, une mentionne l'exécution d'un pavement, elle est également datée « ; sur quelques pierres le chiffre des centaines a été systématiquement effacé par le lapicide. L'ère employée ne peut faire l'objet d'un doute, puis que, sur une inscription, nous lisons ' : + €N0AAEKAT* €THEHHT0YAO YAHOYCI AGYRAT HPTIMOOEOYEN H a MÛAICIOYAITKA TATAZ TKXIN AI Al + + y.y.-s-rrfi-rj r) toû 6(£o)0 SoiiX-q Oùaîa, ÔUYaTYjp Tijj.o0éov, èv jxt)(vI) Aaictou ai', toO xarà raÇ(aîo'ji ;) 'p<.x', îvS(t »/CTi(âvoç) at '-)-.• Ici repose la servante de Dieu Ousia, fille de Timothée, le 11 du mois de Daïsios, de l'année 023 suivant le peuple de Gaza, indiction onzième -|-. • On pourrait suppléer aussi bien xaxà ràî^(av), mais puis que nous avons un exemple certain de zaTà FaÇatouç, nous nous y tiendrons ; c'est dans le récit de la vie de saint Porphyre, évêque de Gaza, par son diacre Marc, que nous lisons : 'Ev elpïjv-f) èxo !.jj.r ;9v| [xs t'X tûv 'Aylbiv HTjvl AùoTpw Scu-épx Hto'jç x.axà l'aî^aîouç oySoï)L'époque de l'ère de Gaza, ou son point de départ, est donné par un passage bien connu et très discuté de la Chronique paschale et par une série de monnaies frappées à Gaza. De la comparaison de ces textes et monuments, il résulte que le début de l'ère de Gaza doit être fixé vers l'an 60 avant Jésus-Christ ; car les computistes ne sont pas arrivés à se mettre d'accord sur un écart de quatre années ' ; ce qui parait le plus probable et confine à la certitude, c'est que l'année 1« de l'ère de Gaza coïncide avec des parties des années 62-61 ou de 61-60. Dans la série d'inscriptions de Gaza publiée par M. Clermont-Ganneau nous rencontrons les dates suivantes : 565, 571, 589, 599, 600, 601, 608, 623, 662, 669, correspondant aux années 505, 511, 529, 539, 540, 541, 548, 563, 602 et 609 de l'ère chrétienne.


XIV. Ère de Gérasa. — On a fait usage à Gérasa d'une ère dite de la « paix d'Auguste », c'est-à-dire l'ère d'Actium. Nous lisons sur un fragment comprenant huit lignes en caractères carrés ' : m^.E7a WM. BKP *ZZEBAZTH2EIPKN... qu'on peut restituer, sans témérité, de la manière suivante : ['AYaOf ; Tùx''-,]. »Eto[_uç] fe^ [aTtà TTJlç o£paaiV ?,ç Eip/,v[T|i ;]. Cette ère, employée dans beaucoup de villes d'Asie, était spécialement en usage à Antioche de Syrie. Une inscription de Pergame en Mysie « nous apprend que Gérasa avait pris le nom d'Antioche sur le Chrysoroas, et que la petite rivière qui traverse la ville s'appelait le Chrysoroas, comme celle qui traverse Damas, et comme d'autres rivières ou ruisseaux de l'antiquité. Participant aux us et coutumes de la grande Antioche, Gérasa ne pensa pouvoir mieux faire que d'adopter l'ère de la grande ville. Gérasa était une des villes hellénisées de la Décapole transjordanique, et faisait partie de la province de Syrie, de même que Philadelphie, tandis que, par leur position sur la versant oriental des montagnes de la Pérée, ces deux villes auraient plutôt dû appartenir à la province d'Arabie. Dans l'inscription citée plus haut, l'année 118 correspondant à l'an 88 de notre ère. Autre inscription gravée sur une grande pierre de forme cubique trouvée dans les ruines de la porte occidentale de Gérasa. Dimensions : hauteur, Om. 88 ; largeur, 0 m. 74 ; épaisseur, 0 m. 55 ; hauteur des lettres, Om. 05 ; lettres larges, gravées peu profondément, filets entre les lignes '° : + -H + CNOYAHKAI 1 NPONOIA<t>AS TOYCAFTO Ts G X » EKOEMCALOONEKTIC XPON oûN npù) T H C 1 N A s -H StîouSâ x.al TTpovoîa t'>.(aourlou) roO èxx6y(ou) ax°(''°« ^'^'''° ») "« '' sxôIkou, r] axoà ex 6e[Jt£- Xtcov TÛ tç £T(e)i, Sîou, xP°^<a'>' 'ip<â'n ;ç lv8(lXTlô>V0ç). L'année 510 correspond à 480 de notre ère. Une inscription métrique, divisée en quatre fragments, nous a conservé la dédicace de l'église Saint-Théodore, martyr • : AajjL— pôç lyù 8]6yLor sljjil àEOXoçopo'j ©soScopou, [xdtp-îupo ; ÔeoeiSéoç ou zXsoç STtTr, £v xQovi xai -ôvxo) &> zeàvoto. S(ô(ia Y« P ê^ YO^'T ! » »{''-'X'i ^' ^'Ç oùpavôv sùp'iv. (zcTà TrÔTfiov àsi 5i.sTéxou<5a yoprir, ;- Ëpxoç (àstvaov !, xàY^potov IpfjLoc àaTEi xal vaéTTjat xal Ècrao[i.évoi.ai — ; XàplTl TOÛ 0(EO)v3 Èâ£[JtcXlc(>6ïl [TOÛTO tÔ [Xa]pTijp'.OV (X/)(vi) Aiôi TÎ)Ç Y xal Ta {<-é[p]6upa cv jjLir)(vi) Aiôi T !ricte..a[ ?] toû Ovç ëT(o'Jç). • Je suis 'la brillante demeure du vainqueur Théodore, martyr immortel, homme divin dont la gloire a volé sur terre et sur l'océan aux profonds abîmes. Son corps est à la terre, mais son âme, dans le vaste ciel, partage à jamais le sort des chœurs angéliques. C'est un perpétuel rempart, une défense invincible pour la ville et ses habitants présents et futurs. « Par la grâce de Dieu ce martyrion a été fondé au mois de Dius, indiction treizième, et le linteau a été posé au mois de Dius, de l'an 559. » Cette date correspond au mois d'octobre de l'année 529 de l'ère chrétienne ; cette date concorde très bien avec les caractères intrinsèques de l'inscription.


XV. Ère de Maurétanie. — Bien que la très grande majorité des inscriptions chrétiennes d'Afrique soit dépourvue de note chronologique certaine et qu'on doive recourir, pour fixer la date, à l'étude critique du texte, les tituli à date certaine sont à la base de toute discussion critique. Ces dates relèvent de systèmes différents. On rencontre fréquemment l'emploi de l'indiction », mode de supputation à peu près dépourvu d'utilité quand il se trouve isolé, puisqu'il représente des cycles renouvelables d'une durée de quinze années chacun, laps de temps trop restreint pour donner à des particularités paléographiques l'occasion de se dégager et de se caractériser. On usait en Afrique d'autres modes de calcul. La chronologie consulaire, dont l'usage fut très restreint ', a été employée, ainsi qu'on doit s'y attendre, sur quelques inscriptions dédicatoires '. Une de celles-ci présente le rapprochement de deux modes de supputation : la chronologie consulaire et la chronologie provinciale *IN-HGCLOCG TAE-SVNT-RE Il A V R E N T ■WIARTIRIS DIE III iviNJ A V G DIE VVS- « ■ C 0 N DOM ■ C P-MOR- S'-HERCVLANI-VC EDICANTELAVRENTIO ' DOWL-AN-P-CCCCXIII-AMEN* On voit que cette inscription était destinée à constater l'inhumation à Sétif des restes du martyr Laurent. On lit ce nom dans le martyrologe romain, à la date du 28 septembre, rapproché de celui de Martial, martyrisé en Numidie, en même temps que lui, et vingt autres fidèles, mais sans aucune indication qui autorise à désigner, ni même à soupçonner le lieu et la date du martyre. L'inscription offre deux dates : dans la première, malgré l'adoption de l'ère consulaire, on ne s'est pas servi du calendrier romain puis que le lapicide a écrit : III IV(<')N[s's1 au lieu de m NON'[os) : mais admettons que ce n'est là qu'une erreur de transcription. Pour la deuxième date, le rédacteur semble avoir voulu d'abord compter les années à partir de la mort du Christ ; puis, il s'est ravisé, craignant peut-être de ne pas réussir la réduction nécessaire, et s'est contenté de recourir à l'ère provinciale, à laquelle il était évidemment plus habitué. Il faut donc lire : In hoc locu saiicto, dcposilœ sunt rcliquiœ sancii Laurenli martiris. die m mensis aiifiasti. consulatu Hcrculani viri clarissimi, die. Domini, dedicante Latirentio viro vcnerabili sacerdotc, posl morlcm Domini. anno provincife 413. Amen. Les deux dates se rapportent-elles à un fait unique, c'est-à-dire à l'inhumation à Sétif des reliques de Laurent ? Oui, évidemment ; car si l'auteur du monument eût voulu, par la première, indiquer l'époque du martyre de ce saint, et par la seconde celle de la translation des reliques, il se fût servi de la même ère pour toutes les deux. Remarquons toutefois que le consulat d'Herculanus répond à l'année 402 et l'an 413 de la province à l'an 455 de l'ère chrétienne et qu'il y a, par conséquent, entre ces deux dates, un écart de trois ans. Mais, à cette époque, les flottes vandales étaient, depuis longtemps, maîtresses de la Méditerranée : les communications entre Rome et la Maurétanie sitifienne devaient être fort difficiles et l'on pouvait ne pas être dans cette province bien au courant de la succession des consulats. C'est même ce qui explique que l'emploi, dans notre inscription, d'une seconde date, rapportée à une ère locale, mais dont l'auteur était sur, après une première date, pour ainsi dire officielle, mais sur laquelle planait une sorte d'incertitude.

L'emploi de ces deux dates peut donner lieu à une autre remarque. Les auteurs de l'érudition de vérifier les dates disent que « Genséric data de l'époque de la prise de Carthage les années de son règne ». On en doit conclure que cette époque servit de point de départ à une ère nouvelle, d'après laquelle on dut, dès lors, compter les années dans les contrées soumises à la domination des Vandales. Ce qui le prouve, d'ailleurs, ce sont les médailles frappées à Carthage par ordre de Genséric et sur lesquelles on lit les dates K ANNO Mil et K. ANNOV ; c'est encore que Justinien, devenu maître de l'Afrique septentrionale, crut nécessaire d'y établir une nouvelle ère, ce qu'il n'aurait certainement pas fait si l'on avait continué jusqu'à ce moment à y dater par l'ère de la province et par les fastes consulaires.

Ce fait admis, on ne peut supposer que, dans une ville soumise au conquérant vandale, on ait employé sur un monument public cette dernière façon de dater ; c'eût été déclarer publiquement qu'on ne reconnaissait pas l'avènement de la dynastie vandale et, certainement, du caractère dont était Genséric, la bravade ne fût pas demeurée impunie. Que conclure de tout ceci ? C'est qu'à l'époque où l'inscription fut gravée, c'est-à-dire au 3 août 455, la Maurétanie sétifienne n'était pas encore au pouvoir de Genséric ; en d'autres termes, c'est que ce prince ne fit la conquête des trois Maurétanies qu'après son expédition d'Italie et la prise de Rome, laquelle eut lieu, comme on sait, le 12 juin de la même année.

L'explication donnée par L. Renier au sujet des mots post mortem Domini peut sembler bien insuffisante. Si le laïc voulait supputer les années depuis la mort du Christ, la difficulté était si insignifiante qu'on s'explique difficilement qu'il n'aurait pu en venir à bout. S'il a employé cette formule, c'est qu'elle représentait un procédé fréquemment employé dans l'Église d'Afrique. Celle-ci commençait l'année au 25 mars, jour qu'elle tenait pour l'anniversaire de la mort du Sauveur ; il s'ensuit que les localités qui suivaient le comput africain voyaient l'année civile fractionnée en deux sections, l'une jusqu'au 25 mars, l'autre jusqu'au 25 mars inclus ; par conséquent, l'ère provinciale était scindée, elle aussi, en deux sections qui portaient les désignations de ante mortem Domini pour la période antérieure au 25 mars, et post mortem Domini pour la période postérieure à cette date. Ce qui serait de nature à surprendre, c'est que l'inscription de Sétif est, jusqu'à ce jour, la seule qui offre cette mention, bien que l'emploi de l'ère de Maurétanie soit des plus fréquents, observe le P. de Buck ; à quoi J.-B. De Rossi répond que cette inscription est d'un type exceptionnel, c'est une inscription liturgique. Elle fait mémoire, non d'un martyr de la persécution vandale, imaginé par L. Renier, mais de saint Laurent, le célèbre diacre romain, dont les reliques étaient déposées dans un oratoire ou dans une basilique le 3e jour du mois d'août, de sorte que, si la dédicace de cet oratoire ou de cette basilique avait été célébrée au moyen de cette disposition, l'octave qu'il était d'usage de faire en pareille circonstance tombait le 10e jour du mois d'août, jour de la fête de saint Laurent.

La simple mention de l'ère de Maurétanie peut conduire à des constatations topographiques qui ne sont pas sans importance. Une pierre trouvée, en 1895, à Khermet el Ma el Abiod, entre Constantine et Sétif, est datée de l'an 415 de l'ère de Maurétanie, qui correspond à l'année 474 de l'ère chrétienne :

5 ET DE CRVCE DNI


DE POSI TE DIE III N O


NAS FEBRARIAS ANP


CCCC XXX V

Ce document, écrit M. R. Gagnat, permet de rectifier le tracé de la frontière de Numidie vers l'ouest. On admettait jusqu'ici que cette frontière, après avoir suivi l'oued Endja, passait entre Cuicul et Mons et descendait en ligne droite jusqu'au chott Beida (entre les erdi et Nova Sparsa). Nous voyons maintenant que la région voisine d'Aziz ben Tellis et de Bordj Mamra était comprise dans la Maurétanie, puisqu'on s'y servait pour la supputation des années de l'ère maurétanienne.

L'emploi de l'ère de Maurétanie nous amène à une autre observation. Une inscription de Ternaten, localité ayant fait partie de l'ancienne Maurétanie Césarienne, est ainsi libellée :

Memoria Marcelli. Recessi die martis luna XXI, idus nuguslas, anno provinciae CCCCXLI (ou CCCXCI).

En 441 de l'ère maurétanienne, soit 480 de l'ère chrétienne, le jour du mois lunaire indiqué ici n'est pas un mardi, mais un mercredi, tandis qu'en 491 (= 530 de notre ère) ce même jour tombe un mardi, le 13 août. D'après cela, il faudrait corriger à la sixième ligne L en C, « mais en 530, la lune, au 13 août, n'avait encore que quatre ou cinq jours, suivant les cycles ; en tout cas, son âge réel comportait une différence de plus d'un demi-mois avec celui qui est indiqué sur la pierre. De là, raison de douter. Si nous revenons à l'année 480, nous constatons que, cette année-là, le 13 août était une lune XXIe, XXIIe ou XXIIIe dans les cycles. Il y a donc très sensiblement concordance. Comme nous avons à choisir ici entre deux erreurs, il faut prendre la moindre. Que l'on se trompe d'un jour dans la semaine, que l'on prenne un mercredi pour un mardi, c'est ce qui arrive souvent, et à tout le monde. Mais que l'on se trompe de quinze jours dans l'âge de la lune, que l'on marque la pleine pour la nouvelle, ou le dernier quartier à la place du premier, c'est complètement impossible. Il faut donc s'en tenir à l'année 480, provinciae CCCCXLI.

Les chrétiens du Ve n'avaient pas de moyen plus ordinaire d'être fixés sur l'âge de la lune que les premiers traités qui circulaient alors sous le nom de libri paschales et dont plusieurs nous sont parvenus. Parmi ceux-ci, deux ont été rédigés en Afrique, le plus récent des deux à Carthage en 455 ; cependant ni l'un ni l'autre ne satisfait aux données de l'inscription. Les deux autres computs, basés, comme les africains, sur le cycle de 84 ans, sont romains ; l'un d'eux fut en usage au IVe et au commencement du Ve ; il donne au 13 août la lune XXIIe, comme le deuxième de Carthage ; l'autre, dressé à Rome en 447, correspond exactement à notre inscription ; il a, au 13 avril, la Pâque avec la lune XVII, ce qui donne pour le 13 août, luna XXI. La même solution se présente dans le Paschale de Victorinus d'Aquitaine, établi à Rome en 457.

Ainsi notre inscription nous révèle que, pendant une période de temps qui ne va pas au delà de l'année 455, le pape saint Léon Ier, ayant pris, comme le savons par d'autres documents, la direction des Églises de Maurétanie, y introduisit le comput romain de 447. Une fois établi cet usage pascal dans les provinces alors détachées de la primatie de Carthage et demeurées romaines, il s'y maintint au moins jusqu'à l'année 480.

Les inscriptions supputées d'après l'ère de Maurétanie sont, de beaucoup, les plus nombreuses en Afrique, bien que ce mode de supputation ne se soit pas introduit dans les provinces de Byzacène, de Proconsulaire et de Numidie, et qu'on rencontre — exceptionnellement, c'est vrai — dans la Maurétanie Césarienne la supputation indictale. Ces inscriptions s'échelonnent entre les dates extrêmes 238 et 593 et se répartissent de la manière suivante : 238, une ; 261, une ; 324, deux ; 329, 331, 332, 339, 342, 345, 349, 351, toutes à un exemplaire ; 352, deux ; 360, 365, 371, 377, 383, 384, toutes à un seul exemplaire ; 390, deux ; 394, un ; — au Ve : 405, quatre exemplaires ; 406, un ; 408, deux ; 414, 415, 418, 419, 422, 429, 430, 433, 434, 440, 442, 444, 448, toutes à un exemplaire ; 450, deux ; 452, deux ; 454, 457, 461, 467, 468, 469, 471, toutes à un seul exemplaire ; 474, deux ; 475, 480, 483, 491, 493, 494, toutes à un seul exemplaire ; 495, deux ; — au VIe : 527, 536, 583, 593 ; (toutes à un exemplaire). On voit, d'après cette statistique, que de nouvelles trouvailles peuvent enrichir chaque année, que l'usage du comput introduit par Léon Ier n'obtint qu'un succès d'estime parmi les fidèles.

Sur l'origine de l'ère de Maurétanie, les conjectures n'ont pas manqué. On s'accordait à reconnaître que le point de départ de cette ère provinciale était l'époque où la Maurétanie fut réunie à l'empire romain, mais on différait beaucoup quant à la date précise de cette incorporation. Pline donne à entendre qu'elle eut lieu immédiatement après la mort de Ptolémée, ce qui la fixerait à l'an 40 de Jésus-Christ. Il a raison et une inscription trouvée à Bougie (= Saldae), conservée au musée d'Alger, donne la date provinciale accompagnée de la mention des consuls :


XVI. re des Séleucides. — L'usage de l'ère de Bostra ne s'étendit pas vers le nord au delà des limites de la Trachonitide : entre ce district et le premier village de la banlieue de Damas, s'étend une plaine déserte qui va rejoindre à l'est le grand désert de Syrie, et qui a constitué de tout temps une limite naturelle entre le pays damasquin et la province dans Bull, de la Soc. nul. des antiq. de France, 1878, p. 143, 147, 148 ; P. Gauckler, dans Bull. arch. du Comité, 1892, p. 124, pi. xv ; S. Gsell, d'ins Mélanges d'nreh. et d'hisl., 1895, p. 50, n. 9 ; p. 51, n. 10 ; p. 54, n. 17 ; G. Brocbin. dans Bull. arch. du Comité, 1888, p. 429, pi. xiii ; R. Gagn : it. dans même recueil, 1889, p. 134c, 1.35 d ; L. Duchesne, dans Bull, de la Soc. nat. des antiq. de France, 1889, p. 94. — « H. Chardon, dans Bull, archéol. du Comité, 1900. p. 144. pi. V ; p. 146. — ' Une épitaplie de Sétit, publiée par S. Gsell. dans Mél. d'arch. et d'hist., 1895, t. xv, p. 50, n. 9, porte cette date incomplète : CGCX... — * Date douteuse. — ' Plus deux épitapbes, Corp. in.scr. tal., t. vmi, n. 9716, 9866, où l'on ne peut reconnaître que le nombre des centaines. — • F. Prévost,.Nole sur la ilitermination de la date de l'ère provinciale d'Afri que, ilnns Reiiue archéologi que, 18471848, p. 800-802 ; A. Uerbriigger, L'ère maurétanienne, dans Bcuue africaine, 1856, t. i, p. 20-26. — • N. 185. — ' » C'c.sl après avoir fait cette démonstration cpi'Adr.Berbrugger cul connaissance d'une brochure signi ?c Y. Z. et portant à Li main sur la couverture : Auctorc de Buck bollandisia, et aboutissant au même résultat. C'est l'inscription et la brochure dont nous avons parlé au début de ce paragraphe. — « A. Poulie, De l'ère mauritanienne et de l'épo que de la division de la Mauritanie Césarienne en deux lirovin ces, dans Annuaire de la Soc. archéol. de la prov. de Constantinc, 1862, t. VI, p. 261 (sic, pour 161)-183.

Méridionale. Au village de Lebaba (Deir Ali), le premier lieu habité que l'on rencontre lorsqu'on quitte la Trachonitide pour se rendre à Damas et qu'on a traversé le petit désert, il se trouve une inscription intéressante à plus d'un titre, et qui prouve que l'ère des Séleucides y était usitée. Cette inscription constate la construction d'une synagogue des hérétiques marcionites, par les soins d'un ancien nommé Paul, et elle est datée de l'année 630 :

Σ'Jvay'J T'l Mapxto)vi(îTc5v xci[x(7]ç) AEpàJEûjv Toû y.('jpîo)u x[a]i o(cor^)p(oç) 'r/](<joû) XpifiCTTO' »), TTpovota IlauXou Kpsc7p(uTépo'j, TOÛ 7.x' TO'j ;

L'année 630 de cette ère commence le 1'' octobre 318. Épiphane, qui écrivait dans la seconde moitié du IV'' siècle, témoigne de la persistance de la secte des marcionites en Syrie de son temps. Il est donc clair que l'année 630 ne peut être comptée d'après une ère moins ancienne que celle des Séleucides.

Pour Damas et Émèse, l'usage de l'ère des Séleucides est attesté par les médailles ; pour Palmyre, par de nombreuses inscriptions ; pour quelques localités moins importantes, telles que Abila de Lysanias, Maloula et les villages de la banlieue de Damas, on peut invoquer le témoignage des inscriptions funéraires païennes, datées des années 509, 512, 555, 572, qu'il serait difficile de rapporter à une autre ère. A Hamah ou Epiphanie, la principale ville de la vallée de l'Oronte, au nord d'Émèse, l'ère qui figure sur les médailles n'est point celle des Séleucides, mais au village de Kéfarbou, situé à deux lieues à l'ouest de Hamah, Waddington a trouvé une inscription chrétienne avec la date 851, et la troisième indiction, qui se rapporte certainement à l'ère des Séleucides ; + « AvïlOsv (i-/ivl*Apr() ;j.7](Tto'j roû avo>' sto'jç, îvS. y' + La date correspond au mois de mai 540 de notre ère.

Enfin, à une journée de marche au nord de Hamah, dans les montagnes d'El Barah, dans ce district rempli des plus magnifiques ruines chrétiennes, la seule ère en usage est encore celle des Séleucides.

La seule inscription païenne datée, dans ce district où les monuments sont presque sans exception de l'époque chrétienne, est une inscription funéraire de l'an 498, ce qui établit une forte présomption en faveur de l'ère des Séleucides. Quant aux inscriptions chrétiennes, les dates descendent jusqu'aux années 710, 720, 728, 731, 741 et 877, qui tomberaient toutes longtemps après l'établissement de l'islamisme, si on les rattachait à une ère plus moderne que celle des Séleucides. Or, on ne peut admettre que les monuments d'El Barah et des environs aient été construits à une époque où le christianisme n'était plus la religion dominante ; bien au contraire, ces belles ruines attestent à chaque pas la présence d'une population riche et civilisée, dans toute la ferveur du christianisme, élevant des églises magnifiques, des habitations spacieuses, (les tombes monumentales, et y gravant partout le symbole de sa foi, la croix, le monogramme du Christ, et des sentences pieuses tirées de l'Écriture sainte. Tout cela ne pouvait plus avoir lieu après l'invasion musulmane, et l'état même des ruines montre qu'après la conquête ces montagnes furent abandonnées par leurs anciens habitants, et très peu colonisées par les envahisseurs musulmans.

Du reste, il nous sera facile de prouver que l'ère des Séleucides est la seule qui s'applique parfaitement à la triple donnée chronologique fournie par quelques inscriptions, c'est-à-dire l'année, le jour du mois et l'indiction. Prenons par exemple une inscription gravée au-dessus de l'entrée d'un grand tombeau creusé dans le roc, à Khirbet HJs ; elle est datée du vingtième jour de xanthicus de l'année 741, et de la treizième indiction • :

+ xi n,v/) !XÏov stou ? '^['■'i''> |ji/)(v6ç) HavStxoû y.' £v8'.[zt]'.covoç ly' + La 13' indiction commence le 1 » septembre 429, l'inscription est donc du mois d'avril 430, car l'ère des Séleucides commence elle-même au 1« octobre de l'année 312 avant Jésus-Christ ; ainsi l'année 741 commence au 1 » octobre 429. Mais, d'un autre côté, la treizième indiction constantinienne, la seule en usage en Orient, commençant au 1« septembre de la même année et le mois syro-macédonien de xanthicus correspondant à notre mois d'avril, il y a donc accord complet et la date du tombeau est le 20 avril de l'an 430 de l'ère chrétienne.

L'inscription de Kéfarbou dont nous venons de parler fournit un second exemple également concluant ; ici la date est le mois artémisius de l'année 581, et la troisième indiction : l'année 851 des Séleucides commence au 1 »' octobre 539 de notre ère, la troisième indiction au 1« ' septembre de la même année et le mois artémisius correspond au mois de mai ; l'inscription fut donc gravée au mois de mai de l'année 540.

Une troisième inscription copiée à Deir Sanbil conduit au même résultat • :

+ TOUÇ X-y, ^' £Tî[X£CT)0e. A'-^ïvîo'j.

L'année 720 des Séleucides commence le 1 » octobre 408, et la septième indiction, le 1« septembre de la même année.


XVII. Bibliographie. — M. Abel, Nouvelles inscriptions grecques de Bersabée, dans Revue bibliographique, 1904, 2e série, t. i, p. 266 sq. — Belley a publié une série de dissertations dans les Mémoires de littérature des registres de l'Académie royale des inscriptions et belles-lettres, t. xxvi, p. 391 : Dissertation sur les ères des villes d'Épiphanie de Syrie et de Cilicie ; p. 406 : Dissertation sur l'ère de la ville d'Augusta en Cilicie ; p. 415 : Dissertation sur l'ère de Scythopolis, ville de Palestine ; p. 429 : Observations sur les médailles de Diospolis et d'Éleuthéropolis, en Palestine ; p. 440 : Observations sur quelques médailles singulières de la ville de Césarée de Palestine ; p. 456 ; Dissertation sur les ères de la ville et de la colonie de Sinope ; — t. xxviii, p. 557 : Dissertalion sur l'ère de la ville d'Abila en Célésyrie ; p. 368 : Observations sur l'ère de Pella, de Dium et de Canatha, villes de Célésyrie et sur la prétendue ère de Ramatha, ville de Palestine ; — t. xxx, p. 262 : Dissertation sur les ères de la ville de Rhosus ou Rhossos en Syrie ; p. 271 : Observations sur une médaille frappée par les habitants d'Antioche, sous le gouvernement de Trajan, père de l'empereur Trajan ; p. 287 : Dissertation sur l'ère de Balaance en Syrie ; p. 294 : Dissertation sur l'ère de Nicopolis en Palestine ; p. 307 : Observations sur l'ère et sur les médailles de la ville de Bostra en Arabie ; p. 324 : Dissertation sur l'ère des villes de Germanicopolis et de Néoclaudiopolis en Paphlagonie ; — t. xxxiii : p. 685 : Dissertation sur l'ère de Césarée du Liban et sur les honneurs divins rendus à Alexandre le Grand ; p. 695, Dissertation sur les ères de la ville de Leucas en Célésyrie ; p. 707 : Dissertation sur l'ère d'Anazarbe ; — t. xxxv, p. 608 : Observations sur les médailles et sur — J.-A. Letronne, Matériaux pour servir à l'histoire du christianisme en Égypte, en Nubie et en Abyssinie contenus dans trois mémoires académiques sur des inscriptions grecques des V et VIes, in-8°, Paris, 1832, p. 101-110. — F. Martroye, Chronologie de Théophane, dans Bulletin de la Société nationale des antiquaires de France, 1910, p. 292-295. — A. Mentz, Beiträge zur Osterfestberechnung bei den Byzantinern. Königsberg, 1906. — G. Oppert, Über die Entstehung der Era Dionysiana und der Ursprung, dans Verhandlung der Berliner Gesellschaft für Anthropologie Ethnologie und Urgeschichte, 1900, t. xxxii. — A. Poulle, De l'ère maurétanienne et de l'époque de la division de la Maurétanie Césarienne en deux provinces, dans Annuaire de la Société archéologique de la province de Constantine, 1802, t. vi, p. 261 sq. (sic, pour 161)-183. Description des monnaies autonomes et impériales de la Palestine et de l'Arabie Pétrée, in-8°, Paris, 1874. — D. Serruys, De quelques ères usitées chez les chroniqueurs byzantins, dans Revue de philologie, 1907, t. xxxi, p. 151-189 ; Les transformations de l'era Alexandrina minor, dans même revue, 1907, t. xxxi, p. 251-264. — S. Vailhé, L'ère d'Éleuthéropolis et les inscriptions de Bersabée, dans Échos d'Orient, 1903, t. vi, p. 310-314 ; Encore l'ère d'Éleuthéropolis et les inscriptions de Bersabée, dans Échos d'Orient, 1904, t. vii, p. 215-219. — H. Vincent, L'ère d'Éleuthéropolis, dans Revue bibliographique, 1902, t. xi, p. 437-439. — C. L. Visconti, Dell'uso e utilità dei monumenti cristiani cronologici anteriori all'uso dell'era volgare per la storia e la cronologia della Chiesa, in-4°, Roma, 1856. — W. H. Waddington, Les ères employées en Syrie, dans Comptes rendus de l'Académie des inscriptions, 1865, p. 35-42. — N. de Wailly, Éléments de paléographie, 1 vol. in-4°, Paris, 1838, 1. 1, p. 406-5. — A. Zaccaria, Raccolta di dissertazioni di storia ecclesiastica, in-4°, Roma, 1840, t. iii, p. 347-353.

H. Leclercq. ÉRÉMITISME. La vie érémitique ou anachorétique comporte, pour celui qui s'y adonne, une séparation complète avec le monde, un isolement absolu. Comme on ne se retire pas au désert pour y écrire ses Mémoires, les ermites sont moins connus par leurs confidences que par la légende, qui s'est emparée d'eux. De celle-ci il est prudent de rabattre beaucoup, au risque de ne plus rien savoir. Ce qui est certain, c'est que l'initiateur de cette vie solitaire et mortifiée fut un Égyptien nommé Paul, qui vivait sous la persécution de Decius. Il eut un grand nombre d'imitateurs ; le peu que nous savons de ces hommes d'une trempe exceptionnelle n'enrichit guère le domaine de l'archéologie. L'isolement, l'indigence ne sont guère propices aux œuvres monumentales et les ermites professaient de s'en tenir au-dessous de l'indispensable. Un trou, agrandi ou rétréci, dans un rocher, une flaque d'eau ou bien une source, un coin de terre où poussait leur maigre ration, c'était assez pour eux, et c'était tout. Rien de tout cela n'a laissé trace. Sans doute on a découvert ou pensé découvrir, dans la Thébaide, la Cappadoce, ailleurs encore, nombre d'excavations pratiquées dans le roc plus ou moins friable. Souvent un détail indique que l'homme et l'outil y ont eu leur rôle, mais il est tout à fait arbitraire d'imaginer à ces réduits une haute antiquité, afin de répandre sur eux le lustre des grands noms de fondateurs d'anachorétismes. Il est presque toujours impossible d'identifier ces grottes, ces anfractuosités, qui n'ont pas cessé d'être creusées et habitées jusqu'à des époques très voisines de la nôtre.

Il est certain que, parmi tant de reclus qui s'enfoncèrent dans la solitude, beaucoup persévérèrent jusqu'à la mort, d'autres furent surpris par elle, mais il semble que, dans la plupart des cas, la vie érémitique fut un exercice spirituel d'une durée limitée, une retraite à l'heure où l'appel de Dieu se faisait entendre à l'âme, retraite plus ou moins prolongée. Saint Antoine d'Égypte quitte sa solitude, vient séjourner dans les monastères, pousse même sa pointe jusqu'à Alexandrie pour y converser avec saint Athanase, puis retourne se retremper dans le silence. Saint Hilarion, saint Pakhôme, saint Benoît débutent à leur rôle d'instituteurs du cénobitisme par une expérience personnelle, de durée variable, de la vie érémitique. Saint Basile a commencé, lui aussi, par une sorte de noviciat anachorétique. Dans la Vie de saint Benoît, le jeune fugitif nous est montré débusqué, pour ainsi dire, de sa retraite par l'admiration de ses disciples, mais dans sa règle, il prévoit le cas où un religieux, après un séjour dans le monastère, retournera vivre en pleine solitude.

La règle érémitique n'était pas le rouleau compresseur imaginé depuis ; elle respectait les individualités et admettait un genre de vie multiforme dans l'unité de l'attachement au Christ. La largeur des prescriptions laissait chacun libre de se porter vers l'objet de son attrait personnel quant à la mesure de solitude, de prière, de pénitence. La réclusion absolue de Jean de Lycopolis est une exception, presque une excentricité. Beaucoup de moines habitaient une cellule isolée, d'autres s'associaient à deux ou à trois. A Nitrie, un groupe de moines s'assemblait dans l'église deux fois la semaine pour la prière commune, puis se séparait. Ceux-ci méritaient-ils le nom d'anachorètes et le portaient-ils en réalité ? On en peut douter. Leur vie comportait une proximité d'habitation qui semble avoir marqué précisément la séparation entre le concept cénobitique et le concept érémitique. Point n'est besoin de s'éloigner pour toujours, mais il faut s'éloigner à honnête distance. L'excentricité de Macaire d'Alexandrie l'entraîne un jour à quitter le désert des Cellules pour aller vivre, nu comme la main, six mois durant, parmi les marais, d'où il revient après cette excursion, mordu, à tel point hideux, boursouflé, défiguré, méconnaissable, qu'on ne le reconnaît plus qu'à sa voix. Voici un anachorète ; il est clair que, pendant sa villégiature de six mois, le saint pénitent n'aura vu âme qui vive et aura vécu de feuillage et de racines.

Les stylites et les dendrites ne sont pas des ermites, car leur installation paraît généralement voisine d'une agglomération.

L'histoire de l'érémitisme reste et restera longtemps à écrire. Elle se composera peut-être un jour d'un catalogue de noms propres et, en regard de quelques-uns d'entre eux, une anecdote, quelques historiettes. Peut-être ne faut-il accorder à celles-ci qu'une confiance très restreinte. Les rares monuments que nous connaissons sur des ermites sont quatre inscriptions d'Égypte mentionnant le titre d'anachorète comme la profession du défunt.

Cheik Abadéh, nécropole antique d'Antinoë, 1903, conservé au musée du Caire ; calcaire, haut. 0 m. 03 ; larg. 0 m. 30 :

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Aklimîn ( ?), musée d'Alexandrie, salle 1 (ancien n. 191), stèle rectangulaire qui semble avoir été sciée sur les côtés. Calcaire, haut. 0 m. 23 sur 0 m. 28 : croix inscrite dans une couronne. Calcaire : 0 m. 34 X 0 m. 40 = ;

]Spw ; ay. |xai tijjl5 oO|£oq aSs (X<poç ?) ]£7T£i7 ev ipivï) Herment ( ?), musée du Caire, n. 8514. Stèle à fronton triangulaire ; dans le tympan, deux branches de feuillage ; au-dessous, un panneau carreau occupé par une croix inscrite dans une couronne. Grès ; 0 m. 69 x 0 m. 29* : a :ia Euxa[pi]o ; ava}(Mp7)Tï] ;

H. Leclercq. ERLANGEN (MANUSCRITS LITURGIQUES ;

125. Leciionarium. XIIe.

126. Breviarium monastinale ab Adventu Domini usque ad Pascha. XIIe.

128-129. Biblia latina. XIIe. 141. Euangeliarium. IXe ; fol. 120-125 : Capitula evangeliorum anni circuli.

151. Breviarium quadragesimale. XIIe.

467. Evangeliarium. IXe, fol. 150-164 : Capitulare evangeliorum de circula anni.

468. Missale. Xe.

484. Benedictionalis liber sive rituale ecclesiasticum. Xe.

Benedictio salis, aquæ, aliarumque rerum.

Benedictio aquæ frigidæ ad judicium faciendum.

Missa ad sponsas benedicendas.

S. Gregorii papæ urbis Romanæ, ordo ad baptizandum infantes.

S. Athanasii expositio fidei catholicæ (avec commentaire).

Symbolum apostolicum (avec commentaire).

Reconciliatio rebaptizati ab hæreticis.

Missa super dæmoniacum.

Benedictio super eos, qui de diversis hæresibus veniunt.

Qualiter sacerdotes suscipere debent pœnitentes more solito.

Ordo ad visitandum et ungendum infirmum... deinde communi cum sacerdos corpore et sanguine Domini »).

Ordo pœnitentis ad mortem.

Obsequium circa morientes.

Missæ pro defunctis.

487. Lectiones epistolicae, pour les dimanches et les fêtes. XIIe.

507. Collectæ et cantica. XIIe.

525-526. Quatuor Evangelia. VIII-IXe. Après l'évangile de saint Luc, deux hymnes et prières au Christ : évangile de saint Jean, incomplet de la fin.

547-549. Missale. XIIe.

550-552. Missale. XIIe. cf. Platner et Bunsen, Beschreib. Roms, t. iii, 2e part., p. 450 ; Marangoni, Delle cose gentilesche trasportate ad uso d. crist., p. 46 ; F. Piper, Mythol. und Symbolik, t. I, p. 47, 217.

H. Leclercq.


ESCABEAU. L'usage de l'escabeau sur les monuments chrétiens sert à signaler la dignité de celui ou de celle à qui il est attribué. Ce petit meuble, que d'aucuns trouvent gênant, tire peut-être son importance de ce mot du psaume : Donec ponam inimicos tuos scabellum pedum tuorum ; c'est le lointain souvenir d'une attitude triomphale ? Sur les fresques, sur les sarcophages, le Christ, la Vierge, un saint est assis sur une chaise à dossier, et, sous ses pieds, un escabeau. Les mosaïques nous en donnent quelques exemples. Par un raffinement de respect, l'escabeau était parfois voilé (voir Housse).

H. Leclercq.

L'ini- SIÈCLES. — Il a existé des esclaves chrétiens en grand nombre ; quelques noms à peine nous ont été conservés. Quelle fut leur condition ? Celle de la multitude d'autres esclaves, tourbe anonyme que les écrivains de l'antiquité nous décrivent misérable, perverse, redoutable autant qu'opprimée, avilie, persécutée. Les historiens modernes ont patiemment colligé les textes et en ont composé un tableau répugnant et révoltant. Est-il exact ? Ceci est une autre affaire. L'esclavage antique touche à des questions sociales si graves et si enchevêtrées qu'il faut en laisser l'étude à ceux qui y trouvent prétexte à dénigrement ou à apologétique. Notre dessein est moins ambitieux.

Au cours de sa prédication, renfermée dans les frontières de la Palestine, Jésus-Christ avait vécu au sein d'une société que l'esclavage n'avait que légèrement effleurée : c'est ce qui peut expliquer son silence et jusqu'à l'absence d'allusion au monde servile dans les paraboles composées d'après les données de la vie ambiante. Les apôtres et les premiers disciples, tous originaires de la même contrée, ayant borné leur horizon à la même société juive, ne purent échapper à une surprise attristée lors que les étapes de l'apostolat les mirent en présence d'un état de choses qu'ils devaient soupçonner à peine et que, peut-être, mirent-ils quelque temps à comprendre. Leurs écrits authentiques ne témoignent pas d'une indignation très vive à la vue de ces excès de misère, d'injustice et de cruauté dont les auteurs anciens nous font un complaisant étalage. De la part d'hommes tels que les apôtres de Jésus, cette indifférence a surpris et même scandalisé, et tandis que les uns ont parlé de couardise, les autres ont répondu modération. Il est incontestable qu'aucun écrit apostolique ne nous apprend l'impression produite sur saint Paul, saint Pierre, saint Jean, saint Jacques ou saint Jude par le spectacle de l'esclavage et ainsi nous ne sommes pas en mesure de dire ce qu'ils en ont pensé. Il est non moins incontestable qu'ils ont adopté à l'égard de cet état social une méthode d'intervention à si lointaine échéance que nous sommes autorisés à dire qu'ils l'ont toléré. Si l'esclavage s'était offert à leurs yeux tel que nous le voyons, se fussent-ils conduits à son égard avec une semblable tolérance ? Quoi qu'il en soit, il paraît difficile de leur faire un mérite d'une condescendance qui n'aurait eu pour dessein que d'épargner à l'édifice branlant et vieilli du monde antique une secousse qui pouvait consommer sa ruine. Quelques siècles plus tard, nous voyons des papes de Rome relever des peuples entiers de leur serment d'obéissance à leurs rois ou à leurs empereurs et on hésite à comparer la gravité des conflits politiques qui provoquent ces mesures à la gravité du problème moral de l'esclavage.

La condition des esclaves était, incontestablement, si misérable qu'elle devait attirer l'attention de ceux qui venaient soulager toutes les infortunes. Est-ce la crainte de provoquer une révolte et tous les désordres, toutes les ruines qui en résultent, ou bien est-ce l'espoir d'une réforme plus universelle et plus accélérée qu'elle ne le fut en réalité, qui détourna les apôtres d'un rôle différent de celui qu'ils adoptèrent ? Il importe peu de poser ces questions, qui demeureront toujours sans réponse. Ce qui est hors de doute, c'est qu'au ier siècle de notre ère les esclaves constituaient dans l'empire une puissance redoutable et redoutée. L'an 54, une dame romaine est accusée parce que, « en ne maintenant pas sous un joug assez ferme les armées d'esclaves qu'elle possédait dans les Calabres, elle mettait en péril la sûreté de l'État ». L'an 24, un mouvement d'esclaves ruraux s'organisa dans le sud de l'Italie et fut facilement réprimé, mais « Rome, dit Tacite, avait commencé à trembler à cause de la multitude des esclaves qu'elle renfermait dans son sein ». Les historiens nous ont conservé le souvenir des répressions cruelles exercées contre les esclaves ; elles nous apprennent que les maîtres redoutaient autant qu'ils se sentaient haïs ; les lois venaient leur prêter main-forte, les mœurs toléraient des rigueurs dont le simple récit nous révolte et, en présence d'un mal aussi universel, d'une situation à tel point entrée dans l'organisation sociale, on a le droit de se demander si l'indignation généreuse, l'appel à la liberté n'eussent pas jeté le monde dans un bouleversement dont les apôtres, après l'avoir provoqué, n'eussent rien retiré pour l'amélioration des hommes et de la société.

Les épîtres de saint Paul nous offrent quelques passages d'après lesquels il est aisé de deviner la nature et le ton de ses exhortations à cette catégorie misérable : « Esclaves, leur dit-il, obéissez à vos maîtres terrestres dans la simplicité de votre cœur, comme vous obéiriez au Christ ; ne leur obéissez pas avec un empressement servile, qui ne cherche qu'à plaire aux hommes, mais du fond du cœur, pour faire la volonté de Dieu ; servez avec bonne volonté, pour contenter Dieu et non les hommes et souvenez-vous que tout ce que vous ferez de bien, que vous soyez libres ou esclaves, Dieu vous le rendra ». Aux maîtres, il disait : « N'ordonnez à vos esclaves que des choses justes, et, quand vous leur commandez, songez que vous avez un maître dans les cieux ; ne pesez point sur eux par la terreur, mais souvenez-vous qu'ils ont le même Dieu que vous, et que ce Dieu vous jugera les uns et les autres, sans regarder à la condition des personnes ». Cette exacte balance des devoirs réciproques doit être rappelée et servir de commentaire à une parole qui « contient en germe, a-t-on dit, la destruction future de l'esclavage » : « Il n'y a plus de différence entre le Juif et le Grec, l'esclave et l'homme libre, l'homme et la femme, vous êtes un dans le Christ Jésus ». Plus positive est l'indication suivante : « Vous avez été appelés à la foi étant esclaves ; ne vous en inquiétez pas ; mais si l'occasion s'offre à vous de devenir libres, usez-en avec empressement... car vous avez été rachetés d'un trop grand prix pour être volontairement les esclaves des hommes ». Cette occasion se présentait sans doute, mais d'une manière exceptionnelle, c'était l'affranchissement par rachat ou par testament qui ne paraissent pas avoir libéré un nombre appréciable d'individus. C'est une arme médiocrement efficace que la supplication quand elle se tourne vers l'intérêt. Nous en avons un exemple dans un billet adressé par saint Paul à un chrétien nommé Philémon, de qui un esclave fugitif s'était réfugié auprès de l'apôtre. Il est probable que le fugitif n'avait pris ce parti extrême et périlleux que parce que l'existence chez son maître lui paraissait insupportable : et ce maître était chrétien. Non seulement il se gardait d'affranchir ses esclaves, mais il les poussait à bout et à cette résolution désespérée de la fuite. L'apôtre ne pouvait se dispenser d'intercéder, mais il s'en acquitte avec des ménagements qui montrent bien que l'esclavage n'était pas contesté, même dans les conversations privées entre les chefs des Églises et les fidèles opulents. « Je viens, écrit Paul à Philémon, te supplier pour mon fils Onésime, que, étant prisonnier, j'ai engendré à Jésus-Christ. Autrefois il était pour toi sans valeur, maintenant il est également précieux à toi et à moi. Je te l'ai rendu : reçois-le comme mes entrailles. J'aurais désiré le conserver près de moi, afin qu'il me servît, en ton nom, pendant la captivité que je subis pour l'Évangile. Mais je n'ai pas voulu agir ainsi sans ton consentement. Reçois-le non plus comme un esclave, mais comme un frère chéri. Reçois-le comme tu me recevrais ». Quel accueil fut fait à cette supplique, nous n'en savons absolument rien. « Nul doute, a-t-on écrit, qu'une si touchante prière n'ait obtenu la liberté de l'esclave ». Nul indice, dirons-nous, qu'une si humble demande ait obtenu le moindre succès. L'apôtre dit encore : « Je pourrais prendre en Jésus-Christ une entière liberté de t'ordonner une chose qui est de ton devoir », et c'est ce qu'il se garde de faire, sous prétexte que « l'amour que j'ai pour toi fait que je préfère te supplier, quoi que je sois Paul, vieux, et maintenant prisonnier pour Jésus-Christ ». Le billet à Philémon est un des documents les plus significatifs dans sa brièveté. Un apôtre, Paul lui-même, le plus entreprenant du collège apostolique, insinue à son correspondant le devoir d'affranchir un de ses esclaves, il n'ose pas de l'ordonner, en prévision d'un refus. Enfin, c'est en faveur d'un coreligionnaire et auprès d'un autre coreligionnaire qu'il intervient avec cette prudence. Elle se retrouve dans la Didaché, où nous lisons ceci : « Tu ne commanderas pas avec amertume à ton esclave ou à ta servante, qui espèrent dans le même Dieu que toi, de peur qu'ils ne perdent la crainte de ce Dieu qui est pour eux comme pour toi ; car il ne fait d'acception de personne quand il vient par son appel, mais il appelle ceux que l'Esprit a préparés. Mais vous, esclaves, soyez soumis à vos maîtres comme à des images de Dieu, avec modestie et avec crainte ». On peut remarquer que cette sollicitude s'applique aux seuls esclaves chrétiens et nous voyons sur une inscription d'un hypogée cette mention qui confirme l'attention réservée aux coreligionnaires : Monumcntum Valeri Mercuri et Julilès Juliani et Quintiliæ Vererindæ libertis libertabusque posueris quæ eorum at religionem pertinentes meam...

Clément d'Alexandrie s'occupe souvent de l'esclavage et fait plus que de recommander la soumission et la résignation, d'une part, la douceur et l'indulgence, d'autre part ; il conseille à ses contemporains de diminuer le nombre des esclaves et moraliser ceux qu'ils conservent. Mais ces conseils sont encore destinés aux seuls maîtres et aux seuls esclaves chrétiens puisqu'on l'entend recommander au maître de ne pas faire obstacle à la vocation d'un esclave qui se sent appelé à la pratique des conseils évangéliques. A ses yeux, l'esclave n'est pas inférieur au maître depuis qu'ils adorent le même Seigneur et versent leur sang en témoignage du Christ '. « De même, dit-il, que Pierre (I, M, 18) prescrit aux esclaves d'être soumis, avec une crainte entière, aux maîtres quels qu'ils soient, non seulement bons et cléments, mais désagréables et fâcheux, de même l'équité, et la patience, et la bonté conviennent aux maîtres. En résumé, selon le langage de l'apôtre, ne formez tous qu'une même âme, soyez miséricordieux et tendres pour vos frères, afin d'être les héritiers de toute bonne et aimable bénédiction ». » Origène insinue lui aussi les affranchissements, mais il use d'un détour et, à l'occasion du judaïsme, il fait observer que « personne dans cette religion ne peut demeurer esclave pendant plus de six ans ; est-il besoin de faire remarquer combien cela est conforme à la raison, combien sont ainsi réglés avec justice les rapports du maître et du serviteur '° ! » Saint Cyprien recourt aussi à des ménagements d'expression, lors que, s'adressant à Démétrien, il lui dit : « Tu exiges des services de ton esclave, et, homme, tu contrains un homme à t'obéir. Pourtant, les conditions de la naissance sont les mêmes pour vous deux, et aussi les conditions de la mort ; votre corps est formé d'une matière semblable ; la même raison éclaire votre âme ; une pareille loi vous a fait entrer dans le monde et vous en fera sortir. Malgré cela, s'il ne te sert pas à ton gré, s'il n'accomplit pas toutes tes volontés, tu commandes, tu exiges avec excès la servitude, tu flagelles, tu frappes, tu punis par la faim, par la soif, par la nudité ; souvent même tu tortures par le fer et par la prison ». Ce n'est rien de plus qu'une semonce ; un siècle plus tard, le rédacteur des Constitutions apostoliques n'hésitera pas à ordonner à l'évêque de retrancher de sa communion ceux qui traitent mal leurs esclaves, les affligent par les coups, la faim, une dure servitude ». La société chrétienne se montra moins réservée ; elle fit à l'esclave une place au foyer et s'enorgueillit de le rapprocher de sa sépulture. Il suffit de rappeler d'un mot la décision du pape Calliste, au iii« siècle, autorisant des femmes nobles, des clarissimes, à épouser, en dépit de l'interdiction de la loi romaine 'S des affranchis et même des esclaves ». Les épitaphes catacombales gardent le silence sur la condition sociale des morts, quelques inscriptions mentionnent un esclave ou un affranchi, mais elles sont tellement exceptionnelles qu'elles confirment la règle d'omission générale. Le cubicule d'Ampliatus (voir ce mot), de dimensions si vastes et de décoration si élégante dans la catacombe de Domitille, est peut-être celui de l'esclave dont parle saint Paul '^ Dans la catacombe de Saint-Hermès, le caveau contenant les restes des martyrs Prote et Hyacinthe, que leur cognomen indique avoir été de condition servile » : était encore garni des débris d'une étoffe tissée d'or dans laquelle avaient été déposés les restes de ces esclaves. La mention de l'esclavage est si exceptionnelle sur les inscriptions chrétiennes que nous mentionnerons celle-ci ' :


HIC SITVS NOTA


TVS SERVVS FIDE

Sur une inscription de l'Attique nous lisons : οκέτης, qui a divers sens, mais souvent, chez les auteurs chrétiens, celui de la condition servile ^ : + ΜvYjfjtôp'.ov A'.ovudtou nXou-âpxo'J àv9u7tâTOU II. Rang soa.\L. — Une innovation grave fut la participation des esclaves au culte chrétien. Au jugement des païens, les esclaves n'avaient pas de religion. On savait que beaucoup parmi eux étaient affiliés à des superstitions étrangères, mais celles-ci n'avaient rien de commun avec le culte officiel et, ici, le slave n'avait plus sa place. Dédaigneusement, ses maîtres lui abandonnent des cultes infimes, divinités des carrefours, divinités champêtres ; ou bien ils lui tolèrent l'affiliation à d'humbles confréries, collèges misérables où quelques déshérités se réunissaient pour manger un morceau de bouilli, boire un coup de vin et honorer le génie de leurs maîtres.

Dans l'association chrétienne, la place de l'esclave était très différente. Il avait un droit égal à celui des riches, des hommes libres et de ses propres maîtres à l'initiation d'où découlaient tous les privilèges. « Nous avons tous été baptisés en un seul esprit, dit saint Paul, et formés en un seul corps, juifs et gentils, esclaves et libres ». L'esclave pouvait, dès ce moment, jouir des plus hautes prérogatives attachées à la possession des charismes, et l'Église, loin de les lui disputer, les consacrait en lui ouvrant l'accès des dignités hiérarchiques. C'est une étrange nouveauté parmi la société de ce temps de voir la communauté de Rome, célèbre entre toutes, gouvernée tour à tour par un esclave fugitif et banqueroutier, Calliste, et par quelque descendant d'une gens illustre, comme Corneille. Assurément, et pour autant que nous en pouvons juger, l'administration de Calliste fut avantageuse à l'Église de Rome, mais le fait de son élévation au pontificat est, à lui seul, plus intéressant que tout le reste. Le sujet choisi pouvait compenser le souvenir de ses mésaventures par la perspective de son savoir-faire, mais ni au moment de son élection, ni lors que son collègue l'évêque de Porto l'attaquait avec une vigueur impitoyable, le souvenir de son origine servile ne faisait pas même matière à objection.

Lactance ne fait donc pas œuvre d'apologiste, mais il constate une situation de fait, lorsqu'il écrit ces mots : « Chez nous, entre les riches et les pauvres, les esclaves et les libres, il n'y a pas de différence ». Ce n'est pas seulement dans le silence et l'obscurité des nécropoles catacombales (|que les titres de seruus ou de liberlus étaient évités, au point qu'ils y semblent abolis, c'était surtout dans les réunions liturgiques. On ne possède aucun texte, aucun canon, aucune règle qui interdise aux fidèles de faire usage de ces termes, et il n'en a très probablement jamais existé ; mais le goût, le tact, cette chose éminemment latine, retenait sur les lèvres un mot désobligeant par la seule situation dépendante dont il évoquait l'idée. De pareilles délicatesses ne se retrouvent pas ailleurs. La servilité orientale se complaît dans la platitude et la cour byzantine imaginera d'innombrables fonctionnaires vaniteux de se parer d'un titre dégradant à force d'être pompeux. Les invasions germaniques jetteront pour de longs siècles tout un étroit réseau de dénominations avilissantes dont chacun se décore avec une satisfaction sans mélange. Parmi ces peuples inférieures, byzantines et germaines, l'Église chrétienne ne posséda longtemps qu'une situation précaire et contestée ; son génie indépendant et libérateur ne pouvait être accueilli sans prévention par des sociétés instinctivement asservies d'avance à toute conception tyrannique et oppressive. Après avoir tenté vainement de se soumettre le génie latin, les empereurs byzantins du bas-empire, de même que les empereurs allemands du moyen âge, ont dû y renoncer et le laisser suivre sa destinée lumineuse et libératrice. Il en eût coûté aux fidèles de faire sentir dans la maison de Dieu des distinctions sociales : leurs basiliques ne connaissaient qu'une séparation unique, celle des sexes : quant aux rangs, tous se plaçaient à leur gré, ignorant les stalles réservées aux riches et les balustrades qui encadrent les nobles dans les cathédrales du moyen âge. Les esclaves, dans la primitive société chrétienne, ne sont, en aucune manière, parqués, ainsi que le furent les serfs à une époque postérieure, dans la portion la moins rapprochée de celle où s'accomplissent les mystères.

Cette égalité, loin de créer un danger social, écartait celui que l'esclavage entraînait après lui. Il était bien difficile, impossible même, à ceux qui avaient reçu côte à côte le corps et le sang du Christ, chanté en s'aidant du même livre l'hymne au Sauveur, partagé les conseils, les avis, les aumônes et les oléfans, de se retrouver dans la même demeure sans que des rapports nouveaux, plus condescendants d'une part, plus confiants d'autre part, ne s'établissent et ne se développent. Cette égalité, se manifestant dans la recherche, parfois excessive, d'un nivellement des conditions, était une réaction violente et efficace contre l'orgueil qui servait de règle à la société païenne. Sans cette rapide et touchante entreprise, sans le germe fécond et indestructible qu'elle avait déposé, l'esprit germanique eût étouffé, au cours de l'accablant moyen âge, tout souvenir, toute idée, toute aspiration vers cette égalité évangélique, le servage eût continué l'esclavage.

Il y eut dès lors une égalité agissante et opérante qui, opprimée, niée, accablée, parut disparaître pour jamais. Entre le ix« et le xvi« siècle. l'Occident, devenu la proie de la Germanie, se débat de son mieux contre l'entrave d'une hiérarchie sociale compliquée et étouffante. C'est l'essai généreux, et parfois presque imprudent, d'égalité tenté dans les Églises occidentales primitives qui réveillera les consciences et les ramènera à renouer l'esprit des origines avec celui de la société moderne. L'esclavage se trouve réhabilité depuis que la soumission qu'il impose est un libre acquiescement aux règles de la modération. On peut s'enorgueillir d'être esclave d'un maître juste et raisonnable en songeant que les plus illustres parmi les fidèles se font honneur de se dire esclaves du Christ Jésus, esclaves de leurs ouailles. ■ Nous nous sommes faits vos esclaves au nom de Jésus », écrit saint Paul aux fidèles de Corinthe », et saint Augustin écrit : « Le Seigneur m'a fait l'esclave du peuple d'Hippone'. — 'I Cor., xii, i :i. — ' Divini Instii., I. 'V, c. xvn. — • II Cor., iv, 5. — ' Épist., XXVI.

Servir Dieu ensemble, c'est, dans la langue de l'Église primitive, être co-esclaves, conservi, αὐτοῦ σνδούλοι ; ainsi s'expriment saint Paul, saint Ignace, saint Cyprien, Tertullien, saint Grégoire de Nazianze, saint Jean Chrysostome. « Si celui qui était en la forme de Dieu, dit ce dernier Père, s'est anéanti lui-même, prenant la forme de l'esclave pour sauver des esclaves, quoi d'étonnant si moi, qui ne suis qu'un esclave, je me fais l'esclave de mes co-esclaves.


II ne fallait rien moins que cette réhabilitation de la servitude pour en faire supporter le nom et le poids, du moment que des questions étaient posées, fort embarrassantes pour les évêques auxquels elles s'adressaient : D'où est venue la servitude ? leur demandait-on. Et saint Jean Chrysostome de répondre : « Je connais beaucoup d'entre vous qui demandent cela et le voudraient apprendre ; je vous dirai donc : l'avarice, l'envie et l'insatiable cupidité ont engendré la servitude ». Saint Grégoire de Nazianze n'est pas moins net : « C'est la tyrannie, dit-il, qui a divisé en deux parts le genre humain », et Lactance : « Ni les Romains ni les Grecs n'ont pu se maintenir dans la justice, car ils ont établi entre les hommes les différents degrés de conditions inégales. Là où tous ne sont pas égaux, l'équité est absente ; l'inégalité exclut la justice, dont la force propre réside en ceci : rendre égaux tous les hommes, qui ont reçu la vie dans des conditions égales ». • Saint Grégoire de Nysse va jusqu'à nier le droit du maître sur l'esclave : « Je possède, dites-vous, des esclaves et des servantes ; il en est nés dans ma maison. — Voyez l'orgueil et l'arrogance ! Cette parole est un cri d'insurrection contre Dieu... Quand vous condamnez à la servitude l'homme, par nature libre et maître de lui-même, vous portez une loi contraire à la loi de Dieu. Celui que le Créateur a fait maître de la terre, et qu'il a établi pour commander, vous le soumettez au joug de l'esclavage ; vous vous attaquez ainsi au précepte divin. Avez-vous donc oublié quelles sont les bornes de votre pouvoir ? Ce pouvoir est limité aux êtres dépourvus de raison. Comment, oubliant ce qui vous est livré en servitude, vous élevez-vous contre ce qui est libre par nature, et le ravalez-vous au rang des animaux ?... Je possède des esclaves et des servantes. — Combien, dites-moi, les avez-vous achetés ? Qu'avez-vous trouvé dans le monde qui pût valoir un homme ? A quel prix avez-vous estimé la raison ? de combien d'oboles avez-vous payé l'image de Dieu ? Dieu a dit : « Faisons l'homme à notre image et à notre ressemblance ». Celui qui a été fait à la ressemblance de Dieu, et qui a reçu de Dieu pouvoir sur toutes les choses de la terre, dites-moi qui pourrait le vendre ? qui pourrait l'acheter ? L'esclave et le maître différeront-ils en quelque chose ? Tous deux ne seront-ils pas, après la mort, également réduits en poussière ? ne seront-ils pas jugés par le même Dieu ? N'y aura-t-il pas pour eux un ciel semblable et un semblable enfer ? Vous, dont cet homme est en tout l'égal, quel titre de supériorité, je vous le demande, avez-vous à invoquer pour vous croire son maître ? Homme, comment pouvez-vous vous dire le maître d'un homme » ?

Cette homélie était prêchée dans une église, en présence d'esclaves qui y trouvaient les titres éternels de l'égalité entre les hommes, mais cette égalité, contenue par l'acquiescement volontaire de chacun, n'avait rien de révolutionnaire pour les uns, rien de dégradant pour les autres. « Ne croyez point que vous vous abaissiez en recevant le baptême, dit saint Grégoire de Nazianze, en vous mettant au rang des pauvres et de vos propres esclaves. C'est dans le Christ que vous êtes baptisés, dans le Christ, qui s'est abaissé plus que vous en revêtant lui-même la forme d'esclave ». • L'égalité ne devait pas induire l'esclave au refus de l'obéissance, mais à la revendication de son droit. Saint Jean Chrysostome loue ceux d'entre ses auditeurs à Antioche qui sont venus assister au service divin au risque de mécontenter leur maître ; un autre jour, il leur rappelle que les maîtres ne doivent être obéis que dans la mesure où les ordres donnés ne sont pas contraires à la vertu, et afin de se faire bien comprendre de cet auditoire ignorant, il emploie le langage le plus clair, les mots les plus usuels et accommode, dit-il, son discours à l'intelligence de l'esclave et de la servante.

Saint Cyrille de Jérusalem adopte le même ton et, parlant du jugement dernier, s'exprime ainsi : « Quelqu'un de ceux qui sont présents ici dira peut-être : Je suis pauvre, et à ce moment-là je serai couché dans mon lit ; je suis une femme, et je serai surprise au pétrin ; ne serai-je point méprisé ? Aie confiance, ô homme, le juge souverain ne fait point acception de personnes, il ne préfère pas les doctes aux ignorants, les riches aux pauvres ; même si tu es employé au travail des champs, les anges te prendront. Ne pense pas que le juge céleste recevra le propriétaire du sol, et toi, agriculteur, te laissera. Si tu es esclave ou pauvre, n'en aie pas de souci : celui qui a pris la forme de l'esclave ne méprisera pas les esclaves. Si, homme ou femme, tu as été, sous l'empire de la nécessité, attaché au pétrin ou employé à tourner la meule, celui qui a rendu forts ceux qui étaient enchaînés ne passera pas sans te voir. Celui qui de la servitude et du cachot a conduit Joseph au rang suprême te rachètera, toi aussi, de tes afflictions pour te conduire au royaume ».

C'est d'abord, à Lyon, sous Marc-Aurèle, à côté d'esclaves païens dénonçant leurs maîtres, l'esclave chrétienne Blandine par qui « le Christ a voulu montrer que ce qui est vil, sans forme et sans honneur auprès des hommes, est le plus honoré auprès de Dieu. » Quand elle comparut devant le juge, « tous les chrétiens tremblèrent, et même celle qui, dans l'ordre temporel, avait été sa maîtresse, et, en ce moment, combattait courageusement à côté d'elle avec les autres martyrs, fut prise de peur, craignant que l'esclave, à cause de la faiblesse de son corps, ne pût faire entendre une confession libre ; mais Blandine fut tellement affermie par la force de son âme, que les tortionnaires, après avoir depuis la première aube jusqu'au soir, épuisé sur elle tous les genres de tourments, durent s'arrêter brisés de fatigue, se confessant vaincus, n'ayant plus de tourments à lui appliquer et admirant cette fille qui, tout le corps déchiré et percé, respirait encore. Elle, la bienheureuse, comme un généreux athlète, reprenait des forces et renaissait à la vie en confessant le Christ. Elle trouvait la guérison, le repos, l'oubli de toutes les souffrances, dans ces paroles qu'elle répétait tour à tour : « Je suis chrétienne, et : Il ne se commet rien de mal parmi nous. » Ce qui n'est pas moins instructif que le spectacle de cette vaillance, c'est d'en trouver le récit officiel dans une pièce adressée en forme de lettre encyclique par l'Église de Lyon-Vienne aux Églises d'Asie et de Phrygie. La pauvre fille, qu'un cognomen d'occasion désigne à peine distinctement, prend rang à côté de l'évêque Pothin, du diacre Sanctus, du décurion Epagathus. Le récit de ce qui la concerne est présenté dans ses moindres détails, alors que tant de ses compagnons ne sont connus que par leur nom. « Attachée à un poteau, les bras en croix, elle priait Dieu avec un grand contentement. Sa vue remplissait de courage l'âme des assistants ; ils contemplaient en la personne de leur sœur l'image de celui qui fut crucifié pour le salut de tous. » Épargnée par les bêtes, elle fut réservée pour périr la dernière. « La bienheureuse était comme une noble mère qui, ayant poussé ses fils au combat, les ayant envoyés vainqueurs devant elle, reporte son regard en arrière et contemple la suite des luttes où ils ont vaincu. Elle avait hâte d'aller les rejoindre. Joyeuse et transportée à la pensée de mourir, elle semblait une fiancée qui s'achemine vers le banquet nuptial, non une condamnée aux bêtes. On l'enferma dans un filet, et on l'exposa à un taureau. Celui-là la jeta en l'air à plusieurs reprises ; elle ne sentait point la souffrance, espérant, possédant déjà les biens auxquels s'attachait sa foi et causant familièrement avec le Christ dans la prière. Enfin elle fut égorgée comme une victime. Les païens avouaient n'avoir jamais vu une femme qui ait supporté d'aussi nombreux et d'aussi grands tourments. » La surprise des païens eût à peine été moins grande s'ils avaient pu lire et comprendre l'hommage rendu à une esclave que les chefs d'une Église comparaient au Christ, dont ils faisaient comme une mère de ses compagnons de supplice et qu'ils élevaient à un rang que le paganisme n'eût point consenti à accorder à un héros s'il eût été de naissance servile.

En l'année 202, un groupe de fidèles subit le martyre à Carthage : Vibia Perpétue et son frère Saturus, de condition libre et peut-être noble. Saturnin et Secundule, de naissance libre, Revocatus et Félicité, tous deux esclaves et peut-être mariés. Perpétue et Félicité, l'une matrone, malgré son état de nouvelle mère, l'autre n'ayant pas même droit au titre d'épouse légale, se trouvent rapprochées, associées et inséparables. La matrone rendait à l'esclave les services et les soins qu'une jeune mère prodigue avec une sorte de fierté à celle qui bientôt sera mère à son tour et l'assiste dans l'accouchement. Le jour du supplice venu, l'esclave Revocatus prend le pas sur ses compagnons, et Perpétue, voyant Félicité gisant à terre, s'approche de sa compagne, la relève, la soutient jusqu'au moment suprême. Ainsi, plus de différence entre libres et esclaves depuis qu'ils sont chrétiens. Interrogé par le préfet de Rome, l'esclave Eucliste, traduit avec le philosophe Justin, répond : « Esclave de César, mais chrétien, ayant reçu du Christ la liberté, et, par sa grâce, ayant la même espérance que ceux-ci. » Parmi les esclaves martyrs il s'en trouva qui périrent après l'éclat d'un jugement et dans l'appareil de la justice, d'autres se dérobèrent à la violence et à l'ignominie d'une souillure infâme et subirent dans l'ombre de l'ergastule ou du cachot domestique la peine de leur résistance. Sénèque parlait des vierges contraintes à subir les derniers outrages, inuitas pâli stuprum, et on voyait des matrones recourir à d'incroyables voies pour satisfaire la passion que leur inspirait tel de leurs esclaves. Ces excès étaient si répandus et leurs conséquences si scandaleuses qu'en 326, une loi condamne la maîtresse qui s'est liée à un esclave à la peine capitale et son complice au bûcher. Salvien déplore le nombre et la destinée des malheureuses qui, nonobstant leur répugnance, subissent le honteux caprice et servent la passion impure de leur maître. Saint Augustin enseignait qu'à tout prix, même au prix de son sang, l'esclave devait défendre sa chasteté. Et l'histoire de la martyre Potamienne, rapportée par Pallade, illustrait cette doctrine d'un exemple. Potamienne était belle et avait pour maître un homme violent et débauché, de qui les prières et les promesses ne purent rien obtenir ; ce que voyant, cet homme la dénonça comme chrétienne. Amenée devant le préfet d'Alexandrie, celui-ci dit : « Va donc et consens aux désirs de ton maître ; si tu résistes, je te ferai jeter dans une chaudière de poix bouillante. » — « C'est une honte, répondit l'esclave, qu'il se trouve un juge assez inique pour commander à une femme d'obéir au caprice et à la débauche d'un maître. » La jeune fille fut mise à mort.


IV. Mariage. — Nous avons vu Revocatus et Félicité, tous deux esclaves et probablement mariés. C'était encore là une nouveauté. La loi romaine n'accordait pas à l'esclave le conjugium, qui entraînait des droits, des devoirs, une responsabilité. Tout ceci ne pouvait être consenti à un être essentiellement dénué de droits. Ainsi le contubernium n'était qu'un accouplement dont le maître pouvait décider la rupture, par la séparation de l'homme et de la femme ; de plus, le croît lui appartenait et il en disposait à son gré, comme le propriétaire agit à l'égard de la reproduction de son troupeau et de l'élevage des sujets. Le mariage chrétien, n'admettant pas de degrés à raison du rang social des époux, conférait aux esclaves les mêmes garanties et les mêmes obligations qu'aux autres chrétiens. Le mariage de l'esclave était indissoluble et, pour cette raison, l'esclave séparé de force de sa compagne par un maître païen devait refuser une nouvelle union. Ici encore la réhabilitation de l'esclave rencontrait un terrain préparé. Beaucoup de ceux qui subissaient les conditions déshonorantes de la loi romaine étaient impatients de s'y soustraire et de donner à leur amour la consécration d'une union durable. L'anneau de vil métal que la loi leur accordait en signe de leur accouplement, ils le revêtaient d'une feuille d'or ; le titre de contubernalis, ils le taisaient et l'échangeaient contre celui de conjuge, sur la tablette qui couvrait leurs restes.

Le christianisme remettait les esclaves en possession de leur conscience et de leur personne, en même temps il leur imposait la pratique de la loi morale. Les Constitutions apostoliques, III, 34, prescrivent au chrétien et à la chrétienne esclave, vivant ensemble dans le désordre, de se séparer s'ils ne veulent être rejetés par l'Église ; le maître a le devoir d'y veiller (VIII, 32) : Si l'esclave a un maître chrétien, et si ce maître, sachant que son esclave vit dans le désordre, ne lui donne pas une femme, si de même il ne donne pas un mari à la femme esclave, qu'il soit excommunié.

Ces désordres tolérés ou approuvés par les maîtres qu'un ménage embarrassait parfois plus que ne l'eussent pu faire deux individus, cette dépravation remontait souvent aux besognes réservées aux esclaves, besognes d'où la pudeur était bannie. Tels maîtres se faisaient servir au bain, parfumer et épiler par des esclaves des deux sexes à cet âge de la jeunesse avide des curiosités malsaines, en sorte que l'innocence faisait place bientôt à des êtres dépravés. D'autres utilisaient leurs esclaves à des représentations lascives, leur imposaient des vêtements d'une indécence révoltante, exigeaient d'eux des chants licencieux. Cette dépravation était l'acheminement le plus sûr vers la chute et la dégradation. Les lois, si rigoureuses lorsqu'il s'agissait de l'adultère d'une épouse avec un esclave, passaient sous silence la séduction de l'esclave par son maître. On n'y trouvait rien à redire. • Si quelqu'un se vautre dans la fange avec ses esclaves, dit saint Augustin, on l'aime, on lui sourit, son péché devient matière à plaisanterie. Vous dites : J'ai pour concubine non une femme mariée, pas même une courtisane, mais mon esclave : ne puis-je pas, dans ma propre maison, faire ce qui me plaît ? Je réponds : Vous ne le pouvez pas. » Ces concubines, prises de force ou soumises avec plus ou moins de répugnance, s'il leur arrivait de se convertir au christianisme, pouvaient être admises au baptême sans rompre l'union conclue. L'Église considéra cette femme comme la véritable épouse du maître païen à qui elle était unie et lui imposa la condition d'une fidélité semblable à celle que doit la femme mariée. Les Constitutions apostoliques, III, 32, prescrivent que « la concubine esclave d'un maître païen, si elle n'est unie qu'à lui, doit être reçue dans l'Église. Mais si elle s'abandonne à d'autres, qu'elle soit rejetée. »

V. Affranchissement. — Voir Dictionnaire, t. II, col. 554-576.

H. Leclercq.


ESCULAPE. Nous avons déjà parlé d'un diptyque (voir t. IV, col. 1142) représentant Esculape et Hygie et conservé à Liverpool. Le sujet est antique, mais l'exécution est tardive, ainsi qu'on s'en aperçoit à certaines faiblesses, et ne doit appartenir qu'au IVe ou au Ve de notre ère (fig. 4152). Hygie semble reproduire une statue du Ve avant notre ère, Esculape est inspiré par l'Hercule Farnèse ; mais ce qui n'est pas moins digne d'intérêt que l'adoption de ces types, c'est l'art ornemental développé sur les fonds et sur les bordures. Le sujet du diptyque permet de présager sa destination. Esculape et l'enfant Télesphore montrent qu'il a été sculpté à l'occasion d'une guérison. — Au cimetière de Priscille, on voit le bas du corps, en stuc, d'un personnage vêtu d'une longue robe flottante et s'appuyant sur une massue, c'est Hercule ou Esculape.

H. Leclercq.


ESNEH. — I. Martyrs. — Esneh était une ville fort célèbre d'Égypte. Saint Pakhôme était né dans le voisinage ; lorsqu'il fut pris comme recrue et embarqué pour Antinoé, il passa la nuit à Esneh et fut logé dans la prison. Un fragment de la Vie primitive de Pakhôme appelle Esneh « la ville capitale de l'ancien royaume », ce qui confirme la traduction arabe. C'est encore à Esneh que Pakhôme fut condamné par un concile et faillit être massacré par la populace. Saint Théodore était originaire d'Esneh, où ses parents occupaient une riche position : il allait à l'école et se réfugia dans un petit monastère près de cette ville, lorsqu'il abandonna la maison de ses parents.

« Le Synaxaire cite assez souvent cette ville, et une fois avec des circonstances tout à fait intéressantes. Le vali Arien, se rendant à Assouan, trouva à Esneh quatre jeunes fellahs qui portaient des pastèques jaunes à la ville. Il les fit mettre à mort et on leur montagna de Katoun, c'est-à-dire la « montagne des Biens ». Cependant, à son arrivée à Esneh, le vali ne trouva personne, il se rendit à la porte sud de la ville, qui se nommait porte Oschkour, parce que l'évêque y faisait la prière du remerciement pour son peuple. Arien trouva à cette porte une vieille femme impotente qui n'avait pu suivre le reste du peuple : elle lui apprit que les chrétiens s'étaient réfugiés à la montagne de Kitâmah, et le vali lui fit couper la tête. Il bâtit une église après la persécution. À son retour, comme il se faisait rendre compte par quatre scribes chrétiens de la gestion des deniers publics, l'un d'eux ayant laissé échapper le nom de Jésus-Christ, Arien ordonna de les mettre à mort ; on leur bâtit une église qui fut appelée l'« église des Quatre-Héros ». À un troisième voyage, deux chrétiennes de cette ville s'étant rendues à Herment pour y confesser le Messie, Arien prit le parti d'en finir avec Esneh. Il se rendit, par terre, d'Herment à Esneh, et la population, apprenant son arrivée, quitta la ville et se réfugia dans la montagne. Dès lors, la description de la campagne au sud d'Esneh devient très détaillée. Quand Arien eut fini le massacre, il revint à la ville avec l'évêque. Près de la porte septentrionale de la ville, on rencontra de jeunes fellahs avec leurs anciens ; on les décapita sur une pierre qui était encore montrée à Esneh au moment où fut composé le Synaxaire ». Celui-ci fait mention des martyres d'Esneh au 7 et au 13 Kihak ; le calendrier éthiopien, au 19 Toubah, mentionne la consécration de l'église des Martyrs à Esneh -, et au 19 Abid, la fête desdits martyrs '.

Cette fête est encore célébrée de nos jours au 14 Thot et au 11 Toubah, bien que le couvent soit abandonné et ne compte plus de moines.


II. Couvent. — Ce couvent des martyrs, Deir el-Chihada, se trouve sur la lisière du désert, à un mille au sud d'Esneh. L'appareil de toutes ces bâtisses n'est pas partout le même. Toutes les parties où se rencontre l'appareil ordinaire, peuvent, très probablement, être considérées comme des annexes ou comme des restaurations plus ou moins modernes. Dans les anciennes parties de la bâtisse apparaissent deux appareils assez originaux : 1° l'appareil où s'alternent des chaînes de briques posées à plat et de briques dressées en boutisses (fig. 4154, a, b) et 2° l'appareil à chaînes alternatives de briques de champ et de plat (fig. 4154 c). L'intérieur du rectangle, formé par les murs d'enceinte du couvent et mesurant à peu près cent cinquante pas de chaque côté, présente, comme tous les couvents coptes, un dédale de petites constructions voûtées en berceau ou surmontées de coupoles et entourant une église et un baptistère. Toutes ces constructions, dont une partie a dû servir d'habitation et de communs, remplissent le côté ouest du rectangle. Le côté est est occupé par une cour dans laquelle se trouve une saquieh, fournissant l'eau au couvent, et un long couloir voûté près de la porte d'entrée.

Le baptistère, séparé de l'église par un long passage à découvert, est formé par une assez grande chambre carrée avec des fonts baptismaux de dimensions suffisantes pour recevoir les adultes. La coupole qui recouvrait le baptistère s'est effondrée. Deux rangées de cellules séparées par un couloir voûté sont accolées au mur ouest du baptistère. À l'extrémité ouest du passage qui sépare l'église du baptistère et des cellules, le mur d'enceinte présente une grande porte actuellement murée, bien visible du dehors. Le long du mur sud du couvent s'étend une longue construction avec voûte en berceau. Une construction semblable se retrouve près des murs est et ouest de l'église.

L'église, ou plutôt toute l'agglomération des chambres destinées au culte, présente la forme d'un carré mesurant une centaine de pas sur chacune de ses faces (fig. 4017, col. 2534). Ces pièces, tantôt carrées, tantôt rectangulaires, se trouvent disposées en cinq rangées juxtaposées. Quelques appartements sont surmontés d'une voûte en berceau, d'autres, de voûtes d'arête, enfin d'autres encore, de coupoles. Plusieurs voûtes d'arête ont au centre des trous pour la lumière. Il est facile de constater, en examinant le plan, que les cinq rangées de chambres doivent être réparties en deux groupes ; l'un, plus large, qui se trouve au sud, et forme la grande église ; l'autre, plus étroit, qui n'est qu'une annexe et consiste en deux paires d'autels adjacents.

La porte d'entrée de l'église se trouve près de l'extrémité ouest du mur sud et ouvre sur une pièce allongée à l'instar d'une nef latérale de basilique. Le plafond consiste en deux voûtes d'arête partagées par un arc qui s'élève à l'endroit où, vers le mur nord de la pièce, vient aboutir de l'autre côté le mur ouest de la grande pièce centrale de l'église. À l'extrémité est de cette pièce, deux murs assez bas et peu épais forment une espèce de grande caisse qui, peut-être, avait été autrefois un tombeau. Une large porte, qui fait face à la porte d'entrée, conduit de la première pièce vers deux pièces contiguës, couvertes de coupoles et se trouvant en face de la nef centrale et de celle du nord. Des portes sont ménagées entre ces deux pièces et les deux nefs.

La salle centrale, couverte d'une grande coupole et communiquant par un grand arc en ogive avec la partie est de la pièce d'entrée, sert encore aujourd'hui d'église. Dans l'angle nord-ouest on voit, adossé au mur, un ambon en forme d'escalier replié à angle droit, à côté duquel un fragment de colonne en granit, foré d'un trou longitudinal, sert de chandelier pour le cierge pascal. Près du mur est de cette pièce se trouve une espèce de coffre en forme de banc, vide à l'intérieur. Dans le mur nord, une large porte s'ouvre, vers la partie est de la nef nord, dans une pièce allongée et couverte d'une voûte d'arête. Une porte dans le mur est de cette dernière pièce, ainsi qu'une autre dans le mur correspondant de la pièce centrale, mènent dans un appartement transversal, dont la longueur est égale à la largeur de l'église et qui, par sa place, correspond au transept des basiliques. Ici le plafond consiste en trois voûtes d'arête séparées par deux arcs qui se trouvent dans le prolongement des murs latéraux de la nef centrale. Une partie de la pièce à l'extrémité sud est séparée par un mur peu élevé et forme une manière de grand coffre. Le mur est de la pièce n'a qu'une seule porte, qui mène dans le sanctuaire.

Toute l'extrémité orientale de l'église consiste, comme le reste de l'église, en trois parties. Celle du centre, la plus large, constitue le sanctuaire dans lequel, derrière une cloison qui n'atteint pas la voûte, se trouve un autel allongé. La cloison a deux portes latérales et, au milieu, une petite fenêtre remplaçant la porte usuelle. De la partie étroite du sanctuaire, à l'avant de la cloison, une étroite porte conduit au sud, dans une pièce sombre et vide qui se trouve dans la même ligne que l'extrémité est de la nef méridionale. La pièce correspondante au nord du sanctuaire sert de baptistère : il s'y trouve, au milieu d'une espèce d'autel, un grand vase en argile pour le baptême des enfants. Par suite de quelque reconstruction, ce n'est plus avec la grande église que communique cette chambre qui lui appartient d'après le plan ; actuellement, sa porte donne passage dans le sanctuaire voisin. La place de la porte primitive est toutefois sans doute indiquée par la niche qu'on voit dans le mur nord du principal sanctuaire. La chambre servant de baptistère à l'église est partagée en deux parties d'inégale grandeur par une voûte transversale, dont le talon sud repose sur une large saillie dans le mur. Actuellement, la plus grande des deux parties, celle qui se trouve à l'est de cet arc, est couverte d'une voûte d'arête.

L'annexe nord de la grande église qui vient d'être décrite contient deux paires de petits sanctuaires communiquant avec l'église au moyen de deux portes : une porte à l'extrémité nord du transept conduit vers la paire de sanctuaires adjacente au baptistère et une autre porte, dans la pièce à coupole à l'extrémité ouest de la nef septentrionale, donne passage dans la deuxième paire de sanctuaires, près de l'angle nord-ouest de la bâtisse. Cette dernière porte s'ouvre dans une large chambre qui, par deux portes, est reliée avec les deux sanctuaires, tout en leur servant à tous deux à la fois de parvis. Chacun de ces sanctuaires est scindé en deux parties par un petit mur transversal qui n'atteint pas les voûtes en ogive du plafond et qui est muni de deux portes latérales et d'une petite fenêtre entre ces deux portes.

La première paire de sanctuaires, celle qui se trouve près de l'angle nord-est de la bâtisse, diffère des deux sanctuaires de l'ouest et du sanctuaire de la grande église, premièrement : par les plafonds au-dessus des autels, qui sont ici en forme de conques ; ensuite, par les cloisons qui, tout en n'arrivant pas jusqu'aux larges voûtes en ogive du plafond, reposent, à l'instar des cloisons byzantines, sur des colonnes, entre lesquelles il n'y a pas de porte mais bien une fenêtre. Comme les autels sont couverts de voûtes en conque avec des arcs devant, la longue pièce servant de parvis aux deux sanctuaires est surmontée aussi de deux voûtes d'arête, séparées par un arc transversal. Deux portes dans le mur ouest du parvis mènent dans deux pièces qui sont reliées entre elles par deux larges arcs ogivaux. Une de ces pièces, celle qui est le plus au nord, est, dans toute sa longueur, couverte d'une voûte en berceau, percée de sept ouvertures rondes ; l'autre est partagée par un arc transversal en deux parties, dont l'une, celle de l'ouest, a une voûte en berceau, et l'autre une coupole. Dans l'angle ouest de l'une des pièces se trouvent deux tombeaux que le gardien du monastère déclare être celui d'un koummous ou supérieur du couvent et celui d'un moine quelconque. Comme, d'après le L'Ouspensky, cinq évêques d'Esneh, dont il cite les noms, avaient leur sépulture dans le couvent, on peut supposer que le koummous et le moine étaient plutôt deux de ces évêques et que les espèces de coffres que nous avons rencontrés dans trois endroits différents de l'église ne représentent autre chose que les sépultures violées des trois autres évêques.

Tel est le plan et l'aménagement de l'église actuelle du couvent. L'époque des différentes parties de cette église ne pourra être déterminée que par une étude détaillée de la bâtisse au point de vue de l'architecture.

La différence d'âge des diverses parties apparaît du reste déjà à l'examen des différents restes de fresques qui recouvrent certaines parties de l'édifice. Un des sanctuaires a dans sa coupole un ornement à écailles peintes en trois couleurs. Au-dessous de cette ornementation, dont les couleurs se sont bien conservées, on aperçoit, au-dessus de la porte et dans les arcs en face de la porte, des restes de peinture. En face de la porte, à la droite du spectateur, se voit une composition dont une des principales personnes est un homme nimbé, de type ascétique, à barbe noire, non tonsuré, très maigre ; une inscription le désigne : ηροπioc APXienicKonoc. À côté de lui, à sa gauche, se voit une orante de type classique, mais assez mal peinte. Plus loin, on reconnaît un personnage très effacé, à barbe blanche. La partie centrale du tableau est complètement effacée, mais on peut, non sans raison, supposer que la scène représentait la mise au tombeau. On y distingue encore vaguement le corps du Christ et la jambe pendante, soutenue de chaque côté par deux femmes nimbées dont on aperçoit les mains, ainsi que les têtes, tournées de face de la manière la plus bizarre, sans doute par suite de l'impuissance du peintre à les représenter en raccourci ou de profil.

Au-dessus de la porte du même sanctuaire est représentée la sainte Vierge, assise sur un trône dont le dossier et le coussin sont couverts d'un semis de petites croix fleuronnées, à la manière byzantine. La Vierge Marie tient dans ses bras l'enfant Jésus, qui, sur ses vêtements, a la représentation d'une croix potencée. À côté du trône se tiennent debout deux anges, aux pieds nus, et tenant les mains jointes en avant. Ces quatre personnages sont nimbés. Dans le fond, une muraille crénelée. Cette représentation, par le style et l'exécution, est meilleure que celle décrite plus haut. Comme, d'après son caractère, elle ressemble aux fresques de la coupole, elle peut être contemporaine de celles-ci et, par suite, être plus ancienne que les fresques qui se trouvent en face de la porte et qui, comme on l'a vu, sont d'un aspect très barbare, sec et ascétique et portent un caractère bas-byzantin.

Dans le sanctuaire de Saint-Georges se trouve une fresque de très basse époque et qui ne nous appartient plus.

Indubitablement, l'église actuelle se trouve sur l'emplacement d'une église plus ancienne qui, très probablement, avait la forme d'une basilique. Mais la détermination exacte de l'âge des différentes parties de l'église actuelle exigerait des recherches minutieuses qui n'ont pas encore été tentées.


III. Épigraphie. — M. G. Lefebvre a visité le couvent en août 1906 et n'y a pas « retrouvé toutes les inscriptions signalées par les voyageurs. Les graffites ont certainement disparu, écrit-il, sous le badigeon dont les Coptes ont recouvert les murs, il y a deux ou trois ans. » M. de Bock signale dans les murs de l'église de nombreuses stèles encastrées ; elles sont ornées de rangées de petits cercles, de couronnes de fleurs ou d'emblèmes tels que chrisme, croix, phénix, pélican.

Parmi les graffites et les stèles : cii ; σεoi ; ο Pû>ï,8ajv, suivi d'un nom propre comme TrsTpoç, aapa, TcauXc ;, PixTOjp ' et les symboles ao), croix, chrisme. Des stèles trouvées dans un réduit près du sanctuaire offrent des formules familières à l'épigraphie d'Égypte (voir : UTiep |jivr,[xr|Ç xai avaTrauoscdç zy.oi- (iïjOv]... ^ ou bien :.. jx/) ; ouxt ;; aOava-ro'j sv xoafxo TOUTO) '. Nous avons déjà parlé de l'inscription.^ sV de Pitronia datée de l'ère de Dioclétien et de l'ère des Sarrasins, qui nous reporte au 30 avril 890 * : ]xoi,|Xï)6ï) £V XpiCTTCù I(ï]ao)u v) [xaxapia ev -rq (<i]ïi (xepov 7)[Jtspa i)xiz eotIi 7r]alx]0>V £ TY)V7] a-KO Ttavou XÇ ^■^ [Sjapaxr,VOU ao [x(upi)lS 0 0(£O)£ 0 TtaVTOxpaxop o 6£o|çl o tov 7Tv(EU(i.)a [t]ov Osiwv xai xupioç t 7taa'/)ç CTapx[o]( ; alv]a7ia'j<îOv t 10 Y] ? 4« JX('1Ç) a'Jf'lÇ e :v xoXIttoi ; ! Àppaafi x(a !.) Itjaax xai laxcdp £V (O TYjç [t] puçr]ç £v6a euçpat V01J.CV0V £(j. ] + l ] a-'l Enfin, deux stèles conservées au Musée britannique ; la première, mesurant 0 m. 41, donne ' : la deuxième, mesurant 0 m. 33, donne ' (fig. 41.55) :

Etç Oeoç o ^orfi(ù^i MÛJUCTY)Ç ria'JXOU XE VTTjptov Exoi(ir|0r) etojv H. Leclercq.


ESPAGNE. — 1. Topographie. II. Ethnographie. III. Occupation romaine. IV. Origines chrétiennes. V. La légende de Jacques. VI. Jusqu'à la paix de l'Église. VII. De la paix de l'Église aux invasions. VIII. Les invasions. IX. L'Espagne wisigothique. X. Monuments : 1 » Ampurias ; 2« Elche ; 3 » Xativa ; 4° témoignages ; 5° technique ; 6° murs ; 7° colonnes ; 8« arcs ; 9° portes ; 10° fenêtres ; 11° portiques ; 12° pavements ; 13° ornementation ; 14° orientation ; 15° plan ; 16° cryptes ; 17° structure ; 18° façade ; 19° tours ; 20° cloches ; 21° statistique : 1. San Juan de Baños ; 2. San Roman de Hornija ; 3. Cabeza del Griego ; 4. Santa Comba di Bande ; 5. San Pedro de Nave ; 6. San Miguel de Tarrasa ; 7. crypte de Palencia ; 8. crypte de Burguillos ; 9. monastères. XI. Épigraphie ; 1° édifices liturgiques ; 2° mobilier liturgique ; 3° sacrements : 4° clergé : 1. évêques ; 2. prêtres, etc. ; 5° édifices civils ; 6° formules ; 7° poésies ; 8° croyances ; 9° Juifs ; 10° varia ; 11° calendrier de Carmona. XII. Chronologie. XIII Sarcophages. XIV. Manuscrit. XV. Orfèvrerie. XVI. Mosaïque. XVII. Symboles. XVIII. Conciles espagnols. XIX. Bibliographie.

I. Topographie. — L'Espagne présente un caractère nettement insulaire. Il semble que la nature, en rattachant cette terre au continent, ait éprouvé comme un repentir, en sorte que, loin d'aplanir la communication, elle dressa, au point de suture de la presqu'île ibérique avec le continent, la formidable barrière des Pyrénées. Son armature géologique fait de la péninsule un tout complet et homogène. La structure est massive, peu et mal raviniée par le système fluvial. L'accumulation des plateaux élevés, dressés au-dessus du littoral en escarpements brusques, contrarie obstinément la tendance du sol à se dérouler lentement vers la mer. À peine une zone, d'ailleurs trop étroite, a-t-elle été épargnée le long du littoral ; le commerce ne peut y trouver ses aises pour un vaste développement et les habitants du plateau éprouvent trop de difficultés à vaincre pour s'obstiner à descendre dans la plaine prendre leur part exiguë de profit dans le trafic. Ces conditions physiques ont influé grandement sur la destinée du peuple espagnol ; nous n'avons toutefois qu'à les indiquer.

Mis en possession d'une terre admirablement située, participant au climat de l'Europe et à celui de l'Afrique, séparés par la zone des plateaux sans arbres de l'intérieur, les Ibères n'ont pas su, à aucune époque de leur histoire, créer sur leur littoral, pourvu d'abris nombreux et sûrs, des ports bien garantis et des communications rapides et aisées avec l'intérieur du pays. Pendant l'antiquité, le rivage bordé par la Méditerranée connut une prospérité plus grande que le rivage de l'Océan : mais la découverte de l'Amérique retourna la situation et, aujourd'hui, la région la plus active est celle que la disposition générale du plateau ibérique a destinée à recevoir le principal développement. L'Espagne tourne le dos à l'Orient, elle regarde l'ouest. La contrée tout entière s'incline d'une pente graduelle dans la direction de l'Océan, et c'est de ce même côté que s'écoulent les fleuves parallèles, le Mino, le Douro, le Tage, la Guadiana, le Guadalquivir. La ligne de partage des eaux, qui est presque partout la ligne de faîte de l'Ibérie, se développe d'Algésiras à Téruel, dans le voisinage immédiat de la Méditerranée. Les bouches de l'Èbre interrompent cette muraille riveraine par une brèche étroite et d'un accès périlleux pour les navires ; mais immédiatement au-delà, recommencent les chaînes du littoral. Presque toute la masse de l'Espagne s'est trouvée ainsi cachée comme par un écran aux regards des navigateurs. La « terre d'Occident » — car tel est le sens du mot Hispanie — a semblé aussi lointaine du bassin oriental que si elle s'était trouvée transportée de plusieurs degrés plus avant dans l'Atlantique.

L'aridité est le trait caractéristique du climat espagnol, où la pluie est plus rare non seulement qu'en France, mais même qu'en Italie et en Grèce ; sous ce rapport, l'Espagne est analogue à la région de l'Atlas. Si, dans les provinces d'Andalousie, de Murcie et de Valence, le climat devient tout à fait africain, il reste proprement méditerranéen dans la vallée de l'Èbre, et océanique à l'ouest et au nord-ouest. Vue dans son ensemble, l'Espagne présente trois régions distinctes entre elles par les productions du sol. Au nord, de la Catalogne à la Galicie, sol âpre et rugueux ; au sud, dans l'Andalousie, la Murcie et le Valencien, terre fertile produisant la vigne et l'oranger, le dattier et la canne à sucre ; entre ces deux régions, l'Espagne intermédiaire, l'Espagne typique, avec ses sierras et ses steppes désertes.


II. Ethnographie. — Les origines ethnographiques de la population espagnole ne sont pas encore complètement éclaircies. Les fouilles et les découvertes faites dans les cavernes et les sépultures donnent lieu de penser que, dès la plus haute antiquité, les populations berbères ont pu se répandre en Espagne. Ibères et Berbères sillonnèrent la péninsule et s'étendirent delà jusque dans la Gaule et le nord de l'Italie. Phéniciens et Grecs établirent leurs comptoirs sur la côte d'Andalousie et remontèrent dans l'intérieur, le long du Guadalquivir. Plus tard, les Celtes pénétrèrent par le nord ; Strabon, Pline, Ptolémée distinguent avec soin, parmi les tribus espagnoles, les celtiques et les ibériques. Fondus au pied des Pyrénées, elles forment la Celtibérie, puissante et redoutée. Ensuite l'Espagne devient carthaginoise, subissant une fois de plus l'influence sémitique.

La difficulté des communications entre l'Espagne et la Gaule, leur rareté et leur disparition complète, à mesure qu'on s'avançait dans l'intérieur du pays, influèrent fâcheusement sur le caractère de la race. Doublement isolé, l'Ibère se renferma en soi ; peu communicatif par nature, il devint farouche par manque d'éducation. Les anciens se plaisaient à opposer l'Ibère, épris de solitude, au Gaulois, impatient de camaraderie, sociable, mobile, étourdi et disert. Strabon nous dit que les Ibères étaient divisés en petites tribus montagnardes qui ne se liguaient guère qu'entre elles, « par l'effet du caractère et aussi d'un orgueil qui leur inspirait un excès de confiance dans leurs forces. » Ils n'éprouvaient ni la sympathie soudaine ni le besoin de compagnie qui entraînait leurs voisins gaulois. Leur aspect même, leurs vêtements noirs ou sombres formaient contraste avec les vêtements éclatants et bariolés de la Gaule. Les Ibères étaient peu inventifs mais laborieux, attachés au sol qu'ils fouillaient pour en tirer des métaux ou qu'ils retournaient pour lui faire produire du blé. Obstinés et indomptables, ils avaient plutôt le courage de la résistance que celui de l'attaque : pour les unir entre eux et les attacher à une même cause, il ne fallut pas moins que l'invasion et les devoirs qu'elle révèle.

Les colons phéniciens, africains, asiatiques et massiliotes, quoique établis en Espagne, ne s'écartaient guère du littoral et n'avaient que des relations rares et peu d'influence dans les groupes indigènes de l'intérieur du pays. Il n'en fut pas ainsi des colons latins qui, à la suite des légionnaires victorieux et sous leur protection, s'établirent dans l'intérieur du pays, rayonnèrent autour de chaque ville, de chaque poste fortifié. La culture italienne se répandit de proche en proche, du littoral et de la vallée du Bétis, aujourd'hui le Guadalquivir, jusque dans les replis les moins fréquentés des plateaux, et, sauf dans les montagnes de la Cantabrie, habitées de nos jours par les Basques, les vaincus adoptèrent la langue des conquérants. La part de la civilisation romaine est considérable dans la formation du caractère et du génie espagnol qui, bien qu'ibère et celte par ses origines, prit place parmi les nations latines par son idiome et par le moule de sa pensée.


III. Occupation romaine. — Les anciens semblent avoir assez mal connu l'Espagne. Pour la période qui précède l'ère chrétienne, on ne rencontre que des mentions aussi rares que superficielles. Strabon, Phédon, Pomponius Mêla enregistrent des indications nouvelles et les plus précises et surtout des observations personnelles. Grâce à l'occupation militaire des Romains, le pays fut méthodiquement exploré. Au commencement de l'empire, le nord-ouest de la Tarraconaise était occupé par les légions. La soumission de la Cantabrie et de l'Asturie n'eut lieu que sous Auguste, et les intentions des habitants paraissaient si peu rassurantes qu'on jugea nécessaire d'y maintenir longtemps un corps d'occupation sur pied de guerre et d'entretenir une légion chez les Cantabres et deux autres chez les Asturiens. Le quartier général était situé entre l'ancienne métropole de l'Asturie, Lancia, et la colonie romaine Asturica Augusta. La legio septima Gemina y tint garnison. Ainsi qu'il arriva dans un très grand nombre d'autres localités, son campement attira, retint et fixa une agglomération civile, devenue le noyau d'une population dont le nombre, ne cessant de s'accroître, donna naissance à une ville. À partir du début du ii siècle, lors que le mariage fut permis aux légionnaires, les campements s'étendirent et la population s'accrut encore, mais devint en même temps plus recommandable et plus stable. Une fois libérés du service, les vétérans se fixaient volontiers dans ces lieux où ils avaient toutes leurs habitudes et tous leurs souvenirs. La ville de Léon (Legio) se forma de la sorte.


IV. Origines chrétiennes. — La réputation de l'Espagne, son éloignement, une sorte d'attrait mystérieux attaché à la plus lointaine conquête de Rome, — D. Aureliano Fernandez Guena y Orbe, Cantabria, dans Boletin de la Sociedad geográfica de Madrid, 1878, t. iv. décidèrent saint Paul à s'en réserver l'évangélisation, bien qu'il ne pût ignorer que l'émigration juive n'avait guère pénétré dans ce pays. Ce projet de mission en Espagne semble indiqué par deux écrits très anciens, la lettre de Clément de Rome à l'Église de Corinthe et le canon de Muratori. Il semble que saint Paul ne se faisait guère d'illusions sur Rome et ce qu'il en devait attendre ; tout au plus comptait-il y revoir quelques amis et, abrégeant son séjour le plus possible, il poursuivait son chemin vers les régions extrêmes de l'Occident : « Quand je me serai mis en route pour l'Espagne, écrivait-il de Corinthe aux Romains, j'espère que je vous verrai en passant, et après que j'aurai d'abord joui de votre présence, vous me mènerez vous-mêmes dans ce pays... J'irai en Espagne, reprenait-il, après avoir passé par Rome. » Clément de Rome, qui écrit dans les dernières années du ier siècle, paraît favoriser l'opinion de ceux qui admettent la réalité du voyage : « Paul, dit-il, devenu le héraut de la vérité en Orient et en Occident, reçut la récompense de sa foi et enseigna la justice à l'univers entier : parvenu au terme de l'Occident, et ayant souffert le martyre sous les princes, il sortit enfin du monde et alla dans le lieu saint. » Quel est ce « terme de l'Occident », Τέρμα τῆς Δύσεως, que l'apôtre toucha avant son martyre ? L'expression est assez caractéristique pour que l'on consente à y voir une désignation équivalente de l'Espagne, désignation qui rappelle l'Hesperia ultima d'Horace et l'extremi orbis Iberi de Lucain. Silius Italicus n'est pas moins clair lorsqu'il parle de Gadès, la limite des continents : Terrarum finis Gades, et Pline l'Ancien s'exprime à peu près de la même façon : Origo ab occasu solis et gaditano freto. Hispania prima terrarum est, ulterior appellata. Ces façons de s'exprimer appartiennent à des auteurs à peu de chose près contemporains de Clément de Rome et on s'expliquerait mal que ce dernier eût appliqué à Rome une expression qui servait communément à désigner l'Espagne. Ce ne sont là cependant que des probabilités et, d'ailleurs, on ne peut guère admettre les témoignages des Pères de l'Église dont l'opinion se forme sur des motifs dont la valeur historique est au moins contestable. Le canon de Muratori, catalogue des livres saints rédigés à Rome vers la deuxième moitié du ii siècle, affirme positivement la réalité du voyage : sed et profectione Pauli ab urbe ad Spaniam proficiscentis. Cette affirmation catégorique dépend peut-être du texte déjà cité de Clément de Rome, à moins qu'elle ne soit tributaire des souvenirs qui ont inspiré les Actas Petri cum Simone, qui, eux aussi, parlaient du voyage de Paul en Espagne. Un témoignage beaucoup plus tardif, et néanmoins digne d'attention, est celui de saint Jérôme, qui nous apprend que l'apôtre se rendit en Espagne par la voie de mer : ad Hispaniam alienigenarum portatus est navibus. La navigation était plus rapide que la poste ; au dire de Pline, on faisait la traversée d'Ostie à Tarragone en quatre jours, d'Ostie à Cadix en sept jours. Il est probable que le voyage se fit en l'an 63, au lendemain de la comparution devant César et de l'acquittement de l'apôtre. Nous ignorons tout des résultats de sa prédication. Néanmoins on a imaginé un succès, des fondations d'Églises et une persécution ravageant tout. Il semblerait superflu de rappeler une inscription d'une fausseté insigne, si elle n'était encore invoquée à titre historique. Cette inscription, prétendument trouvée in ruinis pagi Maravesar ou pagi Alarquesiee en Lusitanie, après avoir embelli un certain nombre de légendes, a été définitivement reléguée parmi les apocryphes. Elle fait honneur à Néron d'avoir « purgé la province des brigands et de ceux qui inculquaient au genre humain une superstition nouvelle » : NERONI CL CAES • AVG PONTIF MAX OB PROVIN LATROMIB ET HIS QVI NOVAM 5 GENERI HVM. Une autre indication relative aux premiers fidèles de l'Espagne ne se présente pas à nous avec une recommandation beaucoup meilleure. Il s'agit d'une notice martyrologique dont on ne relève, malheureusement pour elle, aucune trace dans le martyrologe dit hiéronymien. Le « petit martyrologe romain » et le martyrologe d'Adon ont recueilli peut-être une notice provenant d'actes perdus, mais quels remaniements lui ont-ils fait subir ? On sait aujourd'hui que le » petit martyrologe romain » est un faux composé au ix siècle par Adon de Vienne, lequel n'est guère plus digne de considération, en ce qui le concerne, au point de vue scientifique. Quoi qu'il en soit, cette notice nous apprend que, postérieurement au voyage de saint Paul, une mission de sept évêques fut envoyée en Espagne par saint Pierre. Ils se présentent d'abord à Acci, aujourd'hui Guadix, localité située à l'est de Grenade, dans l'extrême sud de la province carthaginoise. Comme ils reposaient à l'extrémité de la ville, les païens, qui célébraient une fête, se précipitèrent sur eux et les mirent en fuite. Les évêques franchirent un pont, lequel s'écroula aussitôt sous le poids de ceux qui les poursuivaient. Une » sénatrice » nommée Luparia donna alors le signal de la conversion. Puis les apôtres se dispersèrent et allèrent fonder des Églises dans la région, c'étaient Torquatus à Acci ( = Guadix) ; Secundus à Abula ( = Abla) ; Indalecius à Urci ; Ctésiphon à Vergium ( = Berja) ; Cajcifius à l'Iliberis ( = Grenade) ; Hésichius à Carcesa (= Cazorla) ; Euphrasius à l'Ilturgi ( = Andujar). Si on pouvait accorder quelque attention à ce texte, ce serait pour remarquer la direction qu'il assigne à l'évangélisation qui commence par la région limitrophe de la Tarraconaise et de la Bétique. C'est tout ce qu'on en peut dire. Quant à l'éclaircissement des faits cherché dans la liturgie, il est impossible de lui attribuer la moindre valeur. On peut considérer comme d'aimables contes les revendications dont l'histoire légendaire de l'Église d'Espagne est remplie. Aucun pays n'a vu éclore une végétation légendaire plus déconcertante, mettant au service de ses affirmations : chartes, reliques, inscriptions, avec une intrépidité qui semble voisine de l'inconscience. — C'est d'Espagne que les rois mages se mettent en route pour la Palestine. — C'est en Espagne que se fait sentir l'éclipse et la secousse sismique du vendredi saint. — C'est à l'Espagne qu'appartient le centurion Corneille. — L'apôtre saint Pierre vient prêcher en Espagne, la vierge Marie, accompagnée de Jean l'Évangéliste, s'y promène sur les bords de l'Èbre à l'endroit même où Jacques, fils de Zébédée, lui construit un oratoire, première amorce du pèlerinage de Notre-Dame del Pilar, à Saragosse. Enfin, c'est sur cette terre privilégiée que des gens de Biscaye découvrent un jour cette pierre tombale dont la formule concise en disait plus qu'un long poème : HIC LACET CORPVS BILELLAE SERVAE LESV CHRISTI OBIIT ERA CXV* « Ici repose Bilela, domestique de Jésus-Christ, elle mourut en l'année 77. » Des explications copieuses et irréfutables démontraient qu'il s'agissait bien de la femme de ménage du Sauveur. À ce coup, Mariana lui-même trouva la plaisanterie un peu corsée et déclara l'inscription fausse.

V. LÉGENDE DE JACQUES. TOUTES CES BILLEVESÉES comblèrent de satisfaction les Espagnols du xvi siècle ; leurs ancêtres avaient d'autres préoccupations. C'est ainsi que l'histoire d'un voyage accompli en Espagne par saint Jacques, avant son martyre survenu à Jérusalem en l'an 44, n'apparaît qu'à une date tardive. Ce silence paraît bien être le résultat de l'ignorance, car les occasions n'ont pas manqué aux écrivains de célébrer un épisode qui est, nous dit-on, d'une importance capitale pour l'histoire de la péninsule. Au iv siècle, le poète Prudence, personnage fort instruit et très grand admirateur des gloires chrétiennes de sa patrie, s'évertue à glorifier d'illustres inconnus ou du moins des célébrités fort pâles en comparaison d'un apôtre, aimé du Sauveur et évêque de la cité sainte. Or, il ne lui accorde pas seulement un éloge, ni une simple mention, ni le moindre rappel. Les Galiciens, intéressés à faire valoir un protecteur leur appartenant à double titre, n'en prennent cure, eux si soucieux de leurs illustrations provinciales. Ni Paul Orose, de Braga, ni Idace, évêque d'Aquae Flaviae, non loin de Compostelle, qui font métier de chroniqueurs avec prétentions d'historiens, ne songent à nous en rien dire. Martin de Braga, saint Braulion de Saragosse, le prêtre Taion, Jean, abbé de Biclar, Julien, évêque de Tolède, et Hildephonse, évêque de Séville, tous gens doctes et pieux, gardent le silence sur un sujet si propre à enflammer leur verve dans leurs écrits authentiques, les seuls qui puissent être interrogés. Ils n'en disent rien, apparemment parce qu'ils n'en savent rien.

Leurs voisins gaulois ne sont pas mieux instruits. Il n'est guère de pays plus échauffé alors pour les belles histoires de saints, pour les recueillir et, au besoin, les embellir de piteuses merveilles. Le martyrologe hiéronymien, qui est compilé à Auxerre, vers 595, canalise toutes les historiettes, vraies ou fausses, qui passent à sa portée : il ignore le voyage et l'apostolat de Jacques en Espagne. Grégoire de Tours, érudit à l'information étendue et précise, s'est renseigné sur les sanctuaires d'Espagne et n'a rien recueilli qui lui donne l'éveil. Il consacre des notices aux apôtres Jacques, frère du Seigneur, Pierre, Paul, Jean, André, Thomas, Barthélémy, et ne trouve rien à dire au sujet de Jacques, fils de Zébédée. Fortunat, que les scrupules historiques embarrassent fort peu, énumère dans son poème Sur la virginité, VIII, 3, les lieux saints des douze apôtres ; pour les deux Jacques, il indique la Palestine, terra beata ; et dans une lettre à Martin, évêque de Braga en Galice, il parle des Églises évangélisées par les apôtres sans y comprendre celle d'Espagne ; à propos de saint Jacques, loin de le rattacher à la Galice, il semble plutôt l'en exclure. « Au temps, dit-il en substance, où les apôtres se partageaient le monde, Rome échut à saint Pierre, l'Illyrie à saint Paul, l'Éthiopie à Matthieu, la Perse à Thomas, l'Inde à Barthélémy, la Grèce à André. C'est à saint Martin l'ancien que la Gaule doit la lumière de l'Évangile, c'est au nouveau Martin (de Braga) que la Galice est redevable du même bienfait. En sa personne elle jouit de la vertu de Pierre, de la doctrine de Paul, du secours de Jacques et de Jean » : Qui vult Petrum præbet tibi, dogmate Paulum, Ilinc Jacobi Iribuens, inde Joannis opem. Le recueil de légendes apostoliques mis sous le nom d'Abdias, et élaboré en Gaule vers le vi« siècle, consacre une notice à chaque apôtre, à Jacques le Majeur comme aux autres ; il n'y est pas question de voyage ni de sépulture en Espagne. A Rome, on fait plus, on nie l'épisode, d'une négation aussi énergiquement exprimée qu'elle peut l'être quand elle ne répond pas à une affirmation contraire. En 416, le pape Innocent I », dans une lettre célèbre adressée à l'évêque Décent, de Gubbio, proteste contre des importations étrangères dans les usages liturgiques de l'Église de Rome ; selon lui, l'Occident ne devait pas en connaître d'autres, puis que, dit-il, « il est manifeste que, dans toute l'Italie, les Gaules, l'Espagne, l'Afrique et la Sicile et les îles interjacentes, personne n'a institué des Églises, si ce n'est ceux que le vénérable apôtre Pierre ou ses successeurs ont constitués évêques. Que l'on cite si dans ces provinces un autre apôtre a enseigné. Si on ne peut citer aucun texte, parce qu'il est impossible d'en trouver, il faut suivre l'usage de l'Église romaine. » Le pape Innocent, ainsi que ses prédécesseurs Damase et Sirice, avait eu à intervenir dans les affaires ecclésiastiques de Galicie ; son témoignage a donc un poids particulier '. Mais au pape on oppose un docteur de l'Église, saint Jérôme, qui parle ainsi des apôtres : In omnem terram exivit apostolorum sonus et in terminas orbis terræ verba eorum... Apostolos enim videns Jésus in littore juxta mare Genesareth reficientes retia sua, vocavit et misit in magnum mare ut de piscatoribus piscium faceret hominum piscatores, qui de Jérusalem usque ad Illyriam et Hispanias evangelium prædicarent, capientes in brevi tempore ipsam quoque Romanæ urbis potentiam '. Il n'est pas question ici de saint Jacques en particulier, mais de la prédication apostolique en général ; quant à une répartition des provinces à évangéliser, si les mots reficientes retia sua se réfèrent à Jacques et à Jean, fils de Zébédée, d'après Matth., IV, 21, les mots juxta mare Genesareth et piscatores hominum se réfèrent donc à Pierre et André, d'après Matth., iv, 18, 19. Sans doute, Pierre a des droits sur Rome, Jacques est attaché à l'Espagne, mais à quel titre Jean et André seront-ils affectés à l'Illyrie ? Il n'y a donc pas ici ombre d'attribution personnelle, mais simplement opposition entre l'humble condition des apôtres et l'entreprise difficile qui leur est destinée, à Rome, métropole de l'empire, en Espagne, sa province la plus lointaine, en Illyrie, la plus sauvage et la moins facile à aborder. Assez longtemps avant le temps où l'on découvrit en Galice un tombeau supposé être celui de Jacques, un petit livre répandu en Occident le représentait en qualité d'apôtre spécial de l'Espagne. Ce petit livre consistait en une histoire abrégée des apôtres qui nous est parvenue en latin, d'après une source grecque dénuée de toute valeur, s'inspirant de traditions controuvées et de documents apocryphes. Ces catalogues grecs, en tant qu'ils s'occupent de l'Occident, ne s'occupent que de saint Pierre et saint Paul et de saint Simon, à qui ils font évangéliser la Maurétanie, l'Afrique et la Bretagne. Quant à l'Espagne, ils ne s'en occupent qu'à l'occasion de saint Paul. Bien que procédant du grec, les rédactions latines ne se sont pas interdites des modifications destinées à flatter leur clientèle occidentale. « Saint Matthieu est attribué à la Macédoine, saint Philippe à la Gaule, saint Jacques à l'Espagne. Ces trois modifications proviennent-elles de quel que texte grec encore inconnu de nous ou du traducteur, ou d'une retouche introduite après coup dans l'œuvre de celui-ci ? Je n'en sais rien. Mais ce qui me semble clair, c'est que les trois « traditions » relatives à la Macédoine, à la Gaule et à l'Espagne sont exactement sur la même ligne ; elles ont même provenance, même attestation, même autorité. Quelle que soit la forme du catalogue latin, qu'il soit complet ou abrégé, en prose ou en vers, indépendant ou engagé dans une autre composition, les trois apôtres y figurent ensemble. Quelques textes cependant, s'inspirant de Rufin ou du faux Abdias, laissent saint Matthieu en Éthiopie ; c'est une correction. Or, chacun sait que l'assertion d'un apostolat de saint Philippe en Gaule ne correspond à aucune tradition locale, il en est de même pour saint Matthieu en Macédoine. Ces deux apôtres ont été l'objet en Orient de légendes fabuleuses et contradictoires ; aucune d'elles ne les fait voyager dans les pays indiqués ici. Saint Jacques aussi à sa légende ; il en a même deux : l'une, d'après laquelle toute sa carrière apostolique se passe en Palestine, l'autre, particulière aux Coptes et Abyssins, qui le fait voyager d'abord en Lydie. Quant à l'Espagne, silence complet. » A quelle date ce catalogue a-t-il passé en Occident ? Ce point, on le conçoit, a une grande importance dans la question qui nous occupe. Fortunat, Grégoire de Tours, Abdias, le martyrologe hiéronymien l'ignorent absolument. Ceci permet d'affirmer qu'il n'a pas pénétré dans nos contrées avant la fin du vi« siècle'. » A la fin du siècle suivant, Aldhelm de Malmesbury écrit dans une inscription métrique destinée à un autel de saint Jacques ' : Primulus Hispanas convertit dogmate gentes. En 686, Julien de Tolède expose la prédication des apôtres - et rappelle les nations qui l'ont ouïe. Ayant parlé de saint Pierre et de saint Paul, il continue : Hac et simili régula Jacobus Hierosolymam, Thomas Indiam, Macedoniam, Matthaeiis illustrât. Ce dernier trait est caractéristique et Julien de Tolède n'a pu le tirer que d'un de ces catalogues byzantins fortement retouchés dont nous avons signalé l'existence et qui envoyaient Matthieu en Macédoine et Jacques en Espagne. De toutes façons nous pouvons constater qu'un tel catalogue circulait en Espagne vers le milieu du vii« siècle. Qu'en pensaient les indigènes' ? Nous en pouvons juger par Julien, qui rencontre cette tradition, et par l'accueil qu'il lui ménage. Va-t-il l'accueillir sans contrôle et le laisser exercer son ministère de prédication devant les Espagnols ? Il s'en garde bien. » Il le fait prêcher aux Juifs, et il caractérise sa prédication en disant qu'elle était appuyée d'un grand nombre de textes scripturaires, où il montrait que les prophéties s'étaient accomplies en Jésus-Christ : longo tractu testimoniorum divinorum docuit, ea omnia quae prædixeraunt in Domino nostro Jesu Christo complere. Ouvrons maintenant Abdias ', à l'article de saint Jacques le Majeur ; nous y trouverons une vingtaine de textes prophétiques allégués aux Juifs par l'apôtre, qui en montre ensuite l'accomplissement. En tête de cette seconde partie, se présentent les mots : Hæc omnia in Domino nostro Jesu Christo et impleta sunt pariter quae fuerunt prædicta, etc., que Julien reproduit presque littéralement. Ainsi, l'évêque de Tolède avait sous les yeux le recueil d'Abdias, où saint Jacques est présenté comme l'apôtre, non de l'Espagne, mais de la Palestine ; mais d'autre part, il avait sous les yeux le catalogue byzantin latinisé où cet apôtre est dit avoir évangélisé l'Espagne. Il ne dit mot de cette prédication espagnole, et cela dans un livre adressé au roi d'Espagne Erwige, et dans un morceau consacré à l'analyse des enseignements distribués par chacun des apôtres à ceux auxquels ils ont prêché ou sont censés avoir prêché. « Ce silence est l'équivalent d'une condamnation. Le chef de l'Église d'Espagne a connu l'attribution de saint Jacques à son pays ; il l'a répudiée *. Et ceci est d'autant plus grave que Julien est au-dessus de tout soupçon de critique excessive. Un homme qui accepte la légende de saint Jacques telle qu'elle figure dans le recueil d'Abdias, un homme qui a pu se fier au catalogue byzantin pour parler de la prédication de saint Matthieu en Macédoine est assurément peu difficile. Il n'a pas hésité pour saint Matthieu, bien que le faux Abdias en fasse l'apôtre de l'Éthiopie ; mais c'est qu'il n'était pas en situation de se prononcer. La Macédoine et l'Éthiopie étaient trop loin pour qu'il pût en apprécier les traditions. Il a pris la première venue. Pour l'Espagne, il n'en était pas ainsi, Julien savait ce que l'on disait ou ne disait pas des origines apostoliques de son pays. Entre les deux prétendues traditions, il a éliminé celle qui eût été glorieuse pour les Espagnols, évidemment parce qu'il la savait dépourvue de toute attache dans l'opinion locale '. 1. Le catalogue byzantin retouché ayant pénétré en Espagne, on doit s'attendre à retrouver la trace de son influence sur la littérature du pays à partir de la fin du vii« siècle. Julien s'était tenu en garde, d'autres furent moins circonspects, notamment l'auteur d'un fragment de Commentaire sur Nahum, et Béatus, qui écrivit un Commentaire sur l'Apocalypse ; enfin le De ortu et obitu Patrum, qu'on ne saurait, sans imprudence, attribuer à saint Isidore de Séville, encore que celui-ci ait écrit un opuscule sous ce titre. Mais il est absolument impossible de lui imputer la notice de Jacques dans le De obitu, notice qui reproduit et aggrave les confusions du texte byzantin. Il confond le fils de Zébédée avec son homonyme du collège apostolique et le fait décapiter par l'ordre d'Hérode le tétrarque, alors qu'il s'agit du roi Hérode ; ce qui donne peu de poids à l'affirmation : Hispania ; et Occidentalium locorum gentibus evangelium prædicavit. Les occasions ne manquèrent pas à saint Isidore de s'expliquer au sujet de saint Jacques et de sa mission en Espagne, cependant il n'en souffle mot dans aucun des écrits qui lui appartiennent certainement. Son silence n'en est que plus remarquable lorsqu'il traite du fils de Zébédée dans ses Etymologiæ (1. VII, c. ix) ; dans sa Chronique, lorsqu'il parle des apôtres. Ce qu'on dit de saint Isidore, on peut le répéter de saint Ildefonse, de saint Julien et de beaucoup d'autres.

La vieille liturgie mozarabe ne témoigne pas d'une sollicitude bien particulière pour saint Jacques. L'apôtre était fêté vers la fin de décembre, avec son frère Jean. Le calendrier épigraphique de Carmona mentionne Jean et omet le nom de Jacques. Dans le martyrologe hiéronymien on lit au 27 décembre : Ordinatio episcopatus sancti Jacobi fratris Domini, qui ab apostolis primas ex Judeis Hierosolimis est episcopus ordinatus. Les calendriers mozarabes publiés par dom Férotin et les deux sanctoraux mozarabes de Paris (mss 2179 et 2180) placent au 28 la fête de saint Jacques le Mineur. Il n'est pas douteux que l'Église gothique d'Espagne n'ait célébré le 30 la mémoire du martyre de saint Jacques le Majeur. Tous les monuments anciens de la liturgie mozarabe sont d'accord sur ce point. Par contre, la plus grande confusion règne dans les livres imprimés de ce rite, tant dans l'édition de Ximenès que dans les suivantes. Le calendrier placé en tête du missel fixe au 30 la translation de saint Jacques le Majeur ; puis, à ce même jour, le même missel nous donne la messe de saint Jacques le Mineur. Pour mettre le comble à la confusion, le bréviaire place la mémoire de saint Jacques le Majeur au 30, et il a raison ; mais l'Ordo, qui fait loi pour les Mozarabes modernes de Tolède, indique qu'il faut célébrer en ce jour la translation de l'apôtre.

Nous pourrions nous abstenir de parler de l'attache topographique de saint Jacques à Compostelle, puisqu'elle sort du cadre chronologique de nos études. Il suffît donc d'indiquer ici que, vers l'année 830, on découvrit dans le territoire d'Amala, au diocèse d'Iria Flavia, une tombe antique qui, à partir de l'année 1139, fut définitivement considérée comme celle de saint Jacques. Dès 800, la légende commençait à prendre corps et Adon notait le culte rendu à ce tombeau. C'est depuis lors qu'on s'en est mis à fabriquer les titres jugés indispensables à la fructueuse exploitation du pèlerinage ; ils ne manquèrent point, nombreux, précis et décisifs à souligner, comme on peut le croire. En 1139, l'Histoire Compostellaine fixa cette « tradition ». VI. Jusqu'à la paix de l'Église. — Ce n'est que vers le milieu du iii siècle, à l'époque de la persécution de Dèce, que nous parvenons à recueillir un détail historique concernant le christianisme en Espagne. Auparavant, nous ne rencontrons qu'un texte de saint Irénée qui atteste l'existence du christianisme en Espagne et un autre texte de Tertullien, tout aussi vague que le précédent. La persécution de 250 entraîna des apostasies en grand nombre, il y eut un important trafic de libelli ou certificats acquis en fraude par ceux qui voulaient se soustraire au sacrifice païen, sauf à laisser planer sur eux l'injure d'y avoir consenti. Parmi ces âmes faibles, dûment nanties de certificats d'orthodoxie païenne et qu'on désigna sous le nom de libellatici, nous rencontrons deux évêques espagnols : Basilide de Léon et Martial de Mérida. Le premier était un poltron à qui sa lâcheté attira une sorte de notoriété et qui fut assez mal avisé pour en tirer gloire et s'obstiner à défendre sa conduite. Le second n'était guère moins poltron que son collègue ; de plus, il était dissolu. Après le retour de la sécurité, ces deux tristes personnages ne se proposèrent rien moins que de reprendre le gouvernement de leurs communautés. C'était le moment où les Églises de Rome et de Carthage discutaient le traitement à appliquer aux lapsi (251). En 252, un concile tenu en Afrique décida d'accorder l'absolution à tous ceux qui se seraient soumis à la discipline de la pénitence, on établit cependant une exception pour le clergé ; tout apostat devait être interdit du sacerdoce ; en conséquence, en 253, les fidèles d'Assuras furent invités à déposer leur évêque Fortunatianus, apostat rentré en possession de son siège.

Les deux évêques de Léon et Mérida avaient leur voie toute tracée ; cependant ils réclamèrent au pape de Rome Étienne contre le pape de Carthage Cyprien. En pareil cas, on n'avait guère lieu d'appréhender un échec. La jalousie d'Étienne à l'égard de Cyprien, qui l'éclipsait, était bien aise de saisir une occasion de lui faire sentir que les décisions des conciles d'Afrique ne valaient que pour la province. Étienne maintint donc les deux évêques apostats sur leurs sièges respectifs. Mais il avait compté sans les fidèles, qui tenaient absolument à posséder des évêques honorables, et, voyant que Rome leur imposait des misérables, les Espagnols s'adressèrent à Carthage. L'épiscopat africain, réuni en concile, déposa Martial et Basile (254). Les négociateurs de toute cette affaire avaient pour avocats deux évêques espagnols, Félix et Sabinus, nantis de la procuration de leur collègue Félix de Saragosse, que saint Cyprien, qui s'y connaissait, qualifie fidei cultor ac defensor. Les victimes étaient aussi peu intéressantes que possible et le pape Étienne avait mal placé sa confiance. Outre l'apostasie, Basilide s'était rendu coupable de blasphème ; quant à Martial, il était sociétaire de corporations païennes dont il avait fréquenté longtemps les honteux et dégradants festins » ; il avait fait pis que cela, faisant enterrer son propre fils dans le cimetière d'une corporation païenne. À la persécution de Valérien, se rapporte le martyre de saint Fructueux, évêque de Tarragone (258). Les actes ont été conservés et n'ont rien à envier aux plus authentiques. Ils nous montrent l'évêque arrêté un dimanche, comme il venait de se mettre au lit, et emmené en prison avec ses diacres Augure et Euloge, avec lesquels il comparaît le vendredi suivant et tous trois sont condamnés à être brûlés vifs. L'exécution a lieu le jour même dans l'amphithéâtre. Nous voyons par divers traits des actes que la communauté chrétienne était assez nombreuse et prospère.

Très peu de temps après cet événement, les Églises d'Espagne, ou du moins certaines d'entre elles, furent soumises à une nouvelle épreuve. On sait vaguement que des Francs envahirent la contrée, saccagèrent Tarragone, ruinèrent un grand nombre de villes, parcourant en tous sens, pendant douze années, la péninsule épouvantée ; ensuite, s'emparant de vaisseaux romains, ils passèrent en Afrique, où on perd leur trace ^. Nous ne savons rien des ravages qu'eurent à subir les Églises au cours de cette dévastation ; un silence de quatre années enveloppe les communautés de l'Espagne. Ce silence prend fin vers l'an 300, par la réunion d'un concile de dix-neuf évêques tenu à Illiberis (= Elvire, aujourd'hui Grenade). Voir Dictionnaire, t. iv, au mot Elvire. Nous en avons parlé déjà et fait connaître les importants canons disciplinaires si précieux pour la connaissance de la société chrétienne à la veille de la persécution de Dioclétien. On y surprend sur le vif l'esprit mondain parmi les fidèles et les principes rigides qui animent les chefs des communautés. Si nous trouvons dans ce concile une énumération singulièrement complète et scandaleuse des fautes et des crimes qui affligeaient la société chrétienne à la fin du iii siècle, nous y rencontrons aussi une sévérité de répression bien propre à nous inculquer une haute opinion de l'idéal moral représenté par les évêques de ce temps, très différents des deux protégés du pape Étienne.

V.

Le « diocèse » des Espagnes comptait, sous Dioclétien, six provinces, en y comprenant celle de Maurétanie Tingitane. Celle-ci ne fut pas représentée au concile d'Elvire. Pour l'Espagne continentale, nous trouvons : 1° pour la Galice, l'évêque de Léon, l'une des principales villes, sinon la capitale de la province ; 2° pour la Tarraconaise, l'évêque de Saragosse, la ville la plus importante, après le chef-lieu Tarragone, non représenté ; 3° pour la Lusitanie, les évêques de Mérida, chef-lieu de la province, de Faro (= Ossonova) et d'Evora ; 4° pour la Carthaginoise, le chef-lieu Carthagène envoie un prêtre et huit villes envoient leurs évêques, ceux de Guadix (= Acci), de Castulo, de Mentesa, d'Urci, de Tolède, de Salavia, de Lorca (= Eliocroca) et de Basli ; 5° pour la Bétique, les six évêques de Cordoue, Séville, Martos, Ipagrum, Grenade et Malaga ; en outre, les prêtres de treize autres Églises au moins : Ilipula, Ulturgi, Carula, Astigi, Atégua, Acinipo, Singiha, Barba, Igabrum, Ulia, Sclambina, Gemella, Ossigi. Enfin, quatre prêtres de Cordoue, Castulo, Lorca et Urci avaient accompagné leurs évêques.

La persécution de Dioclétien fut appliquée en Espagne par Maximien Hercule, qui, dans la tétrarchie, avait reçu pour son lot l'Italie, l'Afrique et, croyons-nous, l'Espagne '. Nous savons que Emeterius et Chelidonius furent mis à mort à Calahorra ( = Calagurris), très antique ville romaine située au bord de l'Èbre, au nord de la Tarraconaise. Ces martyrs ne nous sont connus que par la première hymne du Peristephanon de Prudence ; toutes les autres relations de la mort de ces deux saints, les quelques lignes consacrées à leur mémoire par Grégoire de Tours et les deux narrations conservées dans les Acta sanctorum, ne sont que le résumé ou la paraphrase des vers de Prudence '. Celui-ci nous avertit que les actes périrent au moment où l'édit de Dioclétien entraîna la destruction méthodique des archives chrétiennes. « Regrettable silence des documents antiques, écrit-il. On nous envie les détails, on éteint jusqu'à la renommée : un satellite blasphémateur a ravi les témoignages écrits, de peur que les siècles futurs, instruits par des livres durables, n'apprissent à la postérité l'ordre, le temps et le mode de la passion des martyrs *. » Les deux relations légendaires ne comprirent rien à ces indications et imaginèrent, qu'à la suite du procès, le juge avait fait brûler le procès-verbal. Prudence, mieux instruit, nous apprend que les archives des Églises espagnoles n'échappèrent pas à la destruction, les actes d'Emeterius et de Chelidonius périrent alors ; ils avaient donc souffert avant l'édit de 303.

L'édit de persécution de l'an 303 est attesté, pour l'Espagne, par des inscriptions fausses, non moins fausses que celle relative à la persécution de Néron. Les voici ' :

1° Diocletian. Cœs. || Aug. Galerio. in. Ori- || ente, adopt(alo). supers- || litione. cbrist(iana). \\ ubiq. deleia. et. cul- \\ lu. deor(um) propagato.

S« ' ///. invicti. Cœsaris \\ matri. deum || sacello || indurii amnis. ancone \\ inslnicte || sub. magnse. pasiphœs. numine || privatum. dianse. sacrum \\ fordam. uaccam. album || immolavere || ob. christianam 1| eorum. pia. cura || suppressam. exstinctam que l[ superslitionem li Dioclec. Il Maximian. || Galerius \\ et. Constantius Il Imper, augggg. perpetui.

L'exécution de l'édit fut confiée à un magistrat auquel sa férocité valut une sorte d'illustration, Datianus. connu seulement par les récits mart yrologiques. Datianus en Espagne, comme Anulinus en Afri que, comme Rictiovarus en Gaule, sont des personnages mal connus, en partie réels et en partie légendaires. Ce Datianus est-il le même que Maximien employait à une besogne toute semblable, dès l'année '287, on n'en a pas la preuve. Il devait exercer les fonctions et peut-être porter le titre de vicaire du diocèse d'Espagne ; nous le voyons instrumenter dans la Tarraconaise, dans la Lusitanie et dans la Carthaginoise. La Passio S. Vincenlii levilœ, écrite vers la fin du iv« siècle, nous le fait voir parcourant l'Espagne, faisant incarcérer, conformément à l'édit. les évêques, les prêtres, les diacres, les clercs. Peut-être faut-il placer au cours de cette persécution la glorieuse confession d'Osius de Cordoue, louée par tous les contemporains '. A Saragosse, la communauté se glorifiait d'avoir donné des martyrs à chaque persécution ■ ; elle avait alors pour évêque Valerius, peut-être le même qui siégea au concile d'Elvire, et pour premier diacre Vincent. Tous deux furent arrêtés, l'évêque fut exilé et le diacre, torturé, mourut de ses souffrances.

Prudence nous a conservé d'autres noms dans l'hymne quatrième du Peristephanôn, mais il a omis sainte Léocadie, morte sous Datianus, dans la prison de Tolède, les saints Servand et Germain, martyrisés à Cadix, les saints Oronce et Victor à Girone. Cette petite Girone », ainsi que l'appelle Prudence, avait possédé un autre martyr nommé Félix. que des martyrologes dépourvus d'autorité font souffrir sous Datianus. Barcelone avait eu Cucutas, Alcala revendiquait Juste et Pastor, victimes de Datianus. De même Acisclus à Cordoue et, dans la même ville, Faustus, Janvier et Martial, enfin Zœllus. Saragosse revendiquait plus de martyrs qu'aucune autre ville » : Sola in occurrsum numerusinres Martyrum lurbas Domino parasti.

Une des plus illustres martyres de cette persécution fut une jeune fille nommée Eulalie (voir ce mot), sur le tombeau de laquelle s'éleva de bonne heure une basilique décorée de marbres, de dorures et de mosaïques.

En 305, un remaniement se produisit dans le personnel de la tétrarchie. Dioclétien et Maximien abdiquèrent, Galère et Constance Chlore prirent rang d'augustes', Maximin Daia et Sévère furent proclamés césars. Ces changements eurent pour résultat des mutations dans les États. Constance Chlore reçut la suprématie en Occident et joignit l'Espagne à son lot. La situation religieuse s'y transforma sur le champ, les rigueurs prirent fin.


VII. De la paix de l'Église aux persécutions. — L'Espagne connut un siècle de paix, de réparation et de prospérité, jusqu'aux premières invasions, en 409. Un personnage va concentrer, pendant la moitié de cette période, toute l'attention sur lui ; c'est Osius de Cordoue. Il était né vers 256, fut élevé à l'épiscopat vers 295 : on le rencontre au concile d'Elvire vers 300 et, en 313, à Milan, dans l'entourage intime de Constantin ', de qui il a peut-être contribué à décider la conversion. Cependant il n'assiste pas au concile d'Arles, en 314, auquel prend part Libère de Mérida. Ce concile était dirigé contre l'hérésie donatiste, laquelle était, en grande partie, l'ouvrage d'une Espagnole intrigante, riche et dévote, nommée Lucilla, qui habitait à Carthage. L'Église d'Espagne n'eut d'ailleurs que des relations très espacées avec les donatistes : la présence d'un évêque donatiste n'entraîna la conversion que d'une seule dévote ?

Le rôle important qui incomba à Osius dans la préparation et les sessions du concile de Nicée n'a pu manquer d'exercer une certaine influence sur le développement de l'Église d'Espagne, mais sur ce sujet, nous sommes réduits aux conjectures. La pénurie, presque incroyable, de textes concernant le christianisme dans la péninsule, pendant les quatre premiers siècles de notre ère, explique la rapidité avec laquelle se déroule une histoire dépourvue d'événements. Aux noms des sièges épiscopaux connus par le concile d'Elvire, il faut ajouter ceux des évêques présents au concile d'Arles : Tarragone, Osuna, Betica et Barcelone. On entrevoit l'Église d'Espagne tendant à s'organiser en sept provinces, dont les métropoles sont placées dans le chef-lieu civil, sauf à Carthagène, remplacée par Tolède. Ces métropoles sont Mérida, Séville, Braga, Tolède, Saragosse, Palma et Tanger.

Pendant le iv« siècle, les Églises d'Espagne paraissent être demeurées à peu près complètement à l'abri de l'arianisme. Mais il ne s'ensuit pas que les communautés aient connu une ferveur et une prospérité particulières. Les poèmes de Prudence, les canons d'Elvire et quelques rares écrits contemporains nous laissent entrevoir une activité ordinaire au point de vue monumental. D'art proprement dit, on ne trouve pas trace. Qu'étaient ces peintures, ces cimetières, ces églises dont il est question à Elvire, nous l'ignorons, mais il ne paraît pas qu'ils eussent une sorte d'importance ; en tout cas, tout a péri. En 343, âgé de quatre-vingt-sept ans, Osius se trouvait à Sardique, en Thrace, où, sur ses instances, l'empereur avait réuni un concile dont le vieillard fut l'âme, le chef, le tout. Il s'y trouvait en compagnie des évêques de Castolon, de Saragosse, d'Astorga, de Mérida et de Barcelone. Puis, de retour à Cordoue, Osius y convoqua un concile pour promulguer les canons édictés à Sardique. Cela fait, il se remit en route, parlant, écrivant en faveur d'Athanase, son fidèle compagnon dans l'orthodoxie nicéenne. Agé de cent ans, le vieux lutteur fut mis en prison et odieusement maltraité ; affaibli, il fit des concessions qui ne témoignent que d'un affaiblissement cérébral qui eût dû lui mériter l'indulgence. Mais les hommes de ce temps n'en abusaient pas et saint Hilaire de Poitiers, l'ennemi railleur, traita le vieil évêque à Sirmium, le traita de blasphémateur, de fou, de délirant, uniquement soucieux de rentrer dans sa ville de Cordoue. Rendu au calme, le vieillard se rétablit, retrouva le fil de ses idées, comprit sa faiblesse et protesta contre la violence subie ; il mourut en renouvelant l'anathème contre les ariens (27 août 357).

Le grand évêque disparu, le silence se fit de nouveau sur l'épiscopat et sur l'Église d'Espagne. Au sein de la médiocrité générale, on a distingué les noms de Grégoire d'Elvire, qui siégea au concile de Rimini (359) et, après la mort de Lucifer de Cagliari, fut le chef du mouvement luciférien '. Faustin et Marcellin, auteurs du Libellus precum, Pacien de Barcelone, la nonne Elheria (voir ce mot).

La seconde moitié du iv« siècle a produit en Espagne des écrivains de mérite ; Prudence et Priscillien. Prudence ne manquait pas de talent littéraire ; de plus, il avait le souci de conserver sous une forme poétique le souvenir des gloires religieuses de sa patrie. Ses hymnes forment un recueil précieux pour l'histoire et pour l'archéologie ; nous le retrouverons (voir DITTOCH.tu.M et Prudence). Le personnage de Priscillien est d'une importance plus grande. Il est le premier, dans l'Espagne chrétienne, avec lequel il faille compter ; jusqu'à lui tout sommeille, Priscillien va obliger ses compatriotes à réfléchir et à penser : ils s'en vengeront. Le priscillianisme n'est bien connu que depuis la découverte des œuvres de l'hérésiarque, en 1886. Jusqu'alors ses adversaires et ses ennemis jurés avaient seuls pris la parole. On possède aujourd'hui onze traités, mémoires ou discours de Priscillien. C'est d'abord un écrit composé pour une assemblée d'évêques, suivi d'un mémoire apologétique destiné au pape Damase. Un troisième traité défend le droit de lire des livres apocryphes, pourvu qu'ils ne soient pas contraires à l'enseignement de Moïse, des prophètes et de l'Évangile. Un quatrième s'occupe du carême et du jeûne. Les deux suivants sont des homélies sur la Genèse et l'Exode. Priscillien y combat l'opinion de ceux qui veulent que l'homme soit une créature du diable et que le Dieu de l'Ancien Testament soit distinct et différent de celui du Nouveau. Ce traité contredit absolument la théorie gnostique du dualisme, imputée à Priscillien. Les autres ont un moindre intérêt. Tous ces ouvrages sont de médiocre étendue ; tels que nous les possédons, ils permettent de prendre une idée à peu près exacte de leur auteur, homme riche, austère et savant avec quelque chose d'ingénieux et même d'alambiqué dans l'esprit. Cette histoire de l'hérésie priscillianiste est un curieux épisode de psychologie et de théologie ; nous l'avons raconté ailleurs '. Fâcheux épisode où l'épiscopat espagnol ne paraît pas à son avantage ; l'affaire se dénoua à Trêves. Les évêques Ydace et Ithace y poursuivirent leurs victimes avec acharnement et les firent condamner à la mort, à l'exil, à la déportation, à la rélegation. C'était le premier exemple de l'abandon des condamnés au bras séculier, chargé d'épargner à l'Église l'obligation de répandre le sang, non pas en épargnant le coupable, mais en déchargeant l'Église du soin de le frapper. Étrange casuistique qui ne trouva jamais grâce aux yeux des esprits droits et que jalonne malheureusement une longue série de bûchers depuis celui de Priscillien jusqu'à celui de Jeanne d'Arc.

Au iv« siècle, en Espagne, appartiennent Paul Orose, saint Paulin et Vigilance.


VI 11. Les invasions. — Vers l'an 409, quelques troupes de barbares, parvenues jusqu'aux Pyrénées, franchirent cette barrière : c'étaient des Alains, des Suèves et des Vandales. Chaque bande, ayant son chef, se répandit dans la péninsule et la ravagea de son mieux. La Tarraconaise, la Galice, la Lusitanie et une partie de la Bétique furent dévastées ; les autres provinces firent mine de se défendre et quelques cantons, surtout des villes, purent se maintenir nominalement sous la domination romaine. À partir de 411, leur gourme jetée, les envahisseurs, las de piller, songèrent à mettre un peu d'ordre dans leur conquête. Les Suèves et une partie des Vandales s'établirent en Galice, les Alains en Lusitanie, et les Vandales Silingues en Bétique, à laquelle ils imposèrent le nom de Vandalousie '. Tandis que les chefs barbares se partageaient la province d'Espagne, le roi des Goths, Ataulf, successeur d'Alaric, évacuait volontairement l'Italie et recevait, de l'empereur Honorius, la Gaule Narbonnaise et l'Espagne Tarraconaise (412). Une sorte de prospérité commençait à reparaître, lorsqu'Ataulf pénétra en Espagne (414) et fut assassiné l'année suivante (415). Wallia, son successeur, vainquit les Alains (418), qui évacuèrent la Lusitanie et se réfugièrent dans la Vandalousie.

Il importe de faire observer que les dévastations de cette époque n'ont pas le caractère de continuité et d'universalité. Les campagnes d'abord furent seules éprouvées ; les villes fermées échappèrent, puis ce n'est qu'après seize années qu'on rencontre dans les chroniques la mention de villes prises ou pillées ; Carthagène et Séville en 425 par les Vandales ; Mérida en 429 et 439 ; Mertola en 440 ; Séville en 441 ; Saragosse et Lérida en 449 ; Braga en 456 ; Astorga et Palencia en 456 et 457 ; Portucale en 457 et 458 ; Santarem en 460 ; Coïmbre en 467 ; Lisbonne en 469. Seule, entre toutes ces villes, Carthagène fut détruite de fond en comble. L'entrée des Wisigoths en Espagne ne ressembla en rien à celle des autres barbares et ils commirent de rares violences. Il faut se garder de prendre ces mots ; violences, dévastations, dans un sens identique à celui qui convient lorsqu'il est question des barbares teutons nos contemporains. Leurs ancêtres étaient sans doute des brutes, mais moins répugnantes et moins systématiques. Ainsi, en 480, Mérida est, nous dit-on, depuis trois quarts De, le théâtre de tous les excès ; et cependant les Vila : Pairum Emeritensium nous montrent une Mérida riche, belle, ornée de monuments, peuplée, commerçante. Les campagnes, principalement dans la Bétique, demeurèrent assez prospères. La culture des céréales, de la vigne, de l'olivier, des arbres fruitiers, l'exploitation des forêts, l'élevage du bétail, l'éducation des abeilles, la pêche fluviale procuraient des ressources.

La confusion, le chaos dominent dans l'histoire politique et dans l'administration. À ce point de vue, nulle fixité, nulle stabilité ; le désordre devient si profond et si universel qu'on ne sait plus à quels traits noter son existence et son aggravation. Les Suèves refoulèrent les Vandales, qui évacuèrent la Galice et se concentrèrent dans la Bétique (420) ; mais à la suite d'une grande victoire, remportée en 422, ils ravagèrent l'Espagne et accablèrent les catholiques et le clergé des plus cruels traitements, car ils étaient ariens fanatiques. En 429, Vandales et Alains se rassemblèrent sur la côte d'Espagne qui fait face à Gibraltar et passèrent en Afrique au nombre de 80 000 guerriers environ. Les années qui suivent sont des plus obscures et les événements s'y enchevêtrent comme il plaît.

Parmi tant d'événements qui se contrarient et s'annulent et dont le récit ne nous appartient pas, nous ferons remarquer l'accroissement du fanatisme religieux des Wisigoths. La population indigène ne souhaitait que la tolérance, elle ne l'obtenait pas. Leurs maîtres étaient insatiables de prosélytisme et désireux d'attirer à la croyance arienne non seulement les peuples encore païens, mais encore les peuples catholiques, Suèves ou Burgondes. Le roi Euric partageait les passions religieuses de son peuple. Le nom de catholique lui faisait horreur et il attribuait la prospérité de son règne à son attachement personnel à l'arianisme. Il ne pratiquait pas la persécution sanglante, bien que nous sachions qu'il fit mourir plusieurs évêques, mais il avait imaginé de faire succomber le culte catholique par l'extinction graduelle de la hiérarchie. Il défendit de pourvoir à la vacance des sièges épiscopaux et, en peu d'années, la tradition du sacerdoce se trouva interrompue sur un grand nombre de sièges. La célébration du culte fut interdite dans un grand nombre de localités.

Bien qu'on ne puisse étendre historiquement ces faits à toute l'Espagne, il est trop évident que ces conditions précaires ne facilitaient pas l'expansion des communautés et la construction des églises. Il s'en faut bien que le catholicisme ait disparu, mais son existence menacée, les conditions onéreuses imposées à sa tolérance ne permettent pas d'entretenir les édifices anciens, s'il en existait de solides et encore debout ; elles permettent moins encore d'en élever de nouveaux, aussi l'archéologie monumentale de la période qui s'étend de la paix de l'Église à la conversion de la dynastie wisigothique n'est-elle représentée par aucun édifice, pas même par des ruines ou des vestiges certains. Des conciles se réunissent à Girone, à Lérida, à Tarragone, à Valence, mais de mince importance pour l'histoire. Cependant, à partir de l'année 560, saint Martin de Braga commence à convertir la nation des Suèves et leur roi et, en 587, la conversion de Reccarède, roi des Wisigoths, était un fait accompli.


IX. L'Espagne wisigothique. — Une nouvelle période s'ouvre dont nous avons ailleurs esquissé l'histoire. Ici nous nous intéresserons uniquement à l'œuvre archéologique et liturgique.

Au point de vue archéologique, nous ne rencontrons rien de remarquable. Les édifices sont rares et témoignent d'une technique assez médiocre ; la partie ornementale n'existe pour ainsi dire pas. L'épigraphie est abondante et offre un choix intéressant de formules ; la sculpture n'existe guère que sous l'aspect de bas-relief, la numismatique est barbare d'aspect. L'étude de ces monuments est due principalement à des savants étrangers au pays. Il serait fastidieux de transcrire les titres fantasques des écrits composés aux XVIIe et XVIIIes en l'honneur des églises et des traditions locales avec une absence non seulement de critique, mais de simple bon sens, véritablement provocante. Ils sont là une galerie pitoyable d'in-folio dont le dépouillement ne réserve que déception et néant : Gonzalez Davila pour Jaén ; Antonio Terronos y Robres pour Andujar ; Fernando Escudero Terres pour Cazorla ; Pascual Salmeron pour Carcesa ; Pedro Suarez pour Guadix, et combien d'autres ! Un seul érudit de cette époque mérite un hommage sans réserve, Enrico Florez, auteur de La España sagrada : il a consacré un volume entier, le 1er, à l'histoire de l'Espagne chrétienne et des notices à un grand nombre d'Églises locales. En 712, la monarchie wisigothique disparaît, l'ère monumentale est close, l'épigraphie se continue encore quelque temps en s'altérant de plus en plus, la liturgie dure jusqu'à Grégoire VII. À partir de 711, une autre époque commence, étrangère à nos études.

X. Monuments. — Les monuments de l'Espagne chrétienne sont peu nombreux et de médiocre importance. Les conditions dans lesquelles l'Église catholique végéta sous les rois ariens ne permettaient pas d'imposantes et solides constructions ; quand saint Léandre et saint Martin de Braga eurent converti Wisigoths et Suèves, il ne semble pas que les princes, les évêques et les fidèles aient souhaité posséder des basiliques vastes et magnifiques. Les rares spécimens qui nous ont été conservés prêtent parfois à des hésitations qui autoriseraient à les rajeunir notablement, c'est le cas pour San Juan Baulisla de Baños (voir Dictionnaire, t. 2, col. 191-198, fig. 1251-1255). C'est ce qui consiste à les suivre. Ce n'est pas seulement Saint-Jean de Baños qui prête à discussion, c'est aussi Cabeza del Griego (Cuença), Santa Comba de Bande (Orense), San Pedro de Nave (Zamora), San Miguel de Excelsis (Navarra). De même, on signale des vestiges plus ou moins reconnaissables à Cordoue, à Mérida, à San Roman de la Hornija, à Séville, à Grenade, à Tolède et notamment San Sebastia et Santa Eularia dans cette dernière ville. Il est douteux qu'une découverte vienne aujourd'hui nous révéler un édifice purement wisigothique, plus douteux encore qu'une fresque ou un bas-relief y supplée en quelque façon.

Pour faire honneur aux peuples des barbares qui occupèrent l'Espagne de prétentions et de pratiques d'après Puig y Cadafalch. — Cilla memoria : L'arquitectura romanica a Catalunya, Barcelona, 1909, t. 1, p. 265, fig. 316. Qu'a fait A. Marignan, dont les critiques relèvent plutôt de l'impressionisme que d'une discussion technique rigoureuse et minutieuse. Si on admet que San Juan de Baños date, d'après l'inscription, de l'année 601, on n'a pas de raison d'écarter la date de 646, attestée pour San Roman de la Hornija entre Toro et Tordesillas, près de Zamora. Il est fâcheux pour ces deux édifices, pour le premier surtout, de ne pas offrir toutes les garanties désirables de l'antiquité indiquée par l'inscription ; elle deviendrait ainsi un témoin précieux et unique d'une catégorie insuffisamment connue. Ce n'est pas que les archéologues espagnols soient embarrassés de découvrir des basiliques ou oratoires wisigothiques ; mais l'embarras architecturaux, on a invoqué un passage de la Vila Audoeni qui ferait allusion à une manus golhica ; mieux vaut y renoncer sans regret, la date de la rédaction de la Vie de saint Ouen n'autorise pas à en tirer parti. Les témoins intéressants de l'habileté des barbares à ouvrer les métaux, armes et bijoux, nous apprennent sans doute que l'influence orientale, et principalement sassanide, s'était exercée parmi eux, mais nous ne rencontrons aucun indice de l'aptitude et du goût à pratiquer l'architecture. Tout porte à croire que la population hispano-romaine était en possession de méthodes et de procédés qu'elle continua à appliquer après l'établissement des Wisigoths, Vandales, Suèves et Alains, qui eussent été assez embarrassés de savoir où prendre les matériaux, comment les préparer et les employer. Les constructions officielles, que l'administration impériale prodiguait partout, perdaient leur destination ou leur solidité à mesure que les institutions changeaient et que prévalait l'incurie. Ces édifices, thermes, cirques, amphithéâtres, temples, devinrent les carrières où s'approvisionnèrent de matériaux les bâtisseurs nouveaux venus. Ce sont les artisans indigènes qui continuent à bâtir, mais l'heure est passée désormais des vastes constructions, des perspectives majestueuses, tout ce qui mosaïques, les calottes qui voudraient être des coupoles, les absides trilobées s'installent et refoulent les caractères indigènes ; l'arc en fer à cheval, venu d'Asie Mineure, fait son apparition et triomphera même des répugnances des constructeurs arabes à s'assimiler ces éléments architectoniques des fidèles. Pendant la période hispano-romaine, nous avons dit et montré que les Églises avaient, sur certains points, connu la prospérité, mais nous ignorons tout en ce qui les concerne. Autour d'une église, là comme en Gaule et en Afrique, s'étendait probablement un cimetière chrétien d'Ampurias. D'après J. Puig y Cadafalch, op. cit., t. 1, p. 266, fig. 317.

qui subsiste d'édifices attribués à la période wisigothique atteste, par ses dimensions et sa technique, la déchéance profonde d'un art qui avait eu, même en Espagne, sa période de grandeur et de magnificence. Comme la Gaule, mais moins que la Gaule, l'Espagne devient un rendez-vous d'influences cosmopolites qui altèrent plus ou moins les traditions locales. Le plan basilical se maintient à peu près intact, mais c'est au prix de concessions sans nombre et de déformations évidentes. L'ornementation est encore plus maltraitée. Les chapiteaux sont à peu près épargnés, mais les espaces libres où les fidèles choisissaient leur sépulture. Nous verrons que les sarcophages sont très rares ; soit pauvreté, soit pour toute autre raison, les chrétiens usaient de tuiles, debout ou inclinées, de jarres percées aux extrémités ; de tout cela, il n'est demeuré que peu de vestiges. A tel point que nous ne pouvons citer qu'un seul cimetière chrétien antique, celui d'Ampurias ; car pour ceux d'Ager, de Girona et de Torrelles de Foix, on ne saurait en dire rien d'utile, d'en tirer aucune indication certaine sur l'aménagement. On a imaginé découvrir des catacombes à Sant Just, en Catalogne : ce sont des galeries d'exploitation qui n'ont jamais rien eu de funéraire.

L'existence d'une cella memoriae de la plus extrême simplicité, près de l'ilot du port. C'est un édifice de médiocres dimensions, de forme rectangulaire et pourvu d'une abside orientée comme dans les basiliques chrétiennes, mais cette abside est elle-même enclavée dans un mur d'enceinte qui achève le rectangle extérieur, disposition qu'on rencontre maintes fois en Afrique - et ailleurs ; qu'on rencontre également à Elx, en Espagne, dans une basilique ancienne. Les murs sont construits en matériaux assez réguliers. Le sol était cimenté et pavé de marbre. Une des murailles a gardé sept niches, qui ressemblent plus à celles des columbaria qu'aux loculi des catacombes, ce qui a d'ailleurs induit à considérer cette construction comme un columbarium. Conjecture peu vraisemblable. Nous voyons que des inhumations y ont été faites et aucun indice d'incinération n'a pu être relevé. Quoi qu'il en soit, la cella memoriae d'Ampurias fut comme le noyau d'un certain développement ; des dépendances vinrent s'y souder, non d'après un plan régulier et suivi ; mais à mesure des besoins, on adossa un bâtiment nouveau à un autre plus ancien, on recoupa, on redoubla ; le plan est, à cet égard, tout à fait significatif. La cella prit la dignité d'une basilique, s'adjoignit un narthex et un atrium, assez vaste. Sur le sol et dans le sol des sarcophages reçurent les corps des fidèles, les inhumations étaient orientées de l'ouest à l'est, la tête à l'ouest, les bras allongés (fig. 4156-41 GO). C'est à Ampurias que fut découvert, en 1846, le sarcophage conservé au musée de Girona et qui est indubitablement chrétien. Au centre, l'imago clipeata placée dans une coquille ; le bon pasteur entre les représentations des mois et des saisons. Ce sont, suivant la coutume, de jeunes garçons entièrement nus. Le couvercle porte sur la tranche une scène de vendanges suivie de la foulée du raisin et une scène de cueillette des olives suivie de la mise au pressoir (fig. 4161). Un autre sarcophage très mutilé a été trouvé en 1908 ; malgré son pitoyable état, on remarquera au centre la porte entr'ouverte de l'Hadès et la décoration d'arcs et de frontons qui rappelle une célèbre série de sarcophages d'Asie Mineure (fig. 4162). Voir Dictionnaire, t. II, fig. 1517. 2° niche. — Nous pouvons rapprocher de la cella memoriae d'Ampurias une petite chapelle d'Elche (prov. d'Alicante, l'ancienne Illici). Les fouilles ont été exécutées au lieu dit Alcudia, qui est à 3 kilomètres de la ville, au sud-sud-est, à sept ou huit kilomètres de la mer. Alcudia signifie « colline », néanmoins c'est ici un champ plat dont la surface n'est pas à plus de 2 mètres ou 2 m. 50 au-dessus des champs qui l'entourent ; cette différence de niveau est rendue plus sensible par ce fait que l'Alcudia, sur tout son pourtour, a pour limites des talus très raides. Elche est le véritable site primitif d'Illici, toutes les présomptions en favorisent la localisation à l'Alcadia. Dans la partie sud-ouest de l'Alcudia, à un mètre au-dessous du sol, apparut un pavement en mosaïque, mal conservé, avec un grand trou au centre, des lacunes sur les bords. Au milieu du côté ouest, est placée, comme un seuil, une dalle de pierre calcaire, de 1 m. 35 sur 0 m. 50 ; d'autres dalles plus petites, non loin de là, sur une surface d'environ un mètre carré, ont remplacé un morceau disparu de la mosaïque ; et un rapiéçage analogue se voit à l'angle sud-est (fig. 4163). A l'est de la mosaïque qui présente la forme d'un rectangle de 10 m. 90 sur 7 m. 55, un mur épais de 0 m. 58 dessine une abside semi-circulaire, dont le rayon est de 1 m. 50. Un intervalle d'un mètre sépare de la limite orientale du pavement une inscription dans un cartouche à queues d'aronde ; cadre intérieur 1 m. 03, deux lignes, la deuxième représentée par des vestiges inutilisables ; lettres en noir sur fond blanc ; les portions intérieures des lettres sont en jaune, par 411)1. — Sarcophage des saisons à Ampurias. D'après une photographie. du pavement en mosaïque l'extrémité nord de l'abside. L'axe de l'abside est sur le prolongement de l'axe du pavement rectangulaire. Le mur de l'abside est conservé à une hauteur maxima de 1 mètre (hauteur moyenne de 0 m. 80). Il est en pierres taillées, de petites dimensions, sans revêtement, et son point de départ exemple la boucle du P, le triangle de A, le disque de l'O, et encore les portions non limitées comme le rectangle du TT, la demi-lune de £, les triangles de A, Y, X les rectangles de H et le trapèze de A ; la feuille de lierre qui orne la queue d'aronde n'a pas reçu cette farcissure jaune ; le mosaïste a coloré les espaces comme se trouve à environ 0 m. 10 plus bas qu'eux niveau de la mosaïque. Un autre mur, tangent derrière l'abside, est un peu moins haut qu'elle et de pitoyable construction. Nous indiquons sur le plan par des traits les trois inscriptions tracées dans le pavement. Dans l'axe de la chapelle se voit, au sens de la largeur et à 3 m. 35 pris entre les branches de l'ornement indéterminé qu'on voit à la ligne 2. Les deux autres inscriptions sont placées dans le M-ns (le la longueur et n'occupeul chacune qu'une seule ligne. La première, du côté de l'évangile, incomplète au début, est encore longue de 2 m. 91, encadrée dans un double rectangle formé de deux traits : hauteur du rectangle intérieur, 0 m. 18 ; lettres, en noir sur blanc, sans farcissure, hautes de 0 m. 13. Le début est inintelligible, ensuite on lit :... /ovtcjv y.z que termine une hœclcrci. La deuxième inscription, du côté de l'épître, incomplète est enfermée dans un rectangle de 1 m. 78 sur 0 m. 12. Les lettres, en noir sur blanc, ont à l'intérieur une farcissure jaune. Une lacune coupe l'inscription en deux tronçons ainsi répartis ; 0 m. 92 |0 m. 58] *D D* mmmm^ ^^^h 345 0 m. 28 ; on lit :... £U7rXoia au au-y... U'/aLe plus sage est de n'en rien vouloir tirer. Ces inscriptions grecques sont passablement énigmatiques ; elles assignent au clergé et aux fidèles leur place dans l'église : église minuscule dans laquelle il est vraiment bien difficile de voir une synagogue, à raison du mot Kpoczu-^i}. L'emploi du grec — et quel grec ! — rappelle ce que nous lisons sur le sarcophage d'Ecija. Pour ma part, je crois voir ici un oratoire du iv« siècle. Dans la couche de terre, épaisse d'un mètre, qui recouvrait la mosaïque, on a rencontré de nombreux débris architecturaux en pierre du pays. Les plus importants étaient trois fragments de chapiteaux corinthiens, et un tambour de colonne non cannelée. En outre, un chancel ajouré et une colonnette.

3° Xativa. — P. Villanueva avait signalé à Xativa la présence de colonnes antiques en jaspe et diverses autres couleurs. C'étaient des colonnes en marbre qui eut la vogue dans la contrée à l'époque romaine. On a retrouvé un minuscule oratoire de 7 m. sur 5 m. 80. En outre, un chapiteau et quelques pierres décorées (fig. 4164-4166). Tels paraissent être, jusqu'à ce jour, les seuls vestiges monumentaux du christianisme en Espagne entre la période d'évangélisation et les invasions des barbares. On ne peut attribuer une telle indigence qu'à la déchéance de l'esprit historique et critique dans un pays qui, interrogé, fournirait probablement une moisson archéologique aussi copieuse et aussi curieuse que les autres pays d'Occident. Il faut se contenter de rappeler les indications données par le poète Prudence et que nul vestige monumental ne permet plus d'identifier ni à Saragosse, ni à Mérida, ni ailleurs. Quant aux ruines de Centcellas, près de Constanti (Tarragone), elles sont certainement étrangères à toute destination cultuelle et on risque peu de s'égarer en y reconnaissant les thermes de la villa d'Adrien.

4° Témoignages. — Quand on a traversé le v« siècle, si plein de ruines, et le vi« siècle, si peu propice aux constructions d'édifices, on atteint les dernières années de cette période et saint Isidore de Séville, parlant, dans ses « Origines », de sedificiis sacris, se complaît à les représenter comme nombreux ; ce sont des basiliques, des oratoires, des baptistères, des martyria, des monastères enfin. Et, en effet, la lecture des divers ouvrages de saint Ildefonse, saint Eugène de Tolède, saint Euloge, Paul Diacre, saint Grégoire de Tours, saint Braulion, de saint Isidore lui-même confirme cette indication. Grégoire de Tours parle, sur la foi des voyageurs, de l'oeuvre merveilleuse qu'était San Martin de Orense, construit par le roi suève Carriario ; nous savons que San Marcio de Evora était une église bâtie sur plan octogonal, supportée par des colonnes, avec des parois incrustées de marbre et un sol en mosaïque. Paul Diacre parle en termes élogieux de la basilique de Santa Eulalia et de l'atrium épiscopal de Mérida, rebâtis par l'évêque Fidelis entre 560 et 571, avec beaucoup de richesse. Saint Isidore qualifie de mirae et eleganle labore les constructions ordonnées par le roi Waraba à Tolède et Paul Diacre n'est pas débris peut-être ; entre 573 et 713, la monarchie wisigothique fait effort pour créer et pour durer. Les Wisigoths ne sont pas rebelles à la civilisation, ils s'adaptent même à certaines sciences et à des arts industriels. Pour juger de leur savoir-faire et de leur goût, nous avons des sculptures, qui sont dépourvues de mérite, des bijoux où se révèle l'habileté technique des orfèvres barbares. Quant à l'architecture, elle semble avoir consisté pour ce peuple en une destination purement utilitaire. Les conquérants de l'Espagne ont dû se satisfaire avec ce que les populations indigènes étaient capables d'exécuter. Comme toutes les provinces de l'empire, l'Espagne avait connu, pendant les trois premiers siècles de notre ère, un véritable essor monumental, mais il ne suffisait pas d'avoir bâti des amphithéâtres et des cirques à Sagonte, à Mérida, à Italica ou à Ségobrige, des ponts à Alcantara et à Mérida, des aqueducs à Mérida, à Séville et à Tarragone et tant d'autres édifices publics ou particuliers ; ces monuments étaient alors des livres fermés. Dès le iv« siècle, Constantin avait poussé un cri d'alarme en présence de la pénurie d'architectes, le mal progressait ; au v« au vi« siècle.

Âr mi moins élogieux pour le baptistère de la cathédrale de Mérida. Saint Euloge dit merveilles de la basilique de San Félix, à Cordoue, et l'Ecclesia major (Santa Hierusalem) de Mérida était, au dire de Paul de Mérida, une merveille d'art et de richesse. Nous apprenons de saint Ildefonse, dont Ambroise de Mora les confirmait le témoignage au xii' siècle, que San Roman, de Hornija, était remarquable par le grand nombre de ses colonnes. Saint Euloge parle avec admiration de la basilique de Santa Leocadia, à Tolède, où se tenaient les assemblées conciliaires, et de la basilique de San Pedro y San Pablo, où les rois venaient se faire consacrer. De tout cela il ne reste que le souvenir, mais nous pouvons prendre une certaine idée de ces édifices par ceux qui, bien qu'appartenant à une date postérieure, ont dû conserver l'aspect général des constructions de ce temps. C'est ainsi que nous pouvons voir dans San Juan, de Baños, le type de la basilique latine en Espagne, dans Santa Comba, de Baude, le type de la basilique byzantine, tandis que San Miguel, de Tarrasa, rappelle les baptistères et la chapelle de Burguillos nous montre un oratoire ou martyrium. Il est probable qu'on n'eût pas rencontré dans l'Espagne entière un seul homme capable de concevoir et de diriger une construction de quelque importance.

6« Murs. — La technique se conserve plus longtemps, grâce à la routine, à condition que les matériaux ne manquent pas. D'une façon générale, les maçons wisigoths n'abusent pas de l'épaisseur des murailles et emploient un appareil assez irrégulier. Car on ne saurait faire entrer en ligne de compte San Pedro de Nave, où l'appareil très régulier est exceptionnel. Plus exceptionnel encore, et tout à fait inconnu, le mur en briques ou l'appareil réticulé en pierres et briques et la disposition en épis, si fréquente dans la Gaule mérovingienne. Dans une chapelle funéraire avec abside semi-circulaire, située en la Alberca, à cinq kilomètres de Murcie, on a pu signaler un mur dont les assises sont disposées en zones couchées comme les épis, séparées par d'autres zones horizontales. A Saint-Jean de Baños, on voit bien la tendance à garder les lits horizontaux ; à la chapelle de Baude, l'appareil est plus négligé encore. San Miguel de Tarrasa a subi beaucoup de restaurations pour qu'il soit possible d'en faire état. Au reste, la maladresse et l'ignorance ne sont pas seules à expliquer cette technique pitoyable. Les Romains et les Byzantins recouvaient les parois de marbre ou de métal ; à leur défaut, les barbares se contentaient de carreaux de terre cuite ou d'enduit recouvert de peinture et nous savons que les églises wisigothiques ont été parfois revêtues ainsi de marbre et de mosaïques, ou même de peintures.

7° Colonnes. — On a fait usage de colonnes et de piliers. Les édifices romains, mis au pillage, procuraient aux constructeurs les colonnes taillées avec leur base et leur chapiteau. San Juan de Baños et San Pedro de Nave sont dans ce cas ; quant à San Miguel de Tarrasa et à Santa Comba de Baude, il est possible que le relèvement du sol nous cache les bases antiques. Les chapiteaux appartiennent tantôt au type classique — corinthien ou composite — d'un travail assez négligé (San Juan de Baños), ou bien au type byzantin — cube ouvragé en relief plat (Santa Eulalia de Mérida), ou bien au type rectangulaire cubique dégénéré avec ornements modelés (San Pedro de Nave, exemple unique). A Baños, à Nave et à Bande, nous voyons la colonne adossée au pilier ou au mur. Le pilier est d'un emploi rare aussi longtemps qu'on peut se procurer des colonnes. Dans la basilique de Ségobrige nous voyons des piliers carrés, mais comme il ne subsiste qu'une crypte et que l'église supérieure a entièrement disparu, on pourrait croire que ces piliers ne sont que des bases en maçonnerie pour les colonnes qu'elles devaient supporter. A San Pedro de Nave, piliers carrés également.

8° Arcs. — On a longtemps tenu l'arc en fer à cheval pour une caractéristique de l'architecture arabe ; c'est une imagination qui ne résiste pas au contrôle par les faits. On rencontre l'arc régulièrement semi-circulaire à San Miguel de Tarrasa, à San Pedro de Nave, mais plus généralement l'arc en fer à cheval à Ségobrige, à San Miguel de Tarrasa, à San Juan de Baños, à San Pedro de Nave, à Santa Comba de Baude, etc. L'hésitation n'est plus permise, et les exemples tirés des églises de Séleucie, d'Amida, de Digliur (Arménie), suffiraient, d'une part, si nous n'avions, d'autre part, le célèbre manuscrit de San Millán de la Cogolla, où un miniaturiste a représenté des constructions qu'il avait sous les yeux, et les pierres funéraires où, dès le v' siècle, on le rencontre fréquemment figuré ; ce sont trois à Léon, une à San Miguel de Escalada, une à Rabanales (Alcañices, Zamora), une à Pirote (Miranda de Duero), une du vi' siècle à Martola (voir Diccionn., t. iii, fig. 2473) ; c'est l'épitaphe d'un princeps cantorum sacrosanctae ecclesiae Mertilliane, datée du 30 mars 525 de notre ère. Quoi que païennes, les pierres sculptées de Léon — elles sont du ii' ou du iii' siècle — sont plus intéressantes encore parce qu'elles offrent plusieurs arcs. Ce n'est pas une imagination de dessinateur, mais bien une réalité architecturale. On voit donc que les Espagnols n'ont pas attendu les leçons des Arabes, ni même celles des Wisigoths pour exécuter cet arc dont on a pensé retrouver la définition descriptive dans les « Origines » de saint Isidore, 1. XV, c. viii : Arcus dicuntur quod sint arda conclusione curvati.

9° Portes. — A San Juan de Baños, des montants lisses, un arc en fer à cheval, l'archivolte ornée de fleurs à quatre lobes, sur la clef une croix en relief. S'il faut admettre qu'on ait introduit dans la chapelle San Pablo, à Tarragone, une porte wisigothique rapportée d'un autre édifice, puis que celui-ci fut construit au xii' ou au xiii' siècle, nous aurions ici un cadre rectangulaire, de type classique.

10° Fenêtres. — Les plus complètes sont celles de San Juan de Baños, l'arc surélevé, une grecque dans l'archivolte. A Mérida on trouve une fenêtre du type appelé plus tard ajimez, avec deux baies identiques légèrement incurvées en fer à cheval (fig. 4167). On signale un exemple à trois baies à San Pedro de Nave et à la cathédrale de Tortose. A Baños, nous trouvons aussi une fenêtre ornée d'une pierre découpée à la manière de cancels et aussi à San Miguel de Escalada. La zone correspondant à l'arc est découpée de manière à figurer des rayons, la partie rectangulaire ne présente que des figures géométriques. A Santa Comba de Baude, la découpure est du genre d'écailles superposées et contrariées.

11° Narthex. — La chapelle de Burguillos a un narthex exigu, ou plutôt un tambour appliqué devant l'entrée de l'église. Disposition identique à la chapelle de Barguillos ; en somme, ce n'est guère beaucoup plus qu'un porche et si on y a administré le baptême, comme peut le faire supposer la présence d'une cuvette quadrilobée, c'est qu'en vérité la cérémonie ne devait comporter que peu de figurants.

12° Pavements. — Saint Isidore parle d'un certain astracan, espèce de mortier hydraulique servant au fondé lorsqu'on nous affirme la magnificence des basiliques et baptistères chrétiens de ce temps. Saint Isidore s'extasie dans son chapitre intitulé De venustate, mais ce saint homme avait plus de bonne volonté que de délicatesse et il est malaisé de croire que les édifices religieux en Espagne, malgré les fresques et les placages, fussent aussi agréables au goût qu'on voudrait nous le faire croire. A en juger par les rares débris de cette opulence qui sont arrivés jusqu'à nous, le pavement des églises. C'est ainsi qu'est pavé San Miguel de Tarrasa ; mais les églises de quelque importance avaient un pavement en mosaïque : nous en avons un exemple à la chapelle de Burguillos. La basilique de Santa Maria, à Palma, dans l'île de Majorque, possédait un pavement historié (voir Diccionn., t. ii, au mot Baléares), qui occupait une superficie de 18 m. sur 11 m. 70. Nous avons parlé auparavant de la mosaïque de l'oratoire d'Elche ; enfin nous rencontrons à la chapelle de Arnal (Portugal) une mosaïque figurant Orphée charmant les fauves.

13° Ornemanlation. — On peut réserver un doute sur ce qu'ont recueilli les musées de Cordoue, de Séville et de Mérida, la déception est complète. Quelques monuments conservent des débris encastrés avec plus ou moins d'adresse : à Cordoue, le khalife Abderrhaman a utilisé toute une série de chapiteaux dans la construction de la mosquée ; à Mérida, des pilastres du réservoir del Conventual, des chapiteaux à Santa Eulalia ; à Tolède, fenêtre dite ajimez de San Giliès (depuis au Museo arqueológico nacional), chapiteaux à Santa Enlalia, San Itoniân, San Sébastian, cl Crislo de la Luz cl d'autres églises, la niche d'aliside de San Tome et la plaque décorative incrustée dans le Torréon de la place d'armes del Puente de Alcantara ; à Tarragone, les montants et le linteau de la porte San Pablo, etc., etc. Dans tout ceci, il ne se trouve, répétons-le, rien qui mérite par soi-même d'attirer l'attention ; ni une idée nouvelle, ni un travail habile ; ce qu'il y a de nouveau, c'est le degré de décadence. On peut s'en faire une idée en voyant ce qu'est devenu le motif classique du bucrâne sur une frise de Mérida (fig. 4168). Le dessin géométrique est, en Espagne, comme en Gaule, comme en Afrique, l'ultime ressource des sculpteurs barbares. A San Roman de la Hornija, ils se sont évertués à exécuter des feuilles d'acanthe biseautées sur les chapiteaux ; à Mérida, on trouve un chapiteau cubique byzantin stylisé ; à Baños, une imposte perlée ; à Cordoue, des plaques découpées d'une exécution sèche et rude (fig. 4169). Enfin les réminiscences barbares se font sentir dans l'imposte de Baños et dans une frise du musée de Mérida. Les sculpteurs, à bout d'imagination, se bornent à figurer une série de rondelles ornées qui sont très vraisemblablement la reproduction d'autant de broches ou fibules dont la mode était si répandue alors (fig. 4170). Voir t. ii, col. 195, fig. 1255.

14° Orientation. — Elle est universellement de l'ouest à l'est, où est placée l'abside. On a fréquemment groupé trois églises en mémoire de la sainte Trinité et en manière de protestation contre l'arianisme. Nous transcrirons plus loin une

15° Plan. — Peu de variété, la cella memoria avec abside, telle que nous l'avons rencontrée à Elche, est plus ou moins agrandie, plus ou moins étirée. A San Juan de Banos une triple nef et un narthex, mais tout cela est si réduit, si minuscule, que ces basiliques ressemblent, comme la cathédrale d'Athènes, à des jouets d'enfants ; à Ségobrige, trois nefs également. De plus, si on tient compte des fouilles récentes, on voit que le type basilical à Baiios se combinait avec le plan crucial. — Les absides sont tantôt isolées, tantôt au nombre de trois, semi-circulaires, rectangulaires ou carrées. A Elche, nous avons le type semi-circulaire, mais le type rectangulaire est plus espagnol, nous le trouvons à San Juan de Banos et à San Pedro de Nave ; enfin on trouve, mais à une époque moins ancienne, l'abside en fer à cheval.

Le plan byzantin quadrangulaire, recoupé en travées, peut se reconnaître dans la petite église de Bamba (époque mozarabe) ; le plan sur croix équilatérale se voit à Baudc. C'est également au type sur croix équilatérale qu'appartient San Roman de la Hornija, que Ambrosio de Mora les décrit en ces termes : Yo vi la iglesia antigua deobrn qùlica con su crucero de cuairo brazos, corne la describe san Ildefonio cuando habla de.111 fiundaciôn. Mas pur haber querido despui's ensanchar la capilla mayor, se ha perdido la forma de la fabrica antigua y solo quedan muchas de la ricas columnas de diversos géneros ij colores de mármol les que habia par todo el edificio '.

Les baptistères paraissent avoir été établis sur plan circulaire ou polygonal, avec un ou deux déambulatoires ; au centre se trouvait la cuve d'immersion.

10° Cryptes. — Elles paraissent avoir été rarement en usage. A Ségobrige, il existe une église souterraine sur laquelle reposait une autre église ; on y faisait des inhumations, comme nous le voyons ici même par l'inscription tracée sur deux tables de marbre trouvées en 1789 et qui mentionnent - :

+ ID NIGRINVS EPISC t SEFRONIVS EPISCHic sunt sepulcra sanctonim, id est Nigrinus episcopiis, Se/ronius episcopus.

17° Structure. — Dans les églises à trois nefs du type basilical, des colonnes ou des piliers carrés séparent les nefs, celle du milieu est plus large. Le toit est soutenu par des poutres, double pour la nef centrale, simple pour les nefs latérales. Les fenêtres sont ordinairement ménagées dans la portion du mur surélevée par-dessus les nefs latérales.

18° Façade. — Suivant que les basiliques comprennent une ou trois nefs, le type de la façade s'en ressent ; mais il est impossible de parler de celles-ci avec compétence. Si on peut en juger par San Juan de Banos et quelques autres églises qui comptent parmi les plus anciennes, les façades se font remarquer par une nudité absolue.

19° Tours. — Les églises wisigothiques n'en ont conservé aucun vestige, mais les textes littéraires nous apprennent leur existence. A Santa Eulalia de Mérida, restaurée par l'évêque Fidelis, au vi° siècle, Paul Diacre nous dit ceci : Tum deinde miro dispositionis modo basilicam sanctissimse virginis Eulaliarestaurons in melius, in ipso sacralissimo templo celsa turrium fastigia sublimi produxit in arce. Au vii° siècle, saint Braulion élève sur le tombeau des martyrs de Saragosse une église avec une tour en pierre. Sur la croisée du transept de l'église de Bamba se voyait une lanterne, peut-être dès sa construction ; celle qui existe est si insignifiante qu'elle ne nous apprend rien.

20° Cloches. — Ces tours, là comme partout, recevaient des cloches et nombreux sont les témoignages, que les Wisigoths usaient de cloches. Le Liber ordinum contient un rituel de bénédiction des cloches ' et il nous apprend qu'on annonce la mort d'un évêque en sonnant les cloches '. Yepes a publié l'acte de donation d'une cloche par Chindasvintlie, à Compludo, en 646 '.

Les édifices wisigothiques qui sont San Roman de la Hornija, | ajoute la basilique de Ségobrige ou Cabeza del Griego, San Juan de Banos et l'église de Bamba. Par contre, | tandis que Inclan Valdés ne veut admettre que San Plan actuel Murs pnmilïfs Plan restauré probable vmA Mars de constructions p/us modernes 4171. — Plans de l'église de San Juan de Banos. D'après V. Lamperez y Romea, Historia de la arquitectura cristiana espanola, 1908, t. i, p. 116-147, fig. 54, :

Jovellanos nie qu'il subsiste aucun édifice de l'époque de la Cogolla et Santa Maria la Real de Hirache. Avisigothique, mais Ceán Bermudez reprend la liste I A son tour, Assas parle des vestiges wisigothiques de de Mora les avec les noms suivants : San Millan de la Cogolla de Siso, San Salvador do Lcyr^, les vestiges de Santa Eulalia de Tolède, ceux de San Rom.'in de la Hornija, San Juan de Banos et Bamba. Cornide San Juan de Banos, Bamba, la Hornija, Morida ot San Roman de Tolède, enfin, l'ermita do Arnal (en Portugal), mais il repousse San Millan de la Cogolla. Caveda nie qu'aucun édifice wisigothique ait subsisté ;

Tubino, moins radical, admet San Juan de Banos, San Roman de la Hornija, San Millan de la Cogolla et Bamba, il ajoute même San Miguel de Escalada. Amador de los Rios déclare qu'il faut y ajouter la basilique de Guarrazar et, Madrazo, la chapelle intérieure de San Miguel in Excelsis, près de Pampelune. On voit que l'accord n'est pas précisément en voie de se faire, aussi Thebusem en profite pour introduire incidemment les restes de l'ermitage de los Santos à Medina Sidonia et Riaño classe comme construction wisigothique le baptistère de San Miguel de Tarrasa, tandis que D. Matias Ramon Martinez introduit une chapelle découverte à Burguillos et Ferreiro ne croit pas pouvoir se priver de quelques additions qui sont

7. Segobriga ou Cabeza de Griego (Cuenca). — Voir plus bas.

8..Santa Maria la Real de Hirache (Navarre). — Époque romane, clunisienne et ogivale.

9. San Roman (Tolède). — Quelques morceaux sculptés sont entrés dans la reconstruction.

10. San Miguel de Escalada (Léon). — Construction mozarabe, pas antérieure au x° siècle.

11. Basilica de Guarrazar (Tolède). — N'a d'autre garant que les célèbres couronnes votives trouvées en ce lieu.

12. Chapelle intérieure de San Miguel in excelsis (Navarre). — Construction romane.

13. Ermitage de los Santos en Medina Sidonia l'église de San Torcuato ou Santa Comba de Baude et l'église de Cospindo. En 1905, on découvrit, sous le choeur de la cathédrale de Palencia, une crypte ou chapelle évidemment wisigothique et à Elche les fondations et le pavement de mosaïque dont nous avons parlé. En 1906, Gomez Moreno espère démontrer que l'église de San Pedro de Nave est wisigothique, puis c'est encore des vestiges à Camarzana de Tera et à la cathédrale de Jativa. Enfin, en 1909, la Catalogne fournit tout un lot d'églises wisigothiques.

En définitive, nous aboutissons à un classement qui est à peu près celui-ci.

(Cadix). — Un arc et une partie de muraille conservés dans l'église actuelle.

14. Baptistère de San Miguel de Tarrasa (Barcelone). — Voir plus bas.

15. San Torcuato ou Sanla Comba de Baude (Orense). — Voir plus bas.

16. Iglesia de Cospindo. — N'a pas encore fait l'objet d'une étude approfondie, comme le chancel sculpté de Santianes de Pravia (Oviedo), les chapiteaux de Cristo de la Luz et de San Sébastian à Tolède ; quelques églises ont gardé jusqu'au xiii° siècle l'aspect d'édifices carolingiens. San Miguel de Naranjo, petit édifice en croix équilatérale, dont l'allure générale rappelle Germigny-les-Prés, pourrait réellement être très ancien, et l'on cite à tort ou à raison, comme œuvres des ix° et x° siècles, San Miguel de Linio, San Maria de Lebena, San Pedro de Nane, San Miguel de Tarrasa. Cette dernière a Priecursor Domini, martyr, Baplisla Johannes, postous les caractères du xii° siècle ; quant à Santa Maria de Naranjo et à San Cristina de Lena près d'Oviedo, remarquables par leur plan et par leur curieuse ornementation stylisée et traitée en méplat, fort analogue aussi à celle de Germigny-les-Prés, il faut les attribuer à l'époque romane '. side constnicliim in a :terno niuiiere sedein, qiiam del'otus ego rex Reccesvinthus, amalor nominis ipse lui, proprio de jure dieavi, tertio post decimiim regni cornes inclytus anno sexcies centum eni nunagesima novem.

Le plan actuel modifie gravement le plan primitif. Celui-ci n'était pas un plan basilical, avec abside carrée, mais un plan crucial à trois absides. Les deux absides latérales ont conservé les fondations, qui, ainsi qu'on peut le voir sur la reconstitution, étaient séparées. Il en fut ainsi jusqu'au xv° siècle. Cette petite église comportait un baptistère, dont on a retrouvé un des tuyaux d'adduction de l'eau situé dans l'abside de gauche.

Sur l'entrée se trouvait peut-être une inscription à laquelle aurait appartenu un fragment retrouvé tout auprès et tracé en caractères semblables à ceux du titre dédicatoire ; on y lisait ces mots :


IN NOMINE DONT N\ HElxpï'l Nous donnons ici le plan de l'église actuelle, comparé à celui qu'ont fait connaître les fouilles de 1898, et le plan restauré (fig. 4171) ; une vue générale de l'édifice (fig. 4172) ; une vue de l'abside (fig. 4173) ; la nef et l'abside vues de l'intérieur (fig. 4174) ; la nef latérale (fig. 4175).

J. Agapito y Revilla, La basilica uisigoda de San visigoda, dans Historia general de Espana, in-8°, Madrid, 1897, t. ii, p. 430-503 : Apendices al reinado de Recesvinto. 1° El templo de San Juan Bautista en Eanos. — F. Fita y Colomé, Inscripciones visigodas y suevicas de Duenas, Barros de Cerralo, Vairano, Banos de Baude y San Pedro de Rocas, dans Boletin de la Real Academia de la historia, 1902, t. xli. — A. Marignan, Les premières églises chrétiennes en Espagne, dans Le moyen âge, 1902, 2° série, t. vi, p. 69-97. - V. Lamperez, Historia de la arquitectura cristiana espanola en la edad media segun el estudio de los elementos y los 4175, — Nef latérale de San Juan de Banos. D'après Lamperez y Romea, op. cit., t. i, p. 148, fig. 58.

V. — 15

et cette inscription disparue, probablement détruite ; HIC SVNT RELIQVIAE NVMERO SAN CTORVM SANCTI ROMANI MONA CHI SANCTI MARTINI EPISCOPI SAN CTAE MARINAE VIRGINIS SANCTI PE 5 TRI APOSTOLI SANCTI LOANNIS BA PTISTAE SANCTI ACISCLI ET ALIO RVM NVMERO SANCTORVM Le monastère de San Roman de Hornija aurait été fondé en 646 par saint Fructueux avec le concours du roi Chindaswinthe.

3. Ségobrige ou Cabeza del Griego. — Ces ruines sont mentionnées dès le xvi° siècle par Ambrosio de Mora les, dans sa Crônica ; mais personne n'y fit attention et, en 1760, des gens de Sseli ces les découvrirent ! On fit quelque chose qui porta le nom de fouilles sous t^înmq^ApA flg. 60 et 61. le patronage de l'Académie et la direction de José Cornide, qui en fit l'objet d'une publication en 1793. Puis nouvel oubli ; l'évêque de Cuença (1858-1874) se chargeait de l'entretenir sous prétexte d'y porter remède, si bien qu'en 1889, le P. Fita et J. la Rada y Delgado trouvèrent des moellons au ras du sol ; les tombes des évêques wisigoths vues jadis par Cornide avaient disparu ; en 1905, la ruine était irrémédiable.

4. Santa Comba de Baude. — Peut-être y a-t-il quelque vanité locale dans la réclamation présentée en faveur d'un style suévo-galicien, antérieur au style wisigothique ; mais ce mot de style, appliqué à ces magots informes de construction, est lui-même impropre. Après la conversion du roi Mir, des églises ont dû être élevées, entre autres San Martin de Orense, que Grégoire de Tours qualifie d'œuvre merveilleuse, et la basilique de Lugo, que visita Alphonse le Chaste, en 832.

A. Vasquez Nuiiez, La arquitectura cristiana en la provincia de Orense durante el período medieval, in-8°, Orense, 1894. — A. Lopez Ferreiro, Historia de la santa Iglesia de Santiago, in-8°, Santiago, 1898. — M. Saavedra y Ferré, La iglesia de Baude, dans Boletin de la Comisión provincial de monumentos de Orense, num. 14. — J. Villaamil y Castro, Iglesias gallegas, in-8°, Madrid, 1904. — V. Lamperez, op. cit., l. i, p. 153-156, fig. 62-65.

5. San Pedro de Nave. — Cette église était généralement tenue pour une construction mozarabe du Xe ; une étude récente a prétendu la faire remonter à l'époque wisigothique. Le plan est un rectangle additionné d'une abside carrée, par-dessus lequel on semble avoir posé un plan crucial, ce qui donne à l'église, sur trois côtés, un appendice ayant l'aspect d'une abside. Ni ce plan, ni l'étude de la construction et des sculptures ne permettent, croyons-nous, de soutenir l'attribution wisigothique.

6. San Miguel de Tarrasa. — C'est une construction du XIIe.

J. Riaño, Informe para la declaración de Monumento nacional de San Miguel de Tarrasa, dans Boletin de la real Academia de bellas artes de San Fernando, 1896. — F. Torres Amat, Egara (Tarrasa) y su monasterio de San Bueno, dans Boletin de la real Academia de la historia, 1898, t. XXXII. — J. Puig y Cadafalch, Las Iglesias de Tarrasa, dans Arquitectura y construcción, Barcelona, 1900 ; Historia general del arte : Arquitectura, Barcelona, 1901, t. II, p. 639 ; L'arquitectura romànica a Catalunya, 1909, t. I, p. 311-340, fig. 351-383, frontispice. — V. Lamperez, Notas sobre algunos monumentos de la arquitectura cristiana española, Madrid, 1901 ; Historia de la arquitectura, t. I, p. 162-164, fig. 70-74.

Wisigothique et de technique byzantine, du VIIe environ (fig. 4177).

J. Agapito y Revilla, La cripta de la catedral de Palencia, dans Boletin de la Sociedad Castellana de excursiones, octubre 1905. — F. Simón y Nieto, Dos iglesias subterráneas, dans Boletin de la Sociedad española de excursiones, abril 1906. — V. Lamperez, tracé dans le sol de ce que furent ces monastères, c'est assurément ce qu'on en peut dire de plus élogieux.


XI. Épigraphie. — Les marbres écrits paraissent en Espagne bien longtemps après que les documents historiques y signalent la présence des fidèles. On n'y rencontre aucune inscription contemporaine des évêques Basilide et Martial, pas même du concile d'Elvire. C'est seulement en 381 que s'ouvre la série des monuments épigraphiques à date certaine. À l'exception d'une tabula patronatus du IVe, on ne relève parmi les marbres ces légendes ou ces symboles d'un type délaissé de bonne heure et dont la rencontre équivaut presque à une mention chronologique. Rien d'équivalent en Espagne aux marbres antiques d'Aubagne, de Marseille et de Maguelone. À cette date de 381, le pays est à la veille d'être envahi ; bientôt l'invasion est un fait accompli et l'Espagne devient une sorte de champ clos où se mesurent les barbares ariens. Cependant le témoignage des inscriptions nous prouve que la foi catholique demeure intacte et courageuse chez ceux qui la possèdent. Parmi les séries épigraphiques latines, celle de l'Espagne est une des plus signalées par ses affirmations religieuses. Le clergé est demeuré gardien du troupeau et son dévouement est célébré par saint Augustin : « Quelques évêques, dit-il, ont quitté l'Espagne, alors qu'une partie de leurs ouailles s'était enfuie, avait péri sous le fer de l'ennemi, dans les misères des sièges ou s'était vue dispersée par la captivité. Mais un bien plus grand nombre de saints pasteurs, bravant l'immensité des périls, sont restés pour le soutien de ceux qui demeuraient. Quel que peu du peuple de Dieu qui ne se soit pas éloigné, notre ministère lui est si nécessaire, qu'il n'en doit point être privé ; devant les dangers qui nous menacent, nous n'avons plus qu'à dire au Seigneur : Sois notre protecteur et notre rempart ». L'invasion musulmane produit des résultats différents. Tandis qu'à la longue Hispano-Romains, Suèves, Wisigoths ont fini par se réconcilier dans une foi commune, chrétiens et musulmans demeurent irréconciliables. De 812 à 844, les capitulaires, les chartes nous montrent le Midi de la France accueillant les fidèles espagnols qui désertent le sol natal. Cette migration a commencé — les marbres en sont témoins — dès le début de la conquête ; à partir de 711, les inscriptions chrétiennes jusqu'alors si nombreuses en Lusitanie, en Bétique, se font soudain rares et disparaissent. Depuis cette date jusqu'en 913, les temps s'écoulent — deux siècles — sans qu'on y relève d'autres textes de forme épigraphique que trois légendes composées par Alvaret et par Ciprien, et qui furent sans doute gravées sur des tombes chrétiennes de Cordoue. Le phénomène n'a rien de nouveau : en 410, l'invasion d'Alaric arrête brusquement à Rome la série des inscriptions catacombales ; vers le même temps, l'invasion des Francs produit le même résultat dans l'Église de Trêves. La Galice montagneuse et les Asturies alors presque impénétrables gardent ce qui demeure de l'Espagne romaine et wisigothique, la portion saine et confiante dans les destinées futures de la race et de la patrie. Au IXe, au Xe, les inscriptions, presque disparues dans le reste de la contrée, se montrent en grand nombre dans le nord-ouest, si pauvre jusqu'alors en légendes lapidaires.

L'ensemble de l'épigraphie d'Espagne comprend entre cinq et six cents monuments, dont un assez grand nombre ne sont connus que par des copies manuscrites. Le premier qui ait songé et travaillé à un recueil des inscriptions chrétiennes d'Espagne, est P. Sobreyra, dont les notes sont conservées à la bibliothèque de l'Académie de l'histoire de Madrid, 21, 114 : Colección de inscripciones desde el año 537 hasta el 1633. Après lui, Francesco Masdeu prétendit explorer cette source dans le tome IX de son Historia crítica de España y de la cultura española, obra compuesta y publicada, Madrid, 1789 ; il y apporta la même négligence qu'à ses autres travaux, mais comme il avait reçu communication de copies fidèles qu'il a utilisées, son ouvrage doit encore être tenu en considération. En 1865, Aureliano Guerra y Orbe annonça, dans El arte en España, t. IV, p. 49 sq., le dessein de rassembler les inscriptions chrétiennes du pays ; les troubles politiques mirent obstacle à son projet ; en 1871, Emile Hübner, au cours de la préparation du tome II du Corpus inscriptionum latinarum, réserva les inscriptions chrétiennes pour une publication séparée, qui parut sous le titre de Inscriptiones Hispaniae christianae, adjecta est tabula geographica, in-4°, Berlin, 1871, et à laquelle vint s'adjoindre, en 1900, un Inscriptionum Hispaniae christianarum Supplementum, d'égale importance, dans lequel étaient recueillies des additions difficilement accessibles et mises à profit les corrections suggérées depuis la principale publication. Le recueil de Hübner admet des inscriptions d'une époque plus tardive que celle à laquelle s'arrêtent nos recherches, il descend jusqu'en l'année 1083 de notre ère ; de plus, il réunit des inscriptions d'une fausseté manifeste de la fabrique de Roman de la Higuera et ses imitateurs, chez lesquels les historiens espagnols, plus candides que de raison, se sont longtemps approvisionnés de textes historiques bien et dûment frelatés.

Les grandes divisions politiques du pays : Lusitanie, Bétique, Tarragonaise, Asturies et Galice, offrent des groupes épigraphiques, non pas tranchés, mais assez faciles à distinguer néanmoins, d'abord par leur nombre, ensuite par l'emploi de diverses formules. Les communications étaient difficiles et les rapports espacés entre ces provinces, dont les indigènes se montraient, alors comme depuis, peu accessibles aux étrangers et presque complètement inintelligents de tout ce qui n'était pas leurs méthodes personnelles. La proportion des inscriptions chrétiennes dans ces différentes provinces répond à peu près à celle des inscriptions païennes dans ces mêmes provinces.

La grande majorité des inscriptions chrétiennes appartient à l'épigraphie funéraire, environ dans la proportion des trois quarts. Néanmoins les dédicaces d'édifices ou de mobilier liturgiques sont représentées de manière suffisante à ce qu'on en puisse tirer parti. Les symboles sont en petit nombre et ne nous apportent aucune nouveauté remarquable. Une des caractéristiques de l'épigraphie espagnole est le soin avec lequel elle est datée d'une ère dont le début est postérieur de trente-huit années au début de l'ère chrétienne et sur lequel nous avons déjà donné les explications indispensables. Voir Dictionnaire, t. V, col. 371-372 : re. L'onomastique offre un mélange de noms romains, grecs, bibliques et gothiques.

1° Édifices liturgiques. — Nous avons dit que les vestiges de l'art monumental appliqué aux édifices du culte chrétien sont rares et d'une importance relative. Heureusement quelques inscriptions nous font connaître l'existence de certains édifices aujourd'hui disparus. De ce nombre une des plus importantes est celle qui témoigne que, dix mois après son avènement, le roi Reccarède fit profession publique de pratiquer le catholicisme. J.-B. Ferez, évêque de Ségovie, retrouva dans les dernières années du XVIe, une inscription qu'il fit placer dans le cloître de la cathédrale de Tolède, où l'humidité a endommagé toute la partie de droite, au point de la rendre presque illisible.

In nomine D(omi)ni consecrata eclesia s(an)cte Marie in catolico die pridie idus aprilis anno féliciter primo regni d(omi)ni nostri gloriosissimi Fl(avii) Reccaredi régis era 625 ; ce qui nous donne, pour la dédicace de la cathédrale de Tolède, le dimanche 13 avril 587. — La Higuera, Nasarre et Florez ont corrigé die pridie en die primo.

A quelques années de là, un autre monument rappelait la fin des misères subies par les catholiques espagnols durant la persécution arienne ; c'est la légende dédicatoire de trois églises élevées en l'honneur de la sainte Trinité par un fidèle qui les fit construire de ses deniers et par les mains de ses seuls serviteurs. C'est là un trait historique bien significatif des temps et des lieux. Paul Orose rapporte un fait analogue : deux nobles espagnols, Didimius et Verinianus, plurimo tempore, servulos tanlum suos ex propriis prædiis colligentes advenaculis alentes sumptibus, défendent leur sol natal contre les barbares. Ici, la présence du nom de Reccarède et la mention lyris li]n locum Naliuola a s(an)c(t)o Paulo Accilano ponl(i)l(i)c(e) d(ie) an(no).... d(omi)ni nfojs(lr)i gl(oriosi) Witlirici reg(is) er(a) DCX'V.

Item consacrala est eclesia(m) s(an)c(t)i Johann(is) [Babtiste.

Hem consacrala est eclesia s(an)c(ti)i Vincenlii martyris Valentin(i) a s(an)c(l)o Lilliolo Accitano ponl(i)l(i)c(e) x.l kal(endas) febr(uarias) an(no) VIII gl(oriosi) d(omi)ni Reccaredi reg(is) er(a) DCXXXII.

Hec s(an)c(l)a tria tabernacula in gloriam trinitalis indivise cohoperantib (as ) s(an)c(t)is œdificata sunt ab inl(ustri) Gadiliulvat....] cam operarios vernolos et sumptu proprio.

Ugne 2 : Y final serait un signe de ponctuation ; ligne 4 : espace blanc pour compléter la date ; ligne 6 : une main moderne a tenté, sans y réussir, de substituer ces mots : sci Johanni martyris. /e ; ligne 10 : le dernier 41/9. — Inscription d'Eugenia. D'après Huebner, Inscrip. latin. Hisp. christ., Supplem., 1900, p. 22, n. 333. exceptionnelle sur les marbres, de la sainte Trinité, objet constant d'ardents conflits à peine apaisés, concourent à faire de cette dédicace un monument de la liberté religieuse recouvrée. L'inscription est conservée à Grenade, depuis le XVIIe, sur le mur de l'église paroissiale de San(a.A/ar/a, dans l'Alhambra^ :

D AN DNI NSI CL VVITTIRICI_REGS

indivisœ a été rétabli par E. Le Blant et par J. Wordsworth. Les dates données sont respectivement : ère 615 = 577 après Jésus-Christ et ère 632 = 594 après Jésus-Christ.

A deux kilomètres de Torrâo, en Estramadure, a été signalée une basilique dédiée à deux martyrs. Elle faisait suite probablement à une autre, ce qui expliquerait le deni que du début * :

Hune deni que ediftcium — Sanctorum nomine ceptum — Justi et Pastoris martyrum — Quorum constat esse sacratum — Consumatum est hoc opus era 720, par conséquent 682 de notre ère.

Les martyrs Juste et Pastor ont été célébrés par une hymne de Prudence.

Une inscription de Mérida, trouvée à quelque distance du portail de l'église dédiée à sainte Eulalie, est gravée sur une tablette de marbre de 0 m. 29 sur 0 m. 68 et 0 m. 04 d'épaisseur. Il s'agit soit d'une abbesse, soit d'une pieuse femme, à laquelle les nonnes, ses obligées, décernaient le titre de virgo, virginum mater^ (fig. 4179). Quoi qu'il en soit, elle leur avait bâti, semble-t-il, un cloître. Le chiffre de l'ère est douteux : DCLXXXVIIII ou bien DCLXXVIIII, à cause de la ligature de l et XFita et Huebner lisent : DCLXXVIIII, par conséquent l'an 641 de notre ère. Le personnage dont il est ici question est Horontius, évêque de Mérida depuis l'année 638 et qui appose sa signature en 646 et en 653 parmi les Pères réunis à Tolède. Le titre de vates qui lui est appliqué est également attribué à Paul Diacre par le pape Grégoire I » dans une fouille de la calle de Forner, hors les murs de la ville et conservé au musée. Le P. Fidel Fital pense trouver ici la mention de l'hospice fondé par Mason, évêque de Mérida, vers 572 ' (fig. 4180) :

Hanc domam furis tui placaia posside, martir Eulalia ; ut cognoscens inimicus (le diable) confusus abscedat, ut domus hec cum habitatoribus te propitiante florescant. Amen.

Dans la Béti que, à Jerez de los Caballeros, province de Badajoz, à 79 kilomètres sud-sud-est de cette ville (Estramadure), dans l'église de Santa Maria (Velenzuela), reconstruite au XVIe, mais en respectant quelques portions primitives, une plaque de marbre, trouvée au lieu dit fa liaza, à dans les ruines d'un édifice situé sur la rive gauche du Qui par, au pied du Cabczo de la Muela, sur l'emplacement probable de l'ancienne Begastris. L'inscription était gravée sur la tranche, sur les quatre faces - :


BIGASTRENS ECCLESIE EPS


SCI VINCENTII • ANNO III • PONTIFICAVS t Noster dominas Acrusminus ( ?), Bigastrensis Ecclesiie cpiscopas, sacravit liane baselicam sancli Vincentii, anno tertio ponliftcalas.

A Martos, l'ancienne Tucci, chef-lieu de district de la province et à 21 kilomètres ouest-sud-ouest de Jaën. (Andalousie), une inscription aujour d'hui introuvable, mais qui trouvée vers l'année 1600 fut alors encastrée dans les fondations de la tour du couvent de Saint-François ' : CEPRIANO EPISCVPOORDINANTEEDIFICAT(n« (. /(afcdesia] deux lieues de Villares de Teba, conservée à Espejo, transportée depuis à Jlalaga ° :


IN H VNC TV


MVLVM REQVI ESCIT CORPVS BELE SAR I F A 5 MVLI XPI-CONDI TORI HVIVS BASE LICE QVI V I X I T IN HOC S CLO ANN S PLVS MINVS RECESSIT IN PAGE SUB B ERA DCC In h une tumulum reqaiescit corpus Belcsari, famuli Chr(ist)i, conditori hujus baselice, qui vixit in hoc sœcalo annos plus minus.... récessif in pace sub die... era...

Cette épitaphe a été gravée du vivant de Bélisaire, fondateur de la basilique ; inutile précaution, on n'a pas seulement pris la peine de graver la date de sa mort et le nombre des années de sa vie.

A Tolède, dans l'église jadis consacrée à Saint-Thèse, une inscription dédicatoire qui a dû être placée sur le fronton. L'évêque Cixila siégea de 774 à 783' :

2° Mobilier liturgique. — Les monuments épigraphiques d'Espagne nous ont conservé un assez grand nombre de listes de reliques dont l'intérêt n'est pas seulement de nous rappeler les noms des saints locaux les plus honorés. Parfois, ces vieux saints étaient considérés par une cité à l'égal d'un palladium. Nous lisons dans la Chronique d'Idace que Theudericus, Emerilam deprœdari volens, beatse Eulaliae martyris terretur oslentis. Les noms de Janvier, Fauste, Martial, Fructueux, Augure, Euloge, Juste, Pasteur, Vincent, Aciscle, Servand et bien d'autres encore sont particulièrement honorés '. C'est entre les années 630 et 662 que se classe le plus grand nombre des listes de reliques tracées sur les marbres espagnols. Celle-ci, datée du 16 décembre 630, a été trouvée à Médina-Sidonia, chef-lieu de district à 35 kilomètres est-sud-est de Cadix ' :

: RM CONDITE • ID

..I • STEPANI • IVLIA..

..LOGI • ACISCLI • ROM.


DEDICATA • HEC BASI

10..CA • ©XVII • KAL

..ANVAR lAS ANNO SE

..VS PIMENI ■ ERA DC

Hic sunt reli qui[a]r(u)m condile id est ls(an)c(l)i].Slefani, Julialni, Fel]ici, Jusli, Paslor[is, Fr]uctiwsi, Auguri[ni, Eu]logi, Aciscli, Rom[an]i, Martini, Quirici le]t Zoyli martyrum. Dedicata hec basilli]ca d(ie) XVII kal(endas) [j\anarias anno se[c\undo pontifica- [/]us Piment, era 668.

Les divers auteurs qui ont vu cette inscription sont exceptionnellement d'accord sur son compte : en la hermita de Santiago del Camino, disent Barrantes, Mora les et Valenzuela ; en la hermita de los santos fuera de la ciudad, répètent Velasquez et Bruna ; au même lieu, gran losa, cmbutida en la primera columna del lado del cvangclio, précise Gonzalez ; enfin Hiibner ajoute que la partie inférieure, depuis la ligne 9« , est conservée la partie supérieure est efïacée. Nous allons retrouver l'évêque Pimenius sur les inscriptions suivantes. La formule |D, à la ligne 2« , est fréquente sur les marbres, surtout lorsqu'il s'agit comme ici d'une énumération .

.\ Utrera (ancienne Salpensa), chef-lieu de district à 30 kilomètres sud-est de Séville, six plaques de marbre, ayant pu servir de linteaux, furent trouvées en mars 1790, à une lieue de la route, près du domaine de la Higuera '.

-IRELIQVIE SCORVM ID LOANNI BABTISTE EVLA LIE • IVSTE RVFINE • ET FELICI MARTIRVM... DEDICATA EST HEC BASI LICA • A PIMENIO ANTISTI TE SVB VIII KAL-NDAS IVNIAS ERA DCLXXX Reliquie s(an)ctorum id est Joanni Babtiste, Eulalie, Juste, Rafine et Felici martirum. Dedicata est hec basilica a Pimenio antistite sub d(ie) rill kal(en)das junias era 6S0, c'est-à-dire le 25 mai 042.

La deuxième plaque semble incomplète après le mot martirum. On voit que l'évêque de Médina-Sidonia, Pimenius, aimait à dédier les églises de son diocèse. En voici d'autres témoignages :

A el Caracol, une lieue et demie d'Alcalâ de los Gazu les, deux heues de Medina-Sidonia, dans les ruines d'une chapelle « :

+ IN NOMINE DN »| HIC SVNT RECONDITE RELIQVIE SCOR SERVANDI GERMANI SATVRNINI IVSTE RVFINE 5 MARTIR • ET LOANI BABTISTE SVB a NONAS IVNIAS ANNO XXXIII DOMNI PIMENI PONTIFICIS ERA DCC In nomine Domini ; hic sunt reconditie reliquix sanctorum Servandi, Germant, Saturnini, Justae, Rufinie martyrum et Joannis Baptistse, sub die nonas junias anno trigcsimo tertio domni Piment pontificis, era 700 ; par conséquent le 5 juin 662, l'évêque Piminius, comptait la trente-troisième année de son épiscopat commencé en 629. Nous le retrouvons encore en el costigo de la Higuera près de Alcalâ de los Gazu les, 55 kilomètres à l'est de Cadix, et 20 kilomètres est-nord-est de Médina-Sidonia. L'inscription est datée du 25 mai 657 ■ :


RELIQVIE SCORVM CS LOANNI BABTISTE EVLALIE IVSTE RVFI NE ET FELICI MARTIRVM C5 DEDI CATA EST HEC BASILICA-A PIME 5 NIO ANTISTITE SVB 0 VIII KAL DAS IVNIAS ERA DCLXXXXV Reliquiœ sanctorum Joannis Buplistx, Ealalia :, Justie, RuflniB et Eelicis martyrum. Dedicata est heec basilica a Pimenio anlistilesub die rill kalendas junias, era 695. A cause de la ligature, le chiffre de l'ère est douteux, on peut lire 690 ou 695.

Cel les qui suivent ne mentionnent plus Pimenius. Entre las ruinas de Carixa, district de Jerez de la Frontera ' :


HIC ■ RELIQVIAE^ S C'ORV'


JYURTIRVM • ID ■ se • TOME Hic reliquiie sanctorum martirum id est sancti Thomœ. sancti Dinnysii, sanctorum Cosmœ et Damiani, sancti Sabastiani, sanctie A/rœ, sancti Sabm.

Cetle dernière inscription ne mentionne plus la dédicace d'une basilique, mais ne donne aucun renseignement, tandis qu'une inscription de La Morera, à quatre lieues de Zafra ', met plus de précision * :

Sunl in hoc allario sacr(o) Es(epha{no) reliquiœ num(ero) XV : Slephani, Lucreliœ, Saturnini, Sebastiani, Frucluosi, Aagurii, Eulalix, Baadili, Pauli conl(essoris), Nazarii, Eulogii, Tirsi, Verissimi, Maximœ et Juliœ.

C'est donc un autel dédié à saint Etienne, dans lequel se trouvaient les reliques de quinze saints personnages, entre autres saint Baudil, patron de Nîmes. Nous savons par les Vitœ patrum Emeritensium, c.

, qu'il existait à Mérida, une basili que consacrée aux saintes Lucrèce et Eulalie ; le Paul mentionné est peut-être Paul de Mérida ; quant à Euloge, il est différent du martjT de Cordoue, lequel n'est que du ix= siècle ; Augure est peut-ùtre Augurinus.

D'après l'âge de ces monuments, il serait difficile d'affirmer qu'il s'agit de reliques corporel les. Les chrétiens de ces temps reculés ne manifestaient pas les mêmes exigen ces que nous ; au temps de saint Grégoire I« , c'était encore une sorte de sacrilège de taillader et de dépecer les corps des saints. « Quand les Romains, ajoute-t-il, distribuent des reliques, ils se gardent d'une telle profanation, qui attirerait sur les coupab les la colère céleste ».autres temps, autres Usages, hélas 1 Quelques années après, nous apprennent les chroniqueurs, lors que Clo\is II, « poussé par le démon », détacha un bras du corps de saint Denis, ce forfait attira sur toute la contrée de terrib les désastres S encore que le roi seul fût coupable. Aussi les reliques offertes par ce même saint Grégoire à la reine Théodelinde, et qui sont conservées à Monza, n'étaient-el les que des fio les d'huile puisée dans les lampes brûlant devant les tombes saintes. C'était donc, suivant toute apparence, en fio les de ce genre ou en quelques objets ayant touché les sépulcres des martyrs (voir au mot Br.\ndea) que devaient consister les reUques mentionnées sur les marbres espagnols du VII' siècle. D'ailleurs nous savons que le corps de sainte Eulalie reposait à Mérida et cependant nous trouvons ses « reliques » en diverses localités. L'usage se conserva longtemps en Espagne de vénérer l'huile de ces lampes. Au xvn<^ siècle, le cardinal de Retz avait vu àSaragosse un homme à qui l'opinion publi que imputait la guérison d'une jambe par l'huile de Notre-Dame del Pilar •.

A Cadix, l'ancienne Acci, province de Grenade ' : a, en face ; b, côté gauche ; c, côté droit. a) IN NOMINE »dnI SACRAT[a es]T ECLESIA DOMNES« ME c]RVCIS DIE TERT(io id VS • MAIAS ■ ANTA 5 V DECIMO ET • QV[arto rejgno GLORIOSISLS/mqruIVI DOMINOR • NROR \ChinDAJSVINDI ET RECCISVllndi rejgvm ET QVINTO DEC\[mo 10 pc)NTIVICATVS SANlclissim]i IVSTI EPISCO[pi* ; RECONDIJR£ SVNT 10 RELIQJutede CRVORE DNl S^ BABILE SEC Isindonis ? DEJPANE Dm^CE PAVLE SCI ES[tephani ? rfejcrvce ^Nl DE. SEPVLCRO [domini 5 dei>]ESTE DNI SCE CRVCIS SCI IV[/janJ sci] FELICI GERVDESIS • SCI • ANDfreg scj iî]OGATISCI CLEIV1ENTJSCOR F[ausli Janua\R\ ET MARTIALL l's scor seple]M DORMIENTES IN E[f]E[suni 10 scor] GERVASU • • ET^ROTAS[ » de ligna s]CE CRVCIS • SCI \\/[stine ?


SCI SATVRNINI • SCE W/lsle etRu\F\NE SCOR FERREOK/ Eul\ »,L[E ■ SCI IVSTI ET PASTO[ris c) San] CORVM FACVNDI P n]MITIVI • SCELEVClad/iE sci] SATVRNINI • SC Justie]j PASTORI • SC(0 i Chiisiojo]p.\ a) ligne 2 : domneseme pour dominissimœ, terme employé dans une lettre du patrice Césaire au roi Sisebut ; lignes 4-5 : anno undecimo. Le 13 mai 652 tombait un dimanche ; la mention d'une quatorzième année de règne oblige d'écarter Chindaswinthe, mort en 653 après douze années de règne.

Dans la chapelle de Santa Maria de la Cliva, à quatre lieues de Medina-Sidonia, au sud-sud-est de Cadix, on lit « :


IN ME DNI NOSII Hu DITE SVNT RELIQVIE SCL NI • SERVANDI GERMAN • Ll RVFINE MARTIR {5 5 SVB b -XV]] !

In nomine Domini noslri, hue condilx sunl reliquise sanctorum.... ni, Seroandi, Germani, Rufine marlirum sub die xvni kalendas februarias anno vil domini Theoderacis episcopi. Le 15 janvier, l'année n'est pas indiquée et les dates de l'épiscopat de Théodora ces sont incertaines. Cette inscription est gravée sur un autel païen en marbre, trouvé en 1779 et conservé sur place. On y peut lire également une inscription païenne, ce qui prouve qu'il a été réemployé.

Ce remploi d'autels païens est une économie bien mesquine, car le man que de matéri aux ne lut ja mais si absolu qu'il obligeât à recourir à cette extrémité : peut-être la raison qui portait à transpoi-ter du culte païen au culte chrétien le meuble le plus vénérable parmi tous ceux que requiert la liturgie, était-eUe simplement la décoration de ces autels, sobre mais pure, qu'on eût été en peine d'égaler. A Zambra (municipium Cisimbrium), dans la Béti que, on trouva au XVIe, encastré dans la muraille de l'église, d'où il fut transporté à Cabra dans l'église San Juan Bautista, un autel qui servit désor mais de socle au bénitier voisin de la porte d'entrée. L'inscription est disposée sur les quatre faces du monument ' :


ARA

/« 'IDAVIT Ecm

S C A

D N 1

per Eulaliani et filiVM EIVS PauhiM MONACHUM

-H


CONSECRATA Es' HANC AEDE/n


BASELICA HAEC


DNS

E P S C P

Ara sancla Domini. — Fundavit eam AUissimus per Eulaliam cl filium ejus Paulum monachum. — • Dedieavit hanc œdem dominas Bacauda episcopus. — Consecrata est baselica hœc sanctœ Marise, il kalendas junias aéra 668, c'est-à-dire 630 apr. J. C.

L identification de Bacauda avec un évê que d' Igabro, quoi que soutenue par la plupart des auteurs espagnols, demeure douteuse. Le chiffre de l'ère province soulève une difficulté par suite d'une ligature que Huebner résout LX, Bayer lxx, Florez et Fita lxxx. Si on fait de Bacauda un évè que d' Igabro, la date 698, soit 660 après Jésus-Christ, conviendrait seule.

Et voici de nouveau les listes de reUques, et de nouveau l'évê que Pimenius, évè que de MedinaSidonia. Celle-ci provient de la chapelle Saint-Ambroise près de Xejer de la Miel, gravée sur une base de marbre = :

4^ N M DNI NST SVNT RELIQV mH scorvm VI mmm, Tio ixivs Qwmst In nomine Dumini nostri Jhesu Christi. flic sunt reliquiœ sanctorum.... ni, Seroandi, Germani, Rufine marlirum sub die xvni kalendas februarias anno vil domini Theoderacis episcopi, le 15 janvier, l'année n'est pas indiquée et les dates de l'épiscopat de Théodora ces sont incertaines.

A Los Villares de la Hortichuela, à 5 kilomètres de Loja, ouest-sud-ouest de Grenade, dans les murail les d'une ancienne basili que ruinée, une base de marbre, haut. 0 m. 70, larg. 0 m. 44, épaiss. 0 m. 32, porte deux inscriptions chrétiennes sur les faces a et b ; la face e est adhérente au mur par une ^âv maçonnerie ; d n'a ja mais rien eu 4183) :

(fig. 4182IN NOMINE DNI HISV XRI CON SECRATIO DOM NORVM PETRI ET PAVLI DIEXIIII KAL IVNIAS IN QVO RVM BASI LICA In nomine Domini lesu Chrisli, consecralio domnoTum Pelri et Paiili. die xir kalendas junias. in quorum basilica requicscunt reliquiœ sanctorum, id est dumne Mariœ, domni Juliani, domni Islefani, domni Aciscli, domni Laurenti, domni Martini, domne Eulalie, domni Vincenti, domnorum Irium. La date est le 19 mai, vi-vii« siècle ? Tous les personnages mentionnés sont connus. Les domini très sont les trois martyrs cordouans célébrés par Prudence : Faustc, Janvier et Martial. Pour Julien, on peut hésiter sur l'identilicalion ; Guerra propose saint Julien de Vienne cii Viennoise.

Une table d'autel en marbre provenant du monastère de San Roman de a liornija entre Toro cl Tordesillas ' :

Ce monastère fut fondé en 646 par saint Fructueux. L'inscription est détruite ou disparue.

Enfin à San Miguel de Escalada, ayuntiamenlo de Gradajes, près de Lancia, dans le Léon, deux autels m'' Il découverts vers 1874 et qui paraissent appartenir au ix« siècle, mais pourraient reproduire un titre plus ancien, du \T'-vn« siècle - : a) + HIC SVNT RELIQVIE RECONDITE SANCTE MARINE P ET SANCTE CECILIE [S ET SANCTI ASCISCLI PS Les trois piè ces suivantes a, b, c<ont été trouvées dans une anthologie épigraphi que d'origine espagnole, Anthologia Hispana, du \in« siècle, éditée par J.-B. De Rossi. Ces piè ces avaient été copiées ensemble et se trouvaient isolées du reste du manuscrit par un assez long intervalle ; el les étaient suivies de l'épitaphe de saint Léandre, qui appartient né cessairement à Séville, ce qui fait supposer avec grande vraisemblance que les trois piè ces se lisaient dans une basili que de cette \ille. Si b s'appli que très justement à cette destination, a et c sont utilisab les partout. Le style très correct de a pourrait donner lieu de penser que la pièce est ancienne ; en tout cas, il est bien préférable à celui dont font usage les autres compositions métriques du \T siècle conservées dans V Anthologia Hispana '.

Ab baptisma, confirmalionem. eucliaristiam, cuni baplisterium cum tribunali coha-reret : c) Teirasiichum subjeelum imaijini Johannis evangelislœ :

Quelques mots offrent la trace de l'aspiration de la langue espagnole, par exemple -.a), ligne 2, /ios pour os,• 6^ ligne 2, onor pour honor ; traite pour Irahile ; ligne 3, au lieu de istis. De Rossi propose sois (= sanctis) ; c), ligne 1, palris sle, comme dans l'épitaphe de l'évèque Honorât de Séville lapis sle pour iste ; hgne 2, reserat qui pour reserat quse ; ligne 4 : accepit Domini servare in tempore malrem. E. Huebner croit pouvoir rapporter les allusions contenues dans la pièce ft à la circonstance rapportée dans la Chroni que d'Idace, au dire duquel les Vanda les entrés en Espagne, en 409, la ravagèrent de 425 à 428 et capta Hispali (Séville) manus in ecclesiam civilatis ipsius exlendisse '.

Enfin nous mettons encore au rang du mobilier liturgi que un débris provenant de Santiponce, province et banUeue de Séville ; c'est une pla que de marbre qui a probablement fait partie d'un cadran solaire (voir ce mot) ; on lit simplement ces mots ' ; /lo] R O L O G I V _ym, DNi A Medina-Sidonia, en la hermila de los santos, encima de la sacristia, un objet insuffisamment décrit par Huebner et trop sommairement figuré ; ce qu'il nomme arcus oslioli ( ?) ne serait-il pas un arc de ciborium ; le texte est peu clair, on peut y voir à volonté saccrdos ou sacravil ou sacralus - :


LEPERORE • VOMII SED SACR.

Une pla que de marbre trouvée près d'Arjona, 35 kilomètres nord-nord-ouest de Jaen, vers 1856, présente deux arca des et la mention ^ :

Probablement à Tolède : In vélo quod a Chinlilana rege Romam directum est. nous apprend V Anlhologia hispana, qui a conservé ces vers * :


DISCIPVLIS CVNCTIS DOMINI PRAELATVS AMORE DICNVS APOSTOLICO PRIMVS HONORE COLI SANCTE TVIS PETRE MERITIS HAEC MVNERA SVPPLEX CHINTILA REX OFFERT • PANDE SALVTIS OPEM Chintila est un roi wisigoth, contemporain du pape Honorius I »'« ', avec qui il était lié d'amitié. Le pape Honorius I » nous apprend que les portes de la basili que de Saint-Pierre élaient protégées par une blalteam pullam (c'est-à-dire blaticum vellum). Il est possible que ce soit la courtine oflerte par le roi Cliintila ; il est toutefois plus vraisemblable que cette dernière servait à recouvrir le tombeau de saint Pierre et son autel. h' instrumenlum domesticum nous apporte peu de chose, sauf quelques tui les :

JEliaElinacumfiliis gaudelsubu(le) sul(va) (n.431) A + Diona cum filiis CO (n. 434).

Salvo epis[copo]... Marciano (n. 437). ^*uj Bracari vivas cum luis (n. 193). Marciane vivas in A>iCk) (n203).

3° Sacrements. - Une inscription de Mérida, trouvée en 1650, nous fait connaître un homme à qui son titre de pénitent ne peut être imputé à l'expiation de quelle que faute grave ; on nous apprend qu'il a vécu une existence pure. Avant de mourir, il reçut l'extrême-onction. Ces formules si simples, dont on prétend tirer parti pour découvrir la survivance des institutions primitives du christianisme, n'ont rien qui puisse nous surprendre. Saturnin, confrère des pénitents, serviteur de Dieu, après une vie estimée de tous, est mort à l'âge de 68 ans, le 10 décembre de l'an 578, administré des sacrements de la sainte Église. » Voici à peu près comment on épitaphe libellerait aujour d'hui semblable :

+ SATVRNINVS PENITENS FAMVLVS DEI QVI IN HOC SECVLO MVNDAM TRANSEGIT VITAM VIXIT ANNIS PLVS MINVS LXVIII ACCEPIT POENITENTIA REQVI EVIT IN PACE SVB D(IE) XVII KAL LANYARIAS ERA DCXVI

Salurninus, penitens, famulus Dei, qui in hoc seculo mundam transegil vitam ; vixit ann(os) plus minus 68, accepta pœnitentia requievit in pace sub d(ie) XVII kal(endas) januarias, era 616.

Cette formule nous amène à une autre qui en diffère par certains aspects. C'est encore à Mérida, et il y est question d'un pénitent (voir : 8. Croyan ces).

A la chapelle de Santa Maria la antigua, à une demi-lieue à l'ouest de la Haba, et à deux lieues de Medellin, une épitaphe du 20 janvier 585 nous offre la même mention du dernier sacrement et, chose bien plus remarquable, l'expression « accepta poenitentia » :


SALURIUS, FAMVLVS DEI, VIXIT ANNOS 71, MENSEM 1, DIES 6, ACCEPTA POENITENTIA REQVI EVIT IN PACE, VI KALENDAS FEBRUARIAS, ERA 621.

A Xerez de los Caballeros, dans la chapelle de Saint-Blaise, à 79 kilomètres de Badajoz, Estramadure, une épitaphe du 15 novembre 662 de notre ère :

+ TEODEMIRVS FAMVLVS DEI VIXIT IN HOC SECVLO LXXVI ANNOS ACCEPTA POENITENTIA QVIEVIT IN PACE SVB D(IE) XVII KAL NOVEMBRES ERA DCC.

T(h)eodcmirus, famulus Dei, vixit in hoc seculo 76 annos ; accepta poenitentia quievit in pace sub die 17 kalendas novembris, era 700.

A Las Herrerias, près d'Arjona, à 35 kilomètres nord-nord-ouest de Jaen, une plaque de marbre, de 0 m. 28 sur 0 m. 15, trouvée avant 1644 sur une muraille ancienne, conservée à Arjouilla, puis à Andujar, aujour d'hui perdue :

+ MARIA, FIDELIS CHRISTI, IN VITA SUA HABEAT DILIGENS LOEUM, IBI QUE SUMMUM MANENS ( ?)« / RÉBUS {1) QUATUOR DÉNI UNO SUPERVIXII ANNOS ; CUM PENITENTIA RECESSIL IN PACE DIE IDUS MARTIAS, SECUNDO HECCESWINTI REGNANLIS CUM PARE PRINCIPIS ANNO.

A Cabra, 75 kil. sud-est de Cordoue. un fragment trouvé en 1802, à une demi-lieue delà ville, mentionne le baptême conféré à un enfant de vingt mois :

Un exemple unique, une inscription de Alacer del Sal, district de Setubal, nous montre l'usage d'imposer un nom au baptême, Sinticio, famulus Dei, peu satisfait du sien, a voulu prendre le surnom de Dieudonné : Dei donum.

Rapprochons des textes relatifs aux sacrements une ardente invocation à la croix, provenant de Cordoue :

Â[Sj CRUI VENERANDA, HOMINAM REDEMPTIO SEMPER, IN QUA CHRISTUS PENDENS HOMINES REDEMIVIT CUNCTOS [ET TE] GESTANTES POSSIDENT CLUM. NUNC MELIUS GAUDEMUS CHRISTI MORTE REDEMPTI DUM CÆLUM ET PARADISUM [SIEN] ACCIPIT HOMO.

4° Clergé. — 1. Évêques. — Nous possédons quelques inscriptions relatives à des évêques. Nulle hésitation n'est possible pour la première, qui appartient à Séville et mentionne les deux évêques Léandre et Isidore, ainsi que leur sœur Florentine. L'inscription était placée au-dessous d'une peinture représentant ces trois personnages :

Ligne 2 : priorum, à la place duquel L.Holsten propose piorum ; votes est un titre d'honneur que nous voyons décerner à l'évêque Orontius de Mérida dans une inscription de l'année 641 ; — ligne 3 : tercia, dans V Anthologie ; — ligne 4, le vers est boiteux, voici quelques conjectures : et posita consors sic eorum digne quiescit (Caietano et Arevalo ; ce dernier change digne en digna) ; et posita amborum mnsors hic digna quiescit (Holsten) : deposita et amsors hic lumbx digna quiescit (De Rossi) ; — ligne 5 : disgunyit. dans V Anthologie ; la prononciation moderne Jsidro favorise l'accentuation Isidorus ; — ligne 6 : fuerant inquirite, dans l'Anthologie, corrigé par les éditeurs ; — ligne 7 : et cognosce illos (Holsten) ; — ligne 8 : ispc pour spe, dans l'Anthologie ; c'était un usage ancien de placer un i vocal devant l's au début d'un mot. Arevalo, Caietano et Holsten ont omis ce vers ; — ligne 9, docmatibus dansV Antliologie ; do gmale sanctorumcernens (Holsten) ; peut-être lisait-on sur la pierre dogmate avec la ligature de te, ce qui aura pu être pris pour l'abréviation du pluriel dogmat(ibus) : — ligne 10 : ac reddomino (Anthologie) ; ac re domino ( ;Vrevalo) ; ac re domine (Caietano), œterno domino (Holsten) ; ac reddi domino (Huebner) ; — ligne 14 : die il idus, probablement pour die m idus ; en Espagne, on employait die allero idus au lieu de pridie ; marcias dans l'Anthologie, de même qu'on lit tercia plus haut, ce qui n'est guère l'usage en Espagne. L'ère DCXLI, que donnent Arevalo, Caietano, Holsten, est inexacte, puis que le calendrier édité par Muratori, dans Scriptores rerum Ilalicarum, t. n b, p. 1024, atteste que sera DCXL obiit Leander episcopus ; — ligne 16 : sera DCLXXIII, dans l'Anthologie ; DCLXXIV (Arevalo, Caietano) ; — ligne 18 : kalend. julias sera DCLXXI (Caietano). Les dates ainsi marquées sont respectivement : 14 mars 602, 4 avril 636 et 28 mai 633 après Jésus-Christ. Voici l'épitaphe du successeur d'Isidore sur le siège de Séville ; elle a été trouvée au xviii« siècle dans les fondations de la cathédrale, transportée à l'Alcazar, ensuite dans le patio del anlecabildo de la cathédrale, où elle est demeurée. Le début manque :


BEATA TENES LAMQ • NOVELVSTRIS GAV DENS DVVITA WIANERET ô SPS ASTRA PETIT COR + PVSJN VRNA LACET OBIIT DE PONT^IFEX SVB & PRI DIE IDVNOVEBRES ERA DCLXXVIIII 10 IN HONORE VIXIT ANNOS QVINQ-MENSES VI lAM LAPIS STEMI NAS Communi [sede régna] beata tenes.

Jamq(ue) nove(m) lustris gaudens du(mj vita maneret.

Spfiritu)s astra petit, corpus in wna ja cet.

Obiit ide(m) pontijex sub d(ie) pridie idus nove(m)- bres, era 679, in honore vixit annos quin que, menses sex.

Non timel lh]osti les jam lapi[is]ste minas.

Ligne 6 : la croix a été ajoutée à une époque récente. La sentence finale est une citation de.Martial, Epigrammaton, 1. VL n. lxxvi ; ligne 4 : épitaphe de Fuscius, vainqueur des Da ces.

L'évêque commémoré par cette épitaphe est Honorât, mort le 12 novembre 641, ayant occupé le siège épiscopal de Séville cinq ans et six mois.

Au même époque que Honorât se rapporte une inscription trouvée près de Séville, dans les terrains déserts de Bujalmoro, sur la rive gauche du fleuve, parmi les restes d'une basilique du vi » siècle. Pla que de marbre

A Valence, on découvrit en 1770, dans les fondations d'une maison voisine de l'église San Salvador, l'épitaphe d'un évêque dont le nom manque *, et V Anthologia bispana nous a conservé l'épitaphe de l'évêque Justinien.

A Braga, chef-lieu de district à cinquante kilomètres nord-nord-est de Porto, trois pièces concernent

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ipU. i.il. D'ai.ii » 1.. Uh II., p. 4S, n. 363. de 0 m. 56 de haut, sur 1 m. 45 de long, aujour d'hui encastrée dans le mur de l'escalier de la bibliothèque de Séville '. H. Florez s'était posé la question de savoir si ces trois martyrs cordouans étaient frères ' ; le texte épigraphique tranche la question (fig. 4184). Les inscriptions épiscopales sont nombreuses, souvent aussi verbeuses et d'une utilité médiocre au point de vue de l'histoire. Nous en avons cité un certain nombre dans plusieurs paragraphes de cette étude. En voici deux appartenant à Tarragone ' : a) Te Joannem Tarravo coluil mirificum valcm luosq(ue) in hvc loco in pace condidil artus : in le libra morum in te modeslia tenait regnuni Nitens eloquio, milissibus pollebas in corde 5 gerens cunim pauperum, pielate preditus ampla Ses namqfuej vita, fide magnificentius ipse [ap]paraisli cunclis pergens ad premia Chr(ist)i. Tuum nempe nomen luamq(iic) dulcissimammentcni knidabunt posleri numquam abolenda per evum.

10 Mérita preconiis luitoilunt faetu pcr s(œ)clis dénis equam librum [lenens r]emeantibus lustris Hector, doctorq ( ne ) pre/uisli monacis et populis octiens denos vita pcragens féliciter annos.

b) Sollers, magnanimus, pius ingénia Cato hic quiescit in tumulo Sergis ponlifex ses. qui sacri labentia restaurans culmina templi, tiaud procul ab urbe construxit cenobium scis.

Cet évêque Jean siégea aux conciles de Tarragone en 516 et de Girone en 517, pendant le célèbre évêque Martin, convertisseur des Suèves : beati Martini Dumienxis cpiscopi in a) Versus basilica.

.-) ARCTOVS MARTINE TIBI IN EXTREMA RECESSIT PANDITVR INQVE VIA FIDEI PATET IN VIA TELLVS VIRTVTVM SICNIS MERITORVM ET LAVDE TVORVM EXCITAT AFFECTVM XPI CERMANIA FRICENS FLACRAT ET ACCENSO DIVINI SPIRITVS IGNE b) Item. Eiusdeni in rejicturio. c ) Epilaphium ejusdcm. a) Tit. : in vasiliea (ms. Paris, 8003) ; oni. beaii (ms. Paris, 2832) ; — ligne 3 : Post que siilum Pauli sacrum (2832, Peiper) ; — ligne 4 : stipuil (8093) ; — lign. 8 : Excit in (2S32) ; Excitât in (8093) : Sirmond omet in ; la lecture primitive Exit in ajfeclum peut être défendue (Rossi) ; — ligne 10 : solbil (8093) : Solvit et ensuite Solvis (2832) ; Solvit, strictas (Sirmond) ; Suivis (Rossi) ; Solvit (Huebner) ; obstrictus (ms. d'Eugène de Tolède) : — ligne 12 : Adscisis (8093) ; Toringus pour Thuringus (Huebner) : — ligne 13 : Sclabus (8093) ; Xara et Datas, peut-être Nara en Afrique et Datus en Thrace (Huebner) : — ligne 14 : Ostrngotus (8093) ; — ligne 15 : Suebus {8093) ; — ligne 17 : hec (8093) ; — ligne 18 : sustollens (2S32) ; benerabi templiim ; 8093) ;- — ligne 20 : adesse precalur (Sirmond) ; leçon arbitraire (Rossi) ; — ligne 22 : Galla-cia (2832 et Sirmond) ; — lignes 2, 7, 15, 20 : allusions aux miracles de saint Martin de Braga.

41SÔ. — Inscription du prêtre Britto. D'après K. Huebner, op. cil., p. 9, n. 305.

id(us) febr(uarias) era 744 ; m(emoriae) b(onae) '.

546. Mertola. +. Brillo, presb(yter), vixit annos 65, Tcquievit in pace D(omi)ni d(ie) nonas aguslas era 5S4 '{fig.4\85).

522. Mertola. +. Romanus, presb(yler), famalus Dei, vixil ann(os) 75 ; requievU in pace D(omi)n(i) d(ie) xv ka(l....)s, era 560 '.

2 mars 489, à Mertola, tablette de marbre de 1 m. 14 sur 0 m. 47, conservée au musée ethnographique de Lisbonne • :

^)f :< Âfc


AOJ

Satirio, presbyter, ministravit in presbiterio annos Iredecim, recessit in pace Domini nostri Jesu Christi, die VI nonas martias, era 527 ; memor nostri requiescut.

537. Mertola. + Simplicius, pr(es)b(yter), lamuhis Dei, vixit an(nos) 59, requievil in pace D(omi)ni, d(ie) vin fca(. septembres, era 575 '.

619. Séville. Saturninus prœsbiter, famulus Dei, vixit annos plus minus 53, recessil in pace sub d(ie) li id. novemb(ris), era 657 « .

Annis sexsa[ginla p]eregi lempora [vile]. [endum, 5 lFune]re perlunclum s(an)c(l)is \com]mendo tu[Ut cu]m jlamma vorax ve[n]iet comburere terras, Ce\ti]bus s(an)c(t)orum merito socialus resuryam Hic vite curso anno finito Crispinus Pr(e)sb(y)t(erj peccator in Chr(isl)i pace quiesco. 10 Era DCC c[um [ XXXI A la Torre de Ninches, à une lieue et demie de Baeza, province de Jaen, une épitaphe nous donne les années de sacerdoce et de diaconat du défunt ' : lus Dei Telemacio presbyter sanclissimus, vixil annos 49, mansit in honorem diaconii annos 6, presbylerii 18.

A Tarragone, une épitaphe nomme le prêtre d'une ville, mais on ne peut identifier celle-ci avec les Albile de la Gahce ; peut-être est-ce Albi, sur la route de Tarragone à Lérida, à huit heues de Tarragone « ;


IN ISTO LOGO SEPVLTVS ES TEVTICIVS PRESBITE 5 R CIVITATI S ALBITA NE

A Mérida : Orbanus prs lamulus dl vixil anno^ LXXV, menses sex, requievil in pace d. septimo idus augusius era dlui », en l'année 518. vi« siècle. A Mérida, un diacre : -f £v0a xaxa [x£] tï) Savp... Siàxov|oç] pjç Iv8e1xt((ovo< ;]...£■/)... '-.

595. Alanja. + Jusius diaconus, famulus Dei. vixit annos 31, requievil in paced(ie) non (as) maias, era 633 ' ». vn« siècle. Mérida. Un clericus confessor ; voir,parmi les formu les, l'inscription : + Quisquis conspicis. Voir Diclionn., t. i, fig. 517.

525. Mérida. Un princeps cantorum, voir Diclionn-, t. m, fig. 2473.

566. Mertola. Tyberius [l]iclor, famulus Dei, vi(xil) annos plus minus 14, mens (es )qu[e] 9, requievil in pace Domini die xill kalendas junias era 604 ».

729. Taveira, + AduUeus clericus v(ixil) an(nos) X, r(equie)v(i)t inp(a)c(e) d (ie) III ed(us) jan(uarias) [era] 729 '■« .

Mérida. Lupercus, fidelis, receptus in pace, vixit cm(nis) 30 ».

543. Arahal. Fulgentius, monachus, famulus, Chr(ist)i, vixit annos plus minus 45, recessil in pace die VI kal janaarias, era 581 « .

588. Arcas, a-f co. Florentin virgo Chr(isl)i, vix(it) ann(os) 21 et vita brcvi explevil lempora mulla ; obdormivit in pace Jesu quem dilexit kal. april. era 626 '« .

5° Édifi ces civils. — A Mérida, une longue inscription versifiée se lisait sur le pont de la ville :

Incipiunt versi in ponte Emeritensi inscripli.

Solberat anliquas mo les ruinosa vctusla.' :, lapsum et senio ruplum pendebat opus. l'erdideral usum susprnsa via per omnem et liberum ponlis casus negabal iter. 5 Nunc tempore potentis Getarum Ervigii régis, quo dedilas sibi prccepit excoli terras, studuil magnanimus fartis extendere nomen veterum et titulis addit Salla suum.

Nam posiquam eximiis nobabit mo'nibus urbem, 10 hoc magis miraculum palrare non destitit.

Construxit arcos, penitus fundabil in undis el mirum aucloris imitons vieil opus.

Nec non et patria : lantum cr[e]are munimen sumi sacerdotis Zenonis suasil amor. 15 Urbs Augusta felix mansura per sa'cula Innga nobale studio ducis et ponlificis. Era dcci L'ère est indiquée à la fin de l'inscription d'une façon peu claire, mais comme le roi Erwige se trouve nommé dans ce petit poème et que son synchronisme est 680-687. il s'ensuit qu'on peut reconstituer la date exacte de l'ère 701, ou 603 après Jésus-Christ '.

C'est une bonne fort une de rencontrer une inscription chrétienne décrivant l'aspect fortifié d'une ville ; nous la croyons uni que en son genre. Elle a été trouvée à Carthagène, en 1698, dans le monastère de Santa Maria de las Merce des, et conservée jusqu'en 1756 -f In nomine Domini, anno féliciter secundo relue domini noslri Erminigildi régis, quem persequitur genetor sus dom(nus) Liuvigildus rex in cibigna Ispalensi, dacti Aionc. Ces deux derniers mots sont malaisés à entendre.

A Martos, une longue inscription semble se rapporter à un conflit survenu entre la ville et un seigneur inconnu ^..\u monastère de San Salvador de Veirâo, près de Braga, cette dédicace du 20 mars 485 ' :


IN NE DNI PERFI ECTVJV1|| EST TEMPLVM H VNC PER M ARISPALLA DO VOTA SVB DIE XIII KAPER DXXIII • R Eg||NANTE SEREJINISSIIVIO Ve| REMVNDVRE||x près de la fontaine Sanla Calarina, encastrée ensuite sur l'arc de la puerta de Madrid, et depuis sur le balcon de l'hôtel de ville. A une date postérieure à la gravure, une main s'est permis de parsemer l'inscription de points jetés pres que au hasard, sous prétexte de ponctuation ' :

3 qvisqvis ardva tvrrivm miraris cvlmina _vestibvlvmq. vrbis dvplici porta FIRMATVM dextra levaq binos porticos arcos qvibvssvpervm ponitvr camera cvrva convexaq. 5 comenciolvs sic haec ivssit patricivs missvs a mavricio avc contra hostes barbaros macnvs virtvte macister mil ■ [s spaniae sic semper hispania tali rectore laetetvr dvm poli rotantvr dvmqcs sol circvit orbem 10 annviii avcind viii ORA. Quisquis ardua lurrium miraris culmina veslibulumq(ue) urbis duplici porta (irmalum, dextra levaq(ae) binos poriicos arcos, quibus superum ponitur caméra curva convexaq ( ue ).

Comenciolas sic hœc jussil patricius, missus a Mauricio Aag(uslo) contra hostes barbaros, magnus virtule magister mil(ilum) Spanix.

Sic semper Hispania lali reclore Iseleiur.

Dum poli rolanlur dumq(ue) sol circuit orbem Anno 8 » augusli, indictione S'-.

L'empereur Mau rice monta sur le trône le 1 3 août 582, sa huitième année commence donc le 13 août 589 ; c'est entre cette date et le 13 août 590 que l'inscription a été rédigée ; on peut même resserrer cette chronologie, puis que nous savons que Comenciolus fut envoyé en Thrace en 589 ; c'est donc dans l'un des cinq derniers mois de cette année que prend place l'inscription '.

Un monument d'un grand intérêt histori que est ce linteau de porte en marbre, trouvé en 1669 à Alcala de Guadaira, à 16 kilomètres de Séville, et conservé aujour d'hui à la fabri que de porcelaine de la Cartuja ' :

[SECVNDO REGNI DOM


NI NOSTRI ERMENIGILDI REGIS QVEM PER-

In nomine Domini per/eclum est lemplum h une per Marispalla Deo vota : sub die xili l<alendas apri les, era 523, régnante serenissimo Veremundu rex.

6° Formu les. — Parmi les inscriptions dont le principal intérêt réside dans des formu les, nous pouvons citer cel les-ci :

.\ Alcacer de Sal (= Salacia), district de Setubal, au couvent de Saint-.\ntoine, encastrée dans le mur de la chapelle des « onze mille vierges », à main droite en entrant ; transportée depuis à Sétubal et, de là, probablement à Lisbonne ' :

Âlb 10


SVB B VII B AGVSTAS CS


ER DCLXX C5 TIBI DETVR PAX A DO

Sinlicio famulus Dfe)i, cognomento D(e)i domum palerno. tra[li]ens linea(m) Getarum, huic rudi tumulo jacens. Qui hoc seculo XII conpleverat lustros, dignum Deo in pace conmendavit ispiritum, sub d(ie ) vi id(us) agustas. Er(a) 670. Tibi delur pax a D(e)o.

Les différentes copies de cette inscription concordent entre el les, sauf sur des détails insignifiants. Sinticio n'est signalé par aucun autre document, nous savons qu'il portait le surnom que son père avait porté avant lui ; Dei domum, faute évidente, pour Dei donum, ce qui rappellela catégorie de noms formés sur le modèle d' Adeodatus, ou Quodoultdeus. La mention d'origine : traens lineam Getarum doit s'entendre en ce sens : originem ducens a Getis. L'ère 670 = 632 après JésusChrist.

Sur le territoire de Beja, province d'Alemtejo, une inscription mentionne un armiger, un écuyer, à qui sa mère procura cette tombe à l'âge de dix-neuf ans et sept mois. La mère ajoute deux mots qui montrent l'idée de patrie toujours vivace chez ceux qui en sont éloignés. Sinticio se réclamait de son extraction gète, comme le je une armigcr semble s'excuser d'être enterré en terre étrangère ' :


ARMIGER • FIO ANNXVIIII ■ MLVII SEVERA MA ■ FILIO PIENTISSI MOLOCO- PEREGnno MEM ORiamf.c.

Ces inscriptions d'étrangers présentent souvent des formu les particulières à leur patrie, et cette circonstance permet quelquefois de déterminer la nationalité de ces voyageurs -. Nous en avons des exemp les en Italie septentrionale ; la formule, si rare partout ailleurs : eo/iïra yoïum, est si profondément entrée dans l'usage qu'on la rencontre à Turin, àTortone. à Milan, à Brescia, à Civita di Friuli, à Aquilée. où païens et chrétiens l'emploient également. Or, sur un marbre de Rome, on rencontre cette formule ' et aussitôt cette indication : ciuis Ticinensis, indiquant la patrie du défunt en même temps que la formule spéciale à sa région d'origine. Les quelques éléments de démonstration que nous fournit l'Espagne ne sont pas négligeab les. Tandis que le formulaire chrétien supprime dans les épitaphes latines l'indication de la filiation du défunt, cette mention persiste dans les inscriptions grecques *. Une épitaphe trouvée à Carthagène et consacrée à Thomas, fils d'Etienne, atteste, pour sa part, l'importation faite par des étrangers d'une formule inusitée dans le pays où ils sont venus vivre et mourir ' :

0 Où M C YICOSCC Te<t> AN OY6M0A 5 ÇTTAHRGO OHMCTAEI PHNHCMC NIMeiO o A O G 0o(x.âç ul6 ; 'EaTEçâvou £v6a ÉTXçpcôÔvi [xe-rà eïp-f ;vï ;ç.


MÉJXVYLOO...

A la chapelle de Seixas, près d'Arcas, à deux lieues environ de Lamego, province de Beïra Alla (Lusitanic). sur une tablette de marbre ayant servi de couverture à un puits, une épitaphe offre une citation arrangée d'une sentence du livre de la Sagesse, iv, 13 : consuinmalus in brevi cxplevit tempora muUa :

Florenlia, virgo Chr(ist)i, vix(il) ann(os) 21 et vila brevi explevit Icmpnra mulla, obdormivil in pace Jmii quem dilexil, kctUcndax) aprilis cru Ii26, c'est-à-dire le 1« avril de l'an 588.

La formule : obdormivil in pace Jesa est tout à fait exceptionnelle ; mais l'usage des citations scripturaires n'est pas rare en Espagne, nous les rencontrons — * J. Kernandez, Inscriptiones linirrilnises, ms., n. 105 ; jetées à pleines mains dans une inscription de Merida, non datée, mais que l'aspect des caractères invite à placer vers la fm du vm<^ siècle. Est-elle chrétienne ? On en peut douter ! Le défunt est fils d'un rabbin et il semble bien n'avoir pas rompu avec la croyance de son père ; néanmoins, les éditeurs de ce texte l'ont classé parmi les inscriptions chrétiennes et le défunt Siméon n'est plus en état de nous apprendre ce qu'il en pense = :

\H(ovah ?) S\J NOMENL benedidam quod VIVIFCMCAT ET N\OR[tcm..... PAVSAT IN SEPVLClro Simeon fi., LIVS DE REBBI SEimucl

5 SVPORANS IN SORL^''


TVS IN LIGATORIVML


CISA PERETI PORTA |m paradisi ?.. INGREDE CVM PACE V\ixit annos pi. m. LXIII REPLETVS SA\pientia....

10 PREDVCENS ARTE M'I


EGO SIMEON FILIVS DE REBBI SA[mii,-l (pro] MISSAM PAX [ d'après une copie manuscrite de l-'ernandez el an estampage de Huebner ; les suppléments des lignes 1, 2, 3. 5, 9 sont de ce dernier, ceux des lignes4, 8, 11, 12 sont de F. Fita, qui renvoie aux passages suivants de l'Écriture : Exod., xxxv, 31 : I Rois, I, 6 ; XXV, 29 ; Esther, xin, 7 ; Psaumes, m. fi ; lxxi, 17.

A Mérida encore, dans une maison de la catlc de Alfonso IX, n. 18, a été trouvée une tablette de jjierrc mesurant 0 m. 56 sur 0 m. 58. mais dont la partie inférieure man que '. C'est un exemple bien copieux d'anathèmes adressés au violateur de la tombe, s'il s'en rencontre un, et le rédacteur était tout imprégné de réminiscen ces bibliques qui. d'ailleurs, sont assez, généralement de style comme on l'a déjà fait voir. \oiT Dictionn., 1. 1, col. 193,'), fig.. »)17 « .

+ QVISQVIS CONSPICIS HOC SEPVL TVRE OPVS EOLALII CLERICI CONFESSORI ABTVS EST LOCVS CS SED SI QVIS VERO HOC MONVMENTVM MEVM 5 INOVIETARE VOLVERIT SIT ANATHE MA PERCVSSVS LEBRA GEZIE PERFRVATVR ET CVM IVDA TRADITORE ABEAT PORTIO NEM ET A LEMINIBVS ECLESIE 10 SEPARETVR ET A COMMVNI ONEM SCM SEC NIS

Quisquiscon.spicis hoc scpiillure opus, Hohdii vlerici eonfessori ahlits est locus,sril si quis vrro hoc monumentum meum inquielare volurril, sil analhcma peicusstis lebra Gezie perfruaturet ciim Jada tradilore abeol portinnem et a leminibus eclesic seitarclur et a communionent s(an)c(ta)m sec{liisus eter\nis [suppliciis condemnelur cum diabolo et angelis sais.]

Le masculin Eolalius a été probablement formé d'après le vocable / ;(i(a/ !« , si répandu en Espagne cl principalement à Mérida, centre du culte de la sainte martyre.

Le P. b'idel Fita a montré, en recourant au canon neuvième du premier concile de Tolède, qu'Eulalius, clcricus confessor, avait dû remplir l ;i charge de chantre ou de psalmislc : il suppose, avec peu do vraisemblance, que le titre de co/i/cs.TOr équivaut à celui de pénitent, d'après ces mots de saint Isidore : con/cssio esl... dum quisqiie confilelur sua peccala petcndo indiilgenliam '.

Voir Diclionn.. t. m, col. 2508, au mot Confesseur.

Les personnages de Giezi, frappé de la lèpre pour châtiment de sa désobéissance -, et du traître Judas sont assez connus.

Nous quittons la Lusitanie pour l'Andalousie, l'ancienne Béti que, et nous retrouvons dans cette province les procédés en usage dans d'autres pays pour la composition des légen des épigraphiques.

En Gaule, les rédacteurs d'inscriptions, devenus incapab les d'adapter les textes aux individus, bousculent la phrase, le vers qu'ils transcrivent, le défigurent au point de le rendre parfois inintelligible '.

En voici deux exemp les, sans sortir de la province :

Au monastère San Basilio el Tardon, près de San Cahsto (Hornachuelos), dans le district et à treize kilomètres ouest-sud-ouest de Posadas, province de Cordoue (Andalousie) * ;


IVSTA FAMVLA CRISTI VIXIT ANNOS PLVS MINVS LXVil OUISQ-LEGIS TITVLVM LACRIMAS EFFVNDE FREQ-HIC • SITVS EST IVVEN • PIETAT 5 INL ECLESIASQPETIT SECVRVS MABI VI-VMBRARECEPTA IN PAGE SVB DIE IDVS NOVEMBRES ERA DCCI

Jusla, famula C(h)risli, vixit annos plus minus 67.

Quisq(ue) legis tilulum lacrimas e/fande fréquentes.

Hic situs est juvenis pielat(e) inl(ustris) [et ortu] Eclesiasq(ue) petit securus marlur(is) umbra.

Recepta in pace sub die idus novembres era 701 (13 novembre 663).

Le lapicide a tout bonnement démarqué l'éloge gravé sur la tombe d'un chrétien :...situs...securus et l'a appliqué à une chrétienne.

. Frejenal (ancienne Xertobriga). à la porte de l'église Saint-Michel, se voit l'épitaphe d'un abbé ^ :


IN NOMINE DOMINI HIC TVMVLVS HO


NORII ABBAT RESPICIS ANGVSTVM PRECISA RVPE SEPVL CRVM HOSPITIVM BEATISSIMI HONORII ABBA 5 TIS CELESTIA REGNA TENENTIS IN SECVLA SAECVLORVM AMEN

In nomine Domini hic tumuhis Honorii abbal(is).

Hespicis auguslum précisa rupe sepulcrum hospitium bealissimi Honorii abbalis celestia régna tenentis in sccula sœculnrum.

Amen.

Ce disti que forme le début du poème funèbre composé par saint Jérôme en l'honneur de sainte Paule : transcription exécutée sans intelligence et qui se retrouve ailleurs.

Voici l'épitaphe de sainte Paule :

Aspicis angustum prsecisa rupe sepulcrum Hospitium Paulse est cseleslia régna tenentis.

On voit ce que ce disti que a eu à souffrir ; d'ailleurs, il n'a pas été moins maltraité en Italie où nous le retrouvons à Atripalda » :

Respicis angustum précisa rupe sepulcrum Hospitium Romuli lévite est celestia régna tenentis.

Sur le seuil d'une église à Alanje, au lieu dit las Arguijelas, entre la rive droite de l'Ana et Torremejia. une pla que de marbre de 0 m. 37 de long sur 0 m. 26 de haut et 0 m. 04 d'épaisseur ■ :

Sur la porte d'une chapelle ou d'un baptistère à Martos, 21 kilom. ouest-sud-ouest de Jaen (Andalousie), au lieu dit e/mo/ino del /{« !/, pierre de 0 m. 78 sur 0 m. 39 trouvée en lS9ii - ;


PANDITVR INTROITVS SACRATA LIMINA CRli ;^) CVRRITE CERTATIM GENTES POPVLIQVE VE|n/7f) ET DONANTE DEO SITIENTES SVMITE Vlî'amj

Cette formule finale se retrouve sur les marbres africains ; elle offre d'ailleurs moins d'originalité que la suivante, sur une épitaphe de Jerez de la Frontera, trouvée chez M. de Campo Real, conservée calleLarga, n. 40.

C'est un cippe mesurant 0 m. 46 de haut, 0 m. 32 de large, 0 m. 1.5 d'épaisseur » :

-HABVNDANTIA FA MVLA A MORE SITVM VENERAT QVE NOMIN(c| IN OC LOCVM CE[/ ! SVM ASPICE NAM CINfis] EST EC MGN REGN N [tf] A NO VIXIT ANNOS PL

Abundantia, famula Dci, more situm venerat quo nomin\e\ in [h]oc locum ce[l]sum ; aspice : nam cinlis] est [ha]ec magna régnante D(omi)no.

Vixit annos pl[us minus...., ce que Huebner interprète : Abundantia, famula Dei nomine, quse morte situm venerat in I h une locum celsum, aspice : nam(jaml) cinis est magna régnante Domino.

Parmi les formu les tirées des livres saints, une des j plus remarquab les est cette citation du hvre de Job. I XIX, 25, 26, sur une épitaphe de Paradas, district de I Marchena, dans la province et à 46 kilomètres estI sud-est de Séville.

Trouvée en 1761, elle est conservée ' au presbytère '° :


CREDO QVOD REDEMPTOR MEVS VIVET ET IN NOVISSIMO DIE DE TERRA SVSSITABIT PELEM MEAM ET IN CARNE MEA VIDEBO DOMI 5 NVM IVSTA FAMVLA DEI VI XIT ANNO PL • M ■ L RCS IN PACE D • VU ! IDVS FEBR

Credo quod Redemptor meus vivit et in novissimo die de terra sascitabit pellem meam el in carne rnea videbo Dominum.

Jusla, famula Dei, vixit annos plus minus SO, recessil in pace die octavo idus februarias ; 6 février d'une année inconnue, le \T' siècle probablement.

Une citation textuelle du nouveau Testament a été trouvée sur une sorte de tuile en terre cuite, de 0 m. 48 sur 0 m. 29 et 0 m. 052 d'épaisseur, dans le cimetière de La Zubia, à 5 kil. sud-sud-est de Grenade > '.

Ce centon est emprunté à l'évangile de saint Matthieu : XXVI, 11 et XXIV, 15.

« Quel que part que me jette le sort, disait Paul Orosc, les mêmes lois dominent, dictées par le même Dieu.

Moi, Romain et chrétien, je rencontre partout des chrétiens et des Romains '. »

Cette remar que se vérifie une fois de plus dans les inscriptions d'Espagne, parmi lesquel les nous retrouvons les lois, les usages, les coutumes identiques exprimées par des formu les semblab les à cel les des autres pays de l'Occident.

Que le nom du défunt soit romain ou barbare, que sa race soit connue ou non, l'épitaphe est conçue, rédigée, d'après la règle comm une.

Sauf de rares exceptions, que pour cette raison nous ferons connaître séparément, la mention des liens d'ici-bas, parenté, patrie, profession, condition, est passée sous silence.

Le défunt reçoit, garde son nom de baptême, reçoit l'épithète de lamulus Dei, la mention du nombre d'années passées sur la terre et la date de sa mort ; et c'est tout.

D'une province à l'autre, les formu les varient, mais en nombre trop peu considérable pour permettre d'afflry.

mer qu'el les appartiennent à telle contrée à l'exclusion de toute autre -.

■ FAMVLVS CHRISTI3,324, 45,46,47. 93, 98, 180.


FAMVLA CHRISTI (fig. 4186). 14, 303, 309, 328, 329, 333, 66, 68.


FAMVLVS DEI. 9,13,301,304,307,308,311,313. 314, 327. 19, 22, 25. 27, 29. 532, 32, 33, 36, 332, 312, 347, 42, 43, 44, 48, 356, 54, 56. 58, 60, 61, 64, 525, 67, 69, 365, 77, 78, 81, 369, 94, 118, 174, 395.


FAMVLA DE ! 17, 294, 304, 310, 316, 22, 26, 28,30, 35, 337, 338, 340, 341,.52, 53, 72, 79, 82, 366, 367, 92,394.


QVIEVIT IN PACE. 14,54.


REOVIEVIT IN PACE48, 56, 527, 525, 394, 396, 329, 33.


QVIESCET IN PACE 101.


REQVIESCIT IN PACE94, 52, 53.


REQVIESCIT IN DNO. 112


REQVIEVIT m PACE. 3,4, 9, 11, 12, 13, 17, 299, 301, 304, 308, 309, 310, 322, 327, 328, 22, 22, 25, 26, 27, 28, 32, 35, 33 :2. 337. 338, 340, 341, 342, 347, 42, 43, 44, 157.


REQVIEVIT IN PACE DNI. 303,305,306,307,311, 313, 314, 316.


RECESSIT. 294, 182.


RECESSIT IN PACE. 295, 45, 356, 51, 58, 59, 60, 00. 67, 68, 69, 70, 365, 72, 73,77, 79, 81, 82, 84, 467, 93. 98. 102, 113. 114, 117, 395.


DECESSIT IN PACE. 410.


DECESSIT IN PACE DN- IC- 302.


RECESSIT IN PACE DN- IC- 312.


RECEPTVS IN PACE. 339, 47, 62, 46, 364.


RECEPTA IN PACE IN NOMINE XPI. 330.


REDIVIT IN PACE. 403.


RECESSIT FIDE DNI. 97.


DEPOSITVS IN PACE. 180.


IN PACE. 188.


HIC QVIEVIT. 188.


PLVS MINVS 9, 303, 316, 45, 48, 58, 59, 60, 365, 72, 79, 81, 82. 84, 367, 369, 91, 93, 98, 394, 396 ; plures vcl minus, 94.

Nous pourrions glaner d'autres formules, mais ce n'est pas un traité d'épigraphie que nous écrivons et le groupement contenu dans ce paragraphe, s'il ne dispense pas de recourir à l'étude des textes d'où sont extraites ces citations, permettra du moins de prendre une idée de ce qu'ils contiennent.

7° Poésies. — A Villanova de Regengas, au lieu dit monte de Asinheira, proche d'Evora, province d'Alemtejo * :

Dum simul dulcem cum viro carpere[m] vilam Ilico me forluna<tuna> lulit semper noisœa cuntis. Vila(m) dum vix(i). V enunlia nomen in seculo gesi Ter deriens qiiaier in pace quietos perlluli] annos. 5 UUimumiamsolvidevilumcomunem omnibus unum Hoc loco erga mcos elegi quiescere proies, \No\ndum quos Dominus [vo]cavil purgalos un[da [l\abacri.

Re qui\cvil] in pace sub d(ie) XI [kal(endas)] \lebruar(ias) er(a) 631 ( = 593).

A Médina Sidonia, une jeune nonne morte à l'âge de trente ans, le 19 mai 649 ' :

t{q Unius namq(u)e lumulo procumbil Servand(a)e [post funere corpus. Parva dicata Deo permansil corpore virgo, Astans cenobio cum virginibus sacris nobile celu. Ter dénis fuit annis végétons in corpore mundo. 5 Hic sursum rapta celesti régnât in aula. Obiit janias decimo quartove calendas Hi{n)c querulis era de tempore mortis,DCLXXXVLI.

A Valence, épitaphe de l'évêque Justinien, en 546 » :

Plus prseclarus doctor alacer facundus Juslinianus cœlebs pontifex sacerldos] Noba iempla construens vetusta que resl[aurans] Ornabit festa dictis predicans in populis 5 Virgines inslituens monacos que gu\bernans] Scripsit plara posteris projulura \cunclis\ Hic miro maris insolalm] munimine sœpsi[t] In \q\ua maris, circumllue\n]libus undis Silice disrupto predulcem repperit limjam 10 Hic Vincenlium ghriosum martijrcm Xri Sal pio qucm coluit moderamine vivens Hune dévolus moriens reliquid eredem Undecim presenlis quinquiennia vlie Qualluor lustris vis que quaiernis mensibus 15 Connumerandus sanctis minislrabil anlis les.

A Villafranca île Cordoba ou de Las Agujas, dans la province et à 20 kilomètres est-nord-est de Cordoue, un couvercle de sarcophage trouvé en 1821 ' ;

10 OPITVLATIONESODALIV • DESOLATVS P NAVITER • CEDE ■ PERCVLSVMCLINTES- RAPIVNTPEREMTVM J0^^ EXAMINIS DOMV ■ REDVCITVR SVIS • AVERNVLIS • HVMATVR „^^^^

15 LVGIT-CONIVX-CVM ■ LIBERIS •


FLETIBVS FAMILIA PRESTREPIT d DECIES • VTTERNOSAD • QVATER QVATERNOS ■ VIXIT ■ PER ANNOS CS PRIDIE ■ SEPTEMBIVWL-IDVS MORTE A VASCONIBVS ■ MVLTATVS ERA SESCENTENSIMAETOCTAGENSIWIA ID -GESTVM ■ MEMENTO t5 SEPVLTVS ■ SVB DQVIESCIT VI ■ IBOCTVBRESIlsec cava saxa Oppilani continent mcmbra Claro nitore nalalium gestu abitu que conspicmim. Opibus quippe pollens et artuum viribus claens, Jacula vehi precipilur prcdo que Bacceis deslinatur. In procinclum belli necatur, opitulationc sodalium [desolatar, Naviler cède perculsum, clientes rapiunt peremplum. Exanimis domum rcducitur, suis a vernulis humatur, Luget conjux ciim liheris. jletibus familia perstrepit. Decies ut lernns, <id quatcr quaternos vixit per annos Pridie seplembrium idus, morte a Vasconibas nml\tatus. Era sescenlensima et octagensima id gestum mémento. Sepultus sub die quicscit VI idus octobres.

Oppila, noble espagnol, envoyé par Léovigild en ambassade auprès du roi Chilpéric ; Huebner propose de l'identifier avec Opliila, marié à Syagria, que célèbre une épigramme de saint Ildefonse. Cette peuplade appelée Baccei est désignée par saint Isidore, Etymol., IX, ii, 107 : Vacca ppidum fuit juxta Pijrenœum, a quo sunt cognominati Vaccœi de quibus creditur dixisse poêla (Eneid., VI, 42) : lale que vagantcs Vaccœi. Hi Pyrcna-i fiigis per amplam montis habitant solitudinem. lidem et Vascones quasi Vaccones, c in s lilteram demulata. anti qui, at que F.rebi concidit imperium Hoc lu sive plus fronte(m) sive pectora signes, nec lemorum insidies expectara que vana lime.

Buecheler estime cette petite pièce anliquioris originis ; on peut corriger utilement ligne 1 : signum pour crucis signum ; ligne 3 : hoc tu seu (rontem plus sive pectora signes ; ligne 4 : insidias et spectra que.

L'épitaphe du prêtre Satirio, de Mertola, nous apprend que les fidèles qui l'avaient vu à l'œuvre pendant treize années se recommandaient à ses prières : memor nostri requies cet '. A Mertola, sur un fragment de tablette de marbre, mesurant 0 m. 20 sur 0 m. 235, on lit ces simples mots ^ :


ORA PRO ME

sans qu'il soit possible de savoir si ces paroles s'adressent au défunt ou si c'est le défunt qui implore les prières.

A Mérida, une épitaphe du 7 mai 662 nous montre, cette fois clairement, la prière adressée pour le repos de l'âme d'une défunte * :

+ IH*H x'pê famhle thae qhinigiae in hoc loco qhiescentis 5 omnia peccata


DIMITTE / HIXIT ANNOS XXX / REQHIEHITIN PAGE SHB DIE VI • IDHS 10 MARTIAS ERA DCC /

Domine Jhesu Christe, famulae luse Quinigise, in hoc loco quiescentis, omnia peccata dimittc. Vixit annos 30. Rcquievil in pace sub die n idus martias, era 700.

Et dans la même ville, la mention des anges accourant pour recevoir l'âme du défunt (voir Dictionn., t. I, au mot Ame, col. 1520) « :

!.. [penitens, famulus Dei, qui in hoc 1 SCLO M\/[ndamtransegitvitam,dignumDeo ISVV COUML (en)davil spiritum. vixit annos... 'CJCEPTVS \N\pace sub die un » craDC... In cela regna]HJ\ SCI Olecurrite angeli. Amen.

Ou bien à Riches, près de Tolède ' :


SERVI SANG

C'est encore un témoignage de la foi un peu rude des anciens que leur souci de tracer leur nom sur un objet voisin du temple ou sur l'autel même. L'autel de Ham, les colonnes de Bielle sont des monuments du même ordre que les proscynèmes païens de l'île de Philse, les graffites des cryptes romaines. A Tarrasa, près de Barcelone, une table d'autel a été criblée de ces inscriptions rudement griffonnées avec la pointe d'un clou ou d'une lame de couteau, entre le vii« et le x » siècle *. On y lit les noms à'Agila, Aigo presbytcr Dei, Dexter presbyler, Froila, Gamius, Gnmio, J.autari... Reswentus, Huniric, Sallomon a pal...., Scnntor, Widigelus, Zerimundo.

La dévotion aux saints et la croyance à la vertu qui s'exhale de leur tombeau se retrouvent sur une épitaphe versifiée de Guadamur ' où le défunt espère devoir à ce saint voisinage le bénéfice d'une protection spéciale, qui lui vaudra le privilège de la résurrection glorieuse, alors que le monde s'évanouira dans un vaste embrasement. C'est ce que nous lisons sur cette épitaphe de Léon - :

Hmc tend urna tuum venerandum corpus Vincenti Set tua sacra tenet anima, cœleste sacerdos, [abbatis.

Hegnum mutasli in melius cum gaudia vite.

Martiris exempta signant, quod membra sacrata 5 Demonstrante deo uatis hic repperit index.

Cuater decies quinos et duos vixerat annos Misterium Chr(isiji mente sincera minisler, Raptus œteras subito sic venit ad auras.

Sic simul o/ftcium finis, vitam que removit [(ta)s 10 Sp(irilu)sadveniens d(omi)ni, quo tcmpore s(an)cIn regionem piam v[e]xit aminam que locabit.

Omnibus hiis mox est de jlanunis lollere flammas.

Obiit in p(aee)D(e) ivid(as)mart(ias) eradclx VIII.

Les chrétiens espagnols faisaient usage, comme tant d'autres fidèles, de phylactères condamnés par l'Église. Un camée (voir Diciionn., t. i, col. 1817, fig. 483) porte ces mots :

Os non comminuctis ex eo ' paroles magiques empruntées à saint Jean, qui les avait tirées de l'Exode pour les appliquer à la passion de Jésus.

D'autres traits méritent d'être relevés. C'est par les paroles de Jacob que les fidèles expriment leur vénération à l'égard des basiliques : Ecce dom(us) D(omi)ni et porta cseli * ; c'est par le célèbre verset du livre de Job qu'ils affirment leur foi en la résurrection '. Si quel que coïncidence amène la trouvaille d'une tombe sainte, ils sont très disposés à y voir l'intervention divine : Demonstrante Deo « .

On s'étonne de ne rencontrer aucune formule, aucun indice qui permette de distinguer les orthodoxes et les hérétiques et cependant, à l'époque où les inscriptions se montrent en plus grand nombre dans la péninsule, Grégoire de Tours nous apprend que le catholicisme avait presque entièrement disparu de ce pays ».

En même temps que, dans le désordre résultant de l'invasion, se formaient des bandes de pillards et d'assassins, les hérésies se développaient et ajoutaient à la perturbation générale. Sous leur influence, nous disent saint Augustin et Paul Orose, les âmes chrétiennes eurent plus à souffrir que les corps sous le glaive des barbares. La plus redoutable d'entre ces erreurs fut l'arianisme, adopté à la fois par les Suèves et par les Wisigoths et, sous le règne de Léovigild, devenu en quelque manière, religion d'État : fraude, menaces, embûches, exils, confiscations, exécutions capitales, tout fut mis en œuvre par les ennemis de l'Église, et si, comme le dit Grégoire de Tours, le catholicisme avait alors presque disparu du pays, une partie des marbres que nous possédons doit sans doute avoir été gravée par et pour des ariens. L'important serait de le reconnaître ; mais, pour l'Espagne, comme pour la Gaule et l'Italie, la critique a été jusqu'à cette heure impuissante à dégager les inscriptions des hérétiques du milieu de celles des orthodoxes. Ce n'est pas toutefois que les légendes lapidaires de la péninsule n'aient été étudiées, interrogées à ce point de vue ; ce n'est pas que des particularités n'y aient été formellement signalées comme devant accuser la croyance de ceux dont les marbres nous ont gardé les noms ; mais, il faut le redire, ici, l'a et <o, qui ont été invoqués en preuve, ne sauraient avoir cette valeur absolue de désigner exclusivement les tombes des catholiques, puis que ce sigle figure sur les monnaies de Constance, qui fut l'un des fauteurs les plus convaincus de l'hérésie arienne. Florez, généralement mieux inspiré, s'est donc complètement mépris sur ce point.

Pour qui veut tenter de reconnaître les inscriptions des hérétiques à l'aide d'un formulaire aussi imprécis et flottant, une grave difficulté se soulève du fait de la tendance ordinaire et familière aux sectes, comme aux partis politiques, et qui les porte à usurper les appellations de leurs adversaires. C'est ainsi que les donatistes cherchaient à se couvrir du titre de catholiques, les ariens faisaient de même, cherchant par ce moyen à surprendre la confiance et à tromper les âmes. Montrer au grand jour, sur le marbre d'une inscription monumentale ou funéraire, l'expression de leur croyance, devait être loin de la pensée de ces hommes qui avaient coutume de dire : « Celui qui passe entre les autels des gentils et l'Église de Dieu ne saurait être reprochable de les honorer également. » Lorsqu'ils se trouvaient en présence d'un catholique orthodoxe, ils lui disaient : « Nous pensons comme vous » ; et, seule, la nécessité d'en venir aux preuves les forçait à se démasquer. Afin de mieux abuser le peu qui restait de catholiques, troubler leur fidélité et détruire leur foi, le roi Léovigild, ce persécuteur méthodique et inexorable, venait prier dans leurs églises, s'agenouiller au tombeau de leurs martyrs et ne se faisait faute de proclamer le Christ Dieu et égal au Père ; à l'en croire, il ne réservait son assentiment que sur la divinité du Saint-Esprit. Ces manœuvres ne laissaient pas d'entraîner quelques nouvelles défections. Enfin, par une ruse nouvelle, le roi Léovigild fit décider dans un conciliabule arien qu'au lieu de rebaptiser les nouveaux adhérents, on se bornerait à leur imposer les mains et à leur donner la communion, en prononçant cette formule sans portée apparente : « Gloire au Père, par le Fils dans le Saint-Esprit. » Ce n'est point aux inscriptions des fidèles, dictées surtout par l'esprit de détachement, qu'il faut demander d'ordinaire des renseignements généraux sur l'histoire des régions dans lesquelles on les a rencontrées. Pour qui connaît la précieuse surabondance de documents fournis, à ce point de vue, par les marbres païens, l'épigraphie chrétienne, si pauvre en inscriptions publiques, ou titres de fonctions civiles, peut, tout d'abord, sembler négligeable. Plus applicable à l'histoire des croyances qu'à celle des empires et des institutions, elle représente avant tout l'esprit nouveau, les aspirations immatérielles de ceux dont Jésus avait dirigé les ambitions en leur déclarant que son royaume n'était pas de ce monde. Témoigner par des marques sans nombre de ce que fut l'état des esprits quand disparut, avec le paganisme, le colosse de la puissance romaine ; attester l'influence du christianisme conservant l'art d'écrire, la langue latine et, avec elle, un pieux souvenir des lettres dans ce temps où Grégoire de Tours nous les montre au moment de disparaître, c'est là le prix inestimable des inscriptions laissées par les premiers fidèles. Mais, quel que soit le silence à peu près constant, et qui semble concerté, de ces monuments sur les choses terrestres, les grands faits de l'histoire contemporaine y ont imprimé, y ont laissé leur marque. En Espagne surtout, chaque époque nouvelle y est représentée : l'âge des persécutions païennes, par les nombreuses listes lapidaires où figurent les noms des anciens martyrs ; le temps des premiers empereurs chrétiens, par une de ces tablettes de patronatus que les provinces, les villes, offraient parfois à leurs anciens magistrats ; la domination des Goths, par le nom de leur race inscrit sur les marbres ; la diffusion des vocabulaires germaniques, les nombreuses légendes datées des rois barbares, les persécutions ariennes, par la célèbre inscription de Séville relative à Herménégilde, dont elle mentionne la royauté éphémère et les souffrances : le triomphe de la foi catholique que rétablit le roi Récarède, la piété de ses successeurs fondant de nombreux sanctuaires, relevant ceux que les musulmans avaient détruits ou pollués, les ornant de riches offrandes, croix, cassettes, couronnes votives en or garnies de gemmes : le retour des Byzantins en Espagne, les luttes acharnées, où des peuplades voisines s'égorgeaient, ainsi qu'aux temps homériques, pour arracher aux mains de l'ennemi le cadavre d'un chef tombé dans le combat : voilà ce que redisent les inscriptions de la péninsule. Pour se produire sous une forme concise et à une date tardive, le témoignage n'en a pas moins de valeur. La disparition soudaine des marbres chrétiens dans les contrées du sud, coïncidant avec l'invasion arabe, leur migration dans les provinces demeurées aux mains de la race indigène, montrent assez, à défaut des ouvrages littéraires et des chroniques, quel régime fut imposé aux vaincus et ce qu'il faut croire de la prétendue prospérité des fidèles asservis.

9° Juils. — Tortosa (Dertosa), jadis encastrée dans le mur de la maison de Francesco Gonzalez de las Barreras, alguazil mayor, dans la rue qui conduit de la place Sainte-Anne à l'église Saint-Jacques, ensuite dans le mur de la cathédrale. En 1900, Huebner écrit extat in eadem domo vise de Savla Ana.

15 COAE ectHN Me MNCIIN CONOY ANA TlauCAN HAMMNH CToç IOYAANT lou xa : xupafiapec ZHCaoa 20 ETT) ctxoat TecePA HN £1 [au revers, et à une époque plus récente] fc=|^,j « Paix sur Israël, « Ce tombeau est celui de Meliosa, fille de Juda et de Kara-Miriam. Que sa mémoire soit en bénédiction ; que son esprit passe à la vie du monde futur ; que son âme soit dans le faisceau des vivants !.Xmen '. • Le texte hébreu a beaucoup souffert. Heureusement les formules qui le terminent se retrouvent dans un grand nombre d'autres inscriptions tunisiennes, ce qui permet de les rétablir avec certitude. La lecture des noms de la jeune fille et de sa mère est tout à fait incertaine, Kira paraît représenter le grec Kupà, « madame ». La seconde partie de l'inscription se retrouve mot à mot dans un grand nombre d'épitaphes, notamment dans celles qui ont été trouvées à Paris, rue Pierre-Sarrazin. Mais il ne semble pas qu'on en connût d'exemple aussi ancien que celui-ci. Gravée en plus gros caractères et plus fortement incisée que les deux autres, l'épitaphe latine a le mieux résisté et peut aider à la restitution du texte grec, qui semble la suivre littéralement.

Ligne II. QVIR ? (Le Blant) ; nous avons suivi la leçon adoptée par Huebner.

Autant que l'on en peut juger, à défaut de points de comparaison tirés au même sol, l'épitaphe de Meliosa paraît appartenir à la fin du vi« siècle.

La pensée de tracer une inscription funéraire en trois langues n'a pu venir qu'à une époque où les juifs occupaient une situation importante à Tortosa. Aux époques où les Israélites étaient, sinon exclus, du moins tenus en dehors de la société, ils ne songeaient dans leurs épitaphes qu'à être lus par leurs coreligionnaires et la langue en usage parmi eux suffisait. Or les périodes d'oppression des juifs en Espagne se placent sous Récarède (586), Sisebut (612), Chintila (636), Receswinthe (653) et surtout Egica (680) et Égiza (687).

En outre, au vi« et au vn' siècle, la connaissance du grec fut une rareté élégante assez à la mode en Espagne. Isidore de Séville le savait, ou du moins aimait de temps en temps à faire parade de quelque familiarité avec les termes helléniques.

10° Varia. — Il se trouve des formules qui sont, en quelque manière, une protestation contre le formulaire des premiers siècles, lequel tendait à englober tous les fidèles dans une sorte d'anonymat. Certains ne peuvent se résoudre à quitter la terre sans y laisser un souvenir de leur personnalité. A Mérida, en un corralon ou cochera de D. Juan Grajcra et conservée à Madrid, sur une stèle mesurant 1 mètre de hauteur et 50 cm. de largeur, Bonifatia a voulu rappeler son union avec Silvanus ^ (fig. 4188) :

Bonijalia, conjux Silvani, vixit annos 19, recepla in pace die il idus februarias in nomine Christi, principium et finis.

Après cette jeune femme de dix-neuf ans, une autre de vingt ans, qui n'a été mariée qu'une année ; c'est pour cette raison peut-être qu'elle veut le rappeler ' :


IVLIANA FAMVLA DE !


QVE VIXIT ANN

5 ESCIT IN PACE ERA


DLIII

Juliana, famula Dei, quœ vixil annus viginli et cum marito anno uno et requiescil in pace, era 553, soit 515 de notre ère. La même année, dans la même bourgade, Valencia del Ventosa, à six lieues de Fuente de Cantos, à 76 kilomètres sud-est de Badajoz, dans l'Estrémadure, une autre chrétienne meurt et, sans nous apprendre son âge, ne veut rappeler que les vingt années passées avec son mari • :

A Torre de Guadiaro, au sud-est de Cadix, une jeune femme consacre une épitaphe à son mari, mort à vingt-deux ans ' :

R E X I N A

C V P A R I


ANNOS XXil


RES IN PACE

Rexina compari, vixit annos 22, recessit in pace.

Nous trouvons toute une série de grandes dames qui n'ont pas cru devoir descendre dans la tombe sans nous avertir de leur noblesse. A Séville, ce sont deux clarissimes, Cervella « et Paula ', qui, d'ailleurs, font passer leur rang de clarissima femina avant leur titre de famula Christi. A Lucena, chef-lieu de district de la province et à 60 kilomètres au sud-est de Cordoue, c'est Saluianella, inluslris femina '. Enfin à Lebrija, chef-lieu de district à 57 kilomètres sud-sud-ouest de Séville, c'est une autre clarissime qui a été enterrée avec son petit enfant âgé de deux ans, en l'année 545,^ le 23 décembre ' :


ALEXADRIA CLARIS SIMA FEMENA VIXIT ANNOS PLVS MINVS 5 XXV RECESSIT IN PACE DECIMO KAL LANVARIAS ERA DLXXXIII PROBVS FILIVS VIXIT ANNOS _pVOS M EN 10 SES OECE RECESSI...

Alexandria, clarissima femina, vixil annos plus minus 25, recessit in pace decimo kalendas januarias, era 583.

Probus, filius, vixil annos duos, menses decem, recessit in pace...

C'est un éloge bien différent que nous lisons sur une épitaphe de Jerez de la Frontera, où une jeune femme de vingt et un ans est qualifiée f(emina) cordat[a fa]- mula Dei ' » :


VIGILIA F CORDAT MVLA DEI PLM ANNI S'XXI ■'- RECESSIT IN PACE B III NONAS IVNIAS ERA DLXV

Vigilia, femina cordata, famula Dei, vixil plus minus annis 21, recessit in pace die /// nonas junias, era 565 ; le 3 juin de l'année 527.

Le P. Fita propose cette lecture : Vigilia f[elicis rc]cordat[ionis], ou bien f[emina re]coTdal{issima], mais il n'y a pas de raison de ne pas s'en tenir à cordala.

Sombre et de convenu, comme plus tard, sur les murailles, les vitraux, les fresques des cathédrales, les bas-reliefs des charniers où dansent, se trémoussent, s'entortillent en de répugnantes étreintes les âmes et les diablotins. Le Bon Pasteur accueillant et doux ne remontera pas des catacombes à la surface du sol ; les mosaïques des basiliques le remplaceront par un juge majestueux et peu abordable, tandis que le moyen âge inaugurera le crucifié habillé d'un manteau, coiffé d'un diadème. Mais au iv« siècle, avant les grandes misères des invasions et la profonde ignorance qui en est le résultat, on rencontre encore des fidèles imprégnés de la joie qui animait les premières générations et leur faisait envisager la mort non comme une délivrance, mais comme une retraite : inhorlulis nosiris secessimus, écrivent sur leur tombe des époux chrétiens. A Mérida, le 5 avril de l'année 381, mourait ' :


BRACARIVS FELEX VIXIT AN NOS LU RECES ITNONASAPRIL J ES ERA CCCCX Vllll Ainsi, en s'en allant après un demi-siècle d'existence, Xiracarius ne maudissait ni la terre ni la vie, il y avait été heureux, felex (pour féliciter).

Deux fois nous lisons le nom de celui qui éleva la tombe. A Espartinas, banlieue de Séville = :

A -I00 H RECONDITVM EST CORPVS OP TATAE PIAE

oms Hic recondilum est corpus Opalalœ piœ, (ecit optalus. A La Pefia del Cristiano, à une demi-lieue d'Ossuna, Andalousie ' :

... pars precalas ut pro tiio promississo et sublebamine mereamur ingredi paradisi janue. Recessil autem Quaistricia in pace die martis quod fuit idus februarias era dccxlvi Quem postea nomine Christi Adotius vir suus sepelivit eam in quo tumulo requievil in pace Yixit qualluoT decim... compkuit a10 nos, sepulta est tumulo. Hamen.

A Séville, au Musée municipal, une tablette de 0 m. 37x0 m. 42 ', du vi » siècle environ :


MEMORIA KVNDANIANES QVEM KECET PA TER ET MATER ET LEVCADIVS miR\J\l(s) VIXSIT AN • XX • A Tolède, sur une épitaphe mesurant Cm. 52 sur 0 m. 37 et 0 m. 05 d'épaisseur, nous lisons une indication que nous avions rencontrée parfois dans les catacombes : le prix d'acliat du tombeau ' : + IMMAFRITA -1IMA FRITA Vie

3 SVB DIE SEXTO ID NO VENBRI IN ERA DCXVII AATVM EST PRO LO CELLO IPSO IN AVRO SOLEAOS III

Inunafrila. Imafrila vicsit annos plus minus 3ô, requievil in pace sub die sexto idus novembri in era 617. Dalum est pro locello ipso in auro soledos 3.

L'inscription est de l'année 579 ; nous voyons que le tombeau a coûté trois sous d'or.

Nous avons déjà cité une épitaphe de Mérida où le défunt menace quicon que « inquiétera » son tombeau du sort funeste de Giezi et de Judas ; à Carthagène, la je une Saturina, âgée de six ans, estcensée faire la même menace, qui rappelle ce qui se lit sur un grand nombre de tombes en Asie Mineure : mais ici il n'est pas question d'infliger une amende au violateur de sépulture, on lui destine seulement le sort de Judas Iscariote ' :

Hic facel Saturina qui vixit annos sex cl redivil in pace ; si quis temlaveril isto monumenlo abeal parte com Juda Iscariota. Pas de date la paléographie indi que le vn« = siècle.

A Mérida, sur le mur du jardin de la prison, une épitaphe, datée du 23 août 627, mentionne un Jean, quaUfié penitens : et ce simple mot, si humble, lui a attiré une attention que sans doute il ne réclamait pas. A cette date tardive, l'idée seule de voir un représentant de la classe des « pénitents » telle qu'on croyait la découviir dans les textes des trois premiers sièc les, est chose insoutenable. Ce penitens était probablement un brave chrétien qui n'y voyait pas malice, mortifiait ses sens et avait reçu cette appellation de la part de ses concitoyens ; nous n'oserions pas supposer qu'il pût être question du premier pénitent connu, en faisant remonter jusqu'à lui quelqu'une de ces congrégations ou confréries, analogues aux spoudaei d'Orient et qui sont si répandues dans le midi de la France : pénitents blancs, noirs, bleus, etc. ».

Johannes, penitens, famulus Dei. vixil annos 32 plus minus, requievil in pace sub die décima kalendas augustas, cra 665.

Pax, quicum que Imjus scpul[crum non violaverit...

A San Pedro de Tomeza, à deux Icilomètrcs environ au sud de Pontevcdra, chef-lieu delà province de ce nom, en Galice ; sur un sarcophage trouvé en 1741, cette épitaphe datée du 1« mai G21 ' ;


SCIT CORPVS ; ER MEN QOHWMM

H o cij^MmmMW///m Hic reqiiifejscil corpus Ermengon... l]ransioit ■cul. mai. era 662. Quicumquc hoc [sepulcrum inolaverH...

A Tolède, le roi Wamba avait l'ait placer sur la porte (le la ville l'inscription suivante ' : et pour les martyrs de Tolède, sur les tours de la porte de la ville :

A Beja, en Lusitanie, province d'Alemtejo, nous rencontrons une acclamation uni que adressée à un défunt : Tibi delur pax a Deo ^ ; d'autres moins exceptionnel les comme : In nnmine Domini '.

A la Torre de Miguel Sexmero (= Torre del Almendral), district d'Olivença, province de Badajoz, pla que de 0 m. 55 sur 0 m. 25, épaisse de 0 m. 12, encastrée dans le mur de l'église paroissiale de la purificaciôn de niieslra Senora * ;

Une fois seulement, à En Usagre, 67 kilomètres sud-est de Badajoz, on lit, sur une pierre du vue-vm' siècle, cette acclamation ' : S(a)nc(t)is (h)onor summus ; mallieureusement, nous ne pouvons compléter un fragment qui semble offrir de l'intérêt, provenant de Gines, à une lieue de Séville, trouvé sur la route de Huelva, sur la porte de la maison dite Villanucva de Ariscal et conservé aujour d'hui au Musée municipal de Séville » :

A Tolède, à la porte du couvent de Saint-Clénicnt, cette acclamation du vm'^-ix' siècle ' :

Cordoue. Lame de bronze trouvée en 1672, chez dom Martin Alonso de Cea ' ;

5 NATVS POST DECVRSAM AD Ml NISTRATION EM ORDO ■ TIPASE NSIVM OPTVLIT Flauio Jlijgino, vira clarissimo, comili cl prœsidi provinciie Maurelaniœ Cœsarieiuis, ob mérita justilix ejus, tabulam palronalus post decursam administrationem ordo Tipascnsium oplulil.

Il s'agit d'une tabula palronalus ofTerte par les habitants de Tipasa (voir ce mot), dans la Maurétanie (Césarienne, à leur gouverneur FI. Hygin, au moment où il sortit de charge et en témoignage de la sagesse de son administration.

Granatula, province de Ciudad Real, NouvelleCastille ; dalle de pierre 0 m 33 sur 0 m. 42 ' :


IN * PROC ■


FACTVS EST

D • N • VALENTINIANO AVG-


TER • ET ■ EVTROPIO ■ V ■ C-

T.VI.


ET. NEB

11 » Calendrier de Carmona. — En 1909, fut relevée sur une colonne de marbre grossièrement travaillée, située dans le palio de los naranjos (cour des orangers) attenant à l'église de Sancla Maria la Mayor de Carmona, aux environs de Séville, une inscription précieuse qui nous donne le plus ancien calendrier lapidaire d'Espagne, le plus ancien aussi des calendriers espagnols. On peut, en effet, le faire remonter au vj« siècle et même aux environs de l'année 480 »>. De ce calendrier on ne connaît que la première partie, qui va du 25 décembre au 24 juin, et le titre, très endommagé et que nous donnons avec les suppléments proposés. On ne peut malheureusement conserver l'espoirde retrouver le reste. De nouvel les fouil les ont été faites à Carmona ; depuis 1909, toutes les colonnes du palio ont subi un examen minutieux et don J.Bonsor, qui a eu tout le mérite de la première trouvaille, renonce luimême à de plus longues recherches. Voici ce calendrier :


INCIP[i' ordo.'] RVM INS[uper ?j AVLA CL|uc ;is ?| 5 TER EXP[nmi ?l


TVR


VIII KA [lendas janua-] RIAS [natii'i-] TAS D(onj|)NI [nostri Jesu] 11' XPI SECVND[um] VII K lalendas jamiarias ] VI K[aicndas. JOJANNIS AP

15 OSTOLE XII


OSI EP(i)SC(op)l AV GVRI ET EVLO 20 Gl OIACON[orjvm XI K AL [endas] FEB[ruari(js| SCI VINGEN['i] D[iaconi] SCE 7REPTETIS \/lirginis] III ID(iis) MAIAS


SCI CRISP(0N


ET PROTASI N\[cirtyrum] SCI LOANNI B(.apt.) Nous ne trouvons dans le calendrier de Carmona aucun nom de saint qui ne se rencontre dans les calendriers mozarabes déjà connus. La fête de saint Jean au 27 décembre est identi que à l'ordre du calendrier romain, alors que tous les autres documents de l'ancienne liturgie wisigothi que, sauf le calendrier de Cordoue, renvoient cette fête au 29 du même mois. Ce sont là deux importants témoins de la tradition de l'Espagne méridionale. Partout ailleurs, le 27 décembre est consacré à sainte Eugénie, dont le culte a été jadis très populaire dans la péninsule. Les fêtes de saint Fructueux et de saint Vincent ne suggèrent auc une observation. L'attestation relative au culte de saint Félix de Séville était loin d'être superflue ; le calendrier de Cordoue de 961 annonce le diacre Félix le 2 mai. Pour saint ou sainte Treptes, dont la vie est une énigme, voici son culte bien attesté. Deux calendriers du xi« siècle mentionnent au 5 mai sancli ou sanctœ Trepelis et, celui de Cordoue, au 4 mai : Tripecis virginis in civilale Estiia. Ce dernier mot est certainement Ecija. Treptes est un nom du pays qui se retrouve sur une inscription chrétienne TREBTES FAMVLA CHRISTI (n. 98) et sur deux inscriptions païennes •. Crispin appartient également à Ecija : il est probable qu'il doit être identifié avec le martyr que les calendriers mozarabes, au 20 novembre, nomment episcopus Asiigi. Mucius est le martjT de Byzance Mcôxtoç, dont les grecs font la fête deux jours plus tôt. Plusieurs églises d'Italie possédaient de ses reliques, également l'église de Rouen.


XIL Chronolooie. — Pour ce qui a trait à l'ère provinciale espagnole, voir la notice qui la concerne dans Diclionn., t. v, col. 37 1, au mot re.


XIII. Sarcophages. — L'Espagne ne possède qu'un nombre assez restreint de sarcophages chrétiens ornés de bas-reliefs ; trois d'entre eux seulement portent des inscriptions. La moitié des sarcophages signalés en Espagne est conservée en Catalogne.


THOMAS es FILIPPVS (5 lacobus paulus pctrus es f^Udreas iolianncs iarWio/OMEVS (5 MATHEVS C5 ebbeus • Corp. insc. lal.. t. il, n. 1025, 1502.

2° Merida. Encastré dans la muraille d'une maison de la calle de Santa Olalla, n. 2.

E. Huebner, Die antiken Bildwcrkc in Madrid, in-8°, Berlin, 1862, p. 327 ; Inscr., Suppl., p. u.

3° Ecija. Trouvé en 1886 dans une sépulture abandonnée au nord de l'église Sainte-Croix et conservé dans cette église. Long. 2 m. 17, hauteur 0 m. 74, largeur 0 m. 60, entre au musée de Séville ; hauteur des lettres 0 m. 05, iv ou V' siècle (fig. 3901) :


ABPAA eicak TTYMHN AANI HA et c'est le sacrifice d'Abraham : 'Appaà, ELoàx. ; le Bon pasteur, ttujxtjv (pour x :oi ;j.v ;v), et Daniel entre les lions,

J. Ficker, dans Mitlheilungen des romischen Instituts, 1889, t. IV, p. 77 sq. ; le même,Die altchristlichen Bildwerke im Muséum des Laterans, Leipzig, 1890, p. 148 ; Sa les y Ferrer, dans Reoisla de Espana, 1886, p. 436 ; F. Fita, dans Boletin de la Academia, 1887. t. X, p. 267 ; Analecta bollandiana. 1887, t. \'in, p. 425 ; E. Huebner, Inscripl., Suppl., p. 55, n. 310 :Dictionn., t. IV (flg. 3901).

4° Cadix. Trouvé en 1896 à Martos, en el Molino del Rey, sarcophage de marbre mesurant en long. 2 m. 14 ; larg. 0 m. 66, haut. 0 m. 61. On y a figuré sept épiso des de la vie du Christ : résurrection de Lazare, guérison de l'aveugle-né, guérison de l'hémoroïsse, reniement de saint Pierre, guérison du paralyti que, multiplication des pains et des poissons, no ces de Cana. Le couvercle est mutilé, il porte un cartouche anépigraphe soutenu par deux génies ailés ; à droite les trois Hébreux dans la fournaise ; à gauche, Jonas vomi par le monstre. iv« siècle.

Emm. Gomez Moreno, Antigûeda des cristianos de Martus, in-8°, s. I. n. d. [Grenade, 1897], p. 7 sq. ; E. Huebner, Inscript. Hispan., Supplem., p. u-ui, n. 371.

5° Astorga, sarcophage du iv« ou du v« siècle, affecté dans la suite à la sépulture du roi Alphonse le Grand. On y a figuré la résurrection de Lazare, saint Pierre prisonnier. Moïse frappant le rocher, Adam et Eve, multiphcation des pains et des poissons, [assomption de la Vierge Marie, dit Huebner ; non pas, c'est la main divine saisissant le bras d'Abraham).

Ambr. Mora les, Via je sanlo. p. 178, avec les notes de Florez ; Coronica, t. i, fol. 179 V ; M. Castclla Ferrer, Hisloria del apostol Santiago, 1610, fol. 481 ; E. Huebner, Die antiken Bildwerke in Madrid, in-8« , Berlin, 1862, p. 343, n. 946 ; Aur. Guerra, Sarcofago cristiano de la catedral de Astorga, hoy deposilado en cl museo arqueologico nacional, dans Museo espai'iol de antigûeda des, 1875, t. v, p. 587-601 ; E. Huebner, Inscr. Hisp., Suppl., p. m. d'après De Rossi et Huebner (Pig. 1025-1026) : c'est-à-dire Moïse, Aaron, Encratia, Job, Jacob, Pierre, Paul, Zacciiée, Xyste.

Diego Murillo, Fundaciôn de la capilla del Pilar y eicelencias de Zaragoza, 1(326, p. 205 sq. ; Madoz, Diccionario, p. 579 ; Léon Benito Marton, Hisloria del real monasterio de S » Engracia, 1757, p. 59 ; R. Garrucci, dans Bulletlino deW inslit. archeol., 1860, p. 176 ; E. Huebner, Die anliken Bildmerke in Madrid, p. 340 ; les sarcophages, quand il les vit, venaient d'être peints en couleurs ( 1 1) et les inscriptions avaient disparu ; E. Huebner, Inscripl. christ., p. 48, n. 152 ; Suppl., p. m, n. 7, p. 72, n. 152 ; A. Guerra, Museo espafiol de antigûeda des, 1875, t. vi, p. 587-601 ; et dans Ciudad de Dios, 1870, t. ii, p. 188-193 ; Garrucci, Sloria deW arte crisliana, pi. 381, n. 4 ; A. Guerra, dans Monumentos arquilectônicos de Espana, p. 2 ; J. Ficker, Die allchrisllichen Bildwerke im Muséum des Laterans, in-8°, Leipzig, 1893, p. 149.

8° Saragosse. Dans la crypte de Santa Engracia, sarcophage dit de l'Assomption, dont nous avons

11° Lagos. Sarcophage trouvé en 1627, conservé chez le comte de Mora, transporté ensuite à Burguillos, d'où, en 1862, A. Guerra le fit transférer dans la grande salle de l'Académie de l'histoire à Madrid ; long. 2 m. 09 ; larg. 0 m. 70 ; haut. 0 m. 58. On y a représenté la résurrection de Lazare, la guérison de l'aveugle-né, la guérison du paralytique, une orante, les noces de Cana, le sacrifice d'Abraham, Moïse frappant le rocher, v siècle.

P. de Rojas, comte de Mora, Historia d' Toledo, Madrid, 1654, p. 227 ; E. Huebner, Die antiken Bildwerke, p. 342, n. 944 ; A. Guerra, dans Monumentos arquitectónicos de España, p. 2 ; E. Huebner, Inscr. christ., p. 49, après n. 157 ; Fernandez Guerra y Osbe, loc. cit.

12° Husillos, en Vieille-Castille ; il s'y trouvait, paraît-il, un sarcophage à qui Mora les donne en longueur huit pieds d'Espagne, en hauteur trois pieds et demi. On y avait représenté, entre autres épisodes, le sacrifice d'Abraham.

A. Mora les, Viaje santo, p. 20 ; E. Huebner, Inscr. Hisp., Suppl., p. IV.

13° Jaen, d'où il a été transféré au musée archéologique de Madrid ; on avait représenté, sur ce sarcophage, la résurrection de Lazare, le Bon Pasteur,

4189. — Sarcophage de Valence. D'après J. Puig, L'arquitectura romanica, p. 279, fig. 329.

9° Tolède. Sur le mur de la Puerto del Sol sont encastrés deux fragments d'un sarcophage représentant le Christ et saint Pierre, v siècle environ.

J. Ficker, dans Mittheilungen des römischen archäolog. Instituts, 1889, t. iv, p. 78 ; E. Huebner, Inscr. Hisp., Suppl., p. m. le Christ captif ( ?) et saint Pierre coupant l'oreille de Malchus ( ?). iv ou v siècle.

J. Ficker, dans Mittheilungen des röm. archäolog. Institut., 1889, t. iv, p. 78 ; E. Huebner, Inscr. Hisp., Suppl., p. IV.

14° Hellin, à deux lieues et demi de Murcie, sur la voie romaine ; trouvé en 1834, transporté à Madrid, à l'Académie de l'histoire, et encastré dans le mur de l'escalier ; long. 2 m. 14, larg. 0 m. 67, haut. 0 m. 57 ; IV siècle. On y a représenté Moïse frappant le rocher, la guérison de l'aveugle-né, le Christ donnant la loi à quatre apôtres, le baptême du Christ, le sacrifice d'Abraham.

Signalé d'abord par A. Guerra ; décrit et figuré par Roque Chabas, Francesco Davila, Jos. Martinez Eloy, dans El Archiva, 1886-1887, 1. 1, p. 314, 323, 401, 409 ; 1888, t. n, p. 129 ; J. Puig, etc., L'arquitectura romanica. p. 279, fig. 329, p. 283.

16° Tarragone ; sarcophage de marbre blanc encastré dans le mur de façade de la cathédrale, à une très grande hauteur, près de l'entrée principale. Provenance inconnue. Ce qui fait la principale importance de ce monument, c'est qu'il nous offre une reproduction presque servile d'un sarcophage du musée de Latran, n. 125.

17° Tarragone ; sarcophage au musée avec inscription païenne (Corp. inscr. lat., t. n, n. 4518 ; Suppl., n. 6075). iv siècle.

18° Barcelone. Transporté de l'hôpital del Sable au musée (fig. 4191). On y a figuré saint Pierre prisonnier, une orante entre deux saints protecteurs, la

4190. — Sarcophage de Tarragone. D'après J. Puig, op. cit., p. 285, fig 335.

19° Barcelone. Sarcophage à couvercle surmonté d'acrotères ; la cuve seule est ornée

20° Ampurias. Fragment trouvé en 1865. On y voit un chrisme avec une couronne de lauriers, sur un fond à strigiles. iv siècle : long. 0 m. 80, haut. 0 m. 50.

Joaq. Botet y Siso, Noticia, p. 122, Sarcôfagos, p. 39-41 ; J. Ficicer, dans Mittheilungen, p. 77 ; Pella, Historia del Ampuriàn., p. 274 ; J. Puig, op. cit., t. i, p. 277, fig. 328 ; p. 282.

21° Ampurias. Trouvé en 1908. Sarcophage à couvercle surmonté d'acrotères ; la cuve seule est ornée

22° Jativa, conservé à la cathédrale ; moulage au musée archéologique de Madrid ; long. 1 m. 45,

23° Gérone. Encastré dans le mur du sanctuaire de Saint-Félix. La face antérieure de ce sarcophage est consacrée tout entière à un sujet unique en plusieurs épisodes. Après avoir représenté l'âme de la défunte introduite dans le jardin du paradis par ses deux saints protecteurs, on passe à l'histoire de Susanne (fig. 4193).

24° Gérone. Encastré dans le mur du sanctuaire de Saint-Félix. Orné de strigiles et deux bas-reliefs à chaque extrémité de la face antérieure. Dans la mandorle, une orante ; sur les bas-reliefs, le Bon Pasteur

25° Gérone. Encastré dans le mur du sanctuaire de Saint-Félix. On y a représenté : arrestation de saint Pierre ou de Moïse ; la présence d'une baguette entre les mains semble favoriser l'identification avec Moïse, le grand magicien ; guérison du paralytique, miracle de Cana, multiplication des pains et des poissons, guérison de l'aveugle-né.

26° Gérone. Encastré dans le mur du sanctuaire de Saint-Félix. On y a représenté : arrestation de saint Pierre ou de Moïse ; la présence d'une baguette entre les mains semble favoriser l'identification avec Moïse, le grand magicien ; guérison du paralytique, miracle de Cana, multiplication des pains et des poissons, guérison de l'aveugle-né, prédiction du reniement de saint Pierre, Moïse frappant le rocher. iv-v siècle, long. 2 m. 10. haut 0 m. 57.

27° Gérone. Au-dessus du maître-autel et contenant les reliques de saint Félix, patron de l'église. Ce sarcophage en marbre blanc, comme les autres de cette église, a été recouvert d'une peinture à l'huile. On y a représenté : Moïse faisant jaillir l'eau du rocher, l'arrestation de saint Pierre, la guérison du paralytique,

28° Gérone. Au-dessus du maître-autel et contenant les reliques de saint Félix, patron de l'église. Ce sarcophage en marbre blanc, comme les autres de cette église, a été recouvert d'une peinture à l'huile. On y a représenté : Moïse faisant jaillir l'eau du rocher, l'arrestation de saint Pierre, la guérison du paralytique, / â supplice sous escorte. iv*-v= siècle ; long. 2 m. OS ; hant. Cm. 50.

29° Elne. Dans les galeries du cloître et dans la cour sont conservés trois sarcophages de type purement ornemental, comme ceux que produisaient les ateliers du sud-ouest de la France, pendant les v et vi siècles. Leurs dimensions sont respectivement de 1 m. 90 sur 0. m. 65, de 1 m. 99 sur 0 m. 62 et de 1 m. 90 sur 0 m. 56.

De l'ensemble de cette série une conclusion se dégage avec netteté. Les sarcophages chrétiens d'Espagne ne sont pas produits par des ateliers indigènes, ce sont des objets d'importation. Sur ce nombre restreint de trente et un monuments, les numéros 4, 5, 6, 9, 10, 11, 13, 14, 15, 16, 18, 19, 20, 21, 23, 24, 26, 28, 29, 30, 31, soit vingt et un d'entre eux, proviennent d'ateliers établis à l'étranger ; pas un seul archéologue, quel que peu averti et familier avec les antiquités chrétiennes, n'y contredira, croyons-nous. Le n° 1 paraît reproduire un sujet décoratif fréquent sur les mosaïques d'abside et les fresques catacombales du IVe, fréquent aussi sur les sarcophages de la Gaule. Des n° 2, 12, 22, rien à dire puisque les renseignements qu'on possède sont si vagues qu'on n'en peut rien tirer d'utile ; de même pour le n° 17. Voilà encore cinq monuments écartés ; il nous reste à parler des n° 3, 7, 8, 25, 27, que distinguent des particularités originales. Le n° 3 peut être l'ouvrage d'un artisan local, mais celui-ci n'a guère renouvelé ses sujets. Le Bon Pasteur et Daniel n'offrent rien qui se distingue des types connus, sauf la balustrade qui figure la fosse des lions ; le sacrifice d'Abraham, avec son autel sur lequel monte une flamme, l'absence de main divine, le recueillement d'Abraham et d'Isaac, est seul traité d'une façon neuve. Le n° 7 est dans un état si concassé qu'on ne peut guère identifier la plupart des personnages, trop fragmentaires ; rien ne permet de croire que les noms tracés à une date postérieure aient interprété avec exactitude les personnages représentés. Le n° 8 nous offre, parmi des sujets tous connus et maintes fois représentés, la scène nouvelle de l'Assomption de Marie. Nous ne discutons pas cette interprétation, que nous croyons seule exacte, mais le fait qu'elle se rencontre en Espagne, sur un sarcophage orné de télamons aux angles, nous porte à croire que ce monument a été sculpté sur commande. On observera que le sujet de l'Assomption n'a pas demandé grande recherche d'originalité ; une orante et la main divine sortant des nues ont fait l'affaire ; or Dieu sait si les cahiers de modèles offraient un assortiment d'orantes et de mains célestes. Sujet destiné à satisfaire une dévotion ou une fantaisie, il n'est pas entré en possession de la vogue ; d'ailleurs, si le sarcophage de Saragosse fut exécuté sur place, ou dans les parages mêmes où il s'est conservé, l'artisan a pu manquer à de nouvelles commandes. Le n° 25 est vraiment nouveau et le n° 27 nous offre, parmi d'autres sujets connus, le Christ piétinant le lion et le dragon, sujet fréquent et très répandu, puis que nous en avons déjà signalé des exemplaires en Gaule, en Afrique, en Égypte. Quant au sarcophage consacré à l'histoire de la chaste Susanne, il est unique de son espèce, ce qui ne prouve pas qu'il n'ait pas été exécuté en Gaule, d'où il aura été transbordé à Girone comme les cinq autres sarcophages chrétiens et le sarcophage païen conservés à Saint-Félix. L'histoire de Susanne n'était pas étrangère aux sculpteurs des ateliers de l'école arlésienne : on en a signalé des épisodes sur un sarcophage d'Arles et sur un autre trouvé à Narbonne.


DICT. d'.\bch. chbét.

Ce manuscrit, dit-il, est, à tous égards, en dehors de toutes les traditions connues. L'art étrange qui s'y révèle nous paraît, au premier abord, sans analogues. Comme le dit un critique, il y a là plus qu'un art différent, mais une civilisation à part, dans laquelle les éléments germaniques semblent se combiner avec le fond des mœurs romaines. Pour en chercher la patrie, il nous est possible de procéder par élimination. À l'époque où nous sommes, c'est-à-dire au VIIe ou au commencement du VIIIe, la Germanie et l'Alémanie ne comptent pas, l'Afrique chrétienne est morte, l'Irlande et l'Anglo-Saxonie suivent de tout autres traditions, l'Italie demande ses modèles à la Grèce, et la Gaule mérovingienne cultive un art plus grossier, mais dont l'inspiration est, au fond, romaine. Un seul pays ne nous a rien appris de ses origines artistiques, c'est l'Espagne wisigothe, avec ses dépendances dans la France méridionale. Mais nous possédons de forts beaux monuments de l'art wisigoth, plus récents, il est vrai, de plusieurs siècles. Or, nous retrouvons dans les bibliques de San Isidro de Léon et dans l'Apocalypse de Beatus (manuscrit de Saint-Sever-Cap-de-Gascogne), ces fonds à teintes plates, ces grands corps nus de géants attribués aux premiers hommes, ces yeux trop grands, ce mélange de raideur et de vie, qui sont les caractères des peintures du Pentateuque de Tours ou d'Ashburnam. Ces dix-neuf grandes peintures ont été exécutées dans un pays méridional et qui était en relation avec l'Afrique ; on y voit des figures de nègres, des palmiers avec des régimes de dattes (fol. 6), des scorpions (fol. 10 v°), des lions très correctement dessinés et des chiens qui ressemblent à des chacals ; les chameaux de somme et de course à une seule bosse, qui y sont figurés en plusieurs endroits, sont d'autant plus sûrement pris sur la nature que les selles et les bâts sont imités avec une exactitude parfaite (voir fol. 21, 30, 65). Les selles de mulets (selles de femme) (fol. 30) sont particulièrement remarquables par le bâti en bois qui leur sert de dossier et par le crochet qui remplace les arçons. Une de ces selles est marquée d'une croix. Ce détail suffirait, s'il était nécessaire, pour faire exclure la pensée d'une imitation des modèles antiques. Tous ces traits méridionaux peuvent à peine s'expliquer autrement que par la connaissance de l'Afrique et par le voisinage même de ce pays. Or, bien qu'il ne soit pas prouvé qu'avant 711 l'empire des Wisigoths se soit étendu sur la côte d'Afrique, il est certain que, de toute manière, il n'y a pas loin de la Bétique à la Maurétanie tingitane. Dans les rubriques de ces peintures, le bétacisme espagnol est fréquent ; on remarque même deux fois vincerna pour pincerna. Passant à la paléographie, nous cherchons dans les recueils de fac-similés les analogues de l'écriture de notre manuscrit. Peu de manuscrits paraissent s'en approcher autant que le plus ancien manuscrit espagnol qui existe (à part un palimpseste découvert à Léon), le Saint-Augustin de l'Escurial. La plume de notre copiste est plus molle et sa main beaucoup moins ferme, mais les caractères généraux de l'écriture sont les mêmes. Or, voici qui paraît décisif. Nous remarquons dans le Pentateuque, au fol. 49 v°, après la Genèse, la note d'un correcteur : Conluli ut polui. Dans le Saint-Augustin, les corrections sont accompagnées des mêmes formules : Contuli ut polui, Contuli quantum mihi Dominus opitulatus est. Nous en savons désormais assez pour pouvoir nous demander si le Pentateuque de Tours ne doit pas être mis en tête des documents de l'art espagnol'.


XV. Orfèvrerie. — Voir Dictionnaire, au mot GuarRAZAR, pour les couronnes votives de Receswinthe, Suinthila et autres. Voir Dictionnaire, t. IV, col. 1178, fig. 3776, au mot Disque, pour le bouclier d'Almendralejo.


XVI. Mosaïque. — Voir Dictionnaire, au mot Baléares, t. II, col. 161-164, fig. 1236-1237. Une autre mosaïque chrétienne en Espagne ne peut entrer en comparaison avec celle de Sainte-Marie de Palma, dans l'île Majorque ; toutefois, en présence d'une semblable indigence, on n'a plus le droit de dédaigner le pavement d'une petite basilique située à Elche, en la Loma de la Alcudia, orientée de l'est à l'ouest, où se trouve l'entrée. Dans l'abside se trouve une base carrée qui a dû servir primitivement à porter l'autel. Le sol entier de l'église était pavé de mosaïque. Le sujet de celle du côté de l'épître peut s'entendre peut-être « Lieu où prie le peuple » ; enfin, au centre ces mots : ce que les archéologues espagnols traduisent par Baen vialje ( ?). Ce seraient là, paraît-il, des formules juives et la chapelle serait une proseuque ou oratoire juif. On en peut douter (fig. 4195).

Une seule épitaphe chrétienne en mosaïque a été trouvée en Espagne, à Dénia, en 1878, sur la tombe 289, llg. 341. Elle est strictement ornementale : ce sont des nattes, des entrelacs, des grecques, des rosaces ; les tons noir, blanc, rouge et jaune foncé sont assez ternes, la technique sans intérêt.

La mosaïque mesure 10 m. 90 sur 7 m. 55. On y remarque trois inscriptions en caractères grecs ; celle du côté de l'évangile semble vouloir dire : « Lieu où se tiennent les prêtres ». Inviolée de Scverina : on y lit ces mots (fig. 41^6) : SE VERINA VIX IT AN NOS XXXX DECESSITIN 5 PAGE TERTI V IDVS FE B long. 2 m. 12, larg. 0 m. 85, hauteur des lettres 0 m. 005 ; du IVe ou du Ve. Scverina mesurait 1 m. 60, elle avait été inhumée la tête au midi, les pieds au nord ; près de la tête se trouvait une fiole de verre haute de 0 m. 20, divisée à l'intérieur par une cloison, en sorte qu'on pouvait y introduire différents liquides ; une monnaie indéchiffrable fut trouvée dans la tombe. Le type de cette tombe en mosaïque rappelle par sa simplicité et sa destination les mosaïques communes qui servaient à l'ornementation des tombes africaines de Thabraca ; il est peu probable que celle-ci ait été apportée de bien loin.


XVII. Symboles. — Les inscriptions sont, pour l'Espagne, la principale source symbolique ; on a vu que les sarcophages n'en usent guère ; quant aux peintures et aux sculptures, il n'en est pas question. Ces symboles, une fois adoptés, n'ont guère subi de modification. Voici les principaux avec le renvoi aux numéros du recueil de Huebner.

- (au début de l'inscription), n. 1, 4, 10, 12, 13, 15, 20, 31, 32, 33, 42, 52, 54, 60, 63, 77, 88, 111, 116, 117, 120, 126, 138, 141, 147, 155, 159-163, 172, 181, 207.

>ï< (associé à in nomine Domini ou à quelle que formule analogue), n. 4, 8S, 111, 116, 155, 160, 163, 172. o|a n. 176. A-J-CO n. 9, 21, 73, 74, 86, 87, 91, 119, 304, 31'2, 419, 434, 534. A-l-0 n. 106. -l-A+CO-l-n. 3. aXOù n. 297. in » n. 137.

X n. 174. ^ n. 2y. A )JC Wn.23. A _jiC0 n. 2, 14, 22, '28, 33, 44, 66, 67, 68, 98, 99, 125, 332, 333. A )^ Cû n. 18, 60, 61, 72, 75, 78, 84, 95, 102, 103 127,180. A )P CO (à la fin de l'inscription) n. 44, 71.

Âjôi n186.

A)^(ji} n. 95, 164, 193, 198, 203. A^Q n. 151. A CO n. 92. ■4^ n. 3, 21, 22a, 226, 73, 74, 91, 106.

.jjij ; n. 2, 9, 28, 33, 66, 67, 68, 125.

E n. 98-99.

A U

103, 180.

^sdl | ^^^ n. 317, 365. ^s^ ^ l^^n.35,338.

4i >^n.0 n. 11, 82, 158, 300, 305, 311 -f n. 30, 76, 82, 121, 169, 303 n. 76. t+ n. 300, 310. o-eœ n. 407. n. 7, 27, 43, 81, 184, 185. fidelis <^ n. 182, 195, 196, 201.

)

n. 7, 415.

J0^

n. 138. n. 24, 340, 372. n. 43. n. 186. n. 18G.


XVIII. Conciles espagnols. — Au VIIe, une collection générale de conciles, comprenant les conciles espagnols, acquit une autorité presque exclusive, supplanta les autres collections de ce pays ; il ne subsista que l'Épitome d'une collection ancienne. En regard de cet Épitome, aucune autre collection ne put acquérir d'importance. La source la plus importante est celle qu'on désigne sous le nom de Collectio hispana. Auprès d'elle et, dans sa dépendance, la collection du manuscrit dit de Saint-Amand, d'origine franque, et la collection de Novare, indépendante de l'Hispana.

Concile d'Elvire, vers l'an 300 (voir Dictionnaire, au mot ELVIRE) : Épitome, Collectio hispana, mss de Saint-Amand.

Ier concile de Saragosse, vers 380 : Épitome, Collectio hispana, mss de Saint-Amand ; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. III, col. 633 sq.

XVIIIe concile de Tolède, 694 : Hispana ; Mansi, op. cit., t. XII, col. 94.

Monuments. — E. Huebner, La arqueologia de — De Monsalud, Arqueologia romano-visigotica de Extramadura, in-8'', Madrid, 1900. — Inocencia Redondo, Iglesias primitivas de Asturias, in-8'', Oviedo, 1904. — A. Marignan, Les premières églises chrétiennes d'Espagne, dans Le moyen âge, 1902, 2e série, t. VI, p. 69-97. — Quadrado, Asturias y Leôn. Espana sus monumentos, in-8'', Barcelona, 1885. — C. M. Vigil, Asturias monumental, epigraphica y diplomatica, in-8'', Oviedo, 1887. — A. G. Hill, Some post-Visigothic Churches in Spain, dans The Archaeologia, 1904, t. LIX, p. 39-56. — M. Dieulafoy, Les monuments latino-byzantins des Asturies, dans Comptes rendus de l'Acad. des inscript., 1907, p. 663-667 ; cf. 1910, p. 49-50. — J. Puig y Cadafach, Antoni de Falguera, J. Goday y Casais, L'arquitectura romànica a Catalunya, in-8°, Barcelona, 1909, t. I, p. 257-419.

— F. Fita, Monumentos romano-visigoticos de Cordoba, Nuevo estudio, dans Boletin de la Acad. de la historia, 1910, t. LVI, p. 138-148.

Épigraphie. — E. Huebner, Inscriptiones Hispaniae christianae, in-4'', Berolini, 1871 ; Inscriptionum Hispaniae christianarum Supplementum, in-4°, Berolini, 1900 ; Epigraphische Reiseberichte, in-8°, Berlin, 1862.

Numismatique. — H. Florez, Monedas y medallas de las colonias, municipio y pueblos de España, in-4'', Madrid, 1773. — L. J. Velasquez, Conjeturas sobre las medallas de los reyes godos y suevos de España, in-4'', Malaga, 1759. — Florez, Medallas de las colonias, municipios y pueblos antiguos de España, 3 vol. in-4°, Madrid, 1757-1773, t. III. — Alois Heiss, Description générale des monnaies des rois wisigoths d'Espagne, in-4'', Paris, 1872 ; cf. Dahn, Bausteine, in-8°, Berlin, 1880, t. II, p. 296-301 ; Die politisch Geschichte der Westgothen, in-8'', Würzburg, 1880. — Journal des savants, 1867, p. 584-592. — J. Caveda, dans Memorias de la r. Acad. de la historia, 1879, t. IX, p. 16 sq. — E. Fernandez y Lopez, El tesoro visigótico de la Capilla, in-4°, Sevilla, 1895 ; cf. E. Huebner, dans Deutsche Literaturzeitung, 1897, p. 498 ; Revista critica, 1897, t. II, p. 93-97. — A. Engel, dans Gazette numismatique, 1898, p. 125 sq. — G. Cirot, dans Revue des études anciennes, 1899, t. I, p. 168 ; Bulletin hispanique, 1899, p. 102 sq.

Formules. — Formulse Wisigothorum, édit. K. Zeumer, in-4'', Hannoverae, 1886.

Sculpture. — J. R. Melida, La escultura hispanocristiana de los primeros siglos de la era, in-8'', Madrid, 1908, En ce qui concerne une statue de saint Jean-Baptiste conservée à Bacs, c'est un ouvrage du XV'' siècle.

Poésie. — E. Huebner, Los más antiguos poetas de la península, dans Homaje à Menendez y Pelayo, 1899, t. II, p. 341-365. — G. Boissier, La fin du paganisme, t. II. — A. Puech, Prudence, Étude sur la poésie latine chrétienne au IV'' siècle, in-8'', Paris, 1888.

Liturgie. — Voir Dictionnaire, au mot Mozarabe. H. Leclercq.


ESPRIT DE VIN. On a cru longtemps que le plus ancien témoignage connu sur l'esprit de vin se trouvait dans un ouvrage intitulé Mappœ clavicula ou « Clef de la peinture », réputé originaire d'Italie et contemporain de Charlemagne. La recette est présentée sous une allure mystérieuse et transcrite partiellement en chiffres. Voici cette recette (les mots en italien sont en chiffres dans le texte) : « Mélangez du vin pur et très fort avec une troisième partie de sel et chauliez dans des vases convenables à cette opération (in ejus negocii vasis). Ainsi se produit une eau, qui, allumée, flambe sans brûler la matière (flammans incombustam serval maleriam). » Or cette mention ne paraît que dans la dernière rédaction du recueil, rédaction faite en Angleterre ; en outre, le caractère de la langue oblige de ramener l'auteur d'Italie en France et cet écrivain nouveau venu dans notre Histoire littéraire traduisait ou, du moins, utilisait pour son ouvrage des textes grecs. Un des chapitres est intitulé : oxiporfironto aporodinis, ce qui est obscur, mais cesse de l'être quand on transcrit : ô^uTtôpçupov TÔ à.-o !. Ou bien encore : « Comment nettoyer les vases d'argent sans les endommager ? Argentea vasa tergere sine abusia ; il faut les frotter avec une pièce d'étoffe imbibée d'eau salée, et alors nullam aposiam facit. Mettez à7zo\jala. et traduisez detrimentum.

Mais le rédacteur de la Mappœ clavicula semble simplement transcrire, sans trop les comprendre lui-même, ces mots grecs habillés à la mode latine et paraît faire usage de recueils déjà traduits, ce qui reporte assez avant l'époque de Charlemagne, au VII'' siècle au moins. Les originaux grecs nous dirigent tout naturellement vers Alexandrie où, à cette date, l'alchimie restait prospère et cultivée (voir Alchimie). La notice relative à l'esprit de vin, quoi que insérée dans une rédaction faite en Angleterre tardivement, remonte elle aussi à une source ancienne alexandrine.

La Mappse clavicula parle, sans plus préciser, d'une eau, à laquelle, beaucoup plus tard, on donnera le nom d'eau de vie, ou eau de feu. Or il existe sur la préparation de l'aqua ardens un texte curieux d'Hippolyte de Porto, contemporain et rival du pape Calliste (voir ce mot), évêque, antipape et martyr, personnage d'une curiosité sans limites, qui a touché à tout, dont les connaissances ne semblent trouver de comparaison qu'avec Origène, mais à qui les circonstances d'une vie accidentée et probablement les rancunes tenaces du clergé romain n'ont pas fait la place qui lui appartient légitimement dans l'histoire de l'ancienne littérature chrétienne. Hippolyte s'est intéressé aux supercheries des prêtres païens et dans ses Refutationes omnium hæresium, plus communément désignées sous le nom de Philosophumena, I, IV, c. xx.xi, on lit : « La recette du sel marin aussi est très utile. On cuit de l'écume de mer dans un pot de terre avec du vin doux. Si, du mélange en ébullition, on approche une lampe allumée, à l'instant il prend feu et flambe et, si on le répand sur la tête, il ne la brûle absolument pas. Si, pendant l'ébullition, on verse dans le liquide des grains d'encens, il flambe beaucoup plus fort. L'effet est meilleur encore si on ajoute un peu de soufre. » Sel marin, encens, soufre renforçaient le phénomène ; le soufre attire l'eau, ce qui exerce un phénomène favorable à la combustion ; les Arabes le savaient, le moyen âge aussi : mais on voit que les anciens le savaient avant eux. Pline écrit dans son Historia naturalis, I, XXXV, ch. clxxv : sentilur vis ejus (du soufre) et in aquis ferventibus neque alla res facilius accenditur : quo apparet ignis vim magnam ei inesse. Pline écrit aquis ferventibus, « eaux thermales », mais certains ont lu aquis ardentibus, « esprit de vin ».

Pour Hippolyte, pour le texte dont il a fait usage dans les Philosophumena et pour le rédacteur de la Mappœ clavicula, le côté extraordinaire du phénomène consiste dans le fait que l'esprit de vin obtenu par distillation peut flamber sans brûler la surface sur laquelle il est répandu : xa-a/uOèv t^ç y.EipaXî) ! ; où xatst TÔ O'ivoXov... flammans incombustam serval maleriam. L'esprit de vin qu'obtenaient les anciens était probablement d'un faible coefficient, en sorte que sa combustion ne risquait pas d'endommager la surface humectée par lui : ainsi on obtenait le prodige et on trompait le spectateur sans avoir à souffrir. Hippolyte nous dit : « Si on le répand sur la tête, il ne la brûle absolument pas, » c'est que, en effet, les mages répandaient l'esprit de vin sur la tête et y mettaient le feu. Comme ils étaient - en Égypte — rigoureusement tonsurés et même pelés et qu'en outre, ils pouvaient bien s'enduire au préalable le crâne d'un onguent, ils avaient ainsi un nimbe lumineux qui flambait sans les rôtir. On lit dans l'Énéide, II, 682, ces mots : Ecce levis summo de vertice visus lumen fundere apex lacuque innoxia mollis lambere flamma comas.

Dans les temples païens, les prêtres des idoles se livraient ainsi à des prestiges qui reposent au fond sur des observations physiques. Si on ajoute à l'esprit de vin enflammé du sel ou du soufre, on obtient des effets renforcés qui, on le voit par le texte d'Hippolyte, ont été connus et pratiqués dès le début de notre ère. C'est ce que nous apprend aussi un texte de Pline, Historia naturalis, I, XXXV, c. clxxv : Lisil et Anaxilas eo (du soufre), addens in calicem vini prunaqiie subdita circamferens, exardescenlis repercussu pallorem dirum velui dejunclorum effundente convivis ; mais ceci n'était, sous Auguste, qu'un jeu de société.

C'est une scène de ce genre qui fait partie de l'initiation païenne à laquelle se prêta le futur empereur Julien. Elle nous est racontée par saint Grégoire de Nazianze, par Sozomène et par Théodoret et encore dans un roman syriaque :

Julien descend dans un sanctuaire interdit au vulgaire et effrayant (xar/jci (i.èv zic, ti tôjv àSÙTcov xcôv Toîç TTOXX&îç àpâxcov xal çopcpiôv, Grégoire) ; il s'agit de consulter là, dans l'obscurité, les démons des enfers (Ç'ifpcù Ttvl y.aX TÏO/Oovioiç Saifioci... Grégoire). Soudain les prêtres, usant de leurs prestiges ordinaires, font apparaître devant lui les démons (i ?,omkvr\c, Se TrpoapaW.ôvxcov aÙTÔi tcôv Inl toùTotç xal YOTjTEtati ; 7rapacpaivo(J.évtov çaa(i.ÂTMV, Sozomène ; Toùç aTia xEcôvaç Sai- [jtovaç. 'Exeîvcov Se \xztol T-f ;( ; ctuvtjôouç çavTaoiaç Théodoret). Ils apparaissent toujours plus nombreux et plus épouvantables, poussent des cris étranges, exhalent des odeurs infectes ; ce sont des spectres flamboyants (...xà SeîjjiaTa, xal àel TrXeîco xal 'riX'^^K ftvàç çaaiv àrjOeti ; xal oStiàç Tôjv àY)S<ôv xal TtupauYY) çàajiaTa, Grégoire). Julien, glacé d'épouvante, tremble comme un enfant ; par un effet que l'on appellerait aujourd'hui un réflexe, il a peur du diable et fait instinctivement le signe de la croix. Le geste met à l'instant en fuite tous les démons. On peut s'étonner et regretter aussi cette conclusion, qui montre que Grégoire de Nazianze et les autres croyaient fermement que Julien avait vu des démons, alors qu'on lui donna une inoffensive représentation assaisonnée de flots d'esprit de vin, dans laquelle des imposteurs jouaient une fantasmagorie dont le signe de croix n'a pas dû vraisemblablement troubler beaucoup l'ordonnance. Il n'y a pas que Julien qui ait été dupe dans cette affaire.

H. Leclercq.


ESPRIT (Le Saint-). La colombe a été adoptée par toute l'antiquité chrétienne pour figurer l'Esprit-Saint. Deux récits bibliques avaient, dès la fin du I'' siècle et le début du siècle suivant, familiarisé les imaginations avec le sens de ce symbole. La colombe rapportant à Noé le rameau verdoyant annonçait la paix divine apportée à la terre par l'Esprit de Dieu. La colombe voletant au-dessus du Sauveur pendant son baptême dans le Jourdain renforçait cette interprétation. C'est ce que Tertullien exposait quand il rendait compte du choix de cet animal simplicitalis et innocentiœ, quod eliam corporaliter ipso felice careat, et ajoutait : Quemadmodum enim post aquas diluvii, quibus iniquitas antiqua purgata est, post baptismum, ut ita dixrim, mundi pacem coelestis irse preeco columbia terris adnuntiavit dimissa ex arca et cum olea reversa, quod signum etiam apud nationes puci prætenditur, eadem dispositione spiritalis effectus terne, id est carni nostræ emergenti de lavacro post vetera delicta columbia Sancti Spiritus odvolat pacem Dei odferens, emissa de coelo, ubi Ecclesia est arca figurata.

Non seulement sur les images du baptême de Notre-Seigneur le Saint-Esprit est représenté sous forme de colombe, mais encore on le voit intervenir sous cette même forme lors du baptême des simples fidèles (fig. 871, 1115). Sur la mosaïque de l'arc triomphal de Sainte-Marie-Majeure, à l'instant où l'ange vient annoncer l'incarnation, le Saint-Esprit descend sur la Vierge sous forme de colombe. Dans l'évangéliaire de Rabulas, œuvre originale composée en Mésopotamie en 586, le miniaturiste travaillait probablement d'après un original grec ; ayant à représenter la Pentecôte, il figure le Saint-Esprit par une colombe« . Un groupe symbolique inspiré par le baptême du Christ nous montre l'Agneau divin ' » ou encore, la croix « , et le Saint-Esprit sous l'image d'une colombe qui descend, tandis que des rayons lumineux ou des ondes s'échappent de son bec. Plusieurs lampes chrétiennes en bronze nous font voir une colombe perchée sur la croix ou sur le chrisme ; il est à peine douteux qu'elle figure le Saint-Esprit ' ».

C'est dans les baptistères surtout que la colombe symbolise tout naturellement l'Esprit-Saint, puis que c'est là que s'accomplit l'opération qui introduit cet Esprit dans les âmes. Le baptême du Christ ou bien la décoration ornementale figurent la colombe et ce type hiératique est maintenant adopté partout, en sorte que saint Paulin, voulant faire exécuter dans la basilique de saint Félix, à Nole, une représentation de la Trinité, s'en explique ainsi •' : Pleno coruscat Trinitas mysterio : Stat Christus agno : vox Patris coelo tonat El per columbam Spiritus Sanctus fluit.

Le même symbolisme a encore déterminé le choix de la colombe, figure du Saint-Esprit, comme représentation de l'inspiration divine. Nous rencontrons déjà cette conception dans les récits de l'antiquité sur le choix d'évêques provoqué par l'apparition d'une colombe. Par exemple, le pape Fabien est élevé sur le siège épiscopal de Rome à la suite de l'apparition d'une colombe, laquelle vint se poser sur sa tête pendant que les clercs et les fidèles se trouvaient assemblés pour procéder à l'élection d'un évêque '*. Le pape Grégoire I« reçut de bonne heure comme attribut la colombe, symbole de l'assistance spéciale et des dons de l'Esprit-Saint. Son biographe, le diacre Jean, qui écrivait pendant le dernier quart du ix » siècle, raconte qu'à cette époque saint Grégoire était communément représenté avec la colombe, et la légende de l'apparition d'une colombe auprès de la tête du saint pendant qu'il dictait ses écrits se rattache probablement à une représentation ancienne '. Une miniature d'un psautier grec du x« siècle (Paris, Bibl. nat., n. 139), représente Daniel et une colombe symbolisant l'inspiration du Saint-Esprit '. Enfin Severano trouva, dans les ruines du mausolée de sainte Hélène, une pierre sur laquelle était représentée une chaire épiscopale placée en un lieu d'honneur, entre l'acade Jalérale Saint-Esprit sur le sarcophage du Latran qui représente les trois personnes divines figurées par trois adultes de même âge, dont un assis et deux autres debout, occupés à la création d'Eve (voir Dictionn., t. m, col. 3020, fig. 3342).

Quelques inscriptions font mention de la sainte Trinité (voir ce mot), nous n'en dirons rien pour ne parler que de celles qui nomment le Saint-Esprit.

À ça de Coupe sui Ja longueur Y'-fi des courtines et, sur le sommet de la chaire, une colombe nimbée qui représente, on n'en peut douter, l'assistance du Saint-Esprit donnée à l'épiscopat. Ce monument a disparu, mais le dessin de Severano est conservé dans le ms. Vallicell. G. 17, que nous donnons ici (voir Dictionn., t. m, col. 08, fig. 2415) ; c'était évidemment un dessin au trait et qui pourrait ne pas être postérieur à la première moitié du v » siècle '.

Enfin nous trouvons encore la représentation du Saint-Esprit sous forme de colombe sur un marbre romain, qui est peut-être de la fin du n« siècle ' : EVAPECTAC TYXH AAI ANAKAINIICEEIC 5 TCO nNI XY


KAI ARRCAIKON COÛMA


AABOYCA IC OYPANION XY

Julite Evarixtœ. Deo nmanlis.iimœ, caro heic facel : anima vero renovata Spiritn Christi, sumplo que corpore angelico in regniim Chrisli cœlcste cum sanetis adsumpta est. Et ici encore la colombe avec le rameau verdoyant.

Une inscription du cimetière de Saint-Hermès, rédaction posthume de 1032 fut procurée par les soins de Severano) ; le dessinateur a « jouté des ombres qui donnent à tort l'apparence d'un l)as-rcllcf. — ' Corp. m.scr. lat., t. vin, n. 9589. — De RossI, Inscript, christ, urb. HomiF, 1861, 1. 1, prolet !., p. cxvi. conservée au musée Kircher, porte celte formule ' : C en Ancû Tl ©eoN 5 Kei T A I OIIMI AA &AeAH MNHMH 10 E X A PIN ripcôtoç èv àyicù 7rveù[jiaTi GeoO zsÎTat. $tp- (xîÀXa (j.vr^jxT,ç /âpw Primus in sanclo spiritu Dci beic jacel. FirmiUa soror in memoriam.

L'acclamation vivas in Spirilu Sancto se lit sur une épitaphe du cimetière de Calliste, aujour d'hui, au Latran ' :


VIBAS (l)N SPIRITO SÂN(c(o) L'inscription du cubicule élevé à sa sœur par Sévère, diacre du pape Marcellin, à la limite du m » et du iv siècle, s'exprime ainsi ' :

Qui que animant rapuil Spirilu Sancto suo.

Enfin à Bordeaux une épitaphe connue, que nous avons déjà donnée (voir Dictionn.. t. i, col. 259, fig. 53)' : CPAV AIMA AVCILIA PASCASIA AIVTIT SPIRTVS S \Hi]c paii[s]at i[n p]a[ce] Aucilia Pascasia, aiutil (= adjulet) Spir(i)lus S(anclus).

H. Leclercq.


ESQUELINES. A peu de distance de Tournai, en Belgique, le village d'Esquelines conserve une église digne d'attention. Aucune architecture, des pierres d'inégale grosseur, non taillées, appareillées au hasard, point d'ornements. L'édifice (fig. 4197) mesure 79 mètres carrés de surface et se compose d'une nef de 10 mètres de longueur sur 6 de largeur, d'un chœur de 3 m. 75 sur 4 m. 10 de largeur et d'une niche absidale de 3 mètres de largeur sur 2 m. 50 de profondeur. Le plan (fig. 419S) se compose donc de deux rectangles terminés par une demi-lune, distincts à l'extérieur ainsi qu'à l'intérieur et de hauteurs différentes. La façade est un simple mur à pignon avec une porte d'entrée à linteau, des plus modestes. La nef n'était éclairée que par six barbacanes hautes de 0 m. 90 et larges de 0 m. 25. Sur les parois existent de larges arcatures plein-cintre prises dans l'épaisseur de la muraille, et au-dessus desquelles s'ouvent les très étroites fenêtres en forme de meurtrières ébrasées à l'intérieur. Le chœur n'avait point de fenêtres ; une porte à linteau avait été pratiquée dans le mur du sud. Au fond de l'abside voûtée en cul-de-four, s'ouvre une fenêtre de 1 m. 10 de haut sur 0 m. 60 de largeur ; à droite, une petite piscine sans aucun ornement et, au fond, une niche dans laquelle se voyait le siège de l'officiant.

Plus tard, à différentes époques, on perça des fenêtres de dimensions différentes, dont les entourages sont garnis en briques ordinaires. L'ogive qui sépare la nef du sanctuaire est moderne par rapport au reste de l'édifice : elle est en pierres de taille appareillées en voussoirs. La nef est couverte par un plafond de bois. Le sanctuaire, dont le niveau est relevé, est voûté en berceau, en briques, ainsi que le cul-de-four de l'abside.

À l'extrémité de la nef sont deux autels de chaque côté de la baie, il n'y a pas lieu de s'y arrêter. L'autel primitif se trouve au centre de l'hémicycle, il est en briques avec deux caves aux superposés ; la pierre d'autel fut, au xii« siècle, repoussée vers le sanctuaire et porta désormais à faux sur des supports de bois. L'abside, regardée comme superflue, fut masquée par une toile brossée d'un mauvais badigeon et servit de débarras ; on ne prit même pas la peine de retirer de sa niche l'antique fauteuil de l'officiant.

Les matériaux sont grossiers : pierres, briques, cailloux, tuiles, et dans un des angles, à l'est, une grande tuile entière, pareille à celles qui ont été déterrées sur la place de Tournai, en 1821, et qui entouraient des urnes en forme de sarcophage.

Cette petite église rurale a été heureusement préservée du vandalisme restaurateur. Si on peut passer légèrement sur la tradition locale qui fait prêcher saint Éleuthère dans cette chapelle, il n'en reste pas moins que la disposition de l'autel indique la présence de corps saints et un culte local très antique. Esquelines n'est distant de Blandain que de deux kilomètres et nous savons qu'il y avait à Blandain beaucoup de corps de martyrs •. On ne peut dire avec certitude à quelle date remonte cette humble bâtisse, on ne risque guère de se tromper en la faisant remonter entre le vii » et le viii« siècle '.

H. Leclercq.


ESSÉNIENS. Voir Dictionn., t. n, col. 3058-3063


ESTAMPILLES. Beaucoup de pièces d'orfèvrerie ancienne portent au revers des estampilles ou contremarques. Les musées du Louvre, de Pétrograd, de Londres, de Vienne en offrent des exemples. Au cabinet impérial de Vienne, se voit un vase d'argent faisant partie d'un trésor découvert en 1814, orné extérieurement de six figures de divinités en relief. Sous le fond, on remarque cinq estampilles, dont quatre sont disposées circulairement autour de la cinquième (une cruciforme avec monogramme en lettres grecques ; une circulaire avec tête nimbée de face, entourée du mot ANAPEAC ; une à base rectangulaire et sommet arqué avec tête nimbée et monogramme ; une quatrième incomplètement venue et qui paraît la répétition de la précédente ; une cinquième assez mal venue et qui a du rapport avec la troisième). Ces estampilles seraient du vi » siècle '.

Vu musée de l'Ermitage, à Pétrograd, une casserole d'argent trouvée près de Perm. Trois estampilles (une circulaire avec buste nimbé ; une hexagonale ; une triangulaire) sont appliquées sur le fond '.

Même musée : coupe décorée d'une chasse au lièvre, trouvée en Russie ' ; sous le fond, cinq estampilles (une cruciforme deux fois répétée ; une rectangulaire deux fois répétée ; une hexagonale avec buste nimbé) ^.

Cabinet Obolensky : casserole mesurant 0 m. 27 de diamètre. Sur le manche, Neptune debout, le pied sur un dauphin ; autour de la panse, se développe une scène de pêche •. Sous le fond, cinq estampilles (une cruciforme avec monogramme en lettres grecques, deux fois répétée : une rectangulaire avec le nom 0eO<t>AN 00 ; une circulaire peu lisible ; une hexagonale avec un buste nimbé et le nom ICOANNOY) '.

Musée de l'Ermitage, à Pétrograd : vase trouvé en 1878, dans le gouvernement de Perm ; au revers, cinq estampilles (une cruciforme ; une avec sommet arqué renfermant un buste nimbé et un monogramme ; deux circulaires remplies par un buste de face ; une rectangulaire). Au-dessus de ces contremarques, le mot ANAPEOY gravé à la pointe « .

Même musée ; même trouvaille : un plat avec croix niellée, dont les branches se terminent par de petits anneaux ; au revers, cinq estampilles imparfaites ».

Musée du Louvre : grande coupe de Valdonne « , découverte en mars 1900 (Bouches-du-Rhône), diamètre : 0 m. 175, poids : 409 grammes ; motif central et cercles concentriques en creux exécutés autour. D'abord un groupe de cinq cercles concentriques sur le bourrelet du bord ; un peu au-dessous, un groupe de deux cercles ; plus près du centre, un nouveau groupe de deux cercles ; enfin un dernier groupe de deux cercles, onze en tout, entourant une croix dont chaque branche se termine par deux annelets. Cette croix est aussi en argent, mais teinté gris-bleu, incrustée sans aucun relief. Au revers, cinq estampilles disposées circulairement sous le fond et entourées par la bordure saillante qui constitue le pied : deux croix et trois monogrammes » chargés de lettres grecques ; l'un des monogrammes a été deux fois poinçonné, ainsi que la croix (fig. 4199).

Jusée du Louvre : petite coupe de Valdonne, même trouvaille, diamètre : 0 m. 17 ; poids : 296 grammes, ornementation presque identique, quatre groupes de cercles concentriques disposés de la même façon ; au milieu du dernier groupe de trois cercles, du point central du plateau se détachent quatre traits creux en croix qui aboutissent dans un cercle dentelé. Au revers, estampilles mérovingiennes : deux croix (même poinçon) et deux textes de profil en relief (même poinçon), inscription en trois lignes, Arbaldo. Le buste rappelle les bustes gravés sur les monnaies mérovingiennes. Tête diadémée, mais diadème effacé par l'usure ou mal frappé ; il devait être perlé ou bien un bandeau fait de deux traits minces. Les cheveux dépassaient sur le front, les tempes et la nuque, au-dessous du diadème, formant deux masses, l'une au sommet du front, au-dessus du nez, l'autre sous la nuque, sous les rubans du diadème. Le dessin de cette tête est analogue au dessin de la tête des monnaies de Marseille, ce qui permet de lui donner une date approximative, puis que l'atelier de Marseille a émis des monnaies à noms d'empereurs ou de rois. Une de ces effigies présente les caractères relevés sur notre estampille, c'est celle de l'empereur Maurice Tibère, qui régna de 582 à 602 ; mais il ne faut pas se hâter de conclure que l'effigie est la sienne et remonte à cette date, parce que le monnayage de cet empereur s'est continué longtemps après sa mort, l'altération des légendes en est la preuve. En outre, les monnaies de Clotaire II (613-629) ont les mêmes caractères que celles de Maurice Tibère ; on les retrouve encore sur les monnaies marseillaises de Dagobert (629-634) et de Sigebert III (634-656), mais pour ce dernier prince le dessin s'altère. Le poinçon à l'aide duquel on a frappé ou repoussé la contremarque du plat a été gravé entre 600 et 654. M. Prou incline à fixer la date du poinçon entre 613 (Clotaire II) et 640 environ. Il faut remarquer la différence qui existe entre le buste et celui qui, sur les monnaies de Marseille, soutient la tête. A Marseille, ce buste est en forme de trapèze, drapé, avec les plis du paludamentum d'abord courbes et rappelant bien les plis de l'étoffe, puis passant à des lignes à peine courbes et parallèles. Ici, nous n'apercevons que l'extrémité supérieure du vêtement, le col qui a l'aspect d'un col détoffé souple, échancré sur le devant. C'est une disposition exceptionnelle, mais qui se retrouve cependant sur un triens d'Autun du VIIe. Quant à la palraette, on la rencontre aussi sur des monnaies de Banassac (Lozère) et elle aussi nous ramène vers le deuxième quart du VIIe (fig. 4200).

Musée Britannique : trépied du trésor de Lampsaque, avec deux estampilles cruciformes et lettres grecques formant le nom cectoc. Musée Britannique : disque du même trésor, avec quatre estampilles toutes imparfaites (une cruciforme) deux fois répétée, où a été lu le nom CICINNHC ; une rectangulaire ; une à sommet arqué et à base rectangulaire, une cruciforme.

Musée Britannique : vase hexagonal du même trésor, avec, sous le pied, trois estampilles semblables à celles qui se voient sous le vase précédent (marque cruciforme deux fois répétée).

De cette énumération, on peut essayer de tirer un enseignement. En comptant les deux plats de la Valdonne, elle comprend quatorze pièces d'argenterie portant des marques byzantines. Il y en a neuf sur lesquelles les estampilles sont au nombre de cinq ; c'est là un fait assez significatif. Des marques cruciformes sont répétées deux fois sur cinq pièces, d'autres marques le sont également. Plusieurs d'entre elles présentent des bustes de face entourés d'un nimbe, quelquefois placés sous une arcade et accompagnés de noms dans lesquels on a cru reconnaître des noms de saints. Enfin, il faut observer qu'on y relève le nom de l'empereur Justinien, celui de l'impératrice Théophano et que le nom de Jean peut également convenir à un empereur. Malheureusement, la plupart de ces marques sont imparfaitement venues ; elles ont été détériorées par l'usage et le frottement, de sorte qu'il est difficile aujourd'hui de les reconnaître avec certitude ou d'en saisir tous les détails. De plus, les monogrammes présentent de grandes difficultés d'interprétation. D'après M. G. Schlumberger, le style de ceux de Valdonne nous reporterait au VIIe. C'est aussi l'époque à laquelle certains spécialistes font remonter la plupart des autres. Peut-être retrouverait-on dans la législation contemporaine des prescriptions relatives au contrôle officiel des objets d'argent ? • H. Leclercq.


ESTAMPILLES DOLIAIRES. Gaetano Marini était, dans les dernières années du XVIIe, à la fois custode de la Bibliothèque et des Archives Vaticanes '. Ami de l'abbé Lanzi, de Paul-Louis Courier, de Seroux d'Agincourt, homme de science ingénieuse et patiente, il pouvait passer pour un des meilleurs représentants de cette école italienne qui produit encore de si fins érudits. Ses ouvrages les plus connus, Les inscriptions des villas et palais Albani, Les actes et monuments des frères Arvales, Les papyrus de Rayenlie, sont d'une science touffue et assez peu ordonnée mais de bon aloi, et qui multiplie comme à plaisir les preuves inattendues, les informations inédites, les conclusions utiles. Marini raconte que, pour se distraire des maux qu'il voyait fondre sur Rome et le Saint-Siège pendant les années 1798 et 1799, il chercha quel genre d'études serait de nature à captiver son attention par l'attrait du détail, sans exiger de son esprit chagrin de trop pénibles efforts. Désertant ce qu'il appelle la grande épigraphie, c'est-à-dire les textes gravés sur marbre et sur pierre, beaux sujets de travaux auxquels convenait, suivant lui, une intelligence alerte et libre, il s'enferma dans l'observation d'un autre genre d'épigraphie, dans l'étude de ces petits textes inscrits sur les ouvrages céramiques, vases grossiers, amphores, tuiles et briques, travail obscur, assurait-il, et bien conforme à ce qui lui restait de courage et de force. Il se réfugiait, comme il dit, sous la protection de ce dieu Lateranus, génie familier du foyer construit en briques * ; il s'abaissait à l'humble vaisselle noire de Numa, sympuium Numae nigrum quae calinum '. Mais, à vrai dire, son calcul était trop modeste. Avec son sûr coup d'oeil, sa critique aiguisée, sa constante application en présence du très grand nombre de ces petits monuments que Rome lui offrait, et que, malgré les tentatives de Giuter ', de Ciampini -, de Fabretti ' et de Muratori ', on n'avait pas encore appréciés à leur juste valeur ni même su interpréter et lire, il a presque créé une branche nouvelle de cette science épigraphique qui s'est développée seulement de nos jours. Ses indications et son exemple ont introduit l'étude de l'épigraphie doliaire. Il a réuni, expliqué et classé un grand nombre de ces inscriptions qui paraissaient énigmatiques, et son ouvrage, conservé à la Vaticane sans être publié (ms. n. 9110), était devenu une source importante où depuis plus d'un demi-siècle les érudits venaient puiser ', quand J.-B. De Rossi se décida à le publier '.

J.-B. De Rossi, dès le commencement de ses propres travaux, y trouva un si fréquent secours qu'il finit par copier tout entier de sa main ce gros manuscrit, difficile à lire, hérissé de ratures, d'additions et de surcharges. De Rossi avait, en tête de sa transcription, écrit les lignes suivantes, fort exacte description du manuscrit qu'il n'eût pas été donné au premier venu de savoir copier, J(ohannes) B(aplisla) D(e) R(ossi). Exscripsi summa diligenlia et labore improbo ex aulographo in Bibliotheca Vaticana, cujus scriptura minuta, implicata, perpetuis emendationibus, additamentis et schedulis quae suis locis inserendae crant interpolata, sine rerum intelligentia excipi non potuissel. Describi coeplum anno MDCCC XLVIII, absolutum IV kal. IV L. MDCCCLI. Cette copie a seule rendu possible l'impression du volume.

Les anciens Romains désignaient par cette expression générale : opus doliare de figlinis, opus doliare figlinum, tout ce qui est fabriqué avec la terre séchée au soleil ou cuite au feu. Ce fut une des premières conquêtes de l'homme sur la matière que de faire servir à ses besoins ce même limon dont ses traditions religieuses lui disaient qu'il était issu. Il en tira d'abord et il en façonna les matériaux nécessaires à la protection de son existence ; en même temps, il modelait les représentations symboliques de son premier culte ou les figures agréables à ses yeux. Il déployait de la sorte les ressources de son ingénieuse industrie et bientôt il créait des merveilles plastiques auxquelles, par la puissance de l'art, il donnait le caractère de la force, le prestige de la beauté, et comme une sorte de vie. La même matière lui a suffi, diversement préparée et traitée, pour des ouvrages de volume et de dimensions considérables et pour de petits et délicats objets, capables les uns et les autres de braver l'injure des siècles. Avec l'argile, les anciens peuples ont commencé à construire les sarcophages de leurs morts, à former la brique et la tuile qui devaient servir à leurs immenses tombes et à leurs pyramides, aux toits de leurs habitations, aux murs de leurs maisons et de leurs villes. Ils en ont fait plus tard les tuyaux de drainage pour le sol et d'assèchement pour les maisons, les conduites de chaleur ou d'eau, les amphores et dolia quelquefois énormes pour le transport et le commerce des liquides ou des grains. (Mammini cite un dolium si haut et si vaste que, pour en atteindre l'orifice, il fallait une échelle de dix à onze échelons). Lucien raconte qu'un dolium servait de refuge à Diogène, et de pareils récipients, sans parler des urnes pour les cendres et les ossements des morts, ont servi à la sépulture des corps mêmes : un bas-relief de la cathédrale de Reims en offre la représentation dans un Jugement dernier. Avec l'argile, les premiers habitants de l'Italie ont fabriqué en quantité innombrable ces humbles poteries qu'on retrouve aujourd'hui dans leurs tombes ; les Grecs ont modelé les élégantes figurines et les vases magnifiques qu'un autre art devait orner ; l'Étrusque a élevé ce quadrige destiné à surmonter le temple de Jupiter Capitolin ; les Romains ont façonné beaucoup de statues et d'antéfixes, et le potier des champs Vaticans, ce plat immense offert à Vitellius, qui prit le nom de Bouclier de Minerve. Les débris des menus ouvrages en terre nous ont conservé, les pénétrantes recherches d'Albert Dumont l'attestent, quelques-uns des témoignages les plus reculés que l'historien de l'Orient et de la Grèce puisse recueillir. Ce qu'on retrouve de fragments qui trahissent les origines de l'ornementation et du dessin sur les vases remonte à des époques relativement primitives. Les restes de ce que quelques savants croient avoir été la Tour de Babel n'ont pas encore entièrement disparu ; et l'on sait que, si les murs de Ninive, construits en briques desséchées au soleil, n'ont laissé, peu s'en faut, que poussière, les murs de Babylone, en briques cuites, ont subsisté. Enfin, ce qu'on appelle en Italie la vaisselle noire de Numa dépasse probablement en antiquité les origines romaines.

Les œuvres céramiques ne nous instruisent pas seulement par la manière dont elles sont formées, par le genre de fabrication, par les représentations dessinées ou peintes dont elles sont revêtues. Elles ont reçu en outre d'utiles inscriptions, soit des signes, des caractères, des mots isolés, soit des formules entières et très diverses. L'intelligence de tout ce langage constitue la science de l'épigraphie doliaire. Nos musées conservent des spécimens de ces briques cuites au four, et portant en signes cunéiformes les légendes des rois dont parle Hérodote lorsqu'il décrit les murs de Babylone. Nous avons de ces tablettes d'argile cuite, sur lesquelles les Assyriens, puis les Égyptiens, à leur exemple, gravaient leurs calculs astronomiques. De pareilles tablettes servaient chez ces peuples pour les contrats, et des sceaux apposés sur la terre encore fraîche y tenaient lieu de signatures. Quelquefois, une enveloppe de terre cuite y sauvegardait le premier texte et le répétait pour plus d'authenticité. Les prêtres égyptiens, nous dit Hérodote, désignaient par des marques sur des morceaux d'argile attachés aux cornes des victimes celles qu'ils avaient choisies pour les sacrifices. Peut-être étaient-ce également des sceaux apposés aux contrats civils, ces curieux fragments de terre cuite qu'on a retrouvés naguère en grand nombre sur les marches du grand temple de Sélinonte : on y voit, avec la trace des attaches aux feuilles des papyrus, les empreintes accolées quelquefois d'inscriptions qu'y ont laissées les pierres gravées. Salinas a étudié et commenté avec beaucoup de finesse ces diverses images. Diogène Laërce raconte que Cléanthe le philosophe était réduit par la pauvreté à graver avec une pointe d'os sur les ostraka de terre cuite les enseignements de son maître Zénon. On a vu les fouilles romaines rendre à la science deux petits vases de terre noire sur les flancs desquels étaient gravées avec la pointe des inscriptions précieuses. On lit sur l'un d'eux (le vase Chigi) des alphabets grecs et des mots étrusques remontant peut-être au VIe, et sur l'autre (le vase de Buenos) une inscription latine, écrite de droite à gauche, antérieure aux plus anciennes que l'on connût jusqu'alors. Outre les graffiti, des inscriptions au pinceau se rencontrent fréquemment sur les vases grecs ou italiques et sur les amphores commerciales. Sur les vases, elles font connaître les vainqueurs des jeux, les artistes, les héros et les dieux représentés ; sur les amphores, elles donnent des indications diverses qu'il n'est pas toujours facile d'interpréter avec succès.

Mais ce qui constitue plus spécialement encore l'épigraphie doliaire, ce sont les marques, les formules, les noms inscrits à l'aide de timbres, soit en creux, soit en relief, sur l'anse ou le col des amphores, sur le plat des briques et des tuiles servant à la construction. Les Grecs ont beaucoup pratiqué cet usage. Le prince de Torremuzza n'a pas manqué de comprendre dans son recueil des Inscriptions grecques de la Sicile ces marques de briques, qui nous apprennent, avec les noms des mois, ceux des magistrats des villes siciliennes. Albert Dumont surtout, dans son précieux livre sur les Inscriptions céramiques de la Grèce (1872), a tracé d'une main ferme le cadre d'une telle étude, signalant les nombreux problèmes qu'elle suscite, et indiquant déjà quelques-unes des solutions principales. Plus de six mille de ces textes épigraphiques, à ne parler que de la seule époque classique, ont passé sous ses yeux ; il énumère, outre cela, de nombreuses collections qui sollicitent et attendent l'examen. L'antiquité romaine, elle aussi, nous a laissé beaucoup de ces petits monuments, que l'on s'est mis enfin à classer en les interprétant.

Marini n'a compris dans son recueil, peu s'en faut, que ce qu'il rencontrait autour de lui sans beaucoup de recherches ; presque tous ses documents proviennent d'Italie ou spécialement de Rome, et se rapportent à la période impériale. Mais on en a réuni beaucoup d'autres depuis lors. Borghesi a étudié tout un groupe, de Velleia, qui remonte à l'époque républicaine. Descemet, pour l'empire même, a su réunir d'abondantes séries que Marini n'a pas connues, et il a commencé de les expliquer. Marini a joint aux quinze cents textes environ qu'il a tirés des briques et des tuiles, et qu'il a commentés, 227 inscriptions recueillies sur les vases, dolia, amphores, etc., 324 inscriptions de lampes en terre cuite, et 191 marques de ces tuyaux de plomb qui distribuaient les eaux dans Rome ou la campagne romaine. Il y aurait certainement ajouté, s'il les avait connues en grand nombre, les marques inscrites sur les marbres, telles que celles qu'on a, depuis, retrouvées à l'emporium romain ; car ces deux dernières catégories de textes, sur plombs et sur marbres, sans se confondre avec l'épigraphie purement doliaire, s'y rattachent cependant comme des annexes utiles et offrent des renseignements de même nature, relativement au commerce et à l'administration de l'ancienne Rome.

Tout le monde sait qu'on voit encore de nos jours à Rome, dans cette partie de la ville qu'entourent la pyramide de Cestius, la porte Saint-Paul, les beaux cyprès du cimetière protestant et le fleuve, une assez haute colline (elle a jusqu'à trente-cinq mètres) formée tout entière d'anses et de débris d'amphores et de dolia antiques, avec des inscriptions de diverses sortes sur beaucoup de ces fragments. Il suffit, pour recueillir quelque butin, de gratter le sol après un jour de pluie sur ce mont Testaccio ou bien alentour ; pendant des siècles, nombre de visiteurs, pour leur seul plaisir et par simple curiosité, ont renouvelé cette recherche. Marini lui-même raconte qu'il a réuni de cette manière un assez grand nombre d'inscriptions, pendant ses promenades d'automne. Bien que de pareils amas de poteries brisées se retrouvent en d'autres lieux du monde classique, à Tarente, à Alexandrie d'Égypte, aux portes du Caire, on n'en sait pas encore l'origine ni l'explication précise. On a voulu voir dans le Testaccio de Rome soit les rebuts d'une fabrication locale qui aurait persisté pendant plusieurs siècles, puisque Tarquin l'Ancien avait assigné déjà ce même emplacement au collège des figuli, soit un gigantesque amas de décombres accumulés par ordre après l'incendie de Néron, soit un vaste dépôt d'urnes cinéraires et de vases à libations datant d'Aurélien et de l'invasion des barbares. Le moyen âge croyait, parce que sur ces fragments le lieu de provenance est assez souvent marqué, que ces amphores apportaient à Rome les tributs en nature des provinces sujettes. Ce qui est sûr, c'est que la population romaine n'a pas cessé, jusqu'à nos jours, d'être attirée vers ces lieux comme par une habitude héréditaire. Pendant tout le moyen âge et une partie des temps modernes, des jeux bizarres, dont on expliquerait probablement le sens réel par la tradition de quelque culte antique, y étaient célébrés en grande fête ; et aujourd'hui encore, c'est là que, durant le bel octobre, le menu peuple de Rome s'en va festoyer et boire. Des auberges, dont l'architecture rudimentaire et l'humble appareil rappellent les cabanes de pêcheurs dans les îles du golfe de Naples, ont creusé au sein de cette mine épigraphique, sans nul souci des archéologues, des magasins d'une fraîcheur proverbiale, que l'amoncellement de la terre cuite préserve de toute humidité. Ce concours ininterrompu suffirait à démontrer qu'il y a eu de ce côté, dans l'ancienne Rome, un centre d'activité tout à fait principal. Là se trouvait en effet, ou dans le voisinage immédiat, le grand port intérieur de la ville ; là on débarquait les denrées contenues en de vastes dolia, et ceux-ci, pour un débit plus facile et après les octrois payés, étaient vidés immédiatement sans doute dans les amphores que recevaient de nombreux magasins ou horrea construits tout auprès. On brisait ces dolia, soit parce qu'il fallait en extraire les grains, soit pour parer à un encombrement fâcheux, soit quand certaines denrées, comme les huiles par exemple, en avaient rendu l'usage difficile, soit enfin peut-être pour qu'ils ne servissent pas à frauder le trésor, une fois marqués comme ayant acquitté le vansomarium, c'est-à-dire la taxe sur les marchandises apportées dans les vases à anses.

Le mont Testaccio n'a commencé d'être sérieusement exploré, avec méthode et critique, que par le P. Bruzza, le savant barnabite, et par H. Dressel. Ils ont obtenu de tout nouveaux indices en étudiant, non pas seulement les timbres des anses, mais aussi d'autres séries d'inscriptions, tracées au pinceau, qui se trouvent sur les débris de ces mêmes amphores, et que, jusqu'à nos jours, on avait à peine aperçues, presque oubliées qu'elles sont. H. Dressel, après avoir noté soigneusement la place occupée par chaque morceau qu'il enlevait à la mystérieuse colline, a pu établir qu'elle s'est formée peu à peu, en une série considérable d'années, et non pas subitement, comme au lendemain d'une grande catastrophe. Il a montré le Testaccio s'élevant d'abord vers le côté septentrional ; il a pu retracer presque pas à pas le progrès de sa formation en signalant aux diverses hauteurs des fragments revêtus de dates consulaires.

Au sommet il a trouvé des morceaux datés du règne de trois Augustes, soit les fils de Constantin en 340, soit Valérien, Gallien et Saloninus vers 255, soit Septime-Sévère, Caracalla et Géta de 209 à 211. Dans les couches inférieures, sans toutefois qu'il ait pu pénétrer jusqu'à la base de la colline, il a recueilli des marques consulaires du commencement du IIIe. Il a donc pu conclure que le Testaccio s'était accru lentement pendant toute la durée de l'empire. Quant aux inscriptions, Dressel les a su distinguer. Il y a d'abord, sur ces énormes dolia dont se servait le commerce antique, des timbres imposés avant la cuisson et le plus souvent sur les anses. Ces textes-là, composés de quelques mots seulement ou même de quelques lettres, paraissent indiquer d'ordinaire le nom du propriétaire des fourneaux où l'amphore a été cuite, et celui de l'affranchi ou de l'esclave chargé de l'opération. Quelquefois le lieu de provenance est marqué. Le Testaccio et d'autres quartiers de Rome ont fourni, par exemple, le texte suivant en plusieurs variantes dont la comparaison a permis un déchiffrement certain : EX Officina IVLICO HONOR(ati) P(rovinciae) (Waurelanise) C(aesariensis) J(ulius) B(isulcus). Tubusuctu est une ancienne ville d'Afrique, en ruines aujourd'hui, sous le nom de Tiklat. L'indication est utile pour l'histoire du commerce romain.

Mais il y a bien autre chose encore sur les fragments céramiques dont se compose le Testaccio. Dressel y a découvert en plus grand nombre qu'on ne le soupçonnait naguère et des graffitis tracés évidemment dans l'officine du figulus sur la terre encore humide et des inscriptions au pinceau, tantôt en écriture cursive, tantôt en lettres allongées, à peu près de forme onciale, tantôt en caractères offrant l'apparence des notes musicales du moyen âge. Si des exemples toujours plus nombreux viennent confirmer ses conjectures, on se convaincra que ces inscriptions diverses n'affectent pas arbitrairement sur les flancs du dolium telle place ou telle forme. Très souvent il y en a une en caractères cursifs aux attaches d'une des anses ; il y en a une en caractères bizarres, non encore expliqués, au col même, avec cette forme de neumes, une en lettres majuscules, un peu plus bas, une enfin sur la panse. La première, apposée peut-être au départ, débute d'ordinaire par un sigle qui équivaut au mot Rationis ou Lationis fisci. On aurait ensuite l'indication du lieu de provenance et quelquefois la date consulaire ; les consulats notés jusqu'à ce jour vont du milieu du IIe au milieu du siècle suivant. L'inscription en majuscules paraît donner les noms du locataire ou fermier de la fabrique ou figlina qui a fait l'envoi : C. Anloni Lialbi, T. Aureli Sperati, Q. Cœsi Senecionis, etc. Enfin, la dernière indiquerait par des chiffres le poids du contenu. Il ne sera sans doute pas impossible de jauger de pareilles amphores, et de contrôler ainsi la valeur de cette conjecture. Les fragments dont se compose le Testaccio proviennent à peu près exclusivement, à en croire les inscriptions dont ils sont revêtus, de la Gaule, de l'Espagne et de l'Afrique. Dressel incline à penser que les denrées qui étaient apportées représentaient, en grande partie, les contributions dues au patrimoine de l'empereur de la part des fermiers impériaux dans ces provinces. Si telle autre province ne figure pas, ce peut être parce que ses produits n'étaient pas de nature à être contenus dans les dolia, comme les pelleteries, les étoffes, les bois.

Les travaux du P. Bruzza, au sujet des marbres de l'Emporium, ont donné des résultats analogues. Tous ceux qui ont visité Rome ont parcouru la route qui mène entre Santa Maria in Cosmedin, le temple de Vesta, la maison de Rienzi et le Ponte Rollo, par l'ancienne Porta Trigemina, aux pieds de l'Aventin et à l'ancien port de Rome. Au lieu nommé aujourd'hui la Marmorata, on débarquait les marbres venus des carrières lointaines d'Asie, d'Afrique et de Grèce. Des fouilles bien dirigées ont retrouvé et déblayé le sol, dégagé les anneaux d'ancrage creusés dans la pierre et signalé, dans le lit même, comme à la gauche du fleuve, des blocs et des fûts de colonnes gisant depuis des siècles. Épigraphiste ingénieux et expérimenté, le P. Bruzza s'est appliqué à la tâche difficile de lire et d'interpréter les chiffres, sigles ou formules qu'on trouve sur ces blocs. Ses observations ont confirmé les conjectures que Marini lui-même avait commencé d'exprimer, à savoir qu'ici, comme sur les amphores, certaines marques venaient soit des régisseurs et employés impériaux chargés de l'expédition, pour faire reconnaître leurs envois et prévenir toute erreur au débarquement, soit des contrôleurs et fonctionnaires spéciaux chargés de la réception. Les marbres qui appartenaient au domaine impérial (c'était le plus grand nombre) portaient le nom même de l'empereur, ou des formules comme Cœsaris nostri, Cœsaris Augusti, Rationis dominicæ Augustæ... Quelques-uns de ces textes indiquent en outre les divers agents de cette vaste administration, les désignent par leurs titres officiels, et, sans donner expressément les consulats, permettent cependant de retrouver les dates.

Marini a joint à son recueil un certain nombre d'inscriptions recueillies sur les lampes antiques. Ces petits monuments, dont une grande quantité a été conservée, doivent compter assurément parmi les plus intéressants produits de l'industrie figuline ; mais il semble que ce soit surtout à cause des représentations figurées qu'ils nous offrent. Lorsqu'ils portent des inscriptions, ce sont ou les légendes jointes aux sujets représentés ou le plus souvent de simples noms propres, les noms des figuli qui les ont fabriqués. Il n'est pas inutile de noter ces noms, il est vrai, et de les comparer entre eux, car on les rencontre sur des produits de l'industrie dispersés en plusieurs pays d'Europe et c'est la preuve d'une grande dispersion de ces objets par le commerce. Tout le monde connaît cette marque : ANNISEB, abrégé du nom et surnom d'un figulus qui travaillait également pour les chrétiens et pour les païens : les lampes ainsi marquées se trouvent partout.

Au contraire, les conduites de plomb, avec leurs marques inscrites, offrent à l'érudit plusieurs sortes de renseignements précieux. Elles désignent souvent par leurs noms les propriétaires des villas ou des domaines dont elles traversent le sol, et donnent ainsi d'excellents points de repère pour la topographie ; elles portent des dates consulaires et des noms historiques ; par les chiffres de concessions et de débit, elles permettent de se faire une idée de ce qu'était dans Rome l'administration si importante des eaux ; elles aident à la lecture du traité précieux que nous a laissé Frontin et dont R. Lanciani a donné un savant commentaire.

Marini a souvent noté l'analogie des inscriptions qui se trouvent sur les conduites de plomb avec celles des tuiles et des briques ; il s'en est servi pour l'interprétation des textes doliaires. Nous verrons, après avoir étendu la comparaison instituée par lui-même, quelles ressemblances rapprochent en effet ces divers systèmes de notations épigraphiques, sur les dolia du Testaccio, sur les marbres de l'Emporium, sur les conduites des eaux, sur les tuiles et les briques destinées à la construction.

Nous allons maintenant énumérer et décrire quelques titres, non sans avoir préalablement renvoyé à ce que nous avons dit sur ce sujet dans le Dictionnaire aux mots : Amphores, Anniser et Briques.

On pourrait penser à une fabrique grecque établie à Rome, mais l'exemplaire est unique, ce qui ne s'accorde guère avec une production locale ; en outre le sigle xwir n'est pas occidental, mais nous savons qu'il est chrétien. Par contre, il faut écarter l'inscription suivante d'un sceau circulaire imprimé sur une tuile vue autrefois dans la catacombe de Saint-Hermès :

t FIG PLOTINAE AVGT

Les croix initiale et finale ne sont pas des marques de croyance religieuse, mais de simples obèles. Et en effet, pour trouver sur les tuiles de semblables empreintes, faites pour représenter avec une intention évidente le signe de la rédemption, il faut descendre à une époque bien postérieure à celle de l'impératrice Plotine.

La même observation s'applique à une tuile du musée de Wiesbaden où se lit l'inscription :

L E G XXII PF

la disposition cruciforme de cette légende, si souvent publiée, a fait croire à plusieurs qu'elle pouvait être un monument des premiers fidèles ; cette manière de voir ne semble pas fondée et c'est à bon droit qu'E. Le Blant et J.-B. De Rossi ont refusé de l'admettre parmi les monuments chrétiens. Sempronius Héron travaillait pour la 22e légion, cantonnée dans la Germanie supérieure, n'avait ni l'intention ni la simple idée de confesser la foi d'une légion romaine à son corps défendant. Les monuments païens élevés par les soldats de cette légion suffiraient, si c'était nécessaire, à lui en donner le démenti. On a voulu interpréter l'inscription : Legio XXII primigenia pia fidelis par Legio vigesima secunda primiliva fidelis en changeant les sigles RPF en PRF. Mais ces sigles, pas plus que le dauphin sur lequel ils sont imprimés, ne doivent être regardés comme des signes de religion.

Nous rencontrons le monogramme yf^ sur le sceau de Cn. Domitius Evaristus ; celui de Ti. Claudius Sanibus, dont les exemplaires se trouvent même dans les catacombes de Rome ; celui de C. Julius Fortunatus, vu sur le Palatin par C. Descemet.

Viennent ensuite ces quatre empreintes évidemment chrétiennes :

a) LANOYAPIA EN e(e<o)

b) IN DEC

c) Spes in Deo <,fig. 4201)

d) VIVAS IN DEO

qui par la forme ancienne de cette acclamation, peuvent remonter à une époque reculée *.

L'âge de la paix nous met, pour la première fois, en présence d'un monument que l'on peut admettre sans hésiter sur sa date ni sur son caractère. C'est le sceau de l'officine Claudiana, CLAVDIANA, dont le nom est toujours imprimé en cercle autour du monogramme constantinien. Boldetti a relevé ce type assez répandu dans les dernières galeries des catacombes, sur les tombeaux, les monuments postérieurs au triomphe de l'Église '.

La classification des monuments épigraphiques à date certaine laissés par les premiers fidèles a permis de reconnaître exactement l'ordre successif dans lequel se présentent les signes voilés, tels que le monogramme S^, puis le monogramme constantinien et enfin la croix. Les empreintes des tuiles suivent la loi révélée par les inscriptions, et nous voyons seulement à la dernière époque apparaître le signe du salut. La croix ne se montre, en effet, que sur les sceaux de ces officines des bas temps où se lisent les noms des rois ostrogoths, ainsi que le montre l'inscription suivante, dont les exemplaires sont nombreux ' :

■LREG DN THEODE RICO BOND ROME

et d'autres monuments de même nature qui portent le nom d'Athalaric.

Un texte nous intéresse particulièrement par une allusion à un établissement doliaire situé sur la voie Salaria' :


FELIX DEVIA SALARIA EX F(riEdiis), etc.

Le Liber pontificalis signale, sous le pontificat de Silvestre (314-335) et par ces mots Cioilas Figlinas ou Figlina, un lieu situé sur la même route, à deux ou trois kilomètres de Rome, près d'un cimetière chrétien connu *. On lit dans la passion des saints Marius, Marthe et ses compagnons, que l'empereur Claude le Gothique fit enfermer dans les figlinœ de la voie Salaria, en dehors de la porte du même nom, deux cent soixante chrétiens condamnés aux travaux publics '. Ils furent conduits de là vers l'amphithéâtre, où ils devaient être tués à coups de flèches. Ces diverses indications se rapportent évidemment à un même lieu, à une grande tuilerie, qui, avec les maisons de ses nombreux ouvriers, devait avoir l'apparence d'une petite ville. A Strasbourg, on trouva en 1767, sur la montagne Saint-Michel, au lieu de la sépulture de saint Arbogast († 679), évêque de Strasbourg, des fragments de tuiles frappées en creux de cette légende - :

On peut espérer qu'avec le temps et les investigations méthodiques « on finira par reconnaître que, entre les œuvres et les personnages des trois premiers siècles de notre ère, il y en a bien plus qu'on ne suppose qui appartiennent au christianisme '. » Des estampilles nouvelles pourront nous faire connaître des briquetiers et des potiers chrétiens. Les textes nous permettent, en attendant, de suppléer dans une certaine mesure à la pénurie des monuments. Le procès-verbal d'une perquisition judiciaire pratiquée à Cirta (Constantine) sous Dioclétien, le 19 mai 303, nous apprend que l'église de cette ville possédait des magasins de vêtements et de comestibles pour les pauvres ; dans la salle à manger, on trouva quatre tonneaux et sept vases en terre ; les premiers contenaient le vin, les autres l'huile *. A Abtughi, en Afrique, un document relatif à la même persécution nous apprend que l'on gardait l'huile et le blé dans la maison où se réunissaient les frères '. Il est très probable que ces récipients de grande taille, dans lesquels on décantait les liquides et les denrées et qui appartenaient en propre à un particulier ou à une association, recevaient au moment de leur fabrication sur commande une estampille gravée ou peinte désignant leur propriétaire « .

Les estampilles se retrouvent parfois bien loin du lieu de l'office qui en timbrait ses produits '. L'usage de marquer les ouvrages en terre cuite d'une empreinte était si généralement suivi qu'on ne pourrait désigner une catégorie d'objets qui y échappât. Nous avons déjà mentionné l'officina Claudiana qui fait usage du monogramme ; hors de Rome, ce même monogramme constantinien se répand pour le même usage et on le retrouve sur des tuiles en Espagne ', à Plaisance », à Syracuse '', etc., parfois, il est flanqué des lettres A et Cû '. Le toit de la basilique de Sainte-Marie-Majeure, à Rome, était recouvert de tuiles parmi lesquelles on en a retrouvé soixante-six bien entières, munies d'une même estampille doliaire, dont la date probable, à en juger par le sigle XIVir, est post-constantinienne « . Mais ces tuiles sont mélangées à d'autres, qui sont, pour la plupart, sorties d'officines existant dès la fin du IIIe ».

Les sceaux employés par les potiers ne sont pas rares, nous en possédons des païens'^ et des chrétiens. Celui-ci a été trouvé dans les environs de Comiso en Sicile. Il est en bronze ; il mesure 0 m. 06 sur 0 m. 03 et 0 m. 003 d'épaisseur. D'un côté, un anneau servant à le saisir en guise de poignée ; de l'autre, cette légende « (fig. 4202) :

XptaToç vixâ ; l'empreinte étant faite au droit, on devait la lire à l'envers sur les objets timbrés.

A Païenne, un autre timbre provenant de Caltanisetta avec ce mot » :

A Smyrne, un timbre en bronze ayant dû servir à un briquetier ; on y lit ces mots « (fig. 4203) :

C T e * A 7 G npecbct ce qu'il faut lire : Sxsçâvou 7Tps<ipÙT(cpou) [atppoiyiz]- Largeur 0 m. 11, hauteur 0 m. 06, hauteur des lettres 0 m. 015. Le signe en zigzag qui surmonte l'avant-dernière lettre, à la deuxième ligne, paraît devoir servir d'amorce à l'abréviation.

Après ces indications sur des estampilles et des sceaux principalement originaires de l'Occident, nous donnerons encore quelques renseignements au sujet des estampilles doliaires byzantines qu'on a retrouvées principalement sur des briques.

Comparés aux monuments épigraphiques du monde hellénique et de l'empire romain, ceux du bas empire sont très rares. Ici aussi, nous rencontrons les estampilles doliaires. Comme la brique romaine, la brique byzantine est cuite ; la couleur en est brun-rouge, le grain assez fin et compact. Elle mesure ordinairement 0 m. 37 de largeur et de longueur sur 0 m. 035 d'épaisseur. La densité varie selon les époques, de 1,1^ à 2,31. Plus légère au commencement du bas empire, elle acquiert son maximum de densité sous les Paléologues. Sur l'une des faces de la brique, dans un encadrement circulaire ou rectangulaire, se trouve imprimé en relief le nom du donateur. Pour la construction des coupoles et des murs des édifices publics, les architectes byzantins se servaient presque exclusivement de briques que fournissait la générosité de l'empereur, du clergé et des patriciens.

Sous Constantin et ses fils, le nom du souverain est écrit en toutes lettres sur les briques impériales. Après Théodose II, les empereurs y imprimèrent leurs monogrammes. Ces monogrammes diffèrent de ceux que l'on trouve sur les monnaies byzantines. Presque tous sont formés de lettres grecques, tandis que sur la monnaie ils sont en lettres latines jusqu'au milieu du VIe. Sous le règne de Justinien on commença à ne plus se servir de monogrammes. Le nom de l'empereur, écrit en caractères grecs, est précédé de BA((itX£coç). On introduisit sous ce prince l'usage de marquer sur la brique l'année de l'indiction. Jamais le mot IvS'.y.Tiàivoç n'est complet ; le plus souvent il est écrit INA ou INOrdinairement, quand un mot est écrit en abrégé, les graveurs byzantins l'ont fait suivre ^**^ 42(l.'î. — Sceau de Smyrne. D'après l'ill. de la Soc. des antiq. de France, 1801, p137. d'une apostrophe ('). Ce signe est bientôt devenu un trait vertical, qui lui-même s'est changé en s ou en c/j.

Au titre de ^ixaO.ivç. les empereurs macédoniens firent ajouter celui de xijpi.oç. que l'on écrivit KYPouKYNous n'avons pas à pousser plus loin que cette dynastie.

Voici quelques spécimens d'estampilles impériales :


HROYMEN pea, ^, Hrs Avâf Éo'j f,YO'j'j.£V( <'j) 'AvSpéou yo'j KYRYA -tHAr Konpes npEs Kvpiax.où -pîor Mi-p/ou -zza 10 » Dans la galerie déjà mentionnée de SainteIrène : 8ST3n + H AM nérpou, (iap-rtpioç YjYoufiévou. >■ Église Saint-Pierre. Martyrios étant curé. » Or, nous savons par Du Cange que ilartyrios, de l'église de Saint-Pierre, a signé au concile sous Menas en 547-548. Cette année correspond à la 11= année de l'indiction sous Justinien. Sous ce prince, la construction de Sainte-Sophie fit adopter pour les briques de cette église fameuse la mar que suivante ^ :

-T Mer s e KK A s MEyi'-' ;; èy.y.'/.TiOi'x- ;.

H. I.ECLERCQ.


ÉTAIN. L'étain est un des mét aux dont la mention se rencontre le plus rarement dans l'archéologie chrétienne. Cependant la poterie d'étain était d'un usage répandu à Rome et chez les barbaras ; mais les auteurs de l'antiquité nous ont laissé peu detextes à son sujet, aussi bien qu'au sujet de l'orfèVTerie d'étain ; à tout prendre, ils ont parlé de préférence de l'usage de l'étain pour les objets communs -. C'est là, en effet, à toutes les époques, le véritable usage de l'étain, qui, par sa ressemblance avec l'argent et par ses propriétés saines, offre un métal utile, peu luxueux et peu résistant. Au dire de Pline, ce furent les Bituriges qui découvrirent l'art d'élamer les autres mét aux ^. Plaute décrit un festin de son épo que où les mets sont servis dans des bassins d'étain * : Mtiriatica aulem video in vasis stagneis : Bonam narilam, et camantm et lagenia : Echinas jarlos, conchas piscinarias.

On en fait usage comme ustensile de cuisine, commo

V.

vase, comme rtcipient. Galien recommande de mettre les antidotes dans des vases de verre, de corne, d'argent ou d'étain '. Pline en fait usage pour des onguents, des pastil les ' ; Scribonius Largus, Plinius Valerianus. Columelle prescrivent l'usage de l'étaiii. cjui ne produit pas de vert-de-gris pendant la cuisson '. De la théorie on passait à la prati que, puisqu'on a découvert à Belricourt, dans l'Artois, une marmite qui devait être celle des légionnaires en campagne. « C'est un petit plat en étain dont le fond se relève au milieu en bosse circulaire. Ce plat a deux protubéran ces ovo'i des placées près l'une de l'autre, portant crochets, et qui semblent avoir servi à le suspendre à la ceinture ou à quelqu'un des vêtements d'un guerrier '. » Cet objet serait du iv« siècle. Ajoutons à cette marmite des boutons d'étain unis découverts à Vézelise (iMeurthe) S et un petit plat décoré trouve dans l'Artois, au pied d'un cada\Te enterré debout. Il est semblable au.v patènes de calice, large de Om. 14, avec renflement circulaire au milieu, et les côtés sont légèrement rabattus ; il contenait un style à écrire « .

L'étain est un métal sain et peu résistant à la durée des sièc les ; le plomb au contraire est malsain, mais il a résisté au temps et beaucoup de spécimens en sont parvenus jusqu'à nous. Tandis que l'étain servait à contenir la nourriture et les remè des et à confectionner les objets usuels, le plomb avait pres que toujours un usage funéraire '. Les textes sont pres que les seuls témoins que nous puissions invoquer au sujet de l'étain, à cause du peu de résistance du métal. Au contraire, l'iiistoire du plomb peut s'écrire sur les monuments mcmfs qui remplissent les musées. Le plomb servmt à fabriquer des jouets d'enfants, et l'étain aussi, mais plus rarement. Au xvm« siècle, Olivieri décou\Tit à Pesaro, dans un tombeau, tout un laraire d'enfant, larario puérile *. Il y avait trois statuettes : une Vénus, une Minerve, un César à cheval : en outre, un trépied, un candélabre, un préfériculc. une aiguière, six petits bassins à anse, trois patères, trois plats ova les, le tout en étain fin, très délicatement travaillé et très mince.

Il serait bien possible que les figurines composant l'arche de Xoé que nous avons déjà fait connaître (voir Diciionn., t. i, col. 2726-2732, fig. 926, 927), et pour laquelle il est question de métal sans autre indication, fussent en étain. A l'épo que chrétienne, l'étain était, en effet, d'un usage très répandu. Dans les fouil les d'Akhmîn (voir ce mot), on a rencontré, parmi les tombes qui s'échelonnent entre le ni« et le vni« siècle, des jouets, des symbo les, des bijoux de plomb ou d'étain, déposés avec le défunt comme un hommage et une attestation de sa croyance. Nous avons déjà figuré une statuette de Lazare au tombeau (fig. 260), un coq en élain (fig. 3294)- ; parfois c'est une rondelle cruciforme ou bien une ancre (fig. 4204) ''.

Les Gaulois exploitaient des mines d'étain au centre de la France. On sait que l'étain se présente plus communément n l'étal d'oxy'de, c'est-à-dire sous la forme de petits résidus noirâtres, qui ne rappellent auc une substance métalli que »>. Il a donc fallu une science profonde de la minéralogie pour le découvrir, pour calculer ses gisements el les mettre en valeur. En outre, les peup les du centre de la France découvrirent l'étamage et c'est encore sur les mêmes territoires qu'il se prati que aujour d'hui. L'avaient-ils inventé, nous l'ignorons. L'ne opinion \Taisemblable fait venir l'clamage de l'Orient. Quoi qu'il en soit. les fibu les étamées que contiennent les cimetières < des tribus venues en Occident, au moment de l'inva ; sion des barbares, indiquent que l'étamage était i connu des peup les germaniques. Les fouil les de Kertcli montrent, au miUeu de la collection provenant de j cette nécropole et conservée au musée de l'Ermitage I de Pétrograd, un grand nombre de fibu les élaraées.

I dorées et argentées, semblab les à cel les qui se renconî trent dans les lombes franques.

I Les tribus qui, au ra« siècle, fabriquaient ces j fibu les continuèrent deu.x sièc les plus tard, lorsqu'el les se trouvèrent établies sur le sol de la Gaule, et toul porte à croire que des fouil les futures permettront di-

420-1. —.\ncre en étain d'.\klimin. D'après une photographie.

mettre à jour des exemplaires antérieurs au m » siècle, à mesure qu'on retrouvera les étapes des migrations dans la direction de l'Oural et au delà. L'étamage ne s'employait pas seulement pour les bijoux. Dioscoride, l'éditeur des œuvres d'Hippocrate, cite à plusieurs reprises des bassins ou des coupes étamés et Bœckh signale une inscrijition trouvée dans la citadelle d'.\thènes sur une table de magistrats ; il y est question d'objets étamés ou recouverts de plaques d'étain « :

TiTTspiva èvwotx -évTs TayTa OaujjiapÉT/ ; ce devaient être, d'après le texte, des oise aux en mêlai et recouverts d'étain brillant et imitant l'argent. Sept sièc les plus tard, saint Isidore de Sêville nicnlionne rétamage comme une opération sanitaire et utile '. L'abbé Cochet découvrit en 185(j, dans l'arrondissement de Dieppe, trois plats élamés et placés l'un dans l'autre ; le premier et le plus petit des trois mesure 0 m. 04 de profondeur sur 0 m. 24 de diamètre ; les parois, assez épaisses, sont étamées à l'intérieur, ce vase était destiné à être exposé au feu *.

Tous les cimetières mérovingiens contiennent des objets étamés. Il est probable que les barbares des ]ireiuiers temps de la conquête ne connaissaient pas i'étamage, car leurs objets et surtout les bouc les et les plaques de leurs ceinturons ne sont ja mais étamés. Quand la pla que de bronze se rencontre, ce qui est rare, elle est très sobre de dessins et parfois même en est totalement privée. Les Francs apprirent sans doute le procédé de I'étamage des Gallo-Romains ; aussi n'est-ce qu'après la première période d'invasion que l'on constate l'abondance de ces gi-an des plaques (le ceinturon, auxquel les I'étamage donne un éclat tout particulier '. Telle n'est pas l'opinion qu'on semble fondé à admettre*, si on observe que les cimetières saxons d'Angleterre présentent, eux aussi, un grand nombre d'objets élamés '. Cette coïncidence montre que I'étamage était pratiqué en Germanie par les Francs ■■ et les autres tribus établies plus au nord ; car si les Mérovingiens avaient attendu d'avoir pris contact avec les Gaulois pour apprendre l'art î l'étamer, de qui les Saxons, débarquant dans l'île (le Bretagne après avoir quitté le nord de l'Elbe, l'eussent-ils appris ? Ces tribus germaniques appliquaient I'étamage à des objets très divers, mais plus particulièrement aux bouc les et aux ardillons de ceinturons. Dans les cimetières mérovingiens, la proportion de ces bouc les parmi les objets élamés est de vingt contre un. Les fibu les sont souvent en or ou en argent ; quand el les sont en bronze, el les sont pres que toujours dorées ou argentées ; dans quelques fouil les on en a trouvé plusieurs qui sont étamées '. L'abbé Cochet en a rencontré quelques-unes particuhèrement bel les. Leur forme varie comme celle des fibu les en or, en argent ou en bronze ; mais cel les qui sont étamées sont généralement d'un module assez réduit. Pres que toutes cel les qui ont été rencontrées l'ont été dans le nord de la France. « Les plus ordinaires sont allongées, courbes, étroites, s'élargissant dans le haut en un ornement plus ou moins riche sous lequel s'attache l'épingle en s'inséranl dans un petit crochet. Ces sortes de fibu les sont historiées ; les unes ont leur surface large, étamée, découpée et ciselée : d'autres se redressent vers le milieu, se décorent de disques annelés et argentés \ » Deux des plus curieuses ont été trouvées en Normandie, l'une près de Dieppe, à Ouville-la-Rivière, l'autre à Biangy, près de Neufchàtel '. Le motif central de la première est une croix grec que inscrite dans un cercle rehaussé de pois. L'autre était de cuivre, de forme ronde et d'un diamètre de 0 m. 03. Sa surface se compose d'un cercle large de 3 millimètres, orné de deux rangs de raies gravées en creux. Le milieu, qui est évidé, devait être rempli d'émail ou plaqué d'un métal plus précieux. Quatre trous indiquent la place des clous qui fixaient la pla que décorative. La charnière subsiste encore, ainsi que le crochet, mais l'ardillon a disjjaru. Celte fibule a été trouvée sur la poitrine du mort.

Les rapports archéologiques signalent fréquemment des fibu les et bouc les argentées. N'y a-t-il pas là une erreur ? On peut le soupçonner. L'argent s'oxyde à l'air et par conséquent dans la cavité d'un tombeau. Il se forme alors une décomposition de couleur noire. L'éiain, au contraire, ne s'oxydanl que très difTicilement, reste brillant. Aussi a-t-on pu souvent indiquer comme argentés des objets recouverts d'une couche brillante, lors que ce seul fait aurait dû faire écarter toute idée d'argenture. M. G. Bapst assure qu' » il est à noter que les fouil les d'Italie n'ont mis au jour qu'un très petit nombre d'objets étamés ou argentés, » tandis que M. C. Barrière-Flavy avertit que, f dans le midi de la Gaule, de même qu'en Italie, où l'industrie gallo-romaine a persisté plus longtemps qu'ailleurs, les plaques étamées ont été recueillies en grande quantité, et remontent vraisemblablement à des époques où el les n'étaient pas encore pratiquées dans le Nord '°. » Nous nous bornerons, pour notre part, à énumérer quelques exemplaires d'objets étamés. Dans la SeineInférieure, des bracelets en bronze étamés « ; des bouc les de sanda les '^ ; un ardillon portant une tète d'homme ciselée ». Dans le Boulonnois, nombreux boucliers incrustés d'argent ou recouverts d'étain '*. Dans la Li ireInférieure, aux environs de Nantes, un éperon à pointe quadrangulaire à base carrée, dont la branche gauche était étamée ; cet objet se trouvait à côté d'une franiée du vn« siècle ''. En Belgi que « , en Bourgogne », en Normandie « , de petites plaques ayant pu servir à orner le vêtement ou le ceinturon ; tantôt circulaires, tantôt rectangulaires ou terminées en pointe. Des montures de bourses ont été rencontrées en assez grand nombre '' ; enfin il faut signaler le reliquaire de Saint-Maudry = », coffret quadrangulaire de l'épo que mérovingienne, formé de ban des d'os gravées de rosa ces, de Irettcs, etc., et garni de ferrures étamées ; il est vrai que ces ferrures peuvent être d'épo que postérieure. On peut voir au Louvre, dans la vitrine centrale de la salle des bronzes antiques, une fibule dont les pierres ou verres embâtés ont été brisés ; au-dessous, l'on aperçoit les paillons d'étain qui se sont conservés intacts et sans oxydation. Ces paillons ont dû être battus et amincis au marteau, puis appliqués avec des mixtions dans le fond des bâtes, après avoir été préalablement percés de quantité de petits trous pour laisser échapper l'air existant entre le paillon et la pla que du fond, afin d'obtenir une adhésion complète '.

Les Saxons, eux aussi, se servaient de bouc les étaniées peur leurs ceinturons et le Musée Britanni que en possède un certain nombre. L'AngleteiTe a fourni autant de monuments pour la période saxonne que la France pour les temps mérovingiens. Tantôt les fibu les portent des ornements en spirale -, tantôt ce sont de simp les agrafes, ou bien une rondelle de bronze étanié '. A Brighthampton, près de Witney, on a trouvé dans une tombe une fibule en forme de rondelle avec, au centre, un cercle gravé et perforé ; autour, cinq autres cerc les avec des perforations qui servaient sans doute à river des ornements '. Des 420,î. — CaKcc en ctain. D'apr.s G. Bapst, Vilain, 1884, pi. m. trouvail les analogues ont été faites dans le Glouccslershire, le Suffolk, le Norfolk, le Kent.

L'élain étendu sur ces dilîérents objets a été préparé avec grand soin, de manière à ne pas empâter les détails de gravure. Il n'en pouvait être ainsi que si on employait une couche légère, à une température beaucoup plus élevée que de nos jours. Il importe de se bien assurer si c'est vraiment un étamage qu'on a sous les yeux, parce que les Francs employaient bjaucoup un métal grossier que nous avons appelé potin et dans la composition duquel entrait une assez grande quantité de plomb et d'étain. ilalgré l'oxydation de couleur verte qui les recouvre, les objets réellement étamés ont encore un brillant provenant de l'étain '.

Les barbares ne paraissent pas s'être servis de vaisselle d'étain. L'or et l'argent qu'ils pillaient servaient dans les festins des chefs, tandis que les écuellcs de bois ou de terre étaient à l'usage des soldats qui n'avaient point obtenu dans le partage du butin quelque grande pièce d'orfèvrerie. Le bronze étamé dut être cependant usuel chez eux. En Bourgogne, on a découvert plusieurs bassins circulaires en bronze étanié. Quelques-uns de ces objets possédaient des anses d'une forme gracieuse. L'un d'entre eux est même muni d'un rebord renversé orné de per les repouss ces '.

En ce qui concerne le mobilier liturgi que en étain, il y a peu de chose à dire. Le P. François Mathias, de Jlonlins, signalait à Montfaucon deux cali ces en étain conservés à l'abbaye de Saint-Josse-aux-Bois et à Dommartin et remontant au \ii'= siècle : « Les deux cali ces sont fort anciens. La matière paroit estre d'un cstain fort alTmé. Le fond de la coupe est traversé et meslé de petites rayes jaunes qui donnent à croire qu'il y a de l'or dans la composition ; la coupe peut contenir trois demi-setiers de Paris. Ils portent tous deux une légende. Voici celle qui est sur celui de Dommartin : Sumilur hic Christi .« iangiiis proteetio mundi. Ils servoient tous deux, l'un pour la consécration, l'autre pour l'administration du précieux sang' » (fig. 42ti5). La Vie de saint Benoît d'.Anianc lui fait un sujet de louange d'avoir célébré la messe avec un calice d'étain (voir Dictiunn., t. n, col. 1644).

Signalons une burette d'étain dans l'inventaire des objets du culte de Stephanswert, en 812, et une autre en 813, canna e.r stanno dans le trésor de Saint-Ri- (|uier '. Grégoire de Tours parle d'un toit en étain recouvrant une basih que ' ; Venance Fortunat. mentionne un baldaquin d'étain sur une tombe sainte »« . H. Lkci.eucq.


ETHERIA. — I. Découverte. II. Contenu. III. Journal de route. IV. L'auteur. V. Le nom de l'auteur. VI. Le titre de l'ouvrage. VII. La patrie de l'auteur. VIII. La qualité de l'auteur. IX. La date de VIlincrarium. X. Les lacunes de V Ilincrariunt. XI. La langue de V Ilinerarium.

I. DÉcouviiRTE. — En 1881, un érndit italien, J. F. Ganmrrini, découvrit, dans la bibliothè que Sainte-Marie d'Are/.zo, une relation incomplète mais très importante d'un pèlerinage en Terre Sainte ». Elle fut publiée en 1887, sous le titre de Suncta : Siloiœ .\quitaniœ pcregrinalio ad loca sancla '^, et revisée l'année suivante « . Un an plus tard, paraissait à Pétrograd une traduction russe, accompagnée du tcxlc latin revu à nouveau sur le manuscrit '*. ensuite une traduction italienne ■', une traduction anglaise », une I.e manuscrit d'Arezzo. catalogué VI. .1, est sur parchemin, date du xi« siècle et fut écrit en caractères ïombardo-cassinésiens. 11 mesure 0 m. 202 surO m. 171 et contient trente-sept feuillets, parmi lesquels la Peregrinatio en occupe vingt-deux, soit les pages mimérotécs 31 à 74. Le début et la fin manquent et au cours du récit on signale deux lacunes, l.' Ilincrarium est, on le voit, très mutilé. Un écrit de Pierre Diacre, le Liber de lucis saiidis peut, jusqu'à un certain point, suppléer au début manquant. Les recherches entreprises eu Espagne et en France pour découvrir un manuscrit complet de la relation de voyage sont demeurées infructueuses. Depuis, on a signalé à la Biblioteca nacional de Madrid neuf feuillets dans le manuscrit de Tolède 14,24, provenant d'un autre manuscrit du ix » siècle. Le feuillet huitième donne une série de notes topographiques évidemment empruntées à V Ilinerarium. De part et d'autre, c'est le même ordre, ce sont parfois les mêmes mots, les mêmes phrases. Le mérite principal de ces courtes notes aura été d'établir l'existence d'un manuscrit de V Ilinerarium au ix'' siècle '.

Tel est l'état dans lequel se présente à nous le texte qui a profité de quelques lectures ingénieuses et vraisemblab les des éditions plus récentes de 1902 * et 1008 ^ IL Contenu °. — L'auteur inconnu est une grande (lame, originaire d'une province occidentale de l'empire romain, province que rien ne désigne positivement dans le texte, mais qui doit avoir l'océan pour extrême frontière. La première phrase de la relation nous montre l'intrépide voyageuse déjà bien loin de son pays d'origine, dans la péninsule arabi que, au pied de la montagne du Sinaï. Dans un latin vulgaire plein de simplicité, mais qui ne man que pas de charme et où déborde à cha que page un saint enthousiasme pour les souvenirs bibliques, elle nous fait l'histoire de son aventureux pèlerinage. Partout où elle passe, et aucun obstacle ne l'arrête, elle veut tout contempler de ses propres yeux. Elle est avide aussi de tout savoir, de tout entendre de ce qui peut alimenter sa dévotion. Sa curiosité sous ce rapport est insatiable. Elle en fait na'ivemenl l'aveu : « Je suis très curieuse ■>, dit-elle, et ses nombreuses questions nous confirment qu'elle n'a pas exagéré « . Depuis les passages des Ecritures qui ont trait aux heux saints qu'elle visite, jusqu'aux récits parfois bien na'i'fs « les solitaires, qui lui font les honneurs de leurs modestes églises et la comblent de bénédictions et d'culogies, tout est matière à édification pour la pieuse l)èlerine.

Cette sainte ardeur l'accompagne partout : dans la terre de Gessen, dont elle admire l'extrême fertilité et où moines et évê que rivalisent pour lui taire bon accueil : au mont Nébo, qu'elle visite peu après son retour à Jérusalem et du sommet duquel elle contemple à son tour la terre promise ; au delà du Jourdain, où l'appelle le souvenir du saint homme Job ; à Edesse, III. JouRNAi. DE ROUTE. — La voyageuse fit une première excursion en Egypte et dans la Thébaïde, après avoir visité Jérusalem, Bethléem, Hébron et la Galilée. C'est par là que s'ouvrait son journal de route, malheureusement perdu pour nous avec les premiers feuillets du manuscrit. Il est vrai, comme nous l'avons dit, que cette perte est en partie réparée par le récit de Pierre Diacre, qui a lait des emprunts continuels à la Peregrinatio, et par des allusions de celleci à un voyage antérieur. Au moment où son récit commence, la vo j'ageuse est parvenue dans la presqu'île sinaïti que et se dispose à faire l'ascension de la « sainte montagne de Dieu ». Ses gui des, gens édifiants, l'avertissent que la coutume des pèlerins est de réciter une prière dès que le Sinaï se laisse apercevoir. Elle n'a garde d'y manquer.

Avant d'arriver au Sinaï, on traverse une grande vallée, probablement celle d'El Rahah. C'est là que Moïse, gardant les troupe aux de son père, eut la vision du buisson ardent. Mais la caravane continue sa marche, pour ne s'arrêter qu'au retour dans ces lieux sanctifiés.

L'auteur décrit très minutieusement l'aspect du pa\ s. La » montagne de Dieu » comprend un groupe de collines très élevées, plus hautes, dit-elle, qu'auc une de cel les que j'ai vues jusqu'ici. Au miUeu se dresse le sommet sur lequel Dieu s'est révélé à son serviteur Moïse, et qui domine de beaucoup toute la chaîne des montagnes. C'est ce point qui est proprement appelé le Sinaï, encore que ce nom soit donné par extension à tout le groupe.

Le samedi soir, on arriva au pied de la montagne. Il y avait là un monastère et une église desservie par un prêtre ; nos voyageurs y furent reçus avec beaucoup d'empressement et y passèrent la nuit (début du mois de janvier).

Le lendemain, dimanche, au petit jour, on se mit en marche avec le prêtre et les moines qui s'étaient joints au cortège. L'ascension ne fut rien moins que facile. Il fallut escalader toutes les collines l'une après l'autre. Or, remarquez que la voyageuse, on ne les monte pas en suivant des courbes, ou, « comme nous disons, en colimaçon », mais en ligne droite, par des chemins escarpés, et on les descend de même jusqu'à ce qu'on vit les pèlerins trouvèrent une église assez petite, car le sommet de la montagne était lui-même trop étroit pour permettre une grande construction. Le prêtre qui la desservait accourut aussitôt au-devant d'eux. C'était un vieillard vénérable qui avait d'abord mené la vie de moine ou, comme on disait dans le pays, d'ascète. D'autres prêtres et des moines qui habitaient sur les flancs de la montagne vinrent se joindre à eux. On ouvrit le Pentateuque et on lut tout ce qui a trait à Moïse dans le lieu même où ces événements merveilleux s'étaient accomplis. On fit ensuite la prière et il y eut le sacrifice et la communion. Avant de sortir de l'église, les prêtres lui donnèrent des eulogies ou présents, qui consistaient en fruits recueillis par eux-mêmes. Le Sinaï présentait partout un sol rocailleux sur lequel aucun arbre ne poussait ; mais au pied de la montagne et dans les environs coulait un petit ruisseau, qui arrosait les jardins formés auprès du monastère, et cultivés avec beaucoup de soin par les moines.

On sortit alors de l'église et on fit le tour des murs pour contempler le paysage sous tous ses aspects. L'air était d'une transparence parfaite ; un immense panorama se déroulait sous les yeux des pèlerins rais. Les collines que l'on avait gravies le matin avec tant de peine n'apparaissaient plus maintenant que comme de petits monticules. Au loin, l'Égypte, la Palestine, la mer Rouge, le pays des Sarrasins et même Alexandrie et la Méditerranée. C'est du moins ce qu'affirmaient ceux qui entouraient notre voyageuse, mais elle semble avoir quelque peine à le croire.

Les pèlerins, qu'aucune fatigue ne rebutait, re descendirent le Sinaï pour gravir l'Horeb. Là s'était retiré le prophète Élie, lorsqu'il fuyait la présence du roi Achab. Il y avait une église près de la caverne où avait vécu l'homme de Dieu et de l'autel de pierre sur lequel il avait offert un sacrifice. On fit l'oblation, et après une longue prière on lut les chapitres du livre des Prophètes qui se rapportaient à ces événements. Car les pèlerins ne manquèrent jamais, dans tous les lieux qu'ils visitèrent, de lire les passages de l'Écriture correspondants.

L'heure avançait ; il fallait songer au retour, d'autant plus que l'on devait visiter, en descendant, d'autres lieux sanctifiés auprès desquels on avait passé le matin. Après avoir prié à l'endroit où Aaron se tenait avec les soixante-dix vieillards lors que Moïse reçut la loi de Dieu, nos voyageurs descendirent l'Horeb.

Le buisson du sein duquel Dieu parla à Moïse était situé au milieu d'un jardin devant une église. Quand les pèlerins y arrivèrent, il était trop tard pour faire l'oblation. Aussi, après les prières d'usage, moines et pèlerins s'établirent dans le jardin et y passèrent la nuit. Le lendemain, de grand matin, on pria les prêtres de faire l'oblation, et l'on repartit, toujours escortés par les moines, qui montrèrent à la pieuse femme et à ses compagnons l'endroit où les Hébreux campèrent pendant que Moïse était sur la montagne ; celui où fut élevé le veau d'or, encore marqué par une grande pierre ; sur un rocher non loin de l'endroit où Moïse avait brisé les tables de la Loi ; ici le veau d'or fut... Il fallut enfin quitter cette vallée toute pleine de souvenirs bibliques. On se reposa deux jours à Pharan, puis on prit la route qui traverse le désert en côtoyant la mer Rouge jusqu'à Clysma (Suez). Cette route s'écartait quelquefois dans l'intérieur des terres, d'autres fois elle passait si près du rivage que les flots de la mer venaient mouiller les pieds des montures.

De Suez, la voyageuse se dirigea sur Péluse pour prendre la route de Jérusalem ; elle traversait ainsi l'antique terre de Gessen (aujourd'hui Ouadi Toumilàt), prenant à rebours le chemin que les Israélites avaient suivi dans leur fuite. La contrée, absolument déserte, était infestée par les Arabes, qui pillaient et massacraient sans pitié les voyageurs. Rufin et Mélanie, quelques années auparavant, avaient été attaqués par ces brigands et ne leur avaient échappé qu'à grand-peine. On ne rencontrait plus de monastères qu'auprès des étapes romaines, mansiones, où les moines se trouvaient sous la protection des soldats et de leurs officiers. Aussi, à partir de Clysma jusqu'à l'Arabie, l'auteur dut se faire accompagner d'étape en étape par un détachement de soldats romains : des clercs et des moines qui étaient avec elle lui indiquaient la route suivie par les Israélites. Quoiqu'elle eût déjà parcouru ces lieux à deux reprises, elle ne pouvait se lasser de les étudier encore, s'enquérant des moindres détails, comparant les renseignements qu'on lui fournissait avec le texte sacré de l'Exode et notant soigneusement ses propres observations. Ainsi elle nous fait remarquer que la marche des Hébreux ne fut pas en ligne droite, mais qu'ils obliquèrent tantôt à droite, tantôt à gauche, jusqu'à la mer Rouge.

Arabie, où les pèlerins arrivèrent la veille de l'Épiphanie, avait pour évêque un vieillard vénérable, très versé dans les Écritures, et que la voyageuse avait rencontré en Thébaïde dans son précédent voyage, car il avait été élevé dans un monastère dès l'âge le plus tendre. Il fit conduire aux voyageurs jusqu'à la plaine où était autrefois Ramessé et qui n'était plus maintenant qu'un désert couvert de ruines. Il leur montra un rocher dans lequel étaient sculptées deux grandes statues qu'il leur dit être celles de Moïse et d'Aaron, faites par les Israélites eux-mêmes : il y avait aussi un sycomore que l'on croyait planté par les patriarches. On l'appelait, nous dit l'auteur, dendros alethie, c'est-à-dire l'arbre de vérité. Le bon vieillard lui donna quelques autres détails, qu'elle consigne dans son journal.

On demeura deux jours à Arabie, pour y célébrer avec l'évêque la fête de l'Épiphanie. Au moment du départ, l'escorte de soldats fut congédiée, car d'Arabie à Péluse passait la grande route publique de l'Égypte, très fréquentée par les voyageurs et les gens de négoce, en sorte qu'on n'y avait plus rien à craindre. L'ancien pays de Gessen qu'on traversait parut plus beau qu'aucun de ceux visités jusqu'à ce moment. La route court sur les bords du Nil (probablement de celui de la branche Halir-san-cl-Hagar), entre des vignobles et des jardins d'une riche culture, pleins de verdure et de fraîcheur. En deux jours on fut à Péluse et là on continua d'étape en étape jusqu'à Jérusalem par la route qui réunissait la Palestine à l'Égypte.

Après un temps de séjour à Jérusalem, la pèlerine conçut le dessein d'un pèlerinage à l'est de la mer Morte, afin de visiter le mont Nébo ou Nabau, comme elle l'appelle, du sommet duquel Dieu fit contempler à Moïse la terre promise, où il ne devait pas entrer. « Notre Seigneur Jésus, dit-elle, qui n'abandonne pas ceux qui espèrent en lui, a daigné me permettre d'accomplir ce dessein. » Elle prit, cette fois, pour l'accompagner, un prêtre, des diacres et quelques frères moines. Elle traversa le Jourdain à l'endroit où s'était accompli le prodige qui permit aux Israélites de le passer à gué. On lui montra les vestiges de leurs campements, la place où Moïse écrivait le Deutéronome et celle où le saint patriarche, avant de mourir, bénit une dernière fois son peuple. De même que pour le pèlerinage du Sinaï, après les prières d'usage, on lisait les passages correspondants du Deutéronome, on récitait les psaumes se rapportant à la circonstance et on faisait ensuite une dernière prière. « Avec la permission de Dieu, dit la sainte femme, on ne s'est jamais départi de cette routine. » Du reste, le récit de ce pèlerinage est moins circonstancié que le précédent. À Libiade, petite ville que les voyageurs rencontrèrent au-delà du Jourdain, le prêtre de ce lieu, très instruit de toutes les traditions bibliques, se décida à les accompagner, sur la prière de la voyageuse.

Avant d'arriver au Nébo, on trouva un monastère où les ascètes, très nombreux, menaient une vie sainte et mortifiée. Ils offrirent une large hospitalité aux pèlerins, leur accordèrent l'entrée du monastère et leur donnèrent des eulogies, « comme c'est l'usage pour ceux que l'on veut recevoir honorablement. » L'église était séparée du monastère par un ruisseau assez large, d'une eau limpide et fraîche. Cotte eau sortait du rocher voisin ; d'après la tradition des moines, c'était une des sources miraculeusement créées par Moïse.

Plusieurs de ces moines firent, avec les pèlerins, l'ascension du Nébo (le Djebel Nébâ). L'évêque de Ségor, ville au sud de cette montagne, s'était aussi joint à eux. Quoique la hauteur du Nébo soit bien inférieure à celle du Sinaï, les rochers en sont très escarpés et nos voyageurs ne les gravirent pas sans peine. On dut laisser les ânes dans la plaine et s'aider des pieds et des mains pour atteindre le sommet. Là, se dressait encore une petite église. À l'endroit de l'ambon, on remarquait une élévation de terre de la hauteur d'un tombeau ordinaire (ménioia). Les moines dirent à la pèlerine que ce n'était pas la sépulture de Moïse, car ce lieu est ignoré par tous les hommes, mais les anges y avaient reposé un moment le corps du serviteur de Dieu. Ils affirmaient savoir cela de leurs anciens, qui le tenaient à leur tour de plus anciens (qu'eux).

Après avoir fait dans l'église les prières et les lectures accoutumées, on sortit pour contempler la contrée parcourue par les Israélites avant leur entrée dans la terre de Canaan. Les prêtres et les moines qui vivaient de ces souvenirs sacrés se faisaient un plaisir de mettre leurs connaissances au service de leurs hôtes. Ici on voyait le Jourdain se jeter dans la mer Morte ; plus au nord, Libiade, que l'on avait quittée le matin ; sur l'autre rive du Jourdain, la ville de Jéricho, et, plus loin, la terre promise que Moïse avait contemplée de cet endroit même, quelque deux mille ans auparavant ! À gauche, sur les rives de la mer Morte, s'étendait le pays des Sodomites et Ségor, la seule des cinq villes qui n'eût pas été engloutie ; quant aux autres, c'est à peine si l'on croyait en apercevoir quelques ruines. On fit voir aussi à la voyageuse l'endroit où la femme de Loth fut changée en statue de sel.

En passant à droite de l'église, les pèlerins avaient devant eux la contrée des Amorréens et Esebon, capitale de Séon, leur roi ; Fogor, capitale des Midianites ; et Sasdra, capitale de Og, roi de Basan, que les Israélites eurent à combattre. Entre le Nébo et la mer Morte s'élevait, dans la contrée occupée autrefois par les Moabites, un sommet appelé Nyri Sperula, d'où le « devin Balaam » bénit les campements d'Israël. Après avoir longuement contemplé tout le pays, les pèlerins descendirent le Nébo et reprirent la route de Jérusalem par Jéricho.

A l'est encore du Jourdain, mais en tirant vers le nord, s'étend l'Idumée et le pays de Hus, célèbres dans l'histoire biblique par le souvenir du bienheureux patriarche Job. Il y avait là des monastères nombreux dont les habitants venaient fréquemment à Jérusalem. Toujours empressée à recueillir les renseignements géographiques et topographiques qui pouvaient l'éclairer dans l'intelligence des saintes Lettres, la voyageuse se mit en rapport avec eux et elle ne tarda pas, dans ces conversations, à concevoir le désir d'aller, elle aussi, visiter le tombeau du saint homme. Elle eut bientôt réuni autour d'elle une nouvelle troupe de moines, heureux de s'unir à son pieux projet. Nous savons peu de chose de ce pèlerinage, à cause d'une lacune de deux pages qui se rencontre à cet endroit du manuscrit.

De Jérusalem, on s'achemina vers le nord, du côté de la Samarie. Salem ou Sédimà se rencontra sur la route. Nos voyageurs ne manquèrent pas d'y vénérer l'endroit où Melchisédech offrit à Dieu son sacrifice symbolique. Le prêtre du lieu accourut au-devant d'eux avec ses clercs et les fit entrer dans l'église. C'était un ancien moine, savant dans les Écritures et dont les évêques voisins rendaient le meilleur témoignage.

Il fit visiter aux voyageurs les ruines du palais de Melchisédech : au milieu des décombres, on venait encore chercher des matériaux pour les constructions, des pierres, des vieux fers, et on trouvait même quelquefois quelques parcelles d'argent. Quand on eut admiré ces restes vénérables, la pieuse dame cita au prêtre un passage de l'évangile (Jean, 3, 23), dans lequel il est dit de saint Jean-Baptiste, qu'il baptisait à Aennon près de Salim. Connaissait-on encore cet endroit ? Le prêtre conduisit alors les pèlerins le long d'un petit ruisseau, à travers une vallée très fertile, jusqu'à un verger, au milieu duquel se trouvait une source d'eau douce. Elle se déversait dans un lac où, disait-on, saint Jean administrait le baptême. Cet endroit s'appelait « le jardin de Saint-Jean », d'un mot grec qui signifie « jardin de Saint-Jean ». Le prêtre leur apprit que c'était un lieu de pèlerinage très fréquenté, que les moines venaient de tous les pays pour se laver dans les eaux du lac. Il ajouta que, vers la fête de Pâques, tous ceux qui, dans le bourg de Salem, sont admis au baptême, viennent à cette fontaine pour le recevoir ; le soir, après la cérémonie, on les reconduit, à la lumière des flambeaux, avec les moines et les clercs qui disent des psaumes et des antiennes, jusqu'à l'église de Saint-Melchisédech. Le prêtre et les moines qui avaient leurs cellules dans le « jardin de Saint-Jean » ne voulurent pas laisser partir les pèlerins sans leur offrir en eulogie des fruits cueillis dans le « jardin de Saint-Jean ».

Au delà du Jourdain, que durent encore traverser les voyageurs, ils vénérèrent les lieux sanctifiés par la présence du saint homme Élie de Thesbé et la caverne où il habita. Il y avait non loin de là un monastère qu'un moine s'était construit et dont il semblait être l'unique habitant. La voyageuse pensa que ce n'était pas sans raison qu'il avait choisi ce lieu : car, d'après ce que nous avons vu jusqu'ici, il paraît bien certain que, du moins dans ces pays, l'emplacement d'un monastère devait toujours être consacré par un souvenir biblique. Elle demanda donc à ceux qui l'accompagnaient quelle cause avait porté ce moine à se retirer en ce lieu. On lui répondit que c'était là l'endroit où Élie, au temps de la famine, était nourri par les corbeaux et buvait l'eau du Chorra. La dame en rendit grâces à Dieu, ainsi que de toutes les merveilles qu'il daignait montrer aux yeux avides de sa servante.

C'est à Carnéas, but de son pèlerinage, qu'elle trouva le tombeau du saint homme Job. On lui raconta qu'un solitaire avait un jour quitté son désert et qu'il était venu trouver l'évêque et les clercs, leur enjoignant, après une vision céleste, de creuser la terre à un certain endroit. On y trouva, en effet, une pierre sur laquelle était gravé le mot Job. Une église fut construite aux frais d'un tribun à cette place, de façon que l'autel reposât sur les restes du bienheureux. Le lendemain matin, à la prière de la sainte femme, l'évêque fit l'oblation, tous les pèlerins s'unissant au sacrifice. Ils partirent ensuite, munis de la bénédiction de l'évêque, et rentrèrent à Jérusalem par la même voie, rendant grâces à Dieu.

Trois ans s'étaient écoulés depuis le jour où l'intrépide voyageuse avait quitté sa patrie pour se rendre à Jérusalem, trois ans pendant lesquels elle avait visité tous les saints lieux de l'Orient, surmontant toutes les fatigues, et guidée par la foi et l'amour du Christ et de ses saints. Maintenant, elle avait le projet de regagner son pays, auprès de ses sœurs bien aimées. Suivant l'itinéraire des pèlerins des Gaules, elle devait prendre sa route vers le nord-ouest en longeant les côtes de la Méditerranée jusqu'à Tarse et en traversant l'Asie Mineure pour arriver à Constantinople, et de là revenir en Gaule par la Thrace, la Dacie, la Mysie, la Pannonie et les Alpes. Mais, parvenue à Antioche, la dame voulut voir Édesse, qui n'est séparée de cette ville que par sept étapes. La pensée de visiter les saints moines de Syrie et de Mésopotamie, dont on lui avait raconté la vie admirable, de prier sur la tombe de l'apôtre Thomas, enfin, de voir la lettre que l'on disait avoir été écrite à Abgar, roi d'Édesse, par Jésus-Christ, exerçait sur elle une vive séduction. Elle jugea bon toutefois de s'en excuser. « Je vous prie de m'en croire, disait-elle à ses sœurs, aucun des chrétiens qui viennent aux lieux saints de Jérusalem ne manque de faire ce pèlerinage. » Elle partit donc d'Antioche, au nom du Christ, notre Dieu, pour Édesse. Sur la route, elle rencontra Hiérapolis, grande et riche cité sur les bords de l'Euphrate, où elle s'arrêta pour prendre ses dernières dispositions. Les gros bateaux pouvaient seuls tenter la traversée du fleuve, à cause de la rapidité du courant : aussi, malgré sa hâte d'arriver, elle perdit une journée presque entière sur la rive à attendre qu'un de ces bateaux appareillât pour l'autre bord. Enfin elle mit le pied sur cette terre de Mésopotamie, après laquelle elle avait tant soupiré. A mi-route d'Édesse se trouve Hathana, ville très peuplée et qui, pour cette raison, possède un soldat romain et un tribun. Il y avait aussi une église, dont l'évêque menait la vie monastique et avait confessé la foi, et dans son église plusieurs tombeaux de martyrs.

Notre voyageuse demeura trois jours entiers à Édesse, et son temps fut mis à profit, comme on va le voir par la relation détaillée de ses faits et gestes.

La ville d'Édesse lui paraît magnifique et vraiment digne d'être la maison de Dieu. Le tombeau de l'apôtre saint Thomas n'était pas encore réuni à l'église : la voyageuse alla, dès son arrivée, y faire ses prières accoutumées dans tous les lieux vénérés et y lut les actes du martyre de saint Thomas. La ville possédait plusieurs autres tombeaux de martyrs, qu'elle visita tour à tour : la plupart de ces martyria étaient gardés par des moines ; d'autres solitaires avaient leurs habitations loin de la ville, dans des lieux retirés. L'évêque, moine aussi et confesseur, est probablement le même que saint Euloge. Il aborda très gracieusement la dame et, la félicitant d'avoir entrepris ce long pèlerinage, il ajouta ces mots : « S'il peut vous être agréable, ma fille, de voir les lieux chers à la piété des chrétiens, nous vous les montrerons nous-même. » Elle répondit en remerciant Dieu de cette faveur, et en agréant la proposition de l'évêque.

Celui-ci la conduisit d'abord au palais d'Abgar, contemporain de Jésus, et la fit s'arrêter devant deux portraits, statues ou bas-reliefs en marbre d'une blancheur éclatante, dont l'un représentait Abgar et l'autre le Christ. Elle admira sur les traits du père un grand air de dignité et de sagesse. « C'est là, lui dit l'évêque, ce roi Abgar, qui, avant d'avoir vu le Seigneur, a cru en lui comme au fils de Dieu. » Dans l'intérieur du palais, se voyaient de grands viviers poissonneux dont les eaux alimentaient la ville d'Édesse (voir ce mot, t. iv, col. 2058). Elles étaient abondantes, claires et agréables au goût. Ce bon évêque déploya tout son récueil d'historiettes, dont la niaiserie ne semble pas avoir troublé son interlocutrice, qui a pris soin de les consigner. Cela fait, ils se rendirent à la porte de la ville par laquelle entra Ananias, le courrier porteur de la lettre de Jésus. L'évêque fit debout une prière, lut la lettre et la réponse et se remit en prières. Ensuite, ils visitèrent la ville et, avant son départ, l'évêque donna à sa visiteuse un exemplaire de la correspondance d'Abgar et de Jésus. Elle partit enchantée.

D'Édesse, on poussa une pointe vers Carrhes, au sud d'Édesse, antique patrie d'Abraham. Là aussi se trouvait un évêque menant la vie monastique et confesseur de la foi. L'église était située hors de la ville, dans le lieu où se trouvait la maison de « saint Abraham », tellement que, au dire de l'évêque, les fondations de cette maison avaient servi à recevoir les murs de l'église. Le puits où Rébecca puisait de l'eau quand elle fut rencontrée par Éliézer était tout proche. On voyait aussi dans l'église le martyrium ou tombeau d'un saint moine du nom d'Helpidius, dont la fête se célébrait à Carrhes le lendemain même, 22 avril. Or, ce jour-là, toute la gent monacale de Mésopotamie accourait faire la fête. C'était le seul jour, avec la fête de Pâques, où ces solitaires quittaient leur désert. La voyageuse ne manqua pas de s'entretenir avec tous ces saintes gens. La nuit venue et la fête finie, ils quittèrent la ville et regagnèrent leurs ermitages. Sauf quelques clercs et quelques moines, la ville de Carrhes était encore païenne ; mais on y pratiquait la tolérance, parce que ces gentils vénéraient eux aussi la maison d'Abraham, les tombeaux de Nachor et de Bathuel.

L'évêque, homme instruit dans les Écritures, accompagna la visiteuse jusqu'au puits où Jacob abreuvait les troupeaux de Laban et jusqu'à la belle et spacieuse église qui consacrait ce souvenir. Autour de l'église s'élevaient de nombreux monastères, qu'ils visitèrent ensemble et où ils reçurent le meilleur accueil.

De retour à Antioche, la voyageuse y séjourna une semaine avant de reprendre son voyage. À Tarse, elle fit un nouveau crochet pour visiter le martyrium de sainte Thècle, à trois étapes de Tarse, en pleine Isaurie. L'évêque de Séleucie d'Isaurie était moine et l'église construite à quelque distance de la ville était fort belle. Il y avait dans le pays un grand nombre de monastères d'hommes et de monastères de femmes. On nommait ces dernières apotactiques (voir ce mot), et un de ces monastères avait pour supérieure la diaconesse Marthana, en haute réputation de sainteté. Après deux jours de dévotions et de causeries, la voyageuse revint à Tarse et gagna Constantinople par la chaîne du Taurus, la Cappadoce, la Galatie, la Bithynie, avec un arrêt à Chalcédoine, au tombeau de sainte Euphémie.

C'est de Constantinople que l'auteur rédige ses souvenirs et les adresse à ses correspondantes d'Occident. « Quand j'y fus parvenue, dit-elle, je parcourus les églises, les tombeaux des apôtres et des martyrs, si nombreux dans cette ville, ne cessant de rendre grâces à Jésus Notre-Seigneur, qui a daigné étendre sur moi sa miséricorde. De là, mes chères amies, lumière de mon âme, j'ai voulu vous donner ce gage de mon affection (en vous écrivant). Je voudrais encore, au nom de Jésus-Christ Notre-Seigneur, aller en Asie, et visiter Éphèse, pour y prier sur la tombe du saint et bienheureux apôtre Jean. Si la vie m'est conservée, je vous raconterai moi-même de vive voix, avec la permission de Dieu, tout ce que j'aurai vu ; ou du moins je vous le manderai par écrit. Pour vous, amies et lumière de mon âme, daignez vous souvenir de moi pendant ma vie et après ma mort. » Cela dit, elle entreprend le récit détaillé de la liturgie de Jérusalem. Nous y reviendrons.


IV. L'auteur. — On a beaucoup fait pour identifier l'auteur de la Pèlerinage. Il semblait, de prime abord, que ce dût être une tâche facile. Ce n'était certes pas un personnage vulgaire que cette grande dame, qui allait ainsi des bords de l'océan aux rives de l'Euphrate ; qui ne redoutait pas plus les sables ardents du désert que les bandes de pillards, éparses çà et là sur les confins extrêmes du monde romain. Au Sinaï, en Égypte, au Nébo, en Idumée, en Judée, partout elle est accompagnée d'une suite de clercs et de moines. En Égypte, à Ségor, en face de la mer Morte, à Carneas, à Édesse, à Carrhes, en Isaurie, les évêques l'accueillent avec honneur et s'offrent à la guider dans ses pieuses visites. Aux endroits les moins sûrs de la route, les commandants des forces romaines, éparses dans les provinces d'Orient, mettent à sa disposition, pour la protéger, une escorte de soldats.

Nous savons que l'auteur est une femme qui écrit à ses correspondantes formant une communauté de vierges ou de nonnes. Elle les appelle mes sœurs vénérables, ma lumière, lumière et maîtresses de mon âme, toutes appellations fort touchantes qui ne semblent pas d'ailleurs l'attirer outre mesure à se retrouver dans la pieuse compagnie. Il s'agit très probablement d'une nonne et très probablement de la supérieure des nonnes. Cette hypothèse semble recevoir un appui de ce fait que, dans le catalogue de la bibliothèque du Mont-Cassin, rédigé en 1532, un manuscrit qui paraît être le nôtre commençait par le mot Abbatissa, abbesse, terme qui désignait peut-être l'auteur de la Pèlerinage et aiderait à comprendre ce que nous avons vu également de l'empressement des moines et des clercs à s'associer aux excursions de la voyageuse, quelle quantité d'éloges ils lui présentent, quelles prévenances ils ont pour elle.

Elle vient d'Occident, mais la désignation est vague. Cependant il lui arrive, pour se mieux faire comprendre de ses compagnes, de comparer ce qu'elle voit à ce que celles-ci peuvent connaître, au moins par ouï-dire. En face de la mer Rouge, elle dit que, malgré son nom, ses eaux sont aussi transparentes et aussi froides que celles de l'Océan et que les poissons qu'on y pêche sont de la même espèce et ont le même goût que ceux de la mer d'Italie (la Méditerranée). En arrivant en Mésopotamie, à la vue de l'Euphrate, elle écrit à ses sœurs : « Qu'il me suffise de vous dire que cet Euphrate est un grand fleuve, large, et je dirais presque terrifiant, car il court avec impétuosité comme le Rhône, et peut-être encore l'Euphrate est-il plus grand. » Le latin vulgaire employé par la voyageuse n'était sans doute pas le langage de la société cultivée ; ceci invitait à chercher quelle province de très haut rang, peut-être la protégée ou la parente de quelque fonctionnaire important de la cour impériale. Ces considérations amenèrent le premier éditeur à voir dans la voyageuse la sœur de Rufin d'Aquitaine, vénérée dans l'Église sous le nom de Silvia ou Silvania. Rufin était né dans le Gers, à Elusa (voir ce mot), sa sœur aussi vraisemblablement : on savait de plus qu'elle avait consacré à Dieu sa virginité et mena une vie sainte. Palladius nous en parle, dans son Histoire lausiaque, comme d'une femme respectable, très avancée dans la connaissance des saintes Écritures et qui passait les jours et les nuits à étudier les commentaires d'Origène, de Pierius, de Grégoire et autres saints docteurs ; elle fit le voyage de Jérusalem et d'Égypte par Constantinople et fut en relation avec Rufin d'Aquilée, Palladius, saint Gaudence, évêque de Brescia, saint Paulin de Nole, et probablement avec saint Cyrille de Jérusalem, saint Jérôme, les saintes Paule, Mélanie et Olympias, la diaconesse célèbre.

Les analogies entre sainte Silvia et l'auteur de la Pèlerinage déterminèrent une identification qui fut universellement acceptée, sinon comme touchant à la certitude, du moins comme très plausible.

Un érudit mit en avant le nom de Galla Placidia, fille du grand Théodose ; mais une fois admise la date probable du pèlerinage, l'impossibilité devient manifeste (à la date du voyage, la princesse n'était pas encore née) : on s'en tint, faute de mieux, à la Gauloise Silvie. C'est sous son nom que furent publiées, sauf une seule, les premières éditions de la Pèlerinage. L'éditeur P. Geyer a reconnu le bien-fondé de l'identification qui dépossède Silvia, à laquelle W. Heraeus adresse une sorte d'adieu sous ce titre : Silviæ vel potius theriæ Pèlerinage, tandis que G. Krüger continue à désigner sous le nom de Silvia Aquilana Pilgerin am 38° le personnage (qu'il reconnaît n'avoir rien de commun avec Silvia).

C'est à dom M. Férotin qu'est due l'identification, contre laquelle personne n'a été si malavisé que d'y contredire.

Dans la seconde moitié du VIIe vivait en Galice un saint solitaire nommé Valérius. Grand amateur de livres, écrivain lui-même, il nous a laissé une autobiographie des plus curieuses. Né dans le voisinage des derniers contreforts des monts cantabriques, il garda toute sa vie, dans son caractère comme dans presque tous ses écrits, quelque chose de l'âpreté de ces hauteurs sauvages. Aussi, son existence fut-elle une série de déboires, dont le récit sous sa plume est d'une extrême vérité. Une épreuve lui fut particulièrement sensible : la perte de ses manuscrits. Il avait composé plusieurs livres : De lege Domini et De sanctorum triumphis, pour s'aider, nous dit-il, à supporter en patience les ennuis de son long pèlerinage. Un mauvais clerc les lui déroba. Mais il était de forte race : il ne se laissa pas rebuter par cette mésaventure, et par un travail assidu il se forma bientôt toute une petite bibliothèque. En une seule nuit, ce nouveau trésor, qui lui avait coûté tant de peines et de veilles, lui fut enlevé par un faux frère que la malice du démon avait poussé à ce crime.

Ici encore, il trouve dans l'étude le remède à son chagrin. Au fond de sa retraite de Vierzo (Bergidense territorium, pittoresque contrée située entre Astorga à l'est, et l'océan à l'ouest), il ne dédaigne pas de devenir humble maître d'école. Il instruit d'abord Bonosus, fils d'une riche matrone nommée Théodora, et compose même pour lui un petit livre, qu'il nous présente comme une œuvre de quelque valeur (præcipuum libellum). Bientôt, c'est toute une bande d'écoliers qui se réunit autour de lui (adolescentuli multi meæ se mancipant doctrinæ). Il parle avec quelque orgueil d'un de ses jeunes élèves (parvulum quemdam pupillum), qui avait appris par cœur en six mois tout le psautier et les cantiques. Valérius nous dit lui-même que ce n'est qu'au bout de quarante-deux ans de misères qu'il parvint à jouir d'un peu de calme, au milieu de son affreux désert. Consolé par la présence de son neveu Jean, qui, accompagné d'un serviteur, était venu le rejoindre, après avoir quitté le service du roi, il passa dans la paix les dernières années de sa vie. Autour de sa retraite, les rochers arides avaient fait place à un délicieux jardin, qu'il nomma son buis de Dulyme, et pour la description duquel il sema à pleines mains les fleurs de sa rhétorique. Il eut bien encore quelques ennuis dans ce nouvel asile ; mais ce furent de courtes alertes. Quelques disciples se réunirent autour de son ermitage, et il y eut bientôt reconstitué tout un ensemble de ces livres liturgiques ou édifiants qu'il regardait comme ses plus fidèles amis.

C'est très probablement de cet ermitage, caché dans la montagne, et alors que sa sainteté le faisait vénérer par les pieux habitants de ces solitudes, qu'il écrivit sa lettre Ad fratres Bergidenses, c'est-à-dire aux moines du Vierzo. Il veut exciter leur zèle, stimuler leur ardeur au service de Dieu, en plaçant sous leurs yeux un exemple bien fait pour frapper leur esprit. Cette lettre, comme on va le voir, n'est autre chose que l'éloge de l'auteur de la Pèlerinage ad loca sancta. Le morceau intitulé : De beatissima Egeria. Cette lettre est désormais inséparable du récit du pèlerinage. Elle fut éditée par Florez en 1762 et recueillie dans la Patrologie latine. A vrai dire, Valérius ne dit nulle part que son héroïne a tenu un journal de route, ni qu'il l'a eu sous les yeux tandis qu'il résume ses aventures, mais il a connu une rédaction intégrale du récit dont nous ne possédons plus que des fragments. Quand Valérius prit la plume pour écrire aux solitaires du Vierzo, il était encore comme embaumé par la lecture du récit de notre pèlerine. Son style lui-même se ressent fortement de cette influence. Au contact de cette prose si douce, si pleine d'abandon, son propre langage perd ce ton âpre et mordant, cette rudesse native qui nous choquent trop souvent dans l'autobiographie du montagnard asturien. Peu à peu, il se laisse gagner par le pieux enthousiasme de son héroïne, à laquelle il emprunte même parfois ses expressions.

Recherchant partout, à l'aide du texte de l'Exode, les traces des Hébreux à travers les vastes solitudes du désert, Éthérie arrive enfin au pied du Sinaï. Ici l'émotion gagne le narrateur ; il se laisse entraîner par le récit de la noble pèlerine. À l'endroit, dit-il, où Moïse fit sortir de la roche très dure l'eau précieuse destinée à faire cesser les murmures du peuple infidèle, notre pieuse vierge sentit couler dans son cœur altéré de Dieu la source d'eau vive jaillissant pour la vie éternelle. Là où la multitude reçut du ciel la manne sainte, celle-ci, nourrie du Verbe divin et infatigable à remercier le Seigneur, poursuivait intrépide son chemin. Malgré la colonne lumineuse qui les guidait et la voix de Dieu qu'ils avaient entendue, les Hébreux songeaient encore à retourner en arrière : mais la fidèle chrétienne, après avoir ouï l'appel de l'évangile, s'avançait dans l'allégresse vers la montagne du Seigneur. Les Israélites, oubliant Moïse, auquel Dieu dictait sa loi, se fabriquèrent une idole : notre Éthérie, dans l'attente du grand événement final, ne se souvient plus de la fragilité de son sexe, et, soutenue par la main du Seigneur, gravit d'un pas que rien ne fatigue cette montagne sacrée dont le faîte s'élève jusqu'aux nues. Sur ce sommet rocheux, où s'est reposée la majesté du Tout-Puissant, le cœur débordant de joie, elle offre à Dieu des hosties salutaires et lui rend des actions de grâces.

Il semble que, dans son ardeur, elle veuille parcourir les confins du monde. La voici bientôt après sur la cime du Nébo, d'où Josué aperçut la terre promise et où il fut, dit-on, enseveli par les anges ; puis sur le Thabor, témoin de la gloire du Seigneur. L'Hermont, le mont des Béatitudes, la montagne d'Élie, celle de la Quarantaine reçoivent tour à tour sa visite. Sur toutes ces hauteurs s'élevaient des sanctuaires, dans lesquels elle offrit ses vœux au Dieu tout-puissant.

Valère montre ici à ses disciples le mérite de tant de fatigues, supportées avec un courage que rien ne rebute. Quels trésors de crainte de Dieu, de charité, de foi, d'espérance, ne devaient pas remplir ce vaillant cœur de femme, que n'arrêtent ni les mers orageuses, ni le large courant des fleuves, ni l'aspérité sauvage des montagnes, ni enfin l'implacable fureur des nations impies ! Rougissons, frères très chers, en voyant cette vraie fille d'Abraham donner la solidité du fer à un corps délicat et fragile, en vue de la récompense éternelle. C'est ainsi qu'elle est parvenue à la félicité du paradis, en foulant aux pieds le monde et ses vains plaisirs. L'Orient l'a connue, cette vierge sortie de l'extrême Occident, de ces rivages baignés par les flots de la mer Océan. Elle n'a pas voulu du repos d'ici-bas pour arriver avec la palme de la victoire au repos éternel : mais elle est devenue volontairement pèlerine sur la terre, afin d'avoir part un jour à l'héritage du royaume céleste, associée au chœur des vierges, dans la compagnie de la glorieuse reine du ciel, Marie, mère du Seigneur.

Apprenons-nous au service de Dieu, nous qui lui sommes consacrés par notre habit ; travaillons jour et nuit à nous purifier de nos vices : de crainte que, loin de cette bienheureuse qui a tant pérégriné en ce monde viendra au-devant du Seigneur, portant à la main, dans la société des vierges, sa lampe allumée, nous ne voyions les portes du ciel se fermer à jamais devant nos lampes éteintes. Marchons tant que luit la lumière : celui-là seul aura la récompense qui sera fidèle jusqu'à la fin.

Le résumé qui précède suffit pour identifier l'auteur de la Peregrinatio ad loca sancta avec celle que le moine du Viêzo glorifie devant ses compagnons sous le nom de bienheureuse Éthérie, dans sa lettre de vita et laude beatissimae Etheriae, dont la tradition manuscrite est assez pauvre.

Ambrosio de Morales, lors de son voyage à l'église d'Oviedo, découvrit deux volumes contenant les œuvres de Valère, et sans doute aussi l'éloge d'Éthérie. Dom Férotin croit pouvoir identifier l'un d'eux avec le manuscrit « //.''/de la bibliothèque de l'Escurial : l'autre a disparu. Löwe-Hartel signale un troisième manuscrit provenant de San Millán de la Cogolla et conservé à la bibliothèque de l'Académie de l'histoire à Madrid, sous le n° 6 -, désignation fautive qui a laissé le texte introuvable. La description donnée par Hartel permet de remédier à cette bévue. Ce serait un volume en écriture wisigothique du Xe ou XIe, de 393 feuillets. Au fol. 287 verso se lisait : Epistola de beatx Eheriœ lande ; mais le texte aurait disparu. Florez parle aussi d'un manuscrit de San Millán qui ne contenait, des œuvres de Valère, que le traité De vana sæculi sapientia jusqu'au n° 10 de son édition et la première révélation au bienheureux Donadeus avec l'acrostiche '. Ces données s'accordent parfaitement avec notre manuscrit (fol. 208 v°- 212 v« ).

Le manuscrit de l'Escurial a II 9 fut écrit l'an 992 de l'ère espagnole, c'est-à-dire en 954 de l'ère vulgaire. Il est écrit sur deux colonnes, en caractères wisigothiques et mesure 310 x 240 millimètres ; il comprend 132 feuillets portant une double numérotation moderne : l'une à l'encre, qui n'est pas complète et porte sur 132 feuillets seulement, les premiers n'étant pas numérotés : l'autre au crayon et récente, qui compte 141 feuillets. La lettre de Valère se lit aux feuillets 108-110 (encre), 117-119 (crayon). Ce manuscrit fut donné par Jorge de Beteta au roi Philippe II, il a été décrit plusieurs fois ; le texte a été publié par dom Férotin d'après une collation de G. Antolin.

Florez a utilisé pour son édition de l'Epistola un texte contenu dans un manuscrit wisigothique du monastère de Carracedo, d'après une copie de Fray Alonso Ambrosio '. Ni l'original ni la copie ne nous ont été conservés. Une autre copie du même manuscrit avait été faite par Ambrosio de Morales. C'est celle que le P. Cifuentes, bibliothécaire de l'Escurial, a reproduite, en notant une partie des leçons par lesquelles elle s'écarte du manuscrit de l'Escurial a II 9 et de l'édition de Florez '.

Un manuscrit de Silos, conservé à la Bibliothèque nationale de Paris sous le n° : fonds latin, nouv. acquis., 217 S, renferme la lettre de Valère, fol. 262-264 ; ce volume date du milieu du XIe '. Il concorde avec le manuscrit de Carracedo. Celui de Tolède a été retrouvé à la bibliothèque nationale de Madrid, qui conservait déjà la copie communiquée jadis à Florez par le P. Burriel '. Quant au manuscrit original de 902, tous mes efforts pour le découvrir dans les archives de la cathédrale de Tolède ont été inutiles, disait dom Férotin. C'est que, en effet, plusieurs manuscrits furent transportés du chapitre de Tolède à Madrid, qui en restitua un certain nombre et garda le reste. Parmi ces derniers se trouve le manuscrit 10.25, anciennement li.ô, aujourd'hui n° 10007. Hartel en a donné une description minutieuse -. C'est un volume de grand format, écrit sur deux colonnes en écriture wisigothique et comprenant 263 feuillets. Au fol. 147 v° on lit d'une écriture du Xe : Hune librum dedildomnus pf^JWM^M dco et ecclesia<e>sanctii : mariœ sedis toletanœ pro redemptione animas sux et omnium parenlorum suorum : in tali vero ralione ul nullus, nec episcopus, nec clericus vel eliam laiciis ciundem librum ab eadem ecclesia auferal, sèd semper ibi maneai. Au dernier feuillet, 263, on lit : Explicit liber in era DCCCCXL(= ann. 902) régnante domno adefonsum princeps, armentarius indignus et grave onus peccatorum depressus scripsit, hora pro me sic inventai requiem animie tuœ. Amen. La lettre sur Éthérie se trouve aux feuillets 223-225. C'est ce texte qu'a publié le P. Z. Garcia d'après une collation de Frias.

Il existait encore au chapitre de Tolède un autre manuscrit du XIIe, qui semble, d'après Florez, n'avoir été qu'une copie de celui de 902 ; il note en effet la même lacune d'une phrase dans tous les deux.

Les deux manuscrits datés de 902 et de 954 sont indépendants l'un de l'autre, ainsi qu'en témoignent leurs particularités orthographiques et leurs variantes, irréductibles les unes aux autres. De la confrontation des unes et des autres, il semble certain que la tradition manuscrite représente deux familles de textes : l'une, la meilleure, constituée par les exemplaires de Carracedo, de Huerta et de Tolède ; l'autre, par les exemplaires de l'Escurial et de Silos.

Les éditions de l'Epistola sont les suivantes :

1736. Fr. Xav. Manuel de la Huerta y Vega, Anales del reyno de Galicia, Santiago, t. II, p. 379-381 ; incomplète, accompagnée d'une traduction espagnole.

1793. Fr. Val. Cifuentes, Ambrosii Morales opuscula historica, Matriti, t. III, p. 154-159.

1903. Marins Férotin, Le véritable auteur de la Peregrinatio Silviæ, dans Revue des questions historiques, t. LXIV, p. 379-388 (tiré à part, p. 15-24).

1908. P. Geyer, Die wirkliche Verfasserin der Peregrinatio Silviæ, dans Archiv für lateinische Lexikographie, t. XV, p. 240-245.

V. Le nom de l'auteur. — Valère nous fait connaître l'auteur du pèlerinage, mais les manuscrits qui nous ont conservé son ouvrage ne s'accordent pas dans la transcription du nom propre de celle que, jusqu'ici, nous avons nommée Éthérie. Ce nom se rencontre trois fois dans la lettre aux moines du Viêzo, une fois dans le titre, deux fois dans le corps de l'ouvrage ; voici à quelles divergences on aboutit :

Eeheria : ms. Carracedo ; d'après Florez (et peut-être les deux manuscrits supplémentaires auxquels il a recouru) et d'après Cifuentes.

Etheria : ms. Carracedo ; d'après Florez.

Eiheria : ms. Escurial a II 9 ; ms. de Silos ; ms. de San Millán.

Egeria : ms. de Tolède (deux fois) ; trois catalogues de Limoges, du XIIIe.

Attheria : ms. Escurial ; ms. de la Huerta.

Aiheria : ms. Escurial.

Heteria : ms. de Tolède.

Geria : charte de Celanova de 935 : Ingcrarium Geriæ.

Dom Férotin écartait au préalable Egeria, comme ayant tout l'air d'une réminiscence de la nymphe classique échappée à la plume de quelque copiste plus lettré que la plupart de ses confrères. Il remarquait toutefois que le copiste du manuscrit de l'Escurial, obligé par son modèle d'écrire Etheria dans le titre et le texte, a pris sa revanche au haut de la page où il écrivit : Vita sancte Egeric. Dans des catalogues des livres de Saint-Martial de Limoges nous constatons, au XIIIe, la présence d'un Itinerarium Egeriæ abbatissæ '. C'est à cela également que se ramène la Oeria de la charte de Celanova *.

Dom Férotin considérait que la forme Eiheria vient très probablement d'une confusion entre le / et Vi allongé, à une époque où le / wisigothique de forme arrondie n'était pas encore en usage ; en conséquence, il adoptait la double leçon du manuscrit de Carracedo, sous la forme Etheria, qui correspond à notre prénom Céleste. On rencontre la forme masculine Etherius chez l'évêque d'Osma, ami de Beatus, qui au VIIIe combattit Elipand de Tolède. La liturgie wisigothique emploie, dans une formule contemporaine, ou peu s'en faut, de notre pèlerine, l'épithète etheria ; on lit : a sede arcis elherie pour ctherce. On retrouve cette expression dans la lettre de Valerius :... ut [Etheria virgo] etherca hereditaret regna. En s'appuyant sur les manuscrits de l'Escurial et de la Huerta, M. Meister et M. Z. Garcia orthographient avec « i » et écrivent en conséquence /Etheria ; c'est aussi la leçon adoptée par H. W. Herœus et M. E. Löfstedt. Cette leçon est paléographiquement bien fondée, puisqu'elle s'appuie sur les manuscrits de la Huerta et de l'Escurial. On explique sans trop de peine le changement du t en g, ce qui rapproche de celle leçon celle du manuscrit de Tolède. De plus, on n'a pas de peine à trouver le nom Jethrius, Etheria plusieurs fois dans les auteurs chrétiens des VIe et VIIes, aussi bien en France qu'en Espagne.

Fr. Perez Bayer avait imaginé autre chose. Eihcre, Ethérie, Egérie ne lui disaient absolument rien, unde nata mihi opinio num /uerit Eucherie, id est gratiosœ ; seu Eukrie, id est tempcstiva', conversa scilicet in gnvcorum upsilon y, cl aspiratione h paulo densius elata sive aspinda, quomadmodum hodieum Bœticis instris in usu est'. Ce nom d'Euchria séduisit I. M. Alititeriiv alilntii^sa' perneram nnmine.S. Sitviaaddictu, j dans Hliiiniscliis Mu.scuni lur l'hiUilouie. lOOtl, n. s..t. i.xi\, p..340. — ■( ;. Antolin, Hshidius de ciutice.s uixia<tlto^ : « .« «/iciI a 11 9 de la bibtioleca del Escurial. dans Btilclin de la real aussi le P. Edmc Uouvy. Mais celui-ci, n'osant introduire une dame seule dans une revue édifiante, lui donna mieux qu'un nom, il lui donna un père '. Ceci ap partient au domaine de la facétie et nous regrettons de ne pouvoir nous y attarder.

Dom Wilmart, après avoir estimé que « Vligeria des manuscrits est presque invraisemblable » et adopté Eucheria, qui est « de bonne marque », désignait sous ce nom le journal de voyage : llinerarium Euchcrix '. En tout cas, ce nom ne pouvait guère se réclamer de la tradition manuscrite. L'unique exemplaire qui se rapprocherait de cette leçon serait celui de Carracedo, où on lisait, dit-on, Echeria. Malheureusement le manuscrit est perdu aujourd'hui et le renseignement nous arrive par Florez et Cifuentes, lesquels n'avaient pas vu l'original, mais simplement des copies faites par Fray Alonso Ambrosio et par Ambrosio de Mora les. Est-il impossible que ceux-ci, en copiant le manuscrit, aient changé l'i en t ? Notons encore que ce même manuscrit de Carracedo aurait, d'après Florez, porté Elheriu. Comme, d'autre part, le nom ne se rencontre que deux fois dans le texte et une fois dans le titre, la leçon Eucheria serait représentée dans un seul manuscrit et tout au plus deux fois '. Eucheria se trouvait des lors n'être plus qu'une « heureuse suggestion », autant dire abandonnée. Et alors commence, entre philologues, un de ces beaux tournois que l'assistance admire débonnairement. Ce n'est plus d'arguments qu'il est question, mais de preuves ' ; car, pour le point précis du débat, les deux camps avouent de bonne grâce « qu'il est insignifiant ». Nous n'y contredirons certes pas. Le plus sage, le plus sûr et le plus simple, c'est encore de dire, d'écrire et de prononcer Etheria, en attendant mieux, ou autre chose.


VI. Le titre de l'ouvrage. — La première édition, celle de Gamurrini, a joué de mauvieur. De son titre : Sancte Silviae Aquilanoe Peregrinatio ad sanctam Loca, il n'y a pas un seul mot à retenir. Le vrai titre du récit d'Etheria est Itinerarium, sans plus. Nous avons vu qu'au VIIIe, le moine Valerius en avait connaissance, mais il ne le désigne pas par son titre. La première mention directe se rencontre au Xe, en Galice. Il s'agit de la charte de dotation du monastère San Salvador de Celanova, rédigée en 935 au nom de saint Rosendo (Rudesindus, t 977), alors évêque de Mondonedo (Dumiam) '. On y trouve l'énumération d'un certain nombre de livres destinés à former le premier fonds de la bibliothèque conventuelle, et dans cette série figure un Itinerarium Geriœ, qui a beaucoup intrigué, et pour cause, il y a trente ans, des commentateurs aussi doctes que don José VillaAmil et que le P. Jules Tailhan ', mais qu'on reconnaît sans peine aujourd'hui pour un exemplaire dont le titre exact ne pouvait être qu'Itinerarium Erjeriœ. Nulle trace ne nous est restée de ce manuscrit de Celanova.

Nous avons déjà mentionné la phrase qui se lit dans trois catalogues des manuscrits de Saint-Martial de Limoges, au XIIe. On y trouve signalé un Itinerarium Eueriœ abbatissœ que rien ne permet aujourd'hui d'espérer retrouver parmi les trésors dispersés de cette ancienne et célèbre bibliothèque. Au reste, la Révolution française n'en est pas coupable, puis que, dès 1695, un catalogue en 16 (16.5) articles, dont on a encore plusieurs copies ', et que Montfaucon a publié, n'en faisait déjà plus mention ' ».


VII. La patrie de l'auteur. — Au temps où Etheria n'était encore que Silvia, elle se trouvait être originaire de la Gaule Narbonnaise. L'identification de Silvia la transporta dans la partie nord-est de l'Espagne, près de l'océan ; d'où on a prétendu la ramener dans un monastère d'Arles ou de Marseille.

Toute la discussion porte sur quatre témoignages : deux tirés de l'Itinerarium, un autre tiré d'un fragment du même Itinerarium conservé par Pierre Diacre et le quatrième de la lettre de Valerius.

1er témoignage : L'évêque d'Édesse dit à Etheria : Video te, filia, gratia religionis tam magnum laborem tibi imposuisse ut de extremis porro terris ventres ad hœc loca. La portée géographique de cette phrase est assez vague ; elle peut s'appliquer aussi bien à la France qu'à l'Espagne ou à l'Angleterre. En effet, Tite-Live dit des Celtes : une inusitato at que inaudito lioste ab Oceani terrarum que ultimis oris bellum ciente '- ; saint Jérôme parle d'un Gaulois : Filius meus Apodcmius, qui interpretationem nominis sut, longa ad nos veniens navigatione, signavit et de oceani litorc at que ultimis Galliarum finibus Roma prœterita quœsivit Bethlehem » ; enfin saint Augustin parle de l'Espagnol Paul Orose : Qui ad nos ab ultima Hispania, id est ab oceani litore advenit « .

2e témoignage : Etheria écrit aux sœurs : Fervent ad fluvium Euphratem, de quo salis bene scriptum est esse flumen magnum Eufraten et ingens et quasi terribilis est ; ita enim decurrit habens impelum, sicut habet fluvius Rhodanus, nisi quod adhuc major est Euphrates. Ceci prouve que l'auteur avait vu le Rhône, et que ses correspondantes en avaient, à tout le moins, entendu parler. Il ne s'en suit pas qu'elles habitaient sur ses bords ni aux environs. Il est possible que, dans la partie perdue de l'Itinerarium, Etheria ait donné une description de ce Rhône dont l'impétuosité était proverbiale ; d'où le choix qu'elle en faisait comme point de comparaison.

3e témoignage : Pierre Diacre a cité ce passage, aujourd'hui perdu, de l'Itinerarium : Mare autem rubrum non ob hoc habet nomen, quia rubra est aqua aut turbulenta, sed adeo est limpidus et perlustris et frigidus acsi mare oceanus. Ibi clessa : nimii saporis et suavitatis sunt. Omne aulem genus piscium in eodem mare sunt tanti saporis ut pisces maris Italici... Corallum vero in eodem littore plurimum est, ipse autem mare rubrum pars oceani est. D'après ce passage, Etheria avait savouré les poissons de cette mer Italienne, dont l'identification précise est assez difficile à faire ; on peut admettre sans grande chance d'erreur qu'il s'agit de la Méditerranée, mais s'agit-il plus précisément de la mer Ligurienne, de la mer Tyrrhénienne ou de la mer Adriatique ? Le plus habile n'en sait rien.

4 » témoignage : C'est encore le moine Valerius qui va nous donner les renseignements les plus utilisables : Ila que, dit-il, dum almiflca fidei catholicae crepundia, liciflua que sacræ religionis inmensa claritas hujus occiduæ plagæ sera processione tandem refulsisset ex eremitas, eadem beatissima... Etheria... inmensum lotius orbis arripiit lier. Vers la fin il ajoute : Quæ cxiremo occidui maris oceani litore cxorta, Orientali fada est cognita \ et, au jugement de dom Férotin, cette petite phrase précise ce qu'avait d'un peu vague le texte du commencement de la lettre. Etheria était née en Galice, non loin de l'Océan -. D'autres sont venus et ont branlé la tête ; ils eussent voulu que Valerius ajoutât un mot, un seul. Et puis, ce même Valerius eût-il manqué de faire ressortir qu'Etheria était galicienne, lui galicien, si fier de l'être ? Tout ceci est bel et bon ; mais il faut prendre le texte tel qu'il est. Dans un autre écrit de Valerius, aujour d'hui perdu, saint Benoît d'Aniane avait détaché cette phrase : Cum in ista ultimæ extremitalis occiduæ partis conftnia... '. La Galice est présentée comme iextremitas occiduæ plagæ, et cette conception géographique répond très bien aux idées des écrivains dont dépend Valerius. « Il connaissait les écrits de saint Isidore, son contemporain '. Il a probablement connu aussi le Chronicon Hydali. écrit au vi siècle en Galice. En tout cas les données géographiques d'Isidore pour la Gaule et l'Espagne, dans son Historia Gothorum, Vandalorum et Sueuorum, ont été empruntées en grande partie à la chronique d'Idace. Valerius l'a donc connue au moins indirectement. Or, en suivant année par année la narration des événements dans cette chronique, on remarque que, lorsqu'on parle des Gaules en général, on ne signale pas leur situation topographique par rapport à l'Océan. Même remarque pour Narbonne et la Gaule Narbonnaise : Gothi ingressi vindemiæ tempore ^. Pour l'Aquitaine, au contraire, on trouve cette notice : Gothi intermisso certamine quod agebant, per Constantium ad Gallias revocati, sc des in Aquitania usque ad oceanum acceperunt '. Quant à la Galice, les données sont beaucoup plus précises. Idace dit de lui-même qu'il est ut extremus plagæ, ita extremus et utix '■. Il écrit : intra cxtremam universi orbis Gallæciam '. L'arrivée des Suèves en Galice est racontée en ces termes : Gallæciam Vandali occupant et Suevi, sitam in extremitate oceani maris occidui ». Ces textes nous permettent de reconstruire les idées géographiques d'Idace autant qu'il est nécessaire pour notre question. Pour lui, c'était l'Aquitaine qui était située cid occanum, pas la Gaule Narbonnaise. Il est du reste clair que, pour un écrivain Gallego, la Gaule Narbonnaise ne touchait pas à l'Océan. On constate aussi que les mots in extremitate oceani, d'après Idace, ne conviennent qu'à la Galice. Puis que Valerius avait la même conception géographique qu'Idace, dont il dépend directement ou par l'intermédiaire de saint Isidore, et puis qu'il était un Gallego et écrivait en Galice, l'expression dont il se sert pour indiquer la patrie d'Éthérie : extremo (ccidui maris oceani litore exorla, doit avoir la même valeur que dans Idace et ne peut pas se rapporter à la Gaule Narbonnaise '« . » L'existence de nonnes en Galice à la date de V Itinérarium — nous admettons pour l'instant que cette date soit la fin du iv siècle — n'a rien d'impossible puisqu'un texte d'Idace nous apprend qu'en 456, c'est-à-dire en pleine domination suève, il y avait en Galice des monastères de vierges consacrées à Dieu : Theoderico rege cum exercita ad Bracaram, extremam civitatem Gallæciæ, pertendente r kal. novembris die dominico, etsi incruenta, fit tamen salis mista et lacrimabilis ejusdem direplio civitalis. Romanorum magna agitur captivitas captivorum : sanctorum basilicæ effractæ, altaria sublata atque confracta, virgines Dei exim quidem abductæ, sed integritate servata... ■'.


VIII. La QUALITÉ de l'auteur. — Les catalogues de Saint-Martial décernent à l'auteur de V Itinérarium le titre d'abbesse ; dans lequel on ne laisse pas que de voir une « addition fantaisiste '- ». Voici cependant ce que nous apprend la lettre de Valerius : c'était une vierge consacrée à Dieu dans un monastère, virgo sanctimonialis. Il explicit seul joint au nom d'Etheria le titre de virgo. Mais le texte même de la lettre nous la montre in choro sanctarum virginum, et, un peu plus loin, cum sanctis virginibus. Les termes beatissima sanctimonialis Etheria semblent désigner une simple nonne, et non pas une abbesse. Le mot sanctimonialis, qui désigne une vierge consacrée à Dieu dans un monastère, est beaucoup moins usité en Espagne, au temps des Wisigoths, que les expressions virgo Christi, virgo Dei, virgo sacra, puella, puella Dei, soror, qui ont un sens général et peuvent s'appliquer à des vierges vivant dans le monde. Sanctimonialis ne se lit pas dans la Régula ad virgines de saint Léandre, ni dans l'encyclopédie de saint Isidore ; mais il se trouve dans le titre du canon huitième du ii concile de Saragosse (380), dans le canon 18 du concile d'Agde (506), dans le canon 56 du iv concile de Tolède (633). Les termes de ce dernier canon méritent d'être rapportés, parce qu'ils nous montrent l'étendue de la signification de ce terme, appliqué parfois à des veuves : Duo sunt genera viduarum, seculares et sanctimoniales : seculares viduæ sunt quæ adhuc disponentes nubere laicalem habitum non deposuerunt ; sanctimoniales sunt quæ, jam mutato habitu seculari, sub religioso cultu in conspectu sacerdotis et Ecclesiæ apparuerunt. Saint Augustin nous donne l'acception ordinaire et plus restreinte du mot :...quæ propria et excellentiori sanctitate virgines in Ecclesia nominantur : quas etiam usitatiore vocabulo sanctimoniales appellare consuevimus ''. En s'adressant à ses compagnes, Etheria prodigue les appellations différentes : dominæ venerabiles sorores, dominæ, venerabiles, dominæ sorores, dominæ meæ, lumen meum, dominæ animæ meæ. Ces expressions, comme aussi le ton enjoué de sa correspondance et un enthousiasme infatigable joint à une santé imperturbable, porteraient à croire que la voyageuse était encore à la fleur de l'âge.

Il est plus malaisé de savoir quel rang Etheria avait occupé dans le monde. Son voyage, les facilités qu'il rencontre de la part de l'administration impériale, les hommages dont la pèlerine galicienne est l'objet, son séjour prolongé en Orient et à Constantinople, qui semble devenir pour elle une seconde patrie — car elle-même paraît douter de revoir jamais ses compagnes — tout cela est, sinon expliqué, du moins ingénieusement rapproché par dom Férotin de celle circonstance que, peu avant le voyage d'Etheria, un de ses compatriotes, un Galicien, Théodose, était devenu empereur. Le nouvel Auguste attira sa famille à Constantinople. Existait-il des liens de parenté ou d'amitié entre Etheria et la famille impériale ? Il serait téméraire de l'affirmer, mais la coïncidence valait la peine d'être relevée.


IX. La date de l'ITINÉRAIRE.— Nous avons dit que Valerius, qui n'était certes pas un moine relâché, s'extasiait à la pensée des vertus et au récit des prouesses itinérantes de sa compatriote. Le saint homme la donne en exemple à admirer, sinon à imiter ; il lui prodigue les épithètes élogieuses et, pour donner plus de relief à l'héroïsme de la servante du Christ, grossit les difficultés, ajoute aux périls du chemin et à la hauteur des montagnes. Il nous en donne un curieux exemple à propos de l'ascension du mont Thabor, qu'il pourvoit d'une cime quasi-inaccessible : immanissimi montis Thabor supercilium, alors que le cône arrondi s'élève à peine à 180 mètres au-dessus des modestes collines de Nazareth.

Un autre moine jugeait l'expédition d'Etheria de toute autre façon ; lui non plus n'était pas suspect de relâchement, car c'était saint Jérôme. Embusqué à Bethléem, le pieux solitaire était un des hommes les mieux informés de son temps. Établi au cœur même des lieux saints, il était sûr de recueillir au passage les récits et les cancans colportés par les pèlerins occidentaux. Il eût été invraisemblable que l'expédition à grand fracas de la dame galicienne, - si bien faite pour attirer son attention, avec sa façon princière de voyager, son ardeur intrépide, sa naïve et insatiable curiosité, son culte spécial pour les souvenirs bibliques, enfin son séjour prolongé au-delà de trois années, avec Jérusalem comme quartier général ^ » lui échappât. Or, dans la lettre cinquante-quatrième, ad Furiam. n. 13, on lit le passage suivant :

Vidimus imper ignominiosum quendam peregrinum Orientem voluisse : et sedas et cultus et habitas et incessus, et indiscreta societas, exquisitae populae, regius apparalus Xeronis et Sardanapali voluptas loquebantur. Aliorum vulnus nosira sit cautio : stultus flagellatus sapientior erit. Sanctus timor imputicitiam iuvat. Falsus rumor cito opprimetur, et ita posterior iudicet de priore. Fieri quidem potest, ut absque morsu hominum vitia huic curriculi quis pertranseat : malorumque solacium est bonos curpere, dum peccantium multitudine pulchram culpam inimicorum : sed lumen cito ignis extinguitur, et eximius dans flammam deficientibus nutrimentis emuritur. Si anno praeterito fama mentita est, aut si cerle verum dixit, cessel vilium, cessabit et rumor. Hoc dico, non quod de te sinistrum quid metuam, sed quod pietatis affectus, qui tibi sunt, me faciunt sollicitum, et ubi nullus est timor, tamen sollicitus sum.

De qui s'agit-il ? Évidemment de quelque femme dont la conduite extérieure avait fait jaser les Orientaux — gens si édifiants, comme chacun sait. Jérôme n'est pas trop sûr que tout ce qu'on a raconté soit véritable, mais enfin, le prétexte y était et il met en garde la jeune Furia contre une imprudence de même nature. Point n'était besoin d'en dire plus et de confier un nom propre à la poste, sinon Furia n'eût pas compris et, ne comprenant pas, l'avertissement perdait sa valeur.

Quoi qu'il en soit, le scandale des bonnes âmes était tout récent, il remontait à l'année précédente, anno praeterito, et comme la lettre à Furia peut être datée, avec quasi-certitude, de l'année 394, voici que le voyage d'Etheria se trouverait daté de l'année 393. Or, dans son Journal de voyage à Édesse, la pèlerine écrit ceci :

Cum iam tres anni pleni essent, a quo in Ierusalem venissem... et ideo iam reverendi ad patriam animus esset, volui jubente Deo etiam et ad Mesopotamiam Syriæ accedere.... necnon etiam et gratia orationis ad martyrium sancti Thomæ apostoli, ubi corpus eius integrum positum est, id est apud Edessam... Ubi cum pervenissemus, statim perreximus ad ecclesiam et ad martyrium sancti Thomæ. Ibi quae ergo iuxta consuetudinem faciendi orationibus et cetera, quæ consuetudo erat fieri in locis sanctis, necnon etiam et aliquanta ipsius sancti Thomæ ibi legimus, Ecclesia autem, ibi quæ est, ingens et valde pulchra et nova dispositione, ut vere digna est esse domus Dei.

Gamurrini, ayant pris dans un sens disjonctif le ET de ad ecclesiam et ad martyrium, en avait conclu que le sanctuaire renfermant le corps de saint Thomas et l'église dédiée à cet apôtre constituaient encore deux endroits distincts, à l'époque du passage d'Etheria. Comme, d'autre part, la Chronique d'Édesse nous apprend que « les reliques de l'apôtre saint Thomas furent transférées le 22 août 394, sous le pontificat de l'évêque Kyros, dans la grande basilique élevée en son honneur, » il s'ensuivait que le pèlerinage avait eu lieu à une date antérieure à cette année. Une connaissance plus exacte du langage de la pèlerine, et la comparaison avec les termes employés par elle à propos du martyrium et de l'Ecclesia à Carrhes comme à Séleucie, montrent clairement que le ET au contraire, est ici conjonctif. La translation était donc déjà accomplie, et les ossements de l'apôtre reposaient à l'extrémité nord-ouest, c'est-à-dire près de l'entrée, de la basilique à trois nefs ; mais la basilique elle-même était encore toute neuve et dans le premier éclat de sa beauté : valde pulchra et nova dispositione. Al. E. Weigand fait ressortir l'importance de cette expression, et en déduit que la visite à Édesse a dû avoir lieu peu de temps après la dédicace du nouveau temple, peut-être en 395 ou 396 : guère après, à cause de l'absence de toute allusion à la querelle lamentable de l'origénisme, qui eut un si grand retentissement, surtout dans les milieux monastiques de la Palestine.

Acceptons, comme en effet très vraisemblable cette date de 396. La pèlerine, après son départ définitif de Jérusalem, se rend d'abord à Antioche, de là à Hiérapolis, puis à Bathna, à Édesse, et, après trois jours consacrés à la visite des sanctuaires de cette ville, arrive à Carrhes pour célébrer la fête de saint Helpidius (23 avril). Ainsi, l'on peut supposer qu'elle avait quitté la Ville sainte vers février-mars de cette même année 396. Or il y avait « trois ans accomplis » qu'elle y était entrée pour la première fois. Cela nous amènerait à fixer son arrivée en Palestine vers le début de 393 : elle assista, sans doute, cette année-là, aux principales solennités liturgiques de l'Église de Jérusalem, et dut profiter du temps qui lui resta pour parcourir sollicita expeditione, selon l'expression de l'abbé Valerius, les lieux les plus célèbres mentionnés dans l'Ancien et dans le Nouveau Testament. Cette série de pérégrinations — en somme assez extraordinaire — ne serait-elle pas l'événement auquel Jérôme fait allusion, dans sa lettre de la fin de 394, comme ayant suscité, l'année précédente, une sorte de rumeur scandaleuse à travers tout l'Orient ? Naturellement l'écho en est arrivé à Bethléem, où saint Jérôme l'a recueilli et répandu, tout en mettant cette légère sourdine : il se peut « que la voix publique en ait menti ». Voici comment on peut se mettre en règle avec la critique et la charité. Rien ne le disposait à l'indulgence à l'égard d'Etheria, coupable d'une maladresse, ou plutôt d'une faute impardonnable. « Elle, venue d'Occident, elle, si avide de savoir et de réminiscences bibliques, s'est permis de séjourner tout un temps en Terre Sainte, à Jérusalem, à Bethléem même, sans passer par l'intermédiaire obligé que se croyait probablement Jérôme, sans le prévenir, sans lui faire visite, sans lui témoigner enfin aucun égard particulier. Il n'y avait pas là de quoi lui gagner les bonnes grâces de l'irascible solitaire. Mais surtout, il faut bien en convenir, quelle que pure et lumineuse que nous apparaisse la figure d'Etheria, il suint d'avoir acquis tant soit peu d'expérience psychologique, pour comprendre qu'elle ait pu, malgré toutes ses qualités, et en partie à cause même de ses qualités, donner lieu involontairement à d'injurieux soupçons, tels que ceux dont Jérôme s'est fait l'écho. Parcourons la série des accusations. « El setas... Qu'elle ait été jeune, cela ne constituait pas en soi un vice rédhibitoire ; mais on a bien l'impression, en la lisant, qu'elle l'était et par l'âge et par le cœur. Il faut voir avec quelle ardeur et quelle agilité elle gravit à pied les pentes presque à pic du Sinaï, ne tenant nul compte de la fatigue, pourvu qu'elle voie son désir réalisé : car c'est pour elle un principe, que rien ne coûte plus à l'homme, du moment qu'il voit accompli ce qu'il avait désiré. Ce qui la pousse et la soutient en toute occasion, c'est sa curiosité, péché mignon qu'elle est la première à confesser. Elle ne saurait se résigner à voir les choses à moitié : dès qu'on lui signale quelque vestige intéressant du passé, il faut qu'elle s'y transporte aussitôt, sans craindre ni les périlleuses ascensions, ni la longueur des distances, ni les hordes de pillards. Et alors, au sommet du Nébo, par exemple, comme elle laisse déborder sa joie ! Elle semble avoir été d'ordinaire assez crédule, comme l'étaient les pèlerins de son temps : cela n'empêche pas qu'elle ne fasse preuve d'un scepticisme réellement amusant. Le digne évêque de Ségor lui indique de bonne foi l'endroit où s'était élevée la statue de sel, représentant ce qui restait de la femme de Loth : par malheur, depuis quelques années déjà, on ne voyait plus trace de la statue, la mer Morte l'avait un beau jour recouverte. Sur quoi la spirituelle pèlerine ne peut s'empêcher de faire part à ses consœurs des doutes légitimes qu'elle entretient à ce sujet : « Croyez-moi, vénérables dames, j'ai eu beau regarder, on voit bien l'endroit, mais pas la moindre trace de statue : je ne puis, sur ce point, vous induire en erreur. » Qui ne reconnaîtrait, à chacun de ces traits, un âme pleine de jeunesse et de fraîcheur ?

El cultus el habilus et incessus... Il est malaisé de préciser ce que Jérôme entend par ces termes un peu vagues et presque synonymes. On trouvait apparemment que la pèlerine avait un extérieur trop soigné, un accoutrement plutôt mondain, quelque chose enfin d'un peu leste dans sa démarche, surtout pour une religieuse. Naturellement, ce n'est pas dans l'Itinéraire que nous irons chercher des renseignements à cet égard, mais enfin la chose est fort possible : plus d'un passage du récit ferait songer à quelque miss anglaise de nos jours, à l'abri de maints préjugés, pour ce qui est du costume et du mode de voyager que l'opinion publique voudrait d'ordinaire imposer à son sexe.

« El indiscreta soeietas... De cela nous sommes mieux en état de juger. Etheria a dû rencontrer, au cours de ses longues pérégrinations, plus d'un monastère de femmes ; pourtant nous ne voyons pas qu'elle se soit montrée particulièrement friande de relations avec les nonnes. Il n'y a guère qu'une exception à signaler ; c'est sa tendre amitié pour la supérieure de religieuses Mai »thana, cette diaconesse de Séleucie dont elle avait fait la connaissance à Jérusalem, et qu'elle est si heureuse de revoir, à son voyage de retour par l'Asie Mineure« . A part cela, nous ne la voyons rechercher que la compagnie des hommes. Et elle ne lui fait point défaut. Les austères solitaires du Sinai et de Pharan jusqu'aux extrêmes frontières de l'empire romain du côté de la Perse, évêques, prêtres, clercs, moines, les vieux aussi bien que les jeunes, lui font une sorte d'escorte ininterrompue. Dès qu'elle apprend l'existence d'un monastère d'hommes dans les environs, si l'on ne vient pas de soi-même à sa rencontre, elle s'y transporte sur-le-champ et se plaint amèrement du bon accueil que personne ne lui fait : il lui arrive même de s'installer le soir au milieu d'un jardin pour y manger « avec les saints ». Au départ, tous se font un bonheur de l'accompagner : les vieillards mêmes, si leurs forces le leur permettent, n'hésitent pas devant une marche de trente-cinq milles, pour jouir plus longtemps de sa compagnie -. A l'occasion, elle sait s'emparer des gens, de gré ou de force : tel ce prêtre de Libiade, qu'elle oblige à se déranger pour elle, parce qu'il est mieux au courant de la topographie de la région ^. Il n'est point jusqu'aux vénérables ascètes de la Mésopotamie, de vrais saints à miracles, et généralement inabordables aux mortels, qui ne se départent en sa faveur de leur rigueur accoutumée '. Avec les évêques surtout, elle se montre d'une familiarité étonnante, et qui témoigne, encore une fois, de son âge relativement jeune : elle descend chez eux, comme si c'était la chose la plus naturelle du monde, se fait partout guider par eux, les accable de toutes sortes de questions, bref, se conduit à leur égard, avec respect sans doute, mais aussi comme une sorte d'enfant gâté. Il semble qu'elle a elle-même à certains moments soupçonné que d'aucuns trouveraient à redire à ces sortes de fréquentations insolites : aussi a-t-elle soin de faire remarquer à maintes reprises que ses moines et ses clercs sont tous « des saintes gens » ; (que tel prêtre est déjà vieux, religieux depuis son bas âge, un véritable ascète ; tel évêque, un homme de Dieu, un saint moine, digne du titre de confesseur'. En un endroit surtout, elle tient à protester auprès de celles à qui s'adresse son récit, que « ja mais les moines ne s'entretiennent que des divines Écritures « ou des actions de leurs saints devanciers. > ; que ja mais « elle n'a ouï sortir de leur bouche que des discours édifiants « ». On comprend toutefois que la malignité ait eu beau jeu, en présence d'une situation pareille, que, dès la première expédition de la confiante voyageuse de Constantinople à Antioche, d'Antioche à Jérusalem, et, dans la Palestine, de Jérusalem au Sinaï et en Thébaïde, il n'ait pas manqué de gens bien intentionnés pour colporter jusqu'à Bethléhem les critiques qui avaient cours au sujet de ses « rapports indiscrets » avec toutes sortes de personnes.

« Exquisitæ epulæ, regius apparatus... Ici non plus, il ne faut point s'attendre à trouver dans le Journal de la pèlerine le menu habituel de ses repas ; mais l'on s'aperçoit sans peine qu'elle a dû voyager d'une façon assez confortable. De toutes les insinuations malveillantes qu'on a pu se permettre à son endroit, aucune peut-être ne serait mieux justifiée que celle de « l'appareil princier ». On se demande vraiment ce que les déplacements d'une personne de sang royal eussent comporté de plus sous ce rapport. Et quels immenses ressources elle a dû avoir à sa disposition durant ces longues années où elle parcourt tout l'Orient et l'Égypte, ne reculant devant aucune dépense, refaisant à plusieurs reprises la même expédition lointaine, pour bien s'assurer d'avoir tout vu, satisfaisant enfin à tous ses pieux caprices, sûre de pouvoir compter, au besoin, sur une escorte de soldats romains pour la protéger en cas de danger ' ! Si encore elle avait pérégriné en modeste compagnie ! Mais c'était souvent toute une armée de moines ou de clercs qui lui faisaient cortège à de très longues distances, dans des régions à peu près inhabitées : il fallait bien entretenir tout ce monde-là. Quelle abondance de provisions, quelle suite de serviteurs et de bêtes de somme tout cela ne suppose-t-il pas ? Et comment une personne de condition privée, à plus forte raison une simple moniale, a-t-elle pu disposer de ressources aussi prodigieuses, s'attirer de pareils hommages, rencontrer partout de telles facilités ? Il y a là vraiment quelque chose d'extraordinaire ; aussi l'idée est-elle venue à dom Férotin » et à d'autres érudits d'en chercher l'explication dans des liens de parenté de l'intrépide voyageuse avec la famille espagnole de l'empereur Théodose. Cette supposition a pour elle, en effet, tout un concours de vraisemblances, et la façon dont Jérôme formule ici son réquisitoire vient à l'improviste en ajouter une de plus : on sent, à son langage mystérieux et plein de réticences, qu'il craint évidemment d'offenser quelque grand personnage, dont il n'ose prononcer le nom, dont il évite même d'exprimer clairement le sexe, se bornant à le représenter comme une sorte de rumeur-fantôme voltigeant à travers tout l'Orient '. » L'extrême vraisemblance du calcul qui place le voyage d'Etheria aux Lieux saints en 393, telle qu'elle ressort des rapprochements qui viennent d'être suggérés, pourrait ne pas paraître suffisamment convaincante. Périodiquement, l'Itinéraire fait l'objet d'une tentative que les critiques déclarent ingénieuse ou convaincante, selon leur disposition du moment. A la suite de cette tentative, on déclare que l'Itinéraire appartient au vi= siècle ; quelques mois ou quelques années se passent et il se trouve ramené au iv= siècle. Peut-être se décidera-t-on à l'y laisser '.

Voici d'abord un passage d'Etheria qui est significatif. En l'an 363, Jovien abandonna aux Perses la ville de Nisibe, qui ne cessa plus de leur appartenir jusqu'au vii= siècle, où elle passa sous le joug musulman. Lors du pèlerinage d'Etheria, Nisibe, nous dit-elle, n'appartenait plus aux Romains » : Xam hinc usque ad Xisibin mansiones similes quinque et inde usque ad Hirthæ, quæ fuit civitas Chaldæorum, aliæ mansiones similes quinque ; sed modo ibi accessus Romanorum non est : totum enim illud Persæ tenent. Il semble clair qu'Etheria fait allusion à l'occupation récente de Nisibe ; non pas, elle parle de Hur, paraît-il, et, dans son langage modo ne veut pas dire « depuis peu », il n'a d'autre sens que nunc. « D'accord. Mais que conclure de là ? Transporter la phrase aux environs de l'année 540, lors que les Perses sont maîtres du pays depuis près de deux siècles. Qui s'aviserait de dire alors : « En ce moment le pays est inaccessible ; » il est tout entier aux mains des Perses » ? On parle de la sorte en présence d'une situation que l'on juge transitoire, nullement lorsqu'elle apparaît comme définitive et normale. Etheria n'a pu s'exprimer comme elle fait qu'à un moment où tout espoir de revanche n'était pas perdu '.

En passant à Jérusalem, Etheria note que le carême se prolonge durant huit semaines et elle recherche les raisons de cette observance hiérosolymitaine dans les usages qui remontent aux origines du christianisme, la célébration du dimanche et du samedi comme jours de fête. Chacun garde la liberté de régler ses exercices de pénitence : Jejunium enim consuetudo hic talis est in quadragesima.... talis est enim consuetudo -, cette liberté laissée aux fidèles n'est guère conforme avec ce que nous savons de la situation religieuse de cette ville postérieurement à 533, date à laquelle le patriarche Pierre promulgue un carême de sept semaines '. A Antioche, le fameux carême de 387, que prêcha saint Jean Chrysostome, doit avoir eu huit semaines : mais en somme l'indication donnée par Etheria sur la durée du carême à Jérusalem n'est pas un indice qui puisse nous fixer sur la date de son voyage aux Lieux saints.

En visitant Édesse, Etheria apprend de l'évêque, son interlocuteur, un certain nombre de légendes dénuées de fondement, mais que ce digne homme et sa crédule visiteuse acceptent argent comptant. C'est ainsi qu'il lui raconte que la ville recevait autrefois les eaux qui coulaient d'une colline voisine ; mais, au cours d'un siège, les Perses en détournèrent le cours vers leur propre camp. Dieu ne permit pas que les Édesséniens fussent assoiffés, le canal de dérivation n'entraîna pas une goutte d'eau et au centre de la ville jaillirent miraculeusement des sources qui créèrent un étang. L'explication vaut ce qu'elle vaut, mais nous devons remarquer qu'Etheria observa que la ville n'était alimentée en eau que par des sources jaillissant à l'intérieur de la ville. Sans doute, arrivât-elle en cette ville, peu importe que ce soit au printemps, à un moment de sécheresse où les vingt-cinq cours d'eau dont parle la Chronique d'Édesse * n'étaient plus indiqués que par de longues traînées de cailloux. Ce régime des eaux d'Édesse est incontestablement antérieur aux grands travaux de canalisation du Syphtôr, entrepris par Justinien après les ravages abominables de l'inondation causée par ce torrent en 525 '. Voir Dictionnaire, au mot Édesse. Or, si la visite d'Etheria à Édesse avait eu lieu entre 533-540, l'évêque alors siégeant depuis une date antérieure à 525 n'aurait pas eu l'idée de transformer l'œuvre toute récente dont il avait été témoin, et qui assurait un régime des eaux constant à la ville, en un conte destiné à pallier l'insuffisance de ce régime assuré par des sources poissonneuses suppléant à des torrents tour à tour desséchés ou dévastateurs.

En parcourant l'Orient, Etheria a constaté partout l'expansion du cénobitisme (voir ce mot). Il n'y a pas lieu d'en être surpris ; en réalité, à la fin du iv= siècle, les ascètes égyptiens ont trouvé partout des imitateurs, en Arabie, en Syrie, en Asie, en Gaule, en Espagne. Si Etheria a voyagé en Orient à cette époque, elle a rencontré partout des moines, parce qu'il y en avait partout. En regard du texte de saint Nil, début du v= siècle, relatif au Sinaï : « Les dimanches, les solitaires se réunissent et pendant le cours de la semaine ils se visitent mutuellement, de peur qu'un isolement absolu ne compromette les devoirs de la charité et n'en fasse oublier les liens. Réunis, ils communient ensemble aux saints mystères et se rassasient ensuite au festin spirituel de la parole divine '. » Or, la visite d'Etheria n'est antérieure que de quelques années et voici ce qu'elle a observé ' ; le Sinaï possède sur son sommet une seule église non grande, personne n'y habite, nom cum ipse mons sanctus Syna lotus perennis sit, ita ul nec fraticem habeat, tamen deorsum prope radicem montium ipsorum id est seu circa illius qui medianus est, seu circa illorum, qui per gyrum sunt. modica terra est ; statim sancti monachi pro diligentia sua arbusculas possunt et pomariola instituunt vel orationes et juxta sibi monasteria. A l'occasion de son arrivée, plusieurs des moines ont gravi les pentes abruptes pour participer avec elle aux saints mystères. Le prêtre qui dessert l'église a quitté aussi son monastère et la reçoit, senex integer et monachus a prima vita. Faut-il s'étonner de ce détail ? Si le voyage a eu lieu entre 395-396, le prêtre pouvait avoir soixante-quinze ans d'âge et soixante ans de vie religieuse, ce qui place son initiation vers 335. A cette date, la vie monastique était en pleine efflorescence.

En rappelant l'insécurité que la présence des Bédouins faisait craindre aux caravanes et aux voyageurs, Etheria faisait état d'une situation dont elle n'avait pu entendre parler les saints solitaires. Un quart De environ auparavant, vers 373, sous l'empereur Valens, les Arabes avaient accompli un massacre général des pieux habitants du Sinaï *. Le danger ne datait pas d'alors ; les incursions de plus en plus audacieuses des Sarrasins jusque sur le territoire de l'empire avaient rendu nécessaire, au ni= siècle déjà, le déplacement vers le sud de la X » légion Fretensis, de Jérusalem à Alla, et provoqué tout un remaniement administratif des provinces frontières '. Saint Nil s'est retiré au Sinaï, et avec son je une fils ; il en a pâti ; d'autres ont recommencé. Les moines ne se détournaient pas de ce lieu sacré, les pèlerins les y \'isitaient et Etlieria les imita, mais sous bonne escorte « '.

En employant une fois la formule jussu imperatoris romani, Etheria peut sans doute parler comme beaucoup l'ont fait après 39 1 et avant la mort de Théodose en 395. qui était, de fait, » empereur romain ». Mais il est abusif de conclure d'un terme rencontré une seule fois au signalement d'une situation politi que ou chronologi que. D'ailleurs, comme Juvénal de Jérusalem devint archevê que et patriarche de cette ville en 451, on de\Tait conclure qu'Etheria, qui n'accorde ja mais que le titre d'évêquc au titulaire de Jérusalem, l'a connu avant le milieu du v« siècle.

En se rendant au mont Nebo, Etheria ne man que pas de noter tout ce qui concerne le passage du Jourdain par les Israéhtes..\ Libiade, elle porte un vif intérêt aux souvenirs du baptême administré par saint Jean. Cependant Théodose, qui parcourt ces mêmes localités vers 520-530, signale, eu plus des sou\ enirs de Moïse, ceux d'Elie, qui fut enlevé en ces lieux, et ceux d'Elisée, qui y avait une église ; outre des souvenirs de Jean-Baplistc, il y a ceux do JésusChrist, à qui l'empereur Anastase a élevé une église sur le lieu même de son baptême, marqué par une colonne de marbre surmontée d'une croix de ter ».

Or EUieria n'a rien vu, rien su do tout cela. V.n outre, les traditions se sont déplacées. Elheiia boit à la source que fit jallir Moïse, située à six mil les de Libiade et Théodosius trouve cette source installée dans I.ibiade même. En outre, Ethcria rencontre au nord de Tliisbé (actuellement Mar-Elyas) le lieu où Élie fut nourri par un corbeau ', tandis qu'Antonin de Plaisance, en 570, découvre ce souvenir bibli que localisé dans les environs de la vallée de Corra.

En regagnant Constantinoplc par Tarse, Etheria traverse bien les trois provin ces - : Cappadoce, Galatie, Bitliynie ; l'énumcralion tsl exacte. Même après les remaniements accomplis sous Dioclétien et depuis, au cours du iv siècle, l'cnumcration demeure exacte. Htheria s'exprime avec précision quand elle parle des provin ces qu'elle a parcourues, notamment : Hisauria, Cilicia, Mesojjotamia, Auguslofratensis, CœkSyria, Fenice, Palœstina, Arabia '. Or, si on considère l'état des provin ces dans la seconde moitié du iv« siècle, il faut ajouter aux indications de la liste ■de Vérone les indications fournies par le lalerculus de Polemius Silvius, en sorte que nous aurions en ces parages : Isauria, Cilicia, Osroena, Sophanene, Alesopotamia, Augusta eu/hratcnsis, Ccele-Syria, Phenice, Palœstina, Palœstina salataris, Arabia. Etheria n'est pas allée en Sophanene, elle n'avait donc pas à l'indiquer ; elle a fait son excursion à Péluse sans pénétrer dans la PuLrslina salutaris, que, par conséquent, elle lie nomme pas. Sa seule erreur a été de placer Édesse en Mésopotamie, alors que cette ville était la capitale de rOsrhoène. Dès le début du v siècle, des provin ces sont retaillées, recoupées, morcelées et il est désormais commun de lire dans les textes les distinctions introduites entre Cilicia prima et sccunda ; Syria prima et secundo ; Phœnice marilima et Libanensis ; Palœstina prima et secundii, enfin la Paleslina salutaris devient Palœstina Icriia K Hlhciia n'a rien dit et rien connu de tout ceci.

En révérant les évéques d'Édesse, de Batanée et de Harran (Carrhes) sous le titre de confesseurs ^, Etheria nous désigne assez clairement des hommes ayant « confessé » la foi. Or nous savons que, peu d'années avant le passage de la voyageuse, l'évê que d'Édesse était Eulogius, qui avait véritablement ■I confessé » sous Valens. Sur le siège d'Harran, l'évê que Protogène avait partagé le courage d'Eulogius, dont il était alors le compagnon dans le clergé d'Édesse.

Pour toutes ces raisons, auxquel les quelques autres pourraient venir s'adjoindre, nous n'hésitons pas à <later V Ilinerarium d'Ethcria de la dernière dizaine d'années du iV siècle, probablement 393-396.

X. Les lacunes dei.' — Cette fixation de l'arrivée en Palestine au commencement de l'année 393 ne nous apprend pas à quelle date Etheria avait quitté ses compagnes, car la partie la plus considérable de son œuvre nous man que encore. Ce que nous possédons, pour un séjour de trois années pleines à Jérusalem et en Palestine, c'est la relation de quel ques excursions accomplies pendant les derniers mois qui précédèrent le départ définitif ; six mois au plus suffisent à introduire ces excursions, qui paraissent s'être suivies à des interval les assez rapprochés. Dans ce que nous possédons, Etheria ne prend la plume qu'au moment où elle met le pied hors de la Palestine proprement dite. Au retour, dès qu'elle a repassé la frontière, elle, si prolixe partout ailleurs, s'arrête brusquement dans son récit. C'est que tout cela était connu de ses chères compagnes dans des correspon(lan ces aujour d'hui perdues. Le doulc sur ce point n'est pas possible devant le double témoignage de \alerius, au vii<^ siècle, et de Pierre Diacre, qui avait sous les yeux, au xn= siècle, le manuscrit d'Arczzo, alors beaucoup plus complet qu'il ne l'est aujour d'hui. Le premier nous dit qu'elle parcourut sollicita expcditione les lieux célèbres par les récits de l'Ancien et du Nouveau Testament, et mentionne Jérusalem, Bethléhem, l'Hermon, le Thabor, la montagne des Béatitu des, enfin les monts d'Élie et de la Quarantaine. Pierre Diacre est plus explicite et énumèrc, en outre, nombre de visites à des endroits divers, dont voici les princip aux : Anatoth, Thécué, Cariathiariui, Ébron, Jéricho, EmmaiJs, Naim, Nazareth, Sichem, Endor, Tibériade, Gelboé, Silo. Tous les deux parlent longuement de la visite au Sinaï. Mais Valerlus est seul à mentionner le pèlerinage à la Thébaïde, auquel l'auteur de Y Ilinerarium fait, au reste, deux fois allusion '. Il faut y ajouter une visite à Alexandrie, notée par Etheria ', et toute une série d'excursions à travers les diverses provin ces de l'Egypte : ad cunclas se Egypti convertit provincias, dit Valerius. Voilà pour les trois années qui s'écoulèrent depuis l'arrivée à Jérusalem jusqu'au départ pour Constantinoplc. Etheria avait-elle écrit la relation de son voyage depuis l'Espagne jusqu'à la Ville sainte' ? Le fait paraît certain pour l'itinéraire de Constantinoplc à Jérusalem. Suivant, au retour, le chemin qu'elle avait pris à l'aller, elle nomme simplement quelquesunes des vil les et des provin ces dont elle avait déjà entretenu ses correspondantes trois ans auparavant *. Deux lois cependant elle s'écarte de la grande voie romaine, et alors les détails abondent de nouveau sous sa plume. Je veux parler du vojage d'Antioche à Édesse et de Tarse au tombeau de sainte Thècle, à Séleucic. On peut tirer de quelques indi ces un peu vagues que l'itinéraire de GaUce à Constantinoplc a été également écrit : ce n'est guère que dans les premières relations du voyage que Valerius a pu connaître le pays d'où était partie Etheria. C'est là aussi qu'il aura trouve ces longues listes de relais, de vil les et de peup les qui lui font dire de son héroïne qu'elle a connu totius mundi itinera, qu'elle a entrepris l'immense voyage du monde entier (inlrepido corde immensum totius orbis arripuit iler), qu'elle a affronté les mers orageuses et la férocité des nations barbares. Il y a là, sans doute, une bonne pai't de rhétori que ; mais ces termes, quel que peu excessifs, rendent bien l'impression produite par la lecture de ces récils sur l'imagination si particulièrement active de l'austère moine asturîen.

La dernière page qui nous reste du récit proprement dit de V Ilinerarium » nous montre Etheria à Constantinople, prête à reprendre la route d'Asie, pour aller visiter à Éphèse le marlyrium de l'apôtre saint Jean. « Si, après le voyage, ajoute-t-clle, je suis encore de ce monde et que je puisse faire connaissance de lieux nouve aux, je rapporterai tout cela à votre charité soit de vive voix, soit par écrit. » Que devintelle à la suite de ces dernières nouvel les adressées à ses soeurs' ? nous l'ignorons. Mais il est trop certain que, si elle retourna dans son monastère de Galice, elle ne dut pas jouir longtemps de la paix au milieu de ses chères compagnes. Dès l'année 109, les barbares se ruaient sur l'Espagne et, en quelques mois, ils y anéantissaient à ja mais cette piix romana, qui seule avait permis à la vaillante pèlerine de mener à bonne fin une si longue expédition.

Le silence fait autour de l'auteur de yilinerariiim, silence que l'on pourrait dire absolu sans la lettre de Valérius, parait de prime abord assez étrange. Non moins surprenante est l'extrême rareté des manuscrits, pas un seul n'a été signalé — sauf les mentions des catalogues de Limoges et de la charte de Celanova — à part le manuscrit mutilé d'Arezzo, le même qu'a eu sous les yeux Pierre Diacre. Mais il ne faut pas oublier le caractère tout à fait intime de cette relation de voyage, écrite par une nonne pour se rappeler au souvenir de ses sœurs restées dans leur monastère lointain. A ce motif, il faut ajouter l'arrivée des hor des barbares, la ruine de cet asile de paix, la dispersion, peut-être le massacre de ses habitants. Aussi, saint Isidore, qui nous parle des vers composés en l'honneur du Christ par Proba, femme du consul Adelphius, n'a-t-il pas connu une ligne de l'œuvre d'Etheria, dont le nom lui était très probablement inconnu.


XL La langue de VItinéraire. — Il est curieux de constater quel rôle pitoyable a joué ici la critique philologique, impuissante à discerner si la langue de l'Itinéraire appartient au IVe ou au VIe. Ce qui est beaucoup plus curieux encore, c'est qu'après avoir, pendant une quinzaine d'années, attribué à Silvia, fourni une copieuse moisson de gallicismes, l'Itinéraire, émigrant en Galice, se dépouilla prestement de toute cette germination patiemment recueillie, doctement classée et proclamée preuve irréfutable, décisive, triomphante. Enfin, ce qui est plus curieux que tout, c'est que, depuis que la Galicienne Etheria est rentrée en possession de son journal de voyage, la philologie y a découvert des hispanismes dont elle ne s'était auparavant jamais avisée. Mal lui en a pris ; lorsqu'un philologue ramena Etheria en Gaule, il lui octroya généreusement, non plus des gallicismes, mais des provincialismes, et de ceux qu'embellissait l'organe sonore de la Narbonnaise. En définitive, il y a plusieurs hispanismes, en petit nombre mais certains. Dom Férotin et M. J. Anglade les avaient signalés. En voici quelques-uns : tener consucludinem (= esp. tener coslambre) ne peut pas être expliqué à l'aide des phrases tener les traditionem seniorum (Marc, 3, 3) et stimantcs propositum se tener (Act., XXII, 3) ; dans aucun de ces textes n'apparaît le mot consicludo, qui est aussi essentiel pour l'hispanisme que le verbe tenere. Laissons de côté le participe venilum (= esp. venido), la leçon étant douteuse. Virgilius, accusatif féminin pluriel, appartient exclusivement à l'Espagne. De plus, il faut reconnaître que plicare (= esp. legar), dans le sens de s'approcher, ne se rencontre que dans les glossaires espagnols et dans le dialecte basque. La construction habebat aillem de co loco ad montem Dei forsidin qualuor milita se rapproche singulièrement de l'espagnol habia de aquel lagar al monte de Dios quézas cien millas. Le verbe subire, qui se lit si souvent dans l'Itinéraire, avec la signification ascendere, ne s'est conservé dans aucune langue romane, sauf dans la langue espagnole... subir monlem, in monte (= esp. subir al monte). L'emploi du mot baptidiare pour baptizare remet en mémoire une inscription funéraire de Cabra rappelant qu'un jeune défunt de vingt mois, nommé Salutius, avait été BAPTIDIATVS. L'emploi du mot susum, dans ces passages : Qui nos suscipientes duxerunt suso ad ecclésiam ; E. Hübner, Inscriptiones christianae latinae Hispaniae, 1871, siam ; lier susu ; sedel susum ; mot très fréquent dans la vieille langue castillane et dans le latin des chartes. Ces particularités ne devraient pas être exploitées indiscrètement. Il faut se garder de soutenir l'existence d'une latinité propre à l'Espagne du IVe et, en définitive, la langue d'Etheria ne présente aucun caractère essentiel qui ne se rencontre sur d'autres points du monde romain. Les particularités tiennent à la culture personnelle d'Etheria, à laquelle on ne peut refuser le titre d'humanista mulier. M. L. Duchesne, avec le Zoskalès dont parle, comme d'un contemporain, l'auteur du périple de la mer Rouge. Or, celui-ci écrivait au temps de l'empereur Vespasien.


ETHIOPIE. — I. Origines. II. Judaïsme. III. Christianisme. IV. Saint Frumence. V. Théophile de Dibous. VI. Nouveaux apôtres. VII. Chez les Blemmyes. VIII. Chez les Noba des. IX. Chez les Alo des. X. Chez les Homérites. XI. Épigraphie. XII. Bibliographie.

I. Origines. — Les dénominations géographiques employées par les anciens sont parfois d'une imprécision embarrassante. Il en est ainsi du terme Ethiopie, vaste région montagneuse qui touche, à l'est, aux plages riveraines de la mer Erythrée et de l'océan Indien, puis enveloppe les hauts plateaux montagneux entre les 10e et 15e degrés de latitude nord et les 34e et 50e degrés de longitude est, méridien de Paris. L'Égypte des Lagides ne s'étendait pas, sur la côte occidentale de la mer Rouge, au-delà de Bérénice, à la hauteur de Syène. À l'époque des Ptolémées, des garnisons et des comptoirs avaient été jetés au loin jusqu'à Ptolémaïs Théron (au sud de Souakin) et Adoulis, mais au temps de la conquête romaine cette pointe était depuis longtemps abandonnée. Sur la rive orientale de la mer Rouge, le royaume nabathéen, qui comprenait la péninsule de Sinai et tout le nord-ouest de la péninsule arabe, s'arrêtait à peu près en face du port de Bérénice, au port de Leuké-Komé. L'annexion de ce royaume sous Trajan respecta la frontière de ce côté. Ces pays étaient pauvres, de population clairsemée, et peu industrieuse : l'Abyssinie — dénomination postérieure et fragmentaire de l'Ethiopie — offrait peu de ressources, peu d'habitants, c'était comme un terrain vague dont la valeur dépendait bien moins des richesses naturelles que de la proximité des voies commerciales.

Le peuple abyssin doit sa civilisation à des Arabes du Yémen (Hedjaz actuel), émigrés sur la côte en face, ou plutôt sur les hauts plateaux qui la dominent. Ils se mêlèrent aux indigènes, populations apparentées aux Égyptiens et aux autres Africains du voisinage : Gallas, Somalis, Dankalis, et leur imposèrent leur langue, d'où, par combinaison avec les idiomes primitifs, sont sortis les dialectes actuellement en usage. Cette émigration pourrait bien remonter à un millier d'années avant notre ère. Beaucoup plus tard apparaît un État abyssin dont la capitale est la ville d'Axoum, d'où son nom de royaume des Axoumites ; il communiquait avec l'extérieur par le port d'Adoulis, comme actuellement par celui de Massaouah.

M. L. Duchesne, avec le Zoskalès dont parle, comme d'un contemporain, l'auteur du périple de la mer Rouge. Or, celui-ci écrivait au temps de l'empereur Vespasien. Les expéditions de ce roi d'Axoum s'étaient étendues assez loin, du côté des tribus barbares qui habitaient vers le golfe d'Obock et le cap Gardafui, et, dans une direction opposée, vers les riverains de la mer Rouge, jusqu'à l'Égypte à l'ouest, jusqu'à Leuké-Komé à l'est. On l'avait donc vu dans le Hedjaz ; cependant il n'avait pas touché au royaume sabéen. Il en fut autrement par la suite ; les rois d'Axoum se qualifient de rois des Axoumites et des Homérites, ce qui suppose qu'ils exerçaient au moins une certaine suzeraineté sur les princes de l'Arabie Heureuse. Les Axoumites et les Homérites observèrent d'abord l'antique religion sabéenne, variété du polythéisme sémitique.

Le peuple des Éthiopiens, très foncé de couleur, était apparenté ethniquement aux Égyptiens et même d'assez près ; il l'était aussi aux populations primitives de l'Abyssinie. Ce nom d'Aethiops est un synonyme de Cousch ou Kasch, lequel n'est lui-même qu'un sobriquet. Lors de la conquête de l'Égypte par les Romains, la séparation entre l'Égypte et l'Ethiopie était chose faite. Les Éthiopiens avaient une dynastie nationale représentée par des reines portant le titre de kandaké — dont on a fait Candace — et résidant toujours à Meroé (Maraoui) en aval de la quatrième cataracte. Plus au sud, entre la cinquième et la sixième cataracte, Méroé était la capitale d'un autre État éthiopien. Sous Auguste, il y eut des difficultés de frontières et il fut réglé que le territoire provincial ne dépasserait pas la première cataracte, limite traditionnelle de l'Égypte ; cependant une ligne de postes romains fut établie au sud, dans toute la longueur de ce qu'on appelait le Dodécaschène, jusqu'à Hiéra Sykaminos.

Vers le temps du règne de Ptolémée Philadelphe, le commerce de la mer Rouge prit un développement extraordinaire. Les Grecs se répandirent sur toutes les côtes du golfe et formèrent des établissements jusqu'au-delà du détroit de Bab-el-Mandeb. Des villes, des comptoirs en grand nombre amenèrent une multitude de familles grecques, qui, bien avant l'époque de la domination romaine, y portèrent la langue et les croyances de leur pays. Les dieux indigènes durent composer avec ces envahisseurs : le dieu Mahrem devint le dieu Arès. L'influence hellénique se révèle non seulement dans ces transformations, mais encore dans la langue des inscriptions et jusque dans les monuments d'Axoum. Au premier rang de ceux-ci, figurait un grand temple avec une enceinte sacrée, à laquelle on accédait par une longue avenue de monolithes et de statues.


II. Judaïsme. — Vers le début de l'ère chrétienne, les communautés juives prenaient pied dans les parages de la côte et entamaient par leur propagande le polythéisme sabéen. Après les catastrophes successives qui accablèrent la nation juive sous Pompée et Vespasien et, finalement, sous Hadrien, des colonies israélites, fuyant la Palestine et la Cyrénaïque, vinrent planter leur tente dans la région centrale de l'Arabie, à Teïma, Khaïber, Yathrib (Médine), entre la province romaine d'Arabie et l'État sabéen. Ces Juifs ne demeurèrent pas inactifs ; ils répandirent leur croyance parmi les Homérites ; la même voie fut suivie plus tard par les missionnaires de l'Évangile.


III. Christianisme. — D'après leur propre tradition, les Actes des apôtres, XXVIII, 27-40, rapportent l'entretien d'un serviteur de la kandaké d'Éthiopie avec un apôtre qui, chemin faisant, le baptise. Cet homme, qualifié Eunuchos Suntuchos, n'est pas désigné par son nom ; il était juif, avait visité Jérusalem et regagnait son pays, c'est-à-dire la région s'étendant au sud de l'Égypte, depuis Syène jusqu'à Méroé. Naturellement on a imaginé faire de cet eunuque l'introduire du christianisme dans ces régions ; c'est une invention qui ne comporte même pas de discussion. On peut mettre au même rang les missions attribuées à l'apôtre saint Matthieu in Aethiopiam et à saint Barthélémy in Indiam citeriorem, cette dernière désignation se rapporte d'ailleurs à l'Asie.

Eusèbe, souvent instruit de traditions anciennes, nous apprend que le philosophe Pantène — originaire de Sicile et qui organisa, s'il ne le fonda point, le Didascalée d'Alexandrie — aurait, au cours de ses voyages, prêché l'Évangile parmi les Indiens. Le terme est alors si vague qu'on n'en ose rien induire, Inde pouvant désigner le Yémen actuel aussi bien que l'Abyssinie ou l'Hindoustan. Saint Jérôme assure que c'est aux Brahmanes que s'adresse Pantène ; mais il ne dit pas où il a pris ce renseignement. Au reste, Eusèbe paraît sceptique, c'est un « on-dit » qu'il enregistre et il se garde prudemment de prendre parti. Il est peut-être plus sceptique encore quand il rapporte que Pantène trouva des chrétiens qui lisaient l'Évangile de saint Matthieu en hébreu, tel que le leur avait apporté saint Barthélémy, leur premier apôtre. Si la tradition de cet Évangile a quelque valeur, elle cadrerait assez bien avec la situation linguistique en Abyssinie et dans l'Arabie Heureuse. La langue commune, dans ces pays, était une langue sémitique, la Bible put y être traduite de bonne heure en hébreu. Les catalogues byzantins des douze apôtres envoient Barthélémy aux « Arabes heureux », toï ; Mais ces textes postérieurs, amplifications ou interprétations de celui d'Eusèbe, ne nous apprennent rien.


IV. S.viNT Frumence. — L'introduction du christianisme parmi les peup les habitant le bassin supérieur du Nil n'est pas antérieure au IVe. La conversion du pays est un fait avéré par les récits de la division de l'orbis, quœ ad praedicandum verbum Dei, sorte, per apostolos celebrata est, cum aliis aliis provinciis obvenissent, Thomæ Parthia et Matthæo thiopia, et que adhærens citerior India Bartholomæo dicitur sorte decreta. Inter quant Partiam que media, sed longo interior Indu, India ulterior jacet, multis variis que linguis et gentibus habitula ; quam velut longe remotam nullus apostolicæ prædicationis vomere impresserat ; quœ tamen temporibus Constantini, tali quadam ex causa semina fidei prima suscepit.

Melrodorus quidam philosophus, inspiciendorum locorum et orbis percrutandi gratia, ulteriorem dicitur Indiam pénétrasse. Cujus exempta invitatus Meropius quidam, Tyrius philosophus, simili ex causa, adire Indiam voluit, habens secum duos puerulos, quos liberalibus litteris, utpote propinquos, instituebat ; quorum, unius qui erat junior, Edesius, alter Frumentius vocabatur. Igitur pervisis et in notitiam caplis his quibus animus pascebatur, eum philosophus redire cœpissel, aquæ vel cœlorum necessariurum causa, ad portum quemdam navis quæ vehebatur applicuit. Aloris est inibi barbarorum, ut si quando fodus sibi cum Romanis turbatum vicinæ nuntiaverunt gentes, omnes qui apud eos Romanis inveni jugulentur. Invaditur navis philosophi, cum ipso pariter perimuntur ; pueruli reperti sub arbore meditantes et lectiones suas parantes, barbarorum misericordione servati, ducuntur ad regem. Horum ille alterum, id est Edesium sibi pincernam fecit ; Frumentio vero, quem quasi perspicacem deprehenderat et prudencem, rationes suas scriniaque commisit, exquoque honore magno apud regem habili et inamore.

Al vero moriens rex uxorem cum parvulo filio regni reliquit hæredem ; adolescentibus autem quid vellet agendi dedil liberam facultatem ; quos tamen regina suppliciter exorat, tanquam quæ nihil haberet in toto regno fidelius ut secum, usquequo adolesceret filius, regendi regni sollicitudinem partirentur, et præcipue Frumentium, cujus prudentia ad moderandum sufficeret regnum : nam alius fidem puram et sobriam mentem simpliciter exhibebat. Idque dum agerent et regni gubernacula Frumentius haberet in manibus, Deo mentem ejus et animas instigante, requirere sollicitus cœpit, si qui inter negotiatores Romanos Christiani essent, et ipsis potestatem maximum daret, ac monere ut conventicula per loca singula facerent, ad quæ Romano ritu, orationis causa, confluenter ; sed et ipsa multo magis eadem lactare, et ita cetros cohortari, javore et beneficiis invitare, præstare quidquid opportunum fuisset, loca sedificiis aliaque necessaria præbere, et omnino gestire ut Christianorum ibi semen exsurgeret.

Sed cum regius...

La date de ces événements peut faire l'objet de quelques discussions. Au dire de l'historien Socrate, le christianisme n'aurait pas pénétré dans l'Inde intérieure avant l'époque de Constantin. S'il entend par là le royaume axoumite, Métrodore, qui paraît avoir été en rapport avec Constantin et lui avait offert les objets de curiosité rapportés de son voyage, aura dû visiter ces contrées vers l'année 324 à 325. Rufin fait ordonner Frumence dès le début de l'épiscopat de saint Athanase, nam is (Athanase) ruper sacerdotium suscepcrat ; or l'ordination d'Athanase est de 328 et le séjour des deux jeunes Tyriens à la cour ne peut guère être moindre d'une quinzaine d'années. Le nuper de Rufin, comme le vecoti de Socrate, mérite correction : l'ordination de Frumence dut avoir lieu peu avant 310 ou peu après 346, car dans l'intervalle de ces six années Athanase fut absent d'Alexandrie.

Le navire qui portait Mérope de Tyr relâcha probablement dans une baie voisine de l'archipel de Dhalak, près de Massaouah. Edésius et Frumence auront remonté des rivages de la mer Rouge vers Axoum par les plateaux du Tigré, en quatre ou cinq jours de marche. Les mesures prises par les deux Tyriens, lorsqu'une faveur royale leur eut permis d'agir ouvertement pour l'avantage des négociants gréco-romains, nous montrent clairement que les rois d'Axoum mesnraient étroitement aux étrangers le droit de pratiquer leur culte dans le royaume ; quant à parler en public de leurs croyances, il semble qu'il n'en était même pas question. Requirere sollicitus cœpit (Frumence) si qui inter negotiatores Romanus Christiani essent.

Au retour du voyage à Alexandrie, Frumence et ses collaborateurs travaillèrent avec tant de succès à l'établissement du christianisme chez les Axoumites, qu'en peu d'années il s'éleva une Église florissante et Frumence fut désigné sous le nom de Kedus Faramunalos, dit Kasateberhan (rilluminalcur). Ces événements s'accomplirent sous le règne des deux frères Aizanas et Saizanas. Ces succès sont constatés, non seulement par les témoignages éthiopiens, mais par une lettre de l'empereur Constance adressée en 350 aux deux rois d'Axoum précités. À cette date, saint Athanase était fugitif, déclaré par Constance ennemi de l'État et, à ce titre, la cour impériale se préoccupa du rôle rempli par le grand docteur orthodoxe dans l'affaire de la mission abyssinienne. Cette lettre, dont l'authenticité est au-dessus de tout soupçon, donnerait lieu de croire que les deux princes auxquels elle était adressée pratiquaient le christianisme. Cependant nous possédons une inscription (l'Aïzanas) par laquelle on voit qu'il était païen - Il s'y qualifie seul du titre de roi, mais il mentionne ses deux frères Saizanas et Adéfas.

À l'époque où Constance écrivait au roi d'Axoum, saint Athanase, fugitif, se disposait à tenter une nouvelle démarche conciliatrice auprès de l'empereur. Une copie de la lettre venue entre ses mains l'induisit à composer une Apologie, dans laquelle il inséra le texte de la lettre en question ; la voici :

« Constance, vainqueur, très grand, auguste, à Aïzanas et Saizanas.

« La connaissance du Dieu suprême est pour nous l'objet de notre pensée et de notre zèle le plus grand. Il faut, croyons-nous, que les hommes de notre temps partagent notre préoccupation, afin de conduire leur vie au terme de l'espérance, sachant ce qu'il y a de mieux touchant la Divinité et ne différant en rien dans la recherche de la justice et de la vérité. Vous jugeant dignes de la même bienveillance dont jouissent les Romains et vous associant aux mêmes mesures, nous ordonnons qu'un seul et unique dogme domine dans les Églises.

« Envoyez donc l'évêque Frumence en Égypte par le chemin le plus direct auprès de l'évêque Georges et de ses collègues égyptiens qui sont les maîtres de l'ordination et les juges de la doctrine. Vous savez, sans doute, à moins que vous ne soyez seuls à ignorer ce que tous savent, que Frumence est la créature d'Athanase et celui-ci, couvert de crimes, n'a pu s'en justifier ; il est donc tombé de son siège et il erre d'une province à l'autre, s'imaginant prouver son innocence par ce moyen.

« Si Frumence obéit volontiers avec l'intention de rendre compte de toute sa conduite, il prouvera par sa soumission son orthodoxie : qu'il soit jugé sur sa vie entière et produise ses raisons devant ceux établis pour en connaître. Ceux-ci le rétabliront s'il est digne d'être rétabli, mais s'il hésite, s'il se dérobe, la preuve sera tenue pour faite que, docile aux enseignements d'Athanase, il en partage les fausses doctrines touchant la Divinité et n'est pas moins criminel que son maître.

« Nous appréhendons qu'Athanase, ayant gagné Axoum, n'y corrompe autour de lui par ses discours séducteurs et impies, destructeurs des Églises, perturbateur des communautés, blasphémateur du Dieu suprême ; bien plus, qu'il ne fournisse au peuple l'occasion d'un bouleversement. Si Frumence est dûment averti, il ne pourra que gagner beaucoup dans la conversation du vénérable évêque Georges, il trouvera un semblable entretien chez les autres évêques et reconnaîtra la justesse de cette doctrine.

Il s'en faut que tout soit satisfaisant dans ce récit. Baronius n'en croit rien du tout ; Jacques Godefroy le tient, ou peu s'en faut, pour une fable ; Tillemont le repousse sans en rien retenir et n'y voit qu'une invention de Philostorge ; Letronne estime que, « dans l'état actuel du récit, il est presque impossible qu'une critique un peu sévère consente à l'admettre » et il résout toutes les difficultés par cette explication que : « Théophile n'était point né dans l'Inde, qu'il n'avait point voyagé dans l'Inde, mais qu'ici le mot Inde ne désigne qu'un point quelconque des côtes méridionales de la mer Rouge, soit en Afrique, soit en Arabie. » Ce terme Inde a reçu des anciens l'extension la plus arbitraire et s'appliquait abusivement aux pays situés à l'est du fleuve Indus jusqu'aux régions méridionales de l'Asie, jusqu'à l'Arabie et enfin jusqu'aux côtes éthiopiennes de la mer Rouge. Cette confusion est ancienne, mais du iii au v siècle de notre ère elle est courante. Pour y obvier, on recourut à des qualifications particulières qui furent à leur tour confondues entre elles et donnent naissance à de nouvelles erreurs. Les historiens ecclésiastiques nous montrent que Socrate et Sozomène racontent le voyage de Métrodore dans l'Inde intérieure sur les côtes d'Éthiopie et d'Arabie, voyage dont nous avons parlé. Or Théodoret, relatant le même fait, emploie les mots νδικὴ σω, et Rufin, ceux de India ulterior, et tous les deux ont évidemment voulu désigner le « continent de l'Inde » ; mais le récit détaillé de Socrate et de Sozomène prouve que l'erreur n'est pas de leur côté ; elle provient de ce que Rufin et Théodoret ont interprété dans l'autre sens le mot « intérieure » de l'original qu'ils avaient sous les yeux. Théodoret a fait la même faute à l'occasion de saint Frumence. Selon lui, ce saint personnage, ayant envie de visiter la « dernière Inde », τὴν σχατην νδίαν, et ne se laissant pas effrayer par les périls de la grande mer, alla répandre la lumière de l'évangile dans cette contrée lointaine. Il est clair que Théodoret a voulu parler ici de l'Inde, et cependant c'est un fait démontré, que ce sont les Abyssins et non les Indiens que saint Frumence a convertis. Philostorge a commis la même erreur, il a été dupe de la signification équivoque d'un terme géographique, ce qui explique comment il a laissé dans son récit une circonstance qui, à elle seule, dénonce cette erreur : je veux parler de la qualité d'otage qu'il donne à Théophile de Dibous. Inacceptable si elle s'applique à une contrée quelconque de l'Hindoustan, elle est naturelle si elle s'entend de la côte d'Éthiopie vers Adoulis et Axoum. On voit des prisonniers axoumites orner le triomphe de l'empereur Aurélien, on voit de même les Romains faire alliance avec les peuples des côtes de l'Éthiopie et de l'Arabie, leur envoyer des ambassades et en recevoir d'eux. Un rescrit de Constance, relatif à ceux qui se rendent dans ces parages, montre que les relations étaient fréquentes. Nous savons que des vaisseaux romains stationnaient dans la mer Rouge pour défendre les bâtiments de commerce contre les pirates arabes et assurer la perception des droits imposés à certains ports ; de là à s'assurer de quelques habitants d'une île voisine à titre d'otages, il n'y a qu'un pas. Enfin, nous savons que Philostorge, arien convaincu, saisit toutes les occasions qui s'offrent à lui de grandir le rôle et d'étendre le domaine de l'arianisme. Il serait bien aise de laisser entendre que c'est Théophile de Dibous qui a initié les Axoumites au christianisme, alors que nous savons que c'est Frumence ; ce n'est pas assez, il confond de bonne foi ou intentionnellement les deux acceptions du mot Inde, ce qui lui permet d'étendre les conquêtes ariennes dans la direction de l'Indus, alors que Théophile, né sur les bords de la mer Rouge, ne s'en était pas écarté. Il y a plus. Saint Grégoire de Nysse applique à ce même Théophile, dit l'Indien, l'épithète de Théophile le Blemmye, dénomination qui s'appliquait aux riverains de la mer Rouge depuis Bérénice jusqu'à Adoulis. Enfin, ce Théophile le Blemmye est désigné par le concile de Constantinople de 381 sous la qualification de Théophile le Libyen ; or ces deux épithètes, Βλέμμυς et Λίβυς, fixent positivement le sens qu'il faut donner à celle d'Indien ; elles nous montrent que Théophile était né en Éthiopie et non dans l'Inde.

Né en Éthiopie, livré en otage à Constantinople, Théophile, natif de l'île de Dibous, avait été envoyé comme otage à la cour de Constantin (323-337), où il reçut une éducation chrétienne et même une formation ascétique. Eusèbe de Nicomédie (t 341 ou 342) le promut au diaconat, mais ce ne fut qu'à la veille de sa mission éthiopienne qu'il reçut la consécration épiscopale. Ce que nous apprend Philostorge à son sujet est, on l'a vu, sujet à caution. Nous n'avons que les extraits faits dans l'ouvrage de Philostorge par Photius ; heureusement Suidas nous a laissé quelques pages intéressantes et c'est au moyen de ces sources que H. de Valois a pu reconstituer, presque en entier, le récit de la mission de Théophile auprès du roi des Homérites.

Fertur Constantiniam legatos mississe ad eos qui nunc Homeritæ, olim Sabæi, vocantur, eo consilio ut ad veram pietatem illos traduceret. Proinde magnificis muneribus et blanda verborum persuasione regem illius gentis sibi conciliare statuit atque ex eo salutem opportunatem nactus, religionis ibi seminici spargere. Postulavit etiam ut Romanis illuc navigantibus et regionis incolis qui ad Christi fidem converti vellent ecclesias ædificare liceret. Dedit etiam legatis magnam pecuniæ quam ædificandis ecclesiis impendendam. Hujus porro legationis princeps erat Theophilus Indus, qui olim quidem, Constantino imperium administrante, admodum juvenes obses Trapà Ttôv Ai^évoiv missus fuerat ad Romanos. Illorum regio Dibous insula est. Incola vero ipsi quoque Indi cognominantur. Porro hunc Theophilum veram de Deo opinionem amplexum esse, sed et monasticam vitam elegisse et ad gradum diaconi promotum esse, Eusebio sacras ci manus imponente. Postea vero cum legationem hanc suscepisset, a suæ communionis Romæ episcopali dignitate eum ornarunt.

Ceterum Constantius, eum cum legatione magnificam et valde graciosam esse velle, ducentos equos ex Cappadocia generosissimos multa que alia dona, partim ad conciliandam admirationem, partim ad alliciendos animos misit. Theophilus igitur, cum ad Sabæos venisset, gentis principi persuasera eonatus est ut Christum coleret et a gentilium errore recederet. Et Judæorum quidem solita fraus ac malitia in profundissimum silentium se abdere coacti sunt, cum Theophilus, fulminandis operibus edificis, fidem Christi invictam esse semel ostendisset. Legatio vero felicem exitum sortita est, cum princeps gentis illius sincero animo ad veram pietatem traxisset, et tres ecclesias in ea regione ædificasset. Ex illis autem ecclesiis, unam quidem in metropoli totius gentis quam Theipharam (= Safor) vacant ædificavit. Aliam vero ecclesiam in eo loco in quo romanum erat emporium ad exteriorem Oceanum vergens ; vocatur autem hic locus Adene (= Aden). Tertiam denique ecclesiam in altera regionis parte exstruxit ubi Persicum est emporium celebre, in ostio maris Persici, quod inibi est situm (= Ormuz, à l'entrée du golfe Persique ; cependant cette contrée ne faisait pas partie du royaume homérite).

At Theophilus, cum apud Homeritas singula prout poterat et prout temporis ratio sinebat, ordinasset et ecclesias dedicavisset, et ornamentis quibus poterat exornasset, ad insulam Dibous navigasset, atque ad alias Indæ regiones perrexil, multa quæ apud illos non rite fiebant emendavit. Nam et lectiones Evangelii audiebant sedentes et alia quædam peragebant quibus divina lex repugnabat. Theophilus vero, cum singula apud eos, juxta sanctiorem vim Deoque magis acceptum, correxisset, Ecclesiæ quoque dogma confirmavit : neque enim circa divini Numinis cultum alia egebant emendatione, utpote qui ab ultima antiquitate constantissime Filium alterius a Patre substantiæ proferrentur.

Philostorge semble ignorer, du reste, que la contrée des Homérites, où Théophile de Dibous a fondé deux grandes Églises, celles de Safar et d'Aden, avait déjà reçu l'Évangile. Dès le temps d'Abd-Kelal, c'est-à-dire au iii siècle, ce prince, déjà chrétien, favorisait la religion nouvelle, au dire des historiens arabes Abou'1-Féda et Hamza. Fresnel, Caussin de Perceval et E. Carpentier admettent ce fait. Marthad et Wakia, deux de ses successeurs, furent très bien disposés envers le christianisme ; c'est sous le règne de l'un d'eux que Théophile vint prêcher et demander la liberté du culte chrétien tant pour les marchands romains établis dans le pays que pour les indigènes qui désiraient se convertir. Le roi inclinait vers la vérité, dit Philostorge, mais il est évident qu'il ne se convertit pas. Le gouvernement, dans ce pays, parait avoir oscillé entre le judaïsme et l'ancien culte sabéen. La dernière inscription royale qui contienne les formules païennes est de l'année 281 ; le judaïsme commence par prendre le dessus, les inscriptions juives se rencontrent en 378, 448, 458, 467. Peu après le temps où nous sommes, la dynastie locale l'avait adopté. Les chrétiens du Yémen demeurèrent fort isolés.


VI. Nouveaux apôtres. — Dans la deuxième moitié du v siècle, sous le règne de l'empereur d'Éthiopie Al Amèda (455-495), arrivèrent à Axoum des prédicateurs, appelés les neuf saints de Rome, mmuwiàn, c'est-à-dire les envoyés de la nouvelle Rome, qui était Constantinople, ou, plus simplement, venus d'Égypte. Vraisemblablement ce n'étaient pas les seuls. Le patriarche Mendez admet que Al Amèda régnait dans les années qui ont suivi le concile de Chalcédoine (451) ; or, on sait quel bouleversement ce concile détermina parmi les moines d'Égypte et de Syrie, quelles persécutions furent exercées contre une partie d'entre eux : il n'y a plus à être surpris de voir ceux-ci se réfugier en Abyssinie, et cette invasion pacifique coïncida avec les progrès du christianisme en Éthiopie et la conversion du négus. La date de cette conversion n'est pas facile à préciser. On ne saurait prendre au sérieux l'assertion des synaxaires qui nous représentent les neuf saints comme ayant reçu l'habit religieux des mains de saint Pakhôme (t 349). Une autre indication, de provenance légendaire aussi, mais plus conciliable avec les faits certains, c'est que le roi Kaleb, avant son expédition transmarine de l'année 524, alla consulter un reclus qui menait cette vie depuis quarante-cinq ans, et ce reclus serait abba Pantalewon, un des neuf saints. Ceci reporterait au delà de l'année 480 l'arrivée de ceux-ci et nous rapprocherait des temps immédiatement postérieurs au concile de Chalcédoine.

Les noms des neuf saints ont été conservés grâce au culte qui leur est rendu et aux églises qui leur sont dédiées dans le Tigré, à Axoum et aux alentours ; ce sont : abba Michaël, dit Aragûwi ou le vieillard ; abba Pantalewon, abba Isaac, dit Garimà ; abba Afsé ; abba Gaba ; abba Alèf ; abba Yemata ou Mata ; abba Likanos et abba Sàmâ. Ces religieux, dévoués aux doctrines d'Eutychès et partisans de Dioscore, envahirent l'Éthiopie et, par eux-mêmes comme par leurs disciples, implantèrent le monophysisme qui a duré jusqu'à nos jours '. L'orthodoxie enseignée par Frumence, écho de la parole d'Athanase, avait résisté aux prières impératives et aux tentatives ariennes de l'empereur Constance ; mais après la mort de Frumence, on n'a aucun indice que les communautés fondées par lui fussent prospères ; on peut croire qu'elles végétèrent sans direction bien ferme et eurent à souffrir des retours offensifs du paganisme local ou du judaïsme, dont on a retrouvé des traces si nombreuses dans l'histoire des Éthiopiens supérieurs ; il est certain que les chroniques, liturgies, poésies sacrées de l'Abyssinie ne contiennent rien, de 380 à 480, qui fasse supposer la continuation et l'efflorescence d'une vie chrétienne et d'une hiérarchie ecclésiastique, dans la contrée évangélisée par Frumence. Les conciles, tenus à Alexandrie et ailleurs, ne mentionnent jamais l'évêque ou le métropolitain d'Axoum ; aucun fait de persécution ou d'apostasie violente n'est signalé dans les annales du pays. Seuls, cinq ou six noms de métropolitains de fantaisie se trouvent inscrits sur des listes dont le vague et l'incertitude le disputent aux erreurs et aux remaniements des listes royales. On est donc autorisé à conjecturer une éclipse ou une disparition à peu près complète de l'Évangile dans ces régions abyssiniennes, dont Théophile et Cyrille d'Alexandrie semblent s'être désintéressés. Pareil abandon ne pouvait que favoriser le sabéïsme et le mosaïsme, et lors que, sous le roi Al Amâda, les neuf saints et leurs compagnons entreprirent la recristianisation de la contrée, ils opérèrent sans préoccupation de l'ancienne orthodoxie, dont les derniers représentants avaient probablement disparu. L'Église éthiopienne fut monophysite.

Vers le temps de cette évangélisation, le roi d'Axoum fit la guerre au roi d'Hymiar. Voici le récit de Jean d'Éphèse, rafraîchi par Jean Jalala : « Il arriva que les rois de l'Inde furent en guerre l'un avec l'autre, puis avec un autre roi d'Hymiar, nommé Dimioun. Le roi des Éthiopiens, nommé Aïdoug, fit vœu de se faire chrétien, s'il remportait la victoire sur son ennemi. Ayant vaincu et tué Dimioun, le roi Aïdoug demanda à Justinien un évêque et des prêtres. Un saint moine appelé Phirmounara leur fut accordé comme chef de la mission. Aïdoug reçut le baptême ; une foule d'églises furent établies à cette occasion ». Revisons d'abord les noms propres. Aïdoug ou Vidog, de Jean d'Éphèse, est devenu Adad chez Théophane, Andas chez Jean Malala, et H. Salt, plus tard le P. Carpentier, l'identifient avec El Amâma '. Le roi Dimioun est le Damianos des Homérites, différent de Dhu-Nowas. L'histoire de ce dernier suppose toujours qu'un certain temps avant les années 520-523, une intervention éthiopienne s'était produite dans les affaires de l'Hymiar, que le pouvoir avait été enlevé à l'ancienne dynastie et remis, par les princes axoumites, à une autre famille princière. Jean Phirmounara est tout bonnement Jean le Paramonaire, c'est-à-dire le concierge ou le bedeau de l'église Saint-Jean à Alexandrie. Quant à Justinien, mis en cause dans ce récit, le plus sage est d'y renoncer, car il n'est pas bien certain qu'il fût né ; on peut mettre à sa place Justin Ier.

Au commencement du VIe, Cosmas Indicopleustes passa à Adoulis. « Il y avait, écrit-il, des églises, des prêtres et un grand nombre de chrétiens dans toute l'Éthiopie, à Axoum et dans les régions environnantes ». Al Amâma était mort à cette époque, et, sans prendre parti dans l'imbroglio des listes royales éthiopiennes, on peut admettre que le roi Kaleb régnait dans le premier quart du VIe. Du moment qu'on retire à Kaleb, pour les reporter à Al Amâma, les renseignements cités plus haut d'après la Chronique de Jean Malala, il ne reste pour le règne de Kaleb-Elesbaas que le récit de son intervention armée et de ses succès dans le pays des Homérites, à la suite des massacres du Nedjran, au royaume du Yémen, par Dhu-Nowas. Cette intervention n'a rien pour nous surprendre quand on se rappelle que Kaleb était chrétien zélé et disposé à se faire le défenseur de ses coreligionnaires persécutés. Nous reparlerons de cette expédition du négus abyssin dans un prochain paragraphe.

Il n'y a guère à tirer des inscriptions axoumites pour l'histoire des progrès du christianisme en Éthiopie, si ce n'est que toutes, aussi bien celles qui sont en guèze que celles qui sont en sabéen ou en grec, supposent le paganisme officiel. On peut constater une distance assez considérable entre les textes épigraphiques écrits en sabéen et ceux écrits en guèze ; cette dernière langue semble fixée au Ve. Or, c'est du IVe au Ve que la traduction des livres saints a paru en guèze '. Quelle fut la part réelle des moines venus d'Égypte dans cette évangélisation monophysite présidée par l'évêque Jean ? Les synaxaires et les chroniques leur font une large part dans la prédication qui s'étendit depuis les bords du Mareb jusqu'aux montagnes du Choa (Sas ou Sason dans les inscriptions). On leur fait encore honneur chez les Abyssins de la construction d'édifices importants représentés par les ruines fameuses d'Yaha (Aua), il faut renoncer à y attacher le nom d'abba Afsé, l'un des neuf saints. Les empreintes prises par Th. Bent permettent d'affirmer que ces débris gigantesques sont d'origine sabéenne.


VII. Chez les Blemmyes. — Quand Dioclétien se fut résolu à ramener à huit étapes en arrière les troupes romaines établies au delà de la première cataracte du Nil, tout le pays ainsi évacué et désigné sous le nom de Dodécaschène fut occupé par une peuplade barbare qui se trouva désormais proche de la frontière d'Égypte. Il y eut même deux peuplades distinctes : les Nobades, qui représentaient, à un moindre degré de civilisation, les anciens Éthiopiens de Napata et de Méroé, et les Blemmyes, plus sauvages encore, vivant de rapines et ne dédaignant pas de s'abattre parfois sur les villes de la vallée du Nil.

L'horreur qu'ils inspiraient était grande et des légendes saugrenues couraient sur eux. On les faisait venir tantôt de l'Afrique centrale, tantôt du côté de Méroé et de l'Astaboras. Cette dernière notion était devenue classique et on la répéta indéfiniment, même au Ve et au VIe ; cependant les chroniqueurs et les voyageurs, mieux renseignés, s'accordent à les placer au-dessus de Syène et des cataractes. Palladius, parlant des évêques bannis en 406 par suite de leur attachement à saint Jean Chrysostome, fait mention de l'exil d'un évêque à Syène, dans le voisinage des Blemmyes et des Éthiopiens. Vers la même époque (407-425), Olympiodore visita le pays des Blemmyes, qui habitaient la vallée du Nil, depuis Syène jusqu'à Primis, dernière ville de leur domination : il nomme quatre autres de leurs villes, Phoenicon et Chiris (= Chérab ?), Thapis (= Taphis, de V Ilin. Anton.) et Talmis (= Khalabscheh). Peuple nomade et errant, les Blemmyes n'ont sans doute pas toujours occupé le même pays ; leur demeure primitive était près d'Axoum et d'Adoulis, ensuite ils se répandirent vers la Nubie et finirent par se fixer dans les vastes déserts qui s'étendent à l'orient de l'Égypte vers la mer Rouge. On peut faire bon marché des historiettes mises en circulation par la Chronique pascale, au dire de laquelle l'empereur Decius envoya, pour combattre les Blemmyes et les Nobades, des serpents venimeux, tandis qu'il lâchait des lions contre les Arabes. Vopiscus rapporte, dans la Vie d'Aurélien, que cet empereur vainquit, vers l'année 274, les Blemmyes qui s'étaient mis à la solde du tyran Firmus lors que celui-ci gouvernait l'Égypte. Aurélien les défit donc au même titre que les légions romaines qui servaient son rival.

L'instabilité d'une peuplade vagabonde ne permet pas de dire avec certitude que le nom s'appliquait à une race nettement délimitée, car ce nom de Blemmyes semble avoir été appliqué sans beaucoup de scrupule. On a la preuve que les auteurs du commencement de notre ère l'appliquaient à des peuples qui, eux-mêmes, s'en donnaient un autre. Les anciens ne répugnaient pas à étendre le nom particulier d'un peuple à une multitude d'autres peuples dont ils ignoraient la dénomination particulière, mais qui leur paraissaient avoir les mêmes mœurs et les mêmes habitudes. Le géographe Ératosthène donnait en général le nom de Blemmyes aux peuples qui habitaient le désert entre le Nil et les Troglodytes sur la mer Rouge, depuis l'Égypte jusqu'à Méroé ; Théocrite, à peu près vers le même temps, les étendait jusqu'aux sources du Nil, c'est-à-dire jusqu'en Abyssinie ; la même opinion se retrouve dans le vers que leur a consacré Denis le Périégète, dont l'ouvrage n'est qu'un abrégé en vers homériques de la géographie d'Ératosthène.

Les classifications artificielles prévalurent longtemps aux dépens de la réalité historique et conduisirent à employer le nom de Blemmyes comme désignation générique de toutes les peuplades répandues dans la vaste région située entre le Nil et la mer Rouge jusqu'au pays d'Adoulis. Mais ces peuplades elles-mêmes n'acceptaient pas du tout cette désignation en bloc et se distinguaient entre elles par des noms très différents comme nous le verrons plus loin. Le vocable commode de Blemmye a même été étendu à des peuplades de l'Indoustan, puisqu'on lit dans le commentaire anonyme du Tetrabiblos de Ptolémée : « Les Assyriens adorent la lune ; il en est de même de la plupart des Indiens, de ceux qu'on nomme Blemmyes ». C'est toujours la confusion classique entre l'Inde et l'Éthiopie, vestige de la géographie homérique entretenue par les commentaires extravagants des grammairiens d'Alexandrie et, après eux, par les chrétiens, qui avaient besoin, pour leurs systèmes sur les quatre fleuves du paradis, d'identifier avec le Nil le Géon, dont quelques-uns faisaient l'Indus et les autres le Gange. Philostorge expose comme très probable que le Nil, né dans l'Inde, passe par-dessous la mer Indienne et la mer Rouge sans se mêler avec leurs eaux, pénètre dans le continent d'Afrique et vient ressortir par les montagnes de la Lune pour irriguer l'Éthiopie et l'Égypte. Voilà comment les Blemmyes ont pu être compris parmi les Indiens. En résumé, le peuple qui s'attribua le nom de Blemmyes habita principalement dans la vallée inférieure de la Nubie, sur les confins de l'Égypte, où les placent Olympiodore et l'inscription du roi Silco ; et les peuplades au sud-est, entre le Nil et la mer Rouge, jusqu'à Adoulis et Axoum, auxquelles les historiens et les géographes ont appliqué en général la même dénomination, s'en donnaient certainement une autre.

Les Blemmyes envahirent le sol romain sous Probus, de 276 à 280 de l'ère chrétienne. Ils traversèrent d'abord sans encombre la partie de la Nubie qui appartenait alors aux Romains, et descendirent en Égypte jusqu'à Coptos et Ptolémaïs, dont ils s'emparèrent. D'après Zosime, ils avaient été appelés par les habitants de Ptolémaïs, alors révoltés contre Probus, et qui aidèrent de toutes leurs forces les envahisseurs. S'il faut en croire Vopiscus, Ptolémaïs et Coptos avaient été soumis par la force par les Blemmyes. Ces derniers figurèrent dans le triomphe de Probus, en 281. À quelques années de là, d'autres Blemmyes envahissaient de nouveau le territoire romain et mirent en déroute celles des troupes de Dioclétien qui étaient cantonnées dans la Nubie.

Originaires d'une contrée située très certainement l)ien au delà du pays des Noba des, jusqu'alors seuls voisins immédiats du commilitium nubien, la poussée en avant des Blemmyes les avait amenés jusqu'aux environs de Pbihe. Dioclétien leur avait cédé la place et promis un subside annuel en or, à condition qu'ils demeurassent tranquil les. Vainqueurs des Romains, les Blemmyes se jetèrent contre les Noba des, qui avaient occupé les cantonn.ements et les forteresses évacuées par les troupes romaines. Mamertinus y découvrait dévotement la prouva de la protection providentielle, car que pouvait-on souhaiter de plus favorable à l'empire que de voir les barbares s'entredéchirer ? L'excellent homme se réjouissait prématurément. Lis Noba des furent dépossédés et se tinrent cois, les Blemmyes occupèrent donc le pays qu'avaient jusqu'alors possédé les Romains et c'e ;.t là qu'Olym piodore et les autres voyageurs les virent pendant deux sièc les. Dès l'année 291 ou 292, Dioclétien ne pouvait douter qu'il faudrait voisiner avec ces trè-, dangereux voisins et il avait imaginé quelques précautions. Philae, devenue ville frontière, fut fortifiée avec soin par une muraille qui enveloppait l'ile en entier et reçut une garnison. En outre, l'empereur calcula que la communauté de religion était de nature à entretenir l'amitié et il rendit commun aux Blemmyes et aux Égjptiens le célèbre temple d'Isis à Philae, en même temps qu'il ouvrait les portes du sanctuaire à des prêtres i)ris parmi les Blemmyes. Initiée à ce culte, la peuplade s'en éprit si passionnément qu'elle ne voulut plus dans la suite l'abandonner. A des époques marquées, les Blemmyes emportaient chez eux les ido les de Philae, ce qui s'expli que par la proximité de Philae et de Talmis, capitale des barbares, séparées seulement par cinq journées de marche. Cette procession dura jusqu'au règne de Justinien ; nous en avons raconté déjà les incidents significatifs. Voir Dictionn.. t. iv, au mot Egypte, col. 24fil.

Malgré la communauté de religion, le naturel barbare l'emportait souvent sur tout le reste et les Blemmyes opéraient une rapide et fructueuse razzia en terre d'Egypte. Au dire d'Eusèbe, on fut obligé, sous Constantin, de lutter pour les empêcher de dévaster les frontières ^. Lors que ce même Eusèbe nous dit que, dès le règne de Constantin, le cliristianisme avait pénétré chez les Éthiopiens et les Blemmyes, ces noms désignent seulement les habitants de l'Abyssinie et de la Troglodyti que. qui embrassèrent la religion chrétienne au temps de saint Frumence, et non pas des Blemmyes de la vallée du Nil. Ils étaient au contraire alors farouches païens et convertisseurs à leur manière. Souvent, leurs incursions les amenaient jusqu'auprès de Tabennisi, le grand centre monasti que, et l'auteur d une des Vies de saint Pakhôme nous a conservé d'une de ces expéditions un intéressant récit. I Depuis longtemps déjà un frère importunait le patriarclie de Tabennisi par ses doléan ces pieuses et ses aspirations ardentes et immodérées pour le martyre : « O mon père, s'écriait-il, priez Dieu pour a que j'obtienne de mourir pour lui ! » Pakhôme reprit doucement son moine de ce zèle indiscret. 11 ne put rien obtenir. Or, un jour, poursuivi par lui dans le monastère, il lui dit : « Mon frère, j'ai obtenu ce que « vous demandez. Vous serez pris par les barbares i Tâchez maintenant de rester ferme dans la foi. » Après deux ans, il arri\a que quelques frères furent envoyés par Pakhôme vers le sud, ramasser des joncs pour fabriquer des nattes. Ce lieu était voisin de ces hommes nommés Blemmyes et non loin de là se trouvait une île couverte d'une multitude de joncs. Lors donc que les frères demeuraient en ce heu, Pakhôme destina ce moine a\'ide du martyre à porter aux frères divers objets nécessaires. Il l'avertit encore de s'observ'er lui-même avec diUgence et lui dit les paro les de l'Écriture : Ecce nunc tempus acceptabile ; ecce nunc dies saluiis. Xcmini danies ullam olfeiisionem ut non vituperetur minislcrium noslrum. Cela dit, le frère reçut un âne chargé des objets et partit rejoindre ses frères. Mais arrivé plus près des déserts, des barbares, qui étaient sortis pour aller chercher de l'eau, tombèrent sur lui. Sur leur injonction, il mit pied à terre, fut garrotté et conduit à la montagne près des autres barbares, tandis qu'on soulageait l'âne de son chargement. Dès que les barbares aperçurent le moine arrivant en compagnie de l'âne, ils dirent en riant : « Viens vite, moine, et adore nos dieux comme ils le ' méritent. » Ils tuèrent alors des victimes pour les offrir à leurs ido les, firent approcher le moine et voulurent le forcer à sacrifier. 11 refusa, mais ils se précipitèrent sur lui, furieux et l'épée haute, le menaçant de mort s'il ne sacrifiait. Le moine fit une libation de vin, mangea des chairs consacrées. Après cela les 1 Blemmyes le renvoyèrent. » \ ' Phllostorge, His[.. 1. III, c. x. ^ ' Vopiscus, ViUi I l'robi. — ' Zosirac. 1. I, c. Lxxi. — ' Eusèbe, De vita ConI stanlini, 1. I. c. vin.

Palladius nous apprend dans l'Histoire lausia que que les Blemmyes quittèrent momentanément les environs de Syène pour recommencer en Egypte leurs ravages : dépassant beaucoup Tabennîsi.ils poussèrent jusqu'à Panopolis, où Palladius les vit, tandis qu'il visitait un des monastères de cette dernière \ille. Sans nous éloigner de Panopolis, patrie de l'apa Schnoudi, nous trouvons quelques renseignements uti les dans une chroni que copte, au sujet d'une invasion de Blemmyes.

» 11 arriva un jour que les Blemmyes allèrent vers le nord pour s'emparer des vil les et emmener avec eux les hommes et leurs bêtes de somme, lis retournèrent ensuite vers le midi avec tout leur butin et s'arrêtèrent dans le nome de Psoï (= Ptolémaïs). Alors, mon père, l'apa Schenouli, voulut aller vers eux, à cause des captifs qu'ils avaient faits. Il traversa le fleuve et marcha du côté de l'orient vers eux. Ceux qu'il rencontra d'abord levèrent leurs lan ces, voulant le tuer. Dans cet instant leurs mains se roidirent et se desséchèrent comme du bois. El les restèrent étendues sans qu'ils pussent les ramener à eux. Il en fut de même pour la seconde troupe et pour la troisième, jusqu'à ce qu'il parvînt au chef. Celui-ci. ayant vu que la puissance de Dieu était avec lui, se prosterna, l'adora et le pria de guérir les mains de ses hommes. Notre père miséricordieux fit sur eux le signe de la croix et les guérit. Le chef lui dit : » Demande moi ce que tu veux. « Notre père, l'apa Schenouli, lui dit : > Donne-moi ces hommes, ces priI sonniers ! » Une grande crainte venant du Seigneur était descendue sur lui et sur la multitude qui l'accompagnait. Il lui accorda gratis les pauvres captifs. Schnoudi leur fit traverser le fleuve ; il les mena au monastère, il les guérit tous. Quant à ceux qui avaient levé contre lui leurs lan ces et leurs javelots, il leur donna à tous des provisions pour la route ; il se fit leur guide, les embarqua et les renvoya chez eux en paix '. » L'évê que Palladius nous apprend que, banni en raison de son attachement pour saint Jean Chrysosfome, il fut exilé « à Syène dans le voisinage des Blemm j'es ou Éthiopiens », tandis que l'évê que Déuiétrius fut déporté « dans l'oasis près des Massiques ». Nous avons déjà parlé de cette peine de la déportation (voir ce mot) et fait allusion à l'événement qui arrriva à Xcstorius, déporté dans l'oasis que les Coptes appellent toujours l'oasis de Ptolémaïs : oye^oc -d'oi. à une épo que où les Blemmyes ravagèrent cette contrée qu'ils mirent à feu et à sang. Emmené, puis relâché, Nestorius se trouvait dans un cas fâcheux, car ses ennemis pourraient arguer contre lui qu'il avait rompu son ban ; par précaution, le vieillard écrivit au préfet de la Thébaïde : « Nous demeurions dans l'oasis qu'on appelle aussi Ibis, quand cette oasis, mise à feu et à sang par une invasion barbare, fut totalement dévastée. Ces barbares Blemmyes, qui venaient si subitement de se précipiter sur nous, nous relâchèrent je ne sais comment, par miséricorde. Mais en même temps ils nous effrayaient par leurs mena ces en nous assurant qu'il n'y avait pas de temps à perdre pour partir, parce que les Massiques devaient venir immédiatement après eux et occuper l'oasis. Nous vînmes donc en Thébaïde avec les autres captifs que les barbares, on ne sait pour quelle cause, avaient amenés avec nous. Quant à eux, ils s'en allèrent où ils voulurent ; et nous, ouvertement, nous nous rendîmes à la ville de Panos -. » Ce qu'étaient ces visites des Blemmyes, nous le savons aussi par un passage d'apa Schenouti ' : « N'avez-vous pas vu ou entendu, écrit-il, ce qu'ont fait les barbares à des congrégations semblab les à celle-ci, à une ville voisine de nous, à d'autres bourgs et à tous lieux '' ? La douleur, la destruction et le pillage apportés par ces ennemis aux fils de l'Église suffisent certes pour châtier et corriger les coeurs des sages, surtout après la mort violente de tant d'hommes. Il n'y a pas de doute que vous ne sachiez qu'une grande multitude est allée se submerger au fond du fleuve, que beaucoup sont morts dans la montagne, qu'on en a pris beaucoup comme esclaves, qu'on a violé les vierges, qu'on a brûlé certaines églises, pillé d'autres et que de grands m aux ont été faits à nos amis, à nos frères. » Un autre fragment qui pourrait être également de Schenouti ° ne man que pas, suivant l'usage, d'expliquer que ces épreuves sont envoyées aux chrétiens en expiation de leurs péchés. II est curieux que cette expUcation serve toujours à justifier les pires violen ces en invoquant les plus affreuses perversions pour des époques qu'on ne man que pas, quelques sièc les plus tard, de représenter comme cel les de la plus pure ferveur. Il suffira de renoncer aux égarements et tout rentrera dans l'ordre, car Dieu, qui se sert des Blemmyes, n'attend que le moment de les accabler à leur tour « car ils ne croient pas et ne viennent point participer au corps et au sang de Jésus-Christ ».

Avant d'aller châtier les Blemmyes, Maximin, général de l'empereur Marcien, serait allé consulter saint Jean de Lycopolis et lui demanda s'il devait, oui ou non, combattre les Blemmyes voisins de Syène. Le saint homme, qui avait sans doute une bonne connaissance du pa j's et des ressour ces des adversaires, répondit sans hésiter : « Si tu montes de ce côté, tu les prendras, tu les vaincras, tu les subjugueras et tu te rendras illustre auprès des empereurs. • La prophétie était trop honorable à la clairvoyance du prophète pour que le biographe de Schenouti n'ait pas tenté de l'attribuer à son héros. Le seul fait à retenir, c'est probablement ceci : le comte Maximin, avant de se mettre en campagne contre les Blemmyes, chercha à tirer quelques renseignements uti les de Jean et de Schenouti, qui, établis, le premier à .\ssiout, le second à Athribis se trouvaient à proximité des barbares et en mesure de donner quelques bons avis.

Lors de leur prise de possession de l'oasis de Ptolémaïs, les Blemmyes n'avaient fait que passer, annonçant la prochaine arrivée et l'occupation par la tribu des Massiques ; de là ils avaient pénétré dans le cœur de la Thébaïde et la démarche de Schenouti auprès d'eux l'avait conduit dans le nome de Ptolé mais. Ceci ressemblait moins à une razzia et à un campement qu'à une installation. Dans ce cas, ils se trouvaient aux portes de l'Heptanomide et la Thébaïde proprement dite était perdue pour les Romains. Il est possible que l'arrivée de ces barbares, qui s'étaient acclimatés en Nubie aux mœurs et au culte des païens, ne fut pas du tout appréhendée i)Arles païens de la Thébaïde, nombreux et menacés par l'intransigeance d'apa Schenouti. Le péril fut jugé assez grand pour réclamer l'envoi d'une armée sous la conduite de Maximin. D'après le récit de Priscus, ([ui accompagnait Maximin. avec lequel il était très Ué °, le général romain remporta une grande victoire. Les indicnlions fournies par Jean de Lycopolis ne lui avaient peutêtre pas été inuti les : « Si tu montes de ce côté, lu les prendras... » ; s'il fallait accorder créance à la 'Vie de âchcnoull, cette victoire aurait réparé deux engagements assez défavorab les ; quoi qu'il en .soit, Maximin fut en état d'imposer, en 451, une paix avantageuse. Kn premier lieu les Blcmniyes ne voulaient consentir qu'à une trêve dont la durée serait celle du séjour de Maximin en Egypte, ensuite à une trêve qui durerait autant que sa vie ; le général refusa et exigea une paix de cent ans, qu'ils acceptèrent. Ils s'engagèrent à rendre sans rançon les prisonniers qu'ils avaient faits dans cette incursion et dans la précédente, ainsi que les besti aux enlevés et le prix de ceux qu'on avait consommés, ils obtinrent en retour la permission, selon l'ancienne loi, y.y~i. tov TraXatov vôjxov, de se rendre sans nul obstacle au temple d'isis à Philse et de transporter dans leur pays, à une épo que déterminée, les images de la déesse pour en tirer des orac les, s'engageant, contre la remise d'otages, à les rapporter ensuite intactes dans leur sanctuaire. Letraité en question fut, pour ajouter à son caractère sacré, ratifié dans le temple lui-même. Nous ne reviendrons pas ici sur cette clause, dont nous avons donné déjà l'explication. Voir Diclionn., t. iv, au mot Egypte, col. 2460. Maximin mourut peu de temps après sa victoire et, dès qu'il eut succombé, les Blemmyes tentèrent de nouveau la fort une. Ils se jetèrent sur les troupes romaines, reprirent les otages qu'ils avaient livrés et leconunencèrent la guerre. Mal leur en prit, car Florus, commandant les for ces militaires de l'Egypte, accourut et, après une courte campagne, obligea les barbares à solliciler de nouveau la paix, en 452 ; nous ignorons les conditions de cette paix, mais on peut supposer qu'el les différaient peu, si el les différaient, de cel les accordées l'année précédente ; le transport périodi que des statues d'isis fut certainement au nombre des clauses consenties cette fois encore. Depuis lors, sauf quelques actes isolés de brigandage, les Blemmyes n'envahirent plus l'Egypte et se contentèrent d'occuper le territoire qu'ils avaient conquis depuis Ptiilae jusqu'à Ibrim. C'est là que, vers le début du v » siècle, Olympiodore, païen fervent, les a visités, « enlevé », ditil lui-même, par les prêtres de ces barbares, avi des de jouir de la conversation d'un si savant coreligionnaire. Il paraît, d'après les expressions dont il se sert, que Talmis était leur chef-lieu religieux. Nous y reviendrons bientôt.

Talmis, sous la domination romaine, reçoit le titre de » bourg sacré » dans un édit du stratège d'Ombos (11 décembre 248) et cette ville jouissait dès lors d'une sorte de prééminence reUgieuse. Le temple de Talmis était consacré au soleil, qu'on y adorait sous le nom de Mandoulis, connue en témoignent les inscriptions qui y ont été recueillies. Procope nous apprend que les Blemmyes étaient adorateurs d'isis et d'Osiris, et t sacrifiaient des hommes au soleil « . Quoi qu'on puisse retenir de cette alTirmation, la coïncidence vaut la peine d'être notée, et permet de conclure, à tout le moins, qu'au temps de Procope le temple de Talmis était encore consacré au culte égyptien.

Ces Blemmyes, que l'on avait crus impénétrab les à l'infiuence helléni que, réfractaires même à la civilisation égyptienne, se sont, à un moment donné de leur histoire, servis de la langue grec que. Bien plus, ces sectateurs convaincus d'isis, privés par Justinien de leur idole chérie et que l'on croyait disparus dans les ruines du paganisme, reparaissent après leur dispersion et leur refoulement par Silco et ils reparaissent indubitablement convertis, cette fois, au christianisme. En 1887, le musée de Boulaq est devenu acquéreur de textes achetés à un fellah de Gebeleïn, dans la haute Egypte. Ce sont des pe aux de gazelle, assez blanches, d'une extrême souplesse, un peu déformées et sur lesquel les on lit un contrat et deux nominations de fonctionnaires rédigés en grec. L'écriture est cursive. Le mélange de formes oncia les et minuscule invite à en placer la date entre le vi« et le vni° siècle. limite que d'autres considérations permettront de resserrer. Les éléments des lettres sont souvent disjoints et rattachés aux éléments de lettres voisines ; certains traits sont communs à deux lettres. Il n'y a ni ponctuation ni accentuation ; l'écriture ne se trouve que d'un seul côté. La pièce portant un contrai est peu lisible, l'encre a disparu ne laissant qu'une légère empreinte jaunâtre ; les deux nominations sont mieux conservées et offrent un véritable intérêt histori que. Les voici ' : Eyco Xapaxo^ paotXsioxoç twv PÂe|JLU£ov Ypaçcij TOiç -rexvoti ; Xapa/'^v xai Xapaî^ie eoi ; t£ xeXeuo) xai SESwzEvai T-^ç xoijpaxopiaç ttjç v/]ctou Xzyo\xzMr)c ; ïavapî y.at o'jSstç xcoXuaa !. ufxaç eavSe ATH O M OnO N EYHA I PQ M E IZ [XT] Tcapezouat r, a'jvrflz'.y. 0 9'/A'zpyo ! ; eu xcoXuaexai ouSs o UTtOTupavoç KPATHZAI PQWIEII ecoç Ta ; O'jv-/)0î'.a ; T'/j ; vr^ao'j [xou Xapa//^v Aat^ts So(J.£CTTI(xO( ;) [j.ap(T'jpoj) So|jt(ECTTLXOÇ) lJ.ap(TUpto) Al î(J.ou ScovcvMç EYp(a'^a), |xr)(voç) C>aco(pi x8' iv S'ôc).

« Moi, Kharakhen, roi des Blemmyes, j'écris à mes fils Kharakhen, Kharapatkhour et Kharazié. J'ordonne que la curatelle de l'île appelée Tanaré vous soit donnée ; et personne ne reçoit l'ordre de vous susciter des obstac les. Mais si... [l'on] ne vous fournit pas ce qui est d'usage, le pylar que ni le vice-roi ne seront empêchés d'user de la force... jusqu'à ce que les coutumes de mon île soient pleinement observées.

« Kharakhen, roi ; r Laizié, officier de la maison royale, témoigne ;

I Poutikéa, officier de la maison royale, témoigne.

« Écrit par moi, Sousnos, le 24 du mois de Paophi, en la 1'= indiction. » E-.-oj FTAKATIMNE ETtiç /paaiXtaxou Yp3(tf<a NOAE to tepôt T/,'/ xoupaxopiav ttjç vr,GOu Tevcnp Xsyojjisvr ; Tavaps zti<x>y.y. CTOI ANOKPATQN a.-'j TO'j v'jv xai stç ~o Si'^vexei ; « Tiav-a asi xp'^ »« ^'' Xat [iOt COÇ Eve.) »i'p{oi<lici.) ayaOcv o eypC^'^'O') A6up xy tvS • la.

Moi, Pakatimné, épiphylar que du roi, j'écris à Poaé le très noble prêtre. Je t'ai donné, en étant maître, la curatelle de l'île de Tensir appelée Tanaré, a partir du moment présent et pour toute la durée du temps à venir à ja mais, et j'adhère à ce qui est éc.it ci-dessus. * » Moi, j'ai écrit, ce que j'ai écrit est bon, le 23 d'Athyr de la 11'^ indiction. » Ces deux documents ont été écrits par le même scribe. La première et la dernière lignes du décret de Kharakhen sont précédées d'une petite croix ; il en est de même dans l'autre décret. Le contrat, qui a été rédigé par le même scribe, porte aux mêmes pla ces une des formes du chrisme. Enfin, les noms des deux témoins sont suivis de deux croix, différant l'une de l'autre par la forme des extrémités. La présence de ces croix indi que que le scribe et les témoins étaient chrétiens. Le roi même, qui s'entourait ainsi de chrétiens et laissait inscrire les emblèmes du christianisme sur un acte émané de lui et signé de son nom, devait être chrétien comme son secrétaire et ses ministres. La supputation du temps par indictions, à l'exclusion même du comput par années de règne, confirme cette remar que. Ce roi nous apprend qu'il règne sur les Blemmyes, dont il nous atteste la survivance postérieurement aux coups que leur portèrent le roi des Xoba des Silco, et le général byzantin Narsès, vers 540-543. Postérieurement à cette date, la monarchie bleinmye a donc subsisté ; elle se trouvait confiée au roi Kharakhen, à une date qui semble devoir être postérieure mais d'assez peu.

Kharakhen confiait à ses fils le gouvernement de l'île de Tensir appeléeXanaré. Évidemment les épreuves avaient incliné les Blemmyes vers la civilisation byzantine ; nous voyons ici un phylar que, des domestiques, une curatelle. Avant les fils du roi, ce fut automd'un prêtre paien, Poaé, de recevoir le gouvernement de l'île Tensir, qui serait peut-être Esar, aujour d'hui Saba-Doleb, entre Khartoum et Sennaar ; peut-être la conversion des Blemmyes n'était pas alors assez avancée pour confier à un autre qu'à un païen un poste officiel, et le décret de nomination en sa faveur ne porte aucun signe de christianisme ; mais après cette conversion, le roi, conscient des difficultés possib les que rencontreraient ses fils, donne avis que personne ne pourra s'opposer à la mission des prin ces, oùSsiç xzXzùz-3.'. y.(o'/S}Gy.i ùtxàç, le phylar que et le vace-roi pourront, au besoin, recourir à la force.


VIII. Chez les Nob.\des. — Les Blemmyes étaient les maîtres de la vallée intérieure de la Xubie depuis Primis (= Ibrim) jusqu'à la trcntière d'Egypte. A Ibrim commençait le territoire d'une peuplade à peine moins sauvage et qui portait le nom de Xoba des, tiré sans doute de Xapata ; elle représentait, mais à un moindre degré de civilisation, les anciens Éthiopiens de Xapata et de SIéroé. La position géographi que rendait Blemmyes el Xoba des alliés pour ainsi dire naturels, aussi voyons-nous pres que toujours ces deux peup les Ugués ensemble dans leurs incursions sur la haute Ég\ pte et dans les guerres avec les Romains ; ils étaient païens et allaient célébrer leur culte en commun au temple de Philse.

On ignore les Umites des terres noba des au midi. Un de leurs prin ces dit s'être retiré dans !n partie supérieure » de ses États, ce qui est probablement le pays de Dongola ; et il parle de ses guerres avec les autres peup les situés a au-dessus des Xubiens », qui ont voulu se mesurer avec lui ; ce sont peut-être les peup les du côté de Méroé, du Sennaar et du Fazokl, jusqu'aux frontières orienta les du pays d'Axoum.

Il semble qu'il y ait eu dans ces parages pas mal de peupla des distinctes que, nous l'avons dit, les chroniqueurs ont tout simplement nommées Blemmyes, comme un terme généri que comprenant tous les habitants répandus dans la région située entre le X'il cl la mer Rouge jusqu'au pays d'Adoulis.

L'inscription dans laquelle le roi d'.Vxoum commémore ses succès énumère tous les peup les conquis ; on y rencontra des Tangaï les, dont le territoire s'étendait jusqu'aux frontières de l'Égyple et qui ont laissé leur nom au fertile pays de Taka entre l'Atbara et Souakim. On rencontre aussi des Bugaïtes, dont on reconnaît le nom dans celui de Bcdja, dont le Taka fait partie. ( ;es Bugaïtes formaient six peupla des ayant chac une des ,chefs particuliers : paoïXtozoï, roitelets. Evagrius nous a montré les Blcnmiyes annonçant l'approche des Massiques, qu'un récit copte nous représente comme venas du coté de l'occident, c'est-à-dire des Lybiens de race berbère et, pensc-t-on, les ancêtres des Taraacheks. Dès lors, on conçoit sans trop de peine le titre de « roi des rois » dont aiment à se parer ces prin ces nubiens. Celui d'Axoum, Aizanas, se tlisait o roi des rois j et Silcu, roi des Noba des, se i)roclanic « roi de tous les Étliiopiens », ce qui signifie à peu près que ce chef avait imposé sa suzeraineté à quelques brigands de sou espèce. Les inscriptions d'Axoum, d'Adoulis et de Talmis, confrontées avec les textes orient aux rassemblés par E. Quatremère, montrent que la plus grande partie des peup les si nombreux qui habitaient le bassin supérieur du Xil étaient alors soumis à l'un des doux grands royaumes de Xubie et d'Abyssinie '. Ces deux grands empires pesaient lourdement sur les roitelets tributaires et rivalisaient constamment pour s'agrandir l'un aux dépens de l'autre : ce qui appuie cette conjecture, c'est la lettre écrite par Isaac, patriarche d'Alexandrie, en C87. aux rois de Xubie et d'Ethiopie, pour les exliorter à la concorde -. Cet état de rivalité contribua VTaisemblablement pour une large pari à empêcher le christianisme de pénétrer de l'Abyssinie dans le pays des Xubiens ; ceux-ci ne le reçurent que deux sièc les après, et par l'intermédiaire de l'Egypte.

Grégoire Bar Hebraîus, dit Abulfaradj. dans son Histoire universelle, rassemblant confusément les noms des diflérents peup les qui avaient reçu le christianisme sous le règne de Constantin, nomme les Coptes, tous les Xigrites, tels qu'Ethiopiens, Xubiens et autres. Cela est exact en ce qui regarde les Coptes et les Abyssins, mais demande des réserves en ce qui concerne les habitants du Xoubah. Des individus affiliés au christianisme ont pu y ])énétrer dès le temps de Constantin ou même beaucoup plus tôt, de même que l'apostolat de Frumence parmi les Abyssins a [lU être précédé de quelques conversions particuUères de chrétiens dans ce pays : mais ces individualités, sur lesquel les on ne sait rien de positif, ne peuvent être comptées pour des évangéli :.tes et il faut s'en tenir aux affirmations de Priscus et dcProcoiu-. d'après lesquel les les Xoba des, leurs contemporains, adoraient Isis et Osiris. Dans sa Chroni que syria que des jacobites, Abulfaradj nous fait un récit circonstancié de la conversion de son peuple ' :

Il Dans ce temps-là — entre 540-548 — il y avait un prêtre dont la foi était pure et dont le nom était Julien, qui se trouvait à Constantinople au service du pape Théodose, d'Alexandrie ■■. Il avait un grand zèle pour la nation noire des Noba des, qui habite sur les confins supérieurs de la ïhéba'idt. et il aspirait à la convertir ; car ce peuple était encore idolâtre et il dévastait souvent les terres romaines. Lors doniqu'il eut indiqué ce dessein à la pieuse impératrice Théodora, celle-ci se réjouit beaucoup, et. dans la simplicité de son cœur, elle fil connaître toute l'alTaire à l'empereur, en lui demandant d'avoir soin d'envoyer Julien en Xubie. Mais l'empereur chercha un évCquc chalcédonien pour l'y envoyer, et il fit accompagner cet évè que de légats et de présents précieux pour le roi de Xubie. L'impératrice, ayant appris cela, se hâta d'expédier Julien et elle écrivit au duc <le Thébaïde une lettre ainsi conçue :

« Il nous a paru bon à l'empereur et à moi, d'envoyer Il une ambassade près de la nation des Xobadis ;. Pour 1 moi, j'y ai destiné le prêtre Julien, et l'empereur doit « en expédier un autre avec des présents. Prends donc « soin, quant à toi, que nu^n légat parte le premier, el •1 prépare la voie pour les autres. • « Lors que le duc eut lu la lettre de riini)ératricc, il fit exactement connue elle avait ordonné. Il retarda donc le dépari du légal de l'empereur jusqu'à oc que Julien lût arrivé au lieu de sa destination. Celui-ci montra la lettre de l'impératrice. Il instruisit et haptisa le roi et les grands, cl. en même temps, il leur fit connaître l'inanité du culte des cludrédoniins, comment ils avaient opprime des hommes saints et établi une foi nouvelle, destructive de celle île Nicee. Quand donc vinrent les ambassadeurs de .lustinien avec des lettres et des présents, et qu'ils dirent : « N'adhérez « pas à des hommes rejetés et condamnés », le roi de Nubie, ainsi que ses grands, répondit : Nous acceptons les présents de l'empereur, et nous lui envoyons en retour, des présents d'une double valeur. Mais nous n'adhérons pas aux persécuteurs ni aux oppresseurs. Nous avons reçu la purification par le saint baptême des mains d'un homme digne et distingué. Nous n'en recevrons pas d'autre. — Ainsi le peuple entier de Cousch se trouva instruit dans la foi droite, et fut soumis au siège d'Alexandrie '. Julien resta là encore deux années. » La conversion des Noba des fut donc une conversion à la doctrine monophysite. Le roi converti était-il le le roi Silco ? Ceci paraît probable et ce Sileo, comme beaucoup de néophytes, paraît avoir été plein de zèle et surtout plein de mépris pour les croyan ces qu'il venait d'abandonner. L'inscription qui nous le fait connaître sous ce jour particulier est postérieure à la mission du monophysite Julien et, de toutes façons, à l'année 5 10. D'autre part, elle ne peut être reportée à une date trop récente et trop éloignée de celle-là ; car Ergamène, qui, lui aussi, élait roi des Noba des et chrétien, était un cont emporain de Théodore, évê que de Philïe, qui tut installé dans cette ville sous le règne de Justinien. L'inscription grec que de Silco semble avoir dû être gravée dans l'intervalle qui s'étend entre 540 et 555, à peu près. , L'inscription de Silco, roi nubien, jusqu'alors inconnue, fut recueillie par Gau au cours de son voyage en Nubie, sur un des murs intérieurs du temple de Talmis, aujour d'hui Kélabshéh. Cette inscription, publiée pour la première fois sur la copie de Gau et commentée par Niebuhr, parut d'une grande importance parce que, étant écrite en grec, elle semblait se rattacher aux célèbres inscriptions d'Adoulis et d'Axoum ; ce fut J.-A. Letronne qui, par un commentaire admirable, assigna à cette inscription une valeur histori que de premier ordre : èyù) rsiKxcb paaiXîaxoç vou[ià8cov xal oÀcov twv ï ;X6ov eîç TàÀ(J.iv xal Ta'-piv â-aj Sûo èno XÉpirjaa y-evi -rcôv PXe[xùcùv xal ô Osôç eScoxsv (xoi tô vtxï)[ia (xexà Toiv xpicov £vîx-/)ca TtâXiv xal év.pi. Tr\aix. xàç TtoXeiç aÙTÛv [iz-cà. xwv oxXwv (xou TÔ [xèv TtpôJTov (XTia^ • èvlx7)<ja aÙTÙv xal aÙTol ■i]Z,i(i)ai,v y.z ÈTrot'/jaoi Elp'/jv()v ]j,£t' aÙTcôv xal (jjjioaàv (xot xà aOxcôv xal xôv ôpxov aùxcôv ûç xaXût Etoiv àvaxcop'/i6/|V EÎç xà àvu [xépv] (iou ôxs è\'z-fO'jé[j.-i)'^ paaiXtaxto O'JK aîi^XOov ùXtoç OTXÎuco xwv aXXcov paatXÉcov àXXà àx(i7)v ï[i7rpoct0£v aùxcôv oî yàp çi,XovixoOat.v |xex' È|xoO oùx àçôi aùxoùç xaoeî^ô[ii£| vol zlq xcôpav aùxoiv eî [it] xa-vj^iursàv [xz lx]a[l] ÈY« »l'àp eIç xâxo> [Xop/] XÉcov s'iul xat, eî : avco yLzp'r] ap5 El[jt.t jiExà xciv fiXEitùcov àîrô ;rpi[x(£<jjç) Ëcoç oùx àçcô aùxoùç xa6E<j6î)vai, eîç xrjv crxiàv eî [x'i) ûtto rjXîou [eÇ&)] , xal oùx ëSojxav v/jp6v Icjco eIç t-Jjv olxîav aÙTÛv ot yàp (iou àpTiâî^td xûv Yuvatxâjv xal xà ;r« tSia aùxcôv Ligne 10 : pxaiXlaxoç, Lctroniu : ; I. 11 : oùxî, Lelr. ; àXX', Le^r ; 1. 12 :• Lelr. ; 1. 14 : a'ÎE, LetT. ; 1. 15 : xeX[X£coç ; I. 16 : sxi. Loir. ; I. 19 ùttoxXivou f oiv ; 1. 20 : [ioi] . xal, Lelr. ; eTTCoxav, Lelr. ; 1. 21 : « Moi, Silco, roi puissant des Noba des et de tous les Éthiopiens, je suis venu deux fois jusqu'à Talmis et à Taphis, j'ai combattu contre les Blemmyes et Dieu m'a donné la victoire une fois avec trois autres. J'ai vaincu de nouveau [les Blenmiyes], et je me suis complètement établi la première fois avec mes troupes.

« Je les ai vaincus, et ils m'ont imploré ; j'ai fait la paix avec eux, et ils m'ont juré par leurs ido les (de l'observer), et j'ai cru à leur serment, parce qu'ils sont gens de bonne foi. Je m'en suis retourné dans la partie supérieure de mes États. Depuis que (ou puis que) je suis roi puissant, non seulement je ne vais point à la suite des autres rois, mais encore je marche devant eux ; et ceux qui veulent lutter avec moi, je ne leur permets pas de rester tranquil les chez eux, à moins qu'ils ne me demandent pardon ; car je suis un lion pour les pays de plaines et un ours pour le pays de montagnes.

« J'ai fait la guerre une seconde fois contre les Blemmyes depuis Primis jusqu'à Talmis ; j'ai ravagé les terres des peup les qui habitent au-dessus des Nubiens, parce qu'ils m'ont cherché querelle.

« Quant aux chefs des autres nations qui entrent en guerre avec moi, je ne leur permets pas de se reposer à l'ombre, et ils ne peuvent se désaltérer dans l'intérieur de leurs mains, à moins qu'ils ne se soumettent à moi ; car ceux qui se révoltent contre moi, j'enlève leurs femmes et leurs enfants, etc.. » (Traduclion de J.-A. Lelronne.) Letronne a montré que les deux allusions au dieu Mars étaient des lectures fautives, l'inscription n'offre auc une trace de paganisme ; au contraire, elle témoigne du christianisme de Silco, qui reconnaît que Dieu lui a donné la victoire. Or, si on trouve employé dans le style philosoplii que les mots ô 6î6ç, ~ô Gstov, employés absolument pour désigner la divinité en général, ces mots n'ont pas été employés dans les monuments qui tiennent à la religion positive ou au culte spécial de telle ou telle divinité, excepté dans le cas où, pur ce qui précédait ou ce qui suivait, il était clair que ces mots se rapportaient à la divinité particulière du temple : et, par exemple, dans les inscriptions païennes d'Egypte, les mots ô ÔeÔç sont toujours accompagnés du nom de la divinité : Ammon, Sérapis, Hermès, etc. 'O Ôeôç, pris absolument et sans désignation quelcon que, ne se rencontre que sur les monuments chrétiens.

Bien plus, Silco dit que Dieu lui a donné la victoire et ajoute : » J'ai fait la paix avec eux, et ils m'ont juré par leurs ido les. « Il est de toute évidence que l'expression leurs ido les est d'un chrétien. Dans toute l'antiquité grec que, avant le christianisme, il n'y a que les Septante qui emploient le mot dans le sens que les chrétiens donnent au mot idole, et c'est pour opposer les images des f aux dieux à Jéhovah. Ici, Silco oppose évidemment aux ido les, objets de l'adoration vainc de ses ennemis, le Dieu souverain qui lui a donné la victoire.

Ces ido les, nous les connaissons, ce sont cel les que les Blemmyes transportaient de Phil^ à Talmis pour en tirer des orac les et les ramener ensuite à Philse. Or c'est à Talmis et dans le temple même que Silco, comme par bravade, a voulu affirmer l'impuissance de ces f aux dieux. Pareille attention semble s'expliquer par le détail des faits consigné dans l'inscription. Après une première campagne victorieuse, Silco avait accordé la paix jurée de par les ido les ; mais ce serment fut mal tenu, Silco forcé de recommencer la guerre. Cette fois, plus de ménagements, dévastation complète et, l'inscription étant incomplète, nulle mention d'un deuxième traité de paix. Silco a-t-il occupé une partie du territoire conquis et la capitale religieuse Talmis, c'est possible et même probable ; ce qui invite à l'admettre, c'est que l'inscription passablement impertinente du basiliscos s'étalait dans le temple de Talmis. Or, ce serait, à coup sûr, prêter aux Blemmyes une longanimité fort étrangère à leur caractère que de supposer que, rentrés en possession de leur capitale, ils se soient distraits en allant lire et relire ce monument témoin de leur humihation.

La double défaite des Blemmyes, l'occupation probable de leur capitale les mettait, ou peu s'en fallait, en état de ne plus résister au vainqueur. Celuici se proclamait sérieusement [ÎDtaiXttjxo ; et se plaçait avant tous les reis, ce qui serait plaisant pour un « roitelet », fùl-il » roitelet des Noba des et des Éthiopiens », si ce glorieux vainqueur n'avait été induit en erreur sur le titre dont il se parait par le rédacteur qu'il a employé. Lepsius a montré que ce dernier était un Copte ', lequel se sera imaginé que le mot 3aotX'la/Co ;, étant plus long, disait plus que paatXeùç et se rapprochait d'autant du litre nubien, grand roi, roi puissant, selon l'usage du protocole pompeux de tous ces rois bronzés. Le rédacteur a pris un diminutif pour un augmentatif ; le digne homme « parlions tout drè comme je parlions chez nous » et il a employé un autre mot du cru qui a fort embarrassé Lctronnc lui-même. • Je suis, déclare Silco, un lion pour les pays de plaine, et ap5 pour les pays de montagne. » Niebuhr avait lu »Api ;; et Silco se comparait au dieu Mars, mais les copies de Gau et de Caillaud étaient formel les et donnaient ap5, dont Letronne fit aïÇ, une chè\Te, mais non sans ajouter : « on peut trouver que la chè\Te, n'étant point un anima ! féroce, ne doit pas être opposée au lion ; mais le rédacteur s'est arrêté à l'idée principale, celle de légèreté et de facilité à gra\ir les défilés des montagnes, où les ennemis pouvaient espérer d'échapper à Silco. » En réalité, il faut maintenir oepH, qui est un mot particulier au grec égyptien de celte épo que, d'où il a passé dans la langue copte avec une multitude de mots analogues. Il signifie ours '.

L'inscription nous laisse encore entrevoir des imitations des li\Tes saints, des fautes grossières contre la syntaxe, des manières propres de parler à la grécité du bas empire et du grec moderne.

Letronne a conjecturé que les Blemmyes, à la suite de leur défaite par Silco, s'étaient peut-être alors convertis au christianisme ^ On n'a pas la preuve que des tentatives dans ce sens n'aient été risquées auprès d'eux, mais le succès en reste douteux. Ce serait alors que plusieurs des temp les païens de la Nubie inférieure furent convertis en églises chrétiennes. On a la certitude que le temple de Talmis fut affecté au culte chrétien, de même que ceux de Dekké. de Tefah, d'Essaboua, d'Amadou, d'Ibsamboul et, en général, pres que tous les temp les anciens de la Nubie *. D'après une conjecture de E. Révillout, après le règne de Silco il n'existait pas plus de Blemmyes à Talmis que dans auc une des vil les qui, précédemment, leur avalent appartenu. Ils auraient été dépossédés ; c'est possible, et la présence de l'inscription de Silco invite à l'admettre, mais le texte de Procope nous apprend que ce ne fut que sous Justinien que le culte païen fut définitivement détruit à Pliilœ et que les Blemmyes étaient encore païens à cette épo que. Il semble que le moyen de faire accorder ces textes se trouve dans le fait que Silco aura maintenu à Talmis un corps d'occupation en état de faire respecter son autorité et tolérer les vantardises de son inscription, mais sans expulser la population et sans lui imposer un changement de religion.

Après avoir évangélisé les Noba des, le patriarche Juhen les quitta, ayant séjourné deux ans parmi eux, et retourna à Constantinople. La nouvelle chrétienté fut confiée aux soins de Théodore, évê que de Philse, et les choses semblent être demeurées en cet état pendant plusieurs années. C'est dans cet intervalle que se place la fondation d'une église chrétienne à Dendour. Le souvenir nous en a été conservé par une inscription copte. Le texte a été publié avec peu de soin par Lepsius (n. 38) et E. Revillout a pu rétablir le texte d'après un estampage donné par M. de Saulcy au Musée égyptien du Louvre. La stèle mesure 0 m. 48 de hauteur sur 0 m. 68 de largeur et les caractères sont à peu près identiques à ceux de l'inscription du roi Silco ^ Voici le texte de l'inscription copte : oJS no-yiiiH) SCnno-yrc xtïï iik c'Ac-^v'C Sïnppo « ipii« .uoxie aiïî iiecnoYi.i.ioc ojS iui)&xe JEïniio'^-ie « ù.ich-1> n€-i,p^ ' ÛTi.',ViLii »(ijc ,Y'« 2^ uipciisi uiciô.ypoc â.noK A.fcp,o.j>ji ni€'.\^ ;\ ; nnptcfc-^ntpoc •i« >OTi »o itCTi.'ypac oS iu'oootîî ■lA.'^'cxiiicme ïïiciciiK eic coy 's« .Y( »T Cfcuj'.je ïïtioèci^ iiCTef^ft.pcc iuii eiie'\i.uioc nci.AJi« .t. xx\i ju. f>tprr« .yMoc 07011 luxi e'iUA.(<iii) ÎÏIIC04.1 ii^pk'|pr« »CA. II. ..un ujAh^ es C'ii '^« ♦e litiiic 1 ; ■fstc'.Ve'ycic, estampage ; I. 2 : HprAxieiic, Révill. : 1. 0 : TSO'Y'COT, cstanip. ; \eicla du dernier mot, porte dans l'estampafîe le signe transversal des abréviations ; 1. 10 ; nfcioifp. estamp. ; 1. 11 : ncfet^&poc, Révill. ; l'estampage porte, après le dernier mot de la ligne, le signe des abréviations ; 1. 12 : ai, et dans l'interligne, après ces deux lettres, on lit dans l'estampage PKOC. Les lettres qui se trouvent entre Aiii et Aiivontété martelées ; 1. 13 : co&i, estampage ; plus loin,TA.o.nH, estamp. : !. 14 : uq. après ces deux lettres l'estampage porte ^-T'^i puis deux lettres illisib les.

<i Par la volonté de Dieu et par l'ordre du roi Eirpanome (= Ergamènc, Réi'illout) et du zélé dans les clioses de Dieu Joseph, exar que de Talniis ; après avoir reçu la croix de la main de Théodore, évè que de Philse, moi, Abraham, cet humble prêtre, j'ai planté la croix le jour oii ont été placés les fondements de cette église, qui est le 27 de tobé, indiction septième. Resplendissait à cette solennité [l'eunu que] avec Paphiuilé le stéphore, Epiphane le garde des ■ce aux, Marc le vérédaire. Que tous ceux qui liront CCS lignes aient la charité de prier pour moi. ;> Le roi Eirpanomc était, il y a tout lieu de l'admettre, roi des Noba des et probablement le successeur de Silco. Mais il semble que, depuis le teftips de ce dernier prince, le basiliscos nobade avait dû composer avec des riv aux plus puissants que les Blemmyes. On voit en effet dans l'inscription, et sur un pied d'égaUté complète avec lui, un eunu que resplendissant entouré de tout un personnel administratif byzantin. Joseph porte le titre d'exartiiic de Talmis ; il est flanqué d'officiers civils tels que le garde des sce aux, le vérédaire ou courrier du cabinet impérial. Il est fort possible que le basiliscos ne fut, en Nubie, autre chose qu'une sorte de représentant ofTiciel de l'empereur, avec lequel il entretenait des rapports par la voie hiérarchi que. Talmis est mentionné comme le siège du gouvernement de l'exar que Joseph, mais à cette date elle dépendait, ainsi que Dendour, de l'évè que de Philse, Théodore. Cet évè que était déjà avancé en âge ; il avait reçu la consécration épiscopale vers 525, des mains du patriarche Timothée III. et nous possédons à son sujet plusieurs inscriptions grecques que Letronne a publiées et commentées. Une de ces inscriptions nous apprend que Théodore vivait encore le 14 décembre 577. c'està-dire « f[uinze ans ou un peu moins » après un événement grave pour ces contrées.

Nous avons vu qu'en 451 le comte Maximin et. en 452, le préfet Florus avaient signé avec les Blemmyes une paix de cent ans, dont une des clauses reconnaissait le droit des barbares de venir faire leurs dévotions dans le temple d'Isis à Phila ;. Un siècle plus tard, l'historien Procope, écrivant son hvre sur la Guerre persi que vers la fin du règne de Justinien, de 560 à 505, nous dit que les Blemmyes, restés païens jusqu'à son temps, avaient conservé l'usage des temp les de Phila', mais que Justinien voulut mettre fin à ce scandale. Par son ordre Narsès le Persarménien, général des troupes impéria les en Egypte, abolit le culte que l'on y célébrait, mit les iirètres en prison et expédia à Constantinoplc les imai^es des dieux. L'historien ne parle de DicT. d'arcii. cniuiT. ce fait qu'incidemment, il n'en domie ni la raison, ni la date. Depuis environ un siècle, le traité conclu était observé de part et d'autre, quand Justinien voulut y mettre fin et amener la disparition des derniers vestiges du paganisme. Le culte d'Isis fut aboli, les ido les enibullécs et les Blemmyes privés du moyen de leur rendre un culte. Reste à savoir si ce fut à l'occasion <lu renouvellement de la paix de 452 et des nouvel les exigen ces des Blemmyes que Justinien prit cette lésolution ?

Narsès le Persarménien, chargé de la désaffectation du temple de Philae, est mort dans une bataille livrée au roi Chosroès le quatrième été qui a suivi la treizième aimée de Justinien, et par conséquent avant l'expilation du traité de 452, puis que c'est en 543 que mourut Narsès. Loin de refuser des exigen ces, Justinien a donc dénoncé le traité neuf années avant son expir.ition. Comme la conversion des Noba des par le prêtre lulien ne peut être antérieure à l'année 540, et peut se rapporter à celte année même, Silco a pu combattre les Blemmyes avant cette date et exiger de leur part un serment sur leurs ido les communes, car lui-même était païen et les tenait pour gens de bonne foi. Mais Silco converti, tout changea ; les Blemmyes se liment pour dégagés d'un serment dont il bafouait les témoins et Silco leur montra que, pour être devenu chrétien, il savait encore manier l'épée. 11 arriva jusqu'à Talmis probablement en 541 ou 542 au plus tard, car en 543 Narsès mourait bien loin de là, ayant aboli le culte à Phihc. C'est donc entre 540 et 543 qu'a dû être faite l'expédition de Narsès et c'est vers le même temps que fut rédigée l'inscription de Silco, d'autant plus impertinente pour les divinités honorées jadis à Talmis que cel les-ci avaient pris le chemin de Constanlinople.

Le traité de 451-452 imposait le maintien du culte idolàtri que à Philse, cependant Justinien se soustrayai t à la clause. La raison probable, c'est qu'il considérait le traité comme n'engageant plus. Silco, roi chrétien des Noba des, vainqueur des Blemmyes, n'en exigerait pas l'observation, les Blemmyes vaincus n'avaient qu'à se taire. Narsès fut envoyé et fit l'opération qui mettait lin à toute tentative de réclamation pour l'avenir.

Un document intéressant l'histoire de ces parages toujours menacés par les incursions de barbares nous a été conservé par le papyrus Z du musée de Leyde. (Quoi que publié depuis 1885,11 a été rarement utilisé ' |)0ur l'histoire des établissements chrétiens de la haute Egypte. Dès la fin duiv » siècle nous savons qu'il se trouvait à Syène-Éléphanline, un évè que chrétien qui n'était pas rassuré outre mesure par le voisinage des Blemmyes et des Noba des. Ce papyrus Z de Leyde est la fin d'un rescrit impérial en réponse à une suppli que de l'évè que Apion de Syène, Conlrasyène et lîléphantine. Le rescrit, qui était, comme toujours dans la chancellerie de ce temps, rédigé en latin, a disparu ; la chancellerie se chargeait elle-même de la traduction et de la transcription grec que, toutefois son personnel laissait échapper quelques fautes qui témoignent que toutes ces peupla des d'Ethiopie lui étaient si étrangères qu'il en ignorait le nom et l'orthographe et c'est ainsi qu'il écrivait pXevvuco pour et avvupâSco pour xiôv Nouj3àScov.

V.

15 Âsysôvoç Su-r,VT)ç xal zxl ' 'EXeçavTÎvrjç STrapytaç -rr,ç ij[XE-É[pai ;] « Avoj Eïwécv Y) \}[xz-zzp(x 9(iX)av6p<o-ia ttôicteiv toî ;

SeojAÉvoiç yzi ?x 8eï,ià.v opÉyeiv, (5|6£V xàYco TOÙTO aaoû ; [i£[xa8y)xà) ! ; èrel -âcSc xàç 8[e]r ;asiç È>.ï)Xlu)6a TTpâyfilaTOç] ôvtoç èv [T]oÙTOt.ç. , èv [jtéacù TCÙV [3appàp[6iv (i,J£|T|à TÔJV è[j.â>v ÈxxXr,CTi.cov Tuv/âvtov, tcôvte BXsvvJcov jjiêTa^ù xai 'Avvo'jfiàSci)|v ~à]ç ~ap' èxstlvco-i ; ] a9l ; oj-j [i.£VO,a£V ; OTp XTICOTOU TÛV r,Li£-ipcov -rôïTcov. 'Ex to-Jto'j s jj.£Ta7 :î— | rco ] (XE-[à -cù|v xai (x-r ; S[uvaix]£Vcov (j.r,T£ TO[î]ç a'JTaïç 7Tpoa9£'JYO'JCT£i.v èTra(xûv£iv -poc-ÎTiToj TCOV 0£Îa)V ûficov xai à7pi[vTcov îj/lvcûv û]i ; xa[Tx]i'.ôiaaL Secy-tcat çpoup£tc ![6]ai. Tàjç £jj.à( ;l àyiaç ; ÛïtÔ tcov — ap' ■/ ;(jt£Ïv cTparua- (Tfolv x[all è-i6£CT6[ï'. ci'j- :o|ùi ; £...[.... û] Traxo'jEiv TTEpl TîàvTcov xaOcbç o't Èv C>tXw [Kà]- (TTpa xaXouji£v[(o] çpoupup t^ç ûiXETÉpaç »Av[col Mr,- Patéo[i ;] xaTa[(j-a6£VT£ç] :a| !. û-o-jpyoOa£v (sic) Taîç èv C>îXç> àytaiç xoij 6£0[ul èxxX7iaiai.ç. Outoj yàp Suv7)a[ôix]£[6]a àS£[ôjç î^â>|vT£Ç [ J£CdT[....]. XCOÇ (J-ETElÉval. VO ôp£40tJt£v/ ;ç xaTx t[c5]v 7La[p]a|îiv[-rcov. 1 ^ôJ ; -ap' ûnôiv Ôeo-iç xal o'jvapTra-.-îii ; -o\> Si' èvavTtaç j(ji.]Époui ; yz'jry.t[z]. vrj[( ;] YjjjLE r, a/_oXaî^o'j. . . .6sîaç û[jiâ)V [xal] IStxîii ; /[àlpiTOç T :£pi. toutoo çoitcôotiç 7rp[c<| ;

TÔv xal T :spi^Xsn[TO\] x6(H.Tlaj xal SoOxa TOÙ 07]fJatxou Xi(xi,T C'j. Kal -toÙtov - :ux<ôv {)[-ô] Sià TravTÔ ;.

Apion, évè que de la région de Syène, Contiasyènc et Éléphantine, a adressé une suppli que aux empereurs Théodose et Valentinien, en vue d'obtenir une sauvegarde militaire pour lui-même et pour ses Eglises. Il se trouve à proximité des peupla des barbares. Blemmyes et Noba des, dont il ne peut se préserver efficacement sans le secours d'une garnison ou d'un poste militaire. En const qucnce,ilsollicite les empereurs d'ordonner que les troupes stationnées dans le voisinage lui prêtent main-Iorte en cas de besoin, également la garnison de Philîe pour les saintes églises qui s'y trouvent.

La situation à laquelle cette suppli que et le rescrit qui lui répond tout allusion n'oflre rien de particulier, mais elle confirme ce que nous savons de l'insécurité des régions frontières d'Egypte. Les prin ces au nom desquels est donné le rescrit peuvent être les emiJereurs Théodose I<« et Valentinien II ou bien les empereurs Théodose II et Valenlinien III. Leemans avait d'abord admis qu'il s'agissait de ces dernier. ; dans l'édition du texte il est revenu aux deux autres Qu'advint-il à Philse après la désafîectation de son temple » ? Peut-être l'évè que chalcédonien envoyé à Siloo par Justinien, et prévenu par le zèle du prêtre Julien, est-il le même que l'évè que Théodore, qui aurait, comme pis-aller, reçu pour destination l'Église naissante de Philae. Ce qui est certain, c'est que Théodore avait reçu la consécration épiscopale vers 525, qu'il fut le premier évê que de Phike et que rien ne s'oppose à ce qu'il ait pris possession de ce siège après l'expédition de Narsès le Persarménicn, c'est-à-dire vers 540-543. Ce fut Théodore, qui, d'après les inscriptions publiées par Letronne, accompht la transformamation du temple païen d'isis en église chrétieïine. Avant d'opérer cette transformation, il couvrit d'un enduit les images profanes sculptées sur ses murs. Les Blemni\eî, aux portes de Philae, restés païens et dévots, frémissaient à la pensée de ce sacrilège et de cette profanation. Contenus par Silco, teiuis en respect par Justinien, ils*nc pouvaient rien faire, mais devaient conserver le désir de la vengeance et ne pas trop s'en cacher : aussi les chrétiens de l'île de Philse n'étaient pas rassurés sur l'avenir et il leur fallut mettre les fortifications de Pliilse en état de défense : une inscription en témoigne, datée, nous l'avons dit, de 577.

Ainsi donc, entre 540-543 et 577, les Blemmyes constituaient encore une menace à la sécurité de la ville voisine. Il est possible que la métamorphose du temple d'Isis en égUse n'ait pas suivi immédiatement la destruction du paganisme et le départ des ido les ; on peut admettre quelques années d'abandon avant qu'un évè que et des chrétiens vinssent s'établir dans l'île et pi-ofaner l'anti que sanctuaire. Même au début de leur installation, ils auront pu se contenter d'un modeste abri pour célébrer les saints mystères, mais on ne saurait admettre qu'il se soil écoulé plus d'une vingtaine d'années entre la désaffectation du temple et sa réaffectation, signalée par une inscription qui mentiomie la construction d'une église à saint Etienne dans le prnnaos du temple. Ce dernier événement peut dater des environs de 555 à 560. Quant à l'inscription copte de Dendour, elle est peut-être de l'année 559. La date est le 27 tybi (22 janvier), indiction septième. Mais le terme d'indiclion doit être suppléé ; si l'on était sûrement en droit de le faire, l'année indiquée ne pourrait être que 559, les autres septièmes indictions qui tombent sous l'épiscopat de Théodore étant é cartées par l'histoire que nous éludions ici.

Le nouveau roi Eirpanome subit sans résistance l'ascendant de Justinien et la hiérarchie byzantine. Nous le voyons, en 559, faire bon marché des litres protocolaires dont se parait la vanité de son prédécesseur SiU'O. De monophysile qu'était Silco, EirpaMarc dePhilic. quel, et ro une exilait en basse l-Igypte, iiSi les. prés de l'éluse, afin de ne pas être uliliKé de le maintenir ft Phila ; deux sièc les avant l'évOquc Théodore. Il snfllsait de changer un i en /r, mais le papyrus de Leyde vaut pour l'évè que Marc un permis de séjour A Philie, où il n'est plus si surprenant de trouver un é\ fqnc en ;i('>2, puisqu'on y rencontre (1rs tgliscs peut-être dés H'.M et qui. nssiirément. ni' sont pas neuves, puisqu'el les ont eu à soufTrir des linrhiircs. nome était devenu chalcédonien, car ses rapports avec Théodore de Phila ; témoignent qu'il relevait de sa juridiction ecclésiasti que. D'autre part, l'exar que impérial résidant à Talmis ne lui était pas inférieur en rien, et, comme lui, donnait des « ordres ». Cet exarchat de Talmis dura au moins jusqu'en .577, date de la construction et de l'armement du mur d'enceinte de Philée chargé de protéger les nouvel les frontières. Sa création était-elle contemporaine de la victoire de Silco vers 540-542, nous n'en savons rien, mais ce qu'il faut remarquer, c'est qu'à partir de cette deuxième campagne de Silco, combinée peut-être avec l'expédition de Narsès, la situation des Blemmjes perdit son importance de jour en jour. Non seulement ceux qui demeuraient à « Talmis avaient sous les yeux l'inscription offensante de Silco et le souvenir douloureu.x de la profanation du temple de Philae. mais Procope nous dit que le pays qui s'étend d'Axoum à Éléphantine était occupé par les Noba des et les Blemmyes ; mais les premiers possédaient les rives du fleuve, les seconds l'intérieur des terres ; ainsi on tentait de les refouler des lieux où les avait pu voir et décrire Olympiodore.

A partir de cette épo que, les Blemmyes, sous ce nom du moins, disparaissent entièrement de l'histoire, à ce point qu'ils ne sont ja mais mentionnés par les Arabes, qui, au premier siècle de l'hégire, envahirent tant de fois la Nubie et nous entretiennent si longuement de la monarchie des Noba des. Entre le Nil et la mer Rouge on croit retrouver aujour d'hui encore les descendants des Blemmyes.

Quant à Tadmmistration pohti que du pays conquis, il paraîtrait, d'après notre inscription copte, qu'elle fut en quel que sorte indi\ise, pendant quelques années au moins, entre le roi des Noba des Eirpanome et le nouvel exar que résidant à Talmis. Cet exar que porte le nom de Joseph, le prêtre porte le nom d'Abraliam et le stéphore celui de Paphnuce, tous noms alors très communs en Ég>'pte et qui inviteraient à admettre l'origine indigène de ces fonctionnaires ; c'est même ce qui donnerait lieu d'expliquer Temploi de la langue grec que pour l'inscription.

Le patriarche monophysite Théodore ne se désintéressa pas de la peuplade que son intervention avait amenée à la foi monophysite. Avant sa mort (567), il désigna en quaUté de chef de la mission nubienne un de ses prêtres, nommé Longin, qui fut ordonné évê que aussitôt après sa mort. Mais la pohce impériale le retint trois ans à Constantinople et ce ne fut qu'en 569 qu'il par\nnt à s'échapper et à rejoindre sa destination ; il séjourna six ans parmi les Noba des. En 575 nous le retrouvons en Ég^^ite et vers le même temps une ambassade nobade arrive jusqu'à Constantinople et rehausse grandement les actes de Tévê que Longin. Sa réputation était telle que la peuplade des Alo des, étabUe fort loin au sud de la Nubie, se déclara prête à embrasser le christianisme.


IX. Chez les Alo des. — Le roi des Alo des écrivit au roi des Noba des, qui n'était plus Eirpanome mais Awarfioula ; il lui demanda de lui envoyer l'évêque Longin. : Celui-ci se trouvait alors à Alexandrie, occupé à soutenir le patriarche Théodore, qu'il avait lui-même sacré, contre l'opposition de son rival Pierre, élu de la population alexandrine. Au milieu de ce schisme qui agitait profondément les monophysites d'Égypte et de tout l'empire, arrivèrent les envoyés du roi des Noba des, réclamant leur chef spirituel. Les partisans de Pierre cherchèrent à mettre la main sur les néophytes du haut Nil : mais ceux-ci tinrent bon. Les émissaires d'Awarfioula ne voulurent entendre parler que de Longin ; deux évêques, escortés d'un certain personnel, furent, il est vrai, envoyés aux Alo des par le patriarche Pierre, mais on ne voulut pas les recevoir. Longin, pendant ce temps-là, était rentré chez les Noba des, d'où il partait bientôt pour sa nouvelle mission. Il eut beaucoup de difficulté à l'atteindre. Pour y aller, il fallait traverser le pays des Makourites, dont le roi, mal disposé, faisait garder toutes les routes, jusqu'à la mer Rouge. Awarfioula envoya l'évêque Longin au roi des Blemmyes, sous la protection duquel il parvint à traverser le territoire dangereux, non toutefois sans avoir beaucoup à souffrir de la chaleur et de la soif ; il tomba lui-même malade et perdit dix-sept chameaux. Arrivé enfin à la frontière des Alo des, il y fut reçu par un fonctionnaire appelé Itiko, qui le conduisit en grande pompe auprès du roi. Celui-ci l'accueillit avec enthousiasme, se fit aussitôt instruire et reçut bientôt le baptême avec tout son entourage et une partie du peuple. La nouvelle de cet heureux événement parvint au roi des Noba des deux cents jours après le départ du missionnaire. Les messagers de Longin lui apportèrent une lettre du roi des Alo des et une autre de Longin lui-même, qui le priait de la faire parvenir à Alexandrie. Le roi des Noba des expédia en effet ces pièces au patriarche Théodore, avec une lettre écrite en son propre nom. Ces curieux documents nous ont été conservés par Jean d'Éphèse '. On était alors à l'année 579.

« Les Makourites dont il est ici question ne peuvent être différents de ceux qui envoyèrent une ambassade à Constantinople vers le temps même où nous sommes arrivés. Jean de Biclar enregistre ce fait à l'an VII de Justin (vers 573) : Legati gentis Macciirrilarum Constantinopolim venerunt elephantinos camelopardamque Justinino principi munera offerentes, sibi cum Romanis amicitias collocantes -. Le pays de Makourrah ou Makouria est quelquefois identifié avec celui de Nubie, quelquefois présenté comme une de ses subdivisions, vers la seconde cataracte '. Cette situation, il est vrai, ne concorde guère avec les récits et documents de Jean d'Asie, d'où l'on déduirait plutôt que les Makourites habitaient au sud des Noba des. Ils pouvaient, en effet, barrer la voie du Nil et même échelonner des postes jusqu'à la mer Rouge ; mais de ce côté, en passant par chez les Blemmyes et en se faisant escorter par eux, on parvenait à leur échapper. Quant aux Alo des, ils devaient être voisins des Abyssins, car Longin marque, dans sa lettre, qu'il avait éclairé quelques Axoumites imbus des erreurs phantasiastes de Julien (d'Halicarnasse). On ne peut s'empêcher de rapprocher leur nom de celui de la ville d'Aloa, actuellement détruite, qui s'élevait sur la rive droite du Nil Bleu, à quelques lieues en amont de Khartoum. Aloa avait hérité de la situation de Méroé ; elle fut, jusqu'au XVe, la capitale d'un État chrétien ; ses ruines ont conservé des traces de christianisme *. »

X. Chez les Homérites. — Nous avons retracé l'apostolat de Théophile de Dibous dans le pays du Yémen, l'introduction de l'arianisme dans ce pays, suivie de la prépondérance du judaïsme. Il faut attendre le règne de l'empereur Anastase (491-518) pour relever dans ces régions les premières traces d'organisation ecclésiastique. Vers ce temps, un certain Silvanus, évêque des Homérites et oncle de l'historien Jean Diacrinomenos, s'installa au centre d'une colonie chrétienne, probablement à Nedjrân, ville de l'intérieur, assez éloignée de Safar, capitale du royaume, où s'élevait une autre église. À Safar, si l'on en croit le P. E. Duchesne, siégeait le vice-roi abyssin, sous la protection d'une garnison éthiopienne. Au temps où nous sommes, et dans ces contrées, la propagation du christianisme allait de pair avec celle de l'alliance romaine : elle était sûrement favorisée par les représentants du négus Al Amâma. L'intervention de celui-ci n'avait pas été étrangère à la fondation de la colonie chrétienne du Nedjràn. S'étant pris de querelle avec le roi des Homérites, il lui déclara la guerre, le battit, le tua et ravagea son royaume. Cela fait, il se convertit et exclut du pouvoir la dynastie vaincue au profit d'une autre famille princière ; mais un membre de la dynastie déchue, nommé Dhou-Nowas, juif de religion, comme ses ancêtres, profita de la mort du vice-roi éthiopien en résidence à Safar et de la difficulté des communications entre le pays des Homérites (Himyar) et le littoral abyssin, à cause de la saison d'hiver, pour s'emparer de vive force de Safar, dont il massacra la garnison et le clergé et dont il changea l'église en synagogue. Il semble qu'Ai Amàma avait alors disparu et Kaleb Elesbaas lui avait succédé.

Ce négus se sentait bravé, il prépara sa revanche ; la chronologie de ces événements est mal connue ; ni la date de la révolte de Dhou-Xowas, ni celle de l'expédition préparée par Al Amàma ne sont certaines. Ce qui n'est pas douteux, c'est la persécution exercée par Dhou-Nowas. La colonie chrétienne et éthiopienne de Safar fut anéantie. Au Nedjrân, les fidèles n'avaient aucune origine ni affinité éthiopiennes et peut-être cette circonstance leur valut-elle un moment de répit, mais les juifs mêlés à eux leur prodiguèrent les avanies '. En 523, Dhou-Xowas vint mettre le siège devant Nedjrân, dont il redoutait une entente et une alliance avec le négus d'Axoum. Le siège traîna en longueur. Dhou-Xowas proposa une capitulation avantageuse, qui fut acceptée ; il entra dans la ville et, violant sa parole, fit massacrer tous les chrétiens qui se refusèrent à l'apostasie. Les supplices firent périr plus de quatre mille personnes ; l'église fut brûlée. Ces atrocités nous sont connues parce que Dhou-Xowas s'en vanta par une lettre adressée à l'émir de Hira, Al Moundhir. En même temps que cette lettre arrivait chez l'émir, celui-ci recevait des envoyés de l'empereur Justin, le prêtre Abramos, fils d'Euphrasios, et l'évêque Serge de Resapha, avec divers autres personnages ecclésiastiques et laïques, au nombre desquels était le chef des monophysites de l'empire perse, Siméon, évêque de Beth-Arscham. Ce dernier transmit tout ce qu'il venait d'apprendre, dès son retour à Hira, dans une lettre adressée à son homonyme Siméon, abbé de Gabula, localité syrienne peu éloignée de Chalcis.

Dans cette lettre, l'évêque de Beth-Arsam rapporte que, le 20 janvier 524, il avait rejoint Al Moundhir à Ramla et aussitôt après prenait connaissance de la lettre de Dhou-Nowas à Al Moundhir. Siméon priait son ami de porter sa lettre à la connaissance du patriarche d'Alexandrie, afin que celui-ci presse le roi d'Axoum d'intervenir par les armes ; qu'on la notifie également aux évêques d'Antioche, de Tarse, de Césarée de Cappadoce, d'Édesse, leur recommandant de commémorer les martyrs et de prier pour les survivants. Il demande aussi que l'on s'assure des chefs de la communauté juive de Tibériade, et qu'on leur signifie qu'eux et leurs coreligionnaires seront rendus responsables des persécutions infligées aux chrétiens homérites -.

Outre la lettre de Siméon, un auteur anonyme, probablement Serge de Resapha, un des envoyés venus près d'Al Moundhir, rédigea un récit connu sous le nom de Martyrium Arethae, conservé en grec '. Le texte original de la lettre de Siméon confirme les conjectures du P. E. Carpentier sur l'âge et la composition de cette pièce. La première partie a été écrite en syriaque, traduite ensuite en grec et, à la version grecque, on ajouta le récit de l'expédition de Kaleb-Elesbaas, avec des détails précis, d'une authenticité évidente, fournis sans doute par quelque marchand ou marin grec d'Adoulis, qui aura suivi l'expédition '. Un dernier chapitre est consacré aux mesures réparatrices prises par Kaleb-Elesbaas, à l'investiture du vice-roi Abramos et à la mort du pieux négus d'Axoum.

Il existe deux autres documents syriaques sur les persécutions des chrétiens homérites. C'est d'abord la lettre de Jacques de Sarug qui se rapporte à la première persécution de Dhou Xowas, qui prit fin en 519, après la fuite de celui-ci '. Ensuite c'est une hymne de Jean Psaltès, abbé du couvent de Jean bar Aphlonia ou de Kennesré, lequel vivait dans la première moitié du VIe « .


XI. Épigraphie. — Des inscriptions assez nombreuses, en grec ou en copte, se rencontrent en divers points de ce pays, depuis Talmis, dans l'ancien Dodécaschène, jusqu'à Wadî-Gazal, localité située un peu en aval de la quatrième cataracte, près de l'antique Napata. Elles sont du vii ou du viii siècle. Une inscription de provenance incertaine est, dit-on, du ii ou du v siècle, mais c'est peu vraisemblable. La plupart, suivant un usage qui rappelle l'ancienne coutume égyptienne d'ensevelir les morts avec un exemplaire du rituel funéraire, contiennent des extraits de la liturgie funèbre, suivant le rite de Constantinople. Après l'invasion arabe, nous trouvons encore une inscription grecque-chrétienne, en 693, en Basse-Égypte, à Damiette ; tandis qu'en Haute-Égypte, et surtout à Philœ et en Nubie, les inscriptions postérieures à 640 sont nombreuses. Le christianisme s'y défendit avec plus d'énergie que parmi les populations égyptiennes. L'inscription la plus récente est de 1157, elle n'est pas bien éloignée de nos parages puisqu'elle vient d'Assouan.

Les deux inscriptions du roi Silco et du roi Eirpanome nous ont suffisamment retenu, il n'y a plus à y revenir. La première nous ramène à Talmis (— Kélabshéh), où nous rencontrons quelques autres textes épigraphiques. C'est d'abord, sur un mur du temple qui reçut l'inscription de Silco, un graffite : -f îycj ziSaa ev.Xt, rrîTpo Trp ce qu'il faut lire probablement : eyo) eiSov zy.yXr^r^'.v.' ! TltTpoç OU irpoôSpo ;.

La stèle en grès, incomplète à droite, provenant de Talmis et conservée au Musée Britannique, haute de 0 m. 20, nous donne ce texte : -Tï) TO'j 0(Eo)'j SjEazo] sOVTo ; î^ulv] ■z'xc, Tt y.al vE[xp] o'jç e/pï)oaTû 5 Y] naxapta aiS. Eoaa TtXei to\j I PTOU TOUTO £V (/.l j VI Ttaxuv lE IV I ;)t 0 Geoç avy. < ; 10 -uoTj -T'/jv ij/u ay. cdV aixr,v ligne 3 : te ; I. 4, le lapicide » a oublié un mot, jrpovoia ou ; 1. 6, teae'. : 1. 7, lire toutou ; 1. 9, Bç ; 1. 10, avaTiaucr/.

« C'est par (la providence) de Dieu, maître des vivants et des morts, que la bienheureuse Aideosa a atteint la fin de cette vie, mois de Pachons 15, indiction dixième. Dieu la fasse reposer dans les habitations des saints. » Une autre stèle de même provenance, également conservée au Musée Britannique (n. 602), mesure 0 m. 25 de hauteur et doit se lire :

-r EvGot TE o ;i.O(>capiot ; axxevsaptte |iri(vi) yoiax t< ; ivS • a ava — aucov au[Tolv o ÔEOÇ EIÇ xoX', TTOV appaaa -Iligne 4, lire £TEXcw6rp I. ô, [i ; le G, ; I, 8, Ôç : 1. 8-9, Ure xoXttov.

IIci repose le bienheureux (ou feu) Akkendarpos. Il a consommé (sa vie), mois de Choiak 16, indication première. Dieu, fais-le reposer dans le sein d'Abraham.

Deux inscriptions copiées dans les carrières, derrière le temple, et une autre sur une stèle en grès du Musée Britannique (n. 824), haute de 0 m. 12, offrent une formule identique : u-sp (xv/ ;[i.-/ ;ç zxi ovaTza'Jsetoç... et le repos dans le sein d'Abraham, ou bien la formule : ouSt ;; « personne n'est immortel • », dont le paganisme philosophique s'arrange d'ailleurs de la présence du E et de acOTrois stèles ayant fait partie du cabinet du comte de Mountnor, et dont la trace est aujourd'hui perdue, offrent des formules presque identiques (\oii Diclionn., t.i, col. 1570)= :

+ £v0a xaTay.r,—/ ; o [xaxapioç a(3paati t'jS iT TjvSex ■ i'( a 6ç avaTiaucov '^U'/ov to'j SouXou cou EV xoXttiç appaa[i. xai icraax xat taxcoP ava-auaov Et axuvY)'j r ;'j f Ci'gît le bienheureux Abraliam. 11 a consommé sa vie, Tjbi 18, indiction treizième. Dieu, fais reposer l'âme de (ton) serviteur dans le sein d'Abraham, etc. » De même pour le bienheureux Samsou et la bienheureuse Thisauria.

Une dernière stèle de grès, incomplète à la partie supérieure, haute pour ce qui reste de 0 m. 18 et conservée au Musée Britannique (n. 823), donne une formule un peu plus développée et que, en suppléant les parties manquantes mais certaines, on peut traduire ainsi : « C'est par la providence de Dieu sur les vivants et sur les morts que le bienheureux Menas a atteint la fin de sa vie, mois de Phamenoth 3, indiction quatorzième. Seigneur Jésus-Christ, fais reposer l'âme de ton serviteur dans le lieu de lumière et de rafraîchissement, dans le sein d'Abraham, d'Isaac et de Jacob. Amen ». [tY] TOU 0£O'J 8e<j [— Oi^ov-roç ^cov [tï ; te y.u NeK(po'Jç) T[e« aei]BIOY 5 EXPHCATO O MA KAPIOC MHNA 0AivieNcoo r INû('.XT'.(o- ;oç)IAKCJ ?'.)e if' ;oo)Y XPICTC 10 [ajnanaycon THN ('-> i(OY EN TOO <J>CÙTIN |oj £|N TCO ANAYYZEL'-l |ElN |xo>.-oi ?J ABPAAM 15 [xai lootaz xai iax&)[î ajir,- ;]

Ces formules se répètent indéfiniment dans l'épigraphie funéraire nubienne et n'admettent presque d'autres variations que le nom du défunt et la date du décès '.

Une stèle de Paras, incomplète de la partie supérieure et à droite, donne une formule un peu différente :

-f xaTa Tçj -70U TTaVTOxpa Topoç Oeo'j çaoïv |ev] -V. -fr, Eii/Eio a-£A(£]UCTEL a— ECTT/ ; TC0|V EI/TX'J] 5 6a Ixaxwvl [t ;] [laxapia r.tjo'jç -ri T/) ! ; £T :'.oti)CTx[ou<r/ ;ç tt.ç] ;; TOU a6['jp xupiE 10 )Tr,ç 0/'J/[r,c lau[ ]a.u-rr, toi. £v[ sa-i oStoç a[ur/ ;ç œva) !xapr/ ;TOç va[ 15 — Xii'JT »r,cfT(oa[ ligne 3, le dernier mot doit se lire sans doute cs~ix^io = oTot/EÏov : èv TÎj yri OTOiy s'ïov à :T£XEÙCTEI (Millet) ; 1. 4 : a :T£X'jI6/ ;) (Kirchlioff) ; 1. 6 : le nom propre est certainement corrompu : pour le restituer, il faut tenir compte de la barre abréviative qui surmonte les quatre dernières lettres (Lefebvre) : 1. 9, xe, dans la lacune entre 9 et 10, supposer le mot : ÉXér)CTov.

« C'est par le décret immuable de Dieu que tu t'en iras, élément, dans la terre, que la bienheureuse Jésous...' ? a dit adieu aux maux déplorables de cette vie, à l'aurore du 8 du mois d'Athyr... Seigneur miséricordieux, fais reposer l'âme de ta servante... sa vie irréprochable fut de cinquante et un ans... ■

Une série d'inscriptions conserve, nous l'avons dit, différentes formules de la liturgie funéraire des grecs. Nous avons déjà utilisé et discuté une de celles de Colasucia (voir Diclionn., t. i, col. 1529), dont nous avons comparé le texte à celui de VEuchologion ' ; o Osoç Tov — v£U[i.xT<ov x(at) -OLrrr,^ aapxoç 0 tov OavaTOv xa'.Tap-'Y ; aaç xai tov aS« / ;v — a6a(r/ ;ç x(ai) »oj r,v TO'J xoafio'j /apiaa|J.Evoç 5 ava-aucov tt,v < !j'y/ry T-r|V(...] — CTI.V cfo'j £v [ JxoXttocti. a|î[paxl|x XXI taax [x(a01 'iax[to^] ev tco omtivov EV TOJTTTO '/Xov EV TtoTT (O avay'j -(ù EVT aTTESpa xai ava 10 [jtaptltmv — ap a-jTO'j — apa^^ÔEv Ti Xoyoj Epyov -q xxtï hr^MO'. v aviç açEç oç ayaÔcov xai ç'.


XXI oti ou X oux Ttv av6po)-cov ojç X^t^oz-ol'. xai. 15 'Jfi^'^ a[j.apT'.<j£ c j'j « l'ap [jiovoç o 6eoç 7TaoT,c ; ; extoç 'j-a pX^,ç 8t(xai)oCTuv/ ; xx !. t, Sr,XEOouvYj au yap 01 ava7rau(rr,ç t/^v 8 8ouX(7jv) a(ou) Ta|X7 ;p E-ïa(xo7 ;ou) TTxy&jpxç Oûtt 20 Taoo/cov y-0 Traywpxç XXl XX'. co'. tt.v 8o Çav avx|jiE-o(i£v t<o TTXTpt (xat) tco uiw x(xi) TO) ayixto ttveuixxti vjv x(xi) xeï ;

£'. ; roi ; otjva ; a ; tco wvojv 'Ja 25 TOI t,- :tj T/yi ; : Ccoy,ç £ :n t/, ? vr, ? ■r,^spa. 0 ■• avaTra'jaov çap (jj,oijOi,) : 'S : a-o [xafTU(pco)v ; 'j6 :

1. 1 : 6ç, TTXxtcov ; x/ (de même partout) ; 1. 13 : çiXavo ;; 1. 1-1 : avwv : 1. 16 : 6ç ; 1. 17 : S'.Tocî'Jvt) : 1. 18 : r/-,v So'JÀç ; 1. 22 : Tif^i : 1. 23 : w ; - »vt ; 1. 27 : jjiapTU. 1. 5-(> : il faut supposer : tt,v SoùXr.v oou Iv zoXttoiç... ;

I. 10-11 : Ta Trpa/ÔévTa Xôycù : le lapicide avait d'abord écrit Xoyav, qu'il a corrigé en Xoyw : 1. 14 : dut-èlre faul-il lire zouiotiv au lieu de y.ou-/t7tv ; 1. 22 : lire àvaf/.éXTiojxc'^ ; 1. 24 : le sigle final est évidemment qO, amen.

La grosse question est celle de la date ; G. Lefebvre, à la suite d'un examen minutieux de l'original, a constaté l'existence certaine d'un Y, entre WIAPTY et 0, sous le double point ; cet Y semble avoir été ajouté après coup, de la manière suivante WIAPTY : 0Y La date est donc celle que proposait le perspicace Letronne, soit 409 des Martyrs, qui équivaut à 692 de notre ère.

■ Dieu des esprits et de toute chair, toi qui détruis la mort et fou les aux pieds le tombeau, toi qui donnes la vie du monde, fais reposer ta servante l'âme dans le sein d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, dans le lieu de la lumière, de la gloire et du rafraîchissement. Il est parti d'ici comme un guide et tout ce qu'il a fait est sans péché selon la volonté. Jésus ! roi miséricordieux, toi qui es bon ! toi qui aimes l'humanité, pardonne ! puisqu'il n'y a pas d'homme qui vive et ne pèche pas ! Toi seul, ô Dieu, tu es en dehors de toute faute, car tu es la justice même. Donne le repos à ta servante, l'âme de Tamer, épouse de Pachora, et, par la bonté de Dieu, à celles de tous les chrétiens de Pachora et la résurrection. Et à toi nous offrirons nos dons. Père, Fils et Saint-Esprit, maintenant et toujours, dans tous les siècles des siècles. Amen. Sa vie sur la terre fut de quatre-vingt-quatorze ans, soixante-dix jours. Il s'est reposé le 4 de Pharmouthi, l'an 409 des Martyrs. » On peut rapprocher des formules analogues et empruntées à la même source liturgique sur des inscriptions d'Assouan ^, de Colasucia ^ de Dongola ' et sur plusieurs autres inscriptions nubiennes dont la provenance précise n'est pas connue '. En particulier, le début : '1 Dieu des esprits et de toute chair, toi qui détruis la mort et fou les aux pieds le trépas, toi qui as accordé la vie au monde... » se retrouve maintes fois ^ Xous avons déjà étudié ces inscriptions à réminiscences liturgiques (voir Dictionn., 1. 1, col. 1531-1537) ; aussi, malgré leur longueur inaccoutumée, ces textes nous apportent peu de chose d'utile. A Dongola nous rencontrons un M&PI [avov] APX(t)IVIANA(pi.Tr ;V) « cl un MAPKOC APXI..-.■ ?) • ; parmi les inscriptions nubiennes de provenance incertaine, un NCTPOC AIAK(ovoç) • ; un MAPINOY NPCCBYTÊPOY K(ai) NOMIKOY '. D'après Du Cange, le vojtjtôç serait quelqu'un comme le rubriciste officiel, le rédacteur de l'ordo diocésain, ou encore un maître de chapelle. Sur des inscriptions d'époque tardive nous rencontrons TTATTA TOCCINF « et ICOV ENAPXOY NOBAÀ », épar que des Nobadès ; son num abrégé u>u semble devoir se lire '£to(aNf« o)u, il mourut en 1007.

Une mention de la vierge : -rov zuptou ViUoiv xai 1 ! -nr ;i ; Beotozo'j ■ ava-xocoj...'- ; une invocation de début « :

- lYxe lAeoc ce qu'on doit lire : ir,<jou '/pioTî iXsoç ( = cX£o ; et comprendre, sans doute : èXé/jcrov) r/ ;v <]>uy/i]-j etc. « Jésus-Christ, aie pitié d'elle... t., une invocation à la sainte Trinité » :

« Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Seigneur, laisse reposer l'âme de ta servante la bienheureuse Théodète ; prends pitié d'elle suivant ta grande miséricorde, ô Dieu, et selon la multitude de tes commisérations, efface les injustices et prends pitié d'elle avec tes mains et abreuve-la avec l'eau du repos. Elle s'est endormie dans le Seigneur. Amen. Marie, mère du Christ. Amen. Le premier jour de sa mort, le 11 de Phaménôt, le 3e jour des 7 [jours (de la semaine)], le 26 du mois lunaire. En paix. Amen.

Provenance inconnue, calcaire blanc, 0 m. 47 de haut, sur 0 m. 245 de large.

Malgré l'absence de tout indice chronologique, il est intéressant de relever sur un rocher, à un quart d'heure de Primis parva, aujourd'hui Ibrini, un graffite qui ajoute un nom à une liste épiscopale inconnue : erCO XAHA[ - MHTPONOYA[oTOj NAXCOMIOY Sur le même rocher, on lit encore : c7o> ijcaptav- : et syco TiauXou -.

A Semneh, dans le temple, quelques graffites - ;

1) Koxv/ ;; a8av(jio'j 2) vx.A v'-xcùXotco ;

3) |j,T.yaï ;X 4) avxi.TO :.'« - Cl » « Jean, Athanase, Nicolas, Nicolas, Michel, Agaitos (diacre ?). » AEssaboua, une inscription peinte dans une niche d'un temple égyptien, autour d'une figure de saint Pierre : n Anoc e, TAOY et nimbé tenant »^ une clef

O Y

A Méroc (= Assour), sur les pyramides, Caillet dit qu'on trouve deux fois le nom de Gabriel, ceux de Michel, accompagné de la date du 14 de Méchir. Jésus-Christ. Israël, plusieurs noms d'évêques, un autre nom de Michel, etc.


XII. Bibliographie. — M. d'Almeyda, voir Tellez.

H. Leciercq. ETIENNE (Martyre et sépulture DE SAINT). — 1. Élection d'Etienne. II. Succès et scandale de sa prédication. III. L'universalité de la rédemption. IV. Abolition du judaïsme. V. Accomplissement des prophéties. VI. Juridiction du sanhédrin. VII. Son abus de pouvoir. VIII. Situation politique de la Judée. IX. La « chambre des pierres de taille ». X. Comparution d'Etienne. XI. Exécution. XII. Le lieu de la lapidation. XIII. Exopula. XIV. Cédar. XV. Oubli de la sépulture. XVI. Invention de Tan 415.


XVII. Recensions de la relation du prêtre Lucien.


XVIII. Recensions A et B. XIX. Textes grecs. XX. Version syriaque. XXI. Récit de Lucien. XXII. Première vision. XXIII. Deuxième vision. XXIV. Troisième vision. XXV. Vision de Megcthios. XXVI. Découverte des reliques. XXVII. Envoi de reliques XXVIII. Date de la lettre de Lucien. XXIX. Dispersion des reliques. XXX. Translation du corps à Sion. XXXI. Trois centres de culte. XXXII. Rien jusqu'en 41.'). XXXIII. Basilique au nord dès l'année 438. XXXIV. Vie de Pierre l'Ibère. XXXV. Pseudo-Basile de Séleucie. XXXVI. Théodose. XXXVII. Pseudo-Antonin de Plaisance. XXXVIII. Le Breviarium. XXXIX. Passion de LX martyrs. XL. Arculfe. XLI. Bède. XLII. Willibald. XLIII. Le Commemoratorium de casis Dei. XLIV. Le moine Bernard. XLV. Albert d'Aix. XLVI. Higoumène Daniel. XLVII. Séowulf. XLVIII. Ruine. XLIX. Anonyme. L. Jean de Wurzbourg. LI. Chanson de Charlemagne. LII. Anonyme. LIII. Plans de Jérusalem. LIV. Bulle. LV. Plan. LVI. Ernoul. LVII. Wilbrand et Thietmar. LVIII. Pèlerins. LIX. Burchard. LX. Conclusion. LXI. Fouilles en 1882. LXII. En 1883. LXIII. En 1885. LXIV. En 1887. LXV. Tradition de l'est. LXVI. Baoul de Caen. LXVII. Pliocas. LXVIII. Perdiccas. LXIX. Ricoldo. LXX. Marino Sanuto. LXXI. Ouaresmius. LXXII. Denis Possot. LXXIII. Inscription de Bersabée. LXXIV. Discussion. LXXV. Conclusion.

I. Élection d'Etienne. — On vote très peu en Orient, pays d'arbitraire en haut, de servilité en bas ; en Grèce, au contraire, la convocation du peuple et sa consultation officielle sont fréquentes. L'institution du rouage électif dans la communauté de Jérusalem constituait une nouveauté remarquable ; c'était un premier recul infligé à l'élément judaïque, que l'obligation d'admettre un procédé étranger et par conséquent suspect à ses yeux, comme c'était un premier succès obtenu par l'élément hellénique que l'adoption d'une méthode différente de celles en honneur chez les judaïsants. Le christianisme naissant, loin de se confiner parmi ces derniers, recrutait partout ses adeptes ; ainsi se développaient rapidement deux partis fervents dans la foi, sans y rien sacrifier de leurs opinions. De là des chicanes et des oppositions, vite envenimées jusqu'aux incorrections et aux revendications acerbes. En ce temps-là, nous apprennent les Actes, il s'éleva un murmure des Juifs hellénistes contre les Hébreux, parce que leurs veuves étaient méprisées dans la dispensation de ce qui se donnait chaque jour '. » On entrevoit la nature du conflit : chaque jour, une distribution confiée à des chrétiens judaïsants aboutit à frustrer leurs frères d'origine ou de culture hellénique d'une partie de ce qui leur revient de droit. Ce désordre aura pu se prolonger quelque temps, mais les hellénistes, fatigués de jouer le rôle de dupes, se sont comptés, ont fait valoir leur grief et déterminé un mouvement d'opinion assez vif pour imposer l'intervention des apôtres. Ceux-ci, ayant l'intelligence de leur rôle spirituel, refusent de s'assujettir en personne à la surveillance des distributions : afin toutefois d'en garantir l'impartialité, ils autorisent la création d'un corps d'auxiliaires temporels et acceptent que la désignation des titulaires soit faite par voie d'élection. D'après l'indice fourni par l'onomastique des nouveaux élus = appelés à remplacer l'ancienne administration, les deux partis adverses furent représentés par sept diacres, parmi lesquels tous étaient juifs de naissance, sauf un prosélyte ; rien ne permet d'induire qu'ils fussent hellénistes, mais le premier élu et le plus signalé, Etienne, l'était certainement.


II. Succès et scandale de sa prédication. — Choisis pour veiller aux distributions, ces élus ne furent pas seulement des administrateurs, puis que, peu de temps après l'imposition des mains à eux faite par les apôtres ', nous voyons Etienne se livrer à la prédication ', Philippe conférer le sacrement de baptême '. « Etienne, nous dit-on, étant plein de grâce et de force, faisait de grands prodiges et de grands miracles parmi le peuple ' :, et le succès de sa prédication fut tel que, peu de temps après, tout l'effort de la controverse se concentra sur lui. Ce fut une véritable coalition. « On vit s'élever contre lui quelques habitués de la synagogue, des affranchis, des Cythéniens, des Alexandrins, Ciliciens et Asiates, controversant avec Etienne, et ils ne pouvaient résister à la sagesse et à l'esprit par qui il parlait'. Jérusalem possédait un grand nombre de synagogues « , dans lesquelles les gens d'origine Israélite venus de Syrie, d'Asie Mineure, d'Egypte ou de Cyrène se réunissaient d'autant plus facilement qu'ils habitaient, dans la ville sainte, des quartiers distincts dans lesquels ils formaient des agglomérations à peu près isolées. Des liens créés par la communauté de vues ou d'origine rapprochaient parfois deux ou plusieurs synagogues '. Etienne vit se soulever contre lui les affranchis, c'est-à-dire les Juifs de Rome emmenés en captivité par Pompée et rendus à la liberté, ou leurs descendants ». Ceux de Cyrène et ceux d'Alexandrie, ceux de Cilicie et ceux de l'Asie faisaient cause commune avec les premiers. Quelle pouvait être la cause de ce soulèvement ?


IV. Abolition du judaïsme. — On reprochait à Étienne de dire que le Temple serait remplacé et la loi de Moïse changée : or « le Temple était à la fois la tête et le cœur de la nation : c'était le centre spirituel et profane, non seulement des Juifs de la Palestine, mais de tous les fidèles répandus en Asie, en Égypte, à Athènes et à Rome, ardents prosélytes que le retour des grandes solennités ramenait périodiquement à Jérusalem. Là se rencontraient la vie religieuse et civile, le mouvement des affaires et des idées, la politique et l'école, la liturgie et le commerce -. » Et tout cela devait disparaître ? Une telle perspective, ou plutôt une telle menace était sacrilège au jugement « des fanatiques et même au jugement des esprits les plus droits et les plus ouverts. Un de ceux-ci, et qui se montrait parmi les plus acharnés, suffirait à faire juger de l'impression produite et du scandale causé, c'était l'apôtre saint Paul ».

V. Accomplissement des prophéties. — Le crime insupportable d'Étienne ne consistait pas à avoir tort, mais à avoir raison. Pour ces contradicteurs, instruits, autant que lui-même, dans la science des Livres saints, la menace présente n'était que l'écho des prophéties qui annonçaient clairement que le Temple ne serait pas toujours l'unique lieu des sacrifices. « Du lever du soleil à son coucher, avait annoncé Malachie, mon nom est grand parmi les gentils, et en tous lieux on offre l'encens en mon nom et un pur sacrifice de foi, car mon nom est grand parmi les nations ». Isaïe avait déclaré que les païens « en ce jour » seraient associés plutôt qu'incorporés à Israël pour jouir de la rédemption. Égyptiens et Assyriens, ces deux types des puissances ennemies de Dieu, devaient être mis au même rang que le peuple élu dans les témoignages de la miséricorde divine : « En ce jour, Israël fera troisième avec l'Égypte et l'Assyrie, béni soit mon peuple d'Égypte, œuvre de mes mains, et mon héritage Israël ». Les Écritures déposaient donc en faveur d'Étienne ; aussi ses contradicteurs « ne pouvaient résister à la sagesse et à l'Esprit en qui il parlait ». En lisant son apologie, nous pouvons deviner quelque chose de ses prédications victorieuses. Il leur disait, sans doute, que leur rôle était plus considérable qu'ils ne le soupçonnaient eux-mêmes, mais qu'il fallait pour le remplir renoncer à tout exclusivisme, à tout privilège. Pareil renoncement heurtait la base du judaïsme même, fondé sur la section et la distinction : c'était donc l'existence du judaïsme qui se trouvait menacée et par un discoureur irréfutable. Comme il arrive souvent en pareil cas, les controversistes vaincus, ne pouvant confondre l'argumentation, prirent le parti de supprimer l'argumentateur.


VI. Juridiction du sanhédrin. — Perturbateur sacrilège, niant les privilèges d'Israël, mettant ses destinées en question, Étienne relevait dès lors d'un tribunal judiciaire et théocratique ; le sanhédrin, sous la présidence du grand-prêtre, remplissait ces conditions ». Cependant le sanhédrin n'était qu'un simple tribunal ; « mais lors que l'esprit public donne sa confiance à un grand corps judiciaire, il le pousse à sortir de son domaine propre pour envahir les fonctions publiques. La royauté précaire d'Archélaïs ayant disparu, le gouvernement, à vrai dire, était romain, mais le sanhédrin devint le foyer de toutes les aspirations à l'indépendance, et le peuple ne lui marchandait pas sa confiance ». Dès l'instant où la perte d'Étienne fut résolue, on n'eut pas beaucoup à se préoccuper de trouver des juges sympathiques aux accusateurs. Comme la plupart des assemblées, le sanhédrin subissait vraisemblablement l'influence de son président : à l'époque de la mort d'Étienne, le nom de ce président ne nous est pas connu, aussi est-ce à tort qu'on a prononcé le nom de Gamaliel. Le récit de l'invention des reliques d'Étienne nous montrera Gamaliel sous un jour bien différent de celui sous lequel le Talmud nous le présente, en contradiction d'ailleurs avec l'Écriture et Flavius Josèphe ». Gamaliel faisait partie du sanhédrin, il y jouissait d'une grande influence » : nous ne pouvons rien dire de plus ».


VII. Son abus de pouvoir. — Comment le sanhédrin fut-il saisi de l'affaire d'Étienne ? Dans cette affaire, avons-nous dit, « ce sont les pharisiens qui remuent le peuple, les docteurs et les anciens. Les sadducéens paraissent avoir pris peu d'intérêt à cette affaire dans le début. Imbus d'idées étrangères, ils n'auraient pas dû être hostiles à Étienne, défenseur des hellénistes. Mais ils formaient une sorte de parti conservateur matérialiste, ennemi de tout mouvement d'idées qui pouvait menacer sa situation politique. D'ailleurs, ils étaient rusés en justice, toujours prêts à sévir, surtout quand il s'agissait des disciples du Christ. Grâce à la sympathie des pharisiens, à la pression populaire, à la dureté des prêtres et des scribes, les meneurs étaient sûrs de trouver dans ce tribunal si divisé une majorité décidée à voter la peine de mort. Mais en avait-elle le droit, et ne fallait-il pas compter avec la puissance romaine qui s'était réservé le droit de glaive » ? N'avait-on pas vu la rage des ennemis de Jésus impuissante à le frapper tant que le gouverneur romain avait opposé son veto » ? Pour frapper Étienne, rien de semblable ne s'est passé : l'autorité juive est seule en cause, l'administration romaine ne se laisse entrevoir ni pour seconder l'action répressive du sanhédrin, ni pour l'enrayer, ni pour l'empêcher.

D'où vient et comment s'explique cet abandon d'un pouvoir si jaloux d'ordinaire de s'affirmer et qui n'avait qu'un mot à dire, un geste à faire, pour réduire toute cette effervescence sous l'ordre légal ? L'histoire de la province de Judée nous permet de répondre à cette question.


VIII. Situation politique de la Judée. — La situation politique de l'empire était alors assez troublée et l'état de la province de Judée ne l'était guère moins. Devant la difficulté d'établir la chronologie certaine des événements qui marquèrent les premières années du christianisme, nous ne pouvons décider si, au temps de la mort d'Étienne, Ponce-Pilate était encore procurateur de Judée ou si la disgrâce l'avait déjà frappé. Quoi qu'il en soit, à supposer qu'il détenait encore le pouvoir, son autorité était alors purement nominale. Ce qui est plus vraisemblable, le voici. En l'an 35, Ponce-Pilate, s'étant rendu odieux par de féroces répressions, d'autre part, s'étant déconsidéré par de malencontreuses concessions, reçut de Lucius Vitellius, proconsul de Syrie, l'ordre d'aller se justifier devant le tribunal de Tibère. Pilate fut remplacé par Marcellus ». Les pouvoirs restreints dont celui-ci disposait ne lui permettaient pas de maintenir par une politique vigoureuse le protectorat de Rome contre les empiétements du sanhédrin, toujours alerte à profiter des circonstances pour ressaisir une parcelle quelconque de la puissance dont il avait été dépossédé, toujours prêt à violer la défense de « faire mourir personne ». Or, on savait le proconsul de Syrie bien disposé ; de plus, il était loin ; cette modération et cet éloignement persuadèrent aux ambitieux que le moment était propice pour tenter quelque entreprise ; les Juifs eurent un instant l'illusion de la liberté. Nous croyons donc que c'est peu après la disgrâce de Pilate qu'il faut placer le jugement d'Étienne : on était en l'an 35 ou en l'an 36, le jour est inconnu ».


IX. La « CHAMBRE DES PIERRES DE TAILLE ».

Le lieu du procès ne peut faire de doute. Les Actes des apôtres relatent l'accusation en ces termes : Cet homme ne cesse de proférer des paroles contre le Temple et contre la Loi ; il a dit que Jésus de Nazareth détruira ce lieu ». On se trouvait donc dans l'enceinte du Temple, au lieu des séances ordinaires du sanhédrin appelé la « chambre des pierres de taille » ((jazilh). D'après la Michna, cette salle était située au sud-ouest du sanctuaire, dans les bâtiments adjacents qui formaient le hiéron intérieur, par opposition au parvis des gentils ».


XII. Le lieu de l’apostasie. — Cette question du lieu précis de la lapidation est si étroitement liée à tout ce qui va suivre qu’il est nécessaire de s’y arrêter un peu. La recension A porte ceci : « El qui mecum est in orientali parte monumenti juxta, pise est dominus Stephanus, qui lapidatus est a Judæis et principibus sacerdotum in Jerusalem pro Christi fide, loris porlam quæ est ad aquilonem, quæ ducit ad Cedar ; ubi diæ nocte jacuit ». La recension B porte : « που ἀδελφὸς μῶν Λουκιανὸς τυχεν, αὐτὸς φη· μεθ’ μῶν κεῖται, κύριος Στεφανὸς, λιθασθεὶς πὸ ουδαίων καὶ ἀρχιερέων ἐν εροσολύμοις διὰ πίστιν Χριστοῦ, καὶ ἐξαπελθν ἐκ τῆς πόλεως, ἐν τ ἐξωπυλ, ς μς πορεύεσθαι ες Κέδαρ ». La recension syriaque porte : « Il passa un jour et une nuit, gisant en dehors de la ville, dans le chemin de Cédar, selon l’ordre des princes des prêtres ». La recension B (latine) porte : « Qui autem jacet mecum, dominus Stephanus est, qui a Judæis Jerusalem lapidatus est, et die noctuque in exapolo jacuit civitatis, in via euntibus Cedar, jussu impiorum sacerdotum projectus est a bestiis et uvis devorari ». Le codex Germanicus a tenté de rendre ἐξαπελθν, en séparant la lapidation et l’exposition du corps : « in exapolo jacuit civitate. Inde absorptus est in via euntibus Cedar, jussu impiorum sacerdotum, ut a bestiis et uvis devoraretur ». Nulle part, dans ces quatre derniers textes, il n’est question de la direction nord de la ville, pas plus du reste que de la direction de l’est. Les deux seuls renseignements topographiques sont, d’une part, les ἐξωπύλαι de la ville, de l’autre, le chemin ou la direction de Cédar. Seulement, il reste la recension A, qui contient les mots décisifs : « foris porlam quæ est ad aquilonem » ; et après la discussion qui précède sur le texte original, on n’est plus autorisé à dire aujourd’hui : « nous les tenons pour une addition postérieure ».


XIII. Exopyle. — Si l’on s’en tient aux textes de la recension B, le lieu de la lapidation demeure imprécis. Saint Étienne est lapidé à Jérusalem, puis jeté aux Exopyle. Supposons qu’on ait choisi, ce qui serait tout naturel, les Exopyle les plus voisins du lieu de la lapidation : ils sont, par définition, hors des portes, et ne sont pas le lieu de la lapidation. Ces Exopyle sont la voirie, les tas d’ordures situés hors de la ville ; d’où il faut nécessairement conclure à un enlèvement du corps du lieu de la lapidation pour être jeté à la voirie, car on ne peut pourtant pas admettre, et ce serait contraire au texte de la recension B, que la lapidation a eu lieu sur la voirie.


XIV. Cédar. — Qu’est-ce maintenant que Cédar ? Quelle localité, une bourgade, une propriété particulière, un lieu de plaisir peut-être ? En tout cas, rien n’oblige de le supposer estropié. Le texte de A est tout à fait clair : « Saint Étienne, lapidé hors de la porte du nord, qui mène à Cédar, est demeuré là, abandonné, sans sépulture » ; le texte de B est tout à fait obscur : « Saint Étienne, lapidé dans Jérusalem, a été jeté sur la voirie extérieure, comme quand nous allons à ou au Cédar ». B a omis l’incise relative à la porte et aussitôt tout s’est brouillé et le détail explicatif n’explique plus rien, puisqu’il ne se rattache plus à rien. Cela tient à ce que B ne parle plus de porte et parle de voirie : or, il est bien impossible de dire officiellement de la voirie que ce soit le chemin de tel endroit. Ainsi, « tout est parfaitement clair dans A, si l’on reconnaît que la mention précise de la porte a été remplacée par la mention pathétique de la voirie. On ne pouvait plus dire : la voirie qui conduit à Cédar ; et, cependant, pour conserver ce détail, B a dit : comme quand nous allons au Cédar ». Une première fois, nous aboutissons à un résultat favorable à A ; « nous avons donc le devoir de nous en tenir, sur le point précis de la lapidation de saint Étienne, au renseignement topographique de la relation authentique relatif à la porta quæ est ad aquilonem, laissant pour ce qu’il vaut le renseignement émouvant de la voirie, dû à la relation légendaire ».


XV. Oubli de la sépulture. — Les actes du martyre d’Étienne se terminent ainsi : « Des hommes pieux ensevelirent Étienne et lui firent un grand deuil ». Le corps fut donc inhumé et le lieu de la sépulture finit par être oublié. On s’explique sans peine si on se rappelle les calamités qui accablèrent Jérusalem et dispersèrent son Église. Après le siège de la ville par Titus, la répression et le nivellement des ruines sous Hadrien, la construction d’une ville nouvelle, les plus illustres souvenirs s’effacèrent ; à tel point qu’au début du IVe on ignorait l’endroit où reposait la croix du Christ.


XVI. Invention de la sépulture. — Le corps de saint Étienne fut retrouvé à la suite d’une vision survenue à un prêtre nommé Lucien, en l’année 415. « Ceux qui connaissent l’Invention des reliques de saint Étienne, le premier martyr, de Nicodème, de Gamaliel et de son fils Habib par le prêtre Lucien savent combien la tradition a malmené ce récit déjà assez inquiétant par son fonds primitif. Écrit d’abord en grec par l’auteur responsable de la trouvaille, il fut traduit en latin, en syriaque, en arménien, et dans les deux premières de ces langues, tout au moins, comme dans la langue originale, il subit une série de transformations et d’arrangements ».


XVII. Recensions de la relation du prêtre Lucien. — Le prêtre Lucien a écrit en grec, sur l’invitation d’Avitus de Braga, une relation des visions dont il a été favorisé et qui ont abouti à l’invention des reliques de saint Étienne. Avitus a traduit cette relation. On estime depuis longtemps posséder cette traduction latine, publiée parmi les œuvres de saint Augustin. Une lettre d’Avitus explique que ces faits et la traduction y correspondent exactement ; Lucien déclarant avoir écrit sur l’invitation d’Avitus. Il n’y a aucune bonne raison de penser que cette pièce ne nous soit pas parvenue dans les conditions normales. Nous la désignons par la lettre A. Il existe aussi une autre recension de la même relation, connue également par un texte latin, que nous nommerons B. Tilleniont a fort judicieusement apprécié leur valeur respective et jugé B inférieur à A. C’est A (qui est la recension commune citée par Bède et très probablement la traduction fidèle du texte grec mentionné dans le catalogue de Gennade) ; B est, suivant les manuscrits, adressé à l’évêque Hymesius ou à toute l’Église. Tilleniont avait conjecturé que B n’est pas l’œuvre de Lucien, mais un remaniement, et d’après une insinuation de Photius, il était disposé à l’attribuer à Chrysippe, prêtre de Jérusalem. A semble perdu en grec ; B a été retrouvé et publié d’après deux manuscrits. D’une comparaison instituée entre ces textes et la version syriaque, dont l’autorité avait été prématurément exagérée — puisqu’il n’est pas question pour le moment de la version arménienne — il ressort que le document A est « recevable dans son état actuel ». C’est de lui que nous parlerons tout d’abord.

La recension B, sous une forme à déterminer, était connue d’Eustrate, prêtre de Constantinople au VIe, mais Photius a eu tort de l’attribuer à Chrysippe. Reste à donner la préférence à A ou à B. Pour cela, il est indispensable de comparer les textes entre eux, en prenant pour termes de cette comparaison la recension A et le texte grec publié d’après deux manuscrits — et qui est en substance celui de la recension B.


XVIII. Recensions A et B. — « Une collation minutieuse exigerait la reproduction des deux textes ; je me tiendrai, écrit le P. Lagrange, à ce qui est le plus significatif. Je note d’abord ce qu’il y a en plus dans A, puis dans B, sans tenir compte du passage topographique discuté, sur lequel il y aura lieu de revenir, ni des choses qui ne sont pas dites au même endroit, mais qui se trouvent dans les deux textes. A a en plus : ni bête, ni oiseau, ni chien n’a touché le corps de saint Étienne ; Habib avait vingt ans ; les reproches de Gamaliel dans la troisième vision sont plus développés ; le nom de la ville d’Élia ; Sion, la première église ; le synode de Diospolis ; mais les deux premiers points se trouvent dans B (latin) ; de sorte que A n’a vraiment en plus, comme traits positifs, que des notes historiques parfaitement conformes aux faits et au langage du temps ». « B ignore ces particularités, mais combien d’autres choses il nous apprend ! Gamaliel apparaît avec des sandales à courroies dorées. Nicodème était son cousin, il a été baptisé par les apôtres Pierre et Jean, a été battu cruellement par les Juifs, qui l’ont laissé à demi-mort, il a été un véritable confesseur, ses biens ont été confisqués sous prétexte d’en enrichir le Temple, Gamaliel et Habib ont été baptisés par les mêmes apôtres, Habib n’avait pas connu de femme et a été nourri dans le temple de Dieu ; la femme et le fils aîné de Gamaliel lui ont fait de mauvaises querelles ; Lucien trouvera leur tombeau vide ; Gamaliel pénètre le secret du cœur de Lucien et ses doutes ; il le prend par la main en extase pour le ramener dans son village, il lui répète l’endroit où il faut chercher, Lucien y fait une enquête ; Lucien parle d’abord aux prêtres de Jérusalem, qui l’introduisent auprès de l’évêque, et se plaignent de tremblements de terre quotidiens ». Gamaliel apparaît à Lucien pour lui dire que ses recherches font fausse route, au lieu d’apparaître seulement au moine Mégéthios ; on trouve au premier endroit des fouilles une inscription hébraïque ; on fait venir un Hébreu pour la déchiffrer ; texte de cette inscription : « C’est le lieu de la lamentation des justes ». La vision de Mégéthios met sur les sarcophages des tapis, l’un comme un habit blanc, pour ceux qui avaient été nouvellement baptisés, l’autre orné de drap d’or et de pourpre. Lorsque les reliques apparaissent (avant l’arrivée de Jean !), tout le monde est plongé dans un sommeil surnaturel et le parfum se répand jusqu’au dixième mille ; les os de saint Étienne bondissent et se raniment. Peut-être pourrions-nous nous en tenir là. Le récit de Lucien est très surnaturel, assez chargé de visions ; cependant, il a été reçu dans l’Église, où il a trouvé crédit. Il est permis de croire qu’il n’a pas paru d’abord sous la seconde forme, amplifiée, embellie, jusqu’au ridicule. Pour en venir au point précis, A est-il un abrégé de B, ou B le développement de A ? La seconde hypothèse est normale dans l’hagiographie ; dans la première, on n’expliquerait pas ce que A a en plus, comme données précises. B sait tout, excepté ce que nous savons par l’histoire, le nom d’Élia et le synode de Diospolis.

« Mais on peut serrer le problème de plus près, et montrer dans B des traces d’inconséquences qui montrent le peu de valeur de cette recension. Dans A, Lucien arrête les fouilles au moment où il trouve l’inscription et fait prévenir l’évêque ; dans B, l’évêque vient seulement pour enlever les reliques. Or, Gamaliel dit dès le début : « Va trouver l’évêque et dis-lui : Pourquoi ne nous ouvres-tu pas ? » C’était à lui de faire l’invention. Autre inconséquence : l’apparition à Mégéthios complétait les révélations faites à Lucien. Dans A, Lucien, qui ne se doute de rien, veut faire la fouille à son idée ; d’où le trait charmant : « Écoute d’abord ce que dit Mégéthios ! » Dans B, Gamaliel a dit la même chose à Lucien, ce qui est tout à fait superflu ; et alors, il ne devait pas suivre sa première idée. Mégéthios, d’abord qualifié de « plus jeune », est ensuite « le moine ». Enfin, dans A, Nicodème est banni par les Juifs. B a retenu cette circonstance ; mais elle ne s’accorde guère avec ce qu’il a ajouté, que Nicodème avait été laissé demi-mort sur place.

« J'insisterai sur un détail qui montre A plus fidèle au texte primitif, même lorsqu'il n'a pas compris. On y voit qu'Habib est ilératus in lege, ce que le traducteur probablement a glosé : De utero ieslimonii, id est iteralus in lege ; il entendait sans doute qu'Habib, né dans le judaïsme, avait été baptisé. Mais ce n'était rien dire de particulier. Or le mot ilératus est sûrement la transcription assez fidèle de ! ;, en araméen ssn ; Habib était, comme nous dirions aujourd'hui, un docte tannaïte. On se rappellera le texte de saint Jérôme : Adiui (ou audivi) Liddœ quemdam de Hebrseis, qui sapiens apud illos, et vocabatur, narralam Imjuscemodi fabulam^....

« B a bien compris qu'il s'agissait d'exégèse, mais il a remplacé Sz'JTtÇKù'i]^ par Seurspoç, qui ne signifie plus rien : Kocl a'j-bç vouoGéttjç Trpâx''^^ 'jS^ (iTzkp (xÈ v.%i Sf'jTzpoc, TGJV Octcov Tpaçàiv Cela soit dit en passant pour expliquer un passage qui n'avait pas, que je sache, attiré l'attention « . D'ailleurs je ne suis point assez versé dans le byzantinisme pour décider du style de cette pièce. Je répugne néanmoins à attribuer au v= siècle commençant des mots comme ar,[j.zi6y_iiiazix, (grec et loruni courroie' ?) ' ; il me semble aussi que TrXvjyaïc ; 8è où Taîç Tu/ousatç' est une affectation d'élégance qui détonne sous la plume de l'humble desservant.

« Comment se fait-il d'ailleurs que la recension B se rencontre toujours, dans les manuscrits de Paris comme dans ceux de Saint-Sabas, étroitement unie au récit de la translation des reliques de saint Etienne à Constantinople ? Ce dernier morceau est fort suspect. L'invention des reliques, telle qu'elle est racontée, est certainement la relation de Lucien, mais il est si évident qu'elle a été retouchée pour figurer dans ce contexte, que le recenseur a répété deux fois en plus de A <• moi l'humble Lucien » et qu'il a même mis dans la bouche de Gamaliel : • à Kaphargamala, où Lucien « a eu la charge du sacerdoce' » ! Cette relation figure donc ici comme un document employé par quelqu'un qui raconte une autre histoire, peut-être par un orateur, comme Photius en avait le sentiment '°.

• Si l'on voulait aller tout à fond des choses, il faudrait même se demander si nous pouvons parler d'une recension B attestée au vi'^ siècle par Eustrate ? Oui, sans doute, s'il s'agit d'une tradition différente de A ; mais son texte était-il établi ? La traduction syriaque est un abrégé ; la traduction latine diffère très notablement du texte de M. Papadopoulos-Kerameus ; des trois manuscrits de Paris, l'un est une révision métaphrastique qui fait apparaître saint Etienne à la place de Gamaliel. Ces faits montrent clairement avec quelle liberté cette recension, qui n'avait rien d'authentique, était modifiée au gré de celui qui s'en servait. Peut-on, après cela, conclure de la présence au vi= siècle de certains éléments de cette légende, que le texte de Papadopoulos existait déjà et tabler sur un de ses détails ou une de ses omissions ? Cela est au moins fort douteux. Mais je n'insiste pas. Je me contente de signaler les excroissances exubérantes et suspectes du texte grec. Certes l'examen interne ne fait que confirmer cette conclusion » sur le texte latin A, attribué par tout le monde à Avitus de Braga : « Jusqu'à nouvel ordre, c'est sa traduction latine qui représente l'original disparu, réserve faite, cela va de soi, de certaines phrases qui forment comme des parenthèses du traducteur '-. • Nous avons dit que la recension A offre en substance le récit contenu dans les textes grecs des deux manuscrits de Saint-Sabas et des trois manuscrits de Paris ; la comparaison qui vient d'être instituée entre B et A offre un moyen de contrôle de la valeur historique de ces deux recensions et il ne paraît plus guère soutenable que le compilateur de B a inséré textuellement dans son récit la rédaction grecque originale du prêtre Lucien et nous l'a ainsi conservée » ».

« Tout d'abord, il est clair qu'un des deux traducteurs a utilisé le travail de son devancier. Entre les deux versions la ressemblance est, en maint endroit, trop littérale, pour être fortuite, à moins que leurs auteurs n'aient opéré comme les Septante, au dire d'Origène. Le fait matériel de cette ressemblance est d'ailleurs si manifeste qu'il se passe de toute démonstration. Il n'est pas moins évident qu'aucun des deux versions n'est un simple remaniement de l'autre. Selon les propres termes du P. Vailhé, la recension A « a conservé aussi des traits qui doivent être originels ». D'où il suit que A a dû être collationné sur un exemplaire grec différent de la recension qui a servi à l'auteur de la recension B latine. Un copiste occidental, abandonné à son propre génie, n'aurait pas retrouvé d'instinct les passages omis et l'ordre interverti par le traducteur. Or, en maint endroit, la recension A s'accorde avec les recensions grecques et syriaques beaucoup mieux que la recension B. D'autres fois, au contraire, c'est B qui se rapproche plus des traditions orientales. Au total, voici donc en présence deux versions latines, dont l'une a été copiée sur l'autre et révisée sur un texte grec que rien ne permet d'identifier. Dans ces conditions, il paraît bien malaisé — je dis malaisé pour moi — de déterminer la plus ancienne en les confrontant avec des recensions hétérogènes, dont on ne connaît pas le rapport au texte original.

• Mais cette tâche peu engageante est inutile. Vouloir authentifier la rédaction primitive d'Avitus à l'aide de parallélismes relevés dans Eustrate de Constantinople, dans Bède, dans Photius, dans les textes grecs et syriaques dérivés de Lucien ', c'est aborder par un biais mal éclairé une question qui se présente de front et en pleine lumière. La relation de Lucien fut portée à Braga, en même temps que les reliques de saint Etienne, par Paul Orose, l'ami de saint Augustin. Avitus y avait joint, pour son évêque Palchonius, une lettre d'envoi que l'on possède encore et dont l'authenticité est on ne peut mieux garantie par un double témoignage de Gennade -. Elle affirme en propres termes que Lucien écrivit son récit pour Avitus et sur la demande de ce dernier : ipsiim ad vos subdilam scriptis meis sancti presbgleri, citi h ;ec revclata sunl, rpislalam conscriplioiiem que Iransmisi.qiiani pro me flde v.ritalis plcnius rscognoscendx roganle cl expclenle, diclavil grstco primuni ipsc sermon : ; sed per me poslea in lalinum versa est =. Or, des deux recensions latines, l'une répond à ce signalement et l'autre pas. Qu'on en juge. Dans la première, A, le narrateur déclare qu'il s'est mis à l'œuvre imploratus ac magis iussus a sancto et Dei culore, pater Avito presbglero... *. Voilà pour l'inspirateur de la lettre. Le traducteur, de son côté, s'y révèle d'abord par sa connaissance vécue de la langue grecque. On sait qu'Avitus possédait le grec assez parfaitement pour comprendre au vol une harangue dialoguée ; à preuve le service qu'il rendit à son ami Orose au synode de Jérusalem ^ Or, dans tous les passages où A se sépare de la seconde recension, ou lui trouvera un tour d'expression plus rapide et plus dégagé. Par lui-même, cependant, un tel indice ne fournit qu'une présomption assez vague. Mais en certains endroits, le traducteur intervient dans le récit, aussi à découvert que s'il déclinait son nom. Deux au moins de ces parabases de l'interprète méritent d'être notées. La première a lieu à propos de l'inscription funéraire de Kephar Gamià, Lucien vient de transcrire cette bizarre épitaphe et sa non moins bizarre traduction. Le texte latin poursuit : Hoc interprelatus est papa jQhjnnes, sicut et ipse audivi ab ipso sancto episcopo. Distingue-t-on assez nettement l'accent d'Avitus, qui coupe la parole au narrateur pour placer son mot à l'appui des faits racontés« ? Dans la bouche de Lucien cette manière emphatique d'insister sur un détail connu par ouï-dire, ou plutôt l'information elle-même, démentirait son origine. Lucien était présent quand l'inscription fut déchiffrée ; il savait mieux que personne à quel épigraphiste en revenait la gloire, et, d'après l'ensemble du récit, il semble même que l'évêque ait eu deux raisons plutôt qu'une de ne pas la revendiquer devant lui '.

<■ La seconde intervention d'Avitus est, s'il se peut, plus manifeste encore. Les mots du J 0 : Ex his eryi reliquiis transmisi beotiludini vcstrœ...' ne peuvent pas être de Lucien, comme le prouve l'embarras où ils ont jeté les éditeurs. Ils sont, au contraire, tout à fait naturels, si on les attribue au prêtre de Braga, qui les aura insérés dans la relation, pour authentiquer les reliques qu'il envoyait à son évêque.

» -\ ces deux exemples, nous serions tenté d'en ajouter un troisième, qui se trouve dans le voisinage immédiat de celui que nous avons cité en premier lieu : Stalim ergo renuntiavi episcopo, cum esset in Lyddc, quai est Diospolis, in sijnodo agcns. Avitus, en effet, ne pouvait ignorer où Jean de Jérusalem se trouvait à la date indiquée, et il y avait certains motifs pour que son attention fût attirée sur ce concile de Lydda, auquel les controverses pélagiennes ont donné une notoriété assez tapageuse '. Il n'est pas sans intérêt de remarquer que c'est tout justement notre texte qui a permis d'en fixer la date précise ». Indépendamment de cette source, on savait par les témoignages les plus clairs qu'un synode de quatorze évêques de Palestine fut tenu à Diospolis vers la fin de l'année 415 « . L'aisance et la netteté avec lesquelles cette donnée s'encadre dans la recension latine sont hautement caractéristiques. Le samedi 18 décembre, lendemain du second vendredi après la Icria sexta, qua ; est tertio nonas decembris '-, Lucien va trouver son évêque à Jérusalem. Deux ou trois jours après, il l'envoie chercher à Lydda ». Ou je me trompe fort, ou ce détail porte la marque de son authenticité. On remarquera aussi avec quelle propriété de termes est indiquée la place de Jean au synode : in sijnodo agens, disent les manuscrits, que les éditeurs ont eu tort de corriger en sijnodam agens. En effet la présidence du synode de Palestine appartenait, non à l'évêque de Jérusalem, mais à celui de Césarée « . Que conclure de tout ceci » ? Que la version A nous a conservé ici une information authentique« ? C'est trop peu. La mention du concile de Lydda manque dans toutes les autres recensions ; donc, de deux choses l'une : ou bien elle a été intercalée par Avitus, ou — ce qui revient au même — Lucien l'a insérée, pour garder la vraisemblance, dans l'exemplaire destiné à son correspondant, quitte à la biffer ensuite, soit comme inutile, soit peut-être comme évoquant des souvenirs peu glorieux : l'épiscopat de la Palestine seconde ne semble pas avoir fait brillante figure in illa miserabili synodo Diospolitana, comme parle saint Jérôme ''.

« Rien de semblable dans la recension B. Nous venons de dire qu'elle ne nomme pas le synode de Lydda. Pour tout le reste, elle n'est qu'une version impersonnelle d'une relation sans destinataire spécial. Quelques manuscrits veulent qu'elle soit adressée Domino sancto et venerabili Ilymesio (al. Genesio) (piscopo K). Mais cet intitulé n'est qu'un expédient du copiste, pour donner un sens aux mots ex his ceteris transmisus brevitudini vestrae, qu'il s'est permis d'emprunter à la recension A. Rien ne s'oppose pourtant à ce que E reflète également, à sa manière, la rédaction authentique de Lucien. Comme nous l'avons insinué, celui-ci a fort bien pu tirer de la lettre écrite pour Avitus une sorte de relation encyclique appropriée aux milieux où elle devait circuler. Jusqu'à plus ample informé, libre à chacun de croire que R est de meilleure qualité que les textes grecs, syriaques, et autres, qui, de très bonne heure, ont pullulé sur le récit primitif de l'invention. Mais son désaccord et moins encore son silence ne peuvent en aucune façon prévaloir contre le témoignage de A ».

• XIX. Textes grecs. — Les textes grecs, représentés par cinq manuscrits au moins, peuvent se ramener à deux textes principaux : 1° les deux manuscrits de Saint-Sabas et le ms. gr. 1179 de Paris, du xi° siècle, — le ms. grec 27 ; S de Paris, du xii° siècle, n'étant qu'un remaniement du précédent. L'auteur de cette rédaction semble s'être proposé de grouper tous les récits relatifs à saint Etienne. D'abord il donne le martyre non pas tout à fait tel qu'il se trouve dans le ms. grec SSl de Paris, du xi° siècle, mais depuis la citation des Actes des apôtres jusqu'à la mort du sénateur Alexandre. Vient ensuite le récit de la prétendue translation à Constantinople, sous le dixième consulat de Constantin Auguste, dont nous parlerons plus loin, et enfin cette rédaction ajoute que la déposition de saint Etienne dans l'oratoire bâti à Constantinople eut lieu le 2 août [ce qui nous fournit l'origine de la fête de saint Etienne fixée à cette date dans l'Église de Constantinople et reproduit un prétendu discours prononcé à cette occasion par l'évêque Métrophane. Comme nous ne trouvons qu'un évêque de Byzance nommé Métrophane (dont l'épiscopat prend place depuis l'année 306 ou 307 jusqu'au 4 juin 311), nous voyons que l'auteur de la rédaction métaphrastique ajoute encore aux anachronismes, déjà respectables, que contient le récit de la prétendue translation et qu'il nous semble superflu de noter en détail. Le reste, l'homélie imputée à Métrophane ne renferme aucune allusion à l'invention des reliques ni à leur translation, elle se borne à commenter le texte des Actes. Notons encore que les deux manuscrits de la rédaction métaphrastique ne sont pas identiques. Le ms. IITS transcrit le récit de Lucien, tandis que le ms. 1176 modifie ce récit. Ce dernier semble avoir inspiré le résumé du Synaxaire de Constantinople, car celui-ci suppose que c'est saint Etienne et non Gamaliel qui apparut à Lucien. Le Synaxaire raconte aussi l'invention par le prêtre Lucien, le transfert à Sion, puis au martyrium d'Alexandre, puis le transfert à Constantinople, qu'il place aussi sous l'épiscopat de Métrophane, mais il ne fait pas allusion à l'homélie que 1176 et 1179 attribuent à ce dernier.

— 2° Le ms. grec SSl de Paris, du xi° siècle, est en réalité une compilation des Actes des apôtres et de la lettre de Lucien. L'auteur commence par transcrire les Actes des apôtres (VI, 8-viii, 2). Ses particularités les plus remarquables sont : une omission de vi, 11 à 13, puis viii, 21, ως τὰ μάτια αὐτῶν, — 26 à πὲρ αὐτῶν (au lieu de λπίζω), etc. Arrivé au chap. viii, 2, l'auteur prépare la découverte des reliques de saint Etienne en racontant que les fidèles l'enterrèrent une première fois, puis Gamaliel le transporta dans son village et l'y enterra de nouveau.

Voici le commencement de ce texte de transition : γένετο δὲ μέρα βδόμη τῆς βδομάδος, ἐν ἐγένετο τὸ σάββατον, καὶ ν μέρα βδόμη τοῦ μηνὸς Θαργελίου, ἐν ἐγένετο ἀνάστασις τοῦ κυρίου. Καὶ ν ρα τρίτη τῆς νυκτός, καὶ ν μέρα πρὸ τῆς παρασκευῆς, ἐν ἐγένετο τὸ πάσχα. Καὶ ἐγ Λουκιανὸς πρεσβύτερος, ν ἐν τ ἐκκλησί τοῦ Θεοῦ, ἐν τ Κεφαργαμαλά, ἐν τ ερουσαλήμ, τυχον καθεύδων ἐν τ βαπτιστηρί, που εχον τὰ σκεύη τὰ πρὸς τὴν λατρείαν. Καὶ ἐν τ μέσ τῆς νυκτὸς κουσα φωνὴν λέγουσαν· Λουκιανέ, Λουκιανέ, ἀνάστα καὶ πορεύου ες τὴν πόλιν τὴν γίαν, καὶ επὲ τ ἐπισκόπ ωάνν· σον χρόνον μενῶμεν ἐν τ φυλακ καὶ τί δὲ βραδύνεις μς ἀνοῖξαι τὰς θύρας ; ν γὰρ τ ἐπισκοπ σου δεῖ μς ἀποκαλυφθῆναι. νοίξας ον τὸ μνῆμα, ἐν ἐτέθησαν α σαρκαὶ μῶν, να δι' μῶν Θεὸς καὶ Χριστὸς αὐτοῦ καὶ τὸ Πνεῦμα αὐτοῦ ἀνοίξωσιν τὴν θύραν τῆς ἐλεημοσύνης αὐτῶν ἐπὶ τὸν κόσμον, ἐπειδὴ α πτώσεις α πολλαὶ α γίνονται ἐν τ αῶνι τούτ ἀποδεικνύουσι τὸν κόσμον ἐν μεγάλ κινδύν ντα. λλὰ μὴ περὶ ἐμοῦ, ἀλλὰ περὶ τῶν γίων τῶν μετ' ἐμοῦ, ος ἐγ προέχομαι.

A cette nouvelle, Nicodème, cousin germain de Gamaliel, se fait baptiser par Pierre et Jean. Les Juifs veulent le mettre à mort, comme ils l'avaient fait pour Etienne, mais, empêchés par Gamaliel, ils arrêtent Nicodème, le flagellent, confisquent ses biens et le chassent de la ville. Réfugié auprès de Gamaliel, il meurt et est enterré auprès d'Etienne. Habib est, à son tour, enterré près d'eux.

Vient ensuite sans transition le récit de Lucien. A la troisième heure de la nuit, à la Xe indiction, sous le dixième consulat d'Honorius et le troisième de Théodose... Après avoir raconté la translation à Sion, on ajoute la translation au martyrium bâti par Alexandre le sénateur, dans lequel celui-ci fut également enterré.


XX. Version syriaque. — La version syriaque n'a point le prologue tiré des Actes des apôtres, elle commence au récit de Lucien et elle est conforme au grec. On l'a représentée comme « capitale » parce que conservée dans un manuscrit du vi° ou vii° siècle. Sans vouloir déprécier cette version syriaque, nous n'irions pas jusqu'à trouver qu'elle est d'une importance capitale. Elle est, par endroits, d'une fidélité douteuse — que le coupable soit le traducteur de Zacharie ou quelqu'un autre. Car il est assez probable que l'Invention des reliques de saint Etienne a été rajustée à la recension syriaque de l'Histoire ecclésiastique, comme la légende de saint Sylvestre, celle des Sept Dormants, et d'autres épisodes du premier livre qui existent à l'état isolé dans la même langue. M. F. Nau a fait remarquer qu'elle omet une indication topographique, contenue dans le ms. SSl et dans la traduction d'Avitus, recension A. Or, on a retrouvé, dans un palimpseste, un fragment d'une autre version syriaque de la lettre de Lucien où la phrase en question est conservée tout au long. Il n'est donc pas téméraire de supposer que la légende des reliques de saint Etienne dans le Zacharie syriaque n'est qu'une copie plus ou moins exacte d'une traduction antérieure. Son témoignage est sujet à caution, au moins pour le détail.


XXI. Récit de Lucien. — Voici maintenant le récit de Lucien, d'après la traduction d'Avitus (recension A).

Lucien, par la miséricorde de Dieu, pauvre et le moindre des hommes, prêtre de l'Église de Dieu dans le village de Caphargamala (Kephar-Gamala) au territoire de Jérusalem, à la sainte Église et à tous les saints qui sont en Jésus-Christ, dans le monde entier, salut en Notre-Seigneur.

J'ai cru nécessaire de faire connaître à votre dilection en Jésus-Christ la triple vision qui m'est apparue de la part de Dieu, au sujet de la révélation des reliques du bienheureux et glorieux protomartyr Etienne, premier diacre du Christ, de celles de Nicodème, dont il est parlé dans l'évangile, ainsi que de Gamaliel, mentionné dans les Actes des apôtres. Je l'ai fait, à la prière ou plutôt sur l'ordre d'un saint, d'un serviteur de Dieu, de notre père le prêtre Avitus. Obéissant comme un fils à son père, j'ai dit, pour répondre à ses questions conformes à la foi consommée, toute la vérité, en toute simplicité, telle que je la connais, sans hésiter et sans l'altérer.

« Je lui répondis en ces termes : « Qui êtes-vous donc, seigneur, et qui sont ceux qui sont avec vous' ? » Voici sa réponse : « Je suis Gamaliel, qui ai élevé Paul, l'apôtre du Christ, et qui lui ai enseigné la loi à Jérusalem, (celui qui est placé près de moi, dans le tombeau, du côté de l'Orient, est le seigneur Etienne, que les princes des prêtres et les Juifs ont lapidé à Jérusalem, pour la foi du Christ, hors de la ville, à la porte du Nord, sur la route de Cédar, où il demeura un jour et une nuit, étendu par terre, sans sépulture, afin de devenir, selon l'ordre impie des princes des prêtres, la proie des bêtes sauvages '. Mais Dieu ne voulut point qu'il reçût leurs atteintes. Les bêtes sauvages, les oiseaux de proie et les chiens respectèrent ces restes précieux. Et moi, Gamaliel, plein de compassion pour le sort du ministre du Christ, et hâle pour recevoir ma récompense et avoir part avec ce saint homme dans la paix, j'ai envoyé, pendant la nuit, tous les hommes religieux que je connaissais croyant en Jésus-Christ et habitant Jérusalem, au milieu des Juifs, et leur fis toutes mes recommandations. Je leur donnai tout ce qui leur était nécessaire et les déterminai à se rendre secrètement sur le lieu du supplice pour enlever le corps et le porter, dans un de mes chars, à ma maison de campagne appelée Caphargamala, c'est-à-dire maison de campagne de Gamaliel, à vingt milles de la ville. Là je lui fis des funérailles qui durèrent quarante jours, et je le fis déposer dans le monument que je m'étais fait faire en cet endroit, dans la case située du côté de l'orient, et j'ai fait donner à ces gens de quoi subvenir à tous les frais de ces funérailles. Dans l'autre case fut placé le seigneur Nicodème, le même qui alla trouver Jésus pendant la nuit et qui entendit ces paroles de sa bouche : « Quiconque ne renait par l'eau et le Saint-Esprit ne peut entrer dans le royaume des cieux », et qui fut baptisé par les disciples de Jésus-Christ après son entrelien avec lui. Quand les Juifs en eurent connaissance, ils le privèrent de son titre de prince, l'anathématisèrent et le chassèrent de la ville. C'est moi, Gamaliel, qui l'accueillis dans ma propriété, comme une victime de la persécution pour le Christ. J'ai pourvu à sa nourriture et à son entretien jusqu'à la fin de ses jours, et, à sa mort, je l'ai fait enterrer avec honneur à côté du seigneur Etienne. J'avais un fils bien-aimé appelé Abib, il avait reçu avec moi le baptême du Christ des mains des disciples du Seigneur ; il mourut à l'âge de vingt ans, avant moi, et fut déposé dans la case supérieure, où je fus placé moi-même après ma mort. Quant à ma femme Ethna et à mon fils aîné Sélemias, n'ayant point voulu devenir disciples du Christ, ils ont été enterrés à Capharsémélia, maison de campagne appartenant à ma femme.

Et moi, l'humble prêtre Lucien, je fis cette question à Gamaliel : « En quel endroit devons-nous vous chercher ? » Gamaliel me répondit : « Au milieu du faubourg », ce qui peut s'entendre d'un champ très voisin de la maison de campagne, appelé Delagabria, c'est-à-dire champ des hommes de Dieu.

Deuxième vision. — « Sur ce, je me suis éveillé et j'ai adressé cette prière au Seigneur : « Seigneur Jésus-Christ, si cette vision vient de vous et n'est point une illusion, faites qu'elle se renouvelle une seconde et une troisième fois, quand vous le voudrez et de la manière qu'il vous plaira. » Je me mis donc à jeûner et à ne me nourrir que de fruits secs jusqu'au vendredi suivant, lors le seigneur Gamaliel m'apparut de la même manière, avec le même aspect et le même costume que la première fois, et me dit : » Pour quoi avez-vous négligé d'aller dire ce que je vous avais prescrit au saint évêque Jean ? » Je lui répondis : « Je n'ai pas osé, seigneur, annoncer ce que j'avais vu tout de suite après la première vision que j'ai eue, de crainte de passer pour un séducteur. Mais j'ai prié le Seigneur, si c'était lui qui vous envoyait vers moi, de faire que vous m'apparussiez une seconde et une troisième fois. » Gamaliel reprit : « Croyez-moi, croyez-moi, croyez-moi. » Puis, il ajouta de nouveau : « Comme vous m'avez demandé où vous trouveriez les corps de chacun et dans quel ordre ils sont posés, prêtez-moi toute votre attention et remarquez bien ce qui va vous être montré. — Oui, seigneur, » répondis-je. Alors il apporta quatre corbeilles, dont trois d'or et une d'argent. Les trois premières étaient remplies de roses ; deux d'entre elles avaient des roses blanches, et la troisième, des roses rouges de sang : la quatrième qui était d'argent était pleine d'un safran qui exhalait une odeur excellente. Il les plaça devant moi. Je lui dis : « Qu'est-ce que cela, seigneur ? » Il me répondit : » Ce sont nos restes. La corbeille aux roses rouges, c'est le seigneur Etienne : il est placé dans le tombeau à droite, du côté de l'orient en entrant. La seconde corbeille, c'est le seigneur Nicodème, placé contre la porte. La corbeille d'argent, c'est mon fils, Abib, né du sein du témoignage, c'est-à-dire régénéré dans la loi ; il a quitté ce monde avec l'innocence immaculée qu'il avait puisée dans le sein de sa mère. Voilà pour quoi il est représenté par une corbeille d'argent d'une extrême pureté. Ne sentez-vous point l'exquise odeur du safran qu'elle renferme ? » Il est placé avec moi, au haut du monument ; nous reposons ensemble comme deux frères jumeaux. Ayant ainsi parlé, il disparut de nouveau à mes yeux.

Troisième vision. — « Quand je fus éveillé, je rendis grâce au Dieu tout-puissant et me remis au jeûne en attendant une troisième révélation. La troisième semaine écoulée, le même jour et à la même heure, le même homme m'apparut, avec un air menaçant et frémissant, et me dit : « Pour quoi avez-vous gardé le silence jusqu'à cette heure et n'avez-vous pas voulu aller rapporter à l'évêque Jean ce qui vous avait été dit et montré ? Quelle sera votre excuse auprès de Dieu, et quel pardon espérez-vous de lui pour ce dédain, au jour du jugement ? Ne voyez-vous point la sécheresse extrême qui désole le monde et les tribulations dont il est plein ? Or, vous vous conduisez avec négligence. Ne considérez-vous point qu'il y a, au désert, beaucoup d'hommes plus saints et meilleurs que vous, que nous avons négligés, parce que c'est par vous que nous voulons parvenir à la connaissance du monde ? Car si nous avons voulu que vous quittassiez un autre hameau pour devenir pasteur de celui-ci, c'est afin que ces choses fussent découvertes par vous. Levez-vous donc et allez dire à l'évêque de nous ouvrir la porte et de faire un lieu de prière en cet endroit, afin que, par notre intercession, le Seigneur ait pitié de son peuple. » À ces paroles, je répondis tout tremblant : « Ce n'est point par négligence, seigneur, que j'ai agi comme je l'ai fait, mais j'attendais que vous vous montrassiez à moi une troisième fois. Mais à présent, sans attendre un jour de plus, je vais exécuter tout ce que vous me direz. » Puis, comme il se tenait devant moi, avec un air indigné, il me sembla que je tombais dans une autre extase, j'étais à Jérusalem et en présence de Jean, et je lui racontais toute ma vision. Il semblait m'écouter, puis il me dit : « Mon cher ami, si les choses se sont passées ainsi que vous le dites et si le Seigneur vous a fait cette révélation, dans Ce où nous sommes, il faut que j'aille prendre, dans ce domaine, ce grand bœuf de labour qui peut aller aussi bien au chariot qu'à la charrue, ensuite je vous abandonnerai le domaine avec tout le reste. » Je lui répondis : « Seigneur, que m'importe le domaine, si je n'ai point de bœuf qui me permette de le régir et de le labourer ? » L'évêque me répondit : « Il me plaît qu'il en soit ainsi, mon cher ami, parce que notre ville est administrée à l'aide de chariots, et le grand bœuf, que vous dites caché dans votre domaine, fait grand défaut à notre attelage. Il vaut mieux qu'il se trouve dans notre important domaine que dans votre modeste propriété. N'est-ce pas assez pour vous des deux autres petits bœufs que je vous laisse pour labourer la terre de votre exploitation ? » Ayant entendu cela dans mon extase, c'est-à-dire dans mon transport, je m'éveillai incessamment, je bénis le Seigneur et me rendis sur-le-champ à la ville, auprès de l'évêque Jean. Je lui rapportai toute ma vision, mais je me tus sur ce qui avait rapport au bœuf et attendis ce qu'il allait me répondre. J'avais bien compris que ce grand bœuf n'était autre que saint Etienne et que les chars dont il avait été question étaient les saintes Églises, tandis que le grand char était la première Église même de Sion. Or, comme le saint évêque pouvait me demander les reliques du bienheureux Etienne, je ne voulais point, à cause de cela, lui parler de ma vision du bœuf. En écoutant ce récit, l'évêque Jean se mit à fondre en larmes de joie et s'écria : « Béni soit le Seigneur Dieu, Père du Dieu vivant ! Si Dieu, ô mon cher ami, vous a révélé tout ce que vous dites là et avez entendu, je dois faire la translation des reliques du bienheureux Etienne, premier martyr et archidiacre du Christ, de l'endroit où il est, en cette ville. Il a le premier combattu les combats du Seigneur contre les Juifs, et, sur la terre, il a aperçu, dans le ciel, Jésus-Christ se tenant dans sa majesté pendant que lui-même semblait comme un ange dans l'assemblée des hommes. » Le saint évêque me dit donc : « Allez, faites des fouilles dans le champ, et si vous trouvez quelque chose, faites-m'en part. » Alors je lui dis : « J'ai parcouru le champ, et j'y ai vu, au milieu, un tas de pierres de petite dimension, et je pense que c'est là que se trouvent les corps. » Le pape me repartit : « Je vous l'ai déjà dit : Allez, faites des fouilles, et, si vous trouvez quelque chose, demeurez pour garder l'endroit, puis envoyez-moi un diacre pour me chercher. » Ayant ainsi parlé, il me congédia. Lorsque je fus arrivé au village, j'envoyai des crieurs publics engager les habitants du lieu à se lever de bonne heure et à fouiller le tumulus.


XXV. Vision de Mégithios. — « La même nuit, le seigneur (le malicieux) apparut à un moine nommé Mégithios, homme simple et innocent, sous les mêmes traits qu'il m'était apparu à moi-même, et lui dit : « Allez, dites au prêtre Lucien : Vous perdez vos peines à fouiller ce tumulus, nous ne sommes plus là, mais nous avons été déposés dans un autre lieu pendant qu'on pleurait sur nous à la manière des anciens et qu'on élevait en cet endroit un tumulus en témoignage du deuil célébré en notre honneur. Mais cherchez-nous dans un autre endroit, du côté d'où souffle le vent de Morée, à l'endroit appelé en syriaque Lebbaï, ce qui veut dire en grec àvSpôjv àyaOtôv ou les braves. » Dès l'aube, en me levant pour le chant des hymnes, je trouvai ce moine en train de prêcher à tous les fidèles. Quand les hymnes furent terminés, je dis : « Allons à ce tumulus et faisons-y des fouilles. » Alors on me dit : « Prenez donc connaissance auparavant de ce que raconte le moine Mégithios. » Je le fis venir et je lui demandai quelle vision il avait eue. Il me dit tous les signes que j'avais vus du seigneur Gamaliel et me raconta comment il avait vu un champ situé au sud, où se trouvait un sépulcre comme abandonné et tombant en ruine, dans lequel il avait aperçu trois lits d'or, dont un plus élevé que les deux autres, sur lequel deux corps reposaient ensemble : l'un était celui d'un vieillard et l'autre celui d'un jeune homme. Il n'y avait qu'un corps sur chacun des deux autres lits. Or, celui qui reposait sur le lit le plus élevé me dit : « Allez dire au prêtre Lucien que c'est nous qui avons été les propriétaires de ce fonds. Si vous voulez trouver un saint, un juste, il est placé du côté de l'orient. » En entendant ces paroles de la bouche du moine, je glorifiai le Seigneur d'avoir trouvé un second témoin de la révélation.


XXVI. Découverte des reliques. — Nous nous dirigeâmes donc vers le tumulus, mais nos fouilles ne nous y firent rien découvrir ; alors nous nous rendîmes au tombeau que, la même nuit, notre moine avait vu en songe, et après y avoir fait des fouilles, nous trouvâmes trois cercueils, selon ce qui m'était apparu sous la forme de corbeilles. Nous trouvâmes une pierre tombale sur laquelle on lisait en très grosses lettres : KEAYEA CELIEL, c'est-à-dire serviteur de Dieu, et APAAN, DARDAN, ce qui veut dire Nicodème et Gamaliel. C'est la traduction que nous donna de ces mots le pape Jean, ainsi que je l'ai appris de la bouche même de ce saint évêque. Je m'empressai donc d'aller annoncer la chose à l'évêque, qui était alors à Lydda, qui n'est autre que Diospolis, où il présidait un synode. Il prit avec lui deux autres évêques : Eusthone de Sébaste et Éleuthère de Jéricho, et tous trois se rendirent sur les lieux. Quand ils ouvrirent le cercueil de saint Étienne, la terre trembla, et il se répandit une odeur si douce et si suave que nul ne se souvient d'en avoir senti une pareille ou d'avoir entendu dire qu'on éprouva jamais rien de semblable ; c'était au point que nous nous croyions transportés dans un paradis de délices. Il y avait avec nous une foule de gens dont plusieurs étaient atteints de différentes maladies. À l'instant où ils sentirent cette douce odeur, il y en eut soixante-treize qui recouvrèrent la santé. Chez d'autres, les démons furent chassés ; là c'est une perte de sang qui s'arrêta, ici ce furent des écrouelles et des furoncles qui se trouvèrent guéris ; ceux-ci furent guéris d'une fistule, ceux-là de fièvres tierces ou quartes. Les uns se sentirent délivrés de la fièvre et d'autres de la jaunisse ; ici c'est une céphalalgie qui disparut, et là une migraine ; plusieurs se trouvèrent guéris de douleurs secrètes d'entrailles ; enfin il se fit beaucoup d'autres guérisons qu'il me serait trop long de rapporter en détail. Après avoir baisé les saintes reliques, on referma le cercueil, et on porta celles de saint Étienne, en chantant des psaumes et des hymnes, à la sainte église de Sion, où il avait été ordonné archidiacre. On nous abandonna quelques parcelles des membres du saint. Que dis-je, des parcelles ? de très grandes reliques, de la terre et de la poussière de l'endroit où toute la chair de son corps s'était consumée, et on emporta le reste.


XXVII. Envoi de reliques. — J'envoie donc de ces reliques à votre béatitude : quand vous les aurez reçues, priez pour mon humble personne, afin que je sois trouvé digne aux jeux du Seigneur, quand j'apparaîtrai devant lui, appuyé sur les mérites du bienheureux martyr saint Étienne et sur vos prières. La translation de ces reliques s'est faite le vingt-six de décembre. À cette époque régnait déjà depuis longtemps une sécheresse désolante, mais à l'heure même de la translation, la pluie tomba en abondance et abreuva la terre. Tout le monde glorifiait le Seigneur, à cause de son saint martyr Étienne, et à cause du trésor céleste de grâce et de miséricorde que le Seigneur Jésus-Christ daignait ouvrir au monde en péril, lui qui vit et règne dans les siècles des siècles. Amen.


XXVIII. Date de la lettre de Lucien. — Cette lettre n'est pas datée, mais il ne semble pas douteux que sa rédaction et son envoi ne doivent se placer sous un délai très rapproché de la translation. La chronologie du prêtre Lucien est parfaitement homogène. Les événements qu'il raconte seraient survenus sous le dixième consulat d'Honorius et le sixième de Théodose le Jeune, c'est-à-dire en 415. Or, cette année-là, le 3 décembre tombait bien un vendredi et on tenait, le 20 décembre, un concile à Diospolis. C'est en effet très peu de temps après ces dates que saint Augustin a prononcé son traité CXX sur saint Jean et son sermon CCCXII, dans lesquels il fait allusion à l'invention des reliques comme à un fait récent : nuper. La lettre du prêtre Lucien avait rapidement pénétré en Occident, grâce à une traduction latine qu'en fit un prêtre espagnol nommé Avitus, réfugié en Palestine, qui adressa son travail par Paul Orose, son compatriote, à Palchonius, évêque de Braga.


XXIX. Dispersion des reliques. — Lucien annonçait, en terminant sa lettre, l'envoi de reliques. Il dut se montrer libéral, puis que saint Augustin nous apprend que multi reliquias accipiebant. Prayle, successeur de l'évêque Jean de Jérusalem, ne se montra pas avare, lui non plus, puis que, à la demande de l'impératrice Pulchérie, il envoya à Constantinople par le diacre Passalion la main droite de saint Étienne. Le prêtre Sévère écrit une lettre circulaire sur les miracles opérés par les reliques dans l'île de Minorque. Les Églises non enrichies de ces précieuses reliques en sollicitaient, et l'Occident, où des germes de sécession avec l'Orient grandissaient rapidement, oubliait ses préventions. Aussi peut-on dire que « l'invention des reliques de saint Étienne, à une époque de foi, mais aussi de doute et de critique, de compétitions acharnées et de controverses interminables, acceptée par tous les partis et toutes les Églises, nous paraît un des faits les plus certains de l'histoire ».


XXXIII. .\u NORD. DÈS l'.^nnée 438. — Dès l'année 438 il existait au nord de Jérusalem vme église consacrée à saint Etienne, que nous trouvons mentionnée dans les Vies de sainte Mélanie et de l'icrre l'Ibère '. La Vie de sainte Mélanie nous apprend <iue, le 26 décembre 439, peu de jours avant sa mort, la sainte descendit avec son biographe du mont des Oliviers visiter le mar/yrium de saint Etienne et qu'elle remonta ensuite à son couvent °. Le texte prouve seulement qu'il existait à Jérusalem un sanctuaire dès l'an 439, son emplacement étant laissé indéterminé par le biographe. Il est à peu près certain qu'il s'agissait dès lors d'un édicule élevé sur l'emplacement de la lapidation ; ce point a été mis en lumière par un texte de la Vie de Pierre l'Ibère. Voici ses paro les :


XXXIV. Vie de Pierre l'Ibère. — • C>Tille (d'.Mexandriel avait été invité par la fidèle et orthodoxe reine Kudocie à venir pour la déposition des os vénérés de l'illustre et très glorieux Etienne, le premier des martyrs et le premier des diacres, et pour accomplir la dédicace du beau temple qu'elle avait bâti en dehors des portes septentriona les de la ville, et il accepta volontiers cet appel. Et lorsqu'il fut arrivé, avec une foule d'évèques de toute l'Egypte, et qu'il eut accompli avec honneur la déposition des saints os du premier des martyrs, le quinzième jour du mois de Ijàr (mai), il fit, le Ifi du même mois, sur l'inWtation de sainte Mélanie, la déposition des saints martyrs perses, des quarante martyrs avec eux au mont des Oliviers, dans le vénérable temple qui avait été aussi élevé brillamment par la reine Eudocie. elle-même, comme il est attesté cl écrit dans une inscription sur la paroi =. • Eudocie fit, nous l'avons vu, un premier voyage à Jérusalem, probablement en 438. Nous lisons en effet dans la Chroni que du comte Marcellin : Ind. VII Theodosio XVII el Fesl coss. (en 439 !) : Eudoxia, uxor Theodosii principis, sex II ierosolymis urbem regiam remeavil. beatissimi Slephani primi marlyris reliquia quœ in basilica sancti Laurcnlii posila vencrantur, sccum deferenS '. Un passage tiré de la chroni que de Jean, évc que de Nikious, en Egypte, au VU'' siècle, confirme le fait de la présence de Cyrille à Jérusalem en même temps qu'Eudocie : « L'empereur, lui ayant donné son consentement (à Eudocie). écrivit aux gouverneurs de toute la province, leur ordonnant de recevoir l'impératrice d'une manière digne d'elle, et il la fit accompagner à Jérusalem par Cyrille. patriarched'.\lexandrie.pourqu'il la bénît... ». • Eudocie, Mélanie et Cyrille ont donc pu se rcnconlier à Jérusalem en 438 '. Mais dans ce premier voyage, l'impératrice n'a pas dû séjourner longtemps dans la Ville sainte, puisqu'elle n'y est allée qu'après le ' Cette discussion a une portée histori que en même temps qu'archéologi que. Nous en exposons ici toutes les phases et tous les arguments, citant longuement les trav aux parus, notamment ceux du P. Lagrange, à qui ap partient la fixation définitive de ce'tle question topographi que. i'.t. J.-M. Lagrange, l'ne iraditiùn bibli que à Jérusalem. Suint Étienne,dans Revue bibli que, 1894, t. m, p. 452-481.

— = S. .\stère, d'Amasêe. In laudem S. Stéphanie P. G., t. Li, col. 347 : .7Tr,'73ivT : ; iï tov Tpi^jui/.is'.'.v i-.\ t ;vo ;

yfitpio'j... k'oa/ov '/ :'jo' :. — * Sous les êvéqucs Jean, Prayle et surtout sous Juvénal, l'opposition était assez bruyamment représentée ù' Jérusalem pour ne pas perdre une occasion qui se lût présentée de critiquer la décision épiscopale, si celle-ci n'avait été au-dessus de la discussion, par l'évidence ou par une tradition indiscutée. mariage de sa fille, qui eut lieu en 437 '. Comment a-t-elle eu le temps de bâtir une grande église, sans parler du témoignage de Cyrille de Scythopolis ? I.a diiïicullé parait insoluble, et il n'est peut-être pas sans intérêt de remarquer que la Vie de Pierre l'Ibère ne dit pas expressément que cette consécration a eu lieu. Cyrille est invité à faire la déposition des reliques et la consécration de l'église : il ne fait que la déposition =. Où se fit-elle ? Peut-être commença-t-on les trav aux par une crypte qui fut en quelques mois prête à recevoir les refiques du martyr. Car el les étaient renfermées dans une sorte de cavité ! C'est un renseignement précieux que nous devons encore au document syria que, et qui fait remonter aux origines de l'Église la constatation de ce magnum cainim dont parlait Théodoric au moyen âge et dont on a retrouvé les tra ces de nos jours.

Au moment où Pierre l'Ibère, parvenu à un âge avancé, allait quitter les environs de la Ville sainte, un de ses discip les crut le voir en songe accomplissant un dernier pèlerinage aux Lieux ;.aints. Parti d'un village situé au nord de la ville, « il entra en premier lieu au martyrium de Saint-Élienne, qu'il rencontra en premier lieu. Il descendit dans la grotte et pria devant l'urne funéraire^. « Voilà deux fois que cet auteur contemporain des faits place l'église d'Eudocie au nord ; faisons remarquer, en outre, cette grotte qui pourrait être la partie la plus ancienne du sanctuaire, où saint Cyrille aurait déposé les ossements du premier martyr. La tète de la dédicace comportait la translation des reliques du saint, lorsqu'elle n'avait pas encore eu ' Eudoxie, fille uni que d'Eudocie, épousa Valentinicn III, empereur d'Occident. Tout ce qui suit est la propre (iiscussioii du P. Lagraiige dans Revue bibli que. 1S9G. t. v. p. 457 sq. : 1904, II » série, l. i, p. 469 sq. — - .\ quoi se serait donc réduit le rôle de Cyrille d' .Alexandrie s'il ne célébra pas la dédicace de l'église ? .\ une simple déposition de reliques ? Mais cette cérémonie semble avoir été, à parler exactement, ce qui consacrait une église et permettait d'y célébrer le culte ; on réservait — en Palestine « lu moins — le terme de dédicace, iy/.aivia, à une solennité spéciale. « Dans la rigueur du terme, on faisait les encénies de temp les détruits ou profanés : c'est ainsi qu'après la grande persécution de Dioclétien et de Maximin, on fit en Orient des con.v('(r« (ion,s de temp les nouvellement construits, et aussi des encénies^ donc de temp les anciens. Ce terme à'cneénies. employé par le biograplie de Pierre l'Ibère, n'est donc pas tout à fait propre, comme l'a noté l'éditeur M. Raabe ; au contraire, si Eudocie a fait faire les encénies de l'église Saint-Étienne. dont les trav aux avaient été interrompus, qui avait peut-être été détruite en partie ou profanée pendant les troub les religieux, le terme serait absolument exact. Loin de s'étonner de cette seconde dédicace, il faudrait >■ reconnaître ime parfaite propriété de termes. La Vie de sainte Mélanie. parlant de la solennité du mont des Olivier*, au lendemain de celle de Saint-Étienne du nord, emploie bien en latin le mot dedicutio^ mais le grec dit seulement déposition des saintes reliques et non pas évy.iiv.a. » J. Lagrange, dans lieuue de l'Orient chrétien. 1908, t. xni,p.20. — ' Petrusder Iberer.édil. Raabe. p.99. .S. Vadhé, Les monastères et les églises de SaintÉtienne à Jérusalem, dans les Hchos d'Orient. 1905, t. vin, p. 7S-81, tire parti du texte de la Chroni que de .lean de Nikloa« cité plus haut, p. .S, noie f)5(i , pour montrer que le » couvent pour les vierges ■ (lui s'y trouve mentionné doit être le monastère de Saint-Etienne. .lean de Nikious ne précise pas, c'est vrai, et même Cyrille de Scythopolis, qui donne des détails dans la Vila H. Euthymii sur cette fondation, ne fait auc une allusion ù des nonnes. Il y eut là un monaslére d'honunes sous l'higouméne Gabriélos, qui gouverna vingt-quatre ans. L'analogie entre Saint-Étienne et d'autres monastères de Jérusalem, celui de Sainl-.Menas et ceux de Sainte-Mélanie, permet d'admettre que la fondation d'Eudocie concernait, comme le dit .lean de Ndiious, des femmes et. outre cela.il y avait sans doute un petit monastère d'hommes, une aumôneric, charges de veiller aux besoins et fournir à la célébration du culte le personnel indispensable. L'épitaphe d'un diacre trouvée dans les XXXV. Pse l'do-Basm.e dk SÉLEUAE. — Un panégyri que de saint Etienne, attribué sans fondement à Basile de Séleucie '. mais certainement prêché, au plus tard, le 26 décembre 457, sous l'épiscopat de Juvénal -. contient cette première indication : • Les restes du bienheureux sont déposés, selon la propre volonté d'Élicnne, devant les murs de Jérusalem, à l'endroit où, lapidé et soufTranl une mort célébrée sur toute la terre par d'illustres louanges, il avait ceint la brillante couronne du martyre : Juvénal, qui orne maintenant le trône glorieux et illustre de Jacques, lui bâtissant une église digne de sa mémoire, de ses trav aux et de ses luttes admirab les '. •' On le voit, ce texte ne parle ni de l'est ni du nord ; simplement il atteste que l'on se croyait assuré du lieu de la lapidation et que, vers le première moitié du iv siècle, on bâtissait sur ce point une église.

Si nous identifions momentanément cette église avec la basili que d'Eudocie, nous ajouterons qu'un monastère considérable s'éleva au même endroit '. Évagre enveloppe toutes ces constructions dans le terme dont il fait usage : temenns. • Eudocie éleva, dit-il, un très grand sanctuaire, remarquable par ses proportions et sa beauté, à Etienne, le premier des diacres et des martyrs : il est distant de Jérusalem de moins d'un stade '. •■ XXXVI. Théodose. — Théodose, en 530, distingue déjà deux mémoires de saint Etienne : celle du mont Sion. celle de la basili que eudocienne : De Golyolha iis que ad sancUim Sion quie est mater omnium ecclesiiirum... et ibi est lapis ille, unde lapidatus est sanclus Stephanus. puis venant à la basili que : Sanetus Slephanus forts portam Galilée lapidatus est. Ibi et ecclesia ejus est quam jundavit Eudocia *.


XXXVII. Pseudo-.Xntonin de Pl.usance. — Pscudo-.\ntonin de Plaisance rapporte ceci : Basilica i y.ancte Sion et monasterium. Ibi est corona spinea, qua Dominus fuit coronatus et laneea de qua in lalcre percussus. et lapi des multi. cum quibus lapidatus est Ste- ] phanus. Puis la basili que : Fons Siloa modo inlra civilatem inclusa est (sic), quia Eudocia, imperatrix. ipsa j addidit muros in civitate. et ipsa munivit basilicum et | sepulcrum sancti Stephani et ipsa suum liabet sepuli erum juxla sepulcrum sancti Stephani, et inter sepulchra sunl gressus sex '■. Et ipse sanclus Stephanus requiescit foris portam sagitte jactu, ad viam quœ respicit ad occidentem quie descendit ad et ./oppen Cesaream Palestine vel Diospolim civitatem, quse Antiquitus dicebatur Azotus : in qua requiescit sanctux Georgius martyr « . La porte du nord regardait le couchant, car c'était là qu'aboutissait la route romaine venant de Joppé par Diospolis et remontant par Bcthoron et Gabaon '.


XXXVIII. Le Bbeviarium. — Le Breviarius de Hierosohjma ' » ne parle que de Sion : L'nde venis ad sacriftcium ubi est ille lapis, unde lapidatus est Stephanus sanclus « .

.Jusqu'à cette date, les témoignages n'ont parlé que du sanctuaire de Sion et de celui d'Eudocie ou de la lapidation : on n'entrevoit entre eux auc une rivalité, l'un possède la pierre de la lapidation '-, l'autre abrite le lieu où s'est passée la lapidation. L'ne tradition si bien implantée ne pouvait désor mais disparaître. Sur- \'ient la conquête ; en 614, Jérusalem est détruite par les Perses, l'église de Saint-Étienne aurait-elle été épargnée » ?


XXXIX. Passion de LX Martyrs. — On lit, en effet, dans un récit de la passion de soixante martyrs torturés à Césarée et crucifiés à Jérusalem, vers 723, qu'ils furent ensevelis par Jean de Césarée, près de l'église Saint-Étienne de Jérusalem : Dci amore flagrantissimus Joannes, cum Csesarea Jerosolymas perrexisset, in suburbiis ad sacras se des sancti Stephani mercatus locum, cujus vicinum sancti exoptaranl, posl aliquot dies precibus impetravit ut corpora sanrtorum sexaginta martyrum e cruce detraherentur, qax in preedicto loco deposuit '. Il est fort douteux que l'église de Saint-Étienne ait pu échapper aux ravages des Perses. Les fouilles ont laissé constater partout une couche de cendres témoignant de l'incendie ; mais nous sommes fondés à croire que, peu d'années après 614, l'église de Saint-Étienne avait été relevée. Une autre passion de soixante soldats martyrisés en Palestine '', conservée dans un manuscrit du XIe, contient, entre autres traits notables, le détail suivant :... iratus Ammiras eicit sanctos foras civitatem anie portas et jussit decollari... Quos et tollens sanctissimus palriarcha Sophronius sepelioit eos in ununt locum et condidit oratorium sancti Stephani primi martyris « . Condidit mar que sans doute la restauration, en proportions moins vastes, de la basilique eudocienne ruinée en 614 »'. Cette restauration, attribuée à Sophronios, ne pourrait être postérieure à 638, année rel. P. Geyer, Itinera hierosolymitana, in-S« , Vindobonae, 1898. p. 141. — ' Des manuscrits indiquent vingt pas, d'autres vingt-six pas. P. Geyer, Itinera Hierosolymitana Saeculi, in-S », Vindobonae, 1898, p. 176, écrit : gressus XX. — ' Itinera et descriptiones, p. 103, 105, 127. — ' Elle est bien connue par l'itinéraire de sainte Faute, et on peut la suivre encore presque sans interruption. — ' D'après Tobler, vers 530 ; d'après Rôlu-icht, vers 590. — » On dirait que la pierre se trouve dans l'autel : en tout cas, elle fait partie du trésor de l'église ; elle est désormais inséparable de la colonne de la Flagellation et de la Couronne d'épines.

— ' Pseudo-Antonin croit avoir vu plusieurs pierres, lapis des multi ; dès lors la tradition oscille entre l'unité et la multiplicité, beaucoup plus favorable cependant à l'unité.


XI. Arculfe. — Ainsi on s'explique que désormais, par rapport à saint Étienne, l'église de Sion attire surtout l'attention ; une humble chapelle n'attire pas les pèlerins comme le pouvait faire jadis la basilique eudocienne. Vers 670, Arculfe fit son pèlerinage et il nous laisse de l'église du mont Sion une description et un plan précieux - : Hic petra monstratur, super quam Stephanus lapidatus extra civitatem obdormivit. Extra banc supra descriptam grandem ecclesiam, que intrinsecus lalia sancta complectitur Inca, alla memorabilis cxtal ad occidentalem partem ejus petra, super quam, ut fertur, Stephanus lapidatus est '. Arculfe semble parler de deux églises — en réalité — et son plan le montre — il ne s'agit que d'une sorte d'annexe à la grande église. De la basilique eudocienne il n'est pas question, mais Arculfe mentionne la « porte de Saint-Étienne » dans une direction qui ne peut être que le nord, entre la porta ville Fullonis, et la porte de Benjamin.


XLI. Bède. — Vers 720, Bède ne parle que de Sion : illic monstratur petra, super quam lapidatus est sanctus protomartyr Stephanus extra civitatem '.


XLII. Willibald. — Vers 723-726, Willibald ne parle pas de saint Étienne, d'après la relation de la religieuse de Heydenheini. D'après l'anonyme, dont la recension est bien inférieure, il vénère saint Étienne au mont Sion : Quam devole translatum illuc ejusdem ecclesie archidiaconum cl protomartyrem Stephanum imploravit '.


XLIII. Le Commemoratorium de casis Dei. — Vers 808, une sorte d'Inventaire des établissements chrétiens de Jérusalem, le Commemoratorium de casis Dei vel monasteriis, mentionne deux endroits consacrés à saint Étienne. L'un est dans la vallée de Josaphat, c'est par excellence la terre des petits couvents, depuis sainte Hélène. L'autre est ainsi conçu : In sancto Stephano, ubi sepultus fuit, clerici Iljcprosi X V '. On a prétendu voir ici la mention de l'église du mont Sion pour des raisons sans valeur. Il faut vraisemblablement entendre ce texte de la chapelle relevée par Sophrone sur les ruines de la basilique eudocienne.


XLIV. Le moine Bernard. — Vers 850, le moine franc Bernard parle d'une église de Saint-Étienne au mont Sion, mais son texte assez confus doit être interprété selon le plan d'Arculfe : Est praelerea in ipsa civitate alla ecclesia ad meridiem in monte Sion, que dicitur sancti Symeonis, ubi Dominus lavit pedes discipulorum suorum, in qua pendet spina corona Domini, et in hac dejungitur esse sepulcrum Mariae. Juxta quam versus orientem est ecclesia in honore sancti Stephani, in quo locu lapidatus esse asseritur '. Ce qu'il nomme ici église ne peut être que le martyrion des Grecs, une chapelle. C'est ainsi qu'Arculfe avait vu les lieux, c'est ainsi que les verra en 1115 un anonyme (Innominalus VII) qui dit : a sinistro latere est altare sancti Stephani, ubi sepultus fuit '.

Arculfe indiquait pour remplacement de cette chapelle l'occident, Bernard désigne l'orient, l'anonyme parle de la gauche. Un anonyme slavon de 1360 nous

En résumé, écrit P. Lagrange, dans cette époque obscure saint Étienne est surtout vénéré dans l'église du mont Sion, lieu de sa sépulture provisoire : il possède un oratoire dans la vallée de Josaphat et il parait plus que probable qu'on en a relevé un autre au lieu de la lapidation, sur les ruines mêmes de la basilique d'Eudocie '. « Ainsi les témoignages unanimes et constants depuis le XIIIe nous font remonter sans interruption jusqu'en 455, au moment de la construction de la basilique. Cette basilique est retrouvée ; l'emplacement de la lapidation, tel qu'on croyait le connaître au VIe, nous est donc connu. Les premiers témoins de la fausse tradition ne datent, au contraire, que du XIIIe '.

C'est l'origine, le progrès et les fortunes diverses de cette fausse tradition que nous allons exposer.

A côté de la tradition officielle, de droit public, attestée par la quasi-unanimité des témoins, il se formait à Gethsémani une tradition locale, grecque d'origine, qui dut naître probablement après la ruine de la basilique d'Eudocie, comme elle avait failli naître au mont Sion, et qui, mieux conservée parce qu'elle était encore moins en vue, fut assez forte pour se maintenir pendant l'époque des croisades '.

Pour la tradition officielle, les témoignages abondent ; leur précision, leur nombre, leur variété ne laissent rien à désirer : historiens, pèlerins latins et orientaux, descriptions de la ville, plans, chartes. Dès que les Occidentaux, maîtres du pays, peuvent librement communiquer avec les indigènes et examiner les traditions à loisir, aucun doute ne se laisse jour en ce qui regarde le sanctuaire au nord de la ville. Pendant deux siècles les textes se suivent, se complètent, qui nous permettent de suivre l'histoire du sanctuaire de la lapidation, réduit à une modeste chapelle élevée par le patriarche Sophrone.


XLV. Albert d'Aix. — Albert d'Aix mentionne l'oratorium protoniartyris Stephani, proche ilu camp de Robert de Normandie« , et Raymond d'AguiIers donne le nom d'église à l'ecclesia S. Stephani quae est quasi ad medium civitatis a septentrione ». Nous pourrions citer encore Guillaume de Tyr, Robert le Moine, Baudry de Dôle, les desta Francorum, Guibert de Nogent, Tudebœuf, qui ne doute pas que ce soit l'église de la lapidation : lobelrus quaeque Xormannus obs'dil a aeplpnlrinnc. jiixla sancli proUinuirliiris Stephani ecclcsiam, ubi gaudenler pro numinc Christi rccepil lapi des '.


XLVI. Higoumène Daniel. — Voici les pèlerins. En 1100, l'higoumène russe Daniel arrive à Jérusalem, venant de Néby Samwil, qu'il nomme Armât hem, direction du nord. Il aperçoit la Ville sainte des hauteurs dites du Scopus » et tous se dirigent vers Jérusalem avec une grande allégresse. A gauche, près de la route, se trouve l'église de Saint-Étienne, premier martyr ; c'est là qu'il fut lapidé par les Juifs et on y voit son tombeau - « . Ce qui subsistait rappelait — peut-être aussi des ruines encore en place — la basilique détruite '.


XLVII. Seowulf. — En 1102-1103, Seowulf écrit : Lapidalin sancti Stephani fuit extra muni, quanlum arcus balisla Itis vel 1er jactare polesl, ubi ecclesia pulcherrima construebatur a parte aquilunis ; ilia ecclesia (imnino est a piiyanis deslrucla. On n'a donc pas relevé la basilique eudocienne, on a élevé un oratorium sur l'emplacement ou à côté •.


XLVIII. Ruine. — En 1113, les gens d'Ascalon attaquent Jérusalem, en l'absence du roi Baudouin ; ils échouent et prennent leur vengeance en détruisant une partie de l'église Saint-Étienne hors la ville et en brûlant les moissons.


XLIX. Anonyme. — Vers 1130, un anonyme nous apprend que la porte de Saint-Étienne s'ouvrait rarement : Ab aquilone est porta quae vocalur porta S. Stephani eo quod sit dejoris lapidatus et rare aperitar^.

L. Jean de Wurzbourg. — Vers 1105, Jean de Wurzbourg parle des translations de saint Étienne. De plus, la tradition du mont Sion se développe. On veut que Nicodème, Gamaliel et Abibon y aient été ensevelis, tandis que la relation de Lucien dit nettement que le corps d'Étienne seul a été transféré à Jérusalem : Ante portam Jérusalem, quae respicit ad occidum, qua parte libérata fuit urbs sub secundo Israël saxis o brulis beatus Stephanas protomartyr occubuit ; inde in visu in Sion et sepultus inter Nicomedum et Gamaliel et Abibon postea Constantinopoli ad ultimum Romae beato Laurentio tamulalus. Onde et irt tumulo : quem Sion occidit, nobis Bisancia misit '.


LI. Chanson de Charlemagne. — Vers 1175, la chanson de Charlemagne suppose que l'empereur demande des reliques de saint Étienne au patriarche de Jérusalem « .

Hcspont li partriarches : »,\ plantai en avrcz. Le brez saint Siniéon aparmaines avrez ; E le chief saint Lazare vus ferai aportcr. K dcl sanc saint Estefne Ici inartir fu pur Deu.


LII. Anonyme. — Vers 1185, un anonyme venant de Nazareth : Postea veniens ad civitatem Jérusalem ixira muros, et ibi inventes locum ubi sanctus Stephanus fuit lapidatus '.

En 1187, le siège et la prise de la Ville sainte par Saladin vont entraîner la destruction de l'oratoire de Saint-Étienne. Avant de rapporter cette destruction, nous avons à citer divers documents qui lui sont antérieurs, ce sont des plans et des chartes.

L IV. Bulle. — Le 3 mars 1173, une bulle d'Alexandre III confirme à l'abbé de Sainte-Marie-Latine : stationes que sunt Latine conligue, lurnum, palatium juxta portam S. Stephani a plaga australi, quasdam domos post illud palatium, domos supra murum urbis juxta ibidem, usque ad secundum turrim murorum ; et altera parte, ecclesiam S. Stephani. juxta viam quae ab Hyerusalem ducit in Hierosolymam : hospitale juxta eandem viam ; hortum inter eandem ecclesiam et Hierosolymam ; alios hortos et vineas quas habetis in territorio Hierusalem cum decimis earum.


LV. PLAN. — Vers 1180. Plan de Copenhague. On lit seulement : Vicus porte Stephani ; et vers la même date, plan de Stuttgard : Vicus martyr S. Stephani. Porta S. Stephani, au nord. Au-dehors, en droite ligne : Ecclesia S. Stephani et immédiatement commence la vallée de Josaphat, en forme de boudin, qui part à l'est de l'église.


LVI. Ernoul. — Après la bataille de Hattin, lorsqu'on apprit à Jérusalem que Saladin approchait de la ville, les chrétiens craignirent que l'église de Saint-Etienne offrît un abri aux Sarrasins : ils se décidèrent à la détruire. Voici le récit de cet événement par Ernoul.

« Or vous dirai des autres deux portes dont l'une est en droit de l'autre. Celle deviers aquilon, a nom porte saint Estevene. Par celle porte entrolent li pèlerin en la cité, et tout cil qui par deviers Acre venoient en Jérusalem, et de par toute la tiere dusques al flum, desci que à la mer d'Escalone. Dehors celle porte, ains c'on i entre, à main destre, avoit un moustier de monseigneur saint Estevenes. Là dist on que saint Estevenes fu lapidés. Devant cel moustier, à main senestre, avoit une grant maison c'on appelait l'Asnerie. Là soloient gésir li asne et li sommier de l'ospital ; pour çou avoit à nom l'Asnerie. Cel moustier de Saint Estevene abalirent li crestien de Jérusalem devant chou que il fuscent assegié, pour che que li moustier estoit près des murs. L'Asnerie ne fu pas abatue : ains ot puis grant mestier os pèlerins qui par treuage venoient en Jérusalem, quand elle estoit as Sarrasins, c'on nés laissoit mie herbegier dedens le cité. Pour çou l'or et li maison de l'Asnerie grant mestier. A main destre de la porte Saint Estevene estoit li maladrerie de Jérusalem, tenant as murs. Tenant à le maladrerie avoit une posterne ç'on apeloit le posterne Saint Ladre. Par là metoient li Sarrasin les crestiiens en la cité pour aler couvert ement al Sépulcre, que li Sarrasin ne voloient mie que li crestien veissent l'afaire de la cité : et les metoit oii euz par le posterne qui est en le rue le Patriarce el moustier del Sépulcre. Ne les metoient l'en mie par le maistre porte. »


LVII. WILLEBRAND ET THIETMAR. — Ce texte est capital pour fixer la position du moustier des croisés en l'honneur de saint Etienne qui était à l'orient du chemin. Ainsi disparut l'église : il ne resta, pour conserver la tradition, que la porte de la ville et l'Asnerie située en face du moustier détruit. Cette Asnerie était une sorte d'auberge dans laquelle on recevait les pèlerins. L'un d'eux, venant par le nord, de Bettenobele, se trouve parqué dans l'Asnerie, vers 1211, c'est un nommé Willebrand : Ad quam [urbem] accedentes curiam quondam juxta muros civitatis silicem intrare compellimur. In hoc loco fuit martyrizatus beatus Stephanus, in cuius honore nunc fideles ecclesiani sicut apparet, et archiepiscopidam fundaverant. Cui mine lemporis asini Soldcini cumpelluntur. Quomodo igilur obscuratum est atrium, multus est color optimus, quia de ecclesiae materia, de loco reliquarum lovas stercorum est ordinatis ? El nota, quia iste locus extra muros est, quia secundum Actus apostolorum, ejicientes eum extra portam civitatis lapidabant.

A quelques années de là, vers 1217, Thietmar fut fait prisonnier par les Sarrasins en venant de Gabaon, à trois milles de Jérusalem, et retenu dans cette « Asnerie » : Sic captivus delinebar duobus diebus et una nocte extra portam civitatis, ubi sanctus Stephanus prothomartir lapidatus fuit. In quo loco quondam constructa est ecclesia, sed nunc a Sarracenis funditus ciwrsa.


LVIII. PÈLERINS. — Puis les témoignages reprennent, ou plutôt continuent :

Vers 1201 : « En cel jour doivent entrer en Jérusalem par la porte Saint-Estienne : devant celle porte fu il lapidés ».

Vers 1231 : « Sus la Monjoie est l'yglise Saint Samuel le prophète : si a trois lieues jusques en Jérusalem à entrer par la porte S. Estiene, et doit être par droit iluec le Saint-Sépulcre de Nostre Seigneur ».

Vaut 1265 : « E qui dreilcment vot entré, si deit entré par la porte Saint-Estevene, là où il fu lapidé ».

Vers 1280 : « Et d'yle que (Montioie) à la cité de Jérusalem sunt 2 lieues de bel chemin, et l'entrée en la cité est parmy la porte où saint Estevene fust lapidé ».


LIX. BURCHARD. — En 1283, le dominicain Burchard : Tercia porta est ab ista contra aquilonem, et dicitur porta Efraim... Dicitur nunc porta sancti Stephani qui extra cam fuit lapidatus.


LX. Conclusion. — De tous les textes qui viennent d'être cités, une conclusion s'impose avec évidence. A l'époque des croisades, le culte de saint Etienne se concentrait au lieu que l'on croyait être celui de la lapidation, celui-là même où s'était fixée la tradition du milieu du v siècle. La certitude était telle qu'on ne disait pas seulement, comme au vi siècle, « porte de Saint-Étienne », mais « moustier » et « église de Saint-Étienne », « rue Saint-Étienne », « carrefour de Saint-Étienne ». Rien n'indique que l'église ait été considérable. On disait le moustier Saint-Étienne, comme si l'église avait été enfermée dans un corps de bâtiments : telle est du moins la coutume invariable en Orient. Ce qui paraît certain, c'est qu'elle était bâtie près ou au milieu des ruines de l'ancienne basilique, que l'on voyait encore, et que par conséquent elle n'en était pas une restauration.

Cette tradition unanime se soudant à la tradition unanime des temps précédents est désormais fondée sur le témoignage de plus de douze siècles. Elle peut se perdre ou s'altérer : il suffira de remonter au temps où elle était en pleine vigueur pour la ressaisir et sceller la chaîne brisée au point où elle était rompue.


LXI. FOUILLES EN 1882. — L'événement archéologique de l'année 1882, à Jérusalem, fut la découverte d'une petite église, située au nord de la ville, le long de la route de Naplouse. Des négociations délicatement conduites permirent d'acquérir ce terrain où, par une sorte de pressentiment, plusieurs personnes des plus éclairées croyaient retrouver le lieu de la lapidation. Il fallut plus tard entamer de nouvelles négociations et couvrir des frais considérables pour acquérir l'emplacement de la basilique d'Eudocie.

Le point de départ fut les fouilles commencées et qui faisaient connaître un petit oratoire long de 21 mètres dans œuvre, sur 7 m. 40 de large. Il ne restait guère que le pavement, suffisant toutefois pour faire reconnaître la main-d'œuvre des croisés ; quant aux dimensions, elles étaient trop restreintes pour permettre un instant de les identifier avec celles de la basilique eudocienne.


LXII. En 1883. — En 1883, quelques tranchées dans la direction de l'ouest à l'est amenèrent plusieurs découvertes immenses. D'abord celle d'un vaste corridor voûté de 18 m. 30 de long, appuyé sur le roc taillé qui forme le mur : ensuite, dans la paroi est, on rencontra deux alcôves surmontées d'une arcade qui se rapproche de l'ogive. Puis, un peu à gauche, on découvrit un seuil de porte resté en place, un caveau contenant quatre tombeaux taillés dans le roc en forme d'auge, enfin quelques fragments d'un pavage en mosaïques admirablement conservées et d'un caractère évidemment chrétien.


LXIII. En 1885. - En 1885, fouilles du côté sud donnant de nouvelles fragments de mosaïques semblables aux premières par le dessin et la couleur, mais plus étendues, leur caractère ne permet pas de douter qu'on se trouve sur l'emplacement d'une église.


LXIV. En 1887. — En 1887, fouilles du côté nord et découverte de mosaïques semblables aux précédentes, mais sur une plus grande étendue. Puis on voit apparaître une colonne monolithe de 80 centimètres de diamètre, d'autres fragments d'égale dimension ; puis une colonne de marbre blanc plus de onze mètres environ de longueur sur huit de largeur et une profondeur de cinq mètres. Le ciment qui en couvre les parois indique qu'elle a servi de citerne : mais sa situation à l'intersection du transept et au sommet de la nef principale, l'absence de communication avec l'extérieur, un reste d'escalier, et, dans un angle, une ouverture en forme de cheminée, destinée sans aucun doute à l'aération, démontrent que primitivement ce n'était pas une citerne, mais une tholos de Jérusalem. Jérusalem, l'aris. 1894, p.

1, 2, 3, 4, 5, 6, mosaïques.

7, pierre à la place du maître-autel.

8, pilier avec revêtement de marbre, il, seuil présumé du chœur.

in, seuils de la basilique (in situ).

11, rocher taillé marquant la fin de l'abside et des murs.

12, ancien crépissage vertical extérieur des murs.

« Quelques jours plus tard, on atteignit l'extrémité de la basilique. Elle se termine à l'intérieur par une abside semi-circulaire, dont il ne reste qu'une portée, et, à l'extérieur, par un mur de forme polygonale. Les trois côtés de ce mur, ainsi que celui qui termine les deux nefs latérales, sont faciles à reconnaître... [car] tandis qu'on arrachait les pierres des murs l'une après l'autre, l'enduit épais et solide qui les recouvrait au dehors, soutenu par l'amoncellement de terre qui s'était formé autour, a résisté jusqu'à une hauteur de deux mètres, et a conservé très nettement l'empreinte des pierres sur lesquelles il était appliqué. C'est peu de chose, mais cela du moins nous donne une idée exacte des dimensions et de la forme de la basilique. L'abside une fois dégagée, tout s'explique : les deux côtés, recouverts en partie de mosaïques qui s'ajustent avec la rectitude du cordeau, sont bien les deux nefs latérales, un peu moins longues que l'abside. Celle de gauche se termine par un fragment de rocher taillé qui commençait le mur dans cet endroit. Il est forcément resté en place, ainsi qu'un soubassement de colonne taillé aussi dans le roc et qui est entouré d'un revêtement de marbre blanc retenu par des crampons de cuivre. Cette plaque de marbre, dont un angle est écorné, a été heureusement négligée dans les pillages successifs. » Le plan (fig. 42) offre un relevé exact des lieux ; la légende qui l'accompagne permet de ressaisir la disposition générale de la basilique ancienne. Elle était précédée d'un atrium carré mesurant 20 m. 50 de côté. Il était dallé. Sur les bords, le pavé est plus élevé de 0 m. 10 sur une largeur de 3 m. 25, ce qui indique que les côtés étaient occupés par un portique ; cette vérification ne peut se faire qu'à l'est et au nord. Le long de ce portique s'échelonnaient des tombes. Il faut observer que le rocher s'élève ici du sud au nord. Les tombes du côté du sud, n'étant pas creusées dans le roc, n'ont laissé que de faibles traces. Au nord, le rocher se relève tellement qu'il dépasse le sol et forme la base du mur qui fermait l'atrium. De ce côté on a découvert deux tombes. N'y en avait-il point devant la basilique elle-même, regardant l'orient ? On le conclurait par simple analogie, et ce soupçon devient une certitude si l'on observe que, sur presque toute la largeur de l'atrium, le rocher est taillé à pic sur une profondeur de 3 mètres dans la direction du nord au sud. Il y avait donc là une crypte plus grande que les autres tombes, c'était d'ailleurs la place d'honneur (voir le point 18 du plan). Au centre de la cavité, on voit encore deux voûtes en arête : elles paraissent modernes, mais leur emplacement conviendrait bien pour le tombeau d'Eudocie et de sa petite-fille. Entre ce point et le trou situé devant l'autel où, selon toute probabilité, furent renfermés les restes du premier martyr, il y a juste vingt-six pas, distance assignée par pseudo-Antonin à l'intervalle qui séparait le corps d'Eudocie des reliques de saint Étienne.

La basilique avait son entrée sur l'atrium, ses dimensions sont 20 mètres de largeur sur 40 mètres de longueur, avec une annexe au nord (voir le point 13 du plan). Le rocher taillé marquant le contour de l'abside et les nefs latérales (voir le point 11 du plan), les seuils (voir le point 10-10 du plan), les débris de mosaïques, des socles de pierre marquant la place et l'alignement des piliers (voir les points 8-15-15 du plan), une base de pilier encore debout avec son revêtement de marbre, parfaitement en place puisqu'il fait échancrure dans les degrés des piliers qui isolent le sanctuaire (voir le point 8 du plan), sont des éléments si assurés que le tracé du plan n'offre pas matière à discussion. Le trou carré (voir le point 14 du plan) figure dans son état actuel ; on a vu dans le récit des fouilles qu'il y avait là probablement une confession ; un texte de Théodoric, pèlerin du XIIe, confirme cette hypothèse : Est aulem in ipsa ecclesia media hic locus /fuerit datas, paricte jerusalem, sepulchris, in cujus medio altare venerandum et martyrium caimm habetur. Ubi locus lapidationis ejus juit, et cœli super cum aperionis.

Quelques débris provenant des fouilles présentent en eux-mêmes peu d'intérêt ; chapiteaux, fûts de colonnes, pilier avec revêtement de marbre et mosaïques, moules eucharistiques, fioles, lampes, cubes de mosaïques dorées, fragments épigraphiques.


LXV. TRADITION DE L'EST. - L'oratoire de Sophrone avait eu le sort de la basilique eudocienne : « après cette double ruine, la tradition tint à s'égarer, et les chrétiens, après quel que temps d'hésitation, en vinrent à vénérer le lieu du martyre d'Étienne dans la vallée de Josaphat, non loin de la porte de l'Est », car, tandis qu'une tradition unanime, officielle, plaçait le lieu de la lapidation au nord, une autre tradition se formait dans la vallée de Gethsémani, très probablement autour de l'ancien oratoire de Saint-Étienne.


LXVI. RAOUL, DE CAEN. - Chose étrange, c'est un chroniqueur des croisés qui la produit pour la première fois, Raoul de Caen, qui écrit les récits que lui a faits Tancrède. C'est celui-ci qui lui a raconté sa reconnaissance au mont des Oliviers et sa rencontre d'un ermite : Obtutcrat aiitem ei sors ad liirc discerncnda ojtportunum dcctorem liirriculam, consulliini sibi ercmitain : ipii ipsiiin iibi priiturinm C.aiiphu ; li/'l suspenclium Jiitlie, quœ porlarum Aure ». quie. SpecUisii ; iinde Jacobus in prœceps dejectus ; qua Slepliaiius ad lapi des éjectas, el hajusmodi. Cet ermite ne se contente pas de répondre, il interroge ; Il apprend le nom de l'étranger et reconnaît en lui l'ennemi d'Alexis Comnène, celui qui a dévasté sa patrie. On voit que Tancréde a reçu ses renseignements sur place, d'un Grec, ermite de cette vallée où la tradition commençait à se fonder au profit du sanctuaire local. C'est évidemment sous l'influence de ces données recueillies par Tancréde que Raoul décrit la vallée de Josaphat, presque immédiatement après avoir raconté la reconnaissance opérée par son héros ; Vallis Josaphat monlem Oliveti submovel, ipsa situ humilis, conicninrum tamen dignilale prœcelleiis, contenli ibi niim que ibi Jessemaiii, ibi lorrens Crdrnn, ibi Dei aulœ ailla, cœli reginœ sc/jH/cram, ibi prolomarlijris Stephani lapidatio ; ibi ciim sanguiiiis sudnrc dominica moiislraliir oralio.


LXVII. PHOCAS. — En 1172, Phocas mentionne trois fois le souvenir de saint Étienne : au mont Sion, près la porte Saint-Étienne, et enfin en un lieu mal précisé qui serait celui de la lapidation : Eiç yàp Sùo \J.sp''] ô OîLOç ouToç SiatpsÏTai /.ûpot ; • x.al Trpôç (lèv To Toù |3ouvo'j yQy.y.y.'koi-epo^J [lépoi ; •/) àyla TTÔXtç î]q ô TrsptjioXoç (ié/pt r/jç çâpayYoç to S' UTrepôev xaùtt, ? èotIv ôXov 7 :A[J.t :sXo'j, èv w xat ô Xi6a(T(xôi ; toû TïpwTojxàp T'jpoç àyiou 2t£- oàvou YÉVETO'-rô Se toutou £Ûcov'j(iOv zotl tîjç 9àpaY- • ;-oç TîépaÔev tô toù 'EXatcôvoç ôpoç Tràp/si '. • Ce saint lieu est divisé en deux parties : la ville sainte est établie sur la partie la plus plane de la colline de droite ; son enceinte s'étend jusqu'à la vallée, dont la partie supérieure est toute plantée de vignes, et où eul lieu la lapidation du premier martyr, saint Étienne. A gauche et de l'autre côté de la vallée, se trouve le mont des Oliviers. » Ce texte n'est pas très clair, et s'il était isolé dans Phocas, on serait tenté de l'expliquer selon la tradition commune et officielle de l'époque. On dirait alors que le pèlerin parle de la situation de la ville dans son ensemble, et qu'il place la lapidation dans la partie haute de la vallée (qui coupe la ville en deux, c'est-à-dire au nord. Mais il faut le reconnaître, suivant le sens du contexte, il n'est question que d'une vallée, celle qui sépare la ville du mont des Oliviers. Est-il vraisemblable que Phocas parle deux fois du même endroit, une fois pour dire que c'est le lieu de la lapidation, une fois pour dire qu'il y avait là un monastère où saint Étienne a été enseveli, après avoir été lapidé et enseveli ailleurs ? Non sans doute. Si donc Phocas place la lapidation autre part que dans le monastère du nord, autre part qu'au mont Sion, ce doit être dans la vallée de Josaphat, le troisième lieu où se rencontre le souvenir du saint, et cette présomption suffit à éclairer un texte obscur en lui-même.


LXVIII. PERDICCAS. — Vers 1250, Perdiccas, protonotaire d'Éphèse, place la lapidation de saint Étienne entre la tombe de l'agonie et le tombeau de Jacques. C'est le troisième témoin. Tous trois mettent la lapidation dans la vallée de Josaphat, mais ne sont pas d'accord entre eux sur le point précis. D'après Raoul, elle eut lieu entre le tombeau de Marie et l'Agonie du Sauveur ; d'après Phocas, sur le versant occidental de la vallée ; d'après Perdiccas, entre l'Agonie du Seigneur et le tombeau de Jacques. C'est donc un chroniqueur latin, un et peut-être deux pèlerins grecs, qui introduisent une tradition différente de la tradition officielle et placent la lapidation sur divers points de la vallée de Josaphat. Cette opinion isolée ne peut prévaloir tant que les souvenirs précis du nord gardent leur force, mais nous allons la voir se développer à l'époque suivante, quand le grand mouvement qui amène les pèlerins et les croisés par le nord, en venant de Saint-Jean-d'Acre, est irrévocablement terminé par la chute de cette cité (1291).

« Jusqu'ici nous n'avons rien remarqué de bien extraordinaire. À côté d'une tradition ancienne, un peu oblitérée à une époque par la ruine du monument qui la soutenait, d'autres traditions se sont formées. Au mont Sion, un seul chroniqueur indique cette tendance : l'affaire n'a pas de suite. Dans la vallée de Josaphat, un petit couvent occupé par des grecs prétend, très probablement de bonne foi, avoir le vrai emplacement de la lapidation, à rencontre de la tradition séculaire soutenue autrefois par les grecs, adoptée et reconnue par les latins. Encore une fois, rien d'étonnant, le phénomène n'est pas isolé. Que l'ancienne tradition soit supplantée par la nouvelle, rien encore de trop étrange. Mais voici qui est vraiment inouï. L'ancienne tradition est transportée de toutes pièces au profit de la nouvelle. Porte de Saint-Étienne, église d'Eudocie seront installées dans la vallée du Cédron. Il n'y aura pas de victoire d'une tradition sur l'autre, mais fusion des deux en faveur de l'une d'elles, et par suite inextricable confusion.


LXIX. RICOLDO. — « C'est dans ce dédale que nous devons introduire le lecteur. Le dernier témoin de la période précédente est le dominicain Burchard. Le dominicain Ricoldo ouvre une nouvelle série. Il vient en Palestine en 1288, et son récit de voyage est de 1294 environ. Ce religieux, d'ailleurs, esprit des plus cultivés, était considéré jusqu'à présent comme étant le premier à placer la lapidation de saint Étienne non loin de la vallée de Josaphat : Inde (en sortant du tombeau de la Vierge) exeuntes inuenimus juxla diclum locam, campiini iibi fuit lapidalus bealus Stcphanus, el ascenden les per viani per quam ejecerunl eam exlra civitatem cum htpidibus, intravimus in Jlierusalem per portam sabbatonim, et invcnimus ecclesiam sancle Anne, malris Domini '.


LXX. M.VRixo Sanuto. — « Nul doute, les termes sont clairs : il s'agit bien de la vallée de Josaphat, mais d'un champ, situé au fond de la vallée, puis que de là seulement on remonte. Précisément au même moment, ce transfert de tradition s'opère dans les plans. Marino Sanuto écrit (1308) : lapida Slephij. le long du chemin qui descend de Sainte-Anne à. Gethsémani, du côté du nord. Sur un plan dont l'original est à Gênes (fin du xvi » siècle) la porte de SaintÉtienne est placée près de Sainte-.\nne. L'n plan de Plaisance (même épo que) en fait autant. Il est inutile de multiplier les citations pour constater un fait aussi avéré. D'ailleurs, l'abandon de l'ancienne tradition ne se fit pas sans quelques protestations. Ludolphe de Sudheim (vers 1350) dit encore : Locas ubi lapidalus est Stephanus est extra portam borealem, iibi sletit ecclcsia, sed nunc est eversa •.


LXXI. QU.4.RESMIUS. — « ]^ais l'accord se fit plus tôt et plus complètement qu'on ne pouvait l'espérer. Un pèlerin arménien, Nicolas, évê que d'.\cquirniann (vers 1483), met l'un après l'autre « le lieu où naquit la sainte Vierge, celui où saint Etienne fut lapidé« . »

Au xvn« siècle, Quaresmius, n'ignorant pas l'ancienne tradition, entreprit de la réfuter, et cette étrange démonstration, qui aurait dû faire sauter aux yeux l'inanité de la tradition nouvelle, parut sufTîsante pour faire disparaître tous les doutes. Observons cependant les fluctuations de l'opinion récente sur l'emplacement précis de la lapidation. Ricoldo la place dans un champ, probablement la vallée du Cédron elle-même, assez élargie à cet endroit ; un manuscrit slavon de l'an 1360, sur le mont des Oliviers : « Plus haut (que le tombeau de la mère de Dieu) est le lieu où Etienne, premier martyr, a été lapidé, celui d »où le Seigneur monta au ciel, etc. ' » C'était, nous l'avons déjà vu, la tradition de Raoul et de Perdiccas.


LXXII. Denis Possot. — o Le voyage de maître Denis Possot (1532) est peu précis : « De là, vinsmes au lieu où saint Etienne fut lapidé, et est en devallant la vallée de Josaphat, et sont deux rochers à l'opposite l'un de l'autre -. » « Enfin le rocher l'emporte, cet invraisemblable rocher, sur lequel ont été taillées les marches du grand escalier dont parle Ethcria, qui descendait de Jéru- .salem et montait à l'église de l'Ascension.

« Notons encore l'ordre dans lequel les souvenirs se déplacent. On lit souvent que, le nom des portes ayant été changé, la tradition s'estdéplaeée : c'est le contraire qui est vrai. Ricoldo nomme la porte de l'Est : parla Sabbalorum ; je ne puis dire avec certitude quel pèlerin la nomma le premier porte de Sainl-Étienne ; mais la tradition du nord continua à lutter jusqu'à une épo que inconnue, au moins, jusqu'au xvf siècle « . Au xvi^ siècle, la porte de l'Est est devenue, pour la plupart, la porte de Saint-Étienne. » On aurait pu croire la tradition primitive rétablie imprescriptibiement dans ses droits, lorsqu'elle a semblé remise eu question.


LXXIII. Inscription de Bersabée. — En 1906 fut découverte une inscription publiée depuis 1903 et qui devait témoigner de l'existence d'une église dédiée à saint Etienne dans la vallée dite de Josaphat ou du Cédron. Un fragment de marbre découvert à Brrsabée, en 1903 ', et le fragment complémentaire découvert avant le mois d'avril 1904 ^ et transporté dès lors à Jérusalem ont donné lieu à cette méprise ' : Les deux inscriptions sont gravées sur marbre. La hauteur des caractères de l'inscription relevée à Bersabée est de 0 m. 035 ; il faudrait des raisons bien graves pour nier que les deux fragments appartinrent à une inscription uni que. Lors des terrassements entrepris à Bersabée pour créer la nouvelle ville, on écoula les inscriptions sorties du sol soit à Gaza, soit à Jérusalem ». C'est ainsi qu'un marbre du vi« siècle fit le vo j'age du chef-Ueu et, avant d'aller reposer au siège du patriarcat, voulut visiter la vallée de Josaphat, s'y arrêta non loin de l'endroit où la tradition grec que place depuis le xii= siècle la lapidation de saint Etienne, s'y fit rencontrer, déchiffrer, et permit de lire le verset du psaume cxvii : « C'est la porte du Seigneur, les justes y entreront. Saint Etienne, priez... » On emporta la pierre voyageuse, qu'on mit désor mais eu lieu sûr, non sans avoir pris soin de remarquer que « l'inscription paraît être une preuve sufTîsante que ceci est l'emplacement exact de l'église primitive de SaintÉtienne ; » ce qui serait en effet évident, si on avait retrouvé les ruines d'une église à l'endroit où gisait l'inscription ; ce c[ui reste douteux si la pierre n'a été trouvée en ce lieu qu'après y avoir été apportée récemment. Comme ce dernier point est hors de doute, il n'y a pas lieu de s'attarder à une discussion sans objet '.


LXXIV. Discussion. — La pseudo-découverte donna occasion d'examiner à nouveau les documents positifs sur lesquels se fonde la tradition officielle ». Un peu hâtivement et sur l'indice fourni par la description équivo que, on entreprit de démontrer l'existence de l'église du Cédron élevée sur le lieu même de la lapidation. Les témoins commençaient à se grouper en sa faveur, on fit comparaître le Commenwralnrium de casis Dci, rédigé en 808 et qui disait : In valle Josaphal... in sancto Leonlio, presbiter I, in sancto Jacobo I, in sancto Quaranta III, in sancto Chrislophoru I, in sancta Aquilina I, in sancto Qiiiriaco I, in sancto Slcphano III, in sanclo Domelio I « . « C'est donc un petit sanctuaire au milieu de beaucoup d'autres, relativement important puisqu'il a trois prêtres '-, » Deux autres textes ont été apportés. Dans les Ph'ropliories '^ de Jean de Maïouma, on lit l'anecdote suivante : « Le bienheureux Etienne, prêtre, qui avait été archidiacre à Jérusalem, orthodoxe zélé, avait une sainte sœur qui, durant les jours bénis du carême, sortait tous les samedis et allait veiller à l'église de SainlÉtienne et de SaintJean-Baptiste. Elle arriva à un tel degré de perfection et de pureté qu'elle vit face à face saint Etienne et saint Jean, ils venaient près d'elle, lui parlaient et la bénissaienl. .\près le concile de Chalcédoine, elle se demanda si elle devait encore, selon son habitude, se rendre à l'église (aux martijria) et prier avec les oppresseurs et surtout avec le renégat Juvénal qui dirigeait alors l'Église (de .Jérusalem). » Ainsi donc, avant l'année 151. il existait une église pUicée sous le double vocable de Saint-Étienne et Saint-Jean-Baptisle ' — en réalité, ce sont deux églises distinctes ' — qui se retrouveraient dans une anecdote ' relative au patriarche Amo : ;, mort sur le siège de Jérusalem en 599 ou 000 ', fondateur d'une église à Sainl-Jean-Haptiste : ' àp5j£Tat ZTi^etv vaov Toû àyio'j 'Itoâvvo'j toO rrpoSpoao'j ë^co t ?, ! ; ttôXeojç, TOÛ vaoû toû àyîo'j i^TSçâvou y-aTà àvaTo- >.â ;. « Donc, en se tenant littéralement au texte grec : « Amos commence à construire l'église Saint- . Jean-Baptiste, hors de la ville, en face de l'église <• Saint-Étienne, à l'est », le texte est clair, sauf peutêtre les derniers mots : xaTà A l'orient de quoi ? De la ville ou de l'église de Saint-Étienne » ? Pour quelqu'un qui ne connaîtrait pas la discussion au sujet de Saint-Étienne, le sens obvie de ces deux mots paraît être : à l'est de la ville, et désigner par conséquent la vallée de Josaphat. I,e narrateur monasti que semble même avoir voulu distinguer les deux églises Saint-Élienne tout comme le Commemoralorium de. cusis Dei. Les termes : hors de la ville, en face de l'église Snint-Élienne auraient sufTi partout ailleurs pour localiser l'église SaintJean-Baptiste, mais comme il y avait deux églises Saint-Étienne, l'une au nord, l'autre à l'est (' ?), et toutes les deux hors de Jérusalem, le narrateur a dû ajouter : à l'est, pour bien montrer de quel Saint-Étienne il voulait parler. C'est du moins ainsi, écrivait S. Vailhé, que je comprends ce texte, tout en reconnaissant qu'on pourrait traduire à la rigueur : l'église SaintJean- Baptiste, qui se trouve hors de la ville, en face et à l'est de Saint-Élienne « . • « Et en etïet, si l'auteur avait voulu désigner Saint-Étienne de l'est, par opposition à Saint-Étienne du nord, il eut dû écrire : tûû y.a.zi et s'il eût voulu dire à l'est de la ville, il eût dû mettre les mots zaTà ivy.-o'kiç après ttôXscoç '. » Mais si, dès 451, il existait deux églises voisines dédiées à saint Etienne et à saint Jean-Baptiste, commenî le patriarche Amos peut-il, vers l'an 600, songer à bâtir une église à saint Jean-Baptiste près de celle de saint Etienne' ? Est-ce, comme on l'a proposé, une reconstruction *' ? Peu importe : elle a. en tout cas, été bien peu durable, puis que le texte cité du Commemoralorium, si explicite pourtant, n'en dit absolument rien.

Toujours est-il que ces textes, pas plus que l'inscription errante, ne font allusion à la lapidation.

A supposer qu'il y ait eu avant 451 une église dédiée à saint Etienne dans la vallée du Cédron, a-t-on le moindre indice qu'elle ait été bâtie par Juvénal, comme le veut le texte de pseudo-Basile de Séleucie ' ? mais voici que « toutes les rédactions grecques mentionnent un nndtijriuin bâti par le sénateur .\lexandre, dans lequel on mit les reliques de saint Etienne « . >■ Quoi que d'origine très suspecte, ces rédactions grec- <iues valent bien 'le passag'.- du Geronticon relatif au patriarche Amos. Du moins, ce sont des textes qui peuvent remémorer quelques vagues souvenirs relatifs à cet .\lexandre. Si c'est .\lexandre, du temps du patriarche Jçan, cl non Juvénal, qui a bâti cette prétendue église, on ne peut lui appliquer le texte du pseudo-Basile, qui parle de Juvénal. L'existence de l'église de l'est avant 451 repose donc sur la combinaison du texte, d'interprétalion douteuse, relatif à Amos, avec le texte des PUrophories qu'il contredit, du moins en apparence, et rien n'indi que que cette église ait été bûtic par Juvénal.

» Nous pourrions partir de la date assignée (432-439) à cette problémati que église du Cédron, et montrer qu'elle impli que un véritable non-sens ». Mais la légende qui l'a fournie n'aurait-elle pas été brodée maladroitement, à propos d'un sanctuaire en réalité plus ancien« ? Impossible, à moins de supprimer le témoignage capital auquel nous nous sommes arrêtés au début]. Ce témoignage est le récit de l'invention des reUques de saint Etienne écrit en latin par .-Vvitus de Braga, pres que sous la dictée du prêtre Lucien de Kaphar-Gamià, l'auteur même de cette » invention ». Peu importe ici qu'il existe de ce document deu.x recensions assez dissemblab les. Ces deux textes, dont l'un ou l'autre remonte à l'année 415, disent pareillement que le corps qu'on présuma être celui de saint Etienne fut, aussitôt après son exhumation, transféré i ;i sanclam ecclesiam Sion, ubi cl archidiaconus fiierat nrdinalus ^-. L'intention parfaitement Iranspare'nte de ces mots est de faire remarquer qu'on s'avisa de chercher une église qui eiit un titre histori que à posséder ce dépôt. Il semble de plus qu'on fut en peine de la trouver et qu'il fallut sur le moment évoquer la mémoiie de saint Etienne dans un sanctuaire étranger, au prix d'une réminiscence assez artificielle. La suite des événements confirme d'ailleurs à l'évidence que l'église du mont Sion fut choisie à défaut d'autre et provisoirement. Supposons maintenant que, dès cette épo que, la vallée de Josaphat ait passé pour l'endroit où fut lapidé le premier martyr : qu'à cette place même une chapelle lui ait été dédiée, peu de temps après la découverte de ses reliques ; que son corps y fut transféré du mont Sion, où il séjournait depuis plusieurs années ; que faudrait-il encore ajouter pour persuader à tout le monde que cette chapelle du Cédron fut construite exprès, à l'efïet d'abriter le tombeau de saint Etienne ?

« Mais ce marlyrium doublement approprié à sa destination eût à peine été achevé qu'Eudocie l'aurait dépossédé de son trésor au profit d'un emplacement quelcon que, jus que-là sans relation auc une avec le culte et le souvenir du saint '"« ? >' Pour achever de rendre cette histoire inextricable, on fait dire au pseudoBasile de Séleucie que l'église du Cédron était digne de la mémoire d'un tel martyr, de ses trav aux et de ses luttes et qu'elle avait été construite « selon la propre volonté d'Etienne », pour lui servir de sépulture.


LXXV. Conclusion. — « Cependant, e.\iste-t-il au moins un témoignage positif tendant à prouver que les reliques de saint Etienne furent après coup, et comme à dessein, distraites du sanctuaire commémoratif de sa lapidation » ? .\ucun. Nous donnons acte du fait que la plupart des documents qui mentionnent la basiUque d'Eudotie ne font pas allusion au lieu du martyre de saint Etienne. En retour, il doit être constaté que, avant le ix' siècle, pas un auteur ne mentionne explicitement le marlyrium du Cédron. De plus, plusieurs auteurs, qui désignent sûrement l'église du nord, l'appellent tout uniment « l'église Saint-Élienne ■, sans autre qualificalif. Cette absence totale d'épithète onomasti que ou topographi que prouve que le vocable ne donnait prise à auc une é quivo que. Loin de se prêter à une interprétation arbitraire, le vague des documents est plutôt une raison de les comprendre tous, d'après les seu les données certaines. H. Leclercq.


ETIMASIE. L'iconographie oITre fréquemment en Orient et en Italie une représentation symboli que qui a cessé depuis si longtemps d'être en usage dans l'Église occidentale, qu'on ne l'y connaît que sous son nom grec : étimasie. Nous la voyons peinte et sculptée sur des ivoires et des manuscrits, des sarcophages et des mosaïques. Cette représentation a pour objet principal de figurer le Jugement dernier : f, ÉTOttiaoCa Toô Opôvo'j, la préparation du trône : et se réduit, avec les variantes inévitab les, à un trône surmonté d'une croix '. \oici quelques monuments chrétiens qui nous le font connaître.

A Tusculum, un sarcophage uni que de son espèce (fig. 4207). .\u centre d'une sorte de porti que droit, se trouve un siège d'honneur couvert de draperies pendantes et portant un coussin. A la place du dossier. présentée au jugement de Dieu par ses deux saints protecteurs (voir Diclionn., t. i, col. 1509, fig. 356 )'' ; d'autres prétendus jugements derniers sont tout aussi imaginaires '.

D'une manière toute symboli que on avait représenté le bon pasteur séparant les brebis et les boucs ; mais cette scène avait quel que chose de trop idylli que pour le goût littéraire du iv siècle et, à cette date, saint Ephrem d'Édesse s'exerce à décrire un jugement dernier dans le goût qui prévaudra pendant le moyeu âge et à l'épociue de la Renaissance. La terre et la mer rendent leurs morts, que les anges rassemblent ; on prépare le trône du juge et la croix du rédempteur paraît ; alors le Christ approche, suivi des mili ces angéliques, les cieux s'entr'ouvrenl, les livres sur lesquels sont inscrits les actes et les pensées des hommes sont ouverts, les hiérarchies humaines comparaissent. Les justes pénètrent dans le royaume du ciel, tandis que les démons jettent dans le lac de feu les coupab les, qui supplient en vain prophètes, apôtres, martyrs, patriarches, justes, d'intercéder en leur faveur. Tous 4207. Sarcophage de Tusiulum. D'après Biillcliiio ili arch. crisl., 1S72. p ! un médaillon enfermant le monogramme du Christ. Ouvrage du v » siècle.

.\ Ravenne. mosaï que de la coupole du baptistère des orthodoxes (lig. 4208). L'art chrétien primitif n'avait pas figuré la scène de la parousie, nouvelle venue du Christ sur la terre pour juger les vivants et les morts. Peut-être cette omission s'expli que-t-elle par un léger embarras. Les premiers fidè les se redisaient : « Le Seigneur vient ! » et ils ne doutaient guère de son apparition prochaine. -A mesure que tardait le Seigneur, ils recouraient aux Écritures et y trouvaient fies textes appropriés à leur croyance. Mais en vain. Quand il fallut se rendre à l'évidence que le Seigneur ne paraissait pas, on retarda sa venue assez loin pour n'avoir plus à s'en expliquer, on l'ajourna donc au tlébut du scpliénif millénaire, c'est-à-dire au vi« siècle ; puis on relarila encore jusqu'à l'an mille. Le jugement dernier n'avait pas élé représenté, parce que le jugement particulier sufTisait aux artistes et à leur clientèle. .\ussi est-ce bien gratuitement qu'on a pensé découvrir un prototype de l'élimiisic dans une scène de la calacombe d'Hermès qui représente une âme les éléments de celte scène complexe vinrent se grouper, au VU'' siècle et au ix', dans le cadre cosmogoni que que leur avait préparé le célèbre manuscrit de Cosmas. Mais l'un d'eux paraît bien plus tôt : c'est le Irône où brille la croix, V étimasie. Dans la coupole du baptistère des ariens à Ravcnne, les apôtres portent vers lui le diadème. .\u baptistère des orthodoxes, il alterne avec un autel portant l'évangile *, dans la zone qui encercle le médaillon central. Dans la zone la plu^ extérieure, un motif est représenté qui apparaît ici pour la première fois dans l'art en Occident. Dans huit compartiments alternés, on voit, entre des colonnes qui portent des architraves d'or, tantôt des autels sur lesquels sont ouverts les livres des évangi les, tantôt des trônes ornés de pierreries sur les(|ucli est posée une croix. Visiblement l'artiste a voulu montrer ici la coupe transversale d'une basili que chrétienne, avec ses trois nefs, où, dans les absi des latérales, sont placés aux côtés de l'autel les sièges de l'évê que et de l'empereur, où, au fond de l'abside centrale, entre des chancels de marbre, se dresse le trône symboli que sur lequel Dieu vieiulra s'asseoir au jour du jugement ■.


MOSAÏQUE DE LA COUPOLE DU BAPTISTÈRE DES ORTHODOXES a Ravenne (V siècle).

Celte alteriiaiice <lii liùiiipDitaiit la croix et du trône nortant l'évangile rappelle la parole de saint Paul aux Ephésiens. <|u'il provo que à être 'jT :oST,aà !ji2vo'. Toùç TtoSaç èv £Toi(j.aoia toù sùaYYEXÎou t^ç eîpT,vr ;( ;, les pieds chaussés pour entreprendre la préparation de l'évangile de paix '. Au concile œcuméni que d'Èphèse, l'évangile fut placé sur un siège d'honneur à la présidence de l'assemblée, de même au II » concile de Nicée -. Ce n'est là toutefois qu'un rapprochement suggéré au mosaïste de Ravenne ; le sens complet de l'élimasic se trouve dans le trône surmonté de la croix ou du chrisme tel que nous le voyons sur le sarcophage de Tusculum, sur la mosaï que du baptistère des orthodoxes et sur celle de Sainte-Marie in Cosmedin, également ;\ Ravenne, peut-être aussi sur une gemme représentant un siège épiscopal avec le mot IXY0 pour î/Gùç, un chrisme et une couronne. Voir Dictionnaire, t. n, col. 784, n. 15 : t. ni, col. 69, fjg. 2416.

Nous ne parlons pas ici du jugement dernier (voir ce mot), mais seulement de l'élimasic, qui en est comme le symbole iconographi que.

H. Leclercq.


ÉTIQUETTES. On a trouvé à Castelnaudary une petite lame <le cuivre, portant un nom en relief à l'une de ses extrémités ; cette lame s'amincit et se termine par un gros fil de cuivre, formé en nœud coulant - ; on y lit ces mots :

L(ucii) \l(a]crii) |ou M(ibii)\ BasfsiJ.

Objet semblable trouvé dans la plaine du Graiifesen(iuc (.^vcyron) : ici on lit cette inscription ' :


CIVLV^ qu'il faut lire : l',(aius) Jnl(ius) V....

C'est une étiquette, le nœud coulant permettait de la fixer et le nom était celui du propriétaire.

Nous étudierons les étiquettes de momies, dont (]uelques-unes sont chrétiennes, sous leur nom techni(pie de tablai (voir ce mot).

H. Leclercq.


ÉTOILES. X'oir liicU'inn., 1. i, au mot Astres, col. ;50U5- :i(l.-13.


ÉTOLE. I.'étole est un vêtement liturgi que dont la forme actuelle laisse au moins des doutes sur sa forme et sa destination primitives. .Son nom, slohi, ctoXt), indi que bien un vêtement, une robe longue, telle que les femmes la portaient dans l'antiquité, mais qu'on raccourcissait en la relevant à la taille au moyen d'une double ceinture, (^omme il est malaisé de retrouver une robe dans ce qui n'a même plus droit au nom d'écharpe, on a pensé résoudre le problème des origines de l'étole en imaginant qu'elle représentait les clavi ou ban des de pourpre qui se seraient détachés du vêtement sur lequel ils étaient teints ou cousus, (^est une inuigination intéressante, mais ce n est qu'une imagiinilion. Pour la défendre, on a la ressource de soutenir que la slola eut un sort identi que a celui de la pienula, qui fut adoptée pour le vestiaire liturgi que sans changer son nom. La slola aurait été .supprimée après le vn' siècle — l'évê que Maximien de Ravenne et ses clercs in font encore usage — et, en DICT. d'ahch. cubét. disparaissant, les clavi gardèrent le nom du vêtement en perdant le leur propre.

Tout ceci n'est que spécieux. r>c vêtement de Maximien et de ses diacres n'est pas une slola, mais une dalmati que. Pour raccornir une robe au point d'en faire une lanière, il faut ne tenir aucun compte des monuments et des textes, puisqu'on n'en peut citer un seul qui autorise une si étrange transformation. En réalité, la slola n'est pas autre chose que Vorarium des anciens liturgistes.

L'orariiim était un linge qu\ servait à essuyer la bouche, à éponger la sueur ou les larmes ^ ; nous dirions aujour d'hui tout uniment un mouchoir de poche. Avant le iii'= siècle de notre ère, on n'en trouve guère mention chez les auteurs latins. .\u dire de Trebellius PoUio, l'empereur Galllen (259-268) faisait présent à son futur successeur Claude (268-270) de quatre oraria sarabdena ' ; au dire de Vopiscus, l'empereur .\urélien (270-275) distribua au peuple des oraria (juibus tilerelur fauorem ', pour le faire applaudir aux jeux du cir que, et Eusèbe nous apprend que Paul de Samosate se faisait applaudir dans son église avec des mouchoirs, ôOôvaiç, ainsi que dans les théâtres '.

Les auteurs ecclésiastiques nous parlent quel quefois de Vorarium. Saint Jérôme, écrivant à Népotien, lui dit : Non abs que amiclu lineo incedere... laudabilc est ; cdio qui ridiculum est, rrferto marsupio qiiod sudariiim orarium que non habeal gloriari '. Saint Anibroise, dans l'écrit qu'il consacre à la mémoire de son frère Satyre, parle d'une sorte d'orarium qui couvrait la tête de Lazare '« . Dans ce même écrit, il raconte que Satyre, se trouvant sur un navire prêt à faire naufrage, plaça la sainte eucharistie dans un orarium et, nouant Vorarium autour de son cou, se lança à l'eau, plein de confiance ». Dans sa lettre relative aux reliques des martyrs Gervais et Protais, le même docteur dit que les reliques étaient enveloppées dans des oraria, qui devenaient eux-mêmes reliques '=. Saint Augustin rapporte qu'on avait bandé avec un orarium l'œil d'un je une homme : cet œil était sauté hors de l'orbite et il s'y replaça « . Le poète Prudence ''et Grégoire de Tours 'S Grégoire I-'' '° et Isidore de Séville > » parlent tous de Vorarium comme d'un objet profane et non comme une partie du costume liturgi que ; ce n'est qu'au vin« siècle que ce sens' lui est appliqué.

En (jrient, nous lui trouvons ce sens dans le canon 22^^ du concile de Laodicée. Le mot orarion fut admis par les grecs ; dans le langage ecclésiasti que les latins lui préférèrent slola. Le mot grec otoXv) correspondait au latin veslis, vêtement de dessus en général. Comment Vorarium. à son passage d'Orient en Occident, prit-il le nom d'un vêtement ample, la slola, c'est ce qu'on n'a pu encore expliquer d'une maniera tout à fait satisfaisante. Y aurait-il eu ignorance ou plus simplement calembour' ? Le mot côpâpiov rappelait le verbe orare et celui-ci évoquait l'idée de prédication. Comme l'ordination conférait le pouvoir de prêcher, que ce pouvoir était même l'expression sensible du ministère conféré, on aurait donné à l'insigne remis un nom qui évoquait plus ou moins l'idée de la fonction. C'est possible, mais c'est compliqué. Voici qui serait plus simple. Là où le mot slola était employé

V. — 22

avec un sens moins techni que qu'à Rome, on vit apparaître Vorarion et on lui a appliqué un terme un peu vague. Quoi qu'il en soit, dans l'explication de la messe gallicane, il est question d'une stola des diacres qui est peut-être l'orarium. A la fin du vm' siècle, stola se présente avec le sens d'orariiim dans la donation d'Adelgaster d'Asturie.

D'après les canons 22 et 23 du concile de Laodicée, il paraîtrait que les clercs minorés désiraient obtenir l'orarium ; cependant le canon du concile de Braga en 563 assure que les diacres y ajoutaient trop d'importance. Dans certaines Églises, dit ce canon, les diacres portent l'orarium sous la tuni que et se laissent confondre avec les sous-diacres. Par conséquent, dans l'Église d'Espagne du \i' siècle, la règle était de porter l'orarium sur la tuni que, il était un insigne distinctit du diaconat : on pouvait le porter sous la tuni que sans qu'on s'en aperçût '.

Le IV »« concile de Tolède, tenu soixante-dix ans plus tard, ajoute un renseignement -. Le canon 28 nous apprend que l'orarium était non seulement l'insigne des diacres, mais quil appartenait au costume liturgi que du prêtre et de l'évê que. En oujre, au \Ti'' siècle, l'orarium sjTnbolisait l'ordination et la consécration et on le rendait à celui qui avait été destitué pour des causes justes. » Le canon 40<« signale l'abus de certains diacres, qui mettaient deux oraria dorés et enluminés, au lieu de le laisser blanc et uni. Le concile tenu à Braga, en liTô, ordonne au prêtre, dans son canon 4'', de porter l'orarium pendant la messe, de manière à couvrir les épau les et à former une croix sur la poitrine ».

En Gaule, l'Exposilio de la messe gallicane entre dans peu de détails. La stula était portée sur l'aube par les diacres : c'était un ornement de fête dont on n'usait pas en temps de carême. L'orarium des prêtres y porte le nom de pallium. Le canon 6 du concile de Màcon, en 581, défend aux évêques de célébrer la messe sans pallium, mais il ne peut s'agir ici que de l'orarium : ut episcopus sine palleo missas dicere non prœsumat.

En Afri que, la Vila de saint Fulgence de Ruspe assure que ce saint refusa obstinément de faire usage de l'orarium à l'imitation des autres évêques S mais il s'agit dans ce passage du costume quotidien du saint et, par conséquent, le mot orarium s'entend au sens profane ; de même que dans le canon 20'' du concile d'Orléans de 516 ' et dans le chapitre xn« ^ de la règle de saint Isidore de Séville ». Le premier de ces deux textes détend aux moines de porter l'orarium dans le monastère, la règle de saint Isidore interdit aux moines l'usage des vêtements de lin : orarium, birrhus et planeta.

A Rome, ce n'est qu'au xm'^ siècle que nous rencontrons l'usage de l'orarium, La mention d'un orarium dans la biographie du pape Agathon (678-681) et dans celle d'Élienne III (768-772) est inexacte et désigne Vomophorion« . Quant au pallium limostinum mentionné dans la Vita de Silvestre, c'est simplement la mappula. L'usage romain consistait à porter l'orarium sous la dalmati que, en sorte que les monuments Tigurés n'en of l'rent pas la représentation. Les Ordines romani mentionnent au vm' siècle l'existence de ionirium, mais il peut être antérieur à cette date. On ne saurait invoquer la mosaï que de Saint-Vital de Havenne en 517, où l'évèquc Ecclesius porte la tuni que, l'étolc, la dalmati que et la chasuble ; la mosa'iquc paraît avoir été refaite sur ce point. A Cividale lig. 3000), l'autel de Hatchis (744-749) nous fait voir le Christ portant une étole.

Ainsi donc, en Occident, l'étole fut en usage dès le M« siècle en Gaule et en Espagne ; ailleurs, à partir du \-in'- siècle.

En Orient, l'ùpâpiov paraît en usage pour les diacres dès le iv* siècle : c'est du moins ce qu'on peut conclure des canons 22'' et 23'^ du concile de Laodicée. C'était dès lors un vêtement liturgi que et non une sorte de mouchoir de poche. Isidore de l'éluse (vers 440) appelle l'orarium du nom d'ôÔovr, ou linleum. Les diacres devaient en faire usage pendant le ser\'ice divin. Vers 408, nous rencontrons ce mot ô66vr, dans Sévérien de Gabale et nous l'avons déjà signalé dans Eusèbe, à propos de Paul de Samosate, au dernier quart du iv« siècle.

Il y a eu un insigne en Orient qui fit de bonne heure partie du vêtement liturgi que ; en Occident, il n'y eut rien d'uniforme à son sujet. On le portait dessus ou dessous la dalmati que. ou en portait deux ou bien on le dissimulait. Ici on l'adoptait, là on l'imposait, ailleurs on le négligeait. D'un hnge qu'on jetait sur les épau les et dont les extrémités retombaient sur la poitrine, à l'instar des camilli et des delicali, on fit un insigne qu'on étira peu à peu. C'est à peu près tout ce qu'on en peut dire, si on se refuse à sortir de ce qui est certain pour se jeter en pleine fantaisie.

H. Leclercq.


ÉTRENNES ; Voir K.\lendae.

« Ce diplôme, dit Bréquigny, est mentionné dans les Gcsta Dagobcrli... Il faut donc croire cpiau ix »siècle, où cet ouvrage fut écrit, il se trouvait déjà dans les archives de Saint-Denis ; nniis il n'eu faut pas moins le rejeter au nombre des actes f aux. En el l'cl, le village d'Étrépagny, qui appartenait au domaine royal sous Dagobert I« , continua d'en faire parlie jusqu'au temps de Clotairc III, qui y avait sa résidence, en l'an 5 de son règne, au moment où il accorda aux moines de Corbie une charte d'immunité. Toutefois, dans les actes du concile de Soissons, en 862, il est compté au nombre des possessions de Saint-Denis... D'aulrcs preuves de fausseté, tirées du style, des formu les, du nom supposé du lieu où l'acte est censé donné, ont été e.xposées par Germon, chez qui ou peut les voir. • Nous possédons, en effet, une charte de Clotairc III, du 23 décembre 661, datée d'Étrépagny, Slirpiniacu ; mais il n'y est pas dit que ce lieu appartint au roi. Les rois mérovingiens n'étaient pas astreints à ne résider que dans leurs propres maisons, ils pouvaient faire choix, pour un séjour plus ou moins long, du domaine d'un grand ou des terres appartenant à un monastère, et à Étrépagny, chez les moines de Saint-Denis, Clotaire III pouvait bien recevoir l'hospitalité de ceux qui tenaient cette terre de la libéralité de son aïeul. L'objection est, on le voit, sans portée. Le P. Germon argue le diplôme d'inauthenticité pour trois raisons : 1° la pièce ne porte pas de date d'année. Mais c'est parce que dom Doublet l'a omise ; dans le deuxième cartulaire, cette date est donnée et Bréquigny l'a reproduite. — 2° La souscription royale est annoncée par une formule insolite : après les mots manus nosiree subscriplionibus, qui sont dans toutes les chartes de cette épo que, on Ut propria annolalione, adumbrare, qui ne se rencontrent pas ailleurs ; ceci est exact, mais celte difficulté peut donner à suspecter la fidélité de la transcription, non l'authenticité de l'acte. — 3 » Au lieu de monachi, à propos de moines de Saint-Denis, la charte parle de clercs et de pauvres, tam clerus quam pauperes inibi consisten les ; or ces termes clerus et pauperes se retrouvent appliqués à Saint-Denis dans une charte originale de Dagobert I« ^' relative à la donation du lieu A'Ilicina en Parisis (Ursines, près de Vélizy) Cette dernière pièce offre les mêmes formu les, les mêmes clauses que le diplôme pour Étrépagny, de sorte qu'on a signalé le parti qu'on pouvait tirer de celui-ci pour combler les lacunes du papyrus original relatif à /Or/no, mais sans paraître songer que cette observation effaçait d'un seul coup les reproches adressés à la donation d'Étrépagny. Celle-ci était condamnée et sa cause paraissait devoir rester sans appel. « Comment expUquer cette persistance des critiques à condamner un acte contre lequel on ne découvre, dans leurs jugements mêmes, aucun grief sérieux ? Peut-être, répond J. Havet, par deux petites particularités, deux anomalies, si min ces que l'une a été à peine signalée par Bréquigny, que l'autre n'a été mentionnée par personne, mais qui sautent aux y eux tout d'abord et qui ont dû prévenir défavorablement les lecteurs. El les se trouvent dans les deux formu les fina les, la souscription et la date : la première de ces formu les est ainsi conçue : Vir illuster Dagoberlus rex subscripsi. L'autre se termine, après les indications de jour et d'an, par ce nom de lieu : Sauriciagore. Il est certain que c'est là un nom peu vraisemblable, et l'on n'est pas étonné de voir Bréquigny invoquer contre l'authenticité du diplôme — tout en attribuant par erreur cet argument à Germon — le nom de heu imaginaire qu'il porte : ex conficlo loci nomine, quo dalum diploma flngitur. Mais M. Krusch a trouvé et révélé le mot de l'énigme : re n'est qu'une faute de lecture pour /d., abréviation de féliciter, et, si on élimine cette syllabe mal à propos soudée au nom, il reste une finale en iago, qui rappelle de bien près le suffixe iaco, si fréquent dans la toponymie latine de la Gaule. L'explication est évidente. Pour achever la démonstration, il reste à déterminer le nom réel qui se cache sous Saariciago. On pourrait penser tout simplement à Sauriciaco, nom qui figure dans Grégoire de Tours (Hisl. Franc, ix, 37), et qui doit se traduire par Sorcy, village détruit, près Longueval (Aisne), mais rien n'indi que que ce lieu ait ja mais été au nombre des résiden ces roya les. Avant de l'ajouter à la liste de ces résiden ces, et pour juger des erreurs qu'on peut avec vraisemblance attribuer au copiste de notre cartulaire, jetons un coup d'œil sur quelqu'un des actes roy aux du même temps qui nous sont parvenus en original. Le plus rapproché, par sa date, de celui qui nous ocupe. est une charte de Clolaire II, datée précisément d'Étrépagny, Stirpiniaco, et voici comment sont écrits dans cette charte, les deux mots Sliri>initi C'i frl. :

On s'expli que sans peine qu'un copiste peu au fait des mystères de la minuscule mérovingienne ait accommodé un mot écrit de la même façon peut-être et probablement par le même scribe dans la charte de Clotaire II, et l'ait lu Sauriciagore.

La souscription offre une autre difTiculté qui peut se résoudre par le même procédé. On lit vir illusler Dagoberlus rex subscripsi, or on sait que les rois mérovingiens n'ont pas porté le titre de l'ir inlusier (voir Diclionn., t. m, col. 9G6, au mot Cii.\rtes) ; ils ne l'ont donc pas introduit dans leur signature. Le reste de la signature est au contraire bien conforme aux exemp les authentiques des diplômes roy aux et en particulier de ceux de Dagobert. Il est possible que nous ayons ici simplement une lecture fautive.

Si on se reporte à l'acte de Clotaire II qui a permis d'éclaircir le nom Sauriciago, on voit dans cet acte que la signature qui précède immédiatement celle du roi est celle du référendaire ; l'rsicinus oplulil et cette signature est tracée ainsi :

« Supposons, comme précédemment, écrit J. Havet, cette souscription placée sous les yeux d'un scribe peu expérimenté ; supposons ce scribe, comme devait l'être un moine de Saint-Denis au xm« siècle, ignorant des lois précises de la diplomati que mérovingienne, mais hanté de la notion traditionnelle qui voulait que tout roi de la première race se fût intitulé vir inlusier. Il reconnaîtra d'abord au commencement la première lettre du premier de ces deux mots. II prendra ensuite, assez facilement, l'r et l's tels qu'ils sont faits pour im (■ et une r. Les deux lettres suivantes, in, sont précisément cel les qui commencent le second mot du titre en question. Sans continuer cette analyse, lettre par lettre, il sufTit sans doute de prier le lecteur d'examiner avec quel que attention les six lettres soplul du facsimilé pour lui faire convenir qu'il n'était pas très difficile de les lire lustcr. Ainsi l'acte de donation d'Étrépagny, comme la charte de Clotaire II. avait été dressé par le référendaire Ursinus ; comme cette charte, il portait sa signature autographe, composée exactement des mêmes traits ; et ce sont ces traits que le copiste du cartulaire. paléographe plus consciencieux qu'habile, a lus vir inlusier et transcrits eu rajeunisj sant systématiquement l'orthographe, vir illuster.

\ « Il résulte de là que l'original sur lequel a été copiée la donation d'Étrépagny était bien du temps de Dagobert, car il faut que les formu les de date et de souscription y aient été écrites par les mêmes mains que dans l'acte de Clotaire II ; en effet, les mots Stirpiniaco lei, ne se seraient pas présentés de manière à prêter à la confusion qui les a fait lire Sauriciagore. Si les mots Ursinus op/u/, n'avaient pas été, comme dans l'acte de Clotaire II, écrits de la main d'Ursinus lui-même, ils n'auraient pas offert exactement l'aspect qu'ils ont dans cet acte, et qui, seul, expli que la fausse lecture vir illuster. L'authenticité de la charte ne doit donc plus être mise en doute. > J. Havet a pu rétablir quelques autres passages altérés par le copiste du cartulaire. grâce au diplôme d' Iticina ; ce sont, à la seconde phrase, (tepo/i sumiis au lieu de devotissimus ; à l'a vant-derniérc clause, commoda yi'ranlur au lieu de quod agerenlur. Il est plus difTicile, fait-il observer, de rectifier l'endroit où le roi annonce sa signature autographe, parce que cette clause est à la fois mutilée dans l'original d' liicina et corrompue dans la copie du texte relatif à Étrépagny. La formule courante est : manus nostrœ sabscriptionibus subter cam decrevimtis roborare, ou adftrmare. Au lieu de ces mots, on Ut dans le cartulaire : manus noslras siibscriptionibus inferam ul diximus propria annotalione istadiicibias adiimbrare. Il faut restituer évidemment in/ra eam au d'in/eram et probablement adftrmare. au lieu d'adambrare. Sous les syllabes istaducibius se cache peut-être une forme barbare istuduemus : en effet, le mot studuimus a été employé, à la place de decrevimus, à la fm d'une formule de Marculfe ' et de deux chartes roya les de l'épo que mérovingienne - ; et comme l'auteur de notre charte a écrit Islirpiniacum pour Slirpiniacam, il n'y a rien de téméraire à lui imputer l'addition d'un i parasite devant studuimus. Quant aux termes insolites 11/ diximus et propria annolatione, j'avoue que je ne trouve rien à proposer pour les remplacer. » On lit dans les Gesta Daiiobcrli, 2'2, une mention du diplôme d'Étrépagny : u( aulem eosdem martyres sibi plenius conciliaret, Slirpiniocum villam sitam in pago Wilcasino prœsentaliter per ftrmitalis suœ prœceptum eorum basilicae tradidil. Il est certain que l'auteur des Gesta, qui a fait tout son travail sur les piè ces des archives de Saint-Denis, a eu le diplôme tous les yeux et, voulant en faire mention, il a choisi le paragraphe de son ouvrage dans lequel il raconte les événements de la septième année du règne de Dagobert. Comme l'acte est daté, dans le cartulaire, sub die kal. octobris anno (, regni, c'est-à-dire le 1* »' octobre de l'année 6 de Dagobert ou 628, il est clair que nous avons une indication erronée puisqu'en 628, du vivant de Clotaire 11, Dagobert, roi d^Austrasie, n'avait pas a disposer du domaine d'Étrépagny situé en Xeustrie. Il faut donc lire ; sub die kal. oclobris anno ^ [1] regni, soit le l« ^' octobre de la 7 »-' année du règne, ou 629, un dimanche ; les actes roy aux datés du dimanche sont assez nombreux pendant la période mérovingienne.

« On savait que Clotaire II avait vécu au moins jusqu'au 1« septembre 629, jour où commença la ■16' année de son règne ; on présumait qu'il avait dil dépasser de très peu cette date. On ])eut maintenant l'affirmer. Dagobert, en ctTet, n'aurait pas disposé du vivant de son père d'un des domaines de celui-ci : au 1 » octobre 629, Clotaire II était donc mort. Comme, d'autre part, la nouvelle de sa mort était encore inconnue, dans une petite localité de liourgogne, le 18 du même mois d'octobre, il faut croire ()u'il mourut dans la seconde moitié de septembre 629. • Voici maintenant le texte de la donation du village d'Étrépagny-en-Vexin à l'abbaye de Saint-Denis par Dagobert I'« , datée d'Étrépagnv, dimanche 1 » octobre 629.

Dagubertus rex Francorum i'ir\is\ i[n]lusllribus] ' omnibus agentibus presentibus et futuris.

Optabilem esse oportet de transiloria promerere eterna vel de caduca substantia erogandum lucrare gaudia sempiterna. Igitur nos, rem ipsam considercuites prout in elernum vel in cdiquantulum mereamur justorum esse consortes, villam e[og]nomcn[anle] * Islirpiniacum sitam in pago Vilcasino, eam cum omni integritatc vel meritum a basilicam domni Dyonisii martyris pceuliaris patroni nostri, ubi ipse preciosus domnus in eorpore requiescit et venerabilis vir .\igullus ahbas custos preessc videlur^, [eoYquod ibidcmdevol[i su]mus^ per tempora bona propitiante Domino impertire, /iresciitaliter plena devotione visi fuimus conccssissc, juhentes ctenim ut villa antedicta. cum omni integritatc et solidiliUe, hoc est domibus, ediftciis, prcsidiis, mancipiis, colonis, inquitinis, accolabus, libertis, servis tam ibidem oriundis qu(un et idiundis translatis, rustieis cl ur bonis, saltis at que subjunctis. terris eullis et incultis, vineis, silvis, pratis, pascuis, aquis uquarunu'C dccursibus, pecoribus. peculiis, mobile et immobile, omne que genus pecudum et universum mérita, adpendiciis, adjacentiis tam intra terminas quum et extra terminas, omnemquc rem adexquisitas, quicquid dici aut nominare potest, vel qu« d ad ftsco itostro présente mine tempore in Dei nomine possidctur, ex indulgcntia nostra sint ad ijisimx snnctam busilie((m conecssu. Specialius ordinamus ut in imslmodum ad ipsum sanctum locum vel clerum aut pauperes inibi consistentibus pro regni stabilitate vel remedium anime nostrc, abs que ullius in postmudum rcfragationc c[vi]s' tcmpuribus delectet proftcere, quo fiai ut, dum nos ad clerum vel pauperes ad ipsum sanctum imum consistentibus substantia vel in aliquinitibus depulamus, pro interccssione antedicti domni Dyonisii martyris apud Dominum in juturo merccdem \comm\oda ge[nc\renlur'>. FA ul hec concessio auctoritatis noslre tam iiresentium qu<un succcdentium tempora invi(dabilem eapial ftrmitidem, manus noslre subscri]itioi\ibus inl[ra e\ani '« ntdiabbé de Saint-Denis et succéda à DodciM entre le 120 avril 627 et le l » octobre 620. — • ji/c », 111 ». IISO. — ' iteio/i.vsimi ;,v, ms. IliO. — 'ciiis, ms. 1150 ; wriis, Inngwvus. n'/crniis. Pu Canine. — 'quoil iigcrrnUir, ins. LIJU. — ■ « iii/cndii, ms. llic. ximiispriipriii annolalinnc isl[ii]flii[rm\iis (i(l\/inii]iirc'. i'{rs]i\niis op]l\uUl] -.

IJagobiTliis rcx subxcripsi. r)(il\um]-' snb die kiil. octohris annn q |/|' refini \noslri\- S\lirp\i[nitic\ii \l\e.\licile.r\'\ H. Leci.ercq.


ETSCHMIADZIN. \'o\r Caucase et Évanoi^ :-

I.IAIIII.S.

1 . EUCHARISTIE. L'importance du rôle de l'eui-li ;irislie dans la vif spirituelle du chrétien suffirait à faire comprendre les discussions infinies soulevées à propos de ce même rôle dans l'histoire de l'alTermissement et du développement de la foi en Jésus dans l'Église primitive. Après avoir soumis les textes aux tiraillements et aux interprétations, après y avoir découvert ce qui ne s'y trouve pas, on éprouve une satisfaction véritable à revenir à ces textes eux-mêmes et ;\ leur demander ce qu'ils nous apprennent.

Au cours d'un repas solennel fait en commun avec ses discip les, Jésus soude au rite pascal un rite nouveau qui leur servira de mémorial de sa passion imminente et de sa mort prochaine. « Faites ceci, leur dit-il, en mémoire de moi » ; et ils n'y manqueront pas, puis que nous les voyons célébrer ce rite nouvellement institué dans les maisons privées où ils tiennent leurs premières assemblées. Très naïfs, apôtres, discip les et fidè les n'ont pas seulement soupçonné les boisse aux de mystères philologiques, linguistiques, critiques, cxégétiques que le Maître jetait en pâture à leur incuriosité. On les eût bien étonnés et encore plus ennuyés si on leur eût dit tout ce que, depuis un demi-siècle, on leur prête de subtilités et de raffinements à propos de ce repas eucharisti que. Ils pensaient tout uniment recevoir le corps et le sang de Jésus, ne possédant pas les loisirs nécessaires aux divagations que cha que année voit naître et périr. Cette foi robuste, point contentieuse ni ergoteuse, est celle qui se retrouve dans les écrits de l'apôtre Paul. Grâce à lui. nous savons comment se comportent les premières assemblées chrétiennes à l'occasion du repas eucharisti que. Des abus tendent â s'introduire, notamment à Corinthe ; pour y porter remède, il ne compose pas des règlements, il renouvelle le récit du repas typi que — celui de Jésus — qu'il suffira de reproduire, et tout ira bien. Remarquons que les Corinthiens, qui en prenaient fort à leur aise avec l'institution eucharisti que, ne se posaient auc une des questions saugrenues que l'érudite exégèse teutonne imagine à leur intention. » Lors que vous vous réunissez au même lieu, ce n'est plus le repas du Seigneur que vous mangez, car chacun, en se mettant à table, prend à part son propre repas et l'un a faim tandis que l'autre est ivre. » Le désordre est fâcheux, mais il est réparable : « Ainsi, mes frères, lors que vous vous assemblez pour le repas, attendezvous les uns les autres. Si quelqu'un a faim qu'il mange dans sa maison » au préalable. Manifestement, les fidè les de Corinthe étaient répréhensib les, mais comme peuvent l'être ceux qui manquent à la sobriété : quant à discuter l'institution dans son essence, ils n'y songeaient guère et saint Paul ne le suppose pas, car il ne les eût certes i)as épargnés. Pour les chrétiens de ce temps, l'eucharistie est un repas religieux, un rite chrétien, un acte dont l'accomplissement impose à celui qui s'y livre la pureté de conscience.

Les fidè les de Corinthe n'avaient pas su se garder comme leurs frères de Jérusalem, qui, nous dit-on, » persévéraient dans la doctrine des apôtres et dans l'union, et dans la fraction du pain. et dans les prières...

(Cha que jour ils étaient assidus à aller en union d'esprit dans le temple : ils rompaient le pain de maison en maison et prenaient leur nourriture avec joie et simplicité de cœur, louant Dieu. » Ceux-ci n'obtiennent que des éloges ; manifestement, c'est qu'ils en sont dignes, et ce n'est pas certes pour épilogue sur le rite qu'ils accomplissent, puisqu'ils s'en acquittent avec « simplicité de cœur », ce qui comporte au moins la soumission la plus complète de l'esprit.

Chez les chrétiens des temps primitifs, bien des révoltes se font jour, des hérésies menacent parfois de tout bouleverser ; la pétulance des gnostiques inflige au dogme chrétien des secousses dont il sera longtemps à se remettre, jusqu'au jour où ij reprendra en toute sérénité son majestueux développement ; cependant la doctrine eucharisti que demeure indemne. 11 suffît de rappeler, il n'y a pas lieu de transcrire les répugnantes falsifications imaginées par quelques sectes plus erotiques que théologiques ; en réalité, à part un détail concernant la matière du sacrifice — les aquariens — l'eucharistie n'a fait l'objet d'auc une atta que. Les Pères et les docteurs de l'Église enseignent sans contradiction que l'eucharistie est véritablement le corps même du Christ, qu'il a pris de la vierge Marie. L'n évê que d'Asie nommé Abercius, un fidèle d'Autun nommé Pectorius font allusion à l'eucharistie sous sa forme prati que, qui est la communion. Ce ne sont pas des raisonneurs qui énoncent des arguments, mais des témoins qui rendent compte de la croyance comm une. L'auteur de la Didaché se plaçait déjà à ce point de vue, il n'argumente pas, il constate et nous conserve deux formu les de consécration, celle du calice et celle du pain, en vue d'un repas qui impose la même exigence que du temps de saint Paul : « Que personne ne mange ni ne boive de votre eucharistie, à l'exception de ceux qui ont été baptisés au nom du Seigneur, car c'est de cela que le Seigneur a dit : « Ne donnez pas ce qui est saint aux chiens. >- \'oici l'idée que s'en font ceux qui mettent ce petit catéchisme entre les mains des fidè les et aussi la preuve qu'ils n'ont pas à aborder la discussion d'une idée différente, laquelle n'existe même pas parmi les chrétiens. C'est « une nourriture spirituelle,une boisson, et la vie éternelle « .

Saint Ignace d'.\ntioche parle du pain de Dieu, qui est la chair de Jésus-Christ, ' celle qui a souffert pour nos péchés, celle que le Père a ressuscitée i' (Smijrn.. vu, 1). Saint Justin décrit à deux reprises la liturgie eucharisti que et, parlant du pain et du vin, il dit : > Nous appelons cet aliment eucharistie. Nul ne peut y participer s'il ne croit à la vérité de nos doctrines, s'il n'a été auparavant purifié et régénéré Dar l'eau du baptême, s'il ne vit selon les préceptes de Jésus-Christ. Car nous ne regardons pas cette nourriture comme un pain et un breuvage ordinaires. Mais de même que, par la parole de Dieu, Jésus-Christ notre Sauveur s'est fait chair, a véritablement pris chair et sang pour notre salut, de même, d'après l'enseignement que nous avons reçu, cet aliment eucharistie par la parole du Christ est sa chair et son sang, qui nourrit notre chair et notre sang » (ApoL, I, 66).

Saint Irénée, Tertullien, saint Cyprien, Clément d'Alexandrie, Origène et tous ceux qui les suivront vont proclamer unanimement et diversifier indéfiniment leur témoignage identi que. Les textes extraits de leurs ouvrages sont trop facilement abordab les pour que nous songions â les transcrire une fois de plus' : ce que nous voulons retenir de cette imposante série de témoignages, c'est la preuve d'un enseigne— ' G. Bareillc, J.'eucharistie d'après les Pères, dans Vacant et Mangcnot. Dic d'onnairc de théologie catholi que, t. v, col. ii-ji-iis ;î. ment universel, d'une part, et d une croyance absolue, d'autre part, à l'eucharistie. Cette croyance se manifeste par une variété de monuments figurés qui prouvent que l'enseignement dogmati que a été compris ; ainsi ces deux aspects s'éclairent mutuellement. Pour les docteurs, les Pères, les écrivains ecclésiastiques, l'eucharistie est le symbole de l'unité du peuple fidèle en même temps que la réalité du corps du Christ. De même, disait-on, que des grains de froment et des grains de raisins se sont anéantis et confondus sous une apparence nouvelle pour former, d'éléments innombrab les associés et mélangés, le pain et le vin ; de même la manducation de l'eucharistie uni que associe, groupe et confond en un corps uni que ceux qui se nourrissent de la même eucharistie. Cet aspect symboHque se renforce et s'éclaire du réalisme de la présence réelle. On ne voit nulle part les chrétiens songer à discuter leur croyance, ils se contentent de l'affirmer cormne une vérité évidente qui déjoue la discussion. De là cette multitude de monuments variés dans lesquels le symbolisme fait place au réalisme. Pour ces premiers fidè les, la figuration de cinq ou six chrétiens autour d'une table et d'un plat contenant un poisson est un aveu aussi clair que peut l'être de nos jours le calice découvert d'où .s'élève une hostie entourée d'une gloire. Mais encore faut-il admettre que les arti sans des catacombes n'avaient pas pour exclusive préoccupation celle de fournir des arguments irréfutab les à l'apologéti que du xx » siècle ; souvent ils ont figuré le repas eucharisti que tel qu'on le prenait de leur temps, sans autre préoccupation confessionnelle que de peindre un sujet de genre dont le sens serait compris par tous leurs contemporains, et, sous cette réserve, nous pouvons aborder l'étude de ces monuments.

D'abord nous rencontrons les allusions bibliques, et une des plus frappantes, qui est la multiplication des pains et des poissons. Le récit des évangélistes est tout champêtre, il s'agit d'un épisode populaire, d'une foule miraculeusement sustentée avec des aliments très simp les, mais notoirement insuffisants sans une intervention de la puissance divine. Tout ceci s'accorde bien avec la tournure d'esprit un peu raffinée des conducteurs des premières générations chrétiennes ; manifestement le rapprochement les aura charmés : une foule à nourrir, des aliments insuffisants et cependant inépuisab les qui rassasient, du pain qui est la matière propre de l'eucharistie, le poisson en qui un symbolisme ingénieux et certainement contemporain des plus anciennes fresques permet de reconnaître Jésus-Christ. C'est véritablement une trouvaille et l'ingénieuse comparaison, avec ses coïnciden ces frappantes, encore que fortuites en apparence, a dû obtenir un accueil dont il nous est facile de juger par la vogue d'un motif représenté encore aujour d'hui par une série de monuments '.

Le plus ancien de tous est cette célèbre fraclio panis que nous avons étudiée déjà ■ et qui combine le souvenir de la multiplication des pains avec la célébration du repas fraternel de l'agape, présidée, ainsi que l'exige saint Ignace d'.\ntioche, par l'évê que, à qui seul ap partient la consécration de l'eucharistie. La présence des sept corbeil les de pain figurées sur la fres que permet de reconnaître ici une allusion au rejias de l'agape, suivi de la communion eucharisti que. La multiplicalion miraculeuse des pains se retrouve figurée par la présence des sept corbeil les ' dans la crypte de Lucine dans la catacombe de Calliste. Cette favon ingénieuse de ramasser en un motif uni que tous les éléments du symbole et du sacrement est vraiment remarquable : le poisson, la corbeille contenant les pains et une fiole de vin rouge dans le panier. Voir Ciste, t. ii, col. 1729, pi. hors texte*. Ces monuments, qui appartiennent au début du ii'' siècle, sont plus démonstratifs que des textes souvent obscurs et des commentaires qui ne le sont pas moins. Néanmoins ils semblent avoir été uniques. Après eux, un type nouveau va connaître le succès : c'est un repas pris par quelques fidè les, aucun d'eux ne se distingue parmi les convives, tous ont une attitude plus libre que dans la fraclio panis. Cependant il s'agit encore d'un repas eucharisti que, ce que rappellent les sept corbeil les de pain et les poissons posés dans les plats ». Tout à côté d'un de ces repas se voit une scène de consécration eucharisti que '. De cha que côté d'un guéridon sur lequel est déposé le pain, un prêtre — plus probablement un évê que — consacre, tandis qu'une orante figure soit une défunte, soit l'assistance des fidè les. Dans un autre cubicule, le même guéridon reparaît à la voûte, chargé de deux pains et un poisson et entouré des sept corbeil les '.

Il est assez remarquable que les artistes chrétiens ne se sont trouvés satisfaits par auc une de ces compositions. Les convives autour d'une table leur ont semblé décidément trop prosaïques, malgré la présence des sept corbeil les : ils ont donc cherché autre chose, sinon mieux. Peu à peu le banquet est délaissé et fait place à une scène de consécration qui prétend n'être pas moins profonde que les précédentes. Cette fois, le Christ en personne, muni de la baguette divinatoire, touche les corbeil les placées à ses pieds et accomplit la consécration. Jlais le type de Jésus magicien ne laissait pas de provoquer des répugnan ces et de soulever des objections graves ; il ne laissa pas cependant de se multiplier, et la raison s'en trouve, non dans la volonté tenace de faire triompher un type, mais dans l'adoption de ce type parmi les modè les que les arti sans peintres ou sculpteurs s'exerçaient à reproduire. Ceux que le souci de la clientèle préoccupait toutefois s'avisèrent d'une dernière transformation de la donnée primitive : les apôtres présentaient à Jésus les vivres et les portaient ensuite à la foule. Cette dernière composition se rencontre assez fréquemment sur les sarcophages du iv^ siècle ». Ce n'était d'ailleurs pas une innovation.

Une fois de plus l'art occidental s'est inspiré d'une composition alexandrine que nous avons déjà fait connaître (Diclionn., t. i, col. 1802-1811, fig. 279) ; c'est un sujet eucharisti que en trois scènes distinctes : au centre, les apôtres Pierre et André présentent au Sauveur les vivres dont le miraculeux accroissement assurera la nourriture de tout le peuple. Jusqu'ici les intermédiaires entre cette vive et gracieuse composition et ses analogues en Occident ne sont pas connus, mais on ne peut Kuèiicipendaiil douter de leur existence. Deux sujcls cncadient celui que nous venons de rappeler : à droite, « ceux qui mangent les eulogies du Christ » ; à gauche, les no ces de Cana. Ce dernier sujet forme, en quel que façon, la contre-partie de la multiplication des pains. Ici, c'est l'élément solide de l'eucharistie auquel le prodige fait songer, là c'est l'élément liquide. Il serait fort exagéré de soutenir que le symbolisme chrétien repose le plus souvent sur des rapprochements aussi extérieurs, c'est néanmoins un fait, qu'il s'est coin]ilu dans ces suggestions toutes (rapparencc. Les corbeil les rlii déscrl et les amphores de Cana appelaient l'idée de pain et l'idée de vin, c'est tout ce qu'on en attendait. Cependant, encore que la communion eucharisti que sous les deux espè ces fût alors universellement pratiquée, on note une tendance à la simplification et, soit difTîculté de figurer le vin dans un récipient connu de tous, soit pour toute autre raison, on se contenta, pour symboliser l'eucharistie, de représenter le pain et le poisson. Toutefois le poisson à lui seul pouvait rappeler le Christ ou le fidèle ; ce n'est que rapproches que ces deux symbo les rappellent l'eucharistie. Quant aux pains figurés séparément, ils ne sont guère reconuaissab les ■que s'ils sont timbrés d'une croix et alors leur signification ne prête pas au doute.

Des symbo les eucharistiques ont été empruntés au règne animal ou végétal. Rien de plus inexact que U'afTirmer d'une façon absolue que tel ou tel sujet décoratif est un symbole eucharisti que ou qu'il ne saurait l'être. Qui osera prétendre nous révéler les tendres rêveries de ces vieux chrétiens, les pieux divertissements auxquels les uns se complurent tandis que leurs frères s'en défendaient obstinément.' Ceuxci découvraient dans les colombes goulûment penchées sur le vase l'àme dufidèle qui s'enivre du vin consacré, ceux-là s'enchantaient à la comparaison du cerf qui étanche sa soif comme le fidèle lui-même dans la source limpide à laquelle s'abreuve l'àme avide de posséder son Dieu. S'imaginer l'existence d'un canon symboli que au nom duquel la fres que dei cin que sanli servira d'interprète rigide et authenti que à toutes les fantaisies délicieuses dans lesquel les se voient des fieurs, des vases et des colombes, réprimer au nom d'une systématisation bien stupidele libre essor de l'ingéniosité individuelle, refuser aux colombes ce qu'on accorde aux paons et accorder à la coupe ce qu'on refuse au vase, tout ceci relève peut-être de la kullur, mais demeure parfaitement étranger à l'intelligence des monuments chrétiens.

Ce qui demeure hors de doute pour les érudits familiers avec les monuments figurés de l'antiquité chrétienne, c'est l'infinie diversité, la souplesse inépuisable avec laquelle les fidè les interprétaient les figures, y attachaient une signification, une allusion, une indication que, seuls, des latins sauront toujours découvrir de par la supériorité du génie et la surabondante richesse de l'imagination. Une fres que éraillée et dépeinte, im sarcophage mal équarri, une pauvre tablette de loculun brisée et salie, une gemme aux dimensions minuscu les ont suggéré à ceux qui s'y sont appliqués et à ceux qui les ont possédés des rapprochements ingénieux qu'il est fort inutile de prétendre cnuniérer et cataloguer. L'eucharistie était alors reçue fréquemment par des chrétiens en grand nombre avi des d'en pénétrer le mystère et dont la vie, souvent menacée par la haine des païens et par la persécution ofTicielle, se fortifiait dans l'intelligence et la possession du corps du (Christ. De là ces images nombreuses où quelques indi ces suffisaient seuls à évoquer la pensée du sacrement : quelques cistes, des rondel les frappées d'une croix, un poisson, une coupe, autant de symbo les de l'eucharistie. Le symbole servait de préférence à cette représentation. Le symbole est la spllicitation adressée à l'imagination latine, il suffit & la mettre en éveil, à lui imprimer le mouvement et à l'emporter vers les réalités mystérieuses. Nous avons donné déjà dans le Dictionnaire iin grand nombre de monuments figurés concernant l'eucharistie, il sera utile d'en dresser ici la liste :

Pierre de Syntrophion, t. i, col. 84, /igr-Stî. — \'ase de plomb de Carthage. t. i, col. 641, flg. Itfi ; col. 7 :59, ng. 169. — Pyxide d'.Wn Zirara, t. i, col. 712 fig. 148. — Mosaïques de Thabr.ica, t. i, col. 717, fig. 1.53 ; col. 719, fig. iôô. — Fres que de la Capella ijrrca, t. i, col. 799, fig. 172. - - l-'res(|ue de .Marcellin et Pierre, t. I, col. 884, fig. 199. — Fres que de Saint-Calliste, t. I, col. 885, fig. 200. — Épitaphe à Sainte-Agnès, t. I, col. 935, fig. 226. ~ l-'res que à Alexandrie, t. i, col. 1129, fig. 279 ; t. II, fig. 1987.— Sarcophage d'Arles, t. I, col. 1129, fig. 280. — .Médaille de Gaudcntianus, t. I, col. 1826, fig. 492. ~ Sarcophage de Priscille, t. I, col. 2019, fig. 573. — Gemme trouvée à Capouc, 1. 1, col. 2020, fig,ô75. — Sacramentaire à Autun, 1. 1, col. 3204, pi. h. t., fol. 8. — Inscription de Pectorius, t. I, col. 3195, pi. Ji,-+ : — l'res que de Saint-Calliste, 1. 1, col. 3159, fig. 1123. — Étoffe égyptienne à Berlin, t. II, col. 806, n. 39, fig. 1544. — Cassette de Brescia, t. II. col. 1155, fig. 1628' ? — Fres que de Saints-Pierre-etMarcellin, t. n, col. 1803, fig. 1982. — Cassette d'argent de Milan, t. n, col. 1807, fig. 1985. — Sarcophage de Tarascon, t. ii, col. 1807, flg. 1986. — Porte de Sainte-Sabine, t. n. col. 1816, fig. 1995. — Mosaï que de Ravenne, t. n. col. 3045, fig. 2339. — Évangéliaire de Rossano, t. n, col. 3047, fig. 2340-2341. — Urne de Pesaro, t. ii, col. 3306, fig. 2377. — Fresques à Saint-Calliste, t. ni. col. 153, fig. 2445. — Fres que à Saint-Calliste, t. m, col. 158, fig. 2447. — Cippe du cim. de Vatican, t. m, col. 1674, fig. 2948. — l-'res que de Lucrèce, t. m, col. 1729, fig. 2979. — Épitaphe de FI. Eutychius, t. m, col. 2397, fig. 3187. — Sarcophage au Latran, t. m. col. 3021, fig. 3342.

H. Leclercq. classiques et dans le Nouveau Testament. IL Eù/aptaTta et E'jXovia. III. Eiicharistia dans les Pères grecs. IV. Eueharislia dans les liturgies grecques. V. Eiicharistia chez les latins (liturgies mozarabe, gallicane, ambrosienne, romaine). VI. La prière eucharisti que.

L ERCHARISTIA DANS LES CLASSIQUES GRECS ET


DANS LE Nouveau Testament. — L'eucharistie dans les premiers sièc les est désignée sous différents noms : cœn'i, cœna dominica ou mensa Domini (xjptazôv SetTT^ov). sacrificium (6'jota), oblatio, fraclio, fractio punis ' (xXâat ; toO àpTO'j, zXôtv apTov). coupe de bénédiction (t6 TTOTTjpiov T^ç sùXovtaç ô I Cor., X, 16, ou simplement cùXoyta), liliirgia, anaphora, (àva<popà, TrpoCToopà =), Agape ', synaxis, inmcalio èiziy.y^ria-.ç ou 5 loyo^ -rrjç £7î'.xXy)cteioç, et en latin invocatio ', oralio et graliarum actiones {sùyoà xai £' !>/apicTÎai, saint Justin), prec.es mystica, solemni » (iratio, synaxis ((T'jva5t{ ;)% ou encore dominicum, domin'ciim et collcctam agere, ofjere ' et autres termes analogues '.

Mais parmi tous ces noms il en est un qui a été plus spécialement consacré à désigner ce mystère et qui est le plus usuellement employé aujour d'hui, c'est celui d'eucharistie, EÙ/aptoTta. II est nécessaire d'en étudier l'origine et le sens.

E'j/aptarôïv, dans le grec classi que, a le sens de être reconnaissant, rendre grâ ces : eùyapKrrîa, c'est la reconnaissance, l'action de grâ ces, et l'on a les dérivés : eù/aptaT/ipioç, et encore : sù/apiCTTÉov, sù/apioTixoç, EÙ/apicttlxûç.

Dans r.\ncicn Testament (Septante) sù/apicrTcrv, se trouvent aussi dans le sens d'être reconnaissant, d'action de grâ ces, par exemple : — apà TaÙTa Ttàvra cùxapioTTjcrcoixev xuptco Tôj ôecT' •^[icôv (Jud., Mn, 25) ; ; aÙTOtç xal (II llach.. xii, 31), Sià Tr,v tcov — oXXtôv £ÙxapiaTixv (II JMach., n), etc. '.

Philon se sert souvent de ce terme. Les £Ùxapia« îai, ce sont les hymnes, les prières, les sacrifi ces : 'j[Jivoiç T£ xat £ÙSai(iovi.a(xoi : ! ; tô zoà ïù/aïç ôuciaiç tï xai Taï ; SXXaiç EÙ/apia-tai ; sùaytoç - : il Malth., xx\7. Marc, xiv.

26. Aa(3cov ô 'Ir^m'jç 22. AxficV ; aiTOv ejaoàpTOv y.al EÙXoy/jcraç »^'/joaç.

27. Kal Xapôiv 7to-y ;p',ov 23. Kal Xa^wv -OT'/ ;ptov zal EÙxapiCTTyjaaç. remplace les mots : [ruEpl] aïvicrEcoç. Guata -xtvfaEwt ; des Septante par EÙ/aptoTÎx ; il parle de l'oblation du matin et du soir teÈp EÙ/apiaTiaç, et des victimes el les-mêmes, comme sù/apiaTtaç. Aquila se sert aussi du terme comme action de grâ ces et remplace aussi le KÏvEat ;, louange, des Septante par zùy^ccpia-ix-.

Dans le Nouveau Testament le mot EÙ/aptCTTSïv, eù/apiaTia se présente fréquemment avec son synonyme EÙXoyEÎv. En voici quelques exemp les : pour la multiplication des cinq pains et des deux poissons, saint Luc se sert de ces expressions : XaPwv 8È toùç T^ÉVTE apTouç nai toùç Sùo t/_6ùaç àvaflXéd/aç sic, tôv oùpavQv eùX6y'0<iïv AÙTO-jç, xai xal ÈSîSou Toîç etc., ix, 10. Et dans les passages parallè les : Xa^ùv... EijX6YT,a£v, xal xXàcxç ëScoxev... (Matth., xiv, 19) : Xa^cov... àvapxéijjaç... E'jXoyrjaev xal (Marc, vi, 41) ; ËXapEv 8È Toùç apTOuç... xal z'jyxpirszr^n%ç S'.éScoxev toT ; àvax£i|ji.£Voi( ;... (Joa., vi, 11).

Pour la bénédiction des sept pains :

Matth., XV, 36. Marc, vni. 6. xal Xapùv Toùç é-Tà xal Xapùv -ïO'jç £-Tà àpTouç xal Toùç i/6'Jaç apTouç E''j/_ap(.c !TT]CTaç ExXaaîv xal eScoxev.... xal èSISo'j...

Avec les discip les d'Enimaiis, Jésus prend le pain, le bénit, le rompt et le leur présente : Xa^ùv tov dîpTov eùX6« p]a£v xal xXicac a'jToîç (Luc, XXIV, 30).

Au milieu d'une tempête, saint Paul, pour rendre du courage et des for ces à ses compagnons, prend du pain, rend grâ ces, le rompt et le mange, Xa^wv àpTov, eù/aptcTï)(îôv -roi ÔEtjJ Èvco-'.ov nàvTcov=, xal xXàaaç -/ip^axo ectôieiv (Act., xjtvii, 35).

Parlant ailleurs de la manducation des vian des qu'il considère comme indifTércntes, celui qui en mange rend grâ ces à Dieu, et celui qui n'en mange pas rend aussi grâ ces à Dieu : 'O èaOiûiv x'jplw ÈaGtsi, £Ù/apl<jTet yàp tcô Gsoi xal ô |xrj èctOIwv xupîo) côx È !j9Σ !., xal e\iy_a.pt.c !~z~. tc7> ôew (Hom., xiv. G) ; dont il faut rapprocher I Tim., iv, 3, 4, où saint Paul revient sur ce fait, que toute nourriture doit être prise |j.£Tà eù/aptoTlaç.

O'jç ISùtv ô IlaùXoç £'j/ap'.cPTïi(Ta ; TÔJ Oeôi... (Act., XXVIII, 15) ; àXX' èv TiavTl tt, TzpocsEuyji xal tt] Setjgei. (X£-à sùyixpicsziaç xà OjxôJv Trpoç TÔV Osôv (Phil., IV, 6) ; ouv icpcôrov kÔmto^j 8£r,aEi.ç, TxpoiTEu/âç, èvteùÇeiç, ÛTTÈP TràvTcov (I Tim. ii, 4) '.

Mais il est une circonstance dans laquelle ce mot est employé dans un sens caractéristi que, c'est à la dernière cène. Il est reproduit dans les quatre textes eucharistiques de la façon suivante :

Luc, xxu. I Cor., xi.

17. Kal S£Çâ[XEvoç — 0Tr,ptov, £ijy_ap'.(iTT]CTaç.

19. Aa^wv ôîpT.ov z'jyix23. »EXa^Ev àpxov xal pia-Yjcraç. E'jxaptCTTï)(jaç.

20. Kal TÔ TTOTïjpiov 25. xal tô tôdaùtcoç. TÎOTTJPLOVR 1 1. Eùyapi.CTTia et E'jXoyîa. — Du terme eiicliriristin. il faut rapprocher celui d'eulogia, employé comme synonyme, ainsi qu'on le voit dans les quatre textes eucharistiques que nous venons de citer. En voici d'autres exemp les : pour la bénédiction des pains et des poissons miraculeusement multiphés : £Ù/apiaT£Ïv(Matth., xv, 36 : Marc, \iu, 6 ; .loh., vi, 11 ; cf. .\ctes, xx\ii. 35). EÙXoyEÎv (Matth., XIV, 14 ; Marcvi, 41 ; Lucix, 16 ; XXIV, 30. Cf. dans saint Paul TroT/jpiov EÙXoyta ;, I Cor., x. 16).

Mais bientôt chacun des termes prit un sens déterminé, h'eucharistia s'appliqua plus spécialement au sacrement du corps et du sang du Christ et à la prière de consécration ; eulogia désigna surtout les fragments de l'eucharistie qui étaient envoyés aux évèques avec qui on était en communion et, par extension, le pain bénit et tous les présents que les chrétiens s'envoyaient entre eux'.

On voit, par les passages du Nouveau Testament que nous avons cités, que le mot EÙ/aptcTEÎv (aussi bien qu'EÙXoyEÏv) est employé dans un sens général et signifie une prière d'action de grâ ces avant de prendre de la nourriture. .V la dernière cène il a été pris dans un sens particulier pour désigner d'une façon toute spéciale la prière de Jésus en donnant à ses discip les son corps et son sang. On comprend dès lors que, dans certains passages où le mot EÙ/aptoTEÎv est employé, il y ait discussion parmi les interprètes pour savoir si le mot est pris dans le sens général de prière ou dans le sens eucharisti que proprement dit.

On a cherché à savoir (luelle sorte de prière représente ce mot et quelle formule employait NotreSeigncur avant de prendre de la nourriture, quelle formule il employa spécialement pour l'institution de l'eucharistie. Nous sommes ici dans le domaine de la conjecture. L'hypothèse de Bickell, que le Christ dut employer les formu les juives usitées de son temps et que sa prière à la cène s'inspira des psaumes récités par les juifs, a été adoptée par un certain nombre d'auteurs. Mais on ne saurait apporter en faveur de cette opinion qu'une certaine probabilité. Probst a essayé de démontrer, mais sans grand succès, que le discours du l\' évangile, après l'évangile, se retrouve dans certaines liturgies. Ces rapprochements sont d'un caractère trop général, et en somme il n'est auc une des prières liturfiiques, sauf la formule de cousécralion, qui prétende reproduire les paro les du Christ.

111. D.\NS LES PÈRES GRECS. Quoi (lu'il ensoit.cemot £Ùyaf'.CTT ;7.,£' !>yap !.aT£tv, futadopté de bonne heure par la tradition pour désigner soit la prière qui acconipafîne la consécration de l'eucharistie, soit la consccrallon elle-même. Nous avons cité son emploi dans le Nouveau Testament '. Les premiers à l'employer clairement dans le sens d'eucharistie sont saint Ignace et saint Justin. ouv (X'.ï eù/apiaTta dit saint Ignace-. Eùxapiartaç xat -rzçrirsz'y/r^ç, Sià to |X-J) ô(jtoXoy£Îv Tr,v £Ù/apicrTiav sivat ToG atoTrjpojç f,|Jtâ)V 'ïr|CTOO Xp'.OTOO... iy.EVjr, fis^aîa EÙzocptCTTÎa... ' : vj rpoçY) ad-rr, xaXEÏrai. Tiap' r||xïv eùxapiCTTta ' ■ f, ttj ; Se 7tpOCT90pà... tùttoç •Jjv toO âpxou zr,ç eù/apicjTÎai ;... toutéoti to^ apTou ttjç eùyapiCTTÎaç x.al ToO 7T0T/)pt&u ô(Xoitoç TT|Ç î'V/aptaTtaç °.

Saint Irénée, Clément d'.\lexandrie, Origène parlent dans le même sens : oùy.i-i zoivôç (ïpTOç ècttlv, à).X' ïù/ ;apiaTta... y] Tcpocrçopà tî^ç sù/apiaTiaç... yàp « tp 9^^ »'J'' ap« ov xai tô TrpoTïjp'.ov Tr,ç EÙXoyîaç a'jTÔi...°. 'H xoà ttjV e'j/.xpioTÎav TivÈç ;... eIç tùtcov EÙxapttjTÎxç ». .Serf e/ eucharistiee sivc percipiendas sive eo rilu quo geritur... àpxoç EÛyapiarîœ x.xaoujjievoi ;'.

La AtSaxï) et les apocryphes les plus anciens emploient aussi le mot eucharistie dans ce sens : rspl Se r^ç EÙyotpiaTtaç, oGtojç £'j/ap'.(jT/ ;aaT£... Se çavÉTco (i'^SÈ TtiÉT&j ATTÔ Tïjç EÙ/apiaTiaç û|X(ov...' xai xXàctaç tôv SpTov... zal tïji ; ; EÙxapioTiaç... àpTOv oOtcoç... TÎva alvov r, -oiGtv TTpoCTÇopàv Yj Twa Ej/aptoTiav xXwvte ; tov apTov « • ; EÙXoy/jaa ! ; za't E'j/apia-r/jaaç àpTOv âYi'<JV ». Murray, qui a cité ces derniers passages, ajoute que les papyrus n'ont encore rien donné pour l'usage de ce mot '^, Les Pères grecs, au iv siècle et à l'âge suivant, employèrent le mot eucliaristie dans le sens du saciemcnt ou sacrifice de la cène, de là, il tomba dans les liturgies grecques et orienta les avec la même signification. Saint Cyrille de Jérusalem dit : o apTO^ y.ai 6 oîvoç ttjç sù/aptcTia ; « .

Dans les Constitutions apostoliques, on lit ; 'ErrirpÉ- -ETE xal Toïç Û(XÙV EÙxaptoTEÏv (VII, c. xxvn), et dans ps.-Denys : EÙ/apiaTtaç !i.ETÂX/)i{ ;ti ; '*.

Saint Jean Chrysostome parle souvent dans se ; ouvrages de l'eucharistie : EùxapioTÎav Se ÔTav cïttco T.i'noL... xoF,vwvoû(XEv ;... ». .Saint Grégoire de Nazianze s'exprime dans le même sens ; EÏ-a ÈTTEI.— ojv (se. ÎEPE'J ! ;) -i T^ç EÙ/apiaTÎaç pyjiiaTx o'JTwç coç a'Jv/jÔEç, X. T. X. « . Saint Macaire d'Egypte : r, |X'jr !T',xT, ôE »rffi Trpoaçopâ ; 'jno toO ; so/ap'.- a-i% xaiYjzotvcdvtot « . l\. EvcHAltl.1T/A dans tes liturgies grecques. — Le mot .se présente dans les liturgies grecques au dialogue de la préface et à l'anaphore.

Dialogue de la préface : Tw K'jpito (Lit. de S. .Jacques) » idem idem (Constit. apost. « ). idem idem (Lit. de S. Marc - »). idem idem (Lit. de S. Basile et S.

Jean Chrysostome-'). »Ac,'.o^) ... n'ji EÙyaptCTTEtv (S. Jean Chrysostome --). EùxapiCTTslv (Lit. de Palestine -'). TÔTE -ïp/ETai ô tspEuç -ïr^ç E'jyaptaTtaç. E'JxapiaTÎav SE ôrav eÏttcj TravTa... (Lit. d'Antioche ='). Kal YjfiEÏç yàp EÙxapta-roôfiEV xal È :rl t^ç xo'.v ?, ;

(xua-'-xr, ; -\ V. E l'CHARISTIA CHEZ LES L.4.TINS. En Occident le mot fut adopte sous sa forme grec que eucharislin, à côté de la traduction gratiarum actio, qui est plus fréquente dans les liturgies latines. C'est Tertullien, comme pour plusieurs autres mots du vocabulaire chrétien, qui lui donne droit de cité, Eucharistiie sacramentum (cor. mil., m). Saint Cyprien s'en sert souvent ; Eucharistia illis datur... Illi contra evangelii leqem... of/erre lapsis pacem et eucharistiam dare, id est sanclum domini corpus profanare audint -*.

Eucharistiam accipere -' ; ab episiopo... eucharistia datur -^■. eucharistiam ad cibum cottidic sumimus : eucharistiam contingere, adlingere '-« , eucharistiam lacère. Cependant il lui préfère d'autres termes d'un latin plus classi que : caro Christi, sanclum Domini. corpus Domini, sacrificium, sacrificium divinum ou sacrificium dominicum (ou simplement le terme ellipti que dominicum) ; sollemnia, oblalio' ».

Saint Augustin s'en sert aussi (cf. P. L., t. xi.v, col. l.ïlj).

Mais si en grec, comme nous l'avon^ vu, le nom employé comme verbe et comme substantif, a produit de nombreux dérivés, en latin au contraire aucun dérivé ne fut formé du mot eucharistia, pas plus du reste qu'en français pour le mot euc/wnsfic^'. En tout cas, il eut la rare fort une en Occident de désigner, pres que à l'exclusion de tout autre, dans la langue thcologi que aussi bien que dans la langue populaire, le sacrement et b sacrifice du corps et du sang du Christ. Saint Thomas lui donne une ctymologie spéciale : dicitur eucharistia, id est boxa oratia ; quia gratta Dei vita œterna ; vel quia realiter continet Christum qui est plenus gratia ^-. D'autres théologiens ont accepte ce sens, ce dont Suicer les raille, disant que tout helléniste sait c[\x'z'r/jxç\<j-.ix signifie action de grâ ces « . C'est la traduction du terme grec grattas agere, grattas agens, gratiarum actio, passe dans la langue liturgi que latine par la traduction de la Vulgate, qui a partout traduit E\>-/ !Xç,ia~eî-j par gralias agere ' :

Luc, xxn, 19. E'j/ap !.uTY ;(jaç, grattas agit I Cor., XI. 23. î'jyapiCTTTjaa^, grattas agens Liturgie romaine. grattas agens.

Liturgie mozarabe. grattas agens.

Liturgie ambrosiennc, grattas agens.

Missel de Stowe, grattas egil.

La liturgie mozarabe appelle quelquefois (rarement) post euchartsttam l'oraison qui suit la consécration -, et se sert de formu les comme cel les-ci : Completurta : nobts dure dignatus es sacri corporis tut euchartsttam ^. Post Prtdie : perctpere mereamur euchartsttam corports et sangutnts tut '. Post missam secretam... fiat que nobts eucharistta para al que legtttma '. Post Prtdte : ut fiât nobts légitima eucharistta ».

Dans les liturgies gallicanes le terme euchartsiia se trouve dans les titres post euchartsttam, une oraison qui suit la distribution de la communion aux fidè les '.

Dans le missel romain on trouve toujours les termes grattas agere, gratias agamus. grattas agens, gratiarum actio, ja mais celui d'eucharistie, alors que la plupart des termes synonymes sont employés, sacrificia, munera, oblatto, communia, sacramenta. esleste sacramentum, sancta, dana ca-lestia, immortalitatts alimenta, myslerium. cselestia alimenta, vottva sacramenta, holocausta, mensa, oblata libamina, hostia, cœleste convtvium, panis ca ?lestts, etc. Mais eucharistta est employé quelquefois au pontifical et au rituel.

Cette revue ne prétend pas être complète. Nous avons voulu seulement, par ces exemp les, donner quel que idée de son usage liturgi que.


VI. La prière euch.\risti que. — On désigne sousce nom en liturgie une forme de prière qui présente le même dessin que la prière eucharisti que et qui est par excellence une prière d'action de grâ ces. Elle se distingue par ses caractères de la prière litani que ou prière d'intercession, de la prière collective ou collecte, de la psalmodie et des acclamations. Mais ces deux dernières formes appartiennent plutôt au chant liturgi que. Les premières sont définies ainsi par Mgr Uuchesne : la prière litani que se faisait ainsi ; un des ministres sacrés invitait à haute voix l'assemblée à prier à diverses intentions qu'il énumérait successivement. A cha que intention il faisait une pause, et tout le monde prononçait une courte formule de supplication : Kijrie eleison, te rogamus audi nos, etc. En Orient, cette forme de prière tient encore une grande place dans la liturgie de la messe. En Occident, elle en a disparu, mais elle y a ligure autrefois. C'est un diacre qui, en Orient, est chargé d'énumérer les intentions de la prière litani que. A Rome, le préchanlre fut substitué d'assez bonne heure au diacre, pour cette fonction comme pour d'autres analogues ».

La forme collective présente la disposition suivante : l'oiriciaut, le président de l'assemblée, prend luimême la parole pour inviter les fidè les à prier Dieu, Quelquefois il indi que plus ou moins rapidement quel doit être le sens général de la prière que l'on va faire : d'autres fois, il se borne à une invitation en termes brefs. Le silence se fait alors. Les fidè les prennent l'attitude de la prière : ils sont debout, les bras élevés et les mains étendues. A certains jours ils se mettent à genoux ou même se prosternent la face contre terre. Ils demeurent ainsi quel que temps, priant en silence : puis la voix de l'officiant s'élève : il prononce une courte formule, qui est comme le résumé des prières sorties de tous les cœurs, et l'assistance s'y associe en répondant amen.

La prière eucharisti que est la plus solennelle. Elle est prononcée par l'officiant seul, au nom de tous. L'assistance se borne à l'écouter, à s'y associer mentalement et à répondre amen à la fin. Son thème général est l'action de grâ ces. Elle s'ouvre par le dialogue dit le dialogue de la préface, et par les paro les : vere dignum et iustum est. Il faut ajouter qu'aujour d'hui ces formes de prière sont moins distinctes qu'el les n'étaient à l'origine et sont même entremêlées, comme par exemple à l'action de la messe, où la prière eucharisti que est interrompue par l'introduction de chants ou d'autres prières. Primitivement il semble qu'elle ne formait qu'un tout (voir .\cTiox. Axaphore, C.\nox).

Cette forme de prière eucharisti que en dehors du sacrifice de la messe est employée dans la plupart des rites solennels, bénédictions des fonts, dédica ces, ordinations, etc. Voir Fraction-, Institution, Préfa ces.

F. Cabroi .


EUDOXIE. Le musée d'armes de SainteIrène, à Constantinople, conserve, devant un pilier de l'ancienne éghse, un piédestal en marbre, légèrement elTrité, surmonté d'un stylobate,sur lequel a été posée une boule en pierre. C'est une ancienne base de statue remontant à l'épo que byzantine : la statue a disparu, mais nous possédons l'inscription, tracée sur deux faces de ce piédestal : inscription latine sur une face, inscription grec que sur l'autre face. Voici le texte de cette dernière ' :


ONGMAAEINOOEELIEYAOÏLATILANEOHKEN IIMNALKIOZIVLERAAONYNATQNRONOIEIGAOI-

Kiova -oç9'jp£r|V y.xl ipY'jpï'^,v , Sôpxso, £v6a ttôXt.i avaxTcç. || Toijvona S' ti -oGÉEu ;, Tiç àvé6T,x.£v ; Il Si^TrXîx.ioi ; •j— •.'ovo ; ècÔXôç 'jTiap/oç, ••■ Regarde la colonne royale en porphyre cl en argent, là OÙ les souverains rendent la justice à la ville. Si tu désires en savoir le nom, c'est celle d'Eudoxie, Qui l'a dédiée' ? Simplicius, le descendant des grands consuls, le vaillant préfet. » L'inscription latine est plus brève :

D(oniinir) nfoslrie) ^El(iie) Eudortiv sem/ier Augusta ; Y.C. Simplicius, prifl(cctus) l'rbd ) dcdicavit.

L'inscription nous apprend que la statue fut érigée sur le lieu où se rendait la justice, c'est-à-dire à l'endroit dénommé Piltakia. L'emplacement primitif peut être déterminé avec certitude, car le piédestal en question a été trouvé en 1847-1848, lorsqu'on creusa les fondements de l'édifice connu actuellement sous le nom de Tidjciirt, tribunal de commerce destiné primitivement à servir d'université. Le cube tut rencontré à trois mètres de profondeur.

L'érection de cette statue évo que des souvenirs historiques fameu.x. L'empereur Arcadius (395-408) avait épousé Eudoxie, aussi belle qu'orgueilleuse. Cette princesse adopta les mo des les plus luxueuses et les plus extravagantes et l'évè que de Constantinople. Jean Chrysostome, entreprit, sinon de les corriger, du moins de leur dire son opinion sans détours. Ni les étoi les, ni les bijoux, ni les cosmétiques ne trouvaient grâce devant son éloquence abrupte et ses sous-entendus blessants. L'entourage d'Eudoxie lui fit partager les colores féminines soulevées par les allusions et les reproches du grand orateur. Celui-ci fut banni au faubourg du Chêne, à Djadi-Bostan, près de la Chalcédoine moderne, à l'instigation de Théophile, évè que d'Alexandrie. Mais cet exil fut de courte durée et Jean Chrysostome rentra bientôt en triomphe à Constantinople.

Ce fut à peu de temps de là que l'impératrice exigea de son mari et obtint l'érection d'une statue iconi que dans l'enceinte de la ville impériale. Le sénat l'approuva par un vote et décréta que l'efTigie serait placée sur le forum principal, en face de la curie. La statue fut érigée au mois de septembre 403 sur les Pitlakia, donnant sur le forum auyiisleum, qui s'étendait au sud de Sainte-Sophie. Elle se dressait sur une colonne de porphyre ', posée sur le piédestal qui nous a été conservé : la statue était en argent massif et représentait l'augusta. L'inauguration des statues impéria les s'accomplissait d'après un cérémonial traditionnel, sur lequel le paganisme avait laissé sa forte empreinte, que les empereurs chrétiens toléraient complaisamment. Théodose lui-même s'arrangeait fort bien pour ses effigies des honneurs de l'adoration et Eudoxie en bénéficia sans le moindre remords. Pendant plusieurs jours des réjouissan ces publiques furent célébrées autour lie sa statue, pour la plus grande satisfaction du peuple et de l'augusta : danses, pugilats, pirouettes, comédies et far ces au grand complet : ludi populares ut mos est, écrit Socrate. Tout ceci était fort bruyant et non moins déshonnète. Or c'était en face de la basili que de Sainte-Sophie que se déroulaient les épiso des offerts à la joie populaire : l'évè que Jean y pouvait voir une provocation et une insulte, d'autant que les cris des bateleurs, les accords des instruments et les clameurs de l'assistance venaient, par moments, troubler le chant des psaumes et couvrir la voix de l'évè que '. Celui-ci se plaignit au préfet de la ville, demandant la répression du scandale, mais il n'obtint rien. Le fonctionnaire invoqua l'usage immémorial, la sincérité des sentiments populaires et promit, senible-t-il, d'en référer à l'impératrice. En conséquence, dès le lendemain, le bruit et le scandale redoublèrent de violence et l'évè que Jean, perdant patience, s'adressa à son défenseur et à son client habituel : le peuple. Les historiens se sont évertués à faire remarquer l'éloquence et le courage des Pères de l'Église, ils ont pris peu d'attention à ce fait, que ces grands évoques s'appuyèrent régulièrement sur la démocratie pour l'opposer au pouvoir monarchi que et faire échec à ce dernier. Cette conduite paraissait d'un mauvais exemple au moyen âge et sous l'ancien régime ; aussi prenait-on le parti d'en détourner la signification sociale en faisant porter l'insistance sur un conflit personnel entre le saint et le prince ou la princesse immodérément ambitieux et inexcusable. Cela fait, on se rabattait sur les mérites littéraires de la joute oratoire et il était bien entendu que l'opposition politi que était hors de cause. En réalité, les grands évèques .\thanase, Grégoire de Nazianzc, Ambroise et Jean Chrysostome ne répugnaient pas à se servir de la puissance et de la menace populaires pour peser sur Constance, sur Théodose ou sur leurs débi les collègues impéri aux. Ce faisant, ils ont exercé une pression souvent redoutable, pres que toujours efficace, au nom des démocraties. Jean Chrysostome, on la circonstance qui nous occupe, n'y manqua pas. Uu haut de la chaire, il éclata contre ceux qui se livraient aux jeux sacrilèges, contre le préfet qui les ordonnait, contre l'impératrice qui les tolérait et, dans son orgueil, faisait profaner le lieu saint par l'écho des joies malsaines et des cris impurs. Son discours n'a maUieureusement pas été conservé, mais les chroniqueurs ont recueilli et consigné le souvenir des violen ces de sa parole, s'emportant en allusions aux femmes impies de l'Ancien et du Nouveau Testament, à la courtisane Hérodiade, par qui Jean-Baptiste avait péri. Tout cela pouvait être plein d'éloquence ; quant à la mesure et au bon goût, il semble que l'orateur s'en préoccupa assez peu. La ville fut en rumeur, l'impératrice exigea vengeance et Arcadius s'y prêta. Ce qui suivit n'est plus de notre sujet.

La statue érigée depuis un an ( fin septembre 403), Eudoxie mourut (6 octobre 404). La statue tomba lors du tremblement de terre de 732.

H. Leclercq.


EUGÈNE DE LAODICÉE. Dès l'année 1740 Le Qui' ?« rédigeait la notice de l'évè que Eugène, dans VÔriens chrislianus '. en s'aidant du texte de l'épitaphe, d'après une copie que lui avait fournie Jean Jebb, de Cambridge. A la fin du xvin« siècle, Gaetano Marini transcrivait ce même texte dans ses notes (en cursive, mots séparés mais sans accentuation) *. En 1895, Vi ». M. Ramsay écrivait ^ : I hâve not been cible to learn anythiny aboui this inscription, et deux ans plus tard, il publiait la copie de JMarini, communiquée par M. J. Laurent '. 11 n'en restait pas moins que Marini et Le Quien étaient tributaires de Jebb, lequel possédait un dessin ou une transcription de quel que voyageur. Rien dans le texte n'indiquait que cet Eugène eût occupé le siège de Laodicée du Lycus, plutôt que celui de Laodicée de Syrie. La mention de la ligne 3 ' demeurait obscure ; cependant le fait que Le Quien avait, sans ombre d'hésitation, introduit cet Eugène dans la liste épiscopale de Laodicée du Lycus. autorisait la supposition qu'il tenait quelques renseignements topographiques précis de J. Jebb.

C'est, en effet, à Laodicée de Phrygie que fut retrouvé le sarcophage de marbre, enfoui à moitié dans un champ attenant au cimetière du village turc de Ladik, qui s'élève sur l'emplacement de l'anti que Laodicée-Brùlée '. Sur la face antérieure est gravée M(âpx.O ! ;) 'Io'J(Aioç) Eù[Yâ]vici( ; KupîXXou KsXcpoç KouTiaoécoç (Î0UX(£UT0'J) ! ; èv tt) xa-^à IltaiStav YjyejxoviKÎj rix, !. xai yr,\ioic, éuyaTspa Faîo'j Nscyropiavoù ouvzXtjtixo'j C>X(aouiav) 'louX(iav) 0[X]aoutavT,v xai (J.£t' èttitsi[|x] iaç aTpa-£'JCTÀ(jtevov èv Se zC> [(xjETï J'J y. ?^'''<'> XÎXE'Jaeox ; [ço]irr,r ;i<jriÇ èttI Majtjjttvou TOÙÇ Xp(e]t<jTtavoùi ; 0'jsiv xo c't jir, à7 :a|X]XiaaîCT9at t ? ;ç (îTpa-£Î[a| ! ; — XEiCTTaç Se ôaa ; |3aCTivo|'j ;| ûjroiistvaç èjtl AioY£[v]o'jç •J)YE[a6vo( ; arrouSiaaç [t]£ T^Ç Tf,V TCÔV Ç'jxàatîcov Xpôvov -[e] Ppaxùv èv -rr, AaoStxècov ttoXi xai poijXy ;CT[s]t toO tî BeoO ÈTTiaxoTroi ; xaTa(TTa6[£|'t ! ; zxl EÏxoai. ttév-e ôXoiç ëtecîiv t' ! ;v


STRLCTXOITÏJV

(lExà -oX[Xt)| ; Stoi[x]ïiooc ; xai -âaav tï ;v èxXT,CTiav àvotxoSci[(x]r)aaç à-ô 9E|j.EXicov xai a'Jv-avTa -rôv -Epi aÙTr,v xôa(xov [t]où-' ècjTiv <jToà>v te xai T[E-r]pa(jTÔcov xai xai xè xai xai — âai Toîç È'pYoïç xat TtfâvTJaç ^sic^ ^S(c> xaraaxEudéfaaç Xvli6\J.z]v6< ; te tov tcjv Pîov È7ToiT,CTa TTÉ[XTa te] xai copov èv fi Ta [7r]po|Y£Ypa(X(XÉva]TaîiTa È ;rotr|aa i-zv(p(i.)tf{z)i'v s. Iç Tiifipov èj [J.OV TYJÇ TE èx|Xci-j'ï)( ; à7t]o Toù Yèvo'jç (iOU.

« [Moi], MarcJu les-Eugène, fils de Cyrille Celer de Couessos, sénateur, j'ai servi dans Vofficium du gouverneur de Pisidie, et j'ai épousé la fille de Gains Nestorianus, sénateur, Flavia Juliana Flaviana, et j'ai servi avec mérite ; et entre temps, un ordre étant venu de Maximin que les chrétiens sacrifiassent et qu'ils ne se retirassent pas du service, j'ai souffert nombre de tortures sous Diogène gouverneur, et j'ai obtenu de me retirer du service en gardant la foi des chrétiens ; et j'ai passé quel que temps dans la ville des Laodicéens, et par la volonté du Dieu tout-puissant, évè que j'ai été fait, et vingt-cinq années pleines j'ai exercé l'épiscopat avec grand mérite ; et toute l'église j'ai rebâti de fond en comble, avec tout ce qui à l'entour l'orne, à savoir, les portiques, et les quadrup les portiques, et les peintures et les incrustations, et la fontaine, et le porche et tous les trav aux de tailleurs de pierres ; en un mot, ayant tout édifié, sur le point de quitter la vie humaine, j'ai fait pour moi une clôture et un sarcophage, sur lequel j'ai fait écrire tout ce qui précède, [pour mon tombeau] et de l'élite de ma famille. » C'est peut-être beaucoup accorder que de rappro' En juillet 1908. W. M. Calder, A jourth-centunj Lycaonian bishop, clans The cjposilor, nov. 1008, p. 385-408 ; avril 190 !), p. 307-322 ; W. M. Kamsay. A Laodiccan hishop, clans même reviiP. di-c. 1908, p. 409-419, 54(>-557 ; Liike the phy- .MCi« /i,iii-S« ,London, 1908. p. .3.39-351 ; A. Harnack, dans Theologisctw Literatiirzeituiig, 1909, p. 165 (d'après Ranisay) ; Bonaiuti.dnns Bivista storico-critica dclle scicnze teologiche, gennaio 1909 ; E. Josi, dans Conferenzc di archeol. crisl., magt ;i<> 190') ; S. Scaglia, -Vofiones archivologicœ christianu-, in-12. lîoina', 1909, t. il a, p. 271 (traduction peu exacte) ; P. Franchi de' Cavalier !, Mtirco (iitilio Euyenio vescovo di iModin-a di I.iaionia ïiel secoln /r, dans A'oïe agiografidie^ lascicolo 3° des Studi e lesti. l'M9, t. xxii,p.59-73 ; E. l'reuschen, Analecta Kurzere Texte ztir Gcschichte der aïten Kirchc tiiid des Kannns, 1909, p. 149-150 (incxacleinent) : W. M. Itamsay et \V. M. Calder revirent l'oriKinal en mai 1909, ils corrigèrent deux lectures et prirent un dessin. »W. M. Ramsay, Tlw epitaph o/ M. Julius Eugenius bisliop 0/ Laodicria. dans Tlie cipoxitor, janv. 1910, p. 50-55 ; W. M. Calder, A j'uiirney round tlie Proxeilenuncne, dans A'/io, UeiIràge ziir alten Gescliichte, 1910, t. X, p. 232-233 cl pi. ; I cher ce texte de l'inscription d'.\bercius (voir ce mot), mais, saut cette légère réserve, l'épitaphe d'Eugène demeure un monument histori que de premier ordre, autant pour l'histoire de la persécution de Maximin Daia que pour l'étude des premiers édifi ces architectoniques chrétiens. Ce monument épigraphi que doit prendre place à côté de ceux d'.\rykanda (voir ce mot) et de Didymes (voir ce mot), qui illustrent si précieusement l'histoire de la persécution déchaînée par Dioclétien.

Le texte est correct ; on peut noter, ligne 4, une faute due au graveur, ([ui a employé l'accusatif au lieudugénitif : pour ; le lapsus s'expli que facilement par les premières lettres du mot suivant, qui sont précisément èv ; — ligne 16, le texte est exact : xai -po :ruXou xai Traot.... il ne paraît pas nécessaire d'introduire entre et xai la préposition (tjv, sous prétexte qu'elle est d'un usage courant parmi les grecs de Phrygie et d'Anatolie. On n'a pas longtemps à chercher dans la collection des inscriptions grecques d'Asie pour rencontrer des tournures analogues, passage du génitif au datif et vice-versa. tournures fautives au point de vue grammatical, mais qui n'en sont ni moins tolérées, ni moins fréquentes - ; — ligne 17, on a proposé quelques retouches : xai -(ivT]a<i ;> à7rXcô(ç) ; àpvo'j[xE]vô ; te tov tcov ^tov (Ramsay) avec cette traduction : and having. in a ivord, set everylhing in order ; onrf renonncing tlw lifc o/ mcn (jor a hermi l's). mais cette retraite volontaire pour embrasser la vie solitaire est un postulat que pas un seul mot n'autorise dans le texte. Il semble même que toutes les vraisemblan ces s'y opposent. Eugène récapitule les événements princip aux de son existence ; son origine, sa carrière, son mariage, ses tribulations, son épiscopat, la construction de sa cathédrale, la préparation de son tombeau ; il est trop naturel que cette vie bien remplie est arrivée à son terme naturel plutôt qu'à l'instant d'adopter l'observance des solitaires. La pensée de se préparer un sarcophage pour les siens et pour lui. avec la copieuse commcmoraison de tout ce qui lui arriva, n'est guère en rapport avec le dessein de se retirer du inonde ; enfin ô tcôv ^ioç désigne tout uniment la vie humaine et nullement l'existence mondaine. Une autre conjecture : ; ou bien ; te t6v àv6pcÔ7 :tov fllov(P. Franchi), avec cette traduction ; considerando la vita umana ou bien /icnsando alla sua cadacilà'.ue semble pas devoir cire iiréférée à (pour Xei'^ojxevoç) ' : — ligne 19. La dernière lettre de la ligne précédente est un e et la restitution eJIç tÙjjl[îov £]a6v est vraisemblable sans être absolument certaine ; on pourrait lire ; è|||jtôv tyj ; TE..., on le pourrait avec d'autant plus de vraisemblaiicc (iiie celte finale semble avoir été ajoutée. Eugène ne pensait d'abord qu'à lui seul en élevant ce tombeau : È7roir,aa aopôv..., ce n'est <|u'ensuite (lu'il se ravisa et étendit la propriété de la sépulture à ses descendants. Toutefois il était utile d'en faire mention, afin d'éviter à ceux-ci beaucoup de tracas ; un bout de phrase y pourvut, mais on peut se demander si la présence de cet s isolé à l'extrémité de la ligne 18 n'était pas un artifice destiné à rattacherplus étroitement au texte entier l'addition è[jiov rr, ; tî...' ? .Marc-Ju les-Eugène donne le nom de son père. Cyrille Celer, en son vivant bouleute. c'est-à-dire sénateur de Laodicée. Cette mention de l'ascendant équivaut à l'état civil de nos jours ; en outre, le titre de bouleute est une recommandation d'honorabilité. Bien qu'originaire de Couessos, localité aujour d'hui inconnue, Cyrille Celer ne pouvait être bouleute de d'hommes groupée autour du gouverneur pour l'assister dans l'administration de la justice, les uns employés de bureau, les autres armés, gens investis d'attributions multip les *. L'officium, nous le savons à la fois du jurisconsulte Paul =• et d'une constitution du code Théodosien ', ne suivait pas le proconsul dan.s ses changements de résidence : il demeurait attaché au pays où s'exerçaient ses fonctions. Trois devoirs entre autres lui incombaient : informer le nouveau magistrat de l'état des affaires pendantes, lui faire connaître les actes de ses prédécesseurs, et le rappeler, au besoin, à l'exécution de la loi. 1-a TàE'.ç ou officium désigne de façon courante la réunion des appariteurs groupés autour du magistrat. On peut dire sans exagération que les exemp les abondent. Nous rencontrons dans un papyrus byzantin de l'année 569 un TipôÇifjioç ttjç 7 ;y£(xovi/î7) ; -ilzuiq' ;


MIOY e^ MICCKYPLAAOYKCAÊPOCKOYHCCFUCBOYA i CTPATerc KMTHMA e kahti Koy , AI°YA<t'/ « RIANHNKAIKETCTTITÉIMACCRPATTYCAHTHOA enûetcj-(ÉTAî'0(POHUK€MYCTUC<->lT HCACHCETTL M '^ MOVCX P ICTIAN°YCOYE !MKAMHATT|i, UCCÊCEALTH C« ru THCCTPAT6IACTKNRUNXP€ICTLAN N c ■KCTATFOA ;0|.-HCACKAMACANTHN€tW HC IANOLKOÛO l>.Y IKOCKOM-JYTÉCTIHCTOUHTEKALTE TP/XCTOCOHKA| ZCjrPA^I 0/ »<^ll<TNTHC£L n (-QTI C '

(ONTMCTCEF

OToTr€MORCKOR cette bourgade et son titre le rattache au sénat niucipal de Laodicée '.

Eugène nous apprend qu'il a servi èv t^ xari riic'.- -ràïî'.. Qu'est-ce à dire' ? W. JI. Ramsay y voit a soldier in the governor's maniplc -, et expli que ciu'il se trouvait in the body oj Iroops attached lo the immediitle sr n'icc i>j the governor of the province Pisidia. Ce gouverneur est connu, il avait nom Diogène =, mais, comme tous les gouverneurs de province, il avait non seulement des troupes sous ses ordres, mais une administration civile. .\ celle-ci. à défaut d'un équivalent dans notre langue, mieux vaut laisser son nom latin d'olficium. l.'iif l'icium, c'est donc cette poignée dans un autre, du vi^ siècle, un cs'.'{yo\>Xipioz -zr^ç fiYEfipvtx^i ; y.x-à. Qr^^xiSoç Ta^^co ; et un c'-YYO'jÀip'.o ; TYJÇ Ta^Ecoç' ; dans un troisième, de l'année 403. i ! est question du pilote rXoîo'j 7toXuxtô-ou l^'j— T'jç T ?, Tijei r.YEpiovîa ! ; ©ïjpatSoç' ; dans un quatrième enfin, de l'année 372, adressé à deux ôçç(ix.taAÎot ;) TiJ^coç fjYEzovîotç 0r,^at8oç, il est question de l'r^yE^io'jiv.i] -râ^iç ' ». A maintes reprises les textes hagiographiques emploient 7iE,ic, et officium ; notamment le procès-verbal inséré dans les .\ctcs des saintes Agape, Irène et Chionie, en 304 : èz tîjç Ta^Ecoç àve-(Mcja8r, « , et Eusèbe, qui emploie indifféremment •ÂjYElxovixf, -riïii ; ou -rjYZ^ov.y.m -ziyyLX '-. -A. ce même Eusèbe de Césarée, l'empereur Constantin écrit pour lui mander d'avertir les « chefs des Églises », évèques, prêtres et diacres, de relever les édifi ces chrétiens, de les agrandir, d'en bâtir de nouve aux à leur place. Eusèbe n'aura qu'à s'adresser pour obtenir les fonds nécessaires rapâ zz tjyejxùveuôvtcov xal TÎ)ç è-ap/iXTii ; Tâ^stoç '. Ce n'est pas évidemment à l'administration militaire qu'Eusèbe demandera les crédits, mais à l'administration civile ; c'est dans celle-ci qu'Eusèbe fit carrière de bureaucrate, et, nous dit-il, carrière méritoire. C'est là prétention de tous ses congénères : (ict' è-tTifiîai ; S'jcjà|.iE'^oç. ils étaient là tous chamarrés de titres énigmatiques : princeps, corniculariiis, commentariensis, apparitor, etc., prêts à se lancer à l'assaut des contribuab les. Lactance, qui eut peut-être maille à partir avec cette engeance fiscale, nous l'a montrée à l'œuvre : Officiorum omnium milites, vel polius carnili ces, singulis adhœrebant : cui prias satisftcret„incerliim -. Peut-être les métho des dont usaient ces pacifiques agents à l'endroit du pubHc leur donnaient-el les l'illusion de rivaliser de procédés avec la milice armée ; mais plus simplement, ces « civils » usaient d'une métaphore rebattue de leur temps comme dans tous les temps, « ils étaient au service » ou bien « ils quittaient le service ». On les eiit fort divertis, sans doute, en leur racontant que nos contemporains feraient d'eux des mihtaires =.

Le fils du bouleute de Laodicée, honorablement installé en quel que administration, épousa Flavia Juliana Flaviana, fille du sénateur Gains Xestorianus. C'est tout ce qu'il nous en dit ; en demander plus serait indiscrétion. Toutefois, il est permis de remarquer que les sénateurs n'étaient pas nécessairement attacliés à Rome, on en trouvait en province '. Rien n'indi que que le beau-père et la femme d'Eugène fussent chrétiens °.

Employé modèle, s'il faut l'en croire, Eugène faisait carrière dans l'administration sans que sa qualité de chrétien lui portât préjudice '. Après tant de luttes on avait abouti à la tolérance et les années qui précédèrent le retour oITensif de 303 furent particulièrement calmes. Doucement assoupis dans leur besogne quotidienne, les bureaucrates envisageaient avec d'autant plus de confiance le déroulement futur de leur carrière qu'ils savaient qu'on les dispenserait d'accomplir les sacrifi ces rituels auxquels répugnait leur conscience '. Est-ce à dire qu'ils pouvaient s'élever jusqu'aux premiers échelons'.' On n'en a aucun indice '. Quand Eusèbe nous apprend qu'une certaine ville de Phrygie, qu'il ne nomme pas, avait tous ses magistrats chrétiens -iv-eç ol ttjv ttÔXiv otxoûvteç, XoyKT-nfjç te aù-rôç xal ctùv toïç Èv -réXEi, TTÔtat za'i ciXco Syj|x&), /pia-riavoùç acpàç X. T. X. ', il ne nous permet pas de comparer un maire et ses adjoints à un préfet. Quelques personnages ont pu parvenir à faire carrière, quoi que chrétiens, et à s'élever assez haut », mais il serait plus qu'impossible de prouver que ce n'était pas au moyen d'un compromis que les esprits entiers nommeraient apostasie.

Quand fut promulgué l'édit de persécution de Dioclétien, 24 fé\Tier 303, Eugène trouva moyen d'échapper à ses dispositions rigoureuses, l.'édit était cependant positif ; il dépouillait les chrétiens de leurs charges et dignités ; ...ut religionis illius hominescurèrent omni honore uc dignitute « . Par quelle subtilité parvenait-on à esquiver ces mesures ? Nous l'ignorons, mais les habi les furent finalement acculés par un édit de Maximin Daïa. Lequel ? « Peut-être l'un de ceux qu'Eusèbe date des premiers mois de 306 : « Des lettres du tyran furent expédiées alors pour la première fois, ordonnant que tous et chacun sans exception fussent, par le ministère et le zèle des magistrats des ^^l les, contraints de sacrifier '=. » L'édit dont parle l'épitaphe d'Eugène est plus étroit encore, puis que les fonctionnaires chrétiens y sont contraints de sacrifier et n'ont pas la faculté de se retirer du service, Gûeiv xa't y.ri t^ç o-paTEtaç. On rapprochera ces ternies de ceux d'un édit de Licinius signalé par Eusèbe : Licinius ordonne que les fonctionnaires soient révoqués, chassés du service, s'ils refusent de sacrifier, toùç xarà ttôXiv ; •f ;YE|jtovixtî)V TXYfxâTcov à7To[3àXXECT6oti, el jit, toïç SaifiOCTiv alpoîvTO 6'JEtv, s'JETO ». Ce qui donne à croire que, rentrés dans la vie privée, dépouillés de leurs dignités, ils seront du moins libres de rester chrétiens. Maximin, au contraire, ne veut pas qu'ils quittent le service, et il veut qu'ils sacrifient. C'est à cet édit de Maximin qu'Eugène refuse d'obéir '■'. 11 lui en coiJte des tortures, probablement la question, sous le gouverneur Valerius Diogenes, prieses provincia ; Pisidiœ '^ et peut s'estimer heureux de démissionner de son emploi sans avoir apostasie sa foi. Ainsi cet Eugène est vraiment un hoiiime habile. Il est bien né. bien marié, bien installé en quel que prébende administrative. La persécution survient, qui impose l'apostasie ou la mort et interdit 1 ;<. démission ; Eugène s'arrange pour garder la foi et la vie et prendre sa retraite. Il a bien gagné un peu de repos, qu'il prend à Laodicée, il s'y plaît et il \ plaît, les fidè les l'éUsent pour évc que.

Après avoir été fonctionnaire, Eugène devint évêque, il le nous apprend lui-même ; ses diocésains ne nous ont pas donné leur opinion. Quoi qu’ils en aient pensé, ils ont gardé leur pasteur un quart De au moins ; car c’est après vingt-cinq années d’épiscopat qu’il prit fantaisie au saint homme de se rendre justice en son épitaphe. Comme ledit évêque Eugène décida de s’éloigner de l’administration ne peut prendre place qu’entre 300 et 313, qu’il a passé plus de temps à Laodicée à se remettre de ses émotions et qu’il a déjà rempli vingt-cinq années d’épiscopat, l’épitaphe nous amène au plus tôt vers 332 à 339. On pourrait se demander pour quoi Eugène ne représentait pas l’Église de Laodicée en 325 au concile de Nicée, mais on n’a aucune raison à en donner, sinon que son absence est dûment constatée.

Pendant ce quart De d’épiscopat « avec grand mérite », Eugène construisit sa cathédrale. La persécution de 303 avait imposé la démolition des édifices du culte chrétien et, sauf un très petit nombre peut-être, ils n’auront pu échapper à leur sort funeste. La paix de l’Église amena un essor curieux de constructions ; parmi les temples relevés alors, se trouva celui de Laodicée. Eugène y mit tout son cœur. Si on en juge par ce qui s’est passé ailleurs, on peut induire que ce fut sur l’emplacement de l’édifice détruit que s’éleva la basilique nouvelle ; en effet, l’évêque l’a rebâtie depuis les fondations, ce qui ne veut pas dire qu’il se soit contenté de relever les murailles sur l’ancien plan : toutes ces basiliques constantiniennes visaient à la grandeur et l’accroissement du nombre des fidèles dans les communautés imposait l’adoption de plans agrandis. La partie sacrée, le sanctuaire, la confession, sera demeurée immuable, le reste s’élargit à raison des besoins nouveaux. L’évêque pourvut aux aménagements alors tenus pour indispensables à l’entour d’une basilique, c’est ce qu’il appelle le « décor ». (C’est ici qu’a pu s’exercer sa part d’innovation, car avant la paix de l’Église, ces installations étaient nécessairement restreintes et souvent même entièrement inconnues, mais des conditions nouvelles révélèrent des besoins nouveaux.

En avant de la basilique relevée, restaurée, Eugène éleva un atrium quadrilatéral à portiques, dont un des côtés s’appuyait à la façade de l’église. Il en a été ainsi parce que son texte l’indique à peu près clairement et que les constructions similaires de cette époque ne permettent guère d’en douter. Ces portiques étaient ornés de peintures, d’incrustations en marbre. Ce qui montre assez que c’est bien de l’atrium qu’il est question dans la pensée de l’évêque Eugène, c’est qu’il mentionne la « fontaine ou cauthare » (voir ce mot), dont la présence est réglementaire dans l’atrium ; enfin le porche, « » ; on voit qu’il est toujours question des abords de la façade. (Le qui suit est plus vague, il s’agit de « tous les travaux des tailleurs de pierres » ; comment y découvrir le fait que l’édifice est totalement en pierre sans plafonds de charpente ? Comme il s’agit de divination, il est malaisé de pousser la discussion jusqu’à l’humble détail ; toutefois, si la basilique n’avait pas de plafond en charpente, c’est qu’elle n’avait pas de couverture, car d’une voûte en pierres ou d’une coupole, à cette date, dans cette contrée, il n’est naturellement pas question. Les artifices ingénieux, mais mesquins, au moyen desquels les bâtisseurs syriens couvraient en pierres les maisons et les basiliques étaient inapplicables à Laodicée du Lycus. Les travaux des tailleurs de pierres sont probablement les constructions qui avoisinaient l’édifice, c’est-à-dire maison de l’évêque, dépendances, communs, etc.

Ayant fini sa tâche et gouverné vingt-cinq ans son Église, l’évêque s’avisa qu’il était âgé et peu éloigné de son terme. Il se fit préparer un tombeau consistant en un sarcophage gardé par une balustrade, et rédigea son épitaphe, soucieux peut-être d’épargner à son clergé le soin de le louer comme il entendait l’être. Il était dit qu’il n’aurait pas tout prévu, il ajouta une clause finale de quelques mots, déclarant l’appartenance de sa tombe « à l’élite de sa race », probablement ses enfants. Ceux-ci auraient le devoir d’entretenir et de garder la place funèbre, mais rien n’indique qu’ils eussent licence de venir y reposer à leur tour et à quelles conditions, ni quelles pénalités ils pourraient requérir contre les violateurs éventuels du tombeau. Ces lacunes sont remarquables, parce que les hommes du IVe prenaient au contraire grand soin de mentionner les futurs compagnons qu’ils admettaient à partager leur sépulture. Est-ce ignorance, est-ce dédain pour les usages reçus ou pour les lois existantes, est-ce malice à l’égard du fisc, frustré de la perspective d’une amende à recueillir ?

H. LECI.ERCG.


EUGYPIUS. Cet Africain nous intéresse à plusieurs titres, Cassiodore recommandait la lecture de ses œuvres : Eugyppius quidem nos quidquid vidimus, virum quidem non usque cidco saecularibus litteris eruditum, sed scripturarum divinarum peritissimum, et, ce disant, il ne fait allusion qu’au commentaire sur saint Augustin. Commentaire est trop dire, il ne s’agit que d’un extrait, ce qui semble justifier assez peu la remarque : generum hodieque catholicorum Ecclesia viros illustres. L’intérêt principal de cette compilation est peut-être moins en elle-même que dans un précieux manuscrit qui nous l’a conservée et qui appartient à la première moitié du VIIIe. Ce manuscrit est incomplet. Il ne contient que le prologue (fol. 1), la table des chapitres (fol. 8) et les soixante-dix-sept premiers chapitres de l’ouvrage, moins la fin du chapitre XXIX, les chapitres XXX-XLI, le commencement du chapitre XLII, la fin du chapitre LXXV et le commencement du chapitre LXXVI. Ces lacunes tiennent à la perte des cahiers VI-VIII (entre les feuillets qui sont aujourd’hui cotés 49 et 50), à celle d’un feuillet qui était placé entre les feuillets actuels 91-92, et à celle des cahiers XV et suivants. L’ordre des onze cahiers qui subsistent est indiqué au bas de la dernière page de chaque cahier, par les chiffres r-v, vini-xini. Aux cinq premières signatures (fol. 8 V, 12 v, 20 v, 35 v et 49 v), le numéro d’ordre est précédé de la lettre Q, initiale du mot Eugyppius.

Eugyppius était abbé du monastère de Castellum Lucullanum, près de Naples. Nous savons par Fulgence de Ruspe qu’il s’y trouvait un atelier de copistes : Libros, sicut praecipisii ad Monimuni dalos, in quaternionibus destinavi... Obsecro ut libros quos opus habemus, servi tui describant de codicibus vestris. Un atelier de copistes suppose une bibliothèque bien fournie et, en effet, nous lisons sur un manuscrit d’Epternach : Bibliotheca Eugippi præsul ; il contenait la version originale des évangiles par saint Jérôme et fut collationné en 558. Un manuscrit de Cluny, du IXe, renferme les lettres de saint Augustin et, au fol. 76 verso, inséré hors de sa place, une série de poésies de Noël. À la fin du manuscrit, fol. 156, on lit cette note : Legi Faustus juxta mendosam exemplar in Scverini, Deo gratias. Explici. Cette note n’est pas du correcteur de ce manuscrit, mais elle reproduit une note d’un exemplaire plus ancien. J.-B. De Rossi corrige ainsi et à bon droit : Legi Faustus juxta mendosam exemplar in Scverini, peut-être in monasterio Severini ou bien in oratorio S. Severini, ce que nous lisons vers le même temps dans la correspondance de saint Grégoire le Grand.

Le castellum ou castellum Lucullanum reçut en 488 le corps d’un personnage renommé pour sa sainteté, Séverin, abbé de Faviana, dans le Norique. Cette circonstance et l’accueil favorable accordé à la Vie d’un moine appelé Bassus, laquelle avait été composée par un laïc, engagèrent l’abbé Eugyppius à s’essayer lui aussi dans l’hagiographie. Eugyppius (comme tous les hagiographes) ne songeait qu’à prendre des notes pour lui-même et à rendre service à ses amis en les leur communiquant, car il jugeait que les faits merveilleux de la vie de Séverin ne devaient pas tomber dans l’oubli. L’auteur laïc de la Vie de Bassus ne demandait que des matériaux, qu’il se chargeait de mettre en œuvre, et Eugyppius composa à son intention un commemoratorium de la vie du saint, dont il puisa les éléments dans les récits quotidiens des moines âgés et dans les traditions recueillies par lui-même. Son butin ramassé, le bon Eugyppius connut la subtile tentation d’écrire et ne put se résoudre à confier l’œuvre à la plume d’autrui. Ce laïc, pensa-t-il, écrit correctement, cela ne vaut rien, et les illettrés auront peine à le comprendre. En conséquence, il s’adressa, l’hommage n’avait rien de lâcheur, au diacre Paschase, qui déclina l’offre en une lettre charmante, d’une fine ironie, dans laquelle il assure que l’éloquence ne saurait rien ajouter au commemoratorium et qu’Eugyppius lui-même est seul capable de réussir un morceau destiné à l’auditoire d’illettrés qu’il lui souhaite. On n’est pas plus onctueux et plus impertinent. Si Eugyppius vit la malice, il ne s’en vanta pas : ses matériaux risquaient de lui rester pour compte, il entama donc la Vita Severini.

Il faut lui en savoir gré, car il a su faire de cette biographie un document des plus importants pour l’histoire des migrations de peuples au Ve. Il n’est pas question de la patrie et de la naissance de Séverin, qui n’en parlait jamais, mais, à en juger par son langage (loquela), il était latin et l’amour de l’ascétisme l’avait entraîné vers l’Orient. À son retour, et c’est par là que la Vie débute, il arrive dans la petite ville d’Asturis, non loin de la Norique Ripensis et de la Pannonie, pendant les années agitées qui suivirent la mort d’Attila. Ses exhortations, ses prédictions sont dédaignées. Les merveilles se suivent désormais, entremêlées de prophéties, de miracles, mais sans abus, car c’est le mérite reconnu d’Eugyppius d’être bien informé, précis et sobre de merveilleux.


EUKHAITA. Eukhaïta (Paphlagonie), ensuite Théodoroupolis, aujourd’hui Zapharambolou (vilayet de Kaslambolou).

Copie d’une inscription (qui était dans l’église de « A ». STÎÇAVOÇ. La pierre a disparu.

' O saint Etienne ! toi qui visiblement m'as sauvée des cruelles douleurs que je souffrais, moi, ta misérable — • Bollnndus donna la Vie de saint Séverin, dans les Vies des saints, t. i (1643) ; c'est assez dire que son texte n'a qu'un intérêt presque exclusivement bibliographique. Deux éditions critiques furent données par P. Knöll, dans Corpus scriptorum ecclesiasticorum latinorum, t. ix, p. i-xxxii ; t. x, p. i-xvi, en 1888 ; cf. E. Missel, dans le Bulletin critique, t. VI, p. 331-332 ; et par Sauppe, dans Monumenta Germaniae historica, t. i, p. i-xx ; et G. M. dans Histoire critique, 1879, IIe série, t. vii, p. 441-442. Enfin par Th. Mommsen, Eugippii Vita Severini, dans Scriptores rerum Germanicarum in usum scholarum, in-8, Hanovre, 1898 ; cf. le même, Eugippius. Sauppe contra Knoll, dans Zeitschrift, 1897, t. xxxii, p. 454-458 ; 1898, t. xxxiii, p. 106-107. On trouvera un résumé précis et plus clair que l'exposé de Mommsen, dans Analecta Bollandiana, 1898, t. xvii, p. 475-471), et un récit de la vie, dans A. Baudrillart, Saint Séverin, apôtre du Norique (IVe-Ve), in-8, Paris, 1908, en tenant compte de Th. Sommerlath, Wirtschaftsgeschichtliche Untersuchungen. Part. II : Von Leben und Schreiben des Severin als Quelle zur altburgundischen Wirtschaftsgeschichte, in-8, Leipzig, 1903 ; A. Pigniol, dans la même revue, 1911, t. xxii, p. 495-498 ; H. Moretus, dans la même revue, 1915, t. xxvii, p. 117-118.

Amais, dans le genou gauche et dans le pied, je fais don de ce temple divin à la glorieuse ville de Théodore, l'illustre guerrier. Et ton pied que j'avais reçu moi-même en cadeau, je le donne à cette église, afin qu'il y reste et que l'on s'en souvienne à jamais.

Cette inscription a pour auteur l'impératrice Eudocie, femme de Théodose II ; elle fait allusion à un épisode connu du voyage accompli par cette princesse en Palestine, en 438 '. Pendant son séjour à Jérusalem, Eudocie assista à la dédicace d'un oratoire dans le monastère élevé par sainte Mélanie - et s'y démit le pied, que sainte Mélanie lui remit, dit-on, sans douleur, ce qu'on regarda comme un miracle. L'inscription nous apprend qu'Eudocie ne partageait pas cette manière de voir, elle gardait un souvenir cuisant « des cruelles douleurs de son genou gauche et de son pied », dont elle attribuait le soulagement et la guérison, pas du tout à sainte Mélanie, mais à saint Etienne, auquel l'impératrice témoignait vers ce même temps sa dévotion par la construction d'une basilique à Jérusalem. La dispersion des reliques de saint Etienne est une histoire encore mal connue ; on sait qu'on trouvait ces reliques à Minorque, en 417 ; à Uzale en Afrique, en 418 ; à Calame également en Afrique, peu de temps après ; à Hippone, en 424, etc. : l'évêque Juvénal de Jérusalem envoya à Théodose II la main du premier martyr, les chroniqueurs ne disent rien du pied. Si on s'en tient au texte de l'inscription, c'était à Eudocie elle-même que le pied avait été offert en présent, vraisemblablement pendant son séjour à Jérusalem, elle disposa de cette relique en faveur de l'église d'Eukhaïta. À la rigueur, l'inscription ne prouve pas que l'itinéraire de l'impératrice l'ait amenée de Jérusalem à Constantinople en passant par Eukhaïta, le fait est néanmoins possible et vraisemblable.

Eukhaïta était une simple bourgade, qui se développa à cause et autour du martyrium de saint Théodore le Soldat, un des grands saints militaires de l'Église grecque ; le nom de τοῦ γίου Θεοδώρου a pu être employé dès le Ve, ce n'est toutefois qu'au Xe qu'il a remplacé Εὐχαῖτα. En tout cas, dès le Ve, l'établissement religieux d'Eukhaïta servait de lieu d'exil, peut-être aussi de lieu de refuge. Le premier évêque connu n'est que de la fin du VIIe ', mais il est possible que, dès le temps de Justinien, il y eût là un évêché indépendant du métropolitain d'Amasie, relevant directement du patriarche de Constantinople.

Les abréviations BZ et EYA, que donne la copie pour la dernière ligne, sont suspectes : 0Ε ( = 515) est inexplicable : 0ΑΠρσ>.οv est étrange '.

H. Leclercq. EULALIE DE MÉRIDA ET DE BARCELONE (LES SAINTES).- - Il y a deux Eulalie. II. L'hymne de Prudence. III. La passion d'Eulalie de Mérida. etc.


IV. La liturgie. V. L'hymne de Quirice. VI. Les passions. VII. Sainte Eulalie de Barcelone et la liturgie wisigothique. VIII. La fête de sainte Eulalie de Barcelone. IX. Les témoignages espagnols. X. Les témoignages étrangers. XI. Cantilène de Sainte-Eulalie. XII. Épigraphie.

I. Les deux Eulalie. — Le culte de deux saintes martyres espagnoles nommées Eulalie est attesté par tous les monuments de la liturgie mozarabe ; la réalité de ces deux personnages reste toutefois un sujet de discussion. Eulalie de Mérida et Eulalie de Barcelone sont fêtées respectivement le 10 décembre et le 12 février ; mais, à part cette distinction, les récits des deux supplices sont si semblables dans toutes leurs circonstances, les témoignages en faveur de la vierge de Mérida si décisifs, ceux relatifs à son homonyme si discutables que la martyre de Barcelone est tenue depuis longtemps en suspicion. Vincent de Beauvais -, le premier, opinait pour l'identification ; il ne pouvait admettre qu'à la même époque, deux saintes de même nom aient subi des supplices à peu près identiques. Il s'expliquait une répétition dans le martyrologe, à moins que, ajoutait-il sans beaucoup y croire, duæ fuerint ejusdem nominis in eadem provincia passæ ; et in eadem persecutione. Cette distinction avait dû paraître invraisemblable à des auteurs anciens, hagiographes du VIIIe et liturgistes du IXe, qui ne l'ont pas admise.

Reprise de nos jours, après maintes discussions peu convaincantes dans le passé, la question des deux Eulalie, étudiée d'une façon toute positive, avec un soin minutieux de déterminer la dépendance des divers documents qui entrent en ligne de compte et de fixer leur chronologie, s'offre à nous sur la plupart des points appuyée de conclusions nouvelles, claires, solides et qui ne laissent plus guère de doute sur le résultat final de la controverse*. C'est cette remarquable étude que nous allons suivre et citer le plus souvent '.

Dès le IVe, l'existence de sainte Eulalie de Mérida est attestée par une série de documents d'une autorité irrécusable. C'est d'abord l'hymne du Peristephanon de Prudence ; au siècle suivant, la Continuatio chroniconum Hieronymianorum, d'Idace, évêque de Chaves ; au VIe, le chapitre XC du De gloria martyrum, de Grégoire de Tours ; au VIIe, les Vitæ et miracula patrum Emeritensium du diacre Paul de Mérida et l'Histoire des Goths d'Isidore ; à différentes époques, les inscriptions — sur lesquelles le nom d'Eulalie figure d'ailleurs sans déterminatif — les listes de reliques, les martyrologes, notamment Hiéronymien et celui de Carthage, la liturgie wisigothique, la passion d'Eulalie et celles de différents saints 'S mentionnent la martyre de Mérida et attestent l'expansion de son culte.

Il faut, au contraire, attendre le VIIIe pour rencontrer le nom de sainte Eulalie de Barcelone ; mais à partir de cette époque, on peut le relever dans l'hymne de Quirice, dans les passions de la sainte, dans la liturgie mozarabe, enfin, au IXe, dans Euloge de Cordoue.

C'est donc par la martyre de Mérida qu'il convient d'aborder cette étude ; les textes qui nous parlent d'elle se divisent en deux catégories : 1° l'hymne de Prudence ; 2° la passion et la liturgie wisigothique.


II. L'hymne de Prudence. — À défaut d'une passion contemporaine de l'événement, le plus ancien document relatif à la martyre est l'hymne composée vers l'an 400, c'est-à-dire moins d'un siècle après le supplice, tel que les détails ont pu en être transmis à un compatriote de la sainte. Malgré sa haute valeur documentaire, il est superflu de dire que ce récit n'est, ni par sa forme ni par son intention, une pièce historique. En voici la trame : Eulalie était née à Mérida, d'une famille noble ; lorsqu'éclata la persécution, elle avait douze ans, et déjà la jeune fille aspirait au martyre. Inquiets de ces dispositions, ses parents l'emmenèrent à la campagne, dans une retraite éloignée de la ville. Mais la courageuse enfant, trompant leur vigilance, s'enfuit de nuit, et, après avoir parcouru à vive allure une longue distance, elle se présenta dès le matin devant le juge, menaçante et l'insulte aux lèvres. Pour la calmer, le préteur essaie en vain les caresses et les menaces. Pour toute réponse, il reçoit des crachats au visage. Sur son ordre, deux bourreaux fustigent la sainte sur la poitrine, lui déchirent les côtes à coups d'onglets et lui mettent les os à nu. Sans une larme, sans un gémissement, l'indomptable martyre compte ses blessures et, dans un saint enthousiasme, chante les louanges de Dieu. On lui promène des torches autour des reins ; les flammes lui brûlent les côtes et l'estomac ; bientôt ses cheveux flambent, et la sainte rend l'âme en aspirant les ardeurs du bûcher. Au temps de Prudence, on voyait à Mérida le tombeau de sainte Eulalie : une basilique de marbre y avait été édifiée, et le peuple honorait la jeune martyre. » Quelques réminiscences virgiliennes ont été relevées dans ce poème ' et paraissent dès lors d'une historicité un peu sollicitée. Par exemple lors que Prudence montre Eulalie qui leiruit uspera carnifices (l. 5) et qui turbida frangere. bella parat et... femina pruviicat arma virum (33-35) ; souvenirs de Camille, aspera virgo f^. En., XI, 664, et Yll. 805), qui méprise les jeux de l'enfance. Et encore, de cette même Camille : paulatim exsolvit se corporc lenta que colla et captiim lelo posuit caput (XI, 829), et d'Eulalie : colla /luunt abcunte anima ; en sorte qu'il est difficile de déterminer quelle réalité historique ces expressions poétiques servent à déterminer.

Outre cette observation, on en peut faire une autre plus importante. L'hymne de Prudence sur sainte Eulalie présente des réminiscences évidentes de l'hymne attribuée à saint Ambroise et dédiée à sainte Agnès. Toutes deux sont âgées de douze ans, simple coïncidence peut-être, mais il n'en est plus de même sans doute quand on nous représente Eulalie cachetée à la campagne par ses parents, lia cura parentis (v. 11 sq.), et Agnès : metu parentes lerriti clausitrum padoris aiixerant ; de même, la fuite des deux fillettes : lores sine teste movet sepla que claustra jugax aperil (v. 43) et solvit /ores custodiie ; leur altitude devant le juge : superba tribunal adit (v. 54-65) et sponle irucis cklcasse minas rabiemquc iyranni du poème damasien à sainte Agnès ; enfin les deux jeunes martyres pudiquement voilées de leurs longs cheveux : crinis odorus ut in jugulos i ; fluxerat involilans liunuris, Ij quo pudibunda pudicitia |l virgineus que latcret lionos (v. 151 sq.), et dans le poème damasien : urere cum jlammis voluisscl nobile corpus ||... !| nudaquc profusum crinem pcr membra dédisse -. « De pareilles analogies, pour surprenantes qu'elles soient, ne permettent peut-être pas d'affirmer, sur ces seuls indices, que ces œuvres dépendent directement l'une de l'autre ; mais leurs caractères communs dénotent assurément qu'elles n'ont pas été écrites seulement d'après des traditions précises, mais aussi d'après une même conception du martyre d'une jeune vierge. Ce procédé de développement explique fort bien une caractéristique assez remarquable de l'hymne de Prudence, nous voulons parler de l'absence de tout nom propre — hormis naturellement ceux d'Eulalie et de Mérida — et de la pénurie de détails précis. Ni sur la famille de la sainte, ni sur la personnalité du juge, ni sur la procédure, la sentence et son exécution, ni sur l'attitude de la foule, nous n'apprenons rien de circonstancié. La nature lyrique de cette poésie ne suffit pas à justifier une aussi persistante imprécision.

« Au surplus, deux détails corroborent notre défiance. Lors que la sainte, dans un héroïque transport, s'échappe de la retraite où ses parents s'étaient réfugiés, elle parvient à surmonter d'énormes obstacles. Elle eut à parcourir, seule (sine teste movit, V. 43), durant une nuit (Et licet horrida nox sileat, v. 49) d'hiver (Ecce nivem glacialis hiems ingruit. V. 176-177), une longue distance (Abdita rara et ab urbe procul, v. 38 ; Millia multa prius peragit, v. 62), à travers une région impraticable et couverte de ronces (Inde per invia carpit iter. Ingreditur pedibus laceris. Per loca senta situ et vepribus, v. 45-17), et pourtant, au point du jour, elle est là devant le tribunal. Comme pour expliquer les invraisemblances qu'offre ce rapide et difficile trajet, Prudence a recours à deux merveilles : la sainte est guidée par des anges (Angelico comitata choro, v. 48) et elle voit sa route comme en plein jour (Licet horrida nox sileat, | Lucis habet tamen illa ducem, v. 49, 50). Il est impossible de ne pas songer à Raphaël guidant le jeune Tobie et à la colonne de feu qui éclairait la marche du peuple hébreu à travers le désert. Ce dernier fait est, du reste, explicitement rappelé par Prudence (v. 51-56). À la fin de l'hymne, on retrouve deux traits dont la fraîche naïveté devait tenter un poète. On vit, lors que la sainte mourut, son âme s'envoler au ciel sous la forme d'une colombe, plus blanche que la neige (v. 161-170), et son corps, abandonné sur la place publique, fut recouvert d'un manteau de neige comme d'un linceul ; les éléments, sur l'ordre de Dieu, faisaient à la sainte des obsèques (v. 176-180 ; cf. v. 184-185). Il est bien à craindre que ces détails, d'une si délicate poésie, soient plutôt une invention poétique (que l'expression d'une réalité).

« Les considérations qui précèdent nous forcent à conclure que, si précieuse soit-elle, même au point de vue historique, l'hymne de Prudence ne peut être considérée comme un document en tout point irrécusable ; son imprécision et surtout les innombrables allusions bibliques, liturgiques, classiques même, qu'on surprend partout, s'y opposent absolument. On ne peut dès lors en faire usage qu'avec circonspection et discernement. »


III. La Légende d'Eulalie de Mérida.

L'imprécision de l'hymne de Prudence succède un document où les moindres détails sont fixés et particularisés. Le père d'Eulalie se nomme Liberius, il habite la villa Promliano, dans la Bétique, à trente-huit milles environ de Mérida. Eulalie a une amie, qui s'appelle Julie, deux catéchistes, les diacres Félix et Donat, un juge, Calpurnianus. La liste des supplices offre un phénomène fréquent dans les pièces hagiographiques de mauvais aloi ; elle prodigue des traitements qui, appliqués à la rigueur, s'excluent nécessairement. Voici cette étrange nomenclature : fustigation du dos, brûlement, fustigation avec des verges mouillées, aspersion d'huile bouillante sur la poitrine, introduction dans un lit de chaux vive qu'on éteint, aspersion de plomb fondu, coups et écorchures avec des tessons, brûlement des genoux, emploi du sel sur les plaies, introduction dans une fournaise, promenade toute nue dans la ville, tension sur le chevalet, torches ardentes sur les côtes, crucifiement dans un brasier. L'imagination malade qui a trouvé cette énumération n'a pas songé qu'après avoir eu les genoux brûlés, on ne marche plus d'aucune façon et qu'un petit corps de treize ans ne résisterait pas à la moitié de cette série hideuse. L'auteur s'est fait un devoir d'expliquer que chacun de ces supplices laisse l'enfant insensible : c'est la meilleure explication qu'il puisse donner, puisqu'elle suffit à écarter de cette description tout caractère historique et, dès lors, cette portion du document ne relève plus de l'histoire. Les noms propres prodigués en vue de donner une apparente réalité au récit manquent leur but, puisqu'aucun d'entre eux ne peut se réclamer d'une attestation recevable. Dès lors, le document entier est suspect, sa date incertaine et les différences importantes qu'il offre par rapport à l'hymne de Prudence sont autant de motifs nouveaux de suspicion.

Deux détails réclament un instant d'attention, c'est le nom de la compagne, Julie, et du juge, Calpurnianus.

« L'existence de cette compagne, mentionnée comme martyre dans beaucoup de martyrologes, est loin d'être certaine. Prudence dit expressément qu'Eulalie partit sans être accompagnée de personne. D'autre part, en dehors de la passion, elle est citée dans le Martyrologe hiéronymien au 10 décembre, comme sainte Eulalie : et in Spanis Julia ; virgini ; elle l'est aussi dans le martyrologe d'Adon, qui s'est inspiré de la passion, et dans Pierre de Natalibus (l. c. liv), qui en fait la compagne d'Eulalie de Barcelone, décapitée comme elle le 10 décembre. Le nom d'une sainte Julie se trouve encore, à côté de celui d'Eulalie, dans une inscription d'autel datant peut-être du vi siècle, à La Morera, non loin de Zafra. D'après Prudence, Peristeph., III : Très hiemes quater attigerat.

Cujus ab ubere progenita est.

Ossibus ornât, amoris colit.

Florentini et le P. Du Sollier, le nom de Julia ne serait qu'une déformation, due à une erreur de copiste, de Eulalia. Certains auteurs n'ont pas hésité à accorder à sainte Eulalie de Barcelone une compagne s'appelant également Julie. L'église de Sainte-Marie de Tarragone se glorifiait de conserver le corps de cette prétendue martyre, tout comme l'église d'Elne se prévalait de la possession des reliques de sainte Julie de Mérida.

« Le nom de Calpurnianus, bien qu'il se trouve déjà dans le manuscrit le plus ancien de la Passion (ms. de Turin, D. V. 3, du viii siècle), n'est pas, comme on l'a cru longtemps, caractéristique de la légende d'Eulalie de Mérida. Le juge est appelé Dacien par l'auteur du martyrologe de Lyon et par ceux qui en dépendent, Florus, Adon, Usuard et, après eux, par Vincent de Beauvais. Ces témoignages pourraient paraître suspects. En effet, le remanieur qui composa le martyrologe de Lyon, en transformant la notice consacrée par Bède à Eulalie de Barcelone en celle d'Eulalie de Mérida, pourrait avoir repris le nom du juge dans le texte qu'il remaniait, mais cette distraction n'est nullement prouvée, puis que, dans les actes de sainte Léocadie, on dit aussi que le juge qui condamna Eulalie de Mérida s'appelait Dacien. Le même nom revient dans un grand nombre de passions de saints espagnols, et notamment dans celle d'Eulalie de Barcelone.

Entre le récit de Prudence et celui des passions actuellement connues doit prendre place la notice du martyrologe lyonnais (ms. lat. 3S79 de la Bibliothèque nationale). Tandis que le martyrologe hiéronymien donne au 10 décembre cette brève mention : in Hispaniis civitate Almeriæ sanctæ Eulaliæ virginis et martyris, le lyonnais se développe ainsi : Apud Emeritam, Hispaniæ civitatem, natale sanctæ Eulaliæ virginis : quæ, cum esset annorum tredecim, jussu Daciani præsidis plurima tormenta perpessa, novissime in equuleo suspensa et exungulata, faculis ardentibus ex utraque parte appositis, hausit ignem, spiritum reddidit et, cernentibus christianis, in specie columbæ, nivem cœlum petiit.

D'une comparaison instituée entre le texte de cette notice et divers extraits des passions publiées sous le nom des deux saintes, ainsi que l'hymne de Prudence, il ressort que, si le martyrologe, pour l'ordre et la nature des faits racontés, concorde en général avec le récit concernant sainte Eulalie de Mérida (ms. de Cardeña, fol. 43), il faut cependant recourir à la passion de sainte Eulalie de Barcelone pour retrouver le nom du préfet Dacianus, ainsi que d'autres expressions très caractéristiques. Il faut même remonter jusqu'à Prudence pour avoir le détail de la colombe nire candidior.

Passion de sainte Eulalie de Mérida (Florez, Esp. sagr., t. xiii) :

Passion de sainte Eulalie de Barcelone (Florez, Esp. sagr., t. xxix) :

Nisset ad pubescutes annos.

97. Prætor ait : Rape præcipitem.

Lictor, et obrue suppliciis.

131. Nec mora carnifices gemini juncea pectora dilacerant.

Et latus unguilatum virgineum.

Pusulat utriusque et ad ossa secat...

149. Flamma sed undique lampadibus In latera stomachi que furit

156. Flamma crepans volat in faciem, Perque comas vegetata caput

Occupât, exsuperatque apicem ;

Virgo citum cupiens obitum

Appetit et bibit ore rogioni.

161. Emicat inde columba

Visa relinquere et astra sequi :

Spiritus liic erat Eulaliæ...

4-8. Tum Calpurnianus a tergo corporis emendari jubet per officium tortoris,... catomari...

7. Tum Calpurnianus dixit Garni ficibus suis ; Inæquales imponatur et mammis... comburatur... Et cum in equuleo imponeretur, exlenditum-, llagellatur...

7....Corpus puellæ de putatis duobus militibus, illisque lateribus beatissimi martyris suppositis nammarum facibus jussit aduri...

Passion. I... Eulalia beatissima lieta ad passionem prosiliiit. Petens protinus civitatem... Praesidal vero ci coniugatunt atque consortium Julia coniugalis ejus : et, cum iter agerent, dixit beata Eulalia : Notum sit tibi, domina soror, quia novissima vado sed prius patior... 8. Post haec ergo beata Eulalia, diversis generibus tormentorum macerata, pendens in cruce, super his omnibus gloriabatur... Cujus beati corpus integrum et illaesum. Per triduum fuit suspensum in tigno... Sed cui humana obsequia denegata, caelestia per divinam largitatem affuerunt merita, nani nix desuper pult ; corpus adspersit... Est omnibus notum Eulaliam beatissimam hic jam recepisse sui laboris mercedem, ut corpus ejus quod ex utraque parte adpensum ignis ardoris sui incendio conflagraverat, nivali candore cooperatum divina gratia dealbaret. Furtim ita que a christianis corpus ejus auferatur et cum omni reverentia sepelitur.

Floruit.


IV id. dec. apud Emeritam... natale sanctae Eulaliae virginis... Cuius beatum corpus per triduum jussu praesidis pendit in ligno. Sed cui humana obsequia denegata, caelestia fuerunt munera concessa. Nix desuper puella corpus aspersus, ut quod ex utraque parte adpensum ignis ardoris sui incendio conflagraverat, nivali candore coopertum divina gratia dealbaret. Sic que a christianis reverenter ablata et devotione debita sub sacro altari deposita, miraculorum gloria illustratur.

Eodem die, apud praefatam urbem, passio sanctae Juliae : quae fuit coniugalis beatissimae Eulaliae, quae illi ad passionem properanti individua comes et sodalis adfuit.


EULALIE DE MÉRIDA ET DE BARCELONE (SAINTES)

Aspergée sur la poitrine d'huile bouillante et de plomb fondu, couchée sur le chevalet, suspendue en croix, jetée au milieu des flammes, où elle expira. Beaucoup de ces tourments ne sont pas mentionnés dans le poème, tous le sont dans la passion ; cet indice fait soupçonner une dépendance littéraire entre la passion et l'office de sainte Eulalie. D'autres rapprochements la rendent certaine.

Ainsi, la liturgie rapporte en deux endroits qu'Eulalie, au milieu des tourments, confessa la sainte Trinité ; Illa etenim, equuleo imposita cruci que adpensa, te unum verum Deum in Trinitate professsa est in voce suae confessionis, et laudem lui amoris. Ob hoc te piumus, immensa bonitas summe Deus, ut qui eam de tot penarum generibus triumphare fecisti. Et plus loin : que inter flammas jam consumitatioxe applaciorum, r. V um et verum Deum in Trinitate predicat aboraxhuil '. Ces passages rappellent incontestablement le chapitre VI de la passion : Post haec ergo B. Eulalia diversis generibus tormentorum macerata, pendens in cruce, super his omnibus gloriabatur.... etiam dicebat : Credo in unum verum Deum Patrem coelestem et verum Jesum Christum Filium ejus, unum cum Spiritu Sancto adorandum et confitendum.

Inutile, pensons-nous, d'insister davantage. Ces comparaisons montrent à l'évidence que la liturgie et la passion dépendent l'une de l'autre. Et dés lors, il y a lieu d'admettre que c'est la passion qui a fourni à la liturgie les éléments narratifs de ses prières ; on devrait, sinon, imaginer ou bien que l'auteur de l'office a inventé une vie nouvelle de la martyre, ou bien qu'il en a existé une rédaction antérieure actuellement perdue. Hypothèses toutes deux gratuites et inutiles.

A quelle époque peut-on faire remonter l'office de sainte Eulalie ? Les questions de ce genre sont, en général, fort embarrassantes et épineuses ; au sujet de l'ancienneté de la liturgie wisigothique, notamment, l'accord est loin d'être fait ; dom Férotin estime que c'est particulièrement au VIe et au VIIe qu'elle s'est développée et complétée*. L'office de sainte Eulalie de Mérida appartient, d'après lui, au noyau ancien de cette liturgie. Cette opinion se trouve confirmée d'une manière assez inattendue. Il suffit, en effet, pour reconnaître l'ancienneté de cet office, de le comparer à l'ouvrage de Grégoire de Tours : In gloria martyrum, chap. XC, où il est question d'Eulalie de Mérida.

Grégoire de Tours. Inlatio de l'office.

Quod beatum ejus corpus siquidem nec inhonoratum cilium jam exanime vestiuntur elementa, corpusque nudatum vix coelitus culum, quod deciduis yix loecedia molli vellere aspersa velleribus et virginis exitisset. Tidis rigorem et virginilatis tecta candorem eluceret, vestiret, abscondit.

Cette expression commune, qu'on ne retrouve dans aucun autre document, montre bien que l'office de sainte Eulalie, et partant sa passion, existait déjà dès avant la fin du VIe, puis que Grégoire de Tours l'utilisa en 590 >. Comment le saint évêque le connut-il' ? Il serait hasardeux de prétendre le déterminer. Tout au plus peut-on faire remarquer que les rapports étaient fréquents, à cette époque, entre l'Espagne et la Gaule, et que la liturgie gauloise, notamment, s'est enrichie au-delà des Pyrénées >.

En résumé, si l'existence d'Eulalie de Mérida est indiscutable, son histoire nous est mal connue ; quelques détails certains ont été conservés par Prudence ; d'autres, plus nombreux, nous ont été transmis par la passion et la liturgie wisigothique, ils étaient déjà admis au VIIe, mais paraissent peu dignes de foi.

Nous abordons maintenant sainte Eulalie de Barcelone, au sujet de laquelle nous examinerons trois sources principales, qui sont ; 1° l'hymne de Quirice ; 2° les trois passions ; 3° l'office liturgique. Les mentions martyrologiques feront l'objet d'un paragraphe spécial.

V. L'hymne de Quirice. — L'auteur n'est connu que par son nom seul :

Inler hœc admixtus ipse Conquiral et Quiricus.

On a imaginé, sans aucun fondement, de faire de ce Quirice un évêque de Barcelone au milieu du Xe ; rien ne le prouve, mais rien non plus ne s'y oppose. La liste épiscopale de Barcelone présente entre 693 et 858 une lacune dans laquelle il est aisé d'introduire qui on veut ; quant au poème, il peut être du IXe, on ne saurait préciser.

Ce poème décrit les supplices infligés à la martyre Eulalie, supplices assez analogues à ceux que décrivent Prudence et l'auteur de l'hymne Laudem beatissimae Eulaliae, quae canamus pectore, attribuée sans raison probante à Isidore de Séville, mais certainement très ancienne. Ces ressemblances, assez curieuses sans doute, ne suffisent pas à prouver une dépendance directe entre ces poésies.

Le poète Quirice nous apprend que le tombeau de la sainte était honoré à Barcelone :

Fulget hic honor sepulchri et il construisit à proximité un monastère : Inter hœc admixtus ipse Conquirat et Quiricus Qui tui locum sepulchri Regulis monasticis Ad honorem consecravit Sempiterni numinis.

Ce monastère a souvent été identifié avec l'église de Santa Eulalia del Campo, située hors de la ville.

Or, en 878, si on en croit le récit de l'invention des reliques d'Eulalie de Barcelone, personne ne connaissait plus la sépulture de la sainte. Cette ignorance générale est d'autant plus surprenante, que le tombeau avait été en si grand honneur. Après de minutieuses recherches, il fut enfin retrouvé dans la basilique de Santa Maria del Mar, caché sous le pavement d'un autel latéral. Pour expliquer un oubli si rapide, Villegas a imaginé qu'en 714, à la suite de l'occupation de l'Espagne par les Maures, les Barcelonais, voulant prévenir toute profanation du tombeau de la sainte, en ont retiré précipitamment les reliques et les ont enfouies secrètement. Vu le petit nombre de personnes mises au courant de cette translation, elle aurait bientôt été ignorée de tous. Cette interprétation, dénuée de toute preuve, n'est qu'une échappatoire, assez malheureusement choisie et fort peu satisfaisante. Car, dans son récit de l'invention des reliques, le narrateur prétend qu'à force de chercher, on finit par découvrir une hymne où était indiqué le lieu de la sépulture de sainte Eulalie : Studiose aulcm perquirunt et invenerunt ymnum in honore ejus editum, et in eo scriptum eo quod in ipsa basilica Sanctae Mariae virginis remansilam jaceret. Il n'est assurément pas ordinaire de chanter, dans une hymne, en quel endroit se trouve un trésor qui doit demeurer caché.

En tout ceci, une seule chose est certaine : c'est qu'à partir de 878, on crut posséder dans la cathédrale de Barcelone le corps de sainte Eulalie. On sait, de plus, par l'hymne de Quirice, qu'avant cette date, les reliques de la martyre étaient vénérées à Barcelone ; elles avaient été retrouvées, d'après l'auteur de l'invention, sous le pavement de la basilique.


VI. Les passions. — Trois passions de la martyre de Barcelone vont être étudiées. Ce sont :

I. Un texte ancien, rédigé par un auteur anonyme, que nous appellerons B. Il a été édité par Florez, España sagrada, t. XXIX, p. 471-475.

Il n'y a pas eu une étude comparative de ces récits, et leur classification dans la Bibliotheca hagiographica Latina, faite au jugé, a été unanimement admise. Il s'en faut, pourtant, qu'elle soit de tout point irrépréhensible. Ainsi, le récit réputé le plus récent, parce qu'il a été publié d'après un manuscrit du XVe, est assurément un texte très ancien. Pour s'en convaincre, il suffit de remarquer qu'il a été utilisé par Bède en 735, pour la composition de son martyrologe historique. Nous aurons à revenir sur les rapports entre ces ouvrages ; il nous suffit, ici, de les inclure pour dater la passion B. On la retrouve dans un manuscrit du VIIIe et dans un grand nombre d'autres du IXe, provenant de France, d'Italie et d'Allemagne ; elle fut donc de bonne heure très répandue.

Il convient, vu son ancienneté, de rechercher son origine et sa valeur.

A premier examen, une constatation s'impose. Cette passion est en rapport évident avec la Vie d'Eulalie de Mérida. Citons à titre d'exemple : Hic eiini eliani erat virgo quidam nominis Eulalia, annorum circiter tredecim, mente et corpore casta, religione pudica, easlilale firmisxima. Dicebatur attentius a Donato quodam presbytero ut confiteretur Christum amplius quam negaret.

Haec ergo virgo beatissima, sanctimonialis puella, Deo timorata atque maritaliter edocta, annorum circiter tredecim, mente et corpore casta, religione pudica, easlilale firma, docebat a Donato quodam presbytero ab ipsis rudimentis infantiae ut falerelir Christum amplius quam negaret.

I Pour ne pas avoir à répéter, au sujet de la passion d'Eulalie de Barcelone B, ce que nous aurions dit au sujet de la passion, tout à fait semblable, d'Eulalie de Mérida, nous avons différé, jusqu'ici, d'indiquer avec quels éléments cette dernière est composée. Aussi bien, en recherchant parallèlement les sources de ces deux passions, nous arriverons, en même temps, à déterminer laquelle des deux dérive directement de ces sources. Il semble bien que le récit du martyre des saintes Eulalie ne soit qu'une adaptation à l'hymne de Prudence de la passion de saint Vincent de Saragosse, peut-être aussi de celle de saint Thyrsus, que ces saintes, d'après leur biographie, lisaient chaque jour : Hymnia aulæ, quæ canidic benedici Thyrsi passionem legvbul...

En comparant les passions des saintes Eulalie et celle de saint Vincent, on se convaincra aisément que leurs récits ont la même trame. Les trois martyrs sont soumis à une série de supplices assez semblables : le chevalet, les ongles, les fouets, le feu ; leurs plaies sont ravivées à tous trois avec des tessons et par l'infusion de sel. On retrouve partout, chez le juge, la même cruauté, la même rage de venir à bout de la constance des martyrs, les mêmes procédés de promesses et de menaces pour en triompher, le même aveu de sa défaite. Partout aussi, chez les martyrs, on admire le même désir des souffrances, la même intrépidité à endurer les tortures, le même mépris de la mort, la même éloquence précoce dans leurs réponses aux juges. Partout, la vue de leur glorieux trépas provoque de nombreuses conversions.

A ces ressemblances, communes aux trois passions, viennent s'en ajouter d'autres, qui n'existaient qu'entre M et la passion de saint Vincent. D'après chacun de ces deux récits, le juge, avant de pénétrer dans la ville de Valence (respectivement, de Mérida), fait jeter les chrétiens en prison ; d'après l'un comme d'après l'autre, les martyrs sont fortifiés, au milieu de leurs supplices, par la présence des anges, et les corps de chacun d'eux, abandonnés par l'ordre du juge sur la place publique, reçoivent les derniers honneurs d'une manière merveilleuse.

Ces rapprochements ne paraîtront peut-être pas décisifs à tout le monde ; on les retrouve, en effet, plus ou moins frappants dans bien d'autres récits de martyre ; la comparaison des textes montre avec certitude ce que la similitude des faits faisait pressentir, à savoir, que les trois passions dépendent l'une de l'autre.

Nous bornons là ces comparaisons de textes, qu'on pourrait faire en plus grand nombre. Celles qui précèdent suffisent à montrer que la passion d'Eulalie de Barcelone B ne rappelle celle de saint Vincent.

6. Miserere mei, Vincenti ne florem perdas tuæ vitæ primum venantis ætatis, et in primis annis positas vitam ibi minuas longiorem.

10. Tune (lenue subridens Vincentius diaconus dixit.

11. Miserere tui, Vincenti, ne florem perdas tuæ vitæ primum venantis ætatis, et in primis annis positas vitam ibi minuas longiorem.

Dès lors, la passion B n'est qu'un résumé de M et n'a, comme tel, bien qu'elle soit antérieure au VIIe, aucune valeur historique.

La passion B est toute différente de celle que nous venons d'étudier, et ne saurait avoir avec elle aucun lien de dépendance directe ; déjà en parlant de l'abrégé B, nous avons eu l'occasion de signaler plusieurs différences entre ces deux biographies, on pourrait en relever bien d'autres encore, mais sans profit. Le texte B n'est pourtant pas d'une composition originale ; il est en rapport manifeste avec la passion d'Eulalie de Mérida M et l'hymne de Quirice. Voici les principaux passages empruntés d'une passion à l'autre :

B.

Ch. I. Eulalia sancta Barchinonensium civis et incola... Morabatur autem cum parentibus suis in prædiolo proprio quod erat situm paulo longius a civitate. Et in uno proposito persistens nihil aliud agebat.

Ch. II. Eulalia beatissima civis et incola provinciæ Lusitanæ paulo longius ab urbe... in villa erat nomine Promtiano. Cum... ibidem in sanctis Dei laudibus cum confessore Felice et cæteris nisi... in laude hymnorum Deum timentibus castissime ministrare.


EULALIE DE MÉRIDA.

7. Minas et supplicia tua non pertimesco.

7. Beata Eulalia subridens ait... Ch. i. Nihil aliud peragebat nisi ut Domino omnipotenti intrepidi cordis instantia... deserviret. Ch. vm. Sanctus vero Félix, Ch. vm. Donalus et Félix qui in confessione unanimis sancti accesserunt qui et in ejus fuerat cum magna exultatione unanimes factione dixit ad eam : rant... Cui (i.e. Eulaliæ) cum « Domina tu prior palmæ alacritate et ingenti exultatione meruisti. » Sed B. Eulalia vultu veluti subridens...

Par un phénomène assez curieux, ces passions EULALIE DE Barcelone n'ont de semblable que leur premier et leur dernier chapitre ; tandis que le récit des supplices diffère notablement. L'auteur de la passion B s'est, pour cette partie, inspiré de l'hymne attribuée à Quirice :

Ch. V. Iralus jussit jam sisii el a tergo forliter cadi ;

Ch. vi. Majore ira replelus, jussit eculeum amerri et suspendi eam et torqueri quandiu exungulareliir ;

Ch. vn. Frenens citni ira jussil militibus faculis ardentes lateribus ejus applicare, et pendere tandiu S. Eulaliam quandiu flammarum facibus crurcrelur ;

Ch. vin. Comminans dixit : « Pendcal in cruce, quousque devorelur ab avibus cum ossibus. »

Ces supplices rappellent fort bien les vers 19-26 de Quirice :

Hæc enim cæsa catomis Sisitur eculeo. Cæditur. exungulatiir Atque flammis urilur, Terminum habere laudis, Inter ista nesciens, Ambiens crucis patroniim. In cruce suspenditur.

Les rapprochements qui précèdent suffisent pour faire voir que la passion B est en rapport avec M et avec l'hymne de Quirice.

Quand fut-elle rédigée ? Il est malaisé de le préciser. Elle existait certainement déjà au IXe, puisqu'on la retrouve dans un manuscrit de cette époque. Est-elle beaucoup plus ancienne ? Nous n'avons aucune raison de le croire. Il est même à remarquer que les auteurs des martyrologes historiques qui, au VIIIe et au IXe, ont mis en œuvre un si grand nombre de vies de saints, n'ont jamais utilisé la passion B d'Eulalie de Barcelone.

La passion BR. — Il existe une troisième passion de sainte Eulalie de Barcelone, BR. Il n'y a pas lieu de nous y arrêter, puisqu'elle est de composition tardive, écrite en 1106 par Renald Grammaticus, docteur de Barcelone, et qu'elle n'ajoute rien aux récits anciens. Le verbeux auteur n'a fait que paraphraser longuement la passion B. Son œuvre semble n'avoir eu aucune vogue ; un seul manuscrit en a été signalé, celui que Florez a publié. Encore, faut-il ajouter qu'il n'a plus été retrouvé depuis. Il suffit bien d'avoir mentionné ce texte.


VII. 11 Sainte Eulalie de Barcelone et la liturgie wisigothique. — La liturgie wisigothique se forma de très bonne heure et semble, d'après dom Férotin, avoir été constituée dès le VIe ou le VIIe dans l'état où la présentent les manuscrits qui nous sont parvenus. Il ne s'ensuit nullement qu'un office, du seul fait de sa présence dans le Missale mixtum et le Breviarium Gothicum, puisse être considéré comme aussi ancien. Car le texte de ce vénérable recueil, tel qu'il a été publié au XVIe, sur l'ordre du cardinal Ximenès, contient des interpolations. L'office de la jeune martyre de Barcelone semble être de ceux qui furent ajoutés longtemps après le premier développement de la liturgie wisigothique. Remarquons d'abord que les allusions à la vie de la sainte, qui s'y rencontrent en grand nombre, proviennent toutes, que ce soit directement ou non, des passions que nous venons d'étudier. On reconnaît déjà une même inspiration dans l'insistance, commune à tous ces récits, à rappeler qu'Eulalie fut miraculeusement rendue insensible au feu : Omnipotens Dei, qui inlibatum Eulaliæ virginis corpus intactum servas a flammis.

En d'autres endroits, on peut déterminer avec précision à quelle source a puisé l'auteur des prières liturgiques. Tantôt elles sont empruntées presque mot pour mot à la passion d'Eulalie de Mérida, comme le prouvent ces passages :

Office. M.

Hoc enim letandæ passionis Qno cognito beatæ prusiliens (Férotin, op. cit., col. 136). prosiluit.

Tantôt elles ont été inspirées par la messe d'Eulalie de Mérida :

Messe d'Eulalie de Barcelone.

...forum adiil inlrepida... Vadit ad tribunal cruenli passioni se obtulit non quepresidis.ncc quesila (Férolin, • On y devine aussi des allusions à la passion d'Eulalie de Barcelone B.


AI illa (Eulalia) cum majori constantia animi et strepitu vocis respondit : « Ego sum Eulalia, ancilla Domini Jesu Christi qui est rex regum et Dominus dominantium : et ideo confidens in eum nihil verita sum ad redarguendum te volunlarie ac festinanter venisse.

Les rapports de dépendance entre la passion B et l'office d'Eulalie de Barcelone sont confirmés par un rapprochement fort curieux, qui ne se retrouve dans aucun des documents antérieurs à ceux-ci. Il règne dans l'un comme dans l'autre une certaine obscurité au sujet de la manière dont mourut la sainte. D'après la passion B, lors que la martyre fut jetée au milieu des flammes, elle se mit en prières : Compléta vero orationem suam, mox et cæli aperientur, et ignes infusa oleo nimis flammarum extinguebantur. Ministri autem qui admoverant enses erant, ipsi exurcebantur, et ignefaciem ceciderrunt in facies suas, et S. Eulalia emisit spiritum.

Ce passage est peu clair. Le feu épargna-t-il la vierge et fut-il éteint à sa prière ? Mais alors, de quoi mourut-elle ? Et si elle périt dans le brasier, pour quoi l'éteindre ? Hénald Grammaticus, l'auteur de la passion BR, commentant ce passage, dit que les flammes brûlèrent les bourreaux et ne nuisirent en rien à la martyre ; il ne dit pas dans quel supplice la sainte mourut.

Les textes liturgiques ont la même imprécision ; plusieurs affirment clairement qu'Eulalie fut insensible aux flammes, d'autres semblent indiquer qu'elle périt par le feu : Christus Dominus qui Eulaliam virginem inter flammes fecit esse lictericem.

« Tous ces rapprochements, qu'il serait facile de multiplier encore, suffisent à montrer que l'office d'Eulalie de Barcelone, tel qu'il fut en usage dans la liturgie wisigothique, est un composé hybride qui ne saurait être très ancien. Il n'a été rédigé que lors que la légende de sainte Eulalie était pleinement développée ; on peut affirmer sans crainte qu'il a été écrit après la plus ancienne passion d'Eulalie de Barcelone B*'.

« En effet, c'est un fait très remarquable que, tandis que l'office d'Eulalie de Mérida est en perpétuel accord avec la passion M, au point de rendre indéniables les rapports de dépendance de l'un par rapport à l'autre, l'office d'Eulalie de Barcelone se trouve au contraire concorder fort mal avec la passion B^K. On rencontre dans ces textes des omissions étonnantes et même bon nombre de contradictions. Ainsi le Liber sacramentorum dit expressément qu'Eulalie de Barcelone mourut le sourire aux lèvres en signe de prédestination : quam eternam l'ullii jam quodammodo leliliam proferens, in hue udlmc substuntiii carnali ostenderel quanUi illic animi pace gauderet, eiim hic bealo conjessori Felici sic de eterna per corpus fclicitate subridet '. L'omission de ce détail peut paraître de minime importance : encore convient-il de remarquer qu'il a été relevé par les deux autres passions d'Eulalie de Barcelone B et BR et que Quirice y fait allusion : Sic que risu corporalo * corda mulcel flentium.

« De même, la passion B^ ne dit rien de la couche de neige qui couvrit merveilleusement comme d'un linceul le corps de la vierge, abandonné par ordre du juge sur la place publique, alors que ce fait est rappelé avec insistance dans deux endroits de l'office =, dans l'hymne de Quirice ;

Corpus illic ud honorent A'(.r polorum protegit (vs. 27-28), dans les deux autres passions d'Eulalie de Barcelone B et B », et que, partout, il est présenté comme miraculeux.

■ Il y a plus : par trois fois le récit £>' se trouve en contradiction formelle avec l'office liturgique.

« D'après la Vie B^', sainte Eulalie mourut décapitée ; au contraire, le bréviaire, le Liber sacramentorum, Quirice, les passions B et B^ attestent unanimement qu'elle périt dans les flammes.

« D'après la Vie Bm, sainte Eulalie fut ensevelie par le diacre Donat ; d'après le Liber sacramentorum et les passions B et Bk, elle le fut par le diacre Félix.

« Enfin, d'après la Vie B^i, la fête de sainte Eulalie de Barcelone se célébrait le 10 décembre ; elle se faisait, selon la liturgie wisigothique, au 12 février.

« Ce serait déjà un sujet d'étonnement qu'un auteur, quel qu'il fût, écrivît en l'honneur d'Eulalie de Barcelone le plagiat qu'est la Vie B », si cette sainte avait au préalable une passion et un office propre. Dans de pareil les conditions, un faux n'avait ni aucune raison d'être, ni aucune chance de trouver crédit. Il est tout à fait invraisemblable que le faussaire ait accumulé comme à plaisir les contradictions avec les faits notoirement connus de son temps. Dès lors, il faut admettre que la passion Bsi, dont l'existence nous est attestée dès le temps de Bède, fut composée avant l'office liturgique d'Eulalie de Barcelone de la passion B.

« Nous avons examiné les documents narratifs concernant sainte Eulalie de Barcelone. Ils se divisent naturellement en trois groupes : l'un, la passion B« , reproduit littéralement la passion d'Eulalie de Mérida.1/ ; un autre, composé de la passion B et de l'office de la liturgie wisigothique, dépend aussi de la passion.1/, mais beaucoup moins servilement : le troisième, auquel appartient la seule hymne de Quirice, rapporte trop brièvement le martyre de la sainte pour qu'il soit possible de déterminer s'il y a eu ou non des emprunts directs à la légende d'Eulalie de Mérida ; on constate seulement les analogies qu'offrent ces documents.

« Ce qu'il importe de retenir, c'est que Bm, le plus ancien récit du martyre d'Eulalie de Barcelone, n'est qu'une adaptation de la passion d'Eulalie de Mérida à une sainte barcelonaise. Il n'y avait donc plus, semble-t-il, dès avant le VIIIe, époque où cet arrangement fut rédigé, de tradition bien précise au sujet de la mort de la jeune héroïne. Il reste à rechercher si, au sujet de la date où se célébrait la fête d'Eulalie de Barcelone, on ne rencontre pas les mêmes confusions avec la sainte de Mérida qu'au sujet de leurs passions.


VIII. « La fête de sainte Eulalie de Barcelone. — Il convient de rechercher la date de la célébration de la fête de sainte Eulalie de Barcelone. Cette étude peut, à première vue, paraître oiseuse, puisqu'il suffit d'ouvrir le martyrologe romain pour lire au 12 février : Barcinone in Hispania S. Eulalia : virginis, quœ lemporc iJiocletiani impcridoris cquuleum, ungulas jlammas que pcrpessa. dcmum cruci a^.xa, gloriosam martyrii coronam accepil. On trouverait dans le premier martyrologe venu une mention assez semblable. L'accord n'a cependant pas toujours existé entre les différents calendriers : et longtemps, ils ont mentionné cette sainte, qui au 12 février, qui au 10 décembre, jour où se célèbre la fête d'Eulalie de Mérida. De là, de fréquentes confusions. Ne lit-on pas, dans le martyrologe du bienheureux Canisius ', que sainte Eulalie, née à Mérida, fut martyrisée à Barcelone ? N'est-il pas indiqué dans VHistoria plurimorum sanctorum ' que la fête d'Eulalie de Mérida est célébrée tantôt en février, tantôt en décembre ? Le martyrologe de Farfa n'affirme-t-il pas qu'Eulalie fut martyrisée à Barcelone, ville connue aussi sous le nom de Mérida ?

« Vu ces contradictions si fréquentes et, nous le verrons, si anciennes, il y a lieu de chercher à reconnaître laquelle des deux dates fut d'abord en usage. Pour y parvenir méthodiquement, après avoir signalé les plus anciennes attestations de la fête de sainte Eulalie de Barcelone dans la liturgie wisigothique, nous interrogerons les martyrologes étrangers à l'Espagne, d'abord l'hiéronymien, ensuite les martyrologes historiques, enfin la passion B^i, ainsi que les anciens calendriers.


IX. 1 La fête de sainte Eulalie de Barcelone ET LES témoignages ESPAGNOLS. — La messe de sainte Eulalie de Barcelone est marquée au 12 février dans le Liber sacramentorum. Nous avons précédemment étudié la valeur de ce témoignage, il est inutile d'y revenir. Cette fête est indiquée à la même date dans neuf calendriers mozarabes publiés par dom Férotin ', d'après des manuscrits du Xe et du XIIe ; dans un dixième calendrier, imprimé en 1593 par Francesco de Pisa -, aucune sainte Eulalie n'est mentionnée durant ce mois.

« A ces témoignages liturgiques nous ajouterons ceux des anciens légendiers. Dans la passion d'Eulalie de Barcelone B, la date de la fête n'est pas donnée ; certains manuscrits cependant l'ont ajoutée au titre de la pièce. Tels sont, pour ne citer que les plus anciens connus, les manuscrits de Paris, Bibl. nat., lat. nouv. acq. 21 ?9, du XIe =, et 21S0, du Xe ', provenant tous deux du célèbre monastère de Silos. Les indications des passionnaires n'ont rien d'uniforme, et, d'après d'autres manuscrits du même texte B, cette fête se célébrait le 10 décembre.

» Pour ne rien omettre, signalons encore l'inscription gravée en 878 par l'évêque Frodoinus, à l'occasion de l'invention des reliques de sainte Eulalie de Barcelone '. Il y est attesté que la sainte subit le martyre à Barcelone le 12 février, sur l'ordre de Dacien. La date de la fête n'y est pas explicitement indiquée, mais ce témoignage est précieux parce qu'il la justifie.

X. • La fête de sainte Eulalie de Barcelone ET LES TÉMOIGNAGES ÉTRANGERS. — 1° Le Martyrologe hiéronymien. — On a cherché naturellement une confirmation de cette date dans le Martyrologe hiéronymien. Au 12 février, on y rencontre effectivement le nom d'Eulalie ; voici le texte du plus ancien manuscrit, celui d'Echternach : In Italia Donali Ilerticli Vincenli Susanne L'rbane Doiiate Eulalie quorum gesia habenlur « . Il serait bien malaisé d'identifier soit les personnages, soit même le groupe de martyrs '. Il serait illusoire, dès lors, de prétendre trouver ici une confirmation quelconque de l'ancienne date de la fête d'Eulalie de Barcelone. Il faudrait, pour reconnaître dans cette mention la martyre espagnole, des raisons décisives, qui, comme nous aurons à le dire, n'existent nullement.

• 2 » Les martyrologes historiques. — La première attestation de la fête de sainte Eulalie de Barcelone au 12 février se rencontre dans les martyrologes historiques. Grâce à l'excellent travail de dom Quentin « , il est possible de reconnaître à quelle date et en quelles circonstances elle fut d'abord mentionnée à ce jour. Car les indications fournies par les martyrologes au sujet de la jeune sainte ont beaucoup varié de Bède à Adon. Il ne sera pas sans intérêt de marquer les étapes de ces transformations successives. Les incertitudes et les confusions qu'elles dénotent sont instructives, presque autant que l'évolution de la notice d'Eulalie de Barcelone.

« Bède, l'auteur du plus ancien martyrologe historique qui nous soit parvenu, n'indique aucune fête de sainte Eulalie au mois de février ; mais il marque celle de la martyre de Barcelone au 10 décembre. Sa notice est évidemment empruntée à la passion B^. Nous donnons en regard l'un et l'autre texte.


BÈDE.


IV id. dcc. Xdtale sanetie Eulaliœ virginis, in Barcelona civitate Hispaniee sub Daeiano pnvside quaï cum esset tredecini annorum, post plurima tormenta decolîata est, et resiliente ab ea capite, coUimba de corpore ejus exire visa est.


BM. Celebratur crgo natalis ejus in Barcelona civitate sub die quarto idus decenibris... Tempère illo m Barcelona civitate prouinciœ Hispaniœ sub Daeiano prœside... Post ha-c ergo B. Eulalia diversis generibus tormentorum niacerata... illic enim erat \irgo quïedam nomine Eulalia', annorum circiter tredecini... Eulalia autem decolîata est, et que die percussa es>t,resilivit ab eo caput ejus. Exiit autem de corpore ejus coUimba qua* consoiatiatur Eulaliani.

< Ces rapprochements sont d'autant plus décisifs que plusieurs des détails repris par Bède sont caractéristiques de cette passion iî> ; tels sont la décapitation de la sainte et la date de sa fête. Bède ne parle pas de sainte Eulalie de Mérida.

« Le martyrologe lyonnais, dont la rédaction est antérieure à l'année 806, introduit dans l'œuvre de Bède une double transformation. Au 10 décembre, la sainte de Mérida a remplacé son homonyme. Sa notice est curieusement composée. La première partie reproduit la mention primitive d'Eulalie de Barcelone rédigée par Bède ; la seconde a été ajoutée en s'inspirant de la passion d'Eulalie de Mérida -1/. Le motif de ce changement se reconnaît aisément. Le remanieur du martyrologe, voyant que Bède marquait Eulalie de Barcelone là où l'auteur de l'hiéronymien indiquait celle de Mérida, s'écarta du premier pour suivre le second ; comme il connaissait la passion d'Eulalie de Mérida, il lui emprunta de quoi substituer de nouveaux détails à ceux qu'il se refusait à emprunter à Bède. Quant à Eulalie de Barcelone, il semble n'avoir osé maintenir ni la date de fête, ni les détails biographiques garantis par Bède, mais en désaccord avec la passion.1/ et le Martyrologe hiéronymien. Il accorda donc à la sainte une simple mention : in llispuniu civitate Barcinonc natale sancla' ; (qu'il plaça au 12 février. Son laconisme est dû probablement à ce qu'il ne connaissait pas la passion d'Eulalie de Barcelone. Le choix du jour a sans doute été déterminé par l'hiéronymien : on y trouve citée, ainsi que nous l'avons dit, au 12 février, une sainte Eulalie sans aucune indication qui permette de l'identifier. On sait en effet que le martyrologe lyonnais a souvent eu recours à l'hiéronymien, si bien qu'il en a reproduit textuellement un grand nombre de mentions '. Rien d'étonnant dés lors s'il a fixé la fête d'Eulalie de Barcelone à un jour où ce nom figurait dans son modèle. En tout cas, il est l'auteur le plus ancien qui atteste cette date de fête.

Martyrologe lyonnais.


IV idus decembris. In Hispaniis civitatis Barcinonensis natale sanctae Eulaliae virginis, quae cum esset annorum tredecim, Daciani praesidis filia, tormenta perpessa, novissime in equuleo suspensa et exungulata, faculis ardentibus, igne, spiritum reddidit, et christianis, in specie columbae, petiit.


SOURCES.

Bede : IV idus decembris. Natalis sanctae Eulaliae virginis in Barcinone civitate Hispaniae sub Daciano praeside, quae cum esset annorum tredecim, tormenta perpessa... (Biblioth. Hagiogr. lat., n. 2700 : M). Cum in eculeo imponeretur, tres laqueos suppositis flammis... hansit incendium... flammis ex utraque parte apposita... spiritus migravit ad caelum... in specie columbae ; in conspectu omnium... furtim itaque christiani...

« Au 12 décembre, le martyrologe lyonnais indique la déposition de sainte Eulalie d'après l'hiéronymien, qui cite la martyre de Mérida.

Martyrologe Lyonnais. IV idus decembris. In Hispaniis, Eulaliae virginis, quando sepulta est. Passio Hermogoni Donati.

Mart. Hiéronymien (ms. de Wissembourg). Pridie idus decembris. In Spaniis civitate Emerita Eulalise virginis et martyris et alibi Hermogenis Donati et aliorum XXII.

« Au 12 février, le martyrologe lyonnais mentionne Eulalie de Barcelone en se servant à peu près des mêmes termes que l'hiéronymien pour annoncer au 10 décembre la fête d'Eulalie de Mérida.

Martyrologe lyonnais. Martyrologe Hiéronymien (ms. de Wissembourg). Idus februarii. In Hispaniis, civitate Barcinone, natale sanctae Eulaliae virginis et martyris.

Quelques années après la composition du martyrologe lyonnais et durant le premier tiers du IXe, Florus remania de nouveau la notice d'Eulalie de Mérida. Au texte de son prédécesseur, qu'il reprend en entier, il ajoute un long emprunt à la passion d'Eulalie de Mérida M.

Florus. IV idus decembris... Eulaliae virginis... coelum petiit. Cujus beatum corpus per triduum jussu praesidis pependit in ligno, sed cui humana fuerant obsequia denegata, caelestia fuerunt munera concessa. Nam nix desuper puellae corpus aspersus, ut quod ex utraque parte appositus ignis ardoris sui incendio conflagraret, nivali candore coopertum divina rei... sicque a christianis reverenter ablata et devotione debita sub sacro altari deposita, miraculorum gloria illustratur.


PASSION M.

Cujus beatum corpus integrum et illesum per triduum jussu praesidis pependit in ligno... Sed cui humana fuerant obsequia denegata, aevestia per divinam largitatem affuerunt merita conce... sa ; nam nix desuper puellae corpus aspersit... ut corpus ejus quod ex utraque parte appositus ignis ardoris sui incendio conflagraverat, nivali candore coopertum divina rei. Sicque a christianis reverenter ablata et devotione debita sub sacro altari deposita, miraculorum gloria illustratur.

Eodem die apud praefatam urbem passio sanctae Juliana, quae fuit coniugalis beatissimae Eulaliae, quae illi ad passionem properanti individua comes et sodalis adhaesit. Furtim itaque a christianis corpus ejus aufertur et cum omni reverentia sepelitur, ad cujus sepulchrum vexati veniunt et curantur.

Eulalia beatissima laeta ad passionem prosiluit. Praestabat vero ei comitatum atque consortium Julia coniugalis ejus.

« Une autre recension du martyrologe de Florus, un peu postérieure à celle que nous venons d'examiner, et qui a été rédigée entre les années 838 et 860, consacre à sainte Eulalie de Barcelone, au 12 février, une notice plus développée. La voici entièrement : [In Hispaniis civitate Barcinone, natale sanctae Eulaliae virginis et martyris] quae passa est tempore Diocletiani imperatoris sub praefecto Hispaniarum Daciano, quando sub eodem tyranno et apud eamdem Barcinonem sanctum Cucufatem et apud Gerundam sanctum Felicem gloriosas coronas martyrii acceperunt. Scriptum in passione sanctae Leocadiae.

(Comme cette dernière phrase l'indique clairement, ce texte dépend de la passion de sainte Léocadie : Primum quae namque Galliam lupus cruentus invasit (Dacianus) ibique exsatiatus sanguine martyrum ac cadavera crapalatus, ruens Spaniam aggressus est. Felicem, Cucufalem, Eulaliam, et alios, quorum nomina longum est scribere, gravissimis tormentis affectos, Deo animas consecravit innocuas). On remarquera tout de suite que l'auteur de la passion ne spécifie pas qu'il parle d'Eulalie de Barcelone ; comme, un peu plus loin, il raconte le martyre d'Eulalie de Mérida, on peut présumer qu'il s'agissait déjà d'elle dans l'énumération de martyrs qui précède. Cette liste rappelle assez bien la célèbre hymne de Prudence en l'honneur des martyrs de Saragosse (vers 30 à 40) ; elle désignerait — si elle est empruntée au poète — Eulalie de Mérida, la seule sainte de ce nom que Prudence ait chantée.

Transformées et développées ainsi que nous l'avons vu, les notices d'Eulalie de Barcelone et d'Eulalie de Mérida furent empruntées mot pour mot par Adon à Florus. Usuard et Notker n'ont fait que paraphraser leurs devanciers. Nous connaissons la provenance et la valeur des renseignements qu'ils se sont transmis. Ce qu'il importait avant tout de constater, c'est que la fête d'Eulalie de Barcelone, fixée au 10 décembre, ne fut indiquée au 12 février qu'au commencement du IXe. Cette date, une fois inscrite au martyrologe de Lyon, pour un motif qu'il est impossible de reconnaître avec certitude, mais qui pourrait n'être qu'une interprétation arbitraire de l'hiéronymien, a été reprise par tous les auteurs de martyrologes historiques, depuis Florus jusqu'à Wandelbert, Adon, Usuard et Notker. Comme les martyrologes, les livres liturgiques postérieurs à cette époque indiquent la fête de sainte Eulalie de Barcelone au 12 février. Parmi ceux-ci, il suffira de citer quelques-uns des plus anciens, provenant d'Églises très éloignées les unes des autres.

« On voudrait trouver une attestation de la fête du 12 février dans un livre liturgique espagnol antérieur au martyrologe de Lyon : nous n'en avons rencontré aucune, ni dans le calendrier fragmentaire publié en 1595 par François de Pisa, et qu'on a voulu faire remonter jusqu'au Ve, ni dans le Liber comicus de l'Église de Tolède, ni dans le Missale Gothicum. Le silence de ces deux derniers documents est très suggestif ; car l'un, le Liber comicus, publié par dom Morin d'après un manuscrit du XIe, représente une tradition beaucoup plus ancienne, vraisemblablement du VIe ou du VIIe ; l'autre, le Missale Gothicum, fut aussi composé à une époque très reculée, puis que Tommasi l'a publié d'après un sacramentaire de l'Église d'Autun écrit au VIIIe. Or ces textes liturgiques, où la fête du 12 février et jusqu'au nom même d'Eulalie de Barcelone sont omis, indiquent l'un comme l'autre au 10 décembre toutes les particularités de l'office d'Eulalie de Mérida : souvent même le missel reproduit littéralement les prières de la messe de la martyre de Mérida d'après le Liber sacramentorum. Il est ainsi prouvé à l'évidence qu'à cette époque, malgré l'uniformité de la liturgie espagnole, la fête d'Eulalie de Barcelone n'était pas célébrée dans toute la péninsule au 12 février.

« 3° Les passionnaires et les sacramentaires. — Nous pouvons aller plus loin et affirmer qu'avant d'être fêtée au 12 février, Eulalie de Barcelone l'avait été au 10 décembre, au jour précisément où, de tout temps, on célébra la sainte de Mérida. On n'avait pas encore attiré l'attention sur cette particularité, si singulière pourtant, du culte de la sainte barcelonaise. Elle est cependant indéniable, puisqu'elle est attestée dans le texte même de la passion B, d'où Bède l'a fait passer dans son martyrologe, vers l'année 735 : Celebratur ergo natalis ejus in Barcinone civitate sub die quarto idus decembris. L'indication ne saurait être plus explicite ; c'est au 10 décembre que, dans la ville même de Barcelone, on solennisait le martyre de la sainte. L'une pareille attestation semblerait pouvoir se passer de commentaire ; vu son importance, nous entrerons pourtant dans un peu plus de détails.

« Remarquons d'abord que le témoignage de la passion B est propre à ce texte. On pourrait en effet s'imaginer, puis que cette passion d'Eulalie de Barcelone B est qu'un résumé de celle d'Eulalie de Mérida M, qu'on se trouve ici en présence d'une bévue de l'abréviateur : celui-ci, par une négligence assez extraordinaire, aurait omis de changer la date de fête de la sainte en même temps que le lieu du martyre.

« Mais cette interprétation conciliante est insoutenable, vu le fait bien simple, mais péremptoire, que, dans la passion d'Eulalie de Mérida M, la date de sa fête n'est indiquée nulle part : la phrase du texte que nous avons citée n'a pas de pendant dans la passion M ; il faut dès lors nécessairement admettre que l'auteur du texte B a indiqué que la fête d'Eulalie de Barcelone se célébrait en cette ville au 10 décembre parce qu'effectivement elle se fêtait à cette date et non pas au 12 février.

« Ce fait est si vrai, que non seulement la date du 10 décembre a été maintenue dans tous les exemplaires de la passion B anciens ou modernes que nous avons vus ou au sujet desquels nous avons pu nous renseigner, mais qu'elle a été souvent introduite dans l'intitulé de la passion B, texte où aucune date n'est indiquée. On ne s'étonnera plus, dès lors, que la fête de sainte Eulalie de Barcelone ait été célébrée longtemps et un peu partout au 10 décembre. Parmi les calendriers anciens, citons ceux des sacramentaires : de Senlis, écrit au IXe ; de Saint-Waast de Corbie, écrit au Xe ; de Stavelot ; le sacramentaire de Saint-Denis ; le manuscrit 1185 de Paris ; le martyrologe de Farfa du XIe, qui tous indiquent au 10 décembre la fête de sainte Eulalie de Barcelone.

« Comme il était naturel, ces calendriers ne mentionnent pas Eulalie de Mérida au 10 décembre ni nulle part ailleurs, et au mois de février ils ne citent aucune sainte homonyme. Loin de nous de vouloir affirmer que chacune de ces mentions au calendrier fût l'indice d'un office propre (ce n'est pas le cas, notamment, pour le sacramentaire de Stavelot) ni même peut-être d'un culte quelconque. Mais plus d'une fois elles correspondent à un office réellement célébré. Pour le prouver, il suffit de citer le De ordine officiorum de l'Église de Laon, composé vers la fin du XIIe par Adam de Courlandon. La fête de sainte Eulalie de Barcelone y est indiquée au 10 décembre (entre l'octave de saint André, 7 décembre, et la fête des saints Fuscien, Victor et Génélien, 11 décembre) ; les leçons de l'office étaient empruntées à la passion B : Lectiones leguntur in Passionaria de passione sanctae Eulaliae : « Tempore illo in Barcinona ». On est donc en droit de conclure que, dès avant le XIIe, la fête d'Eulalie de Barcelone fut célébrée, à Barcelone même, le 10 décembre, et que cette date demeura longtemps en usage. Ce n'est qu'au commencement du IXe qu'apparaît la fête du 12 février. Elle est attestée pour la première fois par l'auteur du martyrologe de Lyon, qui vraisemblablement l'a choisie arbitrairement en interprétant mal une mention du martyrologe hiéronymien.

« Nous n'avons rencontré, ni dans la liturgie wisigothique, ni dans les plus anciennes attestations de la fête du 10 décembre, aucun argument qui puisse infirmer cette conclusion.

« Pour récapituler succinctement et d'une manière expressive les résultats auxquels nous ont amené l'étude des documents relatifs aux deux saintes Eulalie, nous représentons ici leurs dépendances en deux tableaux, l'un pour les hymnes les plus anciennes, Vincent, Prudence, liturgie d'Eulalie de Mérida, Quiriace... De tous les faits que nous venons d'étudier se dégage une interprétation plus satisfaisante que toute autre et qu'il importe maintenant de préciser. Toutes les considérations qui précèdent nous ont amené et comme invité à la faire, et elle résume et complète notre travail.

Usuard <• On honora de très bonne heure '^ Barcelone une sainte Eulalie, qu'on fêtait au 10 décembre ; ce fut d'abord celle de Mérida ; ensuite, lorsqu'on crut à l'existence d'une sainte locale du même nom, ce fut celle de Barcelone. Dès le vii^ siècle, la persuasion de l'existence des deux saintes homonymes fit transformer la passion d'Eulalie de Mérida en une passion d'Eulalie de Barcelone B ». L'hymne de Quirice et la passion B furent composées dans le même esprit. Vers le commencement du ix« siècle, soit par une erreur de l'auteur du martyrologe de Lyon, soit pour mieux séparer le culte des deux martyres, on célébra la fête de la sainte locale à une date spéciale. Le martyrologe hiéronymien mentionnait à différents jours de l'année des saintes Eulalie, sans donner aucune indication ni chronologique ni topographique qui permette de les identifier : au 12 février ', au 30 mars -, au 30 novembre '. C'est la première de ces dates qui fut choisie de préférence •'.

« Notre interprétation est, comme on le voit, pour une part du moins, conjecturale. Ce qui est certain, c'est que nous ne connaissons, ni sur la vie, le martyre ou même la légende d'Eulalie de Barcelone, ni sur les honneurs liturgiques qui lui auraient été rendus, ni sur la date de sa fête, aucun détail qui n'ait été emprunté à l'histoire ou au culte d'Eulalie de Mérida. Sans doute, on crut de très bonne heure, dès le vii' siècle, à l'existence de la martyre barcelonaise, et on vénérait sa sépulture. Peut-être avait-on de bonnes raisons de l'admettre ; toujours est-il que, ces raisons, nous les ignorons absolument.

« Lors que Lucius Andréas Recendius fut chargé d'écrire les leçons de l'office pour le diocèse d'Evora, il en rédigea pour Eulalie de Mérida et n'en composa aucune pour Eulalie de Barcelone. Voici en quels termes il s'expliqua de cette omission à Barthélémy Quebedo ' : cui divæ (Eulaliæ Barcinonensi ) ideo lectiones non apposui, quia quæcumque de illa circumferuntur, fere ex Emeritensi Eulalia desumpta sunt... De Emeritensi exstant clara et sacer ille Prudentius, de cillera viderint cives Barcinonenses et solertius inquisierint. Nous n'hésitons pas à faire nôtre la déclaration de l'auteur Uturgi que. •> XI. Cantilène de s.\inte Eulalie. — Voir Dictionnaire, t. n, col. 1973-1975, au mot Cantilène « .


XII. Épigraphie. — Le souvenir de sainte Eulalie reparaît à diverses reprises dans l'épigraphie espagnole, mais sans qu'on prenne la peine de préciser de laquelle des saintes homonymes il est question.

Les reliques d'une sainte Eulalie se trouvent parmi les reliques contenues dans plusieurs autels : Sunl in hoc altario... reliquiæ.... Eulaliæ '. — Reliquiæ scorum... Eulaliæ... dedicata est hæc basilica »... — Reliquiæ... Eulaliæ... dedicata est basilica'. — Becondite sunl (li)ic reliquiæ... (Eul)alic.. >° — in (h)oc altare sunl reli[quie recon]dile... sce Eulalie « . Les titres varient peu : [Eula]lia vir(go) '- ; Eulalia martir '■ ; domna Eulalia » ; beala Eulalia '.

Une plaque en marbre blanc se voit sur la porte de l'église de Regimond, qui est entre Polies (= Poilhes) et Nissan, qu'on tient estre une des (plus) anciennes églises de tout ce pays », nous dit Garrigues, et Mazel ajoute qu'elle se trouvait autrefois au-dessus du portail d'une ancienne église démolie en 1823, qui était située au pied du coteau qui se trouve sur le derrière de la métairie de Regimont, où elle existe aujour d'hui dans la cour » ; enfin Edmond Le Blant nous apprend qu'elle « servait de table aux ouvriers ; maintenant encastrée dans la muraille du principal bâtiment de la ferme de Regimont, comme une de Montadv ■> (Hérault) '« .

+ OTHIA PRB • ANNO • XXXIII + PRBTS-SVI BASILICAM EX VOTO SVO IN HON SCRM MAriT-y 1 XCEXTJ AGNETISET EVIAU AE Cù^■TR■ ETDDC VALENTINIA.VO VI ET AXHEM ic conss.

L'inscription, disait Mazel en 1843, • est devenue presque illisible », et Renaud de Vilback, dès 1825 : « l'inscription est presque effacée ; on y lit cependant fort bien le mot baselica et quelques autres signes semblent indiquer le règne d'un Valentinien ». Nous avons figuré en capitaux italiques les caractères qu'Edmond Le Blant n'a pu lire. Voici la lecture du texte : Olhia prfes)b(yter) anno XXXIll pr(es)b(t))leratujssui baselicam ex volo suo inhontorem)s(an)c(lo )- r(u)m marl(yrum) Vincenlili ) Aynelis et Eulaliœ con(s)tr(uxit) el d(e)d(i)c(avil) Valenliniann VI (//] et An[l\liem[io consulibus].

La date consulaire donne l'année 455. Les trois patrons de la basilique sont Vincent et Agnès, faciles à identifier, et Eulalie, dans laquelle on a pensé reconnaître, sans avancer l'ombre d'une raison, Eulalie de Barcelone. Mais la célébrité d'Eulalie de Mérida, l'expansion de son culte permettent avec plus de vraisemblance de reconnaître ici son souvenir. Il n'y a pas lieu de s'attarder à diverses imaginations, comme l'intention de donner trois patrons à la basilique en l'honneur de la Trinité et pour faire la nique aux ariens. Quant à Othia, qui se dit prêtre depuis trente-trois années, on peut l'en croire. Faire de lui un chorévèque est sans aucun fondement, car les mots COXTR.ET.DDC&e lisaient sur la partie de la pierre aujourd'hui effacée et resterait à savoir si on lisait DDC, sigle insolite qu'on développe en dtdicavit sans l'ombre de preuve.

H. Leclercq.

Eulogie s'entendit même de l'eucharistie. Saint Paul, s'adressant aux Corinthiens (I, x, 16) désignait le calice de l'eucharistie sous le nom de τὸ εὐχαριστῶ -r^ç EÙXoyiotÇ et cette désignation ne laissa pas d'être adoptée dans quelques Églises d'Orient, notamment à Alexandrie, où saint Cyrille désigne le pain et le vin consacrés sous le nom d'εὐλογία. Néanmoins l'eulogie, d'une façon générale, ne s'entendit pas de l'eucharistie et il fallut même veiller à éviter une confusion intolérable. Denis le Petit recommandait : quod sancta nullo modo, causa eulogiarum, tempore Paschalis festi, ad alias parochias debeant deslinare, et on lit dans la Brevialio canorum du diacre Ferrand, can. 223 : Ut sanctæ oblationes invi ces eulogiarum non dirigantur. Cette confusion peut s'expliquer par la distinction incomplètement faite alors entre sacrements et sacramentaux, qu'on désignait également sous le terme commode mais vague de sacramentum. Il y avait là une gradation de dignité et d'opérations que tous les fidèles étaient loin de saisir ; aussi voyons-nous saint Augustin chercher à bien inculquer les nuances nécessaires : Ce n'est pas le corps du Christ, disait-il, c'est néanmoins une chose sainte et plus sainte que les aliments ordinaires, quæ non sit corpus Christi, sanctum est tamen et sanctius quam cibi quibus alimur.

A un rang moindre, puis que rien n'indique qu'ils eussent reçu leur bénédiction au cours du saint sacrifice, prennent place les eulogies que les évêques s'adressaient mutuellement, munies d'une bénédiction spéciale mais donnée peut-être d'une manière privée. Si l'on tient compte des distances à parcourir par les messagers, eulogiarii — puis que nous voyons saint Augustin échanger des eulogies avec Paulin de Nole, Septime-Sévère, Alipius — nous devons supposer que ces eulogies consistaient en quelques pâtisseries, telles que biscuits, gâteaux secs, qui leur permirent d'être encore mangeables à leur arrivée à destination.

Eulogie était en voie de recevoir une application de plus en plus large et de s'entendre d'une nourriture quelconque. In disti que de saint Ambroise nous montre :

Jacob, fraude bomi, patri dum saggeril escas, Prœcipit culogiam Esau, dulcia frusta lucrulus. et saint Benoît, dans le chapitre liv de sa Règle, interdit à ses moines l'acceptation des moindres présents : Nullatenus liceat monacho nec a parentibus suis, nec

Saint Benoît énumère les lettres, les eulogies ou les petits présents quelconques et aussitôt ses commentateurs, esprits ingénieux comme on sait, se sont évertués à prouver que quœlibet munuscula servait d'explication au terme précédent, qui ne pouvait désigner que des objets sans grande importance. Mais d'autres commentateurs y ont vu tout le contraire et ont découvert une opposition de valeur, de poids, de dimensions entre eulogias et munuscula. Et voici de quoi les occuper longtemps.

Grégoire de Tours (vin, 2) rapporte que le roi Gontran vint, dès le matin, prier dans l'église de saint Avitus ; vite, l'évêque se porte à sa rencontre et l'invite à entrer dans sa maison pour y boire un coup en l'honneur de saint Martin, ce qu'il appelait : eulogias beali Martini accipere.

Pour les petits flacons renfermant des eulogies, voir Dictionn., t. i, col. au mot Ampoules et aussi Eucharistie.

H. Leclercq.


EUMÉNIE. — I. Fondation et situation. II. Religion. III. Monuments. IV. Histoire. V. Christianisme. VI. Épigraphie.

I. Fondation et situation. — Euménie (aujourd'hui Istielchi) fut fondée par Attale II Philadelphe (159-138 avant J.-C). pour établir un centre d'influence dans la vallée du haut Méandre et lutter contre l'influence de la colonie de Peltai, située à quinze kilomètres environ : c'était un nouvel épisode de la rivalité entre Pergame et Séleucie. Il est probable que ce ne fut pas la colonie envoyée en ce lieu par Attale qui défricha le site d'Euménie, qui doit avoir attiré les populations de temps immémorial et compté d'antiques établissements sur lesquels nous ignorons tout.


II. Religion. — Si on se guide d'après la rareté des inscriptions subsistantes, on peut induire que la vie municipale n'eut pas un grand éclat à Euménie. Riche et florissante, la population se préoccupait beaucoup moins de politique que de religion et cette tournure d'esprit se manifestait de préférence dans la préparation des tombes.


III. Monuments. — Le seul monument du territoire d'Euménie qui paraisse antérieur à la ville est un bas-relief sur les rochers près du village de Sondurlu, à dix kilomètres environ d'Euménie ; il s'agit d'une sorte de cavalcade ; c'est, paraît-il, un travail anatolien antérieur à la prédominance de l'art grec dans cette contrée.


IV. Histoire. — Les inscriptions païennes ne nous apprennent pas grand-chose sur la ville. Comme nous savons que le décret du xotvov Aanxç était affiché à Euménie, nous en pouvons induire que la cité occupait un rang estimable parmi les principales villes de la province, èv Taïç à(pr)YOunsvai( ; tco'v 8taxT)c£cov tîÔXectiv. D'après la liste de Pline, il n'est pas douteux qu'Euménie faisait partie du conventus d'Apamée et, ainsi qu'il arrivait ailleurs, certaines assemblées se faisaient tour à tour dans les villes d'une province, en sorte qu'il existait plusieurs « premières villes » dans chaque conventus. Euménie était dans ce cas. Le culte impérial a laissé peu de traces à Euménie, la divinité d'Attanassos y était identifiée avec la Paix impériale : on trouve la mention d'un prêtre de Rome, mais ceci peut remonter au règne d'Auguste. Les assemblées publiques, Boulé et Démos, ont existé à Euménie ; il s'y trouvait aussi probablement un ordo senatorius sur le type du sénat romain. Tout ce qui concerne l'administration municipale et civile reste en dehors de nos études.

D'après la proportion des épitaphes, la population chrétienne d'Euménie devait, au m« siècle, former une communauté considérable et peut-être avoir la majorité sur les païens de la ville. Sur soixante et onze épitaphes classées comme païennes ou douteuses, onze seulement sont certainement postérieures à l'année 215 et plusieurs d'entre elles pourraient être chrétiennes. Pour cette même période, nous possédons vingt-six épitaphes dont le caractère chrétien est indiscutable. Au ii' siècle, Euménie possède trois citoyens de rang sénatorial, rien n'indique qu'ils fussent chrétiens : au siècle suivant, tous les six personnages de ce rang sont incontestablement chrétiens. Par une contradiction qui n'a rien de surprenant, Euménie, ville chrétienne, conservait sur ses monnaies les anciens emblèmes païens ; Diane et la Fortune. Une tolérance réciproque régnait probablement dans cette population où chaque famille devait compter des membres chrétiens et des membres païens. Les monnaies d'Euménie ne sont d'ailleurs pas postérieures à l'an 260 de notre ère. De cet état d'esprit de tolérance, un monument nous est resté : c'est une inscription trouvée dans une localité voisine, à Emirjilv. Ce texte a été composé par ou pour quelqu'un fermement attaché au paganisme ; cependant, point d'injures, point d'accusations, mais un tableau des bienfaits d'une civilisation au sein de laquelle vivent des personnes d'opinions différentes. C'est une épitaphe élevée par un certain Gaius pour sa famille et deux de ses amis : Rouphos et un autre. Ce Gaius était un homme d'affaires, intendant ou gérant à Magnésie du Méandre, et homme d'instruction, si l'épitaphe métrique, composée de son vivant, est due à lui-même. Il admet dans son tombeau deux hommes qui ont exercé une influence sur sa pensée, il n'en fait pas mystère ; èν Χριστιανοῖς τὸν αὐτὸν στῆσαι τὸν βίον, Μοῦσαι, οιδε, αψδοί, τὰς δονὰς τῶν ἀρετῶν, διουργοὶ τῶν ψυχῶν, ο τὰς ἀρετὰς ἐξευγενίζοντες, ο τὰ κακὰ ἐξαίροντες. 8οῦν, που ν Πούθιος, σόψυχος.

Le mécontentement du défunt n'était que trop justifié à son point de vue, car Euménie a été - et c'est un titre qui vaut d'être relevé - la première ville chrétienne. Ce qu'on y pensait de l'empire et des empereurs ? Peut-être peu de bien. Cette ville, où l'on aimait à exprimer longuement sur les tombes le souvenir des défunts, s'est interdit ces éloges, ces congratulations protocolaires dont les villes asiatiques étaient d'autant plus friandes qu'elles en attendaient beaucoup et qu'elles n'y croyaient pas. À Euménie, il ne subsiste pas une seule inscription municipale du m » siècle. Comment, dès lors, s'arrangeait le sénat de la ville avec les autorités romaines, qui considéraient le culte impérial comme l'expression officielle du loyalisme provincial ? Nous l'ignorons et il serait bien vain d'imaginer un accord, un compromis ; peut-être l'administration impériale se montrait-elle tolérante et intelligente, deux qualités si ordinairement étrangères aux administrations qu'on n'imagine presque jamais pouvoir leur en faire crédit.

Eusèbe (VIII, xi) mentionne, vers l'an 313, l'existence d'une ville de Phrygie, dont la population entière était chrétienne ; il ne peut s'agir que d'Euménie. Quand s'éleva la persécution de Dioclétien, la cité connut l'extrémité de toutes choses. Riche, prospère au m« siècle, laissant pour cette période jusqu'à vingt-six épitaphes certainement chrétiennes, Euménie s'éteint au début du iv » siècle. On ne rencontre plus que quatre inscriptions pour Ce et ceux qui ont suivi. Cette interruption subite de la vie d'une grande cité coïncide avec les événements religieux connus par l'histoire. Jusqu'à vers l'an 300, on rencontre les témoins de la prospérité d'Euménie ; à partir de cette époque, on ne sait plus rien, sinon quelques noms d'évêques, d'un archidiacre. L'explication se trouve dans ces quelques lignes d'Eusèbe : τι Χριστιανῶν τὸν αὐτὸν στῆσαι τὸν βίον, ἐν τ πόλει, ν ἀρχὴ τῆς ἐκκλησίας, καὶ τὸν λαὸν τὸν ἐκεῖνον, ς ν ἐν τ πόλει, καὶ τὸν δῆμον τὸν ἐκεῖνον, ς ν ἐν τ πόλει.

Ta'jTa,9'.Xot ■ xt yàp ttXÉ'jv : oùxeti xaÙTOt.


CTTTJXXÏ] TaÛTa XaXct xai Xl6oç 'où yàp yto, ©ùpat (jtèv £v0a xal Tipôç « ASav ô8ol S' èç 9âoç Tpipot.

ojt 8r, S[£i)Xaîoi. TTâvT[£ç| stç àjvàjaTaaiv a : oYcn--TO eac

Le mécontentement du défunt n'était que trop justifié à son point de vue, car Euménie a été - et c'est un titre qui vaut d'être relevé - la première ville chrétienne. Ce qu'on y pensait de l'empire et des empereurs ? Peut-être peu de bien. Cette ville, où l'on aimait à exprimer longuement sur les tombes le souvenir des défunts, s'est interdit ces éloges, ces congratulations protocolaires dont les villes asiatiques étaient d'autant plus friandes qu'elles en attendaient beaucoup et qu'elles n'y croyaient pas. À Euménie, il ne subsiste pas une seule inscription municipale du m » siècle. Comment, dès lors, s'arrangeait le sénat de la ville avec les autorités romaines, qui considéraient le culte impérial comme l'expression officielle du loyalisme provincial ? Nous l'ignorons et il serait bien vain d'imaginer un accord, un compromis ; peut-être l'administration impériale se montrait-elle tolérante et intelligente, deux qualités si ordinairement étrangères aux administrations qu'on n'imagine presque jamais pouvoir leur en faire crédit.

Eusèbe (VIII, xi) mentionne, vers l'an 313, l'existence d'une ville de Phrygie, dont la population entière était chrétienne ; il ne peut s'agir que d'Euménie. Quand s'éleva la persécution de Dioclétien, la cité connut l'extrémité de toutes choses. Riche, prospère au m« siècle, laissant pour cette période jusqu'à vingt-six épitaphes certainement chrétiennes, Euménie s'éteint au début du iv » siècle. On ne rencontre plus que quatre inscriptions pour Ce et ceux qui ont suivi. Cette interruption subite de la vie d'une grande cité coïncide avec les événements religieux connus par l'histoire. Jusqu'à vers l'an 300, on rencontre les témoins de la prospérité d'Euménie ; à partir de cette époque, on ne sait plus rien, sinon quelques noms d'évêques, d'un archidiacre. L'explication se trouve dans ces quelques lignes d'Eusèbe : τι Χριστιανῶν τὸν αὐτὸν στῆσαι τὸν βίον, ἐν τ πόλει, ν ἀρχὴ τῆς ἐκκλησίας, καὶ τὸν λαὸν τὸν ἐκεῖνον, ς ν ἐν τ πόλει, καὶ τὸν δῆμον τὸν ἐκεῖνον, ς ν ἐν τ πόλει.


VL ÉPIGRAPHE. — 10 [ô|| Ssîva — ÉauTÔ — ] zal TA, [A-()Tcpi||MEXT^.nr) x.at tw ulcô Toi || co xal zû> Ijf j'jll ('AajxXâ'ÈTépc.) Se 7_ùjplçl| Tcôv -poY[EYP]°'l^sv(>)vl|' ô ; SE ôtv £ :ii.Tf|8£'j :|crEi, earat AÙTÛ 7rp6 OEÔV||zalvûvxai v t-^ xpi.||<ît[JLCJ) 7 ; !X£pa. Y'^pô'''. xaÎTi [iq Yv)||[pâv Tpiç X'îp'^ « -' »'^ôv x.a|lXôv TÔ oïç TÔ II t ;'ip |3p !.v çépEi* -3tp[6]v TèllYÎjpoî xai

Cette épitaphe nous offre un premier et remarquable exemple d'une formule dont le sens n'est pas tellement clair que le collecteur du Corp. inscr. grsec, Franz, n'y ait vu une preuve de paganisme.

Cette phrase, ECjTai aÙTcô Tcpôç tôv ©eôv, et ses variantes : e^oi Trpoç tôv ©eôv ô àvoÎYojv ', ou d'autres encore, sont simplement une menace dont le sens n'est plus contesté aujourd'hui ^. Nous avons déjà parlé (voir Amen des dans le droit funéraire) de cet usage établi en Orient, de menacer à la fin des épitaphes les violateurs du tombeau soit d'une amende ', soit de la vengeance des dieux : ασχύνην σται τοῖς βεβηλώσασιν — τὰς ψυχὰς αὐτῶν — τὰ σώματα αὐτῶν — τὰς οὐσίας αὐτῶν — τὰ τέκνα αὐτῶν — τὰς γυναῖκας αὐτῶν — τος ἀδελφος αὐτῶν — τος πατέρας αὐτῶν — τος υος αὐτῶν — τὰς θυγατέρας αὐτῶν — τὰς ἀδελφὰς αὐτῶν — τος ἀνέψιους αὐτῶν — τος ἀνεψιος αὐτῶν — τος ἐξαδέλφους αὐτῶν — τος συγγενεῖς αὐτῶν — τος φίλους αὐτῶν — τος ταίρους αὐτῶν — τος μοδημότας αὐτῶν — τος πολίτας αὐτῶν — τος ξένους αὐτῶν — τος ἐπὶ τ θύρ αὐτῶν — τος ἐπὶ τ πύλ αὐτῶν — τος ἐπὶ τ στο αὐτῶν — τος ἐπὶ τ οκί αὐτῶν — τος ἐπὶ τ κλίν αὐτῶν — τος ἐπὶ τ τραπέζ αὐτῶν — τος ἐπὶ τ στίασιν αὐτῶν — τος ἐπὶ τ θυσί αὐτῶν — τος ἐπὶ τ σπονδ αὐτῶν — τος ἐπὶ τ εὐωχί αὐτῶν — τος ἐπὶ τ εὐφροσύν αὐτῶν — τος ἐπὶ τ χαρ αὐτῶν — τος ἐπὶ τ παιν αὐτῶν — τος ἐπὶ τ μν αὐτῶν — τος ἐπὶ τ προσευχ αὐτῶν — τος ἐπὶ τ δεήσει αὐτῶν — τος ἐπὶ τ ατήσει αὐτῶν — τος ἐπὶ τ ἐντεύξει αὐτῶν — τος ἐπὶ τ παρακλήσει αὐτῶν — τος ἐπὶ τ παραμυθί αὐτῶν — τος ἐπὶ τ παραίνεσι αὐτῶν — τος ἐπὶ τ προτροπ αὐτῶν — τος ἐπὶ τ ἀνάκρουσιν αὐτῶν — τος ἐπὶ τ ἀναβολ αὐτῶν — τος ἐπὶ τ ἀναστροφ αὐτῶν — τος ἐπὶ τ ἀναστροφ αὐτῶν — τος ἐπὶ τ ἀναστροφ αὐτῶν — τος ἐπὶ τ ἀναστροφ αὐτῶν — τος ἐπὶ τ ἀναστροφ αὐτῶν — τος ἐπὶ τ ἀναστροφ αὐτῶν — τος ἐπὶ τ ἀναστροφ αὐτῶν — τος ἐπὶ τ ἀναστροφ αὐτῶν — τος ἐπὶ τ ἀναστροφ αὐτῶν — τος ἐπὶ τ ἀναστροφ αὐτῶν — τος ἐπὶ τ ἀναστροφ αὐτῶν — τος ἐπὶ τ ἀναστροφ αὐτῶν — τος ἐπὶ τ ἀναστροφ αὐτῶν — τος ἐπὶ τ ἀναστροφ αὐτῶν — τος ἐπὶ τ ἀναστροφ αὐτῶν — τος ἐπὶ τ ἀναστροφ αὐτῶν — τος ἐπὶ τ ἀναστροφ αὐτῶν — τος ἐπὶ τ ἀναστροφ αὐτῶν — τος ἐπὶ τ ἀναστροφ αὐτῶν — τος ἐπὶ τ ἀναστροφ αὐτῶν — τος ἐπὶ τ ἀναστροφ αὐτῶν — τος ἐπὶ τ ἀναστροφ αὐτῶν — τος ἐπὶ τ ἀναστροφ αὐτῶν — τος ἐπὶ τ ἀναστροφ αὐτῶν — τος ἐπὶ τ ἀναστροφ αὐτῶν — τος ἐπὶ τ ἀναστροφ αὐτῶν — τος ἐπὶ τ ἀναστροφ αὐτῶν — τος ἐπὶ τ ἀναστροφ αὐτῶν — τος ἐπὶ τ ἀναστροφ αὐτῶν — τος ἐπὶ τ 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12 ... SCTTat aÙTÔi Trpôç Tr ;V /sTpa toû 0eoû (n. 392). Une pensée analogue à celle qui inspire cette formule se retrouve dans un document chrétien d'Asie Mineure, les actes des martjTs Claude et Astère : on y entend une chrétienne livrée à la tortiire qui dit ces paro les : Sz tibi bonum videtur ul ingenaani muUerem ac pereijrinam sic lorqaeas, lu scis : videt Deus quod agis. Ceci ne contredit pas ce que nous apprennent les inscriptions sur l'épo que où la formule obtint sa plus grande vogue, puisqu'on la rencontre sur des inscriptions datées de 224, 249, 250, 253. 256, 259, 270, de sorte que, entre 220 et 260, la formule a obtenu son meilleur succès ; vers 270, elle a commencé à se déformer et à se développer. On peut aussi conjecturer que les inscriptions sur lesquel les on voit appai-aître la mention d'une double pénalité, ci\ile et religieuse, en cas de violation de la tombe, appartiennent à une épo que entre 200-250, bien que le seul exemple daté soit de l'année 253, à Apamée.

Pour en revenir à notre inscription, elle se termine par des vers qu'on retrouve en partie dans les fragments de Ménandresous cette forme : xaXôv TÔyvipâv xal TÔ |i/] -frjpiv tzx'/.'m (283), et xaXôv tô 6vy](ixEi.v olç (jPpiv TÔ 5f,'' osps'- (291). L'à-peu-près de la citation montre que ces senten ces étaient devenues proverbia les et qu'on les avait un peu remaniées ; les chrétiens d'Euménic en faisaient usage. Voici la traduction de cette inscription :

(Quidam sifti] et Mellinœ matri et Caiofilio et Ascii fratri meu. Memini alii licere reponi, exceptis his inscriptis. Quicum que aggredietur, illi eril coram Deo oivenli et nunc et in die judicii.

Bonamest senescere et nonsenescereestlerpejusmalum.

Bonam est mori quibus vita conttimeliam ferct.

Prœsens senectus et feret personam. employé ici est païen et impli que une idée religieuse du paganisme, mais les chrétiens n'y regardaient pas de si près et l'avaient mis à leur usage ^, soit que le mot xoi ;jtr,TT,piov ne leur fût pas encore familier, soit pour toute autre raison. Constantin Porphyrogéncte fera usage du mot ï ;pôiov pour désigner le tombeau de Justinien ^ Dans ce tombeau reposaient Tatia, Alexandre et sa femme Attalis.- — Trouvé à YakaIsmak, à l'ouest d'Euménie.

3« Épitaphe de X..., de sa femme Glyconiané, de leurs enfants, du grand-père Rufus et de sa femme Ammia, du frère Rufus et de sa femme Tatia et de leurs enfants. Après cette nomenclature, on Ut ; sÏTiçjl Sal £-'./_s !.pr,(7£i Lç Ti ;|-po5Y ;ÀO'Jaatva <î'J(vl|x]po'j(i3c. Cela dit, le lapicide se souvint qu'il avait oublié la défense expresse de faire usage du tombeau ; il y revint donc : STspw 8s oùS s'yi 'éa-rxi Èïèv te6 ?,||v£v zl 8' oùx (erreur probable pour o5v), ëote avTw Jlnpôç TÔV Î^CÔVTA 0£6v.

4 » Aûp. 'A->'a-[o)(x]Evèç 3' |1 çuXtjç 'Hp[aî|8oç ^cov i ; TÔ f,l|pft)Ov y.xi t[ôv) ett' aÙTto |1 3cojjiôv, £tç [ô Xïj)8Eu6Y)<jE||Tat aÛTÔç [x£]ôv av a'jTÔç llstôv • XÈ A'î)p.|| 'APTS[Jl'.Slûp(tO |ÈT£]ptp Se 11 0Ù8EviÈ( ;£]<iTs TS||6r,va'. • ôç 8'(âv]£7r(./s ! :jpT]<jr, ETsp [ov 6] Elvai, AÙTÔ » — polç tJôv 0£Ôv- |j to'Jto'., ?a' ?ov « (TTETÉiOïj £'. ; Ta àpxsïa. C'est ici une tombe avec son bomos élevés à la mémoire d'un ami. Aur. .\rtémidorc, Ois d'Aristippe.

8° Épitaphe d'Aurelios Genicllos Menas, bouleute, et de plusieurs des siens bien-aimés .\ureUos Menas, fils de Philippe, en son vivant |3o'jXcutt,ç et yspaiôç ; Aphia .\rlas Ta Î8ia Èx tôjv î8itov, Philippe et Cyrilla jtâTpa et TT,v èjaséx^'.v jiO'j IlaOXav, et r, ; O'.XtjTY). La formule finale est exceptionnelle : 6ç 8 » âv è-i/Eipf,<T£'. ETîpov ê X/iySTai Trapà ToO ©soO iiin-eiyx atciv.ov. Le met TiaTpa, qu'on rencontre aussi dans une inscription païenne d'Euménie, signifie probablemeni une sœur consanguine.

. '.)I.S2. 92

. lill. cet iç t6 TajiEtov rpO(j]|T£t(jtou 8-/)v ç'- ci Tsi TOUTOU, Tcpôç Tov î^côvTa 0e6v. Celui qui élève le tombeau a, par respect, nommé d'abord l'évè que son oncle, et ensuite son propre père et luimême. Tout porte à assigner à cette inscription une haute antiquité. L'absence du prénom Aurelios ou d'un autre prénom, la mention et le t aux d'une amende à acquitter au fisc. Trouvée à Dedc-Kcui, et probablement des premières années du lu« siècle (200-215).

10 » Épitaphe d'un tombeau élevé par Aur. Hermès à SCS parents : ÉT^pa) oûSsvî. A Euménie.

11° Épitaphe d' Aurelios Eutychès, houleute, de sa femme Marcelle et de leurs enfants. Eùjiôpotç H Aùp. EÙTÔxqi 'Ep|xo[îi] ]| è-txXï)v »EXt ?. Eu || y.zve\>< ; xal aXtov ( I) TrcX[£]||(ov :roxîlt7]( ;,çuX^< ;||'ASpiaviSo( ;, (îouXeu ||ty)i ; x<xi Yspsoç, H xaTscnteuadev tô T)p(ô||ov éaÙToi xal T7) (ï£|Jt.v||0TâT7] xal 7Tpoc9i.XECT||TÀTT)'Yuvaixî « *'• »fO' ? Il iauTÛv TÉxvotç- || e'î tic, 8è ÊTEpo ; è\\m'X£'.piicsc'. OEÎvaî II TÎva, coTai aÙTÔi||7Cpôç tôv Çûvra 0e6v. La mention de plusieurs droits decitéétait comm une sur les épitaphes et les inscriptions honorifiques^ d'athlètes et de vainqueurs des jeux. W. M. Ramsay soupçonne que Aurelios Eutychès n'avait pas ces droits de cité nombreux, mais qu'il usait de cette formule pour faire entendre qu'il était citoyen du ciel ; à une épo que postérieure, on rencontre assez fréquemment l'expression dans les panég\Tiques chrétiens ; par exemple : ©eoSôctioi ; ô â ;io ;ji.axàpi.CTOÇ xal ! ;. Le mot Eû[j.6poiç, qui ouvre l'épitaphe doit avoir le sens de : à la mort bienheureuse ; F. Cumont admettrait la lecture Eû[i,op9i( ;, qui serait un sobriquet du défunt, mais il a déjà un nom familier, è7t[KXT]v « EXi5Trouvée à Euménie.

(I ■ Zvillvuvoi ; xaTCCTXsfu] ||a<5EV t6 tjpmIIov éauTcô xal || tu ulco Ztjvw|(vi xal tÎ] vû[j.||9-f) TaTia. eï Ti ; Il 8è ETEpoç È-i.|lx£'. ?^iat, ectte ||aÛT<ô Tïpôç ]| tôv 0e6v. Après que cette inscription fut gravée, une nommée Marie mourut et fut déposée dans ce tombeau, on ajouta son nom en caractères plus petits : xal tÎ) OuyaTpl Mapîa entre la date et le premier nom La date, 263-264, est gravée sur la partie supérieure, le nom de Zenodote sur le plat, en sorte que le nom de Mai-ie fut tracé sur la moulure. Cete date n'est pas celle de la mort, mais celle de l'érection de la tombe et de l'inscription. Trouvée à Yaka-Simak.

TÔi II àSEXçôi AÙTOÛ A('jp. Il ' Ay.]ii.i[v.'i]ôi, xx(l s ?] Ttv(i II &'>J,](i> [aÙTàçl Çôiv (cr)y1|x »1P')<'^'''0'^^' 8[è ; a]XX<jj èÇov êtjTai l| èetvai T'.va • si SE tiç || è-\.-/cif,riaz :, £l(joî(jEi||£Î< ; T-))v EùfJtc.iéojv flou||XT,v ;rpoaT£l|iou S-()v-a, Il xal êaTai aÙTcô Trpoç t6 || {J-éyix ôvojxa toO 0£oû. Celle épitaphe appartient probablement à la période voisine de l'année 230 ; trouvée à Euménie.

16° Épitaphe d'Aurelios Ménécrates, fils d'Asclépiodote, de sa femme Tatia, de leur fils Alexandre. Il r\ A« /■pMH^Jo6|A0[BT0YAC [--ATECKTVACATOEMNPOT OENCVMKPOVCTO S'KATTOA /\QNl« AYTOYMEATIMHKMHNO NEPK^NÛÛYAHOHCI. npocton ;J( est possible que cette épitaphe ait remplacé le n. 2 (voir plus haut). Trouvée à Euménie.

Corp. inscr. grœc, n. 3902 n ; F. Cumont, op. cit., n. 149 ; W. M. Ramsay, op. cit., t. n, p. .526, n. 370.

17° Aùp. Mï)v6çiXoç P' Toij Il xaTECTXEÛaaa t6 e[xtcpo<î'||8ev aùvxpouaTov <èauTâi> ulôj, x£ ■ xè M7)vo|lçiX<p xÈ || è[y]y<^'>'OI' ?> >« è oT ; aÙTÔç II TCEpicôv PouXr)9-f| • [£]l|| <8É tiç è-m-/_cip-i]ae :

XOl[J.Y)T7)ptOV.

22° Épitaphe d'Aur. Tatianos, qui érigea un xoiti7)T-/)piov à son père Alexandre, à sa femme Ammia et à ses entants, si -iç 8k jr£'.pT)at, eaxai... ; peut-être pour Trouvée à Yaka-Simak.

23° AùprjXJa TaTiov || EùjxsvsitIç xaT£cjx£'J|]a<îev xà -/ipcôov èaUTvi II xai. tû àvSpl AÙTT) ! ; |1 Eùtù/j) xal eÏ Ti||vt âv î^côoa £Î 8è |XEl|Tà -r))V |xou èi-i - :\.ç\\èTzv/j.priasi Ttvà || ètticjevevxeîv, EaUxat aÙTçi npoç, TÔv II Qeôv. Trouvée à Euménie.

24° Épitaphe d'Aurehos Fronton, de sa femme Ammia, de son frère Attale et de la femme de celui-ci, Éliane, et de leurs enfants. Trouvée à Euménie.

Bull, de corresp. helléni que, 1893, p. 241 ; F. Cumont, op. ci7.,n. 143 ; W. -M. Ramsay, op. ci(., t. II, p. 530, n. 378.

25° Épitaphe mutilée dans laquelle il est question d'un xoi.ix/]Tï)pi.ov. Trouvée à Dede.

26° Épitaphe d'Ammia et Tatia : l< ;\\to à7i6||Toù Yjpôi||ov ÈÇàv £T[v]at TESTJvai. 1| ['A](j.[jtî(x xal Taxtav || Trpèç TOÙçllàvSpaç èàv nip-f)[a||cù]ai tôv ©eov è$o[u]- ||(jtav ÈxôvTcov [x[£7j|plE Z,ô)<5i Èâv ii 7rà(e7)||Tsxvov -ÉTÉplco] l|SÈ È ;éaT[ai.] ||t£6y)- vai 7tpoY£Ypa|x||[j,évwv Iç TaÛTal|-ràr]pcia, ôç Se àv II Èinx£i.p-/ ;a£'., Qi)aBi \\ 7ipoaTEi[iou î ; t-))||v pou||X>)V Sï]v...]. Cette inscription est assez énigmati que et les imaginations proposées pour l'éclairer n'y ont que peu servi. Trouvée à Dede-Kcui.

27° Dédicace d'un [àjyiov pîi !J.a xp tç Tou-acoTrouvée à Aidan.

28° Tov 0£Ôv Stto'j TïàvTEÇ [t]yiv êxoii.EV. Sur la partie antérieure d'un siège de marbre, qui sans doute a appartenu à l'église d'où vient le bêma. Trouvé à Aidan. iv° siècle.

29° Dédicace d'Alexandre, archidiacre, èrcl toû àpxiSiaxovou 'AXs ;âv8pou. Trouvée à Tcliivril ; épo que tardive.

Après le massacre sous Dioclétien, l'histoire d'Euménie prend fin ; la conquête de cette vallée par les Turcs est à peine connue et, à défaut de tout renseignement précis, on ne peut qu'inférer ce qui arriva d'après ce qu'on sait des districts voisins ; mais ces événements sont postérieurs à nos étu des.

H. Leclercq.

De l'année 487 = :

De l'année 532 ' :

De l'année 571 ' :

+ HIC REQVIESCIT IN RACE CALLIENICVS EVNVCV S QVI VIXIT ANN PLS M XXX DEPOSITVS SVB D III N N 5 SEPTEWIBRIVM IMP D N IVSTINO PP AVG AN G INDV -IEnfm mentionnons ci-l eunui-us luhicularius '' :

C5RECESSIT IN RACE LOANNIS EVNfii^CVS CVBICVLARIVS QVI VIXIT ANNIS PLVSWIINVS XLV BENEMERENS DIAE P III KAL AVGVSTAS '\^ :^g,

H. LECLENCQ.


EUOUAE. C'est le sigle servant à indiquer, dans les livres liturgiques de chœur, la terminaison du verset, c'est-à-dire l'intonation de la finale ou la manière d'entonner la seconde partie des versets d'un psaume. Ces voyel les ne sont autres que les voyel les des mots sEculorvm .iniEn, dont on a retranché les consonnes. Ainsi, dans le verset du psaume cix :

Dixit Dominas Domino meo : Sede a dextris meis, les notes de l'intonation de la dominante et de la niédiante indiquent comment entonner Dixil Dominas Domino meo, et les notes de la terminaison indiquent l'intonation de Sede a dexiris meis.

On a parfois fait une confusion entre ce sigle musical et r£iio/ic' bacchi que, répété après cha que strophe, de même que le Triumpe ar^'ali que. Il n'y a pas moyen d'établir même l'apparence d'une relation entre le sigle et ces acclamations. Francis que-Michel découvrait dans eaouae une acclamation : pure imagination. Il n'y a pas lieu de s'attarder à dccou\Tir un rapport quelcon que entre ce sigle et les lettres aoi, qui terminent un grand nombre decouplcts de la Chanson de Roland '. H. Leclercq.


EUPHÉMIE (Sainte). — I. Les textes. II. La date. m. Le culte.

I. Les textes. — Tillcraont - juge que, de toutes les « histoires » qui nous ont été conservées sur sainte Euphémie, « il ne nous reste proprement rien d'a.ssuré de ses actions et de ses souffran ces, que la description d'un tableau où son martyre estoit dépeint, faite par saint Astère d'.\masée, qui vivoit à la fin du iv^ siècle, et insérée toute au long dans la quatrième et dans la sixième action du VII= concile œcuméni que ». Dans une note intitulée : « Qu'il ne faut prendre son histoire que de saint Astère ■., il ajoute : » On dira peut-estre que saint Astère ne fait que la description d'un tableau et que ce tableau pouvoit ne contenir qu'une partie de l'histoire. Mais saint Astère dit positivement qu'il la contenoit toute. Quand cela ne seroit pas, saint Astère ne pouvoit pas manquer d'en savoir le reste, et il l'auroit sans doute marqué en un mot. Il avoit vu ce tableau au tombeau de sainte Euphémie, c'està-dire à Calcédoine, où l'on savoit parfaitement tout son martyre et on y eust plutost ajouté, que d'en retrancher quoy que ce fust. » Voici cette description :

« Le juge est assis sur son siège ; il regarde la vierge d'un air farouche et cruel. L'art sait, en effet, quand il veut, peindre la colère même sur une matière inanimée. Tout près sont les satellites, la foule des soldats ; les greffiers ont leurs tablettes et leurs stylets ; l'un d'eux suspend sa tâche et se tourne vivement vers la vierge, comme s'il lui ordonnait de répondre plus haut, craignant d'entendre mal et de commettre quel que erreur dans le procès-verbal. Euphémie porte des vêtements sombres et le pallium, signe de la philosophie. Le peintre lui a donné une physionomie aimable ; pour moi, son âme me paraît embellie par ses vertus. Deux soldats la conduisent au juge ; l'un marche en avant et la traîne, l'autre est derrière et la pousse. La pudeur se mêle au courage dans la démarche de la vierge. Elle baisse la tète, comme si elle rougissait d'être regardée par des hommes, mais elle se lient sans crainte et ne souffre point de montrer la moindre terreur dans le combat... Plus loin, dans la suite de cette peinture, les bourre aux, vêtus seulement d'une tuni que, accomplissent leur tâche : l'un d'eux a saisi la tête de la vierge et la renverse en arrière, il la maintient ainsi immobile, exposée aux tortures ; l'autre lui arrache les dents. On voit les instruments du supplice, un maiUet et un foret... Le peintre a si distinctement rendu les gouttes de sang, qu'il semble qu'on les voie réellement couler... Puis on aperçoit la vierge en prison ; elle est assise seule, dans ses vêtements de deuil, elle tend les mains vers le ciel, elle invo que Dieu au milieu de ses souffran ces. Pendant qu'elle prie, apparaît au-dessus de sa tète le signe que les chrétiens ont l'habitude d'adorer et de représenter... Tout près, le peintre a placé un bûcher embrasé qui répand çà et là ses flammes rougeàtres et épaisses. Euphémie est au miheu, les mains vers le ciel ; son visage ne trahit auc une tristesse ; il montre plutôt la joie de fuir vers la vie immatérielle et bienheureuse '. » Le récit donné par Métaphraste ne s'accorde guère avec les faits rapportés par saint Astère et semble négUgeable. Quelques mentions anciennes, comme celle de saint PauÛn, qui a trait à des reUques de la martyre conservées à Noie, celle de saint Pierre Chrysologue, ne nous apprennent rien de positif. Ennodius de Pavie lui a consacré un poème, dans lequel il accueille des détails douteux, mais qui s'accordent assez bien avec ceux donnés dans les martyrologes de Bède, Usuard et Adon • ; le texte publié dans la Bibliotheca Cassinensis, t. m, Florilegium, p. 114-116, concorde dans l'ensemble avec la notice d'Adon,mais, pas plus que le texte deMombritius, ne renferme le nom de sainte Théodora. qui figure dans les textes grecs. Les relations inédite », de la passion sont encore nombreuses. Il existe une Vie syria que ^ et diverses compositions littéraires grecques de mince mérite °.


IL L.\ D.\TE. — Saint Paulin, Fortunat, Evagrius ' placent le supplice à Chalcédoine, sous Dioclétien. et les Actes désignent la cinquième année de la persécution, ce qui, en comptant depuis 303, conduit à 307. Les latins en faisaient la fête le 16septembre et on la trouve à ce jour dans le Martyrologe hiéronymien et dans ceux de Bède, d'Adon, etc., dans le sacramentaire dit grégorien et dans le calendrier de Fronton du Duc. Les grecs également. D'autres documents la marquent à différentes dates, mais leur autorité ne' saurait prévaloir contre celle des précédents.


III. Le culte. — Le culte a été répandu chez les grecs principalement ;mais c'est à Chalcédoine que s'élevait la basiUque la plus célèbre parmi tout es cel les qui lui furent consacrées ». Nous n'y reviendrons pas. A Rome, il existait un titre de Sainte-Euphémie au Viminal, peut-être dès l'épo que du pape Serge l » (687-701), et une image en mosaï que de la sainte. Tout ceci a péri '. H. Leclercq.


EUSÈBE DE CÉSARÉE. — I. Du rang d'Eusèbe. II. Sour ces sur sa vie. III. Jeunesse. IV. Persécution.V. Premiers trav aux. VI.Épiscopat. VII. Le concile de Nicte. VIII. Le discours d'ouverture. IX. Le symbole de Xicée. X. La question pascale. XI. Discussion avec les philosophes. XII. Droits métropolitains. XIII. Concile d'Antioche. XIV. Conci les de Césarée, de Tyr et de Jérusalem. XV. Concile de Constantinople. XVI. Eusèbe et Constantin. XVIL Derniers trav aux. Dernières années. XVIII. Le caractère. XIX. La postérité. XX. Les œuvres littéraires. 1. Histoire : a. Vie de Pamphile ; b. Sur les martyrs de Palestine ; c. Collection des anciens mart\TS ; d. Chroni que ; e. Histoire ecclésiasti que ; 2. Apologéti que.

I. Du RANG d'Eusèbe. — Si l'histoire des origines chrétiennes ne possédait pas les ou^Tages d'Eusèbe de Césarée et si l'histoire de nos antiquités nationa les ne possédait pas les récits de Grégoire de Tours, ce que nous saurions sur les unes comme sur les autres serait peu de chose et ce peu serait incertain. Grâce au labeur immense de ces deux hommes, tout un passé glorieux et vénérable nous a été conservé ; il doit être permis de s'en souvenir. Mais on se lasse de tout, même de la reconnaissance, et Eusèbe, de même que Grégoire, ont eu de fâcheux moments à traverser ; on les a dénoncé' ;, épluchés, dénigrés. C'est que, à défaut de révolutions politiques, on se satisfait avec les révolutions littéraires. Ceux qui se disent critiques n'aiment rien tant que faire et défaire, ils ont un goût décidé pour déterrer les inconnus de la veille et s'affranchir des réputations consacrées. Le jeu est inofîensif et pres que toujours superflu. L'œu\Te d'un Eusèbe ou d'un Grégoire, après une dépréciation excessive, s'impose autant que ja mais à l'étude de ceux que n'hypnotise pas la découverte d'un papier, la trouvaille d'un document nouveau, l'exhumation d'un écrit dédaigné il y a deux ou trois sièc les, par ces érudits d'autrefois, qui avaient tout lu et tout pesé. Eux ne s'étaient pas mépris sur l'autorité histori que qui s'attache aux écrits d'Eusèbe et les recherches conduites depuis leur temps, avec des ressour ces sans cesse accrues et des métho des de plus en plus rigoureuses, loin d'ébranler, ont pres que toujours affermi son autorité et leurs conclusions.


II. Sour ces sur sa vie. — La vie d'Eusèbe fut écrite par son disciple Acacc, qui fut aussi son successeur sur le siège de Césarée (350vers 366) ; cet ouvrage est malheureusement perdu '. Il faut se rabattre sur les indications dispersées dans les écrits de saint .\thanase, sur la notice écrite par saint Jérôme ' et sur les détails recueillis par les historiens Socrate, Sozomène et Théodoret. On peut également tirer bon parti des indications contenues dans les procès-verb aux du II« concile de Nicée S et dans les Anlirrbelica du patriarche Nicéphore* relatifs à la controverse des images. Somme toute, ce sont les propres écrits d'Eusèbe qui nous instruisent le plus complètement sur ses idées et sur son activité.

Parmi les modernes il est pres que superflu de dire qu'Eusèbe a fait l'objet des étu des des historiens de On n'est pas mieux instruit du lieu que de la date de cette naissance. De l'ensemble des indications concernant son enfance et sa jeunesse, on est fondé à admettre qu'Eusèbe vit le jour à Césarée de Pa lestine, dont le nom est devenu inséparable du sien. Marccllus l'appelait : 'Eucepîoç ô -rîjç « ; Basile : '- ; Théodoret : 'Euccptov TÔv ■' ; ce qui voulait dire exactement la même chose que : Eusèbe de Césarée ; mais ce dernier vocable a prévalu. Comme il existait alors une tendance à conférer l'épiscopat à un îionnuc né dans la ville même, c'est une raison de plus de voir dans l'évê que de Césarée un citoyen de cette ville, mais il importe d'ajouter que la première afTirmalion qu'on rencontre à ce sujet ne remonte qu'à un écrivain du xiV siècle, Tliédore Mclochita.

Même ignorance sur sa famille. Comme Arius, écrivant à Eusèbe de Xicomédie, lui parle en ces termes d'Eusèbe de Césarée : ô (jou ô èv KaioapEta », on en a conclu qu'ils étaient « frères » ; mais connue Eusèbe deNicomédie lui-même l'appelle « mon maître », ô Seo— i-r/jç |jtou », il faut renoncer à cette parenté imaginaire. Nicéphore Calliste « fait d'Eusèbe un neveu de Pamphile le martyr, ô toutou De ce qu'Eusèbe a connu Pamphile élant je une, il ne peut s'ensuivre qu'ils fussent nécessairement apparentes et il est peu vraisemblable qu'Eusébc — qui en a eu tant de fois l'occasion — n'en ail ja mais rien dit. Au contraire, à la façon dont il rapporte leur renconIro ', il semble qu'ils étaient jus que-là étrangers l'un à l'autre. Ce qui est cerlain, c'est qu'Eusèbe fut élevé et instruit dans sa religion à Césarée. Enfin, il y apprit la foi dans ces\mbole qu'il devait plus tard présenter aux l'ères de Nicée et qui servit de base à la rédaction du concile. Rappelant ses souvenirs, il évoquait l'entrée de Dioclétion et de Constantin, en 296 =. A Césarée, Eusèbe écoula les leçons sur l'Écriture sainte de ce Dorothée, jadis directeur d'une teinturerie de pourpre à Tyr, et maintenant prêtre de l'Église de Césarée. Là il connut l^amphile et fut ordonné prêtre probablement par l'évè que Agapius '. De toutes ces circonstan ces, celle qui exerça sur lui l'influence la plus profonde et la plus durable fut la rencontre avec Pamphile.

Pamphile était phénicien, ayant fait ses étu des à Alexandrie, et devenu prêtre de l'Église de Césarée. C'était un bibliophile en même temps qu'un savant. Sa collection de livres était célèbre et sans rivale dans les milieux chrétiens. Le fonds se composait de la bibliothè que formée par Origène pendant son séjour à Césarée ; il l'avait enrichi par des acquisitions, notamment par les li\Tes de l'évè que Alexandre de Jérusalem ' et par des copies. Eusèbe trouva dans cette retraite un lieu providentiel pour un tempérament tel que le sien. 11 a dressé un catalogue des livres de Pamphile *, que saint Jérôme nous représente faisant venir les livres départent et montrant, pour enrichir son domaine de la science sacrée, une ardeur au moins égale à celle qu'avaient montrée pour l'antiquité profane Démétrius de Phalère ou Pisistrate. Bibliophile fervent et copiste infatigable, Pamphile amassait les éléments qu'Eusèbe mettrait en œuvre. Eusèbe luimême traversait cette période de formation à laquelle rien ne supplée : il transcrivait de sa main les textes.

Pamphile professait une vive admiration à l'égard d'Origène, dont il conservait comme une reh que le manuscrit des Hexap les, dont saint Jérôme usa plus tard en passant à Césarée ». Jérôme lui-même posséda un ouvrage d'Origène, transcrit par Pamphile, dont il faisait plus d'estime, dit-il, que des trésors de Crésus. C'est dans cette atmosphère de travailleurs passionnés qu'il faut replacer Eusèbe. si on veut comprendre le véritable caractère de sa vie. Pamphile et Eusèbe ont été, en leur temps, d'infatigab les éditeurs de textes. Vn manuscrit du collège de Clermont contenait tous les écrits des prophètes, d'après la recension de Pamphile et d'Eusèbe. Signalé par Montfaucon ', ce manuscrit, on ignore par quels détours, arriva à Rome et fut acheté en 1785 pour la bibliothè que Vaticane nu prix de 380 scudi. Au folio 84 on lit que le livre d'Isaïe a été copié d'après les hexap les ; au fol. 280 v°, <iu lit que le livre d'Ezéchiel desumptus fuit ab exemfilari Patris Apollinarii crrnobiarchie, in quo hœc eranl fiiibjuncta : desumpliis fiiil ex cdilionibus hexaptaribus, emendalusqae ad ejiisdem Ori(ienis telrapla, qux manu ipsius emendala fueranl ci scholiis prasdita. Unde ego Èusebius scholia addidi. Pamphilus et Eusebius emendaverunt '. Ces mots t6 Eûas|îtou et tô Pi^Xîov EùasPîou ToO nançtXou, se lisent souvent sur les manuscrits de l'Ancien Testament. Sur un ms. de Patmos on lit ; iç' wv eûpojxev xal nâfjiçiXoçxal EùaépiO ! ; '.

A cette école, Eusèbe fil plus que transcrire, il s'essaya à traduire et eut comme associé le futur martyr Procope, qui traduisait du grec en araméen '« . Il semble ([u'il possédait certaines aptitu des plus favorab les au succès et à l'expansion d'une vaste entreprise que le bon et généreux Pamphile, trop disposé à consacrer son temps et à distribuer ses ou^Tages à ceux pour qui il s'enthousiasmait ». Pamphile possédait une flamme d'enthousiasme qui attirait et retenait autour de lui un auditoire où les étudiants sauront, à l'heure du péril, se hausser jusqu'au martyre. Ses opinions s'exprimaient avec cette chaleur qui entraîne les plus calmes ; c'est ainsi peut-être qu'Eusèbe se laissa imprégner d'origénisme. Pamphile était irrésistible et quand Photius a écrit qu'Eusèbe s'était constitué son « esclave '■ « , il a commis une grossière erreur, car ja mais attachement ne fut plus libre, plus volontaire, à tel point qu'Eusèbe voulut faire sui\Te son nom de celui de son ami : Eùocpûjç ô ITa^çO.ou et comme dira saint Jérôme : Ob amicitiam Pamphili marlyris ab eo cognomenlum sortilus est « .


IV. Persécution. — En 303 se déchaîna la persécution de Dioclétien, dont Césarée de Palestine devint un des foyers les plus actifs. Eusèbe a raconté les scènes qu'il eut alors devant les yeux, les églises détruites jusqu'au sol, les saintes Écritures jetées dans les bûchers dressés sur les pla ces publiques, les chefs des Églises et leurs collaborateurs traqués et mis à mort '*. On vivait sous une tyrannie dont rien ne permettait de fuir les fureurs et qui pouvait à toute heure atteindre celui qui se flattait d'avoir échappé. Il a raconté dans son livre Sur les martyrs de Palestine le supphce de Procope (ch. i), d'.Apianus (ch. iv), de Pamphile (ch. xi), avec lesquels il avait vécu dans une étroite intimité. Quelle fut son attitude pendant ces moments diffici les ? Il partagea une partie de ses journées avec ses amis prisonniers. Tillemont '^, sur l'autorité de Photius, suppose qu'il partagea leur prison, mais Photius ne dit rien de semblable et simplement qu'Eusèbe se trouvait avec Pamphile dans sa prison quand ils composèrent un ouvrage en commun, consacré à la défense d'Origène. Pamphile périt avant qu'il fût terminé et le traité fut terminé par Eusèbe et adressé par lui aux martyrs enfermés à Phounon (voir Ad jietalla) '« . Pendant que la persécution faisait rage, Eusèbe ne s'éloignait pas des points les plus menacés ; on le voit, témoin oculaire du supplice des martyrs, non seulement à Césarée, mais encore à T>t, lors que plusieurs fidè les furent déchirés par les bêtes dans l'amphithéâtre » ; il va même alors en Ég>'ple, où nulle part la persécution ne fut plus violente, et loin de se dérober, il allait dans la foule assister à ces hécatombes où on vit périr en même temps dix, \ingt ou trente et jusqu'à cent victimes. Toute cette partie de la chronologie d'Eusèbe est encore remphe d'incertitu des. Peut-être le voyage d'Egypte est-il postérieur au martyre de Pamphile. D'après le récit de Potamon, il aurait même été arrêté et mis en prison pour la foi « . Comment serait-il parvenu à en sortir sain et sauf, on l'ignore.

A'. TR.\v.\ux. — Toute cette première période est remplie de trav aux littéraires. A l'école de Pamphile, Eusèbe avait pris le goût et le maniement de la méthode philologi que en honneur à Alexandrie. Il s'enrichit de notes, d'extraits, emplit l'immense réservoir de celte mémoire où il puisera pendant près de quarante ans avec une prodigalité sans pareille tout ce qui peut servir à son grand dessein histori que.

Au nombre des plus anciens écrits d'Eusèbe doit se placer une première rédaction de sa Chroni que. Il en parle non seulement dans la Préparation et dans rHis(o ;re,mais encore dans les Églogues Récrites avant la pacification de 311. 11 en parle sous ce titre : Xpov'-y.ol zavôveç xal c-ito[jit] ic !zopLoi.z 'EW.tjvuv TE x.al Pappâpcov. Vers le même temps (303) et certainement avant 307, se place un écrit contre Hiéroclès : Eùas^tou toû IlaixçlXo'J Trpôç -rà [ùkô] elç ' AtzoIXw'jiov Sià 'lepoxXsî 7rapaXv ;ç6cïcav ts y.od to5 XpttJTOû aù'p'.piai'v. C'était une réfutation contre le futur persécuteur qui se contentait encore de la polémi que et opposait au Christ Apollonius de Tyane. Eusèbe, tout heureux de faire preuve de ses immenses lectures, prenait plaisir à dénoncer les passages empruntés par Hiéroclès à des écrivains qu'il oubliait de nommer, Celse particulièrement. A cette même période d'essais et d'érudition débordante apppartiendrait un recueil d'anciens martjres, antérieur à la persécution de 303 -.

Entre 303 et 305 paraissent les Eclogœ prophetarum ; c'est encore une compilation. Eusèbe se borne à choisir et à rapprocher des prophéties de l'Ancien Testament relatives au Christ. La méthode suivie peut sembler timide ; elle annule, en apparence, l'auteur, qui se dissimule derrière les textes qu'il présente ; mais, en réalité, Eusèbe appli que la méthode la plus insidieuse de l'histoire, celle qui met le lecteur en contact direct avec les faits et lui laisse croire qu'ils sont les seuls, qu'il n'en existe pas d'autres, qu'ils se présentent suivant cet ordre et qu'ils démontrent ce qui ressort de leur rapprocliement. Le travail de l'historien est oublié, son intervention si adroitement masquée qu'il peut tout faire croire, à condition de ne rien dire et de laisser parler les textes tout seuls.

A partir de 305, Eusèbe commence les premiers trav aux qui aboutiront à son Histoire eeclésiasti que, sans qu'on puisse dire comment il l'a conçue tout d'abord et par où il s'est pris pour aborder son sujet. Mais c'était une oeuvre de longue haleine et qu'il interrompait par d'autres trav aux. Ainsi, en 307, Pamphlle fut mis en prison et Eusèbe se fit un devoir de collaborer avec son maître à un ou\Tage que celui-ci eût, sans doute, été dès lors empêché de mener à bonne fin. C'était une Apologie d'Origène destinée aux confesseurs égyptiens enfermés dans les mines de Phounon en Palestine. Cet ouvrage dut occuper Pamphile et Eusèbe pendant les années 308 et 309. Il n'était pas terminé en 310, quand Pamphile fut martyrisé, et Eusèbe se chargea d'écrire le dernier li\Te '. Entre 310 et 312, Eusèbe composa une biographie de Pamphile. Enfin, en 313, il donna un livre sur les Martyrs de Palestine. Toute cette activité littéraire n'était en quel que sorte que l'emploi des loisirs entre de plus gran des entreprises et comme un délassement à la composition de l'Histoire ecclésiastigue, dont les neuf premiers livres parurent peu après les Martyrs de Palestine. En même temps, Eusèbe menait de front deux ouvrages : la Préparation évangéli que et la Démonstration évangéli que, adressés à Théodote de Laodicée, qui sont un remaniement de V Institution générale élémentaire : azoïysibiSr, ! : ; ciaayoiyr], dont les Eclogie avaient fait partie prlmitivemenl. Enfin, Eusèbe travaillait encore à un Désaccord des évangi les en trois livres, qui ne nous est parvenu que dans un abrégé.


VI. Épiscopat. — A son retour de Thébaïde, lors que la paix fut rendue à l'Éghse, Eusèbe re\int à Césarée. probablement dès l'année 313, et fut élu évè que de cette ville. Son prédécesseur immédiat fut Agapius, dont il a parlé, et il semble que ce soit par erreur que Baronius, Tillemont ♦ et ceux qui s'en sont exclusivement inspirés ont introduit entre Agapius et Eusèbe un évè que nommé Agricolaus, qui aurait siégé au concile d'Ancyre de 314 comme évè que de Césarée * : mais le Synodicon et la hste s>Tia que précisent qu'il s'agit de Césarée de Cappadoce. Ce fut en qualité d'évê que voisin et d'ami qu'Eusèbe se rendit à Tyr, à l'invitation de l'évê que Paulin, pour prêcher à l'occasion de la dédicace de l'éghse reconstruite dans cette ville. Ce discours s'est conservé grâce à l'Histoire ecclésiasti que, dans laquelle Eusèbe l'a inséré, mais sans dire qu'il en était l'auteur, bien qu'à dire vrai, il ne s'en cache guère quand il écrit : y.acî ti ; èv y-éacù Traps/.- 0ÙV Tciv [isTOLtoç ÈTTtsty.wv z. T. X.'. Ccttc dédicacc n'a pas eu heu postérieurement à l'année 315. On sait peu de chose sur l'activité d'Eusèbe dans son diocèse, mais du moins sait-on que la proposition qu'on lui fit ' d'un siège plus briUant et plus avantageux lut accueillie par un refus. L'usage existait encore à cette épo que d'être évè que pour les autres au Heu de l'être pour soi-même.


VIL Le concile de Nicée. — L'arlanisme fut recueil sur lequel eut à soullrir la réputation d'Eusèbe. A une épo que où tout le monde faisait de la théologie, Eusèbe fit de la théologie comme tout le monde, mais ce tempérament d'historien robuste, capable de saisir, de classer et de combiner les faits et les événements, répugnait aux habiletés des métaphysiciens, et n'entendait pas très bien les souplesses où se complaisait l'inteUigence d'hommes moins Instruits que lui, mais plus subtils ou plus retors. 11 n'est pas douteux que les préféren ces d'Eusèbe allèrent à Arius et, s'il faut en croire Eusèbe de Nicomédie, la doctrine arienne trouva dans l'évê que de Césarée un zélateur infatigable * ; mais ce témoignage semble excessif et peut-èt re Eusèbe n'a-t-il pas voulu autre chose que la modération dans la discussion et la tolérance à l'égard des individus. La déposition d' Arius lui parut un acte peu justifié et il s'en ouvrit à l'évêiiue d'.Uexandrie. qui n'avait pas, selon lui, entendu exactement les opinions de l'hérésiar que ». Sur ce point, Il se trouvait en plein accord avec ses collègues Théodore de Laodicée et Pauhn de Tyr, et leur opposition contrariait assez Alexandre d'Alexandrie pour que celui-ci s'en plaignît à son collègue de Constantinople, qui accusait les trois évêques sjTiens, oùx oI8' ôro ; èv Suplx j(eipotov7]9É''/Teç èr.'i<7y.oT :oi Tpeïç. de répandre l'esprit de révolte '« . Arius, d'ailleurs comptait sur eux comme sur de fermes parti sans et, nommément, sur l'évê que de Césarée de Palestine ». Au concile d'Alexandrie qui avait déposé Arius, les évêques palestiniens opposèrent une réunion moins solennelle, mais dans laquelle ils se prononcèrent pour le prêtre déposé, demandèrent sa réintégration dans sa charge, à condition qu'il se soumit à son évêquc '-'. Celte réserve était plaisante. Si Arius avait consenti à se soumettre à son évè que, il n'eût pas été héréti que, puis que leur désaccord ne touchait en rien à la discipline ; partant, il n'eût pas été déposé.

Ces premières controverses ariennes n'étaient pas — '•ïhèo(lorot,His(. ecc les., I. I, c. m. — « /*(((., I. I. c.iv.

— » Sozoméno. Ilisl. ecc les., I. I, e. xv. /'. (,'., t. i.xvii, col. « 104. si|. si c.aplivan les qu'el les détournassent Euscbe de ses Dccupations et ne lui permissent de recueillir l'estime due à ses trav aux. Il était entré en relations avec l'empereur Constantin — peut-ftre à l'occasion de son discours dans la basili que de Tyr — et l'empereur admirait sans réserve l'étendue de son savoir. Ces relations avec le monde ofTiciel seraient pour Eusèbe un nouvel écueil. Cet homme de cabinet, de solitude, n'était pas insensible, comme il aurait dû l'être, à l'éclat du pouvoir et aux avantages dont celui-ci sait récompenser les complaisan ces. Eusèbe ajouta à son Histoire ecclr'siasti que un dixième et dernier livre, dans lequel il montrait Constantin comme le héros désigné par la Providence pour le triomphe de l'Église chrétienne. Pas plus qu'Eusèbe, Constantin n'était indifférent à la louange, et une alliance étroite, qui ressemble à une intime amitié, associa l'évê que et l'empereur. ],e concile de Nicée fut l'occasion solennelle où se révéla la faveur dont jouissait Eusèbe.

Cette faveur était-elle déjà assez alarmante pour qu'on ait tenté de briser l'évê que courtisan ? C'est ce ((u'il semble impossible d'afTirmer. On a bien, sans doute, invoqué un certain concile d'Antioche qui aurait condamné Eusèbe en 324 ou 325, en sorte que c'était moins un courtisan qu'un accusé qui se présentait à Nicée ' ; mais ce concile n'a probablement ja mais été réuni et ses actes n'ont été, pour cause, rédigés qu'au vi= ou au vni« siècle -. Quoi qu'il en soit, Eusèbe fut un des coryphées du concile, mais son influence s'exerça, s'il est permis d'ainsi parler, « dans les coulisses ». L'empereur voyait par ses yeux, et les confrères épiscop aux, les uns admirateurs, les autres jaloux, d'autres naïvement ignorants, se trouvaient obligés de recourir à la science impeccable de cet homme qui valait mieux qu'une bibhothè que, car c'était un livre ouvert à la page où on voulait le consulter.


VIII. Le discours d'ouverture. — Un collègue parvenu à une si haute faveur méritait bien des ménagements ; aussi, quoi que le siège de Césarée de Palestine n'eût rien qui permît de rivaliser d'éclat avec ceux de Rome, d'Antioche et d'Alexandrie, Eusèbe fut choyé et poussé par ses collègues, qui lui attribuèrent le premier siège à la droite de l'empereur, Tcôv ÈTctaxÔTTcov 6 Toû Ss^toû TaynaToç TTpcoTE'Jcov', et lui confièrent l'adresse à Constantin quand celui-ci vint siéger au concile *. Licinius venait de succomber depuis peu et son heureux vainqueur célébrait la vingtième année de son règne, vicennalia ; tout cela composa un discours fort élogieux, un peu claironnant, •/apiCT/jptov ûfivov, comme dit Sozomène ^ et ((Ui s'accordait assez bien avec les circonstan ces, peut-on croire, car il est perdu ; mais le sens que l'orateur avait des flatteries capab les de toucher celui à (jui il s'adressait permet de préjuger ce qui s'y trouvait. D'ailleurs, nous possédons le discours des iricennalia par le même Euscbe et il est vraisemblable que le ton et la manière n'ont guère changé ».


IX. Le symbole de Nicée. — Eusèbe avait de gran des prétentions ; il se trouvait, lui, trois cent dixhuitième, aussi instruit que ses trois cent dix-sept collègues et cette comparaison lui suggérait qu'il possédait tout le nécessaire pour devenir leur inspirateur et leur guide ; aussi prit-il une place importante dans les discussions et il ne manqua pas de s'en faire honneur devant ses diocésains. Il arrivait à Nicée muni du s j'mbole baptismal en usage dans son Église, élaboré, revisé par ses prédécesseurs, adopté et enseigné par le cher maître Pamphile ; aussi ne concevait-il rien de plus excellent et trouvait-il trop naturel que le symbole de Césarée devînt le symbole de l'ÉglLse universelle. L'empereur s'en déclarait satisfait, à condition qu'on y introduisît quel que part le mot ôfxoo'jctoç. Les Pères partirent de là pour suggérer, eux aussi, leurs desiderata, insertions ou retranchements. En somme, Eusèbe fournit la trame sur laquelle on tissa quel que chose qui ressemblait fort peu au texte de l'Église de Césarée ; ainsi on supprima ces mots : TrpMTÔToxov ZTifjewç, ~po Ttdvrwv a'.ojviojv £X Toû ©Eoû TtaTpoç ; on en ajouta d'autres, par exemple ; ©sov àXr,6ivov èy. 0eoû à).T|9ivoû, ônooÙOTov T6> TraTpî. C'était un grave déboire. Non seulement on retouchait, mais on corrigeait le sens et même la doctrine, et l'Église de Césarée recueillait, grâce à son évc que, un assez fâcheux compliment. Eusèbe dut être outré. Son tempérament ne le portait pas aux extrêmes, son métier de courtisan l'en détournait aussi, mais le coup était si direct et si pénible qu'il lui fallut un peu de temps pour se ressaisir et il demanda le temps de la réflexion. Pour sauver la face, il affecta de découvrir dans les formu les nouvel les de l'obscurité. Que voulait-on dire avec ce Verbe qui est « de la substance du Père », èy. tt, ? O'joiai ; Toù -arpôç, qui est « engendré, non créé », yevvrfiévrai. ; qui est de la même • substance • ô|jiooiJCTtov ? Il était assez visible que l'évê que de Césarée s'était fourvoyé et battait en retraite ; les inspirateurs de la théologie nicéenne, Athanase et Alexandre, no devaient pas être peu désireux de ménager et de gagner à leur cause ce savant d'une réputation universelle. Il ne demandait qu'à comprendre, on lui donna des explications et, sans doute, étaient-el les si luci des qu'il se déclara éclairé, convaincu ; bref, il signa. Mais en écrivant à son Église de Césarée, il ne manquait pas de faiie entendre que tous les m aux et les rivalités qui déchiraient les Eghses venaient de l'abus des termes non scripturaires. Au fond, c'était toujours le même personnage qui avait composé ces livres en enfilant des textes, afin de leur faire dire ce qu'il pensait lui-même ; il n'imaginait un bon symbole qu'en parfilant des lambe aux et des mots détachés de l'Écriture sainte. Cet état d'esprit vaut la peine d'être noté au passage ; c'est l'ccueil de l'érudition. A force de vouloir citer, on ne fait plus et on ne voit plus et on ne comprend plus que les citations et on ne sait plus faire autre chose, y mettant le fin du fin et se défiant de tout ce qui est nouveauté, trouvaille, agrément, argumentation, comme d'une licence prise à l'égard de la vérité.

X. La question tascalf. — Le concile aborda une question d'érudition pure où Eusèbe allait pouvoir donner carrière à son érudition. Le cycle de dixneuf ans qui finit par prévaloir dans l'Église et garda le nom de « nombre d'or » passe pour être l'œuvTe d'Eusèbe ; mais, à vrai dire, on n'a auc une raison d'admettre que le concile de Nicée ait adopté le cycle de dix-neuf ans. C'est Anatole de Laodicée qui, vers 284, adapta à la détermination de la Pâ que le cycle depuis longtemps appelé de Méton. Sans doute on lit dans la Lettre XXI JI' de saint Ambroise que les Pères de Nicée congregatis peritissimis calculandi, decem et novcm annorum collegere rationem et h une circulum enneadecaterida nuncaparunl. Un siècle plus tard, saint Cyrille, écrivant au pape saint Léon, attribue l'adoption de ce cycle au concile, mais tout ceci est sujet à caution. Dans les textes relatifs à la question pascale à Nicée, on ne trouve pas un seul mot sur le calcul de la Pâ que : ensuite, à Rome et en Occident, on a continué longtemps à employer un autre cycle plus ancien.

A supposer que le cycle de dix-neuf ans ait été adopté par le concile de Nicée, on n'a pas l'ombre d'une raison pour l'attribuer à Eusèbe. Saint Jérôme dit, dans le De viris illuslribus, n. 61, qu'Eusèbe composuit un canon pascal sur un cycle de dix-neuf ans et Bède, qui n'a sans doute fait que copier saint Jérôme, a ajouté, de son cru, qu'Eusèbe fut « le premier » à appliquer ce cycle au comput pascal, ce qui est f aux. Eusèbe a, il est vrai, écrit un traité sur la fête de Pâ que dont il ne s'est conservé qu'un fragment, et il a pu y parler du cycle de Méton. C'est à ce traité que saint Jérôme et Bède font probablement allusion ; seulement il a été écrit longtemps après le concile de Xicée, auquel 11 est parfaitement étranger.

Le décret rendu par le concile de Nicée relativement à la célébration de la fête de Pâ que, bien qu'il ne nous soit pas parvenu ^ est connu néanmoins, grâce à plusieurs témoignages, qui sont :

1« La lettre synodale adressée à l'Église d'Alexandrie ' ; 2° la lettre encycli que de Constantin aux évêques, à l'issue du concile = ; 3° deux passages des écrits de saint Athanase, témoin oculaire *. Dans la lettre à l'Église d'Alexandrie on lil ceci : « Nous vous donnons l'heureuse nouvelle de l'entente qui s'est faite au sujet de notre très sainte Pâ que : grâce à vos prières, ce point a été réglé comme les autres. Tous nos frères de l'Orient qui ne s'accordaient pas en ceci avec les Romains, avec vous et avec ceux qui, dès l'origine, ont suivi vos usages, célébreront désor mais la Pâ que en même temps que vous. » La lettre de Constantin insiste sur le désagrément d'avoir à recourir aux juifs pour fixer la date de la fête : « Il est vexant, écrit-il, d'entendre les juifs se vanter que, sans eux, les chrétiens ne sauraient observer la Pâ que ; » et l'empereur montre la nécessité de se ranger à l'usage de l'immense majorité, celui « que suivent les Éghses de l'Occident, du Nord, du Midi, et même quelques-unes dc l'Orient^ ; » il précise et énumère : « la ville de Rome, l'Italie et l'Afri que entières, l'Egypte, les Espagnes, les Gau les, les Bretagnes, toute la Libye, la Grèce, le diocèse d'.^sie, celui du Pont et la Cilicie. » Les Alexandrins célébraient toujours la fête de Pâques après l'équinoxc de printemps. Sur ce point les cyc les de Denis d'Alexandrie et d'.\natole de Laodicée étaient d'accord. Un traité sur la Pâ que, rédigé par saint Pierre d'.\lexandric (t 312) et inséré dans la Chroni que pascale, met en lumière l'erreur des juifs, qui ne s'occupent pas de l'équinoxc, contrairement à la prati que de leurs anciens. Le comput alexandrin pourrait être désigné sous le sobriquet d'équinoxialiste ; en Occident, celle préoccupation était moins impérieuse. Dans le diocèse d'Orient (Syrie, Mésopotamie, partie de la Cilicie) on se réglait sur le comput juif et il en résullait un écart pres que annuel dans la célébration de la fètc entre ces Églises et le reste de la chrétienté. C'était là le comput anli-éqiiinoxialisle, admis dans les provin ces dont Anlioclie était la métropole ecclésiasti que et civile.

Sur ce sujet de la fixation de la fètc d'où dépendait tout le développement de l'année ecclésiasti que, l'antiquité chrétienne avait toujours répugné à abandonner cette fixation à l'évè que de cha que Église en particulier. La tendance à l'uniformité se remar que aussi haut qu'on puisse remonter. Les papes de Rome avaient considéré comme un grave devoir de leur charge de porter, en temps opportun, à la connaissance des Églises, la date déterminée pour l'Église universelle. C'était leur devoir et c'était aussi leur droit, de faire cette notification, les anciens auteurs de tab les pasca les le reconnaissent : apostolica auctorilate universalis Ecclesia per iotum orbem definiltim pascbœ dicm sine uUa disceptatione cognoscebat'. Victor d'Aquitaine n'est pas moins formel : Ubi in hoc cyclo, dit-il, dies paschœ geminata designatione positus invenilur, non meo judicio aliqnid definitum. sed pro ecclesiarum pace aposloUci pontificis electioni servatum..., ut in cjus constiluerelur arbilrio, qui universali Ecclesiœ prxsideret, quœnam potissimum dies in lali canditione SQk'mnitale prœcipue deputelur '. De ceci on peut conclure que, si les Pères de Nicée ont recommandé la science des comput ist es alexandrins, ils n'ont pas imposé l'obligation absolue de s'en remettre à eux. Si le calcul sur la fixation de la date donnait à Rome un résultat différent de celui d'Alexandrie, on se réservait le droit de rejeter ce dernier.

De leur côté, les Alexandrins savaient faire des concessions. La chroni que sjTia que d'Athanase donne, en 349, ce renseignement ^ : Hoc anno dominica paschatis, etc., ni kal. aprilis. Sed cum renuissenl Romani dicenies, se ob iraditionem a Peiro apostolo acceptam haud progredi ultra diem xxvi Pharmuthi, nc que citrn XXX Phamenoth lunx XXI (lac une peu considérable) m kal. aprilis, consulibus Limenio et Calulino. Donc, en 349. Romains et Alexandrins ne s'entendaient pas sur la fixation de la fête. Les premiers ne voulant pas sortir des limites 22 mars-21 avril, la Pétri apostoli Iraditionem, les seconds consentirent à metlre, cette année, leur fêle de Pâ que au 2G mars, au lieu du 23 avril, primitivement fixé. Mais, en 444, dans un cas analogue, Rome céda et fêta Pâques le 23 avril, et encore en 455.

La lettre synodale d'.^r les (314) au pape Sylvestre s'ouvre par ce décret : {'/ uno die et tempore pascha celebretur. Primo loco de observationc paschse Domini ut uno die et uno tempore per omnem orbem a nobia nbservetur et juxta consuetudinem littera.^ ad omnes tu dirigas '. Ce droit de notification solennellement reconnu et réclamé, les papes de Rome n'allaient pas s'en dessaisir pour se laisser guider par les calculs de l'évè que de Césarée. L'Église romaine fixait la Pâ que d'après la table pascale dont raulhenticilé, mise en question par Idcler ' », a été établie par le codex Filocalianus « . Ni Gil les Boucher, ni Noris ne s'étaient enquis du cycle d'où procédait la table pascale fllocalienne, il leur avait suffi de constater de nolable.s écarts entre elle et le cycle romain, d'une part, et les règ les coni puta les latines, d'autre part . 'Van dcr Hagen ' ■' restitua la table pascale en question à l'Église de Rome et affirma que les mois lunaires y étaient calcu les d'après les principes et les règ les du cycle de LXXXIV ans. L'origine de la table filocalienne a confirmé ces observations. .\ l'épo que du concile d'Arles, c'esl-à(lire à la veille du concile de Nicée, l'Église romaine ] laisail usage du cycle de LXXXIV ans pour la fixation de la Pà que. Nicée allait valoir un prestige singulier aux Alexandrins : en 360, nous voyons que l'Église de Milan elle-mêrae avait abandonné la suppulatio romana pour adopter le cycle alexandrin de dix-neuf ans.


XI. Discussion avec les philosophes. — Dans la dispute entre les évèques et les philosophes que raconte Gélase de Cyzi que, Eusèbe prit une part considérable, ce qui n'avait rien que de fort explicable de la part de l'auteur de la Préparation évanyéli que, dirigée contre les païens et principalement contre Porphyre, qu'il prenait à partie. Le philosophe Phaedon oppose à Eusèbe le texte des Proverbes, vin, 22, dans lequel la Sagesse dit : Dominus creavil me in initia l'iarum saaram, et conclut que le Logos lui-même proclame sa propre création, y-in[j.a.. Eusèbe le réfute longuement, mais toute cette controverse est, en partie, fictive et un simple jeu littéraire.


XII. Droits métropolitains. — Le septième des canons de Nicée a conservé le souvenir de la rivalité entre l'évè que d'/EUa Capitolina (Jérusalem) et son métropolitain, l'évè que de Césarée, qui parvint à sauvegarder sa prépondérance '.


XIII. CoxaLE d'Antioche. — L'évè que d'Antioche, Eustathe, nicéen déterminé et antiarien inihtant, menait l'opposition contre Eusèbe, devenu, un peu à son corps défendant, chef de parti et origéniste avéré. Cependant il s'en fallait qu'il adoptât toutes les opinions d'Arius en matière dogmati que. Arius et Eusèbe de Nicomédie, le personnage le plus influent du parti, établissaient une différence radicale entre le Verbe et le Père, tandis qu'Eusèbe adoptait un moyen terme et se contentait de subordonner le Verbe pour en faire un dieu en second. Cela conduisait au subordinatianisme, qui n'était pas fait pour déplaire à Eusèbe, puis que Origène l'avait enseigné. Le fond de sa pensée l'amenait ainsi à un Christ, dieu sorti de Dieu sans être tout à fait dieu lui-même. Tout ceci lui paraissait peut-être un peu obscur, un peu contradictoire, mais on ne sait pas toujours être clair et logi que. Ce n'était pas ce que pensait Eustathe d'Antioche, qui le traita d'arien pendant que lui-même le traitait de sabellien ; ce qui n'était peut-être que des étiquettes à l'usage de deux hommes qui se détestaient et se souhaitaient tout le mal possible. Du moins une chose était claire, c'est qu'on assistait à une dispute personnelle, dont les champions avaient derrière eux tous les évèques du monde chrétien -. En 330, on entreprit de vider la querelle, au ris que de l'envenimer, ot un concile se réunit à Antioche pour étudier l'accusation de sabellianisme portée contre Eustathe ; les Pères du concile étaient tous ariens ou sympathiques a l'arianisme, en sorte que le résultat fut vite acquis. Eustathe fut déposé et le concile nomma à sa place Eusèbe de Césarée. L'affaire était grave, les parti sans d'Eustathe bien déterminés à le soutenir envers et contre tout concurrent. .Antioclie semblait à la veille de séditions, ce qui n'était guère fait pour attirer Eusèbe, pacifi que par tempérament et par habitude. Pis que tout cela, la perspective de quitter Césarée devait lui apparaître comme une catastrophe. Il était alors septuagénaire, ou peu s'en fallait, et sentant venir la vieillesse et la mort s'approcher, voyant ses chers livres et tant de trav aux entrepris et qu'il lui restait à peine le temps nécessaire pour les mener à bonne fin, il ne pouvait hésiter ; il refusa toute candidature, invoquant la règle de l'Église, de tradition apostoli que, qui interdisait les Iranslatiorts d'un siège à un autre. Constantin, à propos de cette affaire, écrivit trois lettres ', adressées au peuple d'Antioche, à Eusèbe et aux évèques du concile.


XIV. CoxaLES DE CÉSAKÉE, DE Tyr ET DE JÉRUSALEM. — Eusèbe aurait pu se flatter d'avoir conquis la paix en refusant de quitter Césarée, si l'arianisme ne l'y avait relancé. (Constantin ordonna à saint Athanase de comparaître devant un concile à Césarée, et il fut induit au choix de cette ville, nous apprend Théodoret *, parce que les ariens s'y trouvaient en majorité : è'v6a S'q TtXsio'jç 7 ;oav oi 8'JC(xc^£Ïç : il est probable que la confiance que l'empereur plaçait dans la modération (è-tetzeia) d'Eusèbe n'aura pu que fortifier son choix. Saint Athanase refusa de comparaître, tenant ce concile pour une assemblée d'adversaires décidés à le condamner sans l'entendre ' (334).

L'année suivante (335), nouvelle assignation à comparaître devant un concile tenu à Tyr. Théodoret suppose que ce changement de lieu était consenti pour donner une apparente garantie de sécurité à Athanase, qui avait lieu de se méfier de ce qui pourrait lui advenir à Césarée. Dans la lettre des évèques égyptiens au concile de Tyr, on lit que la loi divine interdit à l'ennemi de se constituer juge et, peu après, sur un ton de mystère : « Vous savez pour quoi Eusèbe de Césarée est devenu l'ennemi d'Athanase depuis l'année dernière'. » Ce qui se passa au concile deTyr a été raconte ailleurs' ; il semble que le rôle d'Eusèbe fut assez effacé, et saint Athanase semble le plus souvent l'ignorer, ou, s'il le nomme, c'est sans lui adresser de graves reproches. D'ailleurs, Eusèbe avait alors probablement dépassé l'âge de soixante-dix ans ; il n'avait ja mais été de tempérament agressif ni même fort combatif ; tout au plus, engagé dans le parti arien, aura-t-il prêté son personnage pour faire nombre. C'était beaucoup trop, sans doute.^ Athanase n'attendit pas une condamnation certaine, il s'embarqua à Tyr et se rendit auprès de Constantin et les évèques se vengèrent en le condamnant par défaut. Il était dit que ces disputes porteraient malheur au vieil évê que, infidèle à l'érudition et fourvoyé dans la métaphysi que. Parmi les Égyptiens parti sans d'Athanase, on ne cherchait pas seulement à défendre, on se plaisait à attaquer. Un confesseur égyptien, nommé Potamon, accusa Eusèbe de lâcheté et d'apostasie pendant la persécution. D'après Rufin, l'accusation faite par Paphnuce était dirigée contre Maxime de Jérusalem. Une autre historiette également douteuse est celle d'une prétendue justification d'Athanase du crime de fornication, la fille séduite ayant fait erreur sur son séducteur. D'après Philoslorge, cette joute se serait passée entre .\thanase accusateur et Eusèbe accusé, bien qu'ayant dépassé largement l'âge des fredaines. Ces anecdotes ne semblent servir à autre chose qu'à faire voir qu'Eusèbe exerça la présidence du concile de Tyr, ce qui n'est cependant guère probable ; tout au plus aura-t-il assisté aux sessions.

Le concile poursuivait ses opérations, lors que Constantin lui envoya l'ordre de se transporter à Jérusalem, à l'occasion des fêtes solennel les de la dédicace de l'église érigée par les ordres de l'empereur, coïncidant avec SCS tricennalia. Depuis le règne d'Auguste pareil événement n'avait été célébré ; afin de lui donner le plus d'éclat possible, on convoqua tout l'épiscopat de ces régions, et, d'après une indication contenue dans les actes de saint Basile d'Ancyre », il en vint deux cent trente. Naturellement ce fut une débauche de panégyriques : Eusèbe, pouvant discourir et flatter à son aise, se sentit comme rajeuni et prépara une belle harangue. Ces flagorneries ne servaient à personne et il eut été à souhaiter pour la mémoire d'Eusèbe qu'il n'eût ja mais composé que des in-folio et des panégyriques. Et voici qu'après avoir lutté contre Athanase et Eustathe, il se trouvait affronté à Marcel d'Anc\Te.


XV. Concile de CoxsT.\>, »nnople. — Si beaucoup de naïfs avaient rendu giàccs à Dieu de ;a conversion de Constantin, beaucoup aussi avaient eu le temps de se convaincre du préjudice que causait à la religion et à la loi chrétiennes cet événement, que d'autres naïfs, moins excusabico,. cnntinuent à célébrer comme l'affranchissement et le triomphe du christianisme. Cha que année, au contraire, apportait une démonstration nouvelle que l'indépendance dont l'Église avait joui sous les empereurs païens faisait place à la domestication. Constantin ignorait tout de la théologie, on ne saurait lui en faire un grief, — et de la métaphysi que, on n'y saurait voir un éloge ; mais il avait le tort de se mêler de ce qu'il n'entendait pas et de protéger ou de persécuter au gré de son intérêt politi que ou de son imagination mobile ce qui lui causait pour un temps plaisir ou aversion. 11 avait persécuté Athanase, il lui donnait raison le moment d'après '. Les Pères du concile arien de Tyr avaient pris la poste pour se rendre aux lètes de Jérusalem ; à peine les fêtes terminées, ils apprirent que leur concile avait déplu parce que tumultueux et tempétueux, p-tTÔ. Ôopûpou xal yeifi-côvoi ;, en conséquence ils devaient reprendre la poste et venir opérer, à Constantinople cette fois, sous l'œil impérial. Ce fut une débandade. Quelques chefs de file, sentant le terrain se dérober sous eux et n'étant quel que chose qu'à la condition d'être chefs de parti, se résignèrent et se rendirent au commandement ; le reste du troupeau héréti que décampa et regagna au galop ses évêchés.

En 336 le concile prescrit se tint à Constantinople et condamna Marcel d'Ancyre, antiarien indomptable. Mais ces évêques du iv=^ siècle, plus ou moins frottés de théologie, semblaient piqués de la tarentule d'écrire sur cette matière : ils s'en sont fort mal trouvés. Possédant à peu près les éléments de leur Credo, ils se mettaient à développer, à expliquer, même à définir, et laissaient échapper innocemment quel que fine hérésie dont ils ne s'apercevaient point. Dans le camp adverse, il ne manquait pas de gens dont tout le savoir consistait à dénigrer ceux qui ne demeuraient pas, comme eux, à ne rien faire, et dans ces foyers d'orthodoxie éclatait une indignation bien bruyante, suivie d'une dénonciation bien cnfiellée. Ce fut ce qui arriva à Marcel d'Ancyre, qui dut à ses critiques d'apprendre qu'il était suspect de Le concile de Jérusalem, pour justifier son utilité, commença un beau procès, qu'il continua à Constantinople, et déposa Marcel •. Cette fois, Eusèbe en avait fait son affaire personnelle, siégeant ' puis écrivant, un peu à la hâte, deux livres Contre Marcel, revenant à la charge et composant en outre trois hvres intitulés : De ecdesiasiica Iheologia. dédiés à Flacillus, évê que d'Antioche.


XVI. Eusèbe et Constantin. . — Quand on se rappelle le nombre et l'importance des servi ces rendus par les ou\Tages d'Eusèbe, on se sent incliné à l'indulgence envers ce grand laborieux, dont on ne peut guère, au cours d'une vie octogénaire, admirer que le labeur érudit. Eusèbe ne semble, en dehors de la passion de l'étude et d'une louable fidélité à la mémoire de son maître et bienfaiteur Pamphile, avoir possédé auc une vertu, auc une quahté, auc une séduction devant lesquel les la postérité s'attendrit ou, du moins, s-- passionne. Ce n'était pas une âme vile, mais c'était une nature servile, impatient de glorifier ceux de qui il pouvait attendre une récompense. Ses rapports avec Constantin sont lourds à sa mémoire. Tout ce qui se trouvait de vraiment supérieur, le génie politi que, l'activité et la compétence administratives ; le sens, a défaut du goiit, des arts, l'instinct de la magnificence, tout cela restait étranger à Eusèbe, qui semble ne s'en être pas aperçu et n'avoir considéré dans l'empereur que le maître tout-puissant envoyé de Dieu sur la terre pour faire la prospérité de l'empire, le bonheur des citoyens et la félicité des théologiens. Est-ce par des flagorneries qu'il gagna la bienveillance et conserva la faveur de Constantin ? D'après ce qu'on sait de celui-ci, on en peut douter. Satisfait de quelques hommages, Constantin n'eût pas galvaudé sa faveur et cette chose qui ressemblait à de l'amitié pour humer quelques fumées d'encens de plus ou de moins ; ce qu'il apercevait et ce qu'il exploitait dans Eusèbe, c'était l'homme le plus savant de l'empire ; une puissance à sa façon, par sa capacité de travail et l'influence que, par l'évê que, le chef de l'État pouvait exercer sur l'opinion pubh que. C'est entre 313 et 325 que ces deux hommes rapprochèrent leurs intérêts. En 313, Constantin écrivait au métropolitain de Césarée avec tout le flegme du protocole : « cher frère bien-aimé ; » en 325, il l'avait conquis et, pour tout dire, asservi. On ne peut que le louer de son choix. Si le caractère d'Eusèbe oflre trop de prises à la criti que et au blâme, il n'en restait pas moins un savant d'une culture universelle pour l'épo que et, assurément, Constantin n'eût pu mieux s'adresser lorsqu'il voulait s'entretenir famihèrement de certains événements remarquab les de sa vie, comme cette croix entrevue dans les nuages et pendant une bataille. Par sa science, Eusèbe avait droit au respect ; par sa modestie, il avait droit à l'estime lorsqu'il refusait le siège d'Antioche et Constanliu se trouvait heureux de pouvoir les lui témoigner. 11 poussait même ce sentiment jusqu'à l'admiration, à la lecture de traités comme le De Pasclui, qui devait sans doute lui apparaître d'une lecture aussi attrayante que pourrait l'être la Table des logarilhmes ou l'Annuaire du bureau des longitu des. Mais l'amitié se nourrit de concessions et, aux compliments impéri aux, Eusèbe répliquait par toutes les blandi ces épiscopa les. Constantin louait la grâce et la modération de cette parole, Eusèbe célébrait la sagesse cl la grandeur de ce règne. Dans ce dialogue, la dernière repartie resta à Eusèbe ; Constantin mourut le premier (27 mai 337), Eusèbe ne crut pouvoir faire moins que de raconter cette vie qu'il avait tant célébrée, et il y consacra quatre livres intitulés De vila C'e&X, a-t-on pu dire, un « document de son enthousiasme pour ce <iu'il considérait comme les bonnes actions de l'empereur défunt, et de son habileté à dissimuler les autres. Le meurtre de Crispus — son fils — cl de Fausta — sa femme . — n'y ont pas laissé de trace ; l'auteur a trouvé le moyen de raconter les conci les de Nicée cl de 'r> r, avec les événements ecclésiastiques qui s'y rattachent, sans prononcer le nom d'.Mlianasc et d'Aiius. C'est le triomphe de la réticence et delà circonlocution'. » D'ailleurs, ainsi qu'on a eu raison de le faire observer, « l'ouvrage n'est pas une biographie mais un éloge funèbre, dans lequel le bon archiviste qu'est lùisèbc ne peut se tenir d'insérer de longs documents ■•. • On -s'est beaucoup prévalu de cette liaison entre l'empereur et l'évê que pour accabler Eusèbe, mais il n'est que juste de remarquer qu'« Eusèbe n'en a ja mais tiré |)arti. Il a peu vu Constantin ; une fois probablement à Nicomédie, après la défaite de Licinius, puis à Nicée, enfin à Jérusalem lors de la dédicace du saint sépulcre. D'autres évèques méritent le nom d'évé que de cour ; ce n'est pas lui. Voilà peut-être en quoi consistait la modestie que Constantin prisait tant chez Eusèbe '. • La réputation d'un évè que pour qui l'empereur montrait tant d'estime ne pouvait manquer de lui valoir l'attention générale. Une sœur de l'empereur, Constantia (voir Agnès, La rotonde de sainte), femme de Licinius, lui écrivit, avant 324. Elle était arienne et des plus convaincues, curieuse cependant, malgré les préventions de son milieu, de posséder des portraits <lu Christ et de saint Paul. Eusèbe se refusa à la satisfaire, lui conseillant de s'élever de la considération de l'humanité du Christ à celle de sa divinité '. Son refus est cassant, mais on n'en saurait rien conclure pour le caractère d'Eusèbe, qui. peut-être, faisait sa cour en recevant de celte façon un peu rude la femme d'un prince que Constantin combattit, détrôna et fit mourir, probiiblement à une date rapprochée de celle de cette lettre.


XYII. Derniers tr.\v.\lx, dernières .\nnées.

— Toute l'activité d'Eusèbe n'était pas absorbée par les discussions théologiques et par ses devoirs administratifs et pastor aux. L'érudition demeura jusqu'à la fin sa fidèle compagne et, peut-être, préserva ses dernières années de nouve aux conflits et de nouvel les polémiques. Il semble qu'il eut des entreprises de longue haleine, auxquel les, probablement, il accordait tantôt quelques minutes de ses loisirs ou qu'il reprenait comme un délassement. Œuvres de patience qui ne peuvent être que le fruit de longues recherches et de lectures infinies : une nomenclature des noms de lieux de la Bible, c'est VOnomasticon : — une description de la Judée et un plan de Jérusalem ;

— des commentaires sur les Psaumes, sur Isaïe, dont on retrouve des lambe aux dans les « Chaînes » ; — une concordance des évangi les, dont nous avons parlé déjà (voir Canons d'Eusèbe). Vers la fin de sa vie, une sorte de vitesse acquise et d'habitude invéïérée le poussaient à mettre sur pied de nouve aux Uvres ; seulement il ne prenait plus la peine de les composer, il les ajustait à l'aide des morce aux que jadis, plus difficile, il avait écartés ou destinés à une revision et qui lui semblaient maintenant fort convenab les ; insérait de-ci de-là un morceau déjà connu, résumait tel passage, distendait tel autre, le tout jusqu'à la mesure d'un juste volume. Ainsi fut composée la Théophanie, et même, il n'en vint pas à bout. — Eusèbe vidait ses cartons.

Sous son influence et sous sa direction une école s'était formée, ou plutôt un atelier, ce qui a fait dire, avec justesse et esprit, qu'au « x.w » siècle Eusèbe eût été un imprimeur philologue, quel que peu héréti que, une manière de Robert Estienne. On ht dans la Vita Cunstantini, 1. IV, c. xxx\t, que Constantin demanda à Eusèbe de faire transcrire à l'usage des églises de Constantinople cinquante exemplaires de la Bible. Une semblable commande suffirait à montrer quelle organisation dirigeait l'évê que de Césarée, qui accepta et fit copier ces volumes en ternions (-picjadt) et quaternions (T£-paaai). Les investigations entreprises pour ressaisir quel que trace de ces exemplaires sont demeurées vaines '.

La vieillesse était venue et Eusèbe ne survécut que peu de temps à Constantin. Celui-ci étant mort le 2'2 mai 337, il faut accorder un répit à Easèbe pour la composition des quatre li^Tes de la vie de son ami. Pour un homme depuis si longtemps exercé à la composition histori que et qui ne faisait, somme toute, que raconter les temps dont il avait été témoin, ce n'était pas un travail fort considérable. On ignore l'année de sa mort. Le martyrologe syria que, qui s'appuie sur un calendrier de Nicomédie, indi que le 30 mai pour le jour de cette mort ; quant, à l'année, on sait seulement que, en 341, de mai à septembre, son successeur .\cace se trouvait au sjnode d'Antioche : il faut donc laisser incertaine la date 338, 339 ou 340 *.


XVIII. Le caractère. — Ce n'était pas un homme très intelligent ; les honneurs le diminuèrent, mais ils étaient la rançon à peu près inévitable de sa célébrité, et cette célébrité tenait à un admirable tempérament d'érudit. Beaucoup de mémoire, beaucoup de méthode et beaucoup de labeur. Ses études et ses préoccupations étaient exclusivement orientées vers les matières ecclésiastiques, ce qui n'est pas une façon d'élargir ses vues, mais, à ce régime, il arriva à posséder autant que la chose était alors possible, l'histoire de l'Église depuis ses débuts. C'était un esprit organisé pour le classement des faits, l'utilisation des sources, mais avec cela peu de curiosité. Il ne se demande nulle part comment les Églises ont duré, ont traversé les persécutions. C'est un archiviste, il a toujours ignoré l'existence d'une archéologie chrétienne qui s'élaborait sous ses yeux. Dans tous ses écrits il ne prononce pas une seule fois le nom des catacombes de Rome, nulle part il n'a eu l'idée de compléter ses informations par les textes épigraphiques chrétiens. Pour la théologie, il s'en tenait à Origène comme à une ancre de salut et ne voyait rien en dehors, rien au delà. Pour sauver sa paix, ses longues heures d'étude, il était prêt à louvoyer, à glisser entre les formules et entre les partis. Il eût probablement donné l'orthodoxie, ses partisans et ses adversaires pour un palimpseste ou pour un griffonnage bien ancien, bien authentique. Et cet amour des livres fut si fervent qu'il inspira et gouverna sa vie tout entière.


XIX. L'héritage. — « La mémoire d'Eusèbe a passé par des fluctuations qu'explique son attitude. Dans les premiers temps, il fut suspect aux écrivains orthodoxes : saint Jérôme, qui lui doit tant, l'appelle le chef et le porte-étendard de la faction arienne, le champion de l'impiété. La querelle de l'origénisme ne fut point favorable à un disciple si ardent du grand Alexandrin. Un peu plus tard, au Ve, une opinion plus modérée cherche à se faire jour. Socrate constate qu'il avait eu une réputation de duplicité -, mais il cherche à prouver son orthodoxie '. Gélase de Cyzique admire son amour de la vérité et de l'antiquité ecclésiastique. Mais, en Orient, ce mouvement de faveur fut arrêté par la controverse des images. Les iconoclastes, non sans raison, invoquèrent sa lettre à Constantia. Le second concile de Nicée (787) révoqua en doute son orthodoxie et sa sincérité. Le patriarche Nicéphore le prit violemment à partie. Photius résume l'opinion de l'Église orientale en le déclarant arien catégoriquement '. Les copistes de ses manuscrits ajoutent en marge des notes injurieuses ou corrigent sans gêne un texte dont ils réprouvent les erreurs doctrinales.

« En Occident, le décret attribué au pape Gélase se contente de formuler des réserves : Item Chronica Eusebii Cæsariensis alque eiusdem hialoriss ecclesiaslicx libros, quamvis in primo nanalionis sux libro tepuerii, et posl in laudibus alque excusalione Origenis schismatici unam conscripseril librum, propler rerum iamen singularum noliliam quse ad inslraclionem pertinent, asquequa que non dicimus renuendos ». On voit que la concession est faite, quoi que d'assez mauvaise grâce. Ce sont toujours l'origénisme et la tendance subordinatienne, si sensible dans le premier livre de l'Histoire ecclésiastique, qui arrêtent les scrupules de l'orthodoxie. Dans la Notitia librorum apocryphorum, qui suit le document, on trouve simplement : Historia Eusebii Pamphili apocrypha -.

« Eusèbe de Césarée figure au martyrologe hiéronymien, à la date du 21 juin. Il ne faudrait pas en conclure à une réhabilitation occidentale du personnage. Le martyrologe hiéronymien a incorporé divers documents, entre autres un martyrologe oriental dont nous pouvons nous faire une idée par un ménologe syriaque daté de 412. Or, ce martyrologe oriental dépend partiellement d'Eusèbe. L'auteur a dû tirer des notices des œuvres d'Eusèbe, de son ancien recueil d'actes de martyrs, entre autres. Bien plus, ce martyrologe, qui semble avoir été rédigé à Nicomédie ou dans cette région très arienne, exclut les évêques orthodoxes de l'époque et admet un Arius, prêtre d'Alexandrie, qui paraît bien être l'hérésiarque. Le compilateur du martyrologe hiéronymien ignorait tout cela et a pu aider à rendre acceptable le nom d'Eusèbe de Césarée auprès des rares Occidentaux que le personnage pouvait intéresser. Mais ce n'est pas pour Eusèbe un brevet d'orthodoxie que de figurer dans cette compilation, loin de là ». De la triple source du texte, on déduit avec certitude la notice d'Eusèbe : XI kal. jul, In Cæsarea Palestinæ : Depositio Eusebii episcopi historiographi'. Le syriaque donne au 31 mai : « Mémoire d'Eusèbe, évêque de Palestine ».


XX. Les œuvres ultérieures. — Le classement vraiment logique des écrits d'Eusèbe serait un tracé rigoureusement chronologique dans lequel on verrait les différents travaux commencer, se poursuivre, se ramifier, se transformer, et cela, pendant une activité littéraire d'un demi-siècle environ. On saurait ainsi dans quelle mesure les ouvrages se sont engendrés ou influencés réciproquement, mais il n'y faut pas songer, puis que nous manquons d'abord de renseignements positifs sur certains de ces écrits, ensuite parce que plusieurs sont perdus et qu'on ne peut en juger de façon satisfaisante. Force nous sera donc de revenir à l'arrangement arbitraire, mais raisonnable, qui répartit toute la production d'Eusèbe en six catégories principales : a. histoire ; b. apologétique ; c. critique et exégèse ; d. doctrine ; e. éloquence ; f. correspondance.

A. Histoire. — 1° Vie de Pamphile. — Eusèbe lui-même, dans le De martyribus Palæstinæ, c. xi, nous dit à l'occasion du martyre de son maître : « Le reste des triomphes de ses vertus réclame un plus long récit, nous avons précisément consacré un ouvrage en trois livres à l'exposé des actions de sa vie ». Dans l'Histoire ecclésiastique, il s'y rapporte à trois reprises : 1. VI, c. xxxii ; 1. VII, c. xxxii ; 1. VIII, c. xiii ; et nous savons par le premier de ces passages qu'Eusèbe avait fait suivre cette Vie d'un catalogue des écrits d'Origène et de la bibliothèque de Pamphile à Césarée '.

2° Sur les martyrs de Palestine. — πὶ τῶν ἐν Παλαιστίν μαρτύρων. Cet ouvrage existe sous deux formes. a. On rencontre la forme concise dans un bon nombre de manuscrits de l'Histoire ecclésiastique, mais sans y occuper une place fixe. Le plus souvent c'est entre les livres VIII et IX ; dans un ms. ce petit livre a pris place au milieu du 1. VIII, c. xiii ; à l'endroit même où Eusèbe s'y réfère ; on le trouve parfois en manière d'appendice après le livre X. Certains ne l'ont pas, et entre autres le ms. D Marc Venel. 338, un des plus importants, sinon le plus important de tous. La traduction latine de Rufin et la traduction syriaque l'ont écarté. De Cureton ne laissait rien subsister. Les actes publiés par Assémani sont simplement une version syriaque faite sur le grec et indépendante de la version de Cureton ; mais ils conservaient les actes de Procope (p. 166) ; d'Alphæus (p. 172) ; de Timothée (p. 182) ; d'Apphianus (p. 186) ; d'Ædesius (p. 195) ; d'Agapius (p. 198) ; de Theodosia (p. 201) et de Pierre Absalon (p. 206).

La recension brève, celle qui, dans les éditions, figure comme appendice au livre VIII de l'Histoire ecclésiastique, n'est pas une rédaction définitive. C'est un premier jet que l'auteur ne destinait pas au public. Il l'a retravaillé, développé, complété, mieux ordonné, pour en faire le livre que nous possédons en syriaque. La première rédaction, celle qu'Eusèbe avait condamnée à l'oubli, nous est parvenue par un de ces hasards encore inexpliqués, dont il y a d'autres exemples dans l'histoire littéraire, mais en réalité c'est la recension prolixe qui a joui de la plus large diffusion. Elle a été traduite en syriaque deux fois ; les Coptes en ont fait usage ; elle a passé dans les ménologes grecs ; les calendriers et les synaxaires que nous connaissons en dépendent, sans oublier le martyrologe dit « oriental », une des sources du martyrologe hiéronymien. Or, c'est précisément cette vogue qui a nui à la conservation intégrale de l'ouvrage. La première rédaction ne nous est arrivée que par une seule voie, celle d'un certain nombre d'exemplaires de l'Histoire ecclésiastique, où elle n'est certainement pas à sa place.

3° Collection des anciens martyrs. — ρχαῖον μαρτύρων (κατάλογος). Le titre de l'ouvrage peut être tenu pour certain, d'après la comparaison des passages de l'Histoire ecclésiastique, 1. IV, c. xv, et 1. V, praef., n. iv. C'est ici une véritable compilation dont Eusèbe n'a été que l'éditeur ; il cherche tout ensemble à édifier et à instruire : οκονομεῖν τε καὶ διδάσκειν. C'est un ouvrage de début, une première prise de contact avec le public, mais déjà un ouvrage d'éducation ; car il n'est peut-être pas inutile de faire cette remarque, qu'Eusèbe prétendait à la fois rendre hommage aux martyrs et rendre service aux fidèles en ne disant que l'exacte vérité. La littérature hagiographique du moyen âge l'eût sans doute indigné, comme tous les honnêtes gens ; il n'était pas de ceux qui édifient la vie et les vertus chrétiennes sur les mensonges de la Légende dorée. La vérité lui était une amie personnelle et, cette vérité, il la cherchait en remontant toujours plus près des sources, toujours plus avant vers les origines, de là ce mot ἀρχαῖον, qui porte avec lui comme une séduction de sincérité. Que voulait-il dire par là ? Peut-être simplement que les pièces qu'il collectait concernaient des martyrs de persécutions antérieures à celle qui sévissait pour l'heure, τὰς κατὰ τὸν καιρὸν διωγμούς. Que contenait le recueil ? Lui-même nous apprend qu'on y trouvait le martyre de saint Polycarpe et les autres martyrs de Smyrne, en 155, les martyrs de Lyon en 177 et le procès d'Apollonius en 176-177.

4° Chronique. — Parmi les ouvrages les plus anciens d'Eusèbe doit prendre place celui-ci, qui se trouve rappelé dans la Préparation évangélique, I. X, c. IX, 1 1 ; dans l'Histoire ecclésiastique, 1. I, c. i, et dans les Eclog. proph., qui sont antérieures à l'édit de tolérance de 311. Si l'on s'en tient à ces renseignements de l'auteur lui-même, l'ouvrage était intitulé : Xpovtxol xavôveç y.al sm.-oy.r, ?iÇ LoTopiaç 'EW.r,- vtov TC xal Pxppàpcûv ; en sorte que -saint Jérôme n'est pas tout à fait dans l'exacte vérité quand il parle de Clironicorum canonum omnimodo historia et eorum epitome '. Eusèbe a-t-il procédé pour la chronique comme pour le De martyr. Palest., en a-t-il donné deux éditions ? Cela semble assez probable. Il existe une version arménienne de la Chronique qui diffère notablement de la version donnée par saint Jérôme, en particulier pour les dates de la liste papale de Rome. Saint Jérôme dit que la Chronique fut conduite jusqu'aux vicennalia de Constantin, en 325, et l'Histoire ecclésiastique l'a suivie à quelques mois de distance : comment expliquer dès lors la différence entre les dates de la liste papale dans deux documents ainsi rapprochés, tandis que, dans la version de saint Jérôme, les dates de la Chronique sont en concordance avec celles de l'Histoire.

Epist.. 1. VIII, n. 29. — « S. Jérôme, De n. LX.xxi. illascribti :.

Les références aux autres ouvrages d'Eusèbe sont mieux expliquées dans l'hypothèse d'une première édition de la Chronique peu d'années avant celle dont un exemplaire se trouvait en la possession de saint Jérôme. Elle est certainement antérieure aux Eclogœ propheticœ, qui sont du temps même de la persécution ; une autre référence dans la Préparation évangélique ne permet pas non plus de descendre à une date plus basse, puis que le début de la Démonstration évangélique qui fait suite au précédent a été écrit au lendemain de la persécution. Cette raison paraissait déjà suffisante à Tillemont — qui ne connaissait pas les Eclogœ et la version arménienne de la Chronique — pour réclamer une première édition de celle-ci. Auquel cas la version arménienne aurait été une combinaison entre les éditions ancienne et récente, puisqu'on y trouve la mention des vicennales.

5° Histoire ecclésiastique. — C'est l'ouvrage qui a le plus fait pour la réputation d'Eusèbe, iaTopîa, et dont le souvenir est inséparable de sa mémoire. L'ouvrage ne s'est pas fait en un jour ni même en quelques années et il ne faudrait pas prendre trop à la rigueur certaines indications chronologiques. Ainsi, dans l'Histoire, Eusèbe parle comme de choses terminées de plusieurs écrits, mais ces écrits ont eu des états ou des éditions successifs et l'Histoire elle-même pouvait en parler dans son premier livre, alors que de longues années s'écouleraient avant l'achèvement de l'œuvre. Ainsi il est fait mention, 1. I, c. i, de la Chronique ; 1. I, c. ii, de la des Extraits des prophètes : 1. IV, c. XV ; 1. V, pref., c. iv, xxn, de la Collection des anciens martyrs : 1. VI, c. xxra, xxxni, xxxvi, de la Défense d'Origène : 1. VI, c. xxxn ; 1. VII, c. xxxn ; 1. VIII, c.xm, de la Vie de Pamphile. Dans 1. VIII, c. xm, il forme le projet d'un écrit qui deviendra Les martyrs de Palestine.

L'Histoire se termine par un éloge de Constantin et de Crispus ; ce dernier fut mis à mort par ordre de son père, dans l'été de 326 ; et le dernier épisode rapporté est la défaite et le châtiment de Licinius en 323 et 324. Point d'allusion au concile de Nicée, en 325, juin. Le dernier livre est dédié à Paulin de Tyr, lequel mourut en 324 ou 325 au plus tard. Il l'interpelle lïpÛTa-e, ce qui ne veut pas dire qu'il soit mort, au contraire ; il emploie ces mots, crol toOtov 7T !,Ypài[)Cù[X£v, qui peuvent également signifier écrire à quelqu'un et lui dédier quelque chose, sans qu'il soit nécessaire pour cela qu'il soit mort. Paulin avait passé du siège de Tyr sur celui d'Antioche, qu'il n'occupa que six mois, et il mourut avant le concile de Nicée, puisqu'à ce concile Zenon représente l'Église de Tyr et Eustathe, celle d'Antioche. Tout ramène donc vers 324-325, au plus tard dans la première moitié de 325. Eusèbe, toujours si avantageux et empressé à faire parade de ses grandes relations, ne dit nulle part avoir entrepris l'Histoire ecclésiastique à la demande ou à la suggestion de Constantin ; on peut croire qu'il n'y eût pas manqué, s'il en avait eu l'apparence d'un motif. Ce qui est plus vraisemblable, c'est qu'il a été entraîné, par l'intérêt et par l'importance du sujet qu'il avait choisi, à le traiter avec des développements que lui-même n'avait pas prévus.

C'est ce qui expliquerait les remaniements, les transformations de l'ouvrage, qui demeura quatorze ans, et peut-être vingt, en préparation. On n'en est pas surpris, quand on observe les circonstances au milieu desquelles se trouvait l'auteur. Entre 303 et 325, le christianisme avait touché à toutes les extrémités. On avait pu le tenir pour perdu, anéanti, puis on l'avait vu reconnu, proclamé, triomphant et enfin divisé. Il est vraisemblable qu'Eusèbe aura connu les heures de découragement, celles où le sujet s'élargit soudain brusquement, se transforme, sort du cadre qu'on s'était tracé. Il a eu ses hésitations, ses tâtonnements, dont les groupes de manuscrits rendent témoignage. Tel groupe a le recueil de documents du X= livre, il manque dans un autre groupe ; de même pour les Martyrs de Palestine, qui se trouvent ici et manquent ailleurs. Est-ce à dire qu'Eusèbe a repris quatre fois son ouvrage et en a donné quatre éditions successives ? Les faits ne montrent rien de tel.

On dit qu'un premier état de l'Histoire ecclésiastique comportait les huit premiers livres, mais on disait autrefois que ce premier état en comportait sept, et naturellement les deux opinions sont intransigeantes ; d'autant plus intransigeantes qu'elles n'ont que ce moyen de se faire accepter, à défaut de toute preuve et même de tout argument solide. D'abord, nous ignorons absolument à quelle époque et dans quelles conditions et par suite de quelles circonstances Eusèbe songea à composer une Histoire ecclésiastique ; et voilà un premier point assuré. Ensuite il parle dans sa préface « du secours miséricordieux et bienveillant qui est venu, à la fin, de notre Sauveur » ; -r/ ;v ènl ràatv Xïco y.oà £'j[i.£v7i Toû CTCùTTjpoç r,[i(i>v Ce qui veut dire tout ce qu'on voudra ou même rien du tout, car Eusèbe est un prédicateur qui sait, comme ses congénères, parler pour ne rien dire, enfler la voix, déclencher le geste et projeter des sons et des mots auxquels on attachera le sens qu'on voudra. Dire que le secours du Sauveur est venu à la fin peut aussi bien vouloir dire que le Christ est né au sixième âge du monde, qu'il ne cesse de veiller sur son Église dans ses périls et que l'empereur Galère a rendu en 311 un édit de tolérance ; ce dernier sens est, d'ailleurs, le plus invraisemblable de tous.

Il est plaisant de voir imaginer des règles auxquelles les anciens n'ont jamais songé et voir des critiques nous entretenir gravement de la tradition des prologues chez les historiens, alors que chacun poussait son prologue au gré de son idée et de son ingéniosité. La scholastique, Dieu merci, n'était pas encore née. Il est plaisant aussi de vouloir tirer d'une phrase une date pour un écrit tout entier, comme si ceux qui ont consacré de longues années à la préparation d'une œuvre historique ne savaient pas que, leur rédaction achevée, ils ont ajouté, inséré, retouché, ici une phrase, là une ligne, là un mot, ailleurs une date ou une note, une page ou un chapitre. Une œuvre historique est une œuvre vivante, et c'est le contraire qu'on en fait, quand on représente l'Histoire ecclésiastique figée, racornie, ratatinée, commencée un jour à la façon d'un pensum, terminée un autre jour, puis rembourrée, farcie d'un prologue, d'un appendice. Cette conception inhumaine d'une production très humaine est proprement allemande et il n'est pas besoin de dire ici ce qu'elle vaut. C'est tout un échafaudage posé sur des pointes d'aiguilles, toute une critique construite sur des conjectures. De pareilles fantaisies, débitées avec une imperturbable sérénité, font sourire. Eusèbe a commencé son Histoire à la fin de 311 ; il a écrit tel livre à tel moment, tel chapitre après tel événement ; il a remanié celui-ci, changé celui-là, ajouté ici, retranché là. En vérité, c'est perdre son temps et gâter du papier que de prendre ces billevesées au grand sérieux. iTcueil de dissertations mises bout à bout, où, sous prétexte de sincérité, on se dispense de tout effort pour saisir une vue synthétique, l'exprimer et la rendre acceptable ou évidente. Après qu'on a aligné un nombre plus ou moins considérable de dissertations, on donne à chacune le nom de chapitre et à l'ensemble le nom de livre, avec un numéro d'ordre. La postérité, trop heureuse de ce qu'on lui livre, alors qu'elle aurait pu n'avoir rien du tout, se montre indulgente, reconnaissante, élogieuse même ; mais tout cela ne suffit pas à composer une Histoire ecclésiastique. Tout au plus avons-nous les matériaux de cette histoire.

Eusèbe expose d'abord le plan dont il s'est inspiré et ce plan est « très naturel ». Après une préface générale (I, i), le premier livre, qui est qualifié d'introduction (II, préf., â)ç £v Trpooi|J.ko). traite de la « théologie » du Christ, c'est-à-dire de sa nature divine et de sa relation avec le Père, puis de son « économie », c'est-à-dire de ses manifestations terrestres, d'abord aux saints de l'Ancien Testament. Ces origines démontrent une des thèses traditionnelles de l'apologétique, l'ancienneté du christianisme. L'ensemble de ces chapitres (I, ii-iv) forme une préparation préliminaire (I, V, comme une introduction dans l'introduction. Le reste du livre est l'histoire de Jésus et de sa prédication. Eusèbe y combine les renseignements des évangiles et de Flavius Josèphe.

Il fait appel à Julius Africanus pour résoudre les difficultés chronologiques des évangiles. Ensuite il expose par quels instruments a commencé l'exposition de l'évangile : saint Jean-Baptiste l'annonce (I, xi) ; les apôtres le répandent (I, xii) ; le Christ l'envoie à Abgar, roi d'Édesse (I, xiii).

Le deuxième livre comprend la prédication des apôtres jusqu'à la ruine de Jérusalem. Le Nouveau Testament fournit la trame sur laquelle l'auteur vient ajouter tout ce qui lui a paru utile dans Josèphe, dans l'Hilon, dans Hégésippe, dans Justin. Eusèbe semble avoir fait beaucoup de cas de Philon, il est possible qu'il n'ait pas été bien fixé sur son compte.

Les livres troisième, quatrième, cinquième et sixième n'offrent plus des sections aussi nettes ; le troisième correspond au règne de Trajan et ce qu'on a nommé l'âge postapostolique avec Ignace d'Antioche, Clément de Rome, Papias. Le quatrième livre commence par la particule et le cinquième semble avoir une préface, qui n'est qu'une façon d'introduire le récit. Ce livre cinquième s'achève ainsi : xal Tocûra |jtÈv TOÛTov tov xpoTTov, à quoi répond le du début du livre sixième. Tout cela est évidemment un peu enchevêtré et il semble qu'Eusèbe prit son parti de couper sa matière en parts à peu près égales. Le quatrième et le cinquième livre vont jusqu'à la fin du ii siècle et contiennent ce qui a trait aux hérésies des montanistes, des quartodecimans et des monarchiens. Le sixième livre va de Sévère à Dèce et s'attarde complaisamment au personnage d'Irénée. Au septième livre, Eusèbe se ressaisit, il compose une préface, mentionne ce nouveau livre d'après son numéro d'ordre : tÔv PSo|jlov tt^ç in-opioLç. Ce livre concerne le début de la grande persécution sous Dioclétien et se compose d'extraits des lettres de Denis d'Alexandrie. À vrai dire, Eusèbe montre bien ici à quel point il est archiviste et non historien. Le long répit de cinquante années qui s'étend de 250 à 303, à peine troublé par les persécutions de Valérien et d'Aurélien, lui offrait l'occasion de tracer un tableau du progrès silencieux accompli pendant ces années. Il y eût retrouvé les souvenirs de son enfance, il eût rappelé des noms, des incidents qui avaient préoccupé sa jeunesse et son imagination — à supposer qu'il n'en ait pas été presque complètement dépourvu ; — un historien de tempérament eût attendu ce répit pour tracer, à la veille de la formidable et dernière tempête de 303 à 313, un tableau précis des causes du triomphe final dans la solidité de la foi, dans le nombre des fidèles, dans la discipline du clergé, dans l'organisation financière des Églises ; l'archiviste a passé à côté de tout cela. Du moment qu'il n'avait plus les mains pleines, il avait le cerveau vide. Dans cette période silencieuse, l'œuvre d'Anatolius sur la Pâque, la ligne de l'attaire de Paul de Samosate, les débuts du manichéisme sont à peu près tous les événements notables que nous connaissions. Nous n'avons aucun moyen de compléter Eusèbe, mais nous avons vingt raisons de l'accuser de négligence. Dans cette période où l'histoire politique est pleine de troubles, les chefs et le personnel dirigeant des principales Églises avaient la partie belle, ils l'ont jouée et en partie gagnée, mais ce n'est pas Eusèbe qui nous l'a dit. Qu'on envisage la situation pitoyable au lendemain de la persécution de Dèce, aggravée par le schisme des lapsi (voir Dionn., aux mots Dèce, F.illis), et malgré les quelques coups reçus de Valérien, d'Aurélien, nous constatons en 303 une situation brillante, entièrement rétablie partout. À la cour, dans l'armée, partout le christianisme progressait ; sur le trône de Dioclétien, l'impératrice était chrétienne ; dans l'aristocratie romaine, les noms chrétiens deviennent plus fréquents, les cimetières souterrains prennent une extension nouvelle. Voilà, parmi tant d'autres choses, quelques-unes de celles qu'Eusèbe aurait pu nous apprendre et ajouter à son livre. Mais, soit timidité, soit lassitude, soit médiocrité, Eusèbe a hâte d'en finir et il boucle ce septième livre avec un visible soulagement : il va maintenant raconter l'histoire contemporaine (I. VII, c. xxxn).

Au fond, il n'avait pas raconté l'histoire ancienne de l'Église, l'œuvre dépassait sa taille et sa portée d'esprit. Maintenant qu'il avait épuisé son portefeuille, il allait profiter de l'expérience acquise ; à partir du VIIIe livre, il n'insérera plus que des documents officiels, rescrits ou constitutions des empereurs.

Ce huitième livre porte, lui aussi, son numéro d'ordre, èv ôySôco TO'JTCÙ et s'ouvre par quelques lignes de prologue. Le livre est consacré à la persécution de Dioclétien jusqu'à l'édit de Galère (303-311) ; il se terminait par une conclusion, dont l'histoire est complexe et incertaine. Le neuvième livre n'a pas de prologue, il rapporte la persécution de Maximin jusqu'à la victoire du Pont Milvius et la victoire du christianisme. Le livre dixième et dernier ne fait pas étroitement corps avec les deux précédents, d'abord parce que, comme on l'a dit, ce livre dixième fait l'objet d'une dédicace particulière à l'évêque Paulin, ensuite parce que le livre neuvième se termine par une doxologie. Il comprend le triomphe de Constantin sur son collègue Licinius, devenu son rival, et l'ouvrage entier se termine par une peinture de la prospérité de l'Église sous le règne réparateur.

Plus encore que pour d'autres ouvrages, on ne peut conseiller, en parlant de celui-ci, que le contact avec le texte même ; les défauts et les qualités s'aperçoivent alors mieux que dans un résumé, qui a le tort de ramasser en quelques phrases ce qui se rapporte à un long écrit. Eusèbe n'avait pas de modèle, et il faut lui tenir grand compte de cette circonstance ; on ne sait pas s'il avait des secrétaires, mais, dans le doute, on en peut douter et on songe alors à tout ce qu'il lui a fallu lire la plume à la main ; mais il se contente d'une rapide mention au passage pour les hérétiques et encore ne s'occupe-t-il que des Grecs ; le monde occidental lui est fermé. C'est à travers une traduction grecque qu'il connaît et cite l'Apologétique de Tertullien (1. II. c. n ; 1. III, c. xx ; 1. V, c. v) ; quant à Tertullien, il en fait un Romain. C'est à peine s'il a entendu parler d'Hippolyte de Porto (1. VI, c. xxx) et de Cyprien. D'ailleurs, ce qui regarde l'Église de Rome n'obtient pas de lui meilleur traitement. Il accorde au pape Xyste II onze ans de pontificat, au lieu de onze mois ; au pape Eusèbe, dix mois, au lieu de neuf ans ; au pape Gaius, quinze ans au lieu de douze. Évidemment il avait sous les yeux un catalogue fautif, mais ceci est réputé faute grave chez un archiviste. Il n'aimait pas le monde latin, n'y portait pas intérêt ; on se demande même s'il savait de façon courante parler latin ; il le traduisait, à moins qu'il ne fît usage de traductions toutes faites. Constantin avait un bureau de traducteurs qui faisait passer du grec en latin ses discours, ses lois, etc., et peut-être Eusèbe recourait-il aux traductions et aux traducteurs du cabinet impérial.

Dans sa préface Eusèbe réclame l'indulgence, étant, dit-il, « le premier qui tente une pareille œuvre et le chemin par où je dois passer est désert et n'a été foulé par personne » (1. I, c. i). C'est exact, Hégésippe semble n'avoir été qu'un touriste, un curieux, un flâneur dans le genre de Lebrun-Desmarettes au XVIIe, s'en allant de-ci de-là regarder les usages locaux et noter dans son calepin ce qu'il avait remarqué. Eusèbe l'a utilisé, mais il n'en a pas dû tirer grand parti. Et puis, Eusèbe apportait une chose tout à fait nouvelle : une idée ou, si l'on veut, une prétention. Il croyait pouvoir écrire l'histoire de l'Église parce que, selon lui, trois siècles écoulés et tant d'événements survenus faisaient bien matière historique ; il ne s'agissait que de mettre tout ceci en ordre et il ne doutait pas d'y réussir, en quoi il avait raison et il se trompait. Cet homme tolérant, qui blâmait les orthodoxes de l'acharnement qu'ils mettaient à poursuivre les ariens, n'était tolérant, peut-être, que pour défendre la paix de sa vie ; dès qu'il abordait le champ de l'histoire et la matière de ses études, il devenait intolérant. Si considérable que fût l'influence d'Origène, il était excessif de lui attribuer un livre tout entier de son histoire ; plus qu'il n'en accordait au Christ lui-même. Si profonde que fût l'admiration qu'il lui portait, il était abusif de passer sous silence des hommes signalés par leurs services mais qui avaient combattu Origène, et c'était le cas de Méthode d'Olympie. Lorsqu'on a de ces engouements et de ces aversions, on n'est pas historien, car si l'historien n'a pas le devoir d'être impassible, il a celui d'être impartial. L'impartialité lui apparaissait dans la profusion des citations ; il n'écartait personne, on croit l'apercevoir, jouissant d'ajouter un paragraphe d'après un écrit bien rare, longtemps cherché, enfin découvert, et plus préoccupé du souci d'avoir tout lu que du désir d'avoir tout compris.

La pensée inspiratrice et maîtresse d'Eusèbe, c'est l'institution divine de l'Église, la transmission régulière de l'autorité, la permanence de la doctrine, la tradition qui règle tout. En cela, Eusèbe se rattache à la pensée régnante depuis les premiers temps chrétiens : continuité dans la succession, on ne sort pas de là. Hégésippe n'a voulu et fait autre chose que d'aller d'Église en Église, recueillir et vérifier les traditions. À Rome, où je fus, dit-il, j'ai établi une succession jusqu'à Anicet, dont Éleuthère était diacre ; Soter fut le successeur d'Anicet et Éleuthère lui succéda. Dans chaque succession et dans chaque ville, on est fidèle à l'enseignement de la loi, des prophètes et du Seigneur. » Tout va bien alors. Irénée, lui aussi, se préoccupe par-dessus tout que la transmission soit assurée. Dès lors, l'histoire devient linéaire, rigide et Eusèbe prélude à son Histoire par une Chronique.

V. l'ouvrage intitulé »Apnligisln prccs ilii IIe de l'ère« , Paris, 1912 ; recherches sur le diocese aux origines de l'Église de Rome, la chose du monde qui nous paraît la plus insipide, répond alors à une idée dont les esprits sont pénétrés profondément. C'est ce qu'on a montré avec une grande lucidité en faisant voir « l'importance » qu'avaient alors « des chiffres et des concordances chronologiques ». La succession, c'est l'histoire même de l'Église. Ce dessein favorisait en même temps une vue apologétique. Les païens reprochaient au christianisme sa nouveauté. Le paganisme prétendait à une haute antiquité ; lui aussi était une tradition et une tradition plus vénérable, la tradition des ancêtres. On peut juger de quel ton les polémistes en parlaient par la lecture des constitutions de Maximin. Ce réformateur de la vieille religion traite les chrétiens avec un dédain transcendant. Dès le ii siècle, les apologistes avaient cherché une réponse. Ils faisaient des calculs, additionnaient les années du judaïsme et celles du christianisme, établissaient des synchronismes. Tatien a été des premiers à donner de ces formules. Julius Africain les avait coordonnées et systématisées dans sa chronique. Eusèbe veut, à son tour, rendre manifeste « l'ancienneté de l'antiquité du christianisme », rr, ? XptoTtavciv Torcxlcmôv, « à ceux qui le regardent comme une secte récente qu'hier encore on ne connaissait pas ». Cependant cette considération n'a qu'une place secondaire dans le récit d'Eusèbe. Elle apparaît seulement au début, dans cette « préparation » où se confondent histoire, théologie et apologétique.

« Pour établir des successions, il faut ramener à un même dénominateur les dates particulières. Eusèbe a choisi la chronologie des empereurs pour fil conducteur. Toutes les dates de ses listes épiscopales, des événements, des apogées d'hommes célèbres (à savoir), des œuvres littéraires ou des hérésies sont converties, par un rapprochement perpétuel, en dates impériales. Ce n'est pas seulement pour lui une ligne de repères. De même que « la succession » apostolique est son sujet, de même la chronologie est son cadre. L'Histoire ecclésiastique a commencé par être une chronique développée. Elle se meut dans les lignes d'un tableau annalistique et elle n'en sort pas. Ainsi s'expliquent la composition et le plan, qui ont été souvent critiqués parce que l'on n'a pas compris la nature de l'ouvrage. Eusèbe prend les matières dans leur ordre chronologique, par tranches successives, comme elles se présentent. Il va ainsi de l'une à l'autre, passe à une troisième, puis à une quatrième, revient à la seconde ou à la première, quand le cours des années l'y ramène. Cet apparent désordre est le résultat d'un ordre systématique, poursuivi sans fléchissement. Les chapitres sont très inégaux ; quelques-uns ont quelques lignes, d'autres plusieurs pages. On a imaginé qu'Eusèbe écrivait d'abord les titres d'avance, sans savoir ce qu'il mettrait dessous. L'inégalité de ses développements a une cause beaucoup plus naturelle. Les tranches de chronique, que représente chaque chapitre, sont plus ou moins épaisses suivant leur matière même... Pour l'ensemble des sept premiers livres, on se rend compte de la marche de l'historien, si l'on pense qu'il développe une chronique.

« Telle est, en effet, la méthode d'Eusèbe, et il le reconnaît en propres termes dans son prologue : « J'ai, dans les colonnes de mes Chroniques, disposé un résumé de ces sujets dont je me propose présentement de faire l'exposé très complet (1.1, c.). » La Chronique d'Eusèbe a précédé son Histoire, comme les tableaux de Denis d'Halicarnasse avaient précédé ses antiquités. Denis établissait la concordance de la chronologie romaine avec la chronologie grecque, et Eusèbe a pris, lui aussi, pour base cette double concordance, en la complétant et l'unifiant par la série des années d'Abraham. Le récent éditeur de la version arménienne croit que la première édition de cette chronique comportait, au centre de la page, des colonnes de chiffres, soit, pour l'époque impériale, au milieu, les dates d'Abraham ; à droite, les dates des empereurs romains ; à gauche, les olympiades. Dans la marge, à droite de ces colonnes, se trouvaient les notices de l'histoire profane, et dans la marge de gauche, celles de l'histoire sacrée '. Le manuscrit d'Oxford du remaniement de la chronique de saint Jérôme place au milieu les notices ; dans la marge de droite, les dates des Juifs et des chrétiens ; dans celle de gauche, celles des olympiades et des empereurs ^. En tout cas, le principe était une concordance des dates de l'histoire profane et de l'histoire juive ou ecclésiastique ; la disposition comportait des colonnes de chiffres et des paquets de lignes de chronique. Dans l'Histoire, les chapitres alimentent, de loin en loin, des chapitres de concordances et de listes de succession. Les paquets de lignes ont fourni les chapitres narratifs.

En résumé, les besoins de l'apologétique ont fait inventer la chronique, réduite d'abord à des tableaux synchroniques. Le développement de la chronique a fait naître l'histoire ecclésiastique. Mais les auteurs profanes avaient montré l'exemple de ce double progrès '. » Dans tout ceci, on peut le dire, l'art est absent, à moins que ce ne soit un art que celui de suivre un plan, de composer des résumés et d'aligner des extraits et des citations ; mais on est tenté de s'en réjouir quand on songe à ce dont Eusèbe eût été capable si, au lieu de transcrire, il lui avait pris fantaisie d'écrire. Peut-être, à la place de ce que nous avons, eût-il laissé un fatras dans le genre des récits du Métaphraste, et dont on ne sait plus ce qu'on peut retenir et ce qu'il faut écarter. Il dresse des catalogues d'ouvrages et, ici encore, rend service, mais il ne faut pas lui demander autre chose que de rendre service. Il s'en acquitte surabondamment, c'est beaucoup. Il cite longuement, exactement, mais ses textes sont parfois fautifs. On peut admettre qu'il ne s'est pas fait faute de recourir à des secrétaires, ce en quoi il est inexcusable. L'historien digne de ce nom et voulant demeurer tel ne doit pas se faire suppléer ni aider ; ce qu'une vie trop brève ou trop dispersée ne lui aura pas permis de faire par lui-même et à lui seul, la postérité gagne plus à s'en passer que de jouir sous un nom injustifié des travaux de secrétaires. Mais Eusèbe, ce faisant, ne cherchait peut-être qu'à produire une œuvre de proportions plus vastes ; rien ne permet de croire qu'il songeât à s'enrichir.

Gibbon l'a accusé de déloyauté, mais, en vérité, Gibbon compte-t-il pour quelque chose ? D'ailleurs son interprétation ne permet pas de douter qu'il cédait au plaisir de reprendre, à tort, un des plus considérables témoins de cette religion chrétienne (qu'il haïssait. Eusèbe avait trop lu et trop vécu pour ne savoir pas que l'étude de l'histoire est une école de scepticisme et savait à quoi s'en tenir sur les faiblesses et les disgrâces de la société chrétienne. Il ne cherchait pas à la défendre ni à l'excuser, tout au plus aura-t-il laissé dans l'oubli le récit de certaines misères ; le temps a comploté avec lui et les pièces qu'il a ainsi écartées ont péri.

Érudit, critique, il a commis d'involontaires erreurs.

On lui reproche d'avoir cité une interpolation de Josèphe sur le Christ (I, c. xi), mais il y a été trompé lui-même *. La correspondance d'Abgar avec le Christ ne l'a pas trouvé en défiance, et bien d'autres depuis pensèrent comme lui. Quel est le critique qui n'a dans son bagage une statuette, un tableau, une tiare, voire un simple caillou... d'achoppement ?

Eusèbe cite copieusement, mais ses citations sont parfois aussi si vagues qu'on a peine à les identifier, notamment pour Papias, Hégésippe, Irénée (I. III, c. XXXII, XXXIX ; I. IV, c. xxii ; I. V, c. viii). L'étendue de la citation est incertaine, ou bien sa brièveté est telle que ce n'est tout au plus qu'une allusion. Ceci est exceptionnel. Il tombe dans des inexactitudes, dans des erreurs. Et qui en est exempt ?

L'Histoire ecclésiastique a été, de bonne heure, traduite en syriaque et en latin. La version syriaque est conservée en grande partie dans deux manuscrits : 1° Pétrograd, de l'année 462, contenant les livres I-IV, VIII-X et quelques parties des livres V, VII ; 2° Londres, Brit. Mus., add. 14630, du VIe, contenant les livres I-V avec quelques lacunes au début du livre I. Cette version syriaque a pu être composée sous les yeux d'Eusèbe. — La version latine a été faite par Rufin, qui s'est donné les plus grandes libertés avec l'original, abrégeant ou farcissant à son gré ; de plus, il a poursuivi l'histoire jusqu'au règne de Théodose. La date exacte de cette traduction est discutée. Dans la préface, Rufin nomme Chromatius et parle de la tâche qu'il lui a imposée à l'époque où Alaric dévastait l'Italie, ce qui conduirait un peu après l'année 402 ; comme Chromatius, à qui le livre est dédié, mourut en 406, on a peu de marge. La version de Rufin a été éditée par Cacciari, à Rome, en 1740, étudiée par Kimmel, De Rufino Eusebii interprete, Gera, 1838, et éditée de nouveau dans l'édition de E. Schwartz, par Mommsen.

La première édition du texte grec de l'Histoire ecclésiastique a été donnée par Robert Estienne, en 1544. Estienne s'est principalement servi du manuscrit Paris, gr. 1437. C'est une copie du Paris, gr. 1431, corrigée sur un manuscrit dépendant de Paris, gr. 1430. De plus, Estienne a fait usage de Paris, gr. 1434. Toutes indications sont à peu près conjecturales.

La deuxième édition est l'œuvre d'Henri de Valois (1603-1673), avec traduction latine et notes, dont la valeur reste entière après deux siècles et demi. C'est principalement le Paris, gr. 1430, XIe, qui a guidé Valois. L'édition de Valois a été reproduite par Migne, P. G., t. xx.

D'autres éditions ont suivi, qui offrent un médiocre intérêt ; la plus récente est celle de M. E. Schwartz, de Leipzig, 1903-1909. C'est un travail estimable et qui pourra être utilisé, quoi que avec prudence, dans une reprise de l'édition d'Henri de Valois, qui, seule, reste fondamentale et définitive.

B. Apologétique. —

1. Contre Hiéroclès, que Photius, cod. 39, désigne ainsi : àvaoxeuaiTTixôv TCpôç TOÛÇ TTÈP 'ATTOXXOJVTO'J TOÛ T'JïvécOÇ 'lîOO xXso'jç Xoyouç. Hiéroclès, gouverneur de Bithynie, en suite d'Égypte, où sa réputation de cruauté s'alimentait.

2. Démonstration évangélique ;

3. Préparation ecclésiastique. — ;

4. Démonstration ecclésiastique. —

5. Deux livres d'objection et de défense. — 'EXÉY- ^o\J xai 'ATToXoyiaç XôyoL Sùo.

6. Manifestation divine. — ©eoçàvEia.

Ce qui suit, C-F, Critique et Exégèse, Théologie, Discours et Correspondance, ne relève plus de nos études d'archéologie et de liturgie.

H. Leclercq.


ÉVANGÉLIAIRE. —


IL La représentation. — Les anciens interprètes n'ont guère exercé leur ingéniosité et ont représenté de préférence l'Évangile sous la forme d'un rouleau, d'un livre ou d'une bande de parchemin. Il serait aussi long que superflu d'enregistrer la série des fresques ou des bas-reliefs qui nous montrent le Christ, les apôtres ou les saints tenant dans leur main un rouleau fermé, ou bien un rouleau dont une partie est développée, ou enfin des rouleaux entassés dans une ciste. (Voir ce mot). D'une façon générale, ces représentations concernent l'évangile, dont la sainteté et la dignité étaient hors de comparaison avec tous les autres écrits, l'Évangile du mausolée de Galla Placidia, à Ravenne, nous montre une armoire sur les rayons de laquelle sont déposés les écrits des évangélistes, avec le nom de chacun d'eux. Voir Dictionnaire, t. II, fig. 1557. Le mausolée de Sainte-Constance non loin offre aussi une mosaïque absidale qui représente le Christ remettant à saint Pierre l'Évangile, figuré par une banderolle sur laquelle on lit ces mots : DOMINUS LEGEM DAT. Voir Dictionnaire, t. II, fig. 231. Au baptistère de Ravenne, une mosaïque de 451 montre les quatre évangiles déposés sur autant de tables avec le titre de chacun d'eux : EVANGELIUM SECUNDUM LUCAM. Ce sont là des représentations naïves, dont l'interprétation ne pouvait donner lieu à aucune hésitation, aussi eurent-elles une vogue générale. Des fresques du IVe et des sarcophages qui s'en inspirent représentent volontiers le Christ entouré du collège apostolique au complet (si les dimensions du champ l'ont permis) et chacun des membres tenant entre les mains un rouleau. Des fonds de coupes dorés parsèment volontiers de petits rouleaux le champ sur lequel sont représentés le Christ et les apôtres ; parfois aussi, entre les deux princes de la prédication évangélique, Pierre et Paul, un seul volume est figuré, peut-être pour signifier qu'il n'y a qu'un évangile.

Les fresques, mais qui n'appartiennent plus à la période primitive de l'art chrétien, nous montrent des papes de Rome ou des évêques tenant en main l'Évangile : saint Sixte et saint Cyprien, saint Corneille et saint Cyprien (voir Dictionnaire, t. III, fig. 2718, 3327), Théophile d'Alexandrie (voir Dictionnaire, t. III, fig. 2720, 2909). Les diacres sont également représentés avec l'Évangile, notamment sur un fond de coupe sur la mosaïque de Saint-Laurent-hors-les-Murs qui représente saint Étienne, sur celle des Saints-Nazaire-et-Celse à Ravenne. Il serait facile de mentionner un bon nombre d'autres représentations, rien qu'en parcourant les huit premiers volumes du présent Dictionnaire. L'une des plus en faveur parmi les fidèles fut le symbole des quatre fleuves s'échappant d'un tertre sur lequel est posé l'agneau divin.

Un sarcophage de Marseille représente les quatre évangiles ouverts ; une mosaïque de Ravenne nous montre l'évangile exposé sur un trône, présidant les conciles. Voir Dictionnaire, t. V, col. 072, fig. 4208. C'est la personne même et la voix du Christ :

Matthaeus et Marcus, Lucas et Johannes, Vox Domini quatuor evangelia loquitur, Christe redemptor.


III. L'emploi. — La lecture des évangiles a fait partie de la liturgie primitive. Saint Justin en fait mention et, un siècle plus tard, saint Cyprien dit avoir conféré à un fidèle l'ordre du lecteur pour qu'il lise sur le pupitre, devant l'assemblée des fidèles, les enseignements et l'évangile du Seigneur. Eusèbe de Césarée avance, d'après le témoignage des Hypotyposes de Clément d'Alexandrie et de Papias, que saint Pierre autorisa la lecture du récit composé par saint Marc. On en a induit qu'il s'agissait de la lecture publique, c'est plus que probable. À partir du IVe, il peut paraître superflu d'énumérer les témoignages en faveur d'un usage qu'on ne songe même plus à contester. L'évangile tient dans la réunion eucharistique un rang qui explique l'importance et le nombre des monuments paléographiques qui en témoignent.

En Occident et en Orient, on s'appliqua à découper le texte évangélique en un nombre fixe de récits historiques ou moraux, ou on combine les quatre évangiles en une rédaction unique. Voir Capitulare evangeliorum, 1711, pl. x, xi, xii. — Ibid., pl. xv, n. 2. — Le Hefele, Histoire des conciles chrétiens de la Gaule, 1851, p. 117, n. 3. — Dom Morin, De antiquis liturgiis, I, I, p. 12, n. 11. — Mini, de la Société nationale des antiquaires de France, t. XXV.


EVANGELIUM, CANONES, DIATESSARON. En Occident, à chaque réunion liturgique du dimanche est affectée une lecture distincte et d'autres jours obtiennent un semblable privilège ; il semble même qu'on ait, dans certaines Églises, envisagé la possibilité d'affecter une lecture différente à chaque jour de l'année. Quoi qu'il en soit, le rite romain attribua une leçon ou péricope évangélique distincte pendant la seule période du carême : le rite mozarabe n'en pourvut que le mercredi et le vendredi de ce même temps ; le rite gallican, à en juger par le sacramentaire de Bobbio et par le lectionnaire de Luxeuil, ne fit pas de même. Sans doute, il manque huit feuillets dans ce dernier manuscrit, entre le mercredi des Cendres et le dimanche des Rameaux, mais ils n'ont dû contenir certainement que des lectures évangéliques pour le dimanche. Le missel de Stowe fait moins de frais encore ; il se contente d'une épître et d'un évangile pour toute l'année, tirés l'un de I Cor., xi, l'autre de Joh., VI.

Si, en Occident, le choix et la disposition des lectures évangéliques paraissent absolument étrangers à la préoccupation d'un certain ordre, en Orient et principalement dans l'Église grecque, les lectures ont été disposées sur le cours entier de l'année de manière à ne pas intervertir l'ordre des récits dans les évangiles.


IV. LE CULTE. — Le livre des évangiles fut l'objet d'un culte religieux. En 406, saint Jérôme écrit de Bethléem : « Quand on va lire l'Évangile dans les églises d'Orient, on allume des luminaires, même en plein jour, non pour éclairer les ténèbres, mais pour montrer le signe de la joie ». Éthérie observe qu'on brûle de l'encens devant l'Évangile : « On apporte des cierges dans la grotte de l'Anastasis, afin que toute la basilique de l'Anastasis soit remplie de parfums ; et là, où se tient l'évêque, à l'intérieur des grilles, il prend l'Évangile et s'approche de la porte et lit la résurrection du Seigneur ».

Lorsque le texte évangélique n'avait pas été traduit dans la langue du pays, un interprète en donnait sur-le-champ l'interprétation, c'est ce que nous voyons dans la Passio S. Procopii : « Là, dans l'église, il exerçait trois ministères, l'un pour la lecture, l'autre pour l'interprétation... », ce qu'on peut rapprocher du récit d'Éthérie : « Puisque dans cette province, une partie du peuple parle syriaque, une autre partie grec, et une autre partie syriaque, et que l'évêque, bien qu'il sache le syriaque, parle toujours en grec et jamais en syriaque, il y a toujours un prêtre qui, lorsque l'évêque parle en grec, interprète en syriaque, afin que tous entendent ce qui est exposé ; et les leçons qui sont lues dans l'église, puisqu'il est nécessaire de les lire en grec, il y a toujours quelqu'un qui les interprète en syriaque pour le peuple, afin qu'ils comprennent toujours. Et quant à ceux qui sont latins, c'est-à-dire qui ne savent ni syriaque ni grec, l'évêque les instruit lui-même, car il y a des frères et des sœurs grecs et latins qui expliquent en latin ».

Dans la messe gallicane, saint Germain nous décrit les rites qui accompagnent la lecture de l'Évangile ; « Lorsque l'on arrive à la lecture de l'Évangile, le clergé chante à nouveau avec une voix claire... La procession de l'Évangile sort, comme la puissance de Christ triomphant de la mort, avec des harmonies et des cierges, qui sont les sept dons de l'Esprit Saint, ou les lumières de la loi, mystérieusement fixées sur la croix, montant à l'ambon, comme Christ, roi du royaume paternel, pour y chanter les dona vitæ, avec des cierges allumés ; Gloria tibi Domine... ». Le Sanctus que le clergé chante en revenant à l'Évangile.

L'Église grecque a conservé l'usage de déposer le livre des évangiles sur l'autel, et ce fait indiquerait déjà son éminente dignité, puisque l'autel ne doit servir qu'à recevoir le corps du Christ. Cet usage remonte au moins au milieu du Ve et probablement plus haut. Dans les actes du martyre de saint Marin, sous-centurion à Césarée de Palestine, en 262 (261 ?), nous voyons Marin sortir du prétoire, à la suite d'un interrogatoire : l'évêque Théotecne l'attend, l'aborde et s'entretient longtemps avec lui, ensuite il le prend par la main et l'emmène à l'église, le fait entrer à l'intérieur du sanctuaire jusqu'au pied de l'autel et là, en ouvrant la chlamyde du soldat, lui montre l'épée qu'il porte au côté, tandis qu'il prend le livre des évangiles, lui donnant à choisir. Marin étend le bras dans la direction du livre.

La mosaïque du tombeau de Galla Placidia nous a fait voir les évangiles dans une armoire, une sorte de bahut ; on fit usage de ces meubles même de chaque côté de l'autel, dans l'abside. À Milan, nous savons de saint Ambroise que les évangiles étaient enfermés dans une châsse ornée d'or : « Là, l'arche du testament est recouverte d'or ». Grégoire de Tours raconte que le roi Childebert rapporta d'Espagne vingt évangiles avec des couvercles d'or pur et de pierres précieuses, et il nous apprend que la fille de l'empereur Léon commanda une châsse pour enfermer les saints évangiles, en or pur et en pierres précieuses. L'Ordo romanus montre le sous-diacre renfermant l'Évangile dans une châsse, après l'avoir fait baiser au clergé et au peuple.

V. TRADITION ARTISTIQUE. — La tradition de l'art grec se retrouve, frappante, dans l'art occidental du moyen âge et principalement dans les évangéliaires. L'évangéliaire de Saint-Gall, grec-latin, n. 48, fin IXe ou début Xe, contient, à la page 129, qui termine le texte de saint Matthieu, un texte en quatre colonnes, singulièrement mélangé de grec et de latin, incorrect dans les deux langues, ainsi conçu :

... (texte en grec et en latin)

Dominas présente Marie en Galilée, avec une verge tendue dans la main droite. Item, le Seigneur assis sur un pavois, avec un agneau.

Dominas recamhit eunantibus aliis in e^nacalo quodam. lo'jSaç osculatas dominum adprehendens manibas indivis astantibus cum fustibus et lampadibus id est titionibas in summo exarsis ibi que petrus aariculam wakhi amputât cum gladio. icoavv^jç. tooSeoi. i :ov/)p£0(J.£vcov. xaiatpaç. Avvaç -îTpoç plorat gallo rétro cantante tennente eum ancilla. Xï'.aoaç et ptXa-oç. dominus ligato pede. iudiei. anlesignani signa portant. dominus coccinea veste indutus arundinem in dexicra tenens per aurem sinistrani adprehenditur.

EiSe (vide vel ccce) o PaaiXeuç (rex) -rwv louSxuùv (judseorum).

Aonyivoç cum lancia. aller cam spongia. duu milites tenent zoc^a midem -IIlatroncs. Icoa/incs stal et maria plorat. avSpeaç xai. TïSTpoç seminudi heii.i.yi\ivi cum rcti id est di/xTi piscantur.

ASa(ji dominus }.intiamine id est sindone indutus per manum dcvlram ab injcrno trahit quem diabolus tenet. supplantatus diabolus domini pedibus. in/eri manu sursam porrigunt ASrfi (id est infernum).

C'est la description des miniatures d'un manuscrit des Évangi les ; les noms des personnages, inscrits auprès des figures, ont conservé la forme grec que. Ce n'est pas par curiosité que le moine irlandais de Saint-Gall s'est attaché à reproduire le geste même et l'attitude des personnages. Cette description a sans doute été faite pour servir de modèle aux peintres de manuscrits formés dans l'école de Saint-Gall. vous que c'est au nord de l'Italie que Saint-Gall a souvent emprunté ses manuscrits grecs. On peut croire que notre description provient d'un manuscrit soit grec, soit plutôt grec et latin, écrit et décoré en Italie, et que les peintures dont nous avons la description représentent la tradition de l'art grec telle que l'Italie la conservait, mais la chose est de peu d'importance. heim et de Brescia ' : « Le Christ, vêtu d'un manteau flottant, dans une gloire inclinée diajjonalemcnt. 11 marche et saisit la main élevée vers lui d'un homme liarhu (Brescia : un vieillard) qui sort à moitié des flammes. Derrière cet homme, une femme élève les mains. En lias, au premier plan, l'enfer et un diable lie aux quatre membres. La Gloire est entourée de quatre anges, etc. -. » VI. Essai de cl.\ssement de quelques évaxgé-

I.IAIRES.

ments, in-S », t. ix, n. 4, p. 409 ; Aie. Ledieu, Bibliothè que d'Abbeville. Notice sur révang'liaire de Charlemagne dans Revue de fart chrétien, 1880, p. 37-48. 3 pi. : S. Berger, Histoire de la Vulgate, ih93, p. 267-208 ; .J. \V. Bradley, A diclionary u/ miniaturist, London, 1888, t. I, p. 217.

2. AFFLliJHEil. — fùmngéliairf provenant de l'abbaye d'Affligliem, dans Bulletin de la Société nationale des antiquaires de France. 1901. p. 226-227.

3. AIX-LA-CHAPELLE. — S. Beissel, Das karolingischc Evangelienbuch des Aachcner Munsters, dans Zeitschri/l fiir christliche KunsI, 1888, t. i, p. 53 sq. ; Die Trierer Ada Handschrill. pi. xxn, xxni.

In Dei nomine incipiunt capitula libri sequentis.

Cap. l. In nalivitate Domini. Evangeliam secundum Johannem. In principio crut (fol. 7).

Cap. II. In natali sancti Stephani. Evangelium secundum Matheum. Ecce ego mitlo (fol. 10 V).

Cap. III. In natal, sancti Johannis evangeliste. Evangelium secundum Johannem. Dixit Jhesus Petro (fol. 12 v°).

Cap. un. In natal. Innoccntum. Evangelium secundum Matheum. Angélus Domini apparuit (fol. 14 V).

Cap. V. In octavas Domini. Evangelium secundum Lucam. Potsquam consummati (fol. 17).

Cap. F/. In Epyphania. Evangelium secundum Matheum. Cum natus essct Jhesus (fol. 18 v°).

Cap. ru. In octavas Epyphanie. Evangelium secundum Johannem. Vidit Johannes Jhesum (fol. 22).

Cap. VIII. In natali sanctorum Fabiani et Sebastiani. Evangelium secundum Lucam. Descendens Jhesus de monte (fol. 24).

Cap. mil. In natali sanctie Agnœ. Evangelium secundum Matheum. Simile est regnum c :elorum ho. (fol. 26).

Cap. X. In puriftcatione sanclie Mariée. Evangelium secundum Lucam. Postquam impUti (fol. 28 v« ).

Cap. XI. In mdali sanclit Agathse. Evangelium secundum Johannem. Simile est regnum cielorum decem (fol. 31).

Cap. XII. In natali sancti Vedasti. Evangelium secundum Matheum. Homo quidam peregre (fol. 33).

Cap. XIII. In ciena Domini. Evangelium secundum Johannem. Ante diem lestum (fol. 37).

Cap. xilil. Sabbalo sancto Paschie. Evangelium secundum Matheum. Vespere autem sabbati (fol. 40).

Cap. XV. Dominica sancta. Evangelium secundum Marcum. Maria autem Magdalenu- (fol. 43).

Cap. Sri. Dominica octavarum Paschir. EvaiKjcliiim secundum Johannem. Cum essel sera die (fol. -15). Cap. .XVII. Jn Ascensione Domini. Evungdium secundum Marcum. Recumbentibus (fol. 47).

Cap. xriii. Sabbalo Pentecostcs. Evangclium secundum Johannem. Si diligilis me (fol. 49).

Cap. xviill. Dominica Pcntecostes. Evanijelium secundum Johannem. Si quis diligit me (fol. 51 v°).

Cap. X.X. Dominica octavarum Pcntecos les. Evangelium secundum Johannem. Erat homo ex Pharisa-is (Sol 54).

Cap. XXI. In nalali sancti Johanncs. Evangclium secundum Lucam. Elisabeth impletum.

Cap. x.xil. Jn natali sancti Pétri. Evangclium secundum Matheum. Venit Jhesus.

Cap. XXIII. In natali sancti Puuli. Evangclium secundum Matheum. Dixit Symon Pet.

Cap. XXIIII. In natali sancti Bencdicti. Evcmgelium secundum Matheum. Dixit Symon.

Cap. xxr. In natali sancti Laurentii. Evangclium secundum Johannem. Amen, amen, dico vobis.

Cap. xxri. In adsumptione sanctee Maria.'. Evangclium secundum Lucam. Intravit Jhesus.

Cap. xxril. In natali s(mctœ Mariœ. Evangclium secundum Lucam. Exurgens Maria.

Cap. xxiii. In exaltatione sancta : Cruels. Evangclium secundum Johannem. Erat homo.

Cap. XXVIII. In drdicatione basilicœ sancti Michahelis. Evangclium secundum Matheum. Accesscrunt ad Jhesum.

Cap. XXX. In natali sancti Vedasti. Evangclium secundum Mcdheum. Misit Jhesus XII discipulos.

Cap. XXXI. In nalali Omnium Sanctorum. Evangclium secundum Johannem. Respiciens Jhesus.

Cap. XXXII. In nalali sancti Martini. Evangclium secundum Matheum. Homo quidem p.

Cap. XXXIII. In natali sancti Andrew. Evangclium secundum Matheum. Ambulans Jhesus.

Cap. xxxilll. In dedicatione ecclesiœ. Evangclium secundum Lucam. Non est enim arbor. en rouge et en ja une, rappelle le crucifiement du Christ. Le soleil et la l une personni fiés et vêtus tiennent des palmes ; à droite et à gauche on voit deux oriflammes : la vierge Marie et saint Jean pleurent en se cachant la bouche. Longinus et Ste/aton entourent la croix ; le sang dejJésus découle sur une tète barbue. Les dessins qui sont au-dessous s'expUquent par les rubriques suivantes : Partiuntur vestimenta. Gesmas. Dismas, Duo Judci qui frcgerunt crura lalroncs : fol. 8 : Josep accipiens Jhesus de cruce. Iste Josep Xichodemus (il décloue les pieds de Jésus). Au-dessous : Josep et Xichodemus portantes Jhesum Christum sepulchro. ■ — .S. Berger, Hist. de la Vulgate, 1893, p. 48, 375.

Les plus uieux manuscrils d'Aulun mutilés par I.ibri, dans Journal des saviinls, 1898, p. 380 sq. ; l'ncialis scriplura codicum Udiiwrum iinvis cxemplis illuslrala, Paris, 1901-1902, pi. i.x et p. 103 sq.

10. BALE, Bibliothè que de l'Université. X » B II. 11, mesure 0 m. 295 x 0 m. 210, de 363 pages, ix^ siècle ; paraît avoir été écrit à Tours, par quel que apprenti. Canons de style français, surmontés d'oise aux et de paons. La première ligne de l'argument de saint Luc et l'argument de saint Jean en entier sont en semionciale. — Die Trierer Ada-Handschri/t, p. 59 ; S. Berger, Hist. de la Vulgate. 1893, p. 253-254, 376.

I Old-lalin biblicaltexts. 11, in-8°, Oxford, 1886, p. xi. sq. ccxux-ccLiv. 80-91 : E. Châtelain, Les palimpsestes latins, p. 28.

15. BERye, 671, à la bibliothè que de l'Université. 0 m. 16x0 m. 115,de78 feuillets ayant 32 à 36 lignes ; au fol. 74 v°, acrostiche au nom d'Œlfred ; fol. 75 v« : t JEthelweard ajth Ceolbrehle. etc.. c'est-à-dire : .Ethelweard fait savoir à Ceolbrehte que je veux que tu livres les deux parts de la dîme de Bedwin. ix^-x » siècle. Gracieuse écriture, fine irlandaise. Le scribe connaissait l'écriture latine, car les mots Inilium Evangclii seeundum Johannem (fol. 58 v ») sont écrits en une capitale rusti que très soignée. — S. Berger, Histoire de la VuUjate, p. 56, 377.

16. Bertavd. J. Michel, Un évan.jêliaire de \ -D. de Bertaua [xiv^ siècle], dans Bulletin de la Société d'étu des des Hautes-Alpes, 1901, t. xx, p. 245-« 252.

20. Cambrai, bibliothè que communale, n. 309 (olim, cathédrale). 0 m. 245 x 0 m. 190. de 193 feuUIcls à 22 lignes. Les paro les de Jésus sont écrites en vert, ainsi que quelques autres passages : fol. 16 v, dans un losange entouré de quatre compartiments, le (Christ imberbe et couronné, une lance dans la main droite, une hostie dans la main gauche. Dans les médaillons, quatre femmes tenant : 1 » un livre, 2° une balance, 3« une torche et un va.se qui se renverse, 4° une lance et un bouclier ; fol. 17, bel emblème de saint Matthieu : lin du ix'' siècle. — A. Duricux, Les miniatures des manuscrits de la bibliotlUque de Cambrai avec catalogue des volumes à vignettes, in-8°. Cambrai, 1860, album, pi. I et n : Monum. Germ. Itist., Scriplores, t. \ii, p. 439 ; L. Delislc, L' èvangéliaire de Sainl-Vaast, p. 13,n.4 ;S. Berger, //is/oi ;Y(/c/a Vulgale,\>. '285,378.

22. Caubridge, Corpus Christi collège, 197, fragments des Évangi les, 0 m. 285 x 0 m. 22. de 19 lignes longues. — J. Goodwin, dans l'ubl. of Cambridge antiq. Soc., 1847 ; S. Berger. Hisl. de la Vulgate. p. 43, 379.

24. Ca.vbriuoe, Université, n. KK. I. 24. Partie des évangi les, 0 m. 305 x 0 m. 225, de 228 feuillets à 21 Ugnes longues. Origine saxonne, vur' siècle.

25. Cambridge, Université, n. LL. 1. 10. Pas.sions des quatre évangi les, 0 m. 23 x 0 m. 18, paraissant venir de Lindisf urne. Belle écriture pointue, ornements parais.sant irlandais, images des évangi les dans le genre saxon, vm » siècle. — S. Berger, Hist. de la Vulgate. p. 43, 378.

27. Clamevï. — F. Boutillier, I.e livre des évangi les de Suinl-Murtin de Clamecy, (x-.xi« siècle) dans Bulletin de lu Sociélé nivernaise des lettres, scien ces et arts, 1890, t. xiii, p. 182.

34. DuBLiy, Trinity Collège, n. A, 4. 23. Book of Dimma, 0 m. 175 x 0 m. 14, originaire d'Irlande. i.x« ï siècle ; hideuse décoration.

279 ; P. Paris, .Sur un évangcliaire carolingien de la bibliothè que (CEpernay, dans Comptes rendus de r Académie des Inscriptions, 1S78, t, xxii.p. 97 ; Anonyme, Deux manuscrits carolingiens : La Bible du Puy et l'éoangéliaire d'Epernay dans Bulletin monumental, 1878. t. XLiv, p. 266 ; Leclercq, Diclionn., t. iv, au mot Ebon.

39. ÉPIXAL. — F. J. Déblaye, L'évangéliaire de l'ancienne abbaye des chanoinesses d'Épinal(à la bibliothè que d'Épina !), dans Annabs du nwnd-- religieux ; urgane officiel de la Société d'histoire ecclésiasti que, 1880, t. IV, p. 193.

« ICusèbe de Césarée et Ammonius d'.Mexandrie, debout entre trois colonnes, sous un cône cintré, précèdent, avant deux pages d'ornement géométri que, et annoncent leur œuvre, les canons. Puis les canons se développent dans un décor architectural emprunté à la peinture murale, mais, sauf une exception, sans persi)ective. Ce sont des colonnes plus ou moins nomIjreuses supportant des arca des ou des frontons. Ces formes -sont antiques ; toutefois, M. .\jnalov y a justement distingué des éléments nouve aux : clia])ile aux à figures, pilastres ornés de dessins géométriques, ciboires coniques, croix sur le sommet ou dans un cercle, enfin ornements d'un caractère copte bien tranché. Ces architectures enferment en leurs colonnes le texte des canons, tandis qu'à l'extérieur, dans les marges, se développe une riche décoration d'un double caractère : fleurs et oise aux, au-des.sus des arca des ; scènes ou personnages bibliques prés de la courbe ; plus bas, aux côtés des colonnes, des scènes évangéliques ; enfin, près des bases, des plantes et des anim aux. Les deux Testaments se déroulent, suivant l'ordre chronologi que, d'un mouvement parallèle, mais sans relation qui précise de concordance. Au point où finit l'Ancien, les quatre évangélistes prennent place au milieu des arca des, auprès des colonnes doub les du canon, interrompant sur deux pages voisines le cycle évangéli que. Puis, à ces vignettes tracées sur le fond du parchemin sans cadre, d'une composition très simplifiée, adaptée à leur fonction décorative, font suite de gran des scènes encadrées, à la façon des mosaïques et se détachant sur un fond de paysage anti que : ce sont la crucifixion (voir Diclionn., t. m, fig. 3380), la résurrection, l'ascension et l'élection de saint Matthias. Le cycle se termine parla Pentecôte, au verso du dernier feuillet ; mais il était interrompu par deux pages que l'on avait réservées à dessein pour pouvoir présenter l'une près de l'autre, dans le livre ouvert, les deux figures qui sont l'âme de tout ce frontispice, la Vierge debout tenant l'Enfant, et le Christ assis entre deux évéques et deux moines. Les emprunts à l'art monumental se manifestent non seulement dans cette image du Christ pareille à celle des absi des, mais dans la composition même des gran des scènes, que leur parenté avec les ampou les de Monza désigne comme des copies de mosaïques palestiniennes. » — J. Labarte, Hist. des arts industriels, pi. XLiv : R. Gamicci, Storia deU'arte cristiana,t. m ; A. Venturi, Storia deU'arte italiana, t. i, fig. 152, 153, p. 388 : Ch. Diehl, Justinien, 1900, pi. iv, v ; H. Leclercq, Manuel, t. n. fig. 392.

42. Fi'LDA, Boni/. 1. Harmonie des évangi les de Victor de Capoue, Revue d'histoire eeeiésiastiquc (de Louvain). 1906, p. 438. Voir Dictiniin.. au mot Fti.i)\.

48. .S'.l/.VT »- G.lii, Évangéliaire d'Erkanbold,x' siècle, signalé au xvi« siècle par Wimpheling. Le capitulare eviingeliorum actuellement en tète est une addition et une rédaction postérieure. — G. de Dartein, dans Revue d'Alsace, 1906 ; G. Ledos, dans Revue des questions historiques, 1907, t. i.xxxi, p. 245-246.

50. Gaxxat. j. Bonneton, Élu des sur les manuscrits des X el .XI« sièc les. Notice sur le livre des Èvangi l'S appartenant à l'église Sainl-Croix de Gannal [ivoire carolingien] dans Bulletin de la Société d'émulcUion du déparlement de l'Allier 1866-1867, t. x.p. 237, 2 pi.

54. A'iî£J/sj/r-V« ï£/ ?. Évangéliaire, version Vulgate. — J. von Arneth, L'eber das Eoangeliarium Karls des Grossen, dans Denkschrifl der k. Akad. der Wiss., Philos.-hisl. Klasse. Wien, 1864, t. xin, p. 107, 113 ; Th. Sickel, Monumenta graphica medii ievi Vlll, pi. vm ; Illuslrierier Katalog der Ausstellung kirchlicher Kunstgegenstândc, dans Kais. kiin. ôstcrr. Muséum fur Kunsl und Industrie, Wien, 1887, n. 1 : W. Weissbrodt. De codice Cremi/anensi millenario et de fragmentis evangeliorum Vindobonensibus, n° 3S3 (Salisb., 400), Norimbergensibus A ». 27932 commentalio, Particula I (Braunsberger Progr., 1883), p. 3 ; Particula II (1890), p. 10 ; K. Menzel, P. Corssen, H. Janitschek, Die Tricrer Adahandschrift, Leipzig, 1889, p. 103 sq., pi. xxxvn, xxxvm. Initiale, p. 108 ; C. R. Gregory, Textkritik, p. 658 ; S. Beissel, Geschichte der Evangelienbûcher in Millelaller, p. 96, 159 sq., 331 sq.

56. LAO.y. Bibliothè que publi que, n. es, Ac22Ziem\- lets. — E. Fleury, Les manuscrits à miniatures de la bibliothè que de Laon, 1863, t. i, p. 38-49, pi. 4-8.

57. Leyde, lat. 48. Évangéliaire. — L. Deli.sle, L' évangéliaire de Sainl-Vaast d'Arras, 1888, p. 13, n. v.

67. Lo.XDRE. ?, Harley 1023. Évangéliaire, 0 m. 20 0 m. 15, de 88 feuillets à 28 lignes longues.

77. Londres Addit. I1S49. 0 m. 22 x 0 m. 18, de 183 feuillets à 25 lignes longues, écrit à Tours. Les préliminaires jusqu'à l'argument de saint ilatthieu sont écrits en une jolie petite semi-onciale. la première ligne des paragraplies est également en semionciale. Les canons des évangi les sont dans le style de Tours. — Thompson, Ccdal., p. 31 ; S. Berger, op. cil.. p. 253. 255. 258, 390.

82. M/LAS. Ambr. C. 30 i. ÉvangéUaire (olim : Bobbio). — [G. Bugati], Memorie storico critiche intorno le reliquie ed il cutto di S. Celso martire, in-4°, Milano, 1782, p. 90 ; Wordsworth et White, Sovum Testamentam. p. 13 ; E. Châtelain, Uncialis scriptura, pi. xvn. n. 2. p. 34 sq., 178.

84. Mom-CASSIX, Archives, non coté. Évangéliaire pourpré. Luc et Jean {olim : Sarezzano). — G. -\melli. L'n antichissimo codice biblico latino purpureo conservato nella chiesa di Sarezzano pressa Tortona. Milano, 1872, et dans Bollettino delta società per gli studi di storia economica ed arte del Tortonese, 1904, fasc. 3. p. 33 sq. ; E. Monaci, dans Arc/i. pal. ital., t. m, pi. 22 ; C. R. Gregory, Textkritik, p. 608 ; M. Terragni. // codice biblico di Sarezzano e le sue vicende, dans Rivisla di storia, arte. archeologia delta prooincia di Alessandria, 1904, t. xin, p. 117 sq. ; C. Cipolla, Codici Bobbiesi, pi. xvi-xvm, p. 71-73.

86. MLxicn, Clm. 4451,Cimelie 56. Évangi les de Bamberg, 0 m. 305 x 0 m. 21, de 155 feuillets écrits sur 28 lignes, fol. 112 : capitulare evangeliorum, i.x« siècle.

87. MiyiCH, Univ. Mi. 29. Évangéliaire, version Vulgate (olim : Ingolstadt). — S. Seemillcr, De antiquissimo codice manuscripto lalinam quatuor evangeliorum versionem compleclens et in bibliotheca académie Ingolstadieitsis adscrvato, etc., Ingolstadt, 1784 ; E. von Dol)schiitz, Studien zur Textkritik der VulgiUa, Leipzig, 1894, p. 7-17, 137 sq. et deux i)l. ; G. Swarzenski. Die Regensburger Buchmalerei, ji. 7, 17 ; C. R. Gregory, Textkritik, p. 630.

91. Munich, lut. 29155 a et c. Fragments des évangi les de Marc et de Luc (olim : Saint-Pierre de Salzbourg).

93. Munich, lat. 29155 d. Fragments d'un évangile de Jean.

94. Nancy, Trésor de la cathédrale, 0 m. 305 x 0 m. 22, de 227 feuillets. Évangi les de saint Gauzelin. Un des plus be aux manuscrits qui aient ja mais été écrits. Les quatre premières pages forment un cahier à part ; el les sont écrites en capitale rusti que, en blanc sur pourpre foncé, dans un cadre de couleur pourjire bleuâtre, ja une et rouge, fleuronné aux coins. Fol. 1, autour d'une figure représentant une sorte de colTre, peut-être l'enveloppe d'un livre :

Hic liber est vitœ, hic fons et origo libroruni Unde jluil quicquid q[uisqu]is in orbe sapil.

Fol. 1 v° et 2 : Similitudo hominis in cis, huit distiques. — Fol. 2 v°, le chrisme entre quatre figures paraissant représenter des livres (la lettre L se lit sur celle de droite en haut) :

Quattuor hic rutilant uno de fonte flaen les. Fol. 3 v°, argent sur deux ban des de pourpre : Qualtuor hic rutilant uno de fonte fluen les Matthei, Marci, Lucœ libri al que Johnnnes.

Au milieu, dans un losange or et noir, fleuronné aux coins, f.'^gneau (en or teinté de rouge) avec le nimbe croisé et les instruments de la Passion, entouré d'un cercle d'argent. A l'entour, les figures des quatre anim aux. Aux ang les, en dehors, les figures des quatre grands prophètes ; deux séraphins aux ang les de droite et de gauche du losange. Cette peinture est dans le style de la « première bible de Char les le Chauve ». — Fol. 9-12, canons. Les ornements sont dans le style des manuscrits de Tours ; fol. 18 v« , à l'intérieur d'un cadre vert et pourpre, dans une auréole verte, Matthieu, très petit, assis, et l'ange en haut. Entre les deux :

Hoc Matlheus agens hominem gencraliter implet.

Sur les deux côtés, deux arbres. En haut et en bas, en capitale rusti que d'or, cinq vers alexandrins : Malthcus ex sacro lotus spiramine fretus...

.\u milieu de l'argument de saint Marc, on voit un double feuillet pourpré cousu après coup au milieu du cahier. On y lit en blanc les mots : Quattuor faciès uni et quattuor penniv uni, suivis de huit distiques :

Matthei, Marci, I.ucœ sancti que Johannis Nos cogil scema jilura thalia lo qui...

Explicuerunt rersus in sanclum evangeliuni Marci féliciter APNAAAQ IOBHN0H...

I.'onciale de l'école de Tours, successivement d'or, d'argent, rouge et noire, apparaît dans les préliminaires des évangi les ; la semi-onciale de Tours, très grande et très belle, se voit en or, dans la préface de saint Jérôme, en noir dans l'épître à Carpien qui suit les canons, et dans les arguments des Évangi les.

95. Noroy, cathédrale, 0 m. 25 /, 0 m. 20, écrit à pleine page, en minuscule. Ce volume a été l'objet et la victime d'une description en style romanti que, par M.E. Muller,d'où il n'y a rien à tirer. D'après les croquis qui accompagnent ce galimatias, c'est un évangéhaire de la fin du ix^ siècle ; il s'ouvre par des canons, contient les figures des quatre évangélistes avec leurs symbo les. Le début de cha que livre est en majuscule. Le texte des deux généalogies est surmonté de neumes. Le volume a appartenu à l'abbaye de Morienval. Reliure ornée. — E. Muller, Évangéliaire de la cathédrale de Noyon, dans Congrès des Sociétés savantes, 1868, dans Comité archéologi que de Noyon 1868, t. m, p. 344-348 ; 1872, t. iv, p. 309 ; Evangéliaire de la cathédrale de Noyon, 111-8°, Noyon, 1872 ; tirage à part du Comité archéologi que de Noyon. Comptes rendus et mémoires lus aux séan ces, 1872, t. iv, p. 309-333 et 8 pi. ; Eni. .Molinier, L' Évangéliaire de l'abbaye de Morienval, conservé à la cathédrale de Noyon, dans Fondation Piot, Monuments et Mémoires 1895, t. ii, p. 215-226, pi. XXVI et xxvii (n'étudie que la couverture) ; A. Bouillet, L'art religieux et l'exposition rétrospective du Petit Palais en 1900, dans Bulletin monumental, 1901, t. lxv, p. 138 ; A. Boinet, L'évangéliaire de Morienval à la cathédrale de Noyon, dans Congrès archéologi que de France, 1905, t. lxxii, p. 637-650 ; E. Muller, Quelques remarques sur l'évangéliaire de la cathédrale de Noyon, au point de vue de la paléographie el de la déclamation liturgi que, dans Comité archéologi que et histori que de Noyon. Comptes rendus et mémoires lus aux séan ces, 1904, t. xix. p. 239-246.

V. — 26

KanstwissenschafI, 1892, t. xv, p. 26-36, 434 sq. ; [M. R. James], Catalogue of manuscripts and early printed books... now forming porlion of the library of J. Pierpon ? jlforffan. Manuscripts, London, 1906, p. 179-184. 97. Œttiage.x. — Wattembach, Sur un évangéliaire ù miniatures d'origine irlandaise dans la biblioépais, teint en pourpre de diverses nuan ces. L'écriture est une belle onciale d'or. Les initia les de cha que section sont placées dans le cadre de la colonne. Lors que le rejet n'est que d'un mot, à la fin d'une section, il est pris sur la ligne suivante, sans alinéa : la première ligne des sections envoie souvent un rejet U. . i J'aprcs \. .Micliel, IJ isloirc de l'arl. t. i. Ii(>. 17.S. sur le blanc de la ligne qui précède. On voit, à la fin des lignes, un trait sur la lettre, pour m et n, et les abréviations ncs, is, tus, tur, ceni ; dans le texte, es est marqué par e surmonté à droite d'un s ; dans saint Jean, on remar que deux fois l'abréviation prr et deux fois e surmonté d'un trait, pour est. l.'V majuscule est formé à droite d'une hasie qui descend en se recourbant coinnic dans V\ cl. à gauche, il alTccle la courbure rentrante de l'écu allemand ; l'U oncial a parfois une forme à peu prés semblable. L'A est formé à gauche d'un trait long, accompagné à l'intérieur d'un crochet ; on voit quelques A semilunaires, formés de deux C et non fermés par en haut ; première main, on remar que des s minuscu les et un d minuscule. La ponctuation est marquée par un point, placé indifféremment en haut ou en bas de la ligne ; on voit aussi le point et virgule, le même signe renversé et trois espè ces dipoints d'interrogation.

= Évangi les de François II. > D'après Vcntiiri, Sluria deW artc, t. ii, flg. 228. sommaires, ni arguments, ni accessoires. Une croix indi que le commencement de quelques leçons dans S. Luc et dans S. Jean. — (Olim : présent ( ?) du pape Léon X au roi Henri VIII, ensuite dans la bibliothè que du marquis de Douglas et Clydesdale). Ce manuscrit a peut-être été dédié à Charlemagne ; il est l' :vangilis de l-rançois II .. D'après A. Miolul, llisUiirc de l'iiri, t. i, fiK. ITO.

Regol, nom du copiste, un abbé de Birr (Quee n's i-ounly) en Irlande, vivant vers 820. L'évangile de s ;ihit Matthieu est glosé en langue mercienne, les autres (comme le ms. de Lindisfarne) en langue northumbri que. — Publié de 1854 à 1865 aux (rais de la Surt ces Society, saint Matthieu en 2= édition, en 1887 ; Westwood, Pal. sacra, pi. xliv, et Anglo-sax. mss. pi. XVI ; Gilbert, pi. xxn-xxiv ; Palœogr. Society, pi. xc et xa ; S. Berger, Jlist. de la Vulg., p. 43.

Colbert, 1917. Les préliminaires des évangi les sont écrits dans la semi-onciale de Tours. Il faut pourtant remarquer que l'écriture du cori)S même du manuscrit ne semble pas partout absolument identi que à celle qui est ordinaire aux mss de Tours. Il y a plusieurs mains ; la 2 » commence avec le feuillet 23. L'écriture semble être de la deuxième moitié du ix« siècle ; mais la décoration est bien celle des manuscrits de Tours. Les incipit sont écrits en or sur ban des de pourpre, dans des cadres à entrelacs qui sont dans le style de Tours. La première page de l'épitre de Damase est écrite en onciale et la première page des évangi les en capitale, le tout en lettres d'or, avec de bel les initia les en or et en couleurs, à ligature et à entrelacs. Les premiers mots des autres textes préliminaires sont en onciale et en une belle semionciale d'or. Les canons sont richement dorés et sont ornés de paons. Les images des évangélistes et celle du Christ sont placées dans des cadres formés d'entrelacs. Saint Matthieu écrit ; il est peint sur un fond de pourpre, dans un quart de cercle, et il est entouré d'un arc-en-ciel de pourpre, bordé d'or, sur lequel se lit, en capitale rusti que d'or, le vers : Hoc Mattheus agens... Au delà de l'arc-en-ciel est un ange tenant un livre. Le Christ est dans une gloire ; ses pieds sont posés sur un globe verdàtre bordé d'or ; il tient en sa main gauche un livre et, dans sa droite, entre le premier et le quatrième doigt, une hostie ; le fond est violet clair et semé d'étoi les. Autour de la gloire qu'entourent les emblèmes des quatre évangélistes, on lit, en capitale rusti que d'or, sur un bandeau ovale de pourpre bordé d'or.

Hac sedet arce Deus, mundi rex, gloria cœli.

Quattuor lue rutilant uno de fonte fluentes.

Arbitcr altitronus mundi formator et auclor...

Hloiarium qui nunc fultus pietate tua aima Jnxuperator habetar rex augustus in orbe...

Nam pius ipse Augustus, Christi ductus amore.

Hoc decus almificum ecclesiœ preevidit ut esset Prœsulis at que beati Martini veneratu.

Hune pulchre que gregemlibrumintra seribere jussit Jpsius ornare aura et picturis venerande, Ul notum faciat quantum pollct locus ille.

Sed Sigilaus, parens jussis régis studiose.

Hoc evangelium illic totum seribere jussit...

Au verso du même feuillet, on voit le Christ dans une gloire, sur un fond violet, tenant dans sa main gauche un livre et dans sa droite, entre le premier et le quatrième doigt, une pièce d'or ou plutôt une hostie ; ses pieds reposent sur un globe vert. Autour, les emblèmes des quatre évangéhstes et, en haut et en bas, en capita les rustiques d'or, les deux vers :

Quattuor hic rutilant uno de fonte fluentes Matthei, Marci, Lucse libri algue Johannis.

Ces vers se retrouvent sur l'évangéliaire de Nanc}', sur le Paris, lat. 261 et sur le codex Adœ, cependant ils ne répondent pas à une peinture et S. Berger conjecture avec vraisemblance que ces manuscrits ont été copiés d'après un modèle plus riche, dans lequel ces vers correspondaient à une peinture analogue à la « Fontaine de Vie » de l'évangéliaire de Godescalc et des Évangi les de Saint-Médard de Soissons.

Au troisième feuillet, on lit, en capitale rusti que d'or, quatre vers :

Hic Damasi spceies rutilai forma beati, Hieronimi at que beati splendet forma sub illa...

Néanmoins, ni la figure de Damase, ni celle de saint Jérôme ne se rencontrent ici. La décoration du manuscrit est en général de la plus grande richesse. Il faut remarquer particuhèrement les gracieux médaillons qui contiennent Vincipit des sommaires des quatre Évangi les. Les couleurs en sont vives, fraîches et harmonieuses. La semi-onciale de l'école de Tours se voit en plusieurs endroits.

Comme L. Dehsle le fait justement remarquer, ce manuscrit était destiné par l'empereur Lothaire à la même église, dédiée à saint Martin, dans laquelle il a été copié :

...gregem librum intra seribere jussit.

109. Pauis, lat. 267 (olim, Colbert) ; semi-onciale de Tours dans les préUminaires et dans la première ligne de quelques chapitres.

110. Paris, lat. 269. 0 m. 225 x 0 m. 135, de 276 feuillets dont une garde, à 21 lignes longues ; fol. 1, capitulare evangeliorum, peintures grossières, belle grosse écriture du ix« siècle. — Anciens n. Dccxxxv, 792 et 3704.

114. Paris, lai. nouv. acq. 1203. Évangéliaire de Gotescalc (voir Dictionn., t. m, col. 707-710, fig. 2634, 2635). — Die Trierer Ada-Hundschrifl, pi. xxv. patris sui magni Curoli monogrammaU insignita, manibus propriis, inter legendum, ponderis ingenlis tenait, et cam obtalione sacranda eidem dicavit. Posl iipletionem quo que celebrem, ad vestigia njus cum conjuge accessit. L'bi, cum se prolixa oratione Deo per sunclum commendavissent, complexiva et omni tevo en 1169 il ne l'est plus, puis(|ue nous savons qu'en 1169 Ingram (Jngrannus ou Jngerannus), abbé de Saint-Médard depuis 11 18, donnait au manuscrit une nouvelle couverture ornée de filigranes d'argent doré et d'une inscription lue en 1724 par dom Edmond Martène : Ilsec tabula facta est a domno Jngranno, Canons de Lothaire. D'après A. yiic\\c\, Histoire de l'art, t.-i, li^. 171. reminisccnda devolione singillatim a stemmatc usqae subuculam culta regali exuli uter que marlijris inibi reposuerc. Texlani deinde sacrorum Evangeliorum auras characleribus exaralum, laminis que metalli abs que admixtione cujus que materiei inclusum, thymiamalerium que XL et VIII siclorum ejusdcm spcciei, et vastam. olci amphoram ad luminaria concinnanda mente promiilissima oWu/ ;7'. La description est faite un siècle après l'olilation et, en 930, le livre est intact ;

« Je, soussigné, garde des manuscrits de la Bibliothè que du roi, reconnais avoir reçu en dépôt trois manuscrits contenant, savoir : le premier, quatre évangélistes en lettres oncia les, peintes en or, in-folio velin ; le second, les Politiques d'Aristote, traduites en français, in-folio, vélin, manquant quelques feuillets au commencement ; le troisième, V Histoire ecclésiasti que d'Eusèbe, traduite en français, in-foUo ; lesquels manuscrits proviennent de la bibliothè que de Saint-Médard de Soissons. Paris, le 25 août 1790. Signé : Caussin de Perceval. » En 1843, l'abbé Poquet signalait sa disparition ; et cependant, dès 1841, Sylvestre, dans sa Paléographie universelle, l'étudiait en détail et en parlait, dans ses Prolégomènes, avec compétence : o On y retrouve à la fois, dit-il, la belle majuscule et la belle onciale gallicanes. Celle-ci est ronde, à pleins traits, droite, massive ; ses sommets et ses bases sont tranchés ; les queues droites et courtes le sont obliquement, et les montants assez élevés horizontalement ; les lettres sont espacées, les mots distincts et sans traits superflus ; les abréviations y sont rares. La fin et le commencement des évangi les, c'est-à-dire Vincipit et Vexplicit, sont écrits en capita les romaines, hautes, élégantes, enclavées, inéga les et massives, mêlées de quelc{ues oncia les tranchées, quelques traits terminés en griffes, d'autres superflus, en volute ou en osselets. Tels sont Vexplicit de l'évangile de saint Matthieu et Vincipit de celui de saint Marc. Les trois premières lettres du mot Mareus sont trois majuscu les oncia les historiées, ornées dans leurs vi des et en marqueterie dans les pleins de la première. La ligne d'après est en majuscu les romaines renouvelées, participant des caractères des lignes précédentes de même espèce. Toutes les pages de ce volume sont à deux colonnes et notre modèle montre comment el les sont ornées d'un encadrement rectangulaire relevé d'or, d'argent, et de couleurs, mais dont les enroulements, les arabesques et les autres sujets sont infiniment variés à tel point que l'esprit inventif du dessinateur a produit pour cha que page un encadrement différent dans la composition et son enluminure. Le manuscrit est orné de dix miniatures de style byzantin, représentant les évangélistes et deux sujets allégoriques. » Sylvestre a donné comme exemple d'écriture la page qui contient la fin de l'évangile de saint Matthieu et le début de la préface de saint Marc.

Entre temps, Poquet, mis sur la trace de l'évangéliaire, vint l'étudier et le décrivit dans les Anna les de l'institut de Saint-Médard, tandis que A. de Bastard lui faisait plusieurs emprunts pour son recueil de Peintures et ornements des manuscrits, pi. xci-av. Il en donne six miniatures sur dix ; fontaine mysti que ; image de Saint Matthieu ; le prologue Qui quidem : le frontispice représentant la .lérusalem céleste ; un des canons ; enfin le premier verset de saint Luc : Quoniam multi eonati sunt. L'évangéliaire de Soissons a été depuis mentionné et figuré par ChampollionFigeac, Le moyen âge et la Renaissance, l. n, ch. n : Miniatures des manuscrits ; Curnier dans L'Imitation : Hennin, Les monuments de l'histoire de France, 1857, t. n : Louandrc, Arts somptuaires, t. i, p. 26, pi. Enfin, Edouard Fleury lui consacra une élude à laquelle nous avons emprunté ces détails : \'otc sur l'évangéliaire donné par Louis le Débonnaire à l'abbaye de Saint-Médard de Soissons, dans Bulletin de la Société archéologi que, histori que et scientifi que de Soissons, 1865, t. XIX, p. 49-117, etcinqplanches ;reproduit dans Les manuscrits à miniatures de la bibliotliè que de Soissons étudiés au point de vue de leur illustration avec 16 planches lithographiées, in-4°, Paris, 1865. p. 1 s((. Plus récemment, l'édition du Die Trierer Ada-llandschrijt, Bearbeilet und herausgegeben von X. Menzel, P. Corssen, H. Jainlschek, A. Schnutgen, F. Ileltner, K. Lamprechl, mit archtungdreissig Tajeln, 1889, p. 89, pi. .xxxi-xxxiv (un canon, saint Matthieu, saint Marc, tlêbul de saiuL Luc).

La miniature du frontispice oITrc à in-cniière vue la façade d'une maison de rapport, lui avant, (|ualre colonnes qui, d'une seule venue, s'élancent du sol jusqu'au faite du sixième étage ; deux de ces colonnes sont de jaspe vert, deux de marbre bleu à fines spira les d'or, toutes avec chapite aux romans feuillages et frises ; les deux du centre en or, les deux extérieures en argent (noircies, méconnaissab les). Au milieu delà colonnade, un mufle de lion retient une draperie rouge ombrée d'or dont les extrémités s'enroulent sur les colonnes. L'atti que supporte un nouveau bâtiment d'un étage, dont les premiers plans inscrivent des médaillons à fond bleu intense portant les symbo les des quatre évangélistes, lion et veau nimbés d'argent, homme et aigle nimbés d'azur. Au-dessus des seconds plans fuyant en perspective, et sur l'azur sombre du ciel, sont inscrits en capita les d'or ces mots SCS ■ SCS • SCS • auxquels correspondent sur le faite du sixième étage DNS DS OMNI PS et au ras du sol QVI ERAT ET QVI EST ET QVI VENTVRVS ; un dernier mot EST n'a pu trouver place, on l'a écrit sur le sol même.

Sur le bandeau couronnant l'atti que, se développe une myriade de poissons qui se dirigent tous de droite et de gauche vers le centre, sur fond vert d'eau. Aux deux extrémités et au centre, quatre pêcheurs nus, et quelques oise aux d'eau. Enfin on arrive en plein ciel, figuré par des ban des parallè les lilacées, procédant du ton fort et du ton faible et, tout au sommet, par des zones bleu foncé, l'Agneau sans tache, Agnus Dei, nimbé d'argent, posant les pattes sur un rouleau. Du dis que d'or qui l'enferme tombent des rayons ; à droite et à gauche, en deux groupes ég aux, les vingtquatre vieillards de l'Apocalypse, les uns portant des vases d'or remplis de parfums, d'autres des instruments de musi que en forme de violons. Cette scène est encadrée de rubans multicolores avec un semis de palmettcs d'or au centre.

C'est évidemmment la Jérusalem céleste, allégorie de l'Église triomphante, que son aspect utilitaire peut faire ressembler à un bâtiment d'exploitation.

A la page qui fait face, se trouve le prologue de saint Jérôme aux quatre évangélistes : « Plusieurs se sont efforcés ». Sous le titre en gran des capita les : Prologus quatuor evangeliorum, le texte de saint Jérôme offre au mot Plures les lettres Plv conjointes et un V en guise d'U. Les montants des lettres sont d'or avec un trait limitatif d'encre rouge pour le P, d'encre br une pour L et V. L'intervalle entre les montants du P est pourpre foncé, et pourpre clair pour les deux petites lettres conjointes, cel les-ci pointillées de pois groupés en triangle. Le champ du P est semé de semblab les petits pois rouges et bleus réunis en plus grand nombre. A la première page de ce prologue commence la série des cadres dont cha que feuillet, recto et verso, est orné et qui tous, sous une forme donnée et toujours la même, présentent des motifs linéaires variés à l'infini. Souvent cha que cadre offre des motifs dilïérents, généralement deux, plus rarement trois, parfois quatre. Cependant le plus grand nombre des bordures n'offrent qu'un seul motif sur leurs quatre côtés. Ces cadres n'olfrent pas moins de variété dans la coloration que dans le dessin. L'or en est toujours vif, éclatant, mais les couleurs appliquées à teintes plates ont singulièrement perdu de leur éclat. Certains fonds bleus, verts ou jaunes ont pres que totalement disparu. Les rouges ont déteint sur la page correspondante, les verts sont sa les et sans transparence, les bruns et le pourpre se sont conservés en bon état, aussi vifs et aussi frais que s'ils étaient poses d'hier. I^'argent a déplorablement bruni. Des cette première page du prologue éclate le rayonnement de l'encre d'or sur l'onciale.

A la suite du prologue et sur une page de vélin restée blanche, se voit la Fontaine mysti que. Dans un cadre rectangulaire et polychrome se voit un intérieur de temple, dont les pieds-droits latér aux se relient à une demi-rotonde richement ornementée : guirlan des courantes d'arabesques, jours carrés s'ouvrant en haut sur le ciel du fond, corniches en saillie, plates-ban des parallè les, frises peuplées d'oise aux affrontés, ou volant ou posant sur les moulures, fonds feuillages et .sombres (jui dominent des plans montueux et de nuance plus riante. Au centre du tableau, comme motif principal, sous une espèce de baldaquin à colonnes, on aperçoit un bassin hexagone dont les e aux jaillissantes sont enfermées dans une balustrade à riche .soubassement, sur lequel reposent huit colonnes, à bases redoublées, à fûts de marbre teintes et jaspés des nuan ces les plus éclatantes et les plus variées. Les chapite aux feuillages d'acanthe supportent un arc triomphal où l'acanthe encore se marie à des fleurons dessines en forme de roses. Cet arc est surmonté par un pavillon finement travaillé, auquel une large croix à médaillon central et portée sur un dis que d'or qui rayonne, sert d'amortissement. La croix vient en vigueur sur un fond de ban des à teintes dégradées, et deux paons allrontés. qui flanquent le couronnement du baldaquin, se détachent sur le ciel peint de bleu sombre.

Les pieds-droits de cet édicule offrent dans leurs nombreux tympans de hauteur différente une singulière animation. .A. l'étage supérieur, à droite comme à gauche et se faisant pendant, deux coup les de gallinacés, coq et poule ; au-dessous, des hérons. Sur la plate-bande à laquelle s'appuie l'arc triomphal, des perroquets ou des chouettes ; enfin, sur la frise de la rotonde et sur les retours d'an.gle, des volati les. La fontaine mysti que s'élève sur un terrain montueux, verdoyant et fleuri. Au sommet un cerf et une biche, portant tous deux un collier à clochette d'or ; plus bas une cigogne et un cygne ; au premier plan une biche accroupie et un chevreuil, tous deux avec le collier à clochette. Ed. Fleury a écrit longuement sur cette miniature et développé le thème facile que suggère le titre de fontaine mysti que ; on peut s'attarder sans grand profit à des rapprochements ingénieux ou forcés, mais, pas plus à propos d'enluminures qu'à propos de fresques catacomba les. nous ne croyons pour notre part à tous ces raffinements d'une symboUque tardivement formulée. Ce que nous avons ici, c'est un baptistère qui rappelle par certain aspect celui de Cividale (voir ce mot). Une petite construction légère, brillante, que le miniaturiste a traitée non sans habileté. Bon animalier, il a voulu montrer son savoir-faire et il a réussi, car ses quadrupè des sont d'un dessin ferme et d'une observation juste.

Vient la suite de portiques qui contiennent les canons des évangi les (voir Diclionn., t. n, col. 1950, fig. 2019, 2020). Ces canons sont au nombre de dix et emplissent le recto et le verso d'un feuillet en tout vingt portiques à arca des de plein-cintre, surmontés d'une archivolte cintrée qui enferme les symbo les des évangélistes, dont les textes sont mis en rapport dans l'entre-colonnement du bas. Ici la décoration est d'une richesse débordante. Le premier canon nous montre, au fronton de la première page, un livre où est inscrit son titre : Canon primus in quo quatuor, soutenu en haut par le lion de saint Marc, reposant sur la tête du veau de saint Luc et accosté par l'ange de saint Matthieu et l'aigle de saint Jean. Le couronnement s'accompagne par des perroquets becquetant des baies sur un buisson. A la page suivante, les perro(|uets font place à des paons spleudi des battant des ai les et faisant la roue. Le fronton présente les mêmes symbo les, mais dans un ordre différent. lie lion est toujours le mieux réussi des quatre anim aux mystiques. Le dixième canon met en présence le lion et le veau se détachant sur fond d'azur en fauve et en blanc laiteux : ces deux anim aux sont d'une observation remarquable. Dans le tympan supérieur du neuvième canon on retrouve la fontaine symboli que avec la même architecture et le même défaut de perspective. 11 faut signaler encore la variété des chapite aux, les imitations très réussies de marbres agathisés, jaspes, porphyres, roches précieuses.

Les images des évangélistes sont également dignes d'attention ; trois d'entre eux reproduisent sans Christi. Le reste de la décoration consiste en une série de losanges de per les, rattachés entre eux par des pierres de couleur, sur un fond d'or qui couvre la page entière. Aux ang les, de petits médaillons où se trémoussent des personnages nus. La page suivante est tout entière consacrée à ces mots : Incipil ci'angelium secundiim Matthscum. Incipil liber ocnerationis Jesa Christi filii navid, ftlii Abraham. Même cadre de ■1210. — livangiliairc de .Soisson :.. Saint .^h^ltllH•ll. D'après l'original (Bibliothè que nationale, ms. lalin SSÔO). per les avec large bordure d'or. .\ l'intérieur, second cadre parallélogrammati que, formé de fleurons d'or sur pourpre et, au centre, de feuillages bleu sur bleu. En haut de la page, à droite, dans un caisson d'or, ces mots : Incipil Evangelium secundum en capita les romaines obtenues en réserve sur le poui-pre du fond. Un L et un 1 d'or, ornés en tclo et en queue d'entrelacs dont le réseau compliqué se dénoue en tètes de serpents, sont conjoints de la favon de l'I. cl de l'I de i'évangéliaire carolingien de I.aon. Cet élégant accouplement de majuscu les borde la page du haul en bas et, avec ses montants cl entrelacements de rubans d'or, se découpe sur le pouipre. La seconde syllabe de Liber, en majuscu les romaines, se pare d'un riche filet d'arabesques d'or. Le reste de l'inscription ne comporte plus d'ornementation. Ce sont des capita les d'or et d'argent, de hauteurs diflérentes. Les lettres d'argent ne sont plus lisib les qu'au revers du vélin, qu'el les ont transpercé et maculé de noir. Il y a aussi par place des plaques d'argent dans les jours des entrelacs de la lettre conjointe Ll. Le texte de saint Matthieu a fait l'objet d'une décoration plus prodigue que le reste du volume, l'exécution y est aussi plus brillante et plus soignée ; et c'est une preuve que plusieurs auteurs ont travaillé à ce beau volume.

Au fol. 81 verso se voit le frontispice de l'évangile selon saint Marc. Dans un cadre d'or relevé d'un zigzag de per les, sous un porti que roman, au haut duquel se voient à gauche un ange descendant du ciel et à droite un vieillard nimbé qui fait un geste de commandement, l'apôtre, assis devant un pupitre sans écritoire, écrit avec le style sur un livre, au moment où il se retourne vers un lion ailé apportant du ciel les évangi les. L'apôtre est nimbé d'un cercle d'or bordé de per les sur fond d'azur sombre ; imberbe, cheveux bouclés, doigts effilés, manteau brun plissé ; sur une tringle ghssent les anne aux d'or qui suspendent une draperie blanche à médaillons rouges, dont les noeuds et les plis s'inclinent avec grâce et largeur. En face, au fol. 82 r », même cadre d'or à zigzag de per les, fond pourpre sur lequel se lisent en capita les romaines, d'inégale grandeur, ces mots : Initium evangelii Jesu Chrisli filii Dei, sicut scriplum est in Esaya prophela : Ecce millo angelum meum. Les cadres du texte de saint Marc n'ont plus la variété et la splendeur de ceux de l'évangile de saint Matthieu. Ils ne varient plus et n'ont plus qu'un seul motif sur les filets d'une même page. Leur couleur est terne et opa que, le motif moins élégant et moins riche. Les marbres, les irisations de l'agate, les onyx, les jaspes sont traités comme à la grosse. On voit arriver et se multipher certains tons (rouge de Saturne), criards, désastreux, qui n'ont pas tenu et si pulvérulents qu'ils ont sali les feuillets d'en face. Les verts ont bavé, les bruns ne sont plus intenses, les blancs manquent de vigueur et ne couvrent pas. Le pinceau a paresseusement épaté les arabesques, qui même cèdent trop souvent la place à de simp les filets plats à deux ou trois tons, tirés de bas en haut et sur les côtés horizont aux du cadre. On sent l'ennui, la fatigue et, à la fin, l'indifférence dont la dernière miniature portera la trace trop visible et fâcheuse. A la fin du volume, certains encadrements, trop nombreux, offrent un coloris et un aspect des plus désagréab les ; mal appliquée, la couleur s'est en partie écaillée.

Saint Luc est un je une homme imberbe, assis dans une riche chaire à montants sculptés et sur le dos de laquelle se développe une tapisserie noire, sur laquelle se détachent la robe bleue et le manteau rouge de l'apôtre. Celui-ci use d'un pupitre à écritoire et trempe sa plume dans le godet. Le tympan du porti que est un cintre découpé h la façon arabe. Le même motif couronne l'arcade romane où se développe une des plus bel les miniatures du manuscrit, celle qui se compose du texte et de l'illustration de ces mots : Quoniam quidem multi conati siint ordinare narralionem (Luc,i, 1) et, dans l'intérieur de cette arcade ; Incipil cvangclium secundam I.ucam. C'est, parmi les dix pages peintes, l'une des mieux conservées.

Saint ,Iean débute par une miniature de l'apôtre et du premier verset de son évangile se détachant dans une large bordure d'or enfermant l'arc triomphal orné d'une série de médaillons agrémentés de personnages et d'anim aux. Sur la bordure de ton clair qui enferme les portiques, sont tracées les no ces de Cana, le puits de la Samaritaine, la Cène. L'aigle plane au-dessus de l'évangéliste, aux traits durs, vulgaires, mal peint. Sur le feuillet en regard : In principio eral Verbum et Verbum erat apiid Deum.

Fol. 223 : capitulare euangeliorum, la fètc en onciale rouge, Vincipit du texte saint en petite onciale d'or.

La bibliographie a été donnée au cours de cette notice. A. de Bastard, Peintures mystiques tirées d'un livre des évangi les écrit pour Cliarlemagne et donné par Louis le Débonnaire à l'abbaye de Saint-Médard de Soissons, in-fol., s. 1. n. d.

118. Paris, lat. 93S4. Liber evangeliorum, cédé à la Bibliothè que nationale, le 21 août 1794, en vertu d'une décision du conseil municipal du village de Saint-Lupicin (Jura). Jadis propriété du prieuré de Saint-Lupicin, lequel tirait son vocable d'un moine du w« siècle, ce manuscrit appartenait, au début du xvm' siècle, à l'église du village. Dom Martène l'y vit à cette épo que : « Nous priâmes le curé de nous faire voir son Apocalypse ; c'est ainsi que le vulgaire appelle un ancien ms. des évangi les. Il le fit avec beaucoup d'honnêteté et nous trouvâmes un fort beau livre en lettres uncia les d'argent sur velin de pourpre ou violet, dont l'écriture n'avoit guère plus de neuf cents ans. La couverture étoit d'ivoire sur laquelle la vie de Notre-Seigneur étoit représentée d'une manière assez grossière. » Le volume semble, en effet, à en juger d'après l'écriture, remonter à l'année 800 environ. Il contient les quatre évangi les écrits entièrement en lettres d'argent sur véhn pourpre. Les feuillets ont environ Om.25 de large et 0 m. 325 de haut, mais les marges sont gran des et l'écriture ne remplit que douze centimètres sur vingt, fournissant d'abord 24 hgnes à la page, puis 30, puis 34 ; vingt-quatre hgnes pour les trois premiers quaternions (actuellement feuillets 1 à 18), trente hgnes pour les quaternions iv à xi (actuellement feuillets 19 à 71) et trente-quatre lignes pour les derniers quaternions, xii à xxiv. Le volume complet se composait d'au moins vingt-quatre cahiers de 8 feuillets chacun, formant 192 feuillets et peutêtre davantage, à cause de quelques feuillets intercalaires ; il n'en contient plus que 170.

A la première page s'ouvre le texte de saint Matthieu : Liber generationis Jhesu Cliristi, fdii David, filii Abraham, gcnuil Abraham Isaac, Isaac aulem genuit Jacob, etc. ; mais sur cette première page il n'y a eu de place que pour les cinq premiers mots, parce qu'ils sont en belle capitale romaine d'or de 0 m. 025, ainsi disposés :

Cette brus que entrée en matière ne s'accorderait pas avec cette richesse d'écriture ; il man que en tête aumoins un feuillet d'ornement ; il man que aussi une préface, car les trois autres évangi les qui suivent ont chacun la leur : celle de saint Marc en trois pages, celle de saint Luc en trois pages également, et celle de saint Jean en cinq pages, lesquel les toutes diffèrent du reste du texte en ce qu'el les sont écrites en minuscule, mais toujours d'ailleurs en caractères d'argent à 30 ou 34 lignes par page ; Il devait donc y avoir une préface à saint Matthieu, laquelle a disparu. De plus, cha que cahier portant au bas de sa première page le quaternion ou chiffre du cahier, ce chiffre permet de constater les feuillets manquants ; or le chiffre 2 est au bas du feuillet 3, c'est-à-dire au bas de la première page du second cahier ; donc puis que le premier cahier n'a plus que les deux feuillets qui commencent le texte de saint Matthieu, c'est qu'il lui en man que six. On a donc enlevé en tête de ce splendide manuscrit six feuillets. Dans tout le cours du manuscrit on rencontre des notes margina les composées de chiffres littér aux qui sont des renvois de concordance. On avait numéroté tous les versets de la Bible et le scribe, en écrivant cha que verset, notait en marge les versets dont le sujet était analogue, ce qui suppose un autre manuscrit spécialement consacré à la numérotation des versets. Trois mots soulignés aux quaternions iv et v offrent des variantes à la Vulgate.

Les lettres d'argent étaient d'une épaisseur considérable et très brillantes. En quelques endroits, bien rares, où el les ont encore une ombre de fraîcheur, par exemple vers les fol. 47 à 74 et 108 à 130, el les produisent un effet imposant, qui était complété et relevé d'une manière très heureuse, par de nombreuses initia les d'or. Mais partout l'argent a été plus ou moins rongé par l'effet du temps ; dans un très grand nombre de pages, il est changé en un noir opa que et en quelques endroits même l'oxydation a complètement rongé le parchemin (fol. 28,81, 112, etc.), et remplacé la lettre par un trou. Quant aux initia les d'or, les unes dans le texte et à peine plus gran des cjue le caractère courant, les autres sur la marge et de très peu plus gran des que les premières ; el les étaient fort nombreuses, car on en compte quinze sur le seul verso du fol. 20, c'est-à-dire dans l'espace de onze petits versets de la Bible. On peut remarquer en passant qu'à la différence de ce qui a lieu dans l'ornementation grec que, el les sont toutes convenablement et logiquement placées, c'est-à-dire toutes mises au commencement ou d'un verset, ou d'une phrase ou d'une proposition ; ja mais à contresens. Ce n'était pas seulement dans les initia les que le manuscrit était enrichi d'or, il y avait une ou plusieurs lignes entières aux tètes de livres ; ainsi la préface de l'évangile de saint Marc commence de la manière et dans Ja disposition suivantes : et Pétri in baptismate filius atqiie in divino sermone discipulus. Sacerdolium in is... agens sccundum carnem levita conversus ad fidrni Christi evangelium in Italia scripsit lendens... quid et generi suo... de Christo a....tium principum voce prophetica exclamationis inslituens ordinem Icvitice electionis ostcndit Il est évident, à la manière dont cette préface commence aujour d'hui, qu'il y man que une initiale plus grande que celle dont il vient d'èlre question el au moins une première ligne de texte. Que cette grande initiale et cette première ou ces trois premières lignes fussent d'or, c'est ce qui ne fait pas le moindre doute, attendu qu'à l'exception de la page formant le V » du fol. 20, de celle formant le r« et v » du fol. 11, r'' du fol. 42 et aussi r' el v« du fol. 1 ; à l'exception de ces pages où les lettres d'or sont restées et très bien conscrxées. bien dilféren les en cela des lettres d'argent, tout l'or du volume a été si exactement et si soigneusement gratté qu'il n'en subsiste pas la moindre trace et que, si l'on n'avait ces témoins, on pourrait se demander si le volume a été chrysographié et s'il n'est pas resté inachevé ; l'enlèvement de l'or est si complet et si parfait qu'on croirait qu'il n'en a pas été fait usage. Cette opération barbare ne paraît s'expliquer que par un désir de lucre. A quinze initia les par feuillet pour 18.ï feuillets, plus quelques initia les très gran des et quelques lignes entières, on arrive au chiffre considérable de six mille lettres d'or, qui ont dû former une somme très appréciable.

Il reste à parler du plus important, du plus magnifi que ornement de l'évangéliaire de saint Lupicin ; sa couverture. Il est probablement arrivé à la Bibliothè que nationale, en 1794, dans un état d'extrême dégradation, et il est resté tel jusqu'au règne de Louis XVIII. .\ cette épo que, on l'a mis dans une reliure en maroquin, sur laquelle ou a imprimé au dos le monogramme du roi JL, de nombreuses fleurs de lis, l'inscription Liber eimngeliorum sœc. XI, et sur les deux plats de cette reliure moderne on a cloué les deux plats de la couverture primitive, qui sont deux tablettes d'ivoire mesurant 36 centimètres de haut et 30 de large sur un centimètre d'épaisseur. Voici la description des sculptures qui se voient sur ces deux vastes tablettes, qui appartiennent à la catégorie des diptyques à cinq piè ces, c'est-à-dire composés chacun de cinq morce aux juxtaposés et joints à mortaise, sculptés tous cinq à part. Le plus important est au milieu ; c'est un morceau de 0 m. 18 X Om. 125, y compris la bordure, où se trouve représenté le Christ assis de face, bénissant de la main droite, coiffé comme une sorte de roi chevelu, soutenant l'évangile richement relié, de la main gauche, et ayant derrière lui les apôtres Pierre et Paul. Audessus, une croix à quatre branches éga les, inscrite dans une couronne de fleurs et supportée de cha que côté par un ange ailé, au vol, tenant aussi un livre en main, mais les mains voilées en signe de respect. Ce registre supérieur mesure 0 m. 09 de hauteur ; le registre inférieur a pres que les mêmes dimensions et il offre plusieurs scènes évangéliques ; la Samaritaine puisant de l'eau pour le Sauveur, assis devant elle. Jésus est suivi de trois de ses discip les — la résurrection de Lazare. Les deux plaques latérales ont chac une 0 m. 18 x 0 m. 08 et sont divisées en deux registres superposés : à droite ce sont : la guérison du lépreux et la guérison du paralyti que ; à gauche, la femme adultère et un sujet douteux. Le dipty que du verso présente les mêmes dispositions, mais il est consacré à la vierge Marie. .Vu centre, Marie assise sur une chaire et tenant son fils dans ses bras ; en arrière, deux anges debout. Le bandeau supérieur offre la croix soutenue par deux anges ; le bandeau inférieur, l'entrée de Jésus à Jérusalem el la fuite en Egypte.

120. Paris, lat. 93S9. Évangi les d'Epternach, 0 m. 355 y. 0 m. 255, de 223 feuillets à 2 colonnes de 25 lignes. Écrit en superbe semi-onciale saxonne du vm' siècle et décoré dans le plus pur style irlandais. Devant cha que évangile, une grande et curieuse 122. PARL.'i, Bibl. naL, suppl. grec, n. 1286. Il reste (juarante-trois feuillets (un 44= feuillet, qui se place entre le 21 » et le 22° est conservé au gymnase de Marioupol, au nord de la mer d'Azof), mesurant 0 m. 30 : : 0 m. 25 et contenant le texte des chapitres vn, XI et XIII à xxiv (le 44= feuillet contient xvin, 9-16) de l'évangile de saint Matthieu. Le parchemin, de force moyenne et plutôt fin, a été uniformément recouvert d'une belle teinte de pourpre, aussi bien conservée, d'une façon générale, que l'encre d'or des lettres, encore dans tout leur éclat primitif. Cha que page porte seize lignes d'écriture onciale, tracée à pleine page et dont cha que lettre mesure 7 millimètres de hauteur ; il n'y a que quinze hgnes sur les feuillets ornés d'une miniature. Clia que ligne compte eu moyenne dix-huit ou dix-neuf lettres et la justification du texte mesure environ 18 centimètres de large sur 20 de haut. Les lignes à la pointe sèche tracées pour délimiter le texte et marquer les marges latérales sont espacées de 172 iniUimètres. Les interval les des Ugnes sont exactement ég aux à la hauteur des lettres, soit 7 millimètres. L'écriture est une grande et belle onciale. régulièrement et largement tracée, sans auc une forme allongée ou anguleuse, même à la fin des lignes, où cependant les lettres ont vu leurs dimensions diminuées, afin d'empêcher le texte de dépasser trop sensiblement les marges. Les anciens manuscrits grecs sur parchemin pourpré sont extrêmement rares, on peut citer la Genèse de Vienne, le Psautier de Zurich, les Évangi les de Rossano, ceux de Patmos ou de Pétrograd et de Bérat d'Albanie, dont la date remonte au vr ou au vu' siècle, sous le règne de Justiuien et de ses successeurs. On sait que ces splendi des volumes avaient le don de déplaire à saint Jérôme, qui disait dans sa préface au livre de Job : Jlabeant qui volunt veleres libros, vel in membranis purpureis aura argento que descriptos, vel uncialibus ut vulgo aiunt litteris, onera magis exarata quam codi ces et dans une lettre à Eustochium : Jnficiuntur mcmbranœ colore purpureo. Aurum liquescit in litteras, genmiis codi ces vcstiuntur et nudus ante fores earum Christus moritur '.

128. Paris, lat. 17226. Evangéliaire, version de la Vulgate, 0 m. 305 x 0 m. 23, de 206 feuillets à deux colonnes de 22 lignes. L'écriture est une grosse onciale du vu= siècle {olim, Notre-Dame de Paris). — J.-B. Silvestre, Paléographie universelle, Paris, 1839, pl.cxvii ; L. DeUsle, Inventaire, t. in, p. 36 ; Le cabinet des manuscrits, t. II, p. 10 ; t. III, p. 202, pi. II, n. 10 ; S. Berger. Histoire de la Vulgate, p. 90, 356, 409. praefâTevangl secund matheîj âcTtraoyac


AMHN — fol. 6 V : au-dessous d'une croix à laquelle sont suspendues les lettres A et Q, , on lit, en lignes alternativement rouges et noires : |N NO Ml NE DIVIN l'm'SVMMIJNCIPIT LIB EVANGELII SECUNDUWI MATTHEVM AC AAHC0Q CKPIBHN0H AAAABAAAO ; — fol. 65 : EXPLJ EVANGLM SECD MATTHEUM HABET VERS II DCC VOS QV^I ESTIS LECTVRI ORATE PRO SCRIPTORE CY AM ABHAGICNPNAHKGQPHM >^ :- f^ 66, l'argument de saint Marc est suivi des mots : AO TPAOYAC AMHN ;

131. Paris, Arsenal, 592, 0 m. 335 x 0 m. 23, de 207 feuillets à 24 lignes longues. Titres courants blancs sur pourpre. Les initia les des évangi les sont peintes sur parchemin pourpré ; le début des évangi les est tracé en lettres d'or (sur pourpre dans saint Matthieu). Fol. 1, blanc sur pourpre avec quatre rosa ces peintes ; fol. 12 v », canons ; fol. 18 v°, l'Annonciation et la Nativité ; fol. 68 v°, après, le sommaire de saint Marc, le crucifiement sur pourpre ; fol. 69, de même ; fol. 106, image du Christ ; fol. 157 v, Ascension ; fol. 197, capilulare evangeliorum. — H. Martin, Catalogue, 1. 1, p. 443 ; S. Berger, op. cil, p. 285, 410.

132. Paris, Arsenal, 599, 0 m. 26 x 0 ra. 185 de 178 feuiUets, à deux col. de 28 Ugnes ; fol. 8, canons ; fol. 58 : ORA PRO ME (écrits en croix) ; fol. 167, capitulare evangeliorum, minuscule d'or. — De Bastard, Peintures et ornements, pi. Lxxxvm-xc ; H. Martin, Catalogue, t. i, p. 451 ; Die Trierer AdaHandsctirift, p. 86 ; S. Berger, p. 255, 411.

133. Paris, lat. 1171, 0 m. 26 x 0 m. 21, de 214 feuillets à 20 lignes longues ; fol. 7, canons ; 17 v« , image de S. Matthieu ; fol. 203, capitulare evangeliorum, semionciale carolingienne, x' siècle ; sur la dernière garde : Erluinus peccator. Est-ce le copiste' ? Figures d'évangéliste du tj-pe dramati que : saint Luc est assis sur des flammes ; il parait que cela figure l'inspiration. — De Bastard, pi. cc%'m-cax ; H. Martin, Catalogue, t. n, p. 322 ; Die Trierer Ada-Handscbrijt, p. 102 ; S. Berger, op. cil, p. 254, 411.

138. Prague. Cim. 2. Évangéliaire (olim : Prague). A. Ambros, Der Dom zu Prag, in-S », Prag, 1858, p. 290-293 ; F. Bock, Evangelienbuch aus dem ix Jahrhundert im Prager Domschatz, dans Mittheilungen der k.k. Zentralkommission, 1871, t. xvi, p. 96-107 et pi. ; A. Podlaha, Der Domschatz und die Bibliothek des Metropolitankapitcls : Topographie der historischen und Kunst-Denkmale im Konigreiche Bôhmen. Die Koniglische Haupstadt Prag. Hradschin, t. n b, Prag, 1904, p. 4 sq., fig. 4-15.

139. Qvedlinburg. l. ÉvangéUaire, version de la Vulgate. — yi. T. Eckhard, Codi ces manuscripti Quedlinbargenses, Quedlinburg, 1723, p. 4 ; C. R. Gregory, Textkritik, p. 705.

141. Rennes.-si« — Cf. E. Aubert, Manuscn7 de l'abbaye de SaintGeorges de Rennes, (capitularia cvangelorium du xi<' siècle) dans Mémoires de la Société nationale des antiquaires, 1876, t. xxxvn, p. 1. lectionnaire termine le volume, il est établi d'après l'usage romain. La série des dimanches après la Pentecôte est ainsi sectionnée : après la Pentecôte, 3 : la fête de saint Pierre et saint Paul, 1 ; après la fêle de saint Pierre, 5 ; la fête de saint Laurent. 1 ; après la fête de saint Laurent, 5 ; la fête de saint Cyprien, 1 ; après la fête de saint Cyprien, 10 ; avant Noël. 5. Si l'on en retranche les quatre dimanches de l'avent, on a les vingt-sept dimanches après la Pentecôte.

— Ch. Fierville, L'évangétiaire de Saint-Quentin (IX^ siècle), dans Bulletin du Comité des trav. hist. et scientif.. Section d'histoire et de philologie. 1883, p. 40-45.

148. i'ro.vrz/rif.sT. Évangéliaire de saint Cuthbert (proviendrait du tombeau de saint Cuthbert (t 687) à Durham, ensuite en possession du Earl de Lichfield, du collège des jésuites à Liège et enfin à Stonyhurst).

— J. 0. Westwood, Palaographia sacra pictoria, pi. IX, n. 6 ; The palieographical Society, pi. 17 ; Wescott, Vulgate, pi. i, n. 3 ; W. Smith, Dictionary of Ihe Bible, Boston, 1885, t. iv ; S. Berger, Hisloire de la Vulgate, p. 39, 419 ; C. R. Gregorj-, Texlkrilik, p. 655.

Le manuscrit est l'ouvrage de deux scribes. Le premier a copié les feuillets 6 à 38 v° et il s'interrompt au milieu du verset 4 du chapitre x\t ; il est familier avec l'onciale et habile à l'écrire, mais son successeur a pris sa revanche en introduisant de nombreuses corrections dans cette première partie. Jusqu'au feuiUet 23 r » il y a des cadres aux pages ; ces cadres sont préparés jusqu'au feuillet 38 v°. « La décoration est de toute beauté. Un cadre colorié, en partie composé d'entrelacs, borde les pages écrites par le premier copiste. Les initia les à ligature sont également ornées d'entrelacs ; el les reproduisent le tj^pe anglo-saxon. Les canons sont formés d'une arcature ; ils sont lourds, mais riches. Les figures des évangélistes sont le meilleur spécimen d'un tN-pe à part. Les couleurs en sont très vives. L'évangéliste, imberbe, est assis, écrivant, dans une niche ; il est surmonte de son emblème ; des figures d'anim aux remplissent les ang les supérieurs. Ce tj^ie, plein de dignité et de noblesse, se retrouve dans le manuscrit d'Abbeville, dans le ms. Harléien 27SS, dans les évangi les de Saint-Médard de Soissons et dans le manuscrit SO de la bibliothè que palatine. » Ces manuscrits forment, dans le développement de l'art carolingien, une belle et riche famille dont le prototype doit être peut-être cherché dans le célèbre èvangéliaire de Gotescalc (Paris, nouv. acq. lat., 1203), mais ce rapprochement est assez lointain ; les cvangélistes de Gotescalc sont barbus ; ceux du groupe dont il est ici question sont imberbes et jeunes ; en outre, l'architecture diffère. Au reste, l'art du manuscrit de Gotescalc est beaucoup plus grossier et la main paraît sensiblement plus ancienne.

De la comparaison du texte transcrit par les deux scribes avec le texte d'un très grand nombre d'autres manuscrits, il ressort — si on tient compte de l'importance des leçons plutôt que de leur nombre — l'existence d'un accord marqué entre la première main du codex Adœ (la deuxième beaucoup plus encore) et les manuscrits en lettres d'or, dont plusieurs, à ne consulter que les statistiques, paraissent en différer profondément. Quant au texte de seconde main, c'est le texte courant, celui du plus grand nombre des manuscrits. S'il est vrai que les textes du ix« siècle se partagent en deux gran des famil les, la famille de Tours et le groupe des manuscrits en lettres d'or et des manuscrits franco-saxons, on peut dire qu'en général le codex Adœ appartient à cette dernière catégorie. Nous pouvons donc dire que les deux textes du codex Adœ représentent à peu près, l'un le point de départ et l'autre le ])oint d'arrivée du développement du texte dans la famille des manuscrits en lettres d'or.

Hic liber est vitœ, paradisi et qualluor amnes, Clara salutiferi panden.s miraciila Christi, Que pius ob nostram voluil fecisse salutem. Quem devola Dec jussil perscribere mater Ada ancila Dei, pulcivisqae ornare metallis, Pro qua, quis que legas versus, ornare mémento.

156. Tcms, F. r/ , ;, Èvangéliaire et lectionnaire (olim : Bobbio). — B. Peyron, Notizie d'un antico evangeliario Bobbiese che in alc une fogli palimpsesti contiene frammenli d'un grcco trattato di filosofia, dans Rivista di filologia, Torino, 1873, t. i, p. 53-71, pi. : G. Ottino, / codici Bobbicsi nella bibliolheca nazionale di Torino, in-S », Torino e Palermo, 1890, p. 40 ; W. KroU, Ein ncuplalonischer Parmenideskommentar in einem Turiner Palimpsest dans Rhein. Muséum, 1892, t. XL\Ti, p. 599 ; F. Carta, C. CépoUa, C. Frati, Monumenta palœographica sacra, pi. m, p. 2 ; C. Cipolla, Codici Bobbiesi délia bibliotcca nazionale di Torino, dans Collczione paleografico Bobbiese, Milano, 1907, t. I, pi. XIX, p. 73 sq.

159. Utrecht, Musée archiépiscopal. Évangéliairc (olim : Saint-Libuin à Deventcr). — L. Delisle. L'éoangéliaire de Sainl-Vaast d'Arras, 1888, p. 14, n. vn.

F. G. Kenyon, Our Bible, pi. xvin, p. 167 ; G. R. Gregory, Textkrilik, p. 598 sq.

G. CipoUa, G. Frati, Monumenta palseographica sacra, . t. II, p. 2 ; C. R. Gregory, Textkrilik, p. 601.

162. VÉRONE K// f^ 7 ;. ÉvangéUaire (o d'm ; Vérone). — ■ Th. Sickel, Monumenta graphica medii sévi, t. i, pi. viu. the Gospels in latin, etc., dans Proceedings of the royal Irish Academy, Dublin, 1847, t. m, p. 374-381, et fig. p. 375 ; de Bastard, dans Bulletin du Comité de la langue, 1857, t. iv, p. 723 ; ,1. von Arneth, Ueber das Evangeliarium Kar l's des Grossen in der k. k. Schatzkammer, dans Denkschriften der k. Akademie der Wiss( ;nsc/ia/^en,phil.hist. Kl.,Wien,1864, t. xin, p. 85-134, 5 pi. ; Die Trierer Ada-Handschrift, p. 74, pi. xviii (feuillet 11 recto), pi. xix (fol. 13 V) ; pi. xx (fol. 15 r« , saint Matthieu, voir Dictionn., fig. 2633) ; pi. xxi (fol. 179 r »), ce sont deux feuillets de canons (xvin et xix) I.i.n.. s :y. g'a^fy.. ^^ 1. LouQSOJt, aujour d'liui au musée du Caire, n. 1326 bis. Reliure d'évangéliaire provenant du trésor de l'église copte de Louqsor. L'inscription a est flisposée à la partie supérieure et à la partie inférieure (le la pla que ; au centre, un chrisme accosté des lettres A CO (fig. 4219). Dans l'intérieur de la reliure est une ;iutre inscription b :

b) AOYAH 0V NOTAMOON ANE0HK(sv) eK AIAKONIAC npainocitoynpecby(Tepou) AiA rPHrop .'. MYP /. TviAr . ;• btpis.*.

Cet cvangéliaire du père évè que Abraham lui fut oflert par la servante de Dieu, Eulogia, fiUe de Potap. 129 ; G. Morin, Le plus ancien cornes ou lectionnaire de l'Église romaine, dans Revue bénédictine, 1910, t. xxvn, p. 41-74 ; G. Morin, Liturgie et basiliques de Rome au milieu du vw siècle, d'après les listes d'évanjji les de Wurzbourg, dans Revue bénédictine, 1911, t. xxvm, p. 296-330.


VI. Couvertures d'évangéliaires. — La vénération adressée au volume expli que la magnificence des coffrets et reliures qui devaient assurer son intégrité. Le Liber ponliftcalis, la charla Cornuliana et beaucoup d'autres textes anciens font mention de dons de livres liturgiques aux églises. Outre la valeur intrinsè que des manuscrits pourprés, chrysographiés et enluminés, la couverture ajoutait le prix du métal ouvré et des pierres précieuses ou des camées. Tout ce que nous pouvons faire c'est d'énumérer quelquestins de ces monuments. mon, avec le concours du prêtre Pierre. C'était l'ouvrage de Grégoire.

Argent doré, 0 m. 25 x 0 m. 10. v-vi » siècle.

Journal d'entrée du musée, n. 30428 ; Bulletin de l'Institut égyptien, 1893, 3 » série, n. 4, p. 474 ; de Morgan-Virey, Notice du musée de Gizeh, p. 351, n. 1326 (lire 1326 bis) ; Maspero, Guide au musée du Caire, p. 255 ; Guide Cairo Muséum, p. 340 ; J. Strzygowski, Koptische Kunst, p. 341, n. 7202, pi. xxxix ; G. Lefebvre. Recueil des inscript, chrét. grecq. d'Egypte, 1907, p. 148, n. 765.

/ !. AHA g. npainocitoy « ÂTta Bï)acé(i.(io>v èmayAnou, èTzolr\<^cv ÙTtèp 0eû>- vïïxa 'latScopoç na-x MixpoO èx Staxovtaç [Évangéliaire appartenant à ] Mgr l'évê que Bisammon. C'est Isidore, flls du vénérable évê que Mikros, qui l'a fait pour Théonlkas, avec l'assistance du prêtre Prsepositus.

Argent doré 0 m. 655 x 0 m. 50. v-vi » siècle.

G. Maspero, Guide au musée du Caire, p. 255 ; Guide Cairo Muséum, p. .3 10, ne donne que les deux premiers 1873, t. I, p. 31, pi. IV ; S. Bertier, Hisl. de la Vulgate, p. 405 ; A. Venturi, Sloria del l'arte italiana, 1901, t. i, p. 423, fig. 387, p. 511 (c'est à tort que Labarte donne cet ivoire pour reliure au ms. Paris, lat. SS49). qui sertissent de bel les pierres fines et des per les. Les quatre parties du champ, formées par les branches de la croix, sont bordées d'un cordonnet granulé. El les sont enrichies chac une, dans les deux ais, d'un camée anti que, encadré de deux côtés dans un gamma grec, ornement fort en vogue et qu'on retrouve sur branches de la croix ; il contient l'inscription suivante : De donis Di ol/erit Theodelenda reg. gloriosissema Sco Johanni Bapt. in baselica quam ipsa jund. in Modicin prope palatium suum. les habits. Ces gamma sont remplis de petits cerc les et de segments de cercle cloisonnant des grenats rouges en table, comme dans la bordure, mais l'angle de chacun des gamma offre une petite étoile composée, dans l'un, d'une émeraude au centre et de quatre petits rayons de saphirs, et dans les autres, d'un saphir au centre et de rayons d'émeraude. Un hstel d'or, qui a été évidemment rapporté après l'entière confection de cette pièce, existe sur le fond de chacun des compartiments du champ, au-dessus et au-dessous des London, 1876, n. 116 ; Garrucci, Storia del l'arie cristiana, pi. 456 ; J. Strzygowski, Das Etschmiadzin Evangeliar, p. 28 : 0. M. Dalton, Byzantine art and architecture, p. 209, fig. 125. l'A/iJS, Bibliothè que nationale, lut. .« .ÎS/. Weslwood, n. 108, 109 ; voir Diclionn., t. iv,coI. 1162, n. 80. C'est l'cvangéliaire de SaintLupicin, décrit plus haut, n. 118.

H. Leclercq.


II. Leclercq.

Les monuments ne paraissent adopter ce symbolisme que vers le \ » siècle au plus tôt. Aucun vestige de ces anim aux mystiques dans les fresques des catacombes, les bas-reliefs des sarcophages, les fonds de coupes dorés. Vn dipty que d'ivoire donné par Bugati est peut-être la plus ancienne représentation connue actuellement. Ce sont deux diptyques à cinq feuillets, appareillés et que la suite des temps a maintenus rapprochés dans leur destination nouvelle de couverture d'évangéliaire dans le trésor de la cathédrale de Milan. I^es symbo les des évangélistes sont distribués deux par deux sur cha que feuillet. Au pied de cha que feuillet les bustes des évangélistes répondent aux symbo les. Les différents sujets représentés dans les tableautins sont : la nativité, le massacre des innocents, l'annonciation, les mages suivant l'étoile, le baptême du Christ, le Christ parmi les docteurs, l'entrée triomphale à Jérusalem ; 2'' feuillet : adoration des mages et no ces de Cana ; guérison de deux aveug les, d'un paralyti que, résurrection de Lazare, le repas d'Emmaùs, la cène, le Christ parmi les docteurs (fig. 4221-4222).

Le plus ancien monument qu'on peut, en un sens, dire daté est le pupitre de bois de sainte Radegonde de Poitiers (f 587). Voir Diclionn., t. i, fig. 201 '.

Les mosaïques olfrcnt un grand nombre d'exemp les ; c'est d'abord la plus célèbre de toutes, la mosaï que de l'abside de Sainte-Pudentienne, celle de la voûte étoilée du mausolée de Galla Placidia à Ravenne, la mosaï que de l'abside de Sainte-Sabine à Rome, celle de la chapelle de Saint-Satyre à Milan. Au baptistère de Saint-Sotcr à Nap les (milieu du va siècle), la coupole, posée sur trompes d'ang les, offre dans les trompes les figures des symbo les des évangélistes représentées, comme sur l'ivoire Trivulce, avec six ai les.ASaint-Vilal de Ravenne, l'évangéliste « strep- »'"« * »"« n-'- ■■ I »■ ...Ki„ .jYcr l'éri

4224- — Livre de Li^dislarnie. D'après Vcnturi, Sloria, t. n, p. 225, fig. 199.

toire à ses côtés et près de lui son symbole. C'est la méthode que les miniaturistes emploieront de préférence : parfois le lion et le veau n'ont point d'ai les ; par contre, ces quatre personnages symboliques sont fréquemment gratifiés du nimbe, par exemple sur la mosaï que de l'arc triomphal de Saint-Paul-hors-lesMurs et sur celui de la basili que Libérienne. Si les évangélistes sont supprimés, les anim aux mystiques ne s'embarrassent pas pour si peu et se chargent du Uvre. qu'ils arrivent à savoir tenir ouvert, comme on le voit dans la mosaï que de la basili que des SaintsCôme-et-Damien et dans celle de Saint-Apollinaire in classe. prise à Rome de s'amuser de certains personnages publics en les coitlant d'un mas que de bête, probablement approprié à leur caractère. L'idée d'appliquer t. n, col. 2164, flg. 20S0). On y a représenté les évangélistes en leur donnant le mufle d'un animal et le rouleau à la main '. Mais ce sont principalement les évangéliaires qui nous offrent une inépuisable variété de types. Dans l'enluminure irlandaise, c'est d'abord le « livre de Kells » conservé à Trinilij collège de Dublin (fig. 4224) ; on n'a guère porté plus loin le goût et le talent de styliser. L'évangéliaire de Lindisfarne, conservé au Musée Britanni que, nous fait voir cha que consacre une page ù montrer le Christ entre les quatre anim aux, en quatre pages figurant les évangélistes au travail, surmontés chacun de leur symbole '. Le plus original de tous est peut-être l'évangéliaire de rj2S. — livangéliaire de Saint-Médard de hoissuiis.

D'après Die Tricncr Ada Handschrift, dans Publikationen der gesellsch. fur Rlteinische Geschichslkundc Leipzig, 1889, t. vi, pi. 23. évangéliste flanqué de son symbole (fig. « 2225). L'évangéliaire de Lothaire, à la Bibliothè que nationale, Louis le Pieux, également conservé à la Bibliothè que nationale et que nous donnons ici (fig. 4226-4227).

Sur l'ùvangtliaire de Rabbula, nous voyons l'ascension du Christ dans le ciel sur un char composé de ces symbo les désor mais si fréquemment représentés qu'on ne peut songer à les mentionner tous (voir fig. hors-texte, t. i, col. 2932), et rappelons encore les heures de Louis le Pieux et l'évangéliaire de Saint-Médard de Soissons (fig. 4228) et le sacramentaire de Gellone (flg. 4229).

On trouve sur quelques croix anciennes les quatre sjTnbo les évangéliques timbrant les extrémités des branches. La croix de Velletri, qui est d'épo que byzantine, porte, au revers, quatre médaillons, sur lesquels l'ange et l'aigle sont seuls nimbés ' ; on peut en rapprocher une croix de bronze conservée à Florence et décrite par J. Lami ^ Paciaudi a publié une médaille d'or tirée du cabinet d'Ant. Savorniano et qu'il K^jjcl ; rit AttT Ap •12 :i'J. — Saint Jean à tële d'aigle.

Sacramentaire de Gellone.

D'après A. Michel, Histoire de l'arl, t. i, p. 314, flg. 159. croit du vi » siècle. Cha que face porte deux symbo les séparés par une croix : ange et aigle, lion et veau ; chacun de ces symbo les est surmonté d'une étoile et accompagné de ces mots ' (fig. 4230) :

NAeeOC et NAPC Enfin, il se rencontre des monuments sur lesquels les symbo les sont remplacés par des bustes ou des personnages en pied. Nous avons déjà vu sur l'évangéliaire du trésor de Milan les quatre bustes des évangélistes ; nous les retrouvons sur une croix pectorale grec que en bronze doré que Borgia a fait connaître et qui était conservée dans le trésor de Saint-Alexis sur l'Aventin. Au droit, le crucifié v6lu, entre sa mère et saint Jean ; au revers, la Vierge debout en orante entre quatre médaillons contenant chacun un buste d'évangéliste (fig. 4231) '. Ce petit monument peut être utilement rapproché de celui que nous avons pubhé, Didionn., t. m, col. 3088-3089, fig. 3384. Nous avons déjà fait connaître un sarcophage d'Apt dont la partie antérieure représente le Christ entre les saints Sixte et Hippol^le, tandis que les faces latérales représentent les quatre évangélistes (fig. 859, 860, 1. 1, col. 2644). Un sarcophage d'Arles représente, sous un riche porti que soutenu par des colonnes, le Christ barbu, assis sur un siège élevé, les pieds posés sur l'escabeau qui mar que la place d'honneur. Entre ses mains, un livre sur lequel on lit DOWIINUS LEGEM DAT. A ses côtés, mais plus bas, sont assis les douze apôtres, tenant des livres ou des roule aux. A droite, saint Matthieu et saint Marc tiennent ouverts leurs évangi les, sur lesquels on lit MATTEVS, MARCVS ; à gauche, saint Luc et saint Jean, avec ces mots LVCANVS, LOANNIS. Derrière, dix tètes de personnages, dont l'un fait, de la main droite, le geste de l'acclamation. Aux deux extrémités du porti que.

D'après Paciaudi, De culltt S. Johannis Baptistir, RoinsE, 1755, p. 163. deux groupes : l'un compose d'un homme qui présente un adolescent les mains voilées, l'autre composé d'une femme qui en présente une autre et plus je une qu'elle. Ce sont sans doute un père et une mère avec leurs deux enfants qu'ils » offrent » au maître de la vie et de la mort ' (fig. 4232).

Le sculpteur a placé les évangélistes suivant l'ordre admis dès les premiers sièc les et accepté par saint Jérôme, contrairement au système de la Velus Italo.

L'ne maison chrétienne ou un couvent à BordjDjedid, terrain des Ouled-.\gha (Algérie), présente un pavement en mosaï que ; aux quatre ang les, quatre personnages identiques, uniformément velus, représentent pcut-clrc les quatre évangélistes. Ils soutiennent une couronne radiée renfermant une croix latine, accostée de deux colombes alfront ces au-dessus du croisillon et, au-dessous, deux agne aux. Des palmiers et des cali ces occupent le milieu de cha que face '. IL Lkclercq.


ÉVANGILES. — L Cérémonial. II. Les séries ou systèmes : 1° Espaguc ; 2° France ; 3° Milan : 4° Haute Italie ; 5° Naplcs ; G« Rome : I. type italien, 2. type anglo-saxon, 3. type franc. III. Remarques sur le système romain.

Le présent article a été composé, comme l'article Épithi ;s, avec le seul souci de classer et de présenter brièvement les représentants les plus anciens des divers systèmes de lectures liturgiques. Pour en réduire le plus possible la longueur, il a fallu se borner à donner un seul type de cha que famille, même pour le système romain, le plus riche, oi'i dos table aux comparatifs, quel que peu complets, eussent atteint des dimensions excessives. D'ailleurs, les péricopes évangéliques ont été étudiées de plus près que les péricopes épislolaires, notamment par le P. S. Beissel ', dans l'ouvrage duquel on trouvera les documents les plus connus, que l'on s'est donc dispense de reproduire ici, accompagnes d'une s^rie de talile aux osculatis Evanf/eliis levât in maims suas codicem ; et procédant ante ipsum duo subdiaconi regionarii, levantes tbijmiamalerium de manu subdiaconi seqaentis, millentcs incensum. El ante se habenl duoscomparatifs qu'il faudrait compléter à l'aide des piè ces récemment publiées.

I. CÉRÉMONIAL. — L'Ordo romanus I de Mabillon représente très probablement le cérémonial d'une

acolylhos portantes duo cereostata. Venientes ad ambonem, dividuntur ipsi acolythi ante amhonem cl transcunl subdiaconi cl diaconus cum EvangeUo per médium eoTum. Ille qui abs que thymiamaterio est, vertens se ad -^'^ diaconem, porrigit ei brachium suum sinistrum, in quo ponit Evangclium, ut manu subdiaconi aperialur ei locus in quo signum leclionis positum fuerit. El interposilo digilo suo diaconus in loco lectionis ascendit ad legendum et illi duo subdiaconi redeunl stare anle gradum descensionis ambonis. Finito Evangelio, dicit pontifex : « Fax iibi. » Deinde dicil : « Dominas oobiscum. o Respondelur : « Et cum spirilu tuo, » et dicit : « Oremus. » Descendenle autem diacono, sabdiaconiis, qui prias aperuerat, recipit Evangeliam et ponigit eum subdiacono scqucnli, qui in filo slat ; quod tenens ante peclas suum super planelam, porrigit osculandum omnibus per ordinem graduum qui steterinl. Et post hoc prseparato acolgtho in pogio juxta ambonem cum capsa, in qua subdiaconus idem ponil Evangeliam ut sigilleiur. Acolgthas aalem regionis ejusdem cajus et subdiaconus est, revocat Evangeliam ad Lateranis '.

L'Ordo romanus II, qui représente les usages du début du ix » siècle, contient un cérémonial notablement plus développé que le précédent : Deinde diaconus osculans pe des pontificis, petila que benedictione, venil anle altare et osculans Evangeliam, levât in manus suas codicem in quo leclurus est et partem ejus in dexiero Imrnero ponens, vadit ad ambonem. Et procédant ante ipsum duo subdiaconi cum duobus thuribulis, sive iino, levantes thymiamaterium de manu subdiaconi sequentis, mitlentes incensum. El duo acolijthi portantes duo cereostata, venientes ante ambonem, dividuntur a se, cl transeunt subdiaconi et diaconi cum Evangelio per médium eorum. Subdiaconi autem duo cum thuribulis ante Evangeliam in ambonem ex una parte ascenden les, et ex altéra parle statim descendentes, redeunt stare ante gradum descensionis ambonis. llle autem absqat thymiamaterio vertens se ad diaconum, porrigit ei brachium suum sinistrum, in quo ponit Evangeliam, ut manu subdiaconi aperialur ei lociis in quo signum lectionis positum fueril ; invenlo que loco lectionis, ascendit in ambonem in superiorem gradum, et dicil : « Dominas vobiscam. » Respondent omnes : ■ Et cum spirita tuo. » Quo audilo, vertu se pontifex et omnis sacerdotalis gradus, sive omnis populus fidelis ad Orienlem. Ei postqucmi dixerit : - Sequentia sancli Evangelii secundam Lucam « , sive Marcum, et reliqua, facil crucis signum in fronte sua idem diaconus et in pectore ; similiter que episcopus et omnis populus ; et revertuntur ad Evangelium. Serf et baruli omnium deponuntur de manibus, et in ipsa hora, ne que corona nc que aliud operimenlum saper capita eorum habetur. Ipse vero diaconus slal versus ad mcridiem, ad quam partem viri soient confluere, atias autem ad septentrionem. Scd et candelœ in pavimento, prxdicante eo Evangeliam, de manibus acolytltorum jaxta ambonem deponuntur us que fînilum tempus Evangelii. Perlecto Evangelio, itcrum se signa sanctœ crucis populus munire jestinat, et descendentc diacono de ambone, subdiaconus qui in filo slat, recipit Evangeliam ; quod tenens ante peclas suum super planelam, porrigit osculandum primum episcopo, deinde omnibus per ordinem graduum qui steterinl, et universo clero, nec non et populo ; deinde conditur in loco suo '. h'Ordo de Saint-Amand, du vm'-ix'^ siècle environ, publié par Mgr Ducliesne, présente le môme cérémonial, mais sous une forme plus brève : Hoc cxpleto (responsorium et alléluia), inclinât se diaconus ad pontificem, et jubet ponli/ex ut Icgatur evangelium ; et vadit ad altare, et osculat œvangelium et accipit eum. Deinde surgit ponti/ex a scdc [sua] et omnes saccrdotrf : stantes. Et anlecedunt cum duo subdiaconi, unus dextra parle, alias dt sinistra, et duo acolithi portantes anle ipsum dua cœreostala. Et dum venerit sublus ambone, porrigit ei subdiaconus qui est dextra parle brachio sinislro et recumbit super eum diaconus aeuangeliam us que dum custodit signum. Deinde psallit in ambone, et revertunl cereostata ante ambonem et legitur œvangelium. Et suscipit œvangelium subdiaconus et tenens eum contra pectus suum subtus ambone, us que dum osculantur omnes œvangelium. Inde retrudit eum capsa sua. Et revertit diaconus ad altare et ipsa csereostata ante eum, et ponunt ea rétro altare, seu et reliqua cœreoslata '.

De ces cérémoni aux, les liturgistes du moyen âge ont écrit des commentaires qui précisent certains détails. L'auteur du Liber de divinis officiis expli que ainsi les usages de son épo que : Defertur evangelium ad analogium., pr.vcedentibus cercis, ut ostendatur gratta ipsius mundum illuminalum. Verba evangelii levita pronunliaturus contra septentrionem laciem vertit, ut oslendat Verbum Dei et annuntiationem Spiritus Sancli conlra eum dirigi qui semper Spiritui Sancto contrarias exista*.

Amalaire note que : addilur unum ministerium diacono, id est ut légat evangelium... Diacono evangelii lectio convenu quia minister est^ : il consacre tout un chapitre de sDn ouvrage à la lecture de l'évangile, de diaconi ascensione in tribunal ' : modo surgendum est ad verba Evangelii... Deinde ponit episeopus thumiania in thuribulum super prunas... Post hoc diaconus peiit a sacerdùte benediclionem. S'acerdos ci dicit : Dominas sit in corde tuo et in labiis tuis... Signo crucis facto manu saccidotis super caput ipsius, munitur. Deinde vadit ad altare, ut inde sumat evangelium ad legendum. Diaconus... portai evangelium sinislro bracbio... Salalante diacono, congruit ut omnis populus ad eum versus sit. Post hoc sacerdos et omnis populus vertu se ad orienlem, usquedum diaconus incipiat Dominum lo qui et jaciunl crucem in frontibus eorum... Us que ad istud ofjicium baculis sustentabamur ; modo, ut oportel servos ante Dominum stare, humiliter stamus, déponentes baculos e manibus... Duo cerei... portanlur ante evangelium. ..Ipsum thuribulum in tribunal ascendit ante evangelium... Excellentior locus in quo evangelium legitur, eminentissimam doctrinam evangelicœ prsedicationis algue manifestissimam auctoritatem judicandi signât. Status cereorum monstrat in/criorem esse legem et prophetas evangelio. Evangelio reposito post lectioncm in loco suo, cerei cxtinguuntur.

Durand de Mendc, dans son Ralionale (1. IV, c. 24) commente longuement, dans tous ses détails, le cérémonial de la lecture évangéli que. C'est, dans l'ensemble, le cérémonial encore actuellement en vigueur et il est inutile de s'y arrêter ici.


II. Les ou systèmes. — ï^ole sur saint Augustin. — A l'épo que de saint Augustin, l'Église d'Afri que possédait-elle déjà un système organisé de lectures évangéliques, plus précisément, un système de péricopes déterminées, attribuées ù des jours fixes ? Pour la période de Piques, avec sa préparation et son complément, l'existence d'une série de lectures spécia les paraît certaine ; mais pour le reste de l'année, il ne semble pas possible de répondre avec quel que assurance. Parmi les textes de saint Augustin que l'on peut alléguer ', celui-ci est particulièrement clair : Meminil sanctilas vestra evangelium secundum Joannem ex ordine leclionum nos solcre tractare. Scd quiit nunc interposita est solemnitas sanctorum dierum, quibus certas ex evangelio lecliones oportet in ecclesia recitari, quœ ita sunt annua : ut aliœ esse nonspossint, ordo illc quem susceperamus, neccssitate paululum intermissus est, non omissus ».

En se basant sur les icnseigiiements fournis par les sermons de saint Augustin, on peut dresser avec quelque certitude la liste suivante des lectures liturgiques en usage dans l'Église d'Hippone '. Un astéris que mar que cel les de ces lectures qui se trouvent encore aujour d'hui dans le missel romain. Jn natale Dni (Scrm., c.xcni, cxav).

Luc, II, t4 * : Pastores. Fer. VI mai. hcbd. {Serm., ccxvm, ccxxxn, c. 1), Mattli., XXVI : Passio. .Sabbalo sanclo nocte (Serm., ccxxxn, c. 1 : ccxxxv).

Matth., xxvin, 1 * ; Vespere autem sabbati. Dont. Paschœ (Serm., ccxxxiv).

Marc, XVI, 1 * : Maria M... emerunt aromata. Dom. Paschœ pro baplizalis (Serm. ccxxv, ccxxvi).

Joa., I, 1 : In principio. Fer. II posl Pasclia (Serm., ccxxxii, ccxxxiv-ccxxxvi, ccxxxix) Luc, xxiv, 1 * : Una sabbati valde diluculo. Fer. III (Serm., ccxxxi, ccxxxm).

Marc, x\i, 12 : Discipuli Emmaus. Fer. IV (Serm., ccxliii-ccxlvi).

Joa., XX, 1 : Una sabbati Maria M. ad monum. Fer. V (Serm., ccxlvii).

Joa., XX, 19 : Venit Jésus et stetit in medio. Tempore paschali.

Joa., XXI, 1 : Manifestavit se ad mare Tiberiadis. (Serm.,

Joa., xxi, 15 : Simon Joan. diligis me plus his ? (Serm., ccliii).

Luc, XXIV, 36 ; Stetit J. in medio. (Serm., ccxxx^^I, ccxxx\^II). Dom. post Pascha.

Joa., XX, 21-31 * : Pax vobis. Pentecostes (Serm., ccLxvn, cclxix).

Joa., VII, 39 : Hoc dixit de Spiritu quem accepturi erant. \'at. S. Joan. Bapl. (Scrm., cclxxxvii, ccxax, ccxa, ccxcin).

Luc, I, 1-23, 57 * : Zacharias. \at. Pétri et Pauli (Scrm., ccxcvi, ccxcmi).

Joa., XXI, 15 : Simon Joan. diligis me plus his ? Nal. S. Laurenlii (Serm., ccai, cccin).

Matth., V, 1-12 : Beati pauperes spiritu. DccoUatio S. Joan. Bapl. (.Serm., ccc\ai, ccc^^II).

Marc, VI, 17 * : Hero des tenuit Joan. propter Herodiadem. In nat. Marlyrum (Scrm., cccxxix, cccxxxi).

Joa., xn, 24 : Nisi granum frumenti. l« LE STSTÈILE MOZARABE. — Type : le iiifr comicus de Silos. Sur ce document, voir ci-dessus, col. 261.

1 . Lcgcndum in 1 » dominico de Advenlam Dni.

Matth., III, 1-11 : Venit Johanes B. predicans.

2. Legendum in 11° dnminico.

Matth., XI, 2-15 : Johan. quum audisset in vinculis. A. Legendum in III« dominico.

Matth., XXI, 1-9 : Dus misit duos de discip. suis. ■1. Legendum in IIII » dominico.

Marc, I, 1-8 : Initium evang. J. X... Ecce mitto.

Luc, lu, 1-18 : Anno 15« imperii Tiberii.

Matth., XVI, 24-25 : Si quis vull post me veniie.

Luc, X, 38-42 : Dns intrabit in quodd. castellum.

Luc, I, 26-38 : Missus est angélus Gabrihel. 46-55 : Et ail Maria : Magnificat.

9. Legendum in S'alivitas TJomini. l-uc, II, 1-20 : Exiit edictum.

11. Legendum in diem sanc.li Slejani lévite.

.Matth., xxm, 34-39 : Ecce ego mitto ad vos prophetas.

12. Legendum in diem sancti Johannis apostoli. Joa., XXI, 20-24 : Vidit Petrus discip. quem diligebat.

13. Legendum in diem Circumcisionis Dni. Luc, ir, 21-40 ; Postq. consumati s. dies octo.

14. Legendum in capul anni.

Matth., X, 5-8 : In vias gentium ne abieritis.

15. Legendum in apparilione Dni.

Matth., II, 1-15 : Cum natus esset J., ecce magi.

16. Legendum yn allisione in/antum.

Matth., n, 16-23 : Videns Hero des quon. inlusus esset.

17. Legendum in diem sancti Fructuosi episcopi. Matth., xvni, 18-20 : Qusequum que alligaberitis.

18. Legendum in diem sancli Vincenti.

Joa., XII, 24-26 : Nisi granum frumenti.

19. Legendum in catedra sancti Pétri apostoli. Matth., XVI, 13-19 : Quem dicunt homines esse F.

20. Legendum in dom. ante carnes tollendas.

-Matth., xvn, 1-20 : Dns assumpsit... et transfiguratus est.

21. Legendum de carnes tollendas.

Matth., IV, 1-11 : Dns ductus est in deserto. Lectiones de Quadragesime in prima ebdomada.

22. Secunda feria ad nona.

Joa., I, 1-14 : In principio erat Verbum.

23. Legendum die III I^ feria ad VII 11^.

Joa., I, 15-29 : Johan. testimonium peribuit.

24. Legendum V/ » feria ad VIIII'^.

Joa., I, 29-34 : Vidit Joh. X venientem ad se.

25. Legendum die sabbato ad III'.

Joa. I, 35-51 : Stabat Joh. et discip. ejus duo.

26. Legendum in I » dom. ad malulinum.

Joa., \i, 28-35 : Quid faciemus ut operemur.

27. Legendum in I« dom. ad missam. Joa., IV, 5-42. (inulier Samaritana).

Lectiones de secunda ebdom. de XL'.

28. [Secunda feria.] Joa., II, 12-23 (ejecit vendentes de templo).

29. Legendum IIII' feria ad nona.

Joa., III, 22-36 (quaestio ex discip. Johan).

30. Legendum YI' feria ad nonam.

.loa., V, 31-37 : Si ego testim. peribeo de me.

31. Legendum sabbcdo ad III'.

Joa., V, 39-vi, 2 : Scrutainini scripturas.

32. [In II dominico ad mcUutinum].

Joa., IX, 39-x, 9 : In judicium ego veni.

33. Legendum secundo dom. ad missam.

Joa., IX, 1-38 : Dns vidit cœcum a nativitate. Lectiones in tertia ebdomada.

Joa., VI, 5-14 : Unde ememus panes.

Joa. \T, 15-23 : Cum cognovisset ut facerent euni regem (ambulat suiier mare).

Joa., ^^, 24-29 : Rabbi, quando hue venisti ?

Joa. VI, 30-35 : Patres nri manna manducaverunt.

Joa., VIII, 15-20 : Vos secund. carnem judicatis.

Joa., VII, 14-30 : Mediante die festo.

G. Mor'in, S. Aurelii Auguslini Iraclaliis sive sermones inediti e codice Giielferhylano, 4096. Turici, ItilS. [Publication dédiée au chancelier allemand von lîortiing (H. L. ;] Lediones de Iradicione Domini. 69.

40. In /* s. ebdom., U^ feria, ad nonam. Joa., VI, 35-39 : Ego sum panis vite. 70.

41. Legendam II I'^ feria post uicesima ad nonam. Joa., VI, 41-47 : Murmurabant Judoei.

42. Legendam IIII'' feria ad VIIW^. Joa., VI, 47-55 : Qui crédit in me habet vitam aet, 43. Legendam V » feria ad VIIII\ 72. Joa., VI, 59-64 : Hic est panis qui de caelo descendit. 73.

44. Legendam V/ » feria ad VIIII''. Joa., X, 24-28 : Quousq. animam nram tollis. l 74.

45. Legendam sabbato ad II I^.

Joa., VII, 33-38 : Aduc modicum tempus vobiscum 75.

46. Legendam de Lazaro ad matulinum. '• Joa., V, 28-29 : Venit liora quando niortui. vui, 51-53 : Si quissermoiiem meumservaverit. 76. 58-59 : Antequam Abraliam fieret, ego sum.

47. Legendam in dom. de Lazaro ad missam. 77. Joa., XI, 1-52 : Erat quidam languens Lazarus.

48. Legendam II'' feria ad nonam post Lazaro. 78. Joa., X, 27-31 : Oves meae vocem meam audiunt.

49. Legendam III^ feria post Lazaro. 79. Joa., X, 32-38 : Multa opéra bona ostendi.

50. Legendam IIII'' feria post Lazaro. 80. Joa., XV, 1-5 : Ego sum vitis vera.

51. Legendam V* feria in ebd. post Lazaro. 81. Joa., XV, 12-16 : Hoc est prseceptuni meum.

52. Legendam VI' feria posl Lazaro. 1 82. Joa., xn, 44, 46-50 : Qui crédit in me, crédit in i eum. ' 83.

53. Legendam sabbato ad III''.

Joa., \ii, 1-10, 30 : Dixerunt fratres eius : vade in Judeam. 84.

54. Legendam in Ramos Palmaram ad matât.

Marc, vu, 31-37 (Surdus et mutus). 85.

55. Legendam in Ramos Palmaram ad missam.

Joa., XI, 55-xii, 13 (Maria unguit pe des Jesu). 86.

Lectiones in ebdomada maiore.

56. Secunda feria ad nona. 87. Joa., vn, 43-vni, 2 : Quidam volebant appreliendere eum. 88.

57. Legendam ///* feria.

Joa., vui, 46-51 : Quis ex vobis arguct me de 89. peccato.

58. Legendam IIII' feria. 90. Mattli., XXVI, 2-5 : Scitis quia post biduum Pasclia. 91.

Marc, XIV, 3-11 : Venit mulier habens alabastrum. 92.

59. Legendam in Cena Domini ad matât.

Mattli., XX, 20-28 : Mater filiorum Zebedaei. | 60. Legendam ad III'^ in Cena Domini. Joa., XII, 27-36 : Pater clarillca Cronitruum).

61. Legendam in Cena Dni ad missam.

Passio Uni sec. omnes Evangel. 94.

62. Legendam in Cena Dni per tilulos Joa., XVI, 29-32 : Ecce nunc palani lo([ucris. 95, Passio continuatur ex 4 evangel. i in Galil. 97. luccscit. 98.

Matth., xxviii, 8-20 : Nuntiate fratrib. ut eant 99. in Galil. 07. Legendum 11'^ feria Pasce.

Marc, XVI, 1-7 : Maria M... emcrunt aromata. 68. Legendum III' feria l'ascc.

Luc, XXIV, 13-35 (IJiscipuli in Emmaus).

Leclio IIII' feria Pasce.

Luc, XXIV, 1-12 : Venerunt mulieres ad monum. Legendum in diem V' feria Pasce.

Joa., XX, 1-9 : Una sabb. Mar. Magd. venit ad mon. Legendum die VI' feria Pasce.

Joa., XX, 11-18 : Stabat Maria ad monum. foris. Legendum die sabbato.

Joa., XXI, 1-14 : Manif. seDns ad mare Tiberiadis. Legendam in dominico de oclabas Pasce.

Joa., XX, 19-31 (Thomas incredulus). Legendum in primo dom. post oct. Pasce.

Joa., V, 1-18 (Probatica piscina). Legendum secundo dom. post octabas.

Joa., XIII, 33-xiv, 13 : Aduc pusillum suiu vobiscum. Legendam in tertio dom. post ocl. Pasce.

Joa., XV, 1-15 : Ego sum vitis vera. Legendum in IIII » dom. post octabu.s.

Joa., XVI, 16-33 : Modicum et non videbitis me. Legendum in diem sci Torquati vel soc. ejus.

Matth., V, 1-12 : Beati pauperes spiritu. Legendum in diem sanctse Crucis.

Joa., m, 1-17 : Nicodemus. Legendum in Ascensione Dni.

Luc.,xxiv, 36-53 : Stetit Jhesusin inedio discipul. Legendum in dominico post Ascens. Dni.

Marc, x\i, 15-20 : Euntes in universum luundum. Legendum die sabbato ad lertia antc Pentec.

Joa., xiv, 23-31 : Si quis diligit me. Legendum in diem sanctum Penlecosien.

Joa., XV, 20-27 ; xvi, 12-15 ; x\ii, 1-3, U, 21-22.

24-26 (Paraclitus ; ut sint unum). Legendum in diem sancti Adriani.

Matth., V, 1-12 : Beati pauperes spiritu. Legendum in nalivitalcm sci Johannis Babtiste.

Luc, I, 5-25, 39-45, 56-80 (Zacharias). Legendum in diem Scor. apostol. Pétri el Pauli.

Matth., X, 1-8 (duodecim apostoli). Legendum in diem Scarum Juste et Rufine.

Matth., XXV, 1-13 : Simile est... decein virginibus. Legendum in diem Scorum Jasti et Pastoris. Marc, X, 13-16 ; Ollerebant parvulos Domino. Leg. in diem Scor. Si.tti epi et Laurenti arcidiac. Matth., xviii, 18-20 : Quœcum que alligaberitis. Legendum in diem sci Cipriani œpiscopi. Evang. unius Justi (Matth., x, 32-39 ^ n. 101). Legendum in decollationem sci Johannis. Matth., XIV, 1-14 ; Audivit Herodcs faniiun Jcsu. Item lectiones de sanctis. Matth., XXV, 31-46 : Quum vcnerit filius hom. in majestate. Item sccandus de sanctis. Matth., X, 16-22 : Ecce ego mitto vos sicut oves in medio. Item III de sanctis. Luc, XII, 35-37 : Sint lumbi vestri. Item quartas de sanctis. -Matth., XXIV, 6-13 ; Marc, xiii. 8-13 : ('.uni audicritis pr.'elia. Item V de sanctis.

Matth., V, 13-16 : Vos estis sal terrx« . De sanctis (VI). Matth.,xin, 47-50,43 : Simile... sagi-nœ niissa ; lu mare. Item lectiones unins justi.

Matth., XXIV, 45-47 : Quis putas est fidclis servus. Legendam de uno justo. Matth., XXV, 14-23 : Homo quid. pcregre pro flciscens. . Legendam de anius jiisli. Luc, XIX, 12-19 : Homo qiiid. iiob. aliiit in r>'}4. longinquarii.

101. L. unius jusli.

Matth., X, 32-39 : Qui coafitebitur nie corain.

102. Legendum de uno justo.

Matth., x.xiv, 37-44 : Sicut in diebus N'oe, ita erit.

103. Ilem lectiones de uno con/essore.

Matth., XI, 25-30 : Confiteor tibi Dne Pater cœli.

104. Legendum de uno con/essore.

Mattli., X, 32-39 : Qui confitebitur me (= n. 101).

105. Item legendum de virginibus.

Mattli., XXV, 1-13 : Decem virgines (= n. 87).

106. Item legendum de una virginc.

Matth., xm, 33-35, 45-46 : Sitnile... fermento.

106 bis. Item alium de una virgine.

Luc, X, 38-42 : Dns intrabit in castellum (= n. 7).

107. De nubenlibus.

Matth., xix,3-6 : Si li cet liomini dimittereuxorem.

107 bis. Alium.

Joa., n, 1-11 : Nuptiae fiebant in Cana.

108. Legendum de primiiiis.

Matth., XXI, 33-42 : Homo paterf . plantavit vineara.

109. Legendum de decimis.

Marc, XII, 38-44 : Cavete a scribis qui volunt.

110. Legendum in ordinalione œpiscopi.

Joa., XXI, 15-24 : Simon Joli, diligis me plus.

111. Legendum in ordinalione régis.

Luc, IV, 16-22 : Dns intrav. in synag. et legit... Spiritus Dni super me.

112. Legendum die sabbato quando sal adspargilur in lemplo nobo dicendus.

Matth., w, 24-25 : Qui audit verba mea... assimilabitur.

113. Legendum in sacratione vaselicœ. Matth., \ii, 24-28 (= n. 112).

114. Legendum in reslauralione baselice.

Matth., x\7, 13-19 : Quem dicunt homines (= n. 19).

Lectiones de letanias canonicas. 117. In primo die ad VIIII^.

Matth., v, 44-\i, 4 : Diligite inimicos vestros. 120. In secundo die ad nonam.

Mattli., VI, 16-18 : Cuin jejunatis noiite fieri. 123. In tertio die ad nonam.

Matth., XV, 32-38 : Misereor turbœ.

127. Lectiones letaniarum pro tribulatione et clade. Luc, IV, 25-32 : Multae viduse erant in dieb. Helie.

127 bis. Alium.

Matth., VI, 1-6 : Adtendite ne justitiam vestram. Lectiones de dominicis quotidianos.

128. In primo dominico.

Matth., V, 1 7-26 : Non veni solverelegem aut proph.

129. Legendum in secundo dominico.

Matth., IV, 18-23 : Dns juxta mare Galil. vidit duos fratres.

130. /// » dominico.

Matth., vni, 1-13 (Leprosus ; centurio).

131. Legendum in IIII« dominico.

Matth., vni, 14-26 (Socrus Pétri : tempestas sedata).

Matth., XXIV, 3-36 : Quod signum erit adventus tui.

Matth., \ni, 12-21 : (.\ngusta porta ; arbor bona).

Marc, I, 35-44 : Leprosus : Dne si vis, potes.

Marc, V, 21-24 (Filia Jairi ; niulier in profluvio sanguinis).

« jMarc, X, 17-31 : Magister bone quid faciam. 136 bis. Alium.

Marc, X, 46-52 (Bartiineus caecus).

Luc, IV, 31-v, 11 (Daemoniacus ; socrus Pétri ; captura piscii*n magna).

138. JV/ » [dominico].

Luc, V, 12-26 (Leprosus paralyticus pcr tectuni submissus).

139. XI Jo [dominico].

Luc, V, 27-vi, 10 (vocatio Levi ; manus arida).

140. Tertiodecimus.

Luc, VI, 37-48 : Noiite judicare et non judicabimini.

141. Quarto decimo dominico.

Luc, \Ti, 1-16 (Servus centurionis : filius viduae N'aïm).

142. XV' dominico.

Luc, XV, 11-32 (Filius prodigus).

143. Legendum sexto X« dominico.

Luc, xvi, 19-xvn, 4 (Homo dives et Lazarus).

144. XVII » [dominico].

Luc, x\^, 1-10 : Homo dives habebat villicum.

145. Legendum octabo decimo [dominico].

Luc, x\^^, 10-14 (Phariseus et publicanus in templo).

146. Legendum nono decimo [dominico], Luc, xiv, 1, 12-14 : Cum facis prandium.

147. Legendum vicesimum [dominicum]. Luc, \ii, 11-16 (Filius viduae Naim).

148. Legendum vicesimum primum [dom.]. Marc, X, 35-45 : Filii Zebedei : volunius ut.

149. XXII« [dominico].

Luc, x\Ti, 11-19 : Decem viri leprosi.

150. Legendum vicesimo tertio [dominico].

Matth., V, 43-48 : Audistisq. dictuni est antiquis.

151. Legendum vicesimo quarto [dominico]. Matth., x\Tii, 23-xix, 2 : Simile... régi qui voluit rationem ponere. 151 bis. Alium.

Matth., \i, 19-29 : Noiite thesaurizare... in terra.

Voici quelques remarques sur ce document (Beissel, p. 75-78). Le récit de la Passion lu le jeudi et le samedi de la Semaine sainte (n. 61 et 63), et la péricope quarto de sanctis (n. 95) font supposer l'existence d'une harmonie évangéli que, dans le genre du Diatessaron deTatien. Ce récit, harmonisé de la passion, diffère de celui que l'on trouve dans le missel deBobbio (n. 22) et dans le lectionnaire de Luxeuil (n. 36-40).

Le samedi saint et le jour de Pâques (n. 65-66), on lit le récit de la résurrection d'après saint Matthieu ; le lundi de Pâques (n. 67), d'après saint Marc ; le mardi et le mercredi (n. 68-69), d'après saint Luc ; le jeudi, le vendredi, le samedi et le dimanche (n. 70-73), d'après saint Jean. Or, cette série coïncide à peu près exactement avec celle que saint .\ugustin devait suivre, telle du moins que nous la connaissons par les essais de reconstitution d'après les données dessermons.

En plusieurs endroits du Comicus, on relève des tra ces de lectio continua du texte évangéli que. Ainsi, du samedi saint au samedi in albis (n. 64-73), les péricopes se succèdent dans l'ordre suivant :

.Matth., x.x\-in, 10-19, 1-7, 8-20 ;

Luc, X.XIV, 13-35, 1-12 ;

Joa., XX, 1-9, 11-18, XXI, 1-14 ; xx, 19-31.

Au début du carême, le cas est bien plus nettement apparent :

N. 22-25 : Joa., I, 1-14,15-29,29-34,35-51 ;

N. 30-31, 34-37 : Joa., v, 31-37, 39-M, 2, 5-14, 1.5-23, 24-29,30-35 ;

N. 40-43 : 35-39, 41-47, 47-55, 59-64.

Les péricopes des dimanches de carême se présentent aussi dans l'ordre des chapitres : de Lazare ;

Rame aux, n. 55 : Joa., xi, 55-xii, 13 : .Marie oint les pieds de Jésus.

Les péricopes de la série intitulée de dominicis qiiotidianos (n. 128-151 bis) sont rangées manifestement dans l'ordre normal des évangi les : 6 de saint Matthieu, puis 4 de saint Marc, puis 11 de saint Luc. Dans l'intérieur de cliacun de ces groupes, les péricopes se succèdent, au moins pour Marc et Luc, selon l'ordre des chapitres : Marc, i, v, x : Luc, iv, v, vi, \u, XV, x\i, xvu, XVIII.

11 » SRSTÈME GALLLCAS. — Les types de ce système sont, comme pour la série épistolaire, le lectionnaire de Luxeuil et le missel de Bobbio.

Sur le missel de Bobbio, voir ci-dessus (col. 273).

D'une étude nouvelle de la partie palimpseste de ce manuscrit se dégagent les conclusions suivantes : 1 Le missel de Bobbio est... un ouvrage ou, si l'on aime mieux, la copie d'un ouvrage composé, compilé par et pour des Irlandais... Il renferme peu d'éléments proprement insulaires, il en renferme une proportion sensiblement moindre que d'éléments gallicans et mozarabes : mais l'assemblage est tout juste ce que nous pouvons attendre d'Irlandais vivant sur le continent, puisant à toutes les sour ces '. » A ces deux témoins de l'ancien usage gallican, dom D. de Bruyne vient d'en ajouter un troisième : c'est le ms. 134 de la bibliothè que capitulaire de Trêves ^ Il parait dater du vni= siècle et contient le texte des quatre Évangi les accompagné d'un grand nombre d'annotations liturgiques qui permettent de reconstituer la série des péricopes dans l'ordre de l'année liturgi que. « Bien que la distribution des péricopes ne soit pas entièrement identi que à cel les du lectionnaire de Luxeuil ou du missel de Bobbio, elle présente cependant avec cel les-là des ressemblan ces assez caractéristiques pour nous permettre d'y retrouver un fonds commun diversifié par des particularités loca les. Nous croyons donc que ces annotations se rattachent à la liturgie gallicane*. » Ce ms. est mutilé au début, puis après le ch. VT de saint Luc et après le ch. iv de saint Jean. Les 119 indications qui restent, une fois rangées dans l'ordre de l'année liturgi que, donnent le tableau que l'on trouvera ci-dessous, après le missel de Bobbio (L = lectionnaire de Luxeuil ; B = missel de Bobbio ; SD — évangéliaire de Saint-Denis)'.

Joa., I, 1-15 : In principio erat Verbum.

Luc, II, 1-20 : Exiit cdictum a Cajsare. 10. In nalalc Sci Stephani ad missam.

Matth., xvn, 23-xviii, 11 : Accesserunt qui didrachma accipiebant ad Petrum.

I 11. 7/1 jcslo Sci Johannis ad missam. I Marc, X, 35- ? Filii Zebedœi.

13. In natali Infantium ad missam.

Matth., n, 1-23 : Cum natus esset J. in Bethléem.

15. In circumcisione Domini ad missam.

Luc, II, 21-40 : Postq. consumm. sunt dies octo.

16. In feslo Scœ Genovevse virginis.

Matth., XXV, 1-14 : Simile... decem virginibus.

17. In dominico post circiimcis. Dni.

Matth., IX, 32-35 : Mutum daemonium.

18. In L'igiliis Epiphaniœ.

Matth., n, 1- ? : Cum natus esset J. inBethl.

19. In Epiphania ad missam.

Matth., m, 13-17 : Venit J..., ut baptizaretur. Luc, m, 23-38 : Christi genealogia. Joa., n, 1-11 : Nuptise factae sunt in Cana.

20. Die dominico posl Epiphania.

Luc, IV, 16-22 : Venit J. Nazareth ubi erat nutritus.

21. .Secunda dominica posl Epiphania.

Matth., XXII, 36-xxin, 12 : Quod est mandatum magnum.

22. In feslivitate sanclœ Mariœ.

Luc, I, 39-56 : Exsurgens Maria abiit in montana.

23. In calhedra sancti Pétri.

Matth., xvi, 13-19 : Quem dicunt homines esse Filium. Joa., XXI, 15-19 : Simon Joli, diligis me plus his ?

24. Die dominico post cathedram Sci Pétri.

Matth., xvn, 1-9 : Adsumpsit... et transfigura tu s est.

25. Secunda dominica post cathedr. Sci Pétri.

Luc, X, 25-37 : Legisperitus surre.xit temptans.

26. Tertia dominica post cathedr. Sci. Pétri.

Luc, XIV, 1-15 : Hydropicus ; si licel sabbato curare.

27. In inicium quadraginsimse.

(Octo folia desunt in codice).

32. In dominica Palmanim.

Joa., xn, 1-24 : Maria unguit pe des Jesu. — — Turbamulta... acceperuntramos.

In autentica hebdomada. 31. In Cena Domini ad maltitinos.

Matth., x.xvn, 2-5 : Scitis q. post biduum Pasclia fiet.

36-40. [In Parasceven].

Passio Domini legitur ])er omncs horas. 41. /n sabbato sanclo.

Matth., xx\Tii, 1-20 : Vespere sabbati qua ; luccscit. 12. In die sancto Paschœ ad missam.

Luc, XXIV, 1-3 : Vcnerunt mulieres ad monuin.

43. Ecria II' Paschœ.

Marc, XV, 47-xvi, 11 : .Maria M... emerunt aromata.

Marc, x\T, 12-20 : .\pparet Dns : Euntes in mundum.

Joa., XI, 1-45 : Erat quidam languens Lazarus.

Joa., XX, 1-9 : L'na sabbati .Maria M. venit ad mon.

Joa., XX, 11-18 : Stabal Maria :ul monum foris.

48. Die sabbati Pascliic.

Joa., XXI, 1-14 ; Manif. se Dus ad mare Tiberiad.

49. Clausum Pasclue.

Joa., XX, 19-31 ; Thomas incrcdulus.

53. Dominica IV posl clausum Paschss.

Luc, x\7, 19-31 : Homo dives et Lazarus.

54. Dominica V post clausum Paschœ.

Marc, vn, 31-37 : Surdus et mutus.

55. Leclioncs quse legendse sunt in Rogutionis. b) prima die ad terlia.

Matth., V, 17-2G : Noiite putare q. veni solvere. c) eadem die ad sexla.

Matth., \Ti, 1-12 : Noiite judicare ut non. d) ad nona eodem die.

Matth., \i, 1-13 : Adtendite ne justitiam vcstrani.

56 b) die II ad terlia.

Matth., xm, 2-23 : Exiit qui seminat. c) eodem die ad sexla.

Luc, XII, 15-31 : Cavele ab avaritia. d) ad nona eodem die.

Matth., V, 31-48. Quicumq. dimiseril uxorem.

57 b) die III ad terlia.

Matth., IV, 13-17 : Paenitentiam agite. Matth., XI, 28-30 : Venite ad me omnes. c) eodem die ad sexta.

Matth., XXI, 28-32 : Homo quid. habebat duos filios. d) ad nona eodem die.

Matth., \i, 14-33 : Si dimiseritis lioininibus peccata.

58. In Ascensione Dni nri J. C.

Joa., xm, 33-35 : Adhuc inodicum vobiscum sum. Joa., XIV, 1-14 : Non turbetur cor vestrum. Luc, XXIV, 49-53 : Mitto promissum Patris in vos.

59. Die dominica post Ascensionem.

Joa., xvn, 1-26 : Pater venit hora, clarifica.

60. In sanclo Penlecosten.

Joa., XV, 16-29 ; Si diligitis me, mandata.

61. Proxima dominica posl Penlecosten.

Matth., XVI, 24-27 : Si quis \Tilt post me venire.

62. In feslivitate sancti Johannis Baplistœ.

Luc, I, 5-25, 39-47, 56-67 : Zacharias.

63. In festo sanctorum Pétri et Pauli.

Matth., V, 1-16 : Beati pauperes spiritu.

64. In passione sancti Johannis Baplistœ.

Matth., XIV, 1-14 : .\udivit Hero des famam Jesu.

65. Ad missam de noi'os fructus.

Matth., xn, 1-8 : Abiit Jésus sabbato per sata. Joa., IV, 35-38 ; \i, 49-52.

66. In festo unius marlyris.

Joa., XV, 17-xvi, 4 : Hœc mando vob. ut dilig. invicem. ti7. De plures martyres.

Luc, XXI, 9-19 ; Cuni audieritis prœlia.

Matth., XXV, 1 1-23 : Homo quid. peregre proficiscens.

Joa., XV, 1-16 ; Ego sum vitis vera.

Joa., V, 19-30. Non potest fdius a se facere quicquam.

Joa., X, 1-16 : Qui non intrat per ostiuni in ovile.

Matth., V, 13-19 : Vos estis sal terne.

Joa., VI, 49-59 : Ego sum panis vitœ.

Joa., X, 22-28 : Factse sunt encœnia in Jérusalem. Luc, XIX, 1-10 : Zachœus.

75. In natale ecclesix.

Matth., XXI, 10-17 : Cum introisset J. Jerosol., coinmota est.

76. In velatione virginum.

Matth., XXV, 1-14 : Simile... dccem virglnibus. vel Luc.,i, 39-56 : .Maria abiit in montana ( = n. 16 et 22).

77. De decimis.

Luc, XX, 45-xxi, 4 : .\ttcndlte a scribis. Matth., \i, 2-4 : Cum facis clcemosynam.

78. Quando diaconus ordinatur.

Luc, IX, 57-62 : Sequar te quocum que ieris.

79. Quando presbyter benedicitur.

Luc, XII, 42-44 : Quis putas est fidelis dispensator. .SO. In pro/ectione ilineris.

Luc, IX, 51-56 : Cum compler. dies assumptionis ejus.

— xn, 35-37 : Sint lumbi vestri. SI. De redeundo ilinere.

Joa., IV, 45-54 : Cum venisset J. in Galileam. ^2. Incipiunl lectiones cotidianas.

Joa., IX, 1-38 : Vidit J. hom. caecum a nativitate.

\otes margina les liturgiques de l'e'vangéliaire de Saint-Denis.

1 . De primo Advento.

Joa., I, 35-51 : Eece Agnus Dei. Cephas et Phil. vocantur.

2. Secunda Dnica in Advenium.

Matth., XXIV, 15 : Cum viderltis abominationem.

3. Tercia Dnica in Adventum.

Matth., XI, 2 : Tu es qui venturus es ?

4. Quarta Dnica in Advenium.

Luc, m, 2 : Verbum Dni super Joan., Zach. £11. J. Quinta dom. in Adventum.

Matth., III, 1 : Joa. B. praidicans : Fœnitentiam agite. 6. Sexla Dnica in Adventum.

Matth., XXI, 1 : ...invenietisasinam allig. et pullum. 8. Legenda diem natalis Dni.

Luc, n, 1-20 ; Exiit edictum a Cœsare. 22 fris. Vo domi. post Adsumcio Sce Marie.

Matth., XIV, 22 : Venit ambulans super mare.

29. De média Quadragim.

Joa., vn, 14-30 : Die festo mediante.

30. Post média Quad.

Joa., vn, 37 : Si quis sitit, veniat ad me.

50. Secunda dom. post Pasca.

Matth., %in, 1 : Leprosus : Si vis, potes me.

51. Terlia dom. posl Pasca.

Matth., XIV, 15 : Quin que panes et duo pis ces.

52. Quarto dom. post Pasca.

Luc, XV, 11 : Filius prodigus.

53. Quinta dom. posl Pasca.

Luc, x\7, 19-31 : Homo dives et Lazarus. 11« . De plures martires.

Matth., X, 16 : Mitto vos sicut oves in medio. 66. De martyre.

Matth., X, 26 : Nihil est opertum quod non. Dominicalis.

Matth., x\ii, 1-17 : ...transfiguratus est (= n. 24).

Matth., xxn, 2-14 : Simile régi... nuptias fiho.

Matth., xxm, 2-12 ; Super cathedram Moysi.

Marc, IX, 13-28 : Filius habens spiritum mutuni.

Luc, VI, 39- ? Num potest cœcus caecum ducere.

Luc, X, 1- ? Designavit Dns 72 et misit illos.

Luc, xn, 54- ? Cum viderltis nubem orientcm ob occasu.

Luc, xm, 19- ? Simile... grano sinapis.

Luc, XVI, 1- ? : Homo... qui habebat viUicum.

Luc, xvin, 1-14 : Judex et vldua ; phariseus et publicanus in templo.

Missel de Bobbio '.

1. Missa romensis cnllidiana.

Luc, XXI, 34-3S : Attendite ne graventur corda. Incipiunt lectiones de aduentu Domini.

2. Missa in advenlum Domini.

Matth., XI, 2-15 : Johan. cum audisset in vincolis. , ; ; Item missa in advenlum Domini.

Malth. ; ni, 1-12 : Johan. prœdicans : Pénitent, agite. i. Hem missa in advenlum Domini.

Matth., XXIV, 27-44 : Sicut fulgur exit ab Oriente, ô. Missa in vigilia natalis Domini.

Luc, xn, 35-37 : Sint lumbi vestri. Cl. Missa in nalale Domini.

Matth., I, 1,2, 16, 18-25 : Liber generationis.

Matth., II, 1-lJ : Cum natus e. J... ecce magi. 7. Missa sancli Slcfani.

Matth., XNTI, 23-20 : Accesserunt qui dracma. S. Missa sanclorum Infanium.

Matth., Il, 13-23 : Surge et accipe puerum et matrem.

9. Missa Jacobi et Johannis.

Matth., XX, 20-23 : .\ccessit mater Pliorum Zebedei.

10. Missa die circumcisionis Domini.

Luc, ir, 21-23 : Postq. consumin. s. dies octo.

11. Missa in Epliijfania.

Matth., ni, 13-17 et Joa., n, 1-11 : Jésus baptizatur ; nupti » in Cana.

12. Missa in cathedra sancli Pelri.

Matth., xvi, 13-19 : Quem dicunt hom. esse Filium.

13. Missa in sanclse Mariœ solemnitatp.

Luc, II, 41-49 : Jésus puer in templo docens.

14. Missa in adsampli une sanctœ Marine.

Luc, X, 38-42 : Martha et Maria.

15. Missa quadraginsimalis.

Matth., VI, 1-8 : Adtendite ne justitiam vestram.

16. Item missa jejunii.

Mattli., VI, 16-18 : Cum jejunatis, nolite fieri sicut 17 Item missa jejunii.

Matth., XX, 1-16 : Simile... operarii in vineam.

18. Item missa jejunii.

Luc, x\iii, 1-14 : Judex et vidua ; phariseus et publicanus.

19. Item missa jejunii.

Joa., XII, 24-26 : Nisi granum frunieiiti. h) Leclio quœ legilur initia quadraginsima-. Matth., IV, 1-11 : Jésus in desertum temtatur a diabolo. c) Leclio quando historia de Josepli legilur. Luc, XV, 11-24 : Filius prodigus. d) Leclio qaœ legilur tertia dominica.

Joa., VI, 28-54 : Quid faciemus ut operciiuir opéra.

20. Missa in symboli tradilione.

Joa., XII, 1-8, 12-16 : Maria unguit pe des Jesu.

Mattli., x.xvi, 20-35 : Eucharistia ; institutio.

Joa., XIX, 16, 17, 19-22 ; Matth., xx%ai, 27-32 ; Luc, x.xin, 27-30 ; Matth., xxvn, 33, 34 (passio Dni). h) ad sexta.

Luc, xxiii, 34 ; Joa., xix, 23, 24 ; Matth., xxvu, 36-38 ; Marc, xv, 28 ; Matth., xxvii, 39-43 ; Luc, xxiii, 39-43 (passio Domini). e) ad nona.

Matth., xxvii, 45-54 ; Luc, xxni, 48, 49 ; Matth.. xxvii, 55, 56 ; Joa., xix, 31-37 ; Matth., xxvii, 57-.58 ; .Joa., xix, 39-41 ; Matth., xxvii, 60, 61 (passio Dni).

I 23. Die sabbato, manc.

1 Matth., xxMi, 62-66 : Altéra die quîe est posl I Parasceven.

24. Missa in vigiliis Pascliœ.

Matth., xx\iii,l-2u : Vespere sabbatiquœlucescit.

25. Missa prima die Paschœ.

Luc, XXIV, 1-12 : Venerunt raulieres ad inonum.

26. Item missa pasclialis.

Marc, XVI, 1-7 : Maria M... emerunt aroniata.

27. Item missa pasclialis.

Joa., XX, 19-31 : Thomas incredulus.

28. Missa in invenlione sanctœ Crucis.

Matth., XIII, 44-50 : Snnile... tliesauro abscondito.

29. Missa in letanias dicenda. a) Matth., v, 43-48 : Diligite inimicos vestros. b) Item alla lectio.

Matth., XV, 32-38 : Misereor turba ;. c) Item alia leclio.

Matth., XIV, 15-2t : Quin que panes et duo pis ces.

30. Missa in Ascensione Domini.

Luc, XXIV, 36-53 : Stetit J. in medio discipul.

31. Missa in Quinquaginsimo (= Pentecosten).

Joa., XIV, 12, 13, 15-21 : Qui crédit in me, opéra. Incipiunt lectiones cottidianas.

32. Missa sancli Johannis Baplista.'.

Luc, I, 5-25, 57-68, 80 : Zacharias. b) Lectio quœ legilur post S. Johannis missam. Matth., XXI, 23-32 : In qua potestatc hœc facis ?

33. Missa in sancti Johannis passione.

Matth., XIV, 1-12 : Audi vit Hero des fainam Jesu.

34. Missa in natale Pelri ef Pauli.

Matth., IV, 18-19 : Vocatio Pétri et Andrese. Joa., XXI, 15-19 : Simon Joh. diligis me plus his.

35. Missa sancti Sigisnnindi régis.

Matth., IV, 23-24 : Circuibat Dns totam GaHIteam.

36. Missa in sanclorum martyrum.

Matth., v, 1-12 : Beati pauperes spiritu.

37. Missa unius martyris.

Matth., X, 32, 33, 37, 39-42 : Qui conlitebitur me coram.

38. Missa de uno confessore.

Matth., XXIV, 45-47 : Qui putas est tidelis servus.

39. Missa sancli Martini episcupi.

Mattli., XXV, 14-21 : Homo quid. proficisc, talenta.

40. Missa unius virginis.

Matth., XXV, 1-13 : Simile... decem \irginibus.

41. Missa pro n'grotis.

Luc, IV, 38-40 : Socrus Pétri tcncbatur febribus.

42. Missa in dedicationc.

Joa., X, 22-38 : Facta sunt encaenia in Jérusalem.

43. Missa in honore sancti Michael.

Matth., xvn, 1-9 : .\risumpsit Dns... et transliguratus est.

44. .'l//s.'iu pro iter agentibus.

.Matth., X, 11-15 : In quamcumq. civitat. intraveritis.

Luc, XV, 4-7 : Quis ex vobis habet centumovo.s ? 4(i. .Uisso omnimnda.

.Matth.. IX, 9-12 vel Marc, u, 15-17 : Vocatio Lc\i.

I.uc, XIX, 1-10 : Zacclueus.

Luc, XI, 5-10 : Quis vostruiu habct ainicuni ?

Luc, x%an, 35-43 : Cœcus Jéricho.

• EvangcUum supcrius dicilnr. • 51. Missa in domo cujuslibel.

Luc, xu, lG-24 : Simiiit. hoininis cujusd. divilis. Lectiones dominica les.

52. Missa dominicalis.

Matth., XIX, 16-30 : Quid boni faciam ut habeam vitam ?

53. Missa dominicalis.

Matth., XV, 10-28 : Non cjuo< ! intrat in o^, coiuquinat.

54. Missa dominicalis.

Matth., xiii, 24-30 : Bonum semen et zizania. — 34-43 : Explanatio parabolse.

55. Item missa dominicalis.

Matth., XXV, 31-46 : Cum venerit Fil. in majest. sua.

56. Missa dominicalis.

Matth., VII, 12-21 : Angusta porta ; arbor bona 57. Legendis collidianis.

Luc, v, 17-26 : paralyticus per tectum subnaissus.

58. Item alla (missa cottidiana dominicalis).

Matth., XXII, 35-46 : Quod est mandatum magnum ? 50. Item alias lectiones collidianas.

Luc, VII, 11-16 : Filius vidu » Naïm.

60. Item lectiones collidianas.

Luc, \in, 40-41 ; Marc, v,22-24, 35-43 : Resuscitat Jésus mortuam.

61. Item lectiones collidianas.

Joa., III, 16-21 : Sic dilexit Deus mundum ut filium. b) Hem alla.

Joa., XIV, 12, 13, 15, 21 : Qui crédit in me, opéra.

62. Legenda in depositione sacerdotis.

Joa., V, 24-29 : Qui verbum meum audit, et crédit.

63. Lectiones pro defunclis.

Joa., VI, 39-40 : Ilaec est voluntas ejus qui misit me.

Manuscrit de Trêves, 134.

1. Ante una ebdom. de natale Domini.

Matth., XX, 29- ? = S D 6 ( ?) 2. Ante una dominica de natale Domini.

Luc, III, 1 = S D 4.

3. Ante natale Domini.

Marc, XI, 1... invenietis puUum ligaluni = cf. SD 6.

4. Ante nativitale Domini.

Luc XIX, 29-38 : invenietis pullum asinœ ; cf. SD 6 5. In natale Domini.

Luc, I, 26 : In mense 6°, missus est angélus Gabriel.

6. Istud in natale Domini junge.

Luc, II, 1-15 = L 8, S D 8.

7. In natale S. Stephani.

Matth., xvn, 23 = L 10, B 7.

Matth., XX, 17. Ecce ascendimus Jeros. et fil. hom. tradetur. 9 Matth., XX, 20 = B 9.] Luc, II, 21 = L 15, BIO.

Luc, II, 42-52 = B 13.

Matth., II, 1 = LIS.

Matth., III, 13 = L 19, B 11.

Joa., Il, 1 = L 19, B 11.

17. Et istud in Epyphania jungendum est.

Joa., VI, 5 : Quin que panes et duo pis ces.

18. Dominica post Epyphania.

Joa., IV, 45 : Filius reguli Capharnauni.

19. Dominica ante qundragensima.

Matth., VI, 1 = B 15.

20. Secundo ferla initium quadragensimc.

Matth., IV, 3 = B 19 b.

21. Jn quadrag. quando de Joseph {Dom. II').

Luc, XV, 11-32 = B 19 c.

22. Die dominica quando de manna legilur in quadrag. (Dom. ;//•).

Joa., VI, 30 = B 19 d.

23. Media quadragisima quando de Balaam.

Joa., ^^, 71 : Sccnopegia.

24. Ante duas dominicas de Pascha.

Joa., XI, 47 ; Quid lacimus, q. hic home signa facit ?

25. In simbuli Iraditione missa prima.

Joa., xn, 1-50 = L 32, B 20.

26. In simbuli Iraditione.

Joa., xvn, 1-26 : Pater, venit hora, darifica.

27. Ante una die de Cena Domini.

Luc, xra, 31 : Exi et vade hinc, q. Hero des.

28. In Cena Domini.

Joa., xni, 1-33 : Ante diem festum P., scient ..

29. In Cena Domini ad missa secundo Matth., XXVI, 1-36 = L 34, B 21.

30. In parascive ad lucem.

Matth., xx\Ti, 1 = L 36, B 22 31. In parascive ad nona.

Matth., xxvn, 43 = L 36, B 22.

32. In vigilia Pàschœ.

Matth., xxvin, 1 = L 41, B 24.

33. Prima Pascha.

Luc, XXIV, 1-35 = L 42, B 25.

34. Sexta ferla in Pascha.

Joa., I, 29 : Ecce Agnus Dei.

35. Sabbato in Pascha.

Joa., III, 1-15 : Nicodemus.

36. Secun, a dominica posl Pascha.

Joa., III, 16 : Sic Deus dilexit mundum.

37. Tertia dominica post Pascha.

Joa., IV, 5-42 : Mulier Samarilana 38. In média Pascha.

Luc, XXIV, 36-43 : Pax vobis, ego si.ni 39. Quarto dominica post Pascha.

Joa., IX, 1 : Csecus a nativitate.

40. Joa., XI, 1 : Lazarus ; cf. L 45.

41. In Ascensione Domini. Luc, XXIV, 44 = L 58, B 30.

42. In Pentecosten.

Joa., XIV, 15 = L 60, B 31.

43. Lege et istud in Pentecosten.

Joa., XV, 26-xvi, 15 : Cum venerit Paraclitus ; cf. L 66.

Dominica legenda. et Andrese. tradit.

Marc, IX, 1-12 {(ccdo in dominica Icgenda scd proprie in basilicaS. ff/n). Transfiguratusest.

— IX, 13. = S D dominicalis.

— X, 1 (dominica legenda aul propter persona huiusmodi) : Sili cet virouxoremdimittere.

— X, 17-31 : Magister bone, quid faciam ?

— 'x, 45 : Fil. hoin. non venit ut ministraretur.

— X, 46 : Bartimaeus caecus Jéricho.

— XI, 12 (domin. leg. et in letaniis) : Cum vidisset ficuin haljentem folia.

— XI, 27 : In qua potestate haec facis ?

— xn, 28 : Quod est primum mandatum ?

— xm, 14 : Cum videritis abominationem ? Inc., V, 12-26 (domin. leg. in letaniis) : Doiii. si vis, potes me mundare ?

— V, 27 : Vocatio Levi-Matthsei.

— VI, 6-19 : Manus arida ; nomina 12 Apostol. ~ IX, 57 = L 78.

— X, 25-37 = L 25.

— X, 38 : Martha et Maria.

- — XI, 14 : Iscmoniuni mutum.

— XI, 27 : Beatus venter qui te porlavil.

— XII, 2 : cf. L 56 c ( ?).

— xn, 32 : Noiite timere pusillus grex.

— XII, 54-xni, 17 (dom. leclio et in lœlaniis legenda) = S D dominicalis — xm, 19 (domin. leg. in Isetaniis) = S D dominicalis ( ?).

— XIV, 1 (leclio domin. leg. in lœtaniias) :

= L 26.

— XIV, 16-35 (domin. leg. et in lœtaniis) : îlomo quid. fecit cœnain magnam.

— XVI, 1 = S D dominicalis. '

— XVI, 19-31 = L 53, S D 53.

— xvn, 12-19 (leg. domin. et in lœlaniis) : decem viri leprosi.

— xvn, 20 : Quando venit regnum Dei ?

— xviu, 1-14 (domin. leg. et in lœlaniis) = S D dominicalis.

— XVIII, 15-30 : Sinite pueros... ; Mag. bone quid faciens.

— xvni, 35 (domin. leg. et in Isetaniis) : Cum approp. Jéricho, csecus quidam.

— XX, 9-19 : Homo plantavit vineani.

— XX, 20-40 : Li cet tributum dare Cœsari ?

— XX, 41 (domin. leg. et in Ixlaniis) = L 77 ( ?) — XXI, 20-36 (domin. leg. et in Isetaniis) : Signa ccnsummalionis saeculi. / ;i lœlaniis legenda. Mallli., VII, 1 = L 55 c.

— IX, 27 : Duo cxci.

— XV, 32 (in lœtaniis ad tertio) : Miseicor turbEC, quia triduo.

— XVIII, 23 : Sini... hom. régi qui voluit ration, ponere.

— XIX, 16 : Mag. bone, quid boni faciam ? - XX, 1 : operarii in vineam.

— XXI, 18-32 = L 57 e. XXII, 2 = S D dominicalis.

.Alarc , IV, 36 = n. 51.

Marc, VIII, 1 (die tertio legenda in Ui'tiiniis) :

Misereor super turbam. .Marc, XI, 12 = n. 62. I.uc,v, 12-26 = n. 66. . — xn, 54-xiii, 17 = n. 76. xui, 19 = n. 77. XIV, 1 = n. 78.

— XIV, 16-35 = n. 79.

— xvn, 12-19 = n. 82.

— XVIII, 1-14 = n. 84.

— xvin, 35 = n. 86.

— XX, 41 = n. 89.

— XX !, 20-36 = n. 90.

100. In natale sancli Matlhci. Matth., IX, 9 : Vocatio Matthaci.

In passione sancli Johannis (BuplisUe).

101. Matth., XIV, 1 : Audivit Hero des famam Jesu.

102. Marc, vi, 14 : Dicebat Herod. : Jo. B. resurrexit.

103. In natale sancli Zacchariœ.

Matth., xxm,l ; Sup.cathedr. Moysisederunt scrib. In sanclorum legenda.

104. Matth., X, 16 : Ecce ego mitto vos sicut oves.

107. Marc, vin, 27 : dominica leg. vel in sanclorum.

= n. 55 Cxsarese Philippi : Quem me dicunt.

109. Luc, VI, 20 : Beati pauperes.

112. Joa., XV, 1-16 : Ego sum vitis vera. invicem.

114. In dcdicalione legenda. Joa., X, 22-42 = L 74, B 42.

115. In dcdicalione legenda in baptislerio.

Luc, XIX, 45 : cœpit ejicere vendentes in templo. 110. In dcdicalione episcopi.

Luc, XIX, 12 : Homo quid. nobilis dédit mnas servis.

117. In deposilione episcoporum. Matth., XXV, 14 = B 39.

118. Dominica legenda in inposilione manum infantibus. Matth., XIX, 13 : Sinite parvuios.

119. Dominica et quando in/antes ud oleum veniunl legenda.

Marc, VII, 24 : Filia dœmon. mulieris Syrophœn.

Pour ne pas multiplier outre mesure les remarques de détail, nous nous bornerons à observer ici que les deux premiers documents nous présentent le cycle liturgique sous une forme encore peu développée. Les périodes principales, Pâques accompagné du carême et de la Pentecôte, puis l'avent, sont pourvues de péricopes dont le choix s'explique généralement par le sens des fêtes commémorées. En dehors de ces sections, la série des dimanches ordinaires est à peu près inexistante, sans parler des fériés.

Dans le ms. de Trêves, au contraire, on remarque un nombre considérable (n. 44-90) de lectures pour des dimanches indéterminés sous ce titre à peu près constant : dominica legenda (chaque fois que ce titre est modifié, nous avons reproduit la formule exacte, par exemple : dom. leg. vel in letaniis, etc.) ; puis un nombre également très élevé (n. 91-99) de lectures réservées aux « litanies » ou communes aux dimanches et aux litanies (11 péricopes). Il est impossible de préciser la répartition de ces péricopes au cours de l'année. Une remarque s'impose, qui vaut également pour les deux documents précédents : le quatrième évangile ne fournit aucune péricope pour les dimanches ordinaires, il est réservé exclusivement au temps de Pâques, comme dans les systèmes mozarabe et romain. Mais au cours de la semaine de Pâques, le récit de la résurrection est donné d'après les quatre évangiles successivement.

S. Licianus a donné la série des péricopes évangéliques de deux autres manuscrits milanais : Ambras n. 28 Part, in fol., du début du IXe, et Ambros. A n. 24 bis in fol., du Xe.

1. Joa., X, 11-18 : Ego sum pastor bonus.

2. Natale S. Romani.

Luc, IX, 44-50 : Ponite in cordibus vestros sermones.

3. Natale Scae Cœciliæ.

Matth., XXV, 1-13 : Simile... decem virginiibus.

4. Natale Sci Laurentii.

Matth., XIV, 22-33 : Ambulabat Jesus supra mare.

5. Natale Sci Andreæ, missa in vigiliis.

Matth., X, 1-8 : Missio et nominatio Apostolorum.

5 bis. Mane ad missam.

Matth., IV, 18-25 : Vocatio Simonis et Andreae.

7. Ordinatio beati Ambrosii, mis. in vigiliis.

Joa., VI, 14-21 : Cum vidisset turbam signum.

7 bis. Mane ad missam.

Joa., X, 11-18 : Ego sum pastor bonus.

8. Dominica prima de Adventu.

Matth., XXIV, 1-42 : Signa consummationis sæculi.

9. Dom. II de Adventu.

Luc, III, 1-18 : Anno quinto decimo imperii Tiberii.

10. Dom. III de Adventu.

Matth., XI, 2-11 : Johannes cum audisset in vinculis.

11. Dom. IV de Adventu.

Matth., XXI, 1-9 : Cum... venisset Bethfage, misit 2 discipulos.

12. Dom. V de Adventu.

Joa., I, 15-28 : Johannes testimonium perhibet.

13. Dom. VI de Adventu, in ecclesia lugubri.

Luc, I, 39-45 : Exsurgens Maria.

14. Item ad sanctam Mariam.

Luc, I, 26-38 : Missus est angelus Gabriel.

16. In vigilia natalis Domini.

Matth., I, 18-25 : Cum esset desponsata mater ejus.

16 bis. In natale Dni, in nocte sancta.

Joa., I, 9-14 : Erat lux vera quæ illuminat.

16 ter. Mane ad missam.

Luc, II, 1-14 : Exiit edictum a Cæsare.

18. Natale sancti Stephani.

Matth., XVII, 24-27 : Accesserunt qui didrachma accip.

20. Natale Sci Johannis evangelistæ.

Joa., XXI, 19-24 : Dixit Dominus Petro ; Sequere me. Conversus.

21. Nat. Innocentum.

Matth., II, 13-23 : Surge et accipe puerum et matrem.

22. Nat. sancti Jacobi.

Matth., XX, 20-28 : Accessit mater filiorum Zebedei.

24. Dom. post natal. Domini.

Luc, IV, 14-22 : Venit Jesus Nazareth ubi erat nutritus.

25. Octava Domini.

Luc, II, 21-32 : Postquam consummati sunt dies octo.

26. Vigilia Epiphaniæ.

Matth., III, 13-17 : Venit Jesus ut baptizaretur.

26 bis. Mane ad missam.

Matth., II, 1-12 : Cum natus esset Jesus,... ecce magi.

Luc, II, 42-52 : Cum esset Jesus annorum duodecim.

Joa., II, 1-11 : Nuptiæ factæ sunt in Cana.

Joa., IV, 46-54 : Regulus Capharnaum.

Joa., III, 16-21 : Sic Deus dilexit mundum.

Matth., XVII, 14-21 : Filius lunaticus,

Luc, VI, 17-23 : Beati pauperes.

34. Natal. sancti Vincentii.

Luc, VI, 20-36 : Beati pauperes,

35. Nat. Scor. Babylæ et trium parvulorum. Matth., XVIII, 1-11 : Quis putas major est.

36. Sancti Julii.

Matth., X, 32-42 : Qui confitetur me coram.

37. Sancti Severi.

Luc, XII, 8-12 : Qui confessus fuerit me coram.

38. Purificatio sanctæ Mariæ.

Luc, II, 22-40 : Postquam impleti sunt dies purgationis.

39. Natal. sanctæ Agathæ.

Luc, VII, 36-50 : Maria ungit pedes Jesu.

40. Sanctorum Fausti et Joviti. Joa., XVII, 1-26 = n. 113.

41. Dominica in Septuagesima.

Matth., XX, 1-16 : Simile... operarios in vineam.

42. Dominica in Sexagesima Matth., XIII, 4-23 : Exiit qui seminat.

43. Dominica in Quinquagesima.

Matth., XIII, 24-43 : Seminavit bonum semen, zizania.

44. Dom. in caput Quadragesimæ.

Matth., IV, 1-11 : Ductus est Dominus Jesus in desertum.

45. Fer. II in Quadragesima hebdom. I. Matth., V, 1-12 : Beati pauperes spiritu.

46. Fer. III hebdom. I.

Matth., V, 13-16 : Vos estis sal terræ.

47. Fer. IIII hebdom. I.

Matth., V, 17-19 : Non veni solvere legem.

48. Fer. V hebdom. I.

Matth., V, 20-24 : Nisi abundaverit justitia vestra.

49. Fer. VI hebdom. I.

Joa., V, 1-15 : Probatica piscina.

50. Sabbato hebdom. I.

Matth., XII, 1-8 : Discipuli cœperunt evellere spicas.

51. Dom. I. de Quadragesima.

Joa., IV, 5-42 : Mulier Samaritana.

52. Fer. II hebdom. II.

Matth., V, 25-29 : Ego consentiens adversario tuo.

53. Fer. III hebdom. II.

Matth., V, 31-42 : Quicunque dimiserit uxorem suam.

54. Fer. IIII hebdom. II.

Matth., V, 43-48 : Diligite inimicos vestros.

55. Fer. V hebdom. II.

Matth., VI, 1-6 : Attendite ne justitiam vestram.

56. Fer VI hebdom. II.

Matth., XXI, 33-46 : Homo... plantavit vineam.

57. Sabbato II hebdom. II.

Marc, VI, 1-5 : Nonne faber, filius Mariæ ?

59. Dominica II de Adventu.

Joa., VIII, 31-59 : Semen Abrahæ sumus.

60. Fer. II hebdom. III.

Matth., VI, 7-15 : Orantes ne multum loqui.

61. Fer. III hebdom. III.

Matth., VI, 16-18 : Cum jejunatis nolite fieri sicut.

Matth., VI, 19-21 : Nolite thesaurizare in terra ubi tinea.

Matth., VI, 22-23 : Lucerna corporis tui.

Luc, XI, 14-28 : Dæmonium inutum.

Marc, I, 7-13 : Cœpit mittre binos discipulos.

Joa., IX, 1-38 : Cæcus a nativitate, Siloe.

Matth., VI, 27-33 : Quis... adicere ad staturam.

Matth., VI, 34-VII, 5 : Nolite solliciti esse in crastinum.

Matth., VII, 6-12 : Nolite dare sanctum canibus.

70. Fer V hebdom. IIII.

Matth., VII, 13-21 : Intrate per angustam portam.

71. Fer. VI hebdom. IIII.

Marc, I, 40-45 : Venit ad Jesum leprosus.

72. Sabbato IIII.

Matth., XIX, 13-15 : Oblati sunt parvuli.

73. Dominica de Lazaro.

Joa., XI, 1-45 : Erat quidam languens Lazarus.

74. Fer. II hebdom. V.

Marc, VIII, 27-33 : Cæsar... Philippi : Quem me dicunt.

75. Fer. III hebdom. V.

Joa., X, 63-71 : Verba quæ locutus sum vobis.

76. Fer IIII hebdom. V.

Luc, XVIII, 31-34 : Ascendimus Jerosolymam.

77. Fer. V hebdom. V.

Joa., XI, 43-53 : Quidam volebant apprehendere eum.

78. Fer. VI hebdom. V.

Joa., XI, 47-52 : Quid faciemus, quia hic homo signa facit,

79. Sabbato in traditione symboli. Matth., XI, 25-30 : Confiteor tibi Pater.

80. Dom. in Ramis olivis, ad Sem Laetare.

Joa., XII, 12-13 : Turba multa... acceperunt ramos olivarum.

81. Item missa postquam venerunt ad ecclesiam. Joa., XI, 55-XII, 11 : Maria ungit pedes Jesu.

82. Fer. II in authentica.

Luc, XXI, 34-38 : Ne graventur corda vestra in crapula.

83. Fer. III.

Joa., XI, 47-54 = n. 78.

84. Fer. IIII in authentica.

Matth., XXVI, 1-5... Scitis quia post biduum Pascha.

85. Fer. V in authentica.

Matth., XXVI, 17-25 : Ubi vis paremus tibi comedere Pascha.

88. In vigiliis Paschæ, in ecclesia minori. Joa., III, 1-13 : Nicodemus.

89. Item, alia missa in ecclesia majori.

Matth., XXVIII, 1-7 : Vespere sabbati quæ lucescit.

90. Mane die Paschæ, in eccl. min. pro baptizatis. Joa., VII, 37-39 : Si quis sitit, veniat ad me.

91. Item, alia missa in ecclesia majori.

Joa., XX, 11-18 : Maria stabat ad monumentum foris.

92. Feria II in albis, missa pro baptizatis. Matth., V, 1-12 = n. 45.

93. Item, missa in ecclesia majori.

Luc, XXIV, 1-12 : Valde diluculo, venerunt mulieres ad monumentum.

95. Feria III in albis, missa in ecclesia majori.

Matth., XXVIII, 8-15 : Maria Magdalena et alia Maria.

97. Fer. IIII in albis, missa in ecclesia majori.

Luc, XXIV, 13-35 : Discipuli Emmaus.

99. Fer. V in albis, missa in ecclesia majori.

Matth., XXVIII, 16-20 : Undecim in Galilæam.

101. Fer. VI in albis, missa in ecclesia majori.

Marc, XVI, 1-7... Maria... emerunt aromata.

Joa., XX, 19-31 : Thomas incredulus.

Joa., XVI, 16-22 : Modicum et iam non videbitis me.

Joa., VII, 14-30 : Mediante die festo.

Joa., XIV, 1-14 : Vado ad eum qui misit me.

Joa., XVI, 23-30 : Si quid petieritis Patrem in nomine.

112. In Ascensione Domini, mane ad missam.

Luc, XXIV, 36-53 : Stetit Dominus Jesus in medio discipulorum.

113. Dominica post Ascensionem Dni.

Joa., XVII, 1-26 : Pater, venit hora, clarifica.

115. In letaniis, die primo, ad missam.

Matth., V, 1-12 : Beati pauperes spiritu (= n. 45).

117. Die secundo, ad missam.

Matth., XV, 29-31 : Secus mare Galilææ curat infirmos.

119. Die tertio, ad missam.

Matth., XV, 32-38 : Misereor turbæ quia triduo.

121. Missa in vigilia Pentecostes.

Joa., XV, 26-XVI, 14 : Cum venerit Paracletus.

122. Die Paschæ, missa pro baptizatis. Joa., VII, 37-40 : Si quis sitit, veniat ad me.

123. Item, in ecclesia majori.

Joa., XIV, 15-27 : Si diligitis me, mandata mea.

124. Dom. I post Pentecost.

Marc, XVI, 14-20 : Recumbentibus undecim apparuit Jesus.

125. Dom. II post Pentecost.

Matth., IX, 10-15 : Discumbente Jesus in domo Levi.

126. Dom. III post Pentecost.

Luc, VI, 37-42 : Estote misericordes.

127. Dom. IIII post Pentecost.

Luc, XVI, 19-31 : Homo dives et Lazarus mendicus.

129. Missa canonica.

Luc, XVII, 3-10 : Si peccaverit frater tuus.

134. Dom. V post Pentecost.

Luc, XVII, 11-19 : Decem viri leprosi.

135. Dom. VI post Pentecost.

Luc, XIV, 16-24 : Homo quidam fecit cœnam magnam.

136. Dom. VII post Pentecost.

Matth., XX, 29-34 : Duo cæci Jerosolymis.

137. Dom. VIII post Pentecost.

Luc, XV, 1-10 : Ovis perdita ; drachma perdita.

138. Dom. VIIII post Pentecost.

Luc, V, 1-11 : Captura piscium magna.

139. Dom. X post Pentecost.

Luc, XII, 13-21 : Die fratri meo ut dividat mecum.

140. Dom. XI post Pentecost.

Luc, XVIII, 9-14 : Phariseus et publicanus in templo.

141. Dom. XII post Pentecost.

Matth., V, 20-24 : Nisi abundaverit justitia vestra.

142. Dom. XIII post Pentecost.

Marc, VI, 1-9 : Misereor super turbam.

143. Dom. XIII I post Pentecost. Marc, VII, 31-37 : Surdus et mutus.

144. Dom. XV post Pentecost.

Luc, VII, 11-16 : Filius viduæ Naim.

145. Dom. XVI post Pentecost.

Luc, XIX, 41-46 : Videns Jerusalem, flevit super illam.

145 bis. Dom. post decollationem Sci Johannis Baptistæ.

Luc, IX, 7-11 : Audivit Herodes... quæ faciebat Jesus.

Matth., VII, 15-21 : Attendite a falsis prophetis... arbor bona.

Matth., XXI, 19-22 : Videns arborem ficulneam secus viam.

Matth., XXI, 33-46 : Homo plantavit vineam.

Luc, XIII, 6-17 : Ficus ; mulier inlinita.

Luc, XIV, 1-11 : Hydrope sanatur sabbato ; invitatus ad nuptias, non discumbens in primo loco.

152. Dom. 1 post dedicationem Ecclesiæ.

Matth., XVIII, 23-35 : Simile... homo regi qui voluit rationem.

171. Natal. Sci Johannis Bapt., in vigilia. Luc, I, 5-25 : Zaoharias.

173. Mane ad missam.

Luc, I, 57-08 : lilisab. implet. est temp. paricndi.

174. Nal. Scor. Johannis et Pauli.

Omnia de plurim. martyr, (n. 218, 219).

175. Vigil. nat. aposl. Pelri et Pauli.

Matth., XVI, 13-19 : Ca'sarese Philip. : Quem dicunt.

177. Mane ad missam.

Joa., XXI, 15-19 : Simon Joan. diligis me ?

178. Translatio Sci Thomœ aposloli.

Joa., XX, 19-31 : Thomas incredulus (= n. 104).

179. Nat. Scor. Naboris et Felicis. Luc, IX, 28-36 : Transfiguratio.

180. Nat. Sci Quirici.

Matth., X, 1-11 : Quis putas major est in regno ?

181. Sancti Materni. episcopi.

Omnia de uno confessore (= n. 220, 221).

182. Nat. Sci.ipollinaris.

Joa., X, 11-18 : l-^go sum pastor bonus (= n. 1).

183. Sanctœ Christinœ.

Omnia de virgin. (= n. 222).

Joa., I, 43-51 : Nathanael.

Joa., X, 11-18 : Ego sum pastor bonus (= n. 1).

Evang. de plurim. sanct. (= n. 218, 219).

190. Nat. Sci Laurentii, in vigil.

Joa., xiv, 10-14 : Verba quœ ego loquor vobis.

191. Mane ad missam.

Joa., XII, 24-33 : Nisi granum frumenti.

192. Nat. Scor. Ypoliti et Cassiani.

Luc, xvm, 31-43 : Ecce ascendimus Jerosol.

193. Depositio Sci Simpliciani episc. et translul. Scor. Sisinnii, Martirii el Alexandri.

Luc, xn, 32-44 : Noiite timere pusillus grex.

194. Assumptio healœ Murix.

Luc, X, 38-42 : Martha et Maria.

195. Sanctorum Marnes et Agapiti. Matth., xxn, 15-22. = n. 153.

196. Nat. Sci Genesii.

Matth., xvu, 1-9 : Transfiguratio.

197. Sancti Alexandri.

Joa., XV, 9-16 : Sicut dilexit me Pater, et ego.

198. Depositio Sci Augustini.

Joa., X, 11-18 : Ego sum pastor bonus (= n. 1).

199. Decollatio Sci Johannis Baptistœ.

Marc, VI, 17-29 : Misit llerod. ac tenuil Johann.

200. Dedicatio basilicœ B. arch. Micluibel. Luc, XIX, 1-10 : Zaccheus.

201. Nat. Scor. Cornelii et Cypriani.

Luc, V, 27-38 : Vocatio Levi-Malthaei.

203. Nat. sanctœ Eufymiœ.

Matth., xni, 44-52 : Simile... thesauro absc. (= n. 16).

204. Depositio Sci Eustorgii.

Evang. de confess. (= n. 220, 221).

205. Sancti Mathei aposloli. Evang. apostol. (= n. 212).

206. Scor. Mauricii et commilitonun\. Evang. de martyr. (= n. 218, 219).

207. Nat. Scœ Teclœ.

Luc, X, 38-42 : Martha et Maria (= n. 194)

208. Nat. Scor. Cosmœ et Damiani.

Luc, XI, 23-38. Qui non est mecum, adversuin.

209. Nat. apostol..Symonis et Judœ.

Evang. Apostol. (= n. 213).

210. Nat. Sci Saturnini martyris.

Luc. XIV, 25-35 : Si quis venit ad nie et non odit patrem.

211. Nal. Scor. Vitalis et A gricolœ.

Joa., XV, 1-S : Ego sum vitis vera et Pater meus.

212. In nul. uniiis aposloli.

Matth., X, 1-8 : Missio et nomina 12 apostolonim.

213. Item in nat. plurimorum apostolonim.

Matth., XIX, 27-30 : Ecce nos reliquimus omnia.

215. Item in nat. iinins martyris.

Matth., x\i, 21-2S : Qui vult po.st me venire.

216. Item alla missa.

Matth., X, 34-42 : Non veni pacem mittere.

218. Item in nat. plurimorum sanctorum.

Joa., XV, 9-16 : Sicut dilexit me Pater, et ego.

219. Item aliad evangelium.

Luc, XXI, 14-19 : Ponite in cordib. vcst. non prœmeditari.

220. Item alla missa.

Luc, X, 1-9 : Designavit Dnus 72 discip.

221. In nat. confessor.

Matth., XXV, 14-23 : Homo quid. peregre proficiscens.

Matth., XXIV, 42-47 : Vigilate quia nescilis qua hora.

Matth., XXV, 1-13 : Simile... dccem virginibus.

222. Joa., X, 22-30 : Facta s. encenia in Jerosol.

223. Item aliud evangelium. Luc, XIX, 1-10 : Zaccheus.

224. Missa in eccl. cujusl. confess. vel martyris. Evang. de uno martyre vel confessore.

225. Missa in colidianis diebus plurim. Scor.

Joa., XVI, 20-22 : Plorabitis et flebitis, mundus autem.

226. Die dominica, missa de Sca Trinitatc.

Joa., XV, 26-xvi, 4 : Cum venerit Paraclitus.

227. Feria II, missa pro peccalis.

Luc, XI, 9-13 ; Petite et dabitur vobis.

228. Feria III, missa ad poscenda angelica sufjragia. Joa., V, 1-4 : Probatica piscina.

229. Feria IIII, missa de sapientia.

Joa., xvn, 1-3 : Pater venit hora, clarifica Filium.

230. [Feria V, missa ad poslulandam charilatem.] Joa., xm, 33-35 : Filioli adhuc vobisc. sum, mandatum novum do vobis.

231. [Feria VI, missa in honore sanelie Crucis.\ Mattli.,xx,17 19 : Ecceascendimus Jerosolymam.

232. Sabbalo, missa sancta : Marise. Luc, X, 38-42 : Martha et Maria.

233. Missa in ordinal, presbyteri sive annivcrs. Mattli., XI, 27-30 : Omnia milii tradita sunt.

234. Item alia missa sacerdolis propria.

Matth., xn, 35-37 : Bonus lionio de bono thesauro.

235. Missa sacerd. in temptatione carnis.

Luc, XI, 9-13 : Petite et dabitur vobis (= n. 230).

236. Missa voliva.

Joa., III, 16-17 : Sic dilexit Deus niunduni.

237. Item alia missa.

Marc, XII, 41-44 : Sedens Jes. contra gazophilatium.

238. Missa pro iler agentibus.

Matth., X, 7-15 : Euntes proedicate.

239. Missa ad pluviam poslulandam.

Joa., XIV, 12-14 ; Qui crédit in me, opéra q une ego.

240. Missa ad poscendam serenilalem.

Matth., XV, 32-38 : Misereor turbse (= n. 119).

241. Missa pro infirma.

Luc, IV, 38-40 : Socrus Pétri.

242. Missa pro cpiscopo defuncto.

Joa., VI, 37-40 : Omne quod dat milii Palcr.

243. Missa pro sacerdote i>cl abhatc dcjunct. Ut supra, n. 255.

244. Missa unius dcfuncli.

Joa., XI, 21-27 : Dixit Alartha : Dne si fuisses Iiic

Ce ms contient une centaine de notes liturgiques qui ont été publiées et commentées avec tout le soin désirable par dom D. de Bruyne*. » Dans le Forojuliensis on ne trouve pas, comme dans tant d'autres manuscrits, de ces lectures intitulées simplement cottidiana, mais toutes sont assignées à des jours déterminés, ce qui permet de reconstituer dans tous ses détails le cadre presque complet de l'année liturgique. Les dimanches y sont divisés par mois, exactement comme dans le Rehdigeranus. C'est pour quoi j'ai pu reconstituer un vrai capilulare evangeliorum, c'est-à-dire la table, mois par mois, des différentes réunions liturgiques, semblable à celle qu'on trouve dans le manuscrit de Breslau. Évidemment l'annotateur a eu sous les yeux une liste de ce genre ^ » La provenance de ce ms est inconnue et les notes liturgiques ne suffisent pas pour résoudre la question de façon précise. Cependant, la liste de péricopes du Forojuliensis est en rapport étroit avec celle du Rehdigeranus, et cette parenté certaine permet de conclure que le ms de Cividale est, lui aussi, un témoin des usages liturgiques du nord de l'Italie. « Écrits pour deux Églises différentes, d'après des modèles différents, ils (ces deux mss) viennent de la même province, ils sont les deux seuls témoins de l'année liturgique dans cette vénérable Église aquiléienne avant les envahissements de l'influence romaine. Mais les annotations du Forojuliensis ont, sur celles du Rehdigeranus, le double avantage de nous présenter le cycle complet de l'année liturgique et d'être en grande partie, me semble-t-il, plus anciennes °. » On trouvera ci-dessous la reproduction de l'édition de D. de Bruyne. Les numéros d'ordre ont été ajoutés par nous pour faciliter les comparaisons.

Mais ces annotations liturgiques ne sont pas contemporaines de la transcription du texte évangélique. Elles datent presque toutes d'une même époque, le VIIIe-IXe, bien que l'écriture ne soit point partout la même... Les additions postérieures sont rares et faciles à distinguer ». » Ces additions sont placées dans le tableau ci-dessous entre crochets [ ].

À quelle Église a appartenu la liturgie représentée par ce système de péricopes ? Il est impossible de le dire avec précision. Le type est certainement milanais, mais il ne provient pas de l'Église même de Milan : il faut songer simplement à l'Italie du nord, sans pouvoir déterminer davantage. « Contentons-nous de savoir que le type liturgique reconstitué à l'aide des annotations marginales des évangiles Ambros. C. 19 Inj., quoi que apparenté à l'usage milanais, n'a jamais cependant été suivi à Milan même, mais dans quelque autre Église indéterminée du ressort de cette métropole ». »

4. Le codex Clm. 6224, appelé aussi le Valerianus, appartenant à la Bibliothèque royale de Munich, contenant les quatre Évangiles en onciales du VIIIe environ. Il a été édité par H. J. White, en 1888, dans la collection des Old latin biblical texts, à Oxford. Il contient, comme les précédents, des indications liturgiques qui ont été disposées selon l'ordre de l'année liturgique et publiées par dom Morin '« . S. Beissel a reproduit le travail de dom Morin ». On en trouvera le tableau ci-dessous. Les numéros d'ordre ont été ajoutés par nous.

La provenance de ce ms est indéterminée. On sait seulement qu'avant d'arriver à Munich, il appartenait au chapitre de Frisingue. Par son texte biblique, il se rattache à la Haute Italie. Quant aux notes liturgiques, deux seulement sont contemporaines de la transcription du manuscrit : n. 4, in natali Domini, Matth., II, 1 ; n. 11, in apparitione Domini, Matth., m, 13-17. Toutes les autres ont été ajoutées à la marge par différentes mains en écriture cursive qui peut dater du VIIIe ou IXe. Cette liste de péricopes ne se rattache à aucun système de façon bien nette. Mais elle présente des analogies avec les usages de la Haute Italie, de même que le texte biblique du ms se rattache certainement aux familles de mss de cette région. Dom Morin estime que cette liturgie doit être celle d'une Église du sud-est de l'Europe, plus précisément, de la région danubienne « .

Les sigles conventionnels de ces quatre manuscrits reproduits dans les tableaux suivants sont : Rehdigeranus : R ; Forojuliensis : F ; Ambros. C. 39 : M ; Clm. 6224 : V.

5. In Sci Petri, Matth., xii, 13-19.

5. In Sci Andreæ, Matth., iv, 18. 121. In Sci Martini, Joa., x, 11. 101. In Sci Georgii, Luc, xxi, 9-19.

24. In Sci Pancrati, ubi volueris, Matth., x, 37-42.

105. In Sci Nazari, Joa., i, 43.

31. In decollatione S. Joann., Matth., xiv, 3-12.

21. In Sci Victoris, Matth., x, 16-22.

22. In Sci Eleutheri, Matth., x, 23-31.

6. In sanctorum, Matth., v, 1-12.

37, 92. In sanctomm, Matth., xvi, 24-28 ; Luc, xiv, 26. 40. In Scor. martirum, Matth., xii, 1-11.

23. In confessorum, Matth., x, 32-36.

88, 100. — Luc, xii, 42-48 ; xix, 12-27.

114, 120. — Joa., VI, 37-59 ; x, 11- ?

16. In dedicatione, Matth., vn, 21-27.

38, 46. — Matth., xiii, 1-5 ; xxi, 10-17. 77,99. — Luc, xvii, 41-49 ; XIX, 1-10. 107. — ibi dolueris, Joa., n, 12-25. 112,123. — Joa., V, 1-23 ; X, 22-30.

Cottidiana. 8, 15. Matth., V, 17-26 ; vn, 13-20.

17. 19. — vm, 5-13 ; IX, 23-27. 20,33. — IX, 1-8 ; XIV, 21-33. 34,41. — XV, 21-28 ; XVIII, 23-35. 43, 44. — XIX, 16-30 ; xx, 1-16. 47,48. — XXI, 33-46 ; XXII, 1-14. 50, 51. — XXIII, 1-12 ; XXIII, 13- ?

13, 14. — VI, 24-33 ; VI, 34-VII, 11.

58, 59. Marc, IV, 36-40 ; V, 1-20. 60, 61. — V, 21-34 ; V, 35-VI, 1. 62, 64. — VIII, 22-26 ; IX, 13-28. 65, 66. — X, 17-31 ; X, 46-52. 68, 69. — XII, 18-34 ; XII, 41-44. 75, 76. Luc, V, 18-26 ; XI, 37-40. 78,79. — XI, 2-10 ; VII, 36-40. 80,82. — IX, 1-11 ; X, 25-37. 84, 87. — XI, 1-13 ; XII, 13-31. 91, 93. — XIV, 1-11 ; XV, 1-10. 94,95. — XV, 11-32 ; XVI, 1-11. 96, 97. — XVI, 19-31 ; XVII, 10-14. 98. — XVIII, 18-30.

En outre, la translation de saint Nazaire, les fêtes des saints Nabor et Félix, Protais et Gervais, Sixte, Laurent, ont été ajoutées après coup, au IXe. Enfin un titre Dom. II post sancti Cipriani, Luc, XI, 22-27, semble être aussi une addition un peu postérieure.

I. SYSTÈME NAPOLITAIN. — En 668, le Grec Théodore et l'Africain Hadrien, abbé d'un monastère de l'île de Nisita, près de Naples, furent envoyés en Angleterre par le pape Vitalien, avec l'Anglo-Saxon Benoît Biscop, afin de travailler à l'organisation définitive de l'Église dans ce pays. L'abbé Hadrien dut apporter avec lui les livres liturgiques qu'il estimait nécessaires à l'Église insulaire naissante. Parmi ces livres se trouvait un évangéliaire muni d'une liste de capitula, ou lectures liturgiques selon l'usage napolitain. Les scribes anglo-saxons en exécutèrent des copies, dont deux au moins subsistent encore. Telle est la provenance de ces listes, reconnue, et l'explication ci-dessus proposée par le savant anglais Edmund Bishop, qui communiqua sa remarquable découverte à dom Morin et le chargea de la publier. Dom Morin a édité et commenté ces capitula d'abord dans la Revue bénédictine ', puis dans ses Anecdota Maredsolana =. Le P. Beissel a reproduit la liste de dom Morin ', et plus récemment dom J. Chapman a longuement étudié ce document*. Il explique d'une autre façon la provenance des listes napolitaines en Grande-Bretagne : les manuscrits italiens, recopiés à Lindisfarne et ailleurs, auraient été apportés par Ceolfrid, avant l'année 558, de l'abbaye de Lucullanum (à Naples). Le lieu d'origine serait donc toujours Naples, mais la date serait notablement plus reculée. De fait, le très petit nombre de fêtes de saints indique plutôt une époque antérieure à saint Grégoire, et il semble que, dans la seconde moitié du VIe, la liturgie de Naples ne devait pas être aussi en retard sur celle de Rome.

Les deux manuscrits anglais fournissent des indications liturgiques assez vagues : la liste des jours ou réunions liturgiques et le nom de l'évangéliste qu'on lisait dans chacune de ces réunions ; la reconstitution des péricopes laissait donc place à d'assez nombreux points d'interrogation. Mais un nouveau document découvert par dom Morin a permis de substituer à ces conjectures des indications certaines : c'est « l'évangéliaire de Burchard, » manuscrit Mp. Th. 1.68 de la bibliothèque de l'Université de Wurzbourg, du VIIIe environ. On y trouve des indications liturgiques qui correspondent exactement à celles des deux manuscrits anglais, mais en plus un appoint considérable d'éléments d'origine purement romaine. Les deux séries, napolitaine et romaine, mélangées et se déroulant dans le cadre de l'année liturgique, ont été publiées par dom Morin », puis par dom J. Chapman « et S. Beissel'.

Cette liste de péricopes sera reproduite dans le Dictionnaire au mot Lindisfarne.


II. SYSTÈME ROMAIN. — Pour mettre quelque clarté dans l'exposé de ce système, nous diviserons ses représentants en trois groupes : groupe italien, groupe anglo-saxon, groupe franc.

1. Au groupe italien appartiennent : l'homéliaire de saint Grégoire, les fragments du missel du Mont-Cassin, l'homéliaire de Paul Diacre, le capilulare du Mont-Cassin. a) Homéliaire de saint Grégoire. — Dans la préface à son recueil de quarante homélies sur l'Évangile, saint Grégoire dit ceci : Inter sacra missarum solemnia, ex his quae diebus certis in hac Ecclesia legi ex more soient sancti Evangelii quadraginta lectiones cxposui '. Il est donc possible d'établir d'après cette série d'homélies une liste de péricopes fixes. Cependant cette liste ne peut être établie et ne doit être acceptée que sous réserves, car, en dehors des cas où l'orateur cite explicitement le jour liturgique auquel telle péricope est lue, il est toujours à craindre que les titres placés en tête de chaque homélie aient été introduits arbitrairement, ou simplement altérés par les copistes jugeant par vraisemblance, d'après le système de lectures en usage de leur temps. Et de fait, les manuscrits ne sont pas toujours d'accord sur les circonstances de temps et de lieu où fut prêchée chaque homélie.

Sous bénéfice de cette précaution, on peut utiliser le tableau dressé par le P. S. Beissel d'après les renseignements fournis par l'homélaire et aussi d'après les quelques indices que l'on peut relever dans le Sacramentaire grégorien (Enstehung der Perikopen des römischen Messbuches, 1907, p. 61-65).

Vigilia Natalis Dni. Natalis Dni. nocte... — mane Octava Dominica Vigilia Theophaniœ Epipliania Dom. I Octava Theopli Dom. II post Theopli.. Dom. m — Dom. IV — Dom. V — Dom. VI — Septuagesima Sexagesima Quînquagesima Dom. I Quadrag Dom. IV Quadrag — V Passionis Dom. in Ramis Fer. III Fer. IV Cœna Domini Parasceve Sabbato Pascha Fer. II Fer. III Fer. IV Fer. V Sabbato ( ?) Octava Paschœ ( ?), Dom. Il p. oct. Pasc. ( ?) Ascensio Dni Pentecostes Fer. II Dom. oct. Pentec Hebd. II post Pentec (= Ilebd. la ?) Hebd. m p. Pentec Q. T. Sept. 1er. VI — Sabb Dom. IV ( ?1II) ante nat. Dni. Dom. m ( ?lll — Dom. II ( ?I) — Sabb. mensis decirai S. Agnetis S. Sébastian !

S. Pancratii S. Norei et Achillei, S. Processi et Martiniani.

S. Felicis.

S. Mcnnae S. Felicitatls S. Clemcnlis S. Andre ;e S. Silvestri De apostolis S. Mariïe.

S. Anastasia.

.S. Pctrus.

S. Laurentius.

S. Paulus.

S. Petrus.

S. Joa. in Lat.

S. Petrus S. Maria.

S. Petrus.

S. Paulus.

S, Laur. for. mur.

Phil. et Jac. (7) S. Joannis ( ?) S..Joa. in Lat.

S. Petrus.

S. Pliil. et Jac.

S. Laurent.

•fl...

S. Joa. et Paul.

S. Clemens.

S. Laurent.

S. Petrus.

S. Marc et Petr.

S. Petrus.

S. Joan. Bapt.

S. Agnetis.

S. Sébastian !. atii S. Ner. et Acliil.

S. Proc. et Mart.

.S. Feiicis.

S. Mennae.

S. Felicilatis.

S. démentis.

S. Andrerc.

S. Silvestri.

S. Stepliani. in fontes Lateran.

Luc, n.1-14 : Exiit edictiun a Caesare.

Matth., II, 1-12 : Ecce raagi venerunt. Luc, II, 41-52 : Cum esset J. annorum 12.

Joa, II, 1 : Nuptiae in Cana.

Matth., \^II, 1 : Leprosus. Centurio Capham.

Matth., vm, 23 : Tempestas sedata.

Matth., xiii, 24 : Bonum semen et zizania.

Marc, VI, 47 : Ambulat supra mare.

Matth., XX, 1-16 : Operarii in vinea.

Luc, vin, 4-15 : Exiit qui seminat.

Luc, xviii : Ascendimus Jerosol.

Matth., IV, 1-11 : Ductus est J. in desertum.

Joa., VI, 1 : 5 panes et 2 pis ces.

Joa., vni, 45-59 : Abraham [Matth., XXVI, 1 : Passio].

(Marc, XIV, 1 : PassioJ.

Luc, xxn, 1 : Judas proditor (Passio).

Joa., xni, 1 : J. lavât pe des discip.

Joa., xvin, 1 : Passio.

Marc, XVI, 1-7 : Maria M..., emerunt aromata. Luc, XXIV, 13-35 : Discipuli Emmaus.

Joa., XXI, 1-14 : Manil. se I. ad mare Tiber. Joa.. XX, 11-18 : Maria foris monum. plorans. Joa., XX, 1-9 : Petrus et Josmn. ad monum. Joa., XX, 19-31 : Thomas incredulus. Joa., X, 11-16 : Ego sum pastor bonus. Marc, XVI, 14-20 : Assumptus est. Joa.,.XIV, 23-31 : Si quis diligit me. Joa., in, 16 : Sic Deus dilexit mundum.

Luc, XIV, 16-24 : Homo feclt cœnam magnam. Luc, XVI, 19-31 : Dives et Lazarus.

Luc, XV, 1-10 : Centum oves.

Luc, vu, 36-50 : Peccatrix unguit pe des J.

Luc, xm, 6-13 : Arborem ci.

Luc, XXI, 25-32 : Erunt signa.

Matth., XI, 2-10 : Joan. cum audisset in vinculis.

Joa., I, 19-28 : Non sum ego Ghristus.

Luc, m, 1-11 : Anno 15 » imp. Tiberii.

Matth., XXV, 1-13 : Decem virginibus.

Matth., xni, 44-52 : Sim. thesauro abscondito.

Luc, XIV, 25-33 : Si quis venit ad me non odit.

Joa., XV, 12-16 : Hoc est prîeceptum meum.

•Joa., TV, 46-53 : Filius reguli Capharn.

Luc, IX, 23-27 : Si quis vult post me venire.

Luc, xn, 35-40 : Sint lumbi vestri.

Luc, XXI, 9-19 : Cum audieritis praelia.

Matth., XII, 46-50 : Mater eius et fratres loris.

Matth., xxn, 1-13 : Régi q. fec nuptias filio.

Matth., IV, 18-22 : Vocatio Sim. et Andrée.

Matth., XXV, 14-30 : Talenta.

Matth., X, &-10 : Misît duodecim.

Luc, XTX, 41-47 : Videns Jerus. llevit super eani.

Luc, X. t-9 : Designavit 72 et misit binos.

V.

Fer. 4 mai. hebdom Dom. Paschse Fer. 2 in albis — 3 — ;...

— 4 — — 5 — — 6 — Sabb. — Dom. in Albis In Pascha annotiua Dom. Pentec Dom. 2 (1) post Cypriaii (vel. 7 p. Laur., vel. 19 p. Pent.).

Dedic. basil. Angeli Dom. 2 post Angeli — 4 — — 5 — — 6 — Natal, unius apostoli — plurim. apostol — unius martjTis — unius confess — plurim. confess -- virginum Iji tempore belli In dedicatione Ad sponsas benedicendas.

Luc, xxn-xxm.

Marc, XVI, 1-7.

Luc, xxn-, 13-35.

Luc, XXIV, 36-47.

Joa., XXI, 1-14, Joa., XX, 11-18.

Matth., xxvm, 16-20.

Joa., XX, 1-9.

Joa., XX, 19-22 (31).

Joa., m, 1-15. Joa., XIV, 23-29 (31). Matth., xxn, 30 (23)-33.

Mattli., xvm. 1-10. Matth., XMH (23), 28-33 Mattli., x^-m, 23-35. Matth., xxn, 15-21. Matth., IX, 18 (-31). Luc, xm, 8 (6)-13. Joa. XV, 5-7. Joa., XV, 12-16. Matth., X, 26-32. Matth., XXV, 14-23. Luc. xn, 35-40. Matth., xm, 44 (-52). Matth., XXIV, 1-13.

Luc, XIX, -10. Matth., xxn, 1-14.

Passio.

(Maria-AL.. emerunt aromata).

Discipuli Emraaus.

Stetit Jésus in medio.

Ad marc Tiberiadis.

Maria ad monum. foris.

Data est mihi oninis potestas.

Thomas incrednlus.

Nicodemus.

Si quis diligit me.

Uxor septem fratrum.

Maior in regno coelorum.

Régi qui voluit rationem ponere.

Reddite Caisari.

Mulier sanata a fluxu sang.

Arborem fici habcbat.

Ego sum vitis, vos palmites.

Hoc est praeceptum meum.

Nihil est opertum.

Homo peregre proficiscens.

Sint lumbi vestri.

Simile... thesauro abscondit.

Quod signum adventus tui ?

Zachreus.

Nuptiaî filii régis. c) Homéliaire de Paul Diacre. — Entre 786 et 797, sur la demande de Charlemagne, Paul Warnefrid composa au Mont-Cassin un recueil d'homélies sur l'Évangile en deux livres. Ce recueil fut bientôt défiguré par l'accroissement d'éléments étrangers dont il fut surcharge jusqu'à la fin du moyen âge. Les éditions anciennes, et celle de Migne, qui en dépend ', sont inutilisab les. En 1897, F. Wiegand a donné une reconstitution du recueil dans sa forme originale, d'après les manuscrits =.

2. Groupe anglo-saxon. — Sous ce titre, on peut réunir trois documents qui sont peut-être les meilleurs représentants de l'usage romain ancien : ce sont le Capitulare de Wurzbourg, l'évangéliaire de Burcliard et l'homéliaire de Bédé. Nous y ajouterons les notes de deux mss de Durham. b) Evangéliaire de Burchard, Université de Wurzbourg Mp. th. fol. 68, du N-n'-vin » siècle. Cet evangéliaire présente, comme nous l'avons dit ci-dessus, les notes liturgiques napolitaines du ms de Lindisfarne, mélangées avec des notes d'origine purement romaine. On en trouvera le texte dans les étu des de dom Morin, dom Chapman et S. Beissel. d) C. H. Turner a relevé et publié les notes liturgiques qui se trouvent dans deux manuscrits de la bibliothè que capitulaire de Durham : A II 16, du vm' siècle, et A II 17, du vin » siècle aussi '.

3. Groupe franc. — Dans ce groupe, nous pouvons cataloguer des textes bien plus connus que les précédents, et en rapports étroits avec le système de lectures conservé dans le Alissale romanum, système dont ils sont les ancêtres directs, (^e sont : les capitulaires carolingiens (groupe Splre-Rheinau-.-\ix-la-Cliapelle), dont le meilleur représentant, celui duquel dérivent peut-être tous les autres, est le Ci)me.< ; du manuscrit Ada de Trêves ' ; le Kalendarium de Fronto' ; l'homéliaire de Smaragde ; — les comités de Thcotinchus, de Murbach, de Corbic-Saint-Pétcrsbourg (dont nous avons déjà parlé ci-dessus dans l'article Epitres, col. 321) et tous les autres manuscrits du même genre et de la mémo épo que (Chartres, 24 ; Paris, 9451, etc., etc.).

Il n'est pas possible de s'étendre sur l'analyse de chacun de ces documenta. On ne peut que renvoyer auK étu des de Ranke, de la Rev. bénéd., de Beissel.

Malgré l'intérêt que présente la comparaison de tous ces textes pour l'histoire du système romain actuellement encore en usage, il n'est pas possible de les reproduire tous ici sans donner à cet article des dimensions excessives. On se bornera à dresser la liste des péricopes du manuscrit de Wurzbourg. qui représente l'usage romain vers le milieu du vu » siècle, donc peu après saint Grégoire, puis la liste des péricopes du manuscrit de Murbach. Une simple comparaison de ce dernier avec le missel romain actuel fera voir que c'est ce type du lectionnaire franc, adajité au sacramentaire romain du viiio-ix« siècle, qui a traversé tout le moyen âge et qui a servi de base à l'organisation des lectures dans le Missalp. romanum du xv ! » siècle. On remarquera que ce lectionnaire possède des leçons pour les mercredis et vendredis de toute Tannée et on pourra ainsi apprécier combien la tradition ancienne a été appauvrie quand on a supprimé tous ces offi ces de férié lors de la composition du missel romain ofn, :iel du xvi' siècle.

Lectionnaire de Wurzbourg.

1. In nal. Domini, ad S, Mariam major.

Luc, II, 1-14 : Exiit edictum.

2. Item ad S. Amislasia.

Luc, II, 15-2') : Pastores loquebantur.

3. Item ad S. Pelrum.

.Joa., I, 1-14 : In pnn'-ipio.

4. In nal. S. Stclani.

Matth., xxni, 31-39 : Mitto ad vos proplietas..î. In nal S. Johannis.

Joi., XXI, 19 21 : Sequere me.

6. In nal. Innoeenlium.

Matth., II, 13-23 : Fuge in.Etsyptua ;.

7. In nal. S. Silneslri.

Mattli., xxtv, 42-4 7 : Vigilate ; fidelis servus.

8. In oclabas Dni, ad S. Maria martyra.

Luc, II, 21-32 : Cum consumm. s. dies ocfo.

9. In vi(iilias de Teophania.

Matth., Il, 19-23 : Defuneto Herode.

10. In Teophania.

Matth., Il, 1-12 : Ecce mag ab Oriente.

11. Dominica pu.'it Teophania.

Luc, II, 42-52 : Cum lact. e. J. annorum 12.

12. Mense jan., XIIII die, nal. S. FcUcis in Pincis. Luc, X, 16-20 : Qui vos audit me audit.

13. Feria IIII pnat Teophania.

Joa., I, 29-34 : Vidit Joa., Jes. venientem.

14. Mense suprascr., XVI die, nat. S. Marcelli. Matth., XXV, 14-2 4 : Talenta.

Joa., II, 1-11 : Nuptia ; in Cana. IG. Item posl Teoph.

Luc, IV, 14-22 : Regressus J. in Galileanj.

Marc, I, 40-44 : Leprosus : si vis, potes me m.

Marc, VI, 1-5 :.\biit in patriam suuni.

Luc, IV, 38-43 : Socrus Pétri.

Matth., xni, 44-52 : Thesauro abscondito.

Matth., vm, 1-13 : Leprosus et puer centnrionis Marc, mi. 1-5 : Manus arida.

23. Feria VI.

Luc, V, 12-15 : Vir plcnus lepra. 21. Feria Vil.

Marc, IV, 1-23 : Exiit setninans ad seminand. 25. Die XX mensis jan. nat. S. Sebasliani.

Luc, VI, 17-23 : Beati pauperes. 2G. Die suprascr., nat. S. Fabiani.

Matth., XXIV, 42-47 = n. 7.

27. Ebdom. IIII pnst Teoph. die domin.

Matth., VIII, 23-27 : Tcmpestas sedata.

28. Die XXI mens, jan., nal. S. Agnse de pas.

Matth., XXV, 1-13 : Decem virgines.

29. Feria IIII.

Matth., IX, 18-26 : Filia mea modo defuncta est.

30. Feria VI.

Marc, IV, 24-34 : In qua mensura ; granum sinapis.

31. Feria VII.

Luc, XIV, 7-15 : Cum invit. fueris ad nuptias.

32. Ebdom. V die domin. posl Teoph.

Matth., xni, 24-30 : Bonum semen et zizania.

33. Die XXH mens, jan., nal. S. Vincenli.

Joa., XII, 24-2G : Nisi granum frumenti.

34. Ilem alla (= nat. S. Anastasii ?) Marc, v, 21-34 : Mulier cum sanguinis fluxu.

35. Die XXVIII jan., S. Agnœ de nat.

Matth., xm, 44-52 : Simile... thesauro = n. 20.

36. Feria VI.

Marc, V, 1-19 : Da ;moniacus Gerasenorum.

37. Feria VII.

Luc, VII, 11-16 : Filius viduae Naïm.

38. Ebdom. VI posl Teoph., die domin.

Marc, ^^, 47-56 : Ambulat J. supra mare.

39. Feria VI.

Luc, VII, 36-47 : Peccatrix unguit pe des J.

40. Feria VIL Marc, II, 13-17 : Manducat cum publicanis.

41. Ebdom. VII posl Teoph., die domin.

Matth., XII, 9-15 : JSIanus arida.

42. Die V mens, febr., nal. S. Agalhœ.

Matth., XXV, 1-13 : Decem virgines.

43. Feria IIII.

Marc, VI, 34-46 : multipl. 5 panes 2 pis ces.

44. Feria VI.

Matth., XIV, 15-21 : 5 panes et 2 pis ces.

45. Ebdom. VIII posl Teoph. die domin.

Luc, IX, 1-6 : Convocatis duodecim. 4( !. Feria IIII.

Matth., XV, 1-20 : Quare discip. trausgred.

47. Die XIIII mens, feb., nal. S. Valenlini.

Luc, IX, 23-27 : Si quis vult post me venire.

48. Feria VI.

Luc, VIII, 22-39 : Tempestas sedata ; dxmoniacus Gerasa.

49. Feria VII.

Marc, VII, 24-30 : Abiit in fines Tyri et Sidonis.

50. Ebdom. VIIII posl Teoph. die domin. Matth., XXII, 1-14 : Nuptiœ filii régis.

Matth., XV, 21-28 : Filia dïemoniaca Chananeje.

Luc, II, 22-32 : Postq. impl. s. dies purgationis.

Matth., XX, 1-lG : Operarii in vineam.

Luc, XVIII, 31-43 : Ecce ascendiinus Jerosol. 50. Feria //// ad S. Sabinam.

Matth., VI, 16-21 : Cum jcjnnatis.

Matth., V, 43-\i, 6 : Uiligite inimicos.

Matth., IV, 1-12 : Ductus est J. in dcsertum.

59. Fcria II ad Vincala.

Matth., XXV, 31-46 : Cura venerit Filins hom. 00. Feria III ad S. Anatassia.

Matth., XXI, 10-17 : Vendentes in templo. Cl. Men. primo ad S. Maria feria II II.

Mattli., XII, 38-50 : Signuin Jonae. 02. Feria VI ad Aposlolos.

Joa., V, 1-15 : Probatica piscina. 63. Feria VII in XII lect. ad S. Petnim.

Matth., xvn, 1-9 : Transflguratio. 04. Ebdom. II die dominico vacat.

65. Feria II ad S. Clemenlem.

Joa., v, 21-29 : Ego vado et quæritis me.

66. Feria III.

Matth., XXIII, 1-12 : Super cathedram Moysi.

67. Feria IIII ad S. Cecilia.

Matth., XX, 17-28 : Mater filiorum Zebedæi.

68. Feria VI ad S. Vilalem.

Matth., XXI, 33-46 : Homo plantavit vineam.

69. Feria VII ad S. Petrum et Marcellinum.

Luc, XV, 11-32 : Filius prodigus.

70. Ebdom. III die dominico ad S. Laur.

Luc, XI, 14-28 : Dæmonium mutum.

71. Feria II ad S. Marcum.

Luc, IV, 23-30 : Medice cura teipsum.

72. Feria III ad S. Paternianam.

Matth., XVIII, 15-22 : Si peccaverit in te frater.

73. Feria IIII ad S. Xystum.

Matth., XV, 1-20 : Quare discipuli transgrediuntur.

74. Feria VI ad S. Laurentium. Joa., IV, 6-42 : Samaritana.

75. Feria VII ad S. Susannam. Joa., viii, 1-11 : Mulier adultera.

76. Ebdom. IIII die dominico in Jerusalem.

Joa., VI, 1-14 : Quinque panes duo pisces.

77. Feria II ad IIII Coronatos.

Joa., II, 13-25 : Vendentes in templo.

78. Feria III in Damasi.

Joa., vii, 14-31 : Die festo mediante.

79. Feria IIII ad S. Paulum.

Joa., IX, 1-38 : Cæcus a nativitate.

80. Feria VI ad S. Eusebium. Joa., XI, 1-45 : Lazarus.

81. Feria VII ad S. Laurentium.

Joa., viii, 12-20 : Ego sum lux mundi.

82. Ebdom. V die dominico ad S. Petrum.

Joa., VIII, 46-59 : Quis arguet me de peccato.

83. Feria II ad S. Grisogonam.

Joa., vii, 32-39 : Adhuc modicum vobiscum sum.

84. Feria III ad S. Cyriacam.

Joa., VII, 1-13 : Dies festus Scenopegia.

85. Feria IIII ad S. Marcellum.

Joa., X, 23-38 : Facta sunt encænia.

86. Feria VI ad S. Stephanum.

Joa., XI, 47-54 : Congregaverunt pontifices concilium.

87. Ebdom. VI die dominico.

Matth., xxv-xxvii : Passio.

Joa., XIII, 1-32 : Ante diem festum Paschæ.

Joa., XVIII-XIX : Passio.

93. In Sabbato Sancto.

Matth., XXVIII, 1-7 : Vesperi autem sabbati.

M. Dominico Paschæ, ad S. Mariam.

Marc, XVI, 1-7 : Maria Magdalena et aliae venerunt aromata.

95. Feria II ad S. Petrum.

96. Feria III ad S. Paulum.

Luc, XXIV, 36-47 : Stetit Jesus in medio.

Feria IIII ad S. Laurentium.

Joa., XXI, 1-14 : Ad mare Tiberiadis.

Feria V ad apostolos.

Joa., XX, 11-18 : Maria ad monumentum Domini plorans.

99. Feria VI ad martyres.

Matth., XXVIII, 16-20 : Data est mihi omnis potestas.

100. Feria VII ad Lateranis.

Joa., XX, 19-31 : Stetit Jesus in medio.

101. Die dominica octavas Paschæ.

Joa., XX, 24-31 : Thomas incredulus.

102. Die XIIII mensis aprilis, natalis SS. Tiburtii, Valeriani et Maximini.

Joa., XV, 12-16 : Hoc est præceptum meum.

103. In Pascha Anolinæ.

Joa., III, 1-16 : Nicodemus.

104. In octava maii, die A. V. m. aprilis.

Luc, XI, 5-13 : Quis vestrum habebit amicum.

105. Feria IIII.

Joa., XVII, 11-15 : Pater, serva eos.

106. Feria VI.

Joa., IV, 46-53 : Filius regis Capharnaum.

107. Die XXVIII mensis aprilis, natalis S. Vitalis.

Joa., XV, 1-7 : Ego sum vitis vera.

108. Feria VII.

Joa., XXI, 1-3 : Jesus abiit ad mare Tiberiadis.

109. Ebdom. II post Pascha ad SS. Cosmam et Damianum.

Joa., X, 11-16 : Ego sum pastor bonus.

110. Kal. maii, natalis apostolorum Philippi et Jacobi.

Joa., XIV, 1-13 : Non turbetur cor vestrum.

111. Die III mensis maii, natalis SS. Alexandri et Eventii et Theodoli.

Joa., XV, 17-25 : Ut diligatis invicem.

112. Feria VI.

Joa., XII, 44-50 : Qui credit in me.

113. Ebdom. III post Pascha.

Joa., XVI, 16-22 : Modicum et jam non videbitis.

114. Die X mensis maii, natalis S. Gordiani.

Matth., X, 34-42 : Non veni pacem mittere.

115. Die XII mensis maii, natalis SS. Nerei et Achillei.

Matth., XIX, 3-11 : Si licet homini dimittere uxorem.

116. In natali S. Pancrati.

Joa., XV, 17-25 = n. 111.

117. Ebdom. IIII post Pascha.

Joa., X, 5-14 : Vado ad eum qui misit me.

118. Ebdom. V, ante Ascensionem Domini.

Joa., XVI, 23-30 : Si quid petieritis Patrem.

119. Die XVIII natalis S. Pudentianæ.

Matth., XIII, 44-52 = n. 20.

120. In vigilia Ascensionis Domini.

Joa., XVII, 1-11 : Pater clarifica filium.

121. Feria V in Ascensione Domini.

Marc, XVI, 14-20 : Assumptus est.

122. Ebdom. VI die dominico.

Joa., XV, 26-XVI, 4 : Cum venerit Paracletus.

Joa., XV, 7-11 : Si manseritis in me.

121. Feria VII sabbato Pentecosten.

Joa., XIV, 15-21 : Si diligitis me.

Joa., III, 16-21 : Sic Deus dilexit mundum.

Joa., X, 1-10 : Qui non intrat per ostium.

Joa., VI, 44-51 : Nemo potest venire ad me.

Luc, XI, 36-42 : Estote misericordes.

132. Die VIIII mensis junii, natalis SS. Primii et Feliciani.

Joa., XV, 12-16 = n. 102.

133. Die XII mensis junii, natalis S. Bassilidis.

(Péricope omise).

134. Octavas de Pentecoste.

Joa., III, 1-16 : Nicodemus = n. 103.

135. Die II mensis junii, natalis SS. Marcellini et Petri.

Luc, XXI, 9-19 : Cum audieritis prælia.

136. Feria IIII.

Luc, IX, 12-17 : Quinque panes, duo pisces.

137. Feria VI.

Luc, XV, 1-10 : Ovis perdita, drachma.

138. Feria VII.

Luc, VIII, 41-56 : Mulier sanata ; filia Jairi.

139. Die XVIII mensis junii, natalis SS. Marci et Marcelliani.

Joa., XV, 12-16 = n. 102.

140. Die XVII mensis junii, natalis SS. Gervasi et Prothasi.

Marc, XIII, 1-13 : Quæ les lapides et structuras.

141. Die XXIII mensis junii, vigilia S. Joannis Baptistæ.

Luc, I, 5-17 : Zacharias.

142. Die XXIV mensis junii, natalis S. Joannis Baptistæ.

Luc, I, 57-68 : Elisabeth impletum est.

143. Die XXVI mensis junii, natalis SS. Joannis et Pauli.

Luc, XII, 1-9 : Attendite a fermento.

144. Ebdom. II post Pentecosten, ante natalis apostolorum.

Luc, V, 1-11 : Vocatio Simonis Petri.

145. Die XXVIII mensis junii, vigilia apostolorum Petri et Pauli.

Joa., XXI, 15-19 : Diligis me plus his ?

146. Die XXVIII mensis junii, natalis apostolorum Petri et Pauli.

Matth., XVI, 13-19 : Caesarea Philippi.

147. Die XXX mensis junii, ad S. Paulum.

Matth., XIX, 27-30 : Ecce nos reliquimus.

148. Ebdom. II post natalis apostolorum.

Matth., V, 20-24 : Nisi abundaverit justitia.

149. Die II mensis julii, natalis SS. Processi et Martiniani.

Matth., XXIV, 3-13 : Signa consummationis sæculi.

150. In octava apostolorum.

Matth., XIV, 22-33 : Ambulabat super mare.

151. Feria IIII.

Marc, X, 17-21 : Magister bone, quid faciam ut vitam.

152. Feria VI.

Marc, VIII, 11-26 : Signum de caelo ; cæcus.

153. Ebdom. III.

Marc, VI, 1-9 : Septem panes.

154. Die X mensis julii, natalis VII fratrum Appii et aliorum.

Matth., V, 1-12 : Beati pauperes spiritu.

155. Prima missa ad Aquilonem, secunda ad S. Alexandrum.

Luc, XI, 33-36 : Nemo lucernam accendit.

156. Ad S. Felicitatem.

Matth., XII, 22 ?

157. Feria VI.

Luc, IX, 36-42 : Dæmoniacum sanat.

Marc, X, 17-21 = n. 151.

Matth., VII, 15-21 : Attendite a falsis prophetis.

Luc, VIII, 27-39 : Dæmoniacus Gerasenus.

Luc, XVI, 1-31 : Villicus infidelis, Dives et Lazarus.

Luc, XII, 35-40 : Sint lumbi vestri.

166. Item alia.

Joa., XV, 12-25 : Hoc est præceptum meum.

167. Ebdom. V.

Luc, XVI, 1-19 : Villicus iniquitatis.

168. Feria IIII.

Matth., XIV, 15-21 : Quinque panes.

169. Ebdom. VI.

Luc, X, 25-37 : Bonus Samaritanus.

170. Die II mensis augusti, natalis S. Stephani pontificis.

Luc, XIX, 12-26 : Homo quidam nobilis.

171. Feria IIII.

Luc, XI, 14-28 : Dæmonium mutum.

172. Ebdom. VII.

Luc, XVIII, 9-14 : Pharisæus et publicanus.

173. Feria IIII.

Sicut supra (n. 172).

174. Die VI mensis augusti, natalis SS. Xysti, Felicissimi et Agapiti.

Matth., X, 16-22 : Mitto vos sicut oves.

175. Die VIII mensis augusti, natalis S. Cyriaci.

Matth., X, 26-32 : Nihil est opertum.

176. Die VIIII mensis augusti, vigilia S. Laurentii.

Matth., XVI, 24-28 : Si quis vult post me.

177. Item alia (= natalis S. Laurentii) in prima missa.

Matth., X, 37-42 : Qui amat patrem aut matrem.

178. [Item ad missam publicam.]

Joa., XII, 24-26 : Nisi granum frumenti.

179. Die XI mensis augusti, natalis S. Tiburtii.

Joa., XV, 12-25 = n. 166.

180. Die XII mensis augusti, natalis S. Eupli.

Joa., XI, 20-23 : Plorabitis et flebitis vos.

181. Die XIII mensis augusti, natalis S. Ypoliti.

Luc, XII, 1-9 : Attendite a fermento = n. 143.

182. Feria V.

Luc, VII, 36-47 : Peccatrix ungit pedes Jesu.

183. Feria VI.

Luc, IV, 38-43 : Socrus Simonis.

184. Die XIV mensis augusti, natalis S. Eusebii.

Matth., XXIV, 42-47 : Vigilate, quia nescitis.

185. Die XV mensis augusti, natalis S. Mariæ.

Luc, X, 38-42 : Martha et Maria.

186. Item.

Luc, XI, 27-28 : Beatus venter qui te.

187. Die XVIII mensis augusti, natalis S. Agapiti.

Luc, XII, 35-40 : Sint lumbi vestri.

188. Ebdom. I post S. Laurentium.

Marc, VII, 31-37 : Adducunt surdum et mutum.

189. Die XXII mensis augusti, natalis S. Timothei.

Luc, XIV, 26-35 : Si quis venit ad me et non odit.

190. Feria IIII.

Luc, XIII, 22-29 : Si pauci sunt qui salvantur.

191. Die XXVIII mensis augusti, natalis S. Hermæ.

Luc, VII, 17-22 : Stetit in loco campestri.

192. Die XXIX mensis augusti, natalis S. Sabine.

Matth., XIII, 44-52... Thesaurus = n. 20.

Marc, VI, 17-29 :... propter Herodiadem.

Luc, X, 23-37 : Beati oculi qui vident, Samaritanus.

Matth., XII, 14-21 : Faciebant Pharisæi consilium.

Luc, XII, 13-24 : Dic fratri meo ut dividat.

Luc, XVII, 11-19 : Decem viri leprosi.

Marc, XI, 11-18 : Ficus, vendentes in templo.

201. Ebdom. IIII post S. Laurentium.

Matth., VI, 24-33 : Nemo potest duobus dominis servire.

202. Feria IIII.

Matth., V, 43-44 : Diligite inimicos.

203. Feria VI.

Luc, XX, 1-8 : In qua potestate hic facit.

204. Die XIV mensis septembris, natalis S. Corneli.

Luc, XI, 47-54 : Vae vobis qui ædificatis.

205. Ebdom. V.

Luc, VII, 11-16 : Filius viduæ Naim.

206. Die XV mensis septembris, natalis S. Nicomediæ.

Luc, IX, 23-27 : Si quis vult post me.

207. Die XVI mensis septembris, natalis SS. Luciæ et Euphemiæ.

Matth., XIII, 44-52 :... Thesaurus = n. 20.

208. Feria V.

Luc, V, 27-32 : Levi ad telonium.

209. Ebdom. I post natalis S. Cypriani.

Luc, XIV, 1-11 : Hydropeus.

210. Feria IIII mensis septembris, ad S. Mariam majorem.

Marc, IX, 17-29 : Dæmoniacus sanatur.

211. Feria VI ad apostolos.

Luc, V, 17-26 : Paralyticus per tectum.

212. Feria VII, XII lectio ad S. Petrum.

Luc, XIII, 10-17 : Mulier inclinata.

213. Ebdom. II die dominico.

Matth., XXII, 23-33 : Uxor septem fratrum.

Matth., X, 16 : Mitto vos sicut oves. 15 ». VIII k. Fr. Conversio S. Pauli apud.

Ipsum quod et in natl. ipsius (= n. 111).

16. Dom. IIII post Theoph. = W 27. 16=. Feria IIII = W 18.

16'. Feria VI.

Luc, IX, 57-62 : Sequar te quocumque ieris.

17. In purificatione S. Mariae. Luc, II, 22-32 : cf. W S.

17=. In nat. S. Agathae virginis — AV 42.

18. Dom. V post Theoph'.

Matth., XI, 25-30 : Confiteor tibi Pater. 18'. Feria IIII.

Marc, X, 13-16 : Offerrebant illi parvulos. 18'. Feria VI.

Matth., XXI, 28-32 : Vade operare in vinea. 18*. In nat. SS. Zolici, Hiereni et Yacinthi.

Luc, XXI, 9 : Signa consummationis saeculi. 18*. In nat. SS. Valentinii, Vitalis, Felicis, Zen.

= supra 15'. 18'. In nat. S. Juliane. = W 20.

Marc, IX, 30-37 : Ibat per Galilaeam. 19'. Feria VI.

Luc, IX, 51-56 : Ut iret in Jerusalem.

Matth., XII, 30-37 : Qui non est mecum. 20'. Feria VI.

Luc, XVII, 20-37 : Quando venit regnium Dei.

21. VIII le. mar., Cathedra S. Petri. Require in nat. ipsius (= n. 109).

21'. In nat. S. Gregorii pp. cf. supra 13^ 21'. In nat. S. Benedicti.

Matth., XIX, 27 : Ecce nos reliquimus. 21*. In conceptu S. Marie, VIII k. apr.

Luc, I, 26 : Missus est Gabriel.

22. Dom. in Quinquag. ad S. Petrum — W 53.

23. Feria IIII ad S. Savinam = W 56.

24. Feria V ad S. Georgium.

Matth., VIII, 5 : Puer centurionis Capitain.

25. Feria VI ad SS. Joannem et Paulum = W 57.

26. Feria VII inf. quinquag. Marc, VI, 17 ; cf. W 38.

27. Dom. initiam quadragensime = W 58.

28. Feria II ad vincula = W 59.

29. Feria III ad S. Anastasiam = W 60.

30. Feria IIII ad S. Mariam mensis primi = 31. Feria V ad S. Laurentium ad furmonzo. Joa., VIII, 31-47 : Si manseritis in meo.

32. Feria VI ad apostolos ^= W 62.

33. Sabb. ad S. Petrum in XII lect. = W 63.

34. Dom. I mensis primi.

Matth., XV, 21 : Secessit J. in partes Tyri.

35. Feria II ad S. Clementem = W 65.

36. Feria III ad S. Balbinam = W 66.

37. Feria IIII ad S. Ceciliam = W 67.

38. Feria V ad S. Mariam trans Tibire. Joa., V, 30 : Non possum ego a meipso.

39. Feria VI ad S. Vitalem --= W 68.

40. Feria VII ad SS. Marcel, et Pet. = W 69.

41. Dom. in XXX ma ad S. Laurent. = W 70.

42. Feria II ud S. Marcum = W 71.

43. Feria III ad S. Put. -= W 72.

44. Feria IIII ad S. Xystam = W 73.

45. Feria V ad SS. Cosmam et Damianum. Joa., VI, 27-35 : Operamini.

46. Feria VI ad S. Laur. = W 74.

47. Sabb. ad S. Sus. == W 75.

48. Dom. XX ad Hierus. = W 76.

49. Feria II ad IIII Cor. = W 77.

50. Feria III ad S. Laur. in Dam. = W 78.

51. Feria IIII ad S. Paul, in mediana — W 52. Feria V ad S. Silvestrum.

Joa., V, 17-29 : Pater meus usque modo.

53. Feria VI ad S. Eus. = W 80.

54. Sabb. ad S. Laurentiam in mediana in apertionim — W 81.

55. Dom.V in XL ma ad S. Petr. in XV ma = 56. Feria II ad S. Cris. = W 83.

57. Feria III ad S. Quiriac. = W 84.

Joa., VII, 40-53 : Hic est vere propheta.

Joa., XVIII, 1-32 ; cf. W 59. 67. Feria VI ad Hierusalem.

Joa., XV, 1 : Passio = W 92. unum W 82.

71. Feria II ad S. Petr. = W 95.

72. Feria III ad S. Paul. ^ W 96.

73. Feria IIII ad S. Laur. = W 97.

74. Feria V ad Apost. ~= W 98.

75. Feria VI ad S. Mariam = W 99.

76. Feria VII ad Lataranis. Joa., XX, 1-9 : Una sabbati.

77. Dom. octab. Paschae.

Joa., XX, 19- cf. W 100. 77^ Feria IIII.

Marc, XVI, 9-13 ; Apparuit M. Magdal. 77 ». Feria VI.

Matth., XXVIII, 8-15 : Exierunt mulieres. 77*. In nat. S. Leonis papae.

Matth., XXV, 14 : Talenta ; cf. supra 7'.

78. Dom. I post Oct. Pasch. = W 109. 78'. Feria IIII.

Luc, XXIV, 1-12 : Una sabbati.

79. Dom. II post oct. Pasch. = W 113. 79=« . Feria IIII.

Joa., III, 25-36 : Facta est questio. 79 ». Feria VI = W 112.

80. In Pascha annotena = W 103. 80=. Nat. S. Vitalis = W 107.

81. Nat. SS. apost. Phil. et Jac. = W 110.

82. Dom. III post oct. Pasch. = W 117. 82^ Feria IIII.

Joa., XVII, 11-26 ; cf. W 105. 82'. Feria VI.

Joa., XXI, 33-36 : Adhuc modicum vobiscum sum.

83. In inventione sanctae Crucis.

Joa., III, 1 : Nicodemus : cf. W 103, M 80. 83'. In nat. SS. Nerei et Achillei et Pancratii. Matth., X, 16 : Mitto vos sicut oves.

84. Dom. IV post oct. Paschae. = W 118.

85. In letania majore. = Vf 104.

86. In vigil. de Ascens. Dom. =''W 120.

87. In Ascensa Domini = W 121.

88. Dom. post Ascensa Domini = W 122. 88'. Feria IIII.

Luc, XXIV, 49-53 : Ego mittam promissum. 88'. Feria VI = W 123.

89. Sabb. in vigil. Pentec. ^ W 124.

90. Dom. Pentec. ad S. Petrum = W 125.

91. Feria II ad vinc. = W 126.

92. Feria III ad S. Anast. -= W 127.

93. Feria IIII ad S. Mariam. = W 128.

94. Feria V ad apostolos.

Luc, IX, 1 : Convocatis duodecim.

95. Feria VI ad SS. Joannem et Paulum = W 129.

96. Sabb. ad S. Stephanum. Luc, IV, 38 : Socrus Petri.

Luc, XII, 11-21 : Cum inducent vos in synag. 97'. Feria VI.

Luc, XX, 27-40 : Mulier uxor septem fratrum. 97*. In nat. S. Urbani.

Luc, XI, 33 : Nemo accendit lucernam. 97^ In nat. SS. Petri et Marcelli. = W 135.

Luc, XXI, 9 : Signa consummationis saeculi.

Luc, XVI, 19 : Dives et Lazarus. 98=. Feria IIII.

Matth., V, 17-19 : Nolite putare. 98'. Feria VI.

Luc, XVII, 1-10 : Scandala.

Luc, XII, 35 : Sint lumbi vestri. 98=. Nat. S. Basilidis.

Matth., X, 34 : Nolite arbitrari quod pacem.

99. Ebdom. III post Pentec.

Luc, XIV, 16 : Invitati ad coenam.

100. Mensis IV feria IV ad S. Mariam. Luc, IX, 12 ; cf. W 136.

101. Feria VI ad apostolos. Luc, X, 41 ; cf. W 138.

102. Sabb. ad S. Petrum in XII lect. = W 130. 102 ». Nat. SS. Marci et Marcelliani.

Matth., XXV, 31-46 ; cf. M 28, W 59. 102 ». Nat. SS. Protasi et Gervasii. Joa., XV, 17 : Hae in mandatis.

103. Ebdom. IIII post Pentec.

Luc, XV, 1 : Hic peccatores recipit. 103=. Feria IIII.

Matth., V, 25-30 : Esto consentiens. 103'. Feria VI.

Marc, XI, 15-23 : Vendentes in templo.

104. Ebdom. V post Pentec.

Luc, VI, 36 : Estote ergo misericordes. 104^ Feria IIII.

Matth., XXI, 23-27 : Qua potestate hic facit. 104^ Feria VI.

Matth., XVII, 10-17 : Eliam primum venite.

105. In vig. S. Joannis Bapt. = W 141.

106. Nat. S. Joannis Bapt. = W 142.

107. Ebdom. VI post Pentec. Luc, V, 1 ;cf. W144.

107=. Feria IIII.

Matth., XI, 25-30 : Confiteor tibi Pater. 107'. Feria VI.

Marc, X, 13-16 : Offerrebant illi parvulos. 107*. In nat. SS. Joannis et Pauli.

Joa., X, 5 : Ego sum vitis vera.

108. In vigl. S. Petri = W 145.

109. In nat. S. Petri = W 146.

110. In vigl. S. Pauli (pas d'évangile), m. In nat. unde supra = W 147.

112. Ebdom. VII post Pentec. = W 148. 112 ». Feria IIII = W 151.

112^ Feria VI.

Marc, V, 1-20 : In regionem Gerasenorum. 112'. In nat. SS. Processi et Martiniani.

Matth., XXIV, 3 = W 149. 112'. Transit. S. Martini pont.

Matth., XXIV, 43 : Vigilate.

113. Oct. Apostol. = W 150.

114. Ebdom. VIII post Pentec. = W 153. 114'. Feria IIII.

Matth., XVI, 1-12 : Signum de caelo. 114'. Feria VI.

Matth., XII, 1-7 : Abiit J. per sata sabbato. 114*. Nat. VII Fratrum.

Matth., XII, 46 : Mater ejus et fratres. 114'. Nat. S. Praxidis = W 164. 114*. Nat. S. Apollinaris.

Joa., XV, 12 : Hoc est praeceptum.

Marc, IX, 37-47 : Dixit Joannes ad Jesum Magister. 115'. Feria VI.

Matth., XXII, 13-23 : Vae vobis scribis.

Luc, XVI, 10-15 : Qui fidelis est. 116'. Feria VI.

Luc, XI, 37-46 : Rogavit pharisaeus ut prandio.

Luc, XII, 2 : Nihil est opertum.

Matth., V, 1 : Beati pauperes. 117'. Nat. S. Felicis.

Luc, XII, 35 : Sint lumbi vestri. 117'. Nat. SS. Abdo et Sennes. = W 105.

118. Ebdom. XI post Pentec.

Luc, XIX, 41 : Videns civitatem, flevit. 118'. Feria IIII.

Luc, XXI, 34-36 : Ne graventur corda. 118'. Feria VI. = 118'.

119. Nat. SS. Machabeorum.

Matth., XII, 46 : Mater ejus et fratres. 119'. Nat. S. Stephani pont. = W 170. 119'. Nat. S. Xysti pont.

Joa., XV, 12 : Hoc est praeceptum.

120. Ebdom. XII post Pentec. = W 172. 120'. Feria IIII.

Matth., XII, 30-37 : Qui non est mecum. 120'. Feria VI.

Luc, XVII, 20-37 : Quando venit regnum Dei. 120'. Nat. SS. Cyriaci et Nazari.

Matth., XXIV, 3 : Signa consummationis saeculi.

121. In vigil. S. Laurentii = W 176.

122. Nat. S. Laurentii. = W 178. 122'. Nat. S. Tiburtii.

Matth., X, 26 : Nihil est opertum. 122'. Nat. S. Yppoliti. = W 181. 122'. Nat. S. Eusebii. = W 184.

123. Assumpt. S. Mariae. = W 185.

124. Ebdom. XIII post Pentec. = W 185. 124'. Feria IIII.

Matth., IX, 27-35 : Duo caeci. 124'. Feria VI.

Matth., XI, 20-24 : Vae tibi Corozain.

124'. Nat. S. Agapiti.

Joa., XII, 24 : Nisi granum frumenti. 124'. Nat. SS. Timothei et Sinforiani.

Matth., X, 26 : Nihil est opertum.

125. Nat. S. Bartholomaei, apost.

Luc, XXII, 24 : Facta est contentio. 125'. Depos. S. Augustini episc. Matth., XXIV, 43 : Vigilate.

126. Pass. S. Joannis Bapt. = W 193.

127. Ebdom. XIIII post Pentec. = W 194. 127=. Feria IIII. = W 195.

127'. Feria VI. = W 190. 127'. Nativitas S. Mariae.

Matth., I : Liber generationis. 127'. Nat. SS. Proti et Jacinthi.

Matth., XI, 24 ; cf. W176.

128. Ebdom. XV post Pentec. Luc, XXI, 11 ; cf. W 197.

128=. Feria IIII.

Marc, I, 40-45 : Leprosus : si vis, potes me 128 ». Feria VI.

Luc, XIX, 12-28 : Homo nobilis abiit. 128*. Exalt. S. Crucis et Nat. SS. Cornelii et Cypriani = W204. 128'. Nat. S. Nicomedis = W 306. 128'. Nat. S. Euphemiae et S. Luciae = W 217.

Matth., V, 33-42 : Non perjurabis. 129'. Feria VI = W 203. 129'. Feria VII.

Luc, XI, 47 : Vae vobis qui aedificatis. ; cf. W 204.

Marc, VII, 31-37 : cf. W 188. 130'. Feria VI.

Marc, VIII, 22-26 : Caecus Bethsaidae.

131. Ebdom. XVIII post Pentec. = W 209.

132. Vigil. S. Mathei ap.

Matth., IX, 9-13 : Matthaeus in telonio.

133. In nat. S. Matthei.

Matth., XIX, 27 : Ecce nos reliquimus.

134. Incipiant lect. mens. VII Feria IIII. ^ W210.

135. Feria VI.

Luc, VII, 36 : Peccatrix ungit pedes Jesu.

136. Sabb. in XII lect. Luc, XIII, 6 = W 212.

137. Ebdom. XVIIII post Pentec. = W 213. 137 ^ Feria IIII. = W 215.

137 ». Feria VI.

Matth., XIII, 31-35 : Granum sinapis. 137« . Nat. SS. Cosmae et Damiani.

Matth., V, 1 : Beati pauperes.

138. Dedic. basilicae S. Michaelis. = W 217.

139. Ebdom. XX post Pentec. = W 218. 139 ». Feria IIII.

Matth., XIII, 36 : Edissere nobis parabolam zizaniorum. 139=. Feria VI.

Marc, XII, 14-23 : Cura videte abominationem. 139*. Nat. SS. Germani, Remedii.

Luc, X, 1 : Desginavit Dominus. 139'. Nat. S. Leodegarii mart.

Luc, XXI, 9 : Cum audieritis praelia.

140. Ebdom. XXI post Pentec. Matth., XXII, 2 : Nuptiae filii regis.

140=. Feria IIII.

Luc, XIV, 12-15 : Cum facis prandium. 140=. Feria VI.

Luc, VI, 22-35 : Beati eritis. 140*. Nat. S. Marci (évangile omis).

141. Ebdom. XXII post Pentec.

Joa., IV, 46 : Filius regis Capernaumi. 141=. Feria IIII.

Luc, VI, 6-11 : Manus arida. 141 ». Feria VI.

Matth., XVII, 14-17 : Socrus Petri.

142. Ebdom. XXIII post Pentec. = W 224. 142 ». Feria IIII.

Marc, XI, 23-26 : Si quis dixerit huic monti. 142 ». Feria VI.

Marc, IV, 24-29 : In qua mensura. 142*. Nat. S. Luciae evang.

Luc, IX, 1 : Convocatis duodecim.

143. Vig. apost. Simonis et Judae. Joa., XV, 5 : Ego sum vitis vera.

144. In nat. ubi supra.

Joa., XV, 17 : Hae in mandatis.

145. Ebdom. XXIII I post Pentec. = W 225. 145'. Feria IIII.

Matth., XVII, 23-26 : Accesserunt qui didrachma accipiebant. 145 ». Feria VI.

Marc, VII, 1-8 : Non lotis manibus. 145*. Nat. S. Cesarii episc.

Joa., XII, 24 : Nisi granum frumenti. 145 ». Nat. SS. IV Coronatorum. cf. supra 144. 145*. Nat. S. Martini pont.

Matth., XXV, 14 : Talenta. 146. Ebdom. XXV post Pentec. = W 234. 146 ». Feria IIII. = W 214. 146 ». Feria VI.

Marc, VI, 1-6 : Abiit in patriam suam. 146*. Nat. S. Ceciliae = W 229. 146'. Nat. S. Saturnini mart.

Matth., X, 20 : Nihil est opertum. 147. Incipiant lectiones de adventu Domini. Ebdom. V ante natale Domini.

Joa., VI, 5 : Cum sublevasset oculos. 147 ». Feria IIII.

Luc, X, 3-11 : Mitto vos sicut agnos.

147 ». Feria VI.

Marc, XIII, 33 : Videte, vigilate et orate.

148. Vigl. S. Andreae. = W 237.

149. In nat. S. Andreae ap.

Matth., IV, 18 : Vocatio Simonis et Andreae.

150. Ebdom. IIII ante natale Domini.

Matth., XXI, 1 : Invenietis asinam et pullum. 150=. Feria IIII.

Matth., III, 1-6 : Joannes dicens : Poenitentiam. 150 ». Feria VI.

Luc, III, 7-18 : Genimina viperarum.

151. Ebdom. III ante natale Domini, Luc, XXI, 25 : Erunt signa in sole.

152. Ebdom. II anle natale Domini. Matth., XI, 2 : Tu es qui venturus es ?

153. Ineip. lecl. mens. X Feria IIII. Luc, I, 26 : ilissus est.

154. Feria VI.

Luc, I, 39 : Exurgens Maria abiit in mont.

155. Feria VII in XII lect.

Luc, m, 1 : Anno quinte decimo.

156. Ebdom. I anle natale Domini. Joa., I, 19 : ïu quis es ?

157. Nat. S. Tfiome aposl.

Joa., XV, 12 : Hoc est prœceptum Pour les fêtes de saints, les péricopes choisies sont cel les où le saint est nommé, ou bien des passages d'une application générale, traitant de rimilation du Christ, de la vie et des vertus chrétiennes.

Pour les quatre-tenips, qui seront étudiés à leur place dans ce Dictionnaire, il suffit de noter ici que les péricopes des dimanches semblent être généralement les suivantes Dom. mensis I ( = Q.-T. printemps ou carême) Matth., XV, 21-28. Dom. mensis IV ( = Q.-T. été ou pentecôle) : Luc, ■>■'■ 36-42. Dom. mensis VII ( = Q.-T. aulomuc, septembre) :

Matth., XXII, 23-33. Dom. mensis X ( = Q.-T. hiver ou avent) : Joa., i.

19-28.

Le premier s'expli que aussi bien par l'influence du carême que par celle des qualre-temps ; le quatrième est une préparation à Noël ; le troisième montre la supériorité de l'enseignement de Jésus sur celui des juifs, comme l'épitre montre la supériorité des promesses du Nouveau Testament sur cel les de l'Ancien Testament, lues au cours des trois jours précédents : le second enseigne la miséricorde envers le prochain et la nécessité de se réformer soi-même. Ces deux dernières péricopes semblent avoir été choisies sous l'influence de l'esprit des quatre-teinps.

Passons maintenant aux gran des iiério des du cycle.

Pour la sexagésime, Luc, vm, 4-15, montre la nécessité de la purification ; cet évangile donne le moyen de suivre l'exemple que saint Paul a proposé dans l'épitre.

Pour la quinquagésime, Luc, xvni, 31-43, est une annonce générale de tous les grands événements qui vont suivre. Férié IV et îérie \'l (W) sont des préparations au carême.

2. Du premier dimanche de carême au dimanche des Rame aux. — On peut rappeler ici un passage de YEpistola Hieronijmi ad Constantium dont nous avons parlé plus haut (col. 249) et qui peut dater du \T siècle : In cupite quadragesimœ (lectiones) de abstinenlia escarum et sohriclale ; item in quadragesima de pœnitenlia, de pudicilia. de remissinne inimicitiarum, vcl alia multa '. Au premier dimanche, l'épître et l'évangile expliquent et justi fient les quarante jours de pénitence par l'exemple du Christ. .\ la férié II, il y a corrélation certaine entre les deux lectures. De même à la férié III, Isaïe prêche la pénitence qui sera suivie de récompense, et l'évangile montre par un symbolisme évident, le devoir de la purification morale.

Puis viennent les quatre-temps, dont les lectures sont en accord avec cel les de la période quadragésimale en cours. Pendant la seconde semaine, le lundi, Daniel donne un modèle de \Tai repentir par la prière et la pénitence et l'évangile en montre la nécessité, car l'humanité pécheresse ne pourra être sauvée que par la foi au Christ.

Le mardi, ce que la veuve de Sarephta, dans sa pauvreté, était prête à accomplir, tous les chrétiens, riches et pauvres, doivent être aussi prêts li l'accomplir avec patience et confiance ; l'évangile dénonce l'hypocrisie et l'ostentation des pharisiens et recommande par contraste la sobriété et la douceur, la sincérité et l'humilité : le mercredi, l'exemple de Mardo- < ;hée montre que, dans le danger, les chrétiens doivent, comme les juifs, recourir à la miséricorde et à l'aide de Dieu ; l'évangile est en relation avec les évangi les qui l'entourenl : à la mère des lils deZébédée, le Christ répond paruneleron d'humilité qui rejoint cel les des jours précédents, avec cette différence, que le Christ se pose ici lui-même comme exemple d'humilité et annonce que sa mort opérera le salut du monde. A remarquer que cette péricope contient une annonce de la passion.

Le vendredi, l'histoire de Joseph trahi par ses frères, et en reg. rd la parabole des vignerons. Ces deux péricopcs sont en purfaite relation : l'une est prophéti que, l'autre allégori que de la même réalité, le Christ rejeté par ses frères. Il y a ici une preuve évidente du choix : aucun passage de l'Ancien Testament n'était mieux indiqué pour faire face à cet évangile ; — le samedi, l'histoire d'I-^saii et de Jacob s'expli que en « et endroit par son parallélisme avec la parabole de l'enfant prodigue : Jacob et le fils fidèle d'une part, Esaii et le prodigue d'autre part. La bénédiction paternelle n'est pas refusée mais elle est donnée à Esaii et au prodigue comme récompense des larmes et du repentir, ce qui justifie l'insertion de ces péricopcs en carême.

Au début de la troisième semaine, dominica in Trigesima, l'épître dit : Soyez saints et purs, ut fûii lacis ; l'évangile raconte l'expulsion d'un démon et Tommasi remar que avec justesse : ab hac dominica III, incipiebant olim scrutinia catechumenonim... hinc co die ci'angclium Icgilur ubi de eieclione dcemonii, de forli arm<il(i, (etc.)... quw umnia ad exorcismos re/erunlur '.

Le lundi, un rapport étroit relie les deux pérlcopes : la première relate la guérison île Xaaman le lépreux « t sa conversion ; la seconde fait un rappel précis de ce miracle : Jésus reproche a ses compatriotes leur incrédulité. La lèpre est le symbole du péché, la guirison de la lèpre est la rédemption, le bain de Naamaii est le baptême que vont bientôt recevoir les catéchumènes.

Le mardi, la veuve et son créancier, le miracle de l'huile : de même ceu.x qui font pénitence doivent avoir confiance que Dieu peut transformer en richesse leur pauvreté spirituelle ; dans l'évangile, le pardon des injures, la charité fraternelle, le pouvoir des clefs. On ne voit pas que ces deux lectures soient en relation l'une avec l'autre, tandis que cel les du jour suivant, le mercredi, visent toutes deux le même but : les devoirs envers le prochain.

Le vendredi, les Hébreux dans le désert souffrent de la soif et se soulèvent contre Moïse, qui fait sortir du rocher une source ; en face de ce récit, l'évangile de la Samaritaine : la correspondance entre les deux est manifeste. Détail curieux : dans le texte Num., xx, 2-13, les versets 3-5 sont supprimés et remplacés par une courte phrase de l'Exode, xvii, 2 : date nobis aquam ut bibamus. Cette altération ne s'expli que que par l'intention de faire correspondre la prophétie et l'évangile.

Le samedi, le choix de la péricope de Suzanne peut s'expliquer par la station, mais l'explication inverse est aussi vraisemblable. Cette péricope semble faire suite à celle de la Samaritaine : elle montre la bienveillance de Dieu envers les purs et les fidè les ; puis l'évangile de la femme adultère confirme le même enseignement : pureté du cœur devant Dieu.

.\u cours de ces trois premières semaines, on constate donc que le programme tracé dans l'epislola Hieronymi ad Constantium est assez ficlèlement suivi : abstinenlia, pœnilentia, pudicilia. Les choix ont été faits avec soin et les deux lectures de cha que jour forment le plus souvent un groupe liabilement composé.

Au dimanche Lietare, le récit de la mutiplication des cinq pains et des deux poissons se raccorde avec les lectures du vendredi précédent ; le pain matériel multiplié est le symbole du pain spirituel que sera l'eucharistie. 11 n'est pas facile de trouver un rapport entre ce récit évangéli que et l'épitre du jour, les deux fils d'Abraham. L'un et l'autre sont bien à leur place en carême, c'est tout ce qu'on peut dire.

Pour les deux semaines qui suivent, c'est-ù-dire jusqu'au dimanche des Kame aux, une remar que générale s'impose ; toutes les péricopes evangéliques sont empruntées à saint Jean (W 77-80, M 49-60). Cette sélection n'est pas due au hasard. Le dimanche des Rame aux, ouvre la grande semaine, et les deux semaines qui précèdent en sont l'introduction. Dies Passionis Domini eomputuntur duabus hebdomadibus anle Pascha Domini. dit Amalaire '. Les péricopcs johanni<iucs ont ])our but de montrer l'hostilité croissante des juifs contre Jésus en même temps que la manifestation de sa divinité.

Le lundi, le jugement de Salomon. Les raisons du choix de cette lecture en carême n'apparaissent pas bien clairement ; elle vise sans doute les catéchumènes qui re^'oivent le sal sapienlinet ce jugement fameux est précisément un modèle — le plus célèbre • — de sagesse. L'évangile, expulsion des vendeurs du temple, s'expli que mieux, comme déjà au mardi de la i>remière semaine, mais outre l'enseignement moral qui s'en dégage, il faut y voir aussi une intention histori que : c'est la peinture d'un acte retentissant du Christ, et des sentiments mêlés de foi et d'incrédulité du peuple envers lui. C'est la préparation aux événements de la passion.

Le mardi, le récit de l'Exode fait appel à la pénitence et à l'intercession fies justes pour les coupab les, et l'évangile est une introduction à la passion en montrant l'attitude indécise du peuple envers le Christ dont « l'heure approche. » On ne voit pas de rapport entre les deux.

I.e mercredi avait lieu le troisième scrutin et les deux lectures de l'.^ncien Testament s'adressent clairement aux catéchumènes : renouvellement, transformation de l'hon une par la foi ; l'évangile raconte la guérison de l'aveugle-né. On sait que, pour saint Augustin et pour beaucoup d'autres Pères, cet aveugle est le symbole de l'humanité païenne, illuminée dans le Christ par le baptême. Cette péricope s'appli que donc de façon spéciale aux catéchumènes ; mais la guérison de l'aveugle n'occupe (lu'une partie et la moindre, du récit ; les conséquen ces du miracle, recrudescence de la haine des uns et de l'inquiétude des autres, continuent de préparer à la semaine de la passion.

Le vendredi, les deux péricopes sont étroitement unies : Elle ressuscitant le fils de la veuve de Sarephta est le prototype du Christ ressuscitant Lazare. II parait i)robable que le passage III Reg. a été choisi pour faire pendant au récit de saint Jean, et, à son tour, le récit de la résurrection de Lazare a été choisi pour accentuer toujours davantage les preuves de la puissance et de la grandeur du Christ, à la veille de ses soulTran ces et de sa mort ignominieuse. C'est encore cette même intention qui a dicté le choix de l'évangile du samedi : ego sum lux miindi, où se manifeste la transcendance du Christ malgré l'attitude de ses ennemis.

Les péricopes évangéliques de cette semaine ont donc pour but de montrer les doutes et les hésitations des juifs en présence des signes de la divinité de Jésus.

Au dimanche de la Passion et durant la semaine qui le suit, les évangi les vont montrer le développement de l'hostilité et des violen ces contre Jésus : le dimanche, tulerunt lapi des ; le lundi, ut appréhendèrent eiim ; le mardi, quxrebant eam interftcere... ne que jralres eius credebant in eum : le mercredi, Jésus se déclare clairement Fils de Dieu, alors snstulerunt lapi des ut lapidarcnt eum ; le vendredi, cogitaverunl ut interftcerent eum ; le samedi (la péricope est douteuse) ses discip les l'abandonnent et même, parmi les douze, il y a un traître.

Ainsi est préparée la grande semaine de la passion ; la série des évangi les de ces deux semaines forme un tableau des événements qui vont précipiter la tragédie ; la première semaine, outre des indications généra les sur les sentiments du peuple, met en relief la puissance et l'amour du Christ ; dans la seconde, les attaques des pharisiens se succèdent dans un ordre tel qu'on arrive au point où les fidè les eux-mêmes abandonnent Jésus et un des douze le trahit.

On voit <[ue cette semaine est consacrée tout entière à l'histoire proprement dite de la passion. Les l)éricopes assignées à ces jours se présentaient d'el lesmêmes, en raison de leur valeur histori que : le dimanche, début de la semaine décisive ; le mercredi, jour de la trahison ; le jeudi, jour de la cène ; le vendredi, jour de la mort. Pour le lundi et le mardi, le choix n'est pas aussi clair et les passages en question ne s'expliquent que parce qu'ils contiennent des paro les du Seigneur annonçant le sens et la valeur de sa passion.

4. Pâques et la semaine in albis. — La messe célébrée dans la nuit du samedi au dimanche mar que le passage de la semaine de la passion à la gloire de la résurrection. Saint Léon dit qu'on y devait lire la passion selon saint Marc, et la résurrection selon saint Matthieu. Mais déjà les plus anciennes listes romaines ne connaissent que le récit de la résurrection.

Le jour de Pâques, la résurrection selon saint Marc, et le lundi, selon saint Luc, les discip les d'Emmaûs : le mardi, suite du précédent ; le mercredi, apparition près du lac de Tibériade, selon saint Jean ; le jeudi, apparition à Marie-Madeleine, et le vendredi, apparition aux onze en Galilée et fm de l'évangile de saint Maltiiieu ; le samedi, Joa., xx, 19-23 ou 19-31, apparition à Jérusalem, ou bien Joa., .xx, 1-9, récit de la résurrection, qui paraît un peu hors de place, après les récits des jours précédents. Le dimanche octave, ou in albis, apparition aux apôtres en l'absence de Thomas, et huit jours plus tard (octave) en sa présence, les deux faits réunis en un seul texte.

Comme on le voit, les lectures de la semaine in albis présentent le récit de la résurrection d'après les quatre évangélistes qui se suivent dans l'ordre traditionnel, Matth., Marc, Luc, Joa. 11 semble aussi qu'on ait cherché à classer les apparitions dans l'ordre chronologi que. Mais la péricope du jeudi rompt ce déroulement, et il ne faut pas trop insister sur l'existence d'un plan bien méthodi que dans la disposition de ces péricopes.

Avec la préparation et la suite de Pâques, nous venons (le parcourir la partie la mieux élaborée du lectionnaire.

5. De l'octave de Pâques à la Pentecôte. — Il est remarquable que tous les évangi les de cette période sont empruntés à saint Jean, comme ceux des deux semaines qui précèdent le dimanche des Rame aux, dans les listes les plus anciennes, comme celle de Wurzbourg : n. 105-118. Le premier, n. 105, reporte la pensée sur la semaine du baptême qui vient de s'achever. Le dimanche, les nouve aux baptisés ont déposé l'aube blanche, ils sont entrés dans la vie ordinaire de la communauté chrétienne : d'où la prière serua eos, ego servabam eos... non rogo ut tollas eos de mundo sed serves a main. Les quatre suivants (106, 108, 109, 112), dans l'ordre normal des chapitres de saint Jean, montrent dans le Christ le Fils de Dieu. Durant la seconde moitié du carême, les péricopes ont montré à la fois la divinité de Jésus et l'hostilité des juifs ; dans la série présente, on ne pense plus qu'à la puissance et à l'amour du Christ.

Les évangi les des trois dimanches qui suivent (n. 113,117,118) forment une section distincte. Ils parlent d'un temps prochain où le Seigneur va quitter les siens et retourner vers le Père. Dans le contexte original, les paro les de Jésus visent sa mort prochaine sur la croix. Mais l'Église, en les plaçant entre Pâques et la Pentecôte, les prend dans un autre sens et les appli que à l'Ascension. La première péricope parle du départ en général ; les deux autres annoncent les suites heureuses de ce départ, l'envoi de l'Esprit. Cette disposition des textes a été si bien étudiée par l'ordonnateur du lectionnaire qu'on s'expli que aisément ainsi la transposition des versets : Joa., xvx, lG-22, 5-15, 23-30.

Au jour de l'Ascension, on lit naturellement le récit histori que de l'événement d'après saint Marc (n. 121).

U reste maintenant à passer à la Pentecôte. Le dimanche et le mercredi après l'Ascension (n. 122, 123), l'assemblée chrétienne se trouve dans les mêmes sentiments que les discip les après l'Ascension ; comme eux, elle attend dans l'obéissance et la charité l'effusion de l'Esprit. Ainsi donc l'Eglise se prépare à la Pentecôte en répétant la suite histori que des événements depuis la résurrection d'après le récit de saint Jean, mais en y introduisant de nombreux changements de sens. A part deu.\ cas, mercredi après l'octave de Pâques, et 2« dimanclie, les épîtres de cette période ne présentent pas de rapport appréciable avec les évangi les correspondants.

Pour la vigile de la Pentecôte et pour le dimanche, les évangi les sont naturellement en rapport direct avec lafètedu jour. On a déjà noté ci-dessus (col. 331), l'accord parfait entre l'épitre et l'évangile du jour. A remarquer aussi avec quel soin la péricope a été coupée après sic facio (v. 31), laissant tomber trois mots inuti les en la circonstance.

Comme aucun évangile ne parle de la Pentecôte, il était difficile de trouver des péricopes pour les jours qui suivent. Cel les du lundi et du mardi parlent de la foi au Christ en général ; les suivantes sont cel les des quatre-temps.

Pour l'octave de la Pentecôte, devenu désor mais le dimanche de la Trinité, les sour ces varient : les unes indiquent l'épisode de Nieodème (2= naissance) qui s'adresse aux catéchumènes, les autres, la paille et la poutre, en rapport avec les quatre-temps.

C. De Voclave de la Pentecôte à la fête des apôtres. — Cette période est d'une durée fort variable ; certaines listes y comptent deu.\ dimanches (Wurzbourg) ; d'autres en comptent jusqu'à six (Murbach). Il est remarquable que, dans toute cette série, saint Jean n'est plus utilisé : on ne, lit plus que les synoptiques, et spécialement saint Luc. Les péricopes ne présentent aucun lien ni entre el les ni avec les fêtes passées ; el les sont plutôt mora les qu'historiques ; el les rapportent l'enseignement du Christ en général, sans référence aux événements de la rédemption. Le plan de leur disposition, les raisons de leur choix nous échappent.

2 » De la fêle des apôtres à l'averti. — • Cette série remplit l'espace libre entre les deux gran des pério des du cycle annuel : Pâques et Noël.

On sait que le vieil usage romain subdivisait cette longue période de la Pentecôte h l'Avent en tranches séparées par la fête des apôtres, celle de saint Laurent, celle de saint Michel et celle de saint Cyprien. Entre les apôtres et saint Laurent (Wurzbourg 148-175, .Murbach 112-120'), puis entre saint Laurent et saint Cyprien (\V 177-204, M 122-128'), enfui de la fête de saint Cyprien à l'Avent (\V 205-235, iM 1 29-147) c'est-à-dire pendant toute la série des semaines après la Pentecôte, on trouve une liste de péricopes formant une collection de paro les et d'actions du Christ ; mais il ne semble pas possible de découvrir dans leur succession un plan méthodi que, ni entre el les auc une liaison. L'intention qui a présidé à leur choix et à leur disposition nous échappe, soit qu'on examine les péricopes dominica les et les péricopes férialcs en deux lignes parallè les, soit qu'on les considère sur une seule ligne. El les ne peuvent être une sorte de prolongement de la Pentecôte, puis que l'usage romain ancien les subdivisait en séries dépendantes des fêtes (|ue nous avons indiquées. D'autre part, ces fê les, placées comme D'ailleurs, le haut moyen âge n'a pas eu connaissance d'un plan quelcon que dans cette section, sinon, il n'y aurait pas laissé introduire les altérations nombreuses que l'on relève dans les listes anciennes.

Il nous reste pourtant à consigner deux observations précises et fermes : la première, c'est que toutes ces péricopes sont empruntées aux trois synoptiques, pas une seule à saint Jean ; la seconde, c'est que la plupart de ces péricopes ont été puisées dans les chapitres qui forment la seconde moitié de chacun de ces trois évangi les. Cette deuxième observation sera reprise et complétée au paragraphe suivant.

3° L'Avent, A'oël, l'Epiphanie. — Sur les caractères de cette période, vois ci-dessus, col. 333.

1. Période préparatoire : l'Avent. — L'évangile du V« dimanche, multiplication des pains, se termine par la phrase : hic est vere prophcla qui venturus est in mundum, qui se raccorde bien avec la péricope de Jérémie.

Au 1\<' dimanche, on lit le récit de l'entrée triomphale de Jésus à Jérusalem ; cette scène est transposée ici et appliquée à l'entrée du Christ dans le monde.

Au IIP dimanche, l'évangile précise comment se fera la parousie solennelle du juge dont l'épitre annonce la venue comme homme, et aussi le second avènement glorieux.

Au II'' dimanche, l'épitre ICor., IV, parle de la parousie du Seigneur comme juge suprême ; l'évangile semble être, au contraire, une préparation à Noël en rappelant la mission du Baptiste. Il n'y aurait donc aucun rapport entre les deux lectures. Saint Jérôme et saint Grégoire, interprétant ce passage, Matth., xi, 2-10, voient dans la question de Jean une allusion à la descente du Christ aux enfers ; en ce sens, la péricope évangéli que se raccorde bien à l'épitre : l'une et l'autre ont pour but de préparer la communauté chrétienne au jugement final, à la parousie du Seigneur.

L'évangile du I^' dimanche est une préparation histori que à la vie publi que du Christ par le ministère du Baptiste. L'accord entre l'épitre et l'évangile montre que le sens principal des deux jiéricopcs ]iorte sur les faits dont on va célébrer l'anniversaire, plutôt que sur la parousie.

Eu résumé, ces évangi les de l'avcnt, empruntes aux quatre évangélistes indistinctement, ont été choisis en raison de leurs rapports avec la période liturgi que en cours.

2. De Noël à l'Epiphanie. — A la veille de la Nativité, l'évangile Matth., i, 18, enseigne que la conception de l'Enfant a été pure.

Les deux premiers évangi les de la nuit sont des récits d'ordre histori que ; celui de la troisième messe expose le point de vue dogmati que.

Les trois jours suivants sont occupés par les fêtes de saint Etienne, de saint Jean, des saints Innocents. La suite directe de Noël reprend au dimanche octave dont l'évangile est le récit histori que des faits (|ui ont suivi la naissance de Jésus. A la Théophanic, récit histori que. Les fériés qui suivent sont pourvues d'évangi les, mais les sour ces ne sont pas d'accord sur leur identité ; en général, ce sont des péricopes rcla tives au baptême de Jésus.

Les listes les plus anciennes présentent cette partiIl nous reste maintenant à taire ici la même observation que ci-dessus pour le temps après la Pentecôte. Toutes les péricopes depuis l'Epiphanie jusqu'à la septuagésime sont, el les aussi, empruntées I E pitres Pour les deux gran des pério des : Pâques ) et Noël ; Evangi les 4° Résumé el conclusion. — Après avoir parcouru tout le cycle annuel, nous voyons se dessiner les gran des lignes de l'organisation des lectures évangéliques. L'évangile de saint Jean est spécialement n-servé au temps pascal : il est utilisé tous les jours depuis le dimanche Lœtare jusqu'à la Pentecôte. Les extraits de cet évangile sont disposés de manière à présenter d'abord le développement histori que des événements qui aboutissent à la passion ; puis les preuves de la grandeur de la personne et de l'œuvre du Christ. Cette lecture de saint Jean est interrompue seulement pendant les jours qui précèdent et qui suivent immédiatement la fêle de Pâques : au cours de ces journées solennel les, on lit le récit de la passion, puis le récit de la résurrection, selon les quatre témoins canoniques.

Durant le reste de l'année, on se sert des synoptiques ; on en commence la lecture après l'Epiphanie ; le temps pascal vient l'interrompre ; puis on la reprend après l'octave de la Pentecôte jusqu'à l'avent.

Le lectionnaire établit donc une distinction très nette entre les dilïérents évangi les, et nous avons pu apercevoir comment la répartition de leurs extraits avait été opérée. A la fin de l'article sur les épitres (col. 334), nous avons pu dégager une conclusion assez ferme sur le mode de distribution des épitres au cours de l'année.

Rapprochant maintenant ces deux conclusions, nous croyons pouvoir dessiner les gran des lignes de l'organisation foncière du lectionnaire romain dans le schéma suivant :

Historiques ou doctrina les, en rapport avec cha que fête. Saint Jean , et Synoptiques pour les récits historiques.

De Pâques à la Pentecôte ..

De la Pentecôte à r.\vent l Épitres.

I Évangi les.

( Epitres.

/ Evangi les.

De l'Epiphanie à la Septuagésime ^ ÉvangUes.

Catholiques. Saint Jean.

Fin des catholiques, puis les pauliniennes. Fin des synoptiques.

Suite des pauliniennes. Début des synoptiques. aux trois synoptiques, à l'exclusion de saint Jean ; de plus, ces péricopes sont puisées en majorité dans les premiers chapitres de chacun de ces trois évangi les.

Le petit tableau ci-dessous (qui indi que les chapitres auxquels appartiennent les péricopes) m.ontre par un simple rapprochement comment la lecture simultanée des trois synoptiques commence après l'Epiphanie, est interrompue par le carême et le temps pascal, reprend après la Pentecôte et se poursuit jusqu'à l'avent.

Le partage apparaît de façon très nette dans la disposition de l'évangile de saint Marc, qui se trouve Nous avons donc ici les traits fondament aux du lectionnaire romain. Pour les gran des fêtes, il y a eu évidemment un choix très attentif et nous avons relevé au passage les cas nombreux où les deux péricopes sont en rapport non seulement avec la fête du jour, mais aussi mutuellement. En dehors de ces pério des, nous constatons qu'on s'est borné à la leclio continua des livres canoniques dans leur ordre normal.

On aurait pu sans doute choisir et disposer les extraits des synoptiques de telle sorte que leur ensemble dessinât une vie de Jésus ; il reste peut-être quelques tra ces d'une intention de ce genre, mais dans l'ensemble on ne peut pas dire qu'elle ait été réalisée.

On aurait pu aussi viser, d'une manière constante, à associer l'épître et l'évangile comme deux panne aux d'un dipty que. Il nous paraît clair, qu'en dehors des pério des et des cas que nous avons cités, cette corrélation n'a point été cherchée. Le haut moyen âge semble n'en avoir pas eu connaissance. D'ailleurs, à supposer qu'elle ait ja mais existé, elle fut de très bonne heure détruite pour toute la période après la Pentecôte. Il suffit, pour s'en convaincre, de comparer un missel romain avec un témoin ancien comme le On peut donc conclure qu'au moment où ce déplacement a été opéré on ne devait pas avoir connaissance d'une relation quelcon que de dépendance entre les deux séries de lectures. En tout cas, cette relation hypothéti que est définitivement brisée.

G. GODU.


EVE.— l. Adam et Eve. II., Fresques. III. Sculpture. IV. Ivoires. V. Verres. VI. Gemmes. VII. Manuscrits. VIII. Métal. IX. Lampes. X. Haut-Relief. XL Peintures. XII. Terre cuite.

I. AOAM KT ÈvE. — On ne saurait désirer rien de plus démonstratif, lorsqu'il s'agit de montrer que les artistes chrétiens reproduisaient les symbo les bibliques sans s'asservir au détail, que la remar que suivante. On connaît le thème du symbole : Adam et Eve succombant à la tentation dans le jardin d'Eden. L'arbre de la connaissance du bien et du mal, sur lequel s'enroule habituellement le serpent, est entre Adam et Eve. Le plus souvent Eve est à la gauche du spectateur, parfois aussi, elle est à droite. Le serpent, ayant le plus souvent la pomme dans la bouche, .se tourne vers Eve, rarement vers Adam. Souvent l'arbre man que. Quoi que Adam et Eve soient représentés adultes, Adam n'apparaît que très rarement barbu. Eve se montre avec une coiflure ornée de per les ou bien les cheveux tombant jusqu'à la taille. La nudité du sexe est quel que/ois visible, quel que/ois cachée, tantôt par Adam et Eve ont joué, dans la symboli que chrétienne primitive et dans l'imagerie pieuse des sièc les qui suivirent, de la vogue la plus large. Le type se rencontre partout, peut-on dire, et sur les objets les plus divers : fresques, sarcophages, verres dorés et gravés, gemmes, ivoires, bois, etc. Cette expansion d'un type qu'il était, à vrai dire, bien difTicile de varier, tant sont réduits les éléments de la composition, expli que en partie les variantes, d'ailleurs intéressantes, que nous relevons d'un monument à un autre monument. Ce n'est guère qu'au iii« siècle qu'on peut signaler, avec certitude, l'apparition du symbole. A cette date la Commendalio animse avait, depuis longtemps déjà, suggéré le symbolisme des personnages bibliques à partir d'Abraham et de Noé. Elle ne faisait pas place à nos premiers parents ; plus tard la lac une fut comblée et il est probable que l'introduction de ceux-ci, dans la pensée de ceux qui les admirent, répondait à leur rôle d'auteurs responsab les et de générateurs du péché. Noé, Abraham, Jonas, Daniel et les autres figures symboliques rappelaient les laborieux moyens du salut de l'âme .on y opposait l'aimable facilité de la tentation et de la chute. C'est en effet la tentition qui fait l'oljjet de l'immense majorité des représentations d'.\dani et d'Eve. La création d'Adam, la naissance d'Eve, leur expulsion d'Éden, leur vie de labeur et le drame tragi que de la mort de leur fils .\bel semblent préoccuper très peu les chrétiens peintres, sculpteurs ou arti sans (fig. 4233).

La tentation comporte plusieurs moments et, suivant une méthode qui sera longtemps en faveur chez les artistes chrétiens, on combine ces moments successifs en un épisode uni que. Un sarcophage de Cahors montre Adam et Eve sans ceinture ni feuille de figuier, entièrement et pudiquement nus, devant l'arbre ; et il est clair que c'est le prologue de la tentation. Un sarcophage de Velletri fait voir Adam et Eve étroitement embrassés et Eve tend la pomme à Adam, encore tout nu ; à côté, l'arbre et le serpent. C'est la tentation qui se consomme par la chute d'.Vdam. Le reste des monuments montre moins de souci de la chronologie d'un épisode totalisé. On y voit d'ordinaire l'arbre et le serpent qui parle, Eve qui détache la pomme, Adam qui la mange, les coupab les déjà munis de ceintures de feuillage. Ce sont là de petits détails et auxquels on ne regardait pas de si près, le sens était si évident qu'on pouvait bien s'accorder quelques inexactitu des, dans la certitude <|ue, malgré tout, on serait compris. La tentation et la chute d'.Adam et Eve, c'était la mort entrant dans le inonde, mort de l'àiue ])ar le i)éché, mort du corps dont l'elîet se faisait sentir à toute leur postérité.

La création d'Adam et Eve n'est qu'une composition tardive et qui ne connut ja mais le succès. Les peintres des catacombes n'abordèrent ja mais ce sujet ; les sculpteurs de sarcophages, ayant dans leurs cahiers de modè les le groupe de Prométhée modelant la statue qui s'anima, se risquèrent et réussirent médiocrement. A mesure que le christianisme envahissait le monde anti que, les sujets mythologiques avaient un débit de plus en plus restreint ; cpielques essais tentés pour les débaptiser obtinrent, somme toute, peu de succès. Il en fut ainsi pour le groupe de Prométhée devenu la Créationde /(i/i'Himf(fig. 12 : ! I). Avec le temps, on imagina des modifications qui retirèrent au sujet ce qu'il conservait de trop voisin rteii. bciM., i'.HA. t. xx\. de l'archétype. Un sarcophage de Latran nous fait | moins qu'on ne le croirait des modè les antiques, car voir cette transformation : le Créateur y est accomI sur nombre de bas-reliefs on voit Prométlice, assisté pat ;né de deux personnages figurant la sainte Trinité | de Minerve, et parfois d'un autre i)ersonnage encore, (lig. 3342). Et cependant, même ici, la scène s'écarte | La création par la Trinité est connue à plusieurs Après la chute vient le châtiment et Dieu donne à Adam une gerbe (voir Epis), à Eve une brebis, symbo les du travail agricole et du tissage de la laine, qui résument toutes les exigen ces de la vie du foyer et de l'entretien de la famille. Ce sujet est rare, comme d'ailleurs l'est également l'expulsion du paradis, encore qu'on le rencontre sur des sarcophages romains ou arlésiens. Sur un sarcophage de Saragosse, les côtés latér aux figurent la chute, avec, déjà, la présence d'une gerbe et d'une brebis, et l'exil du paradis. Ici, entre les deux figures d'Adam et d'Eve, désignés par les mots ADAN et EVVA, on voit un personnage qui, de la main droite, tend à Adam la gerbe et, de la main gauche, la brebis ; au-dessus de sa tête un monogramme nous apprend que c'est le Christ. Sur un sarcophage <ie Cherchel, Eve, nue, devant l'arbre, cachant sa nudité, est interpellée par Dieu, qui s'approche d'elle.

4234. Dieu créant la femme. D'après un sarcophage.

La faute d'Adam et d'Eve est le symbole original et le seul intelligible de leur type dans l'art chrétien primitif ; les autres tentatives faites pour tirer, de l'histoire d'Adam et d'Eve et de leurs deux fils ou de leurs tribulations, des scènes pour les monuments funèbres ne peuvent être considérées que comme des additions au fond du symbole, visant seulement au litre de pcmtures historiques et excluant, par leur nature et leur développement histori que, l'interprétation symboli que. Quant à la feuille d'un dipty que consulaire représentant Adam et Eve dans le paradis terrestre, elle ne se rattache pas à l'art funéraire. Adam se promène, la canne à la main, parmi les palmiers, tandis qu'Eve frôle du coude une branche et se retourne : elle voit un serpent enroulé sur un chêne.

3. Domitille. Crypte des six saints ; paroi de l'entrée : Bon Pasteur et Adam et Eve ou bien Daniel D'après Garrucci, Storia delV arle, t. i. pi. 00. parmi les lions. — Wiliiert, Le pitturi ; pi. xxxiii, 3 ; H. Leclercq, Manuel, t. i, p. 533.

4. Domitille. Sépulture de l'orante dans un champ de blé. Première moitié du iv siècle. Adam et Eve.

5. Domitille. \Koso\i\im.(n)n lungi dal cubiculo IV, Wilpert). Deuxième moitié du iv » siècle. .\dam et Eve. — \Vil[)ert, Le pitlure, pi. ccxxvn ; H. Leclercq, Manuel, t. i, p. 538.

— J. Wilpert, Future, pi. ccxi ; Le Fort, p. 85, n. 114 ; De Rossi, Roma sotterranea, t. in, p. 253 sq. ; Breymann, p. 24 sq. ; Leclercq, Manuel, t. i, p. 553-554.

10. Catacombe des Saints-Pierre-et-Marccllin. Crypte avec la représentation de saint Pierre. Deuxième moitié du m' siècle. Paroi de l'entrée : .Vdam et Eve. — J. Wilpert, Le pitture, pi. xcni-xcvu.

11. Pierre-et-Marcellin. Cubicule XIV (de Bosio). Deuxième moitié du m= siècle ; paroi de l'entrée : Adam et Eve. — Bosio, p. 389 ; Aringlii, t. n, p. 47 ; Bottari, pi. 126 ; Garrucci, pi. 55, n. 2 ; Breymann, p. 20, n. 7 ; H. Leclercq, t. i, p. 558.

12. Pierre-et-Marcellin. Cubicule enterré de nouveau. Première moitié du iv« siècle. Adam et Eve. — H. Leclercq, Manuel, t. i, p. 561.

13. Pierrc-et-Marcellin. Arcosolium voisin du cubicule XIII ; voussure. Adam et Eve, première moitié du iv= siècle. • — Bosio, p. 381 ; Aringhi, t. n, p. 45 ; Bottari, pi. 123 ; Garrucci, pi. 53, n. 2 ; d'Agincourt, t. v, pi. IX, n. 1 ; Breymann, p. 19, n. 5 ; Lefort, n. 74 ; Pohl, n. 87 ; Leclercq, t. i, p. 561.

14. Pierre-et-MarceUin. Cubicule XIII. Deuxième moitié du iv siècle ; voussure de l' arcosolium, Adam et Eve. — Bosio, p. 381 ; Aringhi, t. ii, p. 109 ; Bottari, t. Il, pi. 123 ; Garrucci, pi. 53, n. 2 ; Séroux d'Agincourt, pi. IX, n. 1 , 2, 3 ; Lefort, n. 74 ; Pohl, p. 87 ; Breymann, p. 19, n. 5 ; Wilpert, Pitture, pi. clxxxvi, 2 ; ccxxxn, ccxxxm ; Leclercq, t. i, p. 564.

15. Cimetière Ostrien. Cubicule II (de Bosio). Première moitié du iv« siècle ; voûte : Adam et Eve. — Bosio, p. 455 ; Aringhi, t. n, p. 103 ; Bottari, t. in, pi. cxLVHi ; Perret, Catac.de Rome, t. n, pi. 22, 23, 26 ; Garrucci, pi. 64, n. 2 ; Lefort, p. 46, n. 42 ; J. Wilpert, pi. CLXX, cLXXi ; Breymann, p. 15, n. 2 ; H. Leclercq, 1. 1, p. 566.

13. Ostrien. Cubicule III (de Bosio). Deuxième moitié du iv siècle ; voussure de l'arcosolium, Adam et Eve. — Bosio, p. 461 ; Aringhi, t. ii, p. 199 ; Bottari, t. m, pi. cxLViii ; Perret, t. n, pi. 39, 41 ; Garrucci, pi. 64, n. 2 ; Lefort, p. 48, n. 43 ; Breymann, p. 15, n. 2 ; J. Wilpert, pi. CLXix, n. 1 ; H. Leclercq, t. i, p. 567.

17. Ostrien. Premier arcosolium des mages à l'étoile. Deuxième moitié du iv » siècle ; voussure : Adam et Eve. — Perret, t. n, pi. XLvm ; Garrucci, pi. 07, n. 2 ; J. Wilpert, pi. cclxvi, 2 ; cxxii,l,3 ; Lefort, p. 48, n. 44 ; H. Leclercq, 1. 1, p. 568.

18. Ostrien. Deuxième arcosolium des mages à l'étoile, même date ; voussure : Adam et Eve. — Lefort, p. 49, n. 45 ; Pohl, n. 59 ; Breymann, n. 3 ; H. Leclercq, t. i, p. 569.

19. Cimetière de Priscille. Arcosolium découvert en 1888. Adam et Eve. — De Rossi, Bull, di arch. crist., 1888-1889, pi. m, n. 11 ;Wilpert, dans Rômische Quartalschrilt, 1888, p. 89 ; Breymann, p. 17, n. 4.


III. Sculpture. — 20. Sarcophage conservé à la villa Carpcgna à Rome. — Garrucci, pi. 314, n. 4 ; R. Grousset, Élude sur l'histoire des sarcophages chrétiens. Catalogue des sarcophages chrétiens de Rome gui ne se trouvent point au musée de I.atran, in-8'', l'aris, 1885, n. 94 ; Breymann, p. 44, n. 2.

25. Sarcophage transféré de la catacombe de Domitillc dans la basili que deSainte-Pétronille. — Grousset, n. 166 ; Breymann, p. 46, n. 6.

23. Fragment de couvercle au musée Kircher. — V. Schultze, Die altchristliche Bildwerke des Museo Kircheriano, dans Archâologische Sludien, fig. vu, p. 259 sq. ; R. Grousset, n. 124 ; Breymann, p. 46, n. 7.

27. Fragment de couvercle dans le cloître de SaintPaul-hors-les-Murs. — Séroux d'Agincourt, Sculpture, pi. vin, n. 13 ; omis par Grousset ; Brevmann, p. 46, n. 8.

28. Fragment de sarcophage conservé à l'évêché de Porto : « à gauche, reste d'un arbre auprès duquel est Eve. « — Grousset, n. 194 ; Breymann, p. 46, n. 9, 29. Fragment de couvercle au musée de Latran. — Ficker, n. 117 ^ ; Breymann, p. 47, n. 10.

30. Sarcophage au musée de Latran. — Ficker, n. 161 ; Garrucci, pi. 382, n. 3 ; Breymann, p. 47, n. 10.

31. Face antérieure d'un sarcophage au musée de Latran. — Ficker, n. 146 ; Garrucci, pi. 313, n. 2.

33. Fragment de couvercle de sarcopliage provenant de Rome et transféré du cabinet Borgia à Velletri au musée de Nap les. — Garrucci, pi. 396, n. 2 ; Breymann, p. 48, n. 14.

34. Sarcophage conservé dans l'ambon de la basili que ambrosienne, à Milan. — Allegranza, Spiegazioni e riflessione sopra alcuni sacri monumenli di Milano, pi. v ; Ferrario, Monumenli sacri e profani di S. Ambrogio, pi. 18 ; Garrucci, pi. 328, n. 2 ; E. Fbrster, Oeschichte der italianische Kunst, in-8'', Leipzig, 1869, p. 142 ; Breymann, p. 49, n. 15.

35. Sarcophage de Velletri. — Miinster, Sinnhilder und Kunstvorstellungen der alten Christen, in-4'', .\ltona, 1825, t. Il, pi. \iii, n. 20 ; Garrucci, pi. 374, n. 4 ; Breymann, p. 55, n. 24 ; A. Pératé. L'archéologie chrétienne, 1892, fig. 201 ; Nuovo bull. di archeol. crist., 1901, pi. x ; H. Leclercq, t. n, p. 295, n. 239.

36. Sarcophage de Terni, adorno di sculture efjigianti Adamo cd Eva discacciaii dal paradiso e muralo net portico délia cathédrale. — De Rossi, Bull, di arch. cri.tt., 1871 ; Garrucci, t. v, p. 162, pi. 372, n. 3 ; Breymann, p. 60, n. 30.

38. Sarcophage du musée de Latran. — Ficker, n. 191 ; Garrucci, pi. 312, n. 1 ; Breymann, p. 58, n. 27.

V. — 30

S.\NTO.

46. Sarcophage au musée de Latran. — Ficker, n. 186 ; R. Garrucci, pi. 313, n. 4 ; Breyniann, p. 66, n. 37.

47. Fragment de couvercle au palazzo Rondini. — R. Grousset. n. 151 ; Garrucci, pi. 396, n. 4 ; Breyniann, p. 67, n. 38.

48. Couvercle de sarcophage au Latran. — Ficker, n. 154 ; Garrucci, pi. 316, n. 4 ; Breymann, p. 75, n. 41.

50. Fragment de sarcophage conservé au Latran. — Ficker, n. 152 ; Garrucci, pi. 320, n. 1 ; Breymann, p. 77, n. 43.

51. Fragment consersé dans les cryptes Vaticanes.

— Garrucci. pi. 402, n. 6 ; Breymann, p. 78, n. 44.

52. Couvercle de sarcophage au Latran. . — Ficker, n. 136 ; Garrucci, pi. 383, n. 5 ; Breymann, p. 80, n. 47.

53. Partie droite d'un sarcophage dans la crypte de San Giovanni in Valle à Vérone. — Garrucci, pi. 333, n. 3 ; Breymann, p. 79, n. 46.

54. Fragment de sarcophage de Carthage : il pastor buono, la moltiplicazione dei pani e pesci, Adamo ed Eva dopo il peccato. — De Rossi, Bull, di arch. crisl., 1884-1885, p. 47 ; Breymann, p. 54, n. 23.

55. Fragment de sarcophage de Cherche !, conservé au Louvre. — Catalogue sommaire des marbres antiques du Louvre, m. 3009 ; Ravoisié, Exploration scienlif. de l'Algérie, t. m, pi. xuv, fig. 3 ; Didionn., t. m, fig. 2761.

56. Sarcophage dans la crjpte de l'église du Mas d'Aire. — E. Le Blant, Les sarcophages chrétiens de la Gaule, in-4°, Paris, 1886, pi. 26, p. 98 ; Breymann, p. 50, n. 16.

57. Partie d'un sarcophage à Cahors. — Bulletin monumental, 181d, p. 163 ; Le Blant, pi. 26 ; Breymann, p. 51, n. 17.

58. Fragment de couvercle à Vienne, en Dauphiné.

— E. Le Blant, pi. 5 ; Breymann, p. 51, n. 18.

59. Fragment de sarcophage à Manos que. — E. Le Blant, pi. 50 ; Garrucci, pi. 351, n. 2 ; Bre j'mann, p. 51, n. 19.

60. Sarcophage de Luc de Béarn. . — E. Le Blant, pi. 27 ; Garrucci, pi. 312, n. 4 ; Breymann, p. 52, n. 20.

61. Fragment conservé à Arles. — E. Le Blant, Élu des sur les sarcophages chrétiens antiques de la ville d'Arles, 1878, p. 69, n 73 ; Breymann, p. 53, n. 21.

62. Sarcophage d'Arles. — E. Le Blant, pi. 6 ; Garrucci, pi. 366, n. 3 ; Breymann, p. 79, n. 45.

63. Sarcophage au musée d'Arles. — E. Le Blant, pi. 20 ; Garrucci, pi. 366, n. 2 ; C. Cahier, Nouve aux mélanges d'archéologie, t. iv, p. 93 ; Brevmann, p. 81, n. 49.

68. Sarcophage de Layos, près Tolède, de l'année 330. — Garrucci, pi. 376, n. 3 ; Museo espafiol, p. 595 ; Breymann, p. 56, n. 20.

Ce catalogue n'épuise pas la longue série de fragments sculptés ayant rapport à Adam et à Eve, mais, tel qu'il est, nous le croyons de nature à suffire à des comparaisons étendues entre les princip aux monuments. Au reste, on remarquera peu de variétés dans les types ofTerts par les fresques aussi bien que par les sarcophages ; nous les avons signalées déjà, au moins cel les qu'il importe le plus de connaître. Les monuments de moindre importance que nous allons énumérer otlrent plusieurs variantes dignes d'intérêt.


IV. Ivoires. — 70 Une feuille de dipty que attribué au consul Areobindus est conservée au Louvre (voirDicdonn., t.iv,col. 1113, n. 13), longueur 0 m. 36, largeur 0 m. 11 ; sculpté sur les deux faces par dilïcrentes mains. Le côté le plus anciennement orné est celui qui représente le consul : nous n'avons pas à nous en occuper ici, nous l'avons étudié avec les autres diptyques consulaires.

La face opposée à celle dont nous venons de parler est d'une grande beauté, i Plus on l'étudié, plus on admire sa finesse et les sujets qui y sont représentés. L'artiste y a sculpté une sorte de bestiaire comprenant les créatures humaines, les anim aux et les êtres intermédiaires, moitié hommes et moitié bêtes, qui jouent un si grand rôle dans les arts et dans la littérature de l'antiquité et du moyen âge. On y voit d'abord la scène du paradis terrestre : .\dam et ftve, dans l'état d'innocence, sont séparés par un palmier ; le serpent, enroulé autour d'un arbre chargé de fruits, souffle ses mauvais conseils à la femme, qui moiilrc son mari avec un geste indéfinissable. Au-dessous apparaissent un centaure et une centauresse, des sirènes, des satyres mâle et femelle, des hommes ;\ tête d'anim aux qui font penser aux compagnons. d'Ulysse. Puis viennent des anim aux réels et imaginaires ; un grillon d'une allure tout à fait classi que, un lion et une lionne, une licorne, un cerf, un bélier, un bœuf, une chèvre, deux chev aux, un chameau couché, un sangUer, un ours debout léchant ses pattes, un éléphant, etc. ; en tout, sept registres encadres d'une élégante et large bande de feuillages, finement dessinée, au milieu de la(|uelle circulent des oiseauK ou de i)elils anim aux agi les tels que lapins ou écureuil » (fig. 4236).

Sur les côtés : face latérale longue : Adam et Eve devant un arbrisseau composé d'une tige et de trois feuil les ; Eve à côté d'un arbre, sur lequel est enroulé le serpent : Adam devant un arbrisseau ; le Christ parlant ; Eve donnant des signes de désolation ; — face latérale courte : un ange ; Adam et Eve quittant 76. Fond de coupe, à Craeovie, musée Czartoryski. • — Vopel, p. 9 et 60 ; Garrucci, Storia, pi. 172, n. 1 ; Breymann, p. 33, n. 2.

77. Adam« ? — Garrucci, pi. 171, n. 6 ; Vopel, p. S, p. 60.

78. Adam et Eve, médaillon avec fond bleu, au Musée Britanni que — - Garrucci, Vetri, pi. n, n. 1 : Storia, pi. 172, n. 3 ; Vopel, p. 10, p. 60.

79. Adam. — De Rossi, Bullettino di arch. crist., 1880, p. 64 ; Vopel, p. 60.

80. Eve. — Garrucci, Storia, pi. 171, n. 7 ; Vopel, p. 60.

81Eve entre deux arbres. — Garrucci, Vetri, pi. II, n. 4 ; Storia, pi. 172, n. 5 ; Vopel, p. 10, p. 60. le paradis : — ■ deuxième face latérale longue : Eve assise et se lamentant ; Adam assis et se lamentant ; Adam, armé d'une houe, travaille ; Adam, une serpe à la main, coupe le blé ; Adam rentre sa moisson sur ses épau les : — seconde face latérale courte : Eve au travail ; Adam devenu forgeron ; entre eux, un petit personnage assis : O RTAOYTOC72. Coflret ayant appartenu à M. Bélh une, exposé en 1882 à VEvan cxltibition de South Kcnsington. Ouvrage de techni que très inférieure au coffret précédent, duquel il procède certainement : Adam et Èvc en pleurs, ,\dam et Eve au travail.

82. Serpent. Bibliothè que Vaticane, médaillon à fond bleu. — Garrucci, Vetri, pi ; ii, n. 5 ; Storia, pi. 172, n. 4 ; Vopel, p. 8, p. 60.

84. Seriient. Rome, Campo santo tedesco. — Vopel, p. 102.

86. Fond de coupe. Musée Recupero. — Garrucci, Vetri, pi. i, n. 2 ; Storia, pi. 171, n. 2 ; Brevmann, p. 34, n. 4. ■ 87. Fond de coupe, fragment. Musée Kircher. — Garrucci, Vetri, pi. i, n. 4 ; Storia,\û. 171, n.4 ; Breymann, p. 34, n. 5.

88. Gobelet trouvé à Cologne, conservé au Musée britanniciue. .\dam et Eve de cha que « Hé de l'arbre sur lequel est enroulé le senicnt Adam détourne la tète pour répondre à un i)crsonnage vêtu, Dieu. Moysc. Lazare, iv » ou v« siècle. — lionner Jalirbilclwr, 1878. t. Lxiv, p. 127, note 4 ; O. M. Dalton, Catalogue o/ Christian antiquilies, p. 131, n. 652.


VI. Gemmes. — 92. Nicolo de l'ancienne collection Castellani, aujour d'hui au MusèeBritanni(|ue( lig. 1238). — O. M. Dalton. p 7, n. 42, pi. i.

93. Sardoine. Adam et Eve agenouilK's, nus et suppliants devant deux personnages, dont l'un vêtu. — Garrucci, Sloria, pi. 492, n. 16 ; H. Leclercq, Manuel, t. II, p. .373, fig. 275.

94. rate de verre, à Paris, venant de Syrie (Cabinet des médail les). — Catalogue général, n. 3474 ; Garrucci, pi. 479, n. 21.

95. Sardoine, Adam et Eve ? — Costadoni, Raccollà, 1749, t. xLi, p. 246, n. 12 ; Mamaclii, Origines et antiquitates, 1751, t. m, pi. ii, fig. 6 ; L. Perret, Catac, t. IV, pi. XVI, n. 5 ; Garrucci, Storia, pi. 477, n. 12 ; De Rossi, De christ, monum. Ix^ »^ exhibentibus ; O. Dalton, Catalogue, p). i, ligne 2, n. 26 ; H. Leclercq, t. II, p. 373, fig. 274.


VII. Manuscrits. — 96, Paris, Bibl. nat., ms. lat. 4884. Début du Barbarus de Scaliger. Lettre initiale. Eve et le serpent (fig. 4239). — A. Bauer et J. Strzygowski, Einc ukxandrinische Weltchronik, dans RlfnusT>o ^wMi au vt D'après Bauer et Strzygowski , dans Denksclir. der kaiserlich. l Aead. der Wissensch-, 1906, t. ii, p. 133, tig. 1.

Denkschriften der kaiserlichen Akademie der Wissenscbaflen, 1906, t. u, p. 133, fig. 1.

97. Bible de Ctiar les le Gros. — Dictionn., t. i, fig. 101.

104. Seille de Miannay. — \'oir Dictionn.. t. n, col. 770, fig 1506.


IX. Lampes. — 105. A Thelepte (Afri que^. Eve cacliant sa nudité avec des feuil les. — Repue de l'art chrétien, 1892, p. 133, n. 66L 106. Au musée Kirchcr. ftve cachant sa nudité.

— Séroux d'Agincourt, Recueil de fragmenls de sculpture anti que en terre cuite, Paris, 1814, pi. xxiv, n. 2, p. 69 ; Miinter, pi. vni, n. 30 ; Garrucci, pi. 475, n. 1 ; Breymann, p. 91 ; V. Schultze, Die altchristlichen Bildwerke des Museo Kircheriano, n. 85.

107. Autre exemplaire à Paris, Cabinet des médail les. — Garrucci, t. vi, p. 111 ; Breymann. p. 92.

X. HautRELIEF. ^108. Marbre brisé, haut. Om. 58 larg. 0 m. 42, provenance romaine, iv« siècle ; vestige du tronc d'un arbre sur lequel un serpent est enroulé, bas du corps d'une femme nue qui appli que ses deux mains sur sa nudité, personnage debout drapé, évidemment le Christ entretenant Eve après le péché. ■ — O. Wulff, Allehristliche und Mittelalterliche byzantinische und italienische Bildwerke, 1909, t i, p 307, n. 1623.


XL Peintures. — 109. Chapelle de la nécropole d'ELKhargeh, à Bagaouat. Adam et Eve : AAAM ZCÛH. — Dictionn., t. n, col. 44, fig. 1187.

110. Chapelle de la nécropole d'El-Khargeh, à Bagaouat, Adam et Eve nus, debout, la main droite levée, la main gauche cachant leur nudité, ADAM EYA.

— Dictionn., t. ii, col. 55-56 : W. de Bock, Matéri aux pour servir à l'archéol. de l'Egypte chrétienne, 1901, pi. XV.

H. Leclercq.


ÉVENTAIL. Voir Flabelium.


ÉVÊQUE. Le mot è-KÎay.ono^ avait été employé fréquemment par les Septante lorsqu'il fut accueilli dans lalanguedu Nouveau Testament. On le rencontre dans Act., xx, 28, et dans I » Philipp., i, 1, puis encore dans I Tim., m, 2, et Tit , i, 7. Dans Act., i, 20, nous lisons ÈTTICTXOTTY) au sens de fonction ; enfin, dans I Petr., Il, 25, le Christ est désigné sous le nom ; -rôiv ijiuxcôv..

Le sens qui s'attache à ce terme ofire quel que imprécision à ces débuts du christianisme ; il est synonyme de celui qu'on donne à TrpsapÙTepoi ;, mais cela dure peu et, dès le temps de saint Ignace d'.\ntioche, a pris un relief qui ne permet plus de le confondre avec personne (voir Épiscopat) '. Les synonymes nombreux ne sont que des termes de respect ou de ilatterie : aposlolus, apostolicus, succcssor apostolorum, vir apostolicus, -KpozcTàx ; , S. ;~(£koi ;, TipôeSpoç, prœposilus, prœsidens, primus presbyler, princeps populi, etc. La liste en est longue et elle apprend peu de chose : les seuls titres qui puissent être tenus pour équivalents de episcopus sont ponti/ex, sacerdos et antistcs. La transcription episinpus, calquée sur le terme grec, existe certainement d'une manière courante dès le m' siècle, peutêtre auparavant.

L'épigraphie chrétienne nous a conservé un assez grand nombre de monuments sur lesquels on lit le titre d'évê que. C'est d'abord la série de sept, et probablement huit, épitaphes trouvées au cimetière de Calliste. Leur découverte causa une extrême satisfaction mélangée de désagrément. Le vocable de pape, devenu usuel pour désigner le chef de l'Église de Rome, n'avait donc pas joui au iii« siècle de la faveur exclusive qui lui écliut depuis. Jean-Baptiste De Rossi jugea prudent de s'excuser de sa trouvaille, car, dit-il, le mot papa avait alors une signification de tendresse bien plus que de dignité, on disait papa meus, papa siius, papa nosler '. En outre, le terme prêtait à l'amphibologie ; il existait un pape de Carthage, un pape d'Alexandrie, un pape d'Antiochc, au même titre qu'un pape de Rome. Ce dernier n'eût pas soupçonné assurément que le titre d'episcopus paraîtrait quel que jour à certains fidè les comme un diminutif et une soustraction faite au respect qui lui est dû. Le titre d'évê que de Rome a eu sa lignée de titulaires assez glorieuse pour que les plus saints et les plus courageux ne se trouvent diminués de le recevoir et de s'en parer. Il faudrait, disait J.-B. De Rossi, fermer les yeux à la lumière pour se persuader que les titres devenus en ainsi : ©eoO SoûXoç ou bien cttÎctxottoç ou encore èv '• Un examen attentif et désintéressé de la pierre ne permet d'y voir autre chose que la lettre £ avec son trait transversal. Comme cette inscription a été trouvée dans la crypte papale, il semblerait qu'elle doit être celle du pape Urbain, qui siégea un mois environ et eut Pontien pour successeur, ce qui fait qu'il serait mort en l'an 230. La paléographie de cette inscription ne contredit nullement cette attribution ' (fig. 1940). Le Liber poniificalis nous apprend qu'Urbain fut inhumé in cymilerio Prietexlali via Appia '. On a imaginé de faire deux évèques Urbain, l'un évè que de Rome, l'autre évè que de quel que autre lieu et auquel se rapporterait l'inscription gravée sur un fragment de sarcophage dont il vient d'être question ; de cette façon, on peut laisser enterrer le pape au cimetière de Prétextât et posséder néanmoins un évê que du nom d'Urbain au cimetière de Calliste. Cette solution ne laisse pas d'être attrayante, puisqu'elle s'accorde également avec ce cjue nous lisons QmimsmTnc

^/F

faveur, parce qu'ils énoncent des prétentions au gouvernement universel, peuvent remonter à une si haute antiquité. Qu'on le veuille ou non, qu'on s'en arrange ou non, c'est le titre d'episcopus qui est primitif. Nous n'avons pas que les témoins épigraphiques pour nous l'attester. Le catalogue philocalien, dont la première partie fut écrite ou continuée vers le temps d'Antcros, réduit à sa forme la plus primitive, commence ainsi : Passus est Dominus nosler Jésus Chrislus duobus Gcminis consulibus vin kal. apri les, el posl tisccnsum cjus bealissimus Pelrus episcopatum suscepil, ex quo tempore pcr successioncm disposilum quis cpiscopas,quol annis pne/uit ; suil la liste épiscopale depuis saint Pierre jusqu'à Anteros.

S'il faut admettre une identification, d'ailleurs incertaine, il n'est pas jusqu'à ce titre si bref qui eût été rejeté sur l'épilaphe du premier successeur de Pierre. Une inscription qu'on a pensé pouvoir lui attribuer portail .simplement le nom de LINVS sans autre mention -'.

L'nc première inscription porte le nom de OYPBAN OC suivi d'une ponctuation en forme de feuille de lierre et de la partie gauche d'une lettre qu'on a proposé de lire 0 ou bien £ ; suivant le cas, on complète dans la Passio Ceciliee, qui fait enterrer ce même pape Urbain in cœmelerio Prœlexlaii, via Appia, oclavo kalendas junias '.

Le successeur du pape Urbain fut Pontien, qui occupa le siège pontifical depuis le 21 juillet 230 jusqu'au 28 septembre 23.5. Exilé pendant la persécution de Maxiniin et condamné au rude travail des mines, il renonça volontairement à la dignité épiscopale. Il n'est pas un érudit qui l'ignore parmi ceux qui s'occupent de l'histoire de l'Église ; il se trouve néanmoins des théologiens pour soulenir que la dignité de pontife romain est inadmissible ; c'est, on le voit, une erreur el un ])ape du ni^siècle a pu renoncer au souverain pontifical, tout comme ses successeurs Célcstin ^■, devant la démonstration desonemprisonncmcnt, Grégoire XII, benoît XIU et .lean XXIII, pour diverses raisons dont le détail n'olTre que de lointains rapports avec l'apologéti que. Mort en exil, Pontien succomba aux mauvais traitements ; maceratus fuslibus, ' cl fut considéré comme martyr. Son deuxième successeur, I'« al)ien, profila d'une période d'accalmie dans les relations de l'Église avec l'empire pomobtenir le transfert des restes de Sardaigne à Rome : Qiiem li. Fabianus addiixit navigio et sepelivit in cymilerio CtiUisli, via Appia, lisons-nous dans la première édition du Liber ponlificalis. Lors de la découverte des épitaphes papa les par J.-B. De Rossi, celle de Pontien ne se trouva pas ; cependant, à en juger d'après cel les qu'il remit en lumière, il pouvait avancer sans chance d'erreur que cette épitaphe était fort concise et, rédigée en grec, devait tenir tout entière sur une ligne. Il tracé peu profondément, afin de ne pas briser la tablette déjà en place. Ce siglc e.st l'abrégé du mot [xàpTup. I.cs dimensions de la tablette étaient Om.45 sur 0 m. 92.

Le premier pape enterré dans la crj-pte papale et dont nous possédons l'épitaphe est Antéros, qui occupa le siège de Rome du 21 novembre 235 au %..-...

4241. Épitaphe d' Antéros. D'après Wilpert, op. cil., p. 17, fig. 11. soupçonnait également que Fabien, eu égard aux circonstan ces, avait dû décerner à son prédécesseur le litre de martyr •.

Sur la paroi d'entrée de la crypte, on pouvait lire, parmi d'autres grafBtes, ces mots : eN oecù META TTANTOJvTcôv ZHCHC ; indication précieuse mais dont l'importance fut bien dépassée par la découverte de l'épitaplie (15 janvier 1909).

3 janvier 23G. La brièveté de ce pontificat a fait supposer qu'il avait été abrégé par le martjTe, ce que ne rend guère probable l'expression dormit, employée par le Catalogue libérien et qui est réservée aux cas de mort naturelle. En outre, son nom ne se lit pas dans la Depositio martyrum. Quoi que la cassure de l'inscription abrège évidemment ce qui s'y lisait jadis, il parait certain que c'est tout au plus des lettres CK et ^^IDLAHOC'^e

W'

ICpitaphe de Fabien. D'après Wilpert, op. ci(., p. IS, fig. 12.

Pontien, quoi que prédécesseur d'.\ntéros sur le siège de Rome, n'avait reçu la sépulture qu'après ce dernier et ses restes furent déposés dans un loculus semblable à celui d'Antéros. L'inscription retrouvée porte la mention (fig. 4240) - : nontianoc eniCK iwp L'épitaplie est complète, malgré les cassures de la pierre : on voit au premier coup d'oeil que le sigle final a été ajouté après l'achèvement de l'épitaphe ; il fut cncore on en peut douter. Quoi qu'il en soit, on y lit ceci (fig. 4241) :

ANTepoùC es e ni L'évê que .\ntiTos reposait dans un loeulus de la Iiaroi de la crypte. Les dimensions de ce qui subsiste (le la tablette sont 0 m. 54 sur 1 m. 20.

Fabien occupa le siège de Rome du 10 janvier 236 au 20 janvier 250 et mourut victime de la persécution de Dèce. Sa tombe fut, comme celle de ses prédé ces0ABI ANOC C5 eni es »mp Le Liber pontiflcalis attribue à Fabien muUas jabricas per cymeleria ' ; nous ne savons pas en quoi consistèrent ces édifi ces ou ces excavations ; on a supposé que c'était le projet de réunir toutes les sépultures papa les dans une seule et même crvpte ; il est de fait que Pontien fut rapproché d'Antéros. Fabien reposa près d'eux, ainsi que ses successeurs (sauf Corneille), jusqu'à Eutychien inclusivement ; mais ce n'est là, somme toute, qu'une conjecture. Les dimensions de ce qui subsiste de l'épitaphe sont 0 m. 35 sur 0 m. 82.

La présence du sigle [lâp-ruç sur cette épitaphe avait induit J.-B. De Rossi à supposer, d'après la diflérence des caractères, que l'addition avait été exécutée un certain temps après l'inhumation. Fabien était incontestablement martjT, cependant ce titre acquis


CORNELIVS EP

La symétrie semble indiquer que tel fut le premier état de la dalle, mais, soit oubli, soit autre chose, il fallut ajouter le mot MARTYR, non plus par un sigle, mais en entier, et le graveur l'inséra sur le prolongement du mot Cornélius et avec le même caractère, en sorte que la symétrie fut bousculée.

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par sa mort n'avait pu être tracé sur son épitaphe, de même que son titre Cela devait tenir à la nécessité de procéder au préalable à la vindicaiio officielle, sans laquelle le titre, bien qu'acquis, n'était pas conféré et ne pouvait être revendiqué. Le pape Corneille ayant procédé à cette vindicaiio, on en aurait tracé d'une pointe légère le résultat sur la tablette fermant le loculus. Cette ingénieuse explication a reçu le coup de grâce par la découverte de l'épitaphe de Pontien, dont le titre épiscopal est de même accolé du sigle [idcpTup, légèrement buriné. Or, pour Pontien, mort depuis assez longtemps et faisant l'objet d'un transfert de Sardaigne à Rome, le temps n'avait pas manqué de procéder à la vindicaiio ; cependant le sigle est tracé dans des conditions identiques à ce que nous voyons pour Fabien. 11 semble donc qu'il faille admettre que cette mention est postérieure sur les deux épitaphes au pontificat de Fabien.

Corneille gouverna l'Église de Rome depuis le mois de mars 251 jusqu'au mois de juin 253. Il mourut exilé à Centumcellœ (Cività Vecchia) et son corps fut ramené à Rome dans un sarcophage et enseveli dans une niche creusée dans l'hypogée de Lucine. Ce sarcophage eût dispensé de fermer la niche par une tablette de marbre, mais les dimensions considérab les de cette niche ne permettaient pas de la laisser ouverte tans une menace pour la solidité de la paroi. Elle De Lucius, qui gouverna du 25 juin 253 au 5 mars 254, nous ne possédons qu'un fragment d'épitaphe contenant le nom, sans plus : il y a tout lieu de croire que ce nom était suivi de É-t(rxo7 :oç, puis que, après son exil, il rentra à Rome et y mourut. Sa fête est rappelée sur la Depositio episcoporum. Les dimensions de ce fragment sont 0 m. 30 sur 0 m. 70.

Nous n'avons rien conservé des épitaphes d'Etienne, de Sixte II, de Denis et de Félix I« . Par contre, nous possédons en dix fragments l'épitaphe d'Eutychien (fig. 4243), qui gouverna du 4 janvier 275 au 7 décembre 283 : evtyxiangc p enicK Les dimensions de ce qui nous reste sont 0 m. 42 sur 0 m. 90.

Du pape Gains (17 décembre 283 au 22 avril 2116), nous possédons l'épitaphe ainsi libellée, mentionnant la xàGcoi ; ou déposition (fig. 1945) :

■ TAIOY • eniCK •KATNPO • !• K4A • MAICON.

Cette série d'épitaphcs est, dans sa concision, un témoignage si imposant qu'il ne s'en trouve pas d'autre qui puisse lui être opposé. On cite seulement un petit nombre d'inscriptions romaines concernant des évoques. Une d'el les est en vers et consacrée à la louange d'un évê que nommé Léon, qui fut marié et dans lequel on pense voir le père du pape Damase ' (voir ce mot). Une autre au cimetière de Calliste, mais mutilée - :


EPISCOPVS REC ■ NV

Nous avons déjà fait connaître trois inscriptions épiscopa les du cimetière de Saint-.Mexandre sur la voieNomentane. Voir Die( !onn.,t.i, col. 1093, fig. 265 : col. 1095, fîg. 267 ; col. 1097.

L'épigraphie grec que d'Orient nous ofTre un certain nombre de mentions épiscopa les, d'où il y a peu de chose à tirer, sinon des compléments aux listes données par Le Quien.

A Esra, en Syrie, sur la porte d'une maison ' :


ANOYNOAEOOCE OACKEITAK

néxpoç [0£]oi[>.]o[ij] 7 :6[X]£co ; è[v]9âS£ XEr-a[i].

A Euménie en Phrygie, vers l'an 200-215, l'inscription du tombeau élevé par Damas, fils de Diotime, à son oncle Métrodorc, évê que, et à son père Diotime * :


AIOTEIMCÛ KAI EAYTOO EITIC Ae 0EINE ETEPONTI NA0H CEI IC TOTAMEI ONNPOC 10 TEIMOY AHNOEL KATA^PG NHCEI TOYTOY ECTE AYTCO NPOC TON ZOONTA ©EON ï ;pàiov rw ÊTTLCXÔTRO) Xat TÔJ Traxpî [/.ou y.od éauTÛ ■ e'î tiç Se èret/EipYjaet ôeïve cTspôv Ttva, 6ï]<j£i iç TÔ TXfXEÏov TTpoaT£tji.ou 8/ ;v. çeI xaraçpov/]aSl TOUTOU, ecjTE AÙTCO TipÔç TÔV ÇôJVTa 0£6v.

« Damas, fils de Diotime construisit le tombeau à son oncle l'évè que Métrodore, à son père Diotime et à lui-même. Si quelqu'un ose y introduire un autre qu'eux, il paiera au fisc une amende de cinq cents deniers. S'il méprise ceci, il aura affaire au Dieu vivant . » A ces monuments anciens nous ajoutons quelques exemp les appartenant à l'épo que byzantine.

Route d'Ancyre à Dorylée et Pessinonte, à trois heures à l'ouest du village de Balcoïmji.sur une pierre du pont * :

E N TATLUENL 5 KDNNYNAYADY A02A EOI XPE 11 s'agit de l'évè que d'Ancyre, Paul, qui occupait ce siège pendant la deuxième année du règne de Tibère II, soit 579 après Jésus-Christ.

Sis, dans la petite Arménie ' :

-TENÀPXHHNOAOROCK&IOAOROCHNOEO CTCONGECONNANTAAIAAYTOYERENETO ETGYCNCNTGYKALAEKATOYTTEN ACKTIGNIA-t-GEOYECAONTOC KAITOYANOYIGANNOYCYNEY AOKGYNTOCERETGNTGEPRO NTOYANOYIOANNOYTENITCON RAAINOTATOÙNKAI0EO*YAAKT CONHMONBACIAEOONMAYPIKIOY KAIOEOAGCLOYTOYYLOYAYTOY KAITGYGCIGTATOÛENICKGNOYNETPCO regprigcgmeraagnpenectatoc cyn + 'Ev àpz/i 9jv 6 AÔYO ; xal ô Aoyoç f,v 0£iç tûv Geôjv • ràvTa Sià aÙToû èyévETo.

»Etouç r.i(\j.Tz)Tou xal Sexârou, (1)v8(0xtî(ojvoç) iS' + 0£où ÔÉXovToç xal Toû âytou 'I(6))âvvou ; ÈYÉ(ve)To xà Epyov toû âytou 'I((o)âvvo'j + ènï Tùiv xal ÔEOçuXàxxfov r||ji(cô)v BaatÂÉcov Mauptxtou xal 0EoSoatou toû uloù AÙTOÛ, xal TOÛ ôa !.(cù)TâT(ou) ÈTrioxéTrou n£Tp(ou), rE(td)pyioç ô (TÙv 'Io(up£v)aXî(oj) TÔi. uE(û) aÙToù Tr)v eÙx'Ôv.

« Le Verbe était dès le commencement, et le Verbe était Dieu des dieux. Toutes choses ont été faites par lui.

■ En la quinzième année [du règne de notre empereur] et de l'indiction [courante] la quatorzième : + par la volonté de Dieu et avec le consentement de saint Jean, ont été exécutés les trav aux [de l'églisef de SaintJean : + sous le règne de nos empereurs Maurice et Théodose son fils, et [sous l'épiscopat] de notre très pieux évê que Pierre. Georges le très magnifi que, avec Juvénal, son fils, accomplit son vœu. » La quinzième année du règne de Maurice correspond à l'an 596 de Jésus-Christ, qui est la quatorzième année de la XIX* indiction.

A Mylasa une inscription nous parle du « très pieux évê que a ètiîcxotzoç ' ; dans la même localité et dans les ruines d'une église byzantine, en voici une autre ' :

+ EICA02AN S TIMHNTÔ0''y CGOTHPGEHIVI0ONL\x\sT5 ARIGYNPOOTGMAPTYPGCCTE OANÔB^ACIAIGCOOEICOTSHMCON 5 EniCK^OEKOEMEAIOÛNEKTI C'E SAIEKOEMHCENS^NAHPCO OHTOEPRONMHNGNAS AEYTYXECT -IAElç SéÇav (xal) Ti(JLr,v toû 6eoû ScùTTJpoç :îj(ià>v^ 'Iyjctoû XptiiToû, (xal) TOÛ àytou 7rpû>TO(iâpTupoç STEçâvou BaatXtoç ô (xal) ii[iC>v Ènicsxo[-oç( èx 9£[jiexî6)v (xal) Ta È'pyov [ ;I.ï)vI (ÈvaTco) ;j S', + D'après le style, l'inscription n'est guère antérieure au vi« siècle. Les dates, 9 » mois (mai, juin) et ind. IV, ne sont pas suflTisantes pour déterminer l'année ni même Le. Le signe s équivaut à KAI, en outre il est employé deux fois comme abréviation. D'après la tradition locale, cette petite église serait celle de la patronne de Mylasa, sainte Heni (ou Eusebia), qui vint à Jlylasa lors que C>Tille en était encore évê que et qui fut particulièrement honorée par son successeur, Paul. Dans l'épigraphie latine nous pouvons citer quelques inscriptions anciennes, tel les que cel les de FI. Latinus episcopus de Brescia ', celle de Petronius Dexter de Chiusi -, celle de Julien de Gaëte ', celle de Viclor filias episcopi Vicxoris civitatis Ucrensium, mort à Rome en 404 S tandis que les trois précédentes sont encore du m= siècle, ainsi que le sarcophage de Cyr, évè que de Pavie ' :

S V R V S E P C

En Gaule, une inscription nous apprend qu'il y eut des papes de Vienne : Domninus papa, in nomine dans la cathédrale du Puy.

D'après E. LeBIant, Inscriptions chrétiennes de la Gaule, n. 572, pi. 75.

■Chrisli pauper episcopus ', il y en eut également au Puy ' (fig. 4244).


SCVAXP'UTAR I


PAPA VIVE DEO

Nous aurons plus tard occasion de revenir sur une estampille doliaire de Strasbourg, qui mentionne l'évê que Arbogaste ', et sur une inscription de Narbonne, où l'évê que se qualifie de compresbyter avec le clergé de Mar.seille '.

A Arles, l'évê que Hilaire est qualifié ' » :


SACRO SANCTAE LE

-FHIC QVIESCIT [ l'cse ] Les abréviations sont nombreuses mais n'offrent guère d'énigme insoluble ; voici, par exemple, cel les que nous rencontrons en Espagne : episcupiis, aeps, aepus, epscopus epscops, epscs, cpsus, cpcus, epus, cpscpns, episcop., epics ».. En Espagne on rencontre aussi antis les et ses variations : antis. antesiis, anlistites. On pourrait circuler dans toutes les provin ces de l'antiquité chrétienne sans recueillir pour ce titre, rien de particulièrement notable. La numismati que et la sigillographie épiscopa les sont d'une épo que postérieure ; quant à la paléographie, elle nous olTre aussi dans les chartes mérovingiennes des mention.s d'évêques.

Le titre d'episcopus episcoporum est donné par Sidoine Apollinaire à son ami l'évê que Loup '-, ce qui semble indiquer que l'attribution qu'en avait faite Tertullien à l'évê que de Rome « n'avait pas paru aussi exclusive qu'on pourrait volontiers l'imaginer.

Le titre d'episcopus Ecclesiie catholicœ est revendiqué par les papes de Rome dès le v« ou le vi^ siècle, et nous voyons le pape Vigile s'en parer (537-555), tandis que Symnia que (498-514) et Pelage I » (555-560) disaient encore : episcopus Eccksiœ calholicss urbis Romœ ; on peut encore noter episcopus sanclee catholicœ Ecclesise, au VIe ; episcopus sanclœ calholicx et aposlolicse Ecclesise, que prend le pape Martin I« (049-655).

Plus inattendu est le terme episcopa que nous lisons dans le canon 131= du 11= concile de Tours : episcopum episcopam non habenlem nulla sequalur mulierum '* ; enfin episcopissa appartient seulement au moyen âge, qui invente ce mot pour caractériser une catégorie devenue comm une à cette triste épo que : les concubines d'évêques '\ Le titre antis les a été usité dans un grand nombre de cultes, qui l'appliquaient à celui qui présidait aux rites » : on l'attribuait à un prêtre « ou à une antista ». L'anlis les pouvait être ingénu, ou alTranchi, peutêtre s'en est-il trouvé d'esclaves « . L'évê que Novatus, de Sétif (Maurétanie Sétiflenne) de 403 à 440, qui assistaàla conférence de Carthage, en 411, au concile africain de 419, qui reçut une lettre de saint Augustin, a reçu sur son épitaphe le titre d'antis les :

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ET VII

A Sulci, en Sardaignc, nous trouvons sur un marbre la transcription d'une mosaï que :


RE NOBABIT-MARMORIBVS TITVLIS es


NOBILITATE FIDEK DDICATV D-XII KFEBRV.

J.-B. De Rossi écrivait au sujet de celle Inscription : L' iscrizione credo sia stala in origine nelV abside in letlere di mnsaico o di pillure imitante il musaico cosi : + aula micat ubi [cinis ( ?)] corpusl que] beat Il m]. Antioctii sci quiebit in gloria [sic splendet] virlutis I. IX. n. 2632 : t. xn. n. 703, 708 ; t. xiv, n. 57,58,59,70.— ' » Corp. inscr. lat., t. xn, n. 703. — « Corp. inscr. lat., t. ni.


II. 1095. 1114, 1115 : t. VI, n. 142. 710. 22.56 ; t. vin, n. 3301. 9401 ; t.ix.n. 2832 ; t. xii.n. 703, 708 ; l. xiv,n.57,58, 59,70. opus reparanle minisiro, etc. Evidcnlemenle mutila, composta di emistichii dei formolarii dette epigrafi metriche dei musaici, mate riusciti, came si Jaceva circa it secolo VIII e ix ed anche prima. Un fahario non saprebbe innentare quesla razza di cenloni : di ciascunn deyli emistichii potrei citarvi plus minus l'autorità nriginate. Poi /u fatta in marmo la copia mutila e guasta, clic anche oggi esiste '. Enfin, E. Le Blant cite avec Jcs plus grands doutes une épitaplie perdue d'Arles = :


SANCTUS


SVMMVS ANlistes H. Leclercq. EXALTATION DE LA CROIX. \oir Diciionn., t. ni, au mol Croix, col. 3131-3139.


EXCEPTATUM. Ce tenne, propre à la liturgie de Milan, a déjà été noté et défini : voir Ambrosiex {Rit),t.i,col. 1393^ ; il n'est point une locution vicieuse pour expectatio, mais un doublet du substantif verbal exceptatio, dérivé, par suite, du fréquentatif exceptare (excipere : ex, capere), l'idée fondamentale restant celle de « recevoir, accepter ; » de cet usage, le latin classi que et postclassi que fournil déjà divers exemp les. 11 reste à préciser le témoignage des livres milanais.

L'édition c typi que » de 1902 introduit', après la messe du sixième dimanche d'avent, une rubri que In feriis de exceptato, qui vise les jours précédant immédiatement la vigile de Xoél. Ce sixième dimanche d'avent n'est lui-même qu'une fête de Notre-Dame. La station est marquée ad sanctam Mariam, conformément à l'ancienne tradition ^ et toutes les formu les — oraisons, préface, antiennes, lectures (évangile de l'Annonciation : A/ ISSUS esO — se rapportent au mystère de la Vierge mère : JEquum et salutare..., dit notamment la préface, beatse Mariœ virginis fesla celebrare de cujus ventre fructus effloruit... '. A cet égard, il est exact que le dernier dimanche d'avent du rit ambrosien correspond à l'ancienne fête mozarabe du 18 décembre, dénommée postérieurement fête de l'Expectation (voir ci-dessous). Mais il faut remarquer que ce dimanche, même dans l'édition de 1902, garde expressément sa qualité de dimanche d'avent, le terme exceptatum étant, d'autre part, réservé aux fériés qui suivent. La rubri que de exceptato prescrit donc une messe propre pour les fériés secundo, terlia et quarto de la dernière semaine avant Noël, simple messe d'avent avec l'évangile de la Visitation (Exsurgens Maria) comme seul trait distinctif. Il est prévu ensuite que, » aux autres fériés de exceptato, » on répétera la messe du dimanche, tout en gardant la péricope Exsurgens Maria.

Les recherches d'Anl. M. Ceriani, récemment codifiées par .\. Ratti et M. Magistretti, pennettent de déterminer approximativement l'arrière-plan du missel milanais '. Nous savions déjà que le missel de Bergame'ne mentionnait pas V Exceptatum, se contentant d'insérer une suite d'oraisons de adventu entre le si-xième dimanche et la vigile de Noël '. La documentation de Ceriani achève de nous renseigner« . Le missel de Biasca, du ix« siècle, est aussi muet que celui de Bergame sur V Exceptatum ; n\ le nom n'apparait ni même la messe. Quatre livres cependant donnent la messe, mais un seul, le plus récent, sous le titre qui a prévalu : 1. Trotti 251, du ix » siècle : Missfi de adventu ; — 2. Lodrino, du x » siècle : Missa quotidiana de adventu >' ; — 3. Métropole, du x« siècle : In hcbdomada unie natale Domini ; — 4. Val-Travaglia, du xir siècle : Missa de exceptato. Ceriani conclut avec précaution que cette messe, attestée dès le ix« siècle et formée de textes gélasiens ou grégoriens, est ' peut-être » plus ancienne que la rédaction des missels de Bergame et de Biasca, témoins de l'usage authenti que. De toute façon, exceptatum est une expression médiévale ; et l'on voit déjà que celle-ci ne signifie pas autre chose que l'avent, l'avent à sa dernière période.

Ceci se trouve confirmé par VExposilio exceptali de Beroldus, custode de l'Église de Milan, pendant la première moitié du xn= siècle •*. Le long développement de Beroldus tend principalement à fixer l'ordre, assez compliqué, de la psalmodie à l'approche de Noël. Ses explications ont semblé si pertinentes que les manuels postérieurs les ont retenues ». De ce contexte, il ressort que le terme exceptatum était acquis et normal au xn« siècle, qu'il est dès lors appliqué à l'office de la sixième semaine préparatoire à Noël, c'est-à-dire des derniers jours avant la fête, mais aussi bien restreint à ces mêmes jours, à l'exclusion du dimanche, formellement désigné festum (ou festinitas) sancise Maria :. Mais, si ces fériés spécia les ont été mises en évidence par un nom nouveau et caractéristi que, il est clair qu'el les le doivent à la même préoccupation qui avait fait attacher le souvenir de la Vierge au dernier dimanche d'avent. Dimanche et fériés commémorent ensemble l'incarnation dès avant la nativité.

A. WLLM.^RT.


EXCOMMUNICATION D'ANIMAUX.

L'excommunication relève des étu des de droit canoni que, l'excommunication des anim aux est un usage étrange qui appartient au moyen âge et ne rentre pas dans la limite chronologi que de nos étu des.

J. P. Hebenstreit, De pontificiurum remediis adversus locustas per excommunicationem, aquam lustralem et exorcismum, in-4°, Jenœ, 1693. — J. Desnoyers, Excommunication des insectes et des autres anim aux nuisib les à l'agriculture, dans Bulletin du Comité histori que des monuments écrits de l'histoire de France, t. IV, p. 36-54 ; tiré à part : Recherches sur la coutume d'exorciser et d'excommunier les insectes et les autres anim aux nuisib les à l'agriculture, in-S« , Paris, 1853. — D'Arbois de Jubainville, Les excommunications d'anim aux, dans Revue des questions historiques, 1868, t. V, p. 275-280.

H. Leclercq.


EXÉCRATION. En traitant des Amen des dans le droit funéraire et de V Anathéme '*, on a montré que les chrétiens ne croyaient rien de trop redoutable la même messe dans le sacramentaire de Bergame, éd.

Solesmcs, 1900, n.S2-S6 (section xiv) ' Mi.' :sale Ambrosinntim duplex l proprium de tempore) editt. Puteobonelliaiiœ et Tiipicœ cum critico conunentario continuo, Mihm. 1913. — ' Transcrit au x-xi » siècle, mais représentant très probablement un exemplaire plus ancien • Éd. Solesines.n. 87-102 LOCVS • SERINI • SVBD • REG QVEM • COMPARAVIT AB • IS PECIOSA-ABBA-CON -TV TACONGREGATIONE 5 SVA-SI-QVIS-AVTEM-LO CVM-ISTVMBIOLABE RITPARTEIVIABEAT-C VM-IVDA-TRADITIOR EM • DNI • NOSTRI-IHV 10 X PI • A M E N Celle-ci, dans le pavement de l'église de SainteMarie-in-Cosmedin ; il s'agit é\idemment d'une vierge consacrée - :


IPLAS HANTRA SEP VL


SSE POTES XPI ANCIL 5 TA NOMI[nc] ANNA


STRAVIT AT XPM


ET SIT ALIENVS A REGNO 10 NSE MARTIO DIE

H. Leclercq. EXÈDRE. Le sens de ce mot , à l'épo que chrétienne, était celui de salle de conversation munie de sièges ; un t salon de compagnie », disait-on en France, au xvm« siècle. De pareils salons n'avaient pas un emplacement fixe dans le plan de la maison romaine. Cicéron fait construire une petite exèdre dans sa maison de Tusculum, le long du porti que, et compte la décorer de table aux' ; il nous apprend qu'on aimait à trouver des divans dans l'exèdre, afin d'y faire tranquillement la sieste '.

Il est probable, bien que les textes nous fassent ici défaut, qu'il faut aussi appeler exèdre la partie munie de sièges des basiliques, qui était séparée réellement ou théoriquement de la salle hypostyle et qui formait une saillie, le plus souvent circulaire, en dehors de l'édifice ; c'est cette exèdre qui donna naissance à l'abside des basiliques chrétiennes et ensuite au chœur muni de stal les pour les prêtres ou dignitaires. Voir Dictionn., t. i, au mot Abside, col. 183-197 ; t. nr, au mot Chœub, col. 1406-1413.

Enfin, on donna le nom d'exèdres à de petits édicu les isolés, construits çà et là dans les vil les, et qui consistaient essentiellement en un banc de forme circulaire, plus ou moins orné et parfois abrité. Les inscriptions mentionnent souvent la construction d'un exèdre et les fouil les en ont mis plusieurs à découvert. C'est alors une sorte d'hémicycle couvert par une calotte et dont l'ouverture, ornée de pilastres et de fronton, rappelle l'arc triomphal découvrant l'abiide des basiliques chrétiennes. Voir Diclionn., au mot Cella, t. II, flg. 2285.

H. Leclercq.


EXEMPTION MONASTIQUE. L'exemption, dans son sens le plus général, est définie par les canonistes : Privilcgium qiio cerla persona, vel communilas, aal locus jurisdictioni inferioris ordinatii subtrahUur et immédiate pendeat a superinri prœlato ^. L'exemption monasti que a pour effet de libérer les moines de la juridiction épiscopale pour les soumettre immédiatement et directement au chef de l'Église. Avec une constance que rien ne put ja mais décourager, les moines s'appuyèrent sur le pouvoir royal et sur le pouvoir pontifical, afin de se soustraire au pouvoir épiscopal. L'histoire des conflits aigus et sans cesse renaissants entre évèques et abbés forme un des chapitres les plus origin aux de la chicane ; nous n'avons lias à la raconter, parce que nous n'avons pas à la rencontrer, sous sa forme absolue au moins, dans la période chronologi que de nos étu des. Ce n'est pas que, de très bonne heure, on n'aperçoive la tendance des monastères les plus prospères à supporter impatiemment la surveillance des évèques, mais en même temps on peut noter dans les diocèses un ferme dessein de ne se laisser pas évincer du droit de juridiction. Ce n'est que peu à peu que des con cessions particulières sont obtenues, on pourrait pres que dire arrachées à la répugnance de la papauté, qui semble prévoir les abus et les récriminations qui doivent sortir de ces concessions.

L'état le plus primitif des monastères en Occident ne rappelle nullement au \T siècle les majestueuses et omnipotentes abbayes du moyen âge, tel les que Cluny, Cîte aux, qui traitent avec les papes de puissance à puissance. Pour nombreuses que soient les troupes monastiques de Bangor ou de Luxeuil. el les se composent, comme TabennSsi et Atluipé, de laïques encore étrangers au sacerdoce, qu'il peut sembler inconcevable de soustraire, parce qu'ils sont particulièrement voués au service de Dieu, à la direction spirituelle et à la surveillance temporelle de leurs évèques. • Ainsi ce n'est qu'avec bien des peines que le moine laï que peut devenir prêtre et qu'il lui fut permis de participer à la cura animarum : à la fin du iv » siècle, le pape Sirice ne regardera pas comme illicite d'ordonner un moine, mais il ne le conseillera pas ». Au siècle suivant, quand tout un parti en Gaule va préconiser l'ascétisme et demander la réforme du clergé et des fidè les par les moines, la papauté elle-même ne se mcntrera pas favorable i« ! ces tendan ces rigoristes. Le pape Zozime (417-418) fera, de Patrocle d'Arles, un ambitieux, son vicaire dans les Gau les, et quand Honorât, le fondateur de Lérins, lui succédera, le pape Célestin (42'2-432) s'efforcera de limiter l'étendue de sa juridiction et, dans sa lettre Caperemus quidem, du 25 juillet 428 », se fera l'écho des accusations les plus malveillantes contre ce réformateur, qui, pour tout crime, fait de Lérins une pépinière d'évèques et conserve le costume monacal. A Honorât, mort en janvier 429, succédera Hilaire de Lérins. Plus rigide encore que son prédécesseur, il profilera de ses prérogatives pour donner comme évê que, à Lyon, Euchcr ; à Genève, Salonius ; à Troyes, Loup. Ni Célestin, ni Sixte II Lui Léon le Grand n'oseront tout d'abord le réprimander, et ce sera l'affaire de Célidonius qui causera sa perte. A sa mort, le 4 mai 449, Ravennius, nouveau Patrocle, va lui succéder, et Arles va recouvrer ses faveurs auprès de Rome et son ancienne autorité sur la Gaule.

• Il est curieux de noter combien, à celte épocpu', la papauté elle-même méprise ces évèques qui habilent leur cellule, portent le cilice, restent pauvres, se montrent sévères pour autrui, mais encore plus pour eux-mêmes. Episcopalcm morem qui episcopi sunl sequantur, écrira le pape Céleslin. Plus tard, Grégoire 1« (590-604) protège les moines et même fait de sa i)ropre demeure un monastère, mais son successeur Sabinien (604-606), s'empresse de restituer aux clercs ce qu'ils ont perdu. Boniface IV (608C15) est encore un partisan des moines, mais Deusdedit (615-618) restitue aux clercs les emplois que Boniface leur a enlevés '. » Ces alternatives de progrès et de recul s'expliquent iai ;s peine. Avant d'avoir créé le droit, le fait apparaît si inquiétant que sa concession oscille fréquemment entre les moines, qui invoquent le besoin d'échapper à l'altération que d'un diocèse au diocèse voi4.in subira leur règle aux dépens de leur institut et de leur vocation, et entre les évèques, qu'inquiète la perspective d'une perturbation totale dans les degrés de la hiérarchie et dans la discipline. Cependant, peu à peu, le fait s'insinue, s'affi.me, s'impose et se fait tolérer avant même de se faire reconnaître. Ce qui se sollicitait comme une faveur se présente désor mais comme un droit. Ces fluctuations dépendent d'un mouvement communiqué par la situation générale de l'Église. L'exemption, sous ses différents aspects, concernant le personnel, le temporel et le spirituel, aboutit à une législation, à un droit d'exception, aux dépens du pouvoir épiscopal. La restriction que celui-ci doit subir résulte en accroissement pour le pouvoir pontifical ; ainsi l'exemption a ses destinées associées à cel les de l'expansion du Siège romain. .Vux heures où celui-ci traverse de pénib les crises et se trouve acculé à des concessions, c'est souvent l'exemption des réguliers qui fait, entre le pape et l'épiscopat, les frais de la réconciliation. Mais c'est principalement au moyen âge, après l'institution et le progrès des ordres mendiants, que leurs prétentions exorbitantes amènent des conflits dont le règlement fait l'objet des débats et des négociations dont le récit n'ap partient pas toujours à l'histoire de l'édification et du désintéressement.

Si, primitivement, le monastère n'est qu'une association de quelques laïques préoccupés par-dessus tout le reste d'exercer les conseils de la vie parfaite, cette période embryonnaire fait bientôt place à une organisation imposante autant par l'agglomération d'individus qu'elle régit et administre que par la plénitude de ses prétentions à leur égard. Les monastères gaulois, irlandais ou italiens ne sont pas moins exclusifs les uns que les autres de toute ingérence temporelle, en quoi ils appUquent les principes des monastères égyptiens, palestiniens et cappadociens. Les règ les anciennes, commentées par les Vies de saints. montrent le souci dominant de constituer dans l'enceinte du monastère l'ensemble des ressour ces, des servi ces et des exploitations né ces s'aires et suffisants à l'entretien des religieux. Suivant divers aspects, la familia monasti que est modelée, parfois calquée sur la familia du domaine rural. Au point de vue du personnel et du temporel, le monastère entend se suffire à lui-même et à lui seul. Saint Benoit, au milieu du VI' siècle, résume dans le chapitre soixante-sixième de la règle l'idéal que se proposent les moines de son temps : Monaslerium autem, si polest fieri, ila débet Outre les garanties de prospérité assurées au monastère par une main-d'œuvre gratuite et une existence mortifiée, la réputation de vertu de ceux qui l'habitent, les dons surnaturels, imaginaires ou réels, que les peup les leur attribuent, les reliques des saints qu'on sait en leur possession, sont autant de titres à la générosité des fidè les et à la munificence des grands. Pour quelques monastères qui périchtent, se transforment ou disparaissent, le plus grand nombre se développent, accroissent leurs biens et leur influence. Ils n'en sont dès lors que moins disposés à laisser les étrangers s'enquérir de leur administration intérieure. L'avidité des laïques, les exactions des grands deviennent le prétexte à une politi que très habilement tracée et obstinément sui\'ie. Il s'agit d'évincer toute intervention judiciaire et civile, afin de se mieux dérober à la convoitise des méchants. Adoptant à l'égard du pouvoir laï que la même méthode qu'ils suivent à l'égard du pouvoir épiscopal, les monastères s'appuient sur le roi contre les grands et contre les judi ces publici. Ils prétendent tenir du roi leur immunité ; c'est le nom laï que de l'exemption ;

A quoi bon écarter le juge si on doit subir l'ingérence de l'évè que ? L'aversion est égale et la politi que est la même. Sans doute l'acte le plus grave, l'élection abbatiale, s'accomplit hors de la présence ou de l'influence de l'évè que, mais hors de là il faut compter avec lui, le recevoir, répondre à ses questions, lui énumérer les revenus, spécifier leur emploi. S'il n'a pas le droit de propriété, il a le droit de contrôle et il en use, parfois même il en abuse en imposant ses sujets pour les charges importantes, en exposant ses exigen ces pécuniaires pour le soutien du diocèse, en favorisant des cupidités, des caba les, des innovations. Dès lors, appuyés sur la papauté, d'une paît, et sur la royauté, d'autre part, les abbés travaillent à éloigner du monastère la juridiction de l'évè que. comme ils ont éloigné celle du comte. Parfois cependant les abbés sont prévenus par les évêques euxmêmes. C'est ce que nous pouvons constater grâce à une charte de privilège accordée en 566 par saint Germain, évê que de Paris, à l'abbaye de SaintGermain-des-Prés (voir Dictionn., t. in, col. 935-94'2) ; mais il est nécessaire d'entrer à ce sujet dans quelques détails.

Avant de porter le vocable sous lequel nous la connaissons aujour d'hui, la basili que portait celui de Sainte-Croix-et-Saint-Vincent ; le roi Childebert y fit préparer son tombeau. Cela fait, il remit l'édifice et la dotation y affectée entre les mains de l'évè que de Paris. Sage précaution, puis que, à la mort du roi, des tentatives furent faites pour détruire sa fondation. On sait, à n'en pouvoir douter, que, pendant au moins un siècle, Saint-Germain-des-Prés eut à souffrir du mauvais vouloir de la cathédrale, et que les églises de Saint-Germain-le-Vieux et de Saint-Germain-l'Auxerrois furent fondées anciennement dans l'intention de contrebalancer le succès que l'abbaye obtint aussitôt après sa fondation. C'est cette hostilité, déjà flagrant e dans les derniers temps de la vie du saint évé que. qui le détermine à mettre la nouvelle église dans un état différent de celui où elle avait été jus que-là. .\fin de la préserver des conflits, il -lui donne la libre disposition de ses biens ; il assure aux religieux qui la desservent le droit d'élire leur supérieur, il borne à l'indispensable la juridiction de l'ordinaire à leur égard. Ces dispositions sont bien du temps. Non seulement on les retrouve dans le formulaire de Marculfc (1. I, n. I, II) mais dans vingt chartes authentiques du VII » siècle, notamment cel les qui concernent les monastères de Rebais (635), de Saint-Denis (65 !i), de Sainte-Colombe de Sens (659), de Saint-Picrrele-Vif (659), de Sainl-Bertin (662), de Corbie (662). de Notre-Dame de Soissons (666), de Saint-Dié (667 ;, de Saint-Martin de Tours (671). de Grozeau (683), de Monlicr-en-Der (690), de Notre-Danie-sur-Loire (696), de Flavigny (721), de .Murbach (728). En outre, nous savons parle témoignage de Frédegaire et par plusieurs lettres de saint Grégoire que ces dispositions furent Les privilèges accordés à Saint-Germain-des-Prés par la charte de 556 et ceux rapportés dans les autres chartes mentionnées ne comportent de près ni de loin ce que, après plusieurs sièc les écoulés depuis la rédaction de l'acte, on a prétendu y découvrir, à savoir : une exemption soustrayant l'abbaye à la juridiction épiscopale, afin de la soumettre directement au Saint-Siège. Cette imagination d'une abbaye imllius au \i' siècle remonte au moins au xii' siècle ', mais elle n'en vaut guère plus ; nous ne pensons pas qu'il y ait lieu de s'y attarder. Ce dont témoigne liistoriquement le privilège, ce n'est pas l'hypothèse d'un état futur de sujétion directe à l'égard de Rome, c'est la certitude d'un état antérieur de sujétioa absolue à l'égard de l'évè que. Qu'on prenne l'inverse de ce qui est démontré dans le privilège et l'on verra l'église Sainte-Croix-Saint-Vincent placée d'abord dans une situation comparable à celle du mineur en tutelle. L'évè que nommait son abbé, administrait ses biens, disposait du numéraire, du mobilier, des objets de prix, venait officier quand bon lui semblait, s'immisçait comme un véritable supérieur dans la profession des religieux. 11 faut appeler émancipation et non pas exemption l'acte qui, en hmitant des pouvoirs si étendus, a donné une existence à part à rétabhssement qui en fut l'objet.

Ce qui ressort d'une initiative si grave, c'est non seulement la constatation de l'état antérieur, mais encore la constatation du malaise qu'il entraînait au point d'inspirer une solution tellement radicale, car cette émancipation était une grave atteinte aux prétentions épiscopa les sur les maisons monastiques. On peut toutefois arguer que la mesure prise n'est que l'exception, car une vingtaine de témoignages est peu de chose tu égard au nombre immense des monastères désireux d'obtenir ce privilège. Si on olijecte les chan ces de destruction, on répond que le grand intérêt permanent des monastères à pouvoir exhiber leur titre d'exemption devait le faire conserver, ou récrire, en sorte que cette vingtaine de témoignages serait simplement la preuve du nombre très restreint des concessions accordées par les évêques. Heureusement nous possédons deux formu les de Marculfe relatives à l'exemption. On a défini avec bonheur les « formu les » : un privilège impersonnel qui dénote un acte fréquent et d'un usage courant au point de constituer une sorte de loi •. De plus, la formule suppose un état antérieur qui, de particulier, devient général et continuera de s'appfiquer dans la suite : d'où il suit que les formu les de Marculfc, rédigées au vu » siècle, dénotent une situation juridi que qui leur est à la fois antérieure et postérieure.

Les deux formu les en question ' ouvrent le recueil de Marculfc et sont respectivement intitultes : 1. De privilrijio et IL Cessio régis de hoc privileyium. La première est un privilège épiscopal, la deuxième une confirmation de ce privilège. terminari, que pcrennem deinceps, propiciante Domino, obteneani finnUalem ; quia non minor a Domino rclribulio spcrcitur fulura pro succiduis contemplante tcmporibus quam ad presens munera pauperibus ofjerenleni. El ne nobis atiquis dctruhendo ivslimel, in id nova deeemerc carmina, dum ab antiqiiilus juxla constitulionem pontificum per régale sanetionem monasleria sanclorum Lyrinensis, Ai/aunensis, Lossoviensis vel modo innumerabilia per omne regnum Francorum sub liberlatis privilegium videntur consislere. Sed pro reverentia sanclorum, mcorum que omnium fralruni inplendo jassa, custodicndo precepla, obœdienliam propalabo. Quid vero vos vel successorcs veslri, Sanclo suadenli Spiritu, deinceps custodialis, immo sanclœ illx ceclesiœ episcopus debeat adimplere, huic pagine crededimus inserendo ; hoc est, ut de veslra congregalione, qui in vestro monastirio sancla debeat baiolare officia, quem abba cum onuie congregalione poposceril, a nobis vel a successoribus nostris sacros percipiat grados, nullam pro ipsoruni honorem prcmiam perceplorum. Altare in ipso monastirio predictus episcopus benedical et sanctam crismam annis singulis, si volucrint postolare, pro reverentia loci sine prelium concédai, et iuxta dispensalione divina cum abba de ipso monastirio a Domino migraverit, quem unianimiter omnis congregalio illa monachorum ex semetipsis optime regola conperlum et ville merelis congrucnlem elegerint, sine premium memorate urbis episcopus ipse promovcat abbutem. Nullam pœnelus aliam poteslalem in ipso monastirio, ne que in rébus, ne que in ordinandis personis, ne que in villabas ibidem jam conlalis mit deinceps regio munere oui privatorum conlaluras, vel in reliqua subslanlia monasterii, nos successores que noslri episcopi aul archidiaconi seu citeri ordinatorcs aiit qualibet alla persona prediclse eivitatis fiabere non présumai, aul quodcum que de eodem monaslerio sicut de parociis aul cileris monasleriis muneris causa audeat sperarc aul aafferre née de hoc, quod ad Dcum limenlibus hominebus Iransmissum aul in altario ofjerlum fuerit, aul sacris voluminebus vel qaibuscum que speciebus, quod ad ornatum divini cullus pertinet, ad presens conlata vel deinceps conlalura fuerint, aufjerre non présumai ; et nisi rogitus a congregalionem illa vel abbati pro oratione lucranda nulli nostrum liceal monasterii adiré sécréta aul finium ingredi sepla ; et si ab eis illuc pontifex poslolalus pro lucranda orationem vel eorum alililalem accesseril, celebralu ac peraclu divino misleriu, simplicem ac subriam bcncdiccionem perceplam, abs que iillo requœsitu dono sludeal habere regressum, ut qdatinus monachi, qui solitarii noncapantur, de perjecta quieti valeanl, duci Domino, per lempora exultare cl sub sancla régula viven les et bealorum patrum vila seelan les pro statu ceclesiœ et salulœ régis vel patriic valeanl plenius Dominum exorarc, et si aliquid ipsi monachi de eorum relegione tepidi aul an secus egerinl, secundum eorum regulam ab eorum abbate, si prevalel, corregantur ; sin autem, pontifex de ipsa civilale choercire debeat, quia nihil de canoniea auetoritate convclletur, quiequid domestieis fidei pro quielem Iranquillitatis tribuelur. Si quis autem ex nobis, quod Dcus averlat, talliditaie commolus aul eupidilale preventus ca. quœ sunl superius conprehensa, temerario spiritu violari prcsumpseril, a divina ullione prostralas realu analhemate sub jaceatel tribus annis a communionc omnium fralrum se noverit alienum, nihilomenus hoc privilegium perpclim maneat incorruptum. Quam constilacioncm nostrum, ut firmis subsistai vigoribus, cl nos et fratres noslri donmi episcopi subscriplioncm manibus nostris decrevimus roborari.

Aclum ibi sub die illo, anno illo.


II. Cessio usais DE HOC PRIVILEGIUM. — nie rcx viris apostolicis, palribas nostris, necnon et inlustribus viris, illi comité vel omnibus agenlibus, presenlibus et fuluris. Oporlit enim elementiie principali, ut inter celerorum pelicionibiis sacerdotibus debeat benignum aeeomodare auditum, et que pro timoré divini nominis postolator, ponatur proeul dubio ad efjectum, ut fiai in nwrccdem conjunclio. dum pro quielem servorum Dei congrua inperlitur pelitlo ; quia fi des per/ecta non diibitat, ad Allissimi gratiam perlinere, quod secundum sacri eeloquio precipue a domestieis fidei devota mente inpenditur ; quia scriblum est : « Beali pauperes spiritu, quoniamipsorum est regnum cœlorum.t Ergo dum et ille episcopus, aul abba, aul inluster vir, monasterium in honore illius in pago illo, aul super [sua] proprietalem, aul super fiseo, noscitur œdificasse, ubiad presens illi abba vel lurba plurima monachorum adanala esse nuscunlur, ad pelitionem illius clementia nostra pro quielem ipsorum servorum Dei preceplionem l'igoris noslri plaçait propalare ; sub quo Iranquillitatis ordine. Domino protegente, ipsi monachi juxla relegionis norma perpclim valeanl resedere, elegemus ul huic séries debeat plenius declarare ; quia nihil de canoniea instilulione convellitur, quiequid a domestieis fidei pro Iranquillitatis pacem eoncedelur ; née nobis aliqais detrahendo seslimet in id nova deeernere carmina, dum ab anliquilus juxla constilutionem pontificum per regale sanetionem monasleria sanclorum illorum vel cetera in regno noslro sub libertali priviligium videntur consislere, lia et presens valeal, Deo adjutori constare. Ergo si qua inibi in villabus, maneipiis vel reliquis quibuscum que rébus at que corporibus aul regio munere aul suprascribli illius vel cujuslibet est dclegalum, aul deinceps fuerit addelum, juxla quod ab illo ponteflce vel eeleris domnis episcopis ad prefalo monaslerio, juxla quod eorum continet privilegium, quem nobis prefalus ille protulil recensendum, sanctitum esse cognovimus ; nullus episeoporum, ut diximus, née presens née que fuerint successorcs, seu arehidiaconos vel eorum ordinalores vel qualibet persona possit quo que ordine de loco ipso auferre, aul aliquam polcstatcm sibi in ipso monaslerio, prêter quod scriblum est, adaptare, vel aliquid quasi per commulationes tiluliim minuari, aul de minislerii ornamenta vel de offerlione in altario inlala abstollere ; nec adipso monaslerio vel ccllolas ejus nisi tantum pro lucranda oratione, ipsud si fuerit cum volontate abbatis vel ejus congregalione, abs que dispendio eorum, aliter aeeedere penilus non présumât ; quo faeilius secundum delcgationibus votum vel hujus séria ; aueloritalem ad ipso monastirio abs que ullius inquietudine ibidem cuneta profieiant in augmenlis ; adicientes, ut nulli pœnilus judieum vel cuiuslibcl hominum licentiam sil, de rébus prefati monasterii abs que volontate ipsorum servorum Dei in aliquo iniquiter dejraudare aul temerario spiritu suis usibus usurpari, nec, quod primitus est, et Dei iram incurrat et nostram ofjensam vel a fiseo gravi damna susteneal. Illud nobis pro intégra mercede nostra placuit addenda, ut tant quod ex nostra largitaie quam delegalione ipsius vel celerorum aul cujuslibet ibidem est aul fuerit devoluta possessio, quo que lempore nulla judiciaria poleslas, nec presens nec succidia, ad causas audiendo aul aliquid exaetandum ibidem non présumai ingrederc ; sed sub omni emunitale hoc ipse monasterius vel congregalio sua sibimet omnes frelos concessus dcbeantpossidere ; et quiequid exinde fisciis noslcr forsitan de eorum hominebus aul de ingeniiis aul servientes in eorum agros eommanentes vel undi que polcrat sperare, ex indulgenlia nostra in luminaribus ipsius suncti loci vel stipendia servorum Dei, lam nobis in Dei nomen viventibus quam per lempora succedentibus regibus, pro merce des compendium debeanl cuneta proficerc, ut pro œterna salulie vel felicilate patriœ seu régis constantiam dileclit ipsis monarhis inmensam Domini pictatent jugiter inplorare. Quem preceptum décrétas noslri, Chrislo in omnibus sufjraganlj, ut firmior habeatur Ces formu les visent le temporel et le spirituel. Pour le temporel, l'émancipation est aussi complète que les moines pouvaient le souhaiter. Désor mais, là où intervient la formule, l'évè que se trouve débouté de tout droit de connaître ou d'intervenir relativement aux biens présents et à venir du monastère ; celui-ci rece\Ta des dons et gérera les accroissements qui s'ajouteront au fonds, sans avoir à en rendre compte à l'ordinaire. Cette législation s'appliquera non seulement aux monastères fondés à l'avenir, mais à ceux existant dans le diocèse et même à ceux fondés par l'évè que. Celui-ci n'a plus le droit d'administrer les biens par lui-même, ni d'en disposer, ni de regarder l'abbé comme son représentant.

Dès lors, la nomination de l'abbé lui échappe et revient à la communauté, qui y procédera par voie d'élection. Par compensation, il donnera à l'élu la bénédiction abbatiale, laquelle d'ailleurs peut être indéfiniment retardée ou éludée, sans préjudice de l'exercice des droits attachés à la charge. Les ordinations de moines, les consécrations d'autels permettront à l'évè que d'intervenir dans la vie spirituelle, mais il sera possible de surprendre parfois des velléités de la part des abbés de s'affranchir de ces obUgations. Ils échoueront d'ailleurs, mais, pour ne pas s'avouer battus, quelques-uns s'imagineront de faire ordonner les sujets par des évêques d'autres diocèses, sauf à rappeler leurs moines ainsi pourvus du sacerdoce. Ces ruses pres que toujours divulguées ajouteront aux sujets de friction et de malaise entre le pouvoir « piscopal et l'autorité abbatiale ; celle-ci, très attachée à faire sentir son indépendance, se fera une joie d'inoiler l'évè que à pénétrer dans le monastère et à y exercer en toute pompe les cérémonies du culte. Cel les-ci terminées, il n'aura plus qu'à s'éloigner. Cependant l'évè que conserve le droit de visite. Droit en partie illusoire, puisqu'il ne pourra veiller à l'exécution et au maintien des réformes que cette visite aura rendues nécessaires. Il est vrai que la formule prévoit le cas où l'abbé se trouve impuissant à mettre fin aux abus et, dans ce but, recourt à l'évè que.

Dans la première moitié du vn » siècle se passe un fait important. Le 11 juin 628, le pape Honorius I« , voulant soustraire le monastère de Bobbio à l'influence des ariens, restés très puissants dans le diocèse de Pavie, l'exempta de toute autorité épiscopale et le rattacha directement au Saint-Siège '. C'est l'abbé du monastère qui est censé solhciter le privilège et on peut admettre sans peine qu'il préfère à un évê que local un très haut personnage dont les dérangements sont plus rares, mieux prévus et dont l'autorité permet d'escompter des avantages importants et étendus. A la faveur de ce prestige qui, de plus en plus, s'attache parmi la chrétienté à l'évè que de Rome, l'abbé de Bobbio se dérobe à la surveillance et aux exigen ces de l'ordinaire.

Le Liber diarnus, recueil de la chancellerie pontificale, composé vraisemblablement entre 685 et 751, contient, dans sa XXX.1I » formule, un texte d'une importance capitale. L'abbé sollicite que le monastère ne soit soumis à auc une juridiction, sauf celle du Siège apostoli que : ut sub jurisdictione sanclœ nuslrx, cui Deo auctore descroimus, Ecclesiœ, coiislUutuni, nullius alterius ecclesiœ dilionibus submittatur (monaslerium), et le pape fait droit à la requête : Et ideo omncm cujusUbet ecclesiœ sacerdotem in pnetato monasterio dilionem quamlibel habcre liac auclorilalc prœler Sedem apostolicam prohibemus. Celle formule si nellc sera souvent, reproduite sinon te.xtuellenient, du moins dans ses décisions. Les privilèges qui rompent tout lien entre les monastères et l'épiscopat se Parmi les préoccupations des abbés s'affirme celle de n'avoir pas à subir la messe pontificale des évêques dans l'église du monastère. A l'abbé de Bobbio on donne cette assurance : ...nisi a prieposilo monaslerii fuerit invitatus missarum solemnitate celebrare omnibus prohibemus ; à l'abbé de Fulda :... nisi ab abbale monasterii fuerit invitatus nec missarum ibidem solemnitatem quispiam prsesumat omnino celebrare. Est-ce le souci de ne pas laisser échpser le prestige abbatial par le prestige épiscopal sous les yeux des moines eux-mêmes ? on l'a soutenu.nous n'avons pas à le rechercher. Une préoccupation certaine de la part des monastères, c'est celle de leur richesse temporelle menacée par les évêques. Ceux-ci ne se font pas toujours une idée très juste du droit de propriété et ne répugnent pas à l'occasion à en procurer la translation entre leurs mains, ne doutant pas qu'ils feront de ces biens meilleur usage que n'en sauraient faire les religieux ;ce qui est affaire d'appréciation. Tandis que le monastère se tient en garde contre les subti les transactions que lui proposent les magistrats, il ne peut toujours se défendre des alléchantes promesses de l'évè que, à qui sa juridiction donne des droits à se faire écouter. Son droit de visite, simple vestige en train de devenir préhistori que, demeure une arme puissante entre les mains de qui sait et de qui veut en faire usage. La visite donne à l'évè que un pied dans le monastère et, aussi longtemps qu'il conserve ce pied, il retient le droit d'intervenir dans les conflits qui éclatent entre supérieurs et religieux, entre moines et laïques ; mais, comme il pourrait être tenté d'en abuser, la législation s'ingénie à restreindre ce qu'elle ne veut et ne peut supprimer. Il semble que les monastères soient beaucoup plus alarmés sur les entreprises auxquel les peut donner lieu leur temporel que sur les inconvénients pouvant résulter pour leur spirituel. L'abbé et la hiérarchie monasti que veillent jalousement d'ordinaire au maintien des règ les et, si le relâchement s'introduit, ils ont en mains les moyens d'y porter remède. Saint Benoît avait prévu le cas où l'abbé serait complice des aberrations de la communauté et remettait à l'évè que soutenu par la partie saine du couvent de réformer les moines déchus. Le cas a pu et dû se produire, mais d'une manière exceptionnelle. Lors que l'abbé appli que la règle du monastère, il se trouve suffisamment pourvu contre les religieux fautifs sans avoir besoin de recourir à l'évè que diocésain, tirégoire de Tours fait mention d'une abbesse qui n'hésite pas à faire dépouiller et fouetter une nonne récalcitrante, l'exécution terminée on jette la malheureuse en prison ' ; les moines ne jouissent pas d'un meilleur traitement, un d'eux est fustigé, incarcéré sept jours et condamné au je une, le tout pour lui inculquer l'humilité*. Disposant de semblab les jirocédés de coercition, le supérieur monasti que n'a guère d'occasions de solliciter l'intervention de l'évè que et non scuicmcnl il n'y faut pas voir un abusdepouvoir, puis que les règ les anciennes, notammenl celle de saint Benoit, accordent largement à l'abbé le recours aux coups, mais encore ce n'est qu'une partie de ses droits et non la plus redoutable. Saint Benoit recourt à l'cxcomIl ne s'en suit pas que l'évê que est évincé du monastère ni débouté du droit de visite, mais, isolément, cha que monastère s'emploie à obtenir l'exemption épiscopale ; c'est un point d'honneur. Fulda, Bobbio, Saint-Martin de Tours, Saint-Germain-de.s-Prés ne sont pas les seuls à en bénéficier, puis que nous lisons dans la formule I« de Marculfe : Innumerabilia monasleria per omne regnum Francorum sub UberUilis privilegium vidcnlur consistere. Il est vrai que innumerabilia est sufRsamment vague pour n'engager à rien, cela veut tout simplement esquiver l'obligation de citer un chiffre, qui nous serait bien plus précieux, par une façon de dire que le cas est fréquent ; ce qui ne veut pas dire universel. Cha que exemption doit être concédée séparément : ainsi l'accroc donné au principe est encore manière de le proclamer sauf, en tant que principe. Conci les et capitulaires s'évertuent àen convaincre leurs lecteurs. Lell juillet 75.5, le concile deVernon s'exprime ainsi : Unusquis que episcoporum polestatcm babeat in sua parochia, tam de clero quam de regularibus vel secularibus, ad corregcndum et emendandum secundum ordinem canonicam spirilale, ut sic vivant qualiter Deo placere possint^. Un capitulaire de 802 rappelle aux missi dominici quomodo abbates vel abbatisssesubiecti sunlepiscopis in quorum parochia lommanent ' ; le capitulaire de examinandis ccclcsiaslicis, d'octobre 802 : Monachos per unamquam que civiiatem aut regionem subiectos esse episeopo K La visite épiscopale semble se heurter à des résist an ces qui la rendent parfois inefficace ; le même concile de Vernon observe que ! ;( monasteria tam viroriim quam puellarum secundum ordinem regulariter vivant ; et si hoc laccre conlempserint episcopus in cuius parochia esse videntur hoc emendare debeat '. Le concile ajoute que, si l'évê que ne peut se faire obéir, le métropoUtain interviendra et, en cas d'impuissance de ce dernier, l'affaire sera tranchée par le synode. Tandis que l'évê que, visiteur ordinaire, est évincé le plus souvent possible, le métropolitain et le missus dominicus sont, en leur qualité de visiteurs extraordinaires, moins faci les à en écarter. Cependant le missus n'est pas absolument redoutable, car il arrive souvent qu'un abbé est 'choisi pour remplir cette fonction. Délégué du pouvoir civil, il aura souvent à évoquer devant ce pouvoir les conflits survenus entre ordinaire et monastère ; le capitulaire de 802 le lui rappelle ^ : Abbates autem et mnnarhi omnismodis volumus et precipimus ut episcopis suis omni humilitatr et hobhedientia sint subjecii, sicut canonica constilutione mandat. Et monachi ab episeopo provinciie ipsius eorripiantur. quod si se non emendent, t une archicpiscopus eos ad sinodum convocat ; et si ne que sic se correxerint t une ad nostra presentiam simal cum episeopo suo ventant.

A côté des miss/, il faut citer, comme surveillants H. Leclercq. EX HT DE S>ECULO. Nous avons déjà attiré l'attention sur la formule épigraphi que : exiit de corpore (voir Dietionn., t. m, col. 2987-2991) : nous pouvons en rapprocher exiit de sasculo, que nous lisons sur une inscription d'.^fri que. A Thina, une tombe ornée d'une mosaï que. Le chrisrae est entouré de deux cerc les concentriques en cubes noirs sur fond blanc. Au-dessous, l'inscription en cubes noirs, lettres de 0 m 08 de hauteur » :


QVINTILLE D O N A T I A N I LLE HONES TE F E M I N E 5 V I XI T I N P A CE A N N I S XXV EXIT DES ECVLO DIE Mil K A L I V N I A Puis quatre lignes de cubes noirs et bleus figurant en relief des briques ou des chevrons.

H. Leclercq.

Deux inscriptions de Madaure (sud-est de Constantine) mentionnent l'exil de prêtres catholiques '■ :

V.

■31 L'inscription paraît dater des premières années de la domination byzantine. L'ère indiquée, anlno] VII K[arlhaginis], serait alors comptée d'après la reprise de Carlhage par les Byzantins, en 534, ère dont on a constaté ailleurs l'emploi. Donatianus sera donc mort en 540 de l'ère chrétienne, à l'âge de 9G ans. Il semble vraisemblable que cet exilé fut une victime de la persécution vandale et son âge avancé ne lui


AHVNPRP LQPROFLI :EC)J

D'après Comptes rendus de l'acad. des inscr., 1915, p. 34. permit pas ou le détourna de regagner sa résidence quand cette perséculion s'apaisa.

2° Dalle de grès, larg., 0 m. 53 : haut.. Cm. 53 : épaiss., 0 m. 37 ; haut, des lettres, 0 m. 03 et Dm. 02 (fig 4246). Presiiiter Liberalus pro fide catolica in exsiliu re ces[s]it in pace, et v{i]xit\ annis LXXV. Depositus est die xvil ka\lendas\ iulias.

Inîcription trouvée à côté de la précédente. Les deux compagnon- ; d'exil furent réunis après la mort. L'inscription de Liberalus n'est pas antérieure au milieu du v :« siècle.

H. Leclebcq.


EXONERATOR. Une pla que de marbre trouvée à Rome, près de la basili que de Saint-Laurent, au premier mille de la voie Tiburtine, conservée au musée du Vatican, offre le symbole chrétien de l'ancre, seul indice de la foi du défunt, qui fut eioneralor calcarinritis. quel que chose comme entrcpositaire de ch aux (voir Dicliimn.. t. ni. col. 125812G0)' :

D I U

H. Leclercq. EXORCISME, EXORCISTE. L'usage de l'exorcisme paraît avoir été journalier dans l'Église primitive. Jésus avait souvent chassé les démons du corps des possédés ' et les Evangi les conservaient le souvenir de sept épiso des particulièrement remarquab les '. En quittant la terre, le Sauveur déléguait à ses discip les ce pouvoir mystérieux ; <i Voici les mirac les qui accompagneront ceux qui auront cru : en mon nom, ils chasseront les démons '. ■ Pour s'en rendre maître, toutefois, il faudra, dans certains cas, se préparer par le jeûne et par la prière', et cette simple indication nous laisse pressentir les futurs rituels liturgiques. C'est pour ne s'être pas munis de ce supplément d'autorité qu'il arrive à des exorcistes présomptueux ou incompétents telle mésaventure cuisante. Deux fils de Scéva entreprirent d'exorciser un démonia que très dangereux, qui se rebiffa et leur dit : « Je connais Jésus, je sais qui est Paul, mais vous, qui êtes-vous ? • Et il se jeta sur eux. les maîtrisa et les maltraita si fort qu'ils prirent la fuite, nus et blessés °. Nous voyons, au contraire, l'apôtre saint Paul expulser le démon du corps d'une je une fille de Philippes, sur un simple commandement'.

Si on s'en tient à la littérature patrisli que, dégagée de tous les courants apocryphes, on peut noter la continuation de ce pouvoir et son extension aux clercs et aux laïques. Tertullien le dit clairemenl : « Qu'on amène ici, en présence de vos tribun aux, quelqu'im qui soit certainement tourmenté du démon. Sur l'ordre qui lui en sera donné par un chrétien quelcon que, cet esprit se proclamera démon en toute vérité, comme Saint Cyprien est plus précis encore : « Rougis de rendre un culte, écrit-il, à ceux dont tu es toi-même le défenseur : rougis de demander protection à ceux dont tu es, toi, le protecteur. Ah ! si tu voulais les entendre et les voir, quand, adjurés par nous, fustigés des fouets spirituels, soumis aux tourments des paro les, ils sont expulsés des corps qu'ils possédaient ; quand, avec des gémissements et des hurlements de voix humaine, sentant les coups et les flagellations de la puissance divine, ils confessent le jugement futur I Viens et constate la vérité de ce que nous affirmons. Et puis que ce sont là les dieux que tu prétends honorer, crois au moins ceux que tu honores ; ou si tu veux t'en rapporter aussi à toi-même, il parlera du de dans de toi, et tu l'entendras, celui qui enserre actuellement ton intérieur, celui qui a jeté sur ton àme la nuit aveugle de l'ignorance. Tu les verras, immobi les et enchaînés devant nous, trembler comme des captifs en notre présence, ceux que tu acceptes et que tu vénères comme des maîtres. Assurément, alors, au moins, tu pourras avoir honte de tes terreurs, quand tu auras vu et entendu tes dieux avouer incontinent, en réponse à nos interrogations, ce qu'ils sont, et ne pouvoir, en dépit de votre présence, dissimuler plus longtemps leurs prestiges et leurs tromperies '. » Origène parle de « ces démons que la plupart des chrétiens expulsent des énergumènes, et cela sans le secours de vaines pratiques magiques et d'incantations par des prières seulement et par de simp les adjurations, dont l'homme le moins cultivé est capable. De tait, ce sont des ignorants, le plus souvent, qui font cela *. ■ Saint Athanase dit que, « par un simple signede croix, toutes les fourberies des démons sont repoussées ^ » et il blâme l'emploi de phrases élégantes tirées d'autres sour ces que l'Écriture sainte. « Lorsqu'ils entendent ces formu les recherchées, les démons se moquent de ceux qui les emploient. Les paro les des saints, au contraire, ils les redoutent, et ils sont incapab les d'y résister. Si quelqu'un veut du bien aux mala des, qu'il recoure à ce langage •. • Saint CjTille de Jérusalem revient fréquemment sur les exorcismes : « Recevez les exorcismes avec dévotion, dit-il. Qu'on vous exorcise ou qu'on souffle sur vous, c'est pour votre bien. Les exorcismes, divins et puisés dans les Écritures, purifient l'âme', »et, par souci de convenance, il prescrit que, dans la cérémonie de l'exorcisme, précédant le baptême, les sexes soient séparés '« > ; ce qui étaiten effet nécessaire, puis que l'évê que, récapitulant la cérémonie, s'exprime ainsi : « Dépouillés, vous avez été oints de l'huile exorcisée depuis le sommet de la tête jusqu'à la plante des pieds..., cette huile exorcisée acquiert, par l'invocation de Dieu et par la prière, une telle force que non seulement elle purifie, en les brûlant, les tra ces des péchés, mais qu'elle met en déroute les invisib les puissan ces du mal ». • Saint Hilaire : « Un mot retient, punit, chasse ces êtres invisib les et incompréhensib les pour nous « , » qui poussent des cris de douleur lorsqu'on leur impose les mains.

A ces attestations de caractère oratoire mais que l'autorité de ceux qui les ont données ne permet guère de récuser, nous devons ajouter le témoignage des faits. Le diacre Paulin nous apprend que saint Ambroise de Milan, « dans le temps où il habitait à Florence la maison de Decens, personnage chrétien important, guérit, par de nombreuses prières et par l'imposition des mains, le je une fils de son hôte que l'esprit impur tourmentait ». » II dit encore : « Dans ces jours, nous avons vu, par son commandement, accompagné de l'imposition des mains, une multitude de personnes de l'esprit impur '*. » Sulpice-Sévère rapporte dans la Vie de sainl Martin les faits suivants : « Le bienheureux habitait un monastère situé à deux mil les de la ville. Or cha que fois qu'il mettait le pied hors de sa cellule pour venir à l'église, vous auriez \ti dans toute l'église les énergumènes se mettre à crier et à trembler, comme feraient, devant leur juge, des troupe aux de criminels. C'est au point que les gémissements des démons annonçaient l'arrivée de l'évê que aux clercs, qui n'en avaient pas été informés par ailleurs. J'ai vu, à l'approche de Martin, un démonia que se soulever et demeurer suspendu en l'air, les bras étendus, de telle sorte que ses pieds ne reposaient pas sur le sol. Quand Martin entreprenait d'exorciser des possédés, il ne touchait personne de ses mains, il n'adressait à personne des mots de reproche, à la différence de la plupart des clercs, qui déversent un torrent de paro les. Une fois TtpâÇtç YEVvaia èy.^àXKouaa 8aî|xova< ; (.) Xôyoç èm ty)ç xeçaXrjç |3à>.E ëjjmpoo0£v aÙTOû xXôivac ; cXataç 1230 xxl ÔTitaOîv aÙToù XÉYStç (') /_aïfs tpvo'JÔi V APpaajxx^t'P^ îtvou TC V laaz zatpe tcvouts v laxo^ Iyjcfouç TTi XpïjaToç 7tt cnfioq V Trveujxa i) ;t7jpivçi(o6 v laaaçe 1235 eôaaj^ouv v Icaao'. • eva laco Sa PawO |zap£T£T£vco(/. tuo^t aa PoX à-ô ToO 8(£)î(va) rcai 7t v SatjXMv m oaSavaç è^opx.lî^co o£ t Voilà une bonne méthode pour chasser les démons : Invocation que l'on prononce au-dessus de sa tête « Salut au Dieu d'Abraham, salut au Dieu d'Isaac, salut au Dieu de Jacob, Jésus-Clirist, le saint, l'esprit, fils du Père, au-dessus des sept, au de dans des sept. Apportez Jao Sabaoth, que votre force se mo que de cela (hors d'autres) jusqu'à ce que vous ayez chassé ce démon impur Satan qui est sur lui (le possédé). Je vous exorcise...

Pareille formule sentait fort le grimoire et n'était pas faite pour grandir ceux qui en faisaient usage et ceux qui y ajoutaient foi. Les Pères de l'Église se sont aperçus de bonne heure des inconvénients de cette littérature trop abandonnée à l'improvisation personnelle et ont insisté sur le pouvoir du nom de Dieu, qui seul chasse les démons. Nec invocalionibus angclicis facit aliquid, écrit saint Irénée, nec incantalionibus... sed munde et pure et manifeste oralioncs dirigens ad Dominum qui omnia fecit, et nomen Domini nostri Jesu Christi invocans, virlu les ad utilita les hominum perfecil '.

Un exorcisme trouvé sur une feuille d'or,àBeyrouth, et qui paraît remonter au m'= siècle, nous fait connaître une formule intéressante à noter (voir Dictionn., \..i, col. 1795-1796) :

'EÇopxi^co CT£, & SarawScç, xai EÙjiEvîî^eù ïva [léizaTz xaxaXEÎTnjç t6v tôîtov coO, ettI xoj ôvôjxaTt toû y.uplou

0EOO ÇÔJVTOÇ.

Autres formu les à Reggio, en Calabre, et à Traù, en Dalmatie (voir Dictionn., t.i, col. 1801-1804, fig. 480). Si curieuses qu'el les soient, ces formu les n'offrent cependant pas l'intérêt qui s'attacherait à une composition offlcielle. Dans ce genre et comme un acheminement nous trouvons ce passage du livre VIII' des Constitutions apostoliques :Eï> ?,ai<sQe, oiè\izçiy6\j\i.svoiùtzq-KWJ- (jtàTov extevûç TrdcvTEi ; ÛTièp aÙTtôv (XEv, ÔTTcot ; ô ÔEèç Sià Xpiaroû Toïç xat 7rovr ;poïç TivEÛfxaatv xal pùcnr)Tai Toùç aÙTOû txÉxaç aTrô t^ç toO àXXoxptou X. T. X'. Mais il semble qu'il ait existé des formulaires, des rituels d'exorcismes bien authentiques dès le temps d'Origène, qui s'exprime assez clairement : lixistimo autem, quoniam non oporlet, ut vir. qui vult secundum evangelium vivere, adjuret alterum. Quieret aliquis, si convcnit vel dœmones adjurare, et qui rcspicit ad muUos, qui taiia facere ausi sunt, dicel non sine ratione fieri hoc. Qui autem aspicit Jcsum imperantem dœmonibus, sed eliam potestatem dantem discipulis suis super omnia dicmonia, et ut inftrmilates sanarent, di cet, quoniam non est secundum potestatem datam a Salvatore adjurare dœmonia : Judaicum e.-it enim. Hoc etsi aliquando a nostris talc aliquid fiât, simile fit ei, quod a Salomonc scriptis adjuralionibus soient dxmones adjurari. Sed ipsi, qui utuntur adjurationibus illis, aliquoties nec idoneis conslitutis libris utuntur ; quibusdam autem et de Hebrxo acceptis adjurant dœmonia ^ Nous n'avons jusqu'à ce jour aucun moyen de reconstituer ces formulaires primitifs ; mais, si on en juge par analogie, on peut soupçonner que les rédacteurs ne se firent pas faute de reprendre les paro les employées par Jésus ou par les apôtres lorsqu'ils chassaient les démons. Tout ce qu'on peut imaginer en fait de reconstitution est pure conjecture. Les actes apocryphes des apôtres ne s'interdisent pas de prêter de be aux et copieux exorcismcs à leurs héros. II est vraisemblable que ces compositions sont l'ouvrage des rédacteurs, mais l'ancienneté des documents parmi lesquels ils se trouvent insérés nous engage à ne pas les négliger.

Acia Pétri et Paiili, c. lxxvii ' : 'OpxîJ^o) û(jià( ;, <j'. Tovj Saxavâ oî çépovreç aùrèv sic tov àépa ~.ç>6< ; TÔ àTraràv xàç Ttov àretaTuv xapSîaç, tov 6s6v -rôv XTÎCTT/)V TÔJV àttàvtcov Xal X'JplOV 'r^CToGv TOV XpioTÔv, ôv TV) TPÎTT) ï) !^^P ? ''riysipsy èy, -rôjv 'iva àTtè -raûtt] ? TÎiç 6paç fXYjy.é-rt aÙTÔv àXX' ÈÇsàaaTC aùxôv.

Acta Philippi cl acla Tliomœ, c. xliv - : « Q. TTOVYipîa àxaTao/ETOÇ ■ fi> àvatSeia toû è'/Qpoû ■ &> ô pàaxavoç Ô [itjssttote •r)pe[i.(ôv fi) 0 Ô TOÛÇ EÙETSEÏÇ ÛTTOTaCTOtov cù ô TToXuixopçoç ■ ûç av 9atvETai, v) Se TOUTOU ouata (iet2(ÎA'/)9î)vat où SùvaTocf fi) àTiô ToO SoXiou >cai à.m(STO\j' fij tô SÉvSpov tô Tiixpov, ou 'A xapTTol autoû èoîxaaiv • fi) àm toû Siap6Xou toû ijjiEp[iaxoûvtoç Tcôv • fi) à7t6 T-^ç TtXâvïjç TÎJÇ /pcofxévTji ; Tï) àvaiSEtof £i àinb tT^ç Kovïjptaç ttjç ; d)Ç ÔcpiÇ X9(l TO'JTOU CTUYYE^OÛÇ AÙTOÛ UTTÀPXOVTOÇ.

Acta Joliannis' : 'lco(ivv/ ;i ;, ô 'lT]aoû XPWÎTOO, TOÛ uloÛ TOÛ 6eOÛ, TÔ) 7Tu6av£cd Ttô otxovvTi. Èv 'ATToXXcovî S'f) TÔ p'/)Topi. ' TzapayyéXKcx) ooi Èv ôv6(/.aTi. TtaTpôç xal uïoû xal àytou TTVEÛjxaTOi ; è^EX6EÏV ànb TOÛ ; toû 6eoû [iou xal (J.ï)xéti. Èv aÙTÔi, e^o Se tt,ç v/)(tou TaÙTTjç (j.6vov |XY] eIç âvôpcoTTOv, àXX' Etç tôtiouç àvùSpouç • Èyù 'Iuâvv7)ç£v ôv6[J.aTi. 'Irjaoû XpiOToû toû £Tn.T(jC(ÎCTO> CTOT, TÔ) !. TCp TTuGcovîtp, OÛTCOÇTTOIEÎV.

Passio Andreœ * : Tune bealus Andréas imperavit dœmonibas dicens : lie in loca arida et iniructaosa, nnlli penilus homini nocen les ne que aceessiim habentes, ubicum que nomen domini faerit inmcatum, donec accipiatis debitum vobis supplicium ignis œterni.

La Vie de sainte Euphrasie (f 410) ^^ rapporte que cette sainte, exorcisant un énergumène, menaça l'esprit en ces termes : Nom si samo baculum abbalissœ, flagellabo te. Cœterum resistenle dœmone,elexire nolente, sumens Eupraxia abbatissx bacalum, dixit ei : Exi.

Saint Eugende, de Condat (f vers 516) rédige une formule ' : In nomine domini Jesu Cliristi pcUris et spirilas sancti prœcipio tibi per scripturam islam, spiritus (julœ el irse, fornicalionis et amoris, et lunalice et dianatice et mcridianc et diurne et nocturne, et omnis spiritus immunde.exi ab homine, qui istam scripturam habet. Per ipsum te adjuro verum Dei viui filium, exi velnciter et cave, ne amplius introeas in eam. Amen.

Saint Éloi de Noyon (t 659 ?) ' : Adjuro te, maligne spiritus, per Deum palrcm omnipolentcm et per Jesum Christum, filium ejus. ci per sanctum spirilum paraclglum ut ipsius virtate fugatus discedas ab hoc vasculo, quem possi des captivum.

Les livres liturgiques anciens nous ont conservé des rituels et des formu les d'exorcisme. A mesure que la religion étendait ses conquêtes et accroissait le nombre de ses fidè les, l'exorcisme prenait une importance grandissante. Le phénomène des charismes et la pratique de l'exorcisme par ceux qui en étaient favorisés n'avaient pas certainement dépassé la fin du m' siècle. Mais avec le iv« siècle et les multitu des qui s'affiliaient à l'Église, on s'avisa que ceux-là devaient être soumis à l'exorcisme qui, sans manifester qu'ils appartenaient à Satan, pourraient lui appartenir. Or c'était, d'après la doctrine chrétienne du péché originel, le cas de tous les enfants et de tous les adultes avant leur baptême. Ils n'étaient pas encore les temp les du Saint-Esprit, ils étaient donc les habitac les du démon ! Les Pères et les écrits liturgiques ne mettent pas ce point en doute un seul moment. L'étude des documents liturgiques donnerait volontiers à croire que, pendant très longtemps, une distinction fut maintenue néanmoins entre ces catégories très différentes d'exorcisab les : les possédés et les non-baptisés. Pour les possédés, la réglementation ne se montre que tardivement et demeure livrée à l'inspiration personnelle jusqu'à une époque qu'il serait bien difTicile de fixer avec précision. Pour les catéchumènes, des formu les interviennent de bonne heure et sont codifiées de manière à peu près invariable dans les livres liturgiques. Pour Isidore de Séville,énergumènes et catéchumènes sont placés sur le même rang : Exorcismus autem sermo increpationis est, contra immundum spirilum in energumenis sive catechumenis factus, per quem ab mis diaboli nequissima virtus et inveleraia malitia vel violenta incursio expulsa fugetur '.

Dans l'ÉgUse grec que, les exorcismes contenus dans la liturgie de saint Basile et dans celle de saint Jean Chrysostome sont tout à fait brefs, ce qui n'est pas le mérite le plus ordinaire des liturgies grecques ; mais cette sobriété est vite rachetée par l'abondance tôt reparuc '. Dans l'Église latine nous trouvons toute une moisson de textes ' ».Nous nous bornons à transcrire celui de la liturgie mozarabe, h'ordo baptismi contenu dans le Liber ordinum du xi= siècle n'est déjà plus un document absolument intact. Ce formulaire demeuré en usage n'a pas cessé de souffrir des retouches, des adaptations. Mais de ce que la rédaction trahit, par endroit, un âge avancé, il ne s'ensuit pas que les formu les baptisma les soient récentes. Il est à croire, au contraire, que la plupart sont au moins contemporaines de saint Ildefonse, si même el les ne lui sont pas antérieures. On en peut fournir la preuve rigoureuse pour une dizaine d'entre el les.

Liber ordinum Deinde egreditur episcopus aut sacerdos senior... de intra allare et stat anie chorum... exorcismum recitando ha :c tria capitula, faciens crucem contra occidentem. I. Increpet Dominus in te, Satan ; et increpet Doniinus in te qui elegit Jérusalem. II. Tibi dicitur Satanas, vade rétro. III. Vicit leo de tribu Juda, radix David. Statim tamen cum ille explicuerit, diaconus cum clericis imponit recitando lîos exorcismos : Depreiiensœ sunt insidise tuie inaledîcte damnabilis zabule.nec jam poteris ultra fallere...

De cogxït. baptisau Increpat episcopus voce propria... et hanc ipsam increpationem quani dicit episcopus... proplieticis verbis aggreditur dicens : Increpet Dominus in te, Satan ; et increpet Dominus in te qui elegit Jérusalem. Deliinc secundo dicit : Tlbi dicitur Satanas, vade rétro ; ac deinde... tertio proclamât : Vicit leo ex tribu Juda, radix David. Ita deinde hic cxorcismus a ministris inchoatur : Deprehensse sunt insidiae tufe.

Ainsi les exorcismes qui servaient autrefois aussi bien pour les catéchumènes que pour les cnergumèncs ont disparu de l'Ordo baptismi du Liber ordinum, peut-être ont-ils été laissés de côté au moment où Vefletalio a cessé d être célébrée le dimanche des Rame aux ; en tout cas, leur suppression est postérieure à saint Udefonse.

Ordo celebrandus super eum qui ab spiritu inmundo vexatur.

Inprimis, consliluunl virum sive mulierem qui hoc palitur ad parlem occidentis, ita ut contra allare faciem teneal. Deinde, préparant se clerici et diacones seu presbileres in duos choros sicut consuetudo est in efjetatione in diem Ramos Palmarum.

Post hec, stans diaconus ante chorum, jaciem contra prediclum egrolum lenens, et manu crucem faciens, récitât ac décantai clara voce h une exorcismum.

Recordare >, Satanas, que tibi maneat pena. Quum videris hominem, quem Deus et Dominus meus ad suam gratiam vocare est, confusus fugias et recédas. Quod si fallaciter gesseris erit tibi ipse Christus in preparato judicio. Deo vivo rationem red des, et vas signatumnon designabis' : adjuratusinnominePatris, et Fiiii, et Spiritus Sancti, cujus est hoc signum et nomcn invictum.

Respondunt in choro Imnc antiphonam :

Resi.stile diabolo et fugict a vobis. Adpropinquate Deo et adpropinquahit vobis.

Deinde dicit diaconus : Recordare, Satanas.

Respondunt in choro : Resistite diabolo.

Deinde egreditur episcopus, aut sacerdos senior qui inlerluerit, de intra allare et slal ante chorum, ubi anlea diaconus stclit, exorcismum recitando hec tria capitula, faciens crucem contra occidentem ad jam dictum hominem egrotanlem :

I. Increpet Dominus in te, Satan : et increpet Dominus in te, qui elegit Jhcrusalcm.


III. Vicit leo de tribu Juda, radix David.

Sic tamen quando hoc episcopus dicit. aui alias sacerdos qui interfuerit, manu crucem facit contra occidentem : el paululum inler capitulum panselur. Statim tamen cum ille explicuerit, diaconus cum clericis inponit recitando hos cxorcismos : suivent trois pages in-quarto, l'exorcisme terminé par une oraison '.

Parmi ces anciens rituels nous trouvons dans celui •1247. - Ivoire provinant d'une reliun . D'après Gaxette archéologi que, 1884, t. ix, pi. 6 de l'abbaye de Jumièges, conservé ù la bibliothè que de Rouen, et qui paraît remonter jusqu'.'i l'épo que de l'abbé Thierry (101 1-1 028), un grand nombre d'oraisons applicab les aux circonstan ces les plus habituel les de la vie : contre la foudre, pour se faire la barbe, pour bénir les lieux monastiques, les vêtements sacerdot aux et, au milieu de ces prières d'un usage courant, il s'en trouve une pour l'exorcisme des vases découverts dans les constructions antiques ' :

Oralio saper vasa in loco anliquo reperla. Omnipolens sempilerne Deus, iiisere te ofpciis nostris cl hiec {hoc) vascula (...um) arte fabricala (...iim) genlilium,sublimilalis lux polenlia ila emundare digneris, ul. omni inunundilia depulsa, sini (si/) fidelibus luis lempore pacis atqac Iranquillilalis ulendu (...um). Per Chrislum...

Vn manuscrit du fonds Libri conservé à la Laurentienne de Florence (n. 188), fol. 47-48, renferme des remartpjes sur les croyan ces supertitieuses auxquel les donnaient lieu les sujets gravés sur les pierres antiques, et à la suite la prière à réciter pour exorciser ces gemmes précieuses du caractère païen dont el les étaient pénétrées '.

Les monuments figurés nous offrent quelques représentations d'exorcistes. Le sacramentaire d'Autun (voir Dicl., t. i, au mot Autun, col. 3204, pi. hors texte), nous montre au fol. 1 V une peinture représentant les ordres majeurs et les ordres mineurs ^. Dans le compartiment supérieur, un évè que,im prêtre et un diacre ; dans le compartiment inférieur, cinq clercs dont le titre est indiqué par des inscriptiens en lettres d'or : Osliarius, leclor, exorcisia, acholilus, subdiaconus.

Deux plaques d'ivoire conservées au Musée du Louvre nous ont probablement conservé la représentation d'une ordination d'exorciste *. Ces deux plaques proviennent d'une reliure S mais el les ont pu, à l'origine, faire partie d'une suite de tablettes d'une destination différente. Cha que pla que est divisée en deux compartiments superposés de forme rectangulaire. Sur la première pla que, auc une difficulté d'interprétation ; c'est d'abord David dictant ses psaumes, c'est ensuite le même roi les exécutant en compagnie de musiciens dont la Bible nous a conservé les noms. Les sujets représentés surla deuxièmepla que(fig.4247) semblent, comme sur la tablette précédente, se faire suite. Tous les personnages portent le costume ecclésiasti que et on procède dans le compartiment supérieur à l'ordination d'un exorciste, dans le compartiment inférieur à l'ordination d'un lecteur. Le texte du sacramentaire dit grégorien va venir à notre aide. Nous y lisons ceci :

Ordinalio lecloris. — Leclor cum ordinatur, facial de illo verbum episcopus ad plebem, indicans ejus fidem ac vitam algue ingenium ; post hœc, speclanle plèbe, tradal et codicem de quo leclurus sH, dicens : Accipe et esta verbi Dei relalor, etc.

Ordinalio exorcistœ. ■ — Exorcisia cum ordinatur accipiat de manu episcopi libellum in quo scripli sunl exorcismi, dicenle sibi episcopo : Accipe et habelo poleslalem impo'nendi manum super energumenum sive baptizatum sive calechumenum '.

Rien, dans le costume, ne s'oppose à ce que l'on voie un évê que dans le personnage assis, barbu et chauve, tenant un livre dans le compartiment inférieur, remettant un rouleau dans le compartiment supérieur. Ce personnage est revêtu de la chasuble '.

Les miniatures qui accompagnent certains sacramentaires fournissent un moyen de comparaison. Le pontifical de la bibliothè que de la Minerve, à Rome, pontifical qui date du i.\« siècle« , nous offre les deux mêmes scènes représentées d'une façon pres que identi que : Exorcislis Iradil episcopus libellum (fig. 4248).

L'âge de ces tablettes d'ivoire est malaisé à déterminer. Dans la pla que qui concerne David, certains détails de costume dénotent une persistance évidente de l'art et des usages de l'antiquité. Ces observations peuvent être faites avec autant de minutie sur la pla que des deux ordinations : le style du pupitre à écrire et des feuillages qui décorent le siège épiscopal se ressent encore de l'art anti que '. L'examen du costume ecclésiasti que ne peut fournir aucun renseignement précis. On ne peut donc assigner un âge à ces ivoires qu'en se basant sur leur style, c'est dire que cette détermination ne peut être qu'approximalive.Plusieurs traitscaractéristiques ;la fixité étonnante du regard, l'allongement des extrémités, se retrouvent sur des sculptures en ivoire du \i' siècle. FI ne faut pas songer à voir dans ces tablettes un ouvrage carolingien, encore moins un ouvrage méro\ingien ; quant à déterminer s'il s'agit d'un produit byzantin mm et de quel atelier il est sorti, il n'en saurait être question.

Dans l'usage primitif, celui qui prati que l'exorcisme est qualifié exorciste : c'est une fonction, ce n'est pas un titre, encore moins une dignité ecclésiasti que. Jus que vers le milieu du ni^ siècle, tout fidèle peut, avec plus ou moins de succès, s'adonner à l'exorcisme. « Qu'on amène une personne certainement tourmentée par le démon, dit TertuUien. Sur l'ordre qui lui en sera intimé par un chrétien quelcon que, cet esprit se proclamera démon ». > .ailleurs, il admoneste les fidè les : t Le chrétien vendeur d'encens, comment, en passant par les temp les païens, conspuera-t-il les autels fumants' ? Comment leur lancera-t-il un souffle de mépris et s'éloignera, après les avoir alimentés ? Avec quelle confiance exorcisera-t-illesclients dont sa bouti que se fait la pourvoyeuse' ? Que s'il réussit, lui, à chasser le démon, qu'il n'en fasse pas honneur à sa foi : ce sera plutôt une faveur facilement obtenue de celui qu'il rassasie quotidiennement « . • C'est en s'appuyant sur ce texte et quelques autres qu'un historien fourvojé parmi les communautés chrétiennes imagina la possession démonia que comme une maladie régnante, une loUe d'un genre spécial qui régnait dans le monde romain et helléni que vers les premiers sièc les de notre ère. Le christianisme l'aurait d'abord envenimée, puis, inquiet de l'extension prise par le mal et des troub les profonds qu'il entraînait.

4249. Inscription à Carthage. Communiquée par le P. Delattre. il l'aurait guérie par une suggestion plus merveilleuse que la maladie'. On s'étonnera peut-être un jour que de semblables fariboles aient été prises au sérieux, recueillies, commentées comme des oracles. Ainsi lancé, M. Harnack racontait, sans rire, semble-t-il, qu'au moment historique (I) où les évêques et les prêtres, se constituant en hiérarchie fermée, accaparèrent la direction de la communauté, les lecteurs, qui auraient pu être les maîtres ( ?), se sont vus réduits au rang de fonctionnaires inférieurs. L'exorciste, aussi ancien que le lecteur, fut ravalé comme lui au niveau des ordres nouveau-nés qui ne furent guère qu'une imitation servile des bas offices exercés dans les liturgies païennes*. Es ist wahr nicht ! En réalité, les exorcistes n'entrèrent dans la hiérarchie ni avant, pendant ou après le moment historique — une trouvaille — puis, sous Dioclétien, en 302, nous trouvons un exorciste martyr, Pierre, dont le nom et le culte furent associés

r-' »*i »wsS si m BRIO D QVIXITINHOC ; nSJ 4250. Inscription de Côme.

D'après Monneret de Villard, Iscrizioni cristiane delta provincia di Como, 1912, p. 57, n. 35. à celui du prêtre Marcelin '. Une fresque de la catacombe de Pontien le représente avec saint Marcellin et saint Pollion '.

Les recueils épigraphiques contiennent un certain nombre d'inscriptions. Oderici et Cardinali avaient réuni le texte de toutes celles connues de leur temps » ; ce nombre s'est fort accru depuis. Sur une dalle mince trouvée au cimetière de Calliste 'o :


CELERI-EX


GRCCVM


COMPARE SVA


IN PAGE

Un autre exorciste a eu son épitaphe rédigée au nom de sa petite fille, qui prend pour la circonstance le nom d'amitié tata qu'on donnait aux enfants « ; il ne subsiste qu'un fragment :... TATA PALLADIOEXORC ».

Au Musée de Latran, pl. x. n° 18 ' : PRIMVS EXXORCIST[a FECIT Au cimetière de Calliste ' :


PAVLVS EXORCISTA DEP/MARTYRIES/VI

Dans une catacombe ' :


PETRONIV EXORCISTA HELENE M-B-B-IN-P-

A Carthage, un fragment dans la Basilica majorum.

Un curieux monument nous a été conservé par un dessin de Passer ! « ; il montre les exorcistes à genoux. C'est dans un nymphœum, situé près de Pisaure, qu'on a trouvé cette cuvette, mesurant sept pieds en longueur, un peu plus de trois pieds en largeur et autant en profondeur. On voit sur la face postérieure un possédé qui se roule dans les contorsions, tandis que deux exorcistes, croix en main, travaillent à le délivrer de l'esprit malin. La scène semble se passer en public. De chaque côté, des fidèles, une croix à la main, assistent à la cérémonie (fig. 1251).

H. Leclercq.


EXPANSION DU CHRISTIANISME. — I. Age apostolique. I. Le n » siècle. III. Jusqu'à la paix de l'Église. IV. Pénétration sociale. V. Expansion géographique. VI. Palestine. VII. Phénicie. VIII. Syrie. IX. Chypre. X. Cilicie. XI. Édesse. XII. Perse. XIII. Inde. XIV. Arabie. XV. Égypte. XVI. Asie Mineure. XVII. Arménie. XVIII. Illyricum. XIX. Occident. XX. Conclusion.

I. Age apostolique. — La propagation du christianisme s'est accomplie dans des conditions différentes selon les temps et les lieux, en sorte qu'il est nécessaire de les considérer isolément les unes des autres. Jérusalem, dont le nom propre incomplet doit être sans doute restitué Vindemialis (fig. 4249)'.

A Côme, dans la basilique de Saint-Abundius, aujourd'hui au musée (salle chrétienne, n. 101), 0 m. 76 X 0 m. 72 ; la première inscription est de l'année 526, la deuxième de l'année 530 (fig. 4250) '.

[La deuxième n'a pas de rapport avec notre sujet.]

A Eclane, en 511 » :

Guarini, qui publia le premier cette inscription, interprète le y non comme le chiffre trois, mais XX. Salem, en Judée et, dans une certaine mesure, en Samarie les prédicateurs de la foi nouvelle rencontrent des concours très chauds et une opposition très violente ; mais, dans tous ces pays, ils sont entendus et compris par ceux auxquels ils s'adressent. Sortis de ces frontières restreintes où se perpétue un état d'esprit sectaire et arriéré, ils abordent les juiveries de la « Dispersion », dans lesquelles règne une orthodoxie farouche. Les traverses que rencontrera la prédication de saint Paul s'expliquent en outre par le dérangement qu'elle laisse prévoir pour toutes les opinions et les situations établies ; ce n'est rien moins qu'un schisme qu'il préconise, et les synagogues le rejettent comme un trouble-fête. Lui-même a-t-il longtemps espéré entraîner des communautés en corps à la foi au Messie ? Il ne s'en est pas clairement expliqué ; mais son obstination à entretenir son apostolat, dans chaque nouvelle ville qu'il aborde, par une invitation à la colonie juive à se rallier à la doctrine qu'il annonce,

Ce que laissaient entrevoir de leur foi et de leur religion les Juifs épris de prosélytisme n'était qu'un abrégé, et peut-être un grand nombre parmi eux n'en savaient-ils pas beaucoup plus. Le bon sens et l'expérience leur enseignaient que la propagande morale, comme la pacotille commerciale, n'est attrayante que si elle est portative. Très habilement, ces Juifs, sincères mais retors, avaient échantillonné leur prédication à quelques spécimens d'un écoulement facile et presque certain. Sachant à merveille les quolibets provoqués par leurs rites, ils se gardaient de rebuter le chaland par l'offre de cette marchandise décriée ; ce qu'ils lui proposaient, c'était quelques idées très claires : un Dieu unique, une loi morale, une sanction éternelle. A leur suite, le chrétien pouvait se présenter, mystérieux et intransigeant, annonçant sur des bases identiques un développement plus complet. Tandis que le Juif tenait à distance celui qu'il attirait, et affectait de lui faire sentir une sorte d'inégalité essentielle, le chrétien professait bien haut la fusion complète et sans réserve entre tous les croyants de sa doctrine, quels qu'ils fussent, d'où qu'ils vinssent. Mais ceci était affaire de temps et de persuasion, le principal était de trouver accès et de poursuivre la tâche ébauchée par d'autres.

L'esprit d'inégalité et d'exclusivisme avait eu, dès la première heure, ses partisans très haut placés et très influents dans l'Église ; l'apôtre Jacques fut le plus signalé d'entre eux. Pierre s'était montré hésitant et avait louvoyé quelque temps, mais l'affaire de la circoncision (voir ce mot), vigoureusement conduite par saint Paul, avait décidé de l'avenir et parqué les judaïsants dans leur aigreur et leur impuissance. On s'adressa donc résolument aux gentils et on leur fit suivre des procédés fort dissemblables de ceux qu'avaient suivi les Juifs. Ce fut moins par voie d'infiltration et d'insinuation que par une belle audace et une sorte de crânerie que les jeunes communautés pauliniennes s'affirmèrent en face et en rivaux des synagogues. Dans des maisons particulières les réunions n'avaient plus cette allure de religion nationale qui excluait de la synagogue les non-initiés parce que non-Juifs ; c'étaient plutôt comme des invitations clandestines d'un type inconnu jusque-là.

La promesse qu'on répugne instinctivement pour les nouveautés, il faut reconnaître que le christianisme, à son début, apparut comme une nouveauté et la plupart de ses adhérents les plus convaincus, aujourd'hui qu'il se réclame de vingt siècles d'existence et de tradition, eussent été ses adversaires les plus intraitables peut-être, s'ils avaient été témoins de son apparition. Aujourd'hui ils cherchent dans le phénomène d'expansion de cette religion sainte un argument apologétique, alors ils eussent énuméré, sans en omettre une seule, les conditions naturelles qui, à leurs yeux, eussent expliqué son succès. Et c'en étaient sans doute que l'uniformité relative de langue et d'idées, résultant de la diffusion de l'hellénisme, de même que l'unité politique véritable imposée aux provinces par l'empire romain, et encore le développement des voies et moyens de communications, la sécurité des routes, l'organisation des relais, l'administration des postes, autant de faits en apparence indifférents auxquels les apologistes ne prêtent pas assez attention et qui n'en apportent pas moins un actif concours à la prédication et au triomphe d'une doctrine. Pour s'en convaincre, il suffit de comparer ce qui se passe dans l'empire et hors des limites de l'empire. Ici il faut savoir le reconnaître et en faire l'aveu, le christianisme n'avance pas, il ne pénètre même pas, ou bien, s'il pénètre, il s'enfonce et disparaît, nous n'en pouvons relever la trace. (C'est que chez les Scythes, les Parthes ou les Germains, les facilités matérielles n'existant à aucun degré, ni apôtres, ni missionnaires, ni évangélistes, ni périodiques n'ont travaillé et évangélisé, ou bien leur effort aura généralement échoué.

Cette religion nouvelle apparaissait à la multitude des oisifs, (qui n'attendaient ni ne réclamaient d'elle les infinies sollicitu des qu'elle prodigue aux déshérités), comme la religion dès longtemps attendue, une religion épurée, faite de raison et de mystère, une philosophie d'origine divine et pourtant accessible à toutes les intelligen ces. La doctrine qu'apportait le christianisme offrait toute satisfaction par sa simplicité, sa clarté, sa moralité : la Providence qu'il annonçait avait une existence et un rôle. Elle avait aussi son mystère, et sa séduction s'adressait en même temps aux malheureux qu'il secourait, aux satisfaits qu'il éclairait, aux inquiets qu'il apaisait.

Certains païens, et non des moindres, clierchaient surtout une règle de vie morale ; mais, devenus défiants, déconcertés par les contradictions des philosophes, ils voulaient que le nouveau principe de la vie morale fût placé en dehors et au-dessus de l'homme. Beaucoup se tournèrent vers les cultes orient aux et le néo-platonisme ; mais la concurrence du christianisme triompha à force de clarté et de surnaturel. Il lui suffisait de produire ses livres saints, qui contenaient, avec une morale supérieure à toutes les autres, la justification du principe de cette morale. L'accord des deux Testaments, l'accomplissement des prophéties, les mirac les prouvaient la vérité du cliristianisme. L'Ancien Testament le faisait remonter jusqu'aux origines du monde et rattachait la doctrine morale à un système cosmogoni que.

La philosophie du temps était imprégnée d'hellénisme. Une religion sémite bien rugueuse et sufRsamraent ininteUigible pour les hommes d'une civilisation différente était condamnée à végéter et peut-être à périr. Le culte de Mithra connut cette mésaventure et, même, il en mourut. Son expansion en Occident fut. parallèlement à l'expansion chrétienne, d'importance au moins égale et un moment il parut lui disputer le succès et balancer la victoire. Mais il s'étiola et se dessécha pour n'avoir pas pu gonfler sa doctrine de la sève divine. Au contraire, le christianisme, ouire la différence d'origine surnaturelle qui le distinguait du mithriacisme.avait accueilli sans prévention et avec bienveillance l'hellénisme, s'en était pénétré, avait de préférence dirigé son premier effort sur les pays de culture hellénisti que et y avait établi ses centres moteurs : à Antioche et à Éphèse, à Alexandrie, à Rome, à Carthage, à Lyon, toutes cités alors de langue grec que. Sans renier son origine sémite, sans renoncer à ce qu'il devait à lui-même d'en revendiquer devant tous, le christianisme donnait de plus en plus à ses v'érités fondamenta les une expression conforme au génie et à la pensée helléniques. La rupture, suivie d'hostilité ardente, qui sépara le christianisme du judatsme dès la fin du i'^' siècle, mettait le christianisme dans la nécessité de s'acclimater parmi les gentils, d'y puiser les recrues sans lesquels une religion, même divine, ne saurait utilement aborder les larges horizons, c'est-àdire les intelligen ces, les âmes, les vertus de ses fidè les. Or l'immense majorité de ses dirigeants étaient imprégnés d'hellénisme ; leur adhésion et leur collaboration décidèrent de la voie à suivre.

Une fois engagé dans cette voie, le christianisme poussa à fond et ne s'arrêta plus. En s'assimilant l'hellénisme, la religion nouvelle, consciente de sa force toute neuve, savait qu'elle ne s'y fondait pas et, au contraire, prétendait le fondre en elle-même. C'était un premier essai d'annexion dans un sens très différent de celui que la religion polythéiste avait pratiqué. Ue l'hellénisme séducteur, le christianisme n'acceptait pas tout indistinctement, même il réprouvait nominativement plusieurs domaines tenus pour incompatib les, à cause de leur matérialisme, avec une croyance d'origine surnaturelle. Soit indifférence, soit perversité, le polythéisme accueillait sans élimination auc une le dieu Jéhovah, comme le dieu Atys, comme la déesse Baubô ; la plus haute moralité avec les plus dégoûtantes turpitu des ; et cette conciliation excessive, loin de tourner à son avantage, précipita sa ruine. Au contraire, le christianisme manifestait un exclusivisme intraitable et condamnait toutes les religions et tous les cultes avec la même intolérance. Cet exclusivisme ne laissait pas — et c'était sa force en même temps que son honneur — de se montrer très accommodant. Sans doute, les chrétiens ont eu de bonne heure, dès le début du n« siècle, la prétention de succéder à tous les droits du peuple juif et de former eux-mêmes le peuple élu, le peuple de Dieu, ce qui ne pouvait que leur attirer l'animosité et les railleries. Ils croyaient être et disaient être véritablement une » troisième race » : ce qui, en un sens, n'était pas tout à fait f aux, puisqu'ils n'étaient pas monothéistes à la façon des juifs, ni polythéistes à la manière des païens Mais cette « troisième race » différait encore de la race juive, en ce que celle-ci se recrutait par génération — sauf d'insignifiantes exceptions, les prosélytes de la justice — tandis que les chrétiens se recrutaient par cooptation plus qu'autrement : fiunl non nascunlur christiani, disait TcrtuUien. Aussi l'Église accueillait, bien plus, elle attirait et affifiait les hommes de toute race et de toute classe. Elle s'attachait à ne rebuter personne. Le seul obstacle qu'elle n'ait pu tourner résidait dans l'idolâtrie elle-même, surtout dans le culte impérial, véritable pierre d'achoppement, dont la malencontreuse invention a peut-être empêché de grands résultats. L'irréductible impossibihté d'une entente sur ce terrain a été une des principa les raisons de l'antagonisme trois fois séculaire, jalonné de persécutions sanglantes, qui a empêché une entente entre l'empire et l'Église, avant l'irrémédiable déviation de leurs destinées dans des directions opposées. Que fût-il advenu si, sans attendre le iV siècle, ces deux pouvoirs, également vigoureux et sains, avaient essayé de bonne foi à s'entendre et à collaborer ? On l'ignore : mais on ne peut rien conclure de ce qui s'est produit de l'entente tardivement conclue sous les règnes de Constantin et de Théodose. A cette date, malgré toutes les protestations, on ne songeait de part et d'autre qu'à se supplanter. C'est au cours du i« ou du i\' siècle de notre ère qu'une tentative pouvait être aussi féconde en matière poUti que qu'en matière sociale.

Tandis que certains auteurs reprochent aux fidè les leur méprisable inertie, leur répugnance à se prêter aux servi ces que l'État attend de chacun, leur goût De cette première semence quelle serala récolte ? nous ne le saurons ja mais ; mais nous aurions tort de croire que le silence qui enveloppe cette préhistoire des missions chrétiennes et nous cache des résultats inconnus dispense de faire entrer en compte ce premier épisode évangéli que. Les temps s'écoulent et les événements recommencent pres que identiques, parce que l'opération s'accomplit toujours sur la même matière humaine. A défaut de souvenirs conservés sur les incidents qui accompagnèrent en certains lieux le retour des pèlerins baptisés pendant leur séjour à Jérusalem, nous pourrions rapporter ce qui marqua les humb les et extraordinaires débuts de l'évangile en Corée, vers les dernières années du xvm« siècle. Là aussi, un voyageur lointain, parti pour ses affaires, rapporte la bonne parole et les difTicultés les plus graves empêchent longtemps de nouvel les communications. C'est au moyen de souvenirs et d'observations que le noyau formé autour de l'initiateur improvise pres que tout ce qu'il ne sait qu'imparfaitement et très mal. La bonne volonté annoncée par les anges n'a ja mais été plus touchante et plus vaillante. A défaut de livres, de rites et de prêtres, ils organisent un culte et un sacerdoce jusqu'au jour où ils reçoivent enfin tout ce qui leur a manqué jusqu'à ce moment -. Moins isolés, moins tyrannisés que les Coréens, les premiers prédicateurs du pays d'Élam ou de Mésopotamie ont pu sans doute revenir ou envoyer des compatriotes à Jérusalem pour la Pentecôte de l'année suivante ; ainsi se seront nouées des relations d'autant plus intéressantes que, sans aller jusqu'à supposer que ces enfants perdus, ces batteurs d'estrade de l'évangile, aient fondé des Églises dont aucun témoignage quelcon que ne serait resté, nous devons reconnaitre que leur affiliation et leur baptême, à l'instant du premier et vif enthousiasme des débuts, engageaient l'avenir. C'étaient des gentils qu'on introduisait de la sorte dans l'Église naissante et il est Il ne faudrait pas toutefois commettre l'excès d'attribuer à ce premier envol de messagers évangéliques plus de stabilité et de fécondité qu'il n'en a eu. Remarquons que, ni dans l'empire ni hors de l'empire, un seul écho certain de leur prédication n'a pu être recueilli. Ceci est d'autant plus remarquable pour l'empire que les gran des missions de saint Paul, ses voyages l'eussent mis en mesure de rencontrer des embryons d'Églises en Asie Mineure et dans les î les, si ces missionnaires improvisés avaient réussi à en fonder ou à essayer de fonder ; or le H\Te des Actes et les épîtres n'y font auc une allusion.

Un nouvel exode de messagers, moins improvisés, suivit la mort du diacre Etienne. A ce moment, il semble que l'Église de Jérusalem fut nombreuse et prospère. Les apôtres demeurèrent seuls, les fidè les furent dispersés sur toutes les routes de la Judée, de la Galilée et de la Samarie ^. Cette fois, l'Évangile fut annoncé le long du littoral et en Phénicie ; certains, plus aventureux, poussèrent jusqu'à Damas et, tout au nord de la Syrie, jusqu'à Antioche ; d'autres débarquèrent à Chypre *. Enfin, l'apôtre Pierre entreprend de se rendre un compte personnel de tout ce qu'il ne connaît encore que par des récits dont la splendeur orientale lui paraît peut-être sujette à caution. Il commence la visite des Éghses naissantes ', et confère le sacrement de baptême à de nombreux païens '. Sans attendre son exemple, les convertis de Chypre et de la Cyrénaï que se tournent eux aussi résolument vers les gentils ' et la naissante fondation d'Antioche devient comme le foyer d'un esprit plus large, plus audacieux, plus entreprenant. C'est à .\ntii)che que la croyance à Jésus prend une personnalité distincte et, pour ainsi parler, un état civil. Les nouve aux adhérents portent le nom de chrétiens (voir Antioche et Chrétien).

Pendant cette période, le christianisme attire et séduit par l'attrait d'une prédication dont le tour simple et naïf s'adapte aux intelligen ces les plus humb les, les éclaire sans les éblouir. 11 leur présente la doctrine telle qu'elle pouvait exister avant la rédaction des évangi les, c'est-à-dire purement traditionnelle et narrative. De quoi se compose-t-elle'.' De quelques traits nets, d'un contour facile à suivre dans ses détails et à saisir dans son ensemble. Des épiso des de la vie terrestre du Maître, sa naissance merveilleuse, ses actions miraculeuses, sa mort et sa résurrection : qu'on joigne à cela quelques maximes frappantes dans le genre des béatitu des du sermon sur la montagne, et voilà tout ce qu'on propose et tout ce qu'on impose. Mais les inteUigen ces les plus cultivées et les plus exigentes découvrent dans ce fonds une surabondance d'enseignements, de parabo les et d'indications qui les illumine sans les aveugler. Ces perspectives si gracieuses et si fermes tout à lu fois offrent dès lors tous les princip aux traits auxquels l'hellénisme ajoutera la séduction de la beauté et de la grandeur, mais la vérité demeurera ce qu'elle était dès la première heure.

Vers l'an 44, c'est-à-dire au moment où l'apôtre Paul commence ses grands voyages apostoliques, en comparaison desquels les expéditions de la période précédente sont de simples randonnées, la doctrine chrétienne a arrêté les grandes lignes définitives. Un Dieu unique, créateur de tout ce qui existe, Seigneur des mondes et Père des hommes. — Un Dieu incarné, fils de Dieu, mort, ressuscité et Sauveur des hommes. — Une vie future destinée à ceux qui marchent dans la voie des préceptes établis par Dieu et déclarés par Jésus. La prédication primitive ne sortira pas de ces thèmes si simples, elle les ornera de toutes les magnificences d'une exposition dont les épîtres de l'apôtre nous conservent le témoignage émouvant. Il faudra toujours recourir à cette source et aux évangiles quand on voudra prendre une idée précise des moyens par lesquels la prédication évangélique remporta ses plus signalés succès.

Cette idée précise et dégagée de toute préoccupation polémique n'est pas possible à un grand nombre ; pas plus que l'appréciation exacte des excuses à faire valoir en faveur de ceux qui méconnurent la doctrine chrétienne, la traquèrent impitoyablement et refusèrent d'y reconnaître ce que nous y apercevons aujourd'hui dans une évidente clarté. Quelle opinion pouvaient avoir de ces Orientaux au type juif les Romains et les Grecs, en possession d'une religion, d'un gouvernement, d'une force, d'une culture artistique et littéraire, auxquels ils n'admettaient pas que rien pût être sérieusement comparé ? Or ce n'était pas de comparaison qu'on leur parlait, mais d'abandon, de renonciation. Leurs dieux n'existaient pas, leur gouvernement était oppresseur ou corrompu, leur force caduque et menacée, leur culture pernicieuse et dégradée. À la place, on leur proposait tout un ensemble plein de séduction, mais dont personne jusqu'à ce jour n'avait entendu parler, une religion pure, mais qui n'était pas à l'abri d'une persécution, une morale éthérée mais, à cause de cela, peut-être impraticable. Les hommes qui prônaient ces nouveautés n'avaient dans leur passé rien de recommandable, dans leurs relations rien que d'inavouable ; ils vivaient dans la compagnie des plus pauvres, des plus inconnus, des plus dédaignés ; étrange recommandation. Incontestablement leur enseignement était élevé, mais leur doctrine révélait de redoutables nouveautés. On s'est fort scandalisé jadis de la comparaison célèbre faite de Paul et Barnabé parcourant l'Asie Mineure avec deux compagnons faisant leur « tour de France » ; mais ne semble-t-il pas que ces promesses et ces revendications de l'apôtre et de ses collègues missionnaires devaient paraître, aux oreilles des hommes du Ier siècle, aussi inquiétantes et révolutionnaires que peuvent le paraître certaines revendications de conférenciers communistes aujourd'hui ? À la méfiance trop justifiée qui accueille ces derniers, aux soupçons qui les repoussent et entravent leur propagande, est-il trop irrespectueux de comparer les persécutions réservées à Paul et à ses émules ? Cette prédication d'une nouveauté inouïe frappait moins par sa morale sévère et sa théologie très pure que par sa sociologie subversive. Une société convient volontiers, quand elle est intelligente ou se pique de l'être, que tout n'est pas parfait ; elle fait parfois un succès à celui qui énumère les tares et les misères à réformer et à guérir, mais elle accueille rarement avec bienveillance celui qui s'apprête à tenter l'opération d'où dépendent la guérison, sans doute, mais aussi le bouleversement, des habitudes prises et tout ce qui fait qu'une réforme indispose au moins autant sinon plus encore que n'inquiète une révolution.

Ce caractère subversif se marque non seulement dans l'égalité absolue parmi les races, mais par l'égalité entre individus. Les riches et les indigents, les savants et les illettrés, les clarissimes et les esclaves sont mis sur le même rang et le mérite personnel seul distingue ; de plus, les justes et les pécheurs n'ont entre eux qu'une inégalité d'attente, car la guérison de l'âme, au moyen de la pénitence et du repentir, rétablit l'égalité un moment compromise. Tout ceci ne nous étonne plus, ne nous inquiète plus aujourd'hui que le christianisme a porté ses fruits salutaires, mais qu'au Ier siècle beaucoup en aient pris ombrage et l'aient combattue, qui s'en étonnera de bonne foi ? Pour les païens, la vie était une affaire d'autant plus importante que l'au-delà ne leur apparaissait que comme une existence diminuée ; or le monde était aménagé en vue de procurer la plus grande somme de jouissances et de voluptés à ceux qui n'attendaient rien après la mort. La religion de Jésus semblait prendre à tâche de brouiller toutes les idées : la vie et les joies de ce monde ne sont rien, et elles sont mauvaises dans la mesure où elles nous détournent de la vie future, qui, loin d'être diminuée et obscure, sera lumineuse et accomplie. Tous y auront accès, mais dans la mesure seulement où ils s'en seront rendus dignes. Et pour annoncer et prouver ce qu'ils prêchent, les prédicateurs font usage d'un langage nouveau, non moins bizarre et mystérieux que leurs assertions. Ils ne parlent pas d'égalité, mais de fraternité, et leurs disciples réalisent avec une naïveté touchante l'ébauche tracée par cette prédication. Tentatives généreuses mais hâtives, à quelques-unes desquelles l'avenir réserve d'importantes modifications, mais qui, précisément par ce qu'elles offrent d'improvisé, d'incomplètement mûri, n'en sont que plus surprenantes et plus rebutantes aux yeux des païens.

Ces derniers la surprise l'emporte, même sur la répugnance. L'assistance publique existait et tous les cœurs étaient loin d'être fermés au spectacle ou à la pensée des misères humaines, mais on ne signale rien de mieux que des impulsions isolées ou des essais timides et limités ; l'État n'entrera dans cette voie que sous le règne de Trajan. Au contraire, les chrétiens s'acharnent à découvrir toute souffrance physique et morale, afin de la soulager ; rien ne les rebute, rien ne les lasse, ils ont plus fait que de secourir, ils ont organisé la charité : entretien des ministres sacrés, des catéchistes et employés ; — entretien des veuves et des orphelins ; — des malades, des naufragés et des invalides ; — soin des prisonniers et des condamnés ; — sépulture des défunts ; — soin des esclaves : — secours dans les grandes calamités ; — hospitalité pour les étrangers ; — secours aux communautés pauvres ou en danger. Assurément, ce n'est pas dès le premier jour que cet ensemble s'affirme et fonctionne, mais une sorte de fièvre pousse les fidèles à des entreprises restreintes qui contiennent le germe des institutions futures et générales. L'ébauche est si vigoureuse et si belle que l'œuvre se laisse entrevoir et, si elle inquiète les uns, elle émeut les autres.

L'émotion était morte dans les cultes polythéistes. Sans tomber dans le mépris affecté et les invectives ardentes d'un Tertullien, d'un Arnobe, d'un Justin, lorsqu'ils parlent des dieux et les fouaillent avec une inexorable rigueur, il est bien difficile de croire que les populations les plus arriérées, les moins contaminées par le scepticisme, aient conservé autre chose que de la crainte à l'égard de leurs divinités souillées. De la tendresse, de la confiance, tout ce qui constitue l'émotion religieuse, on n'en rencontre pas trace. Or, cette émotion trouve dans la religion de Jésus un élément inépuisable. La vie du Maître, ses miracles, sa passion sont la matière certaine, historiquement irrécusable, des développements exposés aux fidèles par leurs prédicateurs. Les réunions présentent des effusions mystérieuses de charismes et de dons extraordinaires qui favorisent quelques abus regrettables, mais qui entretiennent surtout une joie, une confiance, une ardeur inspiratrice des actes les plus rares et les plus généreux. D'ailleurs, cet aspect un peu désordonné se trouve corrigé par le prestige des chefs, qui en profitent pour organiser une forte discipline. L'émotion.

Une fois l'apôtre Paul lancé à la conquête du monde, on va le retrouver pendant quinze années, sillonnant tout le versant occidental de l'Asie Mineure, Cilicie, Lycaonie, Pisidie, Isaurie, Phrygie, Mésie, Asie proconsulaire, l'île de Chypre, de Salamine à Paphos, la Macédoine, l'Achaïe, peut-être l'Illyrie. Ces courses apostoliques ne sont pas entreprises au hasard, l'apôtre ne s'arrête généralement que sur les points où le succès lui ouvrira, selon son expression, « une porte sur le dehors ». Éphèse, où il séjourne pendant deux années, est une des grandes voies de circulation par où s'écoule en partie une multitude de voyageurs dans la direction de l'Asie romaine depuis la Lycie jusqu'à la Propontide. Antioche est un des entrepôts où affluent l'Orient et l'Occident pour opérer leurs échanges. Thessalonique est l'accès de la Macédoine. Corinthe commande l'Achaïe.

Saint Pierre ne demeurait pas inactif, mais ses pérégrinations sont mal connues. Nous le voyons, d'après les destinataires de son épître, s'intéresser à de jeunes Églises fondées dans le Pont, la Galatie, la Cappadoce, l'Asie et la Bithynie. À l'époque où il leur écrit, c'est-à-dire après l'an 64, il est manifeste que ce ne sont déjà plus des communautés embryonnaires, mais des Églises dignes de ce nom et comportant ce qu'il suppose, un clergé constitué, actif, prêt à souffrir persécution. Si Pierre s'intéresse plus particulièrement à ces Églises, c'est peut-être qu'il les a fondées, ou du moins visitées. À ce moment, le vieil apôtre habite Rome, où Paul est venu le rejoindre. Ils y ont trouvé, non seulement là, mais le long du chemin, notamment à Pouzzoles (peut-être à Pompéi), l'indice de communautés déjà assez prospères, et ailleurs des députations viennent attendre le voyageur aux lieux dits Forum d'Appien et les Trois Tavernes ; évidemment ces localités possédaient quelque pied-à-terre pour les fidèles. À peine délivré de l'entrave qui le retient à Rome, Paul reprend ses missions, se montre en Espagne, revient en Crète, en Asie Mineure, en Macédoine, dans le Péloponnèse, dans l'Épire et finalement regagne Rome, où il doit mourir. Pendant ces années d'activité, Paul a des imitateurs, sinon des émules. Tite, Timothée, Onésime, Barnabé, Crescent se partagent les provinces et entament la conduite des établissements conduits de proche en proche.

Les textes relatifs à l'expansion du christianisme à l'époque apostolique sont peu nombreux et exprimés sous une forme qu'on souhaiterait moins oratoire :

I Thessal., i, 8 : ἐν τ οκουμέν πάντ λόγος τοῦ κυρίου.

I Thessal., i, 8 : χάρις τοῦ κυρίου μῶν ησοῦ Χριστοῦ.

Coloss., I, 6 : Τὸ εὐαγγέλιον τοῦ Χριστοῦ τὸν κόσμον λον.

Coloss., I, 23 : τὸ εὐαγγέλιον τὸν κόσμον λον.

I Tim., m, 16 : [Χριστός] ἐφανερώθη ἐν σαρκί.

Marc, xiv, 9 ; Matth., xxiv, 14 : καὶ τοῦτο τὸ εὐαγγέλιον τὸν κόσμον λον.

Marc, x, 18 : ες τὰ θνη.

Act., xvii, 6 : ο ἀπὸ τῶν ἀπóstολων.

Jésus avait annoncé en même temps que prescrit que l'Évangile fût prêché à toutes les nations ; il avait été obéi ; et saint Marc constate que les disciples partirent et prêchèrent partout. De son côté, saint Paul écrit aux Romains que leur foi est annoncée dans le monde entier, affirmation dont les Juifs de Thessalonique nous fournissent la contre-partie, lorsqu'ils se plaignent de trouver dans leur ville ces missionnaires qui ont bouleversé l'univers. Enfin, à une date un peu postérieure, saint Jean parle, dans son Apocalypse, d'une multitude innombrable venue de toutes les races, tribus, peuples et langues. Avant la fin du ier siècle, le pape Clément dit que Paul a enseigné la justice dans tout l'univers et, au seuil du IIIe, Ignace d'Antioche mentionne les évêques établis jusqu'aux extrémités du monde. D'autres textes confirment ceux qui viennent d'être rappelés.

Tacite, Annal., XV, 44 : multitudo ingens.

Clément, op. cit., i : τοῦτο τὸ εὐαγγέλιον τὸν κόσμον.

Pline le Jeune, Epist., xcvi :... visa est enim mihi res digna consultatione, maxime propter periclitantium numerum. Multi enim omnis ætatis, omnis ordinis, utriusque sexus etiam, vocantur in periculum et vocabuntur. Neque quæ civitates tantum sed vicos etiam alios agros superstitionis istius contagio perregerat : quæ videtur sisti et corrigi posse. Certe salis constat prope jam desolata templa cœpisse celebrari et sacra solemnia diu intermissa repeti pastumque ventre victimarum, cujus adhuc, rarissimus emptor inveniebatur : ex quo facile est opinari, quæ turba hominum emendari possit, si sit patientia locis. Ainsi donc voici les ravages qu'une première rafale d'esprit monothéiste a causés dans le polythéisme d'une province où nous ne savions pas que son succès eût été particulièrement remarquable. La Bithynie avait des Églises, et si prospères, que le paganisme avait aussitôt périclité. Des chrétiens sont dénoncés partout, dans les villes, dans les bourgs, dans les campagnes, ils appartiennent à tous les rangs, à toutes les conditions ; ni le sexe, ni l'âge n'en ont tenu personne à l'écart. D'après cela on peut penser que Hermas n'a rien exagéré en écrivant que la foi chrétienne, vers le milieu du IIe, ressemble à un grand arbre dont l'ombre abrite les monts et les plaines ; la terre tout entière est soumise à la loi divine et les peuples assis à l'ombre de cet arbre immense, ce sont les nations qui ont entendu la parole de vie. Plus loin il représente les douze peuples du monde sous l'apparence de douze montagnes auxquelles les apôtres ont fait connaître le Fils de Dieu :

Hermas, Similitudine ix, n. 3 : τὸ Σῆμα τὸ μέγα τὸ τοῦ Θεοῦ τὸ χον τὴν σκιὰν τὴν μέγαν.

Simil., ix, 17 : Τὰ φύλα τὰ δώδεκα τὰ τοῦ κόσμου τὰ πὸ τῶν ἀποστόλων.

Il n'est pas contestable que, pendant une période de soixante années environ, le christianisme ait pris une expansion merveilleuse. Nous n'osons pas dire miraculeuse, parce que le miracle suppose l'intervention de signes exceptionnels visibles et que partout nous pouvons constater que c'est à force d'activité, de courage, de vaillance, que les prédicateurs de l'Évangile réussissent à implanter la foi nouvelle. La grâce divine les accompagne, mais les miracles des missionnaires pour entraîner la conviction des foules suspendues à leur parole ne nous sont pas généralement connus. Faudra-t-il soutenir que leur succès dépasse celui que, humainement, la prédication peut obtenir ? Rappelons-nous les prédications d'un Pierre l'Ermite ou d'un saint Bernard, celles d'un Vincent Ferrier ou d'un François-Xavier et laissons avec respect au secret de Dieu le mystère des moyens et du succès de la première évangélisation.

L'expansion chrétienne n'allait pas sans soulever la contradiction chez les païens et chez les Juifs. Saint Justin, dans le Dialogue avec le juif Tryphon, parle à trois reprises des hommes choisis envoyés de Jérusalem par toute la terre habitée pour annoncer qu'une hérésie athée et contre la Loi avait été répandue par un certain Jésus de Galilée, imposteur : crucifié, ses disciples avaient volé son corps dans le tombeau, la nuit, et égaraient maintenant les hommes en racontant que le supplicié était ressuscité d'entre les morts et monté au ciel '. Par ses origines, Justin était en mesure d'être bien informé et ce qu'il nous apprend a la valeur d'un fait. D'ailleurs Eusèbe de Césarée, qui savait choisir et critiquer les sources dont il faisait usage, atteste avoir trouvé « dans les écrits des anciens » qu'à l'origine du christianisme « les prêtres et les anciens du peuple des Juifs, qui résidaient à Jérusalem, ayant libellé des lettres, les envoyèrent partout aux Juifs, pour dénigrer l'enseignement du Christ comme une hérésie nouvelle et ennemie de Dieu. Leurs envoyés donc, portant les lettres de papyrus, couraient la terre, dénigrant ce qui était dit de notre Sauveur ». Voici deux attestations entièrement indépendantes l'une de l'autre et présentées par des hommes éclairés, dont il faut tenir grand compte. Il y avait donc à Jérusalem une sorte de comité de contre-prédication dont l'activité et l'hostilité étaient si réelles que nous voyons saint Paul tâcher de se mettre à l'abri du discrédit que ce comité prodigue aux prédicateurs de l'Évangile. Dès son arrivée à Rome, l'apôtre mandait auprès de lui les principaux de la communauté juive et, prenant les devants, justifiait sa conduite. Comme toujours, son activité devançait celle de ses adversaires et on lui répondait : « Nous n'avons reçu de Judée aucune lettre à ton sujet, et aucun des frères qui en sont revenus n'a rien rapporté ou dit de défavorable à ton égard : mais nous voudrions entendre de ta bouche ce que tu penses, car pour ce qui est de cette secte, nous savons qu'elle rencontre partout de l'opposition ». Cette opposition, soutenue ou provoquée par des correspondances, inspirée par l'orthodoxie ombrageuse (les synagogues de la dispersion), ne parvient qu'à poser des entraves locales, vite renversées. La contradiction soulevée de ce côté est moins inquiétante que celle dont les Églises naissantes donnent le regrettable spectacle. Dès l'origine, on voit germer et croître à l'ombre du christianisme un esprit de dénigrement et de délation, d'étroitesse et de mesquinerie qui est l'exercice favori et comme la mission de ceux dont la basse médiocrité s'exerce à empêcher les talents supérieurs. Le chef et l'inspirateur de la prédication chrétienne, son symbole pour ainsi dire, l'apôtre Paul, parce qu'il ne reprend pas à son compte les idées des judaïsants, lesquelles ne tendent cependant à rien moins qu'à compromettre les résultats de la rédemption, parce qu'il ne se soumet pas à Pierre et lui résiste, resisti in faciem Petri, l'apôtre Paul devient, malgré ses services — à cause de ces services — la victime d'une hostilité tenace et tortueuse qui trouve pour le combattre ces accusations vagues, ces inquiétudes affectées, ces alarmes prétendues qui ne sont que l'ordinaire appareil de l'envie revêtue des insignes de la charité.

L'expansion chrétienne, sans en être réellement entravée, en a souffert dans son essor. Des émissaires surgissent un peu partout, à Antioche, à Corinthe, en Galatie, qui dénigrent avec obstination l'œuvre entreprise et déjà en partie accomplie. Peu leur importe qu'on fasse le bien et qu'on dise la vérité, si on dérange leurs méthodes et qu'on mette en péril leurs prébendes ; ils ont la même horreur pour la vérité que pour l'homme qui l'enseigne et éprouvent la même tendresse pour la légende que pour les bénéfices qu'ils en tirent. Ces gens-là sont des faux apôtres, s'écrie saint Paul, des ouvriers astucieux, qui se déguisent en apôtres du Christ. N'en soyez pas surpris, car Satan lui-même se déguise en ange de lumière : il n'est donc pas surprenant que ses ministres se déguisent en ministres de justice. En se défendant, c'est son œuvre et son rang qu'il défend avec âpreté, mais c'est plus encore sa mission d'apôtre de la gentilité. Après quatorze années passées à prêcher l'Évangile parmi les païens, en Syrie, en Cilicie, se sentant toujours talonné par l'étroitesse d'esprit de certains, il se décide à livrer bataille et part pour Jérusalem. Là, il exposera son Évangile, il fera le bilan de sa prédication et il va droit « aux notables » : Pierre, Jacques et Jean. « Mais les notables, reprend-il avec fierté, ne m'imposèrent rien : au contraire, voyant que l'Évangile m'avait été confié pour les incirconcis, comme à Pierre pour les circoncis, et ayant reconnu la grâce qui m'avait été accordée, Jacques, Céphas et Jean, qui sont considérés comme des colonnes, me donnèrent à moi et à Barnabé les mains en signe d'accord, afin que nous allassions, nous aux païens, eux aux circoncis ».

« En Méonie, autre plateau rude et sauvage, et dans plusieurs parties de la Phrygie, on a retrouvé de singuliers petits monuments, les exempla ou cxemplaria. Dans ces courtes inscriptions, un individu raconte une faute qu'il a commise ; il s'est approché du hiéron ou s'est engagé au service de la divinité, souillé de quelque impureté physique ou morale, qui le rendait indigne d'y paraître. Le dieu l'a châtié en lui envoyant quelque maladie, comme la fièvre, ou en l'atteignant dans sa propriété ou ses enfants. Il a confessé sa faute (ξομολογησόμενος), apaisé le dieu par un sacrifice et une expiation, et finalement il raconte son aventure à tout venant au moyen d'une inscription posée sur la voie publique, pour achever de s'amender lui-même et avertir les autres. Citons un exemple caractéristique : « Moi, Aur. Stratonicos, après avoir, par étourderie, coupé dans le bois sacré des arbres de Zeus Sabazios et d'Artémis Anaïtis, j'ai été puni, et, après avoir prié, j'ai placé là ce témoignage de reconnaissance. » Ce sont des expiations que ces petites inscriptions nous révèlent ; or les Grecs, dans le domaine religieux, ignoraient l'expiation, ils ne connaissaient que la purification matérielle physique ; elle était même requise dans peu de cas ; la divinité ne punissait pas, à proprement parler, elle se vengeait ; il n'était recommandé que de se dérober à sa colère le plus possible. Et cette vengeance du dieu outragé n'entraînait aucune leçon pour le coupable ; nulle place au remords. Il en est ici autrement : une fois châtié, le coupable fait une prière ; les Grecs, d'ordinaire, ne priaient qu'en vue d'une faveur à obtenir ou en remerciement d'une faveur, et toujours leurs rapports avec le dieu avaient la forme d'un contrat : donnant, donnant. L'auteur de l'inscription, lui, après avoir subi sa peine, élève en l'honneur de la divinité un εὐχαριστῆριον, un témoignage de reconnaissance. Ailleurs, il est dit aux dieux justiciers : « Et j'ai inscrit sur une colonne un témoignage de votre puissance. » Le suppliant, ici, s'élève à la notion du péché (le mot μαρτία a déjà ce sens) ; il a le sentiment de la justice du châtiment infligé, il en remercie la divinité, il y voit une leçon pour la suite, et il fait l'aveu public, et permanent, et signé de son nom, de la faute commise, atteignant ainsi à l'humilité que nous ne sommes pas habitués à rencontrer.

D'utiles agents pour l'introduction de la foi nouvelle furent les Juifs, très nombreux dans toutes les villes de la province, libres et opulents. Sans doute on les estimait peu, ils devaient vivre à l'écart : mais, quand il s'en trouva parmi eux qui se firent chrétiens, la méfiance à l'égard de ceux-là au moins disparut, et les convertis étaient nombreux : le passage d'un monothéisme à un autre était plus facile que l'abandon du polythéisme, presque du panthéisme.

« Le progrès rapide des idées nouvelles en Asie s'explique encore par un fait qui n'était pas sans importance. Le régime municipal, favorisé par les Romains, et transformé par eux, avait relevé la situation des femmes, les avait fait sortir de l'existence humble et recluse que ce sexe avait vécue antérieurement. Libre de sortir de sa demeure, comme l'homme, et même de se mêler à la vie publique, la femme, plus aisément, put se joindre aux rassemblements sur les places, et entendre les prédications en plein vent ou dans quelque édifice, auxquels se livraient les premiers apôtres. Impressionnée directement par leur parole, elle sut en prolonger l'effet dans le petit cercle intime de la famille, et ainsi le christianisme, rarement accueilli par la simple raison, se propagea par le sentiment et vit son empire s'accroître. Mais les femmes ne se bornèrent même pas à cette influence discrète et réduite, il en est qui ambitionnèrent même la mission que les hommes, désirant proclamer au loin la vraie doctrine. Les Actes de Thècle, qui opérèrent tout près de la proconsulaire, en Pisidie, nous fournissent précisément ce type de la femme chrétienne prêchant et baptisant. » Le développement du christianisme en Asie nous est attesté par les Actes des apôtres et leurs épîtres. Les facilités et les obstacles que nous avons fait connaître n'avaient pu que stimuler un caractère semblable à celui de l'apôtre Paul et tout concourt à prouver que sa parole avait obtenu un immense retentissement. L'écho s'en était étendu suivant la grande voie qui longeait le Méandre et servait de route de pénétration aux idées comme au commerce. Cette vallée et celle du Lycus s'ouvrirent largement à son influence transmise par ses collaborateurs. La doctrine nouvelle pénétra bientôt dans la région du Glaucus ; elle atteignit jusqu'à Acmonia et la Pentapole phrygienne ; seules, les contrées montagneuses intermédiaires restaient en dehors de son action ; on n'y a rencontré que des inscriptions chrétiennes de basse époque. Mais il n'y eut pas que l'arrière-pays qui fut gagné ; la partie occidentale de la péninsule se couvrit aussi d'Églises dont Paul était plus ou moins directement le fondateur. La plupart des grandes villes possédaient leur communauté particulière : Sardes, Smyrne, Pergame, Philadelphie, Thyatire. Tralles peut-être aussi. Les émissaires de Paul voyageaient sans cesse, venaient lui rendre compte et prendre ses ordres. Mais ces disciples ne le satisfaisaient pas complètement et, craignant que sa pensée ne fût mal rendue, ses ordres mal interprétés, il adopta le système des correspondances, en recommandant aux diverses Églises d'Asie de communiquer entre elles par écrit à intervalles réguliers. À un siècle de là, on voit cette méthode encore en vigueur et c'est une lettre de l'Église de Smyrne à celle de Philomélium qui nous a conservé l'inestimable récit du martyre de saint Polycarpe. Il est à peine nécessaire de rappeler que dans l'intervalle prend place le joug célèbre qu'est la correspondance de saint Ignace d'Antioche, prisonnier, avec les Églises peu éloignées de son itinéraire, mais qu'il ne pouvait visiter. Cette correspondance nous a valu de précieux renseignements auxquels rien ne pourrait suppléer ; elle aura servi, en son temps, à tenir en haleine et à réchauffer le zèle des communautés.

« À Éphèse, en raison du milieu où il avait rempli sa mission, saint Paul avait acquis une réputation toute spéciale : on le regardait comme un thaumaturge, on lui attribuait des prodiges ; on se disputait comme un talisman le moindre des objets lui ayant appartenu. Des exorcistes juifs cherchaient à usurper ses charmes, à pénétrer ses secrets. C'est dans cette ville, où il avait le plus séjourné, que l'apôtre éprouva le plus de difficultés. Il ne s'y était pas trouvé seul : c'était le centre principal de réunion des Juifs ; mais beaucoup avaient été convertis, soit par la prédication de Paul, soit en d'autres temps. Une fois entrés dans le culte nouveau, ils prétendaient le diriger en maîtres ; ils le pouvaient d'autant mieux que leur abjuration, loin de les séparer du reste de la population, les en rapprochait plutôt, atténuait la réserve instinctive qu'on observait à leur égard. Un rameau secondaire vint se greffer sur le tronc du christianisme et en devint bientôt le vigoureux prolongement ; à l'instigation de ces nouveaux apôtres, le souvenir de Paul pendant longtemps se perdit, et cependant ils se séparaient de lui bien moins par la doctrine que par l'esprit et les tendances politiques. Saint Paul était un citoyen romain inflexible, prêchant l'acceptation de l'autorité romaine, l'obéissance au pouvoir civil. En principe, il professait l'universalité de l'Église ; pratiquement, il voulait l'étendre jusqu'où s'étendait l'empire : le christianisme, dans sa pensée, devait être, semble-t-il, la religion du monde romain.

« Cette puissance des judéo-chrétiens ne domina pas absolument dans toute la province, il est une région qui garda une grande originalité religieuse : c'est la Phrygie ; l'influence juive ne pénétra pas son christianisme profondément. D'autre part, la population, très avide d'entendre la parole des apôtres, n'en fut que très peu visitée ; il advint que des gens de ce pays, chrétiens d'aspirations, accoutumés à d'anciens rites d'un symbolisme moins brutal que les rites païens ordinaires, mais mal guidés, irrégulièrement suivis dans leurs croyances, se firent un christianisme à leur manière, associant le dogme chrétien à de vieilles pratiques, comme ils avaient vu le culte des empereurs s'unir à celui des divinités locales ».

Ainsi, à l'heure où disparaissaient les apôtres les uns après les autres, ils pouvaient se rendre témoignage qu'ils avaient satisfait à l'ordre donné par Jésus, et si les faits que nous groupons non sans peine nous amènent à cette constatation, il ne paraît pas douteux que, mieux informés que nous le sommes, grâce aux voyageurs, aux courriers, aux correspondants, mis au courant de la zone parcourue et de l'activité déployée par André et par Thomas ou par Philippe et par Jude — dont nous ne savons autant dire rien — consolés, satisfaits, encouragés par ces résultats, Pierre et Paul, entre les mains desquels se concentraient les renseignements les plus précis et les plus complets, pouvaient désigner aux hommes jeunes et entreprenants les voies nouvelles où ils devaient s'engager.

Peut-être n'ont-ils pas résisté à un mouvement de surprise et de reconnaissance. Surprise de l'adaptation merveilleuse du christianisme à des peuples et même à des races attachés jusque-là à des religions nationales ; reconnaissance de l'intuition providentielle qui avait révélé à Paul les destinées triomphantes du christianisme par le véhicule de l'hellénisme.

Après le terrible ébranlement imprimé à l'édifice par la persécution de Néron, il devenait évident que la cause était gagnée et les promesses de Jésus n'étaient pas douteuses. Un ferment incompressible soulevait la pâte ; l'Évangile, qui comblait l'individu et l'enivrait de courage et d'espoir, n'était pas seulement un secours individuel, il était plus encore un code social.

Tous ses administrés étaient des frères embrigadés en vue de l'effort immense à accomplir pour procurer la transformation de l'humanité. Avec autant de sagesse que d'habileté, le christianisme s'imposait aux uns, tandis qu'il s'offrait aux autres. Libre à chacun de le repousser, mais, une fois accueilli, il faut l'admettre sans restrictions.

Celse s'en étonnera comme d'une contrainte, pis que cela, comme d'une tyrannie ; mais cette intrépidité dans l'affirmation sera une des causes de l'expansion grandissante de la religion nouvelle. Ces affirmations qui ne tolèrent pas la discussion constituent une sécurité inestimable pour tous ceux dont la foi éprouve le besoin de se sentir gardée contre l'incertitude, le doute, l'inconsistance de l'esprit humain.

Pour eux, le dogmatisme intransigeant apparaît comme un bienfait inappréciable qui les attache à la vérité et ainsi ils se sentent, selon une comparaison d'alors, portés dans la barque de Pierre.

Avec la soumission les apôtres exigent l'intelligence. Ce n'est pas — sauf de la part des ignorants — un assentiment aveugle qu'ils exigent, c'est une soumission raisonnée. Le christianisme qu'ils prêchent n'est pas une philosophie, mais il est une lumière qui doit éclairer autant que consoler.

Il entr'ouvre sur le monde divin et la vie future des perspectives en comparaison desquelles les religions païennes les plus avancées ne pouvaient se soutenir. La contrefaçon des sacrements et des mystères par quelques sectes nous montre l'impuissance de celles-ci à s'élever au-dessus des rites matériels et nous révèle une des causes profondes de l'attrait de la religion qui ne se bornait pas à distraire la vue et l'imagination, mais qui éclairait l'intelligence tout en intéressant le cœur.


II. Le IIe. — À partir du IIe, Rome devint le centre de l'évangélisation de l'Occident. Dès le début de Ce, les témoignages deviennent plus abondants et plus précis.

Saint Justin proclame avec emphase les progrès de l'apostolat parmi toutes les nations, καὶ τὰ θνη, et il ajoute :

Dialog., ccxvn : οὐδὲ στι γένος ἀνθρώπων, οὐχὶ ἐπικαλείται τὸ νομα τοῦ ησοῦ Χριστοῦ.

De Corona, c. xn : El apud barbaros Chrislus.

Ad Scapulam, c. ii : Tanla liominum muUiludo, pars pœne major civilalis cujus que, in silenlio el modeslia agimus.

Ibid., c. V : Hoc si placueril el hic fieri (les persécutions sanglantes), quid jacics de lanlis milibus liominum, loi viris ac /eminis, omnis sexus, omnis selalis, ofjerenlibus se libi ? Quantis ignibus, quanlis gladiis opus eril ? Quid ipsa Carthago passura esl, decimanda a le, cum propinquos, cum conluberna les suas illic unusquis que cognoveril, cum videril iltic fartasse el lui ordinis viros el matronas el principa les quas que personas el amicorum tuorum vcl propinquos vel amicos ? Parce ergo libi, si nonnubis ; parce Carlliagini, si non libi ; parce provincix, quse visa intenlione lua obnoxia jacla est concussionibus el militum el inimicorum suorum cujusquc.

Adv. Marcionem, 1. III, c. xx : Aspicc universas nationes de voragine erroris humani eiinde émergentes adOeum crealorem,ad Deum Christum... Chrislus lolum jam orbem evangelii sui fide cepil.

De juga in perseculione, c. xu : Numquam usqae adhuc ex christianis laie aliquid prospectum esl sub aliqua rcdemptione capilis el seclse redigendis, cum tanlœ multiludinis nemini ignolœ fruclus ingens mcli possel.

Adv. Judœos, c. vu : In qucm alium universœ génies erediderunl nisi in Christum qui jam venit ?...el celerse génies, ul jam Geluloram varictates, cl Maururum multi fines, Hispaniarum omnes lermini, cl Galliarum diversœ. nationes, et Brilannorum inaccessa Romanis loca, Christn vero subdita, el Sarmatarum, et ûacnrum, et Germanorum, el Scijlharum, el abdilarum mullaram gentium el provinciarum el insularum multarum nabis ignotarum et quœ enumerare minus possumus.

De anima, c. xv : [Chrisliani] omnibus plures.

Ibid., c. XLix : Nulla jam gens Dei exlranea est, in omnem lerram et in lerminos orbis evangelio corus- ■canle.

Il y a dans tout ceci pas mal de rhétori que, mais il n'en faut pa. moins prendre ces textes avec leur portée histori que.Onatant répété un impulsif, un apologiste, un emballé, qu'il reste à ajouter que Tertullien est aussi un jurisconsulte et un contemporain. Qu'il se laisse emporter par l'imaginât ion, on croit l'apercevoir, mais que cet impulsif, dont les écrits s'échelonnent sur plusieurs années, ne se contredise ja mais, ne se laisse ja mais impressionner par quel que récit défavorable tel qu'il en court en tous temps et en tous pays, qu'il ne juge ja mais la religion chrétienne en déchet mais toujours en progrès, c'est un fait considérable et qui sert, en quel que manière, de confirmation à tous ceux — vrais ou controuvés — qu'il adopte pour justifier son optimisme. D'un texte au texte voisin il y a une variation, mais seulement de degré. Nous ne sommes que d'hier et nous remplissons tout votre empire, les vil les, les î les, les pla ces fortes, les municipes, les assemblées, les camps, les décuries, le palais, le sénat, le forum. Voilà qui est décisif ; cependant bientôt il n'est plus question d'autre chose -que d'avoir dans les \al les pres que la majorité, tandis que dans un autre texte les chrétiens sont plus nombreux que tous les autres. Évidemment, tout ceci se soutient mal, mais, évidemment aussi, celui qui s'exprime de celle laçon parle au nom d'une multitude considérable. Il ne faut pas attendre de Tertullien cette précision de langage qui est la dernière qualité que les apologistes se mettent en peine d'acquérir.

Tandis qu'il s'adresse au proconsul Scapula et au cours d'une même période, il parle des fidè les comme étant « pres que la majorité, s par conséquent au moins la moitié de la population, et représente leurmort comme la décimation de la population, dont ils se trouvent ainsi ne plus former que la dixième partie. Il est clair que ce sont-là des façons de dire ; on pourrait préférer des façons plus précises, mais force nous est de faire usage des textes que nous possédons.

S'agit-il de confondre les Juifs, »Tertullien avance que le monde entier est converti au Christ ; voilà de l'hyperbole et les Africains ne la redoutaient pas ; mais elle n'était pas très éloignée de la vérité, puis que nous entendons le païen Cccilius avouer ceci :

Minucius Félix, Oclavius, c. ix : Ac jam, ul jecundius nrquiora proveniunt, serpenlibus in dies perdilis moribus per universum orbem sacraria isla tœlerrima impix collionis adolescunt.

Ibid., c. xxxi : Et quad in dies noslri numéros augetur, non est crimen erroris sed teslimonium taudis.

Ibid., c. xxxm : Nec nobis de noslra frcquentia blandiamar : multi nobis videmur, sed deo admodum pauci sunius.

Origène nous donne, lui aussi, une série de textes d'une importance fort grande, parce qu'ils viennent d'un homme admirablement informé grâce à son séjour dans Alexandrie et aux relations qu'il entretenait avec des correspondants dispersés partout.

Origène, Péri Archon, 1. IV, c. i, n. 1 : nâaa 'EXXàç Koà pàpPapoç y| y.axà tïjv oîxou|iév »)v TjJXcôv 'éyzi (X'jpîouç, toùç Ttarptiouç vô[-touç y.rxi ôeoùç, Tr,i ; TY)pf|aE63ç tûv Mucrétoç vô[ji(ov y.aX tïjç (xa6'r,T£ta( ; tûv XPTOTOÛ Xô-'cov y.ai eâv ÈTnaT-^Ofonev, r.Ciç Iv açôSpa ôÀLyoïç £T£CTi. TÔJV Tov Xpia-taviaiiôv è7 :ij3ouX c'jofxévtov, xaî tivgjv Sià toùto àvatpoujjiévcov, ÉTlpcjv Se ràç xt/joek ;, ô X^yoç. xatloiyz oùSè Tcôv 7ravTa/6(j£ /■fiP07_6yivai t^ç oîxou(j.évT)ç, coote « EW.Tjvaç xai ^appâpouç. aoçoûç te xal !. T-fj Sià 'l-qaoù Qzoaz^zia. — |j.£îî^ov ' !) xaTO &v6p(0TT0v t6 Tipây- [J.a Elvai Xeyeiv où Stcrrâi^ojXEv. » La Grèce et les terres barbares présentent des milliers de zélotes qui ont renoncé à leurs lois antiques et à leurs dieux authentiques, pour observer les lois de Moïse et les préceptes de Jésus-Christ. Si nous considérons les progrès immenses de l'Évangile en quelques années, malgré les persécutions et les supph ces et même la mort et la confiscation, nonobstant le petit nombre de prédicateurs, la parole s'est fait entendre partout, en sorte que Grecs et barbares, sages et insensés' ont adhéré à l'enseignement du Maître, en sorte que nous ne pouvons hésiter à y voir un résultat obtenu par une puissance plus qu'humaine. • Homil-, IX, in Josua, n. 10 : Convenerunl reges lerrœ, senatus populus que el principes Romani, ul expugnarenl nomen Jesu el Israël simul. Decreverunt enim legibus suis, ut non sint cliristiani. Omnis civitas, omnis ordo chrislianoram nomen impugnal. Sed... principes vel poteslates istœ contraria : ul non chrislianoram genus ialius ac projusius propagclur oblinere non valebunt. Confldimus aulcm, quia non solum non nos poluerunl oblinere visibiks inimici et adversarii noslri, verum eliam velociler Jesu domino noslro vincente conteretur satanas sub pedibus servorum cjus. Illo elenim duce semper Vincent milites sui, etc..

Homil., XV, in Josua :\'osler dominus Jésus ipse cepit omnem lerram, in eo quod ex omni terra al que ex omnibus ad cum concurril credcnlium mullitudo.

Homil., I, in Psatm. ssxvf : Nos sumus,'non jc/is », qui pauci ex isla civilatc credimus cl alii ex alia, et niisquam gens intégra ab inilio crcdutilalis videlur a^sumpla. Non enim Judœorum gens eral vcl JEgyptiorum gens, ita eliam christianorum gcnus gens est una vel intégra, sed sparsim ex singulis gentibus congrcgantur.

Select, in Ps. XLVI : izàXra. \Lhi xûpioç r^v oùx è-l irâcjav tJjv y^v xal ûiI^kttoç ôXîyo'.ç zai ço[3spôç £ÙXapéaiv EÙapi.6[i.r ;T0t( ; xal PaoïXsùç où tcoXXoïç xal (iÉYaç OTravloiç vuvl Se ttoXXcô TaÛTa 7tà> ;Ta èariv.

Commentar. in Matth., séries 39, /n Mallh., xxiv, 9 : t E< prœdicabilar hoc evangeliam regni in universo orbe, in testimoninm omnibus gentibus, et t une veniet finis » ; si discutere quis velit, quod ail « omnibus gentibus », salis inveniel certum. quoniam omnibus eliam in uUimis parlibus lerrse commorantibus gentibus odio habetur populus Christi, nisi forte et hic aliquis dical propter exaggerationem posilum lomnibus ^ pro t nnillis » et in hoc statu conslilulis rébus evangeliam qu(i<t prius non fuerat prœdicalum in loto mundo — malii enimnon solum barbararam sed eliam nostrarum gcntium us que h une non audierunt chrislianislalis verbum — t une aulem prœdicabilur, ut omnis gens evangelicam audiat prœdicationem, et nemo derelinquatur qui non audivil, et t une eril sseculi finis... nondum enim mulli prodilores de ecclesia facli sunl, et nondum multi falsi prophète exslilerunl mullos fallentes : sic et nondum odio habiti sunl ab omnibus gentibus eliam in ultimis parlibus terrx habitanlibus, propter nomcn Christi : sic et nondum est prœdicalum evangelium regni in loto orbe. Non enim ferlur prœdicalum esse evangelium apudomnes Elhiopas, maxime apud eos, qui sunl ultra flumcn ; sed nec apud Seras nec apud Ariacin audierunt chrislianilatis sermoncm. Quid aulem dicamus de Brilannis aul Germants, qui sunl circa Oceanum, vel apud barbaros, Dacos et Sarmalas et Scythas, quorum plurimi nondum audierunt evangelii verbum, audiluri sunl aulem in ipsa sœculi consummalione. Adspice enim quod ail : » el prœdicabilur hoc evangelium regni in loto orbe, in teslimonium omnibus gentibus, et l une eril finis. » Si aulem vull quis lemere dicere, prtedicalum jam esse evangelium regni in loto orbe in teslimonium omnibus gentibus, consequenter dicere poteril et quod ail « l une eril finis, ■> jam finem venisse : quod dicere temerilatis est magnœ.

Homil. in Luc, xn : Ita fiebat, ul de omnibus gentibus nonnulli proselyti fièrent, el hoc ipsum angilis. gui génies habebanl subditas, odnitenlibus. Nunc aulem populi credenlium accedunt ad fldem Jesu, et angcti, quibus credilœ fuerinl ecclesiœ, roborati prœseiitia Salvaloris mullos adducunl proselylos, ut congregenlur in omni orbe convcnlicula christianorum.

Contr. Cels., 1. III, c. xv : ÈTtàv nâXiv ol TravTl TpÔTrto -ràv Xéyov Tr ;v atTÎav tyjç tr.ï toooGto vûv èv tûv voixtOMOiv Elvai. t\) Tôj (i-)] !. aÙTOùç ûtto TÔiv iy-oiuç -roîç TiâXai xpôvoiç. ■ Ceux ([ui calomnient de lou les laçons notre doclrine lui imputent l'état de trouil les actuels, par l'accroissemoiil du nombre des fidè les... » Sià TÔ Sojàptov -poîïoTaaôai Ttva ; t^ç xarà XpiaTtavoùç « Et maintenant peut-être, comme, parmi la loule de ceux qui suivent cette croyance, il se trouve des riches, des gens constitués en dignité, des femmes nob les et distinguées qui reçoivent leurs coreligionnaires, quelqu'un s'aventurera à dire que certains enseignent la doctrine du chrétien par amour de la gloriole. » Ibid., I. III, c. XXIX : ô Se T :É(jn{ ;aç tôv 'IyjooOv 6e6ç ÉxXûaaç TTœaav T-r,v xcôv Sai|jt.6vcov è :Tt[3ouXT,v èttoiyjce T^Ç OTXOU|J,£VT)Ç Û-Èp TTJÇ TÔiv CÙV xal Siop9côc£ù)< ; xpaT^csat. tô EÙa-i-vÉXiov 'iTjaoù xal YEvÉoôa'. -avra/oû ÈxxXTjoiaç [iéva ; ÈxxXyiaiaç xal àxoXàarcov xal àSiy.cïv. « Dieu, qui envoya Jésus, après avoir surmonté les embûches des démons, fit que partout l'évangile de Jésus procurât la conversion et la correction des hommes et partout les Églises l'emportassent sur les autres communautés injustes, intempérantes, superstitieuses. • Ibid., I. VIII, c. Lx\Tii : râaa [xÈv OprjcTXEia (i.6v7) 8È il Xpttrrtavûv î^tiç xal (xôvr) TïOTè toû Xôyou âsl TiXclovaç VE|j.O(iÉvou iJjux^'ÇS'' comme l'avance Celse, tous et moi-même faisaient de même, sans doute les barbares se soumettant à Dieu deviendraient justes et doux, tout culte impie serait détruit, seule subsisterait la religion chrétienne, ce qui arrivera sans doute un jour, après de nouve aux progrès.

Ibid., 1. VIII, c. Lxix : çajièv 5ti, EÏîiEp, « av S'Jo crufxcpfovcoatv èÇ y)(xciv èttI t9)ç yr^q Ttspl TravTÔç irpaY* [laToç ou àv alTYjocdvrai Y-vr,a£Tai aÙTOÏç Tcapà toû èv Toïç oùpavotç TraTpôç » tî XP'I vo|x£Çciv, eI |x/] [iôvov cbç vûv Tiâvu ôXÎYOt cu[X9covoΣv àXXà Trâaa Y) ttô 'Po)(jtalo)V àpx^. « Si, en effet, Jésus a dit : Là où deux ou trois sont réunis en mon nom, ils obtiennent tout de mon Père, que dire si nous n'étions pas seulement un petit nombre comme maintenant à nous entendre (dans la même foi], mais si c'était tout l'empire romain. • On ne peut mettre en doute que la situation décrite par ces textes soit des plus avantageuses. Ce n'est pas un traité composé à loisir en vue d'exalter les progrès du christianisme et en vue duquel l'auteur aurait groupé jusqu'aux plus faibles indices favorables à sa thèse, ce sont des remarques éparses dans un grand nombre d'écrits, et Origène ne s'y applique nullement à solliciter la vérité, il se borne à mentionner des faits connus de ses auditeurs ou de ses lecteurs. Il faudra attendre la paix de l'Église et les écrits d'Eusèbe pour retrouver un faisceau analogue d'informations. De saint Cyprien de Carthage nous avons ce témoignage :

Ad Demelrian., c. xvii : Inde est quod nemo nostrum quando adprelicndilur reluclalur nec se adversus injustam violentiam veslram quamvis nimius cl copiosus noster populus ulciscitnr.

Le païen Porphyre, qu'on identifie généralement avec l'interlocuteur dont Macarius de Magnésie rapporte les objections, se plaint de rencontrer des chrétiens partout :

Macarius, iv, 3 : iSoû Ttâoa TÎji ; olxounêviQÇ ^û[ji^ TOÛ EÙAYY^Xlou tT|V TtEÏpav t/ti xal Tép^ovEÇ ôXoi xal x6ct[xou TépaTa tû eùaYYÉXiov 6Xov xaTÉ/oiai.

Le martyr Lucien invoque en faveur de sa croyance le témoignage de villes entières et presque de la majorité du monde :

Hufin, Hist. ceci., 1. IX, c. M : Quœ aulem dieu non sunl in obscuro gcsla loco nec leslibus indigent. Pars pœnc mundi jam major huic verilati adslipulatur, urbes intcgriv, aul si in his aliquid suspcclum videtur, conleslatur de his eliam agreslis manus, ignora figmenti.

Nous connaissons encore cet aveu d'un farouche ennemi des chrétiens, Maximin Daia, qui rappelle que ses illustres prédécesseurs, Dioclétien et Maximien Hercule, se décidèrent à sévir » lorsqu'ils virent presque tous les hommes abandonner le culte des dieux pour s'affilier au peuple chrétien. > Eusébe, Hi^t. ccrl., I. IX, c. ix : Tjvîxa ouveîSov ayz- •5èv àvOpci— ouç y.o(.~(x)xioOei.a-/)t ; t-^ ; Ttôv Ôeôiv TÔj T6JV XpiCTTiaviôv ÉAUTOÛÇ OUFXJXELactance, Insiit., 1. lY, c. xxvi : Nulla gens lam inhumana est, nuUa regio tam remola, cui aul passio Chrisli aut sublimilas maieslalis ignota sil.

Lactance, De morle persecut., c u : El inde discipuli qui t une crant andccim... dispersi sunt per omnem icrram ad evangelium prœdicanduni... et per annos XX V us que ad principium Xeroniani imperii per omnes prvuincias ri civitatcs ccclcsix fundamenta miserunt... Xero cum animadverleret non modo Romee sed ubiqiie cotidie magnam multitudinem deficere a cuUu idolorum cl ad religionem nouam Iransire. — c. in (entre Trajan et Dèce) : Ul jam nullus esset lerrarum angulus tam remolus quo non religio Dei penetrasset, nulla deniquc natio tam feris moribus vivens, ul non sitspeclo Dei caltu ad jusiiliœ opéra mitescerel.

Arnobe, Ady. 5fe/i/.,l. I,c. XVI : Si Alamannos, Persas, Scylhas idcirco voluerunl devinci, quod habilarenl et degerent in corum gentibus Christiani : quem ad modum Romanis tribuere vicloriam, cum habilarenl et degerent in eorum quo que gentibus christiani ? Si in Asia, Syria idcirco mures et locuslas efferoescere prodigialiler voluerunl, quod rationc consimili habilarenl in eorum gentibus christiani : in Hispania, Gallia cur eodem Icmpore Ixurum nihil nalum est, cum innumeri viverenl in his quo que provinciis christiani ? Si apud Gœtulos cum Aquitanos Imjus rci causa siccilalem salis aridilatemquc miserunt, co aimo cur messes amplissinias Mauris nomadibus que Iribuerunl, cum religio similis his quo que in regionibus verterelur ? — 1. II, c. V : Jcmi per omnes terras in tam brcvi temporis si>alio immensi nominis hujus sacramenta diffusa.sunt. Xulla jam nalio est tam barbari moris et mansuetudinem nesciens, quœ non ejus amore versa mollireril asperitalem suam et in placidos sensus adsumpta tranquillitate migraverit.

Peut-être que le seul fait de voir Eusèbe écrire son Histoire ecclésiastique au moment où Constantin vient de donner la paix aux Églises est plus significatif que tous les extraits de cet ouvrage fameux. Comme Origène, Eusèbe était en possession des sources les plus copieuses et, plus qu'Origène, il avait ce goût et ce sens de l'information précise et minutieuse. Après avoir étudié son ouvrage avec la charitable intention de le trouver en faute le plus souvent possible, les critiques les plus hargneux ont dû convenir des qualités éminentes de l'historien, toujours soucieux de vérifier, de citer, de contrôler des sources que son initiative nous a conservées. Quelques faits douteux ou erronés, quelques opinions personnelles discutables, n'enlèvent rien à l'autorité de ce livre, qui est en quelque sorte l'ébauche d'une statistique des progrès du christianisme pendant les trois premiers siècles de son existence.

Eusèbe. Hisi. tcclés., 1. I, c. m, n. 19 : (jiôvov aÙTÔv £4 à7îàv- :o>v Tûv — iôtiote eiç êxt zal vOv irapà 7 :â<riv xa6' ôXou toû x6ct(jio'J XptdTOv l'Çsdôat te xal Trpôç £t :1 7f, npoorr,vopja Tiapâ te « i,'/j.r,ai xal pappàpoiç y.ai sic eti vùv Tiapà toïç àvà tyjv oIxi'jj/.6jt ;v aÙTOû OiaccÔTa'-ç TijxâoOai [ikv ç PaciXéa, 6a'JU,â^£aGai Se rzkp 7 :poç-/jTïjv y., t. X. « Lui seul, parmi tous les hommes qui jusqu'à ce jour ont habité la terre, a reçu le nom de Christ et il est proclamé tel par consentement et le témoignage universels, en sorte qu'il est célébré sous ce nom par les Grecs aussi bien que par les barbares et que tous ceux qui, instruits de sa doctrine, vivent en ce monde lui rendent l'honneur en tant que roi et lui adressent l'hommage en tant que prophète. » Ibid., 1. I, c. IV, n. 2 : tt, ? (J.èv y^P »^O« cû)Tf,po ; T,[j.âiv 'Ir,<îoO Xp'.CTOO Tïapouoioç vEoxrri Tiâotv àvôpw- -oiç èmXcty.'liàcrici, véov ôvoç, où (i'.x.pôv 0Ù8' 0Ù8' èirl ytovîaî tzou y^ç l8pu(JiÉvov, àXXà y.cd TrâvTcov Tcôv èÔvciv TE Zal 0EO<T£ !Ï£C>TATOV.... TO TlOCpà TOÏÇ TraCTl T'A TOÛ -poirr.vopîa TET>.[ji.Ti(j.Évov. « Quoi que la venue de notre Sauveur Jésus-Christ soit récente, le peuple chrétien, tous en conviennent, n'est plus maintenant ni chétif, ni faible, ni resserré dans un coin du monde, mais, de tous les peuples, c'est le plus nombreux et le plus pieux. « /tirf.,1. 1, c. xm,n.l : « La divinité de Jésus, illustrée, de son vivant, par tant de miracles, avait attiré des multitudes innombrables des points les plus reculés de la Judée et des régions environnantes, par l'espoir de la guérison. n Ibid., 1. II, c. n, n. 1 : « La résurrection merveilleuse de notre Sauveur et son ascension au ciel avaient été connues de presque tout le monde grâce aux récits des témoins propagés de proche en proche. Ibid., 1. II, c. III, n. 2 : x.xl SJ) àvà Trâcaç tôç ~6/<sic ; TE xal xcjjxaç, » » !! ; àXuvoç Stxr ;v, (lupîavSpoi xal 7ïa[ji— Xr^ôslç àOpôco ; èxxX'//aîai « Dans toutes les villes et les villages, les églises regorgeaient de fidèles, comme des champs couverts de fruits. » Ibid., l. II, c. xm, n. 1 : ttjç eIç tôv CTtùTÎjpa... 'ItiOOûv XpiCTTÔv Etç TtâvTaç àvBpûrouç T,Sif) TTÎcrTStoç ô TT^ç àv9pù)7r6)v — oXÉ(j.i04 tï ;v ttôXiv Trpoap-acacOai [i.r,5(av&) !jt£voç è'/Ta'jÔa Stfjtcôva ayet. <■ Cependant, la foi en Jésus-Christ étant alors répandue en tous lieux, l'ennemi du genre humain, voulant s'emparer de la ville impériale, y emploja Simon le mage. » Ibid., \. III, c. I, n. 1 : tmv ÎEpoiv toû 2ti>TT)poç, ri[jt.âiv âjTOCTTÔXtùv te xal [iaôvjTÛv £ç' aTraaav TT]v olxoujjiÉvy ;v, Qa^iàc, [xÉv, ô> ; q -apiSo- (Jtç TTJV IlapGlav £ ?X7)-/£v, Se ty)v Sxuôlav, 'Ia)âvvï]ç Try 'Aaîav. « Les apôtres et les disciples de notre Seigneur et Sauveur, dispersés à travers le monde, prêchaient l'évangile. Thomas, nous enseigne la tradition, eut le pays des Parthes, André celui des Scythes, Jean l'Asie. » Ce qui concerne Pierre et Paul s'appuie sur l'Ancien Testament ; ailleurs, ibid., 1. III, c. V, n. 2, il montre les apôtres quittant Jérusalem pour évangéliser toutes les nations : eIç CTÛfxravTa tS eOvïj ; pour aller jusqu'aux extrémités de la terre, III, vm, 11 : sic Ta TrépaTa TÎjç oîxoujievt] ? ; ou le monde entier, 1. III, c. xxiv, n. 3 : ïtl Tïâaav Tf.v oixoujjiÉvr)V.

Ibid., 1. IV, c. \Ti, n. 1 : t^St) Stx7]^^ (ptùtrr/jpcûv Tciv àvà T'Jjv olxou]j,éviQV àxfia^oûcnjç te eIç « Tcav xè tcov àvôpcoTtcov Y^voç T^ç etç xàv otoTyjpa xal xiipiov ■JjiJ.ùv 'r/]ooûv Xpicirôv (I Déjà les Églises étincelaient dans le monde comme autant d'astres brillants et la foi en Notre-Seigneur et Sauveur Jésus-Christ fleurissait parmi les hommes » (sous Hadrien).

Jbid., 1. V, c. XXI, n. 1 : xaxà tôv xtjÇ Ko[x6S&u 7_p6vov |j.ET£pépX7)T0 |xcv è-l ~b Ttpôéov rà xa6' ■fjixâç, elpTiv7]ç (jùv ôeta/àpiTi xàç xa6' ôXtjç x7)< ; olxou- StaXapoùarjç èxxXï)atai ;,ôx£ xai ô SX :ravTÔç yévouç -râaav tt'^y^'^^ '1« -'zV ètiI x-/]v eù(î£p^ TOù xôiv ôXtov 6eoû 6p7]axE(av. coctte r ;Sri xal xûv fel 'Ptô[J.7)( ; eu jxâXa TrXoûxcp xal yfvEi Siaçavôiv ttXeiouç etiI x-J)v oçôiv ô[iôcE /copEiv lïavoixî TE xal CTcoT7]pîav. » Au temps où Commode gouvernait l'empire, notre situation se trouvait dans une sorte de tranquillité, grâce à Dieu, la paix régnait dans toutes les Églises de la terre. Pendant ce temps, la parole bienfaisante de Dieu attirait à sa croyance un grand nombre d'hommes de toute origine ; tellement que l'on vit beaucoup de ceux qui, à Rome même, étaient connus par leur illustration et par leurs richesses, se convertir avec leur famille et leur clientèle. » Ibid-, 1. V, c. xxrn, n. 1 : t-7jÇ 'Actaç àv :ii.ar,ç al Ttapotxlai..... al àvà tyjv Xom-jjv àTtaaav otxoufiévr^v èxxXr)aîat. « Les Églises de toute l'Asie... les Églises de tout le reste du monde. » Jbid., 1. VI, c. xxx\T, n. 1 : x6tc S^tk, oïa xal eIxôç -îjv. ;rXY)6ooijcrr)( ; ttjç uloTstoç. TE TOÙ xaG' riy^âi ; r.ctpà Ttàot 'koyou x. t. X. « A celle époque (sous Philippe l'Arabe), comme notre croyance s'étendait de jour en jour et jouissait d'une liberté de plus en plus grande. » Ibid., 1. VII, c. X, n. 3 : Trac te ô oïxoç « ùtoû Geocepcôv xal -^v lxxXT](îia 6eoû. « Toute sa maison était remplie d'hommes pieux et ressemblait à une église » (sous Valérien).

Ibid., 1. VIII, c. I, n. 1 : ôtr^ç (ièv xal ÔTCotaç Tipè ToO xaG' ■J](JLâ< ; Si(jjyI^°'J Si^r, ? è(jioù xal Trappyjaiaç ô.... TÎjç EÙUEPelaç X^yoç TrapàTtâciv »EXXrial TE xal pappâpoiç tjÇImto, (xeiÇov yj xa6' ■îj|jiàç ttcoç 8' âv tiç SittypâiEis Tàç [jtuptàvSpouç èxctvaç èni.G\>v(xy(x>yà( ; y.oà Ta tôjv xaTà Tiàaav ttôXiv àGpoto|.iâx(ov, -iç te £T èv ToTç cuvSpojxâç ; S) St, ajExa. £Tt xoïç TiàXat oîxoSo|j.r)fxaaiv àpxoij|ji£vot EÙpEiaç cîç TtXàxoç àvà Ttâcaç xàç ttôXeiç èx GEjjisXtcov àvttjxcov èxxXïjaîai ;.

Nous ne pouvons expliquer la gloire et la liberté que la doctrine de vraie piété à l'égard du Dieu suprême, annoncée aux hommes d'aliord par le Christ, a accompli parmi les Grecs et les li ;irbares... Qui pourra décrire la foule innombrable d'hommes qui cha que jour se donnent à la foi du Christ, qui pourra dénombrer les églises des vil les et le concours des fou les dans les temp les ? »

On pourra souhaiter des trouvail les qui nous mettent en possession de documents tels que les excursions d'Hégésippe aux Églises apostoliques, mais jusqu'au moment où ces documents, s'ils existent encore, seront retrouvés, il faudra se satisfaire avec les textes que nous venons de rassembler, ils nous apprennent avec certitude le fait du développement » 1 Cor.. 1, 26-30. — • Lucien, De morte Percgrini, n. 12, i :i : Min. Félix, Octavius, c. v, vu],xii ;Celsc, duns Oriisénc, I. 1, IV.

Pénétration souale. — On s'est emparé maintes fois de ce fait, que le christianisme s'est amoureusement adressé aux pauvres, aux humb les, aux souffrants, aux déshérités de la fort une, des honneurs, de la santé, pour relever par manière de contraste les prévenan ces du polythéisme pour la richesse et la puissance, en même temps que son dédain pour l'infort une.

Ce sont là des banalités édifiantes dont la portée démonstrative paraît de plus en plus réduite. Une religion qui s'adresserait aux instincts et aux intérêts des riches ne serait pas une religion mais une exploitation. C'est le caractère qu'a eu la Réforme du xvi« siècle, qui ne s'est soutenue et n'a triomphé en certaines contrées qu'à titre de prétexte et de procédé de révolution sociale.

La Réforme comptait sur les prin ces, les grands, les nob les pour enchaîner le succès, elle a payé celui-ci d'une décadence religieuse pres que instantanée. Au xvn= siècle, l'Allemagne et i'.'\ngleterre ont un culte sévère, el les n'ont plus de reUgion et el les ont une morale en déroute.

Le christianisme obtenait un moindre succès dans l'armée. Parmi les fidèles, un certain nombre répugnait à l'exercice d'une profession pleine de dangers. La vie des soldats n'a, en aucun pays et en aucun temps, été considérée comme faisant partie de l'enseignement ascétique, et, de la meilleure foi du monde, des chrétiens croyaient alors que la profession de christianisme imposait à celui qui s'y soumettait la pratique d'une existence de renoncement et d'immolation. L'état militaire mettait le soldat ou l'officier dans le cas de jurer fidélité et croyance à des dieux païens, de participer à des festins et à des rites idolâtriques. Les rigoristes en concluaient que le métier militaire était incompatible avec la foi chrétienne, et l'Église, sans les approuver, s'interdisait de les contredire. Méthode prudente assurément et qui a été maintes fois pratiquée, mais à laquelle il n'est pas interdit de préférer une franchise plus grande qui dirait le devoir et épargnerait aux individus tiraillés entre des interprétations contraires l'angoisse de la conduite à tenir. Ainsi, tandis que les uns s'exaltaient et préféraient la mort au service militaire, comme le conscrit Maximilien, les autres s'arrangeaient à merveille du métier militaire. Sous Marc-Aurèle, la XIIe légion (Fulminata) se recrutait dans la région de Mélitène, fortement christianisée, et elle comptait dans ses rangs un grand nombre de fidèles ; elle fournit plus tard le groupe des quarante martyrs de Sébaste. Si on tient compte du nombre inconnu, mais certainement considérable, de soldats chrétiens et de la rareté des cas où ils se sont trouvés mis dans le cas de refuser la participation à un sacrifice, on doit en conclure que les chrétiens trouvaient dans l'armée une carrière à peu près exempte de périls. Les exagérations de Tertullien pouvaient tout au plus monter la tête à un esprit exalté et, en fait, nous voyons que le soldat auquel il fait un mérite d'avoir refusé une couronne fut blâmé par ses camarades. Fré

X. Cilicie. — L'histoire de la prédication à Tarse, patrie de saint Paul, et dans le reste de la province est mal connue. Au milieu du IIIe, on y voit paraître Hélénus à la tête d'une métropole comprenant de nombreux évêchés et, à Nicée, on compte cinq évêques et un chorévêque de Cilicie.


XI. Édesse. — Une fois écartée la végétation légendaire, nous avons vu qu'Édesse (voir ce mot), avait possédé une communauté chrétienne et, même, avait formé dès le IIe un état chrétien sous le roi Abgar. Grâce à Bardesane, une littérature syriaque se forme de bonne heure et, en 190, un concile se réunit au sujet de la question pascale. Au concile de Nicée, Osrhoène envoie cinq évêques. Édesse envoyait des missionnaires dans les pays orientaux. La Mésopotamie et la Perse en virent quelques-uns. Vers 250, Denis d'Alexandrie y signale des Églises et Eusèbe mentionne des martyrs.


XII. Perse. — On sait fort peu de chose du christianisme dans ce pays ; nous y reviendrons (voir Perse). Dès le milieu du IIIe, il comptait des chrétiens, mais on ne sait pas s'ils étaient en nombre. Au IVe, la persécution de Sapor fut trop sanglante pour qu'il ne faille pas admettre l'existence d'Églises nombreuses et assez prospères.


XIII. Inde. — Au IIIe, l'Inde, du moins dans sa partie nord-est, comptait quelques communautés chrétiennes ; mais on n'ose guère en dire plus. Aucun monument, des textes douteux et vagues, et c'est tout.


XIV. Arabie. — Dans une population très clairsemée, quelques sièges épiscopaux. Vers 240, on connaît Berylle de Bostra, et vers le même temps Origène assiste à deux conciles provinciaux. À Nicée, six évêques d'Arabie étaient présents.


XV. Égypte. — L'introduction du christianisme à Alexandrie remonte certainement à l'Âge apostolique ; de là, il gagna de proche en proche et, vers la fin du IIe, il semble que l'Église d'Égypte soit une unité fortement constituée. Le chiffre des martyrs est considérable pendant la persécution de Dioclétien et au concile de Nicée on rencontre vingt-deux évêques égyptiens (voir Alexandrie et Égypte). Dans la Pentapole, saint Irénée signale des Églises dès la fin du IIe. Vers le milieu du IIIe, Denis d'Alexandrie y connaît un métropolitain.


XVI. Asie Mineure. — Nous avons montré, dans les pages qui précèdent, l'introduction du christianisme dans cette contrée sillonnée par d'importantes communautés. Toutefois, l'immense étendue de cette région, les espaces et les difficultés qui les séparent les unes des autres contribuent à isoler entre elles les églises provinciales, en sorte que chacune semblait avoir son développement particulier. La Phrygie notamment traverse une crise montaniste dont la Cappadoce, la Bithynie, la Galatie ne semblent pas avoir été affectées. Éphèse s'efforce, au nom des souvenirs de l'apôtre Jean, d'exercer une sorte de prépondérance qui attirât vers elle les autres centres moins fameux, encore que prospères, tels que Sardes, Smyrne et ceux de l'intérieur du pays. La question de la Pâque et celle du baptême des hérétiques contribuent à donner au groupement total des Églises d'Asie une sorte d'unité en face des prétentions de l'Église de Rome. Entre 230 et 235, deux conciles tenus à Iconium et à Synnade réunissent des évêques de toute l'Asie Mineure. Beaucoup de ces Églises sont nombreuses et prospères, notamment en Phrygie, en Cappadoce, dans le Pont. Au concile de Nicée, on compte pour l'Asie Mineure une centaine d'évêques. À elle seule, l'Isaurie, province reculée et d'accès difficile, envoie treize évêques et quatre chorévêques.


XVII. Arménie. — Évangélisée au IIIe par saint Grégoire l'Illuminateur (voir Caucase).


XVIII. Illyricum. — Toute une vaste région qui comprend les régions situées au sud du Danube : Dacie, Dobrogea (voir ces mots), Thrace, Achaïe (voir ce mot), tout ce qui forme aujourd'hui les pays des Balkans jusqu'au Péloponnèse. On est peu et mal renseigné sur ces contrées et ce n'est guère qu'après avoir étudié pays et villes séparément que nous pourrons, en terminant le Dictionnaire, établir une sorte de statistique. Il est certain que les communautés de Corinthe et de Thessalonique furent de bonne heure florissantes. Les îles de Rhodes, de Cos, de Lemnos et de Corcyre étaient représentées à Nicée ; on connaît l'existence d'Églises à Gortyne et à Cnosses, dans l'île de Crète (voir ce mot). Dans les parages du Danube et les provinces limitrophes de Mésie, Pannonie et Corique, le christianisme pénétra tardivement ; les Églises de ces pays eurent cependant leurs martyrs, en outre elles sont représentées à Nicée par trois évêques. Au-delà du Danube, les Goths furent évangélisés dès la fin du IIIe.


XIX. Occident. — Nous avons déjà étudié l'Afrique, la Bretagne et l'Espagne ; l'ordre alphabétique ne tardera pas à amener la France, la Germanie, l'Helvétie, l'Italie, et les détails dans lesquels nous entrerons nous dispensent d'aborder ici ces différents sujets.


XX. Conclusion. — L'expansion du christianisme ne s'est pas accomplie suivant un rythme régulier. L'Orient et l'Occident, et, dans ces régions, les diverses provinces dont elles se composent, ont connu un développement réglé par des conditions particulières. L'Afrique du nord n'a pas été pénétrée de la même manière que l'Égypte et que l'Asie Mineure. Lorsqu'une grande voie de communication fluviale — comme le Nil ou le Rhône — était en possession d'attirer la principale activité d'une contrée, c'est le long de cette artère qu'il faut chercher les traces des premiers établissements chrétiens. En Asie Mineure, quelques grands chemins d'une notoriété universelle remplissaient la fonction des voies de pénétration fluviales. Partout ailleurs, le long des côtes, à l'embouchure des rivières, dans le voisinage des ports, les établissements chrétiens prenaient pied en attendant l'heure de pénétrer plus avant. L'audace d'un missionnaire, l'esprit d'entreprise d'un évêque les poussèrent vers l'inconnu, parmi des peuples que les marchands connaissaient à peine. De là bien des travers et bien des revers, mais aussi des installations pleines d'avenir. Un des traits les plus remarquables de ces propagateurs de l'Évangile, c'est leur courage aventureux ; ils pénètrent partout, prennent pied et fondent une Église parmi des conditions assez peu réconfortantes. Cela fait, ils s'obstinent, réparent les brèches, relèvent les ruines que l'hostilité ou la haine attirent à leur création ; mais ils tiennent et triomphent souvent. Les résultats de cette double vertu : audace et ténacité, c'est cette longue suite d'Églises, ces listes épiscopales mal connues, ces martyrs, ces traditions, tout ce qui marque l'emprise de la foi chrétienne sur un sol d'où, à aucun prix, elle ne se retirera plus, sauf là où elle sera submergée par les envahisseurs païens. Le succès couronne l'entreprise, car c'est un grand succès d'avoir, en trois siècles de contradictions et de persécutions, envahi pacifiquement et conquis numériquement le monde antique. Si, en 314, les chrétiens ne possédaient pas la majorité absolue, ils n'en étaient pas moins maîtres de la situation politique ; c'est ce que Constantin comprit et, en sceptique avisé, il se rangea parmi eux, sauf à remettre à plus tard le baptême et l'observation des règles morales qu'il impose. Cette maîtrise de la situation, aboutissement d'un effort infatigable, semblerait devoir être un fait unique si on ne pouvait lui comparer le succès et l'expansion du mahométisme. En réalité, la comparaison ne peut se soutenir et il faut en revenir à reconnaître dans l'expansion du christianisme un événement sans analogue dans l'histoire religieuse de l'humanité.

H. Leclercq. EXPOSITIO MISSÆ. — 1. Définition et caractères. II. Principaux textes.

I. DÉFINITION ET CARACTÈRES. « Expositio » est pris ici dans un sens strict : le sens fixé dès l'époque patristique à propos des écrits dont les besoins de la catéchèse obligeaient à expliquer ou préciser la lettre. Tels étaient, avant tout, les livres de l'Ancien et du Nouveau Testament, qu'il fallait commenter, « exposer », soit de vive voix, soit par écrit, non pas seulement pour l'instruction et l'édification des fidèles, mais aussi à cause des difficultés qui provenaient de leur nature même. Un genre littéraire fut ainsi constitué de bonne heure, le plus fécond de ceux auxquels s'adonnèrent les anciens auteurs chrétiens. Par extension, et dans un dessein évident de catéchèse, les chefs d'Église commentèrent les demandes de l'oraison dominicale et les articles du symbole de foi. Cette tradition se continua nécessairement pour des raisons d'ordre pratique, au début du moyen âge, si, parallèlement, l'exégèse proprement dite ne produisit plus d'œuvres vraiment originales. En outre, à côté du symbole baptismal, on entreprit d'expliquer le nouveau symbole, bientôt célèbre sous le nom de saint Athanase. Les commentaires du Quicumque sont trop nombreux, à l'époque carolingienne et dès avant, pour qu'on ne doive pas leur attribuer quelque influence sur l'habitude qui s'établit, au IXe, d'expliquer aussi sous une forme didactique les prières de la messe.

1° La lettre de Théodulphe sur les cérémonies du baptême, véritable opuscule, occasionné, comme on sait, par la circulaire de Charlemagne (en 811 ou 812) ;

2° Une pièce analogue, point encore identifiée, semble-t-il : Deo primas catholicuminus efficitur... confessio fit ad salutem ;

3° Le commentaire de Remi sur le rituel de la dédicace des églises ;

4° l'exposition du même Remi sur la messe ;

5° Autre exposition sur la messe : celle de Florus, beaucoup plus développée ;

6° La formule de foi de Pélage, sous le titre fictif, mais traditionnel : Explanatio fidei sancti Hieronymi fratri Augustino et Alipio episcopis missa ;

7° Trois expositions « de oratione dominica, » la première attribuée à saint Augustin, bien qu'apocryphe (sermon lxv de l'Appendice) ;

8° Trois expositio symboli, la première attribuée de même à saint Augustin, et cette fois authentique (.sermon cxviii) ;

9° Deux expositions du symbole dit de saint Athanase ;

10° Quatre autres pièces de supplément relatives encore au Pater et au Credo ;

11° L'exposition d'Adrevald sur les bénédictions de Jacob (publiée sous le nom de Paulin de Milan).

Le capitulaire mentionné enjoint aux prêtres de « prêcher l'Évangile du Christ » les dimanches et jours de fête ( § 4) — entendez : par un commentaire de la péricope appropriée ; d'expliquer aussi l'oraison dominicale et le symbole (§5) — en vue du baptême et de ses obligations : et, pour le reste, d'accomplir convenablement les cérémonies du culte (§3,8, 10, etc.) ; et d'être fidèles aux devoirs particuliers de leur charge. Il est complété, d'une manière qui nous importe davantage encore, par un autre capitulaire du même temps « : que les évêques aient grand souci, quant aux prêtres pourvus de paroisses, « de la foi, du baptême et de la célébration des messes » ; à savoir que ces prêtres « gardent la foi orthodoxe (celle du Symbole), administrent le baptême catholique, aient l'intelligence des prières de la messe (missarum preces bene intelligant), récitent les psaumes dignement... » (§28) ; en outre, qu'évêques et prêtres entendent et expliquent « la foi catholique » (le symbole, probablement celui de saint Athanase), ainsi que l'oraison dominicale (§ 29). Aussi bien, les fidèles eux-mêmes doivent savoir par cœur (memoriter) et « la foi catholique » et l'oraison dominicale (§ 30). Or, la source de ces injonctions si fermes se laisse déterminer : les articles 28 et 29 qu'on vient de rapporter s'accordent exactement avec le texte du grand capitulaire du 23 mars 789 (§ 31 et 70) ', document authentique, s'il en est, connu sous le nom d'Admonitio generalis. Cette loi d'empire, formulée en 789 et reprise par deux fois vers 802, fut si peu lettre morte qu'elle reparait telle quelle dans le recueil codifié par Anségise en 827 ( § 58 et 66) '.

Mais surtout, nous avons, pour constater les effets de la volonté impériale, les instruments qui émanent des évêques. Il suffira de citer quelques exemples choisis. Théodulphe d'Orléans (t 821) exhorte son clergé à savoir par cœur (memoriter) et d'ailleurs à bien entendre (corde intelligere) le double symbole de « la foi catholique » (Credo et Quicumque), tout de même le « canon de la messe ou Te Deum ». Hatto de Bâle (t 830) s'exprime en termes à peu près équivalents -. Le témoignage d'Hincmar de Reims, dans une pièce datée du 1er novembre 852, est plus remarquable qu'aucun autre, à cause du succès qu'il obtint : Ut unusquisque presbyterorum expositionem symboli (et orationis dominicae) iuxta traditionem orthodoxorum Patrum plenius discat, exinde praedicando populum sibi commissum sciat instruere ; praesertim quoque canonis et eumdem canonem intellegat et memoriter ac distincte proferre valet ; et orationes missarum, Apostolum quoque et Evangelium bene legere possit ; psalmorum etiam verba et distinctiones regulariter et ex corde cum cantici consuetudinariis pronuntiare sciat ; necnon et sermonem Almannasi de fide, cuius initium est a Quicumque vult salvus esse », meminisse quisque commendat et sensum illius intelligere et verbis communibus enuntiare quaelibet.

Ce morceau complet, qui met en cause toutes les catégories prévues d'expositions, occupe, pour ainsi dire, une position centrale dans la série des pièces justificatives. On connaît les documents antérieurs dont il réitère l'énoncé et auxquels, pour autant, il doit sa signification. En deçà, trois textes apparaissent, qui montrent la victoire de la pensée carolingienne au IXe : Vlnquisilio de Réginon du Prum (vers 906) S l'homélie pastorale attribuée faussement au pape Léon IV * (écrit gallican dont certains historiens ont fort abusé, dépendant essentiellement de Réginon)'', la Synodica ad presbyleros de Rathier de Vérone (de 966) '. Il est évident que Réginon, le pseudo-Léon et Rathier se sont contentés de transcrire les décisions d'Hincmar ; ils n'en ont pas moins travaillé à établir ou à maintenir une pratique dont le point de départ est, comme nous l'avons observé, le palais d'Aix.

Un dernier texte, d'une espèce particulière, mérite d'être indiqué, pour compléter cet aperçu. Dans un questionnaire en vue de l'ordination, conservé par un manuscrit de Saint-Emmeran du IXe ', l'évêque demande, entre autres choses, aux candidats à la prêtrise : Missam vestram secundum ordinem romanum quomodo nostis vel intelligitis' ?

C'est donc toujours la même préoccupation : le prêtre ne doit pas seulement savoir les prières de la messe, il doit surtout les comprendre. A cette fin, on écrira donc des expositions de la messe, c'est-à-dire de ses parties essentielles et invariables. Notons ici la différence de situation du clergé et des fidèles. Les paroissiens ont droit à une exposition, à un commentaire explicatif du Pater, des symboles de foi, des sections de l'Écriture lues en public ; il s'agit de les catéchiser, de leur donner l'instruction religieuse : lotius religionis fundamentum et christianitatis cultum eorum mentibus ostendere, comme dit l'un des capitulaires de 802 ». Les chefs de paroisse ont besoin, pour eux-mêmes, d'une exposition du canon de la messe, du fait qu'il leur est fait un devoir de comprendre le formulaire liturgique.

De là, le caractère originel et précis des compositions que nous énumérerons tout à l'heure. Elles visent, à cette période, un but tout pratique et proprement ecclésiastique. Pour cela, une glose s'attachant à la lettre, une sorte de mot à mot suffisent. Le genre pourra se développer plus tard, s'enrichir de réflexions théologiques ou de raffinements symboliques, s'adresser même finalement au peuple ; d'aventure et selon les tempéraments, chez un Amalaire par exemple, incapable d'apprécier les choses sans y mêler de l'allégorie à tort et à travers, il pourra, dès le IXe, anticiper les plus sensibles déformations, ou d'ailleurs flotter entre le directoire rituel, le traité didactique de liturgie et le commentaire doctrinal. Néanmoins — et c'est pour quoi nous avons estimé nécessaires les indications qui précèdent — la véritable exposition missae ne doit être confondue ni avec un Ordo des cérémonies ni avec un ouvrage De officio missae, encore moins avec un traité de sacramentaire.' Toutes ces espèces qui intéressent de près ou de loin la liturgie restent en dehors de notre examen ; et pour la même raison devons-nous limiter cette étude sommaire aux IXe et Xes, sous peine de tout confondre.

Adolphe Franz, trouvant une riche matière dans les exercices théologiques et allégoriques des XIIe, XIIIe et XVes et voulant traiter son sujet avec ampleur, n'a pas craint de remonter jusqu'à l'époque patristique et de tracer un vaste tableau, dans lequel les diverses productions du moyen âge viennent s'encadrer. Cette synthèse élargie, qui forme la moitié d'un gros livre très érudit « , a son utilité et des mérites incontestables. Consciencieuse, judicieuse le plus souvent ', courageuse même par sa dénonciation des excès de la méthode allégorisante, on regretterait qu'une main aussi experte ne l'ait pas tentée, et elle reste un répertoire de faits indispensable. Il en résulte pourtant que l'auteur ne s'est pas rendu compte des débuts certains ni de la physionomie originale de l'exposition liturgique. Nous renvoyons à ce travail pour les écrits du moyen âge postérieurs au Xe, avec la conviction que ces écrits n'ont plus de l'exposition que l'apparence, s'ils semblent en tenir heu.

Bernon de Reichenau, Bernold de Constance, Jean d'Avranches, Sicard de Crémone, Durand de Mende sont des liturgistes de plus ou moins d'envergure, qui examinent la messe à divers points de vue, mais qui ont aussi la prétention de connaître, sinon de parcourir, le cycle entier des questions liturgiques. Ils continuent, à cet égard, une tradition de savoir encyclopédique dont saint Isidore s'est fait l'initiateur dans le monde latin. Ils recueillent avidement et remâchent, bien ou mal, tout ce qui se trouve à leur portée. L'exposition carolingienne est un produit particulier dont l'histoire leur importe peu, pourvu qu'ils tirent parti de sa matière ; ils l'ont absorbée en effet, pour la plupart, soit par le canal d'Amalaire, soit autrement, par influence générale d'ambiance. En analysant leurs ouvrages, on remarque donc à peu près sûrement des traces nettes ou diffuses d'exposition ; sous cette forme impersonnelle et imprécise, vraie déformation, le phénomène n'a plus d'intérêt au regard de l'historien.

De même en est-il encore, s'il s'agit d'écrits moins étendus qui, à première vue, paraissent rentrer dans le cadre de l'ancienne exposition : tel le Liber Dominus vobiscum de saint Pierre Damien », tel surtout le Libellus de canone mystici libaminis de Richard de Wedinghausen « . L'analogie est toute de surface ; de plus, il est facile de constater que ces écrits sont étrangers à la tradition carolingienne.


II. PRINCIPAUX TEXTES. — Ces courtes notes d'érudition n'ont guère pour dessein que d'introduire à la lecture de textes délaissés et mal connus, presque tous du moins. On indiquera donc les éditions, parfois trop nombreuses, de ces textes ; on signalera aussi, chemin faisant, quelques manuscrits, en vue d'une étude plus approfondie. On ne prétend pas à produire de l'inédit, ni à classer définitivement le matériel déjà accessible, ni même à analyser chacune des compositions mentionnées pour faire apprécier ses qualités intrinsèques. Un recueil soigné de ces opuscules est désirable ; on voudrait donner l'idée de ce qu'il pourrait être et des services qu'il rendrait. Le savant Domini que Giorgi l'a ébauché dans l'Appendix monumentorum de son troisième volume ' ; l'examen des manuscrits permettrait de renouveler cet essai.

La pièce est donc anonyme et l'on ne peut songer, avec quelle que probabilité, à désigner son rédacteur. Du moins, serait-elle moins indigne de Théodulphe que la première. Le manuscrit d'Einsiedeln l'introduit par une rubrique qu'il est toujours bon de consigner : Expositio hæc a cenobio Dionisii venit '. Elle serait tout à fait parallèle à l'exposition Dominus vobiscum, sans un exorde de deux pages qui énumère et définit les divers éléments de la messe depuis l'antienne d'introït jusqu'à l'oraison secrète. Cet exorde s'inspire incontestablement des chapitres correspondants du traité de saint Isidore sur les offices ecclésiastiques ^ L'auteur, en outre, achève son développement par un emprunt à la lettre cxlix de saint Augustin sur les différentes espèces de prières » ; mais pour le reste, il est fidèle, comme le précédent anonyme, à expliquer, terme pour terme, au moyen d'une glose littérale, le texte du canon. Cependant, une certaine tenue littéraire le distingue, un tour de phrase plus soigné et des expressions mieux choisies, outre des citations de l'Écriture, assez nombreuses, voire quelque étalage d'érudition'. De plus, il n'échappe pas à une lecture attentive que les deux opuscules offrent çà et là des points communs, des coïncidences textuelles qui ne peuvent être fortuites '. Une étude de détail serait nécessaire pour déterminer d'une manière pertinente le sens et l'étendue de ces relations *. On ne s'avance pas beaucoup, toutefois, en désignant l'exposition Primum in ordine comme l'appui, sinon le modèle, de l'exposition Dominus vobiscum. A fortiori sera-t-elle plus ancienne, de quelques années à tout le moins. On verra plus loin que Raban s'est servi de l'une et de l'autre.

2° Les expositions déterminées. — 1. Raban peut être mentionné le premier, puisqu'il est tributaire des deux anciennes expositions anonymes : Primum in ordine et Dominus vobiscum. Bien plus, sa rédaction n'ajoute que peu de chose à ces deux textes. Ce fait n'a pas encore été énoncé en termes exacts '. Le De institutione clericorum, qui compte parmi les écrits de jeunesse de Raban, au temps où il professait à Fulda sous l'abbé Eigil (f 822), comprend un court chapitre De ordine missœ, dans lequel les principales parties de la messe sont examinées méthodiquement, d'accord avec le titre ^ On se convainc facilement que l'exposition Primum in ordine a fourni des éléments importants, à peine modifiés, à cette honnête compilation. C'est la manière habituelle du disciple d'Alcuin : sa science est vaste, mais d'emprunt, et portée avec modestie, habillée d'ailleurs en bon style à l'occasion. Ici, à côté des emprunts certains, il offre quelques développements qui semblent originaux et où l'on constate avec intérêt des explications inspirées par un allégorisme modéré ■•. Ce chapitre du De institutione clericorum est repris, sous le même titre, dans le De sacris ordinibus, composé plus tard, au cours de l'abbatiat de Raban (entre 822 et 842) ', pour le moine Thiotmar, mais aussi à l'intention de tous ceux qui ad sacerdotium ordinati sunt et ministerium sacerdotale agere debent ^ Nous avons cette fois une exposition proprement dite de la messe « . Or, la nouvelle rédaction se prête à une amusante analyse. Tout le début, qui décrit la messe depuis l'introït jusqu'à la préface « , est gardé du De institutione clericorum sans aucun changement et, par suite, correspond à l'exposition Primum in ordine. A ce lambeau est rattaché d'une manière inattendue un commentaire prolixe du canon qui diffère très peu de l'exposition Dominus vobiscum. Cette juxtaposition de deux textes rivaux demeure une curiosité littéraire, l'un étant introduit au point précis où il semblerait que l'autre dût avoir partie gagnée. Cependant, elle s'explique naturellement, dès lors qu'on a pris garde que l'opération s'est faite en deux temps : tout d'abord par la composition du chapitre du De institutione clericorum, au moyen du morceau Primum in ordine ; plus tard, en ajoutant à ce même chapitre la majeure partie de l'exposition Dominus vobiscum, pour proposer aux prêtres un commentaire plus complet des prières de la messe. On a donc là, dans un cas bien délimité, un exemple caractéristique des procédés de Raban.

2. Nous possédons dans le troisième livre du De les manuscrits de Paris, B. A'. 9421 et Acq. 321/ »Cf.

De Dominum. Ainsi pour le Te igitur et la suite ' : les textes sont présentés rapidement et incomplètement, mais au total, selon l'ancien procédé de l'exposition littérale, bien que le programme soit de montrer le Christ souffrant, crucifié, mis au tombeau. Au surplus, Amalaire est érudit et cite souvent les Pères, qui le ramènent habituellement à une intelligence plus saine des choses ; qu'on relise, en particulier, le chapitre consacré à l'oraison dominicale '. En résumé, l'auteur du De ecclesiaslicis officiis justifie la sagesse de la tradition carolingienne et par les exagérations qui l'en séparent et par ce qu'il en garde malgré lui dans sa recherche de nouveautés.

3. Le diacre lyonnais Florus fait contraste avec l'ancien clerc de Metz, un contraste violent et voulu. Nous n'avons pas à raconter leurs démêlés, où la liturgie n'eut pas seule part, mais aussi la théologie et même la politique. Il se trouve que Florus a composé, plus exactement compilé d'après les écrits des Pères, avec une très grande habileté, une exposition de la messe, annoncée en grand style : Opusculum de actione missæ quod subter adnexum continetur collectum quam maxime et in ordine digestum est ex verbis sanctorum Patrum Cypriani Ambrosii Augustini Hieronymi Gregorii Fulgentii Severiani Vigilii Isidori Bedæ Aviti ; sical sais locis per singula librorum nominum quæ forinsecus praenotantur ostendunt, sed et ex antiquis mysteriorum libris quædam libris verba necessario sumpta sunt'. On croira volontiers que cet ouvrage avait pour principale intention de neutraliser l'influence de l'adversaire, bien que celui-ci ni ses écrits n'y soient désignés nulle part directement. Ce silence même pourrait provenir du fait qu'Amalaire était pour lors le chef officiel de l'Église de Lyon, en la place d'Agobard exilé. Nous daterions ainsi l'exposition, approximativement, des années 835-838 ; ce qui cadre à merveille avec la publication définitive du De ecclesiaslicis officiis en 832 et l'échec momentané du chorévêque ami de l'empereur au synode de Quiersy. Florus a retenu le cadre de l'exposition carolingienne, ce qu'il a soin d'appeler Actio missæ : la préface depuis la salutation de l'officiant, le canon et la suite jusqu'au Deo gratias final. Mais, pour mieux atteindre son but et satisfaire en même temps son amour de la tradition patristique, il a aménagé et rempli ce cadre de façon originale. Tout d'abord, il l'a fait précéder d'un long développement (§2-10)*, emprunté presque tout entier à saint Augustin, sur l'excellence du sacrifice de la nouvelle et définitive alliance, sacrifice qui rejette dans l'ombre celui d'Aaron. Le commentaire lui-même est demandé aux auteurs favoris de Florus ', ceux dont les ouvrages remplissaient la riche bibliothèque du chapitre de Lyon, organisée par Agobard, conservée encore partiellement. La méthode n'est donc plus celle de l'exposition littérale, procédant modestement par gloses ; en regard de chaque phrase de l'ordo missæ, le savant diacre introduit et raccorde avec dextérité ses citations des Pères, et rien, en effet, aux yeux des prêtres instruits.

4. L'exposition de Rémi d'Auxerre (f 908 probablement) — expositio de celebralione missæ — vaut surtout par sa dépendance de celle de Florus, dans la seconde partie « . De plus, elle eut la fortune d'être comprise dans le De divinis officiis du pseudo-Alcuin, dont elle forme le chapitre xl (Brevis expositio missæ) ' », et, grâce à ce contexte, elle servit assez longtemps à défendre des idées qui perdaient la faveur. Enfin, elle présente, outre les passages de Florus et parmi ceux-ci, de larges emprunts au commentaire.

V. — 33

A. WILMART.


EXSPECTATIO. La fête de l'Exspectatio partus, au 18 décembre, est entrée dans l'usage moderne depuis le bref du pape Grégoire XIII (30 décembre 1573), autorisant là célébration pour toute l'Espagne, à la demande du roi Philippe II », et concédant un office propre à l'Église de Tolède en vertu de son « antique coutume ' » ». Passée d'Espagne en France et en Italie, la solennité de l'Exspectatio était admise à Rome et dans les États par Benoît XIII (23 août 1725)« . Menacée de suppression par les commissaires de 1742 'S elle est demeurée depuis lors dans l'Appendix pro aliquibus locis du missel romain, bien que presque partout observée. Ses origines sont tout à fait certaines ; mais il resterait à établir, par l'étude de la littérature manuscrite, à partir de quelle date le terme exspectatio se trouve employé. On n'a pas encore signalé d'exemple précis de cette désignation au moyen âge, si ce n'est dans un bréviaire d'Oloron (province d'Auch), du xiv« siècle, qui marquerait au 18 décembre : Mariæ exspectatio ». II est vraisemblable que d'autres mentions analogues doivent se rencontrer dans les livres des Églises du midi de la France.

Pour le reste, la fête du 18 décembre est étrangère au cycle marial communément attesté en France et en Allemagne, et (on peut ajouter) en Italie aussi bien qu'en Angleterre, du ix' au xv » siècle « . Les traces isolées qu'on en rencontre sont d'autant plus intéressantes :

1. Un missel de Florence du x« siècle (Laurentiana, Edil., 111) indique : xr kl. jan. Salutationis S. Mariæ, avec une formule propre ; il est notable, en même temps, que huit jours plus tôt, au 11 décembre,^ on trouve la fête de saint Gabriel mentionnée '^ 2. Le clunisien Raoul Glaber nous apprend que de son temps, c'est-à-dire au début du xi » siècle, on discuta en France, entre évêques, de die annunciationis dominicæ : fallait-il rester fidèle à « l'antique coutume » de célébrer cette fête le 25 mars, dans les limites du carême, ou bien la reporter more Hispanorum au xv des calendes de janvier' ? Glaber affirme le sentiment commun qui fit garder la fête du 25 mars ''.

3. Le cartulaire de Bury (Harley 1005) présente une curieuse notice du xivc siècle « , d'après laquelle Anselme, le neveu de l'archevêque, lombard d'origine, ancien moine de Bury, puis abbé d'Edmundsbury(H21-1148), introduisit dans sa communauté deux fêtes particulières de Notre-Dame : la Conception au 8 décembre, puis commemorationem ejus in adventu quam Hildebonsus episcopus institua ». Ceci dut rester une observance locale : en tout cas, les calendriers de Cantorbéry du xi« au xv » siècle passent sous silence le 18 décembre, tandis que la Conception est connue dès lors dans toute l'Angleterre ». Probablement, ce témoignage, très limité, relatif à l'abbé Anselme explique qu'on ait attribué à saint Anselme de Cantorbéry un rôle dans la diffusion de la fête-« ; ainsi d'ailleurs en a-t-il été pour celle de la Conception.

Les dernières indications nous ramènent nettement à l'Espagne. La date du 18 décembre étant invariable et les pourparlers du xvi>' siècle formels, il n'est pas contestable, en effet, qu'on doive reconnaître dans la fête moderne de l'Exspectatio, l'antique solennité de Notre-Dame fixée par le X'= concile de Tolède au XV des calendes de janvier '. Le protocole signé par Pàigène II, métropolitain de Tolède (t fiôT), porte la date du 1=' décembre fi56 ; on était donc aux approches de la fête. Festivitas gloriosæ mariæ (Verbi sic), sanctæ virginis festum, festum matris, solemnitas dominicæ matris : telles sont les expressions du concile ; bien plus, l'objet même du culte est indiqué, en un endroit : incarnatio Verbi. Il suit, d'ailleurs, du contexte que les Espagnols entendent ainsi commémorer dignement, huit jours avant Noël, le même mystère qu'en d'autres parties de l'Occident on préfère célébrer en carême.

Si l'on parcourt maintenant la série des textes espagnols touchant cette fête, on constatera qu'ils sont unanimes à dénommer celle-ci : dies sanctæ Mariæ, ou simplement sancta Mariæ. Du viii » au xi« siècle, jusqu'à l'abolition de la liturgie mozarabe par Grégoire VII -, pas une discordance n'est saisissable ; Vie de saint Ildephonse par Cixila Cf ^'cs 783) ', Orationale de Vérone (viii« siècle« ?) ', missel de Tolède du ix« siècle (avec la messe composée, je croirais, par Eugène) ', Orationale de Silos (ix« siècle ?) « , Cornes de Silos et de San Millan ', etc., etc. ', jusqu'aux calendriers datés de 1039, 1052, 1055, 1066, 1067, 1072 '. Il faut arriver au Missale mixtum de Ximénès (NSOO) pour rencontrer la rédaction : In festivitate Annunciationis sanctæ Mariæ virginis '°, qui est aussi celle du Breviarum ». Lesley affirme, d'autre part, dans son édition du Mixtum (1775), l'usage vulgaire : Sancta Maria de la O ^- (Festum beatæ Mariæ de O) « , qui se réfère au chant des grandes antiennes, introduites avec la liturgie romaine. Il nous manque donc encore de savoir si l'on disait Exspectatio en Espagne avant le xvi* siècle.


EXTRÊME-ONCTION. L'existence d'un rite sacramentel destiné au soulagement des fidèles proches du terme de leur vie parait remonter à la plus haute antiquité. Un texte est célèbre, celui de l'apôtre Jacques, si célèbre et si isolé qu'on ne peut se dispenser et qu'il suffît de le citer : « Si quelqu'un parmi vous est-il malade : qu'il appelle les prêtres de l'Église et que ceux-ci prient sur lui, l'oignant d'huile au nom du Seigneur. Et la prière de la foi sauvera le malade et le Seigneur le relèvera et, s'il a commis des péchés, rémission lui sera accordée. Confessez donc vos péchés les uns aux autres et priez les uns pour les autres afin que vous soyez guéris ; car la prière fervente du juste peut beaucoup. » Il s'agit d'un mal physique qui rend impotent ; le patient fait appel aux chefs de la communauté, ceux-ci ou l'un d'entre eux se rend auprès du malade, récite telle prière dont la formule n'est pas donnée et la récite en présence du malade. Ensuite on procède à une onction d'huile. Voici le rite. Quant à ses effets thérapeutiques et sa portée théologique, ces points de vue doivent nous demeurer étrangers. La formule d'invocation sur le malade n'est pas indiquée et rien ne permet d'y suppléer, l'onction est accomplie au nom du Seigneur » et il n'est guère douteux que ces mots ne fassent partie du rite. D'ailleurs l'expression « au nom » suivie des mots Jésus, Sauveur, Christ, etc., est fréquemment employée par les apôtres. Tout ce qu'on peut ajouter pour étoffer cet indice d'un rite liturgique d'institution apostolique n'est que convenance ou édification.

Renan a insinué un emprunt ; à l'en croire, l'extrême-onction était administrée chez les gnostiques « d'une manière qui devait faire une vive impression et que l'Église catholique a imitée ». Il n'en sait absolument rien et les preuves qu'il apporte en témoignent assez. Les naasséniens oignaient « d'un chrême ineffable » ; « les ophites » d'un chrême blanc » tiré « de l'arbre de vie » ; les marcosiens infligeaient aux agonisants la « redemptio mortuorum », qui était une effusion d'eau mêlée de baume ou d'huile destinée à rendre l'homme invisible aux puissances supérieures ». Des papyrus font allusion à des onctions de cette nature ». Il y a ici peut-être des analogies de mots, tout au plus des analogies de gestes, mais prétendre aller plus loin, aller jusqu'à une dépendance, un emprunt, c'est-à-dire une identification, n'est autre chose qu'une facétie. Une question domine tout : la chronologie. À quelle date fut écrite l'épître de saint Jacques ? Peu importe. Mais quoi qu'on dise, on n'arrivera jamais à la montrer postérieure à la littérature gnostique, qui contient la mention des rites imputés aux naasséniens, aux ophites ou aux valentiniens. Dès lors toute discussion ne représente qu'une perte de temps.

La dépendance fût-elle pour les gnostiques à l'égard des fidèles, nous n'en serions pas plus avancés, car la mention du rite pratiqué dans les sectes hérétiques n'est accompagnée d'aucun renseignement relatif à la cérémonie ou au texte de cette fonction liturgique. Il semble probable que l'avis donné par saint Jacques n'est que le rappel d'un rite connu et pratiqué, dont l'apôtre n'a pas à exposer le formulaire et le rituel déjà en vigueur. Pendant les années de sa vie mortelle, Jésus avait pratiqué le rite de l'onction en plusieurs circonstances, notamment sur l'aveugle-né ; mais au lieu d'huile, il s'était servi de boue. Le geste, l'invocation ont pu être recueillis et reproduits par les témoins, donnant ainsi naissance au développement rituel que nous ne saisissons que beaucoup plus tard.

Après les efforts ingénieux et obstinés des apologistes et des théologiens pour découvrir des attestations de l'extrême-onction pendant les premiers siècles et l'aveu qu'ils doivent faire du résultat négatif de leurs investigations, il est permis de croire que le sacrement d'extrême-onction fut administré aux fidèles de façon exceptionnelle. Ce qui a pu engager les apologistes à soutenir le contraire, c'était le fait que l'extrême-onction était devenue l'objet d'une polémique confessionnelle ; les protestants disaient n'en rencontrer l'usage en Occident qu'au XIIe ; naturellement les catholiques eussent pensé compromettre la foi s'ils n'avaient soutenu, vaille que vaille, que ce sacrement possédait, De en siècle, d'irrécusables attestations.

Les textes relatifs ou supposés relatifs à l'existence et à la pratique d'une onction suprême des malades ont été réunis, confrontés, commentés maintes fois, sans grand résultat. Les faits invoqués se réduisent à des interventions de caractère médical avec usage d'onctions, de frictions, de massages pour lesquels l'huile est employée. Si une amélioration et une guérison résultent de leur pratique, ce n'est pas à l'onction prescrite par l'apôtre Jacques qu'il faut les rapporter. Ces faits sont assurément curieux et nous aurons occasion d'en parler (voir Didion, au mot Huile), mais c'est leur faire dire ce qu'ils ne disent pas que d'en tirer parti pour l'histoire d'un rite auquel ils demeurent absolument étrangers.

En fait de monuments figurés, il n'en existe aucun d'incontestable. Amulette de Beyrouth, du Ve, publiée par Lenormant ; il y a là un exorcisme et la demeure de celle sur laquelle j'ai fait l'onction » ne prouve pas absolument qu'il s'agisse de l'usage de l'extrême-onction. Assurément l'attestation eût été précieuse, mais si grande envie qu'on ait d'en tirer parti, il faut se soumettre aux règles de la critique et conserver un doute.

Les liturgies anciennes sont d'une utilisation moins précaire. Les Canons d'Hippolyte contiennent quelques indications utiles touchant le soin des malades. On voit que les évêques de cette époque ne se croyaient pas dispensés du ministère pastoral ; escorté d'un diacre bien au fait de la communauté chrétienne, l'évêque commençait la visite, « car c'est une grande chose, est-il dit, que la visite des malades par le chef des prêtres ; ils se relèvent de leur mal quand l'évêque vient à eux, surtout s'il prie sur eux. » En quoi consistait cette prière ? Reproduisait-elle la formule jadis rappelée par l'apôtre Jacques ? Ce qui est certain, c'est que le texte emprunte la locution de l'apôtre « prier sur le malade ». Nous n'en savons pas plus.

Dans l'Euchologe de Sérapion de Thmuis, appartenant au premier quart du IVe, on lit deux oraisons sur l'huile ; une fait partie d'une série de prières appartenant à la liturgie du sacrifice de la messe, elle est ainsi conçue : « Sur l'huile et l'eau présentées comme offrandes. Nous bénissons au nom de votre Fils unique Jésus-Christ ces créatures ; que le nom de celui qui a souffert, a été crucifié et est ressuscité et est assis à la droite de Dieu ingénéré [soit] sur cette eau et sur cette huile. Donnez une puissance curative à ces créatures, afin que toute fièvre et tout démon et toute maladie disparaissent par ce breuvage et cette onction et afin que devienne un remède de guérison et un remède de complète santé l'usage de ces créatures au nom de votre Fils unique Jésus-Christ, par lequel à vous appartiennent la gloire et la puissance dans le Saint-Esprit pour tous les siècles des siècles. Amen ». Il n'est pas question ici de l'extrême-onction, mais simplement de flots d'eau et de flots d'huile présentées au célébrant, qui les bénit et les rend aux fidèles ; ceux-ci les emportent chez eux pour s'asperger ou s'oindre les membres en vue de procurer la guérison du corps et la fuite du démon. C'est une pratique pieuse qui n'a rien de spécial à l'Égypte, puisque, en pays syrien, les Constitutions apostoliques, I, VIII, c. XXIX, nous font connaître un usage analogue. « Que l'évêque, est-il dit, bénisse l'huile ou l'eau, qu'il parle de cette manière : Seigneur Sabaoth, Dieu des vertus, créateur des eaux et dispensateur de l'huile, miséricordieux et ami des hommes, qui as donné l'eau pour breuvage et ablution, l'huile pour que nos visages s'égayent dans l'exultation de la joie, sanctifie en ce moment cette eau et cette huile par le Christ au nom de celui qui les a offertes et accorde [à ces éléments] la force de produire la santé, de chasser la maladie, de faire fuir les démons, de repousser toute embûche par le Christ notre espérance ». La deuxième prière de l'Euchologe se trouve plus loin, après la série des prières de la messe. La voici : « Prières sur l'huile des malades ou le pain ou l'eau ».

« Nous vous invoquons, vous qui avez toute autorité et puissance. Sauveur de tous les hommes. Père de Notre-Seigneur et Sauveur Jésus-Christ, et nous vous prions d'envoyer une force curative du haut des cieux du Fils uni que sur cette huile, afin que de tous ceux qui sont oints ou qui participent à vos créatures ici présentes, elle éloigne toute maladie et toute infirmité, qu'elle leur serve d'antidote contre tout démon, qu'elle expulse d'eux tout esprit impur, en bannisse tout esprit mauvais, en chasse toute fièvre et froid et toute maladie, qu'elle leur accorde bonne grâce et rémission des péchés, qu'elle soit pour eu.K un remède de vie et de salut, leur apporte santé et intégrité de l'àme, du corps, de l'esprit, constitution parfaite. Seigneur, que toute force satani que, tout démon, toute embûche de l'adversaire, tout coup, tout supplice, toute douleur, toute souffrance ou choc ou secousse, ou ombre mauvaise craignent votre saint nom que nous invoquons en ce moment et le nom du Fils uni que ; qu'ils disparaissent du de dans, du dehors de vos serviteurs, afin que soit glorifié le nom de celui qui pour nous a été crucifié, est ressuscité, a pris nos maladies et nos infirmités, Jésus-Christ, qui viendra juger les vivants et les morts. Car par lui, à vous la gloire et la puissance dans le Saint-Esprit et maintenant et dans tous les sièc les *. » Il n'est plus ici question d'huile ;\ bénir pendant la célébration du sacrifice et offerte par les assistants qui la remporteront chez eux. Cette série de prières, dont fait partie celle qu'on vient de lire, est un recueil concernant le baptême : consécration des e aux, abrenuntiatio des néophytes, entrée dans la piscine et sortie, onction baptismale et chrismalion ; ensuite oraisons pour l'imposition des mains sur les diacres, les prêtres, les évêques : prière sur l'huile des mala des ; prière pour les défunts. Ainsi, cette prière fait partie d'un rituel destiné à la collation de sacrements et à la célébration de rites publics et olliciels ; à la suite des formu les de bénédiction à réciter sur l'huile et sur le chrême des baptêmes, une formule ;i réciter sur l'huile des mala des ; c'est bien un rituel liturgi que. Le titre de l'oraison est formel et le texte ne l'est pas moins. Il s'agit des mala des et de l'huile qui, leur étant destinée, est l'objet d'une bénédiction particulière, alin qu'elle possède une vertu eurative <l devienne véhicule de la rémission des péchés. i :t tout ceci se trouve dans le rituel liturgi que ofTiciel d'un évê que. L'attestation est si importante qu'on ne peut l'éluder qu'en imaginant le petit jeu des interpolations, qui témoigne chez celui qui s'y adonne plus d'ingéniosité que de bonne foi '. Au reste, l'idée d'interpoler une formule hors d'usage depuis des sièc les est une de ces trouvail les auxquel les on est dispensé de leur faire l'honneur d'une discussion.

L'Euchologe de Sérapion nous met ainsi en présence d'une formule aussi exphcite et aussi complète qu'on la peut souhaiter. L'huile sainte doit remédier aux infirmités du corps et guérir les défaillan ces de l'âme. Tout ce qu'on pourra argumenter contre un texte si clair n'y changera rien, n'obscurcira rien. Ce texte n'offrant décidément que peu de prise aux échappatoires, il a fallu se rat)attre sur le titre, ce qui n'était pas impossible à condition de le retoucher. Mais ce titre porte : « Prière sur l'huile des mala des ou l'eau ou le pain », et pas autre chose. L'oraison est donc faite pour l'huile des mala des. Le contexte ne parle que d'huile, d'onction et ceci ne s'appli que pas au pain pas plus qu'à l'eau ; la prière tut rédigée pour la bénédiction de l'huile. On a pu l'appliquer à l'eau et au pain destinés à divers usages reUgieux, sauf à modifier la formule ou à l'abréger ; ce n'était là qu'une adaptation — officielle ou non ? — on peut épiloguer sur la destination du pain et de l'eau bénits de la sorte, on ne le peut pas sur celle de l'huile formellement nommée et bénéficiant intégralement des fruits de la bénédiction ; cette huile est celle du sacrement de l'extrèmeonction.

La Didiiscalie de Vérone et la version éthiopienne de la Didascalie c/csopô^res contiennent une formule de bénédiction qui doit être prononcée sur l'huile offerte. Celle-ci sert à la fois d'onguent et d'assaisonnement, ce qui ne met guère sur la voie de l'huile sacramentelle. Voici le texte : « Sanctifiant cette huile, ô Dieu, accordez à tous ceux qui en usent et la reçoivent cette onction dont vous avez oint les prêtreset lesprophètes : ainsi donnez la force à ceux qui la boivent et la santé à ceux qui en usent. » Il s'agit donc ici du pichet d'huile que les fidè les faisaient bénir pour leurs besoins privés et qu'ils emportaient chez eux pour en user à leur guise, s'en frotter ou accommoder leur repas.

Le Testament du Seigneur, I. I, n. xxiv, contient cette formule : « Si le prêtre consacre l'huile pour la guérison de ceux qui souftrent, que, posant devant l'autel le vase, il dise à voix basse : Seigneur Dieu qui nous avez accordé l'Esprit, le Paraclet, le Seigneur. le nom sauveur, inébranlable, caché aux fous et révélé aux sages, Christ qui nous avez sanctifiés et qui, par votre miséricorde, rendez sages vos serviteurs que vous avez choisis par votre sagesse, vous qui avez envoyé à nous, pécheurs, la connaissance de votre Esprit par votre sainteté, nous accordant la puissance de votre Esprit ; vous qui guérissez toute maladie et souffrance, donnez le don de guérison à ceux qui, par vous, ont été faits dignes de cette faveur, envoyez sur cette huile, image de votre abondance, l'aide de votre bienfaisante commisération, afin (ju'elle délivre ceux qui souffrent, guérisse ceux qui sont mala des et sanctifient ceux qui s'en retournent, s'étant approchés de votre foi, car vous êtes puissant et digne de gloire, dans les sièc les des sièc les. Ainsi soit-il. « Cette fois encore le texte est si clair qu'on ne peut rien y ajouter. Il s'agit d'huile bénite pour la guérison de ceux qui souljrenl, auxquels elle apportera délivrance, guérison et sanctification pour ceux qui s'en retournent vers Dieu, ayant terminé leur pClerinage en ce monde.

Au début du v siècle, en 416, la célèbre lettre du pape Innocent I » a Deccntius de Gubbio contient cet important passage : Stine quoniam de hoc, sicuti de cœleris, consulere volait dilectio tua, adjecil etiam filius meus Cselestinus diaconus in epislola sua, esse n tua dilectione positum illud quod in beati apostoli Jacobi epistola conscriptum est : Si infirmus aliquis in vobis est, vo cet presbyleros et orent super eum, unqentes eum oleo in nomine Domini : et oratio fidei salvabit laborantem et suscitabit illum Dominas et si peccalum fecit, remittet ei. Quod non est dubium de fidelibus œgrotantibus accipi vel intelligi debere qui sancto olen chrismatis perungi passant, quod ab episcopo confectum non solam sacerdotibus sed et omnibus uti clxristianis li cet, in sua aut in suorum necessilate ungendum. Cuierum illud superftuum esse videmus adjectum ut de episcopo ambigalur quod presbyteris licere non dubium est. Nam idcirco presbyteris dictum est quia cpiscopi occupationibus aliis impediti ad omnes languidos iré non possunl. Cœterum si episcopus ont potest aut dignum ducit aliquem a se visitandum et benedicere et tangere chrismate, sine cunctatione potest, cujus est chrisma conficere. Kam pœnitentibus istud in/undi non potest quia genus est sacramenti. \ani quibus reliqua sacramenta negantur, quomodo unum genus pulatur passe concedi '' ? Le rite décrit ne peut faire l'objet d'un doute. L' évê que confectionne la matière de l'onction qui se fait sur les mala des, pourvu qu'ils soient chrétiens, et sur les pénitents reconciliés ou dont fctat est désespéré. Le rite est appliqué si fréquemment que l'évê que seul n'y pourrait suffire. Ladite onction sauve, relève, remet les péchés ; c'est une opération spirituelle dont on ne préjuge pas les effets physiques. L'évê que ne pouvant administrer cette onction à tous ceux qui la réclament, les prêtres sont là pour le suppléer, et le texte de saint Jacques le prévoit. A défaut d'évêques et de prêtres les fidè les ont-ils licence de se faire l'onction à eux-mêmes ? Le texte du pape Innocent I« le dit sans ambages : sancto oleo chrismatis... quod... non solum sacerdotibus sed et omnibus uti christianis li cet, in suo aut in suorum necessitate ungendum. « 11 est permis aux chrétiens d'user de l'huile pour faire l'onction, eux-mêmes, dans leur maladie ou dans celle de leur famille. • Tel est donc l'usage approuvé ou toléré à cette épo que par l'Église de Rome, et la consultation d'Innocent est insérée dans la Collection canoni que de Uenys le Petit, qui fait loi en Occident, principalement en Gaule, dès le début du vi= siècle ^ On la trouve également dans la Collection de QuesnelS composée au v= ou vi » siècle et en usage en Gaule, et dans le recueil de l'Af ricai n Cresconius, du vii« siècle K Pour la première fois, le terme « extrême-onction • apparaît dans les Statuts attribués à saint Sonnatius de Reims (600-631) : « Que l'extrcme-onction soit portée à celui qui est malade et qui la demande et que son pasteur aille le voir souvent à domicile et lui fasse de pieuses visites, l'excitant vers la gloire future et le préparant convenablement '. » Le Liber ordinum de la liturgie mozarabe contient Ingrediens saccrdos ad infirmum, facil ei signum criicis in capite de oleo benediclo, dicens :

In nominc Patris, et Filii, et Spiritus Sancli regnantis in secula seculoruni. Amen.

Et dicil lias trcs antiphonas subter digeslas,demum que oralionem in ordine :

Ant. : Sana me, Domine, turbata sunt ossa mea, et anima mea turbata est valde. Tu, Domine, convertere, et eripe animani meam. vers. : Domine ne in ira.

Hec antipliona dicitur cum plures fuerint inflrmi :

Ant. : Sana, Domine, omnes languores nostros, alléluia : redime de interitu vitam nostram, alléluia, VERS. : Ut conflteamur.

AxT. : Dominus loculus est discipulis suis : Accipite Spiritum Sanctum : in nomine meo demonia ejicite, et super infirmos inponite manus vestras et bene habebunt. vers. : Deus Deorum Dominus.

Ant. : Dominus erigit elisos, Dominus solvet compeditos. Dominus sanat infirmos. vers. : Qui sanat contritos. Dominus. — Oremus Dei omnipotenlis misericordiam, ut vulncra famuli sui (famulorum suorum) propitius curare ac sanare dignetur.

Oralio :

Jliesu, salvator noster et Domine, qui es vera salus et mcdicina, et a quo et cuius est vera salus et medicina, qui apostoli tui voce nos instruis, ut raorbidos olei liquore tangentes, luam postulamus misericordiam pietatis ; aspice propitius super h une famulum tuum (famulos tuos) Itl. ab illa mirabili summitate celorura : ut quem (quos) languor curval ad exitum,et virium defectiojampertrahit adoccasum, mcdella tue gratie restituât castigatum (castigatos). Et cxtinguein eum (eos), Domine, libidinum et febrium estus, dolorum stimu les ac vitiorum obterc cruciatus.

Egritudinum et cupiditalura tormenta dissolve. Superbie inflationem tumores que compesce. Ulcerum vanitatum que putredines évacua. Viscerum interna cordium que Iranquilla. Medullarum et cogitationum sana discrimina. Conscientiarum at que plagarum abducito cicatri ces. Fisicis tipicis que adesto periculis. Veteres immensas que remove passiones. Opéra carnis ac sanguinis materiam que compone, ac delictorum illi veniam propitiatus adtribue. Sic que illum (illos) tua jugiter custodiat piefas, ut nec ad correj)- tioncm aliquando sanitas, nec ad perditionem, te auxiliante, nunc perducat infirmitas : fiat que illi (illis) hcc olei sacra pcrunctio concita niorbi pressentis e.xpulsio et peccalorum omnium exoptata remissio. — Pater.

Benedictio.

Propitielur Dominus cunctis iniquitalibus fuis, et sanet omnes languores tuos (vcstros). Rcdimat de interitu vitam tuam (vestram), et satiet in bonis dcsiderium luiim (vestrum).. — Amen.

.'\t que ita libi (vobis) Dominus cordis et corporis medcllam adtribuat, ut ipsi scmper gratias referas (referatis). — .\mcn. Qui olim in trinitale visitcl vos angélus salutis et pacis '.

Dans les sacramenlaires dits gélasicn cl grégorien on rencontre une formule prononcée par l'évè que à la messe du jeudi saint, pour la bénédiction de l'huile des mala des ; elle était récitée vers la fin du canon, avant le l'uler.

Emilie, qiuesumus, Domine, Spirilum Sanclum Faraclilum de civlis in banc pinguedinem olei quam de viridi ligno produccr^ dignatiis es ad releclionem A partir du \Tne siècle les textes relatifs à l'extrêmeonction deviennent nombreux et très clairs. Nous nous bornons ici à enregistrer les documents lit urgiques, car les monuments figurés continuent à manquer.

Théodulfe, évè que d'Orléans, rappelle (789) et décrit la collation du rite de l'onction des mala des dans l'Église fran que ^ Un sacramentaire de SaintRemi de Reims, légèrement postérieur, contient un Ordo ad anguendum infirmum, que dom H. Ménard. son premier éditeur, place vers l'an 800 ''. Dom E. Jlartène rapporte au ixi^ siècle plusieurs Ordines édités par lui : Ordo I (pontifical de Jumièges, vni^- ix'î siècle) ; Ordo //(pontifical de Prudeiice de Troyes, ix< ! siècle) ; Ordo III (sacramentaire de Saint-Gaticn de Tours, ix<^ siècle) ; Ordines IV et V (deux manuscrits de Tours du ix »« siècle). Martène donne comme du ix' ou du x »= siècle l'Ordo VIII (de Reims), l'Orf/o IX (de Moissac), VOrdo X (de Noyon). Le sacramentaire grégorien de dom Ménard contient un rituel de l'onction S celui de Du Tillet également « . Les rituels celtiques de Dinina (ix« siècle), de JMuUing (ix' siècle,) de Stowe (ix^-x » siècle) nous renseignent sur la manière d'oindre les mala des (voir Diclionn., t. ii, col. 3023). Les rites sont semblab les dans toutes les Églises d'Orient et le type byzantin passe pour avoir servi de modèle aux liturgies copte, sjTiennc et arménienne ■. L'Ordo grec édité par J. Goar ne remonte pas plus haut que le x' siècle ».

H. Leci.ercq.


EX-VOTO. Ce sujet ne comporte pas d'explications étendues ; c'est une spontanéité du sentiment s'exprimant sous forme de monuments variés. Les l)aiens pratiquaient eux aussi la reconnaissance envers la divinité sous cette forme naïve et il est assez probable que les fidè les n'ont fait que transférer à l'objet de leur croyance des pratiques à peine différentes de cel les qu'ils entretenaient avant leur initiation. Il n'y a pas possibilité d'imaginer ni d'établir des catégories dans l'ex-voto. Celui-ci affecte le plus souvent la figure réduite d'un membre, d'un objet usuel. Les sanctuaires sont remplis de ces figurines en cire, en bois, en marbre, ou encore de membres postiches, de béquil les, de bandages, qui témoignent d'un soulagement obtenu, ou encore d'images rappelant un péril évité, l^arfois c'est une promesse qu'on veut tenir d'une manière solennelle et durable par une pla que de marbre gravée. En voici quelques exemp les :

!'■ Ain Regada, en Afri que, entre Guelma et Constantine ; stèle arrondie au sommet, trouvée avec une autre de dimensions à peine plus gran des. Celle-ci mesure 0 m. 35 de hauteur, 0 m. 23 de largeur. Au-dessous d'un monogramme constantinien, dont la forme permet d'attribuer ce monument au iv^ siècle, on lit une inscription de huit lignes ; lettres irrégulières, hautes de 0 m. 02 en moyenne. La première ligne et la sixième sont précédées d'un petit cercle pointé. Sur la première stèle on lit les mêmes noms des martyrs et la même formule initiale avec la mention de l'anniversaire ; sur celle-ci cette dernière mention est remplacée par celle d'un vœu ' (lig. 4252) :

]>ê[ Nomina \ martur\rou ■ Nivalis Matrone \ Salvi \ Forlunalu Quot promisit \ lecit. l'ormule uni que dans l'épigraphie chrétienne d'Afrique ; bien qu'on y rencontre des formu les analogues : a Mascula : QVOD PROMISIT COMPLEVIT ' ; à Lambèse, tablette de marbre haute et large de 0 m. 36, épaisse de Om. 035, hauteur deslettresO m. 04, trouvée près du grand temple du forum etconser\-ée au prétoire » •.


IN • N ■ DOMINI ■ N ■ CRIST ;


VOTVIVL ■ QVOD ■ PROMISIT ■ Vna cuni FRATRIBVS ■ SVIS ■ DVLCMS. et cum CONIVGE • SVA • CASTA reddidit

A ■ SOLO ■ DEDICAVERVN^


IN CRISTO-VIVASVT-IN ME''« s crescas 2 » Il sufTit de visiter un sanctuaire voisin du rivage de la mer pour y voir des ex-voto en forme de na\irc ;

/V\ARTU/l MATRON C ^ fecir c'est là un ancien usage dont on possède des exemplaires païens, comme le petit bateau de bronze découvert à Lyon, sur la coUine de Fourvières, et qui mesurait 0 m. 27 de longueur, sa plus grande largeur prise au miheu est de 0 m. 08, sa profondeur 0 m. 08 prise au centre de la co que '. Un monument analogue, mais de plus gran des dimensions, avait été découvert en 1763 sur le territoire de la comm une de Blessey, près Chancc aux, à deux kilomètres des sour ces de la Seine. C'était une galère de bronze, de 0 m. 66 de long sur 0 m. 11 de large, montée par plusieurs matelots figurés la tête nue ; elle provenait sans aucun doute du temple de la déesse Sequana *. est monté par deux hommes, dont l'un se tient debout à l'avant tandis que l'autre est assis à l'arrière et manœuvre le gouvernail '. Le mât est surmonté d'un grand anneau pour suspendre l'objet, comme on suspend encore aujour d'hui les ex-voto que les marins consacrent à la Vierge.

3° En Egypte, à Akhmîn, on a trouvé au mois de février 1909 et transporté au musée du Caire une colonne de marbre, haute de 3 m. 50, dans une maison au sud-est de la ville. Au sommet du monument, une croix latine, l)ien gravée ; par-dessous, ce texte également sculpté avec beaucoup de soin ■ :

Tttep eu/'Oî H'.ioSupou xai KaXXtpoi) ? xat t<ov TExvtov auTtov. Formule plutôt rare et d'ailleurs spéciale à l'épigraphie chrétienne ' : • Hx-voto d'Héliodore, de Kallirhoc (sa femme), et de leurs enfants. • -1° On a rencontré à Carthage, parmi d'autres objets intéressants en terre cuite, une figurine dont la tète n'a malheureusement pu être retrouvée. Elle est d'un style très barbare et certainement d'épo que chrétienne ; elle représente une femme debout, vêtue d'une longue tuni que tombant jusqu'aux pieds et ornée de deux laticlaves. Cette femme appli que sa main gauche sur la poitrine et sa main droite sur son ventre gonflé, de telle sorte qu'on est amené ù se demander si le coroplaste n'a pas voulu représenter une femme enceinte ; la statuette aurait, en ce cas, le caractère d'un ex-voto. A l'appui de cette hN^pothèse, on signale au musée Saint-Louis, de Carthage, l'existence de plusieurs statuettes chrétiennes analogues, où la saillie du ventre est aussi nettement accusée *.

5° Une petite statuette en argent du musée de Spalato, haute de 0 m. 057, représentant un homme chauve, imberbe, en posture d'orant ; vêtu d'une tuni que et d'une dalmati que ; ouvrage du V siècle environ '.

Les ex-voto déposés dans les sanctuaire », principalement à Rome, où les prin ces, les papes, les pèlerins rivalisaient à qui éclipserait la donation déjà faite par une donation plus encombrante ou plus riche. Les tombe aux des apôtres attiraient la dévotion et provoquaient la générosité. Maltieureusement la prodigaUté ne remplaçait ni le bon goût ni l'habileté techni que et ces ex-voto n'otïraient le plus souvent, à en juger par les descriptions et de rares débris, qu'un témoignage de bonne volonté.

A Merida, en 1752, fut trouvée unecolonnette dont la hauteur était de deux pieds trois quarts et le diamètre d'un quart de pied. Transportée en 1755 à Madrid, entrée depuis à l'Académie de l'Histoire, elle a finalement disparu. On y lisait ceci • :

'Yttèp eu jT^i ; xal ccôcr(iaToç au'uxu6cpvï]CTCto( ; xai TïàvTCOV TÔiv O'J- |X7T0>ATCÔV L'art du travail et de la fonte des mét aux enrichit les églises d'ex-voto de toute espèce.

Ce n'étaient pas seulement des lampes, des candélabres, des luminaires de tout L ;enre que l'on offrait en hommage au saint, mais des couronnes (rcgna), des croix, des monogrammes, des figures symboliques d'un travail précieux, des vases sacrés, voire de simp les plaques décorées, le tout généralement pourvu d'une inscription du donateur et souvent de la mention d'un vœu {volum solvil). Les objets étaient souvent exposés devant l'autel, sur la pergula, colonnade reliée par un entablement, que rappelle l'iconostase grec que. On en vint à suspendre à la pergula jusqu'aux cali ces, patènes, barillets et vases liturgiques récemment oITerts, Entre autres objets donnes par le pape Grégoire III ;i la basili que de Saint-Pierre, pour la pergula de la chapelle de tous les saints qu'il y avait élevée, nous relevons : gabatas aurcas, gabatas saxiscas, cru ces pcndenlcs, ainulas super auralas pendentcs, fibulaloriacoronam auream cum cruce pendcntcm in genimis. caliccm argcnleum qui pendit in absida ipsius oralorii '.

On peut se faire une idée de ces ex-voto brillants | de plaques d'argent doré, ornée de pierres précieuses d'un métal poli relevé par des cabochons et placé I non taillées, les bras laissent pendre à des anne aux à l'éclat des lumières par les couronnes de Guarrazar (voir ce mot) conservées au musée de Cluny, ou bien encore par la précieuse croix de l'empereur Justin II, conservée à la basili que Vaticane (voir Dictionn., t. m, cof. 3112, fig. 3411). Elle est couverte ou bien : Suinthilanus rex offert, ou bien : In Dei nomine offeret Sonnica sancte Marie in Sorba ces ^. Nous, donnons ici un beau dessin de Rohault de Fleurv' qui présente une heureuse idée de cet entassement d'ex-voto à la pergula d'une basili que (fig. 4254).

L'objet est d'un beau travail ajouré, et doit remonter au v« siècle. Voir Diclionn., t. i, col. 1981, fig. 540.

D'après O. WulU, AltchristHche.... Bildwerkc, Berlin, 1909, n. 2264.

A la même épo que appartient une coupe trouvée à Rome avec l'inscription ^ :

+ PETIBI ET ACCIPI VOTVM SOLV I

Nous avons déjà fait connaître (voir Diclionn.. t. I, col. 1987, fig. 453) ce qui reste d'un exvoto donné à un sanctuaire de Rome ou des environs par un certain Héraclide, évéquc. L'objet, du iv siècle environ, est une pla que de bronze pendue à une chaînette et sur laquelle on ht en caractères d'argent' :


HERACLIDA ■ SERVVS • DEI


EPIS FEC-

Celle-ci, en bronze, venant de Smyrne et entrée en lylO au musée de Berlin, doit lui être comparic (haut. 0 m. 05 ; larg. 0 m. 088)' (fig. 4255).

On possède aussi la pla que de bronze, à inscrip .\ en juger par la forme du fragment subsistant, l'objet suspendu à la pla que devait être une gabata ou un lustre.

On peut, à cet ex-voto venant de la Hongrie actuelle, en rattacher un autre venant de la Transylvanie. C'est aussi une pla que de métal découpée à jour et formant cartouche avec ses oreil les en


PNAVF^OAVTCIMW/S5

12,« >(). — Inscription d'ex-voto sur pla que de bron/.e. D'après O. Marucchi, / monumenti crisl., pi. xLiv, n. 10queues d'aron des. Deux cliaînons retenaient un monogramme ajouré auquel était sans doute suspendue une lampe. On lit sur cette pla que (fig. 3863)' :


EGO ZEN O

V I V S VO T

V M PO S V I

Le sol de Rome nous a livré plus d'une inscription votive sur marbre. El les ne sont pas toujours aussi détaillées que celle du xi' siècle que l'on peut lire dans la basili que de Saint-Pierre-ès-Liens et dans laquelle le donateur, le prêtre Sévère, a ninciilis Sancli Pétri, nous apprend que l'encadrement de l'oljjet inconnu oflert par lui est en bois de cèdre (voir Diclionn., t. m, col. 6, lig. 2380) : . . . CLVS CED RI NVS EST '>'. Ces textes ne permettent pas toujours de déterminer la nature de l'ofirande.

Souvent les donateurs se sont contentes de contribuer jiar une somme d'argent aux frais de construction ou d'embellissement du bâtiment.

Dans l'église actuellement disparue de Sainte-Bonose au Transtévère, ou exhuma, vers 1869, une inscription sur marbre qui parle d'une donation faite par un certain Deusdedit à un »lieu saint« indéterminé. Est-ce la maison de sainte Bonose transformée en oratoire ? Du moins, la demeure de la pieuse Romaine semble avoir été là. L'inscription, du v^ ou vi^ siècle, apporterait un témoignage considérable à l'appui des traditions qui se rattachent à l'église de Sainte-Bonose, si elle provenait bien du point où elle a été trouvée. Mais cela n'est pas sûr. Beaucoup d'inscriptions et d'innombrables marbres ont subi à Rome de longues pérégrinations avant d'arriver au lieu où on les rencontre aujourd'hui. Une particularité de cette plaque votive est la palme de victoire et de bonheur, placée à côté du mot ex-voto : couronne ornée de pierres précieuses envoyée par Clovis à Saint-Pierre ; présents du roi Théodoric à la même église ; dons de l'empereur Justinien, etc., etc. À la collection analogue d'objets précieux du Latran appartenait, entre autres, le trésor des cimelia episcopii, mentionnés sous le pape Séverin.

Nous possédons le texte d'un ex-voto impérial du v^ siècle, à Saint-Pierre-ès-Liens. Théodose le Jeune, Rudocie avec son mari et Liudoxie y témoignent qu'ils accomplissent leur vœu :

(Jn connaît aussi le texte d'un ex-voto mis en 425 dans l'église de Sainte-Croix de Jérusalem par l'impératrice, son fils Valentinien III et sa fille Honoria : Reges terrae et omnes populi, principes et omnes judices terrae laudant nomen Domini. Sanctae Ecclesiae Hierosolymitanae feliciter, qui se rapporte ici à l'heureuse exécution du vœu ou à l'obtention de la grâce souhaitée :


PEGO DEVS DE DET AMATORLO C SANTI 80 TVM FECIT P à 5 FELICITER J

Parmi les ex-voto pontificaux, il faut rappeler le don de Pelage II à Saint-Pierre, qui consistait en un lustre de métal précieux ou en une autre décoration pour l'autel de l'apôtre et dont l'inscription métrique a été transcrite sur place au ix^ siècle. On peut conclure du texte de cette inscription qu'il s'agissait d'une offrande solennelle faite par le pape « avec le peuple fidèle, » pour le bonheur de l'empereur Maurice et de son fils, en particulier pour obtenir des temps heureux à l'abri des troubles de la guerre -. Il faudrait, et le catalogue aurait de l'intérêt, rassembler tous les renseignements dispersés sur les salutem Valentinianiis, l'impératrice et Honoria Augusti volum solverunt '. Mais la plus remarquable inscription de ce genre se trouve être un bas-relief en marbre palombin du iv^ siècle environ '. Le bas-relief représente une femme tenant un livre ouvert, entre deux saints ou deux apôtres. Peut-être une sainte. Le marbre a été trouvé à Rome, on lit (hg. 12^7) :

A Youks {Aquas Cesaris). à l'ouest de Tébessa ', une table de pierre longue de 0 m. 48, large de 0 m. 42, épaisse de 0 m. 12, conservée au musée de Tébessa. Cette pierre aura été probablement jadis encastrée dans le soubassement d'un autel ou au-dessus de la porte d'une chapelle. Au milieu de la plaque,


NOMEMARTV RIS CALENDIONI SAIVTES QVI BOT VM CONPLEBERVN 5 T

Nome(n) martyris Calendionis. Adjuva qui volum compleverunt.

En Afrique encore, sur la clef de l'arc d'une basilique donatiste ' :


VOTVM COM PLETVM DEO GRATIAS A GAMVS EX 5 OFFICINA FORTVNI ET VICTO RIS FILI

A Thala, dans le pavement de l'abside de la basilique, une rosace centrale porte ces mots ' :

Z A N

C C A

R 1 V S

C V WI


SVIS


SOLBIT Felisx Zanccariiis cum suis bolum solbil.

Autre exemple d'un vœu pour un pèlerin en + Ynep evxHC ANACTACIOY AIA KONOY AAEZANAPE Ca)C KC EIATPOY -A 'TtiÈp s^'/Tfi 'AvaaTaatou Siaxovo'j 'AXeÇavâpétoç xé... EaTpoû.

A Sbeitla (Sufetula), au milieu de la grande face du rebord des fonts baptismaux, une inscription en lettres noires de 0 m. 075-0 m. 08, les lignes interlinéaires en rouge ' :

V 1 T A LIS


ET


LA


VOTV


MSN

Vitaiis cl Cardela votum solrerunl.

A Kanygel les (Kannidali), à deux heures environ d'Ayash (Cilicie), nous voyons un chrétien nommé Papylus qui avait fait vœu de bâtir une église : Tièp |xvri|i.y)ç y.al àvotTtaûcrstoç xol 'ù-i TÉxvcov TT ;v eù/y)v

Parfois, lors que l'ex-voto avait péri, le témoignage épigraphique recevait une autre destination et se transformait en épitaphe °.

Une croix byzantine trouvée dans une église située dans la périphérie des ruines de Uulla Itegia '. Il est en cuivre revêtu d'une mince couche d'argent et mesure 0 m. 25 de hauteur sur 0 m. 20 de largeur.

X. _ g.

Près de cette croix on en ramassa deux autres très petites, pourvues d'une chaînette terminée par un crochet et qui étaient probablement suspendues aux anneaux latéraux de la grande. La branche supérieure est sans anneau, on ne saurait dire si elle en portait un. L'inscription est la suivante (fig. 4258) :

+ vnep e vxH

C^CCÙ T H P I A C A A E £ AN AP

snp E

Celle croix avait donc été offerte en ex-voto, à c'est douteux ; mais nous croyons devoir la mentionner ici, puisqu'elle est, à notre connaissance, le seul représentant d'un sujet dont l'avenir fera peut-être découvrir d'autres exemplaires - (fig. 42()0). H. Leclercq. ÉZÉCHIEL. Ce personnage n'est représenté qu'exceptionnellement dans l'ancien art chrétien. Voici le sujet auquel il est associé ; on lit dans Ezecli., xxxvi : « La main du Seigneur fut sur moi, et elle m'emmena dans l'esprit du Seigneur, et elle me laissa dans une campagne remplie d'ossements. Elle m'en fit faire le tour ; ils étaient en grand nombre sur le sol et fort secs. Alors il me dit : Fils de l'homme, penses-tu que ces os puissent revivre ? Je dis : Seigneur Dieu, vous le savez. Et il dit ; Prophétise sur ces os et dis-leur : Ossements desséchés, écoutez la parole du Seigneur : Voici que je vais introduire un esprit en vous et vous vivrez. Je mettrai sur vous des nerfs, et je ferai croître sur vous des chairs.

L'église de BuUa Regia, par le prêtre Alexandre et sa femme, à la fin du vi^ siècle de notre ère (voir Diclionn., au mot Célibat).

Un ex-voto trouvé en Haute-Égypte se compose d'un buste en terre cuite de 0 m. 16 de hauteur, vi^ VII^ siècle. Il représente une femme nue, soutenant ses seins de ses deux mains. Sur le ventre on lit Bl*, qui rappelle Apa Phib, un des saints coptes les plus populaires ' (fig. 4259).

H. Leclercq.


EZRA. Ce monument, écrivait M. de Vogüé, est certainement le plus intéressant de tous les édifices chrétiens de cette région. Achevé en l'an 515 de notre ère, suivant une inscription gravée sur le linteau de la porte occidentale, il est parvenu jusqu'à nous sans modification, toujours consacré au culte catholique, pour lequel il a été construit et qui se célèbre encore sous ses voûtes vénérables. La seule altération qu'il ait subie provient des faits de guerre qui ont désolé ce malheureux pays ; des fortifications parasites en pierres sèches ont été élevées !

Plan (Sig. 4263). — Le plan est d'une extrême simplicité : diamètre du vide central : 7 m. 30 ou 24 pieds ; longueur totale du chœur : 8 m. 30 ou 27 pieds ; ouverture des exèdres : 3 m. 85 ou 12 pieds et demi. L'emploi systématique du nombre 3 est évident ; le nombre 11 lui-même est le tiers de 33 et montre que l'on a pris pour largeur du vide annulaire le tiers de la largeur totale du vide central.

Cnape longiludinale (fig. 42(55). — La coupole est soutenue par huit piliers de 15 pieds de haut supportant un tambour de 15 pieds. Les deux dernières assises de ce tambour sont faites de dalles qui transforment d'abord l'octogone en une figure régulière de 16 côtés, puis en une figure de 32 côtés, de manière à passer graduellement de la forme polygonale au cercle qui sert de base à la calotte. C'était le système appliqué depuis trois siècles dans les monuments païens du Haouran. Quant à la calotte, elle est en blocage, et tout fait supposer qu'elle est contemporaine de la construction primitive. Sa forme ovoïde est très originale et rappelle les monuments de l'Asie centrale.

A l'exception de cette coupole en blocage, toute la maçonnerie est en pierres appareillées sans mortier, mais avec l'irrégularité de joints et d'assises spéciale au pays. On remarquera au milieu du tambour deux assises dont les pierres sont enclavées les unes dans les autres.

A la base de la coupole règne une série de petites fenêtres ; c'est le plus ancien exemple existant d'un système d'éclairage qui reçut à Sainte-Sophie de Constantinople son plein développement.

Le bas-côté et le chœur sont couverts dans le système de dalles du Haouran.

Les pieds-droits des exèdres sont en saillie sur l'archivolte ; ils recevaient autrefois des poutres qui supportaient sans doute une tenture ou toute autre décoration spéciale.

Entrée occidentale (fig. 4264). — La porte principale se compose d'une baie rectangulaire surmontée d'un arc de décharge très surhaussé ; sur le linteau, décoré à ses deux extrémités, de croix et de pampres assez grossièrement exécutés se lit une inscription grecque :

ββ οκος τῶν δαιμόνων οκος τοῦ Κυρίου ἐγένετο· τὸ φῶς τοῦ σωτηρίου ἐφωτίζει τὸν τόπον ν ἐσκότουν α τьνέβρες· α θυσίαι α εδωλολατρικαὶ ἀντικαταστάθησαν πὸ τῶν ἀγγέλων χοροί· που ἐγίνετο α ργιαὶ τοῦ θεοῦ, ψάλλεται α δοξολογίαι τοῦ Θεοῦ. νθρωπος ἀγαπῶν τὸν Χριστόν, ωάννης ἐπίσκοπος, υὸς Διομήδους, ἀνέθηκεν τ Θε, ἐκ τῶν δίων, τὸ μνημεῖον τοῦτο, ἐν θηκεν τὴν πολυτίμητον λείψανον τοῦ γίου νικητοῦ μάρτυρος Γεωργίου, τὸν γιον αὐτ ἐφανερωθέντα, οὐκ ἐν πν, ἀλλὰ ἐν ἀληθεί. ν τ ἐννάτ νδικτιῶνι, ἐν τ τει 410 » (1er septembre de l'année 515 après Jésus-Christ, la date donnée étant celle de l'ère de Bostra).

Les deux portes qui flanquent l'entrée principale n'ont pas d'arc de décharge ; leur linteau est orné d'une croix cantonnée de deux grappes de raisin, de l'alpha et de l'oméga.

H. Leclercq.

Corp. inscr. græc, t. iv, n. 8627. — De Vogué, Syrie centrale, architecture civile et religieuse, 1865, p. 61-62, pl. xi.

F. La lettre F a connu à peu près les mêmes vicissitudes que la lettre E. Le trait transversal n'est parfois qu'une sorte de bourgeon à peine visible, mais le plus souvent il est clairement marqué. Fréquemment le trait transversal et le trait supérieur suivent la même direction, un peu redressée vers le haut : ceci est fréquent au xi siècle. Parfois aussi le trait transversal et le trait supérieur sont horizontaux avec leur pointe extrême légèrement troussée, un peu à la façon de l'écriture onciale et des inscriptions britanniques de basse époque. Dans les inscriptions chrétiennes, à partir de la fin du vi siècle, il n'est pas rare de rencontrer à la partie inférieure de la haste une sorte de talon qui permet la confusion entre F et E ; au vii siècle, dans les inscriptions de la Gaule cet abus est fréquent '. Rarement, même à cette époque, où cependant l'alphabet souffre tout, la ligne transversale médiane est tout à fait omise.

La lettre F entre dans un certain nombre de sigles tels que :

F(ecit) ; F(ecerunt) ; F(aculum) ; F(aciendum) ; F(elix) ; F(ilius) ; F(inel) ; FEL (iciter) ; F(ieri) I (assit) ; F(ece) R(unct) ; F(ieri) F(ecit).

H. Leclercq.


FABER. Le mot faber désignait une catégorie nombreuse d'ouvriers, puisqu'il pouvait s'appliquer à tous ceux qui travaillaient un corps dur. Faber... propter operis firmitatem, dit Isidore de Séville : il pouvait même s'appliquer à un entrepreneur de constructions en pierre, puis que nous lisons dans le Digeste ; servus lapidarios commodatas sub machina pericul, lencri /abrum commodati, et encore à un marbrier : un tablettier : Marmoris aut eboris fabros', à un maçon : Fabri... utuntur ad saxa coagmentata '. Au contraire, l'ouvrier qui façonnait une plate, terre, argile, cire, s'appelait fictor ou figulus. Enfin le code Théodosien nous apprend que eos qui manu viclum rimantur aut tolérant, figulos viddicct ant /abros '.

Faber est souvent employé isolément ou souvent aussi avec un déterminatif. Dans l'Évangile, nous lisons que Jésus était faber, filius Mariæ ', car on désignait communément les charpentiers de cette façon sans ajouter tignarius, tignuarius ou lignarius ; au contraire, afin d'éviter la confusion, d'autres professions étaient désignées ainsi : faber murarius, scieur de long : œrarius, argenlarius, eburarius. Parfois on poussait à une précision plus grande : faber navalis, faber balneator, faber pelliciarius, etc., la plus courante est encore faber navalis, qui désigne les charpentiers.

Un fragment chrétien, trouvé dans le pavement de la basilique de Saint-Paul sur la voie d'Ostie et conservé dans le cloître de cet édifice, mentionne un faber ferrarius ' :


CRESCENTIO FERRARIVS DE SVB[ »r<( NQVE SIBL ET SVIS-QVI OMNIBVS F[eei7.Sous le bas-empire, faber se limite plus qu'autrefois aux professions de charpentier, forgeron et serrurier. L'importance croissante du fer dans les constructions peut expliquer cette évolution d'un terme courant qui se spécialise de plus en plus. Sous le bas-empire finissant, faber ne désigne même plus que le forgeron à l'exclusion du charpentier et Isidore de Séville ne lui donne plus que ce sens de forgeron : Faber a faciendo ferro impositum nomen Imbel. Hinc derivatum est nomen ad alias artium malarías fabros vel fabricas dicere, sed ciim adfectione, ut faber lignarius, et reliqua propter operis, scili cet, firmitatem '.

Quelques inscriptions chrétiennes nous ont conservé la mémoire de fabri « :


EVFRANDIO FABER QVI VIXIT ANNOS PL P M es LV DEPOSITVS IN PACE REFRIGER VII KAL DEC DIE MARTIS COSTASI MIS A FOSSORE SVSTV AVRI SOL llll


ASI 'T »

La suivante vient du cimetière de Saint-Hermès, où elle fut trouvée en 1843 « :


RENATVS FABER IN PACE

et celle-ci, trouvée le 13 mai 1727 dans le cimetière dei Gordiani, a péri dans l'incendie de la maison de Boldetti '- :


EVTICIO FABRO FERRIO QVI Bl QVIE


SIT SIT

Euticio fabro ferrario qui bisit ann. XXII. quiesit kal. dice(mbre)s.


II. Leclercq.


FABIEN. Le pontificat de Fabien fut un des plus longs à l'époque des persécutions. Commencé en 236, il prit fin le 20 janvier 250, par le martyre du pape de Rome au début de la persécution de Dèce. Fabius... fuit temporibus Maximini et Gordiani et Filippi, a cons. Maximiani et Africani usquc Decio II et Grato, lisons-nous dans le Catalogue libérien ». Ce Fabien, sur qui

V. — 34

Nous n'en sommes pas réduits heureusement à ce document sans valeur ; la notice du Liber pontificalis est ainsi conçue : Fabianus, natione Romanus, ex patre Fabio, sedit ann. XIII, m. XI, d. XI. Martyrio coronatur. Fuit autem temporibus Maximi et Africani iix que ad Decio et Quadrato et passus est xi kal. febr. Hic regiones dividit diaconibus et fecit VII subdiaconos, qui VII notariis imminerent ut gestas martyrum in integro fideliter colligerent. Et nullas labricas per cymiteria fieri præcepit. Et post passionem ejus Moyses et Maximus presbyteri et Nicostratus diaconus comprehensi sunt et in carcere missi sunt. Eodem tempore supervenit Novatus ex Africa et separavit de ecclesia Novatianum et quosdam confessores, postquam Moyses in carcere defunctus est, qui fuit ibi menses XI, et sic multi christiani fugierunt per diversa loca. Hic fecit ordinationes V perm. Dec. presbyteros XXII, diacones VII episcopos per diversa loca XL Qui etiam sepultus est in cymiterio Calisti via Appia XIII kal. febr. Et cenavit episcopatum dies VII *. Aces renseignements viennent s'ajouter une ligne de la notice du pape Pontien mort dans son exil de Sardaigne, quem beatus Fabianus adduxit cum clero per navem et sepelivit in cemeterio Callisti, via Appia.

Nous savons que le pape Victor fut, en 203, enterré dans la crypte du Vatican, où reposaient autour de saint Pierre les papes défunts. Le successeur de Victor, Zéphyrin, qui gouvernait l'Église à l'heure critique où fut constituée la propriété ecclésiastique, « chargea I le diacre] Calliste du gouvernement du clergé et le préposa à l'administration du cimetière ' ■• situé sur la voie Appienne. A mesure que la situation alla s'affer

Ce fut dans le cimetière papal que Fabien déposa les restes de son prédécesseur Pontien. Il ne voulut laisser à personne le soin d'aller chercher le corps, mais, entouré de son clergé, fit le voyage de Sardaigne et accompagna sur le navire qui les portait les saintes dépouilles. La nouveauté n'était pas dans le fait de cette exhumation d'un déporté qu'on ramenait dans sa patrie. Le jurisconsulte Marcien nous dit en propres termes que, si quis in insulam deportatus vel relegatus fuerit, pœna etiam post mortem manet ; nec licet eum inde transferre alicubi et sepelire inconsulto principe, ut saepe Severus et Antoninus rescripserunt et multis petentibus hoc ipsum indulserunt. Si quelqu'un a été déporté ou relégué dans une île, la peine dure même après la mort, et il n'est pas permis de le transporter du lieu de son exil et de l'enterrer ailleurs sans le consentement du prince, comme l'ont écrit très souvent Sévère et Caracalla, en accordant cette permission à un grand nombre de pétitionnaires. Fabien dut solliciter cette faveur probablement sous le règne de Philippe, plutôt que sous celui de Maximin ou sous celui de Gordien, car il ne semble pas qu'il s'en soit caché. Le fait de cette translation, accomplie dans des conditions publiques, est une preuve remarquable de l'importance que l'Église romaine attachait à posséder la série complète des sépultures de ses pontifes et à les réunir dans la crypte papale ; il démontre en même temps, par un nouvel exemple, la légalité publiquement reconnue à l'usage que les chrétiens faisaient de leurs droits sépulcraux.

Fabien paraît avoir été, au moins sous le règne des Philippes, dans les meilleurs termes avec l'autorité politique et administrative. Avant lui, Calliste avait fondé la propriété ecclésiastique, Fabien lui donna une organisation stable. Il régla, au point de vue religieux, l'administration de la ville de Rome et superposa, en quelque façon, à la cité civile une cité ecclésiastique construite sur un moule identique. Il divisa les régions entre les diacres et fit de nombreuses constructions dans les cimetières. Ces deux mesures se tiennent. Avant le pontificat de Fabien, les diacres avaient formé un seul corps, sous la présidence du premier diacre ; Fabien assigna à chacun le soin d'une ou deux régions civiles, composant désormais une région ecclésiastique, et désigna un ou plusieurs cimetières pour le service de celle-ci.

La composition exacte des circonscriptions ainsi tracées par Fabien peut être reconstituée à l'aide des inscriptions. La première, comprenant deux régions civiles, XII et Piscine publique, et XIII, Aventin, était placée sous l'autorité du premier diacre et desservie par les cimetières de la voie Appienne. La deuxième, formée des régions civiles II (Mont Célius) et VII (Forum romain), correspondait à une zone cémétériale commençant à gauche de la voie Appienne et comprenant le cimetière de Prétextat. La troisième région englobait la IIIe civile et la Ve civile, c'est-à-dire tout l'Esquilin entre la porte Labicane et la porte Tiburtine ; elle était desservie par le cimetière ad duas lauros. La quatrième région ecclésiastique comptait les régions civiles VI (alla semita) et IV (Forum de la Paix) avec les cimetières de la voie Nomentane dans sa dépendance. La cinquième région était composée de la région civile VII (via Lata) et avait pour ses inhumations les cimetières de la voie Salaria. La sixième région ecclésiastique, correspondant à la IXe région (Cirque Flaminien), possédait les cimetières de la nouvelle voie Aurélienne. La septième région, formée de la région civile XIV (Transtévère), était desservie par les cimetières de la voie Aurélienne et de la voie de Porto.

Cette organisation, ajoute P. Allard, dura jusqu'à la mise des cimetières sous séquestre sous Valérien et fut rétablie par le pape Denis, après leur restitution à la fin du règne de Gallien ; elle reliait l'administration paroissiale de Rome à la propriété ecclésiastique, régularisait et consolidait celle-ci, constituait en quelque sorte le cadre d'une Rome chrétienne. Des mesures aussi importantes, prises sous le règne des Philippes, n'avaient pu demeurer inconnues au gouvernement de Déce, et auraient suffi à désigner Fabien à ses premiers coups.

Nous ignorons tout des circonstances de son martyre. Il exista une lettre circulaire du clergé de Rome faisant part aux Églises de la mort de son chef, cette pièce n'a pas été conservée. Il faut cependant se réjouir de posséder encore une lettre de saint Cyprien ainsi conçue : « Cyprien, aux prêtres et aux diacres siégeant à Rome, salut. — Le bruit encore incertain de la mort de l'homme excellent, mon collègue, courait parmi nous, quand j'ai reçu la lettre que vous m'avez envoyée par le sous-diacre Crementius et dans laquelle vous me donnez tous les détails de sa fin glorieuse. Je me réjouis qu'une administration aussi intègre ait été noblement couronnée. Je vous félicite des témoignages dont vous honorez sa mémoire : la gloire en rejaillit sur vous, en même temps qu'elle nous encourage à la foi et à la vertu. Car autant est nuisible aux disciples la défaillance de leur chef, autant l'exemple donné à ses frères par l'évêque est utile et salutaire à l'affermissement de leur foi ».

Saint Fabien fut transporté, le lendemain de son supplice, dans le cimetière de Calliste. C'est ce dont témoignent toutes les rédactions du Liber pontificalis, le martyrologe de Bède, le catalogue de Sixte III et le topographe d'Einsiedeln. Dans les Depositio martyrum, qui est l'antique férial de l'Église romaine, nous lisons : « XII kal. febr. Fabiani in Callisti, Sebastiani in catacumbas », ce qui nous permet de compléter la notice imparfaite des manuscrits du martyrologe hiéronymien, par exemple le ms. de Berne, qui portent : « XII kl. febr. Romæ in cim. Fabiani episc. et Sebastiani ».

Fiorentini pense voir ici le mot cœmeterium, pris, par antonomase, pour le plus important de tous, le cimetière de Calliste, et on voit, en effet, dans les Philosophumena que le cimetière de Calliste s'appelait couramment « le cimetière ». Mais du rapprochement des divers manuscrits du martyrologe, il ressort que l'absence de la désignation est une lacune et qu'il faut rétablir dans le texte ces mots : « in cemeterio Callisti Fabiani episcopi, et Sebastiani in catacumbas ».

Fabien fut enterré dans le cubicule où reposaient déjà plusieurs de ses prédécesseurs. Son épitaphe a été retrouvée brisée en quatre fragments et incomplète (fig. 4242), mais sans que rien d'essentiel y manque. Elle est gravée sur une plaque de marbre qui servait à fermer un simple loculus, par un lapicide peu expert dans l'art de la gravure. Les lettres sont grossièrement entaillées, et les ne sont pas toutes égales et leurs apices sont moins habilement exécutés que ceux de l'inscription funèbre d'Antéros. La ponctuation est aussi tout à fait différente. Peut-être l'explication de ces différences se trouverait-elle dans le fait qu'une fois adopté le type calligraphique de l'inscription d'Antéros confiée à un habile lapicide, on voulut que ses successeurs eussent tous leur épitaphe composée avec le même alphabet. Pour la pierre de Fabien, on s'adressa à un graveur assez malhabile qui se tira d'affaire comme il put. Ne serait-ce pas lui qui avait exécuté la pierre de Pontien, quelques années auparavant et qui a été retrouvée ? On serait assez tenté de le croire. Ce lapicide semble avoir l'habitude de tracer une sorte de petit prolongement à plusieurs lettres, par exemple le T, l'I et le J. Ces deux épitaphes de Pontien et de Fabien offrent une particularité commune. Le nom et le titre épiscopal sont gravés avec fermeté ; à la suite on voit un monogramme légèrement tracé et identique qui rappelle le martyre.

Sur ce point, J.-B. De Rossi s'est trouvé contredit par les faits. L'inscription de Pontien trouvée en 1909 ne répond pas exactement à l'idée qu'il s'en était faite : « scritta mollo semplicemente in greco e in una sola riga Parmi leggerlo coi mei propri occhi : ΤONTIANOC ΕΙΣΙΟΝΧΟΚΟΣ ». Inoltre credo che Fabiano, dellando quel titolo in tanta quiele e dopo una traslazione tanto solenne, non abbia esitato a faro incidere intero disciolto da nessi il glorioso vocabolo ΜΑΡΤΥΠ. Sur la pierre étroite et mince qui fermait le tombeau du pape Fabien, on lit à la suite de l'abréviation eni (episcopi) le sigle MP, ou martyr. Il n'est pas gravé aussi profondément que les mots ITABIANOC episcopi et l'a été certainement par une autre main, quel que temps après la déposition. Pour quelle raison n'écrivait-on pas immédiatement sur la tombe ce titre de martyr si glorieusement mérité ? Peut-être voulut-on attendre la fin de la persécution de Déce, dont Fabien avait été la première victime. Cependant le titre de martyr paraît avoir été inscrit tout de suite sur la pierre du pape Corneille (voir Dictionnaire, t. III, col. 2969, fig. 3315), mort pendant une persécution : on le trouve gravé non moins librement sur celle de saint Hyacinthe. En présence de ces exemples, le retard mis à l'inscription de ce titre sur le tombeau où fut déposé Fabien s'expliquerait difficilement par une raison de prudence : on est porté à lui attribuer une autre cause, purement disciplinaire.

Dans les premiers siècles, comme de nos jours, les honneurs du culte public ne pouvaient être décernés à un martyr que par un acte de l'autorité ecclésiastique. Saint Optat rapporte à ce sujet un trait remarquable : à Carthage, une matrone chrétienne, nommée Lucilla, encourut la censure de l'Église pour avoir baisé, en communiant, les reliques d'un prétendu martyr dont le titre n'avait pas été juridiquement reconnu : nescio cujus hominis mortui, et si martyris, sed necdum vindicati. Dans les temps de persécution, comme à toute époque de combat, les imaginations s'échauffaient aisément, les cœurs brûlaient, la légende se formait vite et l'Église avait besoin d'une grande fermeté pour protéger contre une piété trop ardente la pureté de sa liturgie. Aussi n'inscrivait-elle dans ses canons, n'admettait-elle à la commémoration liturgique que les martyrs reconnus tels par une solennelle vindication, et probablement le titre de martyr ne pouvait être gravé sur leur tombeau avant cet acte juridique. La vindicatio de saint Fabien fut sans doute retardée par la longue vacance du siège pontifical, demeuré sans titulaire pendant les dix-huit mois qui s'écoulèrent entre la mort de ce pape et l'élection de saint Corneille.

Cette thèse très ingénieuse et très séduisante appelle quelques observations. La découverte de l'épitaphe du pape Pontien en 1909 contredit nettement la prévision de J.-B. De Rossi : bien que les restes du martyr aient séjourné plusieurs années probablement en Sardaigne avant d'être rapportés à Rome par son successeur Fabien et déposés par ses soins dans la crypte papale, l'épitaphe ne reçut alors que les mots ΝΟΝΤΙΑΝΟΣ ΕΠΙΣΚΟΠΟΣ ; ainsi la vindicatio — si vindicatio il y a — n'était pas faite et il fallut attendre encore pour ajouter le sigle ΜΑΡΤΥΠ, d'une main plus légère, afin de ne pas fendre la pierre lors que celle-ci fermait déjà le loculus. Ce sont, on le voit, des conditions absolument identiques à ce que nous constatons pour Fabien ; de plus le sigle est identique sur les deux épitaphes : ΜΑΡΤΥΠ.

Si c'est la vacance du siège qui a retardé la mention pour Fabien, il n'en fut pas de même pour Pontien, au sujet duquel on avait eu tout le temps nécessaire pour discuter ses titres au vocable de martyr. Il faut le reconnaître, il ne subsiste rien de l'explication suggérée par Rossi et de l'addition opérée par les ordres et sous le pontificat de Corneille ; ce qui ressort de là, c'est que, en l'an 250, l'usage n'existait pas encore à Rome de mettre le mot martyr ou le sigle correspondant à ce mot sur les tombes. Cependant nous avons vu déjà sur l'épitaphe de Corneille lui-même ce mot écrit en entier ; or Corneille mourut en Centumcella : eu 2.') ; ! et son corps semble avoir été rapporté à Rome vers la fin du m' siècle ou même plus tôt ; peut-être sous son second successeur Etienne (251-257). Mais Rossi s'est encore abusé en croyant que le mot martyr avait été gravé sur l'épitaphe de Corneille au moment où elle fut mise en place sur le loruliis. Un examen plus attentif de la pierre montre qu'elle ne contenait d'abord que ces mots :


CORNELIVS EP

Pour cela le graveur avait tiré un trait qui s'arrête à la lettre S. De plus, la symétrie voulait ([ue ce nom fût au milieu de la dalle, et il y est en etict ; or cette symétrie n'existait plus dès l'instant « ju'on ajoutait le mot MARTYR. Enfin ce dernier mot.s'ellorce de continuer les caractères du nom, mais sans y réussir tout à fait, cl le lapicidc peu habile n'a pas même su ou voulu tracer la ligne qui guide sa main dans H. Leclercq. FABRETTI. Raphaël Fabretti na qui t'àUrbin,en Ombrie, l'an 1619. H fut docteur en droit de la faculté de sa ville natale à l'âge de dix-huit ans : ensuite il rejoignit à Rome son frère Etienne et s'inscri\it au barreau, où il se fit remarquer de bonne heure. Sur ces entrefaites, le cardinal Imperiali l'envoya négocier quelques affaires en Espagne ; le succès qu'il obtint fut récompensé par la charge de procureur fiscal de la nonciature d'Espagne. Il fut ensuite auditeur général de la nonciature et, après un séjour de Irei/.e années, il retourna à Rome avec le cardinal Carlo Bonelli qui le traitait en ami.

De retour à Rome, Fabretti fut pourvu de la charge de juge des appellations du Capitole, puis il devint auditeur de la légation d'Urbin, où il demeura trois ans et s'employa aux affaires de sa charge en même temps qu'au rétablissement de ses affaires privées, qu'une si longue absence avait fort compromises. Son goût pour les lettres et les antiquités lui faisait désirer vivementlescjour de Rome, aussi il accepta avec plaisir l'invitation du cardinal-vicaire Carp.'gna qui lui commit le soin de dresser les brefs apostoliques et de l'assister à l'examen des candidats aux ordinations. Il lui donna, de plus, l'inspection des reliques à Rome et dans les environs, ce qui lui valut maintes découvertes dont le détail semble assez étranger aux usages de la piété chrétienne. Son bidet le menait un peu à sa fantaisie et passait pour aussi amateur d'antiques que le digne homme qui le montait ; de temps en temps l'animal devinait le voisinage d'une ruine par la belle couleur verte d'une touffe d'herbe, il s'arrêtait et Fabretti mettait pied à terre, furetant, copiant et collectionnant avec joie.

La carrière bureaucrati que se déroulait majestueuse et vide. Fabretti était devenu secrétaire des Mémori aux, chanoine de Saint-Laurent in Damuso, puis chanoine du Vatican. La mort d'Alexandre VI II rendit l'antiquaire à ses volumes et à ses moellons ; ce ne fut qu'un répit, Innocent XII le nomma préfet des archives du château Saint-Ange. Il vécut ainsi jusqu'au 7 janvier de l'année 1700.

L'oeuvre archéologi que de Fabretti est estimable.

Ses ouvrages gardent quel que utilité. Il faut nommer ; l« De aquis et aquxduclibus velcris liumx disserlationes 1res, in-l°, Romœ, 1680 ; réimprimé dans le t. IV des Antiquita les romanx de Gronovius. imsio Kircher, dans Disserta :ioni delV Accademia elnisca di Corlona, t. m, p. 221.

5° Disserlatio de lelale codicis biblici, qui apud monnchos S. CalHxli Romœ asservatur, mentionnée par Ciampini, Vel. monim., t. i, p. 135.

6° De legs regia ad Janum Vinc. Gravinnm cpislola. T> Inscriptiomim anliquanim, quœ in wdibus paternis iisservantur, explicatio et additamentum, in-fol., Roina, lfi99. Cet ouvrage est un de ceux qui ont le plus efTicaceraent contribué à fonder la science de l'épigrapliie chrétienne. Le P. Niceron nous dit que Fabretti prenait des estampages : « Il nettoyait la surface de la pierre sans toucher au\ endroits dans lesquels les lettres avaient été creusées. Ensuite il mettait dessus un carton bien mouillé et le pressait avec une éponge ou un rouleau entouré d'un linge ; ce qui faisait entrer le carton dans le creux des lettres pour en prendre la poussière qui s'y attachait, et dont la trace faisait connaître les lettres qu'on y avait autrefois gravées. » J.-B. De Rossi a apprécié l'œuvre de Fabretti en ces termes : Fabretti peritiam et diligentiam nemo unns ignorai : dolendum tamen est ejus schedas periisse ; nam tijporum, quibiis usus ille est, inopia cffccit, ut multa aut quii'crit ad lapiduni fidcm ecfprimere. In locis quo que indicandis sedulum eum constat fuisse ; semel tamen falsum locum adscripsisse clare deprehendi.

Il y eut un deuxième tirage de ce volume en 1702, avec un nouveau titre et une préface.

8 » Lettre à M. l'abbé Nicaise, dans le Journal des s(n'ans, 17 décembre 1C91.

H. Leclercq. FABRICA. Entre Constantine et Tébessa on a trouvé ce fragment ' : nrf/ABR CATHOLICA ^^ RV ECLESIA ''^


RAM.

Ad jabricam eatliolicarum ecclesiar[u]m.

Il est probable, comme nous l'avons dit déjà (voir Catholi que) que cette inscription se rapporte à l'épo que où les donatistes et les catholiques se disputaient la possession des églises construites depuis la paix accordée par Constantin. C'était une façon d'affirmer son droit. En 330, Constantin écrit aux évèques de Numidie : Compcri hiereticos sive schismaticos eam basilicam ecclesise calholicœ, quam in Constanlina civitate jusseram fabrieari, solita improbitate invadendam putassc ; et dans une autre lettre : Ad rationalem compétentes dedi ut domum bonorum nostrorum transgredi faciat ad dominium ecclesise catholicse... in quo Inco sumptu fiscali basilicam erigi prœcepi : ad cunsularem quo que scribi mandavi Xumidiœ, ul ipse in ejusdem ccclesiœ fabricationc in omnibus sanctimoniam vcstram juvarel *.

Gaetano Marini avait transcrit dans ses notes cette in.scription trouvée à Gubbio : Eugubii tabula reporta anno 17 85, in effossionibus nescio eu jus œdiculse in parcecia S. Johannis Baplisla ; =.

« ^^ Baluze faisait remarquer que basilica et fabrica avaient fini par être synonymes et employés l'un pour l'autre ; ici on les distingue encore et fabrica conserve son sens de construction matérielle cju'il a garde longtemps.

H. I.F.CLERCQ.


FACTEURS,.\ousavons parlé des courriers (voir ce mot) chargés à la correspondance olïlcielle, il convient de faire une place à la catégorie des facteurs post aux.

Sur un tombeau de la via Pinciana se lisait cette épitaphe païenne * :

.\u ivf siècle probablement cette pla que se trouva à la convenance d'un chrétien, qui la retourna et fit graver au revers une nouvelle épitaphe qui fut trouvée dans le cimetière à ciel ouvert, voisin de la basili que de Saint-Valentin, au premier mille de la voie Flaminienne :

Formule et paléograpliie de cette deuxième inscription nous reportent vers la limite où se rencontrent le IV' et le v= siècle. Dans ce même cimetière de SaintValentin, une épitaphe de l'année 431 commence de même que celle de Maxime, par la formule : hic positus est '. L'idiotisme Flabinia pour Flaminia n'est pas non plus sans analogies » : sur une inscription d'Ostie on lit communcre pour comburere '.

Le défunt Maximus est qualifié prœpositus sans auc une spécification de l'objet sur lequel il exerçait son autorité ; la mention de via Flaminia veut dire qu'il exerçait la surveillance sur le service postal de cette voie. Il n'est pas question ici d'une fonction ecclésiasti que, d'une sur\-eillance sur les cimetières de la voie Flaminienue. Les administrateurs et surveillants des cimetières romains de la fin du IVe étaient ou bien des fossores (voir Fossoyeurs), qui faisaient le négoce des tombes ; en fait, on ne les rencontre guère avant le v' siècle ; quant à ceux qui exerçaient la surveillance sur les basiliques et leurs annexes, ils portaient un titre sans ambiguïté : prxpositus basilicœ S. Pétri, S. Pauli,S. Laurcnti, de sorte que, si Maximus avait exercé.son autorité à SaintValentin, nous lirions prœpositus basilicœ S. Valentini. Il est absolument sans exemple dans les documents.anciens qu'une basili que et le cimetière qui dépendait d'elle fussent désignés sous le nom de la voie sur laquelle ils étaient situés. De plus, l'épitaphe de Maximus parait être antérieure d'un siècle environ à l'épo que où nous rencontrons les premiers prœpositi ecclésiastiques. Par contre, dès le IV » siècle on rencontre des prœpositi dans l'administration civile.

La dernière mention des curatores viarum se lit sur une inscription d'Atella, élevée après 315, mais se rapportant au début de la carrière de C. Celius Censorinus, par conséquent à l'épo que de Dioctétien et Maximien '. La suppression des curatores viarum fut une des nombreuses réformes qui signalèrent la transformation administrative accomplie sous Diocletieu. Les Les prœposili avaient un rang dans l'armée. Une loi de l'année 412 dit que : cursus publici prêepositos scire prœcipimus, si sibi cl militise suse consulunl. nihil eos conlra velerem disciplinamdebere prœsumcre'. Dans la tombe de Maximus on a trouvé une fibule et un encolpiuni en or.

H. Leclercq.


FAILLIS. — I. Avant la persécution de Dèce. II. Persécution de Dèce. III. Cyprien de Carthage et le collège presbytéral romain. IV. Les libellatiques de Carthage. V. Intervention des confesseurs. VI. Conflit entre Cyprien et les faillis. VII. Le traité De lapsis. VIII. La lettre à Anlonianus. IX. Lettre à trois évèques. X. Réconciliation d'urgence. XI. En Ég>T)te.

I. Av,\NT LA PERSÉCUTION DE DÈCE. Au COURS des persécutions, l'épreuve dépassa souvent la capacité de résistance de ceux qui y étaient soumis ; des apostasies retentisssantes ou discrètes en résultèrent, ceux qui eurent le malheur de déchoir ainsi furent désignés sous le nom de faillis (lapsi). Ces défaillan ces se rencontrent dès l'origine de l'Église. Jésus avait fait à ses discip les un devoir rigoureux de la confession de son nom ', mais la menace des suppli ces ou l'acte de la torture venait à bout des courages moins héroïques. Dans l'épître aux Hébreux, dans la I« épître de Pierre et dans l'Apocalypse, nous lisons des exhortations d'une extrême vivacité adressées aux fidè les pour les engager à confesser leur foi ». Sous le règne de Domitien nous savons que la persécution fit des apostats ; la lettre de Pline nous dit que : alii ab indice nominati esse se chrislianos dixcrunt, et mox negaverunt : fuisse quidem, scd dcsiisse : quidam ante triennium, non nemo etiam ante viginti '. 11 en fut de même sous Trajan et le même document nous apprend que le proconsul de Bithynie fit relâcher ceux qui renièrent leur foi. Le Pasteur d'Hermas, qui nous reporte au même temps, nous apprend qiie plusieurs fidè les, mis en demeure de renier leur foi ou de périr, n'eurent pas ce courage '. Plusieurs n'allèrent pas au delà de l'apostasie ', d'autres y ajoutèrent le blasphème, maudirent et dénoncèrent leurs frères « >. Dans leur belle sincérité, les piè ces antiques, moins soucieuses de mirac les que de vérité, mentionnent, lors que le cas se rencontre, les apostasies. Le Marlyrium Polijcarpi • Mattli., X, 33 ; xxiv, 29 ; Luc, IX. 26 ; xii, 9. — * Hcbr., XII, 17 ; I Petr. m, 14-18 ; Apec, ii-in. — ' Pline., Episl., I. X. n. 97. — • Hemias, l'astor, Similitiido VIII, vi, 4. — L'Église romaine semble l'avoir pressenti. Vers le milieu du n » siècle, Hermas, frère de Pie I« , qui occupe alors le siège de Rome, promet le pardon à tous les pécheurs qui éprouveront la douleur de leurs péchés » ; mais il faut qu'ils se hâtent, car la pénitence ne sera accordée que pour les péchés passés ; une fois le jour du pardon écoulé, tout deviendra stérile « . Les apostats — il en existe donc alors — • feront sagement de profiter de l'occasion qui s'offre à eux », mais quels sont-ils ? Selon Hermas, ceux qui ont blasphémé Dieu et trahi leurs frères sont » perdus pour toujours« . » et il les rejette en disant « pour eux plus de pénitence, mais la mort » ». Toutefois, il n'en sera ainsi que s'ils refusent d'entendre l'appel suprême qui leur est adressé « . Le crime d'apostasie même alors n'aurait pas été sans espoir de pardon. Hermas distingue deux opérations : la conversion ; [XE-âvoia , et la guérison », 'taatç « .

Un peu plus tard, en 177, les apostats de Lyon sont reconciliés ; mais il est difficile de fixer la part qui revient à leurs compagnons moins pusillanimes dans cette réconciliation. Quoi que apostats, les taillis n'avaient pas été mis en liberté, ils demeur.iient sous le regard de leurs frères, honteux de ce voisinage qui leur était un perpétuel sujet de remords ; enfin, ils sollicitèrent et obtinrent leur pardon, mais il semble que les confesseurs n'ont eu en cela d'autre rôle que celui de l'intercession auprès des chefs de la communauté, emprisonnés eux aussi. « Avec l'aide des vivants (mais c'est sans doute l'aide des exhortations), les membres morts de l'Église se ranimèrent peu à peu ; et l'Église cette vierge mère conçut encore une fois dans son sein les avortons qu'on en avait arrachés ». » (Voir Dictionn.. t. v, au mot Église).

Encore un quart De environ, et TertuUien nous apprend qu'il existe alors trois crimes exclus du pardon accordé par l'Église : l'apostasie, le meurtre et la fornication au sens de l'adultère « ; ce sont des péchés réservés i\ Dieu : de venia Deo nservamus ». Le coupable devra faire l'aveu et subir la pénitence, mais l'Église laissera le pardon à Dieu lui-même. Si pacem hic non metit, apud Dnminum séminal : nec amiltit scd fruclum préparai. Était-ce h\ une discipline généralement reçue au début du m« siècle ? On en peut douter ».

Enfin Origène reconnaît aux martyrs le droit de pardonner les trois péchés en question. Nous verrons, en effet, que les confesseurs échappés au supplice ne se firent pas scrupule d'inter\enir sur un terrain qui leur était assez étranger ; ils n'y apportaient que plus d'assurance. Malheureusement les textes de Tcrtullien et d'Origène sont tirés d'écrits où la préoccupation oratoire, les habitu des littéraires se font trop constamment sentir pour qu'on puisse les traiter avec l'exacte rigueur qu'on accorderait à des textes juridiques.


II. Persécution de Dèce. — • Une grande transformation s'était produite dans l'Église depuis qu'aux persécutions avait succédé une paix si prolongée qu'on pouvait la croire définitive. Depuis l'an 211 jusqu'à l'an 249, un régime de tolérance s'était établi, à peine troublé par la persécution locale et brève de Maximin. L'apparente sécurité ou du moins la non-suspicion qu'offrait le christianisme décida beaucoup de conversions, mais la qualité fut bien loin d'égaler la quantité. Ce n'étaient pas seulement les fidè les qui avaient déchu de la ferveur primitive, le clergé s'était abandonné, avait ouvert ses rangs à des membres sinon indignes, du moins, peu dignes par leur x\e et par leurs tendan ces d'appartenir à une élite. « Plusieurs évèques, écrit saint Cyprien, méprisaient le ministère des choses saintes pour se mêler aux affaires du monde ; abandonnant la charge de leurs diocèses, ils allaient de pro- \ince en province ; ils n'assistaient pas les pauvres de leurs Églises ; ils voulaient toujours avoir en réserve de gran des sommes d'argent : ils ravissaient des terres et des héritages par des frau des et des tromperies et augmentaient leurs revenus en pratiquant l'usure à outrance. Les prêtres et les ministres étaient sans pitié, négligeaient les oeuvres de miséricorde, menaient une vie indisciplinée •. » La tiédeur avait pénétré parmi les vierges. On les voyait s'abandonner à des recherches de coquetterie, assister aux banquets de noce et se montrer dans les bains publics ; enfin il s'en trouvait parmi el les qui entretenaient avec des clercs un commerce dont l'intimité autorisait tous les soupçons-. De pareils exemp les ne pouvaient pas ne pas porter des fruits ; les fidè les qui n'en portaient guère que le nom se livraient à l'agiotage, au luxe, se permettaient le parjure et bien d'autres choses répréhensib les.

Quoi que saint C\« prien, à qui nous devons ces indications, ait pu se permettre de généraliser peut-être trop, il n'est pas douteux que la situation morale de l'Église d'Afri que vers le milieu du ni= siècle était déplorable. Les chrétiens se li\Taient sans se cacher à des pratiques idolâtriques ', comme si ces usages n'entraînaient auc une pénalité pour eu.x. Ceci ne les rendait pas plus s>'mpathiques aux païens, qui, en toute occasion, leur témoignaient la haine la plus invétérée. Des émeutes populaires éclataient à Carthage ou ailleurs, mais on sait assez que ces mouvements sont d'ordinaire localisés à un quartier, quelquefois à une rue et qu'il n'en faut pas conclure à un état général de violence.

Dèce, en arrivant à l'empire n'était pas homme à admettre le désordre et l'indiscipline de quel que côté qu'ils vinssent (voir Dictionn., t. iv , au mot Dèce). Autoritaire et administrateur, il organisa la persécution à la manière d'une institution d'État et nous avons montré, à propos des certificats d'apostasie, comment il procéda et le succès qu'il obtint. Du moins, pcnsa-t-il n'avoir rien négligé pour s'assurer du succès. Ce que Dèce recueillit, ce fut un nombre considérable d'apostasies et, en cela, il atteignait son but, qui n'était pas de faire des martyrs. 11 y eut donc des fidè les qui renoncèrent à la foi chrétienne par la peur des tortures, il y en eut qui, sans aller jusqu'à l'aposlasie formelle, s'en assurèrent le bénéfice en se procurant un certificat d'apostasie. Ceux-ci, évidemment, admettaient avec leur croyance des accommodements, mais du moins n'y renonçaient-ils pas. Le péril passé, ceux-ci étaient prêts à solliciter la réintégration dans l'Église et le retour à la foi qu'ils ne s'étaient pas senti la force de confesser.


III. Cypriex de Carth.\ge et le collège rom.mn. — n résulta de ceci une perturbation profonde dont l'Église d'Afri que fut plus que toutes les autres troublée. Grâce aux écrits de saint Cyprien, évê que de Carthage, témoin et acteur des faits qu'il raconte, nous pouvons suivre cette crise douloureuse. La persécution avait passé comme un cyclone qui déracine, qui entraîne, qui emporte tout ce qui tente de lui résister ; elle avait fait plus de ravages encore, caries fidè les, si peu dignes de ce nom, n'attendirent pas les mena ces, ils les prévinrent. La difficulté ne consistait pas, pour les magistrats, à arracher une apostasie, mais à faire prendre patience à chacun jusqu'à ce que son tour fut venu d'apostasier. L'administration renonça aux longues flâneries dans la paix des bure aux, scribes de tout rang s'appliquaient à transcrire des libelli ; aucun ne nous est malheureusement par\-enu en langue latine. Le clergé lui-même donna son contingent d'apostats, cependant beaucoup de prêtres et de diacres parvinrent à se dérober, des fidè les prirent la fuite.

L'évêque Cyprien fut de ce nombre. Son élection, qui datait d'une année à peine, le plaçait dans des conditions particulièrement difficiles. Ses conseillers et lui-même jugèrent qu'il serait immanquablement arrêté et, alors, son supplice ne tarderait guère ; or, il importait beaucoup plus en ce moment à l'Église de Carthage de conserver un chef, capable et digne de marcher à sa tête, que de compter un glorieux martyr de plus. Cyprien put sortir de la ville, gagner une retraite sûre et, de là, gouverner son Église par l'intermédiaire du corps presbytéral demeuré à Carthage. Cependant, parmi ceux qui avaient su trouver quelque combinaison pour n'avoir pas à souffrir d'une persécution qui n'épargnait personne, il se trouva des chrétiens et des prêtres qui regrettèrent hautement, pour la beauté du geste, que Cyprien se fût dérobé au martyre. A Rome, les prêtres qui, depuis le supplice du pape Fabien, administraient cette Église, crurent pouvoir se permettre d'assez vives critiques sur la détermination prise par Cyprien et apprécier sans bienveillance la sécurité relative dont il jouissait. Ce clergé romain se permit d'envoyer par un sous-diacre deux lettres destinées, l'une à Cyprien l'autre au clergé de Carthage. Cette dernière ne portait ni suscription ni signature, mais l'artifice était tout de même un peu puéril et ne rendait que plus évidente l'intention blessante de ceux qui l'avaient écrite. Soit sottise, soit pour une toute autre raison, le sous-diacre remit les deux lettres à Cyprien, qui put lire avec stupéfaction qu'on s'adressait à son Église comme si lui-même avait cessé d'exister. Avec une onction toute romaine, le collège presbytéral de Rome déplorait la décision prise par l'évêque de Carthage ; il ne manquait sans doute pas de bonnes raisons, mais eux ne les apercevaient pas et ne voulaient que se rappeler la parabole du bon Pasteur (le pape Fabien) qui donne sa vie pour le salut de ses brebis, tandis que le mercenaire (ceci à l'adresse de Cyprien) prend la fuite à la vue du loup. Sans doute Cyprien était un personnage insigne, persona insignis, mais à Rome même les apostats n'avaient compté qu'un trop grand nombre de ces insignes personnes. L'Église de Rome avait l'exceptionnelle fortune de posséder un clergé incomparable, exemplaire, dont le zèle ignorait les ménagements de la crainte et les enseignements de la civilité. Néanmoins Cyprien était un chrétien intelligent et instruit, humble et patient, mais il ne badinait pas avec son honneur. Il répondit à l'annonce directement faite du martyre de son collègue Fabien ; quant à la deuxième lettre, il traita les auteurs avec un dédain superbe : « J'ai lu, leur écrivit-il, une lettre sans adresse ni signature. L'écriture, le contenu, le papier lui-même m'ont un peu étonné. Peut-être y a-t-on retranché ou changé quelque chose. Je vous la retourne. » La leçon fut comprise. Le clergé de Rome cassa aux gages son rédacteur fielleux et chargea Novatien de correspondre avec Cyprien.

Celui-ci, avec une méritoire mansuétude, avait consenti à éclairer ceux qui le traitaient de si impertinente façon. Il avait pris la peine de leur envoyer une collection de treize lettres écrites par lui aux prêtres, aux diacres, aux confesseurs et à diverses personnes de son Église. Les débuts de ces lettres faisaient entrevoir les débuts d'une situation délicate créée à Carthage par l'alliance imprévue et, à tout le moins, originale, des confesseurs et des apostats. Les prêtres de Rome en étaient-ils instruits, on en peut douter. Avec une louable ardeur ils souhaitaient voir affermir les fidèles et relever les apostats, exhorter ceux-ci à la pénitence et leur faire espérer le pardon de Celui qui, seul, peut l'accorder. Quoi de plus aisé que d'aller réparer la faute commise et le scandale donné, par une confession spontanée devant les magistrats et si la maladie les en empêche, alors qu'on ait égard à leur repentir et qu'on leur accorde la communion.


IV. Les Libellatiques de Carthage. — Il s'agissait bien de cela. Tandis qu'à Rome on imaginait, sur de faux rapports, des pénitents contrits et des cœurs héroïques, à Carthage on avait le spectacle d'orgueilleux intraitables aucunement disposés au martyre par persuasion. Bien plus, à ces apostats rétifs dont une discipline rigoureuse pouvait seule venir à bout, se joignaient des confesseurs infatués de la belle prouesse d'une confession publique et d'un supplice arrêté avant l'issue tragique. Ces confesseurs n'étaient pas moins embarrassants que les apostats, leurs bons amis ; ils l'étaient d'autant plus que c'étaient pour la plupart des gens peu ou point éduqués et, par conséquent, malaisés à convaincre par des raisons bien déduites. Dans le nombre, se trouvaient des confesseurs qui avaient bravé la torture plutôt par fanfaronnade que par conviction. Ils envisageaient les avantages qui entouraient un martyr, les honneurs qu'on lui décernait, les hommages qui allaient à sa famille, ils avaient risqué la partie, la mort n'avait pas voulu d'eux et c'était à eux-mêmes, plus ou moins éclopés, mais survivants, qu'allaient s'adresser pendant de longs jours hommages et honneurs et prévenances, qui, pour être d'ordre plus matériel, n'en étaient pas moins appréciés.

Tout ceci leur tournait la tête. Avec beaucoup de naïveté et quelque peu d'ambition, ces confesseurs s'attribuaient une place dans la hiérarchie et c'était, naturellement, la première. Ceci leur était d'autant plus facile qu'elle était vacante par la fuite de l'évêque. Si les prêtres de Rome attribuaient cette détermination aux motifs les moins avouables, on pense bien que les confesseurs de Carthage ne se faisaient pas faute pour en penser et en dire tout autant, puisqu'il leur eût été difficile d'en dire plus. Non seulement Cyprien ne pouvait pas remettre les hommes à leur rang et les choses à leur place, mais il ne pouvait pas se montrer, il ne pouvait qu'écrire et, parmi son troupeau, il ne manquait pas de fidèles qui avaient esquivé la comparution, d'autres qui avaient esquivé la torture, Les coupables ne l'ignoraient pas, mais ils entendaient exploiter la situation pour faire fléchir la discipline. Le nombre des faillis était si considérable qu'à vouloir leur appliquer le pénitentiel établi on risquait de réduire les communautés à un troupeau si restreint que le prestige de l'Église en serait atteint. C'était sur l'atténuation inévitable que les faillis comptaient pour faire une rentrée d'où l'humiliation serait à peu près exclue. Saint Cyprien estimait que des résolutions si graves ne devaient pas être précipitées et qu'elles ne pouvaient être prises qu'après le retour à l'état normal. Alors seulement on pourrait apprécier les cas, établir une règle et veiller à son application. Il importait aussi qu'une décision si grave fût prise d'un accord unanime entre les Églises ; l'impatience des faillis à se faire réintégrer était louable, elle devait se tempérer de patience et de soumission jusqu'à ce que la paix fût rendue à l'Église.

V. Intervention des confesseurs. — Ceux-ci n'étaient pas les plus coupables. Les confesseurs les excitaient d'une part et, d'autre part, des prêtres les encourageaient, ils faisaient plus ; oublieux de leur devoir, ils réconciliaient les apostats sans aucune pénitence, sans imposition des mains de l'évêque et du clergé et les admettaient à la communion. L'évêque n'était compté pour rien. Les confesseurs, voyant les prêtres marcher sur leurs brisées, renchérirent d'indulgence et procédèrent à des réconciliations en masse par le moyen de billets de communion collectifs et rédigés impérativement : Communicet ille citm suis. Un certain Lucien, confesseur, qui se disait mandataire du martyr Paul, déjà exécuté, distribuait des billets de communion par poignées. Ils recommandaient aux bénéficiaires de se rendre devant l'évêque, mais ce n'était là qu'une formalité, car la recommandation était impérative. Lucien opérait en outre au nom d'un je ne sais quel martyr encore vivant, nommé Aurélius, et notifiait à l'évêque Cyprien, et par lui à tout l'épiscopat, la mesure prise. Voici son billet, il mérite d'être transcrit.

Universis confessores Cypriano episcopo. Scias nos universos quibus ad te ratio constitit quid post commissum crimen dedisse pacem. Et tam per te quam per alios episcopos innolescere volimus. Otanuis te cum sanctis martyribus pacem habere. Praesente de clero et exorcista et lectore Lucianus scripsit.

C'était une absolution générale sur toutes les apostasies d'Afrique et Cyprien n'avait qu'à se soumettre. Il ne se soumettait pas et discutait pour gagner du temps. La doctrine de l'Évangile et l'exemple des anciens martyrs s'opposaient aux réconciliations en masse, il fallait procéder à une enquête pour chaque cas particulier. Non seulement l'autorité épiscopale se trouvait mise en péril, mais encore le salut des faillis, à qui pareille réintégration ne pouvait servir de rien. Sans pénitence il n'est pas de pardon possible. Il n'est pas au pouvoir des confesseurs de dispenser de cette pénitence. Ce n'est pas qu'il veuille décourager ni désespérer personne ; il sait que la miséricorde est faite pour le pécheur, mais la miséricorde s'exerce par le ministère régulier de l'épiscopat. Si celui-ci possède le jugement des fautes d'une gravité relative, à plus forte raison, les péchés d'une gravité exceptionnelle relèvent de son tribunal.

L'insistance était gênante et les confesseurs paraissent avoir été embarrassés. Ils gardèrent le silence, Cyprien les relança. Il ne souhaitait pas pousser à bout les faillis, mais il avait la garde de la discipline et ne se départait du droit et du devoir qu'elle lui imposait que dans le cas où un péril de mort mettait le failli dans l'impossibilité d'attendre ; alors, mais alors seulement, il pouvait être réconcilié par le ministère d'un prêtre. L'évêque se montrait si résolu et si pressant que le clergé de Carthage n'osa prolonger le silence plus longtemps. Rasséréné, l'évêque répéta une fois de plus qu'il était prêt à l'indulgence, mais qu'il exigeait que rien ne fût fait avant la réunion des évêques. L'impatience des faillis était fort édifiante. Toutefois leur réintégration ne pouvait avoir lieu avant le retour des exilés. La persécution continuant, ils avaient chaque jour l'occasion de consommer leur pénitence et de réhabiliter leur faiblesse par le martyre.

La situation se tendait. Heureusement Cyprien rencontrait parmi ses collègues de l'épiscopat des soutiens utiles. L'évêque Caldonius, entre autres, correspondait avec lui et l'encourageait dans la voie adoptée, en attendant la réunion plénière de l'épiscopat ; le confesseur Celerinus apportait autant de soumission et de modestie à l'égard de l'évêque que le confesseur Lucien en montrait peu. La conduite de ce dernier et de ses partisans trouvait des approbateurs. Tout ceci était assez embrouillé et Cyprien n'était pas sans crainte de ce que pourraient dire ou faire les prêtres de Rome, toujours empressés à s'immiscer dans les affaires des Églises. Déjà il avait pris la peine de les éclairer par l'expédition d'un recueil de treize lettres pastorales écrites depuis le début de la crise et d'un exposé détaillé de sa conduite à l'égard du clergé, des confesseurs et des apostats. Une deuxième fois il réunit un recueil de sept lettres, qu'il expédia à Rome avec un nouveau message chargé de faire pleine lumière. En outre, il écrivit aux prêtres Moïse et Maxime, confesseurs romains, emprisonnés depuis de longs mois.

Les prêtres de Rome s'étaient assagis, ils lurent ou ils ne lurent pas les lettres de l'évêque de Carthage, mais ils lui firent bon visage. Une lettre émanée du clergé et rédigée par Xovatien, une lettre des confesseurs emprisonnés furent adressées à Cyprien, qui s'empressa de les communiquer à son clergé, espérant ainsi décourager les brouillons et faire patienter les fidèles en attendant la réunion du concile. Ces communications étaient d'autant plus opportunes que les confesseurs africains se montraient de plus en plus agressifs. Une lettre écrite par eux et qui ne nous est pas parvenue leur avait attiré une verte réponse que l'évêque se réjouissait de rendre publique. A ces impertinents, Cyprien opposait les doux et les humbles qui, conscients de leur faute, remettaient humblement leur cause à la décision de l'évêque.

Comme l'absence de l'évêque se prolongeait, le clergé de Carthage se trouvait conduit à résoudre des cas difficiles. Le prêtre de Dida, nommé Gaius, et avec lui son diacre avaient communié avec les faillis : le clergé de Carthage leur refusa à eux-mêmes la communion. Pour d'autres questions on consultait Cyprien, qui, sachant les intrigues menées contre lui, remettait le plus possible les sentences pénibles au futur concile, tandis que, sans plus attendre, il faisait incorporer dans le clergé les confesseurs les plus méritants. Le lecteur Optât fut ainsi promu au sous-diaconat, Aurelius fut établi lecteur, de même que Celerinus ; Numidicus était élevé au sacerdoce. Ces nouvelles venues compensaient en quelque mesure l'opposition acharnée que faisaient à l'évêque cinq prêtres de son Église qui, à l'époque de son élection, avaient pris parti contre lui et comptaient sur les difficultés circonstancielles du moment pour jeter l'évêque Cyprien dans des difficultés inextricables. Parmi eux, on distinguait un certain Novatus ; mais cette coterie ne fût peut-être allée bien loin sans l'appui financier que lui donnait un laïc riche et influent, nommé Félicissime.


VI. Conflit entre Cyprien et les faillis. — Vers la fin de l'année 250, Cyprien envoya à Carthage une commission d'évêques et de prêtres chargés de préparer son retour et de pourvoir aux plus grandes infortunes. Félicissime lutta avec ses grands biens et tenta de faire échec aux mandataires de l'évêque. Cyprien ordonna à ses représentants de promulguer contre Félicissime et ses principaux adhérents une sentence d'excommunication. Les prêtres rebelles s'étaient mis d'eux-mêmes hors de la communion de l'évêque et Novatus était parti pour Rome en prévision d'une prochaine élection épiscopale qu'allait rendre possible l'apaisement de la persécution. Au mois d'avril 251, après la fête de Pâques, Cyprien reparut à Carthage et y convoqua les évêques africains.

Désormais il s'avançait à coup sûr, détenant le grave document qu'était la lettre rédigée par Novatien où se trouvait discutée la question des faillis et approuvée la conduite de l'évêque de Carthage. On lui déclarait sans détours qu'il avait droit à une double louange pour avoir obéi à Dieu et recherché l'approbation de ses frères. Ce faisant, il avait donné un précieux exemple pour l'affermissement de la discipline. La nécessité de celle-ci se faisait sentir plus impérieusement que jamais en ces jours de persécution. Le clergé romain ne faisait qu'exprimer en cela une tradition vénérable mais rigoureuse, que n'a cessé de proclamer l'Église de qui l'apôtre disait que sa foi est célèbre dans le monde entier, tradition qu'elle n'abandonnera jamais. Les libellatiques pas plus que les faillis n'ont à attendre le pardon que de la soumission et ils se trompent fort s'ils supposent que l'Église de Rome prendra la défense de ceux dont la cause est, à elle seule, une atteinte à la discipline. La patience et l'examen approfondi des cas peuvent seuls produire des fruits de salut, la précipitation n'aurait d'autre effet que d'introduire dans le troupeau fidèle des sujets douteux et de priver ces derniers du stimulant d'une vraie pénitence et des avantages qu'elle leur vaudra. Confondre les faibles parmi les forts n'est pas affermir les forts sans fortifier les faibles. N'est-ce pas exposer les forts au péril de la contagion de la faiblesse ? Les confesseurs romains s'interdisent toute requête en faveur des faillis, on ne peut suspecter leur charité, eux qui ont livré leurs membres au supplice, mais on doit reconnaître leur docilité. Cette grave question des faillis sera traitée avec l'attention et le soin qu'elle exige lors que le siège de Rome aura pu élire un successeur à Fabien ; jusque-là Cyprien a agi avec une grande sagesse en réservant cette affaire jusqu'à la paix de l'Église. Un concile dans lequel prendront place évêques, prêtres, diacres, confesseurs et laïques fidèles sera seul qualifié pour assumer la décision dont la rigueur nécessaire ne jouirait pas d'une autorité incontestée si elle était rendue par un seul évêque. C'est un désastre qui a frappé toute l'Église, il faut un remède préparé par l'Église entière. Que les faillis attendent, qu'ils fassent pénitence, qu'ils épargnent à l'Église le spectacle de leur séditieuse impatience après le scandale de leur pitoyable faiblesse. Que leur place soit au seuil de l'Église, que leur attitude soit celle de la pénitence, que leur langage soit fait de gémissements.

Dans cette lettre importante on trouvait plus et mieux qu'une approbation de la conduite de Cyprien à l'égard des faillis, on trouvait l'adoption des idées dont s'inspirait cette conduite. Sous la sévérité calculée du langage, Xovatien, interprète du clergé romain, admet comme légitime une attitude ferme mais qui n'exclut pas l'espérance à l'endroit de ceux qui acceptent la règle disciplinaire qu'on leur impose. A l'égard des moribonds, réconciliation d'urgence. De la résistance opposée par Cyprien à ceux de ses prêtres et aux confesseurs qui voulaient lui forcer la main par des réintégrations précipitées, et de l'applaudissement donné à sa conduite par le clergé romain se dégage un point important : c'est que, pour grave qu'il fût, le péché d'apostasie commis par les faillis n'entraînait pas l'exclusion en masse et perpétuelle des coupables. On peut même tenir pour certain que, dès lors, la tendance à des réintégrations nombreuses, mais individuelles et échelonnées, suivant les dispositions des candidats, est chose admise à Carthage et à Rome. Leur réalisation dépendra des circonstances.

Pendant que Cyprien préparait le concile promis et attendu, le prêtre Novatus s'employait à Rome à brouiller de son mieux les affaires. Novatus s'adressa d'abord à Novatien, qui s'adressa au groupe des confesseurs romains. Il recueillit d'abord un échec. Le prêtre Moïse demeura fidèle à la cause et à la personne de Cyprien et refusa d'entrer en communion avec les cinq prêtres dissidents de Carthage. Mais Moïse mourut au mois de janvier ou de février 251 et ses compagnons se laissèrent gagner au parti de Novatus et de Novatien. Le but de ce parti était de faire un pape qui ne reconnaîtrait pas Cyprien en qualité d'évêque de Carthage. Il serait le pape des confesseurs, comme à Carthage les cinq prêtres dissidents formaient le parti des confesseurs.

Leur tactique fut déjouée une deuxième fois ; le choix des électeurs romains donna pour chef à l'Église le prêtre Corneille. Aussitôt les protestations éclatèrent. Corneille fut vilipendé, accusé, entre autres crimes, d'avoir reçu un certificat de sacrifice et communiqué avec des faillis. Novatus se chargea d'envoyer à Carthage une protestation motivée, qui arriva en même temps que la notification de l'élection. Elle était rédigée au nom d'un prêtre de Rome, probablement Novatien. Cyprien laissa dire et, d'accord avec les évêques d'Afrique qui commençaient à l'entourer, il décida l'envoi de deux évêques à Rome pour s'y renseigner. Quand ils arrivèrent, Corneille avait un compétiteur ; c'était Novatien lui-même, qui s'était fait consacrer par trois évêques ignorants et légèrement pris de vin. De pareils faits suffisaient, Cyprien reconnut officiellement Corneille.

Novatien, dont la lettre, qu'on a lue plus haut, manquait d'aménité à l'égard des faillis, se trouvait maintenant allié à eux ou du moins à leurs revendications. La contradiction était flagrante. Intransigeance et laxisme se trouvaient rapprochés ; on s'élevait contre l'indulgence du pape Corneille afin de l'évincer et on dépassait celle indulgence avec l'appui de prêtres perturbateurs. Novatien avait obtenu un succès de surprise. Le prêtre Maxime, un moment entraîné, était bientôt revenu à l'Église ; les confesseurs Urbain et Sidoine, associés à son erreur, se portaient garants du retour de tous trois. Le collège des prêtres de Rome et cinq évêques de passage dans la ville firent comparaître en leur présence Maxime, Urbain, Sidoine et le plus grand nombre des frères qui s'étaient laissés aller au schisme. Ceux-ci firent amende honorable et reconnurent Corneille, avouèrent leur erreur d'un moment.


VI. Le traité de lapsis. — A Carthage, le retour des évêques envoyés à Rome fit connaître l'exacte vérité et l'union avec Corneille s'en trouva encore resserrée. On allait pouvoir procéder avec vigueur dans l'affaire des lapsis. Le premier soin de Cyprien avait été de mettre Corneille au courant de la situation de l'Église de Carthage. Il fallait ne rien négliger pour ramener ceux que le schisme avait pu séduire et ne pas ménager ceux qui s'y obstinaient, et notamment ceux qui se groupaient autour du laïc Félicissime. Celui-ci s'était arrogé la mission de grouper les faillis et de les mener à l'assaut du pouvoir épiscopal. Quoique excommunié, Félicissime ne laissait pas que d'attirer à lui les mécontents de l'Église africaine. En même temps qu'il mettait en garde Corneille contre les rapports tendancieux ou mensongers qu'il aurait pu recevoir sur les affaires ecclésiastiques d'Afrique, Cyprien, voyant le prêtre Novat, lieutenant de Novatien, débarquer à Carthage, s'empressait de faire savoir sur ce personnage tout ce qu'il savait lui-même : esprit inquiet, avide de nouveautés autant que de richesses, arrogant, ergoteur, intrigant. On l'accusait d'avoir dépouillé des orphelins, exploité des femmes veuves, escroqué les Églises et tout cet argent ne l'aidait même pas à soutenir son père, qu'il avait laissé mourir de faim et n'avait pas même pris soin de faire enterrer ; il avait d'un coup de pied dans le ventre, fait avorter sa femme. Le voilà dans le schisme, il n'y a guère à attendre rien de cet homme. Mais il n'en est pas de même de ceux qui ont, un instant, partagé ses erreurs. Maxime, Urbain, Sidoine, Macaire recevaient les encouragements et les conseils de Cyprien, qui ne voulait se souvenir que de l'ancienne confession de leur foi et de leur récente pénitence.

En terminant la lettre qu'il leur adressait, Cyprien mentionne les opuscules De lapsis et De imitate Ecclesiae, et il en adresse des copies aux confesseurs romains. Voici le développement de sa pensée dans le premier opuscule : La paix est rendue à l'Église, l'évêque revoit son troupeau. Il s'empresse de rendre grâces à Dieu et salue les glorieux confesseurs, dont la persécution a fait éclater la foi héroïque. Foi digne de tout éloge, soit qu'elle ait osé s'affirmer dans les tourments, soit encore qu'elle ait préféré se mettre à couvert par une prudente retraite, qui était déjà un hommage de fidélité à Dieu. Hélas ! il y a une ombre à cette lumière ; l'Église pleure sur les défections. Dieu a voulu éprouver les siens. Quelques-uns s'oubliaient dans le soin d'accroître leur patrimoine et dans beaucoup d'occupations vaines, sinon coupables. Une si terrible leçon a désillé bien des yeux. Au premier assaut de la persécution, nombre de fidèles ont faibli. Plusieurs ont volé aux autels des idoles ; quelques-uns même se sont faits les pourvoyeurs de l'apostasie. Ceux-là n'ont pas d'excuse ; ils pouvaient tout au moins fuir. Il faut l'avouer : pour beaucoup, le grand mal a été un attachement excessif aux biens de ce monde. D'autres ont succombé à la rigueur des tourments : ils sont plus excusables, et tel d'entre eux a trouvé grâce devant Dieu, ainsi Castus et Eusèbe, retournés au combat et morts dans les flammes. Mais que dire de ceux qui ont couru à l'apostasie ? Pour ceux-là, il faut un remède énergique : le prêtre serait bien mal avisé s'il leur dissimulait la gravité de leurs fautes : tel un médecin qui tromperait un malade sur son état, et, pour ne pas entendre ses cris, s'abstiendrait de porter le fer dans la plaie. Hélas ! plusieurs ont donné ce triste spectacle, d'une complaisance infidèle à Dieu, pernicieuse aux âmes, trompeuse et complice de sacrilège. Ennemis de la pénitence, fléaux des âmes. Que nul ne se flatte, que nul ne s'illusionne. Il n'appartient qu'à Dieu de faire miséricorde, comme lui seul a expié pour nous. Sans doute, les mérites des martyrs et les œuvres des justes sont d'un grand prix ; on s'en apercevra au jour du jugement, à la fin de Ce et du monde, quand le Christ réunira tout son peuple devant son tribunal. Mais celui qui s'imagine pouvoir donner hâtivement et à tous le pardon des péchés, et qui ose violer les commandements du Seigneur, loin de rendre service aux pécheurs, celui-là ne peut que leur nuire. C'est provoquer la colère que d'enfreindre la sentence et, au lieu de recourir à la miséricorde, de la braver. Les âmes des martyrs, sous l'autel de Dieu, redisent : Seigneur, saint et véridique, quand donc jugerez-vous enfin et vengerez-vous notre sang des habitants de la terre ? Cependant il leur faut attendre l'heure de la justice. Et un homme se croirait permis de la devancer ? Un martyr parle : on doit avoir égard à sa parole si elle est juste, légitime, si elle n'entend pas forcer, contre Dieu même, la main du prêtre : à cette condition le prêtre pourra condescendre. Encore faut-il savoir tout d'abord si le martyr est autorisé par Dieu à formuler cette demande. Il y a prière et prière : Dieu n'exauce pas toute prière indifféremment. Croit-on qu'il fera céder l'Évangile même devant les martyrs de l'Évangile ? Les menaces de l'Ancien Testament demeurent et ne permettent aucun espoir à l'orgueil impénitent. N'avons-nous pas sous les yeux les exemples de la justice divine frappant dès ce monde ? Parmi les sacrilèges, beaucoup sont visiblement livrés aux démons. Ceux que Dieu se réserve à lui-même ont d'autant plus de sujet de craindre. Quant aux libellatiques, leur apostasie fut sans doute moins éclatante ; elle n'est pas pour cela innocente devant celui qui voit le fond des cœurs. Ceux enfin qui, sans consommer leur apostasie ni sous forme de sacrifice ni sous forme de libelle, ont délibéré sur le reniement, qu'ils ouvrent douloureusement et simplement leur âme au prêtre, qu'ils se délivrent de ce poids et demandent une pénitence convenable. L'aveu du péché porte ses fruits en ce monde, s'il est généreux, c'est-à-dire accompagné d'une vraie pénitence. Mais ne se rien refuser, mais vivre dans les délices, est-ce là faire pénitence ? N'est-ce pas plutôt mettre le comble à tous ces péchés ? Ce n'est pas ainsi que les trois jeunes hommes confessaient Dieu dans la fournaise. Il faut prendre conseil de ces âmes simples et innocentes : non pas de ceux que le péché aveugle jusqu'à leur faire espérer le salut dans l'impénitence. Ceux-là, on ne saurait trop les fuir. L'évêque s'adresse à ceux qui craignent vraiment Dieu et comprennent toute l'étendue de leurs fautes. Qu'ils ne croient pas pouvoir excéder dans la pénitence. Les premiers chrétiens, du temps des apôtres, se montraient généreux, ils donnaient tous leurs biens : et cependant ils n'avaient pas sur la conscience de si grands péchés. Il faut faire pénitence de tout cœur ; à cette condition, l'on peut compter sur la miséricorde de Dieu ; à cette condition l'intercession des martyrs et l'absolution des prêtres seront efficaces ; à cette condition, l'on désarme la colère divine : que le soldat vaincu retourne au combat et il terrassera l'ennemi : non content de lui pardonner, Dieu le couronnera.


VII. La lettre à Antonianus. — Le traité De lapsis a été écrit peu après les fêtes de Pâques de l'année 251 ; quelques mois plus tard, Cyprien revenait sur ce sujet dans sa lettre à Antonianus, cet évêque numide, pour le raffermir dans la soumission au pape Corneille. L'homme était au-dessus de tout reproche : cependant on lui faisait un grief d'avoir admis à la réconciliation le prêtre Troplime, dont le repentir était avéré et qui ramenait avec lui un groupe imposant de fidèles sortis de l'Église avec lui et qui n'y rentreraient pas sans lui. On allait aussi répétant que Corneille admettait à sa communion des sacrifiés, ce qui était faux ; il avait seulement permis de les réconcilier en danger de mort. Si, une fois réconciliés, ils reviennent à la santé, faudra-t-il les faire mourir ? Et il établit les catégories diverses de sacrifiés qui ont droit à des traitements différents. Les uns ont sacrifié avec entrain, avec empressement, d'autres à contrecœur, pour mettre à couvert une femme et des enfants. Combien plus faut-il accorder aux libellatiques le bénéfice des circonstances atténuantes ! Va-t-on les repousser pour les jeter dans les bras de l'hérésie et du schisme, avec cette femme et ces enfants qu'ils ont gardés de l'apostasie ? Pareille dureté peut être le fait de philosophes stoïciens qui ne mettent point de différence entre les fautes ; elle n'est pas conforme à l'esprit de l'ancienne Loi et beaucoup moins à celui de l'Évangile. Considérant donc que ces apostats sont capables de pénitence et de résurrection spirituelle, on a décidé d'examiner les causes une à une et de réconcilier les libellatiques présentement, les sacrifiés à la mort. Sans doute, Dieu seul voit le fond des cœurs : à lui seul il appartient de ratifier la sentence prononcée ici-bas. Mais il appartient aux prêtres d'entrer dans les intentions de sa piété, de sa clémence, tout en se gardant d'une indulgence excessive. On se tromperait lourdement en croyant que cette miséricorde tarit ici-bas la source de l'héroïsme. Le pardon accordé aux impudiques ne tarit pas, tant s'en faut, la source de la virginité. Cependant le temps n'est pas bien éloigné où, en Afrique, des évêques refusaient systématiquement ce pardon. Ces évêques se distinguaient par leur rigueur ; du moins, ils n'ont pas fait schisme. Les intransigeants qui, aujourd'hui, refusent aux lapsi le bienfait de la pénitence ou celui de l'absolution oublient qu'ils sont condamnés par l'Écriture (Apoc, 2, 5 ; Tob., IV, 10 ; Apoc, 2, 20-22 ; Luc, 15, 7 ; Sap., 1, 13 ; Joël, 2, 12-13 ; Ps. LXXXVIII, 33-34 ; Matth., 7, 9-11). Ceux-là seuls doivent, d'après la décision prise en concile, être exclus de la paix, qui commencent à la demander dans les affres de la mort : cette pénitence est trop suspecte. Pour ce qui est de Novatien, si l'on demande quelle hérésie il a introduite, Cyprien répond d'abord qu'il ne s'inquiète pas de ce qu'enseigne Novatien, dès lors que Novatien enseigne hors de l'Église. Puis, quel orgueil chez cet homme ! Prétendre opérer ici-bas ce discernement, que le Seigneur a refusé aux apôtres, de l'ivraie et du froment, des vases d'honneur et des vases d'ignominie ! S'il revendique ce rôle de juge, que ne commence-t-il par retrancher de sa compagnie les voleurs et les débauchés ? Ces nouveaux hérétiques se flattent de ne pas communier avec l'idolâtrie. Mais tout adultère et tout voleur est un idolâtre, selon l'Apôtre (Ephes., 5, 5 ; Coloss., 3, 5-6). Ah ! mère dérision, qui condamne les pécheurs à pleurer sans espoir et supprime la pénitence même. Nul ne doit être écarté de la pénitence. D'ailleurs, ceux-là seuls en recueilleront le fruit que le Seigneur trouvera dans l'Église. La question de sacrifier aux dieux : c'est la persécution imminente ; convient-il de prolonger la rigueur envers ceux qui, depuis leur chute, ont montré un sentiment de repentir et se sont soumis à la pénitence ? Il faut les munir en vue de nouveaux combats et quelles armes plus efficaces leur donner, sinon de leur accorder la participation au corps et au sang du Christ, pour lequel on leur demandera de verser leur propre sang ? On ne saurait, sans injustice, confondre dans une même réprobation et soumettre à une règle uniforme ceux qui sont retournés dans le monde et y vivent comme des païens, ceux qui se sont affiliés à l'hérésie et ceux qui font pénitence et implorent leur pardon. À ces derniers, l'Église doit être compatissante. Sans doute, ayant faibli une fois, on peut appréhender qu'ils ne faiblissent encore, mais ce n'est là qu'une supposition : peut-être ces pénitents deviendront-ils des martyrs, si toutefois ils sont dans la paix de l'Église. Il convient aussi de songer à la mort subite qui peut ravir à des âmes bien disposées le bienfait de la réconciliation ecclésiastique. Les évêques rassemblés ont donc jugé devoir se relâcher un peu de la sévérité première envers ceux qui, après examen, paraîtraient devoir profiter de cette faveur ; ils laissent à d'autres toute liberté de se montrer plus rigoureux, mais eux obéissent aux inspirations du ciel, au mouvement de la grâce, et ils ont confiance qu'après avoir préparé ses soldats, le Christ leur donnera la victoire. En toute circonstance, on examinera chaque cas en particulier.

Le pape Corneille continuait à être circonvenu par les hérétiques africains et avait la sagesse de questionner sur leur compte l'homme le mieux à même de le renseigner, l'évêque Cyprien. C'est ainsi qu'un groupe infime s'était beaucoup remué afin de faire croire à son importance, il se glorifiait de compter Privat de Lambèse, hérétique notoire, et quatre autres évêques aussi peu recommandables. Corneille prenait cette agitation au sérieux, mais Cyprien le rassurait. Ces cinq évêques déconsidérés et leur entourage de prêtres indignes ne compteraient pour rien, à condition qu'on ne cessât de les combattre et de démasquer leurs manœuvres. Fortunatus n'est pas plus à craindre que Primat ; quant à ceux qui, avec Félicissime, se rendent à Rome, ils sollicitent, la menace à la bouche, leur réintégration : Cyprien n'avait cessé de lutter contre eux par ses lettres, par les conciles qu'il réunissait, il fallait ne pas se montrer à Rome plus indulgent ou plus aveugle.

L'évêque de Carthage ne se montrait pas moins vigilant sur d'autres points du monde d'où un danger pouvait venir. En Espagne, deux évêques avaient succombé à la persécution ; Basilide, évêque de Léon et Astorga, et Martial, évêque de Mérida, avaient en conséquence été déposés et remplacés sur leurs sièges. Le failli Basilide n'avait pas hésité à aller, en personne, plaider sa cause auprès du pape Étienne et l'avait à peu près gagnée. Mais l'évêque de Carthage savait ce qu'il fallait attendre de son collègue de Rome ; il réunit un concile de trente-sept évêques, soutint les droits de Félix et de Sabinus, s'étonnant qu'on pût remettre en question la chose jugée. Peu de temps après, c'était encore à l'évêque de Carthage que s'adressait son collègue de Lyon, Faustinus, dénonçant Marcien d'Arles, gagné à la cause de Novatien ; et Cyprien invite, impérativement, Étienne de Rome à pourvoir au remplacement de Marcien. Mais l'avènement du pape Corneille avait permis au zèle de l'évêque de Carthage de trouver un soutien au lieu d'un adversaire. Le pontificat de Corneille fut donc une période de pacification.


IX. RÉCONCILIATION DES LAPSES. — À l'égard de la discipline pénitentielle, on s'en tint aux règles affirmées : réconciliation immédiate des libellatici après examen de chaque cas en particulier ; admission à la pénitence des sacrificati s'ils font le nécessaire et réconciliation à l'heure de la mort. En présence des nouvelles menaces de persécution, un concile africain décida d'étendre aux sacrificati l'indulgence accordée jusque-là aux seuls libellatici et de les réconcilier immédiatement, s'ils donnaient des gages de véritable pénitence. Quoi que l'édit de Gallus, qui paraissait rendre la persécution menaçante, n'ait pas été suivi d'effet, en Afrique, cette discipline ne laissa pas d'être appliquée. La réconciliation accordée d'urgence en vue de la persécution fut la nouveauté la plus marquante dans la situation des faillis.

X. En Égypte. — Les apostasies n'avaient pas été rares en Égypte et, une fois la persécution passée, on vit, comme en Afrique, des confesseurs prenant la défense des apostats ; il y eut des réconciliations hâtives, injustifiées, d'autres réconciliations in extremis. Saint Denis d'Alexandrie expose en ces termes la situation : « Les martyrs de Dieu parmi nous, eux qui aujourd'hui siègent avec le Christ, associés à son règne et destinés à juger avec lui, s'intéressèrent au sort de leurs frères, coupables d'avoir sacrifié ; voyant que leur conversion et leur repentir pouvaient trouver grâce devant Celui qui ne veut pas à tout prix la mort du pécheur, ayant apprécié la sincérité de leur repentir, ils les accueillirent, les ramenèrent, les rétablirent, les associèrent à leurs prières et à leurs repas. Sur ceux-là, frères, que déciderez-vous ? Que devons-nous faire ? Devons-nous sanctionner le suffrage et la décision de ces martyrs, donner force à leur sentence miséricordieuse, et nous montrer secourables à ceux qu'ils prirent en pitié ? Ou bien devons-nous casser leur sentence, nous faire juges de leur décision, contrister leur bon cœur, bouleverser l'ordre établi ? » Mais les confesseurs égyptiens n'avaient pas montré l'arrogance des confesseurs africains : leur initiative, loin de scandaliser les chefs des Églises, avait facilité leur mission ; ils avaient probablement agi d'une façon plus discrète, insistant sur le caractère provisoire de ce qu'ils faisaient et mettant en garde ceux qu'ils réconciliaient contre la pensée que tout est fini, pardonné, oublié, qu'ils sont, en un mot, réhabilités.

H. Leclercq.


FAISAN. L'ancienne Forni, sur l'emplacement de laquelle se trouve aujourd'hui l'Henchir el Msâ'-âdin, a donné quelques antiquités chrétiennes, une importante inscription mentionnant Julius Festus Hymetius, proconsul d'Afrique en 366-367, et Dracontius, vicaire d'Afrique en 301-307 :

Clemensissimo principi ac totius orbis Ang. D. N. Valentiniano procunsulatu Juli Hymetii clarissimi semit cum Antonio Draconio viro clarissimo agentis vice praefectorum praetorio, ordo Iurnitanus consecravit.

Une pierre mesurant 0 m. 31 de haut, sur 0 m. 22 de large, porte ceci :


ELICIS P FIL ubi honorem duium uiral] VS CS SVI ET P M ? basilica] Hfl C5 ET AEDEM u solv sua pecunia fecit illemquiie tk'dicatut •Iîusél>c.

Corp. inscr. Lat., t. viii, n. 11751.

Corp. inscr. Lat., t. viii, n. 11753.

Dans la même localité, les fouilles ont amené la découverte d'une crypte ornée d'une belle mosaïque dont nous avons donné le tableau central représentant Daniel entre quatre lions (voir Dictionn., t. iv, col. 234, lig. 3583) avec cette épitaphe :


MEMORIABLOSSLHONO RATVS INGENVSACTORPERFECIT

Cette mosaïque était entourée de huit tombes, sept d'entre elles avaient été violées ; sur la huitième, encore intacte, on pouvait lire :

A cent vingt mètres environ de cette chambre funéraire voûtée et de l'autre côté du bordj, fut découverte lice à gran des anses et s'y abreuvant. Des branches de rosiers remplissent les vides (fig. 4266).

426G. Tombe d'Henchir el Msâ'-âdin représentant un faisan.

D'après P. Gauckler, Catalogue du musée Alaoui, Supplément, 1910, pi. xiii, n. 1, une basilique chrétienne garnie de tombes en mosaïque. La première de ces tombes et la mieux conservée présente, dans un encadrement de laurier par bouquets de six feuilles, un champ orné d'un disque contenant l'inscription en partie détériorée. Haut. 2 m. 28 sur 1 m. 40 de largeur. Tombe de l'évêque Flavius Vitalis, tracée en lettres de 0 m. 07 à 0 m. 08. Au-dessous, un coq faisan au plumage éclatant, accompagne de sa poule : puis deux colombes perchées sur un caNous retrouverons quelques épitaphes de Forni au mot INNOCENT.

De quoi te plains-tu, ingrat ? te voilà père ; c'est moi qui te vaut les iura parentis, c'est grâce à moi que tu pourras être institué héritier. Tu recueilleras et les legs qui te seront faits, et le doux émolument des caduques, et si j'arrive jusqu'à mettre trois enfants à ton foyer, ne vois-tu pas les autres avantages que tu as à attendre même en sus des caduques ?

C'est à ce résultat monstrueux qu'aboutissait le législateur païen avec les promesses pécuniaires. Les lois d'Auguste n'eurent d'autre résultat que d'aggraver l'immoralité et de la rétribuer publiquement. Le christianisme procéda sans éclat mais avec fermeté. Dès ses débuts, nous le voyons favoriser les vertus sans la pratique desquelles il n'est pas de mariage chaste, et inculquer la conviction que l'union conjugale n'est pas une association passagère, mais un sacrement : Sacramentum hoc magnum est, ego autem dico in Christo et in ecclesia.

Cependant nous savons peu de choses sur les premières unions chrétiennes. Il se trouvait parmi les fidèles des ménages assurément peu dignes de la perfection évangélique. Le châtiment infligé à Ananie et à Saphire montre à tout le moins des chrétiens assez malhonnêtes pour tromper publiquement les chefs de l'Église naissante, mais en regard s'oppose le ménage d'Aquila et de Priscille, type de dévouement ingénieux de générosité inlassable.

Au reste, les documents apostoliques, principalement les lettres de saint Paul, contiennent des nomenclatures de fidèles, parmi lesquels on peut arriver ingénieusement à entrevoir quelques ménages, mais ceci ne nous apprend guère. Les Pères ne sont pas destinés à raconter à la postérité les mœurs des chrétiens : incidemment on y peut relever un trait, une allusion, mais il ne faut pas y chercher les éléments d'un tableau de la famille chrétienne.

La famille chrétienne existait dès lors, sans aucun doute, mais au sein d'une société païenne, encore pénétrée des usages d'une civilisation que le christianisme amenderait ou éliminerait. Nous avons eu déjà l'occasion de parler des crypto-chrétiens. On s'attendrait à rencontrer la trace de fidèles ou de familles dès les origines, et il n'en est rien. Tandis que les païens sont prodigues en généalogies, en indications, les chrétiens observent un silence à la fois inspiré par la prudence et par la mystique.

Il ne fait pas bon en ces temps-là de se proclamer affilié à une religion qui, périodiquement, attire la foudre sous forme de martyre et de confiscation. Or, si on sait braver le martyre, qui porte avec lui sa récompense individuelle, on hésite parfois devant la confiscation, qui signifie la ruine, la déchéance et la dispersion de la famille ainsi frappée.

. Ainsi comme un homme qui veut plaire à Dieu, prends soin de ne pas faire de telles choses, éloigne-toi de tout ce que hait le Seigneur, ne va pas errer et circuler oisivement sur les places publiques, pour regarder le vain spectacle de ceux qui se conduisent mal, mais sois assidu et attentif à ton métier et à ton travail, cherche à faire ce qui plaît à Dieu et médite constamment les paroles du Seigneur ; si tu es riche et n'as pas besoin d'un métier pour vivre, ne va pas errer et circuler oisivement, mais sois toujours en relations fréquentes avec les fidèles, tes coreligionnaires, médite et apprends avec eux les paroles de vie, sinon demeure dans ta maison, lis la Loi, le livre des Rois, les Prophètes et l'Évangile, qui est la plénitude de ceux-là. (Il conseille de s'éloigner des livres des païens « qui détournent les jeunes gens de la foi, » de prendre garde au Deutéronome).

« Après cela, lève-toi et va sur la place publique, lave-toi dans un bain d'hommes, et non dans un bain de femmes, de crainte qu'après t'être déshabillé, et avoir montré la nudité honteuse de ton corps, tu ne sois captivé, ou tu n'en fasses pécher quelqu'une qui sera captivée par toi. Garde-toi donc de tout cela et tu vivras pour Dieu. Écoute donc ce que la parole sainte a dit dans la Sagesse : Mon fils, garde mes paroles et cache mes commandements chez toi : mon fils, honore le Seigneur et aie courage, ne crains personne autre en dehors de lui, garde mes commandements et vis bien, et (garde mes lois comme la prunelle de ton oeil, attache-les à)

Chap. m. — « Que la femme soit soumise à son mari, parce que le mari est la tête de la femme et le Messie est la tête de l'homme qui marche dans la voie de la justice, à la suite du Seigneur tout-puissant, notre Dieu et le père des mondes, du monde actuel et du monde futur, du Seigneur de tout souffle et de toutes puissances, et de son esprit vivant et saint, auxquels gloire et honneur dans les siècles des siècles. Amen.

« O femme, crains ton mari, respecte-le, ne cherche à plaire qu'à lui, sois prête à le servir, que tes mains soient dans la maison et ton esprit au fuseau, comme il est dit dans la Sagesse. Qui trouvera une femme forte ? elle est plus précieuse que les belles pierres dont le prix est grand ; le cœur de son mari a confiance en elle ; il ne manque pas de nourriture ; elle est en tout l'aide de son mari et elle ne lui cause aucun tort durant le cours de sa vie ; elle a fait de la laine et une tunique, de belles choses avec ses mains ; elle fut une bonne procuratrice, comme un navire marchand, et elle réunit toute richesse de loin ; elle se leva de nuit et donna de

Toi donc, ô femme, ne t'orne pas pour plaire aux autres hommes ; ne te tresse pas de chevelures de courtisane et ne revêts pas un vêtement de prostituée, ne mets pas des souliers afin de ressembler à celles qui sont ainsi, pour attirer à toi ceux qui sont pris par ces choses. Quand bien même tu ne pécherais pas dans cette œuvre d'impureté, tu pécherais du moins en ce que tu aurais amené de force celui-là à te désirer, et si tu as péché, tu as perdu, toi aussi, la vie de Dieu, et tu seras chargée de l'âme de celui-là. Puis, quand tu auras péché contre un, tu glisseras de toi-même et tu iras aussi contre les autres, comme il est dit dans la Sagesse : Lors que l'impie est arrivé au fond des maux, il méprise et glisse, l'opprobre et la honte viennent sur lui. La femme qui est ainsi, qui est complètement blessée et possédée par la passion, captive les âmes de ceux qui manquent d'intelligence, l'uis, ne t'arrête pas, ne lève pas les yeux, ne la regarde pas. Il vaut mieux habiter sur la corne du toit que dans la maison avec une femme bavarde et querelleuse. Toi donc, qui es chrétienne, ne ressemble pas à de telles femmes, mais si tu veux être fidèle, ne plais qu'à ton mari et quand tu marches sur la place publique, couvre-toi la tête avec ton habit, afin que le voile cache ta grande beauté. N'orne pas la face de tes yeux, mais baisse les yeux et marche voilée.

« Prends garde de ne pas te laver dans un bain avec les hommes. Quand il y a dans la ville ou dans le bourg des bains pour les femmes, ne va pas, ô femme fidèle, le laver avec les hommes. Car si tu caches ton visage aux hommes étrangers avec un voile de pureté, comment donc pourras-tu entrer aux bains avec les hommes étrangers ? Mais s'il n'y a pas de bain de femmes et si tu as besoin de te laver dans le bain commun aux hommes et aux femmes — et c'est en dehors de ce qui convient à la pureté (c'est contre la pureté) — lave-toi du moins avec honte, avec modestie et avec mesure, pas tout le temps ni tous les jours, ni dans le milieu du jour, mais sache le temps où tu le laveras ; (ce sera) à dix heures, car il est nécessaire que toi, femme chrétienne, tu fuies de toute manière le vain spectacle des yeux qui est dans les bains.

• Supprime et empêche la dispute envers tout le monde et surtout envers ton mari, comme (doit le faire toute) femme chrétienne, de crainte que ton mari, s'il est païen, ne soit scandalisé à cause de toi et ne blasphème Dieu, et que tu ne reçoives une malédiction de Dieu. Malheur à vous, à cause de qui le nom de Dieu est blasphémé parmi les peuples. Si ton mari est fidèle, il est nécessaire, connaissant l'Écriture, qu'il te dise une parole de la Sagesse : Mieux vaut habiter sur la corne d'un toit que demeurer dans la maison avec une femme bavarde et querelleuse. Il est donc nécessaire que les femmes montrent la crainte de Dieu (la religion), par leur voile de pureté et leur humilité, pour la conversion et l'accroissement de la foi de ceux qui sont du dehors, des hommes et des femmes. Et si nous vous avons un peu réprimandées et instruites, ô nos sœurs, nos filles et nos membres, vous (de votre côté), comme des personnes sages, recherchez et choisissez-vous ce qui est beau, précieux et sans opprobre dans l'habitation de ce monde. Apprenez et sachez ce par quoi vous pourrez arriver au royaume de Notre-Seigneur et vous reposer, après lui avoir plu par les bonnes actions. »

A l'égard des enfants orphelins, le chap. xvn recommande aux fidèles de s'en charger. Si c'est un garçon, on lui apprendra un état ; si c'est une fille, on la mariera lors que son temps sera venu. Le chap. xxn recommande d'apprendre un métier aux enfants, de les instruire, de les fouetter- « Qu'ils n'aillent pas se réunir et se distraire avec ceux de leur âge, car c'est ainsi qu'ils apprennent la vanité, qu'ils sont saisis par la volupté et tombent... Aussi, soyez attentifs à leur choisir des femmes en leur temps et à les marier, de crainte que dans leur jeunesse, par la force de leur âge, ils ne commettent des fornications comme les païens et que vous ne deviez en rendre raison au Seigneur Dieu au jour du jugement. »


IV. Famille romaine et famille franque. — La famille germanique repose sur l'idée de protection, la famille romaine sur le principe de l'autorité. Le chef de la famille germanique exerçait le mundium sur toutes les personnes groupées autour de lui, femmes, descendants, hôtes, serviteurs ; ce mundium était surtout une puissance de garantie et recevait une acception très large tandis que le sens de la patria potestas était le plus restreint qu'il se pouvait. Le mundium implique à doses égales autorité et protection et renferme tout ce qu'on met dans la manus, dans le mancipium et dans la dominica potestas ; d'ailleurs mundium signifie manuseta, étymologiquement, la même racine '.

V. Introduction dans la famille par le mariage. — La notion de la vie de famille chez les Francs a subi diverses vicissitudes et s'est épurée, mais lentement. Le mariage, qui est à l'origine de toute famille, souffrait des circonstances très fâcheuses. On peut, à la rigueur, admettre comme tolérable pour l'époque le mariage par capture. Un prince, un chef, à la suite d'une guerre heureuse, faisait choix d'une captive et lui donnait le titre royal ; ceci s'était vu chez les Vandales et pouvait bien se voir chez les Francs où Clotaire épousait Radegonde, ramenée d'une expédition en Thuringe. C'était quelque chose comme un droit de prise consenti au vainqueur. Mais il y avait d'autres méthodes plus répréhensibles de fonder la famille. Le mariage par rapt était fréquent et les conciles, les capitulaires, la loi salique légiféraient à ce sujet. Tout s'arrangeait avec une somme d'argent : Qui feminam abalienatam desponsatam rapuerit. Lit-on dans la loi saxonne (n. 49) : 300 solidos patri puellae, 300 sponso componal, et insuper, 300 solidis emat eam. Cette même loi permet au lit du roi d'acheter une femme là où il voudra (n. 65) : lito regis liceat uxorem emere, ubicumque voluerit, et si une veuve se marie, c'est son tuteur qui touche le prix de vente (n. 43)- Qui viduam ducere velt, oportet iudori pretium emptionis. Il s'agit bien d'un véritable achat qui emporte transmission des droits sur l'objet acheté. Dans la loi burgonde une femme qui a couché avec un homme, de son plein gré, n'en doit pas moins être payée (n. 61) : Quaecumque mulier natione barbara ad viri coitum spontanea voluntate convenerit, nuptiale pretium in simplum tantum ejus parentibus dissolvatur et dans la loi des Alamans, il ne sert de rien d'anticiper sur la vente et de consommer le mariage, le père reprendra sa fille et exigera une composition de quarante solidi, même si elle meurt, il faudra en payer le prix (n. 54,2) : Si autem ipsa femina sub illo viro mori fuerit antequam ille mundium apud patrem adquirat, solvat eam patri ejus quadraginta solidis. Même disposition dans le droit lombard, qui fixe un tarif uniforme au prix d'achat, ce qui offre une garantie à la fille contre la rapacité du père qui refusait des partis sortables dans l'espoir d'en trouver de plus avantageux. Les lois barbares fixèrent le prix de la femme à 62 solidi et demi chez les Saliens, 50 solidi chez les Ripuaires, 40 chez les Alamans. C'était un progrès. La loi salique marquera un progrès de plus quand elle transformera ce prix réel en achat symbolique par l'abaissement du prix de la femme à un solidus plus un denier. La loi burgonde aura une autre attention (n. 86, 3) : elle permettra de consacrer une partie du prix d'achat de la femme à sa corbeille de noces : Ita ut de eo quod acceperit, tertium solidum in ornamentis puella accipiat.

Il y a d'autres accommodements. L'achat tendit à se dissimuler mais sans être supprimé. On remplaça de gré à gré la somme fixe par des présents et il est possible que le vendeur n'y perdît rien. Ces présents sont tout autre chose que des futilités, mais de bonnes et solides contributions en nature : des bœufs, un cheval, des ânes. Sigebert acquiert le droit d'épouser Brunehaut par un envoi de présents : legationem in Hispaniam mittit et cum multis muneribus Brunichildem. A l'époque mérovingienne on avait laissé tomber en désuétude l'achat pour le remplacer par les présents. Ceci n'en rendait les mariages que plus faciles ; ainsi ils se multipliaient, aux dépens de la morale. Clotaire V avait épousé Ingonde, qui le pria de faire quelque chose pour que sa sœur Arégonde, de très humble origine, ne fût pas indigne du rang de sa sœur. Clotaire épousa Arégonde, ainsi Ingonde n'eut plus rien à désirer ; elle semble même en avoir pris facilement son parti : « Ce qui paraît bon aux yeux de mon maître, dit-elle, qu'il le fasse ; seulement que sa suivante vive toujours en sa bonne grâce ». Ingoberge, femme de Caribert, s'était montrée de moins facile composition et, en conséquence, avait été répudiée et remplacée par une des deux maîtresses du roi, Méroflède, à laquelle il donna une rivale, Théodehilde. Peut-être avait-on meilleur marché de ces filles de peu de naissance que d'une Brunehaut. Ingonde et Arégonde, simples paysannes ; Méroflède et Marcowève, filles d'un cardeur de laine ; Théodehilde, fille d'un berger : Frédégaire nous dit que Dagobert avait trois reines et beaucoup de concubines.

On comprend sans peine que les tempéraments plus affinés ressentissent une appréhension et même une répugnance marquée à subir l'admission dans ces familles. Radegonde n'éprouvait que dégoût pour Clotaire, qui attendait l'instant où la fillette aurait atteint l'âge nubile ; elle prit la fuite, mais dut se résigner à son sort. Galswinthe, en apprenant qu'elle était destinée à Chilpéric, saisie d'un mouvement de terreur, courut vers sa mère, jetant ses bras autour d'elle comme l'enfant qui cherche un refuge, et la tint embrassée pendant plus d'une heure sans pouvoir articuler une seule parole. La jeune fille ainsi livrée s'achemine vers le mari qu'on lui destine avec les plus sombres pressentiments. Quant à sainte Salaberge, non seulement elle n'a pas été consultée, mais parentes ejus... contra puellae voluntatem eam cuidam... in matrimonio tradiderunt. On usait de pression ou de violence pour arracher à la femme son consentement, mais le défaut de celui-ci n'entraînait pas de nullité à son avantage. C'est sur cette base que s'élevait la famille mérovingienne, mais il est plus facile d'être instruit de ce qu'était la famille des souverains et des grands que de savoir à quoi s'en tenir sur la multitude. Peut-être ne serait-il pas moins abusif de conclure d'après ce que les écrits de Grégoire de Tours nous apprennent, que de supposer la bourgeoisie et le peuple de France au xii et au xviii siècle pratiquant les exemples que leur donnaient Louis XIV et Louis XV.


VI. Rapt, violence, fuite, répudiation. — A l'origine de certaines familles se place un enlèvement par consentement ou par violence. Une formule explique que dans le premier cas l'union était valable et produisait tous les effets du mariage : Viventibus parentibus inter filios familias sine voluntate eorum matrimonium non legitime copulantur sed contracta non solvuntur. - Du vivant des parents, les enfants ne peuvent se marier légitimement sans leur consentement : mais l'union une fois contractée, elle ne peut plus être dissoute. Si l'enlèvement était accompagné de violence, le mariage ne résultait pas même de la consommation du stupre. Une décision de Childebert en 596 porte que : si ipsa mulier postea raptoris consenserit, ambo pariter in exilio transmitantur. Résignation d'une part et repentir d'autre part ne suffisaient pas, il fallait encore de hautes interventions pour purifier ce qui avait été souillé et rendre à un foyer la sécurité et la dignité qui lui eussent toujours fait défaut : Dilectissime atque amantissime coniugi meae. Liceo ergo ego raptu scelere nuptias que voluntaie parentum tuorum mihi ronjugii sociasse, unde vitae periculum incurrere potui, lumen intercesserunt pro me sacerdotes. Fipouse chérie et bien aimée, comme il est de notoriété publique que je t'ai enlevée contrairement à ta volonté et à celle de tes parents, et que par le crime de rapt je t'ai associée à mon sort, ce qui aurait pu mettre ma vie en péril si des prêtres et des personnages distingués n'avaient rétabli l'entente et la concorde, il a été convenu que : Une transaction intervenait donc entre le ravisseur et la famille dans laquelle il avait jeté le trouble et la désolation, mais on exigeait de lui la constitution d'une dot : Dumque convenu nobis ut ille rebus proprietatis meae libi uliquid in donationis libellum condonare deberem. Ideo que par hanc cartulam compositionis, si per festucam atque per andelangum, dono tibi... L'allusion faite au péril de mort couru par le ravisseur est une aggravation singulière, mais devenue nécessaire, de la loi salique qui se contentait d'une amende de 62 solidi ou de la loi ripuaire qui demandait 200 solidi'. Déjà le concile de Paris en 557, dans son canon 6, frappait d'excommunication celui qui enlevait une jeune fille ou une veuve ; en 596, Childebert portait la peine de mort : Pari conditione convenu Cal. Mari, omnibus vobis adunatis ut quicumque admodum raptum lacere præsumpserit, unde impiissimus vilus adcreverit vilae periculo ferialur ; et nullus de optimatibus nostris de tam turpissimo vilio præsumat pro ipso precare, sed unusquisque admodum inimicum Dei persequatur. Si la femme a consenti à s'unir à son ravisseur, on les exilera tous deux ; si l'homme s'est réfugié dans une église, on l'en arrachera ; s'ils y sont tous deux et qu'ils en sortent, on les mettra à mort. Pénalité énergique et qui semble n'avoir pas été applicable. En 615, Clotaire II décrète encore la peine de mort contre le ravisseur d'une jeune fille ou d'une veuve, mais si c'est une religieuse, l'union, même consommée, sera inexistante et les deux conjoints seront séparés.

Toutes ces précautions sont l'objet de tant de décisions qu'on est porté à admettre que les désordres étaient fréquents. Il s'ensuit que la famille était assez troublée. Mais tandis que le rapt admettait des réparations, l'inceste ne pouvait qu'amener des ruptures. Au vi siècle, il est presque impossible de citer un concile qui ne se préoccupe des mariages incestueux : Agde 506, can. 6 ; Orléans, 511, can. 18 ; Épaone, 507, can. 30 ; Lyon, 517 ; Orléans, 533, can. 10 ; Auvergne, 535, can. 11 ; Orléans, 538, can. 10 ; Paris, 587, can. 4. Le 61 canon d'Agde, qui sera adopté par les évêques réunis à Épaone, décide qu'on ne doit pas pardonner aux unions incestueuses avant qu'il y ait eu réparation. Sans compter les unions qu'on ne peut nommer, on doit regarder comme incestueuses les unions suivantes : lorsqu'un homme épouse la veuve de son frère ou la sœur de sa femme décédée, ou sa belle-mère ou cousine germaine et issue de germains. Ces mariages sont défendus, mais nous ne cassons pas ceux qui ont été contractés. De plus si quelqu'un se marie avec la veuve de son oncle du côté paternel (et du côté maternel) ou bien avec sa belle-fille, quiconque contractera à l'avenir une pareille union, qui doit être dissoute, aura la liberté d'en contracter ensuite une meilleure.

La dignité et les droits de la famille avaient d'autres périls à courir mais d'ime nature très différente. La consommation du mariage pouvait faire l'objet d'une dispense dans un seul cas : lors que l'accomplissement du devoirconjugal mettait enpérilcelui qui s'y soumettait '. Dans le cas d'une horreur insurmontable soulevée par une maladie répugnante, telle que la lèpre, la .séparation était admise. C^'étaient là des cas, somme toute, exceptionnels. La famille avait également à souffrir de certaines façons de considérer l'état de mariage. Nous verrons (au mot Femme) l'inlluence cxercée par saint Ambroisc sur une multitude de jeunes fil les, qu'il attirait à la virginité non seulement par l'estime de cette vertu, mais par une dépréciation du mariage et de la maternité. Cette veine futexploitée parfois avec peu de discrétion par des évêques et contribua à jeter dans les monastères des nonnes dont la vocation n'offrait peut-être pas toutes les garanties désirab les lorsqu'il s'agit d'une détermination si grave. Des jeunes fil les ne savaient pas ou n'osaient pas prendre à temps la détennination de consacrer leur virginité, se laissaient marier et se dérobaient alors aux devoirs de leur état. Des récits comme ceux qui firent la vogue des actes des saints Nérée et Achillée, de sainte Cécile, de saint Alexis, encourageaient cette disposition. Grégoire de Tours recueille un fait qui semble histori que, lorsqu'il raconte qu'une je une lille mariée contre son gré, n'entra dans la chambre nuptiale que pour pleurer et gémir. Ses lamentations ont peut-être été un peu retouchées par l'évc que de Tours, mais sa décision ne se laisse pas ébranler par les arguments du je une mari, qui lui rappelle son désir de perpétuer leurs famil les à tous les deux. Finalement c'est le mari qui se laissa persuader et ils partagèrent longtemps le même lit sans ja mais enfreindre la règle de continence qu'ils s'étaient imposée d'un commun accord '. Ce qui est certain, c'est que cette règle risquait de trouver peu d'imitateurs, mais l'éloge dont on entourait ceux qui l'avaient adoptée ne laissait pas que de jeter le trouble dans les foyers chrétiens. Le mariage et la maternité devenaient, aux regards des imaginations peu mesurées, un état inférieur, pres que indigne et une fausse mysticité représentait l'état consacré par un sacrement de l'Église comme peccamineux. C'est encore Grégoire qui rapporte l'épisode suivant : « Ingeltrude ayant commencé à former un monastère de fil les dans le voisinage de la basili que de Saint-Martin à Tours, elle envoya à sa fille (Berthegunde) des recommandations dans lesquel les elle lui disait : « Quitte ton « mari et viens, que je te fasse abbesse de ce troupeau « que j'ai rassemblé. » Celle-ci écoutant ce conseil de l'imprudence, vint avec son mari à Tours, et étant entrée dans le monastère de sa mère, elle disait à son mari : « Retire-toi d'ici, et prends soin de nos biens et de nos enfants : car je ne m'en retournerai par avec toi, parce que celui qui vit dans le mariage ne verra pas le royaume de Dieu. » Le mari vint me trouver, dit Grégoire de Tours, et me rapporta tout ce qui avait été dit par sa femme. Je me rendis alors au monastère et j'y donnai lecture des canons du concile de Nicée où se trouvent ces mots : « Que si une femme « abandonne son mari et méprise la couche dans « laquelle elle aura vécu avec honneur, en alléguant » qu'il n'y a pas de part dans la gloire du royaume « céleste pour celui qui vit dans le mariage, ana- « thème sur elle. « Berthegunde entendant cela et craignant d'être privée de la communion par les prêtres du Seigneur, sortit du monastère et retourna avec son mari. — Mais trois ou quatre ans après, toujours sur les conseils de sa mère, elle profita de l'absence de son mari pour s'enfuir de nouveau. Elle alla se réfugier chez son frère Berthchramn, évê que deBordcau.x. Le mari l'y suivit ; mais l'évc que refusa de livrer sa soeur. Le roi Contran, auquel le mari était venu se plaindre, ordonna à Berthchramn de rendre Berthegunde. » F-lle est ma « parente, dit-il, si elle a commis quel que chose de mal • dans la maison de son mari, c'evt moi qui en tirerai « vengeance. S'il n'en est rien pour quoi réduire un mari « à toute sorte de honte et lui enlever sa femme ? ■• l.'évêquc favorisa alors la fuite de sa sœur et lui conseilla de cherrher un asile dans la basilioue de Saint-Martin.

Elle s'y rendit et, quand son mari vint pour l'en retirer, elle refusa de le suivre. Mais, quel que temps après, Berthchramn mourut et Bertliegunde se sentant seule et san« appui, retourna au fo j'er conjugal '. » L'histoire de Monegonde montre un autre exemple de cette hantise féminine de se soustraire aux obligations conjuga les. Cette Monegonde perdit deux fil les et se claquemura dans sa maison, où son mari, désireux de la surveiller sans la contrarier, la laissa en repos. La recluse fit ou crut faire des mirac les, sa tète n'y résista point et s'égara tout à fait, dès lors elle n'imagina rien de mieux que de quitter sa maison et d'aller vivre dans un monastère, où on lui fit une grande réputation de sainteté. Le mari, impatienté de tout ce bruit, rassembla ses amis et ses voisins, cerna le monastère, y entra, en tira sa femme, qu'il ramena chez hii et à qui il rendit la cellule dont elle s'était auparavant contentée '. Il y avait dans tout cela un peu de déséquilibre, mais la pureté des moeurs excusait tout, recouvrait tout. Il n'en allait pas toujours ainsi.

Tetradia, femme du comte de Clennont Eulalius, trouva mauvais d'être délaissée pour des courtisanes et n'imagina rien de mieux que de rendre la pareille à son époux infidèle. Elle se réfugia chez le duc Desiderius et l'épousa. Eulalius fut enchanté de cette solution, enleva une nonne dans un monastère de Lyon et, à son tour, se remaria ^. Tetradia ayant emporté les biens, Eulalius ne tarda pas à la réclamer et un concile se réunit in confinio lermini Arverni, Gabalitani al que Ruleni^ sinodas episcoporum fada est contra Tetradiam, relictam quondam Desiderii, eo qiwd repclerel ad eam Eulalius cornes res, quas ab eo jugiens secum lulissel. Sed hanc causam vel qualitcr Eulalium reliqueritvel quemadmodum ad Desiderium con/ugerit allius memorandam pulani. Tetradia fut condamnée à restituer le quadruple et les enfants nés de son union avec Desiderius furent déclarés bâtards. Mais Eulalius garda sa nouvelle femme ; la répudiation de Tetradia l'y autorisait. tette répudiation, c'est le droit au divorce, qui existe aussi par consentement mutuel. On lit dans une formule fran que : Dum inter illo et conjugia sua illa non caritas secundum Deo, sed discordia régnât inter illos etob hocpariter conversare minime passant, plaçait utrius que Doluntas uldehoc consortio severare deberanlK « Comme entre un tel et une telle, son épouse, ce n'est pas la charité selon Dieu, mais la di.scorde qui règne et que par suite ils ne peuvent pas du tout s'accorder, il leur a plu à tous deux de se séparer, ce qu'ils ont fait. C'est pour quoi i)ar ces lettres d'une seule teneur, ils ont décidé que chacun d'eux aurait la liberté ou bien d'entrer au service de Dieu dans un monastère ou de contracter un nouveau mariage. » On divorce par incompatibilité d'humeur et on aura chacun de son côté la faculté de se remarier. Juridiquement on ne sait pas comment était réglée la situation des biens de la femme ; il est probable que, la communauté ainsi dissoute, elle reprenait ce (|u'elle avait apporté, mais s'il y avait des enfants, le mari devait sans doute garder l'administration des biens.

La répudiation n'était établie qu'au bénéfice du mari, lui seul pouvait rompre à son gré le lien conjugal et céder A l'intérêt ou au caprice, sans se soucier de celle qu'il repoussait. L'abus est si manifeste dans la dynastie mérovingienne <iu'il est peu de ])riMces <|ui ne .se livrent au plaisir de répudier une épouse et de la remplacer. L'Église tendit à empêcher ces excès cl parvint dans certains co des barbares à introduire des garanties jugées effica ces. La loi burgonde décide qu'en dehors des trois cas prévus : adultère, sortilège et violation de sépulture, le mari qui répudiera sa femme devra abandonner, ainsi qu'à ses enfants, sa maison et sa fort une '. La loi des Wisigoths établit la séparation de corps, divortium quoad thorum et habitationem, qui relâche le lien conjugal sans le dissoudre '. La femme n'avait qu'un seul recours pour faire rompre son union, c'était l'impuissance du mari. En 743, le concile de Leptines confirme ce qui se lisait déjà dans le Pénitentiel de Théodore de Cantorbéry : Si vir et mulier confuareril se in matrimonio et postea diieril mulier de viro non passe nubere cum ea, si guis poteril probare quod verum sit, acceptât alium. Quant au mode de preuve, le concile de Compiègne, en 757, n'admettait que l'aveu du mari.

Le droit du père n'était pas moins excessif que celui du mari. Chef de la famille, c'était à lui d'en ouvrir l'accès au petit être qui semblait en faire partie de droit. Le père avait le droit de désavouer l'enfant qu'il déclarait n'être pas sien, droit de le vendre. Plus tard, il avait encore le droit de désavouer celui qu'il tenait pour un intrus. Chlothachaire fait couper les cheveux du je une Gondevald en disant : « Ce n'est pas moi qui ai enfanté celui-là '. » Le je une homme propose de justifier .son origine en recourant ,au jugement de Dieu. Ce qui est plus extraordinaire encore, c'est, en présence du refus de Contran de reconnaître le fils de Frédégonde pour fils de son frère Chilpéric, cette reine rassemblant trois évêques et trois cents personnes qui jurent que l'enfant a bien été engendré par Chilpéric. Et sic suspicio ab animo régis ablala est, dit Grégoire de Tours '. On se demandera .sur quoi les trois évêques et les trois cents jureurs appuyaient leur serment.


VII. Bâtardise. — Quant aux bâtards, leur situation était particulière et leur nombre semble avoir été considérable. 11 n'y avait pas que Dagobert pour avoir trois épouses et une multitude de concubines dont les chroniqueurs renoncent à donner les noms. Childéric, père de Clovis, avait été détrôné parce qu'il déshonorait toutes les fil les '°. Bagnacaire n'épargnait pasméme les femmes de sa famille ; Caribert et bien d'autres se conduisaient de même. Ces unions irrégulières constituaient des séries de bâtards qu'il fallait établir et. parfois, au détriment ou aux dépens des enfants légitimes. L'enfant issu de concubinage etiiit considère dans la famille du père comme un étranger. Le droit romain admettait la légitimation qui l'introduisait dans la famille ; ce que le droit barbare n'admettait pas, mais il semble (|u'à défaut de textes formels, l'usage admettait l'adoption suivant certaines formes. Le père prenait l'enfant sur ses genoux, le plaçait sous son manteau, le chaussait de son soulier. Quoi qu'il en soit, la tendresse paternelle lui ménageait parfois un fort bon lot. Théodoric, fils aîné de Clovis, était né d'une concubine et il hérita d'une part égale à celle de ses demi-frères. Sigeberl, aulre bâtard, celui-ci de Dagobert, hérite au même titre que les fils légitimes. Les enfants naturels des particuliers étaient-ils admis à l'héritage paternel ? Ou n'a pas une seule raison solide de le nier. Sous l'inllucncc combinée du droit romain et du droit canoni que, la législation fran que touchant les enfants naturels ne larda pas à se modifier ,iu\ dépens des enfants. A l'épo que carolingieiuie, ils sont exclus de la succession de leur père. V^nv formule » montre que l'enfant né des rapports d'un homme libre • Ilisl. Franc., l. VIII, c. ix. « Ilisl. Franc. 1. U.c. xn. - » De noziùrc, liecucil. n. 2lil. n'a aucun droit héréditaire. Une autre décide' que le l)ère ne pourra valablement disposer en faveur de ses bâtards que s'il n'a pas d'enfants légitimes. Un capitulaire prescrit de ne contracter que des unions légitimes, les seu les qui donnent des enfants aptes à hériter. On a ^'u, par la 52« fonnule de l'Appendice de Marculf, que le père pouvait, à défaut d'inxtrumenlum dotale, constatant le mariage, reconnaître ses enfants nalnra les et les instituer héritiers in legitimam successionem ; mais il est toujours douteux que les enfants ainsi introduits dans la famille de leur père pussent hériter ab intestat des parents paternels.


VIII. Adoption. — n y avait encore un mode d'accession dans la famille, la voie d'adoption. Le titre .\L^'ra de la loi saUque, De afjatomia, en parle avec détails. Il existe des formu les d'afTatoraie -. Au jour marqué par le ttinginas, en présence de témoins et par le jet de la feslwa, l'adoptant transfère son droit au patrimoine à l'adopté. Ensuite il le conduit en sa maison et le met en possession de sa fort une. L'adopté s'installe, reçoit des hôtes devant témoins et, les héberge pendant plusieurs jours, mais l'adopté n'est qu'un héritier présomptif à qui on fait jouer un rôle ; il doit se rendre ante rcgem aut in mallo légitima et, dans le délai de douze mois, restituer la fort une qui lui a été transférée. Toutes ces fonnalités étaient imposées aussi bien pour le choix d'un héritier privé que pour le choix d'un héritier à la couronne. Grégoire de Tours nous en offre un exemple^. Le roi Contran, n'ayant pas d'enfants, adopta son neveu Childebert. Il rassembla les grands de son royaume, leur dit : « Il m'est arrivé, à cause de mes péchés, de rester sans enfants, je prie donc mon neveu de devenir mon fds. » Et, le plaçant sur le trône, il fit tradition de tout son royaume par ces mots : • Qu'un même bouclier nous protège ! qu'une même lance nous défende I S'il me vient des fils, je ne te regarderai pas moins comme un d'entre eux et tu conserveras l'amitié que je te promets aujour d'hui en présence de Dieu. » Les grands de Childebert firent la même promesse en son nom. Ils mangèrent et burent ensemble, s'honorèrent mutuellement de présents magnifiques et se séparèrent en paix. C'est en réalité l'affatomie avec un supplément de pompe. Au lieu de transmettre le royaume per/cs/uca/n, Contran procède per hastamel Childebert n'accepte pas lui-même : ce sont les grands qui acquiescent en son lieu et place, ce qui prouve qu'il n'avait pas encore atteint sa majorité, c'est-à-dire la majorité royale. Dans la suite, cette manière d'entrer dans la famille disparut, mais on continua à instituer héritier sous forme d'aliénation contractuelle entre vifs. En d'autres termes, l'affatomie contenait deux opérations combinées : l'adoption et l'institution d'héritier par contrat. La première est tombée dans l'oubli, mais la seconde a subsisté.

Plusieurs formu les nous font connaître les formes, les conditions et les effets de cet acte, qui était à la fois une adoption et une institution d'héritier. En général, ces adoptions étaient faites par des personnes qui n'avaient pas d'enfant. Certaines lois barbares font même de l'absence d'enfants une condition de la validité de l'affatomie ; tel les sont les lois des Ripuaires et des Lombards * ; la loi sali que n'en dit rien, peut-être le sous-entend-t-elle. Assez souvent ces mêmes personnes étaient hors d'état de gérer leur fort une '. Si l'adopté était encore placé sous la puissance de son père naturel, il fallait le consentement de celui-ci ». L'adoptant transmettait son patrimoine à l'adopté per carlolam sivc pcr festucam utgue per anselangum ' ; en d'autres termes, on employait pour le transport du patrimoine les formes ordinaires de l'aliénation. Parfois cette aliénation produisait immédiatement effet et l'adoptant se réser\'ait seulement le droit d'exiger ce cjui serait nécessaire à sa vie : In ea vero ralione ul, quantum vixero, victum mihi et potum, vestimenta et calciamenta, in omnibus su/ficienter procurare dcbeas, et ut exinde mihi omnibus diebus vitsemex nihil deficiat. Quod si hoc non /eceris, ipsas res, quas tibi delegam, ad integrum perdas '. Enfin, on faisait intervenir, comme dans tous les contrats, des stipulations péna les qui garantissaient l'adopté et ses héritiers contre toute entreprise de la part des héritiers naturels de l'adoptant ou de toutes autres personnes '.


IX. L.\ SORTIE DE LA FAJULI.E. — La loi sall que, tit. Lxni, indi que la procédure à suivre pour rompre tous les liens avec la famille : De eo qui de parentilla tollere se voluerit. — • Si f/ii(s de parentilla tollere se volueril, in mallo ante tunginam aut centenarium ambulet, et ibi qualluor fus les alninos super caput suum frangat ; et illas qualluor par les in mallo jactare débet, et ibi dicere, ut de juramenlo et de hœreditate et de Iota illorum se ralione tollat. L'impétrant se « présentait dans le mail, rompait quatre branches d'aulne sur sa tête '° en jetait les débris aux quatre coins de l'assemblée et cessait désor mais d'appartenir à la famille. Cet acte était grave, il permettait à celui qui s'y décidait de se soustraire à toutes les responsabilités collectives si nombreuses à cette épo que ; s'il n'avait pas d'héritiers directs, ses biens iraient au fisc. C'était une procédure qui rappelle, par ses effets, la mise hors la loi, et elle fut abandonnée de bonne heure.

X. Monuments. — Les monuments relatifs à la famille sont nombreux. A ne considérer d'abord que l'épigraphie chrétienne, pous pourrions reprendre plusieurs titres de la dissertation sur la Bonté chrétienne (Di'c/ion., t.u.col. 1108), tels que alTection entre époux, affection des parents et des enfants, les témoignages des serviteurs eux-mêmes devraient être recueillis, car beaucoup d'entre eux portaient à juste titre le titre de famuli, de domcstici et appartenaient dans une certaine mesure à la famille. Mais nous ne pouvons que renvoyer à cette étude déjà faite. Nous avions concentré plus particulièrement notre attention sur les monuments épigraphiques des trois premiers, plus concis, moins verbeux et sinon plus sincères du moins plus proches du sentiment familial.

Voici un éloge débordant d'une épouse incomparable sur une inscription de Carthage. Pla que de marbre blanc veiné de bleu, à revers lisse, longue de 0 m 255, haute de 0 m 165 à gauche, de 0 m 190 à droite, la partie inférieure étant brisée obliquement. Épaisseur : 0 m 011 en bas, 0 m 02 en haut, où le sciage a laissé une bande en léger relief. Le côté droit est irrégulièrement taillé » :

D'après Biionarotti, Ossenazioni sopra aîcuni frammcnli di vasi di uetro, 1716, pi. xxiii, fig. 1. on a tracé à la pointe une ligne verticale indiquant l'espace que devaient occuper les lettres. Le premier éditeur de cette inscription, le P. Delattre, conclut du fait que cette je une femme mourut de la même maladie qui emporta sa belle-mère que ce sont deux victimes de la peste de Carthage en 252-254. La forme des caractères n'y contredit pas, mais il nous semble fort difficile d'admettre cette interprétation. Rien, sans l'épigraphic africaine du m'^ siècle h Carthage n'invite It admettre ces formu les, qui appartiennent bien probablement au IV siècle.

A la même épo que se rapporte une inscription de QVOS PARIBVS MERITIS IVNXIT MATRIMONIO DULCI OMNIPOTENS DOMINVS TVMVLVS CVSTODIT INAEVVM CATERVI SEVERINA TIBI CONIVNCTA LAETATVR SVRGATIS PARITER CHRISTO PRAESTANTE BEATI QVOS DEI SACERDOS PROBIANVS LAVIT ET VNXIT.

Au musée d'Avignon, une inscription provenant d'Aoste-en-Diois et que nous avons déjà fait connaître (voir /)ic/ionn.,t.i,col.249S, fig. 822) porte la formule suivante : In Chrisli nomene in hac loco qiiiescunt in pace ftdelis famulus Dei Ampelius el Singenia qui oixerunl inconjugali adjectii cl carilale annis circiler LX aal a. . iniis in pace dominica permansenmt quorum vita talis fuil ut linqucna conjux marilum XX annos... excedens in caslatite perpétua perduraret. Obicl venerabilis memoriie Ampelius sub die xv ikl. dccembris Fisto et Marciano consulibus. Transiet bone recordalionis Singeniasub die VIII A-/, ianuarias posl consulatuni Vinloris + inChrisli nomine. — « Au nom du Christ. Ici reposent en paix le fidèle serviteur de Dieu Ampelius et Syngenia, qui vécurent dans l'alTection et la tendresse conjugale environ soixante années, ou... demeurèrent dans la paix du Seigneur. Telle fut l'excellence de leur vie, que la femme, se séparant de son époux pendant plus de vingt ans, garda une continuelle chasteté. ■• f'.ette confidence, qu'on peut trouver indiscrète, montre bien que les idées se modifiaient de plus sur la sainteté du mariage. Ampelius mourut en 472 et sa femme en 490.

Un siècle plus tôt, en 3G2, à Rome, une inscription ' nous montre un mari donnant ;\ sa femme, en souvenir du récit bibli que de la Genèse n, 2 le nom uni que de cuslu u ma cote » , comme il eut dit : « lachair de ma chair » :


VISCILIVS NICENICOSTAESVAE QVAE FVITANNORPMXXXIEX QVIBVS DVRABITMECVM ANNOS XVFECIINSE SI EO DONOSIM-EXIBIT DE SAECVLO 5 VIIDVSIVLMAMERTINOET-NEVITA...

Cavedoiii avaitsuggérélenom N ice Costa, ce qu\ ferait deux cognomina et c'est un de trop. Ce qui suit est obscur : feci in se si co dono sim. Lami, Oderici, Danzetta ont proposé leurs interprétations assez peu satisfaisantes. Rossi est plus heureux en suggérant : feci in se (c'est-à-dire j'ai passé quinze ans avec elle) .si tamen eo dono dignus lueris, ou fui (si toutefois je m'en suis montré digne).

Les monuments figurés nous conser s'ent quelques scènes de famille. On peut d'abord rappeler toute la série des fonds de coupes (voir Fonds de coupes) sur lesquels nous voyons si fréquemment un ménage chrétien ;.mais il semble bien que ces sujets étaient exécutésVn séries, ou du moins d'après des modè les arrêtés partie de l'inscription qui n'apprend rien d'utile, peutêtre pouvait-on lire : cum om N i


BVS VE

■ P -Z ■

Buonarotti a disserte longuement sur la coiffure des deux petits garçons qui portent une grosse touffe de cheveux sur l'oreille droite, c'est là une particularité que nous avons déjà rencontrée et signalée (voir Dictionn., t. I, col. 1478, fig. 337) ; il n'y a pas lieu de s'y attarder ici, puis que, à la suite d'un examen attentif, le dessinateur de Garrucci à constaté que cette particularité n'existait pas et que les deux petits garçons portent leurs cheveux également répartis de cha que enté. Comme cette coupe de cheveux s'inspirait d'une superstition païenne, on en peut induire une raison de plus pouravoirici,Iesportraits d'une famillechrétienne.

■ df (_ :allistc. D'aprèb Wilpert. PMun. pi. '.Ki. d'avance auxquels le client faisait simplement ajouter une inscription avec les noms des époux... On pourrait même étendre cette fabrication aux piè ces sur lesquel les les époux sont figurés avec un enfant : oh ne risquait pas beaucoup en se promettant à tout le moins un rejeton ; mais nous serions, au contraire, porté avoir des mémori aux de famille, exécutés sur commande et • à la pièce >> lors que plusieurs enfants sont représentés. Un de ces fonds de coupes donné par Buonarotti, montre un je une ménage avec trois enfants, une fillette de cinq ou six ans et deux garçons de trois ou quatre ans (fig. 4267) la mère porte les cheveux on des à la mode de Mammée ou d'Otacilia Severa. Un autre verre publié par le même antiquaire montre une famille composée du père, de la mère et d'un petit garçon, mais il est manifeste qu'on a voulu ici atteindre k la ressemblance. La mère et l'enfant sont travaillés en or, tandis que le visage du père est en argent (fig. 4208), particularité qui s'observe également sur le grand fond de coupe représentant une famille de quatre enfants, deux petits garçons, des fil les leurs aînées et les parents (fig. -J'^fig). Le père et les deux garçons sont vêtus d'argent rehaussé de traits rouges tandis que la mère et les fil les portent des étoffes ornées d'arabesques. Le père semble porter un vêtement qui se rapproche du pallium, les garçonnets portent la chemise ou la tuni que. La brisure du verre a enlevé une Les fresques des catacombes ne nous offrent qu'un petit nombre de scènes dans lesquel les il est possible de reconnaître une famille. Cependant vers la fin du m' siècle, au cimetière de Calliste, nous voyons cinq person' nages dans le jardin du paradis, les cinqae sanli, qui semblent bien appartenir à une même famille ' ; dans le même cimetière et à la même épo que im anosolium sur lequel on voit encore une mère, son fils aîné et ses deux petits enfants (fig. 4270) =.

H. Leclercq.


FAMILLE (Sainte). L'imagerie catholi que, en prenant la succession de l'iconographie chrétienne, a altéré un certain nombre de symbo les et de types vénérab les auxquels elle en a substitué d'autres réputés plus édi fiants ! Le bon Pasteur, seule statuette dont on ait retrouvé après dix-sept ou dixhuit sièc les plusieurs exemplaires pres que intacts, n'est plus connu que des archéologues. Le crucifix ne s'est parfois défendu devant l'invasion de la pacotille dévote que par son droit inéluctable à se dresser au centre de l'autel chrétien. L'imagination italienncpoussaplus loin ses ravages, elle prétendit découvrir dans l'antiquité des modè les aux types qu'elle voulait accréditer : ce fut ainsi La Sainte Famille sur un couvercle de sarcophage de Sutri. D'après Garrucci, Storia, pi. r.cccLxxx, n. 4.

Sancliis Joseph in medio est, et ad ejus sinisiram puer, qui datus est nobis, habita orantis, indiita campagis utia que tibia, ad modum pastoram, quibus per loea senlicosa sœpe iter agendam est. Quanti prœtii hœe pictural[sit, reipsa manifestalur. Si qui probationes quœrunt, has sciant non déesse ; me tamen differre in aliud tempus, quo primas origines iconographie ehristianœ Iractabo. M. Martigny, souvent mieux inspiré, adopta cette fantaisie en essayant de se rassurer sur son compte : « Les savants de nos jours, 4it-il, ont admis les appréciations que suggère le simple bon sens, ainsi que le témoignage des yeux ; ils se sont prononcés ces jambes et décida qu'el les ne pouvaient avoir ap partenu à un adulte ; seulement, nouvel embarras, ce Jésus enfant se trouvait être une fillette portant déjà la robe longue. On l'abandonna décidément ' : mais comme il fallait, coûte que coûte, une » sainte famille » catacorabale, ce fut pour revenir vers celle du cimetière de Domitille. Si l'enfant se trouvait représenté en orant. ce qui n'est pas le cas pour le Christ. Garrucci di.sait : ce n'est pas lui ; De Rossi, corrigeait : pour quoi pas ; et Grimouard répondait ; vous faites erreur, et il invoquait un sarcophage du iv« siècle où le Christ est représenté en orant' I Enfin, il se rencon-


FEVERA^ INDEOVL

pour la sainte famille. » Mais, depuis, ils ont changé d'opinion '. La frescjue du cimetière de Domitille a changé d'interprétation ; elle est redevenue ce qu'elle a été dès l'origine ; la représentation d'une famille chrétienne et c'est le I'. Garrucci lui-même qui, dans son Histoire de l'art chrétien, a reconnu que les « saintes famil les » sont toutes modernes.

Garrucci avait découvert une autre » sainte famille » dans un groupe du cimetière de Priscille composé d'un homme, d'une femme, d'un enfant, et en regard Ira un humoriste, qui, désespérant d'y découvrir une « sainte famille » proposa d'y voir des juifs revenant de Babylone '.

Martigny, à qui ce sujet portait malchance, voit une « sainte famille • dans le .sarcophage de Pérousc qui représente .lésus parmi les docteurs ' : « Nous croyons reconnaître ce sujet, écrit-il encore, dans quelques tombe aux d'Arles. » Ici, enfin, il a raison, bien qu'il faille réduire ces « quelques tombe aux • ii un uni(|ue sarcophage ser\'ant aujour d'hui de fonts baptism aux dans l'église Saint-Trophime. Les deux faces latérales ofîrent un intérêt exceptionnel puisqu'on y voit représentée la scène de la malédiction du figuier (voir ce mot) et la scène de l'adoration des mages avec la présence de saint Joseph derrière le fauteuil sur lequel la Vierge est assise (voir Diclionn., t. I, col. 2057, fîg. 597) '. La Vierge, représentée sans voile, est assise sur un rocher ; sur ses genoux, le Christ, déjà grand, lève la main droite en regardant les mages ; un personnage dont le vêtement court laisse une épaule nue ne peut être que saint Joseph. « l^aulc, raconte saint Jérôme, me protestait que, venue à Bethléem, elle voyait, des yeux de la foi, le divin enfant, enveloppé de langes et vagissant dans la crèche, les mages en adoration, l'étoile brillant au ciel, la Vierge mère, le père nourricier l'assistant, les bergers arrivant dans la nuit -. » Voilà le thème dont les artistes seront inspirés.

Ce monument ne fait d'ailleurs que représenter une « érie assez longue de bas-reliefs sur lesquels saint Joseph est figuré à cette place dans l'adoration des mages. Il faut remarquer cependant que nous ne le voyons sur auc une des adorations des mages peintes dans les catacombes, c'est une innovation de la sculpture et no\is la retrouvons, en dehors du sarcojjhage d'Arles sur :

427.3. — La .Sainte Famille.

Fragment provenant du cimetière de Saint-Sébastien.

D'après Scaglla, Notiones archenlogiœ c/iris(i« nœ, t. II, 3 » part., p. 32, fig. 20.

H. Leclercq. FAMULUS DE ! ET CHRISTI. < Serviteur ! » Un mot qu'il faudrait se garder de preudre à la lettre, mais qui a fait fort une et qu'on rencontre dans les plus anciens documents clirétiens. On le rencontre même bien auparavant, quatre ou cinq sièc les avant le Christ, sur des papyrus '. Serviteur,/amuJus,sen ;us,SoOXoç,7raîç, autant d'expressions sur ceux des apôtres, même expression : Melito, seruus Christi, episcopus ecclesiic Sardensis.... » ; Melitus servus Christi episcopus Laudocia ; universis episcopis ecclesiarum catholicarum in Domino mternum saluIcm « La Passio S. Jiarnnbiv, mise sous le nom de Jean Marc, débute ainsi : Joannes qui el Marcus, famulua domini Jesu Chrisli, discipulus vero sanclorum apostolorum Pauli et Barnabas '. A seruus et à famulus répond ancilla (voir ce mot) que nous trouvons copieusement employé dans les apocrjplies. La Vierge Marie, elle-même, est censée prendre ce titre : Ignalio dileclo cnndiscipulo humilis ancilla Chrisli Jesu ' et encore : Maria virgo, Joachim filia, humillima Dei ancilla Chrisli Jesu cruciflxi mater, ex tribu Juda, stirpe David, Messanensibas omnibus salutem el Dei Patris omnipo tentis bcnedictionem '.

Un document d'une authenticité et d'un date certaines, la lettre de l'Église de Lyon-Vienne en 177, débute par ces mots : 01 èv Biéwt) xal AouySoùvcù FaXXfaç TcapotxoûvTeç SoOXot Xpiaxoù....*. L'évê que Alexandre, collègue de Narcisse sur le siège de Jérusalem, s'adresse A l'Église d'Antioclie en ces termes : SoûXoç xai Sé<j(J.tot ; 'Ivjaoû XpiaToi5 x^ jiaxapta : 'Avrioxéwv èxxXïjata èv xopto) ya.lpei'j '. L'expression deviendra de style. En 358, saint Hilaire de Poitiers ouvTe son De synodis sea de fide orientalium par ces mots : Dilectissimis et beatissimis fratibus et cœpiscopis provinciœ Germanise primse el Germanise secundee et primse Belgicse.... Hilarius servus Chrisli in Deo el Domino noslro seternam salutem ' et dans son ouvrage contre Auxence de Milan : Dilectissimis fratribus in ftdc paterna manenlibus el Arianam hseresim deteslantibus episcopis el omnibus plebibus Hilarius conservus vester in Domino œternam salutem '. De même Eusèbe de Verceil : Scrims Dei Eusebuis cum consentis suis qui mecum fidei causa laborant. Palrophila cuslodi cum suis ' ; et saint Ambroise : Ambrosius serous Chrisli, vocatus episcopus Vercellensi ecclesiœ el lis, qui invocant nomen Domini nostri Jesu Chrisli... » : et saint Paulin de Noie : Paulinus servus Chrisli Jesu Severo carissimo fralri secundam communem fidem in Deo paire et Christo Jesu salulari noslro salutem ' ». Saint Augustin : Auguslinus episcopus servus Chrisli servorum que Chrisli salutem « ;

— Dilectissimis fratribus, clero, senioribus et universœ plebi Ecclesiœ Hipponensis, cui servio, in aileclione Chrisli, Auguslinus in Domino sahilem '' ; — Dominis dilectissimis et desiderantissimis sanclse plebi, cui ministro, membris Chrisli, Auguslinus in Domino salutem ° ; — famulus Chrisli familiœque ejus '* ; — servus Chrisli et ejus ecclesiœ 'V — • Auguslinus, servus Chrisli, membrorum que Chrisli, Dario filio membro Chrisli, in ipso salutem » ; — Auguslinus episcopus servus Chrisli servorum que Chrisli religiosœ famulse Dei Probse « .... :

— Auguslinus episcopus servus Christi el per ipsum servus servorum ipsius Vilali fralri in ipso salutem ». Notons aussi au passage la formule servus servorum Dei plus d'un siècle avant saint Grégoire 1'=' à qui on l'attribue.

L'exemple donné par les plus grands est naturellement suivi par les moindres : Domino vere sancto ac nobis venerabililer super omnia prœferendo et pia exultatione colendo bealissimo papse Auguslino Valentinus servus luse sanctilatis et omnis congregalio, quse luis orationibus mecum speral, in Domino salulem '« ; — Paplmutius humilis servus veslrse sanctilatis omnibus Dei famulis algue universis fidelibus que per universas lerrarum secclesias in fide Christi constitulis salutem » ; Marius Mercator Chrisli serous Lectori conserva suo salulem « .

L'épigraphie apporte son contingent de textes. Près d'Aricia, dans le Latium, une inscription du v« siècle i H. !ë ?NEQ^nfkîtlnpac^.fMl :.y'y !A(>WSMR'^mAC^ D'après Monneret de Villard, Inscrizioni crîstiane deïla 'prouincia di Como, 1912, p. 22, n. 4. donne le titre de famulus Dei à un prêtre âgé de quatrevingts ans '- :


HIC REQVIESCIT FAWLV[ ;us Oei PRESBI CVIVS ANNI F[urunt RM LXXX DEPOSITVS [N[pace VC CONS Un embranchement pris sur la voie Appienne à hauteur de Boville conduit directement à Anzio. En <t)ICE REQVISQVET FAMVLVS DEI C ■ ■ • DIES T III DIPONITOR III IRIS IVL ce qu'il faut lire ainsi : Ice (hic) requisqml (requiescit) lamulus Dei C... (qui vixit annos ? menses ? dies III diponitor (deponitur) III iris (idusj Julias.

En Espagne, on rencontre à profusion : famuliis Dei = et plus rarement fcimulus Cfiristi ' ; la proportion est la même dans l'emploi au féminin. En Gaule, le titre n'est pas moins fréquemment employé ; en Italie, nous pouvons choisir une ville parmi tant d'autres, Côme, par exemple et voici la série d'exemp les que nous rencontrons * :

B. M. Hic requiescit in pace famala xpi Rusticula virgo devola Deo... (en 527) '.

B. M. Hic requiescit in pace famutus xpti Marcellianusvrsubdiac.sce.Mediol.eccl... (en 556) '.,(fig. 4275).

Hic requiescit in pace fam. xpi Laurenlius v. s. qui vixit.... (en 571) ' :

Hic requiescit in pace famil. xpi... pranei qui vixit'...

Hic requiesc. in pa. famula xpi Laurentia quie vixit '.

B. M. Hic requiescit in pace famula xpi... quie vixit ' ».

Hic requiescit in pace famula xpi Agnes cuse vixit « ....

B. M. Hic requiescel in pace famula xpi Agnela qui vixit » B. M. Hic requies cet in puce famula xpi Ilonoria qux vixit « ....

Agripinus famulus xpi Corn, civitatis eps. h une ^ oratorium »....

Hic. /•.... in p. famulus xpi Oporlunus qui vixit '^.

B. M. Hic requiescit in pace famulus Cristi Procopius qui vixit « ....

Hic requiescit in pace famola xpi Eu.... qui vixit in hoc seculo > »....

B. M. Hic requiescit in pace famulus Dei vr. exurcista Vincentius... (en 526) « .

Hic requies cet in pace famula xpi Pelaijia q. vixit in hoc seculo... (en 530) ».

B. M. Hic requiescit in pace famulus xpi Agnellus... (en 556) « (fig. 4276).

Hic requiescit in pace... famulus xpi qui vixit -'....

B. M. Hic requies cet in pace famula xpi Gijnlclila sp. f. qui »....

Hic quiescil in pace famolus xpi Macrinus ^....

B. M. Hic requiescel in pace famulus Dei Criscentio qui vixet '*....

B. M. F. Hic requiescit in pace famula xpi Fugitiva qui ■'....

B. M. Hic requiescit in pace famuli xpi Johannes cum -'....

B. M. Hic requiescit in pace famola Dei Politta qui vixit « On peut juger d'après ces exemp les du peu de variété qu'olîre cette formule. Il faut se résigner à la rencontrer ainsi, sans pouvoir en extraire grand'-


VIXITINHQCSAE CMLÛANNMXLUI

. ;•> u^.

-y chose pour l'utilité de l'archéologie ou de l'histoire. On la retrouve dans le monogramme de l'évèquc de Ravcnnc Xeon episcopus famulus Dei », dans lies distiques ù l'honneur de saint Martin de Braga ' :

Pannoniis genilus, transccndens œquora vasla, Galliciœ in gremium divinis nulibus adus, Confcssnr Martine, lua hac dicalus in aula Anlisies cultum institui rilum que sacrorum. Teqae, patrone, sequens famulus Marlinus eodcni Nomine, non merito, hic in Christo pace qucsce.

Voici Victor de Capoue : Victor famulus Chrisli el ejus gratta episcopus Capuas - ; Cresconius Christi famulorum exiguus^ ; — saint Bonifacerrfomni ;, ? Boni- /atius archiepiscopus Christi que confessor beatificandus el Danihel doclissimus Dei plcbis famulus ' ; — Ego in Deo nomine Eberhardus filius Adatberti quondam ducis, acsi vilissimus Chrisli famulus ' ; — Domino sancto et beatissimo patri patrum ill. pape ill. famulus nestcr « . Ce dernier texte nous amène aux papes de Romequiferontgrand usage de ces formu les : SVWIPTV ET STVDIO CHRISTI FAMVLI HILARI EPISCOPI '. E des Ports.

D'après BuUet. archéol. du Comité, 1894, p. 60.

In honorem beati Joannis Baptistse. Hilarus episcopus Dei famulus offert ' : — Liberatori suo bcato Joanni evangelistse Hilarus episcopw : offert ; — Domino' juvante Félix episcopus Dei famulus forum basilicœ beati martyr is Stephani musivo et nmrmoribus decoravit ' ; — Honorius episcopus Dei famulus ' ».• — Pelagius junfior) episcopus Dei famulus « . Cependant, à partir de saint Grégoire I » c'est la formule servus servorum Dei qui prévaudra et deviendra une sorte de propriété des pontifes romains ; mais, afin de ne pas être en reste, des prêtres se proclameront seruorum Dei famulus. Il n'est que de s'arranger : Domina : merito venerabili et fructu sacrœ virginitatis in Christi gratia semper inluslri ac per omnia Proban Eugyppius omnium servorum Dei famulus in Domino salutem » ; in Chrisli nomine domino sanctissimo el beatissimo patri Willibrordo Ansbaldus seruorum Dei famulus « : Domino beatissimo et apostolicis infulis decoralo, patri spirilali, Aunario eptscopo, Slephanus omnium servorum Dei famulus » ; enfin saint Césaire d'Arles trouve le moyen de renchérir encore : Cœsarius episcopus minimus omnium servorum Dei famulus Cœsariœ sanclœ sorori abbatissœ vel omni congregalioni suse in Christo œlernam salutem '^.

Parmi les famulse Dei, voici une inscription datée du 8 septembre 564 « :

-pIN HOC TVMVLO REQVIESCE^ famu et celle-ci trouvée au Mas des Ports, prés de Lunel (Hérault) et entrée au Musée epigraphi que de la Société archéologi que de Montpellier. Le lieu des Ports, situé sur la côte de l'étang de Mauguio, vers l'embouchure du Vidourle, dans cet étang, tirait son nom d'un port qu'on y avait pratiqué. Il y eut là deux églises dépendantes de l'abbaye de Psalmodi, l'une sous l'invocation de la Vierge, l'autre sous celle de Saint Pierre, et on y tint deux conci les en novembre 887 et avril 897.

L'inscription est tracée sur un bloc de pierre calcaire assez grossière, dalle quadrangulaire, mal équarrie d'environ 0 m. 10 d'épaisseur, ayant 0 m. 46 de hauteur et une largeur variant de 0 m. 41 à 0 m. 43. Tout autour un bandeau plat de 0 m. 03 à 0 m. 05, auquel succède une gouttière de 0 m 02 de profondeur, puis un boudin qui se relève au niveau du bandeau et (|ui entoure un champ quadrangulaire creusé à 0 m 02 au-dessus du niveau de la bordure. Les caractères vont de 0 m. 018 à 0 m. 038 » (fig. 4277).

In nomine nostri Domini Jhesu Christi. le requiescil Ranilo famule Dei et obiit pridii nonas Jenoarii. Vivat in Christo. Amen.

La paléographie et les formu les sont antérieures au vu* siècle.

H. Leclercq.


FARON (CANTILÈNE DE SA INT) — De Clovis à Charlemagne beaucoup de chants furent consacrés à la glorification des anciens rois de France : tous ont péri, sauf celui qui est désigné sous le nom de « Cantilène de saint Faron » ou « Chant de Clotairc. » « Maître texte, au dire de L. Gautier, et que « les romanistes considèrent avec raison comme leur plus riche et leur plus sur trésor « , » Faron ou Burgundofaro vécut au vn » siècle. On trouve sa présence et sa signature dans plusieurs actes diplomatiques de Dagobert l^', dont il fut référendaire, entre 629 et 667 » ; il était évê que de Me aux à une date postérieure à 626 et vivait encore en 668« . Sa vie fut écrite en 869 par un de ses successeurs Hildegaire, évè que de Me aux ; cette date et cette attribution sont hors de doute ». Mabillon publia cette Vie en 1669 et M. Br. Krusch l'a, en partie, rééditée en 1910 '. André Du Chesne et Bouquet ont publié des Excerpta =, les bollandistes donnèrent une Vie plus courte, qui n'est qu'un résumé de la vila d'Hildegaire. C'était la conviction de Mabillon à laquelle il faut s'en tenir, bien que le bollandiste van Hecke ait soutenu que la Vie plus courte était la plus ancienne '. Le fait de la dépendance est incontestable, comme on peut le voir par ces passages :


ACTA SANCT., p. 609. Etenim genitor bujus sancti viri, Hagnericus nomine. ex gente Burgundionum duxit prosapiam : atquc in aula régis Theodeberti inter priniores et proceres non mediocriter fiilsit. Erat namqiie consiliis, regaîibus notiis, ac nobilitate sapientise vallatus.

Page 610. ... lacrymis que terrain ubertim irrigans^ his verbis orabat : O Petre, qui justis régna reseras cîelestia et obseras injustis, hue ad tua confugi limina, tua volens esse ^^^gUIlcula.

Mabillon, p. 5S5.

Ut ergo lantaac lalis lucerna Christi pauïatim puUuîare poluisset. A prinia'vo flore lenerœ ju^entutis intra aulam régis Theodeberti nofciUter cum doctrina chrisliana nutriendo laetavil. Genitor quippe ejus inter Primores proceresques illius régis non medioeriter julsit. Pollebat nam que insignis de nomine Agnericu& consiliis regaîibus gratus ac nobilitate sapientiîe vallatus.

Page 588. ...squalebat in pavimento sordidula hac virgo Fora sic orans : O Petre. qui caîli régna justis reseras Dei misericordia, injustis que obseras ejusdem justitiat data tibi cognitionis bonorum malorum clavicula fidens confugi hue ad tua sacra limina pavida ego ancillula Christi et tua volens esse virguncula. n n'est plus contestable aujour d'hui que le texte abrégé est moins ancien '. 11 existe un autre dérivé d'Hildegaire, la Vie de saint Faron en hexamètres léonins, composée, après 1085, par Foucoie de Beauvais et qui ne mérite pas de retenir l'attention.

D'après la Vie d'Hildegaire, Faron naquit vers la fin du \T' siècle, d'un père burgonde, nommé Agncric, conseiller et familier du roi d'Austrasie Théodebert II (595-612). Agnéric attirait et accueillit dans sa maison des personnages fort remarquab les, entre autres saint Colomban et ses compagnons, saint Eustase. Tout était pénétré de piété dans cette demeure et Faron n'avait qu'à rivaliser avec ses frères : saint Waldebert, futur évê que de Me aux, saint Chagnoald, futur évê que deLaon,et sa sœur sainte Fare, qui fonda le monastère de Farcmoutiers. Le biographe s'attarde volontiers autour de ces pieux personnages. II raconte les pérégrinations de saint Colomban, dont Chagnoald devint le disciple ; il raconte ainsi conmient Agnéric voulut marier sa fille et comment celle-ci s'y refusa.

Quant à Faron, s'élant fait bien voir à la cour de Théodebert, il fut choisi en qualité de parrain du je une Clotaire II (583-029). Aussi, quand, à la mort de Théodebert, il passa à la cour de Neustrie, il fut bien accueilli par son filleul et prit une grande place dans ses conseils. Ce fut sa sœur Fare qui lui fit honte de cette existence mondaine. Faron était marié : sur les conseils de sa sœur, il se sépara de sa femme Blidechilde, qu'il décida à entrer dans un monastère, tandis que luimême se ferait prêtre. Sur ces entrefaites, l'Irlandais saint Fiacre passa à Me aux, Faron lui donna une terre, et fit bon accueil à saint Kilien, autre Irlandais, qu'il envoya évangéliser l'Artois.

Élu au siège de Me aux, Faron édifia le diocèse par sa piété. Néanmoins, un jour, tenté par le diable, il voulut revoir sa femme, se rendit au monastère où celle-ci s'était retirée, la somma de venir le voir ; elle se présenta, revêtue du cilice, la tète rasée et Faron s'en fut chez lui sans plus insister. Désor mais il s'adonna à la prati que de toutes les vertus et parsema son existence de mirac les.

Tout cela peut être approximativement vrai. Hildegaire prétendait bien ne rien inventer, il prend soin de citer ses sour ces. Il a tiré, dit-il, l'histoire d' Agnéric, père de Faron, de la Vila Columbani (ch. xix, xx), il ne sait rien sur Chagnoald qu'il n'ait extrait de la Vila Eiislasii (ch. xxxvni. lx, en). Bède le Vénérable lui a fourni un éloge de sainte Fare (ch. lxv) et ce qu'il sait sur Faron, il l'emprunte à le Vita KUiam{ch. lxx.lxxix, cm). Hildegaire a, en outre, consulté l'abbé Loup de Ferrières (ch. cx\Tn) et des \neillards, secundum qaod ex relalione publica antiqiiissimorum virortim qui canilie lactea composili erant comperimus ; la Rlidecliildis dont il est ici question n'est pas ignoré par la Vie abrégée, mais elle ne dit pas que l'auteur tient ce qui le regarde du témoignage de vieillards. IMème simplification à propos de la guérison d'un enfant aveugle que, dans la Vi7a, Hildegaire nous dit avoir appris de la Vie de Kilien : in denolationibus vitie B. Chilleni nostrse notitisc adsumpsimus.

Hildegaire se rtfère à cinq reprises à la Vila Kiliani :

1° in tanliim ul in descriplionibus B. Chilleni, viri Scotticœ gentis, exaratum videalur habere, etc '.

2° est et aliud non silenlio de eo legendum, ut in vila beali Chilleni jam dicti invenimus '.

3 » ipse nam que egregius Faro virum graliœ Dei plénum, nomine Chillenum, ex génère Scottorum ortum, sanctis exhorlationibus ad provinciam Atrabatensem misit, quam doctrina sane Christn acqaisivit '.

4« non est quo que ejus virtus a memoria abolcnda, per quem hoc in monasterio cum beatissimo Farone divina per eum gratia est operata. Cum quadam die secundum debilum corporis Chillenus sanctus cum antislite Farone convivarelur, pincerna casu cx cessionis calicem, quo vinum epulantibus propinabat, qui vilreali elemcnto infido compositus erat, fregit. AI bealus Chillenus intuens facicm ministri prœ nimio pavore pallcnlem particulas calicis sibi tribut lalcntcr poscit ; super quas oratione composila, invisibiliter redintegrata est calicis fabrica et sic oculis omnium in miractilo est conversa '.

5° hoc nam que miraculum, quod placidis auditoribus inferemus, in denolationibus Vitœ B Chilleni nostrœ noiitiic adsumptimus '.

L'auteurdc là Vie abrégée recourt aux mêmes expressions : l » ul in descriplionibus Vitee beali Chilleni, ex Scoticn nalione '« .

2° idem quo que egregius Faro virum gratiiv Dei plénum, ex gente orlum Scotorum nomine liillenum crebris exhorlationibus proi'ix a tumad provinciam Alrebatcnscm misit ».

Enfin Hildegaire dit avoir tiré une partie de ses informations des Gesla Fnincorum, c'est-à-dire de la chroni(iue appelée aujour d'hui Liber historiœ Francorum (ch. xxix) et de plus il a exploité des Anna les jasti où il a trouve des faits et des récits concernant Faron et sa sœur Fare (ch. i.xv).

Que sont ces.1 « nii/cs /« s/i ? On n'a pu, jusqu'à ce jour, identifier le document. Quant à la Vita Chilleni. elle n'aurait, au jugement de.M. Krusch « , ja mais existé ;

<■(■ qui est une façon plus décisive que convaincante de montrer qu'Hildegaire ne s'en est pas servi. Ce qui est singulier dans l'oeuvre d'Hildegaire, c'est le souci de créer toute une famille sainte à son héros. Il a sans aucun doute emprunté à la Vila Columbani de longs passages concernant Agnéric,Chagnoald, Fareet le' ! autres, mais la Vila Columbani ne dit nulle part qu'ils fussent apparentés à Faron. Le biographe Jonas non seulement ne l'a pas dit, mais il semble ne l'avoir pas su, car le récit d'un miracle : De afjluenlia olei, l'amène à nommer Faron auprès deWaldebert et il ne nous dit pas qu'i Is fussent parents : lestes hajus rei Bargundolaro, ponlifex Meldensis urbis el Waldebertus, abbas Liixoi'icnsis cenobii '. Hildegaire a commis une erreur de fait en nous (lisant que Faron était parrain de Clotaire ; ce ne fut pas Faron. mais Contran ».

Mais toute cette Vie ne nous importe que parce qu'on y lit, chap. Lxxvu-Lxxvm, le passage suivant :

« Faron n'était pas encore entré dans la vie ecclésiasti que, quand les Saxons, dont la fidélité était toujours incertaine, se révoltèrent contre Clotaire II. Ils lui en- \oyèrent des ambassadeurs, qui lui répétèrent en ces termes le message de Bertoald, leur roi : <• Je sais que « tu n'as, Clotaire, ni la force ni même l'espoir de t'éle- » ver contre ma puissance. C'est pour quoi je veux user ■ de douceur envers toi, et ne pas dépeupler ton pays, « qui déjà n'est plus tien, où j'ai le ferme dessein de « m' établir glorieusement. Je te mande de venir à ma « rencontre et de me servir de guide sur ce territoire que ■• je ne connais pas encore. Quand j'y serai venu je ■ délibérerai avec les miens sur les guerres à entre- « prendre ailleurs, car je ne combattrai ni toi ni tes < lâches guerriers. « Dès que les paro les des messagers eurent pénétré les oreil les du roi jusqu'à son intellect, son foie — le foie est le siège de la colère — entra en effervescence, et bientôt, d'une voix furieuse, les yeux injectés de sang, il prononça contre eux la sentence capitale.

« On intercéda pour eux ; Faron obtint que leur supplice serait différé jusqu'au lendemain. La nuit venue, il pénètre dans la prison où l'on avait enfermé les messagers et les exhorte à se faire baptiser : ils échapperont ainsi à la mort du lendemain et à la mort éternelle. Ils se laissent persuader. Le lendemain, le conseil de Clotaire II s'assemble et délibère s'il est plus utile ou plus dangereux de les faire périr. Faron, mettant un terme à ce débat, dit : « Ces messagers ne sont plus des « Saxons, mais des chrétiens. Dieu, le Créateur du « monde et son uni que espérance, qui ne se lasse pas » de faire des mirac les, en a fait un cette nuit, par • l'œuvre et la prédication de je ne sais lequel des « fidè les de Dieu, les messagers ont passé à la milice ' (lu Christ. Us ont été lavés dans l'eau sacrée du bap-.' tême, et, comme je venais ici, je les ai vus revêtus des « blancs vêtements des nouve aux baptisés. » Le roi et tous les grands admirent, comblent les ambassadeurs de présents. Ils repartent pour leur pays. Plus tard, cependant, le roi Clotaire dévasta la terre des Saxons, el n'y laissa la vie qu'à ceux qui ne dépassaient pas la hauteur de son épée.

Ex qua Victoria, ajoute Hildegaire, carmen publicum jaxta rusticilatem per omnium pœne volilabal ora ita canrntium, feminœque choros indc plaudendo componebanl :

De Chlotario est canere, rege Francorum, Qui iuit pugnare in genlem Saxonum :

Quam gravc('^) provenissel missis Saxonum, Si non fuissel inclytus Faro de génie Burgundio[num ! et in fine hujus carminis :

Quando veniunl missi Saxo num in terra f^) FrancoFaro ubi crut princeps, [rum, Instinctu Dei transeunl ('■) per urbem Meldorum Ne interftciantar a rege Francorum.

Hoc enim ruslico carminé placuit oslendere quantum ab omnibus celebcrrimus habebatur.

Varr. : (a) graviter ; (6) in terram ; (c) Faronem (Ad Faronem) principem transeunt.

C'est là le chant de saint Faron et cette pièce attira de bonne heure les commentaires des érudits.

En 1746, dom Rivet ' crut y voir une chanson » en cette langue vulgaire qui, ajant bientôt souffert encore d'autres changements, prit le nom de romance. • En 1840, J.-J. Ampère *, y découvrit du latin de clerc et décida que, « vers 620, la langue latine, non altérée, était encore entendue par les femmes et le peuple. » En même temps, Char les Lenormant' reconnut « non sans étonnement, » dit-il, dans la cantilène de saint Faron « l'original de ce qui devint plus tard l'alexandrin des chansons de geste ; » en conséquence, il crut pouvoir retoucher le texte, ainsi :

De Clothario rege est canere Francorum Qui pugnalum ivit in gentem Saxonum..

Alors l'idée vint à plu.sieurs que le poème d'Hildegaire avait été transporté du français en latin et, en 1863, Paulin Paris' s'essaja à retraduire le latin en français (français du xn« siècle, faute de savoir manier, et pour cause, le français du vn« ) :

Oez de la geste Francor, De Clohier, le roi poigneor, Del mes a la gent psenor. Ne fust li vesques de valor, Mar fussent li Saisne el retor...

En 1866, Bartsch « restitua l'original allemand, car, selon lui, fuxla rusiicitalem, signifie qu'Hildegaire avait traduit un texte franci que : « C'est ce que prouvent, assura-t-il, d'une part le rythme, car les vers sont exactement construits d'après les lois de la versification allemande, c'est-à-dire formés d'après l'accent d'arsis et de thésis, dont les secon des peuvent à volonté faire défaut ; d'autre part, l'expression, qui est tellement allemande que je me ferais fort de restituer quelques vers de la langue originale. Voici d'ailleurs comment les vers se scandent :

De Chlotario est câneré rége Frâncàrùm, Qui ivit pûgnaré in géntem Sâxônûm...

C'est l'ancien vers allemand de huit arsis. » En 1872, Léon Gautier ' sefit un devoir d'y contredire, il revint au vers français, mais, pour offrir autre chose que Paulin Paris, préféra le décasyllabe :

Oez, seignurs, bone chançun vaillant. C'est de Loier, le riche rei des Fraiiks, Ki cuntre Saisnes se combatif forment. E lur message eussent grant ahaii. Se li Burguinz Fares ne fust presenz...

En 1878, Ed. Bohmer ' recommença cet inoffensif travail, mais adopta le « décasyllabe sans césure : » De Clotaire est chanters, lo rei Francor, Qui alat guerreier gent paienor. E cum li griefs presist als mes Saisons, Se ne fust Far li grands, de gent Borgonds..

Ces exerci ces pouvaient continuer indéfiniment. Quoiqu'il en soit, « vers 1878, écrit M. J. Bédier ', si l'on disputait de la forme primitive du cliant de saint Faron l'accord s'était fait, dès longtemps sur sa nature. Tous convenaient que ce texte intéressait l'histoire des chansons de geste, qu'il fournissait « un témoignage sur l'existence des cantilènes romanes % s Hildegaire avait recueilli, nul n'en doutait, l'un de ces chants populaires, profondément historiques, d'où devaient plus tard sortir les chansons de geste. C'est ce que disent G. Paris, A. Darmesteter ^ L. Gautier. • Ce dernier résume la doctrine alors tenue pour incontestable* : 0 Quelle est la forme de ces chants de la Gaule centrale auxquels nous avons donné le nom de cantilènes ? Il serait vraiment très difficile de le dire, si nous n'avions l'heur de posséder les fragments d'un de ces vieux chants qui tenaient à la fois de l'ode et de l'épopée et que l'on a quelquefois, non sans raison, appelés lyrico-épiques.. Hildegaire cite une cantilène du viT« siècle dans laquelle son héros est magnifiquement célébré. » Et après avoir transcrit le texte que nous connaissons, il ajoute :

« Tirons nos conclusions de ce texte :

« 1° Il est au moins très probable que le texte du poème est authenti que. Hildegaire n'avait aucun intérêt à falsifier ou à supposer un tel document. Il l'avait trouvé tout frais encore dans la mémoire de ses contemporains : il l'écrivit sous leur dicté/.

1 2° Plus de deux sièc les séparent Hildegaire de saint Faron et de la victoire de Clotaire II. Cependant le poème du \ii » siècle était encore célébré sous Char les le Chauve : ce qui prouve combien ces chants populaires avaient la vie dure, s'il est permis de parler ainsi, et avec quelle exactitude ils étaient transmis de génération en génération.

' 3' Les mots ccrmcn publicum.., rustico carminé.., juxia rusticitalem.., indiquent d'une façon très nette qu'il ne peut être ici question que d'un chant en langue romane. Et il est, à tout le moins, très certain qu'on n'a ja mais parlé le tudes que dans le pays où saint Faron fut si légitimement populaire ;

• 4° lîst-ce le texte original de cette cantilène qui nous est rapporté par Hildegaire ? Évidemment non. Car il y a, dans le De Chlotario, plusieurs mots (comme inlirficianlar, inrli/tus, ivit, inslinctu, etc.>, qui n'ont ja mais fait partie de la linijita nn/ico, de la langue populaire. Eu réalité, le biographe de saint Faron s'est uniquement proposé de nous fnire connaître l'existence d'une ronde ou d'une cantilène romane. Et à cet effet il nous en a donné une traduction très littérale, très exacte vers par vers, mais en bon lalin.

« 5° La cantilène citée par Hildegaire oFFre de nombreuses ressemblan ces avec le début et avec certains épiso des de nos chansons de geste. Point de préface, on entre brusquement en matière, en pleine action et c'est le procédé favori que nous retrouvons ailleurs ; par exemple :

Chevalerie cTOgier :

.. Ce est d'Ogier le duc de Danemarche Si com ses pères le laissa en ostage..

Couronnement Looys :

.. De Looys ne lerrai ne vos chant Et de Guillaume au cort nés, le vaillant.. Mort cTAimeri de Narbonne :

.. C'est d'Aymcri de Narbonne le ber Et de son fils, le chétif Aymer...

Prise de Cordres :

.. C'est d' Aymer, lou hardi corageus Et de Boutor, un païens...

« Quant à l'épisode des ambassadeurs insolents que le roi franc jette en prison et veut faire périr, mais pour lesquels intercèdent toujours les seigneurs qui entourent le prince et l'un d'eux avec une plus A-ive et plus courageuse insistance, cet épisode se retrouve en plus de vingt chansons de geste et au commencement de ces chansons. Citons notamment Aspremont, où l'on voit Charlemagne jouer le rôle de Clotaire et Naime celui de saint Faron. C'est d'ailleurs un simple rapprochement que nous voulons faire, et nous ne prétendons pas que ces passages de nos épopées dérivent directement de la cantilène citée par Hildegaire. Mais les allures, tout au moins, sont les mêmes.

« 6° Notons encore que nous avons affaire à un véritable chant populaire et qui devait être nécessairement facile à retenir. Il ne s'agit pas d'un de ces longs poèmes narratifs qui sont chantés par les gens du métier, comme le furent ceux d'Homère, comme le seront nos chansons de geste. Non, non ; Hildegaire nous apprend que ces vers sur saint Faron étaient chantés par les mille voix de tout un peuple, per omnium pêne volilabal ora, et que les femmes répétaient cette chanson en frappant des mains et en dansant. C'était une ronde.

« Eh bien, tel est précisément le caractère des cantilènes ; c'est ce qui les distinguera toujours de nos futures chansons de geste. La cantilène, comme nous l'avons dit, est un chant bref et profondément populaire, qui court sur les lèvres de tout un peuple. La chanson de geste est un poème d'un certain développement, que les seuls jongleurs savent par cœur et que, seuls, ils peuvent chanter...

« On a nié que nos épopées aient été précédées de cantilènes ; le chant sur saint Faron est décisif. Il n'y avait pas de chansons de geste au VIIe ; il n'y avait que des chants lyrico-épiques. » Le De Clilotario avait désormais sa place — et une assez belle place — conquise et reconnue dans notre littérature nationale, (lorsqu'il lui arriva un accident. Nous avons raconté comment une critique éclatante attira un jour l'attention sur le traité De aleatoribus (voir Dirlionn., au mot Dés), et l'opération préliminaire qui s'imposait, à savoir de rendre au vieil érudit original J.-B. Thiers, l'honneur d'avoir deviné et dit la vérité avec moins de fracas, deux siècles auparavant. Une semblable aventure était réservée au De Chlotario et lors que, en 1884, M. Pio Rajna entreprit de le déboulonner de son piédestal, il recourut à tous les mêmes outils dont avait fait usage pour une semblable opération un autre vieil érudit français, Hadrien de Valois, dès 1618.

Valois ne voyait dans la cantilène à Clilotaire qu'une fable et M. Pio Rajna n'en faisait pas plus de cas. Il soutint que les chants guerriers, qu'ils soient épiques ou lyriques, ou lyrico-épiques furent toujours en premier lieu l'apanage du sexe fort et guerrier. » On n'y contredit pas, mais il existait, vers 1792, un chant guerrier dédié à l'armée du Rhin qui ne fut pas longtemps, s'il le fut plus d'un jour, l'apanage du sexe fort et guerrier. Les citoyennes firent de la Marseillaise, pour l'appeler de son nom le plus connu, un usage au moins aussi fréquent, aussi bruyant que les volontaires. Hildegaire a-t-il recueilli le De Chlotario de la bouche du peuple ; il ne le dit pas, mais, en vérité, on ne voit pas trop de qui il est question, si ce n'est du peuple, quand il emploie des « imparfaits prétendus significatifs » : volilabat, componebant. Assurément, il vivait deux siècles après la date assignée à la cantilène, et nous, qui vivions un siècle après la naissance de la Marseillaise, l'avons-nous apprise d'autre façon ? Était-ce à l'opéra ou au Conservatoire que les Français allaient apprendre ce qu'ils entendaient voler dans les rues, sur les places, les soirs d'élections et les matins de revues ? Les dames de Meaux formaient des chœurs pour le chanter, ex qua Victoria, depuis l'an 620 ; ce qui prouve qu'elles tenaient à leur vieux répertoire. On trouve de nos jours en Bretagne, en Auvergne et dans les Landes des airs et des chansons qui remontent à plusieurs siècles en arrière et le ministère confie des missions aux érudits qui vont recueillir sur place, au Liban et vers le Caucase, des chants et des airs qui appartiennent à un passé de douze siècles.

Pio Rajna se divertit à la pensée qu'Hildegaire n'a vu chanter en chœur et danser en ronde que les arrière-petites-filles des arrière-petites-filles contemporaines de Chlotaire ; il aurait pu, sans aller fort loin, entendre et voir en Piémont et en Sardaigne des chants et des rondes qui réjouissaient ses compatriotes de l'époque de la Renaissance.

Mais Chlotaire a-t-il remporté la victoire sur les Saxons, leur a-t-il fait la guerre ? et s'il ne l'a pas faite, a-t-on pu lui imputer gratuitement ce triomphe ? Si Chlotaire II n'eut pas de victoire, pas de guerre, pas d'ambassadeurs saxons, tout l'épisode manque à la fois et Faron n'a personne à délivrer, pas plus que les dames de Meaux n'ont de rondes à danser.

Sur cette période du règne de Chlotaire II, nous ne possédons qu'une source, une seule, la Chronique dite de Frédégaire ; or elle ne dit rien de cette guerre ; bien plus, elle assure que « durant les seize années de son règne, Chlotaire II fut en paix avec toutes les nations : Firmalum est omnem regnium Francorum sicut apriorem Clilotarium faerat dominatum, cunctis insularis dicione Chlotarise junioris subjecitur, quod feliciter post sedecem annis tenait, pacem habens cum universas gentes vicinas (IV, 42). Or, la Chronique de Frédégaire fut écrite peu après 642, c'est-à-dire environ vingt-cinq ans après la prétendue guerre de Saxe. De cette guerre, nous ne trouvons la mention que dans le Liber historiæ Francorum, écrit en l'an 726-727 par un moine neustrien ; la voici :

Le roi Chlotaire avait un fils nommé Dagobert, un prince vaillant et énergique, et plein de ressources. Lorsqu'il fut grand, son père l'envoya gouverner l'Austrasie sous la direction de Pépin. Les Francs austrasiens s'assemblèrent et le proclamèrent leur roi. En ces jours, les Saxons se révoltèrent, et réunirent une armée, composée de plusieurs peuples, contre Dagobert et Chlotaire. Dagobert, ayant rassemblé ses troupes, passa le Rhin et marcha hardiment contre les Saxons. Le combat s'étant engagé vigoureusement, Dagobert fut frappé sur son casque, et une partie de ses cheveux, tranchée par le coup, tomba à terre. Son écuyer, placé derrière lui, la ramassa. Dagobert, voyant son peuple sur le point de succomber, lui dit : « Cours vite avec cette poignée de mes cheveux trouver mon père, afin qu'il vienne à notre secours, avant que toute l'armée ne périsse. » L'écuyer prit sa course en hâte, traversa la forêt des Ardennes et parvint jusqu'au fleuve. Là était arrivé le roi Chlotaire avec une nombreuse armée. En voyant accourir le messager qui apportait la boucle de cheveux de son fils, il fut saisi de douleur, et, levant le camp au milieu de la nuit à grand bruit de trompettes, il passa le Rhin avec ses troupes et courut au secours de Dagobert. Lorsqu'ils eurent fait leur jonction, le cœur plein de joie et en battant des mains, ils gagnèrent ensemble le Weser et y plantèrent leurs tentes. Bertoald, duc des Saxons, se tenait sur l'autre rive, tout prêt à l'entrevue qui déciderait du combat. Entendant le tumulte des Francs, il s'informa de ce qui se passait : « C'est, lui répondit-on, le seigneur Chlotaire qui est arrivé, et de cela se réjouissent les Francs. Vous en avez menti, répondit Bertoald, en éclatant de rire, ou bien vous rêvez quand vous dites que Chlotaire est arrivé, alors que nous avons appris qu'il était mort. » Cependant, le roi lui-même était debout sur la rive, revêtu de sa cuirasse et coiffé de son casque qui cachait sa chevelure mêlée de poils blancs. Lorsqu'il se fut découvert, Bertoald le reconnut et lui cria : « Tu étais donc là, baie jumerUum ? » En entendant cet outrage, le roi se jeta à cheval dans le Weser, que sa monture franchit à la nage. Toute l'armée franque entra dans le fleuve à la suite du roi et le franchit à grand peine, avec Dagobert, à cause de ses gouffres profonds. À peine sur l'autre rive, Chlotaire, enflammé d'une ardeur farouche, engagea un combat acharné contre Bertoald. « Retire-toi de moi, ô roi, dit Bertoald, de peur que je ne te tue. Si tu l'emportes, tout le monde dira que tu as tué ton serviteur Bertoald ; si c'est moi qui l'emporte, alors il y aura une grande rumeur parmi tous les peuples, et l'on dira que le roi des Francs a été tué par son esclave. » Mais le roi ne voulut pas l'écouter et il continua à l'accabler. Un cavalier du roi qui l'avait suivi de loin s'écriait : « Courage, seigneur roi ! Sus à votre ennemi ! » Les mains du roi étaient lourdes... enfin, il vint à bout de Bertoald ; il lui coupa la tête et l'éleva au bout de son épée, puis il revint parmi les Francs. Ceux-ci, qui étaient plongés dans le deuil, ne sachant ce qu'il était devenu, furent alors remplis de joie. Le roi dévasta tout le pays des Saxons et y fit de grands massacres, n'épargnant que ceux des habitants dont la taille ne dépassait pas la longueur de son épée, appelée spata. Après quoi, il rentra victorieusement chez lui.

Valois et P. Rajna ont montré surabondamment que tout ceci n'est qu'une fable. Relatio rei rem ipsam disruit, écrit Valois. D'abord, Frédégaire parle d'une paix continuelle, et voici une guerre ; puis les invraisemblances géographiques et autres mettent en garde contre ce récit isolé, sans appui. Car il ne peut se réclamer de la Vita Faronis, qui, elle-même, dépend du Liber historiæ, comme Mabillon, Gröber et d'autres l'ont montré. Hildegaire a inséré dans son chapitre XXV une généalogie des Mérovingiens empruntée au Liber ; il le cite dans son chapitre XXI, X, à l'occasion de la reine Brunehaut ; enfin, dans son chapitre LX, X, comme le montre le rapprochement que voici :

Liber historiæ, p. 314. Vita Faronis, c. LXVII. Rex vero tota terra Saxo Postmodum autem ipsa nonim vastata, populo inest gens a Chlotario rege terfecto, non ibi majorem depopulata ex humano seminum viventera reliquit, mine in tota terra itla nemine nisi ut gladius suus, quod nemque reliquit majorem nisi spata vocant, per longum ad eam mensuram qua regis habebat.

— M. J. de Rathail, De l'existence d'une épopée franque, à propos de la découverte d'un chant populaire mérovingien, in-8, Paris, 1848. — D. Rivet, Histoire littéraire de la France, 1740, t. V, p. 474-477 ; t. VII, p. XLII. — O. Rohnström, Étude sur Jehan Bodel, in-8, Upsal, 1900, p. 125-138. — G. Sénéchal, La parenté de saint Faron et de sainte Fare, dans Bulletin de la Société d'archéologie de Seine-et-Marne, 1907, t. XI, p. 323. — H. Suchier, Chlotars des II, Sachsenkrieg und die Anfänge der französischen Volksepos, dans Zeitschrift für romanische Philologie, 1894, t. XVIII, p. 175-194. — A. de Valois, Rerum Francicarum, tomus III, in-4, Lutetiæ Parisiorum, 1658, p. 56-62. — C. Voretzsch, Das Merowingerepos, dans Philologische Studien, Festgabe für Ed. Sievers, 1896, p. 95-103, 108 sq. ; Einführung in das Studium der altfranzösischen Literatur, 1905, p. 112-115.

H. Leclercq.


FASCIA. Les monuments chrétiens nous offrent, en grand nombre, la représentation de ce que les anciens nommaient fascia et que nous appellerions langes ou maillot quand elles enveloppent l'enfant, jambières quand elles servent à vêtir et maintenir la jambe.

Pour la fascia des enfants, nous avons un grand nombre de fresques et de sarcophages qui représentent l'adoration de bergers et l'adoration des mages. Dans une seule fresque, nous voyons l'enfant Jésus sans maillot, c'est sur la représentation de la Vierge et Isaïe, qui remonte au IIe, (voir Dictionnaire, t. II, pl. hors texte, au mot Catacombes, art.). Dans tous les autres monuments, Jésus est couché ou soulevé dans les bras de sa mère, le corps enveloppé de langes. C'était au reste l'usage des anciens, sauf les Lacédémoniens, qui n'emmaillottaient pas, mais laissaient l'enfant sans entrave, libre de tous ses mouvements. En général, c'était un véritable emprisonnement que subissait le petit infortuné dont les bras étaient ramenés le long du corps et ligotés. Sur les monuments chrétiens, nous ne voyons nulle part Jésus attaché dans son berceau, ainsi que cela se pratiquait quelquefois. Soranus d'Éphèse, médecin qui vécut sous Trajan, recommandait de bander les membres sans leur infliger aucune gêne. Il veut qu'on fasse usage de bandes de laine (Τξα^ιτôvcç) bien souples et unies, les unes de trois doigts, les autres de quatre doigts de large. Les plus étroites seront employées pour les bras en partant de la main pour remonter jusqu'à l'épaule, les plus larges serviront à la poitrine. Ensuite, on bandera chaque jambe séparément, en serrant davantage entre les pieds et les genoux. Cela fait, une grande bande saisira le corps, les bras et les jambes TÎjç Ttepi£iXT)(jco)ç). Cette méthode fut celle des Grecs et des Romains.

Dans toutes les scènes qui représentent la nativité, avec Jésus entre le bœuf et l'âne, nous voyons le Sauveur couché dans une crèche et entièrement ligoté. Marie est assise auprès de la crèche, un des bergers venus adorer l'enfant s'éloigne avec un geste d'adieu, les mages arrivent (fig. 2448). Tous les autres monuments, sarcophages, ivoires, pierres gravées, qui représentent la même scène sont identiques quant à la disposition des fascies. On en trouvera quelques-unes aux mots Ane et Bœuf.

Pour les fascias crurales, nous les voyons sur les statues et les fresques représentant le bon Pasteur. C'était là une mode grecque, qui s'introduisit chez les Romains au premier siècle avant notre ère. Dès le début de l'empire, les fascies crurales blanches semblent avoir fait partie du costume impérial. Dans certains cas, Rhénane, Lindenschmidt rencontra sur les membres inférieurs de certains squelettes, notamment dans la tombe d'un riche guerrier franc, « à la jointure des pieds, des débris de cuir garnis de métal blanc, et une fine bouclette sur chaque genou ». Ces petites boucles et ces lanières trouvées sur les chevilles et les genoux peuvent avoir servi à fixer, tendu jusqu'au genou ou même plus haut, une sorte de bas-culotte qui était maintenu par des lanières qui servaient à maintenir un maillot d'étoffe, ce qui devait être le cas pour les bergers dont s'inspire la représentation du bon Pasteur (fig. 4278). Ceux-ci avaient à se garantir du froid et des ronces, leurs fasciæ étaient surtout un vêtement et une protection pour le bas du corps. Parfois, elles montaient plus haut que les genoux et ne descendaient pas plus bas que la cheville ; en ce cas, on les appelait libialia ; ou encore la cuisse était couverte, c'étaient des femoralia ; ou bien elles s'introduisaient dans la chaussure et alors on les nommait fasciæ pedules. Ces bandes étaient généralement en toile, fabriquées exprès. Sur les sarcophages, nous voyons fréquemment le bon Pasteur ou bien des scènes champêtres avec des hommes portant les fasciæ. Presque toujours, car il n'est pas possible d'affirmer, vu l'état si fruste d'un grand nombre de documents, ce sont des fasciæ tibiales : elles s'arrêtent à la cheville et au genou, ne protégeant que la jambe.

Nous retrouvons les fasciæ crurales dans le vêtement des barbares. Dans les fouilles de Seizen (Hesse), puis les chaussures vers le haut par des bandelettes croisées. L'usage de cette chaussure semble avoir été différent parmi les femmes de ce qu'il était chez les hommes. Ces derniers, à quelle que nation qu'ils appartinssent, faisaient usage de la peau de bête, plus ou moins préparée, protégeant le pied et fixée, au moyen de lanières, autour de la jambe. Les femmes, au contraire, usaient d'un cuir fin, orné de dessins, replié sur le pied et fixé à l'aide de petites boucles variées avec plaquette. Peut-être aussi ces chaussures étaient-elles maintenues au moyen de légères bandelettes croisées autour de la jambe et terminées par deux ferrets de bronze retombant sur le côté du mollet, ferrets que l'on rencontre parfois au-dessous du genou, ainsi qu'on en a rencontré au Jardin-Dieu de Cugny (Aisne). Des agrafes avaient été rencontrées au-dessous du genou dans quelques tombes de Savoie et déjà on avait conjecturé qu'elles devaient évidemment servir à retenir une espèce de chaussure. » A Vaudesson (Aisne), J. Pilloy a trouvé des « boucles, plaques et contre-plaques et aiguillettes de chaussures de femmes. Ces garnitures se trouvaient sur les tarses et le bas des tibias. Suivant Sidoine Apollinaire, les Francs avaient la chaussure attachée par de longues courroies se croisant sur la jambe. Ce mode d'attache était donc employé également par les femmes, puis que nous trouvons l'aiguillette, terminaison de la courroie de cuir. Les sandales ou brodequins étaient sans doute munis de chaque côté d'une courroie qui, après avoir fait plusieurs fois, en se croisant, le tour de côté de la jambe. Ceci excluerait toute idée de vêtements longs, comme les peintres et les archéologues en donnent aux Mérovingiennes, car si elles se mettaient de si belles choses aux jambes, c'était assurément pour les montrer. Une de ces garnitures est remarquable par les ornements gravés en creux, figurant des têtes de lion. Ces boucles ont été rencontrées à Séraucourt et dans d'autres cimetières de l'Aisne, à Caranda, à Charnay, à Andemach, à Meckenheim, à Herpès (Charente), en Belgique à Harmignies (fig. 4280).

H. Leclercq.


FASCINATION. — Nous ne reviendrons pas sur ce sujet traité déjà (voir Dictionnaire, t. I, col. 1784-1860 et 1843-1847).


FASCIOLA. — I. Le titre. II. Bibliographie.

I. Le titre. — Le titre de Fasciola était celui dont dépendait le cimetière de Domitille (voir ce mot). On a admis longtemps que ce vocable était celui de la fondatrice du titre, de même qu'on connaît Lucina, Vestina, d'autres encore ; cependant, ce nom propre est absolument inconnu dans l'onomastique romaine, si abondante pourtant. Un papyrus de l'année 854, qui mentionne un fonds antique sous ce nom, ne l'appelle pas fundus Fasciolæ, mais fundus Fasciola. Sur deux inscriptions qu'on citera dans un instant, on retrouve ces mots de Fasciola, et ceci achève de prouver qu'il ne s'agit pas d'un nom de personne. On disait de même de Pallacine (nom local du titre de Saint-Marc), de Velabro (nom de région du titre de Saint-Georges), a vinculis (nom du titre d'Eudoxie de Saint-Pierre-aux-liens), tandis que, lorsqu'il s'agissait de désigner un vocable personnel, on disait titulis Clementis, Julii, Eusebii et non pas de Clémente ou ab Eusebio. Les noms d'individus se mettaient au génitif, les autres à l'ablatif avec de ou ub. Nous en avons bien d'autres exemples, lorsqu'on désigne des artisans, des commerçants, etc., avec ces mots : a capite Alricœ, de via Sacra, de Sebura, de agger, de (Ihennis) Anionianis, de via Nova, de porticu Octaviæ. On remarquera que le titulus de Fasciola est proche des thermes d'Agonin et de la via Nova ; or, dans les actes apocryphes des martyrs Procès et Martinien, on trouve un curieux détail ajouté au récit que contiennent les actes apocryphes des saints Pierre et Paul, concernant la fuite de saint Pierre au moment où il se dérobait au martyre. Pendant qu'il fuyait, l'apôtre perdit la bande qui entourait sa jambe (voir Fascia) : Fasciola cecidit in via Nova ; de là serait venue la dénomination. La bandelette recueillie par une matrone aurait donné naissance à la tradition.

AsqoIS ' liSi Fragment de traïseiiiia.

D'après Marucchi, Roma sotterranea, p. 189, fig. 18.

Évidemment, il s'agit ici d'une historiette superposée au V ou VIe à un nom local, de façon à en accréditer une explication dans le goût de l'époque. Le mot était ancien, peut-être sa signification était-elle perdue déjà, mais l'épigraphie nous montre que le titre existait sous ce vocable dès le IVe ou Ve.

Deux fragments épigraphiques trouvés dans la matière de Domitille autorisent à croire que le cimetière dépendait du clergé de ce titre. De plus, ce cimetière voisin de l'Ardéatine est, topographiquement, un des plus rapprochés du titre de Fasciola, près de la via Nova. Or, c'est à Tor Marancia, c'est-à-dire dans le périmètre du cimetière de Domitille, que Bosio trouva la sépulture d'une marchande de légumes DE BL ANOBA ; de même, à Tor Marancia, on a rencontré l'épitaphe d'un capsararius de Antoninianas, gardien des vêtements des baigneurs aux thermes d'Antonin. On voit que nous ne sortons pas du quartier ou, pour parler plus exactement, de la région.

Ces textes épigraphiques ne sont d'ailleurs pas les seuls qui se rapportent au titulus de Fasciola et en font explicitement mention. Nous lisons sur un graffite :

Une inscription consulaire de l'année 377, trouvée en 1831 à Saint-Paul-hors-les-Murs, sous le pavement de la basilique, entre la porte principale d'entrée et la porte appelée Sanda, offre cette épitaphe du lecteur Opas (fig. 4284) :

Une autre inscription, de l'année 471, également conservée au monastère de Saint-Paul, mais dont il ne ;^ ?^'^^ yr ^^Î^^Â^^i^^'^'RMENS fm^£f\m DEP05JT1N ÎACfxnSMARm

I ( ;RAT1AN01JU FTMEROBÀWDE CONSS Ç5

.„--J,

çonnerie, près de l'abside, nous ont conservé le titre en question. Un de ces fragments, trouvé en 1874, sous l'angle du contrefort de droite de l'abside, a fait partie d'une grande dalle de marbre qui devait recouvrir une tombe du pavement. On lit ces mots en caractères de la fin du IVe début du Ve (fig. 4281) :

Ce clerc n'est d'ailleurs pas le seul que nous connaissions parmi ceux qui furent attachés à cette basilique. Une autre épitaphe brisée, trouvée à peu de distance de la précédente, est tracée en onciales et donne le texte que voici = (Pig. 4282) : hic requiescit Pascentius LECTOR DE FASCmïa qui vixit annos plus minus XXI a DE POSITVS IN PACE CONS p DN s3 HONORIOR

La sépulture de deux membres du clergé du titre de Fasciola, dans la basilique dont dépendait le cimetière, subsiste que des fragments, le premier trouvé au xviin' siècle dans le pavement de la basilique supérieure, les deux autres rencontrés parmi les décombres. Lorsqu'elle était complète l'inscription devait être fort grande et très lisible, si on en juge parce fragment des deux dernières lignes :

CONS5 ^

Ms. de Glosterneubourg, ligne 2, omill. probitas ; ligne 4 ainsi que Bosio : lapsum ; Bosio, ligne 4 : culmina ttmpli ; ligne 5 : ms., /iuuis ; Bosio, lanlii ; ligne 7 n'est donnée que par Bosio ; le manuscrit n'a pas pris la peine de la copier.

La date a été donnée d'une manière fautive par Bosio, qui a cru trouver la mention du troisième consulat de Léon Auguste, en 466. O a été suivi partons les éditeurs jusqu'à J.-B. De Rossi. Le dernier fragment qui fut trouvé dans les ruines de la basilique, ne permet pas de douter que l'indication chronologique appliquée à cette épitaphe ne s'arrête pas après les mots LEONE. AVG. 1, mais qu'il faut intercaler environ douze lettres entre cette mention et le mot CO N'SS. qui lui correspond sur le dernier fragment. On ne peut songer à remplir cette lacune par le consul Tatianus qui fut, en 466, collègue de Léon Auguste, puisqu'on n'a pu trouver une seule l'homélie de saint Grégoire : Sancti isti ad quorum lambam consislimus... avait été prononcée dans l'église de la voie Appienne, tandis qu'elle le fut à celle du cimetière '.

A partir du vnième siècle, on oublie le nom de Fasciola et l'église ne porte plus que celui des saints Nérée et Achillée. Mais c'est précisément au viiième siècle que s'arrêtent nos études et le titre de Fasciola nous appartient ainsi entièrement et nous ramène dans les parages de la catacombe de Domitille.

Ce cimetière comporte outre le noyau primitif appelé : « vestibule des Flaviens, » trois autres centres, deux au niveau dudit vestibule et un troisième au niveau supérieur. Le second centre est celui où furent ensevelis les martyrs Nérée et Achillée ainsi que la martyre Pétronille. Cette région n'avait, à l'origine, aucune communication avec le vestibule des Flaviens, ce n'est qu'à une époque postérieure que fut établie la communication existante'. Cette région du cimetière, contenant les sépultures des martyrs a subi plusieurs transformations, principalement au ivième siècle. Nérée et Achillée, sont les seuls martyrs, historiquement connus du cimetière de Domitille, mais non les seuls assurément, car les itinéraires mentionnent plusieurs. De *IDVSMAIAS LEONE.iVG111/ fl probiailO l'.C.jcONSSf


MARTIVS DVLCIS VIXIT ANNIIIMVI I

fois son nom mentionné sur les monuments afférents à cette année '. On n'a donc pas d'autre alternative que de remplir la lacune en question par les mots : LEONE AVG. III (i el Probiano v. c.) CONSScomplément qu'autorisent plusieurs autres inscriptions'. Probianus est mentionné non seulement dès le début de l'année ', mais dès les mois de septembre et d'octobre ' dans les monuments de l'Occident. L'épitaphe du prêtre Félix, que nous possédons maintenant dans son intégrité, fut commandée parle pape Léon. 11 avait avec Adeodalus Icutta, contribué à la restauration de la basilique de Saint-Paul renversée par un tremblement de terre '. Ce prêtre Félix, marié à Pétronia', semble avoir été le père du pape Félix III.

Les prêtres du titre de /•« oscio/a devaient avoir juridiction sur la basilique de la voie d'Ostie ; ils l'exerçaient certainement sur le cimetière de Domitille el sur l'église catacombale des saints.Nérée et Achillée. Il en résulta des confusions. Ainsi Ijaronius croyait que ceux-ci, nous ne savons rien etilne servirait pas à grand chose de se lancer dans les conjectures. On sait que Nérée et Achillée ont un lien avec la famille des Flaviens chrétiens qui fondèrent le cimetière de la voie Ardéatine. Serviteurs ou attachés à un titre quelconque à la jamilia de Flavie Domitille la je une, nièce du consul Flavius Clément, ils furent décapités à l'erracinc d'oii leurs restes furent rapportés à Rome et ensevelis, d'après leur légende, sur la voie Ardeatine, au cimetière des Flaviens, près de la tombe de la célèbre Petronilla qui jouissait d'un culte égal au leur, bien qu'elle n'eut pas subi le martyre. Voir Nékéf. et Aciullée. H. — [Th. Bozius], De ecclcxia SS. Nerei el Achillei liluU Fasciolœ dissertatio historira, dans ms. Vallicell, A'. 102, n. 13. — A. Gallonius, Hisloria martyrii SS. Xerei et Achilei et translationis ad eonim ecclesiam, dans ms. Vallicell. G. gg. fol. 1. — V. Lais, Memorie dcl tilolo di Fasciola, in-12, Roma, 1880.

H. l-ECLENCQ.


FASTES CONSULAIRES. -- I. Les fastes coiisulaiivs. II. Leur emploi dans l'épigraphie chrétienne. III. Les consuls subrogés. IV. Règle suivie pour la datation consulaire : 1° période antérieure à l'année 307 ; 2 » depuis 307 jusqu'à 399 ; 3° de l'année 399 au début de la domination gothique en Italie ; i« période gothique ; 5° après la ruine de la domination gothique. V. Les recueils de fastes consulaires : 1° fastes occidentaux ; 2 » fastes orientaux.

1. Les fastes consulaires. — D'abord appliquée à la liste des jours laissés libres par la religion romaine pour le travail et les affaires, dies fasti, cette expression entraîna celle des jours non libres ou « néfastes » et on arriva ainsi à l'idée d'un calendrier ou répertoire : Fastorum libri appellantur in quitus tolius anni fit descriptio. Du calendrier, le mot Jasti servit à désigner les listes annuelles des magistrats dont les noms servaient à désigner les années, ce furent les jasti consulares et on fit plus : ces listes ne se bornèrent pas à consigner les noms, el les relatèrent les faits et gestes, notamment les triomphes, fasii (riumpha les, expression impropre puis que les triomphes n'étaient pas annuels. Cepencomput ofTiciel, ni pour les actes de chancellerie et les conventions privées. Au v » siècle de notre ère, tous les actes civils (levaient encore être datés par les noms des consuls, à peine de nullité '. Par la nomination de magistrats annuels, les années, que rien n'aidait à distinguer entre el les, prirent le nom de ces magistrats ; en regard des années calendaires, on aligna les années consulaires et le nom de fasti servit aux deux. Toutefois une difTiculté surgit. Les collèges consulaires se succédaient d'année en année, mais la date de leur entrée en charge n'était pas fixe. Le consulat était annuel et les consuls élus avaient le droit strict de gérer leur magistrature un an durant, quelle que fut la date de leur entrée en fonctions. Or cette date était mobile : la mort, l'abdication pouvaient l'avancer ; un interrègne pouvait même la retarder et ces variations perpétuelles de l'année consulaire avaient pour résultat un défaut de concordance entre la série des années calendaires et la série parallèle des années officielles. Bref, un certain nombre d'années calendaires ne correspondaient plus à un nombre égal d'années consulaires. Jusqu'en l'an 1.53 de notre ère, les fluctuations

>ALVOSIRJCIOEPRE


LELCIOLEOPARDO ETMAXLMOPMSBBBL

iprès Marucchi, / monumenti. pî. XLV dant on n'y regardait pas de si près. Fasti avait pris et devait garder désor mais, le sens de chronique annuelle qui faisait du mot un synonyme de annales et de chronique en général : ex omnibus historiarum alqae annaliuni lastis dira Paul Orose. A ce mot de « fastes » s'ajoute une idée de solennité, de grandeur, Horace avait parlé de « dérouler les fastes du monde » et la pensée d'une sorte de déploiement magnifique est restée attachée à ce mot. Les fastes consulaires servaient à retrouver le millésime des années, il y eut des fastes épiscopaux qui servaientà enregistrer la succession des chefs des églises.

On s'explique difficilement comment les anciens parvenaient à se reconnaître parmi ces noms dont rien n'indiquait l'enchaînement et on les plaint de n'avoir pas possédé une désignation numérique des années ; pour cela il leur eût fallu un point de départ, une ère dont le commencement eût été marquée par un événement d'une gravité capitale. Ce n'est guère avant la fin du n » siècle qu'on commença à calculer — discrètement — d'après la fondation de Rome, ab urbc conditu ; cette ère ne fut d'un usage courant que sous l'empire. Même alors, ce ne fut pas une notation admise par le de l'année officielle furent fréquentes et assez considérables. 11 résulte de là que les rédacteurs des fastes consulaires n'ont pas pu, sans altérer l'ordre réel des faits, mettre chaque collège consulaire en regard d'une année calendrier. (^e parallélisme artificiel, qui existe dans les fastes épigraphiques comme dans la chronologie des historiens, n'a pu être obtenu qu'au moyen de fictions légales, de transactions et d'approximations perpétuelles.

Pour la période à laquelle se bornent nos études, les documents se composent des fastes dressés par les chroniqueurs et chronographes de profession, comme les fastes du Chronographe de 354 qui vont de 509 avant J.-C. à 354 après J.-C. = ; — les fastes attribués à Idace. de 509 avant J.-C. à 468 après J.-C. ^ — la Chronique de Prosper d'Aquitaine avec les fastes consulaires de 29 à 455 après J.-C. ', — la Chronique de Cassiodore avec les fastes consulaires de 509 avant J.-C. à 519 après J.-C. S — la Chronique paschale ou Alexandrine dont les fastes vont jusqu'à l'abolition du consulat impérial en 628 après J.-C. « , Il faudrait ajouter les Chroniques d'Eusèbe, de saint Jérôme, les fragments de fastes dits de Vérone (de 439 à 494) ' et la Chronique dite de Ravenne '. Quant aux inscriptions, nous ne devons guère compter sur d'autres secours que les inscriptions particulières.

Toutefois il n'y avait ici aucun essai de substituer la date pontificale à la date consulaire. Le nona du pape


TITVIIBYZANTI^

nli, pi. XLiv, n. 11. ment en 358 ou 359, et c'est à cette date que le père ou la mère de la petite Euplia a voulu manifester sa satisfaction de ce retour par la mention du pape, en manière de date. Nous savons par le témoignage de Théodorel ' que les fidèles de Rome étaient partis sans déclarés de Libère et avaient accueilli la décision de l'empereur Constance, qui plaçait l'Église sous Libère et Félix par un cri unanime. Uniis Dciis, uniis Christus, unus episcopus. Le deuxième exemple est inspiré par des considérations analogues. Le voici ' : était immédiatement suivi de deux autres noms, ceux des prêtres attachés au titre de Sainte-Pudentienne, en sorte qu'on lisait :


SALVO SIRICIO EPISG C5 ECCLESIAE SANCTAE ET ILICIO LEOPARDO ET MAXIMO PRES8B

Le mot salvo indiquait un personnage vivant ■ : d'autres fois, quand il s'agissait d'un pape défunt, ou faisait volontiers usage du terme tempnribus comme sur cette inscription conservée au musée de Latran et reproduite à Saint-Sébastien • (fig. 4287) :

Cette inscription rappelle le pape Innocent I » (402-417).

Quant aux inscriptions métriques el les n'ont pas de formules fixes, on abandonnait à l'auteur le soin de faire quelle que belle trouvaille. A Sainte-Sabine sur l'Aventin on lit encore aujourd'hui ce début en l'honneur du pape Célestin I« (423-132) ' :

Culmen apostolicum cum Cœleslinus haberel.

Primas et in loto /ulgeret episcopui orbe...

Dans les provinces de l'empire les exemples sont encore plus rares que ceux qui viennent d'être rappelés. Les monuments ont généralement reçu la date consulaire ou bien l'ère locale. Si le nom des évêques se trouve mentionné c'est d'une manière honorifique mais sans dessein chronologique ^ La raison en est peut-être que la coutume existait de temps immémorial d'inscrire sur les édifices publics les noms des personnages officiels dont les papes de Rome, à partir du iv« siècle, n'eurent plus à envier l'éclat, en sorte que nous avons vu Sirice, Innocent, Célestin gratifiés d'un honneur qu'on n'avait pas l'idée d'étendre à des évêques bien plus modestes. Au contraire il semblait naturel de mettre en avant, limen hoc collocatum est ( ?) anno quarto, consnle Vnlenliniano Auguslo sexlum terlio kal. décembres, XV J III anno episcopatas RusUci. L'inscription mentionne : la pose de la première pierre de l'église après quarante-sept jours de travaux préparatoires, l'achèvement de l'abside après deux années, la pose du seuil. Toutes ces précisions ne rendent pas surprenante la mention faite du sixième consulat de Valentinicn III, lequel coïncide avec la dix-neuvième année de l'épiscopat de Rusticus qui avait été consacré évêque le 9 octobre 427 '. A Minerve (Hérault) un autel antique couvert de graffites (voir ce mot) porte sur sa tranche cette mention ' :

+ RVSTICVS ANNXXX EPTVS SVI~FF-

C'est ce même Rusticus dont nous venons de parler,^ en sorte que la date de consécration de l'autel est l'année 456. Assez volontiers on a recours, à Rome et ailleurs, à une double mention chronologique de telle sorte que ce qui pouvait manquer à l'une on le trouvait dans

D B ? IIM DVSMAÏ 1 0 SIAV^QV !


VIXIMNWV S ^XXVIÎÏ QMIFHCIT CSLIAQOWAKMA AWNV^^'JEFTE yVE N SI S^YM Bè%ÊR£m/APACrcoi\/ SYLATYMCOMCIFLABIN ROC^AK MARA WAVADM SoAWyn » 42SS. • — Inscription. D'après De Rossi, Inscriptioncs iirbis Romec, t. i, p. 183, fig. 419. d'adapter aux pontifes romains la formule solennelle :.S'aZuis dontinis nostri Augustis sous la forme Salvo episropo. De Rome, cet usage se répandit probablement de proche en proche ; près de Tusculum, on a trouvé une inscription dédicatoire du v« siècle ou l'évêque local bénéficie de cette même formule ^ :

\ partir du ^^' siècle, on prit partout la coutume de désigner l'époque non seulement par un nom d'évêque. mais même de prêtre, de diacre et même d'abbesse '. Mais dans tout ceci, c'est l'époque plutôt de l'année qui se trouve indiquée, car on ne connaît jusqu'ici que deux manuscrits sur lesquels on ait pris soin de mentionner l'année de l'épiscopat : A Parenzo, au vi » siècle, une inscription mentionne EVPHRASIUS ANTISTES TEMPORIBVS SVIS ANNVM AGEN XI', it à Narbonne une inscription dédicatoire sur laquelle abondent les notations chronologiques : -{-Deo et Chrislu l'autre. Par exemple sur cette inscription de Gorlyne '. 'Ekï ©soScipo'j Toû àYi.cd(TÀTO'j) ipyj.tT :iay.(6K0u) x(al)> TOÛ sÙTuycô ; àvevsûOT] x(al) o5[- :o ;l 6 xoï/o ; (7TaCT£aç) <5X(auiou) 'AitTrîtovoç [toû >.ot[x lvS(ix-c5vo ;)û Le consulat d'Apion se place en 539, et cette année coïncide avec une indiction II« . L'évêque Théodore ici nommé est un des Pères présents au concile de Constantinople en 536.

.■\ Bostra, sur la porte de l'anti que église, on lit la mention de l'ère locale, 407, qui commence en 105 de notre ère, ce qui nous reporte par conséquent à l'année 511. L'évêque de Bostra était alors Julien *, le Léontius également nommé, est l'évêque de Césarée de Cappadocce dont parle Procope « . Au moyen de ces diverses indications on pouvait mieux instruire les lecteurs de la date ».

Une inscription conservée à Damas et qui vient de Suk-Wady-Baradah (Syrie) mentionne l'épiscopat. l'indiction et l'ère des Séleucides ' :


ENMAECIOTOYCÙAE


EROYCINA IB

'E~l Toù 'Icoivvo'j l7T'.(jx(Ô7rou) ;fjiûiv To5 'l£paTt6X[£co ;] é ejxooXoç :rXaxfc)6[rj] èv {^(tjvI) TOÙ CoSe TO'JÇ lvS(TXTLCÔVO( ;) 10.

En l'année 875 de l'ère des Séleucides (565 apr. J.-C), sous l'épiscopat de Jean, métropolite d'Hiérapolis, le portique de l'église d'Euphratésie fut décoré de plaques de marbre.

D semble que l'idée même ne se soit pas présentée aux fidèles d'esquiver la mention d'empereurs, qu'ils avaient les meilleures raisons de n'aimer guère et de ne pas nommer. Sans doute, la mention de Dioclétien, de Julien ou d'Eugène en leurs consulats paraissait la chose du monde la plus indifférente, tout comme à nous-mêmes lors que nous écrivons 1793, 1870 ou 1914, malgré les souvenirs tragiques que ces millésimes réveillent dans la mémoire. Il est d'ailleurs heureux qu'il en ait été ainsi et que les chrétiens n'aient pas eu la petitesse de mettre en compte leur répugnance et de passer sous silence les noms de personnages du iv et du v siècles dont le consulat ne nous est pas autrement connu que par l'épigraphie funéraire ou monumentale. Voici par exemple Nicoma que Flavien (voir ce dernier nom) dont on ne pouvait ignorer les desseins hostiles et, pour tout dire persécuteurs ; lui qui, en attendant la victoire sur Théodore, usurpait le consulat, c'est par les inscriptions qu'il est fidèlement mentionné. En 394, les fastes réguliers font mention des fils de Théodore : Arcadius pour la 3= fois, Honorius pour la 2« fois, mais à Rome Eugène et Flavien ne badinaient pas et les noms des deux princes ne devaient pas paraître, mais seulement celui de Flavien ; comme sur cette inscription - (fig. 4288).

Mais les chrétiens poussèrent plus loin l'indifférence pour ces formules : ils décernèrent sans broncher le titre de divus et cela non seulement à Jovien ou à Valentinien ', mais même à ce Julien qu'ils avaient tant et de si bonnes raisons de ne pas diviniser, surtout après sa mort et lorsqu'il n'était plus redoutable ' :


ERCVLIA ■ QVI • VIXIT • ANN • VII ■ M • DVO DEPXVKALNOVDIVOIVLIANOCONSS-

Et ce qui mérite d'être remarqué, c'est qu'un siècle auparavant les fidèles sacrifiaient tout, même la vie, afin de ne pas rendre aux Augustes les honneurs divins. Au vieil évêque Polycarpe de Smyrne l'irénarque Hérode demandait : >■ Quel mal y a-t-il à dire Kijrius Kaesar, à faire un sacrifice et à se sauver ainsi ^ » En 455, une inscription chrétienne de Rome fait mention du diuus ValerUinianus ', une constitution de l'empereur Marcien, inscrite in codice canonum xedis apostulicœ et donnée Conslaniinopoli kal. Aug. dioo Valenliniano Aug. et Anlhemio i>. c. conss '. Valentinien III fut, en effet, d'après le témoignage de la numismatique et des auteurs anciens, le dernier empereur dont la mémoire fut consacrée et réputé divus ', d'où on peut induire que ce rite fut définitivement délaissé après que Gratien eut renoncé pour lui au pontificat idolâtrique. Mais l'appellation de diuus se rencontre bien plus tard ainsi qu'on peut le constater dans le code Théodosien et dans les Novelles de Justinien. Celui-ci gratifie encore de ce titre ses prédécesseurs.\nastase, Léon et Zenon '. Les inscriptions même décernent non seulement à Valentinien mais à Théodose lui-même et à Léon le Jeune ce titre de diinis « . Théodose s'arrangea d'un décret officiel qui le proclamait diras » :


MARTIA THEVDOSIVM DOMINORVM ROMA PARENTEM AETHERIO DIVVM VENERANS SACRAVIT IN ORBE

C'était là, toutefois, s'il est permis de s'exprimer de la sorte, une divinité au rabais et simplement civile et qui n'entraînait plus les rites païens. Divinité relative et de pure politesse que devait consacrer un rituel épuré et qui n'empêchait pas Furius Dionysius Filocalus, dans son calendrier, de donner aux empereurs le diuus sans plus de conséquence. Déjà Constantin avait prévu le cas et ordonné que les temples dédiés à sudynaslie nuUa polluercnlur contagioncsiiperstilionis^-. Somme toute divus ne voulait pas dire beaucoup plus que notre mot « feu >■ : divos dicimus e.v hominibus faclos, dit Servius, quasi qui diem obierinl. unde diuos eliam imperatores vocamus « . Les Goths eux-mêmes s'en arrangèrent. Le roi Athalaric parle quelque part de Thcodoric divx mcmoriœ » et ni les fidèles ni les clercs n'y faisaient plus attention. Dans une passion de martyrs, qui devait être lue pendant la liturgie, on rapporte que les victimes étaient de génère Aniciorum hoc est divœ mémorise Carini imperaloris « .

A Rome, on faisait usage exclusivement des fastes consulaires, dans les provinces on se montrait moins excessif ; on recourait concurremment aux ères locales (voir re), aux noms des empereurs ou des magistrats locaux. Les inscriptions chrétiennes les plus anciennes étant funéraires et d'ordre privé ne faisaient pas usage des formules officielles. L'épitaphe de Nila 1-Torentina à Catane (voir ce mot, Dictionn., t. n, col. 2513, fig. 2194) fait exception à cette règle quand elle mentionne ZOILO CORRE(c'ore) P(rovincix Siliciiv). L'inscription de Severianus à Cherchel (voir Dic/ionn., t. I, cl. 813, fig. 175 : t. m, col. !27l)) mentionne simplement le propriétaire de la tombe MAISEVE- RIANI alarissimi) V{iri) '• et il n'est pas probable comme conjecturait J.-B. De Rossi que ce soit le præses de la Maurétanie Césarienne. Quant à deux inscriptions de Rostres et de Cyrène », qui portent des noms de magistrats, elles sont si abîmées qu'on n'en sait que dire.

Quant à la mention des années du règne d'un empereur, c'est à peine si avant le milieu du vi siècle on en peut citer quelque exemple parmi les inscriptions chrétiennes. Il faut toutefois faire une exception pour l'Égypte où on rencontre sur plus de trente inscriptions l'ère des martyrs ou ère dioclétienne dont le point de départ est l'année 284. A quelle époque cette ère fut-elle en usage parmi les chrétiens du pays, nous avons dit (voir RE) d'après le témoignage des douze inscriptions d'El Douheileh, que c'est au moins dès l'an 524 que cette ère fut employée. En Égypte nous trouvons une inscription datée de l'an 374 : Valentinien, Valons et Gratien (voir Dic/(onn., 1. 1. au mot Athribis) : deux sont datées à la fois par l'ère des martyrs et celle des Sarrasins ', une est datée du règne du roi Silco =. Pour en revenir à l'Occident et à Rome, nous ne rencontrons la mention d'un empereur sans désignation de consulat que pour deux usurpateurs le tyran Maxence, en 307, et le tyran Eugène en 394. Celle relative à Maxence est une épitaphe cémétériale que Fabretti localise ainsi : tabula reperta jacens circa cemeteriam B. Terlullini, elle se trouve aujourd'hui à Urbin ^ (fig. 4289) :

Très bien, voici le texte corrigé en totalité :

Tr, X'Jpia y.ai àsiixvrjCTTCo (T-ju-ouo Mapxta ôaT'.ç !^T,<T£v stTj -Xéov EÀATTOV X, 'AXu-îôv è ;r(TÎT)OEv.

Se tt, — po yj eiSûv Ac/.stxoplcov, ^i Ma ;svTttp La présence d'une couronne sur cette inscription L'autre exemple est celui du tyran Eugène à Capoue, le 25 octobre 392 ' :


HIC SVNT POSITI DVO


TES NEOFITI QVI VIXL


RVNT DIONISIVS ANNV 5 VNV MENSES DVO DEP


NA ANNISTRIBVS MEN

Dn-EVGENIO AVGPRIMI C'était de cette façon empiri que qu'était résolue la difficulté soulevée par ces usurpateurs dont l'irruption bousculait la série des fastes consulaires. Il semble que parfois on éprouvait un certain embarras dont témoigne l'inscription libellée à la mémoire de Titianus de Lodi. Afin de ne mécontenter personne, on a pris le parti de noter d'abord les consuls ordinaires Basilicus et Annatus, puis, comme Basilicus non content du consulat s'était emparé de l'emp're on ajouta * :


DOMINO BASILISCO PP AVGVST de cette façon on se mettait à l'abri des vengean ces ou des tracasseries possib les. Basiliscus ne pouvait se plaindre eMT^TON^A^AATTTICDN l iiœ Hàe KejULB f lO) N s ? C| semblait confirmer la conjoncture de Fabretti d'après laquelle Marcia aurait souffert le martyre sous Maxence. Celte façon de dater rl est absolument nouvelle, mais ce n'en est pas moins une formule chronologi que. Rien ne permet de faire de Marcia une martyre ; d'abord, le tyran Maxence non seulement ne persécuta pas les chrétiens, mais leur donna la paix : ensuite le terme ne se rapporte pas à une mort violente, mais à la mort naturelle et la formule ZTzl MaErmcp qui suit immédiatement la mention du jour et du mois tient lieu de la date consulaire. Maxence exerça le pouvoir pendant sept années environ (30tj-octobre 312). On traversait alors une période troublée et l'année 307 vit un bouleversement dans l'ordre des consulats, comme nous le verrons bientôt ; on s'avisa donc de trouver une formule satisfaisante, que ce soit Maxence ou les magistrats urbains peu importe et on s'arrêta à quel que chose qui voulait dire : sous Maxence. C'est ce que nous lisons sur l'inscription de Marcia. Entre 308, 309, 310, 312 on revint à des consulats réguliers, le èm Ma^EVTtoi fit place à TCATM En 300 et en 311, Rome eut des consuls ordinaires : Constance VI et Maximien VI, Ru fin et Eusèbe : en sorte que ce n'est qu'en 307, à la fin de cette année, que Rome n'ayant pas de consuls, ne sachant comment dater, un chrétien écrivit : rtî. Ma^£VT[(p. puisqu'on lui avait décerné son titre de consul et, aussitôt que son avancement avait été connu on lui avait confinnésontitreimpérialavecpromesse de perpétuité. Dans les pro\in ces on a fréquemment calculé d'après les années des prin ces '. mais non à Rome et, faute d'avoir fait cette remar que, on a pu se trouver enRAFfr/GA/WE B>ICVSC1VIS S/^Panvsqvi


VXVHOCPAT-FBNI

traîné à attribuer une date inexacte, comme c'est le cas pour une inscription provenant du cimetière de CjTia que (en 1847) et conservée au Latran. On y lit '(fig. 4290) :

Rapetiga medicus civis Hispanus, qui vixit in pacc ann. p. m. XXV, hoc pater Nicelius jecit, d. n. Alafgno ) Maximo Aug. II. Il n'est pas ici question, comme l'a avancé Fr. Lenormant, de la deuxième année du règne d'Héliogabale, qui n'a ja mais été nommé sur les monuments Magnas Maximus, deux noms qui ap partiennent à l'usurpateur Maxime dont on rappelle ici le deuxième consulat. Quoi que la mention du mois soit omise, elle est antérieure au mois d'août, puis que c'est en juillet ou en août que Maxime fut vaincu par Théodose et disparut '.

En ce qui regarde le célèbre calendrier gravé sur la chaire de Saint-Hippolyte et qui calcule le temps d'après les premières années du règne d'Alexandre Sévère, il est probable qu'on a copié un libellé rédigé hors de Rome, peut-être à Alexandrie. Voici ces deux membres d'une inscription sur laquelle nous aurons à revenir :

[ROC-' et encore :


ETEI AAE2ANAP0Y KAICAPOC TCÛ A APXH

Ce n'est qu'en l'année 537 que Justinien ordonna sulat, on constate que les populations étaient fort mal instruites, puis que à Nap les, en 566, le consulat de Just in fut ignoré ou tardivement annoncé, ainsi qu'on peut s'en convaincre par le calendrier pascal de Nap les qui compte cette année comme la vingt-cinquième du postconsulat de Basile et seulement Justinien en 567*. Le deuxième consulat de Justin ne fut pas mieux connu, les uns en furent instruits, les autres l'ignorent ; on rencontre disséminées en Italie des inscriptions qui font mention de l'année 568 comme deuxième consulat, d'autres qui calculent encore cette année 568 d'après le consulat de 566 '. Enfin l'hésitation était telle que plusieurs adoptèrent le mode signalé en Gaule et calculèrent d'après les post-consulats de Basile, ainsi à Bergamo on lit cette mention ' : SVB DIE QVARTO IDVS NOVEW18RIS POST CONSVLATVM BASILII IVNIORIS VIRI CLARISSCONSVLIS ANNO XXVI PRIMA INDICTIONE, par conséquent 567 ; et à Caslronuovo en Sicile la défunte Placidie fut inhumée P • C • BASIL • V • C ■ PER INDICTIONE QVARTA ANNO XXSIII ', par conséquent en 570. Il est vrai que pour celte dernière il est dit que Placidie fut univcra, façon gauloise de dire univira et qui j pourrait mettre sur la voie d'une famille de Gaulois l'adoption d'une chronologie nouvelle calculée sur les années de règne des empereurs. Cette règle commença à être appliquée dans les inscriptions ', mais ce ne fut qu'après trente années, en 567 qu'on parut en prendre son parti, lors que l'empereur Justin adopta une formule nouvelle pour désigner le consulat réservé définitivement aux empereurs. Sur une inscription de cette année 567, nous lisons ^ :

-IHIC REQVIESCIT IN SOMNO PACIS FLORA QVAE VIXIT ANN VDIXXVIII DEP a SVBD-III-ID-AVG-INDXVPCDOMINI N ■ IVSTINI PP AVG C5 ANN II Justin prit le consulat en 566, puis en 568, mais ce consulat ne fut pas annoncé hors des limites de son empire. Dans les Gau les, on trouve mentionné sur l'Inscription de (^œsaria le post-consulat de Basile. En Italie, à l'exception de Rome et de Ravenne on les pierres et les papyrus témoignent qu'on fut Instruit de ce conétablie en Sicile qui y aurait conservé, nonobstant l'entourage, le mode de supputation observé en Gaule. Ainsi donc l'ancienne façon de supputer les consulats était abolie mais pas périmée, seulement le style était modifié et c'est ce dont ne s'est pas avisé Bosio qui a publié ce fragment trouvé au cimetière de Cyria que • :

Bosio a avancé (ju'il s'agissait ici de l'empereur Phocas, personnage du \'n' siècle, et Settele en a conclu que les catacombes avaient servi aux inhumations jusqu'il cette date tardive « . Mais il n'est pas question ici de l'empereur Fhocas, ni d'aucun Phocas. Les empereurs de cette épo que ne revêtirent ja mais plus d'un seul consulat et auparavant les empereurs qui en revêtirent plusieurs n'ont ja mais manqué de mentionner avec exactitude la mention : post consulalum ; or rien de tout cela sur cette inscription. Il ne reste donc po.ssible qu'un troisième consulat d'un César, soit, en 3G0 Constance Aug. X et Julien Caes. III, ou bien, en 351, Constance Aug. VII et Constance Csesar III, ou même des dates antérieures, en 324 et en 300, auxquel les on rencontre un Cfesar à son troisième consulat. L'inscription de la colonne de Phocas, en 608 porte :


POST CONSVLATVM PIETATIS EIVS ANNO V

A la fm du \T= siècle, Goths, Wisigoths, Francs substituèrent les noms de leurs rois à ceux des consuls '.


III. Les consuls subrogés. — Il y avait deux catégories de consuls ; les uns qualifiés ordinarii, » ordinaires, • et les autres suflecti, « subrogés. » Les premiers entraient en charge le !• » janvier, ils étaient remplacés par les suflecti ou suppléants en cas de mort ou de démission. On a dit qu'après Constantin il n'y eut plus de consuls subrogés ; ceci n'est pas conforme à la vérité. 11 y en eut jusqu'au iv et même juqu'au v^ siècle. Si un La table philocalienne nous apprend qu'en 351 les consuls furent, à Rome, Magnence et Gaison : dans la partie de l'empire qui obéissait à Constance, les fastes et les historiens ne rapportent pour cette année aucun nom de consul ; bien plus, dans la Chroni que syria que d'Athanase cette année est ainsi désignée : posl consulalum Sergii et Xigriniani. Cette uni que inscription nous apprend que.Magnence ( Vannen/io) eut pour collègue Uecentius A l'année suivante, 352, nous trouvons une série de six inscriptions portant la mention du consulat de Decentius et Paulus '. En voici deux exemp les * : PRIVATA QVE VIXIT ANNIS [SLIII-MESIS VIIIDIESPSIICS DEPOSITA CS EST tS III NON AS FEBR PS BENEMERENTI • IN PAGE >^ DECENTIO ■ ET PAVLO CONSS P et la suivante qui vient du cimetière de Sainte-ThéoHÎCP0SITAÊSTANIYWADVI^E5 !^''CONS s'm^r£vmioAV( ;m

ETMEK0BAVJ)£*VC<^1II

consul subrogé venait à donner sa démission un autre prenait sa place, de sorte qu'il pouvait y en avoir plusieurs dans le cours d'une même année. Seuls les consuls ordinaires donnaient leur nom à l'année et c'est par erreur qu'on a soutenu que les consuls subrogés jouissaient du môme privilège : d'ailleurs, comme nous le verrons, les inscriptions chrétiennes ne portent que lesnoms des consuls ordinaires et ja mais ceux des consuls subrogés. Cependant plusieurs in.scriptions chrétiennes portent des mentions de consulats qu'on ne retrouve pas dans les fastes, et c'est ce qui a pu donner lieu de supposer qu'il s'agissait là de consuls subrogés. C'est une erreur. Il a existé des consuls en petit nombre, il est vrai, qui furent désignés comme tels par des usurpateurs, dont les noms furent eflacés des fastes officiels à supposer qu'ils y furent ja mais inscrits et de la magistrature desquels il ne reste d'autres témoignages que des monuments épigraphiques. Voici par exemple un fragment d'une pierre cémétériale en fort mauvais état et gra- -\'ce de la façon la plus négligée ' : iencm] ERENTIQVE BIXET CVWL 00 n juge sua annos] XXI MES III DEPOSITVS annorum. j MES III D VIII BEPOSITVS I n. dora, près de Rignano, sur la voie Flaminia ' (fig. 4291) et qu'il est facile de compléter ainsi :

D(e)p(osilio) Exsupera(nlii ou nliie)... Kal ? A(u)gustas Decenlfio et Paulo conss) Or, en 352 Constance était consul pour la cinquième fois avec Constance Gallus César pour la première fois. Seulement Rome, l' Italie et la Gaule subissaient la loi de Magnence qui avait revêtu du consulat son frère Decentius et un nommé Paul qui n'est pas autrement connu : mais on retrouve ces deux personnages intrus sur une inscription de Masclinius Matemus, décurion de Cologne '. De ces six inscriptions qui portent les noms des consuls nommés par Magnence, auc une n'est plus récente que le mois d'août. Or le catalogue des préfets de Rome nous apprend que depuis la fin de septembre Xeratius Cerealis exerça la préfecture urbaine qu'il tenait de Constance vainqueur de Magnence, EXTINCTORI PESTIFERAE TYRANNIDIS ne man que pas de dire une inscription dédiée à ce Neratius Cerealis '.

En 388, autre exemple un peu différent sur une inscripticn peut-être cémétériale, conservée au musée de Latran '(fig. 4292) :

Hic posila est anima dul ces innoca sapiens et pulcra. tiominc.

Qairiace que vixil. annos. III. m. III. d. vin dp. inpace llll. id. jan. conss. d. n. Teudosio. aug. II cl Merobaade. vc. III.

Tout ceci, à commencer par l'erreur d'un lapicide, ne soutient pas l'examen. Outre que la distraction qui ferait écrire Mérobau des à la place de Cynégius est un peu grosse, il se trouve que Mérobau des placé ici par erreur n'en aurait pas moins la mention, peu ordinaire, d'un troisième consulat qui se trouve être tout à fait exactement de la basilique de Saint-Laurent in agro vi-rano porte cette mention sans plus « : ce qui nous reporte sans hésitation possible à l'année 344. Seulement Danzetta écrit dans son commentaire sur les inscriptions consulaires ' : In fastis anni 344 notantur Sallustius et Domitius (al. Domilius) Leontius, Fartasse Sallustio cognomen erat Bonosus ; aut illi sufjeclus est ante XII kal. jebr. alter consul nomine Bonosus, nullibi in fastis apparens. En effet, les fastes, les lois et la Chronique syriaque d'Athanase attestent qu'en 344 les consuls furent Léonce et Salluste, mais à partir de la moitié du mois de janvier, trois inscriptions du cimetière de Théodora à Rignano et une inscription romaine font mention de Léonce et Bonosus (fig. 4293) • :


LEONTIO ET BONOSO CCSS XII KAL FEBRARIAS EO IN PAGE

On en a induit que le subrogé Bonosus avait succédé à Salluste presque dès l'entrée en charge de celui-ci.

En cette année SSCS, l'Italie était fort troublée, Maxime l'usurpateur était maître de Rome et, dès le mois de janvier, nous le voyons par notre inscription, Mérobau des était revêtu du consulat. Quand aurait-il succédé à Cynégius si le 3 des ides de janvier, il était déjà consul ordinaire. Il n'est pas plus avantageux de se rejeter sur l'explication qui consiste à mettre Cynégius en Orient et Mérobau des en Occident. Maxime qui régnait pour lors en Occident poursuivait de sa haine Mérobau des et sur les épitaphes de cette année datées du consulat de Maxime, il n'est pas fait mention de Mérobau des. Ce qui ressort de l'épitaphe de Quiriace c'est que, dès les calendes de janvier le consulat fut proclamé à Rome sous les noms de Théodose pour la 2e fois et Mérobau des pour la 3e. C'était là un honneur exceptionnel pour un particulier de recevoir les faisceaux pour la troisième fois et il aura dû recevoir cet honneur par l'entremise de Valentinien avant sa fuite d'Italie car, à coup sûr, il ne le reçut pas de Maxime qui, à peine maître de Rome, le fit mettre à mort.

Une autre catégorie qu'on a été si mal inspiré de prendre pour des consuls subrogés 'tient à ce que des consulaires portaient deux noms l'un qui fut adopté pour les fastes, l'autre qui fut gravé sur les monuments, d'où une source presque inextricable de confusions. En voici un exemple. Un fragment trouvé dans le pavement voici que sur une inscription du mois de septembre de cette année Salluste ressuscite :... decessit in pace XV kal. oct. Leonlio et Sallustio ' : il est vrai qu'on peut répondre qu'à Rignano on datait d'après le subrogé tandis qu'à Rome on s'attachait à ne dater que d'après le consul ordinaire.

Salluste, encore que défunt : mais il est beaucoup plus sûr de s'en tenir à l'explication suggérée par Danzetta, à savoir que Salluste portait également le nom de Bonosus, de même que, en 372, le consul Modestus s'appelait aussi Domitius et on choisissait tantôt un nom tantôt l'autre. Voici une première épitaphe ' (fig. 4294) : Deposilus est puer nomine Exsuperanlius qui vixil annos plus minus III et menses VII dies V depositus vill idus maias sub consulatu Modesto et FI. Arinthe ccss. in pace. Or voici la même année, dans la même ville, à Rome, une autre inscription sur laquelle on lit'(fig. 4295) /•■/. Domitio el FI. Arunilheo coss. xr kal. sept. deposita Florentia que vixil annos VIII, menses IIII dies VIII in pace. Voici donc les consuls Modestus et FI. Aryntheus devenus FI. Domitius et FI. Aryntlieus et cette fois il ne pouvait être question d'imaginer un consul subrogé. Godefroy, Marini et Borghesi avaient déjà fait remarquer que dans les fasti Idaliani, en 309, la préfecture urbaine de Constantinople fut donnée à Domitius Modestus, le même qui reçut les faisceaux en 372. Enfin, faudra-t-il rappeler en combien de manières inattendues et faites pour dérouter, un même nom pouvait être orthographié de façon à laisser supposer plusieurs personnages. Qu'on mette Conslaniino pour Conslanlio ', cela s'explique sans peine, de même pour ALENEANO ', erreur manifeste pour 'ALE N'eneano. -Mais déjà cutero ' pour Eucherio prête à l'hésitation. De même ANTINO pour Antonio '. On peut, grâce à sa rareté, ramener RIMORIDO' et ROMVDORO ' au consul Rumoridis.

Reste à donner l'explication de la répugnance des chrétiens pour la mention des consuls subrogés. Pagi et Noris qui ne s'entendent pas entre eux sur l'époque à laquelle on renonça à la pratique des consuls subrogés se retrouvent d'accord pour admettre qu'après la fondation de Constantinople il n'y eut plus que des consuls ordinarii et comme la très grande majorité des inscriptions chrétiennes est postérieure à cette date, le cas ne se sera même pas posé pour elles. Seulement Tillemont a montré qu'après la fondation de Constantinople l'institution des sujlecti resta en vigueur et il est bien certain qu'on les retrouve pendant tout le IVe et même au début du Ve. À cette date, le XI des calendes de mai, jour anniversaire de la création de Rome, les consuls déposaient les faisceaux et faisaient place à leurs subrogés ; le calendrier de Polemius Silvius est là pour l'attester, ainsi que J.-B. De Rossi et B. Borghesi l'ont amplement démontré '.

Les inscriptions chrétiennes pourvues de dates consulaires sont en très grande majorité des inscriptions funéraires postérieures au Ve. À cette époque on avait généralement renoncé à l'emploi des consuls subrogés comme mode de datation, non seulement pour les monuments privés mais même pour les monuments publics. Le dernier monument connu sur lequel les consuls sujlecti sont mentionnés est une inscription païenne de Cumes de 289.


IV. RÈGLE SUIVIE POUR LA DATATION CONSULAIRE.

— Il faut encore remarquer que les consuls sont désignés tantôt par deux ou trois noms, tantôt par un simple cognomen. Pagi', Marini », et Labus« , si versés dans la connaissance de la chronologie consulaire, tiennent pour certain que pendant les IVe, Ve et VIes, il n'exista aucune règle constante pour désigner les noms des consuls et chacun y allait suivant sa fantaisie, adoptant un nom ou un autre, ou bien les deux, on inventait à l'occasion un post-consulat d'après une année dont on était sûr. Tel n'était pas le jugement de J.-B. De Rossi, qui, plus que personne avait droit de décider en une question qui lui était redevable de tant d'éclaircissements. Ego vero, écrit-il postquam infinitie hujus questionis singulos articulos singulosque nodos excussi et omnes temporum notationes non modo inscriptionibus, sed et legibus, decretis, epistolis, conciliorum actis, universis demum publicarum et privatarum rerum et historiæ monumentis adscriptas immenso labore et pari saepe tedio examinavi, clarissime vidi longe maximam harum notationum copiam justis regulis et Romani imperii annalibus esse consentaneam, illarum vero, quae præter omnem legem vagari visse sunt, exiguum numerum esse, et multo certe minorem quam Pagi, Marini, alii existimarant. Nam earum multas vel corruptas esse comperti vel corruptelie valde suspectas ; aliarum probabilem etiam præclaram rationem reddi posse vidi ; paucissimæ supersunt, in quibus vel a jure ordinum lege nulla ex causa descitum certe est, vel quæ causa id factum sit, asse qui nequeo ». À la suite de J.-B. De Rossi nous diviserons tout ce sujet en cinq périodes : 1° antérieure à Maxence et à l'année 307 ; 2° depuis 307 jusqu'à la fin du IVe ; 3° de l'année 399 au début de la domination gothique en Italie : 4° période gothique ; 5° après la fin de la domination gothique.

1° Période antérieure à l'année 307. — Jusqu'aux dernières années du IIIe les inscriptions chrétiennes datées sont peu nombreuses. Vers la fin de Ce elles commencent à se multiplier. Parmi ces inscriptions trois se contentent de mentionner un seul consul et, pour cause de brièveté, passent son collègue sous silence. C'est d'abord la plus ancienne, de toutes, de provenance cémétériale, et qui avec la simple mention de la V • VESPASIANO • IIICOS,« nous reporte à l'année 71 ; de là nous passons en l'année 273 ; et il suffit ici de jeter un coup d'oeil sur l'original, fragment de couvercle de sarcophage trouvé en 1853) au cimetière de Prétextât, parmi d'autres débris chrétiens (fig. 4296), pour se rendre compte que l'extrême concision de la formule s'explique par l'inhabileté du lapicide à en dire plus dans un cadre aussi restreint ». Il a DECESIT SERqjlj ;>JA PRIDE KAL MARTIAS M X


DIER XX

diocK Sans doute on rencontre cette façon de simplifier sur des inscriptions païennes de la même époque, mais rarement '. De plus il arrive qu'un consul est désigné par ses trois noms, ou par deux seulement ou par son cognomen. Parmi les six plus anciennes inscriptions chrétiennes, il en est cinq ' entre lesquelles une seule à peine qui porte en entier le cognomen du consul ; sur les quatre autres, les noms des consuls sont réduits aux premières lettres de leurs noms : cet usage s'est continué jusqu'au début du Ve *. Il en résulte qu'on ne peut considérer l'emploi de l'abréviation dans les noms des consuls comme un indice d'antiquité. D'où a pu venir cet usage d'abréger' ? Il est probable que les inscriptions doliaires et les tessères de gladiateurs sur lesquelles l'espace était si mesuré n'ont pas été sans influence. Les inscriptions cémétériales étaient, pour la plupart, tracées sur des tablettes exiguës, parfois même sur le plâtre frais et destinées à l'ombre des ambulacres et des cubicules, en sorte qu'on ne devait pas être tenté de prendre une peine inutile ; on inscrivait l'indispensable et cela suffisait.

Dans la mention successive des consuls, l'ordre suivi est celui qu'on rencontre sur les meilleurs fastes et les monuments officiels. Sur une inscription de l'année 208 ou 279, trouvée au cimetière de Calliste ou de Prétextât et publiée par Boldetti avec le peu de rigueur dont il était coutumier, on lit cette mention ' (fig. 2828) : Mariniano (et) Palerno II consulibus tandis qu'il devait s'y trouver Palerno II et Mariniano. L'omission de la particule et suffit à montrer que Boldetti ne s'est pas plus gêné avec ce texte qu'avec tant d'autres qu'il a eu sous les yeux et qu'il n'a pas pris la peine de conserver les originaux.

Toutefois on rencontre quelques exceptions notamment en Afrique ; sur l'une on lit correctement : Palerno et Mariniano, sur une autre : Mariniano et Palerno ° mais pareille licence, explicable dans les provinces, est sans exemple à Rome avant la dernière moitié du IVe. En 367, nous rencontrons pour la première fois cette interversion et par deux fois ' encore en 373 ' et en 378 • sur une inscription cémétériale aujourd'hui au musée de Latran :

Ce sont là, on le voit, des exceptions qui, bien loin d'infirmer, confirment cette règle que jusqu'au milieu du IVe, les consuls furent cités sans interversion. Nous en avons la preuve sur un fragment trouvé au cimetière de Saint-Hermès, sur la voie Salarire ancienne 1 » (fig. 2833) :

W XIT

Ce n'est malheureusement qu'un fragment, mais, écrivait avec sa belle ardeur J.-B. De Rossi, ulinam eam, quae deperdita est, Imjus tituli partem repperissem ; quant, si Fausti nonien præferrel, auro contra et gemmis cariorem œstimarem : sed quoniam mihi non licuit esse tam beato, qui præcioso adeo fragmenta potirer, ingénia poilus et Industrla jacularam compensare par est, quam liantis querelis indulgere.

Après l'année 312, nous ne rencontrons dans les fastes que deux consuls à qui conviennent ce début GAL ; c'est Gallicanus, en 317 et en 330 ; car il n'est pas question de Gallus César qui, sur les fastes et les monuments, n'a jamais été désigné par le nom de Gallus, mais pas celui de Constantin ou de Conslantius iunior.

Or sur tous les monuments connus jusqu'à ce jour Gallicanus prend la première place :

(317) Gallicano et Basso

Gallicano et Aur. Sijmmacho

(330) FI. Galliano et Tulliano

Ici cependant le nom de Gai. occupe évidemment la seconde place, en sorte qu'on est en droit de douter à tout le moins qu'il faille lire Gallicanus ; il faudrait donc s'en tenir à Gallus dont le nom, dans les fastes, à l'année 298 prend la seconde place : Anicius Fausius II et Virius Gallus.

Et il faudrait donc compléter notre fragment de cette façon :

Il est vrai qu'on est en droit de douter que la tablette ait porté deux noms de consuls et n'ait pas pratiqué la méthode de simplification qui a été déjà signalée « ; mais ce n'est guère vraisemblable puisqu'on a fait suivre le nom du sigle pluriel CONSS, c'est donc qu'il y avait deux noms, — et cependant en 310, nous voyons une inscription qui porte un seul nom suivi du sigle pluriel... MAXENTIII.COSS ».

Quoiqu'il en soit de ces exceptions, on peut — et on doit — s'en tenir aux règles générales admettre que le sigle pluriel suivait deux noms, que le deuxième nom, étant celui de Gallus, nous ramène aux consuls de l'année 298.

La conjonction ET qui relie les noms des consuls fut toujours de style ; à l'époque antérieure elle était observée sans exception et c'est à peine si parmi un si grand nombre d'inscriptions chrétiennes nous la voyons omise deux ou trois fois ; ainsi en 346 : R VFINO EVSEBIO CONS ' ; en 370 : COSSVALENTVALENIII = ; en 408 : BASSO FELIPPO CONS' ; deux autres nous sont transmises par des copies douteuses ' ; une enfin, en 407, insère entre les deux noms des consuls le nombre de consulats du premier ce qui rend moins indispensable la conjonction ^ : dd. nn. honorio VIII HECDOSIO

Il faut mentionner un cas particulier. La conjonction et est de style entre les cognomina, mais chaque fois qu'à la place des cognomina on désigne les deux consuls par leurs tria nomina, alors il devient de style d'omettre la conjonction, ainsi que l'a fait remarquer Marini dans son ouvrage sur les inscriptions doliaires '.

Les inscriptions chrétiennes n'ont pas manqué de se conformer à cet usage, il est vrai que nous n'en avons jusqu'ici qu'un seul exemple, mais qui remonte à l'année 204, trouvé au cimetière de Priscille tracé sur la chaux d'un loculus '' : XLL- FAB ■ CIL • M ■ ANNLIBCOSC

C'est-à-dire : n. JO. Lucio Fabio Cilone, Marco Annio Libone consulibus.

La raison de cet usage semble justifiée par le fait que l'emploi des prénoms suffisait à désigner si clairement un personnage qu'on ne pouvait s'y tromper ; dès lors, là où on avait lu les tria nomina il devenait superflu d'ajouter qu'on passait à la mention d'un autre individu.

« Voici une autre particularité : le chiffre indiquant le nombre des consulats. Les inscriptions chrétiennes ne se font pas scrupule de les omettre, par exemple pour les tituli de Sura et Séhécion, de Maxime, de Tibérianus, d'Anieius Faustus, de Titianus '.

L'inscription de Sura et Sénécion est la seconde en antiquité parmi les inscriptions chrétiennes datées. Ce fut Boldetti qui la lut dans le cimetière de Lucine sur la voie d'Ostie, où elle était in calce impressa ; il eut même l'attention de l'insérer deux fois dans son ouvrage, mais à condition de la transcrire différemment, d'abord Sarra puis.Sura, qui est la bonne leçon '.

L'inscription de l'année 204 avec les tria nomina et celle-ci débutent de la même manière par un chiffre (voir Dictionn., t. m, col. 1335) qui a fait supposer de très belles choses.

Ces chiffres, a dit Visconti, rappellent que la tombe avait reçu tantôt trente, tantôt quarante martyrs, ce qui exigerait assurément non pas un loculus mais une fosse d'assez grandes dimensions et telle qu'il n'en existe aucune dans les parois des catacombes.

Cette explication, si invraisemblable fut-elle, ne laissa pas de trouver des partisans ».

Sans parler ici d'autres inscriptions sur lesquelles ce sont non plus des dizaines mais des centaines qui sont inscrites, il eut suffi d'observer que Boldetti a lu cette mention sur le plâtre, ce qui implique qu'elle avait été tracée sur le plâtre encore mouillé lors de la fermeture du loculus, qu'il en a pu lire environ six cents du même genre dans les catacombes et qu'il n'a même pas songé à noter les dimensions insolites de ce loculus « .

D'ailleurs il serait déjà assez surprenant que la tombe d'un groupe de trente martyrs eût été bouchée si simplement et désignée d'une façon tellement sommaire qu'il ne fut fait aucune mention ou insinuation de ce martyre ; c'était cependant, en l'année 107, un fait qui ne passait pas inaperçu.

Reste à savoir si Boldetti a vu le loculus intact ou du moins la chaux qui le fermait ?

A en juger par d'autres exemples connus, ces sortes de sépultures étaient bordées d'un bourrelet de chaux sur tout leur pourtour et sur les jointures des tuiles de fermeture'- ; une inscription courait partout.

A s'en tenir aux exemples similaires, on y devait lire le nom du défunt (ou de la défunte), — qui a péri — et qui pouvait rappeler le souvenir de Un tel., mort à l'âge de annxxx, ensuite les noms des consuls en sorte que la tombe aurait été disposée ainsi :

Nous voici arrivés à la question des consuls.

Avant le milieu du iii siècle, on n'a guère fait usage d'autres sigles que COS et COSS. Fahretti et Marini soutiennent n'avoir jamais rencontré le sigle COSS avant le règne de Gallien et Volusien, c'est-à-dire avant le milieu du iii siècle, Marini en a publié — négligemment il est vrai — antérieurs à cette date, portant le sigle COSS qu'il entreprend de corriger en COS. On pourrait lui objecter sans doute trois inscriptions chrétiennes des années 107, 111 et 235 sur lesquelles on lit le sigle COSS, mais ces inscriptions ne nous sont connues que par des copies de Boldetti qui ne s'embarrassait pas de ces détails et écrivait ce qu'il voulait ou croyait voir plutôt que ce qu'il avait sous les yeux.

Vers le milieu du iii siècle on commença à faire suivre les noms des consuls du sigle CONS et peu après CONSS et CCSS ; alors que vers la fin de ce même siècle le sigle COS disparaît rapidement et c'est à peine si on le rencontre encore une fois ou l'autre, par un grand hasard, pendant les iv, v et vi siècles. Si on s'en tient aux monuments originaux, les seuls qui sur un détail si minime puissent faire foi, J.-B. De Rossi n'avait rencontré le sigle COS pour désigner deux consuls que sur deux inscriptions des années 393 et 398 ; Philippe de Winghe a donné avec beaucoup d'exactitude une inscription de l'année 396 sur laquelle on retrouve le sigle COS, mais il est possible qu'ici ce soit le manque d'espace qui ait décidé cette abréviation puis que sur le même texte, trois lignes plus haut, on lit CONSS. (lig. 4297) '. Enfin, un quatrième exemple, se rapportant l'année 371, nous est connu grâce à Fabretti, ce qui n'empêchait pas J.-B. De Rossi d'écrire : valde cupercm lapidem meis oculis inspicere ' :


GRATIANO ET PROBO COS •


TERTNON FEB-EGO CONS


TANTIVS COMPARI MEAE


ANN • LX • ET IVIECVM ■


FECIT ANN • XL M- •


VIII • D VIII •

Xllll On ne peut omettre, mais c'est pour l'écarter, une inscription suspecte de l'année 395, au musée Olivieri à l'Esaro*.

L'emploi du sigle COS pour désigner un seul consul est rare au iv siècle et parmi ces quelques exemples tous ne sont pas assurés ; au v siècle, c'est à peine si on peut citer un unique exemple °, en 471 et ici, comme sur une inscription de l'an 400' le sigle COS surmonte c l'un trait abréviatif a, non pas la signification de consule, mais de consutu : hic requicscit pjavla iC ? » DEP.... el ? SACJRAVIRGO MACEDO •nia ? cjos PROVIAN I Dans les provinces, on ne connaît peut-être pas un seul exemple de l'emploi du sigle COS après le v siècle. Celui qu'on peut citer sont, ou bien fausses « , ou bien conservées par des copies sans autorité » ou dont les auteurs, se trouvant en présence d'un texte, écrivaient indifféremment COS ou COSS dans la persuasion que ces sigles ne différaient en rien l'un de l'autre. C'est ainsi que le sigle COS se trouve parsemé à foison dans les copies faites par Beiardencus, par Agnellus et par Capacius.

En ce qui concerne COSS, CONS, CONSS, dont on commença à user couramment vers le milieu du iii siècle. ces sigles se montrent dès lors dans les inscriptions chrétiennes. Le sigle COSS eut d'abord la faveur et fut parfois employé même avec le nom d'un seul consul comme sur cette inscription de l'an 310... MAXENT... III COSS '° ; mais vers le iv siècle, on y renonce à peu près et, au v siècle on ne rencontre plus que cette inscription de l'année 431 « :


DEPOSITA IN PACE HELPIS Xllll KAL • IVNIAS ■ BASSO ET ANTHIoco coss QVE VIXIT DEO ANNIS 5 Xllll Il en a été de même, du reste, pour les inscriptions non romaines ; aucune n'a donné le sigle COSS après l'année 423.

Une inscription de Lodi, transférée depuis à Milan, et de cette année 423, donne le sigle en question avec les deux lettres SS, barrées par le milieu ; et dans le même fragment on lit plus bas : CONSS. ». On a commencé à introduire la lettre N, ensuite on a doublé l'S mais seulement vers la fin du iii siècle. Pour ce deuxième cas, il suffit de renvoyer à l'inscription de l'année 298, pour le premier cas, en voici une de l'année 249, dans laquelle nous trouvons la formule : in pace.'« DORMIT à la suite du sigle CONS.

Enfin les sigles CCSS. et CS. qui apparaissent sous le règne de Dioclétien 'et font bon service pendant tout le iv siècle, ^ sont très rares au v et disparaissent à peu près complètement au vi. Mais comme ces derniers sigles n'ont eu qu'une vogue restreinte et passagère, les épigraphistes leur ont accordé peu d'attention et lorsqu'ils les ont rencontrés ne se sont pas fait faute d'écrire à la place un sigle plus usité tel que COS ou COSS.

Avant le v siècle, on ne fit pas d'autres additions au nom du ou des consuls que le chiffre des consulats e1 les sigles abréviatifs dont il vient d'être question. Mais cette règle ne regarda que les particuliers, il en allait autrement avec les empereurs. En tout temps, l'usage fut adopté d'accoler à leur nom les titres d'Auguste et de César, en redoublant la lettre finale (voir Abréviations), lorsqu'on voulait marquer le pluriel, de cette façon : AVGG, CAESS.Au début de l'empire et pendant les premiers temps, il est rare de rencontrer AVGG, mais seulement AVG, à la suite du nom de chaque Auguste. Une inscription de l'année 279, sur laquelle se voit un métier à tissage nous donne à deux reprises la mention IMP, précédant le nom du consul-empereur :.. imp. Probo III et... ;.. imp. Claudio Aug. et.. ' Désormais, on ne rencontre plus rien de semblable. Il est vrai qu'à la fin du iii siècle, on retrouve ce sigle IMP, mais ayant plutôt la signification de imperante ou imperio que celle de imperatore '.

Beaucoup plus usitée est l'appellation domini nostri et dominorum nostrorum pour les Augustes et les Césars. Elle a provoqué l'attention des grands maîtres : Oderici, Mariri, Eckhelet J. Labus ^ Lesigle DD. NN. (dominis nostris) commence à être rencontré dès le début du ii siècle 'et_j^ste en usage pendant tout le v siècle. Les sigles DOM. N et surtout DO IVI NO appartiennent à une époque plus récente encore '. Les empereurs ne furent pas seuls à s'attribuer ce titre, les consuls de rang privé s'en parèrent eux aussi ; soit que les lapicides le leur aient attribué par ignorance ou par flatterie ont pensé les uns, soit que ce titre ait été de style ont supposé les autres, en quoi ils semblent s'être trompés. Il est très exact que, dans la vie privée, les simples citoyens employaient entre eux la qualification de dominus comme formule banale de salutation et, cela dès le i siècle, comme en témoigne Sénèque *. On voit dans les actes de sainte Perpétue, le père de la martyre lui donner ce titre de domina : hac dicebat pater pro sua ptelale basions mihi manus ; et se ad pe des mecs jactans non filiam sed dominam me vocabat, mais le récit même de la sainte prouve que cette appellation était extraordinaire et due à la gravité de la circonstance ; on \ viendra plus tard et dominas, domina entreront dans le langage habituel, même à l'égard de jeunes enfants ». Néanmoins dans les inscriptions honorifiques et les monuments publics sur lesquels on n'emploie que des formules officielles, on ne rencontre pas un seul consul gratifié du titre de dominus noster. Les épitaphes confirment cette constatation et prouvent que l'usage légitime de ce titre était réservé aux adultes et aux enfants de la famille impériale.

Nous en trouvons la preuve dans une série d'inscriptions à laquelle on pourrait, sans doute, ajouter quelques exemples, mais qui, telle qu'elle est donnée ici, suffit à montrer que les sigles DN sont réservés aux princes impériaux. En 363. 371. 375. 377, 385, 388, 390, 392, 398, 403, 40e, 417, 43S. 450, 476 etc.. etc., on lit sur les fastes consulaires les noms accolés d'un Auguste ou d'un fils d'Auguste d'un particulier, toujours sans exception l'appellation de dominus noster est réservée au prince et refusée à son collègue, par exemple '° :


THEODORA REQVEVIT IN PAGE DIE PRIDIE NON / SEPTEMBRIS / D/ N/ sBIVLIANO AVG Mil ET ^

5 SALVSTIO CONS

Il faut donc attribuer à l'ignorance croissante des lapicides l'emploi qu'ils ont pu faire pour de simples particuliers d'un titre auquel ceux-ci n'avaient aucun droit et qu'aucune tolérance ne leur accordait. Cette même ignorance explique que communément sur quelques inscriptions les Augustes et leurs fils sont gratifiés du titre de virorum clarissimorum » ; ainsi en 386, cette inscription du cimetière Prétextât peinte au minium sur un loculus trouvé en 1850 '- :


BENEMERENTI ■ NI ! IN PAGE -QVI -BIXI PLVSMINVS-XXDEPOSIG NONAS-MAIASDDNN-FL

Tous les fastes de cette année nomment Flavius IIonorius, nobilissimus puer, et Evodius. Cette extension indue du titre de vir clarissimus aux personnages impériaux se rencontre neuf fois entre les années 377 et 398, puis on en trouve deux nouveaux exemples en 441 et 471 « et plus aucun désormais. Hors de Rome, cette appellation est des plus rares, en tant qu'appliquée aux empereurs. On la rencontre sur une inscription de l'année 385 conservée à Ripatransona » :


MIRE PIETATIS SAPIENTIA HVIVS ET INNO CENTIME TOTIVS CONSVLARIS SICILI EVICARIVS AFRICE CONIVGI DVLCISSIMO CASTORIO QVI VIXIT ANN ■ XXXV • M ■ VIII • DXV- RECESSIT • III • IDVS ■ DEC DEPOSITVS IDIBVS DECDD-NN ARCADIO ET BAVTONI CONSSIl faut donc, de préférence, attribuer à des consuls issus de la lignée impériale les inscriptions sur lesquelles on lit DDNN. ou DN.Mais sans exclure absolument la possibilité de voir ce sigle appliqué à un prince et à un particulier son collègue, comme nous venons de le voir pour Arcadius et Bauto..\insi sur ce fragment « :


IDD NN ARCADIO • • ■ ■

peut-être attribué en 385, 392 et 40(), années où Arcadius eut pour collègue un particulier.

Il ne reste qu'à ajouter quelques mots au sujet du titre nobilissimus qu'on rencontre depuis le règne de Commode et de Septime-Sévère sur les monuments publics '. Les Césars ne sont pas seuls à se parer de ce titre et les Augustes l'adoptent pour eux-mêmes, bien que rarement ; mais il n'en est pas question sur les monuments chrétiens avant le iv siècle. A cette époque, les fils et cognais des Augustes reçoivent le titre de nobilissimus avant celui de César, cette distinction entre cœsans et nobilissimi remonte donc non pas aux Copronymes comme Eckhel l'a avancé -, mais à Constantin le Grand ', et beaucoup portèrent le deuxième titre qui n'eurent jamais le premier. Le sigle NP. qui se développe : nobilissimus puer ne s'en applique pas moins fréquemment à des princes impériaux en instance d'éternité. Une inscription d'Algérie nous montre le consul Volusianus attendant sa reconnaissance officielle et, jusqu'à ce moment, réduit à se déclarer « mort » : Volusiano II mortuo et Maximo œnsulibus '.

Avec l'époque de Maxence s'ouvre une période nouvelle dans l'histoire des fastes consulaires.

2° Depuis 307 jusqu'à 476. — L'année 305 vit, pour l'empire, un événement mémorable, germe de sa destruction. L'empire fut divisé, chose sans exemple'. De là naquirent les rivalités entre augustes, les nominations et promulgations de consuls contrariées ou contradictoires jettent la perturbation dans les fastes où, seule, l'épigraphie apporte quelque lumière. Les inscriptions chrétiennes nous aident à reconnaître sur-le-champ les périodes, comme sur cette épitaphe cémétériale du cimetière de Cyriaque, sur la voie Tiburtine • :

On rencontre, mais exceptionnellement, en 425, une seule fois l'expression puer florentissimiis ^ :

Toutefois cette épithète florentissimus fut employée depuis afin de distinguer les princes depuis que nobilissimus s'était galvaudé jusqu'aux particuliers ; ils emplovaient également beatissimus.

Tout ceci concernait les vivants. Pour les empereurs défunts, le titre de divin disait leur gloire divine, mais ce titre devait faire l'objet d'une délibération et d'un décret du Sénat. À partir de Marcence, il n'en fut plus ainsi ; l'Auguste défunt entrait automatiquement dans l'état de divinité, c'était la récompense due à ses mérites et ses services. Il n'en avait pas toujours été ainsi ; le Sénat, il est vrai, s'était complu dans son droit pour faire faire, s'il est permis de dire, « antichambre » à cette grave perturbation. En 307, pour la première fois, on rencontre la mention d'un postconsulatum. Tillemont a supposé à tort que cette formule avait été imaginée par certains à raison du trouble issu de cette division * ; Noris a conjecturé qu'on avait recouru à cette même formule par suite du retard apporté à la nomination des consuls, qui n'étaient pas désignés lors que commença l'année '. Il n'en est rien. Les consuls étaient désignés à Rome dès le mois de décembre et la raison véritable tient aux dissensions survenues vers cette fin de l'année entre Maximien Hercule et Maxence. Ces brouilles entre père et fils étaient de nature à donner à réfléchir aux Romains, peu enclins à se compromettre pour l'un ou pour l'autre, à l'ignorance où ils étaient de ce qui pouvait suivre. Pour l'heure, Maxence était le maître à Rome et cela suffisait, on passa Maximien sous silence. Un édit impérial le leur prescrivait et imposait officiellement la formule post consulatum qui devint de style, au moins pour cette année. La date de cet édit n'est pas connue, mais dès le mois d'avril on rencontre l'emploi de la formule en question dans le catalogue des préfets urbains. De même qu'on lit dans les fastes d'Idace : Novicus et Conslantinus, His. conss. quod est post sextum consulatum, occisus Severus Romae ; dans le catalogue philocalien des préfets à cette même année 307 : Maximiano VII et Maximino. Ex mense aprili (actum est POST SEXTVM COSSVLATVM quod est novies et Constantino. Conformément à cette indication, nous avons déjà montré sur une pierre de l'an 307 cette mention officielle : post VT avec le mot consulatum omis (fig. 182). Comme cette inscription est datée du... id decembris nous voyons que le concile tenu à Cirta par les catholiques contre les donatistes et ces derniers, si ergoteurs qu'ils fussent, ne soulevèrent à ce sujet aucune contestation. C'est que, dès avant le règne de Maxence, il n'était pas sans exemple en Afrique que des retards empêchassent d'y recevoir à temps les noms des nouveaux consuls, on y avait pourvu avec cette formule commode du post consulatum. Après la disparition de Maxence, Constantin et ses fils, jusqu'à Théodose, rétablirent, nominalement à tout le moins, l'unité de l'Empire et les fastes consulaires reprirent pour un temps leur régularité que ne troubla même pas la rivalité de Constantin et de Licinius. Il y a beaucoup de succès à tirer au clair. Tandis qu'en Orient et en Égypte, nous savons que le consulat de Constance IV et Constant III fut connu en temps opportun ainsi qu'en témoignent la chronique pascale '. et la lettre festale XVIII« de saint Athanase, en Occident, l'ignorance persista en partie de l'année. Au mois de mai, quarto idus maias, le concile de Cologne aux mois de juin et de septembre les deux inscriptions de Rignano et de Velletri nous montrent qu'on en avait pris son parti. À supposer que les noms des consuls soient arrivés, on les a passés sous silence et on s'en est tenu cette année à la formule post consulatum.

4301. — Inscription du cimetière des Saints-Côme et Damien. D'après De Rossi, Inscrip. crist. t. i, p. 67. n. 108.

Est vrai toutefois qu'en 346, nous trouvons ces inscriptions (fig. 4299) '. 10... (dep).. idus Junias, qui visit cinnos VII (me)n V dies octo au cimetière de Théodora à Rignano (les mots annos VII ont été lus en 1745 après qu'ils furent effacés) (fig. 4300). 2°. Banoso bene merenti in pace -T^ qui » ui'ii7 annis. II. m. IlI.d.XX dep prid. idus. sept, post ^p conss Amanti el Albini 'V^ Épitaphe cémétériale conservée à Velletri.

En 350, après la mort de Constant, l'Occident devint la proie de Népotien, de Vétranion et de Magnence : c'était à ne plus s'y reconnaître, mais on tenait maintenant le remède tout prêt, vite on recourut à un post consulatum. Voici une inscription cémétériale, qui a émigré à Anagni, et sur laquelle on lit (fig. 4301) ' :

« Felicissimn in pare uxor que Gini uicxil annis biginti nobc de mesis nobe dies nobc deposita n SI idus julias post consulatu ti Limeni et Calulini Gauden us tius Tous les fastes consulaires et le catalogue des préfets urbains de cette année, qui ne mentionnent jamais d'autres consuls que ceux reconnus à Rome, consignent les noms de Sergius et Nigrinianus et les inscriptions romaines n'emploient pas d'autre mention ; aux mois de juillet et d'août deux inscriptions mentionnent en effet Sergius et Nigrianus ' et Nigrianus seul - ; en mai on trouve une dédicace d'autel à la mère des dieux et qui porte de même les noms de FI. Anicius et Nigrianus '. S'il en est autrement sur l'épitaphe de Felicissima ce n'est pas affaire de pure fantaisie ; on ne s'en permettait pas de ce genre au milieu du iv siècle, mais nous avons ici un écho très rare et très précieux de la situation politique.

Après la mort de Constant, Népotien s'empara du pouvoir à Rome où son règne dura vingt-huit jours. Magnence ayant pris la ville, un massacre suivit et Népotien fut décapité et son corps promené dans les rues de Rome '. Ceci advint au commencement du mois de juin, qui est la date de l'épitaphe de Felicissima. Népotien s'empara de Rome le 3 des nones de juin ce fut donc le début de juillet qui fut signalé par la réaction et les massacres de Magnence.

On avait peur, on ne voulait à aucun prix se compromettre en écrivant le nom d'un consul qui pouvait attirer des malheurs — et ceci ouvre un jour curieux sur la sécurité des temps et sur l'importance d'une simple épitaphe cémétériale ; si on agissait de la sorte, c'est qu'une épitaphe pouvait être dénoncée comme une profession de foi politique. Qu'on en rapproche cette inscription campanienne déjà rappelée, qui date du mois d'octobre de la même année et sur laquelle on a esquivé toute formule compromettante par cette mention subtile ' :


DD NN X ET 111 COS dominis nostris decimum et tertium consulibus : il était impossible, cette fois, d'y rien trouver à reprendre, et voici une inscription de Syracuse sur laquelle on s'est, de même, tenu en garde ' : nPO »kAA AEKEIVIB_YNATIA TCON KV TOI KAI TOT Celle-ci est du mois de décembre, comme cette autre, de la même époque, gravée sur une pierre qui peut être de provenance cémétériale et qui s'en tient à la titulature officielle de l'année '° : PELEGRINVS IN PAGE CVM VXOREM SVAM SIL VANAM QVIEXIBIT IN PAGE XIIII KAL • lAN ■ DN ■ GONSTAVGXETIVLGAES 111 CONSSnitus sorte s cum lacis l dominus lacri.... nies deposelus elu]aleneano cesare conss Une fois corrigée l'erreur...aleneano et rétabli le nom Valenteneano dont la prononciation fautive indique un lapicide d'origine étrangère, probablement gauloise, il reste la question de date. Il faut attendre l'année 425 pour trouver le consulat d'un Valentinien César ; en 369, les fastes mentionnent, mais en premier lieu non pas en second lieu, un Valentinien nobilissimus puer ; les deux autres Valentinien n'ont pris les faisceaux qu'après leur élévation à l'empire et au titre d'Auguste.

Y/IMDVS-OCTOB-IGNO.


PWDIE'NONAS-lVNIAi HERCVLLSDÊPO^lTv ACV5T<ARCAmoihEj d'Auguste. Cependant il est à tout le moins douteux que les catacombes de l'Appia et de l'Ardeatina aient encore été en exploitation en l'an 425 et cette inscription semble par ses formules et sa paléographie appartenir plutôt au ivc qu'au v<^ siècle. À défaut d'un Valentinien déjà mentionné dans les fastes consulaires nous avons Valentinien le jeune, proclamé Auguste à Aquincum de Pannonie le 25 des calendes de décembre, et qui prit aussitôt les faisceaux pour l'année 376 qui allait commencer. Cependant tout ceci s'était passé si rapidement qu'au début de l'année 376, on ne lui connaissait pas son titre nouveau d'auguste, mais seulement celui de césar, dont le gratifie la table pascale du manuscrit philocalien où on peut lire en 376 : Valente V et Valentiniano Caesare juniorc. Dans la Chronique Paschale, ce même Valentinien est encore qualifié : César : OùiXEVTo ;.'^'jyo'JaTCi'j -ro i v.rtX OùaAe' ;Ttv !.avoO Katoapoç'..\insi, en 376, on connut à Rome et à Alexandrie la dignité consulaire de Valentinien le jeune avant de savoir sa dignité augustale ; on n'avait pas annoncé publiquement que Gratien et Valens n'eussent pas repoussé Valentinien le jeune comme collègue et ce dernier était réputé César du moins au début de cette année 376. Toutefois une inscription publiée par Gruter nous apprend qu'on connaissait à Rome la promotion augustale de Valentinien, dès le 25 des ides d'avril -.

De ce règne si rapide et si tragique de Népotien, il nous reste un autre monument : une monnaie d'or conservée au musée du Vatican. La légende en a été mal lue et il faut la rétablir ainsi : au revers on lit ces mots :

Dix ans plus tard, en 360, nouveau trouble dans les fastes consulaires. Julien César avait été proclamé Auguste par l'armée des Gaules et Constance repoussait cette proclamation ; les inscriptions chrétiennes ont conservé le souvenir de ce conflit (fig. 4302). Sur une épitaphe cémétériale aujourd'hui conservée au musée de Cologne, on lit ' ;

Parentes. Diomjsio. filio. dulcissimo. vix. an. V. m. VII, d. VI III. dp XVI. kal. sept. Constanlio X. cos. in p.

Dulcissime. filic. Frotiancli. vix. ann. V. m. VII. d. XI. dcp. XIIII. kal. sep.

Constanlio. X. cos. in pue. Muratori a très bien vu que l'omission du nom de Julien devait s'expliquer par sa révolte. Au mois d'août 360, quand moururent ses deux enfants à quelques jours d'intervalle, la situation politique était obscure et il sembla plus prudent de passer sous silence le nom du César révolté, contre qui on savait la colère et les dispositions belliqueuses de l'auguste Constance, le cas était difficile à résoudre. Si on qualifiait Julien du titre de césar, on allait contre sa proclamation et il pourrait en tirer vengeance. On prit le parti de le passer sous silence, l'exiguité de la pierre semblait justifier cette simplification. Voici à quelques années de distance, un nouveau exemple de la susceptibilité du pouvoir et des précautions auxquelles il fallait recourir ; si on agissait de la sorte, c'est qu'une épitaphe pouvait être dénoncée comme une profession de foi politique. Qu'on en rapproche cette inscription campanienne déjà rappelée, qui date du mois d'octobre de la même année et sur laquelle on a esquivé toute formule compromettante par cette mention subtile ' :


DD NN X ET 111 COS dominis nostris decimum et tertium consulibus : il était impossible, cette fois, d'y rien trouver à reprendre, et voici une inscription de Syracuse sur laquelle on s'est, de même, tenu en garde ' : nPO « kAA AEKEIVIB_YNATIA TCON KV TOI KAI TOT Celle-ci est du mois de décembre, comme cette autre, de la même époque, gravée sur une pierre qui peut être de provenance cémétériale et qui s'en tient à la titulature officielle de l'année '° : PELEGRINVS IN PAGE CVM VXOREM SVAM SIL VANAM QVIEXIBIT IN PAGE XIIII KAL • lAN ■ DN ■ GONSTAVGXETIVLGAES 111 CONSSnitus sorte s cum lacis l dominus lacri.... nies deposelus elu]aleneano cesare conss Une fois corrigée l'erreur...aleneano et rétabli le nom Valenteneano dont la prononciation fautive indique un lapicide d'origine étrangère, probablement gauloise, il reste la question de date. Il faut attendre l'année 425 pour trouver le consulat d'un Valentinien César ; en 369, les fastes mentionnent, mais en premier lieu non pas en second lieu, un Valentinien nobilissimus puer ; les deux autres Valentinien n'ont pris les faisceaux qu'après leur élévation à l'empire et au titre d'Auguste.

Valentinien le jeune ayant péri, le tyran Eugène prit sa place et ces événements entraînèrent beaucoup de troubles (voir Flamen Nicomaque). Au début, (mai 392) Eugène se fit très modeste, très conciliant et se garda de rien changer aux noms des consuls de l'année courante, qui étaient Arcadius pour la deuxième fois et Rufin. Nous en avons la preuve dans cette épitaphe conservée au musée de Latran, trouvée en 1745 dans une vigne située au-dessus du cimetière de Calliste et qui a dû servir à un sarcophage ou à un arcosolium. (Au bas se voit un boisseau.) (Voir note.) (Fig. 4304) VIII. idus. octob. igno.... pridie. nonas maias.... pridie. nonas. junia(s).... hic posilus est Am.... Herculis deposilu(s) Agiist. Arcadio II. et (Ru fine) conss. qui. rixil an....

Il est possible qu'après quelques mois, Eugène se soit cru assez fort pour renoncer à ces ménagements : une inscription du mois d'octobre, en Campanie, à Capoue, inaugure cette formule où il n'est plus question des consuls de cette année : VIII KAL-NOBEM-DNEVGENIO AVG PRIMI'. Vers les derniers mois de l'année 392, Eugène était maître de l'Italie et Théodose ne paraissait pas très disposé à entreprendre une lutte nouvelle contre cet intrus. L'aventure de Maxime l'avait fatigué, ainsi, conformément à l'usage qui voulait que chaque nouvel empereur prit les faisceaux dès la première année qui suivait son avènement à l'empire, Eugène s'attribua le consulat comme nous le voyons sur cette inscription de 393 :


CONSTANTIAE FILIAI CARISSIMAE QVAI VIXIT ANNIS R M XL DEPOSITA IN 5 PAGE XVIII KAL M lAS THEODOSIO AVG-III ET EVGENIO AVGCONSS

Cependant les fastes officiels de cette année ne faisaient nulle mention d'Eugène, mais de Théodose pour la troisième fois et Abundantius, ce qui n'empêche qu'aucune inscription romaine ne porte le nom d'Abundantius ; il y eut donc, au moins en Occident, des fastes corrigés, nous en avons pour témoins non seulement l'inscription qui vient d'être transcrite, mais lui et peut-être dix autres toutes rédigées avec la mention Théodosio III et Euqenio.

Après la défaite et la disparition de l'usurpateur Eugène, le calme reparut pendant les dernières années du IVe, mais ce ne fut pas pour longtemps. Théodose mourait en 395, laissait l'empire, de nouveau partagé entre ses enfants, Arcadius et Honorius. Dès l'année 399 les difficultés surgissent. Eutrope, consul cette année-là pour l'Orient, ne semble pas avoir été reconnu comme tel à Rome. Pas une seule inscription romaine de cette année ne consent à le nommer ; on sait d'ailleurs qu'il fut condamné pendant la durée de son consulat et son nom rayé des fastes. Il n'en avait guère joui, si la date d'une loi rendue contre lui par Arcadius est exacte, au 13 des kalendes de février, mais précisément cette date est contestée par Tillemont et par d'autres à sa suite. Comme la plus ancienne inscription datée de cette année est du 13 des ides d'avril et que le nom d'Eutrope est omis, on peut induire que la loi qui le rayait des fastes remonte au moins au mois de mars ; toutefois il resterait à savoir si avant la chute retentissante du favori, l'Occident avait eu connaissance de son élévation au consulat. Quoiqu'il en soit, cette année 399 est marquée par une innovation digne d'attention, le consulat sera désormais séparé entre l'Occident et l'Orient de telle façon qu'un seul nom de consul servira à désigner l'année ; il n'en faut pas chercher la cause ailleurs que dans le dissentiment de plus en plus profond qui séparait l'Occident de l'Orient.

Panvinio et d'autres ont trop facilement admis que cette innovation datait de la division de l'empire survenue après la mort de Constantin en 338 et, à partir de cette date, ils distinguent des consuls orientaux et des occidentaux ; mais ils n'en apportent aucune bonne preuve et nous ne savons rien de plus sinon qu'à partir de cette époque la nomination des consuls était réservée aux Augustes. Aussi ne rencontre-t-on alors ni une loi, ni un monument public ou privé portant le nom d'un seul consul ; si quelques inscriptions romaines sont dans le cas de ne mentionner qu'un consul sur deux, elles appartiennent au début de l'année. Nous lisons sur une épitaphe cémétériale du mois d'octobre (fig. 4305) :


GRATIANO ET DAGALAIFO CONSS •

Mais il faut bien reconnaître qu'une fois que la formule post consulatum a fait son apparition, on y recourt parfois pour des raisons qui nous échappent, car les noms des consuls sont arrivés en temps voulu et les événements politiques n'imposent pas l'omission d'un nom compromettant. Il est certain que la formule post consulatum était admise officiellement lorsqu'un retard empêchait de connaître dès le début de l'année les nouveaux éponymes, on s'en accommodait dans les actes publics comme nous le voyons par le canon de epistololis rendu, en 402, par le concile de Milève. C'est de cette tolérance qu'ont certainement profité six inscriptions qui usent de la formule pendant une période de vingt ans ; il est à remarquer qu'aucune n'est postérieure aux mois d'avril. La dernière de cette série, a été rédigée en 386 sexto nonas martias post consulatum Arcadii et Bautonis, et elle concorde avec les actes du concile au début de cette année à Rome par Sirice. Comment Pagi, à qui ce canon de Milève n'a pu rester inconnu, a-t-il pu écrire : inlegrum cuilibet fuisse vel consulibus ordinariis vel post CI ; il est impossible de soutenir qu'on ignorait à Rome, à cette date, les noms de Lupicin et Jovin, alors que nous connaissons une loi datée de Rome, le 6 des ides de janvier, faisant mention de ces consuls : ce n'est d'ailleurs pas la seule, d'autres lois s'échelonnent, datées de même entre le mois de janvier et le mois d'août, et voici qu'au mois d'août une loi est promulguée qui les passe sous silence pour leur préférer le post consulatum, de cette façon : Nemasia post consula- (um Gratiani et Daqalaiphi ; ensuite on revient aux deux consuls de 367 pour, le 8 des calen des de novembre, dater une autre loi : post consulatum Gratiani et Dagalaiphi. On pourrait imaginer une explication ; il est invraisemblable qu'on la trouvât juste, car voici que l'année suivante, 368, ces consuls Lupicin et Jovin qu'on a paru dédaigner, remontent à la surface. Après plusieurs lois datées, comme il convient, du consulat de Valentinien I et Valens II, au lendemain même d'une loi datée de Trêves, le jour des calen des de décembre, on en trouve une autre rendue également à Trêves, post consulatum Lupicini et Jovini. C'est déconcertant.

Ce dernier exemple eut dû suffire à mettre les chronologistes en défiance sur leurs explications, car comment croire que la datation des actes publics pût être abandonnée à l'arbitraire du premier scribe venu, fût-ce un scribe de la chancellerie. Ce qui pourrait, à la rigueur, être explicable sur une épitaphe privée ne l'est pas sur une loi destinée à être citée en public ; de plus, il s'agit de l'année 368, où les Augustes eux-mêmes détenaient les faisceaux consulaires, et de la fin de cette année, alors que nulle part dans l'empire leur consulat n'était ignoré ; et c'est alors qu'on reprenait le post-consulat de deux particuliers à la cour même d'un de ces Augustes ! Il faut y regarder de plus près.

Les lois en question n'ont pas échappé à certaines erreurs. Ainsi la loi Rome data le 6 des ides de janvier 367, n'a pu être donnée à Rome à cette date parce qu'aucun Auguste ne s'y trouvait ; alors, il faut probablement corriger iJorna en /{cm/s, ou bien Romse accepta au lieu de data. Mais voici qu'une inscription s'y oppose, celle que nous venons de transcrire en dernier lieu. Elle nous montre qu'au mois de février les noms des consuls Lupicin et Jovin n'étaient pas encore connus à Rome. Il faut donc remplacer Romœ par Remis ou bien laissant douteux le nom de lieu où la loi fut donnée, se contenter de lire : VI idus januarias Lupicino et Jovino conss. accepta Romœ. Semblable confusion entre le jour de la publication et celui de la promulgation lorsqu'il s'agit de la loi du mois de décembre 368 et de la loi mise sous la date de novembre 367. Pour celle-ci, on invoque le nom de Gratien ; on sait que cet empereur étant proclamé dès le mois d'août, il faut donc admettre qu'elle n'est pas de novembre 367, mais 366 et rétablir ainsi la formule : data VIII kalendas Novembres Graliano et Daijalaipho conss. accepta. (Au début de l'année suivante) post cons. Gratiani et Dar/alaiphi. Dans le code Théodosien, on lit, il est vrai, ici : post cons. Gratiani, mais cette initiale a été ajoutée par les compilateurs sans que rien les y autorisât. Il reste une loi donnée Nemasia pridie nonas Augustas, mais ici le cas est douteux.


MATER LEOPARDES Quel que temps se passe et les noms arrivent, aussi consulalum acla consignare, et son opinion a été suivie par Schwarz, par Marini, par J. Labus. J.-B. De Rossi a montré qu'il n'en avait pas été ainsi pendant les IVe et Ves ; mais il n'en est pas de même pour la fin du IVe, puis que pendant cette période on rencontre des inscriptions et des actes officiels rédigés postérieurement à la notification des consuls et qui adoptent le post-consulat.

En 367, on rencontre une épitaphe datée du quatorze des calen des de mars sur laquelle les consuls Lupicin et Jovin sont passés sous silence :

A )^ W BENE MERENTI VALERIAE QVAE


VIXIT ANNOS 'a^TS ?'

Si maintenant nous revenons aux inscriptions, voici que nous trouvons aux i des d'avril 370 une mention de post consulal sur cette inscription cémétériale : »A >^ 00 PERPETVO BENEMERENTI IN PAC[c h QVI VIXIT ANNOS ■ PLM ■ XXX ■ IVIE[nses DERAOSITVS IDVS APRILIS DEFVN[ctas ne 5 OFITVS PERITIN DIESV ■ POS CQNSVLATV • VICTOR[/sc< VALENTINIANI NOB l[(issimi« pueri. Or deux inscriptions romaines antérieures, une du mois de janvier et une du mois de mars, nomment les consuls de cette année : Valentinien et Valens, tous deux pour la troisième fois. L'explication se trouve dans le fait que l'inscription des i des d'avril n'a pas été gravée par une seule main ; d'abord on a tracé l'épitaphe, plus tard la date et cette date se rapporte à une autre épitaphe qui n'avait rien de commun, que d'avoir été tracée sur le même marbre que celle des i des d'avril. Dans la deuxième moitié du mois d'avril 384 nous lisons cette date : post consulatum Merobaudis et Salurnini » tandis qu'à la fin des mois de mars nous lisons sur une autre inscription : Ricomere et Clearcho consulibus « . De même, en 385, le 6 des i des de mars on rencontre : post cons. Ricomeris et Clearchi et le 3 des calen des de mars : Arcadio et Bautcne ». Ce ne sont là des différences que de peu de jours et qui s'expliquent par le fait que les épitaphes ne mentionnaient pas toujours le jour de la depositio mais parfois le jour ou le lapicide avait gravé le lilulus, de là une différence de quelques jours.

Ainsi donc, entre 366 et 386, la formule post consulatum ne parait dans les inscriptions romaines que pendant les premiers mois de l'année ; si cette règle souffre quelques exceptions dans les textes épigraphiques et juridiques, il faut en rechercher la raison pour chaque cas en particulier et on a des chances de s'apercevoir que l'anomalie apparente s'explique par quelque innovation ou changement. Borghesi a sans doute parlé d'un édit rendu en 362 par Julien qui attribuait un consul à l'Orient et un autre à l'Occident. Il faudrait donc reporter en 362 ce que l'anvinio plaçait en 338 et nous savons qu'en 362, Julien s'occupa beaucoup de Constantinople, mais on ne sait rien touchant cette division du consulat et on ignore où Borghesi a pris cette information, à supposer que ce ne soit pas, de sa part, une confusion. On ne voit nulle part qu'alors un des deux consuls eût été inconnu à Rome. Et cependant, en 365, l'empire se trouvant divisé entre Valentinien et Valens, confinés l'un en Orient, l'autre en Occident, cette séparation du consulat eût paru laisable, mais rien ne permet de supposer qu'elle ait été réalisée. Et voici que l'année suivante 366, on en revient à choisir les deux consuls en Occident, de même en 371, 377, 379, 382 ; enfin, avant l'année 399, on ne peut pas citer un seul monument qui nomme un seul consul, comme affecté spécialement à l'Occident. Pendant tout le iv« siècle, l'antique usage de la promulgation des deux consuls se maintient, exception faite, comme on l'a dit, pour les années de troubles politiques.

De 366 à 376, les conflits et les guerres entre les empereurs, les usurpations, les bouleversements qui remplissent l'histoire de ces dix années suffisent à expliquer les troubles qu'on relève dans les fastes consulaires ; même en 375, on en arrive à ce point de ne pouvoir désigner les consuls, ce qui ne s'était jamais vu auparavant. Saint Jérôme nous a conservé le souvenir de ce fait sans exemple : superiore anno, écrit-il, Sarmatœ Pannunias vastauerant, iidemconsu les permansere ' et toutes les inscriptions de cette année portent, en effet : post consulatum Gratiani III el Eqaitii, comme nous pouvons le lire sur cette tablette du cimetière de Calliste - :


APROQVLVIXITANNOS XLVIll MENSESIIIIDIES XVI ■ DEPOSITVS IN PAGE Vl-KALENDAS MARTIAS POST CONS-CRATIAN ! ET EQVITLL • LIMFIRIA MARITO FECIT MECVM ANNOS XXA >^ co 3° De Cannée 390 au début de la domination gothique en Italie. — On vient de voir que le consulat indivis a duré jusqu'à la fin du iv^ siècle. Sous l'empire des princes encore romains de cœur ou d'éducation on préférait, à l'occasion, recourir à un post consulatum plutôt que de se résigner à scinder l'antique institution qui avait présidé aux destinées de Rome et symbolisé sa grandeur qu'elle évoquait au retour de chaque année nouvelle. Les inscriptions et les monuments en conservent le témoignage. Ce fut en 399, pour la première fois et sans que cette mesure fût amenée par un conflit entre les empereurs, que l'Orient et l'Occident reconnurent chacun un seul consul. Cette année, Arcadius ayant donné les faisceaux à l'eunuque Eutrope, Stilicon, maître incontesté de l'Occident, refusa de reconnaître cette guenille d'homme ; l'Occident, à sa suite, le repoussa et dans tous les pays soumis à l'empereur Honorius, ce fut le consul Théodore qui donna son nom à l'année depuis les calen des de janvier ; en Orient, après la chute d'Eutrope survenue au début de l'année et sa radiation des fastes, on fut trop heureux de dater d'après le nom de Théodore. Mais ce qui était innové une fois l'était désormais jusqu'à la fin de l'institution consulaire et Arcadius ainsi qu'Honorius continuèrent, chacun de son côté, à nommer leur consul. Les vieux Romains en étaient ahuris, n'ayant jamais supposé la possibilité de pareille chose ; aussi voit-on à quel subterfuge ils recoururent pour sauver l'apparence. Sur un certain nombre d'inscriptions, on a imaginé d'énumérer plusieurs noms du même consul, afin de donner l'illusion à défaut de la réalité. Heureusement Théodore s'appelait Flavius Mallius Theodorus et aussitôt on écrivit :

C'était, s'il est permis de s'exprimer ainsi, une manière d'étoffer un peu ce pauvre consul ; et nous en trouvons d'autres exemples, notamment celui-ci, conservé au musée de Latran ^ :


HIC LACET EXHNCTVS PRImo sab limine uil.x ANCVSTO MULTVM DILECTiis tempore NEC REOR HVN n CLACRIMIS /((S siMe/Zere CORPORIS EXV/VS VINCLIS !iui gaudet inastris. NEC MALATER RENI SENSIT Contagia sensus MENSES NAMQVE HO^Em uni vi.v super addidit anno COMPLEVITQVE di£S VITAE SE^ :.' dep./L MALLIO THEODORO VC-COSPRINON.... Q-VIXIT AN-V/iVM M Vllll Mais tandis que les contemporains s'efforçaient d'échapper à cette mention étriquée d'un nom unique de consul, la postérité prit le change et dédoubla Mallius Theodorus pour en faire deux consuls Mallius et Théodore '. Malgré tout, la petite supercherie qui consistait à donner au consul une suite de noms n'agréa pas à tout le monde et plusieurs, ne pouvant s'y résoudre, préférèrent employer la formule post consulatum comme nous le voyons sur une inscription du mois de septembre de cette année 399 '.. : depositœ in pace septimum kalendas septembris die veneris post consulatu dit Harchadi IIII et Eutijctiiani vc. conss., et sur une autre du mois de décembre (fig. 4306) trouvée sur la voie Appienne et paraissant provenir d'un arcosolium (aujourd'hui au musée de Latran). A la ligne 4 » on croit pouvoir lire SATVrni', mais ce qui suit XV KAL n'admet pas cette lecture puisqu'en cette année 399 il n'y eut de samedi coïncidant avec un quinzième des calen des qu'au mois de septembre et, à la suite de KAL on voit les amorces de \knuarii ; il faut donc renoncer à la restitution satarni puis que cette pierre est bien du mois de décembre 399 '. On observera en outre qu'ici on a employé le nom d'Honorius, consul en 398, tandis que l'inscription précédente donnait Arcadius qui n'avait pas été consul cette année. L'année suivante, 400, Honorius supprima en Occident l'annonce du consul d'Orient et Stilicon fut seul consul en Occident, comme nous le voyons sur cette épitaphe conservée à Sainte-Marie du Transtévère (fig 4307) ' : Vincenlius quivi(xii)ann(os) pilas) mfinus)LXd (epusitas) p(r)- id (ie) id (us) Jan (uarias). Fl(avio) Sthilicone v(iro) c (larissimo) co (n) s (ule) inpace q(uiescit) ou qfiiies cal). Cette année-là Stilicon avait pour collègue oriental Aurelianus qu'on ne trouve mentionné sur aucune épitaphe : et non seulement les épitaphes s'abstiennent de le nommer, mais même une inscription officielle, sur laquelle on lit : XIIIKL-DICFLSTILLICONE VCces « > et encore les fastes d'Idace, la table pascale du ms. du Vatican, n. 2077 et d'autres. Cette omission absolue a dû avoir un grave motif puis que, en 401, on voit reparaître accolés les noms des deux consuls. Cependant, le nom du consul d'Orient n'arriva à Rome qu'avec un certain retard en 401, c'est ce qui explique pourquoi les premières inscriptions de cette année ne mentionnent que Vincenlio et Fravito consul. Vidus seplemb. deposita Gaudenlia in pace '.

Il est regrettable que les inscriptions de cette année se succèdent à de si larges intervalles, sinon on pourrait préciser à peu près l'époque à laquelle les Romains furent instruits du choix de Fravita. Mais on s'habitue à tout, même à ne nommer qu'un seul consul après qu'on a été instruit du nom de son collègue oriental, ce qui n'en était d'ailleurs pas moins irrégulier. Lors que ce nom n'était pas encore connu, la formule régulière, en quelque sorte officielle, devait être : et qui de Oriente (ou de Occidente) faerit nunliatus, ou bien en grec : xal Toû Sv]Xco6Y)co(iévo'. Cette formule nous la rencontrons dans les lois et sur les monuments », et même on l'a rencontrée une fois sur une inscription grecque ' et une fois aussi sur une inscription latine de Milan '° (fig. 4310) :

Cette inscription est du mois de mars : ainsi, à cette époque, on ne mentionne encore que le consul d'Occident. Vincentius, ainsi que nous pouvons le voir sur une inscription datée des i des de janvier qui vient du cimetière de Cyriaque et fait partie aujourd'hui du musée de Latran ' (fig. 4308). Les auteurs de fastes consulaires l'ont dénommé Ragonius Vincenlius Celsus Almclovcenius ; mais nous voyons qu'il s'appelait plus simplement Flavius Vinccntius, et cinq inscriptions confirment ce fait', Grutcr a bien publié une inscription dédicatoire qui mentionne Ragonius Vincenlius Celsus, mais c'est un personnage différent de notre consul '. Nous retrouvons FI. Vincenlius, encore seul nommé sur une inscription des i des de février (voir Dictionn., t. i, col. 2277, fig. 777) ; tandis que à partir du mois de juin le nom de Fravita est accolé au sien sur ces épitaphes '.

Prière (dies kal.) Januarii, Pnestosa annorum puella virgo XII, tantum ancilla Dei et Christi, Flavio Vincentio et Flavito v(iris) c(larissimis) consulibus.

Dictionn., t. i, col. 1974, fig. 535). Tablette de marbre de dimensions exiguës employée dans un arcosolium ou par terre plutôt que sur un loculus et trouvée, en 1853, au cimetière de Calliste près de la crypte du pape Corneille (fig. 4309). Époque où, l'Occident ignorait encore le nom du consul d'Orient, sans y mettre d'ailleurs aucune mauvaise volonté, puisqu'on attendait qu'il soit nuntiatus ; au mois d'octobre, on savait à quoi s'en tenir comme nous le voyons par cette autre inscription du pavement de la basilique de Saint-Paul, dans laquelle il est question d'un cocher (auriga) : hic requiescit Eutymius Aurica qui vixit annos... MI-ÔVIIDEPV-IDVS es OCTOB conss. Theodosio AVG XVII ET FESTO VCIl semble qu'en Orient on apportait assez peu de soin à se renseigner sur le consul d'Occident ; la formule xal ToO 8r)Xco0r]CTO[j,évou continuait à laire bon service même après que le titulaire avait été promulgué ' et Pagi conjecture sans vraisemblance qu'on en agissait ainsi, lors que le consul d'Orient éclipsait par son rang le consul d'Occident. Les Augustes n'avaient ja mais dédaigné leurs collègues d'un rang moins élevé. En documents. Il n'en fut pas de même pour l'Orient, car à Constantinople, le ra des calendriers de juillet, on ignorait encore le nom du consul d'Occident ainsi que nous pouvons nous en convaincre par la lettre de Théodose au concile, qui porte cette mention : TtaTou $Xautou 'Avxio/o'j y.yX toû 8Y)XcjOT,<joiié'.'0'j *. A cela, on ne saurait opposer la loi de Théodose touchant le droit d'asile qui porte, dans le code Théodosien la mention : J.' kal. april. Antiocho et Basso conss ^ Cette mention, de même qu'en plusieurs autres cas, a été retouchée par le copiste qui l'a mise au point. On possède, en effet, d'autres exemplaires de cette même loi dans lesquels est employée la même formule que sur la lettre de Théodose au concile : Antiochohic quies cit - vij :.« i. -k. comité sacrarum /a R G I T I 0 N V j/t, -^ÇmrtM-WEMMYYS DIE IIII K ;./. OCTOBR ^ CONSVLATV dL.. HONORIOXIIET THEODOSI.. VIII/AVCVSTORVM !


ET I VGA LIS EIVS SAVRA INL'^F^SlMiy/ QVIESCIT QVI EST DEP^PRLDKL« MAR. ;/ ;^5 FESTO SÀC CONS< ?ET QVI DE ORIENTE Y\\ent NVNTIATVS i l'année 431, on n'ignorait certainement pas à Constantinople le nom du consul Bassus, collègue d'Antiochus, cependant nous lisons sur une épitaphe du mois de janvier :


LOCVS IN QVO POSITVS EST EPIFANIVS QVI


ANNOS N TRES ET DIES XVII DEPOSITVS IN


PAGE Vllll KAL


FEBPOST CONS DD NN THEODOSIO AVG-XIII


ET VALENTINIANO III

Ainsi, une fois de plus, cette année, les noms des consuls n'étaient pas arrivés à cette date, mais sur les inscriptions postérieures nous les lirons : Basso et Antiocho coss. ' ; pour le moment, on se contentait d'un post consulatum Thcodosii XIII et Valentiniani III. Mais ce qui est plus surprenant, c'est de voir sur les actes du concile d'Ephèse une mention analogue. Cependant le concile s'est tenu au mois de juin et il n'est pas vraisemblable qu'à cette date les Pères du concile ignorassent les noms des consuls, et toutefois ils ne les ont pas nommés. D'autres monuments historiques, rapprochés de notre inscription, permettent d'éclaircir cette difficulté. En Occident, cette année-là, on connut de tris bonne heure les noms des consuls ; nous le savons par la lettre du pape Célestin au concile et par d'autres V. c. COS. et qui fuerit niinliatus '. Il est clair qu'au mois de juin, à Constanlinople et à Éphèse, on ne savait pas encore, nous ignorons pour quelle cause, le nom du consul Bassus ; mais à Rome même, on l'ignorait, notre inscription nous le montre, au mois de janvier, alors qu'il eut été facile, au lieu d'un postconsulat, de mentionner Bassus et qui fuerit nuntiatus. Quant à prétendre que le nom de Bassus était connu en Orient, mais passé sous silence, parce que son illustration était moindre que celle de son collègue, on ne peut y songer raisonnablement lorsqu'il s'agit de Bassus, issu de la très noble gens Anicia.\uchenia. Qu'il fallut six mois ou plus pour que le nom d'un consul fut porté de Rome à Constantinople, on ne le pourra croire et avec raison, mais autre chose était la connaissance privée, autre chose la promulgation publique et aussi longtemps que celle-ci n'était pas accomplie, le nom était censé ignoré. Maintenant pour quoi ces retards apportés à la promulgation ? c'est autre chose ; mais il n'est pas impossible que la rivalité ou même l'hostilité grandissante entre l'Occident et l'Orient n'y fut pour beaucoup et, aussi la négligence. Et puis, la formule cl qui fuciil nuntiatus, sauvait tout, permettait au besoin des retards blessants, dont il était impossible de se formaliser publiquement. C'était un moyen précieux de picoteries. L'Orient nommait son consul et l'Occident nommait le sien, de même sur les documents latins -, tandis que Socrate et les monuments grecs ont grand soin de donner la préférence au consul d'Orient '. Même constatation en l'année 434 où une inscription romaine mentionne ' : tandis que les Grecs ne manquent pas de donner le premier rang à Ariovinde et Aspar prend le seconde place. Sur Aspar, voir Dictionn., t. iv, col. 1187, fig. 3784.

Toutefois, on ne remarque pas ces interversions de noms avant l'année 421 ; encore faut-il ajouter que cette liberté n'était prise qu'à l'égard des consuls privés et qui recevaient les faisceaux pour la première fois, en somme, les débutants. On ne se serait pas permis d'en agir ainsi, lorsqu'il y avait un empereur ou un des deux consuls ayant déjà porté ce titre. Enfin, quelquefois les deux consuls étaient tous deux consuls d'Orient ou d'Occident, et en ce cas, on observait l'uniformité dans le placement de leurs noms. Cependant, une fois de plus nous trouvons des exceptions. Sur une inscription de l'année 436, on lit * :


HIC REQVIESCET AMANTIA QVAE VIXIT ANN LXVDE XV KAL SEPTFFLL SENATORE ET ISI DORO VV CC IN PAGE

Tous les fastes et les monuments font la première place à Isidore ° ; peut-être la raison de l'interversion que nous voyons ici, se trouve-t-elle dans le fait que les deux consuls étaient tous deux d'Orient. Autre exemple, en 443, sur une épitaphe trouvée dans le pavement de Saint-Martin-des-Monts (de même que la précédente) ' :

Il s'agit probablement ici d'un v(ir)d(cvolus) ag(e)ns [in]r(e)b(iis)\ mais la pierre porte deux épitaphes de deux dates distinctes. Les deux dernières lignes se rapportent à un consul Léon(derannée 458) », le début mentionne les consuls Paterius et Maximus que Muratori a confondus avec Palcrnus et Maximus de 233, sans considérer qu'on ne peut guère rencontrer au début du m« siècle un agcns in rébus. Il s'agit donc bien de Paterius ; mais il est au moins remarquable que, sur une inscription romaine, on ait interverti les noms, de façon à faire passer Paterius, consul d'Orient, avant Maximus, consul d'Occident.

Lors que le consulat était géré par deux augustes, il est probable qu'on nommait de préférence en Orient, l'auguste d'Orient en premier lieu ; en Occident, l'auguste d'Occident en premier lieu, à moins qu'on


CNGAAÊKITA EAOYCINGYZH NPOIAKAAMA *A PMAICÛPIA

'Ev6(x8s y.zÏTa.(i... ulèç) 'EXÔuaîvou ^Tj((Ta( ;...) rpo la xaX(av8côv) Ma(io)v 'j-t.oltzI-x. tcôv $Xaoutou AéovTO^ y.al) <I>>.(ïuîou) Mai<opta(voû).

Dans une lettre au Sénat, datée de Ravenne, aux i des de janvier, ilajorien annonça que le jour des calen des de janvier fas ces erexit » ; sa dignité fut donc proclamée à Rome vers la fin de ce mois. Vers le même temps, Léon prenait le consulat d'Orient : mais nous voyons, par la date de trois Novellcs « , que le \Tn des i des de mars Majorien l'ignorait encore, en sorte que son nom seul se lisait sur ces NoveUes ;\es autres lois de cette année ne se contentent pas d'adjoindre le nom de Léon à celui de Majorien, mais elle le font précéder. En outre, il existe une lettre du pape saint Léon, datée du xn des calen des d'avril avec la seule mention de Majorien, d'autres du même jour et de dates postérieures dans le courant de la même année, mentionnent le consulat de Léon et Majorien. Serait-ce que la notification officielle du consulat de Léon aurait eu lieu à Rome dans le courant de cette journée du xn des calen des d'avril ? On ne saurait croire qu'il en fût ainsi car précisément, des lettres écrites à Rome et des lois données à Ravenne montrent, clair comme le jour, que dès la fin du mois de mars, en Occident, le nom de Léon fut associé à celui de Majorien ; c'est donc bien à l'année 4.ï8 que se rapporte la deuxième épitaplie gravée à la suite de 443. avec cette mention 17// idiis Icbruarias consiilatii domini ncslri J.conis, mais alors, comment admettre que coniuiissant à Rome le nom du consul Léon au 8 des i des de février, on l'ignorait à une date postérieure » ? Il est vrai qu'on peut dire ([uc cette date du S des i des de février a été gravée sur une épitaphe remployée, et qu'il est possible qu'on ait tracé ces mots bien plus tard. Mais alors, on observera que Léon est seul nommé et Majorien ■est omis, car le sigle DN, et non pas DDNN, précède le nom de Léon ; ainsi sur une épitaphe romaine on aurait mentionné le consul d'Orient et omis le consul d'Occident ? C'est invraisemblable. Mieux vaut dès lors renoncer à cette explication et chercher autre chose. On peut dire, sans doute, que cette mention est incomplète, mutilée de la fin et la pierre, certes, tolère cette explication. Soit que dans la partie qui a péri, il soit possible de supposer quelques lettres à la ligne 6S soit que les dernières lettres de la ligne 5« soient oblitérées, effacées, usées, on peut conjecturer la mention d'un 3« , d'un 4<' ou d'un 5^ post consulat ■ou du sigle \\JN(ior). Toutefois comme l'année 462 est le 2^^ consulat de Léon, on n'a le choix qu'entre les années 466, 471, 473 et 474. Il est \Tai qu'une inscription lyonnaise semble y faire obstacle ; on y lit ceci ' :

Si, comme l'a cru E. Le Blant, cette inscription est de l'année 458, nommant Léon et omettant Majorien, tout le raisonnement est ruiné, mais A. De Boissien n'hésitait pas à la reporter à 473 et lisait : DOMI'no NOStro LEONE V (quinlum) VC CON. On peut se convaincre par ces exemp les de tout ce que les inscriptions chrétiennes recèlent de bizarreries, et ces bizarreries en deviennent, pour ainsi dire, la règle constante, si bien que l'accord des inscriptions avec les documents officiels au lieu d'être une preuve d'authenticité, fait germer le soupçon à leur endroit. En l'année 404, neuf inscriptions romaines ^ gravées pendant les deux derniers tiers de l'année, ne font mention cjue d'Honorius (Voir Diclionn., t. iv, col. 868 fig. 3741) en son sixième consulat, comme nous le lisons sur cette tablette cémétériale trouvée en 1850, à sa place primitive, dans l'escalier du cimetière de Zoti que, sur la voie Labicane (fig. 4311) '.

Du collègue, il n'est pas fait mention, pendant toute cette année sur les inscriptions non seulement à Rome mais à Milan * et à Bordeaux dans les derniers mois de l'année '. Cansp se contente de cette brève indication, en 404 : Honorio Augusto sextum cons. ' ; aussi y a-t-il lieu d'hésiter en lisant sur la lettre du pape Innocent 1« à Victrice de Rouen ; X kalendas martias Honorio VI et Aristéneto conss. '. Les uns y ont vu un apocryphe, d'autres ont proposé de retarder cette pièce jusqu'à l'année 405 '. S'ils n'avaient eu que l'argument fourni par l'épigraphie, il n'est pas douteux que la lettre à Victrice eût été condamnée sans rémission. Cependant le 15 des calen des de mars de l'année 405, il n'est guère croyable que le pape ignorât le consulat de Stilicon. D'ailleurs on possède une lettre de ce pape à l'évêque Exupère de Toulouse, datée du X kalendas martias Stilichone secundo et Antenio viris clarissimis '. S'ensuit-il que la lettre à Victrice est fausse, ou du moins sa date, parce qu'elle est seule à porter la date régulière et officielle ? Mais si les inscriptions et le codex canonum et la table paschale suppriment d'un commun accord, le consul Aristenète, le pape Innocent se trouve appuyé par deux lois rendues à Rome même par Honorius qui, elles, font mention du consul dédaigné ' ».

Une fois de plus, nous saisissons le procédé. Pour une raison quelconque, le nom du consul ou bien n'est pas parvenu ou bien n'a pas été promulgué, et on s'en passe sans inconvénient. Mais si des épitaphes une fois gravées demeurent telles qu'on les a rédigées, des lettres officielles, des lois, des textes qu'on recopie et qu'on classe à leur rang dans un regeste ou dans un code, sont susceptibles d'être révisées, complétées, et on n'y manque pas. Les compilateurs du code Théodosien et les collecteurs de la correspondance papale ont mis à jour la date, rempli la lacune et rétabli, comme il le fallait, le nom d'Aristaenète.

Que faudra-t-il donc préférer ? L'autorité des inscriptions à celle des lois ou des décrétales, ou inversement. Grave question. Il n'est pas douteux, un seul instant, que la date des lois a été revue et, au besoin, complétée par les compilateurs des codes Théodosien et Justinien ; ceux-ci ont commis parfois de grossières erreurs et en voici un exemple frappant : Bosio a trouvé cette inscription au cimetière des saints Quartus et Quintus, sur la voie Latine, au 2e mille à gauche de la vinea Falletti « :


QVAE VIXIT ANNOS PM


XXX DEPOSITA PRIDIEVS MAR

Q FLRICIMERE CONSS C5

Tous les éditeurs se sont demandé si cette inscription appartenait à l'année 384 ou à l'année 459. Mais, en 384, toutes les inscriptions romaines tombent d'accord pour mentionner les deux consuls Ricomer et Cléarque que toutes les inscriptions de cette année appellent Ricomerem ou Ricomedem et aucune Ricimerem. Or, dans l'inscription qu'on vient de lire il s'agit bien du suève Fl. Ricimer, qui prit les faisceaux avec son collègue d'Orient Fatricius. Le nom de ce dernier fut-il proclamé en Occident ? Nous l'ignorons ; certainement ce ne fut pas pendant les premiers mois de l'année. Les fastes d'Idace ignorent son nom et se bornent à dire : Ricliimero el qui de Oriente » ; une lettre du pape saint Léon, datée de pridie nonas martias, ne connaît que le seul Bicimer', ce qui se trouve d'accord avec les deux inscriptions romaines de 459 : enfin, la loi de l'empereur Majorien dans les Novelles porte cette date : dat. XV kal. maii Arelato, Richomerc et Clearcbo vv. ce. coss. % Ainsi, voilà une loi de Majorien (457-464), datée de quatre-vingts ans avant ce prince, avec les consuls de 384. Cette fois le flagrant délit est constaté. La loi de Majorien portait la date du consulat de Ricimer, les compilateurs des Novelles ont entrepris de compléter cette date et ont cherché dans les fastes ce nom barbare. Mais avant d'arriver à 459, où ils eussent rencontré Ricimer et Patricius, ils ont lu en 384 : Ricamer el Clearchus, qui leur ont semblé faire leur affaire et ils n'ont pas cherché plus loin.

Le même procédé a été employé par les compilateurs des collections canoniques ; en effet, en 418, leur introduction dans le codex canonum), nous lisons simplement : Honorio Augusto XII consule '. Et voilà prouvé jusqu'à l'évidence comment la mention fut complétée lors que les compilateurs accueillirent ce texte dans leur collection. Il y a plus. Non seulement le concile de Carthage de 418 avait adopté la mention qu'on vient de lire ; mais il n'en pouvait employer une plus complète puisqu'à la date où il s'est réuni on ignorait en Afrique le nom du consul Théodose. En effet, sur les actes du concile de Telepte nous lisons : post consulatum gloriosissimi Honorii XI et Constantii II, vi kalendas maitias '.

Qu'on n'objecte pas que les lettres des papes et plus particulièrement celles de saint Léon, portent tantôt un nom de consul, tantôt deux noms, suivant qu'il a pris aux collecteurs la fantaisie de compléter les dates ;


HECDATLUAEHEFDOMVS E STI,YCIS CYIVSKNIMANPPPCASTOSANT NEN01)YBITATCKEIYMÈ

SYLFAKT1^etm5k, tusse. cfis. epio vc. nous lisons sur une inscription romaine, trouvée à Ter Marancia sur la voie Ardéatine, en 1821 ^ : BENEMERENTI p OPILIONIOVI VIXIT es AN XXXV DEP p X KAL es MAIAS HONORIO XII (5 CONS es Or, en 418, Théodose prit, en Orient, son huitième consulat dont il n'est pas plus question sur cette épitaphe que sur une lettre du pape Zozime, datée du XII kal. apri les*, d'où il ressort qu'au mois d'avril on ignorait à Rome le consulat de Théodose et cependant voici qu'il existe deux lettres du même pape Zozime, datées respectivement du iii des calen des (le mars et du m des nones de mars avec cette mention : Ilonorio XII et Thcodosio VIII consulibiis '-. Cette mention si complète paraît bien être l'œuvre des compilateurs de canons, car on ne comprendrait pas que Zozime eût supprimé en avril le nom du consul qu'il avait écrit dès le mois précédent. Ce soupçon touchant les compilateurs n'est pas gratuit puis que nous les savons coutumiers du procédé, ainsi, cette année-là un concile se tint à Carthage aux calen des de mai, dont les canons sont entrés dans la Collectio canonum Ecclesiæ Africanæ, nous cette mention : (iloriosissimi.s imperatoribus Ilonorio XI I el TheodosioVl 1 1 Augusli.- ! constilibu.i ' ; or sur un manuscrit qui ne garde que les seuls canons du concile de 418 (avant les compilateurs des codes Justinien et Théodosien ont procédé avec la même liberté, tantôt conservant le qui erit nuntiatus. tantôt le remplaçant par le nom qu'ils croyaient convenable, et ainsi on voit quelle valeur prennent les inscriptions pour l'étude des fastes et la date de promulgation des consuls ordinaires et pour la critique (des lettres des papes. Voici encore une inscription qui mérite une particulière attention ; elle est conservée dans le cloître de Saint-Paul-hors-les-Murs, après avoir été retirée du pavement de la basilique (fig. 1312) ' : Usée Datillse b(onestic ) Il emina ; ) domus es/ lucis c(lmo spirndore carens ?) ciijus animant pro easto sancto (vilif proposilo ) ncmo duhitut ciilum petiisse : (longo cdhue tempcre) [orlassis Imneret sepulcrum (lerrena) sui parte, tola cum sanclis (demum resurgel : deposila ) v halendas martia.i consule Cal(epio v. c.). Un de ceux (qui transcrivirent ce texte (roi/. Marucell. XIV. un, p. 121) prit sur lui d'écrire Callopio et Ardacb. mais cette conjecture est gratuite et fautive puis que nous savons que le nom du consul Ardabur ne fut connu à Rome que tardivement. Toutes les inscriptions romaines de cette année, même une épitaphe datée du début du mois d'octobre, ignorent encore ou du moins passent sous silence le collègue de Calepins. De plus, nous lisons sur une inscription lyonnaise, trouvée en 1806 dans la rue des Argues à Saint-Just et conservée au musée de Lyon' : hic ÎACET DECORA MERCVRINA QVE VIXIT ANNOS XX OVIIT XIII KAL MA 5 lAS VIGEIIA PASCE CALLPIO VC CONS On voit que l'Occident a, peut-être pendant l'année entière, ignoré le consul Ardabur ; par contre une Novelle nous apprend que Constantinople n'avait pas encore reçu le messager annonçant le consulat de Calepins, aux calen des d'octobre. Et cependant la correspondance du pape saint Léon semble lui donner un démenti ; une lettre mentionne le consul Calepins, d'autres lettres citent les deux consuls et, celles-ci sont les plus anciennes en date. Il faut donc y regarder de plus près. Les lois de Valentinien, conservées au code Théodosien, sont datées de Rome le m des i des de mars et le vi des calen des de mai avec ces mots : Calypio v. c. cons. - ; mais la sixième Novelle de Valentinien de libertis, donnée le ra des nones de juin, porte Calipio et Ardabure cons. Ce serait donc — sauf le cas d'une interpolation, entre mai et juin qu'on sut à Rome le nom d'Ardabur. Ceci serait pleinement d'accord avec les lettres de saint Léon, du xii des calen des d'août et du xn des calen des de novembre, qui citent les deux consuls ; seulement une autre lettre du xn des calen des de novembre unii'crsis cpiscopis per Siciliam constitatis, ne dit plus rien d'Ardabur. Le P. Quesnel s'est trop hâté de la tenir pour suspecte, les Ballerini l'ont défendue et on voit par les inscriptions que jusqu'à la fin de l'année, malgré la proclamation officielle de son nom, on n'en tint pas compte. Ces faits, minuscules en apparence, ne laissent pas que d'être instructifs. Les Romains avaient commencé l'année avec Calepius et depuis tantôt un demi-siècle, avaient pris l'habitude de n'avoir plus qu'un seul nom de consul. Quand on leur dit que le collègue de cette année se nommait Ardabur ; soit que le nom leur parut drôle ou laid ou barbare, ils n'en tinrent pas compte et les épitaphes gravées jusqu'à la fin de l'année ne l'écrivirent pas mais ^. Le xn des calen des de novembre le pape avait deux lettres à écrire ; sur l'une il fit comme tout le monde et passa sous silence Ardabur ; mais sur l'autre il se ressouvint du nom et le mentionna. Pendant le Ve, la formule post consulatum est fréquente à Rome sur les inscriptions de la première moitié de l'année ' ; on en aurait sans doute plus de preuves si, au cours de Ce, tant d'années n'offraient aucune inscription pour le premier semestre ; ic sont les années ; 402, 403, 406, 409, 412, 414, 415, 417, 418, 420, 426, 427, 428, 433, 434, 436, 437, 438, 439, 440, 442, 443, 444, 445, 448, 450, etc.'. D'ailleurs, il en est de même hors de Rome où le post consulatum est également fréquent sur les inscriptions du premier semestre ; souvent, dans les provinces, la proclamation des consuls n'avait pas lieu avant le milieu de l'année et de cette promulgation officielle dépendait leur mention dans les actes officiels et sur beaucoup d'autres.

Sur trois monuments seulement la formule post consulatum peut sembler avoir été adoptée sans motif : ce sont une inscription romaine avec post consulatum DICT. d'abch. chrét.

Parlons d'abord de celle-ci. Après avoir, au cours de l'année 454, daté dix lettres Aetio et Studio consulibus, au mois de juillet, Léon adopte la formule post consulatum Opilionis sur une onzième lettre, sauf à revenir ensuite sur toutes les lettres suivantes de cette année à la première formule. Quare non dubiam quin hoc mère arbitrium fuerit, écrit Pagi *. Mais au lieu d'arbitraire, n'y a-t-il pas ici une raison. Plusieurs témoins nous montrent qu'à Rome les noms d'Aëtius et de Studius ne furent connus que tardivement et, en conséquence, on y fit usage du post consulatum Opilionis dont on usait encore en Gaule au mois d'août. Les dix premières lettres de saint Léon auront sans doute porté cette mention et le collecteur du registre a pris sur lui de remplacer ce post consulatum par le consulat d'Aëtius et Studius ; la onzième lettre, datée du V des calen des d'août lui a échappé, car précisément au mois d'août, une inscription romaine donne pour la première fois CONS AETIO ET ISTVDIO VV CC '« ; mais s'il est singulier de voir qu'au moment où la formule disparaît c'est alors qu'elle se lit sur une lettre du pape, peut-être en trouvera-t-on la raison dans le fait que cette lettre du v des calen des d'août est adressée aux évêques de la Gaule où le pape savait que le post consulatum Opilionis n'avait pas encore cessé d'être employé, comme le prouve cette inscription de Lyon :


FAMVLVS DEI PRIMVLVS VIXIT ANN S LXXA IN BONO


HIC DEDITVS IN RELIGIONE REQVIEVI VDXSI KL SEPTEMB PC OPILIONIS VCC

En adoptant la formule, déjà désuète à Rome, mais encore en vigueur dans les Gaules, saint Léon voulait éviter toute chance d'hésitation sur l'authenticité d'une lettre importante puisqu'elle donnait la date de l'indiction pascale pour l'année suivante. Mais la formule tout entière de la lettre papale est ainsi conçue : data post consulatum Opilionis quinto kalendas Augustas. Valentiniano VIII et Anthemio consulibus Pascha nii kalendas maias. Ici il est clair que cette deuxième mention est ajoutée après coup, car le pape pouvait bien, le v des calen des d'août, donner l'indiction pascale de l'année suivante ; mais il lui était matériellement impossible de donner les noms des consuls de cette année-là, puisqu'ils n'étaient pas encore choisis. L'interpolation est ici bien évidente.

Passons à l'inscription de Milan sur laquelle nous lisons :


POST CONSVLATV BASSI III IDVS OCTOB

Il n'a pas manqué de consuls ayant porté le nom de Bassus, mais ici il ne peut être question que du Bassus de 408 ou de celui de 431, les autres sont trop anciens pour qu'on leur applique la formule post consulatum et le style de l'inscription, d'ailleurs, ne s'y prêterait pas. Jean Labus, qui édita l'inscription, adopte le Bassus de 431, supposant que le rédacteur de l'inscription, composée en octobre 432, avait pris plaisir à omettre Aëtius et Valerius, alors dûment promulgués, afin d'avoir la satisfaction de nommer Bassus, membre de l'illustre gens Anicia. Cette explication relève de l'imagination pure, à moins que ce ne soit de cette légende, forgée par Pagi, d'après laquelle chacun pouvait inventer un post consulatum de son choix afin d'en faire honneur à un personnage préféré. A y regarder de plus près, on n'hésite pas à attribuer l'inscription au Bassus de 408. Vers la fin de l'année 409, date de l'inscription, l'empereur Honorius était combattu par Alaric, son pouvoir aboli à Rome et transféré à Attale ; vers la fin de cette année, Alaric était maître de l'Émilie et de la Ligurie (sauf Bologne) soumises à Attale. Ceci explique que pour quoi, au mois d'octobre, le rédacteur de l'inscription de Milan n'y voyant plus très clair et ne voulant surtout pas se compromettre en nommant un consul en mauvais arroi, se rejetait en arrière et imaginait un post consulatum Bassi. Bien lui en prit ; à la fin de l'année Alaric était maître de Milan et Attale reconnu auguste dans cette ville. Mais alors pour quoi n'avoir nommé que Bassus et avoir omis son collègue Philippe ? Dès le mois de janvier 408, les deux consuls avaient été connus partout et leur magistrature promulguée par toute l'Italie avant les calen des de janvier, suivant l'antique usage. Peut-être tout simplement pour simplifier.

Enfin l'inscription romaine dont il nous reste à parler est ainsi libellée :

5 OVl BIXET ANNIS TRICINTA ET QVINQVE ET DIES VICINTI ET TRES BENEMERENTI IN FACE

Ainsi donc, au mois de novembre de l'année 406, sous le consulat d'Arendius auguste et de Probus, un chrétien a préféré rappeler le souvenir du deuxième consulat de Stilicon, ce qui a entraîné bien des bouleversements. Sur la foi de cette seule épitaphe, Scaliger a changé toute la série des fastes consulaires afin de transporter le deuxième consulat de Stilicon de 405 à 406. Le P. Petau se tira d'embarras en supposant une distraction du lapicide ' ; Th. Lydiat, plus catégorique, a déclaré la pierre fausse^ ; Bimard de la Bastie a suggéré la restitution du mot post, afin que l'épitaphe pût désigner l'année 406 et non 405. Car là était le nœud de l'affaire : en 405, Stilicon fut sans doute consul pour la deuxième fois, mais cette année-là le sept des calen des de novembre tombait un jeudi et non pas un vendredi, en sorte qu'il fallait que la date consulaire fut 406. Le P. Lupi survint qui fit observer qu'en l'an 400, Stilicon avait été consul et que cette année le sept des calen des de novembre tombait un vendredi. Il y avait bien le mot SECVNDO, mais toujours P. Lupi soutint qu'il ne visait pas le deuxième consulat de Stilicon et, qu'associé aux deux lettres suivantes, ce mot voulait dire secundo comitis clarissimi ou bien (car on avait le choix) secundo consularis Campaniœ, ou encore secundo cœmeterii (ubiculo, comme renforçait le P. Lesley. Ce fut un succès. Giorgi, Marini, Cardinali ' et d'autres érudits suivirent le P. Lupi et il fut entendu que l'inscription était de l'an 400 et on n'y pensa plus. Toutefois il était sans exemple qu'un consul se fut paré, avec ce titre, d'une autre dignité, et les lettres CC, en ce début du v« siècle, signifiaient couramment clarissimi ou consulis ou consalibus ^ Cependant Borghesi et J.-B. De Rossi ne pouvaient admettre la suggestion de Lupi et revenaient à celle de Bimard, trop sommairement écartée, bien qu'elle eût pour elle toutes les vraisemblances. L'accusatif de début, le sciage de la pierre qui avait fait tomber le mot de la première ligne débordant sur les autres lignes ne doivent pas être dédaignés. Resterait à savoir le pour quoi de ce post consulatum en octobre ; mais, à vrai dire, on n'en sait rien.

En cette lugubre année 410, les inscriptions romaines font défaut et une période nouvelle s'ouvre pour l'épigraphie chrétienne de Rome : plus rares, séparées par de plus longs intervalles, les années même qui n'en sont pas privées en comptent à grand-peine quelques-unes. En 411 et en 412, à peine deux ou trois ; en 413 et 414, peut-être pas une seule ; en 415, 416, 417, 418, une à peine chaque année ; trois en 419 et probablement aucune en 420, mais certainement en 421. Les événements historiques en disent assez la raison. C'est alors que saint Jérôme écrit : Clarissimum terrarum omnium lumen exstinctum esse. Romani imperii incitatum caput, et in una urbe totum orbem inclinisse. Ces paroles ne sont pas exagérées. L'infortune de Rome et des Romains fut sans mesure. Après un siège, une famine et une épidémie, la ville conquise et pillée, la plus grande partie de sa population fugitive et gagnant avec mille dangers l'Afrique, l'Égypte ou l'Asie Mineure. Dans ces conditions, qui pourrait s'étonner de ne pas rencontrer d'inscription ou presque pas. Peut-être cette rareté des inscriptions a-t-elle permis une controverse singulière sur la date exacte de cette catastrophe. Les anciens auteurs disaient 410, d'autres, d'autorité moindre, disaient 409. Pagi prit parti pour cette dernière date avec une si belle ardeur qu'on n'osa plus guère la contester, sauf toutefois le P. Garzon qui soutint l'opinion ancienne. Celui-ci montra que Pagi n'avait pas su reconnaître les trois sièges successifs de Rome par Alaric et n'en avait connu que deux. Entre le deuxième et le troisième siège, Rome fut au pouvoir d'Alaric qui abolit le pouvoir d'Honorius et le donna à Attale, de qui Tertullus reçut les faisceaux. Quand Alaric, lassé d'Attale, eut fait sa paix avec Honorius, puis reprit Attale, puis encore le rejeta ; en sorte que, comme écrit Orose : Altalus imperator factus, ejectus, reiectus, ac dejectus, cuiusque his omnibus aelis, paene quant diclis, minimum egerit el ludum imperii spectanti Alarico praeberit. Les fastes d'Idace nous montrent que Tertulius fut bien consul en 410, l'année même où la ville fut prise et pillée. Les inscriptions romaines confirment ces faits. En 409, nous trouvons des épitaphes mentionnant le consulat d'Honorius VIII et Theodosius III, qui n'ont certainement pu être gravées pendant qu'Attale exerçait son autorité dans Rome. En 410, plus rien, et outre que les circonstances ne s'y prêtaient guère, si, comme on peut le croire, toute l'année ne s'est pas écoulée sans qu'on gravât une seule épitaphe, ne doit-on pas croire que leurs auteurs ont renoncé à les dater vu l'impossibilité de se reconnaître au milieu de toutes ces entrées et sorties successives où l'on apercevait Honorius, Théodose, Constantin, Attale, Tertullus. Non seulement à Rome on renonçait à savoir sous quels consuls on vivait en 410, mais une inscription de 411 nous apprend qu'en Italie, en 411, au mois de juillet, on n'était pas plus avancé, puis que nous lisons sur une inscription d'Eclane ces mots significatifs : DEP-D-XII-KALAVGVSTARVM ITERVM • POSTCONS- HONORI-VIII ET THIVDOSIIII- AVGG. Les épitaphes romaines, en 409, du mois d'avril au mois d'août, portent la mention d'Honorius et Theodosius, période pendant laquelle Attale n'avait pas encore occupé Rome, ce qui ne se produisit que vers la fin de l'année, entre le mois d'août et le mois de décembre. Dans les derniers jours de l'année 409, nous voyons reparaître les noms d'Honorius et de Theodosius sur une épitaphe : ANCHISI. INNOCENTI • QVl • VIXIT ■ ANN ■ I.... rf XX. DEPOSITVS IN PACE ■ DIE • Mil • KAL • lANuana* DD.NN-HONORIO.VIIIET THEODOS/o /// augg. conss. Serait-ce que la première comédie donnée par l'empereur Attale avait pris fin avant les derniers jours de décembre 409 ? Cela paraît peu vraisemblable, car le consul Tertullus, créature d'Attale, n'eut pas duré plus que son maître et c'est cependant ce Tertullus que mentionnent les fastes d'Idace en 410 par ces mots : Honorio IX el Varane, quod fuit Tertullo. Les textes de Paul Orose et l'historien Zozime loin de contredire, confirment ce fait que Tertullus prit les faisceaux à Rome au début de l'année 410. Alors comment expliquer que trois jours avant les calendes de janvier 410, le nom d'Honorius reparaît comme auguste sur notre inscription ? Une fois de plus, nous avons peut-être une inscription rédigée quelque temps après la date qu'elle marque et dont la rédaction se conforme aux événements postérieurs à cette date. Nous savons qu'Attale fut renversé vers le mois de janvier et une loi du code Théodosien, rendue la veille des ides de février, porte de nouveau le nom d'Honorius. L'inscription aura été gravée dans le courant du mois de janvier après la chute d'Attale. Ainsi tout s'explique et il est intéressant de constater que le retour des mêmes circonstances a pu amener les mêmes solutions, ou bien, en tous cas, accepter des mêmes explications.

Rome, tandis qu'auparavant on avait vu maintes fois les consuls nommés à Ravenne, à Milan ou ailleurs suivant le lieu où résidait la Cour impériale. Les rois goths s'abstinrent d'intervenir dans la nomination des consuls qu'ils abandonnaient au Sénat et à l'empereur d'Orient comme le dit Frocope en ces termes : xal TÔ 7TC1CT0JV àc,Uù\j.y. T6~QoL Euv€)(cî)pouv 'Pcotiaioi ; Tcpôç Toù TÛv éôjcov PaaiXÉcoç èç etoç Le roi Athalaric, ayant reçu de son père Eutharic le consulat, en faisait remonter la grâce à l'empereur Justin à qui il écrivait : Vos, genitorem meum in Ilalia palmatœ clarilate dccorastts. Et on peut rappeler cette date apposée à la professio fidei de l'évêque Jean de Constantinople : mense Marlio die XXVII, indictione XII, consensu domini Justini imp. Aug. Eulharico u. c. consule, qui a été certainement corrompue et doit être ainsi rétablie : cons(ulatu) domini Justini, etc. (et) Eiitljarici v. c. cens., car on n'eût certainement pas toléré à Constantinople une date consulaire mentionnant le consul d'Occident à l'exclusion du consul d'Orient.

Les Goths n'ont pas fait de consuls ; ils ont abandonné ce soin aux Romains, mais ils ont pris soin de désigner les noms qui leur seraient agréables. On posait le Sénat et confirmés par l'empereur. On a vu qu'il n'en était pas ainsi sous Théodoric. Mais sous Odoacre, il y eut quelques consuls élus par le Sénat : on n'en a pas la preuve, mais le fait reste probable. On admettra difficilement que le consul d'Orient Faustus, en 490, ait été nommé par Odoacre dont les affaires étaient, dès la fin de 489, en piteuse situation en Italie et qui déjà n'était plus le maître à Rome. Mais le cas d'Albinus est plus décisif en 493. À cette date, Odoacre ne possédait plus que Ravenne où il était assiégé, Théodoric était maître de toute l'Italie, mais il ne portait pas encore le titre royal et il ne semble pas qu'il ait alors désigné un consul. Une fois vainqueur d'Odoacre, rien ne le retenait plus et, en 494, nous voyons que l'empereur avait nommé les consuls Asterius et Priscidius dont nous lisons les noms sur cette inscription conservée au musée de Latran, où elle a été apportée du Vatican et qui provient de Sainte-Cécile au Transtévère (fig. 4313) : Hic guiescei Johannis vfir) s ( pecfabilis ) qui viiit annos pi. m. Lxxri et dcpositus xill kal. april. cons. Asleri et Presidi vv. ce.

La partie inférieure de cette inscription fut jugée inutile lors de son entrée dans les collections du Vatican *HICQVLESCETLOHWIMNNLSVJOYJVJXLTAVI* Inscription du musée du Latran, provenant de Sainte-Cécile au Transtévère. D'après De Rossi, Inscript, christ., 1. 1, p. 403, n. 904. Les consuls qui s'y trouvent mentionnés, Asterius et Priscidius, sont romains sur tous les fastes et les monuments, et uniformément tous deux et dans le même ordre. Comme Asterius n'est autre que Turcius Rufius Apronianus Asterius qui corrigea un manuscrit célèbre de Virgile et prit le consulat à Rome, son collègue Priscidius serait donc un des derniers consuls d'Occident ? Mais qui les a nommés ? Maître depuis l'année précédente de toute l'Italie par la mort d'Odoacre, l'empereur Anastase ne le reconnaît roi d'Italie que beaucoup plus tard. S'il s'était avisé de faire un consul d'Occident, l'Orient ne l'eût pas reconnu, à plus forte raison n'a-t-il pas dû créer deux consuls d'Occident. Ce n'est pas non plus le Sénat romain qui aura pris cette initiative alors qu'on ne le voit jamais nommer de lui-même un seul consul. Ce n'est donc que l'empereur Anastase qui aura pu nommer Asterius et Priscidius en déterminant le premier rang pour le consul d'Occident.

Quoi qu'il en soit de la nomination par le Sénat ou par l'empereur et de la désignation par le roi barbare, on continua en Occident à promulguer le nom des consuls comme par le passé et à écrire leurs noms sur les inscriptions.

Théodoric, fondateur du royaume gothique qu'il gouverna trente années durant, ne dédaigna pas de se parer quelquefois du titre d'auguste et s'employa à élargir l'abîme creusé entre l'Occident et l'Orient. Venu en Italie comme chargé par l'empereur de renverser Odoacre, les Romains pensèrent que son succès serait consacré par la restauration de l'empire romain. On pouvait être porté à le croire en voyant, à la fin de l'année 493, l'empereur Anastase choisir les deux consuls de l'année suivante, Asterius et Priscidius, tous deux en Occident, et en 495, Anastase créa encore le consul d'Occident : Viator. Mais Théodoric, qui avait sollicité d'Anastase le titre de roi d'Italie, perdant patience, se proclama roi sans plus attendre, ce qui souleva de nouveaux ressentiments. Muratori place cet événement en 495, et l'entente ne fut pas rétablie avant 497, de sorte qu'en 496 et 497 il n'y eut pas de consuls d'Occident et les consuls d'Orient n'y furent pas promulgués.

C'est ce que nous pouvons voir sur une inscription des cryptes Vaticanes.

En 496, Paul, frère de l'empereur Anastase, était consul d'Orient, mais l'Occident voulut l'ignorer et le remplaça par un post consulalum Viatoris r. c. '. En 497, il en fut de même et on eut alors un post consulalum iterum Viatoris comme sur cette inscription du cloître de Saint-Paul-hors-les-Murs ' :

?V1 VIXIT Annos post. cons. i'TER VIAT oris v.c.

En 498, Anastase et Théodoric firent la paix et le consul d'Occident Paulin fut promulgué et reconnu dans tout l'empire ', cependant son collègue Jean, consul d'Orient ne fut pas promulgué dans le royaume de Théodoric ; en 499 et 500, il n'y eut dans le royaume gothique que ni consuls orientaux ni occidentaux promulgués. Cependant, s'il en fallait croire Muratori, il n'en aurait pas été ainsi, et il citait une inscription de Milan dont la dernière ligne portait ces lettres :... ET 10CON-, ce qui se rapportait au consul de 498, ou bien d'après Allegranza au consul de 499 également nommé Jean. Mais l'inscription, restituée d'après une copie manuscrite de Paris, Bibl. nat., ms. lat., 101 A disait autre chose ' :

B. M. HIC REQVIESCIT IN PACE LAVRENTI VS QVI VIXIT ANN 5 PLM LXV DEP SVB D XV KAL-DECBGETIO CON

C'était de Boèce et de l'année 487 qu'il s'agissait.

Depuis l'année 501, jusqu'au début de la guerre gothique, la série des consuls d'Occident se poursuit régulièrement et n'est interrompue qu'en 512, 518 et 528. L'accord intervenu entre le roi goth et l'empereur se soutenait. Pendant tout ce temps les consuls d'Occident, étaient exactement mentionnés dans les lois et sur les monuments de l'Orient ' ; par contre en Occident il n'était pas question des consuls orientaux. Au cours des années où l'Occident n'avait pas de consul, la formule post consulalum, avec le nom du consul de l'année précédente, fut en usage dans le royaume gothique. En 512, nous trouvons à Rome' » et à Milan, le post consulalum Felicis ; voici celle de Milan « :


HIC REQVIESCIT IN PACE AGATA FILIA COMITIS GATTILANIS^I VIXIT IN SECVLO ANN • PLWL XL 5 DEPOSITA EST SVB DIII En 518, nous trouvons un post consulalum A (/apiVi '= ; en 528, un post consulalum Maburli ». Qu'il s'agisse de consuls comme Anastase ou Justinien, ou de personnages privés, Théodoric n'en laisse nommer aucun dans son royaume. Un seul cas fait exception en Occident, et c'est à Lyon, en 520, dans le royaume de Sigismond'* :


IN HOC TVWIVLO REQVIISCET BO NAE MEMORIA CARVSA RELICIO SA QVI EGIT PENETENTIAM ANNVS VIGENTI ET DVOS ET VIXE ■j IN PACE ANNVS SEXAGENTA_ RVI_

NRVE_OBIET DIAE XIII KALEN OC


TVBR-RVSTIANO ET VITALIANO VC

Sigismond acceptait la tutelle de l'empereur de Byzance, Anastase, à qui il écrivait : Diffusionem reipublicœ vestrae asserit quod remotius possidemur.... Vester quidem est populus meus, sed me plus servire vobis, quam illi praesse delectat ^^. De semblables protestations semblaient intolérables au roi des Goths qui s'en vengeait en refusant le passage à travers ses États aux députés que Sigismond envoyait à Byzance. Sigismond expédia ses lettres à Anastase et ensuite à Justin par d'autres voies, en retour on lui annonça dès 519, le consul oriental de l'année suivante qui fut ainsi promulgué dans les États de Sigismond. Théodoric avait lieu d'être d'autant plus mécontent qu'il annonçait chaque année aux rois des Francs et des Burgondes le consul d'Occident, ainsi que nous pouvons nous en convaincre par une inscription lyonnaise de l'année 508, qui se termine par ces mots : c. oclobris pc. cons. iterum Mesale vc cons. ' et une autre de 510 : //// nonas decembris post consulatum Importuna vv. ce. le '. Théodoric était alors en guerre avec Clovis et Gondebaud et les Lyonnais, qui faisaient partie du royaume de Bourgogne, ne sachant le consul de 508, se rejetèrent sur un post-consulat de Messala. A la fin de cette année, après la levée du siège d'Arles, il est possible que les hostilités aient été suspendues et les Lyonnais ont su que le consul de 509 était Importunus. Mais en 510, ils ont ignoré le consulat de Boèce, car la guerre avait recommencé et, une fois encore, ils prirent un post-consulat, celui d'Importunus. A plus forte raison, en ces années-là on ignora en Gaule les noms des consuls d'Orient.

On a cependant retrouvé en Gaule des diptyques consulaires, notamment un diptyque d'Anastase, consul en 517, mais il serait hasardeux d'en rien conclure, car les diptyques étaient considérés comme des œuvres d'art qui étaient toujours bien accueillies, même quand ils n'offraient plus que cette sorte d'intérêt ; et précisément le consulat d'Anastase en 517 a été ignoré en Gaule pendant cette année entière. Ce sont les relations du roi Sigismond avec l'empereur Justin qui ont fait connaître en Gaule le nom du consul Vitalien, qui ne fut jamais proclamé en Italie. Dès le mois de septembre Vitalianus est nommé en Gaule, bien qu'il n'eût gardé les faisceaux que six mois, ayant été tué au mois de juillet. Le comte Marcellin nous dit à ce sujet : Vitalianus consul VIII mense consulatus sui XVI imlneribus confossus in palatio cum Celleriano et Paulo salellitibus suis inlcremplus est '. Tout cela était encore ignoré trois mois plus tard à Lyon où on a vu figurer le nom de Vitalianus.

Théodoric très hardi sur certains points, l'était moins sur d'autres, par exemple il omet les noms des consuls orientaux, mais il n'ose s'affranchir sur ses monnaies des noms d'Anastase et de Justin qui y figurent toujours *. Sur les monuments publics où les noms des consuls faisaient place, le plus souvent, aux noms des empereurs, Théodoric se substitue le plus souvent aux empereurs. A peine rencontre-t-on une inscription sur laquelle les noms de l'empereur et du roi soient rapprochés avec la formule salvis dominis nostris'' ; sur d'autres nous lisons : régnante domino nostro Theodorico ' ; enfin à Rome même, une pierre nous donne la formule réservée aux augustes au seul Théodoric ' :


SALVO DN theodc RICO • RE ge glorio SISS imo Tous les consuls mentionnés sur les inscriptions de la période gothique sont donc des consuls d'Occident, sans en excepter les empereurs d'Orient qui portèrent les faisceaux. Sans doute il existe, au dire de l'auteur « , une inscription de l'année 498 au nom du consul oriental Jean le Scythe, mais le mot Scythia est de l'invention de Fanvinio et en réalité l'inscription est de l'année 538, au nom de /■■/. Johanne Orientalfe vcl. con) ' qui fut promulgué dans la partie de l'Italie d'où les Goths avaient été chassés.

Une inscription d'Aix en Provence va nous retenir encore un instant ' » :


ADIVTOR QVI POST ACCEPTAM PAENITENTIAM


MIGRAVIT AD DOMINVM ■j ANNLXV MENSES VII DIES XV La qualification clarissimus, donnée à Anastase a fait supposer qu'il ne s'agissait pas du consul-empereur de 492, mais du consul de 517. Il est vrai que vir clarissimus au lieu de Augustus ou de Dominus noster pourrait être le résultat d'une erreur, car trois épitaphes de Lyon donnent ce même titre à l'empereur Anastase et à son collègue du consulat Rufus « ; deux autres inscriptions de la Gaule associent ce titre au nom de l'empereur Léon ^-. Muratori avait déjà attribué cette inscription à l'année 492 ». En 517, le nom du consul d'Orient était inconnu en Gaule ainsi que nous le voyons par les monuments et on désignait l'année courante par le nom du consul d'Occident Agapit ; les lois des Burgondes publiées par Sigismond « et le concile d'Epaone l'attestent '^ En 522 et en 530, par exception, les deux consuls furent choisis en Occident '°.

5° Après la ruine de la domination gothique. — En 535, Bélisaire reçut le consulat en Orient et le déposa à Syracuse ; il commença la guerre contre les Goths et sa première conquête fut la province de Sicile. Cette guerre va se prolonger vingt années durant, aussi peut-on s'attendre à bien des troubles dans les dates de cette période, néanmoins toutes les règles sont bien loin d'être abolies. Exception faite pour la formule novies post consulatum Joannis qui se lit sur une épitaphe de l'année 547 >', on ne rencontre aucune formule insolite et qui ne puisse s'expliquer par les annales des Goths. Bien plus l'histoire de cette guerre gothique se trouve éclairée par les inscriptions comme nous allons le voir ».

P CNS IOH« 'i'« ''VCC '. Cette datation ne dura que peu de temps et dans un espace limité. La datation, d'après Justin, a été surtout employée à Lyon, sans qu'on en puisse donner la raison et resta en vigueur jusqu'au vi^ siècle. La datation d'après Basile fut en usage dans tout l'empire pendant le règne de Justinien, et dans la presque totalité de la Gaule ^ Les années ainsi comptées d'après un consul sont ordinairement désignées sous le nom d'époque. L'emploi de cette époque dans l'Italie méridionale, qu'ils tinrent dix ans sous leurs ordres grâce à Totila, ne fut pas aboli. Après la mort de Justinien, Justin prit en même temps la pourpre et les faisceaux et on compta d'après lui ; de même sous Maurice et ses successeurs. L'époque de Basile dura vingt-quatre ans. Toutefois, il n'est pas possible que, dans certaines villes à Naples, à Bergame, on n'ait pas toujours connu avec précision l'année à partir de laquelle il fallait compter cette époque ; c'est pour quoi, sur quelques inscriptions on compterait un 25 » et un 26« postconsulat de Basile ; la vraie raison c'est que à Naples, en 566, le premier consulat de Justin ne fut pas connu ou connu trop tard et c'est ainsi que sur le canon pascal de Naples, cette année 566 est comptée XXV post consuUdum Basilii '. Le second consulat de Justin fut de même connu sur un point, ignoré sur un autre ; ainsi on rencontre dans la basse et dans la haute Italie des inscriptions qui comptent, en 568, Justin consul pour la seconde fois, les autres comptent à partir de 566 * La confusion allait grandissant à tel point qu'à Bergame nous lisons ceci' : SVB DIE QVARTO IDVS NOVEMBRIS POST CONSVLATVM BASILII IVNIORIS VIRI CLARISSCONSVLIS ANNO XXVI PRIMA INDICTIONE (soit l'année 567) et à Castronovo en Sicile » : P-CBASILV-CPER INDICTIONE QVARTA ANNO XX< ;ill (soit l'année 370).

En Gaule, on ne fit usage nulle part des empereurs de Byzance ' ; comme on a compté à Lyon P. C. I VST- ; dans d'autres parties de ce pays, on a compté P. C. B AS, et, comme nous venons de voir, une inscription de Sicile portant le 29 » post-consulat de Basile et qui pourrait, d'après l'orthographe, être l'œuvre d'un Gaulois, dès lors, il n'y a plus à s'étonner de rencontrer en Avignon, sur l'inscription de Césarée un 46« postconsulat de Basile '. Il n'y a donc pas eu pour chacun, après ces époques de Paulin, Bélisaire, Jean, Justin, et Basile liberté de dater à sa fantaisie.

Maintenant, comment les anciens ont-ils compté ces époques ? il y a eu le modus Marcellinus et le modus Victorianus, l'une commence par l'année du post-consulat, l'autre compte à partir du consulat en sorte que ce qui d'après Marcellinus est la première année, d'après Victorius est la seconde. La méthode de Marcellin a eu la préférence dans le royaume des Goths et dans l'empire pour calculer les années après Paulin, Bélisaire, Jean et Basile ; elle est antérieure au règne de Justin, la méthode de Victor date au contraire de ce règne ; elle semble être de son invention ou du moins avoir reçu l'approbation de la cour et de l'administration byzantines. Philippe à Turin et Marini ont longuement étudié les inscriptions de ce règne '. Justin fut consul en 566 et en 568 et les nouvelles méthodes de calcul ont été baptisées, d'après Victor de Tonnenna et le continuateur de la Chronique à Marcellus bien que ni l'un ni l'autre n'en soient responsables ; il n'en reste pas moins acquis que, pour les temps antérieurs à Justin, il faut baser les explications sur Marcellin : pour les temps postérieurs à ce règne, il faut recourir à Victor. Toutefois il faut observer qu'en Gaule, c'est-à-dire hors des frontières de l'empire, on rencontre des monuments qui donnent lieu de douter si la supputation de Victor a été adoptée avant la limite indiquée. A Lyon, l'épitaphe du primicier Etienne a été discutée' » : IN HOC LOCO REQVIESCIT FAMOLVS Dl STEFANVS PRIMICIRIVS SCOLAE LECTORVM SERVIET IN S ECL LVGDVNINSI_VIXIT ANNOS TXIV.') OBIIT Vllll KL DECEMBRIS DVODECIES PCIVSTINI INDICTIONE XV Justin le Jeune ayant été consul en 540, la douzième année après son consulat devrait être 552 ; mais l'indication de la quinzième indiction dont la partie comprise entre septembre et janvier correspond à 551, montre que l'on a supputé ici suivant le modus Victorianus, c'est-à-dire que les douze années qui ont suivi le consulat ont été comptées à partir de l'entrée en charge. Marini, Le Blant et Rossi sont d'accord pour placer cette inscription en 551.

Mais voici deux autres épitaphes de Lyon portant l'une la date V CON IVSMNI INDICTIONE OCTAVA et le 7 des calendes de janvier ; l'autre SEPTEMIRIS VI P C IVSTINI iND NONA « et dans les deux cas on ne peut que compter les années 544 et 545, d'après le comput l'idonaniis. Cependant, sur d'autres inscriptions lyonnaises, c'est le comput Marcellinus qui a été adopté et une des inscriptions qui en font usage est de la même année que l'inscription du primicier Etienne, et nous avons ici les supputations suivantes :

/// idus sept, post consollu Justini viri clarissimi consolis indictione prima '- (année 541).

/// kls januarias XII pc. Justini ind. prima » (année 552).

//// non aprilis XXXIIL« post (consulalum) Justini cl indicl, sexla '* (en 573). vinkalparilisLXIpc Justini indicl. quarta^^{en&Q\.) Cette dernière date a paru suspecte », mais elle n'a rien d'insolite comme l'a fait voir E. Le Blant qui avait rencontré au musée de Civita-Vecchia la supputation d'une quatre-vingt-dixième année du consulat de Basile « :

4HIC REQVIESCIT IN PA CE WILLIEARA QVI VI


ET MENSIS PLVS MENX

On a vu plus haut que le consulat de Bélisaire se produisit en l'année 535 ; cependant les inscriptions d'Italie, au nom de Bélisaire, ont commis une erreur évidente. Romains et Campaniens ont placé ce consulat en 536 et calculé son premier post -consulat en 537, son second en 538. Cette question va nous retenir quelques instants. Voici d'abord une inscription conservée dans les cryptes de la basilique Vaticane ■ + HIC REQVIESCIT IN PACE LOHANNIS VÏÏ OLOGRAFVS PROPINE ISIDORI QVI VIXI< ANN-PLVS MXLV DEP C5 X KALEN-IVNIAspo.v/ :' CONSVLATV VILISARI VC CS Ce Jean, vir honestus, tenait les livres du cabaretier Isidore ; il mourut à l'âge de quarante-cinq ans, en l'année du consulat de Bélisaire, par conséquent, en 535. En 535, en effet, Bélisaire conquérant de l'Afrique du nord pour le compte de Justinien avait reçu les faisceaux, mais dans le royaume des Goths, il dut être tenu pour un consul oriental, de ceux qu'on ne mentionnait même pas. Une autre raison à ce silence c'est que Justinien commençait alors les hostilités contre Théodat, roi des Goths, hostilités qui aboutirent bientôt à la guerre ouverte dont le résultat fut que Bélisaire chassa les Goths de Sicile et déposa solennellement le consulat non à Byzance, mais à Syracuse '. Trois raisons pour une qui portent à croire qu'en 535 il ne fut certes pas fait d'exception en sa faveur chez les Goths. En effet, cette année-là, nous le savons par d'autres inscriptions ' on y fit usage du post consulatum Paulini *. Outre une inscription de Vaison • et une devienne, en Dauphine' », datées du post-consulat de Paulinus Junior, on savait que pendant longtemps, dans certaines contrées de l'Occident, ce consulat avait servi de date pour les monuments. Dans le sud de la Gaule, cette période ne dépassa pas l'an 537 « , mais dans le nord de l'Italie, elle se prolongea jusqu'au dix-huitième post-consulat ». On conserve au musée de Lucques cette inscription « :


IN HVNC LOCO SCOHIC RE QVISCIT IN PACE ANTONI NVS QVI VIXIT ANN • LXV DEPEST SVBD-KALEN DR 5 MAIAR---P-C-PAVLINI IVNI ORIS VC-IND Xllll In hanc loco s (an) c (Ij o, hic re qui (e) scil in puce Antoninus, qui vixil ann (is) sexajinla quin que, dep- (ositus) est sub d (ie) kalend (a) r(iim) maiar (uml, [iler (um)] p (osl)-c(onsulatum) Paulini Junioris, v(iri) c (larissimi), ind (ictione) dccima quarla.

A la ligne 5, il faut restituer la lacune : iler (um). Paulin entra en charge le 1 » janvier 534, dans la douzième indiction courant depuis le 1« septembre 533. Le premier post-consulat commença le 1 » janvier 535, le deuxième le 1« janvier 536 et la quatorzième indiction s'acheva le 1'^' septembre 536 ; la mort d'Antoninus se place donc au 1 » mai 536. De plus, la Chronique pascale de Xaples, en 535, mentionne Paulin et tait Bélisaire '. Les fastes ajoutés au canon victorien portent cette mention d'ailleurs fausse : Pautino II cl Belisario, PauUno III et Belisario II et ainsi de suite pour désigner les années 535, 536, etc. '^ Cependant Paulin et Bélisaire ne furent jamais consuls en même temps, ni l'un ni l'autre ne doubla le consulat et pas un seul monument ancien ne les rapproche, de sorte qu'en Sicile, conquise cette année même, Bélisaire fut bien consul en 535 ; Paulin servit pour le reste de l'Italie. Comment donc expliquer qu'au mois de juin, c'est-à-dire à une date où Bélisaire avait à peine abordé en Sicile on fît mention de son consulat à Rome. Cependant en 536 on ne créa pas de consuls et Bélisaire poussa activement la guerre contre les Goths, ce qui explique que pour quoi dans les pays encore soumis à ces derniers on employa un ilerum post consulalum Paulini junioris ' tandis que dans l'obédience de Justinien on écrivait : post consulalum Belisarii. Or, vers le milieu de l'année, Bélisaire s'étant rendu maître de Naples on trouva fort simple de finir l'année avec la deuxième formule. La preuve s'en trouve dans la table pascale de Naples sur laquelle on lit pour désigner l'année 536 : et on a ajouté en marge : quod e consolitlu vili : mais comme le ms. Vatic. Reg. 2077, page 195 est détérioré en cet endroit, il est facile de compléter : quod est consulatu Vilisari' ; ainsi on se trouvait en règle. Cependant, pour être tout à fait en règle, il eût fallu écrire posl coiLsulalum Belisarii. Mais l'erreur ne semble pas tant le fait du copiste que l'erreur générale à Naples et dans la Campanie qui firent de l'année de la conquête l'année du consulat du victorieux. L'année suivante, Bélisaire fut consul pour la deuxième fois, 537, se trouva désigné seulement par un post consulatum Belisarii sur la table pascale ; bien plus, une inscription de Nole compte l'année 538, non pour la troisième, mais pour la deuxième depuis le consulat de Bélisaire ' :

+ HIC REQVIESCIT jN^ PACE LANVARIA + L-F-QVAE VIXIT PL • M • ANN ■ XXVIIII ■ C • MA RITV-FEC-ANNXV-IVl-Xl-D_X-DEP D-XV_KALFEBRVAR • Il ■ PC BILI

5 SARI VI 4^ IND • PRIMA +

+ HIC REQVIESCIT IN PACE FILICELLVS SVBDQV...............

Januana laudabilis femina fut enterrée, XV kalendas februarias II (ou bien VTerum) post coniulatum Bilisari viri inluslris per indiclione prima. La première indiction en 538 se place au mois de janvier avant la promulgation du consul Jean, ainsi l'ont fait l'inscription de Nole et la table pascale de Naples, en sorte qu'il est évident que sur les monuments de la Campanie le consulat de Bélisaire fut calculé avec un an de retard. Il paraît d'après l'inscription du teneur de livres Johannes qu'il en fut de même à Rome. On n'a pu dans cette ville, écrire en 535 un CONSVLATV VILISARI ; ceci nous mène donc à 536 où Bélisaire entra à Rome et y restaura l'empire romain, le 9 décembre. Cependant notre inscription de Johannes porte « le 10 avant les calen des de juin ; » la raison en peut être que : ou bien six mois avant l'entrée de Bélisaire l'autorité des Goths était considérée comme anéantie et le nom de Bélisaire triomphait déjà, ou bien l'épitaphe a été refaite après le mois de décembre pour avoir la satisfaction d'y mettre le nom du vainqueur populaire, ou bien il faut ajouter le mot post à la fin de la troisième ligne, ce qui reporterait l'inscription à 537, mais le recul du mot consulata sur l'alignement rend ce dernier cas peu probable.

Les consulats de l'empereur Justin ont été étudiés avec tant d'attention que cette partie de la chronologie est aujourd'hui bien établie. Justin prit son premier consulat en 566, son deuxième en 568, et ce double consulat donna lieu à deux époques. La première dura deux années, la deuxième se prolongea jusqu'à la fin de son règne. Quelques-uns, ignorant le deuxième consulat, ont calculé la deuxième époque sur le premier consulat et, naturellement, il en est résulté bien des erreurs, ce qui fait que certains ont préféré calculer d'après les années de son règne. C'est pour la première fois, sous ce règne, que nous lisons sur des épitaphes : imperator Dno Justine ', ce qui ne s'était pas encore vu à Rome, mais seulement dans les provinces.

En 568, commença en Italie la domination lombarde. Les Romains réduits sous le pouvoir nouveau ont-ils aussitôt cessé de compter d'après les années de Justin ? Le fait reste douteux. On possède bien deux inscriptions de l'année 571 sous le nom de Justin, mais elles se trouvent hors du royaume lombard '. J.-B. De Rossi a vu au musée de Brescia une troisième inscription de l'année 571, qui donne à Justin les titres de consul et d'empereur. Si elle n'a pas été apportée d'un autre lieu, on en devra conclure que, dans cette ville, soumise aux Lombards, en 571, on continuait à compter d'après le règne et le consulat de Justin \ hic R Q IN pace ■ ■ ■ VINCOM ulus ?

■ ■ QVI VIX ANNJ.X

■ • • RFPSBDVNAG-FI m ? IND-IIII ARMINVS■ ■ ■ V V-PRS QVI VIXIT plm ? anN-L VI DPS B '/ AG IND ■ llll pc. iniP -ET CON L-IVSTINI pp. auG ■ ANNO V Hic rcquiescil in puce.... Vincomalus ?.... qui vi.rit annos LX... deposilus sub die V nonas Augustns finf ? indictionis IIII. Arminu^... vir venerabilis presbylcr qui vixil plus minus ? annos L...VI deposilus sub die.... Augustas indiclione IIII posl consulatum imperatoris et consulis Juslini perpetuo Augusti anno V.

Mais plus importante, parce que son origine est certaine, est une inscription de Lodi, publiée par Muratori ° qui l'accompagne de cette brève mention : Epilaphium Projecli cpiscopi Laudensis, cujus superior pars délecta anno 179S in parielinis eollegii virginum Ursulinianorum, ubi quondam ccclesia calhedralis :

B A + CO


HIC REQVIESCIT IN


PACE


PRO


LECTVS EPS QVI VIXIT IN SE


CVLO ANNOS PLM •


LXXXIII


EPISCOPATVM ANNOS DVODECIM ET DIES OCTO DEP^SITVS SVB DIE VillDVS MARTIAS PCIVSTINI IMPANNO XII • INDICTIONE 10 OCTAVA FELICIT • L'indiclio oclava indi que l'année 575 qui ne peut pas s'accorder avec le douzième post-consulat de Justin. Le lapicide (à moins que ce ne soit le copiste) s'est donc trompé et il faut corriger anno XII en anno X. Mais dès 570, I.odi et pres que toute la Ligurie obéissait aux Lombards.

Les consulats de Tibère Constantin et de l'empereur Maurice n'ofirent pas de difficultés particulières « .

Avant de terminer ces observations, il ne nous reste qu'à éclaircir quelques minuties épigrapliiques.

Dans l'ancien style, on emploie rarement les mots consulibus ou ccnsulc avant les noms propres : cette prati que ne commence qu'au v« siècle '. Toutefois ou en rencontre des cas en 345 et en 348 ' ; vers la fin du iv siècle on commence à rencontrer quelques exemp les et de plus en plus à mesure qu'on avance dans le Ve. De même l'ancienne formule consacrée : Pisano et Bolano consulibus commence à faire place à celle-ci : consulata Juliani cl Sallastii ; pis que cela, on en viendra à consulalu Modesto et Aryntheo, ou même consulatus Olybrio et Probino. Parfois consalatiis est écrit en entier, parfois on l'abrège. Dans les inscriptions grecques depuis le milieu du iv= siècle le mot fait place à rraTsia '.

Lorsqu'il s'agit des post-consulats, depuis le milieu du ly^ siècle jusqu'au milieu du v« siècle, on rencontre POST CONS, ou bien POST CONSS (et quelquefois POS). On trouve aussi en toutes lettres POST CONSVLATVM et POST CONSVLATV - : ou bien on supprime le second mot et on se contente de POSTou POS' : enfin il arrive que les noms des consuls au lieu d'être.iu second cas sont, au mépris de toute grammaire, au sixième '. Au milieu du v^ siècle, on voit paraître PC qui devient vers la fin du v^ et au ^^'^ siècle à la mode ^ Pour les consuls empereurs ou appartenant à la maison impériale on rencontrait, avant Maxence : AVGet AVGG-. Depuis la fm du iv' siècle et le dcbul TRES DE-PO^TVS INPACE SVBD-NONAS FEBRSENATORE VC CONSVLEDE même, il faut é carter le viri inlustres quoi que plusieurs consuls eussent droit à ce titre à raison des charges dont ils avaient été revêtus, ce qui fait que sur des diptyques ils sont qualifiés VC-ET INL. Margarini a mal lu et mal interprété une inscription dont on conser\'e un fragment dans le cloître de Saint-Paulhors-les-Murs où, au lieu de AGAPITO CONS INL »siri vin '=, il faut lire \NDiclione.... « . Exception faite toutefois pour deux consuls, Stilicon et Bélisaire qui reçurent et portèrent le titre à » inlustres « . Mais Stilicon élait beau-père d'Honorius et une inscription le nomme ad culmen regiœ adfinilalis eveclus ■' : Bélisaire exerçait après la défaite des Goths le pouvoir impérial en Italie et nous lisons sur une inscription de 537 » :

La désignation junior appliquée aux consuls n'est pas ancienne sur les marbres comme désignation de temps, car la distinction de senior et funior entre père i^

4.314. — Inscription du musée du Latran. D'après De Rossi, Inscript, christianw, t. i, p. 485, n. 1064.

du siècle suivant, on rencontre AAVVGG ou bien AAGG°. Le slgle PP signifiant perpeluo est rare encore au r* siècle ' ; mais fréquent à partir du vi« .

Pour les consuls prives, avant Maxence, on ne met rien ; après Maxence, VC et vvCCsigledeuinc/arissimi. commence à se montrer ; on le renconlre à Rome, pour la première fois, en 381 et 382 ' ; en Gaule, eç 447 seulement, en sorte qu'il faut sur ce point adoucir l'assertion de Rossi : is que mos in publicis priuasli que moniimentis ita statim reccptus ubi que est. Ce siglc remplace souvent consule et consulibus' de sorte que le sigle VC. VVCC mar que la fin duiv< siècle et la période qui suit. et fils, ou entre frères, se letrouve même à l'épo que d'Auguste « . Elle se rencontre comme désignation de temps, pour la première fois en 378 » et ne se retrouve plus pendant un siècle pour reparaître à la fm du v<^ et durer pendant le vi^ siècle. Junior s'appli que uniformément à certains consuls, comme Faustus, Olybrius, Avienus, Vcnantius, Bœthius, Probus, Decius, Paulinus, Basilius « :

Lors que le consulat eut été pour ainsi dire coupé en deux entre l'Occident et l'Orient, on a pu soutenir que certains consuls avaient fait suivre leur nom du mot Occid. ou Orient. ; il n'en est rien. Occidenlalis ne se renconlre pas une seule fois et l'inscription citée par Nicolal d'un certain Anicius ainsi désigné es : dépourvue de toute autorité - ». Par contre il existe une inscription romaine de l'année 538 (flg. 4314), conser\'ée au musée de Latran et qui avait été vue intacte par Ph. de Winglie et d'autres à Saint-Martindes-Monts, dans le pavement « , et sur laquelle le consul Jean est qualifié du titre de consul d'Orient. FI. Johainies prit le.s faisce aux en Orient en 538 ', et fut promulgué dans cette partie de l'Italie qui venait <l'être délivrée des Goths, On le trouve mentionné dans les lettres du pape Vigile - et cette promulgation après une si longuî interruption de tout ce qui concernait les choses byzantines parut cliosc tellement nouvelle aux Romains qu'ils lui donnèrent le nom de consul oriental Reste à parler de l'emploi des chifTres pour désigner le nombre des consulats. Cha que fois qu'ils étaient nécessaires pour la précision de l'année, on les lit sur les épitaphes du ive et du v« sièc les ; dans le cas contraire, on les supprime sans scrupule. Avant le milieu du iv« siècle, on préfère l'emploi des cliiffres aux mentions itcrum, ter, quater, quinquies, sexics ; après cette date on emploie à son gré les chiffres où les susdites mentions '. Quoi que iierum ne laisse pas de se rencontrer sur les plus anciennes inscriptions delà fin du iv« siècle et depuis lors, on préfète à iierum les termes bis et secundo *. Toutefois il était un mot, celui <le primum qui n'avait ja mais été en usage ; mais quand les Augustes se firent une spécialité d'accumuler les consulats, on put conjecturer à coup sûr à cha que nouvel empereur qu'il serait consulplusieursfoisetainsi s'introduisit l'usage de désigner leur premier consulat par le mot primum. Le plus ancien exemple qu'on en ait est un fragment d'inscription de l'année 368 ' : DN Aug. primvm ET BArronicmo CQNSS XI KAL • MdHias dcp. LAVBEUJ\(us ?a ?)in pacc Très rare au iv= et plus fréquente au v siècle ', la formule primum ne fut ja mais d'un usage courant '. On la trouve dans quelques manuscrits pour la date d'une lettre du pape saint Léon le Grand : Majoriano Auguste primum consule, ce qui indi que les Ballerini ' qui l'ont déclaré ab usu anliquo abhorrenlem. C'est trop dire. Pagi avait déjà montré que cette formule avait été en usage • ; on la rencontre non seulement <lans le code Théodosien et sur quelques inscriptions, mais encore dans la chroni que syrienne d'Athanase ' ».

Enfin terminons par quelques mots sur les chiflres des post-consulats.

La notation de la deuxième' année posl consulatam arrive sur les fastes pour la première fois en 310 : <inno II posl cous. X el seplimum « , mais ce n'est pas une formule propre à Rome ou à l'empire ; il faut attendre jusqu'en 411 pour la retrouver dans la Pouille : iierum posl cons. HonoriiV 1 el Theodosii 1 1 PCe n'est qu'au début de l'année 478 que nous la rencontrons à Rome et, au lieu de iierum posl consulalum, on lit posl consulalum itcrum, incorrection à mettre au compte d'une langue en train de se gâter de plus en plus. Depuis cette date, cha que fois que le cas.se présente à Rome, la formule est employée », et non seulement à Rome, mais en Gaule « . Sur une inscription lyonnaise on lit : obiil kal. oct. p. c. cons. iierum Mesale vc. cons.. qui prouve qu'en 507 et 508, on ignora à Lyon les noms des consuls ''. L'année 533, tjui fut la troisième depuis le consulat de Lampadius et Orestes, fut désignée ainsi : ET ITERVM POST CONSVLATVM », et encore ITERVM ATQVE ITERVM POST CONSVLATVM « et peut-être une fois auraiton.' /cr/IVM P. C. ». Pour le post-consulat de Basile nous rencontrons plusieurs fois : et iierum posl consulalum Basilii « . Dans le royaume gothi que la troisième année du consulat de Paulin est dé.signee tantôt par et iierum, tantôt par lerlio -°. Jusqu'au nombre quinze, on employa des chiffres ou bien la mention quater, quinquies, sexies, etc. ; après quinze on dit simplement : posl consulalum Basillii anno X V (ou bien anno XV posl consulalum), XVI, XVII, etc. tantôt écrivant, tantôt supprimant le mot cmno, c'est ce qui rend douteux, non l'inscription, mais la lecture de Bosio sur un marbre : NON IVLIAS PCBASILI ANNOI- »■ Ces indications, même sommaires et réduites au strict indispensable pour faire comprendre l'importance des fastes et exposer les règ les de leur utilisation, pourraient recevoir un développement considérable, et cha que millésime pourrait pres que provoquer un commentaire criti que ; cependant il semble préférable de passer dès maintenant à ce qui concerne les documents dont la consultation est nécessaire pour dresser les fastes consulaires et élucider les principa les difficultés soulevées par les textes de l'épigraphie.

V. Les NECUEILS de fastes consulaires. — Les fastes consulaires appartiennent à deux catégories, les anciens, c'est-à-dire ceux qui furent dressés avant qu'on se fût adonné à l'étude des antiquités romaines, les modernes, c'est-à-dire ceux qui furent établis après le xv« siècle à force de recherches érudites. Les fastes antérieurs ou contemporains de l'épo que du Christ n'ont à peu près aucun rapport avec nos étu des, nous pouvons donc omettre toute explication relative au.x fastes Capitolins qui s'étendent d'une période allant environ de 724 à 766 de la fondation de Rome. Les fastes gravés sur marbre ou sur bronze et relatifs aux collèges qui furent gravés ensuite ne sont connus que par de rares débris et n'apprennent rien pour l'étude des antiquités chrétiennes. Si quelques-uns ofirent un supplément utile aux fastes consulaires, c'est pour la période antérieure au ini« siècle et nous avons vu que les inscriptions chrétiennes datées sont alors excessivement rares. Nous n'avons donc pas à nous y arrêter.

Les premiers fastes qu'il nous importe de connaître sont ceux de Caleno. Bien que la pierre qui les a conservé ne soit qu'un petit fragment », ils sont précieux. Mais les fastes filocaliens sont plus complets et, partant, d'un usage plus constant. Sous ce nom nous comprenons les lasli Norisiani, la table pascale de cent années qui s'ouvre en 312 et des préfets de Rome ex temporibus Gallieni jusqu'à l'année 354 et qui édités pour la première fois par le P. Gil les Boucher, portent le nom de Bucheriani ; enfin le célèbre catalogue pontifical qui s'achève sous le pape Libère et qu'on désigne tantôt sous le nom de Liberianus. tantôt de Bucherianus. Tous ces catalogues, listes, tab les relevant de l'histoire civile et de l'histoire ecêlésiasti que, ainsi que d'autres documents, avaient fait jadis l'objet d'un recueil à l'usage des fidè les de Rome. I,es exemplaires eu ont péri (voir Filocalus).

Les fasti Norisiani sont les fasti majores, depuis Brutus et Collatinus jusqu'à l'année 354, ils ne donnent pas les désignations des années telles qu'on les comptait à Rome, mais les années calculées d'après les principes : par conséquent il existe de grandes divergences entre ces fastes et les inscriptions romaines pour les années de Maxence et de Magnence. Heureusement, on possède le catalogue des préfets urbains et la table filocalienne dans laquelle non seulement chaque année, mais encore chaque mois, où c'est nécessaire, les notions chronologiques nécessaires à Rome sont mentionnées. Par exemple, en 308, on lit dans les fastes corrigés par ordre des empereurs : decies et Maximiano VII, la table filocalienne mentionne qu'à partir des calendes de janvier jusqu'au 12 des calendes de mai il n'y eut pas de consuls, et le 12 des calendes de mai on lit : consules quos iusserrunt DDNN. Augusti : ex XII kal. maii /aclum est Maxentio et Romido. Ce qui montre que cette table n'a pas été composée d'un seul coup à une date postérieure, mais rédigée chaque année et poursuivie d'après les archives officielles de la préfecture urbaine. Dans le catalogue pontifical, sauf en ce qui concerne Melchiade où se trouve une erreur, on voit que les noms des consuls concordent avec les fastes révisés, ce qui indique une addition postérieure lors que le recueil fut livré au public. D'où il ressort que les noms des consuls n'ont pas été tirés des diptyques de l'Église romaine.

Tous ces fastes s'achèvent en 354, bien que dans la table pascale la série des consuls soit continuée, mais avec des erreurs et des lacunes qui montrent assez une main postérieure et inexperte. Ces variantes et cette incurie ont cependant ce résultat de consigner des faits qu'on chercherait vainement ailleurs. Par exemple, en 376, Valentinien est qualifié non pas Auguste, mais César, et en 378 nous lisons : post Gratta no et Alerobaude et Valente VI et Valentiniano iuii., la première indication a été écrite au mois de janvier lors que l'écrivain ignorait les noms des consuls de l'année ; l'autre, quel que temps après, lorsqu'ils eurent été promulgués.

À ces fastes édités en 354 par Filocalus il faut associer la table pascale qui commence cette année-là et dont l'auteur a eu certainement devant les yeux le recueil filocalien qu'il entreprenait de continuer et mettre à jour. Mais cette table pascale ne semble pas avoir été rédigée avant le v siècle.

La Chronique syriaque d'Athanase comprend les lettres pascales de saint Athanase traduites en syriaque et retrouvées dans les manuscrits des couvents de Nitrie ; ces lettres donnent avec grand soin le nom des consuls et d'autres indications chronologiques non moins précieuses. La chronique précède ces lettres qui en forment pour ainsi dire l'appendice. C'est un document inestimable pour l'histoire de saint Athanase entre 328 et 373 ; on en a tiré pour la chronologie consulaire d'utiles éclaircissements, malheureusement les détails donnés au début ne sont pas continués avec la même précision au delà des premières années.

Jérôme dont la Chronique est suivie d'un laterculus consularis (sic) quem fecit vir religiosissimus Hieronymus presbyter, mais ce laterculus ne se compose que de vingt vers, où il n'est pas question de consuls, mais d'une supputation d'années à l'origine du monde jusqu'à la quinzième année du règne de Valens.

Pendant les v et vi siècles, on rédigea beaucoup de fastes consulaires fort utiles aux jurisconsultes pour l'étude des codes ; la publication des chroniques d'Eusèbe et de saint Jérôme y poussait. Les dissentiments entre Alexandrie et Rome, au sujet de la fixation de la fête de Pâques, se multipliaient ; ils n'avaient jamais été plus fréquents qu'au v siècle ; cette circonstance stimula les supputateurs qui se trouvèrent amenés à récapituler le passé et à composer des fastes, mais il faut noter la différence qui existe entre les travaux de la première moitié du v siècle — très soignés — et ceux qui suivirent, — assez négligés. Cependant, comme on ne faisait que transcrire et recopier de rares archétypes, cela avait peu d'importance à notre point de vue. Ainsi les fastes d'Idace et ceux de l'auteur de la chronique pascale d'Alexandrie sont un seul et même exemplaire ; de même pour Prosper et pour Victor d'Aquitaine, de qui dépendent Cassiodore et les autres. Il y a donc peu de chose à dire pour ces travaux antérieurs au v siècle ; ceux du v et du vi méritent un examen attentif. Alors, il y avait des consuls d'Occident et d'Orient, des consuls promulgués au début, au milieu et à la fin de l'année, des consuls connus sur un point et pas sur tel autre point. C'est de ces fastes occidentaux et orientaux qu'il nous reste à parler en terminant cette étude, en 28 de notre ère, ce qui concorde avec les indications des chronographes de ce temps.

2. Table pascale de la mort du Christ à l'an 445. — En 1826, D.-A.-G. Cramer trouva quelques feuillets manuscrits contenant les restes d'une table pascale. L'édition qu'il en donna fut peu après remplacée par celle de Haenel dans les Kritische Jahrbücher für deutsche Rechtswissenschaft de Richter, in-8, Leipzig, 1837, t. I, p. 756-760. Dans l'avant-dernière page du texte, seule intacte, nous lisons : Inilium aulem totius decursionis ab illo pascha duximus inchoandum, quod sua passione dns consecravit ; cujus octogensimus et iuarlus annus ila omnes lunares cursus in sua mutabilitate concludit, ul in id, unde ccepcrat, redeat atquc ad eundem finem pari lege decwrat. Quœ renovalio (juinquiens oclogenos quaternos annos peragens quadrigentos cl viginti co anno complctura est, qui Calepii et Artaburis consulatum sequetur : ut post illud pascha, quod m idus April. cclebrandum est, sexti cycli exordium facial resurrectio Salvatoris, cujus dies est vi kal. April. Huic autem collectioni paschulium dieruni non solum seriem consulum connexuimus, sed etiam innos Apostolicst sedis antistitum et œtates regni principum Romanorum diligentissima adnotalione subdidimus. Cette table pascale fut donc établie en 447, sous le consulat de Calepius et Ardabur, et conduite jusqu'à l'année suivante 448 ; elle remontait jusqu'à la mort du Christ, pendant quatre cent vingt années, et plaçait en conséquence cet événement en l'an 29. De ce monument précieux il ne reste que de rares débris : la page contenant les années 29-40 est presque complètement détruite, celle des années 41-52 est entière, tous les consuls de 159 à 198 et les pages des années 365-388 sont conservés. L'auteur s'engageait dans le prologue à donner les noms des empereurs et des papes, mais on n'en voit pas trace. Dans les fragments qui subsistent pour le iv siècle, on ne trouve que peu de chose au point de vue des éclaircissements que réclame l'épigraphie.

3. Fastes de Prosper d'Aquitaine. — Prosper inséra ces fastes à la suite de sa chronique. Cette chronique comporte deux parties : la première va de l'année 28 à l'année 378 (Valens VI et Valentinien I). L'auteur semble avoir consulté plusieurs sources ou bien il s'en est rapporté à un recueil qu'il aura copié et qui n'était pas exempt d'erreurs. Cette première partie se rapporte à une période où elle nous est moins utile. On remarquera cependant, en 346, la mention des consuls Constance IV et Constant III avec un post consulatum Amantii et Albini, ces deux indications concernant l'un l'Orient, l'autre l'Occident. La deuxième partie de la Chronique semble avoir été reprise et complétée plusieurs fois ; la dernière révision faite par l'auteur est probablement de l'année 455. Toutefois il existe une épilogue qui la conduit jusqu'en 457, et dans le ms. Vatic. Reg. 2077, elle est poussée jusqu'en 466. Dans ces trois recensions, les fastes consulaires varient à peine d'un exemplaire à l'autre, et ils ne nous apportent aucun éclaircissement pour les mentions chronologiques qui se lisent sur les monuments. Pas plus que le manuscrit ci-dessus désigné du Vatican, ils n'entrent dans le détail des particularités amenées par la séparation du consulat en deux séries l'une orientale et l'autre occidentale. On n'a donc rien à attendre de la comparaison des fastes de Prosper avec les inscriptions.

4. Fastes d'Idace. — Cet ouvrage de l'évêque Idace est connu et souvent cité ; son attribution a été mise en doute et revendiquée pour Idace par de bonnes raisons. En tout cas, Idace n'a écrit qu'une chronique à laquelle il a ajouté des fastes copiés dans un auteur qu'a copié, de même, le rédacteur de la Chronique pascale. Quoiqu'il en soit, son ouvrage est utile pour les consulats du temps de Maxence, spécialement si on les compare avec les indices de Filocalus. Entre les années 400 et 455, les fastes d'Idace procèdent sans beaucoup de régularité : tantôt ils mentionnent un, tantôt deux consuls, ou bien ils font accueil au consul légitime et à l'intrus imposé par quelque usurpateur, sans s'interdire les erreurs. Depuis 456 jusqu'à 468, c'est pis encore comme lacunes et comme inexactitudes ; enfin, par deux fois, on lit la formule et qui de Oriente ferit nuntiatus. C'est là une preuve assez claire que pour ces douze dernières années, Idace ne faisait pas usage de fastes officiels qu'il recopiait, mais qu'il notait, au fur et à mesure qu'ils lui parvenaient au fond de la Galice, les noms des consuls. C'est ainsi qu'il n'a pu ajouter le nom d'Olybrius, consul en 464, qu'avec un long retard, en 472. Cette circonstance place les fastes d'Idace dans une condition particulière, mais c'est un des documents chronologiques auxquels on recourt le plus utilement.

5. Fastes de Vérone. — Manuscrit de la bibliothèque capitulaire n. LV, 53, qui contient le liber sententiarum sive de summo bono d'Isidore de Séville. À la page 89 commencent les fastes en lettres capitales, qui sont eux-mêmes la fin d'un recueil dont le début manque ; en haut d'une page, sans titre, sans explication d'aucune sorte, on lit les noms des consuls de l'année 439 jusqu'à l'année 486. Un blanc eût permis de continuer cette liste, on n'en a rien fait, en sorte que les fastes s'arrêtent à cette année. Jusqu'à l'année 482, on n'omet jamais les consuls d'Orient, mais les consuls d'Occident occupent le premier rang ; en 482 et en 486, il n'est pas question de consuls orientaux.

6. Chronique de Cuspinianus. — Deux tables consulaires enrichies de notes historiques, dont Cuspinianus tira bon parti, et qui sont conservées dans un manuscrit de Vienne ; elles ont été éditées par Roncalli '. La première s'arrête en 493. La deuxième en 539 ; mais ce sont simplement, ainsi que l'a montré Mommsen, deux recensions d'un même ouvrage ». Mommsen s'en est servi pour, les complétant l'une par l'autre, rétablir les fastes depuis César jusqu'à l'année 539 « . La partie la plus ancienne de ces fastes ne diffère pas de la source dont s'inspirent les fastes de Prosper d'Aquitaine. Depuis la fin du IVe jusqu'à la chute de l'Empire d'Occident, on ne sait de quelle source le document découle, mais c'est simplement la liste commune. Depuis Augustule jusqu'en 493, les indications chronologiques sont presque identiques à celles qui eurent cours à Ravenne, où cette partie de la chronique fut écrite '. Quoiqu'elle s'arrête maintenant à 493, la chronique devait aller jusqu'à 495, en sorte qu'une année est perdue, ce que montre cette indication du manuscrit : Finit ergo ab adventu Domini usque ad consulatum Viatoris anni D. ab Adam autem anni V / milia. Suivent les années 496 et 497, désignées par les noms des consuls d'Orient, qui n'étaient jamais promulgués en Occident », et ceci montre assez l'addition d'une main postérieure. Depuis 498 jusqu'à 523 on ignore qui poursuivit cette chronique et nota

7. Chronique de Cassiodore. — La liste de Cassiodore se poursuit jusqu'en 457, empruntée au canon pascal de Victor d'Aquitaine, lequel ne fait que suivre les traces de Prosper. Cassiodore a conduit sa liste jusqu'en 519, donnant les consuls, d'après les fastes, et n'indiquant pas les formules particulières à l'Occident. Soucieux par-dessus tout de plaire aux rois goths, il n'a pas reculé parfois devant une modification dans la série officielle, ainsi la règle reçue en Occident voulait que le consul d'Orient occupât le second rang, sauf dans le cas où il était empereur : néanmoins, en 484, Cassiodore donne le premier rang à Théodoric, et en 519, il place l'empereur Justin à la suite d'Eutharic, gendre de Théodoric. Un anonyme ajouta à la chronique de Cassiodore les noms des consuls jusqu'en 559. — Relandus a extrait d'un manuscrit d'Oxford des fastes très incorrects depuis la dictature de Jules César (ann. 49 avant J.-C.) jusqu'à l'année 532 '. Dodwell les avait dédaignés parce que trop semblables à ceux de Marianus Scotus - et malgré quelques divergences, on peut bien dire qu'ils donnent un même document, avec les mêmes fautes, par exemple proconsulatus toujours écrit à la place de postconsulatus.

8. Fastes de Pontac. — Pontac édita ces fastes dans ses notes aux chroniques d'Eusèbe et de saint Jérôme' ; ils commencent là où s'arrête la chronique de saint Jérôme, c'est-à-dire en 381, et se poursuivent jusqu'en 558. Les consuls séparés qui servent à désigner les années en Occident, à partir du milieu du Ve, sont souvent nommés, au VIe presque toujours ; pour les années où il n'y eut pas de consul proclamé chez les Goths, on trouve la formule postconsulatum, et il s'en faut que l'accord soit toujours parfait avec les inscriptions. En 500, ces fastes nomment les consuls d'Orient, tandis que sur les inscriptions nous lisons : iterum postconsulatum Poulini '. Pendant la période des guerres gothiques, ces fastes sont fort confus, ce qui tient à ce que les désignations d'années dans l'obédience des Goths et dans celle de Justinien en ont été réunies par l'auteur, qui a cru que postconsulatum Paulini, Belisarii, Joannis et Appioris signifiait, pour chacun d'eux, autant de nouveaux consulats '. Corsini lui-même s'y est trompé '. En somme, ces fastes ne rendent à peu près aucun service à l'épigraphie.

9. Consuls ajoutés au canon pascal de Victor. — Victor d'Aquitaine édita son canon en 458 et emprunta à Prosper les noms des consuls qu'il y ajouta. Le canon comprend 532 années, depuis les deux Gemini consuls, ce qui conduit à l'année 559, et encore y a-t-on ajouté quelques noms '. Avant l'année 495, on trouve mentionnés les deux consuls ou un seul ; après cette date, on peut comparer cette liste aux fastes de Pontac *.

10. Fastes orientaux. —

12. Chronique du comte Marcellin. — Ce recueil donne les consuls d'Orient ; il ne tient pas compte des retards et des omissions dans les promulgations de consuls occidentaux, mais les donne intégralement, et, depuis 421, attribue le premier rang au consul d'Orient. Ce recueil est de peu d'utilité.

13. Chronique de Victor de Tonnenna. — S'étend de 444 à 566 « . Jusqu'en 459, ce sont les fastes occidentaux ; de 459 à 500, ce sont les fastes orientaux (sauf en 460). De 501 à 532, Victor revient aux fastes occidentaux, mais non pas d'une manière constante ; finalement, de 533 à 566, il revient aux fastes orientaux. L'auteur a puisé partout, et on rencontre dans sa chronique un consul Héraclius qui n'est autre qu'Eutharicus, un Apio pour Opilio.

14. Fastes grecs Florentini majores de 222 à 630. - Dodwell les nommait Fasti Heracliani » : Relandus leur imposa le nom de Florentini majores « , ceux de » Théon « ayant reçu le vocable de Florentini minores. Ils donnent la liste des consuls orientaux, plus complète qu'aucune autre, elle omet les consuls occidentaux non proclamés en Orient. C'est une des listes qui rendent le plus de services.

H. Leclecq. FAUCILLE. Une épitaphe conservée au musée épigraphique de Latran nous montre sous les mots : Flavia Caril... un oiseau qui semble vouloir figurer la perdrix, une grappe de raisins à terre et, au-dessous, une faucille. Cette petite scène semble tout imprégnée des souvenirs de l'automne. Est-ce une indication chronologique de la date de la mort de Flavia (fig. 4315) ' ?

Une inscription trouvée dans l'arénaire d'Hippolyte, au cimetière de Calliste (ambulacre 5) montre une faucille, symbole de la profession agricole du défunt (fig. 4316) K H. Leclercq.


FAUX. —

I. Faux actes de martyrs.


II. Fausses lettres.


III. Fausses vies de saints.


IV. Fausses décrétales.

V. Fausses liturgies.


VI. Faux canons disciplinaires.


VII. Fausse assemblée conciliaire.


VIII. Faux actes juridiques.

Cet exemple n'est pas isolé. Sans aller jusqu'en Orient, nous rencontrons en France des légendes hagiographiques produites en série par un seul et même travailleur, c'est le cas pour les légendes de Valence, Besançon, Langres-Dijon et Autun-Saulieu.

Le premier groupe débute par le même récit. Saint Irénée, évêque de Lyon, envoie à Besançon le prêtre Étienne et le diacre Ferjeux, pour fonder l'église, ad fundendam ecclesiam ; en même temps, il dirige sur Valence, pour la même fin, le prêtre Félix et les deux diacres Achillée et Fortunat. Ces missionnaires s'installent modestement aux environs de leurs villes respectives — ceux de Besançon in crypta parietali laterculus solebant ; ceux de Valence extra civitatem Valentiam contra Orientem sibi tuguriunculum de lignis contextum in loco orationis dedicaverunt — et là, ils se livrent aux travaux de l'apostolat. Au bout d'un certain temps ils ont des visions, dont ils s'informent mutuellement par lettres (en style des V-VIes), ce sont des avertissements divins qui leur annoncent que l'heure du martyre est arrivée. A Valence, on voit cinq agneaux paissant dans une prairie émaillée de lys, une voix céleste les appelle : « Venez, disciples d'Irénée, venez ».

Entre les passions de saint Bénigne et des saints de Saulieu, S. Andoche, Thyrse et Félix, la parenté littéraire n'est pas moins évidente. Le P. van Hoof l'a signalée en rapprochant des phrases, des expressions tout à fait identiques.

S. Andoche. S. Bénigne.

Ligatis post tergum manibus vinctis in conspectu imperatoris, ducuntur in conspectum peraequoris et exhibitus. Qui iniquissimi Caesaris. Quibus ait illi : Ex qua regione es, o Aurelianus ait : Cuius regnicola, et quod nomen est tibi ? Ille respondit : Ab oriente venimus, fratres, et Deum colimus. S. Andochius meus, quos tu jam occidisti, ait : Orientales homines, suscito Polycarpo missi, ut verbum Dei gentibus praedicemus ; a sancto patre nostro verbum Dei gentibus praedicamus.

Aurelianus ait : Sacrificale. Aurelianus ait : Si sermonibus nostris, ut ex arario punibus metas praebeas famulabili, remuneratos primas vos tum, magnum te sacerdotem in meo palatio esse constituam deorum meorum. Ab hac voce, bi tres cleri remuneratum ex arario pumantes dixerunt : Aurum et argentum tuum tecum sit in meo palatio, primum te in palatio esse jubebo. Sanctus Bénigne respondit : Aurum et argentum tuum tecum sit in perdizione, lupus rapax.

A me non mutas a Christi confessione, qui et Christo meo, cui ego servio... tuam detergere habet perflugi et tuam detegere habet indiam. Nisi hodie sacrificaverint, nisi hodie sacrificaverit, diversis pœnis cas adfligite, diversis cum pœnis affligite.

Et lia tamen erant integri, lia pristinic redditus est quasi necunam plagam accersitali, quasi nec unam plagam corporis accepisset.

« On peut même dire que ces deux histoires ont dû être disposées d'abord exactement comme les deux précédentes : un début commun, des fins spéciales. Le début est ordinairement rattaché à la passion des saints Andoche et Thyrse. La nuit d'après son martyre, saint Irénée apparaît à saint Polycarpe encore vivant ». Il lui apprend que les massacres de la persécution de Sévère ont désorganisé le personnel ecclésiastique de la Gaule et le presse d'y envoyer un renfort de missionnaires. Saint Polycarpe s'empresse de désigner deux prêtres, Bénigne et Andoche, avec un diacre, Thyrse. Les trois apôtres débarquent bientôt à Marseille et arrivent à Autun, où ils sont reçus chez le sénateur Fauste. Après avoir baptisé son fils Symphorien, ils se séparent : Andoche et Thyrse demeurent sur le territoire d'Autun, Bénigne s'en va à Langres. Alors on entre dans l'histoire spéciale des deux apostolats et des deux passions.

• Ces légendes de Saulieu et de Dijon ne sont pas seulement parentes entre elles ; elles sont du même auteur que deux autres compositions hagiographiques du même pays ; nous voulons parler des rédactions locales de la passion de saint Symphorien, d'Autun et de celle des Trois Jumeaux honorés à Langres.

• La passion primitive de saint Symphorien est une pièce du VIe, notablement antérieure à tout le cycle que nous considérons. Dans son meilleur texte, celui que Ruinart a inséré parmi ses Acta sincera, il n'offre pas la moindre allusion aux saints Bénigne, Andoche, etc. Mais, dans certains manuscrits, on la trouve pourvue de compléments, manifestement rapportés, qui ont pour effet de la raccorder aux légendes postérieures. Saint Bénigne y intervient pour célébrer le baptême du jeune Symphorien.

« La légende actuelle des Trois Jumeaux de Langres est le produit d'une adaptation analogue, mais bien autrement hardie. Dans le récit primitif, attesté par toute la tradition du texte grec et même par une version latine, tous les événements se passent en Cappadoce. Nous avons évidemment affaire à un groupe de martyrs cappadociens dont le culte, par une voie ou par une autre, s'introduisit à Langres au IVe ou au Ve. Le légendaire a imaginé de déplacer le théâtre de l'histoire et de le transporter à Langres même. Dans son adaptation qui n'est pas toujours très adroitement exécutée, il a conservé l'ensemble de la rédaction cappadocienne ; mais il a donné un rôle à saint Bénigne. C'est le même qu'il joue à Autun à l'égard de saint Symphorien, celui de baptiseur ». A ce propos reparaît le récit de la mission envoyée par saint Polycarpe dans les circonstances rapportées plus haut. Il n'est donc pas possible de méconnaître la parenté des quatre légendes (ou remaniement des légendes) des saints de Saulieu, de Dijon, Autun et Langres et celle des deux légendes de Besançon et de Valence.

« Maintenant, que les deux groupes soient apparentés entre eux de la manière la plus étroite, c'est ce qui résulte de la comparaison des textes ».

Passion de S. Bénigne Passion des SS. Ferréol ET Ferjeux.

Si eum dimiseriniis maO inuictissimi dei, ut quid gnuni malum patriae nostrae virtutes vestræ ad nihilum reaccrescei et deonim nostrorum dicuntur, ut fam n »/ïu.s » locus nun despectio sublevatur....sî M'n quo despectio vestra per Nooeritis quod dits nostris Iiujus christianitatis titulum non placet isla conversio, nec non sublevetur ?... Nec lex miscetur ex illa christianorum aliquando rum legibus deorum nostrorum.

« Il est du reste à noter que, dans les deux groupes de légendes, s'est toujours par l'empereur Aurélien que l'on date. L'ancienne passion de saint Symphorien aura fourni ce détail. Ainsi, nous sommes en présence d'un ensemble de légendes sorties de la même plume, et ces légendes ont une même prétention : celle de raconter les origines d'églises importantes, situées à diverses distances autour de Lyon.

« L'auteur de cette collection de faussetés était sûrement bien intrépide dans le mensonge. On conçoit qu'il ait osé « retrouver », c'est-à-dire fabriquer de toutes pièces les histoires des saints de Saulieu, Dijon, Besançon, Valence ; il ne se heurtait ici à aucune tradition et surtout à aucun texte. Mais transporter dans la cité gallo-romaine de Langres toute une histoire arrivée en Cappadoce, et, cela, alors que cette histoire n'était nullement à l'état de tradition orale plus ou moins vague, alors que depuis longtemps elle avait été fixée par l'écriture, traduite en latin et répandue dans le pays, c'était là une entreprise tout à fait audacieuse. Pour l'aborder, il fallait être doué d'une rare confiance dans son propre talent de persuasion et dans la crédulité de ses semblables. Cette confiance ne fut pas trahie ; le légendaire du temps des rois burgondes créa une tradition qui dure encore ».

M. P. Batiffol a fait observer que dom d'Achéry tenait la copie du P. Quesnel. Avant lui, personne n'a fait mention de cette pièce que ne contient aucun manuscrit, dont ne parle pas Eusèbe dans ce qu'il dit de Théonas, ni saint Jérôme, qui n'est pas seulement tributaire d'Eusèbe, en sorte qu'à supposer qu'elle existât quelque part, le P. Quesnel est le premier et le dernier à l'avoir vue. Au reste l'identification de Théonas reste arbitraire et Lucien reste inconnu.

Quant au texte même de la lettre, il offre matière à d'autres observations : « Le prince n'est nulle part appelé Auguste, toujours princeps, et, ce qui est une grave inexactitude, il est une fois appelé César. Ce César Dioclétien nous est donné pour « un prince qui n'est pas encore chrétien. » A-t-on jamais pensé qu'il dût le devenir ? — L'impératrice a une suite composée de comités et de pedisequae : le terme de comités est inacceptable étant donné le sens officiel et exact de ce mot, à l'époque où l'on veut placer la rédaction de notre texte. — Lucien est praepositus cubiculariorum, titre dont on ne trouve aucune trace ni dans les auteurs, ni dans les inscriptions. — Les fonctions sont donc confusément indiquées ; Lucien a pour toute mission de diriger et de former les autres cubicularii (potentes omnes regulare et instruere), et c'est tout ». A ce titre, Lucien, semble-t-il, eût dû avoir quelque autorité sur le pœdagogium où s'élevaient tous les patricii. Mais il n'y est fait aucune allusion. — Pour les autres cubicularii (l'qui privatas pecunias principis deiind ; 2° qui vestes et imperialia ornamenta detinet ; 3° cui credita sunt vasa argentea, aurea, crystallina vel murrhina, escaria vel potoria ; 4° qui corpus principis curare habet) rien ni dans les inscriptions du haut Empire, ni dans les Notitia dignitatum, ne correspond exactement aux charges mal définies qu'on leur attribue ici. Leur hiérarchie, en outre, et leur nombre n'impliquent rien que de très simple et de très restreint », conception facice et contraire à ce que nous savons de la pompe et de la complication des services palatins, surtout à dater de Dioclétien. — On nous parle enfin d'une bibliothèque et d'un bibliothécaire du prince : or, il n'a jamais dû exister au palais autre chose que des archives sous la direction d'un magister scriniorum : si des empereurs, en effet, comme Tibère, Trajan ou Vespasien ont fondé des bibliothèques, c'a été pour le public. Voir Dictionnaire, t. II, au mot Bibliothèques ».

Gratias ago omnipotenti Deo, Gratias ago Domino Deo et Domino Jesu Christo nostro, per Spiritum Sanctum, qui te in hac sam orbem... manileslare ac generali titubatione et præsentiam in tyrannorum persécutionibus dilectissimæ sponsæ ecclesiæ, ainpliare non desinat suum sustentaculum, immo... ejus veritas tionem et consolalionem in magis ac magis splendit, ut sacerdotem vocauit, ut sis lujam pacem per bonum principem in Israël, et sic am- pem ecclesiis concessa, Christifidelium tionores mundanæ tiam coram militibus cum summa laude excinfidelibus luceant, et glorificetur ille, ita militiæ cælestis cetur... operosa ministeria alacriter percurras nec retrò...

Dans les deux pièces, nous retrouvons, avec le même début, la même contexture de périodes. Ce style nombreux et cicéronien qui attire le lecteur et surprend agréablement l'érudit, peu habitué à rencontrer ce mérite littéraire dans des documents d'une pareille date, comme aussi « ces exhortations banales, introduites toujours de la même façon, en un mot ces tours, cette manière que l'on a signalés dans la rhétorique du P. Vignier, tout cela se retrouve dans Théonas ».

Voici l'exemple d'un autre fait introduit par Aug. Boullier dans le dialecte et les chants populaires de la Sardaigne, d'après une découverte du cavalier Pietro Martini. « Nous avons, disait-il, une lettre écrite par l'un des évêques de l'île aux fidèles de son diocèse pour les exhorter à rester fermes dans leur foi et à suivre l'exemple de leurs pères et de leurs pasteurs, qui, dans les guerres contre les Sarrasins, n'ont jamais reculé devant le martyre. Cette lettre nous fait assister aux premiers bégaiements de la langue et aux premiers efforts de la nationalité. Éditée pour la première fois en 1846, dans un petit recueil « introuvable », réimprimé en 1864 par son inventeur dans les Pergamene codici e jogli carlacei di Arborea, raccolti ed illustrati du même Martini, elle est typographiquement disposée de manière à faire croire à l'existence de lacunes dans le manuscrit original, la fin surtout paraît avoir beaucoup souffert ; les lignes de points y occupent plus de place qu'ailleurs ; par bonheur, il s'est conservé quelques lettres de la dernière ligne et ces lettres contiennent précisément la date : domini DCCXXXX...

Les diplomatistes trouveront sans doute fort extraordinaire un document de 740 daté par l'année de l'incarnation, mais les philologues seront encore plus surpris de rencontrer dans un texte qu'on prétend du VIIIe, des formes telles que celles-ci : pasquiri (pascere), des locutions aussi modernes que : « triompher de » (hat semper triumphadu de issos Maumetanos).


III. Fausses vies de saints. — Suspecter la véracité d'auteurs « dont la vérité éclate à chaque ligne » est, paraît-il, un acte irrespectueux : cependant cette véracité cache souvent le mensonge et s'il est mortifiant d'en convenir, il est plus coupable de s'y exposer tout de le faire voir. Quel but ont donc poursuivi ceux qui assaisonnent d'épisodes merveilleux et de miracles des événements dont ils ont tout au plus appris l'existence, des personnages dont ils ont su, au plus juste, le nom et quelquefois le pays et l'époque ? On qualifie les écrits rédigés dans ce but, de littérature édifiante, d'où il est permis de conclure que tout le monde ne s'édifie pas de la même façon. Ces auteurs ont un premier but, triompher ; ils sont des hagiographes, mais par-dessus tout ils sont des faussaires, ils veulent falsifier la vérité et ils y parviennent, ce qui ne mérite certes pas les circonstances atténuantes.

« C'est aussi à cette époque que se rapporte son éducation. Il a un style affecté et, sans être tout à fait maître de la grammaire, il laisse voir dans sa langue des traces d'une éducation classique et il étale des expressions grecques. Il n'avait, au contraire, aucun sens du celtique : il dérive condalisco de condere et quand il explique Isarnodorus comme un mot de la lingua gallia, par ferreum hostium, les anciens Gaulois auraient dû parler allemand pour arriver à la porte de fer (eisernes Thor). Le biographe comprenait donc l'allemand et aussi le français, car il écrivait sermonem aut muttum (mot) et venire ad mansum (venir à la maison), ce que n'aurait pu faire un contemporain d'Eugendus, car ces mots n'ont pénétré dans le latin qu'au IXe comme le montrent les exemples de Du Cange. Les trois Vies Romani, Lapicini Eugendi, que Adon paraît avoir eu déjà à sa disposition sont une pure falsification et doivent être rayées de la liste des documents historiques ».


IV. Fausses décrétâles. — A lui seul, le nom de Fausses décrétâles éveille le souvenir de contestations acrimonieuses et d'interminables polémiques. Il n'y sera pas fait allusion ici. Dans l'histoire des falsifications célèbres, les fausses décrétâles tiennent un rang mémorable parce qu'elles ont été exploitées en vue d'intérêts positifs ; mises sous le nom de pontifes romains, elles ont longtemps influencé le jugement des historiens soucieux avant tout de se ménager les applaudissements et les récompenses. Cependant il n'existe pas de documents auxquels les papes de Rome soient plus complètement étrangers. Leur origine s'explique par un calcul qui ne fut peut-être que naïf à une époque où la probité littéraire semble ne pas exister. Un certain Isidore faisait métier de fournir de pièces fausses aux corporations ou aux individus dans l'embarras. Était-il fort estimé de ses contemporains ? On voudrait pouvoir en douter. En tout cas, les produits de son officine gagnaient à ne pas laisser deviner la main du fabricant. C'est ainsi que, pour donner le change sur la source d'un de ses produits les plus travaillés, Isidore n'hésita pas à recourir aux grands moyens, il changea de nom et adopta le sobriquet, que d'ailleurs il rendit fameux, de Mercator. Ainsi grimé, Isidore donna corps à son idée. Il avait observé dans les notices du Liber pontificalis romain, le soin apporté à rappeler et à résumer les décisions canoniques des papes, décisions importantes mais perdues ou considérées comme telles. Cette perte était assurément regrettable, aussi quel accueil ne réserverait-on pas à celui qui les retrouverait et les donnerait au public ? Il suffisait de s'y appliquer, c'est ce que fit Isidore Mercator.

Un premier point, et capital, consistait à ne rien omettre de ce qui pouvait donner crédit à l'ouvrage et, pour cela, il fallait rechercher quelques épaves d'une authenticité certaine qui serviraient de pierre de touche pour tout le reste. Isidore retira du Liber pontificalis quelques sentences indubitablement anciennes et leur fit un sort dans sa collection. La notice du pape Évariste contenait cette phrase : septem diaconos ordinavit qui custodirent episcopum prædicantem, propter silum veritalis. Isidore s'empara de ces paroles et composa sous le nom d'Évariste une décision dans laquelle il intercala l'obligation d'instituer dans chaque cité un corps de sept diacres qui custodient episcopum. Même procédé à l'égard du pape Alexandre dans la notice duquel Isidore prélève deux lambeaux. Hic passionem Domini miscuit in prædicatione sacerdotum quando missæ celebrantur. — Hic constituit aquam sparsionis cum sale benedicto in habitaculis hominum ; autour de ces phrases, Isidore composera sa décrétale. Une fois en possession de cette facile méthode, l'auteur s'y complaît. Sixte Ier lui fournira aussi matière à une décrétale et aussi le pape Téléspore. Ici, le faussaire procède avec prudence ; il commence par emprunter à la notice trois décisions relatives au jeûne qui précède la fête de Pâques, à la messe de minuit, à l'heure de la célébration des messes, à la récitation solennelle du Gloria in excelsis ; cela fait, il produit sa contrebande à laquelle nul ne refusera crédit. Lorsqu'il arrive au pape Jules, Isidore introduit dans sa trame des passages que les érudits reconnaîtront sans peine et retrouveront facilement parmi les renseignements contenus dans l'Histoire tripartite de Cassiodore.

On a vu la méthode, maintenant voici le but auquel tend l'auteur.

Ce but est strictement celui que peut se proposer un faussaire qui se préoccupe beaucoup moins du passé que du présent. Au temps d'Isidore, c'est-à-dire au IXe, la puissance de l'Église était assez redoutable et ses richesses assez considérables pour provoquer maintes entreprises de la part des pouvoirs laïques. Les évêques occupent dans la société du temps une situation morale et matérielle avec laquelle il faut compter ; dès lors, le procédé le plus efficace pour lutter contre eux est de les mettre en accusation, de les priver de leur siège et, à la faveur du trouble qui en résulte, s'emparer d'une partie de leurs biens, sinon de la totalité ; en sorte que « les règles destinées à combattre l'abus des accusations se retrouvent, on peut le dire sans aucune exagération, à toutes les pages de la collection ». « La défense des droits des évêques dépossédés, tel est le but principal vers lequel convergent toutes les théories de l'auteur et la plupart des textes qu'il assemble ou fabrique ». C'est par là que la situation à laquelle il s'agit de remédier nous instruit sur l'état de l'Église franque au début de l'époque carolingienne.

Isidore se soucie peu des redites parce qu'il sait que c'est à ce prix qu'il inculquera la conviction qu'il veut faire pénétrer. Il ne nie pas absolument la culpabilité possible des évêques, ce qui pourrait jeter de nouveaux embarras ; mais il soutient que l'inférieur ne doit pas accuser son supérieur, et que le laïc ne doit ni peut s'attaquer au clergé et à l'épiscopat. De tribun aux laïques il ne saurait être question, pas plus que de tribun aux ecclésiastiques improvisés et incompétents : Pergamina judicia generali sanctione prohibemus, quia indignum est ut ab externis judicetur, qui compellitur ad se eleclos debet habere judices. Le clerc relève de son évêque, l'évêque relève du concile provincial, présidé par le métropolitain, à moins qu'on ne s'adresse directement au pape à qui appartient l'appréciation sur la sentence rendue par le concile provincial. Une fois la juridiction établie, il s'agit d'exposer la jurisprudence. Aucun procès ne peut être poursuivi en l'absence de l'accusé, à qui l'on doit, jusqu'au jugement, épargner toute vexation, exil ou incarcération. C'est en inculpé libre qu'on doit s'offrir à ses juges, et s'il arrive que l'inculpé est reconnu coupable, une fois sa pénitence faite et sa faute expiée, il reprendra sa situation précédente, et, si de graves difficultés y font obstacle, l'évêque sera transféré sur un autre siège : ce qui est alors une grave innovation.

Pénétré des principes du droit romain, Isidore soutient que c'est à l'accusateur à fournir la preuve objective de ce qu'il avance, que les témoins qu'il produit offrent toutes les garanties, enfin il avance, d'après un apocryphe ancien, que la condamnation d'un évêque réclame la déposition de soixante-douze témoins. L'aveu même de l'accusé ne suffit pas, il peut avoir été extorqué, surtout s'il est fait par écrit.

Afin de défendre efficacement le patrimoine ecclésiastique, Isidore s'efforce de mettre ses protecteurs naturels, les évêques, à l'abri des convoitises déguisées sous forme d'accusations juridiques. Pour garder les biens, il faut mettre les évêques et les clercs à l'abri des manœuvres extérieures et des tentations de la cupidité, et c'est pour quoi Isidore recommande la vie commune ; à cinq reprises différentes, il rappelle l'exemple de la primitive Église de Jérusalem, c'est l'unique remède qu'il préconise, nulle part il ne paraît se douter que les maux produits par la richesse seraient guéris peut-être si l'Église renonçait à acquérir sans cesse de nouveaux domaines, si elle partageait ses biens immenses pour ne garder que l'indispensable aux frais du culte, à l'entretien du personnel et des édifices, au soulagement des misères urgentes. Ce point de vue ne l'a pas effleuré. Isidore compte peu sur la résistance de l'Église franque, c'est dans l'Église romaine qu'il place sa confiance, ce qui l'entraîne à rappeler complaisamment les privilèges, les grandeurs de celui qui succède à saint Pierre et possède la juridiction universelle, sur ses collègues isolés ou réunis en conciles. Il est absolument vrai de dire qu'Isidore, désireux de dégager l'Église franque de l'étreinte du bras séculier, a bien plus besoin du pouvoir du Saint-Siège pour y appuyer les évêques, que les papes n'ont besoin d'Isidore pour étayer leur propre pouvoir. Mais les fausses décrétâles n'eussent été rédigées dans les termes où nous les possédons, si le Saint-Siège n'eût été, au temps de leur rédaction, en possession d'un pouvoir dont il était indispensable d'obtenir le concours afin d'assurer l'indépendance nécessaire à l'Église dans l'Empire franc.

La réunion de plusieurs diocèses constitue la province ecclésiastique modelée sur les divisions administratives de Rome ancienne. Elle comprend dix ou douze Églises. Le texte célèbre de pseudo-Pélage II sur la province ecclésiastique : scitote certam provinciam esse quae habet decem vel undecim civitates et unum regem et totidem minores potestates sub se et unum episcopum aliosque suffraganeos decem vel undecim episcopos judices, procède d'une lettre de saint Grégoire Ier à saint Augustin de Cantorbéry sur la composition des provinces anglaises et d'un texte de la collection irlandaise. La province ecclésiastique est gouvernée par le concile provincial, car, à lui seul, le métropolitain ne serait pas compétent. Selon Isidore, le pouvoir du métropolitain doit être contenu et cette opinion lui est commune avec son époque où il ne manquait pas de gens pour blâmer et pour redouter les empiétements des métropolitains.

Au-dessus des métropolitains prendront place les primats et patriarches « , entre lesquels Isidore ne fait pas de distinction. Toujours préoccupé de calquer l'administration ecclésiastique sur l'ancienne administration civile, il place des primats dans les provinces civiles qui possédaient jadis des primi flamines. « Quant à la désignation plus précise du siège des primaties, elle ne se déduit pas facilement des fausses décrétales. Un texte du pseudo-Anaclet cite parmi les sièges primatiaux de Rome, Alexandrie et Antioche ; pour les autres cités, qui ont reçu des primats soit des apôtres, soit de saint Clément, soit d'Anaclet lui-même, le pape dit qu'il en joint la liste à sa lettre ». Malheureusement, Isidore n'a point fabriqué cette liste, qui n'eût pas peu contribué à fixer ses idées. D'autre part un canon apocryphe placé dans une lettre de pseudo-Jules est ainsi conçu : Quod non aliæ metropolitanæ ecclesiæ vel primates sint, nisi illæ quæ prius primates erant et post Christi adventum auctoritate apostolica et synodali primatem habere meruerunt. Un canon apocryphe cité par pseudo-Jules est ainsi conçu : Primates non alii sunt (nisi) qui in prædicta Nicæna synodo sunt constituti. La même idée est exprimée par pseudo-Isidore dans une lettre attribuée à Félix II. Est-ce à dire que, pour Isidore, il n'y ait d'autres primaties que celles mentionnées dans le vième canon de Nicée, c'est-à-dire les primaties de Rome, d'Alexandrie et d'Antioche ? Je ne le crois pas ; il admet sûrement d'autres provinces civiles, sur lesquelles il ne s'explique pas. D'ailleurs, il ne semble pas favorable à cette institution. Pour lui, la primatie est de droit étroit. Pseudo-Anicet déclare qu'il ne faut plus créer de primats, à moins qu'une nation tout entière ne se convertisse à la foi chrétienne, car, en ce cas, il pourrait être utile de donner un supérieur unique à de très nombreux évêques. Sur les attributions des primats, qu'Isidore envisage surtout au point de vue judiciaire, il y a longtemps qu'on a remarqué l'incohérence de ses décisions ; visiblement c'est une institution qui n'a qu'une importance secondaire dans sa conception pratique de l'organisation de l'Église.

V. Fausses liturgies. — La plus célèbre est celle qui fut mise sous le nom de saint Clément le Romain et qui compose les chapitres v-xv du livre VIII des Constitutions apostoliques. Composée au seuil du Ve, mais devant faire figure dans un recueil où rien n'est admis s'il ne peut se réclamer du nom d'un apôtre, c'est déjà presque une concession d'avoir choisi Clément alors qu'on avait autant de motifs de prendre Pierre, Paul, Jacques ou Jean, ou tout autre ; mais Clément jouissait d'une large réputation d'écrivain, d'organisateur, son nom estampillait déjà beaucoup de productions douteuses, la raison fut sans doute jugée suffisante pour mettre sous son patronage une liturgie qui d'ailleurs se réclamait des apôtres André (chap. vi) et Jacques le Majeur (chap. xii). L'auteur nous est connu ; c'est le même qui a manipulé les épîtres de saint Ignace d'Antiochie, la Didascalie, la Didaché. Gonflant ces deux derniers ouvrages jusqu'à en faire les sept premiers livres des Constitutions apostoliques. S'étant ainsi fait la main, l'auteur a pensé avec raison qu'il pouvait risquer une liturgie et il s'est mis à l'œuvre. Il a abouti à une « liturgie de fantaisie ; » simple distraction, une gageure peut-être, destinée au délassement de son auteur, correspondant à quelqu'une et même à plusieurs des liturgies en vigueur vers la fin du iv ou le début du v siècle. Voir Dictionnaire, t. iii, col. 2748-2792.

Il suffit de parcourir les deux volumes de Renaudot, Liturgiarum orientalium collectio pour s'administrer la preuve que les liturgies n'ont pas été moins suggestives aux faussaires que les autres branches de la littérature ancienne.


VI. Faux canons disciplinaires. — On en peut dire autant de la littérature considérable mise sous le nom de « canons apostoliques » et dont nous avons déjà parlé. Voir Dictionnaire, t. ii, col. 1910-1950. à lui répliquer, et le roi remet la discussion au lendemain. Le 3 septembre, Avit parle de nouveau, et Boniface lui répond, non par des arguments, mais par des injures, qui excitent la colère du roi. Avit se croit alors sur le point de succès, il presse Gondebaud de se déclarer catholique ; il propose aux Ariens de se rendre avec lui au tombeau de saint Juste et assure que, là, le Seigneur ne manquera pas de se prononcer, par quelque miracle évident, pour sa foi contre la leur. Mais le roi, fatigué ou indécis, prend le parti de renvoyer l'assemblée sans rien conclure. L'entreprise avorte ainsi, comme l'avait fait prévoir le présage de la nuit d'avant la fête. Toutefois, plusieurs particuliers ariens se convertissent et, au bout de quelques jours, reçoivent le baptême catholique.

Il est facile de déterminer l'année où ces faits sont supposés se passer. À deux reprises, Gondebaud, dans ses conversations avec saint Avit, parle du roi des Francs, qui, dit-il, le menace d'une guerre et cherche à soulever contre lui son propre frère. Or, c'est en 500 que Clovis, roi des Francs, et Godegisèle, frère de Gondebaud, s'unirent pour attaquer celui-ci ; la même année, Gondebaud réussit à vaincre son frère et le fit périr. Le colloque, qui eut lieu, dit-on, le jour et le lendemain de la saint Juste, 2 et 3 septembre, ne peut guère être rapporté qu'à l'année qui précéda cette guerre, c'est-à-dire à l'an 499 de notre ère. C'est, en effet, la date à laquelle l'ont fixé tous les historiens.

La relation du colloque est écrite en un style simple et clair qui attache le lecteur et surprend agréablement l'érudit, peu habitué à rencontrer ce mérite littéraire dans les documents du v et du vi siècle. De plus, on y remarque des traits de caractère qui donnent au récit une assez grande apparence de vérité. Saint Avit, théologien convaincu et controversiste passionné, croit ses arguments irrésistibles et ne cherche que l'occasion de les produire. À peine a-t-il salué le roi dans sa maison de campagne, qu'il l'interpelle et le somme en quelque sorte d'ordonner une discussion entre les représentants des deux sectes chrétiennes ; et il n'attend pas l'ordre royal pour entamer cette discussion contre Gondebaud lui-même. Plus tard, quand il voit les docteurs ariens embarrassés de répondre à ses raisonnements, il s'écrie, avec une confiance naïve : Si vous n'avez rien à répondre, pour quoi ne vous convertissez-vous pas à mon opinion ? Gondebaud, au contraire, se montre uniquement occupé des soucis de son gouvernement. Aux prélats qui lui parlent de théologie, il parle politique : Si votre religion est vraie, dit-il, pour quoi le roi des Francs, qui la professe, m'attaque-t-il injustement ? Il consent à la discussion demandée, mais il ne veut pas qu'elle soit publique de peur d'agiter le peuple. En séparant l'assemblée, il renvoie les évêques avec de belles paroles, leur dit de prier pour lui et se montre touché de leurs arguments, mais il n'a garde de choquer son peuple en embrassant leur foi. Un autre type de politique est le courtisan Arédius, qui professe le catholicisme, mais favorise l'arianisme pour plaire au roi, et qui essaie d'arrêter la conférence en représentant aux évêques que ces disputes aigrissent les esprits sans utilité. Rien n'est plus ordinaire et plus vraisemblable aussi que le procédé de discussion imputé au docteur arien Boniface qui, au lieu de répondre aux raisons de son adversaire, se borne à lui poser des questions subtiles et difficiles, dont il semblait, dit le narrateur, qu'il voulait fatiguer l'esprit du roi. Tous ces traits sont d'un naturel parfait et composent un tableau plein d'agrément et de vie.

Mais ces qualités n'empêchent pas que cette relation, si on la soumet à un examen critique, n'offre des difficultés sérieuses.

D'abord le document est trop précis, trop complet, tout y semble trop prévu pour satisfaire la curiosité historique. Un contemporain n'avait guère d'intérêt personnel à rapporter avec ce détail une conférence sans résultats. Vignier qui avait laissé sans un mot d'explication les neuf pièces rencontrées parmi ses papiers et publiées après sa mort, déroge à son silence pour celle-ci qu'il a trouvée, dit-il, dans un ouvrage inédit sur les miracles de saint Juste. Mais ce livre a péri, personne ne l'avait vu auparavant, personne ne l'a vu depuis.

L'évêque Stephanus qui convoqua la conférence succéda à Ruslicus ou Raslicius dont l'épitaphe nous apprend qu'il mourut le 25 avril 501 ou 502. Son successeur n'a pas dû faire acte d'épiscopat avant cette date et par conséquent en 499. Il est vrai que l'épitaphe de Rusticus était encore inconnue en 1656 et Vignier est mort en 1661, il a dû se croire en règle avec la chronologie, n'eût été la malencontreuse trouvaille :

Trois autres évêques sont nommés, ceux d'Arles, de Valence et de Marseille, sous cette forme : De Arelate Enius, de Valentia... de Massilia...ius ; cette double lacune s'explique par le fait que la succession des évêques de ces deux derniers sièges n'est pas connue à cette date -. De plus, il est douteux qu'un évêque d'Arles ait consenti à se rencontrer avec son collègue de Vienne, car on sait le conflit aigu entre ces deux sièges ; plus aigu que jamais en 499. Depuis un demi-siècle, saint Léon Ier s'était flatté d'apaiser ce différend en divisant la province romaine de Viennoise en deux provinces ayant chacune leur métropole, l'une à Vienne, l'autre à Arles, mais Anastase II (496-498) avait cassé cette décision et mis le siège d'Arles sur le pied de suffragant de Vienne : c'était saint Avit qui avait obtenu ce succès dont saint Eone payait les frais, et ce dernier s'empressa de circonvenir le pape Symmaque, successeur d'Anastase, de qui il obtint, en l'an 500, la restitution de ses droits de métropolitain. Ainsi, au moment du prétendu colloque, les deux évêques de Vienne et d'Arles avaient toutes les raisons pour ne pas se rencontrer et même pour s'éviter. Mais, il y a plus encore. Pour quoi l'évêque d'Arles, Eone, serait-il allé à Lyon, chez le roi des Burgondes, alors que son siège appartenait au royaume des Wisigoths.

Enfin, s'il est vrai que beaucoup de détails du récit se distinguent par un air de vérité assez séduisant, la règle n'est pas sans exception, et il faut signaler vers la fin un trait d'une invraisemblance choquante. Saint Avit, pour avoir raison de la résistance des Ariens, s'engage publiquement à obtenir du ciel un miracle qui les confonde : Si nos raisons, dit-il à Gondebaud, ne peuvent convaincre ces gens-là, je ne doute pas que Dieu ne fasse un miracle pour confirmer notre loi ; ordonnez-leur d'aller avec nous au tombeau de saint Juste ; nous interrogerons le saint sur notre foi. Boniface l'interrogera sur la sienne et le Seigneur prononcera par la bouche de son serviteur. Un procédé aussi simple, pour trancher les difficultés théologiques, aurait sans doute été souvent mis en usage s'il était admis par l'Église ; mais l'Église ne peut admettre qu'un homme, fut-ce un évêque, promette de son chef une intervention miraculeuse du ciel, et semble ainsi vouloir contraindre en quelque sorte la Divinité d'obéir à ses commandements. Les Ariens sont à leur aise pour répondre, comme ils le font dans le récit qui nous occupe : Nous ne voulons pas recourir aux incantations et aux maléfices, comme Saül, qui a été maudit ; nous nous en tenons au témoignage de l'Écriture, qui est plus forte que tous les prodiges.

Les paroles prêtées à saint Avit sont, de plus, imprudentes : si, après une pareille promesse, le miracle annoncé venait à manquer, quel effet désastreux sur ceux que l'on prétendait convertir ! Il n'est pas possible de croire qu'un prélat éminent et éclairé, comme l'était saint Avit, se soit laissé entraîner à parler aussi légèrement, et il suffirait de ce trait pour faire suspecter la pièce entière.

Voilà les raisons de douter de l'authenticité du récit en question. Mais, dira-t-on, si c'est une fabrication, où le faussaire en a-t-il trouvé les éléments ? A-t-il eu assez d'imagination pour inventer les faits qu'il rapporte ? Non ; il a pris l'idée de ces faits dans divers passages des œuvres de saint Avit et de quelques autres textes anciens. Il n'a eu qu'à recueillir ces traits épars et à les coordonner.

L'idée d'une conférence théologique entre l'évêque de Vienne et le roi Gondebaud était fournie par une lettre qui fait partie des œuvres de saint Avit. L'évêque, écrivant au prince catholique Sigismond, fils de Gondebaud, lui rend compte des efforts qu'il a faits, dans une discussion suivie, pour détacher le roi de l'hérésie arienne. Il résulte des premières lignes de la même lettre que cette conférence avait eu lieu au moment d'une fête. L'idée que les prêtres ariens avaient pris part au débat pouvait encore être tirée du même texte. Celle de placer la conférence dans la ville de Lyon et d'y faire figurer plusieurs évêques catholiques, assemblés en une sorte de concile, a dû être suggérée par une autre lettre du même recueil. Une fois le lieu de l'assemblée fixé, il était assez naturel de choisir, pour l'occasion de cette réunion, la fête de saint Juste : plusieurs passages, tant dans la correspondance de saint Avit que dans celle de Sidoine Apollinaire, font allusion au concours de fidèles que cette fête amenait chaque année à Lyon. Quant au choix de la date, il convenait qu'elle fût rapprochée de l'époque de la guerre entre Gondebaud et Clovis, pour permettre des allusions historiques qui donneraient plus d'intérêt au récit ; mais il fallait aussi que le royaume bourguignon ne fût pas envahi, pour que le roi eût encore le loisir de s'occuper de discussions théologiques : on satisfait à ces deux conditions en admettant que la conférence avait eu lieu à la veille des hostilités, au moment où Clovis menaçait la Bourgogne, mais ne l'attaquait pas encore.

Dans le détail même, on retrouve aisément les passages qui ont inspiré telle ou telle phrase du récit apocryphe. Quand Gondebaud dit aux évêques : Mes prêtres, sacerdotes mei, sont prêts à vous prouver que, etc., cette expression rappelle celle de saint Avit écrivant à Sigismond que le roi lui a demandé par cent plusieurs passages de l'Écriture pour les soumettre à ses prêtres, sacerdotibus suis. L'ordre que Gondebaud donne ensuite de ne pas tenir la conférence en public, mais seulement devant un petit nombre de personnes, fait penser à un autre passage de cette lettre, où saint Avit semble louer le roi d'avoir ordonné que la discussion qui a eu lieu entre eux restât secrète. Toujours dans la même lettre, Avit se plaint des questions embrouillées que les docteurs ariens ont imaginées pour l'embarrasser : dans le colloque, on représentait l'arien Boniface appliqué à entraver la discussion en proposant des questions faciles dont il semblait vouloir fatiguer le roi. Grégoire de Tours aussi a été mis à profit. Il a fourni l'histoire de l'union de Godegisèle avec Clovis contre Gondebaud, qui motive les plaintes de celui-ci ; l'épisode des présages tirés de la lecture des livres saints ; l'éloge de l'éloquence de saint Avit, reproduit en termes plus vifs dans le récit du colloque ; le personnage épisodique du courtisan Arcadius, qui, dans ce récit, comme dans une occasion racontée par Grégoire, met au service des intérêts de son roi les ressources de son esprit délié et de son caractère peu loyal. Enfin, un passage d'Ennodius, dans la vie de saint Épiphane de Pavie, aura suggéré l'idée de la visite que les évêques catholiques font au roi Gondebaud dès leur arrivée à Lyon. L'époque de la fabrication peut être déterminée à quelques années près. Les lettres de saint Avit auxquelles le faussaire a fait des emprunts ont été publiées pour la première fois en 1643 ; la fausse relation elle-même a été imprimée en 1661 ; le faussaire l'a donc composée après 1643 et avant 1661.


VIII. Faux actes juridiques. — Le cas le plus ordinaire que nous rencontrons est celui d'un acte faux inspiré par l'intérêt. Tantôt l'intérêt consiste à se soustraire à une obligation onéreuse, tantôt à imaginer un droit fictif, tantôt à exploiter l'ignorance ou la passion des intéressés en les fournissant d'actes favorables à leurs prétentions ; il est rare qu'on se livre à la fabrication des faux par dilettantisme et sans en attendre une rémunération. Les supercheries les plus grossières, celles d'un Vrain-Lucas par exemple, peuvent trouver créance, acquéreurs et défenseurs ; néanmoins, il nous paraît superflu d'accorder un instant d'attention à de semblables productions. La falsification des actes peut être envisagée à un point de vue moins épisodique.

Tout acte onéreux peut faire l'objet d'une action de la part de celui qu'il atteint ; action juridique, s'il est honnête, action violente s'il est malhonnête, c'est-à-dire qu'il peut tenter de supprimer l'acte, de le falsifier ou enfin de le renier. Dans ce dernier cas, on allègue la falsification et c'est pour prévenir celle-ci dans la mesure du possible que, dès l'antiquité, on multiplia les précautions. Celles-ci n'étaient pas superflues à une époque où les dominations étrangères en se succédant prenaient peu de souci de la transmission du droit ; par contre, les bureaux veillaient et, pour avoir un motif de durer et de retenir leur personnel, ils multiplièrent les copies, les expéditions, les transcriptions auxquelles chacun trouvait son compte, puisqu'on y voyait une garantie, une sécurité qu'on ne pouvait se plaindre de payer un peu cher.

Voici, pour l'antiquité, principalement en Égypte et en pays helléniques, les principales mesures de précaution adoptées : 1° le signalement des personnes coopérant à l'acte donné par le tiers rédacteur ou — plus rarement — par la personne signalée elle-même ; — 2° l'apposition de leurs cachets ; — 3° leurs autographes (sous forme d'une phrase plus ou moins développée) ; — 4° la confection de l'acte par devant témoins ; — 5° sa confection par une personne ayant (plus ou moins) foi publique : banquier, notaire ou fonctionnaire ; — 6° la déposition de l'acte en lieu sûr : auprès d'un simple particulier ou d'un personnage public ; — 7° l'enregistrement public des actes ; 8° la conservation officielle de leurs copies. Tout ceci se rencontre à peu près communément, et sans distinguer les époques, sur les papyrus, et on n'en trouve presque aucun dans le système romain, qui se fait remarquer par l'absence d'intervention officielle sur les actes et affaires privés pendant la République et le Haut Empire. L'intervention officielle n'apparaît que pour l'ouverture du testament et pour l'affranchissement par un maître mineur de 20 ans ou d'un esclave de moins de 30 ans. Tout le reste se fait devant les testes signalores et non devant l'autorité ; même le notariat proprement dit s'est développé tardivement et lentement chez les Romains. Sous l'Empire, la bureaucratie gagne sans cesse du terrain, mais ne parvient pas à égaler l'absolutisme bureaucratique de l'administration royale d'Égypte.

Chez les Grecs, nous le voyons par plusieurs testaments des philosophes, on mettait l'acte en dépôt chez un tiers ; cet usage semble rare et tout à fait exceptionnel chez les Romains, où la forme la plus fréquente d'authentification est la testatio rédigée en deux doubles au nom des testes signatures, qui ferment ensuite de leurs cachets la scriptura interior.

Chez les Babyloniens, on avait trouvé mieux encore. Les deux doubles de l'acte étaient écrits sur des plaques d'argile dont l'un s'emboîtait dans l'autre, formant étui. Le notaire qui les a rédigés se nomme et appose son cachet, le contrat est introduit dans l'étui qui porte la copie et que l'on ferme en repliant ses bords, puis le tout est cuit au four. Désormais, pour lire l'acte, il faudra briser l'enveloppe extérieure qu'on ne peut réparer sans laisser des traces visibles. Impossible de falsifier l'écriture après la cuisson, impossible aussi d'opérer des grattages. L'unique ressource consistait à forger un acte entièrement apocryphe, mais la falsification d'un acte existant était impossible.

Pour les actes grecs et romains, toute la garantie de la fermeture consiste en un fil noué autour du papyrus ou des tablettes de cire, et sur ce fil et son nœud les parties ou les témoins ont posé leurs cachets d'argile ou de cire. Pour éviter la violation de fermeture, on recourait à trois systèmes : le fil simplement noué autour de l'acte, ou bien passant par deux entailles assez profondes, ou bien traversant l'acte. Pour les papyrus, on le coud au travers ; pour les tablettes, on le passe par deux trous ad hoc, percés au milieu des bords. Pour les tablettes de cire, le sénatus-consulte néronien prescrit (avec triple fil) ce procédé sous peine d'invalidité ; aliter tabulae prolatae nihil valentur.

Pour les actes gravés sur bronze, l'altération était impossible sans laisser un vestige toujours reconnaissable. L'emploi du parchemin est rare dans le haut Empire et un texte écrit sur parchemin avec de l'encre non métallique s'enlève avec une facilité absolue, mais précisément, en vue du parchemin, les anciens paraissent avoir inventé et ordinairement employé une encre métallique à base d'oxyde de cuivre. Pour les papyrus, l'enlèvement sans laisser aucune trace du texte était donc difficile, mais non impossible. Avec l'encre non métallique, il suffisait de laver à l'éponge, au pinceau ou simplement au doigt mouillé. Ce lavage, qui ne laisse pas de traces sur notre papyrus bruni, se trahissait-il peut-être sur le papyrus neuf, blanc et brillant ? Ce n'est pas impossible, mais à l'appui de cette remarque, on ne peut citer qu'une phrase d'Ausone qui accompagne sa poésie d'une éponge pour l'effacer : cnil candis pariter versibus oblimat fulvam laclicolor spongia sepiam.

La carie est nettoyée, sans doute, mais ne laisse pas que d'offrir des vestiges, des nuages dont on se préoccupe peu, mais qu'un faussaire ne doit pas tolérer.

Ammien Marcellin raconte l'histoire d'un faux qui favorise l'opinion sur la facilité des faux sur papyrus : Pour ruiner un grand personnage, on lui demande de nombreuses lettres de recommandation (litterae ad amicos, epistolae ; une fascem ; epistolae) et après avoir lavé leur texte : peniculo serie litterarum abstersa, sola incolumi relicta subscriptione, on y écrit des sollicitations révolutionnaires adressées à de nombreux amis de la victime. L'accusation de haute trahison trouve des contradicteurs et est discutée avec passion au consistoire impérial, sans que le faux soit remarqué et ce n'est que longtemps après qu'un juge le découvre : contemplons diligentius scripta apicum que prislinoriim relictias quasdam repérions.

Pour les tablettes de cire, le faussaire pouvait remplacer toute la couche de cire d'une tablette à la condition de donner à la cire la composition ou la couleur de l'original. Mais ce remplacement intégral était impossible, dans certains cas, par exemple, dans les pages d'un registre, ou dans le cas d'une tablette qui, outre le texte en question, portait des autographes ou des cachets, que le faussaire n'entreprenait pas de contrefaire. Il est à peu près impossible d'effacer l'ancienne écriture sans laisser de traces. Déjà, l'enlèvement total des lettres est difficile si elles sont tracées avec un style mince et pointu ; en tout cas, à force de frotter, on fera disparaître le mat qui caractérise la cire fondue. Pour rétablir l'aspect primitif de la cire, il faut fondre à nouveau la partie à retoucher et ceci entraîne une dépression et des inégalités. Pour empêcher la falsification, on recourait au cachet et à l'autographe. Le cachet dans les actes était accompagné de l'indication (plus tard autographe) du nom : adscriptio. Le cachet ferme l'acte, il en garantit soit le secret, soit la sincérité. L'usage et la possession des cachets diminuant sous l'Empire, les juristes classiques déclarent valable l'apposition faite en son propre nom, d'un cachet d'autrui, mais ils ne disent rien du cas inverse où le cachet est imposé au nom du possesseur mais par un tiers. Si c'est en présence du possesseur du cachet, on n'a pu mettre en question l'authenticité ; mais si c'est en son absence, le cas devient douteux. C'est le cas du « garde du sceau » byzantin ou mérovingien.

En droit romain, l'apposition du cachet faite au nom du consentant, mais absent, peut toujours être arguée de faux, peu importe que ce soit un mandataire infidèle qui abuse du cachet ou un tiers qui l'a volé et trouvé ou en fait un usage abusif. Dans les deux cas, c'est un faux.

La contrefaçon des cachets bien gravés était difficile, mais n'était pas impossible à un faussaire ; c'était au possesseur du cachet à faire la preuve et à obtenir la vérification du faux. Les cachets romains ne portaient pas le nom du possesseur, ni son image, mais un symbole, d'où une extrême incertitude. Au contraire, nous voyons sur le cachet de Childéric le portrait et le nom du roi. Afin de parer à cette sorte d'anonymat, on plaçait le cachet tout contre la signature autographe ; ou bien on indiquait dans le corps de l'écrit la gravure du cachet. On lit dans Flavius Josèphe, la lettre d'un roi de Sparte aux Juifs où il indique l'image de son cachet et le nom du porteur de la lettre, et surtout dans deux testaments gréco-égyptiens du IIe après J.-C. où chaque témoin, dans sa subscriptio autographe, indique la gravure de son cachet en même temps que son propre signalement. Au moment où le cachet devait sortir ses effets, on le faisait reconnaître comme authentique et intact : soit par le possesseur, s'il était présent, soit par des tiers ayant intérêt et qualité pour faire une telle reconnaissance : tels les cosignataires d'un témoin absent (par exemple dans les ouvertures de testaments des papyrus de Ravenne), ou encore le destinataire d'une lettre (par exemple dans les comédies de Plante). On ne rencontre aucun témoignage certain qu'il fut procédé à une confrontation du cachet contesté avec d'autres authentiques. Le cachet était appelé sinon à disparaître du moins à devenir de moins en moins fréquent, à mesure que se vulgarisait l'usage de l'écriture ; aussi, l'autographe va se substituer assez généralement au cachet. On en a la preuve dans les papyrus ptoléméens, puis dans le droit romain. L'autographe et le contenu détaillé sont exigés, tandis que le cachet devient presque dérisoire par l'autorisation de prendre un cachet quelconque, fût-ce celui du testateur.

La loi Cornelia réprime le faux commis dans une signatio, mais sous l'Empire on va plus loin et la loi atteint même le falsum sine consignatione, en particulier au cas si quis alienum chirographum imitetur.


IX. Faux diplômes. — On s'est livré activement au Moyen Âge à la fabrication des faux ; églises et monastères n'hésitaient pas à s'attribuer des droits imaginaires et des privilèges profitables, en invoquant les noms des plus célèbres souverains. Clovis, Dagobert, I Charlemagne furent principalement exploités. Nous avons déjà donné la liste plus ou moins complète des diplômes attribués à Dagobert I (voir ce mot). Quoiqu'il en soit de la probité et de la loyauté que font entrevoir la confection de pareils documents, ceux-ci restent intéressants, quoi que faux, parce que la plupart remontent à une période très ancienne.

Les faux ne sont pas seulement fabriqués dans un intérêt de cette nature ; on fabrique également, et dès une époque ancienne, des fausses généalogies susceptibles pour les uns d'accroître leur situation dans l'État, ou même de leur faire entrevoir l'éventualité d'une couronne, pour les autres de leur procurer des prérogatives, des privilèges et des franchises fort enviables. Enfin, l'intérêt politique a provoqué la fabrication de nombreux documents.

• Saint-Denis qui devait au roi Dagobert sa fondation et de nombreuses libéralités, voulait lui en attribuer davantage encore et ne fabriqua pas moins de quatorze ou quinze diplômes de ce prince, refaits pour la plupart sur la foi des Gesta Dagoberti. L'un d'eux, dont le prétendu original s'est conservé, peut donner une idée de la manière dont on s'y prenait. La plus ancienne confirmation d'immunité, que l'abbaye possédât encore au Xe, est un diplôme de Chilpéric Ier, de 716, qui mentionnait, il est vrai, des concessions antérieures, mais dont la plus ancienne ne remontait qu'à Thierry III. Cette antiquité ne sembla pas suffisante aux moines du Xe qui jugèrent qu'un tel privilège devait remonter au fondateur de l'abbaye, et entreprirent de le fabriquer. Pour cela, comme leurs archives mêmes témoignaient que les anciens préceptes royaux étaient écrits sur papyrus, matière qui, à cette époque, ne devait point abonder sur les bords de la Seine, on sacrifia deux documents, jugés sans doute de peu de conséquence, un jugement de Clotaire III de 658 ou environ, sur une affaire de succession, et une donation de Clotaire II de 625 ; on les cousit bout à bout et l'on transcrivit au verso, en une grosse et lourde écriture qui trahit le Xe, le diplôme d'immunité de Chilpéric Ier. On se contenta d'y changer le nom du roi, de substituer une formule de concession à la formule confirmative, d'en modifier la date et d'y ajouter un grand nombre de souscriptions pour en faire un diplôme de Dagobert du 4 des kal. d'août de la 10e année de ce règne, soit du 29 juillet 632. Un tel acte renferme bon nombre d'énonciations inexactes, et il est même improbable qu'il ait pu exister à cette époque, puis que ce fut seulement en 654 que, en vertu d'un privilège de Clovis II, l'abbaye posséda des biens distincts de ceux de l'Église de Paris et fut soustraite, quant à leur gestion, à l'administration épiscopale. Et cependant, le prétendu diplôme de 632 ne manqua guère d'être couramment invoqué, même par des savants informés, comme type d'une immunité concédée par Dagobert Ier. Ajoutons que la même abbaye ne se contentait pas de forger ainsi des diplômes royaux ; elle se constituait tout un chartrier composé des titres les plus variés ; c'est ainsi, par exemple, qu'elle refaisait, vers le même temps et par le même procédé, un privilège d'exemption perdu de l'évêque Landry, attribué au 1er juillet 652, et se hasardait même à fabriquer des documents anglo-saxons.

X. Fausse charte. — Un des faux les plus célèbres en histoire est la charte d'Alaon qui se rapporte aux prétentions de la maison d'Espagne-Autriche à la couronne de France. Publiée pour la première fois par le cardinal d'Aguirre, en 1698, reproduite et mise en œuvre moins de quarante ans plus tard par les auteurs de l'Histoire générale du Languedoc, la charte dite d'Alaon n'a cessé d'avoir pendant tout le XVIIIe la plus étonnante fortune et d'être considérée par l'érudition française comme un document d'une grande valeur. Le système qu'elle révélait sur les Mérovingiens d'Aquitaine devint, après l'adhésion que lui donnèrent les Bénédictins, comme un fait certain, une vérité historique qui passait pour incontestée. Il fut accepté par l'Académie de Vérification des dates, et à sa suite par tous les ouvrages d'histoire classique. M. Fauriel s'emparant à son tour des données qu'elle fournit, en fit le fondement et la base essentielle de son Histoire de la Gaule méridionale. La publication de cet ouvrage et le succès qu'il obtint tout d'abord attirèrent l'attention des érudits sur la charte d'Alaon. Défendue par M. Fauriel, trop intéressé dans la question pour être impartial, elle fut vivement attaquée par le savant Benjamin Guérard, qui, se plaçant au point de vue diplomatique, dut conclure à sa fausseté. Depuis lors, un érudit, M. Rabanis, a de nouveau soumis ce trop célèbre document à l'examen de la critique. Des, pour la falsification des textes historiques et avoir cité un ou deux exemples tirés de la collection des conciles, ajoute : « Et qu'on ne croie pas que ce fut l'indolence qui manqua au cardinal d'Aguirre ; au contraire, personne n'a pris plus de peine pour se tenir en garde contre les surprises. C'est même ce qui donne un côté piquant à son rôle d'éditeur si souvent trompé. Dans son indignation contre les faussaires dont les productions le débordaient de toutes parts, il invoquait le secours du bras séculier et s'écriait : « Quand donc ceux qui sont les plus intéressés dans ces questions, principalement nos seigneurs les évêques et les membres des conseils royaux de justice et de foi, extermineront-ils ces honteuses notions avec tous les pseudo-chroniqueurs ? Quand imposeront-ils un frein aux fabricateurs de semblables impostures ? » (Concil., t. II, dissert. m. excurs. 7). Mais il avait beau faire, au moment même où il écrivait ces lignes désespérées, le premier venu lui glissait dans la main une pièce apocryphe et dans sa candeur, il se laissait d'imprimer.

Laissant de côté la question de diplomatique, déjà traitée par Guérard, et pour laquelle il se sentait moins d'aptitude, M. Rabanis s'est surtout attaché à mettre en contradiction les allégations de la charte et les données de l'histoire, telles qu'elles sont fournies par les chroniqueurs les plus dignes de foi. Il a également fait ressortir les impossibilités chronologiques auxquelles le système généalogique qu'elle renferme conduit forcément. Il en a conclu que la pièce était fausse, et il a été amené à en rechercher l'auteur. À la suite de cette dissertation, la cause était entendue et la charte déconsidérée.

L'objet apparent de la charte d'Alaon, c'est la sanction donnée par Charles le Chauve aux libéralités faites par un certain comte Wandregisile à l'église d'Alaon, un des plus obscurs monastères du diocèse d'Urgel. Rien de plus ordinaire que cette sorte d'actes : il y a pour le règne de Charles le Chauve des centaines de confirmations de cette espèce, toutes conçues dans les mêmes termes, calquées sur le même formulaire ; mais celle-là n'y ressemble en rien. Au lieu de tenir comme les autres dans une page ou deux, elle renferme une longue et lourde narration où sont racontés, dans une langue qui n'est d'aucune époque, les événements de deux siècles et plus. Ce que veut le roi, c'est empêcher le comte Wandregisile de disposer d'une quantité de domaines, qu'il pouvait être tenté de regarder comme siens, tandis qu'ils ne lui appartenaient pas réellement. Et, pour mieux spécifier ce qui appartient légitimement à Wandregisile, le roi se met à détailler longuement et pesamment ce qui ne lui appartient pas. Dans cette intention, il remonte à l'origine de la famille du donateur ; il la suit de génération en génération, faisant au fur et à mesure l'histoire de chacun de ses membres, et exposant par quels motifs, chacun d'eux sans exception, avait par félonie mérité de perdre ses biens, ce qui ne permettait à Wandregisile d'y prétendre aucun droit. Il passe donc en revue les propriétaires à propos des propriétés et ne parle des propriétés que pour dire qu'il les excepte de la donation. À chaque article, il rappelle une confiscation, d'où un refus formel de reconnaître le droit de Wandregisile, refus fondé, selon l'expression même du prince, sur l'intérêt des tiers détenteurs. Quant aux domaines qu'il permet de donner, ils ne valent pas beaucoup la peine qu'on s'en occupe : ce sont de pauvres métairies situées dans les gorges les plus âpres du diocèse d'Urgel, au bord de la Ribagorçana ; elles ne sont désignées là absolument que pour la forme. Ce qui reste en réalité, après cette interminable fin de non-recevoir, donnée pour une confirmation, c'est une généalogie ; mais une généalogie comme jamais chroniqueur du IXe ne s'est avisé d'en écrire aucune, parce qu'il eût été hors d'état d'en recueillir les éléments.

Ce point établi, il n'est pas difficile de démêler le but véritable que s'est proposé l'auteur de la charte : c'est d'éclaircir une des questions les plus compliquées, les plus insolubles des annales espagnoles, l'origine des premiers rois d'Aragon ; accréditer un nouveau système relativement à la fondation des plus anciens royaumes chrétiens de la péninsule, et représenter les souverains qui s'y sont succédé comme les héritiers en ligne directe de Clovis, comme les ayants droit des Mérovingiens, tel est l'unique sens de la charte. Imaginée dans un intérêt espagnol, elle n'a pu être écrite que par une plume espagnole. C'est donc en Espagne qu'il faut chercher le nom de son auteur.

C'est ainsi qu'elle fait de Sérénus, qualifié par elle duc d'Aquitaine, le père du duc Amand ou Amandus, et qu'elle donne Amantia pour femme à ce dernier. Ces noms ont été puisés dans la légende de S. Amand, mais la légende ne dit point que Sérénus ait jamais été duc de Gascogne ; il habitait le pays d'Herbauges, et était simplement de condition noble. Il était mari d'Amantia et non son beau-père. Il était père de saint Amand, qui n'eut jamais rien à démêler avec les comtes ou ducs d'Aquitaine, et non du duc Amandus qui n'a jamais existé. C'est ce qui nous prouve que la reine Gisèle est aussi un personnage fictif. L'histoire, en effet, ne nous a pas révélé le nom de la femme de Charibert ; elle nous apprend seulement que Childéric, son fils, mourut tout jeune, peu de temps après lui, et qu'alors Dagobert rentra en possession des domaines qu'il avait abandonnés à son frère.

Les ducs Boggis et Bertrand ne sont pas moins imaginaires que le duc Amandus. Ce sont les légendes de saint Hubert et de saint Ode, légendes du xii° siècle qui ont fourni à l'auteur de la charte les noms de plusieurs de ces personnages. Bertrand est le père de saint Hubert : la légende le donne comme un noble aquitain ; la charte, d'après les commentateurs, mais sans aucune raison, en fait un duc. Il y a bien eu un duc nommé Boggis, c'est le père de saint Arnoult : mais il est démontré que ce duc a vécu entre les années 540 et 610, et non en 681, comme le veut la charte, et d'après elle, les auteurs de l'Histoire de Languedoc. Les chroniqueurs ne nous ont point révélé le nom de la femme du duc Eu des, c'est un oubli que la charte prétend réparer. D'après elle, Eu des aurait épousé Waldtrude, fille de Walachise. C'est en combinant la légende de saint Arnaud avec celle de saint Wandrille, fondateur de l'abbaye de Fontenelle, que le faussaire a fabriqué ce mariage et la filiation de la femme d'Eu des. Il est impossible de ne pas reconnaître dans ce Walachise, allié à la dynastie carolingienne et père de Waldtrude, un des fils que certaines légendes donnaient à saint Arnoult, celui qui fut père de saint Wandrille, fondateur de l'abbaye de Fontenelle ; du moins les auteurs de l'Histoire de Languedoc, loin de mettre en doute cette identité, l'ont alléguée comme une preuve de la vérité de la charte. Il n'y a à cela qu'une petite difficulté, c'est que les temps sont loin de s'accorder. D'après tous ses hagiographes, saint Wandrille naquit au plus tard en 601 et fut, dans sa jeunesse, attaché au roi Dagobert (628-638), dont son père, saint Arnoult, devint le tuteur. Comment alors Waldtrude, sœur de saint Wandrille, aurait-elle pu devenir la femme d'Eu des, qui, d'après les bénédictins, ne commença à régner qu'en 681 au plus tôt, c'est-à-dire quatre-vingts ans après la naissance de celui qu'il aurait eu pour beau-frère : même en supposant Waldtrude plus jeune que son frère de vingt ans, ce qui est beaucoup : elle n'en aurait pas moins eu soixante et un ans quand son mari aurait été âgé de vingt-cinq ans environ.

Ce n'est pas là, malheureusement, le seul point sur lequel la charte est en désaccord avec la chronologie. Par moment, elle fait vivre ses personnages au delà des limites qui peuvent être raisonnablement assignées à la nature humaine ; d'autres fois, elle multiplie tellement les générations, qu'elle n'accorde à chacune que dix ans d'existence en moyenne. Ainsi, en donnant pour héritier à Lupus II Adalaric, ce Vascon qui, au dire des chroniques, s'était révolté contre Louis, roi d'Aquitaine, en 787, et en le faisant périr cette année-là dans un combat avec un de ses fils, nommé Centulle, fils qui, treize ans seulement après la mort de son prétendu trisaïeul, aurait été en état de combattre et de se faire tuer aux côtés de son père, la charte compte cinq générations pleines et entières entre Eu des mort en 735 et Centulle tué en 787. Cinq générations dans un espace de cinquante-deux ans, savoir : Hunald, Waifre, Lupus II, Adalaric et Centulle, tous se succédant immédiatement les uns aux autres et laissant postérité ! Il est vrai que les bénédictins et Fauriel, frappés de l'invraisemblance que ce calcul donne aux assertions de la charte, ont prétendu que ce n'était pas en 787 qu'Adalaric et Centulle sont morts, mais dans un combat livré en 812 seulement ; ce qui n'ajoute en somme qu'une moyenne de quatre ans à celle de dix précédemment accordée aux cinq générations comprises entre Hunald et Centulle. On ne sort par ce moyen d'une difficulté (qui n'est pas résolue) que pour tomber dans une autre encore plus laborieuse à expliquer. Entre le dernier combat livré par le rebelle Adalaric en 812, et l'époque du diplôme de Louis le Débonnaire qui a confirmé à Garsimire, au dire de la charte, la cession ou dévolution du Bigorre et du Béarn, il n'a pu s'écouler au plus que vingt-huit ans. Louis le Débonnaire qui donna la ratification, étant mort en 840, on ne peut comprendre alors comment à la date de 840, les descendants de cet Adalaric, tué en 812, pouvaient en être à la quatrième génération, et comment ses arrière-petits-fils se trouvaient déjà d'âge à conquérir non pas de simples châteaux, mais de véritables royaumes en Espagne. Ces quatre générations d'hommes, tous arrivés à maturité, tous laissant à leur mort des fils dans la force de l'âge, auraient tenu en vingt-huit ans, ce qui donnerait sept ans pour chacun. Il suffit de citer de tels faits pour juger de la valeur de l'acte qui nous les a transmis.

Nous n'insisterons pas davantage sur les erreurs de fait que présente la charte d'Alaon, qui semble être l'ouvrage d'un faussaire célèbre, Tamayo de Salazar, émule et compère de Roman de la Higuerra.

Il y a aussi une question des faux cartulaires, par exemple : J. Ollivier, Notice sur les cartulaires de saint Hugues de Grenoble aux xi° et xii° siècles, dans Bulletin de la Société d'histoire de France, 1835, t. ii, p. 294 ; Trépier, Notes et observations sur l'origine de la domination des comtes Guignes à Grenoble et dans le Grésivaudan, et sur la valeur historique des Cartulaires de saint Hugues, dans Bulletin de l'Académie delphinale, 1863, 2° série, t. ii, p. 535, 656, 688 ; id., Grenoble, 1863 ; Observations, dans même recueil, 1865-1866, 3° série, t. i, p. 54-57 ; Garicl, Réponse, dans même recueil, p. 94-116 ; Trépier, La vérité sur saint Hugues et ses cartulaires. Saint Hugues était-il, oui ou non, un faussaire ? Les cartulaires sont-ils, oui ou non, de simples dossiers de procureurs, dans même recueil, 1866-1867, 3° série, t. ii, p. 204-276 ; A. de Barthélémy, dans Revue des questions historiques, 1867, t. iii, p. 563-566 ; Valentin-Smith, dans Revue des sociétés savantes, 1868, 1° série, t. viii, p. 249-253. Roman de la Higuerra S. J. auteur d'une Chronique fameuse attribuée à Flavius Dexter ; avec lui ou après lui, viennent Lorenço Ramires de Prado, le bénédictin Argaiz et toute une légion que dénonçait vigoureusement et pourchassait mollement, en 1721, l'Académie de Lisbonne. Parmi ses confrères, Dom Argaïz n'a pas trouvé de défenseur ; plus heureux le P. Roman de la Higuerra a trouvé des apologistes, entre autres ses confrères M. Luchofer, Epistolœ B. Mariæ virginis ad Messanenses veritas vindicata, Messanæ, 1629, p. 262-267 ; Ayraerich, Nomina et acta episcoporum Barcinonensium, p. 122-144.


XII. Faux testaments. — Il existe toute une littérature de testaments falsifiés, un des plus intéressants est celui de Perpetuus évêque de Tours. Nous aurons occasion d'y revenir ainsi que sur quelques autres parmi ceux qu'a publiés Pardessus et qui appartiennent également à la littérature falsifiée.


XIII. Faux trésors. — Il a existé quelque temps un trésor qui prit le nom de son propriétaire : le tesoro sacro di Giancarlo Rossi. On lui fit l'honneur d'une description copieuse et de reproductions soignées, mais non d'après les originaux, simplement d'après les dessins. La description comptait cinq cents pages in-folio, et les trois auteurs de ce fatras promenaient leur encombrant trésor à travers les siècles : l'un l'attribuait à l'époque apostolique (p. 359) ; l'autre au iv° siècle (p. 123) ; le troisième au règne de Constantin (p. 83), sans parvenir d'ailleurs à démontrer le bien-fondé de telle ou telle de ces prétentions. Le bruit mené autour de cette découverte laissait supposer des merveilles aux archéologues de bonne foi, qui cependant, proposaient d'abaisser l'époque jusqu'au viii° ou au xi° siècle. Vite on découvrit que tout cela avait appartenu à l'archevêque Serge, de Ravenne, qui l'avait reçu en guise de « dragées » d'une princesse baptisée par lui ; cette personne avait poussé la prévenance jusqu'à se faire représenter deux fois : une fois recevant le baptême, une autre fois offrant son petit présent, aussi on ne manqua pas de découvrir que cet inestimable trésor devait rester à Rome où il proclamait l'intégrité dogmatique de la chaire de S. Pierre. La suggestion était si claire, qu'on ne pouvait s'y tromper ; le Tesoro sacro se laisserait acheter pour le Musée chrétien du Vatican ! Mais Jean-Baptiste de Rossi veillait et découragea ce pieux espoir. En Italie, en Allemagne, en France, tous les naïfs s'attendrissaient à la pensée de cette merveilleuse découverte qui équivalait à une apologie du catholicisme. Cette petite fête édifiante fut troublée par les démentis formels du P. Hartmann Grisar S. J. qui déclara tout net en allemand, en italien et en français « que le trésor, tant au point de vue de la découverte qu'à celui de ses caractères intrinsèques, présente des indices certains de falsification ; sa fabrication n'est guère postérieure à l'année 1880. » Ce jugement était d'autant moins inattendu qu'il n'est pas d'archéologue qui ignore que l'Italie est la terre classique et le paradis d'élection de toutes les duperies et de toutes les friponneries qui emplissent les « cabinets » privés et les musées d'Europe. En 1880, un paysan inconnu, propriétaire d'un terrain inconnu, dans une localité inconnue, découvrit une tombe épiscopale contenant tout ce mobilier ; mais, au premier contact de l'air, tout s'évanouit, sauf les métaux et les manuscrits que l'inconnu vendit à un franciscain inconnu et, peu à peu, les pièces furent proposées aux amateurs, à des intervalles plus ou moins rapprochés. Ces circonstances suffiraient, à elles seules, à provoquer les plus graves soupçons, mais l'inventaire de la trouvaille montre que c'est tout le mobilier d'une cathédrale qu'on aurait enfoui : des livres liturgiques, des croix, fibules, mitre, burette, vases, etc.

Tout ceci est plus ou moins conforme aux hideux produits de l'art barbare en Italie pendant la période longobarde. Voir Dictionnaire, au mot CMDALE. La technique est à peu près celle de cette époque et le faussaire, qui n'a pas ménagé l'or ni l'argent, avait certainement étudié celle des bijoux longobards des vrais siècles. Mais il s'est avisé de transporter à cette date tout le symbolisme des quatre premiers siècles de l'Église, produisant ainsi la chose du monde la plus choquante et la plus impossible, des symboles du xième siècle, tels que l'ancre ou le poisson, rhabillés à la mode du ixème siècle. Cette impossibilité est évidente pour quiconque connaît les produits du ixème siècle : fresques, ivoires, mosaïques, bas-reliefs. Quelques symboles, tels que le poisson, sont devenus simplement des motifs ornementaux, tandis que, dans le trésor Rossi, ils prennent une valeur symbolique encore plus démonstrative qu'à l'origine ; le poisson est couché sur la croix, posé sur la vigne, porte un navire contenant une orante ou bien décore un calice ; dressé sur sa queue, il offre le pain eucharistique aux douze apôtres et ses nageoires lui servent de mains pour présenter une coupe et une hostie ! Le poisson sert à tout. On lui met une ancre sous le ventre, et deux naufragés qui s'accrochent à l'ancre, et deux agneaux qui s'offrent les plaisirs de l'escarpolette sur chaque branche de l'ancre et un loup, qui fait hou ! la gueule ouverte mais n'attrape pas les agneaux. Un autre agneau sert de pichet pour verser à boire à douze invités (un de moins). Bref, tout ceci est à tel point ridicule et grotesque qu'il semble superflu de s'y attarder. Nimbe, monogramme, crucifix, tout se vaut, et de cette mésaventure archéologique il ne reste pas même un monument à citer pour une interprétation originale, ingénieuse, pour un effort subtil ; c'est l'ouvrage d'un faussaire qui s'est approprié la technique des orfèvres barbares du ix° siècle et qui s'y est diverti à tort et à travers.

Xr\'. Fausses inscriptions. — Léon Renier signalant, en 1855, une inscription du musée de Beauvais disait qu'elle « présente un mélange de lettres grecques et latines de toutes les époques ; immédiatement après la formule chrétienne CREDO QVIA REDEIVIPTOR IVIEVS VIVIT, on y lit la dédicace païenne IVIPAKAEI APXHTETEI ; l'authenticité de ce monument n'est pas même douteuse ; on peut hardiment en affirmer la fausseté ». Cette inscription faisait partie de la collection de l'abbé de Tersan, qui a été vendue en 1819 ; la voici :

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J^

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..Tïjç Apaêiaç, TÔiv tcévtesti... Ssuîîpa SuyaTEp Zy)- •Joè{l)0M (jtYjvôv Ç' ÀTTÔ aÙTTJç Trjç z6Xeco(< ; )èvl Atôou.

Au-dessous des symboles fréquents dans les inscriptions chrétiennes : colombe, palmes, orantes. Ces figures montrent que l'inscription a été gravée pour perpétuer la mémoire de deux jeunes filles ou plutôt d'une femme et d'une fillette, car leur taille et leur vêtement diffèrent.

Le faussaire a pris les lignes 3 à 6 de cette inscription pour en faire les quatre premières de la sienne et le commencement de la cinquième, et comme il ne savait probablement pas lire le grec, il a pris pour un A le A qui termine la première des deux lignes qu'il a copiées. La fin de la cinquième ligne et les deux suivantes ont été formées de la première ligne d'une autre inscription chrétienne, gravée dans le recueil de Muratori ' :


CREAOQYIA REAEMTOR M-SVI VIT ET INNOVISSIMOAIE SVSSITA VIT ME ■

Credo quia redemlor m(eu)s vivit, et in novissimo die sascita[b]il me Les O de cette inscription étant très petits, relativement aux autres lettres, le faussaire, qui ne savait pas beaucoup plus de latin que de grec, les a pris pour des points ; c'est ce qui explique pourquoi après avoir

Dans la gravure de Muratori, la barre transversale du r de APXERETEL dépasse un peu, vers la gauche, la barre verticale ; aussi cette lettre a-t-elle été prise, par le faussaire, pour un T. Le texte donné par Muratori est d'ailleurs inexact, ou sur le monument, qui est, au plus tard du i' siècle de notre ère ' :

Aiovûtîioç xal Sapantcov.'ol SapaTcttovoç. Tûpioi, 'HpaxXeî àp^^iyéty).

On voit que le faussaire s'est donné peu de travail ; il a feuilleté quelques pages de Muratori, (p. 1941, 1955, 1982) et dès lors il tenait son atelier, aussi on se fait facilement une idée de l'absurdité du résultat produit par un tel assemblage, nous ne dirons pas de phrases, ni même de mots, mais de lignes empruntées au hasard à des inscriptions différentes. Ce qu'on ne comprend pas, c'est que ce résultat ait pu figurer dans une collection comme celle de l'abbé de Tersan, et qu'un antiquaire comme Grivaud de la Vincelle ait pu le publier, sans paraître en suspecter l'authenticité dans le catalogue de cette collection \ •Il ne serait pas difficile de glaner dans les recueils scientifiques de nombreux exemples d'inscriptions fausses' ; les officines italiennes et orientales toujours dénoncées, toujours découvertes, travaillent infatigablement '. Mommsen dénonçait Luigi Biraghi, docteur de la bibliothèque Ambrosienne dont toutes les productions devaient être accueillies avec soupçon..4 Biraghio quse profiriscuntur quam caille aecipienda sint,... dcmonslravi ; il faut y ajouter ses commentaires sous forme d'interpolation quœ modo indignationcm moveal, modo risum, par exemple cette inscription d'Agliate sur le chapiteau de la première colonne de l'église à droite, en entrant • :


SVIS OMNIBVS V ■ S • L • M Biraghi ne s'est pas aperçu que l'inscription était renversée et il a lu bravement : D I SA SALINIVS MAS et dans la même localité, le même Biraghi trouvant ces mots '° :

D ET MEMORIAE M en fait une inscription chrétienne ainsi conçue : B IL ANIM IN )^ (OY M Omnino Biraghius, conclut Mommsen, est ex eo génère hominum qui si quant lincam in aniiqun monumenio ileprehenderinl. eam pro quavis lillera vendilare suslincant cl ita inlcgra epigrammata ibi conspiciant, ubi hominibus oculis sanis prxdilis mente que sana nihilomnino lilterarum daliim esl videre '.

Dans l'art d'accommoder les restes, afin d'en tirer ce qu'ils ne disent pas et ce qu'on veut leur faire dire à tout prix, voici un autre exemple ( ?pigraphi que pour la restitution duquel l'auteur prévient qu'il s'est aidé de tous les renseignements et des moindres indices ; grâce à quoi il est parvenu à tirer de ceci ' :

> V 1 A


VC

cela : b X m viam mandatorum luorum cucurrit hic reqaiescit in pace famalas x \J\Alor qui vix. ann. Ix sub die vii. kal. octobres ind. ii. a. lii. p. c. basHii


VC

L'Espagne garde la palme des inscriptions fausses ; nous en avons déjà signalé plusieurs relatives au Christianorum nomine dclcio et à la femme de chambre de Jésus-Christ (voir Espagne) =, en voici un autre exemple provenant de Grenade * :

Anno secundo Ncronis imperii marci calendis pasus est marlirium in hoc loco illipulilanu 11 eleclus ad h une cfjeclum Hiscius apostnli Jacobi discipulus cum suis discipulis \\ turilo panuncio maronio cenlulio permedium ignrm in quu uivi ambusti /ucrunl eternam || oitam pctcntibus Irnnsiuere ut lapi des in calccm convcrsi fuerint quorum pulves in hujus || sacri monlis cavcrnis jacent qui est racio postulat in eorum memoriam veneretur.

Em. Hiibner avait fait une première récolte de 488 inscriptions fausses en Espagne ; quelques années plus tard il atteignait au chiffre de 525. On voit par ces chiffres quelle vigilance il est nécessaire d'apporter en ces études. Toutefois, les grands recueils épigraphiques ont fait le départ entre les textes authentiques et les textes faux qui, de nos jours, ne trouvent plus guère pour les invoquer que de rares « apologistes. » XV. Faux graffites. — Aux monuments de l'art des faussaires qui viennent d'être énumérés ou étudiés, ajoutons encore un objet curieux, fibule d'argent, dorée sur la face, trouvée à Kerlich (près Andernach), en bon état de conservation et acquise, en 1886, par J. Naue, de Munich. En la nettoyant, au musée de Mayence, on découvrit sous la rouille une inscription runique formant une seule ligne placée sur l'enlèvement qui portait l'ardillon, comme c'est le cas pour la petite fibule de Nordendorf, si ce n'est que la tête des runes est tournée en sens inverse. Cette inscription est une grossière falsification de date récente ' ; elle a été exécutée non à l'aide d'un poinçon aigu, mais d'un instrument émoussé, en sorte que les traits ont changé de caractère et présentent des lignes beaucoup plus grossières (que les runes finement gravées sur les fibules authentiques.Toutefois l'inscription n'a pas été exécutée sans habileté ; le soin apporté à rendre certains traits plus déliés, d'autres traits plus forts, a pu produire, à première vue, l'illusion ; mais le moyen employé pour y atteindre dénote à lui seul la contrefaçon. La partie gravée de la fibule a, en effet, été polie à la lime ou autrement ; aussi quelques traits sont-ils si fins qu'il est malaisé de les dérouvrir à l'œil nu, ce qui précisément, par suite de l'usure, est souvent le cas pour les runes authentiques.

La supercherie est trop peu intéressante pour valoir un dessin, voici le texte donné par Henning :

Dans la quatrième rune notamment (F) les traits obliques sont si peu accentués qu'il est difficile de les distinguer à l'œil nu. La sixième rune a été mal lue par Henning ; elle ne peut être que I. Entre I et :| qui suit ; il y a lieu d'introduire de petits traits allongés, gravés comme les runes et qui, certainement, veulent figurer une ponctuation, comme sur la fibule de Freilauberstein. L'inscription porte donc : ce qui doit se lire : Wodani : hailag et s'entendre : « Consacré à Odin. » Tout linguiste verra de suite que les formes grammaticales sont complètement incorrectes (ce que l'on doit également dire de la signification dans laquelle hailag est pris). Il est également facile de déterminer quel monument authentique a servi de modèle au faussaire. Le premier mot correspond naturellement à |><J >< ?■(■ de la grande fibule de Nordendorf ; le signe de ponctuation est emprunté à la fibule du Freilaubersheim et ;t ;|41MïX à l'anneau de Bukarest. Mais le faussaire soucieux de montrer ses connaissances spéciales a changé N de cet anneau, lettre qui dans une inscription germanique de l'Ouest devrait avoir la forme fj en une rune spécialement scandinave ;( : (h) qui, dans le Nord, n'est substitué qu'après l'an 200 aux caractères M N plus anciens °. Cette erreur, à elle seule, serait suffisante pour dévoiler l'imposture ; à cela il faut ajouter les formes ivodani et hailag, qui ne peuvent être telles dans ce contexte ; (' dans ivodani est certainement dû à l'i final du mot gutaniotui qui précède hailag dans l'inscription de Bukarest.

Tout porte à croire que cette supercherie a été élaborée au musée de Mayence ' et les dénégations tranchantes n'y changent rien du tout '.

Nous ne reviendrons pas ici sur une autre falsification de graffites dont nous avons parlé déjà (voir Chapelle-Saint-Eloi). Les runes y étaient également représentées.


FAVARIC. L'Iavaric est le nom d'un domaine incorporé actuellement à la commune de Rousset, dans l'arrondissement d'Aix (Bouches-du-Rhône). Ce lieu a été vraisemblablement habité dès une haute antiquité. Il n'est guère séparé que par la rivière d'Arc, limite de son terrain au nord, de l'ancienne voie aurélienne qui conduisait d'Italie en Espagne. Des substructions fortuitement mises à jour par des travaux agricoles y laissent supposer une ancienne agglomération. Au XIe, le domaine appartenait au chapitre de Saint-Victor de Marseille ; de nos jours, il n'existe qu'une maison de plaisance et des bâtiments d'exploitation de construction moderne. On a voulu voir une ancienne chapelle dans une grande cave voûtée avec un soupirail en forme de baie allongée, mais elle se présente, paraît-il, avec des caractères trop indécis pour qu'on puisse établir un lien rationnel entre elle et l'autel chrétien exhumé dans le voisinage. Cet autel, néanmoins, ne permettra pas de mettre en doute l'existence, en ce lieu, à une époque reculée, d'un édifice affecté au culte. Il est, au surplus, mentionné explicitement sous le nom d'ecclesia Sancti Petri et Sanctae Mariae, dans le XIVe titre du cartulaire de Saint-Victor de Marseille, intitulé : Carta de Favarico, et relatant, à la date du 27 avril 1050, la donation au monastère, par un groupe important de cohéritiers préoccupés du salut de leurs âmes, de la dite Église et du territoire en dépendant.

L'autel (fig. 4317) en pierre dure de la localité se présente sous la forme d'un parallélépipède monolithe plan oblique où s'appuyait le biseau de la petite dalle de recouvrement.

L'ornementation de la face, qui parait avoir été tournée vers l'assistance et être ainsi devenue la principale, se compose de deux éléments distincts. Elle a été obtenue par ce procédé d'affouillement de la pierre, particulier à l'époque mérovingienne, qui, sans modifier le plan de parement, ni procurer un bas-relief dans le vrai sens du mot, projette néanmoins en saillie le motif ornemental. L'affouillement a été interrompu de distance en distance pour ménager des languettes de soutènement aux parties que leur peu de largeur exposait davantage aux détériorations.

À la partie supérieure, deux petites arques de 0,16 de hauteur sur 0 m. 12 de largeur enfermaient chacune, sous leur voussure, un sujet trop altéré aujourd'hui pour qu'il soit possible d'en déterminer la signification. L'autel, ayant, dans son état actuel, 0 m. 76 de hauteur et 0 m. 40 de côté. Les quatre faces verticales, indubitablement ornées de sculptures à l'origine, le désignent comme un de ces autels placés isolément vers le milieu du sanctuaire, sur lesquels l'officiant célébrait en faisant face aux fidèles. Deux des faces de l'autel, se touchant à angle droit, ont été, au cours des siècles, l'objet d'un travail de ravalement qui en a fait disparaître l'ornementation. Ce travail est attesté par un rejet très sensible vers l'arête marginale de gauche de l'axe de la décoration principale, qui devrait normalement partager ce bloc en deux parties égales.

La base reposait sur un stylobate. La feuillure entamant son bord antérieur pourrait même faire croire qu'elle s'y engageait, mais il est plus naturel de la rattacher aux remaniements postérieurs. L'intervention d'un socle ne peut pas d'ailleurs être révoquée en doute, puisqu'il eût été impossible sans se baisser outre mesure, de dire la messe sur la table ou face supérieure. Celle-ci porte à sa partie centrale un évidement carré de 0 m. 12 de côté sur 0 m. 05 de profondeur, formant un tombeau pour les reliques. Un épannelage ménagé sur les bords, à son orifice, fournit un naturel. Elles sont à plein cintre, de bonnes proportions et reposent sur des pilastres à chapiteau évasé. Au-dessous se montre une rose ou grande roue dont les huit rais produisent huit compartiments pentagonaux en creux dans deux desquels sont inscrits, en ligne horizontale et en relief, un alpha du côté gauche et un oméga du côté droit. On peut, dès lors, voir dans cette apparence de roue une dégénérescence du monogramme du Christ, et, par le grand écart existant entre elle et le type primordial, elle ne permet guère de faire remonter l'autel au delà du VIIe. L'artiste qui a sculpté ce chrisme abâtardi semble n'avoir pas eu une notion bien nette de sa valeur réelle et s'être plus préoccupé de tracer une figure géométrique régulière que de traiter un symbole religieux avec le scrupule voulu. Il s'est trouvé beaucoup plus à son aise et mieux inspiré en procédant à la décoration de la face voisine. Un vase à large orifice, à anses évidées, légères et assez élégamment contournées, à panse rebondie et parée de longues feuilles saillantes groupées en corolle y sert de récipient au tronc d'un vigoureux cep de vigne, dont les rameaux, les pampres et les grappes, très fermement accusés s'élancent jusqu'au sommet du dé et le recouvrent partout de gracieux festons.

H. Leclercq. FÉCONDITÉ. Sur un marbre trouvé dans le domaine de Masassy, près de Béziers, on lit, au revers d'une inscription païenne, l'épitaphe suivante :

Celte pierre portait déjà le D M avec Vascia (voir ce mot), mais on n'y a pas pris garde et on a logé dans l'espace libre le nom du défunt Viventius qui, par testament, laissa la liberté à l'esclave Pittatus. Tel est le sens certain du mot reliquid suivi d'un ou plusieurs noms propres. On lit, en effet, dans le Code Justinien : Si quis condito testamento vel sine testamento moriens, libertates reliquacrit. Le Digeste contient un titre relatif à l'affranchissement par testament (Voir AFFRANCHISSEMENT).

Viventius titulum qui vixit annos XL, menses V, dies XXVIII ; liber legit Pittatum. Coniunx pientissima fecit memoria ; quatuor filiorum mater. Cette mention finale, ainsi que le fait observer E. Le Blant, témoigne de la haute estime que les anciens professaient pour la fécondité. En racontant les miracles de saint Hilarion, saint Jérôme parle d'une femme que son mari tenait en mépris parce qu'elle ne lui avait pas donné d'enfants : Mulier quaedam Eleutheropolitana cernens despectui se haberi a viro ob sterilitem ; dans les éloges qu'il adresse ailleurs à sainte Faule, figurent les paroles : fecunditate ac pudicitia probata. L'hommage rendu sur une tombe aux vertus d'une femme africaine se complète par le mot FECUNDAE. Nombreuses sont, dans les épitaphes, les mentions de cette sorte : païens et chrétiens y inscrivent les formules : TRIVM LIBEROR ; — FILIOS PROCREAVIT VII ; — SEPTEM CIRCVM DATA NATIS ; — SVPERSTITIBVS TRIBVS LIBERIS TOTIDEMQ-NEPOTIB ; — GENVIT FILIOS III ET FILIAS II ; — DVODECIM FILIORVM MATER ; — EX QVA HABEO NATOS ; — ΜΗΤΗΡ ΠΑΙΔΩΝ.

H. Leclercq.


FELICISSIME ET AGAPIT. Les fouilles exécutées en 1857 à l'est de la voie Appienne firent découvrir la spelunca magna et la crypte devenue célèbre de saint Janvier. En 1872, de nouvelles recherches mirent au jour des monuments insignes de ce même cimetière de Prétextat, entre autres une grande tombe et cette importance était confirmée par toutes les trouvailles subséquentes. Il n'était pas jusqu'à cette niche à proportions d'abside, unique dans la topographie souterraine, qui ne justifiât ces conjectures. Au fond de cette abside pouvait être placée une chaire épiscopale et s'ouvrir l'accès à une longue galerie donnant accès au tombeau. Sur l'enduit assez fruste de cette abside, se trouvaient des graffites tracés par les pèlerins. Le plus important de ces graffites est tracé sur deux lignes et interrompu par une aspérité du mur. Les lettres sont de grande taille et cependant la lecture en est malaisée. La première ligne est certaine, la deuxième l'est moins, on peut croire que le graffite était celui-ci :


SVCVRIT !' VT VINCA •, IN CIE IVD

Sucurite ut vincam in die judicii, ou bien cum judicabitis.

V, — 40

iiife / '*/.4' ■imi'' •1319. - Crypte de la catacombe. I..ntuna.

D'après Bulletin di archologia italiana, pl. iv.

L'invocation aux saints avocats ou assesseurs devant le tribunal de Dieu semble évidente.

Comme toutes les principales cryptes historiques, celle-ci a eu son inscription monumentale rédigée par le pape Damase. On en a la preuve dans trois fragments d'un long et étroit morceau de marbre, sur lequel se lisent quelques beaux caractères ; mais pas du type toujours orthographié [lap-rj ; dans le Nouveau Testament. Il ne faut pas, écrit J.-B. De Rossi, supposer que c'est une abréviation pour marty[re]s afin de pouvoir appliquer ce mot aux diacres Agapitus et Felicissimus. Ce serait trop arbitraire et on ne peut croire qu'un lapicide ait oublié deux lettres sur une inscription d'une facture si soignée. Il renonçait donc à voir ici la tombe de ces deux martyrs et se rejetait sur celle d'Urbanus. Mais revenant sur cette question en 1872, il admettait qu'on se trouvait probablement en présence d'une inscription dans ce genre :

Felicissimus martyr qui rappelle d'ailleurs une inscription publiée par Bosio et ainsi libellée :

Enfin, il donnait un croquis intéressant de Fontana montrant l'état des lieux avec un essai de reconstitution, les colonnes remises en place et un fragment de transenna en marbre trouvé au pied de l'arcosolium et logé, il faut le reconnaître, un peu au hasard, en se guidant d'après ce qu'avait vu ailleurs Boldetti. (fig. 4319).

Nous savons par les Itinéraires du VIIe qu'on vénérait dans ces parages plusieurs martyrs. Ibi intrabis in spelancam magnam, dit l'Itinéraire de Salzbourg, et ibi inverties S. Urbanum episcopum et confessorem et in alio loco Felicissimam et Agapitum martyres et diaconos Syxti et in tertio loco Cyrinum martyrem et in quarto Januarium martyrem. Et in terdamasien. Ce fragment ne nous donne pas le nom du martyr, on y lit ceci (fig. 4318) ;

Martys est la forme grecque régulière du mot que l'usage latin à transformé en martyr et qu'on trouve tia ecclesia sursum S : Synon (Zenon) martyr requiescit. L'hésitation aurait pu se prolonger si, en 1874, Mariano Armellini n'avait découvert un graffite tracé par un prêtre visiteur de la crypte sur une plaque de marbre, trouvée près de ce lieu et en outre retrouvé l'empreinte laissée par ce graffite sur la chaux humide où cette plaque avait été posée ; il lut donc ceci :


EGOLEO PRESB PETRIS VV

C'était donc en ce lieu qu'avaient été enterrés les martyrs Félicissime et Agapit, diacres de Sixte II.

On a dit et écrit que les reliques des deux saints reposaient sous un grand arcosolium dont l'arc en briques marquait le contour, restait à déterminer la position du locus bisomus dont on ne retrouvait aucune trace. On peut voir par la figure 4320-4321 donnant le plan et l'élévation des lieux que dans l'arc A le tuf a été gratté, ce qui a fait croire d'abord que la sépulture des martyrs se trouvait dans l'arcosolium G. Mais cet arcosolium G formé par une murette d'éclats de pierres fait simplement partie d'une abside dont la portion inférieure est encore visible en M. Cette abside appartenait à une crypte ayant accès à une galerie parallèle à la spelunca magna et qui n'est pas encore déblayée. L'examen du tuf au point le plus rapproché de l'arc en briques a permis de relever les traces de deux loculi, marqués B sur le plan et distingués sur l'élévation d'après leur position, en B et C. La présence de ces deux loculi confirmerait, si besoin était, le fait d'une tombe élevée aux deux martyrs, mais il expliquerait aussi comment il a pu se trouver sur chaque loculus une inscription distincte dont un débris aura été retrouvé et ayant appartenu à l'une des deux tombes :

La paroi de la galerie avait reçu primitivement beaucoup de loculi -.plus tard et probablement à raison du peu de consistance du sol, ces parois furent revêtues d'un mur composé de briques et de moellons de tuf, c'est ce mur qui est indiqué par une teinte sombre sur le plan. Mais ce qui montre bien la disposition primitive, c'est que sous les deux loculi des martyrs qu'on entoura du grand arc se trouvait un troisième loculus qui fut obstrué par le parapet de la mensa, tandis que plus haut, tout au-dessus, un autre loculus a gardé encore sa plaque de marbre.

C'est en 258 que Félicissime et Agapit souffrirent le martyre. Le 8 août, le pape Sixte était venu offrir le saint sacrifice dans une des chapelles souterraines de la voie Appienne, au cimetière de Prétextât. Cette nécropole n'était probablement pas encore entrée dans le domaine ecclésiastique : propriété privée, elle échappait au séquestre. Néanmoins le cimetière fut envahi, l'évêque saisi et emmené devant un des préfets (du prétoire ou de la ville), condamné à être décapité sur le lieu même où il avait été arrêté. Ainsi fut fait, ses diacres furent exécutés après lui. Ces diacres étaient au nombre de sept : Janvier, Magnus, Vincent, Étienne décapités avec l'évêque. Laurent qui était encore en liberté et ne périt que deux jours plus tard, Félicissime et Agapit qui moururent le 8 août, mais séparément de leurs compagnons. Quand les chrétiens eurent recouvré l'usage de leurs cimetières, le corps de Sixte fut transporté dans le caveau des papes, au cimetière de Calliste ; on enterra près de lui les quatre compagnons de son martyre, et, au fond de la chapelle papale, derrière l'autel fut déposée la chaire ensanglantée. Quant à Félicissime et Agapit, on ne les déplaça point.

Au IVe, le pape Damase entreprit la décoration de la crypte où reposaient les deux martyrs. Les parois furent revêtues de grandes plaques de marbre violacé dont on a retrouvé beaucoup de fragments (Og. 1. 122). Un seul petit morceau, désigné par la lettre H sur l'élévation, est resté en place sur la muraille. La chaux des parois a conservé un peu partout l'empreinte des plaques de marbre (voir E sur l'élévation). Une des colonnes de porphyre s'est conservée entière, mais en trois pièces ; deux petits trous à peu de distance du sommet de la colonne gardent la trace des griffes de bronze qui retenaient les chapiteaux disparus. Par-dessus ces petits trous (en F), on voit l'encastrement de l'architrave que soutenaient les deux colonnes de porphyre hautes chacune (en ne mesurant que le fût) de 1 m. 70. Le dessous de l'arc était revêtu de douze plaques de marbre dont les empreintes sont visibles, percées dans leur milieu pour laisser passer les attaches ou oreillons de la transenna qui sont tous restés attachés au mur. Un seul fragment minuscule de cette transenna a été retrouvé, son épaisseur est de 0 m. 025 et il coïncide exactement avec le morceau resté engagé dans la chaux. Pour la transenna inférieure, on voit son empreinte dans la partie interne du mur ce qui a permis de la reconstituer, ainsi chaque loculus avait sa transenna derrière laquelle les pèlerins savaient que se trouvaient les reliques de l'un des martyrs. L'architrave qui les séparait servait probablement à accrocher les lampes, les unes suspendues, les autres posées à plat.

L'arc était fermé dans le bas par un parapet revêtu de marbre (lettre I) et par-dessus devait être appliqué le titulus portant l'inscription damasienne, qui ne nous est connue que par la transcription dans le manuscrit de Closterneubourg et celui de Tours :

La grande niche absidale dont nous avons parlé, était séparée de la tombe par une épaisse transenna de marbre violacé dont il subsiste quelques fragments (fig. 4323). La position exacte de cette transenna se trouve dans le plan aux points N X'. Les pilastres figurés ne sont pas autorisés par un vestige quelconque mais d'après un pilastre trouvé à la spelunca magna. En ce qui regarde les colonnes d'albâtre, M. R. Kanzler ne croit pas qu'elles soient ja mais entrées dans la décoration de ce lieu. On aura précipité ces colonnes par un lucernaire, ce qui défonça le sol de la crypte ; en tous cas il est certain qu'elles n'ont pas soutenu la voûte de la niche absidale, puis qu'une fouille opérée près de la transenna a montré l'absence sur ce point de fondations de maçonneries et la présence de tombes.

La restauration dessinée par M. Kanzler est des plus heureuses : elle offre à peu près l'aspect de la crypte damasienne : la forme de l'arc sur lequel la distance entre les deux pieds-droits est moindre que la corde, l'arc de l'imposte confirme ce qui se faisait alors. Mais la crypte eut à subir d'autres restaurations. Sous l'arc, outre le revêtement de marbre déjà décrit, on voit les empreintes d'un autre revêtement semblable qui lui a été superposé. De plus la plaque sur laquelle Armellini lut les noms des martyrs était placée sur la mensa, par-dessus le parapet ; mais elle appartenait à la deuxième restauration qui ne dut pas être antérieure au Ve.

Les corps des deux martyrs furent transportés sous le pontificat de Léon IV, en 848, dans la basilique des Quatre-Couronnés. La décoration aura été saccagée à cette époque afin d'enlever les reliques.

H. Leclercq.


FÉLICITÉ (Passion et cimetière de). — I. Positions critiques. II. La Passio. III. La langue de la Passio. IV. La date du martyre. V. Le lieu. VI. Les monuments. VII. Le cimetière de Maxime. VIII. L'oratoire de Sainte-Félicité. IX. Comparaison des deux fresques. X. La basilique souterraine. XI. Épigraphie. XII. Le canon de la messe. XIII. Bibliographie.

I. Positions critiques. — Dans le chapitre ix de son Essai sur les moeurs, Voltaire a écrit ceci : » Sainte Félicité et ses sept enfants — car il en faut toujours sept — est interrogée avec eux, jugée et condamnée par le préfet de Rome dans le champ de Mars où l'on ne jugeait jamais personne. Le préfet jugeait dans le prétoire ; mais on n'y regarda pas de si près. » Voltaire avait pris le Forum Martis pour le campus Martis et il ignorait que le Forum Martis avait été construit par Auguste pour qu'on y rendît la justice. Suétone en témoigne : Fori exstruendi causa fuit hominum iudicum multitudinem, quae videbatur, non satis duobus, etiam tertio indigere. Ilaque iustitiam, nondum perfecta Martis sede, publicatum est caulum quod separatim in eo publica iudicia et sortitiones iudicum fierent '. Sous les Antonins, le Forum Martis reçut le secretarium de la préfecture urbaine qui à une date postérieure alla occuper un autre édifice. La chicane de Voltaire se trouvait détruite, mais le document allait avoir à affronter d'autres critiques.

En 1875, B. Aubé rejeta comme légendaire la partie narrative de la Passio dans laquelle il tolère un minimum historique qui consiste en ceci : les noms des martyrs, leur interrogatoire, la pluralité des Augustes, dont l'un est Antonin ; mais il place l'épisode sous Septime-Sévère et Antonin Caracalla, entre 198-203. Renan, en 1883, se borne à une ligne, en note : Les Actes de sainte Félicité sont sans valeur historique*. » J. B. Lightfoot n'admet pas le renvoi sous Caracalla.

Cette date, selon lui, est insoutenable ; les termes employés par la Passio supposent qu'un seul des Augustes était présent à Rome lors du martyre ; or, Septime-Sévère ayant passé en Orient presque toute la période indiquée, reste Caracalla, qui aurait eu dix ans, douze au plus, ce qui ne peut guère s'accorder avec la place qu'il tient dans l'interrogatoire. Lightfoot admet la date de 162 et place, avec le martyrologue hiéronymien, l'exécution des sept martyrs au 10 juillet, anniversaire de l'élévation d'Antonin le Pieux à l'Empire : cet anniversaire était probablement fêté sous son fils adoptif et sera devenu l'occasion d'une réjouissance signalée par un massacre de chrétiens. Mais Lightfoot, qui admet le supplice des sept martyrs en ce jour, ne croit pas qu'ils fussent frères et il n'admet pas que Félicité, dont la fête est célébrée le 23 novembre, appartienne à leur groupe. Selon lui, elle peut avoir été martyrisée, elle peut avoir eu un ou plusieurs de ses fils martyrs, mais la préoccupation de créer un groupe parallèle à celui des sept frères Macchabées et de leur mère a seule inspiré la combinaison opérée entre les martyrs du 10 juillet et du 23 novembre. En 1890, J. Firmin entreprend de démontrer que la Passio de sainte Félicité est de basse époque, du VIe environ, et sans grande valeur historique. On n'y trouve nul indice qui permette de dater les événements. Les sept frères martyrs honorés à Rome, le 10 juillet, dès le IVe, n'ont aucun lien de parenté avec Félicité, fêtée le 23 novembre ; celle-ci a cependant eu sept enfants qui furent martyrisés avec elle, mais le groupe du 10 juillet est arbitraire et inspiré par l'histoire des Macchabées. Ceci paraît convaincant à V. Schulze, mais non à L. Duchesne qui estime que l'opinion commune résiste parfaitement à ces arguments. Autant que l'on peut remonter la tradition du culte de sainte Félicité, c'est-à-dire jusqu'au temps du pape Damase pour le moins, cette sainte se présente à nous comme la mère de sept fils martyrs. Pour le culte des saints du 10 juillet, on a une attestation plus ancienne encore, celle du calendrier philocalien (336), qui remonte aux derniers temps de Constantin. Maintenant les sept saints du 10 juillet sont-ils identiques aux sept fils de sainte Félicité ? Dans le calendrier philocalien, il est vrai, il n'est plus question de sainte Félicité ; mais le martyrologe hiéronymien la groupe, au 9 et 10 juillet, avec les sept frères qu'il présente comme ses fils ; il nomme aussi la sainte à son jour propre, au 23 novembre. Rien ne prouve que ces mentions ne soient pas primitives et que le martyrologe hiéronymien ne représente pas ici le calendrier romain dans un état de texte plus complet et plus ancien que le document philocalien de 336. La distance de deux jours de fête, 10 juillet et 23 novembre, ne va pas contre le fond de l'histoire ; on a très bien pu exécuter les fils en juillet et laisser la mère en prison, ou même en liberté, pendant quatre ou cinq mois. La thèse sur le passionnaire grégorien de Reichenau est insoutenable, n's'en tient donc à ses conclusions admises par L. Duchesne : « La passion de sainte Félicité et de ses fils est de basse époque, du VIe environ : elle est dépourvue de valeur historique ; on n'en peut rien tirer pour déterminer la date des événements racontés. » A quoi il ajouta, en 1894 : « Je n'ai jamais compris pour quoi on attache tant d'importance à la Passion de sainte Félicité. Le culte de la sainte et de ses sept fils, et non seulement leur culte, mais encore les linéaments essentiels de leur histoire, s'établissent sur des données épigraphiques, liturgiques, archéologiques, d'une autorité autrement claire que celle de cette petite pièce hagiographique. »


II. La Passio. — « Au temps de l'empereur Antonin, il y eut de l'agitation parmi les pontifes, et Félicité, femme illustre, fut frappée, avec ses sept fils très chrétiens. Demeurée veuve, elle avait consacré à Dieu sa chasteté. Nuit et jour, livrée à la prière, elle était un grand objet d'édification pour les âmes pures. Les pontifes voyant que, grâce à elle, la bonne renommée du nom chrétien s'était accrue, parlèrent d'elle à Antonin Auguste, disant : » Dangereusement pour notre salut, cette veuve avec ses sept fils fait outrage à nos dieux. Si elle ne vénère pas les dieux, sache Votre Piété, que nos dieux s'irriteront tellement qu'on ne pourra plus les apaiser. » Alors l'empereur Antonin ordonna au préfet de la Ville de la contraindre avec ses fils d'apaiser par des sacrifices la colère des dieux. » L'empereur de la famille Antonine, ici désigné, ne pourrait être que Marc-Aurèle, si les actes se rapportent à l'an 162, ce qui est précisément en question. Le préfet de la Ville qu'on entrevoit, et qui sera nommé dans un instant, Publius, serait alors Publius Salvius Julianus, le célèbre rédacteur de l'édit perpétuel, qui succéda, dans les derniers mois du règne d'Antonin le Pieux, au préfet Urbicus et géra la préfecture urbaine, pendant l'année 162, sous Marc-Aurèle et Lucius Verus. Marc-Aurèle séjourna à Rome pendant cette même année 162, où Lucius Verus guerroya en Orient contre les Parthes. Outre la guerre sur cette frontière, on signalait des révoltes en Bretagne et en Germanie et des fléaux aux plus rapprochés, notamment une inondation du Tibre qui perdit les récoltes et annonça la famine qu'il était dès lors facile de prévoir : urgentis annonœ difficultas. C'étaient là bien des motifs de découvrir la colère des dieux, moyen toujours efficace pour déguiser l'incurie administrative. Le fléau de l'inondation avait été particulièrement grave nous apprend Juvenal : prima Tiberis inundatio... nulla Crbis œdificia vexavit et plarimum animalium interemit, et jamen gravissimam peperit. Dès lors une agitation et une requête des pontifes n'ont rien de très surprenant ; ils ont choisi pour la présenter le moment où on célébrait l'avènement d'Antonin. Nul doute que du vivant de cet empereur on ne fêtât ce jour, nous le savons par sa réponse à Fronton qui s'excusait de n'avoir pu prendre part à la solennité. En fut-il de même sous son successeur ? On n'a aucun indice, qu'à partir de la mort d'Antonin, cette festivité soit tombée en oubli et comme Antonin n'était pas disparu depuis deux ans, les pontifes ont pu saisir cette occasion et cette date anniversaire pour se réunir et préparer leur requête à Marc-Aurèle qui, en sa qualité de pontifex maximus, était en droit d'intervenir dans tout ce qui touchait à l'observation et au mépris du culte officiel. C'est à « Sa Piété » qu'on fait appel pour provoquer plus sûrement son intervention.

« Publius, préfet de la Ville, se fit amener Félicité en particulier, et tantôt par de douces paroles, tantôt en la menaçant du dernier supplice, l'engageait à sacrifier. Félicité lui dit : « Tu ne pourras ni me séduire par tes caresses, ni m'ébranler par tes menaces. Car j'ai en moi l'Esprit-Saint, qui ne permet pas que je sois vaincue par le diable ; c'est pour quoi je suis assurée que, vivante, je l'emporterai sur toi, et, si tu me fais mourir, morte, je triompherai de toi mieux encore. — Publius dit : « Malheureuse, s'il t'est doux de mourir, au moins laisse vivre tes fils. » — Félicité répondit : « Mes fils vivent, s'ils ne sacrifient pas aux idoles. Mais s'ils viennent à commettre un tel crime, ils iront dans la mort éternelle. » Le lendemain, Publius siégea au Forum de Mars et ordonna qu'on la lui amenât avec ses sept fils. » Sur ce Forum Martis, ainsi nommé parce qu'il entourait le temple de Mars Vengeur, nous avons ce texte catégorique de Suétone : Fort exstruendi causa fuit hominum et judiciorum multitudo, quae videbatur, non sufficere duobus, et ideo tertio indigere. Itaque festinantius, necdum perfecto Martis templa, publicatum est cautum ut separalim in eo publica judicio et sortitiones judicum fierent. « Auguste le construisit après avoir reconnu que, à cause de la multitude des plaideurs et des procès, les deux forums déjà existants ne suffisaient pas et qu'il en fallait un troisième. C'est pourquoi, afin de se hâter, il fut ordonné que, même avant l'achèvement du temple de Mars, les jugements publics et le tirage au sort des juges se feraient en ce lieu. » Dans l'inscription d'Ancyre on lit à ce sujet : PRIVATO SOLO COMPARATO MARTIS VLTORIS TEMPLVM FORVMQVE AVGVSTI EXSTRVXI. Sous les Antonins, le préfet urbain y eut son tribunal, secretarium. Ce nouveau forum, on le voit par l'inscription d'Ankyre, porta d'abord le nom d'Auguste, son fondateur ; au IVe, on le nommait couramment forum Martis, comme nous le voyons par un collier d'esclave, et il est impossible de déterminer l'époque à laquelle ce nom s'était substitué au précédent.

Il Publius dit : Aie pitié de tes fils, braves jeunes gens, et encore dans la fleur de la jeunesse. — Félicité répondit : Ta miséricorde est impie, et ton exhortation est cruelle. » Et, se tournant vers ses fils, elle ajouta : « Portez les yeux au ciel, mes enfants, et regardez en haut, là où le Christ vous attend avec ses saints. Combattez pour vos âmes et montrez-vous dans l'amour du Christ. » Entendant cela, Publius ordonna de lui donner des soufflets, disant : « Tu as osé conseiller, en ma présence, de mépriser les ordres de nos maîtres. » Cette expression dominorum nostrorum statuta ou instituta, ou monita et en forme de variante, dans Ruinart, fussa, a préoccupé Aubé. « L'expression dominorum nostrorum jussa, les monuments épigraphiques ne nous la montrent employée, écrit-il, qu'à la fin du IIe et au commencement du IIIe. Or, on la rencontre « placée dans la bouche du préfet de la Ville, et dans l'hypothèse où ce préfet serait Publius Salvius Julianus, dans la bouche du plus illustre jurisconsulte du temps, d'un homme qui devait savoir à fond les tours du langage officiel et qui n'était pas de caractère à innover dans l'adulation. » Cette expression, on la retrouve fréquemment dans les lettres de Fronton et jusque dans la correspondance de Pline avec Trajan. En outre, il semble établi qu'on trouve le DDNN ou le DN sur des monuments antérieurs à Domitien. Marini l'atteste pour les inscriptions ; Descemet pour les estampilles doliaires ; Letronne pour les papyrus ; Eekhel pour les monnaies.

« Alors Publius appela le premier des fils, nommé Januarius, et lui promit tous les biens possibles, en même temps qu'il le menaçait des verges s'il refusait de sacrifier aux idoles. — Januarius répondit : La sagesse du Seigneur me soutient et me fera surmonter toutes ces choses. » Aussitôt le juge le fit battre de verges et reconduire en prison.

» Quand celui-ci eut été emmené, le juge ordonna de faire monter le troisième fils nommé Philippe. Comme il lui disait : Notre seigneur l'empereur Antonin a ordonné que vous sacrifiez aux dieux tout-puissants, » Philippe répondit : • Ils ne sont ni dieux, ni tout-puissants, mais des simulacres vains, misérables, insensibles et ceux qui auront consenti à leur sacrifier encourront un péril éternel. » « Philippe ayant été éloigné, on fit comparaître le quatrième fils, Silvanus '. Le juge lui dit : « A ce que je vois, vous vous êtes concertés avec votre misérable mère pour mépriser les ordres des princes et courir tous ensemble à votre perte. » — ■ Silvanus répondit : « Si nous avions craint une mort passagère, nous encourrions un supplice éternel. Mais comme nous savons quelles récompenses sont préparées pour les justes, quelle peine établie pour les pécheurs, nous méprisons avec sécurité la loi romaine pour obéir aux préceptes divins ; méprisant les idoles afin qu'en servant le Dieu tout-puissant nous obtenions la vie éternelle. Ceux qui adorent les démons iront avec eux dans la mort et le feu éternel. » « On éloigna Silvanus ; le cinquième fils, Alexandre, fut amené. Le juge lui dit : » Aie pitié de ton âge et de ta vie encore dans l'enfance. Ne sois pas rebelle, et fais ce qui sera le plus agréable à notre roi Antonin. Aussi, sacrifie aux dieux afin de pouvoir devenir l'ami des Augustes, gagner la vie et leur faveur. » — Alexandre répondit : « Je suis le serviteur du Christ, je le confesse de bouche, je lui reste attaché de cœur, je l'adore sans cesse. Cet âge si faible, que tu vois, a la prudence de la vieillesse et adore un seul Dieu. Tes dieux et leurs adorateurs périront. » Cette proposition de devenir l'ami des Augustes • n'est pas une promesse vague. On la rencontre souvent parmi les offres faites aux chrétiens ' et ce titre conférait à celui qui le recevait une situation ambitionnée. Les Romains, nous dit Epictète, y attachaient un prix extrême, et il décrit la vie si enviée, mais si peu souhaitable à ses yeux de l'homme devenu « Ami de César "« . » Les historiens, les archéologues leur ont consacré de longues recherches » et sur un marbre de Milan, nous trouvons un personnage ainsi qualifié « :

G ■ V GOS-

5 AMICO ■ ET


GOMIT • AVG ■ N

Dans les actes des saints Nérée et Achillée, il est fait également mention d'un personnage qualifié Comes et Amicus Cœsaris ». E. Le Blant a groupé un certain nombre de textes empruntés aux actes des martyrs qui montrent que les persécuteurs ont recouru à ce moyen de séduction : Obtilias Prœsidi et multo honore afficieris, eris que Amicus Imperalorum ab iis que divilias obtinebis et in eorum palatio uersaberis ' ; — AeOpo O'jv axoixTÔv aoO, 'Bpaï'a, xai 6ôaov toïç ÔEOÎÇ. zaï ECTÏ) çtXoç ToO opo ; 'AvTovivou, â|xa Se xai ttjç Tijj.yjç [ieyoca/] ! ; àÇi(o6ï]ar/) - ; — Ununi enim est tanlum ut la,.ias, et targissime nostris augeberis beneficiis : Dits videli cet nostris tantum ut sacrifi ces et tibi invo ces propitiatores, et ego mox mittam festinato relationem ad sacraiissimos Imperalores, ut opes tuas universas, quas inconsulle reliquisti, restituant et amplissimas, ut amico Deorum et Cœsarum, insuper conférant dignitates '. Dans les Actes de Serge et Bacchus on lit ceci : Bealus quidem Scrgius erat Primiccrias et Princeps Scholee Gentilium, Amicus Imperatoris et mullam apud eum habens fiduciam *. Les empereurs conféraient officiellement ce titre à ceux qu'ils voulaient honorer '. Le rang dont paraît avoir joui Félicité, qualifiée de « femme illustre, » permettait de faire luire aux regards d'un de ses enfants la perspective d'une telle dignité '.

• Alexandre renvoyé, on fit monter ' le sixième, Vital. Le juge lui dit : « Peut-être choisiras-tu de vivre et voudras-tu ne point périr ? » — Vital répondit : « Quel est celui qui choisit de vivre mieux, celui qui adore le vrai Dieu, ou celui qui recherche la faveur du démon ? « — Publius dit : « Et qui est le démon ? • — Vital répondit : « Tous les dieux des nations sont des démons et aussi tous ceux qui les adorent. » « On le fit sortir, et le septième, Martial, fut introduit. Le juge lui dit : « Ennemis de vous-mêmes, vous méprisez les ordonnances des Augustes et vous persistez à périr. » — Martial répondit : « Oh ! si tu pouvais savoir quelles peines sont préparées pour les adorateurs des idoles ! Mais Dieu tarde encore de manifester sa colère contre vous et vos idoles. Tous ceux qui ne confessent pas que le Christ est le vrai Dieu, iront au feu éternel. » Publius fit éloigner ce septième accusé, et manda à l'empereur le procès-verbal de tout ce qui s'était passé. » B. Aube, dont les préventions sectaires n'obscurcissaient pas le jugement littéraire, a justement apprécié cet interrogatoire. « L'attitude et le langage du juge, dit-il, usant tour à tour de prières et de menaces pour séduire ou intimider les martyrs, conjurant la mère d'avoir pitié sinon d'elle-même, au moins de ses enfants qu'attend la faveur impériale s'ils se laissent fléchir, s'irritant de la résistance qu'il rencontre, et l'attribuant à une entente secrète ; ses paroles paternelles, caressantes, puis tournant à l'ironie et à la menace ; c'est la vérité même, la vérité éternelle et la vérité de situation. Ce sont là des traits qui sont dans la nature des choses et qui se rencontrent dans un si grand nombre d'Actes de martyrs qu'il serait excessif d'en révoquer en doute le caractère pleinement historique. D'autre part la tenue de ceux qu'on interroge : cette sainte femme dont l'âme est pleine en quelque sorte du Dieu qu'elle invoque, lequel est son espoir, son refuge et sa force ; ses encouragements à ses fils au pied même du tribunal et à la face du juge impuissant et courroucé ; ces mots touchants et fermes : « Portez les yeux au ciel, mes enfants, et regardez en haut ; là le Christ vous attend avec le chœur des saints. Combattez pour vos âmes, demeurez fidèles dans l'amour du Christ ; » ces mots d'une si grande beauté esthétique et morale, les courtes réponses de ses fils — ' Acta S. Hermiœ, 1, dans Acla sanct., 31 mai. — ' HiS' loria S. Oiii'ndni, 10, dans Surius, Vif,rsanc/.,31 octobre. — * Acta SS. Sergii et Bacchi, 1, dans Acta sanct. ^ 7 octobre. ^ • Wilmanns, Exempta inscr. lalima :, n. 2832. — ' P. Alinvincib les et s'enhardissant mutuellement dans la confession de leur foi et de leurs espérances ; tout cela est à la fois grand, vrai, pur, authentique, recueilli, on peut le dire, des lèvres mêmes des martyrs '.

La Passio se termine ainsi : « L'empereur les renvoya devant divers juges pour les faire punir de supplices différents. L'un fit périr le premier sous les coups d'un fouet garni de plomb. Un autre fit tuer à coup de bâton le second et le troisième. Un autre fit précipiter le quatrième. Un autre fit trancher la tête aux trois derniers. Un autre ordonna de décapiter la mère. » Ces juges sont des triumvirs capitaux, jeunes gens de famille sénatoriale que cette magistrature introduisait dans la carrière. Ils avaient la mission de surveiller les prisons et de présider aux supplices. Ces triumviri capitaux étaient une ancienne institution, antérieure à l'empire. César leur avait adjoint un quatrième et ils portèrent quelque temps le nom de quatuorviri capitaux pour revenir à l'expression primitive. On ne saurait dire si les martyrs comparurent devant les magistrats réunis ou isolés ; ils périrent en cinq groupes (ou en quatre groupes d'après le ms. 5299), en des lieux différents. La sentence fut prononcée par l'empereur après la lecture du procès-verbal d'interrogatoire ; les magistrats n'ont eu qu'à présider à l'exécution. L'idée à première vue assez étrange, remarquée par P. Allard, de faire supplicier les martyrs en divers lieux s'explique à la réflexion : évidemment on était en présence d'une grande agitation populaire produite par une terreur superstitieuse, et l'empereur voulut rassurer la foule en faisant couler en plusieurs endroits de Rome le sang des victimes immolées pour détourner la colère des dieux. Les supplices employés contre quelques-uns des condamnés ne sont point ceux qui convenaient à leur naissance et à leur situation sociale, les fouets garnis de plomb, la bastonnade, étaient réservés aux petites gens, et non aux enfants d'une femme qui avait peut-être rang de clarissime, à des jeunes hommes auxquels on venait d'offrir le titre envié d'« amis des Augustes. » « Mais il semble que les condamnés pour crime de christianisme n'avaient point le droit de revendiquer le privilège de la naissance, et que, pour eux, tous les genres de mort étaient bons. « Nous présentons la tête aux plombs, aux lacets, aux clous, » dit Tertullien, qui parle ici des condamnés chrétiens sans distinction. D'ailleurs, il s'agissait avant tout, dans la circonstance, de frapper l'imagination des peuples et il fallait bien pour cela varier les supplices. III. La langue de la passio. — Tillemont, le premier, jugea que la Passio avait été composée en grec '. Il remarquait ces mots régi Antonino qui reparaissent deux fois et dont on ne pourrait autrement rendre compte, même au iv« siècle. Borghesi '°, remarqua en outre que l'usage des Grecs étant souvent de ne désigner les Romains que par leur prénom, on s'explique ainsi que le préfet de la ville soit seulement nommé Publius. On retrouve dans le texte qui nous est parvenu des hellénismes traduits, et parfois mal traduits. L'expression trois fois répétée : erunt in interilum, que certains manuscrits corrigent en ibunt, parait être le futur du verbe ire, aller, confondu avec esse, être. De même ces mots : crudelitatis vestræ jaclores efjecli paraît être l'équivalent de 6(jiïv 7rotY)7al t<ov Seivôiv. Les mots et adhuc non tardât Deus seraient une lecture fautive de xïI £Ti où jjtéXXei, enfin la seditio du prologue traduirait mal ouCTTactç qui a le sens de révolte et celui de réunion qui s'applique bien ici \ Mais cette opinion est contredite et, pour le moment, n'est plus en faveur. rV, La date du martyre. — Une date était communément admise, l'année 162, qui offrait, on l'a vu, un synchronisme de fonctionnaires et une suite d'événements rentrant dans le cadre de la Passio. Toutefois, celle-ci ne donne aucune date, mais cette particularité se retrouve sur des documents anciens de même nature. Il peut se faire que l'omission de la date s'explique par le fait d'une rédaction de la pièce immédiatement après le supplice « . Nous voyons par exemple le martyrium Polycarpi rédigé aussitôt après le supplice, avant que l'anniversaire soit révolu et ne donnant pas la date ; on sait quelles discussions ont nécessité la fixation admise aujourd'hui en 155. Cette date omise ou supprimée dans la pièce originale et dans la version latine, est donnée par d'autres documents. Le martyrologe hiéronymien groupe Félicité et les sept frères au 9 et au 10 juillet ^ ; or, les mentions des saints romains, dans ce martyrologe, semblent avoir été empruntées à un calendrier local rédigé au début du IV » siècle, au lendemain de la paix de l'Église '. D'après ce même martyrologe hiéronymien, Félicité est comme mourue le 23 novembre. Or, il est assez remarquable que c'est elle qui est interrogée la première et dont néanmoins le supplice est marqué en dernier lieu. On peut en tous cas admettre que le supplice a eu lieu dans la même année.

Le calendrier philocalien de 336, réédité en 354, mentionne les depositiones martyrum, mais d'un petit nombre seulement, il n'accorde cet honneur qu'à dix-huit martyrs romains ; parmi eux se trouvent les martyrs du 10 juillet, VI idus julias.

Cette date du 10 juillet était si connue des chrétiens de Rome qu'on la désignait couramment sous le nom de « jour des martyrs. » Une inscription trouvée en 1732 au cimetière de saints Processus et Martinien, sur la voie Aurélienne, s'exprime ainsi ' :


PECORI DVLCIS ANIMA BENIT IN CIMITERO VII IDVS IVL-DP POSTERA DIE MARTVRORVWL

Le défunt fut donc enterré le 11 juillet, lendemain de la fête des martyrs.

Peut-être pourrait-on en induire que la fête ainsi mentionnée était suivie d'une octave dont on nombrait les jours, mais cette question pourra être discutée en son lieu.

V. Le Lieu. — Ni le lieu du martyre ni le lieu de la sépulture ne sont indiqués dans la Passio. Il n'y a pas de raison d'en être surpris en ce qui regarde la sépulture, il suffisait qu'elle fût connue des fidèles empressés à y apporter leurs hommages, une mention plus explicite dans une pièce édifiante qui devait être copiée et communiquée par les fidèles entre eux, risquait de signaler aux malveillants et de désigner à la violence les tombes saintes. Quant au lieu même du martyre, on prenait rarement soin de l'indiquer avec précision, (c'était une place publique, un carrefour, une route ou une rue où le culte n'avait pas prise et que le souvenir ne consacrait pas. En fait, l'emplacement du supplice est presque toujours l'objet d'une indication vague quand cette indication est donnée. On parle d'un lieu à mille sur une voie désignée. Un point hors de contestation, c'est que l'interrogatoire a eu lieu au Forum Martis et le supplice à Rome. Des documents indépendants des actes permettent de préciser.

Les sept frères furent mis à mort en quatre endroits différents, lisons-nous dans la Passio. Janvier en un lieu ; Félix et Philippe en un autre, Silvanus en un troisième, Alexandre, Vital et Martial en un quatrième. Il était naturel, remarque avec beaucoup de raison P. Allard, que, dans la précipitation des inhumations qui suivirent le supplice, pendant un moment d'effervescence populaire où il fallait dérober aux outrages de la foule les corps des martyrs, chacun d'eux ait été emporté par les chrétiens qui avaient assisté à son exécution, sans que l'on se préoccupât de les réunir en une seule sépulture de famille. Précisément Janvier, immolé seul, fut enterré seul ; Félix et Philippe, immolés ensemble, furent portés dans le même cimetière, Silvanus, martyrisé seul, fut enterré à part ; Alexandre, Vital et Martial, martyrisés en un même groupe, eurent le même lieu de sépulture. Cela résulte de l'ancien férial romain ; il indique que les quatre cimetières où furent déposés, seuls ou par groupes, les sept martyrs mis à mort en quatre endroits différents.


VI id. Felicis cl Philippi in Priscillœ ; — et in Jordanorum Martialis, Vitalis,.A.lexandri ; — et in Maximi Silani (h une Silanum martyrem Xovati furati sunl) ; — et in Prartcxtati, Januarii. — « Le 6 des ides de juillet, commémoration de Félix et de Philippe dans la catacombe de Priscille, sur la voie Salaria Neuve, de Martial, Vital et Alexandre dans le cimetière des Jordani, sur la même voie ; de Silvanus (dont les Novatiens dérobèrent les reliques) dans le cimetière de Maximus, sur la même voie ; de Janvier, dans le cimetière de Prétextât, sur la voie Appienne ». Quant à Félicité, elle reposa quelques mois plus tard auprès de Silvanus, dans le cimetière de Maxime qui prit le nom de cimetière de sainte Félicité. Ces indications sont reproduites et confirmées par tous les documents topographiques contemporains des pèlerinages aux catacombes ; depuis les livres liturgiques romains du temps de saint Léon le Grand ' jusqu'aux itinéraires des voyageurs du VIIe ' et au Liber pontificalis '.


VI. Les monuments. — En plus du calendrier philocalien de 354 où se lisent, au 10 juillet, les noms des sept jeunes hommes ' nous avons d'autres mentions du groupe entier des martyrs. Un sermon de saint Pierre Chrysologue consacré à leur gloire », une homélie de saint Grégoire le Grand '^ et sous le pontificat de ce pape, l'abbé Jean chargé de rapporter à la reine Théodelinde des reliques des principaux sanctuaires de Rome, transcrivait sur le papyrus la mention suivante : Sanctœ Felicitatis cum seplem filios suos... : sancti Vitalis, sancti Alexandri, sancti Martialis.., sancti Felicis, sancti Philippi..., sancti Januarii. Il manque le nom de Silvanus ; mais précisément on a vu par le chronographe de 330 que les novaticiens volèrent ses restes, mais ce ne fut que pour un temps. Au commencement du Ve, le pape Innocent rentra en possession des sanctuaires dont les schismatiques s'étaient emparés et on lit à ce propos dans le Liber pontificalis, à la notice du pape Boniface : Hic fecit oratorium in cœmeterio sanctæ Felicitatis juxta corpus et ornavit sepulcrum sancti martyris Felicitatis et sancti Silvani (pour Silvani).

Le pape Damase avait composé en l'honneur de sainte Félicité cette inscription ' (voir Dictionnaire, t. iv, col. 186, n. 41).

Discite quid meriti præsumat pro rege feriri : Femina non timuit gladium, cum natis obvium, Confessa Christum meruit per sæcula nomen.

Le saint pape n'avait pu rien composer pour la tombe vide de Silvanus.

Au moment de son élection, qui fut troublée par un compétiteur ayant l'appui du préfet païen de Rome, Symmaque, 23 décembre 418, Boniface avait résidé au cimetière de Maxime et c'est par reconnaissance envers sainte Félicité qu'il fit construire l'oratorium mentionné par le Liber pontificalis et dont il ne subsiste absolument rien. Nous savons toutefois qu'on lisait cette inscription in introitu ecclesiae :


TEMPORA VICTRICIS FLOREA SERTA LICANT PVRPVREAM RAPIVNT ANIMAM COELESTIA REGNA TO SANCVINE LOTA SVO MEMBRA TENET TVMVLVS SI TITVLVM QVAERIS MERITVM DE NOMINE SIGNAT NE OPPRIMERER TENEBRIS LVX FVIT ISTA MIHI C'est ici que Boniface voulut avoir son tombeau : Rome in cœmeterio Maximi, via Salaria, depositio Bonifatii episcopi ad S. Felicitatem, lit-on dans le martyrologe hiéronymien.

C'est ici également que saint Grégoire fit lire au peuple l'homélie de sa composition dans laquelle, prenant pour texte saint Matthieu, xii, 47-50, il disait : 5 Et voici que, pour nous donner pleinement raison, se présente la bienheureuse Félicité, dont nous célébrons aujourd'hui la naissance au ciel, qui par la foi s'est montrée la servante du Christ et par l'apostolat est devenue sa mère. Car, d'après ce que nous lisons dans les actes les plus corrects, elle craignit autant de laisser ses sept fils vivants sur la terre, que les parents charnels redoutent d'ordinaire de voir mourir leurs enfants avec eux... Considérez, très chers frères, ce cœur viril dans un corps de femme : en face de la mort, elle demeure intrépide. N'ai-je donc pas le droit de dire qu'elle fut martyre et plus que martyre' ?... Nous n'ignorons pas qu'il était d'usage chez nos ancêtres que tout personnage consulaire occupât un rang conforme à l'ordre de date de ses honneurs. Toutefois, si quelqu'un, parvenu plus tard au consulat, l'obtenait deux ou trois fois, il passait avant ceux qui avaient été consuls avant lui, mais une fois seulement. Ainsi la bienheureuse Félicité l'emporte sur les autres martyrs, elle qui, par la mort successive de ses fils, mourut tant de fois pour le Christ. • Saint Pierre Chrysologue disait de même : « Voyez cette femme, cette mère que la vie de ses fils remplissait d'anxiété, et à qui leur mort rendit la sécurité. Heureuse celle dont les fils lui seront dans la gloire future comme un chandelier à sept branches I Plus heureuse encore, celle qui ne s'est vu ravir par le monde aucun de ceux qui lui appartiennent. Elle passait avec plus de joie au milieu des cadavres transpercés de ses enfants, qu'elle ne le faisait auprès de leurs berceaux si chers, parce qu'avec les yeux de la foi, elle voyait une palme dans chaque blessure, une récompense à chaque supplice, une couronne sur chaque victime. Que dirai-je de plus ? Ce n'est pas une vraie mère celle qui ne sait pas ainsi aimer ses enfants. » Au VIIe, le corps de la martyre fut transporté de la basilique inférieure à la basilique supérieure, où les Itinéraires mentionnent aussi Saint Silvanus : Ibi et Silanus filius ejus, unus de septem est sepultus. Des autres fils, il n'y avait que le souvenir ; mais non les corps, c'est ce qui fait que le prêtre Jean, guidé par les peintures, a été induit en erreur, quand il a écrit : S. Felicitatis cum septem filios suos. S. Bonifali.

A la fin du VIIIe, Léon III transporte les reliques de sainte Félicité et de S. Silvanus à l'église de Sainte-Suzanne, où elles sont encore. Le cimetière fut ensuite abandonné, et sa position fut si complètement oubliée que Ciacconio le croyait situé sur la voie Appienne, trompé par l'indication fautive des Mirabilia urbis Romæ. Cœmeterium S. Felicitatis prope cemeterium S. Calixti. On dira dans un instant où et quand il fut retrouvé. Mais auparavant, il est préférable de terminer ce qui reste à dire des textes relatifs à sainte Félicité.

Sur la voie Appienne, au cimetière de Prétextât nous rencontrons la sépulture de l'aîné des martyrs, Januarius. C'est en 1857 que la crypte historique fut découverte ; quoi que bien au-dessous du sol, la tombe n'était pas creusée dans le tuf, mais bâtie en solide maçonnerie. Les actes de l'évêque Urbain, enterré à Protextat, avaient décrit exactement les lieux : ingens anticum quadratum et firmissimæ fabricæ. Le tombeau était relié à d'autres cryptes et s'ouvrait comme celles-ci sur une vaste corridor qu'on dénommait au Moyen Âge intrabis in speluncam magnam. Leurs façades monumentales sont tout à fait remarquables, celle-ci était construite en briques jaunes, décorée de pilastres en briques rouges et d'une corniche en terre cuite ; ce qui se rencontre dans beaucoup d'édifices profanes des premiers siècles de l'Empire. Celle entrée de la crypte de saint Janvier doit être rapprochée du fronton du lararium qui a été trouvé intact, en 1866, formant le fond de l'excubitorium de la septième cohorte des Vigiles dans la région du Transtévère et datant du commencement du IIe. M. de Rossi estimait cette porte « de la meilleure époque des Antonins » et B. Aube, pour les besoins de sa thèse, la reculait jusqu'en 220 ou 230. C'est bien ici le genre de construction qui domine à l'époque des Antonins ou dans les temps qui suivent immédiatement ; on peut comparer cette belle maçonnerie de briques, aux joints serrés, à celle de l'édifice connu sous le nom de temple de Bacchus, devenu l'église de Saint-Urbain-alla-Cafarella, sur la voie Appienne, et peut-être bâti par Hérode Atticus sous Marc-Aurèle.

L'intérieur de la crypte respire le pur style classique. « Les stucs, composés de poudre de marbre blanc, révèlent un temps reculé, et toute l'architecture reporte l'esprit vers le second siècle ». Quatre guirlandes de « Que Janvier, Agatopus, Felicissimus, martyrs affraîchissent l'âme de...

Felicissimus et Agatopus sont les deux diacres martyrs du pape saint Sixte II, enterrés en 258, dans le cimetière de Prétextât : Janvier, invoqué avec eux, est évidemment le fils aîné de sainte Félicité, martyrisé près d'un siècle auparavant, et enterré aussi dans ce cimetière. Cette invocation permettait d'induire que les trois tombes n'étaient pas fort distantes les unes des autres, mais elle ne disait pas clairement si l'un d'entre eux et lequel était enterré dans la crypte où on la lisait.

En 1863, une nouvelle découverte donna le renseignement désiré : on trouva, en déblayant le sol de la crypte, les débris d'une inscription monumentale, gravée sur une large plaque de marbre, dans le caractère appelé damasien. Les fragments rapprochés donnèrent le texte suivant :

« DAMASVS EPISCOP P »

« Consacré par Damase, évêque, au bienheureux martyr Janvier. » L'identification est donc certaine et la crypte découverte en 1857 et qui offre les caractères architecturaux des constructions de l'époque de Marc-Aurèle ou des temps voisins, est celle dans laquelle a été déposé, très probablement en l'an 162, le corps de l'aîné des fils de sainte Félicité. Ce monument célèbre sera décrit et figuré en son lieu, mais il était indispensable d'en rappeler dès maintenant et à cette place le souvenir et la signification chronologique qui s'y rattache.

Le pape Damase avait consacré des compositions métriques à plusieurs des fils de la martyre Félicité. Les vers d'inspiration... étaient gravés au-dessus de la porte d'entrée de la basilique.

Au cimetière des Jordani se trouvait une inscription en l'honneur du groupe Martial, Vital et Alexandre. Elle a péri, mais elle n'a pas péri tout entière. Durant le mois de mars 537 au mois de mars 538, les Goths conduits par Vitigès, assiégèrent Rome et dévastèrent les alentours de la ville ; leur camp se trouvait sur la via Salaria, presque au-dessus du cimetière de Priscille qui ne fut pas épargné. Lors que l'ennemi eut levé le siège, le pape Vigile s'occupa de relever les ruines et de restaurer les monuments chrétiens ; il fit recopier les inscriptions chrétiennes et notamment les inscriptions damasiennes. Le ms. épigraphique de Lorsch nous a conservé un poème dont un fragment sur marbre a été retrouvé en 1804, au cimetière ad duas Lauros sur la voie Labicane, d'où il est entré au musée du Latran. Voir Dictionnaire, t. iv, col. 157, fig. 3549. Voici le texte du ms. de Lorsch :

« Sci Vitalis m et sci Martialis et sci Alexandri Dum peritura geihœ posuissent castra sub urbe moverant scis bella nefanda prias Ista que sacrilego verterunt corde sepulcbra martyribus quondam rite sacrata piis Quos monstrante dô damasus sibi papa probalos affixo monuit carminé jure coli Sed periit tituliis conjracto marmore ses nec tamen his iterum passe latere tait Diruta vigilibus nam mo.r hœc papa gemescens hcstibus expulsis omne novavit opus.

Saint Symmaque, pape (498-514) accordait une particulière dévotion à un de ces trois martyrs, Alexandre, et nous savons que fecit coemeterium Jordanorum in melius propter corpus sancti Alexandri. Serait-ce un débris des ornements qu'il lui consacra qui nous serait parvenu dans un fragment épigraphique trouvé sur l'emplacement du cimetière en 1873. On a suppléé ainsi ce débris (fig. 4321) : Reddil Alexandri SEPVLCHRO MARTYRIBUS uni Synimachus observMS HVNC carminé prxsul honorent RIS LACTV ra....

Dans la basilique construite au-dessus du cimetière de Priscille et dont les ruines ont été récemment reconnues, se trouvaient les tombes de Philippe et de Félix avec un éloge du pape Damase »conçu en ces termes« : Cultures domini Félix paritcr que l'hilippus Hinc virtute pares contempto principe mundi clernum que peticre domum regnaquc piorum sanguine quod proprio Chrsli merucre coronas Ilis Damasus supplcx volait sua rcddere vota A la ligne 3, il faut corriger etcrnum en œternani peticre domum.

Le groupe de Félix et Philippe se trouve rapproché du groupe de Vital et Martial dans un monument que nous allons décrire.

Tout ce qui se rattache à la mémoire des martyrs du 10 juillet ne sort de terre que peu à peu. En 1888, Edmond Le Blant fit connaître une base de colonnette, malheureusement fendue par le milieu dans le sens de sa hauteur, et dont le revers manque. Elle porte, distribuée sur ses trois faces, l'inscription suivante qui, d'après la forme des caractères, ne saurait être postérieure aux premières années du v= siècle (fig. 4325) :

... IVLIAS MARTYRVWL VITA

... ANCT FILICIS FILIPPI MAR

Un simple coup d'œil jeté sur cette inscription permet d'en reconnaître la signification et la valeur. On ne peut hésiter à y voir deux et puis deux autres des martyrs du 10 juillet ; elle doit donc être complétée ainsi :

Sexlo idus IVLIAS MARTYRVM VITA'i's Kalak s ANCToruni FILICIS FILIPPI MkRli'ilis La face postérieure de la base mutilée pouvait porter les trois noms qui manquent ; ceux d'Alexander, Silvanus et Januarius.

Deux questions se présentent ici : de quelle nature fait la priorité donnée sur notre marbre aux noms de ces deux jeunes hommes a fait penser qu'il a pu se trouver autrefois dans la catacombe de Priscille, sauvagement ruinée et dévastée par les Goths, comme les autres cimetières de la via Salaria. Je ne saurais toutefois, ajoutait E. Le Blant, tenir, pour ma part, la chose comme certaine, car dans les trois textes antiques qui nous donnent la liste des frères martyrs, celui du chronographe de 354, du sacramentaire Léonien et du kalendarium romanum, édité par Ruinart, Félix et Philippe sont nommés les premiers, ainsi que dans notre inscription '.

J.-B. De Rossi admet la provenance de cette base d'un ancien ciborium et estime que cette particularité convient parfaitement à la sépulture formant autel, non pas dans la basilique même de Saint-Sylvestre, mais dans une chapelle contiguë à son abside et marquée B dans le plan '. En 1916, un accord intervenu entre les gouvernements français et italien a permis l'échange du fragment étudié ici et donné au musée

'FLLCÏSHUPFI M MA »

432j. — Inscription des saints Félix et Philippe, Vital et Martial. D'après Mélanges d'archéologie et d'histoire, 1888, t. VIII, pi. vu. était le monument d'où provient ce débris, et où se trouvait-il aux temps antiques ? Chercher où on l'a découvert, si l'on pouvait parvenir à le savoir, ne nous apprendrait rien ou peu de chose, car le marbre n'était plus alors en sa place première : englué de chaux sur toutes ses faces, il a été évidemment tiré, comme l'inscription damasienne de saint Valentin, de quelque mur dans lequel on l'avait employé parmi des débris sans valeur. C'était, selon toute apparence, la base d'une colonnette de l'un de ces ciboria qui surmontaient les autels (voir Ciborium).

L'ordre dans lequel sont mentionnés les noms a paru pouvoir, sur l'autre point donner quelque lumière.

Le calendrier de l'an 354 porte l'indication des lieux divers où ont été ensevelis les sept frères. On y lit : Felicis et Philippi Prisiillœ, et in Jordanoram, Marlialis, Vilalis, Alexandri et in Maximi Silani... et in Prœtextali, Januarii. On voit ainsi que les saints Félix et Philippe reposaient dans le cimetière de Priscille. Le musée du Louvre en 1896 par E. Le Blant, avec un bas-relief provenant d'un sarcophage d'origine française et représentant l'épisode de Jonas ^ VIL Le cimetière de Maxime. — A une distance d'un demi-mille de la porte Salaria se trouvait anciennement une vigne et un domaine appartenant à l'hôpital des Antonins. Un inventaire des biens de cet hôpital rédigé en 1580 et trouvé à Lyon n'en fait pas mention *, mais dès le milieu du siècle suivant cette vigne était devenue la propriété de la communauté des Antonins qui se faisaient un devoir d'expédier à leur maison-mère, à Vienne en Dauphiné, les reliques et les souvenirs ou inscriptions extraits d'un ancien cimetière souterrain dont ils se trouvaient propriétaires, mais dont on ignorait le vocable et que, pour cette raison, on nommait le cimetière de Saint-Antoine ''. Le musée de Vienne, en Dauphiné, conserve quelques inscriptions chrétiennes romaines dont l'origine n'a pas d'autre explication que ces envois.

Ces incursions dans les parties alors accessibles de la catacombe anonyme n'eurent pas pour résultat d'en améliorer la situation, d'autant que les ambulacres et les tombes ayant été creusés dans un terrain de nature très friable, les anciens fossores avaient déjà commencé à combler certaines galeries avec de la terre '.

En 1856, on découvrit l'entrée de ce cimetière dont il s'agissait de déterminer le nom. Bosio avait admis que sainte Félicité reposait sur la voie Salaria Neuve, mais il la croyait enterrée dans le même cimetière où étaient inhumés trois de ses fils : le cimetière Jordanorum ^ Ciacconio avait donné le nom de Félicité à un cimetière décoré de peintures fort curieuses, qui semblent se retrouver sur la voie Appienne. C'est d'ailleurs ce qu'il dit dans ses Vies des papes où il place le cimetière de Félicité sur la voie Appienne près du cimetière de Calliste' ; s'appuyant sans aucun doute sur ce renseignement contenu dans les Mirabilia urbis Romœ :...ccemelerium de Felicitatis prope cœmcterium Callisti. Ciacconio avait pour s'égarer, comme il l'a fait, outre ce texte corrompu le calendrier dit de Fronton *, qui indique la station ad sanctam Felicilaiem de manière si obscure qu'on peut se demander si elle se trouve sur la voie Appienne ou sur la voie Salaria ; c'est ce qui explique que, à la fin du xviii« siècle, l'opinion de Ciacconio avait encore des partisans même à Rome '.

Aucun des documents dont Bosio faisait un si ingénieux usage ne parlait d'un cimetière de Maxime ; ceux qui vinrent après lui n'en savaient pas plus que lui-même. Cependant les livres liturgiques disaient ceci : SI idus Julias natale sanclorum martyrum Felicis et Philippi in ccemelerio Priscillœ, Vitalis et Marlialis et Alexandri in cœmeterio Jordanorum, et Silvani in ccemetcrio Maximi via Salaria ; et Januarii in ccemelerio Frselextati via Appia '. Dans les livres liturgiques composés après que les catacombes étaient abandonnées, on lit au 10 juillet : Hac die olim erant quatuor staliones : via Appia ad sanctum Januarium in Prœtexlali : item via Salaria prima missa ad aquilonem in Priscillse : secunda missa ad S. Vitalem in Jordanorum : item tertio missa ad S. Felicitatcm '. Ainsi, il y avait ce jour-là trois stations sur la voie Salaria et une sur l'Appienne. Celle de Priscille, et celle des Jordanorum sont identiques, celle de Janvier ne fait pas question, il reste dans un cimetière de Maxime la station à Silvanus qui disparaît et on trouve à la place une station à sainte Félicité. Mais nous avons vu que, d'après le catalogue deSâi, h une, Silvanum marlyrem Xovati (ani) furati sunt. Donc vers le milieu du i« siècle, le cimetière de Maxime ne possédait plus le martyr et lors que le pape Damase consacra des inscriptions aux sept frères et à leur mère, il omit Silvanus, mais il nomma Félicité qui avait son culte et sa station dans ce même cimetière, que pour cette raison on appelait ad S. Felicilalem.

D'après le catalogue de 354, on ne peut deviner sur quelle voie se trouvait cet hypogée ; heureusement d'autres martyrologes et livres liturgiques le complètent sur ce point et mentionnent la voie Salaria. C'est d'abord le martyrologe hiéronymien dans lequel nous lisons : Homœ in cœmcterio Maximi via Salaria depositio lionijatii episcopi ad S. Felieilalem et, au 23 novembre : Homœ démentis episcopi, et in cœmelerio Maximi Felicitatis '. D'ailleurs, l'histoire de l'Église de Rome atteste que le pape Boniface I », ainsi que Félicité et son fils Silvanus furent tous inhumés au même lieu sur la voie Salaria et ne laissent plus aucun doute sur l'existence du cœmeterium Maximi. Cependant Fiorentini ne laissa pas que de remarquer que le cimetière n'était pas connu des anciens historiens tels que Bosio, Ciacconio et les autres et il imagina, pour tout accorder, que le cimetière en question était contigu à celui de Prétextât sur la voie Appienne et faisait partie du cimetière de Callixte '. Cette façon de transporter un cimetière d'une voie sur une autre bouleversait non seulement la topographie, mais rendait inintelligibles les documents liturgiques.

Le personnage nommé Maximus qui donna son nom à ce petit cimetière n'est pas autrement connu et il est tout à fait impossible, à défaut de traits particuliers, d'entreprendre de le distinguer parmi la foule des chrétiens qui portèrent le même nom. Les bollandistes, lisant ce nom dans le catalogue de 354, imaginèrent que c'était le chef d'un groupe de soldats et de martyrs, enseveli avec ses compagnons au lieu dit ad clivum cucumeris sur la voie Salaria vieille. Mais les lieux ne concordent pas. Au reste, rien ne permet de croire que ce Maximus fut un martyr, il est même plus probable que c'était un fidèle opulent à qui ses moyens permirent d'ouvrir un cimetière souterrain à l'usage de ses frères. Les cimetières de Domitille, de Balbine, de Calliste portaient ainsi des noms de propriétaires du sol, et même il est remarquable que ces personnages ne furent pas enterrés dans le souterrain qui portait leur nom. Maximus se trouve d'ailleurs ni plus ni moins favorisé que Prétextât, Apronianus, les Jordani, Novella, Pontianus sur lesquels nous ne savons rien. S'il lui arriva d'être dépossédé par sainte Félicité, il se trouva encore en cela dans une situation commune à d'autres. Vers le temps de la paix de l'Église, lors que le culte des martyrs prit une extension et un éclat considérables, on se déshabitua de nommer les souterrains par un vocable dont la signification échappait et on préféra les désigner sous le nom des principaux martyrs qu'on y vénérait, t'est ainsi que le cimetière de Domitille prit le nom de cimetière des saints Nérée et Achillée ; celui de Balbine s'appela cimetière de Saint-Marc ; celui de Callixte fut connu sous le nom de saint Sixte et de sainte Cécile.

Entre l'année 251, date de la séparation de Novat de l'Église de Rome, et l'année 354, date de la rédaction du calendrier, nous ne savons qu'une chose sur ce cimetière de Maxime, c'est que les novatiens y dérobèrent le corps du martyr Silvanus. Pendant la deuxième moitié du IVe, marquée par les grands travaux du pape Damase dans les cimetières romains, le corps de Silvanus n'ayant pas été recouvré, le pape composa trois hexamètres en l'honneur de la seule Félicité : Discit quid meriti... Futre le pontificat de Damase et la fin du pontificat de Zozime, en 417, on ne rencontre aucune mention du cœmeterium Maximi, tandis que sous le pontificat de Boniface I, successeur de Zozime, nous avons rencontré et tiré parti d'un renseignement très précis concernant notre cimetière. Pendant les contestations soulevées par son élection, le pape se retira et habita au cimetière de Sainte-Félicité, sur la voie Salaria. C'est la première fois que nous rencontrons le nouveau vocable substitué à celui de Maxime. Quand on nous dit qu'il y habita, ce ne fut pas évidemment que le pontife se cacha dans quelque cubicule, il devait se trouver là une habitation à ciel ouvert. Le préfet Symmaque écrit précisément à l'empereur que le pontife demeure à peu de distance de la ville : extra murum deduclus non longe ab Urbe remotus. Ainsi le cimetière de Maxime, devenu cimetière de Sainte-Félicité, était peu distant de Rome et possédait des abris à l'usage du clergé et probablement des laïcs. Après son retour à Rome et lorsqu'il occupait désormais tranquillement son siège, Boniface n'oublia pas le temps où il vivait réfugié à Sainte-Félicité. Il fit construire un oratoire et embellit le tombeau de la martyre et de son fils Silvanus dont les reliques avaient été récupérées. À l'entrée de l'oratoire se lisait le poème épigraphique que déjà rapporté : Intonuit metuenda dies...

Nous n'avons pas de détails sur le recouvrement des reliques du martyr Silvanus, mais nous savons que le pape Innocent Ier enleva aux novatiens beaucoup de leurs églises et de leurs lieux de réunion ; il mourut en 416. Son successeur Zozime ne fit que passer et en 417, Boniface occupa la chaire pontificale. C'est donc en 418 ou peu de temps après que Boniface décora les tombes de Félicité et de Silvanus dont Innocent Ier avait recouvré les reliques. Boniface voulut même reposer en ce lieu et il fut le seul pape enterré à Sainte-Félicité. C'est à tort qu'on a dit que le pape Libère avait été enterré ad s. Felicitalem ; nous savons qu'il fut enterré au cimetière de Priscille. De l'épitaphe du pape Boniface Ier, qui, suivant l'usage du temps, était en vers, il ne reste pas une syllabe. Baronius, Bosio et d'autres à leur suite n'ont pas hésité à publier deux épitaphes métriques d'un pape Boniface, mais ces pièces concernent Boniface II et Boniface III et se trouvaient à la basilique du Vatican. L'inhumation du pape Boniface Ier au cimetière de Sainte-Félicité est désignée sous le nom in cœmeterio Maximi, ce qui montre que le nom primitif du cimetière n'était pas complètement oublié ; nous le retrouvons du reste dans le sacramentaire léonien du manuscrit de Vérone :... et Silvani in cœmeterio Maximi via Salaria... Toutefois c'est probablement la dernière mention que nous en rencontrons. Désormais dans les livres de la liturgie grégorienne, on lit que la station et la messe de Silvanus ont lieu via Salaria ad S. Felicitatem. Le calendrier de Fronton ne connaîtra, lui aussi, la messe de Silvanus que ad S. Felicitalem qu'il semble même transporter sur la voie Appienne. La confusion s'établit et s'épaissit avec le papyrus de Monza qui n'observe plus l'ordre topographique et écrit : (oleum) S. Felicitatis cum septem filiis saos. S. Bonifati.

Les Itinéraires ne tombent pas dans cette erreur, mais sauf l'Itinéraire d'Einsiedeln, sont d'accord sur le site du cimetière de Sainte-Félicité.

Index cœmeteriorum et Notitia regionum : Cœmeterium Priscillæ ad S. Silvestrum via Salaria, Cœmeterium Jordanorum ad S. Alexandrum via Salaria. Cœmeterium Thrasonis ad S. Saturninum via Salaria.

Itinéraire de Salzbourg : Deinde ventes ad S. Felicitatem altera via, quæ similiter Salaria dicitur, ubi illa pansa in ecclesia sursum et Bonifacius pp. et martyr in altera loco et filius (i. e. filius) ejus sub terra deorsum. Deinde eadem via pervenies ad ecclesiam S. Saturnini papse et martyris : in altera ecclesia Daria virgo et martyr pusal et Crisantus martyr. Postea pervenies eadem via ad speluncam ubi S. Hilaria martyr : deinde eadem via ad S. Alexandrum martyrem, ubi pansen Theodulus et Eventas et longe in interiore spelunca Alexander martyr requiescit. Postea ascendens eadem via ad S. Silvestri ecclesiam ibi multitudo sanctorum pusal ; primum Silvester sanctus papa et confessor et ad pedes ejus S. Syriens papa et in dextera parte Cœlestinus papa et Marcellus episcopus : Philippus et Félix martyres et multitudo sanctorum sub altare majore et in spelunca Crescenlius martyr et Fimilis pusal in cubiculo quando exeas et in altera S. Polenciana martyr et Praxedis.

De locis SS. martyrum : Juxta viam Salariam ecclesia est S. Felicitatis ubi ipsa jacet corpore, ibi et Silvanus filius ejus de VII est sepultus et Bonifacius cum multis sanctis ibi dormiunt. Juxta eamdem viam S. Saturninus cum multis martyribus dormit (d'une autre main : in alia quoque ecclesia. S. Chrysantus et Daria virgo et LXII martyres) : prope quæ ibi S. Alexander et S. Vitalis, sanctus quæ Martialis, qui sunt tres de septem filiis Felicitatis, cum multis martyribus jacent. Ibi et VII virgines id est S. Saturnina et S. Hilarion, S. Dominanda, S. Serotina, S. Paulina, S. Donala, S. Roganlina requiescunt. Juxta eandem viam Salariam S. Silvester requiescit, et alii quamplurimi, id est S. Cœlestinus, S. Potenliana, S. Praxedis, S. Marcellus, S. Crescenlianus, S. Mourus, S. Marcellinus, S. Prisca, S. Paulus, S. Felicis unus de septem, S. Philippus unus de septem, S. Semetrius et, in una sepultura CCCLXIII. Per eamdem quoque viam venitur ad ecclesiam S. Michælis septimo milliario ab urbe.

Itinéraire de Guillaume de Malmesbury : Deinde basilica S. Felicitatis, ubi requiescit illa et Silvanus filius ejus et non longe Bonifacius martyr. Ibidem in altera ecclesia sunt Crisantus et Daria et Saturninus et Maurus et Jason et mater eorum Hilaria et alii innumerabiles. Et in altera basilica S. Alexander, Vitalis, Martialis filii S. Felicitatis. Et sanctæ septem virginis Saturnina, Hilarina, Dominanda, Rogantina, Serotina, Paulina, Donata. Deinde basilica S. Silvestri ubi jacet marmoreo tumulo coopertus et martyres Cœlestinus, Philippus et Félix et ibidem martyres CCCLXV in uno sepulcro requiescunt, et prope Paulus et Crescenlianus, Prisca et Semetrius, Praxedis, Potenliana pusal.

Itinéraire d'Einsiedeln : In via Salaria extra civitatem in sinistra S. Saturnini : in dextera S. Felicitatis cum septem filiis.

Ita Hadriani I : Cœmeterium S. Felicitatis via Salaria una ecclesiis S. Silvani martyris et S. Bonifacii confessoris atque pontificis uno cohaerentes solo mirse restawavit magnitudinis. Sedet basilicam S. Saturnini in prædica via Salaria positam una eum eodem. SS. Chrysanti et Dariæ renovavit atque cœmeterium S. Hilarionis innovavit. Immo et cœmeterium Jordanorum, videlicet SS. Alexandri et Vitalis et Martialis martyrum, seu SS. septem Virginum a novo restauravit. Pariter in eadem via Salaria cœm. S. Silvestri confessoris atque pontificis aliorumque sanctorum multorum in ruinis positum renovavit.

Index cœmeteriorum e libro Mirabilium : Cœmeterium Priscillæ ad pontem Salarium. Cœmeterium ad clivum Cucumeris. Cœmeterium Thrasonis ad S. Saturninum. Cœmeterium S. Felicitatis.

L'Itinéraire de Salzbourg, qui aime à noter les petites particularités locales, a soin de faire remarquer que le corps de Félicité pausat in ecclesia sursum, et que le pape Boniface et les fils (pour le fils) de la martyre sub terra deorsum. Cet itinéraire, celui d'Einsiedeln et le papyrus de Monza, réunissent ainsi les fils et cette erreur de leur part s'explique parce que ces topographes ont vu les monuments qu'ils ont mal interprétés. C'est ainsi que l'un d'eux a écrit que saint Corneille, pape de Rome, et saint Cyprien de Carthage reposaient ensemble parce qu'il avait été induit à le supposer en voyant la fresque, encore existante de nos jours, qui montre ces deux personnages martyrs à côté l'un de l'autre. Une circonstance analogue a induit en erreur au sujet de sainte Félicité dont l'oratoire était décoré d'une peinture représentant la martyre au milieu de ses sept fils ; un des vers de saint Damase, pouvait favoriser cette explication : femina non timuit gladium cum natis obviam. Une autre circonstance favorisait encore l'erreur. On conserve à Sainte-Marie du Trastévère une grande dalle en partie recouverte par les sièges du chœur et portant une longue épitaphe de deux enfants. Elle commence par ces mots : Vos equidem nati cœkslia regna videtis : cette épitaphe se trouvait primitivement dans l'église de Sainte-Félicité et des pèlerins ignorants se dispensèrent de lire les noms des deux défunts et attribuèrent cette pièce aux fils de Félicité. Dans le manuscrit de Verdun, elle est conservée avec cette mention : Item epilaphium filiorum ejus • et dans une ancienne anthologie : De filiis S. Felicitatis. On voit ainsi de quelle manière a pu s'accréditer l'erreur que les topographes ont accueillie et répandue. La notice d'Hadrien Ier au Liber pontificalis rappelle la restauration du cimetière de sainte Félicité et des églises de Silvanus et de Boniface placées sur le même site, uno cohaerentes solo. Cette église dite de saint Silvanus est la même dans laquelle reposait sainte Félicité et qui portait plus communément son nom. L'oratoire du pape Boniface était tout proche mais distinct.

Cette mention de deux églises dans la notice d'Hadrien Ier avait égaré Bosio qui chercha le cimetière, au-delà du premier mille et à gauche de la voie, vers le point où se trouvait un oratoire double. Boldetti, Marangoni ne furent pas plus éclairés. Cependant, en 1785, on découvrit un indice, mais qui passa inexpliqué. Dans la vigne des Antonins, on fut amené à démolir un petit édicule d'où un escalier mettait en communication avec le cimetière. Tout autour de cet édifice et de cet escalier, on releva des plaques de marbre et des inscriptions, chrétiennes. La forme, l'épaisseur et l'époque de ces plaques de marbre montrent qu'elles se trouvaient dans un cimetière à ciel ouvert. On rencontra l'épitaphe d'un individu nommé Antimione, mort en 392, dont on imagina assez plaisamment de faire un pape ; un fragment d'inscription daté de l'année 377 ; un autre fragment porte une croix qui doit être du Ve ou du VIe ; un autre est daté de l'indiction VII, ce qui ne nous reporte pas avant le VIe. Il existait donc ici, au IVe, et jusqu'au VIe au moins, un cimetière à ciel ouvert autour d'un édifice qui communiquait par un escalier avec le cimetière souterrain. Ainsi nous avons le cœmetcriam Maximi et l'oratorium avec le cœmcterium ad S. Felicilalem.

En avril 1856, l'entrée fut découverte et J.-B. De Rossi pénétra dans le souterrain ; il retrouva un fragment épigraphique que l'epistolier détaché du loculus primitif et rejeté dans un cubicule avec d'autres débris. La partie la plus ancienne était une épitaphe ( ?) en langue grecque, au revers, en caractères du IVe ou du Ve, la mention, qu'on ne pouvait désirer plus formelle : ad sanctam Feliciatem.

C'est en s'autorisant de cette inscription que dans le tome I des Inscriptions chrétiennes urbis Romæ, J.-B. De Rossi parla, au sujet de l'inscription de l'an 407, dont il sera question plus loin, de sa présence ancienne in coemeterio S. Felicitatis in via Salaria.

Enfin, au mois de novembre 1885, en creusant le sol pour faire les fondations d'une maison, on découvrit par hasard la crypte historique, à peu de distance du point où avait été retrouvée l'inscription ad sanctam Felic... On se trouva en présence d'une peinture représentant sainte Félicité avec ses sept fils, mais couverte de terre et fort détériorée. Cette peinture occupait le fond d'une crypte, la basilique du IVe ; on reconnut les bases de trois colonnes, un escalier qui devait aboutir à la basilique supérieure, enfin une grande peinture d'époque byzantine où l'on pouvait voir encore dans la partie supérieure le Christ bénissant et au-dessous la martyre et ses fils. Cette découverte fut signalée aussitôt en France par Edm. Le Blant, en Italie, et ailleurs. J.-B. De Rossi la publia en 1885 et dut constater à regret que, sauf la fresque en question, la crypte avait perdu ses titres épigraphiques et sa décoration.

Dans l'escalier qui conduit à cinq plans ou niveaux différents, à la partie la plus élevée se trouvait un loculus encore fermé portant cette épitaphe :


CITONATA ES IN PACE QUE VIXI ES ANV CS ET QVATOR MESES C5 POSTERV [5 CALEDAS NOBEBES ES

Sur le côté d'un arc de soutien des parois de la voûte de cet escalier, au second niveau, on voit la trace d'un bon pasteur avec les jambes croisées suivant le type connu vers le IVe. Près de cet arc, mais au premier niveau, une paroi avait reçu anciennement des loculi qui furent renforcés d'une muraille où l'on voyait des traces d'images de saints. J.-B. De Rossi et le P. Tongiorgi y reconnurent le groupe de sainte Félicité et ses sept fils. Une copie dessinée et peinte sur place par Gregorio Mariani conserve le souvenir de ce qui subsistait alors de cette fresque (fig. 432fi). Au sommet de l'arc, on voit le Sauveur à mi-corps, portant le nimbe crucifère, bénissant de la main droite ; la main gauche a péri, mais il semble qu'elle devait faire le geste de soulever le pallium. Cette figure est empruntée aux mosaïques byzantines, mais le manque d'espace n'a pas permis de figurer le Christ debout ou assis ; il a fallu loger huit personnages dans un espace fort resserré. Félicité et ses sept fils. On peut encore distinguer quelques noms : Januarius, Martialis et probablement au-dessus du troisième buste Silvanus placé à côté de sa mère.


VIII. L'ORATOIRE DE SAINTE FÉLICITÉ. Avant de poursuivre ce qui regarde la catacombe, il nous faut aborder la description d'un autre monument. Près de l'antique sanctuaire de Saint-Clément, on voyait souvent, jadis, des groupes de femmes pieuses sur le chemin qui monte aux thermes de Trajan ; cette route conduisait à un oratoire consacré à la martyre Félicité et à ses sept fils. Cet oratoire fut découvert en 1812 ; sous un amoncellement de décombres, on reconnut une construction composée de trois pièces : celle du milieu disposée en forme d'oratoire et terminée par une niche semi-circulaire, ornée de peintures et d'inscriptions, tracées les unes à la couleur rouge, les autres à la couleur noire. Aussitôt les archéologues étudièrent cet édicule dont il parut d'abord un croquis assez sommaire. L'année de temps après, Stefano Piale donna un dessin plus fidèle et une notice de plusieurs fresques pareilles à celles des catacombes, disparues presque aussitôt après leur découverte par la chute de l'enduit, il ajoutait un calendrier tracé à la pointe sur une paroi et quelques particularités relatives à la découverte. On fit alors plusieurs copies de la fresque. Garrucci en a retrouvé deux en couleurs conservées : l'une à la bibliothèque Vaticane, l'autre au musée Kircher et venant de C. Fea. Garrucci a reproduit en le réduisant le dessin conservé à la Vaticane. Doulcet a donné celui de Piale ; enfin J.-B. De Rossi a fait reproduire un dessin de Ruspi, artiste di grande perizia nel delineare le antichità (fig. 4327). Ce même Ruspi en avait fait une aquarelle pour le cardinal A. Mai, qui parlait maintes fois de cette fresque. Enfin Fea et Amati ont discuté les leçons douteuses des inscriptions. Il ne reste plus rien de ces peintures aujourd'hui.

La fresque représente les douze agneaux (les apôtres) sortant des deux villes, (Jérusalem et Bethléem) et se dirigeant vers l'agneau divin monté sur le tertre d'où s'écoulent les quatre fleuves du paradis (voir Agneau). Dans la niche, à la partie supérieure, était figuré un rideau vert que soulevait le donateur ; un homme barbu, peint en pied, à droite, sous le rideau. Une bande rouge portait cette inscription dédicatoire en lettres blanches :

Ce rideau écarté laissait apparaître le Christ en buste en plein ciel, tenant une couronne destinée à sainte Félicité. Au-dessous, la martyre, vêtue en matrone romaine, tunique rougeâtre et manteau blanc. Ses sept fils, en deux groupes de trois et quatre, chacun écrivait H. Doulcet ; ceci n'est pas tout à fait exact.

La chapelle encore existante, de dimensions fort modestes, a une niche d'autel ornée d'une peinture du Ve ou du commencement du VIe. La fig. 4328, est un dessin de l'architecte F. Mozzanti, exécuté d'après les restes subsistants. On peut encore reconnaître sur les parois les imitations en couleur du marbre qui d'ailleurs n'atteignent pas partout la hauteur de l'abside. Quant à la fresque, elle est presque détruite par l'humidité.

La scène qui entoure les saints, centre du tableau, était tout à fait dans le goût des mosaïques du temps qui ornent les grandes églises et mérite une attention spéciale. Tout au sommet une DicT. d'arch. chrét. d'eux tenant en main sa couronne. La scène se passait dans le paradis figuré par deux arbres et, sur l'un de ces arbres, un oiseau orné de rayons lumineux, le phénix, emblème de l'immortalité. Tous ces traits se trouvent soit combinés soit isolés sur les mosaïques de Rome du IVe au VIIe. De chaque côté des arbres, deux personnages plus petits, des géants tiennent en main leurs clefs. Détail caractéristique et qui semble refléter la tradition locale que l'on croyait se trouver ici sur le lieu même où Félicité fut emprisonnée avant de souffrir le martyre hors de la ville.

Sur les différents dessins qui nous sont parvenus, la disposition générale est identique, mais le dessin de Ruspi permet de voir un argousin, armé de son bâton, et un claviculiarius. Firmicus nous parle, en effet, des claviculiarii (custodes et une inscription du musée de Lyon mentionne le CLAVICULARIUS CARCERIS PLUBRII. La couronne que tient le Sauveur est ornée d'une gemme et ceci encore est bien conforme aux mosaïques, tandis que les autres dessins donnent un bandeau uni ; le nimbe crucifère est également plus analogue que les nimbes fantaisistes des autres dessins. De plus, autre mer, mais il faudrait pour décider le fait autre chose que la description qui nous en est donnée et qui présente un type sans analogue dans les peintures chrétiennes.

Abordons les inscriptions. Sur la figure 4327, les inscriptions tracées en rouge sont représentées par le pointillé, les inscriptions tracées en noir par le trait plein.

Au sommet :

Maruuli écrit : romanorum. Amati, qui ne vit la fresque que fort détériorée, a pu seulement déchiffrer ces lettres...AEI A...M. Garrucci dit avoir lu à la suite, sous la saleté : VO...SOLVIT. On aurait donc ici l'hommage d'une autre Félicité à son homonyme la martyre : Félicitas cultrix Romanorum votum solvit ; mais Rossi n'a jamais pu découvrir la moindre trace de ces deux derniers mots qui, peut-être, n'étaient perceptibles qu'à la seule imagination de Garrucci.

Le nom de la sainte, FELICITAS, fut écrit deux fois près du nimbe, probablement à des époques différentes. L'hymne en lettres rouges est ainsi conçu :


SANITA MARTVR MVLTVM PRAESTAS HOBVOTI CEREOR FELICITATES SPERARE INNOCENTES NON DESPERARE.

Il faut, pour le début, remplacer sanita par sancta, c'est d'ailleurs ainsi qu'a lu Maruuli et on voit encore les traces du C de forme carrée E. On peut noter au passage l'aspiration de Hob ; ensuite au lieu de CER on peut lire GER. Tout le reste a péri. Amati a pris courageusement son parti et passé la difficulté ; Fea a successivement proposé HOBCE RIOREBO, puis il a imaginé HOECERIORE BO, puis encore CERVOEBO, enfin CEIVIRBO. Il eût été curieux de savoir laquelle de ces lectures il jugeait la meilleure, Garrucci, que rien n'arrêtait, a fait du hob voli cereor, la lecture ob votum cerecrum. Il est certain que l'auteur du proscynème a voulu faire un calembour sur le nom de la sainte, nom de bon augure, il lui a dit :

Sancta martyr multum præstas ob voti... félicitâtes sperare innocentes, non desperare (nos).

En partie sur ce proscynème rouge fut écrit un autre proscynème noir :

Ce sont des noms propres, dit le P. Garrucci, et Amati ajoute à conturbatus le signe : dubbioso. De l'autre côté on lit :


IPSA FORTVNA CÔSTET

Piale a remarqué que tout ceci était tracé par une même main et J.-B. De Rossi suggère cette bonne restitution du texte : Conturbat(i)s ipsa fortuna conslet memoranda.

Par devant la niche existait un petit autel composé de trois morceaux de travertin pour recevoir les offrandes. La construction de l'oratoire de sainte Félicité appartient à une basse époque ; on a fait entrer dans les murs des débris de toute espèce, dans la paroi du fond, tandis que les murs latéraux sont en briques bien appareillées des premiers siècles de l'empire. L'habitation était indépendante des thermes de Trajan.

L'oratoire dédié à sainte Félicité et à ses fils se trouvait donc installé dans une habitation qui avait été la propriété d'un certain Alexandre, peut-être le père des martyrs puis que l'un de ceux-ci porte ce même nom d'Alexandre. En 1883, H. Doul cet écrivait ce qui suit : M. De Rossi ne retrouve pas dans tout ceci les caractères d'un oratoire domestique, mais plutôt d'un sanctuaire public destiné à perpétuer quelque réminiscence locale. Dans son tome n des Inscriptiones christianœ de Rome, il se propose de démontrer que l'on conservait là l'habitation de sainte Félicité. Et en 1885, J.-B. De Rossi écrivait : De tout ce qui précède il me vient dans l'esprit cette conjecture que le lieu consacré à la martyre avait été habité par elle. Il est possible, qu'après son interrogatoire, Félicité ait été, soit seule, soit avec ses fils, soumise à la custodia privata, suivant ce qui se pratiquait à l'égard des honestiores, nous dirions « prisonnière sur parole, » mais avec des gardiens dans sa propre maison. On pourrait en retrouver une allusion dans le clavicularius qui tient sa clef à la main. La Passio dit que Félicité fut privatim adducta devant le préfet urbain et traitée avec rigueur. Quoiqu'il en soit, avant l'installation de l'oratoire, nous avons ici une maison qui était désignée sous le nom de domus Alexandri et même, après sa transformation en oratoire, on lui conservait ce titre de domus dans l'inscription de Justinus.

Le graffiti grec qui parle de la S6(xo ; était tracé sur l'enduit primitif de la paroi latérale antérieurement à l'aménagement en oratoire chrétien. On avait tracé aussi un calendrier avec les bustes des sept divinités qui président aux jours de la semaine et les signes du zodiaque, avec la série des jours du mois. Ce calendrier n'a pas tardé à périr complètement, mais Marucchi (p. 5), Piale (p. 100), De Romanis (p. 1, 21) et Ruspi en ont pris la copie. C'était un calendrier à l'usage privé et domestique du lieu et il pouvait aussi bien être utilisé par des païens que par des chrétiens ; il ne concernait que l'usage civil et astronomique. Sur deux colonnes on voyait trente chiffres et trente et un trous, en sorte qu'on pouvait marquer le quantième du mois. Il est à remarquer que le Cancer et le Capricorne ont pour initiale un K au lieu d'un C, ce qui indique une réminiscence grecque.

Sur ce même enduit on lit le graffiti : et différents noms :


CASSIDI, — IVIAXI,

au-dessous on peut encore lire ces mots : IN DE, serait-ce in Deo ? Si cette dernière acclamation était certaine, elle permettrait de conclure au christianisme de cet ensemble de graffitis antérieurs à l'aménagement en oratoire. Mais de cet ensemble de faits, on peut induire avec quelque vraisemblance que c'était une domus occupée par des chrétiens.

Il reste à comparer cette fresque avec celle du cœmeterium Maximi et à chercher à éclaircir réciproquement leur âge. Pardessus le deuxième enduit qui recouvre les parois latérales de l'oratoire, des symboles avaient été figurés mais qui ont péri depuis la découverte de 1812 sans qu'on eut pris soin d'en faire de copies, nous savons seulement que ces symboles offraient de la ressemblance avec ceux qu'on voit dans les catacombes, c'étaient Daniel entre les lions, les trois jeunes Hébreux dans la fournaise, le Christ donnant la loi entre saint Pierre et saint Paul, ce qui, d'après ces indications reporterait vers le v« siècle environ.


IX. Comparaison des deux fresques. — Une comparaison entre la fresque de l'oratoire sur l'Esquilin et la fresque de la catacombe de la voie Salarire permet d'apercevoir plusieurs points qui semblent procéder d'une inspiration commune. C'est d'abord le buste du Sauveur dans les nues, vêtu d'un pallium très ample et dont l'extrémité semble soulevée par le vent. Cette dernière particularité ne s'observe pas sur les images du Sauveur représenté en buste tels que nous les ont conservés : le disque d'ivoire du musée du Vatican, les mosaïques de Sainte-Sabine, de l'arc de Placidie à Saint-Paul, de l'abside du Latran, de la chapelle de Saint-Venance, de l'oratoire de saint Zenon à Sainte-Praxède. On ne connaît qu'un seul exemple qui puisse être rapproché, c'est une des mosaïques de la basilique libérienne, exécutées sous le pontificat de Sixte III (432-444).

Sur la fresque de l'oratoire, le Sauveur tient dans ses mains la couronne destinée à sainte Félicité, tandis que sur la fresque de la catacombe charpje martyr, et Félicité elle-même portait sa couronne figurée audessus de l'auréole, ainsi que nous le voyons pour MARTIA/i's. A l'oratoire. Félicité seule à la tête nimbée, à la catacombe tous les huit ont le nimbe. Dans les deux fresques les noms sont écrits sans la mention entière ou abrégée de sanctus.

A l'oratoire la série commence à droite du spectateur par ZENVARIVS, ALEXSANDER, VITALIS, FELIX ; FILIPVS, MARTIALIS, SILIANVS. Nous lisons liien dans la Passio qu'après avoir interrogé Félicité, le préfet vocavit primum filium cjus nomine Januarium, et VEpilome de locis sanctis martyrum nous apprend que Januarius fuit de septem filiis Felicitalis maior ticlu. Après cela l'accord entre la Passio et la fresque cesse, car Silvanus, qui est le quatrième dans la Passio devient le troisième dans la fresque ; et tout le reste des deux séries n'offre aucune concordance. Peut-être le peintre, au lieu de s'inspirer des indications contenues dans la Passio s'est-il de préférence inspiré de la tradition topographique. Philippe et Félix ensevelis ensemble in Priscillœ et à la sépulture desquels on célébrait la prima missa ad aquilonem, sont rapprochés et occupent les deux côtés de leur mère. Martial, Vital et Alexandre ensevelis in Jordanorum et sur la tombe desquels on célébrait la secunda missa sont de même répartis des deux côtés de la mère : mais en second lieu ; Silvain et Janvier occupent les extrémités, or Silvain, enseveli avec sa mère, n'avait que la troisième station liturgique et Janvier était inhumé sur la voie Appienne.

A la crypte, il n'y a pas de classement à rechercher, puis que nous n'avons pas tous les noms. Cependant Januarius occupe une extrémité. Philippe n'est certainement plus groupé avec Félix, puisqu'il est placé entre Félicité et Martial, Silvain est à côté de sa mère. A l'Esquilin on lisait SILIANVS (peut-être SILLANVS), à la crypte on n'a que la lettre S.

L'antériorité de la fresque de l'Esquilin ne peut faire de doute. Le style n'en serait pas une preuve certaine, car le dessin de Ruspi a pu améliorer les lignes ; mais les monogrammes du Christ, la lanoue des proscynèmes, l'absence de nimbe pour les sept frères martyrs, le type iconographique du Sauveur sont des indications qui, rapprochées et complétées les uns par les autres invitent à faire remonter cette fresque au v« siècle ou aux premières années du siècle suivant.

La fresque du cimetière est manifestement assez postérieure, mais elle met le sigle SCS devant les noms des martyrs, ce qui est un indice d'antiquité. Dans les peintures des catacombes de la dernière période des restaurations entreprises dans ces souterrains, on ne manque guère de faire usage de ce sigle. Cependant nous savons que la crypte ad sanctam Felicitatem a été l'objet de successives restaurations, il serait donc possible que la fresque se rapporte à l'une de celles-ci. Le Liber pontificalis mentionne trois principales, sous les pontificats de Boniface Ier (418-422), de Symmaque (498-514), d'Hadrien Ier (772-795). Il est hors de question qu'il ne s'agisse pas de la restauration de Boniface, beaucoup trop ancienne pour le style de la fresque. Nous avons une preuve que la seconde restauration eut bien lieu, par la découverte dans les ruines des murs de la crypte ou de l'édifice supérieur d'une brique portant une estampille contemporaine du règne de Théodoric. Mais il semble bien difficile de voir dans ces personnages anguleux et rois des un ouvrage du vi« siècle. Il suffît de comparer avec le cimetière de Generosa, décoré au vi« siècle pour s'en convaincre. Reste la restauration sous le pontificat d'Hadrien ; mais ici c'est le contraire, et l'on ne peignait plus ainsi à Rome à la fin du viii« siècle. Il reste donc à admettre que cette fresque fait partie d'une décoration peut-être isolée et qui, en tout cas, n'a pas été mentionnée dans le Liber pontificalis. La fresque de la crypte paraît un ouvrage de la fin du vii« ou au début du viii« siècle.

X. La basilique souterraine. — La crypte dans laquelle fut trouvée la fresque la plus récente est construite en tuf alterné avec des briques, au niveau du premier plan du cimetière de Maxime, dont une portion s'est donc trouvée transformée en une petite basilique. On y accède par un escalier, dont les marches mesurent 5 m. 55, contigu à l'ancien escalier qui donnait accès du cimetière à ciel ouvert dans la catacombe, également large, au début, de 5 m. 55 et longue de 13 m. 00. Les parois latérales ont été anciennement creusées et renforcées d'un deuxième mur, probablement afin de soutenir la charge de l'édifice supérieur ; ce mur à réduit d'autant la largeur de la basilique et bouché un accès aux galeries du souterrain.

La présence de deux bases de colonnes restées en place au pied de l'escalier et d'une troisième base sur la même ligne, mais à un niveau un peu plus élevé semble indiquer que cette petite basilique était coupée en trois nefs. On a retrouvé beaucoup de débris des transennes de marbre qui entouraient l'autel comme d'une balustrade. L'autel était isolé, en forme de parallélogramme, de la longueur d'une sépulture d'adulte ; il occupe le fond de la basilique, en avant du mur orné de la fresque. L'autel et la paroi du fond ne sont pas disposés symétriquement par rapport à la basilique ; ils forment une direction oblique.

Quel les reliques reposaient dans cette crypte ? Les anciens martyrologes que nous avons cités parlent d'une station à Sainte-Félicité et son fils Silvanus. Le férial de 354, dit à propos du natale Silani in Maximi que h une Silanum martyruni Xovati(ani) furati sunt. À quelle époque ? on ne sait. À quelle époque les reliques furent-elles recouvrées ? J.-B. de Rossi conjecturait que c'était sous le pontificat d'Innocent I« (401-407), mais les découvertes de 1885 semblent inviter à avancer cette date. Sous Boniface I » (418-422), Silvanus était revenu dans le cimetière et reposait avec sa mère ou non loin d'elle. Boniface y fut enterré à son tour et sa tombe attira également les pèlerins. Comment étaient réparties les tombes de Félicité, de Silvanus et de Boniface ? Ce que nous lisons à ce sujet dans les Itineraria et dans le Liber pontificalis semble autoriser des interprétations différentes ; mais ce qui paraît certain c'est que la tombe du pape Boniface ne se trouvait pas dans la même église ou dans la même crypte que celles de Félicité et de son fils : On lit dans la notice d'Hadrien I« qu'il y avait plusieurs ecclesiœ sancti Silvani martyris et sancti Bonifatii confessoris atque pontificis uno cohærentes solo miræ magnitudinis. Cette indication est formelle et éclaire ce que nous disent les topographies. Celui de Salzbourg avait tout ramené à un seul groupe : juxta viam Salariam ecclcsia est sanctœ Felicitatis, ibi ipsa jacet e corpore, ibi et Silvanus filius ejus, et septem, est sepultus et Bonifacius papa cum multis sanctis martyribus dormit. Mais l'auteur de cet itinéraire cède toujours à sa préoccupation d'abréger, de grouper sans distinction les tombes et les monuments d'un même cimetière. Guillaume de Malmesbury est plus précis et plus exact aussi quand il distingue basiliea de Felicitalis, ubi quiescit illa et Silvanus filius ejus et non longe Bonifatius martyr (non, pas martyr). Le Liber pontificalis explique que ce non longe comme voulant dire une autre ecclesia una cohærente solo (cum ecclesia Silvani). C'est pour quoi les abréviations du Liber pontificalis ont pensé remédier à l'inexactitude de la formule in introitu ecclesiæ S. Felicitatis en mettant in cimeterio S. Felicitatis. Enfin l'itinéraire non abrégé de Salzbourg dit avec plus de précision : deinde ventes ad sanctam Felicitatem, ibi illa pausat in ecclesia sursum et Bonifacius papa et martyr (non, pas martyr) in altero loco et filii ejus (Felicitatis) sub terra deorsum. Ces mots sursum et deorsum dans les Itineraria ne signifient pas un niveau dans la catacombe, mais ce qui est dans le sol et ce qui est sur le sol. Donc le corps de Félicité se trouvait dans l'ecclesia sursum. Boniface dans un altero loco (que le Liber pontificalis nomme altera ecclesia) et filii sub terra deorsum (filii ne désigne que le seul Silvanus). La basilique dans laquelle fut trouvée la crypte devait être comme l'hypogée ou la confession souterraine de la basilique sursum. En somme, cette basilique était proprement celle de Silvanus et contenait sa tombe. Au-dessus du sol, s'élevait la basilica S. Felicitatis et non loin d'elle le mausolée sépulcral ou ecclesia Bonifatii papæ.

Ces édifices sacrés et leurs annexes rattachés au cimetière de Maxime se trouvaient encore debout au temps de Bufalini (juillet, vers la moitié du xvi » siècle, les marques dans son plan et à l'une de ces constructions située à gauche de la voie Salaria donne faussement le nom de templum Veneris Erycinæ.

Sous le pavement de la basilique souterraine se trouvent aménagées beaucoup de tombes pour les fidèles qui ont obtenu de reposer ad sanctos. Une seule est encore en partie adhérente au sol ; on y lit :

.. dep. pr... vixit a

D 10 AVG CONS DYNAMI NN PLM XL

Le consulat de Dynaminus et Sildius (ou Sibidius) prend place en l'année 488.

Beaucoup d'autres fragments trouvés parmi les décombres présentent des textes qui se rapportent à des consulats du v » siècle, du vi » et peut-être même de la fin du iv » siècle. Cinq petits morceaux rapprochés semblent mentionner les consuls Modestus et Arintheus, en 372 : avec l'indication de la crypte ou de la basilique de Sainte-Félicité. Ces fragments furent trouvés à fleur de terre et appartenaient probablement à une sépulture de la basilique supérieure ou du cimetière à ciel ouvert.

L'inscription de 488 et la plus grande partie des autres fragments, retrouvés parmi les ruines de la crypte, sont postérieurs au pontificat de Boniface I »« et peuvent convenir à un édifice construit par lui, comme cet oratorium dont parle le Liber pontificalis. Mais voici une épitaphe qui précède de trente ans la construction de cet oratoire. Elle a été trouvée dans l'emplacement d'une tombe près de la première base de colonne à gauche ; elle est gravée sur une très grande dalle de marbre, au revers de laquelle on voit quelques caractères.


CONSTANTIA QVE ET BONIFATIA ELUS QUIA BENE PRO MERITIS VI ge ? b AT GRATIA FACTI AD SANCTO rum lo CVM IN PACE QVIESCIT QVE vixit 5 an N • PIM ■ XXXIII D • DIE V NON as La date de l'année 390 est gravée moins profondément, avec des caractères différents des précédents, Constanlia quie et Bonifacia fut inhumée ad sanctorum locum par privilège diu à ses mérites, pro meritis, et en reconnaissance d'un fait particulier : eius quia bene pro meritis vi(geb'.'j at gratta facti. Ces phrases sont des emprunts faits ou des réminiscences de poésies funéraires. L'hémistiche 711/0 bene pro meritis rappelle le quœ bene pro meritis de l'éloge de la martyre Zozime ; la formule ad sanctorum locum in pace quiescit est tirée d'une épitaphe en prose. La défunte Constance avait peut-être fait construire la première cet oratoire Le nom de Bonifatia, sa mort trente ans avant l'élection du pape Boniface, qui se retira en ces lieux pour sa sécurité, lors des troubles de son élection, ont fait supposer à J.-B. De Rossi qu'elle était peut-être la sœur du pape susdit qui a repris ou poursuivi l'œuvre ébauchée.

L'expression locus sanctorum fait certainement allusion aux sancti inhumés dans ce lieu même, ou à raison d'un privilège spécial accordé par grâce, gralia facti, une tombe était donnée à Constanlia quœ et Bonifatia. Mais, en 390, ce locus tant apprécié, qu'on eu faisait ainsi l'objet d'un privilège, n'était plus seulement celui de sanctœ Felicitatis, mais sanctorum, d'où on peut conclure qu'à cette date les reliques de Silvanus avaient été rapportées auprès de celles de leur mère. L'oratorium de Félicité élevé par Boniface 1 »« doit être celui que les Itineraria et les autres documents appellent ecclesia et basilica de Felicitalis, élevée au-dessus du sol. En fait, les épitaphes métriques conservées dans la sylloge de Verdun préviennent que la pièce se lit in introitu ecclesiæ sanctœ Felicitalis. La construction devait être bien rudimentaire, puisqu'environ un siècle plus tard l'édifice avait besoin d'une restauration : l'auteur de la notice du pape Symmaque l'appelle basilica S. Felicitalis. L'homélie prononcée par saint Grégoire fut, habita ad populum in basilica S. Felicitalis die natali ejus. Lors que le pape Hadrien I » entreprit, lui aussi des restaurations, il s'attaqua à tout l'ensemble appelé cœmeterium S. Felicitalis et, en l'espèce, aux ecclesiœ S. Silvani et S. Bonifatii.

Léon III transfera les reliques de sainte Félicité dans l'église de Sainte-Suzanne. On en avait le témoignage dans une inscription en mosaïque que beaucoup d'anciens voyageurs ont pris soin de transcrire, avant la destruction de la mosaïque, lors de la restauration de l'église, par le cardinal Rusticucci, en 1595 (voir Dictionn., t. n, col. 671-674) :

Dudum hsec beatæ Susannæ martyris aula coangusto et tetro exsistens loco marcueral quse domnus Léo tertius papa <i fundamenlis erigens condens corpus beatae Felicitalis martyris compte edificans ornabil algue dedicabil.

Sur la porte de l'église, fut tracé plus tard un distique en vers léonins, conservé dans le manuscrit d'inscriptions du célèbre Cyriaque d'Ancône :

Des reliques de Silvanus il n'est plus fait aucune mention : on ignore quand elles furent retirées de la crypte et où elles furent transportées.


XI. Épigraphie. — Outre les inscriptions déjà citées au cours de cette dissertation, il faut encore mentionner les suivantes :

Dans la basilique inférieure ou dans la supérieure, car il n'a pas pris soin de nous le dire, Boldetti avait lu celle-ci aujourd'hui perdue :

Tout autour de la basilique sont fixées les inscriptions retrouvées ; quelques-unes portent des dates consulaires. En partant de la fresque qui a été décrite et en allant de gauche à droite, on les rencontre dans l'ordre suivant :

1° L'inscription déjà citée du loculus à deux places acheté AD SANCTA FELICITALEM.

2° En caractères du v » siècle environ : / AVRELIVS / CHRYSOGONVS / / AVRELIAE / FIRMAE / CONIVGI / / DVLCISSIMAE /

5° Une épitaphe de l'année 403, où furent consuls Theodosius et Rumoridus :

6° Deux fragments, le premier est presque intact ; il mentionne l'heure de la mort de Bonosu.s.


MORIBVS ! LIS APTA I SME • DE 1 S VT TVG

7° Sur la paroi du fond ; il est fait mention de Basile, v » siècle :


RICO FELIX RGM[a

9° Dans l'escalier ancien, à gauche, en montant, l'inscription de Constantia appelée aussi Bonifacia, datée de l'année 390 et qui a été transcrite et commentée plus haut.

10° Deuxième paroi latérale ; inscription de l'année 371 :


SIC TABVLAM ESCVLSID u^ GRATIANO BIS ET PRGBO CONSS « HILARITAS QVAE VIXIT ANNVS XXVIII RECESSIT IN PACE v


III NONAS NOBENBRE2 ^


CONIVGI CA

dep

11° Un fragment qui eut pu offrir une formule intéressante :


OBSENTE MATRE RESTITVIT ET FL

12° Sur le sol, un débris provenant d'une inscription consulaire de l'année 488 :


AVG CONS DYNAMI ANN PM XL

13° Quelques fragments minuscules de 372 ( ?), de 448 et de 530 :


MODES/o XXVIII IS

Cette inscription est célèbre, grâce à un érudit, Antonio Paoli, qui se fit d'ailleurs réfuter par Gaetano Marini ; entre temps, elle avait ajouté un nom nouveau à la liste épiscopale de Rome. La pierre fut trouvée en 1787, dans une vigne située sur la voie Salaria Nova, au premier mille, au lieu dit prata S. Antonii (on a dit pour quoi) à peu de distance d'une entrée et d'un escalier de marbre conduisant dans une catacombe. Heureux et fier de sa découverte, Paoli fit graver une figure de l'inscription et y ajouta un commentaire de sa façon sous ce titre : Di S. Felice papa e martire. Dissertazioni indirizzate ad illustrare l'antico suo epitaffio novamemente scoperto, e a difendere la sua santità, ed il suo pontificato. Tout le commentaire tend à célébrer le personnage et le pontificat de Félix II, (il ne s'était pas trouvé souvent à pareille fête). Marini se mêla de l'affaire et dans une Spiegazione di un'antico epigrafo montra qu'il n'était pas question d'un papa mais d'un pedagogo, c'est-à-dire un pédagogue, ou un gardien d'enfants, qui s'appelait non pas Félix, mais Antimion. Là-dessus, Carlo Fea vint déclarer qu'il n'était pas question du pape Félix II, mais d'un évêque quelconque et il soutint cette thèse dans l'Antologia romana, n. 1, du mois de juillet 1790, et tout aussitôt dans une Lettera in difesa dell'epitaffio di S. Felice II. Marini ne se tint pas pour battu et Oderici, à Turin, dans une Lettera al Barone Vernazza sopra un'antico epigrafo, Torino, 1790, en même temps que Tiraboschi à Modène, dans la Continuazione del nuovo giornale dei letterati d'Italia, 1790, t. xliii, p. 348 sq., entraient en lice. Paoli tint bon et publia une Lettera seconda in difesa dell'epitaffio di S. Felice papa II, qui provoqua un éclat de rire. Il n'en fut plus autrement question. Voir Marini, Cerutura dell'opera di A. Paoli sopra S. Feliciano, p. 6 ; Coppi, Notizie sulla vita, e sulle opere di Monsignor Gaetano Marini, p. 49 sq. ; Marini, Aneddoti di Gaetano Marini, p. 50 ; Palma, Prœlect. hist. eccl., t. i, p. 135.

Un demi-siècle plus tard, un auteur s'avisa de découvrir qu'en 392 il existait à Rome plusieurs évêques portant le titre de pape. Cela n'avait même pas le sens commun. Il s'agit ici du papa ou nutricius Antimion.

Voici la deuxième inscription conservée, nous l'avons déjà dit, dans le pavement de l'abside de Sainte-Marie du Transtévère et dont l'extrémité des lignes est cachée sous les sièges du chœur.

Ce poème épigraphique a été conservé par l'auteur de la sylloge de Verdun, qui aura encore vu, sans doute, la pierre originale à Sainte-Félicité. Il a transcrit cette pièce à la suite des éloges donnés par le pape Damase et par le pape Boniface à la martyre, et il a ajouté de son cru : item epilaphium filiorum ejus, ce qui montre qu'il n'a pas lu ou pas compris les quatre dernières lignes ; Gruter n'y a pas regardé de plus près et mit cette pièce sous le nom de filiis S. Felicitatis.

Le carmen avec l'épitaphe qui le termine a été copié par Pierre Sabinus dont le manuscrit ne fut pas publié. C'est J.-B. De Rossi qui, le premier, donna le monument intégral dont le christianisme avait même semblé douteux, faute d'avoir remarqué les deux croisillons de l'épitaphe. Muratori lui-même avait abrégé cette mention des deux enfants Gerontius et Constantius.

Ce monument parait antérieur au vii siècle. Sa bibliographie considérable est détaillée dans De Rossi, Inscript, christ, urb. Romæ, t. i, p. 534-535, n. 1180 ; et dans t. ii, p. 90, n. 53 ; p. 117, n. 96 ; p. 122, n. 10 ; p. 136, n. 14.


XII. Le canon de la messe. — On lit dans le Tractatus de laudibus virginatis de saint Aldhelm le passage suivant : Mihi quoque nuperie pretium videtur ut sanctæ Agathæ rumores castissimæ virginis Luciæ præconia subsequuntur, quas præceptor et pædagogus noster Gregorius in canone cotidiano, quando missarum solemnia celebrantur, pariter copulasse cognoscitur, hoc modo in catalogo martyrum ponens : quatenus nequaquam litterarum serie sequerentur quæ contribuli populo apud Siciliam genitum simul in cælesti gloria gratulantur. Ce traité semble avoir été écrit après 704, c'est-à-dire à une date postérieure à son voyage à Rome sous le pontificat de Sergius Ier (687-701), voyage assez prolongé puisqu'un Scotus ignoti nominis juge bon de lui dire : Tu Romæ advena fuisti. Il n'aura vraisemblablement pendant ce séjour, pas négligé de s'instruire dans les usages romains et la tradition romana à laquelle il était fort attaché. Une anecdote recueillie par Guillaume de Malmesbury nous parle de son goût particulièrement vif pour les livres liturgiques : Spatiabalur sanctus juxta mare (à Douvres) : intendens que oculos mercimoniis infigebat, si quid forte commodum ecclesiastico usui attulissent nautæ, qui e Gallico sinu in Angliam provecti librorum copiam apportassent. Conspicatasque librum (une bible) ad emendum intentas animo a ceteris remisit.

Comme Grégoire II n'occupa le siège de Rome qu'après la mort de saint Aldhelm, il doit être question dans le texte cité de saint Grégoire Ier. Or nous savons par le Liber pontificalis qu'il a touché au canon de la messe romaine en ajoutant au Hanc igitur la phrase : Dies que nostros. etc.

Si le sacramentaire gélasien et le grégorien ne nous donnent pas dans la nomenclature du Nobis quoque les noms dans l'ordre marqué par Aldhelm, il n'en est pas de même pour le missel de Bobbio (voir ce mot), où l'ordre se trouve dans la leçon primitive mais non plus dans la leçon corrigée par la seconde main.

Perpétua Agna Caecilia

A G A T H E

Eogenia Perpétua Agna Caecilia Eogenia

Le même ordre se retrouve dans le missel de Stowe, qui pour la partie qui contient le Nobis quoque semble remonter au viii siècle. On y lit :

Perpétua Agna Caecilia

Ainsi le missel de Stowe et celui de Bobbio confirmés par l'attestation de saint Aldhelm nous feraient connaître l'arrangement grégorien. Ce qui importe ici à notre sujet, c'est que la Félicité en question n'est pas la compagne de la martyre Perpétue de Carthage dont les noms se touchent dans le canon, mais la martyre romaine qui se trouve rapprochée d'autres martyres romaines : Agnès, Cécile, Anastasie (voir tous ces mots).


XIII. Bibliographie. — P. Allard, Histoire des persécutions, in-8, Paris, 1911, 4e édition, t. i, p. 3-384.

— B. Aubé, Du martyre de sainte Félicité et de ses sept fils, dans Comptes rendus de l'Acad. des inscript., 1875, p. 125-138, et Histoire des persécutions, t. i, p. 345, 438-465. — B. Bughetti, uvres complètes, t. V, p. 383-422. — C. Cavedoni, Sentenza diffinitiva intorno all'anno preciso della Passione di S. Giustino, di S. Felicita co' sette suoi figliuoli e d'altri santi martiri, dans Il Messagiere, Foglio di Modena, 1856, n. 1436.

— H. Delarc, Essai sur les rapports de l'Église chrétienne avec l'État romain pendant les trois premiers siècles, suivi d'un mémoire relatif à la date du martyre — A. Manser, Le témoignage d'Aldhelm de Sherborne sur une particularité du canon grégorien de la messe romaine, dans Revue bénédictine, 1911, t. xxviii, p. 90-95. — O. Marucchi, Un'eroina cristiana, sotto il regno di M. Aurelio, dans Nuova antologia di scienze, lettere ed arti, 1886, p. 413. Éléments d'archéologie chrétienne, 1900, t. ii, p. 293-305. — T. Marulli, Lettera sopra un'antica cappella cristiana scoperta di fresco in Roma nelle terme di Tito, in-8, Napol., 1813. — G. Morin, Une particularité inaperçue du Qui pridie de la messe romaine aux environs de l'an 600, dans Revue bénédictine, 1910, t. xxvii, p. 513-515. — Northcote et Brownlow, Roma sotterranea, London, 1879, t. i, fig. 10-11. — S. Piale, dans Memorie enciclopediche di antichità e belle arti de Guattani, per l'anno 1816, in-8, Roma, 1817, p. 153 sq., pi. xxi. — F. Piper, Mythologie und Symbolik, in-8, Weimar, 1847-1851, t. i, p. 459.

— E. Renan, Marc-Aurèle et la fin du monde antique, in-8, Paris, 1883, p. 58, note 1 ; Journal des savants, décembre 1876, p. 731. — J.-B. De Rossi, Bullettino di archeologia cristiana, 1863, p. 17-22-41 ; 1884-1885, p. 149-184. — V. Schultze, dans Le moyen âge, décembre 1890, p. 266. — Tillemont, Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique, in-4, Paris, 1694, t. ii, art. Sainte Félicité.

H. Leclercq.

1. FÉLIX (CATACOMBE DE SAINT-). Plusieurs Itineraria mentionnent une catacombe de ce nom et elle devait avoir une certaine importance puisqu'elle donna son nom à la porta Portuensis, et à une partie de la voie du même nom. Mais on ne peut que conjecturer sur son compte, car, jusqu'à ce jour, elle n'a pas été retrouvée. Il est toutefois vraisemblable qu'il ne faut pas la chercher à gauche de la voie, là où le fleuve s'opposait à toute extension ; ce serait donc à droite de la voie et au delà de la catacombe de Pontien qu'on a le plus de chances de la rencontrer.

On lit dans la légende de l'antipape Félix II qu'il se serait retiré via Portuensi in prædio suo, d'où on a inféré que la catacombe avait appartenu à ce pape, qui y aurait été enterré en l'année 365. Simple conjecture. Bosio propose une autre explication. Selon lui, le Félix en question serait nommé dans les Acta Hippolyti (au 22 août), pièce bien suspecte. Il ne faut pas désespérer de voir surgir une autre explication, qui recueillera le même accueil que les précédentes. Ce nom de Félix est des plus fréquents et les Itineraria s'abstiennent de donner au titulaire aucune désignation qui aide à le faire reconnaître.

La région cémétériale suburbaine de la via Portuensis s'étendait depuis la région qui est sous le Janicule (sous le mons Aurelius ou mons Aureus, à présent Montorio et Monteverde) jusque ad sextum Philippi. Cette région comptait beaucoup d'églises, de sanctuaires, de martyria ou mémoria. Là se trouvait aussi un cimetière juif, et d'ailleurs toute une population cosmopolite. Les chrétiens venus d'Orient y formaient une communauté importante. Dans cette même région, les anciens guides de pèlerins nous font connaître un cimiterium ad inphalatos ad s. Felicem via Portuense : et un cimit. Pontiani ad ursum pileatum Abdon et Sennen via Portuense.

Ce mot inphalatos n'est pas des plus clairs ; on le rencontre dans le catalogue des cimetières chrétiens de Rome contenu dans le ms. 13-54 de la bibliothèque Laurentienne à Florence ; mais parmi d'autres textes, il aurait existé une variante insalatos qui n'ajoute qu'un peu d'obscurité à ce que nous ne savions pas. Peut-être ces deux termes énigmatiques ne sont-ils qu'une transcription inintelligente du mot infulatos qui aurait la signification de mitrati ; et ceci rappellerait la tiare persane (infula) qui ornait le front des martyrs persans Abdon et Sennen sur quelque ancienne peinture (voir Abdon et Sennen).

H. Leclercq.

2. FÉLIX (Catacombe des deux). On n'est pas plus avancé en ce qui concerne ce cimetière qu'en ce qui regarde celui de la précédente notice. Son emplacement exact est inconnu : son existence même fait question. Quel est le Félix dont il porterait le vocable ? Certaines rédactions du Liber pontificalis, disent, en parlant du pape Félix Ier, martyr au iii siècle : fecit basilicam via Aurelia ubi sepultus est ; mais il n'y fut pas enterré, puis que le catalogue de Sixte III, conservé dans les manuscrits de Klosterneubourg et de Gottweig, nomme ce pape parmi ceux qui reçurent la sépulture dans la crypte papale de la voie Appienne. S'agit-il du pape Félix II, qu'on regarde comme antipape ? Ses actes n'ont guère d'autorité et ils nous disent que Félix se retira sur la via Portuensis pour combattre les ariens, fut mis à mort et déposé sur la via Aurelia dans la basilique par lui construite ad lacum Formianum. Bosio vit dans le pavement de l'église de Sainte-Cécile au Transtévère l'inscription suivante :


GAVDIOSA DE


FEMME. — I. Origines. II. Hébreux. III. Égypte. IV. Grèce. V. Rome. VI. Époque chrétienne. VII. Légende d'Aglaé. VIII. Rôle apostolique de la femme. IX. Opinions extrêmes sur la femme. X. Chez les gnostiques. XI. Matières traitant in ecelesia. XII. Tertullien et le jus docendi féminin. XIII. Le jus docendi après Tertullien. XIV. Les violences faites aux femmes. XV. Enseignements de saint Ambroise. XVI. Mariage indissoluble et virginité. XVII. Législation des empereurs chrétiens. XVIII. Chez les barbares. XIX. Âme des femmes.

I. Origines. — Les anciens attribuaient à la femme une prescience divine et une influence surnaturelle sur les destinées humaines. Reléguée dans l'ombre du foyer domestique, la femme semble étrangère à tous les grands événements de ce monde. Les lois ont peu d'égards pour elle ; ils l'excluent de la vie publique, impitoyablement ; et les la frappent d'incapacité dans beaucoup de circonstances de la vie privée, et les consacrent sa situation dépendante, presque servile au même titre que l'enfant et l'esclave. À cette condition humiliée, la femme ne se résigne pas et, sans s'insurger contre une puissance qui l'accable, elle lui échappe et l'influence à son tour. Lycurgue, Platon n'imaginent pas qu'une réforme soit complète s'ils n'y introduisent un système nouveau sur la condition des femmes. Hommage rendu à cette influence qu'on opprime en la subissant.

La condition particulière de la femme réagit sur la constitution de la société tout entière. Là où l'homme a avili la femme jusqu'à en faire une sorte de marchandise d'échange, qu'il achète, qu'il exploite et qu'il troque à volonté, l'homme n'a pas tardé à devenir lui-même le bien et la chose d'un tyran. En Orient, la femme est la propriété de l'homme et l'homme est la propriété du despote. À des époques et en des pays où la femme s'est affranchie de son humiliation aux dépens de sa pudeur, la licence des mœurs a rejailli sur la société entière et n'a pas tardé à conduire aux catastrophes. Tandis que, partout où les institutions ont assuré à la femme sa liberté, sa capacité civile, sa dignité morale, on a vu fleurir les vertus civiques en même temps que les vertus domestiques. Les peuples ne sont pas plus raisonnables que les individus, ils sont sujets aux mêmes entraînements. Ce n'est donc pas la raison et la réflexion qui ont inspiré la législation sur la femme, c'est la passion qui a rédigé trop souvent les lois sur les femmes. Ces lois perturbatrices ont été écartées progressivement ; à travers les tâtonnements et les repentirs, la condition de la femme a suivi d'âge en âge un progrès continu.

À mesure que s'organise la famille dans l'humanité, la femme y conquiert une autorité morale grandissante. Sa dépendance ne laisse pas que d'être étroite pendant l'ère patriarcale où l'autorité paternelle est sans rivale et sans contrepoids. Plus tard, l'État intervient, étend sa protection sur l'enfant et sur la femme en sorte que le pouvoir domestique est subordonné au pouvoir public. Le père est seul juge, seul prêtre, et sa femme comme ses enfants sont sans droits, devant son omnipotence. C'est le peuple romain qui, dans l'Europe civilisée, a conservé le plus longtemps dans ses lois l'empreinte de cette organisation primitive, en sorte que Gaius a pu croire que la manus et la patria potestas n'existaient que dans les lois romaines. Ces institutions ont laissé des traces chez tous les peuples. Dans l'Inde, la femme et les enfants sont la propriété du père de famille ; en Grèce, le père est kyrios indistinctement pour sa femme, ses enfants, ses serviteurs ; en Germanie, la close se conserve avec le mot mund, mundium qui a la même racine et la même signification que manus. Dans la Bible, comme dans Homère, le mari achète sa femme et paie le prix au père de la jeune fille, c'est déjà la coemptio des Romains, le pretium nuptiale des Germains. Cette vente entraîne la cession de tous droits. Uxor est loco filiae, dit Gaius ; le mari pourra revendre à son tour celle qu'il a achetée ; il pourra même la tuer s'il le préfère ainsi — du moins chez les Germains. Mais cet usage ne tarde pas à disparaître ; Manou l'abolit dans l'Inde, Moïse en Palestine, Romulus en Italie.

Ce pouvoir absolu du mari entraîne à la polygamie, car la monogamie seule suppose des devoirs réciproques ; celui qui achète sa femme peut en acheter plusieurs. Si l'épouse est stérile, elle ne peut qu'être répudiée et on peut dire qu'elle n'est épouse que pour autant qu'elle est mère, car la procréation des enfants est un devoir sacré et la fidélité à une épouse stérile serait un crime envers les dieux. Saraï ne conserve sa situation d'épouse qu'à la condition de fournir Abraham de suppléantes. À la mort du mari, la femme devient un meuble de la succession, si elle n'a pas d'enfants vivants ; si elle en a, elle passe sous l'autorité du fils aîné.

Cette vente de la femme, qui nous semble grossière, immorale, n'en marque pas moins un progrès et un premier pas dans la voie de la civilisation. Le mariage par coemption, contracté en présence de témoins, garanti par l'intérêt réuni de plusieurs parties mettait la femme à l'abri des aventures que court la femelle dans le troupeau. Du moment qu'une femme a légalement appartenu à un homme pour toute la durée de sa vie, la famille a été fondée. Cette coemption était du reste accompagnée de rites dont le caractère religieux et moral était visible aux intelligences les moins ouvertes, généralement un sacrifice précédait l'entrée de la nouvelle épouse au foyer.


II. HÉBREUX. — La législation mosaïque introduit des idées nouvelles. La constitution républicaine promulguée sur le Sinaï offrait une garantie d'indépendance personnelle et de moralité que les Hébreux étaient incapables de comprendre, aussi lorsqu'ils dirent à Samuel : « Établis sur nous un roi pour nous juger, comme en ont toutes les nations, » ce sage vieillard leur décrit en deux mots le régime monarchique : « Voici comment vous traitera le roi qui régnera sur vous : il prendra vos fils et vos filles et en fera ses serviteurs et ses servantes ; il prendra vos champs et vos vignes, vos serviteurs et vos troupeaux, et vous serez ses esclaves ». Ce qui distingue le Dieu d'Israël des dieux des nations c'est, entre autres traits, sa condescendance pour les humbles, il daigne établir son alliance avec les enfants, avec les femmes, avec les esclaves : « Comparez tous aujourd'hui devant l'Éternel, votre Dieu, les chefs de vos tribus, vos anciens, vos officiers et tout homme d'Israël, et vos petits enfants, et vos femmes, et jusqu'à l'esclave qui coupe votre bois et qui puise votre eau, afin que vous entriez dans l'alliance que l'Éternel votre Dieu contracte en ce jour avec vous ». Voilà la femme en passe de compter séparément. Il y a plus. Dans l'Exode, la sollicitude du Seigneur descend jusqu'à la femme esclave : « Si un homme ayant pour concubine une esclave juive, épouse une autre femme, il ne retranchera rien de la nourriture de l'esclave, ni des devoirs conjugaux qui lui sont dus ». — « Si tu prends pour femme une captive étrangère, dit le Deutéronome, tu la mèneras d'abord en ta maison, et là elle prendra le deuil et pleurera durant un mois son père et sa mère, puis tu viendras vers elle, et tu seras son mari et elle sera ta femme. S'il arrive qu'elle ne te plaise plus, tu la renverras à sa volonté, et tu ne pourras la vendre pour de l'argent, parce que tu l'auras eue pour femme ». — Mais ces paroles ne suffisent pas encore à réhabiliter la femme et Salomon la méprise profondément quand il écrit : « J'ai cherché la sagesse et j'ai trouvé que la femme, dont le cœur est comme un piège et dont les mains sont comme des lacets, est plus redoutable que la mort ». La femme peut être répudiée, il suffit de rédiger la lettre de divorce ; elle peut et doit s'attendre à recevoir des concurrentes. L'homme marié a droit de prendre des concubines, et la jurisprudence des rabbins fixe leur nombre à quatre ; elles auront toutes le titre des femmes légitimes. À la mort du mari, la veuve passait au frère du défunt qui se chargeait de donner une postérité au défunt, c'était le lévirat qu'on retrouve dans la plus haute antiquité et chez les sauvages du désert. Si le nouveau mari ne s'acquittait pas de ce qu'on attendait de lui, la femme passait à un parent plus éloigné.


III. Égypte. — En Égypte, l'antique droit de la mère a laissé des traces pro fondes ; on y trouve, en effet, dans le régime tout conventionnel qui régit le mariage quant aux personnes et quant aux biens la liberté absolue de la femme ou plutôt sa domination dans le ménage, domination que les Grecs avaient peine à concevoir et qui les frappait d'étonnement.


IV. Grèce. — En Grèce, l'État avait tout envahi, tout absorbé et la femme, n'y tenant aucune place, ne comptait pour rien. Le Grec passait sa vie sur la place publique, abandonnait aux esclaves le soin de l'agriculture et des arts mécaniques. Ensuite les jeux, les repas publics retenaient l'homme hors de sa maison jusqu'à la nuit ; il ne rentrait chez lui que pour dormir. La femme, au contraire, ne sortait pas de la maison. Pour elle, point de spectacles, point de lectures, point de repas publics ; elle ne pouvait pas même être admise au repas de famille si quelque ami venait y prendre place. Tristement reléguée dans son gynécée, elle s'y consumait en besognes chétives, s'y entretenait avec quelques rares parentes et ne pouvait se montrer en dehors de sa maison que dans quelques cas très rares, dûment précisés par les lois. Ainsi, point de vie domestique et le mariage réduit à une contrainte. « Nous ne sommes pas naturellement portés au mariage, dit Platon, dans le Banquet : il faut les lois pour nous y contraindre ». Ce fut pour la femme l'isolement, l'inertie, l'ignorance ; pour elle, dit encore Platon, « la vertu se réduit à garder la maison, s'occuper du ménage, obéir à ses parents ou à son mari ». Il y a, disait Aristote, trois classes de personnes qui ne peuvent agir par elles-mêmes et qui ont besoin qu'on les gouverne : ce sont l'esclave, l'enfant et la femme, car « l'esclave n'a pas de volonté ; l'enfant en a une, mais incomplète ; la femme en a une, mais impuissante ». D'après Platon, les hommes qui, durant leur vie, ont été lâches et injustes, renaîtront femmes dans une seconde existence ; d'autres, plus coupables encore, renaîtront sous des formes d'animaux. Ainsi, pour les Grecs, la femme était non seulement privée, mais incapable de posséder la capacité juridique. On la mariait sans la consulter ; dans certains cas, lorsqu'un défunt ne laissait que des filles, la loi les attribuait, avec les biens héréditaires, aux plus proches parents. La femme était une éternelle mineure.

V. Rome. — Rome offrait bien des points de ressemblance avec la Grèce, mais non pas tous. C'est surtout dans la jeunesse de Rome que cette ressemblance s'affirme, plus tard elle s'atténue. Au même siècle où vivait Périclès, Rome recevait la loi des XII Tables ; à cette époque la ressemblance originaire s'est presque effacée et fait place à l'opposition et au contraste. Tandis que dans les arts et dans les lettres Rome demeure disciple et tributaire d'Athènes, dans le droit, Rome n'emprunte rien et ne doit qu'à elle-même.

Si on s'en tient aux textes législatifs, la condition de la femme dans l'ancienne Rome paraît cruelle : privée de toutes les garanties protectrices que lui ménageait la douceur des lois grecques, livrée sans défense au despotisme d'un père ou d'un mari possédant le droit de vie et de mort, vendue, achetée, acquise par une longue possession, revendiquée en justice ainsi que l'esclave ou la bête de somme, son incapacité et sa servitude ne finissaient qu'avec la vie. Cela c'est le droit, mais à côté du droit il y a la pratique, il y a les mœurs, la vie sociale et alors on aperçoit la matrone, la mère de famille, vénérée des esclaves, des clients, des enfants, respectée de son mari, chérie de tous, maîtresse dans la maison et étendant son influence jusque dans les assemblées populaires et les conseils du Sénat. Ce n'est pas à Rome comme en Grèce ; la femme sort, elle se montre au théâtre, aux fêtes, aux repas : Quem enim Romanorum pudet uxorem ducere in convivium ? aut cuius non mater primum locum tenet in aedibus ? Aliter in Graecia. Mais sédentaire par vertu, comme la femme grecque l'était par contrainte, elle sortait peu, sa vie se passait dans l'atrium de sa maison, c'est-à-dire au cœur même de cette maison ; les inscriptions ne trouvent pas de plus bel éloge à lui adresser que LANIFICA, PUDICA, DOMISEDIA ; dans Orelli nous trouvons cette parole : Domi servavit, lanam fecit. Entre elle et son mari, tout est commun. « En ces temps-là, écrit Columelle, l'épouse rivalisait d'activité et de zèle avec l'époux, cherchant à augmenter par ses soins et sa diligence les richesses de la famille. On ne voyait rien chez eux que l'un ou l'autre considérât comme sa propriété particulière : tout entre eux était confondu et les efforts de chacun ne tendaient qu'au bien commun du ménage ». Sur l'inscription de Thurin on lit : Neque patrimonii nostri, quod adhuc fuerat commune, separationem facimus,... nihil separatum, nihil separatum habetur. Elle était associée à tous les droits du mari, maîtresse de tout ce dont il était le maître, chacun dans la maison l'appelait domina, le mari lui-même : Peto a te, domina uxor, dit-il, comme nous entendons le père de sainte Perpétue lui donner ce même titre.

Exclue des affaires publiques : cum feminis nulla comitiorum communio, son intervention visible ou cachée se retrouve et se fait sentir à tout moment et les légendes consacrent cette influence réelle. Les Sabines, Lucrèce, Virginie, la mère de Coriolan, la mère des Gracques interviennent dans les destins de Rome, toutes respectables et vénérées. Que ces récits soient à demi-légendaires, il n'importe, dans ces légendes mêmes, on retrouve l'expression naïve d'un sentiment populaire et le témoignage du respect et de l'estime qui entouraient la femme.

La famille romaine constituait une seule personne juridique. Tous les biens qui entraient dans la famille se confondaient dans une sorte de communauté et ne faisaient qu'un unique patrimoine : una domus, communia omnia. Le chef de la communauté, le seul maître était le père. Sous lui, garçons ou filles étaient également dénués de droits, mais aussi garçons et filles hériteront de lui, et à l'origine, la formule d'exhérédation était la même pour les deux sexes. Mais dès que le père il disparu, les différences juridiques entre les sexes se produisent, le fils, pourvu qu'il soit pubère, devient indépendant et maître de ses droits ; la fille, au contraire, quel que soit son âge, retombe toujours sous la puissance d'un tuteur et y reste toute sa vie.

Cette tutelle perpétuelle de la femme ne fut pas établie dans son intérêt, pour subvenir à sa faiblesse et à son incapacité naturelle ; elle fut établie contre elle et dans l'intérêt du tuteur lui-même afin d'empêcher la femme de transférer ses biens patrimoniaux à la famille nouvelle dont elle fera partie par son mariage. Cicéron, Ulpian, Isidore de Séville, s'accordent à dire que si la loi a mis les femmes en tutelle « c'est à cause de la faiblesse de leur sexe, de leur ignorance, de leur inexpérience, de leur légèreté ». Mais Gaius s'exprime autrement : « L'opinion vulgaire, dit-il, est que les femmes doivent être régies par des tuteurs, parce qu'elles ont l'esprit trop léger pour se gouverner elles-mêmes, mais cette raison est plus spécieuse que solide... Cette tutelle a été établie dans l'intérêt des tuteurs eux-mêmes, et afin que la femme, dont ils sont héritiers présomptifs, ne puisse ni leur ravir son héritage par un testament, ni l'appauvrir par des aliénations ou par des dettes ». Le tuteur sera quelqu'un de sa gens, un agnat, et, si c'est une esclave affranchie, un de ses patrons ; mais ce tuteur a des droits limités strictement à leur objet ; il peut sauvegarder le patrimoine de la femme, rien de moins, mais rien de plus. Mais le tuteur subit lui-même une restriction à sa puissance. Il ne peut, quoiqu'il fasse, autoriser la femme à tester. Ici l'incapacité de la femme est absolue, nonobstant toutes les autorisations, elle ne peut tester parce que les actes entre-vifs peuvent, tout en causant un préjudice indirect à la famille, être utiles ou nécessaires à la femme, dès lors ces actes seront contrôlés mais ne seront pas interdits ; tandis que le but unique du testament, c'est le dépouillement de la famille et alors la prohibition absolue de la loi remplace le contrôle et peut-être les concessions du tuteur.

Ce qui rehausse la femme dans la société romaine c'est la notion du mariage. Modestin le définit en ces termes : Consortium omnis vitae, individuæ vitæ consuetudo, divini et humani iuris communicatio. (C'est l'union de deux vies, la confusion de deux patrimoines, la mise en commun de tous les intérêts temporels et religieux). Les Romains fondent le mariage sur une base inébranlable : l'indissolubilité du lien conjugal qui résulte de la monogamie. Et lorsqu'ils adoptent une forme plus libre d'union conjugale, le concubinat, ils le soumettent, tout comme le mariage légitime, à la loi de la monogamie qui ne peut être en aucun cas éludée. La loi autorise le divorce, mais la religion l'interdit et les mœurs le réprouvent, en sorte que l'homme qui répudie sa femme est déshonoré par le blâme du censeur, excommunié par le prêtre et ne peut racheter sa faute qu'en déposant une partie de ses biens sur l'autel des divinités qui ont présidé à son union. Ainsi le divorce n'était pas illégal, il était moralement impossible et tous les auteurs de l'antiquité s'accordent à dire que pendant cinq siècles on n'en vit pas un seul exemple.

Le mariage entraînait pour la femme des effets différents suivant qu'il était accompli avec ou sans la manus, c'est-à-dire que la femme passait ou ne passait pas in manum mariti. Si elle passait in manum mariti, la femme n'avait plus aucun lien avec son ancienne famille paternelle, elle appartenait, elle et ses biens, à sa famille nouvelle. Quand on s'aperçut des inconvénients de ce transfert total, on s'avisa de maintenir le mariage en supprimant le changement de famille. La femme donnait son corps à l'époux, mais ses biens demeuraient à ses tuteurs naturels. Cette concurrence de pouvoirs ne pouvait engendrer de conflits entre le mari et les tuteurs qui se cantonnaient chacun dans leur sphère. Si la femme avait une dot, le mari en disposait à son gré. Mais le conflit pouvait naître entre la puissance maritale et la puissance paternelle et pour y obvier on avait l'institution du tribunal domestique.

Le tribunal domestique — que nous voyons fonctionner une fois pour une chrétienne, Pomponia Graecina — complète l'organisation patriarcale de l'ancienne famille romaine. C'est grâce à ce tribunal que la famille forme au sens de l'État une république indépendante. Cette juridiction est une sorte de censure domestique, dont l'autorité est toute morale et l'organisation, variable et incertaine, ne dépend que des usages et n'a jamais fait l'objet d'un règlement légal. Aussi ce tribunal se compose-t-il, non pas de la famille légale, des agnats, mais de la famille naturelle, c'est-à-dire des cognats, des proches et, parfois même, des amis. Sa compétence comme sa composition échappe à toute règle précise : il intervient dans tous les événements importants de la famille : il préside, soit aux fiançailles de la jeune fille, soit à la prise de robe virile du jeune garçon, veille aux intérêts des orphelins, assiste le chef de famille qui juge ou punit les fautes de sa femme ou de ses enfants. Le tribunal domestique était investi d'une autorité particulière en ce qui regardait les femmes. Souvent l'État, pour éviter un scandale, lui confiait l'exécution des peines prononcées contre elles par la justice publique. La femme demeurait soumise toute sa vie à l'autorité morale du conseil de famille.

A Rome, les anciennes lois ne furent pas détruites par l'influence étrangère comme l'avaient été les vieilles mœurs, elles furent seulement amendées et complétées. Le droit importé de l'étranger, le jus gentium, ne vint pas renverser le droit national, jus civile, il vint s'établir à ses côtés. Ce deux droits ne pouvaient rester longtemps en contact, sans agir l'un sur l'autre ; interprétés par les mêmes juristes, appliqués par les mêmes tribunaux, ils se compénétrèrent, s'améliorèrent mutuellement. Le droit national se fit moins rude et le droit étranger se fit plus précis. Cette heureuse fusion eut ses conséquences pour la famille.

Dès la fin de la République, on commençait à voir tomber pièce à pièce le faisceau si fortement lié des droits paternels. Si le père déshérite son fils, le tribunal casse son testament : s'il refuse ou néglige de le marier, le magistrat l'y contraint ; s'il le tue, l'empereur le punit d'exil ; s'il le maltraite, l'empereur le force à l'émanciper ; bien plus, s'il maltraite ses esclaves, le magistrat l'oblige à les affranchir ou à les vendre, le dépouillant ainsi de sa propriété par une sorte d'expropriation pour cause d'utilité publique : « car il importe à l'État, disaient les jurisconsultes d'alors, que nul ne mésuse de son bien ». En même temps qu'il perd ses droits sur la personne de ses enfants, le père de famille perd ses droits sur leurs biens et au milieu de cette transformation générale de la famille, la femme conquiert une plus grande indépendance, elle s'affranchit à la fois de la tutelle et de la manus. Le nouveau législateur ne semble pas se piquer de logique : tantôt il affranchit la femme de toutes les incapacités dont l'ancien droit l'avait frappée ; tantôt il la frappe d'incapacités inconnues jusqu'alors. Ces incapacités nouvelles furent établies dans l'intérêt des mœurs très ébranlées. Mais une réaction d'ailleurs inévitable, ne tarde pas à se produire tendant à ramener sous le joug la femme trop tôt émancipée. Des incapacités vont être établies, non plus dans un intérêt de famille, mais dans un intérêt public ; elles vont réglementer les relations de la femme, non pas avec ses parents, mais avec les tiers : la femme sera incapable, non pas comme épouse, comme fille ou comme sœur, mais comme femme, la cause de son incapacité sera son sexe : fragilitas, imprudentia, imbecillitas sexus. Ce fut d'abord la loi Oppia, contre le luxe des femmes, mesure temporaire et provisoire, née des circonstances critiques causées par les victoires d'Hannibal, destinée à disparaître avec elles et, en effet, abrogée malgré l'opposition de Caton l'Ancien. Ensuite vint la loi Voconia dont le but fut d'empêcher les femmes de s'enrichir par testament. Puis les lois Juliennes et Papiennes destinées dans la politique d'Auguste à remplacer les anciennes institutions des tribunaux domestiques et de la censure. Ces lois, proposées par Auguste, rencontrèrent une énergique résistance, les comices repoussèrent le projet du sénat. Auguste revint à la charge avec plus d'adresse et fit passer sa loi, mais il ne put restaurer les mœurs.

Cha que effort du législateur pour contenir la débauche provoqua des débauches plus scandaleuses et plus publiques. La loi rendait les célibataires incapables d'acquérir les legs, on couvrit du nom de mariage des rapprochements infâmes, on se maria pour avoir non des héritiers mais des héritages. La loi punissait l'adultère, mais tolérait la prostitution ; on vit des matrones se livrer publiquement au métier de prostituées. La loi favorisait les familles nombreuses, on vit des maris abandonner aux amants le soin d'accroître la famille. Ce fut ainsi qu'Auguste restaura les mœurs antiques ainsi qu'il s'en fait gloire sur le monument d'Ancyre : Legibus novis lalis exempla majorum exolescentia reitocavi et fugicnlia jam ex nostra mémorial avilarum rerum exempta imitanda edictis meis proposui '. Mais la morale et la pudeur publique n'ont été plus insolemment outragées, même au siècle honteux d'Octave et de Tibère que le jour où ces princes s'avisèrent de les prendre sous leur protection. D'ailleurs toutes ces lois somptuaires et morales furent bien vite reconnues inefficaces et ne tardèrent pas à disparaître. On n'eut pas besoin de les abroger, on cessa de les appliquer, on les considéra comme non avenues. Les lois somptuaires, si fréquentes jusqu'à Auguste, cessent à compter de ce prince. La loi Voconia était déjà hors d'usage au temps de Aulu-Gelle. Les lois Papiennes, sans cesse modifiées et remaniées, disparurent enfin devant les progrès du christianisme, seul le senatus-consulte Velléien est resté ; il a survécu à l'Empire et s'est imposé même aux conquérants de Rome. Détourné de sa destination première, il s'est plié à des usages nouveaux, né d'exigences locales et temporaires, il s'est trouvé répondre à des besoins durables et universels. Le sénatus-consulte Velléien se place entre l'avènement de Claude et la mort de Vespasien et ne s'annonce point comme une innovation législative ; il s'autorise d'une ancienne jurisprudence qu'il prétend maintenir et confirmer : lia jus ante dictum csxe videlur. Son unique disposition consiste en ceci : Les femmes ne peuvent s'obliger pour autrui.

Il faut se rappeler cette situation pour bien entendre l'extraordinaire nouveauté du principe introduit par le christianisme. Il n'est pas moins inouï de parler à un païen de résurrection de la chair, de vie éternelle, de monothéisme, d'égalité entre les hommes, que de lui annoncer « que l'homme ne séparera point ce que Dieu a uni '. • On ne l'impose pas au nom des conventions sociales mais au nom d'un lien spirituel ; ce n'est plus la loi qui intervient, c'est Dieu qui préside au mariage. Tandis que, dans les lois du passé, la femme en puissance du mari, placée sous la manus, était transférée comme une chose du père à l'époux, le christianisme annonce que « l'homme quittera son père et sa mère et s'attachera à sa femme '. • La femme n'est plus seulement l'animal lié à la volupté de l'homme, elle est la compagne de son âme pour qui il doit tout donner : « Maris, dira saint Paul, aimez vos femmes comme le Christ a aimé l'Église en sacrifiant sa vie pour elle '. •


VI. Époque chrétienne. — La loi chrétienne attribue à la mère un droit égal à celui du père sur leurs enfants et saint Paul ne manque pas de associer le nom de la mère à celui du père quand il consacre les droits de la puissance paternelle. En un mot, c'est une révolution complète dans la famille, L'Évangile brise le despotisme domestique et reconstitue l'unité de la famille en liant tous ses membres par des devoirs mutuels : il relève et ennoblit le mariage en lui donnant un contrat conclu devant Dieu et que l'homme ne peut rompre désormais, il proclame le principe de l'égalité des deux sexes par la bouche de saint Paul : • Il n'y a plus ni juif ni grec, ni esclave ni libre, ni homme ni femme, car vous n'êtes tous qu'un en Jésus*. » Ce qui fait la nouveauté de l'Évangile c'est qu'au sein d'une société vieillie il apporte non seulement une théorie rajeunie, mais une pratique agissante, entreprenante, souvent même agressive et certainement peu endurante. En face de la législation officielle de l'empire se dressent les règlements que nous avons énumérés, pour autant que nous les connaissons encore (voir Constitutions apostoliques). Il y a souvent opposition flagrante entre ces usages et les lois de l'État, il y aura même contradiction ouverte par exemple dans l'édit de Calliste sur le mariage. Et déjà on entrevoit quelque chose de cette situation aiguë dans ces paroles de Tertullien : « Qui pourrait célébrer dignement la gloire et la félicité de cette union [matrimoniale] ? L'Église en serre les nœuds, l'oblation des prières la consacre : la bénédiction en devient le sceau, les anges en sont les témoins, ils en portent le message dans le ciel, et le Père céleste la ratifie '. » Dès l'origine, le mariage est sanctifié par l'intervention du clergé et les prières de la communauté. « Il convient, écrit saint Ignace d'Antioche, que l'évêque intervienne dans les mariages, afin qu'ils s'accomplissent suivant la volonté du Seigneur et non pas au gré des passions charnelles ' ».

Dans le réquisitoire célèbre que saint Hippolyte de Porto écrivit contre le pape Calliste et qui nous a été conservé dans les Philoxophumena, 1. IX. c. xn, nous voyons les traditionalistes faire un grave reproche au pape de Rome de certaines innovations qu'ils considèrent comme des témoignages d'un relâchement insigne. Calliste, dit-il, a permis aux femmes non mariées, si elles s'éprenaient d'un homme de condition inférieure, ou voulaient éviter de se marier devant la loi pour ne pas perdre leur rang, de s'unir à l'homme de leur choix, soit esclave, soit libre, et de le tenir pour époux sans recourir au mariage légal. Là-dessus on a vu des femmes soi-disant fidèles employer toute sorte de moyens pour faire périr avant terme l'enfant qu'elles avaient conçu, soit d'un esclave, soit d'un mari indigne d'elles : leur rang et leur fortune voulaient cela. Ainsi Calliste a-t-il enseigné du même coup le concubinage et l'infanticide. » Cette condescendance était fort sage, nous semble-t-il ; on l'a vu pratiquer sous le nom de « mariage de conscience » et « mariage morganatique » non seulement sans en être scandalisé, mais avec une sorte d'édification. En cela donc Calliste devançait son époque, ce qui est la plus sûre manière de se faire beaucoup d'ennemis et d'attirer les plus véhémentes contradictions. Mais il faut reconnaître que le pontife rompait hardiment avec un préjugé tyrannique et bravait les senatus-consultes de Marc Aurèle et de Commode. Qu'advenait-il de ces unions mal assorties aux yeux du monde. La femme, une fois sa passion satisfaite, s'apercevait qu'elle était enceinte et craignant la honte d'une union qu'elle n'osait avouer, se livrait à des pratiques d'avortement. Le fait a pu se produire, puis que Hippolyte le donne comme certain, on n'a pas de raison d'en douter, mais on reste en droit de se demander si ces cas d'avortement furent très nombreux. Hégrettable en soi-même, même s'il ne s'agissait que d'un cas unique, il faut convenir qu'ils n'incriminaient pas la pensée du législateur, obligé de se conduire en vue de l'intérêt général, sans se laisser arrêter par les inconvénients possibles.

Dans les Actes et dans les Épîtres on voit les femmes remplir un rôle, sinon plus actif, déjà plus coordonné que dans l'Évangile. Leur nombre même imposait un commencement de réglementation car « les femmes accouraient naturellement vers une communauté où le faible était entouré de tant de garanties. Leur position dans la société d'alors était humble et précaire ; la veuve surtout, malgré quelques lois protectrices, était le plus souvent abandonnée à la misère et peu respectée. Beaucoup de docteurs voulaient qu'on ne donnât à la femme aucune éducation religieuse *. Le Talmud met sur le même rang parmi les fléaux du monde la veuve bavarde et curieuse, qui passe sa vie en commérages chez les voisines et la vierge qui perd son temps en prières '. » Au contraire, le christianisme témoigne le plus vif intérêt à celles qui ne sont pas ou qui ne sont plus mariées : vierges et veuves. Pour ces deux catégories, il trouva une sorte de rang hiérarchique et leur garantissait un état, un rang, quelques modiques ressources, mais suffisantes. En a-t-il été ainsi dès les premiers jours du christianisme ? On ne saurait ni l'affirmer, ni le nier ; mais ce que nous allons voir permet de dire que la femme occupa une situation officielle de très bonne heure, que son activité fut non seulement tolérée, mais approuvée et encouragée. Il faut essayer de déterminer, autant que les textes le permettent, le rôle joué par les femmes dans les premières communautés.

Dès le début, les femmes se montrent prodigues de leurs forces et de leurs biens, Tertullien dit des apôtres : Quœ (pecunia) illis uti que non deerat ex prædiorum prætas ad pe des eorum deposilis, cerle mullis lociis plctibus redditibus viris ne feminis, qui his etiam refrigcria subministrahant '. Quelques-unes de ces premières bienfaitrices se laissent entrevoir. Dans la lettre aux Romains, xvi, 1, il est question d'une certaine Phœbe, « une de celles qui servent à l'Église de Cenchrées, » et qui s'est montrée secourable à un grand nombre La lettre aux Romains, xvi, C, rappelle encore le souvenir de Marie : à èxOTttaoîv elç ^âç, celui de (12) Tryphéna et Tryphosa, tàç xOTrioûoaç èv xopup : de Persis : t) à'[Oi.TZT,Ti], t^tii ; TToXXà èxomaocv èv xupîqj, et encore de la mère de Rufus, que Paul considère comme sa propre mère ; de Julias, qui était probablement mariée à Philologus avec qui elle est nommée, et de la sœur de Nérée (13-15). Il y a donc ici une énumération de quinze femmes et de dix-huit hommes. Dans ce premier groupe de chrétiennes, on pourrait placer sans doute à une date peu postérieure à l'épître le nom de Pomponia Graecina '^ L'épître aux Colossiens, iv, 15, nous fait connaître l'existence à Colosses d'une réunion de fidèles qui tenait ses assemblées dans la maison de Nymphée : Nuixçôcv xal tçj xaT* olxov aÙTf,ç

A Philippes (iv,2) il est question de Evodia et Syntyché que l'apôtre exhorte à ne pas soutenir des points de vue opposés ; au contraire, elles doivent s'unir de sentiments dans le Seigneur. Ces deux femmes avaient pris leur bonne part dans la fondation de l'église de Philippes ; elles y étaient sans doute honorées et influentes comme Nymphée à Colosses.

Le livre des Actes ajoute encore quelques traits à ceux que nous valent les Épîtres. Dans l'Église de Jérusalem les femmes tenaient un rang honoré ; une réunion quotidienne se tenait à la nuit dans la maison de Marie, mère de Marc (xii, 12). On nous parle de Tabitha à Jaffa (ix, 36), de Lydie à Philippes (xvi. 14) » ; de Damaris à Athènes (xvii, 31), des quatre filles du diacre Philippe (xxi. 9) et d'autres encore à Antioche de Pisidie : ol 'louSaîot TrapcÔTpuvav Ta ; oeëotxêvaç ■fuvaTxaç xàç eùaxT](ji.ova( ; xal Toùç TipcoTOuç ttjç îréXewç (xxi, 50) : à Thessalonique : Trp&0£X>.T|P(ôOT)aav Tt7> IlaûXu xal T(ô2t>.a. t<ov tc crc6o|jiévcûv 'EXXtjvcov TToXù yuvaixcjv te tûv TrptÔTov où x àXlyot (xvii.4) : à Béroé ; rroXXol éirtaTeuaav xal -<o^^ « EXXtjvIScov -|Tjvaixcôv Tôjv £Ùoyr|[jLiv<dv xal àvS9â>v oùx iXt^oi.

L'Apocalypse parle d'une chrétienne, prophétesse, mais hérétique, nommée Jézabel, qui avait entraîné l'Église de Thyatire.

Clément de Rome rappelle sans insister les traitements abominables infligés par Néron aux femmes chrétiennes qu'il livra au supplice des Danaïdes et des Dirces '.

Saint Ignace d'Antioche, écrivant de Troade aux Smyrniotes et à Polycarpe, salue nommément Alcée et Tavie '. qui résidaient à Smyrne. Alcée, « au nom très cher » tô t :o6ï]tÔv [J-oî ovo[ia, sœur peut-être de Nicétas, le père de l'irénarque Hérode mêlé à l'affaire du martyre de Polycarpe '', Tavie ou Gavie, épouse du procurateur convertie au christianisme avec toute « sa maison » et ses enfants : ràv •olxov Faoutaç ■/jv Euxo(J.ai. niaTti xa't àvémfi — Ty)V toO è— aùv ôXco tw oix.o) aÙTrjç y-xt Tôiv TÉxvcov (Totç Téxvoiç ?).

Avec la lettre de Pline à Trajan nous voyons apparaître les ministrœ (voir Bithynie et Diaconesses). La littérature apocryphe vient apporter son contingent tout pénétré, malheureusement, d'invraisemblance et de romanesque. Les Acta Pauli, certainement très anciens ', nous montrent les femmes tenant une place considérable. On nous parle d'une prophétesse appelée Théonoé, d'une autre prophétesse de l'Église de Smyrne dont l'état du papyrus ne permet pas de déterminer la position géographique, d'une nommée Stratonice, femme d'Apollophanes, à Philippes, d'Eubula et d'Artemilla à Éphèse, de Phila à Antioche, de la matrone Tryphena (celle-ci de race royale), de Nymphée à Myrrha, d'Alne (ou Alipe), de Chrysa, de Firmilla et de Frontina, de Lectres à Janium et par-dessus toutes de Thècle, la vierge d'Iconium. Thècle est, elle aussi, de la famille des grands missionnaires : elle s'est baptisée elle-même et a illuminé un grand nombre de fidèles : ttoXXoûç tpcoxtcraCTa tm Xôyci 0eôj>.

A mesure qu'on avance on continue à rencontrer des femmes chrétiennes distinguées parmi les fidèles. Parmi les disciples de Justin le philosophe se trouve une nommée Charito '. Denys de Corinthe adresse une lettre à une certaine Chrysophora 7 ;tCTT0Tà-r/)v ». Le gnostique Ptolémée a laissé une lettre remarquable adressée à Flora '. A plusieurs reprises il est fait mention d'éléments féminins parmi l'auditoire d'Origène ; il a dédié son traité sur la prière Ilepi. Eu^t) à Tatiana, itoa[xicoTà-r() xal »]. Son ami et mécène Ambroise, était marié à Marcella, qui partageait ses goûts studieux. C'est aussi à une femme que l'évêque dédie son traité sur la distinction des mets.

Non seulement la femme occupe un rang distingué dans l'Église, mais elle y prend la parole, comme nous le verrons dans un moment. L'auteur des Acta Theclæ, prêtre d'Asie Mineure qui vécut aux environs de l'an 180, n'y voit rien à reprendre, au contraire il ne trouve là que matière à de nouvelles louanges. Les filles de Philippe enseignaient, elles aussi, à Hiérapolis de Phrygie où Papias les entendit. Peu de temps après, vivait en Asie une prophétesse nommée Ammia ', dont la réputation sera éclipsée par celle de Maximilla et Priscilla, qui feront la fortune — et peut-être la ruine — du montanisme.

Chez les gnostiques, où le sexe n'est compte pour — ' S. Irénée, Adv. lu-rres., I. I, c. xiii, n. 2, 7, P, G., rien au regard de l'esprit, Marcion est entouré de sancliores feminœ ; auprès d'Apelles on aperçoit Philomène et, chez les Carpocratiens, Marcellina. Le fondateur de la secte des Marcosiens, Marcus, disciple de Valentin, était entouré de femmes qu'il bénissait, consacrait en qualité de prophétesses : yuwxiy.y.z, £'JXapi<j-r£Ïv (iâXtaxa Ticpl yuvaîxaç !., x.al toùto irâç EÙTrapùçouç xai vtsptjtoptpùpoui ; x-al T^XQuaicorâxaç, et Irénée ajoute que dans la région lyonnaise, beaucoup de femmes étaient affiliées à cette secte : èv toîç xaO' -/iptàç xXliiatji. -r^ç ' PoSavouataç -oXXàç ê$if]7Tar^xaoi Yuvatxaç =. Les écrits coptes d'origine gnostique montrent l'importance des femmes dans ces conventicules : Simon Magus, écrit saint Jérôme, hxresim coiulidil, Helenee merelricis ad/ulus auxilio « . Nicolaiis Anliochenas, omnium immundilianim repertor, churos duxit /emineos, Marcion Romam prœmisit mulierem, qux decipiendos sibi animas prœpararet. Apel les Pltilumenam suarum comitem habuil doctrinarum. Monlanus immundi spiritus pnedicalor multas ecclesias per Priscam et Maximillam nobi les cl opulentas /eminas primum aura corrupil, deinde hœresi polluit.... Arius, al orbem deciperet, sororcm principis anle dccepil. Donalus per A/rictim, ut in/eli ces quos que fœtenlibus poUuerel aquis, Lucillœ opibus adjutus est. In Hispania Agcipe Elpidium, mulier virum, cœcum cœca, duxil in joveam, succcssnrem que qui Priscillianum, etc. ». Et cette longue liste explique un peu l'apostrophe de Tertullien : Ipsœ mulicres hœrelicx, quam procacesl quœ audeanl docere, conlendere, exorcismos agere, curationes repomittere, jorsilan et tingere ^K Saint Cyprien pensera sans doute de même lorsqu'il aura à contenir une certaine Paula qu'il lui fallut excommunier. Plus tard ce fut chez les donatistes, Lucilla qu'Optât de Milève qualifie de facliosa /rmina.

Dans l'étude consacrée aux classes aristocratiques (voir ce dernier mot) nous avons mentionné une série de conquêtes du christianisme, et on y pourrait ajouter quelques noms. Tertullien rapporte que le gouverneur de la Cappadoce se vengeait sur les fidèles de la conversion de sa femme : Claudius Lucias Herminianus in Cappadocia indigne ferens uxnrem suam ad hanc seclam transisse cljristianos cradeliler Iraiiainl '^ Hippolyle mentionne le christianisme de la femme d'un gouverneur de Syrie qui intercéda pour ses coreligionnaires « . Dans les actes de Philippe, évêque d'Héraclée, il est dit que la femme du proconsul Bassus était chrétienne ». Sous Maxence, la femme d'un préfet de Rome fut chrétienne « .


IX. Opinions extrêmes sur la femme. — Il faut se résoudre à rencontrer bien des contradictions et renoncer à les ramener de force à une conception uniforme sur la dignité de la femme. Voici par exemple Clément d'Alexandrie, qui écrit dans son Pédagogue :.... T^TjV aÙT-fjv àpexrjv àvSpèç xal Yuvaixàç cîvai yâp àjJLçoîv ô 6£oç etc. eÏç 8è xai ô à(ji(poïv. (xta nxXi^atot. (iia CTcixppooûvr), atScôç (jtta. 7) xpocfj) xoivr, ydiioç ouî^ùyioç, àvaTvor ;, ;. àxOT). yvcôatç, èXnlç, UTraxoT). àytXTrr]. 6(iota Ttâvxa. (ùv SE xoivoç (ièv ô ^161 ;. xoivf) 8è i] x^'P'Çxotvï] 8e xai ij awxvjpîa, xotvf) xoûxuv xal ) àpExi) xal ■f) àyfoyT]. « Sachons bien qu'il n'y a qu'une même vertu

pour l'homme et pour la femme. S'ils ont, en effet, tous deux un seul et même Dieu, ils ont aussi tous deux un seul et même Pédagogue, une seule et même Église, une seule et même tempérance, une seule et même pudeur. Nourriture, union conjugale, respiration, vue, ouïe, science, espérance, soumission, charité, tout est chez eux pareil. Si tout leur est commun dans la vie, commun leur est la grâce, commun le salut, la vertu, la méthode '. » De cette égalité il faut rapprocher ce que disait déjà saint Paul à Timothée sur la déférence que la femme doit à l'homme, (|ui est son aîné, son supérieur : 'ASàfjt yàp TipÙTOç ê7r).â(j6Y), Elxa Euaxal 'ASà(J. oùx TiTKXTrfi-q, y) Si YUVT) èv TrapaSâost. Ss Stà T^ç Texvoyovîaç èàv [i.Etvcoai.v èv TctoTEt xal àyaTz-f] xal àyiaafxcô (/.Exà acoç[)poauvY)i ;. » Car Adam fut formé le premier, ensuite Eve. Et Adam ne fut point séduit, mais la femme séduite tomba dans la prévarication. Toutefois elle sera sauvée par la génération des enfants, si elle demeure dans la foi, la charité et la sainteté jointe à la tempérance -. » Tertullien s'empare de cette idée : Evam le esse nescis ? Vivit senienlia Dei super sexum islum in hoc seculo : vivat et reatas neccsse est. Tu es diaboli janua, ta is arboTis illius resignatrix, tu es divinœ legis prima lUsertrix, tu es quœ eum suasisti quem diabolus aggredi. non valuit. Tu imaginem Dei, hominem, tam facile ellsisli. Propler tuum meritum, id est morlem, etiam Filius Dei mori habuit ^.

Pendant que Tertullien pousse ainsi à l'excès et jusqu'à l'injure la pensée de saint Paul, d'autres suppriment et annulent l'obligation qu'il fait à la femme d'engendrer. Sous prétexte d'ascétisme, les gnostiques en viennent à interdire à la femme la fonction maternelle, qui devait être sa noblesse et la garantie de sa vertu. Dans les Acta Thomæ, on enseigne la continence à la fille du roi d'Andropolis et à son mari, le soir même de leur mariage, qu'on dénonce avec le mépris que le gnosticisme et le montanisme prodigueront à l'œuvre de la chair *. Dans les Acta Joannis, l'apôtre remercie Dieu de l'avoir tenu en garde contre « la malpropre folie de la chair, ô ty) ? Im aapxl pUTrapâ ; [Jiavtaç /copltraç [J.s^. » Les gnostiques en arriveront ainsi — et quelques catholiques les suivront dans cette voie • — à représenter le mariage comme une prostitution, une œuvre diaboli que : Nubere aiitcm et generare a Satana dicunt esse '. Un passage de l'Évangile des Égyptiens, inséré par Clément d'Alexandrie dans ses Stromates, attribue cette parole au Sauveur : « Je suis venu pour abolir les œuvres de la femme. » Et à Salomé qui lui demande : » Jusques à quand les hommes mourront-ils ? » Il répond : » Aussi longtemps que les femmes enfanteront. » 01 8è àvTi.Taaoô|j.Evoi T/j xtIoei toû ©eoO Sià Trji ; eùçyiho'j èyçaTElaç xàxcïva XÉYOuai xà itpoç SaXâ)|i.r,v eip'/)|JiÉva, SiV TipÔTepov Se, oX[i.y.i, v TÔ) xax' ATYU~flou ; EuaYYEÂio)- Oaol yàp, ciTt aÙTèç eIttev ô StoTïip' « ''HXÔov xà pya x^ç ÔYjXEiaç, » Q-qleiac, nèv xr) ? èTtiôuixlaç, pya Se yévEoiv xal çOopâv... « OOev Elxixtoi ; TiEpl ouvxeXei'/ç (iTjvûoavxoç xoû '/Jjy'M 7] 2aX<ô|jtri tp-^al- « Mé/pt xivo ; oj iïv6pci)7rot : » ô Kùptoç- « Méxpiç av xlxxwaiv al yuvaîxsç '. » Clément d'Alexandrie s'efforce de trouver dans ces paroles une allégorie, il en trouvait partout ; mais son symbolisme importe moins que le texte auquel il le superpose et ce texte est assez clair par lui-même. Dans les Homélies clémentines enfin, on lit qu'une épouse fut créée pour Adam, bien inférieure à lui, comme l'est l'accident à la substance, la lune au soleil, le feu à la lumière : 7tXr,v xoûxo crù !^uyoç ouvexxIctôy] ôrjXEla tpùtjiç ttoXù aùxoû, côç O'jaiaç (XEXO'jata, cjç TjXlou CE ?,-^vr ;, wç çcoxoç x6 KÙp '.

X. Chez les gnostiques. — Le gnosticisme ne se piquait pas de logique. Simon le Magicien était un joyeux compère qui aimait à se moquer de son auditoire. On a déjà dit qu'il vivait en compagnie d'une femme, nommée Hélène, qu'il présentait à ses dupes comme l'incarnation de « la première pensée de son esprit ; » ce qui paraissait d'autant plus profond que c'était plus creux ; mais il y avait dès lors des gens qui ne croyaient que dans la mesure où ils n'y entendaient rien. Apelle, disciple de Marcion, était mené lui aussi par une femme, Philomène ; celle-ci suggéra à son amant des révélations, qu'elle tenait, à l'en croire, d'un fantôme qui, sous l'apparence d'un enfant, se donnait à elle tantôt pour le Christ, tantôt pour l'apôtre Paul. Tertullien, toujours enchanté de déchirer ses adversaires, impute à Philomène d'avoir réussi à convaincre Apelle et les autres disciples de Marcion, que le corps du Christ, échappant aux lois ordinaires de la naissance, avait été emprunté aux éléments. De plus, elle affirmait que les âmes sont mâles ou femelles et déterminent, en venant s'y loger, le sexe des corps. Saint Jérôme avance que Marcion s'était fait précéder à Rome par une femme, quœ decipiendos sibi animas prœpararct.

Une chrétienne, nommée Flora, se trouvant embarrassée par certaines objections sur l'Ancien Testament s'adressait à Ptolémée, disciple du gnostique Valentin, qui saisit cette occasion de lui exposer de quels éléments divers se compose la loi mosaïque. « Les intelligences féminines durent se sentir délicatement flattées que l'une d'elles eût été jugée capable de recevoir directement des enseignements aussi austères.

« Quand, cédant à leur manie de se référer à des traditions secrètes dérivées de l'entourage du Christ ou de sources plus lointaines encore, les gnostiques quêtaient des autorités dont ils pussent se prévaloir, c'était parfois des noms féminins qu'ils mettaient en avant. Ainsi les Naasséniens prétendaient avoir reçu leur doctrine par l'intermédiaire de Marianne, à qui Jacques, frère du Seigneur, les aurait confiées. Les Nicolaïtes lisaient un ouvrage attribué à Noria, qu'ils donnaient pour la femme de Noé. Et pareillement les Carpocratiens se réclamaient de Salomé.

« Les sectes gnostiques allaient-elles plus loin encore, au cours des deux premiers siècles ? Conféraient-elles aux femmes des dignités ou des fonctions proprement ecclésiastiques ? Dans le De Præscriptione (écrit entre 198 et 202), Tertullien dénonce dans les termes que voici les empiétements que se permettent certaines femmes hérétiques - c'est spécialement aux gnostiques qu'il s'en prend dans tout l'opuscule : t Et chez les femmes hérétiques elles-mêmes, quelle impudence ! « N'osent-elles pas enseigner, disputer, exorciser, promettre des guérisons, peut-être même baptiser ? » Ipsœ mulieres hæreticœ, quanti proca ces ! quœ audeani docere, contendere, exorcismos agere, curationes promittere, forsitan et tingere. Enseignement et discussions doctrinales, guérisons obtenues ou tentées par une thérapeutique non point médicale, cela va de soi, L'importance de l'élément féminin dans les cercles gnostiques, loin de provoquer l'émulation de l'Église, ne faisait qu'aviver ses défiances. D'autant plus qu'à tort ou à raison de mauvais bruits couraient sur les femmes que les docteurs hétérodoxes avaient liées à leur fortune. Les hérésiologues (professionnellement disposés, il est vrai, à croire le pis, quand il s'agissait des ennemis les plus redoutables que l'Église eût encore rencontrés) représentent Hélène comme une prostituée que Simon avait achetée au tenancier d'une maison publique de Tyr^ Philomène n'était, selon l'estimation de Tertullien, qu'une immorale prostituée'. On ne disait pas plus de bien des relations qu'entretenait Marc avec les femmes qu'il endoctrinait '. Le relâchement que préconisaient certaines sectes gnostiques compromettait celles mêmes qui faisaient sonner des principes tout opposés. Et, de tous ces scandales plus ou moins authentiques, la prévention ecclésiastique s'accroissait contre les femmes qui, sortant du rôle discret où la sagesse de saint Paul les avait confinées, s'arrogeaient en matière religieuse des droits analogues à ceux dont jouissaient les hommes '.


XL MULIERES TACEANT IN ECCLESIA. — On voit

par le contraste entre les femmes de l'entourage des apôtres et celles de l'entourage des hérésiarques que les fruits de cette activité pouvaient devenir funestes et c'est la question qui se posa de bonne heure aux chefs des Églises. Quelles limites poser à la collaboration apostolique mais un peu envahissante de la femme ? Ce qui frappe dès l'origine du christianisme, c'est le contraste existant entre la régularité, l'ordonnance, la discipline d'une part, dans l'Église ; et, d'autre part, l'effervescence, l'incohérence, l'improvisation dans les sectes hérétiques, t Qu'il y ait eu pourtant une époque et à qui remonte cette réglementation du ministère dévolu aux femmes. Ici nous sommes en pleine période apostolique. C'est saint Paul qui dans sa première épître aux Corinthiens, xi, 4-5, détermine l'attitude extérieure à garder lors que l'Esprit s'empare d'elles et leur suggère ce qu'il veut faire entendre à la communauté : « Toute femme qui prie ou prophétise la tête découverte déshonore sa tête. » Voici la règle à observer. Mais il y a des femmes qui se rendent à l'assemblée des fidèles et qui, très ignorantes, ne comprennent pas tout ce qui s'y dit, peut-être n'y comprennent même qu'assez peu de chose : celles-là ont sans cesse à chuchoter, elles se permettent d'interroger tout haut et ce faisant elles troublent la réunion, il faut leur déclarer, une fois pour toutes, qu'elles gardent le silence : xiv, 33-35 : « Que les femmes se taisent dans les assemblées, car il ne leur est pas permis de parler : mais qu'elles soient soumises, comme aussi la loi le dit. Que si elles veulent apprendre quelque chose, qu'elles interrogent à la maison leurs propres maris : car il est honteux pour la femme de parler en assemblée : alcr/çov vàp èoTiv -fjva'.xt ).a).£iv èv -.<x>.r^ata. « Voilà donc des cas bien différents. Dans la 1re épître à Timothée, ii, 11, on lit encore à ce propos : « Que la femme écoute en silence et dans une entière soumission. Je ne permets point à la femme d'enseigner et de dominer sur l'homme : mais qu'elle garde le silence, SiSàoxctv Se yuvaixl oùx. 1 Elle ne doit ni parler, ni enseigner ; quant à prier et prophétiser, c'est autre chose, c'est un charisme, et en ce cas il n'y a pas à s'y opposer, mais simplement à veiller que celle qui est touchée de l'Esprit s'exprime la tête couverte '. En définitive, puis que les charismes sont exceptionnels, pour ce qui concerne le programme quotidien et l'usage commun la femme est exclue du droit d'enseigner devant tous sur les choses de la foi.

C'est une infériorité pour la femme, on ne peut y contredire, mais comment l'expliquer de la part de celui qui écrivait aux Galates, 3, 28 : « Il n'y a plus ni Juif, ni Grec ; plus d'esclave, ni de libre ; plus d'homme, ni de femme. Car vous n'êtes tous qu'une seule chose dans le Christ Jésus. » C'est que l'exclusion du jus docendi pour la femme a dû paraître à Paul une nécessité d'ordre pratique qui n'atteignait pas le droit essentiel d'égalité, mais qui en tempérait l'usage. Il existait un principe supérieur qui voulait que la foi nouvelle et les réunions des chrétiens ne dégénérassent pas en colloques aigre-doux où des femmes prendraient publiquement leur revanche de la subordination dans laquelle elles se trouvaient confinées chez elles. Les hommes n'étaient-ils pas eux aussi exclus en grande majorité du jus docendi, dès l'instant que celui-ci se trouvait confié aux plus instruits et aux seuls instruits. À Corinthe, en particulier, régnait une effervescence, un besoin de discussion brouillonne qu'il importait de réprimer et on ne pouvait le réprimer que par une interdiction générale. « L'intrigue féminine paraissait à Paul le pire ferment de dissolution pour les groupes chrétiens dont tout son effort tendait justement à resserrer l'unité. Et comme le dévouement payé par tant de femmes à l'Église devait fatalement avoir pour rançon le désir de se mettre en avant, la présomption sous toutes ses formes, il a coupé court aux abus prévus ou déjà constatés en rappelant aux femmes avec netteté et rudesse les raisons qui leur commandaient une plus discrète réserve... Quant à celles à qui la vie familiale était inaccessible pour un motif quelconque, ou qui y préféraient (de quoi elles étaient louées) le célibat, c'est vers l'activité charitable qu'on les invitait à se tourner. Mais aussi volontiers on leur ouvrait le domaine infini de la prière et des bonnes œuvres, aussi résolument leur refusait-on tout accès aux fonctions d'enseignement dogmatique, toute participation prépondérante à l'administration des sacrements, en un mot tout caractère proprement ecclésiastique ».

L'iccueil fait aux femmes par saint Paul pouvait donc paraître très disgracieux et il est probable que des femmes s'en montrèrent choquées. Pour y porter remède un prêtre « féministe » n'imagina rien de mieux que de composer un roman dans lequel il faisait parler et agir saint Paul de façon très différente. Cet écrit, dont la vogue en Orient fut immense, montrait Thécla d'Iconium, convertie par l'apôtre, s'attachant à ses pas et, sur son ordre, revenant à Iconium pour y enseigner la parole de Dieu. En différentes occasions, soit à Antioche, chez Tryphéna, soit plus tard à Séleucie, Thécla catéchisait et convertissait. Si édifiant que fût ce récit, l'autorité ecclésiastique traita sévèrement le prêtre d'Asie qui l'avait composé. Tertullien nous apprend qu'il encourut la déposition. Il est probable qu'on lui en voulut surtout d'avoir mis sa fiction sous le nom de saint Paul et de lui avoir ainsi conféré mensongèrement l'autorité d'un écrit canonique. Sans doute aussi les actes qu'il prêtait à son héroïne parurent-ils malencontreux et propres à dégoûter les femmes de l'effacement où l'on entendait les maintenir. En fait, à Carthage même, elles essayèrent de s'en prévaloir pour réclamer le droit d'enseigner et de baptiser (ad licentiam docendi tingendi que), et il fallut que Tertullien leur fit connaître que l'ouvrage en question n'avait rien d'apostolique et que la supercherie de l'auteur lui avait valu une humiliante disqualification.

C'est cependant le même écrivain qui va adopter la doctrine montaniste, s'incliner devant Maximilla et Priscilla, citer leurs oracles, accueillir de moindres héroïnes comme celle-ci dont il parle dans le De anima, c. IX : « Il y a aujourd'hui parmi nous une sœur qui a reçu en partage le charisme des révélations. Elle les subit dans l'église au cours des solennités dominicales, en extase, sous l'influence de l'Esprit. Elle converse avec les anges, parfois même avec le Seigneur. Elle voit, elle entend, les vérités mystérieuses : elle lit dans le cœur de quelques-uns et elle procure des remèdes à ceux qui en ont besoin. Soit qu'on lise les Écritures ou qu'on chante les psaumes, ou qu'on adresse des allocutions, ou qu'on offre des prières, chaque exercice fournit matière à ses visions. Il nous est arrivé de tenir je ne sais plus quel discours sur l'Âme, pendant que cette sœur était sous l'influence de l'Esprit. Une fois la solennité terminée, quand le peuple eut été congédié, fidèle à son habitude de nous annoncer ce qu'elle a vu, car elle a grand soin de classer ses révélations pour les mieux authentifier — elle nous dit : « Entre autres spectacles, une urne s'est montrée à moi corporellement. Elle paraissait être esprit, mais non dépourvue de consistance et de forme ; bien au contraire ; telle qu'elle était, elle semblait susceptible d'être saisie, tendre, lumineuse, couleur d'azur et de forme toute pareille à celle du corps humain. » Telle fut sa vision. Dieu en fut témoin, et aussi l'apôtre, garant si compétent des charismes qui devaient survenir dans l'Église. N'y croirez-vous point, même si l'événement lui-même vous persuade sur toute la ligne ? » On saisit sur le fait toute l'opération. La scène se passe dans l'Église, mais la foule n'en connaît que ce qu'on veut bien lui faire connaître. « Pendant le service divin, écrit M. P. de Labriolle, la sœur se tait : mais une fois les rites clos et le peuple congédié (post transacta solemnia, dimissa plebe), elle va d'elle-même raconter ce qu'elle a vu aux autorités de la secte, sans doute à Tertullien personnellement : — que l'on rapproche, en effet, le disserueramas du nobis. Les visions sont classées, c'est-à-dire consignées par écrit, avec le plus grand soin. On en forme une sorte de recueil pour qu'elles deviennent, par une confrontation plus aisée, plus convaincantes encore. Avec une procédure aussi prudente, nul danger que les femmes favorisées de charismes s'émancipent jusqu'aux abus condamnés par saint Paul. On se garde « d'éteindre l'Esprit, » mais on en surveille et on en contient les manifestations par un règlement précis. Et ainsi se concilie le respect de la tradition avec le devoir de ne point laisser perdre le fruit de révélations si précieuses. Voilà, en ce qui concerne le problème féministe, la solution à laquelle Tertullien se soulagea de ses propres doutes. » On voit qu'il se tenait à distance du troupeau montaniste que raille Hippolyte de se laisser duper par des « femmelettes » au point de les révérer puisqu'ils ne font des apôtres et d'aller jusqu'à dire qu'il y eut en elles » quelque chose de plus divin dans le Christ : » côç ToXfiôtv -XsTov Tt XpiCTTOû èv xo'JTOiç Xéysiv Ttvàç '.


XIII. Le jus docendi après Tertullien. — À l'égard des femmes, saint Épiphane n'était pas beaucoup mieux disposé que Tertullien. Le yévoç xcôv Yuvatxcôv est, selon lui, prompt aux chutes ; açaXspôv, peu sûr ; et pense bassement Ta ;rEt.v6v tm *. C'est à propos des collyridiennes qu'il s'exprime ainsi, et il les considère comme apparentées de fort près aux montanistes, qui, dit-il, « considèrent la sœur de Moïse comme une prophétesse et s'autorisent d'elle pour justifier l'admission des femmes dans leur clergé... Chez eux, les femmes deviennent évêques, prêtres, le sexe n'y fait rien, car, disent-ils, dans le Christ Jésus il n'y a plus ni mâle ni femelle. » Lui aussi relève l'argument montaniste des quatre prophétesses filles de Philippe et il nous donne une description intéressante de certaines réunions montanistes : « Souvent dans leur assemblée, raconte-t-il, on voit entrer sept vierges, portant des torches et vêtues de blanc qui viennent prophétiser devant le peuple. Elles manifestent une sorte d'enthousiasme qui dupe les assistants et provoque leurs larmes. Elles versent des pleurs, comme plongées dans les lamentations de la pénitence, et par leur attitude, elles déplorent la vie des hommes'. » De semblables exhibitions ne pouvaient trouver grâce auprès du traditionaliste rigide qu'était Épiphane. Mais ce sont principalement les collyridiennes qui l'irritent. « Cette secte, après avoir pris naissance en Thrace et dans la Scythie supérieure, s'était propagée jusqu'en Arabie. Sur une sorte d'autel improvisé, les collyridiennes exposaient aux regards un pain qui était ensuite offert en sacrifice » au nom de Marie « et distribué. Ces faits sont évidemment contemporains d'Épiphane, puisqu'il rappelle qu'il écrivit à leur propos une lettre eI ; -tïjv '.\pa6(av sans doute aux Églises d'Arabie. Dégagée des réflexions parasites dont sa prolixité naturelle ne manque pas de l'alourdir, la réfutation développée par Épiphane à rencontre de ces femmes (qu'il a comparées à Quintilla, Maximilla et Priscilla) peut se résumer ainsi : « Jamais, depuis que le monde est monde, aucune femme, soit dans l'ancienne, soit dans la nouvelle alliance, n'a exercé (de fonctions de ce genre). ve n'a pas osé y prétendre, malgré la complaisance dont elle a fait preuve pour le péché. La Vierge elle-même en a été exclue, et elle n'a pas joui non plus du droit de baptiser, puisque c'est de saint Jean-Baptiste que Jésus a voulu recevoir le baptême. Il en va pareillement des temps apostoliques. Vainement allègue-t-on l'exemple d'Anne ou des filles de Philippe ; ces femmes furent des prophétesses, sans doute, mais non pas des prêtresses, où ;jfr)V tspo'jpvoûcra !.. Quant aux diaconesses, leur ministère est commandé par des raisons de commodité pratique, en particulier par les ménagements dus à la pudeur féminine, pendant l'immersion baptismale, mais il se borne là '. » Si toutes ces indications fournies par Épiphane sont rigoureusement et historiquement exactes, il faut reconnaître que, depuis le temps de Tertullien, le montanisme s'était fort transformé. Était-ce le montanisme proprement dit ou les sectes parallèles qui exploitaient sa doctrine, s'abritaient sous sa réputation, nous ne sommes pas en mesure de le dire toujours. Mais voici, par exemple, aux environs de l'année 235, c'est-à-dire peu de temps après Tertullien, une prophétesse cappadocienne. Dans une lettre adressée par Firmilien, évêque de Césarée en Cappadoce à saint Cyprien de Carthage, nous lisons les plus curieux détails sur cette manifestation.

« Je veux vous raconter, dit-il, un fait qui s'est passé parmi nous et qui intéresse notre sujet. Il y a environ vingt-deux ans, vers l'époque consécutive à la mort d'Alexandre (Sévère), des fléaux et des épreuves multiples vinrent affliger toutes les populations, et en particulier les chrétiens. Des tremblements de terre réitérés renversèrent nombre d'édifices en Cappadoce et dans le Pont. Des villes mêmes disparurent englouties dans des crevasses. De là, contre le nom chrétien, une persécution terrible qui, s'élevant soudain après une longue période de paix, fut d'autant plus redoutable et troublante pour les nôtres que le mal était plus inattendu et plus nouveau. Nous avions alors comme gouverneur provincial Sérenianus, cruel et impitoyable persécuteur. Au milieu de ce bouleversement, les fidèles, terrifiés par la persécution, fuyaient çà et là, abandonnaient leur patrie et passaient dans d'autres contrées : ils le pouvaient, car la persécution n'était que locale, elle ne s'étendait pas à tout l'univers. Or voici que surgit soudain une femme, qui, tombant en extase, se donnait comme prophétesse et agissait comme sous l'inspiration de l'Esprit Saint. Elle recevait des principaux démons une si entraînante influence que pendant longtemps, elle attira et dupa nos frères, grâce aux prodiges surprenants qu'elle réalisait. Elle annonçait même qu'elle allait ébranler la terre : non que le démon ait une puissance capable d'ébranler la terre ou de secouer un des éléments : mais parfois l'esprit mauvais comprenant et prévoyant qu'un tremblement de terre allait survenir, faisait semblant d'être l'auteur de ce qu'il voyait devoir arriver. Ces mensonges, et ces vanteries lui avaient conquis les esprits : on lui obéissait et on le suivait partout où il voulait et où il menait les gens. Grâce à lui, au milieu des rigueurs de l'hiver, cette femme marchait pieds nus au milieu des neiges et des glaçons sans en éprouver aucun dommage, aucune blessure. Il déclarait qu'il se dirigeait vers la Judée et Jérusalem et se donnait les airs de venir de là. Un prêtre, Rusticus, et un diacre, se laissant prendre à ces pièges, eurent avec la prophétesse de coupables relations, ce qui fut découvert peu après. Car soudain apparut devant lui un des exorcistes, homme d'une parfaite honorabilité et d'une vie sans défaillance au point de vue de la discipline religieuse. Excité par les exhortations de nombreux frères qui, avec un louable courage, avaient persévéré dans la foi, il se leva pour confondre l'esprit malin. Celui-ci, au surplus, avait annoncé, peu auparavant avec une subtile fourberie, qu'un ennemi, un tentateur infidèle allait venir. Pourtant cet exorciste, soutenu par la grâce divine, combattit vigoureusement et démontra la perversité de cet esprit qui passait auparavant pour saint. — Or cette femme, qui, grâce aux prestiges et aux tromperies du démon, machinait mille ruses pour duper les fidèles, osa fréquemment, entre autres prestiges par où elle séduisait tant de gens, feindre de sanctifier le pain avec une invocation redoutable : de faire l'Eucharistie et d'offrir le sacrifice au Seigneur < non > sans la formule de la prière accoutumée. Elle baptisait aussi beaucoup de gens en employant les paroles usuelles et légales de l'interrogation, en sorte qu'elle semblait ne s'écarter en rien de la règle de l'Église. » Montaniste ou dissidente du montanisme, cette femme nous permet de saisir la façon dont se poursuivait l'usurpation des fonctions sacerdotales. Non seulement elles faisaient plus que de se réclamer de l'exemple des filles de Philippe afin de prophétiser à l'aise, mais elles baptisaient, elles consacraient, elles recevaient l'imposition des mains, elles écrivaient des livres. Chez les cataphrygiens, on ordonnait par la /sipoTOvia les diaconesses. La publication de livres écrits par les prophétesses était une autre innovation fort combattue par les orthodoxes, qui y voient une forme d'enseignement défendu aux femmes. Didyme l'Aveugle, dans son traité De trinitate, dit que l'Écriture connaît des prophétesses : les filles de Philippe, Déborah, Marie, sœur d'Aaron et Marie, mère de Jésus ; aucune d'elles n'a rédigé un livre et saint Paul leur ayant défendu d'enseigner, sa défense s'étend jusqu'aux écrits '.

C'est ce que soutient pour son compte l'auteur d'une Discussion entre un montaniste et un orthodoxe, qui s'est conservée dans le texte grec '. a Le montaniste : Et pour quoi vous détournez-vous avec horreur de Maximilla et de Priscilla, et dites-vous qu'il n'est pas permis aux femmes de prophétiser ? Philippe n'avait-il pas quatre filles prophétesses ? Déborah ne l'était-elle pas aussi ? L'apôtre ne dit-il pas : « Toute femme qui prie ou qui prophétise la tête découverte... » (ce qu'il n'aurait pas dit) s'il n'était pas permis aux femmes de prophétiser, ni de prier ? Mais si elles prient, qu'elles prophétisent aussi !

L'orthodoxe : Nous n'avons aucune répulsion à l'égard des prophéties féminines. La vierge Marie a prophétisé quand elle a dit : « Voici que désormais toutes les générations m'appelleront bienheureuse. » Comme tu l'as remarqué, Philippe avait quatre filles prophétesses, Marie, la sœur d'Aaron, prophétisait (aussi). Mais nous ne leur permettons pas de parler dans les Églises ni d'avoir autorité sur les hommes au point d'écrire des livres signés d'elles ; car c'est là pour elles prier et prophétiser la tête découverte....

« L'orthodoxe. Parfaitement. Ainsi donc, tandis que d'un côté, on empiétait à outrance, jusqu'à en arriver à une sorte de consécration de l'eucharistie ; de l'autre côté, on maintenait, en les aggravant même un peu, les restrictions posées par saint Paul au ministère féminin. Toute accointance féminine avec les choses du culte est et demeure interdite.

Saint Jean Chrysostome n'est pas plus accessible. Ayant à commenter ce verset Salutate Priscillam et Aquilam, il rappelle le rôle de Priscilla, femme d'Aquila dans la conversion d'Apollos. En louant hautement Priscilla, saint Paul, remarque-t-il, ne s'est point mis en contradiction avec lui-même ; car jamais il n'a défendu aux femmes de faire du bien aux âmes par des exhortations privées. Ce mode d'enseignement est légitime. Ce qu'il leur a interdit, ce sont seulement les discussions à ciel ouvert, les prétentions doctorales. Même pensée chez saint Jérôme : Sical etiam mulieres in Orientalibus diaconissæ in suo sexu ministrare videntur in baptismo, sive in ministerio verbi, quia privatim docuisse feminas invenimus, sicut Priscillam, cujus in Aquila vocabatur.

La Didascalie représente un usage en vigueur au IIIe, en Syrie ou en Palestine ; elle prescrit aux veuves de garder le silence sur les questions dogmatiques ; « Si, dit-elle, une veuve est interrogée par quelqu'un, elle ne répondra pas aussitôt, si ce n'est sur la justice et la foi en Dieu. Elle enverra au directeur ceux qui veulent être instruits. Elles donneront une courte réponse à ceux qui les interrogeront. Une veuve ne doit pas instruire ni un séculier non plus ». Et encore : « Nous ne conseillons à une femme ni de baptiser, ni se laisser baptiser par une femme, parce que c'est contre l'ordre et c'est dangereux pour celui qui est baptisé et pour celui qui baptise. S'il était permis d'être baptisé par une femme, notre Seigneur et Maître l'aurait été par Marie, sa mère, tandis qu'il l'a été par Jean, comme beaucoup d'autres du peuple. N'attirez donc pas de dangers sur vous, en vous conduisant en dehors de la loi de l'évangile ». Non seulement la femme ne doit pas baptiser, mais elle ne doit pas enseigner. Le Christ n'a confié qu'à ses disciples le soin de prêcher sa doctrine. Pourtant, s'il l'avait voulu, il lui aurait été loisible de confier aussi pareille mission à l'une ou l'autre des femmes qui l'entouraient. Les Constitutions apostoliques paraphrasent cet enseignement qu'elles illustrent de quelques textes scripturaires. Le fait d'assigner des prêtresses à certaines divinités y est stigmatisé comme une impiété toute païenne et totalement étrangère à la Sira du Christ : τοτο γαρ τοιουτο Tôiv 'EXXyjvojv à8e6Tir)TOç xà àYv6Y)(xa, ôïjXstatç Ôeaîç yeipoTovcïv, aXX' où Trjç XptCTTOû 8ia-àÇccoç.

Parmi les obligations morales qui sont énumérées dans ces recueils à l'usage des femmes, spécialement des veuves en raison de la place qu'elles occupent dans les communautés, il n'en est pas qui reviennent plus fréquemment que le devoir de se maintenir dans une réserve exacte et d'observer à l'égard de l'évêque la plus entière soumission. — Prières, dévouement et mortification, visite aux malades, coopération à l'aide du culte (mais là seulement où une raison de convenance l'exige) voilà où s'absorbera la femme qui aspire plus haut qu'à la tâche ordinaire de la mère de famille. Le seul ministère qui lui soit octroyé, c'est le ministère de la charité.

On conçoit dès lors pour quoi l'imposition des mains (xetpoTovta) que certaines églises orientales prescrivaient de faire sur les diaconesses, lors de leur entrée en charge, parut quelquefois offrir de graves inconvénients. C'est qu'elle semblait incorporer ces dignitaires au clergé même, en même temps qu'elle les élevait au-dessus des « veuves » et des « vierges » qui, elles, ne bénéficiaient pas de cette sorte d'ordination. Il faut peut-être interpréter dans le sens d'une protestation contre cette pratique solennelle le canon 11 du concile de Laodicée : Trspi -roû (x-J) Seïv xàç 'kzyo[iiMOi ::, 7rp£<j6uTi8aç •}^TOi èv ta En Occident l'Ambrusiaster déclare que l'ordination des diaconesses est une erreur directement inspirée par l'esprit du montanisme : si j'interprète bien sa pensée, c'est même contre le principe d'un institut de diaconesses qu'il s'élève : Cataphrygse erroris occasionem captantes, propter quod post diacones mulieres alloquitur, etiam ipsas diaconas ordinari debere vana præsumptione defendunt, cum sciant apostolos septem diaconos elegisse. Numquid nulla mulier tunc idonea inventa est, cum inter undecim apostolos sanctas mulieres fuisse legamus ? Sed ut hæretici animum suum verbis, non sensu legis astruere videantur, Apostoli verbis contra sensum niluntur Apostoli : ut cum ille mulierem in Ecclesia in silentio esse debere præscribat, illi e contra etiam auctoritatem in Ecclesia vindicent ministerii.

« Les cataphrygiens, qui recherchent les occasions de tomber dans l'erreur, soutiennent dans leur folle audace, sous prétexte que Paul parle des femmes après les diacres, qu'il faut ordonner aussi des diaconesses. Ils savent pourtant que les apôtres ont choisi sept diacres. Est-ce que par hasard aucune femme ne fut alors trouvée apte (à cet office), quand nous lisons qu'au milieu des onze apôtres, il y avait de saintes femmes ? Mais soucieux d'étayer leurs opinions, non point sur la pensée, mais sur les mots de la Loi, ces hérétiques s'appuient sur les paroles de l'Apôtre contre la pensée de l'Apôtre. Alors que Paul prescrit à la femme de garder le silence dans l'Église, eux, au contraire, vont jusqu'à revendiquer pour elle l'autorité du ministère dans l'Église. » « Les conciles occidentaux s'évertuent à évincer les femmes de tout ministerium leviticum et même de toute manipulation des objets sacrés ». Leurs canons révèlent l'obstination féminine à se couler dans des emplois irréguliers d'où l'Église la déloge avec la même suite et la même persévérance.

Les tolérances suspectes consenties par les gnostiques et par les montanistes se perpétuaient pendant plusieurs siècles au sein de certaines sectes et, exceptionnellement, parmi les catholiques eux-mêmes. Ainsi, au Ve, l'évêque arménien Ezuig, dans son grand ouvrage intitulé Réfutation des Sectes, nous apprend que Marcion « employait des femmes pour le sacerdoce ». Nous constatons, d'autre part, qu'au début du VIe, dans le nord de l'Armorique, deux prêtres d'origine bretonne, s'étaient permis d'associer les femmes qu'ils appelaient leurs coniuges à la célébration du saint sacrifice. Ces femmes tenaient le calice et communiaient le peuple. Dans une lettre que nous possédons, le métropolitain de Tours, ainsi que les évêques de Rennes et d'Angers, dénoncent le fait comme « une nouveauté, une superstition inouïe » et menacent les délinquants de l'excommunication s'ils persistent dans de telles pratiques. Il faut croire, au surplus, qu'en tout pays cette participation active aux cérémonies du culte procurait à certaines femmes de grandes jouissances de piété ou d'amour-propre, car un rapport épiscopal adressé en 829 à Louis le Débonnaire nous fait connaître que dans un certain nombre de diocèses impériaux le même office leur était illégalement départi.


XIV. Les violences faites aux femmes. — « Dans mon respect pour les vierges du Christ, a écrit Edm. Le Blant, je ne voudrais point avoir à parler ici de ce qui fut, en définitive, un triste fruit de la barbarie des temps antiques. Si profondément qu'on veuille descendre dans le détail des traitements abominables qu'eurent à souffrir les premiers fidèles, on ne trouvera rien en effet qu'on ne dût attendre de ces hommes qui, empêchés par une ancienne coutume de mettre à mort les vierges, firent violer avant de les étrangler de malheureuses enfants coupables seulement d'appartenir à une famille proscrite, qui plus tard, et bien que la foi du Christ les eût alors éclairés, attentaient publiquement à la pudeur de saintes filles consacrées à Dieu et condamnaient au lupanar les femmes convaincues d'adultère. Entre les deux époques dont je parle, s'accomplirent les persécutions et, dans ces temps de fureurs impitoyables, les vierges chrétiennes eurent tout à souffrir. Qu'il faille ou non penser, avec Tertullien, que l'ordre de les forcer par une horrible violence n'ait point été donné aux gouverneurs et qu'à ces hommes seuls remonte ici la responsabilité de leurs actes, la question reste pendante ; les textes sont muets en cet endroit, et j'incline à penser qu'au moins avant la dernière persécution, aucun règlement officiel n'avait prescrit l'emploi d'une telle voie de contrainte ». La question est en effet pendante et, de plus, assez obscure. La damnatio ad lenoium a-t-elle été réellement en usage chez les Romains ? a-t-elle été infligée en vertu d'une disposition d'ordre général, ou bien faut-il rendre responsable de cette infamie le zèle outré de quelques fonctionnaires ? Quel que haute idée que nous ayons de la civilisation romaine à l'époque impériale et des sentiments d'humanité dont paraît s'inspirer le droit, les faits sont indéniables. Mommsen ne voit dans ces mesures honteuses qu'un excès de zèle de quelques fonctionnaires. F. Augar estime qu'elles rentrent dans le cadre de la procédure plus ou moins régulière adoptée à l'égard des chrétiens et C. Callewaert partage ce point de vue.

Hippolyte, de Porto, Commentaire sur Daniel, iv, 1, est un contemporain de Tertullien et il s'exprime ainsi à propos de ce texte : Xp/ ; O'jv è- ;opâv Trjv èaou.évT ;v Tfjv àytcùv tôte GXïjiiv x.ai — Ssï yàp isxàç èz tcôv •'r,Sr] (JLspixôx ; yivoixévtov svvoeîv Ta èaôfjtsvx. Il poursuit : Toia'jTT]Ç Çâ).' » ; ? xai -apâ/ou V TiaVTl TCÔ X.0<7|XCp YS^''i<'^(^SVT(Ç, xal TlâvTCOV ravTa ;(oû àvaipou(i.Évcov zal y.y.zy. rcâoïv tiôXiv y.al /copav cçci.%o[J.h/cùV, xai Six.aicjv aï ;aaTo ; èx./uvojjL£vou, y.al àv6pco7rcov xaioijtévwv, xai Ôrjpîou ; ÉTÉptûv 7rapaoa>Ao[i,Évcùv, xal èv àvôSoi ; oov£Tjo ;jiévwv, X« t ÀTAÇCOV -ivtov PLTTTOUJXSVCOV Xal 'JTÎÔ X'JVÛJM oi6pcocîxo(j.Évû>v, TrapôÉvojv te xal Yuvaixôiv TtappTjata xal alcf/pôiç xal xal xot(iï)T'/jpicov àYtuv àva<Txa7rron£V(ov. xal Xeii j'avtùv xal h tteSIco (pi-TO'jjiÉvtûv) xal

Palladius a tiré d'Hippolyte le récit suivant » : '■ Dans un autre livre très vieux et manuscrit j'ai trouvé d'Hippolyte, familier des apôtres « , le récit que voici l c'est qu'une vierge très noble et très belle existait dans la ville de Corinthe, pratiquant l'ascétisme en vue de la virginité. Vers ce temps-là, on la déféra auprès de celui qui alors rendait la justice, un païen, vers le temps des persécuteurs, comme blasphémant et les temps et les empereurs et maudissant les ido les. Mais, d'un autre côté, les trafiquants de ces choses-là vantaient à outrance sa beauté. Or le juge, qui était fou de femmes » accueillit avec plaisir la calomnie, en cheval qui dresse les oreil les. Et comme, ayant mis en mouvement tous les moyens, il ne put persuader la créature, alors, dans sa fureur contre elle, il ne la livra pas à un châtiment ni à la torture, mais l'ayant placée dans un lieu de prostitution, il enjoignit au tenancier de cel les-là ceci : « Prends-la en me rapportant d'elle par jour trois piè ces de monnaie. » L'autre, en exigeant de l'or, la présentait à livrer à ceux qui voulaient. Cela étant, dès que les éperviers à femmes en eurent connaissance, ils furent assidus à la bouti que de perdition, et, donnant la pié ce, ils lui parlaient de ce qui avait trait à la séduction. Mais elle, avec instan ces, les priait en disant ceci : « J'ai dans un endroit caché un ulcère qui pue extrêmement, et je crains que vous n'arriviez à une haine de moi. Accordez-moi donc quelques jours et vous avez possibilité de m' avoir même gratuitement. » Alors elle suppliait Dieu dans ses prières pendant ces jours-là. Aussi Dieu, ayant vu sa chasteté, inspira à un je une homme, agent du maître des offi ces, beau d'intelligence et d'aspect, un zèle enflammé pour la mort. Et s'en étant allé sous prétexte de libertinage, il entre un soir avancé vers celui qui nourrit celle-là, il lui donne cinq piè ces de monnaie et lui dit : « Concède-moi de demeurer cette nuit-ci avec elle. » Étant donc entré dans la maison secrète, il lui dit : « Lève-toi, sauve-toi toi-même. » Et l'ayant dévêtue et enveloppée de ses propres vêtements, ses chemises, son manteau et tous ses effets virils, il lui dit : « T'etant voilée entièrement avec l'extrémité du manteau, sors. » Et ainsi s' étant signée et étant sortie, elle fut sauvée sans corruption et sans souillure..Mais le lendemain, l'affaire fut connue. L'agent du maître des offi ces fut livré et jeté aux bètes, afin que le démon eût à rougir même en ceci, devint doublement martyr et pour soi et pour cette bienheureuse. »

Saint Cyprien, De morlidUate, c. xv : Excedunt ecce in pace ttitœ cum gloria sua virgines venientis cintichristi minas et corruptclas et lupanaria non timenies. La date de ce traité est l'année 253 ou très peu après.

Eusèbe de Césarée nous donne plusieurs textes, Hisl. ec des., 1. VI, c. v : « Après avoir soutenu mille combats contre ceux qui en voulaient à la pureté de son corps et à la virginité qui était sa gfoirc,... après avoir enduré mille tourments, à la fin, après avoir subi des tortures terrib les, dont le récit donne le frisson, elle subit avec sa mère Marcella le supplice du feu. On raconte que le juge (il s'appelait Aquila), après avoir accumulé sur tous ses membres de terrib les blessures, la menaça enfin de la livrer aux gladiateurs pour flétrir son corps. Elle réfléchit un court instant en « Ue-même : on lui demanda à quoi elle pensait, elle fit une réponse telle qu'elle parut avoir dit une chose tenue par eux pour impie. Elle parlait encore qu'elle reçut le texte de la sentence, et Basilide, un des soldats qui avaient mission de la conduire, la prit et l'emmena à la mort. »

Hist. ec des., I. VIII, c. m : Une chrétienne d'.\ntioche, avec ses deux fil les, « chamiantes par la grâce de leur corps et la fleur de leur âge, » avaient fui la ville ; par ruse on les y rappela « et el les tombèrent alors dans les pièges des soldats ; la mère se voyant, elle et ses enfants, dans une situation sans issue, leur exposa dans un entretien les choses terrib les qui les attendaient de la part des hommes, et, ce qui était I)lus intolérable que tout, la menace du déshonneur ; elle s'encourageait, elle et ses fil les, à ne pas même supporter de l'entendre de leurs oreil les ; mais elle disait que livrer leur âme au service des démons était pire que toutes les morts et que tout trépas ; elle leur suggéra qu'il n'y avait qu'un moyen d'écliapper à tout cela : la fuite auprès du Seigneur, » et el les se jetèrent dans le fleuve.

Hist. ecc les., 1. VI 11, c. xiv : « D'autre part, les femmes ne furent pas moins vaillantes que les hommes pour la doctrine du Verbe divin ; les unes, soumises aux mêmes luttes, remportèrent les mômes prix du combat pour la vertu ; les autres, traînées au déshonneur, préférèrent laisser leur ànie à la mort plulùt que leur corps à la llétrissure. •....« Un grand nombre ne pouvant pas même entendre de la part des autorités des provin ces la menace d'être déshonorées, •endurèrent toutes sortes de tourments, de tortures et, la peine capitale. El les lurent sans doute admirab les, mais plus admirable encore fut cette fcn une de Home, réellement la plus noble et la plus chaste de toutes cel les que Maxence le tyran de ce pays, l'imitateur de Maximin, essaya d'insulter. Lorsqu'elle eut appris que les gens qui servaient le tyran dans ces sortes d'affaires étaient à la maison, — • elle aussi était chrétienne — et que son mari, qui était préfet des Romains, avait par cranite, consenti à ce qu'ils la prissent et l'emmenassent, elle demanda un instant et entra dans « .on cabinet comme pour parer son corps ; une fois seule, elle se perça d'un glaive et mourut sur le champ, laissant son cadavre à ceux qui devaient la livrer a la prostitution. »

De martyrib. Palxstinx, c. v : Un jour, dans la ville d'Alexandrie [Edèse], avait vu un juge condamner des chrétiens et s'emporter contre eux aux excès les plus révoltants, insulter en mille manières des hommes,' ;raves, et livrer des femmes vertueuses, des vierges saintes aux outrages d'hommes débauchés ; èttI tt)Ç ttôXecoç tôv a''j- :66'. Sixadr/jv XpiaTtavoïç StxàÇovxa, ^épa te tcTjv TCpo(TT)x6vTtov £[X7tapotvoùvTa, xal totè |j.èv aEjjivoîç àvSpâai ttoixiàwç vuopiî^ovTa, TOTÈ 8à yuvaïxaç cjcoçpoaijvv ; ? -rT\ç, x.al ; àox.r,Tptxç e'.ç oàn/pàç ■JôpEii ; :iopvoTp6(po(.ç

De martyrib. Palœstinœ, c. \tii : Une femme douée d'un courage vraiment viril n'avait pu supporter de se voir livrée à la prostitution ; et elle avait osé parler contre le tyran qui confiait le gouvernement de ses |)rovin ces à des hommes si cruels. On la frappa d'abord a coups de fouet ; ensuite elle fut étendue sur le chevalet....

Quelques actes des martyrs contiennent aussi des témoignages à grouper :

Passio S. Pionii : « Pendant cette discussion, Sabine ne put s'empêcher de rire ; on lui cria : Tu ris. Elle répondit : Oui, je ris, car, s' il plaît à Dieu, nous sommes Chrétiens. Les voix reprirent : Tu soulfriras ce que tu ne veux pas. Les femmes qui refusent de sacrifier sont envoyées dans une maison de débauche en compagnie des courti sans et des souteneurs Sabine répondit ; A la volonté de Dieu : 'O vEcoxipoç xal ot [iz-' eIttov YsXàç : Tj Ss eIttev èàv o (-)£6ç 0ÉX-/), vat /piaxiavol yàp o|i£v ôaoi yi ? EÎç XpioTov Titax s'joua'.v ; èv /apà ai8t<p' Xéyo'ja'.v aÙTija'j [ièv ô o'j OéXeiç (xé).>i£i< ; TvicryEiv ai --àp (X'J) èniO'Jo'jcrai eIç -opveîov 'icrrav-ai. r, Se Elitevtw âyioi Osôi TÏEpl TOUTOU.

Les martyrologes apportent peu de chose sur le sujet. Tandis que le martyrologe hiéronymien mentionne simplement le martyre de sainte Lucie à Syracuse, le martyrologe romain ajoute des détails qu'il est peut-être permis de ne pas admettre ; voici ce que nous lisons : Syraeusis in Sicilia natalis sanctæ Luciæ virginis et martyris, in persecutione Diocletiani : quant cum lenones, quibus fubente Paschasio consulari Iradila erat, ut a populo eastitati efus illuderetur ducere velleni, nallalenus eam movere potuerunt, nec funibus additis nec boum iugis plurimis : dcinde vero picem, rcsinam, /ervens oleum nil lœsa superans tandem gladio in gutture percussa martyrium consumavit. Pour ce qui a trait à sainte Agnès, voir ce mot. Il n'y a pas lieu non plus de s'attarder à ce qui est dit dans des textes sans autorité des saintes Antonina et Serapia auxquels, le martyrologe romain a composé une petite légende du genre dit édifiant.

Si donc on s'en tient aux seuls témoignages irrécusables, nous voyons que la peine de la damnatio ad lenonem a été infligée dans les cas suivants :

1° en 31, la fille de Séjan ; — 2° en 197, des chrétiennes d'Afrique ; — 3° en 202-203, des jeunes filles et des femmes à Rome ; — 4° en 202-203, une jeune fille à Corinthe ; — 5° en 203-204, sainte Potamienne à Alexandrie ; — 6° en 211, des femmes en Afrique ; — 7° en 250, à Smyrne, sainte Sabine ; — 8°, en 253, des jeunes filles en Afrique ; — 9° en 304, à Thessalonique, sainte Irène ; — 10° en 306, en Orient, des femmes ; — 11° en 306, à Alexandrie, des femmes et des jeunes filles ; — 12° en 307, à Césarée, trois jeunes filles ; — 13°, en 308, à Diospolis, sainte Eunatha ; — 14° vers 309, à Alexandrie, sainte Théodora.

On ne sait si Edm. Le Blant ne s'est pas un peu trop avancé en écrivant : « Dans des violences dont l'excès implique l'oubli de tout principe du droit, les païens semblent cependant s'être tracé une règle. Si l'on réserve le texte de Tertullien : ad lenonem damnando christianum, qui ne contient en cela rien d'explicite, nous ne voyons, jusqu'à Dioclétien, que les vierges abandonnées aux outrages : les femmes, parait-il, en auraient été exemptes. Les premières seules sont désignées par Eusèbe, par les actes de saint Pierre de Lampsaque et plus tard même, en 304, par ceux de saint Didyme. Le passage du De mortalitate de saint Cyprien les distingue expressément, sur ce point, des femmes mariées. Dans un écrit adressé aux chrétiens que décime une épidémie, il leur montre le terrible fléau les affranchissant des maux de ce monde : Les vierges, dit-il, meurent en paix, sans rien perdre de leur gloire ; elles ne craignent ni la venue de l'Antéchrist ni les horreurs du lupanar ; les femmes mariées ne redoutent plus, dans leur délicate faiblesse, l'angoisse du supplice ; une mort rapide les soustrait à la cruauté des bourreaux ». Quelle que soit la mentalité des juges, comment expliquer, au point de vue juridique, une peine aussi barbare ? Est-ce le délit chrétien qui suffit à l'expliquer, ce délit se rattache au crime de lèse-majesté qui peut comprendre deux espèces. La plus légère est le crimen laesae religionis, sacrilegium, iofi ; la plus grave, la perduellio, aasêsta, hostis publicus. « Celui qui s'en rend coupable est privé des droits du citoyen, assimilé aux esclaves et aux prisonniers de guerre. Pour eux, l'exécution capitale était souvent aggravée de peines infamantes, le bûcher, l'exposition aux bêtes, la croix, le sac des parricides, etc. Le choix de l'application du châtiment dépendait du juge, et les traitements cruels qu'il infligeait au condamné étaient en quelque manière sanctionnés par la loi. Il se pourrait à la rigueur que dans la pensée de certains juges, la menace de la prostitution ait été un effort suprême pour arracher à la mort les victimes dont ils plaignaient l'obstination. Peut-être aussi le formalisme a-t-il été la cause des outrages infligés aux vierges : Immalurae puellee, quia mère tradito nefas esset virgines strangulari vitiatœ prius a carnifice, dein strangulatæ ». « Le cas des chrétiennes condamnées ad lenonem ou ad lupanaria n'est-il pas autre chose qu'une affreuse modalité de la condamnation ad bestias, c'est-à-dire aux jeux publics ou encore aux travaux forcés ? Comme la constatation juridique de la perduellio ou encore toute condamnation aux travaux forcés entraînait, soit directement soit indirectement, la perte de tous les droits civiques, il s'en suivait juridiquement que tout était permis à l'égard des condamnés à mort ou des servi poenae. Et l'histoire nous montre avec quelle ingéniosité dévergondée les magistrats et les organisateurs de spectacles cherchaient à varier les plaisirs obscènes et sanguinaires du peuple romain. Cette explication n'a rien d'impossible.... mais on pourrait y voir, au lieu d'une peine au sens strict et juridique du mot, une horrible question plus redoutable que toutes les tortures corporelles, un moyen d'intimidation auquel les magistrats ont eu recours pour vaincre l'invincible courage des vierges chrétiennes par la menace de la perte d'un bien auquel elles tenaient plus qu'à la vie. Pour certains cas cette solution s'impose ». « C'est ce qu'avait indiqué déjà E. Le Blant : « On a voulu voir, écrit-il, dans l'attentat dont les païens se sont souillés, l'application d'une règle traditionnelle d'après laquelle les vierges ne pouvaient être mises à mort. Un exécrable détour, a-t-on pensé, aurait ainsi permis d'égorger de saintes victimes, tout en respectant l'ancienne coutume, et, par un étrange scrupule de légalité, toutes les vierges auraient été ainsi vouées à l'outrage, avant d'être frappées par le bourreau. Tel n'a pas été, à mon sens, la pensée des persécuteurs. Pour faire renier la foi chrétienne, ils avaient cherché dans la torture une voie de contrainte inusitée, c'en est une autre qu'ils appliquaient et par surcroît aux épouses du Christ ». Les empereurs, lisons-nous, dans les Actes de saint Didyme et de sainte Théodora, les empereurs ont ordonné que les vierges sacrifient aux dieux ou qu'elles y soient forcées par la crainte des derniers outrages ». Il s'est donc agi dans ce cas non de la régularisation d'un meurtre juridique, mais, comme l'atteste encore saint Ambroise, d'une épouvantable alternative laissée aux filles chrétiennes. » Des actes suspects mais concordants entre eux montrent un odieux calcul chez les magistrats. Sachant que les fidèles attribuaient à la pureté du corps l'habitation du saint Esprit, ils pensaient, qu'en menaçant d'une souillure les femmes chrétiennes, à l'horreur d'une union criminelle s'ajouterait l'angoisse de la souillure qui les devait séparer de l'époux céleste ; ils cherchaient, dans cette persuasion, un moyen d'action contre les chrétiens.


XV. Enseignement de saint Ambroise. — Cicéron a écrit un traité Des devoirs dans lequel les femmes sont oubliées. Saint Ambroise a également écrit un traité Des devoirs, et les femmes n'y ont point de place, seulement l'évêque chrétien se réservait d'y revenir et il y est revenu souvent. S'il a paru passer sous silence l'auditoire féminin, c'est qu'il lui avait déjà adressé un écrit, son traité De virginibus et il abordera encore ce sujet dans le De viduis, le De virginitate, le De institutione virginis, VExhortatio virginitalis, pour ne rien dire du De lapsu virginis, dont l'attribution est contestée.

On pourrait découvrir une gageure dans la pensée de défendre les droits de la famille en des écrits qui proclament l'excellence d'une vertu qui semble s'opposer à la continuité de la famille. Mais la situation et le tour d'esprit de saint Ambroise le gardaient contre toute fantaisie d'imagination. Vers lui venaient de nombreuses jeunes filles désireuses de savoir quelle conduite elles devaient tenir, à tel point que cette « contagion de pureté » préoccupa les économistes du temps. L'évêque de Milan, par sa naissance, par son sacerdoce et par son éloquence devint un des docteurs les plus consultés, les mieux écoutés et les plus obéis de la société chrétienne du IVe.

Rien n'est comparable à la virginité chrétienne et la continence volontairement acceptée par les vestales n'est qu'un calcul de sensualité, calcul fort lucratif d'ailleurs, en vue de l'âge mûr. La virginité chrétienne n'est ni provisoire, ni rétribuée. Non sans finesse, l'évêque s'aperçoit que c'est mal louer la virginité de lui opposer l'incontinence de celles qui s'abandonnent aux plaisirs défendus, le véritable, l'unique adversaire de la virginité, c'est le mariage. Et il est inattendu d'entendre un évêque chrétien s'employer de son mieux à jeter sur le mariage chrétien une défaveur à peu près injustifiée.

Quelle triste condition d'abord que celle de la demoiselle à marier ! L'esclave que l'on vend aux enchères est plus heureux. Quelquefois, du moins, il choisit son maître ; la jeune fille n'a jamais le droit de choisir. A peine a-t-elle le droit de se laisser voir sans que son honneur en soit atteint. Elle est donc réduite à faire des vœux et à trembler en secret et en silence. Le sort des parents n'est guère plus enviable ; ils veulent avoir des petits enfants, mais ils commencent par livrer leurs enfants à eux, changeant le certain contre l'incertain. Avec l'enfant, ils livrent la dot, car un gendre s'achète ; après quoi, il leur faut se hâter de mourir pour ne pas lui devenir odieux. La conclusion à tirer est que les parents ont tout intérêt à donner leurs filles au Seigneur ; ainsi elles ne sont point perdues pour eux, mais attirent sur leur vieillesse toutes sortes de bénédictions. Les joies du mariage sont loin d'être une suffisante compensation à tous les ennuis qui précèdent.

Saint Ambroise insiste sur la servitude où les lois et les mœurs mettent les femmes. Le lien conjugal est un lien et un joug, ainsi que l'indique l'étymologie. Saint Ambroise, qui ne néglige aucun argument, cherche dans l'amour de l'indépendance un sentiment qui serve à la chasteté de renfort. Le temps n'est pas venu où ce seront l'attrait de la discipline et comme la passion de l'obéissance qui peupleront les couvents. Nous ne pouvons davantage comprendre dans la prédication de saint Ambroise qu'il cherche à détourner du mariage par la considération même des devoirs qu'il impose et comme par l'effroi de la maternité. Car c'est là spéculer sur la lâcheté humaine, et se contenter à peu de frais en fait de vocation.

Il ne va pas jusqu'à parler, comme Tertullien, de nausées de femmes enceintes, de seins ballants et de mioches qui braillent ; ce n'en est pas moins l'esprit de Tertullien qui souffle en lui et lui inspire une sorte de dégoût pour ces lois et ces mystères de la nature dont le respect prend au contraire chez d'autres la forme d'un sentiment religieux. La poésie de la maternité n'existe pas pour lui ; il n'en décrit que les lourdes charges : grossesse, allaitement, éducation. Et s'il ne parle pas de tous les chagrins qui viennent aux mères de leurs enfants, c'est par une réticence pleine de pitié et pour ne pas attrister celles qui l'écoutent.

L'Église chrétienne avait eu des vierges pendant les premiers siècles de son existence, mais les documents qui nous en parlent avec le plus d'abondance et de précision, comme le Testamentum Domini, n'envisagent que les aspects extérieurs de l'institution, son fonctionnement administratif. Avec saint Ambroise, on pénètre au cœur même et on comprend pour quoi cette doctrine obtint un tel retentissement. Il n'était plus question dans la virginité offerte à la femme d'une sorte de dessèchement solitaire et morose, mais d'une cohabitation spirituelle, d'une fiançaille mystique, prélude des épousailles éternelles. Une doctrine était répandue parmi les fidèles, dès l'époque des persécutions. Le Christ, disait-on, ne faisait son séjour que dans les âmes logées dans un corps chaste, aussi lorsqu'on prétendait contraindre des femmes ou des vierges chrétiennes à l'apostasie, les juges les menaçaient du stupre, car la souillure de ces embrassements priverait à jamais celle qui les avait reçus de la possession intime de son Sauveur. L'hôte divin ne faisait sa demeure que dans le corps sans souillure et, dès lors, protégeait la vierge contre toute séduction. Là se trouvait la compensation mystérieuse et troublante offerte et promise à la femme qui préférait le célibat au mariage. L'amour humain était exclu comme humiliant et impur, à ce prix l'amour divin était permis et promis. Cet amour répandit dans la perspective de la vie religieuse un attrait singulier, c'était sans doute la virginité, mais relevée de notes mystiques qui en devenaient comme le salaire et la consécration.

Une conséquence nouvelle allait être déduite. Les lois rendues par Auguste pour réhabiliter le mariage permettaient aux enfants de recourir à l'autorité du magistrat afin d'arracher à leur père, par la contrainte, la permission du mariage auquel il s'opposait. Au IVe, des parents s'opposaient encore au mariage, mais surtout à l'état de virginité de leurs filles ; il fallait, dès lors que celles-ci fussent armées du droit d'invoquer contre un père intraitable les droits de Dieu même. La vocation religieuse mettra en échec l'autorité paternelle, tout comme les sommations respectueuses réduisent cette résistance à composition. La nouveauté est si grande, si scandaleuse, de voir des filles se dresser dans l'intérieur même de la famille contre la volonté du père, que les contemporains en font grief à l'évêque qui s'est constitué l'audacieux défenseur de cette discipline que les vieux Romains nommeraient volontiers : anarchie. Mais saint Ambroise est inébranlable. Quoi, on lui reproche quelques vocations ? Qui donc s'en trouvera moins bien ? L'État ? Il ne s'intéresse pas aux femmes. Les jeunes hommes ? Ne leur reste-t-il pas assez de femmes à choisir ! La natalité ? Mais il y a plus d'enfants là où le nombre de vierges est le plus considérable. Enfin, ce qui est plus sérieux peut-être : ces vocations sont hâtives, forcées, compromettantes. À cela l'évêque répond que l'Esprit divin souffle où il veut, quand il veut et ne prend pas mesure sur nos calculs.

Une sorte d'embarras apparaît toutefois dans cette apologie ; l'évêque de Milan voudrait invoquer des précédents et les précédents lui font défaut. Il invoque l'exemple de sainte Thècle, celui de Didyme et Théodora, singuliers exemples où l'amour mystique voisine très proche de l'amour profane. L'exemple de Marie, la mère de Jésus, est si excellent qu'il peut sembler un peu disproportionné ; une perfection si achevée ne peut être proposée à toutes, car c'est à toutes sans exception que saint Ambroise adresse l'appel à la virginité. Et pour sortir d'embarras, l'orateur se jette dans des conseils imprévus, il règle la nourriture de ces élues : ni vin, ni festins, ni assemblées mondaines, point d'éclats de voix, point de rires ; des lectures, des jeûnes, des prières. Et c'est là l'esquisse d'un programme destiné à la plus rapide et à la plus large expansion, mélange d'audace, d'adresse et de prudence qui marque un moment décisif dans l'histoire du mouvement féminin.

Une conséquence imprévue de cette doctrine, d'où la générosité n'excluait pas une part d'imprudence, fut un accroissement de dignité pour la femme chrétienne par le sentiment et la conviction d'une destinée incomparable. Si un nombre restreint seulement s'éleva jusqu'aux exigences de la virginité, la multitude y gagna néanmoins quelque chose en ce que la pudeur et la chasteté féminines reçurent un incomparable éclat et rayonnèrent par participation. Les anciens se préoccupaient fort peu de la chasteté et pas du tout de la pudeur. La femme se montrait nue avec la même aisance qu'elle a sous les vêtements : au bain, à l'amphithéâtre, dans les jeux ; dans certaine liturgie, la nudité complète était de rigueur et on ne s'en alarmait pas. Il y avait là une éducation à reprendre, le christianisme s'en chargea et y réussit si parfaitement que pudeur et chasteté devinrent, pour la femme, synonyme du plus rare et du plus complet éloge. Parler de la vertu d'une femme, à partir du IVe environ, c'est faire allusion à ses mœurs ; la vertu, pour elle, semble n'avoir pas d'autres sens : mensonge, probité, devoirs maternels ou respect filial, charité à l'égard du prochain, tout ceci semble n'être qu'accessoire et ne pouvoir manquer dès l'instant que la chasteté et la pudeur sont sauves. De l'humilité, de la douceur, de la bonté, de la soumission, de la résignation, c'est à peine s'il est désormais question dans les épitaphes chrétiennes, vertus cependant, et que relatait avec complaisance l'épigraphie païenne. En donnant cette place prépondérante à la pudeur dans le cortège des vertus, le christianisme modifia l'attitude morale de la femme, car on a remarqué avec une raison pénétrante que l'idée du péché a fait, aux yeux du chrétien, la chair à la fois redoutable et abominable. De là, la conscience d'une lutte, d'un conflit entre l'esprit et le corps. La pudeur assure l'indépendance et le triomphe de l'esprit. C'est une vertu spiritualiste. Mais il y a en elle un sentiment du danger toujours présent et comme un frisson. Elle est dédaigneuse et peureuse tout à la fois, car c'est rendre hommage aux séductions de la chair que de se défendre de si loin contre elles. La pudeur n'est pas l'innocence, et même l'innocence véritable ignore la pudeur. Cette peur du péché est une nuance de sentiment inconnue aux anciens. Il y a aussi surtout dans la pudeur de la vierge une idée de sacrifice, d'offrande, dont nous avons dit qu'elle est étrangère à la vertu antique. Et tout cela nous prouve que si le christianisme n'inventa pas la pudeur, il la transforma, en fit, comme de la charité et de l'humilité, un de ses traits propres, et que ce fut une des marques qu'il mit sur l'âme humaine. Allons plus loin : à l'époque où nous sommes, c'est la marque par excellence. Un historien insiste sur ce fait que si l'on cherche dans la première prédication chrétienne la vertu qui donne comme la note dominante et fixe le caractère de cette prédication, c'est à la charité qu'il faudra s'arrêter, mais que si on fait la même expérience au IVe, à la charité a succédé la chasteté. Saint Ambroise est un des ouvriers de cette évolution de la morale chrétienne.

Une autre conséquence, c'est que cette évolution, dont on pourrait chercher la trace dans les événements qui amenèrent le concile d'Éphèse et la glorification incomparable de la mère de Dieu, entraîna une sorte de recul de la prépondérance masculine au profit de la femme. Dès lors, on voit s'accroître et grandir un rôle de plus en plus considérable pour la femme. Elle fut plus que respectée, elle fut honorée, invoquée, priée. Qu'on était loin alors de la femme cloîtrée dans le gynécée. La femme prenait sa revanche et la hiérarchie ecclésiastique ne la malmenait plus comme la loi civile. Enfin, dans les devoirs de Charitin et de saint Ambroise, dans Ammianus Marcellinus, t. XVI, p. 12, W. Lecky, History of European Morals, par le passé. Elle n'était plus l'animal séducteur et funeste à qui Tertullien imputait, par voie de conséquence, la mort du Christ sur la croix ; au dire de saint Ambroise, en naissant d'une femme, le Christ avait spécialement racheté toutes les femmes. La partialité du saint docteur va plus loin encore et en vient à diminuer la part de la femme dans le premier péché aux dépens de l'homme qu'il charge. Mais sa faute fut-elle égale à celle de l'homme, la femme est supérieure à l'homme dans l'expiation et par là garde sur lui une avance morale. La piété des femmes est une leçon pour les hommes. Non seulement donc la femme a sa place dans l'Église chrétienne, mais elle en est l'élue et la protégée. Elle est l'ange du foyer, l'apôtre domestique, l'associée de Dieu pour le salut des hommes. Entre la religion et la femme, une alliance véritable est scellée.

Cette réaction vers l'ascétisme dont les premières tendances se laissent entrevoir jusque dans les écrits apostoliques est d'autant plus surprenante que certaines sectes, comme le montanisme, avaient montré de quels entraînements il fallait se garder sous prétexte de pureté à défendre contre les souillures charnelles. Aussi est-on surpris de lire ces paroles de saint Jérôme : « Mettons la main à la cognée et coupons par ses racines l'arbre stérile du mariage. Dieu avait bien permis le mariage au commencement du monde, mais Jésus-Christ et Marie ont consacré la virginité. » Saint Jean Chrysostome expliquera doctement que le mariage est une suite du péché originel, lequel a tout perdu ; sans la première faute, Dieu aurait pourvu d'autre façon à la génération humaine. Et, en vérité, on ne peut qu'admirer cette affirmation. Où ce grand orateur a-t-il pris ce qu'il avance et Dieu l'a-t-il fait le confident des desseins qu'il a eus, et de ceux qu'il a pu avoir ? Une étrange confusion va ainsi s'établissant entre la volupté coupable et la volupté permise, attrait de plaisir voulu et permis par Dieu pour provoquer les êtres humains à remplir les devoirs réciproques de l'union des sexes.

« En rabaissant ainsi la dignité du mariage, les canonistes rabaissaient par cela même la dignité de la femme. Il est déjà, aux yeux de bien des Pères de l'Église, la femme n'est, depuis la première faute, qu'un instrument de tentation et une occasion de chute. « Femme, dit Tertullien, tu devrais toujours être vêtue de deuil et de haillons, n'offrant aux regards qu'une pénitente noyée dans les larmes et rachetant ainsi la faute d'avoir perdu le genre humain ? Femme, tu es la porte du démon ; c'est toi qui as corrompu celui que Satan n'osait attaquer en face ; c'est à cause de toi que Jésus-Christ est mort ». Cette croyance en la supériorité morale de l'homme sur la femme est consacrée par les textes les plus décisifs du droit canon. Mulier non est facta ad imaginem Dei, hinc apparet quemadmodum subditas feminas viris et pene famulas lex esse voluit uxores ». « L'homme seul a été créé à l'image de Dieu, mais non la femme, en conséquence la femme doit être la subordonnée, et presque la servante et l'esclave de l'homme ». Fidèle à ce principe qui est celui de tous les codes de l'antiquité, le droit canonique, en tout ce qui regarde la condition des femmes, ne fait presque que copier le droit romain, et ce que l'on a dit de la loi païenne peut également s'appliquer à la loi chrétienne : In multis articulis, deterior est conditio feminarum quam masculorum ».

Comme le droit romain et plus exclusif encore, le droit canonique ne connaît d'autre régime nuptial que celui de la dot, il rejette également et la communauté qui associe et égalise les intérêts des deux époux, et la paraphernalité absolue qui les sépare ; il exige le régime dotal qui rend la femme incapable et impuissante : Nullum sine dote fiat conjugium ». Comme le droit romain, le droit canonique exclut la femme de tous ces offices que les anciens appelaient virils et qui sortent du cercle des affaires privées : il lui défend de s'obliger pour autrui, de plaider pour autrui, d'exercer un arbitrage, d'intenter une accusation ; plus sévère que les lois romaines, il lui défend même de déposer en justice et tient son témoignage pour indigne de foi ». Tandis que le Christ ennoblit le mariage en l'élevant à la dignité de sacrement, l'Église lui prodigue ses plus belles prières, consacre sa pureté et sa noblesse, lui assigne un but à la fois moral et magnifique, celui de perpétuer la race humaine dans la sainteté et la fidélité.

Élargi sous l'influence de la philosophie grecque, le droit romain va désormais s'élargir plus encore sous l'influence du christianisme et devenir le droit commun de toutes les nations civilisées. Plusieurs ont méconnu ces deux influences et confondu leurs résultats, afin de plus sûrement rapporter à la philosophie ce qui appartient au christianisme. La distinction s'impose cependant sous peine de ne pouvoir démêler le sens et l'esprit des dispositions juridiques, souvent contradictoires, d'une constitution impériale à une autre constitution.

Pendant les deux premiers siècles de l'Empire, lorsque la tyrannie des empereurs supprimait les derniers vestiges de liberté, tout ce qui restait d'esprit d'indépendance se réfugia silencieusement dans le domaine de la jurisprudence civile. On y pouvait faire de l'opposition à huis clos et sans péril. « Quand les comices, écrit P. Gide, furent déserts ainsi que le forum et que la curie fut muette, les Romains retrouvèrent encore, dans les basiliques où siégeaient les préteurs, quelque reste de tous les biens qu'ils avaient perdus : la liberté des débats publics, le culte des antiques traditions, le respect du droit. La tyrannie des Césars, soit politique, soit indifférence, tarda longtemps à pénétrer jusque dans cet asile. Les derniers amis de la liberté s'y réfugièrent et, en quelque sorte, s'y retranchèrent ; ils firent du droit civil un domaine à part, régi par la justice et l'équité et nettement séparé d'avec le droit politique et public, qui demeurait abandonné à l'arbitraire et à la violence. Mais ce ne fut qu'un répit. Le droit privé n'échappa pas à la destinée qui avait atteint le droit public et ne fut plus que la volonté d'un seul homme. L'empereur usurpa, finalement, tout ; aux citoyens leur droit de juger ; aux magistrats leur droit d'interpréter ; aux jurisconsultes leur droit de consulter ; et, à la fin du iii siècle, toutes les attributions du législateur, du juge, du jurisconsulte même, étaient concentrées en lui seul. Hadrien, en établissant l'édit perpétuel, immobilise la jurisprudence ; Dioclétien fait un pas de plus, il nomme et révoque les juges ; enfin Constantin va plus loin encore ; il réserve à l'empereur seul le droit d'interpréter la loi : Inter aequitatem usque interposiam interpretationem, nobis solis et oportet et licet inspicere. Dès lors l'école des jurisconsultes philosophes disparut, le progrès de la jurisprudence s'arrêta, et le droit romain sembla, comme l'Empire lui-même, toucher au terme de ses destinées.

Mais à peine l'ère de la jurisprudence classique vient-elle de se fermer, qu'une ère nouvelle s'ouvre, et la jurisprudence romaine s'anime d'une nouvelle vie. Tout est renouvelé, la forme comme le fond, dans les lois des Césars de Byzance ; l'ancien droit poussait au mariage, le nouveau droit pousse au célibat ; l'ancien droit proclamait la liberté du divorce, le droit nouveau déclare le mariage indissoluble ; l'ancien droit limitait les affranchissements, les lois nouvelles les multiplient. Et ces lois qu'auraient désavouées les Papinien et les Marc-Aurèle, sont cependant si pleines d'équité et de sagesse, qu'elles vont devenir dans les codes de Théodose et de Justinien, le droit commun de l'Europe chrétienne durant une longue suite Des. » Cette rénovation, accompagnée d'une transformation, est l'œuvre du christianisme qui introduit dans les conseils impériaux des évêques à la place des philosophes qui y siégeaient jadis. Aussi, a-t-on dit ingénieusement « les constitutions impériales d'alors n'ont pas de meilleurs commentaires que les écrits des Pères de l'Église. Il n'est guère de réforme législative réalisée par Constantin ou ses successeurs dont les Pères n'aient par avance signalé le besoin et en quelque sorte formulé le projet. Lactance, dans un livre adressé à Constantin lui-même, s'élevait contre l'infanticide et l'exposition des enfants, Constantin et Valentinien punissent l'infanticide et font nourrir aux frais de l'État les enfants nés dans l'indigence ». Saint Basile condamnait le mariage du beau-frère avec la belle-sœur : Constance et Théodose déclarent cette union incestueuse -. Les Pères déploraient cette facilité des divorces grâce à laquelle « les maris changeaient de femmes comme on change de vêtements » ; les empereurs interdirent le divorce par consentement mutuel ». Les lois de l'Église exigeaient la publicité des mariages ; les lois de l'empire prescrivent la même publicité . Il serait aisé d'étendre ces rapprochements aux seconds noces, au célibat, à l'adultère, à la tutelle. Un instant seulement, l'on voit cesser cet accord entre les canons ecclésiastiques et les constitutions impériales, c'est sous le règne de Julien. Chaque édit de cet empereur est un retour vers la jurisprudence qui précéda la victoire de l'Église, une réaction contre les réformes de Constantin et de Constance, qui ne sont à ses yeux que les impies perturbateurs des institutions du passé. C'est ce que dit Ammien Marcellin :

Julianum, memoriam Constantini, ut novatoris turbatorisque priscorum legum et morum antiquitus recepti, vexasse. Le principe réactionnaire est inscrit dans toutes ses lois : Quae diu servata sunt, permanebunt ;... instare iteribus institutis ;... majorem instilata intemerata sit vari ». C'est ainsi qu'il rétablit l'ancienne liberté des divorces '.


XV. LÉGISLATION DES EMPEREURS CHRÉTIENS.

Non que les empereurs chrétiens eussent le dessein arrêté de tout changer et de tout renouveler ; leur réforme est partielle, elle n'a rien de méthodique ; elle ne vise à rien de plus et rien de mieux que de corriger ceci par cela et faire cohabiter deux législations disparates sans aboutir à rien de trop choquant. Il faut reconnaître que, dans une large mesure, ils ont réussi.

La famille réorganisée sur les bases de la pensée chrétienne et sur l'armature du droit romain pénétré de christianisme, subit une transformation complète fondée sur la réciprocité des affections et des devoirs, qu'exprime admirablement la loi des successions. Non seulement les fils de famille sont assurés de la propriété de ce qu'ils acquièrent sans que le père y puisse prétendre, mais ils sont assurés du patrimoine de leurs parents. Les empereurs élèvent le taux de leur légitime et les arment d'actions plus énergiques pour la réclamer. Ils vont jusqu'à déclarer inaliénable, dans l'intérêt des enfants, une partie des biens du père et de la mère : ces biens sont les gains de survie, les donations propter nuptias et la dot.

La dot, il est vrai, était déjà inaliénable au temps d'Auguste, mais inaliénable seulement pour le mari ; sous Justinien, la défense devient absolue, le consentement de la femme ne peut plus valider l'aliénation. Or, quand Justinien complète ainsi la défense édictée par Auguste, ce n'est pas comme on pourrait le croire, qu'il veuille continuer l'oeuvre de ce prince et poursuivre le même but. Loin de là : si l'empereur païen assurait la conservation de la dot, c'était pour faciliter à la femme une série de mariages successifs à travers une série de divorces ; mais Justinien, loin de favoriser les seconds mariages, les réprouve à l'exemple de l'Église et n'a de faveurs que pour la monogamie. L'inaliénabilité de la dot a donc, sous Justinien, un tout autre fondement que sous Auguste : elle n'est plus un privilège pour la femme ; imposé à la femme comme au mari, elle est devenue un privilège pour les enfants. La dot sous les empereurs chrétiens n'est plus seulement la propriété des deux époux ; c'est le patrimoine commun du ménage, c'est une sorte de réserve que la loi assure aux enfants et qu'ils retrouveront intacte malgré les dissipations et les ruines de la famille. » La loi ne dégrade plus le mariage en l'imposant comme une charge vile. Afin d'en relever la dignité, elle réprime le concubinat. Constantin emploie les moyens les plus divers pour détruire le concubinat : il invite à le convertir en justes noces par la prime de la légitimation ; il frappe d'incapacités sévères les enfants naturels non légitimés. La loi entoure l'union conjugale des lommes de publicité réclamées par l'Église ; elle en resserre les nœuds en rétablissant entre les époux la faculté de disposer de leurs biens et en leur accordant des gains réciproques de survie ; elle en sauvegarde l'honneur en supprimant cette poursuite publique de l'adultère que réprouvait l'Évangile, et en laissant au mari et à la famille le choix de cacher la honte domestique ou d'en tirer vengeance '. Enfin, et c'est ici le point capital, la loi nouvelle parvient à faire prévaloir, dans une certaine mesure, le principe chrétien de l'indissolubilité du mariage : si elle n'abolit pas directement la répudiation et le divorce, du moins elle les frappe de peines rigoureuses et ne les tolère que dans des cas rares et étroitement limités. Les Pères de l'Église imposaient aux deux époux le même devoir de fidélité conjugale ; d'ici les constitutions impériales accordent dans les mêmes limites, le droit de divorce à la femme et le droit de répudiation au mari *. Le même principe de réciprocité qui règle les rapports personnels des deux époux, préside encore à leurs rapports pécuniaires ; à la dot apportée par la femme correspond sous les empereurs de Byzance, la donation propter nuptias apportée par le mari ' ; et, pour mieux établir l'équilibre, la loi veut que ces deux apports soient égaux et que les mêmes gains de survie soient stipulés de part et d'autre '. En même temps, la femme n'est plus, comme autrefois, simple créancière de la dot, la loi l'en proclame propriétaire, et, pour la réclamer, elle l'arme à la fois d'une hypothèque, d'un privilège, d'une action en revendication '. Le mari réputé naguère maître de la dot, dominus dotis, commence déjà à devenir ce qu'il est sous la loi moderne, l'administrateur responsable du bien d'autrui.

Grâce aux constitutions impériales, la mère acquiert par degrés des droits égaux à ceux du père sur la succession de ses enfants ; elle devient leur tutrice légale ; lors du mariage de sa fille, elle préside au choix de l'époux ' ; enfin la puissance paternelle lui est presque entièrement dévolue, si son mari l'a injustement répudiée, ou si elle a fait prononcer le divorce contre lui ». De plus, à tous les degrés de parenté, les droits égaux sont reconnus aux deux sexes, et les vocations, qui excluaient les femmes de la plupart des successions collatérales, sont abrogées par les lois de Justinien : Nullam vero differentiam esse volumus, in quacumque succession aut hereditate, inter masculos et feminas.

Vin. Chez les barbares. — Avec les Germains, nous revenons à la civilisation primitive dans toute sa rudesse ; encore intacte au temps de César et de Tacite. « Dans la guerre, dit un de leurs plus anciens historiens, tous obéissent à un chef ; mais durant la paix chacun est indépendant et tous sont égaux ». Le Germain ne comptait pas sur l'intervention d'une puissance publique en sa faveur, il ne comptait que sur lui-même et sur les siens. Dans ces conditions, on pressent que le rôle des femmes était livré à l'arbitraire des hommes, parents ou époux qui possédaient sur elles le droit de vie et de mort. L'incapacité de la femme était perpétuelle et une suite nécessaire de son incapacité à porter les armes chez un peuple où tout se réglait à la pointe de la lance. Par contre, le pouvoir patriarcal n'est pas en Germanie comme à Rome concentré entre les mains d'un seul ; il se répand et se partage entre tous les membres de la famille capables de manier les armes. A Rome, c'est le plus expérimenté, partant le plus âgé ; en Germanie, c'est le plus vigoureux et quiconque est de force à faire compter avec lui, a sa place, au conseil de famille. Dans ce conseil de famille, l'épouse ou l'enfant opprimé trouve toujours, dans le conseil de ses proches, une voix pour le défendre, car dans ce conseil, les fils majeurs, en état de porter les armes siègent à côté de leurs pères ; les parents maternels siègent à côté des parents paternels, ceux de la femme avec ceux du mari. Les parents de la femme peuvent ainsi contrôler l'exercice de la puissance paternelle et, à plus forte raison, imposer un frein à la puissance maritale. De sorte que la femme, la fille, épouse ou veuve, ne reste jamais sans protecteur et sous cette diversité de pouvoirs domestiques qui se tenaient réciproquement en échec, elle retrouve une sorte d'indépendance.

Incapable de porter les armes, en fait et non en droit, la femme peut se faire représenter. Reçoit-elle quelque dommage ou quelque injure, c'est à elle seule qu'appartient la poursuite et la vengeance ; elle aura ses champions qui combattront pour elle et souvent gratuitement. Elle peut, par représentant, plaider en justice, être juge même. Exclue des débats judiciaires, elle peut d'ailleurs agir par elle-même, soit avec l'assistance de son parent ou de son mari, soit même seule et sans conseil, pour les actes de minime importance et de simple administration. Ce représentant, la femme peut le choisir elle-même, elle peut le révoquer, le remplacer à son gré.

La femme germaine a donc une personnalité, elle a de plus un patrimoine ; un de ses proches est-il tué, elle prend sa part, soit dans la succession qu'il laisse, soit dans la composition payée par le meurtrier, et si cette part est le plus souvent inférieure à celle des parents mâles, on peut douter que cette inégalité fût générale à l'origine. La femme peut encore recevoir des donations ; enfin elle doit être dotée, car les termes qui laisseraient supposer l'achat ne sont qu'un pur symbole, une sorte de coemptio romaine, ce qui le prouve c'est que le prix de cette prétendue vente était payé par le futur époux, non pas à la famille de la fiancée, mais à la fiancée elle-même et devenait son douaire. Tacite le déclare formellement et son témoignage trouve une confirmation dans les poésies primitives et les plus anciens codes des peuples du Nord.

Entre les époux, le premier devoir était celui d'une fidélité réciproque. La monogamie est la règle générale, la femme germaine n'a qu'un mari, dit Tacite, comme elle n'a qu'un seul corps et une seule vie. Cette loi de fidélité réciproque avait sa sanction pénale : si l'adultère de la femme était puni du plus ignominieux supplice, celui du mari ne restait pas sans répression ; l'épouse délaissée ou maltraitée trouvait au besoin des vengeurs dans sa famille. Le patrimoine de la femme n'était pas moins protégé que sa personne. La femme avait un droit qui suffisait à défendre sa dot contre les entreprises d'un mari dissipateur, elle pouvait recourir à une sorte de séparation des biens. Ici, comme dans la demande en divorce, c'étaient les parents de la femme qui agissaient pour elle et protégeaient ses biens comme sa personne contre les abus du pouvoir marital.

Si l'époux venait à mourir et qu'il laissât des enfants, l'autorité maternelle intervenait ; elle disposait de la main de ses filles, gardait et éduquait ses enfants mineurs (à l'exclusion de tout collatéral) et ses droits n'auraient point différé de ceux d'une tutrice légale si elle n'avait dû se faire assister, dans tous les actes juridiques, du conseil du plus proche parent.

« Rien de plus admirable (chez les Germains) dit Tacite, que la sainteté du mariage. On n'y rit pas d'une infidélité conjugale, on en a horreur. Les adultères y sont très rares. La femme se marie vierge : elle se donne une seule fois et pour toujours ; elle n'aura jamais qu'un seul époux, comme elle n'a jamais qu'un seul corps et qu'une seule âme '. » L'on n'oserait croire à tant de vertu chez des hommes dont rien n'avait encore discipliné les passions et adouci les moeurs, si de nombreux témoignages ne venaient se joindre à celui de Tacite. Dans ces vieilles poésies du Nord, où l'on distingue, au travers de tant de fables bizarres, un écho fidèle des sentiments populaires, les Germains célèbrent la vertu de leurs vierges ou de leurs épouses avec autant d'enthousiasme que les exploits de leurs héros. Leurs anciennes chroniques nous montrent parfois une femme partant seule pour aller rejoindre au loin sa famille ou son mari, traversant des tribus étrangères ou ennemies sans autre sauvegarde que sa pudeur et sa faiblesse, et trouvant partout le respect dû à son sexe et l'hospitalité due au voyageur. Au commencement de l'invasion, quand les barbares pénétrèrent pour la première fois dans les cités romaines, ils eurent horreur de la corruption qu'ils y trouvèrent : ils firent fermer les maisons de débauches, ils punirent ou chassèrent les prostituées ; ils permirent à leurs soldats le meurtre et le pillage, mais ils leur interdirent le viol. Les Romains, surpris d'une vertu qui chez eux était si nouvelle, ne purent s'empêcher de rendre eux-mêmes cet hommage à leurs conquérants ; les écrivains latins louent les Goths d'être restés purs au sein de la souillure, et d'avoir su conserver au milieu de la corruption romaine la chasteté des moeurs patriarcales. Terras... quas Romani pollueront fornicatione, nunc mandant Barbari castitate.... dit Salvien. In lanta affluentialia rerum ac luxuria, nullus mollis effectus est... fornicationem conclubitusque meretricum :... nec hortuomul tantum, sed penitus jam non esse fecerunt... gladio impudicitiam coercenes. Bientôt il est vrai le Germain cessa de mériter cet éloge, la contagion du vice ne tarda pas à l'atteindre, et s'il conserva longtemps la férocité de ses ancêtres, il oublia vite leurs vertus. Toutefois, chez les peuples du Nord, qui, à l'abri de tout contact avec la civilisation romaine n'en subirent jamais l'influence, on retrouve encore jusqu'au milieu du moyen âge, les moeurs sévères de la Germanie primitive ; au XIIe, la loi d'Irlande punit de l'amende ou de l'exil, un simple baiser donné à une femme ; au XVe, la loi de Copenhague ordonne que la femme adultère soit enterrée vivante, l'homme décapité. Si ce ne sont pas là précisément les mêmes lois que chez les Germains de Tacite, ne sont-ce pas toujours le même esprit et les mêmes moeurs ?

« Dans ces mœurs simples et sévères est le secret de ce prestige mystérieux qui entourait la femme germaine et forçait des liommes impatients de tout frein à se courber devant elle. Grâce à leurs croyances superstitieuses, le respect des Germains pour la femme tournait aisément en une sorte d'adoration : leur imagination rêveuse croyait voir quelque chose de divin dans un être qui, à leurs yeux, était, comme les dieux mêmes, pur, inviolable et sacré. Personne n'ignore quel rôle religieux jouait la femme en Germanie : Inesse gignit etiam sanctum aliquid et providum putant... dit encore Tacite : complures venerati sunt, non adulatione nec tamquam facerent deas. Mais ce qu'il faut remarquer surtout, c'est que les prêtresses germaines n'étaient point, comme les vestales de Rome, séparées de la société et de leurs familles pour former une sorte de caste ou de collège particulier. Elles ne se distinguaient des autres femmes que par leur piété, leur chasteté et leurs lumières, et toute fille vierge, toute mère de famille vertueuse, pouvait en se vouant à l'étude ou à la pratique assidue du culte religieux, aspirer au titre et à l'autorité de prêtresse. Cette autorité était considérable. Elle n'avait pas pour limites l'enceinte des temples et des forêts sacrées. Dans la famille comme dans la tribu, dans les assemblées populaires comme dans les champs de bataille, nulle résolution importante ne se prenait sans l'intervention de la religion, et par suite de la prêtresse. C'est elle qui souvent tirait les augures, et, dans les caractères runiques jetés au hasard sur un linceul sans tâche, lisait la volonté des dieux.

Il semble que plus tard, tout en entrant dans l'Église chrétienne, elles cherchèrent encore à conserver les traditions de cette science secrète, comme un glorieux privilège : car jusque dans le XIXe, on trouve des canons qui interdisent l'étude et la lecture des runes dans les couvents de religieuses *. Mais si le christianisme dépouilla la femme de son ancien prestige religieux, elle conserva toujours, aux yeux des barbares, le prestige qui s'attache à la supériorité de l'instruction et des lumières. Elle n'osa plus pénétrer dans les mystères sacrés des runes ; mais elle sut s'initier à la connaissance, non moins mystérieuse en ces temps barbares, des lettres grecques et romaines. Je ne parle ici que des princesses et des femmes de noble naissance : ce sont les seules que les écrivains nous font connaître, et ce qu'ils louent le plus souvent en elles, c'est leur esprit cultivé et leur instruction. Voici comment Cassiodore, dans sa lettre au Thuringien Hermanfried ', loue la fiancée de ce prince, nièce de l'empereur Théodoric : Habebit felix Thoringia quod nunquam vidit Italia, literis doctam, moribus creditam, decoram non solum genere quantum et feminae dignitate, ut non minus patria vestra istius splendeat moribus quam suis triumphis. Ce n'est certes pas aux princes et aux guerriers d'alors qu'on eût pu s'adresser un pareil éloge ; ils l'auraient tenu pour une injure, car l'étude, avec les habitudes sédentaires et les mœurs douces qui l'accompagnent, paraissait dégradante à ces barbares. Quand la reine Amalasunthc voulut entourer son fils de grammairiens et de lettrés, tous les Goths protestèrent : « Ce n'est pas la plume qu'il doit manier, c'est l'épée ; les habitudes studieuses amolliront son courage et le rendront faible et timide comme une femme », et la reine se vit contrainte d'éloigner les précepteurs romains et de les remplacer par de jeunes guerriers goths •.

Dans ces temps de ténèbres et de violence, c'est auprès des femmes que les lettres et les arts trouvaient une paisible retraite : l'on vit des princesses barbares, comme Radegonde, rouvrir pour la science et les lettres proscrites des espèces de lieux d'asile, et fonder des couvents de femmes où l'étude et la culture des lettres profanes comme celles des livres saints étaient mises au rang des premiers devoirs de la communauté. On lit dans la règle de saint Césaire pour les vierges : Omnes sorores litteras discant. Omni tempore, duabus horis, tioe est a mane usque ad lioram secundam, lectioni vacant sororibus usque ad tertiam legat (e. xviii).

Enfin, il est un témoignage plus irrécusable encore de l'inégalité de l'instruction chez les deux sexes à cette époque, et ce sont les monuments juridiques qui vont nous le fournir : dans le partage des biens mobiliers compris dans une succession, de même que les clefs et les armes n'appartiennent qu'aux héritiers mâles, certains objets étaient considérés comme ne pouvant servir qu'à l'usage des femmes, et leur étaient en conséquence exclusivement dévolus : ces objets étaient les robes, les bijoux, les joyaux et enfin les livres.

Rappelons en terminant que la liturgie mozarabe contient cette formule ; Omnipotens Domine Deus, apud quem non est discretio sexuum nec aliqua sanctorum (sic) disparilitas animarum, qui ita viros ad spiritualia certamina corroboras ut feminas non relinquas '...


XVIII. Âme des femmes. — Au concile de Mâcon, tenu le 23 octobre 585, « il y eut un évêque qui disait que la femme ne pouvait être appelée homme. Cependant, nous dit Grégoire de Tours, il se tint tranquille lors que les évêques lui eurent rendu raison, en lui rappelant ce qu'enseigne le livre de l'Ancien Testament qui dit qu'au commencement, quand Dieu créa l'homme, il les créa mâle et femelle et leur donna le nom d'Adam, c'est-à-dire homme de terre, et tout en nommant la femme Eve, les appela homme l'un et l'autre. En outre, Notre-Seigneur Jésus-Christ est appelé fils de l'homme, parce qu'il est fils d'une vierge, c'est-à-dire fils d'une femme. Lorsqu'il changea l'eau en vin, il lui dit : Femme, qu'y a-t-il de commun entre toi et moi ? etc. Grâce à ces témoignages et à plusieurs autres, la cause fut entendue et la discussion prit fin '. »

Cette historiette a fait fort une et a des générations entières de savants ou soi-disant tels ont prétendu en tirer la preuve que le concile de Mâcon avait discuté la question de savoir si les femmes ont une âme '. » En 1595, on attribua à un jeune lettré, V. Aidalius, récemment converti, une divertissante plaquette dans laquelle l'auteur s'efforçait de démontrer que mulieres non esse homines '. Un autre érudit, S. Geddicus, survint aussitôt armé d'une réfutation en règle'. L'affaire était lancée, elle rebondit. P. Bayle ne manqua pas de lui donner l'hospitalité dans son Dictionnaire. Au XIXe, elle obtint un succès inespéré ; il y aurait une bibliographie très longue à établir des dissertations consacrées à ce mince sujet.

En 1836, G. Peignot, Du célèbre concile de Mâcon, en 585, dans les Deux Bourgognes, t. I, p. 189-197 ; en 1841, Aimé-Martin ', Education des mères de famille, in-12, Paris, t. II, c. vi, p. 44-16 : « On va jusqu'à mettre en doute l'existence de leur âme ; » en 1851, Laurent (de l'Ardèche) et Crémieux soumettent la question à l'Assemblée nationale et se font rabrouer par H. de Riancey, Sur le prétendu concile qui aurait prétendu que les femmes n'ont pas d'âme, dans Annales de philosophie chrétienne, 1851, série IV, t. IV, p. 64-70 ; La voix de la vérité, 11 juillet, 1851, n. 341 ; Ami de la religion, milieu 1851.

En 1866, Gorini, Défense de l'Église contre les erreurs historiques de MM. Guizot, Am. et Aug. Thierry, Ampère, etc., in-8, Paris, t. III, p. 463 ; t. IV, p. 404-406 : « Si les femmes n'avaient été, au jugement des théologiens, que des machines sans âme, d'où venaient donc tant de soins pour en faire des saintes ? »

En 1868, Lecoy de La Marche, La chaire française au moyen âge, in-8, Paris, p. 396, note 1.

En 1869, E. Vacherot, La crise religieuse au XIXe, dans Revue des deux mondes, t. LXXIX ; La théologie catholique en France, dans même revue, t. LXXX ; La méthode théologique, dans même revue, t. LXXX, et la réfutation de Rembouillet, dans L'Univers, 10 septembre, et du P. Gralij-. Lettres sur la religion, dans Revue des deux mondes, 1er mars 1869, t. LXXX, p. 129-149, E. Vacherot, dans Le Correspondant, 25 mars 1869, t. LXXI, p. 1082-1083 ; cf. p. 925-926, qui reconnut « qu'une voix isolée ne prouverait rien quant à l'opinion du concile lui-même. Dans quelle intention l'évêque dont parle Grégoire de Tours a-t-il demandé si le mot homo était plus applicable à la femme que le mot vir ? C'est ce qu'il est inutile de rechercher, du moment que les annales du concile n'offrent pas trace de cet incident. »

En 1881, La question de l'âme des femmes, dans la Controverse, t. II, p. 438-439 ; en 1886 un anonyme parle de la Citation d'un concile de Mâcon, dans le Polybiblion, t. XLII, p. 477 ; en 1892, G. Kurth, Le concile de Mâcon et les femmes, dans Revue des questions historiques, 1892, t. LI, p. 556-560 ; et depuis il y eut encore J. Didiot, Âme des femmes, dans Jaugey, Dictionnaire apologétique de la foi catholique, qui a fait place à G. Kurth, Âme des femmes, dans A. d'Alès, Dict. apol., 2e édition ; E. Hollande, dans la Revue bleue ; Duplessy dans Intermédiaire des chercheurs et des curieux ; H. Bottomley, dans John Bull ; A. Boudinhon, L'Église et l'âme des femmes, dans Revue pratique d'apologétique, 1906, t. II, p. 129, 131 ; E. Vacandard, dans Revue du clergé français, 15 avril 1909 ; La question de l'âme des femmes et le concile de Mâcon, dans Études de critique et d'histoire religieuse, in-12, Paris, 1910, t. II, p. 171-175.

C'était une règle presque constante que les évêques d'un seul royaume franc se réunissaient seuls, à l'exclusion de leurs collègues des autres royaumes francs, lesquels tenaient leurs assemblées distinctes. Or, par suite de la minorité de Clotaire II, roi de Paris, son tuteur Childebert, roi de Bourgogne, se trouvait exercer le gouvernement des deux royaumes ; c'est ce qui explique que le nombre considérable de membres siégeant à Mâcon où on compta quarante-trois évêques, vingt clercs représentant des évêques absents et deux évêques non pourvus de sièges : Promotus, évêque de Châteaudun, et Froménius, évêque d'Agde.

C'était soixante-trois diocèses représentés : Rouen, Le Mans, Sens, Paris, Chartres, Orléans, Auxerre, Nevers, Troyes, Lyon, Mâcon, Chalon, Autun, Langres, Besançon, Avencines, Belley, Sion, Vienne, Genève, Tarentaise, Maurienne, Grenoble, Valence, Arles, Marseille, Toulon, Cavaillon, Avignon, Orange, Carpentras, Vaison, Trois-Châteaux, Die, Aix, Apt, Gap, Sisteron, Riez, Antibes, Embrun, Digne, Senez, Glandève, Vence, Nice, Bourges, Limoges, Cahors, Toulouse, Bordeaux, Agen, Périgueux, Angoulême, Saintes, Eauze, Bazas, Auch, Aire, Béarn, Oloron, Bigorre et Comminges.

Voici d'ailleurs leurs souscriptions :

Piscus, episcopus ecclesiae Lugdunensis, subscripsi.

Evantius, episcopus ecclesiae Viennensis, s.

Praetextatus, episcopus ecclesiae Rothomagensis, s.

Bertechrammus, episcopus ecclesiae Burdegalensis, s.

Artemius, episcopus ecclesiae Senonice, s.

Syagrius, episcopus ecclesiae Aeduorum, s.

Faustus, episcopus ecclesiae Ausciorum, s.

Orestes, episcopus ecclesiae Vasaticae, s.

Aunacharius, episcopus ecclesiae Antisiodorensis, s.

Esitius, episcopus ecclesiae Gratianopolitanae, s.

Silvestre, episcopus ecclesiae Vesontiensis, s.

Rusticus, episcopus ecclesiae Vicojuliensis, s.

30 Savinus, episcopus ecclesiae Benarnensium, s.

Rufinus, episcopus ecclesiae Convenicae, s.

Nicasius, episcopus ecclesiae Aquilimensium, s.

Baudigisilus, episcopus ecclesiae Cenomannorum, s.

Cariatto, episcopus ecclesiae Genavensis, s.

Licerius, episcopus ecclesiae Eloronensium, s.

Amelius, episcopus ecclesiae Bigorritanae, s.

Ursicinus, episcopus ecclesiae Cadurcinae, s.

Urbicus, episcopus ecclesiae Regensis s.

Aredius, episcopus ecclesiae Vapissensis, s.

40 Emeritus, episcopus ecclesiae Ebredunensis, s.

Hiconius, episcopus ecclesiae Mauriennatis. s.

Agroecius, episcopus ecclesiae Glannativae, s.

Item missi episcoporum, qui in ea synode subcribserunt.

Sapaudus, episcopi ab Arelato. Optatus, episcopi ab Antipoli Deuterius, episcopi a Ventio. Desiderius, episcopi a Telone

5 Pictonius, episcopi ab Aquis Pauli, episcopi a Dca Labassius, episcopi ab Elusa. Magnulfus, episcopi a Tolosa. Pologronius, episcopi a Scgesterico

10 Martiani, episcopi a Tarantasia Artemius, episcopi a Vasione Boetius, episcopi a Carpentorato Pappus, episcopi ab Apta Eusebius, episcopi ecclesiae Tricastinorum

15 Catulinus, episcopi a Nicia Heliodorus, episcopi a Sedunis Joannes, episcopi ab Avenione Vigilius, episcopi a Senetio. Agroecius, episcopi a Tricassibus Felicis, a Belica.

La présidence du concile fut exercée par Priscus de Lyon, à qui le procès-verbal donne parfois le titre de patriarche.

Les travaux du concile se trouvent résumés dans vingt canons. Le premier, très long et important, était relatif à la sanctification du dimanche ; il fut promulgué et approuvé par un édit du roi Conran, daté de 585 : De celebrando die dominico ; le 3e interdit les rebaptisations en usage à certaines fêtes. Outre ces vingt canons, le concile déposa Faustianus, évêque de Dax, ordonné sur l'ordre du rebelle Gondobald ; les trois évêques consécrateurs de Faustianus devaient lui servir une pension alimentaire, et l'évêque Ursicin, partisan de Gondobald, était suspendu de ses fonctions épiscopales pendant deux ans. Dans tout ceci, aucune trace d'une discussion sur l'âme des femmes. M. Guizot, ordinairement plus attentif aux textes dont il tirait parti, ne sut pas faire la distinction entre le concile et les causeries qui s'établissent parmi une réunion de prélats, il lut l'anecdote rapportée par Grégoire de Tours : Extetit enim in hoc sinodo, quidam ex episcopis qui dixit mulierem, hominem non posse vocari. Il traduit donc : « Il y eut dans ce synode un des évêques qui disait qu'on ne devait pas comprendre les femmes sous le nom d'hommes ». Il est au moins singulier que dans tout cela il ne fut jamais question de savoir si les femmes avaient une âme ou n'en avaient point. Un évêque, qui n'était peut-être pas des plus instruits, cela se voyait alors, interrogea ses collègues et crut peut-être les embarrasser en leur demandant si le mot homo s'appliquait à la femme comme à l'homme. Et c'est tout. Ses confrères lui montrent, par des exemples appropriés au goût du temps, que la femme peut être désignée par le mot homo, et pour l'en convaincre, il ne leur disent pas que les femmes ont une âme tout comme les hommes, car la chose n'est pas en question. Les exemples invoqués par les évêques étaient tirés des livres saints ; ils auraient pu en prendre dans la langue classique. Ainsi nous lisons dans Cicéron : Mater cujus ea stultitia est ut nemo eam nominem, ea vis ut nemo feminam, ea crudelitas ut nemo matrem appellare possit -. Un autre passage du même auteur est ainsi conçu : Quae si hoc tempore non diemus suum obiisse, paucis post annis tamen ci moriendum fuit, quoniam illi non jucrat '. Et encore dans Juvénal, une femme s'écrie * ;

....clames tict et mare cincto Conjungas, HOMO SUM. avec une inscription ainsi conçue : Ja cet in hoc scrinio sancta Dei virgo Landrada quae Belisissima est abbatissa, ubi etiam volens spiritum Deo reddens a sanctimonialibus terras commendala divinis eut.

Toutefois, en tolérant l'usage, les grammairiens latins n'entendaient pas que l'on pût faire varier le genre grammatical du mot, selon le sexe auquel il était appliqué. Homo de même que heres et parens dit Charisius, doivent toujours être du genre masculin, même quand ils sont employés pour désigner des individus du sexe féminin. Ainsi, en parlant d'une femme, on ne pourra pas l'appeler par exemple mala homo, on devra dire malus homo '. Il ne semble pas que les écrivains du moyen âge aient respecté cette interdiction formulée par les grammairiens, que d'ailleurs ils ne lisaient guère. L'exemple suivant, emprunté à Grégoire de Tours, atteste au contraire qu'ils avaient fait de Homo un mot de deux genres. Racontant une visite qu'il fit à Ingoberge, veuve du roi Charibert, il écrit : Accessi, jaleor, vidi hominem lamentem Deum, QUAE eum me benigne excepisset, etc.

Plus tard, à l'époque féodale, cet usage incorrect semble s'être généralisé dans la langue politique puisqu'il existe des chartes où des seigneurs appellent des femmes qui sont leurs vassales homo mea, homo nostra '. On voit maintenant sur quoi portait l'observation de l'évêque dont parle Grégoire de Tours. Il n'admettait pas que homo put être traité comme un mot épicène et désigner indifféremment les individus de l'un et de l'autre sexe. Encore moins devait-il tolérer l'abus qui consistait à dire illa homo.

H. Leclercq.


FÉMORAUX. Ce vêtement faisait partie essentielle de l'habillement du clergé juif ' ; on le retrouve dans les monuments figurés et dans les écrits des Pères ou les règles monastiques. Voir Didion, au mot Braies. Les deux tenues feminalia et femoralia sont employés à peu près sans distinction, on trouve aussi mais plus rarement jascia (voir ce mot). Saint Isidore de Séville écrit que femoralia (sunC) appellata co quod femora tegant '. Ipsse et bracae, quod sint breves et verecunda corporis iis velentur. Le vêtement ainsi nommé était employé contre le froid au moins autant que pour la modestie. Auguste ne faisait usage pendant la saison d'hiver : Hieme qualernis tunicis et feminalibus (al. femoralibus) et tibialibus muniebatur '. Casaubon prétend que Suétone a voulu parler ici non pas de braies ou caleçons ou culottes, mais de bandelettes qui étaient alors seules en usage. Dans sa lettre à Fabiola, saint Jérôme lui dit : Lineis feminalibus, quae usque ad genua et poplites veniunt, verenda celantur et superior pars sub umbilico vehementer astringitur « .

Dans l'intérieur des monastères, on fut assez longtemps avant de se décider à prendre les femoralia. Les moines de saint Martin s'en dispensaient '. La règle monastique de saint Fructueux de Braga permet l'usage de ce vêtement à tous les religieux : femoralium usus cuiquam est permittendus, maxime his qui ministerio implicantur altaris : sed et hoc qui studere noluerit, reprehendendus non erit, cum huc usque nunc consuetudo pleraque monasteria etiam in his regionibus non habere '. La régula Magistri accorde des femoralia de laine pour l'hiver et de toile pour l'été '. La règle de saint Benoît ne prévoit l'emploi des femoralia que pour les voyages : Femoralia hi qui in via diriguntur de vestiario accipiant, quae revertentes ibi restituant '°.

Hildemar n'admettait pas le port des fémoraux ; Noiandum est enim, dit-il, quia sunt talia monasteria, ubi cum necessitas fuerit, femoralia de vestiario accipiunt : ista monasteria omnino bona sunt. El iterum sunt alia monasteria ubi omnes generaliter accipiunt femoralia, sed tamen non omnes generaliter semper utuntur, nisi cum necessitas exposcit ; quamvis omnes generaliter illa accipiant : ista monasteria bona sunt eo quod non maxima pars semper non portat. Et iterum alia monasteria ubi omnes generaliter accipiunt, et generaliter utuntur : ista monasteria non sunt laudabilia. La mode de cette installation, qui se continua après la paix de l'Église dans les basiliques : il faudrait parcourir et citer toutes les tombes saintes depuis celle de saint Pierre au Vatican, celle de saint Paul dans sa basilique hors les murs -, citer les documents : Liber pontificalis, Miracula ; on verrait toujours la troupe des fidèles se diriger vers le grillage qui laisse apercevoir ou, tout au moins soupçonner, le tombeau qu'éclaire parfois une lampe à l'intérieur : fecit Thuribula apostolica ex auro purissimo, ex quibus unum misit super Corpus [Petri] ^ Le pape Benoît décorait la

4331-4332. — Fenêtres du vi siècle, reconstituées d'après les fragments trouvés.

Lors que la baie est de grandes dimensions, elle est parfois recoupée en deux ou en trois par une ou deux colonnettes ; mais il suffit de parcourir les monuments déjà figurés dans le Dictionnaire pour voir les applications de cette méthode. Il est plus intéressant de voir les procédés auxquels on eut recours pour clore les fenêtres.

Lors que la fenêtre se ramenait, par la disposition de l'embrasure, à une simple tente, guère plus large qu'une meurtrière, dans les pays où ce rayon de lumière suffisait à éclairer la chambre, il était superflu de chercher une fenêtre : mais dans nos contrées, il n'en était pas ainsi. On songea donc à divers procédés. Un des plus expéditifs et qui remplissait le mieux son but, c'était l'usage des volets 32, 33 et 34, trois chrismes qui peuvent appartenir au milieu du IVe. La galerie est revêtue de stuc blanc à deux couches et une tombe toute voisine garde la trace d'une inscription tracée à la pointe avec les noms des consuls Arcadius et Probus, en 406. À gauche du cancel, on voit intacte, la mensa oleorum, console destinée à recevoir les lampes ; sur la paroi toute proche, un graffite que Boldetti a ignoré ou négligé * :

Sur la mensa elle-même, un graffite dont on ne lit plus que ces mots : VN • •. VIVAT.

Enfin, citons encore, une belle fenestella de marbre blanc, dont il ne reste qu'un fragment de 0 m. 47 de haut, provenant sans doute de Damous-el-Karita (voir ce mot), sur lequel on lit le mot : -f x0vc, 'Ix6ùç, la première lettre combinée avec une croix. H. Leclercq.


FENÊTRE. C'est une ouverture formée dans un mur d'édifice, pour introduire l'air et la lumière. Dans la Syrie centrale, les maisons et les églises découvertes et publiées par la mission de Vogüé nous laissent voir des fenêtres généralement ornées à l'extérieur, soit d'un linteau sculpté, soit d'un cadre mouluré ou d'une moulure qui, courant autour de l'ouverture, est souvent ornée de motifs géométriques. On en possède un exemple dans la basilique de Tafkha, dans le Hauran. Il consiste en un monolithe arrondi sur l'un de ses côtés verticaux. Au-dessus et au-dessous de cette partie cylindrique sont des tourillons taillés dans la dalle même, engagés dans des trous ménagés l'un dans le linteau, l'autre dans la tablette d'appui.

Les volets glissaient parfois dans les rainures d'un cadre placé contre le mur ; en ce cas, ils étaient généralement d'une seule pièce. Un mode très fréquemment employé fut celui des clathri ou transennae, sortes de grilles fixes ou mobiles insérées dans le cadre de la fenêtre et pouvant demeurer immobiles ou bien tourner sur un pivot. C'est dans l'embrasure de la fenêtre et contre le tableau qu'on plaçait les châssis dont la surface était découpée d'ornements géométriques. Il y avait des clathri de bois, de bronze, de fer, de marbre ; il va sans dire que ceux de bois ont péri et ne sont connus que par des témoignages *. Les plus généralement conservés sont les clathri de marbre ou de pierre. L'aspect extérieur était parfois écrasant, ainsi qu'on peut s'en rendre compte dans quelques édifices anciens, par exemple, le clocher de Saint-Germain-des-Prés, à Paris : au contraire, quelquefois ces clathri offrent une véritable légèreté. Voici dessinés et reconstitués une fenêtre (fig. 4331 d'après des fragments trouvés au Forum et 4332 d'après un balcon du Corso transporté au Musée du Jardin botanique. Ces deux fenêtres sont du Ve '.

En Afrique, on rencontre assez de monuments chrétiens pour trouver un choix de fenêtres très varié. À Tipasa, par exemple, beaucoup de garnitures de fenêtres en pierre découpées à jour, ont été retrouvées, soit entières, soit brisées. Les unes ne présentent que des motifs géométriques, comme sur la lampe-basilique, d'autres ont des chrismes avec ou sans A et Ω (fig. 4333). La garniture qui représente six baies en deux séries de trois se trouve dans le jardin Trémé avec d'autres semblables. D'autres représentent : 1° une rosace à six branches, inscrite dans un cercle ; 2° des séries de diagonales croisées ; 3° des séries de demi-cercles superposés -.

Dans la basilique de Sainte... Il n'y a pas de fenêtres semblables à la même hauteur dans le mur du sud, entre l'angle qu'il forme avec le mur de la façade et la petite porte conduisant à l'édifice voisin de la basilique. Il n'y en a pas non plus dans le mur de façade, à droite de la porte. Ailleurs, les murs de l'église ne sont pas conservés à une hauteur suffisante pour que l'on puisse dire s'il s'y trouvait des ouvertures analogues. Ces petites fenêtres n'avaient sans doute pas d'autre objet que de donner du jour au bas-côté de gauche, surmonté d'une tribune qui l'empêchait de recevoir directement la lumière du haut de la nef. L'intérieur de l'église était, en effet, éclairé par des fenêtres qui devaient être percées dans les deux murs surmontant les colonnades des bas-côtés, et c'est probablement à ces fenêtres supérieures aussi bien qu'à celles des bas-côtés.

À Tipasa, de chaque côté de la porte du nord, le mur de la partie nouvelle de la basilique conservé en cet endroit jusqu'à une hauteur de 3 m. 75, est percé de deux petites fenêtres. Les deux plus rapprochées de la porte se trouvent à 1 m. 65 de cette porte. Les deux autres sont distantes des précédentes de 2 m. 20. Ces fenêtres ne correspondent pas aux baies formées par les piliers de la nef et par les archivoltes qui les surmontaient. Elles sont élevées de 2 m. 65 au-dessus du sol et mesurent en moyenne 0 m. 53 de large et 0 m. 60 de haut ; dans l'embrasure, à droite et à gauche, une feuillure à fond plat, large de 0 m. 14, profonde de 0 m. 02 à 0 m. 04, servait sans aucun doute à fixer une plaque de pierre ajourée qui remplissait l'ouverture de la fenêtre. Aucune de ces plaques n'était en place, mais de nombreux débris étaient dispersés sur le sol. L'épaisseur d'un de ces fragments est de 0 m. 13, d'un autre fragment 0 m. 10.

D'après R. de Lasteyrie, L'architecture religieuse en France, 1912, p. 5e, fig. 17, qu'il convient d'attribuer les fragments de plaques de pierre, découpées à jour, retrouvées parmi les ruines.

Ce qu'on dit d'une église, on peut le dire de beaucoup d'autres, principalement en Afrique, où les édifices du culte chrétien offrent jeu de variété. L'éclairage se faisait par les fenêtres percées dans les murs supérieurs de la nef et dans les murs des bas-côtés ; parfois, elles étaient fort petites, par exemple à Taoucra. Dans la façade de l'église d'Announa, on voit deux fenêtres, qui flanquent la porte, et, au-dessus, quatre lucarnes.

Dans la salle de l'ancien titulus Equilii à Rome (IVe), qui ramène à l'époque du pape Silvestre, les murs et les voûtes du IVe subsistent encore, Equitius laissa dans sa maison transformée en église tout ce qui n'était pas incompatible avec la destination nouvelle. Et voici un débris de transenna resté en place (fig. 4334) '.

En Gaule, où le marbre était rare, on recourait de préférence à la pierre, et il en reste un bon spécimen à Saint-Bénigne de Dijon (fig. 4335) qui paraît provenir de la petite chapelle quadrangulaire élevée vers l'an 506, par saint Grégoire, évêque de Langres, à l'est de l'emplacement où fut construite, au début du XIe, la grande rotonde dont l'étage inférieur a été conservé. Une grande partie de cette clôture est refaite, mais les morceaux d'une antiquité indiscutable que l'on a utilisés en la restaurant ne laissaient place à aucune hésitation quant à son dessin '. Oculus. Souvent dans le pignon de la façade, on perçait une petite fenêtre ronde (fig. 4337).

La petite lampe africaine en bronze en forme de basilique (Dictionnaire, t. II, fig. 1443-1444) nous montre des vrais clathri, mais assez grossièrement figurés et qui peut-être ont voulu figurer des châssis.

Quand un climat trop rude eût rendu le séjour prolongé dans l'église impossible par une température glaciale, on recourait au verre. En Gaule, le verre à vitre était très répandu, et les fenêtres des basiliques étaient garnies de panneaux de verre montés dans des châssis de bois. Dans le De gloria martyrum, Grégoire de Tours nous parle de l'église d'Issoire : Ecclesias et vici Iciodunensis... fenestras ex...

Les fenêtres anciennes qui nous restent aujourd'hui sont presque toutes dénuées d'ornements, mais il n'en fut pas toujours ainsi et beaucoup ont dû être flanquées intérieurement de colonnes comme celles de l'antique église de Saint-Pierre de Vienne en Dauphiné, ou ornées de stucs ou décorées, comme en Syrie, de chambranles moulurés, parfois même d'un riche encadrement sculpté, comme dans la vieille église du Crucifix à Spolète'. Quand, dans le cas le plus fréquent, on ne faisait aucune décoration, les fenêtres étaient simplement cintrées comme à Sainte-Marie-Majeure et accolées les unes à la suite des autres (fig. 4336.) Quelquefois il y avait deux rangs superposés comme à Saint-Paul-hors-les-Murs, ou bien encore chaque fenêtre était surmontée d'un oculus, giue vitro lignis incluso clauduntur *. Ces verres étaient assemblés et leurs différentes colorations produisaient des effets de lumière qui enthousiasmaient les contemporains '. C'était de la marqueterie en verre, ce n'était pas le vitrail au sens que nous donnons à ce mot, c'est-à-dire le verre peint et passé à la cuisson. Sur ce point, l'Orient n'était pas plus avancé que l'Occident et les verres de couleur dont furent ornées les fenêtres de Sainte-Sophie de Constantinople' ne ressemblaient pas plus à de véritables vitraux que ceux qui ornaient la basilique bâtie à Lyon, vers 450, par l'évêque Patiens, ou que ces vitres de l'église d'Issoire, dont la couleur jaune était si éclatante qu'un voleur s'en empara convaincu qu'elles contenaient de l'or. Les petites fenêtres près du sol étaient fermées par des grilles en métal. Il s'en est conservé un curieux exemple à Saint-Apollinaire-in-Classe de Ravenne ' (fig. 4338).


FER A CHEVAL. Quoi que nous n'ayons rencontré jusqu'à ce jour aucun monument chrétien consistant en un fer à cheval ou figurant cet objet à titre de talisman, nous ne croyons pas devoir omettre d'en donner une bibliographie qui permettra des recherches plus étendues que celles que nous avons pu faire. Val, dans Bulletin et Mémoires de la Société archéologique du département d'Ille-et-Vilaine, 1867, t. V, p. 1 ; J. Dupuis, Fers à cheval trouvés près de Pataij, dans Bulletins de la Société archéologique de l'Orléanais, 1859-1861, t. III, p. 41 ; Pnl Nicard, Les anciens ont-ils connu la ferrure à clous ? dans Mém. de la Soc. nat. des ant. de France, 1866, 3e série, t. IX, p. 64-144 ; Duplessis, Étude sur l'origine de la ferrure du cheval chez les Gaulois (résumé du mémoire lu en plusieurs séances à la Soc. archéol. de Rennes, 1865-1866), dans les Mémoires lus à la Sorbonne. Archéologie, 1866, p. 189 ; J. Marion, Rapport sur une note de M. Aubertin relative à la découverte faite à Beaune de fers de chevaux d'origine gauloise, dans Revue des Sociétés savantes des départements, 1866, 4e série, t. IV, p. 456 ; A. Chabouillet, Ferrure du cheval chez les Gaulois, dans même revue, 1866, 4e série, t. III, p. 544 ; A. de Caumont. L'usage des fers à clous pour les chevaux remonte-t-il jusqu'à l'époque romaine ? dans Bulletin de l'association normande, 1868, t. XXXIV, p. 344 : Annonce. Découverte de fers à cheval anciens à Caudebec, dans Bull, de la Société des antiquaires de Normandie, 1875-1877, t. IX, p. 507 ; A. Fouquet, Réfutation d'une critique archéologique (au sujet de la ferrure des chevaux chez les Gaulois), dans Bulletin de la Société polymathique du Morbihan, 1867, t. XII, p. 103 ; H. de Sailly, Sur la ferrure du cheval à l'origine de l'ère moderne, dans Bulletin de la Société d'archéologie et d'histoire de la Moselle, 1868, t. XI, p. 73 ; H. Delforrie, Note sur quatre hipposandales de l'époque gallo-romaine, dans Société archéologique de Bordeaux, 1874, t. I, p. 81, pl. : E. Meric, Du mode d'application des fers anciens, de deux formes, désignés sous le nom d'hipposandales, dans même recueil, t. I, p. 179 ; Fauque, Fers à cheval antiques (découverts à Lisieux), dans Bulletin de la Société des antiquaires de Normandie, 1862, t. II, p. 568 : Lepine, Opinion sur d'anciens fers à cheval et à bœuf, dans Mémoires de la commission des antiquités de la Côte-d'Or, 1853-1856, t. VI, p. LXXI : De Coynart, Étude sur le ferrage des chevaux, dans même recueil, 1870-1873, t. VIII, p. 173, pl. ; De Coynart, Note sur les hipposandales dans même recueil, 1874-1877, t. X, p. 307 ; De Sailly, Sur les ferrures dites hipposandales, dans Congrès archéologique de France, 1875, t. XLII, p. 77. J. Quicherat, La question du ferrage des chevaux en Gaule, dans Revue des Soc. savantes des départements, 1873, 5e série, t. II, p. 260 ; le même, Rapport sur... un fer à cheval trouvé à Cercamp-sur-Canche (P.-d.-C.) dans même revue, 1874, 5e série, t. VIII, p. 491 ; La question du ferrage des chevaux en Gaule, dans Mémoires de la Société d'émulation du Doubs, 1874, 4e série, t. IX, p. 489 ; L. Palustre, De la ferrure des chevaux, dans Bulletin monumental, 1881, 5e série, t. IX, p. 770.

E. Aureggio, Histoire de la ferrure des chevaux au Palais des armées de terre et de mer à l'exposition de 1900, dans Annales de la Société d'agriculture et des sciences industrielles de Lyon, 1900, t. LXIV, p. 65 ; Ch. Magne, Le fer à cheval dans l'antiquité. Quelques documents nouveaux provenant des fouilles du sol parisien (rive gauche de l'ancienne Lutèce), dans Bulletin de la montagne Sainte-Geneviève et de ses abords, 1903-1904, t. IV, p. 303-325 ; E. Chabrand, L'origine du fer à cheval, dans Bulletin de la Société dauphinoise d'ethnologie et d'archéologie, 1904, t. XI, p. 129-131 ; Lefebvre des Noëttes, De l'usage de la solea pour la ferrure des chevaux, dans Bulletin de la Société nationale des antiquaires de France 1906, p. 266 ; A. Vaissier, À la recherche de l'origine de la ferrure à clous, dans Mémoire de la Société d'Émulation du Doubs, 1908, 8e série, t. III, p. 100-114 ; E. Petit, Fers de chevaux et fer de javelot trouvés à Aisy sur Armançon, dans Bulletin de la Société des sciences historiques et naturelles de l'Yonne, 1863, t. XVII, 2e vol. VII ; J. de Saint-Venant, Anciens fers de chevaux à double traverse, dans Mémoire de la Société des antiquaires du Centre, 1901, t. XXV, p. 9-50 ; Sal. Pieinach, Hipposandales ou fer à cheval, dans Revue archéologique, 1900, p. 296-297 ; D. Martin, Fers à chevaux antiques trouvés à Gap, dans Bulletin de la Société d'études des Hautes-Alpes, 1900, t. XIX, p. 306 ; H. Muller, Hypposandale gallo-romaine découverte près de Voiron, dans Bulletin de la Société dauphinoise d'ethnologie et d'archéologie, 1904, t. XI, p. 132-136.

H. Leclercq.

2. FER A CHEVAL (ARC EN). On rencontre à une date très reculée l'emploi de l'arc outrepassé, communément appelé arc en fer à cheval. Ce tracé se retrouve en Occident et les Arabes l'ont en quelque façon adopté, en sorte qu'il est devenu une caractéristique de leur art architectural. Depuis longtemps on a signalé ce type dans la basilique d'Aladja, région du Taurus, en Asie Mineure (voir Dictionnaire, t. II, fig. 1423) et dans les églises creusées dans le roc, à Soandère, à Gerenie, et même pour le tracé de l'abside à Eski Andaval, près de Tyane. En Occident, un des exemples les plus souvent cités est celui de la petite église de Baûos (Dictionnaire, t. II, fig. 1252, 1253). Mais nous retrouvons aussi ce tracé en fer à cheval dans le plan par terre des absides de Gennigny-des-Prés (voir ce mot) et à Saint-Philbert de Grandlieu des arcs qui sont presque des arcs en fer à cheval. Cependant, le tracé en fer à cheval n'est pas un tracé normal ; les Arabes peuvent l'avoir adopté sans en comprendre la raison ; à l'origine, cette forme doit avoir eu pour cause un procédé de construction. Sans doute, il faut tenir compte de certains accidents qui, d'un plein-cintre, ont fait un fer à cheval ; c'est lors que des voûtes, formées d'éléments très compressibles et mal maintenues, se sont affaissées à clef et écartées des reins, par exemple à l'église du Riquier, près de Prades (Pyrénées-Orientales) ; cette déformation s'appelle le fer à cheval, mais elle est purement accidentelle. Un cas plus fréquent et qui se rencontre aussi dans le Roussillon est celui de constructeurs ayant à tourner des arcs ou des voûtes, ils leur ont assigné un diamètre un peu supérieur à l'écartement des pieds-droits, se ménageant de la sorte un ressaut qui permettait d'appuyer les cintres. Ceux-ci retirés, on faisait disparaître le ressaut par un empâtement à la naissance de l'arc. Il est permis de croire que telle fut à l'origine la raison d'être des arcs en fer à cheval d'Orient (fig. 4339).

D'après J.-A. Brutails, L'archéologie et ses méthodes, 1900, p. 39.

L'arc en fer à cheval paraît avoir été en vogue dans l'architecture carolingienne qui l'aura emprunté ou reçu directement de l'Orient dont les ouvriers venaient nombreux en Gaule, sans que celle-ci ait dû recourir à une importation espagnole.

H. Leclercq.


FER A HOSTIES. Il n'est pas question ici du pain eucharistique appelé communément « hostie » (voir ce mot), mais du moule qui servait à fabriquer les hosties et à y imprimer un estampage symbolique ou simplement décoratif. Les monuments que nous avons déjà reproduits et ceux, plus nombreux, qui seront figurés dans la suite, montrent à peu près uniformément l'hostie de forme ronde : hoc est enim rotundæ formæ. Dès le temps de la primitive Église, nous avons vu que les boulangers (voir ce mot) se plaisaient à marquer les pains d'un signe ; toute une série de monuments représente la buccella panis de forme arrondie avec une tendance à s'aplatir en forme de galette. L'adoption du pain sans levain (voir Azyme) consacre cette transformation et Mabillon estime que, dès le VIe, la taille des hosties ne diffère guère de celle de nos jours ; la conjecture est des plus vraisemblables, mais ce n'est malgré tout qu'une conjecture. En 544, un concile cherche à obtenir l'uniformité. On lit dans son canon V : Ul oblata quæ in sancto offeruntur altario, a comprovincialibus episcopis non aliter nisi ad formam Arelatensis offerentur Ecclesiæ. Quod si aliter aliquis facere præsumpserit, tamdiu a communione, vel a caritate fratrum seclusus, quamdiu ipsum cœtus synodalis receperit.

Le seul monument figuré qui appartienne à notre sujet est un moule en forme de disque trouvé à Carthage et publié par le P. Delattre qui n'en indique pas la matière (probablement de la pierre). Au centre, le monogramme du Christ avec les lettres A et Ω. En légende, ces mots tirés du chapitre II du Cantique des cantiques (fig. 4339) :


HICESFLOS CAMPI ET LILIVA

Hic est flos campi et lilium (convallium).

Ce petit objet peut remonter au VIe. Parmi les objets qu'ont mis à jour les fouilles exécutées sur l'emplacement du sanctuaire de Saint-Étienne à Jérusalem, rien ne surpasse, comme intérêt religieux, deux pierres taillées en forme de tampon (fig. 4341) : ce sont deux moules pour la sainte eucharistie. L'un est conforme au rite grec, l'autre au rite syrien : 1° diam. 0 m. 14, circonf. 0 m. 41, épaisseur 0 m. 04 ; 2°, diam. 0 m. 14 ; circonf. 0 m. 44 ; épaisseur 0 m. 02.

Nous ne pouvons que transcrire cette indication un peu énigmatique relative à la forme des hosties. « M. l'abbé Magloire Giraud a extrait d'un manuscrit latin du XIe, provenant de l'antique abbaye de Lérins, le récit d'une révélation en laquelle le vénérable évêque Ildefonse aurait été instruit par l'Esprit-Saint de la forme, du poids, du nombre et de la disposition des pains qui devaient servir à la célébration de la messe ou à la communion des fidèles. La révélation aurait eu lieu en 845, au dixième mois. Le texte est fort obscur, rempli d'allusions mystiques et d'explications symboliques d'une interprétation souvent difficile. D'après le désir exprimé par l'Esprit-Saint, tous les pains d'autel étaient de forme circulaire. Les grandes hosties devaient avoir en diamètre trois travers du doigt d'un ange. La dimension des petites hosties, pour la communion, était du tiers environ des grandes. Des cercles tracés sur les pains eux-mêmes, ou leur disposition sur l'autel à certaines solennités, rappelaient par leur nombre la Trinité, les évangélistes, les sept dons de l'esprit consolateur, les chœurs des anges et d'autres divins symboles. Il était interdit d'inscrire sur les pains d'autres caractères que ceux du monogramme du Jésus ou de Christ, ou du mot Deus ou Dominus représenté par l'abréviation DS, ou encore la croix accompagnée de l'alpha et de l'oméga ».


FERENTUM. À l'est du mont Cimino, se trouve Soriano, où fut inhumé saint Euticlus de Ferentum. Les actes du martyr, Euticlus rapportent qu'à peu de distance de Soriano (= Surrina) c'est-à-dire à Ferentum, se trouvait au iv siècle une communauté chrétienne assez importante pour avoir à sa tête un évêque qui gouvernait l'Ecclesia Ferenlina. Ce siège épiscopal fut, dans la première moitié du vii siècle réuni à celui de Bomarzo, et au xii siècle Ferentum fut détruite et rasée par les gens de Viterbe. Les actes d'Euticius paraissent contenir quelques traits historiques ; le martyr fut inhumé dans une propriété, à dix mille de Perentum, et autour de cette tombe se forma un cimetière chrétien. Le martyr survint sous le règne de Claude le Gothique et le natale se célébrait le 15 mai. Saint Grégoire le Grand mentionne l'église de Ferentum où le martyr Euticius aurait apparu à l'évêque Redemptus, priant sur la tombe, pour lui prédire la fin du monde romain, ce qui, pour saint Grégoire, équivalait à la fin du monde.

Le cimetière fut délaissé et la nécropole en partie démolie au iv siècle pour forer les fondations de l'église. A droite de la porte de la crypte on voit un coffre en terre cuite ancien sans qu'on puisse rien en dire de plus. Quand on construisit l'église, on ouvrit un cubile à droite de la crypte lequel fut séparé du sanctuaire par un gros mur, et on y adossa un édifice funéraire. A la paroi du fond se trouvaient deux loculi cachés sur lesquels on a trouvé des traces de peintures, un cartel blanc sur un fond rouge sur lequel se détachait une femme richement vêtue, ayant à droite le chrismon et au-dessous une palme avec cette épitaphe peinte en blanc ; datée du consulat d'Eusèbe et Hypace, en 359.


APRAIN • PAGE QVAE vixil ann. XXIIM-III-DIES VIII


MORES EIVS BON- • ■ • IN HOC DOLO MA • • • ■


FECIT VIXIT CVm fmarito suu ?j AN ■ VI ■ M • Vll-D- • • ■


DEPOS-NONI- ■ ■ EVSEBIA ET EYPA ■ ■ ■

Roldetti a visité ce cimetière et vit un arcosolium dont la voûte était en tuiles couvertes de chaux, avec un double listel en guise de corniche et aux deux côtés de l'arc étaient peints les apôtres avec leurs noms. De l'ancienne basilique il reste une épitaphe du iii-ix siècle, sur travertin, rappelant les travaux de l'évêque Etienne au tombeau du martyr :

t STEPHANVS VATES TIBI MAR TVR EVTICII SPECLATAE MARMORIS DVO Dl '.

H. Leclercq.


FERIA, voir fètes.


FERIANA. A cinq kilomètres environ du fameux cliéne de Feriana, dans la direction de l'ouest (Tunisie, près de la frontière algérienne), on trouve une église chrétienne offrant une disposition intéressante (fig. 4342). Orientée de l'est à l'ouest avec l'entrée à l'est, cette petite église montre encore des murs bâtis en gros appareil jusqu'à la naissance de la voûte. On y relève l'emploi des parpaings jetés au milieu des blocs mal équarris ; ce sont deux ou trois pierres plates mesurant environ 2 mètres en longueur et 0 m. 20 d'épaisseur. Les voûtes sont en pierres brutes de petit volume noyées dans une sorte de mortier.

L'entrée n'a guère plus de 1 m. 50 de largeur. Elle était fermée par une porte dont il demeure quelques indices ; c'est à gauche, à 1 m. 60 de hauteur du sol une cavité circulaire dans laquelle devait venir se loger le verrou de fermeture tandis qu'à droite, à une hauteur de 2 m. 25, une pierre qui surplombe présente une cavité verticale qui devait recevoir l'extrémité supérieure du pivot en fer ou en bois, autour duquel tournait la porte qui n'avait donc qu'un seul battant.

L'église comporte trois parties bien distinctes entre elles. Ce sont :

1° Un couloir long de 6 pas, large de 2 m. 50, voûté et terminé par un arceau.

2° Un appartement carré limité sur chaque face par un arceau semblable ; chaque côté mesure 3 m. 50 D'après Bulletin du comité des travaux historiques, 1892, pi. x-m. environ. A droite et à gauche, à 1 m. 30 au-dessus du sol actuel, s'ouvre une fenêtre rectangulaire. La voûte sur arêtes présente sa croisée au centre de l'appartement.

La largeur totale de l'église est de 16 à 18 pas. Les murs latéraux laissent voir encore à la naissance des voûtes des cavités de forme quadrangulaire qui

H. Leclercq.


FERMENTUM et SANCTA. 1 »Le /^i ;iîJ/£.v TUif. Le fermentum était une portion du pain consacré à la messe épiscopale, que l'on envoyait le dimanche aux prêtres des titres ou paroisses urbaines pour être joint à leur propre consécration. C'est un peu avant la fraction, après le baiser de paix et le Pax Domini, que ce fragment de l'hostie était réservé et mis de côté pour être ensuite envoyé. C'était un symbole de l'unité de l'Église locale et en particulier de l'union étroite de tout le clergé dans la célébration du mystère eucharistique.

Dans la notice sur saint Melchiade (311-314), le Liber Pontificalis dit : Hic jecit, ut oblationes consecratse per ecclesias ex consecralu episcopi dirigerentur. quod declaratur jermentum -. Et à propos de Sirice (384-399) : Hic constituit, ut nullus presbyter missas celebraret per omnem hebdomadam, nisi consecratum loci designati suscipcret declaratunx, quod nominatur fermentum'. Innocent I dans sa lettre à Decentius explique ainsi cet usage : De fermenta vero, quod die dominica per titulos mittimus, superflue nos consulere voluistis, cum omnes ecclesise vestree intra civitatem sint constitutœ, quaram presbyteri, quia die ipsa propter plebem sibi créditant nobiscum convenire non possunt, idcirco fermentum a nobis confectum per acolythos accipiunt, ut se a nostra communione, maxime illa die, non judicent separatos. Quod per parochias (extra urbem constitutas) fieri debere non puto : quia nec longe porlanda sunt sacramenta, nec nos per cemeteria diversa constituas presbyteris destinomus, et presbyteri eorum conficiendorum jus habent alque licentiam *. » La notice de saint Zéphyrin (203-221) donnerait à cet usage une plus haute antiquité, mais le texte n'est pas absolument clair et selon Mgr Duchesne ne peut s'appliquer au jermentum. Voici ce texte : Zepherinus... fecit constitulum de ecclesia et patenas vitreas ante sacerdotes in ecclesia et ministres supportantes donec episcopus missas celebraret, ante se sacerdotes adstantes, sic missœ celebrarentur, excepta quod jus episcopi interest tantum, clerus sustineret omnibus pressentes, ex ea consecratione de manu episcopi jam coronam consecratam acciperet presbiter tradendam populo '. » Cette partie du pain consacré est présentée au peuple ; il ne s'agit donc pas du fermentum porté au clergé des autres paroisses.

Mabillon cite encore ce texte des gloses anciennes sur les décrétales des papes conservées dans le monastère de saint Emmeran : de fermenta quod dicit (Innocentius I) mas est Romanis, ut de missa quœ cantatur in Cœna Domini, et in sabbalo sancto, et in die sancto Paschœ, et in Pentecosten, et in utaU Domini die sancto pertotum annum servatur, et ubicumque per stationes, si ipse Papa ad missam priesens non fuerit, Voici comment le rite est décrit dans l'appendice (iii-ix siècle) de l'Ordo romanus primus : Quando dici débet : PsxiiOMlxi siT semfep. roniscuM, deporlatis a subdiacono oblationario particula fermenti quod ab apostolieo consecratum est, et datur archidiacona : ille vero porrigil episcopo. At ille consignando tribus ricibus et dicendo : PJ.X BOillsi SlT SEMPBR roBISClil, mittit in calicem... Episcopi qui civitatibus pridesident, ut summus pontifex ita omnia peragunt '. » L'Ordo de saint Amand publié par Mgr Duchesne et qui représente une recension du premier ordo, écrite en Gaule au viii siècle, décrit la cérémonie en termes analogues, mais substitue au fermentum, le terme sancta ce qui est une erreur. Les sancta sont le fragment consacré à une messe précédente qui est apporté au commencement de la messe et mis dans le calice au Pax Domini. La même confusion se retrouve dans la description de la cérémonie du samedi saint '.

2° Les sacrements. Comme nous venons de le voir, le fermentum fut quelquefois confondu avec les sancla. Il existe cependant une différence. On désignait sous ce dernier nom un fragment de l'hostie, ou même une hostie entière, consacrée à une messe précédente et réservée pour la messe suivante, et on la mettait dans le calice au Pax Domini sil semper vobiscum. C'est, avec quelle différence, la cérémonie qui a lieu à la messe des présanctifiés. Les sancla étaient apportés au pontife au moment où il se dirigeait du sacrarium avec son cortège vers l'autel pour y commencer le sacrifice. Après le baiser de paix et le Pax Domini, le pape mettait dans le calice ce fragment et procédait à la fraction. Voici comment la cérémonie est décrite dans l'Ordo romanus primus : Et l'une des acolytes tenant les capsas cum sanctis apertas, et le sous-diacre suivant, levant la main dans l'orifice de la capsule, montre les sancla au pontife ou au diacre qui présente le ciboire. Alors, inclinant la tête, le pontife ou le diacre salue les sancla et les contemple, afin que, s'il y a du superflu, il ordonne qu'on le mette dans le conditorium.... Cum dixerit : Pax Domini sit semper vobiscum, faciens crucem tribus vicibus manibus super calicem, mittit sancta in eum... Une autre recension carolingienne donne cette variante : et pertransit pontifex in caput scholæ et in gradu superiore, inclinato capite ad altare, primo adorât sancta, et stat semper inclinatus usque ad versum prophetalem... Ce rite avait pour but d'affirmer la continuité du sacrifice eucharistique, comme le fermentum était un symbole de son ubiquité. C'est toujours et partout le même sacrifice, la même eucharistie.

Dans la liturgie gallicane et dans la liturgie orientale, ce rite, ou un rite analogue, avait lieu à l'offertoire. Saint Germain (t. 576) décrit cette procession dans sa fameuse Expositio missæ. De Sono. Pnecepit Dominus Moysi ut faceret tubas argenteas, quas levites clangerebant quando offerrebantur hostias, et hoc esse signum per quod intelligeret populus quod hora inferebatur oblatio, et omnes incurvabant adorabant Dominum, donec veniret columna ignis aut nubes, qui benediceret sacrificium. Nunc autem præcedentem ad altarium corpus Christi non jam tubis irreprehensibilibus sed spiritualibus vocibus præclara Christi magnalia dulci modulatio psallet ecclesia. Corpus vero Domini ideo defertur in turribus, quia monumentum Domini in similitudinem turris fuit scissum in petra, et intus lectum ubi pansavit corpus dominicum, unde surrexit rex gloriæ in triumphum... C'est à cette procession des sancta de la sacristie à l'autel que fait allusion saint Grégoire de Tours dans cet exemple souvent cité : Nam recolo quod in adolescentia mea geslum audivi. Dies passionis erat Polycarpi martyris magni et in Ricomagensi (Riom) vico civilatis Arvernorum ejus sollemnia celebrabantur. Lecla igitur passione cum reliquis lectionibus, quas canon sacerdotalis invexil, tempus ad sacrificium offerendum advenit, accepta que turre diaconus in qua mysterium dominici corporis habebatur, ferre cœpit ad ostium : ingressus que templum, ul eani alluri superponeret, elapsa de manu ejus ferebatur in aera, et sic ad ipsam aram accedens, numquam eam manus diaconi polluit, quod non aliam credimus accidisse, nisi quia polluta erat in consecratio...

Bona, Rerum liturgicarum, t. i, p. 23. — C. F. Atchley, Ordo romanus primus, London, 1905, p. 106 sq. — Ducange, Glossarium mediæ et infimæ latinitatis, s. v. — Mgr Duchesne, Les origines du culte chrétien, p. 166 et 188. — V. Fortescue, The Mass, Londres, 1914, p. 367 sq. — W. E. Freestone, The sacrament reserved (Alcuin club collections), London, 1917, p. 70 sq. — D. A. Gréa, De l'Église et de sa divine constitution, Paris, 1885, p. 318. — Le Brun, Explication des prières de la messe, Paris, 1726, t. i, p. 570 sq. — Martène, De Ecclesiæ ritibus, Bassani, 1788, t. i, p. 156 sq. — W. Lockton, The Treatment of the remains after Communion, Cambridge, 1920.

Voir Fraction.

F. Cabrol.

D'après Bulletin archéologique du Comité des travaux historiques, 1909, pl. XLVI.

« A la croisée des branches, une inscription en forme de croix est ainsi conçue :

« Cette légende se retrouve, disposée de la même manière, sur un certain nombre de monuments d'origine byzantine. Renan la signale sur une croix de métal trouvée à Byblos. Elle figure même sur une boîte de cèdre en forme de croix, au trésor du Sancta sanctorum à Rome et qui peut remonter au XIe (fig. 4343), et pareillement sur une miniature de l'évangéliaire de Sainte-Croix de Poitiers (VIIe), au haut de laquelle elle est disposée absolument de la même façon. On la rencontre en outre sur des cachets, par exemple sur un anneau d'argent du British Muséum, et nous l'avons donnée déjà plusieurs fois dans le Dictionnaire. « Ces monuments sont tous de date assez ancienne : et en effet la légende qui y est inscrite correspond aux plus anciennes idées du symbolisme chrétien. On lit dans le Contra hæreses (I, ix, 3) de saint Irénée : quum unus et idem ostendatur Logos et Monogenes, et Zoe et Phos, et Sol et Christus... Le Christ, lumière et vie, ainsi que le nomme le texte inscrit sur notre monument, trouve naturellement son expression dans la figure de la croix. A une date plus rapprochée, on imagina chez les Latins une forme calquée sur celle-ci : L dont le sens est D V X X Il peu près identique. « La croix de Korbous, remarquable par sa forme, servait semblablement à fermer un coffret contenant des reliques '.

Dans les fouilles du cimetière de Saint-Sulpice (à 4 kilomètres de Lausanne) on a trouvé un fermoir d'aumônière (fig. 4344). Ceci nous amène à la question des fermoirs de bourse.

H. Leclercq.

Têtes d'un oiseau (fig. 4345). Au milieu inférieur de cet objet, que je crois, dit en hésitant l'abbé Cochet, un fermoir de bourse, se trouvait attachée une petite boucle de bronze destinée à fermer l'aumônière qui devait être en cuir '. En Allemagne, en Angleterre, en France, cet objet a toujours été trouvé à la ceinture des morts. Dans un tombeau de Lupfen, près d'Oberflacht, on trouva un guerrier pourvu du couteau, de la lance et de l'épée, ayant avec lui une pierre à aiguiser, une pierre à feu et des vases ; en outre, à la ceinture, un objet de bronze « ressemblant à la traverse d'une balance et d'où probablement un sac pendait ». Cet objet a 17 centimètres de longueur et montre à chaque extrémité terminée par une tête de serpent, deux bouts recourbés d'environ 3 centimètres. Au milieu est un anneau dans lequel est passée une boucle de bronze, servant de fermoir. Dans le cimetière saxon d'Ozingell (Kent), on trouva, en 1851, à la ceinture d'un mort, un fermoir de bourse, présentant au centre une boucle en bronze bien conservée '. A l'exception de la boucle, le fermoir d'Ozingell était en fer comme ceux d'Envermeu et comme eux, il offre des traces de tissu. Des fermoirs analogues ont été trouvés dans d'autres cimetières d'Angleterre, notamment à Harnham Hill, près Salisbury, à Chessel Down (île de Wight). Deux exemplaires ont été conservés dans la collection Bryan Faussett formée avec les cimetières du Kent (entrée au musée de Liverpool). L'un de ces fermoirs a été trouvé en 1772-1773 à Silbertswold Down, dans un tombeau féminin ». L'autre, en 1773, dans un riche tombeau de Kingston Down. Ce n'était plus guère qu'une monture dégarnie tandis qu'à Chessel Down « le fermoir présentait adhérents avec lui non seulement les débris de la bourse, mais encore des objets qu'elle avait dû renfermer. On y remarquait surtout une bordure de métal, probablement en argent et de forme ronde, mais parfaitement reconnaissable. Le fermoir d'Envermeu figuré plus haut représente, d'après le Dictionnaire d'archéologie chrétienne, un oiseau à bec crochu, la tête, le cou, les yeux sont très reconnaissables ; à chaque extrémité, c'est-à-dire à la pointe extrême du bec, un petit trou est ménagé entre l'or et le verre et assez grand pour laisser passer un fil de lin, de soie ou de métal. Il est vraisemblable qu'à chaque fil était suspendu un gland de soie ou de métal. Ce fermoir a été trouvé dans la tombe d'un défunt possédant des balances, une épée, un bouclier, un angon, une hache et une lance, guerrier armé de pied en cap et probablement agent du fisc et officier monétaire, à en juger par les balances '.

Autre fermoir dans le cimetière franc de Templeux-la-Fosse (Somme). Sa conservation est parfaite. Il est composé de quarante-six verroteries rouges cloisonnées d'or et mesure 0 m. 09 de longueur sur 0 m. 012 de largeur. A la monture adhère une boucle d'argent ; la facture est identique aux fermoirs trouvés à Envermeu et à Tournai, mais ses dimensions sont un peu moindres. Quant au sujet des extrémités, Th. Eck ne veut pas, avec raison, croyons-nous, que ce soit un oiseau : il est en effet impossible de voir ici autre chose que le muffle d'un hippopotame ». Le fermoir de Flamicourt semble plutôt offrir le profil d'un rapace '.

Sans vouloir entreprendre un classement de ces fermoirs, voici ceux que nous pouvons signaler : Envermeu (Seine-Inférieure), Nesle-Hodeng (Seine-Inf.), Armentières et Brény (Aisne), Flamicourt et Miannay (Somme), Hamignies, Épraves, Wancennes (Belgique), Oberflacht, Flonheim, Seizen (Allemagne), Herpès (Charente), Laure (Aude), etc., etc.

A ces monuments vient s'ajouter une pièce trouvée dans le tombeau de Childéric Ier à Tournai, en 1653. Le premier historien de la découverte, le médecin Chifflet (voir ce nom), n'a eu sous les yeux que des morceaux disjoints et, ne pouvant imaginer leur destination, les prit pour un ornement du harnais et leur donna le nom de phalerae regii, qui. La comparaison des fragments avec le fermoir d'Envermeu ramena l'abbé Cochet à conclure que Childéric eut un fermoir de bourse semblable, composé également de verroteries rouges cloisonnées d'or et offrant à chaque extrémité une tête d'oiseau avec le cou, les yeux et les narines. Il ne manque que la portion du milieu où se trouvait la boucle destinée à agraffer la lanière de la bourse (fig. 4347). La bourse de Childéric contenait cent pièces d'or en dehors des deux cents pièces d'argent que renfermait son tombeau. D'après les propres expressions de Chifflet, cette bourse était de cuir, dont il restait des débris pourris : ex aluto putri. Elle était même si grosse et si bosselée qu'elle fut comparée par les témoins de la découverte à une boule ou à un nid, nidus rotundior, ce que Montfaucon traduit tout uniment par ces mots : « On trouva sur le roi une espèce de nid pourri où il y avait plus de cent monnaies ou médailles d'or. » Chifflet avait su, par les témoignages positifs, sans doute, transmis par son fils, le chanoine Jean Chifflet, que ce fut le curé-doyen de Saint-Brice, Gilles Pâté, qui toucha le premier aux monnaies d'or. « Il les ramassa, dit-il, presque sur le sein du roi, » quasi in gremio regis, et comme réunies toutes ensemble dans une bourse, et in marsupio putri coacervatas. Cette déclaration si nette et si catégorique, ajoute Chifflet, me fait croire que ces pièces devaient être contenues dans une bourse suspendue à la ceinture du prince, selon l'usage des anciens : in crumena... quae pependisse ex antiquo more. Suétone, ajoute-t-il, dit en parlant de Vitellius qu'il se ceignit d'une ceinture remplie de pièces d'or, et Pescennius Niger, prêt à se mettre en campagne, défendit à ses soldats « de charger leurs ceintures de pièces d'or et d'argent. » On n'aperçoit aucune trace de bourse sur les monuments égyptiens. Les Perses faisaient peut-être usage d'un long sac pyriforme à gland sphérique, suspendu parfois à la boucle de la ceinture, comme d'une bourse, mais on ne peut rien affirmer. Grecs et Romains avaient probablement les mêmes usages sur ce point ; ils logeaient leur bourse ou leur mouchoir dans le sinus, pli demi-circulaire dans le vêtement ; on le formait en saisissant une des extrémités de la draperie et en la rejetant par-dessus l'épaule du côté opposé. Le creux formé était commode pour porter ce qu'on voulait tenir caché, comme une lettre, une bourse, etc.

Et puer est nudus amor ; sine sordibus annos

Et nullas vestes, ut sit aptus habet.

Quid puerum Veneris pretio prostare iubetis ?

Que pretium condat, non habet ille sinus.

Le sinus ou poche est visible dans certains monuments chrétiens, notamment les mosaïques de San Giovanni in fonte à Ravenne.

Outre le sinus toga, les Romains recouraient au cinclus gabinus, consistant à jeter un pan de la toge sur la tête, en passant l'autre par derrière autour des reins, de manière à former une ceinture. Le cinclus gabinus est visible sur la Transfiguration du calendrier en mosaïque du baptistère de Florence, œuvre que Gori estime contemporaine de Basile.

Enfin, l'ustensile qui, chez les anciens, tenait lieu de poches, aux voyageurs comme aux paysans, était la pera, πήρα, ou pasceolus, besace, havresac de cuir porté en bandoulière au moyen d'une courroie passée par-dessus l'épaule.

Grecs et Romains enfermaient l'argent qu'ils transportaient sur eux dans le marsupium ou sacculus, sorte de petit sac à panse arrondie fermé par un coulant ou des cordons. Le marsupium se cachait dans le sinus, ou se tenait à la main ; il était parfois orné de glands, parfois confectionné en peau de blaireau, de fouine, de chat sauvage. Une statuette de Mercure vêtu d'une psenula, publiée par Ferrari, représente cette divinité tenant un marsupium ouvert, auquel son opercule prolongé donne une certaine ressemblance avec une blague à tabac ; c'est l'opinion d'Hoffmann qui s'exprime ainsi : Ut vestes succingant et marsupium inde suspenderent recondendae pecuniae. Sic Mercurius depictus olim cum sacco marsupio e zona pendulo. A. Rich a publié la statue découverte à Naples d'un homme de la classe moyenne ; au cinctum de cet individu flottent des cordons multiples, auxquels on peut attribuer une destination expliquée par ces vers de Juvénal :

Nocte cadet fractis trabibus fluctuque premetur

Obrutus et zonam lassa morsuque tenebit.

Le marsupium se nommait aussi loculus quand il était de petite dimension et destiné à contenir de l'or : Hos nisi de flava loculos implere moneta Non decet : argentum vilia ligna ferunt. ou locellus :

Si quid adhuc superest in nostri fœce locelli : Est numus.

Le deuxième type de bourse était la crumena ou (παραδήματος), funda, poche de cuir en usage chez les gens riches qui la faisaient porter par un serviteur marchant devant eux :

Je prie, puere, ne quis crumenam pertundat, cautio est ; ou bien derrière eux : cum servus sequebatur crumenam plenum asinum portilans ; elle s'attachait au cou :

Hic pone, hic istam crumenam collocat in colla plane.

La crumena, comme la pera, se mettait en bandoulière, assez semblable à la gibecière qu'on porte de nos jours battant les flancs et suspendue au cou.

Quant à la bulga, autre petit sac de cuir que l'on suspendait au bras à la façon de nos réticules et que Nonius confond avec la crumena : Bulga, dit-il, est folliculus omnis, quem et crumenam veteres appellarunt, et est sacculus ad brachium portatus, celle sorte de bourse était incontestablement d'origine barbare et gauloise, quoique les Romains l'eussent adoptée : Bulgam et quicquid habet nummorum, secum habet ipse. Cum bulga portat, dormit, lavit, omnis in una.

Charles de Linas a présenté une explication ingénieuse et vraisemblable sur l'adoption de la bourse dans le haut empire. Après la séparation définitive sous les fils de Théodose entre l'Orient et l'Occident, l'élément oriental déjà prépondérant sur le costume des hautes classes, domina seul à Constantinople. L'amour extrême des Byzantins pour le luxe et la parure les força d'étroiter robes et manteaux, car il eût été impossible de souffrir le poids des anciens vêtements, s'ils avaient été constellés de joyaux et de broderies. Or, la tunique étroite, la raide chlamyde, le pallium rétréci, peints ou sculptés sur les éfigies impériales n'admettant aucune espèce de sinus, il fallut bien, pour éviter l'embarras de tenir à la main bourses et tablettes, se servir habituellement du παραδήματος, moins toutefois la bandoulière. Un bas-relief de la colonne de Théodose (voir Colonnes historiques) présente deux conducteurs de bêtes de somme ayant, passés dans leur ceinture, des sacs à opercule rabattu, identiques aux gibecières ; l'un de ces sacs paraît fermé avec des cordons, l'autre est boutonné. Dans une mosaïque de Saint-Vital de Ravenne, un long et étroit rectangle arrondi par le haut, orné vers le centre d'un énorme gland d'or, tranche en blanc sur la chlamyde pourpre de l'empereur Justinien, à laquelle il est attaché par une agrafe de rubis. Cet objet, pendant le long de la cuisse, doit être un παραδήματος.

Ce chartrier était oublié et presque inconnu dans le monastère de la Vieille-Gastille, Silos, où, sauf de rares exceptions, dom Férotin ne rencontra que des documents inédits, parmi lesquels plusieurs d'un grand intérêt historique : bulles pontificales depuis Gélase II (1118) jusqu'à Jules II ; chartes, diplômes, vidimus royaux. Depuis les débuts du royaume de Castille, il n'est presque pas de roi ou de reine qui ne soit représenté par un acte dans les archives du monastère de Silos. On y rencontre les noms de Ferdinand Ier, de Sanche le Fort, d'Alphonse VI, d'Alphonse VII, de la reine Urraque, de saint Ferdinand, de Pierre le Cruel, de Henri de Trastamare, de Ferdinand et d'Isabelle, de Jeanne la Folle. Ce bel ensemble fut transcrit, critiqué et annoté dans un Recueil ou cartulaire auquel l'éditeur se réservait d'écrire une préface qui mit en valeur les matériaux inédits. La préface se développa en introduction suivant une méthode à laquelle on a paru renoncer depuis, peut-être parce que la présentation brute d'un texte présente moins de difficultés que son explication. Dom Férotin appartenait à une génération qui croyait encore, à l'exemple de Guérard, de Deloche, que l'interprétation des textes n'est pas superflue, au moins pour tous ceux qui n'ont pas eu le loisir de se livrer à l'étude directe d'un sujet particulier. C'est ainsi que l'introduction alla en se développant peu à peu et devint un deuxième ouvrage qui reçut le titre distinct, d'Histoire de l'abbaye de Silos. L'auteur y fait preuve d'une érudition toujours en éveil et d'une critique juste, mais en défaut, pour écarter les documents suspects ou les témoignages légendaires. C'est l'histoire d'un monastère dont les origines remontent à l'époque wisigothique et qui dut sa célébrité à un de ses abbés, Dominique, à partir duquel (xième siècle) l'abbaye joua un rôle important dans l'histoire de l'Espagne catholique.


II. Le liber ordinum. — Outre son chartrier, Silos avait possédé au moyen âge une collection de manuscrits formant une bibliothèque wisigothique à laquelle aucune autre ne pouvait être comparée dans la péninsule. Cette collection unique se conserva jusqu'en 1877 ; elle fut alors mise en vente à Madrid et revendue à Paris l'année suivante. Le lot le plus considérable et le plus précieux fut acquis par la Bibliothèque nationale, grâce à l'initiative de L. Delisle (voir ce nom) ; un autre lot vint enrichir le fonds des manuscrits du British Muséum ; seuls quelques manuscrits revinrent à Silos, au nombre de trois ou quatre, et reprirent leur place dans un trésor en partie dispersé. Parmi ces manuscrits se trouvait le Liber ordinum ; c'est-à-dire le rituel en usage dans l'Église d'Espagne avant la conquête musulmane de 712 et qui ne fut abandonné que dans les dernières années du xième siècle. Depuis longtemps, les érudits, les liturgistes surtout, considéraient comme à jamais perdue cette partie si importante de l'ancien rite mozarabe. Un silence de plus de huit siècles et des recherches en vain renouvelées depuis près de deux cents ans semblaient leur donner définitivement raison. Il était réservé à dom Férotin de retrouver deux manuscrits en caractères wisigothiques de ce rituel : l'un à Madrid, dans la bibliothèque de l'Académie de l'histoire, l'autre à Silos.

Vers le milieu du xième siècle, alors que l'existence du rite mozarabe était menacée, quatre manuscrits, choisis entre tous par les évêques d'Espagne, et renfermant, dans leur type le plus parfait, les formules principales de l'antique liturgie nationale, furent présentés à Rome et approuvés par le pape Alexandre II. Le premier était le Liber ordinum, le second le Liber orationum, le troisième le Liber missalis, le quatrième le Liber antiphonarum. Dans ses prolégomènes aux œuvres de saint Isidore, le très docte Arévalo écrivait, vers 1795, au sujet des quatre livres : Utinam quatuor illi codices alicubi inveniri possent. Son vœu est enfin en partie réalisé, et dom Férotin pouvait ajouter : « C'est en effet le premier de ces manuscrits, l'original lui-même, soumis à l'examen personnel du pape, que je crois avoir découvert. » Ce manuscrit est un volume de 305 millimètres de hauteur sur 220 de largeur ; il se compose de 42 cahiers formant 344 folios à marges très amples d'un beau et fort parchemin dont le grain est d'une grande finesse. Sa conservation (sauf quelques pages coupées avant le xviiième siècle) est parfaite : sa fraîcheur ferait croire qu'il vient de sortir de l'atelier du copiste, ce qui s'explique non seulement par le soin qu'on en a pris, mais encore par le peu d'usage qu'on en a fait, puis que le rite romain vint remplacer le rite wisigothique un demi-siècle environ après qu'il eût été transcrit. L'écriture, tracée d'une main sûre, est une belle wisigothique largement espacée et les abréviations y sont relativement rares. Les rubriques sont, ainsi qu'il convenait, tracées au minium, d'une minuscule plus fine et plus serrée que le texte courant qui est tracé à l'encre noire. Pour les titres, le scribe ajoute volontiers le bleu foncé.

Au folio 331 v° et au recto de 332, on lit l'inscription suivante :

Exaratam esl h une ordinem librum per jassionem domino Dominicus prcsbiter qui et abba ex ccenobio sancti Prudentii amminiculantc Santio Garseiz de monte Albo simul cum sua uxore liizinnina ut liai remediu illorum anime ego Hartolomeus livet indignus presbitcrii tamcn ordine lunctus h une ordinum cxaravi brebi formula compactum sed valde ordi nibus ecclcsiasticis ablum /cliciter currente cra llxla XV kalendas junias unde humiliter precamur presentium et juturorum piam in Christo dilcctionem qui in hoc libello sacriftcium Deo obtulcritis predictos nos ftagiliorum mole grabatos memorare non drsistatis qualiter adiuti precibus veslris eruis mereamur 1(6 ardorc averni et l'iuere cum Christo in seculis scmpilcrnis amen.

Le Liber ordinum fut donc écrit de la main du prêtre Barthélémy, par ordre de Dominique, abbé du monastère de Saint-Prudence. Les dépenses exigées pour ce travail et pour l'achat du parchemin furent payées par un certain Santius Garveiz d'Albelda et de sa femme Bizinnina. Le manuscrit fut terminé le 18 mai 1052, qui correspond à l'an 1090 de l'ère espagnole alors en usage.

Dom Férotin estimait que le manuscrit avait été présenté vers 1065 au pape Alexandre II, alors que ses légats en Espagne voulaient supprimer la liturgie mozarabe. Voici comment il était amené à cette induction : Le monastère de Saint-Prudence de Laturce, dit-il, dont l'abbé fit écrire notre Liber ordinum était à l'époque qui nous occupe une simple dépendance de la célèbre abbaye de Saint-Martin d'Albelda, située dans le voisinage. Au xième siècle Albelda (ou Albeida, nom arabe) avait la réputation de posséder quelques-uns des textes les plus purs de la liturgie mozarabe. Aussi, peu après 1064, lors que les évêques d'Espagne, voyant l'existence de leur liturgie nationale menacée par les légats du pape, voulurent pour sa défense présenter à Alexandre II un ensemble très fidèle de ces formules, s'empressèrent-ils de recourir à la bibliothèque de cette abbaye. C'est de là que fut tiré le Liber ordinum, un des quatre volumes du rite wisigothique envoyés à Rome, et le seul qui fut examiné par le pape lui-même. Le résultat de cet examen fut l'approbation sans réserve de la liturgie mozarabe, déclarée légitime et parfaitement orthodoxe. Voici le récit contemporain de cet événement : Pro qua re (le projet de la suppression du rite mozarabe) Ispaniarum episcopi vehemenler irati, consilio inito. Ires episcopos Romam miserant, scili cet Munionem Calagurritane et Eximium Auccensem (l'ancien évêché d'Auca, alors transféré à Burgos) el Forlunium Alabensem. Hi ergo cum libri ofpciorum Lspanarum Ecclesiarum se domino pape Alexandre presentaruni, libros quos portaverant obtulerunt, id est : Librum ordinum, et Librum missarum, el Librum orationum, et Librum antifonarum. Quos libros domnus papa et omne concilium sascipiens, diligenler perscrutantes el sagaci studio perquirentes, bene culholicos et omni heretica pravitale mundos invenerunt : et ne quis amplius officiuni 7spane Ecclesie inquietarel, vel damnarel, vel matare presumeret, aposlolica auctoritate proibuerunt et eliam inlerdixenint. Et data benediclione super prejatos episcopos eos, ad propria redierunt. — Ex libris quos portaverunt ad Romam unum luit Ordinum maioris Albaldensis cenobii, ubi continetur baplismum et seputtura, et lenuit papa Alcxandrus, et fuit bene laudatum. Alium librum Orationum de monasterio Iraze (Hirache, en Navarre), et tenait abba sancti Benedicti cl fuit bene laudatum. Et librum Missale fuit de Sancta Gemma. Et librum Antifonarum de Iraze. lia diviserunt, decem et novcm diebus tenuerunt et cuncti laudaverunt.

Des trois évêques députés à Rome, l'un, Eximius de Burgos, fut pendant de longues années l'ami dévoué de saint Dominique abbé de Silos (t 20 décembre 1073). Le monastère de Silos était à cette époque un centre de culture littéraire et tout semble indiquer que le Liber ordinum, resté entre les mains de l'évêque de Burgos, fut confié par lui au saint abbé ou à quelqu'un de ses disciples. Entré dans la bibliothèque de Silos dès le xième siècle, le Liber ordinum est mentionné dans la plupart des catalogues anciens et modernes des manuscrits du monastère. Au xixème siècle seulement, il dut sortir à trois reprises de cet asile, mais ce fut pour échapper au pillage pendant les guerres dites de l'Indépendance et, un peu plus tard, à la mainmise de l'État sur les propriétés monastiques (après 1835). Près de vingt ans après, les deux ou trois moines castillans autorisés par le gouvernement à demeurer à Silos pour régir la paroisse, ayant disparu, le précieux manuscrit resta chez le neveu de l'un d'eux, alors propriétaire de l'ancienne pharmacie de l'abbaye. C'est dans cette vénérable botica, que dom Férotin eut la bonne fortune de le découvrir.

Le contenu liturgique du manuscrit sera analysé et étudié plus loin, voir Mozarabe (Rite) ; mais il reste à dire ici que le rituel contenu dans le Liber ordinum paraît être celui d'une église de Tolède, placée sous le vocable des saints apôtres Pierre et Paul, et désignée sous le nom de basilica Prætoriensis dans laquelle plusieurs conciles se réunirent de 653 à 702. C'est là que les rois wisigoths venaient à la tête de leur armée recevoir la croix d'or de la main de l'évêque, au moment de partir pour la guerre. Le détail de cette cérémonie se trouve contenu dans l'Ordo quando rex cum exercitu ad prælium egreditur. La basilica Prætoriensis était l'église officielle de la garde royale des souverains wisigoths. Là se fit oindre de l'onction royale le roi Wamba, en 672. Outre le cérémonial du départ de l'armée royale et de sa rentrée à Tolède : Orationes de regressu regis et VOratio de susceptione regis quando de vicino regreditur, qui montre clairement que cette église était celle du quartier général ou de la résidence royale, le manuscrit parle encore de cette église dans la bénédiction du Primicier quem in clero primum in ecclesia sanctorum Petri et Pauli preesse volumus. Tous ces textes sont copiés à la lettre, sans aucune modification, pas même dans les rubriques, et apparemment sans autre souci de la part du scribe que celui de nous conserver une collection d'anciens textes liturgiques.

Voilà donc datée une partie du Liber ordinum. Elle remonte aux rois visigoths catholiques et à la seconde moitié du VIIe. Une partie de l'ordo quid conveniat observare clericis civitatis illius a dû être composée vers le même temps. Il en est de même de l'Oratio post nomina offerentium dicenda in quacumque missa, du moins quant à l'obligation de la réciter à toutes les messes. Il est des formules plus anciennes, rédigées à l'époque des Wisigoths ariens et remontant tout au moins au siècle précédent. La Missa orrmium tribulantium, la formule rédigée pour la réconciliation des ariens, celle de l'ordination du diacre {ut sanctus Stephanus speciali gratia preditus, semper adversarios fidei catholice superet et vincat), d'autres textes encore, peuvent être rangés dans cette catégorie. Un nombre beaucoup plus considérable semblait appartenir à une époque antérieure à l'invasion des barbares, sauf quelques additions de peu d'importance. Et dom Férotin inclinait à compter parmi ces formules tout le rituel du baptême (à l'exception de quelques cérémonies), la plupart des ordinations et des bénédictions, la pénitence publique, l'onction des infirmes, une bonne partie du long et magnifique cérémonial de la sépulture, l'ensemble des offices de la semaine sainte, la tnissa omnimoda et plusieurs messes votives ; en somme, une portion considérable du manuscrit et la plus importante.

Quelques parties sont évidemment moins anciennes. Tout ce qui concerne l'état monastique par exemple, ne peut guère remonter au delà du VIe ou du VIIe : il parait certain que tous ces passages sont antérieurs au VIIIe et à la chute de l'empire wisigoth. On ne saurait en dire autant du premier exorcisme par lequel débute le copiste du XIe et de quelques autres formules très rares. Leur rédaction détonne avec l'ensemble du manuscrit et porte la marque d'une époque plus récente. Le texte du rituel a été étudié dans son ensemble au point de vue du cursus, si important parfois pour fixer la date de certains documents. S'il était vrai, comme on l'a prétendu, que les règles du cursus n'aient guère été connues de la fin du VIIe jusqu'au commencement du XIIe, ce serait une nouvelle preuve de l'antiquité du Liber ordinum. Ces règles y sont, en effet, presque partout fidèlement suivies. Par malheur, cette théorie est loin d'être à l'épreuve d'une analyse attentive des textes de cette période et il semble prudent de n'en tirer aucune conclusion précise en faveur des manuscrits wisigothiques.

Dans une étude sur Alcuin (voir ce mot), on a eu ici l'occasion de signaler ce fait curieux que le célèbre liturgiste, l'adversaire déclaré de l'adoptianisme, et, par suite, de la liturgie mozarabe, ne s'était fait aucun scrupule, dans des ouvrages liturgiques postérieurs, de faire des emprunts à cette même liturgie. L'étude du Liber ordinum vient apporter de nombreux faits ; voici quelques rapprochements :

Liber Sacramentorum (P. L., t. CI.)

Ignosce mihi, quæsumus. Domine, quem mæulate vitiv. (col. 449).

Memores sumus... gloriosissimæ passionis filii tui, resurrectionis etiam... (col. 449).

Qui novit te novit seternitatem, o œterna veritas... (col. 447).

Offerentes ibi. Domine, hostiam jubilationis pro delictis nostris... (col. 450).

Doce me scientiam scripturarum... sic cantine ut non cadani... (col. 447).

Si mala respexeris mea tartarea tormenta vix sufficiunt... (col. 447).

Liber Ordinum (Édit. Férotin)

Ignosce, Domine, quod maeulate vite (col. 263).

Memores sumus... gloriosissime passionis D. N. J. C. resurrectionis etiam... (col. 265).

Qui novit te novit eternitatem, o eterna veritas... (col. 268).

Offerentes tibi, Domine, hostiam jubilationis pro delictis metis... (col. 270).

Doce scientiam scripturarum... sic contine ne cadam... (col. 278).

Si mala mea respexeris tartarca vix tormenta sufficiunt... (col. 279).

On ne peut mettre en doute qu'Alcuin a puisé à pleines mains dans le Liber ordinum ou dans un document qui lui est apparenté de très près. Ce qui est intéressant à constater c'est que ces emprunts se trouvent dans des messes intitulées par Alcuin Missœ sancti Augustini. La question de l'origine de ces messes était jusqu'ici un problème pour les liturgistes. Ces rapprochements en donnent, croyons-nous, la solution. C'est Alcuin qui a donné à ces emprunts, on ne voit pas trop pour quelle raison, ce titre de Missœ S. Augustini, leur origine est mozarabe.

Les messes votives, disséminées dans différents sacranientaires sous le titre de Missœ sancti Augustini, ne se rencontrent généralement pas dans les livres antérieurs au IXe. Tantôt on n'y trouve qu'une seule de ces messes, tantôt deux, ou bien une pour chaque jour de la semaine ; ce dernier cas est celui de Liber sacramentorum de Pamelius. Une seule de ces messes, la première, renferme quelques extraits des œuvres de saint Augustin, circonstance qui aura pu valoir à tout le groupe des sept messes le titre sous lequel il est désigné.

La première missa sancti Augustini a été seule conservée dans le sacramentaire de Gellone, et le texte de ce manuscrit qui s'accorde avec celui du Liber Sacramentorum de Pamelius n'offre que des points de contact, mais non pas un parallélisme continu avec une messe du missel mozarabe, il semble donc impossible de rapporter à ce rite la missa en question. Cette même messe reparait dans le Liber ordinum, sous le titre de missa qua se sacerdos Deo commendat in angustiis, avec quelques variantes dignes d'attention. En outre, dans une autre messe quam sacerdos pro se dicere debeat, la formule Inlatio nous offre des textes dans lesquels on avait un peu prématurément pensé découvrir l'indépendance totale du Gellonensis à l'égard du rite mozarabe. On peut s'en convaincre par le rapprochement des textes :

Liber ordinum

Ex missa quam sacerdos pro se dicere debeat (col. 267).

Inlatio (col. 267).

Dignum et justum est, equum plane et salutare est, nos tibi gratias agere, eterne omnipotens Deus ; qui ita dignus es cui agitur, quo ita dignum nos ita quo agitur. Quid enim dignum agat te indignus tecum, etiam si id quod indigne agimus digne ageremus ? Ita quo que tibi deberemus dignitate facti, ut digne predicemus, te laudare tactorem indigne, te lacimus cum digna tibi opéra facientes nos ipsos facimus indignos, quos dignitatis tue similitudini condignos facere dignatus es, et rationabili inditos intellectu te nosse voluisti.

Sacra H. Gellonensis

Ex missa b. Augustini epi. in natale sacerdotis.

Contestaia (fol. cccvn).

V. D.

Invoco ergo tuam misericordiam, qui fecisti me, ut non obliviscaris oblituni tui, et exquirentem tenedeseras. Quis enim similis tibi ? Quia iperj mortem omnis erroris revocas nos (ad) vitam qui numquam moreris. Qui novit te, novit eternitatem, caritas novit te.

Oeterna veritas ! et vera caritas ! et cara eternitas ! Deus une, Deus Trinitas, in cuius magnam confldo misericordiam, miserere met proptcr nomen tuum, et nequaquant deserens precepta tua, consumma imper/ecta mea (propter) spem miscricordie tue. Polens est enim dextera tua augere magis magis que in me munera tua, est anima mea sequatur te, ut ingrediar sine macula, sine ruga.

Tu es enim honor meus, et laus mca, et fiducia mea, Deus meus. Gratias ago tibi in (lonis tuis sed mllii eas scrva. Ita enim scrvabis me et augebuntur et pcrncicntur que dcUisti mihi, et eris mccuin ita dignus es pro quo agitur, et ita dignus es cui agitur, ut ita dignus non sit a quo agitur quod enim agat indignus tecum, etiam si id quod digne agimus digne egerimus, id quo que tibi debuerimus, tibi digne a te facti ut digne predicemus, te laudare factorem, sed indigne te facimus cum indigna tibi opéra facientes, nos ipsos facimus indignos, quos dignitas tuœ similitudinis condignos facere dignatur et rationabili inditos intellectu le nosse voluisti quœ fecisti. Invoco ergo te niisericordia mea, quai fecisti me ut non obliviscaris oblituni tui, et exquirentem le ne deseras, Quis enim similis tibi qui a morte omnis erroris revocas nos. Vita quœ nunquam morieris. Qui novit te novit eternitas. Charitas novit te.

Eterna veritas et vera caritas et cara :i>ternita »l Deus unitas,Deus Trinitas in cujus magna confldo valde misericordia, miserere met propter nomen tuum et nequaquam deseram prœcepta tua, cum sum imper/ectus, mea spes misericordia tua. Potena est enim dextera tua.

Et anima nwa sequatur le ut ingrediaris et coaptcr tibi et possideas eam sine macula et ruga. Tu es enim honor meus et laus mea Deus meus. Grattas ago tibi de donls tuis sed mihi ca serva. Ita enim servabis me et augcbunlur et pcrncicntur qusc dedisti mihi, et eris inccum In omni•in omnibus, quia et ut sim et quocl sum tu dedisti milii.

El ego lonfttebor tibi in ecclesia magna ; in populo gravi taudabo te. Per ipsum, cui ■confltentur onmes anime, ut miserearis et sanes eas, et cuni Angelis et Arcangelia, Thronis et Dominationibus, ymnum glorie proclamemus humili confessione dicentes :

Sanctus.

Quel que raison qu'ait pu avoir le rédacteur de cette messe au Liber Ordinum pour ne pas l'intituler missa sancti Augustini, on voit que ce n'est pas faute d'en avoir au moins autant le droit que le rédacteur de la messe du Gellonensis. Et ce n'est pas seulement aux Confessions qu'elle fait ses emprunts, mais encore à un écrit pseudo-augustinien, le Liber medilalionum que le Gellonensis a pareillement utilisé. bus quia et sira et quod sum tu dedisti mihi. Et ego confdebortibiin ecclesia magna ; in populo gravi laudabo te. Per ipsum cui confttentur omnes animœ, ut miserearis et sanes eas et cum Angelis et cum Archangelis, Thronis et Dominationibus liymnum gloriœ tue proclamamus humili confessione dicentes : Sanctus Conclus, Sanctus.

Liber ordinum

Ex missa quam sacerdos pro se dicere debeat (col. 266).

Parce animée niese, parce malis meis, parce peccatis meis, parce factis meis at que criminibus.

Visita inûrmum, cura egrotura, sana languentum. Da cor quod tlmeat, sensum qui jntellegat, oculos qui te videant.

Miserere mei : Respice ad me de sancta sede Maiestatis tuœ et tene

Ipso auxiliante Deo nostro qui cum Deo Patre et gloriatur in Sancto Spiritu unus Deus seculorum.

Quœ optamus, Iribuimus, et quœ pavemus, procul repellat.

Ut cum universitate fidelium, fovendo et reddendo Deo sacrificium laudis, ad fructum justitiae pervenire possimus, concedente clementia divinitatis ejus.

Per Dominum nostrum Jesum Christum, unigenitum filium, cum quo in unitate Spiritus Sancti vivit et regnat Deus. Per omnia (col. 265).

Pour les six autres messes dites de Saint-Augustin, on n'a plus de termes de comparaison qu'entre les monuments mozarabes et le Liber sacramentorum de Pamelius. La seconde missa sancti Augustini dans le Liber sacramentorum n'a que trois formules et pas de préface, les deux premières oraisons offrent un nouveau rapprochement avec le Liber Ordinum (missa pro sacerdote, col. 263) ; la troisième missa, encore trois formules et pas de préface, présente encore un parallélisme avec deux oraisons d'une missa quam sacerdos pro se dicere debeat du Liber ordinum (col. 270) Les quatrième et cinquième messes n'ont pas d'équivalent dans le Liber ordinum ; pour la sixième messe, c'est au missel mozarabe qu'il faut recourir. La septième et dernière messe ramène au Liber ordinum qui contient, dans ses messes votives les quatre formules de la missa S. Augustini. L'emprunt, si emprunt il y eut, est fait à la missa quam sacerdos pro se in egritudine positus dicere debeat et à la missa de tribulatis.

Il y a plus encore. Parmi les passages empruntés par Alcuin au Liber ordinum ou aux autres livres de la liturgie mozarabe, il en est plusieurs qui se retrouvent dans la célèbre messe latine dite de Flacius Illyricus, sur laquelle on a tant disserté au XVIIe et au XVIIIe * (voir au mot Flacius). Dans cette messe nous rencontrons plusieurs emprunts aux écrits d'Alcuin et d'autres auteurs ou ouvrages liturgiques et notamment au Liber ordinum, ainsi : Messe d'Illyricus Liber ordinum (Bona, p. XXII) Memores sumus eterne Deus, Pater omnipotens, gloriosus in passionis filii tui, etc.

(p. XI) Si ante oculos tuos, Domine, culpas quas fecimus, etc.

(p. XV) Dimitte, Domine (col. 356) Si ante oculos tuos, Domine, culpas quas fecimus.

(col. 283) Dimitte Deus Deus omnipotens, quidquid quidquid per incontinentiam per intemperantium mordacis linguae.

(p. XV) Præbe, Deus, aurem sacrificiis nostris.

(p. XV) Peccatum redde, Deus, nostrorum cordium habitaculum, etc.

(col. 283) Præbe, Deus, aurem his sacrificiis nostris.

(col. 283) Peccatum redde, Deus, nostrorum cordium habitaculum. Horum libaminum vota ablue nos, Domine a nostris peccatis.

Avec une modestie sincère, quoi que excessive, Dom Férolin écrivait : « On ne saurait tout exiger d'un éditeur. De plus doctes viendront après lui qui sauront, grâce à des études spéciales sur tel ou tel point de la liturgie, faire la pleine lumière là où il a dû se contenter, parfois bien malgré lui, d'une douteuse pénombre : » il eut pu ajouter qu' « un des mérites de l'éditeur serait d'avoir fourni aux liturgistes un texte précieux sur lequel ils pourront travailler longtemps sans l'épuiser. » La liturgie représentée par le Liber ordinum est sans contestation possible celle de Tolède. Un passage de l'office des funérailles, cité par saint Euloge, nous prouve qu'au IXe notre document était, pour cette partie du moins, en usage parmi les mozarabes de Cordoue. Pour la partie de notre rituel qui nous vient de la basilique Prætoriensis, la preuve de l'origine toletane n'est pas à faire. Pour le reste, nous sommes réduits à des indices qui conduisent avec une force probante plus ou moins grande à la même conclusion. Ainsi, à Voratione post nomina offerentium dicenda in quacumque missa, la rubrique ajoute ceci : hec oratio recitata est per ordinationem sancti Juliani a domno Felice metropolitano Toletano. Une des rubriques du samedi saint ordonne que l'eau destinée au baptême soit tirée non de cisterna, sed de fluminibus. Tolède, ramassée sur un haut plateau, n'avait pour l'usage ordinaire que l'eau de ses citernes. C'eût été un rude travail que d'aller puiser celle du Tage qui coule au pied de l'énorme rocher portant la ville ; tout au plus pouvait-on y songer une fois l'année. Ailleurs au vendredi saint, il est question d'une relique de la vraie croix que l'on transportait ce jour-là vers l'heure de tierce de l'église cathédrale ad ecclesiam Sanctae Crucis, et que le clergé de la ville ramenait dans l'après-midi en chantant des psaumes, ad thesaurum principalis ecclesiae. L'église de la Sainte-Croix, dont il est fait ici mention, pourrait bien être la petite église appelée de nos jours El Cristo de la Cruz, mais dont le vrai nom est El Cristo de la Cruz.

Préparé par les études d'histoire générale et d'histoire locale rendues nécessaires pour la publication du Cartulaire et de l'Histoire de Silos, dom Férotin a possédé dans le commentaire du Liber ordinum un avantage sur beaucoup d'éditeurs de textes liturgiques ; il n'ignorait rien ou très peu de chose de tout ce qui pouvait illustrer son texte au point de vue historique et archéologique. La liturgie jouissait d'un traitement presque aussi favorisé, quoique, sur ce terrain difficile, l'éditeur avouât avec bonne grâce l'horizon très limité de ses connaissances. » Parmi tant de richesses accumulées, il est d'ailleurs malaisé de choisir, et on est presque réduit à signaler, au hasard des faits curieux ou nouveaux révélés par le Liber ordinum. C'est ainsi qu'on y trouve une prière sur l'enfant que les parents offrent à la doctrine. Il s'agit ici des écoles cléricales qui furent florissantes en Espagne au temps des rois wisigoths. Un peu plus loin, nous lisons une ordination faite par l'évêque de celui à qui est confié le soin de la bibliothèque ; Ordo in ordinatione cui cura librorum et scriptorum committitur. Les rites de l'ordination d'un archidiacre, d'un archiprêtre et d'un primicier sont, dit dom Férotin, une des parties les plus intéressantes de ce livre. Peut-être n'en trouve-t-on pas d'analogues en Occident. Le texte qui constate que la crosse est conférée aux abbés est peut-être le plus ancien qui existe dans l'Église latine sur la tradition du bâton pastoral à l'abbé. La formule de l'ordination des abbesses n'est pas moins curieuse. Peut-être ne serait-il pas inopportun de signaler, à propos de l'égalité des femmes, cette formule liturgique : Omnipotens Domine Deus, apud quem non est discretio sexuum, nec ulla sanctorum disparilitas animarum, qui ita viros ad spiritualia certamina corroboras ut feminas non relinquas, etc. La tradition à l'abbesse de la mitre des vierges, et surtout de la crosse, enfin l'accolade qui lui est donnée par l'évêque à la fin de la cérémonie, sont aussi des rites qui, par l'antiquité de leur date, méritent d'attirer l'attention. L'oratio super convertente judaeo est aussi probablement unique en Occident, remplie d'élévation, de modération et de douceur ; on peut rapprocher ce texte des décrets des conciles de Tolède qui défendent les conversions forcées des Juifs et qui exigent qu'on leur laisse toute liberté. La mention de la cloche sonnée pour le trépas est peut-être aussi la plus ancienne que l'on connaisse. À côté des cérémonies célébrées à l'occasion du départ du roi pour la guerre, on peut rappeler la messe votive pro rege, dans laquelle on prodigue aux souverains des conseils dont ils s'écartèrent presque constamment. Une prière semble garder l'écho de cette anxiété profonde qui dut saisir l'Espagne au début du VIIIe, lors des premières invasions barbares : Medellam sceleribus nostris exposcimus et ut infidelibus verissimam donemus fidem expetimus : ut aut convertantur et vivant, aut conjurantur et amplius de ruina nostra non gaudeant... satis est, Domine, quod tibi hanc fortitudinem gloriantes adscribunt, et de se praesumentes sancta secreta despiciunt ; in suo sperant arcu, et de tuo nil trepidant brachio... ut secura mens tibi serviat libertate, quae in nullo modo hereticorum jam dominari senserit pravitatem.

Somme toute, le Liber ordinum offre une combinaison de deux livres liturgiques distincts : un rituel proprement dit et une sorte de sacramentaire contenant des messes votives, et dont la plupart correspondent aux cérémonies du rituel. Du rituel on peut dire qu'il ne le cède en rien comme importance au pontifical d'Egbert (voir ce mot).

La collection des messes votives apporte non seulement des éléments de solution à certains problèmes liturgiques, comme on l'a vu à propos des missae S. Augustini, mais elle offre quelques indications utiles pour la question discutée des origines du canon romain. Quelques points sont encore particulièrement intéressants pour l'histoire liturgique.

La première des messes votives est désignée sous le titre significatif de Missa sancti Petri apostoli romensis. Ce titre correspond à celui de missa romensis employé dans d'autres sacramentaires. Malheureusement le texte est mutilé, et le canon commence avec les mots : Cl accepta libera, sicut accepta libera... La messe qui vient ensuite est la missa omnimoda ou messe commune, elle est des plus intéressantes. Elle donne l'ordinaire de la messe, le canon mozarabe et l'oraison super oblationem, conçue dans un style très ancien, avec la liste détaillée des noms de ceux qui offrent. Les formules super nomina du Liber ne sont pas, du reste, une de ses particularités les moins remarquables. Celle de la messa singularis, n. XV (col. 307), fait mention des diptyques sur lesquels on lit les noms de ceux qui offrent. Les fidèles s'excusent de donner si peu ; ils demandent que Dieu regarde surtout l'intention. Ces diptyques correspondent au Livre de vie écrit au ciel, et si les fidèles n'ont pas la prétention d'être inscrits aux premières pages avec les saints, ils se contenteront de la mention de leur nom dans les dernières. Cette oraison et quelques autres de même nature jettent une vive lumière sur la nature de l'offertoire, des diptyques, du memento. La formule de consécration qui se présente sous deux formes différentes est aussi à noter, ainsi que l'absence de la prière Te igitur, confirmation de l'opinion qui la regardait comme une interpolation. Les deux formules du memento sous forme litaniique et après le Pater, la formule de fraction, l'oraison ad accedentes, tous ces rites anciens, entremêlés de formules romaines, ouvrent des perspectives nouvelles.

Le rituel de la semaine sainte ne présente pas un moindre intérêt. Si cette partie du rituel, dit Dom Férotin, est de même date que l'ensemble du reste des formules, nous avons là le plus ancien texte de la bénédiction des Rameaux et de la procession.

Les formules du Liber ordinum diffèrent de celles du missel mozarabe imprimé, et elles sont bien plus anciennes et bien plus riches. Voici un exemple de ce grand style liturgique : Aime Pater, omnipotens Pater, omnium creator et domine, cujus super ethera sedis est, quem nullus cernit, et omnis laudat in excelsis celica dulcium fragore potestas : qui ut genus humanum a crimine mortis erueres, et paradisi gaudiis participem faceres. Unigenitum Filium tuum, Dominum nostrum Jhesum Christum inefabilis pietate plenum ad terras mittere es dignatus, ob praecepta legis sacramenta et prophetica adimplens, sedens super pullum asinae Jherusalem civitatem intraret, et ab omni populo laudis concentum consona voce Osanna clamantis audiret : ob hoc et nos indigni laudes ejus omni cum letitia concinnentes. Te supplices quesamus, te humili les flagitamus, ut nos adminiculo dexterae tuae a cunctis malis liberatos, ab omni etiam desiderio avarus erroris et suffragiis lue gratiae circumseptos perenniter jubeas conservare timoris.

C'est au dimanche des Rameaux que se fait la tradition du symbole aux catéchumènes comme chez les gallicans. Le texte du symbole qui est donné est celui du symbole des apôtres avec des variantes dignes d'attention : notons seulement celle-ci : qui naquit est de Spiritu Sancto et Maria virgine... descendit ad inferna... resurrexit vivus a mortuis... remissionem omnium peccatorum. L'explication du symbole qui suit est tronquée.

Le jeudi saint il y a un office pour les Tituli ou églises éloignées, un autre pour l'église principale, avec dépouillement des autels, lavement des pieds, etc.

L'office du vendredi saint possède une longue hymne inédite ab ore Verbum prolatum, qui vient enrichir l'hymnaire mozarabe. Le rite pro indulgentia est ici décrit tout au long.

L'office du samedi saint diffère du missel mozarabe imprimé et nous offre aussi une riche collection de formules. Celles pour la bénédiction du cierge pascal sont assez éloignées de la romaine. C'est à ce jour que se trouve aussi Vordo baptizandi (voir B. ptème).

Le rituel funéraire est remarquable par l'abondance de ses formules et la richesse de ses rites. La première partie du Liber ordinum contient un ensemble de psaumes, d'oraisons, de bénédictions, d'acclamations et de supplications pour la mort et la sépulture des fidèles. Les messes pro defunctis sont renvoyées à la seconde partie.

Dom Férotin terminait sa publication par sept appendices : I. Étude sur neuf calendriers mozarabes, dont six publiés pour la première fois. — II. Le sacre des rois de Tolède. — III. La dédicace des églises. — IV. L'annonce des fêtes dans la liturgie mozarabe. — V. Un Horologium mozarabe. — VI. Doxologies diverses. — VII. Additions.

Ce monument offrait une amorce à d'autres édifices scientifiques. J'espère, disait l'éditeur, pouvoir publier quelque jour le Liber anliphonarum.


III. Le liber SACRAMENTORUM. — On eut, au lieu du Liber anliphonarum, le Liber sacramentorum. C'était encore d'un manuscrit de Tolède que dom Férotin entreprenait la publication, d'après le seul exemplaire connu et qu'il avait eu l'heureuse fortune de rencontrer en parcourant bibliothèques et archives sans un but nettement déterminé, sinon d'augmenter son bagage de textes inédits. Cette publication une fois décidée, il lui fallut examiner tous les manuscrits qui renferment des formules appartenant au sacramentaire proprement dit, ce qui permet d'ajouter au codex Toletanus des messes, en assez grand nombre, dispersées dans d'autres manuscrits. On comprendra sans peine, écrivait-il, que cette série de recherches, de comparaisons, de collation de textes, m'ait, quelque peu familiarisé avec les vieux parchemins du viii° au ix° siècle qui renferment ce qui nous reste de la liturgie de saint Léandre, de saint Isidore et des conciles de l'ancienne Espagne. Aussi ne m'en suis-je pas tenu au seul texte du sacramentaire. Dans la mesure de mes moyens et selon que les circonstances l'ont permis, j'ai analysé tous ces manuscrits, copié toutes les rubriques, noté les incipit de toutes les prières et parfois même reproduit dans leur intégrité des passages inédits d'une valeur particulière. Une fois sur ce terrain, il n'était plus possible de se borner à l'ensemble du missel, quel que considérable que soit son étendue. Le Bréviaire tout entier, avec ses nombreux offices du jour et de la nuit, a pris place dans cette analyse minutieuse qui doit porter sur un ensemble d'environ dix mille formules.

Le manuscrit de Tolède offrait des lacunes, des erreurs de transcription, qui ont été en grande partie comblées ou corrigées par l'éditeur, grâce à d'autres manuscrits. Les principaux sont au nombre de sept et remontent tous à une date antérieure à la fin du xi° siècle. Trois d'entre eux proviennent de Silos et appartiennent aujourd'hui au British Muséum (codd. addit. 30.544, 30.845, 30.546). Quatre autres appartiennent à la bibliothèque du chapitre de Tolède (num. 35,4 ; 35,5 ; 35,6 ; 35,7). Enfin dom Férotin a recouru au Missale mixtam, imprimé à Tolède en 1500, d'après des manuscrits aujourd'hui perdus, d'autres sont encore à Tolède et tous différents de celui actuellement coté 35,3 et qui sert de base à la publication.

À la suite de cet énorme recueil de 656 colonnes in-4°. Dom Férotin donna une étude sur les manuscrits mozarabes ; il passe rapidement sur les lectionnaires, homiliaires, martyrologes ou passionnaires, pour s'en tenir aux manuscrits qui renferment des pièces liturgiques proprement dites, et les rubriques qui les accompagnent, dix chapitres sont consacrés : i° aux manuscrits de Tolède ; ii° aux manuscrits de Silos ; iii° aux manuscrits de San Millan de la Cogolla ; iv° aux manuscrits de la cathédrale de Léon ; v° aux manuscrits de la bibliothèque du roi d'Espagne ; vi° au manuscrit de Compostelle ; vii° à celui de Cardena ; viii° à celui de l'Escurial ; ix° à celui de Vérone ; x° à celui de Tuy en Galice.


IV. Le LIBER ANTIPHONARIUM. — Au seuil du Liber ordinum, dom Férotin annonçait le projet de publier le Liber anliphonarum. Il a pris soin de nous donner l'antiphonaire de Léon fut transcrit en 1066 sur un texte remontant, d'après toute apparence, à la seconde moitié du vii° siècle. Un comput placé en tête du manuscrit porte la mention suivante : Ab incarnatione Domini usque ad praesentem et primum gloriosissimi Wambanis principis annum, qui est era VCCX, sunt anni VCLXXII. — Il compte 306 feuillets (numérotation moderne au crayon), de 330 millimètres de long sur 240 de large.

Au verso, on lit l'inscription suivante, d'une facture nettement barbare, mais qui a le mérite de nous dire le nom du personnage auquel nous devons ce magnifique volume : O merilum magnum quidem donum sumsisti, abbate Totmundc. Et hic habitas cum omnibus bonis, el in futuro laeteris cum Angelis, agustior promicans mente Ikilani abba tue — Jam nunc volumen ceperas tuum cerne perfectum utiliter librum deauratum conspice pinctum. Sic mer car precibusve tuis esse sujultum. Me scriptori in mente abete qui hoc pati pro uesiro honore — Au-dessous : Ille, avec le portrait du copiste ; à côté : Abba avec le portrait de l'abbé Tolmundus ou Ikilanus.

D'autres copies faites sur les manuscrits du British Muséum touchaient à leur terme lors que la maladie interrompit la transcription.


VI. ÉTUDES. — Au début de son séjour en Angleterre, à peine sorti du travail que lui avait demandé la préparation du cartulaire des chartes et de l'histoire de l'abbaye de Silos, dom Férotin se trouva un peu désorienté dans ses études, au milieu d'un monastère dont la bibliothèque se composait des rayons d'une grande armoire. Quant aux livres, il n'en était pas question alors. Par un sentiment de bienveillance, il voulut bien consentir à la transcription d'un texte alors difficile à se procurer, ayant été publié dans un recueil académique italien sous le nom de Peregrinatio Silviae. Ce fut cette circonstance qui lui fit connaître un document célèbre depuis quelques années et auquel l'éditeur Gamurrini avait donné un état-civil fort respectable et accepté de tous. Lors que, quelques années plus tard, la préparation du Liber ordinum imposa à l'éditeur diverses recherches, il fit connaissance — non pas avec Florès, qu'il pratiquait depuis longtemps — mais avec un personnage dont Florès s'était occupé, le moine Valère, de Vierzo, et dont l'érudit espagnol a conservé une épître. La lecture de cette pièce rappela à dom Férotin certains traits descriptifs qu'il avait lus dans la Peregrinatio ad loca sacra ; il fut ainsi amené à restituer ce récit de pèlerinage à son véritable auteur. Mais cela a été exposé plus haut (voir Dictionnaire, au mot Etheria).

Entre temps, dom Férotin occupait ses loisirs à de moindres publications : un commentaire d'Apringius de Béjà, sur l'Apocalypse, une lettre de saint Hugues de Cluny, quelques autres broutilles indiquées plus loin dans la bibliographie. Les travaux de longue haleine ne l'effrayaient pas. » Le 3° volume du Mozarabe est commencé, écrivait-il dès 1912, mais tout labeur prolongé lui était devenu une fatigue au-dessus de ses forces déclinantes. Les heures de la matinée pouvaient seules désormais être employées à l'étude. Dès le printemps de l'année 1913, il fallut déposer la plume et s'abandonner à des précautions et des soins qui ne pouvaient restaurer une santé désormais perdue. Deux grandes joies couronnèrent une existence si bien remplie. Le titre de membre d'honneur de l'Académie de l'histoire de Madrid, où il comptait des amis et, dès lors, des collègues ; la nouvelle de la victoire de la Marne où tel, qui portait son nom, avait bien besogné. La mort n'attendait que ce moment, semble-t-il, pour s'approcher.

t. Lxxiv, p. 367-397. — Le Liber ordinum en usage dans l'Église wisigothique et mozarabe d'Espagne du v° au xi° siècle, in-4°, Paris, 1904 ; dans Monumenta Ecclesiæ liturgica, t. v ; cf. F. Cabrol, La liturgie mozarabe et le Liber ordinum, dans Revue des questions historiques, 1900, t. Lxxvii, p. 173-185 ; réimprimé dans Les origines liturgiques, in-8°, Paris, 1906, p. 211-224 ; E. Bishop, Spanish Symptoms, dans Journal of Theological studies, 1907, t. viii, p. 278-294 ; Mercati, More Spanish Symptoms, 1907, t. viii, p. 423-430. — Le Liber Mozarabicus sacramentorum et les manuscrits mozarabes, in-4°, Paris, 1912 ; dans Monumenta Ecclesiæ liturgica, t. vi ; cf. de Bruyne, De l'origine de quelques textes liturgiques mozarabes, dans Revue bénédictine, octobre 1912, t. xxix, p. 421 sq. ; W. Mayer, Die Preces der mozarabischen Liturgie, dans les Abhandlungen, de Göttingue, 1914.

F. Cabrol et H. Leclercq. FERTUM, voir Oblation.


FÉRULE. La férule est une grande et belle plante herbacée à tige creuse, souple et que sa flexibilité fit sans doute choisir pour le châtiment des enfants et des esclaves. La férule était le sceptre des pédagogues.

Ferula, sceptre des pédagogues.

A Rome, les maîtres d'école frappaient les enfants à tour de bras, tantôt sur les mains, tantôt sur les fesses, c'était ce qu'on nommait catomidiou, que décrit Apulée : Quam altissime sublato puerro ferula notae ejus obverberant. La férule, dans l'échelle des peines, représentait un minimum. Saint-Augustin nous fait connaître ce qu'il pensait, enfant, de ces méthodes. « Je fus envoyé à l'école pour y apprendre à lire. Pour mon malheur, je ne comprenais pas l'utilité de ce travail. Cependant si j'étais paresseux à apprendre, j'étais battu, ce que les grandes personnes trouvaient fort juste. Je commençais tout enfant, à m'adresser à vous, ô mon Dieu, comme à mon appui, à mon refuge. Tout petit encore, mais avec une grande ardeur, je vous priais de ne pas me laisser donner le fouet à l'école. Et quand vous ne m'écoutiez pas, mes maîtres et même mes parents, qui cependant ne me voulaient pas de mal, se riaient de ces coups qui me paraissaient à moi le malheur le plus grand et le plus terrible ». Les écoliers des monastères n'étaient pas autrement conduits « à la baguette. » L'article 97 de la règle de saint Pakhôme recommande la fustigation des enfants : Omnes pueri qui non liment confandi pro peccato, et correpti verbo non emendaverint, verberentur quandiu disciplinam accipiant et timorem. La règle dite du Maître, c. xiv, prescrit de fouetter les enfants jusqu'à l'âge de quinze ans : In fantulus usque ad quindecim annos non excommunicari, sed præcipimus vapulari pro culpis. La règle de saint Benoit de même, c. XXX :... quotiens pueri vel adolescentiores ætate (ce qui laisse une marge même au delà de quinze ans)... dum delinquant,... acribus verberibus cederentur. Cette rigueur ne se trouvait pas cependant dans la règle de saint Basile, qui interdisait de battre les enfants, mais en Occident saint Benoit trouvait des imitateurs dans saint Fructueux :... ab ipso suo decano virga emendetur (c. vi), dans saint Isidore :... pro qualitate negligentiæ congruis emendandi sunt plagis. H. Leclercq.


FESTUCA. Moins les hommes sont capables de saisir et d'exprimer une idée abstraite, plus ils sont enclins à recourir à des objets matériels pour énoncer et préciser dans la mesure du possible les idées par des choses. C'est ce qui explique l'importance et l'emploi fréquent des symboles dans l'ancien droit germanique. La festuca joue ainsi dans le droit franc, un rôle considérable ; il importe de bien la distinguer du wadium avec lequel on l'a confondue. Tous deux sont des objets mobiliers de valeur insignifiante. On trouve fréquemment dans les textes, d'une part, WADIUM dare, donare, in manu donare, commendare, adhramire, suscipere et d'autre part, festucam tenere, adprehendere, projicere, jaculare. Mais tandis que le wadium se rencontre dans presque toutes les coutumes des peuples germaniques, la festuca paraît particulière aux coutumes franques. On ne rencontre la festuca que dans la loi salique et la loi ripuaire. Dans les formules et les documents judiciaires, celui qui se sert de la festuca est Franc d'origine : unde tali sacramentlo per suam fistucam visus fuit adhramire et taliter dedit in suo responso quod de patre Franco fuisset generatus et de matre franca fuisset natus. Nous voyons les Francs déclarer, en jetant la festuca, qu'ils ne se soumettent plus à Charles le Simple : Proceres Francorum congregati in campo, festucas manibus projicientes rejecerunt eum, ne esset eis ultra senior. La festuca est particulièrement employée, au moyen âge, dans les pays où la Lex Salica et la Lex Ripuaria, statuts personnels à l'origine, sont devenus droit territorial ; voir par exemple le privilège de Frédéric Ier pour Aix-la-Chapelle en 1166 et l'ordonnance des maîtres de Metz (XIIIe). La Lex Salica devint droit territorial dans l'étendue de pays occupé par les Francs Saliens, mais il est possible que, par la suite, les Alamans aient adopté certaines coutumes franques, car nous avons un texte où la festuca est employée conformément à la loi des Alamans, c'est dans le testament de l'évêque Rémi de Strasbourg, en 778 :... germanus Riperli, de ipso monasteriolo nobis (nos) revestierunt et per festucam sibi (se) exinde exiti fecerunt — sicut lex Alamannorum fuit. Les Alamans ont-ils dans la suite emprunté la festuca aux Francs, cela est probable, car on ne la rencontre pas dans les divers textes de la Lex Alamannorum. En ce cas, sa présence dans les textes postérieurs à la Lex Salica et son emploi par des personnes non franques de naissance s'expliquent par l'influence du droit franc sur les coutumes des populations germaniques incorporées à l'empire franc.

Les textes distinguent nettement entre l'emploi du wadium et l'emploi de la festuca. Dans la formule de Marculf, II, 18, un accord est intervenu entre un meurtrier et le frère de sa victime :... nos (le frère) ad pacis concordia ob hoc visi fuerint (les arbitres) revocasse, ita ut pro ipsa causa solidos tantos in pugnalia (en paiement, litt. : en apaisement) ; juvii dure deberes, (juos et in præsente per wadium luos visus est transalvisse. Ainsi le meurtrier ne paie pas immédiatement la somme convenue, il s'engage seulement à la payer ; de son côté, nos (le frère), ipsa causa per festucam contra te visus sum verpasse. Dans cet exemple, l'un des deux emploie le gage, l'autre emploie la festuca.

Le mot wadium n'éveille pas dans l'esprit une idée purement concrète, mais déjà l'idée abstraite de gage ; en quoi consistait le gage ? Nous lisons dans Muratori : per cultellum et wantonem seu andilanc et sic... justa legem meam salicam vindo. Une série de formules présente per festucam atque perandelangum ; la formule 391 porte : per meos vadios andclangosve. Était-ce le gant qui servait de gage ? Il est certain qu'il était le gage ordinairement donné.

Quant à la festuca, c'est un morceau ou tige de bois, le premier qui tombe sous la main ; le sens de fétu est moderne.

Enfin, la différence fondamentale entre les deux symboles est que le wadium est transmis et reçu, ce qui suppose le concours de deux personnages, tandis que la festuca est saisie ou jetée, mais non transmise, ce qui ne suppose qu'une personne. La festuca pouvait être tenue ou bien tenue puis jetée.

Et d'abord tenir la festuca. On lit dans la loi salique, titre L, 3, dans le cas du créancier qui veut poursuivre son débiteur contumace :... ambulet ad grafionem loci illius in cuius pago manet, et adprehendat festucam et dicat verbum : tu grafio homo ille mihi fideni fecit quem legitime habeo jaculo aut adnvdlalum in hoc quod lex saligu continet ; ego super me et fortuna mea, porro quod securus mille in furtuna sua manum, c'est-à-dire : Qu'il aille trouver le comte dans le canton duquel il habite, qu'il saisisse le fétu et dise : toi, comte, un tel m'a donné sa foi (est mon débiteur), il est contumace, et c'est conformément à la loi salique ; moi, j'offre comme garants moi et mon bien que c'est en toute sécurité que mets la main sur mon bien.

Voici une autre circonstance dans laquelle on tient la festuca, c'est dans Védicuyi Chilperici, c. vi, que nous lisons : Quicumque admallatus fuerit et in veritatem lestimonia non habuerit unde se seducal, et necesse est ut mittium fidem faciant et non habuerit similo modo cui pro cum fidem facial ; ut ipse in senextra manu festucam teneat et dextera manu auferrat, c'est-à-dire : Dans le cas où un individu appelé en justice ne peut vraiment fournir des témoins, si d'ailleurs il est nécessaire que des cautions promettent (pour lui) et s'il ne peut pas non plus en présenter ; que cet individu tienne le fétu dans sa main gauche et étende la main droite (pour prêter serment). Au titre lxxi de la Lex Ripuaria on lit encore : De quocumque causa festuca intercesserit, lacinia interdicatur sed cum sacramentlo se idoneare studeat. C'est une défense de « s'opposer » dans tous les cas où sera intervenue la festuca, au serment de l'adversaire. La festuca est encore tenue dans la procédure indiquée au titre xxx, 1, de la loi des Ripuaires : Quod si quis in fudicio pro servo interpellatus fuerit — dominus ejus in judicio pro eo interrogatus respondat — et dicat : ego ignoro ulrum servus meus culpabilis, an innocens de hoc exlilcrit. Propterea eum secundum legem Ripuariam super quatuordecim noctes ad ignem repræsentet. Si sic de ejus præsentia cum festuca fidem faciat ; en même temps que le maître saisit la festuca, il déclare au tribunal qu'il se fait fort de produire l'esclave, dans le délai de quatorze nuits, afin que celui-ci soit soumis à l'épreuve du feu.

Dans les dispositions ci-dessus, la festuca est employée pour donner à une déclaration toute l'autorité et toute la publicité possible.

À quoi tient le choix de la festuca de préférence à tout autre objet ? Chez les peuples d'une civilisation peu avancée, l'arme est l'instrument à l'aide duquel l'individu acquiert et conserve. L'arme distingue l'homme libre ; elle constitue la personnalité juridique : le prisonnier de guerre, l'esclave n'ont pas d'armes, la femme non plus. L'arme primitive et nationale des Germains, c'est la framée, épieu au long manche, hampe munie d'un fer étroit et court. Elle s'est conservée longtemps chez les Francs, l'épée n'apparut que plus tard. Dans toute contestation réglée en justice, où doit apparaître la framée, elle s'est simplifiée ; l'épieu, la framée, la flèche acérée n'est plus qu'une hampe, un fétu, festuca. Tenir ou saisir la festuca, c'est faire le geste du plaideur qui, fort de son bon droit, met la main sur son arme prêt à en faire usage pour la défense de sa cause. Saisir la festuca équivaut à se déclarer prêt à combattre pour ce qu'on déclare. On lit dans le titre xxxin. De intertiare, 1, de la Lex Ripuariorum : Si quis remsuam cognoverit, militat manum super eam. Et si ille, super quem interlialur, lertiam manum quærat, tunc in præsente ambo confurare debent cum dextera armata, et cum sinistra ipsam rem teneant. Cette confirmation par l'arme est encore indiquée dans la même loi, titre Lxvi, 1 ; eam dextera armata lam priusquam posterius sacramentum in præsentia judicis confirmare studeat. Elle se retrouve dans (c. n, 4) : Propterea in eorum dextera et arma eorum sacramenta adfirmant, que l'on peut rapprocher de l'édit de Chilpéric cité plus haut : Ut ipse in senextra manu festucam teneat et dextera manu auferat.

Dans la loi des Ripuaires, titre xxxn, 4, l'épée tient la place de la festuca ou framée : Quod si ipsam strudem contradicere voluerit, et ad fanum suam cum spata tracla accesserit, et eam in porta siue in poste posuerit, tunc fudex fidejussores ei exigal, ut se unicem regem repræsentet, et ibidem cum armis suis contra contrarium suum se studeat defensare.

En résumé, la saisie de la festuca équivaut pour l'homme libre à la confirmation de sa parole ; lorsqu'il tient la festuca, il se déclare prêt au combat singulier pour tenir son droit. On comprend dès lors le rôle de la festuca dans la formule que nous avons citée, et par suite l'expression per festucam adhramire : Vnde taie sacramento per suam festucam visus fuit adhramire.

On ne se contentait pas de saisir la festuca ; dans certains cas, on la jetait. La loi salique aborde le cas de l'homicide dont la fortune ne suffit pas à acquitter le wergeld auquel il a été condamné ; en ce cas, il doit jurer, lui troisième, que « sur et sous la terre il ne possédait pas d'autre bien que celui qu'il avait donné en paiement : et postea débet in casa sua introire et de quattuor angulosterramin pugno collegere et sic postea in duropullo hoc est in liminare stare débet inlus in casa respiciens, et sic de sinistra manum de illa terra l'une scopulas suas jaculare super illum quem proximiorem parentem habet », c'est-à-dire, « et puis il doit entrer dans sa maison et des quatre coins, ramasser de la terre en sa main, et puis ensuite se tenir sur le seuil de la porte, le visage tourné vers l'intérieur de la maison et ensuite, de la main gauche, jeter de la terre par-dessus ses épaules sur son plus proche parent. » Suit le catalogue des parents appelés, les uns à défaut des autres à parfaire le wergeld, le texte continue : et sic postea incamisia discinctus, discalceatus, palo in manu, sepe salire débet, c'est-à-dire, « et ensuite, en chemise, déceint, déchaussé, l'épieu dans la main, il doit franchir la haie. » L'action de lancer de la terre sur les parents indique que la possession de la maison et du verger qui l'entoure leur est abandonnée et que, avec elle, passe l'obligation de payer le restant de la dette. Le débiteur insolvable, en franchissant l'épieu à la main, la haie, c'est-à-dire la limite de l'enclos, fait publiquement connaître l'abandon de sa terre s'il ne défend plus. L'épieu joue le rôle de l'arme qui servait à défendre la propriété. En le jetant, on fait abandon de la festuca, non pas qu'il transmette à autrui, tout simplement il se délivre. Le geste n'est pas un geste d'investiture, mais un geste de renoncement.

Le Franc qui se retirait le palus à la main pour signifier qu'il ne défendait plus son enclos jetait l'arme s'il voulait exprimer qu'il renonçait à sa fortune, il la brisait lorsqu'il voulait signifier qu'il rompait les liens dans lesquels il avait vécu jusqu'à ce jour, (tit. Lx) : De eum qui se de parentilla tollere vult. 1. In mallo ante lunginum ambulare débet et ibi tres fustis alninus super caput suum frangere débet. Et illos per quattuor partes in mallo factare débet et ibi dicere débet quod de juramento et de hereditatem el lolam rationem illorum se lollal. L'individu sortait ainsi de la famille (voir ce mot) en brisant au-dessus de sa tête trois baguettes d'aulne ou de saule, peut-être parce que la hampe de la framée était d'ordinaire de ce bois. Chaque fustis est brisé en quatre morceaux jetés aux quatre coins de l'enceinte du tribunal. L'ancien français avait gardé un souvenir de ce rite, on disait « rompre le festu » pour marquer la rupture de toute relation avec quelqu'un ou d'un ecclésiastique avec le monde. Le jet de l'arme, sous la forme d'une stipula, se retrouve dans la Lex Curiensis. Cette compilation assez indigeste contient des emprunts faits à la Lex Alamannorum. L'emploi de la stipula, tel qu'il est décrit dans la disposition suivante, remonte visiblement à une haute antiquité, il est permis de le rapprocher des textes francs qu'on a lus : Stipulatio est inter duos homines, de qualibet re causa est, passant inter se ipsa causa sine scripta et sine fidejussores per stipula finere. Stipula hoc est, ut unus de ipsos levat festucam de terra rejicere et dicat : per istam stipulam omne istam causam dimittam... En même temps que l'individu jette sa stipula ou festuca à terre, il déclare abandonner ou ne plus soutenir sa prétention. La festuca conserve ainsi au moyen âge la signification qu'elle avait dans les coutumes franques, mais avec moins de netteté, et la distinction entre la saisie et le jet de la festuca tend à disparaître. Dans les coutumes franques, le plaideur n'était pas tenu à saisir sa festuca, au moyen âge, on voit, par un privilège de 1166, de Frédéric I en faveur d'Aix-la-Chapelle, qu'un défendeur ne pouvait présenter ses moyens de défense au civil ou au criminel qu'en saisissant la festuca. Même il encourait une amende, s'il ne la saisissait au moment même où il ouvrait la bouche. Frédéric I facilitait l'accomplissement de cette formalité en remplaçant le fétu par un fil de vêtement et l'Ordonnance des maires de Metz (xiii siècle) par un poil de barbe.

H. Leclercq. FÊTES CHRÉTIENNES (Les). — I. Étymologie Feria, feriæ, Festum, Festivitas, Solemnitas.

— II. Origine des fêtes chrétiennes. Le dimanche, le mercredi, le vendredi, et les autres jours de la semaine chrétienne. — III. L'année chrétienne et les premières fêtes annuelles : Pâque, Pentecôte, Noël, Épiphanie. — IV. Autres fêtes du Christ : Ascension, Circoncision, Présentation au temple, fêtes de la Croix, etc. — V. Fêtes de la sainte Vierge. — VI. Fêtes générales des saints, des apôtres, des martyrs, des confesseurs ; fête des morts. — VII. Fêtes des anges. — VIII. Dédicaces, fêtes des saisons, fêtes locales. Natales, deposiitiones. — IX. Fêtes en l'honneur des Saints de l'Ancien Testament, ou d'autres événements de l'histoire juive. — X. Les plus anciennes mentions des fêtes dans les Pères et les écrivains. — XI. Catalogue et calendriers.

— XII. Les principales dates de l'année chrétienne. — XIII. Les plus anciens calendriers liturgiques romains. — XIV. Multiplication et diminution du nombre des fêtes. — XV. Influences étrangères sur les fêtes chrétiennes. — XVI. Calendrier des fêtes dans la liturgie actuelle. — XVII. Bibliographie. FERIA, FESTUM, FESTIVITAS, SOLEMNITAS.

Le mot feria au singulier est à peu près exclusivement chrétien. En latin classique, le pluriel est toujours employé, Feriæ (primitivement Fesiæ, d'où Festus, Festius et en français fête) et ne signifie pas plusieurs jours de fête, mais un jour qui revient périodiquement comme idus, kalendæ, dies festus, dies feriatus, sont à l'origine synonymes de feria : *. Les feriæ étaient un jour de dévotion, jour consacré spécialement au service des dieux. C'était chez les Romains un jour de relâche, un jour chômé. Cette notion se rapproche donc de celle des Juifs qui fut léguée aux chrétiens. Les six jours de la semaine sont jours de travail ; le septième, qui est un vrai jour de fête, peut-être le premier jour de fête, est un jour de repos, un jour consacré à Dieu '. Le jour de fête n'est pas en principe, du moins chez les Romains, un jour de joie. La fête des mânes est considérée comme un jour triste. Le jour de fête comportait généralement des sacrifices, des processions, des jeux, des repas sacrés (tous actes qui pouvaient cependant avoir lieu les jours non fériés). M. C. Jullian a bien prouvé contre Mommsen que le jour de fête n'est pas nécessairement un jour de réjouissance •. Il semble au contraire que chez les Juifs les fêtes eurent d'ordinaire un caractère de joie religieuse '.

La Vulgate, comme les classiques, emploie le mot Feriæ au pluriel (Lev., xxiii, 2, 4, 34, 37, 39). Les chrétiens adoptèrent le mot en l'employant au singulier, Feria, et ils l'appliquèrent à tous les jours de la semaine, de telle sorte que le dimanche fut la feria prima, le lundi la feria secunda et ainsi de suite. On s'est demandé souvent pourquoi les chrétiens adoptèrent cet usage et pour quoi ils appelèrent férié, fête, tous les jours de la semaine sans exception. La numération des jours par premier, second, troisième, etc., parait procéder de l'usage juif, qui comptait les jours de la semaine d'après le sabbat. On verra la coïncidence d'après le tableau suivant :

Chez les Juifs, sabbatum. prima sabbati. secundo sabbati. tertia sabbati. quarta sabbati. quinta sabbati. sexta sabbati.

Chez les Chrétiens.

(feria septima ou sabbatum).

Dominica (feria prima). feria secunda. feria tertia. feria quarta. feria quinta. feria sexta.

La feria septima correspond au dies sabbati et garde d'ordinaire le nom de sabbatum. Les deux textes suivants de Tertullien sont une preuve que de son temps déjà l'usage avait cours. Dans le premier il nous dit : cur stationibus quartam et sextam sabbati dicamus, et feriis Paracven '1 Ici il compte la semaine à la manière juive la quarta sabbati est le mercredi et la sexta, le vendredi. Mais dans le même traité il parle des stations quæ et ipsæ suosquidem dies habebant quartas feriæ et sextas '. Ici le nom de feria est employé couramment. L'usage est donc établi au temps de Tertullien d'appeler fériés chacun des jours de la semaine. Faut-il faire remonter cet usage de traiter ainsi chaque jour comme une fête au temps des apôtres ? En tout cas le texte suivant nous rappelle qu'à l'origine de l'Église chaque jour était un jour de prière, de réunion, un jour de liturgie :

Καθ' μέραν τὴν μέραν προσεύχοντες καὶ λατρεύοντες τ Θε, καὶ διακονῶντες τὸν Κύριον μετὰ ἀγαλλιάσεως, καὶ διακονῶντες τὸν Κύριον μετὰ νηστείας, καὶ διακονῶντες τ Κυρί μετὰ νηστείας, καὶ ψάλλοντες ἐν τ γί ἐκκλησί, καὶ εὐχαριστοῦντες τ Θε, καὶ διδάσκοντες τὸν λόγον τοῦ Κυρίου, καὶ μεταλαμβάνοντες τῶν ἀχθῶν τοῦ Κυρίου (Act., ii. 46, 47) Quant aux jours de la semaine planétaire qui s'appelaient dies Saturni (samedi), dies solis (dimanche), dies lunæ (lundi), dies Martis (mardi), dies Mercurii (mercredi), dies Iovis (jeudi), dies Veneris (vendredi), ils n'eurent que rarement cours dans la langue chrétienne, mais il y fut fait parfois allusion dans l'institution des fêtes.

Un auteur ancien, dont le sermon se trouve dans les œuvres de saint Augustin, et qui est peut-être Césaire d'Arles, s'élève contre la coutume d'employer ces noms : Nonnulli enim in hac mala habentur, ut diligentius observent, qua die in illo exeant, honorent præstantes aul soli, aul lunæ, aul Marti, aul Mercurio, aul Iovi, aul Veneri, aul Saturno... Et ista monstrosa portenta id est, et Mars et Mercurium et Iovem et Venus et Saturnus eo tempore dicuntur nati, quo filii Israël erant in gypto. Si tunc nati sunt, qui dies isti, qui illorum nominum appellantur, illo tempore fami erant, et secundum quod Deus instituit, sic nomen habebant, id est prima et secunda et tertia et quarta et quinta et sexta feria... Nos vero, fratres... nullum diem dæmonum appellatione dignum esse iudicemus... sed etiam ipsa sordidissima nomina dedignemur ex ore proferre, et nunquam dicamus diem Martis, diem Mercurii, diem Iovis, sed primam et secundam, vel tertiam feriam nominemus '.

Le mot Festum, d'où Festivitas ou Festivitates est employé synonymement avec les mots solemnitas, natale, natalicia, pour désigner les fêtes ou anniversaires. Sur les termes natale, deposiitiones, cf. § 'J.

En grec le mot ορτή, correspondant à Feria, est un jour solennel. Il est employé dans ce sens par les Septante et dans le Nouveau Testament : ορτὴ Κυρίου (Ex., X, 9) ; Καὶ ορτάζωμεν αὐτὴν τὴν ορτὴν τοῦ Κυρίου (Ex., xii, 14) : 'Εν τ ορτ ἐξαγοράζω (Deut., XXI, 10, etc.) ; Μὴ ἐν τ ορτ (Matth., xxvi, 5.) ; « Ην δὲ ορτὴ ἐν τ ερουσαλήμ, καὶ ο ουδαῖοι ἀνέβησαν ο ουδαῖοι ες αὐτὴν τὴν ορτὴν (Luc, xxii, 1, etc.).

On a aussi les mots σωτήρ, festal, ορταστικός, liste des fêtes, ορταστικός, jour de fête. Les lettres des évêques d'Alexandrie pour annoncer la Pâque sont appelées σωτήρ ορταστική (Eusèbe, Hist. Eccl, VII, c. XX.), ορτὴ σωτήρ, fêtes du Christ, ορτὴ θεοτόκου, fêtes de la sainte Vierge '.

Dès l'origine, les chrétiens, comme nous le voyons par les Actes des apôtres, eurent leurs jours de réunion, tout en continuant à fréquenter le temple. Erant autem persévérantes in doctrina apostolorum et communicatiane fractionis panis et orationibus... Quotidie quoque perdurantes unanimiter in templo, et frangentes circa domos panem, sumebant cibum cum exsultatione et simplicitate cordis... (Act., ii, 42, 46, 47). Petrus autem et Joannes ascendebant in templum ad horam orationis nonam (Ib., iii, 1). L'avertissement de saint Paul : Dies observatis et menses et tempora et annos (Gai., iv, 10) dont il faut rapprocher Col., ii, 16 : Nemo ergo vos iudict in cibo aut in potu, aut in parte diei [est aut neomenia aut sabbatorum, quae sunt umbra futurorum], semble bien s'adresser aux chrétiens convertis du judaïsme qui restaient fidèles à l'observation des fêtes juives, ou à des gentils à qui on voulait imposer ces coutumes.

En tout cas, il ne faudrait pas prendre trop à la lettre des textes comme celui de Clément d'Alexandrie qui semblent au premier aspect condamner l'usage des jours de fête : unde nec in definito loco, neque in templo selecto, neque diebus aliquibus festis et praestitutis, sed per totam vitam, is qui est gnosticus, in omni loco, etiamsi per se sit solus, etsi secum habuerit alios qui eamdem fidem amplexi sunt, Deum honorât, hoc est agit gratias propter rectae vitae cognitionem.

Origène qui exprime une pensée analogue, justifie pourtant l'usage des fêtes du dimanche, de Parasceve, de Pâque et de la Pentecôte : Et sane festa vere ille celebrât qui suis officiis fungitur, qui orat perpétua, qui Deum suis invocando precibus incruentas nulla intermissione hostias, offer... Hic si quis objiciet ea quae dominicis Parasceves, Paschalis, Pentecostes diebus apud nos peri sunt, respondendum est perfectum christianum qui verbis, operibus et cogitationibus cum verbo Dei suo natura Domino versatur, semper esse in ejus diebus, semper agere dies dominicas.

Saint Jérôme dans le commentaire du texte de saint Paul que nous avons cité, (Gai., iv, 10) répond à l'objection qu'on peut tirer contre la légitimité des fêtes : Dicat aliquis si dies observare non licet, et menses et tempora, et annos, nos quoque simile crimen incurrimus quartam sabbati observantes et Parasceven, et diem dominicam, et jejunium quadragesimae et Paschae festivitatem et Pentecostes item, et pro varietate regionum diversa in honore Martyrum tempora constituta. Ad quod qui simpliciter respondebil, dicet : non eodem iudaicae observationis dies esse quos nostros. Nos enim non azymorum Pascha celebramus, sed re surrectionis et crucis. Nec septem iuxta morem Israel numeramus hebdomadas in Pentecoste, sed Spiritus Sancti veneramur adventum. Et ne inordinata congregatio populi fidem minueret in Christo, propterea dies ali qui constituti sunt, ut in unum omnes pariter veniremus. Non quo celebrior sit dies illa qua convenimus, sed quo quacumque die conveniendum sit, ex conspectu mutuo iucunditas major oriatur. Qui vero oppositae quaestioni acutius respondere conatur, illud affirmât, omnes dies aequales esse, nec parvam Parasceven tamquam Christum crucifigi, et die dominica resurgere, sed semper sanctum resurrectionis esse diem et semper eum carne vesci dominica, jejunia autem et congregationes inter dies propter eos a viris prudentibus constitutos qui magis saeculo vacant, quam Deo, nec passant, imo notant toto in ecclesia vitae suae tempore congregari, et ante humanos actus, Deo orationum suarum offerre sacrificium. Quotus enim quisque est, quae saltem haec pauca quae statuta sunt, vet orandi tempora, vet jejunandi semper exerceat ? Ita quae sicut nobis licet vel jejunare semper, vel semper orare, et diem dominicam accepta Domini corpore indesinenter celebrare gaudemus, etc.

Les textes de saint Paul que nous avons cités semblent bien indiquer que tout à l'origine certains chrétiens venus du judaïsme conservaient l'usage du sabbat et des fêtes juives, comme ils avaient retenu la coutume d'aller prier au temple, celle de la circoncision et quelques autres. Mais ces usages tombèrent bientôt en désuétude ; ils furent plus tard condamnés et ceux qui voulaient les conserver furent, comme les ébionites, rejetés de l'Église. La première fête spécifiquement chrétienne, ce fut le dimanche, et par contrecoup, semble-t-il, la Pâque et même la Pentecôte qui avaient consacré ce jour. Ainsi du même coup furent constituées, dans l'embryon, la semaine et l'année chrétienne.

Pour le dimanche, nous n'avons pas à revenir sur la démonstration magistralement faite par dom Dumaine (voir Dimanche, t. iv, col. 858 sq.). Mais il est nécessaire de résumer ses conclusions : le dimanche, ou pour parler plus exactement le prima dies sabbati, se juxtapose à l'origine à l'observation du sabbat qui fut conservée quelque temps par les chrétiens, comme d'autres coutumes de la synagogue. Il ne faut pas le considérer, au moins dans les premiers temps, comme une réaction contre l'observation du sabbat. Dans l'Église judéo-chrétienne primitive, les pratiques exclusivement chrétiennes se sont tout d'abord juxtaposées aux pratiques juives ; entre les unes et les autres, il n'y eut aucun antagonisme, car évidemment l'on estimait, selon la doctrine du Sauveur, que le christianisme était la perfection ou l'achèvement de la loi. On peut tenir pour vraisemblable que saint Jacques et les membres de la communauté de Jérusalem célébraient le dimanche, comme la fraction du pain (Act. ii, 46). Le dimanche n'a donc pas pour but d'évincer le sabbat.

Saint Paul recommande que des collectes soient faites dans l'Église de Corinthe, comme dans celles de Galatie, au premier jour de la semaine (1 Cor. xvi, 1-2). C'est le premier jour de la semaine qu'il célèbre la fraction et prêche dans l'église de Troas (Act. xx, 6 sq.). Saint Paul connaît donc l'institution du dimanche, comme jour sacré pour les chrétiens, mais rien ne prouve qu'il ait lui-même fondé cet usage. Il semble au contraire qu'il y fait allusion comme à une coutume établie avant lui. L'institution est donc antérieure aux voyages de saint Paul. Saint Jacques au concile de Jérusalem fut dès l'origine le jour liturgique par excellence ; ce fut un jour de joie, un jour de fête, un jour de repos et en somme la première fête chrétienne, et au nom de premier jour de la semaine fut bientôt substitué celui de jour du Seigneur, Kyriakē hēmera, dit saint Jean dans l'Apocalypse (Apoc. i, 9-11). Au temps et dans le pays où fut écrit l'évangile de Pierre (c. 150), le terme est courant. De là est venu le dies dominica, domenica en italien, domingo en espagnol, dimanche en français.

L'hypothèse dont nous avons parlé, d'après laquelle dans la communauté primitive de Jérusalem tous les jours auraient été jours de fête, ne s'oppose pas à ce que le dimanche ait pris bien vite une place à part. Et du reste cette coutume de fêter tous les jours ne pouvait exister que dans une communauté peu nombreuse et très fervente, qui devait présenter à peu près l'aspect d'un monastère. Du jour où l'Église sortit de Jérusalem, et où elle reçut des fidèles plus nombreux, il est clair que la célébration de tous les jours de la semaine devenait chose impossible.

Cette célébration du dimanche consacrait l'adoption par les chrétiens de la semaine juive, tout en modifiant sensiblement son caractère ; l'axe en était en quelque sorte changé, puis que le prima dies sabbati, en réalité le second jour de la semaine pour les Juifs, devenait pour les chrétiens le premier jour au sens absolu, le jour le plus important de la semaine, le jour sacré, tandis que le sabbat, qui, en réalité, était le premier jour de la semaine juive, tombait au second rang. Les autres jours de la semaine se comptèrent d'après le dimanche, secunda feria, tertia feria, lundi, mardi et ainsi de suite.

Nous constatons de bonne heure, dès le iii et même dès le ii siècle, que deux autres jours ont pris chez les chrétiens une importance spéciale, la quarta feria et la sexta feria, mercredi et vendredi. Y a-t-il une raison spéciale en dehors de leur place au milieu de la semaine qui les désignait déjà à l'attention ? Le mercredi est le jour où le Christ fut livré, le vendredi celui où il mourut. L'un et l'autre jour se rattachait donc, comme le dimanche, à la fête de Pâque. C'était toujours le Triduum paschale qui n'était dans le principe qu'une seule fête.

Les témoignages en faveur du mercredi et du vendredi sont nombreux dans l'antiquité. La Didaché indique ces deux jours, comme jours de jeûne ; le Pasteur d'Hermas, Clément d'Alexandrie, Tertullien, les signalent aussi comme jour de stations. Dans certains pays, comme en Afrique, on y célébrait l'Eucharistie aussi bien que le dimanche. Dans l'Église d'Alexandrie au contraire, ces stations ne comportaient pas l'Eucharistie. Socrate nous dit qu'on y lisait les Écritures, qui étaient interprétées par les docteurs, en un mot on faisait tout ce qui se fait dans les synaxes, moins la célébration des mystères. Mgr Duchesne pense que sur ce point, comme sur tant d'autres, l'usage de Rome était semblable à celui d'Alexandrie. En tout cas, la messe n'était pas célébrée à Rome le vendredi au commencement du v siècle.

Quelques-uns des textes que nous avons cités, semblent considérer le mercredi et le vendredi comme deux jours fériés, qui, auraient été constitués à un moment donné et pourvus d'une synaxe, à cause du souvenir de la passion. Les liturgistes modernes ont, sans exception, croyons-nous, adopté cette vue. Mais, si l'on se rappelle le texte des actes que nous avons cité (Actes, ii, 4G. 47), l'usage chrétien primitif était de considérer tous les jours de la semaine comme jours de fête et de synaxe. Le jour où l'Église s'étendit au delà de la communauté de Jérusalem, cette coutume primitive ne pouvant être gardée, il fallait forcément songer à réduire les jours de fête. Est-ce à ce moment que l'on s'entendit pour garder les deux jours qui avaient pour les chrétiens une signification spéciale ? En tout cas l'universalité de cette pratique au iv » siècle et avant, est un signe de haute antiquité.

Quant au samedi qui, chez les Juifs, avait été le jour principal de la semaine, il ne fut pas traité partout de même manière.

A Rome on jeûnait ce jour-là. Cette coutume devait être ancienne car saint Hippolyte au m » siècle avait écrit un traité sur le jeûne du samedi -. Saint Augustin <îui parle aussi de cette coutume en rapporte l'institution à saint Pierre lui-même '. En tout cas elle se maintint longtemps car elle a laissé des traces dans le culte liturgique jusqu'à nos jours. Le concile d'Elvire prescrit le jeûne le samedi *. Saint Ambroise écrit à saint Augustin : Quando hic siim (à Milan) non jejuno sabbalo ; quando Romœ sum, jejuno sabbalo.

Tertullien nous parle du carême tel qu'il était célébré de son temps, deux semaines de xérophagies, mais avec l'exception déjà, du samedi et du dimanche : Duas in anno hebdomadas xerophagiarum, nec toias, exceptis scili cet sabbatis et dominicis offerimus Deo ^.

Il nous parle aussi de ceux, peu nombreux il est vrai, qui le samedi ne prient pas à genoux, ce qui était la coutume générale le dimanche, quanculos quosdam qui sabbalo abstinent genubus '. Il fait également allusion au jeûne du samedi : Car jpjuniis parasceven dicamus ? quanquam vos eliam sabbalum, si quando conJinualis numquam nisi in pascha jcjunandum secunlium rationem alibi reddilam '. Ainsi le jeûne du samedi serait une sorte de continuation de celui du vendredi. C'était aussi une vigile du dimanche, une préparation à la fête de ce jour. C'est ce que dit Victorinus : <270-303) hoc die (sabbato) solemus superpunere : idcirco ul die dominico cum graliarum aclione ad panem cxeamus... ne quid cum judœis sabbalum observare l'ideamur '. Voir Je une, Quatre-Temps.

Socrate atteste que Rome et Alexandrie suivaient le samedi la même coutume : Circa celebrilatem colleclarum quœdam diuersitas invenilur : nam dum per ecclesias in unirerso terraruni orbe conslilutas, die I sabbatorum per singulas hebdomadas sacrificia celebrenlur, hoc in Alexundria et in Rama, quadam prisca Iraditione non faciunl. Aigyptii vero Alexandriœ vicini, Thebaidis habitalores, sabbalo quidem collectas agunt, sed dominica sicul moris est, sacramenla percipiunt '.

Au contraire en Orient, sauf l'exception d'Alexandrie, le samedi fut traité sur le pied du dimanche. Saint Basile, dans une lettre, recommande à Cesaréa Patricia la communion quotidienne. Il ajoute cependant qu'en Gappadoce on ne communie que le dimanche, le mercredi, le vendredi et le samedi '« '. En Egypte, le sacrifice n'était célébré que le samedi et le dimanche, en dehors des fêtes. C'était la coutume des moines de la Thébaïde, de Scété, de Nitrie, etc. Même les moines qui vivaient en ermites dans leurs solitu des, accouraient d'ordinaire au monastère le samedi et le dimanche pour le service liturgi que ». A Antioche, au temps de saint Jean Chrysostome, le sacrifice était offert cha que jour, mais c'est surtout le samedi, le dimanche et aux fêtes des Martyrs que les fidè les venaient communier '-. Saint Sabas qui faisait tous les ans, loin de son monastère, un carême de l'Epiphanie jusqu'à Pâques, ne se communiait que le samedi et le dimanche. Gennadius nous dit que le samedi est spécialement choisi pour la commémoraison des morts « .

Les canons apostoliques et les constitutions apostoliques mettent aussi le samedi à peu près sur le pied du dimanche ». Le 1. VII, c. xxxvi, contient une belle prière sur le sabbat, repos du seigneur après la création. Le concile de Laodicée (363) tout en condamnant ceux qui gardent encore le sabbat, dit que Ton fait mémoire des martyrs les samedis et dimanches de Carême '^ Le pseudoIgnace traite de meurtriers du Christ(I) ceux qui jeûnent le dimanche ou le samedi « . Le concile in Trullo en G85, ne manqua pas de rappeler cette exemption du jeûne le samedi pour condamner l'usage contraire de Rome ». On attribue quel quefois l'institution du jeûne du samedi à saint Calliste, d'après ces mots de sa notice, hic conslituit jejunium die sabbali, etc. Mais il s'agit évidemment ici du jeûne des quatre temps '■'.

Le samedi est encore le seul jour avec le dimanche où le sacrifice est offert dans l'Église grec que pendant le carême. Les autres jours se célèbre la messe des présanctifiés. Des voyageurs modernes nous rapportent que des moines du mont Athos communient tous les samedis pendant la période du grand carême « . Les règ les du jeûne ont sans doute aussi contribué à mettre le samedi en relief. Ceux qu'on appelait hebdomadiers étaient censés jeûner une semaine ; on appelait ces jeûnes superpositions. Ce jeûne commençait après le repas du dimanche (repas uni que pris après la communion du dimanche) et se terminait le samedi où l'on communiait encore et, après la communion, il y avait un repas comme le dimanche - ».

Les moines d'Orient traitent aussi d'ordinaire le samedi avec une solennité plus grande que les autres jours de la semaine. Dans la règle de saint Antoine on ne jeûne ni le samedi ni le dimanche '-'. Cassicn témoigne en faveur de la même tradition et dit que cette

V.

Al coutume de ne jeûner ni le samedi ni le dimanche est d'origine apostoli que, tout en constatant qu'à Rome et ailleurs on jeûne au contraire le samedi '. La même exemption du jeûne le samedi est constatée dans la Peregrinatio ^lElherix '.

C'est probablement de Cassien qu'elle a été empruntée par la règle de saint Césaire, par celle de saint Coloniban et par celle de plusieurs autres monastères « .

Les moines celtes ont un hymne in natali martyrum, vel sabbato ad malutinam ■■. Dans le lectlonnaire de Silos, on ne jeûne pas les samedis de carême, ce qui est considéré par l'éditeur, comme une coutume orientale^.

Nicetas, au iv« siècle, nous parle aussi de la solennité du samedi qui semble ne faire qu'un avec celle du dimanche ^.

Cette divergence de coutume sur la façon de traiter le samedi devait être relevée plus tard dans les controverses entre les Églises grec que et latine, comme un grief contre l'Église romaine.

Le jeudi jouit d'une situation assez singulière. Il est le jour de Jupiter, dies Jouis, jour de fête pour les païens. On suit longtemps dans l'histoire des conci les la trace de sa défaveur qui est une conséquence de cet anniversaire, comme nous le verrons tout à l'heure. Pourtant la Didarhe ne proscrit le jeûne du lundi et du jeudi que parce qu'ils sont jours de jeûne pour les juifs '. Le Liber ponlificalis proscrit aussi le jeûne du jeudi, mais pour de tout autres raisons. Il attribue au pape Miltiade (311-314) cette prescription : Hic constituit nulla ralione dominico aut quinla feria jejunium guis de fldelibus agere, quia eos dics pagani quasi sacrum jejunium celebrabant '. Comme le fait remarquer l'éditeur, il est inexact de dire que les païens jeûnaient le jeudi. La Vila Silvestri, document du v« siècle, coiilleiit une curieuse polémi que. L'auteur voudrait que l'on célébrât le jeudi et non le samedi, et que l'on s'abstint de jci'iner le jeudi ». Saint Augustin de son côté, nous apprend qu'à Rome, on ne devait pas observer ce jour-là les jeûnes volontaires « . Il est vrai qu'on jeûnait le jeudi en carême, mais il n'y avait ce jour-là du temps de saint Grégoire, ni station, ni messe solennelle. Grégoire II (714-731) fut le premier qui établit un office pour les jeudis de carême et la liturgie de ces fériés a aujour d'hui encore un caractère adventice, les stations et certaines antiennes, par exemple cel les de la communion, sont prises en dehors de la série ordinaire ».

Dans un sermon apocryphe attribué autrefois à saint Augustin, mais que l'on croit de saint Césaire, on lit ce curieux passage : et quia tnidivimus quod aliquos viros vel mulieres ila diabolus circumvenial, ut quinla jeria nec viri opéra faciant, nec mulieres lanificium... Isti infeli ces et miseri qui in honore Jovis in quinla jeria opéra non jaciunl, non dubilo quod ipsa opéra die dominico jacere nec crubescunl nec metuunl '-.

Le concile de Narbonne en 589 a un canon, le 15« contre le même abus : Ad nos pervenit quosdam de populis catholicœ fidei execrabili riiu diem quintam jeriam, qui et dicilur Jovis, mullos excolere et operaiionem non jacere « .

La liturgie, comme nous l'avons dit, protestait à sa façon contre cet abus en supprimant la messe. Amalaire dit que de son temps (ix » siècle) le jeudi rappelait la réunion du peuple juif et du peuple gentil en un seul peuple sous Jésus-Christ '*.

L'auteur des messes votives attribuées à Alculn, consacre ce jour au culte des Anges. Depuis l'institution de la fête du Saint-Sacrement, c'est à cette dévotion qu'est voué le jeudi.

Quant aux deux autres jours de la semaine, le lundi et le mardi, ils restent jours ordinaires et ils n'ont pas eu de situation spéciale au point de vue liturgi que.


III. L'année chrétienne et les premières fêtes : Pâque, Pentecôte, Noël, Epiphanie.

1. Pâque et Pentecôte, Le dimanche fut donc en réalité chez les chrétiens, la première fête, et peut être pendant un temps, l'uni que ». On le célébrait surtout par une synaxe eucharisti que, quelquefois même par deux réunions l'une le matin, l'autre le soir, comme semble l'indiquer Pline, usage qui s'est peut-être maintenu à Jérusalem jusqu'au v= siècle, d'après Etheria.

Pâque et la Pentecôte sont en relation étroite avec le dimanche. La résurrection et la descente du SainlEsprit ont eu heu un dimanche et n'ont pas peu contribué à donner à la prima sabbali sa position prépondérante dans la semaine (voir Dimanche). Tertullien et Origéne dans les textes que nous avons cités ne connaissent que ces deux fêtes. Encore en réalité faut-il dire qu'el les ne forment qu'une seule fête, comme le rappelle Tertullien : Xam elhnicis semel annui dies quis que /estus est : tibi oclavus quis que dics, Excerpe singulas solemnitates nationum et in ordinc exsere, Pentecostcn implere non poterunt « .

Exinde Pentecoste ordinaiulis lavacris lalissimum spatium est quo et Domini rcsurreclio inler disciputos jrequcnlila est, et gratia Spiritus sancti dedicata est ». Die dominico jejunium ne/as dicimus, vel de geniculo adorare. Eadem immunitatc a die Paschœ in Penlecosten us que gaudemus « . Voir Pâque, Pentecôte.

2, piphanie-Noël.

L'Epiphanie aussi bien que la fête de Noël a pour objet premier de célébrer l'anniversaire de la naissance du Christ. Or, la date de cet événement est controversée. On a donné successivement les dates du 18 et 19 avril, du 29 mai, etc. '. Le De Pascha computus sur lequel Algr Duchesne a attiré l'attention et qui a été rédigé au milieu du iii« siècle, propose le 28 mars '.

Mais les deux dates les plus communément adoptées dans l'antiquité chrétienne furent celles du 25 décembre et du 6 janvier, la première plus généralement acceptée en Occident, la seconde en Orient. Saint Hippolyte, qui écrivait à Rome, au commencement du iii« siècle, optait pour le 25 décembre '. Le calendrier philocalien, édité à Rome en 336, porte à la même date cette mention : Depositio martyrum : VIII kal. ian., natalis Christus in Bethleem Judée *. Cette fête du 25 décembre d'abord propre à l'Église latine est adoptée à Antioche au temps de saint Jean Chrysostome % et même plus tard à Jérusalem, mais non sans opposition et sans retour à l'ancienne pratique ^ Ainsi au vi« siècle Cosmas Indicopleustes dit que les habitants de Jérusalem célèbrent encore au 6 janvier la nativité du Christ et son baptême '.

Cette même date du 6 janvier était observée dans bien des églises à une époque fort ancienne. Les basilidiens au dire de Clément d'Alexandrie célébraient à ce jour le baptême du Christ, ce qui nous ramène au commencement du iii« siècle, d'autres avaient adopté le 10 janvier '. Mgr Duchesne cite encore la passion de saint Philippe d'Héraclée, en Thrace, au commencement du iv« siècle '. Même en Gaule et en Espagne, il est question de la fête de l'Épiphanie au 6 janvier, au iv« siècle ». Saint Épiphane est aussi en faveur de cette date « . Cassien nous dit que les Égyptiens célèbrent le même jour la nativité, l'Épiphanie et le baptême du Christ '-. Saint Augustin atteste aussi le triple objet de cette fête, adoration des mages, baptême du Christ, miracle de Cana ».

Mais cette fête du 6 janvier est encore ignorée à Rome et en Afrique au iv« siècle. Elle n'est pas marquée au calendrier philocalien. Saint Augustin reproche aux donatistes de ne pas l'observer « . Mais dès le commencement du v« siècle on combine en Occident les deux fêtes, celle du 25 décembre consacrée à la naissance du Christ, celle du 6 janvier à l'adoration des Mages, au baptême du Christ, au miracle de Cana. L'Église romaine reste fidèle aujourd'hui encore à la mémoire de ces trois événements au 6 janvier. Voir Épiphanie, t. iv, col. 197.

On a discuté longuement et l'on discute encore pour savoir comment on est arrivé à établir ces deux dates.

On avait pensé d'abord que la date du 25 décembre avait été choisie à Rome pour détourner les fidèles des fêtes païennes des saturnalia. Mais comme le fait remarquer avec raison Mgr Duchesne, les Saturnalia se célébraient du 17 décembre au 23 et donc ne coïncidaient pas avec la date choisie.

Usener a indiqué alors la fête du Natalis invicti, c'est-à-dire du soleil, qui tombe en effet le 25 décembre et que les partisans de Mithra célébraient avec solennité ; c'est le solstice d'hiver, date importante dans le calendrier civil romain. La fête de Noël serait une sorte de concurrence faite par l'Église romaine au mithriacisme ».

Mgr Duchesne se rallie à un autre système.

On est arrivé à fixer la date de la naissance du Christ par celle de sa mort, qui du reste elle-même est controversée. On a proposé successivement le 21 et le 23 mars, le 9, le 13 ou le 19 avril. Mais la date la plus généralement admise est le 25 mars « . Tertullien et Hippolyte adoptent cette date, ainsi que le calendrier philocalien ». C'est elle qu'adoptent aussi les quarto-décimans « . En Gaule une fête de la passion et de la résurrection est célébrée au 25 et au 27 mars '. Le jour était du reste marqué par l'équinoxe de printemps, ce qui lui donnait du relief, on croyait aussi que c'était le jour où le monde avait été créé, de là rapprochement symbolique avec la mort du Christ. Enfin ce jour fut aussi choisi, on le sait, et choisi en vertu des mêmes raisons, comme celui de l'Incarnation, d'où la fête de l'Annonciation au 25 mars ». Une fois cette date obtenue pour le jour de la conception, les neuf mois de la grossesse de la sainte Vierge donnaient le 25 décembre. Une confirmation a été donnée à cette théorie par Dom Wilmart « .

La date du 6 janvier a pu être obtenue d'après Mgr Duchesne par des calculs analogues. Une secte de montanistes célébrait la Pâque le 6 avril ». Or entre le 6 avril et le 6 janvier, il y a aussi 9 mois, comme entre le 25 mars et le 25 décembre. Conybeare s'appuyant sur un autre système, fait observer que la date du 6 janvier était la date de la fête païenne de la bénédiction du Nil, et c'est pour cette raison que les basilidiens l'auraient prise pour la fête du baptême du Christ « . Nous avons parlé ailleurs de la bénédiction des eaux du Nil à cette date. Voir Épiphanie, Noël.


IV. Autres fêtes de N.-S. — Parmi les fêtes de N.-S., antérieures au ix« siècle, il faut encore nommer l'Ascension, la Circoncision et la Présentation au temple.

L'Ascension qui suivit de 40 jours la résurrection a une situation très spéciale sur le cycle, et paraît se confondre à un moment donné avec la solennité de la Pentecôte. Cependant son existence comme fête séparée au 40« jour est attestée au iv« siècle. Voir Ascension, notamment, t. i, col. 2938.

La Circoncision dépend naturellement de la fête de Noël, dont elle constitue l'octave, le texte de saint Luc rappelant que cet événement eut lieu huit jours après la naissance du Sauveur, postquam consummati sunt dies octo, etc. (Luc, ii, 21). Il en est fait mention dans un concile de Tours, en 567, et antérieurement dans le lectionnaire de Victor de Capoue en 546. Voir Circoncision, t. iii, col. 1718.

La Purification au 40« jour après la Nativité, postquam impleti sunt dies purificationis ejus (Luc, ii, 22) fut d'abord la fête de la Présentation de Jésus au Temple ; elle semble une fête particulière à Jérusalem, et peut remonter au iv'' siècle, d'après le témoignage d'Éthérie. Elle s'y célébrait du reste très solennellement. Comme la Nativité (Épiphanie) se célébrait à Jérusalem à ce moment au 6 janvier, le 40' jour après cette fête tombait le 14 et non le 2 '. Voir Purification.

Les fêtes de la Croix peuvent compter parmi les plus célèbres et les plus anciennes. Le vendredi saint est une véritable fête de la Croix à Jérusalem au iv« siècle. Une autre fête avait lieu le 14 septembre qui était l'anniversaire de la dédicace des basiliques constantiniennes élevées sur le Calvaire et le saint Sépulcre. Cette dédicace est célébrée en 335 par les évêques du concile de Tyr et rappelait la découverte de la vraie croix. Elle se célébrait très solennellement à Jérusalem et durait huit jours.

Les églises gallicanes célébraient au 3 mai leur fête de la Croix. Elle est mentionnée dans les manuscrits de Berne et de Wolfenbüttel du martyrologe hiéronymien et dans les calendriers mozarabes, ainsi que dans les sacramentaires gallicans. Elle peut remonter au vii' siècle. Quand la fête du 14 septembre fut introduite, on donna à la fête du 3 mai le nom de fête de l'Invention et à celle du 14 septembre le nom d'Exaltation. Voir Croix (Invention et exaltation de la vraie).

Il faut placer à part la fête de la Trinité, qui ne rentre dans aucune des catégories mentionnées et qui a un caractère particulier. Cette fête n'est pas ancienne. On ne la trouve pas indiquée dans les anciens sacramentaires, ni dans le grégorien primitif. Une messe de la Trinité sous le nom d'Alcuin a fait croire que la fête remontait à lui. Un évêque de Liège, Étienne (903-920) composa un office de la Trinité. La fête fut célébrée en certains lieux. Elle ne fut définitivement établie en Occident qu'en 1334. Voir Trinité (Fête de la).

Il existe aussi une solennité fort ancienne qui remonte au moins au milieu du v' siècle et qui se célébrait en Orient le 25' jour après Pâque. C'est l'antique solennité du medianle die feslo qui correspond peut-être en Occident au iv'' dimanche de carême -. Ce dimanche, qui est celui du Lielare, se célébrait à Rome, à Sainte-Croix de Jérusalem, avec une solennité particulière.

La Fête-Dieu ou Fête du Saint-Sacrement fut instituée au xiii' siècle par l'évêque de Liège en 1246, et le pape Urbain IV (1261-1264) la rendit fête universelle et obligatoire et la fixa au jeudi après la Trinité.

La fête du Sacré-Cœur fixée au vendredi qui suit l'octave du Saint-Sacrement appartient à une date encore plus moderne, le xvii' siècle. À la suite des révélations de sainte Marguerite-Marie Alacoque, une fête fut instituée, qui fut combattue à l'origine, mais approuvée par Clément XIII et élevée au rang des plus solennelles par Léon XIII.

La fête de la Transfiguration au 6 août est beaucoup plus ancienne. On cite en Orient, en Arménie, une fête très célèbre sous ce nom, avec octave, et qui donne son nom à l'une des sections principales du cycle, et que l'on fait remonter au iv siècle. Elle aurait supplanté une fête de Diane. Voir Transfiguration.

La fête du Saint-Nom de Jésus fut instituée par Clément VII (1523-1534) et devint fête universelle en 1721 par les soins d'Innocent XIII, et fut fixée au ii' dimanche après l'Épiphanie. Il faut remarquer que cette fête est en quelque sorte un dédoublement de la Circoncision qui est déjà une fête du Saint-Nom de Jésus.

La fête du Précieux sang, le premier dimanche de juillet, est d'institution récente. Elle fut établie par Pie IX en 1848, en souvenir de sa rentrée à Rome.

V. FÊTES DE LA SAINTE VIERGE. — Oui, il est vrai que les fêtes chrétiennes, en dehors du dimanche et peut-être de Pâque et de la Pentecôte, ne sont pas primitives et qu'elles ont été instituées dans la suite du temps selon les circonstances. Ce n'est pas à dire que l'objet de la fête n'ait pas été connu auparavant et même qu'il n'ait pas été en vénération. Ainsi la naissance du Christ honorée bien avant l'institution de la fête, ainsi la descente aux enfers qui n'a pas de fête ou le Bon Pasteur, ou la Trinité ou le Saint-Nom de Jésus, ou le Précieux sang. Il en fut de même pour les anges dont le culte fut antérieur à la fête (voir col. 1421).

On peut en dire autant pour le culte de la Vierge Marie qui est bien antérieur à l'établissement d'aucune de ses fêtes : Voir Marie.

Les principales fêtes de la sainte Vierge sont l'Annonciation, l'Assomption, la Nativité et la Purification. Le Liber Pontificalis, dans la notice de Sergius I » (687-701) s'exprime ainsi : Constituimus ut diebus annuntiationis Domini, dormitionis et nativitatis sanctae Dei genitricis semperque virginis Mariae ; ut sancti Symeonis quod Ypapanti greci appellant, letania exeat a sancto Hadriano et ad sanctam Mariam populus occurrat ^.

D'après les dernières recherches, l'institution de l'Annonciation remonte peut-être au iv siècle. Il y avait en tout cas à cette époque, à Nazareth, une basilique consacrée au souvenir de l'Annonciation '. L'Assomption dont la date a varié (18 janvier et 15 août) peut remonter au v' siècle (voir Assomption). La Purification ou la présentation au temple de N.-S., est mentionnée dans la Peregrinatio Egeriae au 14 février '. Quant à la Nativité de la sainte Vierge au 8 septembre, elle n'est mentionnée ni dans les anciens calendriers, ni dans les textes de Chrodegand et du concile de Mayence, que nous citons au § 9'. En tout cas, Fulbert de Chartres et saint Bernard en parlent dans leurs ouvrages '. Mais le texte du Liber Pontificalis cité ci-dessus nous donne une date antérieure. Voir Nativité de la Sainte Vierge.

Grégoire de Tours nous parle d'une fête de la Vierge qui se célébrait de son temps (544-593) : Hujus festivitas sacra mense undecimo celebratur. (Le 11' mois est janvier pour les Gallicans qui commençaient l'année en mars). Sam in oratorio Marcianensis domus arverni territorii, ejus reliquiae continentur. Adveniente vero hac festivitate, ego ad celebrandas vigilias ad eum accipi '. Il n'est pas dit que cette fête soit l'Assomption ; selon dom Morin, ce serait une fête générale de la maternité de Marie, antérieure à l'Assomption '.

Récemment le Dr. Baumstark trouvait la preuve d'une fête de Marie à la fin du IVe, MvTjijir) TÎjç âyiaç OEOTéx.O'i xal Maplaç. Celle fête avait lieu à Antioche '. Au concile d'Éphèse en 431, un sermon fut prononcé par saint Cyrille dans une église de la Vierge et semble-t-il, pour une fête de la Vierge '.

Tillemont semble disposé aussi à voir la mention d'une fête de la Vierge, peut-être l'Assomption, dans un sermon de Proclus en 428 ou 429 '.

La fête de la Présentation de Marie au temple ne devint une fête universelle qu'à la fin du XVIe, mais son origine est beaucoup plus ancienne. Le cardinal Gasquet et Edmond Bishop ont prouvé qu'en Angleterre elle est célébrée au XIe, mais elle l'était dans les monastères grecs de la Basse-Italie dès le IXe et peut-être est-ce par eux qu'elle passa aux Anglais -. Mais d'après des recherches récentes, il faudrait remonter beaucoup plus haut encore. L'église de Sainte-Marie-La-Neuve fut bâtie par ordre de Justinien, près des ruines du temple de Jérusalem, et dédiée en novembre 543. Il est de toute probabilité que cette église fut liée au souvenir de la Présentation et comme la Présentation fut toujours célébrée au 21 novembre, c'est cette dédicace qui doit avoir donné naissance à la fête. C'est un nouvel exemple de ce fait assez fréquent en héortologie qu'une célébration de dédicace est devenue la fête d'un mystère, (c'est le cas pour la dédicace du Saint Sépulcre au 14 septembre, pour la Saint-Michel au 29 septembre et pour plusieurs autres fêtes, comme on le verra au cours de cet article« . Voir Présentation.

Dans la vie de l'abbé saint Théodore, qui vivait auprès de Jérusalem (t 529), il est parlé d'une fête de la Vierge très solennelle et où se réunissait un grand concours de peuple '. Tillemont et après lui dom Bihlmé n'hésitent pas à y voir l'Assomption '.

La fête de l'Immaculée Conception au 8 décembre n'est indiquée dans aucune des listes ou des calendriers anciens que nous citons. Elle ne paraît guère antérieure au Xe, mais le sujet, à cause de son importance liturgique, mérite d'être traité à part. Voir Immaculée Conception (Fête de l').

Pour les fêtes moindres de la sainte Vierge, nous nous contentons d'indiquer la date de l'institution. La Visitation au 2 juillet, reconnue officiellement en 1264 et en 1389 ; au 16 juillet, la fête de N.-D. du Mont-Carmel d'abord célébrée par les carmes, puis devenue fête de l'Église universelle sous Benoît XIII en 1726 ; la fête des Sept-douleurs, au vendredi de la semaine de la Passion, célébrée d'abord à Cologne, en 1413, étendue à toute l'Église par Benoît XIII en 1727 ; une autre fête de même genre la Compassion de la sainte Vierge, qui a son origine dans l'ordre des servîtes, fut fixée au 2e dimanche de septembre et étendue à toute l'Église par Pie VII en 1814 ; le Saint-Nom de Marie honoré en Espagne en 1513, reconnu officiellement en 1683 ; Notre-Dame des Neiges au 5 août est une fête de dédicace, la dédicace de la fameuse basilique libérienne érigée sur l'Esquilin par Libère, appelée communément Sainte-Marie-Majeure ; le Saint-Nom de Marie au dimanche qui suit la Nativité de Marie, né en Espagne, fut reconnu par Rome sous Innocent XI en 1683 ; Notre-Dame de la Merci, adoptée d'abord par l'ordre de la Merci, étendue à toute l'Église sous Innocent XII, en 1691-1700.


VI. FÊTE GÉNÉRALE DES SAINTS, DES MARTYRS, DES CONFESSEURS, DES APÔTRES ; FÊTE DES MORTS.

Il y eut une fête générale pour les martyrs qui paraît fort ancienne. Saint Grégoire le thaumaturge au IIIe, au dire de saint Grégoire de Nysse, instituait des solennités religieuses auprès des tombeaux des martyrs et permettait à ses chrétiens d'y faire des festins publics à l'exemple des confréries profanes '. Saint Cyprien semble faire allusion à des fêtes de ce genre : Sacrificia pro eis, ut meministis, semper offerimus, quoties martyrum passiones et dies anniversaria commemoratione celebramus '. Saint Jean Chrysostome parle d'une réunion qui se fait le vendredi saint au cimetière près de la ville d'Antioche, qui était en même temps une basilique des martyrs. C'était une fête des martyrs et des morts '.

L'ancien calendrier syriaque de l'an 411 marque pour le sixième jour de la semaine pascale une commemoratio omnium martyrum. Dans le calendrier des Chaldéens catholiques et des Syriens nestoriens, on célèbre au même jour la commemoratio confessorum tandis que pour les Grecs cette fête est transportée au dimanche après la Pentecôte °.

Ailleurs, dans un autre calendrier syriaque ancien, on célèbre au jeudi de la semaine pascale, la fête des apôtres et des docteurs, au vendredi celle des martyrs de Martyropolis, des confesseurs, des pèlerins ; au samedi, celles des prêtres, des ermites, des moines et de tous les fidèles défunts ' ». Le premier dimanche après la Pentecôte est, en Orient, consacré à la mémoire de tous les martyrs. Saint Jean Chrysostome y fait allusion en deux passages de ses sermons « . Le vendredi de Pâques est consacré à une fête générale des confesseurs (ou martyrs) dans la liturgie des nestoriens, dans une version grecque du martyrologe hiéronymien, dans la liturgie de Milan et ailleurs '-.

Nous savons qu'au temps de l'empereur Phocas (entre 607 et 610), le pape Boniface IV consacra à tous les saints le temple du Panthéon, élevé par Agrippa en l'honneur de Jupiter, vengeur. Devenu ensuite le temple de tous les dieux, il avait été fermé au Ve, comme tant d'autres temples païens de la vieille Rome. Le pape Boniface IV y avait fait transporter de nombreux ossements des catacombes et l'ancien temple païen devint une basilique chrétienne qui reçut le nom de Sancta Maria ad Martyres ». Cette fête au martyrologe romain est marquée au 13 mai. La relation que l'on a voulu établir entre cette dédicace et la fête païenne des Lémures ou Remures, aux 9, 11 et 13 mai, ne repose que sur de fragiles hypothèses. Nous avons dit ailleurs que la raison qui a porté Boniface à choisir le 13 mai pour la dédicace du Panthéon est peut-être que, déjà au IVe, à Édesse, saint Éphrem, nous parle d'une fête célébrée à la mémoire des martyrs de toute la terre, et cette solennité tombe justement le 13 mai '.

Au même jour du 13 mai dans les calendriers italogrecs on trouve une fête omnium sanctorum -. Les Grecs d'Italie furent probablement ici les intermédiaires entre l'Orient et Rome, comme ils l'ont été souvent en liturgie. C'est cette fête, du 13 mai qui fut probablement transportée au 1er novembre et devint la fête de la Toussaint'. On peut admettre au moins que Grégoire IV en 835 pour mettre plus d'unité entre les églises qui ne célébraient pas toutes cette commémoraison des saints, ou ne la célébraient pas le même jour, engagea Louis le Débonnaire à promulguer un décret pour la fixer dans tous ses États au 1er novembre : Tune moniente papa et omnibus episcopis assentientibus, Ludovicus imperator statuit ut in Gallia et Germania festivitas omnium sanctorum in kal. novemb. celebraretur, quam Romani et instituto Bonifacii papae celebrant '. C'est à partir de ce moment que la fête de la Toussaint, qui avait été d'abord une fête locale pour Rome et pour quelques autres églises, devint une fête solennelle, qui se répandit rapidement dans l'Europe latine '. La commémoraison des morts fut fixée au lendemain. Voir Défunts, t. iv, col. 453 sq. Il existe aussi dans l'antiquité chrétienne une fête générale des morts qui a des relations étroites avec la fête générale des martyrs dont nous venons de parler. Faut-il y voir une allusion déjà dans ce texte de Tertullien : videril institutio ista calendx si forte februarise respondehunl illi pro mortuis petere ? pro Nalaliliis annua die facimus... Ex Majorum traditione pro defunctis annua die facimus. Offerat annuis diebus dormitionis e/us'. Les priscillianistes, au Ve avaient institué une fête des morts au jeudi saint. Ils disaient ce jour-là une messe pour les défunts et jeûnaient à cette intention. C'est même une des plus anciennes mentions que l'on puisse apporter en faveur d'une messe des morts'. Le concile de Braga réprouva cet usage'. Saint Augustin parle de prières et de supplications que l'on faisait pour tous les morts en général afin que ceux qui n'ont laissé sur terre ni parents, ni enfants, ni amis, ne soient cependant pas délaissés : non sunt praelerittendae supplicationes pro spiritibus mortuorum quas faciendas pro omnibus in christiana et catholica societate defunctis, etiam tacitis nominibus quorumcumque, sub generali commemoratione, suscepit Ecclesia, ut quibus ad ista desunt parentes, aut filii, aut quicumque cognati vel amici, ab ana eis exhibeantur pia matre communi '.

Certains auteurs grecs, Nicéphore Grégoras, Andronic Paléologue, etc., nous disent que le premier samedi de carême était affecté à la mémoire des empereurs et des patriarches morts ; d'autres parlent des commémoraisons générales des morts réservées aussi aux samedis dans l'année et spécialement aux samedis de carême et le samedi avant la Pentecôte '° Amalaire, au IXe, met un office des morts après l'office des saints, « parce que, dit-il, plusieurs sont sortis de ce monde, sans être encore admis dans la compagnie des saints « . » Vers l'an 800, il y a dans les deux monastères de Saint-Gall et de Reichenau, en dehors de diverses pratiques pour les morts, un anniversaire solennel, chaque année, au 14 novembre, pour les morts et chaque prêtre disait ce jour-là trois messes pour les morts '=.

On peut citer avant saint Odilon, abbé de Cluny, qui établit, comme on sait au Xe, une fête générale pour les défunts au 2 novembre, d'autres essais tentés pour établir un jour spécial consacré à la commémoraison des morts. Cette fête fut tantôt au 17 décembre, tantôt au 23 janvier, tantôt au lundi après la Pentecôte, tantôt le 26 juin ». Il existait du reste de ces fêtes générales des morts chez les Grecs, chez les Romains, chez les Perses et chez beaucoup d'autres peuples, mais les relations qu'on a cherché à établir entre ces fêtes païennes et notre fête des morts ne reposent sur aucun fondement historique « .


VII. FÊTES DES ANGES. — NOUS avons sur le culte des Anges des témoignages qui remontent aux temps apostoliques. Ce culte était porté jusqu'à la superstition et à l'idolâtrie chez certains juifs, comme il le fut un peu plus tard dans certaines sectes gnostiques. Il fallait donc prémunir les chrétiens contre ces abus, tout en ne condamnant pas cette religion des anges, contenue dans ses légitimes limites. De là, deux séries de textes qui paraissent à première vue contradictoires et qui ont donné lieu à des erreurs chez certains critiques, mais qui s'expliquent facilement si l'on tient compte des circonstances. Saint Paul ne veut pas que les chrétiens se laissent

commémoraison de tous les morts à la messe. Saint Grégoire de Xazianzc rappelle aussi ces unnimrsurins lionorcs et commentorationcs dans l'oraison funèbre de saint Césaire, son frère. — »• Cf. ces divers textes dans Tliomassin, Traité des testes de l'Eglise, Paris, 1697, p. 437. 438. — « De ordine officii, CLXV. — » Thurston, The feast o/ Ihe dead, dans Dublin Review, juillet, 1907. p. 124 sq. Le développement lie cette institution a été surtout étudié par le D' Ebner, dans son ou\Tagc : Die Klostcrleiclien Gebetsoerbhiderungcn. Cf. Liber confraternitatum sancti Galli, dans Monumenta Gcrmaniœ, Necrotogia, p. 140.— « Mabillon,.4cla SS. O..S. B., Prœfal., in III sœc, n. 101. Cf. Dom Plaine, La IHe des morts du 2 novembre, dans Revue du Clergé français, 1896, t. viii, p. 432-146. Gennadius dans un texte cité ci-dessus dit que le samedi était consacré :1 uuenimmëmoraison générale des morts. — » On a soutenu que In fête des Pourini cliez les anciens juifs était une sorte de fête des trépassés, où toutes les famil les commémoraient ensemble leurs morts. Le livre d'Esthcr aurait nitnic été composé pour expliquer l'origine de cette tftc. Mais comme le dit Lods, si l'hypothèse est curieuse, elle reste ci-pcmlnnt une hypothèse. Il vaut mieux convenir que imus igiioruns tout de la fétc des morts chez les Israélites, commencer par son existence. Lods, La croyance A la vie future cl le culte des morts dans l'antiquité Israélite, t. i, p. 2'28 ; cf. Revue d'Iiistnirc et de littiralurr religieuses, 1898. p. 556. Quant aux rapprochechcmciits avec les religions pnieniics, cf. notre article déjA cité. La fvte des morts cl la Tnussaint dans Revue du Clergé français, 1« novembre IU09, p. 257 sq. séduire par ces erreurs sur les anges, MvjSelç ji-îç xaTaëpaê c'JSTC) 9É>.o)v èv xal 6p'/)ax£iof TÔiv ày-i'éXcûv, à tiv) éûpaxxv, etc. (Col., ii, IS). Le Christ est au-dessus des anges (Osôç) ty.AQim^ (Xpioaôv) èv Sé^iâ AÙTO\j èv -oie, Troupavîo !.( ;, Ttàovji ; àp) ;r, ; xal sîo'jataç xal SuvàiiEcoç, etc. (Eph., I, 20, 21.) Il rappelle que la loi ancienne a été donnée par les anges, tandis que la loi nouvelle à été donnée par le Christ, d'où infériorité de la première sur la seconde (Hebr., i, 5 cf. Eph., m, 10 ; I Tim., m, 16 ; I Pet., I, 12). Enfin les anges seront jugés par les saints (I Cor., vi, 3).

Mais d'autre part, dans l'Ancien Testament, Jacob prie l'ange qui l'a aidé (Gen., xLviii, 16 ; cf. Osée, xii, 4) ; Manne veut offrir un sacrifice à l'ange (Jud., xni, 15, 16) ; Moïse témoigne de sa vénération pour les anges (Ex., m,.5), et Josué se prosterne contre terre devant l'ange qui lui est envoyé (Jos., v, 13-16). Ainsi se prosterne saint Jean dans l'Apocalypse devant l'ange (Apoc, xxii, 8, 9). Saint Justin défend les chrétiens du reproche d'athéisme en disant qu'ils rendent un culte au Père, au Fils, à l'armée des anges ' ; Athénagore témoigne dans le même sens - ; Eusèbe affirme que les chrétiens rendent aux anges un culte convenable'. Saint Ambroise s'exprime ainsi : obsecrandi et angeli pro nobis qui nobis ad praesidium dati sunl'. La thèse de Turmel que, pendant les cinq premiers sièc les les docteurs catholiques ont réprouvé le culte des anges est donc beaucoup trop absolue '.

Malgré tout, on avait le sentiment des abus, que ce culte pouvait entraîner. Les gnostiques avaient fait de leurs éons des médiateurs qui rejetaient au second plan la médiation du Christ. Le canon 35 du Concile de Laodicée (entre 343-381), condamne des abus de dévotion de même genre °.

Au dire de Théodoret, il y avait des hérétiques qui enseignaient que la loi chrétienne a été donnée par losanges. Et ce serait cette erreur qui aurait motivé ie canon de Laodicée. 11 ajoute, qu'en Phrygie et en Pisidie, cette erreur est encore enseignée. On y voit des oratoires à saint Michel ». Sozomène, à peu près vers le même temps, nous parle d'une église en l'honneur de saint Michel Michaelium où s'accomplissaient de nombreux mirac les '. II nous dit aussi qu'il y avait une fête des anges célébrée en même temps par les juifs, par les gentils et par les chrétiens dans l'endroit où les anges avaient apparu à Abraham. Constantin fit abattre cet autel et commanda aux évêques de Phénicie d'y bâtir une église. On cite, à Constantinople, plusieurs autres églises, sous le nom de saint Michel.

D'autres églises furent dédiées aux anges eu diverses provin ces. On en cite au v« siècle à Pérouse et à Spolète. Voir Anges (Culte des) col. 2144 sq.

Des tra ces du culte rendu aux anges ont encore été relevées dans des inscriptions litaniques ; l'une de plus curieuses est ainsi conçue :

« Père, Fils, Esprit saint ; saint Michel, saint Gabriel, Père.lérémie. Père Enoch, sainte Marie avec la Sibylle. Le bienheureux Georges est entré dans son repos, le huitième du mois de Paoïni, quatrième indiction « . » La plupart des Litanies anciennes contiennent une invocation aux archanges et aux anges, parfois à saint Michel, saint Gabriel, saint Raphaël. Les anges ont encore leur place à la fin de la préface et au sanctus ; le terme sancti angeli lui dans le canon est apphqué quelquefois à un ange, ou même à plusieurs qui auraient ainsi mission de présenter le sacrifice du Fils à Dieu le Père. Sur ce texte, voir Epiclèse, col. 165.

L'Église grec que a une fête de saint Michel au 8 novembre qui est la dédicace de son Église aux thermes d'Arcadius à Constantinople. Le 6 et le 29 septembre sont aussi des fêtes de saint Michel.Voir MicHEL(saint).

Saint Gabriel est fêté le 26 mars, le 13 juillet et le 11 juin. Voir Gabriel (saint). Saint Raphaël n'a pas de fête spéciale.


VIII. DÉDICACES, FÊTES DES SAISONS, FÊTES LOCALES, NATALES ET DEPOSITIONES. — Il existe d'autres fêtes qui n'appartiennent à auc une des catégories précédentes, et dont il faut maintenant parler.

Le rite de la dédicace, c'est-à-dire une cérémonie instituée pour dédier ou consacrer un temple, existe chez les païens, comme chez les juifs. Il ne semble pas que les chrétiens aient adopté l'usage d'une dédicace des églises, avant le iv= siècle. En tout cas, le premier témoignage vraiment authenti que qu'on en ait, est la fameuse description donnée par Eusèbe des fêtes de la dédicace de la cathédrale de Tyr. A partir de ce moment, les témoignages se multiplient et la Peregrinatio Elheriœ nous donne le récit de la grande fête de la dédicace ou des Encénies à Jérusalem au iv^ siècle. Voir DÉDICACE DES Églises. Reaucoup de fêtes anciennes n'ont pas d'autre origine que la dédicace d'une égfise. Nous en donnons plusieurs exemp les dans le présent article, ainsi le 1=' mai, dédicace de l'église des apôtres saint Philippe et saint Jacques, le 1 » août, dédicace de l'église de Saint-Pierre in vincutis, le 29 septembre, dédicace d'une église de Saint-Michel, etc.

Parmi les fêtes loca les les plus anciennes, il faut mentionner les anniversaires d'es martyrs, des confesseurs et des évêques sous les titres divers de mémorial, nata les, natalilia, depositiones.

L'anniversaire du martyr saint Polycarpe, institué à Smyrne aussitôt après sa mort, est le plus ancien que l'on connaisse : r :y.ç,éîia ô Kùpioç l'j -t]v TOij AÙTO'j Y)jxépav YsvÉÔXtov '*.

A Rome, remar que Mgr Duchesne les épitaphes chrétiennes antérieures au m« siècle ne marquent jamais le jour de la mort du défunt, martyr ou non. Ce qui prouve que l'anniversaire funèbre n'était pas encore l'objet d'une commémoration religieuse, et, en ce qui regarde les martyrs, d'une solennité ecclésiastique. Au contraire, à partir du iii'^siècle, la célébration de l'anniversaire devient d'un usage universel ».

Les anniversaires des martyrs étaient naturellement des fêtes loca les. Cha que église honorait ses saints. Mais les emprunts se produisirent bientôt, soit à l'occasion d'une reli que ou d'une translation ; ou, simplement à cause de la célébrité d'un martyr, son culte s'établit dans d'autres églises. C'est ce que l'on vit par exemple pour saint Laurent, pour la translation de saint Etienne, etc. Voir Etienne,Laurent.

Les confesseurs furent bientôt assimilés aux martyrs et saint Martin fut des premiers honoré dans la plupart des provin ces chrétiennes. Voir Confesseurs, Martyrs (Calle des).

On a vu le terme de yevéôXiov employé pour l'anniversaire de saint Polycarpe ; il répond à ceux de memoria, natalitia, employés en latin pour ces solennités.

Le mot nalalis a un sens tout particulier. Il rappelle la fête que l'évê que célébrait pour l'anniversaire de sa consécration. Ainsi, le sermon cxi de saint Augustin est in die anniversario consecrationis de l'évo que Aurelius, le cccxxxix est pour le jour de sa propre consécration. Saint Léon a aussi des sermons pour son nalalis. C'était une occasion de réunion pour les évêques voisins et les évêques amis, et quelquefois ces nala les devenaient de vrais conci les '. (Voir Natalis EPiscopi). On célébrait même le nalalis d'une ville. Rome et Constantinople célébraient cet anniversaire. Conc. Const. I, c. 3 ; Chalc. c. 28 ; Cod. Theod. XVI, tit. II, l. 45.

La depositio ou jour des funérail les était aussi l'occasion d'une cérémonie. Pour la mort de saint Etienne, les Actes des apôtres nous donnent cette brève mention 2uvey.6(iiaav Se tov STÈavov àvSpeç eùXa6£Îç. xal ercotrjaavTO xottetôv \xéyoi,\i ett' AÙTÛ (Act., viii, 2.) On n'ajoute aucun autre détail, mais nous savons par des témoignages postérieurs que le corps du défunt, après les soins ordinaires donnés au cadavre était porté en terre, processionnellement quand c'était possible, avec des torches et même de l'encens, et au chant des psaumes. On célébrait sur la tombe le service eucharisti que, avec des prières appropriées, et une agape, ou repas de famille, suivait d'ordinaire. Du reste, les rites des funérail les ont varié, suivant les temps et les lieux, mais il était nécessaire de mentionner la deposilio parmi les fêtes chrétiennes les plus anciennes et les plus universel les. Voir Funér.ul les,


SÉPULTURE.

On peut considérer comme fêtes loca les les Rogations et les Litanies. C'étaient des rites d'intercession plus solennels, institués d'ordinaire à l'occasion d'une calamité que l'on voulait détourner par des prières et des pratiques de pénitence. Litanies et Rogations entraînaient une procession, plus ou moins longue, pendant laquelle on chantait des supplications et qui se terminait par la messe. En somme, ces cérémonies difîéraient peu des stations de carême, si ce n'est par ce caractère plus accentué de pénitence et de supplication. Nous en avons quelques exemp les très caractéristiques. Le premier est celui de saint Mamert, évê que de Vienne en Dauphiné, qui, vers 470, établit les litanies dites des Rogations qui duraient trois jours avant l'Ascension et qui peu à peu s'étendirent à toute la Gaule et furent plus tard adoptées à Rome, vers l'an 800. Voir Uoqations.

Nous avons, dans le registre de saint Grégoire I« , une formule de convocation pour la procession, avec litanies du 25 avril . Grégoire de Tours nous décrit une litanie extraordinaire qui eut lieu en 590. (Ilist. Franc, x, 1).A Auxerre, il y avait une litanie au commencement de cha que mois '. En Espagne, il y avait — 'So/omOiic. //. yi.. I. VI, cil,/'. r ;..i.i.\vM, coi. i :>97.— des litanies au commencement de novembre, au temps des semail les, au temps du jeûne de la Pentecôte ou à l'équinoxe d'automne . Voir Lit.\nies.

Les Quatre-Temps appartiennent à cette catégorie des fêtes et l'on discute encore pour savoir si el les sont en relation avec des fêtes païennes, ou avec des usages juifs, ou si au contraire, el les ne seraient pas indépendantes de ces influen ces. En tout cas, on peut les considérer comme fêtes des saisons. Voir QuatreTemps.

Nous voyons en certaines éghses des fêtes étabhes pour commémorer des victoires, ou pour remercier Dieu d'avoir sauvé la ville d'une inondation, d'un tremblement de terre, etc. ^.

Le 24 juin, fête de saint Jean-Baptiste est la date du solstice d'été, le 25 décembre, celle du solstice d'hiver. Faut-il voir dans ces rencontres autre chose qu'une coïncidence fortuite ?

Testament ou d'autres événements de l'histoire juive. — Les deux grands événements de l'histoire chrétienne, la résurrection de Notre-Seigneur et la descente du Saint-Esprit sur les apôtres, étant arrivés aux jours de la Pâque et de la Pentecôte, consacraient à jamais le souvenir de ces grandes fêtes juives. L'institution des Quatre-Temps de septembre rappelle les fêtes juives du VIIe mois qui était, pour les juifs, le mois des grands anniversaires : notamment celui de la fête des Tabernacles et de la fête de l'Expiation, Yom Kippour. Nous avons dit aussi l'importance qu'a longtemps conservée le samedi, en souvenir du sabbat.

La seule fête de l'Ancien Testament conservée aujourd'hui, dans la liturgie latine, est celle des Macchabées au 1er août, qui est une fête très ancienne. On a des sermons ou des panégyriques pour les Macchabées dans les œuvres de saint Grégoire de Nazianze et de saint Jean Chrysostome, dans celles de Maxime de Turin, de Gaudentius de Brescia, d'Eusèbe d'Émèse, de saint Léon, etc. Il y avait, au moyen âge, la fête des trois enfants dans la fournaise et d'autres fêtes de même genre que l'on retrouve dans les manuscrits liturgiques ». Mais l'influence juive sur l'héortologie chrétienne s'est bornée à peu près là.

Les calendriers orientaux ont conservé un grand nombre de ces fêtes. Dans le calendrier arménien, par exemple, nous relevons la fête de l'Arche d'alliance (samedi après le VIIe dimanche de la Pentecôte), la fête d'Isaïe (jeudi après le même dimanche), la fête des patriarches Adam, Abel, Seth, Enos, Hénoch, Noé, Melchisédech, Abraham, Isaac, Jacob, Joseph, Moïse, Aaron, Éléazar, Josué, Samuel et autres patriarches (samedi du Ier dimanche après la Transfiguration) ; la fête des douze petits prophètes (mardi après le IIe dimanche après la Transfiguration), etc.

X. Les plus anciennes mentions des fêtes païennes

LES PÈRES ET LES ÉCRIVAINS. - NOUS AVONS VU* que Tertullien connaît en dehors du dimanche, du mercredi, et du vendredi de chaque semaine, un jeûne du vendredi Saint, la fête de Pâque et celle de la Pentecôte ou plutôt des cinquante jours de Pâque à la Pentecôte, qui ne sont qu'une fête unique et certains anniversaires '. Origène reconnaît aussi la Parasceve, Pâque et la Pentecôte '. La Didaché ne fait mention que des fêtes du dimanche, mercredi et vendredi.

Le prétendu texte de saint Méliton que le cardinal Pitra assignait au IIe, est certainement postérieur, mais il a son intérêt et nous le donnons ici : Juxta angeli annuntiationem celebramus nativitatem (Christi) post novem menses e jusque post octo (dies Circumcisionem et post triginta annos baptismum. Inde una et eadem die celebramus festum nativitatis et baptismi '.

Saint Jérôme mentionne le mercredi, la Parasceve, le dimanche, le jeûne de Carême, Pâque et la Pentecôte et des fêtes locales de martyrs -.

Saint Jean Chrysostome dans une homélie s'exprime ainsi : Trap' thv.'j TrpcoT'/) éopTr, Ta toù Tcàa/ot iop-r'i]' Tpî-T), (hom. LXXXVIII). Dans une autre, il parle de sept fêtes : La Nativité, l'Épiphanie, la Passion, la Résurrection, l'Assomption du Seigneur dans le ciel, l'avènement du Saint-Esprit, la résurrection des morts '. Éthérie, dans sa Peregrinatio ad loca sancta, énumère l'Épiphanie (qui est pour elle la Nativité) au 6 janvier, avec octave, la Présentation au temple au 14 février, Pâques, précédé d'un carême avec le dimanche des Rameaux et la semaine sainte et suivi d'une octave, l'Ascension, la Pentecôte, les Encénies ou dédicace le 13 septembre, une fête du martyr Helpidius, à Carrhes, le 9 des calendes de mai et d'autres fêtes de martyrs *.

Les canons syriaques dans la doctrine des apôtres, publiée par Cureton en 1864 et par Lagarde en 1854, qui peuvent dater de la première moitié du IVe, mentionnent l'Épiphanie au 6 janvier, quarante jours de jeûne avant la passion, la Passion, la Résurrection, l'Ascension 50 jours (d'après Cureton) ou 40 jours (d'après Lagarde) après la Résurrection, commémoraisons des martyrs à l'anniversaire de leur martyre. Il est dit au canon 2 que la Résurrection et l'Ascension (sic) sont l'une et l'autre le dimanche, et que la Parousie sera aussi un dimanche '.

Les constitutions apostoliques et les conciles nous donnent aussi l'énumération des fêtes célébrées à leur époque : Dies festas observare, fratres, ac primum quidem diem Domini Xatalem ; quia vobis celebretur vigesima quinta noni mensis (decembris). Post hanc diem, dies Epiphaniæ... is autem agatur sexta decimi mensis. Post quos dies seriandum vobis est jejunium Quadragesimæ... ante jejunium paschæ, inripial que a secunda die, ac desinat in Parasceven : post quos dies, finilo jejunio incipile sanctam Paschæ hebdomadam... '.

Servi operentur quinque diebus, sabbato autem et Dominica, vacent in ecclesia... dicimus enim sabbatum quidem rationem habere creationis, dominicam vero resurrectionis... Ascensionis dies jeriatus... in Pentecoste ferientur... Festo natalis cessent ab opere., in Epiphanis festo vacent (oh baptismum Christi)... in Apostolorum diebus opus non jaciani... in die Stephani primi Martyris ferientur, atque in diebus cœterorum sanctorum martyrum '.

Saint Augustin nous donne cette énumération sommaire des principales fêtes de son temps : Sicut quod Domini Passio et resurrectio et adventus de eoelo Spiritus Sancti anniversaria solemnitate celebrantur, et si quid aliud laie occurrerit, quod servatur ab universa quacumque se diffundit ecclesia '.

Le concile d'Agde en 506 dit dans son XXIe canon : Pascha vero, natale Domini, Epiphanie, Ascensionem Domini, Pentecostem et natalem S. Joannis Baptistæ, vel si qui maximi dies in festivitatibus habentur, non nisi in civitatibus aut in parochiis teneant '.

La règle de Chrodegand (vers 760) au ch. LXXIV, de solemnitatibus præcipuis colendis, donne l'énumération suivante : In solemnitatibus præcipuis, id est, in Natali et in Octava, et in Epiphania Domini et in Pascha, et in Ascensione Domini, et in Pentecoste, et in sanctorum festivitatibus, id est, sancti Stephani, et sancti Joannis evangelistæ et in festivitate Infantium, et in Purificatione, et in Assumptione sanctæ Mariæ. Similiter in beatorum apostolorum festis et sancti Joannis Baptistæ et sancti Laurentii et sancti Martini, sive et in natali cujuslibet sancti ejus honor in qualibet Parochia specialiter celebratur plenarium officium celebretur '.

Voici en 813 l'énumération donnée par le concile de Mayence : Festos dies in anno celebrare sancimus. Hoc est, diem dominicum Paschæ cum omni honore et sobrietate venerari, simili modo totam hebdomadam illam observari decrevimus. Diem Ascensionis Domini pleniter celebrare. Item Pentecosten similiter ut in Pascha. In natali apostolorum Petri et Pauli diem unum, nativitatem sancti Joannis Baptistæ, Assumptionem sanctæ Mariæ, Dedicationem sancti Michælis, natalem sancti Remigii, sancti Martini, sancti Andreæ. In natali Domini dies quatuor, Octavas Domini, Epiphaniam Domini, Purificationem Sanctæ Mariæ. Et illas festivitates Martyrum, vel confessorum observare decrevimus, quorum in unquaqua parochia sancta corpora requiescant. Similiter etiam Dedicationem templi « .

Le capitulaire 158 De festivitatibus in anno donne le même catalogue en mentionnant aux quatre jours de Noël, saint Étienne, saint Jean Évangéliste, les Innocents. Il ajoute l'octave de l'Épiphanie, la letania major, et saint André. Il dit à propos de l'Assomption : Assumptione sanctæ Mariæ interrogandum relinquimus '.


XI. Catalogues et calendriers. — Le nombre, la date, parfois l'importance liturgique des fêtes nous sont donnés dans les calendriers, les martyrologes, les ménologes et les synaxaires. Les calendriers n'indiquent, en général, que la date et le nom de la fête ; les martyrologes, les synaxaires et les ménologes, ont moins pour but de fixer une date et un nom que de donner sur les saints et les martyrs des renseignements concernant les différentes circonstances de la vie et de la mort du saint ; en un mot, une notice historique plus ou moins développée. Voir Kalendaria, Martyrologes, MÉNOLOGES, Ordines, Synaxaires. Nous devons néanmoins donner ici sur les principaux et plus anciens de ces documents quelques renseignements sommaires sans lesquels notre article ne serait pas complet.

Le calendrier philocalien. — La collection philocalienne appelée aussi Chronographe de 354 (du nom de son rédacteur Furius Dionysius Philocalus) contient deux tables qui sont la forme la plus ancienne connue du calendrier de l'Église romaine. La première, depositio episcoporum, commence à Lucius (t 255) et va jusqu'à Jules I (+ 352). La seconde, depositio martyrum, comprend une liste de martyrs romains, à commencer par les papes martyrs, saint Pierre, saint Clément, saint Calixte, saint Pontien, saint Fabien, saint Sixte, les martyrs romains, saint Laurent, sainte Agnès, saint Hippolyte, et quelques autres moins célèbres. Les martyrs africains saint Cyprien, saintes Perpétue et Félicité y ont aussi trouvé place '. Voir Kalendaria où nous donnons le texte complet. On trouvera plus loin la concordance des fêtes du Léonien avec celles du calendrier philocalien.

Le martyrologe de Carthage, moins ancien que le précédent, du Ve (commencement) contient avec saint Jean-Baptiste, quelques-uns des apôtres, des martyrs de Rome et d'Espagne et les martyrs Africains -. Voir Kalendaria où le texte est donné.

Le calendrier de Polemius Silvius, évêque de Sion, rédigé entre 435 et 455. Il contient un bon nombre de fêtes païennes, Carmentalia, Saturnalia, Lupercalia, etc., des anniversaires d'empereurs et autres commémoraisons civiles et des natales d'écrivains comme Cicéron et Virgile, et des jours de réunion du sénat, enfin la mention de l'Épiphanie, de la mort de N.-S. au 25 mars, de sa résurrection au 27, de Noël, de la Déposition de Pierre et Paul au 22 février (sic), de saint Vincent, des Macchabées, de saint Laurent, de saint Hippolyte et de saint Étienne.

Le martyrologe syrien de Wright, rédigé vers 370-380, est un document arien qui contient un martyrologe en forme de calendrier et une autre liste d'évêques et de martyrs, plusieurs des martyrs nommés à commencer par Arius. Nous en donnons aussi le texte au mot Kalendama. Saint Jean et saint Jacques y sont au 27 décembre, saint Étienne, au 26. Les seules fêtes mentionnées sont l'Épiphanie, et Pâques (il faut du reste remarquer que le mois de décembre manque jusqu'au 25 et qu'à ce jour la fête de Noël était peut-être indiquée). Le vendredi après Pâques est marqué pour la commémoraison de tous les confesseurs ^.

Le martyrologe dit Hiéronymien. Nous nous contenterons de dire ici, pour le sujet qui nous occupe, que ce document fameux recopié si souvent depuis le VIIIe et qui a servi de base à tous les travaux de ce genre depuis cette époque, calendriers ou martyrologes, est un document de première importance pour l'héortologie chrétienne. Le texte, savamment rétabli par les travaux de De Rossi et de Mgr Duchesne, ne remonte pas au delà du VIIe. Sa rédaction originale peut être fixée à Auxerre de 592 à 600. L'attribution à saint Jérôme ne peut se soutenir. Tout au plus peut-on établir que celui-ci avait composé un martyrologe et que cette source a pu servir directement ou indirectement au compilateur d'Auxerre. Les calendriers anciens, philocalien, de Carthage, martyrologe de Wright, ont plus sûrement encore que le travail de saint Jérôme, été mis par lui à contribution *. Voir Kalendaria, Martyrologes.

Le calendrier de Perpétuas de Tours (471-490) a été conservé par Grégoire dans son Historia Francorum (1. X, c. XXXI). Il mentionne les fêtes les plus solennelles, les jeûnes et les vigiles dans l'Église de Tours '.

Le lectionnaire de Silos édité par dom Morin peut remonter, d'après celui-ci, à l'an 650, avec des additions postérieures. Le même manuscrit renferme un martyrologe, ce dernier compilé entre 925 et 1000. Voir Kalend.ria, Lectionnaires, Martyrologes.

Le même auteur a édité un calendrier de Naples d'après un évangéliaire de Naples, et un autre de l'Église de Capoue au Xe, d'après un lectionnaire.

Le cartulaire de Murbach publié par dom Wilmart mérite aussi de prendre place parmi ces documents.

Pour les autres documents de ce genre, voir KalenDARi., Martyrologes, Lectionnaires, Evangéliaires.


XII. Les principales dates de l'année chrétienne.— La fête de Pâque étant mobile entraîne dans son mouvement la plupart des fêtes qui en dépendent. C'est elle qui règle le début du carême, plus les trois dimanches du temps de la Septuagésime, ce dernier dimanche pouvant tomber entre le 18 janvier et le 22 février. Elle règle aussi la date de l'Ascension, de la Pentecôte et des dimanches qui suivent, c'est-à-dire jusqu'au premier dimanche de l'Avent. Toutes les fêtes mobiles de cette période, la Trinité, la Fête-Dieu, le Sacré-Cœur et les autres, dépendent aussi de la date de Pâque.

En dehors cependant de ces fêtes mobiles, il est dans l'année chrétienne un certain nombre de dates fixes, indépendantes du mouvement de la Pâque et qui sont ce qu'on a appelé les fêtes immobiles. Nous allons donner les plus importantes et les plus anciennes.

Les kalendes de janvier ou premier janvier étaient pour les Romains un jour de fête, consacré à Janus, et célébré par des réjouissances populaires d'un caractère souvent désordonné. Nous avons dit comment cette date, octave de la fête de Noël, est devenue pour les chrétiens la fête de la Circoncision. Voir Circoncision, col. 1717 sq.

Le 6 janvier est une autre date qui fut mise en relief sur le calendrier chrétien dès les temps les plus anciens. Voir ci-dessus, col. 1412 et Epiphanie.

Le 18 janvier est aussi consacré au souvenir de saint Pierre (Cf. 22 février), et chez les gallicans à une fête de la sainte Vierge, voir Assomption.

Le 25 janvier, consacré à la conversion de saint Paul, est une date beaucoup moins ancienne et moins importante et paraît d'origine gallicane. Mgr Duchesne a remarqué avec raison que le dimanche de la Sexagésime qui peut être à certaines années très rapproché de cette date, est en réalité une fête de l'apôtre.

Le mois de février a deux dates qui sont consacrées par des fêtes anciennes, le 2, fête de la Purification et le 22. La fête de la Présentation de N.-S. au Temple ou fête de la Purification, suivit de 40 jours, d'après l'évangile, la Nativité. Ceux qui célébraient la Nativité le 6 janvier plaçaient la Purification douze jours plus tard, le 11 février. Mais le 2 l'emporta bientôt. On a voulu voir dans l'institution de cette fête et le choix de cette date un souvenir de la fête païenne des Lupercales, mais cette interprétation a dû aussi être abandonnée.

Le 22 février est aussi la date d'une fête païenne pour les morts, la cara cognitio, c'est sans doute une des raisons qui la fit choisir comme fête de la Chaire de saint Pierre. La date du 18 janvier, consacrée aussi à la même fête est un doublet liturgique dont nous avons dit ailleurs la raison. Voir Chaire de saint Pierre, t. II, col. 76.

Le 25 mars est peut-être la plus ancienne et, en tout cas, la plus importante des dates de l'année chrétienne. Elle fut considérée longtemps comme la date de l'Incarnation et aussi comme celle de la mort de N.-S. et le premier jour de la création.

Le 25 décembre en dépend probablement. Un calendrier mozarabe publié par Dom Férotin contient cette mention :

20 Maria Conceptio sancte Marie virginis.

Xin kal. Apr. puis au 25 : 25 Maria Equinoxis verni et dics mundi privili kal. apr. mus in que die Dominas et conceplus est et passas est.

La Pâque étant pour les juifs le début de l'année, le mois de mars était le premier mois. Mars était aussi le premier mois de l'année pour les Romains ; ce qui explique que les noms de quintilis (juillet), sextilis (août), september, etc. Les chrétiens adoptèrent, au moins pour un temps et dans certaines provinces, la même coutume ; mais il y eut de nombreuses variations sur le début de l'année chrétienne. Quoi qu'il en soit, les Quatre-Temps gardent encore la trace de cet usage dans leur dénomination liturgique, /e/un/nm in mense primo (Quatre-Temps de mars), in mense quarto (juin) in mense septimo (septembre) in mense décima (décembre). Voir Quatre-Temps.

Le 25 avril est aussi une date traditionnelle à laquelle les Romains célébraient la fête païenne des Robigalia par une procession décrite par Ovide, laquelle sortant de la ville par la porte Flaminienne, se dirigeait vers le pont Milvius et se rendait à un sanctuaire suburbain situé au cinquième mille de la voie Claudia.

La procession chrétienne qui lui fut substituée, nous dit Mgr Duchesne, (et qui tombe d'ordinaire à la fête de saint Marc) suivait le même parcours jusqu'au pont Milvius. Elle partait de l'église Saint-Laurent in Lucina, la plus voisine de la porte Flaminienne, faisait station à Saint-Valentin, en dehors des murs, puis au pont Milvius, de là, au lieu de s'engager sur la voie Claudia, elle obliquait à gauche, vers le Vatican, s'arrêtait d'abord à une croix dont l'emplacement n'est pas indiqué, puis dans le paradis ou atrium de Saint-Pierre, en fin dans la basilique elle-même, où avait lieu la station.

Le mois de mai possède aussi quelques dates fatidiques. Le 1er mai, fête des Apôtres, saint Philippe et saint Jacques, est l'anniversaire de la dédicace de l'Église dite Église des saints apôtres, l'une des plus anciennes de Rome. Fondée par le pape Julien (337-352) elle fut rebâtie par les papes Pelage Ier et Jean III et placée sous le vocable des deux apôtres.

Le 3 mai est la date d'une fête de la Croix pour les églises gallicanes qui correspondait à la fête de la croix du 14 septembre dans les églises orientales. Le 3 mai est le jour marqué dans plusieurs anciens manuscrits du martyrologe hiéronymien, dans les calendriers mozarabes et dans le gélasien. On garda cette date, tout en adoptant aussi la fête du 14 septembre. C'est ainsi que l'on eut la fête de l'invention de la Croix et celle de l'exaltation. Voir Croix, t. III, col. 3131.

Le 6 mai est une deuxième fête de saint Jean l'évangéliste (voir le 27 décembre) et doit être l'anniversaire de la dédicace de l'église qui lui était consacrée près de la porte latine.

Le 13 mai est la date très ancienne d'une fête générale des martyrs. Voir col. 1418.

Le mois de juin est surtout célèbre par les dates du 24 et du 29.

Le 24 juin est la fête de la Nativité de saint Jean-Baptiste. Elle dépend de la date de Noël, la naissance du précurseur ayant précédé de six mois celle du Sauveur d'après saint Luc (i, 36). La date du 24 au lieu du 25 est due à ce que le calcul a été fait suivant le calendrier romain, le 24 juin étant le VII kal. iul., comme le 25 décembre est le VII kal. ian.

Le 29 juin dans le calendrier philocalien de 336, fête des apôtres saint Pierre et saint Paul, est accompagnée de la date consulaire 258. C'est la date non pas du martyre des deux apôtres, mais de la translation de leurs corps à l'endroit appelé ad Catacumbos, au troisième mille de la voie Appienne. Plus tard, ils furent transportés, comme on sait, l'un dans la basilique de la voie d'Ostie, l'autre dans celle du Vatican. Leur culte à Rome est fort ancien et leur fête mentionnée dans les plus anciens catalogues. Voir Pierre et Paul (saints) : voir aussi Chaînes (de saint Pierre), t. II, col. 3 ; Chaire (de saint Pierre), t. II, col. 76 et ci-dessus 25 janvier.

Le mois de juillet ne contient aucune date de fête bien ancienne. Il a été question plus haut de la Fête de la Visitation au 2 juillet.

En revanche, le mois d'août en possède plusieurs, à commencer par le 1er. Ce mois avait été consacré à l'empereur Auguste dont il avait pris le nom, à la place de celui de Sextilis qui était celui de son numéro d'ordre dans l'année, comme juillet était consacré au divin Jules et avait de même pris son nom. Le 1er août était un jour de fêtes et de réjouissances pour les païens. Il est possible qu'il ait été choisi à dessein pour y instituer une fête chrétienne. En tout cas, c'était le jour anniversaire de la dédicace d'une basilique très ancienne sur l'Esquilin, l'église de Saint-Pierre in vinculis. Elle existe déjà dans la première moitié du Ve ; elle contenait les célèbres reliques des chaînes de saint Pierre. La fête des Macchabées au même jour est aussi des plus anciennes. On a plusieurs panégyriques prononcés à ce jour au IVe. Voir col. 1424.

Le 3 août est consacré à une seconde fête de saint Etienne, l'invention des reliques. Ce fait qui se produisit en 415 eut un grand retentissement dans toute la chrétienté, mais on ne voit pas trop le motif du choix de cette date, sinon peut-être, d'après Mgr Duchesne, l'homonymie du pape saint Etienne, dont la fête est au 2 août. C'est au 2 août qu'elle est marquée dans les calendriers byzantins. Elle n'est pas mentionnée dans les anciens sacramentaires gallicans ni romains, sauf dans le léonien par suite d'une confusion.

Le 5, Notre-Dame-des-Neiges est la date de la dédicace de la célèbre basilique de Sainte-Marie-Majeure, l'une des plus anciennes de Rome.

Le 6 n'a été qu'assez tard consacré à la fête de la Transfiguration. Voir col. 1415.

Le 10 août est la fête de saint Laurent, diacre de saint Sixte II et martyr de la persécution de Valérien (253-260). Les circonstances de son martyre et sa situation de diacre, ou plutôt d'archidiacre de Rome, qui lui donnait la haute main sur l'administration et la distribution des biens de l'Église, le rendirent très populaire non seulement à Rome, mais encore dans les autres provinces chrétiennes. A Rome, il eut plusieurs églises dont la principale est celle de la voie Tiburtine (Saint-Laurent-hors-les-Murs), qui est du IIe. Voir Laurent (saint). Sa fête est fort ancienne et très solennelle, car on la trouve mentionnée dans les plus anciens calendriers (Hieronym., Carthag., Philocalien.). Dans les anciens sacramentaires, elle est traitée comme les fêtes les plus solennelles avec vigile, octave, trois messes le jour de la fête, et les dimanches qui la suivent sont appelés Dominica I post natalem s. Laurentii, etc.

Le 15 août est depuis longtemps fixé pour la fête de l'Assomption. C'est peut-être la même fête que les gallicans célébraient au 18 janvier. Voir Assomption, t. I, col. 2995.

29, Decollatio ou Passio S. Joannis Baptista : Cette date est moins ancienne et moins universelle que celle de la Nativité au 24 juin. Elle fut adoptée dans les pays gallicans et à Constantinople, avant de l'être à Rome. Le martyrologe hiéronymien et le sacramentaire gélasien ont, au 29 août, la passion de saint Jean-Baptiste. Dans les livres liturgiques gallicans, cette fête vient après la nativité de saint Jean, sans date précise. Les livres romains purs n'ont pas cette fête : dans le sacramentaire gélasien, elle est une retouche gallicane.

Le 8 septembre (Nativité de la sainte Vierge) n'est pas une date ancienne. Voir § V, Fêtes de la sainte Vierge.

Le 13 septembre, dès le IVe, était marqué à Jérusalem, par la fête des Encénies ou Dédicace. C'était l'anniversaire de la consécration de l'église du Golgotha et de celle de la Résurrection, et en même temps la fête de l'Invention de la croix. Elle se célébrait très solennellement et durait huit jours.

Le 29 septembre est indiqué au léonien sous ce titre Natale basilica Angeli in Salaria ; c'est aussi le Jour marqué au martyrologe hleronymien. De Hcssi pensait que la fondation de celle basilique remontait au Ve et qu'elle était la plus ancienne des églises dédiées à saint Michel dans Rome.

Octobre ne possède aucune date mémorable pour l'année chrétienne. Le 28, consacré à la fête des apôtres saint Simon et saint Jude, n'est pas une fête ancienne ; on ignore la date de son introduction. D'après un calendrier publié par Dom d'Achery, elle a une vigile.

Le mois de novembre, au contraire, a quelques dates célèbres. Nous avons parlé plus haut du 1er et du 2 novembre, (col. 1420).

Le 11 est une autre date importante à cause de la fête de saint Martin. Voir Martin (Culte de saint). L'année gothique commençait à ce jour.

Le 30 est aussi une date importante à cause de la fête de saint André, quoique l'on ne sache pas pour quelle raison elle a été choisie. Mais elle est marquée dans tous les calendriers depuis le VIe. Saint André, le protapostole, était vénéré dans l'Église dès le Ier siècle comme le prouvent les homélies, les poésies et biographies écrites en son honneur dès le IVe. La translation de son corps à Constantinople en 359 avait donné un nouvel essor à son culte.

Trois dédicaces de grandes basiliques romaines appartiennent au mois de novembre, l'une, Saint-Jean-de-Latran au 9, l'autre dédicace de la basilique de Saint-Pierre-du-Vatican, et de Saint-Paul sur la voie d'Ostie au 18. Mais ces fêtes ne sont pas anciennes, au moins comme fêtes universelles.

La date du 8 décembre, aujourd'hui si célèbre par la fête de l'Immaculée Conception, n'est pas très ancienne. Elle ne remonte guère au-delà du Xe. Voir Immaculée Conception (Fête de l').

Le 18 décembre, octave avant Noël, on célèbre aujourd'hui dans bien des églises, une fête de la sainte Vierge, Expectatio partus, qui sous sa forme actuelle n'est guère qu'une répétition de la solennité du mercredi des Quatre-Temps de l'Avent. C'était en réalité une fête très ancienne, consacrée en certaines églises à célébrer l'Annonciation que l'on ne pouvait pas solenniser en carême. Le concile de Tolède de l'an 656 prescrit que l'Annonciation soit fixée au 18 mars. Voir Annonciation, t. I, col. 2244.

Le 21 est assigné à l'apôtre saint Thomas en Occident, tandis que les Orientaux le plaçaient au premier dimanche après Pâques, où eut lieu l'apparition à saint Thomas. La lecture de cette péricope devait nécessairement entraîner une fête de l'apôtre. Ailleurs, le dimanche in Albis était trop solennel pour se laisser supplanter par une fête d'apôtre.

Le 25 décembre est une des plus anciennes dates du calendrier chrétien et semble dépendre, nous l'avons dit, du 25 mars. La fête de Noël coïncidait ainsi avec une date célèbre de l'année romaine, le Natalis invicti, fête du soleil (solstice d'hiver). Mais il n'est pas prouvé, malgré tous les travaux faits sur ce point, qu'il y ait autre chose ici qu'une simple coïncidence. Voir Noël.

Les 26, 27 et 28 ont été consacrés de bonne heure aux plus grands saints du Nouveau Testament. En 379, saint Grégoire de Nysse dit que l'usage était de célébrer après Noël et avant le 1er janvier les fêtes des saints Étienne, Pierre, Jacques, Jean et Paul. Le ménologe syriaque de Wright, les calendriers nestorien et arménien confirment cet usage. Il va sans dire que ces dates ne sont pas des anniversaires. Nous avons aujourd'hui au 26 saint Étienne, au 27 saint Jean, au 28 les saints Innocents.


XIII. Les plus anciens calendriers liturgiques romains. Nous donnons ici le calendrier philocalien, pour montrer ses relations avec le sacramentaire léonien, puis le calendrier gélasien en relation avec l'ancien grégorien.


KALENDARIVM PHILOCALIANVM

Januarius, X kal. feb., Feliciani in Calisti et Sebastiani in Catacumbas (20 janvier).


XII kal. feb., Agnetis in Nomentana (21 janvier).

Februarii.


VIII kal. mart., Natale Petri in cathedra (22 février).

Martii.

Non. mart., Perpétuas et Felicitatis Africæ (7 mars).

Aprilis.


XIV kal. jun., Partheni et Caloceri in Calisto. Diocletiano IX et Maximiano VIII cons. (304) (19 mai).

Kalendarium Leonianum.

Januarius.


III kal. jul., Petri in Catacumbas, et Pauli Ostense. Tusco et Basso cens. (258) (20 juin).

Julius.


VI idus (jul.), Felicis et Filippi in Priscillae — et in Jordanarum Martialis, Vitalis Alexandri — et in Maximi Silani. Hune Silanum mart. Novati [urati sunt — et in Prætextati Januarii (10 juillet).


III kal. aug., Abdon et Sennes in Pontiani. quod est ad ursum pileatum (30 juillet).

Augusius.


VIII id. aug., Xisti in Calisti et in Prætextati, Agapiti et Felicissinii (6 août).


VI id., Secundi. Carpoferi Victorini et Severiani Albano et Ostense (8 août).

Septembris.


XVI kal. maji, S. Tiburtii.


IX kal. maji, S. Georgii.

Maius.

Dedicatio basilicae Petri Apost.

Majiis.

Ascensa Domini.

Pridie Pentecosten.

In Pentecosten ascendentibus de fonte.

Dominica Pentecosten.

Jejunium IV mensis.

Junii.


VIII kal. jul., Natale S. Joannis Bapt.


VI kal. jul., Nat. SS. Joannis et Pauli.

m kal. jul., Nat. apostolorum Petri et Pauli.

Julius.


VI id. (jul.). Natale SS. marty. Felicis, Philippi in cœmeterio Priscillae, Vitalis et Martialis et Alexandri in cœmet. Jordanorum et Silani in cœm. Maximi via Salaria, et Januarii in cœm. Prætextati, via Appia.

Augusius.

m non. aug., Nat. S. Stephani in cœm. Calisti via Appia.


VIII id. aug., Xisti in cœm. Calisti, et Felicissimi et Agapiti in Prætextati via Appia.

Kalendarium Buchebianum.

xviii kal. oct., Cypriani Africa ; Roma ; celebratur in Calisti (14 août).

X kal. oct., Basilii, Salaria vetere, Diocletiano IX, et Maximiano VIII cons. (304) (22 août).

Octobris.

Pridie id. oct., Calisti in via Aurelia, miliario III (4 octobre).

Novembris.

V id. nov., Demetrii, Semproniani, Glaudi, Nicostrati in comitatum (9 novembre).

Kalendarium Leonianum.

xviii kal. oct., Nat. SS. Cornelii et Cypriani.


XVI kal. oct., Nat. S. Euphemiæ.

Jejunium mensis VII.

Pridie kal. oct., Nat. Basilicae Angeli in Salaria.

Octobris.

Novembris.

V id., Nat. SS. Quatuor Coronatorum.

X kal. dec., Nat. S. Caeciliæ.


IX kal. dec., Nat. S. Clementis ; S. Felicitatis.


III kal. dec., SS. Martyrum Saturnini, Crisanti, Mauri, Darii et aliorum.

Prid. kal. dec., S. Andreæ apostoli.

Decembris.


VII id., Octava S. Andreæ apostoli.


XII kal. jan., S. Thomæ apostoli.


VIII kal. jan., Natale Domini.


VII kal. jan., S. Stephani.


VI kal. jan., S. Johannis evangelistæ.

V kal. jan., SS. Innocentum.

Kalendarium Gelasianum.

Kalendarium antiquum gregorianum.

Januarius,

Octava Natalis Domini.

id., Theophania.


XIX kal. febr., S. Felicis conf.


XVII kal. febr., S. Marcelli Conf.


XII kal. febr., SS. Martyrum Sebastiani, Mariae, Marthe, Audifax et Abacuc.

Item s. Fabiani martyris.


XII kal. febr., S. Agnetis.

V kal. febr., Nativitas S. Agnetis.

Februarius,


IV non., Purificatio S. Mariæ.

Non., S. Agathæ.


IV id., sanctæ Soteris.

Januarius.

Kal., Octava Domini.


VIII id., Epiphania.


XIX kal. febr., S. Felicis in Pincis.


XVII kal. febr., S. Marcelli papæ.


XV kal. febr., Sanctæ Priscæ.


XII kal. febr., SS. Fabiani et Sebastiani.


XII kal. febr., S. Agnetis.


XI kal. feb., S. Vincentii.

V kal. feb., S. Agnetis secundo.

Februarius.


IV non., Ypapante, sive purificatio S. Mariæ.

Non., S. Agathæ.

Kalendarium Gelasianum.

Kalendarium antiquum gregorianum.

Aprilis.

Idus, S. Euphemiæ.

Maius.

Kalendis, Philippi et Jacobi Apostolorum.

Ascensio Domini.

V non., S. Juvenalis.

Et inventio S. Crucis.


IV id., SS. Nerei et Achillei fratrum et S. Pancratii.

Dominica post Ascensam Domini.

Vigilia.

Pentecoste.

fer. IV, VI, VII.


IV non., SS. Petri et Marcellini.

Prid. id., SS. Cyrini, Naboris et Nazarii.


VII kal. jul., S. Viti.


XIV kal. jul., SS. Marci et Marcelliani.


XIII kal. jul., SS. Gervasi et Protasi.


VIII kal. jul., Natale S. Johannis Baptistæ.


VI kal. jul., SS. Johannis et Pauli.

m kal. jul., Natale apostolorum Petri et Pauli.

Julius.

Pridie non., Octava Apostolorum.

V (IV.) kal. aug., SS. Simplicii, Faustini et Viatricis.


III kal. aug., Almon et Senis martyrum.

Augusius.

Kal., Natale Machabæorum.


XVIII kal. maii, SS. Tiburtii et Valeriani.


IX kal. maii, S. Georgii.


IV kal. maii, S. Vitalis.

Maius.

Kal., Apostolorum Philippi et Jacobi.

V non., SS. Alexandri, Eventii et Theoduli.

Pridie non., Natale S. Johannis ante Portam latinam.


VI id., SS. Gordiani et Epimachi.

Ascensio Domini.


IV id., S. Pancratii.

Vigilia.

Pentecoste.

fer. II, III, IV, VI, VII.


III id., Natale S. Mariæ ad Martyres.


VIII kal. jun., S. Urbani papæ.

Junius,

Kal., Dedicatio basilicæ S. Nicomedis.


IV non., SS. Marcellini et Petri.

La vérité, c'est donc que les fêtes ne furent plus nombreuses qu'à l'origine de l'Église et dans les trois premiers siècles. Ce qui est vrai, c'est que les fêtes anniversaires étaient alors très peu nombreuses. En dehors de Pâque et de la Pentecôte, et une fête au 6 janvier, il n'y eut guère, aux trois premiers siècles, que les fêtes des martyrs locaux, et quelques autres fêtes locales. Noël, l'Épiphanie, les fêtes non locales, et les dédicaces ne datent guère que du IVe. À partir de ce moment, et surtout au Ve, les fêtes se multiplient rapidement. Les translations de reliques, les emprunts que se font les églises de leurs martyrs, de leurs confesseurs et de leurs autres fêtes ne firent qu'accélérer ce mouvement. On a pu en suivre, dans notre article, les étapes successives par les listes et les calendriers que nous avons cités. Au XIIe, le propre du temps est déjà presque absorbé par la multiplication des fêtes. C'est au XIVe, surtout, que se produit la réaction. Car cette multiplication des fêtes avait ses inconvénients. Jean Gerson, au concile provincial de Reims, en 1408, demandait qu'on s'arrêtât dans cette voie.

Un peu plus tard, Nicolas de Clemangis, écrivait un discours dans le même sens. De novis festivitatibus non instituendis publié en 1413. Le concile de Trêves, en 1549, réduisit à une trentaine les fêtes d'obligation (c. 10). Le Concile de Cambrai invite aussi les évêques à opérer les suppressions nécessaires (c. 11). Thomassin, dans un chapitre sur la diminution du nombre des fêtes, dit qu'il pourrait citer un grand nombre de conciles et d'ordonnances synodales qui ont diminué le nombre des fêtes et cite en particulier celle de Sens en 1524. Le cardinal d'Ossat insiste dans une lettre à Clément VIII pour la diminution du nombre des fêtes. Urbain VIII, dans une bulle de 1642, où il dit que de nombreux évêques lui ont écrit en ce sens, réduit le nombre des fêtes aux suivantes : Dominicos scilicet dies totius anni. Nativitatis Domini nostri Jesu Christi, Circumcisionis, Epiphaniss, Resurrectionis, cum duabus sequentibus feriis, Ascensionis, Pentecostes cum duabus sequentibus, sanctissimae Trinitatis, solemnitatis Corporis Christi et inventionis sanctae Crucis ; nec non festivitatum Purificationis, Annunciationis, Assumptionis et Nativitatis Deiparae Virginis, Dedicationis sancti Michaelis archangeli, Nativitatis sancti Joannis Baptistae, sanctorum Petri et Pauli, sancti Andreae, sancti Jacobi, sancti Joannis, sancti Thomae, sanctorum Philippi et Jacobi, sancti Bartholomaei, sancti Matthaei, sanctorum Simonis et Judae, sancti Matthiae, Christi Domini apostolorum. Item sancti Stephani proto-martyris, sanctorum Innocentium, sancti Laurentii martyris, sancti Sylvestri papae et confessoris, sancti Joseph etiam confessoris, et sanctae Annae, solemnitatis omnium sanctorum atque unius ex principalioribus Patronis in quocumque regno, sive provincia, et alterius pariter principalioris in quacumque civitate oppido vel pago ubi hos patrones habere ac venerari contigerit.

Il conjurait les évêques de ne plus instituer de fêtes nouvelles.

Le même mouvement se continue au siècle suivant. À la suite du concile de Tarragone de 1727, Benoît XIII accorde une nouvelle réduction de fêtes pour une partie de l'Espagne. En 1748, une mesure analogue fut étendue par Benoît XIV à Naples et à la Sicile ; puis, en 1754, à l'Autriche. En 1771, Clément XIV publia aussi un bref de réduction des fêtes qui, appliqué d'abord à l'Autriche, fut étendu peu à peu à d'autres régions. Le bullaire de Pie VI et celui de Léon XII contiennent plusieurs bulles ou brefs qui ont le même but.

En France, la Révolution abolit le calendrier chrétien, qui ne fut restitué que par le Concordat, lequel ne maintint que quatre fêtes chômées : Noël, l'Ascension, l'Assomption et la Toussaint.

Des savants comme Muratori, Gerbert, Thiers écrivaient des dissertations ou des ouvrages dans le même esprit.

Dans les textes qui précédent, il n'est guère question que des fêtes chômées dont la multiplication excessive apportait de sérieuses difficultés dans le domaine de l'économie domestique des différents pays. Les mêmes raisons économiques ne s'opposaient pas à la multiplication des fêtes dont la célébration n'intéressait guère que les clercs et les religieux soumis à la récitation du bréviaire. Aussi les décrets que nous avons cités ne s'appliquaient pas au calendrier ecclésiastique sur lequel les nouveaux saints ont continué à s'ajouter jusqu'à nos jours, dans une progression qui a presque fait disparaître les offices du propre du temps. C'est ce qu'on pourra voir dans l'Histoire du Bréviaire de Dom Bâumer qui note au fur et à mesure ces additions. Le calendrier des fêtes des saints que nous donnons au § 10 permettra aussi de comparer l'état actuel avec celui du XIIe. C'est à peine si, de nos jours, une faible réaction a commencé à se dessiner parmi les liturgistes pour réclamer en faveur du Propre du Temps.


XV. Influences étrangères sur les fêtes chrétiennes. — En somme, on a pu voir par ce qui précède que l'institution des fêtes dans l'Église s'est développée sous l'influence de circonstances à peu près exclusivement chrétiennes, au moins dans les premiers siècles. En dehors de Pâque et de la Pentecôte, du samedi et peut-être des Quatre-Temps de septembre, les fêtes chrétiennes ne coïncident pas avec des fêtes juives. Aucune des grandes fêtes juives, ni celle des Tabernacles, ni celle des Pourim, pas plus que les sacrifices, les expiations et les lustrations quotidiennes, mensuelles ou annuelles, n'ont laissé de traces dans le culte chrétien.

Il en faut dire autant des fêtes païennes. Aucune des grandes fêtes des Grecs et des Romains n'a été franchement acceptée par l'Église. Certaines fêtes chrétiennes furent fixées au même jour que des fêtes païennes, soit par pure coïncidence, soit surtout en guise de protestation, et pour effacer les dernières traces de paganisme.

Ce qui est vrai et ce qui a parfois donné le change, c'est que le peuple, dans ses habitudes indéracinables, a souvent conservé le souvenir des fêtes païennes, au 1er janvier, par exemple, à la saint Jean. Ces survivances sont plutôt du domaine du folklore.

La semaine, telle qu'elle est constituée chez les chrétiens dès le IIe, avec le dimanche comme pivot, le mercredi et le vendredi anniversaires de la passion, est franchement chrétienne. Le samedi, en souvenir du sabbat, n'a pu se maintenir qu'avec peine dans certaines provinces. Les fêtes qui s'ajoutèrent à Pâque et à la Pentecôte sont aussi de caractère et d'origine exclusivement chrétiens. Quant aux fêtes des martyrs, la question sera traitée au mot Martyrs (Culte des).


XVI. Calendrier des fêtes dans la liturgie actuelle. — Le but de ce tableau est de mettre sous les yeux les accroissements qu'ont pris dans l'Église romaine les fêtes des saints, surtout à partir du XIIe. La ligne de démarcation est tracée par la Constitution d'Alexandre III en 1170 ; ce pontife réserva au Saint-Siège le droit de prononcer en dernier ressort sur la canonisation des saints et le culte à leur rendre dans l'Église. Avant lui, la vénération des fidèles, la décision des évêques statuant soit chacun pour son diocèse, soit dans les conciles provinciaux, contribuaient à former le consentement universel de l'Église par lequel était introduit le culte de tel ou tel saint personnage : après 1170, il fallut pour cela une décision du Saint-Siège et la canonisation d'un saint par le pape marqua, quoi que non pas toujours nécessairement, l'introduction de son culte dans l'Église universelle ; voilà pour quoi on trouvera mentionnés pour certains saints des temps plus rapprochés de nous l'acte de canonisation, et l'acte d'introduction du culte. Après 1170, on vit aussi paraître un plus grand nombre d'offices doubles : on remarquera que les saints de la première colonne sont presque tous du rit simple ou semi-double ; aussi ont-ils été réduits à n'avoir plus qu'une mémoire, quand il se rencontre un saint du rit double dans la deuxième colonne. Nous ne marquons pas les fêtes principales qui ont été indiquées au § 4 et suiv.

1. Octave de S. Étienne, m.

2. Octave de S. Jean apôtre, S.

3. Octave des SS. Innocents, S.

4. Vigile de l'Épiphanie ; S.

5. Telesphore, p. m. (t 139) raém.

6. S. Hilaire, p. m. (t 112), niém.

7. S. Félix de Nola (t vers 256), S. d., Grégor.

8. S. Paul, 1er ermite (1342). D. ; culte ancien.

9. S. Maur, abbé (t 584), niém.

10. S. Marcel, p. m. (t 310), S. d., Grégor. ; une église à Rome.

11. S. Antoine, abbé (f 356).

12. D. ; culte ancien.

13. S. Prisque, v. m. (f 270), mém., Grégor. ; culte au IVe s. Église à Rome. Stat.

14. S. Marins, Marthe, etc., mm. (t 270) S. dans martyrologes du IXe s.

15. S. Fabien, p. m. (t 250) et Sébastien, m. (t 288). D.. Grégor. ; culte au IVe s. Église à Rome. Stat.

16. S. Agnès, V. m. (t 304 ou 311). D. Grégor. ; culte au IVe s. Églises à Rome, une stat.

17. S. Vincent, m. (1304). S. d.

18. Grégor. S. Anastase, m. (t 628), ajouté au précédent.

19. S. Émérentienne, v. m. (t 304 ou 311) mém., culte avant le VIe s.

20. Chaire de S. Pierre, à Rome ; D. maj. ; fête apparaît dans les Gaules au VIIIe s., à Rome plus tard.

21. S. Canut, roi m. (t 1086). mém., fête introduite par Clément X au XVIIe s.

22. S. Raymond de Pennafort c. (11275 ou 1279). S. d. ; fête introduite par Clément X au XVIIe s.

23. S. Timothée, cv. m. (t 97). n. fête fixée à cette date par Pie IX, au XIXe s.

24. Conversion de S. Paul. D. maj. ; Grégor. Primitivement une translation. Le mot »Conversion« an XIe s.

25. S. Polycarpe, év. m. (t 166), D. ; culte ancien.

26. S. Jean Chrysostome, év.. docteur (t 407) D. La mort au 14 sept. On le trouve au 27 janvier dès le Ve s.

27. S. Agnès, v. m. 2e (ou de Nativité). S. Grégor.

28. S. François de Sales, év. docteur (f 1622). D. Mort le 28 déc. ; fête fixée à cette date par Alexandre VII, en 1665.

29. S. Martine, v. m. (t 228). S. d. ; morte le 1er janvier, fête fixée à cette date par Urbain V en 1634.

30. S. Pierre Nolasque, c. (t 1256). D. ; tête introduite par Alexandre VII, au XVIIe s.

31. mm. inédits, martyrs. mém.

Abréviations employées : c. indique confesseur ; D. double ; culte dès le VIe. S. Hilaire, év. docteur (t 368), D. ; culte dès le VIe. S. Félix de Nole (t vers 256), S. d., Grégor. 10 S. Paul, 1er ermite (1342). D. ; culte ancien. S. Maur, abbé (t 584), niém.

Les chiffres entre parenthèses et précédés d'une croix, indiquent la date de la mort. Cette date pour les saints des premiers siècles est parfois indécise, ou simplement approximative.

Grégor. indique qu'on trouve les noms et des formes liturgiques dans les documents tels qu'ils étaient au IXe, c.-à-d. les recueils grégoriens plus ou moins mêlés d'éléments gallicans, p. ex. le grégorien d'Adrien.

Stat. ou Station, indique que l'église romaine (dédiée sous le vocable d'un saint) était un lieu de station pour les processions de Curie, les litanies ou processions, ou les vigiles.

1. S. Ignace d'Antioche, év. m. (+ 107). D. ; culte antérieur au VIe s.

2. Purification de la S. Vierge, D.

3. S. Agathe, v. m. (t 251). n. ; Grégor., une église à Rome dès le VIe s.

4. S. Dorothée, V. m. (IVe s.) ; mém. ; le culte à Rome dès le Ve s.

5. S. Apolline, V. m. (t 249) ; mém. dans les martyrologes du IXe s.

6. S. Scholastique, v. (t 543). D. ; culte depuis le VIIe s.

7. S. André, ap. (t 60). D.

8. S. Jean, ap. et ev. (t 100). D.

9. S. Blaise, év. et m. (t 316). S.

S. Blaise, év. et m. (t 316). S.

10. S. Césaire, diacre et m. (t 300). S.

S. Biaise, év. m. (t316). S. ; le culte établi longtemps après la mort. S.

André Corsini, c. (t 1373).

D. ; fête introduite par Alexandre VII aux xvii's.

S. Tite, év., c. (i » siècle) D. ; fête placée à cette date par Pie IX, au xix' s.

S. Romuald, abbé (t 1027). D. ; la fête introduite par Clément VIII en 1595.

S. Jean de Matha, c. (t 1213). D. ; mort le 21 déc. ; fête placée à cette date par Innocent XI en 1679.

S. Cyrille d'Alexandrie, év. docteur (t 444). D. ; fête fixée à cette date par Léon XIII, au xix' s.

Apparitions de Lourdes (1858) D. maj. ; fête étendue à toute l'Église par Pie X, au xx' s.

Sept fondateurs Servites (xiii' siècle) D. ; la fête collective établie par Léon XIII au xix' s.

S. Valentin, m., Rome (t 270) S. d. ; Grégor.


SS. Faustin et Jovite, mm., Brescia (vers 120) ; S., culte ancien.

S. Siméon, év. m. (t 107), S., culte depuis le ix' s.

Chaire de S. Pierre (à Antioche). D. maj., Grégor.

Vigile de S. Matthias, apôtre, mém.

24 S. Matthias, apôtre (i« D. 2 cl., Grégor.

Pierre Daraien, év. docteur (t 1072) D., la fête étendue à toute l'Église par Léon XIII, en 1821.

10 Les 40 martyrs de Sébaste (t 320.) S. d. ; culte ancien.

11 12 S. Grégoire I le Grand, p. docteur (t 604). D. ; culte dès le vii' s.

S. Françoise Romaine, veuve (t 1440). D. ; canonisée par Paul V en 1608.

S. Patrice, év. (t 461) D. ; culte ancien.

S. Joseph (i » s.), D. 1 cl. ; à peine mentionné avant le x' siècle.

S. Benoît, abbé (t 543). D. ; culte dès le vii' s.

Annonciation. Grégor.

S. Cyrille de Jérusalem, év. docteur (t 386) D. ; fête étendue à toute l'Église par Léon XIII, au xix' siècle.

La fête a reçu des accroissements surtout au xix' s.

S. Jean Damascène, c. docteur (t 749). D. ; fête étendue à toute l'Église par Léon XIII, au xix' s.

S. Jean de Capistran, c. (t 1456), S. d. ; fête étendue à toute l'Église par Léon XIII, au xix' s.

N. B. Le mercredi qui suit le ii' dimanche après Pâques Solennité de S. Joseph. D. 1 cl. avec octave. Cette fête sous le titre de Patronage de S. Joseph, attachée au iii' dim. après Pâques avait été étendue à toute l'Église par Pie IX, au xix' s. Pie X la reporta en semaine.


MAI

1 SS. Philippe et Jacques, apôtres (i« s.), D. 2 cl., Grégor., culte à Rome à partir du vi' siècle.

2 S. Athanase, év. docteur (t 373), D., culte au iv s.

3 Invention de la S. Croix (iv s.), D. 2 cl., Grégor., fête à cette date depuis le vii' s. SS. Alexandre, p., Eventius etc. mm. (t 117), mém., Grég.

4 S. Monique, veuve (t 387), D. ; fête étendue à toute l'Église par Clément IX, xvii' s.

5 S. Pie V, p. c. (t 1572), D. ; canonisé par Clément XI en 1712.

12 SS. Nérée et Achillée, etc. mm. (ii' s.), d., Grégor. S. Pancrace, m., Grégor. ; une église à Rome. Stat.

13 14 S. Boniface, m. (t 290). S. : culte dès le iv s.

19 S. Pudentienne, (i » s.). mém., Grégor. ; église à Rome dès le ii' s. Stat.

25 S. Urbain I, p. m. (t 230), mém., Grégor. ; culte ancien.

26 S. Eleuthère, p. m. (t 189 ou 190), mém. ; culte ancien.

27 S. Jean I, p. (t 526), mém.

30 S. Félix II, p. m. (t 274). simple culte ancien.

31 S. Pétronille, v. (i« siècle), mém. ; église à Rome dès iv' siècle.

S. Jean-Baptiste de La Salle (t 1719), D. ; canonisé par Léon XIII, en 1900.

S. Ubald, év. c. (t 1160), S. d. ; canonisé par Célestin III, vers 1197.

S. Pascal Baylon, c. (t 1592), D. ; canonisé par Alexandre VIII, fête par Pie VI au xviii' s.

S. Venance, m. (t vers 250), D. ; fête introduite par Urbain VIII vers 1640.

S. Pierre Célestin, pape c. (t 1296), D. ; canonisé par Clément V en 1305, fête, par Clément IX au xvii' s.

S. Bernardin de Sienne (t 1444), S. d. : canonisé par Nicolas V en 1460 ; fête, par Alexandre VII.

S. Grégoire VII, p. c. (t 1085). D. ; canonisé par Grégoire XIII vers 1584 ; fête par Benoît XIII en 1728.

S. Philippe de Néri, c. (t 1595), D. ; canonisé et fête introduite par Grégoire XV en 1622.

S. Bède le Vénérable, c. docteur (t 735). D. ; culte local ancien, étendu à toute l'Église par Léon XIII au xix' s.

S. Augustin de Cantorbéry, év. c. (t 605). D. ; culte étendu à toute l'Église par Léon XIII au xix' s.

S. Marie Madeleine de Pazzi, v. (t 1607). S. d. ; canonisée par Clément IX, en 1668. fête par Clément X au xvii'.

S. Angèle de Mérici, v. (t 1540), D. : canonisée par Pie VII en 1807, fête par Pie IX au xix' s.

9 SS. Prime et Félicien, mm. (t 286), S., Grégor.

10 S. Barnabe, apôtre (i » s.), D. maj. ; culte ancien.

12 SS. Basilide, Cyrin, Nabor et Nazaire, mm. (iv' s.), mém.

13 S. Basile le Grand, év. docteur (t 379), D. ; culte ancien.


SS. Guy (Vitus) Modeste et Crescence, mm. (t 303), S. ; église à Rome dès le v' s.


SS. Marc et Marcellien, m. m. (t 286), mém., Grégor.

19 SS. Gervais et Protais, m. m. (i« s.), mém., Grégor., culte au iv' siècle.

S. Marguerite d'Écosse, veuve (t 1093) S. d., canonisée par Innocent XII en 1693.

S. Jean de S. Facond, c. (t 1479). D., canonisé par Alexandre VIII en 1690.

S. Antoine de Padoue, c. (t 1231), D., canonisé par Grégoire IX, en 1232, fête par Sixte-Quint au xvi' s.

S. Ephrem, diac. d'Édesse, docteur (t 373). D., fête étendue à toute l'Église par Benoît XV au xx' s.

S. Julienne de Falconieri, V. (t 1340). D., canonisée par Clément XI en 1737.

S. Silvère, p. (t 537), S. d., aucune trace de culte avant le xiv' s.

S. Louis de Gonzague, c. (t 1613), D., canonisé par Benoît XIV, c. 1726, fête, par Grégoire XVI au xix' s.

22 S. Paulin, év. de Nole (t 439), D. ; culte ancien.

23 Vigile de S. Jean-Baptiste, S. d., Grégor.

24 Naissance de S. Jean-Baptiste (i » s.). D. 1 cl., Grégor.

25 S. Guillaume, abbé (t 1142), D. ; la fête étendue à toute l'Église par Pie VI au xviii' s.

26 SS. Jean et Paul, mm. (t 362), D., Grégor. ; culte iv' s. Église à Rome. Stat.

27 28 S. Léon II p. (t 684), S. d., primitivement ce fut Léon I.

Vigile des SS. Pierre et Paul, ap. mém., Grégor.

29 SS. Pierre et Paul apôtres (i« s.), D. 1 cl., Grég.

30 Commémoraison de S. Paul apôtre, D. maj., Grégor.

S. Élisabeth de Portugal, veuve (t 1336), S. d. ; canonisée et fête introduite par Urbain VIII au xvii' s.

9 Les sept frères martyrs (t 105), S. d., Grégor. et SS. Rufine et Seconde, mm. (t 257).

10 11 S. Pie I, p. m. (t 157), S.

12 SS. Nabor et Félix, mm. (t vers 304), mém.

13 S. Anaclet, p. m. (t 91), S. d.

1. Jean Gualbert, abbé (t 1073), D., canonisé par Célestin III, en 1193.

S. Bonaventure, év. docteur (t 1274), D., canonisé par Sixte IV en 1482 : fête, par Sixte-Quint en 1488.

S. Henri, empereur (t 1024), S. d., canonisé par Eugène III en 1146 ; mém. par Urbain VIII au xvii' s.

N. D. du Mont Carmel, D. mai. ; fête étendue à toute l'Église par Benoît XIII en 1726.

17 S. Alexis, c. (t vers 417), S. d., église à Rome sous Innocent I, en 416.

18 S. Symphorose et ses sept fils, mm. (t 135 ou 138), mém. ; culte vers le viii' s.

19 20 S. Marguerite (ou Marine) m. (iii' s.), mém.

21 S. Praxède, v. (i' s.), S. Grégor. ; église à Rome avant le v' s. Stat.

22 S. Marie-Madeleine, pénitente (i' s.). D., culte dès le i' s.

23 S. Apollinaire, m., Ravenne (i » s.), D., Grégor. ; église à Rome. Stat.

S. Liboire, év. (t vers 390), mém. ; culte vers le viii' s.

24 Vigile de S. Jacques, apôtre.

S. Christine, v. m. (t vers 300), mém.

25 S. Jacques le majeur, apôtre (i« s.), D. 2 cl., Grégor.

S. Christophe, m. (t vers 250), mém.

26 S. Anne, mère de la S. Vierge (A. T.), D. 2 cl. ; culte en Orient au vi' s.

27 S. Pantaléon, m. (iv' s.), S ; culte en Orient, iv' s. ; en Occident, viii' s. ; église à Rome.

S. Camille de Lellis, c. (t 1614), D. ; canonisé par Benoît XIV en 1746.

S. Vincent de Paul, c. (t 1660), D., canonisé par Clément XII en 1737.

S. Jérôme Emilien, c. (t 1537), D., canonisé par Benoît XIV en 1746.

2 S. Etienne, p. m. (t 257), mém., Grégor., Égl. Stat.

S. Alphonse de Liguori, év. docteur (t 1787), D., canonisé par Grégoire XVI en 1839, déclaré docteur par Pie IX.

3 Invention de S. Etienne, 1 » m. (i« s.) ; la fête de ce jour parait seulement au v' siècle.

5 N. D. des Neiges, D. maj. ; église et fête à Rome au iv' siècle.

6 SS. Sixte II, p. m. (t 258), Felicissime et Agapit, mém., Grégor. ; égl. Stat.

Transfiguration, D. 2 cl., fête au v' s.

7 S. Donat, év., m. (t 361), mém., culte ancien.


SS. Cyriaque (Large et Smaragde) mm. (t 305), S. d., le 1' seul au Grégor. et église à Rome. Stat.

9 Vigile de S. Laurent, m., Grégor.

S. Romain, m. (t 258), mém.

10 S. Laurent, diacre, m. (t 258), D. 2 cl., Grégor., culte à Rome au iv' s., plus, églises. Stat.

11 SS. Tiburce (t 286) et Suzanne (t 295), mm., S., le 1 » au Grégor, la 2' a une église. Stat.

12 13 SS. Hippolyte et Cassien, mm. (t 258), S., Grégor.

11 S. Eusèbe, m. (iv' s.), mém., Grégor., égl. Stat.

Vigile de l'Assomption.

Grégor.

15 Assomption de la B. V. Marie, D. 1 cl., v-vi' s., Grégor.

16 17 Octave de S. Laurent, mém., Grégor.

18 S. Agapit, m. (t vers 275), mém., Grégor.

S. Dominique, c. (t 1221), D. maj., canonisé par Grégoire IX en 1234.

S. Gaétan, c. (t 1547). D., canonisé et fête introduite par Clément X en 1671.

Clare d'Assise, v. (t 1253), D., canonisée par Alexandre IV en 1255.

S. Joachim, c. (A. T.), D. 2 cl.. Variations de dates pour la fête.

S. Hyacinthe, c. (t 1257), D., canonisé par Clément VIII en 1605 ; fête par Urbain VIII.

S. Bernard, abbé, docteur (t 1153), D., canonisé par Alexandre III, en 1174, docteur par Pie VIII, 1830.

26 S. Zéphyrin, p. m. (t 218), S.

28 S. Augustin, év. docteur (t 430), D., culte ancien.

S. Hermès, m. (t 132). mém., Grégor.

29 Décollation de S. Jean-Baptiste (i« s.), D. maj, ; fête au vi' s.

S. Sabine, v. m. (t 114), mém., Grégor. Égl. Stat.

30 SS. Félix et Adaucte, mm. (t 303), mém., Grégor.

31 S. Joseph Calasanz, c. (t 1648), D., canonisé par Clément XIII en 1767.

S. Rose de Lima, v. (t 1617), D., canonisée par Clément X en 1671.

S. Raymond Nonnat, c. (t 1240), D., canonisé par Alexandre VII en 1657, fête par Clément IX au xvii' siècle.

V. B. S. Laurent a plusieurs églises à Rome. Sont station les : S. Laurent-hors-les-Murs ; S. Laurent in Dumaso ; S. Laurent in Lucina ; S. Laurent in Panisperna.


SEPTEMBRE


SS. Janvier, etc. mm. (t 305), D. ; fête introduite par Sixte-Quint au XVI' s.


SS. Eustache, etc. mm. (t 120), D. ; fête introduite par Urbain VIII au XVII' s.

21 S. Matthieu, apôtre et évangéliste d'l. s. D. 2 cl., Grégor.

22 SS. Maurice etc., mm. (t 286 ou 303), mém., Grég. ; culte au v' siècle.

23 S. Lin, p. m. (t vers 78), S. d. S. Thècle, v. m. (II' s.).

S. Thomas de Villeneuve, c. (t 1555), D., canonisé et fête introduite par Alexandre VII en 1658.

N. D. de la Merci, D. maj., fête établie pour toute l'Église par Innocent XII au xvii' s.

25 26 SS. Cyprien et Justine, mm. (t 303), S., église à Rome.

27 SS. Cosme et Damien, m. m. (t 306), S. d., Grégor. Église à Rome, vi' s. Stat.

28 29 Dédicace de S. Michel, archange, D. 2 cl., fête dès le v' siècle.

30 S. Jérôme, c. docteur (t 420), D. mal. ; culte dès le Ve.

S. Wenceslas, m. (t 936), S. d., fête établie ad libitum par Clément X aux xvii' s.

S. Rémi, év. Reims (t 533), S., fête introduite par Clément X au xvii' s. le 1er oct., lui avait été assigné en 1049, à cause de l'xme translation des reliques par Léon IX.


SS. Anges gardiens, D. maj., fête séparée du 29 sept, au xvi' s., étendue à toute l'Église par Clément X, en 1670.

S. François d'Assise, c. (t 1226), D. maj. canonisé par Grégoire IX, en 1228.


SS. Placide, etc. mm. (t 541) S., mém., ajoutée par Sixte-Quint au xvi' s.

14 S. Calixte I, p. m. (t 223), D., Grégor.

S. François de Borgia, c. (t 1572), S. d., canonisé par Clément X en 1671.

S. Edouard, roi, c. (+ 1066), S. d., canonisé par Alexandre III en 1161, fête par Innocent XI au xvii' s.

18 S. Luc, évangéliste (i' s.), D. 2 cl., Grégor.

S. Hilarion, abbé, c. (t 371), S., culte ancien. SS. Ursule, etc. mm. (t 451 ), mém.

25 SS. Chrysanthe et Darie, mm. (t 527), S. ; culte ancien.

26 S. Evariste, p. m. (t vers 108), S.

27 Vigile des SS. Simon et Jude, apôtres, Grégor.

28 SS. Simon et Jude, apôtres (i' s.). D. 2 cl., Grég.

29 30 31 Vigile de la Toussaint, Grég.

S. Thérèse, v. (t 1582), D., canonisée et fête introduite par Grégoire XV en 1621.

S. Hedwige, veuve (t 1243), S. d. ; canonisée par Clément IV en 1266, fête par Innocent XI au xvii' s.

S. Pierre d'Alcantara, c. (t 1562), D., canonisé par Clément IX en 1669 ; fête par Clément X au xvii' s.

S. Jean de Kenty, c. (t 1473), D., canonisé par Clément XIII en 1767.

1 Toussaint, D. 1 cl. ; fêté au vii' ou ix' s., Grégor.

2 Commémoraison des défunts. D. ; fête fixée au x' s.

4 SS. Vital et Agricola, mm. (t vers 304), mém. ; culte dès le v' s.

S. Charles Borromée, c. év. (t 1584), D., canonisé et fête introduite par Paul V en 1610.

12 S. Martin I, p. m. (t 655).

S. d.

13 S. Didace, c. ( + 1463). S., canonisé par Sixte Quint en 1588, fête, par Clément X, xvii' siècle.

S. Josaphat, év. m. (t 1623) D., canonisé par Pie IX en 1867 ; fête, par Léon XIII au xix' siècle.

S. Gertrude, v. (t 1302). D. fête étendue à toute l'Église par Clément XII au xviii' siècle.

16 17 S. Grégoire Thaumaturge, év. (t vers 279). S.d. culte ancien.

18 Dédicace des Basiliques de S. Pierre et de S. Paul. D. maj. '.

19 S. Pontien, p. m. (t 235), mém.

21 Présentation de Marie au temple (i' s.), D. maj., fête établie vers le xii' s.

22 S. Cécile, v. m. (t 230 ou 300), D. Grégor. ; église à Rome. Station.

23 S. Clément I, p. m. (t vers 100 ), D. Grégor., Égl. Station S. Félicité, m. (voir 10 juillet), mém., Grégor.

24 S. Chrysogone, m. (t 304), mém., Grégor., Égl. Stat.

25 S. Catherine, v. m. (t 306), D. ; culte vers le viii' s.

26 S. Pierre d'Alexandrie, m.

(t 311), mém.

27 28 29 Vigile de S. André, apôtre.

Grégor. S. Saturnin, m., Rome (iv' s.), mém., Grégor.

30 S. André, apôtre (i' s.), D.

2 cl., Grégor.

S. Elisabeth de Hongrie, veuve (t 1231 ), D., canonisée par Grégoire IX en 1236.

S. Félix de Valois, c (t 1212), D., fête fixée à ce jour par Innocent XI en 1679.

1. Jean de la Croix, c. (t 1591), D., canonisé par Benoit XIII en 1726.

S. Silvestre, abbé (t 1267), D. ; fête étendue à toute l'Église par Léon XIII au XIX' siècle.

2 S. Bibiane, v. m. (t 362), S. d., culte ancien, Égl. à Rome au v' s. Station.

Cependant la fête a été introduite seulement par Urbain VIII au xvii' s.

S. François Xavier, c. (t 1552), D. maj., canonisé par Grégoire XV en 1622 : fête, par Alexandre VII au XVI' siècle.

Octave de l'Immaculée Conception, D. maj.

S. Melchiade ou Miltiade, p. m. (t 314), mém.. S., d. ; culte ancien.

S. Lucie, V. m. (t vers 304), D., Grégor., culte à Rome dès le IV' s.

S. Eusèbe de Verceil, (t 370), S. d.

20 Vigile de S. Thomas, apôtre.

S. Thomas, apôtre (i' D. 1' cl., Grégor.

24 Vigile de Noël.

25 Noël, D. 1 cl.

S. Anastasie, v. m. (t 304), mém. ; égl. Station.

26 S. Etienne, diacre, 1 » m.

(I' s.), D. 2 cl., Grégor. ; reliques vénérées au V' s. Voir 3 août.

27 S. Jean, apôtre et évangéliste (fin I' s.), D. 2 cl., Grégor.

29 S. Thomas de Cantorbéry, év. m. (t 1170), D., canonisé en 1173.

30 31 S. Silvestre, p. (t 334), D., Grégor. ; culte à Rome dès le v' s.


FÉTIGNY. — I. Description. II. Objets découverts : 1° Agrafes et fibules ; 2° parure ; 3° boucles et plaques de ceinturon ; 4° armes ; 5° varia.

I. Description. — Fétigny est situé à quatre kilomètres au sud de la ville de Payerne, district de la Broye, canton de Fribourg (Suisse). Non loin de là se trouvait Avenches (Aventicum), qu'une voie romaine reliait au Valais et, par le grand Saint-Bernard, à l'Italie. L'existence d'une route romaine sur la rive gauche de la Broye, passant près de Fétigny, est certaine. Fétigny tire son nom de Festiniacum, qui fut occupé par des édifices romains dont les traces ont été rencontrées à plusieurs reprises dans les environs et dans le village de Fétigny. Sur le plateau, occupé en partie par le cimetière burgonde, on a rencontré de même les restes d'un édifice romain ; des fragments de grosse poterie et deux meules de moulin. Au sud-est du village se trouve le grand cimetière burgonde, situé à quelques centaines de mètres des dernières maisons.

Vers 1862, un horloger de Payerne trouva des sépultures non apparentes et post-romaines dans lesquelles il découvrit une plaque de ceinturon en fer damasquiné d'argent, deux bagues, une fibule et une coupe en verre avec fragments de coutelas '. Pendant une période d'une vingtaine d'années on ne cessa d'explorer un peu à l'aventure, récoltant des pièces variées qui ont été dispersées. Des fouilles méthodiques entreprises en 1883 ne répondirent pas à l'attente, on se contenta d'acheter tous les objets principaux découverts avant ces fouilles, ils ont été déposés au musée cantonal de Fribourg. Ces objets et les renseignements donnés par les frères Goumaz, habitants de Fétigny, ont permis la reconstitution d'un cimetière burgonde intéressant.

Le champ du cimetière est nettement triangulaire ; les côtés mesurent 30, 33 et 52 mètres, ce qui donne une surface totale de 108 mètres carrés. On a découvert environ cent quatre-vingts tombes dont une quarantaine ont fourni des objets mobiliers, les autres ne contenaient que des ossements. Dans la partie centrale du champ et vers le milieu du côté qui longe le bord de la pente, les tombes se trouvaient à trois hauteurs différentes. Au cimetière de Bel-Air', près Cheseaux-sur-Lausanne, les tombes étaient sur deux couches superposées. À Fétigny, toutes les sépultures étaient orientées de l'ouest à l'est, les pieds tournés vers l'Orient. Ces sépultures étaient formées de pierres plus ou moins grosses juxtaposées, placées en cercle allongé de façon à entourer le cadavre ; c'était, pour ainsi dire, une petite enceinte autour du corps. Un mortier grossier liait ces pierres qui, pour les gens d'humble condition, n'étaient guère plus grosses que des pavés ordinaires. Pour les tombes des guerriers, on faisait choix de pierres très grosses, d'un poids trop considérable pour être soulevées par un seul homme. Dans toutes les sépultures des pierres plus grosses que les autres étaient placées près de la tête et près des pieds. Le tombeau qui a fourni le plus grand nombre d'objets contenait une grande tuile romaine fixée dans la terre contre la tête et une autre tuile sous la tête. On peut rapprocher de cette forme de tombes, celles du cimetière d'Elisried (Berne) où on employa de même les pierres juxtaposées'. Ni sarcophages, ni cercueils de bois ou de métal n'ont été retrouvés à Fétigny, mais la rencontre d'un certain nombre de gros clous en fer, autorise à croire qu'on a usé de cercueils de bois.

Un pavé antique a été découvert s'étendant sur une longueur approximative de trois mètres, probablement le chemin donnant accès au cimetière. Quelques tombes ont été trouvées hors de la limite du cimetière, elles ne contenaient que des ossements.

Parmi les tombes contenant du mobilier funéraire, la plus riche est celle d'un guerrier avec lequel on a trouvé : 1° une broche en or, ornée d'une imitation de filigrane ; 2° une broche en bronze représentant un chevalet soutenant une chaînette en bronze' (sur la poitrine) ; 3° un anneau de bronze évidé (au doigt) ; 4° une grande boucle de fer inscrite d'argent et richement décorée ; 5° une plaque quadrangulaire en fer, décorée de façon semblable et attachée par quatre clous argentés aux angles' (voir Fibules) ; 6° une petite plaque en fer avec quelques traces de placage d'argent', ayant pu former l'extrémité du ceinturon ; 7° fragment d'un scramasax dont la poignée en bois avait complètement disparu' ; 8° une petite bielle en bronze, placée sur le sabre et cinq boutons de bronze trouvés près du scramasax.

Agrafe en fer, semblable à la précédente, mais sans tête cylindrique. Crochet en bronze en forme de fuseau dont les extrémités sont recourbées en crochets dans le même sens. Au milieu de la partie cylindrique se trouve une petite plaque de bronze ornée de traits et percée d'un trou dans lequel se trouve engagé un anneau. Les traits qui se croisent, forment peut-être un monogramme du Christ. XP ou bien IX. Longueur : 0 m. 03 ; diamètre de la plaque centrale : 0 m. 01.

Crochet en bronze semblable au précédent, mais plus simple. C'est une petite plaque de bronze d'une longueur de 0 m. 02,5, percée au milieu d'un trou dans lequel est enfoncé un anneau, la destination de ces agrafes est sujette à discussion. On les rencontre partout, chez les Wisigoths et les Francs comme chez les Burgondes. Cochet y voit des fermoirs d'aumônières'. Gosse pense qu'ils servaient à retenir les vêtements. Baudot a vu un petit crochet, semblable à ceux de Fétigny, attaché au bout d'une chaînette, qui portait une fibule de même métal à l'autre extrémité'. J. P. Kirscli y voit des agrafes qui pouvaient avoir le rôle et rendre les services de toutes les agrafes.

2° Parure. — Colliers de grains en pâte de verre dont la couleur et les dessins n'offrent rien qu'on ne rencontre ailleurs ; un fragment de bracelet composé d'une tige en bronze doré ; bagues en bronze, une d'elles est dorée, toutes, sauf une seule, munies de chaton de même métal ; mais de dimensions très différentes ; chez les unes on s'est contenté d'élargir un peu le métal pour former une petite face plane, chez d'autres, au contraire, c'est une véritable plaque de bronze. Le chaton arrondi de la bague dorée porte une petite croix du type appelé croix de Saint-André.

Sur le front d'un squelette on trouva un peigne en os d'une longueur de 0 m. 115 du type bien connu avec des dents de chaque côté.

3° Boucles et plaques de ceinturon. — Elles sont nombreuses, quelques-unes sont pourvues d'une contre-plaque. Toutes ces plaques en fer sont, ou plutôt ont dû être d'un aspect flatteur quand elles étaient neuves. Elles sont damasquinées avec richesse et bon goût. Il suffira de figurer et décrire ici la plus belle (fig. 4349). Trois bandes formant triangle entourent un champ central, où nous voyons les entrelacs formés de serpents à grande tête, entrelacés d'une manière fantastique. Le même sujet se retrouve sur les bords en dehors du triangle ; cette décoration qui avait beaucoup souffert a été presque intégralement rétablie'. L'ornementation de la petite plaque sur la charnière, à la base de l'ardillon, est semblable, mais plus régulière et le motif choisi est différent. Une feuille très forte d'argent recouvrait l'anneau ; elle est entièrement conservée et présente des enlacements de serpents semblables à ceux du triangle central. Les dimensions de ce bijou sont les suivantes ; longueur de la boucle : l'anneau compris : 0 m. 19 ; longueur de la plaque seule : 0 m. 15 ; largeur à la base : 0 m. 055 ; à la partie supérieure : 0 m. 09.

4° Armes. — Les armes sont rares ; ce sont : une lance en fer dont la pointe est brisée ; la partie conservée mesure 0 m. 08. — une épée dont la poignée manque, mais la soie s'est conservée, elle est tranchante des deux côtés et se termine en pointe obtuse. Elle mesure, avec la soie, une longueur de 0 m. 88, (la soie 0 m. 11), largeur de la lame : 0 m. 04. — Deux sabres ou scramasax entiers et un troisième épointé ; des fragments de trois autres. Les deux conservés entiers mesurent : 1° 0 m. 54 (dont 0 m. 04 pour la soie) et 0 m. 04 de largeur ; 2° : 0 m. 42 (dont 0 m. 06 pour la soie) et 0 m. 04 de largeur. — Deux couteaux bien conservés ; l'un a 0 m. 195 de longueur, dont 0 m. 04 pour le manche, sur 0 m. 02 de largeur au talon ; l'autre mesure 0 m. 135, dont 0 m. 035 pour le manche sur 0 m. 015 de largeur ; fragments de quatre autres couteaux semblables.


II. LUXLKCV.


FEU (SUPPLICE DU). Comme tous les supplices qui avaient pour résultat la destruction du corps, la condamnation au bûcher était une des plus redoutées parmi les fidèles : c'est qu'aux yeux des chrétiens, l'anéantissement du corps faisait obstacle à la résurrection et à la béatitude éternelle. Malgré la promesse formelle de Jésus, ils ne parvenaient pas à se persuader qu'on peut tuer le corps sans tuer l'âme. L'absence de sépulture était considérée comme un malheur à nul autre comparable ; aussi avait-on soin de faire remarquer que les disciples de Jean-Baptiste étaient venus ensevelir son corps. Ce qui faisait l'horreur de la mort par noyade, c'était la perspective d'être déchiqueté par les poissons, mangé, anéanti. « Je ne crains pas de périr, disait Ovide pendant une tempête, mais je crains la fin terrible qui me menace. Que j'échappe au naufrage et je saluerai le trépas comme un bienfait. On se console du moins, en expirant, d'abandonner son corps à la terre, de laisser ses restes à qui vous aime, d'espérer un tombeau et de ne pas être jeté en pâture aux monstres de la mer ». Synésius partage les mêmes angoisses. Pendant une tempête, « tout à coup, dit-il, quelqu'un s'écrie qu'il faut mettre au cou le peu d'or que l'on peut avoir ; on obéit, chacun s'attache ou l'or ou les objets de prix : les femmes se préparent et distribuent des cordonnets à ceux qui en manquent. C'est un usage qui a sa raison d'être. Le cadavre du naufragé doit porter avec lui le prix de sa sépulture. Celui qui rencontre le corps sur le rivage et profite de cette trouvaille, redoutera la colère céleste, s'il ne rend à qui l'a enrichi une faible part de ce qu'il en a reçu. C'est dans cette pensée que se disposent tous mes compagnons d'infortune ». Synésius croyait même que l'âme étant de feu s'éteignait dans l'eau ; il est vrai qu'il était païen alors.

Mais beaucoup de chrétiens n'étaient pas plus instruits ni plus rassurés. Le Styx infranchissable, la barque du nocher infernal les laissent indifférents, mais l'âme privée du corps sera-t-elle en mesure de recevoir la récompense éternelle, d'en jouir. Tertullien enseigne que la ratio restitutionis destinalio judicii est. Lactance, bon avocat peut-être, mais à coup sûr théologien aventureux, ne craint pas d'écrire que « si le Sauveur a accepté le supplice de la mise en croix, c'est que son corps devait rester entier et que la mort, sous cette forme, ne mettait pas obstacle à sa résurrection » : ut integrum corpus ejus constaretur quum die tertio resurgere ab inferis oportebat. Une telle affirmation ne soulevait pas même une contradiction et au v° siècle, les chrétiens ne concevaient pas encore la possibilité de la résurrection du corps qui avait été anéanti et il fallait que saint Augustin entreprît d'expliquer comment l'absence de tombeau ne pouvait nuire à la béatitude, car « tous les éléments dans le sein desquels le corps serait confondu, le rendront à la vie éternelle quand viendra le jour fixé par le Très-Haut ». C'étaient là des objections qui avaient troublé de solides esprits. Hœc et nos risimus aliquando, avoue Tertullien', et multi de resurrectione dubitant, sicut et nos aliquando facimus reconnut saint Grégoire le Grand'. La difficulté de comprendre comment pourraient être reconstitués les éléments d'un corps évanoui restait la pierre d'achoppement. Vers la seconde moitié du vi° siècle, Grégoire de Tours rencontrait en Gaule un prêtre gaulois, infecté, dit-il de l'hérésie saducéenne, qui lui objectait ceci : « Des os réduits en poudre peuvent-ils reprendre l'existence et former un être vivant ? Et l'homme dévoré par les bêtes, englouti par les flots, mangé par les poissons, dispersé par le courant des eaux, détruit par la putréfaction dans le sein de la terre pourra-t-il ressusciter un jour ? » L'objection était ancienne et l'auteur de l'Apocalypse ne l'avait pas dédaignée : « La mer, disait-il, rendra les morts ensevelis sous les eaux' ; * beaucoup plus tard une mosaïque de Torcello, près de Venise figurait la résurrection et le jugement dernier. Au milieu un ange sonne de la trompette. À droite, la mer représentée par une Amphitrite entourée de monstres marins dont chacun rend par la bouche un mort ; à gauche, des lions et autres fauves rejetant aussi des cadavres ».

En 177, nous voyons que les païens étaient bien instruits de la terreur causée aux chrétiens par la destruction du corps. La lettre célèbre adressée aux Églises de Phrygie et racontant le martyre de leurs frères lyonnais donne ces détails. Les restes de ceux qui étaient morts en prison avaient été jetés aux chiens, et une garde fut établie de jour et de nuit pour qu'aucun des fidèles ne leur donnât la sépulture. Quant à ce que les bêtes et le feu avaient épargné, lambeaux arrachés à coups de dents, membres rôtis ou carbonisés, têtes coupées, troncs mutilés, on les laissa plusieurs jours sans sépulture avec une garde de soldats... Nous ressentions cependant une extrême douleur de ne pouvoir enterrer les corps. Nous ne pouvions pas profiter de l'ombre de la nuit, et ni l'argent ni les supplications ne purent rien sur l'esprit des factionnaires ; ils gardaient les cadavres avec acharnement, comme s'ils eussent dû gagner beaucoup à les priver de sépulture. Or donc, les corps des martyrs endurèrent tous les outrages et furent exposés pendant six jours ; ils furent enfin brûlés et réduits en cendres, que l'on jeta dans le Rhône, non loin de là, pour qu'il n'en restât aucune trace sur la terre. Les païens croyaient ainsi vaincre la puissance du Très-Haut et priver les martyrs de la résurrection. « Il fallait, disaient-ils, enlever à ces hommes même l'espoir d'une résurrection qui les porte à introduire dans l'Empire une religion nouvelle et étrangère, à mépriser les tortures et à courir joyeusement à la mort. Voyons donc s'ils ressusciteront, et si leur Dieu les protégera et les arrachera de nos mains ».

En 250, le prêtre Pionius, à Smyrne, « sacrilège et chrétien avéré » fut condamné à être brûlé vif. « Le vieux martyr marcha d'un bon pas. Quand il arriva sur la place, avant que le gardien l'en eût prévenu, il enleva son vêtement et voyant son corps demeuré pur et chaste, il rendit grâces à Dieu de l'avoir conservé tel. On le hissa sur le bûcher que le peuple venait d'élever ; il se prêta à ce qu'on clouât ses membres au poteau. Quand le peuple le vit en cet état, pris de compassion, il cria : Pionius, repens-toi, promets d'obéir, on le détachera. — Je suis cloué, dit-il, j'ai bien senti cela. — et après une pause : J'ai voulu mourir, afin que tout le peuple comprît qu'il y a une résurrection après la mort ».

En 259, à Tarragone, l'évêque Fructueux périt avec ses diacres Augure et Euloge. « Au milieu de la flamme, disent les actes, le Père ne les abandonnait pas, le Fils les secourait et l'Esprit Saint se tenait au milieu de ce brasier. Quand les cordellettes qui leur liaient les mains furent brûlées, libres de leurs mouvements, ils s'agenouillèrent dans l'attitude ordinaire de la prière, assurés de ressusciter... À la nuit tombante, les fidèles se rendirent en hâte à l'amphithéâtre ; ils emportaient le vin destiné à éteindre les ossements à demi carbonisés dans le brasier. Cela fait, chacun prit pour soi quelque portion des reliques en cendres. Un autre prodige vint exalter la foi des frères et servir de leçon aux plus jeunes. Il fallait que Fructueux témoignât dans sa mort, et la résurrection de sa chair, et la vérité de ce que, en ce monde, il enseignait... »

La même année, à Carthage, les martyrs Montan et Lucien ne peuvent réprimer un trouble profond à l'idée du martyre par le feu. « Dès que l'on nous eût pris, disent-ils, nous fûmes confiés à la garde des magistrats municipaux, nos gardes nous dirent que le proconsul voulait nous faire brûler vifs le lendemain. Mais le Seigneur, à qui seul appartient de garder ses disciples de la flamme et entre les mains de qui sont les ordres et la volonté du prince, détourna la cruauté du proconsul et, par nos prières incessantes, nous obtînmes ce que nous demandions dans l'ardeur de notre foi ; le feu déjà presque allumé pour nous consumer fut éteint et la flamme des bûchers embrasés fut étouffée par la rosée divine ».

Cette répugnance insurmontable montre que la cause n'était pas encore gagnée, aussi les pièces les plus authentiques s'empressaient de rendre compte de faits capables de réconforter les hésitants. Le supplice du feu avait parfois respecté le corps des martyrs. À propos de Pionius, on lisait que « tous ceux que la compassion ou la curiosité avaient amené sur le lieu du supplice virent le corps de Pionius tel qu'on eût pu croire que tous ses membres avaient été renouvelés. Ses oreilles étaient dressées sans roideur, sa chevelure plus belle, sa barbe mieux fournie, tout son corps offrant l'apparence d'une agréable jeunesse. Ainsi ces membres rajeunis par le feu attestaient la vertu du martyr, et donnaient l'idée de la résurrection ; on y découvrait un reflet de la beauté des anges et tout ce spectacle inspirait aux chrétiens la confiance et aux gentils la terreur ».

Même phénomène, en 304, pour saint Philippe d'Héraclée. « On trouva le bienheureux Philippe les bras étendus comme dans la prière. Le corps du vieillard s'était renouvelé dans l'éclat de la jeunesse. De même le visage du bienheureux Hermès était intact, une couleur de vie animait ses traits, seulement comme trace du combat qu'il venait de soutenir, l'extrémité de ses oreilles était demeurée légèrement livide. À cette vue, tous ensemble, on rendit grâce au Dieu tout-puissant ».

« Par ces récits, une riante espérance tendait à remplacer la crainte. Des mains du bourreau impuissant à atteindre l'âme des fidèles, le corps lui-même enseignait-on, pouvait sortir victorieux et renouvelé. Une légende naissait ainsi reproduite sous mille formes diverses. À chacune de leurs pages, les vieux textes nous parlent de saints restes enlevés par les fidèles malgré la vigilance des païens empressés à les détruire, de cadavres trouvés intacts dans le bûcher, respectés, protégés par les animaux sauvages ou rejetés par les flots. Ce ne sont pas seulement les Actes des martyrs qui nous redisent ces merveilles, des écrivains ecclésiastiques les mentionnent également. Les restes de sainte Eulalie, de sainte Julitte, ne peuvent être atteints par les flammes, ceux de saint Apollonius, de saint Vincent émergent des profondeurs de la mer et un oiseau de proie défend le corps de ce dernier contre la voracité d'un loup : des bêtes sauvages respectent la dépouille des martyrs de Palestine ».

Yirgo citum cupiens obitum Appétit bibil ore et regum Afin de prolonger les souffrances.'écrit E. Le Blant '. les juges faisaient disposer les bois et les fascines loin du visage de la victime, et l'on vit un martyr placé ainsi dans un cercle embrasé s'épuiser à aspirer la flamme pour la faire pénétrer dans sa poitrine et mettre fin à son supplice '. Après l'âge des persécutions, on retrouve encore la même croyance à ce moyen d'appeler la mort : « Un miracle parmi tant d'autres, dit saint Jean Chrysostome, s'est produit lors que les trois jeunes Hébreux ont été jetés dans la fournaise, c'est qu'ils ont pu y parler sans mourir, car personne, ajoute-t-il, n'ignore que l'on résiste un moment à la flamme si l'on ferme les lèvres, mais l'âme s'envole dès qu'on les ouvre « '.>' Un passage du Talmud de Babylone nous renseigne sur la manière dont les païens en usaient pour prolonger le supplice. 1-e trait nous reporte aux derniers jours du règne d'Hadrien, lorsqu'aprcs la prise de Bettaz, les éco les rabbiniques furent fermées et l'étude de la Loi interdite. « En revenant (de l'enterrement de R. Jùsô Ijcn Kismâ) les autorités romaines virent Rabbi Haninà ben Teradiôn assis et occupé à l'étude de la Loi. 11 se trouvait avec beaucoup de gens et le rouleau de la Loi était dans son sein. On l'emmena, puis l'enveloppant dans le rouleau, on l'entoura de sarments et on y mit le feu. Des flocons de laine trempés dans l'eau furent placés du côté de son cœur, afin qu'il n'expirât pas trop vite. Sa fille lui dit : « Mon père, devais-je te voir ainsi ? — Si j'avais été brûlé seul, dit Hanînà, je me serais mal résigné ; mais puis que l'on brûle avec moi le rouleau de la Loi, celui qui punira cette offense, punira de même, je le sais, le mal qui m'est fait. » Puis ses discip les lui dirent : « Que vois-tu ? » — « Je vois, dit Hanînà, les pe aux se consummer et les caractères qui y sont tracés voler en l'air. » Ils reprirent : « Eh bien, ouvre la bouche, pour que la flamme y entre également. » « Mieux vaut, répliqua le maître, que l'auteur de la vie nous la reprenne. » Le bourreau dit alors : » Mon maître, me promets-tu la vie future si j'enlève de ton cœur les étoupes de laine ? » — » Je te la promets. » — « Jure-le moi ! » Le supplicié prêta sennent. Le bourreau fit ce qu'il avait promis et aussitôt le rabbi expira. Le bourreau se précipita dans le feu et on entendit une voix céleste disant : « R. Haninà ben Teradiôn et son bourreau sont prêts pour le monde futur. » Il faut remarquer que dans les actes authentiques et.dans les récits véritablement historiques admis et conservés par Eusèbe, le supplice du feu semble incompatible avec ces bizarreries de basse épo que, alors que le feu ne brûle plus, l'eau ne noie plus, les grifïes de fer caressent doucement la chair et les chevalets se rompent en éclats. On ne rencontre rien de semblable chez TertuUien, chez Minucius Félix, chez saint Cyprien : le feu accomplit son œuvre et le sacrifice des martyrs est consommé. Les actes de Polycarpe, de Pionius, de Fructueux ne disent rien qui autorise les légen des qui auront cours plus tard. « Pour voir, chez les hagiographes, les fidè les miraculeusement sauvés des flammes, il faut descendre jusqu'au temps où Eusèbe, dont le texte, on doit le dire, laisse sur ce point quelques doutes, auraitparlé, comme plus tard Prudence, du bûcher de saint Romain noyé par des torrents de pluie ». Jusqu'à l'âge où des narrateurs de seconde main paraphrasèrent au gré de leur fantaisie, l'histoire des combats pour le Christ « . Il en est de même pour la plupart d'autres mentions de cette sorte ; les vierges chrétiennes miraculeusement défendues contre l'outrage, les ténèbres féti des des cachots illuminées et embaumées par l'apparition d'un ange, les bêtes féro ces s'inclinant caressantes devant les martyrs ». Les témoins des persécutions ceux du moins que n'ont pas emportés trop loin l'imagination et l'enthousiasme, n'ont rien noté de ces traits si fréquents dans les écrits postérieurs au triomphe de l'Église '. • H. Leclercq. FEUILLES D'EAU. Les feuil les d'eau, si fréquentes dans la décoration peinte et sculptée de l'art romain, ont été délaissées par l'art byzantin et l'art chrétien en a fait rarement usage. Ceci est d'autant plus surprenant qu'el les rendaient service aux décorateurs qui, grâce à el les, pouvaient supprimer les volutes et donner au chapiteau une forme rectangulaire. L'art chrétien, qui voulait faire porter ses arcs sur des surfa ces à arêtes rectilignes, paraissait devoir recourir à cet expédient facile et déjà éprouvé. Une modification du chapiteau corinthien opérée 433(1. — Impostes à Delphes.

D'après Bulletin de cnrrespondance helléni que, 1899, t. x.xni, p. 219, ng. 4. dans ce sens ne devait pas lui déplaire, et peut-être est-ce de ce chapiteau plutôt que du composite ordinaire que procède le chapiteau corbeille du vi« siècle. (Juoiqu'il en soit, nous ne possédons pas un seul exemple de ce chapiteau corinthien à feuil les d'eau qui soit certainement chrétien. Les feuil les d'eau sont pres que inconnues dans l'art à partir du iv« siècle ; on ne les signale que sur un seul marbre chrétien, une imposte de Daphni (Grèce) qui porte une croix sur deux rangs de feuil les d'eau et auquel on ne peut assigner une date. A Delphes, les feuil les d'eau sur un ou sur deux rangs, sont assez nombreuses, mais toujours sur des impostes. Six de ces membres architectur aux nous les font voir. Voir Dictionn., t. iv, col. 572, fig. 3691. Sur la figure 4350, les feuil les d'eau sont attachées à une guirlande de feuil les de laurier, soulignée de denticu les dont la facture nerveuse et précise rappelle de si près les couronnes romaines qu'on ne saurait y voir une oeuvre chrétienne, si nous n'avions aiïaire à l'imposte, inconnue de l'antiquité païenne, et si la présence de deux feuil les d'eau semblab les sur l'imposte de la figure 2691 ne nous permettait de rapporter sûrement à la première moitié du v siècle les impostes delphiques à feuil les d'eau ^ H. Leclercq. FEUILLES DE LIERRE. L archéologie a ses mystères, ses inconnues et ses ridicu les. C'est au nombre des ridicu les qu'on doit compter certaines explications, prétentieuses autant que fausses, à force de vouloir être ingénieuses. L'ne multitude d'inscriptions païennes et chrétiennes ollrent des svTubo les dont l'interprétation est parfois dilficile. Il en est ainsi pour Vascia (voir ce mot), mais malgré tout ce qu'on a pu dire, il n'en est plus ainsi, depuis longtemps pour la feuille de lierre. On y a découvert un cœur percé d'une flèche, symbole de la douleur qui s'épanche sur la tombe etc. Seulement la feuille de lierre s'est rencontrée sur des inscriptions votives, des inscriptions dédicatoires, des tabula : lusuriw ou tab les de jeu. On s'est mis en quête d'autres interprétations qu'est venue contredire une inscription africaine, publiée par Léon Renier et trouvée à Cirta ' :


NX.

Hederse dislinguenlis, écrit Mommsen, mihi sunt foliola quœ passim in titulis cernuiilur piinctorum instar. Incocti les car dicanlur, iwn satis intellego, nisi quod cum epitheton hoc aperte rcspondint ntlribuiivis aura inluminati carei, marmorei, signipcari suspicor aliquid de aiiro incocto hederis illis.

E. lluebner' a montré que le point, sur les corps durs, avait eu d'abord la forme carrée, ensuite triangulaire serf matura quasi sponte triaiigularis lorma punctorum in folioli hederacei jonnam transiit. Ita enim simpliciter fofmum hanc punctorum explicandam esse intellcxerant Rcinesius « et Raph. Fabrettius '.

Cette forme de feuille de lierre ne se rencontre pas sur les inscriptions antérieures à l'empire, mais on la trouve dès l'empire, et de plus en plus fréquente à partir de la fin du i » siècle..\u n' siècle, l'usage est général ; à partir du m', il faut renoncer à citer des exemp les. Sur les plus anciennes inscriptions chrétiennes, comme celle de Kl. Sabinus et de sa sœur Titiana (voir Flaviens). on voit encore la feuille minuscule au bout d'une tige proportionnée, mais bientôt la feuille s'évase, s'alourdit ]>erd l'apparence foUiolée.

C'est ce qui conduit à poser des hederir au hasard, à en parsemer les inscriptions à tort et tt travers, ce qui a induit les archéologues à leur découvrir un sens symboli que. Vettori commentant l'épitaphe de Pascasius mort à l'âge de 22 ans, le iv des i des d'octobre aperçoit une feuille qui termine l'inscripljon et écrit, sans rire. Il y a des gens qui voient dans ces feuil les un indice de la fragilité de la vie. Qiium ergo l'aschasius annos natus 22 vita cxcesserit quarto cidiis octobris, autunmo plane déclinante, ex ipso f rendis indicio immalura morte obiisse clare pernoscilur^. Kt naturellement il rappelle que les chrétiens ornaient les loin lies de fleurs et de feuillages :

Nos tecta fovebimus ossa Viuiis et fronde frequenti.

Malgré l'évidence, on s'obstine à imaginer une distinction fantaisiste d'après laquelle « si la feuille en forme de cœur fait corps avec l'inscription, c'est un ■des signes de ponctuation très variés employés par les anciens graveurs : s'il est bien constaté qu'elle est en dehors de l'inscription auprès de l'ancre, symbole •de l'espérance, de l'oiseau becquetant des fleurs, etc., on peut y chercher une pensée mystérieuse qui, admise par les païens, aurait été adoptée par les chrétiens '. » Ja mais de la vie ! — Les plus anciens exemp les chrétiens proviennent de la catacombe de Priscille - et bien qu'il ne soit pas possible de donner une date absolument certaine à chacun de ces monuments, il est permis de ne pas les faire descendre au delà du II' siècle. A cette épo que, le sigle est encore d'allure simple, ce n'est que plus tard qu'on le voit dégénérer c'est encore la véritable liedera quoi que avec une tendance à se styliser. Sur l'épilaphe de Pontien (flg. n. 2) on la reconnaît encore, elle se déforme rapidement sur celle de Fabien (fig. n. 4) et sur celle d'Eutychien (fig. n. 5). On retrouve ce style déjà fantaisiste, mais d'une façon plus élégante sur la plus ancienne série d'inscriptions du Cœmeterium majus et du cimetière de Sainte-Agnès '.


II. Leclercq. FEUX DE LA SAINT-JEAN. Nous avons montré déjà (voir Dictionn., t. i, au mot Astres) la place considérable tenue par le soleil, la lune et les étoiles dans les monuments chrétiens. Le soleil fut plus particulièrement adoré par les populations celtiques. Au v« siècle, le roi suprême de l'Irlande, Loégairé, contemporain de saint Patrice (431-464), ayant été fait prisonnier par les habitants de Leinster, dut jurer « par le soleil et la lune, l'eau et l'air, le jour et la nuit, la mer et la terre ». L'homélie attribuée par saint Ouen à l'évêque de Noyon, saint Éloi, nous montre la persistance de ce culte au vii« siècle, en 4351. — Formes différentes de feuilles de lierre relevées sur des inscriptions. D'après G. Wilpert, La cripta dei papi, Rome, 1910, p. 32, fig. 9. et aboutir à des formes bizarres, comme sur les inscriptions papales. Un exemple intéressant nous est offert par l'épitaphe du pape Gains, en 296 (voir Dictionn., t. II, flg. 1945). Celle épitaphe est différente des autres inscriptions des papes de Rome. Libellée sur trois lignes, adoptant le mot xaT(à0£<jiç) deposite. Les lettres sont plus élancées et plus grandes que dans les inscriptions des prédécesseurs de Gains, spécialement l'A avec sa traverse en forme de V qui fait déjà songer au iv« plus qu'au ii« siècle ». L'hédéra est ici moins une ponctuation qu'une ornementation, elle encadre le mot ; en outre, c'est non plus le point, ou l'hédéra, mais une sorte de lettre X traversée d'une ligne ondulée (fig. 4351, n. 10, 11, 12, 13). On voit à quelle distance nous sommes du type sur l'inscription du pape Anteros (fig. 4351, n. 1) où Gaule. Saint Éloi défend aux fidèles d'appeler dieu le soleil ou la lune, ou de jurer par eux » : nullus dominos solem aul lunam vocri, ne que per eos jnret, quia crcalurœ Dei sunl, et neccssitalibits hominum jussu Dei inserviunt ». Le 24 juin, marqué le jour où le soleil est au tropique du Cancer ; arrivé à son plus grand éloignement de l'équateur, il parait y demeurer quelques jours et cet événement est célébré sous le nom de solstice d'été, fête de l'astre-roi. Cette fête se retrouve chez les Anglo-Saxons du xi« siècle, adorateurs persévérants du soleil, de la lune et du feu, puis que, en 1032, le roi Canut l'interdit une fois de plus ». En Gaule, on célébrait la fête du soleil par des réjouissances qui coïncidaient avec les assemblées générales de la nation, liées intentionnellement à cette date », ([ui demeura celle des assemblées nationales jusque pendant les règnes de Charlemagne et de Louis le Débonnaire ». De cette tête et des réjouissances auxquelles elle donnait lieu, nous trouvons encore un témoignage dans l'homélie de saint Éloi : « Que nul, dit-il, à la fête de saint Jean ou dans les solennités quelconques, ne célèbre les solstices et ne se livre à des danses tournantes ou sautantes, ou à des caraulas ou à des chants diaboliques : « Nullus in festivitate sanctii Joannis, vel quibuslibet solemnitalibus, solstilia, aut vallationes vel saltationes, aul caraulas, aut cantica diabolica exerceat. Dans ce texte du vii« siècle, il n'est question que de chants et de danses, mais dans un capitulaire du 21 avril 742, délibéré in plena synodo et édicté par Karloman, nous lisons ce qui suit ' :

Ui episcopus cum comité providcat ne populus paganas observationes faciat.

Decrevimus ut, secundum canones unusquisque episcopus, in sua parochia, sollicitudinem adhibeat, adjuvante gravione, qui defensor Ecclesiae est, ut populus Dei paganias non faciat, sed ut omnes spurcitias Gentilitatis abiciat et respuat : sive sacrificia mortuorum, sive sortilegos, vel divines, sive filacteria et auguria, sive incantationes sive hostias immolalitias, quas stulti homines juxta ecclesias ritu pagano faciunt sub nomine sanctorum martyrum vel confessorum. Deum et suos sanctos ad iracundiam provocantes, sive illos sacrilegos ignes, quod nied fyr vacant, sive omnes, quaecumque sint, paganorum observationes diligenter prohibeant.

« Que l'évêque, de concert avec le comte, pourvoie à ce que le peuple ne se livre pas aux pratiques païennes. « Nous ordonnons que, suivant les canons des conciles, chaque évêque dans son diocèse, emploie ses soins, avec l'aide du comte », qui est le défenseur de l'Église, à ce que le peuple de Dieu ne se livre pas aux pratiques païennes, mais abandonne et répudie ces ignominies de la gentilité ; qu'ils empêchent soigneusement les sacrifices des morts, les sortilèges des sorciers, les consultations des devins, les amulettes et les augures ou incantations, ou immolations de victimes, que des hommes insensés font auprès des églises suivant le rite païen, sous le nom de saints martyrs ou confesseurs, provoquant ainsi la colère de Dieu ou de ses saints, et ces feux sacrilèges qu'on appelle nied fyr, et toutes les pratiques des païens quelles qu'elles soient. » Nied fyr se compose du mot lyr qui, dans le dialecte des Francs, a le sens de feu ; et du mot nied qui signifie joie, plaisir, divertissement ; dans le texte cité nous voyons donc que les feux de joie sont qualifiés feux sacrilèges qui convient justement aux feux du solstice, car ils témoignaient de l'allégresse populaire en un jour de fête et ils étaient allumés de façon réprouvée. Le procédé régulier, et pour ainsi dire, orthodoxe, pour la production du feu était le choc du fer contre la pierre ' ; or, le feu sacrilège, le nied fyr était produit par le seul frottement du bois, pratique païenne dénoncée dans Indiculus superstitionum et paganorum, par ces mots : De igne fricato de ligna, quod vacant nodfyr '. C'est principalement à cette circonstance qu'il faut attribuer le caractère sacrilège des feux de joie du solstice, qui, sans elle, eussent bénéficié beaucoup plus tôt de la tolérance de l'Église.

On appela longtemps les feux solsticiaux ou feux de joie, ignes jucunditatis, d'un nom devenu populaire : « Feux de la Saint-Jean, » parce que la fête du précurseur se trouva fixée dans le calendrier chrétien au 24 juin, jour du solstice d'été ou du dieu Soleil. Le clergé, de guerre lasse, renonçait à expulser cette superstition, il la baptisait donc pour ainsi dire. Il ne se rencontre pas de rituel avec la cérémonie et les prières des feux de la Saint-Jean, mais il y eut tolérance plus qu'adoption. « À la fête de saint Jean-Baptiste, écrit Jean Beleth, vers 1182, on porte des brandons ou des torches de feu et l'on fait des feux qui sont le symbole de saint Jean, lequel fut la lumière et le flambeau ardent, précurseur de la vraie lumière • ; Ferunt quod (in festo Joannis Baptiste), brandes seu faces ardentes cl fiunt ignes, qui significant sanctum Johannem, qui fuit lumen et lucerna ardens, praeccedens et praeccursor verae lucis ». Ce passage est reproduit, au siècle suivant par Durand de Mende '.

Les feux de la Saint-Jean qu'on allume le 23 juin au soir, en certaines provinces, sur les places, dans les carrefours et les rues des petites villes, des bourgs ou même dans les champs, ont donc été de tout temps comme ils sont de nos jours, une pratique purement laïque, éminemment, exclusivement populaire. Et cela nous montre bien qu'elle procède d'une antique coutume, indépendante du culte chrétien et antérieure à l'établissement du christianisme en Gaule'.

Quant à l'usage d'allumer ces feux le 23 au soir, après le coucher du soleil, il s'explique par le fait qu'à ce moment en réalité, s'ouvrait chez les Gaulois la période diurne du solstice du 24 juin. Les Gaulois, nous apprend César, mesuraient les intervalles de toute période non par le nombre de jours, mais par le nombre des nuits ' et Tacite nous apprend que les Germains nec dierum numero ut nos, sed noctium computant, en sorte que, dit-il, ils ont établi et observent cette règle, qui est observée de tous : la nuit semble précéder le jour '. Après la conquête de la Gaule, les Romains y imposèrent leur jour civil allant de midi à minuit, mais dès les invasions du v« siècle, et l'établissement des Francs la manière de mesurer le temps par le nombre des nuits fut rétablie en Gaule, ce qui explique pour quoi nous la retrouvons dans la loi salique « et la loi des Ripuaires '=, dans les capitulaires des rois mérovingiens », dans les traités de paix et décrets de ces princes « , dans l'Appendice aux Formules de Marculfe '\ dans la Lex emendata édictée par Charlemagne ' », enfin dans les capitulaires carolingiens ".

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H. Leclercq.

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