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(Suite)
FIANÇAILLES. — Sponsalia sunt mentio et repromissio nuptiarum futurarum. C'est la définition du Digeste '. Les Romains avaient légiféré abondamment sur les fiançailles 2, qui étaient facultatives, mais qui, une fois célébrées, prenaient une gravité très grande puis que le sponsus pouvait intenter, le cas échéant, contre la sponsa une accusation d'adultère 3.
L'Église trouva une législation toute construite et les textes anciens qu'on a apportés sur cette question ne la concernent pas. Celui de saint Ignace d'Antioche a trait au mariage *. Les textes de Tertullien, Ad uxorem, 1. Il, c. ix ; De monogamium, c. xi, sont également tirés et détournés de leur sens. Le premier texte défendable se trouve dans le canon 54 du concile d'Elvire (voir ce mot), qui prive de la communion durant trois ans les parents qui enfreignent les promesses des fiançailles des futurs époux : Si qui parentes (idem fregerint sponsaliorum, triennii tempore abslineani se a communione : si lamen iidem sponsus vel sponsa in Mo gravi crimine fuerint deprælensi, excusati erunt parentes. Si vero in eodem furrint vilio et pollutio non consentiendo, superior sententia sumetur s. Quelques années plus tard, en 314, le concile d'Ancyre, s'exprime en ces termes : Desponsas aliis puellas, el ab aliis postea ruplas, visum est iis, quibus desponsæ erant reddi, etiam si vim passæ sunt '. A partir de cette époque, les textes se succèdent nombreux et sans grand intérêt. En quoi consistait le rite des fiançailles. Il a dû et pu varier d'une Église à une autre Église. Dans sa lettre à l'évêque d'Immerius de Tarragone, le pape Sirice parle d'une bénédiction : Hoc ne fiat modis omnibus inhibemus, quia Ma benedictio, quam nupturæ sacerdos imponit apud fidèles cujusdam sacrilegi instar est, si alla transgressionc otolitur '. Saint Basile se conforme à la législation en usage de son temps lorsqu'il étudie, dans sa lettre à Amphiloque d'Iconium, le cas d'une fiancée enlevée par violence par un autre que son fiancé. Il décide que le ravisseur ne peut être reçu à la communion qu'après avoir rendu la liberté à celle qu'il a enlevée et donné satisfaction au fiancé. Peu à peu on voit surgir les questions les plus singulières ; le pape Benoît Ier (573-577) interrogé par le patriarche de Grân, si une fiancée par simple consentement verbal qui vient à mourir avant le mariage, empêche sa sœur d'épouser le fiancé qu'elle laisse dans l'isolement, répond que, seul, le mariage forme un cas d'empêchement de consanguinité.
Le concile in Trullo (680-681) fait un pas marqué dans la voie qui tend à assimiler les fiançailles au mariage, en sorte que le mariage d'un fiancé sera réputé adultère. Un concile tenu en Angleterre sous l'archevêque Théodore de Cantorbéry, vers la fin du VIIe, décide que celui qui se récuse entre les fiançailles et le mariage doit rendre la somme reçue et un tiers en plus (can. 17). Un autre canon interdit aux parents de donner une jeune fiancée à un autre époux ; si elle y oppose une résistance quelconque, ils doivent la faire enfermer dans un monastère. Une collection de canons irlandais découvre une solution originale : lors que des fiancées ont été violées par d'autres que leurs fiancés, on les achète ou on les restitue à leurs premiers ayant droit. Une tentative de séduction d'une fiancée est punie par le pape Grégoire III (731-741) de cinq ans, ou au moins trois ans de pénitence canonique. Le concile de Rome tenu par le pape Zacharie prescrit que : Si quis lemcrario ausu præsumpserit virginem, mil viduam jurari in uxorem, prælcr si desponsalum habutnl, anathema '.
Il faut reprendre ici un texte d'Aquilée que nous avons déjà donné avec un commentaire qui nous semble devoir être maintenu. Voici l'épitaphe en question ' :
AVRELIAE MARIAE PVELLAE VIRCINI INNOCENTISSIMAE SANCTE PERCENS AD IVSTOS ET ELECTOS IN PACE
Aurélia Maria mourut à l'âge de seize ans, cinq mois et dix-neuf jours. Son père Aurélien (Ire(née)), un vétéran, et sa mère Sextilia avaient fiancé leur enfant vingt-cinq jours auparavant à Aurélius Damatus. Mais la mort fut la plus prompte et la jeune fille, paella, mourut vierge, virgini, encore que fiancée, sponsala. Dès lors les parents seuls devaient lui élever un tombeau, mais ils voulurent y rappeler le souvenir de ces fiançailles si vite brisées et du gendre choisi. Voici, semble-t-il, l'explication la plus naturelle. Elle était au reste donnée par Forcellini-De Vit, qui ne connaît pas d'autre exemple de sponsala et l'explique par ces mots : quæ sponsalia fecit.
A Rome et chez les Germains, une cérémonie précédait le mariage, les sponsalia ou fiançailles. En Gaule, où après l'entrée des barbares, les deux législations coexistèrent, on vit se maintenir deux sortes de fiançailles : les romaines et les germaniques. On trouve la mention des premières dans les formules Andecavenses 2 ; les formules saliques Lindenbrogianæ 3 mentionnent le contrat de fiançailles.
Libellum dotis. — Dulcissima alque amanlissima sponsa mea nomine illa ego in Dei nomine ille. Igitur dum taliter apud pares vel parentibus nostris utrisque partibus conplacuit alque convenu, ut ego tibi solido et denario secundum legem Salicam sponsare deberem ; quod ila et feci. Similiter conplacuit nobis alque convenu, ut de rebus proprietalis meæ tibi aliquid in dotis libellum condonare deberem ; quod ila et feci. Idcirco per hanc cartolam, libellum dotis, sive per fistucam alque per andelangum dono tibi et donalum in perpétuo esse volo, id est in pago illo, in loco nuncupante illo, super fluvio illo, hoc est mansos lanlos cum hominibus ibidem commanentibus vel aspicientibus his nominibus illos vel illas, cum terris, tam cultis quam incultis, silvis, campis, pratis, pascuis, aquis, aquarumve decursibus, mobile et immobilibus, prædiis, peculiis, pecoribus, vineis, farinariis, vel quicquid in ipso loco mea videtur esse possessio vel dominatio rem in exquisitam 6, totum et ad integrum, sicul superius dixi, dono, trado tibi utque transfirmino. Insuper eliam dono tibi in pecoribus, id est inter boves et vaccas, inter porcos et verres capita tanta ; dono siquidem tibi in fabricaluris, id est inler auro vel argento solidos tantos valentes ; in ta vero ratione, ut hec omnia superius nominata, quandoquidem dies nuptiarum evenerit, et nos Deus insimul coniunxerit, tu dulcissima sponsa mea nomine illa, ab ipso die hoc habeas, leneas alque possedeas, vel quicquid exinde facere volueris, liberam hac firmissimam in omnibus habeas potestatem. Et si quis deinceps contra hanc cartolam, libellum dotis, quod fiendum esse non credo, venire aut eam temerare præsumpserit, si se exinde non correxerit, illum, qui ab initio masculum et feminem condidit, contra se ullorem sententiam, et insuper in litem intulcrit auro uncias tantas, argento libras tantas coactus exsolvat, et quod repetit nullatenus evindicare prævaleat, sed præsens hæc epistola tam a me quam ab hæredibus meis defensata omni tempore firma et stabilis permaneat, stipulatione interposita, diuturno tempore maneat inconvulsa. Actum 6.
Cette distinction entre coutumes franques et coutumes romaines ne tarda pas à disparaître parce que les fiançailles, comme le mariage, devinrent surtout un acte religieux. Ce nouveau caractère ne parvint pas toutefois à abolir le caractère plus ancien. Fiançailles, dans le droit franc, évoquait l'idée de convention préliminaire relative au prix d'achat et aux libéralités qu'entraîne le mariage . Les fiançailles étaient un acte privé que rien n'interdisait de rendre public, mais qui, même dans ce cas, ne réclamait pas l'intervention de la justice. « C'était par le contrat de fiançailles que le possesseur de la potestas s'obligeait à transférer au mari la puissance moyennant une somme d'argent payée par celui-ci et appelée wilhum. A l'origine, le paiement du wilhum, sorte de wergeld, était effectif et rendait le contrat obligatoire. Auparavant, il y avait eu simple échange des consentements, lequel ne suffisait pas à former un contrat dans le droit franc : il fallait qu'il y eût des facta ou res preslila. Mais pour le contrat de fiançailles comme pour les autres, comme aussi pour le mariage, on se relâcha peu à peu de l'application rigoureuse du principe, sans y renoncer complètement. Ainsi le prix du mundium devint purement symbolique et fut fixé par la loi salique à un sou et un denier. De même, le contrat de fiançailles put être conclu suivant les formes des autres contrats, notamment au moyen de la fides facta ou d'une prestation fictive. Les fictions consistaient dans le don et la prise d'un brin de paille, de la lesluca ou d'un autre objet symbolique, comme le gant, le bâton, un morceau d'étoffe, telles étaient aussi les formes que prenaient les fiançailles 8. Ces anciennes formalités se maintinrent surtout en Allemagne jusqu'au moyen âge, en subissant des transformations insignifiantes et sans importance juridique. En France, ces formes ont persisté à travers des siècles 10 et même jusqu'au XIe u. » Les fiançailles à Rome étaient facultatives, mais celui qui se dérobait à l'engagement pris restituait les arrhes au double. Dans le droit franc, les fiançailles étaient obligatoires et la promesse échangée entraînait en cas de rupture de graves pénalités, encore aggravées au IXe sous l'influence de l'Église. Les arrhes n'étaient pas un moyen de se dédire, c'était une preuve des fiançailles destinée à en témoigner le cas échéant '. Quant aux réjouissances qui accompagnaient les fiançailles, elles ne dépassaient pas l'importance d'une simple réunion de famille. Ce jour-là, la fiancée parée d'éléments de fête portait une sorte de couronne faite de feuilles d'or et d'une bandelette d'or. Le fiancé offrait un anneau et une paire de pantoufles et les jeunes gens échangeaient leur premier baiser. Voici les fiançailles du jeune Léobard : Sed cum ad Xegilimam pervenisset setatem, cogenlibus, juxta consuetudinem humunam parenlibus, ut urrani puellœ, quasi uxorem acceptants darel, impellitur... Deni que dato sponsse anulo, porregil osculum, prœbet calciamentum, célébrât sponsaliœ diem /estant ■. La prestation des arrhes était chose essentielle et constituait le contrat. ■ Les arrhes étaient le moyen naturel de rendre obligatoire la convention non encore réalisée ; celui qui les avait reçues ne pouvait plus se dédire, et les parties étaient liées . • Dans tout ceci, chez les Germains, le consentement de la jeune fille n'était pas nécessaire, à tout le moins son silence résigné était pris pour une acceptation : qui ne dit mot consent. Mais sous l'influence de l'Église, le rôle de la jeune fille ne cessa de grandir, on lit ces détails dans la vie de sainte Berthe : Postquam vero beata Berlha ad oclavum decimum pervertit annunt, fuma ejus longe late que in Gallia percrebuil, ut nulli talis œlalis puelhe mquanda puturetur. Tune Sigi/ridus consanguineus régis Clodooei, vir strenuissimus, comporta fama ejus, assumptis secum suorum mililum turmis. at que procerum Gallise consttputus copia, Ritjobertum comitem adiit, bonitatem ipsius obnixe /lagilans, qualinus sibi non denegarel filiam suam dileclam Bertham legitimo jure disponsandam, ut que adoplivum ftlium in cunctis spopondit se obediturum. Cunctum etiam légitimant ordinem doits, ut tex Francorum conlinet, promisil se fideliler dalum ; insuper quidquid consanguineorum res secundum morem rite expelercnl, voluniarie largilurfm '. Souvent on stipulait à la charge du père et à celle du fiancé, en cas de rupture, une clause pénale très élevée. Voici Audarchius à qui la femme d'Ursus, en l'absence de son mari, avait fiancé sa fille et reçu les arrhes. Quand Audarchius se présente pour la célébration du mariage, Ursus était de retour, refuse tout et dit à Audarchius : ■ Je ne le connais pas, je n'ai rien donné. Ne que le novi unde sis, ne que aliquid de rébus luis habeo ; mais Audarchius s'adresse au roi et en rapporte un diplôme royal qui reconnaît qu'ayant donné des arrhes, il a droit au mariage. Les lois barbares frappent de pénalités très rigoureuses ceux qui se rétractent sans motif légitime ', la fiancée doit s'en tenir pour offensée parce que dépréciée, quant à elle, on ne sait si elle peut se dérober sans rieuses. Ceci explique comment les fiançailles créaient des droits et des devoirs analogues à ceux qui naissaient du mariage, Le rapt d'une fiancée n'était pas moins onéreux que celui d'une femme mariée, il fallait acquitter une amende 13. ' Bouquet, Recueil, t. m, p. (ili'j ; Grégoire de composil ion au père ou au parent qui avait le mundium et au futur époux ' ; même si la fiancée y avait consenti, il fallait encore acquitter une composition* probablement au fiancé.
Sous l'influence du droit romain, les Francs prirent l'habitude de rédiger des libelli dotis que la loi des Ripuaires appelle instrumenta tabularum sea charlarum et dont la destination était de constater les conventions matrimoniales et surtout les avantages que le mari consentait à la femme. Certaines formules semblent à la vérité voir dans l'instrumentum dotale une condition du mariage 10. aucune loi ne confirme cette indication. Les instrumenta dotalia offraient un autre avantage, ils servaient de preuve du mariage et empêchaient de le confondre avec un simple concubinage. C'est ce que veut dire le concile d'Arles de 524 : nullum sine dote fiât conjugium nec sine publicis nupliis quisquam habere pra santal. La formule 52 de l'appendice de Marculfe semble insinuer qu'en l'absence d'instrumentum dotale il ne peut y avoir de mariage, mais il n'a en vue que de faire hériter des enfants naturels, Dés de l'union avec une femme ingénue sans qu'on ait rédigé en temps opportun le libellant dotis. C'est cette négligence qui est visée et réparée.
H. Leclercq. FIBULE. — I. Antiquité et usage. II. Origine et ramifications. III. Symboles religieux. IV. Centres de fabrication. V. Fibules gréco-latines. VI. Fibules impériales. VII. Fibules cruciformes. VIII. Fibules aquiliformes. IX. Fibules ornithomorphes. X. Fibules apiformes. XI. Fibules zoomorphes. XII. Fibules alamaniques. XIII. Fibules burgondes. XIV. Fibules wisigothiques. XV. Fibules franques. XVI. Fibules saxonnes. XVII. Fibules longobardes. XVIII. Fibules runiques. XIX. Fibules pseudo-celtiques. XX. Fibules quadrilobées. XXI. Fibules mémoriales. XXII. Fibules à devises. XXIII. Fibules à monogrammes. XXIV. Fibules à symboles. XXV. Fibules circulaires et polygonales. XXVI. Fibules iconiques. XXVII. Fibules bractéates. XXVIII. Fibules à umbos. XXIX. Fibules carrées. XXX. Fibules ansées ■' crochet de m. -lé. XXXI. Fibules digitées ou rayonnantes. XXXII. Fibules variées. XXXIII. Bibliographie [. Antiquité et usage. La fibule est ce que nous nommons couramment broche, agrafe, boucle, fermoir, épingle. A l'époque de Tacite, les Germains faisaient usage d'une épine pour agrafer leur manteau : des chevilles de bois, des alênes taillées dans l'os ou la corne rendaient un service analogue. La branche métallique marqua un progrès ; l'idée de la replier, de la tendre au moyen du ressort, sont des perfectionnements ultérieurs. En Italie, en Grèce, en Orient, l'usage de la fibule est beaucoup plus ancien, on les fabriquait en or et en argent, on les décorait de ciselures ; c'est un objet de luxe. Elles devinrent si fréquentes, qu'Aurélien est obligé de permettre aux simples soldats, qui n'avaient que la fibule d'argent, de faire usage de fibules d'or. Il y a, dès lors, des fibules en or massif, d'autres en argent doré. Dans la biographie de Claude le Gothique, il est question d'une fibule en or avec un ardillon de cuivre. I. époque impériale amené le développement d'un bijou qu'on orne de pierres précieuses, encore que celle pour elle-même Vopiscus accuse Carinus d'en avoir fait usage, raconte que Gallien fut le premier à faire voir dans Tours, Vlut l'altim. c. \vi. xx. — * Jlist. Francr.. I. IV. c. xi vu. - - • Loi salique, tit. i x : loi des Bavarois, lit. vu, loi des Alamans, lit. lvui. — ' Loi des Lombards, lit. lxî loi des Wisigoths, I. III, lit. iv, n rlc, c. 179 211 que, lit. xi\. n. l salique, tlt. xiv, n. 14 La toi :
Rome avec une chlamyde de pourpre et des fibules d'or rehaussées de pierreries ; avant lui, les empereurs se montraient toujours en toge, vêtement qui ne comportait pas de fibule.
Les vêtements pourvus de fibules s'appelaient (pallia) fibulala, ou (saga) fibulatoria. Il en est fait mention dans l'édit de Dioclétien. On s'offrait en présent des fibules plus ou moins riches, comme de nos jours on s'offre une broche, une épingle de cravate ; c'étaient des bijoux, des joyaux. Sous Alexandre-Sévère, on rencontre à Corinthe un fonctionnaire préposé aux fibules impériales : PRAEPOSITVS A FIBLIS. A l'époque du bas empire, la fibule est un attribut essentiel du pouvoir suprême. Théodose, Justinien ne manquent pas de s'en parer sur les monuments. Procope décrit le vêtement d'un roi d'Arménie avec une fibule d'or d'où pendaient trois pierres précieuses attachées au bout d'un fil d'or. Corippus fait porter à Justin des fibules d'or avec chaînettes ornées de pierreries. « Une chlamyde de pourpre, posée sur les épaules de César, enveloppe sa personne. Les deux bouts sont assujettis par l'épingle d'une fibule arquée dont les chaînettes étincellent de pierres précieuses, fruit de la victoire remportée sur les Goths. » On sait le nom spécial d'une fibule de ce temps, qui ressemblait à une corne d'abondance, le xopvocrx67tiov et on a cru la reconnaître sur le personnage placé devant Théodose, dans le grand disque d'Almendralejo. Une autre fibule, très grande et très longue, munie d'un appendice plat et dentelé qui monte presque jusqu'à l'oreille, se voit sur plusieurs monuments du Ve, par exemple sur le diptyque de Monza.
Au iie et au IVe, la forme romaine dominante dans le nord est la fibule à arbalète avec arc très convexe, appendice droit et allongé, très petite plaque d'arrêt, souvent remplacée par une gorge à la partie inférieure du pied. L'arc est parfois ciselé, orné d'incrustations diverses, d'émail niellé ou de dorure. Dans le sud, on trouve la fibule cruciforme à charnière ; le fil en spirale a été remplacé par une tige dont la décoration seule rappelle quelquefois l'origine. Ce type appelé : romain provincial, se retrouve dans la fibule en or du tombeau de Childéric. Une autre forme, déjà barbare, est la fibule à tête demi-circulaire, carrée ou ogivale avec large pied en forme de parallélogramme ou de trapèze, uni à la tête par un col étroit formant l'arc.
Les fibules romaines et byzantines, confectionnées en or avec des pierres précieuses, ne nous sont pas parvenues en grand nombre. On peut y ajouter quelques figurations sur des mosaïques, des ivoires. Parfois un débris antique a pris place dans une fibule de fabrication barbare, une fibule de Charnay est ornée d'un camée. Une très précieuse fibule byzantine découverte à Attalens (Fribourg) offre l'adoration des mages, accompagnés par un ange. On lit en exergue : KE BOHOI, Seigneur, aide ! ive ou Ve. Trouvée dans une tombe d'enfant (fig. 4452, n. 5).
II. Origines et ramifications. — Peu de sujets archéologiques semblent mieux faits pour inspirer la prudence que celui des fibules. Il fut un temps, pas très éloigné de nous, où tout cela était mérovingien, en bloc. « Pendant longtemps, en Russie, écrivait M. de Baye, en 1890, on a nommé ces objets mérovingiens... Ces antiquités peuvent être qualifiées de barbares, par rapprochement avec leurs similaires d'Occident. Cependant, un savant russe m'écrivait récemment : J'aspire au moment où vous pourrez dire tout bonnement les Goths et non plus les barbares.... actuellement la dénomination d'antiquités gothiques semble prévaloir sur celle d'antiquités du style mérovingien 2. » L'art des Goths de Crimée ne semble pas s'être étendu au nord au delà de l'Ukraine ou Petite-Russie. On n'a pas rencontré dans cette région d'Ukraine des nécropoles de l'époque des invasions barbares, mais seulement de nombreux bijoux mis au jour fortuitement, notamment des fibules, qui doivent compter parmi les plus anciennes de celles attribuables aux Goths. Elles sont composées de deux parties plates réunies par un anse. Derrière la partie supérieure se trouvait le ressort enroulé sur des tiges terminées par des boutons formant saillie. Le revers de la partie inférieure recevait l'extrémité de l'épingle. La catégorie de ces fibules pas ou peu ornées est représentée en Ukraine. Ces fibules, abondantes en Crimée, en Hongrie, sont relativement rares dans l'Europe occidentale. Il existe aussi un type de broche caractérisé par les rayons faisant corps avec la partie supérieure semi-circulaire. L'épingle est unie par une charnière qui remplace le ressort. Ce type est fréquent en Ukraine, de même que dans les tombes franco-mérovingiennes. Il existe aussi un type plus spécial. Le sommet de la fibule, généralement triangulaire, s'orne de deux têtes d'animaux plus ou moins grossièrement représentés. C'est sans doute une forme de transition ; on en rencontre d'assez nombreux exemplaires en Ukraine. Il existe aussi une variété de fibules tout à fait localisée en Ukraine et dont ce pays semble avoir le monopole. Les deux parties de ces broches sont ajourées et réunies non seulement par une anse mais, en outre, par deux bandes plates. Ces bijoux paraissent constituer une série d'âge plus récent que les précédents ; ils en dérivent et forment une variété nouvelle rencontrée uniquement dans les régions baignées par le Dnieper 3.
Il semble que dès maintenant ce titre de « gothique, » dont la précision ne paraîtra peut-être pas longtemps suffisante, est adopté pour désigner ce qu'on nommait la fibule à rayons. Elle a été introduite en Bourgogne par les Francs. De récentes recherches conduites par MM. Salomon Reinach, Odobosco et de Baye, inclinent à faire admettre que la disposition des têtes d'oiseaux sur le pourtour semi-circulaire de ces fibules serait due à une représentation particulière des cervidés dans la Scythie ou Russie méridionale. Les bois de ces quadrupèdes, très développés, présentaient des ramifications recourbées les unes sur les autres, offrant plus ou moins la forme d'une série de têtes d'oiseaux. Peu à peu le dessin ou tracé primitif se déforma, la vraie tête d'oiseau apparut et les Goths l'importèrent ensuite dans toute l'Europe.
Voici donc les Goths nantis, en attendant peut-être une dépossession. Les Goths étaient trop voisins de Byzance, trop curieux de tout ce qui s'y faisait pour qu'il soit possible d'affirmer qu'ils ne se sont pas inspirés des modes byzantines. La décoration de la ceinture était un usage asiatique adopté à Byzance. Au vi« siècle, Constantin Porphyrogénète attribue la ceinture de pourpre semée de pierreries au prince du Sénat. La fibule byzantine n'était pas cette chose massive et si souvent disgracieuse jusqu'à l'horreur que confectionnent les Goths, les Burgondes et autres barbares. Au lieu d'une plaque massive, pourvue d'une boucle et d'un ardillon, c'est un joyau d'or sertissant une pierre précieuse d'où pendent trois hyacinthes suspendues à des chaînettes d'or. Justinien envoie une fibule de ce type au roi des Lazes, et nous voyons plusieurs sur les mosaïques qui le représentent et sur le bouclier d'Almendralejo. La mosaïque de Saint-Vital de Ravenne nous montre une fibule, composée d'un cabochon central entouré de perles, souvenir de l'orfèvrerie sassanide, à laquelle les Goths eux-mêmes ont pu faire des emprunts.
Il y a, en effet, par delà ces suppositions, ces rapprochements et ces conjectures, une question que les fibules permettront un jour de reprendre et de préciser jusque dans le détail. Ce qui est curieux, c'est que l'archéologie a abordé le problème des bijoux barbares par son extrémité, son point d'arrivée et l'a jugé résolu en lui donnant ce nom de style mérovingien qui, après quelques années, parut inexact. Dès lors, il fallut, à coup de trouvailles, de descriptions et d'inventaires, parcourir en sens inverse le chemin parcouru déjà par les peuples barbares et semé de cimetières et de tombes, de camps et de débris qui jalonnaient leur marche et en indiquaient les étapes. Après une période tout empirique, au cours de laquelle on se borna à décrire un peu sommairement les trouvailles, en les attribuant partout à l'archéologie nationale qualifiée sur place de mérovingienne, de franque, d'anglo-saxonne ou de burgonde, selon que c'était le sol de la France, de l'Angleterre, de la Suisse ou de la Belgique qui recelait ces trésors, après cette période qu'il fallait traverser, mais dont il fallait sortir, on s'aperçut de certaines ressemblances entre les objets trouvés à des distances considérables les unes des autres, on rapprocha les exemplaires, on entrevit des types, des séries et des familles et on pensa faire un pas fort audacieux en assignant le bassin du Rhin comme lieu d'origine commune d'où avait rayonné l'art barbare sur l'Occident.
Un pas plus audacieux encore fut accompli en 1876, quand les archéologues hongrois lurent connaître les résultats d'une série de découvertes en étroite relation avec beaucoup de monuments dispersés en Occident. On ne put dès lors se refuser à constater la ressemblance générale des trouvailles faites en Hongrie d'objets attribuants aux Goths et aux Gépides avec couvertes des nécropoles (ranks burgondes et illyriques). La Hongrie se désignait dès lors comme une des étapes de l'art barbare, et à vrai dire, l'ancienne Pannonie et la Transylvanie reprenaient seulement leur rang historique dans le développement général de l'art. La Transylvanie et la Roumanie (jadis la Dacie) avaient vu, au début de notre ère, des passages de peuples qui délaissèrent, en s'éloignant, des débris qu'on a rencontrés également en Pannonie. Ces débris d'orfèvrerie, représentés surtout par des fibules, présentent un cachet facilement reconnaissable et forment un groupe bien localisé sur la rive gauche du Danube, en Hongrie, en Roumanie, et dans la Russie méridionale. La période à laquelle ils appartiennent a reçu, pour de bonnes raisons, le nom de période sigothique, contemporaine en Dacie, écrit M. de Baye, du séjour des Wisigoths dans ce pays. Les trésors célèbres de Pétrossa et de Szilágy-Somlyó, ne citer que deux exemples, sont des preuves indiscutables de travail artistique datant, en Russie, de la suprématie des Goths, leur division en deux grandes nations. Les archéologues étaient arrivés là quand ils s'aperçurent qu'il fallait marcher encore, s'avancer beaucoup plus loin vers l'Orient pour y rencontrer le berceau de l'intuition, on pouvait s'attendre à le rencontrer dans que leur proverbiale richesse minière et lapidaire dé comme le lieu d'origine d'un art dont l'or, l'argent et les pierres précieuses forment les éléments constitutifs. En effet, la Crimée, les côtes septentrionales de la mer Noire ou de la mer d'Azov et même certaines régions du Caucase ont donné des antiquités d'une analogie si frappante avec celles trouvées dans les tombes franques de la Gaule que les archéologues russes, pris au dépourvu par ces types nouveaux sur leur sol, leur donnèrent, un peu au hasard, le nom d'antiquités de style mérovingien, dont ils ne tardèrent pas à sentir l'impropriété.
11 est douteux toutefois qu'on se tienne pour satisfait de la terminologie actuellement en faveur ; elle sert momentanément, on n'en peut dire plus. Mais selon toute probabilité, cet art a pris naissance chez les Scythes, nation passablement vagabonde. Adopté par les nations gothiques - qui déjà représentent quelque chose d'un peu plus stable, — il se propagea par leur influence et à leur exemple dans toute l'Europe depuis Novotcherkask, en Russie, jusqu'à Pétrossa en Roumanie, de là à Kolocza en Hongrie, à Saint-Maurice en Suisse, à Monza en Lombardie, à Ravenne dans la Romagne, à Charnay en Bourgogne, à Ponan en Champagne, à Tournai dans la Belgique, à Envermeu en Normandie, dans le Kent en Angleterre, à Gourdon en Aquitaine, à Uarrazar et à Oviédo en Espagne, et jusque dans plusieurs localités germaniques et scandinaves. Tout cela n'est que le rayonnement d'un foyer oriental. Et, par Orient, il ne faut pas entendre la Scythie et l'Oural, il faut regarder par delà, car, en effet, on est bien obligé de reconnaître, avec E. Molinier, que les griffons, les guépards, les lions, qui figurent dans tant de ces monuments, ont une origine asiatique bien prononcée ; que si, à mesure qu'on s'avance vers l'Occident, ces types primitifs dégénèrent et se stylisent de plus en plus, néanmoins l'origine première du style demeure franchement orientale. Ce serait donc commettre une erreur que d'adopter, pour la désignation de toute cette orfèvrerie, le terme de gothique.
A mesure que la migration s'éloigne de son point de départ et se rapproche de nos contrées, nous voyons se modifier le caractère primitif. L'art luxueux possible dans le voisinage des mines de l'Oural et de la Perse, s'appauvrit, perd une partie de sa richesse, mais non de son éclat. C'est que les matières premières devenant plus rares, l'or massif employé dans les campements barbares à profusion lorsqu'ils se trouvaient près de l'Oural, de la mer d'Azov et encore sur les rives du Danube, n'était plus désormais employé qu'en feuillets de plus en plus minces appliqués sur une couche de mastic ou sur une plaquette de bronze. Alors les cloisons deviennent plus frêles, les parties visibles sont seules en or. Aux grenats, aux turquoises, on substitue le verre rouge dont on fait un usage constant et dont on avive l'éclat en plaçant par-dessous des paillons. A la profusion succède la parcimonie ; les tables de grenat ont moins d'épaisseur, leurs dimensions sont moins grandes. Seuls les grands chefs, un Childéric, un Recceswinthe, peuvent encore la somptuosité. Ils s'estiment heureux de posséder non plus une parure complète mais une simple fibule.
A Apahida, en Transylvanie, on a rencontré une fibule en or et une agrafe de ceinture en or et grenats semblables à celles du roi Childéric de Tournai. Ce n'est pas une simple conjecture qui nous fait regarder ainsi du côté de l'Orient. Le musée de Wiesbaden possède un bijou dont l'importance pour le sujet qui nous occupe ne saurait être contestée. Le bijou est en or, avec un lapis-lazuli rouge foncé ; il a été trouvé à Wolfsheim (près de Mayence) en 1870. Au revers, une inscription établit son origine perse (fig. 1352). C'est le nom d'Arlachshater (Artaxerxès) tracé en écriture pehlevi qui fut en usage sur les monuments lapidaires et numismatiques des premiers rois de la dynastie sassanide de 220 à 300 après Jésus-Christ ; nous pouvons donc attribuer cette fibule à Artaxerxès Ier qui régna de 221 à 240. Ce bijou est absolument analogue pour la technique aux fibules barbares, mais le dessin, le style, l'origine sont persans.
Si de ces lointains pays nous revenons dans nos contrées, nous rencontrons des séries de fibules dont chacune mériterait une étude séparée. L'archéologie anglo-saxonne a fait l'objet de travaux excellents, qui nous font connaître des monuments dans lesquels on constate des traits archéologiques distincts. Les envahisseurs de la Grande-Bretagne au Ve y fondèrent des colonies permanentes de Jutes, de Saxons et d'Angles ; les Frisons y créèrent des établissements d'importance moindre, les pirates danois s'établirent le long des côtes. De tout cela, il résulte chez les Saxons un type archéologique reconnaissable, principalement chez les envahisseurs du Kent. Ceux-ci montrent que l'esprit le moins prévenu ne pourrait faire autrement que de les attribuer à une seule et même civilisation que représentent encore, mais à une date plus récente, peut-être au VIe, les bijoux splendides tels que ceux de Wittislingen (Bavière).
III. Symboles religieux. — D'une façon générale, les fibules offrent peu de devises et de symboles religieux. Parfois, on rencontre des signes païens, le swastika, rapproché dans certains cas de la croix. Les barbares ont adopté les symboles, principalement la croix et le poisson qui étaient déjà complètement délaissés depuis longtemps dans la symbolique chrétienne. On le rencontre sur des fibules trouvées à Herpès, tandis que la croix et les poissons paraissent sur des fibules de ceinturon caractéristiques de l'art des Wisigoths. Une importante série burgonde représente, ou cherche à représenter, le prophète Daniel (voir ce mot) entre les lions. Ce type ne se rencontre ni en Allemagne, ni en Angleterre, ni en Danemark, ni en Norvège, il est spécial à la Bourgogne et n'a été rencontré en dehors de cette aire qu'à Gaillac (Tarn), Guignan (Hérault) et Bouvignes (Belgique). L'orant aussi a été représenté sur les fibules barbares et la maladresse des artisans a abouti à représenter un type qui avait beaucoup voyagé avant de s'arrêter et avait accueilli beaucoup de choses qui ne se mélangèrent pas toujours harmonieusement. Le goût et l'adresse de l'exécution sont remarquables, principalement dans les fibules qui nous frappent par l'élégance du dessin, l'harmonie des couleurs et la délicatesse du travail. Ces fibules ont fait, ainsi que l'archéologie anglo-saxonne tout entière, la matière d'une étude approfondie de M. de Baye. Aucun de ces bijoux ne paraît se rattacher au christianisme. Mais il est nécessaire de dire que les fibules de Kingston, de Giltcn, les bijoux et les croix sortis des tombes des comtés de Suffolk et de Kent procèdent du même art que les boucles, fibules, bractéates, pommeaux d'épée provenant de Suède et de Norvège. Les bijoux découverts en Allemagne nous offrent des ornements analogues. Avec les figures géométriques reparaissent partout les poissons et les oiseaux de proie dont la décoration n'a retenu que les lignes générales. Partout on retrouve les mêmes formes, même ces polyèdres ou ces boules en cristal de roche, dont le tombeau de Childéric et la couronne de Suinlhila nous ont montré l'emploi, ou des boucles de ceinture dont les analogues se sont trouvées dans les fouilles d'Herpès (Charente). L'identité est tellement frappante entre ces divers monuments qu'elle rappelle à s'y méprendre celle des stèles offertes à Baal-Saturne dans le temple africain de Dougga. On voit encore sur une fibule de La Balme, Daniel et Habacuc. E. Le Blant a cru voir sur une plaque des chrétiens livrés aux bêtes. Une fibule ronde, plaquée d'une feuille d'or et trouvée à Oron, en 1888, représente un cavalier dans lequel on a pensé voir saint Georges terrassant le dragon : aujourd'hui on revendique cette fibule pour l'iconographie du roi Salomon. Le culte de saint Georges est ancien, mais l'épisode du combat avec le dragon ne semble pas avoir été répandu avant l'an 1000 et imaginé beaucoup auparavant. Salomon aurait plus de droits, il avait d'ailleurs (voir Amulettes) une tradition en sa faveur qui le représentait armé, en selle, tuant un monstre. Il est donc possible que la fibule d'Oron, au lieu d'appartenir à l'hagiographie, ne relève que du folklore. Au cimetière burgonde de Fétigny, on trouve la croix représentée, mais c'est généralement une croix ancrée, qui semble dater de la seconde moitié du VIe. Les croix équilatérales sont d'époque postérieure.
IV. Centres de fabrication. — Il est surprenant qu'on ait voulu déterminer la place de la fibule d'une façon rigoureuse dans l'habillement des barbares. Tantôt on l'a remontée sur les épaules, tantôt sur l'omoplate, et quand on veut bien songer aux causes multiples qui ont dérangé les ossements dans les tombes inviolées, on s'étonne que la fibule dût, au jugement de certains archéologues, occuper une place fixe. La fibule est une nécessité du vêtement pour les vivants, elle ne l'est plus pour les défunts, que les survivants habillent et parent à leur gré, retranchant ceci, ajoutant cela. En outre, la fibule est faite pour attacher, et pouvons-nous savoir si elle n'a pas servi à un emploi différent de celui de la toilette ? Des monuments anciens représentent des personnages portant une fibule unique placée au milieu de la poitrine ; ne se trouvait-elle pas à cette place comme souvenir, ou même servant à réunir quelques fleurs, puisqu'on en déposait dans les tombes ? Quoi qu'il en soit, cette coutume de porter une fibule unique sur la poitrine ne paraît pas caractéristique de l'époque franque ; elle semble caractériser plutôt l'époque carolingienne. Une autre conjecture, que rien n'autorise, veut faire dériver la fibule allongée, chère aux peuples barbares, de la fibule romaine en forme d'arquebuse. Mais celle-ci n'est pas antérieure au IVe et, à cette date, les peuples envahisseurs semblent déjà en possession de la fibule allongée ; on attribue avec vraisemblance, au IIIe, les fibules trouvées dans le Caucase et le Bosphore cimmérien. Il semble plus sage de chercher l'origine de cette fibule en Orient. L'aspect de l'ornementation est asiatique ; on y reconnaît ce style composite propre aux bijoux appartenant à l'ancien art scythique. Cette particularité n'exclut pas néanmoins les modifications postérieures.
On peut indiquer quelques centres de fabrication de fibules barbares, à l'époque des invasions, par exemple l'île de Gotland, mais à ce point de vue, nous sommes encore dans une profonde ignorance ; tout au plus peut-on désigner quelques étapes, entrevoir une direction générale, spécifier les caractères distinctifs des produits d'une région par rapport à ceux d'une région différente. La forme primitive se conserve, mais la décoration laisse entrevoir des joies, des ferrures auxquelles il peut être possible un jour de rattacher la technique d'une tribu déterminée. L'identité absolue des formes ne peut affirmer qu'il y a eu des échanges, des butins pris sur une tribu vaincue. L'industrie des peuples barbares, comme toutes les industries, a son origine commune, son perfectionnement, ses nuances d'ence. L'influence byzantine n'a pu s'exercer que sur un nombre limité de nations barbares. La masse des envahisseurs n'a pas séjourné à Byzance, chaque nation a conservé ses traditions.
Avant d'arriver à Byzance, les tribus avaient une industrie caractérisée dont on retrouve les traces sur les routes qu'elles ont suivies. Toutefois, il n'est pas possible d'admettre qu'elles s'approvisionnaient dans les mêmes centres. Les luttes qu'elles soutenaient les unes contre les autres ne permettaient pas de le supposer. Le mélange des différents types est remarquable. Quant aux exceptions, elles peuvent s'expliquer par des fréquentations isolées. Une fibule à tête carrée, provenant de Testona, s'est retrouvée à Charnay, à Caranda, à Gillon et en Scandinavie. La Suède, en effet, possède de splendides fibules allongées. Elles forment une catégorie exceptionnelle.
D'après O. Dalton, (Catalogue, pl. iv, n. 253), pointent qui ne semblent avoir été retrouvées que pour dérouter les théoriciens, leur faire imaginer des rapports commerciaux, des communications établies, là où il faut tout uniment voir un individu isolé, peut-être un voyageur, ou bien un habitant enterré avec le bijou rapporté d'un lointain voyage ou envoyé par un ami, porté et aimé à cause de son exotisme.
V. Fibules gréco-latines. - Les fibules barbares sont si nombreuses que, malgré leur qualité souvent misérable, on est obligé de leur accorder une certaine attention, mais pour autant que soient ni les bijoux chrétiens d'un art plus délicat, ils ne nous ont pas moins offert quelques exemplaires de fibules d'un grand intérêt et d'une variété plus marquée que les diverses catégories de fibules barbares.
Fibule en or, trouvée en Asie Mineure et entrée au British Muséum en 1897. Elle est formée de deux plaques percées, soudées l'une à l'autre par une épaisse bordure de la facette de maille. Former des erreurs une feuille et dans la palette un cheval, accompagné d'un bon, et il y a un arbre. La plaque offre des pures. Cette plaque aura dû perdre soit son anneau de suspension soit son attiquet, vu ses dimensions il est plus vraisemblable qu'elle servait de broche plutôt que de médaillon. Le bijou semble remonter au IVe (fig. 4353).
Bibliographie. — O. Dalton, Catalogue of early Christian antiquities, Fibule en bronze trouvée à Jérusalem (tombes des Prophètes), entrée au British Muséum en 1849. C'est une plaque mesurant 0 m. 067, encadrée d'une sorte de cordon perlé grossièrement indiqué. Une figure masculine nue, appuyée sur un bâton, les jambes... (fig. 4355 et 4356). Fibules en bronze, provenant de Jérusalem. — 4357. Fibule en or, British Muséum. D'après O. Dalton, Catalogue, n. 258, 261, 265.
Christian antiquities and objects from the Christian East in the department of British and medieval antiquities and ethnography of the British Muséum, in-4°, London, 1901, p. 39, n. 252, pl. iv.
Fibule en or, trouvée en Asie Mineure et entrée au British Muséum en 1897 ; hauteur, 0 m. 062. Elle se compose d'un médaillon niellé offrant l'effigie d'un empereur imberbe et nimbé portant la chlamyde retenue par une large fibule. Autour du médaillon, un cadre perlé au-dessus et au-dessous, trois amandes, celle du centre étant censée figurer une feuille (fig. 4354). Un bijou presque semblable montre le médaillon niellé dans une couronne de laurier ; le reste est comme la fibule décrite. Il est possible que l'on ait pensé représenter ici, vaille que vaille, le bon pasteur avec son pedum et son chien dans l'attitude qu'on rencontre sur tant de monuments chrétiens (fig. 4355).
Fibule trouvée au même endroit et entrée en 1849 dans le même musée (fig. 4356). C'est une plaque de bronze de 0 m. 055, décorée sur ses deux faces et entourée d'un cordon perlé. Sur une des faces, une figure masculine et une figure féminine, de l'autre côté, une figure masculine faisant une offrande à une statuette de Diane posée sur un piédestal. Cette fois encore, il est possible que la confusion qui faisait méconnaître les sujets païens pour leur supposer une signification chrétienne ait vu dans ce sujet un sacrifice d'Abraham avec lequel il présente, à première vue, certaines analogies. On n'y regardait pas fort près et nous avons déjà rencontré, à Carthage et ailleurs, des transformations aussi singulières.
Fibule en or, entrée au British Muséum en 1897, de 0 m. 025 (fig. 4357). On y a représenté un arbre à trois feuilles stylisées. Dans les angles, quatre perles.
Fibule en or et émail, provenant probablement d'Italie, au British Muséum, offrant un buste féminin grossièrement exécuté, (voir fig. 4054, la dernière de la rangée inférieure).
Bibl. — De Linas, Histoire de l'orfèvrerie cloisonnée, en 1863, d'un brocanteur (fig. 4359). D'un côté on lit : CONSTANTINE, de l'autre : VIVAS. Il est impossible de déterminer le personnage et de dire si c'est l'empereur Constance.
Fibule de bronze, entrée au British Muséum en 1856. La figure 4361 dispense d'une plus longue description.
D'après Wulff, Altchristliche Bildwerke, n. 1172, pl. iv, fig. 3 ; O. Dalton, Byzantine art and archaeology, in-8°, Oxford, 1911, p. 503, 505, fig. 301.
VI. Fibules impériales — Fibule d'or, en arc, conservée au musée de Turin, venue de l'Hôtel de la Monnaie de cette ville où elle avait été apportée pour être jetée au creuset. De chaque côté de l'arc, on lit une inscription (fig. 4358) :
CONSTANTINE / CAES / VIVAS /
et de l'autre côté :
Cette fibule a été offerte à un personnage qualifié Constantin César et César Herculien. Le premier éditeur, H. Pais, a renoncé à les distinguer. Mommsen, et après lui H. Mowat, ont montré qu'il s'agit de Constantin le Grand.
Fibule d'or, au musée de Vienne (Autriche) ; acquise récemment : on remarquera le chrisme et au-dessus un buste nimbé. Est-ce un empereur ? L'ornement placé sur la tête pourrait être pris pour un diadème, mais aussi pour un évêque portant la mitre. Comme ce monument est, semble-t-il, du IVe, on peut exclure l'évêque mitre et préférer une élégie impériale. On voit, en effet, des fibules de ce type sur le diptyque de Monza.
Fibule de bronze, provenant de Jérusalem (Tombes des Prophètes), entrée au British Muséum en 1849 (fig. 4362).
VII. Fibules cruciformes. Fibule trouvée à Vertault en 1898 (fig. 4303), composée d'un carré central en forme de cabochon, d'où partent quatre branches en croix : ces branches sont constituées d'espèces de triangles, la base tournée vers le centre, et portant, à leur pointe et de chaque côté de leur base, des annelets pleins émaillés de l'intérieur. Les triangles sont garnis d'un émail pâle, et le carré central est orné de petits carrés verts et rouges, disposés en damier. Ce bijou a un peu plus de 0 m. 05 de longueur.
Autre fibule en bronze trouvée au même lieu, de forme allongée et d'une longueur d'un peu plus de 0 m. 05, se compose de deux triangles de métal, juxtaposés par la pointe, à la jonction desquels sont disposés dans les angles rentrants formés par les côtés extérieurs des grands triangles, deux triangles beaucoup plus petits opposés par la base. A droite et à gauche, la broche se prolonge en une branche étroite de bronze, terminée par un fleuron.
La fibule cruciforme était en usage chez les Romains à la fin du IVe et au commencement du ve. En observant le diptyque d'ivoire de Monza (voir Dictionnaire, à Gourdon) avec des monnaies des rois burgondes Gondebaud et Sigismond. La fibule cruciforme trouvée en Lorraine offre une particularité curieuse : le croisillon de droite se dévisse et permet de retirer l'aiguille centrale de la gaine où elle est engagée par le bas. Cette disposition se retrouve identiquement dans la fibule d'or recueillie dans le tombeau de Childéric à Tournai, objet antérieur à 481.
Fibule trouvée à Namèche (prov. de Namur), en argent, décorée d'une tête humaine de face, analogue à celle de certains sceaux mérovingiens et à des tiers de sou de Cambrai et de Laon, et aussi à la tête grossière qui figure sur les boucles trouvées à Breny dans l'Aisne.
Fibule de bronze avec pâtes de verre, trouvée au Caire (fig. 4364), entrée au musée de Berlin en 1902 (largeur 0 m. 032). C'est une combinaison du relief et de l'incrustation et d'un type rare qu'il faut peut-être rattacher au type cruciforme.
VIII. Fibules aquiliformes. — Fibule découverte en 1888 dans une tombe à ciel ouvert proche de la basilique de Saint-Valentin, à Rome, au 1er mille de la voie Flaminienne. Elle a la forme d'un aigle stylisé, représentant deux aigles affrontés et se compose d'une lame d'or doublée d'argent avec des grenats rouges enchâssés dans des alvéoles faites de lamelles d'or, suivant la technique dite « cloisonnée » et qui fut en grande vogue à l'époque des invasions barbares. Cette fibule est entrée au Museo Capitolino. L'œil de l'aigle est représenté par une demi-lentille de cristal de roche trouée au centre avec un minuscule grenat dans une or qui représente la pupille de l'œil. Hauteur, 0 m. 045, largeur 0 m. 03 (fig. 4365).
Fibule trouvée sur le territoire de San Marino, au lieudit Lagucci, commune de Domagnano. Elle est en or pur et représente un aigle, du poids de 13 grammes, avec incrustations d'émaux de différentes couleurs en grande partie détachés et perdus ; au centre, entre les deux ailes, une sorte de petit bouclier portant la croix (fig. 4366).
Bibl. — J.-B. De Rossi, Fibula d'un'aquiliforme in un sepolcro al 1° miglio della via Flaminia.
Fibule en or, trouvée à Tomsk. D'après une photographie dans Bullettino della commissione archeologica comunale di Roma, 1894, p. 158-163, pl. vm.
Ces fibules en forme d'oiseaux, dont le bec crochu semble indiquer l'aigle, le vautour, tous les oiseaux de proie, se rencontrent dans un grand nombre de sépultures ; on leur donne aussi le nom barbare qu'elles-mêmes de fibules ornithomorphes. En voici un exemple provenant de Hongrie, d'O-Szôny ; la fibule en argent avec grenats est conservée au Cabinet de Vienne, (invent., n. 755, acq. 1887). A ces fibules on peut rattacher tout de suite dès maintenant des boucles de ceinture ornées de motifs de têtes d'oiseaux au bec crochu (fig. 4367). Le musée de Vienne en possède plusieurs niellées et ornementation en relief (invent. n. 173, acq.). Le musée de Budapest en possède également qui proviennent de Transylvanie. Et dans les endroits où ces monuments ont été rencontrés, on trouve également des abeilles en or avec ailes en argent (Musée national de Budapest : Larbogard, Saromberk, Transylvanie), une localité du comté de Tolna, le trésor de Gémmor (comté de l'est, Mezö Bérénj, comté de Békés).
Fibules (deux) trouvées à Castel, commune d'Agen, conservées au Musée de Cluny à Paris, représentant l'aigle (fig. 4369). Ces oiseaux sont en bronze autrefois doré, mesurent 0 m. 11 de la tête à la queue et 0 m. 052 entre les ailes ployées. Ch. de Linas, qui a fait connaître ces bijoux, y voit des phalères, quelque chose comme une décoration militaire : c'est possible, ce n'est pas prouvé, mais J.-B. De Rossi y voit une opinion plus probable, quasi certaine. Le point de l'Aquitaine sur lequel nos fibules furent trouvées a été occupé par les Wisigoths depuis l'invasion d'Ataulphe (412) jusqu'à la défaite à Vouillé (507). « Je circonscrirai dans cette période, dit Ch. de Linas, le temps de fabrication des dits ornements. »
Réduits à cette condition de reproduire les types qui n'avaient de l'aigle que le nom. Il est admirable que nous montre de quoi ils étaient faits. Fibule d'or, incrustée d'un ail ou d'un épi liant un chevreau. Elle a été trouvée dans une tombe, au milieu du Ve, et fait partie des collections du musée de l'Ermitage à Pétrograd (fig. 4370).
Bibl. — Collinson, Some accounts of certain TarLes fouilles de Castel Trosimo (province d'Ascoli-Piceno), faites sur une sorte de petite esplanade formant promontoire, ont rendu parmi d'autres objets...
4372-4375. — Fibules de Szilagy-Somlyo. D'après des photographies.
Il existe une nombreuse série de fibules représentée par des monuments qui vont depuis les joyaux les plus soignés jusqu'aux types les plus difformes. Toute une série de fibules, du trésor de Szilagy-Somlyo, nous offre de ces fibules sur lesquelles l'or et les pierreries ou les grenats et les émaux concourent à produire les joyaux les plus chatoyants. Il semble, à les considérer attentivement, que la pensée d'une figuration d'animal, et principalement d'un oiseau, se retrouve dans ces beaux modèles. Mais d'abord, voici une fibule du trésor de Petrossa sur laquelle le corps et la tête sont bien indiqués, la queue est figurée par quelques grains suspendus à des chaînettes, et leur disposition sur un de ces oiseaux fait penser aux fibules byzantines composées d'un cabochon entouré de pierreries en rose et terminé par une pendeloque de trois poires (fig. 4371). Il ne serait pas impossible que les fibules de Szilagy-Somlyo présentassent quelque intention « aviforme ». Les figures données ici montrent quelque chose qu'on peut prendre, à la rigueur, pour une tête et un bec pointu, et une queue largement étalée (fig. 4372-4375). Mais cette queue va se déformant, on lui fait bientôt un, trois ou cinq appendices qui rayonnent à l'entour, et le type aviforme semble complètement oublié, en sorte qu'on aboutit à un bijou sur lequel il devient impossible de reconnaître autre chose qu'un prétexte à incrustations et à filigranes (fig. 4376).
Néanmoins, qu'on se transporte en Italie, et on va retrouver ces mêmes fibules à Nocera Umbra, et ici la tête d'un monstre quelconque reparaît, suivie d'un corps alourdi et d'une queue ronde ou carrée, mais où les rayons peuvent figurer les extrémités des plumes. Ce n'est d'ailleurs qu'un souvenir bien vague, car à Cividale, nous retrouvons ces fibules où la tête n'est même plus indiquée grossièrement, où la queue est carrée, et d'où tout souvenir aviforme a disparu (fig. 4377-4381). Quelques fibules, dont une semble rappeler celle du trésor de Petrossa, mais l'aigle a fait place à des figures géométriques, un cercle remplace la tête, un triangle tient la place du ventre, et trois poires en pendeloques rappellent la queue (fig. 4382). On arrive ainsi à des déformations tellement complètes que les types évoluent de l'un vers l'autre sans qu'il soit possible de déterminer ce qui subsiste de chacun. Voici, par exemple, une fibule du Museo Malaspina, à Pavie, de provenance inconnue, qu'il suffît de figurer afin de faire voir tous les éléments qui sont entrés dans sa composition (fig. 4383).
Bini.. — Dei preziosi oggetti di età barbarica scoperti. IX. Fibules ornithomorphes. — C'est une chose admirable de voir qu'après quinze siècles, de chétifs bijoux sortis de terre provoquent des discussions sur le point de savoir si les sujets qu'ils représentent sont des paons, des faucons ou des perroquets. Tout ce qu'on en peut dire avec certitude, c'est que ce sont des oiseaux pourvus d'un œil fort large et d'un bec crochu. Sont-ce des gypaètes ? Des bijoux trouvés en Hongrie nous montrent ce motif ornemental répété plusieurs fois. Nous le rencontrons également dans les régions plus orientales ; le trésor de Petrossa en fournit des exemples. En Roumanie, on en trouve également des exemples. Enfin, nous le retrouvons comme ornement de parures conservées au Musée de l'Ermitage à Petrograd. Ces derniers proviennent de la vaste contrée, encore mal délimitée, à laquelle les anciens donnent le nom de Scythie. — Sont-ce des perroquets ? Il ne le semble pas. Caranda (Aisne) nous montre l'oiseau portant sur le sommet de la tête une aigrette ou huppe assez analogue à celle du kakatoès (fig. 4384). Sont-ce des vautours ou des faucons ? Le corps de l'oiseau est plus ou moins pourvu de guillochis ; l'aile est légèrement soulevée au-dessus du corps ; la queue se détache en éventail, et un appendice en demi-cercle simule les pattes. Quelquefois, l'oiseau penche sa tête et semble de son bec piquer ses pattes ou peut-être dévorer la proie qu'il tient dans ses serres ; (à Herpès, Charente ; à Breny, Aisne ; aux environs de Bonn). Comment ne pas reconnaître ici l'imitation grossière, mais manifeste, de la plaque de bronze doré de Valstenarum (Gotland) et l'influence scandinave caractérisée, surtout dans la pose de l'animal monstrueux ? La fibule recueillie à Ampilly (Côte-d'Or) des plaquettes rencontrées à Andernach, à Anderlecht et autres lieux de la Gaule orientale, et dont la destination n'est pas définie, ne sont incontestablement que des reproductions d'un type primitif. Une fois, — c'est M. J. Pilloy qui l'a constaté au Jardin-Dieu de Cugny — il s'est rencontré une variante à la pose habituelle de l'oiseau. Il est ici représenté avec les deux ailes bien apparentes, éployées dans l'attitude du vol, et donne à penser qu'on se trouve en présence d'une imitation des aigles romaines (voir Fibules aquiliformes).
Quelquefois, la fibule ornitomorphe est cloisonnée de grenats : tel est le cas à Obrigheim, où elle est en or ; à Pry, à Wiesoppenheim, à Arcy-Sainte-Restitute. Ailleurs, on l'a rencontrée revêtue d'une feuille d'or et rehaussée de filigranes, comme à Envermeu, et de verroteries, comme à Hardenthun.
Quant aux fibules ornithomorphes de petite dimension, à peine ornées de sobres dessins, on les a recueillies dans un grand nombre de sépultures franques, et toujours accompagnées soit d'autres fibules, soit de bijoux divers, revêtant tous un caractère gothique bien déterminé, ce qui ne permet pas de douter de leur origine orientale. D'autre part, et comme conséquence naturelle de cette constatation, nous remarquons l'absence totale de ces fibules dans la Bourgogne cisjurane comme dans la transjurane ; et les rares nécropoles où elles ont été signalées renferment du reste les dépouilles de guerriers francs à n'en pouvoir douter.
La même observation est à présenter pour les cimetières anglo-saxons de la Grande-Bretagne, où la fibule ornithomorphe est tellement rare que M. de Baye n'a pu en relever que trois (à Faversham, Kent ; à Barrington, Cambridgeshire ; à Chessel-Down, île de Wight). Elles se rencontrent associées avec la fibule à rayons et dans les nécropoles où le mobilier funéraire ressemble étonnamment à celui des sépultures franques. Ces bijoux, cantonnés dans le Kent et l'île de Wight, paraissent évidemment, et de l'avis même des archéologues anglais, d'importation continentale (fig. 4385).
Les plus anciennes et les plus intéressantes fibules de cette catégorie ont été trouvées entre autres : à Armentières, à Caranda, à Brény, à Sablonnières, à Cugny, à Achery-Mayot, à Envermeu, à Noroy, à Amiens, à Hardenthun, à Nesles-les-Verlincthun, à Fontaine-sur-Marne, à Pry, à Hannignies, à Andernach, à Bonn, à Flomborn, à Freilaubersheim, à Wiesoppenheim, à Olrigheim, etc. Une fibule zoomorphe d'Herpès (Charente) s'éloigne un peu du type communément répandu. L'oiseau présente dans son ensemble tous les caractères du pigeon.
X. Fibules apiformes. — Il faut reconnaître qu'on ne peut se dérober à un sentiment de plaisir en montrant de quelle manière ces envahisseurs, que les Romains dénommèrent barbares, s'acquittaient de la confection des produits artistiques les plus délicats. Mais la dénomination est restée attachée comme un vêtement disgracieux à ces peuplades, vêtement sur lequel elles ont su poser les bijoux les plus délicats. Les fibules en sont la preuve.
Le mobilier funéraire du tombeau de Childéric demeurera comme le premier document et le témoin le plus éloquent du savoir technique et du goût artistique de l'archéologie dite barbare. Dans cette tombe, l'époque où Cochet s'exprimait ainsi, des documents nombreux ont été signalés. À Sablonnières et à Cerseuil (Aisne), des plaques de ceinturon gravées au burin figurent une abeille, ou du moins une mouche. Dans les cimetières de Marilles-en-Brabant et du Boulonnais, quelques fibules ovoïdales offrent des assemblages de cloisons garnies de grenats disposées de façon à figurer une abeille. Aujourd'hui dispersées ou disparues, à l'exception de deux d'entre elles conservées au Cabinet de France, à Paris (fig. 4385). Le nombre de ces abeilles a varié d'un auteur à un autre, il est aujourd'hui impossible de le fixer avec certitude, et l'abbé Cochet écrivait, en 1859 : « Ce qui nous déconcerte le plus dans cette matière, c'est que nous sommes abandonnés à nous-mêmes et totalement dépourvus non seulement de textes spéciaux et contemporains, mais encore d'analogues archéologiques, notre point d'appui ordinaire ».
Si on s'avance de la Hongrie jusqu'à la mer Noire et la mer d'Azof, on rencontre d'autres fibules.
(fig. 4388). A Kertch, en Crimée, une paire de fibules en argent représentant des mouches, analogues en tout point à celles de Budapest. Autre paire, également en argent, provenant d'un tombeau ouvert dans une nécropole située près des mines de Chersonèse. Sans sortir de la même région, deux bijoux semblables provenant des fouilles du comte Ouwarof à Olbia mais elles trahissent une dégénérescence du prototype. La tête est démesurément grossie, l'extrémité des ailes est recourbée légèrement, le corsage est timbré d'une croix. Il faut s'avancer plus loin encore jusqu'à l'Ossétie (Caucasie du Nord), où nous trouvons une mouche en argent revêtue d'une plaque d'or, les yeux formés de sardoines et les ailes, fermées de façon à cacher entièrement le corps, sont ornées de pierres semblables ; l'extrémité des ailes est recourbée. Un filigrane délicat sépare la tête du corps et termine les ailes. Autre mouche dans la nécropole du Tchégèm (arrond. de Tersk, Caucasie du Nord) : autre mouche, en bronze, à Osoronkovo (Caucasie du Nord). Enfin une mouche stylisée provenant de Chersonèse et une autre trouvée en Angleterre dans le comté de Suffolk.
XI. Fibules zoomorphes. — Quoi que le symbole du poisson (IXOYΣ) ait été abandonné de très bonne heure par les chrétiens de Rome et d'Asie Mineure, il est resté en usage ou, pour parler avec plus d'exactitude, il n'a pas été tout à fait oublié par les barbares et c'est ainsi qu'on le rencontre isolé sur quelques monuments barbares en Gaule, en Grande-Bretagne, etc. H. Baudot a rencontré une fibule ichthyoïde à Charnay (fig. 4389-1). Elle mesure en longueur 0 m. 048 et elle est formée de grenats réunis en mosaïque ; d'après Amtliche Berichte aus der königl. Kunstsammlungen, 1913, p. 53, fig. 53, sonnée sur fond d'or ; quatre petites nageoires sont placées sur les flancs, l'œil est fait d'un petit grenat rond et légèrement saillant ; on remarque qu'il y a quatre petits trous placés, deux à l'extrémité de la queue, et les deux autres à la naissance des deux nageoires supérieures destinées sans doute à recevoir les rivets qui réunissaient les deux plaques. Une autre fibule trouvée à Sainte-Sabine (sur la route de Beaune à Pouilly-en-Auxois) représente également le poisson (fig. 4389-1) ; il n'a ni écailles, ni nageoires, comme celui de Charnay, mais sa forme est assez caractérisée : la bouche, les ouïes, l'œil et la queue sont suffisamment indiqués. Il est tout à fait semblable à celui de l'Iberlallistein. On peut encore citer une fibule ichthyoïde de Freilaubersheim, une à Herpès (Charente), et une à Nocera Umbra (Italie). Enfin, une des plus rares et plus curieuses représentations de ce crustacé dans la bijouterie barbare (fig. 4391).
On a rencontré dans les tombes beaucoup d'autres fibules figurant des animaux. Nous parlons ailleurs de ces broches en forme de cheval, et quelquefois surmonté d'un cavalier (à Brochon, à Herpès, à Arcy-Sainte-Restitute, à Brény). A Brochon, on a trouvé vingt-neuf fibules : oiseaux, chevaux, hippogriffes (fig. 4392) ; à Charnay, un petit chou ; à Fairford, un canard (fig. 4392). A Ainpilly, à Andernach et à Lens, on a trouvé des fibules qui se rapprochent du griffon ; d'autres, si grossières, qu'on croit y voir des imitations d'insectes, mouches, papillons, mais bien inférieures aux abeilles du tombeau de Childéric Ier et de la jolie broche trouvée dans l'Ain, à Beaurcpaire, malheureusement déformée et détériorée. De Baye a signalé de curieux bijoux provenant de Hongrie, de la Caucasie du Nord et de la Crimée.
Iques fibules représentent un animal contourné, je suppose que c'est une salamandre ou un lézard (à Arcy-Sainte-Restitute, Aisne ; à Il faut sans doute compter la fibule en S parmi les zoomorphes. Ed. Flouest lui a consacré une étude ; il soutient que ce signe doit être rattaché à l'idée de la lumière vivifiante, de la chaleur qui provoque la fermentation du germe... Il n'est peut-être pas de peuple de race aryenne chez qui ce signe en S ne soit fréquemment rencontré. Nos ancêtres gaulois le tenaient en singulière vénération ; c'était pour eux une marque de bon augure et ils en faisaient un talisman... On veillait à ce que le type essentiel fût toujours reconnaissable à première vue. On s'attachait même scrupuleusement à lui maintenir, dans les groupements qu'on en faisait dériver, ce caractère si digne de remarque, d'être agencé de telle sorte, qu'en raison de sa parfaite symétrie, il n'a à proprement parler, ni commencement ni fin, ni base ni sommet nécessaires, ni côté attitré de droite ou de gauche, et qu'il reste invariable dans son aspect spécial de quel que côté qu'on le présente. Il semble que le type figuré s'inspire des légendes et des modèles scandinaves. On doit observer que les mêmes stations barbares ont donné la fibule en S et les fibules ornithomorphes. Elles présentent cette particularité remarquable que leur ornementation se relie à celle qui caractérise les belles fibules rayonnantes ou digitées et à celles que l'on retrouve encore sur les plaques carrées en bronze, de même origine. L'emploi de verroteries, ordinairement grenat, complète la décoration et augmente l'intérêt du rapprochement.
Les fibules en forme de ver de terre, plus ordinairement nommées : fibules en S, prendraient une importance particulière si on admettait la signification de ce symbole, dans lequel E. Flouest ne veut pas voir uniquement un gracieux enroulement imaginé par un artiste et aussitôt adopté par ses émules. C'est d'abord et avant tout, dit-il, un signe religieux, un symbole sacré traduisant, pour les initiés, une idée mystique, et rentrant ainsi dans la série des idéogrammes hiératiques. Venu d'Orient en Occident, comme la croix gammée ou swastika, à une époque très reculée... Longtemps, ce type a été traité avec dédain. L'abbé Cochet remarqua que ces fibules avaient été rencontrées près de la tête ; Baudot en rencontra une à Brochon et Dürrich une autre à Lupfen. Importé d'Orient, ce type ne s'est pas également répandu, mais il a souffert des retouches qui l'ont parfois grandement altéré ; la propagation du christianisme ne le fit pas abandonner : les anciens types eux-mêmes continuèrent à être utilisés, on a trouvé dans les tombes des fibules usées par un usage très prolongé attestant la coutume permanente de les porter.
Au point de vue de la forme, la fibule en S devait avoir une destination analogue à celle de la fibule circulaire, cependant c'est avec la fibule de type dit « allongé » qu'elle offre les points de contact les plus marqués comme ornementation : verroteries brillantes, têtes d'oiseaux aux becs crochus, têtes d'animaux fantastiques. Beaucoup plus rare que la fibule allongée, la fibule en S ne se trouve pas souvent dans les mêmes sépultures où on rencontre la fibule allongée : il est possible d'ailleurs que dans bien des cas on ait négligé de signaler la présence de la fibule en S, jugée insignifiante. En Italie, deux exemplaires ont été rencontrés à Restona (fig. 4394) ; en Rhénanie, ils sont assez nombreux, on en a rencontré à Freilaubersheim, à Nordendorf, à Lupfen près d'Oberflacht, à Zuffenhausen, à Beinfeld près de Fridoling. Dans les régions itronières de la Gaule, cette fibule est plus rare et on observe des types très divers. Dans la Dobule, en S est absente des tombes wisigothes et burgondes ; elle est excessivement rare dans les tombes nécropoles ; on n'en a signalé que huit : deux semblables à Sleaford (Lincolnshire) et à Chessel Down (île de Wight), une à Illey, une à Halsingfield, à Faversham. Les fibules de nos contrées proviennent de la Somme (environs d'Amiens), de l'Aisne (Arcy-Sainte-Restitute, Armentières, Caranda), de la Marne (Hancourt, Plivot, Oyes), de la Belgique (Épraves, Franchimont, Harmignies, Wancennes) de la Rhénanie (Nordendorf, Lupfen, Zuffenhausen, Beinfeld, Selzen). Tantôt les deux branches s'achèvent en une tête d'oiseau de proie, tantôt en une tête de serpent. Ici encore il signe a suivi une marche parallèle, en acquérant une importance égale, quoique moins remarquée... Sa signification semble le rattacher à l'idée de la lumière vivifiante, de la chaleur qui provoque la fermentation du germe... Il n'est peut-être pas de peuple de race aryenne chez qui ce signe en S ne soit fréquemment rencontré. Nos ancêtres gaulois le tenaient en singulière vénération ; c'était pour eux une marque de bon augure et ils en faisaient un talisman... On veillait à ce que le type essentiel fût toujours reconnaissable à première vue. On s'attachait même scrupuleusement à lui maintenir, dans les groupements qu'on en faisait dériver, ce caractère si digne de remarque, d'être agencé de telle sorte, qu'en raison de sa parfaite symétrie, il n'a à proprement parler, ni commencement ni fin, ni base ni sommet nécessaires, ni côté attitré de droite ou de gauche, et qu'il reste invariable dans son aspect spécial de quel que côté qu'on le présente.
XII. Fibules alamanniques. Toutes les variétés de fibules se rencontrent chez les Alamans. Nous trouvons la fibule à tête carrée dans une tombe de Schleitheim en Rhénanie, cette fibule se trouve fréquemment et rappelle les fibules de la broche scandinave ou anglo-saxonne, tête carrée (fig. 4396). Fibule alamannique de Schleitheim. (Barrière-Flavy. Arts industriels. Album, pl. xxviii, fig. 7.) — 1398. de Frellaubersheim. (Ibid., pl. xxix, fig. 6.) — 1399. de Kreuznach. (Ibid., pl. xxx, fig. 2.) Dans l'Aisne, on a trouvé la fibule à tête d'oiseau de proie, à Caranda, Sablonnières et au Jardin-Dieu de Cugny ; dans la Marne et à Plivot ; dans la Côte-d'Or à Brochon ; dans la Seine-Inférieure, à Eni et dans plusieurs autres nécropoles de Normandie : en Belgique, à Frauchimont et à Eprave, et le plus souvent la tête d'oiseau de proie est remplacée par une tête de serpent. Au Jardin-Dieu de Cugny, le cadavre avait été drapé d'une sorte de manteau rattaché par une fibule digitée, tandis que d'un autre, en bronze, en forme de S, terminé de serpent ou de perroquet aux yeux fortement saillants, se sont trouvés au haut de la poitrine et ont dû servir à assujettir le vêtement de dessous. Dans une autre tombe de femme du même cimetière, l'une en bronze, un type aux ailes éployées, oeil de verre, terminé par des perroquets. A Vré Sainte, deux S portent sur leur face plus fois répété l'ornement S. Illoy, Fouilles du Jardin-Dieu, 1880, industriels des peuples barbares. La fibule à tête rectangulaire sans rayon est plutôt localisée sur la rive droite du Rhin, en Souabe et Wurtemberg ; des exemplaires ont été trouvés à Nordendorf, il faut mentionner ceux de Iberlallistein, de Klrers, de Warmlingen, de Pfullingen. La fibule à rayons disposés sur une tête soit rectiligne, soit semi-circulaire a été recueillie à Abenheim, à Flonheim, à Obrigheim, à Dattenfeld. La fibule de type « Parme » est également représentée. Parmi les fibules alamanniques, on peut mentionner quelques broches ornithomorphes et en S, en bronze doré avec grenats incrustés, ou quelquefois cloisonnées de verroteries, à Freilaubersheim, à Wiesoppenheim, à Obrigheim, dans les environs de Bonn, à Nordendorf, à Oberstotzingen, à Zuffenhausen et à Pfullingen.
« La fibule typique des milieux alamanniques est celle qui affecte une tonne circulaire dont le centre les secondes broches circulaires semblent être d'un genre propre aux régions alamanniques baignées par le Rhin. Elles sont en fer, à bouton central, ornées au moyen de la damasquinure et du placage. Il est intéressant de noter l'existence de ces pièces dans des contrées où nous la croyons exclusive. Ces fibules ont été rencontrées à Freilaubersheim, à Lbersheim, à Heddesheim, où l'une d'elles est pourvue de quatre.
4400. Fibule alamannique de Hohber. (Barrière-Flavy, pi. B', fig. 4.) — 4401, de Lùsslingen. (Ibid., fig. 6.) 4402, de Gerstheim. (Ibid., pi. lx, fig. 11.) est ordinairement bombé et qui présente deux modes d'ornementation. Les premières se rapprochent de la broche byzantine, ayant une surface couverte d'une feuille d'or sur laquelle courent des filigranes est ornée en outre de verroteries serties dans des battes. La couleur généralement dominante est le rouge. Nous en voyons de modestes dans l'Helvétie septentrionale, à Hohber (fig. 4400), à Grenchen, à Lùsslingen (fig. 4401). à Kaiser Augst, mais en allant plus au clous de bronze, près de Biebrisch sur le Rhin, à Neuwied, enfin à Pfalzheim (cercle d'Ellwangen), à Andernach, où plusieurs broches offrent à la fois une ornementation guillochée, l'emploi de la damasquinure et l'incrustation des verroteries, à Waiblingen, à Osthofen, à Ulm, à Darmstadt.
XIII. Fibules burgondes. — Les Burgondes semblent s'être accommodés de types empruntés à l'art byzantin. On rencontre dans leurs cimetières, dans les provinces rhénanes, nous rencontrons des spécimens remarquables, aussi bien par leur grande dimension que par leur décoration brillante et artistement ménagée. Mentionnons les belles fibules illes en Alsace : à Odratzheim, à Gerstheim (1, 102 et 140), à Kuttolsheim, à Gimbrett, à Hochfelden ; dans les provinces rhénanes : à Nordendorf, à Sindelfingen, à Engers près de Colmar, à Neuwied, à Weissenthurn, à Andernach, à Gemersheim, Meckenheim, Sprendlingen et par-dessus tout, celles de Gondorf près de Coblenz, de Mertloch près Polch (fig. 4404) sont à signaler comme les plus belles et les plus précieuses à cette catégorie. La fibule, tantôt circulaire, tantôt quadrilobée ou polygonale, en bronze et en fer ou bien entièrement en fer, recouverte d'une feuille d'or sur laquelle sont tracés des dessins filigranes et rehaussés d'un cabochon central de verre ou de pierre dure bleue, et de quatre ou six ou huit autres cabochons disposés symétriquement et alternant, bleus, verdâtres ou incolores. La feuille d'or et la plaque de cuivre ont été repoussées ensemble au marteau, après qu'on eut serti celles-ci au moyen d'une lame de bronze qui donne une épaisseur de 0,006 à la fibule et qui maintient liées les feuilles d'or et de cuivre. Lors que ce travail a été fait, on a rempli tout l'espace compris entre elles et l'anneau qui entoure la fibule à sa circonférence, avec de l'argile que l'on a laissé sécher après l'avoir fortement comprimé. L'argile entrant dans les moindres anfractuosités soutenait toutes les parties d'une manière parfaitement égale, et par conséquent donnait une assez grande solidité. La face postérieure était complètement fermée par une plaque de fer sans laquelle l'argile n'aurait pu tenir bien longtemps. Enfin, à cette plaque était fixé l'ardillon de fer. La fibule burgonde est caractérisée par l'absence complète de verroteries rouges et de grenats, par l'emploi de la surface convexe pour la majeure partie des cabochons, par l'usage de la gaufrure pour la feuille d'or au lieu des filigranes.
La zone où j'ai observé les deux spécimens de ces fibules, dit M. Barrière-Flavy, est assez tranchée dans le nord et l'est de la Suisse, pour qu'il soit souvent possible de déterminer un cimetière sis sur la limite des deux peuplades, Burgondes et Alaman. Ainsi, le type burgonde est à peu près exclusif aux régions situées au sud-ouest de l'Aar, dans la partie occidentale du canton de Berne et dans le canton de Fribourg, l'autre, au contraire, est cantonné en partie sur la rive gauche de l'Aar, en partie sur la rive droite pour les cantons orientaux qui ne conservent et ne peuvent conserver aucun vestige de l'établissement des Burgondes.
De belles fibules ont été si gnées (canton de Fribourg), à Klisricd, à Soyhières (canton de Berne), à Nernetçan (canton de Vaud), à Grenchen (canton de Soleure), à La Balme (Haute-Savoie), à Saint-Jean-de-Losne (Côte-d'Or), à Farges-les-Mâcon (Saône-et-Loire), à Charnay, à Saint-Étienne de Coldres. La fibule de Soyhières offre une saillie centrale et, sur le pourtour, deux par deux, huit sortes de roses de cuivre, dans lesquelles étaient serties des pierres aujourd'hui disparues. La fibule de Grenchen est formée de deux minces lames de métal, au-dessus, ou, au-dessous, argent. L'intervalle était occupé par une durcie, noirâtre, une de mastic. La feuille d'or présente au centre un morceau de verre rond, six pierres triangulaires et six pierres rondes bleues assez habilement enchâssées dans la plaque dure. Le reste de la surface de la lamelle d'or est couverte d'ornements en forme de serpents. Exceptionnellement, une fibule d'Elisried est ornée de quatre verroteries enchâssées dans des cupules surhaussées dans les quatre lobes de la broche. Baudot en a trouvé une semblable à Charnay.
Il est d'ailleurs nécessaire d'ajouter qu'on a trouvé des fibules de type burgonde dans des sépultures franques ou alamanniques. Tel est le cas à Basse-Yutz et à Kaiser-Augst.
La fibule cloisonnée, la fibule gothique qui révèle l'influence orientale sont inconnues aux Burgondes. Aubonne, Bofflens (de Vaud), Sainte-Sabine, Charnay d'Or ont restitué des broches rondes ou en roses cloisonnées de grenats. La fibule de Beuurepaire (Isère) en forme de mouche est étrangère à l'art des Burgondes (voir Mouches).
Des fibules digitales ont été trouvées à Sainte-Sabine à Saint-Euphrône (Côte-d'Or), à Brochon, à Charnay, à Vuillecin (Doubs), à Poisy (Haute-Saône), à Yverdon et à Bel-Air (Suisse). La fibule de Charnay a une inscription runique qui sera étudiée plus loin. Il faut encore signaler une curieuse fibule de bronze trouvée dans les fouilles du cimetière burgonde d'Ampilly (Côte-d'Or). Elle représente un animal monstrueux muni d'une sorte de bec ou de trompe. C'est évidemment un tapir, nonobstant la longueur des oreilles. On peut rapprocher une pièce trouvée dans le cimetière d'Anderlecht (Belgique).
On a également rencontré dans les tombes burgondes des fibules ansées, dont quelques-unes liaient pourvues d'une chaînette terminée par un crochet de sûreté. La plus intéressante, la seule pièce.
Enfin, à Charnay encore, une fibule ronde très riche, portant au centre un camée à trois couches sur fond d'or, formant une croix à quatre branches égales remplies d'un cloisonné. Dans Mittheilungen der anthropologischen Gesellschaft in Wien, 1901, Album pi. i, viii, fig. 10 ; t. i, p. 371. — J. B lot, Mémoire sur les sépultures des barbares de l'époque mérovingienne en Bourgogne et particulièrement à Charnay, pi. xii, fig. 1. Le bord de la fibule est décoré d'un léger feston en pierreries et le fond, entre les branches de la croix, est orné de filigranes. Le crochet de la fibule est lui-même en or, garni de filigranes, et l'épingle est en bronze (fig. 4406).
XIV. Fibules wisigothiques. — Chez les Wisigoths, on fait usage de la fibule qui est la broche gothique ornée de grenats et de verroteries cloisonnées. On rencontre la fibule rayonnante ou digitée à Salles-la-Source et à Laborieblanque (Aveyron), à Herpès (Charente), à Estagel (Pyrénées-Orientales), à Figaret (Hérault). On a trouvé à Herpès et à Rivières (Tarn) des fibules cruciformes en bronze, sans ornementation ou bien avec une décoration fort simple et rappelant les fibules gothiques de l'Aisne, de Balleure (Saône-et-Loire), de la Hongrie et de la Russie méridionale.
« Enfin, les sépultures au sud de la Loire ont restitué un certain nombre de fibules ansées en bronze, d'une ornementation extrêmement grossière, principalement dans les départements de l'Ouest et dans le Lot-et-Garonne, qui se trouvaient à l'extrémité occidentale des possessions wisigothiques. Cette broche, ne présentant rien de remarquable, paraît être plutôt d'importation franque que de fabrication locale. On la retrouve d'ailleurs dans le Nord, en Belgique, en Allemagne, en Italie. »
XV. Fibules franques. — Les envahisseurs de la Gaule ont conservé avec un soin tout particulier leurs usages funéraires. A l'exemple des Celtes et des Gaulois, les Francs « tenaient à honneur de paraître devant leurs dieux, quand il leur faudrait rendre compte de leur vie terrestre, en grand costume, parés de leurs plus beaux bijoux, de leurs plus belles armes. Les familles se faisaient gloire de ces brillantes funérailles. Les petits, en cela, imitaient les grands. La conversion des Francs au christianisme toucha peu à ces usages. A une époque où les évêques étaient inhumés dans leurs plus riches habits sacerdotaux, l'aristocratie militaire n'avait aucun motif de renoncer à ses coutumes traditionnelles. La seule modification fut que dans la tombe était parfois déposé quelque signe de la nouvelle religion du défunt. Les Barbares convertis se distinguent par ce seul trait des Barbares païens. »
On ne saurait trop s'en réjouir, à raison des enseignements que nous en tirons. Voici, par exemple, une trouvaille de bijoux francs faite à Jouy-le-Comte, et consistant dans les pièces suivantes : 1° une bague en or ciselé du plus beau travail, avec une émeraude au chaton ; 2° deux grandes fibules en argent laqué de feuilles d'or avec filigranes d'or soudées et incrustations de grenats, de verres et de perles fines : 3° deux petites agrafes en forme de griffon en argent avec filigranes d'or. 4° une épingle à tête ajourée en filigrane d'or avec une pierre précieuse incrustée ; 5° plusieurs plaques de verre grenat serties de feuilles d'or, ornement d'un objet perdu, probablement un poignard en fer ; 6° des fils d'or ayant appartenu à une coiffure ou à un manteau.
Tenons-nous en aux fibules. Al. Bertrand observe que ce type (fig. 4407) avait été rencontré (il y a quarante ans) dans 34 cimetières dont 24 en Gaule, 5 en Angleterre et 5 en Allemagne et une centaine d'exemplaires étaient connus dès lors. Pour les localités dans lesquelles ce type a été rencontré se rassemblent dans une aire confinée entre Seine et Rhin ; de même qu'on peut observer des types limités aux comtés centraux de l'Angleterre, ou bien avoisienne. C'est un supplément utile de démonstration à cette vérité connue que les divers Barbares se signalaient par des variétés artistiques particulières. La fibule de Jouy-le-Comte, appartient par sa décoration, aux fibules ichthyomorphes.
Une inscription célèbre, trouvée à Vieux (Calvados), porte l'exemplum epistulse Claudii Paulini legati Augusli pro prœtore provinciæ Britannix ad Sennium Sollemnem a Tempio. On y lit entre autres choses ce qui suit : Li cet plura merenti tibi hœc a me pauca tamen, quoniam honoris causa offeruntur, velim accipias libenter :
Ce document épigraphique paraît attester l'envoi de fibules de Grande-Bretagne en Gaule.
Outre que la fibule faisait partie nécessaire du vêtement qu'elle servait à retenir, la coquetterie se faisait un plaisir de transformer ce bijou en un objet d'art ou de luxe. Ce n'est pas simplement à l'époque romaine que nous la rencontrons, Charlemagne en faisait usage : Fibula aurea sagum astringente, dit Eginhard et Jean de Rhodes loue les princes de son temps de ne porter que des fibules d'airain : solas prope œreas fibulas. Les fibules de bronze, si fréquentes dans les tombes franques, n'étaient donc pas aussi méprisées que nous pourrions être tenté de le croire. Beaucoup, sans doute, n'avaient pas les moyens de se procurer un bijou coûteux car la fibule était parmi les Barbares d'un usage universel. Tacite nous apprend que les Germains faisaient usage : Tegmen omnibus sagum fibula aut, si desit, spina conserlum.
On ne peut ouvrir un cercueil, remuer une pelletée de terre, sans rencontrer une fibule quelconque, écrivait l'abbé T. Nous en avons vu dans les ruines romains, comme dans les ruines des villes. Nulle part cependant elles ne sont plus communes que dans les sépultures franques : ni-on des. Partout où l'on a des sépultures de ce genre, on a trouvé des fibules plus ou moins riches, plus ou moins élégantes, mais toujours quelques-unes.
Les fibules se trouvent presque uniformément sur la poitrine. A Fairford (Gloucestershire) elles reposaient sur la poitrine des hommes et des femmes, es par paire, sur chaque sein ; tandis qu'à Harnham-Hill, près Salisbury, les fibules étaient trouvées sur les épaules, à tel point que les clavicules étaient souvent oxydées par le fer ou par le bronze :. A Selzen (Rhénanie) deux squelettes de femmes présentent une paire de fibules rondes dont une est placée sur l'épaule et l'autre sur le sein droit. Les femmes portent en effet deux fibules, les hommes une seule sur les miniatures carolingiennes.
Les fibules circulaires étaient souvent appareillées ou du moins réappareillées, d'autres avaient subi un raccommodage, ce qui est un fait général pour les fibules franques. C'est l'emploi d'un ardillon de fer, quelle que fut la richesse de la plaque. A Douvrend, à Parfondeval des fibules d'argent ont un ardillon de fer ; dans le cabinet Baudot, à Dijon, se trouvait une fibule entièrement en or avec ardillon en cuivre.
« Bien des squelettes, écrit ce dernier fouilleur, portaient des fibules de toutes tonnes, et d'une richesse proportionnée sans doute à la qualité du défunt. Il y en a à Charnay en or, en argent et en bronze ; un certain nombre ont été trouvées réunies par deux, ce qui doit faire supposer qu'elles attachaient le même vêtement. Celles en or sont garnies de pierreries ; le grenat en table domine dans cette ornementation où la verroterie se trouve mélangée à la pierre précieuse sertie avec un soin particulier. Il est à remarquer qu'aucune de ces fibules : une améthyste percée forme le centre d'une des fibules en or ; une autre porte un camée assez grossier, mais qui indique néanmoins que la taille de la pierre se pratiquait à cette époque. La plupart des fibules d'or et d'argent sont ornées de dessins en filigrane. »
Dans la vallée de l'Eaulne (voir Envermeu) le plus grand nombre des fibules était en bronze étamé ; une seule a montré une plaque d'argent. A Parfondeval et à Douvrend (Seine-Inférieure) on en a rencontré en or mélangé d'argent. Le seul cimetière de Londinières (voir ce mot) a donné à lui seul près de cinquante fibules. La forme qui prévaut est la forme circulaire, quelques carrées avec ornement du type à la croix de Saint-André, des fibules en forme de poissons, des oiseaux, etc. Plusieurs fibules provenant des cimetières de Normandie paraissent avoir reçu de l'émail sur leur surface métallique creuse et pointillée. Au camp de Dalhain (grand-duché de Luxembourg), on a trouvé des fibules de bronze dont le dos aplati était orné d'émaux*. Ces plus remarquables fibules trouvées à Londinières ont des cercles de cuivre recouverts de verroterie de diverses couleurs.
Quelques fibules présentent des croix gravées ou incrustées de verroterie, on en a rencontré de telles à Charnay sur or et sur bronze, quelques-unes dans la vallée de l'Eaulne « .
La croix visible à Londinières, à Fontaine-le-Houx, l'est plus Description d'objets antiques trouvés dans le territoire de Chama, dans les publications de la Société pour la conservation des monuments historiques de Hambourg, 1853, t. un, p. vu, fig. à Charnay, ce signe y est « répété non seulement sur les plus belles fibules, mais sur les plus communes, et jusque sur les grosses agrafes de ceinturon '. »
La fibule de Conlie (Sarthe) porte le nom du Christ, XPSTO :.
Parmi les plus belles broches flanquées, il faut mentionner celles de Douvrend (Seine-Inférieure), conservées au Musée de Rouen. Elles sont en argent doré et pèsent 149 grammes ; le dessous n'est pas doré, il est uni ; leur longueur est de 0 m. 04 et leur plus grande largeur est de 0 m. 065. L'ardillon qui était en fer a disparu.
Dans un cercueil de pierre trouvé, en 1854, au hameau de Toulesmesnils, commune d'Ouville-la-Rivière (Seine-Inférieure), on trouva une plaque de ceinturon en fer encore munie de sa boucle. Cette plaque était tombée en morceaux de sorte qu'on n'en put apprécier la longueur, mais elle pouvait être large de 0 m. 09. Ses bords étaient entourés de petits
c'est un grossier alliage dont voici les proportions :
En face de la plaque, à l'autre extrémité du ceinturon, dont une partie était prise dans la boucle, on voyait souvent une seconde plaque qui était le complément et la reproduction de la première. Cette tablette de fer affectait la forme de celle qui accompagnait l'agrafe ; mais il en était une troisième qui se rencontrait rarement, également en fer, moins longue que les deux autres, ayant presque toujours une forme carrée et un clou de cuivre à chaque angle. On la rencontrait à Londinières, à Envermeu, enfin, à Ouville-la-Rivière à triple exemplaire, permettant de fixer sa destination ; elle ne faisait pas suite à la contre-plaque, elle précédait l'agrafe et semblait indiquer le côté (fig. 4409).
XVI. Fibules anglo-saxonnes. — Le caractère artistique, la diversité des formes, l'exécution recherchée du travail communiquent un très grand intérêt aux fibules anglo-saxonnes. Aucune région de l'Europe F l B l 1.1 du v« au vnr siècle ne réunit, dans un espace aussi restreint, autant de modèles tranchés et d'une conception si complètement indépendante. La localisation des fibules sur différents points sert à attester la présence et la permanence de cantonnements distincts. La variété des formes et de l'ornementation permet de reconnaître les groupes ethniques qui ont préféré ces formes et décorations à d'autres. En Angleterre, malgré la confusion créée par les envahisseurs, le rôle de ceux-ci et leur succession, ainsi que leurs cantonnements, sont assez bien connus pour qu'il devienne possible de ressaisir les traits caractéristiques de chaque nation barbare implantée sur ce sol, réfractaire plus à la fusion entre eux et à l'assimilation avec les populations établies.
La fibule digitée, soit qu'elle se développe en arc de cercle soit en rectangle (ce qui est plus fréquent), offre généralement de grandes dimensions. Ces bijoux sont rares en Angleterre et on les considère comme importés, ce qui n'a rien d'invraisemblable, puis que Procope nous apprend que les Anglo-Saxons étaient en rapports avec les Francs. Mais la présence de ces fibules dans le Kent, leur association à des produits saxons, leur étroite ressemblance avec des types connus dans l'Europe centrale et principalement en France, leur donnent de l'intérêt. Elles sont antérieures aux fibules de type et d'invention anglo-saxonne ' et rendent témoignage des relations qu'ailleurs à la fusion entre eux et à l'assimilation avec les populations établies.
Les Anglo-Saxons, comme tous les barbares, aimaient les parures et leur prédilection se tournait vers les fibules. Parfois une même tombe renferme quatre ou cinq fibules dispersées sur le corps, qui une 'le ers fibules offrent des dimensions d'une grandeur exceptionnelle. Dans leur ensemble, ces fibules, principalement celles du nord de l'Angleterre, diffèrent absolument de toutes les productions romaines. Les provinces envahies virent l'art teutonique se substituer brutalement à l'industrie classique : la transformation fut radicale, mais tout ne périt pas et les types continentaux continuèrent à être. Ces types sont au nombre de trois : fibules en S et fibules ornithomorphes.
I. Roach-Smith, A raUthi que nf anglo-saxon anliq ■rrrl al lawrsliam, in-8\ London. 1873, p. XV. créées entre les barbares établis en Grande Bretagne et ceux implantés en Gaule. Ces relations entre Saxons et Francs n'excluent pas d'autres rapports avec les tribus teutoniques : il faut toutefois observer que les spécimens rencontrés proviennent presque exclusivement du Kent et du Littoral : Chatham, Faversham, Folkestone-Hill. Ozlngell, Harietsham, Chessel Down, Little Wilbraham et beaucoup plus au nord, une à Searlv (Lincolnshire) ».
Les principales variétés anglo-saxonnes sont les fibules cruciformes, les fibules à tête carrée, les cupelliformes, les fibules annulaires, les fibules circulaires du Kent.
Cruciformes. Les fibules cruciformes appartiennent à un type exclusivement propre à l'Angleterre, où il s'est développé en un type anglo-saxonne, in- !. 1 16, pi. m. tion anglo-saxonne, dont la première conception était venue de la Suède et qui s'est répandue dans les comtés du centre de l'Angleterre, non sans subir des transformations, des surcharges qui laissent reconnaissable leur forme primitive. Les ornements sont exécutés dans la masse du métal, sans tables de verre ou pierres incrustées. La partie supérieure des fibules nettement une croix ; ce type ne s'est pas rencontré dans les comtés du sud de l'Angleterre. Si on compare une fibule de Svanskog et une autre d'Oland (Scandinavie), conservées au musée de Stockholm \ avec une fibule trouvée à Gilton, paroisse d'Ash (Kent) - (flg. 4410) la parenté artistique est évidente. Ces fibules typiques sont excessivement rares en Gotland, très abondantes en Suède et en Norvège. « Dans ces vastes régions, leurs diverses variétés affirment la prédilection marquée des Scandinaves pour cette parure. La faveur dont elle jouissait s'est prolongée pendant une période assez longue pour qu'elle ait pu subir des modifications dans les détails moins essentiels. En Danemark, ce genre de fibules est très rare : c'est là une exception.
(Lincolnshire) 5. Le centre de l'Europe et ses limites orientales n'ont fourni aucun exemplaire de ces fibules cantonnées dans la Scandinavie et l'Angleterre, à l'exclusion, nous l'avons dit, des comtés du sud. Ces bijoux de bronze sont dépourvus de grenats et de pierreries, quelques-uns ont été dorés ou plaqués d'argent, décoration qui paraît leur être exclusive.
D'autres fibules cruciformes ont été rencontrées à Stow-Heath (Suffolk) 6 et à Barrow Furlong (Northamptonshire) à Wilbraham (Cambridgeshire). Les dimensions de ces fibules tendent sans cesse à augmenter, celle de Stow-Heath, mesure 0 m. 18 '. Les fibules cruciformes, lorsqu'elles prennent des dimensions exceptionnelles, sont ornées avec profusion, mais le travail en est grossier, celles de Sleaford par exemple. La première est un véritable monument, une création originale de l'industrie anglo-saxonne ; on y devine une sorte de face humaine, et on voit un triangle à la partie inférieure. Elle fut trouvée dans la tombe d'une femme, avec une autre broche de moindre dimension, 4413.
Fibules cruciformes. D'après de Baye, o ;>. cit., pi. v, flg. 2,. »•, 4-ô. tion à la règle générale, car les antiquités danoises et Scandinaves proprement dites des premiers âges de fer se rencontrent ordinairement dans les mêmes conditions. Par sa présence en Angleterre, ce type revêt un grand intérêt. La distribution géographique de cette forme n'est pas exactement déterminée et sa disparition si prompte en Danemark reste un fait à expliquer*. La terminaison par une sorte de museau très allongé avec des yeux saillants semble n'appartenir à aucun type d'animal ; cependant Akerman s'occupant des bronzes de Rugby (Warwickshire) considère ces museaux comme des têtes de chevaux 4. Ce type ne sera pas longtemps sans s'épanouir. La forme primordiale subsiste toutefois, mais l'ornementation s'étale, devient de plus en plus exubérante, en sorte que la croix se rapproche du trèfle, comme on le voit en suivant la série des types (fig 441 14413) provenant de Sporle (Norfolk), de Haslingfield et de Barrington (Cambridgeshire), enfin de Sleaford un collier composé de 271 perles en ambre, deux disques en argent, appliqués sur les seins, une bulla d'argent suspendue au collier descendait sur la poitrine, etc. La deuxième fibule de Sleaford porte un swastika.
Des fibules cruciformes se retrouvent dans les comtés de Derby, Leicester, Nottingham, Northampton, Suffolk, Norfolk, Cambridgeshire et Yorkshire. Elles étaient évidemment particulières aux Angles qui habitaient la Mercie, l'East-Anglie et la Northumbrie.
La dénomination de fibule cruciforme ne doit évoquer aucune idée du christianisme. La ressemblance fortuite avec une croix est le seul motif qui leur ait valu cette dénomination. Les tombes d'où elles proviennent appartenaient certainement aux Saxons païens *.
Tête carrée. — Les fibules à tête rectangulaire ou carrée se développent souvent à la partie inférieure en losange et se terminent par un museau fantaisiste.
Le développement du losange en forme de croix a fait donner indûment à ces fibules le nom de cruciformes ; mais cette forme de croix est accidentelle, tandis que la tête rectangulaire est invariable et essentielle. Ce type a été rencontré en France, à Chamay ; en Italie, à Testona ; en Allemagne, en Scandinavie et c'est dans ce dernier pays seulement que nous trouvons des fibules à tête carrée, avec une ornementation et un développement considérable, dont semblent les modèles anglo-saxons. En Scandinavie, ce même emblème a été employé de l'an 150 à l'an 700 environ, en Angleterre il a pu être un peu plus tardif.
D'après leur mode de fabrication on peut diviser ces fibules en deux catégories ; les premières d'une seule pièce, ont été obtenues par la fusion, le fond est ciselé. Les secondes ont reçu une application de bronze mince et doré. Ces parties ajoutées ont probablement été rencontrées depuis le visage humain, hideux comme un fétiche sauvage, jusqu'aux spirales et aux combinaisons de lignes les plus souples (fig. 4415). Ces bijoux attachés à la poitrine, sur chaque sein, formaient toujours la paire, ils étaient cependant réunis du même côté dans certains cas 4. On ne s'est pas encore mis d'accord sur l'attribution du cimetière de l'Ailford, les uns le donnent aux Saxons, les autres aux Flugby (Warwickshire) 3. Métal blanc Fairford (Gloucestershire) Z. Bronze. Heath (Suffolk) :
4 Métal blanc Fairford (Gloucestershire) : 5. Or, argent, grenats et ivoire entre Boxford et Little Wilbraham (Cambridgeshire) ? 6 Welford (Northamptonshire) 7. Bronze Flugby (Warwickshire) 8. Bronze avec restes de fer Little Wilbraham (Cambridgeshire) 9. Bronze, Little Wilbraham (Cambridgeshire) décorées par le martelage, car le dessin varie dans tous les spécimens 3, malgré l'analogie évidente qui les rapproche. C'est vraisemblablement par une soudure que les éléments rapportés adhèrent au bronze, car il n'existe aucune trace de rivets. Les fibules de la deuxième catégorie sont moins nombreuses. Le cimetière de Fairford a fourni beaucoup de fibules cupelliformes. Tous les genres d'ornementation s'y rencontrent, y compris les spirales. Les fibules cupelliformes se sont trouvées dans les tombes d'hommes et dans celles de femmes. Il faut encore noter que l'emploi des spirales est rare dans l'industrie anglo-saxonne, raison de plus pour signaler une fibule de Brighampton (Oxfordshire).
Annulaires. — Ces fibules se composent d'un simple cercle traversé par l'épingle d'attache : l'intérieur de l'anneau est parfois rempli par des rayons découpés dans le bronze. Ces fibules sont en bronze ajouré, le centre représente une croix pattée ou à branches égales. L'anneau est souvent fermé, quelquefois il offre une solution de continuité et reçoit, comme un bracelet, une légère ornementation aux extrémités, on voit par la figure les spécimens les plus simples et les plus ouvragés, ceux-ci devaient être assez coûteux pour être réservés à la classe riche. À l'Ailford, on a trouvé huit fibules en bronze simple, en bronze étamé, en métal blanc ou en argent ; à Little-Wilbraham, douze ; à Rugby, etc.
Ulaires. — Le comté de Kent a donné une série admirable de fibules qu'on trouve aussi dans l'île de Wight, et presque nulle part dans les autres comtés '. Ces fibules d'un grand caractère artistique abondent dans les nécropoles où elles dominent exclusivement. Le dessin, l'ornementation de plusieurs d'entre elles attestent un goût remarquable. Leur exécution, si soignée, n'en est pas moins frappante. Ces fibules sont probablement de fabrication locale '. La richesse de leurs œuvres d'orfèvrerie prouve que les Saxons, longtemps avant d'être convertis au christianisme, possédaient une grande habileté comme orfèvres. Un poème anglo-saxon qui célèbre les différentes conditions et les aptitudes des individus, expose spécialement la situation privilégiée de l'orfèvre dont l'existence est attestée par l'inscription de Vieux (Calvados) *. Ces fibules circulaires paraissent avoir été réservées aux femmes qui les portaient sur la poitrine '. On peut établir trois groupes « . Le premier est formé de deux plaques métalliques réunies par une bande circulaire. Le second offre un disque de bronze ou d'argent légèrement creux, orné d'une feuille d'or sur laquelle sont disposées des cases formant des dessins géométriques. Le troisième est composé d'une seule pièce métallique, ciselée et incrustée de pierreries et de mires. Citons seulement un chef-d'œuvre, la fibule de Kingston. Dans la tombe d'une femme enterrée avec son enfant, à ses pieds, on trouva une pièce splendide en or, couverte de pâtes de verre bleu et rouge, avec une tonalité rouge prédominante. Au revers l'épingle est engagée dans un anneau d'animal.
XVII. Les fibules longues. — Les fibules, par leur diversité, leur richesse et leur ornementation, autant que par leur valeur intrinsèque, ont bénéficié d'un traitement plus favorable que la plupart des pièces de l'industrie. Admettant que les édits réservaient les fibules de forme allongée et surchargées d'ornements aux princes et aux grands, il faut dire que ces bijoux sont plus rares que d'autres, pendant il est vrai qu'on veut dire par richesse, car des exemplaires, qui semblent n'avoir pas dû appartenir à des princes ni à des dignitaires, sont rencontrés en nombre, il suffit de rappeler les fibules de Douvrend (Seine-Inférieure), celles de Bon le Comte I, celles de Marchélepot (Somme), d'Arcy-Sainte-Restitute (Aisne), d'Oyes (Marne). L'Angleterre, dans les pays occupés par les Anglo-Saxons, en offre un certain nombre où la plaque carrée est plus fréquente que la plaque circulaire ; la Belgique aussi : le Danemark, la Suède, la Norvège en ont une abondance — * J. de — ce que n'admet I. de South Kensington, t. tr.-xv. — niemts, ou collection de poignées, I borpe. 1842 Inser. lat., i raie, Kingston, n. 19, 22, 57 ;
SUberUwold. n. 10. Dougl. Brifannfca. pl. \.
tionnelle et les édits des empereurs ne parvenaient guère dans ces contrées lointaines. Nombreuses aussi en Allemagne. Les fibules digitées étaient naguère regardées comme particulières aux bords du Rhin et du Danube, elles sont en réalité fréquentes sur les deux rives de ce dernier fleuve. La Bavière et le Wurtemberg contiennent des cimetières germaniques qui ont des fibules allongées. Par contre la Suisse en offre très peu. La Hongrie et la Russie méridionale en ont donné de fort belles. En Italie, la nécropole de Testona a rendu des fibules longues ; de même le cimetière de Civezzano ; divers exemplaires ont été rencontrés dans la Basse Toscane, à Avigliana, etc. qui offrent souvent de l'intérêt au point de vue technique qui montre une même chose à propos de la fibule d'Ile-de-France, voire que la statue de la Vierge sur l'autel de German-des-Prés. - ' Ch. Ronch-Smlth, i mon.
antiquité. L'ornementation prend des significations importantes au point de vue ethnique. L'inspiration et l'idée première revêtent un caractère d'identité qui ne laisse pas que d'admettre des modifications nombreuses dans les détails. Les rayons, ou doigts, ou bourgeons sont variables dans leur forme, ces faisant participer personne à leurs acquisitions. Cependant, même ces artistes anonymes se sont conformés au type consacré par l'usage de leur temps.
Les fibules allongées se rencontrent dans tous les pays fréquentés par les tribus germaniques. Mais ces tribus n'ont pas improvisé un art : elles venaient du rayon sont fréquemment au nombre de cinq et, parfois, vont jusqu'à onze, parfois même trois seulement ou bien ils disparaissent complètement. Il n'y a aucun indice valable à tirer de ces particularités, encore moins peut-on induire quelque chose de la rencontre d'une fibule d'une perfection exceptionnelle. Elle prouve une seule chose, c'est le talent de l'artisan qui l'a terminée : de tout temps il a existé d'habiles ouvriers, opérant par amour de leur métier, se perfectionnant seuls et ne fondant pas de l'Orient et en avaient apporté avec elle bien des secrets. L'influence byzantine a été fréquemment entrevue, mais la part attribuée aux artistes de Byzance pourrait provenir d'une autre source plus ancienne à laquelle les peuples destinés à former les tribus germaniques auraient puisé de leur côté, ce qui nous dirige vers l'origine scythique. Des affirmations appuyées sur des faits positifs tendent à justifier l'origine orientale de l'art barbare.
Quoi qu'il en soit les fibules allongées, depuis les frontières asiatiques où elles se rencontrent à leur point d'origine jusqu'aux régions extrêmes atteintes par les envahisseurs, se ressemblent dans leurs parties essentielles, ressemblance qui n'a probablement pas d'autre cause que l'origine primitive commune.
Parmi ces fibules, quelques-unes jouissent d'une véritable célébrité, la fibule de Nordendorf est de ce nombre. Dans la nécropole de Testona ', on a rencontré quatre fibules de ce type avec des variations dans la forme. Deux exemplaires semblables ont été extraits de la même tombe, une autre plus grande en bronze, portant quelques ornements en or et en argent, est décorée de verroteries rouges ; enfin une dernière se compose d'une plaque dépourvue de rayons. La fibule en double exemplaire offre une analogie évidente avec une fibule de Brény (Aisne) - ; la fibule à tête carrée sans rayon rappelle aussi d'assez près la célèbre fibule Tuni que de Charnay 3, en outre le type à tête carrée est plus nombreux dans les sépultures saxonnes que dans les autres tribus de l'époque des invasions.
Fibule runique, d'après Le Blant, Ri des inscriptions de la Gaule, 1856, t. i, préf. p. cxi. vu. d'après il. Baudot, Mémoires sur les sépultures des barbares à l'époque mérovingienne, 1860, pi. nv, flg. 1. derniers caractères, omis Faute de pi. ht. Cette fibule est entrée avec la collection Baudot, au musée de Saint-Germain-en-Laye, en novembre 1891 < Bg. 1 1 19, 1 120).
Cette fibule en argent ne pèse pas plus d'unes 5 décigrammes. La partie supérieure est carrée, sans rayons ; sa tige s'élargit au bas de la partie cintrée d'une façon gracieuse et se termine par un mors d'animal. Toute la surface est couverte de dessins. L'inscription runique se lit au revers, à la partie supérieure et, de chaque côté, se lit une revendication de propriété et une suite de consonnes initiales dont le sens échappe.
Cette inscription est gravée à traits forts déliés et d'une main peu sûre ; quelques-uns des pals ont même été prolongés par inadvertance au-dessous de la double ligne d'en bas. Les deux caractères tracés sur l'appendice n'offrent aucun sens. La lecture de Baudot, ensuite de Beauvois et les commentaires de Rafn et de L. Wimmer 2 permet d'interpréter la formule :
DAN KJAN 5 Dann, surnommé Kiann possède (la fibule).
Après cette première découverte, L. Lindenschmidt, directeur du musée de Mayence, s'avisa de nettoyer la face intérieure de plusieurs fibules et l'enlèvement de la rouille laissa apercevoir des inscriptions et quelques inscriptions apocryphes 8. De ce nombre il faut retrancher la fibule de Hohenstadt en Wurtemberg, dont les runes douteuses sont en réalité des traits accidentels 9. On pourrait, avec plus de raison, regarder comme des runes les traits visibles sur l'argenture de deux fibules du musée de Worms (celles de Gundersheim et de Flomborn) et un œil peu exercé pourrait être facilement trompé par les rayures de la fibule de Gundersheim, cependant il ne s'y trouve pas un seul trait gravé à dessein. Quant à la fibule de Kerlich, elle est incontestablement apocryphe (voir Faux, Faussaires). Par contre, il faut accueillir la fibule discoïdale, trouvée à Balingen en Wurtemberg, en 1887 », conservée au musée de Stuttgart, et deux fibules trouvées à Bezenye en Hongrie (au musée d'Ungarsk-Altemburg).
Sur une quinzaine d'inscriptions tracées sur divers monuments : piques en fer, anneaux et fibules, ces dernières au nombre de onze. Ces inscriptions sont des inscriptions runiques. Ce fut d'abord la grande fibule de Nordendorf (Bavière) 3 la plus remarquable de toute la série ; puis les fibules d'Osthofen et de Freilaubersheim * et la petite fibule de Nordendorf. G. Stephens supposait que tous les monuments connus de son temps (1868) étaient septentrionaux et importés à une époque très reculée des pays septentrionaux. Wimmer n'en croyait rien et tous deux raisonnaient sur une demi-douzaine de monuments 6. Sur ces entrefaites on découvrit la fibule de Freilaubersheim (Hesse rhénane) pourvue d'une longue inscription dont la première partie n'offrait pas la moindre difficulté. En 1875 fut trouvée une pointe de pique en fer à Tovel en Volhynie ' et les découvertes se succédèrent de telle façon qu'en 1887, on possédait non plus six, mais treize monuments, sans compter les brèves. Elles ne se composent le plus souvent que d'un ou deux mots. Les deux plus longues (grande fibule de Nordendorf) six ou sept mots, Freilaubersheim six). En outre, la plupart des inscriptions consistent en traits menus et très fins tracés, sur le revers des fibules, exposés par conséquent à l'usure par le frottis de l'ardillon, ce qui explique que plusieurs traits soient complètement effacés. L'humidité du sol a fait de son mieux au moyen de la rouille, et un nettoyage même très attentif laisse rarement subsister les fils déliés des runes.
Bezenye. --- Dans un polyandre situé près de la petite ville de Bezenye, à cinq ou six kilomètres au sud-est de Presburg, une tombe mesurant 1 m. 70 de long, sur 0 m. 80 de large et 2 m. 30 de profondeur donna deux fibules d'argent (1885) « . En 1893, on y aperçut des inscriptions runiques '. Les deux fibules étaient superposées, sous les genoux du cadavre entre les os de la jambe, dans un amas de terre noire provenant de cuir pourri et d'autres détritus. Elles sont de dimensions identiques et si semblables, qu'elles paraissent sortir de la même fabrique. Bien que la face de l'une, à l'exception de la partie inférieure (la tête fort bien conservée), soit rongée par la rouille à tel point que toute la décoration se laisse à peine deviner, les traits subsistants ne permettent pas de douter de leur identité avec la décoration de l'autre fibule. L'anse des deux fibules est tellement rouillée que les ornements sont complètement détruits : les quelques vestiges subsistants paraissent suggérer un couple d'animaux séparés par l'arête médiane (fig. 4421) La ressemblance que l'on remarque entre les fibules, spécialement au signe de la croix, il est permis de supposer que, sur la fibule, le mot segun dénote l'origine chrétienne de l'inscription et signifie : « que Dieu bénisse ». Ici se présente une question importante, celle de l'origine chrétienne de ces fibules qui semblent se rattacher au premier quart du VIIe. Dans la contrée de Salzbourg où les fibules ont été découvertes, saint Hubert, apôtre de la Bavière, fonda le monastère Saint-Pierre et un monastère de femmes, entre 700. Les deux fibules ayant été trouvées dans la même tombe, il est probable qu'elles aient dû appartenir à la même personne qui les tenait de deux donatrices appelées de leur vivant Godahild et Arsipoda. Celles-ci étaient deux chrétiennes, peut-être deux nonnes de Salzbourg, souhaitant la bénédiction de Dieu à une amie. Les noms propres eux-mêmes nous reportent vers Salzbourg ; on les retrouve dans les inscriptions runiques gravées de chaque côté de l'endroit où était arrêtée la pointe de l'ardillon. Le mode de gravure et les formes des runes offrent mutuellement tant d'analogies que ce peut fort bien être l'œuvre d'une même personne. Les caractères sont généralement très clairs et très nets ; dans un endroit seulement ils ont été tellement endommagés qu'ils sont en partie effacés. Sur la fibule A, la partie conservée des runes montre que l'inscription doit être lue de haut en bas, tandis que l'opposé se lit de bas en haut, mais toutes deux de gauche à droite. Sur la fibule B également les deux lignes sont en direction contraire. Les inscriptions de B considérées dans leur ensemble sont plus distinctes que la partie conservée de A. Ici nous lisons godahid en place de Godululii, nom de femme bien connu en vieil allemand, à ce point que la syncope di /ne pouvait causer de méprise. Sur la fibule B, on lit Arsipoda. Vis-à-vis de ces noms propres, de l'autre de l'ardillon, un substantif contient un vœu de bonheur ; sur A*, on lit segun, sur l'autre lit : Wunn/â ; ces deux mots peuvent être rendus par « bonheur » ; ils peinent à impliquer aussi une bénédiction. Connue l'ancien haut-allemand segan se réfère à bourg. Le Liber confraternitatis du monastère de Saint-Pierre contient un grand nombre de noms écrits pendant plusieurs siècles ; le scribe le plus ancien a commencé entre 780 et 810, et parmi les noms conservés par lui nous trouvons Arsirid et Gupoda qui rappellent le début et la finale de Arsipoda < niant à Godahild, aucun nom n'est répété plus fréquemment.
Engers. — Fibule d'argent qui conserve des traces de dorure ancienne sur la face et, chose rare, sur le revers, découverte en 1885 à Bliers (cercle de Kreuznach, Rhénanie) et entrée au musée de Worms (fig. 4422). Elle était alors couverte d'une forte couche de rouille, que le nettoyage chimique fit disparaître, laissant apercevoir quatre runes ressortant fort nettement sur le métal poli. Ces runes lui ont été tracées avec beaucoup de soin, avec un poinçon un peu mou. L'inscription se réduit au mot iub tracé rapidement. Il est possible qu'il s'agisse d'un vœu de bonheur : rien n'indique que la fibule soit chrétienne.
Freilaubersheim. - Fibule d'argent, long. 0 m. 098, conservée au musée de Mayence, recouverte jadis d'une épaisse couche de donne, presque tout entière sur les parties saillantes, mais l'un sur l'autre, selon qu'on les considère comme une partie d'un verbe ou d'un nom, il est contenu dans l'inscription wunnjâ de l'autre fibule. Voir la note 1.1. rédente. demeurée dans les parties creuses. L'usure se manifeste surtout, en ce que les deux extrémités du petit bouton inférieur, à gauche de la face, sont pour ainsi dire enlevées (fig. 4423). L'inscription est divisée en deux lignes qui vont l'une et l'autre, de gauche à droite et de haut en bas. La ligne supérieure n'a guère été exposée au frottement, aussi presque toutes les runes sont-elles encore passablement bien conservées et très distinctes. L'inscription se lit : boso : wra et runa pk' dalina : godd « Boso a écrit (ces) runes. — A toi, Dallina, il a donné (cette fibule). »
Osthofen. — Fibule en forme de disque dont une bonne moitié seulement est conservée ; elle se compose de neuf plaques de bronze séparées par un mince disque de bois. Les plaques sont réunies au centre par une goupille, et sur la circonférence par une mince bordure de bronze replié, dont la face est ornée de lignes en zigzag. Une épaisse couche de dorure recouvrant la face a été usée sur les parties saillantes. La partie médiane a dû contenir un verre de couleur, soit en cabochon, soit en table, mais il n'en est rien resté (fig. 4424) ; elle est entourée d'une mince plaque de bronze, dont il manque un grand morceau. Autour règne une bande concentrique, estampée comme les bractéates et ornée d'une série de petits cercles fleuronnes, dont quatre (sur six) sont conservés et renferment chacun un volatile qui ressemble fort à un canard. Ce décor principal est extérieurement bordé d'un cercle perlé. Le revers, dont il ne reste malheureusement qu'une partie beaucoup moindre, est marqué de six lignes concentriques dont les deux extérieures servent d'encadrement à une inscription runique. Plusieurs des beaux caractères finement gravés de celle-ci, qui vont de gauche à droite sont encore extraordinairement bien conservés et distincts. Les lignes concentriques et les lettres, étant noires, ressortent fort bien sur le métal poli, de sorte qu'elles sont visibles même à l'œil nu. Dans d'autres endroits, au contraire, la fibule est tellement rouillée que les runes y sont complètement détruites ou n'ont laissé que des traces vagues et incertaines. Wimmer propose cette lecture go • ■ : furad -de : ofileg et il écrit : « Je dois malheureusement ajouter que jusqu'ici je n'ai pas trouvé dans l'inscription le commencement d'une explication qui permît de déterminer avec certitude la valeur des caractères manquants ou douteux. » Cela tient peut-être à cette circonstance qu'on est toujours parti de la supposition que l'inscription est conservée tout entière. C'est pourtant fort douteux. Les cercles concentriques qui l'encadrent se continuent même à l'endroit où était fixée la plaque de la gaine d'ardillon. Ils faisaient donc tout le tour du revers de la fibule avant que l'ardillon et sa gaine y fussent adaptés ; il est donc possible que la partie détruite du bandeau circulaire ait aussi porté des runes comme la partie conservée1.
XIX. Fibules pseudo-coufiques. — Une série de fibules offre une particularité remarquable. Les annalistes parlent du commerce que les marchands francs faisaient dans la Slavonie, des routes commerciales fréquentées par les caravanes qui passaient le long du Danube, à travers le pays des Croates et des Bulgares et allaient jusqu'à Constantinople. Ils parlent aussi d'une puissance érigée, du temps de Dagobert, vers 632, par un marchand franc nommé Samon, qui se mit à la tête des Slavons et vainquit les Avares 2. Ces faits donnent une idée des relations des Slavons avec les Mérovingiens. Par Constantinople, c'était avec l'Asie qu'on prenait le contact et soit par cette direction soit par les ports de la Méditerranée, des types nouveaux s'introduisaient et obtenaient la vogue. L'écriture arabe tracée sur des tissus suggérait des imitations grossières dont nous avons gardé des essais sur quelques fibules. Trois localités du département de la Sarthe ont donné trois fibules ornées de caractères voulant simuler des inscriptions (fig. 4425). Une boucle trouvée à Saint-Calais est dépourvue de sa plaque qui n'a pas été retrouvée. L'ardillon est orné d'une tête de face cernée par un serpent à deux têtes ; autour de l'anneau se déroule une inscription simulée en caractères plutôt romains qu'orientaux mais où on voit que la fantaisie domine.
Une deuxième boucle trouvée, en 1845, dans le champ de la Bourdonnière, commune de Saint-Saturnin, offre également une inscription de fantaisie pseudo-arabe. Mais ici ce n'est plus l'alphabet usuel qui a fourni son contingent, c'est peut-être l'arabe carré, le coufique, qui paraît avoir servi de modèle au ciseleur. L'analyse des éléments de cette prétendue inscription permet de retrouver des tonnes, des flexions qui semblent empruntées à cet alphabet, dont les figures se prêtent si bien à l'ornementation. La plaque est couverte d'un système serpentin à double effet, composé de quatre grands S, gravés en creux, autour desquels s'enroulent, deux à deux, huit serpents ou monstres annelés. L'ardillon, qui ne semble pas appartenir au même système décoratif que la plaque et l'anneau, est orné d'un petit animal à queue touffue, dont deux jambes seulement sont visibles. Un serpent à deux têtes, le même que nous avons déjà vu sur la pièce précédente, enveloppe et sertit le champ. Cet ardillon paraît, du reste, beaucoup plus neuf que la plaque, il est revêtu d'une mince plaque d'argent ou d'étain, tandis que le reste de la fibule est dégradé. Cette plaque est conservée au musée du Mans.
La troisième exemplaire a été rencontré lors des travaux de dégagement entrepris autour de l'église. Seulement la dimension de la gravure est moitié de l'original, et l'on n'y saisit pas bien tous les détails de cette ornementation touffue et variée : on peut seulement constater qu'il n'y a pas identité parfaite entre cette agrafe et celle de Connerré, mais que les anneaux contenant les pseudo-inscriptions devaient être les de Connerré (Sarthe) où l'on a découvert plusieurs sépultures mérovingiennes '. Parmi les agrafes de ceinturon découvertes dans les sépultures se trouve une nouvelle inscription pseudo-coufique offrant beaucoup d'analogies avec la précédente. Tout est heureusement combiné et balancé dans le dessin de cette plaque et la boucle appartient bien au système fretté et entrelacé qui décore les autres parties de ce petit même. La dissemblance existe surtout dans les trois zones du bas de la plaque *.
XX. Fibules quadrilobées. — Fibule trouvée en 1909 (fig. 4420) parmi les débris contenus dans un cercueil de pierre, depuis longtemps violé, extrait du sol sur l'emplacement de l'ancienne église abbatiale de Saint-Pierre-le-Vif, de Sens. Cette fibule se compose d'une plaque d'or, ornée de pâtes de verre l 126. Fibules quadrilobées, D'après Huit, archéol. du Comité, 1913, pi. u, Qg. 1-2. monument !. Ce n'est pas, du reste, la première fois que cette plaque est signalée : M. l'abbé Cochet en a trouvé une autre à peu près semblable, pourvue de sa contre-plaque, dans les fouilles de Londini. L'emploi des caractères arabes dans l'ornementation chez et de filigranes. Le bijou est d'un style géométrique bien connu, combinaison d'un rectangle et d'un quadrilobe dont les parties rentrantes sont remplies par les pointes du rectangle. Avec de la bonne volonté, les peuples chrétiens de l'Occident, dans Revue archéologique, que et archéologique, ln-S Dieppe, 1864, p. â33. — ' W. M. Wylle, lair/ord Graves, lu l. i>vi,tci. 18 >2 p. Ij, pi. m, fit ;. 2 et S. cela peut offrir un type cruciforme. Les branches formées par les lobes ne sont pas égales, et elles mesurent dans un sens 0 m. 050 et dans l'autre sens 0 m. 054, ce dont il est impossible (sans un instrument approprié) de s'apercevoir. Bien que le revers du bijou n'existe plus, on peut supposer que l'épingle était fixée dans le sens de la moindre largeur afin de donner la direction verticale à la partie la plus élevée.
La fibule de Sens, comme toutes les fibules de ce genre, se composait de deux disques : l'un de cuivre, inférieur, servant de soutien à l'épingle ; l'autre d'or, mais très mince, une simple feuille, rabattu sur la tranche de façon à former boîte avec le disque de cuivre, le vide était comblé à l'aide d'un mastic. Les deux plaques se trouvaient reliées par des rivets d'argent ou de cuivre. Sur le champ de la plaque d'or de notre fibule se détachent en relief neuf pâtes de verre de couleurs diverses, serties dans des bâtes assez minces : au centre, un gros cabochon d'un vert clair translucide ; sur les bords, quatre cabochons placés aux quatre extrémités de la croix et de dimensions moindres que celles du cabochon central : deux ont disparu, et le mastic est resté en place. Les deux autres sont d'un verre bleu translucide. Quatre tablettes de verre, carrées, d'une pâte bleu opaque, alternent avec les quatre cabochons et convergent vers le centre du bijou. Entre les pâtes de verre courent des filigranes faits de fils d'or simples, taraudés de façon à imiter des torsades. Ces filigranes présentent des formes variées : les uns, très longs, suivent les bords arrondis de la fibule et se terminent en se recourbant, d'autres ont la forme d'un 8, ou bien d'un S, ou bien encore d'un O. Enfin, autour du cabochon central et groupés symétriquement, on remarque sept filigranes ayant la forme d'arcs aux extrémités enroulées. Huit petits rivets de cuivre à tête ronde sont fixés entre chaque pâte de verre et le bord du bijou, reliant les deux plaques.
Fibule trouvée à Cherchel (Algérie), et entrée le 17 juin 1893, au Cabinet des Médailles de la Bibliothèque nationale (registre F, n. 6351). Elle est en or, de tonne quadrilobée, mesurant 0 m. 04 sur 0 m. 04 : le disque supérieur est d'or rouge orné, au centre, d'une pâte de verre imitant la topaze et bordé de quatre rondelles dont deux de nacre et deux de verre bleu, et de quatre tablettes carrées, l'une verte, les autres ont disparu (fig. 4426). Ces dernières s'inscrivent aux angles d'un carré. Huit gros rivets irisés sont placés entre les pâtes de verre. La bâte d'or qui maintient le cabochon central semble avoir été rapportée : elle est faite d'or jaune, ainsi d'ailleurs que la feuille d'or rabattue sur la plaque de bronze. Il est tout à fait vraisemblable que cette fibule, dont l'analogie de forme et de décoration avec la fibule de Lens est frappante, a été importée en Afrique. Les rares bijoux de fabrication vandale qu'on connaît jusqu'à ce jour n'offrent aucun trait de ressemblance ni pour le dessin ni pour la technique avec la fibule de Cherchel qui rappelle un type commun en Gaule et dans les provinces rhénanes.
Fibules quadrilobées : elles ne sont pas rares. On peut citer deux fibules de ce type trouvées à Serrigny (Yonne) conservées au musée de Saint-Germain, n. 24935 (E. Barrière-Flavy, Les arts industriels des peuples barbares de la Gaule, album, pl. LXI, fig. 21) ; — une des fibules de Charnay (Saône-et-Loire) au musée de Saint-Germain, n. 34706 (H. Baudot, Sépultures barbares de l'époque mérovingienne découvertes en Bourgogne et particulièrement à Charnay, dans Mémoires de la commission des antiquités du dép. de la Côte-d'Or, 1860, t. V, pi. XII, n. 9 ; E. Barrière-Flavy, op. cit., album, pi. LX, fig. 10) ; — trois fibules trouvées en Suisse, dont deux à Fétigny (canton de Fribourg) et une à Elisried (canton de Berne), conservées respectivement dans les musées de Fribourg et de Berne (M. Besson, L'art barbare dans l'ancien diocèse de Lausanne, in-4°, Lausanne, 1909, pi. XXIII, n. 1, 2, 3) ; — une fibule trouvée à Bendorf (Hesse Rhénane), conservée au musée de Nuremberg, moulage au musée de Saint-Germain, n. 35944.
XXI. Fibules mémoriales. — Fibule découverte en 1887, dans une ancienne sépulture à Saint-Just-D'après Bull, archéol. du Comité des travaux historiques, 1898, p. 298. en-Chaussée (Oise). Cette pièce (fig. 4427) est en argent très pur, à chape double entre les deux lames de laquelle on introduisait l'extrémité du ceinturon de cuir solidement fixé par des clous d'argent. À l'autre extrémité du ceinturon était attaché un ferret d'argent. La chape et le ferret sont ornés de guillochures très simples. L'anneau de la boucle est cannelé, et l'extrémité de l'ardillon est ciselé de façon à rappeler très grossièrement une tête d'animal. Ce bijou peut appartenir au IVe ou au Ve. Sur le plat inférieur, on a tracé à la pointe une inscription sur trois lignes passablement énigmatiques puisque ni le propriétaire de la fibule, ni M. de Lasleyrie, ni E. Le Blant ne sont parvenus à la déchiffrer entièrement. Toutes les lettres ne sont pas également nettes. Les seules qui soient certaines sont celles-ci :
Les autres se composent de traits si déliés qu'ils pourraient bien être simplement des rayures accidentelles.
Bibl. — De Lasteyrie, Rapport sur des monuments de l'époque mérovingienne, dans Bulletin archéologique du Comité des travaux historiques, 1887, p. 298-299.
Fibule découverte dans un tombeau à Wittislingen en Iusière. Argent ; au revers on lit cette formule :
Fibule trouvée dans une tombe à Anguilcourt-le-Sart, canton de La Fère (Aisne). Le cimetière il l'occupation du pays par les Francs ; une tombe, plus récente que ce cimetière, contenait une fibule de bronze étamé à plaque ronde, comme on en rencontre assez communément dans les tombes de femmes du VIIe. La plaque CI in. 4428, 1 ) est munie de trois clous à tête bombée qui rattachaient à la Fibule d'argent trouvée à Casteldavio près de Mantoue, sur laquelle on lit (lig. 4428, 2) :
QVIAAILA VIVAS IN AEO +
Le nom propre Quiddila rappelle BaduiUi, Suinlila, Totila, Llfila et autres noms goths. En outre Cassiodore nous a conservé le texte d'une proclamation pur laquelle le roi Athalaric notifie aux habitants de Reate et de N'ursia, dans la Sabine, la nominal ion d'un gouverneur prier, qui porte précisément le nom de Quiddila, mais orthographié Quidila '. R. Mowat observe ingénieusement que celte fibule a pu être épinglée sur un vêtement offert en cadeau, auquel elle avait servi en quel que sorte de carte d'envoi. On sait en cllet qu'il était d Urir aux officiers des vêlements de luxe. Les empereurs Claude II, Auiclien, l'robus alors qu'ils étaient génér aux ou simp les tribuns avaient revu de l'empereur Valérien di sents de cette sorlc, accompagnés de fibu les précieuses : tac, | :v argenteai inaurutis duos, flbulam auream cum acu cgprea unam :. ■ uverneurs de province ont Imité ces libéralités impéria les. L'inscription de Vieux nous apprend que Ti. Claudius Paulinus légal de I lonna Chlamijdein canusinam, dabnaticam laodiceam, flbulam aureai.i cum gemmis au vidueasse T. Senniu lennis qui avait servi sous ses ordres. ceinture de cuir ou de tissu ; elle est décorée d'une double bordure de dents de loup. Celle ornementation se répète sur l'anneau de la boucle et sur la tête de l'ardillon où elle entoure une tèle barbue et chevelue. Deux autres tètes de même style barbare se volent sur la pla que. Une croix du type appelé croix latine i indi que suffisamment la religion de la défunte, car il n'est pas douteux qu'il s'agisse d'une femme puisqu'on a retrouvé une épingle a cheveux dans la région du cou ou de la tète.
Dans les parties du champ de la pla que laissées vi des entre les tètes de clou el la croix, mi lit l'inscription suivante, en be aux caractères romains : tuilcourl-le-Sart, canton d<- La Fin f lisne), Bulletin archéologi que du i hislot i p .1.
Fibule i rouvée en I 896 villa i di Mo iti eourtI .i/ciuilcs, canton de Saint-Simon (Aisne), a un pas d'un cercueil û ore, Vartar., Polllo, Claud., xiv.
■ Tr.l.elliu » mort se trouvait une fibule en bronze étamé de forme triangulaire, ornée de cinq clous à tète ronde dont un seul s'était conservé (fig. 4428,4). Sur le champ une sorte de longue hampe coupée d'un croisillon qui représente très vraisemblablement une croix de procession sur les branches de laquelle étaient fichés deux cierges. Ces sortes de croix n'étaient pas rares à l'épo que barbare et nous en avons déjà fait mention dans le Dictionnaire. Mais il est difficile de dire si le losange avec une croix inscrite qui se voit au sommet faisait partie de cette croix, un peu à la façon dont on surmonte aujour d'hui la hampe d'une bannière par un symbole découpé, fer de lance, couronne, croix, etc. Quoiqu'il en puisse être de ce dernier point, la fibule de Montescourt date assurément du VIIE, peut-être du commencement du vme, car on la trouve pres que exclusivement dans les dernières sépultures habillées et ornées.
Fibule probablement chrétienne trouvée dans une sépulture à Aiguisy (fig. 4428, 3). Elle porte l'indication de son possesseur REGNOVEVS, nom dont la troisième lettre, qui semble tout d'abord un S surmonté du signe abréviatif est en réalité un G, tel qu'on le retrouve sur des inscriptions d'Auch et de Narbonne.
Fibule trouvée, en 1881 dans une tombe de Wittislingen (Bavière) et qui nous offre le plus riche spécimen connu de fibule digitée (fig. 4429). Ce Joyau est entièrement recouvert, même dans la partie ansée, de niel les, de filigranes, et de pierreries. Le revers était composé de deux plaques réunies par la partie recourbée. Celle qui correspond à la tête semi-circulaire et à laquelle l'aiguille était fixée par une charnière, man que malheureusement. L'autre porte l'inscription ; elle est divisée au milieu par un serpent en saillie dessous la tête duquel la pointe de l'ardillon venait se loger. Voici le texte :
VEEI VIVAT LIX 1NO NERE CAPT EAVMPOT El AEL A Tl VIA EA P »i
S A
AO
Uffila vivat in D(e)o, filix, inocens funere capta quia vire dum potui fui fui fîdelissema tu.... Bibl. — J. de Baye, Le tombeau de Wittislingen au musée national bavarois (Munich) dans Gazette archéologi que, 1889, t. xiv, p. 22-23, pi. v et vi.
XXII. Fibu les a devises. ■ — Fibule de bronze, ornée de deux petits lions couchés ; larg. 0 m. 035 : i ?ii((. épigr. de la Gaule, 1886, t. iv : p. 150 ; Mém. Soc. Anliq. France, 1888, t. xlix, p. 23, n. 1. Fibule d'argent trouvée à Éclane, Italie :
TEOAA BIVA
Corp. inscr. lat., t. ix, n. 6090' ; Ment. Soc. anl.q. France, 18S8, t. xlix, p. 24, n. 2. Fibule d'argent trouvée à Éclane :
LVCI • RATELLI FAMOLA •
Fibule de bronze trouvée à Bénévent :
Fibule d'argent, trouvée dans un « ancien cimetière du Maine • (fig. 4430) :
E. Hucher, Lettre ù M. de Caumont au sujet d'une fibule mérovingienne à inscription chrétienne, dansBulletin monumental, 1854, t. xx. p :iG8-373 ; Cochet, Xormandie souterraine, 2' éilit.. p. 270 ; E. Le Blant. Inscript, chrét. delà Gaule, 1. 1, p. 104, n. 198a, pi. x\n, fi c. 138 ; M. Deloche, dans Revue archéologi que,188t>, 3« série, t. vi, p. 321 ; Mém. Soc. anliq. France, 1888, 1. xi.ix, p. 26, n. 16, Fibule de bronze étamée, trouvée à Niort (DeuxScres) :
SI • ME • AMAS • VENI
Parenteau, Catalogue de l'exposition de Nantes, n. 73 ; Bull, de la Soc. nal. des anliq. de France, 1872, p. 139 ; Mém. Soc. Anliq. de France, 1888, t. xi.ix, p. 27, n. 19.
Fibule de bronze étamé, trouvée à F.tap les (est-elle chrétienne ?) :
ESCIPE SI AMAS
F.zcipe si amas, c'est-à-dire : « Acceptes si tu m'aimes. • D'après F. l.e Blant, Nouv. recaeil des inscript. de la Gaule, 18112. p. 71, n. 51.
Y. . !. Vaillant, Note sur une fibule a devise trouvée <r Etap les, dans Bull, de la Commis !, des anliq. dé parient, du l'us-de-Calais, 1887 ; Mém. Suc. anliq. France, I. xi.ix. p. 28, n. 20.
Fibule de bronze trouvée ;i Bouvines, (Nord) ; inscription en lettres pointillées (est-elle chrétienne ?) :
Fibule de bronze émaillé, de forme ovale, trouvée à Reims (Marne), conservée au musée de Saint-Germain-en-Layc :
A cet fibu les, Mowat ajoutait de formule ! plus bana les : un nom propre suivi du souhait : Vivat (Corp. inscr. lat., t. ni, n. 16 ■ '■', 6016 ) ; ou bien : utere fellx vivas (t. m, n. 6016')i ou bien encore : ulerc /dix (t. m, n. 6016 ',6010 », 8122« ), etc., etc. Il annonçait enfin « une monographie complète dis fibu les a inscriptions » par M. MaxeW'crly.
Une agrafe probablement du vu » siècle, trouvée dans le cimetière franc du lieu-dit Monl-dc-1 termes (Oise) oflre un aspect extrêmement barbare. Sur une mince feuille d'argent, on a figuré, au centre, une croix pattée, accostée de rame aux et de feuil les, surmontée des images du Soleil et de la Lune. Dans la partie supérieure de l'agrafe on lit ces mois (flg. 4431) :
VAT QVI FECIT simple abréviation pour valeal qui fecit. Cette acclamation est fréquente sur les estampil les doliaires, D'après Le Blant, Inscript chrét. de la Gaule, ainsi qu'on l'y a fait voir dans le recueil de Mariai. Sur un vase anti que de Cologne on lit : vivat qui ficil.
Ardillon de fer plaqué d'argent portant la ti Christ et le vocable EMMANVEL, demi l'interprétation est noblscum Deus (voir fibule nu Bourgogne porte au revers une inscription runiq Une fibule trouvée à La Balme et sur laquelle on voit deux personnages dans l'attitude de la prière (fig. 4133). Quant au déchiffrement de la légende, il faut en laisser le plaisir à l'ingéniosité du lecteur qui découvrira.... Dominas... Justina et peut-être autre chose encore.
XXIII. Fibui.es a monogrammes. — ■ Fibule en cuivre, trouvée à Cartilage, colline Saint-Louis en 1892, portant un monogramme byzantin (fig. 4434).
Fibu les de type analogue, également ornées d'un monogramme byzantin, faisant partie de la collection du British Muséum, provenant de Medinet-elFayoum, d'Athènes, ou d'Egypte (sans désignation plus précise). Une de ces fibu les représente un animal avec un croisillon sur la tète, d'autres, un dis que, une croix, un ovale, un rectangle ; la plupart conservent leurs alïiquets.
Fibule de cuivre trouvée à Cartilage vers 1910. « La boucle, en l'état actuel, se compose de deux parties, l'une ovale, l'autre hexagonale. L'ovale, disposé verticalement dans le sens du grand axe, mesure environ 0 m. 022 sur 0 m. 016. Le revers est fruste et n'a ja mais été décoré. Sur la face, au-dessous d'une croix grec que et dans un cadre ellipti que, tout le champ est rempli par un grand monogramme latin, Au centre, un grand N, à gauche, R.£ ; en haut, sous la croix, un O ; en bas, A.V. et S. : à droite, B et TNous lisons Renobatus, pour Renovatus, nom très commun en Afri que. A gauche de l'ovale, un hexagone pres que régulier (environ 0 m. 01 de côté) qui, dans un cadre également hexagonal, présente l'inscription suivante : h e i m c eu p lettres d'environ 0 m. 004, de basse épo que et très nettes. La lecture est absolument certaine. « A droite de l'ovale, on constate une cassure, dont la longueur correspond exactement a celle de l'attache de gauche. Évidemment, a l'hexagone conservé de gauche faisait pendant à droite un autre hexagone, de mêmes dimensions. Tout porte à croire que l'inscription grec que continuait dans la partie droite et perdue de la boucle. Nous proposerons, avec les réserves nécessaires, les lectures et restitutions suivantes : b) J- 'H El !J.[ocp|j.év7) ai wp[a u-éve : c'est-à-dire : « L'heure fixée par le destin t'attend. « « D'après la forme des caractères et des symbo les la boucle est postérieure au début du Ve, probablement de la période byzantine. » XXIV. Fibu les a symbo les. — Fibule de bronze trouvée dans une sépulture barbare le long de la voie D'après Bulletin de la Soc. mit. des antiq. de France, 1878, t. xxxix, p. 207. romaine qui conduisait au Petil-Saint-Bernard (fig. 4435). Longueur totale, 12 centimètres. Pla que gravée, boucle gravée et ardillon ciselé. Le motif de la décoration principale est un orant debout. On le rencontre maintes fois sur les monuments de cette espèce, mais toujours il est possible d'y reconnaître le prophète Daniel (voir ce mot) grâce à la présence des deux lions. Sur la boucle on peut lire des caractères sans suite.
Fibule en ivoire trouvée dans une tombe de l'église Saint-Cyr à Issoudun. Celte boucle est en deux parties assemblées au moyen d'une charnière, la pla que restant fixée à la ceinture. La pla que porte une croix ornée avec A et tû suspendus à ses branches et un gritïon en arrêt. L'extrémité de cette pla que est refendue par une rainure profonde de 0 m. 013 et destinée à recevoir l'extrémité du cuir ou du tissu de la ceinture que traversaient deux rivets de mitai encore existants. Trois millimètres plus loin que le fond de cette rainure s'ouvre sur la branche latérale supérieure un évidement long, long de '< m. 041 sur 0 m. hit de profondeur, fermant par un coulisseau en ivuire qui est conservé cl qui se meut dans une rainure dont il ne peut sortir que lors que l'on a 198 ; pour la boucle de Salnt-Étienne de Coldres, cf. Désiré Monnier, dans Annuaire du déparlement du Jura pour 1841, pi. ni, p. s : ; : A. Buhot de Kersers, llouclt mérovingienne découverte en 1S77 à Issoudun, dans Mém. de la Soc. des anliq. du Centre, 1S77. t. \n, p. 243. L'origine de la pla que de ceinture de saint Césaire démonté la charnière unissant la boucle a la pla que. Cette cavité était sans dinde aménagée pour rei des reliques. E. Le Blant a justement rapproi monument mérovingien de la Dbule de la ceinture de e d'Arles (voir Dirtion/i., t. i, col, 291 et d'une fibule en bronze ornée de dragons découverte dans le cimetière de Saint-Étienne de Coldres (Jura i n'esi pas d'une attribution aisée. La techni que et le sujet semblent 1res étrangers aux ru des artistes barbares auxquels nous devons les Bou les ou plaques niure d'une grossièreté d'exécution souvent inimaginable. Il est vraisemblable qu'on peut le rattacher au groupe des fibu les burgon des avec lequel saint Césaire fut en contact fréquent. Mais ce qui importe plus c'esl le type vaut a attacher le ceinturon, l.a ceinture était la iic du \ élément barbare ci sousent la plu e, Tout ce (pic le guerrier ou la femme avait à garder à portée de sa main, il ne le mettait pas dahs des poches, il l'attachait à sa ceinture en sorte que celle-ci devait être particulièrement résistante, cuir ou tissu, et le poids de tout ce qui y était suspendu devait nécessiter des bretel les qui faisaient porter la charge en partie sur les épau les.
Toutes ces fibu les burgon des paraissent se répartir en trois groupes : celui des monstres affrontés, celui de Daniel, celui des serpents entrelacés. De l'exécution il y a peu de chose à dire. Quant l'ornement est géométri que, on a souvent à admirer le goût, l'adresse de l'artisan, la ténuité des traits, la grâce souple ou la combinaison ingénieuse des lignes et des figures. En passant au règne végétal, il est rare qu'on ne s'aperçoive d'une déchéance sensible, mais la plante stylisée est encore une manière de géométrie, pour laquelle la fantaisie sauve l'ouvrier du devoir de l'exactitude. Dès qu'on arrive au règne animal, il faut s'attendre à tout et il serait plus exact de dire : le règne des monstruosités. L'homme et les anim aux souffrent tout : mais, une fois de plus, en stylisant à outrance, on rendait moins intolérable ce dessin qui n'a de comparaison que dans les ébauches de nos écoliers. On en a vu des spécimens représentant Daniel (voir ce mot), (fig. 4435). Les lions, à force de s'étirer, se transforment en dragons et dès lors il devient possible de leur infliger toutes les déformations imaginab les, mais l'homme, le malheureux Daniel a perdu toute apparence humaine.
Les Burgon des sont-ils allés chercher ce motif au nord de l'Europe, sur des monuments tels que le cas que d'Oéland (Suède) qui représente la lutte d'un homme contre deux ours. Nous ne le pensons pas, pas plus qu'ils ne seraient allés en Egypte, s'inspirer de la représentation de saint Menas entre les deux chame aux. A l'épo que où les Burgon des décoraient leurs fibu les, ils ne regardaient pas vers le nord, ils étaient solidement fixés en Savoie, ils étaient chrétiens et leur symboli que était celle des catacombes et des sarcophages à qui ils empruntèrent le Daniel entre deux lions. Tout comme les monstres buvant dans un vase procèdent d'un type classi que dont on rencontre déjà une déformation accentuée sur un sarcophage de Charenton-sur-Cher. L'épisode de Daniel est celui qui a frappé le plus vivement les Burgon des et qu'ils ont reproduit infatigablement.
XXV. Fibu les circulaires et polygona les. — Ce ne sont pas les plus nombreuses, mais quelquesunes doivent être comptées parmi les plus riches. El les ont pu servir de fibu les ou se transformer en médaillons. On en rencontre un choix magnifi que en Italie à Cividale (voir ce mol), à Castel Trosimo, à Nocera Umbra. Cel les qui ont été trouvées dans ces deux dernières localités diffèrent tout à fait comme type et comme techni que des fibu les barbares et montrent que l'art latin a voulu lutter — et avec succès — contre une mode représentée par des monuments d'une grossièreté surprenante. Une fibule trouvée à Testona et conservée au musée de Turin n'a cependant utilisé que les éléments décoratifs chers aux orfèvres barbares, cerc les, triang les, etc., et avec bonheur. A Cividale on rencontre la fibule en forme d'S (voir Diclionn., t. in, col. 1822, fig. 2696) et la fibule ronde (fig. 2997). Mais c'est surtout à Castel Trosimo que ces fibu les ron des sont remarquab les (fig. 4436). L'idée décorative est constante : c'est un joyau central d'où rayonnent des cabochons, mais tandis que sur une fibule le joyau est ovale, sur une autre il est circulaire, sur une autre encore c'est une croix ou bien c'est une étoile. Les cabochons qui s'alignent en cercle sont ronds ou carrés, mais ronds de préférence et ce sont des pierres d'une seule pièce, D'après Barrière-Flavy, Les arts industriels, 1901, t. I, fig. 41. ou bien plusieurs pierres serties dans un cabochon uni que. Les enroulements en filigrane sont d'un emploi constant. Au musée de Vérone on conserve également une belle fibule d'or, sertie jadis de pierreries (fig. 4437).
On a écrit avec raison, que ces fibu les représentent la catégorie la plus parfaite des ouvrages de la bijouterie barbare. C'est, sur un fond d'or ou d'argent, un étincellement de cabochons, de nacres, de verres en table ou à facettes produisant l'effet le plus artisti que.
La fibule circulaire, ordinairement de petites dimensions, cloisonnée de grenats, bordée souvent d'une nielle, est d'origine orientale. Le plus ordinairement, elle figure une fleur, une marguerite des prés comme à Harmignies, à Pry, à Anderlecht, à Franchimont (Belgi que), à Armentières, à Barleux, à Etinchen, à Ercheu, à Marchélepot, à Anguilcourt-le-Sart, a Eymet-sur-Dropt, à Alzey, à Freilaubersheim, etc. Parfois elle est simplement divisée en compartiments réguliers disposés symétriquement par deux rangées rayonnant autour du centre, comme à Molain. à Breny, à Caranda, etc. Ou bien encore, on voit aes dessins agencés autour d'un trèfle à quatre feuil les émaillé, comme à Ercheu, à Herpès.
Les fibu les circulaires ou bien dérivées de la forme circulaire, ont offert des exemplaires merveilleux trouvés en Gaule et dans l'Europe centrale. La broche ronde ou quadrilobée est recouverte d'une feuille d'or chargée de filigranes tressés formant des 8, des S, de petits annclets disposés de façons variées et figurant quelquefois un svastika, quelquefois untriquètre ou tout autre signe symboli que. En outre, des battes fixées à la surface de la broche reçoivent des verroteries colorées, bleu, rouge, fa une pâle, \ert, des quartz hyalins et des fragments de nacre. Ces cabochons affectent les formes les plus variées, ron des, carrées, ova les, triangulaires, losangées, en otel les, en quatre feuil les, en croissants, en demi-cerc les ; il en est même qui reproduisent des sujets tirés du règne animal : un poisson (à Jouy-le-Comte, Seinc-et-Oisc), un rapace (à Baslicux, Meurthe-et-Moselle).
Les plus bel les fibu les de ce type sont cel les de Baslieux, Molain, Caranda, Yimy, l.iverdim, SaintJean-du-Yieil-Aitre, Béth une, Cesses, Pleurs, Montreuil-sur-Mer, Délie, Pinethun. llardcnthum, Uzelot, Wizemes, Waben, Wing les, Lens, Barleux, Serrigny, Bazoches-les-Galieran des, Caudcbec-les-Elbeuf, Charnay, Fontaine-sur-Marnc, Farges-les-Macon, SaintÉticnne-de-Coldres. etc. En Belgi que, a Anderlecht, a Harmignies, à Franchimont, à Jamiollcs, à Éprave, à Bognée, a Wancennes. — En Rhénanie : Bendorf, ilm, Antisheim. Sprendlingen, Weissenthurn, Andernach, Wiesoppenheim, Engers, Odratzheim.
D'après Bull, de la Soc. nul. des tmliq. de France, 1905, l. lxy, p. 226, Gerstheim, à Bixheim, Turckhcim, etc. — Dans le Grand-Duché du Luxembourg, à Greisch. — En Suisse. à Bois-leVaud, à Fétigny, à Bassecourt, à Grenclicn, a rlobberg, à Lûsslingen, à Kaiser Augst, à Elisried.
11 existe des fibu les en bronze, ornées de quelques traits, dépourvues de dorures, de filigranes et même de cabochons, dont le centre seulement est bombé et orné quelquefois d'une pierre colorée. Leur importance artisti que est trop peu considérable pour justifier ici une Ion ui énuméi al Ion.
En Lorraine et en Rhénanie, on a rencontré des fibu les circulaires d'un type particulier. El les sont en 1er, pourvues d'un bouton central semispliériquc et complètement damasquinées de fils de laiton ou plaquées d'argent. On rencontre des plaques de ceinturon d'un travail analogue dans les nécropo les franques du nord-est de la Gauli (fl I 138).
Sur certaines fibu les l'ornementation consiste dans les contorsions d'un serpent : c'est là un sujet d'inspiration Scandinave, qu'on rencontre fréquemment en Allemagne et en Rhénanie ■ mais ja mais sur le si 1 de la Gaule. Les uns offrent un dis que aplati du côté de l'épinglette, de telle sorte qu'el les ne pouvaient remplir l'usage de broche, el les servaient simplement de décoration *. Les autres ont certainement servi à fixer un vêtement, probablement el les se portaient sur les épau les. Tantôt, el les présentent une pla que supérieure en fer, ornée par la damasquinurc ou le placage, reliée par des rivets à une seconde pla que, ordinairement de bronze, qui supporte l'épii tantôt c'est une délicate empreinte d'animal fantasti que, de de torsa des, parfois même de grossières monnaies romaines, sur une feuille d'argent ou d'or, qui est fixée a l'aide d'un mastic sur le dis que de fer ou de bronze qui constitue la broche.
Les fibu les discoï des plaquées ou damasqi : sont cantonnées en quel que sorte dans les pays alamanniques. Lindenschmidt leur trouve une affinité assez grande avec fis ouvrages romains de ce gei Les plus intéressantes de ces broches ont été recueillies à Freilaubersheim et Ebersheim, à Meckenheim, à Nieder-Breisig, à Heddesheim, près Ladenburg, a Dietersheim, à Biebrich-sur-le-Rhin, à Pfahlheim, à Neuwied, dans les environs de Darmstadt.
XXVI. Fibu les ii i — Fibule d'argent trouvée à Mézièrcs-lès-Yic (Meurtrie), au diamètre de 0 m. 052, conservée au musée de Nancy. C'est une feuille estampée représentant une figure de race, assise, tenant un sceptre de la main gauche et une Victoire sur un globe dans la main droite. Autour on lit (fig. 4439) Le cercle est bordé d'un grènetis, dans lequel pénètrent en quatre endroits différents, les clous qui fixaient la pla que d'argent sur le dis que de bronze constituant la fibule. Le type a été copié sur une monnaie de Priscus Attalus, créé empereur par Alaric, en 409. Mais au lieu de la formule Invicia Roma, qui se lit sur les piè ces de cet empereur, l'ouvrier a mis le souhait ulcre felix qui s'adresse à l'acquéreur.
La mode est ancienne de l'adaptation des monnaies d'or ou d'argent pour en faire des bijoux. • Après avoir formé des colliers avec les deniers romains, les piè ces byzantines et même les deniers gaulois tout simplement percés, on voulut faire des bijoux francs ori| m aux, mais on n'arriva à produire que des objets barbares dont l'aspect révèle une absence complète de goût et d'habileté ; et cependant les prétendus artistes qui les fabriquaient n'hésitaient pas à les signer. On trouve assez fréquemment dans les sépultures franques des fibu les, les unes ornées de têtes humaines de profil ou de face, accompagnées de légen des. Parmi cel les-ci, il s'en rencontre (pie l'on peut déchiffrer et d'autres où des lettres semblent semées au h pour former un trompe l'ci-il. Sur un dis que en l qui forme le corps de la fibule est fixée une lami ou d'argent, très mince, sur laquelle a clé estampé le sujet que l'on a la prétention de représenter. > Les profils d'empereurs se sont ainsi trouvés faire un service assez imprévu cl il est curieux de voir les têtes d'Antonin et de Marc-Aui une croix. gravées par un artiste franc. Certaines monnaies mérovingiennes présentent un profil avec une croix devant (lig. 4440, 1).
Dans l'ornementation î les fibu les franquei remar que assez souvent des effigies 'le p historiques cl des légen des empruntées ;i la numismati que officielle, mais modifiées ou altérées au point d'être indéchiffrab les. On a lu plus haut cet • INVICTA ROMA VTERE FELIX. on peut en procher la I ert, roi du Ken IMPERATORI. A Thuillies, près de Thuin (en Hainaut), c'est un AVRELIANO inconnu (fig. 4440,2). Le cimetière de Liverdun a rendu, entre autres objets, une fibule portant la légende OAVIVAED et des traits informes qui n'en ont pas moins la prétention de représenter un visage (fig. 4440,3).
Une fibule de Monceau-le-Neuf (Aisne) est signée 4AGLEBERTVS FICIT OGO ces trois dernières lettres peuvent vouloir dire ego ( ?) (fig. 4440,4). Quant au visage qui s'y trouve figuré il n'a d'humain que la prétention de l'être.
Fibule d'argent, à rosace centrale entourée d'une signature CRIMOALDVS FICIT AOA (fig. 4440,5), trouvée à Liverdun (Meuse) ; et à Pornpey (Meurthe) fibule semblable avec ces mots GRIMOALDVS FICIT RICI. M. Pillov a mentionné une fibule avec INCELKJSfte dès la plus haute antiquité '. Suspendues au moyen d'une bélière dans le nord, el les se modifient dans le sud, pour devenir l'agrafe que l'on retrouve dans quelques stations barbares de Belgi que et des bords du Rhin. Lindenschmidt les désigne comme de remarquab les pendeloques de collier 3, et il passe en revue les bractéates les plus intéressantes de sa connaissance, et où il est souvent difficile de distinguer l'image que l'artiste a voulu représenter. C'est tantôt un buste d'homme ? comme à Freilaubersheim, à Wieuwerd ; tantôt une reproduction d'animal plus ou moins fantasti que, quadrupède ou oiseau, comme sur les bractéates des musées de Ratisbonne, d'Hanovre et de Karlsruhe *.
Les plus bel les bractéates ont été recueillies dans les cimetières francs de la première épo que et ils semblent
4-140. — Fibu les iconiques. D'après Rec. des méni. du centenaire de la Soc. nat. des Ant. de France, 1904, p. 27-31, fig. 1-
DVS FICIT et à Sery-les-Mézières (Aisne) fut découverte une fibule entrée depuis au Cabinet des médail les. Autour d'un buste tourné à droite et qui rappelle les triens francs les plus barbares, on distingue une série de lettres qui, paraissant jetées au hasard, ne présentent pas un sens appréciable ; il me semble apercevoir un groupe de lettres qui donne LVDIACO. puis les caractères avant et après qui font penser au mot FICIT.
XXVII. Fibu les bractéates. — Alasériede fibu les que nous \enons de décrire se rattachent les bractéates. On désigne sous ce nom des bijoux originaires des pays septentrion aux, le Danemark et la Scandinavie, formés d'un dis que en bronze portant au revers une épingle d'attache et, sur la face, une feuille 4'or ou d'argent fort mince, ornée au repoussé d'un sujet barbare, le plus souvent d'une imitation de monnaie contemporaine '. M. van Bastelaer les considère comme des marques honorifiques employées avoir été apportés par le courant salien. Il est à remarquer en effet qu'aucun de ces bijoux ne s'est rencontré dans les riches cimetières de la rive droite de la rouvées à Gougnies et à Thuillies.
D'après Barrière-Flavy, Arts industriels -Meuse, comme ceux de Samson, de Spontin et de Furfooz, dont le mobilier empreint d'une influence romaine dénotait plutôt un courant de l'Europe centrale '.
I.e musée de Namur avait formé une collection exceptionnellement riche et intéressante de bractéates et dans le nombre une broche plaquée or. où on voit l'imitation d'une monnaie byzantine, et qui a été trouvée au cimetière du Tombeau a Franckimont '. A Jamiolle, une bractéate oITre la représentation d'un personnage qui semble tenir une arme ; cette broche a été recueillie dans une tombe de femme 3. A Wancennes, deux bractéates d'or, dont le sujet est indéfinissable, ont été trouvées sur les restes d'une femme. A Saint-Gérard, dans les sépultures aux Masis, on a rencontré plusieurs bel les broches dont la feuille d'or qui les décorait ne portait qu'un encadrement finement orné. Le centre restait ville '. D'autres bracont été trouvées à Gougnies et a Thuillies, (broche et pendelo que) (fig. -1111) offrant une siêre imitation de médaille romaine s.
Un peut encore signaler les bractéates de Dotzheim, Une belle bractéate trouvée a Dotzheim, près Wiesbaden porte cette légende :
XXVIII. Fibu les a umbo. — Fibu les provenant d'un tombeau de femme isole, découvert a Baslieux (Meurthe-et-Moselle) et entrées au musée de SaintGermain-en-Laye en 1892. Se composent de deux disques min ces, l'un en bronze, l'autre en or, réunis par des rivets d'argent '. Ces petits monuments ont fait l'objet d'une description qui ne peut qu'être citée intégralement (lig. 4442).
Dans la plus grande des deux fibu les (0 m. 06 de diamètre) les têtes des rivets, assez petites el noircies par le temps, semblent serlics dans un anneau de filigrane d'or. Dans la seconde, les tries sont plus larges, paraissent écrasées (l'une d'el les même est fendue) et mordent sur la natte de Gligrane qui décore le tour de la fibule ; le travail est inoins soigné. La partie centrale, limitée dans les deux cas par un cercle
4 112. — Fibu les à umbo, trouvées a Baslieux. D'après Revue archéologi que, 1899, pi. 10-11.
d'Engers, de Virnheim avec figurations humaines ; cel les de Frielaubersheim, d'Abenheim, d'Obrigheim, de Sinsheini, d'Andernach, avec anim aux fantastiques et de plus petits disques ou triang les décorés de dessins quelconques, souvent filigranes, pourvus de bélièrcs et rencontrés à Wurmlingen, a Charnay, à Bassccourl, etc.
Les bractéates de tontes dimensions se rencontrent aussi dans les sépultures alamannlques. Il faut signaler les bel les piè ces provenant de Nordendorf, deux de Keichenhall. Leur épaisseur est celle d'une feuille de papier, mesurant U m. 02 de diamètre, el les offrent une grossière imitation de médail les romaines d'Anastase ou de Justinien au type de la Victoire . I alors le modèle le plus répandu dans toute la Gauli barbare. dicouoerta en Bourgogne el particulièrement a cimmag, de filigrane, qui est double dans la grande libule, forme un cône très évasé. El les ont l'aspect d'un bouclier muni de son umbo. Un gros fil d'or fileté borde la circonférence des deux fibu les. Des motifs en filigrane, soudés sur la surface d'or en décorent le champ. Le filigrane dont s'est servi l'orfèvre n'est pas formé comme celui qu'emploie la bijouterie i lerne de deux fils métalliques tordus ensemble '. (Test un lit simple, fileté : bien que le travail soit très fil pect des parties où il est moins uniforme, ne laisse aucun doute sur sa nature. Il y a mieux encore. Dans une fibule du musée de Saint-Germain (34224) provenant des Antennes, le filigrane est remplacé par une étroite bande d'or grossièrement estampée ' . 1 • Obo les de Charnay présentent une autn filigrane : c'est un ruban d'or laminé et tordu ensplln-l°. Dijon, 1860, p. !.« > ; I. indensrluni.lt. AllerhOmer, t. I, fnsc. 1, pi. vm. n. I. 1 lans une des M, nies ,|e ( hnriuiy la pla que de bronze est retenue par les i> »r<is rabattui .le la feuille supérieure. Ailleurs le rebord de la pla que intérieure encadre la pla que supérieure ' I i ■ .pieinnient employé dans l'antiquité ; \ ..ir au musée de Salnt-Gennaln (22246) une pla que d'or provenant de Chypre, di <lc rince aux en liliurnii. I 'antiquité a raie, assez irrégulièrement d'ailleurs ', mais la plus grande partie des fils sont semblab les au filigrane de Baslieux 2. Sur le champ ainsi rempli se détachent en relief des cabochons de verre bleu foncé, des pâtes verdàtres et des tablettes de verre rouge serties dans des bâtes assez min ces. Les lames de verre rouge 3 apparaissent quadrillées par transparence. El les doivent cet aspect au paillon d'argent sur lequel el les reposent. Cette mince feuille de métal quelquefois unie, mais généralement striée ou gaufrée , se trouve dans pres que tous les bijoux mérovingiens à incrustation de verroterie ; elle rehaussait l'éclat du verre et lui donnait un aspect chatoyant. Le paillon était placé sur une sorte de mastic s d'un blanc sale qu'a laissé à découvert la chute de quelques plaquettes.
La plus petite des deux fibu les (0 m. 05 de diamètre) est aussi la plus simple. Au milieu un cabochon de verre bleu, cerclé de filigrane, forme le sommet de i'umbo ; quatre lobes de mastic et de verre blanc, disposés en croix et quatre rangées plus ou moins régulières de petits anne aux complètent la décoration du cône central. Le reste delà fibule a deux registres concentriques limités par un filigrane. Dans le dans le prolongement des branches de la croix centrale. La pla que de bronze présente trois lignes de points et deux lignes de croix centriques.
L'ornementation de la grande fibule est beaucoup plus compliquée. Le centre est occupé par une croix de pâtes vertes, cloisonnées. Les bras très courts decette croix sont prolongés par des arcs de filigranes, adossés à des croissants de verroterie. Entre ces bras rayonnent quatre triang les de verre rouge dont la pointe s'appuie sur d'autres arcs de filigrane. L'uni que registre du pourtour est décoré d'abord par trois oise aux en verre rouge cloisonné, qui alternent avec trois cabochons de verre bleu, flanqués d'une rondelle de verroterie rouge e. Ces six figures sont séparées les unes des autres par six motifs en filigrane, qui alternent deux à deux. Les plus notab les sont des swastikas ; les autres sont, deux à deux, un arc et un arc aux pointes enroulées dont l'intérieur est rempli de filigranes.
Fibule de Charnay, du type appelé fibule à umbo D'après Revue archéologi que, 1899, p. 370, fig. 5, p. 369, fig. 4. registre intérieur, des S séparés par des anne aux rayonnent autour du centre. Le registre extérieur est décoré par une natte, assez grossière et assez lâche, de fils d'or, qu'interrompent alternativement quatre croissants, dont l'un contient encore une lamelle de verre blanchâtre et quatre triang les de verroterie rouge. Ces figures sont placées aux extrémités de diamètres perpendiculaires, mais el les ne sont pas (fig. 4443). Ces fibu les sont peu nombreuses en Allemagne ; celle d'Alsheim ' n'est cependant pas isolée puisqu'on doit en rapprocher cel les de Lupfen e, de Rosenheim ', de Hahnheim 10, et aussi une fibule d'or trouvée dans le cimetière de Balingen (Wurtemberg) et entrée au musée de Stuttgart ; celle-ci porte une inscription runi que ll, et sur le pourtour quatre swastikas. Ces fibu les de la vallée du Rhin sont décorées principalement de per les de verre bleues, vertes ou blanches ; les cabochons l'emportant sur les lamel les cloisonnées. Parmi ces fibu les rhénanes, celle de Balinghen est la seule qui offre le swastika.
Quant aux fibu les en or, le métal étant trop précieux pour être recouvert par des cabochons ou des ém aux, on les décore de motifs qui rappellent les filigranes des fibu les de Baslieux, ce sont aussi des fdets, des torsa des, des enroulements par exemple sur les fibu les de Freilaubcrsheim ' de Bendrof !, d'Alsheùn ' (fig. llii), de Balingen et de Hahnheim, Les fibu les burgon des offrent en assez grand nombre le tvpe de Vumbo (n. 34700, 34701, 34703, 34704, 34711, 34713 ; 34739). Dans deux fibu les (34700 et 34701) ' la base du cône de Vumbo est enfermée dans un cercle de verroterie cloisonnée. Ces fibu les burgon des font un fréquent usage du grenat et du verre taillé en per les. De plus, on rencontre le croissant de verre rouge s, la croix a branches courtes . le swastika de filigrane ', enfin l'oiseau . A ces fibu les burgon des se rattache une fibule de l'Yonne (mus. de Saint-Germain, n. 3411G) dont le centre est surmonté d'une perle de verre bleu ; des arcs de filigrane l'entourent et huit triang les de verre rouge ou tab les décorent les disques. Ajoutons encore une fibule trouvée à Romans (Drome) (mus. de St-Germ., n. 32814) dont le pourtour porte deux triang les de verre rouge et deux croissants remplis de verre rouge et de verre blanc qui alternent avec quatre tablettes, deux ron des et deux carrées de verroterie blanche ei verte. Même les fibu les carrées burgon des conservent le renflement typi que de l'umfto, lequel est remplacé en Allemagne par un énorme cabochon central. Comparer les fibu les de Besançon , de Barleux « , de Liverdun » et cel les de Freilaubersheim « et de Bendorf IJ.
En Belgi que aussi on rencontre des exemplaires :
Fibule d'or trouvée à Franchimont (prov. de I.iége) présente un umbo limité par un filet de filigrane, garni de quatre triang les de verroterie rouge disposés « ri croix, entre lesquels s'alignent trois rangées d'annelets. Tout autour se suivent des carrés de nacre » et des triang les de verre rouge.
Fibule de bronze trouvée à Franchimont, les cloisonnements d'or des incrustations étaient grossièrement reproduits, les annelets étaient gravés sur la surface du métal et des ban des striées de petites lignes transversa les figuraient le filigrane '*.
IiiBi,. — Béquet, dans Anna les de la Société archéologi que de Xamur, 1882, p. 298, 299 fig.
Des fibu les analogues ont été trouvées dans les tombes du Boulonnais. Tel les sont les trois fibu les de l'incthun « l'une circulaire et deux octogona les ; les plus remarquab les sont les fibu les d'1 lardent hun et d'L'zclot ». L'une d'el les « porte le swastika comme les libu les de Baslieux et de Charnay. Les ligu les du Boulonnais ont cependant quelques particularités : par exemple, dans quatre de ces fibu les les triang les — '• Rrvue archéologi que, 1886, 1. 1. pl. iv, flg. G. — » CourDAult, Sépulture du cimetière mérovingien </<■ Ltoerdun i MeurOu . dans Menu de la Soc. d'arehéoh lorraine, pl. i, n. .« >. — , : Lindenschmldt, AWiertûmer, t. ni, fasc. rv, pl. n, n. G. — » Lindcnsclimidt, Central Muséum, pl. n. n. 11. — décoratifs sont divisés en compartiments cloisonnés « et dans la décoration en filigrane surabonde l'arc aux extrémités enroulées.
Fibule trouvée en 1910, dans une sépulture découverte aux environs de Yittel, entre They-sous-Montfort et Domjulien (Vosges). File est formée de deux disques superposes, l'un d'or, l'autre de bronze I Bg. 4145. 1). La feuille d'or, de colorai ion pâle, mesure 0 m. 05, et semble fixée sur celle de bronze au moyen d'un mastic. Fi les adhèrent ensemble au moyen de huit rivets d'argent à tête arrondie en forme de demiper les, larges de 0 m, vu2. La pla que de bronze, recouverte d'une belle patine vert sombre, est épaisse de n m. 0005 ; comme elle mesure seulement U m. 0457 de diamètre, l'orfèvre a rabattu tout autour les bords de la feuille d'or, de façon à dissimuler, sur la tranche, bronze et mastic. Une bande de renforcement, également de bronze, large de 0 m. 04, épaisse de ii m. 01105, garnissait tout le pourtour du dis que de bronze : les rivets, dont les extrémités sont de ce côté fortement usés, passent au travers, Une épingle de fer :ivcc ressort de même métal serval) à fixer l'objet au ■ tement. La partie centrale du bijou est en relief : elle fonne une sorte i'umbo, en saillie de 0 m. 004, donl le centre devait être orné d'un cabochon. Cet appartient a la même techni que. - - » Halgneré, êrovingtem du Boulonnais, ln-8*, Boi 1868, pl. n, n. 3, l, 6. La fibule :'.. avec ses quatre i dupent l'iunAo rappelle la fluoré de Balingen. Même que pour la fibule 2 de la pl. x. — « Il cft., p. x. 6 fibu les. — >' Ibld., pl. x. Dg. 3. — » Cl de WalbUngen, au musée de Stuttgart, i In Altertnùmer àer dtutschen lltertkumskunde, t. i, i pL s, n. 3. umbo est partagé en quatre sections au moyen de deux petites ban des d'or appliquées sur le fond, et repoussées de façon à donner l'aspect d'une torsade. Un morceau de verroterie, enchâssé dans un triangle isocèle de 0 m. 004 sur 0 m. 0035 de base, garnissait le milieu dechaquecomparliment,deux de ces triang les ont disparu. De petits cerc les, faits d'un fil orné d'un très fin grènetis, sont appliqués en ligne sur la feuille d'or, garnissent l'espace vide compris entre les divisions des secteurs et les triang les. Ces anne aux mesurent 0 m. 001 de diamètre. La partie plate, comprise entre la base de Viimbo et le bord de la fibule, est délimitée par un fil d'or, analogue au précédent et qui d'ailleurs est le même partout. Ici, la circonférence est divisée en huit compartiments par un même nombre de rayons formés chacun d'une baguette en forme de torsade, du modèle de celle qui décore l'umbo, avec cette différence qu'elle est cernée de cha que côté par un fil. Ces baguettes viennent aboutir respectivement à l'un des rivets d'argent servant au sertissage des plaques. Les compartiments sont quel que peu irréguliers, semés ça et là sans ordre, de petits anne aux semblab les à ceux qui décorent Yumbo, de façon à garnir la partie plate comprise entre les baguettes Le type de la fibule à umbo, qu'on retrouve sur la fibule de Bassecourt ' et sur les fibu les de Baslieux mar que, pour ainsi dire, un intermédiaire entre le style représenté par les fibu les germaniques et le style burgonde de Charnay. On en peut rapprocher la fibule trouvée à Totainville (Vosges) ; elle se compose d'un cône d'or entouré d'une ceinture plate, ornée de huit triang les de verroterie rouge et d'annelets de filigrane (fig. 4445.3) (musée de St-Germain, n. 27914) '. Une fibule provenant des Ardennes et d'un travail plus grossier peut en être rapprochée utilement. Au centre une perle d'un bleu sombre. Les triang les et les carrés opposés contiennent des lamel les vertes et rouges. Le dis que supérieur de la fibule est encadré par le rebord de bronze du dis que inférieur. Enfin, une fibule trouvée dans l'Aisne à Fontaine-Uterle ornée de quatre triang les de verroterie rouge et de huit arcs de filigrane se rattache d'un peu loin a la même série 3.
Les collections mérovingiennes présentent un grand nombre de fibu les en forme d'oise aux et quelques poissons, notamment sur une fibule de Jouy-le-Comte séparatives et le motif central de chacun d'eux. Ce motif d'ornementation consiste, dans quatre de ceuxci en un croissant de 0 m. 001 de relief, long de 0 m. 001, large de 0 m. 004 à la partie centrale. Des plaques de verre rouge garnissent les extrémités du croissant et une pierre verte, opa que, difficilement déferminable, en mar que le centre. Les quatre autres compartiments sont ornés chacun d'un cercle dans lequel était enchâssé un cabochon de verre.
Fibule de bronze trouvée à Areuse, (canton de Neuchàtel, Suisse). Elle se compose d'une monture en bronze mesurant 0 m. 035 de diamètre et 0 m. 005 de hauteur, recouverte d'une mince feuille d'argent avec dessin en relief (fig. 4445. 2). L'umbo n'est pas indiqué, mais la décoration est apparentée à celle des fibu les qu'on vient de décrire. Le dessin est assez compliqué, il est formé de -)-, de 8, de S et de V entremêlés et d'un effet assez réussi. A la partie inférieure de la broche adhère un fragment de tissu grossier. Cette libulesedistinguedesautres par l'absence de verroteries.
(Seine-et-Oise) '. Ces bijoux peuvent appartenir à peu près au VIIE ; à cette épo que le symbole du poisson était une survivance qui ne devait plus guère être comprise de personne. L'île remar que ingénieuse a été faite et les fibu les du musée de Saint-Germainen-Laye en confirment l'exactitude, c'est que dans les plus anciennes fibu les, la pla que d'arrêt paraît tournée vers la gauche, lors que, en retournant la fibule, on dirige vers soi la pointe de la broche ; dans les fibu les carolingiennes, et déjà dans un certain nombre de fibu les mérovingiennes, elle est tournée vers la droite. Les fibu les de Baslieux et les diverses fibu les à umbo qu'on en a rapprochées montrent la lame de bronze qui protège la pointe de l'aiguille courbée vers la gauche ; el les appartiendraient dès lors, de façon assez vraisemblable à la deuxième moitié du VI« siècle ou au commencement du siècle suivant s.
L'art qui produisait ces fibu les ne s'affranchissait pas tout à fait des œuvres romaines ou byzantines. Nous voyons par quelques objets trouvés en Hongrie, dans les tombes de l'épo que des invasions que l'art germani que utilisait les éléments de la décoration classi que 6.
M. Hubert observe avec une grande justesse à ce propos que > l'art barbare qui s'est développé sur les fronI iires de l'empire romain et des deux cédés de la frontière ne doit pas être considéré comme absolument étranger à l'art des provin ces limitrophes. Il est remarquable qu'aux deux extrémités de l'empire. là ou a prévalu, à l'épo que des invasions, le goût de la verroterie cloisonnée, on fabriquait aux sièc les précédents des fibu les entaillées que l'on ne rci rouve, pour ainsi dire, nulle part ailleurs (deux au muséi de Vérone trouvées dans l'Adige ; une au musée de Padoue, de provenance locale). Les Bbn les digitées, ■ les ou ornithomorphes, qui caractérisent l'art germani que ne sont pas les produits d'une sorte de génération spontanée. Il y a continuité entre les sty les qui se remplacent : la libule longue, anséc et digitée, paratl être, comme la fibule romaine, un dérivé de la libule de La Tène. Verni des formes de transition qui se rencontrent dans les tombes hongroises (objets provenant des fouil les d'Ostropataka)( (ig. 1 146). Citons ment une fibule gallo-romaine du musée de Saint-Germain, dont la tète terminée par un demicercle annonce déjà les fibu les barbares (n. 11676). Les pénétrations réciproques des techniques romaine et septentrionale dans la fabrication des fibu les ont été mises en pleine lumière par O. Almgren l. Succédant ;i des types schéma ! iques généralement répandus, la fibule digitée. quels qu'aient été ses premiers inventeurs, se rencontre dans toute l'étendue des pays occupés par les Cicnnains. Il n'en est pas absolument de même de la libule ronde. Elle avait également ses prototypes suis doute. Une fibule de Hallstadt a la forme d'un dis que bombé !. Des types semblab les se rencontrent dans les tumulus de l'Allemagne du Sud '. Le musée de Saint-Germain possède une fibule ronde qui provient des tombes de la Marne (n. 18070) i li^. Il 16). C'esl une pla que de fer revêtue d'une mince lame de bronze dont une partie est couverte par une fouille d'or gaufrée et garnie de neuf per les de corail. La fibule de Wargemoulin est un dis que de bronze revêtu d'une pla que dur : il porte deux rari ées de per les de corail '. Mais le type de la fibule en dis que est infiniment moins naturel que celui de la fibule en arc et par suit. m moins répandu. Il est représi . po que romaine par des fibu les en bronze émaillé, trouvées en assez grande quantité le nord et le nord-est de l'ancienne G Des fibu les de la même espèce en moindre nombre. mais d'un travail plus parfait peut-être on vertes dans la Russie méridionale 6. Les anciennes fibu les émaillées furent recherchées par les ™> ahisseurs. On en trouve assez souvent dans les tombe aux de l'épo que des Invasions '. Or il semble bien « pie. du moins dans l'Europe occidentale, l'usage des fibu les discoï des ne fût général, à l'épo que mérovingienne, que dans les pays où l'on fabriquait précédemment des fibu les ron des émaillées. Hares dans les possessions des Wisigoths du midi de la France * ; rares en Hongrie, el les abondent dans le nord de la France et dans la vallée du Rhin. La région de l'Elbe paraît être la limite orientale du domaine de la fibule ronde ou de ses dérivés, pendant et après l'empire romain '. On n'a trouvé a l'est de ce domaine que trois fibu les : deux dans la Prusse orientale et une à Bornholm 10. Quelques détails même de la forme des fibu les galloromaines semblent avoir survécu. Une libule de Charnay, par exemple (n. 34727) », est surmontée d'une sorte de bouton comme les fibu les ron des de Compiègne ou de Vaison (n. 14503, 13-157) ' ». Il est remarquable encore que les plus anciennes « des fibu les en dis que de l'art germani que soient des fibu les dont la surface entière soit garnie de cloisonné M. » XXIX. Fibu les carrées. - Fibule trouvée, en 1881, à Melun, dans une tombe faisant partie d'un cimetière situé ;i l'intersection de la roule de Damn< .i ie -lesLis et de la route de Fontainebleau (fig. 14-17). Sur les os du bassin fut trouvée une pla que de ceinturon en bronze, primitivement dorée, mais l'usage cher deux fibu les coniques de le forêt de Complègne (SalntGermaln, n. 14734, 14735) el une de la collection Febvre Tandis que les fibu les ron des anglo-saxonnes dont la surt richement Incrustée dérivent directement des a fini par user cette feuille d'or dont il ne reste quel que trace que vers la boucle. Cette fibule mesure 0 m. 116 de long, boucle comprise : le poids est de 130 grammes.
La pla que rectangulaire, de 0 m. 071 de long sur 0 m 056 de large, est épaisse de 0 m. 008, y compris la platine de bronze qui est de 0 m. 002. Elle est entièrement couverte de grenats et d'ém aux verts d'un cularité qu'on signale également dans la variété A. Enfin, la variété (C) n'est représentée que par un échantillon qui ne diiïère de (B) que parla décoration. 11 faut encore, dans la variété (B), faire mention du type (Ba) où l'ornement du cadre, au point d'attache avec la boucle se rapproche du centre ; et du type (Bb) où l'extrémité opposée à la boucle montre deux tètes d'oise aux de proie, tournées l'une vers l'autre. — En Russie, on rencontre deux variétés : un type (A) semblable au type (A) italien précédemment décrit, et un type (B) analogue au type (Bb) italien, sauf que la tète d'oiseau est uni que et plus grande. — En France, on rencontre quatre variétés : un type (A) pres que identi que au type (A) italien ; un type (B) pareil au type (B) italien sans les tètes d'oise aux ; un type (C) rappelant le type (A), mais décoré sur toute sa surface de verroterie cloisonnée ; un type (D), conforme au précédent, mais légèrement bombé à la partie centrale de la pla que. — En Allemagne, on n'a rencontré jusqu'ici qu'une seule fibule gothi que, elle est à peu près du type (C) français.
Cette classification ressemble aux barre aux d'une cage, rigi des et alignés, mais suffisamment espacés pour faire passer tout ce qu'on voudra par le travers. Après avoir eu le mérite d'être imaginée en Allemagne, il ne lui reste plus que celui d'être purement arbidessin varié, de forme trapézoïdale pour quelquesuns, en demi-dis que pour d'autres. Grenats et ém aux ont été cloisonnés, comme dans une trame métalli que, de fines feuil les de bronze, appliquées sur un mastic aris, couvrant une patine de bronze. La disposition des ém aux, dont quelques-uns manquent, sur cette large pla que, forme un autre rectangle un peu moins grand que le premier et orné lui-même, au milieu du champ, d'un grenat rectangulaire taillé en table et cloisonné dans une bâte surélevée. Aux ang les du petit rectangle, il reste les tra ces de petits clous ou rivets qui, primitivement, devaient fixer quelques per les de métal ou d'émail. On ne voit aucun paillon d'or ou d'argent à travers les grenats. Sous la platine, quatre tenons de bronze, qui servaient à fixer la pla que-boucle à la ceinture de cuir. La boucle, très ouverte et de la même largeur que la pla que, ne porte ainsi que l'ardillon auc une ornementation.
Cette pla que est du nombre de cel les qui se rencontrent surtout dans les pays habités par les Goths, et que, pour cette raison on nomme « gothiques » — la désignation en vaut une autre — elle appartient à la variété fran que, et diffère notablement des plaques trouvées en Bussie ou en Italie. Ces fibu les gothiques forment en effet plusieurs séries. En Italie, on rencontre trois variétés. Une première (A) offre le type fondamental : l'endroit et l'envers sont formés par deux feuil les rectangulaires de métal, assez min ces, à surface plane, reliées ensemble par quatre rivets à grosse tête semi-cylindri que. Dans une deuxième variété (B), la pla que reste mince, mais enchâssée dans un cadre très solide ; au centre et aux quatre ang les, sont enchâssés cinq morce aux de verre, partiXXX. Fibu les ansées a crochet de sûreté. — Voici un type très simple, d'une décoration non moins simple et qui a été à la portée de pres que tous pendant la période mérovingienne. A plus forte raison, si la mode et l'usage voulaient qu'on possédât deux fibu les semblab les lorsqu'el les étaient de grand prix, devait-on tenir à avoir la paire de ces modestes fibu les. C'est ainsi qu'on les rencontre le plus souvent, par couple, et reliées par une chaînette (à Charnay, i et-Loire ; à Peseux, Doubs ; à Quévreville-la-Poterie, SeineInférieure). Cette chaînette retenait les deux parties de l'agrafe et l'empêchait de se perdre ou de se dépareiller si une des deux se détachait. Voici comment H. Baudot les décrit :
Une [orme de fibule que je n'ai ja mais rencontrée en d'autre matière qu'en bronze, est celle qui présente un milieu étroit et fortement recourbé, et dont les deux extrémités plates et élargies, sont simplement arrondies ou tréfilées et toujours exactement semblab les (fig. 1449). On ne distingue la partie supérieure que par la manière dont l'épingle est ajustée derrière la libule. L'ornementation se borne à trois ou quatre petits anne aux pointés au centre et tracés en creux sur les parties plates des deux extrémités. Cette fibule, assez comm une a Charnay, n'annonçait pas une sépulture opulente. 1111e s'est rencontrée plusieurs fois attachée a une petite chaînette en fil de bronze qui portait a l'extrémité opposée un double crochet dont les pointes, recourbées en sens inverse, étaient sans doute fixées dans l'étoffe d'un vêtement plus ou moins commun. Ces chaînettes, dont les à la rapporter aux premiers temps de l'invasion les) ; J, l'illov la reporte aux \ mi Des crochets de sûreté ont été trouvés a Caranda ' : la grandeur de cette pièce est généralement minime, tantôt en long rectangle, tantôt en fuseau et les deux crochets des extrémités, plutôt courts et replient suivant un plan perpendiculaire a celui de la partie médiane de la pièce ou s'adapte la chaîne qui la supporte5. Puis encore a Herpès (Charenti Fontaine-TJterte, a Séraucourt-le-Grand, a Charnay, à Castelnaudary (Aude), a Uzelle (Doubs). à Molesmes (Côte-d'Or), a Fargcs les-Mâcon, a Dulphey (Saoneet-I.oirc), a Jublains ), a Gury (Oise), au Grand-Andcly (Pure). Il s'agit bien dans ton cas d'agrafes primitives. Nous avons choisi ce mot avec intention, écrit D. van Liastelaer », parce que nous croj uns pouvoir en indiquer la libation naturelle vers notre attache de toilette qui porte ce nom... Voici en deux mots l'histori que de la libation... Prendre un bout de tige métalli que courbé de cha qui crochet, y accrocher les deux côtés d'un vêtement, c'est une idée toute primitive... L'ornementation vien ! d'elle-même et la longueur dépend de l'emploi lig. :î. anne aux doub les, tordus en forme de 8 s'ajustent l'un dans l'autre sans auc une espèce de soudure, étaient plutôt un modeste ornement qu'une solide attache, l.cur fragilité lait que l'on en trouve très rarement : je n'en ai mi qu'à Charnay. Cela tient sans doute aux soins minutieux avec, lesquels ces fouil les ont été pratiq 1 rencontré une seule fibule de même forme et de même matière que les précédentes, mais d'un volume plus que double, très ornée et enrichie de pierrerii iO). (Elle parait être, jusqu'à ce jour, uni que en Gaule.) Sa surface est entièrement dorée, ou plutôt plaquée d'or ; ses extrémités •• na les sont chargées d'ornements contournés, parmi dislingue qualre tètes de terpent ou animal fantasti que que nous voyons sur plusieurs agrafes. Huit grenats forment chacun des yeux de ces têtes imaginaires ; un neuvième grenat est placé au centre et en saillie sur la courbure, ornée elle-même de plusieurs rangée de per les et de losanges très délicats '. > Des ûbuli es sur la poitrine du s quelette a 1 ,ondini{ res, ■'■ t Invermeu, a Quévreville-la-Poterie (SeineInférieure) a Breny (Aisne) ; d'autres a tube creux ont été trouvées a ColleviUe (S.-Inf.), » Laperrière et a Cestre (CôteI. :i ii' h 1 t certainement un produit de trie barbare1. Le fait qu'on la rencontre en l'ai i que, a FontaineValmonl et à La Buissière, à uirliuiii.nl. a Élouges semble imiter I I Pt]]03 . / Uieh . SUT 'l'un' t' désiré... Le petit crochet enfoncé seulement dans l'étoffe sans y être attaché, devait fréquemment se perdre ; de là l'idée toute naturelle de l'attacher par un fil de suspension... La pointe d'accrochage déchirant l'étoffe fut rendue mousse et le vêtement fut enfin pourvu, d'un côté, de trouets bordés, remplacés 1 151 . libule ansée. D'après Cochet, Sépultures, 1857, i>. 138. plus tard par les œillets métalliques formant aujourd'hui la contre-partie de nos agrafi lue très eu rieuse libule fut découverte dans le cime tière de l'église de ColleviUe, non loin de Fécamp' même la pièce Boni acts. Une particularité assez remarquable, c'esl que le tube est fermé par le bas, ee qui prouve que l'ardillon ne des,. pas au-dessous d I* fixer. Cette m : .11 1, est décorée de 1 rois flligi a saillie et de trois raies en .upic extrémité. pi. \xx\i. lin. 4. ■ ' C, Barrière-Flavy, « /'• cit.. Album.
•hlu Boiutère.lSW, p. : I a 15, pi. 1. ug. 1 ■ Sépultures gauloin XXXI. Fibule digitée ou rayonnante. — La fibule offre d'innombrab les variétés se ramenant à quelques types princip aux, qui ne sont eux-mêmes que les variantes d'une épingle actionnée par un ressort et assujettie à une pla que de métal.
Les variétés peuvent être ramenées aux types que nous énumérerons :
Une fibule allongée dont la tète s'élargit en demicercle ou en rectangle et qui est munie de per les, de rayons ou de bourgeons, car tous ces noms conviennent aux excroissan ces en nombre impair qui entourent le demi-cercle ou le rectangle. Cette fibule est tantôt appelée « à rayons » tantôt « digitée », quoi que les doigts soient au nombre de 3, 5, 7 ou 9. Entre la fiche plate et la pla que semi-circulaire ou rectangulaire, toutes deux ornées, se place la partie courbe, dans laquelle s'engageaient les plis du vêtement, pin ces par l'épingle.
Cette broche a été rencontrée en Hongrie, en Crimée, partout où les Goths s'établirent même en passant '. Il semble que cette industrie fut exercée chez eux par un nombre restreint d'arti sans, car les ouvrages paraissent à peu près tous sortis du même moule et décorés par un même artiste. Des Goths, cette fibule se transmet aux Anglo-Saxons, aux Lombards 2 ; au contraire les Burgon des n'en font pas usage et la présence de fibu les dans les nécropo les de Bel-Air et de Vidy (Suisse), de Saint-Euphrone (Côte-d'Or), de Borchon, peut-être de Vuillecin (Doubs) s'expli que par le fait que des Francs ont été enterrés dans ces nécropo les. Dans les sépultures de Savoie et du canton de Genève el les sont complètement absentes3 ; dans cel les de Kent, el les sont exceptionnelles1 ; par contre, fréquentes dans la Rhénanie.
Les fibu les, dont la fiche est en rectangle, offrent une ornementation généralement moins riche, moins variée que cel les dont la fiche est en losange. Il serait par trop arbitraire d'entreprendre un classement, et il serait tout à fait impossible de dresser la liste des cimetières barbares où des fibu les ont été trouvées. Les plus riches et les plus variées se sont rencontrées à Pry, Harmignies, Armentières, Arcy-Sainte-Restitute, Brény, Caranda, Barleux, Brissy-Hamégicourt Anguilcourt-le-Sart, Ercheu, Flamicourt, Marchelepot, Miannay, Seuil, Noroy, Albert, Bréban, Bouvines, Nes les-les-Verlincthun, Andernach-sur-le-Rhin, Freilaubersheim, Selzen, Schleitheim, etc. Dans les sépultures flanques, on a trouvé de bel les fibu les dont les rayons représentent une tête d'oiseau de proie à œil de grenat et sont reliés l'un à l'autre par le gros bec de l'animal. Dans ce cas, l'appendice se termine généralement par une énorme tête à bec crochu ou par une grossière face de monstre, exemp les à Bréban, Hancourt (Marne), Vuillecin (Doubs), Sainte-Sabine (Côte-d'Or), Herpès (Charente), Anguilcourt-le-Sart (Somme), Figaret (Hérault), Jouy-le-Comte (Seine-etOise), Douvrend (SeineInférieure).
Il existe une série de fibu les qui se rencontrent en Gaule, en Angleterre et en Scandinavie. Ces dernières sont le prototype des autres, qui n'y ont ajouté qu'une plus grande richesse dans la décoration. Les rayons sont toujours absents, la verroterie, l'émaillerie, la niellure sont inconnues. L'exemple le plus remarquable de ces fibu les dites gothiques est une fibule d'Herpès qu'il faut comparer à une fibule de Ragley Park (Warwickshire) et à d'autres fibu les de Sélande, de Fonnaas (Norvège), de Fairfort », de Ingarsby, de Sleaford '. La fibule Scandinave se retrouve dans les broches de bronze, parfois d'argent à tête semi-circulaire ou carrée (de préférence) entourée de rayons ou bourgeons (quelquefois), et terminée par une fiche losangée qui s'achève en une tête d'animal qu'on peut interpréter comme on voudra : cheval, hippopotame, etc. Par exemple, les fibu les de Nordendorf, de Darmstadt, d'Abenheim, de Freilaubersheim, de Kreuznach, d'Andernach, d'Heidinlgsfeld près Cassel, de Florennes (Belgi que), d'Herpès (Charente), de Charnay, de Belfort, d'Arcy-Sainte-Restitute, de Molain, d'Achery-Mayot. Des fibu les de ce type ont été rencontrées en Hongrie , à Podbaba.
Ces fibu les sont pres que toujours par paires * ; au Jardin-Dieu de Cugny, on les a rencontrées sur l'abdomen a droite et à gauche : « Ces bijoux devaient assurément servir à draper un vêtement de dessus, une sorte de manteau ; car deux autres très petites fibu les, en bronze, en forme d'S, terminées par des tètes de serpents ou de perroquets, aux yeux fortement saillants, qui ont encore leur épinglette de fer, et qui se sont trouvées à droite et à gauche vers le haut de la poitrine, devaient servir a assujettir le vêtement de dessous I0. » A Selzen, on a trouvé deux gran des fibu les auprès des jambes « . Sur la dipty que d'Halberstadt (voir Diclionn., t. iv, col. 1129, n. » 38), on voit un empereur romain et une impératrice, ainsi qu'un consul parés de cette fibule agrafant le manteau, disposée la tête en bas, l'appendice dépassant l'épaule droite (Voir fig. 3765).
XXXII. Fibu les variées. — Il est peut-être superflu de dire que les fibu les offrent une diversité infinie et qu'on ne peut rien tenter de plus à l'heure actuelle que d'indiquer des types et d'attirer l'attention sur ce sujet archéologi que. Qu'on prenne, par exemple un cimetière, celui de Saint-Sulpice, situé à quatre kilomètres de Lausanne (Suisse), on y rencontre des tombes qui appartiennent à plusieurs générations, peut-être à plusieurs ra ces, depuis l'âge de bronze jusqu'au plein moyen âge. Au milieu d'un amas d'ossements on rencontre deux fibu les cruciformes, en bronze, analogues à une troisième plus anciennement découverte (fig. 4452,4 ; hors texte), deux jolies petites broches en potin figurant un dragon ou une panthère ou tout ce qu'on voudra (fig. 4452,10) (0 m. 028) : une autre fibule cruciforme, dont la tige offre des stries transversa les (fig. 4452,14) ; dans une tombe de femme, une fibule en or garnie d'une améthyste rosée (long. 0 m. 024 ; larg. 0 m. 017 ; haut. 0 m. 008). La pierre taillée en cabochon allongé très saillant a été sertie dans un cercle d'or dont le bord forme tout autour un bourrelet strié. Une fois l'améthyste mise en place, une forte pla que d'or ovale a été soudée au cercle par-dessous. On y voit le ressort à boudin de l'ardillon et le logement de la pointe (fig. 4452, 13) ; dans une tombe de femme, sur le bas de la colonne vertébrale, tout près du bassin deux fibu les en bronze étamé et doré ; fibu les à cinq rayons, délicatement ornées de points et de zigzags (fig. 4452. 12) ; libule de type burgonde avec sa boucle (0 m. 102)clle est étamée. Au centre, dans un cercle, petit personnage debout sur ses jambes écartées, en orant, les bras levés, vers le ciel. A gauche et à droite deux SS. Dans les ang les quatre annelels ; fibule en bronze, l'ardillon en forme d'écusson est orne de cerc les relies par des lignes (lig. I 152,16) libule en potin (0 m. 02) ligurant un animal cornu, couché, la tète retournée (fig. 4452,9) ; fibu les en potin dore (0 m. 028 et 0 ni. 026) ; el les font la paire ; l'une représente un petit cheval, la crinière est indiquée par des coups de burin parallè les, la bouche par un trait : l'autre représente un cheval monté par un cavalier < fig. 4452,7,8) ; fibule à cinq rayons, l'armature est en fer, le fer a été creusé au burin et le creux tout entier a été garni d'une feuille d'or assez épaisse sur les bords, des verres de couleur grenat sont maintenus par des cloisons d'or également, soudées ou repoussées. On distingue facilement à travers la transparence du verre le gauffrage du fond. Les ravons sont aussi ornés donner rendez-vous toutes au même endroit comme pour narguer l'archéologie et les archéologues.
Btbl. — M. Reymond. Le cimeliire barbare de SaintSulpict, dans liirue Churlemagne, 1911, t. i, p. 81-86 ; A. de Molin, J. Gruaz, Le cimetière barbare de SaintSulpice, même revue, 1911, 1. 1, p. 146-155, 171-179.
Il ne sera sans doute ja mais possible de dresser un catalogue des fibu les, mais du moins faut-il recueillir uper les types les plus intéressants, au hasard des rencontres et sans tenter un classement prématuré. La série serait sans doute précieuse, mais les spécimens demeurent intéressants malgré le désordre dans lequel on est obligé de les présenter.
C'est assurément le cas pour une pla que circulaire en argent qui devait mesurer 0 m. 075 quand elle était entière. Elle représente le buste d'une orante, exécuté au repoussé ; un filet de per les forme la bordure. La barbarie du travail annonce l'épo que mérovingienne i lig. 4453). Ce bijou a été recueilli \ ers 1830, à Hoiglise, canton de Roye (Somme) '.
Fibule de forme circulaire, en argent. Le sujet prin<le verroteries rouges. Un quadrilobe, présentant l'aspect d'une fleurette est ménagé à la parlie inférieure ; il était garni de pàtc cérami que dont il subsiste des restes (fig. 4 152,2) : fibule à cinq ravons (0 m. 005) décorée de verre rouge cloisonné posé sur une feuille d'or gaulfrée. Hémisphère et quadrilobe de pâte bleu-vert (fig, 4452,1) ; libule de bronze en forme d'ovale aplati d un côté, te rebord est orné de petits cerc les. La partie centrale légèrement saillante renferme un cloisonnage de morce aux de verre rouge et de pàtc cérami que verte. Une seconde pla que est lixee dessous par trois rivets en fer. Kntre les deux plaques une couche de mastic blanchâtre. C'est une Qbule,] reste rien du boudin, ni du crochet de l'ardillon (fig, 1452,6) ; fibule à arc en bronze dont l'ardillon a disparu i fig. I 152,1 1 ) ; libule en bronze doré en forme de dis que de 0 m. 06 de diamètre. Le dessous est étamé. < In y voit le boudin en fer et le crochet qui retenait l'ardillon. Le dis que est cerné par un cercle en bronze arrondi à l'extérieur. La Surface est ornée de deux cerc les en grénetis et d'un quadrilobe. Au centre pâle cérami que rougeatre qui s i I désa La pièce très massive a été fondue dans un moule (lig. 4452 Ce rapprochement, volontairement fait des les plus variés rencontrés dans un même cimetière montre quelle prudence il faut apporter ■> ces classements de iiini les qui sont tour ft tour mérovingiennes, gothiques ou autre chose encore, et qui viennent se I cipal est un quadrupède à tête peu distincte et la I queue levée, passant sous une croisette et sur une sorte de dis que. L'animal est exécuté au repousse et encadré d'une double bordure granulée. La parlie centrale olïre les dimensions d'un denier carolingien et fait saillie sur le plan général du bijou, comme si elle était montée sur une table de 0 m. 003 de hauteur. Ce tube est entouré à sa base d'une garniture de sept cerc les concentriques formés alternativement d'un grénetis très fin et d'un granulé ovoïde d'un plus fort relief : le tout a 0 m. 055 <le diamètre. Cette ornementation courante n'est pas gravée dans une pla que de métal ; elle est obtenue a l'aide de deuS lils métalliques •seur différente, simplement juxtaposés ; « est orte de travail de filigrane, tonnant u ■i jour. Aussi pour donner de la consistance â l'ensemble, il a fallu fixer ces éléments mobi les au moyen de petites plaques très min ces, appliquées au revers du bijou et disposées comme les rayons d une roui procédé de consolidation était connu des Romains. Il a été empli. magnifiques médaillons en or d'Honorius et de Placldie, provenant du trésor de Velp (Gueldre) '. La bordure du médaillon, formée de trois ceri le ! de métal plein et ciselé et de V. Ramé, Note lur trois fibu les de sa collection romaine, mrrovinqicnne et earoUngtenne, dans Hall, tir la v<r. nat. desantia.de France, t. XX VU, p. J97-928. — • A. ' dans Reoue numtsmastt que, nouvelle lérie, t. i, p. T.'.-T t. deux grènetis en fil d'or intercalés, est maintenue à l'aide de quatre tenons appliqués au revers du bijou, qui se portait suspendu au cou par une bélière.
Mais ce procédé a dû se transmettre De en siècle. Nous avons ici une œuvre barbare, l'animal n'a pas de style déterminé. Le musée de Berlin possède un médaillon de Louis le Débonnaire, figuré par B. FilIon * et qui est pourvu d'un encadrement formé d'un triple cercle de granu les qui rappelle la bordure de la fibule et est, comme elle, consolidée par des lames fixées au revers. Ce rapprochement inviterait assez à reporter à l'épo que carolingienne la fibule, ici décrite, qui fut trouvée à Rennes, en 1843, dans le lit de la Vilaine, lors de l'établissement des quais, à un niveau un peu supérieur aux couches qui renfermaient les monnaies romaines.
Voici encore une fibule trouvée en France (sans autre précision) et remarquable par son ornementation
1 154. — Fibule. D'après Archœologia, 1S53, t. xxxv, p. 492.
et par sa techni que (flg. 4454) 2. C'est une rondelle de bronze d'une certaine épaisseur sur laquelle est fixée une pla que plus mince de même métal, travaillée au marteau et maintenue en place par un cercle étroit de métal retenu par des clous ou des rivets. La fibule représente un personnage assis sur un trône tenant dans la main droite une statuette de Victoire avec une couronne et dans sa main gauche un sceptre terminé par une main ouverte. L'inscription porte ces mots :
INVICTA ROMA VTERE FELIX Cette figure semble représenter Rome et reproduire quel que médaillon du bas-empire. Sur une fibule trouvée à Asnières (Seine) et publiée parCaylus3, on lit ces mots :
Domine Marti vivas utcre felix. trouvées dans le cimetière mérovingien de Mermont, dans Comptes rendus et mémoires du Comité archéologi que de Sentis, 1881, t. xvi, p. xliv. — J. Arneth, Die antiken Gold und S ilber Monuments des kais. kôn. Mûn : und Antiken Cabinets in Wien, in-4°, Wien, 1850. — E. Aubert, Le trésor de Saint-Maurice d'Aga une, in-4°, Paris, 1872. — G. Bapst, Les mét aux dans l'antiquité et au moyen âge. L'élain, in-8°, Paris, 1884, p. 64. — Barbey, Noie sur une boucle de ceinturon (mérovingien) trouvée à Aiguizy, dans Annuaire de la Société histori que et archéologi que de Château-Thierry, 1885, t. xx, p. 187 ; Notice sur une boucle gauloise aux Chesne aux, dans même recueil, 1868, t. v, p. 38-45. — Barraud, Des mors ou agrafes de chape, dans Bulletin monumental, 1S70, t. xxxvi, p. 577. — C. 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D M S
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II. I.i Cl i RI Q.
FIDEI FACTORES i i FIDEI JUSSORES. Voir Parrains.
FIDELES (Prières m s). Voir Prières.
FIDELIS. Le titre de ftdelis que nous rencontrons sur les marbres et dans les textes chrétiens a une signification bien déterminée ; il désigne le chrétien cpji a reçu le sacrement ■ me l n à la cour de l'empereur : Pontilianus chrislicinus el fidelis erat \ et nous lisons de même sur une tombe chrétienne d'Afri que - :
FIDELIS Une épithaphe romaine conserve la mémoire du je une Apronianus mort à l'âge de dix-neuf mois et cinq jours. Il n'avait pas encore reçu le baptême, il semble que son père Florentius ne s'en préoccupait pas ; mais l'aïeule qui aimait « solidement » l'enfant. ne voulut pas le voir mourir sans posséder ce titre de fidelis 3 (fig. 4455) : D M S soldu pour solidum (Apulée, Métam. 1. V) ; ci maiore sua = ab avia sua ; conslilum, c'est-à-dire constilulus in discrimine vitœ. (Digeste, 1. XXXII, tit. xxxix, n. 1.) Ce même titre est donné à d'autres enfants qui auront également été baptisés in extremis et sans catéchuménal préparatoire * : VRCIA FLORENTINA FIDELIS IN PACE VIXAN ■ VMES ■ Vllll • DIES Vllll ■ Nous lisons d'ailleurs dans Grégoire de Tours, au sujet d'un enfant atteint d'une fièvre grave : Ut autem hic cum fervor attigit, concurrit paler ad ecclesiam ne proies abs que baplismi regeneratione moriretur.
Ceux-ci avaient dès lors le droit de porter ce titre de fidelis ex fidelibus qui revient à dire : né de parents chrétiens, comme nous le lisons sur cette autre épitaphe d'enfant 5 (fig. 4456) : IUJNZCLÏCUXOC 6H6AA6KeUUe £ HCAoereciN Fidelis ex fidelibus Zosimus hic requiescit ; vixilannos duos, mensetn unum. dics viginti quin que. Tltaxôi ; èx mcrrâW Çcôafxoç IvôàSe y.zl\xz Çvjaaç êrsaiv f$. [xr^tl y.'. ■rçpxpaîç xé.
Une inscription d'Athènes porte la mention de race chrétienne, fidèle s :
BIKTCOPINOY TOY A MAYPOC TO ONOMA rCNîi » XPICTIANOC nictoc €IC TON TONON AN« ?8« CEOC €TOYC KA BtxTcoptvou toù 'Au-ocupèç tô ovotia yévzi ypioTiavèç TuaToç etç tôv To7tov àvcmaùasco ; e'touç x8'.
On allongerait sans peine cette série épigraphi que. Une des épitaphes les plus intéressantes est celle du je une Aurelius Melitus, enfant de quatre ans, mort en voyage et enterré le lendemain, jour de Pâques (Voir Dictionn., t. m, col. 1395) ; lui aussi avait eu le temps d'être baptisé et recevait en conséquence le double titre de CRISTEANVS FIDELIS Mais sur une inscription de l'année 382,1e titre de fidelis a suffi ' : Jnnocens recessit, innocentium misericors fuit. Quis non doluil (ajeiati luœ pias que lacrymas fudil ? in le spes futura expeetabatur, per te, per te, gloria perennis Celerine fili ; fidelis quiescis in pace. Qui (v)ixit ann. I, m. lin, d(epositus) VI kal. ocl. Anlino (pour Antonio) el Syagrio (fig. 4457).
11 suffit d'ouvrir les recueils épigraphiques pour rencontrer le titre de fidelis répété des centaines de fois. La qualification de -fidelis se rencontrait déjà à l'épo que apostoli que et dans les lettres de saint Paul aux chrétiens des Églises, pour désigner ceux qui n'étaient plus de la gentilité. On a déjà lu que Tertullien reproche aux hérétiques de son temps de ne pas distinguer les fidè les de ceux qui ne le sont pas. Saint Augustin dit aussi : « Demandez à un homme : Ètes-vous chrétien ? Si c'est un païen ou un juif, il vous répondra : Je ne suis pas chrétien. Mais s'il vous dit : Je suis chrétien, vous lui demanderez encore : Ètes-vous catéchumène ou fidèle ? » Sur maintes épitaphes, on lit : FIDELIS IN PACE, ce qui signifie que le chrétien est mort baptisé et dans le sein de l'Église. Saint Paul avait employé l'expression fidelibus in Chrislo Jesu 8, » nous la retrouvons sur quelques épitaphes, notamment à Guelma 9. A Sullecthum, ancienne ville de la côte tunisienne, on rencontre FIDELIS IN DEO 10, et aussi sur une épitaphe de la basili que de Damousel-Karita à Carlhage « :
La formule fidelis in pace est à peu près inconnue et, en tous cas, exceptionnelle à Rome, rare en Afri que, a été surtout employée à Carthage (voir Dictionn., t. n, col. 2319).
Quant à fidelis, on en ferait une longue série qui n'apprendrait rien de plus que ce que nous avons dit '2. et beaucoup d'autres '. Il esl possible que parfois comme sur une épitaphe de Maktar on ait eu l'inten tion d'exprimer celte pensée : Ursace, vécut chrétien. repose en paix, àué de.... '.
D-M-S
+•
VR 3 A CIVS
FIDELIS VIX
XIT IN PACE
ANNOS XSII
SES V
Ou en lin à Rome :... une ancilla Christi (voir ce mot l qualifiée : Amicabilis, lui, lis. in omnibus bona,prui les Francs, nous trouvons l'emploi de fidetis assez fréquemment pour nous retenir.
Dans le traité d'Andelot de 587, nous lisons ceci : Leu des j'ZZi qui domno Guntheramno... sacramenta primilus prœbuerunt... similiter quicquid anlefati Au dire de Grégoire de Tours, Leudastc. comte de . axant passé, après la mort de Charibert, du côté de Chilpéric, les fidè les de Sigebert, dans les Étals duquel cette cité fut comprise, s'emparèrent de toutes ses richesses Injustement amassées • ; de plus nous lisons dans le même auteur que le roi Chilpéric, ayant convoqué les hommes de la condition la plus élevée parmi les Francs et les autres fidei le mariage de sa fille •. Plus loin, il parle encoi fidè les de Chilpéric et de ceux de itran ' ». l'ar cette désignation^Grégoire vise lous les fidelis, non seulement ceux qurvivent à la cour, niais ceux qui sont disséminés dans le royaume. Cependant, dans une série de documents, il n'est pas douteux que fidè les s'entend des courti sans. En 694, Sigebert écrit a l'évê que Didier de Cahors qu'il a appris par plusieurs de ses fidè les : a pluribus ,1 (pour i l i fidelibus noslris « . Dans la formule de Marculfe, indiquant la composition du plaid royal '-, on voit que. après avoir désigné, comme siégeant dans ce tribunal, le !
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MlW YWd™*0 E1S ÏPfiW I ir.7. — Inscription <iu musée du I.atran D'après De Rossi, Inscript, chrisltame, t. i, p. 140, n. 315. reges ecclesiis aut fidelibus suis contulerint... slabiliter conservatur. - Et quicquid unicui que fidelium in utrius que regno per legem et /ustitiam redhibetur. nullum ei prœjudicium parialur1. 1 ans ce texte. fidè les est identi que a I, u des. Dans l'édit de Childebert, de 595, nous lisons : Pari condilione convenit ut si centena posita in vesligia in alia centena, aut quos (leg. quis) fidelium nostrorum ipsum vestigium miserit... '. Ici fidè les est identi que à leu des et à optima les. Dans l'édit de Clotaire II de H15, nous lisons : cum pontiflcibus vel tam magnis viris optimattbus nul fidelibus noslris '. Ici, on oppose les aux dignitaires laïques et nous ■ il-, fidè les identifié avec optima les, terme qui leu des ou de leo des : ei qum unus de fidelibus ne leodibus, suam fidem servando domino légitima ' ; mais la conjonctive mar que peut-être une opposition plutôt qu'une assimilation. évèques, les optimats, les abbés, les référendaires, le rédacteur termine l'énumération par ces mots : vel reliquis quam pluris noslris fidelibus. Cetti mule a servi à dresser la notice d'un plaid tenu, en 693, par Clovis III ». Dans un plaid de 697, les ex pressions ci-dessus sont remplacées par vel cunctis fedilibus (pour fidelibus) ». Une autre notice de plaid, de 695, porte : Cum nos... compendium, m / noslro una cum noslris fedelebus resederemu Frédégaire n'emploie guère le mol de fidè les, tandis qu'il prodigue ceux de leu des ou procercs. Il lait usage de fidè les pour désigner les âmes damnées de Chindaswinthe, le wisigoth qui s'empara du trône d'Iispagne et fit périr tous ceux qu'il redoutait, partageant les biens des victimes suis fidelibus ; il l'emploie aussi pour désigner les hommes attachés au roi Sigebert et qui le suivirent dans sa camp contre Hadulphe, duc de Thuringe (en 640) « . Le Le terme fidè les a le même sens chez le continuateur de Frédégaire, qui en 732, dit qu'après la pacification, Char les-Martel livra la ville de Lyon à ses fidè les ' : pace patrata, Lugdunum Galliae suis fidelibus tradidit. Le terme prend peut-être une signification plus restreinte dans un passage où il est parlé des Francs et des comtes fidè les du roi, qui, en 766, restèrent à Bourges avec la reine, pendant que Pépin poursuivait Waifer avec ses optimats et le reste de ses troupes a.
Ce qui prouve que fidelis n'est pas l'équivalent de l'antrustion 3, c'est que, d'après la formule d'admission à l'antrustionat, le personnage qui vient au palais jurer la trustis est qualifié par le roi fidelis nostcr ' ; il l'était donc avant d'être admis au rang des antrustions.
Au VMe, on trouve fidè les employé avec une signification un peu différente. Le premier capitulaire de Charlemagne, de 769, porte que, lorsqu'il sera annoncé que des prières ont lieu pour le roi ou pour ses fidè les pro rege vcl pro fidelibus suis, nul ne devra négliger d'en faire 6. On lit dans le Decretale precum de 779, le passage suivant : Ut unusquis que episcopus très missas et tria psalteria cantet, unum pro domno rege, alterum pro exercitu Francorum, lertium pro prœsenli Iribulalione'. Le pro fidelibus de 769 exprime peut-être la même chose que le pro exercitu Francorum du Decretale. Telle est du moins l'opinion de Baluze ' et de Deloche ; bien crue ce dernier observe que telle n'est pas généralement la signification de fidè les à cette épo que et dans Le suivant. Le capitulaire de 769 lui-même, l'emploie dans son titre premier ', en un sens général, qui embrasse toutes les catégories de personnes libres liées au roi : antrustions ou convives, détenteurs de bénéfi ces, officiers employés au palais ou dans les provin ces, pueri antrusliones. Romains ou lites attachés au service personnel du prince.
A partir du règne de Charlemagne, fidè les devient d'un emploi tout à fait fréquent et pres que exclusif pour désigner ceux qui, laïques ou ecclésiastiques, sont unis au souverain par un engagement spécial. Mais dans un premier cas, il s'agit des fidè les résidant à la cour, auxquels viennent se joindre quelques dignitaires de l'extérieur ; dans un deuxième cas, le roi s'adresse à tous les fidè les du royaume en quel que lieu qu'ils séjournent. Pour le premier cas, on peut citer la conslitulio de scholis de 788, édictée una cum fidelibus nostris s ; un capitulaire de 812 dans lequel on lit : Yolumus ut homines fidelium nostrorum, quos nobiscum ad servilium nostrum domi resernare jussimus in exercitum ire non compellanlur ». Les fidè les de qui relevaient ces hommes étaient très probablement employés eux-mêmes ou du moins résidaient au palais. C'est au groupe des fidè les réunis au palais que font allusion : 1° ce passage de la lettre de Louis le Pieux, de 828, destinée à être lue au peuple : Visum nobis fuit prsesem placitum cum aliquibus ex fidelibus nostris habere... et plus bas : Nosse volumus sollertiam veslram quod in isto prœsenti placito cum fidelibus nostris consideravimus « ; 2° le capitulaire de 829 ». Yolumus ut subfidejussoribus ad nostrum placitum veniant ut ibi cum fidelibus nostris consideremus quid de lalibus faciendum sil '« .
Voici des exemp les de l'emploi de fidè les pour exprimer tous les fidè les du royaume. Charlemagne, interdisant aux ecclésiastiques, par son premier capitulaire de l'an 769, de porter une armure et de combattre, dit que c'est d'après l'exhortation de tous les fidè les et surtout des évêques, et suivant le conseil des autres prêtres : Horlalu omnium fidelium nostrorum, et maxime episcoporum ac reliquorum consultu ». Dans le Prœceptum de scholis grœcis et latinis, de 804, l'empereur s'adresse omnibus sanctœ Dei Ecclesiœ fidelibus nostris prœsentibus scilicel et fuluris u. On rencontre des exemp les semblab les dans les capitulaires de Louis le Pieux et de Char les le Chauve de 815, 816, 826, 828, 844 ls.
La condamnation à la perte du bénéfice prononcée, par le titre xx du 2e capitulaire de 813, contre celui des fidè les du roi qui n'a pas assisté ou secouru un de ses pairs dans un combat 16, s'appli que évidemment à tous les fidè les du royaume. Il en est de même : 1° de la recommandation aux fidè les de rester en paix et d'accord les uns avec les autres « , écrite dans un capitulaire de Charlemagne à date incertaine ; 2° de l'invitation faite, par un capitulaire de 823, aux évêques et aux comtes, de vivre d'accord ensemble et avec les autres fidè les 18 ; 3° de l'ordre donné par le même capitulaire de faire transcrire, pour les évêques, abbés, comtes et aliis fidelibus nostris, les capitulaires établis, dans le présent et dans le passé, avec l'avis des fidè les du roi, consultu nostrorum fidelium ls (dans ce dernier passage, c'est le cercle restreint des fidè les présents à la cour) ; 4 » de la condamnation prononcée par un capitulaire de 826 contre tout homme qui aurait fait rapine dans le royaume ou ravi par force un objet quelcon que à un des fidè les du roi ou à son homme, cuiquam nostri fideli ejus que homini ■« .
On a dit, en parlant des diptyques (voir ce mot), l'ancienne coutume de tracer des listes de noms sur des cahiers ou des feuillets de parchemin qu'on déposait sur l'autel pendant le sacrifice eucharisti que. C'était là une grande dévotion parmi les fidè les et il nous en est demeuré des monuments, notamment le feuillet de parclftmin, primitivement renfermé peut-être dans un dipty que d'ivoire et qui contenait une liste des bienfaiteurs de Saint-Maximin de Trêves au milieu du Xe ». Une autre façon adoptée par les fidè les d'obtenir une quasi-présence sur l'autel était d'y tracer leurs noms comme nous voyons sur les autels de Ham, de Minerve, les colonnes de Bielle (voir Graffites). Quand ils ne pouvaient atteindre l'autel, des fidè les se contentaient en traçant leurs noms sur des sacramentaires, des évangéliaires. A l'origine, ces noms étaient récités par le célébrant comme nous pouvons le lire dans le Liber de divinis officiis (voir Dictionn., au mot Alcuin) : Usus fuit antiquorum, sicut etiam us que hodie Romana agit ecclesia ut statim recilurentur ex diptychis, id est tabulis, nomina defunclorum ■« -. Mais cet usage entraînait des longueurs, provoquait des jalousies, on y renonça et tous les fidè les se trouvèrent englobés dans une formule générale. Un sacramentaire de l'abbaye de Lorsch contient une formule quorum nomina super sanclum allare tuum scripta adesse videntur :3 ; dans un manuscrit de Paris, du XIe, nous lisons ** : Oratio intérim dum sanclus canitur. Suscipe sancta Trinitas, Deus, in veneralione nominis tui et honore omnium sanctorum luorum, hanc oblationem quam tibi indignus ofjero pro peccatis meis innumerabilibus, est veniam adipisci merear, et pro elemosinaris nostris et pro his quo que qui mihi eonsanguinilate uel fantiliaritate vincti habentur, et pro cunctis sanclœ Dei ecclesiœ ftdelibus, seu etiam pro fidelibus de/unctis qui in libello memorialis mei scripti memorantur, et pro omnibus in Christo quiescenlibus, queesumus. Domine, est omnibus nobis prosit ad indulgenliam. Per, Nous lisons de ces listes de fidè les sur plusieurs manuscrits liturgiques.
Bibl. (olim impériale) de Vienne, ms. 1S15 (Theol. 149)(deReichcnau) ; noms de fidè les sur le calendrier '.
Bibl. nat. Paris, lat. 816 (d'Angoulème), fol. 117 v » : Balsmondus sacerdos, fol. 158 v » : Missa pro drvotoel en marge : Acsindus laicus, Xonia, Otberto, Otberto sacerdote, Frolario lalco, Indigo laïco, Gonrredo.
Sém.d'Autun (voir ce mot).ms. 19 bis (de Marmoutier), fol. 9 v » : Ansiisus, Ilodulfus, fol. 11 : Eliradus Gotefredus, Ernerius ; fol. 120, 120 v° : lîodul. ; fol. 120 v : Arbaul sacerdus ; fol. 121 : Irveus sacerdus ; fol. 195 v° : Durandus, Stephanus, Herberlus. Ingoiurdts ; fol. 200 : GCOOOPHÛVCBibl. nat. lat. 2290 (Saint-Denis), fol. 1, 5 v », il, 6 v », 8, 8 v« , 127, 168 v.
Stockholm (de Sens), fol. 3 v° ; fol. 30 v : Ugo, Vembardus, Frotmundus, Mili... Goz/ridus, Ozrannus monachus, Guallerius monachus peccalor, Eldesindis, Digbertus, Teodericus, Eldena, Eribertus. Ragenardus monachus peccalor.... etc.
Vatican, Ottob. 313 (de Paris), fol. 9 v », 10, 11, 109, 110. 110 v », 111, 111 v-, 112, 1S7, 187 v° : des séries de noms de fidè les associés aux prières de l'Église de Paris, Voir L. Delisle, Mémoire sur d'anciens sacramenlaires, dans Mémoires de l'Acad. dey inscriptions, 1886, t. xxxn,3 p. :s7l-.s,x. el a la table dudit Mémoire, p. lus. au mol fidè les.
H. Leclebcq.
FIGUIER STÉRILE. La scène du figuier desséché est une de cel les que les artistes chrétiens ont pres que systématiquement écartées de U-ur répertoire ; mi ne doit donc pas être surpris de la voir traitée sur une des miniatures de l'évangéliairc de Sinope que nous avons déjà décrit a l'occasion de la guérison des aveug les (voir ce mol, t. i, col. 3233, pi. i 156), La composition esl réduite à ses éléments indispensab les. I.e Christ debout s'avance vers le I il tient dans la main gauche un rouleau blain i étend la main droite, les deux premiers doigts al lu m es, en tace du figuier, donl on voit les feuil les se dessécher. Derrière le Christ, un disciple imberbe, vêtu d'un ample manteau blanc, drapé a l'anti que, manifeste sa surprise. A l'écart el pour figurer sans doute, qu'elle se trouve fort loin, une ville aux murail les crénelées, sans doute Jérusalem, derrière les murail les on aperçoit deux édifi ces a toits recouverts île tui les rouges et au milieu un petit édifice circulain des colonnes supportant un dôme bleu.
C'est le commentaire du texte de saint Mathieu. xxj, 18-20 : ■ Le malin, comme il retournait a la ville (de Jérusalem), Jésus eut faim, el voyant un licuier sur le chemin, il y alla : mais il n'y trouva que des Feuil les, et il lui dit : Qu'il ne naisse a ja mais aucun fruit de toi : « et aussitôt le figuier sécha. Les discip les voyant cela s'étonnèrent et dirent : Comment est-ce que ce figuier est dc\ i un sec a l'instant A droite, Daniel, coiffé d'un bonnet bleu, bordé d'un bandeau perlé, et un bandeau semblable au milieu de la coiffure : pour vêtement une pèlerine bleu brodée d'or, fixée sous le menton par une agrafe ornée de per les. Il tient ces mots de son livre, IV, 10-11 : Kai ÎSoù etp, xai ayioç à7r'oùpavoô xaxé6i). xai £<j>â>VT]aev èv ia/'J£i. [xai oôtcoç elnsv.] 'Exx6i)iaTai -rô SévSpov, xai tooç xXà&ouç [xai Ta çoXXa aù-roû, xai 8iaoxopr :ioaTe t6v xapTCOv aÛTOû (sic,/. « Alors celui qui veille el qui est saint, descendit du ciel, et cria d'une voix forte « [et dit ainsi] : « Abattez l'arbre par le pied, coupez- « en les branches [faites-en tomber les feuil les, et « dispersez-en les fruits] *. » Sur un sarcophage servant de fonts baptism aux dans l'église de Saint-Trophime, a Arles, la face lias. — Jésus maudissant le figuier stérile. D'après Le Blanl, Sarcophages d'Arles, pi. \xvi. latérale gauche représente Caïn ci \i ci offrant un sacrifice à Dieu, assis sur un rocher. Le Cl iris 1 debout, tenant une baguette, lève la main et parle en i dant un arbre : bien que celui ci semble être un olivier, il s'agit selon toute apparence du stérile, mentionné par les évangélistes (Matth., xxi, 19-2(C Marc. XI, 13-14.) (fl 1 1. i FILIOLA. (Voir Mozarabi . Liturgie.) FILOCALUS (FURIUS DIONYSIUS). Dans le catalogue des laplci des, des copistes, î les miniaturistes, etc. ce personnage a droit a un rann dis i . a raison de son talent, de ses ouvrages cl de sou antiquité, sur sa pei onm non, ne savons rien que « ii nom et rr mini m1 :1. a failli dlsp musée du Vatican possédait depuis Ion I trois uts tirés du pavement de San Martino al artanenti du midi ./. lu France, i. in, i pi. i.xi.n. I ; Eitrangln, Description de lu vllli d'Aria \ Ch. Cahier, Nouve aux mêlant i antiques d, i„ ni/.- ./ .1/- ;.' . m i . i pl. xxvi, n. 1, p. i . ;
Monti ; sur le plus grand des trois on lisait dans le sens vertical cette signature (t. iv, col. 163, fig. 3551) :
CRIBSIT FVRIVS DION
C'était sans doute assez peu de chose, mais c'était assez pour identifier le personnage avec un calligraphe dont le nom se lisait tout entier sur les oreillons du cartouche qui orne le frontispice du calendrier appelé couramment Chronographe de 3Ô4 ou férial fllocalien. C'est un calendrier illustré pour l'année 354, sur lequel on lit (t. u, col. 1587, fig. 1862) :
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Enfin, en 1856, J.-B. de Rossi retrouva au cimetière de Calliste, dans la crypte du pape Eusèbe, l'inscription de ce pape composée par son successeur Damase (t. n, col. 1749, fig. 1951). Damase (voir ce nom), se plaimaigre et étirée, avec l'inscription originale dont quelques vestiges ont été retrouvés (voir fig. 1951 et figure ci-contre 4459). Sur le poème, consacré au pape Eusèbe, le calligraphe avait signé son œuvre Il est tout à fait vraisemblable que les deux fautes qui déparent cette inscription sont imputab les au lapicide du VIe. Il fallait lire probablement sur le titre original :
Dumasi papse cullor al que amator. J.-B. De Rossi a conjecturé qu'il pouvait se trouver ces mots : Damasi sui papœ, mais un fragment de l'original retrouvé depuis oblige d'écarter celte conjecture puisqu'on lit (fig. 3555) : S I P A Quant au type calligraphi que fllocalien nous l'avons déjà si souvent figuré dans le Dictionnaire qu'il
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Inscriptiun du pape Damase. D'après De Rossi, Komn sotleranea, t. n, pi. 3, fig. 1. sait à orner de ses compositions métriques les lombes des martyrs, et se trouvait assez satisfait de ses ouvrages pour les faire lire par le public sur de gran des plaques de marbre, gravés par les soins d'un calligraphe qui n'était autre que Furius Dionysius Filocalus, un admirateur et un ami. Ces inscriptions papa les lui semblaient si précieuses, que ce digne calligraphe avait composé un alphabet d'un type nouveau, dont on peut penser ce qu'on voudra, qui sans doute n'a pas la correction impeccable et un peu froide du type augustal, mais n'en est pas moins artisti que et qui, surtout au point de vue archéologi que, mar que une date. Soit que ce type, élégant malgré sa lourdeur voulue, ait plu assez peu, soit rivalité d'ateliers ou difficulté d'exécution, il ne paraît pas avoir obtenu la vogue. Peut-être aussi, pensa-t-on qu'il était préférable de ne pas l'employer en dehors des monuments damasiens qu'il avait, en quel que sorte, consacrés. Aussi voyons-nous (pie lors des réfections faites sous Sixte Ili et plus tard des tombes violées dans les catacombes par les barbares assiégeant Rome, on prit soin de refaire les inscriptions filocaliennes en conservant le type original, mais sans pouvoir parvenir à la même maîtrise de ciseau. Il sullit pour s'en convaincre de comparer l'inscription refaite. semble superflu d'y revenir, on peut se reporter aux fig. 3550 et 3555 '. Les extrémités droites se terminent toujours par une ligne courbe. Le caractère est gravé profondément. Il y a partout la même proportion entre la largeur et la hauteur. La lettre M a les jambages droits. Dans la lettre R la ligne obli que est détachée de la verticale.
Après le grand désastre subi par les archives de l'Église romaine, du fait de la destruction ordonnée par Dioclétien, et lors que la paix de 314 permit de songer à reconstituer ce trésor dévasté, les papes Silvestre, Miltiade, Marc durent s'y employer, comme ils s'employaient à relever les ruines matériel les de la dernière persécution. Ce fut vers ce temps qu'on vit paraître un tout petit livre, bien modeste et bien précieux, un almanach à l'usage des fidè les de Rome. 11 est probable qu'il ne serait pas arrivé jusqu'à nous si un calligraphe ne s'était mis en tête d'en donner une édition de luxe : ce calligraphe dont nous avons déjà fait connaître l'œuvre précieuse (voir Chronographe, t. n. col. 1586, fig 1862, t. m, col. 1555. fig. 2910-2912 s'appelait Furius Dionysius Filocalus (voir ce dernier mot) et lança son édition illustrée en l'an 354 sous le pontificat du pape Libère. Ces almanachs ou calendriers ont pris et gardé aussi le non » de leur premier éditeur, le P. Boucher, qui les fit connaître au xvn » siècle, dans son ouvrage intitulé : De doctrina temporum, publié a Anvers, en 1634. L'original de Filocalus est perdu, mais on en peut juger par la belle copie conservée a la Bibliothè que [jadis impériale] de Vienne. On a m fois désigné les documents qu'il contient sous le nom •de cutalogus bucherianus. Filocalus, en son temps, n'avait tait que rafraîchir et mettre à jours des listes publiées pour la première fois en 33G, ce qui expli que pour quoi on donne à ce même ensemble les noms de Chronographe d. 336 ou encore Chronographe de 3S4. La publication de Boucher comprend une table pascale i partir de l'an • une durée d'un siècle, et un catalogue des préfets de Home ex temporibus Gallieni jusqu'en 354, enfin un célèbre catalogue des papes de Home qui s'achève sous le pontificat de Libère et lui doit son nom de catalogue Libérien. I. 'importance de ces documents pour l'histoire civile et religieuse était grande et leur rapprochement ajoutait encore à ce corpus une autorité considérable qui ne pouvait échapper a l'attention de J.-B. de Rossi, qui s'appliqua à en restituer les lacunes ; en même temps que lui. Th. Mommsen s'appliquait à en procurer une édition aussi irréprochable que possible, et Rossi lui livrait toutes les notes qu'il avait recueillies dans le même but. C'est à leur collaboration qu'est dû le travail intitulé : i'eber dm Chronographen vom Jahre 354, paru en 1850, dans les Abhandlungcn der philologisch. hislorisclic Classe der Kônigl. Sàchs, Gesellschaft der Wissenscha/len, t. i, p. 549-668, cl depuis dans le Corp. inscr. lai., t. i, p. 333sq.,et dans les Monumenla Germanise In Auclores antiquissimi, t. ix. Chronica minora saec. IV, v, vi. vu, 1802, t. i, p. 71 sq. Toutefois, J.-B. de Rossi, dans ses Inscr ipliones christianœ urbis Romœ, 1861, t. i, p. i.vi, s'insurgeait contre la désignation de « Chronographe de 354 • ; hoc nolui, disait-il avec quel que raison, agnomine designare. Soucieux de conserver à Filocalus l'honneur de son travail, dédié a un certain Yalentin, qui n'est pas autrement connu, il revendiquait le litre de fasli Filocaliani. Fasti majores, dit-il, a Bruto et Collaiino ad annum 3ï4 (ce sont les fastes communément désignés sous le nom de Norisiam du nom du cardinal N'oris) chalis annorum designaliones haud ex- '. qua les singulis annis Bomse adhibilss vere sunt, sed qua les principum, quorum imperium postea prœvaluil, ediclis et voluntatt esse debuissenl. Igilur, quibus Maxenlius et Magnenlius lyranni Iiomw imperarunt inler hos fastos ri Romanorum inscriplionum hypalicas notas, discordia magr, Sed subsidium : < plane necessarium prsefectorum Urbis tabula et ipsa Philocaliana, in qua non nnis, sed singulis, ubi opus fuit, menés ! adseriptse temporis noise sunt, t/aas Romani tum an-, vere adhibuere Sic annum exempli gratia 308 quem formula decies et Maximiano VII /asti principum ediclis accommmtnii et torum prsescrtpto emendati consignant, ea tabula a kalendis januariis ad xii kal. mains consulibus caruisse indicat et die .xii /,-<//. mains Maxenlium et Bomulum Bomse consu les agnitos : conso les quos jusserint DD NN Augustl : ex xii kal. mail tactum est MAXENTIO ET ROMVLOI ndt liquet eam tabulam non totam posteriori conltnenler compositam a quoquam esse, sed singulis annis et mensibus exaratam et auclam, ex ipsius t urbanœ prsefccturse tabularto a chronographlci codicis auclore, oplnor,descriptam. In pontifleum vero catatogo, si Melchiadts laterculum exceperis, in quo aliquid hujusmodi a librariis tamen varie corruptum deprehen des, consulum nomina cum legitimis et posterius emendatis /astis congrue video ; quare ea posleriore lempore, id est tum cum in vulgus editus chronographicus ille lib< r est, adscripta judicabis. Hinc fit, ut ex ipsis Romans diplychis hœc consulum nomina esse pelita minime censeam : ne que enim ea in ecclesiœ tabuiario principum edicto emendala essent, si id ne in ipso quidem urbanœ prsefecturse tabulariu oidelur curatum.
Tous ces fastes prennent fin en l'année 354, ei que dans la table pascale la série des ails se poursuit, mais avec des erreurs et des lacunes qui témoignent d'un auteur dilîérent et très négligent. L'œuvre de Filocalus fut mal continue, el elle lui échappa, ou bien il s'en désintéressa, puis que a> anl vécu jus que sous le pontificat de Damasc.il aurait pu y veiller personnellement. A cette année 354, commence une table pascale qui est encore son œuvre ou celle de son continuateur immédiat ; la série des almanachs qui se poursuivait, peut -être sans interruption, depuis 330, n'était donc pas abandonnée. Il sullisait de mettre a jour le calendrier civil et astronomi que pour la semaine cl pendant les douze mois, avec le cycle lunaire adopté par l'Église romaine pour régler le calcul de la Pâ que. Pour la liste des nata les Cœsarum et la série des consuls, il y avait tout au plus des corrections de noms ou de dates à introduire d'après les erreurs qui avaient pu se glisser dans les exemplaires des années précédentes. Quant à la table pascale dressée pour cent ans à partir de l'an 312, on avait le temps devant soi. Ce ! te année 312 coïncidait pres que avec la paix de Milan et devenait un point de départ assez naturel pour la composition d'un calendrier ecclésiasti que tel que l'avait rétabli le pape Miltiade dans les jours de joie qui suivirent la paix de Milan. Aussi après la série des préfets de Rome de 254 à 354, empruntée à la liste officielle de la préfecture urbaine, venait la liste intitulée depositiones episcoporum, également depuis J.'il. par conséquent depuis Lucius jusqu'au pape Silvestre et auxquels on ajouta ensuite Marc el .Iu les. Suivait la table, intitulée item deposilio marlyrum, qui est véritablement le férial de l'Église romaine, ou liste des fêtes solennel les non mobi les, ce qui expli que pour quoi on y trouve la fête de Noël et la chaire de Saint-Pierre. Ce n'est pas un martyro mais un véritable férial, c'est-à-dire un calendrier de nata les concernant les [êtes les plus solennel les célébrées sous le pape Miltiade cl ses premiers i i Rome, a Ostie, à Porto el è Ubano. I (ans ces deux listes des évêques et des martyrs, on troi mention des cimetières dans lesquels reposent les évêques et les martyrs susdits, mais pas uniformément, par exemple, pour Hermès or Ii1 Hermelis in Baslllse Salaria oelere, el pour Basilla on lit seulement ces mots : Basillee Salaria velere. D'après cela, il est aisé de comprendre que lors que le nom du cimetière n'est pas donné, il faut sous-entendre in ejusdem ccemelerio. Défait, dans les manuscrits du martyroloi e hiéronymien au 22 septembre on lit : via Salaria velere in rimiterio ejusdem natalis Basillse. De même le 9 septembre, la où le tend se contente de due Gorgoni m Lavicana, les manuscrits de l« hiéronymien ajoutent via Lavicana inler dans I.nnrns in cemiterio ejusdem natalis Gorgoni ; le 22 août, on lit dans le férial Timotei Ostense et dans l'hiéronymlen via Ostense, in cimilerio ejusdem, Timotei. D'où oi sans peine le secours mutuel que se ] documents, férial et martj rologe. Vin •■. les imi leur emplacement, leur nom, les tombes les plus illustres qui te trouvaient dam i uxpeuvent être, vole par voie, confrontés el Identifli monuments et former une liste indépendante des actes des martyrs, du liber pontificalis et des martyrologes. C'est, comme l'a bien dit J.-B. De Rossi, la pietra di paragone, un terme de comparaison qui permet de vérifier l'autorité des noti ces insérées dans les documents d'âge postérieur.
Après la deposilio martyrum, vient dans le recueil de Filocalus le célèbre catalogue ou liste des papes qui s'achève sous le pontificat de Libère, alors vivant : puis poursuivi jusqu'en 354. C'est dans ce catalogue qu'on lit la mention sous le pape Fabien (236-250) : Hic regiones divisit diaconibus et multas fabricas per cimileria fieri jussit qui n'est pas du continuateur de 336-354, mais du rédacteur primitif. A celui-ci appartiennent également les indications données sur les constructions du pape Ju les, d'une basili que in via Forlese milliario III, d'une autre in via Flaminia mil. II quœ appellatur Valentini, d'une autre in via Aurélia mil. III ad Callistum. Ces mentions, et le nom même du pape Ju les furent ajoutés au catalogue édité pour la première fois du vivant du pape Marc : auc une notice n'est donnée du pape Marc ni de ses prédécesseurs immédiats. Le catalogue, terminé sous le pontificat de Marc, se compose manifestement de trois compilations successives, la première depuis saint Pierre jusqu'au pape Urbain, la seconde depuis Pontien jusqu'à Lucius, la troisième depuis Etienne jusqu'à Marc, ces compilations furent ensuite unifiées et coordonnées avec addition des consuls et des empereurs. La première est généralement reconnue pour un extrait de la clironi que de saint Hippolyte. la seconde est une petite chroni que qui s'ajoute sans interruption au catalogue d'Hippolyte et occupe une période de vingt -cinq ans, elle contient quelques détails historiques et contemporains. C'est de cet ensemble qu'est sorti le Liber ponlificulis (voir ce mot).
Le plus ancien document qui mentionne les cimetières souterrains est précisément le catalogue filocalien des deposiliones martyrum et episcoporum. On y trouve si clairement établie la distinction entre le cimetière de Calliste et celui de Prétextât qu'on peut être surpris des confusions persistantes touchant ces deux cimetières longtemps après que le P. Boucher eut donné ces catalogues au public. Par exemple, on lit XIII kl. feb. Fabiani in Calisti, et Sebasliani in Catacumbns : — vin idus aug. Xysli in Calisti et in Pnetextali Agapiti et Felicissimi.
L'importance du document et sa brièveté, ainsi que l'usage constant qui en est fait dans le Dictionnaire, permettent de le transcrire ici :
Item VIII kal. fan. mense januario. XIII kal. feb.
XII kal. feb. mense februario VIII kal. marlias mense martio. non. martias mense main. Xllll kal. jun. mense junio. III kal. jul. mense julio. VI idus depositio martyrum. natus Cliristus in Beileem Judeic.
Fabiani in Callisti et Sébastian ! in Calacumbas. Agnetis in Xomenta.
Jtl kal. aug. mense augustn. VIII idus aug. natale Pétri de cathedra.
Pcrpetuœ ci Felicitatis. Africœ.
Partheni et Caloceri in Callisti. Diocletiano et Maximiano VIII.
Pétri in Calacumbas. et Pauli Ostense. 'l'usco et Basso cens.
Felicis et Filippi in Priscilkr et in Jordanorum, Martialis. Vitalis. Alcxandri et in Maximi Silani. Iiunc Silanum martyrem Novati \ani] /urati sunt. et in Prétextais . Januari.
Abdos et Semnes in Pontiani.quod est ad ursum piliatum.
Xysli in Callisti et in Prietextati Agapiti et Felicissimi.
VI idus aug.
I1II idus aug. idus aug.
XI kal. septemb.
V kal. sept, mense septembre. non. sept.
V idus sept. III idus sept. XVIII kal. octob.
X kal. octob. prid. idus octob. mense novembre.
V idus nov.
III kal. dec. mense décembre, idus decem.
Secundi, Carpofori, Victorini et Sèveriani Albano. et Ostense VII ballistaria Cyriaci, Largi, Crescentiani, Memmiœ Julianetis et Ixmaracdi.
Laurenti in Tiburtina.
Ypoliti in Tiburtina et Pontiani in Callisti.
Timotei, Ostense.
Hermetis in Basilhv Salaria vetere.
Aconti, in Porto, et Nonni et Herculani et Taurini. Gorgoni, in Lavicana. Proti et Iacinti, in Basillœ. Cypriani, Africœ, Romse, celebratur in Callisti. Basillœ, Salaria vetere, Diocletiano IX et Maximiano VIII consul. Callisti in via Aurélia, miliario III. démentis Semproniani Clavi Xicostrati in comitatum. Saturnini in Trasonis.
Ariston in pontum.
Dans la depositio episcoporum et le catalogue des papes qui va de saint Pierre à Libère, les dates précises de la mort des papes ne sont enresistrées qu'à partir du pape Anteros. Avec Pontien s'achevait la première partie du catalogue qui procède de la Chroni que d'Hippolyte. Pour les papes dont le jour de la mort est marqué dans le catalogue filocalien on peut y accorder une créance sans réserve et la préférence sur tous autres documents.
H. Leclebcq.
FILUMENA. Le 25 mai 1802 au cimetière de Priseille, sur la via Salaria, on découvrit un loculus fermé de trois tui les sur lesquel les était tracée, en lettres rouges l'inscription suivante (fig. 4460).
Cette inscription était ornée de différents symbo les : deux ancres, une palme et plusieurs autres encore. Dans la tombe furent trouvés des ossements qu'on reconnut ou qu'on présuma être le squelette d'une je une fille à qui la présence d'une fiole, dite de sang, (voir Dictionn., au mot Ampoule) valut le titre de martyre et les honneurs qui s'y rattachent. Ossements et épitaphe furent transportés à Rome, à la custodie des reliques en attendant une attribution. Comme la clientèle ordinaire se lassait un peu des martyrs anonymes auxquels il fallait imposer un état civil et composer une légende, la trouvaille d'une martyre ayant un nom était particulièrement estimée, et on n'hésita pas, pour la circonstance, à intervertir l'ordre des tui les, en sorte qu'on eut une belle épitaphe, bien lisible, ainsi conçue :
Une autre difficulté surgit alors. L'existence, à Rome, d'une martyre nommée Philomène était absolument inconnue. Mais la science humaine ne pèche-t-elle pas toujours par quel que endroit ? Aussi en 1805, la martyre Philomène fut demandée avec instance et accordée au chanoine di Lucia, qui l'emporta dans son village de Mugnano, au diocèse de Noie. Son premier soin fut d'exposer les ossements à la vénération des fidè les, et il y associa l'épitaphe dont la custodie l'avait libéralement gratifié. Làdessus une religieuse napolitaine eut une ou plusieurs révélations et le chanoine fut assez heureux pour découvrir la vie de sainte Philomène, laquelle vivait sous Dioclétien et se trouvait avoir été ftglia di un rc délia Grccia. Pas moins que cela ! Mis en verve par sa découverte, le chanoine entreprit l'explication de l'épitaphe. et imagina un martyre de son invention,. dont les détails divertissants continuaient, en 1902, à alimenter ou a stimuler la dévotion des catholiques du diocèse de Noie. Toute une littéral lire avait d'ailleurs fleuri autour de cette historiette qui n'était pas même une légende ; ce qu'on y trouve dépasse la comm une mesure des écrits de cette catégorie ; c'est un fatras dont il sullit de grouper les titres comme un bouquet autour des deux noms du canonico di Lucia et de Suor Maria I.uisa.
L'inscription est ancienne, comme d'ailleurs les inscriptions tracées a la couleur rouge sur des tui les ou des briques au cimetière de Priscille ; le point n'est plus contesté depuis que De Rossi l'a démontré. Mais la présence d'une ampoule, dite de sang, reste absolument étrangère a l'attestation d'un prétendu martyre. Il semble que les paro les : pax tecum Filuae sont guère plus affirmatives, enfin les symbo les dans lesquels cm découvrait ce martyre : ancre. palme, etc., ne (lisent rien de tel. On aurait pu discourir fermeture a été faite au moyen de deux tui les qui avaient fait primitivement parlic d'une sépulture uni que. Sur une tuile on lit en lettre rouges : ASCLE ; sur l'autre tuile on lit PIODOTVS : il suffit de les rapprocher et on voit que le défunt s'était non L'exemple est frappant, mais on en peut citer d'autres. Voici encore au cimetière de Priscille, un loculus fermé avec des tui les et deux plaques de marbre ainsi disposées :
CMAPANASO (sic) ROR NOETI FRA Campana soror Nocti fratri benemerenti fecil. Autre exemple du même cimetière : deux plaques •iitiO. — Inscription dite de sainte Phitomène. D'après Marucchi, / Monunimtldel Museo Pio Lateranense, pi. lxi, a. 19. longtemps encore sur ce sujet lorsqu'une découverte de M. II. Marucchi permit de tirer les conclusions certaines qu'on peut dès maintenant énoncer ainsi : 1° le corps que l'on pensa être celui d'une je une Bile trouvé en 1802, n'est pas celui de la personne nommée sur l'épitaphe ; 2° le corps trouvé en 1802 n'est pas celui d'une martyre, mais d'une chrétienne du r\ ' siècle car c'est a celte épo que que les /essores prirent l'habitude de boucher les tombes nouvel les avec d'anciennes épitaphes.
Pour tout épigraphiste les trois tui les [ai partie d'une épitaphe uni que, el les avaient été tracées dans ce but et par un seul ouvrier. L'explication courante de l'interversion était qu'ayant été peintes non sur place, mais avant d'être posées, le maçon inattentif, illettré ou facétieux avait mis la troisième à la place qu'aurait dû occuper la première. C'était faire la part belle au fossor. Sans être de grands clercs, ceux-ci tenaient un rang hiérarchi que et remplis ! aient onction administrative qui rendent plus qu'invraisemblable unisi cra e ; il n'j a pas même à discuter l'idée d'une plaisanterie, enfin l'explication proposée d'un loculus bouché dan : l'obscurité est purement gratuite. Un fossor, pas plus qu'un porion dans une mine, ne s'aventurait sans sa lampe et si celle-ci manquait nu s'éteignait, il pouvait toujours attendre d'y revenir avec une autre lampe.
Enfin, à supposer qu'il eût ainsi gâché son travail. il eût vraisemblablement été Invité ou obligé de replacer les tui les dans l'ordre voulu par la lecl ure. t ,'explication seule acceptable c'est que ces tuile.-, turenl retirées d'une tombe désaffectée ou violée et réem la clôture d'une autre tombe plus récente. à l'épo que nu les catacombes étaient en partie délais sées par les fidè les. Cette Interversion était même intentionnelle et désignait Une de ces sépultures de lort une pour lesquel les l'indigence du défunt ou l'indiflén lies ne voulait pas faire II d'une épitaphe neuve. l.a vérification de cette conjci ture se trouve facile iiite de i.i découverte dans une galerie du cime de marbre posées l'une a côté de l'autre et provenant d'une même épitaphe.
EVGENI • PAX •TECV
PLVTARCHE ps Autre exemple, au cimetière de Sainte-Agnès, sur la voie Nomentane, deux fragments d'une épitaphe coupée et rognée.
Spirito. caslissimo laecsianuarius coniugii ianuarius coniugi incompa rabili. cum. qua. vix i mensib. XI. di nim sues Dernier exemple : au cimetièn d Commodille, un loculus est fermé avec une tuile et deu de marbre provenant d'une épitaphe COU] sens de la hauteur :
O O m o -t CD < -1 ^m Hz O m o -,
KAL O
IANO A CONS
NE ROS
BRIS
° 5 épitaphes païennes réemployées, l'ait iblctte faisait l'affaire sans qu'il fallût la scier, si elle était un . . on j l'osait un tampon de ch aux et, le cas échéant, on lui donnait t'alloni e 'l une tuile. des exemp les tirés du cimetière de Commodille : tampon de
V.
Dans le même cimetière, une inscription brisée par son milieu a été mise à profit :
DONVS-AER
PACISPAV i IAENA Ll i s Enfin, les fossores ne se sont pas bornés à dépareiller ou à intervertir, ils ont retourné des inscriptions mettant le texte à l'intérieur du tombeau, disposition qui ne peut être imputée a l'ignorance ni à la distraction, mais à un dessein arrêté. Nous ne disons rien des inscriptions renversées, car à supposer que le /ossor fut assez ignare pour ne pas distinguer le haut et le bas d'un alphabet, il avait du moins pour se guider les symbo les et ja mais il ne fut possible de confondre une colombe posée sur une branche avec une colombe les pattes en l'air, de même un chrismon dressé ou renversé. Cependant au cimetière de Priscille, sur une tombe encore fermée, on voit dessinée au charbon une colombe renversée, elle n'a évidemment pas été tracée ainsi. Les inscriptions renversées, comme les inscriptions interverties, ne sont pas le fait de la négligence ou de l'ignorance, mais un système voulu et conventionnel pour désigner certaines tombes, cel les peut-être sur lesquel les on mettait une fermeture d'attente jusqu'au moment où l'épitaphe correcte serait prête — et elle ne le fut ja mais.
Quand on clôturait un loculus avec une pla que de marbre, il fallait que celle-ci fût préalablement gravée, car le peu d'épaisseur des plaques ne leur eut pas permis de résister aux coups de marteau du lapicide, une fois qu'el les étaient posées de champ sur la tombe. Au contraire, quand on clôturait avec des tui les la peinture s'appliquait dès que le travail de fermeture était achevé et la ch aux mise autour, le peintre venait alors et traçait les caractères. Au cimetière de Priscille, on a trouvé des inscriptions sur tui les où chac une d'el les ne porte que trois ou quatre lettres et qu'on ne se représente pas tracées à l'avance, par exemple :
TIMI IN PACE
VS MA
Toutefois le doute serait encore possible, si on n'avait constaté, toujours au cimetière de Priscille et ailleurs aussi, que l'inscription tracée en rouge sur les tui les s'est continuée sur la ch aux, par exemple : celle de : et celle de Vcrecundus. Entre les deux moitiés du nom, on a placé sur la ch aux la lettre M, signifiant martyr. On peut donc tenir pour certain qu'au lieu d'avoir été peintes sur place les trois tui les trouvées en 1802 et portant le nom de Filumena avaient eu une destination antérieure à laquelle el les » ont été enlevées, pour être employées là où on les a trouvées. Dans cette utilisation, le fossor s'est conformé à l'usage adopté par ses pareils pour désigner les tombes qui recevaient une clôture portant une mention qui n'était pas celle convenant au défunt, il a brouillé le texte. Tantôt on retournait, tantôt on renversait, tantôt on recoupait, tantôt on intervertissait, il a interverti.
Les symbo les de l'épitaphe ont suggéré bien des explications. Voici la plus réjouissante. La vierge Philomène dont la virginité est figurée par un lis, fut percée de flèches, jetée à l'eau et reçut la palme du martyre. Pareille ingéniosité tient à la divination. Voici en somme ce que signifient ces symbo les. L'ancre (voir ce mot) est bien connue, la palme indi que que le défunt a reçu la récompense céleste, le lis virginal est une simple feuille de lierre Ja qui servait à la ponctuation et à la division des lettres. Les flèches indiquent un mot coupé et une phrase terminée. Entre les deux syllabes de TE et CVM de même que la typographie pour passer d'une ligne à l'autre mettrait un -, de même l'épigraphiste a relié les deux syllabes par deux flèches qui semblent se continuer ; et pour indiquer la fin de l'inscription, autre . Et c'est tout.
Philomine el le curé d'Ars ou entretiens sur la rude sainte Philomène et la dévotion du curé d'Ars pour la je une martyre, in-18, Besançon, 1866 ; Entretiens sur les mirac les, la vieelle culte deS. Philomine, in-18, P.iris, 1865. — S. Gatteschi. Memorie intorno al marlirio e culto dellu vergine S. Filoména, ed alVinvenzione e traslazione del di lei s. corpo compendiate, in-12, Firenze, 1S34 ; in-18, Torino, 1834 ; in-18, N'ovara, 1835 : in-16, Venezia, 1835 ; Veroiche gesta delta gloriosa vergine e martire S. Filoména, principessa greca, compendio, in-12, Nizza, 1836 ; Sul m irtirio e culto délia vergine S. Filoména cd il ritrovo e traslazione del di lei s. corpo memorie compendio, in-16, Venezia, 1836 ; in-18, Torino, 1837 ; Inno e notizie sloriche intorno alla gloriosa santa Filoména vergine e martire, in 16, Venezia, 1835 ; Kurzt Nachricht ùher heil. Philomena, in-12, Luzern, 1835 ; Leven en mirakelen van den heil. Philumena, in-12, Brussel, 1835. — F. 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H. Leclercq.
FIN DU MONDE. La lin du monde a été une des préoccupations les plus angoissantes des premières générations chrétiennes. .lésus avait dit : « Jusqu'à ce que le ciel et la terre passent... ' » Et il était revenu avec complaisance sur ce sujet : à propos de l'ivraie il rappelait la future consommation des choses et les justes triés par les anges . A la qui posée par les apôtres sur les signes précurseurs de cet événement, le Mailre répondait d'une moins claire que ses auditeurs l'eussent souhaité ; cependant il atlirmait toujours que « le ciel et la terre passeront » » et promettait à ses apôtres de demeurer avec eux et leurs successeurs « jusqu'à la consommation du siècle » qui viendra quand l'Évangile aura été prêché dans la terre entière s.
Saint Paul, écrivant à l'Église de Corinthe, en que la fin du monde se produira quand le Christ aura établi partout le règne de son Père e1 triomphé de tous ses ennemis . Jus que-là d'ailleurs le monde change, on pourrait dire qu'il s'use et l'apôtre le dit SOUS celte forme atténuée : prselerit enim figura hujus mundi, la ligure de ce monde passe , se transIiirme, s'achemine vers sa fin.
L'auteur de l'épître aux Hébreux, s'inspirant d'un psaume, dit aussi que la terre el les eieux | ront, qu'ils vieilliront comme un \ clément et que Dieu les changera comme un manti Saint Pierre *, saint Jean ,0 parlent dans le menu ainsi que les ailleurs de l' Apocalypse ». des lettres a Timothée« et en général tous les auteurs contenus au canon du Nouveau Testament ». Même conviction parmi fis Pères La D parle de la fin du monde, mais de manière oratoire « ;
Pseudo-Bamabé croil que les derniers jours ont déjà commencé '■ e1 Dieu a di lion. La deuxième lettre à ceux de Corinthe en que ces jours mil commem é à courir à partii naissance du Christ ». Saint Ignace annonce que le monde finira « et quele uniment est venu ». 1 fermas, Die chrUlltche Eschatologie fn den Stadten tir, r 0 runa un Aliem mu/ Ncucn Testamente, Frelburg, 1890, ;)(« ,. H /. ;,\/..lv.'l ; VI. 13, ffcW., I. I. p, 1*. .1. ■ I il faut s'y attendre, pousse un cri d'alarme, l'heure est proche », mais cependant il n'est pas trop tard et les pécheurs ont encore le loisir de faire pénitence.
Les apologistes ne laissent pas échapper un si joli sujet sans l'exploiter. Saint Justin parle de la aur/umç xod du monde entier '. Tatien pense que tout périra d'un seul coup 3 par un bel incendie * où tout se dissoudra5. Saint Irénée ne s'aventure pas tant. Il croit, lui aussi, à la consommation universelle6, mais Dieu en décidera l'instant ; alors ni la substance, ni la matière de la création ne seront anéanties, mais tout l'accidentel périra pour avoir servi au péché '. Tertullien se complaît à l'idée d'une grande catastrophe, et prochaine surtout 8, dans laquelle la terre périra avec toute l'humam.e et la sagesse des hommes »> ; ce qui semble l'enchanter. Saint Cvprien aperçoit les signes précurseurs de la fin des temps » qui est prochaine « , en sorte qu'il ne faut plus rien attendre de ce monde 13.
Clément d'Alexandrie entrevoit par delà ce monde finissant, un monde nouveau ». Pour Origène l'affaire est certaine : le monde a été créé, il a commence, il se pourrit, il se dissoudra et périra pro ipsa sut cornintione 15 ; la fin du monde fait partie, suivant lui, de la révélation chrétienne » et il la nomme TéXoç tôW et encore aovréXeia tou aiûvoç ». , , , , . .
Ainsi, durant les trois premiers sièc les la doctrine est admise et enseignée couramment. Il serait curieux de savoir ce qu'en ont pensé les fidè les. L'épigraplue est trop concise pour qu'on en puisse attendre des témoignages explicites, mais il est singulier qu'on ne rencontre pas une seule allusion ; au contraire, les interrogatoires des martyrs nous les montrent pénétrés de la conviction qu'ils quittent un monde fragile. La plupart des fidè les se contentaient probablement de croire à une catastrophe qui bouleverserait et détruirait la terre ; mais il est remarquable qu'ayant tant et tant de fois figuré Noé dans l'arche ils nront pas semblé croire à la possibilité d'un nouveau déluge. Ils préfèrent, ou pour mieux dire, ils attendent et redoutent autre chose ; après l'eau viendra le tour du feu. La deuxième épître de saint Pierre, parle en termes exprès de la dissolution finale du monde par le feu. Mais les fidè les ont-ils connu ce texte et ce texte n'est-il pas une interpolation ? Il suffit que ces questions aient pu être posées pour laisser entrevoir le peu de place que tient ce texle dans l'histoire de la pensée chrétienne primitive. Cette idée d'une immense conflagration qui dissout et purifie le monde en vue d'une restauration future ne se rencontre expressément formulée dans aucun livre de l'Ancien et du Nouveau Testament, autre que l'épître désignée sous le nom de saint Pierre « . Les Pères apostoliques se permettent quelques allusions qui ne semblent pas avoir dû être beaucoup plus claires pour leurs anciens lecteurs qu'el les peuvent l'être pour nous. Hermas se divertit, comme d'ordinaire, à faire peur, mais ses visions et son amphigouri n'ont pas été très goûtés. Une vierge lui expli que que le monde finira par le feu et le sang », reste à savoir si on prenait ses paro les au sérieux : il est permis d'en douter. Les Pères apologistes parlent de la destraction du monde par le feu, mais ils en font leur affaire. Comme ils ont beaucoup lu, ils présentent des explications, tout brûlera c'est entendu, mais quand et comment ?
On a aligné d'interminab les citations dont il semble ressortir que la fin du monde, le cataclysme qui la signalerait et l'événement lui-même offraient un sujet précieux aux écrivains et aux prédicateurs qui glosent interminablement sans ajouter une idée à ce qui se dit autour d'eux. Les hommes sont persuadés que le monde finira, ils en causent moins, mais agissent en conséquence ; c'est que clercs et moines leur inculquent le souci de se tenir prêts à sortir de cette grande épreuve qui peut survenir d'un instant à l'autre, ainsi qu'une explosion. Les préambu les des très anciennes donations pieuses expriment fréquemment cette préoccupation sous une forme analogue à celle-ci : Mundi termina appropinquante, avec des digressions sur la méchanceté croissante du genre humain, la nécessité du châtiment, la menace de l'Antéchrist. Déjà on rencontre ce souci dans le testament de sainte Radegonde (t 587) : quippe mundo in fmem currente !0 et dans le prologue de l'Histoire des Francs de Grégoire de Tours, écrit vers 576 : illud etiam placuit propter eos, qui adpropinquanlcm fmem mundi disperanl, ut.. « . La formule s'en trouve pour ainsi dire légalisée grâce à sa présence dans le recueil de Marculfe : Item alio prologo ad hoc opus eldonatio. Mundi terminum ruinis crebriscentibus adpropinquanlem indicia certa mani- /rstantur et expérimenta liquida declarare miscuntur et ad discutiendas torpentes inftdelium mentes illa dudum in tvangelils a Domino dicta oracula incumbere miscuntur' ; et dans les Formu les de Tours : Donatio ecclesise.. Mundi terminum udpropinquuntcm, ruinis crebriscenlibus '. Depuis cette épo que la formule fait son chemin, on la rencontre même sur une épitaphe de Reims '.
Depuis on la trouve dans une série ininterrompue de chartes, sans que la fréquence s'en accroisse aux approches de l'an mille et ce préambule n'a guère été moins employé au xi° siècle qu'auparavant ».
H. Leclercq.
FIOLE OU FLACON. Nous n'avons pas à revenir sur ce que nous avons dit au sujet des < fio les » de sang, les fiatee rubricalse (voir Ampou les), et dès lot il reste peu de monuments chrétiens à mentionner. Un des plus anciens et des plus intéressants est un débris qui ne consiste que dans le goulot mais sur lequel on lit en be aux caractères * (fig. 4461) :
PIE ZESES IN DEO Bois, vis en Dieu.
La destination de cette fiole fut probablement de contenir un parfum. On trouve souvent cette D'après O. Dalton, Catalogue 0/ early Christian anliquities, p. 131, n. G53. acclamation sur des fonds de coupe (voir ce mot) mais réduit a ees deux mots PU /.iscs, il est rare de rencontrer l'addition in Deo qui se lit sur une épitaphe ou, s'adressant au défunt, on dit : 7r£e èv 0ecô. Sur une tasse de verre trouvée en l.s7 :s à Trévise, on lit, de même, sur la lèvre du vase une acclamation vivas in Deo '. I.upi a fait connaître une tasse en verre blanc trouvée par Boldelti et portant aussi en relief sur la lèvre • : nie ZHCAIC €N ATA0OIC Un vase pres que identi que a été trouvé par J.-Iî. De Rossi ; il est en verre blanc avec une inscription en relief : ka---il — ANnêAi nie zhcaic La collection du British Muséum (fig. 4662) possède une fiole en cristal en forme de globe, avec un bandeau circulaire a la panse offrant une décoration en arête, sur les deux hémisphères, cette inscription en relief >° : la barre horizontale dans A et 0 est omise. Hauteur, 0 m. 10,5.
II. I.ECLERCQ.
FLABELLUM. — I. Textes et monuments figurés. II. Textes et monuments liturgiques. III. Monuments origin aux. IV. Bibliographie.
I. Textes et monuments FIGURÉS. — Le flab.ilum est un éventail, c'est dire assez que son origine csl immémoriale. Les moustiques sont une des plaies d'Egypte, d'après la Bible, mais c'est une plaie li que qui frappe toutes les contrées à l'épo qui des fortes chaleurs. Impuissant à détruire ces lé ion d'insectes, l'homme se résigne à les combattre et à les tenir a distance. Telle est la destination du flabellum. Les monuments égyptiens montrent les pharaons escortés d'esclaves flabellifèrcs et on rencontre parmi les hiéroglyphes ce meuble de première néé. On le rencontre aussi dans les monuments de l'épo que grec que, comme sur cette Isis-Aphrodite à l'éventail de la collection Fouquet » et la figure« analogue décrite par ses éditeurs comme un instrument de musi que et qui est un éventail ». Généralement ces éventails sont polychromi toujours adaptés à une longue hampe. Tantôt c'est une plume d'autruche, tantôt une touffe de plumes disposées en demi-cercle, tantôt une large feuille de nénuphar aux vigoureuses nervures, tantôt un panache en forme de queue de vautour « . Mi nufiguration sur les monuments assyriens, où on préfi re 1 manche court, en bois ou en ivoire1 ; chez les Perses, le manche semble métalli que '. Les Hindous, les Turcs, bref tous les peup les orient aux en ton ! et Ch. de Linas rappelle qu'ui contreux du dey d'Alger Hussein, menaçant de son chasse-mouche le consul de France détermit 1830, l'expédition et la conquête d'AJ Les Grecs nommaient pi-l ; l'usti rge et olà\ i[ui servait à attiser le feu : ooptq ? ». Le diminutif pitcESlov fut appliqué objets de logue. Ces petits iprès un pa P. Perdrlzet, I d'Euripide, semblent avoir eu une origine asiati que ; au ve-\Ie avant notre ère cet éventail dont étaient armés les Phrygiens qui accompagnèrent Hélène en Grèce après la ruine de Troie, avait la forme orbiculaire ' :
Opuytoiç ïx'jyov <J>puyîotai. v6u,ot.ç Ilapà ëôo-Tpu^ov aupav aiipav 'EXévaç 'EXévaç eÙTrâyi xùxAco IlTEpivco Trp6 7irap7 ;î§oç aaacov Bapëâpoiai v6[j.ot<nv A Tanagra, les œuvres des coroplastes béotiens nous montrent le flabellum copié sur la feuille de l'aristoloche, plante sarmenteuse 2 ; rigide en général, l'éventail béotien offre quelquefois une pointe légèrement courbée. Autant qu'un coloriage permet d'en juger, il était fait d'étoffe bleue ou rouge bri que, montée sur châssis, rehaussé parfois d'un galon d'or et d'ornements peints ou brodés, le manche était très court, à peine visible. La mode de l'éventail s'introduisit vraisemblablement en Italie à la suite des Tyrrhéniens asiatiques. Denys d'Halicarnasse D'après Paciaudi, Svnaôio^ôp/)Uia, sive de umbellœ gestatione, 1752. Frontispice. nous apprend qu'Aristodème, tyran de Cumes (Campanie) et allié de Porsenna (VIe avant notre ère) corrompit les jeunes gens de cette ville, au point d'en faire des baladins efféminés qu'accompagnaient des suivantes portant le flabellum et l'umbella 3. Les dames romaines adoptèrent le type modifié par les Étrusques, de longues feuil les à nervures, des palmettes, une sorte de queue de paon étalée. Sur la fres que des No ces aldobrandines, nous voyons un flabellum dont la tige mince et prolongée se termine par un pommeau rond ; la tête, flexible, s'engage dans une élégante monture ; l'objet semble tissé en paille ja une 4 ; cependant d'Agincourt, sur une fres que de Pompéi, fait voir un éventail pres que identi que à ceux des élégantes de Tanagra 6 que nous retrouvons sur une pierre gravée du cabinet de Stosch.
Les anciens auteurs latins mentionnent le flabellum qui chargeait les esclaves au moins aussi souvent que leurs maîtres. Plaute signale les flabelliferse* ; Térence dit qu'on s'en sert au bain' :
Heu tu, inquit, Dore, Cape hoc flabellum et venlulum huic facito dum lavamur.
Un gobelet hémisphéri que à deux anses, provenant de Noïa (Terre de Labour), représente sur une de ses faces un baigneur nu, occupé à s'essuyer avec un long sudarium ; derrière lui une crédence sur laquelle est posé un flabellum circulaire, crêtelé de cerc les plus petits recoupant la circonférence * (fig 4463) Properce nous dit qu'il existait des flabclla étalés en queue de paon 9 :
El modo pavonis caudœ flabella superbœ Ovide donne ce petit et utile commentaire 10 :
Fuit utile multis Puh'inum facili composuisse manu ; Profuit et tenui ventos movisse flabello, El cava sub tenerum scamnu movisse pedem.
Vis lamen interea tenues arcessere ventos. Quos facianl noslra mota flabella manu.
Dans Martial, un faisceau de myrthe sert à la fois d'éventail et de chasse-mouche « :
Et œstuanti tenue ventilât frigus Supina prasino concubina flabello Fugal que muscas myrlea puer virga.
Un passage de Cicéron nous apprend que chez les Romains la fonction de chasser les mouches incombait de préférence aux esclaves : Quid enim est Vargula asseculus, quum cum candidalus A. Sempronias eum M. suo f ralre complexus essel : Puer abige muscas ? Risum quœsivit, quid est mea sentenlia, vel tenuissimus ingenii fraclus 1=.
Par Martial nous savons encore qu'un flabellum en plumes de paon était employé pour écarter les insectes de la table 13 :
Lambere quœ lurpes prolubetlua prandia muscas. Alitis eximinse cauda superba fuit.
Pendant les repas, le flabellum étail doucement — *L. II. eleg. xxiv, vs. 11. — l0 De arte amandi, I, vs. 159162 ; Amor.. III. eleg n. vs. 37-38. — » Lib. III, Epigr. S2.
— » Cicéron, De oratore, il, 60. — « Martial, Lib. XIV, Epigr. 67. agité de façon à rendre l'air plus frais, ce qui n'agréait saint Grégoire de Nazianze ' : toùç rU Ô7rèp xeçaXîjç Ïve|J.ov tï » : b.-'.r,<. aofiÇouivou ;, xocl tbïç bcgapâv otupouç to ->.r,0o ; :ôv aapxûv I n fond de coupe conservé .1 la bibliothè que vaticane : (flg. 4464) et qui a été brisé, mais non pas de façon trop grave, puis que toul le sujel peut être encore étudié, nous montre une mère tenant sa Miette sur ses genoux. La tête el le buste de la mère ont disparu, mais l'enfant porte le bonnel appelé el au cou un collier : [Mtviàxiov ; un serviteur tient un flabellum avec lequel il évente le roupe. La légende ne nous apprend rien de plus : quirace VIVAS CVM TVIS Boldctti, Gori, d'Agincourt on1 imaginé voir Ici la vierge Marie avec l'enfant Jésus ; mais rien ne le prouve et tout porte a croire le contraire. L'enfant porte un vêtement et un bijou qu'on réservait aux fil les ; Passeri, mieux inspire, n'a voulu voir qu'une scène familiale ; Garrucci et Ch. de Linas partaient avec raison cette manière de voir. Le diacre est-il une servante ou un eunu que comme le soutient Linas ; nous devons avouer que nous ne croyons pas la question facile a résoudre. Son vêtement est fort riche et il agite un flabellum rectangulaire fixé a unihampe latérale, modèle nouveau qui a l'apparence d'un petit drapeau. Les stries en zigzag de ce flabellum semblent indiquer un ouvrage en rie, el peut-être d'importation étrangère. En elfet, a A k lin un (voir ce mot), en Egypte, ou a trouvé deux petits flabella, Identiques a celui dont nous parlons (flg. 1165) et dont il est intéressant de rapprocher un texte de la vie de saint lui mde Ruspe(en Byzacène). Avant son épiscopat, au temps où il était moine, Fulgence s'occupait a l'étude, a la t ranscripl ion des Écritures et à la confection de chasse-mouches en feuil les de palmier : Xiim et scriptoris arte laudabiliter Ulebatur el palmarum /oliis flabellos sœpissime contezebat ; cui operi, etiam cum fuisset abbas, in suo monasterio vacubat'.
On s'offrait en présent un muscarium, chassemouches ; Marcella en adressait un à saint Je qui l'en remerciait : Quod. aulem matronis aflerlis muscuria parva, parvis animalibus eoitandis, elegans significutio est, debere luxuriant cita resltnguere, quia muscœ moriturœ oleum novilatis exterminant, llic lypus fil virginum ; à plus forte raison en faisait-on usage pour le soulagement des mala des : In quo languore, Eustochii filise probala semper in maire pietas ma gis ab omnibus comprobutu est. ipsa assidere lectulo, flabellum lerure, sustentare eaput s.
Aux tv et v sièc les, les daines romaines se faisaient éventer par des esclaves avec un flabellum de plumes ; ce fut l'un des métiers de l'eunu que Hutrope avant son arrivée au pouvoir '.
Et cum se rapido fessam projecerat œstu Palricius roseis pavonum ventilât alis.
Le Chronographe de 354 (voir ce mot) nous donne une représentation du mois d'août (Diclionn. t. ni, col. 1558, fig. 2912) symbolisé par un homme nu buvant a une coupe, un /label/uni. trois meli amphore ; au-dessous on lit ' :
Fonlunos lali ces et lucida pocula vilro Cerne, ut demerso turridus are bibat JElemo regni signalas nomine menais ; Lalona genitum quo perlùbent Hecat Au premier quart du vi« siècle nous voyons le flubillum sur les diptyques Le dipty que oflert par Char les le chauve a l'abbaye de SaintCorneille de Com aujour d'hui au Cabinet des und frShchrtsttlchen Alterhûmer, ln-8« , Berlin, s. Jérôme, Epist., w et xxvn, a. 13. - ' Claudlen, in Eutrop., I. v>. los-io'.i. 1 itiil. lîueherii. lu I Aquitani canonan pasehaltm serlptum anno Chrtstt uulgarl a Il commentartut, ln-fol., Antwi beclus, Commentarla de Augusta blbllotht médail les à Paris, montre un buste du consul Filoxène (525), revêtu du costume officiel, un sceptre dans la main gauche tandis que de la main droite il donne le signal du commencement des courses en jetant la mappa. Au compartiment inférieur, un eunu que en veslis picta, tient à deux mains le flabellum dont la hampe est striée au burin. Le chasse-mouche proprement dit consiste en un rectangle d'étoffe encadré d'un galon, avec au centre, une couronne de laurier brodée ; au sommet de la hampe, une cravate cordelée « (flg. 4466).
Le flabellum va subir une transformation ; de carré ou rectangulaire il va devenir circulaire, mais on ne sait pas exactement l'épo que à laquelle s'opéra cette transformation. Une épitaphe provenant de la catacombe de Sainte-Agnès et que Boldetti a fait connaître sans s'astreindre à beaucoup d'exactitude, présente un dis que coupé par quatre diamètres en rum, qui semper duo debenl esse, slans cum flabello prope sacerdotem, ex quo muscarum injestatio exurgere incipit, donec finialur, eas arcere a sacrificio, et ab allari seu ab ipso sacerdote non negligit. Diacones vero, subdiaconus et unus minislrorum si dies festus est, acclives poslea manent orationis inlenti '. A la fin du XIe, on trouve dans l'inventaire du trésor de l'abbaye de Saint-Riquier, flabellum argenleum I '. A partir de cette épo que, Char les de Linas a réuni beaucoup de mentions relatives à des ventilabra, flabella, philacia rotunda, dyadema, rotula ; dans l'inventaire d'Isabelle de France, reine d'Angleterre, en 1359, il est question de duo flabella pro muscis fugandis ; à Saint-Paul de Londres, l'inventaire de 1295, parle de unum muscatorium de permis pavonum ; en 1361, à Saint-Pierre du Vatican : 1res muscon(es) ad pellendas muscas diversimode laborali ; en 1429, l'inventaire de la chapelle de huit secteurs sur lesquels on répartit l'inscription : qu'il faut lire certainement Vivas C(onstantia) in Christo.
Au dis que s'adapte une hampe sur laquelle on lit le nom de la défunte » (flg. 4467) :
CONSTANTIA IN PACE QVI VIXIT ANNOS L
FECIT BENE
La liaison de C avec I n'empêche qu'on croit voir ici le chrismon. L'image du flabellum paraît ici bien claire ; peut-être Constantia faisait-elle le commerce d'éventails.
Jusqu'ici nous n'avons énuméré que les textes et les monuments relatifs à l'usage profane de l'éventail, mais le flabellum a eu sa place dans le culte chrétien dès une haute antiquité.
II. Textes et monuments liturgiques. -- Le plus ancien témoignage actuellement connu est celui que nous lisons dans les Constitutions apostoliques, 1. VIII, c. xxii : Aùo Siâxovoi ÈÇ ÉxocTÉpcùv t<ov fiepôiv xo\> 8u<nacTT|piou xaTE/ÉTcoo-av èZ, ûjxév&jv XE7r-rcùv pi7ri8iov. rt -T ;pc~iv raûvoç, V, Ô66vi)ç, y) v ;népa à7ro(jo6EÎTcoc ;av Ta (xtxpà Ttov i-TatiivôSv Çcocov côç av jiy] èyxp ti-tre— o v-rœi. sic Ta X'JTIEXXA. « Deux diacres placés de cha que côté de l'autel, tiennent des flabella de vélin, ou de plumes de paon, ou d'étoffe, afin de chasser les insectes de peur qu'ils ne tombent dans le calice. » En 837, Everard, fondateur de l'abbaye de Cysoing en Hainaut, lègue à son fils un mobilier liturgi que dans lequel ligure : Flavellum argenteum unum 3. Il n'est plus question ici que d'un seul flabellum, peut-être sa hampe était-elle en argent. Au xr siècle, dans les Coutumes de Cluny : Unus .aulem minisiroGuillaume d'Exeter, abbé de Bury-Saint-Edmunds : / muscifugium de pecok (peacock,paon). C'est toujours le flabellum anti que qui dans les inventaires deviendra V esmouchouer à tout le manche d'argent de l'inventaire de Mahaut, comtesse d'Artois, en 1316 ; esmouchouer de soye broudé de l'inventaire de Clémence de Hongrie, femme de Louis X en 1328 ; esmouchouer rond qui se ployé, en yvoire, aux armes de France et de Navarre, à un manche d'ybenus de l'inventaire de Char les V en 1380.
Le flabellum liturgi que est en pleine évolution, et tandis que l'éventail à main conserve sa légèreté nécessaire, le chasse-mouche se transforme en une pesante rondelle de métal décoré, ciselé, gemmé, parfois de façon très élégante, mais comme tous les monuments appartiennent au moyen âge, nous n'avons plus à les étudier 6. Néanmoins le chasse-mouche n'est pas délaissé, mais on tend à le réduire à une seule pièce, les textes ne parlent plus de deux flabella mais d'un seul flabellum. Hildebert de Lavardin, évê que du Mans (41134) écrit : Flabellum libi misi, congruum scili cet propulsandis muscis instrumentum... Attende ergo quibus muscis immolantes Domino sacerdo les gravius infestentur ; quibus fréquenter impedientur salutaria altaris officia 7. Vers la même épo que on lit dans la vie de saint Pierre, évê que de Policastro et abbé de La Cava, ces lignes : Senex nam que venerabilis Petrus Spoletinus et Petrus Troianus ;... mihi narrare consueverant, quia quadam die dum monaslerio circuiret, Teresinum cum eo venerunt. Ibi vero cum in ecclesia S. Johannis missas célébrant, et quidam flabelli minislerium negligenter exhiberet, lampadem impulit et oleum super allare judit 8. On voit, et Dom Martène » en a fait l'observation, que la liturgie bénédictine n'usait que du flabellum uni que et que le maniement de cet ustensile était dévolu à un acolyte spécial, distinct des ministres de l'autel Au xm' siècle, Guillaume urand semble ne faire allusion qu'a un seul flabellum, pendant l'été, depuis la secrète jusqu'à la lin du canon '.
Dès la lin du xiv« siècle, le flabellum liturgi que était en pleine désuétude, honnis dans quelques de bénédictins, couvents de dominicains, et ailleurs. Au XV siècle, son nom même était oublié en bien des endroits. Nous lisons sur les inventaires de l'Église d'Angers ; en 1255 : Item duo flabclla argentea deaurata, cum lapidibus et baculis argenleis ; — en 1286 : item, duœ philaciœ rotondœ de argento cum baculis cooperlis de argento ; en 1421 : item, unum dyadema per modum patente in qua sunt xxri/i lapi des ; Hem aliud dyadema fractam in quo sunt IX lapi des, et voeatur dyadema Velus ieslumentum ; ' n 1 195, item quodam dyadema cum baculo argenleo et in eo quœdum crux figuralur, et circulas ille in modum dgadematis '. Il s'agit d'une seule et même paire d'objets, flabclla, philaciœ (pour phylaclcria), diademata, mais en 1286, ils sont rolunda, en 1421 in modum patente et la destination de ces ustensi les si oublie qu'on en envoya un à la fonte, dans l'inventaire du premier quart du XVe, il ne reste plus a Vngers qu'une des deux rondel les emman i le flabellum, mais après la secrète il peut se faire suppléer. Au xvn' siècle, Bona écrit que hodie, in Ecclesia Romana, cum summus ponli/cx solemnitcr celebralurus procedit, duo flabellu ex pennis pauonum compacta huic inde horlanlur, sed nullus eorum inlra missam usas est '. Ch. de I.inas a cherché en vain l'opuscule de Joseph Suarès de Vaison, nous n'avons pas été plus heureux que lui. L'emploi des plumes de paon avait amené une autre évolution du symbole. Peut-être est-il superflu de rappeler que les plumes du paon portent une sorte d'oeil, et Macri ne manquait pas d'y voir le symbole de la vigilance nécessaire aux prélats : Per lias oculalas pennas admonelur pralatus quod in suis actionibus summopere circumspectus incedere debrat in quem numerosissimi populorum oculi assidue collimanl ; ob candemenim causant romanus pontifex quundo pont ificali ter in sella deferlur, ex utro que laterc similibus flabellis obumbraturb. Et Angelo Kocca reproduit cet extrait d'un Cœremoniale de la Vaticane : Item ad hujus eliam offlcium perlinel (le confesseur du pape) omnia focalia cappella, ni pula, reliquiaria, cruecs, cali ces, imagines, candelabra aurea, argentea, et omnia veslimenta et ornamenta quœcumquc ad Dei servilium et eappellam Summi Pontifiais deputata custodire, exceptis milris pretiosis, et aliis quibusdam solilis custodiri per cubicularios cl.exceplis thiâra et chérubin, quœ soient reponi m caméra tliesaurariiv palatii aposlolici . Ces chérubin sont mentionnés sur un inventaire du temps de Boniface VIII : Es malta, n. 681 : Item duo cscualla magna rolunda quœ vocantur cherubini, cum pomellis rotundis de argenta circa ipsa ; pondus Xm et IlIIunc. (2 kil. 530 gr.) — n. 682 : Item, duos canulos de argenteo cum pomis, ad portundum ipsos cherubinos ; pondus II m. cl V une. (G38 gr.). Macri admet l'étroite connexion existant entre les cherubini des anciennes ions pontifica les et les flabclla en plumes de paon, ha Bible représentait ces adorateurs du Très1 faut avec, des ai les sans cesse agitées et sur ces ai les des yeux innombrab les ; les flabclla en plumes de paon répondaient exactement à ce symbolisme, mais on poussa le rapprochement et à ces plumes de paon on ajouta une tête joufflue. Mais tout cela est si loin et si peu digne de l'antiquité qu'on serait tenté de s'excuser d'en avoir parlé ici.
Un monument qui appartient a. une série que nous avons déjà étudiée, le ciborium de Pérouse (voir Dictionn., t. m, col. 1610, fig. 2930) nous montre sur une des faces le paon et le flabellum. C'est un monument dU IX' Merle (flg. 4468). On peut ni rapproi lier un des plus curieux et des plus be aux monuments de la paléographie irlandaise, le Book of Kells. Banni les illustrations au trait contenues dans ce volume, on voit un lion ailé dans un médaillon soutenu par un bœuf et un aigle tous deux ailés., au sommet deux flabclla munis chacun d'une paire de clochettes a triple battant (flg. 4469). Il v a ici probable ! nue réminiscence du texte : Ecce vieil ko de tribu ippliquéau Christ. Les deux anim aux du nioiplie qui manquent sont remplacés par deux a, imitatione quadam ornamenlorum qute in diebus feslis visebanlur, in ter angulos arcubua eentes multa hujusmodi flabclla ex marmoreis minutis que crusti ispicianlur '. En l'ai in, au mot Flabellum, ' \- Rot i, du coloriage, on ne saurait préciser la matière constitutive des flabella du Book of Kells 1.
Le monument le plus barbare et le plus curieux sur lequel se trouve représenté le flabellum est l'autel de l'ancienne abbaye de Ferentillo, dans l'Ombrie. couvert d'ornements gravés en creux (fig. 4470). La pla que principale ofïre trois disques crucifères, à peu près d'égal diamètre, mais variant quant aux décors. Ces disques amortissent de longues hampes nodulées, fichées dans un pied de chandelier. L'orbicule central repose sur l'épanouissement delà hampe ; les orbicu les latér aux ont pour base immédiate un rectangle, fort analogue au cassellino des anciens flabellu. Les espa ces intermédiaires sont occupés par deux personnages abrités sous une arcature. A droite, un homme velu d'une robe serrée à la taille : d'une main il élève un maillet rond ; de l'autre il tient un ciseau à graver. En haut, trois cerc les ornés de croix : aux flancs, des étoi les à six rayons. Une inscription qui débute sur le maillet tenu en mains se continue sur un second maillet libre et finit dans le champ même du tableau, on lit :
L'église du monastère de Ferentillo fut construite vers 724 par Faroald II, duc de Spolète ; en 739, Luitprand, roi des Lombards, inféoda le duché à Ilildéric. Cet autel est l'ouvrage d'un chef d'atelier nommé LTrsus qui fabriqua le ciborium de l'autel de San Giorgio in Val Pulicella près de Vérone, où on lit :
Une autre colonne de l'édicule portant la date du règne de Luitprand, on ne peut mettre en doute l'identification d'Ursus et de Hildéric 3.
III. Monuments origin aux. — 1° Flabellum de Monza, attribué naturellement à la reine Théodelinde (+ 625) mais postérieur à cette dame de plus de six sièc les. En 1275, il ne figure pas encore au trésor de Monza, mais seulement à l'inventaire de 1353.
W. Bock, Kleinodien des heil. rcemisehen Reiches deulscher Nation, Anhang, p. 32, 33, fig. ; YV. Smith fplde and Cheetham, Dictionnary of chrislian aniiquilies, t. i, p. 677, au mot Flabellum ; W. Frisi, Mrmoriale Sloriche di Monza, t. n, p. 131-134 (cciv) ; p. 164 (clxxxvii) ; voici le texte de l'inscription. Recto :
-f Ut sis conspeclu preclara et cara venusla hac, rogo, deffendens solem requiesce sub timbra has, soror oplulu depictas arte figuras pra'legeris flavido ut decoreris casla colore Verso + Pulchrior ut facic dulcis videaris arnica fervorc solis me retinere manu Ul/eda poscenle mémento splendoris la hauteur totale du système déployé, d'environ 0 m. 70. Un décor polychrome couvre les deux faces du parchemin. D'un côté une zone extérieure de feuillages et d'anim aux fantastiques ; et une zone intérieure comportant sept liyures de saints accompagnés de leurs noms :
Su Lucia, Sa Agnes, Sa Cecilia, Sa Maria, S. Pelrus, S. Paulus, S. Andréas.
Les filets qui prolongent les zones font lire en lettres d'or sur champ pourpre :
Flaminis hoc donum, regnator summe polorum Oblatum paru peclore sume libens Virgo parens X P I volo celebraris eodem ;
Hic coleris pariter, lu Filiberle sacer.
Sun ! quequanwdicum conjerl eslate flabellum :
Infestas abigit muscas et miligat estas, El sine dut tedio guslare munus ciborum Propterea calidum qui vult transire per annum Et tutus cupit ab alris exislere muscis Omni se studeal xstute munire flabello.
Sur l'autre face, répétition du même décor avec des variantes :
Jud : x : S. Mauricius, S. Dionysius. S. Filibcrlus, S. Ililarius, S. Murtinus Levita.
Hoc decus eximium, putero moderamine geslum Conde cet in sacro semper adesse loco :
Xam que suo volucres in/estas (lamine pellit, Et strictim motus longius ire facit.
Hoc quo que flabellum tranquillus excitai auras, .Estas dam seoit venlum fucil at que serenum ;
Fugal et obscenas importunas que volucres.
Le cassettino et le manche sont en os sculpté, des enroulements feuillages couvrent le premier ; le du second est plus compliqué. D'abord un chapiteau, puis une tige qu'interrompent quatre nœuds teints en vert. Sur le chapiteau quatre figures désignées sur le nœud placé au-dessous :
+ S MRIAS • AGN • S • FILIB • SPETR •
Au second nœud, ces mots :
Est-ce le sculpteur, le donateur, ou le prieur du monastère qui s'appelait Johel ?
Les divisions de la hampe oflrent des sujets champêtres. Linas croit y reconnaître Apollon chez Admète, Apollon et Marsyas, Silène. cathédrale, i Saint-Sabin, un flabellum liturgi que dont Miiiin iii in 1812, un croquis conservé au Cabine ! des Estampes de la Bibliothè que nationale. tib 20, fol. :j,s. i.e flabellum 1 — . 1 172) • n une feuille de vélin naturel, plissé en rond, di de 0 m. 33, rentrant à volonté dans un cassettino rectangulaire, prolongement de la hampe qui mesure 0 m. 74. La hauteur totale du système atteint 1 m. 07 (ouvert) et 0 m. 905 (fermé). Le dis que, lorsqu'on le développe, est maintenu au moyen d'une broche
PI
« s y/■1171. — Flabellum de Tournus. D'après du Soinmerant, Va arts <ta v atlas, c. nv, pi. iv ; album, série l\. pi. xvn. suspendue par une chainette a l'angle inférieur du un hc de l'échancrure, broche qui pénètn dans un trou pratiqué sur la tram lie du cassettino. L'ornementation polychrome du vélin < gante, trois bandi d oi i i des 1 bleus renl deux motifs, l'un 1res simple, l'autre plus heureux et plus fourni, La monture • ti que, analogue au palissandre, a la suite d'une et minutieuse analyse de ce monument liturgi que Ch. de Linas se refusait à prononcer une date quelcon que, V. Gay et J. Helbig gardaient la même réserve d'où on peut induire que les signes d'antiquité du flabellum à Canosa sont des plus douteux et vraisemblablement imperceptib les.
4° Un flabellum intéressant a été trouvé dans un champ à Stùmâ, village situé au sud d'Idlib, dans le district d'Alep, avec trois patènes d'argent, provenant sans aucun doute du mobilier liturgi que d'une ancienne église. Ce trésor fait aujour d'hui partie du musée de Constant inople, vie-VIIE.
Le flabellum a un peu souffert sur le pourtour où le métal a été déchiré. C'est un écran circulaire qui a dû être fixé à l'extrémité d'une longue hampe. Le dis que figure un séraphin à six ai les avec deux roues enflammées, il est encadré de plumes de paon. Cette figure est d'exécution inégale. Visage, pieds et mains sont mal venus, tandis que toutes les plumes sont parfaitement figurées. Les parties ciselées étaient recouvertes d'or, on l'aperçoit encore sur les ai les du séraphin et sur les bords du flabellum. Sur la tige on voit quatre poinçons. Des défauts de frappe en rendent malheureusement la lecture difficile. Le premier, en bas, est rond et présente au milieu un buste nimbé autour duquel on lit : ICÛANN[OV].
Le poinçon supérieur est rectangulaire, percé d'un trou et à demi effacé. Le milieu est occupé par un monogramme dont on distingue la seule lettre K ; autour apparaissent seulement les dernières lettres d'un nom se terminant par OEOV. Le troisième poinçon est de forme ellipti que et également mutilé. Il présente, comme le premier, un buste nimbé au-dessus d'un monogramme que l'on peut lire, en restituant une lettre écrasée : OEO[A]GÛPOV.
Autour était gravé un autre nom dont on ne distingue plus que les deux dernières lettres OV. Le dernier poinçon, en haut, est cruciforme. Le milieu est occupé par un monogramme que l'on peut lire : OECOAOPON et ce monogramme est de même facture que celui du troisième poinçon ; autour, dans les bras de la croix, on lit : Al ■ OM • IA • OV l.
Nous avons parlé de ces poinçons sur les objets d'orfèvrerie (voir Estampil les) et il est également permis d'y voir la mar que de contrôle des officiers impéri aux ou bien celui de l'église à laquelle ap partenait le bijou ; dans ce dernier cas, le poinçon portait l'effigie du patron du monastère ou de l'église et le nom de l'évê que ou de l'higoumène.
IV. Bibliographie. — Anonyme, Flabellum de C.unuult, dans Répertoire histori que et archéologi que de l'Anjou, 1869, p. 141. — W. Barges, Notice of the precious objects presented by the Queen Thcodelinda lo the Church of Saint John the Baptist al Monza, dans The Archœological journal, 1857, t. xiv, p. 17-19. — Blondel, Histoire des éventails chez tous les peup les et à toutes les époques, in-8°, Paris, 1875. — G. Fougères, Flabellum, dans Saglio, Dictionn. des antiq. grecq. et rom., t. u, p. 1149-1152. — Frunberger, Geschichte des Fachers, in-8°, Leipzig, 1876. — Ch. de Linas, Les disques crucifères, le Flabellum et l'Umbella, dans Revue de l'Art chrétien, 1883, 3e série, t. i, p. 379, 394, 477-518 ; 1884, 3 » série, t. n, p. 5-33. — Martigny, De l'usage du flabellum dans les liturgies antiques, dans Anna les de V Académie de Mûcon, 1855, t. m, p. 370-400. — F. M. Paciaudi, sive de umbellse gestalione commenlarius, in-4°, Bomse, 1752. — S. Paoli, De patena argentea Foro corneliensi S. Pétri Chrysologi, in-4°, Xeapoli, 1745, p. 78 sq. — P. Perdrizet et Chesnay, La métropole de Serrés, dans Monuments Piol, t. x, p. 13S, pi. xm ;P. Perdrizet, Les terres cuites grecques d 'Egypte de la collection Fouquet, \n-4, Nancy, 1921. — G. Rohault de l'ieury, La messe. Étu des archéologiques, in -1 , Paris, 1888, t. VI, p. 125-132 : Flabella, pi. cdlxxxix-cdxcv. — N.Rondot, Rapport sur les objets de parure, de fantaisie et de goût, in-8°, Paris, 1854. — Rosellini, Monumenti delV Egitto, t. i, pi. xvi, n. I : pi. evi ; pi. cxxiv, t. n, pi. i xxx, n. 8. — G. Suarés (de Vaison), De flabellis pontiftciis et muscariis pavoninis dialriba, data Yasioni, vin kal. junias. MDCLI . — A. Way, Xoti ces of ancien ! ornaments and applian ces of sacred use. — The Flabellum flabrum muscatorium, muscifugium, alara or venlilabrum, dans The archeologicul journal, 1848, t. v, p. 2U1-2HC. — J. Ebersolt, Le Trésor de Stûmâ au musée de Conslanlinople, dans Rev. arch., 1911.
H. Leclercq.
FLACIUS ILLYRICUS (La messe latine DEi. — I. Flacius Illyricus. — II. La messe latine de Flacius Illyricus. — III. Nature de cette messe et sa date. — IV. Famille liturgi que de la Missa Icdina. — V. Origine, auteur présumé. — VI. Emprunts de la messe à d'autres sour ces. — VII. Bibliographie.
I. Flacius Illyricus. — Mathias Flacius Illyricus ou comme on écrit quelquefois à tort Flaccus Illyricus, de son vrai nom Flach ou Flacich Francowitz, né à Albona en Illyrie (d'où son surnom d' Illyricus) en 1520, mort à Francfort en 1575, fut un théologien et un controversiste très fécond. La liste de ses œuvres dans Preger va de la p. 539 à la p. 572 (tome n). 11 écrivit non seulement contre les catholiques (Rome est pour lui Babylone, et le pape, l'antechrist),mais encore contre ses coreligionnaires Mélanchton, Osiander, Schwenckîeld, Major, Menius, et autres. Il est en tout cas l'un des plus connus, des plus remuants et aussi des plus savants théologiens du protestantisme. Quelques-uns de ses trav aux, édition de Grégoire de Tours, de Sulpice-Sévère, de 1 humus Maternus (dont il découvrit le premier le texte), hymnes du moyen âge, texte grec du Nouveau Testament, sont des ouvrages d'une utilité générale qui ont leur importance dans l'histoire de l'humanisme. Mais l'entreprise qui le rendit le plus célèbre fut son histoire de l'Église, connue sous le nom populaire de Centuries de Magdebourg, dont il fit une machine de guerre contre les catholiques et qui suscita l'immortel ouvrage de Baronius.
On ne saurait le féliciter d'avoir manqué à la prérègle de la criti que qui est de considérer l'histoire comme une science et de n'y avoir cherché qu'une arme pour combattre les catholiques. Il ne comprit pas qu'en la faisant servir ainsi à un but de controverse, il risquait de l'abaisser et de l'altérer, lie qui du reste ne manqua pas. Il ne fut pas difficile à Baronius, a BeUarmin et a ceux qui les ont suivis, de relever dans l'œuvre des centuriateurs de Magdebourg la partialité des jugements, l'insuffisance de l'information ci même des erreurs graves.
Les mêmes défauts se retrouvent dans l'œuvre liturgi que dont il fut l'éditeur et qui motive notre article, la Missa latina '.
II. La messe latine de Flacius Illyricus.— C'est en 1557 à Strasbourg que parut sa Missa latina, où il prétendait prouver que cette messe représentait l'usage liturgi que gallican et allemand antérieur à la messe romaine, et que cette dernière avait gravement altéré la pureté de la messe primitive. Cet ouvrage aujour d'hui fort rare, dans l'édition primitive, porte ce titre significatif : Missa latina quœ olim anle Romnnam circa 700 Domini annum in usu fuit, bona fide ex vetusto aulhentico que codice descripta. Item queedam de velustalibus Missœ scitu valde digna aditmcla est Beali Rhenani prwjalio in missam Chrysostomi a Leone Tusco, anno Domini 1070 versam. Argentina, excudebat Christianus Mylius, 1557.
C'est un in-24 de 117 pages, conservé à la réserve du British Muséum, où nous l'avons consulté et qui est coté a. 3. C.-25. Une longue note manuscrite al tachée au même exemplaire et sans nom d'auteur, mais probablement du siècle dernier, constate la rareté des exemplaires de l'édition primitive, mais conteste que les protestants eux-mêmes aient cherché à détruire les exemplaires de l'édition quand ils eurent constaté quece document contenait au contraire des arguments contre eux. C'est l'hypothèse de du Peyrat, Histoire ecclésiasti que de la Cour, ou antiquités et recherches de la chapelle ou oratoire du roi de France, Paris, 1645, p. 167, qui a été depuis acceptée par Bona, Lecointe, et nombre d'autres.
Ce qui est certain, c'est que de bonne heure les exemplaires de la Missa latina devinrent si rares qu'ils échappèrent aux recherches de savants, pourtant bien informe s, comme Pamclius, Cassandre, Baronius, Bellarmin ». Lecointe cependant parvint à la découvrir et n'hésita pas à en rééditer le texte dans ses Anna les Ecclesise Francorum *. La discussion reprit de plus belle. Flacius et ses coreligionnaires tiraient de cettemesse un argument contre l'autorité et l'antiquité de la messe romaine. Ils y trouvaient la preuve qu'à cette épo que il n'y avait en Orient, comme en Occident, qu'une seule messe, toujours la même ; que conséquemmenl les fê les de la Vierge et des saints et le calendrier catholi que n'existaient pas en ce temps-là.
Le nouvel éditeur et ceux qui le suivirent, tout en faisant justice de ces exagérations, continuèrent à croire que la Missa latina était bien la messe gallicane antérieure à l'importation de la liturgie romaine iu les. Mais les liturgistes sérieux, Bona, Tommasi, Mabillon, Ménard, Martène, Grancolas, Lebrun. en jugèrent plus sainement et, sans se rencontrer dans toutes leurs affirmations, sans surtout arriver à î les résultats bien concluants, ils se rapprochèrent de la vérité .
III. Natche de cette messe et sa date. — Le bruit produit autour de cet écrit, les divergen ces d'opinion ritiques et des liturgistes, I* irroi des théologiens du xvr siècle, nous étonnent aujour d'hui, et nous font mesurer les pn accomplis parmi nous dans les étu des liturgi qui il semble assev. aisé maintenant de fixer plus justement la valeur de cette composition. Nonavons cherché il y croyons-nous, d'en faire une édition plus criti que, - serait fort a souhaiter. - 'C'est l'opinion ete du Peyrat, pétulié ilf ta loi. 1. 1, 1. VIII, c. mi lona, Renun lituri 777, t. m, i Paris. 1704. a quelques années à en étudier les origines, à la situer chronologiquement et géographiquement à sa vraie place, nous nous sommes efforcés en un mot d'arriver à des conclusions moins hypothétiques que cel les qui avaient été émises jusqu'ici '.
La messe latine est un long document qui dans l'infolio de l'édition Bona-Sala, n'occupe pas moins de xxix pages, et quoiqu'il y ait un bon nombre de piè ces de rechange, cette messe, si elle a ja mais été dite en son entier avec les rites et les chants qui l'accompagnent, a bien pu durer du premierchant du coq jusqu'à l'heure où le soleil est au milieu de sa course.
Elle débute par les prières que le prêtre récite comme préparation à la messe, et en revêtant ses ornements. Ces formu les, qui sont loin d'être primitives, ne se trouvent guère que dans les sacramentaires du ixe ou du Xe, à l'exception peut-être du missel de Bobbio et du Missale Gothicum, et sont comprises sous le nom général A' Apologie : sacerdolis ; ici le nom donné est apologctica. Voir Apologies, 1. 1, col. 2591 sq.
On voit que dès le début nous sommes ramenés vers le ixe ou le Xe, c'est-à-dire environ quatre sièc les plus tard que l'épo que assignée par le premier éditeur et si candidement acceptée par quelques critiques. On trouve en effet de ces Apologie : dans la plupart des livres de cette épo que avec une grande variété de formu les 2.
La méthode de composition se trahit aussi. Ainsi ces apologie : qui sembleraient devoir se trouver au commencement de la messe, comme préparation, ou à l'offertoire, sont ici répandues un peu partout ; après la collecte du jour, on en compte une quinzaine de formu les. Il est visible aussi que ces prières ne sont pas une œuvre personnelle, mais qu'el les ont été empruntées un peu à toutes les sour ces : nous y reviendrons du reste. Ce n'est donc pas d'un auteur de la Missa lalina qu'il faut parler, mais bien d'un compilateur.
Dès le début aussi nous voyons combien cette liturgie est riche, abondante, prolixe même, avec delongues prières qui s'enguirlandent et festonnent autour du psaume d'introït Judita me, Deus, du Confiteor et des autres prières de la inesse. Et il en ira ainsi jusqu'à la fin. Tout l'ordinaire de la messe s'y retrouve, Gloria in excelsis, oraison, épître, graduel, alléluia, même la séquence, l'évangile, l'offertoire, les prières de l'encensement et de l'oblation, la secrète, la préface, le sanctus, puis les prières du canon et le reste.
Pendant que s'exécutent les chants et que se font les lectures, ou que se disent les oraisons, il y a, comme pour le début, des prières pour accompagner les différents rites de la messe. Mais quel que longues qu'el les soient, el les restent toujours en relation avec ce que j'appellerai le fond de la messe. Selon l'énergi que et fort juste comparaison du cardinal Bona, de même que l'homme est le même quand il est nu ou quand il est revêtu de ses habits, aussi amp les et aussi riches soientils, de même cette messe n'est que la messe romaine habillée 3. Ajoutons que dans le cas présent, si ces vêtements sont souvent de velours, de soie, d'étoffes précieuses, il s'y mêle parfois quelques fanfreluches et chiffons. Nous aimions mieux la messe dans sa belle nudité.
Mais, dira-t-on, comment le prêtre au milieu de sa messe trouvera-t-il le temps de réciter toutes ces prières de surérogation ? Nous répondons : il ne s'agit pas ici d'une messe basse, ni d'un simple prêtre, mais d'une messe pontificale célébrée par un prélat au trône, et l'on s'expli que plus facilement alors, comment pendant les chants ou les lectures, il a le loisir de dire ces prières. Et de cette particularité qui jette un si grand jour sur toute la messe d' Ulyricus, il est curieux qu'on se soit avisé si tard, car il semble aujourd'hui à une simple lecture, que cela doive sauter aux yeux 4.
On est vraiment étonné qu'en plein XVMe, après les trav aux de Bona, de Mabillon, de Tommasi, un écrivain carme, le P. Honoré de Sainte-Marie, auteur d'un volumineux ouvrage Réflexions sur les règ les et sur l'usage de la criti que, en 3 volumes, ait écrit dans son livre une longue dissertation pour prouver que notre messe remonte au IVe, qu'elle est la source de toutes les liturgies occidenta les, et qu'il ne faudrait pas être surpris que saint Hilaire en fut l'auteur ; mieux que cela, c'est la messe de saint Pierre et de saint Clément un peu retouchée5 ! En quoi, dit Lebrun, le P. Honoré a montré qu'il ignore la première règle de la criti que, qui est de ne parler que des choses dont on a une connaissance distincte. Toute cette dissertation n'est qu'un long paradoxe et comme une gageure contre les règ les historiques les plus élémentaires. En effet, encore que l'histoire des rites ne soit qu'imparfaitement connue, nous pouvons cependant aujour d'hui suivre l'évolution liturgi que depuis l'origine et assigner à un document sa place, au moins approximativement.
Le caractère de la liturgie des premiers sièc les est la simplicité dans les rites et les formu les et, si l'on peut dire, la logi que qui préside dans les uns et dans les autres, et fait qu'ils se correspondent et s'enchaînent selon des lois très simp les et très naturel les, et conformément aux conditions des temps et des lieux. Tout au contraire avec la messe d' Ulyricus nous retombons à une épo que où la complication et le symbolisme à outrance avec la prolixité semblent devenir l'élément des liturgistes, à l'épo que qui a vu naître les Libellas prccum, de Fleury, le Book of Cerne, les livres de Char les le Chauve, de Bède, d'Alcuin et même un certain nombre de messes assez semblab les à cel les d' Ulyricus, c'est-à-dire, le viir3, le ixe et le Xe 6. C'est bien de cette épo que que procède notre messe ; elle porte tous les caractères de son temps. On nous dispensera d'en faire longuement la preuve. La tentative du P. Honoré de Saint-Marie est restée sans échos elle n'a pas besoin aujour d'hui de réfutation. Nous nous contenterons de dire brièvement que sans parler de l'argument négatif, qui a bien quel que valeur dans la circonstance, c'est-à-dire de l'absence complète de témoignages sur cette messe, avant le IXe, la présence du symbole, et dans ce symbole du Filio que, puis la séquence, trahissent un temps qui ne peut être antérieur à celui de Charlemagne. Le siglc N à la place du sigle Ht dans les manuscrits liturgiques est aussi assez significatif ; c'est vers le x' siècle, selon Ménard, que l'N prend place '. Cependant il ne faudrait pas trop insister sur ce point, car la règle compte des exceptions. Mais le style liturgi que, la composition, la présence de certains ri'es ne laisse plus de doute. Ui nu nie, nous trouvons que certains critiques, en mettant ce document au x1' et même au xi« siècle, comme Lebrun ou Grancolas, l'ont un peu trop rajeuni, et nous préférerions pour notre compte, le temps de Charlemagne. En effet l'absence d'agnus Dei, et des prières fina les qui aujour d'hui terminent la messe, et quelques autres raisons que nous donnerons plus loin, nous inclineraient à adopter cette opinion ».
IX. Famille liturgi que de la Missa latina. — Nous passons maintenant à cette autre question, peutêtre plus compliquée que la précédente : à quelle famille liturgi que appartient cette messe ? Nous avons dit qu'au-dessous des arabesques, plus ou moins fantaisistes, se dessinent les signes plus simp les d'une messe ordinaire. Si la Missa latina a été rédigée en Gaule et sous Charlemagne, ce ne peut être que la messe gallicane ou la messe romaine.
Là non plus le doute n'est guère permis. Pour y voir, avec quelques critiques, la messe gallicane, il faut vraiment bien mal connaître cette liturgie. Introït, kyrie, oraison, graduel, alléluia, séquence, une seule leçon (épttre), l'évangile, la paix immédiatement avant la communion, tout cela est bien romain ; romain aussi le canon, malgré quelques additions ou altérations qui sont le fait de l'auteur et qui ne sont chez lui que la [uence de son système. Nous voudrions même faire un pas de plus, et prouver dans la mesure du le, que le fondsde cette messe n'estpas emprunte au gelasien, encore assez répandu en Gaule à cette épo que*, mais au grégorien, et la démonstration ne serait pas sans quel que intérêt pour nos étu des.
Le (Huria in excelsis à la messe paraît post-gélasien ; le canon avec les mémentos des vivants et des morts, et surtout la finale du canon avec les prières de la communion, sont un nouvel et sérieux indice de l'usage du grégorien*.
Mais en même temps, nous voudrions attirer l'attentir un autre point. L'auteur, tout en suivant dans l'ensemble la liturgie romaine, ne s'est pas interdit de garder quelques usages gallicans, et cette dernière remar que nous acheminera vers la solution. Un compromis de cette nature entre le gallican et le grégorien, nous invite tout de suite à chercher l'épo que où venait de s'accomplir une sorte de fusion entre les rites, et plus exactement le règne et la mur de Charlemagne.
La bénédiction est donnée par l'évé que entre le l'itlrr et la communion, selon la coutume gallicane ; le met l'eucharistie dans la main du prêtre et « le diacres, il leur présente le calice, il communie les Au siècle OU elle fut copiée, c'est-. i-dtre probablement ru m ilècle, on ne se faisait aucun scrupule de ces 1 M calions. 11 s'agit Ici « le l'ensemble des pieu (i ,\t- | :l combinaison générale qui semblent nous ramener a cette épo que de grande activité liturgi que que fui leix1 slèi li ' Dom s. 1 ;. miner, liber dos soyennnutr taerajnentartum sous les deux espè ces ; enfin, autre point important qui n'avait pas encore été remar que, quoi que les mémentos soient dans le canon selon la mode romaine, certaines prières avant l'offertoire témoignent d'un usage gallican ancien dans lequel ces prières pour les vivants et les morts étaient a celle place. Il y a une oraison pour chacun de ceux qui offrent, selon leur qualité ; puis suivent de vraies prières litaniques pour ceux qui ont fait une offrande, pour leroi cl le , pour l'Église, pour les vivants cl les morts, etc. Toute cette partie de la messe est des plus curieuses. La prière lgnosce, quœso (Bona, p. xix) est aussi litani que, L'oraison Suscipe, sancta Trinitas, devrait surtout nous arrêter ; elle est ici sous sa forme primitive, c'està-dire litani que et contient ces mots : in honorem.... quorum hic et reliquiœ habcnlur ; au romain actuel elle a perdu sa forme litani que, maintenant que les oraisons litaniques sont dans l'intérieur du canon romain. Le point de suture entre les deux usages gallican et romain apparaît donc évident ici au moment de leur fusion 6.
L'usage du credo, et surtout du credo avec le Filio que n'est pas non plus romain à cette épo que, mais gallican.
Or cette conclusion ne manquerait pas de donner à noire messe un renouveau d'intérêt, car elle doit être classée alors parmi les tentatives qui furent faites à celte épo que el d'où est sorti le missel romain tel qu'il existe aujour d'hui. C'est de là, ou d'une source voisine, que certaines prières ont pris place dans ce grégorien renouvelé et refondu, notamment les prières pour les vêtements, quelques prières d'ollcrloirc. et de la lin de la messe. Quel que lumière en pourrait rejaillir sur le problème a l'ordre du jour de la composition du grégorien.
V. Origine, auteur présumé. — l.a question. d'auteur, pour les documents liturgiques anonymes, reste des plus compliquées et n'est pas de cel les qui puissent donner lieu à une solution définitive. On peut du moins proposer une hypothèse.
La comparaison entre la messe d' Illyricus et d'autres documents liturgiques pourra nous mettre sur la voie. Nous trouvons d'abord plusieurs piè ces de la messe d' Illyricus dans les ouvrages liturgiques composés par Alcuin, à la fin du ix° siècle.
Messe d' Illyricus Mcmores sumus, ;rtcnw Deus, Pater omnipolens, gloriosissimse nassionis ftlii tui, etc. 1 Bénédiction de l'encens, Bona, op. cif., p. xxn).
— lgnosce mihi, quwso, quem maculatai oiia coiucientia, etc. Bona, op. cil., p. xix.
— Succurre milii, Deus meus,antequam moriar, anteAlciin — Succurre mihi. /'cas meus, antequam mors veniat. commtxtto, etc., tandis que les exemplaires antérieui bleui suivre la leçon Fiat commtxtio, c le les Ordints Min remarquera que dans la prière de l'i Per Intercessionem on lu non pas le nom de salnl Michel, trouve aussi dans le l.ibir ordtnum mozarabi lima Férotln dans i,- t. \ ,ie m, s Ifonumenla Hfi ass,/ maladroitement une pneusur l'encens, Cf. notre artii i' assmm si . 1. 1. coi. 1890, Dam l'article Ai., 1 in, s .,\,ns montré les emprunts de celui-ci a la 1 mozarabe. quam me tormenta rapianl, antequam mors me périmât. etc., Bona, op. cit., p. xn. etc., Donnée comme oraison Sancti Isidori, P. L., t. ci, De ces comparaisons n'y a-t-il pas quel que conclusion à tirer ? Faut-il croire dès maintenant que nous tenons l'auteur de la messe d'Illyricus, et que cet auteur n'est autre qu'Alcuin ?
Il y aurait au moins quelque vraisemblance. L'activité littéraire d'Alcuin s'affirme au temps de Charlemagne, c'est-à-dire justement, à l'époque où d'après ses caractères généraux se placerait la composition de la Missa latina. Ce n'est pas en Italie, ni en Espagne, ni en Angleterre, ni même en Germanie, mais en Gaule qu'elle a été écrite, et dans ce milieu où se combina le gallicano-grégorien avec le gélasien, c'est-à-dire encore à la cour de Charlemagne où Alcuin passa une partie de sa vie. Nul plus naturellement que cet auteur n'en pourrait réclamer la paternité. Il a composé plusieurs recueils liturgiques de même genre ; son sacramentaire, son De psalmorum usu, ses officia per ferias, ressemblent fort à la messe d'Ulyricus. Mêmes procédés de composition, même style ; plusieurs passages, nous venons de le voir, sont communs aux deux. Il mit la main un peu à toutes les œuvres liturgiques de ce temps, au lectionnaire, aux capitulaires (pour la partie liturgique), à l'homéliaire ; en outre, l'auteur de la messe d'Illyricus fait de nombreux emprunts à la liturgie mozarabe, comme on le verra en se reportant aux colonnes ci-dessus ; nous avons trouvé le même genre d'emprunts dans les autres livres liturgiques d'Alcuin. Enfin, fait plus significatif encore, on admet généralement aujourd'hui parmi les liturgistes, que l'auteur même de la réforme gallicano-liturgique, de l'édition du sacramentaire grégorien en Gaule, c'est Alcuin lui-même '. Il y a même dans la Missa d'Illyricus une oraison qui mérite d'attirer notre attention ; elle est conçue en ces termes : Suscipe, sancta Trinitas, hanc oblationem quam pro seniore nostro, et cuncta congregatione sancti Petri, meisque parentibus. etc.
Mabillon croit pouvoir en conclure que la messe a été composée pour le monastère de Saint-Pierre d'Hornbach. Mais dom Martène pense qu'il s'agit plutôt de l'église de Salzbourg, dédiée à saint Pierre, et très imbue de rites monastiques : et comme dans une autre oraison il est dit : Suscipe, sancta Trinitas.... pro omnibus in Christo fratribus, et sororibus nostris, il voit sous ce titre le monastère de moniales qui était voisin. Je crois que ce dernier est plus près de la vérité et j'ajoute comme confirmation qu'à l'époque où fut composée notre messe, l'évêque de cette ville était Aquila ou Arno que l'on a cru quelque temps frère d'Alcuin ', qui était dans tous les cas son ami, et à qui sont adressées plusieurs de ses lettres. Alcuin a bien pu écrire sa messe pour cet ami, comme il avait écrit pour d'autres amis ses divers livres liturgiques. Enfin quand nous lisons cette oraison : Suscipe, Sancta Trinitas, hanc oblationem quam libi offerimus pro rege nostro, et sua venerabile proie, et statu regni sui, etc., nous verrions volontiers dans ce roi, Charlemagne qui, au temps où Alcuin vivait à sa cour, n'était pas encore empereur ; dans cette venerabilis proies, les enfants du roi dont Alcuin fut l'instituteur. Alcuin était venu auprès de Charlemagne en 770 ; il le quitta en 796 pour se retirer dans son monastère de Saint-Martin de Tours, où il mourut en 804 ; c'est en 800 que Charlemagne fut proclamé empereur ; c'est donc exactement entre 780 et 796 que se placerait la composition de la messe.
Je ferai remarquer aussi l'emploi des mots pro seniore nostro dans l'oraison que nous venons de citer. Ce terme assez spécial se rencontre dans le Missel de Stowe, p. 234 ; dans la règle de saint Colomban, c. vi ; dans son pénitentiel, c. xxviii ; le mot celtique correspondant senora est employé dans la règle irlandaise de saint Colomban, et le Dc Warren en tire une preuve que la Missa Illyrici, qu'il place du reste au Xe, pourrait bien être d'origine celtique irlandaise. L'argument n'est peut-être pas absolument convaincant, car le mot senior, dans un sens analogue, se rencontre ailleurs ».
Mais il est incontestable que plusieurs traits de celtisme qui apparaissent dans les ouvrages liturgiques d'Alcuin et dans la messe d'Illyricus, s'expliquent fort bien par ce fait qu'Alcuin, d'origine anglosaxonne, fut élevé au monastère de la cathédrale d'York.
Ce serait ainsi une nouvelle composition liturgique d'Alcuin que nous lui restituerions ; et certes ne serait-il pas piquant de voir cette œuvre de l'ami de Charlemagne, du restaurateur de la liturgie romaine en Gaule, dénichée par un centuriateur de Magdebourg, qui s'en fait une arme de combat contre l'Église romaine, jusqu'au jour où cette arme éclate enfin entre les mains de ceux qui s'en servent. Cependant, en l'absence d'arguments décisifs, je ne donne pas cette conclusion comme certaine, mais seulement comme vraisemblable. Tant que nous n'aurons pas de cette messe d'Illyricus une édition soignée qui serait saluée avec joie par tous les liturgistes, nous devrons nous contenter de ces hypothèses.
VI. Emprunts de la messe à d'autres sources. — Ce qui nous ferait hésiter surtout pour assigner un auteur à une composition de ce genre, c'est la facilité avec laquelle à cette époque les livres liturgiques se font des emprunts, de telle sorte que les rapprochements, si nombreux qu'ils soient, ne sont jamais une preuve absolue. Après une étude comparée des livres du genre de la Missa latina, du Ve au Xe, on en arrive à cette conclusion qu'un document liturgique est un bien commun où chacun puise à volonté. La plupart de ces œuvres, à qui veut les étudier suivant cette méthode, apparaissent comme une sorte de marqueterie, une vraie mosaïque, où telle pièce dérive du léonien, telle autre du gélasien, ou du grégorien, ou du mozarabe, ou de l'ambrosien, de la liturgie celtique ou même des rites orientaux ; telle autre pièce est enchâssée dans cinq ou six sacramentaires ou livres liturgiques de date et de provenance très différentes, si bien que les barrières qui séparaient les familles liturgiques ambrosienne, romaine, mozarabe, gallicane, romaine, celtique, semblent tomber, ou du moins s'ouvrir par de larges brèches.
Pour ne pas sortir de la messe d'Illyricus, voici un petit spécimen de ces emprunts aux diverses sources liturgiques qui pourront du reste apporter quelques nouvelles indices pour son origine.
Messe d'Illyricus
Ignosce, Domine, quod dum rogare compellor, etc.
I op. cit., p. xxviii.
— Si ante oculos tuos. Domine, culpas quas fecimus, etc.
Bona, op. cit., p. xi.
— Dimitte, Domine Deus omnipotens quidquid per intemperantiam mordacis linguae, etc.
Bona, op. cit., p. xv.
— Prebe, Deus, aurem sacrificiis nostris, etc.
Bona, op. cit., p. xv.
— Pacutum redde. Deus, nostrorum cordium habitaculum, etc.
Bona, op. cit., p. xv.
— Fac ergo, quœsumus. nos pie Deus, adspicientes, etc.
Bona, op. cit., p. xv.
— Suscipe, Deus, horum libaminum vota nos, omnipotens Deus, et aliena et proprio delicto, etc.
Bona, op. cit., p. xv.
— Deus qui contritorum non despicis gemitum, etc.
Bona, op. cit., p. xiv.
— Deus qui de indignis dignos facis, etc.
Bona, op. cit., p. xvi.
— Ante conspectum divinae maiestatis tuae, reus assisto, etc.
Bona, op. cit., p. xviii.
— Rogo te altissime Sabaoth, paler sancte, ut me tunica castitatis, etc.
Bona, op. cit., p. IV.
— Fac me, quœso, omnipotens Deus, ita justitia indui, etc.
Sour ces diverses — Ignosce, Domine, qui dum pro aliis rogare compellor
Missel mozarabe, t. lxxxv, col. 986.
— Si ante oculos tuos. Domine, culpas quas fecimus, etc.
Liber ordinum, dans Monumenta liturgica, t. v, p. 356.
— Dimitte Deus, quidquid per intemperantiam mendacis linguae, etc.
Liber ordinum, p. 283.
— Prebe, Deus, aurem his sacrificiis nostris, etc.
Liber Ordinum, p. 283.
— Pacatum redde, Deus, nostrorum cordium habitaculum, etc.
Liber Ordinum, p. 283.
— Fac nos ergo, quœsumus. Domine, etc.
Liber Ordinum, p. 281.
— Suscipe, Deus, horum libaminum vota — ablue nos, Domine, a nostris peccatis, etc.
Liber Ordinum, p. 284 '.
— Deus qui contritorum non despicis gemitum, etc.
— Deus qui de indignis dignos, de peccatoribus, etc.
— Ante conspectum divine maiestatis tuae, reus adsisto, etc.
Liber Ordinum, p. 219.
— Rogo te, Deus Sabaotb, altissime, paler sancte, ut me tunica castitatis, etc.
Sacram. S. Gregorii, P. L., t. Lxxviii, col. 227.
Sacram. Bergam., dans Antiquarium Solesmense, p. 31 et 192.
— Fac me, quœso, omnipotens Deus, ita justitia indui, etc.
Bona, op. cit., p. vii.
— Ignosce, Domine, quod dum rogare, etc.
Bona, op. cit., p. xxviii.
— Ignosce, Domine, ignosce quod dum rogare, etc.
S'il n'est pas prouvé après cette étude forcément sommaire des origines de la messe d'Illyricus, qu'Alcuin en est l'auteur, on nous accordera, nous l'espérons, qu'il est vraisemblable qu'elle a été composée dans un cercle littéraire imbu de ses idées, au courant de ses procédés de composition, habitué à puiser aux mêmes sources que lui.
Il est bien prouvé en tout cas, qu'Illyricus a improprement nommé sa découverte la Missa latina. Ce titre lui convient aussi peu que la date du VIe qu'il lui assignait, si l'on entend par ce mot Latina, comme il le prétendait, une messe usitée en dehors de Rome, dans le monde latin. C'est une œuvre de dévotion privée, aussi bien que la plupart des autres compositions d'Alcuin et de ses contemporains. Elle ne fut guère plus en usage sans doute, que son sacramentaire hebdomadaire, si l'on en juge par la rareté des manuscrits. À l'exception de celui découvert par Illyricus dans la bibliothèque du comte Palatin, et peut-être de celui de Salzbourg, je ne sache pas qu'on en ait encore trouvé d'autres. Quoi que l'on pense de cette tentative de dévotion privée qui fait réciter par le prélat à son trône des prières spéciales autour et en dehors des formules officielles, il faut avouer qu'en elle-même et en dehors de tout autre considération, cette composition est précieuse. Elle réunit un nombre considérable de prières tirées de livres anciens aujourd'hui probablement disparus à jamais ; elle pourra aider à la solution du problème grégorien, et c'est elle probablement qui a introduit au missel, et même peut-être dans le corps des prières de la messe, quelques-unes des formules que nous récitons encore aujourd'hui.
Corpus reformatorum, t. vii et ix. — Grancolas, L'ancien sacramentaire de l'Église, Paris, 1704, p. 360 sq.
— Kawerau, G., Flacius Illyricus, dans Realencyklopädie (Hauck), t. vi, p. 82-92. — Lebrun, Explication de la messe, Paris, 1777, t. iii, p. 340. — Lecointe, Annales Ecclesiae Francorum, t. ii, ad annum 601, Parisiis, 1665-1683. — Mabillon, Liturgia gallicana, Parisiis, 1685, t. i, c. iii, n. 4. — Martène, De antiquis Ecclesiae ritibus, Bassani, 1789, 1. I, c. iv, a. 12, ordo iv.
F. Cabrol.
La flagellation administrée par un bras étranger, en exécution d'une peine imposée par l'autorité ecclésiastique, a des attestations beaucoup plus anciennes. Cette peine est fréquemment imposée par les règles monastiques, et c'est déjà très souvent le mot disciplina (ou disciplina regularis, flagelli disciplina) qui est employé pour désigner cette flagellation non volontaire, qui n'est pas un acte ascétique, mais un châtiment. On trouve également l'expression dura disciplinant avec le même sens chez saint Augustin, et non moins nets sont les mots suivants du capitulaire de Villis : recipiant disciplinant vapulando, où il est question d'une flagellation administrée pour cause de fraude ou de larcin.
II. Personnes soumises aux châtiments corporels. — Les textes juridiques, ceux du droit romain comme ceux des lois barbares et les capitulaires des rois francs, n'édictent généralement de châtiments corporels que contre les esclaves. Cependant, il y avait des cas où les lois civiles condamnaient à ce genre de peine les séculiers ingenui eux-mêmes.
Les textes ecclésiastiques soumettent aux châtiments corporels les enfants, les moines et les clercs mineurs.
Pour déterminer l'application de la peine corporelle, la règle de saint Chrodegang de Metz tient compte de la qualité de la personne et de l'âge.
Au temps de saint Augustin, les verges n'étaient pas seulement employées par les parents et les maîtres d'école. Elles servaient aussi à l'exécution des sentences prononcées par le tribunal épiscopal.
La peine de la correction corporelle pour les clercs inférieurs, prescrite par les canons des Ve, VIe et VIIes, est aussi édictée par la novelle CXXIII de Justinien contre tout ecclésiastique appartenant aux ordres mineurs qui s'est rendu coupable de faux témoignage dans un procès civil ou criminel.
Le traitement spécial dont jouirent les membres du clergé superioris gradus est énoncé par le 7e canon du concile de Braga (675) qui est ainsi conçu : Et ideo qui gradus jam ecclesiasticos meruerunt, id est presbyteri, ubi les, sive levites, excepta gravioribus criminalibus culpis, nullis debent verberibus subjacere. Le prêtre qui est tombé dans une faute charnelle sera, d'après le concile germanique de 742, flagellé avant d'être emprisonné.
Le cas du sous-diacre condamné par le pape saint Grégoire le Grand à recevoir le châtiment des verges avant d'être privé de son office pourrait s'expliquer par l'exception des graviores culpas, spécifiée par le concile de Braga (il s'agit, dans l'espèce, d'un calomniateur public) ; mais il peut encore s'expliquer par le fait que Grégoire, pas plus que le texte de Braga précité, ne range le sous-diaconat parmi les ordres majeurs.
Les pénitentiels d'origine irlandaise et anglosaxonne infligent la flagellation aux enfants qui se sont rendus coupables de fautes d'impureté.
Conciles et règles monastiques du haut moyen âge n'hésitent pas à ordonner la même peine contre les moines adultes coupables d'infractions à la règle ou de fautes théologiques. Le fouet avait joué un grand rôle dans la discipline monastique d'Orient. En Occident, il fut surtout employé pour dompter les obstinés et ceux qui n'étaient pas accessibles à la persuasion des réprimandes verbales. Quand les verba ne suffisaient pas, on faisait agir les verbera.
Conciles et règles religieuses prescrivent également l'usage des châtiments corporels dans les monastères de femmes. Le concile de Douzy (874) ordonna qu'une enquête fût ouverte contre une religieuse nommée Duda, qu'on accusait d'avoir ourdi un complot contre son abbesse et d'avoir, en outre, gravement péché contre la chasteté. Si les enquêteurs reconnaissaient la culpabilité de Duda, elle devait être condamnée au châtiment physique que le concile décrit en ces termes : Coram abbatissa sua vel sororibus, ut ceterae melum habeant, nudo dorso, remota virorum praesentia, virgis flagellatur... ut eo, quod declabiliter illam traxit ad culpam, afflictus reducat ad ventum, et sanguine carnis virgis elicito, sanguinem animae, ridentes lacrymas, flagello producat a mente.
Les lois civiles condamnaient au fouet les laïques coupables de sorcellerie, de fraude, de larcins, de même que ceux qui jetaient le désordre dans les assemblées des fidèles réunis pour célébrer les saints vigiles de Noël et de Pâques. Pour les clercs, l'ivresse, la détérioration des biens d'Église, l'action d'accuser un confrère devant le juge séculier, la négligence dans l'exercice des devoirs professionnels appelaient un châtiment physique.
Le pénitentiel de Cuméan va jusqu'à condamner à cinquante et à cent coups le prêtre qui aura bronché en récitant à l'autel la prière dite periculosa.
Enfin, d'après le système d'équivalences introduit par les pénitentiels, les coups sont proposés dans ces recueils à titre optatif, comme arrea, à la place d'autres pénitences longues ou difficiles à exécuter.
III. Instruments et modes d'exécution de la peine. — Dans les textes latins, le châtiment corporel porte les noms suivants : flagellatio, verbera, plagae, disciplina, flagelli, vapulatio, etc.
Les instruments dont on se servait pour infliger des coups au patient étaient soit le fouet ou les étrivières, soit les verges.
Une punition moins sévère consistait à appliquer des coups sur la paume de la main (palmula, percussionnes palmarum). L'instrument usité dans ce cas était la férule (ferula), instrument communément employé, dans l'antiquité et au moyen âge, dans les écoles. Les pénitentiels, les règles monastiques et d'autres documents d'origine insulaire montrent que la percussion sur la paume de la main était très usitée dans les monastères d'Irlande et des îles Britanniques. Dans certains monastères irlandais, on appliquait des coups de fouet sur la main du pénitent.
Dans la plupart des cas, la fustigation ou la flagellation, proprement dite, n'étaient pas une peine bénigne. Verges et lanières frappaient à coups redoublés sur le dos nu du patient et généralement jusqu'à l'effusion du sang.
Le patient restait debout ou était étendu sur un banc. Parfois, il était attaché à un poteau.
Le châtiment était public, ut ceteri melum habeant, disent les textes.
Il ne faut pas s'étonner de rencontrer une telle rite dans la société ecclésiastique ou dans les communautés religieuses, dans ces siècles de fer où l'action de crever les yeux d'un coupable ou d'un ennemi, où l'amputation d'un membre et la peine de la castration pouvaient s'accomplir sans provoquer de réprobation.
Toutefois, certaines règles venaient tempérer la sévérité de la répression. Saint Colomban prescrivit de ne pas administrer, dans ses monastères, plus de vingt-cinq coups de suite, quel que fût le nombre total de coups que le coupable eût à subir.
Avant saint Colomban, la coutume s'était déjà introduite, sous l'influence du rituel judaïque, de limiter à trente-neuf le nombre de coups à infliger aux coupables. C'est ce qu'exprimait, au VIe, la règle de saint Aurélien d'Arles en ces termes : In qualibet culpa si necesse fuerit flagelli accipere disciplinam, numquam legimus excedatur numerus, id est, triginta et novem. Le concile de Mâcon de 581 tient également compte du legimus numerus de trente-neuf coups.
IV. Bibliographie. - Mabillon, Acta sanctorum ordinis S. Benedicti, éd. de 1701, t. VI, pars I, p. XXI sq. — J. Gretser, Opera omnia, t. IV, pars I, De disciplinis, Ratisbonae, 1734. — Kober, Die Kirchliche Züchtigung als kirchliches Strafmittel gegen Cleriker und Mönche, dans Theologische Quartalschrift, 1875, p. 3-78, 355-448. — H. Haupt, art. Geisselung, dans la Realencyklopädie für protestantische Theologie und Kirche, Leipzig, 1899, t. VI, p. 432-111.
L. Gougaud.
Vidi hunc hominem canum excisa veste fugere. » Sequentes vero milites per viam quæ vocatur Stabuli pervenerunt ad stabulum, invenerunt S. Viclorem absconditum ante capillum equorum.
Même si on conserve des doutes peu justifiés sur la pièce intitulée Passio S. Felicitatis (voir ce mot) ; on y peut recueillir ce détail que l'aîné des fils de la martyre, saint Janvier, périt sous les coups d'un fouet garni de plomb ; deux de ses frères furent tués à coups de bâton ». C'étaient là des supplices bien avilissants pour des jeunes gens à qui leur naissance permettait d'aspirer au titre honorifique d'amici Augustorum, mais les condamnés pour crime de christianisme n'avaient point le droit de revendiquer le privilège de la naissance et, pour eux, tous les genres de mort étaient bons -°. « Nous présentons la tête au plomb, aux lacets, aux clous » écrit Tertullien « . Aujourd'hui, écrit-il encore dans le Scorpiaque, nous sommes dans le feu même de la persécution. Ceux-ci ont attesté leur foi par le feu, ceux-là par le glaive, d'autres sous la dent des bêtes. Il en est qui ayant trouvé sous les fouets, dans la morsure des ongles de fer, un avant-goût du martyre, soupirent maintenant dans les cachots après sa consommation •*.
Lors que Félicité, Perpétue et leurs compagnons de martyre entraient dans l'amphithéâtre de Carthage où ils allaient mourir, le peuple, exaspéré, demanda qu'on les fit passer entre l'escouade des belluaires, armés de fouets. Les martyrs rendirent grâces parce qu'ils pouvaient participer en quelque chose aux souffrances du Christ ' Le fouet des lanistes ne différait pas des autres fouets, sinon par la matière. C'était le martinet ou fouet à manche court et à lanière multiple. Sur un diptyque d'Anastase nous voyons un bestiaire armé du fouet, et on en usait fréquemment aussi bien dans l'amphithéâtre, que dans l'ergastule et à l'école. Pour les enfants on faisait usage du martinet en peau de chien ' (fig. 4474). Prudence compare ses effets à ceux de la grêle (pulsalus, la grêle). On en a également retrouvé dans les catacombes composés de chaînettes réunies par un anneau et terminées par des balles de plomb (fig. 4475).
Flagellation, fustigation, bastonnade tout cela se valait, mais la vanité humaine avait découvert de l'honneur ou de l'infamie dans un supplice et non dans l'autre. Le fouet était infâme et réservé aux esclaves flétris du nom de mauvais sujets. La bastonnade n'était pas infamante, non plus que la fustigation, et les hommes libres devaient s'en arranger. L'esclave était roué à coups de flugrum : præsidi
1 175. — Instruments de supplice. D'après Perret, Catacombes de Rome, t. iv, pi. 11.
d'anguille, anguilla, léger et plus impressionnant que douloureux . La scutica ou scorpion était déjà moins inoffensive , c'était une sorte de garrotte, faite de cordes nouées dont les extrémités libres étaient garnies de pointes. Le hérisson, κανθα, avait des nœuds hérissés de poils de porc. Enfin le flagrum qui écrasait les chairs, rompait les os, couvrait le corps de plaies contuses ; il était garni d'osselets et il distinguait la flagellatio, ἀπομαστίγωσις, ou flagellum muli jugis lalis ovium lesseralum ; puis le plumbrum ou plumbata *, à manche de fil de fer tortillé armé, en guise de lanières, de chaînettes terminées par des boules de métal. On en a conservé plusieurs spéofjerendus est qui eum flagris rumpat '. L'usufruitier d'un esclave ne pouvait lui infliger qu'une correction légère, castigatio levis, et non le fouet '. Quant aux esclaves impubères, la pitié ou l'intérêt faisant craindre de les abîmer par des coups trop violents, on ne leur infligeait que l'habena ou la ferula'. Sous les derniers empereurs, le supplice de la plumbala, quoi que qualifié d'immanis par le code Théodosien V n'était pas proscrit et devait rester en usage pendant tout le moyen âge et presque jusqu'à nos jours dans certaines contrées.
Toutefois le christianisme ne connut pas l'effusion de flagellations liturgiques ; il faut sans doute rappeler les flagellants du moyen âge, mais nous n'avons pas, heureusement, à traiter de cette époque de décadence. Dans les règles monastiques, il est parfois question de flagellations. Les règles irlandaises principalement font de ces violences un usage régulier qu'on retrouve dans les pénitentiels, les codes barbares et les conciles. Le concile de Narbonne, en 589, can. 4 :, le XVIe concile de Tolède, can. 2 : le concile de Francfort en 795, can. 3 (ou 5) ; les lois des Burgondes, tit. iv et lxxxiii. n. 2 ; des Wisigoths, 1. II, tit i. n. 7-8-11 ; des Bavarois, la loi Salique tit. xiii ; l'édit de Pistes, c. xv : Constituimus fidelium nostrorum consensu alque consilio, est quorumcumque coloni et servi pro hoc convicli, non cum grosso fusle, sed nudi cum virgis vapulent, les ch. xvi, xx, xxiii, xxiv reviennent sur cette correction qui doit être infligée au patient tout nu. Au reste ce n'est pas là une innovation, Saint Augustin, Saint Grégoire le Grand * envisagent les virgarum verbera comme peine canonique et le biographe de saint Césaire d'Arles écrit s : Solebat vero sanctus id accurate observare ut nemo ex iltis qui ipsi parebant, sive illi servi essent, sive ingenui, si pro culpa flagellandi essent, amplius triginla novem ictibus ferirentur ; si quis vero in gravi culpa deprehensus esset, permitlebat quidem, ut post dies paucos iterum vapularet sed paucis. Conteslabalur Ecclesiæ præfectos si quis juberet quempiam diutius flagellari et ea verbera illi mortem afférerent, ut is homicidii reum se sciret.
H Lec lerco FLAMINES CHRÉTIENS.
Malgré toutes les lumières que nous donnent les soixante-dix inscriptions connues sur les flamines de l'Espagne citérieure, il reste encore à ce sujet quelques obscurités à dissiper. Les flamines étaient-ils distincts des legati qui formaient l'assemblée provinciale ? Donnait-on ce nom à chacun des députés envoyés par les villes et les conventus, ou bien parmi ces députés, l'assemblée en élisait-elle un certain nombre qui prenaient le titre de flamines provinciaux ? La question est douteuse. C'est encore une question difficile à résoudre que de savoir quelle était la durée des fonctions des flamines de l'Espagne citérieure. Étaient-ils nommés à vie comme le flamen dialis ou quirinalis de Rome ? ou bien pour y faire participer le plus de monde possible, n'était-il pas décidé qu'on ne pourrait remplir les fonctions qu'une fois ? Si les fonctions des flamines duraient autant que leur vie, comment expliquer cette inscription où il est question de flamines sortis de charge et auxquels des statues ont été élevées dans le temple : statuam inter flaminas viros positam. Il est surprenant sans doute que cette expression de flaminus ne se retrouve pas plus souvent employée ; mais n'est-il pas possible aussi qu'on se servit du mot flaminus pour flaminalis, comme il n'est guère douteux que seviri ne désigne quelquefois les seviraux ? Une autre inscription qui mène aux mêmes conclusions est celle où un personnage encore vivant de l'Île Manon dit qu'il a rempli les fonctions de duumvir dans son pays et de flamen de l'Espagne citérieure : (II viralu in insula funclus eliam (laminatu provincial). ces mots semblent bien indiquer que dans ces deux fonctions il est sorti de charge. Sur ce point, les inscriptions de la Bétique sont plus explicites que celles de l'Espagne citérieure, et, quoiqu'on n'y trouve pas non plus de flamen nommé pour la seconde ou la troisième fois, elles disent positivement que cette dignité ne durait qu'un temps : impto honore flamini ; peracto honore flamini. Ce n'est pas seulement au chef-lieu de la province que se célébrait le culte des empereurs, mais dans chaque ville de l'Espagne citérieure. Il semble seul à ce moment que ces cultes municipaux fussent moins régulièrement constitués que le culte provincial. On voit, par exemple, que les noms des prêtres changent selon les villes. Vaillant prétendait que ceux des provinces portaient ordinairement le nom de sacerdotes, tandis qu'on appelait flamines ceux des municipes. C'est plutôt le contraire qui est vrai. À l'exception des prêtres du temple de Lyon qui sont appelés sacerdotes, ceux des provinces portent généralement le nom de flamines. Ce nom est très fréquent aussi pour les prêtres municipaux, mais il en a bien d'autres encore. En Espagne, ils sont nommés tantôt flamen Romae et divi Augusti, tantôt sacerdotes divorum et Augustorum, tantôt pontifes, tantôt pontifex domus Augustae, etc. ; d'une ville à l'autre, le changement est souvent complet ; un personnage d'une ville de la Bétique s'intitule : pontifex sacrorum flamen divi Augusti, tandis qu'un autre, dans une ville voisine, prend le titre de : flamen sacrorum, pontifex domus Augustae. Il prouve qu'on n'attachait pas d'importance aux variations, et que le sens différent qu'avaient à leur origine ces mots de flamen et de sacerdotes s'était perdu, c'est ce qu'on lit dans une inscription de Castulo : (laminicœ sive sacerdoli municipi). Ces changements de nom ne doivent donc pas nous surprendre, il n'y a d'embarras que pour expliquer certaines abréviations qui se trouvent dans les inscriptions de l'Espagne citérieure et de la Bétique, et qui sont susceptibles d'interprétations diverses.
L'Espagne comptait trois flamines provinciaux et leurs femmes, qui portaient le nom de flaminicae. Chaque ville possédait son flamen municipal. Le flaminat (flamonium) municipal était annuel, comme le flaminat provincial, ce qui n'empêchait pas l'usage du titre de flamen perpétuus. En Afrique, la plupart des flamines sont perpétuels et les flamines perpétuels sont ceux qui sont sortis de charge. Là où l'épithète ne figure pas, il y a de fortes chances pour que l'inscription ait été gravée pendant que le personnage était en exercice.
Aux environs de Medjez-El-Bab (Tunisie), on a trouvé, en 1911, un sarcophage en calcaire dur, long de 2 mètres, haut de 0 m 45, large de 0 m 58, portant sur un des grands côtés, sur un cartouche à queue d'aronde, cette inscription :
MINVCIVS APRONIANVS FLA MEN PERPETVVS FIDELIS VIXIT IN PACE ANN LXXIII MENSES X
Ce n'est pas la première fois qu'on rencontre en Afrique la mention de flamen perpétuus sur des monuments chrétiens.
À Ammaedera (Haîdra) dans la basilique, sur une pierre haute de 1 m 53, large de 0 m 70 :
ASTIVS VINDICIANVS VC ET FL PP
Aslius Vindicianus v(ir) c(larissimus) et fl(amen) p(er)petuus). Et dans la basilique une épitaphe que J.-B. De Rossi appelle, avec cette pointe d'exagération qui perce souvent dans ses écrits, une grande meraviglia. Cette grande merveille, c'est un flamine perpétuel chrétien, enterré dans une église (lig. II7G) :
Astius Mustelus fl(amen) p(e)r(p)et(uus) c(h)ristianus vixit annis LXXII quievit in fini iliuli decembris anno II II domini nostri regis Hilderich, te dernier roi vandale qui régna sur l'Afrique. Voici donc dans la même basilique deux personnages de la gens Astia qui furent tous deux au VIe, chrétiens et flamines perpétuels. Peut-être Astius Vindicianus était-il le père d'Astius Mustelus qui semble avoir été un des plus anciennement inhumés dans la basilique puisqu'il le fut en 525 et que cette basilique venait probablement d'être restituée aux catholiques.
À Uppenna (Tunisie), dans une basilique byzantine, une épitaphe :
IVLIVS HONO R I V S FL-M5 PPIN PACE BIXIT ANNIS LX II
Cette inscription peut appartenir à une époque sensiblement rapprochée de la précédente. Ainsi, au VIe le flaminat perpétuel était recherché par les catholiques africains.
En Numidie et probablement en Maurétanie, sous les premiers empereurs, le flaminat avait ressemblé fort à ce que nous l'avons vu en Espagne. Depuis Septime-Sévère, pendant le IIIe et le IVe, dans beaucoup de villes le flaminium perpeluum fut inséparable de la curalio reipublicae, d'où les sigles si fréquemment rapprochés : FLPPCVRREIP. Dans le cours de la persécution de Dioclétien, nous voyons à Cirta les acta Munalii Felicis flaminis perpetui curatoris col. Cirtensium. Sous les empereurs chrétiens du IVe la tolérance conserva des païens en fonctions en trop grand nombre pour qu'il soit permis de dire que ce titre était porté par des chrétiens d'après les témoins épigraphiques conservés. Ce qui est certain, c'est que le flaminat municipal ne fut pas aboli par les lois d'Honorius et de Théodose II contre les cultes idolâtriques. Les lois concernant les devoirs et les privilèges des flamines municipaux et des sacerdotes et sacerdotales provinciaux omises par Tribonien dans le code Justinien se trouvent dans le code Théodosien, et elles n'étaient donc pas abolies ; et les épitaphes de Medjez-El-Bab, de Ammaedera, d'Uppenna le prouvent de reste ; ceux-ci sont bien les successeurs de ceux qui portaient ce titre depuis plusieurs siècles, mais qui n'étaient pas chrétiens.
On pouvait donc exercer un sacerdoce idolâtrique tout en demeurant chrétien de nom et de fait ? Il semble qu'à cette question une seule réponse soit possible : mais il faut auparavant déterminer ce qu'était devenu le titre de flamine en Afrique.
Une inscription en mosaïque trouvée dans la basilique de Cuicul mentionne un des bienfaiteurs qui contribuèrent à ce pavement ; il se désigne ainsi :
TVLIVS A DEO DA TVS SACER DOTALIS VO TVM COMP
Hirschfeld a supposé qu'il s'agissait ici d'un sacerdoce chrétien, ce qui est franchement inadmissible. En Afrique, le terme sacerdotalis avait une signification parfaitement définie et se rapportait à l'exercice d'un sacerdotium provinciae de rite païen. En 337, Constantin écrit : Sacerdota les et flamines en s'adressant au concilium provinciae Africae. Un sacerdotalis chrétien, bienfaiteur d'une basilique, paraît donc chose impossible, à moins qu'il s'agisse d'une basilique civile. Il est vrai qu'il porte un nom qui appartient à l'onomastique chrétienne africaine : Adeodatus, et emploie une formule fréquente parmi les fidèles : votum complevit (voir Ex-voto) ; en outre, il n'est pas seul, cinq donateurs remplissent leur vœu et l'usage de contribuer ainsi, par vœu, à la construction ou à la décoration d'une basilique civile est chose absolument inconnue. Les compagnons d'Adeodat sont un vir clarissimus ex principalibus, un vir clarissimus ex tribunis et deux viri honesti. Rien n'obligeait ces trois derniers à contribuer de leurs deniers, en compensation de la dépense des jeux, à un édifice d'utilité publique ; ainsi, sur ce point, aucun indice en faveur d'une basilique civile. Mais qu'on se rappelle la distinction fondamentale entre le culte idolâtrique religieux et le culte civil. On ne pouvait, on ne voulait et on n'osait pas priver le peuple des spectacles et des jeux qui composaient le plus clair du culte civil. C'est ainsi que Constantin permit en Afrique et en Italie l'institution de temples et de sacerdoces en l'honneur de sa dynastie, Flaviœ gentis, avec les spectacles qui en étaient la conséquence, ea observatione prescripta ne œdes nostro nomini dedicata cujusquam contagiosae superstitionis fraudibus polluatur. En 399, Honorius permet les jeux absque ullo sacrificio, alla superstitione damnabili, ce que Godefroy commente en ces termes : nulla jam communia huic muneri cum sacris gentilium. Somme toute, sacerdotalis a le sens de munerarius, celui qui donne des jeux et des spectacles, et nous lisons ce mot sur l'épitaphe chrétienne d'un édile et duumvir d'Afrique.
Dès lors, le sacerdotalis n'avait rien de commun avec les rites idolâtriques. Néanmoins, on ne laissait pas de considérer comme accointés au paganisme, ceux qui assumaient ce titre incompatible avec la pratique du christianisme. Une loi de Théodose, en 386, déclare expressément que Varchicrosima (sacerdoce provincial d'Asie) non sit a christianis subeunda. En 415, une loi désigne les sacerdota les d'Afrique comme sacerdota les paganœ superstitionis. Seulement, c'étaient là des textes et l'usage en tenait peu compte. Les chrétiens discutaient entre eux, s'ils pouvaient exercer cette fonction sans manquer à leur croyance et le fait de cette discussion montre assez qu'un parti entendait bien ne pas s'en priver. Saint Ambroise écrit à propos de ces privilèges, concédés aux sacerdota les païens : sœpe decepti etiam christiani parlim per imprudentiam, parlim propter publicarum necessitatum molestias declinandas : et quia non omnes fortes inveniuntur, etiam sub principibus Christianis plerique sunt lapsi. En l'an 400, un concile de Carthage supplie Honorius ne persecutionem sil contra Christianos... ut cogantur ad spectacula convenire.
11 suffit de rapprocher ces textes et de les lire pour se convaincre que les fidèles, en grand nombre, acceptaient et même recherchaient le titre et la fonction de sacerdotalis ou de flamen perpétuel. Salvien, parlant des nobles de Carthage, écrit ces lamentations : Ecce quæ Afrorum et maxime nobilissimorum... christianitas facit : Dicebantur christiani ad contumeliam Christi... Sun omnes ista faciebant, sed potentissimi qui que ac nobilissimi... per paucorum potentium suam religam superstitionem urbs cuncta polluta '. Lors que les Vandales se furent établis en Afrique, les jeux et spectacles en l'honneur des empereurs avaient perdu leur raison d'être, mais les titres gardaient leur séduction et on s'en parait encore bien qu'ils ne répondissent plus à rien de réel, qu'ils n'imposassent plus aucune participation au culte idolâtrique. C'était une décoration municipale ou provinciale dont on s'enorgueillissait, tout comme des titres du moyen âge s'étaient transmis jusqu'à la fin de l'ancien régime. Ainsi on pouvait porter le titre de flamen perpétuel ou de sacerdotalis tout en étant chrétien pratiquant et bienfaiteur des églises, on était flamine par voie d'hérédité.
Vers l'an 300, quand se réunit le concile d'Elvire, il n'en allait pas de même.
Alors le sens honorifique ne recouvrait pas encore le sens religieux, ce qui s'opéra au cours du IV siècle, Après que les empereurs eurent défendu les sacrifices, tout en maintenant les jeux et les spectacles qui en étaient autrefois l'ornement, les chrétiens s'étaient sentis à l'aise pour assister en sûreté de conscience à ces fêtes que ne souillait plus l'idolâtrie. Toutefois la disparition des rites idolâtriques laissait subsister de graves dangers moraux et l'Église se montrait peu favorable, sinon tout à fait hostile à l'égard des fidèles qui acceptaient les fonctions d'organisateurs, de présidents de ces fêtes provinciales et municipales. Mais elle ne pouvait réussir à les en détourner, et cependant les honneurs et les immunités attachés à ces sacerdoces étaient alors bien peu de chose en comparaison de ce qu'ils étaient et des attraits qu'ils possédaient avant le triomphe du christianisme.
Les pères d'Elvire trouvèrent le cas assez général pour légiférer à son sujet. Leur canon 1 exclut à tout jamais de l'Église le fidèle d'âge adulte qui participe à un sacrifice païen : Qui post idem baptismi salutis adultus ad idolothytum idolatrarum accesserit, et fecerit, est erimen capitale, sunt sceleris. placuit nec in finem eum communionem accipere. Il semble que le cas des flamines rentre dans cette disposition générale : Can. 2 : Flamines qui post fidem lavacri et regenerationis sacrificaverunt, eo quod geminaverint scelera accedente homicidio, vel triplicaverint facinus cohærente moechia, placuit eos in finem accipere communionem. C'est que le flaminat entraînait, pour celui qui en était alors revêtu, la participation à une série de fautes graves : jeux de gladiateurs, scènes mimiques indécentes, en sorte que le flamine devenait coupable d'idolâtrie, d'homicide et d'adultère. Toutefois, certains chrétiens arrivistes, désireux de ne pas nuire à leur avenir, avaient trouvé une combinaison ingénieuse : ils portaient le titre et se faisaient remplacer pour la fonction, sauf à en payer les frais : absents du sacrifice qu'ils faisaient peut-être célébrer, ils se rattrapaient sur les réjouissances, amas et payaient les plaisirs du peuple. Cette distinction rappelle celle de ces chrétiens qui, pendant la persécution de Déce, faisaient sacrifier en leur nom un domestique et recevaient un libellus. La supercherie était manifeste, mais on ne pouvait leur imputer l'acte matériel du sacrifice et l'Église leur montrait une sorte d'indulgence. Can. 3 : Item flamines qui mai immolaverint, sed munus tantum dederint, eo quod funestis abstinuerint sacrificiis, placuit in finem eis præstare communionem, acta tamen legitima pœnitentia. Item ipsi si post pœnitentiam fuerint meacati, placuit ulterius his non esse dandam communionem, ne illusisse de dominica communionem videantur. On ne leur refusait pas la réconciliation et la communion à l'heure de la mort, pourvu qu'ils se fussent soumis à la pénitence canonique et qu'ils ne fussent pas retombés dans la même faute. Si toutefois les flamines étaient non pas baptisés, mais du nombre de ces catéchumènes qui retardaient indéfiniment l'heure de l'initiation afin de se mouvoir plus à l'aise au milieu des obligations de la vie publique, le concile leur consacrait son canon 4 : Item flamines si fuerint cathechumeni et se a sacrificiis abstinuerint, post triennii tempora placuit ad baptismum admitti debere. Le baptême était pour eux retardé de trois ans.
Tout ceci n'interdisait pas l'acceptation du flaminat, et en effet, on pouvait être flamine païen, tout en étant chrétien irréprochable — sauf le scandale. C'est lors que le flamine évitait la participation au sacrifice, supprimait les jeux sanglants ou obscènes et payait l'honneur de la magistrature dont il était revêtu par une dépense d'utilité publique, par exemple la construction d'un pont, d'une basilique, un repas, une distribution de vivres ou de vins. A ceux-là, le concile ne disait rien et il ne réservait contre eux aucune sévérité.
Toutefois, un autre canon, le 55e, est ainsi libellé : Sacerdotes qui tantum coronas portant, nec sacrificant nec de suis sumptibus aliquid ad idola præstant, placuit post biennium accipere communionem. Il y avait donc des prêtres qui se refusaient à participer au culte des idoles par des sacrifices ou autrement, mais qui ne se faisaient pas scrupule de se coiffer la tête d'une couronne ; celles-là, s'ils étaient chrétiens, seraient soumises à une pénitence de deux années. Le texte dit sacerdotes, mais il peut viser aussi les sacerdotalis. « S'il s'agissait d'un autre culte que celui de l'État, il y aurait, dans le premier cas, une véritable impossibilité. » S'imagine-t-on des chrétiens et des chrétiens baptisés, qui se seraient laissé nommer prêtres de Jupiter, de Vénus, de Sabazius ? Et croit-on que le concile les traiterait si doucement ? Hant à d'anciens prêtres païens, qui auraient renoncé à leur sacerdoce en se faisant chrétiens, tout en conservant le titre de prêtres honoraires, cela eût été encore très inconvenant, et il n'est guère permis de le supposer. Du reste, en Espagne au moins, le sacerdoce honoraire ne se rencontre guère que dans le culte de Rome et d'Auguste. Le pontifex perpetuus, dont il y a quelques exemples, paraît être un pontifex de cette religion. D'un autre côté, le terme sacerdos, dont se sert ici le concile, est dans certaines provinces, les trois Gaules par exemple, le terme officiel pour le ministre du culte provincial. En Espagne, on le trouve aussi, quoique moins fréquemment, employé dans le même sens tant pour les prêtres municipaux que pour les prêtres provinciaux, la couronne dont il est ici question est un insigne commun à divers cultes ; cependant il faut remarquer qu'elle a été quelquefois mentionnée dans la titulature du sacerdoce de Rome et d'Auguste, mais la preuve que cette manière de parler était usitée en Espagne, c'est que le pape Innocent Ier, cent ans après le concile d'Elvire, y fait encore allusion en parlant précisément de sacerdotes chrétiens du culte impérial. Il écrit aux évêques du concile de Tolède, en 400 : Ne que de curialibus aliquos ad ecclesiasticum ordinem venire passi qui post baptismum vel coronati fuerint, vel sacerdotium quod dicitur sustinuerint et editiones publicas celebraverint. « On ne doit pas promouvoir aux ordres les curiales qui, après leur baptême, ont été coronati, ont exercé le sacerdoce, comme on dit, et célébré des jeux publics. » « On voit, en somme, qu'il n'était pas impossible à un chrétien d'être flamine, même avant Constantin. Sauf le cas de sacrifice ou celui de récidive, après pénitence faite, il pouvait exercer ses fonctions sans encourir l'excommunication perpétuelle. Il pouvait même espérer, en usant de certaines précautions, de ne point se brouiller avec ses chefs spirituels. Ceci, cependant, dut être toujours assez difficile. » H. Leclercq.
FLAVIEN (NLCOMAQUE). Auguste, vainqueur à Actium, fit placer dans la salle des séan ces du Sénat une statue de la Victoire et, au-dessous. un autel, sur lequel les sénateurs, en entrant, jetaient quelques grains d'encens. Sous Constantin, personne n'attira l'attention sur ce rite idolâtri que ; sous Constance, les sénateurs chrétiens réclamèrent avec insistance et Constance lui-même déclara qu'à son entrée au sénat ses yeux seraient souillés par le spectacle des honneurs rendus à un démon. Le Sénat soupira et se résigna. L'autel fut enlevé. Julien le fit rétablir ; en 382, Gratien le fit enlever de nouveau et cette mesure souleva une émotion très vive. Symma que prit fait et cause, parla, écrivit, n'obtint rien. Symma que était préfet de Rome et Nicoma que Flavien était préfet du prétoire, tous deux païens fervents ou plutôt, convaincus ; mais Symma que s'embarqua dans le parti de l'usurpateur Maxime et après la fin pitoyable de ce personnage, devint plus réservé. Flavien, que la mésaventure de son ami n'avait pas assagi, s'engagea dans le parti de l'usurpateur Eugène. Celui-ci, après l'assassinat de Valentinien II, s'était laissé proclamer empereur par le comte Arbogast. Eugène était chrétien, mais son prolecteur et ses parti sans appartenaient tous au parti païen, que depuis la demi-retraite où se confinait prudemment Symma que, son gendre Flavien conduisait. L'occasion qui s'offrait était trop belle pour n'être pas exploitée. Flavien posa à Eugène ses conditions : rétablissement de l'autel de la Victoire et des subventions de l'ancien culte officiel. On trouva un terrain d'accord et Eugène put s'approcher de Rome où pendant quelques mois le paganisme organisa des fêtes, des liturgies sous l'impulsion de Flavien, saisi d'un zèle infatigable. Ce fut une crise rapide, mais singulière, dont un document longtemps ignoré a révélé l'aspect curieux. de la Bibliothè que nationale de Paris, une déclamation en vers écrite à Rome, au lendemain de la mort de Flavien. Ce manuscrit, contenant les œuvres de Prudence, avait longtemps passé pour contemporain du poète chrétien ', opinion déclarée depuis insoutenable 5 encore que ce manuscrit (lai. 80S4) soit probablement du Ve et certainement, au plus tard, du début du vie. Sur les marges du volume, on lit en belle écriture onciale des notes contemporaines de l'écriture, et, à la fin des hymnes, on ht, de la même main, un nom aujour d'hui pres que effacé : qui ne peut-être que Vettius Agorius Basilius Mavortius, contemporain de Théodoric, consul en l'an 527, connu déjà pour avoir corrigé le texte d'Horace °. Le texte de Prudence corrigé par le même personnage appartient donc au plus tard à l'épo que de la domination gothi que en Italie '. A la suite des œuvres de Prudence, on transcrivit sur trois feuillets un carmen fort indigne d'un si noble voisinage, carmen de circonstance composé en 394, relatif à l'épisode dont Flavien et Eugène furent les héros 8. Qui pouvait-il intéresser après quelques années et comment cette pièce, dépourvue de mérite littéraire, fut-elle recueillie dans une édition des œuvres de Prudence ? On ne répond à peu près à ces deux questions qu'à la condition d'admettre que le manuscrit fut composé à une date si rapprochée de l'événement que le carmen conservait encore quel que intérêt, ce qui amène à penser que le manuscrit en possession de Basilius Mavortius fut transcrit dès la première moitié du v« siècle et à une épo que où Prudence vivait encore. On peut remarquer devant le nom de Basilius Mavortius une croix qui témoigne qu'il était chrétien. Dans sa revision d'Horace, il s'était fait aider d'un autre chrétien, professeur de bel les-lettres, Félix, orator urbis Romse, et correcteur du texte de Martianus Capella en 535, Christo adjuvante.
Le carmen hexamètre qui fait suite aux écrits de Prudence n'est certainement pas de ce poète ; mais si le mérite littéraire est nul, l'intérêt histori que est grand. C'est une invective d'un auteur anonyme, contre le culte idolâtri que et ses derniers parti sans, thème analogue à celui qui inspira à Prudence son poème Contra Symmachum. Un lambeau de ce carmen, celui où est décrit le rite du taurobole, avait déjà été imprimé par Saumaise 9 où certain l'avait copié pour le mettre gratuitement sous le nom de Commodien. Godefroy emprunta quelques vers édites par Saumaise pour illustrer son commentaire du code Théodosien 10. C'est à ce carmen que nous devons la connaissance de la dernière lutte du paganisme dirigée par Flavien ». Celui-ci, non content de mettre au service de l'usurpateur les for ces de sa vaste préfecture qui s'étendait à l' Italie, l' Illyrie et l'Afri que du Nord, lui promit aussi le secours des dieux de Rome. Personnellement très versé dans la science des augures, ils prédisait à Eugène une victoire décisive sur Théodose et ce triomphe immanquable Ircdus, ad cod. Thedos., 1. XVI, tit. x, lex 20. « De allait restaurer pour toujours le paganisme. 11 y eut alors, en 394, un instant pres que aussi décisif que quatre-vingts ans plus tôt, lors de la rencontre entre Constantin et Maxence.
L'auteur du carmen débute par tourner en dérision les ido les et conclut par cette question :
Convenu liis ducibus proceres sperare salutem ?
Mais ce qui suit : Dicile prwfeclus vester quid profuit l'rbi ? montre que la question a une portée particulière et vise un épisode concernant la ville de Home. Épisode qu'on venait de vivre au moment menu. puis que en terminant, l'auteur faisait mention d'un temple de Flore érigé en 394, el comme il dit nuper. Se tournant vers la veuve de l-'lavien, il dépeint la lutte récente et peut-être aussi les évocations magiques tentées sur son mari : superis que minutur Carminibus magicis eupiens Aceronta mooere. et il termine par une apostrophe à cette même veuve :
Desine talem deflere marilum De Jove qui Lalio volait sperare salutem.
Tout porte à croire que cette déclamation a étécomposée au lendemain des événements, en 394.
Au dire de Sozomène, l'usurpateur Eugène s'était laissé impressionner par les affirmations de ceux qui. prétendant connaître l'avenir, lui prédisaient l'affermissement de son pouvoir. Beaucoup de sénateurs païens s'adonnaient alors a la science augurale et Flavien leur donnait l'exemple. Il persuada Eugène que la guerre contre Théodose lui donnerait la victoire, l'empire et le rétablissement des dieux '. A ces paro les de Sozomène, font écho les témoignages contemporains. Macrobe.dans ses Saturna les, nous le montre uni quement occupé de l'art des augures *. Rufin d'Aquilée rappelle les sacrifi ces offerts par Flavien : Pagani. qui errores suos novis semper erroribus animant, innovare sacrificia el Romain funestis victimis cruentare, inspicere exta pecudum et ex fibrarum prœscentia securam Eugenio victoriam nunciare, supersliliosus hsec agente el cum omni animosilaie Flaoiano l une prsefecto, cujus assertionibus (magna enim crut ejus in sapienlia prœroyativa > Eugenium victorem fore pro cerlo prsesumpscranl '.
Rufin parle d'un retour des sacrifi ces idolatriques à Rome de 393 et 394, mais en réalité ces sacrifi ces n'avaient pas été interrompus. Dans sa deuxième lettre à l'empereur Valentinien II, saint Ambroise écrit ces paro les : (Romse) omnibus in (emplis ara ; sacrificia sua (yenti les) ubi que concélébrant et les monuments érigés à Rome et en Grèce entre 3X3 et 392 confirment sou témoignage '. Mais Eugène, malgré les instan ces de Flavien, avait montré peu d'empressement à revenir sur les dispositions législatives de Gratien et <le Valentinien II ; il avait ri à un compromis qui consistait à rendre personnellement a Flavien et aux autres sénateurs païens les biens des temp les, sauf à en user comme ils l'entendraient. Flavien s'empressa d'un user de la manière la plus provocante et s'employa à la restauration triomphale du culte des dieux dans Rome. Les rites n'étaient pas oublies et Flavien se chargeait de rafraîchir la mémoire dis prêtres païens.
• Outre l'édition dn texte donnée par !.. Dédale et les proposées par Horel el par De Rossi, Dans son fanatisme il imagina de raviver un rite qu'on n'avait pas vu. depuis les jours de l'empereur Aurélien, comme s'il eût cherche ce qui pouvait le plus efficacement exaspérer la population chrétienne. Rome fut soumise à une lustration de trois mois afin de la puritier des souillures que lui avait infligées le christianisme \ Dicile prsefectus vester quid profuit urbi ?
Mensibus istc tribus lotam qui concilus urbem Luslravit, metas tandem pervenit ml sévi Quœ fuit haec rabics animi ? qu.se insania mentis'.' (Sic) Jovi veslrum posset lurbare quietem Quis tibi justitium incussil pulccrrima Roma ?
Ail saga confugerent pupulus quœ non Iiabet olim ?
Le luslrum ou sacrifice amburbule avec le justitium était un des rites les plus solennels et le carmen nous apprend combien les chrétiens en furent indignés, comme devant la menace d'une invasion démonia que. Ainsi, saint Ambroise ne s'était pas trompe lorsqu'il avait rendu Eugène responsable du mal qui s'accomplissait en son nom. Et si imperaloris poteslas magna sil. tamen considéra, imperalor, quantus sil Deus : corda omnium videl. lonscientiam interiorem interrogat. novil omnia antequam fiant, novit intima pecloristui. Ipsi falli non patimini, et Deo vullis eelare quidquam ! ... Pauci uslimabunt quid fueris, omnes quid volueris : quidquid illi fecerint, luum eril. ■ Personne ne regardera a ce que vous avez fait, tous à ce que vous avez voulu faire. Le que feront les gens à qui vous aurez donné ces biens, c'est vous en realite qui l'aurez fait. ■ La célébration du luslrum marqua l'apogée de cette réaction païenne et la préparation à la lutte contre Théodose. Cependant Flavien ne se borna pas à cela. Lui-même, en vêtements sacerdot aux parcourait la ville, conduisait les processions. Celle d'Isis en pleurs, à la recherche d'Osiris soulevé la dérision de l'auteur du carmen :
Quis le plangentem non risit. calvus ad aras Sislri/eram Furiam supplex cum forte rogares : Cum que Osirim miserum lugis latrator Anubis, Quem tenet inventum rursum quem perderefl Isis) l'osl lacrimas ramum fractum portarel oliose.
Le deuil et les larmes pour la mort d'Osiris après avoir duré quatre jours se terminaient pas sa retrouvaille, allusion trop claire à la mort et à la résurrection du Christ. Minucius Félix écrivait déjà a ce sujet : Isis perdilum filium cum Cynocepltalo SUO et calvis sacerdotibus lugel, plangit, inquirit : et Isiaci miseri csedunt peelora et dolorem infelicissimœ malris imilantur : mox invenlo parvulo, gaudet Isis, exultant sacerdotes. cephalus iiwentor gloriatur : née desinunt annis omnibus vel perdere quod inveniuiit. t quod perdunt ' Les mégalésies de Cybèle étaient une autre importation exoti que, celle-ci venue île Phrygte. la vogue du culte de la ■ Grande Mère ■ n'était pas oublie ; il comportait un taurobole ou sacrifiée expiatoire dont l'efficacité durait vingt ans et dont les effets étaient analogues a ceux du baptême chri c'était le rite le plus solennel de la religion polythéiste, Flavien ne manqua de se faire tauroboliser et se déclara purifié pour vingt ans, assuré dès lors de vivere | viginti mundus in annos. Ce sont les vers consacrés à cette description du taurobole que Saumaise avait choisis pour les publier. On y trouve mélangé plusieurs allusions à la vie et aux actions personnel les de Flavien. On vit le cliar et l'image de Cybèle parcourir les rues de la ville conduit par les sénateurs :
Vidimus argenlo faclo(s) juga ferre leones Lignea, cum traherenl juncli slridenlia plauslra. Dextra Iseva que silos argenlea frena tenere Egregios proceres currum servare Cybellse Quem traheret conducla manus Megalensibus aclis, Arboris excisœ truncum portare per urbem.
Mais ces cultes, d'importation étrangère et récente, ne contentaient pas la fringale liturgi que de Flavien. On le vit recourir encore à Jupiter latial, et à la déesse Flore, l'anti que divinité des Sabins dont le souvenir évoquait toutes les turpitu des des ludi Flora les.
Sola tamen gaudcl meretrix, le consule, Flora Ludorum turpis genetrix Veneris que magislra, Composuit templum nuper cui Symmachus hères.
Tout ceci ne suffisait pas encore. Flavien voulait voir les chrétiens s'associer aux rites idolâtriques. Il ne négligeait rien pour les attirer et les induire à l'apostasie :
Chrislicolas multos voluit sic perdere démens, Qui vellent sine lege mori donaret honores Oblitos que sui caperel quos demonis arle ; Muneribus cupiens quorumdam frangere mentes facere parva mercede profanos Milterel injerias miseras sub larlara secum Le passage suivant semble se rapporter aux mêmes séductions :
Sacratus vester Urbi quid prœstitit oro ?
Fundere qui incautis studuil concreta venena Mille nocendi vias, tolidem conquirerel Arles, Perdere quos voluil percussil luridus anguis, Contra Deum verum frustra bellare paraius. Qui tacitus semper lugeret lempora pacis Ne(c) proprium interius posset vulgare dolorem L'auteur parle de façon assez obscure des mille Tuses auxquel les Flavien eut recours pour entraîner les chrétiens ; ensuite il fait connaître ce que fut le lustrum et le juslilium :
Sed fuit in terris nullus sacratior Mo Quem Numa Pompilius, e multis primus aruspex.
Edocuit vano rilu, pecudum que cruore Polluit insanum, busti pulentibus aris Non (ne) ipse est vinum patriœ qui prodidit olim ?
Antiquas que domus, turrcs ac lecta priorum Subverlens, urbi vellet cum inferre ruinam, Ornaret lauro postes, convivia daret, Pollutos panes injectos ture vaporo Poncret in risum, quœrens quos dedere morli, Gallaribus subito membra circumdare sublus Fraude nova semper miseros profanare paratus.
Ainsi Flavien s'efforçait d'entraîner les fidè les à partager sa réprobation éternelle :
Milterel inferias miseros sub tarlara secum il semble qu'il se soit fait un plaisir et peut-être un devoir de revêtir la gallaria, vêtement ou insigne que portaient les 30/ ;/, prêtres de Cybèle. On compte plu sieurs apostasies entre autres cel les de Hierius, deLeucadius et de Marcianus. L'auteur ne les ménage pas :
Sacratus vester urbi quid prœslitit ora ? Quid Hierium docuil sub terra quœrere solem, Cum sibi forte pijrum fossor de rure dolassct. Dicerel que esse deum comitem Bacchi que magislrum, Sarapidis cultor. Elruscis semper amicus, Fundere qui incautis studuil concreta venena, etc.
Hierius était un personnage de quel que importance qui abandonna le christianisme et se fit initier par Flavien aux mystères mithriaques, auxquels on trouve une allusion dans ces paro les sub terra quœrere solem. Les antres mithriaques étant souterrains. Le vers assez obscur : cum sibi forte pyrum fossor de rure dolasset est trop correct, au dire de J.-B. de Rossi pour appartenir à notre versificateur anonyme qui l'aura tiré de quel que cahier de modè les et signifie une idole informe en bois. L'initiation mithria que comportait, en effet, l'ostension d'ido les qui souvent étaient de bois ; en 383, Gracchus, préfet de Rome, détruisit une caverne mithria que et exposa publi quement les ido les avant de les brûler : (exussit) omnia portentosa simulacra. Flavien faisait de Mithra un deum comitem Bacchi que magislrum ; le syncrétisme permettait ces fantaisies, capab les de séduire les rhéteurs et les philosophes du temps. Hierius était-il un d'entre eux ? On ne sait, mais on voit, en 381, saint Augustin dédier son livre De pulchro et aplo à un nommé Hierius, philosophe et orateur. Il est possible que ce soit celui qui passa au mithriacisme en 394. Si l'ambition y fut pour quel que chose elle fut déçue. En tout cas il est impossible d'identifier cet Hierius avec un homonyme qui fut, en 395, vicaire d'Afri que, deux fois préfet du prétoire d'Orient et enfin consul en 427. On n'eût pas donné la préfecture d'Afri que, en 395, à un personnage compromis l'année précédente dans la faction d'Eugène.
Quanta Leucadius et à Marcianus également séduits par Flavien, il semble que le premier des deux fut de ceux à qui le tout-puissant préfet donabat honores, muneribus cupiens quorumdam frangere mentes. Leucadius reçut l'office de prœfeclus fundorum palrimonialium africenorum et Marcianus fut fait proconsul :
Solvere... (per pro)fa(n)a feedera leges Leucadium fecit, fundos curarel Afrorum. Perdere Marcianum sibi proconsul ut (essel) A la fin du ivc siècle, le seul proconsul ordinaire d'Occident était celui d'Afri que. C'était donc en Afri que que Flavien avait placé ses deux protégés. Le proconsul Africse ne dépendait pas du préfet du prétoire, mais Flavien jouissait, depuis l'usurpation d'Eugène, d'un pouvoir arbitraire qui expli que cette nomination. Marcianus avait déjà rempli, en 384, la charge de vicaire d'Espagne et d'Italie, il était ami et correspondant de Symma que, son identification peut être considérée comme certaine.
C'était un assez mince succès pour Flavien que ce petit nombre d'apostasies, mais après la victoire certaine sur Théodose, on se proposait de recourir aux voies de rigueur : Proximo bello infidè les et sacrilegi lacessebant (Thcodosium) in Domino confidentem et regnum ejus eripere conlendebant, ecclesiis Domini perseculionum sœva minitantes '. A ce témoignage de saint Ambroise s'ajoute celui de son biographe Paulin • : Promiserot Arbogas les t une cornes et Flavianus pnefcclus Mediolano egredientes, cum viclores reverlentur, slabulum se esse facturos in basilica ecclesiœ mediolanensis at que clericos sub armis probaluros...
Causa autem commolionis htcc fuit, quia munera impcratoris, qui se sacrilegio conuniscuerat, ab ecclesia respuebantur, nec orandi illi cum ecclesia societas Iribuebalur. Tout ceci pouvait n »ètrc que brava des si on était vaincu et I-'lavien ne se contenta pas d'apaiser les dieux et s'assurer leur concours en vue de la victoire, il songea aussi à protéger Rome efficacement. On mais on ne regardait pas à quelques mécontents de plus ; d'ailleurs bien des Romains perdaient en ce moment leur anti que réputation de bon sens. On voyait Symma que le je une, fils du célèbre orateur, faire réédifier à ses frais dans Rome ie temple de Flore l'impudi que, pendant que des audacieux parvenaient jusqu'à la statue de Constantin le Grand sur l'arc de entreprit des trav aux de mise en état de défense de la ville et de ses tours. I-'cnceinte d'Aurelien était sur beaucoup de points faible et défectueuse ' (flg. 4478) ; on se mit en toute hâte à esquisser les trav aux les plus urgents. Ceci entraîna des expropriai Ions, le carmen y fait allusion lorsqu'il dit :
Antiquas domus, lurrcs ac lecta priorum Subverlcns...
Ce n'était pas un moyen de se faire des parti sans, • La tour rcprtscniiv dani la Bgure 1478, setrouvi entn irtes Salais el Pinclana. La partie supérieure bu dessus de fenêtres ett une restauration modérai triomphe élevé en son honneur et la décapitaient. On avait moins facilement raison de Théodosc. Il est fort probable que si l'intérêt de la foi chrétienne n'avait été en jeu, l'empereur eût hésité à se jeter dans cette expédition. Il n'avait ja mais eu de goût à gouverner l'Occident, et son bon sens, d'accord avec la modération de es désirs. l'avait toujours averti que le poids de l'empire entier accablait les épau les d'un seul homme. Il était revenu en Orient quatre ans auparavant, décidé à n'en plus sortir, aspirant a une des rares tours <t>- cette enceinte celèbri ii> j . i encore la hauteur des murail les avec leui tenl 1res. jouir sans trouble de la soumission de ces bel les provin ces, où les esprits étaient faits à lui obéir. Pour cette fois encore il fallait s'ébranler, veuf, âgé, passer les monts et guerroyer. Sa répugnance était si profonde qu'il hésita néanmoins et, pour éclairer ses doutes sur la conduite à tenir, il envoya l'eunu que Eutrope. vers les déserts de la Thébaïde pour poser cette question à l'ermite Jean de Lycopolis : « Fautil commencer la guerre ou attendre l'atta que d'Eugène ? » Eutrope ne devait rien négliger pour attirer Jean à la cour impériale, mais, sur ce point il échoua ; pour le reste, Jean déclara en termes sévères et tristes, qu'il répondait de l'issue de l'expédition, mais non du sang qu'elle pourrait coûter. En outre, il laissait entendre que Théodose pourrait bien ne pas revoir l'Orient, mais qu'en ce cas Dieu protégerait ses enfants l. Théodose comprit que ses plus fidè les amis entrevoyaient sa fin prochaine, il se livra à la campagne qui s'annonçait comme à une croisade. Son intelligence toujours lucide, ses guerres d'autrefois, la valeur de l'armée qu'il conduisait, lui disaient bien qu'il était en état d'affronter avec succès l'armée d'Eugène, aussi se livra-t-il plus que par le passé à la prière, au jeûne, aux pèlerinages qui se trouvaient près de son itinéraire. Ce redoublement de piété, qui achevait de donner à l'expédition le caractère d'une guerre sainte impressionna les populations, des légen des coururent, on raconta que l'empereur, déguisé en paysan, était parti, à l'insu de sa cour, visiter les saints lieux de Jérusalem =. L'effet de ces dispositions mora les se trahit, comme d'ordinaire, dans ses actes législatifs : mais c'est par un accroissement plus marqué de douceur et d'humanité. A l'excès de zèle un peu âpre qui avait suivi chez Théodose les remords de la pénitence, succède avec le progrès de la piété et le déclin de l'âge, je ne sais quoi de plus calme dans la ferveur, et, dans le même dévouement à la vérité divine, une compassion plus indulgente et plus tendre pour les faiblesses ou les misères humaines. Les lois de cette année 393, pendant laquelle la pensée de la lutte prochaine ne le quitta pas, n'ont plus, à l'exception d'une seule, pour objet la répression de l'erreur. Pres que toutes ont pour but le soulagement des m aux des populations. Ce sont des mesures prises pour contenir les exactions des soldats qui surtout à la veille d'une grande expédition militaire, abusaient du droit de se faire nourrir et loger pour ruiner le pauvre paysan. C'est la restitution ordonnée de l'argent et des propriétés confisquées par la rigueur exagérée des magistrats. Chose singulière, une guerre dont tout le monde parle, au lieu de s'annoncer par le sinistre préliminaire de taxes et de tributs extraordinaires qui d'habitude signalent ce genre d'événements, est, au contraire, précédée de dégrèvements, de remises d'impôts, d'augmentation dans les distributions de blé et de vivres faites aux indigents des gran des vil les. La sévérité du législateur ne se réveille qu'un instant pour contenir les excès scandaleux du luxe des comédiennes, mais elle s'adoucit l'instant d'après en faveur des juifs, pour protéger, même contre la ferveur des chrétiens, les derniers asi les qui restaient au culte des compatriotes du Christ 3. Mais nulle part le chrétien ne parle d'un ton plus pénétré que dans la loi du 9 août de cette année, par laquelle toutes les offenses dirigées contre le souverain sont déclarées d'avance exemptes de peines et une sorte d'invitation est adressée à tous les magistrats de lui faire connaître le mal qu'on dit de lui, pour qu'il juge si ces reproches méritent quel que attention. « Si quelqu'un, dit la loi, ne connaissant pas la mo destie et oubliant la pudeur, a cru pouvoir attaquer notre nom par des paro les malicieuses et vives, et que dans un esprit de turbulence et d'ambition, il décrie notre règne, nous ne voulons point qu'un tel homme soit soumis à la peine ordinaire des lois ni qu'on lui fasse subir rien de dur ni de rigoureux : car s'il a parlé par légèreté, il faut le dédaigner ; si c'est par égarement, il est à plaindre : si c'est par malice, nous lui pardonnons. Nous ordonnons donc qu'avant d'entamer auc une recherche, il en soit fait un rapport à notre sagesse, afin que nous jugions de la valeur des paro les d'après les personnes, et décidions s'il faut poursuivre ou laisser passer 4. » Le contraste vaut la peine d'être relevé entre les occupations de Flavien et cel les de Théodose.
A la fin du printemps de 394, tout étant prêt, aucun motif ni prétexte à de nouve aux retards ne pouvant être mis en avant, Théodose dut quitter sa capitale. Avant son départ il conféra à son second fils Honorius, âgé de dix ans, la dignité d'Auguste, cérémonie dont le poète Claudien a composé un long récit encore plus ridicule que mensonger. La fête se termina par la consécration d'une statue équestre colossale de Théodose, coulée en argent et posée sur une colonne dont le fût portait des bas-reliefs rappelant les principa les victoires du règne. Vers les premiers jours du mois de mai les troupes s'ébranlèrent. Théodose savait qu'Arbogast n'était pas un ennemi méprisable ; il confia le commandement des troupes romaines à Timase et à Stilicon, les auxiliaires barbares obéissaient au goth Gainas et à l'arménien Bacure. Théodose sortit de sa capitale par le faubourg de l'Hebdomon, arriva le 15 juin à Andrinople et y fit séjour. De là, il traversa la Moesie et la Dacie inférieure et marcha avec rapidité et secret vers les Alpes. Son entourage n'était pas sans inquiétude sur l'issue de cette expédition, Théodose pour remonter les courages adressa la parole à ses génér aux : « Nous ne pouvons, disait-il, faire l'injure à la croix de Dieu de la considérer comme impuissante. C'est à l'image d'Hercule que nous ne saurions accorder une force qui soit à craindre. Eh bien ! notre armée marche sous la protection de la croix ; que l'ennemi mette sa garantie dans l'image d'Hercule 5. » Eugène axait, en effet, fait peindre sur ses étendards l'Hercule invincible. Flavien se rendit au camp de l'usurpateur afin de diriger avec sa compétence reconnue les opérations du culte. Les passages des Alpes furent placés par des cérémonies solennel les sous la protection de Jupiter. Sur les points les plus menacés, on plaça non des postes ou des corps de garde mais des statues figurant Jupiter le bras levé, armé de foudres. Les chrétiens ne pouvaient réprimer un sourire et saint Augustin s'en soux-iendra en parlant quel que part des Jovis simulacra nescio quitus rilibus velut consecrata et in Alpibus consliluta 6. Tillemont, s'appuyant sur le témoignage de Rufin d'Aquilée, montre que cette pose de statuessentinel les fut la trouvaille de Flavien Nicoma que ', le carmen le laisse entendre aussi dans son xers final ainsi conçu pour résumer toute l'entreprise de Flavien :
De Jove qui Latio voluit sperare salutem.
C'était en effet, à Jupiter latialis, à qui était dédié sur le mont Albain le sanctuaire de la confédération latine, que le préfet du prétoire conlïait la garde <les Alpes.
Les passages étaient bien fortifiés, mais dégarnis d'hommes ou mal défendus : Les foudres dorés n'arrêtèrent pas l'armée de Théodosc, ils provoquèrent plutôt la cupidité et attirèrent les plaisanteries de Théodose : Victor Theodusius Jovis simulacra... in Alpibus conslituta deposuit ; eorum que fulmina, quod aurea /uissent, jocanlibus (quud Ma laelitia permitlebat) cursoribus, et se ab eis julminari velle dicenlibus, hilariler benigne que donaoit '. Eugène s'était rendu à Aquilée pour suivre, à bonne distance, les opérations ; il vit avec épouvante ses troupes fugitives revenir en désordre, apportant la nouvelle de la disparition ou de la mort de l-'lavien. Ru fin d' Aquilée écrit à ce propos : Ubi verse religionis frétas auxilio Theodosius Alpium fau ces cœpit urgere, primi Mi quibus nequicquam lilatasunl tut rictimte, de fallaciiE conscientia, trepidi, daemones in fugam versi : post etiam magistri horum et doclores errorum, prœcipue Flavianus plus i>udoris quam srelrris reus, cum poluisset evadere eruditus admudum rir, mereri se mortem pro errore justius quam pro crimine judicavit -. Baronius et Godefroy ayant confondu ITavien le je une avec Nicoma que l-'lavien ont eerit qu'il avait bénéficié du pardon de Théodose3. Cette erreur est insoutenable depuis la découverte de la grande inscription dédiée à Nicoma que, sous sa statue, au forum de Trajan.
On ne peut souhaiter rien de plus clair : Théodose aurait, est-il dit, déploré la mort du grand chef de la réaction païenne, l'ayant en vive estime, il desirait conserver ses talents au service de l'État. L'auteur du carmen dit quel que chose dans ce genre :
Dicite prœ/ectus vester quid prajiul l'rbi. Quem Jouis ad solium raptum traclalus abisset Cum pcena(s) scelerum tracta vix morte rependat ?
• L'opinion fut vivement frappée de ce premier désastre. Ainsi ces forteresses que Jupiter protégeait de son bras arme de la foudre cédaient au premier effort, et le magistrat qui avait obtenu le rétablissement d'un autel pour la Victoire ne réussissait pas à la fixer, même un jour, sous ses drape aux 4. » L'armée de Théodose descendait dans la plaine du Pô, confiante mais pas encore victorieuse. Le gros des troupes d'Eugène, sous le commandement d'Arbogast couvrait, a plusieurs lieues en avant d' Aquilée, de la Vénétie. Arbogast avait pour lui le nombre et son armée, fortement concentrée sur un point uni que, imposait à Théodose l'obligation d'une bataille. Le 5 septembre 394, les avant-postes en vinrent aux mains près d'une petite bourgade nommée, sans ■doute à cause d'un ruisseau descendant des montagnes Flumen Frigidum*. Un corps de Goths commandé par Gainas fut engagé d'abord et se laissa mettre en déroute. Théodose se porta vers les fuyards, les rallia, les harangua. Seigneur, disait il, vous savez •que je n'ai entrepris cette guerre que pour le nom de Notre Fils et pour ne pas laisser le crime impuni, si J'ai eu raison de compter sur votre secours, étendez votre main sur vos serviteurs, afin que les païens ne disent pus de nous : <>u est leur Dieu ? • On se reforma tant bien que mal, celte fois, l'. :nure conduisit la troupe, paya de sa personne, enfonça quelques formations de l'armée d'Eugène, mais il fut tué, La nuit sépara les armées après une terrible effusion de sang et sans résultat décisif. Dans le camp païen tout était à la confiance. Les augures continuaient à prédire la victoire avec si belle assurance qu'Eugène n'en pouvait douter ; sa préoccupation était dès lors de savoir ce qu'il ferait de Théodose devenu son prisonnier.
Dans le camp de Théodose la confiance était ébranlée. On savait que les légions d'Arbogast occupaient non seulement la plaine, mais, à l'exception du passage par lequel l'armée avait débouché, tous les autres défi les sur la droite et sur la gauche. Au premier échec, il lui devenait facile de se donner la main et de fermer toute voie de retraite. A la nuit un conseil de guerre opina pour un recul qui assurerait à l'armée le maintien de ses communications et l'arrivée des renforts. Théodose, assez porté à la guerre aux opérations prudentes, repoussa cette proposition. « Vous avez vu. dit-il, sur les drape aux ennemis l'image d'Hercule ; la croix ne reculera pas, même un jour, devant elle. • Et il ordonna pour le lendemain une nouvelle atta que. Ensuite il se rendit de sa personne dans une petite chapelle située non loin de son camp et se mit en prières ; on le vit fondre en larmes. Après avoir prié longtemps, il s'assoupit, mais l'imagination pleine des pensées d'une situation si grave, il crut voir des chev aux blancs montés par deux cavaliers blancs qui lui parlaient. Ils étaient, disaient-ils, Jean l'évangéliste et l'apôtre Philippe qui lui promirent de le secourir le lendemain. En regagnant sa tente, au point du jour, il rencontra des soldats, s'entretint avec eux. Un de ces soldats avait aussi rêvé de cavaliers blancs. Cette coïncidence parut merveilleuse : « Vous voyez, disait Théodose à son entourage, si c'était moi seul à qui Dieu se fut ainsi montre, on dirait que je l'invente pour vous envoyer vous battre, mais c'est pour vous, non pour moi, que Dieu a parlé à ce soldat. » Il se signa et donna l'ordre de s'ébranler. Toute l'armée s'avançait, descendant les pentes de la montagne et à mesure qu'on gagnait la plaine la vue s'étendait et laissait voir les hauteurs occupées par l'ennemi. Situation inquiétante, beaucoup se croyaient déjà coupés de l'uni que voie de retraite et perdus sans espoir. Parfois, Théodosc niellait pied à terre, s'agenouillait et repartait. Un incident survint. De l'une des hauteurs occupées par l'ennemi quelques officiers accoururent demandant a parler à l'empereur. Théodose les écouta, écrivit quelques mots de réponse qu'ils emportèrent sur-le-champ. C'était, on ne tarda pas à le savoir, le comte Arbitrion, chargé par Arbogast du commandement des détachés sur la montagne qui sollicitait son pardon et offrait sa soumission.
Cependant les chemins ne permettaient aux troupes qu'une marche fort lente qui donnait a l'ennemi tout le temps nécessaire pour se concentrer sur les points mena ces. Théodose, bouillant d'impatl mit pied à terre et l'epee a la main : Maintenant. ilil il, on va voir le 1 lieu de Thi tête de la première cohorte dans la direction d'un petit tertre d'un Eugène comptait assister aux péripéties de la bataille. Voyanl dans la résolution de l'empereur un coup de désespoir, il cria : • n est perdu et il veut mourir en bra\e. Je ne \ eux pas qu'il ait cette gloire ; qu'on nie l'amène pieds et poings liés *. i Théodose avançait maintenant en pleine mêlée au milieu d'un tourbillon de poussière qui, soulevée
FLAVIEN (NICOMAQUE)
par un vent violent, gênait fort l'armée d'Arbogast, tourbillon que Zosime a transformé en une éclipse complète. Ce fut, en peu d'instant, la pani que, la débandade. Tous ceux qui ne fuyaient pas tombaient à genoux, suppliaient, demandaient grâce. Eugène, peu au courant des choses militaires demeurait perché sur l'éminence, composant son attitude pour l'instant où on lui amènerait Théodose. Il vit accourir des soldats et leur cria : « Eh bienl vous le tenez. Est-il bien enchaîné ? » Sans lui répondre, on se jeta sur lui, on le ligota et on l'entraîna. Peu d'instants après il se vit en présence de Théodose. « Vous voilà, dit l'empereur, Hercule vous a donc laissé prendre ! Invoquez-le maintenant et qu'il vous secoure. » Eugène tomba à genoux et s'apprêta à supplier suivant toutes les règ les de l'éloquence, un soldat passa derrière lui et, d'un coup de sabre, fit sauter sa tête. Arbogast avait pris la fuite vers les montagnes. On retrouva quelques jours plus tard son cadavre : il s'était tué de sa propre main.
Ainsi s'accomplit en quelques heures l'événement qui décida de la destinée religieuse de l'Italie et de Rome. Dans cette ville, on ne connut la nouvelle de la bataille qu'avec un assez long retard. Une épitaphe trouvée en 1864 au cimetière de PrisciUe nous montre que le 17 septembre on ne savait pas encore les résultats de la bataille livrée le 6 ; et on mentionnait encore le consulat illégitime de Nicoma que Flavien • :
LEONTIVS N EOFIT VS-QVAN XXXIIIDP-XV-K AL
OCTOBNICO MACHO • FLABIANO -CONSS-
Urani(a)c Aurélia* Domnae mort(ua)e Leontius neofitus : quœ vixit annos XXXIII deposita XF kal. octobres. Nicomacho Flabiano consule. La lettre s doublée au mot conss est une inadvertance ; d'ailleurs Flavien n'était pas consul légitime.
Le soir de la bataille, Théodose écrivit à l'évê que Ambroise, qu'il croyait fugitif, mais qui venait de rentrer dans son église de Milan, lui annonçant la victoire. Ambroise, à cette nouvelle, déborda. « Vous me croyiez parti, répondit-il, mais j'avais plus de confiance dans votre courage et dans votre mérite. Je n'ai ja mais douté que le secours céleste ne répondit à votre piété et ne vous aidât à délivrer l'empire romain des mains de ce barbare. Je suis donc revenu en hâte dès que je n'ai plus eu chance de rencontrer celui que je voulais éviter, car je n'avais ja mais eu dessein d'abandonner l'Église que Dieu m'a confiée, mais seulement de fuir le contact d'un sacrilège. Je suis ici depuis la fin du mois d'août... Vous voulez donc que je rende grâ ces à Dieu de votre victoire, et bien volontiers je vais le faire. Une hostie offerte en votre nom est sûre de plaire à Dieu... D'autres empereurs commandent des arcs de triomphe : vous demande/, vous, que des sacrifi ces et une action de grâ ces soient offerts à Dieu par la main de ses prêtres. Bien qu'indigne d'être l'interprète de tels voeux, je vous dirai pourtant ce que j'ai fait. J'ai porté votre lettre à l'autel et je l'y ai déposée ; je l'ai tenue en main en offrant le saint sacrifice, pour que ce fût votre foi qui parlât par ma bouche et que le rescrit impérial lui-même me tînt lieu d'offrande -. » Répondant plus particulièrement à la question que lui posait Théodose, Ambroise lui conseillait de témoigner à Dieu sa gratitude par un déploiement de clémence inusité à l'égard des vaincus. Le conseil fut suivi à la lettre. Théodose prit le chemin de Rome où il fut acclamé avec le même bruyant enthousiasme qui eût accueilli Eugène rentrant victorieux. On ne connaît qu'un seul détail de cette entrée. Théodose réunit le Sénat, l'exhorta à adopter unanimement la religion chrétienne et l'assemblée ne crut pouvoir mieux faire que d'acclamer le christianisme comme religion de l'État ; une minorité opiniâtre refusa son vote. Le poète Prudence contemporain des événements a composé un morceau poéti que probablement inspiré par le discours de l'empereur : « Tout ce qu'embrasse le monde, ô Rome, t'est soumis ; c'est Dieu qui l'a voulu, qui t'a établie la souveraine et dominatrice du globe terrestre, et qui t'a fait fouler aux pieds tous les êtres mortels. Il messied à ta dignité d'abaisser tes regards à la contemplation d'une terre cadu que et à placer la majesté dans des objets humb les et inférieurs à toi. Je ne souffrirai pas que sous ma conduite tu t'attaches à d'antiques folies, que tu adores ces dieux monstrueux et vermoulus... Tu as instruit tous les peup les et tu leur as donné dès lois et tu te mettrais au niveau des barbares par le culte avilissant des f aux dieux. Reconnais sur mes armes le signe glorieux de la croix qui jadis aussi a valu à Constantin la victoire. Soumets-toi â la puissance de Dieu qu s'est manifestée ; abandonne toutes les superstitions ridicu les et les puérilités du service des dieux ; laisse enfin vi des ces sanctuaires indignes du grand renom de l'Empire '. » Et Prudence continue à célébrer avec enthousiasme la rénovation de Rome : « Dans sa vieillesse, dit-il, Rome apprend à rougir de son passé, elle a honte des sièc les écoulés, elle déteste les années qu'elle a vécues dans les souillures de la superstition. Le souvenir du sang innocent des martyrs répandu dans toute la campagne qui avoisine ses murail les, la vue des milliers de tombe aux qui l'entourent augmentent ses regrets et sa douleur de ce sinistre jugement... On embrasse la foi du Christ avec toute la ferveur de l'amour. » Non, le. triomphe de Marius après sa victoire sur Jugurtha n'a rien de comparable à celui de Théodose 1 Celui-ci a conduit la ville sur le chemin de la domination sans fin, une domination qui ne verra ja mais vieillir mais rajeunir sans cesse les for ces de Rome :
Tune primum senio docilis sua secula Roma Erubuit. Pudel exacti jam temporis, odit Prœterilos fœdis cum relligionibus annos. Mox ubi continuos fossis muralibus agros Sanguine justorum innocuo maduisse recor dans Im>idiosa videi lumulorum milia circum Tristis judicii mage psenitel...
Jetez un coup d'œil dans la salle du sénat, poursuit-il. Il n'y reste plus que bien peu de parti sans des ténèbres de ces jours où le soleil de la foi est déjà haut dans le ciell Regardez le peuple I Combien sont rares ceux qui ne se détournent pas avec horreur de l'autel souillé de Jupiterl Cette victoire complète ne fut pas suivie de vengean ces politiques. Théodose était disposé à accorder le pardon et une amnistie générale. Les témoignages sont unanimes pour l'affirmer. Un secrétaire d'État fut envoyé du camp de Théodose à Milan pour porter l'acte d'amnistie. Ce fut dans l'église qu'on dut le lire, car c'était là que, par instinct, tous ceux qui se sentaient menacés s'étaient d'avance réfugiés. De ce nombre étaient les enfants d'Eugène et ceux d'Arbogast. Théodose ordonna de les baptiser, leur conserva tous leurs biens et leur promit sa protection. Cette clémence surprit et toucha. Claudien, encore païen, disait à ce propos : « Prince clément, qui met lin a la haine le même jour qu'aux combats et dont on est heureux d'être le prisornier :
Odiis idem qui terminus armis :
I'rojuit, hoc vincente, cupi.
Théodose avait réuni entre les mains tic Fabius Pasiphilus les doub les pouvoirs de préfet provisoire du prétoire et de préfet de la ville : agens vicem prœlectorum prœtorio et urbi. Ce magistrat fit procéder au déboulonnement de la statue de Nicoma que I lavien et à l'abolition des monuments publics relatant l'usurpation d'Eugène. Sur les inscriptions élevées ù Pouzzo les par le consulaire qui gouvernail la I ampanie au nom de l'usurpateur, on changea les noms, on substitua ceux de Théodose, d'Arcadius et d'Honorius, comme on le voit sur un fragment opistographe conserve au musée de Nap les, provenant de Pouzzo les et dont la restitution est possible grâce au premier texte qu'on ne prit pas soin de détruire ' :
1° WEXANDRIANAM Bosilicam sordenli ruina /OEDATAM SALVIS D d d n Theudosio e/ARCADIO ET Eugenio invictissimis princip IBVS semper Auguslis drinc •, faite en 393 à l'épo que où Eugène se disait aeeeple comme collègue pour l'Occident par Théo 2« Pro bealiludine (emporum dild. nnn. Theodosi Arcadi et Honori perennium Auggg. frASILlmm Alexandrianam « DGRATIAM SPlendoremq. ci ». Puieola inst RVCTAM EXOrnulum que DEDICAVIT FAVK/s Pasiphilus v. c. agens vieem prêt F PRAETET urbi.
On retourna le marbre et on grava, par ordre de Pasiphilus, une inscription nouvelle d'où le souvenir d'Eugène avait disparu.
Un autre témoin épigraphi que de ces événements m été retrouvé et nous y avons déjà fait allusion. La statue de Flavien Nicoma que déboulonnée en 391 fut probablement rendue au fils du préfet qui attendit des temps meilleurs, lesquels ne tardèrent pas. En 431, la statue du célèbre préfet du prétoire fut rétablie par les petits-fils de Théodose sur le forum de Trajan ; c'est la qu'on en a exhume le socle, en 1849, devant la basili que Ulpienne. On y lit le texte d'une lettre adressée au Sénat par YalentinienlII et Théodose II à l'occasion du rétablissement du monument réclamé par un parti. Ils y témoignent que Théodose avait déjà exprimé aux sénateurs sisregrets de la brus que disparition du préfet.
Cette inscription commémore la restauration d'une basili que, par ailleurs inconnue, appelée • AlexanMco.MACiio. Flaviano cons. siciL. vi car a Fric. Q\^vesT. av LaE DIVI THEODOSI PRAEF PRAET . IT.\L . ET aI'RIC ITERVM VIRTVTIS AVCTORITATISQ SENATORIAE ET IVDICIARIAE ERGO REDDITA IN HONOREM FLUI NICOMAGHI FLAVIANI CONS . CAMP 5 frocons as1ae praef vluil sabpivs nvnc praef praet j0^~ . iLLYrici et . aFricae. Imperatores caess . FL theodosivs i.i il pLacidvs vaLentinianvs SEMPER AVGG. SENATVI SVO SALVTEM CLARORVM ADQ. InI.VSTRIVM IN REP.V1R0RVM ADVERSVM CASVS C0NDIC30NIS lu hvmanai : ALIQVATENVS adserere HONOREM eT hemoriam videTvr qvae PRAeIvdic. m... mv.mq... MENTVM exsisTlmatvr TVTIONEM PU. M.... INIS IN eT SANCTLSSIMAE AP\T OMNES lu coït 15 DATIONIS FLAVIANI SENIO.. S ADIMVS IJIV1 AVI NOSTBJ VENERATION] M 1 SS] SI EVM QUEH V1VKHE Noms SERVARIQ VUUIS IJVAE VERBA EIVS APUT VOS FUISSE PLERly. MLMINISTLS OPTAVLT SIC IN MONVMENTA VIHÎVTVM SVAKVM TITVL.OSO. REVO CI.MVs Vf QVIDQVID IN CAECA INSIM : CONMISSVM ESI PROCVL AU EIVS principis voTo Fuisse ivdicetis cvrvs in evm eFFusa eT vsq. ad an 20 naI.IVM QVOS CONSECRAR] Sllil A QVABSTORS I.T PRAEFECTO SVO Vol.vi'l' provecTa l .M .itavit I.IVollI.M INPROBORVM NVNC si APUT Vos ABUNDE CAVSAS ADSTRVXIMVS ACCII'ITI. Al.ivn QVOD DE VESTRIS IN SENSIB eT I'HOVISCIAS OMNIVM IVDICTIS MVNIAMVD QVIB. PER lI.I.VM ADHDC REI.P bona vil. adservaTa veL btiam avctA TanTvm eT APVT nos reverenttae conTvle 25 RVNT vT QVOD UODIE KACIMVS IN PECTORIS. ET SENSIB. VESTRIS ABSQ. InTi HPELL-A TLONE vl.l.A MEDIAE OBLRVIONIS Fvisse NOVERIMVS EX QVO QVIDLM IPSO non min... MEMORIAL OIAM Noms PC SVI'IIA OMNIA PRAESTLTLSTIS VT NON IN MElllT. VESTRAB ORATIAS AOAMVS N1I..MI) BROA RESTLTVTLONEM HONORIS EIVS miMoni Ti oiam SPOnTe I-'ecisse VIDEAMVR cvm alioqvj ipse i.ïïam DE INSTLTV Nicomacho Flaviano cons(ulari) Sicil(iœ), vi car- <io) Afric(œ), quaeslfori) aulœ divi Theodosi, prœf(ecto) prs-l/orio) Ital(iœ) Illyr(ici) et Afric(ss) iterum. virtutis aucloritatisq(ite) senatoriœ et judiciariœ ergo reddita in honorent fdii Nicomachi Flaviani cons(ularis) Camp(aniœ), procons(ulis) Asiœ, praet(ecti) urbi sœpius, ruine praef(ecti) prset(orio) Ilaliœ, Illyrici et Africse.
Jmperatores Caes(ares) Fl(avius) Theodositis cl Fl'(avius) Placidus Valcntinianus semper Aug(usli) senatui suo salutem.
Clarorum adq(ue) inlustrium in rep(ublica) virorum adversum casus condicionis humanse interpolalum aliqtiatenus adserere honorent et memoriam dejnncli in liicem [anliquaml \ revocare emendalio quœdam eius sortis videtar, quœ prœjudic{iu\m [sum]mumq- (ae) [detri] mentumf ?) virtulum exsistimatur, bono nobiscum, p(atres) c(onscripti), [fausto que] omine intcllcgitis profecto quidquid in restilulionem [honoris ? ou primilivam ? nom]inis inlustris et sanctissimœ apul omnes recordalionis Flaviani senio[ri]s adimus, divi avi nostri venerationem esse, si cum, quem vivere nobis servariq (ue) vobis — quœ verba ejus aptit vos fuisse pleriq(ue) meministis — optavit, sic in monumenta virlutum suarum tilulosq(ue) revocemus ut, quidquid in islum cœca insimulalione commissum est procul ab ejus principis voto fuisse judicetis ; cujus in eum effusa benivoientia et usq(ue) ad annalitwt. quos consecrari sibi a quœstore et prœfecto suo voluit, provecta excitavil livorem inproborum, nunc si apul vos abunde causas piœtalis adslruximus, accipile aliud, quod de vestris in illum sensib(us) et provinciar(um) omnium judiciis muniamur, quib- (usj per illum locuplelioris adhuc rei p(ublicse) bona vel adservata vel etiam aucta tantum et aput nos reverentire contulerunt ut, quod hodie facimus, in pectoribfiis) et sensib(us) vestris absqfue) inlerpellatione ulla médis : oblivionis fuisse noverimus ex quo quidem ipso non min [us ] memoriœ illius quam nobis, p(alres) c(onscripti), supra omnia prœstitistis, ut non inmerito palientiœ vestrœ gratins agamus, ne quid erga restilulionem honoris ejus admonili potius quam sponle fecisse videamur, cum alio que ipse etiam de institutione illius probatus sœpe nobis parentibus que nostris Flaviani fili[us\ honor semiplenus etiam sub prxfecturse prœlorianœ apice quem provide [ntia ] et induslria sua coltidie augel, delalus exsislimetur, nisi inleger tandem et abs[q(ue) ullo re]ligiosi numeris debito tolius domus ejus senatoris ejus memoriam et dignilatem probate, cujus consort[io]clariores fuislis et in postcris ejus eadem apul nos revercnlia vigelis.
Appius Nicomachus Dexlcr vfir) e(larissinus) ex prieffccto) urb(i) avo optim[o] statuendam curavi.
Sur la face droite : [dedicata]... Sept (em)b. [Basseet Antioc] ho v(iris) c(larissimis) cons(ulibus).
On le voit par cette inscription, il s'éleva, au lendemain de la lin misérable de Flavien une vive indignation contre lui, facilement explicable par la faveur dont il avait joui auprès de Théodose et l'usage immodéré qu'il en avait fait. C'étaient, en effet, beaucoup plus son administration que sa politi que reli- ;e qui avait soulevé les haines contre lui. Symma que fait allusion dans ses lettres à l'envie qu'on portait à Flavien parmi ses collègues du Sénat ', I dans celle qu'il adresse Nicomachi /iliis, il dit clairement que la plèbe romaine fut soulevée contre la mémoire de leur père paucorum studiis et coiicgarum nolissimo pervicaci livorc '-. De ses exhibitions religieuses on ne lui tenait pas Irop ranc une, mais bien d'avoir mal administré les vivres et l'auteur du carmen adversus Flavianum écrit de son côté : Nonfne) ipse est vinum patriœ qui prodidit olim Anliquas que domos, turres ac tecta priorum Subvertens urbi vellel cum inferre ruinam...
Mais si Théodose, Ambroise, Rufin croyaient avoir manifesté de l'indulgence au vaincu, l'auteur du carmen savait bien que l'occasion ne devait pas être perdue de s'acharner sur le paganisme et ses dieux, les véritab les vaincus :
Quid tibi (Sylv)anus custos, quid pronuba mater Sattirnus que senex potuit preslare sacrato ?
Quid tibi Nepluni promisil fuscina, démens ?
Reddere quas potuit sortes Tritonia virgo ?
Die mihi Sarapidis templum cur nocte pelebas ?
Quid tibi Mercurius fallax promisil eunti ?
Quid prodest coluisse Lares Janum que bifronlem ?
Quid tibi Terra parens, mater formosa Deorum, Quid tibi sacrato plaçait latrator Anubis ?
Quid miseranda Ceres, (quid rapla JProserpina malri ?
Quid tibi Vulcanus claudus, pede debilis uno ?
Quis le plangentem non risit calvus ad aras Sislrifcram Fariam supplex cum forte rogares ?
Artibus seu magicis procerum dum quœris honores, Sic miserande ja ces parvo donalus sepulcro Omnia quœ in lemplis posilus toi monstra colebas ( lmplorabat conjunx, manibus que) allaria supplex Dum cumulai donis, vota que in limine lempli Solvere diis deabus que parât superis que minalur Carminibus magicis cupiens Aceronta movere, Prsecipitem inferias miserum sub tarlara misit Desine post ydropen talem deflere maritum De Jove qui Latio voluit sperare salutem.
Flavien était sexagénaire et n'avait pas renoncé à certaines distractions légères qui étaient connues du public :
Vivere cum speras viginli mundus in annos Abieras censor meliorum cedere vitam, Hinc tua conftsus possel quod fama lalcrc Cum canibus Mega les semper circumdatus esses Quem lasciva chorum meretrix comilaret ovanlem Sexaginla senex annis duravit epheebus Saturni cultor Hellenœ semper amieus enfin ce trait final : Sacrato liceal nulli servare pudorem.
H. Leclercq.
FLAVIENS-AURÉLIENS. — I. La région. II. Les nive aux. III. Cubicu les A. et B. IV. Cubicule P. V. Cubicule C. VI. Cubicule R. VII. Cubicule L. VIII. Cubicule E.
Voir : Clément (FI.) ; Domitille (Cimel. de).
I. La région. — La région, appelée des FlaviensAuréliens, du cimetière de Domitille se composait de deux parties ; une, qui est conservée dans l'état primitif et se compose des galeries qui s'étendent à gauche de la basili que de Sainte-Pétronille, l'autre, contigué à cette basili que, mais transformée par suite de la construction de la basili que sur la tombe des martyrs Nérée et Achillée. Il en résulte une réelle difficulté pour faire connaître le rapport qui existait entre ces deux parties, et peut-être, à l'origine, ni l'une ni l'autre n'avaient une entrée particulière. L'entrée de la partie qui a été transformée et boulebasili que reçut une autre entrée. L'entrée de cette partie du souterrain, qui a conservé son type primitif, est désigné K-G sur le plan (flg. 4479) ; cet escalier a été obstrué et muré après la construction de la basili que.
L'escalier dont ii reste des tra ces derrière l'abside Légende A, B, cubicu les ;
C, cubïcute de date plus tardive ;
D, cul-de-sac muré de tous côtés ;
B, cubicule primitif ; £', cubicule moins ancien ;
F, cubicule ;
G, K, entrée de la catacombe ; H, cubicule ; L, cubicule primitif ; M, tombe des martyre ; O, mur fermant le coiridor ; R, cubicule ; T, escalier ; T », ambulacre ; a, b, galerie finissant soin la basili que ; c. galerie ; d, galerie transversale ; gré » ; ■/■> g, A, h\ h« , I, m, m », mî, n, o, <r, y, galert&j. teneur de cette entrée , Ce monument est certainement d'origine funéraire, et il n'est pas contestable (jue la sépulture était réputée locus religiosus. On en possède d'autres exemp les, notamment l'épitaphe de Q. Batonius Telesphorus, qui commence précisément par ces mots . Ce qui montre clairement que Cimetière de domitjlle ■É*tB Mûriantiques '-—. — J Plan du cimetière M79. Plan du cimetière do Domltille, région des Flaviens. D'après Marucchi, Borna soUerranta, t... de la basili que fui probablement l'entrée principale groupe de petits hypogées formant rai J. B. D( Rossl l avait supposé lorsqu'il rencontra sur ce point ppe portant une Inscription mentionnant un acer et qu'U conjectura avoir été placé.. l'in avons ici une borne indicatrice remplissant la fonction que remplissent nos pote aux Indical c'est que cette Hformule se trouve deux faces de la pierre qui était évidemment placée clans un angle (fig. -4480).
A gauche de la basili que nous avons déjà mentionné l'escalier G-K, il en existait un autre, l'escalier T qui fut coupé par la construction de la basili que. La galerie 0-6 finissait également sous la basili que, et on y a retrouvé un loculus encore fermé avec une pla que de marbre portant cette inscription en caractères assez réguliers et anciens :
Cette galerie se prolonge en ligne droite sur une longueur de 14 mètres environ et finit en cul-de-sac ; elle présente sur sa gauche un petit cubicule R. Cette galerie, à son début, tourne à droite et forme un corridor c, et, après avoir monté huit degrés, débouche sur une autre voie transversale d ; ici on descend huit degrés. En e on rencontre encore des degrés à monter et à descendre et on voit un mur 0 qui boucha un corridor lorsqu'on construisit la basili que.
Il est facile de suivre sur le plan le reste de ces corridors et des hypogées de cette région.
Ce qui fait l'intérêt et l'importance de cette région ce ne sont pas les tombes saintes, ni les fresques, mais un grand nombre de monuments épigraphiques. Le plus remarquable de tous par son antiquité a été trouvé dans la galerie d et appartient sans aucun doute à une tombe de cette galerie, bien qu'il en soit détaché. C'est une longue dalle sur laquelle sont figurées deux ancres disposées inversement l'une de l'autre. Sur la haste de ces deux ancres formant une double ligne tracée régulièrement, on lit le nom de la défunte en lettres passées à la couleur rouge et largement éloignées les unes des autres de cette manière (fig. 3853, t. iv. col. 1435) :
D A E (c) I M M (1 a)
Le symbole de l'ancre, l'emploi d'un seul nom et la paléographie concourent à indiquer l'ancienneté du monument. deux anne aux de fer ou de bronze dont on voit l'emplacement et la soudure.
C'est un indice que cette dalle a servi à une sépulture a mensa, plutôt qu'à un simple loculus, quoi que ses dimensions s'accordent assez avec cel les des loculi primitifs pour lesquels on taillait largement et non avec la parcimonie qui devint la règle plus tard. Les caractères sont superbes et le lapicide qui les a tracés ou bien l'officine qui se chargeait de ce type d'in-, scription est représenté par d'autres exemplaires. J.-B. De Rossi lui comparait une inscription du cimetière de Prétextât consacrée au souvenir d'Uranie. fille d'Hérode qui pourrait être le célèbre Hérode Atticus, maître de Marc-Aurèle, ce qui nous reporterait dans la première moitié du second siècle -. C'est bien aussi au second siècle que Rossi attribue l'épitaphe de FI. Sabinus et de sa sœur. Les Flavii Titiani étaient déjà connus et on pouvait entrevoir quel que lien de famille entre eux et les Flavii Augusti.
Il y a eu trois Flavii Titiani qui occupèrent la préfecture d'Egypte sous Hadrien, Marc-Aurèle et Caracalla, en 126, 1G6, 215 ou 216 3. On admet communément qu'ils étaient de la même famille ainsi que Flavia Titiana qui épousa l'empereur Pertinax * et fut fille de Flavius Sulpicianus, frère arvale en 183, ensuite consul et préfet de Rome 5. Le fait d'avoir occupé la préfecture d'Egypte montre l'origine équestre des Flavii Titiani ; d'ailleurs, un fragment épigraphi que de Lyon porte une dédicace à un procurator Augusti provinciarum Lugd. et Aquitaniese, personnage d'ordre équestre dont il faut, sans aucun doute, lire le nom T(ito) FL(avio) T. FIL. QviR(ina) TITIANO 6. Au IIe, les Flavii, Titiani s'élevèrent de l'ordre équestre à l'ordre sénatorial. Outre Flavius Sulpicianus qui fut consul et préfet de Rome, on rencontre un Titus Flavius Titianus légat de Marc-Aurèle et de Lucien Verus en Espagne, ensuite proconsul en Afri que. Huebner avait déjà jugé que ces Tili Flavii Titiani ipsis nominibus se cum Vespasiano aut parentela aul beneficin aliquo modo conjunctos fuisse lestanlur '. L'épitaphe du frère et de la sœur montre qu'il s'agit d'une véritable parenté, puis que le cognomen de Titiana ap partient en propre à la sœur d'un Flavius Sabinus ; et ce nom de Flavius Sabinus est spécial à la branche collatérale des Flavii Augusti de laquelle font partie les Flaviens chrétiens. Le cognomen Titiana porté par la sœur de Flavius Sabinus est certainement dérivé de la famille maternelle et mar que des liens d'affinité sans qu'on puisse autrement préciser, mais le nom de Titiana dérive certainement de Titus.
Une autre épitaphe fut trouvée dans une région du même cimetière assez éloignée de celle où nous nous trouvons ici ; c'est une galerie de la région dite d'Ampliatus (voir ce mot). L'épitaphe est tracée au revers d'une inscription consulaire de l'année 273 ; elle lui est donc postérieure et par conséquent fait mention d'un descendant éloigné de celui dont il est question ici. Cette épitaphe est ainsi conçue :
FLAVIO • SABINO • IN • PACE •
Il est permis de rapprocher de cette inscription grec que de PI. Sabinus et de Titiana une autre inscription grec que rencontrée par Marangoni, quel que part dans le cimetière de Domitille et aujour d'hui perdue. Ne se trouvait-elle pas dans la région qui nous occupe ? On pourrait à tout le moins le conjecturer puis que le défunt portait ce cognomen de Flavius et se trouvait être client ou aftranclii de la famille à laquelle appartenaient FI. Sabinus et Titlana ; en outre il portait le nom de Ptolémée ce qui reporte Mrs l'Egypte, où nous avons vu que les FI. Sabini qu'un nom, abrégé sous forme de monogramme dont le développement ne semble pas douteux ; il faut lire Flanilla, nom dérivé du gentilice Flavius, l 'ne colombe tenant un rameau dans son bec et un autre dans ses
1 181. — Inscription du cimetière de Domitille. D'après Marucchl, Roma sotterranca, t. i, p. 121, fig. 13.
AVRElius fou lia) plus loin, cet autre, qu'on peut rapprocher de ce l IS'2. - Épigraphie de Q. Domitius Peregrinus. D'après Marucchi, Roma sotteranea, t. i, p. 120, fig. 18.
sœur, il décidait qu'elles avaient été gravées sur la même pierre et que nous avions ici le père, la mère et leurs deux enfants. Cette façon sommaire de constituer l'état civil de gens morts depuis tant Des n'a pas été favorisée par l'événement, puisqu'on retrouve une pierre, non pas l'autre et que le lien de parenté n'est pas établi. Quant à J.-B. De Rossi il veut interpréter le sigle par prétor ; à sa fonction, il reconnaît FI. Ptoleméus pour un membre d'une famille sénatoriale et à son nom pour le fils de l'un des deux premiers Flavii tiani qui occupèrent la préfecture d'Égypte pendant la première moitié du IIIe '. Dans la galerie /, au point a (du plan) se voit encore à sa place primitive, fermant un loculus de petites dimensions une épitaphe qui ne contient que nous avons dit sur la beauté (voir ce mot) Même galerie • Casta fait (ce tombe. m) à son mari Beryllus.
Dans la galerie /, une Inscription offre un 11 particulier à raison des deux colonnes ou pilastres, décorés aux extrémités, avec leurs chapiteaux, et facilement reconnaissables malgré la grossièreté du travail. Il y a là, évidemment, une intention décorative qui cherche à rappeler l'apparence qu'offraient les tombes riches décorées de sculptures ou même de pièces d'architecture. Quant à l'épitaphe elle est des plus concises ; ce sont deux lettres, suivies d'une feuille de lierre qui n'a d'autre valeur qu'un signe de ponctuation et une colombe tenant un rameau (fig. 4481) :
AY £5
Ce qu'il faut développer ainsi : Aurelius ou Aurélia m pace.
C'est la présence de ces épitaphes, mentionnant des Aurelii qui a fait donner à ce centre catacombal le nom de région des Flavii-Aurelii.
Dans cette même galerie g on trouve des épitaphes en troisième ligne le mot COIVGI afin, sans doute, de réparer l'oubli du lapicide dont on se sera aperçu lors que la pierre était déjà en place et qu'il eut été dangereux d'entailler des lettres.
Toujours dans cette même galerie g, près de l'angle et dans le voisinage de Flavilla on voit encore cette épitaphe qui parait ancienne (fig. 3854, 1. 1 v. col. 3854) :
A G APE
TE IN PACE
au-dessous, une ancre et un volatile au sujet duquel il est permis d'hésiter, est-ce une colombe ou un paon ? Dans la galerie /, près du cubicule H, en belles lettres antiques :
Même galerie : épitaphe de Quintus Domitius Peregrinus (fig. 4482).
Même galerie, près de l'escalier K-G, et demeurée en place, cette épitaphe : près dudit escalier et en place une inscription dont les caractères sont réguliers et de forme antique : en outre elle ne porte qu'un seul nom et le symbole de l'ancre qui compte parmi les plus anciens. Le gentilice Pulberius est rare (fig. 4483).
Sans sortir de cette même galerie on rencontre deux séries d'épitaphes, les unes en grec, les autres en latin :
1° KAHMCNTINA ; —.... TH ACIMNHCTGO ZOH.... à l'inoubliable Zoé ; ■ - ZAN0IAC 2« Donala, Alenodorus, Felieiane, Eucarisstus, FeMe in puce, Velerianus, Septimina in pace, Ermione, Petronia Concordia. Julia lïubieniu dulcis anima vîtes, l'aulina dulcis anima, et la suivante, qui porte la mention du jour de la mort :
IVLIA FELICITAS • ■ - V IDVS APRILES IN PACE
Dans cette même galerie /, près de l'angle, on voit à leur place primitive, lires du sol, sur une grande dalle un groupe de symboles : un arbre entre deux ancres. (Voir ces mots.) On a voulu rappeler ici l'espérance de l'entrée du défunt dans le paradis (fig. 4484).
Contre l'entrée du cubicule A-B, une pierre est demeurée en place, elle est intéressante par son symbolisme (fig. 1 185). Au centre un arbre sur lequel une colombe est perchée, au pied de cet arbre et de chaque côté une chèvre et une brebis, car il n'est pas vraisemblable qu'on ait voulu figurer le bouc auquel l'Évangile donne une destination qui l'écarte du paradis. Ce seraient donc deux défunts ligés ici par ces animaux du troupeau mystique et leur âme envolée déjà vers la félicité éternelle. Tout cela est assurément bien combiné, peut-être n'a-t-on pas voulu y mettre autre chose qu'un petit paysage dans le goût du temps et tel que pouvait l'exécuter un lapicide habitué aux
Enfin nous rencontrons quelques inscriptions d'une date certainement postérieure.
Dans la galerie g :
Dans le cubicule E, une inscription ornait l'arcosolium, mais elle a été pulvérisée et il n'est plus possible de lire le nom de la défunte PHTINA, à qui cette tombe fut préparée par son père.
Même cubicule :
Même cubicule :
•••VO VRBICA CONIVGI •••ET SIBI IN PACE
En fin, toujours dans le même cubicule, ce fragment :
MALLIO THEfoc/oro w/w)VLEM Ceci nous reporte à l'année 399, où le consul fut Flavius Mallius Theodorus.
D'après cela, il semblerait que le cubicule E n'aura été aménagé qu'à une époque déjà tardive du IVe.
I >ans le cubicule I : épitaphe d' Dans la galerie /, une inscription assez ancienne :
(èÇ)YNEPANT ! (elç 6)eON ZHC (une colombe tenant une grappe dans son bec). « O Exuperantius, vis en Dieu..Même galerie :
J0^~ HILARffiM ou ia) II. Les niveaux. — Lors des fouilles de 1874-1875. J.-B. De Rossi avait constaté que sur un point de cette région, précisément au cubicule double A-B, on se trouvait en présence de deux niveaux d'excavation. Les fouilles de 1910 et 1911 ont permis de constater qu'on se trouve en présence de trois niveaux d'excavations de plus en plus profondes ont eu pour objet de se procurer plus d'espace pour les tombes. On en peut induire que les cubicules les plus anciens sont ceux qui portent les dénominations E et L et qu'ils doivent être contemporains des galeries a, b, dirigées vers la tombe primitive des saints martyrs. A une date postérieure on creusa le cubicule C et la portion supérieure du cubicule A, et que finalement la partie inférieure de ce cubicule fut creusée en même temps que le cubicule B, à la même période appartiennent le cubicule F. Il faut maintenant examiner chaque cubicule en particulier et ses inscriptions afin d'essayer d'en déterminer l'époque.
III. Cubicules A-B. — Le cubicule double de Julia Agrippina est le plus important de la région qui nous occupe ; il est désigné sur le plan par les lettres A, B, et la partie antérieure du cubicule A se voit dans la fig. 4486. L'ouverture est prise dans le flanc de la galerie g qui fut percée à une date assez ancienne comme on peut le voir par les inscriptions qui ont été transcrites plus haut. Aussi bien la galerie g que le cubicule A ont été approfondis, la preuve matérielle en subsiste non seulement dans le fait de la hauteur anormale du souterrain que dans l'existence des deux portes d'entrée du cubicule A, l'une superposée à l'autre et la plus ancienne, bouchée avec de la maçonnerie, ainsi qu'on le voit sur la figure susdite. A l'origine la galerie g et le cubicule A se trouvaient avec le seuil de la porte supérieure aujour d'hui maçonnée, lors que toutes les parois furent creusées et remplies de tombes, on creusa en profondeur des niveaux, qui sont indiqués sur le plan par les chiffres 1. 2, : ;. Le niveau primitif ou, si l'on préfère, fondamental est celui représenté par les galeries a et b qui furent détruites lors de la construction de la basilique, galeries qui mettaient en communication la région des Flavii Aurelii avec la tombe primitive des martyrs placée au point M. où s'éleva l'abside. Le niveau 1 est le plus élevé : le niveau 2 est un peu inférieur, le 3 est le plus approfondi. Il est certain que deux niveaux ont été creusés afin de se ménager de nouvelles sépultures et on atteignit ainsi le niveau actuel, ce qui nécessita une nouvelle porte. Il n'en fut pas de même pour le cubicule B dont la voûte surbaissée correspond au second niveau de l'excavation.
Cet abaissement du niveau n'a pu être résolu et exécuté que lors que toutes les tombes furent remplies, ce qui a demandé un certain laps de temps, peut-être un demi-siècle. Heureusement les loculi du cubicule inférieur A et du cubicule B sont intacts il ont conservé leurs épitaphes ; au niveau supérieur quelques-unes se sont également conservées en place. Prenons d'abord celles du niveau inférieur du cubicule A. ensuite celles du cubicule B qui sont probablement un peu postérieures. Sur la paroi à gauche en entrant on voit encore en place un loculus fermé dont la pierre porte deux monogrammes. La tombe était bisome et les monogrammes semblent d'un déchiffrement assez facile i ii-. i i87).C'est d'abord, sans hésitation rvfina à gauche, tandis qu'à droite on peut lire avec moins
C'est encore probablement un affranchi ou l' fils d'affranchi d'un empereur que ce M. Aurelius Januarius qui nous ramène vers Marcus Aelius Aurelius Verus ou vers Marc-Aurèle. Sur ces deux épitaphes comme sur celle de FI. Sabinus et de Titiana, la ponctuation est en forme de hœdera à longue tige, qui ressemble à une fléchette.
Sur la paroi gauche :
ANNIVS FELIX A propos de cette inscription, J.-B. De Rossi a cru voir avec certitude AGRIPPINVS ou IVLIVS AGRIPPINVS. Devant l'entrée, on voit encore en place cette épitaphe :
EVTICIANVS IN PACE
Toutes les épitaphes du cubicule B sont demeurées en place.
Sur la paroi à droite, en entrant, les épitaphes de P. Ail. Ruftnus et de M. Aurelius Januarius font observer que sa paléographie est négligée, non parce qu'elle est d'époque tardive mais parce qu'elle a été tracée par un lapicide mal exercé. La présence du gentilice Annius dans ce groupe de sépultures où nous avons rencontré les noms d'Aelius et d'Aurelius rappelle les Annii Faustini du temps des premiers Antonins ce qui invite à ne pas reporter le groupe tout entier à une date postérieure au IIe.
Sur la paroi voisine de la porte on voit en place
donnent bien exactement l'impression de ce genre de tombes (fig. 1488). L'emploi des trois noms est une marque d'antiquité. Cet Aelius Ruftlim porte le prénom Publius qui fut celui de l'empereur Aelius Hadrianus. Cette épitaphe évoque d'autres épitaphes d'affranchis ou de fils d'affranchis de la gens Aelia trouvées à quelques pas de distance de notre cubicule. Une d'elles fait mention d'un Uetidianus Aug. Iib. et d'une Secundo, une autre nous fait connaître un certain TttUS AeliUS I ('après cela il se pourrait que notre P. Ael. Rutinus fût le fils ou le neveu d'un affranchi de l'empereur Hadrien, il aurait donc vécu au IIe.
L'épitaphe de Julia Agrippina (flg. 1 189). J.-B. De Rossi voyait ici deux défunts Gala Julia Agrippina et Simplicius, son fils peut-être, à qui s'adressait la matronisation :
Dans les environs de ce double cubicule qui nous a rendu une épitaphe de Julia Agrippina et d'Agrippinus, on a rencontré l'épitaphe d'un autre Agrippinus, aujourd'hui encastrée dans les murs de la basilique (fig. 4490). J.-B. De Rossi estimait que l'épitaphe de Julia Agrippina n'est pas postérieure au IIe et celle qui porta ce nom, de même que l'Agrippinus du monogramme, auraient fait partie de la clientèle du Juif Agrippa, descendant d'Hérode Agrippa, roi de Judée, venu à Rome au temps des Flaviens. Cette explication peut s'arranger parfaitement avec une autre inscription trouvée dans le même groupe cimétériale lors des fouilles de 1874, muettes depuis une époque très ancienne à droite de l'abside de Sainte-Pétronille, et c'est de ce même tas que doit provenir l'épitaphe du jeune Agrippinus mort à l'âge de huit ans. Le monument de Narcisse semble avoir été précipité dans la catacombe par un luminaire, ce qui permet de supposer que Narcisse possédait un bien-fonds dans cette partie de la voie Ardéatine. Ce Narcisse, qui se qualifiait d'Agrippinianus, fut, semble-t-il, esclave de Julia Agrippa Augusta, la jeune mère de Néron, et devint, par ce fait qu'il restait esclave de la maison impériale, esclave de Trajan, c'est alors qu'il érigea ce petit monument. Mais comme Agrippine mourut l'an 59 de notre ère et que Trajan n'arriva à l'empire qu'en l'an 98, il faudrait croire que Narcisse a conservé pendant quarante ans le souvenir d'une impératrice fort discutable et dont le nom n'était pas une recommandation. Il est probable qu'il ne s'agit pas de la mère de Néron, mais d'une de ses affranchies, nommée Julia, épouse de Narcisse. Cette affranchie, nommée Julia Agrippina, était donc Augustæ libertæ, ce dernier mot a été omis sur l'inscription et nous aurions son épitaphe dans le cubicule B. Elle était donc chrétienne. Narcisse l'était-il ? En tout cas, il n'est pas permis d'omettre ici, à propos de ce Trajani servus Agrippinianus, le texte connu de saint Paul aux Philippiens, IV, 22 : Salutant vos omnes, maxime autem qui de Cæsaris domo sunt, o ἐκ τῆς Καίσαρος οκίας. Saint Paul écrivait ces paroles à Rome, sous le règne de Néron, et il faut rappeler que d'autres affranchis ou esclaves de la maison impériale ont été enterrés à une date postérieure au cimetière de Domitille, comme le prouve cette inscription d'un affranchi d'Hadrien ou de Lucius Verus, trouvée près de celle de Julia Agrippina et qui est bien probablement chrétienne :
VALER-ISIAS
ADVENTAE dut
CISSIMAE
V-MEN-II
FIL-Q-V-AV-M-VIIII-D-XV
Le Narcisse de notre petite base prismatique fut et dans laquelle on lit, gravé sur une grosse pierre :
La découverte d'un autre monument épigraphique permet d'apporter des précisions et des modifications à tout ceci. Ce monument (fig. 4491) consiste en une base de marbre de forme prismatique sur laquelle est gravée une inscription ainsi conçue : Juliæ Augustæ Agrippinæ, Narcissus, Augusti Trajani (servus) Agrippinianus, fait ou posuit. Il s'agit ici d'un monument local, trouvé dans un tas de débris accuservus de l'impératrice Agrippine, mère de Néron ; mais comme Agrippine mourut l'an 59 de notre ère, Narcisse faisait partie de la cour impériale ou domus Cæsaris à cette date ou auparavant (à moins qu'il ne se soit converti beaucoup plus tard ?). Il pourrait donc être du nombre de ceux que l'apôtre désignait sous la mention susdite dans la lettre aux Romains qu'on peut faire dater de l'année 58. Parmi ces chrétiens se trouvait un nommé Ampliatus (Ad Rom., XVI, 11) dont il reste un cubicule orné de peintures, découvert en 1881 dans le cimetière de Domitille (voir Ampliatus). Entre les fidèles que Paul salue nominativement se trouve précisément un Narcisse : Salutate eos qui sunt de domo Narcissi, qui sunt in Domino.
Tout cela, évidemment, n'est pas du domaine de l'identification certaine, mais quand on songe au peu de renseignements que nous possédons sur les serviles, un nom tout seul est une marque de haute antiquité.
IV. CUBICULE P. — À une très courte distance du cubicule A-B, mais à un niveau plus ancien, correspondant à celui de l'inscription de Gamikos, se voit un cubicule qui n'a été déterré et désobstrué lors des fouilles de 1910. À l'intérieur gisait un gros bloc de travertin qui avait dû, primitivement, former l'architrave de la porte. On y peut lire en lettres bien tracées, gardant encore quelques linéaments de couleur rouge, ce titre (fig. 4494) :
Il est aisé de reconnaître que nous avons ici la mention soit d'un collège, d'une association, d'une société, comme sur d'autres inscriptions chrétiennes sur lesquelles on peut lire : Pelagiorum, Eutychiorum (au cimetière de Priscille et au cimetière de Calliste) ; Gaudentiorum (au cimetière de Saint-Sébastien), Jordanorum (voir ce mot). Ici, il s'agit d'une association appelée les Ecplegii, nom nouveau et dont aucun indice jusqu'à ce moment ne nous donne l'explication.
V. Cubicule C. — Dans la galerie li et au même niveau que le cubicule P, le cubicule C, peu considérable et dont une des parois présente une niche pour recevoir un sarcophage, ce qui est un signe d'antiquité.
VI. Cubicule R. — Au même niveau, la partie supérieure du cubicule R. Du cubicule primitif, correspondant au niveau ancien d'excavation, il subsiste l'entrée qui fut obstruée à une date postérieure. On a trouvé parmi les terres un anneau d'or portant une pierre gravée intéressante (fig.
A gauche, le bon Pasteur debout, appuyé sur le paturon, surveillant deux brebis, derrière lui un arbre figure le paysage champêtre, et sur cet arbre, perche une colombe. À droite, une ancre debout sur laquelle est enroulé un dauphin, symbole du Christ étendu sur la croix.
VII. Cubicule L. — Ce cubicule est creusé à un niveau peu différent et probablement aussi ancien que le cubicule C. Il est assez spacieux et contient plusieurs tombes de forme particulière ; parmi lesquelles on voit un grand loculus encore fermé par deux grandes briques bipédales ; sur l'une d'elles on lit cette estampille circulaire :
(un canthare entre deux quadrupèdes rampants). Cette estampille est de la fin du IIe. L'usage de fermer les loculi avec ces grandes briques est bien du même temps.
Sur la paroi à gauche en entrant, a été pratiqué à une époque postérieure un petit loculus d'enfant, final d'une inscription sur laquelle on lit (fig. 4490) :
Dixoni.
Sur un loculus voisin, un fragment d'inscription reste en place, portant un monogramme et une ancre ; le développement du monogramme peut donner Makarin (lij, I, 197).
Ce même symbole de l'ancre se retrouve deux fois sur une grande plaque de marbre encore en place sur la paroi gauche en entrant.
Sur la paroi contiguë à celle du loculus de Makaria, ferme au moyen d'une plaque de marbre retirée d'une tombe plus ancienne. L'inscription qui fut retournée à l'intérieur est ainsi conçue :
Dans ce cubicule, fut trouvé un petit vase en terre cuite portant des traces de couleur rouge, de ceux dont on devait se servir pour peindre les muraillles ou pour passer du rouge dans les inscriptions.
VIII. Cubicule E. — Ce cubicule se trouve au niveau le plus ancien, il se trouve à quelques pas du mur de la basilique ; ses dimensions sont fort restreintes et ses loculi sont encore fermés. Sur la paroi gauche en entrant, en bas, on voit un loculus intact, fermé par une plaque de marbre portant ce seul mot (fig. 1) : Locus Exuperantiæ, et deux colombes différentes, un cœur de ce nom. Le nom Repovrio était fréquent à cette époque, on le rencontre sur plusieurs inscriptions païennes et chrétiennes.
Le musée de Latran possède un bas-relief en terre cuite en deux fragments : 1° une femme debout, amplement vêtue, le bras levé, semble adresser la parole à un ouvrier assis, levant des deux mains une masse qu'il va laisser retomber sur une enclume. Plus loin, une balance posée sur une armoire à trois tiroirs (haut. 0 m. 37, larg. 0 m. 48) ; 2° un fragment.
6N2YTT€PATIÀC
(498. Loculus d'Exuperantiæ. D'après O. Marucchi, op. cit., p. 140, fig. 31). L'une de l'autre. Ce cubicule n'est pas postérieur à la fin du IIe.
IL Leclercq. FLÉAU DE BALANCE. À ce qui a été dit au sujet des balances (voir ce mot, t. II, col. 133), nous ajouterons quelques monuments. Celui-ci est en bronze, trouvé en Asie Mineure. C'est le manche d'une balance du type dit « romaine ». L'anneau de suspension et le crochet sont en place, la tige portant les degrés est brisée, il n'en reste que l'amorce. C'est un monument chrétien comme on peut le voir par la présence des croix qui accompagnent le nom. D'un côté, on lit RCPONTIOY entre deux palmettes, de l'autre, + MAPCOY+ entre deux croix dont la seconde, d'un modèle plus grand, est cantonnée de quatre points. Si cet objet appartenait à une époque moins basse, on pourrait sous-entendre le mot èîtl et lire :
I.-Le repovrCou Motf Ce serait le nom du magistrat sous l'autorité duquel la balance fut poinçonnée ; mais à une époque si basse, cette interprétation devient douteuse : la forme des lettres appartient au plus tôt au s Motptvj est le génitif du nom Mapéaç, on connaît qui semble avoir figuré le même sujet. Est-ce un forgeron devant son enclume » ? Nous ne le pensons pas. Nous avons donné deux épitaphes représentant des forgerons (voir ce mot) et on ne peut guère hésiter sur leur profession ; ici, au contraire cet ouvrier assis, la forme conique de son enclume, la présence d'une balance et d'une armoire, tout porte à croire que nous avons un frappeur de monnaies ou de jetons de métal.
•1500. — Artisan travaillant à la fabrication des balançons. D'après O. Marucchi, / monumenll del Museo l'm Lateranense, pi. ux.
Dans l'incertitude de sa profession nous le plaçons ici puis que, dans toute la scène, la balance est seule au-dessus de toute discussion *.
Dans une tombe trouvée à Envermeu (voir cimet) (Seine-Inférieure), en 1855, on trouva une petite balance de bronze dont l'aiguille jouait encore, les deux plateaux ont été retrouvés percés de trois trous et munis de trois petits anneaux auxquels s'attachaient les cordes. La trace des cordes était encore visible et adhérente au bronze au moyen de l'oxyde ; de plus une pièce de bronze semblait être une monnaie qui était probablement un poids ou peson. Cette balance est cassée dans un de ses bouts liull. de la Soc. nal. des anliq. de Irmur. 1884, t. xi\.
■de suspension, mais ce bout a existé puisqu'on a retrouvé le deuxième plateau (fig. 4501) l. Le fléau n'a que 8 cent., 5 mill. de longueur. Entier, il devait avoir dix centimètres, à en juger par celle des deux branches qui est conservée. Le manche avait 5 centimètres, juste la moitié du fléau. Le poids total était trois grammes. Des deux plateaux de la balance, un seul est assez bien conservé. La forme en est plate et non concave, contrairement à l'usage commun. L'épaisseur de la feuille de métal est d'un demi-millimètre. Son poids, y compris les trois petits anneaux encore adhérents est de 15 décigrammes, le diamètre est de 33 millimètres. Quant au peson, qui a la forme d'une monnaie romaine de petit module, il pèse 4 grammes 4 décigrammes, ce qui répond précisément au poids du sol d'or impérial de 85 grains. On a des sols d'or de Theodebert, de 4 gr. 42 et des triens du même prince de 1 gr. 45, qui se rapprochent beaucoup de ce poids. Comme cette balance n'a pu servir qu'à peser les monnaies, ce poids correspondant au sol de 85 grains, fixe d'une façon à peu près incontestable la date de la sépulture au plus tard à la première moitié du vi siècle. Car ensuite le poids des sols d'or a baissé progressivement ; à la fin du siècle, il n'était plus que de 70 à 72 grains (3 gr. 60 à 65 centigrammes) !.
De cette balance, on peut rapprocher celle de bronze trouvée au Fontenil en 1899. Le fléau mesure 0 m. 102 d— - ■ ■■.
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Profil de longueur. A ses extrémités de petits anneaux servaient à fixer les cordettes des plateaux ; mais celles-ci ont disparu et les plateaux seuls sont arrivés intacts jusqu'à nous. Ils sont circulaires et légèrement tronqués, dans l'arrond. de Louviers, 1897 complète : fléau de 0 m. 12 de long, diamètre des plateaux, 0 m. 35 8.
Eu (Seine-Inférieure). Balance complète : fléau de 0 m. 86 de long. ; plateaux circulaires de 0 m. 35 de diamètre s.
Envermeu (Seine-Inférieure). Balance complète, fléau de 0 m. 10 de long. ; plateaux de 0 m. 33 de diamètre 10.
Fontenil, comm une de Saint-Martin-Osmonville, (Seine-Inférieure) ■'.
Hermès (Oise). Balance complète ; fléau de 0 m. 14 de longueur, diamètre des plateaux, 0 m. 04 ; :.
Arcy-Sainte-Restitute (Aisne). Trois balançons complètes dont les plateaux mesurent 0 m. 11 de longueur 13.
Jardin-Dieu-de-Cugny (Aisne). Balance de forme romaine « .
Belgique : Harmignies. Balance complète ; fléau 0 m. 095 de long. ; plateaux, 0 m. 02. Un plateau isolé de 0 m. 04 de diamètre '5.
Belvaux-Resteigne. Un fléau seulde0m.l2dclong.'8.
Wancennes. Un plateau mesurant 0 m. 055 de diamètre ».
Eprave (Croix-Rouge). Une balance de forme romaine 19.
Luxembourg : Schandel : l'n fléau de 0 m. 15 de longueur '.
Allemagne : l'fullingcn (près Reutlingen) ; une balance complète avec poids de 0 gr. 03 à 0 gr. 80 !.
Heckum (Westphalie). Une balance de forme romaine, avec poids de 5 gr. lj03.
Suisse : Lonay-sur-Morges, canton de Vaud, petite balance placée à droite du squelette4.
Angleterre : GiltonTown '.
Ozingell • (voir col 1692).
Deux pièces douteuses dans le département du Doubs : 1« Cussey-sur-1'Ognon, une tige de bronze longue à peine de 0 m. 0r> terminée aux deux extrémités par une sorte de spatule sur laquelle a été gravée une -croix pattée ' ; 2° un petit fléau de balance en cuivre jaune trouvé dans une tombe à Tournans » (disparu).
La balance romaine, à un seul plateau avec poids glissant le long du bras horizontal est moins commune dans les sépultures barbares que la balance à deux plateaux. La balance ne se rencontre que dans des tombes au mobilier très riche, où les défunts ont l'épée, la grande (ramée, le bouclier. On en a conclu que les défunts étaient, de leur vivant, monétaires ; il est -certain que les dimensions exiguës de ces balançons ne permettaient leur usage que pour le métal précieux, les monnaies, les bijoux, les denrées exotiques. • Je pense, écrit G. Cumont, que ces balançons francs devaient servir à des hommes de diverses professions. Ce qui est certain, c'est que les monétaires ne pouvaient se priver de la balance et que cet instrument ■était aussi nécessaire aux orfèvres qu'aux agents •du fisc... A une époque où les monnaies n'étaient pas frappées avec la régularité et la précision mathématique de nos jours, il importait de peser chaque pièce qu'on recevait. La meilleure raison qu'on puisse invoquer pour soutenir que ces balançons servaient surtout à peser les monnaies, c'est que de telles balançons, identiquement les mêmes, ont été employées à cet usage particulier jusqu'au commencement du XIXe •. • H. Leclercq.
FLEURS. — I. Pour les défunts. IL Dans les églises et sur les autels.
I. Pour les défunts. — Dans les études consacrées à l'Area et au Domaine funéraire (voir ces mots), nous avons montré que tombes païennes et chrétiennes se trouvaient souvent au centre d'un jardin. A Rome, les cimetières de Saint-Nicomède près de la voie Xomentane, de Saint-Timolhéc près de la voie d'Ostic. de Sainte-Hilarie, près de la voie Salaire sont couramment désignés par ces mots : in horlo Jusli, in horlo Theonis, in horlo Hilariic : à Milan, nous avons déjà nommé l'horlus Philippi ; sur une inscription de Salone on lit : in ORTO METRODORI '« • Au cimetière de Julia Coneordia, on a retrouvé des souches qui marquent la place des arbres ombrageant les tombes el nous voyons dans un lexte un oratoire entouré d'un véritable petit bois : in nemore incluso. Mais ce sont aussi des fleurs, des bosquets qu'on entretient, comme nous le voyons par le testament d'un Lingon qui établit trois jardiniers et leurs ai des pour la culture parterres qui environnent son tombeau ». Des arbres, des fleurs, des vergers, pomarin, des vignes, vineœ, et à plus forte raison des roses et des violettes pour les rosationes et les violationes, dont parlent les épitaphes païennes '. Trimalchion donne les ordres suivants : Sinl in Ironie p(e des) C(entum), agrum p(e des) CC, omne genus enim poma volo sinl cirai cineres meus et vinearum largilrr '. Le tombeau de Patronus, près de la voie Latine, était décoré de peintures représentant des arbres fruitiers, des oiseaux qui figuraient, dit l'épitaphe, ce qui se voyait sans l'area « . Même usage parmi les chrétiens, nous lisons sur une épitaphe de deux époux : IN SARCOPHAGO IN HORTVLIS NOSTRIS SECESSIMVS (voir Dictionn., t. i, fig. 352).
Mais la ressemblance s'arrête là. Chez les fidèles, pas de rosationes ni de violationes. On lit dans VOctavius de Minucius Félix ls : Quis Me, qui dubilal, nos vernis indulgere floribus, cum capiamus el rosam veris el lilium et guidquid aliud in floribus blandi coloris cl odoris est. Ilis enim el sparsis utimur, mollibus ac solutis el sertis colla amplectimur... Sane quod capul non coronamus ignoscite, auram boni poris naribus ducere, non occipilio capillisve solemus haurire. Ces fleurs ont une autre signification et une autre destination. Elles évoquent le jardin fleuri du paradis que sainte Perpétue de Carthage, décrit en une phrase : quasi viridarium arbores habens rosx el omne genus floris... odore inenarrabili alcbumur qui nos satiabal » ; elles sont destinées à embaumer la tombe des martyrs comme nous l'apprend Prudence « :
Nos lecta fovebimus, ossa Violis el fronde frequenli aussi Constantin assigne en dotation au cimetière de Balbine un fundus rosarius ».
Dans les catacombes on ne se contente pas de descendre des brassées de fleurs, on les figure partout, on les prodigue en guirlandes, en faisceaux, en couronnes, dans des vases, dans des corbeilles, dans des cistes. L'ancienne réminiscence antique a suggéré pour la décoration de la première chambre du cimetière de Sainte-Agnès des génies ailés portant chacun sur son épaule une charge de fleurs qu'ils courent répandre sur les tombes (voir Dictionn., t. i, fig. 384). On peut en rapprocher les corbeilles, guirlandes et fleurs jonchées d'une petite nécropole d'Hadrumète. Avant de descendre dans le souterrain, il y avait, comme l'a découvert M. Renault, un peson de balance romaine trouvée dans les fouilles archéologiques du Comité, l.c., p. xxxi. — « Corpus inscr. lat., t. m, n. 2207. » Corpus hier. lat., t. vi, n. 708. — « Orelli-Henzen, Inscr. lat., n. 73. Pétrone, Satyricon, c. i. — » Secchi, Monumenti inediti di antichi sepolcri di famiglie greche sulla via Latina, p. 78. Pi mi... Cath... (non, ib. m., p. vs. 169). Il est assez probable qu'on rencontrait quelque marchande avec son éventaire couvert de fleurs, de guirlandes, de couronnes comme celles que nous avons montrées plus loin (dans lesquelles on peut aussi bien voir des fleuristes que des fruitières (voir ce dernier mot)). Mais les fleurs se fanent ; pour les remplacer de façon durable on les représentait en peinture. Les guirlandes se voient sur les plus anciennes fresques à la voûte du cimetière de Domitille, dans la crypte dite de la passion au cimetière de Prétextat, dans la chapelle des Sacrements et dans deux cubicules de l'hypogée de Lucine au cimetière de Calliste ; à une date postérieure ce sont moins des guirlandes classiques, renflées au milieu, que de longs cordons fleuris où le feuillage est rare. Ces cordons sont sur les mosaïques les fleurs croissent et pullulent, notamment à Saint-Apollinaire de Ravenne, dans la conque de l'abside, à la voûte annulaire du mausolée de Sainte-Constance à Rome (voir Dictionn., t. i, fig. 237, 238).
II. Dans les églises et sur les autels. — Les églises et les autels sont si étroitement apparentés aux tombes des martyrs que la transition de celles-ci à celles-là ne s'aperçoit pas. L'hommage rendu à la confessio par des fleurs se continua dans la basilique qui n'était souvent que le martyrium amplifié ; l'autel dressé sur les corps saints appelait vers lui les gerbes et les bouquets, les guirlandes et les corbeilles. En fait, on ne distingue pas le moment où les fleurs furent réservées à la seule tombe des saints, mais, dès la seconde moitié du IVe, on assiste accompagnés de fleurs semées ou de branches de roses. A Saint-Janvier on emploie abondamment l'olivier au léger feuillage. Sur la fresque des cinq saints, la profusion de fleurs signifie le séjour des défunts dans le paradis. Peut-être, aux jours anniversaires, aimait-on à entasser ainsi les fleurs dans la lunette d'un arcosolium ou dans la profondeur d'un cubicule. Les fidèles ne se couronnaient pas de roses, mais le Christ couronnait de roses les martyrs, c'était le corona gloriæ, comme on le voit au cimetière de Domitille. Avec le temps, vers les ve, VIIes, la couronne de fleurs se change en lourde couronne gemmée sur laquelle l'éclat des pierres rappelle les couleurs des roses et des crocus. Sur les épitaphes c'est toujours une couronne de fleurs, parfois une corbeille de fleurs ou un semis, le plus souvent une fleur tenue dans le bec d'une colombe (voir). À une réaction qui rappelle un peu la formule : « ni fleurs ni couronnes. » Dans la Consolatio de obitu Valentiniani, saint Ambroise proteste contre l'offrande de fleurs à la tombe des simples fidèles : Son ego floribus tumulum ejus aspergam, sed spiritum ejus Christi odore perfundam. Spargant alii plenis lilia calathis, nobis lilium est Christus. Saint Jérôme constate que l'usage est encore en pleine vigueur de son temps. Écrivant à Pammachius, qui vient de perdre sa femme Pauline : Celeri mariti super tumulos conjugum spargant violas, rosas, lilia, flares que purpureos, et dolorem pectoris his officiis consolantur. Les fleurs durent peu de temps, écrit-il à l.octa ; cilo flores pereunt, cilo violas et lilium et crocum pestilens aura corrumpit. Mais les conseils des Pères ne détournent pas les fidèles, au contraire, d'offrir des fleurs pour la décoration de l'église.
Dans l'éloge de Népotien adressé à Héliodore, le même saint Jérôme lui en fait un mérite : Erat ergo sollicitus, si niteret altare, si parietes absque fuligine, si pavimenta tersa, si janitor creber in porta, oela semper in ostiis, si sacrarium mundum, si vasa lucenia, et in omnes cœrimonias pia sollicitudo disposita, non minus non majus negligebat officium. C'était le parfait sacristain : ubicumque eum in ecclesia quæreres, invenires, ayant l'œil à tout, la main dans tout... qui basilicas ecclesiarum et martyrum conciliabula, diversis floribus et arborum comis, vitiumque pampinis adumbrauit. L'usage de placer des fleurs à la confession des martyrs est attesté pour l'Afrique par saint Paulin de Nole, en l'honneur de saint Félix : Ferte Deo, pueri, laudem, pia solvite vela Et pariter castis date carmina festa choreis Spargite flores solum, prætexite limina sertis : Purpureum ver spiret hiems, sit floreus annus, Ante diem sancto cedat natura diei. Martyris ad tumulum debes et terra coronas.
En Gaule, les écrits de Grégoire de Tours nous ont conservé le souvenir du culte rendu à Déols en Berry à saint Lusor dont la cellule vénérée était parsemée de verdure : Cellula scopis mundata, abluta. Saint Augustin. Un vieux païen nommé Martial avait une fille chrétienne et un gendre baptisé depuis peu. Voyant le bonhomme fort mal, ils le suppliaient de se laisser baptiser et ne s'attiraient que des rebuffades. Visum est genero ejus, ut iret ad memoriam sancti Stephani, et illic pro eo quantum posset oraret, ut Deus illi daret mentem bonam, qua credere non diffideret in Christum. Fecit hoc ingenti gemitu et fletu, et sinceriter ardente pietatis affectu : deinde abscedens, aliquid de altari florum quod occurrit, tulit. Autres témoignages dans Prudence : ite purpureas sanguineos crocos metite : Non curci lux genialis hyems,... Ista comantibus e feliis Munera, virgo, puerque date. aqua, herbis que respersa s ; Saint Sévère, de Higorre sulitis erat flores liliorum tempore quo nascuntur, colligere ac per parietes [ecclesiarum] appendere ; saint Ferréol reposait à Besançon dans une crypte où folium herbæ salviæ (de la sauge), pro honore martyrum in cripta conspersum erat. Venance Fortunat adresse à ses correspondantes de Sainte-Croix de s des vers intéressants, quoi que fort apprêtés et dont il n'est pas superflu de donner d'abord la traduction : Lors que l'hiver étreint l'univers dans les glaces ; les fleurs, parure des champs, tombent et périssent. Au printemps, à l'époque où le Seigneur eu l'enfer, l'herbe se lève et la verdure abondante ; Ici les hôtes ornent de fleurs les portes et les ambons, là emplissent de roses parfumées les plis de leur tunique, vous ne les recueillez que pour le Christ, parfum... S. Grégoire de Tours. ]... gloria martyrum, P. l. t. lxxi, col. i, n. Fortunat, l. VIII, n. su ; De glorib. martyrum, archéologique. An 1-94.
V.
Prémières, que vous portez au temple. Vous tressez pour les autels fortunés des couronnes variées. Sous ces fleurs nouvelles, l'autel semble briller de la peinture d'une broderie ; dans vos festons, le safran d'or s'unit au violet, le blanc, le pourpre y brillent, l'azur s'y mêle au vert. Les fleurs, rivalisant de couleurs, semblent dans cet asile de paix se livrer à une lutte singulière. Celle-ci plaît par sa blancheur éclatante, celle-là par son aimable rougeur : celle-ci est plus parfumée, celle-là doit à son écarlate une plus grande beauté. Ainsi, les fleurs se combattent ; et elles l'emportent en éclat sur les pierres précieuses, en parfum sur l'encens. Pour vous, Agnès et Radegonde, qui tressez ces guirlandes, puissiez-vous être parfumées de fleurs éternelles. Frigoris hiberni glacie constringitur orbis, Tola que lux agri, flore cadente, pérît. Tempore vernali, Dominus quo Tartara vincit. Surgit perfectis herba comis. Inde viri postes et pulpita floribus ornant, Hinc millier rosco complet odore sinum. Ai vos non vobis, sed Christo fertis odores, Has quoque primilias ad pia templa datis. Texitis variis altaria festa coronis, Pingitur, ut filis, floribus ara novis. Aurais ordo crocis violis, hinc ballæus exil Coccinus hinc rubicul, lacteus inde niveus. Stat prasinos venetus, pugnant et flore colores. In quo loco pacis turbida bella putes. Lisec candore placet, rutilo mical illa decore : Suavius hic redolent, pulchrius illa rubet, Sic specie varia florum sibi germina certant, Ut color hinc gemmas, thura revincat odur. Vos quoque, quæ struitis hæc. Agnes et Rade 20 Floribus æternis vester anhelet odor.
Enfin nous citerons une inscription du cimetière de Sainte-Agnès, sur la voie Nomentane, aujourd'hui fixée à la paroi de l'escalier qui conduit à l'église. Du fragment qui subsiste les lettres sont presque effacées, c'est grâce au manuscrit Vatic. Palat., S33, col. 52, que le texte a pu être restitué : Theodora que vixit annos xxi m vii d xxiii in puce est BISOM a amplificam sequitur VITAM DVM casta afrodile fecit [ad astr a viam Christi modo CAVDET IN AVL« restitit haec [mundo semper cœlestia r/VAERENS OPTI MA servatrix legis fidei[que magistra] edilegreC\m SANCTIS PER SECVLA menlcm [inde j eximios paradisi regnai odores [S /TMPORE C0NTINV0 VERNANT ubi græmina ri vis ex eclal que Deum SVPERAS QVOS SVRGAT AD AVRAS hoc II.
Lecli FLEURS DE LIS. On a beaucoup écrit sur les fleurs de lis et ce symbole était trop étroitement associé à l'histoire de France pour qu'il en fût autrement : on a fait plus, sinon mieux, on a débité mille folies. L'origine de la fleur de lis est comptée couramment au nombre des problèmes les plus ardus de l'archéologie, ce qui tient peut-être à ce fait que, parmi ceux qui en ont disserté, les uns n'y connaissaient rien et admettaient tout, les autres n'y connaissaient pas grand'chose et inventaient le reste. Légendes et chimères dont il ne subsiste rien dès que l'histoire et la critique y regardent de près.
Avant d'être un symbole, la fleur de lis était la fleur du lis dont un dessinateur, un ornemaniste, dessina le profil et fit un fleuron décoratif. De ce moment sa destinée était faite. L'acanthe avait connu semblable fortune et, en se stylisant, avait gagné la célébrité au prix de la grâce et de la beauté. Cette radieuse merveille qu'est un beau lis ne fut plus qu'une sorte de figure algébrique, bien raide, bien aiguë, bien difforme et qui connut d'étranges transformations.
Les artistes égyptiens se sont inspirés surtout du règne végétal : lotus, papyrus, palmier furent peints ou sculptés en chapiteaux, en bases, en fûts de colonnes, gravés sur les murailles, façonnés en bijoux, en ustensiles, brodés sur les étoffes, introduits dans l'écriture sacrée. Cette fleur du lis hiératisée, emmanchée sur une longue tige, devenait un attribut, servant à caractériser les personnages comme un sceptre. En comparant le lis au lotus et au papyrus sous les différents aspects que leur donnent les artistes égyptiens, il est impossible de faire une confusion entre un éventail, un gobelet et un fer de lance accosté de deux enroulements. Dans l'Égypte ancienne on trouve la fleur de lis hiératisée comme symbole et attribut des dieux et des souverains, comme ornement du bandeau royal, comme sceptre, et tellement semblable à nos fleurs de lis qu'on n'y aperçoit aucune différence. La fleur ainsi figurée est une variété du Nymphœa Nelumbo, symbole de fécondité, de bonheur, de richesse. Osiris, Isis et Horus en sont couronnés. Un bas-relief du temple d'Ombos montre la déesse couronnée de cette fleur.
Si on veut bien quitter ces monuments dont l'interprétation se prête toujours un peu aux sollicitations et qu'on se contente d'une antiquité moins lointaine, on trouve dans les tissus orientaux et surtout byzantins la fleur de lis nettement caractérisée. Est-ce le lis qu'on a voulu imiter ? le tisserand ne nous l'a pas dit, mais il semble que ce soit ce modèle qui ait suggéré celui qui devint si populaire en Occident. Nous donnerons ici un précieux lambeau provenant du trésor du Latran et qui représente l'Annonciation avec un semis de fleurs de lis (fig. 4505). Ce morceau de soie, du genre des lampas ou brochés, mesure 0 m. 315 de haut sur 0 m. 68 de large. Le tissu appartient à la variété de l'« ordonnance à roues » appelée circumrolata ; il comprend en effet deux médaillons circulaires tangents de 0 m. 30 de diamètre environ, dont le fond est rouge pourpre, et sur chacun desquels se détache la scène de l'Annonciation. La Vierge est assise à gauche, sur un siège élevé, composé d'un socle à pieds reliés par des barreaux, sur lequel est un coussin : on aperçoit en arrière, le dossier composé de deux montants ronds ornés de pois. A côté d'elle, est un grand panier d'osier tressé, avec son pied, d'où elle tire de la laine pour filer et « tisser la pourpre » qu'elle rejette dans un autre panier placé sur un socle. Elle fait un geste de surprise et de crainte. C'est la scène décrite par les Évangiles apocryphes, le Protévangile de Jacques. Ses cheveux sont couronnés de la bandelette traditionnelle, il avance la main droite faisant le geste de parler : dans sa gauche, il tient un sceptre passé entre l'index et le médius. Les ailes, attachées à ses épaules, sont tendues ; la Vierge est vêtue d'une robe violet pourpre, bordée dans le bas d'un double blet blanc, rappelant un peu le costume de l'orante, figuré dans les mosaïques. Son nimbe est jaune d'or, tandis que celui de l'ange est de couleur écrue. Les traits du visage sont dessinés en violet foncé. Les têtes, vues de trois quarts, se ressemblent : les yeux larges sont faits d'un cercle avec une masse noire au milieu et surmontés de sourcils fortement arqués : le nez est légèrement de profil, avec un pavillon très développé, la bouche est à peine indiquée. L'encadrement du médaillon, d'un goût parfait, est formé d'un rang de feuillage rouge et jaune d'or, entre deux galons étroits, décorés de petites perles, espacées. A leur point de tangence, les encadrements des médaillons voisins s'enlacent gracieusement.
Dans les interstices sont des fleurs de teinte ayant l'aspect général de la fleur de lis, mais avec une tige très fine et des pétales de dentelures, séparées par des minuscules espaces au bout de longues lignes rappelant les pistils. Il n'est pas possible d'apporter une explication sur un monument qui demande une brève explication. Dans cette partie du Gâtinais appelée la Pulsaye, sur les bords du Loing, existe une vallée couverte de bois et d'étangs, au centre de laquelle se voient les ruines de l'abbaye de Moutier, au lieu-dit Morparé, au bas de la montagne de Saint-Sauveur, près de l'Eriscus, un quatrième à Toucy, enfin un cinquième, en calcaire tus blanc, de 0 m. 53 de diamètre sur 0 m. 11 de hauteur, a été acquis près de Moutier. Ici les anses ne sont pas attachées mais seulement indiquées ; la sculpture qui orne la face antérieure est assez lisse et indubitablement antique. On y remarque des branches de chêne avec leurs glands, décoration qui l'accorde parfaitement avec ce que nous savons des idées religieuses de l'époque. Mais comme on suit que la fleur de lis se montre enfin sur les monnaies de la Gaule, il est possible que la partie postérieure du vase taillée à facettes ; c'est le plus moderne de la série, mais il a dû servir au même usage que les plus anciens ; son style dénote l'influence romaine déjà devenue puissante.
Montfaucon ne pouvait pas ne pas aborder la question des fleurs de lis, et de leur introduction en France comme symbole de la royauté et de la nation. Il est un fait tout à fait certain, c'est que le mobilier funéraire trouvé dans le tombeau de Childéric et qui contenait les objets usuels du défunt ne contient ni fleur de lis, ni rien qui s'en rapproche comme type. Chimet (voir ce mot), qui avait, en qualité de Comtois, sujet du roi d'Espagne, une haine vigoureuse à l'égard de la France et de ses rois, dont les prétentions sur la Franche-Comté n'étaient pas un mystère, après avoir soutenu que Clovis porta primitivement trois crapauds sur son blason et leur substitua trois fleurs de lis, étudia avec les mêmes préventions politiques la célèbre découverte du tombeau de Tournai et soutint qu'il fallait voir des abeilles dans les ornements d'or et dorés qu'on y trouva en grand nombre. Suivant lui, les fleurs de lis de France étaient originairement des abeilles et les rois de la première et de la seconde race n'eurent jamais de fleurs de lis figurées sur un vase trouvé près de Moutier.
D'après Revue archéologique, 1845, p. 305. Pour symboles. Dans la suite des temps, une certaine ressemblance créa la confusion, qui s'établit généralement. C'est, dit-il, Philippe-Auguste qui, le premier, chargea son sceau de fleur de lis.
« Voilà bien des opinions hasardées, qui prouvent combien la question de l'origine des fleurs de lis de France a des difficultés », écrit Montfaucon. « Pour traiter la matière avec quelque ordre, poursuit-il, nous allons parler de ces fleurs qu'on voit dans les plus anciens monuments de la monarchie française, mais qui ont un peu varié dans les siècles suivants. Ces fleurs se voient à la couronne et au bout du sceptre de nos rois et quelquefois, quoique plus rarement, en d'autres endroits. Il y en a qui approchent assez de la figure d'un trèfle comme celle des couronnes des rois du portail de l'église de Saint-Germain-des-Prés, d'autres ont trois feuilles plus longues, comme celles de la couronne de Frédégonde.
« Ces mêmes fleurs que nous voyons à la couronne de nos rois et assez souvent au bout de leurs sceptres, ont été en usage à Constantinople et en d'autres pays. Une fleur à trois feuilles est une chose qui se présente aisément à l'imagination, quand on voit A. de Longpérier, Vases gaulois tirés de la Puisaye, dans Le sceptre byzantin était un long bâton terminé, au sommet par un globe, comme nous l'avons vu pour les anges (voir ce mot), sur le diptyque d'Aoste (voir ce mot), ailleurs encore. Sur certains sceptres consulaires, nous voyons un aigle aux ailes éployées et parfois juché sur cet aigle une figurine impériale. C'est certainement un sceptre de ce type qu'on conservait avant la Révolution au trésor de Saint-Denis sous le nom de sceptre de Dagobert et que Montfaucon a fait graver. Nulle trace de fleur de lis sur ce précieux monument, qu'on ne retirait plus jamais du trésor, même pour les sacres royaux ; on lui préférait un autre sceptre également figuré par Montfaucon et qui était constitué par un long bâton couvert d'argent surmonté d'un globe d'où sort une fleur de lis dont les pétales recourbées servent de soutien à une figurine de monarque assis tenant d'une main le globe crucigère et de l'autre main le sceptre à fleur de lis. Montfaucon croyait ce monument contemporain de Charlemagne. Les monuments publiés par Montfaucon sont authentiques, mais il faut être sur ses gardes pour le portail de Saint-Germain-des-Prés sur lequel nous voyons encore un souverain, Clovis, tenant le bâton consulaire surmonté de l'aigle. La moisson des fleurs de lis à récolter est plus abondante sur les couronnes, car le deuxième prince portant sceptre semble avoir une sorte de chou frisé. Si la couronne de Clovis n'a que des bourgeons de fleurs de lis, Clotilde est mieux partagée, son voisin Clodomir également. Sur le côté opposé du portail, tous ont la couronne tréflée ou fleurdelisée. Mais de quelle époque datent ces statues ?
La tombe de Frédégondc a une autre importance ; il a, dit Montfaucon, toujours été auprès de son mari Chilpéric et c'est la seule origine qui reste. Elle est représentée en mosaïque : ce qui était fort en usage dans ce temps-là. Son habit et sa ceinture sont parfaitement conformes à ceux des deux reines de notre portail. La place du visage est vide, peut-être y était-il peint ; et les mains aussi où l'on ne voit aujourd'hui qu'un pierre nue. Peut-être aussi le visage était-il postiche, d'or ou d'argent avec les couleurs. Il y a en effet une crénure où ce visage pourroit avoir été inséré. Le tombeau de Frédégonde a toujours été auprès de celui de Chilpéric, son mari. Ils furent transportés tous deux du mur qui est sous le clocher septentrional du chœur, et mis à l'endroit où on les voit aujourd'hui. Cela fut fait du temps de nos pères en 1656. Ce fut alors qu'on y mit l'inscription qu'on y voit présentement. Des critiques modernes se sont élevées contre l'opinion commune et reçue, et on a prétendu que ce n'était pas Frédégonde, mais quelque autre reine du temps plus bas. La raison qu'ils en apportent c'est qu'il y a à sa couronne des fleurs, qu'il leur plaît appeler fleurs de lis. Ils prétendent qu'il n'y avait point encore de fleur de lis en ce temps-là. Pitoyable raison : puisqu'ils ne savent eux-mêmes dire quand ont commencé les fleurs de lis, sur quel indice peuvent-ils assurer qu'il n'y en avait point encore en ces temps ? » Le dessin donné par Montfaucon reste la source la plus intéressante pour l'histoire des fleurs de lis royales. Chacun a suivi son imagination lorsqu'il s'est agi d'expliquer le vide du visage, des mains et des pieds. Du Sommerard se contente d'écrire, probablement avec raison : « Incrustation d'émieux dans le mastic, avec filets de cuivre, la tête, les pieds et les mains sans doute en relief ont disparu » (fig. 4507). Après avoir quitté l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés pour le musée des monuments français de Lenoir, d'où la Restauration la retira pour l'expédier à Saint-Denis, où on la conserve aujourd'hui, la dalle de Frédégonde fixée, on peut le souhaiter, matériellement pour toujours ou ce qu'on est convenu d'appeler « toujours », continue, au gré des archéologues, à enjamber les siècles et tout porte à croire que cette inoffensive promenade n'est pas terminée. « On a pensé quelquefois, nous dit-on en 1908, que le monument était presque contemporain de la personne représentée, mais on est d'accord aujourd'hui pour affirmer que ce travail, exécuté d'après un procédé parle moine Théophile, dans sa Schedula diversarum artium, I, II, c. XII, ne remonte pas au-delà du XIe ». Somme toute, les origines des fleurs de lis comme symbole de la monarchie française semblent procéder de quelque emprunt à des monuments orientaux, probablement byzantins ; les premiers rois francs n'en ont pas usé autrement, s'ils en ont usé, que comme un fleuron quelconque, un ornement qui après coup éveilla l'idée d'une comparaison avec la fleur de lis, retouchée, bien stylisée, bien méconnaissable.
L'héraldisme n'avait pas encore touché la nature. Même à une date aussi tardive que le XIVe, nous lisons dans le compte rendu au roi par Estienne de Lafontaine, son argentier, pour l'année 1351 : - A Jehan le Brailler, orfèvre du roi, pour faire forger une cuillère d'or dont le manche est écartelé de fleurs de lis d'armoirie et de fleurs de lis le vif et sont enverrez d'azur et de reniée clair, un bout d'en haut un château ; en laquelle cuillère est entré ii onces v esterlins d'or à viii carats, pour déchie et façon : xlv liv. v s. xi d'or, encore in-8°. Paris, 1849-1852, t. n. n. SI03. des fleurs de lis peintes d'après nature, mais la végétation héraldique devait tout recouvrir, tout étouffer et tout envahir. Le symbole restait exclusivement attaché à la monarchie, ce qui ne l'empêchait pas, ou ce qui lui permettait de se montrer partout, ici comme appartenance, là comme mémorial, ailleurs comme hommage de loyalisme. Les meubles, les tapisseries ruissellent comme sous une pluie de fleurs de lis d'or, la magistrature marche, s'assied, sur les fleurs de lis, s'ombrage sous elles, l'impose aux condamnés comme le signe de l'infamie, aux cités et aux héros comme le signe de l'honneur. En 1586, le bourreau de Blois réclame « sept sols six deniers pour avoir marqué Jehan Guyot, et sept sols six deniers pour son aide qui a porté le feu au change où estoit ladite fleur de lis et pour le charbon ». Mais peut-être symbole non religieux n'ajouta d'une vogue aussi large et d'une popularité aussi durable. Cette grande popularité date du XIIe ; c'est à cette époque que la fleur de lis envahit tout. Vers 1310, Guillaume de Machault, décrivant les exploits du roi de Bohème, le représente amenant son prisonnier à Bruglitz, près de Prague, et il signale ce qui distingue cette résidence princière de celle que les souverains possèdent en France, c'est qu'elle n'a pas de fleurs de lis - :
De là s'en alla en Bavière
Et a déploié bannière
Et compagnie noble et riche
Desconfit le duc d'Otheriche
Mais il le prit par la ventaille
A force, dedans la bataille,
Et l'emena à Bruguelis,
Son château, où n'a fleur de lis.
Charles d'Orléans dit dans ses vers :
Qu'il est sailli de la maison de France
Créu au jardin semé de fleurs de lis.
Bibliographie. — Anonyme, Conjecture sur les armes de France, dans Bulletin polymathique du Musée d'instruction publique de Bordeaux, 1821, t. xix, p. 309.
— A. de Beaumont, Recherches sur l'origine du blason et en particulier sur la fleur de lys, in-8°, Paris, 1853.
— Bonnesserre de Saint-Denis. Origine de la fleur de lis, dans Revue nobiliaire, heraldique, biographique, 1862-1863, t. i, p. 41-46, 205-21*. — E. Bourret. Essai historique et critique sur les sermons français de Gerson, p. 123. Archives municipales de Nantes, « le ji Parties faillis et fournies par André Chevallier, avril 1586. — Le confort d'ami. Jehan du Pré appelle fleurdeliques les soldats de François Ier échappés du désastre de Pavie ; L. de Laborde, Les fleurs de lis héraldiques et les fleurs travées de la Société éduenne, 1845, t. m, p. 65 sq. — J. Ferrandus, Epicinion pro liliis sive pro aureis Franciæ liliis, in-4°, Lugduni, 1663, 1677 ; Epicinion 2°u pro mas Franciæ, 1671. — Gayet, Les monuments coptes du musée de Boulaq, dans Mém. publ. par la Soc. archéol. française au Caire, Paris, 1889, t. ni, pi. xi.ix, fig. 65-69-105. — J. Gosselin, Discours de la dignité et précellence des fleurs de lys et des armes des rois de France, in-8°, Melun, 1593, in-8°, Tours, 1593, mis en lumière par Henry Laisrô, in-8°, Nantes, 1613-1615 — C. H. Guther et Langhausen, Insignia Galliæ quœ vulgo vendilanlur lilia, antiquitale Chlodoweana deslilula, in-4°, Begioni, 1740. — Hoffmann de Fallersleben, Die geistlichen Lilien, dans Germania, 1858, t. m, p. 56-58. — E. Hucher, dans Revue numismatique, 1850, t. xv, p. 273-283. — L. de Laborde. Les fleurs de lis héraldiques et les fleurs de lis naturelles, dans Revue archéologique, 1852, t. ix, p. 355-365. — J. Malderghem, Les fleurs de lis de l'ancienne monarchie française, leur origine, leur nature, leur symbolisme. — Mellier, Lettre de M. Mellier, général des finances de la Bretagne au P. Tournemine, jésuite, sur le Roi qui a réduit les lis à trois dans l'écusson de France dans Mémoires de Trévoux, 1713, p. 1948-1950. — B. de Montfaucon, Monuments de la monarchie française, t. il, p. 156. — L. Paris, Les fleurs de lis, dans Chron. Champagne, 1838, t. m, p. 285-300. — M. Prinet, Les variations du nombre des fleurs de lis dans les armes de France, dans Bulletin monumental, 1911, p. 469-488. — P. Rainssant, Dissertation sur l'origine de la fleur de lys, in-4°, Paris, 1678. — H. Baulin, Panegyre sur l'antiquité, dignité, noblesse et splendeur des fleurs de lys..., in-8°, Paris, 1626. — Renaud, Origine des fleurs de lis dans les armoiries royales de France, dans Ann. de la Soc. hist. arch. Château-Thierry, 1890, p. 145 à 154. — Rey, Histoire des insignes, du drapeau et des couleurs de la monarchie française, in-8°, 1835, t. n, p. 123 : Revue numismatique, 1837, 5. il, p. 15-20 (c'est le chapitre x du livre).
Le testament de Leodebod est un acte assez long qui a été attesté par deux évêques, quatre abbés, un prêtre, trois diacres et dix-sept témoins laïcs. Ce testament n'est pas un acte de dernière volonté, mais une donation dont le texte nous a été transmis par le moine Helgaud en tête de la Vita Regis Roberti. Tous les commentateurs, depuis Le Cointe, ont observé les difficultés insurmontables qui surgissent si l'on veut concilier la date de l'acte avec sa teneur. Le testament est daté de la seconde année du règne de Clovis II, 5 des calendes de juillet, c'est-à-dire 27 juin. L'acte ne présente rien dans sa disposition générale qui soit de nature à faire douter de son authenticité. Le début, le corps et la fin sont conformes à ce que nous lisons sur les actes réputés les plus authentiques. Le style a une tournure mérovingienne avec des lignes de phrases rythmiques. Enfin, l'emploi de la première personne du singulier est encore une garantie, car c'est le cachet spécial des actes privés, alors que les actes publics font usage de la première personne du pluriel. Par contre, quelques détails de rédaction soulèvent des doutes sur l'authenticité. La flexion des mots a été évidemment l'objet d'attentions d'un scribe de l'époque carolingienne heureux de faire montre de son savoir en corrigeant un texte mérovingien, cela se faisait couramment. Mais l'invocation à la sainte Trinité n'est pas un usage du VIIe, où on employait généralement un chrisme avec les mots « in Christi nomine », « In Dei nomine ». Une fois encore, le copiste aura mis le texte à la mode de son temps. Le préambule a pu être abrégé, comme il n'importait guère aux dispositions de l'acte, or on ne s'en préoccupait pas d'autrefois.
Les menaces qui contreviennent aux Francorum, vi, ln-fol., Paris, mss. Chartœ, t. n. p. 12, n. ccci (d'après M. Prou et A. Vidier, Recueil de l'abbaye de Saint-Benoît-sur-Loire, t. v, Saint-Palaye, Mémoire sur la vie du moine Helgaud, sur les Actes et les Bulles, A. Villien, L'historiographie de Saint-École de Toulouse, II) ; M. Prou et A. Vidier, Recueil de l'abbaye de Saint-Benoît-sur-Loire, dam, Société historique et archéologique, t. v, Saint-Palaye, Mémoire sur la vie du moine Helgaud, sur les Actes et les Bulles, A. Villien, L'historiographie de Saint-École de Toulouse, II) ont pu être retouchées, mais l'ordre des mots aura seul été changé, il n'y a eu ni addition sur ce point ni suppression.
On a relevé des contradictions, mais plus apparentes que réelles, et qui ne suffisent pas à faire arguer de faux l'acte entier ; la présence du mot mansus (cum mansis) n'est pas non plus une preuve de faux, quoi que ce mot passe pour n'avoir pas été employé avant l'époque carolingienne, alors qu'on le rencontre en réalité dès l'an 715 d'une façon indubitable.
En regard de ces objections, il existe des indices d'antiquité. Leodebod spécifie que les moines de Saint-Pierre de Fleury vivront juxta regulam sanctissimi Benedicti et domini Columbani. Pareille mention ne se lirait pas certainement dans un acte rédigé après l'année 750. Autre signe d'antiquité : la mention de l'insertion de l'acte dans les gesta municipalia.
Il n'y a donc qu'une difficulté sérieuse contre cette pièce qui ouvre le cartulaire de Fleury : la date. Il ne semble pas possible de substituer Clotaire à Clovis II, mais on peut admettre que le copiste ait lu II au lieu de XII, car, dans les diplômes originaux du VIIe, la date de l'année du règne est indiquée en chiffres romains, or l'oubli d'un chiffre est chose fréquente dans les transcriptions, et si l'acte était écrit sur papyrus, le chiffre pouvait être effacé ou peu lisible. On en vient donc à admettre que, grâce à cette correction, le testament, qui ne peut remonter à la deuxième année du règne de Clovis II, soit daté du 5 des calendes de juillet, le 27 juin 651.
Deux évêques ont signé le testament ou charte de fondation de Fleury, ce sont Audœnus et Leodegarius. Le premier est généralement identifié avec saint Ouen, de Rouen ; le deuxième a été réclamé pour Autun et pour Orléans. La seule liste épiscopale d'Orléans (ms. Vatic. Reg. 465) ne fait mention d'un Leodegarius qu'à l'extrême fin du VIIe. Le Leodegarius du Gallia christiana n'a pas d'autre répondant que le testament Leodebodi.
La liste du Vatican donne comme évêque d'Orléans Audo, signataire d'un concile tenu à Chalon entre 639 et 654. Cet Audo semble être un doublet d'Audœnus, il est superflu de chercher à Rouen. Des deux évêques qui ont souscrit le testament, le premier mentionné, Audœnus, semble n'être autre que l'Audo du catalogue, lequel vivait sous Clovis II ; quant à Leodegarius, il ne devint évêque d'Autun que sous Clotaire III.
C'est au testament qu'Adrevald, moine de Fleury, fait allusion au chapitre n de la translation de saint Benoît, il l'appelle testamentum multæ vicissitudinis, et considère l'échange de la villa d'Attigny contre l'ager de Fleury comme l'objet principal de cet acte. Il semble emprunter le récit de la fondation de Fleury au testament.
Le testament de Leodebod fondait l'abbaye de Saint-Pierre, située sur les bords de la Loire, à trente et un kilomètres d'Orléans, dans une région fertile, comprise dans le domaine des Capétiens. Ses possessions étaient vastes et nombreuses puisque, dès l'origine, l'acte de dotation fait mention de biens situés en Sologne et en Berry. Bientôt l'initiative de l'abbé Mommole allait amener à Fleury les reliques vénérées de saint Benoît et leur présence donnerait au monastère le vocable sous lequel il n'a cessé d'être connu jusqu'à sa destruction en 1790 : Saint-Benoît-sur-Loire.
Le monastère devint un des plus riches et des plus célèbres de l'Occident ; quant au bien fondé du titre qui lui valait cette prospérité, ce sera le sujet principal du présent travail. Saint-Benoît étendit de plus en plus son domaine non seulement en France mais jusqu'en Angleterre ; il posséda des prieurés, des prévôtés, des maisons conventuelles en Orléanais et en Gâtinais : à Sully-sur-Loire, à Châteauneuf-sur-Loire, à Gien, à Yèvre, à Lorris ; en Normandie, à Saint-James de Beuvron, à Saint-Hilaire-du-Harcouët et à Magny ; dans le pays chartrain, à Souchamp ; dans le Berry, à Saint-Benoît-de-Sault et à Sancerre ; en Gascogne, à La Réole et à Saint-Caprais de Pontons ; en Bourgogne, à Perrecy-les-Forges et à Dié ; en Champagne, à Sorbon, à Feuges, à Arnicourt ; en Angleterre, à Minting.
Grâce à sa richesse, qui n'altéra pas l'observance, le monastère devint un centre littéraire qui brilla en son temps et mérite encore aujourd'hui l'estime et l'attention. Des écoles s'y organisèrent et on s'occupa activement de la transcription des manuscrits. Les épaves de la bibliothèque dont nous parlerons plus loin, aujourd'hui dispersées dans plusieurs bibliothèques de l'Europe, nous donnent une haute idée du zèle intelligent avec lequel moines et abbés s'adonnaient à l'étude.
Ce fut principalement l'étude de l'histoire qui captiva les moines de Fleury, « et l'on doit à des religieux de cette maison, soit qu'ils aient narré les miracles de leur saint patron, soit qu'ils aient retracé la vie d'un roi de France ou celle de deux de leurs abbés, soit enfin qu'ils aient écrit des chroniques proprement dites, quelques-uns des plus utiles récits sur lesquels sont étayées les annales de l'histoire de France ». Les plus illustres d'entre ces écrivains sont Adrevald, Abbon, Aimoin, Helgaud, André de Fleury, Raoul Tortaire, Hugues de Fleury.
Enfin l'ouvrage célèbre de Jean Du Bois : Floriacensis velus bibliotheca, benedictina, sancta, apostolica, pontificia, caesarea, regia, Francogallica... cum utroque xysto, nunc primum e latebris emersa et antiquariorum usui exposita, Lugduni, 1605.
Situation du Mont-Cassin. — Saint Grégoire racontait à ses lecteurs que saint Benoît avait fait transporter au Cassin le corps de sa sœur (sororem) misit ut ejus corpus ad monasterium deferrent, ut in sepulchro quod sibi ipse paraverat ponerent. Les deux tombes se trouvaient in oratorio beati Johannis Baptistæ et il s'y accomplissait des miracles ; nunc usque, si petentium fieri des exigat, miraculis coruscat. Mais depuis, tout avait changé. Un ami de saint Benoît, nommé Théoprobe, racontait être entré un jour chez le saint homme qu'il trouva pleurant et gémissant : Omne hoc monasterium quod construxi et cuncta quae fratribus praeparavi omnipotentis Dei judicio gentibus tradita sunt. Vix autem obtinere potui ut mihi ex hoc loco animae concederentur. Et saint Grégoire ajoutait : Hoc autem cernimus qui destructum modo a Langobardorum gente ejus monasterium scimus. Nuper enim tempore et quiescentibus fratribus nuper illic Langobardi ingressi sunt : qui diripuerunt omnia, ne unum quidem hominem illic relinquere potuerunt. Sed implevit omnipotens Deus quod fideli famulo Benedicto promiserat, ut si res gentibus traderet, animas custodiret.
Voici certainement ce qu'a dû et pu lire l'abbé Mommole. Mais il avait vraisemblablement d'autres sources d'information. Le sac et la destruction d'un monastère de cette importance n'avaient pu que donner naissance à bien des récits colportés de bouche en bouche. Nous n'entreprenons ni de les reconstituer, ni même d'en tenir compte, mais on peut admettre sans beaucoup de chances d'erreur, des détails que nous trouvons consignés, par exemple cette anecdote recueillie par Paul Diacre sur les moines fugitifs : Ex eodem loco [le Cassin] monachi Romam peregrinabantur, secum codicem sanctae Regulae, quam praefatus Pater [saint Benoît] composuerat, et quaedam alia scripta, ne non et pondus panis et mensuram vini, et quidquid ex supellectili subripere poterant, deferentes. On se passait ainsi de petits détails. Le même Paul Diacre écrivant de la part de son abbé, ajoutait que le manuscrit était auprès des saints mains exaravit [Benedictus]. La destruction du Mont-Cassin, survenue en 580, sous l'abbé Bonitus, fut complète. Paul Diacre, peu enclin à aggraver les torts de ses compatriotes lombards, était réduit à en convenir : Jamque evolutis jere centum et decem annis ex quo locus ille habitatione hominum deslitus erat. Ainsi, en 690, ces ruines étaient délaissées, inhabitées depuis cent dix ans. C'est ce qu'on pouvait savoir à Fleury, vers 658, pour peu qu'on portât intérêt aux grands souvenirs. L'état d'abandon total était notoire et le même Paul Diacre avoue que le Mont-Cassin demeura désert, vasta solitudo, jusqu'à ce que venientes Franci.
• Ibtd., l. II.
Hisioria Langobardorum, I. IV, orbis circulum propagare, conligit, disponente Deo, ut Petronax, civis Brixiante urbis vir valde religiosus, divino afflatu amore, Romam venisset. Quem reverendissimus papa Gregorius cælius inspiratus admonuit ut hoc Casinum Castrum peregraret, atque monasterium beati Benedicti quod jam per tot annos destructum manserat, suo studio reconciliare satageret. Quo annuente, mox idem venerabilis pontifex cum illo aliquot de Lateranensi congregatione fratres direxit, et alia quoque nonnulla adjutoria contulit. Is ergo huc ad sacrum beati Benedicti corpus perveniens, iam cum his qui secum venerant, quamque etiam cum aliquot simplicibus viris quos inibi jam dudum resedisse compererat habitare coepit anno Domini 720« . Atque ab iisdem fratribus in abbatem prelatus, cooperante Deo, constructis decenter habitaculis, ac multorum ibi fratrum congregatione statuta, sub Regula sanctæ doctrinæ vivere studuit.
Ainsi donc « lors que Dieu tout-puissant eut décrété en sa toute-puissante miséricorde la restauration du monastère du bienheureux Benoît et la propagation dans l'univers entier de l'institution cénobitique qui y avait pris naissance, il advint par disposition divine que Petronax, citoyen de Brescia, homme très pieux, poussé par l'amour divin, vint à Rome. Le vénérable pape Grégoire [II] fut inspiré de lui confier la mission de se rendre au Mont-Cassin et de restaurer le monastère du bienheureux Benoît qui était resté détruit et ruiné depuis tant d'années. Petronax acquiesça, le pape l'envoya vers la sainte montagne avec quelques moines de la communauté de Latran. Petronax étant donc arrivé au corps sacré du bienheureux Benoît, s'y installa avec ses compagnons et quelques hommes qu'il trouva en ce lieu. C'était l'an du Seigneur 720 » • On le fit abbé, il bâtit des cellules et réunit une communauté.
Il est possible à la rigueur, quoi que peu vraisemblable, que ces hommes simples que Petronax trouva incrustés dans les ruines en 720 s'y trouvassent depuis l'an 580 ; dès lors, comme Léon d'Ostie ne nous dit pas qu'ils eussent succédé à d'autres ni qu'ils habitassent ces lieux depuis cent quarante ans, il semble légitime de croire qu'ils n'avaient eu ni la garde, ni la surveillance des ruines depuis le désastre survenu sous l'abbé Bonitus. Léon d'Ostie dit que Petronax fit construire des cellules, constructis decenter habitaculis. Paul Diacre se contente d'écrire reparatis habitaculis, ce qui veut dire à peu près la même chose. Après cent quarante ans, ce qui pouvait subsister avait grand besoin de réparations qui devaient ressembler fort à une reconstruction. Les hommes simples, expression rare et qui n'indique pas des ermites ni des reclus, mais plutôt quelques pauvres gens abrités tant bien que mal sous des voûtes encore debout, n'avaient pas eu d'autre souci que de vivre un peu mieux qu'à la belle étoile. L'arrivée des moines leur dut sembler une aubaine inespérée. Ils s'agrégèrent aux nouveaux venus qui leur assuraient une existence moins précaire. Car si on ne détournait pas du Mont-Cassin comme d'une tanière redoutable, on ne le gravissait plus comme un asile de piété et de bienfaisance. Précisément, en 720, un touriste anglais (on disait pèlerin en ce temps-là) Willibald passait au pied du Cassin sans s'arrêter ; en 729, au retour des Lieux Saints, Willibald et son frère Wunébald ne manquèrent pas d'aller à la communauté amenée par Petronax ; ils y trouvèrent paucos monachos et abbatem nomine Petronacem.
Telle était la situation dont on avait dû s'entretenir dans les monastères entre 580 et 720. Le Mont-Cassin dévasté, abandonné, inhabité ; et il n'en fallait pas plus pour faire naître le désir de posséder les reliques que les moines, en fuyant, avaient abandonnées.
III. Projet d'enlèvement des reliques. — L'abbé Mommole ne pouvait pas tenter l'aventure en personne. Les abbés bénédictins — ceux du VIIe, sauf Benoît Biscop — ne voyageaient guère. L'absence de l'abbé de Fleury eut peut-être attiré l'attention sur ses allées et venues, mis les désœuvrés en éveil, en sorte que Mummole confia son plan à un moine nommé Aigulfe, avec lequel, nous dit-on, il s'entendait à merveille. Ici, il faut faire la part du feu : on nous parle de visions : il est plus probable que ces façons de dire nous dissimulent des procédés beaucoup plus accessibles au commun des mortels. L'abbé, pour sonder son ami, sans trop se livrer, a pu dire : « J'ai comme une idée... J'ai rêvé que... » et il donna cours à l'imagination qui le hantait : posséder à Fleury le corps de saint Benoît. Aigulfe comprit à demi-mot, il était prêt à partir et à tenter l'entreprise. Il allait se mettre en route avec quelques compagnons quand arrivèrent à Fleury des moines de la ville du Mans. Eux aussi avaient eu une vision et partaient à la recherche des reliques du père saint Benoît. Aigulfe dut comprendre que ses préparatifs ou une indiscrétion avaient donné l'éveil sur ses projets : il ne pouvait dissuader les Manceaux de tenter l'aventure, alors il leur proposa de faire route ensemble. Sitôt la partie liée, on partit ; mais Rome se trouvait sur la route, on ne pouvait se refuser, étant venus de si loin, de faire des visites aux principaux sanctuaires, ce ne serait qu'un retard de quelques jours. Et quand Aigulfe vit ses compagnons tout émoustillés à la pensée de ce qu'ils allaient voir des merveilles, il décampa et fila droit au Mont-Cassin. Lorsqu'il se vit au centre de ces ruines, se trouvant bel et bien perdu, il se mit à prier afin de découvrir la tombe qu'il cherchait. « Comme il priait, raconte Adrevald que rien n'embarrasse, un vieillard vénérable s'approcha de lui et lui dit : « D'où êtes-vous ? qu'êtes-vous venu faire en ces lieux ? » Aigulfe se taisait sur le but de son voyage. « Pour quoi, dit le vieillard, ne me confiez-vous pas votre secret ? Ne craignez rien : ayez confiance en moi : peut-être pourrais-je vous être utile. » Aigulfe, rassuré par le ton de bonté et par la physionomie douce et grave de cet inconnu, persuadé, d'ailleurs, que la vieillesse est toujours d'un bon conseil, lui raconta le motif qui l'avait amené des Gaules en Italie. Alors, le vieillard, les yeux fixés en terre : « Quelle récompense me donnerez-vous si je vous découvre le trésor que vous cherchez ? je puis le faire. » — « Tout ce que vous me demanderez, dit Aigulfe. » « Venez donc aux approches de la nuit, restez attentif, et portez vos regards autour de vous. Vous ne tarderez pas à apercevoir, dans la profondeur des ténèbres, un point brillant, et comme un jet éblouissant d'une vive et blanche lumière. Remarquez bien le lieu d'où s'échappera ce rayonnement, c'est là en effet, que vous trouverez l'objet de vos recherches. » Les grandes ombres commençaient à peine de descendre des monts dans les vallées, et déjà le jour religieux le cœur plein d'espoir, était à l'entendre la mystérieuse vision. Tout à coup la lumière révélatrice brilla au sein de la nuit. Il se prosterna aussitôt pour rendre grâces à Dieu d'abord ; puis, avant que le soleil ne revint éclairer le désert et les ruines, il s'empressa de recueillir avec respect, dans une même corbeille, les ossements du corps de saint Benoît et de sainte Scholastique qu'il renfermés ensemble dans le tombeau qu'il venait d'ouvrir. Au point du jour, les Manceaux arrivèrent, trop tard. Aigulfe les ayant joués, ils le traitèrent en homme supérieur et lui demandèrent le partage des reliques, se faisant très modestes et se rabattant sur la seule sainte Scholastique. Mais Aigulfe lanterna, biaisa, s'échappa en bonnes paroles et en belles promesses et promit d'être généreux quand on serait tous rendus à Fleury. Cet Aigulfe était un homme rempli de prévoyance ; il pressentait qu'après un si heureux coup il était prudent et sage de ne pas s'attarder. Et en effet, pendant que ses compagnons et lui enjambaient les pans de murs et dévalaient parmi les ruines croulantes, le pape Vitalin apprenait par une vision — la quatrième — qu'on allait priver l'Italie de sa richesse et, en conséquence, il expédiait une cohorte de soldats lombards sur les traces des moines gaulois. Ceux-ci avaient le ciel pour eux. Pendant qu'il avertissait Vitalin, le Tout-Puissant s'adressait à Aigulfe, lui disant de filer sans perdre un instant, et, grâce à leur prestesse, les moines échappèrent à la police mise à leurs trousses.
IV. Discussions sur la réalité de l'enlèvement. — Paul Diacre avait avoué l'enlèvement des reliques et l'abandon du Cassin. Adrevald avait beau jeu, il en profita, on le laissa dire. La communauté reconstituée au Mont-Cassin se trouvait en face d'une évidence indéniable, elle ne la niait donc pas et, jusqu'au XIIe, il resta acquis que les reliques de saint Benoît et de sa sœur, abandonnées par les fugitifs depuis l'an 580, avaient été recueillies et emportées, vers l'an 660, en Gaule, où elles étaient conservées dans le monastère de Fleury, au diocèse d'Orléans. À mesure que le temps s'écoula, que la prospérité revint au monastère du Cassin, ses habitants déplorèrent le fait accompli ; ils n'y pouvaient rien changer, ils s'avisèrent de le nier. Au XIIe, un moine du Mont-Cassin composa une série de pièces fausses qu'il encadra dans une chronique non moins fausse et mit ce fatras sous le nom célèbre, et alors révéré, d'Anastase le Bibliothécaire, que le faussaire laissait vivre un siècle avant l'époque où il avait vécu. Un Douaisien devenu moine du Mont-Cassin, dom Arnold Wion, cita des passages de cette chronique, qui fut sérieusement discutée ; on les trouve dans son livre intitulé : Lignum vitæ, ornamentum et decus Ecclesiæ, in quinque libros divisum, in quibus SS. Religionis divi Benedicti initia, virtus, doctrina, sanctitas, ac principium clarum describuntur, 2 vol., in 1. Venetiis, 1595, t. ii, p. 221, 385. Lorsque, au XVIIe, ce texte fut publié intégralement par Muratori, Scriptores Italici, t. ii, part. 1, p. 347-370, l'accord se fit soudain sur son compte, on n'en reparla plus. Le pseudo-Anastase avait eu un précurseur. Bartolini, afin de soutenir l'opinion qui veut que les ossements de saint Benoît, mais non tous les ossements, furent ravis et transportés à Fleury, cite le témoignage contenu dans un manuscrit de la bibliothèque de Naples : Exinde aulem cum illic diligentius veneranda sanctorum corpora demorata, in negligentia ab immis haberentur, divino dispensante consilio, quod nullum passent investigare corda mortalium, ad Galliarum fines eorum non ex toto sed partim sunt translata cadavera... Plurima quoque rata signa eorum meritis in eodem monte (Cassino) fieri noscuntur, in quo illorum sanctissima corpora in ultimo die resurrectionis ressuscitanda creduntur. Nam quod ex eorum membris aliquas Drusinas in extremas nati migrare permisit, nibil aliud hoc actum est, nisi ut quanta esset meritorum illorum potentia universus orbis. Le manuscrit de Naples, V 1 11 I 5, qui contient cette pièce, est du XIe ; elle daterait, s'il faut en croire l'auteur, du règne de Sico et de l'époque des Longobards.
Ce qui me paraît certain, c'est que ce document est postérieur à 830 et sorte que ce ne serait pas au VIe, mais au ixe qu'aurait germé au Mont-Cassin l'idée dont pseudo-Anastase se fit le propagateur. L'auteur est évidemment un habitant du Mont-Cassin désireux de donner quelque prestige à son monastère en restant dans le vague et laissant croire qu'on y possède quelques reliques qu'il se garde bien de nommer.
Translatio S. Benedicti : Inc. : Dolnæ imitatis limi Benedicti abbatis ex cod. ms. Vat. lat. Nat.... t. /,ir Translatio S. ; :. ni dict, dans Neues Archiv. Gesell. /Or ait. deuts. Geschichte,
Le pseudo-Anastase s'était contenté de soutenir que la translation avait été suivie d'une restitution, de sorte que le Mont-Cassin avait récupéré les reliques, ce qui était une manière de faire dire à Adrevald le contraire de ce qu'il soutenait. Au Cassin, cette explication semblait mesquine : enlèvement, restitution, rien ne valait la possession ininterrompue ; et, dès la fin du XIIIe, il exista cette mystérieuse tradition qu'on nomme « tradition constante » pour affirmer que jamais un seul ossement du patriarche n'avait été extrait de son tombeau. Un moine du lieu se fit le défenseur de cette théorie, c'était Léon de Marsi : Léo Marsicanus, ainsi qu'on disait, qui devint, avec l'âge, évêque d'Ostie et cardinal. Pendant ses années de vie monastique, sous l'abbé Odérise, il composa une Chronique à laquelle il n'eut pas le temps de mettre la dernière main. Un nommé Pierre, autre moine du Cassin, connu sous le nom de Pierre Diacre, se chargea de mettre la Chronique au point et il l'étoffa de belles pièces. Afin que celles-ci fussent probantes, décisives, il les composa lui-même, et bourra les archives du monastère de monuments que nous appelons apocryphes, mais qui firent longtemps figure d'originaux. Désormais il fut avéré, pièces en mains, que les restes de saint Benoît n'avaient jamais quitté le Mont-Cassin. Léon d'Ostie et Pierre Diacre s'en portaient garants dans les Chronica monasterii Casinensis ab anno 529 ad ann. 1075, nain, 1094, et ab ann. 1075 ad ann. 1134. La première édition de cette chronique, mise faussement sous le seul nom de Léon d'Ostie, parut à Venise, d'après un manuscrit interpolé, au XVe, par Ambrosio Traversari (t 1439) (et conserve jour d'hui à Venise, S. Mich. Murian, n. 727) ; sous le nom de Chronicon sacri Casinensis cœnobii, par les soins de Laurentius Vicenlinus monachus. Ce dernier appartenait à la congrégation de Sainte-Justine, rattachée au Mont-Cassin, et prétendait avoir tiré le manuscrit en question ex bibliothecis nostris, notamment d'un manuscrit prope vetustate confecta. À une demande d'explications, le moine italien répondit superbement par la publication d'une série d'apocryphes parmi lesquels figuraient des bulles de saint Zacharie, de Benoît III et d'Urbain II attestant la présence du corps de saint Benoît au Mont-Cassin. Comme le doute subsistait, dom Laurentius vida ses tiroirs et livra au public une farde de documents d'une fausseté insigne, œuvre de Pierre Diacre. Même alors, tout cela n'eut pas le sens commun, sauf en Allemagne et en Espagne, terres privilégiées de la critique et de la probité historique. Le chapitre général de la congrégation de Bursfeld en Bavière et le chapitre de la congrégation de Valladolid témoignèrent des doutes sur la translation du corps de saint Benoît en France.
Le pseudo-Anastase jouit alors d'un retour de faveur. Dom Arnold Wion, dans son Lignum, et dom Antonio Yepez, dans les Chroniques de l'ordre de Saint-Benoît, composées en espagnol et traduites en français par dom Martin Rethelois, t. i, déplurent généralement, mais on s'y attarda peu, car la question entrait dans une phase nouvelle.
In Christi nomine. Fuit in Francia per pii Patris prudentialam presbyter doctus. Hic erat iter facturus ad Italiam volens investigare ubi sepulta jacerent inculta ab hominibus ossa sancti Benedicti Patris. Tandem pervenit in desertum, quod distat a Roma LXX aut LXXX milibus : ubi olim, constructa cella, concordia caritatis inhabitantium firma fuit beati Benedicti, Et tamen adhuc presbyter cum sociis suis sollicitus erat de incertitudine locorum. Qui dum nec vestigium invenire poterat, aut cimiterium corporum ; tandem a subulco mercede conducto intellexit, et per eum invenit locum monasterii. Sepulcrum tamen omnino agnoscere non potuit, donec cum suis sociis consecravit jejunium per biduum ac triduum. Et postea coquo eorum per somnium revelatum est ; et res ipsa manifesta est. Ipse vero mane demonstrans, qui in honore ultimo esse videtur, ut in eo appareat quod Paulus ait : « Despecta mundi elegit Deus, et illa ab hominibus despicit ; » et sic ipse Dominus praedixit : Quicumque voluerit inter vos major esse erit vester minister ; « et iterum : « Qui voluerit inter vos primus esse erit vester servus. » Et cum diligentius perscrutantes loca, invenerunt lapidem marmoreum perforandum. Destructo vero lapide, invenerunt ossa Benedicti abbatis, et in eodem monumento ossa beatae Scholasticae sororis ejus subter jacere, marmore interposito : quia, ut credimus, omnipotens et misericors Deus maluit eos in sepultura conjungere quos ante, per amorem germanitatis et caritatis Christi sociavit.
Congregatis vero ossibus et lavatis, posuerunt super sindonem mundissimum ; seorsum tamen utriusque, ut secum portarent ad regionem, Romanis ignoranibus : quia si agnovissent, ulli que non sinerent absque conflicto aut bello a se perduci tam sanctas reliquias, quas Deus declaravit ut homines intelligere potuissent tamquam mercedem religionis et sanctitatis eorum : quod in miraculo apparuit quod ibi effectum est. Quia postmodum sindones obtegente ossa eorum inventi sunt de sanguine eorum erubere, velut de vivis corporibus emanasset cruor, ut per hoc ostenderet Jesus Christus quod secum veraciter viverent in futurum, quorum ossa hic miraculis coruscant. Et tamen erant caballo superposita, et per longa itineris spatia sic leviter portabat quasi nihil oneris sentiret. Quando vero in via silvalica et angustica itinera ambularet, nec arborum offendicula, nec difficultas viarum obstaculum eis vel impedimentum esset itineris ; ut perfecte portiores agnoscerent ob merita hoc esse sancti Benedicti, atque beatae Scholasticae sororis ejus, ut prosperitas itineris eorum tam secura esset, donec perducti essent in Franciam, ad monasterium cui Floriacus nomen est : ubi nunc sepulti sunt in pace, et in novissimo resurrecturi in gloriam illic praestant les beneficia petentis Patrem per Jesum Christum Filium Dei qui vivit et regnat in unitate Spiritus Sancti, per omnia saecula saeculorum. Amen.
« Au nom du Christ. Il existait en France un prêtre instruit par les leçons de son pieux abbé. Il décida d'aller chercher en Italie, où ils gisaient à l'abandon, les os du père saint Benoît. Il parvint en ce lieu désert à soixante-dix ou quatre-vingts milles de Rome ; là, jadis, Benoit avait bâti et affermi un monastère par la pratique de la charité fraternelle entre ses habitants. Le prêtre et ses compagnons de voyage se préoccupaient, vu leur ignorance des lieux ; ils ne trouvaient pas trace de cimetière où tenter des recherches. Mais un bouvier, consentit, à prix d'argent, à expliquer en détail les diverses parties du monastère. Quand il s'agit de découvrir la sépulture de saint Benoit, le prêtre et ses compagnons jeûnèrent deux jours et encore trois jours. Après ce temps, leur cuisinier connut une nuit le secret et, dès le matin, se hâta de le révéler [quelques considérations morales). Après avoir étudié les lieux attentivement, on découvrit une pierre sépulcrale qu'on creusa, ensuite on la brisa et on se trouva en présence des ossements du saint abbé Benoit, et dans le même tombeau, dans un caveau inférieur, séparé du premier par une dalle de marbre, les ossements de sainte Scholastique, sa sœur. Dieu ayant voulu unir dans la mort ceux que les liens du sang et de charité avaient unis dans la vie.
« Après avoir lavé et réuni ces précieux restes, on les plaça dans un linceul très pur, mais séparément, pour les emporter dans le pays [d'origine des voyageurs ] à l'insu des Romains, qui n'eussent pas manqué, connaissant le larcin, de s'y opposer, même par la force. Dieu révéla ces saintes reliques aux ravisseurs afin de faire éclater aux yeux des hommes la sainteté de son serviteur. Le linceul qui contenait les corps parut comme teint d'un sang qui semblait sortir d'un vivant. Jésus-Christ manifestait ainsi que ces deux saints vivaient auprès de lui dans le ciel, puis que leur os étincelaient de tels prodiges.
Cependant on les disposa sur un cheval qui les porta longtemps sans fatigue. Ni fonts ni halliers n'arrêtèrent les ravisseurs, qui attribuèrent à saint Benoit et à sainte Scholastique l'heureuse issue de leur voyage. Ils arrivèrent sans encombre en France, au monastère de Fleury, où les deux corps reposent dans la paix et dans l'attente de la résurrection glorieuse, comblant de bienfaits ceux qui y prient, par leur intercession, Dieu le Père, par Jésus-Christ son Fils, qui vit et règne avec lui dans l'unité du Saint-Esprit dans les siècles des siècles. Amen.
VI. Nouvelles discussions. — C'était à l'anonyme de Saint-Emméran à semer la discorde avec Vald, car eux seuls pourraient se faire les conciliateurs. Adrevald se tenant coi, ce fut l'ancien moine du Cassin, dom Pietro Maria Giustiniani, qui s'exerça à l'arbitrage dans une quaestio corpora sanctorum et Scholasticae numquam olim (Vintimille) Mabillon, Annales, « lit. Lueae, L745, i ' Voir finto nome di Leone Marsicano ed alC apoerifo diploma délia famosa d di <m sul/o 11, in-l°, Napoli, 1759. fut, ou peu s'en faut, la polémique au siècle.
Elle n'avait pas servi à grand-chose, Justiniani aussi, Ii et Reverendissimi P. essaye d'opposer l'anonyme de Saint-Emmeran à Adrevald, et lors que l'anonyme se montrait, soucieux de ne rien avouer au delà de ce qu'il savait, l'Italien l'accusait, non pas de timidité, mais de mauvaise foi et d'ignorance. Tout ceci n'est pas assez sérieux pour être discuté et on serait tenté de s'associer au reproche fait à un bénédictin contemporain d'avoir encombré son exposition de polémiques avec des adversaires souvent chétifs, presque toujours de parti pris.
A s'en tenir aux récits qu'on a lus, ceux de saint Grégoire, de Paul Diacre, de Léon d'Ostie et de l'anonyme, il est impossible de contester : 1° le sac du Mont-Cassin ; 2° l'abandon total, sans souci des reliques ; 3° l'arrivée d'étrangers : 4° la découverte et l'enlèvement des reliques. Autour de cette armature, des faits également certains viennent la renforcer. Les ravisseurs des reliques sont français, du monastère de Fleury, envoyés par l'abbé, formés en caravane, avec un cuisinier. Rien de plus fréquent au VIIIe et au IXe que les voyages accomplis de cette manière ; les Angio-Saxons en avaient donné l'exemple et inculqué le goût, nous dit Paul Diacre : His temporibus multi Anglorum gentis nobiles et ignobiles, viri et feminae, divini amoris instinctu, de Britannia Romam venire consueverant.
Au contraire du récit d'Adrevald, celui de l'anonyme n'use pas des visions. Quand la petite caravane débouche sur l'emplacement du monastère ruiné, elle se sent déroutée, et elle interroge un bouvier, prédécesseur de ces hommes simples que rencontrera Pétronax. Celui-ci explorait et exploitait les ruines pour son compte et ne devait pas voir d'un bon œil cette bande, qu'il prit presque certainement pour des violateurs de tombeaux. Mais il n'était pas le plus fort, il tira bon prix des renseignements qu'il donna. La petite bande monastique rôde, fouille, scrute les coins et recoins pendant cinq jours, épargnant ses provisions par des jeûnes. Pendant la nuit, le cuisinier découvre le tombeau, tandis que ses camarades dorment profondément : postea coquo eorum per somnium revelatum est. Une vision ? Le texte dit simplement. Pendant qu'ils dormaient, le tombeau fut révélé, revelatum est, à leur cuisinier, eoquo eorum. Le bonhomme peut-être trouvait le temps long, les vivres rares, la nuit fraîche, il avait fait quelques observations qui lui revenaient à la mémoire, il attendit que tout le monde fût endormi, et alla vérifier ses doutes, tout seul, afin qu'on ne pût se moquer de « son idée, » et c'était la bonne ; il vit bien que le tombeau se trouvait là où il l'avait pressenti.
La description de la tombe est conforme à ce que nous savons des tombes en forme (voir ce mot) avec cercueils ou cadavres posés à plat sur les dalles superposées. Le pseudo-Anastase n'y a rien compris, cet usage était abandonné depuis longtemps au XIe et il a imaginé une tabula ferrea inter corpus B. Benedicti et sororem ejus Scholasticam. Au VIIIe on pratiquait encore cette méthode d'inhumation et les moines de Fleury commencèrent par perforer la partie latérale du tombeau, cela fait, ils le brisèrent. Adrevald a parlé lui aussi d'un parietado a latere evacuato que locello 3 et pseudo-Anastase lui-même : efjracta a latere Patris Benedicti ejusque sororis sepulcro. Cette concordance a de l'intérêt. Lien plus, vers le VIIIe, les ecclésiastiques de l'église Sainte-Croix d'Orléans risquèrent une expédition jusqu'à Vienne, en Dauphiné, pour y voler les reliques de l'évêque saint Mamert ; ils réussirent à souhait, mais les fouilles pratiquées à Vienne en 1860 ont montré qu'une façon identique de procéder avait été adoptée : fracture du mur latéral et enlèvement des os à portée du bras. L'abandon des lieux permettait aux moines de Fleury de prendre tout leur temps, ils déposèrent les reliques, séparément dans un linceul, ce qui dispense de la nécessité de faire ressusciter un petit garçon et une petite fille pour distinguer les ossements. Quant à l'envoi d'une troupe par le pape, il n'est pas nécessaire d'y recourir, encore que les Romains eussent été bien disposés à s'opposer à la fuite des ravisseurs, même en recourant à la force. Enfin Adrevald laisse partir pour le Mans les restes de sainte Scholastique, tandis que l'anonyme veut les garder à Fleury. Mabillon, qui, sur ce point, adopte le récit d'Adrevald, écrit : Nomina Mummoli abbatialis et Aigulfi monachi translationis auctorum, utpote alienigena, ignoravit, et quod S. Scholasticae corpus Floriaci remansisse opinatus est 5. Mais le texte d'Adrevald semble insinuer la présence des deux corps pendant un certain temps à Fleury : Ibi que (in veteri Floriaco) exceperunt (monachi) corporum sanctorum supradictorum sub die quinto Juliarum. Cum igiur mi mor.e fièrent, plebs Cenomanicae urbis... afjuit obviam procedens cum civibus suis, quos pro deportando caelesti thesauro emississe gaudebat. Sed cum ad praedictum locum renuis, cognovisse rei veritatem, et aclus omnes venerabilis viri Aigulfi, poslulabat cum ut sibi munus promissum atque a Deo demonstratum concedere deberet. Sed isdem venerabilis vir respondit, se nequaquam
cem separare. Et finalement il s'y résout 6. Il a fallu une députation des nobles du Mans pour obtenir cette concession et ceci a demandé des pourparlers et du temps, un temps considérable : cum morse fierent, pendant lequel les reliques, comme l'assure l'anonyme, « reposaient en paix dans le monastère de Fleury. » VIII. Paul Diacre et la date de la translation. — Paul Diacre, de son nom Paul Warafrid, d'origine lombarde, né entre 720 et 725, fut d'abord attaché à Didier, duc ensuite roi des Lombards, 756. En 763, il compose une pièce de vers adressée à Arechis, duc de Bénévent et à sa femme Adalperga ' ; peu après une Historia Miscella, et peut-être était-il alors moine du Cassin. Charlemagne l'appela en France s, où il se trouvait encore en 785 9. Pendant son séjour, il écrivit les Gesta episcoporum Metensium et une Vie de saint Grégoire le Grand 10. Puis, à son retour au Mont-Cassin, un homiliaire », un recueil de sermons lt, et, pendant les dernières années de sa vie, une Historia Langobardorum 13. En plusieurs passages de cette histoire il atteste l'avoir composée après son voyage en France. Sur sa tombe, l'abbé Hildéric mit une épitaphe, dans laquelle on lisait ceci :
Besplendens cunctos, superis ut Phœbus ab astris Arcloas rutilo decorasli lumine gentes Ce qui veut dire, d'après Angelo délia Noce, Giustiniani et Muratori, que l'Histoire Langobardorum fut ébauchée en France ; ce qui, a montré Mabillon, n'est pas même soutenable un seul instant.
Dans cette Historia Langobardorum, I. VI, chap. n, on lit ceci : Romoaldus quo que, postquam sedecim annos ducalum (Benevenlunum) gessil, ab hac luce subtractus On ne pouvait guère s'exprimer plus clairement : Vers le temps où le castrum du Cassin, où repose saint Benoît, n'était qu'une vaste solitude depuis de longues années, des Français y vinrent du pays du Mans ou d'Orléans. Ayant simulé les veilles prolongées auprès du vénérable corps, ils enlevèrent les ossements du susdit vénérable Père et de sa bienheureuse sœur Scholastique et les emportèrent dans leur patrie, où l'on a bâti séparément deux monastères en l'honneur des deux saints Benoît et Scholastique. Il est néanmoins certain que cette bouche vénérable et plus suave que le plus doux nectar, ces yeux qui contemplaient sans cesse les choses célestes, et d'autres membres encore, nous sont restés bien que réduits en décomposition. » Circa haec lempora est peu clair. Mabillon, qui faisait grand cas du récit d'Adrevald, fixait l'enlèvement des reliques à l'année 653 '. Ceci fait dire à Adrevald qu'il eut lieu sous Clovis II, or il n'en dit rien, mais seulement que Fleury fut fondé sous ce prince et cum processu temporis evolventibus annis, Leodebod mourut, Mummole lut les Dialogues de saint Grégoire et envoya Aigulfe en Italie ;. Il est le I« livre des Miracles de saint Benoît, le même Adrevald écrit que l'enlèvement eut lieu sous le règne de Constantin Pogonat (GG8-685) : Circa hœc tempora haud dubium quin Constantino imperante, cum in Castro Cassini. ubi beatissimi Benedicti corpus reguiescebat aliquantis '■'... Le P. Le Cointe adoptait la date G73 *, qu'il croyait s'accorder avec le récit de Paul Diacre, suivant en cela Teneur commise par Adrevald qui n'a pas remarqué que Paul Diacre, après avoir raconté VI, cli. i, il, m) les faits relatifs à la province de Bénévent, revient en arrière pour reprendre l'histoire générale de l'Église et des Lombards, (.'est ce qu'a vu le P. Stilting, qui a montré que le Dum in Ilalia geruntur qui ouvre le chapitre iv, ne contredit nullement le circa hœc lempora du chapitre n. 1. 1 date visée n'esl donc ni 653, ni 673, elle se place entre 690 et 7U7, pendant les années du gouvernement de la province de Bénévent par le duc Gisolfe Or, les Annales Laureshamenses (Lorsch) débutent ainsi : Anno DCCIII, translatio corporis Mabillon, Acta and. (>. s. lt.. laec. n. Translatio S. Benedicti ad Galliam, n. i. p. : ::', :. ; Annales bened.,aà ann. o. ». : !. I. IV. n. 29. ■ Adrevald, Historia translationis s. Benedicti, n. 3, tait, de Certain, i>. 3-4. — ' Siiracula, l. It n. 2. ■ Le Cointe, Annales ecclesiastici Francorum, t. m, ad ann. 673, n. 12. 'Acta lanct., leptembr., 1. 1, !' 736 Atgulfo, notœ prorata :, n. 36, '■>'■ Si ruiné que fut le monastère depuis l'an 580, la position stratégique aura pu attirer le duc Gisolfe. C'est du moins ce qu'on est en droit de supposer d'après cette indication fournie par Paul Diacre, d'après laquelle Gisulfus Beneventanus auclor Suram Romanorum civitatem, Hirpinum al que Arcem pari modo appida cœpil. Et on a fait remarquer que cet Arcem rappelle la mention qu'on lit dans Paul Diacre :...in castra Cassini quod Arx appelalur ', ces mots du poète Marcus : liane Inrum quondam uocilaveral Arcem » et cette note aux Dialogues de saint Grégoire dans un manuscrit de Milan (vm« siècle, début).... Benedicti condiloris vel abbatis monasterii quod appellatur Arcis, provincise Campanile 10.
Au lendemain de cet événement, les ruines peut-être aménagées peu à peu par des pâtres avaient dû perdre leurs habitants, peu désireux de faire connaissance avec les soldats de Gisolfe, en sorte que les ravisseurs ne rencontrèrent guère qu'un seul individu, un bouvier.
IX. Le témoignage de Paul Diacre. — ■ Au ix« siècle, voici ce qu'en pense Adrevald : Unie sacratissimœ (ranslalioni... ulteslutur Paulus monachus, in historix gentis siue libro sexto ila inquiens : hœc lempora »...
Au xi° siècle (début), le pseudo-Anastase ne cite pas Paul Diacre, mais adopte le fait de la translation avec la date donnée par Adrevald '-.
Au xic siècle (fin), Léon d'Ostie écrit : Cœterum i/ui Pauli Diaconi, veracis uli que el insignis histori phi, testimonio super hoc se julciri existimanl, noverint consuetudinem hanc esse rerum geslarum scriploribus, ut in narrationibus suis vulgi opinionem sequantur n.
Bestait à interpréter le texte. Ko France, on disait : les ravisseurs ont apporté ossa (anonyme de Saint-Emmeran) ; en Italie, on disait (pie la bouche et les yeux et d'autres membres tombes en décomposition, quamvis in cinerem de/luxa, avaient été laisses. Si on peut demeurer perplexe sur la nature des indications qui, à partir de 720, permirent aux moines, rentres avec Pétronax, de reconnaître dans les débris, réduits en cendre depuis 513, et qu'on n'avait pu emporter en 703, des yeux et une bouche, il semble superflu d'entamer sur ce point une discussion qui ne saurait, en tout « lai de cause, aboutir a rien. Cette consolation quise donnait Paul Diacre exprimait peut-être un fait vrai, mais certainement ses confrères du Mont-Cassin, â l'épo que où il y rentra et y écrivit son Histoire, après 7M2. n'avaient rien d'autre à présenter que quelques cendres retrouvées peut-être dans le tombeau ; quant aux ossa, Paul reconnaît (ainsi que l'anonyme de Saint-Ermn qu'ils n'y sont plus : 1 sa aujerentes... ossa asportarunt. il est trop évident que, si les cendres mil été abandonnées, il faut entendre par ces mots les chairs décomposées sur l'état desquel les il impossible de rien préjuger, faute d'indication. Cependant l'anonyme dit qu'avant de les emporter, les ravisseurs procédèrent à un lavage dès ossements : congregalis vero ossibus et lavatis ; comme les deux corps étaient dans des cercueils ou tout au moins dans une tombe étanche, l'action de la terre n'avait pu s'exercer directement sur les corps livrés à la seule dissociation des éléments biologiques. La putréfaction avait dû laisser ces tristes traces qu'elle laisse toujours, les vêtements corrompus, peut-être les souliers, la ceinture de cuir, tout cela devait faire des débris d'un transport difficile et peu désirable pour une caravane pressée de rentrer chez elle sans donner l'éveil en route. C'est sans doute tout cela, débris de la chair, des vêtements, peut-être ceux qui furent détachés des ossements par le lavage qu'on aura sans aucun doute, faute de pouvoir et de vouloir et de savoir les emporter, relégués dans un angle de la tombe où les moines de Pétronax les auront retrouvés, et c'est de cela que Paul Diacre écrit avec vérité : sed lamen cerlum est nobis... remansisse 1.
On conservait donc très vraisemblablement au Cassin des débris dont la nature était impossible à déterminer, mais dont l'origine était certaine. On possédait mieux que cela, et ce qu'il n'était pas au pouvoir des ravisseurs d'emporter, on gardait l'emplacement primitif, le locus consacré par la depositio. Nous avons eu trop souvent l'occasion dans le Dictionnaire d'insister sur l'importance que les chrétiens accordaient au lieu où avait reposé le corps saint pour entamer ici une discussion à ce sujet. Qu'on se rappelle des travaux entrepris dans les catacombes par saint Damase pour amener les fidèles jusqu'à l'endroit même où les corps des martyrs illustres avaient été ensevelis. La persistance apportée à bâtir l'une après l'autre des églises sur un emplacement immuable n'avait pas d'autre raison que de s'attacher à l'endroit matériel de la déposition. Les restes avaient souvent été violés, enlevés, transférés, mais en fait de restes l'antiquité chrétienne était peu exigeante. Les brandea approchés d'un tombeau, les ampullœ gardant l'huile des lampes passaient au rang de reliques. C'était le sarcophage qu'on raclait, qu'on grattait, qu'on écornait de son mieux et on ne doutait pas qu'on eût des reliques du saint. Posséder la tombe, l'excavation, équivalait à posséder le corps même. On organisait des pèlerinages, on faisait des donations à cet emplacement dépouillé. A la fin du IXe, on emporta de Poitiers pour les soustraire aux Normands les reliques de saint Hilaire qu'on déposa au Puy-en-Velay. Missels, proses, martyrologes constatent ou relatent cette translation ; en 1162, 1428 et 1655 on fait la reconnaissance des reliques et cependant les fidèles continuaient à venir vénérer le corps absent ; c'est-à-dire venaient implorer sa protection et son intervention sur le lieu où ils s'attendaient à en recevoir les effets surnaturels. Des chartes se succèdent sans interruption en 868, 878 lors que le corps était peut-être encore à Poitiers, en 922, 940, 1104, 1119, 1126, 1160, 1161, alors qu'il n'y est certainement plus, et toutes usent de la même formule : basilica sancti Hilarii... ubi ipse preciosus humano corporc requiescil, ibi super sanctissimum corpus ; super altare unie corpus beati Hilarii ;... in basilica qua sacralissimum corpus ejus quiescit ;... juravimus super corpus ;... ante corpus B. Hilarii '.
Et voilà ce dont on n'avait pu dépouiller le Mont-Cassin et ce qui lui demeurait. Un historien que je me reprocherai de contredire pense que les moines de Pétronax ont retrouvé — en vérité, il faut citer — ont retrouvé « des os de la bouche et des yeux. > Je ne crois pas qu'il existe des os de la bouche dans un squelette (à part les dents), quant aux « os des yeux... • Peut-être ? Au temps de saint Benoît I Mais il faut prendre garde, lorsqu'on s'aventure sur cette question qui a le mystérieux privilège de faire déraisonner. Ainsi, pour amoindrir l'autorité de Paul Diacre, le cardinal Léon d'Ostie explique que les historiens ont coutume de suivre les racontars populaires in narrationibus suis vulgi opinionem sequantur. La preuve en est, continue le cardinal Léon d'Ostie, que dans saint Luc, beata Maria Joseph palrem Domini appellal ; et, dans saint Marc, Hero des pro eo quod puella caput Joannis Baptistse quœsierut dicilur contrislalus, ce que, déclare le cardinal Léon d'Ostie, ulrum que nequaquam verum fuisse nemo qui nesciat '.
X. Adrevald et son récit. — Adrevald c'est Adalbert. Mabillon l'a montré et l'opinion semble désormais admise. Il était moine à Fleury et dès l'enfance, parvulus, en l'année 826. C'était un moine un peu crédule, mais très laborieux ; vers 878 ou 879, il cessa de tenir registre des miracles accomplis auprès des reliques de saint Benoît, et passa la plume à Adelaire. Avant de s'établir greffier des prodiges qui arrivaient à sa connaissance, le digne homme avait composé une Histoire de la translation dont il aimait à se souvenir. Il n'avait cependant pas lieu d'en être fier, on a vu pour quoi. La vérité n'était pour lui que matière à fantaisies qui dénaturent les faits qu'il est censé rapporter. Tout ce qui est de son cru est suspect, mais tout ce qui, à travers ses déformations, reste conforme au récit de l'anonyme de Saint-Emmeran devait être bien notoire pour qu'il n'ait pu l'accommoder à sa façon.
Adrevald raconte que ce fut l'abbé Mummole qui envoya Aigulfe au Mont-Cassin. Comme un abbé de Lérins nommé Aigulfe fut martyrisé et qu'on possédait sa passio à Fleury, Adrevald remarqua qu'on n'y disait rien du nom de l'abbé qui avait reçu Aigulfe à la profession religieuse ; cette lacune lui déplut et il inséra le nom de l'abbé Mummole, puis, voulant corser un peu cette passion, il raconta que c'était ce martyr Aigulfe, qui avait fait le voyage du Mont-Cassin et dérobé les ossements. La preuve en était que Mummole, Aigulfe et le voyage se trouvaient écrits tout au long dans une certaine Histoire de la translationis ; Adrevald n'ajoutait pas que cette Histoire de la translationis était de son invention.
Pour quoi ce choix de Mummole ? Parce que Adrevald ne savait pas à quelle époque exactement le fait était survenu. Paul Diacre disait circa hœc tempora et parlait de Gisolfe, mais tout cela était loin, dans le temps et dans l'espace, et comment, vers le milieu du IXe, un moine de Fleury pouvait-il découvrir à quelques années près le règne d'un duc de Bénévent. L'abbatiat de saint Mummole avait duré de longues années, il semblait appartenir à peu près à la période requise, Adrevald n'en demanda pas plus.
XI. La lettre du pape Zacharie. — C'est encore Adrevald, dans son livre des Miracles, qui raconte ce qui suit (n. 10-17) : Pépin le Bref avait un frère nommé Carloman qui se fit moine au Mont-Cassin. On ne manqua pas de l'entretenir des ossements de saint Benoît enlevés par des Francs et le nouveau venu, pour faire preuve de zèle, suggéra — auctore Carlomanno — d'envoyer une belle ambassade au pape Zacharie, auprès duquel il se chargeait de l'introduire. Le pape trouva leur demande fort juste et, à ce prince français qui voulait dépouiller la France d'un trésor spirituel, il donna une lettre pour le maire du palais Pépin et il chargea Carloman de la lui remettre. Cette lettre demandait la restitution des reliques à l'Italie. Pépin eût donné les moines de Fleury en sus des reliques, mais on ne lui demandait pas tant : il accorda donc les reliques et enjoignit aux moines de les remettre à Carloman et à un de ses bâtards, Rémi, évêque de Rouen.
A Fleury, ce fut bien autre chose. L'abbé Médo parut se soumettre, il savait qu'on gagne peu à résister en face ; il laissa aux envoyés de Pépin la liberté de retirer les reliques et s'abstint de paraître ainsi que la communauté. Mais en approchant de la crypte aux reliques, voilà que Rémi et ses gens furent pris d'une terreur folle ; ils n'y voyaient plus, hurlaient, se croyaient aveugles, se roulaient à terre. On ne sait trop ce qui leur avait pris. Les imaginations des hommes de ce temps étaient fort accessibles à la terreur que répandaient les histoires de châtiments providentiels réservés aux violateurs de tombes. Adrevald dit : miracle et cécité. Peut-être, mais il n'y était pas, nous non plus ; disons panique, et voilà les gens en proie à une crise d'effroi ; l'abbé qui attendait en prières le résultat espéré, survient et pardonne, clementer induit. Toutefois, il n'est plus question d'emporter les reliques et très modestement on se contentera de ce que l'abbé consentira à donner, alique ex ejusdem pretiosissimi confessors Christi corpore reliquias benignissime conculit.
Voici l'épisode. On peut y voir ou n'y pas voir un miracle, mais il y a autre chose. Il y a une démarche du prince-moine Carloman, de la communauté du Cassin et du roi Pépin, qui se développe à l'occasion d'un document : la lettre du pape Zacharie. Si cette lettre est authentique, elle équivaut à une reconnaissance éclatante de la présence des ossements de saint Benoît à Fleury. Mabillon, Mansi, et d'autres la recevaient pour authentique, Jaffé la tient pour apocryphe, Hahn et Lœwenfeld la déclarent de nouveau authentique et prouvent leur dire. Cette authenticité enfin se trouve combattue par Domenico Bartolini pour des raisons telles qu'on ne peut guère leur faire l'honneur de les discuter.
Zacharias episcopus, servus servorum Dei, sanctae sedi principis apostolorum beati Petri præsidem omnibus episcopis ac presbyteris salutem dicit.
Igitur regius apostolus dicit : Diligentibus Deum omnia semper adest in bonum. Item iterum ipse : Dum tempus habemus, operemur bonum ad omnes. Item Scriptura : quam speciosi pedes evangelizantium pacem, evangelizantium bona. Innotuerunt nobis, lus religiosus abbas et presbyter Cassini monasterii beati Benedicti et Karlomannus, humilis monachus, germanus filii nostri Pepini excellentissimi maioris domus, per hos praesentes religiosos Dei servos, concordiae et pacis sermones inter vos et nos hujusmodi. Anno Domini benedicti. XXII. edit. 1717, n. 12. — Mansi, ampl. ii. ii. t. vi. p. 1. col. 9 nem, fratrem ejus, expedire nos mittere. Et ut nos hæc ipsa admonendo dirigamus excellentiæ jam dicti Pippini, filii nostri, ut ad pacis concordiae vobis propter Deum pacificis mediatoribus ; verum etiam pro corpore beati Benedicti quod furtive ablatum est a suo sepulchro, ut ei restituatur. In hoc opere pietatis et misericordiæ libenter aurem accommodare hortamur dilectionem ac sanctitatem vestram, ut primum omnium frater ad fratrem pacis jure in unum redeat, il confundatur iniquitas e medio eorum, caritas vero Dei, vobis prædicantibus et ministrantibus, exuberet inter eos. Deinde et præfati beati Benedicti corpus juxta petitionem servorum Dei sublimitus dilecti filii nostri Pepini, vestra cooperante sanctitate, indubitanter ad proprium remittal locum ut etiam dicti servi Dei de suo gaudeant sibi restituto patre, vosque perhennem habentis mercedem et laudem, pro eo quod juste operati fueritis, ut ad suum sanctissimi viri corpus referatur lumen ex quo clam ablatum est. Secundum habemus sanctitatem vestram, quod in hoc bono opere restitutionis ejus ofensionis pertimescere debeat coram Deo, dum creditur, quia ad obtinendum hoc ipsius suffragantibus orationibus et voluntate prælati religiosi Dei servi sint permoti. Valete !
Et voici l'aveu par la communauté du Mont-Cassin, aveu homologué par le pape de Rome de l'enlèvement des reliques. Seulement Adrevald a voulu faire mieux et plus, et il a eu la main malheureuse. Il a donc fait venir Carloman et il a mené Rémi à Fleury. Mais en 717, Carloman n'était pas encore au Cassin et il ne vint en France qu'en 754 ; Rémi n'était archevêque de Reims qu'en 755. Une fois de plus on est en droit de suspecter la véracité des fantaisies dont Adrevald a encadré la lettre ; quant au document pontifical, il parait ne s'en trouver pas plus mal.
XII. LE TÉMOIGNAGE DE LA CHRONIQUE DE LENO.
La publication de Muratori avait comblé d'aise les Cassinésiens qui y découvraient le plus précieux monument historique pour confirmer la vérité de l'existence des ossements de saint Benoît au Mont-Cassin ; et en effet, il n'y était question de rien moins que de la translation à Leno d'une certaine partie du corps du bienheureux et très excellent confesseur Benoît. Voici le texte (fol. 124 r°) : Anno dominicæ incarnationis DCCLVIII, indict. XI, ceptum est monasterio domini Salvatoris locus qui dicitur Leones a præfato gloriosissimo rege. Sed ecclesia ad honorem domini Salvatoris, et beatæ semper virginis Mariæ et beati archangeli Michaelis, ædificata est ab ipso præfato rege antequam regnum cœpisset. Non longe post introitum regni, et inchoationem hujus coenobii, Domino cooperante et prænominato excellentissimo rege, translation est a civitate Benevento de Cassino Castro quædam corporis partem beatissimi atque excellentissimi confessors Benedicti abbati.
Donc, en 759, le roi Didier aurait obtenu du Mont-Cassin une colonie de moines et des reliques de saint Benoît pour la nouvelle fondation monastique de Leones, au diocèse de Brescia. On ne pouvait se montrer plus généreux et si les moines du Cassin donnèrent quædam corporis partem, ce fut sans doute pour la première et certainement pour la dernière fois. En effet, en 910, nous lisons dans les Annales Corbeienses qu'un moine de la « Nouvelle Corbie » rapporta une insigne parcelle : Adalgerus ex monte Cassino rediit et attulit insignem portiunculam de S. P. B. Benedicto. Ce texte est, malheureusement pour lui, tiré d'une pièce de fabrication récente et reconnue apocryphe au premier chef. Un autre texte nous montre le roi de Hongrie Ladislas sollicitant, en 1091, de l'abbé du Mont-Cassin des reliques de saint Benoît, mais on ne voit nulle part que sa demande ait été accueillie. Il reste donc un fait unique, isolé, l'envoi d'une quædam corporis partem à Leno, en 759.
Leno garda mal son dépôt, si, comme on paraît fondé à le croire, le monastère déchu, dépouillé, réduit au rang de prébende, vit sa relique précieuse émigrer à Brescia. En effet, un statut de Brescia de l'année 1473 ordonne le dépôt de cette relique dans la sacristie de la cathédrale ou en tout autre point désigné par le conseil général de la cité. En 1475, les chanoines du Dôme de Brescia firent une reconnaissance solennelle de la relique. Il est fort curieux d'observer qu'avec le temps la quædam corporis partem qu'on semblait un peu embarrassé de préciser autrement est devenue un « bras de saint Benoît ». Si la relique sortie de Leno pour entrer à Brescia était entrée à Leno en 759, venant du Cassin, ceci nous ramène à la lettre du pape Zacharie, qui en 750 (751 au plus tard) envoyait une ambassade pour réclamer à Fleury « la restitution du corps de saint Benoît, enlevé furtivement de son tombeau ». Dans l'intervalle de ces neuf années, les reliques n'étaient pas rentrées au Cassin, puisque Paul Diacre atteste qu'il a été emporté : Franci ossa auferent les... ossa asportarunt, et qu'il n'est demeuré que des débris : nobis... membra in cinerem defuncta remansisse, la bouche, les yeux, etc., mais tout cela ensemble ne fait jamais l'os d'un bras.
Le Mont-Cassin n'a pu donner à Leno ce qu'il ne possédait pas, et cependant Leno possédait quelque chose, quædam corporis partem. Il faut chercher d'un autre côté.
On a vu que l'ex-roi Carloman, pour occuper ses loisirs et tromper les longues heures de l'existence monastique, avait imaginé de se faire conférer une mission à Rome auprès du pape Zacharie et, par celui-ci, en France auprès du roi Pépin, son frère. Toute la combinaison avorta. D'abord, Carloman sollicita Zacharie vers 750-751 et, on ne sait pour quelle raison, n'obtint son exeat qu'en 754, lors que Astolphe, roi des Lombards, autorisa le voyage. Arrivé en France, où il se targuait d'obtenir la permission de Pépin, son frère, Carloman fut mis aux arrêts, enfermé à Vienne dans un monastère où il mourut peu après. Ses compagnons, qu'on peut supposer un peu déconfits par la mésaventure de leur guide royal, se virent, semble-t-il, tenus en suspicion, peut-être finalement mis en prison, puisque, en mars-avril 757, le pape Étienne II sollicitait du roi Pépin leur délivrance et la permission pour eux de revoir l'Italie.
Entre 751 et 757, plus probablement entre 754 et 757, se place le scénario imaginé par Adrevald, mésaventure de Bémi, supercherie de Medo et finalement concession par ce dernier aux moines Cassinésiens de quelques reliques. L'abbatiat de Medo, à Fleury, prend place de 738 à 759 ; l'épiscopat de Rémi commence en 755 jusqu'à 772. Comme la démarche d'Étienne II est de mars-avril 757, c'est entre 755 et 757 qu'ils ont tenté leur démarche à Fleury et obtenu ex preliosissimi corpore reliquias. Rentrés au Mont-Cassin avec ces reliquies dans le courant de l'année 757, il est probable qu'on ne manqua pas de faire sonner bien haut, comme une restitution, ce qui était un don purement gracieux et, comme une restitution comporte la totalité ou du moins la presque totalité de l'objet dérobé, c'était le corps, les ossa du bienheureux père qu'on affirma posséder au Cassin. Le tour était habile, mais il tourna mal. Le roi des Lombards faisait une fondation bénédictine avec des moines du Cassin. Puis que le monastère était maintenant en possession des reliques rapportées de France, il en voulait sa part, et comme ce pieux monarque ne badinait guère, il fallut en prendre son parti et prélever une part sur ces reliques si récemment recouvrées.
On peut écrire que les moines cassinésiens s'attendrirent à la pensée de doter si richement une « filiale » du Mont-Cassin et de rendre hommage à la cité de Brescia d'où venait Petronax ; on peut aussi n'en rien croire. Quoiqu'il en soit, Didier reçut satisfaction. Leno eut sa relique, celle dont il est fait mention dans la chronique et que les circonstances ont amené à Brescia. Provenait-elle de ces reliquies rapportées de Fleury que s'était réservé le Mont-Cassin ? Nous l'ignorons.
Les moines de Leno avaient leur relique et savaient à n'en pas douter son origine. Ce leur était une bonne raison de croire que le corps de saint Benoît avait été transporté en France et dans ce même manuscrit qui contient la chronique citée, on trouve, fol. 103-108 v., un calendrier avec cette mention :
V id. iul. Translatio S. Benedicti abb.
calendrier où le nombre et la précision des fêtes bénédictines invite à reconnaître une provenance lictinienne, tout comme la chronique de Leno, dont il est probablement inséparable. Mais il reste intéressant de constater que la chronique et la tradition de Leno apportent leur témoignage en faveur de la tradition de Fleury.
XIII. La rémission d'Amé de Salerne. — Les princes portaient un intérêt embarrassant à saint Benoît. On a dit que le roi Didier avait réclamé sa part dans les reliques rapportées de Fleury ; on a lu encore que le roi Ladislas de Hongrie avait, en 1091, renouvelé cette demande, sans succès semble-t-il, auprès de l'abbé du Mont Cassin et voici que l'empereur d'Allemagne Henri II jetait les moines du Cassin dans le plus grand embarras. En 1022, ce prince dirigea une expédition contre Benevent ; mais comme il était attaqué de la pierre, il voulut implorer sa guérison de saint Benoît. Il gravit la montagne, pria devant le tombeau et, à bout de forces, s'alla coucher. Le biographe de saint Meinverck, évêque de Paderborn, raconte ceci : Ascendensque montem Cassinum, patrocinium sancti Benedicti et beatae Scholasticae sororis ejus pro sanitatis suae adeptione suppliciter imploravit et mirabiliter impetravit. Denique completis orationibus ad hospitium se conculit et lassatus ac debilitatus in lectulo se collocavit. Quo obdormiente S. Benedictus ei apparuit et a Deo in quem speraverat eum exaudire promisit et ferrum medicinale quod tenebat, etc. Bref, on tenta l'opération et le malade soulagé, le lendemain, montra à son entourage le « calcul » qu'il tenait dans sa main. L'abbaye reçut des présents et la promesse d'une protection effective. L'auteur de ce récit écrivait au XIIe ou au XIIIe ; il a pris de toutes mains, mais il a évité de dire une chose, c'est que saint Benoît, qui se promenait la nuit à l'hôtellerie et opérait ses hôtes de la pierre, reposait dans son tombeau du Cassin. Cependant cette crise de vessie de saint Henri avait suggéré dès le milieu du XIe un récit intéressant. Vers l'an 1070, le moine (depuis évêque de Salerne) Amatus entreprit une Histoire des princes normands en Italie, il poursuivit son ouvrage jusqu'en 1078 et le dédia à l'abbé Didier ; Pierre le Diacre avait signalé cet écrit dans son De viris illustribus Cassinensibus, mais on le croyait à tout jamais perdu, quand Champollion en découvrit à Paris une traduction française qu'il publia en 1835 sous le titre de L'Ystoire de li Normant et la chronique de Robert Guiscard, par Amé, moine du Mont-Cassin. On y lit ceci :
« [Liv. I, ch. xxviii ] Un jour, cet empereur sentit grand dolor à lo flanc et plus grave que ne soloit, quar estoit acostumé d'avoir celle dolor. Et en celle dolor manifesta lo secret de son cuer à ceus qui continuelment en avaient compassion et dist : Comment l'empereur romain, loquel est subjet à nous entre li autre royalme de lo monde, est hacié par la clef de saint Pierre apostole et par la doctrine de saint Paul : ensi, par la religion de lo saint père Benoît croirons à acroistre lo empire, se avisons avec vous présentement son cors : car la prédication de tous ces ij est espasse la foi : mes pour la maistrie de lo Père doua commencement de religion et dona manière de conversation à toit lui moine. Li quand il olt dite & ite parole il s'endormi. Saint Benoît lui apparut, et le gari et lui dit : « O empereur, pour quoi désires-tu la présence moe corporal que je violle laissier lo lieu ou je fus amené de li angele, où la règle de li moine et la vue que je escris, dont la ii non cors fu • Et en caste parole se montre que quant li os d'aucun saint sont translatés de un ti lieu en autre, lo lieu où a estepremièrement pour la char qui est faite terre, doit estre à l'omme en révérence : et plus se monstre parce que je sequterai. Et lo empereur de loquel avait paour lo règne, ot paour de un moine.
« Et lo saint lui dist que « sans nul doute tu saches que mon cors veut ici ester, et de ce te donrai-je manifeste signe o la verge pastoral, loquel signe sera manifeste. C'est o la croce laquelle tenoit en main le saint. Et lit la croiz à lo eoste de l'empereur, en loquel lui tenoit lo mal, et lui dit : Réveille-toi sain et salve, et quar ceste enfermeté non auras plus. » « Et maintenant li empereur se réveilla sain et salve. Et si cornent lo saint lui promisse de celle enfermeté nom ot onques puiz dolor. Et pour cest miracle tant ot dévotion à lo monastier, quar cornent il dist qu'il vouloit laissier la dignité impériale, et vivre en lo monastier comme moine.
Et voici un nouveau témoignage de la translation du corps. Saint Henri veut faire ouvrir le tombeau et confie son projet à son entourage : manifesta lo secret de son cuer a ceus qui continuelment en avaient compassion, il leur dit : se avisons avec vous présentement son cors. Il est permis de croire que cette nouvelle cause quel que contrariété aux moines qui ne sauraient lui montrer que peu de chose ou si peu que rien, aussi on reste un peu hésitant devant cette vision de saint Benoît survenant à point nommé et reprochant à l'empereur sa curiosité : Pour quoi désires-tu la présence moe corporal ? Est-ce bien saint Benoît, n'est-ce pas quelqu'un de ses fils spirituels qui a rempli ce rôle, c'est ce qu'on peut présumer. Mais il faut bien lever un coin du voile. Sans doute, les reliques du saint ne sont plus en ces lieux, ce serait trop s'aventurer que de le soutenir, mais ces lieux sont pleins de son souvenir, n'est-ce pas assez ? Là : 1° il fut amené par les anges, 2° il écrivit sa règle aux moines, 3° la masse de son corps fut souterrée. Jadis, c'est vrai, mais le saint patriarche ou son sosie a soin de dire prudemment fu et non pas est souterrée. Et l'explication suit immédiatement : « Quand les os d'aucun saint sont transférés, le lieu de la première sépulture, où la chair s'est décomposée, doit être encore honoré. » Quant à une reconnaissance des reliques qu'on pouvait posséder, on n'en voulait pas entendre parler, même pour complaire à un empereur aussi bien disposé que tel Henri II.
À lire ce récit d'Amé de Salerne, l'auteur de la Chronique du Mont-Cassin ne pouvait se dissimuler que le témoignage ainsi rendu allait contre les revendications des moines, il se gardait bien en conséquence de mentionner Amé et préférait dénaturer son récit. Au lieu d'un souhait passager de Henri II, la peu de l'ouverture du tombeau devenait une hantise : Seepius tum cum dubietatis scrupulo movebatur utrumnam beatus Benedictus corpore in hoc loco quiesceret et la vision lui arrivait dans un état de demi-sommeil nec plane dormiens nec ex integra vigilans. Dans cet état de somnolence, saint Benoît affirme que son corps est au Cassin : Scio, inquit Pater Benedictus, quoniam in me hactenus hic dubitasti quiescere ; sed ne super hoc amplius dubites ; meum quod in loco est certissime qui, pusculum credas, hoc libi signum erit. Cum primum in surrexeris, memento urinae tuiae tuam ires lapillos non parvos mingere habebis, et ex tunc dolor isto amplius non laborabis quia ego sum frater tuus. L'empereur est guéri, lanté on irait à moins. Le lendemain matin, le il ai Ivei au chipitre, il prend la parole et dit : « Que me... mis... n... :>i. - ■ ;•. /... i.. Lxxtn, col. i Les moines ne manquent pas de répondre qu'il faut donner tout ce que le médecin demandera. Non, dit l'empereur, le Père Benoît m'a guéri cette nuit, je vais payer son remède sur ma cassette, car nunc plane pro certo cognovi quoniam vere locus iste sanctus est, et nulli mortalium est ulterius ambigendum quin hic Benedictus pater pariter cum sancta sorore sua quiescat. Et il montra les « calculs » dont il était délivré. Puis il fit quelques donations dont le détail importe peu. Mais voici où s'aperçoit le bout de l'oreille. De retour dans son pays, l'empereur ne manquait pas de jeter au feu tous les manuscrits qui racontaient la prétendue translation de saint Benoît : Sane quoniam de corpore beati Benedicti quod in hoc loco veraciter requiesceret tum relatione quam viderat tum sospilatione quam sensim fuerat certissimus redditus, ubicumque posset modum scripturam translationis ejusdem beati Patris repperire potuit flammis exussit : ut omnibus quae sibi Dominus hoc in loco ostenderit quaeve praestiterit ; ex ipsius falsae translationis serie rationabiliter ostendens haec frivola esse et confictilia.
De cela, Mabillon ne croit pas un mot : Nec quiris alius auctor Leoni suffragatur asserenti testimonium translationis in Galliam jussu imperatoris ubi cumque reperire potuit combusta fuisse : cum e contrario in Germanicis imo et in Italicis monasteriis non paucis hujus translationis memoria Kalendariis consignata hactenus reperiatur, et après avoir rapproché ces niaiseries de l'historiette absurde d'Adam le custode, il conclut : Haec somnia sunt in quibus imaginatio passim pingit fingitque id quod quisque cupit.
Dès le début du IXe, nous trouvons à Paris les manuscrits lat. 12260 et 12048. Le premier des deux vient de Corbie et contient un martyrologe ; le deuxième est le célèbre sacramentaire de Gellone écrit en 804 (voir au mot Gellone). Dans ces deux manuscrits sont indiquées les trois fêtes de saint Benoît ; au 21 mars, au 11 juillet, au 4 décembre. Au 21 mars on lit : Benedicti abbalis (12260, 12048) ; au 11 juillet : Depositio sancli Benedicti (12048) ; au 4 décembre : Monasterio Floriaco, a partibus Romæ, advenlus corporis sancti Benedicti (12048r fol. 275 V) ; au 11 juillet : Depositio beatæ memorise Benedicti abbalis (12260) ; au 4 décembre : depositio Benedicti abbatis (12260). Nulle contradiction entre la fête du 11 juillet (translatio) et celle du 4 décembre (illatio) puis que des calendriers contemporains les mentionnent à la fois. D'après Adrevald, c'était le 11 juillet et non le 4 décembre qui rappelait la mémoire de l'arrivée des saintes reliques à Fleury ; le 4 décembre commémorait leur tumulatio dans la tombe de l'église Notre-Dame. Au début du IXe appartient le felire irlandais d'Oengus ».
Au milieu du IXe, la solennité du 4 décembre était, en France au moins, aussi populaire que celle du 11 juillet et très anciennement établie : Solemne festum impendebat sancli confessoris Christi Benedicti, quod ex veteri consuetudine, quod anni pridie nonas decembrium agitur quo conventus multorum populorum, ob tanti memoriam Patris, confluere monasterio solei. Quant à imaginer que la translalio était une translation liturgique de la fête du 21 mars au 11 juillet, cette explication enfantine a dû enchanter son inventeur l'évêque Giustiniani ; mais la rubrique du ms. de Gellone la contredit formellement, en sorte que, plus d'un demi-siècle avant la rédaction de la légende d'Adrevald, plusieurs monastères de France célébraient déjà liturgiquement par deux fêtes distinctes le fait de la translalio. Il est bon de noter au passage dans le ms. 12048 la croyance que c'est le corps entier qui fut apporté en Gaule : Monasterio Floriaco, a partibus Romæ advenlus corporis sancti Benedictini.
Un magnifique sacramentaire « écrit vers 852 », c'est-à-dire à une date où Adrevald n'avait pas encore publié son Historia translationis, et conservé à Reims (F. 418-462) porte au fol. 80-81 : XIII kl. aprilis Vigilia Sci Benedicti abbalis ; au fol. 82 : XII kl. aprilis Natalis sci Benedicti abbalis ; au fol. 92 : VI idus Julii, translalio corporis sancli Benedicti abbalis. Ce manuscrit était écrit de la main de Hincmar au dire de Dom Chamard qui renchérissait ainsi sur les bénédictins lesquels avaient eu le tort, dans leur édition de saint Grégoire, de s'en rapporter à une copie à eux fournie par l'archevêque de Reims et de fixer la date du manuscrit, sans l'avoir vu, octavo sæculo desinente vel inuenle nono. En réalité ce manuscrit n'est que du XIIe, sauf certaines parties additionnelles qui sont du XIIe. Voici un monument à écarter, en toute bonne foi.
Avant d'aborder les sacramentaires qui confirment en grand nombre le fait d'une fête généralement célébrée en l'honneur de la translation ; il faut ici signaler les martyrologes postérieurs à ceux de Walfenbilttel, de Berne et d'Epternach dont on a parlé déjà. Ce sont ceux qu'ont édité les Bollandistes à la suite du martyrologe d'Usuard et D. Martène après eux ; tous renferment la fête de la Translation. Ces manuscrits sont de provenance très diverses. Il y en a de l'abbaye de Renow, de Saint-Ulric d'Augsbourg, de Sainte-Colombe de Sens, de Corbie, d'Angleterre, de Tours, de Lyre en Normandie, de Stavelot en Belgique, d'Auxerre, de Saint-Maximin de Trêves, de Rome même. Nous ne comptons pas, écrit à ce propos dom F. Chamard, le Maruloi. — Nous ne ferons, dans ce qui va suivre, que reproduire quelques pages de dom Chamard dont l'enquête peut être considérée comme ayant apporté des résultats définitifs ; il y a cependant quelques corrections à faire, et les seront indiquées à la fin de ce paragraphe. A Paris, une centaine de manuscrits liturgiques, sacramentaires, missels, bréviaires ou martyrologes, depuis le IXe jusqu'au XVe, nous permettront de nous rendre compte de l'extension qu'avait prise en France la fête de la Translation de saint Benoit. Ils représentent la plus grande partie des Églises de France, qui toutes, à l'exception de deux ou trois, avaient adopté de célébrer les deux fêtes du 21 mars et du 11 juillet, quelques-unes même celle du 4 décembre. Ce sont les Églises d'Aix (fonds lat., n. 1038, XIVe, et 1060, en 1-407) ; d'Alby (ibid., n. 751, XIIe ou XIVe s.) ; d'Amiens (ibid., n. 12050, écrit en 853 par Rodrade ; 9432, XIe) ; d'Angers (ibid., n. 273, XIVe s. ; 868, XVe s. ; 11690, Xe B.) ; d'Arles (ibid., n. 7 ; 1018, XIIe s.) ; d'Autun (ibid., n. 9883, XIe s. ; 10686) ; d'Auxerre (ibid., n. 12280, déjà cité) ; de Lyon (ibid., n. 1298 et 1299, XIIe s.) ; de Beaumont — Mémoire sur d'anciens taercunentatres, n. 'l'i pour le 2e Lyon. — Ici aussi, la plupart des Églises célébraient la fête du 11 juillet aussi bien que celle du 21 mars. — Bibliothèque de la ville : niss., 11. 183, IXe (voir L. Delisle, op. cit., n. 21) ; 418-452 c, (dont nous avons parlé déjà, XIIe s. ; Delisle, op. cit., n. 116) — A Arras : mss. 339, XIVe s. ; 271, XVe s. ; 297, XIVe s. ; 58, XIIIe s. ; 444, XIIIe s. ; 448, XIVe s. ; 465, XIVe s. ; 356, XVe s. ; 391, XVe s. ; 638, XVe s. ; 76S, XVe s. ; J3fl ft, en 1608. — A Tours, mss. 144, en 1343 ; 146, XVe s. ; — A Angers, mss. 83, Xe s. ; 85, XIe s. ; 86, XVe s. ; 107, XIVe s. ; J« S, XVe s. — A Amiens, mss. de Corbie 117, 118, XIVe s. ; 139, XVe s. ; Missale Ambianense du XIe s., côté 170 ; et 156, XIe s. ; 159, XIVe s.
Raoul Tortaire, moine de Fleury, avait quelque raison d'écrire que de son temps, au XIe, « toute la Gaule solennisait la mémoire de saint Benoît ; il n'avait pas moins raison d'ajouter, Mense julio translatio gloriosi Patris non modo apud Gallos, sed etiam apud complures nationes celcbriter recolitur.
4° Belgique. — A la bibliothèque royale, ms. lat. 9428, IXe, évangéliaire ; fol. 155 v° : In translatione sci Benedicti evangelium : Ecce nos reliquimus omnia ; n. 1815, IXe, calendarium ; 2032-2033, Xe, Calendarium et antiphonarium : 9217-9218, IXe-Xes, Officia : 1813-1814, XIIe s., Liber officiorum (tous quatre venant de l'abbaye de Stavelot) ; dans le premier (1815) le mot translatio a été gratté mais demeure visible : n. 209, XIVe s. ; 233, XVe s. ; 355, XVe s. ; 394, XIVe s. ; 395, XIVe s. ; 674, XVe s. ; 1460, XVe s. ; 398, XIVe s. ; 401, XVe s. ; 2086, XIIe s. ; 2028, XIVe s.
5° Suisse. — La bibliothèque de Saint-Gall conserve sous le n. 348 un sacramentaire à l'usage d'une église indéterminée, copié au Ve ; au fol. 251 : V idus julii, Natalis sci Benedicti. Le n. 397, IXe, donne au fol. 54 : XII kl. aprilis Natalis sci Benedicti abbatis et VI idus julii Deposilio sci Benedicti abbatis. De même encore les mss. n. 184 et 450. A la suite il faudrait nommer les n. 338, XIIe ; 339, XIIe ; 340, XIIe ; 341, XIIe ; 342, XIIe, que dom Chamard vieillit tous d'un siècle ou deux, et les n. 376, 380, 387, 413, 414, du XIIIe.
Grimold, abbé de saint Gall, et de Mayence, Rhaban à son tour rayonnait et répandait autour de lui son opinion. Ses écrits sont ainsi un témoignage authentique des idées admises sur les bords du Rhin au commencement du IXe, Rhaban acceptait le fait de la translation en France, en conséquence il écrivait dans son martyrologe : Deposilio, Benedicti abbatis... Monasterio Floriaco, a partibus Romæ adventus corporis sancti Benedicti abbatis. L'opinion ainsi admise à Fulda suggéra au moine Wandalbert de l'abbaye de Prum, au diocèse de Trêves, les vers suivants au 21 mars :
Tum duodena fide Benedicti et nomine julget Ccenobiale decus duce quo lœtalur in orbe et au 11 juillet :
Tum Benevenlanis translata a montibus, almi Busla Patris Benedicti nunc Liger allas honorât.
7° Bavière. — Nous avons vu plus haut que, au dire de Léon d'Ostie, l'empereur Henri II, à son retour en Bavière, jetait au feu tous les manuscrits mentionnant la translation, et cela ubicumque reperire potuit. D'où il faut conclure qu'il n'en a pas brûlé beaucoup car un grand nombre lui a échappé. Cela n'étonne point l'évêque Giustiniani car, dit-il non asserit Léo publico imperatoris decreto omnibus hoc jussum esse : quare nimirum si in kalendariis quibusdam remanere hujusmodi translationis memoria potuerit. A la bonne heure ! Il n'est que de s'entendre ; mais le quibusdam reste une jolie trouvaille, car les manuscrits du XIIe et depuis, originaires des parages où s'exerçait l'autorité de Henri II, sont en grand nombre. Mais il y a une preuve plus formelle que leur témoignage de l'imposture de Léon d'Ostie. Henri II fonda en 1007 l'église de Bamberg et ne cessa de l'entourer de sa protection. En 1020, un pape y venait en visite et l'église recevait de son fondateur un missel — n. 4456 — conservé à la réserve de la bibliothèque de Munich, missel qui servit au culte pendant de longues années ainsi que l'attestent deux lettres synodales de l'an 1058 et de l'an 1087 qui y sont transcrites. Or, sur ce missel, on lit au 21 mars : XII kal. aprilis Benedicti abbatis et au 11 juillet : VI idus translatio Benedicti abbatis.
Après cet irrécusable témoignage, on peut sans crainte interroger les manuscrits des monastères d'Altenhoven (Munich, n. 2768, XIVe s.) ; des cisterciens de Bavière (n. 2658) ; des bénédictins d'Anspach (n. 3205, fol. 186, XIVe s.) ; de la cathédrale d'Augsbourg (n. 3902, XIVe s. ; 3903, en 1396) ; de l'église du Saint-Sauveur (n. 1035, XIVe s.) ; de celles de Dietramszell (n. 1348, XIVe s.) ; de Benedictoburn (n. 4548, XIVe s. ; 4563, XVe s. ; 4573, XVe s.) ; de Frisingue (n. 6421, Xe s. ; 6422, XVe s. ; 7674, XIVe s.) ; de Chiemsee (n. 5509) ; d'Ebensberg (n. 5917, XVe s.) ; de Furstenfeld (n. 6915, XIVe s. ; 6918, en 1498) ; de Furstenzell (n. 7209, XIVe s. ; 7213, XIVe s. ; 7214, XIVe s. ; 7215, XIVe s.) ; de Kaisheim (n. 7902, XVe s. ; 7922, XVe s.) ; du monastère d'Oberaltaïch (n. 9633, XIIe s. ; 9728, XIVe-XVe s.) ; d'Indersdorf (n. 7614) ; de Passau (n. 11013, XIIe s.) ; de Saint-Emmeran de Ratisbonne (n. 14600, XIIe s. ; 1486S, XIVe s. ; 14828, XVe s.) ; de Salzbourg (n. 15719, XVe s. ; 15713, XIIe s. ; 7595, XIVe s.) ; de l'abbaye des Prémontrés de Schäftlarn (n. 1719, XIIe s.) ; de Tegern (n. 19276, en 1271) ; de Saint-Zenon de Reichenhall (n. 16404, XIVe s.), etc.
8° Autriche. — A la bibliothèque de Vienne, autre série de livres liturgiques des XIIe, XIVe et XVes, des incunables qui proviennent des diocèses de Salzbourg, de Passau et confirment le témoignage des manuscrits bavarois. D'autres viennent d'Urixen, dans le Tyrol, de Gran en Hongrie, de Gmunde, de Moelk, de Sainte-Croix en Autriche, de Saint-Blaise, dans la Forêt-Noire, Les Églises de Bohême célébraient aussi la Translatio. Le détail de tous ces manuscrits a été donné par dom Chamard.
9° Pologne. — Mêmes investigations et mêmes résultats à la bibliothèque de Cracovie, dans les livres liturgiques, en petit nombre, venant de Moravie, des diocèses de Wradislaw, de Cracovie, de Gnesen.
11 » Italie. — A Rome, à la bibliothèque Vaticane, outre un certain nombre de livres liturgiques, missels ou bréviaires venus d'Allemagne, d'Angleterre et de France et attestant la tradition de Fleury, on peut citer un certain nombre de manuscrits d'origine italienne. Dominique Giorgi a fait usage dans son édition du martyrologe d'Adon des mss. n. 4 ; (IXe ou Xe s.), 444 (Xe s.), 511 (IXe ou Xe s.), 514 (Xe ou XIe s.), qui étaient à l'usage de Rome : en outre les n. 567 (IXe s.), 429 (XIIIe s.) à l'usage des frères mineurs) et le missel n. 2050 du XIIIe s., qui parait avoir été en usage à Rome, soit au Château Saint-Ange, soit dans un couvent de carmes. En outre, on peut considérer comme romains ou originaires de l'Italie centrale, le n. 4773 (XIIe) et surtout le n. 4772 (XVe).
A la bibliothèque Casanate, le ms. du XVe.
A la bibliothèque Barberini, le ms. XIV, 72, du XIIe, à l'usage de l'église de Gaiazzo (Caiacensis), montre que la fête de la Translation était célébrée jusque dans la province de Capone, au pied du Mont-Cassin.
A Rome plus que partout ailleurs on constate l'enlèvement du feuillet du 11 juillet. En particulier à la bibliothèque Casanate, cod. A. 14-13 ; A IV 16.
A Florence, on trouve aussi parmi les manuscrits qui contiennent la fête du 21 mars et celle du 11 juillet. Le sacramentaire (..VA) mentionne les deux solennités dans son calendrier ; le n. CXXIII aussi, et le missale Fesulanum du Xe-XIe.
A Venise, le ms. I.X.X.XI : XCI1 1. class. 1, du XIVe est un bréviaire ad usum Ecclesiæ Venetarum et il contient les deux fêtes de saint Benoit.
A Milan, les plus anciens manuscrits repoussent strictement toute fête pendant le carême, la fête du 21 mars est donc omise, alors on adopte le 11 juillet, jour déjà adopté par les églises suburbicaires : ms. /) Î4, infer. Missel de Bobbio (voir ce mot) : ms. // 100 infer. ; Missale Vercellensis ecclesiæ, Xe, en partie brûlé, fol. 83 r« : V /</. jnlii. Sainte Bénédicii abbatis ; ms, // 27 infer. du Xe-XIIe s.. Colend. Veroneru. ou Virent : XII II. aprll. s, i Benedicti abbatli et r idut julii Translatlb., t. iv. r.,1. |i,.,.-,„. s. dans Mansl, C.../I.-. amplbj. coll.. I. \\n. col. Il Kaltnlia sri Benedicti abbatis ; ms. /. 197, infer. : Brev. Ordinis Humiliatiorum (vers 1170), fol. 27ii : In notait S. Benedicti abbatis : fol. 327 : In translationis sancti Benedirti.
12 » Angleterre. — Dom Martine a publié un calendarium anglicanum dans lequel on lit au 21 mars : S. Benedirti abbatis ; au 4 décembre : S. Benedicti abbatis. Les manuscrits liturgiques proprement anglais offrent peu d'intérêt. La chronique de l'abbaye de Croyland, en 972, constate la célébration de la fête de saint Benoit en Angleterre ; les Statuts de Lanfranc en font une solennité du même rang que l'Épiphanie, la Purification et l'Annonciation. Un canon d'un concile tenu à Oxford, en 1222 s'exprime ainsi : Ilac sunt festa, in quibus post missam opéra rusticana concedimus ; srd antrquam, non : Octave Epiphania, ss. Johannis et Pauli, translatio S. Martini, translatio s. Benedicti.
13« Écosse. — Le Kalendarium Drummondi qui semble d'origine irlandaise, et qui remonte au Xe-XIe s, porte au 11 juillet : V idus. translatio sancti Benedicti abbatis. r/uum corpus, post monasteriua a gentibus déstructura, ad Gallium Floriacum translationem et scpultum est honoriflee in eo. Même fête dans les calendriers de Hermandston, de Culross, de Ferne.
14 » Irlande. — Il suffira de rappeler ici le Felire Fesliloge d'Oengus, au début du IXe, et le martyrologe d'O'Gorman, composé vers 1167, mais ces textes celtiques sont sujets à recevoir des interprétations variées.
En somme, on peut conclure avec Dominique Giorgi : Tanti fuit apud transalpines cœnobitas præserlim S. Benedirti e Casino monasterio in Gallias ad Floriacense cœnobium translatio, ut in vetera fere omnia Latinorum hagiologia et in ipsos libros liturgicos, monasterium usui accommodos ca commigravil.
XV. Les témoignages HISTORIQUES. — Parallèlement aux témoins liturgiques prennent rang des témoins moins impersonnels dont il suffira de dire quelques mots, puisqu'ils sont d'une importance moindre que ceux qui ont été discutés jusqu'ici.
Une bulle du pape Jean VIII, datée du 5 septembre 878, rendue à la suggestion de l'abbé Théodebert de Fleury, contient cette affirmation : Quod tione divina per monachos ejus loci a Benedictana provincia corpus illuc s. Benedirti peroneril, olim allalum, ibi que reverenler humulum, sicut manifestissima constat oeritaie' ; et comme Jean VIII ne parle que par ouï-dire et sur la parole de Théodebert, il atteste du moins l'opinion alors généralement tenue en France.
En 876 et en 881, deux testaments valent à l'abbaye d'honnêtes héritages. Le comte Echard et sa femme Hichilde donnent la villa de Patricianus au monastère ubi sanctus Benedictus débita quiescit honore et l'acte de donation est signé inter majus altare et sacratissimum patris Benedicti corpus.
En 899, après bien des alertes, les moines de Fleury purent reconstruire leur monastère détruit qui ne cessa plus d'être en grande vénération. Alors, avec le XIe et les siècles suivants, les témoignages se succèdent ou s'entassent sans prouver autre chose sinon qu'on ne doutait pas que le corps du patriarche des moines d'Occident fut à Fleury. Nous avons vu, qu'en effet, il est impossible d'en douter. Les polémiques du XVIIe et du XVIIIe, à propos desquelles nous avons fait allusion, ne font que montrer l'impossibilité de soutenir le contraire avec quelque chance de succès.
XVI. Les dernières polémiques. — Au XIXe, ces discussions se réveillèrent pour s'assoupir enfin à jamais. En 1840, Carlo Troya consacra une note érudite à la question à propos d'un diplôme de Gisulf II, duc de Bénévent. Les bibliothécaires de l'abbaye du Mont-Cassin se croyaient tenus à défendre l'opinion contraire à la translation, Gattola s'en était acquitté, Dom Tosti apporta à la même cause le secours de son érudition facile et imprécise - ; on ne pouvait attendre de lui une démonstration critique, ce ne fut qu'une dissertation littéraire. Peu après, Dom J.-B. Pitra énonçait en passant son opinion favorable à Fleury. En 1876, un anonyme, chez qui l'éducation n'égalait pas les convictions, publiait une brochure valant à peine le poids du papier ; en 1879, le cardinal Bartolini défendait avec plus de bonne volonté que de critique l'opinion en honneur au Mont-Cassin, et peu après, un bon travail sortait d'Orléans favorable à la tradition de Fleury. Dom François Chamard avait mis à profit de longs voyages pour grouper les témoignages liturgiques qu'il rapprocha, dans un travail distingué, des témoignages historiques. Son livre sur Les reliques de saint Benoît, in-8°, Paris, 1882, 212 pages, mettait fin à la discussion par la solidité de l'argumentation et l'abondance des preuves. On pouvait regretter, sans doute, des longueurs, une méthode confuse et une surabondance de compliments, mais les faits rassemblés étaient décisifs et le présent travail lui doit la plus grande partie des matériaux qui y sont entrés. Des éclaircissements de détails ont été apportés depuis, c'est ainsi qu'on a retrouvé le texte du ms. de Naples, celui du manuscrit de Padoue, et cette dernière trouvaille a suggéré à son heureux inventeur, qui sait se placer « sans le moindre effort au-dessus des mesquines préoccupations d'un soi-disant sentiment national » — et on en a eu la preuve — une solution qui ne saurait être passée sous silence : « Voici, écrivait cet auteur, à quoi l'on pourrait songer : persuader au Saint-Père, protecteur de l'Ordre bénédictin, de recommencer avec plus de succès et d'autorité, les tentatives faites par son prédécesseur Zacharie pour faire rendre à son tombeau primitif ce qui se trouve encore à Fleury du corps du saint Patriarche. » — Ce qui veut dire : dépouiller la France, qui les possède depuis douze siècles, des reliques de saint Benoît, pour les expédier en Italie. L'auteur de cette proposition, qui, nous dit-il, a su se « placer sans le moindre effort au-dessus des mesquines préoccupations d'un soi-disant sentiment national, » s'appelle Dom Germain Morin.
XVII. Bibliothèque. — En 1874, Léopold Delisle écrivait que « la bibliothèque de Fleury pourrait fournir la matière d'une curieuse monographie, dont les éléments sont malheureusement épars à Orléans, à Paris, à Rome, à Berne et dans plusieurs autres villes de l'Europe ». L'appel fut entendu et l'histoire de cette bibliothèque fameuse fut écrite peu d'années après.
Dès le VIe, Fleury posséda des livres ; quelques-uns se sont conservés, contemporains probables de l'abbé Mommole. Non seulement les scribes copiaient les livres de l'Écriture sainte, mais ils s'occupaient de réunir les ouvrages des Pères de l'Église, dont un témoin est demeuré, magnifique homéliaire de 344 p., orné d'initiales, contenant des sermons de saint Léon, de saint Augustin, de saint Ambroise, de saint Optat de Milève et de saint Jean Chrysostome. En outre, on rencontre parmi les manuscrits copiés au VIe le De mortalitate de saint Cyprien, l'Ad Donatum du même, l'Hexaméron de saint Ambroise, les commentaires de saint Jérôme In Isaïam et l'Epistola sancti Augustini ad Dardanum. Adrevald écrit que l'abbé Mommole conçut la pensée de s'emparer des reliques de saint Benoît à la lecture des Dialogues de Saint-Grégoire ; nouveau livre à compter dans le catalogue primitif.
On ne sait rien de bien certain sur les accroissements au VIIe, mais au siècle suivant, les copies du scriptorium de Fleury se multiplient à tel point que l'abbé Magnulf fait construire une salle particulière où les moines pussent lire commodément, et afin qu'ils ne fussent pas réduits à mettre les manuscrits sur leurs genoux, il plaça une table dans cette salle, ce qui lui attira l'approbation d'Alcuin. Cette salle se trouvait à côté de l'église ; il est possible qu'elle servît à la fois de salle de lecture et de bibliothèque. Théodulfe organisa les écoles de Fleury, y favorisa la copie des manuscrits et le fonds dut s'accroître rapidement. Théodulfe était évêque d'Orléans et abbé de Fleury, qu'il gouverna dix-neuf ans et demi, de 798 à 818. Les exemplaires de la Bible qui ont gardé son nom furent sans doute confectionnés à Fleury, ce qui donne une haute idée de l'habileté et de l'outillage de ce monastère, bien que le texte de Fleury (pour Théodulfe) ne soit pas le meilleur.
La faveur de Charlemagne pour Théodulfe avait achevé ce que la protection des reliques de saint Benoît avait commencé, Fleury recevait présents sur présents. Charles le Chauve présenta un évangéliaire : nb mérita sancti Benedicti textum evangelii dédit Floriaco sublili operis diversitale fabrieatum. Le comte Eccard léguait à l'abbé Théodebert, en 875, les livres contenus dans un petit coffre : Li'ftri gui sunt in utica paruula, et en outre ceux qui avaient appartenu à son frère, qui fuerunt germani mei, id est, canones paenitentiales, liber Ambrosii de Mysteriis.
A cette date du IXe, nous possédons un catalogue de la bibliothèque ; il comporte soixante-dix-huit numéros :
Auctores hujus monasterii :
1. Virgilius (au-dessus Seruius). 2. Bcetius. 3. [P] sichemachia. 4. Terentius. 5. Sedulius. 6. Alcuinus. 7. Arator. 8. Terentius. 9. Très (au-dessus : ///) Aviani. 10. Catonem. 11. Prosperum. 12. Avianum.
13. W'altarium. 14. Esopum. 15. Albinwn. 16. Hamarsdam(= Smaragdumi. 17. Lift, pronostleorum. 18. Prudenlium [P] sichemachie. 19 Dialogum Grcrjorii '. 20. iifccr purulipomenonis (sic). 21. Vaidi-n ires. 22. Passio sdfic/e l'elicilatis. 23. Passionarii très. 24. Expositiones duo saper Genesim. 25. Expositiones saper V libros Moyfi. 26. Augustinum de sancta Trinitate. 27. Expositio super Apoealipsin. 28. Ausiis- /inus de Deo coneardis (sic). 29. Expositio super Canlica oanticorum. 30. Alquinum. 31. Lié. pronosticorum. 32. Vi/ci Patrum. 33. Rejute clericorum. 34. E pistolet Ieronimi ad Eusloehium. 35. Epistale de gradibus sacerdotalibas. 36. Ysidori super Leoiticos. 37. 0 »adraginta omette Gregorii. 38. Pastoralis cura. 39. X.i6. Pastoralis régule. 10. Lift, qiii'd signifieant vestimenta lœ. 41. /.tter de Regibus. 42. Fisiologus. 43. Vite S. Medardi. il. /./7>rr sanctorum Patrum, de fuie. 45. Il expositiones super Spalilrium (= Psalterium). a'<. omette sujier toangelia. 17. Trin (sic) historia super Genesi. 48. Passio saneli Quintini. 49. Expositiones super Evangetia. 50. Epistole magni Alexandri régis. 51. L>e révélations capitis sancti Johannis. 52. Oralio sancti Augustini. 53. Lifter Proseri (= Prosperi) de conlemplativa Dite. 54. Lifter Yeronimi super duodecim explorationes Prophetarum. 55. Passio sancti I.anlberli. 56. Commentarium Ieronimi jtresbuteri. 57. Lifter calcalatorie (sic) ar/is. 58. Sermones sanctorum Patrum. 59. Lifter de decem cordis. 60. ii'ft. de sancla Trinitate. 61. Mi'ssa/es iiftri /res. 62. Expositio saper tpistolas Pauli. 63. Décréta Affricani concilii. 64. Knmanus ordo. 65. De Zeje ribuaria (sic). 66. Aujiis- /irius super epistolas Johannis. t « > T . Dialagus Severi. 68. Epistola ; Jacobi. 69. Augustinus super Matheum. 7o. Augustinus ad Thimasium. 71. Expositio Raboni (sic). 72. ifeda de temporibus. 73. Collectarii très. 74. /<'</■( de sanctis Locis. 75. Gradaliu V. 76. Antiphonaru 1111. 77. Psalteria IIII. 78. Plenaria llll.
Les invasions des Normands qui saccagèrent Fleury. durent entraîner bien des pertes de livres, sinon de la totalité, puisqu'un certain nombre s'est conservé jusqu'à nous. La réforme clunisienne releva le monastère et l'observance. Par son ordre, on travailla à reconstituer la bibliothè que et le manuscrit de Berne, 43. ?, conserve un catalogue du \ siècle qui montre qu'on ne travailla pas en vain ; toutefois il ne compte que quarante numéros : :
1. Retorica Cieeronis. 2. Timeus Plato. 3. Porphirius cum Catégories Augustini. 4. Simphosius lib. reguliv astrolapsus. 5. Lift. / de astronomia. 6. Lift, de utililatibus astrolupsis.l. Exeepliones Priseianl (corrigé : </•■ Prisciano). 8. Corpus dialecticse. 9. Priscianus major cum minore de conslruclione. 10. Item de constructione (en marge : Priscianus de A / / versibus). 11. / Virgilius. 12. 1. Terentius. 13. /. Horalius. ! 1. /. Sal lustius. 15. /. BaUius. 16. /. Juvenalis cum Persio in uno volumine. 17. Excidium Trojse. 18. l'rudentius major. 19. J/em Prudenttus minor cum Aratore. 20. /fern Prudenlius minor. 21. //em Arator. 22. Sedulil II. 23. .W'ianiis /. 21. Cote / (corrigé : Catonea 11 ). 25. Donatus minor cum majore et barbarisme/ et roiijugattonibus. 26. Bette de melrica arte 1. (en marge : 7tem Donatus cum conjugationibus). 27. Serviolus. I. cum 28. Très /i'fte//i deeltnationum. 29. Eulicius. 30. Priscianus de formatione. 31. /. Carmen de qulbusdam lapidibus morattler pertractal (en marge Mfcc /. 32. Macrobius. 33. Musica (en marge : Ères qualerniones de musica Bœlii). 3 1. Ad Dcodatùm. : :'>. Ail Auguspuftlteuef, t. \u. p. v-vi ; ces deux cataloguei »ni été publiés par Hagen( dans Jahrbûcher for cUaslscht Philologie, 1869, î>. .« .1 » mj. : Cb. Cuissard, Inventaire des mitonnera. ■ !, ht Bibliothè que f Orléans, l onds de l leury, 1889, tinum. 36. Commenlum Bœlii in categorias Arislotelis, 37. Commentum Bcetii sa/ier isagogas. 38. Pericrmeitia Apulei cum periermeniis Arislotelis. 39. Retorica ronis ad Ilerennium. 40. Commentum super Juvenalem.
Au commencement du je » siècle, l'abbé Lantpert lit copier le glossaire, aujour d'hui à Berne n. 2.3'J,' bert fait des emprunts à Fleury, et il écrit à son ami Constantin qui vient le voir : Comilcnlur iter luum Tulliana opuseula et de Republicaet m Verrem et quse pro defensione muUorum plurima Romanse éloquent ise parens conscripsit. Toutes ces richesses reposaient dans la Turricula : livres, testaments, privilèges' ; a l'abri du feu, grâce au bibliothécaire Isembertus, ui'r magruv sanclitalis al que prudentise, qui composuit suœ obedienliœ armarium cadra insanientium terrores ignium 6. Cha que écolier devait faire présent de deux manuscrits en quittant le monastère , et lis voyageurs rapportaient d'autres manuscrits de leurs voyages. Abbon rapportait d'Angleterre un sacramentaire et bientôt arrivait de Bamsey un ponlificule : Etiam a transmarinarum partibus regionum, loco Ramegisus nuncupalo, illi divitiw plurimarum advehebantur opum, inter quœ Episcopalis benedictionis liber, primordia omnium aurata geslans versuum '. Les abbés Abbon, Gauzlin, Veran accroissaient la bibliothè que : l'abbé Simon, le 11 juillet 1103, ht décider en chapitre que tous les prieurés dépendant de Fleury contribueraient nécessairement à l'entretien de la bibliothè que.
La pièce suivante est une ordonnance de l'abbé Maeaire du l« r mars 1117 relative à la dotation de la bibliothè que et la contribution que doivent fournir les différentes maisons dépendant de Fleury.
Ego M. abbas vidais bibliolece nostre codi ces vetustate nimia cariosos et teredine ac tinea rodente corruptos, ad eorum rejectioncm et novorum comparacionem seu membranarum ccemcionem, rogacione etiam Attonis carissimi fralris noslri, hoc in capitula nostro, conventu loto asenciente et rogante, conslitui. Conslitui, inquam, ut tam ego quam priores noslri et qui inlra monasterium obedienlias habenl, ad hoc opus tam necessarium, tant utile, lam honestum, annuatim in brumali jestivilate sancti Benedicli aliquid conferamus. Quam pcctiniariain collacionem sire collectant armarius noster ab his quibtts imposila est exigeas et observons, in pretaxalos usas accurale cl diligcnler expendel. Quod si ego vel abbas qui mihi successerit aliquam obedienciam vel internarum vel exterarum in manu sua lenere voluerit, illius obediencie debilum persolvel. Ego igilur et qui mihi su abbas decem solidos annis singulis dabo. l'rior de Régula v solidos. l'rior de Patriciaco V solidos. Prior de Sain v solidos. Tesaurarius il sol. Camerarius il sol. Cellararius n sol. Inftrmarius xn den. Pristinarius (sic) xn den. Eleemosinarius xn den. Prepositus de hoc villa n sol. Magister de opère xn den. Prior de Sou, !, Aniano n sol. l'rior Gionensisll sol. Prior de S Briecio Xll den. l'rmr île Suer, Cesaris II sol. l'rior de Castello S, v, super Chemin II sol, l'rmr de Castello Nooo supei I igerim xii den. Prior de Sancto Geroasio xii den. Prior de Sancto Jacobo il sol. Prior de Sancto Hilario Xll den. l'rior de Valliaco Xll <len. l'ri'ir de Loirriaco u sol. Prepositus de Curti Matriniacensi n sol. Prepositus de Villare il sut. Prepositus de Il soi. Prepositus Almericurtts 11 soi. Prepositus de Eœra Oitlc II s, t. l'rmr de t Cirera Castro Xll ilcn. Prior Stampensis u sol. l'rmr de Vitriaco xn den. Priante Monasteriolo xn den. l'rior de CataleclaXII den Cet acte a été conservé par plusieurs copies dans Voici la conclusion qui man que dans le ms. 7696 :
El ne aliquis sucessorum nostrorum hoc statutum infringere aut adnihilare présumai, sigilli nostri et sigilli capiluli impressione roborare et confirmare decrevimus. Hoc etiam ftrmiter lenere precipimus, ut nulli priorum prediclorum fastum venienlium exeundi licentia concebatur donec debilum cantori et armario persolval.
Ilasignatum : Macharius,abbas, S. Lancelini, prioris, Dagoberli, prioris claustralis, Juliani Vitalis, infirmarii. Adonis cantoris et armarii. Pétri Salensis,Guillelmi Vaslonis, Artaudi, capicerii, Artaudi, eleemosinarii, Hugunis, lertii prioris, Joannis, succenloris, Joannis, medici.
Acium est hoc in capitula nostro solemniter kalend. marlii anno ab incarnatione Domini millesimo centesimS quadragesimo sexto, régnante Ludovico, rege Francorum et duce Aquitunorum, anno decimo regni ejus.
Le souvenir de cet abbé, ami des livres, se conserva à Fleury sous une forme originale. Au jour anniversaire de Macaire, les moines buvaient un coup de vin et le cellérier était tenu de donner du « meilleur » qu'il y eut dans la cave '. Macaire avait trouvé un bibliothécaire nommé Acton ou Hatton, dont le nom se lit sur le ms. 13 de Berne, fol. 110.
Hic est liber sancti... quem Halo bibliolecarius fecit, quem siquis... ; il mourut en 1147, peu de temps après avoir détermine l'abbé Macaire à porter la décision qu'on vient de lire.
Julianus, successeur de Hatton ne se montra pas moins zélé. « Voyant, nous dit-il, qu'il manquait quatre feuillets à un ouvrage, j'ai cherché partout pour les retrouver, car ce livre est rare : ce n'est pas sans peine que je les ai trouvés dans un monastère de clercs près de Bourges. » Les quatre feuillets faisaient partie d'un Lactance, qui est aujour d'hui conservé à la Bibl. nat., ms. lat., 3476, ayant été offert à Char les IX par Petau. On lit encore ces mots :
Liber Sancti Bcnedicli Floriacensis. Hune supplevil Julianus.
Au XMe, la bibliothè que reçut de nouve aux accroissements. L'abbé Jean y veillait et on possède encore aujour d'hui douze manuscrits de Fleury portant la mention suivante : Hic liber est Sancti Bcnedicli Floriacensis quem scribi fecit Johannes, abbas istius ecclesiœ, anno Incarnationis dominicœ millesimo CC XXX' IX ». Qui eum furalus fueril, anathema sil. Les manuscrits conservés sont aujour d'hui à la bibliothè que d'Orléans ; inscrits sous les numéros 23, 24, 25, 26, 27, 28, 29, 30, 32, 37, 40, 202.
En 1471, trois religieux sont accusés et condamnes pour avoir volé plusieurs manuscrits entre autres une Bible magnifiquement écrite -.
Sous l'abbé Bégon de Murât, en 1515, on dressa un inventaire, perdu aujour d'hui. Il serait possible qu'il fallut rattacher à ce catalogue plusieurs cotes encore inexpliquées. Le manuscrit 44 d'Orléans porte la lettre D toute seule : le manuscrit 15 porte P3 et Casimir Oudin nous apprend que In bibliolheca Floriacensi, lillera A', exstat lagica Pétri Abeelardi cum logtca R. Mauri 4 et le n. 222 actuel d'Orléans n'est autre que cet A1 arrivé jusqu'à nous5. Toutefois cette double cote peut se rapporter à un inventaire plus ancien. Ce qui permet de croire qu'on en fit un sous l'abbé Bégon c'est que les mss. d'Orléans 142 et 143 portent les anciens numéros 16 et 1 7 avec le millésime 1415.
En 1552, autre inventaire, malheureusement très sommaire, mais qui a « le très grand mérite d'avoir été fait avant le pillage des protestants » et dont l'original est conservé dans le ms. lat. 1 37 des Nouv. acquis, de la Bibl. nat., fol. 9-26. Il comprend trois cents numéros et porte ce titre : Catalogus librorum qui in bibliolheca ccenobii Benedictini Floriacensis ad Ligerim reperti sunl poslridie nonas decembris, anno Domini 1552. Cette recension est malheureusement incomplète, car il est impossible d'admettre qu'avant le pillage, Fleury ne possédait que trois cents manuscrits, puis que douze ans après, Pierre Daniel met son nom sur quarante-quatre manuscrits de cette collection, son frère François en possède huit, et, en 1002 Jacques Bongars en lègue plus de quatre cents de même origine, tandis que par les acquisitions faites par Christine à Petau, la Vaticane en possède quatre fois ( ?) autant. En chilfres ronds on arrive aujour d'hui à porter le chiffre des manuscrits de Fleury à deux mille environ, sans compter tous ceux qui se trouvent en Angleterre, en Suède, en Russie, en Allemagne Devant un nombre si imposant, les trois cents numéros de l'inventaire de 15.52 font piètre figure et Ch. Cuissart s'est demandé « si nous n'aurions pas, avec cette recension, la liste des volumes composant la bibliothè que des éco les. En étudiant l'ensemble de ces manuscrits, on ne voit aucun livre de chœur, ni psautier, ni cérémonial. Quelques commentaires sur l'écriture sainte et plusieurs Vies de saints peuvent-ils être pris en considération, quand on lit la mention de cinquante-trois livres de grammaire ou de philosophie et vingt-trois de Décréta les. Les poètes y sont nombreux : Térence, Virgile, Ovide, Stace, Lucain. Juvénal, Prudence et Sédulius viennent à côté des historiens Salluste, Tite-Live, Eusèbe, Josèphe, Bède, Hégésippe et Victorin. Cicéron représente les orateurs avec ses Catilinaires et ses traités De Seneclule, de Amicilia, de Oralore. Enfin la médecine, la musi que, l'arithméti que et la science de l'astrolabe complétaient le quadriuium. De cette énumération (il semble ressortir) avec évidence que ce catalogue n'est que le recueil des ouvrages à l'usage des écoliers. Cependant on doit regretter sa concision, car il est bien difficile aujour d'hui de retrouver le numéro correspondant à nos manuscrits 6. » La prise et le pillage de Fleury par les protestants furent une des manifestations par lesquel les la Réforme tint à honneur de manifester son goût pour les arts et les bel les-lettres. Ce ne furent pas seulement les chasses et les reliques, mais de non moins inoffensifs volumes, des chartes, des bul les, des polyptyques que ces odieux sectaires déchirèrent, brûlèrent, anéantirent, afin de guérir la postérité du goût d'aller à la messe et de prier Dieu en latin. Secte exécrable qui a privé pour ja mais l'histoire de milliers de titres et de monuments que rien ne remplacera.
Au milieu de ces fureurs, quelques moines, assez braves pour risquer leur vie en sauvant des manuscrits, se glissèrent parmi les Huguenots. Une bourse d'une main, une bouteille de l'autre, ils séduisirent sans beaucoup de paro les ces réformateurs. Le bailli du monastère, Pierre Daniel, ne montra pas moins d'ardeur et de courage que les moines bibliophi les, mais pour d'autres motifs. L'abbé de Fleury était alors le cardinal ( Met de Chàtillon. huguenot avère, bientôt apostat et marie. Daniel étant dans ses bonnes grâ ces, il ne lit nulle difficulté de lui abandonner sa part de butin. Pour apaiser les moines, Daniel consentit à leur abandonner quelques manuscrits et mit les autres dans sa maison d'Orléans, peut-être en lit-il une sorte de commerce1. Instruit, ami des bel les choses, le bailli s'était constitue la plus merveilleuse bibliothè que que ja mais particulier eût possédée. 11 en faisait les honneurs avec sérénité, feuilletait ses richesses, envoyait des variantes aux curieux, révisait des textes. ■ La bibliothè que de Daniel m'attire surtout, » Trahit me maxime Danii lis bibliolheca, écrivait Jacques Bongars !. La volumineuse correspondance de Daniel. conservée à Berne, ne s'occupe guère que de son trésor. » L'Orléanais, écrit L. Delisle, était alors un véritable marche d'anciens manuscrits dont la célébrité avait franchi les limites de la France. Témoin les recommandations contenues dans une lettre d'Isaac Vossius a -Nicolas Heinsius : « Si vous allez à Orléans, informezvous je vous prie, d'une dame noble qui demeure à environ dix ou douze lieues d'Orléans sur la roule de Bourges. Elle a beaucoup de manuscrits qu'elle vendrait a bon marche. Plusieurs en avaient été pris par un libraire qui me les a vendus et comme je lui demandais les autres, il me repondit que cette dame venant de perdre son fils il n'avait pu traiter avec elle, lalibraire habite au coin d'une place sur laquelle demeurent les autres libraires d'Orléans 3. » Apres la mort de Daniel, en 1603, Paul Petau et Jacques Bongars achetèrent les livres à sa succession et en firent deux lots ; ils eurent le tout pour quinze cents livres. Paul Petau sentant combien il avait peu de droits à s'approprier le bien volé au monastère, fit une restitution à Fleury, dont le manuscrit 218 d'Orléans, fol. 7, garde le souvenir :
Hoc Hugonls Floriacensis Chronicon rcligiosœ congregalioni Floriaceiui /« . Pelavius m regni curia consiliar. L. M. D. dédit MDC IX. El a la première page on lit :. Petaoiua in Parlant, l'nns. consil. K. Enfin ces mots inscrits sur la couverture : M. l'abbé Dubois, Ces deux livres liez ensemb les appartiennent nu monastère de Sainl-Benoist a l'Ieury. 1628, Le deuxième livre \ise par cette note semble être le il. 163.
Petau mourut je une laissant un lils. Alexandre, qui consentit à laisser André Duchesne travailler dans sa bibliothè que, mais fini ! par vendre celle-ci en grande Bongarslana), in-x , Bera, 1X7 ».. prœf., p. x-xxix ; Cf. partie à la reine Christine de Suède (voir Diclionn.au mot : Gothicum Missule i.et le lot s'achemina vers Stockholm. Une lettre de Chanut a Mazarin nous apprend l'embarquement clandestin de ces richesses lors que Christine quitta la Suéde : « Elle a scercleiiic ni fait embarquer les plus bel les tapisseries de sa maison, le meilleur de sa bibliothè que et le plus précieux de son cabinet dans (le) navire '. ■ Transportés a Rome ils finirent après la mort de Christine par entrer dans la bibliothè que du Vatican, Le fonds acquis par Bongars fut transporté d'Orléans à Strasbourg. Mabillon contribua a mettre en circulation à ce sujet un récit inexact ». Bongars, a-t-il dit, les aurait légué par testament au lils de son hôtesse, nommé Gravinet, Mais Janus Griiter, bibliothécaire de l'électeur Palatin, avait acheté les livres qui auraient pris le chemin de I leidelherg. Cette ville fut prise en 1622 et la bibliol liequc offerte par le vainqueur au pape Grégoire XV, qui chargea Allatius du transbordement lequel ne fut achevé que sous Alexaii (Ire VII ; ce serait le fonds Palatin de la Yaticane. Or Janus Gruter n'avait rien acheté et le je une Gravinet ne lui avait rien vendu et au lieu d'aller à Heidelberg et à Rome les livres de Bongars prirent le chemin de Berne où ils sont encore.
Après le pillage de 1502 et le prélèvement du bailli Daniel, les moines de Fleury récupérèrent quelques manuscrits. Ils ne les négligèrent pas. Sur le n. 107 d'Orléans, on lit : Ces coutumes sont de l'abbaye de Sainct-Benoist de Fleury sur Loyre, tesmoin frère Jade Bernard. 1592, L'année suivante. 1593, trère Magnan donne un Psautier avec des initia les peintes. En 1605 Jean Dubois écrivait : o .Maigre les malheurs des guerres il existe encore à Fleury un grand nombre de monuments précieux que nous a conserves la divine Providence. De Ions ceux qu'il cite, un seul a été identifié avec le n. 159 d'Orléans. Cependant il affirme avoir restitué tous ceux qui lui avaient été prêtes.
En 16.Ï6, les bénédictins firent une nouvelle rei sion de leurs manuscrits ; elle est conservée dans le manuscrit n. 61 d'Orléans sous le titre : Catalogus librorum anliquœ bibliulheac, les livres sont disposes en six groupes sous les lettres A, B, C, D, E, F •. Un catalogue tiré des Collecta ex chartulario Floriacensi, fournit une nomenclature semblable, mais 1res abrégée et sans auc une notation ; c'est une simple liste clés manuscrits au nombre de deux cents. Sur le dos d'un cci tain nombre de manuscrits, on relevé des numéros de classement qui correspondent au catalogue précédent, car les chiffres et les indications semblent appartenir à la même épo que. Toutefois ces numéros ne peuvent convenir au catalogue fait en 16 serve à Orléans dans le ms. 61, qui n'indi que que cenl quatre-vingt-quinze manuscrits.
Entassés dans une salle voisine de la sacristie, les manuscrits parurent dignes de recevoir un logis mieux approprie, et, en 1658, une délibération du chapitre la construction d'une bibliothè que. Toutefois •jafffcana Ubri lit. ln-4', Parhrila, 1685, piaf., d, (,. Dlatzko, dans Jenorr Hteraturiettung, 1x71. p une phrase dela préfaci di on Quel ; cardinal 'bChai Mon, Don il y eut encore soit des vols, soit des prêts non suivis de restitution ». En 1720, Dom Chazal entreprit une recension générale des manuscrits du monastère. L'original tut achevé en 1724 ; il a été volé par 1« Italien Gulielmo Libri dans le fonds duquel le n. 1345 porte ce titre : Bibliolheca manuscripla Floriacensis, manuscrit sur papier, in-folio du XVMe, 1720. Heureusement une double copie en est demeurée, et, bien qu'incomplète, n'est pas dépourvue d'intérêt 2. Les manuscrits y sont divisés en vingt artic les et s'élèvent au nombre total de deux cent soixante-six 3. Une lettre de Dom Sebelon à Dom Clément, datée du 22 mars 1759, nous apprend qu' « il man que déjà quelques-uns de ceux qui étoient à la maison quand il a fait son catalogue. Le ms. par exemple, coté 215, de huit cents ans, qui contenoit une partie du martyrologe de l'Église de Sens, n'y est plus ; on pourroit peutêtre en demander des nouvel les à M. l'abbé Lebeuf, car je crois qu'il a été à Saint-Benoist depuis que ce catalogue a été fait 4. » La perte de l'original volé par l'italien Libri est d'autant plus regrettable, que le catalogue dressé en 1763 n'analyse pas tous les manuscrits de Flcury. Dans VHistoria manuscripla Floriacensis (ms. 270 bis d'Orléans) Dom Chazal nous a conservé quelques numéros des volumes, quinze en tout ; on en peut recueillir d'autres dans VHisloire littéraire de la France et dans les éditions patristiques ou miscellanées des bénédictins ; il semble en résulter qu'entre 1720 et 1763, le classement et les numéros des manuscrits n'ont subi aucun changement. Il y a ici une légère difficulté tirée d'une note mise au bas de la page 15 du catalogue de 1763 et qui ferait croire que l'identité des numéros n'est pas constante 5.
Le Catalogue des auteurs ou écrivains dont on trouve les ouvrages dans les manuscrits de Fleury en 1763, est incomplet, il ne donne pas les noms des ouvrages correspondant aux titres indiqués. Et même de ces deux cent neuf manuscrits, il y en a trois qui n'ont pas être retrouvés, les n. 145, 194 et 207. Ces trois numéros retranchés, il reste cent six manuscrits, au lieu des deux cent soixante-six de Dom Chazal. Égarer quarante manuscrits d'une seule bibliothè que en quarante-trois ans, voilà qui ne fait guère l'éloge des bénédictins 8. Cependant à ces deux cent six viennent s'ajouter quelques autres manuscrits non mentionnés par le rédacteur de 1763 identifiés depuis, ce qui porte le nombre à deux cent quarante-cinq, le déchet était donc de vingt et un manuscrits, Dom Sebelon avait raison de le laisser entendre ; il faut, quoiqu'il en put arriver, toujours dire la vérité.
En 1790, Fleury subi le sort commun à toutes les maisons monastiques. Les moines furent chassés, les livres furent épargnés grâce au zèle d'un prêtre éclairé, l'abbé Carré, curé de Saint-Marc en 1783, archiviste du district d'Orléans en 1791 ; il fut, dit-il, « contraint par les excès de la tourmente de quitter Orléans en 1793, » et se retira à Gien. Peu de temps après, il fut reçu et employé dans l'administration en qualité de secrétaire adjoint, puis chargé de confectionner les inventaires des livres et des manuscrits qui existaient dans les différents dépôts littéraires du ressort. A Fleury, Carré fit faire des caisses, y enferma des manuscrits et escorta les voitures jusqu'à Gien.
Son inventaire rédigé il l'envoya à la commission des arts. Thibaudeau, président de la commission répondit, félicita et ajouta : « Vous êtes invité à porter votre attention sur les restes des manuscrits de Fleury, cidevant Benoît-sur-Loire et en particulier sur un Sacramentaire qui a plus de mille ans d'antiquité, un Usuard très ancien, une histoire d'Eusèbe de Césarée, notés et remarqués par les savants (n. 105, 273 et 268 d'Orléans). Quoi que je ne mentionne que ces trois manuscrits, les autres ne doivent pas être négligés... » 22 frimaire, an III.
Carré aperçut le bout de l'oreille et répondit de Gien : « Tous ceux que j'ai vus ne m'ont pas paru également intéressants, » puis il décrivait les trois numéros désignés et peu après il écrivait aux Administrateurs du département, que le nombre des manuscrits de Fleury transportés et inventoriés à Gien s'élevait à deux cent trente environ. De Gien, les manuscrits furent transférés dans l'église du monastère désaffecté de Bonne-Nouvelle, ils y demeurèrent jusqu'en 1807. Pendant ce temps le fonds subissait encore un déchet. Le 18 pluviôse an XII, le ministre de l'Intérieur fit envoyer à la bibliothè que de Paris un manuscrit grec ayant pour titre : Orationes ex Thucydidis historia cum aliis orationibus ex variis historicis grœcisexcerpta il y devint le n. 696 du fonds grec.
En 1820, le conservateur Septier publia un volume intitulé : Manuscrits de la bibliothè que d'Orléans, in-8°, Orléans, 1820, 287 pages. Ce n'est qu'une copie pres que complète du catalogue de 1763, faite sans regarder les origin aux ce qui permit à l'italien Libri de mettre des volumes non classés à la place de ceux dont il formait sa bibliothè que personnelle. Le catalogue de Septier n'est ni exact ni complet. Pour compléter les renseignements donnés par Septier, L. Delisle a fait usage du volume publié en 1777 par Dom Louis Fabre, Ccdalogue des livres de la bibliothè que publi que /ondée par M. Prousleau, in-4°, Paris et Orléans 1777. Une fois lâché dans la bibliothè que d'Orléans, Libri la mit au pillage. Septier avait dû avoir un résidu de manuscrits dont l'existence a été démontrée depuis par Ch. Cuissard. Dans ce résidu se trouvait, entre autres, le ms. Orléans 24S A dont Septier ne fait auc une mention dans son catalogue et un précieux recueil de capitulaires (sans numéro, n. xxxn de la Notice de Delisle) Grâce à ce résidu où il puisait à son gré, Libri put voler à l'aise et remplacer les manuscrits précieux par des manuscrits insignifiants ! surtout il tailla et mutila sans pitié, enlevant des cahiers susceptib les de former en apparence des manuscrits complets. L. Delisle a compté dans le fonds Libri une vingtaine d'artic les qui ont été constitués au détriment des collections de la bibliothè que d'Orléans, c'est-à-dire en majeure partie du fonds de Fleury.
Voici quelques brèves indications relatives aux manuscrits de Fleury : majuscule duxiw siècle, dans Mim. de la Soc. archéol. de r Orléanais, t. n, p. 487-500.
11 (14). Les quatre livres des Rois, x » siècle. Ch. Cuissard, Inv., p. 4-5 ; Cat., p. 12 ; E. Berger, Hist. de la Vulgate, pendant les premiers sièc les itu moyen âge, 1893, p. 177.
13 (16). Les Proverbes, etc., x« siècle. Ch. Cuissard, Inv., p. .« > ; C'n/., p. 13. A la page 40, on lil à la marge : Sun legitur in refecturio (probablement à cause du Canti que des Cantiques) ; a la page 250 : Ego /rater p.... Hic est liber sancti Benedicti Floriacensis... In Chrisli nomine, probutio incaustum. pi. xxxvi, n. 2 (cf. S. Brandi, dans Silzungsberichte de Vienne, 1886, I. ex, \<. 172) ; fol. 32 \ » » pi. xxxv (cf. Tischendorf, Codex Amiatinus, 185 I. p. ',1 I sq.), Les numéros suivants sont si parfaitement étrangers à nos étu des ou par leur date ou par leur sujet qu'il suffira de les mentionner sans plus longue description.
N. 18, 19, 20, 21, si. SA. 2 1. 25, 26, 27. 28, 29, 30, 31, 32, 33,34, 33. 36, ; :. 38, 39, lu.
Dei negavil et per sanctam Mariant illuminatus, ftlium ejus credens se qui meruit. Leclio incipit. Factum est priusquam incursio fteret in romanam rempublicam execrandœ Persarum gentis.
Ch. Cuissard, Inv., p. 2n. n. 11 ; Calai., p. 25, n. Il ; !.. Delisle. Notice, p. 361, n. II.
N. 42, 43, 11, 45, 10, 17, 4S, 49, 50.
Ch. Cuissard, Inv.. p, 2.« , n. . ».1 ; Cul, il., p. 2.S. n. 54 ; L. Delisle, Catalogue des mss. des fonds Libri et Barrois, p. 28-31 ; L. Delisle. Notice, p. 362, n. m.
N. 52, 53, 54, 55, 5G, 57, 58, 59, 60.
61 ((il ). I n ollice noté de sainte Anne, du xvnc siècle, a pris la place d'un ms. du xi*, décrit par Septier et contenant divers traites. Les morce aux indiques par Septier se retrouvent au n. 266.
Ch. Cuissard, Inv.. p. 31, n. 61 ; Catal., p. 33, n. 64 ; L. Delisle, Sotice, p. 362, n. iv.
N. 62, 63, 64, 65, 66, 67, 68.
69 (72). Commentaire de Bède sur S. Luc, x« siècle, empreinte sur la couverture en bois du Rolulus en l'honneur de Boson, abbé de Fleury (1107-1137).
Ch. Cuissard. Inv., p. 34-30, n. 69 ; Calai., p. 34-37, n. 72, 70 (73). Saint Ambroise, sur S. Luc, IX* siècle. Manuscrit intéressant pour l'histoire de la bibliothè que ; sur la première page le copiste a tracé en lettres capita les le contenu primitif.
In hoc corpore continenlur : rplu capitula habentia quesliones de exposlltone evangelii secundum I.ucam sancti Ambrosii ep\ Sententiw Xysti episcopi de vila hominis perfecla.
Doclrina Hosii episcopi de ,bservalione disciplinée dominicœ.
Senlenliie Evagrii monachi.
Pelagii, diaconi ecclesiœ Romans ; in defensione trium capilulorum libri VI.
De ces cinq traités le premier et le dernier seuls subsistent. Les cahiers vi à ix inclus ont été enliws a une date ancienne, puis que au haut de la page 78 on lit :
Désuni lût II 1 1 iiuulerniones et in fine.
Une autre note dit ceci : Furto sublula fere omniu.
Ch. Cuissard, Inv., p. 37. n. 70 ; Catal., p. 37, n. 73 ;
Delisle, Notice, p. 36 : 36 I. n. v.
N. 71, 72. 73. 71.73. 76, 77,78.
19(82).CommentalredeRabingue sur S. Paul, Xe, \ rbitror pra-sidio tutus Rabingus monachus.. ■ cum enim sil dicatum domno sanclo que clavlgero Petro, ccelico beato quo que Prsejeclo martyri inclito neenon et almœ I :, ginee virginitatis et martyrti pollenli triumpho.
Aurcn eum Domino salagts qui scundere régna, Tu codieis l'ituli verba / » nia tenens, Dtltor existes, legeris eum mente volumen.
Hoc tibi quse latitant tum reserans aliis. Crimlna cuncta necat, otrlu les gestal et omi Squallida nonnulla candida rite facit. Ilu ; R ibingus orans ego faclus optmo Transcripsi librum cernls ut Imne monachi At que Dca, Petro, Pi ta RegUue Mnii/ieis d, .iiuiir, < uni rcliquis famulis.
Spe et ain>,r' lii i ni sine fuie qucam.
Ch. Cuissard, Inv., p. 41-42. n. 79 ; Calai., p. 40, n. 82 ; L. Delisle. Deux manuscrits de l'abbaye de Flavigny, Dijon, 1887.
N. 80, 81, 82, 83, 84, 85, 8G, 87, 88, 89. 94 (116). Mélanges Ihéologiques. Plusieurs cahiers arrachés formèrent le n. 82 de Libri et le tout correspond au n. 240 du catalogue de Dom Chazal.
99 (121). Voilà la notice de Septier : Homilix in o/ficio noclurno dicendœ a feslo nativitatis ad festum resurrectionis Domini nostri Jesu Christi, in-fol.. 456 pages, reliure en bois.
« Trois leçons tirées d'Isaïe sur le Messie se trouvent à la première page de ce volume, dont l'écriture, des xe et xi° sièc les, à doub les colonnes, sur parchemin, est belle et lisible. El les sont suivies des homélies de saint Augustin, de saint Grégoire pape, du vénérable Bède, de saint Jérôme et autres saints Pères, relatives à l'office que l'Église célèbre depuis la fête de la Nati\ ité jusqu'à celle de la Résurrection de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Ce ms. vient de Saint-Benoît.
Il a disparu et on lui a substitué un missel noté de Saint-Mesmin.
Ch. Cuissard, Inv., p. 51, n. 99 : Catal, p. 49, n. 121 ; L. Delisle. Notice, p. 369. n. vu.
105 (127). Sacramenlaire. Fin du x ? siècle. 182 feuillets de parchemin, de 267 sur 218 millimètres. On y peut distinguer les parties suivantes :
Pag. 4-7 : Canon de la messe, incomplet au commencement.
Pag. 8-150 : Les oraisons et les préfa ces des messes •du propre du temps à partir de la veille de Xoél.
Pag. 152-253 : Les oraisons et les préfa ces des messes du propre des saints, à partir de la fête de saint Etienne. Pag. 254-267 : Les oraisons et les préfa ces des messes du commun.
Pag. 26S-313 : Des oraisons pour diverses messes et ■diverses intentions.
Pag. 314-363 : Différentes cérémonies, messes ou prières et notamment les morce aux intitulés : Incipit ordo unguendi infirmum (p. 314) ; Missa pro infirma qui proxima (sic) est morte, Missa in honore sancli Sigismundi régis et marlyris el pro febricilanlibus (p. 329). Incipiunt orationes in agenda morluorum (p. 332).
Ce sacramentaire appartient à Fleury depuis le x' » siècle ; ainsi qu'on l'apprend dans l'epitaphe de l'abbé Gauzlin :
Dulce decus Regni ja cet hic sub marmore trisli : Grandis honor pulrix ja cet hic sub pulvere terrœ. Hic, Gausline, tibi requies, ftnis que laboris, lHim veniat Dominus dure digna piis, mala pravis. Peter sacer, Bénédicte pater, sacra virgo Maria. Fœnore multiplici servum dotale fidelem et après quelques vers sans auc une importance : <>r lavas Marlis superabal Apollo fenestras, Cum fera mors famulis râpait luvc gaudia msestis. Pro quo fundc preecs, quisquis hsec scripla recurris. Cette épitaphe se trouve ajoutée en caractères du xi' siècle au bas de la page 331.
....fpatro )no suo Bcnediclo, ob sui memoriam. a transmarinis partibus misit, imprecans cum juramento malcdictionis ut si quis eum de ipso monaslerio aliquo ingenio non reddilurus abslraxerit, cum Juda prodilore, Anna et Caipha portionem sternse dampnationis accipial. Amen. Amen. Fiat. Fiat.
Le fameux Abbon, abbé de Fleury, mort en 1004, était allé en Angleterre vers 980 ; il y noua des relations qu'on entretint soigneusement. Dans sa Vila, ch. vi, nous lisons ceci : A Domino vero Oswaldo cum gratia presbyleralus etiam cuncla eidem gradui congrua... vestes vero sacerdota les... et aureus calix. Environ trente ans plus tard, on envoyait encore de Ramsey à Fleury, dont Gauzlin était abbé, des objets précieux : Etiam a transmarinarum partibus regionum, loco Ramegisus nuncupato, illi divicise plurimarum adUehebantur opum, inter quœ episcopalis benediclionis liber, primordia omnium aurata geslans versuum (Vila Gauzlini, n. xuu) '.
Le sacramentaire ne peut se réclamer d'une attestation aussi claire, mais son origine anglaise n'en est pas moins certaine. Il est possible de déterminer pour quel monastère il a été exécuté.
La partie du canon qui subsiste sur les premiers feuillets du volume contient la commémoration des morts, dans laquelle les noms des saints apôtres et martyrs sont aussi énoncés : cum tuis sanclis aposlolis et marlyribus, cum Johanne, Slephano, Cœnelmo, Ma.th.ia, Barnaba, Ignatio, Ale.xandro, Marcellino, Petro, Felicilate, Perpétua, Agalha, Lucia, Agna, Caecilia, Anaslasia, Genovefa, Eeulalia, el cum omnibus sanctis luis... La place attribuée à saint Kenelme et le soin apporté à tracer son nom en oncia les rouges invite à chercher une église dont il fut le patron.
On fait la même réflexion en voyant les développements donnés dans le propre des saints (pages 198 et 199) aux oraisons et à la préface de la messe de saint Kenelme. Ces prières méritent d'être textuellement reproduites : xvi kal. Augsti. Natale sancti Coenelmi martyris. Omnipotens el misericors Deus qui nobis prœclaram hufus lœtiliam pro beall Kenelmi, marlyris lui, solempnitate tribuisli, intende serenus vota fidelis populi, et concède ut cujus hodie festa percolimus ejus semper merilis et precibus sublevemur, Per.
Super oblatam. Prœsentibus, Domine, quœsumus, intende muneribus, et patrocinante beato Kenelmo martyre luo, cujus solempnia venerando recensemus, fidelibus salutis indulgentiam conférant, el œlernitatis prœmia dignanler adquirant. Per.
Prsefatio. V. D. .Elernc Deus, qui sanctorum tuorum patrocinia lecum ita in selerna claritalis luee gloria prseparasti, ut, in eis exislens mirabilis, difjusius huic mundo lumen tuse oslendas veritatis, ex quorum collegio beatissimus t »stis tuus Kexelmvs in œcclesix tuse stabililate, agone marlyrii decoratus, perfloruid, demumque innocenlise prsemium captans, laurcalus cœlestis capilolii celsitudinem obtinere promeruit, in cujus sollempnilatis triumpho, anima pia> devotionis nostrse votée recensentes, consonas majestali tuse persolvimus lau des, quatinus ipsius precibus cœlestia munera capiamus, juncti que sanctorum prœcibus in perpetuum collelemur. Per Chrislum.
Ad Complendum. Percipiat. qusesumus. Domine, plebs tua. beati martyris lui Kenelmi natalicia cselebrandocum exultutione.lwtiliam.etquam cœleslis mensse refecisti edulio, œlernitatis tuœ facias adscisci consortio, Per Dominum.
Ail Yesperas. Tribue, démens el misericors Deus, in beati testis lai Kenelmi feslivitate, fidelibus populis opem salutis seterne, nos que famulos tuos pervigili eustodi protection*, ut qui te lotis sensibus confttemur nulla inimici fraude capiamur. Ver.
Kenelme martyr et dont une des églises était dédiée a saint Pierre. <>r le monastère de Winchcombe étail en relations suivies avec l'abbaye de l-'leury ; nous en trouvons la preuve convaincante dans ce fait consigne par Guillaume de Malmesbury, a savoir qu'Oswald. qui fut successivement évè que de YVorcester cl archevê que d'York, reconstruisit le monastère de Winchcombe dans la seconde moitié de xc siècle ; il en confia l'administration a l'abbé Germain, quem de Flariaco seeum adduxerat, magna adjumento fuit et religioni et restaurationi ecclesise... La présence à Fleury d'un livre île Winchcombe s'expli que ainsi tout naturellement.
L'écriture du sacramentaire de Winchcombe ne contredit pas cette origine anglaise, niais l'or y a ete employé avec parcimonie. Les initia les sont le plus souvent rouges, bleues et vertes, couleurs dont l'emploi se retrouve pareillement dans la dernière partie du sacramentaire de Bamsey.
Ce fut sans doute peu de temps après l'arrivéi du sacramentaire à Fleury qu'on y transcrivit (p. 361. les nomina vioorum frulrum et les nomina defunctorum) Sur cette liste sont marques au 10 avril et au 3 mai les anniversaires de deux abbés, nommés Mainard et Herouard. Comme ces anniversaires se retrouvent à me date dans l'ancien obituairc du Mont-SaintMichel, nous sommes autorisés à rapporter ces listes au Mont-Saint-Michel. L'abbé Mainard qui est inscrit en tète du catalogue des frères visants doit être Mainard II mort en 1009. I. a rédaction des listes dont il s'agit doit donc être rapportée aux premières années du xi« siècle.
Mabiilon, Anna les Ordinis S. Benedieti, t. iv, I louquet, Recueil, t. x, p. 326 ;
L. Delisle. Mémoire sur d'anciens sacramenlaires, dans Mémoires de F Académie des inscriptions, t. xxxu, p. 211-218, n. i.xxix ; p. 307-369 ; 389-391 ; Ch. Luis s.ir.l. .1, aimai du Loiret, l« r décembre 1878 ; Inu., t. n. 105 ; Calai., p. 51, n. 127.
N. 106, 107, 116.
122 (115). Leclionnuire, xp siècle (la seconde partie seulement de ce manuscrit).
Ch. Cuissard, lui'., p. . »>7, n. 122 ; Calai., p. 59, n. 1 T. : L. Delisle, Notice, p. 370-371, n. ix.
N. 123, 121. 125, 126, 127. 128, 129, 130.
131 (154). Homéliaire, vn-vm* siècle, maltraité par I.ibri.
N. 132. 133, 134, 135, 136, 137. 138, 139, 1 10, 141,
fol 12 v« pi, xxix, n. 1 ; fol, 12 v » \\ix. n. 1 : l« l 19 \'' pi. xi. il. a. 1 : foL 27 v » pi. xxvu ; fol. 31 V pi. xxxix. n. 2. fol pi. i.xiv. n. 2 ; fol. 35 = pi. xi. ix. n. I ; loi. 38 V pi. v, n. 2 ; fol I« pi. vin : fol I pi. i.xxx, n. 1 ;
S. Brandi, dans Sllzungsberlchle de Munich. 1886, t. ex, p. 167 sq.
N. 171, 173, 171, 17.-.. 17G, 177, 178, 179. 180, 181, 182, 187, 188, 189, 190, 191.
193 i 221). Recueil d'anciens canons, ix-x » siècle.
I.ibri, dans .Intimai des Savants. 1841 et Revue celti que, 1881, p. 104-105 ; Ch. Cuissard, Inv., p. 12 : ;, n. 192 ; Catal., p. 11 1-115, n. 221.
N. 194, 195, 196, 197, 199, 200, 201, 202 a, 202 b, 2ii. ;. 2i :.. 216, 217. 21.S. 219, 220, 221. 222. 223, 221, 22 :,. 22i ;. 227. 22S. 229, 230, 231, 232. 233, 236, 237, 238, 239, 2111. 247, 248 a, 248 b, 249, 250, 251, 2.V2, 253, 254, 2 ;. :.. 256, 258, 259, 260, 261, 262, 203, 21a.. 207. 20s, 269, 270, 27ii bis.
273 1322) : Martyrologe cT l suant à l'usage de Fleuri/, ix siècle.
Ch. Cuissard, Inv., p. 167, n. 273 ; Calai, p n. 322.
27 1 (323). Fragments d'un martyrologe de Sens, X' siècle.
Ch. Cuissard. Inv., p. 167, n. 274 ; Catal., p. 107, n. 323 ; L. Delisle. Notice, p. 103. n. XXVII.
N. 280. 281,282. 283,284a, 285, 286, 287,288, 289, 290, 291, 292, 294, 295, 296, 297, 303, 313. 310, 3,17, 318, 319, 320, 374, 375, 376, 377, 394 bis.
Dans la Notice par L. Delisle, l'auteur a étudié les manuscrits de Fleury n. 15, 41, 51, 61, 70, 87, 94, 99, 122, 123, 131, 131, 138, 1 10, 167, 215, 210, 223, 228, 232, 233, 210, 250, 200, 270. 271. 281, 282, 283, 289, 290 ; cl il termine cette Notice par ces mots : « Je ne doute pas que parmi les manuscrits de Paris, de Rome et de Berne, on ne découvre d'autres morce aux en lettres oncia les venus de l'abbaye de Fleury... (qui)... parmi les gran des bibliothèques fut assuré nient l'une des plus riches en manuscrits antiques. » M. Cuissard a retrouvé dans les parages de Fleury trois autres manuscrits ' :
Le premier, a Saint-Iienoit-sur-Loire, contient les ouvrages d'Aimoin dont le nom est écrit sous la forme d'un monogramme.
Le deuxième, à l'évêché d'Orléans, (n. 207 de I >om Chazal) contient le traité : De modo loquendi l>cr signa. le troisième, chez M. Jarry à Orléans a pour titre : Collectunra chronologlca a l>. Jaudol, 1681.
Parmi les livres inscrits au catalogue de 1552 voici ceux que M. Cuissard a Identifié a la bibliothè que de Berne (voir le Calalogus codteum Bernensium (Bibliotheca Bongarsiana) edidil et prsefatus est Hermannus Hagen, in-8« , licuue, 18731. Mais d'abord rappelons ce ! aveu de Hagen ; Hoc dubilari nequil, quln prsestantissima bibliolhecœ Bongarsianœ ; »ir.s a Petro Daniele petila sit, ad quem omnes illi libri referendi sunt. quos alun clauslri Floriacensis fuisse inscript io testatur. Nam ne Pelrus Daniel quidem ipse omnibus, quos possidebai, libris nomen stitun inscripsit. t'i uno txemplo utur, velus tlle glossarum liber n. 18, ut 11 laustri fuisse inscripttone ssepius addita comprobalur ne Bongarsti, cuius nomen additum est, nullam Pétri Danlells prlscl possessorls notam referl. Idem in utiis codteibus ivai paucis accidit. t t brevtbus defungar, ntsi certa altqua inscriptio aluni testatur, omnes 1ère nostree bibliolhecœ steeuli IX vel Xllbn ad clauslrum Flortacenst itoe Petrum Danielem referendi sunt*. Hagen a nu 0 itede anu ciits du i\- el di de la bibliothè que de Berne el compte poui trente-deux manuscrits ; pour le ix-Xe, vingthuit manuscrits ; pour le Xe, plus de soixantequinze. Toutefois l'identification reste douteuse, nous nous bornons donc ici à désigner les manuscrits portant la mention de leur appartenance à Fleury : ce sont les numéros :
P. 43 b et 74ft : hic est liber sci benedicli abbalis floriacensis archisterii.
36 (n. 216 du cat. de 1552.) Etymologies de S. Isidore, XeXIe s.
P. 140 : fuit S. Benedicli Floriacensis.
49. (n. 272 du cat., de 1552). Histoire eecle'siasti que de Bède, ixc s.
P. 2 : hic liber sancli benedicti floriacensis monaslerii.
99 (n. 192 du cat. de 1552). Commentaire sur Job, xe s.
P. 1, 9 : liber sancti Benedicli abbatis Floriacensis fuit.
118 (n. 150 du cat. de 1552). Flavius Josèphe, xe s.
P. ? : fuit S. Benedicli abbalis Floriacensis.
134 (n. 97 du cat. de 1552). S. Augustin, La cité de Dieu, xe s.
P. ? : fuit S. Benedicli Floriacensis.
172 (n. 64 du cat. de 1552). Virgile, xe s.
P. 2 : Conlulit aime libi pater h une Benedicla libellant Ildemarus alumnus et ipse luus monazonta 180 (n. 159 du cat. de 1552). Hegesippe, ix« s.
P. ? : fuit S. Benedicti Floriacensis.
267 (n. 140 du cat. de 1552). Sedulius, Xe s.
P. 18 -.liber sancli Benedicti abbalis floriacesiceno (sic).
277 (n. ?). S. Ambroise de officiis, xe s.
P. 1 : Hune codicem mabbo eps. dédit sco Benediclo.
351 (n. ?) Quintilien, Xe s.
P. 137 : hic est liber S. Benedicti abbatis floriacensis.
Cuissard, identifie en outre le n. 48 avec le n. 257 du catal. de 1552, mais ce ms. n'a pas de formule d'appartenance.
I. Vossius qui négocia l'achat des manuscrits d'Alex. Petau pour la reine de Suède en obtint ou en retint quelques-uns pour prix de ses servi ces. Ce sont aujour d'hui les manuscrits de la bibliothè que de Leyde Voss. F. 79 et 80 et quelques feuillets qui firent partie plus anciennement du ms. 3 57 (8) de Berne.
La part échue au Vatican, bien que considérable, l'est pourtant moins qu'on ne paraît le croire généralement *. Voici ceux qu'on peut considérer avec plus ou moins de certitude comme venant de Fleury :
Fonds de la Reine : n. 32, 284, 317. 31S, 566, 585 (en partie), 592, 596, 644, 723 ( ?), 1283 (deux feuillets d'un Salluste dont des fragments palimpsestes se trouvent à Orléans et à Berlin), 1357. 1414, 1462 ( ?), 1576 ( ?), 1586, 1587, 1709. (Voir Dictionn. au mot Gothicum Missale, pour le n. 317).
Fonds Ottoboni : n. 663.
Citons en outre comme intéressant à divers titres l'histoire de Fleury.
Fonds de la Reine : n. 479, 863, 980.
A la bibliothè que nationale, L. Delisle dressait en 1874, la liste suivante des manuscrits de Fleury 3.
Fonds latin : 1695. 1720, 2278, 2312 (relié au chiffre de Char les IX). 2783, Ve partie, 5543, 5724, 6085, 6365 ( ?), 6400 B, 6401, 7193 (fragment), 7299 ( ?L_ 7696 (relié au chiffre de Char les IX), 7900, 7971, 8040 (sur les marges des foll. 7 v », 8, 113 v°, 114, on lit : Hune librum conlulit Girardus monachus patri Benedicto ; quem si quis tulerit, anathema sit), 8663, 11326 ( ?), 11674, 12139, 12289, 12290, 12606.
Il faut encore ajouter, selon toute apparence, une bonne partie des manuscrits sur lesquels on lit le nom de Pierre Daniel, c'est-à-dire :
X. 1-52. 1750 (fragment), 2389 (fragment), 2876, 5806, 6614, 7665, 7902, 7905, 7920, 7973, 800S, 8542, 8547, 13686 et 16243 ; le n. 13421 a appartenu à Jacques Daniel, docteur à Orléans.
Fonds latin, nouv. acquis, (provenant de Libri) : 44 7. 453, 1588, 1596, 15S7, 1598, 1599, 1600, 1604, 1605, 1606, 1611, 1615, 1616, 1620, 1621, 1623, 1628, 1629, 1630, 2335.
A quoi il faut ajouter :
Lat. 7929, Virgile glose dont une partie se trouve à Berne ; 6400 G. (voir S. Berger, Le Palimpseste de Fleury, in-8°, Paris, 1889), et 2858, lettres de Loup de Ferrières.
Puisse cet essai sommaire suggérer à quel que érudit le désir de reconstituer l'histoire de la bibliothè que de Fleury dont nous avons tracé l'esquisse.
XVIII. Chasse de S. Mommole. Voir Dict. t. m, col. 1127, fig. 2698.
H. Leclercq.
FLEUVES. L'antiquité chrétienne nous offre sur les monuments différentes représentations de fleuves. En ce qui concerne le Jourdain, nous renvoyons à ce que nous avons dit à l'occasion du Baptême de Jésus, t. n, col. 361-262, fig. 1295-1296 et col. 3302. fig. 2373 4. Parmi les représentations anthropomorphiques nous rencontrons, vers le milieu du ivB siècle, dans la catacombe de la Vigna Massimo (voir Félicité) une fres que représentant Tobie avec l'ange et Tobie péchant le poisson, tout à côté, afin de bien situer la scène, une figure personnifie le Tigre sous les traits classiques. Chez les anciens, les fleuves imposants et au cours majestueux obtenaient unereprésentation en rapport avec leur importance. Le Xil, l'Acheloùs, l'Èbre, le Danube, le Tibre sont représentés sous les traits d'un homme assis sur le sol, le buste légèrement incliné en arrière, nu, barbu, appuyé sur une urne et entouré de rose aux. Ici, le Tigre semble tenir des herbes aquatiques dans la main droite K Sur les sarcophages nous retrouvons ce type familier à l'antiquité ; de même que nous avons déjà rencontré et signalé les figures ornementa les d'Atlas (voir Astres) des Télamons (voir Assomption) nous voyons un dieu fluvial représenté sur un sarcophage d'Arles représentant le passage de la mer Rouge 6. De même sur le sarcophage qui servit depuis à Louis le Débonnaire, on y voit le passage de la mer Rouge et deux figures couchées représentant l'Egypte et la mer Rouge ' ; autres à Nîmes a. Même représentation sur quelques monuments qui figurent Elie (voir ce mot) enlevé au ciel. Le personnage mythologi que s'inspire ici de celui qu'on voit dans la scène de l'enlèvement de Proserpine ' ; on ne lui demande d'autre service que d'obstruer l'espace laisselibre par les pieds des chev aux. Il va sans dire que les — ' Lasinio, Sarco/agi de Piia. pi. cxxix ; Millin, Galerie mythologi que, pi. lxxxvi, etc. Cf. F. Piper, Mythologie und Sgmbolik der allchristlichen Kunst von der altesten Zeit bis i n's sechzehnten Jahrhunderl, in-S°, Weimar, 1847-1S51. artistes chrétiens ne trouvaient auc une objection à figurer la mer Rouge sous les traits d'un Dieu fluvial ; ils s'en permettaient bien d'autres.
Nous avons déjà fait connaître les princip aux monuments chrétiens relatifs aux quatre fleuves du paradis terrestre, qui, sortant de l'Eden, allaient arroser et fertiliser la terre. Pour représenter ce symbolisme les artistes chrétiens s'avisèrent de faire couler les quatre fleuves d'un monticule sur lequel le Christ, ou bien l'agneau divin, était représenté debout. Un fond de coupe souvent reproduit nous montre cette scène ' (voir t. i, col. 888, fig. 202 ; col. 889, fig. 203) qu'on retrouve sur d'autres monuments ; sarcophages, mosaïques et que saint Paulin de Noie décrit ainsi ' :
Petram superslal ipse pelra Ecclesia ; De qua sonori qualtuur fontes meant Evangelislse vioa Christi flumina Florus de Lyon dira, lui aussi ] :
Christns rex prasidel altus Circumstant miris animalia myslica formis S'ocle, die que hymnis Iriiuim inclamanlia numen ; Adstal Apostolicus pariter chorus ore corusco Cum Christo adveniet certo qui lempore Judex ; Yiva que Jérusalem. A quo illustrante re/ulgens Qualtuor uno agitât Paradisi flumina fonte.
Il suffira de rappeler outre un sarcophage d'Arles4, et une inscription déjà transcrite (voir t. i, col. 884) qui mentionne les quatre fleuves par leurs noms, une mosaï que de Die (voir t. iv, col. 817, fig. 3733) où les quatre fleuves découlent de quatre tètes humaines et entraînent dans leurs e aux poissons, crustacés et sirène. Cette mosaï que très tardive (vu* siècle) rappelle une autre mosaï que signalée par Spon s dans le pavement de la cathédrale de Reims où les fleuves étaient, dit-il, représentes avec la forme humaine et leurs nom au-dessous.
Enfin quelques monuments montrent les cerfs qui se désaltèrent aux e aux vives (voir Diclionn. t. i, fig. 204 ; t. ii, col. 3301-3307, lig. 2376).
II. Leclercq.
1 . FLORENCE. — I. Origines du christianisme. II. Épigraphie. III. Sarcophage. IV. Mosaï que. V. I'yxide. VI. Le Codex Amiatinus. V 1 1. Bibliographie.
I. Origines du christianisme. — Les origines chrétiennes de Florence ne nous sont connues qu'à partir d'une épo que déjà tardive. Cette ville, destinée a une si illustre renommée, n'apparaît que tardivement d : us l'antiquité. Florentia in liiieris anliquis raro occurrit. On ne possède aucun indice de la pri des premiers prédicateurs de l'Évangile. Le chroniqueur Villani « lisait aver trovata per più aniiche cronache, che al tempo di Xerone imperatori nella nostra cilla di Firenze e nella CorUrada, prima ju rerata da la géra fede di Crlslo, per Frontino <• Paolino, oh 'h S. Pielro, ma ciofu tacitamenle per paura dé vicari e proposti degli imperatori, che eranu, idulalri ii'irhr. i. i. t. i.MM, dans ('•■ I'.. RJitori, Delta ventila t Narbey, Supplément ans Bohandistes i>nar les I e perseguitavano i crisliani '. On peut en croire ce qu'on voudra. Frontinus était modeste, il disparut sans laisser de trace dans les documents, mais un peu plus de trois sièc les plus tard il devint évê que de Périgueux : on soutient que c'est le même personnage '. Celui-ci casé, il reste à s'occuper de Paulinus qui, par un semblable prodige de longévité, devint évê que de Lucques, au rv« siècle ». Ils avaient eu, d'après plusieurs, un compagnon dans leurs trav aux apostoliques, saint Romulus •, qui réparait, lui aussi, vers la fin du iv« siècle et à qui saint Ambrolse adressa deux lettres 10.
Jean Lami estimait que la prédication de l'Évangile à Florence devait se placer vers la fin du IIe, puis que la communauté avait compté des martyrs au siècle suivant« . Peut-être faut-il retarder un peu plus et jusqu'à la fin du m« siècle. Les inscriptions trouvées en 1736 à Santa Félicita et d'autres encore de nos jours1 n'indiquent rien avant le iv« siècle. Il est vrai qu'on lit dans un écrit d'Optat de Milève que, parmi les évêques venus à Rome en 313 pour tenir le concile convoqué par le pape Melchiade, se trouvait un Félix a Florentia Tuscorum u. Le témoignage est de ceux qu'on ne récuse pas ; cependant il faut observer que cet évê que n'a laissé auc une trace de sa personne. Le chroniqueur Villani dit encore : Kella nostra citlà di Firenze si comincio a coltivare la verace fede ed abbattere il paganesimo al tempo di.... Che ne /u vescovo in Firenze, falto per papa Sitveslre « , et comme Silvestre gouverna l'Église à partir de 311, Félix, siégeant à un concile de Rome en 313, n'a pu être consacré par lui.
Un manuscrit de la Bibliotheca Riccardina, n. 3005 (olim 3138), du xii'-xiii » siècle, porte cette indication : In festo S. Zenobii episcopi et confessoris pains nostri, cujus sacralissimum corpus in nostra, Deo gratias, requiescit ecclesia, et encore : farinais pro cessionem de ecclesia Sancti Joannis in ecclesia sancte lleparate, in qua canlatur : Jam non dicam, quia ipse est nosler apostolus ,s. Ce répons Jam non dicam se trouvait dans l'office des apôtres. On pourrait donc induire que le premier évê que de Florence ne fut pas Félix — ce que d'ailleurs saint Optât ne dit pas — mais Zenobius.
Ughelli découvre même un prédécesseur à Zenobius ; ce serait un évê que Théodore '*, dont il aurait vu un portrait dans le dôme parmi les saints patrons ; portrait cherché en vain par Moreni », et que personne n'a pu découvrir, à moins qu'il ne s'agisse d'une peinture du xv » siècle. Gori avait adopte ce dore et il écrivait1« : Cum eidem sancta Irrlesiae (Florentins :) prœesset S. Theodorus, quo sedente m Florenlina cathedra perhibenl monumenla eum ronsecrasse basilicam et baptisterium s. Joannis, ni in ejus historia, Deo danle, ostendam. Mais la dl tation promise n'a ja mais été écrite el les documents sur lesquels elle se lut appuyée s, ml et lestent apocryphes. Ce Théodore es1 parfaitement inconnu à Paulin le diacre et biographe « le saint Ambroise, à saint Ambroise lui-même, à Laurent d'Ain. illi. auteur Lucca, 1002. — ' Foggini, La aéra itorla di s Itomolo, lionia e Lucca, iT'.ij ; Laml, dani Novelle letterarie, 17U. 1745, 1T.M. it.'i.'î. — i » s. Ambrolse, Epist, lxvi et i.vmii. dans opéra omnia, Mediolanl, 1S73. ■ — « J. Lami, De erudilione apostolorum, in-r. I lorentl p, 646, s. Lorenxo, p 16, n. 1. » A. Gori, Inscript, antlquar, qua In Elrurla urbibus asservanlur.io ' 1. p. ai i .
\. d'une Vie de saint Zénobius ', et à Villani ; en sorte que Lami l'a enterré à ja mais en écrivant que, sur ce personnage imaginaire, non si ha allra notizia, di quella che danno gli atti apocrifi e le storie supposilizie di questo sanlo (Zénobius) onde vi è gran ragione di credere che non si sappia niente del nome di questo vescovo !. En fait, la plus ancienne mention de saint Théodore se lit dans la légende de Zénobius, mise sous le nom d'un saint Simplicianus, dans un manuscrit du xmc siècle *. Mais le véritable Simplicianus mourut avant Zénobius et n'écrivit que quelques lettres, d'ailleurs perdues, à saint Augustin ; il occupa le siège de Milan et mourut en l'an 400.
Ainsi donc, pas d'évê que Théodore ; un évê que Zénobius qui, en 393, ne l'était pas encore au dire de Laurent rî'Amalfi : li cet t une lemporis needum esset (Zénobius) pontificali stigmate decoratus. Y avait-il même un évê que de Florence à cette date ? On en douterait en voyant que c'est à un étranger, un évê que de passage, des plus qualifiés il est vrai, que s'adressent les Florentins pour faire consacrer leur église principale, dédiée à saint Laurent. Cet évê que de passage n'est autre que l' évê que de Milan, saint Ambroise. Nous avons dit (voir Flavien (Nicoma que) dans quel les circonstan ces, en 393, il quitta sa ville épiscopale, où il ne voulait pas se rencontrer avec le tyran Eugène : Derelicta civitale Mediolanensi, ad quam ille lestinate veniebat ad Bononiensem civilalem migravit... déclinons magis aspectum sacrilegi viri, non formi dans imperantis injuriam l. A ce renseignement donné par son biographe, le diacre Paulin, saint Ambroise ajoute : Ego ad Bononiense invilatus conviuium, ubi, sancti martyris celebrata translalio est 5. A Bologne, on s'occupait de rechercher les reliques des saints Vital et Agricola. L'évê que de Bologne s'appelait Eusèbe ; il avait siégé à côté d' Ambroise au concile d'Aquilée de 381 et trouvé avec lui les reliques des martyrs de l'an 303, enterrées dans le cimetière juif : Sepulli eranl in Judaeorum solo inler ipsorum sepulcra... illic igitur martyris exuvias exquirebamus, lanquam rosam inter spinas e. et Paulin dit aussi : non eral cognitum populo christiano, parlant du lieu de la sépulture, nisi se sancti martyres sacerdoti ipsius ecclesiœ révélassent. C'était donc Eusèbe, sacerdos ipsius ecclesia', qui dirigeait les recherches. On ne nous dit pas où les reliques de Vital et Agricola furent déposées après leur découverte ; vraisemblablement on ne les laissa pas dans le cimetière juif où d'ailleurs il ne devait pas se trouver d'oratoire pour les abriter. Mais ce n'était pas là ce qu'on nommait proprement « translation », d'ailleurs interdite par la loi : Humanum corpus nemo ad altcrum locum transférât ; nemo Martyrem distrahat, nemo mercatur. Habeanl vero in polestate, in quolibet in loco Sanctoram est aliquis conditus, pro ejus veneratione, quod martyrium vocandum sit, addant, quod volucrinl fabriearum '.
Saint Ambroise ne s'attarda pas à Bologne : Ad Bononiensem civilalem emigravit, inde Faventiam 8 us que perrexit. Ubi cum aliquantis degeret diebus invilatus a Florenltnis ad Tusciam us que descendit' et saint Ambroise dit aussi : Non huic dirigebar iter, sed quia petitus a vobis surn « >.
De Bologne il vint a Faenza, de Faenza à Florence dans les premiers mois de l'année 393 u. Il écrit alors : Venit Paschœ dies, in loto orbe baptismi sacramenta celebrantur, velanlur sacra : virgines I2, ce qui date suffisamment son séjour ; à Florence, nous dit Paulin, il habita in domo clarissimi quondam viri Decentis etquodestamplius chrisliani ». CeDecens, à qui Paulin donne le nom de clarissime, devait être décurion ou sénateur « ; il avait épousé Pansofia, de qui il avait un fils qui fut exorcisé et ressuscité ( ?) par la vertu de l'évê que de Milan. Paulin dit encore : et quod est amplius crisliani, ce qui induit Manni à écrire : che fosse di quel tempo ed in questo paese cosa rara Cesser cristiano 16. ce qui est peu vraisemblable, car alors la communauté chrétienne n'eût pas été en mesure d'avoir un évê que et une basili que.
Cette basili que fut peut-être la première élevée à Florence depuis la paix de l'Église. On ht, à son sujet, dans une bulle pontificale de Clément III, en 1091 : fuit capul ecclesiœ florentinœ, et de même dans une bulle d'Honorius III de 1225 et encore de Jean XXI, en 1296. En 1394, le 12 février, la Seigneurie de Florence ordonne : Considerato quod dicta ecclesia est collegiata et in Ma per solemnes clericos divina officia celebrantur lam assidue quam dévote, prout in quacum que alia in qua solemnius celebrantur, addito que quod antiquitus pênes ipsam Ecclesiam civitalis Florenliœ residebal Antis les, dicitur que ibidem beatus Zénobius, dicte Ecclesie episcopus, migrarel ad dominum, et sic lam ob reverentiam beati Laurentii, quam ob caussas antediclas, volentes infra scripla oblatione dictam Ecclesiam honorari, etc. 16.
On n'en a pas moins soutenu l'existence d'une église primitive dédiée au Saint-Sauveur, qu'on peut tranquillement nier » pour s'en tenir à l'église primitive dédiée à saint Laurent, dont la fondatrice fut une femme pieuse nommée Juliana, mère de trois fil les et qui s'adressait à saint Laurent pour obtenir un garçon. Ayant obtenu satisfaction, elle nomma l'enfant Laurent et bâtit une église. Saint Ambroise lui met ces paro les sur les lèvres : Serviebam viro et laborabam ut placerem. Misertus est Dominas et fecit altaris minislrum, continuo que et mihi et vobis raplus est, et encore : Pater vobis fuit dives gratia non pecunia, opulenlus ministerio non palrimonio. Le ménage s'était donc séparé, le père s'était donné à la vie cléricale et la mère à la vie religieuse. Egregia sane femina qua ? sibi nihil reliquit, lolum quod habuil. Deo obtulit. cuius vita institulio disciplina ; est et quaedam formula castitatis, bono proposilo et meliori magistro. Exemplum enim viduitalis et virginitatis magisterium est. Du petit garçon on faisait un lecteur, de sorte que la mère invenit in Ecclesia... filium sacrum leclionum oracula personantem. La fondatrice assista à la dédicace : Ea igitur sancta est Juliana, quœ hoc templum domino paravit et obtulit, quod hodie dicamus ls.
Cette dédicace fut donc accomplie par saint Ambroise, qui déposa sous l'autel des reliques des saints Vital et Agricola, et non pas les corps entiers, restés à Bologne : Dctuli ergo vobis, quœ meis legi manibus, id est crucis tropheea... nos legimus martyris clavos et multos quidem ut plura fuerint vulnera quam membra... colligimus sanguincm Iriumphalem et crucis lignum. On a dit aussi que saint Ambroise avait déposé le corps de sainte Concordia, à lui donné par le pape Damase, mais, en 750, les reliques de cette mime Concordia se trouvaient encore au cimetière de Balbine, d'où el les turent ramenées dans Rome ' ; quant aux reliques du saint abbé Amatus également employées pour cette dédicace, le saint n'étant pas mort à cette épo que, — n'étant même pas encore né, il mourut en 617 — on s'en passa probablement « . Enfin les reliques du pape saint .Marc, mort en 336, demeurent paisiblement dans leur tombe primitive 3 (voir Dictionn., t. n, au mot Balbine).
Le sermon de dédicace a été délayé et allongé par saint Ambroise qui en a fait le traité : Exhorlatio virginitatis '.
II. Épicraphie. — Si l'épigraphie chrétienne florentine n'offre pas un ensemble de textes précieux par leur antiquité, par leur histoire ou par leur vocabulaire ; si elle est même relativement pauvre, en comparaison des autres cités italiennes, du moins débutet-elle noblement.
Un fragment de tablette de marbre, trouvé sur l'emplacement, et probablement dans les cryptes de la basili que Laurentienne, entra alors dans le cabinet d'antiquités du sénateur Buonarotti et n'en est plus sorti. Ce fragment a été maintes fois publié et figuré comme on se permettait de le faire au xvin » siècle '.
A 60 HIC REQVI ISCIT IN PACE INCILLA DEI IV 5 QVE VIX
Les érudits florentins du xviii' siècle ne doutèrent pas qu'il fallût compléter la cinquième ligne et lire Wliane. Un aurait, d'après eux, l'épitaphe de la chrétienne généreuse qui fit bâtir la première basili que dédiée à saint Laurent. Cette conjecture est tout à fait vraisemblable et on n'a auc une raison à lui opposer. C'est une autre aflaire quand il s'agit de faire appartenir cette Juliana à la Gens Junia ; ici on peut dire qu'on ne dépasse pas la limite de l'hypothèse « .
La plupart des inscriptions chrétiennes deFlorence nut été trouvées aux alentours de l'église de SainteI i lu m, , autrefois des Macchabées, située sur la rive méridionale de l'Arno. Les trouvail les ont eu lieu en qii tan ces successives : en 1580, en 1736, en 17411 et en 1707. Quelques-unes sont datées, les plus ai « Ht en grec. Celle-ci, trouvée en I7 :'.ii. est conservée dans l'atrium de Sainte Félii ité ' :
CNOA KITE MAK
Manillon. Acta sanct., l. n. - • Leur présence à la dédicace de la Laurentienne est un conte. Cf. Sermo Franeisci tri florentini, de oita h. Marci papae \. Gorl ïiuertpL antiq. qua in Etrurtee urbtb. exstant, i. m. n. 17l>. »>. - ' L. i :a n h ni. Délia fondaxtone •/■ loi delta Tosa, dans Saggi tslortct ih antlchilà toscane, Firenze, K<« NIK EPAT' »Ne 2HC CNAITH TRIA M TPIC
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AIKAIKOCTANTI o OYTB « EvOa y.X-z Motx[apt]a ( ?) Ooy<£tv)p 'loâwou xû(u,ï] ;) NtxspâTtov é'ïjaev AÏTT) -pût, u.îj(va ;) Tpïç, ^(i(épae.) i'. TitaTY) êx£XcÙT7)o-Ev pv »)(vot ;) ZxvStxov Sx ', 'j-3CTia pîou Aùy(o' !>a- :&u) t6 ou' y.y.l KooTav-tou to 6'. ' Hic situ est Maccaria (1) filia Johannis, regionis Niceratum, vixit annos très, menses 1res, dies decem, fidelis, de/uncla eslmense Aprili, décima die. Consulatu Honorii Aug. XI et Conslantii II ; ce qui reporte à l'année 417.
Tout de suite après se place une inscription de l'année 423, trouvée nel prato o sia cimitero delta chiesa pievania di S. Pielro in Bosiolo ' :
VSI IMVI
CIVIS ALAMANNA VIXIT ANNIS XXXXIIIIRECESSITINPACEDIE II NON AS DEC--- MARINIANO ET ASCLIPIODOTO CONSS 5 FLS FAVSTINIANVS VDDOMTS CONPAR EIVS HVNC TITVLVM AMANTS CONIVCIS FFS A cj A lu A JCJ Ligne 5 : v(ir) d(evolissimus) dom(es)l(icus t. La suivante a été trouvée en 1736 ; elle date de l'année 436 • :
B M
HIC REQVIESCIT IN PACE AQILIA PAVLINA L-FQVAE VIXIT AN 5 NOS P M LX DEPOSITA DIE < !l K-L-OCTOB CONS ISODORO ET SENATORE V V ce ■ con • ■ ■ • a Bene merenli. Hic req(u)iescil in pace Aq(u)ilia Paulina l(nudubilis) / (emiim ), quœ ui i il annos pdus ) m(inus) 60 ; deposita die 7°kal.oclob(res i cons(ulibus) Isodoro et Senalore v ( iris ) cflarissimis ) con[s(ulibus)]. L'ordre des consuls se trouve interverti sur une Ins criptlon publiée par Rolandus, où on lit : CC Sena tore et Isidoro. vv. ce.
Celle-ci, de l'année 536, n'avait été recueillie par aucun collecteur florentin I0 :
Tramontani Lulgl, Lillera al doit. Contint sopra la storia delta tamiglia Sassi, 17'.is. p, 18. Muratorl, Thi danl Corp. insrr. lui. t. M. n. 169 ae n »- parle découverte ; cependant, elle est coi i êlicité, B + M HIC REQVIESCIT A N ASTASI VS CS GA LATA • QVI • VIXIT AN 5 NVS CS LVIIIMENSISVI DIES XX • DEPOSITVS EST-IN PACE • SVB Dl AE • XVI • KAL • MAIAR IT • PC • PAVLINI IV 10 NIORIS • VC • CON f Également à Sainte-Félicité se conserve l'inscription suivante, de l'année 547, dont aucun épigraphiste local n'a parlé et qui mentionne un primicier de ces primi Theodosiani qui figurent dans la Notitia Orienlis. v, 64, parmi les auxilia Palatina. Le primicier avait rang dans l'armée » :
+ B m
PRIMICERIVS PRIMI THO 5 DOSIANORVM NVMERI QVI
AGINTA TANTVM DEPOSIT _
EST SBJDVS MAIAS SEX PC BAS
ILI IVN VC IND DECIMA + Parmi les inscriptions connues, depuis près de deux sièc les, nous rencontrons peu de faits notab les '. Manni s'étonne de rencontrer une chrétienne ayant nom CARTACO 3 et s'extasie devant la formule servus Dei (voir Famulus), à laquelle il accorde un commentaire qui pouvait alors paraître nouveau'.
B M
dEI QVI VIXIT ANVS Une des premières inscriptions retrouvées, en 1580. est aussi probablement un des témoins les plus anciens de la communauté naissante de Florence ; il y est cependant question de plusieurs cimetières, c'est que cœmeterium est pris ici au sens du lieu de repos de cha que individu, comme on aurait dit : per singula accubitoria E :
B M
INFAS-QVIXIT-AN
• VI • ETM • VII • ET
QVI -POSITISVNT-
PERSINGVLA-COE
QVIX IT • AN • X • • •
Parmi les membres de la hiérarchie ecclésiasti que nous ne rencontrons que deux lecteurs et un diacre. Celle du premier lecteur porte e :
L'inscription du deuxième lecteur est plus curieuse parce qu'elle nous fait connaître un lecteur assez précoce, digne compagnon d'un autre petit lecteur de Ammaedera (Haîdra) en Byzacène, âgé, lui aussi de cinq ans. C'étaient, évidemment, des lecteurs honoraires ' :
B M
NVS LECTOR QVI
V D NV
Ligne 6 : quin que, dies numéro quin que. Celle du diacre n'est guère plus prolixe 8 :
B • M LAVRENTIVS NV MERIVS-DIACONVS QVI VIXIT ANNOS-P-M-LV DE 5 POSITVS-V-IDVS OCTO
BRES IN PACE J0^
Dans les rangs de la hiérarchie civile nous avons une inscription qui a bénéficié de la chance assez rare d'être élucidée par une autre inscription relative à un autre personnage. Celle de Venise, trouvée en 1736, porte simplement ceci 9 :
\ HIC +
SMAXIMVS-VC-TR BWQVIESCITIN PACE dp d)IE-XV-KL-IVNIAS G ?
Foggini est resté indécis devant ces lettres TR B, que Bormann interprète tr(i)b(unus). Gori, mieux inspiré, transcrit : Hic + (FI.) Maximinus vir clarissimus, Iribunus voluplalum, requiescit in pace d(e)p- (ositus) die XV kalendas junias. Les tribuni voluptatum 10 avaient la charge de procurer et régler les plaisirs du peuple ; nous en trouvons la mention sur ce fragment d'une épitaphe romaine » :
FLMAXIMO-VC-CON CESSVM • LOCVM ■ PETRO ROME-ET-TRIBVNO-VOLVPTA(um ET • CONIVGI • EIVS • IOHANN PAPA HORMISDA ET TRANSM DVS PRAEPOSIT-BASC BEATI PE'n Cassiodore nous apprend que la dignité de Iribunus voluplalum était assez relevée : Quapropter Tribunum Voluplatum per illam /urisdictionem nostra facil tleclio ; ut omnia sic agas, quemadmodum, tibi vota eioitatis adjungas : ne quod ad leetiliam constat invenlum, tais temporibus ad culpas videatur fuisse transmissum '.
Deux inscriptions rappellent des membres de la sclulu gentilium * :
1« B • M
LOSENSCO-GE NT-Q-VIX-P-MAN-XL
1* Benemerenti, hicja cet Segeliusde schola Gentilium, qui vixit annus tr(igi)nta et octo ; depositus sexto idus Jebruarias.
2° Hic ja cet Mundilo seniorum schola Gentilium, qui vixit plus minus annos quadragintu.
Gori a fait connaître quelques inscriptions conservées à Florence de son temps et qui méritent d'être rappelées ici. Chez le marquis Carlo Rinuccini, qui possédait dix corps de martyrs( ?) donnés par Alexandre VII et venant de la catacombe de Cyria que, tous munis de l'objet appelé « vase de sang ■ et qui étaient accompagnés d'épitaphes ainsi conçues : 1 ° V I VI A N A )ft ; — 2 » CELASIA >^ ; — 3°PROIECTI ; — 4°VALERI ; — 5 » VICTORINI J0^>.
Un corps rapporté du cimetière dePriscille et donné, toujours par Alexandre VII, à une église située à dix mil les de Florence et dédiée à saint Michel, portait cette mention * :
NA % Q
Chez le sénateur Carlo Ginori, avec un corps tiré du cimetière de Priscille 5 : c BENEROSA (S A°
QVAE C VIXIT-AN-XXV B II
Benerosa (in pacel ) qux vixit annis zzr, diebus II. Chez un sieur Giovanni Giraldi, avec un corps tiré du cimetière de Cyria que • :
RO M AN V S
Chez le sénateur Ncrn Dragomanno, l'épitaphc d'un je une compagnon tailleur de pierres, avec la scie, l'ascia et la pointe * : Gaius Leoni alumno in pace qui anis vixit quindecim,menses duo, diesquinquei fig. 1508).
Au musée Guarnacci, autre récolte de quelques inscriptions qui n'oflrent rien de bien nouveau ' :
2° Benemerenti || Zosimeli. que. vix. || an V, m. IIII. d. XIII (colombe). 3° Xicene || in pace (colombe).
VIXANVMESVIIII DIES-VIIII 5° B-I-KEN-TI • OYC
E • NI • PHNH
npo • n 6. Pelegrina in pace (colombe tenant dans son bec une grappe de raisin).
Au Palazzo Hiccardi • : Januario béni || merenti qui vixit || annos II et m. Y III || d. Y III.
Dans les jardins du marquis Corsini, une inscription sur laquelle le dimanche (voir ce mot) est encore £ AîV/ \€0UJ axv>CM0 3HJ>&ie TV ? a.Vfî/1/txî'T Xv Merer oiso mes v D'après A. Gori, Inscript, antiq. Elruriae, 1743, t. m, p. 357, n. 32. nommé Dies solis. La date du consulat de Jean et Varanas est l'année 457 10 :
DEPOSITA CANDIDA DIE
Deposila Candida die sexto iduum martiarum... ; l'inscription est opistographe ; on lit au revers : In hoc loco qui || es cet Fortuna II quae vixit || ann XLq || maritus se bibu fecit.
Chez le sénateur Buonarotti, l'auteur des Osservazioni sopra alcuni jrammenti di vasi antichi di vetro et des Osservazioni istoriche sopra alc une medaglioni antichi, quelques pierres tel les que pouvait les choisir un homme instruit des antiquités chrétiennes ; toutes venues de Rome :
Du cimetière de Gordien (avec l'inévitable vase de sang) « :
Dtarium Italicutn. i< 153 ; Buonarotti, 0 Simplicia quœ et Calonymos vixii annos XI dies XXIII obiil antc diem XIII kal. novembr. Fauslo et Gallo consulibus, par conséquent en 298.
Un fragment du marbre blanc découpé en demil une à la partie supérieure ; au sommet un chrisme : au bas, une figure qui semble une orante * (fig. 4510) : negotias coiugi suœ lus se nemo inmorlalis ne.... so lus Deus Domine qui dedisti o ac)cersitione suscipe anima ant lu nomen tunt qu ue lecit cum coni m. XI. d. XXV.
Une tablette de marbre a,vec cette brève formule ! :
I N T E R
NE ANNO
• Vllll ■ Dans la maison de Doni, une inscription précieuse par son antiquité ; elle mentionne la je une Sozomène, fille d'adoption, catéchumène, qui comptait déjà parmi les audientes, à qui son maître, chrétien lui, a fait Dans l'église de l'Annonciation, avec un corps ' : J^0^ Parentes fecerunt || Florenlio filio || ts (S A la villa Strozzi 8 : A ^ Cù II Quenniœ Audentiœ || C. Papirius. Conslanliû || C. F. Coniugi dul \\ cissimse. b. m.
Dans l'église Sainte-Lucie 9 : Aureliœ & Agape A la chapelle de Sant' Agostino à Legnaia ,0 :
J0^ AVRELIVS %.
A. Gori a vu in Aedibus D. Dominici Nardii, à Florence une inscription de provenance ignorée. Il l'a publiée en donnant ses dimensions : Tabula ait. et lat. ped. 1 une. 11 ex Tiburtino11 :
+ nicùTnoo V/M PETTCRTNYM AE TOY AABAPIOY N°ANNA MN TE YIXH TTAE2NTTA JTNOY TIN TAY MtoN MMPYEOY KTTAOOONTTECY© Gori ajouta ce commentaire : Fartasse Yujct èv
XIMIIAIKIA-H-KAI^ KM LU N YM O 2/ E ZH_
ZEN-B TH-ÎÂ'HMEPÂX'Kr EIEAEÏTREEN I D'lPKAJv-NOBBHBP $mX®Ql rfikàw yuxroK cette épitaphe ; les lettres sont passées au minium' ;
AVDIENTI •
Chez le sieur Nardi, au dire de Gori, une épitaphe ainsi conçue « :
EMILIANO FILIO DVLCISSIMO P-B ME^^^ VIX-A XXV )£
Emiliano filio dulcissimo, puero benemerenli, vixit annos 25.
Chez la dame Catarina Ottieri, avec un corps provenant du cimetière de Priscille 5 : ttôcctiv. Anima omnis in omnibus. Anima, vita ; Juvenalis, Zoyf) xaî tyuyy\. Concumbunt Graece. Propert., lib. eleg. 11.
Quid iuvat ornalo procedere, vita, capillo ? Kirchhoff introduisit l'inscription dans le Corpus inscriplionum graecarum, t. iv, p. 573, n. 9863, il ne se contenta pas de la commenter, il la compléta ainsi :
['Ev TO1JTC0 + T(j) T[6]7T :a> I • • • • ] Toù àXêapîou Voici le commentaire : In conficiendo apographo, quo nihil fingi potest corruptius, ea neglegentia versatus est Gorius, ut tilulus num omnino Graeca lingua lo qui plum teliquorum epitaphiurum quae codem loco inventa sunt restitui posse, quamquam sepulcralissine dubio est,
5¥C
'NT GoTl kS C o i v G I SVAEJ 1VS S EJTSA'IOINM.OETAIISN^ Lvîpevj p o \ÇERSI TIONES VJçiP^NKSI » ^NTTVNOMENTVKTQ^ ^KKECITCVJVICOF^ 4510. Fragment de marbre. D'après A. Gori, Inscript, untiq. Etruriw, t. i, p. 220, n. 21.
1 I.a solution est plus simple, la copie de Gori est assez correcte, niais il se trouve que ce texte grec est un texte copte ' :
n yitut uii-v.ix« .e n.i<iiii\ JOtîrie ■yi^Hiia. COllIl*. ÏÏTOUJUHIO'IUCOT Itp&UJOK...
« Père, Fils et Saint-Esprit, faites grande miséricorde à l'Ame denotre trère Papnoûti (Paphnuce) qui s'est reposé le 20 I'aslion (Pachons)... » Enfin, près de l'église des St ?ints-Apdtres, une tombi avec* :
CAESAR-VIVAS-IN-DEO
III. Sarcophage. Gori a publicle seul sarcophage chrétien ancien ; il i Jonas jeté à la mer, couché sous le cucurbite et rejeté par le monsi re, c'est un monument sans intérêt 3.
IV. MosaIqi i.. Dans l'église San-Marco à Flo renec on co n nuise de tableau d'autel, dans la chapelle de la famille Ricci, une mosaï qui dans un encadrement moderne. Au sommet, Mata miscricordiœ ; au pied, une inscription expliquant que la mosaï que provient de Saint-Pierre du Vatican, fut exécutée en 703 par ordre de Jean Y 1 1 et transi Florence en 1609. i :n 703, ce ne pouvait ■■-. iniiiir de Kicci, la i Isies, dans Revue ponlificalis n'attribue auc une m Jean VI, mais nous dit de Jean VII : Jlir jecil oratorium sanctas Dei genitricis intra eccUsiam beali Pétri apostoli cujus parie les musivo dépitait illicqne auri et argenti qnanlitatem mullam expendit et venetabilium patrum dextra leva que vullus erexit '. I.a sylloge épigraphi que de Pierre Sabinus a conservecette inscription :
DIE XXI MMARC-IND Mil qui reporte donc l'année 7uG 5. L'oratoire fut Mosaï que de Saint-Pierre « lu Vatii actuellement a Florence.
D'après Repue de l'ort chrétien, 1903, p, 31 l. démoli en L606,une des mosaïques échoua a s. m Marco, malheureusement sans le pape Jean \ 1 1, ni les colonnes qui encadraient he en orante sur un fond d'or uni ndeur naturelle et porte le vêti fort probable qu'elle reproduit une mo i-ciii. Ducbesne, t. r, p. une princesse byzantine. Elle a la couronne à pendeloques, la ceinture gemmée, la robe de pourpre garnie de broderies et de per les. La techni que est bonne, les cubes dont se compose la mosaï que sont taillés au marteau et non pas polis à la meule. Le modèle est rude, les pommettes des joues sont simplement deux taches rouges. Mais la pièce est intacte, un raccord fait au milieu n'a pas détérioré l'ensemble ' (fig. 4511).
V. Pyxide. — Nous reparlerons plus tard de ce petit monument en étudiant la série à laquelle il appartient (voir Pyxi des) (fig. 4512).
VI. Le Codex Amiatinus. — Nous avons déjà dit tout ce qui concerne l'archéologie du célèbre codex Amiatinus, conservé à Florence, Am. 1 folim, S. Salvatore di Monte Amiata, près de Sienne), (fig. 4513).
1893, p. 37 sq., 201, 383. — P. Corssen, Anzeige von S. Bergers Histoire de la Vulgale, dans Gottinger Gelehrte Anzeige.n, 1894, p. 860. — E. M. Thompson, Handbook of greek and latin palaeographie, London, f CeNOBlu<r>\<ie\ imii cnc itiTO ue-xeuxnil.t -aIumoris qciecn c\plitcccIcm\c 9« i>icxr\l.i\|.iOt s P 6TR0S !..\NÇOH.'\rtî>ORCI<.r> MiB\s i>CUOTI Xfl.CC.TUS picnor\<T)[TTOCOEI cncquc cneosqopTVNs TXNTI INTCRCVlôlx lNC\cbs cnecnoRccn secopcR h\BcueLocuor> 4513. ■ — Dédicace du Codez Amiatinus. D'après une photograpliii'.
M. Lastri, Descrizi une del l'untico tempio di S. Giovanni Batista di Firenze, nolizie dell' antica origine... e spiegazione de marmi ed altri monumente che vi si vedono, in-8°, Firenze, 1781. — D. Manni, Antichissima lapida cristiana scoperta ultimamente in Firenze, in-4°, Firenze, 1763 ; Hagiohgium Bcclesim Florentins lectiones de sanclis Florentinis in offlcio divino recitari soldas, 1757 ; Principii delta religion cristiana in Firenze appoggiati à più validi monumenti o si dica monumenti appartenenti alla medesima religione, in-4°, i Irenze, 1764. — J. Riclia, Nollxle tstorlche délie chiese florentine divise né suoi quarttert, in- !0. Firenze, 1754. — G. B. Ristori, Délia venuta e del soggiorno di S. Ambrogio in Firenze, dans Archivio slorteo italiano, 1905, série V. t. xxxvi. p. 211 Plut. XI, Cod. XXIII. PsautleT et cantiques, début du xii« siècle ; p. 108 sq. : quelques hymnes : 1' 86 ! ;a èv ûyio-roiç 8 ;û. 2° ?ô> ; iXxpov ; 3° Û'vjoc, xs ?ovj6ix.6 ; : ot rà yspou&L\i |au3txôi ;; 4° ûtivo ; TÎjç àr :' ;>. !ncci ; : ->,7)pco6rjTco t6 aréf/a ■Jjuôiv ; 5° 6u.voi gepot)6iXol TTJ ; àytaç [tnrépoç èxxXTjataç : vûv at Suvifisi ;... sùxa ?'-aT°5(Jtsv croi XpiaTC 6 Qz6-...\ toO Seîttvou cou TO'J (IUCTIX'jO... continuari, ab initia décima ; tertis ; ercurrl iu reliquis diebus, se.l sabbatis e1 dominicis] Marci tandem inter Matthsei et LuctS resumi ; quod vero superest, sabbatis et dominicis Quadragesimae absolvi. • Cod. VIL Evangéliaire, xil< siècle. Pour les dimanches et fêtes sur les feuillets blancs du commencement, on lit, d'une main copes tirés de Jean, eh. \. V. P> et en. xvn. v. 18, ainsi encadrées : tlnev rrpoç ro6ç ; rrpo ; aura' ; 'IooSatouc,... tva r, iyijnr), f.v tjy0'^ »]''* ; V-' ^' aûxoïç 9} xàycô Èv aùxoïç — p. 3 : Péricopes dominica les et des fêtes mobi les commençant au jour de Pâques, lectures tirées de S. Jean ; p. 37 v°, de saint Matthieu ; p. 61, de saint Luc ; p. 86 v°, de saint Marc ; p. 115 v° jusqu'à la fin, lectures prises dans les différentes évangélistes. A la fin du volume, la même plume moderne qu'au début a transcrit Jean, vil, 38-53.
Cod. XVI. Evangéliaire, xne siècle, indication des péricopes en marge.
Cod. XVIII. Evangéliaire, Xe, p. 1 : (sic) xcov 8' £Ùayy£Xioxcôv Stà xs xîjç àpxîjç, xal xoû XÈXOOÇ XY]V ÈxàoXOU ll'ta ^ xal rJjv xcov xscpaXalcov 7capaoY)H£icoatv àxptêcôç 8tayopEÛov -KEpiéxa 8è tty aPX !v à-710 T0^ àyioo raxaxa' xeXeioûv xcô [/.YjvoXoylcp. C'est la table des péricopes de cha que évangéliste ; commençant à Pâques.
Page 5 : Synaxaire du mois de septembre jusqu'au mois d'août suivant.
Septembre, a'. Zu|j.ecôv ; 6'. jj.àpx. Mà|iavxoç,... T7jç ©sotôxoo,... 'Icoàvvou xal IlaûXou ; y'. îspo^âpT. 'Av0lu.ou ; S', ày. BaêûXou : e'. TtpocprjTOU Zaxaploo ; ç' ày. ; Ç'. jjtàpx. ZcôÇovxoçeîç xàv op0pov xîjç ©soxôxoo' Etç xyjv Travvux.iSa xyjç Qsoxéxou ; Y)'. t6 yEVÉotov tyjç Qsoxôxou ; 0' 'IcoaxelLi xal « Avvyjç ; (.'. eEç xyjv TrpoaxûvYjatv xoû xtçtiou EùXou ; ta', eîç tyjv TxpoaxuvYjotv ; 16'. Etç tyjv 7rpooxùvY)otv, xal toû àyîou Aùtov6[j.ou ; -rjç 7rpooxuvY)OEcoç ; ty'. e'lÇ '^P' 7tpoaxuvY)- atv ; aà66axov 7Tpô xîjç û<}/côo£coç : xuptaxr) 7tpô xîjç u4 »âo£coç ; t8'. eîç tyjv TtavvuxiSa xîjç ùu^côoecoç ; oà66atov (Jtsxà tyjv û'|tootv ; xuptaxî) [xsxà tyjv û'jicootv ; t£'. 7) ç' oûvoSoç, xat tcôv àyicov [xapxupcov 'Axaxiou xal Nixyjxa ; tç ' xîjç ày iaç EùçY] u.taç, tÇ'. u,àpx. EùXau.7ïtoo, xal xcov oùv aùxco ; tY)'. ày. ; 18'. u,apx. Tpocpt- (iou xat xcôv aùv aùxco ; x '. ày. Eùaxa0ioo x. x. o. a. ; xa '. ày. àrroox. KoSpàxou ; x6'. ày. (xàpx. Ocoxâ ; xfj aùxfl Y)(j.épa toû 7xpo<p7)TfjU 'Icovâ ; xy'. Tj oùxxy]t] ;tç xoû IIpo8p6u.oo ; x8'. xîjç ày. ©ÉxXaç ; les', xîjç éaiaç EùtppooûvYjç, xal xîjç Xtxîjç xoû xà[XTûOu ; xç'. Y) [XExàaxaatç xoû ày. 'Icoàvvou xoû 0£oX6you :xs'. ày. XaXXtoxpàxou ; xyj'. ôa. Xapixcovoç ; x0'. ôo. Kuptavoû ; X'. à.- ;. rpYjyoplou xîjç [isyàXrjç 'Apu.Eviaç.
Octobre, a', ày. àîiocj. 'Àvaviou ; T7J aùxfl toû ày. Ao[ivivou xal 'Pcou.avoû ; P'. ày. Konrptavoû xal Mouoxtvr) ! ;; y', ày. Atovualou ; 8' ày. àrcoa. 'iEpoôlou ; e' ày. XapixtvYjç ; ç'. ày. à7roo-. 0£ou,â ; Ç'. ày. SEpyîou xai Bàxxou ;Y)'. ôc. IlEXaytaç ; 0'. ày. à7T0a. 'IaxcôSoo xoû 'AXçalou ; ï. Tcov ày. u.apx. EùXa[jt7rtou xal ; ta'. xtjç Ç' auvôSou ; i^'. T<5v ày. IIpô6ou ; x. x. a. a. ly'. ày. Kâpreou xal ; t8'ày. Na^apîou x. x. a. a. ; ie'. ày. |j.àpx. Aouxiavoû ; iç'. ày'. Aoyylvou x. x. a. a. ; iÇ'. ày. (j.apx. 'IciScôpou x. t. c. a. ; iTj '. ày. aTtoax. Aouxâ : 0 '. ày. Mvàawvo ; : x x. a. a.x'. ày. u.àpx. 'IXaptcovoç ;xP'. ày. 'AÊEpxîou. xy'. ày. àiroCT. 'IaxùËou xoû a8sx90û 0eoû ; x8'. ày. 'ApéÔa x. x. a. a. ; xe' T£W àytuv Noxap (tov ; xç'. ày. |xâp. Av)(XTjxplou ; aÇ, ày. 'ApxEU.i8c !)pou, x. x. cr. a. ; xt)'. ày. SxEtpâvou x.x. a. a. ; xÔ'.ôa. 'Apaniou ; X'. ày. Kopiaxoû 7raxpiâp/ou ; Xa'. ày. àTroax. Sxàxuoç x. x. a. a.
Novembre, a', xcôv àyicov 'Avapyùptùv ; P'. ày.'AxivSôvou x. x. o\ a. ; y', ày. 'AxE^iptâ x. x. a. a. ; 8'. ày. 0£o86xv]ç ; e'. ày. raXaxxitovoç xal 'E7tiaTïj(AT)ç ; ç'. IlaûXou toû ô|ioXoyr)TOÛ ; Ç'. ày. Xy' jiapxùpcov : ri'. àpxayy. ; 0'. ày. Tt|xo0Éou xal Maùpaç ; i'. ày. (xapx.'OpÉaxùu ; ta'ày. Mrjvàx.x.a. a. ;i|3'. ày. 'Icoàvvou toû 'EXetjjxovoç ; y', xoû XpuaocTT6|jiou ; 18'. ày. à-oa. ;iE'. xûv àyicov ; iç'. ày. à7ioox. MaO0atoo ; iZ,'. ày Tpriyoplou xoû 0au|iaxoupyoû ; tv)' ày. |xapx. IlXàxcovoc ; ^.al 'Ptotiavoû ; i6'. ày. j^àpx. Neotpiixoo x. x. a. a. ; x'. ày. Maçlj^oo, x. x. a. a. ; xa'. xà àyia xcov àyicov ; x(ï'. ày. KixiXiaç ; xy'. ày. 'A|itpiXo/iou ; x8'. ày. rp^yopiou xoû 'Axpàyavxoç ; xe'. ày. u.apx. KXtjhevxoç xal IIÉxpou ; xç' on. 'AXU7riou ; xÇ'- ày. 'Iaxcô6ou xou IIÉpo-ou ; xr)'. ày. EipTjvâpxou ; x0'. ôa. 0eo8oûXou ; X'.ày. ôttocx.
Décembre, a', ày. 7rpoç. Naoïipt ; 6'. rrpoep. 'Açtêaxoùu. ; y', xpoç. Soçovîou ; 8'. ày. Bap6âpaç ; e'. ôo. Sàëa ; %'. ày. NixoXàou : X,' ôa. 'A[i6pocriou ; t]'. ôa. Sco<ppoviou È7tictx6^ou KÛTCpou ; 0'. tj aùXXr)'^tç xt)ç àyfaç « Avvtjç ; t'. èa. 'Au,çiXoxiou ; ta'. ôo\ Aavf/jX xoû SxuXlxou ; tp.' ôcr. STCUpiScovoç ; ty'. ày. (iapx. Eùoxpaxiou x. t. c. a. ; 18' ày. Q)iXtju.ovo( ; x. t. a. a. ; t£'. ày. (j.àpx. 'EXsuÔEpiou ; tç'. 7tpoq3. 'Ayyaiou ; iC,'. xcov àyicov y' 7tai8cov xal Aavtr,X ; tT)'. ày. (iâpx. Se6aaxiavoû ; t0'. ày. IIpôjxou, x. x. a. a. ; x'. ày. tEpofiâpx. 'Iyvaxlou ; xa'. 'IouXiavîjç ; x(3\ ày. 'Avaaxaaiaç ; xy'. xcôv àyicov ixcôv Èv KpT)xrj ; . Là66axov xcov àyicov Txaxépcov ; Kuptaxrj xcov àyicov -axÉpcov ; x8'. EÎÇ T7JV TTJÇ XPTCTTOÛ YEVVYJAECOÇ ; XE'.
Etç tov SpSpov ; etç tt]v XEtTOupytav ; xç'. tîjç Ù7TEpayiaç 0eox6xou ; xÇ\ ày. [Jtàpx. SxEtpàvou ; xtj'. xcôv àytcov 8iCT(jtuptcov xal Sxscpàvou xoû veoû ; 2à66axov u.Exà xvjv Xptcxoû yÉvvrjcrtv ; Kuptaxr) (XExà xï)v Xptaxoû yévvr)<Ttv ; x0'. xcov àytcov v »)7t£cov ; X'. ôo. MapxÉXXoo ; Xa'. ày. EtpTjvaiou.
Janvier, a' elç tï)v 7T£pitol« )v xal toû àytou ; P' ày. StX6Éoxpou ; y', ày. [Jtàpx. TopStou- ; 8'. ày. (Jtàpx. ZcooijJtou ; Là66axov izpb xcov çcôxcov ; Kupiaxvj 7rpô xcôv <pcbxcov ; £'. etç xyjv 7rapa(xov->)v xcôv cpcôxcov ; eîç xàv ôp0pov ; ç'. Etç xrjv XEtTOupytav ; Z,'. xoû ripo8p6u,ou ; Sà66axov u.sxà xà çcôxa ; Kuptaxrj |jt£xà xà cpcoxa ; Y) '. ày. 'l7trtoXûxoo ' Pcô[ir)ç ; 0 '. ày (xàpx. E[oXo£Uxxou ; t'. rpïjyoptou Nùacnr)ç ;ta'ôcT. ©EoSoaiou ; P'. ôcr. SxEcpàvou ; ty'. ày. 'EpfiùXou xal SxpaTOvixooç ; t6'. ày. 'AêëàScov tcôv èv Tfj 'Pa't0co ; ie'. ôcr. 'Icoàvvou toû tctcoxoû ; tç'. tîjç Ttjjttaç toû àyiou IIÉxpou ; iC,'. ày. 'Avxcovtou ; iyj'. ày. 'A0avaaEou xal KupiXXou ; t0'. ôo. Maxaptou : x'. 'Eùôuuiou ; xa'. ày. (jtàpx. NEOcpùxou : x(3'. ày. TijioOéoo ; xy'. ày. [xapx. KXy)pt£vxoç xal ' Aya0ayyÉXoç ; x8'. on. Hévyjç ; xe'. xoû ©EoXôyou ; xç'. ày. [zapx. 'AoxEpiou x. x. a. a. ; x^'. yj ÈxàvoSoç xoû Xpuaorjxôu.ou ; xyj'. ôa. 'Eippatfx ; x0'. ày. 'IyvaTiou ; X'. on. Hevoçcovtoç ; Xa'. ày. Kûpou xa l'Icoàvvou.
Février, a', ày. u,àpx. Tpôtpcovoç ; P'. eîç xtjv ôrac7ravx7)v xoû Ôpôpou ; . stç xr(v XEtxoupytav ; y', toû Stxalou LujjtEcôv ; 8'. ôa. 'IatScôpou tou ; s', ày. 'Ayà0Y)ç ; ç'. (Vacant) ; Ç'. ày.
IIap0Evloo ; Y)'. (Vacant) 0'. ày. (JtàpT.
NtxYjcpôpoo ; t'. ày. ; ta' ày. t£pO[iàpx. BXaalou ; tê'.ày. MeXet[ou ; ty'. on. Mapxtvtavoû ; t8' on. ; ie' ày. à7roax. 'OvYjatfxou ; tç' ày. x. x. a. a. ; iÇ'. ôo. MapiâptvYjç ; iyj'. ôo. AÉovxoç iràTra 'Pcô[i.Yjç ; 10'. ày. [Jtapx. Ma5Î[i°u. • To. a. ; x'. ôo. Ilacpvovxlou xa'. oo. TtfxoOéou ; x|3'. ày. 0o)|ià Tcaxptàpxou ; xy'. ày. tepôu.apx. IloXuxàpkou ; x8'. yj EÛpsotç xîjç xeçaXYJç xoû 7rpo8pôu.ou ; X£ ày. Tapactou Tcaxptpaxou ; xç'. ày. (Jtàpx. IlaTttoo x. x. o. a. ; xÇ'. ày. Ilopcpuptou ; xyj' ôo. xal BaotXElou.
Mars. a', ày. u,àpx. EùSoxtaç ; y', ày. BaotXioxou ; 8'. ôo. 'Hooxiou ; e'. ày. Kôvcovoç ; ç'. ày. u.6' u.apxupcov ; Ç'. ày. Ç' xcôvÈv XEpocovt Èmox. ; yj'. ôo. : 0'. tcôv àytcov u.' ; t'. ày. [JtàpT. KoSpàtou ; ta', ày. Scoçpoviou TcaTptàpxou ; t^'. ày. ©Eoçàvouç ; ty'. ày. 2a6tvou ; ie'. toû oEiofjtoû ; tÇ'. toû àvOpcôxou toû ©eoû 'A/.Eçtou ; tYj'. ày. KuptXXou ; t0'. ày. XpuoàvSou xat AapEtaç ; x^'. ày. iepojjtàpx. BaatXEtou ; xe'. 'O. EÙayyEXtojxôç ty^ç ©eotôxou ; eîç xT.v Xctxoupytav ; xÇ'. ày. Maxpcôvaç ;
X. ày. 'Icoàvvou xyjç KXtu.axoç.
Avril, a', ôo. Maptaç ; P'. ày. 'A|i.çiavoû xal 'E8 :- oioo ; 8'. ày. x. x. a. a. ; ç'. ày. Eûxuxtou Tcaxptâpxou ; Ç'. ày. 'Pouçtvou ; y)', ày. 'Poutpou x. t. o. a. ; t'. ày. piàpx. TspEvxtou ; ta', ày.
»Av-rlra ; iç'. ày. 'Ay&Ktfc x. « ■■ a. a. ; hj'. ày. 'Iïxcjêou ; x.p*. ôa. 0Eo8cipoo Zixewtou ; xy'. ày u.àçT. Tîcopyiou ; xe'. ày. à-oar. Mapxou ; xç'. iy. iepo ;iipT. Bao'.Xsiou ; x0'. ày. E>ju.rùv toû cuyycvoôç toû Kuplou ; ).'. ày. 'Ixxûoou toO à8 ;XçoO 0eoj.
Mai. a' ày. ~poç. 'Iepîjiiou : P'. ày 'AQxvaaîou ; y', ày. (iâ ?T. T.(io6£0'j ; ç'. S'.x. 'Jù6 : t, '. ày. 'Itoàwoo toO ©EoXôyoo ; Tfj aÙTfj r,u. :px (iàcr. 'Axaxtou ; 0'. 71909. 'Haxiou ; Tfl aÙTfj toû àyiou u.àpTupoç Xp'.OTùoôpou ; i à-oaT 2'.u.ûvoç : ia'. ày. P-àpT. Moxtou ; dV. ôa. 'Ejnçavtou xal repyavoû ; 18'. ày. 'Ia'.Sûpou xal lia ya>u,iou ; tç'. ày. rupoç. Za^xpi'ju ; '-^ '• ày. Ilarpixlou ; x'. ày. ©aXEXxiou ; /.a', ày. xal 'EXévïjç. xp'. ày. BaaiXiaxou : xS'. ôa. Eoueùv tc/j ôpooç ; x ;'. ày. 'IoôSx ; xt)'. ày. u,âpT.'EXXa8iou ; xO'. ày. u.âp-. OeoSoaioç ; Xa ' ày. àroiar. 'AvSpovlxou.
>7uin. a', ày. 'Ioucttîvou ; P'. ày. NiXTJÇÔpou TtaTpiàpj(ou ; y', ày. ;ii ? »- Aouxiavoû ; S', ày. Mijrpoçàvouç ; ç', ày. AoooOeoo ; « ' ày. u.âpT. ©eoOôtou ; 7)'. ày. (jiàpT. 0co8a). :'>'J Eôxatrou ; la', à-oor. Bap0oXou.xîoo, x.a'. Bxpvàêa ; '3'- ôa. 'OvouçpCou ; iy'. ày. 'AxuXIvt)ç ; 18'. ày. rcpoç^Tou 'EXiaaaioo ; iç'. ày. Tu/comoç :•. »'■ fcfMavoui)X x. t. a. a. ; il)'- ày. u.àpT. Aeovrlou ; 18'. ày. Zctoluou ; ■/« '. ày. p.âpT. 'IouXiavoû ; x.p'. ày. u.àpT. Eôasêîou ; xy'. ày « -àpT. ; xS'. -b ysvéaïov toû np'v5pou.'/'j : xe'. ày. stEêptoviaç ; xç'. ôa. £au.ya>v : xtj '. ày. Kûpou, xxi ' loàwou : x0 '. ày. àrtoaT. nérpou xal IlaîXou ; X'. tô>v tê'
Juillet, a'. Tâ>v àytcov Avapyôpcov ; P'. tt,ç Tifiiaç ; 8'. ôa. 'AvSpéou Kpr.rr, ;; e'. ày. ; r) '. ày. (xàpa. LTpoxoTciou ; 0 '. ày. IlayxpaTÎou ;'.'. ày. ;ta'ày. uâpa. Eùçr)[j.iaç ; 18 '. tûv ày(t>v &tk>ot6xô>v 'AxûXx xal ai ; ie\ ày. Kir)pùx',u xal 'IouMtttjç ; •. ;'. ày. jxâpT. 'A6i)voyevouç ; i »'. ày. uàpr. Maplvaç ; wj'. ày. AlpiXiavoû ; i0'. ôa. Atou xal Maplvaç ; x' ày. 'HXiou ; xa'. ày. Zuu.eùv toû EaXou ; x.p'- ày. p.àpT. <P<oxâ ; xy'. ày. |xâpr. iou ; x8'. ày. [ià,-T. Xpiartv^ç ; x :'. f, xo((M)aiç tt, ; 'Ayiaç « Avvt, ; : xX'. ày. HavreXc^fiovoç ; xr)'. ripo/ôp'yj xal Nixàvupoç ; xO'. ày. \iàp-> Ea »iv(xou ; X'. ày. SiXa xal SiXouavoû.
Août. a'. TcJv Maxxa6a(cov ; p'. ày. -pwTo ;j.âpT.
SxEtpâvou ; -7, aùrf, f,[iépa, acôv àyicov Errrà TcxiStov tûv r> 'Eçôotô ; y. ôa. rrarpôç Tj[iâiv ; 8'. ày. (iâpT. EùSox'laç : :' ày. Eôaiyvlou ; ç'. tj (iSTanôpotùa'.ç e ;.ç t6v SpOpov ; . £'.< ; t})v XEroupyîav ; t, '. ày. A'H'.XtxvoO ; 0'. ày, à-oaT. MaTÛta ; i » ày. Aaup : ;T'-,u ; lP'. ày. Owaiou xal 'Ax'.vtjtou ; iy'. ôa.
MaÇ((iou ; •. ;'. Tt, ; rcavaytaç. . e ;.ç SpOpov e !ç rr ;; pyiav ; '.c'. ày. A'.oji^Souç : iÇ', ày. Mûpoivoç ; it)'. j xal Aaiipou ; 18', ày. (iâpT. 'AvSpéou ; x' ày. 8a88a(ou ; xa'. ày. Aouxlou ; x-P'. ày. 'AyaÔovixou ; xe'. 'Attoot. Tîtou : xç'. [/àpr. 'AvSpovtxou ; x« '.
60. Qot(iévoç ; xt)'. ày. Mou<rn ; x9', t, à-',TO(if, toû TrpoSpônou ; Xa'. tt, ; T'.piiaç »a)vr,i ; tt,ç ÔTrrpayîaç.
)X0O.
Cod. XXI. Evangéliaire, IXe. Péricopi Cod. XXV. Evangéliaire, xn' siècle.
Cod. XXVII. Evangéliaire, xn« siècle. S'ouvre par un index des péricopes, qui sont notées en marge du manuscrit. Après le synaxaire, un ménologe.
Cod. XXIX. Evangéliaire, xn« siècle. En marge de cha que évangile on voit une double série de numéros, les uns rouges, les autres noirs ; la première indi que les chapitres, la deuxième les péricopes, dont on compte cent seize dans S. Matthieu, soixante et onze dans S. Marc, cent quatorze dans saint Luc, soixantesept dans saint Jean.
Cod. XXXIV. Evangéliaire, xic siècle ; même disposition que les précédents.
II. Catalogue Vitelli. Banco I. Euchologe, XIIIe.
III. Catalogue Rostagno e Festa.
24. (Abbazia di Badia, 27<2 ;olim 93 ; Montfaucon, Diarium Italicum, p. 362.) Lectionnaire, terminé par un ménologe, incomplet ; XIe.
704. Leçons des Actes et dcsÉpîtres et Synaxaire ; notes de musi que.
706. Evangéliaire, Xe, avec notes de musi que.
II. Lbclercq. 3. FLORENCE (Manuscrits liturgiques latins de). Bibliothè que Lai Plut. XV, Cod. I. Homélies de S. Ambroise, xn » siècle. Homélies et sermons lus dans l'église depuis l'Avent jusqu'au samedi saint, tirés des ouvrages des SS. Ambroise, Augustin, Fulgcnce, Jérôme, Jean Chrysoslome, Isidore, Léon, Maxime, Origénc, Sévérin et un anonyme.
De custodiendo jejunio in IV tempore.
De incerto atitrm jejunio I Y lemporum hanc certitudinem statu/mus, ut si kal. martii in IV 1er. are aniea evenerint, eadem ebdomada jejunium celebrelur. Sin autem kal. martii in V aul VI, venerinl, aul in sabbalo dicti lenduntur, in sequenti ebdomada jejunium difjeratur. Simili quo que modo si kal. junii in IV fer. aul in anlea evenerint, in subsequenti ebdomada celebrelur jejunium. El si in V aut VI feria, aut in sabbalo contigerint, jejunium in tertia ebdomada reservetur. Et hoc sciendum est, si quando jejunium mensis junii in vigilia Pentecos les secundum prœdiclam regulam cveneril, non ibi cclebrandum erit, sed in ipsa ebdomada solcmni Pcnlecostes, quia vigiliam simul et jejunium celebrare non convenu. Et l une propter solemnilatem Spiritus Sancti diacones dalmalicis induanlur et Alléluia canletur et Flectamus genua non dicatur. Eodem modo Septembris jejunio conslilutum est, ut si kal. septembris in IV. fer. venerint, aut anlea, jejunium in III ebdomada celebrelur ; et si in V aul in VI, aut sabbato contigerint, in IV. ebdomada jejunandum erit. In decembris illud observandum erit, ut proximo sabbato ante vigiliam Nat. Domini celebrelur jejunium. Quia si vigilia in sabbato venerit, simul vigiliam et jejunium celebrare non convenu.
Sunt autem sacramentum Ecclesiœ baplismum, et ehrisma, et corpus, et sanguis, quœ a secretis virlutibus, vel sacris, sacramenla dicuntur ; quia sanctus in eis manens Spiritus eumdem sacramenlorum ad salutem fidelium lalenter operatur efjeclum. Quibus nec per bonorum merilum dispensalorum ampli ficantur, nec malorum hsce dona allenuanlur. Quia ne que qui plantât est aliquid, ne que qui rigal, sed qui incremenlum dat Deus.
Octavo pronuntiandum est ut sciant tempora jeriandi per annum. Item omnem dominicam a mane us que ad vesperam, ne judaismo capiantur. Feriandi vero per annum isti sunl dies, ut supra orsi sumus. Nalalis Domini, sancti Slephani, sancti Joannis Evangelislœ, Innocentum, octava Domini, Theophania, Purificatio sanctœ Mariœ, sanctum Pascha cum tota ebdomada.
Cod. X. Bible, XIIe. En tête de l'évangile de saint Matthieu, un avertissement sur la lecture des Livres saints :
Incipiunl pronuntialiones librorum quo modo legilur per tolum circulum anni.
Dominic. de Advenlu ponitur Isaias us que ad Xalivitatem Domini.
Ab octava Epiphaniœ legalur Epislolas Paulli us que in septuagesima.
Dominic. in sexagesima legatur Eplalicum, quod est In principio creavit Deus, et cetera, et alii quin que libros Moysi, et Josue, et Judicum us que in sabbalo ante passionem Domini.
In Passione ponitur Jeremias Propheta cum lamentalionibus suis us que in Pascha.
Ab octava Paschœ us que dum canitur Isloria Dignus es Domine legantur libri Apoc. Johannis aposloli. Poslea legatur VII. Epistolœ canonicœ us que dum canitur hisloria Sioblilus.
In die Ascensionis Domini legalur Acluum apostolorum us que VIII. Pentecosten.
Ab octavo Pentecosten ponitur quatuor libros Regum et Paralipomenon us que in kal. augusli, quo canlatur hisloria Dominus omnium.
Kal. augusti ponitur Sapientia Salomonis us que in kal. septembris, quo canlatur hisloria In principio.
A kal. septembris ponitur lib. Job, us que ad médium mensem, dum canitur histuria : Si bona suscepimus.
Ad médium mensem septemb. ponitur Tobis, et Judith, et Ester, et canatur hisloria Peto Domine.
Deinde a kal. octobris us que ad kal. novembris legatur liber Machabœorum primi et secundi et, canitur historia, Adaperia Dominus.
A kal. novembris us que dum canitur hisloria Vidi Dominum, etc., legalur Jezechiel et Daniel et duodecim minores prophetas et dum pervenitur ad advenlum Domini. Amen.
Plut. XVI, Cod. VIII. Missel et sacramentaire d'une église de Florence, début du xne siècle, 131 feuillets. p. 7. Trois préfa ces pour la messe de la Trinité, de la Vierge et de la Croix (XMe). p. 7b. Oraisofis pour la messe en l'honneur de la Vierge, de tous les saints, de S. Thomas archevê que, de S. François, et pour la messe de la résurrection en l'honneur de la Vierge ; une main plus récente a ajouté le passage de l'épître à Tite : Carissime apparuit benignilas. p. 8b. Préface comm une et canon de la messe. Remarquez que, dans Mémento, après les mots : et notadevotio, on lit ce qui suit : mihi quo que indigno peccatori jamulo tuo propitius esse dignare. et cum his omnibus me a cunctis emunda delictis. De même dans le Communicantes après les mots : Cosmœ et Damiani on a ajouté : nec non et illorum, quorum hodie solemnilalis in conspectu gloriee hue celebralur triumphus in loto orbe lerrarum. p. 10. Dans l'oraison Libéra nos quaesumus Dne ab omnibvs malis, etc., après les mots : Petro et Paulo at que, Andréa, on lit : nec non et glorioso Johanne Baptisla prœcursore tuo. p. 10 b. Après VAgnus De ;', on lit : Oratio antequam accipiat corpus Domini. Domine sancte Pater omnipoiens œterne Deus, da mihi hoc corpus et sanguinem filii lui Domini noslri Jesu Christi ila sumere, ut merear per hoc remissionem peccatorum meorum accipere, et tuo Sanclo Spirilu replcri, quia tu es Deus, et prœler le non est alius, cuius gloriosum nomen permanel in ss-cula saeculorum. Amen. p. 11. Trois oraisons pour cha que messe depuis le premier dimanche de l'Avent jusqu'au samedi de la .semaine de la Passion, ce sont la collecte, la secrète et la post-communion, tirées des sacramentaires Gélasien et Grégorien. p. 26. Denuntialio scrulinii différente de celle du Gélasien.
Scrutinii diem, dilectissimi fratres, quod electis noslris divinilus instruantur, imminere cognoscite. Ideo que sollicita devotione sequenlibus diebus, secundum nostram ammonitionem, congruis, et compelenlibus feriis abs que aliqua relraclione, vel neglegenlia ad hujus sanctœ Matris Ecclesiœ sinum, ejus que minislros instruendi concurrite. El omnes pariler quarla feria hac proxima circa horam tertiam convenire dignemini, ul cœleste mysterium, quo diabolus cum sua pompa destruitur, janua que cœlestis aperitur inculpabiliter sacris mysteriis ordinem peragere valeamus. Gratia Domini nostri Jesu Christi sil semper cum omnibus nobis. Amen. — Suit cette rubri que : Ul autem ad Ecclesiam venerint, sicut diximus, quarla feria hora tertia, scribantur nomina infantum, vel eorum qui eos suscepluri sunt ab acolytho, et vocentur ipsi infantes ab acolytho in Ecclcsia per nomina, vel per ordinem, sicut scripli sunl, ita dicendo : Ille puer, et sic per singulos eorum slaluanlur masculi seorsum ad dexteram parlem. Illa Virgo, et sic per singulas slaluanlur feminse seorsum ad sinistram parlem. Et imprimitus facial presbyler in singulorum frontibus crucem cum pollice ila dicendo : In nomine Patris et Filii et Spirilus Sancti. El imponens manum super capila eorum dicit : Accipite signum sanctœ crucis tam in fronte, quam in corde. Summa cœleslium prœceptorum ; taies estole moribus, ut templum Dei esse iam possitis, etc. — Suivent les oraisons, comme dans le Sacramentaire gélasien, niais il importe de faire observer que, dans ce manuscrit, les oraisons sont en plus grand nombre, les rubriques plus prolixes, tracées avec soin a l'encre rouge et mériteraient d'être collationnées. p. 37. Symbole des apôtres, latin. — Hoc i iterum accipiens aller acolythus ex ipsis infantibus femlnam sicut supra, et interrogat presbyter sicut antea, et ipse cantet symbolum grœce ita dicens. Symbole de Constantinople transcrit en caractères latins : Pisteuo ufena, etc. — Enfin le symbole en latin. p. 50. Bénédiction des fonts : Exptela leclione adscendit prœcedens ponti/ex, vel sacerdos ad tontes ; t une deinde scala descendit simililer ad fontes ad lelaniam faciendam seplena prima vice ; deinde ponti/ex sive sacerdos procedit cum omni décore substentatus a duobus diaconis et illa duo cereoslata, quœ ante fueranl illuminala semper ante ipsum procedunt, us que dum omnis lelania finita fuerit : Kyrie-leyson, Christe-leyson, Kyrie-leyson, S. Maria ont, S. Michael or., S. Gabriel or., S. Raphaël or., S. Jo. Baptista or., S. Petre or., S. Paule or., S. Andréa or., S. Jacobe or., S. Philippe or., S. Stéphane or., S. Laurenti or , S. Sebastiane or., S. Abunde or., S. Illare or., S. Martine or., S. Ambrosi or., S. Augustine or., S. Félicitas or., S. Agnes or., S. Ccecilia or., S. Lucia or., Omnes sancti or., Qua expleta, jacto silentio, dicit Ponti/ex aut ille sacerdos : Incipil benediciio fontis On lit les oraisons et les exorcismcs comme dans le sacramentaire Gélasien, mais après les mots : in verse innocenliœ novam infantiam renascatur, Per Dominum, on lit ceci : Post hœc miltis chrisma in modum crucis in aqua, et dicis : In nomine Spirilus Sancti Paracliti sanctiftcelur et fecundetur fons iste. Benedictio fonte facial clerus lelanias quinas'. Kyrie-leyson, Christe-leyson, Kyrieleyson. S. Maria or., S. Michael or., S. Gabriel or., S. Raphaël or., S. Jacobe or., S. Johannes or., S. Thoma or., S. Yalentine or., S. Xisle or., S. Processi or., S. Marliniane or., S. Tiburli or., S. Florenti or., S. Caliste or., S. Polentiana or., S. Juliana or., S. Columba or., S. Praxedis or., S. Reparuta or., Omnes sancti or., et eo tenenle infanlem a quo suscipiendus est interroge ! Sacerdos ita (le reste comme dans le Sacramentaire Gélasien). p. 52 v« . Et postea communicentur et si episcopas deest, communicentur a presbylero, dicens ita : Corpus Domini noslri Jesu Chrisli cuslodiat te in vilam selernam. Deinde episcopus vel sacerdos ..um lelania terna descendit ad sedem suam. Kyrie-leyson, Christe-leyson, Kyrie-leyson, S. Maria or.. S. Michel or.. S. Gabriel or., S. Bartholomee or., S. Matheeor., S. Thaddee or., S. Simon, S. Cornelis or., S. Cypriane or., S. Yppolile or., S. Gorgoni or., S. Gregori or., S. Remigi or., S. Albint or., S. Syre or., S. Brigida or., S, Candidu or., s. Euphemia or., S. Columela or., S. Praxedis or., Omnes sancti or., quibus expletis dicit III Kyrie III Chrisle et III Kyrie et dicit sacerdos alla voce ; Gloria in excelsis l)>i.. II. nr. ad miss. Deus qui hanc sacratissimam noctem gloria Dominicœ Resurrectionis illustras, etc. aposlall. in mitai/ unius apostoll. ■ In vigilia unius marlyris. - in natah unius marlyris. — In vigilia plurimorum martyrum. — In naiali plurimorum martyrum. — In vigilia amas eonfessoris. - In naiali unius eonfessoris. — In vigilia plurimorum • sorum. — In naiali plurimorum confessorum. — In vigilia unius virginis. — ■ In naiali unius virginis. — In Ecclesia martyris vel eonfessoris.
In honore sanctœ Trinilalis. — ■ In honore sanctœ Crucis. — In honore sanctœ Mariœ. — - Ad poscenda angelica suffragia. — Missa sanclorum commun i Missa in ven. S. Mariœ et omnium sanclorum. — Ad gratiam S. Spirilus postulandam. — De S. sapientia.
— De sancla charitale. — Pro aposlolico. — Pro episcopo, vel plèbe sibi commisso. — Pro rege. — ■ Missa sacerdotis propria. — Pro concordia fratrum. — Pro congregalione cuiuslibel socielatis. — Pro congregalione sacerdotum. — In monasterio monachorum. — In monasterio virginum. — Pro eleemosynariis.
De morlalilale hominum. — Pro peste animalium. — In tempore belli. — Contra judice maie agente (sic). — Contra obloquentes. — Pro inimicis. — Pro peu Pro petitione lacrymarum. — Contra tentalionem carnis. — Contra cogilalionibus cordium immundis (sic). — Pro peccatis. — Item pro peccalis. — Pro remissione peccatorum. — Pro confilente peccata sun. Pro tribulalionibus. — Item in tribulationibus. — Item in tribulat. vel pressurant suslinentibus. — Missa votiva pro amico. — - Alia pro amico. — ■ Alia pro amico. — Alia pro amico. — Pro amicis viventibus. ■ — Pro salule vivorum. — Pro sterilitate terrée. — Ad pluviam postulandam. — Ad poscendam cœli serenitatem. — Ad repellendas tempestates. — Pro iter agenlibus. — Pro naviganlibus. — Contra pagan Pro infirmis. — ■ Item pro infirmis. — Missa sancti Sigismundi régis pro febribus. — Ad sponsam benedicendam. — Pro salule vivorum, vel agenda mortuorum. p. 118 v ». Messe des défunts : In die deposilionis defuncti. — In die m. VI vel XXX. — In anniversario defunctorum. — Pro deposilo episcopo. — Pro defunclis sacerdotibus. — Pro defunclo sacerdote. — Pro defuncto Diacono. — Pro congregalione defunctorum. — Missa unius defuncti. — alia unius defuncti. — Alia pro uno defuncto. — Alia unius defuncti. — ■ Pro de/unrta femina. — Pro requiescentibus in ccemeterio. — Missa plurimorum defunctorum. — Pro defuncto desiderante pœnitentiam. — - et minime conséquente. — Pro conscriptis defunctis. — Pro cuius anima dubitatur.
— Missa plurimorum defunctorum. — Alia plurimorum defunctorum. p. 116. Messe de S. Sigismond roi, pour les fébricitants : Omnipulens sempilerne Deus, qui per sanclos apostolos, et martyres lues dioersa sanilalum dona largiri dignatus es, da quxsumus, ut prœsentem fumulum liiuin XX. qui colidianœ, tertianœ, sive quartanee febrium vexalione fatigatur, per intercessionem famuli lui Sigismundi régis et martyris tua medicina erigat ad salutem. Per, etc. — Lectio Acluum apostolorum : In diebus Mis. Krut homo nomine Publias, etc. Evang. secundum Lucam. In illo tempore. Surgens de Synagoga, inlravit in domum Simonis. — - Secr. : Of/erimus libi. Domine, munera sancla in nomine elecli lui Sigismundi régis, et martyris, ut a prœst febrium ordures repellerc iubeas, et exInde tii« siinper m omnibus munialur auxilio. Per, etc. Ad Comm, Omnipolens sempilerne Deus. qui dcdisli fumuhs tins obtinere omnia iusla quœ precantur, suseipe propitius pre ces nostras, quas pro fumulo luo XX. m ; Sigismundi régi » el marlyris deferlmus, ri quod pro eo devolis mentibus exoramus, céleri indulgentia eonse qui mereamur. l'er, etc. p. 125. Bénédictions : ad capillos tondendos,... agni m Pascha,... in area,... panis novi, ... in torcularia,... putei novi, ... uvœ sine favse, ... ad omnia quœ volurris. p. 126. Messes : in honorem Domini sepulchri,... Incarnalionis,... Nalivilalis.... apparilionis,... Passionis,... Resurreclionis,... Ascensionis.... Spiritus Sancti adventus,... (et d'une autre main) in natale S. Matthaei apostoli.
Cod. XV, du xi » siècle. p. 110 v°. Table chronologi que des pontifes romains :
Post passionem Domini XX et VI annos Petrus sedit annos
XXV
menses
II
dies
VIII
Linus an.
XV
m.
III
d.
XII
Cletus an.
XII
m. d.
XI
et cessavit pontifie. dies
XXXI
Clemens an.
IX
m.
II
d. et cess. Pont. d.
XXI
Anacletus an.
XII
et cess. d.
XXII
Evaristus an.
XIII
m.
VII
d.
II
et cess. d.
IX
Alexander an. m.
VII
d.
II
et cess. • d.
XXXI
Sixtus an. m.
III
d.
XV
et cess. d.
XXII
Telesphorus an.
XI
m.
III
d.
XI
et cess. d.
VII
Yginus an. un m.
III
d.
VIII
et cess. d.
IIII
Anicitus an.
XI
m. un d.
III
et cess. d.
XV II
Pius an.
XXI
m. un d.
XXI
et cess. d.
XXIV
Sother an.
IX
m.
VI
d.
XXI
et cess. d.
XXII
Eleutherius an.
XX
m.
VI
d. et cess. d.
XVI
Victor an. m. ii d. et cess. d.
XII
Zepherinus an. m.
VI
d. et cess. d.
VI
Calixtus an. m. ii d. et cess. d.
XI
Vrbanus an.
IX
m. d.
XII
et cess. d.
XXX
Antherus an.
XII
ni. d.
XV
et cess. d.
XIII
Pontianus an m. d.
II
et cess. d.
Fabianus an.
XIIII
m. d. et cess. ni.
I d. VII Cornélius an
III
d.
IIII
et cess. d.
XXXV
Origenes Lucianus an.
III
ni.
III
d.
III
Stephanus an.
VI
m.
V.
d.
VI
et cess. d.
XI
Sixtus an
II
ni.
XI
d.
XXIII
et cess. ann Dionysius an.
II
ni.
III
d.
VII
et cess. d.
Félix an un m. d.
XXV
et cess. d.
Euthycianus an.
VIII
m. d.
IIII
et cess. d.
XI
Gaius an. m.
IIII
d.
XI
et cess. d.
XI
Marcellinus an.
VIII
m.
II
d.
XXV
et cess. d.
VII (ms. VI) Marcellus an. m.
VII
d.
XXI
et cess. d.
XX
Eusebius an. ni. d.
XXV
et cess. d.
VIII
Melcbia des an.
VII
m.
VII
d.
IX
et cess. d.
XVI
Silvester an.
XXIII
m. d.
XIII
et cess. d.
XV
Marcus an. m.
VIII
d.
XX
et cess. d.
XXI
Julius an.
XV
m.
XI
d.
VI'
et cess. d.
VII
Liberius an.
XVI
m.
VII
d.
III
et cess. d. un Félix an. m.
III
d.
IIII
Damasus an. m.
XI
d.
XXV
Siricius an.
XV
m.
XI
d.
XXV
Anastasius an.
II
ni.
III
d.
XXVI
Innocentius an.
XXV
m.
II
d.
XXI
Zosimus an. m.
VIII
d.
XXV
Bonifacius prim. an.
III
m.
VIII
d.
XIIII
Caelestinus an.
VIII
m. d. xxxx Xistus an.
VIII
m. d.
XIX
Léo primus an.
XXII
m.
III
d.
Ilarus an.
VII
m.
III
d.
Simplicius an.
XXI
m. d.
VII
Félix
VIII
Gelasius un VIII d.
Anastasius
XXIV
Symmachus Ormisda Johannes ni In huius lempore S.
Ben.
Félix un Bonifacius ii
XXVI
Johannes ii
IIII
Agaritus Silverius Vigilius
XVII
XXVI
Pelagius
XXVI
Johannes
XXVI
Benedictus un Pelagius Gregorius prim.
XIIII
Sa\ inianus Bonifacius Deusdedit Bonifacius Honorius Severinus Johannes Theodorus Martinus Eugenius Vitalianus Adeodatus Donus Agatha Léo Benedictus Johannes Cocio (sic) Sergius Johannes Sisinius Constantinus Gregorius II ( iregorius III Zacharias Stephanus Paulus Stephanus Adrianus Léo Paschasius Eugenius Valent inus Gregorius Sergius Léo Benedictus Nicolaus Adrianus Johannes Martinus Stephanus I ormosus Bonifacius Stephanus Romanus sec.
Theodorus sec.
Johannes Benedictus Léo Christophorus Sergius Anastasius sec. lo sec. Johannes Léo sec. Stephanus Julianiies Léo Stephanus Marinus Agapitui Johannes Benedictus Léo Johannes Benedictus Bonus Bonifacius dlcl n^ Johai Johannes an. I an. VI an. III an. V an. XII an. an. I an. VI an. III an. XIIII an. 1 1 II an. I an. Il an. I an. an. XIII an. III an. il an. an. VI an. XV an. X
VI X
III
an. an. VII an. IIII an. XVI an. III an. VIII an. II an. IX an. VI an. X an. I an. VI an. IIII au. I an. Il an. IIII an. I an. VII an. XIIII an.« Il an. an. III an. ni an. an. an.
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III
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Silvester an.
Gregorius an.
Clemens an.
Damasus an.
Léo an.
Victor an.
Stephanus an.
Benedictus an.
Xicolaus an.
Alexander an. Gregorius Victor Urbanus Paschalis Cod. XXXV. Évangi les l'année, XIe, p. 1 sp m. m. ni. m.
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VII
XXIX
XX
XXV
XX
et epitres pour toute Epist. evang. et oral, a vigilia Nativ. I) .Y. us que ad natal. S. Tliornœ. p. 189 b. Sequuntur Evangclia, lecli. SS. et orationes recilandas. In vigilia omnium apostolorum. In natale eorunulrm. In vigilia unius sacerdolis. In natale unde supra.
In vigilia unius confessoris sive martyr is. In natale plurimorum martyrum. In natale virginum. In vigilia omnium sanctorum. In ordinalione diaconorum. In ordinalione presbyterorurn. In ordinalione episcopi. In adventu. episcopi. Ad sponsum benedicemlmn. Ad sanctimonialem benedicendam. In Ictania lempore belli. In die belli. In sterililale phu l'ro ubertate plu : In dedicàtione eçel In dedicàtione orattiru In adventu judicum. Contra judi ces maie agentex — episcopos Pro iler ugenlibus. Pro eleemosyna. ulule vivorum. In agenda mortuorum. In scrtrlinio prima.
— secundo.
— tertio. In honore sanctse Maria In triduanis diebus. Pro peccaiis. l'm amico vivente. b. Pro femina i lin : PBTR CRIP81T, IBTUU uni.i U ■■II.XUX IX J'Ai ; ■ Cod. XXXVII. Psautier, xi* siècle, écriture longobarde. Psautier, Cantiques des Prophètes, Te Deum, Gloria excelsis, Oraison dominicale, symbo apôtres, de Nicee, d'Athanase, i cl oraisons, méthode de la confession.
190. 191. 191 193. 195. 198 200. 201. 201. 201 202 203 204. 204. 204 205. '205 205 208. 209. 209 210. 210 211 211 212. 213. b.
Dans les litanies, on trouve parmi les saints très anciens :
Ab insidiis diemonum, libéra nos Domine.
A persecutione omnium inimicorum, lib.
A periculo mortis, lib.
A subitanea et œterna morte, lib.
A pcenis interni, lib.
A delectationibus carnis, lib.
Ab immundis cogitalionibus, lib.
A diebiis malis, lib.
A malis operibus, lib.
A coecitate cordis, lib.
A spiritu superbix, lib.
A spiritu inanis glorise, lib.
Cod. XXXIX. Calendrier, début du ix<- siècle. Ce calendrier est resté ignoré du P. Ximenès, auteur d'un commentaire sur le Gnomon de Florence, 1757. p. 1. lncipit Calendarii jragmenlum a die sexto mensis Junii hoc facto. t c vin id.
Nat. Primi, et Feliciani.
Nat. Basilidis, Nazarii, ec Naboris. Ultimum Penlecoslen (vert). kal. jul.
Nat. sancli V.ili mort.
Sol in Cancrum (rouge) Nat. sanctorum Marcelli et Marcelliani. Nat. sanctorum Gervasii et Protusii. Solstitium (vert).
Il
VII
VI
mi il Idus
XVII
XVI
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XV
XIIII
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XII
XI
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VIII
VII
VI
mi vi non un non. vin id nu idus. xvn kl e f xii f g XI g a x h b viiii i c vin k d vu 1 e vi m f v n g mi o a m p b n Yigil. sancti Johannis.
Nalivitas sancti Johannis.
Xlmus Aegypliorum mensis Epifi.
(rouge). Nat. sanctorum Johannis et Pauli Nat. sancti Leonis papse. Nat. aposlolorum Pétri et Pauli. Nox h(orarum) VI d(ies) xrm (rouge). mensis ivlivs D. xxxi (vert). d.l.d. sept. d. sol. g(esta) dfierum). e g kal. jul.
Xat. sanctorum Processi cl Martiniani.
Nat. septem Fratrum.
Dies caniculures (vert) Sancti Quirici. ug.
Sol in Leonem (vert). Sancti Mumir. d.l.d. sept. d. so q c kl. au g. r d mi non. s e t f u g non. a a VIIH'rf. b b vu Nat. sanctee Praxedis.
Nat. sancli Apollenaris.
Aquilœ occasus (vert).
Acsias oritur (vert) (a été ensuite efjacé). Nat. sancti Jacobi Ap. fratris Johannis. XII mus JEgypliorum mensis Mesore (rouge).
Nat. Simplicii Fauslrini et Bealricis.
Nat. Felicis conj.
Umbra absumilur in merœ.^Nat* Abdon et Sennen. Nox h. VIII. d. XVI (rouge). avgustus dies xxxi (vert).
/. g. d. (rouge). Nat. Machabeorum. VI. emb. (vert). Nat. Slephani pontifie.
Dedicalio Ecclesise.
Nat. sancti Xysli et Felicicissimi et Agapili. Aulumni inilium habet dies XCII . (rouge). Nat. Quiriaci. Ver. Firmi et Ruslici. Nat. sancti Laurenti. Nat. sancli Tiburtii.
Nat. S. Yppoliti.
Kl. Sept. Nat. S. Eusebii.
Adsumptio S. Mariœ.
Sol in Virginem (vert). Nat. Agapili, Nat. sancli Magni.
Nat. sancti Timolhei.
Residui dies quin que Aeg. epagomene dicti.
Nat. sancti Ruffi.
Nat. sancli Hermelis mart.
Primus .Egyptiorum mensis Thoth (vert). Passio sancti Joh. Baplista :. Nat. Felicis et Audacli. Nox h. x. d. XIIII (rouge). mensis septembbis dies xxx (vert). d.l.d. sept. d. sol. gesta dierum (rouge). h f kl. sept. Nat. sancti Prisci. i g nu non. k a in m c non. n d vin id. o e vu p i vi q g v r a mi s b ni t c II u d idus. a e xvm kl. oct.Exaltatio sanclx Crucis, et Cornclii et Cy priant. b f xvn Nat. S. Nicomedis.
VI
un idus
XVII
XVI
XV
XIIII
XIII
XII
XI
VIII
VII
VI
IIII
III
II
Nalivitas sanclœ Marias et S. Adriani. Xat. S. Gurgonii.
Nat. Proti et Hyacinthi. m li n c d l.d. s a t u a h c .1 e f h i k. f.
1 g m a n b o c
P '1
XVI
XV
XIIII
XIII
XII
XI
VIII
VII VI V
1111
III
11 Nat. Luciee, et Geminiani. Sol in Libram (vert). jEquinoctium (vert).
Nat. sancli Malhei eoangelistse. hic Indict. incipiunt et finiuntur (vert).
Xtit. sanctorum Cosmse el Damiani Dedicatio ecclesiae S. archangeli. Nox h. XII. d. XII (rouge).
MENS1S octobris dies XXXI (vert). sept d. sol. gesta dierum (rouge). kl. oct. vi non.
1 1 il non. vin id.
VII VI
Nat. sancli Muni euungelistœ.
III !
idus. xvii kl. noo.
XVI
Nat. S. Calisti. g a h b i c xv
XIIII XIII XII XI X IX VIII VII VI V
un III II Sol in Scorpion (vert). Nul. I.ucœ evang.
Terlius Acn. mensis Alhyr. (rouge) Nat. .l/i/'. Simonis el Judée. h. XIIII. d. X. (rouge).
MENSIS NOVEHBRIS (lies XXX (vert). d.l.d. sept. il. sol g. d. (rou( k d kl.'nov. Nat. sancti Ceesarii. Initium diuion. Saureland.
XV
XIIII
XIII
XII
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XI
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VIII
VII
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VI
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III
II
Sol in Sagitlar. (vert).
Nat. sanctœ Cœciliic. Nat. sancli Clemenlis. Nat. Chrisogoni.
Quarlus Aeg. mensis Cheac. (rouge). Nul. Salurnini, Crisanti, Duriœ. Viijilia S. Andreœ. Nat. S. Andreœ. Nox h. XVI d. Y III. (rouge). mensis decembris dies XXXI (vert), d.l.d. sept. d. sol gesta dierum (rouge). kl. dec. mi non. m n non. vin id.
VII VI
li g /. emb. (vert). //// emb. (rouge).
Dedicatio Ecclesiœ S. plus récente).
Zenonis (main mi idus xviiii kl. janv
XVII
XVI
XV
XIIII
XIII
XII
XI
VIII
VII
VI
Nat. sanctœ Luciœ.
Sol in Capricorn (vert).
Thomse apost. Solslilium (rouge). v mi m n Nat. D.N.J.C. (rouge).
Nat. sancli Sleplumi.
Quintus Mg. menzis Ti/bi (verl) Nat. Johunnis evanyelistiv. Nat. Innocentant.
Nat. S. Silvestri pa p. XVIII. d. VI (ro Cod. XLII. Homéliaire, xr siècle. Au l>.is de la première page on lit, d'une main différente, mais ancienne : Conflteor Deo omnipotenii Patris et Filio et Spiritu sancto,. etc., très différente de la tormuie en usage. tombent les kalendes, les nones et les ides de chaque mois ; en outre, les règles pour trouver les kalendes, les fériés, les épactes, etc. p. 9 v°. Autre table intitulée : Claves terminorum quœ numquam mutantur. p. 10. Autre table figurant dies LXX, dies XL, dies Paschæ, dies Rogat. et dies Pentecostes. p. 11. Eusebius Hieronymo Sophronio salutem : Incip. : Scio quosdam putare psalterium... cupio te meminisse mei. p. 12. Extraits du psautier. p. 18. Quatre oraisons ; voici la première, qui mentionne le propriétaire du psautier : Domine Jesu Christe, Filius Dei vivi, per quem omnia facta sunt, sine cuius misericordiæ dono humana fragilitas subsistere nullatenus potest : tu, clementissime Domine, acceplos libi habere dignare meos Psalmos, quos cantare cupio pro me famulo tuo IOHANNE, et da mihi de præteritis peccatis meis veniam de præsentibus remissionem et de futuris cautelam, et omnem malam consuetudinem peccandi a me repelle, et cuncta vilia, et peccatorum sordes, in quibus hactenus libi displicui, de corde, et visceribus meis radicitus evellere dignare, et da mihi virtutem bene operandi, et constantiam animi in bonis operibus perseverandi, et post hanc miseram, et caducam vitam animam meam ad vitam perducere dignare æternam. Per, etc. p. 19. Oraisons pour chaque psaume, depuis Beatus vir jusque Quid gloriaris (ps. u). Voici la première : Effice nos, Domine, tanquam fructuosissimum lignum ante conspectum tuum, ut tuis imbribus irrigari mereamur tibi suavium fructuum ubertate placere. Per, etc. p. 24 v°. Psautier d'après la version des Septante, p. 133. A la fin du psautier, après le psaume : Laudate Dominum in sanctis ejus, est ajouté un autre psaume avec cet avertissement : Hic psalmus in hebraïcis codicibus non habetur, sed nec in quodam a Septuaginta interpretibus est et ideo repudiandus. Inc. : Pusillus eram inter fratres meos et adolescentior in domo patris mei. p. 133. Cantiques prophétiques pour toute semaine, depuis Isaïe jusqu'à Siméon ; ensuite Hymnus S. Niceti episcopi Dominicis diebus decantandus, c'est le Te Deum. Le Gloria in excelsis, l'oraison dominicale le symbole avec les noms d'apôtres à chaque verset, le symbole de Constantinople, avec ces variantes principales : Ascendit ad cælos ; et in sæculi. Symbole dit d'Athanase. p. 144. Litanies (voir J. Lami, Acta s. Genesii, p. 76 : Calendario Polironiano del XII secolo illustrato da un socio Colombitrio, in-8°, Venezia, 1759). Incipiunt litanias a SS. Patribus constitutæ : Kyrie-eleyson. Christe-eleyson. Christe audi nos. Pater de cælis Deus. Fili Redemptor mundi Deus. Spiritus S. Deus. S. Trinitas, et una Deus. Qui es trinus, et unus Deus Sancta Maria. Sancta Dei Genitrix. S. Virgo virginum. S. Mater Domini. S. Michael. S. Gabriel. S. Raphaël.
Omnes SS. angeli et archangeli. Omnes SS. beatærum spirituum ordines SS. Troni.
SS. Dominationes.
SS. Principalus.
SS. Potestates.
SS. Virtutes cælorum.
SS. Cherubim.
SS. Seraphim.
S. Abel. S. Enoch.
Nomina justorum :
S. Seth.
Omnes chorus justorum.
Nomina prophetarum :
S. Abraham.
S. Isaac.
S. Jacob.
Omnes SS. patriarchæ.
S. Moyses.
S. Aaron.
S. Samuel.
S. Helia.
S. Helisee.
S. Isaias.
S. Jeremias.
S. Ezechiel.
S. Daniel.
S. Osee.
S. Joel.
S. Amos.
S. Abdias.
S. Jonas.
S. Michæas.
S. Nahum.
S. Habacuc.
S. Sophonias.
S. Aggeus.
S. Zacharias.
S. Malachias.
S. Joannes Baptista.
Nomina Apostolorum S. Petre. S. Matthæe.
S. Paulus. S. Simon.
S. Andreas. S. Thaddæus.
S. Jacobus. S. Matthias.
S. Johannes. S. Barnabas.
S. Thomas. S. Lucas.
S. Jacobus. S. Marcus.
S. Philippus. S. Timotheus.
S. Bartholomæus. Omnes SS. apostoli et evangelistæ. Omnes SS. discipuli Domini. Omnes SS. innocentes.
S. Stephanus. S. Laurentius. S. Vincentius. S. Felicissimus.
Nomina levitarum S. Agapitus.
S. Abundius. S. Cæsarius. omnes SS. levitæ.
S. Linus. S. Cleus. S. Clemens.
S. Cornelius.
S. Cyprianus.
S. Urbanus.
S. Anacletus.
S. Xistus.
Omnes SS. sacerdotes.
Nomina Sacerdotum :
S. Silvester. S. Calixtus S. Marcellus. S. Gregorius. S. Bonifatius. S. Donatus. S. Leo.
Nomina martyrum S. Xazarius.
S. Minias cum sociis suis S. Celsus.
S. Mauricius cum sociis suis S. Gervasius.
S. Quintinus.
S. Proculus.
S. Dionysius.
S. Valentinus.
S. Rusticus.
S. Abundius.
S. Eleutherius.
S. Agapitus.
S. Xeres.
S. Ypolitus.
S. Achilleus.
S. Peregrinus.
S. Pancratius.
S. Cassianus.
S. Abdon.
S. Faustinus.
S. Scennen.
S. Joannus.
S. Petrus.
S. Domninus.
S. Marcellinus.
S. Antoninus.
S. Probus.
S. Apollinaris.
S. Jacinta.
S. Vitalis. S. Magnus.
S. Sebastianus, S. Hermès. S. Secundianus.
S. Paulus.
S. Verianus.
S. Johannes. S. Marcellianus.
S. Alexander.
S. Crispinus.
S. Eventius.
S. Crispinianus.
S. Theodulus.
S. Epymachus.
S. Firminus.
S. Prime.
S. Processus.
S. Felicianus.
S. Martinianus.
S. Tiburtius. S. Saturninus.
S. Savina. S. Secunda.
S. Valeriana.
S. Savina.
S. Genovefa. S. Potentiana.
S. Vitus.
S. Mauricius.
S. Scholastica. S. Martha.
S. Modestus. S. Xabor.
S. Tecla. S. Aurea.
S. Georgius.
S. I
S. Potentiana. S. Helena.
S. Egidius.
S. Cosmus.
S. Juliana. S. Sophia.
S. Damiana.
S. Justina. S. Anna.
S. Callocerus.
S. Anilmus.
S. Juliana. S. Susanna. unde. S. Leontius.
S. Eugenia. S. Elisabeth.
S. Martiana.
S. Euprepius, S. Eufemia. S. Eufrosina.
S. Innocentes.
S. Margarita. S. Il, au, râla.
S. Genesius.
SS. Agennenses.
S. Marina. S. Anastasius. SS. Quadraginta.
S. Sollieris. S. Humilia.
S. Ciriacus. SS. Septem fratres.
S. Mustiola. S. Redempta. S. Desiderius.
SS. Quatuor Coronati.
S. Speciosa. S. Brigida.
Omnes SS. martyres. Omnes sanctæ virgines. Omnes sancti et sanctæ Dei.
Nomina Confessorum :
Propitius esto, parre nobis Domine.
S. Syrus.
S. Amandus.
Propitius esto, libera nos Domine. S. Frigidianus.
Ab omni malo. libera....
S. Crispinus.
S. Martialis.
Ab omni iniuria.
S. Thraseas.
S. Donatus.
Ab omni cogitatione prava.
S. Epiphanius.
S. Blasius.
Ab omni immunditia cordis et corporis.
S. Maximus.
S. Fortunatus.
A peccatis nostris.
S. Hieronymus. S. Paulinus.
Ab ira tua.
S. Ambrosius.
S. Justinus.
A persecutione inimicorum.
S. Nicolaus. S. Zeno.
Ab ira et odio, et omni mala voluntate.
S. Augustinus.
S. Gaudulfus.
Ab insidiis diaboli.
S. Ysidorus.
S. Abundius.
Ab insidiis hominum.
S. Hilarius.
S. Albanus.
A ventura ira.
S. Leodegarius. S. Severus.
A gladio maligno.
S. Martinus.
S. Severina.
A gente pagana. S. Brictius.
S. Victorinus.
A perfidis gentibus.
S. Eusebius.
S. Prosper.
A peste, et clade. S. Gaudentius.
S. Zenobius.
A fulgure et tempestate.
S. Remigius.
S. Crescentius. A subitanea et æterna morte.
S. Germanus.
S. Eugenius.
A cæcitate cordis. haste.
S. Romulus.
A peste, et fame, et gladio.
S. Cerbonius.
A carnalibus desideriis.
Omnes SS. pontifices et confessores.
Ab omni immunditia mentis, et corporis. Ab inmundis cogitationibus.
Nomina monachorum :
Ab hostibus visibilibus, et invisibilibus.
S. Benedictus. S. Paulus.
S. Bernulfus.
S. '
S. Ephrem.
A variis languoribus. A pœnis interni. A potestate diaboli. A delectationibus carnis.
S. Anilmus. S. Hilarus. S. Maurus. S. Placidus. S. Equitius. S. Macharius.
S. Arsenius. S. Honoratus. S. Libertinus. S. Serenus. S. Paphnutius. S. Pastor. S. Johannes. A spiritu libidinis, et immunditiis. A dominatu omnium vitiorum. A morte perpetua. A pœnis inferni. Ab omnibus æternis suppliciis.
S. Gallus. S. Pachomius. S. Julianus. S. Sabas. S. Isidorus. A nimia pluvia.
Pet mysterium sanctæ Incarnationis tuæ.
Pet advenientem judicem.
Pet pro nalivitate tuam.
S. Altus. S. Omnibus.
Omnes SS. monachi et eremitæ.
Per baptismum tuum.
Pet pro jejunio sancto tuo.
Nomina uni :
Per passionem tuam. Per sanctam crucem tuam.
S. Itius. S. Columba.
Per sanctam resurrectionem tuam.
S. Petrus.
S. Juliana. Per admirabilem ascensionem tuam. S. Petronilla. S. Benedicta.
Per gratiam Spiritus Sancti Paracliti.
S. \,
S. Anastasia.
In die judicii. S. Concordia.
In adventu tuo secundo.
S. Lucia.
S. Pelagia. jamus aua :ha.
S. Natalia.
S. Anna. S. Prisca.
Ut pacem nobis dones. S. Christina.
S. Barbara, Ut sanitatem nobis dones. S. Martina.
Ut Ecclesiam tuam regere et defendere digneris. S. Emerentiana.
S. Digna.
Ut eam semper exaltare digneris.
S. Daria.
S. Merita. Ut domnum apostolicum et omnes gradus ecclesiastici ordinis in sancta religione conservare digneris.
Ut regibus nostris et principibus pacem et veram concordiam, atque victoriam donare digneris.
Ut episcopos, et abbates nostros, et omnes congregationes nostras in sancta religione conservare digneris.
Ut congregationem nostram in sancta religione conservare digneris.
Ut cunctum populum christianum pacem, et unanimitatem donare digneris.
Ut congregationem omnium sanctorum tuorum in tuo auxilio servare digneris.
Ut compunctionem cordis, et fontem lacrymarum nobis dones.
Ut tempora tranquilla nobis dones.
Ut emendationem nobis dones.
Ut compunctionem cordis, et corporis nobis dones.
Ut æris temperiem nobis dones.
Ut fructum terræ dare et conservare digneris.
Ut fontem lacrymarum nobis tribuas.
Ut spiritum pœnitentiæ nobis tribuas.
Ut veram pœnitentiam nobis concedere et peragere digneris.
Ut indulgentiam, et remissionem omnium peccatorum nostrorum nobis dones.
Ut gratiam Sancti Spiritus cordibus nostris clementer infundere digneris.
Ut fidem, spem et charitatem nobis dones.
Ut fidem rectam nobis dones.
Ut gratiam tuam nobis dones.
Ut ad gaudia æterna nos perducere digneris.
Ut misericordia, et pietas tua nos custodiat.
Ut hic, et in perpetuum nos custodire digneris.
Ut dies, et actus nostros in tua pace disponas.
Ut obsequium nostræ servitutis rationabile facias.
Ut vitam æternam nobis dones.
Ut animas nostras, et parentum nostrorum ab æterna damnatione eripias.
Ut errantes ad viam salutis reducas.
Ut regularibus disciplinis nos instruere digneris.
Ut oculos misericordiæ tuæ super nos reducere digneris.
Ut nobis sanctum angelum tuum a tutela mittere digneris.
Ut veniam de peccatis nostris consequi mereamur.
Ut inimicos sanctæ Dei Ecclesiæ humiliare digneris.
Ut gentem paganam confringere digneris.
Ut nos famulos tuos in tuo sancto servitio custodire et confortare digneris.
Ut cunctos inimicos, et adversarios nostros humiliare digneris.
Ut cunctos fideles amicos nostros salvare digneris.
Ut cunctos gradus ecclesiastici ordinis in sancta religione conservare digneris.
Ut fratribus nostris et omnibus fidelibus infirmis salutem mentis et corporis restituas.
Ut gentes, quæ in sua feritate confidunt, dextera tua conterantur.
Ut civitatem istam prolegere, atque defendere digneris.
Ut cunctos fideles tuos habitantes in ea conservare digneris.
Ut hodie sine peccato nos custodias.
Ut nos exaudire digneris.
Ut nobis miserere digneris.
Fili Dei.
Pastor bone.
Psautier. cantare anic allare pro anima sua, cum triginta psalmis pœnitentialibus. p. 153 v°. Inquisilio (sic) S. Augustini de isla oralione, ut in quacumque die cantalur, nec diabolus, nec malus homo impedimentum facere potest, et quod juslum petierit a Domino, dabit Mi, et si anima de corpore egreditur, in inferno non recipitur. p. 156. Ad sanctam Mariam orationes IX. p. 160. Orationes ad S. Michaelem arch. (deux) ; ad universos angelos (une) : ad S. Johannem Baptistam (deux) ; ad sanctos apostolos Petrum, Paulum, Andream, Joannem apostolum, Jacobum, Thomam, Jacobum, Philippum, Bartholomeum, Matthaeum, Simonem ; ad universos apostolos (deux) ; ad sanctum Stephanum protomartijrem (deux) ; ad sanctum Laurentium martyrem ; ad universos martyres ; ad sanctum Martinum (deux) ; ad sanctum Benedictum (deux) ; ad universos confessores ; ad sanctas virgines ; ad omnes sanctos. p. 166 v°. Vingt-trois oraisons pour l'adoration de la croix. p. 173 v°. Confession, où se rencontre le nom : Joannis monachi déjà nommé. p. 174 v°. Orationes ad Patrem, ad Filium, ad Sanctam Trinitatem, ad proprium angelum (deux), pro semetipso (deux), pro patre et maire, pro semetipso (deux). p. 178. Oraisons dominicales pour toute l'année depuis le Ier dimanche de l'Avent jusqu'au XXVII dimanche après la Pentecôte, parmi lesquelles sont insérées des oraisons des saints. p. 208. Orationes feriales ad noctem et in laudibus a feria II ad sabbatum. p. 208 v ». Orationes matutinales a fer. II. ad sabbatum. p. 209. Ad horas diei a feria II ad sabbatum. p. 210 v« . Orationes in Dedicatione ecclesiæ (deux) ; S. Augustin ad Jesum Christum (une) ; Anonymus ad Sanctam Mariam (une).
On lit à la fin : Liber Petri de Med. Cos. fil. Pertinuil aulem hic preliosissimus codex ad monasterium S. Michaelis Marturi, quod Castrum est Senas inter et Florentiam posilum in Colle, cujus radices amnis Marturius olim adluebat, Podium etiam Bonitium dictum, cuius frequens est in Senensibus et Florentinis historiis mention.
Cod. VIII. Psautier, XMe, terminé par une oraison que précède cette note : Hymnus quem cantavit Gildus rex pro anima patris sui, qui erat in inferno. Quicumque canlaverit singulis diebus per totum annum pro anima amici sui, licet in inferno sit, eruelur, et in regnum Dei ducetur ; si autem obliviscetur uno die in anno, a caput incipiat, et per totum annum adimpleat ita : Ad Dominum cum tribularer, usque Laudate nomen Domini.
Inc. : Deus summe pacis, et essles sancte Pater Omnipotens selerne Deus, etc.
Des. : quod ipse prœstare dignetur qui venturus est iudicare vivos et mortuos, et sœc. per ignem. Amen.
L'Évangile pour l'Annonciation offre ce titre :
Cod. XXVII. Évangéliaire, Xe, terminé par des lectures pour les principales fêtes à la messe :
I. ex initio Evangelii sec. Joh.
II. in Epiphania Domini.
III. in Coena Domini.
IV. in sabbato sancto.
V. in Resurrectione Domini.
VI. in Ascensione.
VII. in Pentecoste.
VIII. in festo S. Tiburtii.
IX. S. Urbani pape.
X. S. Ceciliae.
Accipilo parvum munus Emilia sanction Quod libi Johannis dévoie presbyter <>l]ert.
Et bene qui dictus cielesti dogmale complus.
Plut. XXIII. Cod. XVI. XMe.
I v*. Oratione cum ulterem : Rogo te immensa pietas... ut salvos facias peccatores ; ad Filium : Recordare Dne J. Christe... quia tu es Ds meus ; ad Spm Sanctum : Spiritus Sanctus Deus omnipotens... in Trinitate perfectus unus, et verus Deus per omnia sœcula.
Plut. XVII, Dextr. Cod. VIII. iv siècle.
1 ». 173. Sequitur manu, ut videtur saeculi XI, catalogus romanorum pontificum a Christo Salvatore nostro usque ad Bonifacium VI, in quo fartasse desinebat exemplar illud antiquius, unde descriplus fuit hia catalogus (cf. Bandini, loc. cit., col. 510-520.) Plut. XIX, Dextr. Cod. V. XMe. In ca Necrologium vetustissimum adjectum est (cf. Bandini, loc. cit., col. 546-555). iEdil. 111, mbr. 2« . Missel plenier du XCe, 230 feuillets.
Fol. 1. Missa pro congregatione fratrum (xième siècle).
Fol. 9 v'. Préface.
Fol. 11 v°. Propre du temps, comprenant les vingt-cinq dimanches après la Pentecôte. La bénédiction du cierge pascal se termine après les prières pour le pape, l'évêque et l'empereur par cette prière : Hoc ergo cereum, Domine, quod libi offert famulus tuus Ule, acceptum libi esse dignetur, ut hoc per multos annos letus et gaudens libi Domino vota persolval et usque ad optatam perveniat senectutem. Unde benedico + te, creatura cerei per Deum vivum +, per Deum sanctum +, per eum, qui te (ex) omnibus agri floribus congregari precepit et in conspectu suae claritatis, igne accendere jussit ut ubicumque ex te positum fuerit, sit locus ille munitus, protectus atque defensus ab omni ora divina et ab omni infestatione inimici per virtutem et nomen Domini n. J. C. qui vivit, etc.
Fol. 118 v ». Missa in honorem S. Trinitatis ; — S. Crucis ; — S. Marie.
Fol. 149 v. Propre des saints. La fête de l'Expectation est devenue la fête de la Salutation au xv kal. l'an. (= 18 décembre). Salut. S. Marie, avec cette oraison : omnipotens sempiterne Deus, qui terrenis corporibus verbi tui per venerabilem Mariam coniungere voluisti, petimus immensam clementiam tuam ut quod in ejus veneratione deposcimus te propitianli conse qui mereamur. Per Dom.
Fol. 1' » <« / diversa :... Missa pro cujus anima dubitalur ; missa pro defuncto nuper baptizato ; missa in nativitate sanctorum in agenda mortuorum ; missa nb plurlmos defunctos ; missa in nativitate sanctnrum pro sanctorum vivorum vel in agenda mortuorum Fol. 21 ;i v. Benedictiones.
Fol. 128 v ». Incipit ordo ad culecuminum faciendum. iEdil. 121, mbr. 2« . Sacramentaire, XMe. 168 feuillets. Venant à la Laurentienne avec des manuscrits de l'Église de Florence, A l'usage de laquelle il
Fol. 1. Benediclio super regem dicenda lempore synodi... Expliciunt benedictiones. Ben. lactis et mellis.
Fol. 1 V. Ben. agni in pascha Item ben. sacerdolis super populum.
Fol. 2. v° (distiques qui reparaissent au feuillet 159) :
Hoc opus in genti constat sudore peraclum, Quod nimio studio scribile, posco humilis ; Perscripto que peto hoc sepe requirile fralres, Ne vacuus noster sit labor iste pius. Seplies obnixe perscriplum exquirile, posco, Ut nullum errare hinc sinat iste labor. Finit iste libellus. Deo gratias. Amen.
Fol. 2 v*. Missa de sanctorum quotidianis diebus.
Fol. 3 v° 9 v ». Kalendarium.
Fol. 10. Ostiarii ordinatio jusqu'à l'Ordinalio subdiaconi.
Fol. 12 r°. Titre en grandes lettres enclavées, qui forment des lignes alternativement rouges et noires : In nomine Domini. Incipit liber sacramentorum de ritu anni a sancto Gregorio, papa Romano, editus...
Fol. 13 v°. Prœfatio communis, canon ; dans la première oraison le pape est seul nommé,
Fol. 15 v°. Benedictio episcoporum ; Oration ad ordinandum presbyterum. Oration ad ordinandum diaconum.
Fol. 18 r°. Commencement des oraisons avec la Vigilia Domini (24 décembre) ; cf. Muratori, Lit. rom. vetus, t. n, p. 7-138.
Fol. 87. Incipiunt orationes cotidianæ.
Fol. 90. Incipiunt orationes matutinales,... vespertinales seu matutinales.
Fol. 91 v°. Oraisons pour le baptême, etc.
Fol. 94 v ». Vient le recueil complémentaire qu'on retrouve dans plusieurs sacramentaires et dont il suffit d'indiquer les premiers et les derniers mots de la préface : Hac usque precedens sacramentorum libi diligenlia conservetur ; le commencement et la fin de la table (col. 95). Incipit caput prtefati / Benedictio cerei... cuius. Item alio (sic) oratio super (en)erguminum baptizato.
Fol. 146 V. Hec studio(se) superscriptas fini(u)nt lolas orationes aut missas dominicales vel sanctorum cum prefationes de anno (sic) circula, dei alias prefationes que non abent missas in isto sacramentorum qui quid sacerdos voluit cancre in istam locum requirat. — Préfaces pour : In vig. Domini in S. Projecti ; Conversio Pauli ; S. Eufemiæ ; in i Domini ; in sabb. Pentecosten ; in nat. S. Petri ; in nat. S. Benedicti ; S. Jacobi ap. ; S. Bartholomæi ap. ; S. Rufi ; S. Augustini ; S. Priscae ; S. Matthæi eu. : S eu. ; vig. app. Simonis et Judæ ; nat. S. Simonis et Judæ ; S. Ceciliæ ; S. Thomæ ; in vig. unius mari. : in nat. unius defuncti ; item
Fol. 1 ts v ». In istum locum prefationes omnia in anni circulo. Deo gratias. Amen.
Fol. 149 r°. Benedictiones episcoporum.
Fol. 159 V. Ordo quomodo debetal ecclesiam consecrari.
Fol. 165. Ben. corporalem pe Benediclio ad linteamina vel ad omnia in usum basilicæ. — Bened. Solarum. — Ben. cerei.
Fol. 166. Ben. cineris.
Fol. 167. Missa de S. Trinitate, de Sapientia, de Cruce, in non. S. Mariæ ; ceci semble ajouté par une main italienne.
Le dernier cahier du manuscrit, après le fol. 156, a été supprimé et remplacé par des feuillets plus récents, ce qui peut se constater par l'écriture et par les initiales ; celles de la partie ancienne sont toutes rouges, celles de la partie ajoutée sont alternativement rouges et noires.
Fol. 159 et 160. Distiques pour les précautions à prendre en vue d'assurer la pureté du texte :
Hoc opus ingenli eunstat sudore peraclum, Quod nimio studio scribite, posco humilis. Perscriple que polo hoc sepe requirile, fratres. Ne vacuus noster sit labor iste pius Seplies obnixe perscriptum exquirite posco Ut nullum errare hinc sinat iste labor.
Le chapitre des cérémonies de la dédicace des églises (Ordo quomodo debetal ecclesiam consecrari) a été copié à la suite de cette souscription.
On a vu, écrit L. Delisle, comment le cahier par lequel le sacramentaire se terminait à l'origine a été retranché et remplacé par un cahier un peu plus récent. Les auteurs de cette substitution n'ont pas détruit deux des feuillets, du cahier sacrifié, le deuxième et le troisième, qui servent aujourd'hui de garde au commencement du manuscrit. Sur le dernier de ces feuillets se lisent les six vers : Hoc opus... (iste labor cités tout à l'heure ; à droite de ces six vers sont disposées sur une ligne verticale les lettres grecques :
Bandini y voit une signature de copiste : Otleephredus ; c'est plutôt un fidèle qui se recommande aux prières du célébrant. A la page suivante, on lit encore les noms de plusieurs fidèles décédés : Giseramus pji s bilcr defunclus ; Magifridi prb. dj. ; Ilderadus prb. df. ; Venerando d/. ; Cnlumbo dj. ; Gisalper dj. : Allô d/. iEdil. 122, mbr. 2« . Sacramentaire, XMe. 167 feuillets.
Fol. 1 et sanguis fiat dilectissimi Filii sui, etc.
Dans la prière Libéra nos on lit : nec non et beato Johanne Baptista precursore tuo. Le canon finit avec l'Agnus Dei.
Fol. 2 v°. 17/// kat. jan. Vigil. nat. Domini.
Fol. 23 r°-24 V. Incipit ordo vel denuntiatio ad electos, qui tertio ebdomada in quadragesima quarta feria initialur. Scrutinii dics, etc.
Fol. 35 r°. Die Dominica ad S. Johannem in Lat. : Benedictio Palme et olive.
Fol. 36 v. Feria V. Hora lerlia ingressi sacrarium induuntur dalmaticis, etc.
Fol. 40 v°. Feria VI. Hora tertio procedit pontifex. etc.
Fol. 42 v°. Post horam lertiam sabbato procedant, qui baptizandi sunt, etc.
Fol. 43 v°. Bened. cerei.
Fol. 55 v°. Incipiunt orationes de natalitiis sanctorum.
Fol. 60 r°. De la vigile à l'octave de la Pentecôte... quelques fêtes.
Fol. 78 v°. Meuse decembri. Incipiunt orationes de adventu Domini.
Fol. 81 r°-85 r°. Dimanches après la Pentecôte.
Fol. 85 v°. Missa de S. Trinitate : missa votive.
Fol. 88 v°. Commune sanctorum.
Fol. 90 r°. Misses diverses.
Fol. 97. Benedictio aquæ.
Fol. 98. Deinde aspergatur aqua benedicta in domo cum antiphona.
Fol. 98 v ». Ordo ad visitandum infirmum. Fol. 103 v°. In nomine D. N. J. C. incipit ordo, qualiter agatur erga infirmum qui approximat mori.
Fol. 123 v« . Incipiunt orationes ad benedicendum imperatorem, quando coronam accipit. Oratio ista detur ante portam argenteam : Deus in cujus manu corda sunt regum. Oratio hec detur intra ecclesiam beati Petri apostoli in medio rote : Deus inenarrabilis. Deinde vadunt ad confessionem beati Petri apostoli et prosternunt se proni in terra et archidiaconus facit letaniam. Qua finita, ungit eum de oleo exorcizato brachium dextrum et inter scapulas et dicit : Domine Deus omnipotens cujus est omnis potestas et dignitas. Pontifex vero stet rursum ante altare et imponat ei diadema in capite dicens : Accipe signum gloriae in nomine Patris et Filii et Spiritus Sancti, ut spero, etc.
Fol. 124 v°. Ordinalis imperialis ; in ingressu ecclesiae.
Fol. 125 r°. Incipit de VII gradibus, quomodo nominantur apud Graecos et Latinos.
Fol. 127 v°. Missa in ordinatione pontificis.
Fol. 128 r°. Missa in anniversario, quam pro se episcopus canere debet die ordinationis suae.
Fol. 129 r°. Ordo Romanus qualiter concilium agatur : « Conveniente universo clero... »
Fol. 133 r°. Incipit ordo de sacris ordinibus benedicendis : « Ostiarius cum ordinatur. »
Fol. 137 r°. Benedictio vestimentorum virginum vel induarum.
Fol. 137 v°. Consecratio sacrae virginis. Missa pro ipsis virginibus.
Fol. 138 r°. Bened. viduae, quae iuril castitatem professae. Missa pro ipsis induis.
Fol. 138 v'. Oratio quando abbas vel abbatissa consecratur.
Fol. 138 v°. Incipit ordo ad benedicendam ecclesiam.
Fol. 149 v°. Ad consecrandam patenam ; Ad calicem benedicendum. Bened. crucis novae.
Fol. 150 v ». Missa in dedicationis anniversarii (sic).
Fol. 150 v« . Ad clericum faciendum.
Fol. 151. Reconciliatio redeunti a paganis vel haereticis.
Fol. 151 v°. Oratio super poenitentem ; Missa pro poenitente.
Fol. 152 r°. Inc. reconciliatio poenitentis quinta feria paschae : Missa pro defuncto desideranti poenitentiam et non consequenti.
Fol. 153 v°. Inc.. orationes quotidianis diebus. — ■ Inc. or. pro peccatis.
Fol. 154 v ». Orationes matutinas et vespertinas.
Fol. 155 V. Oratio in introitu ecclesiae.
Fol. 156 r°. Oratio in dormitorio.
Fol. 162. Benedictiones episcopales.
Fol. 4 r°. Incipiunt orationes nocturnales in cotidianis diebus.
Fol. 4 v°. Orationes ad horas dicendas.
Fol. 5 r°. Praefatio communis. A la fin du Supplice le rogamus, ayant le memento des morts, on lit : Hec non dicit in dominicis diebus nec in aliis festivitatibus majoribus.
Fol. G v. Nono toi. jan. vigil nat. Dom. Hora nona ad missam.
Fol. 54. Dimanches après la Pentecôte : messes de S. Trinitate, de sapientia, caritale, entre, ad postulatum gratiam Spiritus Sancti.
Fol. 63 r°. Missa in dedicatione ecclesiae. Fol. ti :i \ ». Alla missa in dedic. oratorio. Fol. 66 i« . Messes votives : fer. 2, <id postul. gral. Sp..Soi ; fer. 3 : de sapientia ; fer. 4 : de cantate ; fer. 5 : in commemoratione genitricis Marie ; fer. G : de S. Cruce ; subbato ; ad postul. angelica suffragia. Fol. 68. Missae ad diversa et pro defunctis. Fol. 79. M. »i' sponsam benedicendam. Fol. 85. Pro desiderantibus penitentiam et minime consequentibus. — Pro cujus anima dubitatur. Pro defuncto nuper baptizato. Fol. 88 ve. Benedictio sulis.
Fol. 90 r°. Incipiunt orationes ad catecuminicum faciendum.
Fol. 92 r°. Missa que per scrutinium celebratur feria 4. ebd. 3 infra quadragesimum.
Fol. 93 r°. Item missa que pro scrutinio 2 celebratur ; Alia missa pro scrutinio 3. Incipit ordo vel denuntiatio ad electos, qui 3 ebd. in infra quadragesimum 4 feria initiatur.
Fol. 100. Épîtres et évangiles Bibliothèque nationale (Magliabecchiana).
Bibliothèque Riccardiana.
Cod. 299, mbr. 8. Sacramentaire, xii siècle, 230 feuillets. Cf. Ebner, op. cit., p. -17. Ces manuscrits, longuement décrits par Ebner, sont, au point de vue liturgique, du plus médiocre intérêt.
(L'ordre des n. adoptés ici est simplement l'ordre des numéros du catalogue Libri, tels qu'on les trouve dans les deux catalogues imprimés en Angleterre avant la dislocation des collections du comte d'Ashburnham.
Écriture wisigothique que Libri rapportait au vii ou au viii siècle, mais qui n'est peut-être que du xii. Le ms. est orné de peintures, mais curieuses pour l'histoire de l'art en Espagne. Voici l'indication des principales, avec la copie des inscriptions qui aident à en comprendre le sujet.
Fol. 8 v°. Ildefonse et Jovinien.
Fol. 18. Ildefonse et un juif.
Fol. 57. Les saintes femmes au sépulcre. Sepulcrum. — Maria et Maria portantes aromata.
I « 1. 57 \ ». Jésus-Christ au tombeau. Dominus Jesus Christus reconduits in sepulcre
Fol. 62. Sainte Amie. Anna.
Fol. 62 v« . Jésus-Christ et un aveugle. — Jesus. Cecus. — Cecus.
Fol. 68. L'annonciation, Maria — Angelus Gabriel.
Fol. 69. L'apparition de l'ange à Joseph. Angelus Joseph.
Fol. 72 v ». Les urnes de Cana. Architriclino.
I ol. 73. La multiplication des pains et des poissons. — Picciculos.
I oL 87 \ ». L'aigle et S. Jean.
Liber psalmorum ex versione sancti Hieronimi, cum notis marginalibus. Ibi incipiunt prophetiae Italie, Ezechiel, Anna, Mogsts, Abacuc, 14 ad filios Israël, trium puerorum, Zacharie, sunt et Mamuc. Sumeonis, hymnus sanctorum Ambrosii et Augustini, le Drum. oratio dominica, symbolum fidei Athanasii episcopi Alexandrini, oratio pro semetipso, item alia oratio, Maria, collectae tres a nostris de confessio peccatorum (fort ample), alia oratio, gratiarum actio, orationes variae ad Patrem, ad Filium, ad personam Spiritus sancti, ad sanctam et individuam Trinitatem...
P. 111 v°. Incipit letania. (dont j'extrais les invocations relatives aux confesseurs et aux vierges) :
S. Hilarie. S. Félicitas.
S. Martine. S. Perpétue.
S. Silvestre. S. Agathe.
S. Léo. S. Lucia.
S. Ambroise. S. Cécile.
S. Grégoire. S. Agnès.
S. Germain. S. Anastasie.
S. Remy. S. Euphémie.
S. Amand. S. Pétronille.
S. Chrodegang. S. Susanne.
S. Jérôme. S. Brigitte.
S. Benoît. s. Columba.
Omnes sancti confessores. Omnes sanctae virgines.
Viennent ensuite diverses prières. p. 116. Confessio peccatorum. p. 1 l(i v°. Oratio. Largire... - Gratiarum Tibi ago.... p. 117. Oratio Pie et exaudibilis... - Oratio ad Patrem. Domine Deus Pater.... p. 147 v°. Oratio ad personam Filii. Domine Jesu... — Oratio ad personam Spiritus Sancti. Domine Spiritus.... - Oratio ad sanctam et individuam Trinitatem : Domine Deus... p. 148. Oratio ad Dominum Jesum Christum... Obsecratio ad sanctam Dei genitricem.. Obsecratio ad sanctos apostolos... - Obsecratio ad venerabilem Benedictum. p. 148 v°. Obsecratio ad plures confessores... — Confessio peccatorum brevissima in missarum sollemniis..
— Oratio ad eucharistiae perceptionem... — Oratio sancti Augustin : Salva me Domine... p. 149. Item alia : Domine Deus meus... p. 119 v°. Oratio pulchra. Precamur te... p. 150. Expliciunt orationes compositio (sic) Augustin etiam altos doctores. — Ollandus clericus manu sua scripsit, ut qui in hoc libro aperit ad legendum orem, ut Deus abeat adjutorem. Amen. - Domine Jesu Christe, fili Dei vivi... p. 151 v°. Oratio in Parasceve coram sancta cruce...
— Incipit letania. (Les litanies du vendredi saint sont un important document liturgique et hagiographique) :
Kyrie eleison Kyrie eleison.
Christe eleison. te audi nos.
S. Maria.
S.
Gabriel.
S. Michel.
S.
Raphaël.
Omnis chorus angelorum.
Omnis chorus archangelorum uni.
S. Jean. s.
Barth S. Pierre. s.
Matthieu.
S. Paul.
S.
Thaddée. S. André. s.
S. Jacques. s.
Mathias.
S. Jacques. s.
Barnabé. s. Thomas. s.
S. Philippe. s.
Marcel.
s. Jacques.
Omnis chorus apostolorum.
S. Étienne. s.
Quentin.
S. Eulalie. s.
Firmin. s. Étienne. s.
Clément. s. Sixte.
S.
Cosme.
S. Corneille. s.
Damas. s. Eusèbe.
Fable S. Laurent. s.
S. Gervais.
S. Protais.
S. Maurice cum sociis suis.
S. Exupère.
S. Candide.
S. Victor.
S. Innocent.
S. Vitalis.
S. Georges.
S. Gildarde. S. Audomare. S. Romane. S. Geremare. S. Ebrulfe. S. Germain. S. Honorat. S. Valerice. S. Albine. S. Aniane. S. Sulpice. S. Brice.
S. Prisca. S. Honorine. S. Praxède. S. Susanne. S. Potentiane. S. Eugénie. S. Radegonde. S. Aldegunde. S. Gertrude. S. Maxence. S. Opportune. S. Hélène.
S. Chrysogone.
S. Denis.
S. Rustique.
S. Éleuthère (sic).
S. Hippolyte.
S. Luciane.
S. Maxiane.
S. Juliane.
S. Juste.
Omnis chorus martyrum.
S. Hilaire.
S. Martine.
S. Rémi.
S. Vaast.
S. Amand.
S. Benoît.
S. Grégoire.
S. Silvestre.
S. Léo.
S. Jérôme.
S. Ambroise.
S. Augustin.
S. Médard.
Omnis chorus confessorum S. Félicitas.
S. Perpétue.
S. Pétronille.
S. Agathe.
S. Agnès.
S. Lucie.
S. Columba.
S. Cécile.
S. Anastasine.
S. Geneviève.
S. Scholastique.
S. Thècle.
S. Brigitte.
Omnis chorus virginum.
Omnes sancti, orate pro nobis.
Propicius esto. Parce nobis Domine.
Propicius esto. Libera nos Domine.
Ab omni malo.
Ab hoc malo.
A morbo malo.
A peste et fame.
A pestilentia et igne.
Ab insidiis diaboli.
A ventura ira.
A periculo mortis.
A persecutione paganorum...
55 et 56 (ms. 56). xii siècle, au dernier feuillet, formule d'offrande d'un enfant au monastère de Montmajour.
62. Fragment de graduel noté. xii-xiii siècle.
La vie de Florez a été écrite par F. Mendez. Nolicias, de la vida y escritos del rev. P. M. Fray Henri que Florez..., con una relacion individual de los viajes que hizo à las provincias y ciuda des mas principa les de Espana, in-4°, Madrid, 1780 ; in-4°, Madrid, 1860 ; cf. Homenaje de la Revista augusliniana o La Ciudad de Dios » al insigne historiador de la misma Orden é immorlal aulor de la Espana Sagrada. Rmo. P. Mlro. Enri que Florez con ocasion de la eslatua que le ha erigido su pueblo natal la Villadiego (Burgos), el dia 17 de octubre de 1906. in-8°, 1906. los monarquias, eoncilios, hereges, santos escritores y sucesos mémorab les de cada siglo,in-4°, Madrid, 1780 (19e édition) ; il y a même une décima octava édition. Corregida y aumenlada por el P. Maeslro Fray J. de la Canal. Anotada y continuada en 1851 por los redactores de esta Bibliolecay aumenlada considerablemenle y concluida hasta nuestros dias por el Director de la misma Biblioteca Don X Malo, in-8*, Madrid, 1854. — Espana sagrada. Theatro geographico-historico de la Iglesia de Espana. Origen, divisiones, y limites de todas sus provincias. Anliguedad, traduciones, y estado anliguo, y présente de sus sillas con varias dissertations criticas. L'œuvre s'est péniblement traînée après Florez, qui donna les tomes i a xxvn ; Risco édita les vol. xxvrn, xxix et rédigea les vol. xxx à xlii : A. Merino et.1. de la Canal, xuu. xliv ; J. de la Canal, xi.v, xi.vi ; P. Sainz de Baranda, xlvii, xlviii ; Y. de la Fuente, xlix, l ; C. R. I-'ort, Li ; ce dernier volume parut en 1879. Certains volumes entraînèrent Flore/, à des polémiques, notamment Carta... al Fray F. FI. reponiendo algunos reparos 1761 ; 3 vol., 1770. — ■ Elogios del sanlo rey don Fernando puestos en el sepulero de Sevilla en Ilebreo y Arabigo. Hasta hoy no publicados. Con las inscripciones Latina y Castellana, in-4', Madrid, 1754.
M. Leclercq.
FOI. Les premiers chrétiens aimaient, dans leur langage mysti que, à personnifier la foi. L'évé que Abercius (voir ce mot), écrit dans son épitaphe : « La foi me conduisait partout. Partout elle m'a servi en nourriture un poisson de source, très grand, très pur, péché par une vierge sainte. Elle le donnait sans cesse à manger aux amis ; elle possède un vin délicieux qu'elle donne avec le pain '. » Dans les actes du martyre de saint Justin, nous assistons à l'interrogatoire du disciple Hiérax, à qui le juge Rusticus demande de quel pays sont ses parents : « Et toi, Hiérax, de quel pays sont les tiens ? — Notre vrai père, dit Hiérax, est le Christ et notre mère la foi par laquelle nous croyons en lui ; mes parents terrestres sont morts « .
On a vu la signification spéciale du mot ftdelis ■ A' S.LECTGPVAAVA 7VS r cra tvj.in fe-d sobre el lomo septimo de la F. S., 1752 ; et la Respuesla del maestro F. H. FI., Madrid, 1752. Il n'est pas superflu de recourir, pour le maniement de l'ouvrage, à P. Sainz de Iiaranda, Clave de la Espana sagrada, in-8°, Madrid, 1853, ou bien à C. A. Gonzalez Palencia, Indice de la Espana Sagrada, in-8°, Madrid,
MliXA E BONITATIS SECVNDE WEVIXITPVIWIDE ANNOS INPKCEIDV1KGOFIDELF5 BFNEMERVENTLQYJESCEÎIDLVI. PALVM&OSINEFEUE METN (voir ce mot) ; sur quelques épitaphes nous lisons d'une manière encore plus explicite la profession de foi. A Vienne, en Dauphiné, contrée envahie par Parianisme, il est fait volontiers mention de la PLENA FIDES3, de la CATHOLICA FIDES , de l'INTEMERATA FIDES , enfin de la PURA FIDES' : in hoc TVMOLVM REQVIESN'
CONSIENSIA FEDE PVRVS
PROVEDVS BENEGnus 5 ■ ■ ■ ANS AMATVS paupe n'6 ?vS PME Dans les environs de Coblentz ? une pierre accumule les éloges sur un lecteur défunt ; elle est aujour d'hui conservée au Gymnase de Coblentz ; haut, o m. 196, larg. 0 m. 588 ' (flg. 451 I) :
A Rome. Ol la « fol pure. (lig. I FOLIE. Au nombre des accusations (voir ce mot) portées contre les chrétiens, on rencontre parfois l'accusation de folie, car c'en était une, au jugement des païens, que le renoncement à toutes les joies, toutes les satisfactions, tous les plaisirs de la vie. Dans les actes des martyrs Scillitains, le juge dit aux inculpés : S'olile furoris hujus insipientiœ participes fieri '. A saint Maxime, un autre juge donne ce conseil : Resipisce miser ab insipientia liiu ', et, dans la passio S. Rogaliani, nous lisons ceci : Hinc insensulus cum ductore insipientise 3.
Julien ne pouvait manquer de tenir pour fous des gens dont la sagesse était différente de la sienne : jicôv Se r) à/.oyia xal àypoixîa 4.
Alogia avait aussi le sens de la perte de la raison à la suite d'un excès de table : Quid est autem alogia, dit saint Augustin, quod verbum ex Grar<t lingua usurpalum est, nisi eum epulis indulgetur ul a ralionis tramile deviclur ? unde animalia ratione, earentia dicuntur aloga, quibus simi les saut ventri dediti s.
Il faut donc s'attendre à voir des chrétiens se parer d'un pareil nom. Sur deux inscriptions de Carthage on lit 6 :
1 » et à Angoulème sur un petit sarcophage de plomb conservé à l'évêché ' :
ALOGIA VIVAS IN DEO
H. Leclerco.
FOLLIS. Follis signifia tour à tour un ballon, un coussin, un matelas, un sac, un soufflet et finalement une bourse pour, en dernier lieu, désigner le contenu de la bourse. Comme monnaie de compte, il y avait trois espè ces de Follis : 1° follis auri, équivalant à une livre de ce métal ; 2° follis argenti, valant 125 miliarensia ou 9 solidi d'or ; 3° follis aeris ou simplement follis, valant en cuivre 312 livres et demie, et en argent, 250 argentei de 96 à la livre. Ces monnaies de compte, dont on trouve déjà quelques tra ces au Me, cessent d'être mentionnées par les auteurs ou dans les textes judiciaires, à dater de la fin du IVe. Comme monnaie réelle, la follis était la même pièce que la pecunia majorina ; puis, à partir de Zenon, ce nom désigna les grosses monnaies de bronze marquées des chiffres XL ou M et valant 40 deniers de compte, c'est-à-dire, un dixième de la siliqua d'argent 8.
H. Leclercq.
FONDATIONS. — I. Dans l'empire païen. II. Dans l'empire byzantin. III. Les administrateurs ou « économes ». IV. Inaliénabilité. V. Motifs de fondations.
I. Dans l'empire païen. — La fondation est l'affectation d'un capital à un but perpétuel. En matière de droit, le mot fondation désigne l'opération juridi que et son résultat qui crée la condition juridi que nouvelle du capital affecté. En histoire, la fondation revêt les formes les plus changeantes et s'accommode des circonstan ces les plus différentes. Le fondateur, ayant toujours le dessein de faire œuvre durable, cherche de préférence une personne morale qui échappe aux contingen ces de la vie humaine : association, groupement, qui exécutera à perpétuité les conditions imposées par le fondateur. A certaines époques, les fondations se personnifient.au point de vue du droit, dans un titulaire. L'affectation des biens à un but se réalise directement ; ils forment une masse autonome administrée par des gérants qui n'en ont pas la propriété, mais l'administration et la surveillance.
La perpéluité de l'Etat et des vil les, celle des collèges et des associations avaient, de tout temps, frappé les Romains ; il y avait en eux un élément immatériel impérissable, une base inébranlable offerte aux constructions socia les, et ceci devait conduire à la théorie de la personnalité juridi que. A Rome, on reconnaissait aux cités et aux associations une partie des droits de la famille ; on leur reconnaissait surtout le droit de posséder ; après diverses contestations, il fut admis que l'association une fois formée constituait une personne juridi que,pouvait avoir un patrimoine et exercer les droits qui s'y rapportent. Les empereurs favorisèrent les dispositions testamentaires faites au profit des cités et des associations. C'est par l'intermédiaire de ces dernières que l'on instituait les fondations. Nerva accorda à toutes les cités la capacité de recueillir des legs, faveur confirmée, sous Hadrien, par un sénatusconsulte. Marc-Aurèle étendit cette faveur aux bourgs et un sénatus-consulte à toutes les associations et collèges licites. Dès lors, les associations, comme les vil les, purent librement recevoir les biens que les fondateurs voulaient affecter à un but perpétuel : Si quid reliclum est civilalibus, omne valet : sive in dislributionem relinquatur, sive in alimenta vel in crudilionem puerorum, sive quid aliud 9.
A partir du règne d'Auguste, les fondations deviennent de plus en plus fréquentes dans l'empire et à Rome même. El les répondent à trois préoccupations dominantes : assurer le culte des morts, instituer des fêtes pour leurs concitoyens, assister les pauvres et surtout les enfants. Les fondations alimentaires pour les enfants n'ont pas été instituées par Trajan ainsi que l'avance Pline, son panégyriste ; il semble que ce fut Nerva qui eut la première pensée de cette institution : Nerva paellas pueros que naios parentibus egestosissumptu publico per Italiœ oppida ali jussit l° ; des monnaies du temps représentent Nerva assis sur sa chaise curule, et tendant la main vers des enfants, près desquels se tient une femme, avec cette inscription : TVTELA ITALIAE « . Ce fut Trajan qui donna à l'institution son développement et retendit à l'Italie entière. 12 Ses successeurs continuèrent son œuvre. Les empereurs prirent l'habitude d'affecter deux fois par an des sommes aux fondations alimentaires. Hadrien essaya de compléter ce système d'assistance, comme il s'employait à tout affermir dans l'empire ». Antonin le Pieux institua de nouve aux pueri alimentarii en l'honneur de l'impératrice Faustine ; les particuliers l'imitèrent '. Marc-Aurèle fonda de noote puella faustînianee, en mémoire de sa volage épouse :
Pertinax voyait l'empire ruiné, prêt à succomber : il supprima les fondations alimentaires, mit la main basse sur les fonds qui leur étaient destinés et leur donna une affectation différente'. Cependant, Macrin institua encore des pueri antoniniani et des puellae antoninianae. Sous Septime-Sévère et Caracalla, on trouve mention des pueri alimentarii ' ; Alexandre Sévère institue des pueri mammœani et des puellae mammœanæ : les particuliers font de même ' et les constitutions impériales les soumettent à l'application de la quarte falcidie les legs (faits pour l'entretien des enfants pauvres '. Jusqu'à Constantin nous suivons la trace de fondations alimentaires, Jusqu'au IVe, des monnaies portent ces mots : PIET-AVG- - ABVNDANTIA- — ABVNDANTIATEMPOP.VM- — ABVNDANTIA • AVGMais l'empire chrétien apporte et fait triompher des idées nouvelles. Le secours aux enfants ne s'inspire plus des mêmes considérations ; il ne s'agit plus d'accroître le nombre des citoyens, mais de pratiquer la vertu de charité. Les fondations alimentaires disparaissent : la bienfaisance privée les remplace ; Constantin établit un véritable service public d'assistance ».
Dans l'empire byzantin. - Au IVe au moment du triomphe du christianisme, en 314, l'empire romain semblait déjà près de sa ruine et cependant il durerait encore, en Occident, presque un siècle, jusqu'en 110 ; en Orient, la fondation de Constantinople reconstitua un empire assez vivace pour qu'il subsistât dix siècles et cet empire, ratatiné et vieillot dès son début, offrit l'étrange et précieux spectacle d'une création purement chrétienne. Dans cette société qui ne gardait rien du paganisme, tout prit l'enveloppe des préoccupations religieuses. On pratiqua abondamment la fondation, moyen très efficace, croyait-on, pour s'attirer la miséricorde divine. Dans cette société cosmopolite, au sein de laquelle pullulent et fermentent tous les levains de corruption des pays orientaux, pour ces raffinés qui se complaisent au sein de la civilisation la plus délicatement pervertie, la vie éternelle reste une préoccupation lancinante, comme pour les barbares qui se vautrent dans les délices de la violence sanglante. Les uns et les autres comptent leurs fautes et se garantissent la félicité éternelle au moyen des fondations. On donne, on se prive même parfois de façon à ce que des moines prient et supplient pour le salut de leur fondateur. Cette conception originale et aisée permet aux fondateurs de poursuivre le cours de leurs rapines, sauf à jalonner leur vie criminelle d'un nombre croissant de monastères, d'églises, d'œuvres bienfaisantes. Les pauvres, les malades, les pèlerins, les vieillards, les enfants, les captifs, les prisonniers n'y perdent rien sans doute (voir Confréries).
I principalement sous forme de legs qu'on faisait les libéralités, legs ad pias causas ayant pour objet le salut éternel du donateur, l'utilité des bénéficiaires et parfois la création ou l'amélioration d'un service public. L'habitude de ces fondations devient si générale sous le bas-empire que le défunt n'y pourvu, ses héritiers se trouvaient moralement obligés de se substituer à lui par des dons, des aumônes, de fondations. Après l'époque de Justinien, constitutions des empereurs sanctionnèrent au profit de l'Église un vrai droit de succession sur une partie du patrimoine du défunt ; t. h. n. 1 17 1 ; t. in. n. : ;i 1 Capitolin. Afarciu Anfonfniis, c< kxvi. ' Lapin. 1m. Portlnap, r. rx. — 'Orelli. Inscr. lai. ulect., n. 1267. 1 Larapiide, Alex. Sever., c. lvi, O. Hlnchfeltl, Dit partie du patrimoine du défunt ; sorte de prélèvement fait d'office pour le salut de son âme. (.'cl ait ee qu'on id |XV7)(l6ouva. Si le défunt ne laissait pas d'enfants, il le laissait aux collatéraux ou bien au fisc, un tiers des biens venait à l'Église. Une Novelle de Léon le Sage avait établi cette dévolution pour les biens de ceux qui mouraient en captivité. Constantin Porphyrogénète l'étendit à toutes les hérédités qui n'étaient pas recueillies par les enfants du défunt.
Ces legs, volontaires ou contraints, sont adressés à des personnes morales : églises, monastères, hôpitaux, orphelinats, dont la variété va se multipliant sans cesse : gerontocomia, orphanotrophia, parthenocomia, cherotrophia, brephotrophia, lobotrophia, nosocomia, xenodochia. Cette communauté est propriétaire ; elle se dissout et se reconstitue sans cesse, les malades meurent ou bien guérissent, mais ne font que passer, les orphelins grandissent et se dispersent, les moines se remplacent au fur et à mesure des vacances, cependant tous subsistent immuablement en tant que personne morale. Leurs biens sont gérés, développés, échangés comme il pourrait advenir des biens d'un particulier. À chaque personne morale correspond ainsi une domus venerabilis, domus, pius locus — et au premier aspect, ce n'est pas la communauté qui apparaît, c'est la domus ; c'est elle qui, aux yeux du grand nombre, fait figure de personne morale. Toutefois, à l'époque de Justinien, la personne juridique n'est pas constituée par l'établissement matériel, l'ensemble des biens affectés à un but et pourvus d'une administration.
Les textes du code Justinien et des Novelles emploient couramment ecclesia, oratorium pour désigner une domus, non une communauté. Le terme le plus usité pour désigner toutes les personnes morales ecclésiastiques, c'est, pin locus ou venerabilis domus : en grec, eùy.ytXç olxoi. Tout ceci est assez impropre, et l'ancienne terminologie était préférable, qui employait l'expression plus exacte de Cor para. Toutes les fois qu'il est nécessaire d'indiquer la nature juridique de personnes morales, le terme par lequel elles sont désignées évoque leur caractère corporatif. Justinien, après en avoir fait une énumération, craignant d'en omettre quelques-unes, cherche une expression générale qui les comprenne toutes : ecclesias vel xenones vel monasteria, vel orpiumotrophia... vel si quid aliud Iule consortium : c'est à ce mot qu'il s'arrête : consortium. Dans d'autres textes, le terme qui désigne les communautés est oooTrjjxa, ce qui revient au latin ccelus ou corpus. Voici un texte caractéristique : dans la même phrase sont employés, avec leur signification exacte, les deux expressions de venerabilis domus et de consortium. Justinien Interdit la vente frauduleuse, aux personnes non ecclésiastiques, de terres stériles qu'on brait pour fertiles, il défend à ceux qui administrent les venerabiles domus toïç rrpo :TT<ÔT.v rûv aeoaau.iciTix-rcûv otxcov de se livrer à ces opérations. M. en dépit de cette interdiction, un tel contrat est pu é et qu'on se trouve nanti d'un bien sans valeur. ixnopoe. t'.ç x-rijaie. xoci c--.-.. r,... -olc, eu <roor#)p-acj', le contrat est nul. Lorsqu'il s'agit des administrateurs, le texte parle la venerabilis domus, mais de venerabile collegium : la personne morale doit être ici désignée dans sa nature. On dit couramment, dans le langage même des textes, que les biens sont attribués à la venerabilis domus, au pius locus, qu'ils appartiennent à la venerabilis domus, que des amendes sont prononcées au profit de la venerabilis domus, que les venerabiles domus aliènent leurs biens et les donnent en emphytéose (voir ce mot). Mais, dans cette domus, il ne faut voir qu'un « rideau » derrière lequel se cache la vraie nature de la personne morale.
III. Les administrateurs ou « économes ». - L'administrateur d'une personne morale ecclésiastique : église, diocèse, monastère, hôpital, etc., c'est l'économe (voir ce mot). Dans tous les établissements charitables, il porte un nom distinctif : xenodochus, nosoeomus, ptochotrophus, orphanotrophus, etc. Peut-être les économes des établissements charitables eurent-ils des attributions plus étendues que les autres. Dans une église, il subit le contrôle du prêtre de paroisse ; dans un diocèse le contrôle de l'évêque ; dans un monastère le contrôle de l'higoumène qui se plaisent à laisser sentir leur autorité et à l'économe l'état de dépendance où il se trouve envers eux. Rien de tel dans un établissement charitable où l'économe est, pratiquement seigneur et maître, la Novelle CXXIII, c. xxm lui décerne le titre de gubernator venerabilium domorum.
Les constitutions impériales font des ôpcpavoTpôcpot les curateurs ou tuteurs des enfants de l'orphelinat. Une constitution de l'empereur Léon décide que, nulla subtilitale juris obsislenle, les ôpçavoxpôcpoi qui pupilli sunt quasi tuteurs, aduleseenlium vero quasi curatores, pourront, dans toutes les affaires qui se présenteront, tant en justice que extra judicium, défendre les biens et les personnes des orphelins et agir en leur nom ; et cela, sans avoir à fournir aucune fidéjussion. Ils pourront même vendre ces biens si la vente en est nécessaire pour une raison quelconque ; ils conserveront le prix qui sera remis plus tard aux enfants. Ainsi l'ôpçavoTpétpoç a la haute direction de la tutelle ; il doit remplir cette charge de manière à être le moins possible exposé aux ennuis qu'elle comporte et soumis aux comptes qu'on exige des tuteurs : Grave enim at que iniquum est callidis quorundam, si ita contigeril, machinationibus cos vexari, qui propler limorem Dei a parentibus at que substantiis destitutos minores sustentare ac velul puterna ad/eclione educare festinanl. Sous Justinien, ce pouvoir de tutelle fut confirmé et organisé. Les ôpçavoTpéçoi étaient choisis parmi les clercs. Sans doute les Canones Apostolorum, vi et lxxxi interdisaient la tutelle aux ecclésiastiques, mais le canon 3 du concile de Chalcédoine en faisait un devoir aux prêtres et aux moines, lorsqu'ils y étaient appelés par la loi et ne pouvaient fournir d'excuse légale. Cependant la Novelle CXXIII de Justinien les en dispensa absolument, mais non les ôp9avoxp6tpo[. qui, d'une simple direction dont nous les voyons chargés sous Léon, sont élevés au rang de véritables tuteurs sous le règne de Justinien. Il semble qu'il n'y en ait plus d'autres à côté d'eux, non seulement ils agissent en justice, mais les biens sont gérés par eux ; on les considère comme tuteurs de chaque orphelin en particulier et de toute la communauté que forme l'orphelinat. Justinien les exempte des comptes de tutelle.
Justinien décida que les biens acquis par l'économe d'un établissement charitable ne pouvaient être transmis à personne par quel que mode que ce fût. Ces biens devaient revenir aux s'jaysïç olzoï pour être employés, conformément à l'intention pieuse du donateur à entretenir ceux qui y sont logés ou soignés. Les seuls biens dont les économes puissent disposer sont ceux qu'ils possédaient avant leur nomination ou qu'ils ont pu recevoir depuis lors de leurs parents ou de leurs frères. Dans la Novelle CXXXI, c. xm, Justinien revient sur cette matière. Il décide que tous les administrateurs des établissements charitables peuvent disposer entre vifs ou par testament des biens qu'ils avaient avant d'entrer en charge, ou qu'ils ont reçus depuis de leurs parents auxquels ils peuvent succéder ab intestat jusqu'au quatrième degré. La même règle est étendue aux évêques : ils ne peuvent disposer des biens qu'ils reçoivent depuis leur nomination que pour l'utilité de leur diocèse, ou dans un but charitable ; ceux de ces biens qui subsistent à leur mort restent au diocèse.
En tant qu'administrateur du patrimoine, les fonctions et les pouvoirs de l'économe sont les mêmes dans toutes les personnes morales ecclésiastiques. Il doit administrer les biens : ex dividere quidem, colere, augere et ampliare, mais ne peut les aliéner. Les biens sont affectés au service de Dieu et soustraits au commerce des hommes, en sorte que l'économe, qui aurait aliéné les biens ecclésiastiques, s'exposerait à des peines et la vente serait nulle par surcroît. Souvent des rentes perpétuelles étaient constituées au profit des personnes morales ecclésiastiques. Justinien interdit d'une manière générale aux économes et frappe de nullité tous les actes frauduleux et toutes les machinations tendant à remplacer ces rentes par une valeur perçue une fois pour toutes. C'est l'économe qui loue les biens et les donne en emphytéose temporaire. Mais Justinien lui interdit de les prendre lui-même en location ou en emphytéose. La même interdiction est faite à ses parents, à ses enfants, et à tous ceux qui lui sont unis par quel que lien de parente ou d'alliance. Tout acte passé en dépit de cette défense soit directement, soit par personne interposée, est nul ; et, de plus, Justinien ordonne que toute la fortune, tant celle des économes que celle des personnes qui ont traité avec eux pour ces locations, soit attribuée après leur mort à la venerabilis domus.
Tous les vénérables collèges ecclésiastiques d'un diocèse assortissent à l'évêque qui en désigne les économes. Celui-ci devra se tenir en garde contre les tentatives de corruption simoniaque, car les charges d'économe sont fort recherchées parce que lucratives ; celles d'économes des établissements charitables étaient particulièrement appréciées, car le titre pouvait mener aux plus hautes dignités ecclésiastiques. Des xénodoques, des ptokotrophes devinrent patriarches ; pécuniairement la charge était fort bonne, les économes des églises de Constantinople recevaient un pour cent sur les contrats. À l'époque de Justinien, il semble que l'on ne nommait à la charge d'économe que des clercs ou des moines. Dans les monastères ce devait être un moine, dans les églises ce fut un clerc ; dans les établissements charitables on aurait pu admettre un laïc, mais dès le règne de Justinien, il était admis comme un usage constant que l'économe ne pouvait être que clerc.
IV. Inaliénabilité. — La plupart des libéralités adressées aux communautés ecclésiastiques étaient immobilières ; d'ailleurs, on tendait à constituer entièrement en immeubles le patrimoine des personnes morales et la tendance allait s'affermissant, car l'idée du moyen âge, qui attacha la puissance à la propriété foncière, se fit jour de bonne heure à Byzance. Les établissements ecclésiastiques, principalement les établissements monastiques, s'efforcèrent d'acquérir beaucoup de terres afin d'être puissants.
Jusqu'à Justinien, les empereurs n'avaient pas promulgué de loi générale prohibant l'aliénation des biens d'église. La préface de la Novelle 11 signale une constitution de l'empereur Léon dont l'application est restreinte au diocèse de Constantinople, à la major ecclesia de cette ville, dont il voulait garantir le patrimoine dans son intégrité. Aussi défense est faite à tout évêque ou archevêque ou économe d'aliéner, suivant un mode quelconque, une parcelle des immeubles, quelle que fût leur nature : fundos, vel praedia sive urbana sive rustica, res postremo immobiles, oui in his praediis colonos, vel mancipia constituta, aut annonas civiles. Ces biens ne pouvaient être aliénés qu'avec le consentement de tous les clercs : Ea enim quae ad beatissimam ecclesiam jura perlinenent vel posthac pervenerint, tanquam ipsam sacrosanctam et religiosam ecclesiam, intacta convertit venerabiliter custodiri : ut sicut ipsa religionis et fidei mater perpétua est, ita ejus patrimonium juridice servetur illaesum.
En dehors des sanctions pénales, l'empereur Léon établit la nullité de l'aliénation. Vient ensuite une nouvelle constitution d'Athanase, mais encore restreinte à la major ecclesia de Constantinople. Justinien voulut faire une loi générale et applicable à toutes les églises, monastères et établissements charitables. La Novelle VII prohibe l'aliénation de tout bien quelconque appartenant à une personne morale ecclésiastique ; elle élargit les termes de la constitution de l'empereur Léon et précise les actes prohibés qui sont la vente, la donation, l'échange et l'emphytéose perpétuelle quae non procul ab alienatione consistit. Si l'intérêt public l'exige, un bien ecclésiastique pourra être aliéné au profit de l'État, sauf (d'après la Novelle IY) pour les biens de la major ecclesia. Ici la tentation eût pu être trop vive et c'est pour quoi ils ne pouvaient être aliénés, même au profit de l'État.
Les venerabiles domus n'eussent pas été fâchées sans doute de pouvoir, lorsqu'elles étaient chargées de dettes, vendre tel ou tel lopin ; les créanciers de leur côté eussent volontiers exercé une saisie sur ces biens, s'ils n'eussent été inaliénables. La Novelle XLVI de Justinien permit, pour désintéresser les créanciers privés, de leur donner en paiement des immeubles ecclésiastiques. Quand le créancier se trouvait être le fisc, on pouvait vendre des biens ecclésiastiques et lui en donner le prix ; exception faite toujours pour la major ecclesia. Pour les autres, on ne s'y résignait qu'après avoir réuni en conseil tous les clercs de la venerabilis domus et constaté qu'on n'avait pas d'autre moyen de s'acquitter.
La Novelle LIY permit aux venerabiles domus, si l'utilité s'en faisait sentir et que le métropolite y consentait, d'échanger des immeubles entre elles.
Justinien permit l'aliénation des biens donnés à l'église de Mysie pour racheter les captifs et entretenir les pauvres.
La législation, se rapportant à l'inaliénabilité des biens ecclésiastiques, n'avait plus les incertitudes d'autrefois ; mais elle était compliquée et répartie dans différentes notions. La Novelle XX de Justinien voulut refondre toutes les dernières en une seule loi. Elle distingue la major ecclesia de Constantinople et les établissements charitables de la ville d'une part ; l'aliénation de leurs biens n'est permise que vis-à-vis de l'État. D'autre part, les monastères de Constantinople et toutes les venerabiles domus des autres diocèses, on leur immeubles inaliénables en principe. Mais quand la venerabilis domus se trouve débitrice et n'a que des biens mobiliers, l'économe avec le consentement de la majorité des administrateurs qu'il a sous ses ordres et sous la surveillance du patriarche, peut vendre un immeuble pour payer le créancier ou le lui donner en paiement. Les venerabiles domus peuvent aliéner entre elles leurs immeubles à condition qu'une juste indemnité soit toujours fournie. Enfin l'aliénation est possible pour les biens qui ne sont pas d'un bon rendement. Mais l'économe doit jurer solennellement sur les Écritures en présence des clercs administrateurs, que l'opération est faite dans le seul intérêt de la venerabilis domus.
Ce qui reste défendu absolument, c'est l'aliénation des monastères eux-mêmes, car on ne doit pas laisser tomber dans le commerce les lieux où le culte a été célébré. Mais pour le rachat des captifs, on pouvait vendre les vases sacrés hors d'usage : non absurdum est animas hominum quibuscumque vasis vel vestimentis praeferri. Les églises de certaines villes étaient autorisées à vendre les biens qui leur avaient été donnés dans ce but et n'étaient pas d'un bon rendement.
La sanction de l'inaliénabilité restait la même : la vente était nulle, et le prix restait acquis à la venerabilis domus. Les sanctions pénales étaient maintenues.
Motifs de fondation. — L'usage de fonder ou d'enrichir des monastères nous a valu un nombre considérable d'actes précieux dont la privation nous laisserait ignorer une multitude d'institutions, d'usages les uns juridiques, les autres historiques. Cette bienfaisance remplit de ses manifestations les cartulaires et d'abord le grand recueil de Bréquigny, qui ne peut s'empêcher de dire : « Le plus grand nombre des pièces de notre collection a pour objet des fondations d'églises et d'abbayes, et des donations ou concessions de privilèges en leur faveur. » La principale cause qui provoquait ces libéralités, celle qui déterminait Childebert Ier, c'était, ainsi qu'on le lui fait dire, l'espoir qu'il qui templa Domini aedificabant in aeterna requit apud hominum mercedem recipere merebantur. De même, Chilpéric Ier, lorsqu'il rebâtissait l'église de Saint-Lucien de Beauvais, disait : Ut portale ut ecclesias sanctorum devote construamus, ut in perpetuum cum ipsis gaudere valeamus. De même encore Dagobert Ier, qui combla de dons les monastères pro Dei inluitu et remedio animae suae, disait sans se cacher que loca sanctorum sublevans quatenus de caducis rebus mercetur aeterna. Dans le temps où Pépin était maire du palais, en 691, il fit don d'un village à l'église des Saint-Apôtres, pro remedio animae suae et seterna requie. Il est dit dans le préambule de ce que ce sont ses ancêtres qui ont fondé les plus célèbres églises de France, a progenie sua insigniores ecclesias totius Galliae fundatas fuisse. Particuliers ne s'expriment pas autrement ; ainsi Berlindis et sa femme Lentrude fondèrent un monastère pro remedio vel seterna retributione et ut monachi vel pauperes ibi consistentes pro ipsis Domini misericordia deprecarentur. Paliade, évêque d'Auxerre, fonda une abbaye pro vita aeterna merenda.
Un motif particulier décida de la fondation d'un nombre de monastères : c'est ainsi qu'Amalrid fonda, avec sa fille Aunia, abbesse du monastère de Honnecourt, par lui. De même, Gamo et sa femme, Sainte Aldegonde, fondèrent à Maubeuge une abbaye dont leur fille Berthe fut abbesse, où fut élevée leur autre fille Marie, destinée à succéder à sa sœur lors que celle-ci viendrait à mourir.
Autre motif de fondation : s'assurer une sépulture dans un lieu saint. C'est dans ce but que Childebert Ier aurait fait de grandes largesses à l'abbaye de Saint-Vincent de Paris, dans le diplôme que nous avons cité plus haut. De même, Léotherie fit son héritière l'abbaye de Saint-Pierre de Sens.
Aux concessions qu'on faisait aux églises, on attachait d'ordinaire des obligations : on exigeait surtout des prières. Thierry IV confirma les privilèges accordés à l'abbaye de Saint-Denis à condition qu'on y célébrerait la laus perennis, institution qui, au dire d'un diplôme de Clovis II, aurait remonté au règne de Dagobert Ier. Paliade d'Auxerre, de l'aveu de Dagobert, fonda une abbaye de filles sous cette condition : Ut singulis diebus tres missae celebrarentur, absque reliquo officio sanctorum horarum et divinali missa, et quinta feria singulis hebdomadibus cum litaniis et crucibus ad Sancti Stephani ecclesiam omnis congregatio veniat, ac missae ibi celebrentur pro rege et ejus stirpe et pro episcopis Aulissiodorensibus.
Une autre condition que posaient volontiers les fondateurs, c'était que leur nom fût inscrit sur le livre de vie. Cet usage, au dire de Du Cange, s'était introduit vers le VIe. Bertran, dans son testament, qui est du début du VIIIe, prie que son nom soit écrit dans le livre de vie d'une église à laquelle il fait des legs. On en lit autant dans les chartes de Theodetrude, d'Amalfrid, de Réolus. Ce liber vita était le martyrologe conservé dans les églises, à la fin duquel on écrivait les noms des bienfaiteurs.
H. Leclercq.
FONDS DE COUPES. — I. Chronologie. II. Destination. III. Sujets. IV. Essai de classement : 1° sujets bibliques ; 2° le Christ et les saints ; 3° sujets et devises variés ; 4° inscriptions ; 5° divinités païennes ; 6° sujets de genre profane ; 7° portraits masculins ; 8° portraits féminins ; 9° portraits d'époux et de familles ; 10° animaux ; 11° judaïsme. V. Bibliographie.
I. Chronologie. — Les verres à fond d'or forment une des originalités les plus attrayantes et une des séries les plus complètes de l'art chrétien. Le procédé de fabrication est si simple qu'il est presque superflu de le décrire. Entre deux minces lamelles de verre translucide, soudées au four, on a inséré au préalable une feuille d'or découpée de manière à offrir un sujet symbolique et une inscription. Parfois l'or a reçu des ombres légères ou bien un rehaut de vives couleurs, ou bien encore une des deux lamelles rapprochées est de verre sombre afin de servir à relever l'éclat de l'or. L'époque à laquelle on fait remonter ces produits varie de façon assez notable. Buonarotti les juge contemporains en majeure partie des Gordiens, de Philippe et de Valérien, mais, de toutes façons, antérieurs à Dioclétien ; Bianchini admet cette chronologie que R. Garrucci, pour de bonnes raisons, déclare insoutenable.
Si la paléographie des inscriptions tracées sur les fonds de coupe nous apprend peu de chose sur leur compte, l'orthographe est plus intéressante et plus instructive : / remplace ph et l'aspirée est omise après les consonnes c et 1, et toujours devant les voyelles, ce qui est d'usage courant au IVe, de même que l'échange de i et de e dans le nom de Jésus (ZESVS). Un autre indice qui favorise l'adoption de cette date, c'est l'onomastique de la plupart des personnages ; un siècle auparavant, les noms nobles étaient moins nombreux et l'humilité des fidèles se plaisait encore à les dissimuler. Le vêtement, la limation ou pœnula, est également celui des gens de qualité et l'abandon des pendants d'oreilles est une des coquetteries des mondaines de ce temps.
Les plus anciens verres à fond d'or ne paraissent pas remonter avant le IIIe et cette industrie a dû obtenir son plus grand développement entre les années 250 et 350. Il est très difficile de dire d'un exemplaire, considéré indépendamment de la série, s'il appartient au début, au milieu ou à la fin de cette période pendant laquelle la technique des ouvrages et le choix des sujets ont peu varié. À ce point de vue, la série presque entière se rattache à l'art chrétien préconstantinien. À la période de déclin, vers la seconde moitié du IVe, appartiennent quelques disques de grandes dimensions.
Les verres à fond d'or sont communément désignés sous le nom de vetri cimiteriali, parce que les cimetières souterrains des environs de Rome en ont fourni la principale récolte, ce qui s'explique par la coïncidence existant entre l'époque du développement de ces cimetières et celle de la vogue des verres dorés. On a pu constater l'absence complète de ces verres dans toutes les galeries de la catacombe de Calliste, creusées et occupées avant le milieu du IIIe ; même observation dans les cimetières de Prétextat, de Domitille et de Priscille, on trouvera plusieurs fois, dans l'essai de classement, la mention de trouvailles dans ces différents cimetières, il s'agit donc d'ambulacres et de cubicules datant au moins de l'an 250. Et pour la catacombe de Calliste, on devra se rappeler l'imprécision de ce vocable chez les anciens topographes des catacombes. La chronologie de l'ensemble de la série est donc, semble-t-il, bien établie, puisque, parmi les plus anciens exemplaires, un de ceux qui ont précédé la vogue, a été trouvé dans une galerie du cimetière de Calliste creusée pendant la première moitié du IIIe ; il porte, tracés en belle calligraphie, les mots Potila propina (lig. 1516). La fabrication aura dû cesser vers l'an 410.
Boldetti pense que c'étaient parfois les calices dans lesquels on consacrait le sang du Christ. Rostell en fait des coupes servant à la communion des fidèles. Conjectures. Ces opinions peuvent être assurément soutenues, mais il importe au préalable d'être persuadé que l'industrie des verres à fond d'or sortit des ateliers païens, peut-être d'un atelier juif, avant de se monopoliser d'une certaine manière dans l'industrie chrétienne. Parmi ceux qui ont été sortis des catacombes, on relève de nombreux emprunts à la mythologie. Achille et Deidamie, les douze travaux d'Hercule, Hercule et Minerve, la toilette de Vénus, Pluton et Sérapis, Cérès (quelques verres portent des symboles juifs : chandelier à sept branches, arche d'alliance, armoires servant à la conservation des rouleaux de la Torah, etc.). Il est que la destination primitive des verres ainsi décorés n'avait pas pour but de servir à la communion, et le mieux est encore de suivre l'opinion de Rosal, Bullettino, 1873, p. 20 ; Garrucci, op. cit., pl. 202 ; Boldetti, op. cit., n. 89, pl. XXXV, n. 6 ; ibid., pl. XXXVI, n. 3.
Il est fort possible que si les chrétiens en firent parfois usage pour recueillir et boire le vin eucharistique, ce ne fut pas leur destination générale ni exclusive ; ils en ont eu d'autres, plus profanes, en attendant qu'on les utilisât comme signes de reconnaissance sur les tombes où, parmi tant de loculi à peu près semblables, la petite tache dorée se distinguait.
II. Sujets. — Les sujets chrétiens sont nombreux et variés. Il est malaisé de les décrire, plus malaisé de les distinguer d'après une description et dans un classement. Garrucci leur avait consacré une publication luxueuse, où chaque pièce était à la fois figurée et décrite. Le commentaire, moins sobre qu'éudit, demeure un des plus utiles travaux consacrés à la série archéologique. Le Corpus ainsi formé par Garrucci pourrait naturellement, recevoir aujourd'hui quelques accroissements. Dans ce nombre, il faut citer la partie aux sujets de « genre » qui peuvent être aussi bien païens que chrétiens ; scènes champêtres, animaux sauvages ou domestiques, chasse au cerf, combats de coqs, métiers, tels que changeur, marchand de vins, armateur, tailleur, muet, cochers, bestiaires, boxeurs avec leur entraîneur. Une des séries les plus largement représentées est celle qui montre deux époux seuls, ou bien accompagnés de leurs enfants au nombre d'un ou de deux ; une seule fois on rencontre un ménage chrétien avec jusqu'à trois enfants, une seule fois aussi quatre enfants, mais au-delà. Cette série offre peu de variété, mais la série suivante rachète amplement celle-ci ; celle-ci nous montre de petits tableaux de famille : une mère, sa petite-fille et la bonne ; un enfant montrant le sein maternel découvert qui l'a nourri ; un enfant apprenant à lire entre ses parents. La collection du British Museum est particulièrement riche en fonds de coupes à devises nuptiales, dans le genre de celle-ci : POMPEIANE THEODORA VIVATIS.
On peut se demander toutefois si ces verres étaient donnés à l'occasion du mariage, ou bien si on les réservait pour un anniversaire, ou bien si on figurait un ou deux enfants par anticipation et en quel que cas comme « porte-bonheur ». Il est fort possible que le nombre restreint d'enfants doive s'expliquer par la difficulté de loger un plus grand nombre de petites têtes sur un champ assez droit.
Les verres offrant les sujets bibliques qui présentent le plus d'importance pour nous, ici surtout nous pouvons voir que les artistes interprétaient les sujets suivant les dimensions du disque qu'ils avaient à orner ; c'est ainsi qu'ils font deux mages pour trois, et séparent trois Hébreux dans la fournaise, détail important. Les sujets bibliques sont présentés de l'art inauguré dans les catacombes et de l'art chrétien ; plusieurs d'entre eux sont nouveaux, en effet, et ne se rencontrent ni sur les sculptures ordinaires d'inspiration parmi les verriers, ni sur les fresques.
Les épisodes de l'Ancien Testament sont : 1. Adam et Eve ; 2. Noé ; 3. le sacrifice d'Abraham ; 4. Joseph dans la citerne ; 5. le Serpent d'airain ; 6. Moïse frappant le rocher ; 7. retour des explorateurs du pays de Canaan ; 8. martyre d'Isaïe ; 9. Josué arrêtant le soleil ; 10. vision d'Ezéchiel (la reviviscence des ossements desséchés) ; 11. Daniel parmi les lions ; 12. Daniel empoisonnant le dragon ; 13. les trois jeunes Hébreux dans la fournaise ; 14. Tobie ; 15. Jonas ; 16. Suzanne ; 17. Job. Les épisodes du Nouveau Testament sont : 1. le Bon Pasteur ; 2. les Mages ; 3. le miracle de Cana ; 4. la multiplication des pains ; 5. la guérison du paralytique ; 6. la guérison de l'aveugle-né ; 7. la résurrection de Lazare ; 8. le Christ donnant la loi.
Ces compositions se ressentent, ainsi qu'on vient de le dire, de l'influence exercée sur les verriers par la vue des fresques et des sarcophages ou, plus exactement, des cahiers de modèles à l'usage des peintres et des sculpteurs, cahiers qu'eux-mêmes devaient avoir entre les mains. Cette influence n'était cependant pas si impérieuse qu'elle ne laissât à l'originalité des artistes quelque jour pour se produire. En dehors des sujets dont nous ne connaissons pas d'équivalent, hors de la verrerie chrétienne, nous rencontrons plusieurs ouvrages traités avec un réel souci d'indépendance, par exemple : Moïse frappant le rocher. Dans les fresques, nous voyons un adolescent imberbe ; dans les sarcophages, un vieillard barbu ; les verres nous offrent le Moïse des fresques, mais ils empruntent aux sarcophages la forme du rocher, sauf sur le verre de Cologne, si toutefois ce n'est pas la vision d'Ezéchiel qui s'y trouve représentée, (voir Cologne et Ezéchiel). Plusieurs verres rappellent par leur disposition décorative le disque de Podgoritza (voir Disques) et les plafonds de quelques cubicules des catacombes avec leur médaillon central autour duquel rayonnent les compartiments ornés de sujets bibliques.
Parmi les figures de saints, on rencontre la vierge Marie entre saint Pierre et saint Paul ', Marie en orante 10, ou bien ce sont des groupements de saints auxquels préside le Christ' ». Ensuite vient l'importante série des bustes des deux apôtres, saint Pierre et saint Paul '- affrontés, ou bien vus de face et rapprochés« , ou enfin isolés ». Tantôt les deux figures sont séparées par un symbole ; tantôt elles sont affrontées comme dans certaines médailles impériales, ou bien encore les deux profils sont superposés à une légère distance l'une de l'autre, ainsi qu'on le voit sur un fond de coupe du musée Fol à Genève, composé de deux feuilles minces de verre opalin entourées d'un bourrelet de couleur bleu saphir ]6. Les princes des apôtres sont souvent réunis à d'autres saints, mais la fracture des verres ne permet pas toujours de restituer avec certitude les noms de ces derniers. Cette catégorie de verres à fond d'or présente un certain intérêt pour l'histoire du calendrier romain et du culte des saints étrangers. M. H. Vopel a remarqué ingénieusement que les noms qui se rencontrent sur un même verre se trouvent également rapprochés dans le calendrier, par exemple Notre-Seigneur et saint Etienne (décembre) ; sainte Agnès et saint Vincent (janvier) ; saint Sixte, saint Laurent, saint Hippolyte, saint Timothée (août).
Les noms des saints relevés sur les fonds de coupes sont ceux de : Agnès, Callistus, Castus, Cyprianus, Damas(us), Dion, Electus, Félix, Florus, Genesius Poltus (= Hippolytus), Jonanes (= Joannes), Judas, Julius, Justus, Laurentius, Lucas, Marcellinus, Maria, Pastor, Paulus, Peregrina, Petrus, Filpus (= Philippus), Protus, Silvanus, Simon, Istefanus ( = Stephanus), Seistus (= Sixtus), Timotheus, T(h)omas, Ursus, Vincentius.
La disposition adoptée diffère peu d'un verre à l'autre, c'est presque toujours un médaillon central avec une suite de bustes ou de figures debout rayonnant à l'entour. Parfois une inscription, un portique, complète la décoration. Quand le verre représente une seule sainte ou un seul saint, celui-ci est généralement figuré debout et en pied.
Les verriers chrétiens se sont encore exercés à dessiner le portrait ; nous possédons celui d'un personnage nommé Callistus, qui est probablement le pape de ce nom (voir Dictionnaire, t. ii, col. 1658, fig. 1922), c'est un ouvrage d'un fini irréprochable ; le portrait de Marcellinus, autre pape vraisemblablement, est d'un art moins sûr. Sainte Agnès est interprétée avec grâce et la vierge Marie, ou une sainte portant ce nom est d'une simplicité parfaite.
Quelques verres sont plus curieux encore. « Un disque de petite dimension au milieu duquel est dessinée une cabane de paille ou de roseau, en forme de ruche, a été trouvée à Rome. De l'entrée de la cabane, qui se trouve à gauche, sort jusqu'à mi-corps une brebis couchée. Au sommet du tugurium se dresse une palme ou un bouquet d'épis vers lequel vole une colombe. En légende : KONIAIA KAIACCTINA TTI E ZHCEC 16. Ces sortes de médaillons, comme ceux qui ornent la patène du British Muséum, étaient quelquefois sertis dans une monture métallique et servaient d'amulettes, de breloques. Sur un de ceux-ci on voit un ange portant des présents. Un bel exemplaire trouvé au cimetière de Domitille portait ce mot : AVS il ONIO il RVM, qui est le nom d'une grande famille romaine du ier siècle ', Mais un verre conservé au musée du Campo sanlo tcdesco à Rome porte ces mots : IVSTINIANVS SEMPER AVGet ceci oblige à admettre que la fabrication des verres dorés s'est continuée jusqu'au vi* siècle 3. Nicéphore, dans son Breviarium, ann. 768. écrit ces mots dans phile, parle dans sa Schedula diversarum arliiim du t'itrum grœcum qiwd musivum opus décorai ».
De l'étude du catalogue qui va suivre une conclusion semble ressortir. La fabrication des verres d'or a eu son siège le plus important à Rome. En effet, les saints romains sont privilégiés : les princes des apôtres, sainte Agnès, saint Laurent, les noms de Calliste, Marcellin, Damase semblent s'appliquer aux papes qui portèrent ces noms •.
IV. Essai de classement des fonds de coupes. — 1° Sujets bibliques.
1. Adam et Eve. — (Cracovie, musée Czartoryski), Garrucci, Vet., pi. », n. 1 ; Slor., pi, clxxii, n, Ij Vopel, Goldg., n. 168, Diclionn., 1. 1, col. 2700, fig. 888.
3. Adam ? — (Rome ?), médaillon. Garrucci, Stor., pi. clxxi, n. 6.
1. Adam ? — (British Muséum), médaillon à fond bleu Garrucci, Vet., pi. n. n. :S : Stor., pi. ci.xxii, n. 3. Vopel, Goldg., n. 171 ; Dalton, Calai, p. 122. n. 61li, pi. xxxi (voir fig. 4517).
5. Adam ? — médaillon ; est-ce du verre ? De f'.ussi, BuVeitino, 18S0. p. 64 ; Vopel. Goldglaser, n. 172. lesquels il est permis de voir une allusion aux verres dorés : to »> i2<oTT, :o ; jcal -<~yi à '<</ ottaac Stà i|n]çi Siojv -/p>-Z>t z-/.i XTjpoxorou UXijç elxovo-jfpaiplaç dhréÇuae*. Au x« siècle, Héraclius, auteur du traite De coloribus et artibus Romanorum consacre quelques lignes à ce sujet : /Je fialis auro deeoralis, où on lit ceci : Inr< 1er vitrum dupli•/i Campo Sanlo, dans I : QuartaUchrtft, l s'i^. t. m. i>. 56. — ' Nieephore, Breviarium, édil I Bonn, is :i7. p. sr,. ■ Héraclius, De coloribus et Romanoram, I. I, c. V, dam A. lli ;, Quellenschrtflen fur 6. vc. — (Rome ?), médaillon. Garrucci, Stor., pi. CLXXI, n. 7 ; Vopel, Goldg., n. 173.
7. vc ? — Médaillon. Garrucci. Vet., pi. n, n 1 ; Stor., pi. C1.XXH, n. 5 ; Vopel. Goldg., n. I 8. Eve. — (Petrograd Ermitage). A. Darcel. Catalogue de la collection Basilewsky, n. 350 ; Vopel. Goldg., p. 115. a fond bleu. Garrueei, Vet., pi. II, n. 6 ; Stor., pi. clxxii, n. 6 ; Vopel, Goldg., a. 176.
Kunstgeschichte und Kunsllechnlk dei M i ttelatten ai wlcz, Souvenirs d'un pieux eoifecffonneur, iluns ologl que, 1896, p. il. quelques Indli tives :i l'origine romaine des verres doi Vopel, Goldg., n. 178. Didionn., 1. 1, col. 2727, fig. 923.
13. Sacrifice d'Abraham. — Grossetto, trouvé en en 1880 près de Castiglione délia Pescaia. (Avijxoc S)OYAKIC TTIE ZHC(eç), De Rossi, BullelL, 1882, pi. vm, n. 1, 2, p. 135 ; Vopel, Goldg., n. 179 (voir fig. 451 S).
15. Sacrifice d'Abraham. — (Florence, Gherar desca), Garrucci, Stor., pi. clxix, n. 4 ; Vopel, Goldg., n. 181.
16. Sacrifice d'Abraham. — (Londres, Wilshere), Garrucci, Stor., pi. clxix, n. 5 ; Vopel, Goldg., n. 182.
17. Sacrifice d'Abraham, — (Rome, Campo santo tedesco), médaillon à fond vert. Romische Quartalsehrift, 1892, t. vi, pi. n, n. 6 ; Vopel, Goldg., n. 183 ; Dictionn., t. n, col. 1799, fig. 1974.
18. Sacrifice d'Abraham. — (Fragm., 'Wurzbourg, université), Garrucci, Ve ;., pi. i, n. 8 ;.Stor., pi. clxxii, n. 11 ; Urlichs, Verzeichniss d. Ant. Samml. d. Univers. Wurzb, part. 2, p. 41, n. 72 ; Vopel, Goldg., n. 184.
19. Sacrifice d'Abraham. — (Anagni, monastero délia Carità), De Rossi, Bullelt., 1879, p. 135 ; Vopel, Goldg., n. 185.
21. Joseph dans la citerne. — (Rome), médaillon. De Rossi, Bullelt., 1872, pi. ix, n. 4, p. 160 sq. ; Garrucci, Slor., pi. XLXxm,n. 6 ; Vopel, Goldg., n. 186.
26. Moïse frappant le rocher. — (Aquilée ?), De Rossi, Bulletl., 1878, pi. v, n. 1 ; Vopel, Goldg., n. 191 (voir fig. 4519).
27. Moïse frappant le rocher. — (Bibl. Vat.), médaillon à fond vert. Garrucci, Vet., pi. m, n. 1 ; Slor., pi. clxxiii, n. 1 ; Vopel, Goldg., n. 192.
28. Moïse frappant le rocher. — Garrucci, Slor., pi. clxxiii, n. 2 ; Vopel, Goldg., n. 193.
29. Moïse frappant le rocher. — (Bibl. Vat.), médaillon à fond bleu. Garrucci, Vet., pi. ni, n. 2 ; Stor., pi. clxxiii, n. 3 ; Vopel, Goldg., n. 194.
30. Moïse frappant le rocher. — (Anagni, monastero délia Carità), médaillon. De Rossi, Bulletl., 1879, p. 135 ; Vopel, Goldg., n. 195.
31. Rochers ? — (ancien cabinet du Cte de l'Escalopier), médaillon. Garrucci, Vet, pi. n, n. 11 ; Stor., pi. clxxiii, n. 4 ; Vopel, Goldg., n. 196.
33. Daniel entre les lions. — Trouvé à la Villa Pamfili, sur la via Aurélia... E IM DEODE Rossi, Bullelt., 1881, p. 104 sq., Vopel, Goldg., n. 198.
34. Daniel entre les lions. — Trouvé près Sainte-Ursule à Cologne (musée de l'Ermitage à Petrograd). E. au s'm Weerth, dans Jahrbùcher des Vereins von Altertumsfreunden im Rheinlande, 1878, t. i.xm, p. 103 ; 1881, t. lxxi, p. 123 ; Vopel, Goldg., n. 199.
35. Daniel. — (Bibl. Vat.), médaillon à fond bleu. Garrucci, Vet.. pi. m, n. 7 ; Stor., pi. clxxiii, n. 11 ; Vopel, Goldg., n. 200.
36. Daniel. — (Brit. Mus.), médaillon à fond bleu. Garrucci, Vet., pi. m, n. 12 ; Stor., pi. clxxiii, n. 12 ; Vopel, Goldg., n. 201 ; Dalton, Calai., n. 618 (Voir fig. 4520).
37. Daniel. — (Rome ?), Garrucci, Vetri, pi. i, n. 7 ; Stor., pi. clxxiii, n. 13 ; Vopel, Goldg., n. 202.
38. Daniel. — (Berlin), médaillon fond bleu. Vopel, Goldg., n. 203 ; O. Wulff, Altch. Bildwerke, p. 319, n. 1683, pi. lxxiii (voir fig. 4521).
Garrucci, Vet., pi. iv, n. 10 ; Stor., pi. ci.xxiv, n. 2 ; Vopel, Guldg., n. 209.
45. Daniel. — (Arles), médaillon. Garrucci, Vet., pi. iv, n. 7 ; Stor., pi. clxxiv, n. 3 ; Vopel, ' n. 210.
46. Daniel. — (Bibl. Vat.), médaillon à fond bleu avec monture métallique, trouvé en 1766 au cimetière de Priscille. Garrucci. Vet., pi. rv, n. 9 : Stor., pi. clxxiv, n. 4 ; Vopel, Goldg., n. 211.
17. Daniel. — (Brit. Mus.), médaillon à fond bleu. Garrucci, Vet, pi. iv, n. 11 : Stor., pi. ci.xxiv. n. 5 ; Vopel, GoWff., n. 212 ; Dalton, Calai, p. 123, n. 620, pi. xxxi.
48. Daniel. — Médaillon. Bosio, Borna soll., p. 509 ; Garruci. Stor., pi. ci.xxiv. n. ti ; Vopel. Goldg., n. 213, 49. Daniel. — Médaillon. Bosio, Roma sott.. p. 509 ; Garrucci. Stor., pi. CLXXIV, n. 7 ; Vopel, Goldg., n. 214.
50. Dragon ? — (Rome), Garrucci, Stor., pi. clxxiii, n. 15 ; Vopel, Goldg., n. 215.
51. Dragon ? — (Berlin), O. WulIT, AUehr. Bildw.. n. 1664, pi. i.vi.
52. Trois Hébreux dans la fournaise. - (Anagni, monastero délia Carità, olim), De Ross !, liullett., p. 135 ; Vopel, Goldg., n. 216.
53. L'un des trois Hébreux. — (Bibl. Vat.), médailIon a fond bleu. Garrucci. Y ri., pi. m. n. S ; Stor., pi. clxxiii, n. 17 : Vopel, Goldg., n. 217.
54. Vn des trois Hébreux. (Bibl. Vat.), médaillon à fond bleu. Garrucci, Vet., pi. m, n. 9 ; Stor., pi. clxxiii. n. 18 ; Vopel, Goldg., n. 218.
Un des trois Hébreux. — (Bibl. Vat.), médaillon à fond bleu. Garrucci. Vet., pi. m. n. 11 ; Stor., pi. clxxiii, n. 20 : Vopel, Goldg., n. 219.
56. Un des trois Hébreux. — ilirit. Mus), médaillon a tond bleu. Garrucci, Vet., pi. ni, n. 30 ; Stor., pi. clxxiii, D. 19 ; Vopel, Goldg., n. 220 ; Dalton. Calai., p. 123, n. 621, pL xxxi (voir flg. 4522).
57. Un des trois Hébreux. — - (Musée de Nap les), médaillon à fond vert. Vopel, Goldg., n. 221.
58. Tobie, ■ (Olim Rome, musée Kircher), médaillon. Garrucci, Vet., pi. m, n. 4 ; Stor., pi. clxxiii, m. 8 ; Vopel, Goldg., n. 222.
59. Tobie. (Bibl. Vat.), médaillon à fond bleu. Garrucci. Vet., pi. m, n. ô ; Slor.. pi. ci.xxm, n. 9 : Vopel, Goldg., n. 223.
60. Tobie. — (Bibl. Vat.). médaillon à fond bleu. Garrucci, Vet., pi. m, n. 6 ; Stor., pi. clxxiii, n. 10 ; \opel, Goldg., 11. 22 1.
61. Tobie. — iliibl. Vat.), médaillon à fond bleu. Garrucci. Vit., pi. vi, n. 10 ; Stor., pL ci.xxm, n. 10 ; Vopel, Goldg., n. 325.
62. Jonas jeté au monstre. — (Paris. Louvre), ZESES. Garrucci. Vet., pi. rv, n. 1 ; Stor., pi. ci.xxiv, n. 8 ; Vopel, Goldg., a. 226.
G3. Navire avec six passagers. — (Ane. coll. K. Le Blant), Garrucci, Vet., pi. xvi, n. 3 ; Slor., pi. ciwiv, il 10 ; Vopel, Goldg., a. 227. Jonas, couché. - (Bibl, Vat.), Garrucci, \W., pi. iv. n. 5 ;.s/..r.. pi. clxxiv, n. 9 ; Vopel, Goldg., n. 229.
Garrucci. Vet., pi. rv, n. 6 ; Stor., pi. clxxiv, II. 13 ; Vopel, Goldg., il. 230. Jonas. (Rome ?). Garrucci, Vet., pi. i, n. ô ; -Stor., pi. ci xxiv, m. 11 ; Vopel, Goldg., n. 232.
69. Jonas ? — (Bibl. Vat.), médaillon à fond vert. Garrucci. Vet., pi. rv, n. 3 ; Slor., pi. clxxiv. n. 12Vopel, Goldg., n. 2 71. Bon Pasteur. — (Florence, Musée arch.), Garrucci, Vet., pi. vi. n. 3 :.S7 »r., pi. clxxv, n. 3^ Vopel, Goldg., n. 235.
72. Bon Pasteur. — (Florence, Musée arch.). Garrucci, Vet., pi. vi, n. ti ; Slor., pi. ci.x.w. n, 6 ; Vopel, Goldg., n. 236.
71. Bon Pasteur. — (Bibl. Vat.). Garrucci, Vet., pi. vi, n. 3 ; Stor., pi. clxxv, n. 5 ; Vopel, Goldg., n. 238.
72. Bon Pasteur. — (Bibl. Vat.) : DIGNITAS AMICORUM VIVAS CUM TUIS FELICITER. Garrucci, Vet, pi. vi, n. 9 ; Stor., pi. clxxv, n. 9 ; Vopel, Goldg., n. 238.
75. Bon Pasteur. — CONCORDI BIBAS IN PACE DEI. Buonarotti, Vetri, p. 5, n. 1 ; Garrucci, 4523, Jonas couché.
Médaillon à fond bleu, d'après I. Ion, Catalogue, pi. 31, n. 623.
Vet., pi. vi, n. 7 ; Stor., pi. clxxv, n. 7 ; Vopel, Goldg., n. 239.
76. Bon Pasteur. — (Bibl. Vat.), fragment :... ES BENE-... Garrucci, Vet., pi. i, n. 6 ; Stor., pi. clxxi, n. 6 ; Vopel, Goldg., n. 240.
77. Bon Pasteur (Musée Kircher), fragment, colorié. Garrucci, Vet., pi. vi, n. 8 ; Stor., pi. ci.xxv, n. 8 ; Vopel, Goldg., n. 241 ; Dictionn., t. i, col. 899, lig. 21.
78. Bon Pasteur. — (Florence, musée archéol.). Garrucci, Vet., pi. vi, n. 4 ; Stor., pi. ci.xxv, n. 4 ; Vopel, Goldg., n. 242.
79. Bon Pasteur. — (Musée Kircher), deux fragments, le premier seul au musée Kircher : a) PACE... b) SE.. Garrucci, Vet., pi. vi, n. 1 a, b ; Stor., pi. ci xxiv, n. 2 a, b ; Vopel, Goldg., n. 243.
85. Miracle de Cana. — (Bibl. Vat.), médaillon sur fond vert. Garrucci, Vet., pi. vii, n. 3 ; Stor., pi. clxxvi, n. 3 ; Vopel, Goldg., n. 248.
86. Miracle de Cana. — (manque à la Bibl. Vat.), médaillon. Garrucci, Vet., pi. vii, n. 4 ; Stor., pi. clxxvi, n. 4 ; Vopel, Goldg., n. 249.
87. Miracle de Cana. — (Paris, cabinet Foukl), médaillon. Garrucci, Vet., pi. vii, pi. 5 ; Stor., pi. clxxvi, n. 5 ; Vopel, Goldg., n. 250.
88. Miracle de Cana. — ( ?). De Rossi, Bullctt., 1880, p. 89 ; Vopel, Goldg., n. 251.
91. Multiplication des pains. — ( ?), CRISTVS ZESVS. Boldetti, Osservazioni, p. 205, n. 34 ; Garrucci, Vet., pi. vii, n. 17 ; Stor., pi. clxxvi, n. 6 ; Vopel, Goldg., n. 254 ; Dictionn., t. iii, col. 1729, fig. 2980.
92. Multiplication des pains. — (Musée de Vienne), Garrucci, Stor., pi. clxx, n. 3 ; Vopel, Goldg., n. 255.
93. Guérison du paralytique — ( ?). Buonarotti, Vetri, pi. ix, n. 1 ; Garrucci, Vet., pi. vii, n. 2 ; Stor., pi. clxxvii, n. 2 ; Vopel, Goldg., n. 256.
94. Le paralytique. — (Bibl. Vat.), médaillon à fond bleu. Garrucci, Vet., pi. vii, n. 4 ; Stor., pi. clxxvii, n. 4 ; Vopel, Goldg., n. 257.
95. Le paralytique. — (N'est plus à la Bibl. Vat.) Garrucci, Vet., pi. vii, n. 3 ; Stor., pi. clxxviii, n. 3 ; Vopel, Goldg., n. 258.
96. Résurrection de Lazare. — (Bibl. Vat.) : ZESVS CRISTVS, Garrucci, Vet., pi. vii, n. 5 ; Stor., pi. clxxvii, n. 5 ; Vopel, Goldg., n. 259.
97. Résurrection de Lazare. — (Florence, Mus. arch.) : PIE ZESES. Garrucci, Vet., pi. vii, n. 6 ; Stor., pi. clxxvii, n. 6 ; Vopel, Goldg., n. 260. Médaillon à fond bleu. Collection A. Dutuil, 1879, p. 68, n. 140 ; Vopel, Goldg., n. 266.
104. Marie, sœur de Lazare ? — (Olim Borne), trouvé à Castel Gandolfo, médaillon, Garrucci, Storia, pi. clxxvii, n. 9 ; Vopel, Goldg., n. 267.
105. Marie, sœur de Lazare ? — (Bibl. Vat.), médaillon à fond bleu. Garrucci, Vet., pi. ix, n. 1 ; Stor., pi. clxxviii, n. 1 ; Vopel, Goldg., n. 268.
106. Marie, sœur de Lazare ? — (Brit. Mus.), médaillon à fond vert. Garrucci, Vet., pi. ix, n. 2 ; Stor., pi. clxxviii, n. 2 ; Vopel, Goldg., n. 269 ; Dalton, Catal., p. 125, n. 625, pi. xxxi (fig. 4525).
108. Le Christ tenant la baguette. — (Brit. Mus), médaillon sur fond bleu. Garrucci, Vet., pi. vii, n. 6 ; Stor., pi. clxxvi, n. 8 ; Séroux d'Agincourt, Peinture, pi. xii, fig. 25 ; Vopel, Goldg., n. 271 ; Dalton, Catal., p. 124, n. 626, pi. xxxi (voir fig. 4526).
109. Le Christ tenant la baguette. — (Bibl. Vat.), médaillon à fond bleu. Garrucci, Vet., pi. vii, n. 7 ; Stor., pi. clxxvi, n. 9 ; Vopel, Goldg., n. 272.
110. Le Christ tenant la baguette. — (Brit. Mus), médaillon à fond bleu. Garrucci, Vet., pi. vii, n. 8 ; Stor., pi. clxxvi, n. 10 ; Vopel, Goldg., n. 273 ; Dalton, Catal., p. 124, n. 627, pi. xxxi.
111. Le Christ tenant la baguette. — (Paris, Louvre), médaillon à fond bleu. Garrucci, Vet., pi. vii, n. 9 ; Stor., pi. clxxvi, n. 11 ; Vopel, Goldg., n. 274.
112. Le Christ tenant la baguette. — (Florence, mus. arch.), Garrucci, Vet., pi. vii, n. 10 ; Stor., pi. clxxvi, n. 12 ; Goldg., n. 275.
113. Le Christ tenant la baguette. — (Paris, Louvre), médaillon à fond bleu. Garrucci, Vet., pi. vii, n. 11 ; Stor., pi. clxxvi, n. 13 ; Vopel, Goldg., n. 276.
119. Le Christ tenant la baguette. — (Rome, Campo santo tedesco), médaillon à fond bleu. Römische Quartalschrift, 1892, t. vi, pi. n. n. 5 ; Vopel, Goldg., n. 282 ; Dictionn., t. ii, col. 1799, fig. 120.
120. Le Christ tenant la baguette. — (Rome, Campo santo tedesco). Vopel, Goldg., n. 283.
121. Le Christ tenant la baguette. — (Bonn, Mus. Prov.), E. au s'm Weerth, dans Jahrbucher des Vereins von Altertumsfreunden im Rheinlande, 1878, t. lxiii, pi. iv, n. 6 ; Vopel, Goldg., n. 284.
122. Le Christ tenant la baguette. — Médaillon à fond vert. Catalogo della coll. Scalambrini, 1888, p. 95, n. 1009 ; Vopel, Goldg., n. 285.
123. Le Christ tenant la baguette. — (Berlin), médaillon à fond bleu. Vopel, Goldg., n. 286 ; O. Wulff, Altchr. Bildw., n. 1684, pi. lxxiii (voir fig. 4527).
124. Le Christ. — (Berlin), médaillon. O. Wulff, Altchr. Bildw., n. 1162, pi. lvi.
125. Orante. — (Florence, mus. arch.), médaillon. Garrucci, Vet., pi. ix, n. 9 ; Stor., pi. clxxviii, n. 9 ; Vopel, Goldg., n. 287.
126. Orante. — Trouvé à Rome dans le jardin de Saint-Eusèbe, médaillon. Garrucci, Stor., pi. clxxviii, n. 12 ; Vopel, Goldg., n. 288.
127. Orante. — (Bibl. Vat.), médaillon à fond vert. Vopel, Goldg., n. 289.
128. Orante. — ( ?). De Rossi, Bullett., 1886, p. 11 ; Vopel, Goldg., n. 290.
130. Patène dans laquelle sont insérés des médaillons du cycle biblique. — (Brit. Mus.), trouvée près de Saint-Séverin, à Cologne. E. au s'm Weerth, dans Jahrbucher des Vereins von Altertumsfreunden im Rheinlande, 1864, p. 119, pi. ai ; Disch, Römisches Glass, pi. i, fig. 1 ; De Rossi, Bullett., 1864, pi. et p. 81 ; Garrucci, Stor., pi. ci.xx, fig. 1 ; F. X. Kraus, Real-Encyklopädie, t. i, p. 618, Geschichte, t. i, p. 482, fig. 358 ; Dalton, Catalogue, p. 126, n. 629, pi. xxx ; Vopel, Goldg., n. 292 ; Leclercq, Manuel, t. ii, p. 491-493, li.
131. Pierre et Paul et divers sujets. — (Olim Catane, ensuite à Londres, coll. Wilshere) : DIGNITAS AMICORUM VIVAT (cum tuis feliciter in pace Dei Zeses). Garrucci, Vet., pi. i, n. 3 ; Stor., pi. ci.xxi, n. 3 ; Vopel, Goldg., n. 293.
135. Le Christ. — (Brit. Mus.), CRISTVS. avec quatre bustes aux angles. Garrucci, Vet., pi. xviii, n. 1 ; Stor., pi. clxxxvii, n. 1 ; Sanclementi, Xumismata selecta, t. iii, pi. xi.ii, fig. 9 ; C. Torr, On portraits of Christ in the British Museum, London, 1898, nu. 2, p. 5 ; Vopel, Goldg., n. 297 ; Dalton, Catal., p. 127, n. 630, pi. xxviii ; J. E. Weis-Liebersdorf, Christus und Apostelbilder, 1902, frontispice.
136. Monogramme avec A et Ω. — ( ?) Provient du cimetière de Calliste ? Boldetti, Osservazioni, p. 193, n. 4 ; Garrucci, Vet., pi. xxxix, n. 1 ; Stor., pi. c, n. 7 ; Vopel, Goldg., n. 298.
137. Monogramme. — (Vienne, coll. Graf.) Provient d'Égypte. Vopel, Goldg., p. 79, fig., 7, n.
138. Le Christ au centre d'un portique où se voient six personnages dont les noms manquent. — (Brit. Mus), Garrucci, Vet., pi. xviii, n. 2 ; Stor., pi. ci.xxvii, fig. 2 ; Sanclementi, Xumismata selecta, t. iii, pi. xiii. fig. 7 ; C. Torr, On portraits of Christ in the British Museum, 1898, p. 5, fig. 1 ; Vopel, Goldg., n. 299.
143. PIE ZESESPAVLVS SVSTVS LAVRENTEVS IPPOLITVS CRISTVS TIMOTEVS. — (Brit. Mus.) Derrière la tête de Timothée, on a rempli l'espace resté vide par un rouleau. À la partie inférieure, la figure centrale barbue est censée représenter le Christ ; c'est là un type bien exceptionnel, et peut-être est-ce une erreur, soit de type, soit d'inscription. Garrucci, Vet., pi. xvii, n. 2 ; Stor., pi. ci.xxxvi, n. 2 ; Sanclementi, Xumismata selecta, t. iii, pi. xli, fig. 1 ; Th. Boller, Les catacombes de Rome, t. ii, pi. lxxvii ; Vopel, Goldg., n. 305 ; Dalton, Catal., p. 127, n. 632, pi. xxix (voir fig. 1328).
145. CR FLORVS PETRVS (Pétersbourg, Ermitage), A. Darcel, Catalogue de la coll. Basilewsky, n. 19 ; Vopel, Goldg., p. 115.
151. C(RISTUS). — (Musée Kircher), fragment. Garrucci, Vet., pi. xvii, n. 5 ; Stor., pi. clxxxvi, n. 8 ; Vopel, Goldg., n. 312.
152. Le Christ et les douze apôtres, anépigraphe. — (Musée de Parme), Garrucci, Vet., pi. xix, n. 4 ; Stor., pi. clxxxviii, n. 4 ; Vopel, Goldg., n. 313.
153. Saint Pierre. — (Florence, Gherardesca), De Rossi, Bullett., 1868, p. 25, n. 4 ; Garrucci, Stor., pi. clxix, n. 6 ; Vopel, Goldg., n. 314.
155. Saint Pierre. — (Bibl. Vat.), médaillon à fond brun, cadre argenté. Garrucci, Vet., pi. xiv, n. 3 ; Stor., pi. clxxxiii, n. 3 ; Vopel, Goldg., n. 315.
156. Saint Pierre — (Brit. Mus.) : PE || TRV !| S PRO|LTEG||A(0Garrucci, Vet., pi. x, n. 1 ; Stor., pi. clxxix, n. 1 ; Vopel, Goldg., n. 316 ; Dalton, Catalogue, p. 128, n. 633.
157. Saint Pierre. — (Florence, mus. archéol.), fragment. Garrucci, Vet., pi. v, n. 10 ; Stor., pi. clxxix, n. 5 ; Vopel, Goldg., n. 317.
158. PETR(us), et en face de lui une figure féminine dont il ne s'est conservée que la partie inférieure. — (Brit. Mus.). Garrucci, Vet., pi. xvi, n. 2 ; Stor., pi. clxxxv, n. 2 ; Vopel, Goldg., n. 318 ; Dalton, Catal., p. 128, n. 634.
159. Saint-Paul. — (Bibl. Vat.). Garrucci, Vet, pi. x, n. 7 ; Stor., pi. clxxix, n. 7 ; Vopel, Goldg., n. 319.
160. Saint-Paul. — (Bibl. Vat.). Garrucci, Vet., pi. xi, n. 8 ; Stor., pi. clxxx, n. 8 ; Vopel, Goldg., n. 329.
161. PETRVS PAVLVS. — ( ?) Buonarotti, Vetri, pi. xvi, n. 1 ; Garrucci, Vet., pi. xiv, n. 2 ; Stor., pi. clxxxiii, n. 2 ; Vopel, Goldg., n. 343.
162. PETRVS PAVLVS. — (Musée de Berlin), fragment. Garrucci, Vet., pi. xiv, n. 6 ; Stor., pi. clxxxiii, n. 6a ; Vopel, Goldg., n. 347 ; U. Wulff, Altchr. Bildw., n. 1687.
163. PETRVS PAVLVS. — Vopel, Goldg., n. 349.
164. PETRVS PAVLVS. — Vopel, Goldg., n. 350.
165. PETRVS PAVLVS, lég. : HILARIS (uivas cum tuis omnibus feliciter semper in pace Dei... — Boldetti, Osservazioni, p. 514, n. 72 ; Garrucci, Vet., pi. xv ; n. 3 ; Stor, pi. clxxxiv, n. 3 ; Vopel, Goldg., n. 351.
166. PETRVS PAVLVS. — Boldetti, Osservazioni, p. 201.
201. (P)ETRVS... — (Brit. Mus.), Garrucci, Vet, pi. xi, n. 9 ; Stor., pi. ci.xxx, n. 1 ; Vopel, Goldg., n. 360 ; Dalton, Catal., p. 129, n. 638.
202. PETRVS-- : lég. : DIGNITAS AMICORUM (POE ZESES cum luis omnibus). — (Bibl. Vat.), Garrucci, Vet., pi. xi, n. 7 ; Stor., pi. ci.xxx, n. 7 ; Vopel, Goldg., n. 361.
203. TRV. P... — (Musée de Bologne), Garrucci, Vet, pi. xiii, n. 3 ; Stor., pi. cxcn, n. 3 ; Vopel, Goldg., n. 362.
204. TRVS •• VLVS- — (Musée de Bologne), Garrucci, Vet., pi. xxiii, n. 5 ; Stor., pi. cxcn, n. 5 ; Vopel, Goldg., n. 363.
208. PAVLVS. — (Rome, Campo santo tedesco), Vopel, Goldg., n. 367.
209. PETR-S- — (Brit. Mus.). Vopel, Goldg., n. 368 ; Dalton, Catal., p. 129, n. 639.
210. PVL.S. — (Brit. Mus.). Vopel, Goldg., n. 369 ; Dalton, Catal., p. 129, n. 640.
211. (PAVLVS). — Vopel, Goldg., n. 370.
212. (PETRVS). — Vopel, Goldg., n. 371.
213. (PETRVS). — Vopel, Goldg., n. 372.
214. (PAVLVS). — Vopel, Goldg., n. 373.
215. (PETRVS PAVLVS). — Vopel, Goldg., n. 374.
216. (PETRVS PAVLVS). — Vopel, Goldg., n. 375.
217. (PETRVS PAVLVS). — Vopel, Goldg., n. 376.
218. (PETRVS PAVLVS). — Vopel, Goldg., n. 377.
219. (PETRVS PAVLVS). — Vopel, Goldg., n. 378.
220. (PETRVS PAVLVS). — Vopel, Goldg., n. 379.
221. (PETRVS PAVLVS). — Vopel, Goldg., n. 380.
228.... ES PETRVS LVCAS SVSTVS, trois noms manquent. — (Rome, coll. Capobianco), Garrucci, Vet., pi. xxv, n. 1 ; Stor., pi. cxciv., n. 4 ; Vopel, Goldg., n. 387.
232. ACNE- — (Bibl. Vat.), Garrucci, Vet., pi. xxi, n. 5 ; Stor., pi. cxc, n. 5 ; Vopel, Goldg., n. 391.
235. ANNE. — ( ?) Buonarotti, Vetri, pi. xviii. n. 2 ; Garrucci, Vet., pi. xxn, n. 4 ; Stor.. pi. cxci, n. 4 ; Vopel, Goldg., n. 394 ; Dictionn., t. ni, col. 131. Bg. 2438.
236. AN--- — (Florence. Musée archéoi.), fragment. Garrucci, Vet., pi. xxn, n. 7 ; Slor., pi. cxci, n. 7 ; Vopel, Goldg., n. 395 ; Dictionn., t. m. col. 132. n. 2439.
237. ANNA ? — (Paris, Petit Palais, coll. Dutuit). Collect. A.Dutuil,l897, pi. cxix.n. 132 : Vopel, Goldg., n. 396.
238. ACNE. — (Cologne, coll. E. Merkens). Trouvé près de Saint-Séverin. Westdeutsche Zeilschrijt. 1884, t. m, pi. vu, n. 1 ; Vopel. Goldg., n. 397.
239....NE. — (Bibl. Vat.). Vopel. Goldg., n. 398. 21ii. ANNC MARA.- ( ?) Garrucci. Vet., pi. xxn, n. 2 ; Slor.. pi. cxci, n. 2 ; San démenti, Xumismala, pi. xi.i, n. 2 ; Vopel, Goldg., n. 399.
252.... 0/)STVS IOANES ; lég. : (Dig)N\THS AMICORI »« '.... — (Londres, cab. Wilshere), fragment, Garrucci. Stor., pi. clxx, n. 4 ; Vopel, Goldg, n. 411.
2. »>4. SVSTVS TIMOTEVS. — (Bibl. Vat.), Garrucci, Vet., pi. xxiv, n. 3 ; Stor., pi. exem, n. 3 ; Vopel. Goldg., n. 413. vicri). Olivieri, op. cit., pi. 1 1 ; Garrucci, 177., pl. xxui, 11. t> : Stur.. pl. cxcn, n. 6j Vopel, Goldg., a. 419.
262. ivstvs. — (Anagni, monasterio délia Carità), De Rossi, Butlclt., 1789, p. 135 ; Vopel, Goldg., n. 121.
SIMON DAMAS PETRVS FLORVS. — (Bibl. Vat.), Garrucci, Vet., pi. xxv, n. 2 ; S/or., pi. cxav, n. 2 : Vopel, Goldg., n. 122.
264. (F)LORVS. - (Bibl. Vat.), Provient du cim. de S. Hermès. De Rossi, Bullett., 1894, p. 141 ; Vopel, Goldg., n. 423.
SIMON TOMAS PETRVS FILPVS (= Philippus). — ( ?) (N'est plus à la Bibl. Vat.), Garrucci, Vet., pi. xxv, n. ij ; Stur., pi. exciv.. n. G ; Vopel, Goldg., n. 124.
266 RVS (au centre) ; lèg. : IPPOITVS ( = Hippolylus) TIMOTEVS... (trois noms manquants). — (Bibl. Vat.), Garrucci, Vet., pi. xxv, n. 5 ; Slor., pi. cxciv, n. ô ; Vopel, Goldg., n. 425.
267. (Si'm)ON DAMAS SVS(ius)... (Trois noms manquants.) — (Brit. Mus.), Garrucci, Vet., pi. xxv, i ond de coupe. D'après De Rossi, Bullett., 1872, pi. IX, n. 5. n. 8 ; Slor., pi. cxav, n. 8 ; Vopel, Goldg., n. 426 ; Dalton, Catalogue, p. 132, n. 642. tat. Perret, Catac. de Rome, I. rv, pl. xxni, n. 21 ; Garrucci, Vet., pl. xvi, n. 9 ;.S7.,r.. pl. clxxxv, n. 9 ; Vopel, Goldg., n. 429. pl, xci..vxxn. 6, Vopel, Goldg., n. 131 Diction., t. m, col. 69, fig. 2417.
274. Orante, leg. : DVLCIS ANIMA PIE ZESES VIVAS. — (Bibl. Vat.), Garrucci. Vet., n. 8 ; Slor., pl. clxxviii, n. 8 ; Vopel, Goldg.. n. 275. Orante. — (Berlin), Vopel, Goldg., n. 434 ; O. Wultï, Af/c/ir. Bildw., n. 1685 (voir fig. 4532).
276. Deux bustes masculins anonymes — ( ?) (Pas à la Bibl. Vat.), Garrucci. Vet., pl. xvr, n. 1 ; Slor., pl. clxxxv, n. 1 ; Vopel, Goldg., n.
277. Deux bustes masculins anonymes. — (Vienne, musée), Garrucci, Vet., 2e èdit., n. 1 17 ; Vopel, Goldg., n. 436.
278. Deux hommes debout séparés par un monogramme. — (Bibl. Vat.), Garrucci, Vet., pl. xi, n. 2 ; Slor., pl. ci. xxx, n. 2 ; Vopel, Goldg., n. 437.
279. Deux bustes types de Pierre et Paul, avec croix monogrammali que. -- (C.racovie, mus. Czartoryski), Vopel, Goldg., n. 138.
280. Monogramme entre deux personnages (assis ?) — (Bibl. Vat.). fragm. Garrucci, Vet.. pl. xi, n. 6 ; S/or., pl. ci.xxx, n. 9 ; Vopel, Goldg., n. 139.
281. Deux personnages assis, — (Bibl. Vat.), fragment. Garrucci, Vet., pl. xxiv, n. 7 ; Slor., pl. exem, n. 7 ; Vopel, Goldg., n. 140.
281*. Deux (ou plus) ligures debout, dessous (1) poissons. — - (Rome, coll. Capobianco), Garrucci, Vet., pl. x, n. 10 ; Slor., pl. clxxix, n. 10 ; Vopel, Goldg., n. 441.
282. Six bustes et une figure debout. — (Bibl. Vat.), Garrucci, Vet., pl. xvm, n. A ; Stor., pl. clxxvii, n. 3 ; Vopel, Goldg., n. 112.
283. Martyr ? tenant une couronne. (Rome, coll. G. li. Milani), De Rossi, Bullett., 1S72. pl. ix, n. ô ; Vopel, Goldg., n. 443 (voir tig. I 284. Comme le précédent : CRIS (tus). (Wurzbourg, Univ.), Garrucci, Vet., pl. xxxix. n. 2 ;.S7..r.. pl. ci. xxxi, n. 8 ; Vopel, Goldg., n. l 15.
291. Fragment. — (Cracovic, mus. Czartoriski), Vopel, Guklg., n. 451.
292. Fragment. — De Rossi, Bulletl., 1882., p. 173 : Vopel, Goldg., n. 452.
293. Fragment, deux tètes : type de Pierre et de Paul. — (Berlin), Vopel, Goldg'., n. 453.
294. Fragment, deux personnages assis. — (Prit. Mus.), Vopel, Goldg., n. 454.
295. Fragment. — Provient du Cim. de SainteAgnès. Armellini, op. cil., pi. ix, n. 4 ; Vopel, Goldg., n. 455 (voir fig. 4535).
296. Fragment. — Provient du cim. de SainteAgnès. Armellini, op. cit., pi. ix, n. 5 ; Vopel, Goldg. n. 456 (voir fig. 4536).
3° Sujets et devises varies.
297. Cinq têtes. — (Bonn, Vereins-Samml.), ProMusée Kircher). Garrucci, Vet., 2e èdit., p. 115 ; Corp. inscr. lat., t. xv, n. 7052 ; Vopel, Goldg., n. 468.
310.... PELA(ff)l- — ('') Catalogue de la collection Caslellani. p. 23, n. 218 ; Corp. inscr. lat., t. xv, n. 7062.
311. Notice sur le musée Dodwell, Rome, 1837, p. 44, n. 29 ; Vopel. Goldg., a. 470.
312. Notice sur le musée Dodwell, p. 44, n. 30 ; Vopel, Goldg., n. 471.
313....du)LC\(s anima), (Bvit. Mus), Vopel, Goldg., n. 472 ; Dalton, Catalogue, p. 130, n. 646. ' 314....PEQRVS— (Brit. Mus.). Vopel, Goldg., n. 473 ; Dalton, Catal., p. 130, n. 647.
315. (Brit. Mus.), Dalton, Calai., p. 130, n. 648.
316. (Brit. Mus.), Dalton, Catal., p. 130, n. 649.
317. (Brit. Mus.), Dalton, Calai, p. 130, n. 650.
318. (Brit. Mus.), Dalton, Calai, p. 130, n. 651.
4535-4530. — Fragments de coupe. D'après Armellini, II cimetero di S. Agnese, pi. ix, n. 4, 5.
vient du cim. de Sainte-Agnès. E. au s'm Weertli, dans Jahrbùcher des Vereins von Altertumsfreundcn im Rheinlande, 1883, t. lxxvi, p. 76 ; Vopel, Goldg., n. 457.
299. Façade d'un temple. — (Brit. Mus.), médaillon avec anneau ; dans le fond :... |N DEOGarrucci, Vet., pi. xxxix, n. 10 ; Stor., pi. cem, n. 7 : Vopel, Goldg., n. 459 ; Dalton, Catalogue, p. 130, n. 644.
300. Plantes. — (Bibl. Vat.) ; lég. : HODOR SVAVI S. De Rossi, Bulletl.. 1882, pi. vu, n. 3 ; Corp. inscr. lai., t. xv, n. 7058 ; Vopel, Goldg., n. 160 (voir fig. 4537).
301. Autel avec offrande. — (Berlin), médaillon à fond ja une brun. Vopel, Goldg.. a. 461.
302. Corbeil les. — (Bibl. Vat.), médaillon à fond bleu. Garrucci, Vet.. pi. xxxi, n. 5 ; Stor., pi. clxxyi, n. 17 ; Vopel, Goldg., n. 462.
Vopel, Goldg., n. 465. de Rome, t. iv., pi. xxxm, n. 106 ; Vopel, Goldg., n. 466.
319....M..., lêg... STI... — (Rome, Mus. lat.), Vient d'Ostie. Vopel, Goldg., n. 474.
320. Fond de coupe avec couronne et légende (buste) dorée. — Catalogue de la collection Castellani, p. 23, n. 215 ; Vopel, Goldg., n. 475.
321. Deux fragments. — Catal. du musée Fol, à 324. Fragments. — (Bibl. Vat.), Vopel, Goldg., n. 479.
325. Amulette en verre blanc doré. - Calai du Musée Alaouï, 1897, 2= Jase., p. 204, n. 5u : Vopel, Goldg., n. 480.
328. Fragment. — (Musée Kircher). Garrucci, Vet., pi. xxxix, n. 9 ; Slor., pi. cem, n. 10 ; Vopel, Goldg., n. 483.
329. Cornet avec amours et fleurs. — (Petrograd, Ermitage), Disch, Rom. Glas., pi. n, ni ; Garrucci, Slor., pi. CLxvm, n. 1-2 ; Vopel, Goldg., n. 484.
330. Cornet. — (Paris, coll. Zialinska), Vopel, Goldg., n. 485 ; Frœhner, Verres chrétiens à figures (for. Paris, 1899, pi. xxi, xxn. n. 155.
331. Coupe ornementée. — (Prit. Mus. ?), Vopel, Goldg., n. 486.
332. Coupe ornementée. — (Prit. Mus. ?), Vopel, Goldg., n. 4S7.
333. Lampe grec que avec les mêmes ornements que les deux numéros ci-dessus. Calai, du Musée Fol, pi. xi, n. 1 : p. 509, n. 3634 ; Vopel, Goldg.. n. 488.
334. Tasse : nie ZHCAIC CN ARAGOIC — ( ?) Provient du cim. de Thrason. Perret, Catal. de Rome, t. iv. pi. xxxi. n. 59 ; Vopel, Goldg., n. 489.
335. Fiole : PIE ZESES IN DEO- -■ (Rome, Campo santo tedesco), Rom. Quariats., 1892. t. vi, pi. n. n. 3 ; Vopel, Gulilg.. n. 490.
336. Fiole avec raies vertica les dorées. — (Rome, Mus. lat), provient d'Ostie. Vopel, Goldg., n. 191.
337. Médaillon. - (Musée de Vérone) Jarhbùcher des Vereins von Allertumsfreunden un Rheinlande, 1878, t. xuii, p. 100, noie 1 ; Vopel, Goldg., a. 192.
338. Orant et croix monogrammati que. Perret, Les calac. de Rome, t. iv, pi. xwi. n. 48 ; l.arrucci, Stor., pi. ccccxxrv, n. : ;; Vopel, Goldg., a. 191.
339. Partie inférieure d'une figure masculine. — Calai, du musée Fol, pi. xi, n. 'i ; Vopel, l fond bleu, lie Possi. Bullett., 1882, pi. vu. n. 2 ; Corp. inscr. lai., t. xv, n. 7023 ; Vopel, Goldg., n. 4 (voir fig. 4539).
345. CCNA BENANTI ET CLAVDIANI. QVI SE CORONABERIN(V) BIBAN(0- — (liibl. Vat.), provient du cim. de Calliste. Garrucci, Vel., pi. xxxvm, n. 2 ; Corp. inscr. loi., t. xv, n. 7043.
348. Fragment plat de verre incolore de deux couches entre lesquel les le mot (/ »)VSTVS d'une félicitation et un ornement de fleurs sont incrustés avec de la feuille d'or. L. Muller, Musée Thorvaldsen, IIIE partie, sect. i, 1847, p. 205, n. 26 ; Corp. inscr. lat., t. xv, n. 7061 ; Vopel, Goldg., n. 8.
3 i2. IVSTINIANVS PERPETVO AVGVSTVS. — (Punie, Campo santo tedesco), fragment. Vopel Goldg., n. 12.
LVCI PIE Z(e)SES CVM TV(i's). - (Bibl Vat.), fond bleu. Garrucci, Vet., pi. xxxvn, Corp. inscr., lat., t. xv, n. 7032 ; Vopel, Goldg., n. 13. t. m, pi. 43-44, n. 4 ; Corp. inscr. lat., t. xv, n \ opi I, Goldg. n. 18 ; i H Ro I, Bullett., I ■ pi. i, n. 4 ; I.eclcrcq, Manuel, t. il, p. 483, fig-, 324.
360. R... PV... EBI. L- — Trouvé au quatrième mille de la voie Appienne, in fondo Lugariorum. Notizie degli Scavi, 1889, p. 273 ; Corp. inscr. lat., t. xv, n. 7064 ; Vopel, Goldg., n. 20.
361.... POP L'ANI. — (Berlin, coll. Dressel), trouvé sur la voie de Porto, dans la Vinea Fornari. Fond ja une, Corp. inscr. lat., t. xv, n. 7063 ; Vopel, Goldg., n. 21.
Goldg., n. 21, p. 93, note 2.
363. (a)NNI BONI. — (Brit. Mus.), fragment très épais. Frôhner. La collection Tijszkievicz. Choix de monuments antiques, Munich, 1892. pi. vin, fig. 2 ; ■Collection Aug. Dutuit, Paris, 1879, p. 68 ; Corp. inscr. ial., t. xv, n. 7055 ; Vopel, Goldg., p. 85, fig. 9, n. 22 ; Dalton, Catalogue, n. 600 (voir fig. 4541).
364. ANNI BONI- — (Paris, Petit Palais, coll. Dutuit), Collection Dutuit, n. 133, pi. cxx ; Corp. inscr. lat., t. xv, n. 7055 ; Vopel, Goldg., n. 23.
366. AGAS BENE- — Trouveaucim.de Domitille. Nuovo bullellino, 1S97, p. 190 ; Vopel. Goldg., n. 25.
367. BONA VITA. — (Paris, coll. Frœhner), Corp. inscr. lat., t. xv, n. 26 ; Vopel, Goldg., n. 26.
368. VITA TIBI. — (Bibl. Vat.), Garrucci, Vet., pi. xxxvm, n. 10 ; Corp. inscr. lai., t. xv, n. 7060 ; Vopel, Goldg., n. 27.
369. TIBI VITA. — Trouvé aux Aliscamps d'Arles. De Rossi, Roma soit., t. m, p. 172.
376. Cérès. — ( ?) Boldetti, Osservazioni, p. 216, n. 3 ; Garrucci, Vet., pi. xxxix, n. 4 ; Vopel, Goldg., n. 34 ; Dictionn., t. i, col. 3021, fig. 1052.
377. Athênè et Hercule ; lég. : TICI( ft)A BEAS HERCVLE(m) ATENEN Tl(*)l PROPITE (= propitios) — ( ?) Garrucci, Vet., pi. xxxv, n. 8 ; Corp. inscr. lat., t. xv, n. 7042 ; Vopel, Goldg., n. 35.
378. Buste d'Athèné. — (Vienne, coll., Th. Graf.), Vopel, Goldg., p. 77, fig. 6, n. 36.
379. Aurore ? — ( ?) (N'est plus au musée Kircher.) Garrucci, Vet., pi. xxxvi, n. 2 : Vopel, Goldg., n. 37.
38-1. Les trois Grâ ces : CELASIA, LECORI COMASIA PIETE ZESETE MVLTIS ANNIS VIVATIS. — ( ' ?). l'abretti, Jnscript. domesl., p. 539 ; Garrucci, le/., pi. xlii, n. 5 ; Corp. inscr. lat., t. xv, n. 7028 (Dresse ! maintient l'authenticité du monument) ; Vopel, Goldg., n. 12.
385. Hercu les : ZHCATO- — (Bibl. Vat.), fragm. Garrucci, Yet., pi. xxxv. n. 5 ; Corp. inscr. lai., t. xv. n. 847-1 ; Kaibcl, Inscript. Siciliœ, n. 2410« ; Vopel, Goldg., n. 43.
386. Hercu les vainqueur d'un cerf. — (Rome, coll. Capobianco), fragment. Garrucci, Yet., pi. xxxv, n. 3 ; Vopel, Goldg.. n. I I.
387. Héros combattant une bète féroce. — (Brit. Mus.), fragment. Garrucci, Yet.. pi. xxxv, n.. 10 ; Vopel, Goldg., n. 45 ; Dalton, Calai, p. 117, n. 602, pi. xxxi, (voir fig. 4543).
388. Héros combattant une bète féroce. — (Berlin), médaillon à fond bleu. Vopcl, Gold. n. 46.
389. Trois déesses, Moneta, NVGAS VIVAS. — (Bibl. Vat.), clavi rouges. Garrucci, Vet., pi. xxxiii, n. 4. Corp. inscr. lat., t. xv, n. 7059 ; Vopel, Goldg., n. 47.
390. Sérapis ? — (Bibl. Vat.), médaillon. Garrucci, Vet., pi. xxxvi, n. 1 ; Vopel, Goldg., n. 48.
391. Vénus servie par deux Amours : (Par)TENOPE CVM FAVSTINA FILIA ZESES. — (Bibl. Vat.), couronne d'argent. Garrucci, Vet., pi. xxxvi, n. 3 ; Corp. inscr. lat., t. xv, n. 7038 ; Vopel, Goldg., n. 49.
392. Enlèvement de Proserpine ou combat d'amazones. — (Bibl. Vat.), fragment. Garrucci, Vet., pi. xxxvi, n. 7 ; Vopel, Goldg., n. 50.
Combat. — (Borne ?), fragment. Trouvé dans les finirons de Rome. Garrucci, Stor., pi. clxx, n. 2 ; Vopel, Goldg., n. 51.
6 Sujets de genre profane.
RENTIBVS TVIS- (P(aro, Mus. Olivi.-ri), Garrucci, Vet., pi. xxxii, n. 1 ; Stor., pi. ce, n. 1 ; Corp. inscr. lat., t. xv, n. 7024 ; Dictionn., t. ii, 1018, lie.
400. Scène champêtre : (B)lB(e) ET PROPI(na...) LIS. — (Bibl. Vat.), fonds vert clair. Garrucci, Vet., pi. xxxvii, n. 1 ; Stor., pi. ccni, n. 6 ; Corp. inscr. lat., t. xv, n. 7049 ; Vopel, Goldg., n. 51.
401. Idylle champêtre. KONIAIA KAIAECTINA niE ZHCEC — (Rome ?) E. le Blant, dans Comptes rendus de l'Acad. des inscr., 1878, p. 212 ; Vopel, Goldg., n. 60.
402. Scène d'offrande : ANIMA DVLCIS PIE Z(eses). — (Bibl. Vat.), colorié en rouge, bleu, vert. Garrucci, Vet., pi. xxxvi ; Stor., pi. cci, n. 4 ; Corp. inscr. lat., t. xv, n. 7051 ; Vopel, Goldg., n. 61.
403. Scène de chasse. — (Bibl. Vat.), Garrucci, Vet., pi. xxxvii, n. 2 ; Stor., pi. ccih, n. 8 ; Vopel, Goldg., n. 62.
404. Marchand d'habits : ZESES. — ( ?) Boldetti. Osscrvazioni, p. 205, n. 28 ; Garrucci, Vet., pi. xxxix, n. 6 ; Vopel, Goldg., n. 63.
405. Comédiens : INVICTA ROM(« ) ILIOROR (uni) ILIA CAPITOLIA. — (Bibl. Vat.), manteau rouge sombre. Garrucci, Vet., pi. xx.xiv, n. 1 ; Corp. inscr. lat., t. xv, n. 7015 ; Vopel, Goldg., n. 64.
406. Comédiens ? en dieu marin, nymphe, et génies... AL.E...VI-. (vivas, valeas, vincas ?) — ( ?) Buonarotti, Vet., p. xxxi : Garrucci, Vet., pi. XL, n. 1 ; Stor., pi. ccih, n. 1 ; Corp. inscr. lat., t. xv, n. 7046 ; Vopel, Goldg., n. 65.
407. Le même :... RIS, VIVAS • VALEAS VINCAS- — Trouvé en 1698 au cim. de Sainte-Agnès. Buonarotti, Vetri, p. xxx ; Garrucci, Vet., pi. XL, n. 2 ; Corp. inscr. lat., t. xv, n. 7045 ; Vopel, Goldg., n. 66.
408. Dompteur. — (Musée de Bologne), Garrucci, Vet., pi. xxxiv, n. 5 ; Vopel, Goldg., n. 117.
411. Le même. — (Wurzbourg, Univ.), fragment. (Jrlichs, Verzeichniss d. Ant. Samml. d. Univ., 2' partie, p. 41, n. 72 ; Garrucci, Vet., pi. xxxiv, n. 3 ; Vopel, Goldg., n. 70.
7° Portraits masculins.
413. ( Am) AC H I DVLCIS VIVAS C(um caris luis). — (Brit. Mus.), Buonarotti, Vetri, pi. xix, n. 1 ; Garrucci, Vet., pi. xxxm, n. I ; Stor., pi. ce, n. 4 ; Smith and Cheetham, Diction, o/ christ, anliq., t. Il, p. 1568 ; Vopel, Goldg., n. 72 ; Dalton, CataL, p. 118, n. 604.
414. ANATOLI GAVDEAS- (Taris). Frœhner, Vyszkiewicz, pi. vin, n. 1 ; Vopel, Goldg, n. 71.
418. EVT... TA VIVE VIVAS PIE ZESES. portrait d'un écrivain. — (Brit. Mus.), Yopel, Goldg., p. 44, fig. 1, n. 77 ; Dalton, Calai, p. 118, n. 605, pi. xxvin (voir fig. 4511).
423.... (g) Al ( ?) (viva(s). — (Paris, Bibl. nat., 7 ; Cab. des méd.), Garrucci, Vel., pi. xxvin, n. 9 ; Stor., pi. cxcvn, n. 8 ; Vopel, Goldg., n. 82.
437. Anonyme. - - (Paris, Louvre), fond bleu, fragment. Garrucci, Vet., pi. xxvi, n. 4 ; Vopel, Goldg., n. 94.
438. Due ritratti di faccia... sopra due simili ma piccoli pezzi ; l'uno ne mostra i caratteri TOX e fondo turchino. — Notice sur le musée Dodwell, Rome, 1837, p. 44, n. 27 : Vopel. Goldg., n. 95.
439. Anonyme. — (Bibl. Vat.), Vopel, Goldg., n. 95a.
8e Portraits féminins.
412.... EMANE • VlV(as) -- (Bibl. Vat.), Garl.~>lf>. — Médaillon de verre. D'après A. Dalton, Catalogue, pi. xxxi, n. 606. rucci, Vet., pi. xxvi, n. 6 ; Stor., pi. cxcv, n. 6 ; Vopel, Goldg., n. 98.
Garrucci : Vet., pi. xxxn, n. 7 ; Stor., pi. ce, n. 7 ; Vopel. Goldg., n. 101.
9° Portraits d'époux et de familles.
417. AMADAHABAS- MARA • GERMANVS • VI VAS. — (Bibl. Vat.), Garruccl, Vet., pi. xxx, n. 2 ; Stor., pi. cxcix. n. 2 ; Vopel, Goldg, n. 110.
418. BALERI • BALENTINA ■ PERGAMIA • ZESES- — (Petrograd, mus. de l'Ermitage), Do Rossi, Billion., issu, pi. v, n. 1 : Vopël, Goldg., n. 114.
419. BVLCVLVS OMOBONE BENEROSA PIE ZESES. — ( ?) (N'est plus au musée Kircher), Garrucci, Vet., pi. xxxii, n. 2 ; Stor., pi. ce, n. 2 ; Vopel, Goldg., n. 105.
ZESES- — ( ?) (N'est plus à la Bibl. Vat.), Garrucci, Vet., pi. xxx, n. 6 ; Stor., pi. exax., n. 6 ; Vopel, Goldg., n. 107 : Frœhner, Verres chrétiens à Injures d'or, pi. xx, n. 153.
10° Animaux.
494. Tête de bélier. — (Musée arch. Florence), médaillon. Garrucci, Vel., pi. xxxvu, n. 5. Vopel, Goldg., n. 149.
495. Tête de léopard. — ( ?) (Rome, coll. Capobianco), médaillon. Garrucci, Stor., pi. ccm, n. 2 ; Vopel, Goldg., n. 150.
Tête de lion. — (Bibl. Vat.). médaillon a fond vert. Garrucci. Vet., pi. xxxvn, n. 9 ; Stor., pi. ccm, n. 3 ; Vopel, Goldg., n. 154.
497. Lion. — (Bibl. Vat.), médaillon à fond bleu. Garrucci. Vet., pi. xxxvn, n. 6 ; Stor.. pi. ccm, n. 5 ; Vopel, Goldg., n. 151.
498. Lion. — ( ?)(Rome, coll. Depoletti), médaillon. Garrucci, Vet., pi. xxxvu, n. 3 ; Vopel, Goldg., n. 152.
499. Lion tournant la tête. — ( ?) Médaillon. Catalogue de la collection Castellani, p. 23 n. 211 ; Vopel, Goldg., n. 153.
500. Tête de panthère. — (Bibl. Vat.), médaillon à fond bleu. Garrucci, Vet., pi. xxxvu, n. 8 ; Stor., pi. ccm, n. 4 ; Vopel, Goldg., n 155.
501. Bouc. — (Bibl. Vat.), médaillon à fond bleu. Garrucci, Vel., pi. xxxvu. n. 4 : Vopel, Goldg.. n. 156.
502. Colombe. — (Cologne, cab. Merkens), Jahrbûcher des Vereins von Aller !. f. im Rheinlande, 1886, t. lxxxi, pi. n, n. 37 ; Vopel, Goldg.. n. 187.
Colombe. — (Bibl. Vat.), médaillon. Garrucci, Vel.. pi. xxxvu, n. 7 ; Vopel, Goldg., n. 158.
503. Colombe tenant un rameau d'olivier. — Frœhner, Verres chrétiens à figures d'or, pi. xxn, n. 158 ; Vopel, Goldg., n. 116.
11° Judaïsme.
505. Même vue mais réduite. — ( ?) Provient du cim. de Saint-Ihrmés. Rômische Quartals., 1894, t. vm, p. 112 : Vopel, Goldg., n. 160.
506. Instruments de culte hébraïque. ANASTASI PIE ZESES- (BibL Vat.), Garrucci, Vel., pi. v, n. 1 ; Stor., pi. 490, n. 1 : Vopel, Goldg., n. 161.
Même : PIE ZESES ELARES- (Paris. coll. Zialinska), Garrucci, Vet., pi. v, n. 2 ; Stor., pi. 490. n. 2 ; Frœhner, Verres chrétiens à figura pi. xvn i, n. 148 ; Vopel, Goldg., n. 102.
508. Même :... Cl BIBAS CVM EVLOGIA CONP fin). -Ga '. pi. v. n. 3 ; Stor., pi, 190, n. 2 ; Vopel, Goldg., n. 163.
509. Même :... LVPIE ZESES.- (Brit. Mus), Garrucci, Vet., pi. v, n. I ; Stor., pi. 490, n. I ; Vopel, Goldglâser, n. 164 ; Dalton, Cotai., p. 121, n. 615, Pl. XXVIII.
153. IBA BI(fti)S (c)VM PRAEIECTA. — (Paris, des mcd.), Garrucci, Vet., pi. xxvin, n. 3 ; Stor., pi. cm, vu, a. 3 ; Vopel, Goldg., n. 111.
471. PIE ZESVS. — (Bibl. Vat.), Garrucci, Vet., pi. xxvii, n.4 ; Stor., pi. exevi, n. 4 ; Vopel, Goldg., n.127.
478. PIE ZESES. — (Florence, mus. arch.), Garrucci, Vet, pi. xxx. n. 4 ; Stor., pi. cxcix, n. 4 ; Vopel, Goldg., n. 131.
479. PIE (zeses). — ( ?) Buonarotti, Velri., pi. xxni, n. 1 ; Garrucci, Vet., pi. xxxi, n. 4 ; Vopel, Goldg., n. 135.
480. (</) VLCIS ANIMA VIVAS. — (Bibl. Vat.). Garrucci, Vet., pi. xxix, n. 2 ; Stor., pi. cxcviii, n. 2 ; Vopel, Goldg., n. 136.
484.... cum om)N(0BVS VESTRIS P-Z-- - (Bibl. Vat.), fond bleu. Garrucci, Vet., pi. xxxn, n. 3 ; Stor., pi. ce, n. 3 ; Vopel, Goldg., n. 140.
485. E ON-.. — Armellini, Il cimelero di S. Agnese, 1880, pi. ix., n. 2 ; Vopel, Goldg.. n. 141 (voir fig. 4551).
486. Anépigraphe. — (Bibl. Vat.), Garrucci, Vet* pi. xxvii, n. 1 ; Stor., pi. exevi, n. 1 ; Vopel, Goldg., n. 142.
487. Anépigraphe. — ( ?) Boldetti, Osscrvazioni, p. 202, n. 26 ; Garrucci, Vet, pi. xxvii, n. 3 ; Stor., pi. exevi, n. 3 ; Vopel, Goldg., n. 143.
494. Tête de bélier. — (Musée arch. Florence), médaillon. Garrucci, Vel., pi. xxxvu, n. 5. Vopel, Goldg., n. 149.
495. Tête de léopard. — ( ?) (Rome, coll. Capobianco), médaillon. Garrucci, Stor., pi. ccm, n. 2 ; Vopel, Goldg., n. 150.
Tête de lion. — (Bibl. Vat.). médaillon a fond vert. Garrucci. Vet., pi. xxxvn, n. 9 ; Stor., pi. ccm, n. 3 ; Vopel, Goldg., n. 154.
497. Lion. — (Bibl. Vat.), médaillon à fond bleu. Garrucci. Vet., pi. xxxvn, n. 6 ; Stor.. pi. ccm, n. 5 ; Vopel, Goldg., n. 151.
498. Lion. — ( ?)(Rome, coll. Depoletti), médaillon. Garrucci, Vet., pi. xxxvu, n. 3 ; Vopel, Goldg., n. 152.
499. Lion tournant la tête. — ( ?) Médaillon. Catalogue de la collection Castellani, p. 23 n. 211 ; Vopel, Goldg., n. 153.
500. Tête de panthère. — (Bibl. Vat.), médaillon à fond bleu. Garrucci, Vet., pi. xxxvu, n. 8 ; Stor., pi. ccm, n. 4 ; Vopel, Goldg., n 155.
501. Bouc. — (Bibl. Vat.), médaillon à fond bleu. Garrucci, Vel., pi. xxxvu. n. 4 : Vopel, Goldg.. n. 156.
502. Colombe. — (Cologne, cab. Merkens), Jahrbûcher des Vereins von Aller !. f. im Rheinlande, 1886, t. lxxxi, pi. n, n. 37 ; Vopel, Goldg.. n. 187.
Colombe. — (Bibl. Vat.), médaillon. Garrucci, Vel.. pi. xxxvu, n. 7 ; Vopel, Goldg., n. 158.
503. Colombe tenant un rameau d'olivier. — Frœhner, Verres chrétiens à figures d'or, pi. xxn, n. 158 ; Vopel, Goldg., n. 116.
11° Judaïsme.
505. Même vue mais réduite. — ( ?) Provient du cim. de Saint-Ihrmés. Rômische Quartals., 1894, t. vm, p. 112 : Vopel, Goldg., n. 160.
Passeri, Lucernœ ficti les musei Passera, in-4°, Pisaurl, 1739-1751 ; Thésaurus gemmarum astriferarum, in-4°, Florentia, 1750 ; Thésaurus velerum diptychorum, in-fol., Florentin, 1759 : trois verres inédits. Galeotti, Gemmas antiques liUeratat Francisci roui, in-4°, Roma, 1758 ; un verre inédit. (,. F. d'Orville, Sicula, Amstelodami, 1764 ; publie dix verres trouvés par lui, dit-il, aux environs de TerraNuova : neuf d'entre eux sont faux. Olivieri, i éimprimé a\ ec additions el COI niais dans les planches, in-4°, Roma, 1864 ; les 12 plan, lies avaient été dessinées par le P. Arthur Martin ; el les ont pu ins la Storia delVarle cristiana, t. m. J.-B. De Rossi, Bullell n - crisRoma sollerranea cristiana, in fol.. lïuma solterranca, 1879, p. 328 sq. — V. Schultzc. Archâologische Studien ber altchrisiliche Monumente, 1881, t. h, p. 22 sq. — J.-B. De Rossi, Bullelt. di archeol. crist., 1882, p. 131 sq., 137 sq., 158. — Heuser, dans Rcalencijklopùdie der chrisllichen Atterlhùmer, 1882, t. i, p. 609 sq. — V. Schultze, Die Katakomben, in-8°, Leipzig, 1882, p. 187-198. — De Rossi, Verre représentant le temple de Jérusalem, dans Archives de l'Orient latin, 1883, t. n, p. 439-455. - Gerspach, L'art de la verrerie, in-8°, Paris, 1885, p. 67 sq. — J. Liell, Die Darsiellungen der allerseligsten Jungfrau und Gottesgebàrcrin Maria auf den Kunstdenkmalernder A'a7aÀ-o ;n*en,in-8°, Freiburg, 1887, p. 175-193. — J. Ficker, Die Darstellung der Aposlel in der allchristl. Kunst, 1887, p. 48-60. — J.-B. De Rossi, Bullelt. di archeol. crist, 1890, pi. v, n. 1. — A. Pératé, L'archéologie chrétienne, in-12, Paris, 1892, p. 152-158. — M. Armellini, / vetri cristiani délia collezione di Campo Santo, dans Rômische Quartalschrijt, 1892, t. vi, p. 52 sq. — Ad. Ebner, Die allesten Denkmàler der Christcntums in Regensburg, dans Rômische Quartalschrijt, 1892, t. vi, p. 157 sq., pi. ix, x. — Luthmer, Hinlerglas malerei, dans Kunstgewerbeblatt, nouv. série, t. v, 18931894, 2e part., p. 17 sq. — A. Kisa, Kunslhandwerk am Rhein, dans même revue, nouv. série, 1895-1896, t. vu, pari. 9. p. 133 sq. — F. X. Kraus, Geschichte der chrisllichen Kunst. 1890, t. i, p. 479 sq. - W. Frœhner, Verres chrétiens à figures d'or. Collations du château de Goluchow, in-8°, Paris, 1899. - H. Vopel, Die altchristlichcn Goldglciser. Ein Beitrag zur allchrisllichen Kunst und Kullurgeschichtc, in-8°, Freiburg, 1899. — O. Jozzi, Vetri cimiteriali con figure in oro conscrvati ncl museo Britannica. in-8°, Roma, 1900. — O. M. Dalton, Catalogue <, Christian antiquities, in-4°, London, 1901, n. 598 641. — O. M. Dalton, The gilded glasses in the catacombs, dans The archeological journal, 1901, p. 227-253. - ■7. E. Weis Liebersdorf, Christus und Apostelbilder. in-8°, Freiburg, 1902. — H. Leclercq, Manuel d'archéologie chrétienne, in-8°, Paris, 1907, t. n, p. 481-495.
H. Leclercq.
FONTAINE.
Parmi tant de survivan ces païennes qu'on rencontre dans l'histoire des premiers sièc les chrétiens, les sour ces et fontaines tiennent une place plus considérable qu'importante. Ce n'est ici qu'un aspect de la persistance du culte idolâtri que réfugié dans les bois, les vallées silencieuses, où il échappait aisément aux poursuites des conci les et des capitulaires. La superstition séculaire attirait auprès de ces sour ces les ignorants, les misérab les, les charlatans, tous ceux en un mot qui. avec les naïfs, forment la clientèle née des for ces naturel les et mystérieuses qu'ils croient bienfaisantes el curatives1. La proscription ne vint pas à bout d'en détourner le courant de pèlerins obstinés à en attendre un secours miraculeux, et ce concours de crédulités sauva la tradition attachée à ces lieux. Des hame aux, des villages et même de gran des vil les leur doivent l'existence. Certaines contrées sont particulièrement ferventes à ces fontaines auxquel les s'attache une vertu qui est, à tout le moins celle de la bonne eau claire, pure, limpide, fraîche, sur ceux qui en font usage. La plupart de ces fontaines, portent un vocable hagiographi que qu'il ne serait pas toujours aisé de justifier sur de bonnes raisons, mais rien dans tout ceci ne peut être considéré comme relevant de l'archéologie ; c'est affaire au folk-lore.
Au nombre de ces sour ces et fontaines dont les propriétés médica les étaient affirmées plutôt que prouvées ou déduites, il faudrait compter les e aux therma les qui tiennent une place non négligeable dans les livres de miracula, mais ici encore l'archéologie abandonne ces questions à l'hagiographie 2.
Il serait facile de grouper quelques textes donnant tous la même note réprobative sur les fontaines à raison de la superstition qui s'y attachait. « Si vous voyez quelqu'un faire des vœux soit aux fontaines, soit aux arbres,... dit saint Augustin, reprenez-le très fortement de ce péché si grand, et dites-lui que quicon que commet ce crime, perd la grâce du baptême ». » Saint Éloi, dans sa lutte contre l'idolâtrie (voir ce mot), rencontre le culte des fontaines et l'interdit : Nullus christianus ad fana, vel ad pelras, vel ad fontes, vel ad arbores, vel ad cellas, vel ad tridua luminaria faciat aul vota reddere prœsumat '. Le troisième concile tenu à Auxerre, dans son canon troisième, rappelle : non lied ad fontes vota exolvere et on lit dans les capitulaires : Decrevimus quo que ut pater meus prœcipiebat, ut qui paganas observationes in aligna re fecerit, mulctelur quindecim solidis et cette pénalité est inscrite sous le titre : De foniibus sacrificiorum s.
H. Leclercq.
FONTENAY-LE-COMTE. — I. Fontenayle-Comte. II. Localités voisines. III. La tombe de Saint-Médard.
I. Fontenav-le-Comte. — L'ouest de la France offre trop peu de témoins de l'évangélisation de ces contrées pour qu'il soit possible de négliger ceux que nous possédons. Dans le lit de la Vendée, exploré lors que les e aux sont basses, on a rencontré quelques instruments en silex et, en creusant les fondations d'une maison, placée vers le milieu du faubourg des Loges, on a trouvé, à une certaine profondeur, des pilotis en bois d'ormeau et de chêne, dont quelques-uns avaient conservé en partie leur écorce. D'autres découvertes analogues furent faites dans le quartier situé entre les hal les et la fontaine. Dans des couches supérieures de terrain : trois haches de bronze,1 un fragment de bracelet, des monnaies piétonnes en electrum (voir ce mot), une trentaine d'anne aux creux en or, ornés de pierres gravées ou de pâtes de verre, nous conduisent jusqu'à une épo que voisine de l'occupation romaine.
Sur la carte ci-jointe (fig. 4552) se lisent tous les noms remontant, dans des documents authentiques, au delà du Xe. Ils permettent de constater que les plaines, s' étendant de la Sèvre N'iortaise au Lay, n'ont ja mais été couvertes de bois ; là où le sol fut grâce à la couche siliceuse, il n'a pu souffrir d'autres essen ces que le buis, les genêts, les ajoncs, mêlés à quelques chênes rabougris. L'œil ne rencontrait que lan des et broussail les. Des chemins peu fréquentés sillonnaient la lande dans toute sa longueur ou bien menaient d'une bourgade à une autre. La principale de ces voies de communication, appelée le Les débris de la période romaine sont nombreux (mentionnés sur la carte par le sigle hh). A Fontenay, ce sont principalement des monnaies impéria les, depuis Tibère jusqu'à Arcadius, et des fragments de poteries | rouges à figures ; aux Essarts, fragments de tui les a rebords ; à Saint-Thomas, sépultures du rv« siècle eon tenant un moulin à bras en granit : houlette, couteau.
I clef, mors de cheval, clochette ; aux Cabour des, tui les à rebords, débris de poteries et d'amphores, monnaies ; aux Combes de Saint-Thomas, briques à rebord, petit médaillon de Constantin ; aux.Maisonnettes et la Garnison, tui les à rebords ; au Martrais de Pafau, >2, Fontenay et ses enviions. D'après Flllon el de Rochebr une, Poitou el Vendée, isst. t. i, p. 7.
Chtmin-Verl, venait de Niort, passait par Sérigny, ■ i, Prinçay, Massigne, Cénan, Sau Nieul-sur-1'Autise, Cuiron (aujour d'hui Puy-Letard), imrluis, se reunissait avant d'entrer à Fontenay, au vieux Chemin-des-Sauniers, venant de Poitiei dirigeait ensuite par Petosse et le Grand \ Mareuil. Là, le Chemin-Vert se bifurquait ; une branche menait vers Talmonl el.lard, l'autre bl allait vers l'océan, peut-être Brem (aujour d'hui Sainti. Ce Chemin-Vert, dont l'origine remont : plus haute antiquité, ne porte auc une des tra ces qu'on relève sur les vo les romaines. En certaines parties, il a disparu siius la culture ; néanmoins, il serl encore de limite aux paroi
II. Localités voisti I localités de Charzay, le Couron, Pahu, Panteuil, Auzay pi gauloli. L'i -m rois mottes mble appartenir a ta ml me pi i Iode ; sur une de ces mottes, s'éleva une villa méro ruines de constructions importantes, fûts el le aux de colonnes, débris de poteries el d'ampl fragments de peintures mura les, deniers d'argent OU de biUon de Philippe, Dèce, Gallien, Posthumius, sépultures antiques ; a I.nngévc. tui les à rebords ; à iil tuil i rebords, clefs en bronze, meu les, ents de poteries a figures, débris d'amp grands bronzes de Vespasien et de Comi le ; au Vieil-Auzay, substructions, tui les à rebords, débris d'amphores, au Cbatelier (comm une d' Auzay) tui les a rebords et sépultures du iv* siècle ; à \uzay, substructions, tui les à rebords, : ir, monnaies du HautEmpire en or, argent et bronze, débris de pute d'amphores, petits l'Araire (même i ords, débris d'amphores, meu les, du Haut i mpire, Objets tui les à rebords, m lultures ant li ■ erre, monnaies de Tib Bourneau, tui les à rebords ; au Chatelier de Charzay (comm une de Saint-Michel le Cloux), tui les à rebords en très petite quantité, fibu les en bronze. A Gaillardon, en 1801. on trouva quatre inscriptions chrétiennes (fig. 4553). La plus importante porte ces mots ' :
IN HOC TVMOLO QVIESCIT BONE MEMORIE IOVINVS QVI VIXIT ANNOS XXXVI OBIIT IN PA CE X- ■ • SEptembris TITVLVM POSVI/ VXOR POLA -^ffc* Cette inscription mar que un âge de transition ; on y trouve réunis des caractères d'époques différentes ; de fragments de poteries et de tui les à rebords, le& origin aux des quatre épitaphes ont disparu.
Il exista donc, à Gaillardon, une famille et probablement une communauté chrétienne. B. Fillon a conjecturé que l'oratoire ou chapelle, dont ces chrétiens faisaient usage, aura pu être situé dans le Marchoux.
Quelques monnaies mérovingiennes ont été trouvées dans l'enceinte de Fontenay et dans sa banlieue ; el les n'apprennent rien de nouveau.
III. La tombe de Sajnt-Médard. — A une distance d'un kilomètre de Fontenay, au mois de septembre 1845, une découverte importante fut faite dans un champ situé près de la métairie de la Cure, au sud-ouest de Saint-Médard. A une profondeur de un un mètre environ, on trouva une grande quantité de tui les romaines, des murs entourant une aire de dix mètres de longueur sur huit mètres de largeur,
CE'XGCSJ : ~
Ti Tv L'vftttr Po'svTp vil TPI5ETCH tf^NORDV^-, ^*5g£%ETRVSTÏCV\S QVIXITANNV5U elle appartient probablement aux dernières années du Ve.
VINOALDVS Le lit où ces inscriptions furent trouvées est jonché de pavés de granit et de dalles. Parmi ces décombres, on rencontra une cuve en pierre et des colonnes brisées, ornées de chapiteaux et de bases d'ordre dorique dégénéré. Consciencieusement, les ouvriers brisèrent, broyèrent, concassèrent tout ce qui leur tombait sous la pioche, empochèrent le reste et firent place nette, sur une superficie de cinquante mètres, de tous les vestiges apparus. Quand Benjamin Fillon, averti, se rendit sur les lieux, il vit des conduits en plomb, des fragments de poteries et un moulin à bras en granit ; acheta quelques monnaies d'argent et de cuivre et apprit qu'on avait vendu au poids du métal un candélabre de bronze, ayant la forme d'un cep de vigne, et pesant huit kilogrammes.
Ces débris provenaient de l'atrium d'une villa ; on retrouva l'emplacement des colonnes, du bassin central avec la base de la colonnette du jet d'eau, etc. Dans la galerie de l'atrium, on releva la place des portes de communication, mais ici les constructions primitives avaient été rasées et remplacées par d'autres, en sorte que, sur certains points, on reconnut trois pavements superposés. Le niveau inférieur, fait de mortier et de petites pierres, se trouvait à 1 m. 50 de profondeur ; le deuxième niveau, de ciment très uni, étendu sur un lit de chaux, mêlé de cailloux, à 1 m. ; le niveau supérieur, fait de mortier, de sable et de pierres, n'était qu'à 0 m. 50 du sol actuel. Les fouis (t.iient en pierres brutes, jetées dans un bain de mortier ; au-dessus du niveau du sol, les murs étaient en petit appareil : parfois on leur a appliqué une couche de ciment sur lequel sont tracés de tangentes ; cette décoration se voit principalement sur le mur d'enceinte, à l'ouest. Sous le niveau inférieur, furent rencontrées des fragments de peintures.
Les motifs de ces peintures sont de ceux qui appartiennent à l'art alexandrin et hellénistique, dont on a relevé tant de spécimens à Pompei et à Herculanum : histoire, mythologie, genre, paysage taillent des tableautins occupant le milieu des panneaux. Les tableaux à ligures étaient de deux tailles, dans les uns les personnages avaient 0 m. 35, dans les autres 0 m. 14 seulement. Des premiers, écrit M. Fillon, il ne restait qu'un buste de femme relevant ses cheveux de la main droite, le geste et les traits du visage indiquaient qu'elle devait faire partie d'une composition retraçant un événement sérieux, sinon tragique) ; le col, la poitrine et les bras d'une jeune femme assise : une jolie tête d'enfant blond regardant à gauche ; le ventre d'un Priape ; une jambe et un pied féminin (hausses de la sandale), une main d'homme tenant une bourse (Mercure probablement) ; une tête de sanglier ; un gros poisson et un panier rempli de champignons. Les personnages de moindre taille se détaillaient sur fond rouge ou noir ; on a recueilli un Amour avec des ailes vertes, portant un vase jaune : un homme tenant la bride d'un cheval : un filet rempli de poissons, des chevaux marins dont les naseaux, le poitrail et les jambes étaient de couleur rose, et qui paraissaient attelés au char d'une divinité. — Cinq ou six débris de paysages, l'avant-train d'une petite panthère, un palmier, une tour carrée, un vase contenant une plante aquatique, deux cygnes et un ciel bleu. Pour les encadrements, on avait eu recours à des tritons verdâtres reliés entre eux par des algues tressées en légers rubans. Des raies et des lilets noirs, jaunes, verts et rouges, une belle guirlande de laurier, que soutenaient des agrafes et des glands d'or, et des colliers de perles, auxquels pendaient des vases, entouraient également les compositions et étaient animés par des oiseaux aux riches couleurs, se jouant dans le feuillage. Les contours étaient fortement accentués, au moyen d'un trait vigoureux, tranchant sur le fond et rivant de repoussoir aux demi-teintes. L'adresse paraissait plus sensible que la science et les figures moins irréprochables que les ornements. Les procédés employés pour l'application des couleurs, étaient assez simples, une couche de mortier, de chaux, et de gros sable, épaisse de 0 m. 021, avait d'abord enduit toute la muraille, et recouverte par un nouvel enduit, en mortier plus fin, d'une épaisseur de 0 m. 01 (soir 0,01). Celui-ci revêtu à son tour, d'une préparation sur laquelle l'artiste étendit ses couleurs. C'était bien une peinture et non une fresque, car les couleurs s'enlevaient, par écailles minces, et ne faisaient pas corps avec l'enduit ; de plus, ces couleurs étaient superposées les unes aux autres.
Voici, à ce propos, l'examen d'un fragment représentant une cuisse et une jambe de femme, avec un pied chaussé d'une sandale sur un fond verdâtre, par le savant chimiste Chevreul : « La chaux grasse était entièrement convertie en sous-carbonate.... Si l'œil ne distingue pas des couches différentes dans ce mortier, il est impossible que la surface peinte ne soit pas d'une pâte plus fine que celle du mortier. Mais comment la peinture a-t-elle été appliquée sur l'enduit ?... Le fond, d'un gris verdâtre, a été probablement appliqué avec un pinceau, car on voit des traits parallèles les uns aux autres,... il ne serait pas impossible que l'enduit eût été frotté avec des matières dures qui auraient creusé des sillons à la surface. La couleur est évidemment de la « terre de Vérone » mélangée de particules bleues distinctes à la loupe et même à la vue simple. Ces particules sont vraisemblablement du bleu égyptien... Lorsque les figures ont été peintes, le fond était parfaitement sec ; car, en détachant avec précaution, les couleurs rouge, rose et blanche des carnations, on retrouve dessous le fond d'un gris verdâtre, et on aperçoit dans celui-ci, mis à découvert, la terre de Vérone et le bleu égyptien. La couleur de chair était du peroxyde de fer anhydre, et la rose un mélange du même oxyde et de sous-carbonate de chaux nuire d'alumine et d'une trace de magnésie. Il est probable que, dans l'origine, la chaux avait été mêlée à l'état caustique avec l'oxyde de fer. La sandale présentait une belle couleur jaune, qui avait été ajoutée sur la carnation après la dessiccation de celle-ci. Il y avait donc eu trois applications successives de couleurs superposées : le fond, la carnation et la teinte de la sandale. » On verra plus loin que plusieurs des couleurs utilisées par l'artiste ont été retrouvées en nature dans son tombeau. Après traitement chimique d'un fragment représentant une figure nue d'enfant à ailes vertes sur un fond rouge, le célèbre savant disait comment ces peintures avaient pu être appliquées sur les parois du mur : « N'ayant pu découvrir, dans ces deux fragments de peinture, rien qui annonçât l'emploi d'une manière gommeuse, résineuse, huileuse, gélatineuse ou caséeuse pour appliquer la peinture sur l'enduit, j'ai cherché à voir s'il ne serait pas possible de faire cette application, en ne recourant qu'à un simple mélange de la matière colorante avec de la chaux humectée. L'expérience a justifié ma prévision. Le peroxyde de fer, employé de cette manière, est extrêmement solide aux injures de l'air ; lors que la chaux, qui peut être en excès, est carbonatée, le frottement et la pluie n'enlèvent pas la matière. Le vert-de-gris donne un bon résultat : mais il n'est pas aussi solide que le peroxyde de fer. J'ai appliqué de la même manière encore, le bleu égyptien au mélange de terre de Vérone, et de bleu égyptien et de vermillon, avec le même succès. Je crois donc que la possibilité de faire des peintures murales avec des matières colorantes et de la chaux hydratée réduites en une matière suffisamment coulante au moyen de l'eau. » La villa de Saint-Médard était probablement isolée. A l'extrémité sud-ouest du mur d'enceinte, on trouva deux petites dalles pavées en briques sur un lit de chaux. Là furent trouvés, parmi les décombres, quatre ou cinq monnaies romaines du moyen et du bas empire, une fibule, une balance en bronze de petite dimension, des morceaux de poteries rouges et noires à figures, et des anses et bouclions d'amphores estampillées. En 1861, B. Fillon écrivait : « La position des pierres de la villa qui ont été retrouvées annonce que l'on n'est pas encore arrivé aux appartements habités par les maîtres, et qu'il y a tout lieu de croire que des découvertes importantes sous le rapport de l'art, surgiraient du sol. » Le 21 octobre 1847, à quatre-vingts ou cent mètres de la villa, on retira du sol des vases en verre d'une conservation parfaite. Après quelques jours de travail, on dégagea une tombe consistant en une fosse carrée, ayant quatre mètres de côté dans sa partie inférieure, six dans sa partie supérieure, à cause du talus, et deux mètres de profondeur (fig. 4554). Aucun vestige de maçonnerie, seulement des débris de poutres en bois de chêne, formant la voûte de la sépulture. De grosses pierres posées par-dessus ce plafond improvisé pour lui servir de protection, avaient roulé au fond avec les débris du bois pourri. Le cercueil et les autres objets déposés dans la fosse avaient été entourés de sable fin et de terre rendue noire par la décomposition des matières organiques. Le tassement et la chute du plafond avaient brisé plusieurs des vases et des autres. Autour du cercueil et dans divers endroits de la fosse étaient quatre-vingts vases en verre de toutes les dimensions. La plupart avaient été brisés par le tassement des terres et par la violation de la sépulture ; une vingtaine cependant avaient résisté à tant d'épreuves. Le plus grand de ceux qui subsistent est en hexagone et d'une contenance de trois litres cinq décilitres ; un autre, dont nous n'avons que les débris, devait contenir au moins six litres. Ils étaient, en général, bouchés avec des tampons de bois recouverts d'une feuille de cuivre.
Ces vases en verre se divisent en trois catégories distinctes : les uns, d'un blanc verdâtre, et ce sont les plus nombreux, sont de même nature que nos bouteilles, dont quelques-uns portaient aussi la trace d'une violation postérieure. A l'angle nord-est de la fosse était le cercueil où avait été renfermé le cadavre, la tête tournée vers l'orient. Il était confectionné en bois de noyer, encore reconnaissable grâce à quelques parcelles épargnées par la corruption. Quatre cercles de fer ayant 0 m. 07 de largeur et 0 m. 02 d'épaisseur, et soigneusement attachés au moyen de vis, assuraient la solidité du cercueil, qui, à chaque extrémité, présentait une poignée semblable à celles de nos malles. Des plaques de même métal fortifiaient les angles. Le squelette, long de 1 m. 53, était celui d'une jeune femme. La tête, retirée intacte, avait des dents d'une conservation parfaite ; malheureusement, elle fut presque aussitôt brisée par un enfant. Au cou avait été placé un collier de perles d'ambre, une seule était entière. Sur la poitrine, deux dents de sanglier, percées de trous qui servaient à les suspendre à une chaînette d'argent passée au cou. Autour de la défunte, la piété des survivants entassa tout le matériel artistique qui avait charmé et rempli sa vie.
Vases en verre de bouteille.
1. Bouteille carrée à une anse ; h. 0 m. 20 ; l. 0 m. 11. Le fond orné d'un carré inscrit dans un cercle ; au milieu du carré trois autres cercles concentriques (deux exemplaires, dont un brisé).
2. Même forme ; h. 0 m. 12 ; l. 0 m. 06, le fond orné de deux cercles concentriques.
3. Bouteille carrée de forme allongée, à une seule anse.
7. Grande bouteille à fond évasé et à long col renflé au milieu, h. 0 m. 24, d. 0 m. 18 (deux exemplaires, l'un rempli d'une matière bleue, l'autre brisé).
8. Bouteille, h. 0 m. 20, d. 0 m. 15 (le haut du col est trié).
9. Bouteille à col plus allongé (trois exemplaires).
10. Bouteille, h. 0 m. 18, l. 0 m. 11 (dix exemplaires, dont trois entiers ; ils étaient remplis de cire).
Un coffre en bois de moyenne dimension dont les huit angles étaient renforcés de plaques de fer et dont la partie supérieure portait une bélière en bronze de forme élégante pour permettre le transport, contenait une boîte à couleurs et renfermait plusieurs fragments de fioles en verre blanc très fin (n. 1556), le godet jaune (n. 5), un petit couteau à virole ayant un manche en cèdre fait au tour avec beaucoup de délicatesse et dont la lame est complètement oxydée (n. 6), deux petits cônes cylindriques de succin ou d'ambre de terre, et des peintures murales trouvées à Médard.
D'après l'ouvrage de Rochebrune, op. cit., t. i, p. 121.
11. Fiole à une anse, h. 0 m. 12, d. 0 m. 067 (deux exemplaires entiers).
12. Fiole à deux anses et à panse, h. 0 m. 076 ; l. 0 m. 078 (deux exemplaires, dont un brisé).
Vases en cristal artificiel.
On trouve également des vases en verre de couleur.
Il étaient tellement détériorés par un prolongé séjour dans l'humidité qu'il a été impossible de les retirer intactes. Leur contenance était de douze à quinze onces (n. 14). À côté de la boîte était un pilon en albâtre avec son pilon, qui devait avoir primitivement la forme d'un pouce, avant sa décomposition salpêtreuse (n. 2, 3) ; un autre petit pilon en roche brute (n. 1). — Dans l'angle sud-est de la sépulture se trouvait un coffret en fer, dont le couvercle arrondi était très oxydé et s'en allait en morceaux sous la moindre pression. Ce meuble avait 0 m. 25 de longueur, 0 m. 1 de largeur et 0 m. 10 de hauteur (n. 1 »). Il renfermait, outre un peu de terre amenée par l'infiltration des eaux : une boîte de couleurs en bronze (n. 1) ; un godet ou petit mortier en même métal (n. 7) : un étui contenant deux cuillers également en bronze (n. 8, 9, 10) ; deux instruments en cristal (n. 11) ; un pinceau en os (n. 12) ; une palette en basalte. Cette boîte de couleurs était munie d'un couvercle. L'intérieur avait quatre compartiments recouverts par autant de plaquettes. Les manches de pinceaux en os avaient la forme d'une baguette plate de 0 m. 14 de longueur ; ils furent mis en pièces immédiatement après avoir été découverts. Leur extrémité portait encore des traces du fil de cuivre servant à attacher les barbes du pinceau.
La palette en basalte est formée d'une plaque de 0 m. 14 de longueur, 0 m. 09 de largeur et 0 m. 01 d'épaisseur. Elle a les plus grands rapports avec celle que tient de la main gauche la femme dédiant un tableau à Bacchus sur les peintures d'Herculanum ; un autre exemple d'une palette de ce type se voit sur le Dioscoride de Vienne, dans la miniature où un peintre copie une mandragore (voir Dioscoride). Une autre palette conservée au musée de Cluny porte une inscription (n. 17).
Indépendamment des couleurs renfermées dans la boîte, plusieurs vases contenaient des substances de différentes natures qui furent soumises à l'analyse chimique par E. Chevreul. Il reconnut une matière formée de quatre oxydes métalliques ; une autre matière ayant servi à faire le fond d'un fragment de peinture dont il a été question plus haut, c'était de la terre de Vérone. De plus, des matières d'origine organique : une matière résineuse ; de la cire d'abeille ; un mélange de cire et de résine : une matière noire contenant des acides oléiques et margariques, de la cire et du noir de fumée et dont l'emploi n'est pas connu. Cette propriété à l'enduit dont elles étaient revêtues et il semble permis d'en conclure que ces peintures étaient exécutées à la détrempe vernie.
Le centre de la fosse était rempli par les débris de trois grands coffres, dont il ne subsistait plus que les ferrures attachées à des restes d'épaisses planches de chêne réduites en poussière. Des charnières et des crochets, fixés aux parties latérales, servaient à maintenir les couvercles. Les plaques extérieures des serrures étaient en bronze et de forme ronde ou carrée, les clefs et le mécanisme intérieur étaient en fer. Au milieu de ces fragments, que le tassement des terres et la chute du plafond avait mis en pièces, on trouva des couches horizontales et symétriques d'une matière brune, qui étaient faites d'étoffes pourries. Le fond des trois coffres présentait le même aspect ; ils avaient contenu évidemment les vêtements de la jeune Gauloise.
En 1857, on trouva une deuxième sépulture, entourée de maçonneries grossières, à six mètres de l'angle sud-ouest du premier tombeau. Des ossements d'homme, des grains d'orge et de froment, le squelette d'un cheval furent trouvés. Une coupe d'un beau bleu foncé, une amphore à deux anses, faite de baguettes en email rouge et jaune, mêlées à une matière vitreuse de couleur verte.
Quelques mois plus tard, dans quatre petites salles attenantes au mur d'enceinte, on trouva une hache et un compas en fer assez bien conservés.
En 1864, on découvrit quelques sépultures flanquées de murs en cailloux et en sable, dans lesquelles on recueillit divers objets, entre autres, un fer de lance, un fragment de lame d'épée, la partie antérieure d'un couteau ; un denier d'arpent mérovingien du commencement du VIIe, fabriqué à Brioux, et un autre de Charlemagne frappé à Melle.
D'après les trouvailles de monnaies, les dernières n'étant pas postérieures à Constant (337-350), il résulte que la dernière villa fut détruite vers le règne de ce prince. Or les villas précédentes devaient remonter au IIIe, c'est vers le second tiers de Ce, peut-être, que vécut la femme artiste dont le tombeau et quelques ouvrages ont été retrouvés.
Il n'est pas question, cela va sans dire, d'en faire une chrétienne, mais son mobilier artistique nous permet de mieux connaître celui dont faisaient usage, vers le même temps, les décorateurs des catacombes et ceux des habitations chrétiennes.
H. Leclercq.
FONTS BAPTISMAUX. Après avoir traité longuement des baptistères (voir ce mot), il reste à dire peu de chose des fonts baptismaux. Les bassins employés à la célébration du baptême sont souvent confondus sous le nom de cuve, bassin, piscine, fonts, baptistère ; en réalité, il n'y a que deux types : la piscine et la cuve. Nous avons décrit quelques piscines caractérisées par l'excavation, les degrés. Leur forme circulaire, octogonale, crucifère, importe peu ; mais il faut constater qu'une confusion s'est introduite. La piscine, c'est le récipient creux dans le sol. La cuve, c'est le récipient posé sur le sol : dès lors, en vertu de cette distinction, passablement simpliste, on confère le nom de cuve à tout ce qui dépasse le niveau du pavement. Ainsi, la piscine de Meninx (El Kantara, dans l'île de Djerba, voir Dictionnaire, t. I, fig. 1-12) devient une « cuve baptismale » parce que les blocs de marbre blanc qui la composent étaient soit au ras du dallage, soit avec une saillie égale à une marche. Si on se reporte aux baptistères de Cividale (voir t. III, fig. 3003) ou de Ravenne, au baptistère des Orthodoxes (voir Manuel, t. II, fig. 216), on se trouvera de même en présence d'une construction en partie au-dessus et en partie au-dessous du niveau du sol.
Jusqu'à la limite chronologique de nos études, le baptême est administré aux adultes et aux enfants dans la piscine. En 816, un concile de Chelsea dit encore : infantes semper mergantur. Aucun monument ne prouve l'antiquité au-delà du XIIe parmi ces cuves baptismales qui se réclament du VIe ou du VIIe. Tout ce qu'on pourra dire sur ce point n'y changera rien. Les fonts baptismaux, en tant que cuves baptismales, n'appartiennent donc pas à nos recherches.
BIBLIOGRAPHIE. — F. L. Bond, Fonts and Font Covers, in-8°, Londres, 1908. — L. Cloquet, Fonts de baptême romains de Tournai, dans Revue de l'art chrétien, 4e série, t. VI, p. 308-320 ; cf. 1891, t. III. — J. Corblet, Histoire du sacrement du baptême, in-8°, Paris, 1881. — Dehaisnes, Notices descriptives sur les objets mobiliers conservés dans l'arrondissement de Lille, in-8°, Lille, 1894. — E. van Drival, Étude sur les fonts baptismaux, dans Revue de l'art chrétien, 1re série, t. II, p. 18-25, 97-109, 157-166, 201-211. — F. Duine, Cuve baptismale de X.-D. de Dol, conservée dans le jardin de Belle-Lande, dans Mémoires de la Société archéologique de Rennes, 1911, t. XI, 2e partie, p. 211 sq. — C. Enlart, Étude sur quelques fonts baptismaux du nord de la France, dans Bulletin archéologique du Comité, 1890, p. 169-193 ; Manuel d'archéologie française, 1927, p. 782. — Esquié, Note sur une cuve baptismale en plomb, dans Mémoires de l'Académie des sciences de Toulouse, 1880, VIIIe série, t. II, p. 41-149. — E. Henry, Antiquités du département de l'Aisne, dans Bulletin du Comité, 1880. — Jennepin, Notice sur une vasque de fonts baptismaux exécutée au XVIe pour l'église de X.-D. de Consorce, dans Annales du Cercle archéologique de Mons, t. XX, p. 19. — R. La Chère, Collections du Musée Athouf, in-4°, Paris, 1890.
Dans l'industrie, de grandes forces (« i » en ni à tondre li drap. Il faut les liilnl.es des I lai baies, m rencolil cise aux qui leur servaient à égaliser leur chevelure ou leur barbe. L'abbé l'ochel b i irqué sur plusieurs de i Iruments la trace du cuir ou de la toile qui leur servait d'elui . Ces forces sont semblables en tout — Undenschmldt, Allerlhumer unser. heidnische Vorzeit, p. i, n. i, lOchet, Sépulture romaines, tronques et normandes, is. 187, p. 188, 191, 103. point à celles dont on se sert de nos jours pour tondre les chevaux ou les brebis ', mais ils sont de tailles très différentes ce qui permet de supposer des attributions fort diverses. Les principales pièces de ce genre offrant quelqu'intérêt proviennent d'Envermeu, de Parfondeval (Seine-Inférieure), d'Armentières, de Caranda, de Breny, de Travecy, de Lizy, de Pontavert, de Vervins (Aisne) 2 ; de Charnay (Saône-et-Loire) de Délut (Meuse), de Bergères-les-Vertus (Marne). d'Herpès (Charente), d'Éprave, de Fresch aux, d'HarD'après Baudot, Mémoires sur les sépultures, 1860, pi. xix, fig. 3. mignies (Belgique). Parmi les trois paires de ciseaux ou forces trouvées à Charnay, une seule était bien conservée (fig. 4557) 3.
H. Lefclercq.
FORÊTS. — I. Arbres et bois sacrés. II. Influence climatérique des arbres. III. Grèce. IV. Asie Mineure. V. Palestine-Chypre. VI. Syrie, Asie antérieure. Chersonèse. VII. Égypte. VIII. Afrique romaine. IX. Espagne. X. Italie. XI. Île de Bretagne. XII. Germanie. XIII. Gaule. XIV. Jura. XV. Législation. XVI. Bibliographie.
I. Arbres sacrés. — L'existence des anciennes forêts était liée à celle de populations que le séjour dans ces retraites difficilement abordables, loin de toute civilisation, amenait à une immoralité détestable. Là se réfugiaient un grand nombre de proscrits, de brigands, et, en peu de temps, ces hommes et la famille qui se constituait bientôt autour d'eux, subissaient, dans leur caractère et jusque dans leurs traits, l'influence de leur sauvage séjour ; ainsi on prit l'habitude de représenter ces habitants des forêts comme des êtres sauvages *, dont il importait de relever les mœurs en conquérant le sol qui favorisait leur dégradation. On a très bien démontré que la disparition des forêts est en rapport avec l'amélioration des races ; la direction suivant laquelle s'est propagée la civilisation dans le monde antique, est également celle qui, s'avançant vers le sud-ouest, nous montre des forêts de plus en plus éclaircies 5. À ce motif se joignit la préoccupation de détruire souvent « le bois sacré cher aux muses » dans les pays où le paganisme avait choisi les forêts, lucus, nemus, pour y établir le culte raffiné des divinités rustiques. Les bocages étaient consacrés tantôt à des dieux, tantôt à des héros. L'antiquité classique est toute remplie de récits légers et pimpants sur les Dryades, les Hamadryades, les Napées, les Faunes, les Silvains ; des noms étaient l'objet d'une vénération particulière, comme la forêt de Dodone, l'un des premiers foyers de la religion et de la civilisation helléniques. Certaines essences étaient entourées d'un respect religieux, le chêne particulièrement, peut-être le frêne ne jouissait-il pas d'un moindre honneur. Ce culte pouvait quelquefois s'expliquer par l'utilité que les hommes retiraient de l'arbre, parfois aussi l'essence parfaitement improductive, pin, lentisque, cèdre, ne devait ses honneurs qu'à la persuasion où étaient les hommes qu'un dieu habitait au cœur de ces arbres et même que l'arbre ne fût dieu. Souvent un autel se trouvait dressé devant l'arbre et l'on y sacrifiait ; mais, soit qu'une intervention merveilleuse des dieux, soit qu'une superstition traditionnelle eut consacré l'arbre, il demeurait dès lors inviolable $. Les anciennes vies des saints sont remplies du récit des violences des évêques et des solitaires contre les arbres, les bocages sacrés et leurs divinités 7. Ces arbres sacrés étaient parfois entourés d'une clôture ; on y venait suspendre des offrandes, des tablettes votives, des ex-voto :
Licia dépendent longas velanlia sepes. Et posita est merilœ miillala bella due 8.
On peut prendre quelque idée de la vaillance que montraient les contempteurs chrétiens des arbres sacrés, si on se rappelle que, au dire de Caton, on ne pouvait abattre un tronc qu'après un sacrifice solennel destiné à expier cette sorte de sacrilège 9. Une divinité particulière fut dévouée aux forêts ; le culte de Sylvain, que les Romains disaient tenir des populations pélasgiques 10, fut en grande faveur chez les populations italiotes qui lui décernèrent le titre de custos 11. Grâce à l'extension de l'influence romaine, Sylvain s'acclimata dans un grand nombre de pays ; on le rencontre partout où se trouvaient jadis de vastes forêts, à la mutilation desquelles il survécut longtemps ; en Grèce 12, en Gaule 13, dans l'île de Bretagne 14, chez les Daces 15.
Sylvain reçut les surnoms les plus pompeux 16, sans perdre sa destination rustique 17. Son succès nuisit aux divinités rivales qu'il relégua dans leurs localités d'origine.
Cf. W. Engel, Kypros, in-8°, Berlin, 1841, t. I, p. 119 ; De Luynes, Numismatique et inscriptions cypriotes, in-4°, Paris, 1852, p. 27 ; on trouvait également des sanctuaires élevés à Artémis-Agrotera ; cf. Iliade, ch. xxi, vs. 471. — 8 Ovide, Fast., 1. III, vs. 266-267. — 9 Caton, De re rustica, c. cxx ; il donne même la formule d'expiation. Cf. Pline, Hist. nat., 1. XVIII, c. lxvii, 3-28 ; Ovide, Metamorph., 1. VIII, vs 740-741. Dans le Panthéon romain, Diane tenait la place d'Artémis chez les Grecs, c'est ainsi qu'Horace lui décerne le titre de sylvarum potens Diana, et Catulle celle de Sylvarum venerium, saltuumque reconditorum domina.
La vie des esprits sylvestres était attachée à l'intégrité de leur habitation. Chez les Germains du moins, les sylvains n'étaient pas nomades ; ils se confondaient si parfaitement avec le végétal, que l'outrage fait à l'écorce de l'arbre était une blessure, la déborticulation complète était la mort des petites déesses mystérieuses, nommées Waldweibchen ; aussi, pendant longtemps, dans plusieurs cantons de l'Allemagne, le bûcheron ne s'attaquait à un tronc qu'après s'être agenouillé devant lui et l'avoir imploré, les mains jointes et la tête découverte. De là, aux innombrables légendes concernant les esprits qui hantaient les bois, la distance était vite franchie, mais ce développement appartient au folk-lore primitif, nous ne nous y arrêterons pas. Nous indiquerons brièvement un aspect curieux de la superstition chez les peuples celtes.
Les idées de divination, de magie qui s'attachaient aux arbres, paraissent avoir donné naissance à cet alphabet magique, à ces runes merveilleuses qui représentaient les différentes lettres par des pousses et des scions. Ces signes recevaient chacun le nom de l'arbre sur le bois duquel ils étaient gravés par incision ; l'on agitait ces fragments taillés, de manière à les faire tomber de telle sorte que les lettres formassent des mots.
1, 1. Grimm, Deutsche Mythologie, in-8°, Göttingen, 1854, p. 451 ; W. Müller, Geschichte und System der altdeutschen Religion, in-8°, Göttingen, 1814, p. 379 ; T. Crofton Croker, Fairy legends of the South of Ireland, in-8°, London, 1802, part. 3, p. 84 ; Keightley, The fairy Mythology, in-8°, London, 1847, p. 378 sq. On trouvera dans ces ouvrages le développement ou pour mieux dire la génération issue de Syluanus, en Gaule, en Germanie, dans l'Île de Bretagne : Gobelins, Follets, Trolls, Kobolds, Elfs, Banshee, etc. Le nombre de ces Waldgeister, Waldleuten, Holzleuten, a été grand en Germanie, cf. A. Kuhn, Die Sprachvergleichung und die Urgeschichte der Indo-germanischen Völker, dans la Zeitschrift für vergleichende Sprachforschung, t. iv, p. 116 sq. ; W. Mannhardt, Germanische Mythen, Forschungen, in-8°, Berlin, 1858, p. 70. — ' Pline, H. N., I. XII, c. I, 2 : Prisco que ritu templis clausis arborum tantum adorabantur. — ' César, De bello gallico, I. VI, c. xxxix. — ' Fortunat, Carmen, i. 5 : Venerunt-metis, funum ingens gallica lingua refert. Les Celtes appelaient nemeton ces sanctuaires forestiers, et le nom est entré en composition dans plusieurs noms topographiques : Nemetacum, Nemetocenna, Nemelobriga, Nemetodurum, etc. Diel, Celtica, in-8°, Stuttgart, 1839, t. ii, p. 35. L'antenne était une déesse, du moins les Romains le crurent ainsi, J. de Wal, Mythologiæ septentrionalium monumenta epigraphica latina, in-8°, ad Hildesheim, 1847, n. 20, 21. Gruter, Inscript., p. 314, n. 3, le mont Vosèges était tenu pour un lieu d'où l'on tirait des augures. Plus tard, cet assemblage de signes fournit ses éléments à l'alphabet dit runique, qui prit en Irlande le nom d'Ogham craobh, c'est-à-dire « l'arbre aux lettres ».
Dans certains pays où le culte des arbres était entré dans les mœurs si profondément qu'on ne pouvait espérer le déraciner, les missionnaires témoignèrent à l'obstination ignorante plutôt que coupable de leurs néophytes une condescendance louable ; ils substituèrent le patronage de la Vierge et des saints à celui des divinités rustiques. En Irlande, les chênaies, appelées doire dans l'idiome indigène, furent consacrées au Christ. Au VIe, saint Colomban, étant venu prêcher l'Évangile, fonda deux monastères au centre de ces massifs sacrés dont l'un, après avoir gardé longtemps son nom de Doire, fut appelé dans la suite, par corruption, Derry ; l'autre monastère s'élevait à Doire-Magh ou Durrow, dans le King's county. Vu le grand nombre d'églises en Irlande qui ont ce mot Doire comme élément composant leur nom, d'où l'on peut juger de la multitude des lieux boisés dans lesquels saint Colomban et ses disciples substituèrent le culte chrétien à celui des sylvains, ce sont entre autres : Doire-mella, Doire-moor, Doire-inis, Darncagh, Dararda, Dore-bruchais, Dore-chacohain, Dore-chuiserigh, Dore-dumhon, Kil-doire, Kil-derry. Les ifs qui encadrent le porche de l'église de Newry ont été, dit-on, plantés par saint Patrice, ceux de Glendalough, par saint Kevin. Les deux missionnaires employaient ce moyen pour attirer au culte chrétien leurs Celtes convertis, mais respectueux de leurs croyances séculaires. On continuait à croire à la vertu des arbres et des bocages, tout en cessant de croire aux divinités qui y demeuraient. Les forêts continuèrent à inspirer le même respect, la même vénération que par le passé, et ce n'est qu'avec des ménagements qu'on habitua les peuples à adresser leurs demandes, non à l'arbre mais au saint personnage, dont l'image avait été placée sur le tronc.
II. Influence climatéri que des arbres. — Les anciens avaient constaté certains phénomènes naturels dont ils ne pouvaient offrir une explication scientifi que, mais que l'expérience leur permettait de prévoir et d'influencer dans une certaine mesure. Entre autres observations, ils avaient fait celle-ci : à savoir que l'humidité de l'atmosphère modifie les climats. Le rayonnement nocturne de la terre occasionne fréquemment, dans les régions ou l'atmosphère présente une entière transparence, le phénomène connu sous le nom de « gelée blanche ». Columelle, qui détient la science agricole de son temps, recommande d'avoir au printemps, lors que le temps est serein, des amas de paille dans les vignes, entre les rangées des ceps, et d'y mettre le feu lorsqu'on craint un froid inaccoutumé ; la fumée éloignera, dit-il, le brouillard et la rouille. Pline donne le même conseil. Un des éléments les plus actifs de la modification des climats par l'humidité de l'atmosphère est l'influence des grandes forêts. L'étendue considérable occupée par les forêts, à l'époque qui nous occupe, fait de leur observation un des points les plus importants de notre recherche. On sait que les espaces recouverts par des forêts sont, en quelque sorte, isolés du rayonnement solaire : l'air circule peu à l'intérieur de la végétation touffue, l'évaporation y est très réduite et l'on y trouve, dans les contrées et aux heures les plus chaudes, la température fraîche et humide des climats tempérés. Les forêts augmentent dans des proportions considérables la surface capable de se refroidir par voie de rayonnement ; « cette superficie, en raison de la multiplicité des organes foliacés, est plusieurs milliers de fois plus étendue que la section horizontale ; aussi, la rosée se dépose-t-elle abondamment sur les feuilles des arbres. Cette propriété qu'ont les forêts d'abaisser la température et de condenser les vapeurs aqueuses, s'observe de la manière la plus frappante dans les climats tropicaux. Au contadero de Las Calos, dit M. Boussingault, où je bivouaquai, la nuit était magnifique et, cependant, dans la forêt qui commençait à quelques mètres de distance, il pleuvait abondamment. De plus, les parties vertes des végétaux exhalent dans l'air de grandes masses d'eau qu'elles ont aspirées ou produites elles-mêmes par leur activité organique, et augmentent l'intensité du phénomène. » Il résulte donc de la présence des forêts d'une étendue considérable un abaissement de température, une augmentation du niveau des pluies, tandis que les plaines sablonneuses, refléchissant le calorique solaire avec force, empêchent, par ce moyen, les vapeurs flottant dans l'air de se refroidir et de se résoudre en eau. » M. Boussingault a cité un fait qui prouve combien est grande l'influence des forêts sur la fréquence des pluies : Dans le Chaco, dit-il, dont le sol est couvert de forêts, il y pleut toujours ; sur la côte du Pérou, dont le terrain est sablonneux, dénué d'arbres, privé de verdure, il n'y pleut jamais, et cela sous un climat qui jouit de la même température et dont le relief et la distance aux montagnes sont à peu près les mêmes. De plus, pendant la saison froide, lors que les arbres sont dépouillés de leurs feuilles, les forêts surgissent comme des écrans : elles cachent la surface du sol, et mettent obstacle au rayonnement nocturne. Ainsi, les forêts étendues empêchent la terre de se réchauffer pendant la saison chaude, et de se refroidir pendant l'hiver ; elles diminuent donc la différence entre les points extrêmes de température.
III. Grèce. — La Grèce, lorsqu'elle passa sous la domination romaine, avait perdu ou irrémédiablement compromis tous les souvenirs illustres de son passé. Les vicissitudes de fort une des cités avaient peu à peu étendu, aux dépens de l'art et de la religion, la zone agricole, refoulant, rognant sans cesse le patrimoine des dieux. Au temps de la conquête romaine, les forêts d'Érymanthe et de Nemée l'étaient réduites à n'être plus que de simples bocages. Tempe n'était plus qu'une vallée ombreuse, Dodone perdait ses arbres sacrés, depuis que les dieux s'en étaient éloignés. Olympie était réduite à un simple bosquet. La Crète est aujourd'hui entièrement déboisée ; il en est de même des Îles de Nauplie, d'Antiparo, d'Ipsara, de Nio, de Samos, de Polycandro, de Chios, et on peut supposer avec quelque vraisemblance que cette dénudation a eu les mêmes causes, et s'est accomplie vers le même temps, que pour la Grèce propre. Par contre, les Cyclades ont conservé une grande partie de leurs forêts ; on en rencontre à Imbros : chênes et sapins ; à Lemnos : chênes, pins et sapins, de même qu'à Myconos et à Thasos ; enfin, à Astypalée : chênes kermès, pins et érables. Dans les îles Ioniennes, l'île de Céphalonie conserva ses forêts jusqu'au temps de rétablissement des Vénitiens ; la partie septentrionale de Corfou a gardé son ancienne végétation de platanes, de cèdres, de pins, de sapins, de hêtres et de charmes ; Leucate a des chênes à cynthe que l'on qualifiait dès le temps de l'Odyssée, et que Strabon décrit comme très boisée : Xâ>8rlç \j.ért, u/.otp7t'jç Se, est aujourd'hui complètement dépouillée.
Dans les pays au nord de la Grèce, le chêne fait le fond de la végétation forestière ; dans l'Albanie moyenne et l'Épire, en Thessalie et dans la Macédoine maritime ; enfin, sur le Tekir-Dagh, on trouve mêlées aux autres essences le quercus ilex, le quercus acutus, le quercus coccifera. En Serbie et en Bosnie, s'élèvent de belles forêts ; dans cette dernière province, on trouve le sapin, le pin, le bouleau mêlés au chêne, en grande quantité.
IV. Asie Mineure. — Dès le début de notre ère, l'Asie Mineure était presque entièrement déboisée. Vibius Sequester ne cite que les forêts de Thymbra en Phrygie et de Claros. Les documents chrétiens font mention de bois dans lesquels les chrétiens se réfugient pour échapper aux persécutions, c'est ce que nous pouvons lire dans les Actes des saintes Irène, Agape et Chionie et dans le récit médiocrement historique de la passion de Théodote le cabaretier. En Bithynie, il devait se rencontrer encore des étendues de bois assez importantes, la fondation de la ville d'Hadrianou therai (les chasses d'Hadrien) indique une contrée giboyeuse et par conséquent boisée. La Lysie avait conservé de larges plantations de chênes, de platanes et de pins ; la Cilicie avait des cèdres.
V. Palestine, Chypre. — Le Liban, l'Anti-Liban, les monts Baschan furent déboisés par les Phéniciens qui en tiraient le cèdre, le pin, le chêne indispensables à leurs constructions navales. En Chypre, avant l'époque d'Ératosthène, la forêt envahissait tout, tellement qu'on promit à celui qui défricherait, la propriété de l'espace qu'il aurait déboisé ; on en arriva dans la suite au point que la forêt d'Idalie elle-même ne fut pas respectée.
VI. Syrie, Asie Antérieure, Chersonèse. — La Syrie fut également exploitée par les Phéniciens ; la Chaldée, le Kurdistan ont conservé d'immenses forêts de chênes ; sur l'Ararat, on trouve le chêne, le bouleau, le noyer. La Perse est très déboisée sans qu'on puisse dire à quelle époque remonte cette situation. Dans l'Imétérie, on rencontre le hêtre, le charme, le noyer, le châtaignier, le plaqueminier. Sur les côtes de la mer Noire, nombreuses forêts entre Héraclée et Kizil-Yrmak ; on y trouve, le chêne appelé « à bois de fer ». Les montagnes de l'Olympe, entre la mer de Marmara et la mer Noire ont de belles forêts. La Crimée aussi. Constantin Porphyrogénète mentionnait celles de l'isthme de l'Isthme.
VII. Égypte. — L'Égypte a perdu les essences qui, sans remonter à la plus haute antiquité, formaient encore à l'époque chrétienne des massifs boisés d'une importance relative.
VIII. Afrique romaine. — La difficile question de la climatologie de l'Afrique romaine peut trouver quelques indications utiles dans l'état forestier de l'Algérie pendant les premiers temps de la conquête française, lors que la terre était plus abandonnée à elle-même qu'elle ne l'a été depuis. Dans l'ancienne Maurétanie (Césaréenne, Sétifienne et Tingitane) de belles forêts s'étendaient sur les bords de l'Oued-Sefsaf, entre le Sig et l'Oued-cl'Hammam ; au nord-ouest de Mascara, entre Saïda et Takdemt se voyaient d'importants massifs de chênes blancs. Dans la région de Cherchel-Coleah, la végétation forestière était plus considérable encore, la forêt de Maz-Afran a le frêne et on trouve le cèdre du Liban sur les montagnes de Riga. Dans la plaine de la Mitidja, on pouvait encore découvrir les traces d'une forte végétation coupée par les envahisseurs arabes. Dans la Numidie, le chêne zan, qui rappelle le châtaignier, forme de superbes massifs sur la chaîne de l'Edough, à l'ouest d'Hippone et dans les vallées de la Seîbouze ; on le retrouve dans la forêt de l'Ak'fadou qui se lie aux bois de l'Afroun et de l'Adrer-ez-Zan ; sur le Tamgout croît le chêne ; sur le Kendirou, le noyer, sur le Jurjura, le frêne. Autour de Hippone il y a encore quelques jujubiers dont les essences durent être assez nombreuses jadis pour mériter à la ville, son nom arabe Bleid tl-Huneb, la ville des jujubiers. Les environs de Cilla, la gorge du Hammam, absolument dénudés de nos jours, ne paraissent pas avoir été mieux partagés d'après ce que nous lisons dans la Passion des saints Jacques et Mariée. La Byzacène, la Libye et la Cyrénaïque furent dépouillées de leurs forêts dès une haute antiquité, les montagnes de Kabylie sont couvertes de belles forêts.
IX. Espagne. — Le déboisement presque complet de vastes régions de l'Espagne, au centre de la péninsule principalement, peut remonter à une époque très ancienne sans précision possible. L'exploitation des minerais d'un sol exceptionnellement riche, l'inertie d'un peuple essentiellement paresseux et imprévoyant, ont dû amener de bonne heure l'exploitation des forêts et leur destruction progressive. Quelques forêts assez vastes mais très distantes les unes des autres, de la Vieille-Castille à l'Andalousie, ne suffisent pas à constituer un système forestier.
Les forêts qui embellissaient jadis la Sicile ont en partie disparu, quelques crêtes ont été épargnées, l'Etna a gardé une zone boisée vers la région moyenne de sa cime, le bois de Catane mesure trente-deux kilomètres de longueur.
La Sardaigne « a vu depuis les premiers établissements carthaginois, son manteau forestier se rétrécir graduellement par l'effet des incendies et par suite de l'imprévoyance des paysans. Les forêts forment encore la sixième partie du territoire de l'île, et plusieurs sont de véritables forêts vierges. Cette ligne forestière de la Sardaigne se continue au delà du détroit de Bonifacio, sur la chaîne qui traverse presque longitudinalement la Corse et dont les points culminants sont les monts Rotondo, Paglia-Orba, Cinto et Cardo ». Les essences dominantes sont le pin, le chêne blanc et le chêne vert, le châtaignier, le térébinthe, l'olivier.
L'Italie a été plus dévastée. De la forêt Ciminienne, Ciminia sylva, qui s'étendait des bords du lac de Ronciglione jusqu'au cœur de l'Étrurie », il ne reste aujourd'hui que quelques bouquets de bois. Tite-Live, qui en parle, signale aussi la forêt Mœsia », la forêt d'Albe », la sylva Litana », qui s'étendait de la source du Fanaro à celle de la Secchia. Juvénal nous apprend que, de son temps, les Juifs avaient commencé à s'installer dans la forêt d'Aricie ».
Strabon énumère quelques forêts d'Italie, parmi lesquelles celle de Sila, dans le Bruttium, a été gardée relativement intacte. Strabon dit qu'elle occupait, de son temps, une étendue de 700 stades, c'est-à-dire, 176 kilomètres ». Dans la Basilicate, on croit que les forêts encore subsistantes des environs de LagoNegro seraient des restes de la forêt d'Angitia, en Lucanie ». La forêt des Garganus a presque entièrement disparu ». La forêt Valsinienne existe encore en partie sur les montagnes entre le lac de Bolsena et le Tibre et se rattache aux derniers restes de la forêt Ciminienne qu'on rencontre du Ciminio di Soriano à la Tolfa ». L'Apennin a perdu assez peu de sa végétation forestière pour donner lieu de penser qu'elle ne fut pas sérieusement entamée pendant les premiers siècles de notre ère. Au contraire, la province de Lumigiano est presque déboisée, mais ici encore nous avons à faire, semble-t-il, à une opération tardive » ; la plaine du Pô ne possède plus aucun conifère », et le déboisement qu'on lui a fait subir ne paraît pas avoir été poussé par les anciens sur le revers de la chaîne des Alpes ».
Île de Bretagne. — César donne à l'île de Bretagne l'épithète d'île couverte de forêts ; elle devait être méritée puis que deux siècles plus tard, les légions romaines et les corps auxiliaires qui se trouvaient en Écosse reçurent, l'an 207 de notre ère, de l'empereur Sévère, l'ordre de s'employer au déboisement de la contrée. À en croire les historiens, cinquante mille hommes auraient péri dans cette entreprise.
Entre cette époque et celle des rois normands, les textes concernant les antiquités de l'Angleterre sont rares et brefs ; il est vraisemblable que les ordres de Sévère ne reçurent qu'une exécution partielle ; en Écosse, l'antique sylva Caledonica subsista, et couvrait un espace d'environ vingt milles ; mais elle fut morcelée dans la suite. Malgré la tendance des rois de la dynastie normande à l'afforestation, il ne faut pas leur attribuer la disparition de la majeure partie des forêts de l'Angleterre et de l'Écosse ». Selon Dell'immédiate influence de la seine sur le cours du Corvel, il existait soixante-huit forêts en Angleterre à l'époque de la conquête des Normands ». On peut croire que ces massifs étaient d'une grande étendue, à en juger par ceux que mentionne le DoomsdayBook : New-Forest dans le Hampshire, Windsor forest dans le Berkshire, Gravelinges dans le Wiltshire, Winburne dans le Dorsetshire, Whichwood dans l'Oxfordshire ; ajoutons les forêts de Wistmann, près de Dartmoor », de Rochingham dans le comté de Northampton », de Wirall (Irlieul, Wirhale, KillGury) dans le Cheshire, entre les embouchures de la Dee et de la Mersey » ; dans cette même presqu'île du Cheshire, et plus à l'intérieur, la forêt de Delumare ». La forêt de Galtres a été sans cesse réduite*. Les comtes de Nottingham, de Lincoln, de Derby, de Leicester, de Rutland comprenaient d'immenses forêts, celle de Sherwood, limpida sylva, entre autres ; celles de Dunsinane et de l'Irnam ont disparu. Dans le West-Riding, à 3 milles environ à l'ouest de Knaresborough, une forêt s'étendait sur une longueur de 20 milles ; dans le North-Riding, se trouvait Swoledale Forest absolument nivelée aujourd'hui ». Il faut nommer encore les forêts de Tilgate et de Hastings et le district forestier jadis désigné par les noms de Andred, le grand bois, de Saltus regalis dans la suite, et enfin de Weald » ; les forêts du North et du South Firth », L'emplacement actuel de Londres était occupé par une forêt qui séparait le bourg de Londinium du village de Westminster et dans laquelle se trouvait englobé le hameau de Charing ».
Nous pouvons juger de l'importance de la végétation forestière par les mesures prises en vue du déboisement. Jean de Lancastre occupa 21 000 ouvriers à abattre les forêts de l'Écosse. Robert fit une expédition à Inverary, en détruisit de larges espaces.
L'Irlande n'était pas moins abritée que l'Angleterre. Giraud de Cambrie, en son temps, citait des forêts qui avaient plus de 30 milles de long ; l'île portait couramment le nom de woody island, l'île boisée ». Arthur Young dit qu'il n'y a pas observé cent acres de terre sans y rencontrer quelques signes évidents que jadis les bois en revêtaient la surface aujourd'hui totalement dépouillée. Ce déboisement s'est étendu jusqu'aux Orcades, aux Hébrides et à l'Islande ».
A l'époque de la conquête romaine, la Gaule était aména lacis immanibus, écrit Pomponius Mela, et les Commentaires de César ne démentent pas cette qualification. En groupant les traits que ses livres et ceux que quelques auteurs qui l'ont reproduit, ou peu s'en faut, nous voyons que dans le pays des Belges, les habitations se trouvaient le plus souvent à la lisière des bois, parfois même au milieu des forêts ; là se trouvaient réunies toutes les conditions nécessaires à une vie grossière. On vivait principalement du produit de la chasse et de la pêche ; une clairière servait de pacage pour les bestiaux, la culture du grain était rare. « Les Belges, dit Strabon, font leur nourriture de lait et de viandes de toute espèce et principalement de chair de porc fraîche ou salée ; ces porcs sont élevés en liberté et en plein air ; ils appartiennent à une race sauvage et sont aussi dangereux que des loups. Les Belges en ont une grande quantité et en tirent des produits qui leur suffisent pour acheter aux marchands étrangers tous les objets de leur consommation ». Les caractères des localités habitées par les populations belges se retrouvaient plus ou moins complètement dans les régions où ils avaient envoyé des groupes s'établir. Le centre et le midi de la Gaule étaient à la même époque en possession d'une civilisation moins primitive. De vastes espaces découverts y étaient semés de blé, d'orge et d'autres céréales ; en outre on retranchait sans cesse quelque chose aux forêts ou profit de la culture, en sorte que l'aspect de la Gaule du centre et du sud-ouest devait avoir quelque analogie avec la physionomie de quelques cantons de la Normandie, du Perche, de l'Anjou et du Poitou, désignés sous le nom de « bocage ». Les buissons, associés à quelques baliveaux, formaient des enclos naturels ; chez les Nerviens, ils étaient remplacés par des haies, témoins et débris des forêts primitives. Le déboisement, toutefois, s'arrêtait aux frontières du territoire des cités, car les hommes de ce temps laissaient indécises les limites d'état à état. Ces « marches » ou frontières demeuraient comme un rideau plus ou moins épais, plus ou moins impénétrable, suivant que le sol favorisait la végétation forestière. On peut, aujourd'hui encore, retrouver quelques vestiges de ces « marches » boisées. La frontière méridionale du pays des Iricasses présentait une massive barrière arborescente, dont les forêts d'Othe, d'Aumont, de Rumilly, de Chaource, de Chappes, d'Orient, de Soulaines, de Bliffeix et de Der sont les restes.
Après avoir déterminé avec le moins d'imprécision possible la superficie forestière de la Gaule, nous pouvons rechercher quels étaient les essences les plus répandues. Ces essences différaient peu de celles qu'on y rencontre aujourd'hui. On y trouvait nos principales espèces de chênes, l'érable, le bouleau, dont on tirait une sorte de résine, l'orme, le saule, le pin, dont on tirait une poix de qualité supérieure, très recherchée en Italie. Le sol de la Gaule était favorable à l'élève de l'if, mais il ne se répandit guère, malgré cela, car on regardait son ombrage comme funeste et son bois comme empoisonné. Il faut encore mentionner le buis, qui, dans la Celtique, atteignait un développement inaccoutumé, le platane, qui ne dépassait pas le pays des Morins, le hêtre, très abondant dans les lieux un peu élevés, d'au moins 600 mètres, tandis que le chêne occupait les forêts inférieures. Il est possible que le châtaignier, qui recouvre aujourd'hui le centre de la France, ait été importé d'Asie à une époque postérieure.
Le chêne, de l'espèce appelée « rouvre », robur, procurait, de loin en loin, car c'était une maladie, le gui ; les glandifères produisaient encore le champignon blanc, employé comme antidote, décrit par Pline et identifié par Littré avec l'Agaricus officinalis. La production des glands avait alors plus d'importance que de nos jours, à cause de l'élève du porc, alimentation la plus généralement répandue chez les anciens ; le staphylodendron (Staphylea pinnata) dont le bois est semblable à celui de l'érable blanc, produisait des graines renfermées dans des gousses et dont le goût rappelait celui de l'aveline. Le pin des Cévennes et le sapin des Alpes partageaient la réputation de celui du Jura et des Vosges ; la poix qu'il distillait, pix corticala, servait aux Allobroges comme condiment du vin. Le pin ordinaire et le pin sylvestre produisaient chacun une résine sur le sol gaulois ; le mélèze produisait le larix. L'if, nous l'avons dit, n'était pas sans avoir des propriétés toxiques. Pline dit que le vin transporté dans des barils fabriqués avec de l'if de Gaule peut donner la mort. César nous apprend que cette essence pullulait en Gaule et en Germanie. Ces indications peuvent avoir subi quelques modifications par suite de la conquête romaine ; néanmoins, il ne semble pas que la superficie forestière ait été notablement réduite par les Romains, et si l'on tient compte de l'altération qui résulta de la destruction et de l'abandon d'un grand nombre de terres et de cités par suite des ravages exercés par les Huns, les Goths, les Vandales, les Burgondes, les Francs, on pourra supposer, sans chance d'erreur, que le rendement forestier avait pu demeurer sensiblement le même au début de notre ère et vers le temps de Charlemagne.
À mesure qu'on s'enfonçait plus profondément dans la Gaule, en s'éloignant de la Méditerranée, on rencontrait des massifs forestiers de plus en plus épais et de plus en plus vastes. À peine la Durance franchie, commençaient les grandes forêts ; au-delà et à l'ouest se dressait la chaîne boisée des Cévennes ; à l'est s'élevaient les forêts de l'Helvétie, qui allaient rejoindre celles de la Rhétie et de la Gaule cisalpine ; au nord de la Gaule, nous avons dit ce qu'étaient les forêts. Entre ces populations, vivaient les Arvernes et les Éduens, dont la puissance très grande fait supposer qu'ils avaient déjà donné une partie de leur sol à la culture ; la région du territoire Éduen, que traversait le Rhône, était couverte de champs de blé, de même que la partie ouest du pays des Allobroges. Les forêts de Fontainebleau et de Montargis séparaient les Sénons des Carnutes. Dans le centre de la Gaule, le pays des Lemovices, celui des Cadurques, celui des Bituriges paraissent avoir été moins ombragés. Les Cadurques cultivaient de grands champs de lin ; les Bituriges exploitaient d'importantes mines de fer, et leur territoire passait pour très fertile ; il devait l'être, en effet, afin de pourvoir à la consommation d'une population nombreuse. À plus forte raison, le pays des Carnutes, qui, malgré ses forêts, pouvait suffire à l'approvisionnement des armées romaines pendant leurs quartiers d'hiver. L'Aquitaine, et la partie de la Narbonnaise qui l'avoisine, étaient peu boisées, car il ne faut pas comparer aux grandes forêts les fourrés de pins sur les dunes de la Gascogne ; le reste du littoral de l'Océan demeurant à l'altitude générale peu élevée de l'Aquitaine, l'exploitation des mines de fer concouraient à empêcher l'afforestation du pays, qui suffisait aux besoins domestiques et commerciaux. La Provence avait, à l'époque romaine, substitué, presque partout, l'olivier à la culture des céréales aux forêts qui abritaient le sol à l'arrivée des Grecs dans le pays. L'Armorique, les territoires qui s'en rapprochent, offraient de larges zones arborescentes qui ne furent guère entamées jusqu'au Moyen Âge. Le pays des Andecaves, des Abnecalui, des Essui, des Diablintes, formait une région dont l'aspect général était très boisé. La Seine et la Marne marquaient alors la frontière de la Celtique et de la contrée occupée par les Belges. Du nord d'Orléans aux portes de Paris, du pays des Durocasses à celui des Véliocasses, s'étendait une marche forestière dont les forêts d'Orléans, de Montargis, de Fontainebleau, de Rambouillet, de L'Haye, sont les derniers vestiges. « Sans doute, écrit A. Maury, cette marche boisée a été de bonne heure scindée en plusieurs forêts distinctes ; mais avant l'arrivée des Romains, comme on ne voyageait guère que par les rivières, il n'avait pas été nécessaire d'ouvrir un grand nombre de routes à travers cette zone d'arbres ; elle gardait alors certainement sa physionomie originelle, et, après leur établissement dans les Gaules, les Romains respectèrent une partie, ou peut-être la totalité, de cette forêt, comme ils le firent pour l'Ardenne. Le canton appelé jadis Deserse, Serve ou Ilesreuvre, et qui s'étend au sud-est du département de l'Eure et sur la lisière de celui de Seine-et-Oise (canton de Houdan), tire son nom de l'expression Diana sylva, transcription latine du mot celte demi, den, forêt. C'était la marche commune des Carnutes et des Aulerques Éburovices. Cette marche fut démembrée de si bonne heure qu'il n'est plus possible aujourd'hui d'en reconstruire, même approximativement, la topographie.
Apres avoir franchi la Seine on entrait dans la Gaule Belgi que ; alors la profondeur, les dimensions des forêts augmentaient encore ; le pays n'était plus pour ainsi dire, qu'une vaste nappe arborescente. Au nord de Luleee. s'étendait la forêt de Siloii qui, sauf quelques clairières, allait du sill.i, Louvrcs jusqu'au milieu du département de l'Aisne, englobant en un seul massif les Forêts de Chantilly, de Compiègne, de l'Aiguë, de Coucy, de Villers Cotterets. La forêt des Sylvanectes, se terminait probablement vers les marais tourbeux du Ponthieu et de l'Amienois « . Au delà de la Seine, se munirait la forêt Charbonnière, Sylva Carbonaria », souvent mentionnée dans les plus anciens récits de la mérovingienne '. Elle s'étendait jusqu'à l'Escaut et vallons sur les origines du Mont Saint-Michel, et en particulier sur l'existence de la forêt de Scissy, dans les Mém. de la société ruine des antiq. de France, nouv. série, t. 1, p. 157 sq. La forêt de Scissy, d'après un témoignage du IXe ou du Xe, entourait le mont sur une épaisseur d'environ dix milles ; un ms. du XIVe-XVe la fait aller jusqu'à Dalelum (Aleth) autrement dit Saint-Servan. La forêt subsistait encore en 540 ; elle fut engloutie et servait de limite, au VIe, entre les royaumes de Neustrie et d'Austrasie > ; on peut faire rentrer dans son périmètre les forêts de Soignes, de Vicogne, de Fagnc, de Mormal, de Sirault . A mesure que l'on se rapprochait de l'Océan, les arbres perdaient leur grande élévation, les fourrés leur épaisseur ; ce n'était plus qu'un sol marécageux recouvert de buissons et de halliers. La côte, depuis Ostende jusqu'à Boulogne, paraît avoir conservé ses forêts jusque vers le temps de Charlemagne ' ; et les recouvraient toute la vallée de la Liane et occupaient l'emplacement actuel de Boulogne, jusqu'à Hardelot, Samer, Desvres, La Capelle et la « Fosse boulonnaise » '. La région de Saint-Omer, Aire était couverte par la sylva Tristiacensis ou Vaslus sattus et le bois de Beyla (Bailleul) situé entre Budderworde et Thourout. Le bois de Lucheux, corruption du mot Leodegaire, est un débris de la sylva sancti Leodegari, qui s'étendait sur le territoire des Atrébates et se rattachait aux précédentes. A l'est, les forêts d'Arouaise, Arida gamantia sylva, et de Thiérache, Theoracia sylva, furent défrichées de bonne heure. La forêt d'Arouaise se serait étendue d'Albert (Somme) jusqu'à la Sambre. « Ainsi les anciennes provinces de Picardie, d'Artois, de Flandre et de Hainaut étaient recouvertes, sur les trois quarts de leur superficie, de forêts se rattachant sans doute les unes aux autres par des lignes d'arbres souvent entrecroisées et formant de véritables plexus. Aujourd'hui, les effets de l'érosion de la mer ne permettent pas de rétablir la topographie de cette marche forestière qui a disparu sous les flots, mais en sondant les estuaires des divers fleuves qui déchargent leurs eaux dans l'Océan, de l'Elbe, de l'Oder, de l'Ost, de l'Ems, du Weser ; en visitant le delta du Rhin et les bords du Bies-Bos et du Zuyderzée, l'ancien lac Flevo, on retrouve, dans la couche inférieure des terrains appelés en Hollande Moor et Veen, les traces du séjour de l'homme et des fragments de végétaux arborescents qui ombrageaient ces contrées ». Signalons la forêt de Nimègue, sylva Noviomagensis, dans laquelle allait chasser Louis le Débonnaire. On voit, par ce qui vient d'être dit, que la Belgique, actuellement si peu boisée, le fut jadis sur presque toute sa superficie ; l'on garde même le souvenir de plusieurs des forêts qui subsistaient encore aux Ve et IXes de notre ère. » Rappelons brièvement la forêt de Heinaerst-Trist, débris du Vastus salins, le Skeldeholt qui se prolongeait sur les bords de l'Escaut et touchait le pays de Waes, dans le comté de Gand. Entre les bords de la Lys et ceux de l'Escaut était la forêt de Lisga, dont le centre a pu être Harlebecke. La sylva Thoraldi et la sylva Thoralti occupaient, au VIIe, l'emplacement des villes actuelles de Turnhout et de Thourout ; et elles étaient dédiées au dieu Thor.
La forêt la plus considérable de la Belgique était le massif des Ardennes dont César, Strabon, Tacite nous ont parlé et qui s'étendait des bords du Rhin, à travers le pays des Trévires, jusqu'aux Nerviens, sur une longueur de plus de 500 milles ; plusieurs routes la traversaient, dès l'époque romaine. Aux Ve et VIes, la forêt de l'Ardenne subit de nombreux déboisements. A l'époque mérovingienne, Childebert avait une résidence à Belsonancus, aujourd'hui Bastogne ; au temps de Charlemagne, elle formait déjà plusieurs lots, puisqu'un diplôme de 802, qui fait donation de deux localités peu éloignées de Trêves, Cerviam et Ccrviaco, interdit la chasse dans les forêts voisines. De plusieurs côtés de l'immense massif, se faisaient des éclaircies ; mais elles n'entamaient pas notablement l'Ardenne qui garda son aspect formidable et sa réputation effrayante.
XIV. Jura. — Le Jura formait comme un vaste portique vers la Germanie. Il représentait alors une superficie de 320 à 360 kilomètres en longueur sur 40 à 60 kilomètres en largeur, entièrement boisée, depuis le mont Vouachc, à l'ouest, sur le territoire des Allobrogcs, jusqu'au Raudenberg, près de Schaffhouse, à l'est, près du territoire des Rauractes. Le Jura constituait le Saltus sequanus que la fertilité de son sol fit défricher, dès le temps de la domination romaine. Tout le territoire compris entre l'Ognon, le Doubs et la Saône, commençait à être découpé de larges clairières où s'élevaient des oppida, des vicus. Dès le temps de César, Besançon était un centre d'approvisionnement, d'où il faut conclure que de vastes espaces de la région avaient été mis en culture. Des voies romaines furent tracées dont on a relevé divers tronçons ; ainsi, on traversait des espaces célèbres, tels que la forêt de la Serre, la forêt de Lachaux, la forêt de Colonne, la forêt de Chatelneuf, la forêt de Loulle, d'autres encore, comme celle qui s'étend entre Sellières, Arlay et Bellevesvre, celle qui s'étendait entre la rive gauche du Doubs et le bassin de la Seille et dont le sol est complètement défriché. Pendant toute la durée des siècles qui nous occupent, depuis le temps des Gaulois jusqu'à Charlemagne, le déboisement du Jura fut à peine interrompu. Dans une charte de l'année 793, rédigée à Reims, Charlemagne faisait don à l'abbaye de Saint-Oyen-de-Joux d'une grande partie de la forêt du Jura et il en indique ainsi l'étendue : depuis le lac de Brassus nommé l'Orbe, et tout le long de Noirmont, en suivant le cours de la rivière, jusqu'aux Alpes et au chemin qui sépare le milieu de la forêt-sous-Jouarre ; depuis le cours de la Valserine jusqu'au Bief-Brun, et de ce Bief jusqu'à la Semine ; de la Semine jusqu'au Bief-Noir ; la troisième partie d'Eschalon et depuis la rivière d'Orbe, du côté du couchant, jusqu'aux Chaumes appelés Mereuses (Ici Maréchets) ; et, de là, en tirant à l'est, jusqu'à la plaine de Segouciac (dans le pays de Vaud). Les forêts de la Séquanie redescendaient les pentes orientales du Jura et allaient mourir vers le Rhin qui les séparait des premiers taillis de la forêt Noire et des forêts du pays des Helvètes.
XV. Législation. — Les peuples germaniques qui s'établirent en Gaule aux Ve et VIes, tiraient trop d'avantages de la forêt pour n'en être pas les protecteurs. Nous pouvons juger de leurs plus anciennes coutumes, grâce aux codifications rédigées, à une époque moins reculée, sous l'influence des Romains. La loi salique envisage dans la forêt le repaire des animaux féroces qui servent à la chasse et la ressource toujours prête pour la pâture des animaux domestiques. Outre le souci qu'elle prend des porcs, des brebis, des chèvres, des oiseaux, des abeilles ; elle édicte les dispositions suivantes au sujet des forêts : Chapitre VII. De furtis arborum. 1° Si quis pomarium, sioe quamlibet arborcm domesticam, extra clausuram exciderit mit furalus fuerit, CXX dinariis qui faciunt solidos XI, culpabilis judicetur, excepto capitale et delatura. 2° Si quis vero pumarium, aul quamlibet arborem domesticam infra clausuram exciderit aut furalus fuerit, DC dinariis, qui faciunt solidos XV, culpabilis judicetur, excepta capitale et delatura. 3° Hane quo que legem et de vilibus furatis observari jussimus. 4° Si quis in silva alltrius materiamen furalus fuerit, nul, incendit vel concapulaverit, mit ligna alltrius furgverit, DC dinariis qui faciunt solidos XV, culpabilis judicetur, excepta capitale et delatura'. Ces peines, comme il frappe l'attentat contre l'individu, sont d'une extrême gravité. Celui qui aura coupé du bois de chauffage ligna ou du bois de construction, materiamen, paiera XV sous ; il ne lui en coûtera que le double s'il frappe un homme à la tête assez brutalement pour lui faire sortir trois os. La loi ripuaire condamne expressément le vol dans les forêts royales ou communes ; les lois lombardes décident que celui qui abat un arbre de réserve ou qui en enlève la marque, perdra la vie ; et défendent d'incendier les forêts. Les lois barbares ne nous apprennent pas tout ce que nous voudrions savoir sur la propriété forestière ; cependant, il importe de recueillir ce que nous savons et d'en tenir grand compte dans l'étude des établissements ecclésiastiques et monastiques à partir du grand remaniement de la propriété foncière qui eut lieu à partir du Ve. Il parait surprenant que la plupart de ceux qui écrivent la monographie des anciennes Églises et abbayes fassent si peu attention d
La forêt qui existait dans presque tous les domaines ne soutint pas la division : elle restait matériellement indivise, chacun en était propriétaire, en proportion de la part qu'il détenait dans la villa. C'était la communio silvœ qui est mentionnée par les lois et dans un certain nombre de chartes. « On peut faire l'hypothèse qu'il y a eu quelques forêts communes à un canton ou à une région ; je ne l'admets pas, pour ma part, écrit Fustel de Coulanges, parce que je ne vois aucun indice de pareille chose ; mais je conviens que quelques-uns l'admettent, à condition qu'ils n'y voient qu'une exception. Ceux qui font de cette communauté des forêts un usage normal ont contre eux tous les documents. Car les chartes et les formules signalent uniquement des forêts possédées en propre ; et pas une fois elles ne montrent une forêt commune ». Un peut s'expliquer ces forêts communes sur lesquelles chacun avait un droit non de propriété, mais d'usage, par une extension des coutumes des anciennes marches forestières qui servaient de frontières aux peuplades. La civilisation romaine avait tendu à substituer la propriété individuelle à la propriété communale. Une fois maître de la forêt, le propriétaire restreignait de plus en plus le droit d'usage des habitants des villages voisins ; les marches, elles-mêmes, furent souvent partagées entre les cités dont elles formaient la couverture. Au moment de la conquête de la Gaule, un grand nombre de forêts « devaient être devenues la propriété d'hommes riches, mais la tendance des peuples germaniques allait à l'encontre de cette exception romaine. La rédaction des lois barbares, notamment les V et VIes, nous montre clairement que le droit des usagers tendait à se réduire de plus en plus ; on en peut saisir la marche entre la loi salique et la loi Gombette. La première impose au propriétaire la marque, comme signe de réserve : la seconde, l'en dispense de fait, puisqu'elle n'autorise l'étranger à disposer que du bois mort et du bois tombé : de jacentivis et sine fructu arboribus. Les barbares s'aperçurent bientôt du profit qu'il y avait pour ceux qui font la loi à introduire le régime de l'individualisation de la propriété forestière : c'est ainsi que les plus forts s'emparèrent des forêts dont ils dépouillaient les propriétaires ; il arrivait aussi, que l'éviction étant impossible, on faisait un accommodement. Un titre de la loi wisigothe est ainsi libellé : De syh'is inter Golhum el Romanum indivisis relictis. En Germanie, les forêts communes persistèrent fort longtemps ; en Gaule, elles disparurent d'assez bonne heure : l'intérêt des propriétaires leur conseillait de restreindre de plus en plus le droit des usagers, ce qui contribua dans une certaine mesure à entraver le défrichement.
La dynastie carolingienne contribua à faire triompher en Gaule le droit forestier inspiré de la législation romaine. Les rois et leurs grands officiers réservèrent, en vue de leurs chasses, de vastes étendues de forêt, forestis, foresle, qui fut le nom nouveau de l'ancienne sylva. La passion que les Francs avaient pour la chasse devait tendre à agrandir la superficie boisée ; aussi les princes se dessaisissaient-ils rarement des forêts de leurs domaines. Les concessions de forêts accordées par les rois à des particuliers furent d'abord très peu nombreuses ; elles n'étaient généralement obtenues que par des ecclésiastiques, en faveur de leur Église, ou par des abbés, en faveur de leur monastère. La première donation qui se rencontre à cette époque est consignée dans un capitulaire de l'an 804. Elle est faite, en toute propriété, par l'empereur Charlemagne à l'évêque et à l'Église d'Osnabruck. Sous les deux premières races, il se produisit un morcellement de la propriété forestière dont on trouve un exemple instructif dans la vaste forêt des Sylvanectes ; mais, « en résumé, l'état forestier de la Gaule, sous la première race et au commencement de la seconde, ne devait pas être bien différent de ce qu'il était sous les Romains. Le seul trait qui différencie les deux époques, c'est que de plus en plus coupées par des chemins, les forêts anciennes, encore subsistantes, tendaient à se partager en plusieurs forêts distinctes ». « On peut dire, d'une manière générale, que partout où les bois subsistent aujourd'hui ; partout où nous pouvons constater, à l'aide de textes et de chartes, qu'ils s'étaient conservés au moyen âge, il y a très grande probabilité pour qu'ils eussent été debout à l'époque romaine, car on n'a cessé de déboiser depuis, et l'on a dû faire bien des plantations, si l'on en a jamais fait ». Il semble tout à fait conforme à la vérité historique de croire que l'extension des forêts à l'époque que nous étudions a été énorme et n'a subi que des réductions peu considérables.
La loi burgonde, traitant des défrichements, statue que si une forêt commune a été défrichée, soit par un Burgonde, soit par un Romain, le défricheur abandonnera en toute propriété à son hôte co-propriétaire une étendue de la forêt égale à celle du sol défriché, laquelle est la propriété exclusive du défricheur : Si quis tant Burgondio quam Romano in sylva communi exartum fecerit, aliud tantum spatii desylva hospiti suo consignet, exartum — quam fecit, remota hospitis communione possideat. S'il ne reste pas de forêt de contenance et de valeur suffisante pour offrir cette compensation, le défricheur sera admis au partage, par moitié de la portion mise en culture.
La Gaule eut à souffrir de guerres presque continues, tantôt sur un point, tantôt sur un autre, depuis le IIIe jusqu'au VIe : il en résulta la dévastation d'un grand nombre de forêts, l'abandon de beaucoup de cultures, la destruction de vignes florissantes. Ce dernier fait est attesté par un hagiographe : Est autem nunc in Aurelianensi pago quem ejusdem incolae regionis Magdunum (Meung) appellant ; in quo ab antiquis castrum fuerat aedificatum, quod crudeli Wandalorum vastatione ad solum usque dirutum est. Nemine autem remanente habitatore, nemoribus hinc inde succrescentibus, locus idem qui claris hominum conventibus quondam replebatur, in densissimam redactus est solitudinem. Si on tient compte des ruines faites par les Bagaudes, les Huns, les Goths, les Arabes, les Normands, les Sarrasins, on ne pourra manquer d'accorder à cet élément une certaine importance dans l'histoire du développement agricole de la Gaule. Les salines de Salces, exploitées par les Romains avec grand succès, se transforment en marais infects ; les plantations d'oliviers qui environnaient Marseille font place à des bois de pins et de chênes-lièges. Des ruines romaines découvertes dans certaines forêts du Haut-Rhin, dans celles de Grand (Vosges), de Dauville (Meurthe), et où se reconnaissent des restes de bourgs, prouvent l'envahissement par la végétation forestière des lieux jadis habités et cultivés. D'autres ruines romaines ont été retrouvées à La Houssaye, dans la forêt de Brotonne, en Normandie, dans celle de Beauraont-le-Roger (Eure). Le plateau de Leinenberg, près d'Abreschviller, en Lorraine, aujourd'hui tout boisé, fut jadis cultivé. Il faut tenir compte également des ravages exercés par les Normands.
II. Leclercq. FORGERON. Parmi les corps de métier représentés sur les épitaphes des catacombes, J.-B. de Rossi fait connaître un forgeron. C'est un adulte robuste, barbu, tenant à l'aide de tenailles un morceau de fer sur le brasier à côté duquel on voit l'enclume. Dans la main gauche, l'artisan tient le marteau. Sur cette épitaphe, aucun nom, simplement un souhait de félicité.
Cette épitaphe vient du cimetière de Calliste, sur la voie Appienne. Une autre épitaphe, complètement anépigraphe, et provenant du cimetière de Domitille, offre une scène plus complète. Ici, nous voyons la forge sous le manteau de la cheminée et l'ouvrier qui donne la tonne voulue au fer rougi qu'il tient sur l'enclume. Cette scène, l'une des plus heureusement exécutées parmi les représentations des corps de métier, se trouve conservée sur un des piliers du musée épigraphique de Lateran.
A Saint-Paul-hors-les-Murs, on conserve l'épitaphe d'un forgeron du quartier de Subure.
H. Leclercq.
FORMA. — Ce terme est exceptionnel et l'épigraphie chrétienne n'en a offert jusqu'à ce jour qu'un exemple unique. Dans l'Epistula 7 ad Innocentium on lit cette description des funérailles : Clerici quibus id officii erat, cruenlum linco cadaver obvolvunt, et fossam humum lapidibus construunt ex more lumulum parant. Les fosses, revêtues de maçonnerie, prenaient le nom de forma ;. La forma est donc une sorte de puits en maçonnerie, à fermeture horizontale, dont les parois portent des rainures ou des tablettes permettant de superposer un certain nombre de corps sans qu'ils se touchent exactement. De cette manière, il devenait possible d'esquiver les anathèmes et les amendes infligés à ceux qui superposaient les cadavres, ce qui permettait à celui qui était au sommet de la pile de ressusciter, tandis que toute la rangée devait rester bloquée à jamais, faute d'avoir pu se dégager. Les forma ; ne différaient guère, somme toute, de ce que nous nommons aujourd'hui un « caveau », dans les cimetières modernes. Toutefois, les forma ; paraissaient avoir été plus profonds que nos caveaux, puisqu'on pouvait y empiler jusqu'à dix corps. Le mot forma servant à désigner les canaux, les aqueducs, le P. Marchi se trouva induit en erreur par une inscription que nous allons transcrire et interpréter : infra formas, ce qui était intro formas ; selon lui, c'était une tombe entre deux aqueducs.
L'épitaphe en question réclame un instant d'attention. Boldetti la découvrit au niveau le plus profond du cimetière de Tor Marancia. Une partie de la pierre originale, qui avait disparu, a été retrouvée en 1869, quand on démolit l'église de Sainte-Marie du Transtévère, où Boldetti, chanoine de cette basilique, l'avait fait transporter avec beaucoup d'autres pierres provenant des cimetières souterrains. C'est une pierre fort lourde et appropriée aux dimensions d'une sépulture dans un cimetière à ciel ouvert. On y lit ceci :
ANNIBONIVS FEC1T SIBI ET SVIS
EC TON EMON PANTON TVTO EMON
La sentence de la dernière ligne est en langue grecque interprétée en caractères latins : « De tout ce qui fut à moi, ceci me reste ». Il s'agit d'une tombe qui renferma le cadavre d'Annibonius et de sept des siens.
Toute la première ligne, le début de la deuxième ligne et les cinq premières lettres de la troisième ont disparu. Ce qui subsiste de la deuxième ligne est fendu en deux parties. C'est grâce à la transcription de Boldetti que le texte complet est connu aujourd'hui.
H. Leclercq.
FORMULES.— I. Marculf. IL Les formulaires. A. Formules d'Angers. 73. Formules d'Auvergne. C. Formules de Marculf. D. Formules d'époque carolingienne. E. Formules de Tours. F. Formules de Bourges. G. Formules de Sens. 77. Formules de Bignon. J. Formules de Rozière-Merkel. K. Formules de Lindenbrog. L. Formules impériales. M. Formules Alsatiques. N. Formules Augiennes. O. Formules Sangallenses. P. Formules Salzbourgeoises. Q. Collectio Pataviensis. R. Formularum codicis S. Emmerani. S. Collectio Flaviniacensis. T. Formules collectionis S. Dionysii. U. Formules codicis Laudunensis. V. Formularum epistolarium coll. min. X. Formules extravagantes. V. Formules wisigothiques. Z. Formularum Pilhœi fragmenta. III. Tableau général des collections. IV. Le latin des formules. V. Les éditions. VI. Le contenu des formulaires.
I. Marculf. — Joubert, dans une lettre à Fontanes, disait : « Il me reste à vous dire sur les livres et sur les styles une chose que j'ai toujours oubliée. Achetez et lisez les livres faits par les vieillards, qui ont su y mettre l'originalité de leur caractère et de leur âge. J'en connais quatre ou cinq où cela est fort remarquable : d'abord le vieil Homère, mais je ne parle pas de lui. Je ne dis rien non plus du vieil Eschyle ; vous les connaissez amplement en leur variété de poètes ; mais procurez-vous un peu Vairon, Marculphi Formula (ce Marculphe était un vieux moine, comme il le dit dans sa préface, dont vous pouvez vous contenter) ; Cornaro, De la vie sobre. J'en connais, je crois encore un ou deux ; mais je n'ai pas le temps de m'en souvenir. Feuilletez ceux que je vous nomme, et vous me direz si vous ne découvrez pas visiblement, dans leurs mots, et dans leurs pensées, des esprits verts quoi que ridés, des voix sonores et cassées, l'autorité des cheveux blancs, enfin des têtes de vieillards. Les amateurs de tableaux en mettent toujours dans leur cabinet ; il faut qu'un connaisseur en livres en mette dans sa bibliothèque ». Si Fontanes avait lu plus que la préface de Marculf, il aurait été fort dérouté et complètement perdu dans ce recueil dont l'importance exceptionnelle ne concerne que le droit public et privé sous les Mérovingiens. Grâce à lui, nous savons de quelle manière la propriété était transmise, comment les esclaves affranchis, comment l'Église dotée, la justice rendue et les honneurs distribués par le souverain. Un recueil de cette importance ne pouvait manquer de provoquer les recherches des historiens. Dédié à un évêque ayant nom Landri, et qu'on estime avoir été l'évêque de Paris, Landri (650-656) le Formulaire de Marculf devrait donc prendre date vers le milieu du VIIe. Cette opinion a longtemps réuni la majorité et même l'unanimité des critiques, nonobstant ce qu'avaient pu dire Launoy et Ellies du Pin. Jean de Launoy destine le Formulaire à Landri, évêque de Meaux, contemporain de Pépin et de Charlemagne, et du Pin précise la date de l'épiscopat de ce Landri à l'année 780. Survint Hadrien de Valois qui, au lieu de Landericus, lut Candericus et détourna le Formulaire de Marculf vers ce nouveau destinataire siégeant à Lyon. Le P. Labbe n'en crut rien et envoya Marculf dans une abbaye de Bourges, où Dom Rivet consentit à le laisser, en attendant qu'on l'expédiât ailleurs, ce qui ne tarda pas. Toussaint du Plessis, auteur d'une Histoire de l'Église de Meaux, lui signifia que son Formulaire avait été dédié à Landri de Soignes, entre Mons et Bruxelles. Ce saint homme n'avait jamais été évêque de Meaux, mais chorévêque in Castello Meltis (Melteshem, aujourd'hui Meldesheim). Heureusement pour Marculf et son Formulaire, Bignon, Lecointe, Mabillon, Savigny, Rozière, Sickel s'en tenaient à l'évêque parisien Landri et tenaient l'ouvrage pour terminé en 656, au plus tard. Après un long repos, la question fut de nouveau soulevée par M. K. Zeumer qui fait de Marculf un moine du diocèse de Meaux écrivant à l'époque où Landri occupait le siège de Meaux. Cette opinion s'appuie sur les considérations suivantes :
1° Les formules 1 et 2 du livre 1 du Formulaire de Marculf ont été rédigées, pour la plus grande partie, d'après le diplôme accordé, en 633, par Dagobert à l'abbaye de Rebais, du diocèse de Meaux. Le rédacteur du formulaire avait certainement ce diplôme sous les yeux ; il était probablement moine de l'abbaye de Rebais. Comme il dédie son livre à Landri, son évêque, on doit en conclure que ce Landri était évêque de Meaux.
2° Cette opinion est confirmée par les Gesta episcoporum Cameracensium qui nous apprennent que saint Vincent, fondateur de l'abbaye de Soignes, fut enterré dans ce monastère, ainsi que son fils Landri, évêque de Meaux : Ibi quiescit cum filio suo Landerico, Meldensi episcopo, in pace quiescit.
3° Dans la Formule 25 du livre premier, le maire du palais assiste au placitum palatii. Le premier judicium où l'on trouve le major domus est de l'an 697. Donc, le Formulaire est postérieur à cette date. L'auteur n'a pu le dédier à Landri, évêque de Paris, mort en 656, mais bien à Landri de Soignes, et il nous donne le droit public et privé de la fin du VIIe au plus tôt.
Tels sont, résumés par Ad. Tardif, les arguments apportés avec plus de conviction sans doute que de bonheur. Car il est assez clair que, malgré les affirmations tranchantes, un examen de bon sens laisse rien subsister.
Le fait de s'inspirer et de transcrire une charte de type de Rebais ni prouve pas qu'on faisait partie de ce monastère, puis que les minutes des diplômes des rois mérovingiens étaient conservées à l'abbaye de Saint-Denis et par conséquent un moine de Saint-Denis avait les mêmes facilités pour s'instruire, sans sortir de chez lui, que pouvait avoir un moine de Rebais. Puis que Marculf, ainsi qu'il nous l'apprend, composait son Formulaire, ad exercenda initia puerorum, il aurait eu sans doute quelque peine à trouver un auditoire de jeunes nobles, dans la petite abbaye de Rebais, alors qu'une école de ce genre à Saint-Denis n'offrait rien que de vraisemblable. On pourrait dire encore que si les deux premières formules de Marculf sont empruntées au diplôme de Rebais, il a pu en avoir connaissance en cours d'un voyage, combien de chartes Mabillon n'a-t-il pas eu connaissance et qu'il a utilisées dans ses livres, écrits à Saint-Germain, monastère loin des lieux qu'il avait visités et où il avait fait sa récolte de documents.
La mention de Landri de Soignes, évêque de Meaux, absente des Gesta episcoporum Cameracensium, a été introduite par Bethmann, leur dernier éditeur, qui a emprunté à la Vita Autberti de Fulbert. Or, dans les manuscrits de la Vita Autberti, Landri est bien évêque, mais non de Meaux. On lit : Mettensis et non Meldensis. Voici le catalogue épiscopal de Meaux, et on n'y rencontre aucun personnage nommé Landri, pas plus que dans les calendriers et les propres locaux. Comme la vie de Landri, connue par quatre manuscrits, le fait évêque de Metz, que Neues Archiv det Gesellschaft für ältere deutsche Geschichtskunde a publié, cette vie a été écrite à Soignes où il mourut et fut enterré, on peut l'en croire. De ce que Landri manque dans le catalogue épiscopal de Metz, comme dans celui de Meaux, il n'y a pas lieu d'être surpris, car, suivant la remarque d'Henschenius, les anciens catalogues d'évêques ont été dressés à l'aide des diptyques des morts (nécrologes ou obituaires), et on n'inscrivait sur ces diptyques que les noms des évêques en fonctions ; quant à ceux qui avaient résigné leur charge, il n'en était point fait mention. C'est ce qui sera arrivé pour Landri.
La présence du major domus dans la Formule 25 du livre premier prouve-t-elle que ce dignitaire n'a jamais assisté à un plaid du palais, judicium palatii, avant 697 ? On ne connaît que huit jugements avant celui de 697. Trois d'entre eux, datés des années 658 et 659 (n. 34, 36, 37) sont mutilés et ne contiennent plus la liste des présents ; un autre (n. 35) présente une lacune dans cette liste, et cette lacune a pu contenir le nom du maire du palais ; deux autres sont corrompus (n. 60), mais aucun des grands personnages de la cour n'y est nommé. Deux autres, des années 692 et 693 (n. 64-66), sont des sentences rendues au plaid du palais dans des affaires considérables, jugées : l'une à Luzarches, l'autre à Valenciennes. Ces sentences tiennent une longue énumération de fonctionnaires où manque le maire du palais. On peut conclure de là que le maire du palais n'a assisté à aucun plaid avant 697. Mais le maire du palais, en 692 et 693, était Pépin d'Héristal, maître de la Neustrie et de l'Austrasie, alors occupé par la guerre de Frise et ayant, apparemment, autre chose à faire qu'à venir assister à un plaid à Luzarches ou à Valenciennes. Il avait d'ailleurs, en Neustrie, un suppléant, Nerdeberethus ou Norbert, lorsqu'il était retenu en Austrasie ; or, Norbert est dans ces deux plaids de 692 et 693. On a donc le droit d'affirmer que le maire du palais y assistait, dans la personne de son représentant. Ainsi, des arguments apportés, il ne subsiste rien et le Landri de Meaux s'évanouit pour faire place au Landri traditionnel, évêque de Paris (650-656), dont Marculf était le moine.
Lu outre, il est impossible d'affirmer que le maire du palais n'ait jamais assisté à un plaid avant 697. Enfin, il n'est pas certain que le major domus ait figuré dans la formule 25, car le nom de ce fonctionnaire ne se rencontre pas dans le meilleur manuscrit du Formulaire, le 1621 Int. de la Bibliothèque Nationale ; le seul qui donne l'œuvre complète de Marculf, avec sa préface.
Ainsi, voilà Marculf logé à Saint-Denis et rédigeant son Formulaire quelque part en Neustrie. Le premier éditeur de Marculf, Brunie Bignon, avait doué de clair, dès 1613, et Fustel de Coulanges, assez peu enclin à se contenter des opinions d'autrui, se rangeait à cela. Th. Sickel, toutefois, en admettant que Landri fût évêque de Paris, n'allait pas conclure que Marculf eut rédigé le Formulaire à Paris.
Certains Stobbe le lit vers la Bourgogne, prétextant que dans la formule de nomination de comte et de duc, on lit (I, 5) : Non nobis conferre potestatem, dans le pagus un tel, pour que le peuple y demeurant, les Francs, les Romains, les uns et les autres races vivent sous ton régime et sous ton commandement, tum Franci, Romani, Burgundionis vel reliquas nationis. Dans une autre formule, on trouve, mentionnés à titre d'exemple, les moines du Formulaire de Marculf, dans la même revue, 1885, t. 1, du nom de Landry, en convenant que son culte a commencé, dans Dissertations sur le droit ecclésiastique et civil de Paris, 1741, t. 2, p. 123, n. 1, de Lérins, d'Agaune et de Luxeuil, situés au royaume de Bourgogne (I, 11) : Et nobis aliquis delirando audeat in id nova decernere carmina, dum ab antiquis juxta constitutionem pontificum per regale sanctionem monasteria sanctorum Lyrinensis, Agaunensis, Luxoviensis... sub liberali privilegium videntur consistere. Mais tout cela ne prouve guère, sinon que le comte doit exercer son autorité sur les sujets de toutes races, et que les trois monastères en question ont possédé les premiers certains privilèges, plus tard, en conférant les mêmes exemptions à d'autres monastères, on citera à côté de ces trois noms, celui de Saint-Marcel de Chalon, et celui de Rebais. On pouvait espérer que le vieux moine et son formulaire allaient enfin trouver le repos et une sorte d'oubli. Il n'en était rien.
M. C. Pfister transporta le bonhomme en Lorraine, parce qu'une formule du recueil, celle qui termine le premier livre (I. 40) ne saurait s'appliquer qu'à l'Austrasie, que, par suite, le recueil entier a été compilé dans le royaume de l'Est. Cette formule est celle du leudesamio : « Le roi un tel au comte un tel. Avec le consentement de nos grands, nous avons prescrit que notre fils un tel règne dans notre royaume un tel. Aussi nous vous ordonnons de convoquer tous vos pagenses, tant francs que romains ou ceux d'autre race, et de les rassembler dans les lieux convenables, soit dans les villes, les villages ou les châteaux-forts, pour qu'en présence de notre missus un tel, homme illustre que nous avons délégué de notre palais, ils jurent fidélité et leudesamio à notre fils et à nous, sur les saintes reliques que notre missus apportera avec lui. » Voici un cas bien déterminé : un souverain confère à son fils l'autorité royale dans un territoire donné et exige serment de fidélité à son fils et à lui. Le cas s'est présenté trois fois à la fin du VIe, et au début du VIIe, et rien ne permet de supposer que d'autres cas se soient produits dont nous ne saurions rien. En 589, Metz et Soissons, faisant partie du royaume d'Austrasie, députent à Childebert II, en résidence à Strasbourg : « Donne-nous, lui dirent-ils, l'un de tes fils pour que nous le servions : résistant plus facilement, grâce à lui, à nos ennemis, nous défendrons mieux les limites de notre ville. » Ainsi fut fait. — Un peu plus tard, Chlotaire Ier, roi des Francs, associa au trône son fils Dagobert, en 622, et le donna comme souverain aux Austrasiens. En 629, à la mort de Chlotaire II, Dagobert réunit toute la monarchie franque, peu après il lui naquit un fils et quand ce fils eut trois ans, en 633, il le donna comme roi aux Austrasiens : il vint à Metz, réunit les évêques et les grands pour le leur recommander. Dans ces trois circonstances seulement, on eut occasion de se servir d'une formule semblable à celle que Marculf prit soin de recueillir. Marculf se servait des actes usités de son temps ; il a seulement rédigé de toutes pièces quelques chapitres, mais il n'a pas dû inventer la formule du leudesamio. Il l'aura copiée sur les lettres adressées par Chlotaire II et par Dagobert, en 622 et en 633, aux comtes de l'Austrasie et de cette partie étroite de l'Austrasie comprise entre les Ardennes à l'ouest et les monts Faucilles au sud. Or, Marculf a écrit dans sa préface : « J'ai réuni ce que j'ai appris, selon la coutume du lieu où nous habitons.... juxta consuetudinem loci quod egimus. » Or, on trouve dans son recueil un acte qui n'a jamais pu être appliqué qu'à l'Austrasie ; c'est donc dans ce royaume qu'a vécu Marculf ?
En 1890, M. Bonvalot présenta un Marculf austrasien et assez différent de ses homonymes dans le passé. Le Marculf retouché était lorrain, avait vécu dans la seconde moitié du VIIe, et rempli la charge de cellérier au monastère de Salinis (Moyenvic en Lorraine). C'est là qu'il composa son formulaire à l'aide de documents austrasiens, en se conformant aux coutumes de la région qu'il habitait. Son recueil fut successivement dédié à deux évêques de Metz, saint Clou et Landéric ou Landri. C'est la conclusion qu'adopte M. Pfister. Il s'agit dès lors de se débarrasser de Landri de Paris. Il y a bien cette biographie du Landri de Metz qui le fait mourir à Soignes. Qu'elle soit du VIIIe ou du XIVe, il n'en est pas plus facile ou plus difficile de donner une destination à Landri qu'on promène de Metz à Metz, de Metz à Soignes. C'est finalement à Metz qu'on l'installe. « À Arnulf, l'ancêtre des Carolingiens, avait succédé sur le siège de cette ville Goëric, surnommé Abbon. La Vita Arnulfi, document contemporain, nous donne ce renseignement qui est hors de toute contestation. Goëric-Abbon était encore prélat en 641, une année après qu'Arnulf fut mort dans sa solitude de Remiremont ; il fit, à cette date, la translation des reliques de son prédécesseur, du Saint-Mont à Metz. Peu de temps après, il n'était plus. Il fut remplacé par Godon, honoré au diocèse de Metz, sous le nom de saint Gon. On s'accorde à attribuer à Godon un épiscopat assez court. La liste des évêques de Metz lui donne pour successeur Clodulf, fils d'Arnulf... Vers 648, Clodulf était encore domestique du roi Sigebert... Pour la première fois, Clodulf nous apparaît comme évêque de Metz, en l'année 659, à la date du 17 mars. Entre 644, date où nous trouvons Godon évêque de Metz, et 659, où Clodulf nous apparaît pour la première fois en qualité de prélat, il y a un intervalle assez long : nous pensons que, dans cet intervalle, Landri a occupé le siège de cette ville. » Autant vaut convenir que le Landri de Metz est à la dérive et qu'on ne sait pas par quels moyens le ressaisir. Il s'en suit que Marculf a dédié son œuvre à l'évêque Landri, et que c'était, selon toute vraisemblance, le Landri de Paris (650-656). Reste à savoir si on pouvait dédier à un évêque de Paris ce qu'on avait « appris des ancêtres, selon la coutume du lieu où nous habitons », quand on habitait l'Austrasie.
Marculf était homme de ressources, au lieu de se faire un unique protecteur avec son Formulaire, il s'en fit plusieurs, beaucoup, le plus possible. Un autre eût dédié son travail à un évêque et tout était dit ; Marculf fit autant de dédicaces que de destinataires. Sur une copie, il écrivit ou fit écrire par son copiste : Domino sancto... ac reverendissimo pape Landerio Marculfus (mss. Leyde, 114 ; Paris, 4627 et 70756) et voilà Landri content. Mais le vieillard sur un autre exemplaire écrivit : Domino sancto... ac reverendissimo papaee Glidulfo Marculfus (ms. Paris, 2133), et voilà Clidulf satisfait. Glidulf, c'est Clodulf de Metz, et voici qui nous ramène vers l'Austrasie. « Mais comment admettre que Marculf ait dit à beaucoup d'évêques disséminés sur tout le royaume franc : « Je n'ai pu écrire d'une façon élégante comme j'aurais voulu ; mais j'ai rempli comme j'ai pu, non seulement vos ordres, mais encore beaucoup d'autres choses... Non solum quae jussistis, verum etiam multa alia. » Evidemment, de telles paroles, nous dit-on, ne sont adressées qu'à un seul personnage. « Mais c'est le contraire qui paraît évident : J'ai rempli comme j'ai pu vos ordres, mais encore beaucoup d'autres choses que vos collègues m'ont demandé. » De tout ceci, j'ai fait un Formulaire unique dans lequel j'ai réuni ce que j'ai appris des ancêtres selon la coutume du lieu où nous habitons. Mais le lieu où nous habitons, c'est la France, Francia, qui s'applique d'abord à la Neustrie, puis à l'Austrasie (voir Dictionnaire au mot Francia). Il a eu commission des évêques (d'un concile peut-être) de dresser un manuel et il a introduit ce qui pouvait servir aux uns et aux autres, à ceux-ci et à ceux-là. Il a pris de toutes mains, un diplôme de Rebais, comme des formules austrasiennes. Quand on fait tant que de composer un livre, on s'efforce ordinairement de le mettre à la portée du plus grand nombre possible de lecteurs, de l'évêque de Paris, comme de l'évêque de Metz.
Th. Sickel a observé que le recueil de Marculf a servi de modèle aux descendants d'Arnulf devenus maires du palais. Quand, en 711, Charles Martel cède à la basilique de Saint-Denis la terre de Clichy, il reproduit l'une des chartes pagenses du second livre (II, 6) : quand, en 743, Pépin confirme par un diplôme daté de Metz, l'immunité de Saint-Vincent de Mâcon, il copie, lui, à son tour, la formule que Marculf avait indiquée aux souverains mérovingiens (I, 5). Et nous trouvons une imitation visible de notre recueil (I, 29) dans les jugements que le même Pépin rendit en faveur de Saint-Denis en 717, en 719, en 750. Plus tard, quand les Carolingiens eurent pris le titre de roi, leurs chanceliers se servirent beaucoup de ce formulaire ; selon une expression de Sickel, « le travail littéraire de Marculf reçut alors une consécration officielle ».
Maintenant, qui est le personnage de Marculf ? On lit dans la vie de saint Colomban, par le moine Jonas, que le saint vivait avec quelques compagnons dans la solitude des Vosges, près d'Annegray. Non loin de là, se trouvait l'abbé Caramtocus, dirigeant le monastère de Salicis. Ayant été averti de la disette complète de Colomban, il envoya son cellérier, Marculf, avec des provisions. On s'égara, mais les chevaux en ces heureux temps en savaient plus long que leurs cochers ; ils trouvèrent le chemin, prirent le trot et Colomban bénit Marculf. On est ici en pleine fantaisie. L'abbé Caramtocus et les chevaux ont des intuitions spirituelles, aussi on n'arrive pas à s'entendre. Où est le monastère de Salicis ? C'est Salins, dit Mabillon ; c'est Saale, dans la vallée de la Bruche, c'est Sannois, c'est Moyenvic. En définitive, on n'en sait absolument rien, ni même très bien qui est le Marculf du monastère fantôme de Caramtocus. Est-ce bien réellement le vieillard qui a rédigé notre formulaire ? Il y a beaucoup de raison d'en douter et de n'y pas croire.
II. Les formulaires. On est habitué, a écrit M. de Rozières, à considérer les formules connues des actes juridiques, rédigés par des prêtres pour servir de guide aux parties contractantes. C'est, en effet, le caractère que présentent la plupart des Formulaires où nous cherchons dans la pratique journalière des affaires un commentaire vivant et animé des lois, et les premiers germes de l'organisation féodale. Outre les modèles de contrats, les actes de procédure et de jugement, nous trouvons dans les Formulaires des modèles de lettres officielles ou familières échangées entre des souverains, des comtes, des évêques, des abbés ou de simples particuliers. Ce mélange apparaît pour la première fois dans le second livre de Marculf et il a été souvent adopté dans des collections postérieures. Cette disparité n'a rien de fort surprenant dès l'instant qu'on se rappelle le but auquel tendaient les collecteurs de Formules. C'étaient, en général, des religieux chargés de la direction des écoles épiscopales ou monastiques. Ils écrivaient pour leurs élèves ; et les compilations qu'ils ont rédigées pour servir de thème à leurs leçons, nous permettent de juger la méthode et les procédés de leur enseignement. Ces écoles monastiques entretinrent pendant plusieurs siècles l'estime et la tradition des études littéraires. Personne ne songe à contester, aujourd'hui, à ces moines d'un passé lointain les services rendus ; on apporte même une sorte de coquetterie à les proclamer, comme pour se mieux dispenser d'en garder une ombre de reconnaissance. On les paie en bloc, sans s'inquiéter, le moins du monde, de ce que représente la dette contractée envers ces laborieux, et on estime avoir tout dit en répétant qu'ils ont sauvé les lettres antiques. Ils en ont sauvé le texte et l'intelligence et on oublie, que c'est à un sens très aiguisé du beau et à un souci très réaliste de l'utile, que nous leur devons d'avoir pourvu à tous les besoins de la société. Loin de se confiner dans une science unique, de s'hypnotiser sur la théologie ou sur la liturgie ou sur une branche quelconque plus ou moins desséchée de la connaissance générale ; loin de se spécialiser, ce qui n'est qu'une façon de se stériliser, ces savants hommes étendaient leur curiosité à toutes choses et s'employaient à satisfaire à tous les besoins. Il ne leur suffisait pas de répandre la connaissance des livres saints, d'instruire leurs élèves dans la science de la liturgie ou de sauver les débris de la littérature classique, en les faisant transcrire par d'infatigables scribes, librement à occuper une position importante : et tout religieux qui était en état de libeller un diplôme ou de suivre une correspondance d'affaires, pouvait aspirer à un évêché, à moins qu'il ne préférât faire carrière, sans s'éloigner de la personne du prince, en qualité de référendaire, de notaire ou de chancelier.
L'art du style et de la composition, dans son acception la plus large, formait donc une des parties essentielles de l'enseignement dans les écoles monastiques. On l'exprimait par le mot dictare qui signifiait dans l'origine : dicter, répéter à un autre ; mais comme les anciens dictaient le plus souvent leurs ouvrages, on en vint bientôt à employer l'expression dictare, pour désigner d'une manière générale la composition d'un écrit quelconque et, de proche en proche, la signification primitive se perdit ou bien elle finit par être entièrement oubliée. On opposa même le mot scribere au mot dictare, c'est-à-dire l'exécution manuelle au travail de l'esprit. Le biographe de Gérard, évêque de Csanad, dit en parlant de ce saint homme : Diclabat libros, quos propria manu scribebat. C'est dans le même sens qu'il faut entendre le moine de Saint-Gall, quand il raconte que Charlemagne admit dans sa chapelle, c'est-à-dire dans sa chancellerie, un homme pauvre, optimum dictatorem et scriptorem. En général, on entendait par dictamina des recueils de composition en prose, et spécialement de lettres, en donnant à cette dernière expression son sens le plus étendu. Tous les documents qui affectaient la forme épistolaire, tels que les diplômes des princes, les contrats des particuliers, quelquefois même les sentences des tribunaux, étaient en effet, compris sous ce titre. Marculf nous offre une application très ancienne du mot dictare aux collections de cette nature, lorsqu'il écrit ces mots : Ego vero hsec quas apud majores meos, juxta consuetudinem loci quo degimus, didici, vel ex sensu proprio cogitavi, ut polui ; coacervare in unum curavi. Il y a eu comme lui des compilateurs qui sont devenus auteurs de formules ; ils avaient prévu les divers cas auxquels le modèle pourrait servir, et ils ont voulu en faciliter l'application.
Marculf et les auteurs de compilations de formules ont travaillé afin de simplifier la besogne des élèves qu'ils étaient chargés de diriger. L'usage de composer des recueils de lettres n'avait pas seulement pour but de satisfaire une vanité et d'étendre une réputation ; dans ces épîtres familiales, qu'elles fussent de Cicéron ou de Pline le Jeune, on cherchait des modèles à imiter, des passages à extraire. Au VIe finissant, on avait vu Cassiodore réunir et éditer, sous le nom de Variae, les correspondances officielles qu'il avait entretenues au nom du roi des Goths, en qualité de questeur ou de préfet du prétoire. C'étaient des modèles qu'il vulgarisait à l'usage de quiconque s'en arrangerait. Dicta mea, dit-il dans sa préface, quae in honoribus saepe positus pro explicanda negotiorum qualitate profuderam, in unum corpus redigere suadebant, ut ventura posteritas et laborum meorum molestias, quas pro generalitalis commodo suslinebam et sinceræ conscientiæ implam dignosceret actionem. Et, plus loin, il ajoute : Curialarum itaque dignitatum sexto et septimo libris formulas comprehendi, ut et mihi, quamvis sera prospicerem, et sequentibus in augusto tempore subvenirni. Voilà bien le but que s'est proposé Marculf qui s'en explique ainsi : Ad exercenda initia puerorum, ut polui, aperte et simpliciter scripsi, ut, eunt libucret, is exinde aliqua exemplando faciat. C'est aussi ce que fera au IXe, le moine Ison, chargé de diriger, tour à tour, les écoles de Saint-Gall et de Grandval, et qui composa, pour l'usage de ses élèves, une collection de formules, dont il ne nous reste que des fragments.
Mais si les auteurs de formulaires écrivaient tous dans le même but, leur procédé de rédaction différait notablement. Les uns, véritables maîtres dans l'art d'écrire, dressaient, d'après leurs connaissances, acquises et par le propre effort de leur réflexion, les modèles variés qu'ils voulaient faire entrer dans leurs collections. C'est ainsi que Marculf paraît avoir opéré dans la plus grande partie de son ouvrage, lorsqu'il écrit ces mots : Ego vero hsec quas apud majores meos, juxta consuetudinem loci quo degimus, didici, vel ex sensu proprio cogitavi, ut polui ; coacervare in unum curavi. Il y a eu comme lui des compilateurs qui sont devenus auteurs de formules ; ils avaient prévu les divers cas auxquels le modèle pourrait servir, et ils ont voulu en faciliter l'application. D'autres, au contraire, ont borné leur effort à une transcription de chartes ou de lettres véritables, d'où ils ont retranché les noms propres, les dates et les circonstances particulières. Parmi les épistoliers qui fournissaient les compilateurs de Formulaires, Alcuin était particulièrement exploité. Mabillon avait jadis rencontré dans un manuscrit de Saint-Emmeran de Ratisbonne, sous le titre de Epistolae ex quorumdam novorum doctorum libris excerptae, quarante-deux lettres d'Alcuin, transformées en formules par la suppression des noms propres et des dates. E. de Rozière, à son tour, trouva dans un manuscrit de l'abbaye de Benediktbeuren (aujourd'hui Munich, ms. lat. 4650) un Formularius epistolarum, Liber breviarius unius cujusque rei comprenant cent trente-deux formules ou pièces analogues, parmi lesquelles dix-neuf lettres d'Alcuin ou de ses correspondants sont transformées en formules.
L'importance des Formulaires pour l'histoire du droit sous les deux premières races a été reconnue de bonne heure. Les premiers éditeurs, Bignon et Lindenbruch, ont adopté, dans leurs publications, deux systèmes très différents ; après eux les éditeurs successifs des Formules et les deux plus récents, E. de Rozière et K. Zeumer, n'ont pu que suivre l'une ou l'autre méthode. Tandis que Bignon-Zeumer reproduisent les formulaires tels qu'ils se trouvent dans les manuscrits, Lindenbruch-de Rozière disposent les formules suivant un ordre logique. Les deux méthodes ont leur utilité. L'édition la plus récente et la plus maniable, celle de Zeumer, nous offre donc chacun des formulaires sous son aspect primitif.
A. Formules d'Angers. — Les formules d'Angers, Formulae Andecavenses, ont reçu ce vocable de Mabillon, leur premier éditeur. Elles sont conservées dans un unique manuscrit du début du VIIIe, jadis à l'abbaye de Weingarten, aujourd'hui à la bibliothèque publique de Fulda, in-4°, 184 feuillets ; les formules, au nombre de cinquante-neuf (Mabillon), soixante (Zeumer), se trouvent aux feuillets 136-184. La mention fréquente d'Angers dans ces formules leur a valu le nom qu'elles portent. Ces formules concernent presque toutes les affaires des laïques et des particuliers à l'occasion de ventes, donations, contrats de tous genres ; on n'y rencontre qu'un petit nombre de formules pouvant servir en matière de biens et d'affaires ecclésiastiques. Les formules d'Angers remontent à trois époques différentes. Les formules 1-36 seraient, d'après Zeumer, de l'année 514 ou 515 ; les formules 37-57 seraient postérieures à 578 ; quant aux trois dernières (58-60), elles ne pourraient être placées avant 676. Ces dates sont à peu près celles que l'on assigne d'ordinaire aux formules d'Angers ; il n'y a de divergence qu'à l'égard des trente-six premières formules que l'on place entre 530 et 537, tandis que Zeumer les fait remonter jusqu'en 514 ou 515. Les formules 1 et 34 font mention de la quatrième année du règne de Childebert ; ce qui ne peut s'entendre que de Childebert Ier, le seul des princes de ce nom qui ait eu Angers sous sa puissance. Mais on ne s'accorde pas sur la façon de calculer les années du règne de ce prince. La plupart des historiens les comptent de la mort de Chlodomir et du partage de ses États entre ses frères, parce que la ville d'Angers aurait appartenu jusque-là au royaume de Chlodomir. Zeumer pense au contraire qu'Angers avait toujours fait partie du royaume de Childebert Ier, et qu'il faut par suite compter les années du règne de l'avènement de ce prince, ce qui nous reporte à 514 ou 515. Cette dernière manière de voir paraît préférable. Ad. Tardif et E. Beaudouin l'adoptent également. À supposer que la ville d'Angers ne soit échue à Childebert qu'après la mort de Chlodomir, rien ne prouve que l'on y ait calculé les années du règne de Childebert à dater seulement de cette époque.
B. FORMULES D'AUVERGNE. — Les Formules d'Auvergne ou Formulæ Arvernenses sont conservées dans lat. 1691 de la Bibliothèque Nationale, (olim Rég., 5042, 5. B.) qui comprend cinquante-quatre feuillets dont les quarante-six premiers sont occupés par un autre document. L'opinion commune regarde les expressions per hostilitatem Francorum de la formule 1 comme se référant à l'invasion de l'Auvergne par Thierry Ier. Le formulaire a donc été noté à ; Neues Archiv., t. vi, p. 65 sq. ; K. Zeumer, Formula-, p. 20-31 ; F. Renaud, Les formules arverniennes, dans Mémoires de l'Acad. des sci., bell.-lett. et arts de Clermont-Ferrand, 1875, t. xi, p. 082 ; 1878, t. iii, p. 56 l. c. formules m : uajicvlf. l.cs Formules de Marculf sont les seules qui soient désignées par le nom de leur compilateur. C'est un recueil de quatre-vingt-douze formules classées en deux livres : dans le premier livre, quarante cartas regales ; dans le deuxième, cinquante-deux cartas pagenses. Le premier livre a plus d'importance, parce qu'il nous a conservé des modèles qui eussent, pour la plupart, sans Marculf, été perdus. Le livre de Marculf s'est conservé dans plusieurs manuscrits : Leyde, Bibl. publ., n. 114, du ix« siècle, (B* dans Rozière, A1 dans Zeumer) (olim S. Rémi de Reims, i. xviii ; ensuite Bibl. Petau) ; les formules se trouvent du fol. 98 au fol. 166 ; — Paris, Bibl. Nat., ix« siècle, (A7, Rozière ; A1, Zeumer), fol. 59v°-125 ; — Paris, Bibl. Nat., 10756, ix« siècle (C. Rozière : A. Zeumer) ; — Paris, Bibl. Nat., 2123, ix« siècle (olim : De Thou, Pithou, Colbert, 165$, Reg. 4240.7.) fol. 105-153 ; — Leyde, bibl. publ., n. 86, x« siècle (A. Rozière, C. Zeumer) : Munich, 4650 (olim Benedectbeuren), ix« siècle (A. Rozière ; C : Zeumer). p. 338-358 ; P. Gubian, Le formulaire de Marculf est-il lorrain ?, in-8°. Nancy, 1906.
Voici la courte préface que Marculf plaça en tête de son livre :
Domino sancto, meritis beatissimo et apostolico semper honore suscipiendo omni que preconio laude celebrando domino ac reverentissimo pape Landerico Murculfus, ultimus ac vilissimus omnium monachorum.
Ulinam, sancte pater, jussionem vestram libenter quam spontanée obtemperare voluisscm, quia jam supra vires meas possibilitalis conatus sum injunctam a vobis subire negotium, cum ferme septuaginta aut amplius annos expleam vivendi, et jam senecta ad scribendum manus est apta, nec ad videndum oculi sufficiunt caligantes, nec ad cogitandum sensus subjicit ebitudo. Quia juxta dictum vobis cujusdam prudentialissimi viri in pueris crescit sensus, in juvenibus viget, in senibus minuetur. Propterea eligenter facere non potui, ut volui, feci lumen ordinalus, ut polui, non solum ea quae jussistis, verum etiam multa alia. In hanc scedola tam praeceptiones regales quam cartas pagenses juxta simplicitatem et rusticilitatis meae naturam intimare curavi. Scio enim multos fore, et vos et alios prudentialissimos viros, et eloquentissimos oratores et ut dicendum peritos, qui ista, si legent, pro minimis et velut deliramenta, eorum comparata sapientiae, reputabunt, vel certe legere dedignabunt. Sed ego non pro talibus viris, sed ad exercenda initia puerorum, ut potui, aperte et simpliciter scripsi. Cuilibet exinde aliqua exemplando faciat : enim si vero displicet, nemo cogit invitum ; nec prejudicat mea rusticitas eruditorum et rhetorum flores verborum et eloquentiae facundiae. Sunt praeterea nonnulla negotia hominum, tam in palatio quam in pago, quod scribere non queunt, antequam invi- (cm cnnferunlur, et juxta propositiones vel responsiones eloquia eorum tunc scribantur et gesta. Ego vero hanc, quod apud maiores meos juxta consuetudinem loci, quo degimus, didici, vel ex sensu proprio cogitavi, ut potui, coacervare in unum curavi, et capitula praenotavi, ut facilius quod voluerit a querenti in anlea scripto reperiantur.
D. FORMULES D'ÉPOQUE CAROLINGIENNE. — Ces formules, en partie empruntées à Marculf et désignées sous le nom de Formulas marculfinae seu carolini, se trouvent dans les manuscrits de Leyde, Vossianus in-8. n. 86, du Xe et de Munich 4650 (olim Benedictbeuren). C'est une collection ainsi composée : n. 1-12, lettres de clercs, de personnages officiels et particuliers ; n. 13-20, lettres adressées au souverain ou par le souverain ; n. 22-31, diplômes royaux. Le pays d'origine de ce recueil demeure incertain.
Rockinger, Salzburger Formelbuch, dans Quellen zur bayerischen und deutschen Geschichte, 1858, t. vii, p. 90 sq. ; E. de Rozière, Formules inédites publiées d'après deux manuscrits de Munich et de Copenhague, dans Revue historique du droit français et étranger, 1859, t. v, p. 17 sq. ; Recueil : K. Zeumer, Formula, p. 113-127.
E. FORMULES DE TOURS. — Ces formules sont célèbres ; elles ont été souvent copiées. Cujas, dans son commentaire à la Novelle CXVIII, a donné la formule 22 presque en entier sous le nom de Marculf ; François Pithou cite quelques mots de la formule 30, dans son étude du titre 59« , de la Loi salique ; enfin, le P. Sirmond les a copiées et Bignon les a publiées. Il n'y a pas lieu d'hésiter sur le lieu d'origine ; elles viennent de Tours, ainsi que Canciani l'a dit et fait voir. La date fait toutefois matière à discussion. Zeumer place la composition de la partie ancienne (1-33) dans les dernières années de la période mérovingienne, tandis que Rozière et la plupart des auteurs les font remonter à la fin du vi » siècle. Les formules 28 font allusion à des dévastations qu'aurait subies la Touraine et qui, selon l'opinion la plus répandue, auraient eu lieu pendant la lutte de Chilpéric, roi de Neustrie, contre son frère Sigebert, roi d'Austrasie. La formule 27 doit d'abord être écartée du débat, parce qu'elle paraît ne pas dériver d'un acte original, mais contenir une énumération détaillée des chances de destruction qui peuvent atteindre des titres. Quant à ces mots de la formule 28 ; per timorem illius qui Turonus civitatem anno présente hostiliter, Zeumer pense, non sans raison, qu'ils se réfèrent à l'invasion des Sarrasins conduits par Abderrhaman : il fait remarquer que l'expression Turonus civitas désigne le territoire entier de Tours ; enfin, on s'explique que, à l'approche des Sarrasins, les habitants se soient enfuis après avoir enfoui tout ce qu'ils avaient de précieux, tandis qu'il est plus difficile de comprendre un pareil effroi à propos des incursions de Chilpéric. De plus, les formules de Tours sont certainement postérieures au recueil de Marculf, puis que plusieurs d'entre elles sont la reproduction de pièces de ce recueil (Tur. 27, 33 = Marc. 1, 33, 37). La rubrique de la formule 27 mentionne à côté du roi le princeps, ce qui nous reporte à la fin de la période mérovingienne. D'autre part, le titre donné au roi dans une de ces formules, rex ille vir inluster, ne permet pas de dépasser le règne de Pépin le Bref. Si l'on remarque en outre que le testimonium du comes palatii manque dans un judicium et que le recueil des formules de Tours se trouve, dans les deux meilleurs manuscrits, réuni à la loi salique en quatre-vingt-dix-neuf titres, qui paraît remonter au temps de Pépin, on sera porté à admettre comme fort probable la date assignée aux formules de Tours par Zeumer et à les placer avec lui entre 740 et 760.
F. FORMULES DE BOURGES. — Les Formules de Bourges, formulæ Bituricenses, se divisent en trois groupes. Les formules 1-6 seraient postérieures à la quatorzième année du règne d'un prince qui paraît être Pépin le Bref. L'emploi de ce mode de date reporte en effet à une époque où Bourges était placée sous la domination des Francs ; or, Bourges fut conquis par Pépin le Bref en 761. — La formule 7 est plus ancienne parce qu'elle fait mention de la preuve des actes perdus suivant les moeurs romains. — Les formules 8-19 sont du commencement du ix« siècle. La formule 11 est postérieure à l'avènement de Louis le Pieux, comme roi d'Aquitaine (781) ; les formules 14 et 15 se placent entre 800 et 814, et enfin les formules 16 et 17 paraissent dériver de lettres écrites à l'occasion d'une expédition de Charlemagne en Espagne (778). Les manuscrits utilisés pour l'édition de ces formules sont : Paris, lat. 10756, 4629 (ne contient qu'une seule formule, la 7« ) ; Leyde, bibl. publ., 114 : Pardessus, Sur les manuscrits de formules relatives au droit observé dans l'empire des Francs', suivie de quatorze formules inédites, dans Bibliothèque de l'École des Chartes, 1842, t. iv, p. 1-22 ; Warnkönig, Französ. Staats u. Rechtsg., i. p. I. (/'. /... t. i, xxxviii, col. i. de Rozière, Formula Andegavenses, 1844 ; append. ; Recueil général, t. ii, p. 1005, note a., p. 1016,. K. Zeumer, Formulæ, p. 168-181 ; A. Tardif, dans Bibliothèque de l'École des Chartes, 1883, i. xxv, p.
G. FORMULES DE SENS. — Les Formules de Sens, formulæ Senonenses, comportent quatre séries de pièces : cinquante et une formules connues sous le nom de Cartæ Senonicæ ; des formules plus anciennes, désignées sous le titre de Cartarum Senonicarum appendix : d'autres, plus récentes, ou formulæ Senonenses recentiores, et cinq formules rythmées. Zeumer place la rédaction des Cartæ Senonicæ entre 750 et 775 ; l'appendix est plus ancien, il date de l'époque mérovingienne.
Les formulæ Senonenses recentiores sont postérieures à 817, puis que l'une d'elles (n. 11) se réfère à un capitulaire de Louis le Pieux, daté de cette année. En ce qui concerne les formules de Frodebert et Importunus, nous en parlons dans un travail séparé (voir Frodebert, p....). Il est connu sous le nom de Formulæ Satine Bignonians vingt-six formules publiées pour la première fois par Bignon, à la suite de son édition de Marculf sous la rubrique : Formulæ quædam variæ et incerti auctoris. Il est assez difficile d'en déterminer la provenance ; elles appartiennent au groupe des formules saliques. Zeumer et Ad. Tardif placent la rédaction de ce formulaire entre 769 et 770. D'une part, les formules 6 et 13 se réfèrent à des plaids présidés par un vicarius, comme cela a lieu à l'époque carolingienne ; la formule 7 fait même mention de scabini, ce qui ne permet pas d'en placer la composition avant le règne de Charlemagne. Du reste, la formule 22 est la reproduction d'un acte original donné la quinzième année du règne d'un prince qui ne peut être que Pépin le Bref ; on sait que la quinzième année de Pépin correspond aux années 751 et 766 : le recueil entier est donc postérieur à 766 et probablement à l'avènement de Charlemagne, c'est-à-dire à 768. D'autre part, dans la formule 1, le roi est qualifié vir inluster, expression qui a cessé d'être en usage en 775. Il est vrai que la formule 16 est une tractaria accordée à un pèlerin par un maire du palais de l'époque mérovingienne ; l'insertion de ce document n'est pas un motif d'attribuer au recueil une date plus ancienne. Il est aujour d'hui à la Bibl. nat. M. 13686 intitulée : Incipiunt cartæ regi Salomonis.
La plupart de ces formules furent introduites dans son édition par Lindenbrug ; Bignon n'écarta de la sienne que la première. I. R. Pithou avait donné la 27e ; Par téral, et aussi K. Zeumer, Formulæ, p. 227. Vd. Tardif, dans Bibliothèque de l'École des Chartes, iv, p.
7. FORMULES DE RUZIÈRE-BERKEL. — Sous le titre de Formulæ Salicæ Merkelianæ, on comprenait soixante-six formules découvertes par E. de Rozière...
à la Vaticane et dont on a jugé bon de faire honneur à un nommé Merkel, qui n'eut que la peine de couvrir une deuxième loi. Elles se divisent en trois groupes différents : 1° un recueil de formules d'actes privés (1-31) ; 2° un appendice qui contient des formules d'actes royaux (32-46) ; 3° une collection de modèles de lettres (47-61). Le premier groupe est du commencement de la période carolingienne ; il est, en effet, question d'un missus dans la formule 27. Le second groupe, dit Bignonianæ, Zeumer place la rédaction de cette seconde partie dans les années 771 et 775. Les formules 40 et 41 débutent en effet par les mots : Ille gratia Dei rex Francorum et Langobardorum vir inlustris ; la réunion dans un même aide de la mule vir inlustris disparue vers 775, et du titre de rex Francorum et Langobardorum, qui commence à être en usage à cette époque, paraît confirmer cette conjecture. Quant à la collection de lettres, elle est certainement antérieure à l'an 800, puisqu'on y trouve encore le titre de rex (61, 63). De plus, il y est fait allusion à des événements qui paraissent se rapporter aux premières années du règne de Charlemagne.
K. FORMULÆ LINDENBROGIANÆ. Le demi-cueil de formules saliques est celui des Formulæ salicæ Lindenbrogianæ. Zeumer a établi que la rédaction primitive de ces formules est antérieure à l'an 770, puisqu'on les trouve reproduites à cette époque dans des actes bavarois ; elles ont ensuite été insérées dans le formulaire de Salzbourg, en subissant des transformations destinées à les mettre en harmonie avec la coutume des Bavarois. Cependant, les formules Lindenbrogianæ n'ont pas été rédigées en Bavière ; elles contiennent beaucoup d'expressions franques, telles que adfatimus, leudem, fectivus, wadriscapis ; de plus, la formule 1 ne dérive pas d'un acte de l'église de Salzbourg, puisque l'église mentionnée dans le formulaire est dédiée à saint Pierre et à saint Paul, et que l'église de Salzbourg était sous le vocable de saint Pierre et de saint Rupert. Les formules Lindenbrogianæ auraient été composées en France.
Manuscrits de Copenhague, a. /'</ ; (olim Lii brogil), fol. 70-82 ; Munich, 4666 (olim Ben beuren) ; E. de Rozière, dans Revue du droit français et étranger, 1859, t. v, p. 17 sq. ; P. Ri t Quellen..., i,..., and deulschen Geschichte, 1858, Ad., Tardif, dans Bibliothèque de l'École des Chartes, Les formules de la période suivante sont, chronologiquement, après la limite de nos études, et elles offrent moins d'importance pour l'histoire du droit ; nous ne pouvons donc les passer sous silence.
D'après Iris., recueil composé à l'aide des diplômes de Pieux, entre II et VIII, avant furent transcrites en notes tironiennes ; c'est sous cette forme qu'elles nous sont parvenues. Dora Carpenlier, Alphabetum Tironianum, Paris, 1747 ; Bouquet, Recueil, t. vi, p. 633-661 ; Kopp, Palæographia critica, t. i, p. 317 sq. ; Th. Sickel, Urkundenlehre, p. 116 sq. ; E. de Rozière, Recueil général ; G. Schmitz, Monumenta tachygraphica Parisiensis Latini, 2718, Hannoverae, 1882 ; K. Zeumer, Formula ;, p. 285-328.
2° Formulæ Argentinenses, de la région de Strasbourg, trois formules du IXe trouvées par H. Hagen, dans le ms. de Berne 224, X-XIe, fol. 73 sq. Cf. Universitatis litterarum Strazburgiensis natalicia sollemniter celebrantibus rectori atque senatui, H. Hagen, Bernae, 1872 ; K. Zeumer, Formula ;, p. 337-338.
O. Formulæ Sangallenses. — Collection formée à Saint-Gall, nombreuse et importante, conservée dans les manuscrits de Saint-Gall, 125, VIII-IXe ; Reichenau, 131, aujourd'hui à Zurich, Xe ; Colmar, Xe et Vatican, Reg. 469, IXe. Cf. ZurLauben. Observations sur le recueil qui a pour titre : Formula ; alsatiese, dans Histoire de l'Académie royale des inscriptions et belles-lettres, 1774, t. xxxv, p. 176 ; Archiv, t. vi, p. 800 ; Fr. de Wyss, Alamanische Formeln und Briefe, dans Mittheilungen der antiquar. Gesellschaft in Zurich, t. vi, fasc. 2, p. 19 sq. ; E. Dümmler, Formelbuch des Bischof Salomo I von Konstanz, pref., p. xxviii sq. ; Bonvalot, Nouvelles formules alsuliques, dans Revue historique du droit français et étranger, t. ix, p. 120 ; E. de Rozière, Recueil général ; K. Zeumer, dans Neues Archiv, t. viii, p. 505, 547 ; Formula ;, p. 378-437 ; ce dernier distingue trois groupes : 1° Formula ; Sangallenses miscellanæ, du IXe, vingt-trois formules ; 2° Collectio Sangallensis Salomonis III tempore conscripta, dernier tiers du IXe, cinquante formules ou pièces ; 3° Additamenta collectionis Sangallensis, six formules.
Q. Collectio Pataviensis (Passau). -- Collection formée au IXe et qui ne contient que sept formules conservées dans le ms. de Munich, lat. 19410 du IXe, composé pour l'instruction de la jeunesse, Cf. L. Rockinger, dans Munch. Gelchrt. Anz., t. xxiv, p. 165 ; Le même, Epistolæ Alali, dans Quellen und Erörter. zu bayer und deutsch. Geschichte, 1858, t. vi, p. 21 sq., 171 sq. ; E. Dümmler, dans Zeitschrift fur oester. zu Gymnasien, 1864, p. 359 sq. ; Neues Archiv, t. iv, p. 574 ; E. de Rozière, dans Revue historique du droit français et étranger, 1858, t. iv, p. 74-84 ; K. Zeumer, Formula ;, p. 456-460.
R.PORMULARVM CODICIS SANCTI EMERANII FRANCO-
Formulæ codicis la Collection V. FORMULÆUM EPISTOLARUM COLLECTIF mis \RB8, du IXe. — 1° Ms. de Paris, lat. 528, sept formules. Cf. H. Omont, Formules inédites du IXe, dans Bibliothèque de l'École des Chartes, 1881, t. xlii, p. 2-503 ; E. Dümmler, dans Neues Archiv, t. iv, p. 104 ; K. Zeumer, Formulæ, p. 521-522.
2° Ms. de Copenhague, 1913, dix formules. Cf. E. de Rozière, Formules inédites publiées d'après deux manuscrits de Munich et de Copenhague dans Revue historique du droit français et étranger, 1858, t. v, p. 02 sq. ; Recueil général : K. Zeumer, Formulx, p. 522-524.
3° Ms. de Reichenau, 131, six formules, (Indicularius Thialhililis, abbaye de Remiremont). Cf. Fr. de Wyss, Alamannische Formeln und Briefe, dans Mittheilungen der antiquar. Gesellschaft in Zurich, t. vi, p. 54 sq. ; De Rozière, Recueil général ; K. Zeumer, Formula, p. 525-528.
4° Ms. de Paris, lat. 13090, quatre formules. Cf. E. de Rozière, Recueil général : K. Zeumer, Formula, p. 528-530.
5° Ms. de Paris, lat. 4841, cinq formules, plus un additamentum. Cf. E. de Rozière, Recueil général, t. m : K. Zeumer, Formulas, 530-532.
X. FORMULÆ EXTRAVAGANTES. — 1° Formulæ negotiorum civilium (Formulæ judiciales, secundum legem romanam). — Libelli dolis — Formulæ manumissionum. — Traditiones, Pretoria- : vingt-six formules.
2° Formulæ ecclesiasticæ (Formulæ ad promolionem episcoporum spectantes. - Régula formotarum Altici et epistolæ secundum eam scriptæ. — Petitiones et promissiones monachorum), trente-cinq formules.
K. Zeumer, Formulæ, p. 533-571. trouva le manuscrit, disparu depuis, mais non sans qu'on en eût tiré plusieurs copies. Le moins les formules, ce qui n'a pas eu lieu pour toutes les autres copies.
La collection n'est pas complète. Quelques formules sont incomplètes, du commencement et de la fin, mais on signale des lacunes entre les n. 6 et 7, 10 et 11, 34 et 35. Il est probable que ces lacunes ne sont pas imputables au dernier copiste, mais à celui qui transcrivit, au XIIe, le manuscrit d'origine. Il est clair, toutefois, que nous avons ici une collection rédigée comme telle. On voit au chap. 1-10 : ingenuitates ; ch. 7-10 : donationes et fundaliones ecclesiarum ; ch. 11-13 : venditiones ; ch. 14-20 : libelli dolis, testamenta, donationes et similia ; ch. 27-28 : commutaliones ; 29-31 : donationes ; 36-37, precariæ ; 39-40, tabulas ad rem judiciariam pertinentes ; 41-43, mandata ; 45-40, petitiones monachorum. Après le ch. 31, on trouve au ch. 32, ob noxi'ilio (le ms. porte objurgatio) ; ch. 33, divisio hereditatis ; 34, emancipatio, qui ne sauraient être mieux placés. Le ch. 35 devait se trouver près du ch. 89 et -1 • > et le placidum du ch. 43 devait être rapproché du i. Nous avons donc affaire à une collection espagnole et, on peut dire plus, à une collection cordouanne. Au ch. 25, il est question des gesta apud acta municipalia Cordubæ civitatis habita. Il s'agit donc d'un rédacteur de Cordoue, qui, on va le voir, vivait sous le règne de Sisebut.
Au ch. 20, nous voyons clairement que la collection n'est pas antérieure à l'année 615. Helfferich a conjecturé que le recueil datait de cette année même ; Zeumer a préféré avec plus de vraisemblance placer la composition du recueil entre 615 et 620. Il a rassemblé les fragments de seize formules citées dans le Glossaire du Cange d'après un recueil de formules de l'époque franque qu'il dit avoir pour titre « le contenir, au point de vue des actes privés, une centaine de numéros, alors que le second livre de Marculf, charte !, n'en contenait que cinquante-deux.
D'après la collection Baluze à la Bibliothèque Nationale, contient au fol. 290 des extraits au début du XVIIe, ex libro formularum ms. Fr. Pithœi I. C, qui s'étendent jusqu'au fol. 297. Au verso du dernier feuillet du cahier contenant ces extraits se trouve également cette note : Excerpta e formulis ms. Fr. Pithœi a Joh. Savaron qui ad me misit mi junii MDCII. Que le recueil dont sont tirés ces morceaux soit le même que celui qu'a connu Du Cange, c'est ce dont il est impossible de douter. Il suffit, pour constater l'identité, de comparer les fragments publiés par Zeumer avec les numéros correspondants des fragments dont la copie se trouve dans la collection Baluze. Peut-être même cette copie a-t-elle été seule connue de Du Cange, car on y retrouve tous les passages que Zeumer a extraits du Glossaire. Cependant, le texte fourni par ce dernier présente quelques variantes par rapport au manuscrit de Baluze. Il faudrait donc, dans cette hypothèse, ou que Du Cange ait fait des corrections conjecturales, ou qu'il ait pu vérifier ou faire vérifier sur l'original les morceaux qu'il citait. L'intérêt de ces nouveaux fragments réside dans ce fait qu'ils représentent des extraits de soixante-dix formules environ, au lieu de seize dont on avait pu retrouver des passages plus ou moins étendus. » Jean Savaron, qui envoya ces transcriptions, était un magistrat érudit, en relations avec la plupart des érudits de son temps ; on ignore à qui il avait envoyé ces extraits et on ignore de même comment ce document vint en la possession de Baluze dans un manuscrit contenant des extraits de chartes, de manuscrits liturgiques et de martyrologes. Les fragments conservés ne sont pas non plus de la main de Savaron, et ils sont souvent trop réduits pour permettre de déterminer la nature de l'acte auquel ils sont empruntés. « Le recueil original était certainement rédigé en latin barbare. Le copiste du XVe n'a peut-être pas toujours très bien compris le texte qu'il avait sous les yeux ou su résoudre les difficultés paléographiques qu'il présentait. Il en résulte que son texte est peut-être plus incorrect encore que celui du manuscrit original et parfois peu intelligible. La numérotation des pièces est en outre assez imparfaite ; elle ne commence qu'avec le paragraphe XV, et il est bien difficile de dire à combien d'actes peuvent se rapporter les neuf courts fragments qui précèdent ce paragraphe. Ailleurs, les indications de ce genre ont été omises, et des passages empruntés à des formules différentes se trouvent transcrits bout à bout. Peut-être, du reste, le manuscrit de Pithou présentait-il lui-même des lacunes ou des défectuosités à ce point de vue.
•Le recueil contenait 110 documents numérotés — les extraits de Du Cange s'étendaient jusqu'au n. 108. Un certain nombre d'entre eux paraissent identiques à certaines formules de Marculf, comme Zeumer l'avait constaté pour les n. XXXVIII, XLVI, LXXV, LXXVII. La collection était suivie dans le manuscrit original de diverses formules de tradition et le copiste a reproduit également un fragment de lettre de Flaccus Albinus au roi David, c'est-à-dire d'Alcuin à Charlemagne, et trois extraits de modèles de lettres. Ces pièces n'ont que faire dans un formulaire de documents diplomatiques, et représentent très vraisemblablement des morceaux transcrits après coup, à la suite du texte primitif. Peut-être en était-il de même des formules de tradition qui ne semblent pas avoir été comprises dans la numérotation. La lettre d'Alcuin est connue d'ailleurs et se retrouve dans les manuscrits qui nous ont conservé l'œuvre épistolaire de cet écrivain. Elle se rapporte à la rédaction de son livre contre Félix d'Urgel et peut être datée avec précision de l'année 799. Malheureusement, cette indication ne peut servir en rien à fixer la date du recueil de formules, puisque formules et lettres peuvent avoir été transcrites à des époques différentes et que nous ignorons. En ce qui touche cette question de date, on est toujours réduit, avec Zeumer, à tenir compte de la barbarie du style pour attribuer le recueil au VMe, plutôt qu'à l'époque carolingienne. Il ne semble pas que les nouveaux fragments soient de nature à infirmer cette opinion.
« En ce qui concerne le lieu d'origine du recueil, tout en reconnaissant qu'il devait venir d'un pays où la loi salique était généralement répandue, les érudits hésitaient entre le nord et le midi de la Gaule, en raison de la présence (n. XXXVI) du mot olca — olica, qui désigne les plantations d'olivier. Or, un des passages nouveaux (n. XVI) fournis par la copie de la collection Baluze, mentionne l'église de Notre-Dame de Laon, c'est-à-dire soit l'église cathédrale de cette ville, soit le monastère fondé par sainte Salaberge. L'un des textes additionnels (n. 3) donne le nom de l'abbaye de Saint-Denis. Enfin, au n. XVII, il est question d'un monastère dédié à un saint martyr et situé Calodaco vieo, que est constructus in pago Parisago. Sous cette forme, le nom ne paraît pas pouvoir être identifié ; mais, n'y aurait-il point là une erreur du scribe ou du copiste, pour Cadulaco qui représenterait alors le nom du vicus Catulliacus, où s'élevait l'abbaye de Saint-Denis ? En présence de cette double mention du célèbre monastère, on pourrait peut-être supposer que le recueil aujourd'hui perdu fut constitué dans la région parisienne.
Cf. R. Poupardin, Fragments du recueil perdu de formules franques dites « Formulae Pithoei », dans Biblioth. de l'École des Chartes, 1908, t. LXI, n, p. 642-662 ; K. Zeumer, Formulae, p. 596-598 ; F. Pithou, Liber legis salicae, in-8°, Parisiis, 1602, p. 130, n. 1 ; A. Vernière, Le président Jean Savaron, érudit, curieux, collectionneur et ses rapports avec les savants de son temps, in-8, Clermont, 1892.
Liber diurnus romanorum pontificum (Voir au mot Liber).
III. Tableau général des collections. — Sous réserve de futures découvertes, voici un tableau des Formules avec quelques indications sommaires.
Recueil Formulae Andecavenses Formulae Arverncenses... Marculfi formulae ;
Lieu d'origine Form. Marculf. sévi karolini Formulae Turonenses...
Alliou 514...
» avant 676 » a) 676 Auvergne 500-550.
Diocèse de Paris 650-656.
Touraine.
Formulae Bituricenses.
Bourges.
Tni 1-750.
IXe VIIIe VIIIe.. IXe.. IXe.. IXe et Xe s. IXe. IXe Formulae Bitturicenses.
Appendix Formulae Senonenses..
■ B
Form. Senon. recentiores Form. Salicae : Bignoniana Form. Sal. Rozières-Merck Appendix Form. Sal. Lindenbrogiana Formulae imperiales..
• « Additamentum....
» B
Formulae Alsaticae... Formulae Morbacenses.
B B
Formulae Argentinenses Formulae Augienses..
Formulae Sangallenses. Form. Sangall. miscell.
Coll. Sangall. Salomonis Formulae Salzburgenses Collectio Pataviensis. S. Emerani fragmenta Collectio Flaviana.
Appendix Collect. sci. Dionysii..
Bourges 764-7 b VIIIe ■ 750-800.
7 7 Senonis 768-775. b 700-750.
• 800-850.
808...
810...
? 769-775.
Ile-de-France ou Touraine. 700-750.
» b 771 ou 775 pas avant 8I b avant 800.
B ?
? 750-800.
? 800-850.
! 800-850.
? 845... IXe Morbach Reichenau, Strasbourg. Reichenau Saint-Gall Salzbourg Passau.. Ratisbonne Bourgogne ?
Touraine Parisis Gand. Lombardie 771-791.
850... IXe 750-800.
800-840.
843...
800-850. avant 751 vers 883. 885...
887...
888... 887... pas avant 885-887. 800-900.
900.. 877-900..100. vers 802 843 876. 817-840. 800. ? 672-676. 672-676. VIIIe 720... VIIIe VIIIe 88 IVe IXe IXe.. IXe-Xe. IXe IXe IXe IXe 17IIe-171e 171e-171e
171e I
179e-181e 185e-207 208-211e 211e-217e 217e 218e 218e-219e 225e-253e 241-253e 257e-258e 258e 263e-261e
216e 212e-
282e,-284
227e-217e-J
288-327e ; 327e*-328e 328e>-328e 330e 337e 337e-338 342e »-347e 347e-353e 7 :156 357-357e 164e : ;77 380e 380e 384e 384e-384e 385e 387e-387e « 388-388e '• 388e-39e 399 100 i 108e-409e 109e-433e 137e
157e 160 463e-468e
198e 501e i03e.115 Formulae extravagantes.
Venise... ?
Verdun.. Périgord..
? Reichenau.
Formulae Visigothicae Cordoue...
Formular. Pithoei fragm.1... Saint-Denis ?. Addenda ad form. Sen. récent.. Addenda ad form. Aug. récent. Addenda ad form. extravag... ?
IV. Le latin des formules. — Dès 1842, Pardessus faisait les observations suivantes sur les éditions de formules : « Bignon a corrigé et épuré la latinité de toutes celles qu'il a publiées, et je suis porté à croire que Lindenbruck en a fait autant. C'est une grande faute. Il est fort utile de connaître le latin du temps où les formules ont été rédigées ; des corrections ont en soi quelque chose d'arbitraire, et, tel mot que le correcteur croit avoir été mal écrit par le copiste pourrait bien avoir été véritablement un mot de la basse latinité. » Le même reproche ne peut être adressé à Mabillon, mais pour d'autres raisons, son édition des formules d'Angers est très inexacte. « Baluze, quelquefois, mais pas assez souvent, en reproduisant les collations de Bignon a rétabli la leçon des manuscrits.
« En second lieu, en ce qui concerne le style qu'il a rectifié, le fait n'est pas moins grave. Les corrections arbitraires qu'il s'est permises ont pour résultat de faire penser que les formules sont d'une latinité beaucoup meilleure qu'elle n'était paru, si les manuscrits avaient été scrupuleusement suivis. Il en résulte un embarras pour les critiques ; car, lorsqu'ils comparent les documents les plus authentiques de la première et même de la seconde race avec les formules, ils se laissent naturellement conduire à croire que celles-ci
553-568.... 5625-562e
597 564e-564e 894-921.... 564e-565e
863 566e-566e
?... 568e-568e 826e ou 8e 01 ?... 570e-571e 615-620.... XIIe.. 575-595 700-800.... 597-598 768-814.... IXe.. 723e-724e vers 845... IXe.. 724e-725e
?... 725e-725e
ne sont pas anciennes, précisément parce qu'elles ne sont pas écrites dans le latin barbare du temps. A l'inverse, la latinité des éditions de ces formules a fourni des arguments contre la sincérité des documents de la première race. Dans la discussion survenue entre le jésuite Germon et dom Mabillon, Germon se fondait sans cesse sur la barbarie du style des chartes, pour conclure qu'elles n'étaient pas des vieilles, vie, une, vin » siècles et qu'elles avaient été fabriquées à une époque postérieure où l'ignorance était beaucoup plus grande -, et lors que Mabillon, avec les critiques les plus éclairés répondait en alléguant la corruption de la latinité sous la première race 3, Germon les renvoyait aux formules qui n'offraient pas de telles incorrections. Cela était vrai, si on en jugeait d'après les éditions, cela était dénué de tout fondement si on consultait les manuscrits 4. » Les formulaires contenaient un peu de tout : contrats de vente, d'achat, de mutation et de donation de biens, procurations, testaments, sentences judiciaires, dotation, etc., etc., de plus, leur contenu était destiné à servir aux pièces officielles et c'est ce qui donne à leur langue une importance particulière. Que des particuliers, dans une correspondance privée, qu'un copiste ignare, écrivant pour sa satisfaction, se permissent toutes les licences, on ne pouvait en être surpris ; mais les formules devaient, à cause de leur destination, imposer un soin plus grand, une correction sinon parfaite, et des copistes à peu près attentifs. Et, cependant, ces formules ont tout subi, tout souffert ; si donc, « elles sont libellées en un style tellement corrompu qu'elles en deviennent parfois inintelligibles, c'est que la culture intellectuelle de ces temps barbares n'exigeait pas davantage B. » Quant à Marculf, il faisait de son mieux, mais il savait bien que ce mieux valait peu de chose, et il ne s'embarrassait guère de formes élégantes ; il voulait être entendu de ses lecteurs et ne visait pas au delà. M. J. Pirson fait remarquer que « les formulaires ne sont pas tous incorrects au même degré ; il s'en faut même de beaucoup. Au point de vue de la forme, il importe de distinguer les plus anciens des plus récents. Les uns, composés en pleine période mérovingienne, fourmillent littéralement de fautes ; ils semblent avoir été rédigés au mépris de toute règle. Au IXe, la langue s'améliore sensiblement, la discipline grammaticale reprend peu à peu le dessus, les copistes commencent à corriger les manuscrits de l'époque antérieure, et le latin de plusieurs recueils du IXe, non content d'observer les préceptes de la grammaire, affecte même, à l'exemple de la langue ecclésiastique des derniers temps, une certaine préciosité dans l'expression de la pensée. A lire ces textes, dans l'ordre chronologique, on s'aperçoit clairement que la réforme inaugurée par Charlemagne n'a pas tardé à porter ses fruits. La vulgarité devient un indice d'ancienneté. En matière de langue, les formulaires mérovingiens sont évidemment les plus précieux. Ceux des temps carolingiens n'offrent plus, au point de vue roman, le même intérêt. Tous les vulgarismes qu'ils renferment, étant encore contemporains des plus anciens textes français, valent certainement la peine qu'on les enregistre. » '. — Les formules offrent une série de fautes dues à la confusion de lettres qui offrent entre elles une certaine ressemblance. Parfois des caractères de forme différente sont employés abusivement l'un pour l'autre sous l'influence d'une voyelle ou d'une consonne environnante '. a et i permutent entre eux : inprimelas pour imprimilus, 12 » ; caria pour curiu, 1364' ; acolabas pour acolabus, 'Jo i « ; près talent is pour prestulantes, 105 so. Cet échange donne lieu parfois, mais à tort, de croire à un changement de genre, là où il n'y a qu'une négligence de copiste : extra tuum volunlatem, 1 18* ; adversus eam pour,-nnt. i~>\ - » ; comolam, 105 ; cummolam, 105 2> ; commulam, 105 :« - :7. a et o permutent, surtout au contact de r : jun, pour /urn, 221 '° ; iugenuas pour ingenuos,3'Sl » : quant à nata au lieu de nota, 102 ° et ailleurs, il y a lieu d'admettre un échange d'idées plutôt qu'un échange de : de même ergo pour erga, 502 « et inversement. •. » /unit pour ferril, 101« et encore furrit, 101 », de même qu'on trouve fsecere, 276 '. u et e : quoslu pour qùœslu, V> t et 23 '5 ; haut. 21 •'« : signalulis, 2S'° ; printipium. 29 » ; le t et le c sont parfois rapprochés, le second corrigeant le premier : santcilum, i r et s : salater pour salutes, 335« ; roburtior, 1G5 ». r et * : plurimalum, 30 3' ; selenantis pour serenanlis et n : grananle, 197 10 (graciante pour gralanti, On peut citer encore : r et n ; / et c/.- c et s ; S et / :.s el /,• / 1 1 /. / et /.,- / et n ;
.les et les consonnes se substituent i ;auxautres :cet j ; cet o ; cet a/cet e ;s et e, La juxtaposition de lettres formées de traits d'égale hauteur a (ouvert) u, i, n, m, a induit les copistes en de nombreuses erreurs ; faute d'avoir compté le nom- : jambages et de les avoir répartis à cha que lettre dans la mesure nécessaire. On lit donc ingenuum 251 : annis pour annuis,.'loi « ; péril perpeluis, 160' ; ininxit pour injunxit, U pour fussiï, 349 l0. Des fautes analogues se produisent, quoi que plus rarement, lors que les r, c, l s,' trouvent en contact avec f, n, n, parexempli iour uirium, 375 ' ;inteniuso en inleriius quand il fallait inlcr nos pour oraturum, 3. un rencontre très souvent la permutation de is et us ■ is : cognominus pour cognominis, 412. Enfin, dans les mss. de formu les, comme dan tanuscrits, on rencontre le redoublement ou la suppression île s\ Uabl t' »j j. i.', toniqu mplacé par i - de i« i m s : adipei. concan Le p il' le plus marquant, c'çsl.i 'in i < transcription de l'e toni qui esl aussi le plus foi mu les, il se présente exactement ips : minsut, 1 - ; cinso, 7 » ; paginsis,G0* ;dibeas,
M,.
L'y grecs a été assimilé a l'e : monaslirio,. -' : monastyrio, ninis, 121 Le iotacisme a atteint la préposition c ;. ; dans èreniscona pour s !pï)vr) ctç octûva,.57 1 « .
La substitution de l'i.i l'e se produit surtout dans la conjugaison et les exemp les sont en grand nonil n est générale du vret au vu » siècle ; encore fréquente au vrii*, plus rare au ix« , surtout dans les formulaires rédigés à la chancellerie impériale ou au monastère de Saint-Gall, c'est-à-dire dans des centres où la reforme grammaticale, inaugurée s. mis Charlemagne. pouvait le plus facilement exercer son influence. Taudis que les manuscrits des formu les de Marcull (à l'i icception toutefois de.V) transforment vende en vinde dan un passage emprunté a l'évangile de saint Matthieu.
19 « ,1e manuscrit des formulas Senonicœ, du vue siècle. corrige toute une série de graphies en i : 1 ; • 1 -' : 195 '-17 ; 197 -'- » : IS.« ) » ; 211 » : 213 » : 21 1 ». Issue de la langue vulgaire qui avait fusionné l'e et l'i, l'orthographe nouvelle a dû pendant un certain temps êl iformc a la prononciation courante. Si l'on s'en rapporte au roman, on a dû entendre un i dans des parfaits tels que fu-i, Vini, prisi, Uni, et leurs temps dérivés, dans les infinitifs tcnire, retenirc, implire, ainsi que dans les formes verba les inchoatives. A partir d'une certaine épo que, l'écriture s'est figée, alors que la langue parlée continuait à évoluer. L'è el /'/ se diphtonguaient, mais les scribes, fidè les à la tradition, conservaient l'i des sièc les précédents, retendaient par analogie a u\\f foule de formes nouvel les et l'employaient arbitrairement a cêite de e : habitur el habetur, 17 « -', deb.irit et deberil, 12,0 ; accipisseetacepi, 17' : accepisse et accipi, 2â 10. 11 appartient en propre a la langue savante d'alors et c'est ce qui expli que qu'on rencontre encore au vu0 et au vnr siècle, dans le nord de la Gaule, des désinences tel les que -/fur, -iinnr, -imus, -ilis. A partir du vu » et du vmc sièc les, 1'/ est devenu dans la grande majorité des cas un signe purement conventionnel, qui s'est encore conserve dans les formes bien connues i erments de Strasbourg. savir, podir, quid, mi, dift. i parfois, devint a, devant uni' nasale : amandolas, i« . ' lt amnadolas, 19 ', pour amydalas qui n'est donné que pai un seul manuscrit. L'accord des autres autorise à faire remonter la variante amandolas ;i la première moitié du vin*- siècle. Appannem pour appennem se trouve dans un manuscrit du iv s. des formu les de Tours : ainsi, a cette date, l'e devant une nasal.' entravée avait la tendance a passer a a. c ouvert a île rendu par i, mais moins souvent qu'on ne serait tenir de le croire n faul en induire que la prononciation des lettrés et d : distinguait à la Ioni que les deux C. mm.. n de l'i el u. l'i dans la prononciation famiitraina à remploi de i pour e et de e poui i ; mais lier mode el beaui oup plus rare que l'autre : i. mcnirae,10 », '« : hnn. peneliat, 173 '. Les copistes devaient être surtout lentes d'introduire l'e dans les mots qui renfermaient déjà celle voyelle primitive ou secondaire. resbelerum, 170 » ; archepresbeteriw, 170« ; archeepescopo, 17ii » : homenebus, il « .
/ long reste % al n( intact, i on si liblit en se devant les voyel les etc., etc. ; ci devant les cou onm l < m rencontre même ' pour ;e ti I ice de si m i oui ii-\ antlesmol f par une dentale. rium,7 », 72 T ; terralurio,U '. 16 M, etc., etc. Le inanusi. :, 2 du recueil de « > uni I lenis donne papulus pour populu uce que le scril - i fondu /iô/ii.'/us et pOpulus, peupli Le changement de t en o dans Lugdono de Lugdunum, devenu Lyon, constitue un cas spécial dans le traitement de Vf en Gaule. Il est probable qu'il a eu lieu sous l'influence du celti que.
VOYELLES atoxes. — L'o atone, avant et après l'accent, est diversement traité. Le changement le plus caractéristi que est l'affaiblissement en e, d'ailleurs assez naturel dans des documents rédigés pour la plupart en Gaule, du vne au IXe.
L'e atone, libre ou entravé, est rendu par i à n'importe quelle place dans le mot.
Le changement de l'i en e affecte surtout l'i atone, principalement à la syllabe postoni que et à la protoni que non initiale, c'est-à-dire là où la voyelle atone, placée entre deux accents, devait être plus sujette à s'affaiblir. Les exemp les sont si nombreux, et le phénomène en question si banal, à l'épo que mérovingienne qu'il est inutile de les signaler tous.
L'u bref atone, et parfois même toni que, a conservé sa valeur de son mixte. Sous l'action d'une consonne, palatale ou d'un i, il se change en t. Conformément à l'usage post classi que, l'u grec, toni que ou atone, est souvent transcrit par la voyelle i avec laquelle il s'était identifié dans la prononciation des derniers temps.
L'o atone libre est transcrit par u, surtout à la syllabe finale, car c'est là qu'on la rencontre le plus fréquemment. sr.xcoPE de la votelle atoxe. — L'orthographe des formu les supprime assez fréquemment la voyelle de la syllabe atone. Parmi les voyel les inaccentuées, c'est la post toni que qui est le plus souvent sacrifiée, notamment IV et Vi brefs. L'o et l'a tombent beaucoup plus rarement. La voyelle protoni que non initiale est également éliminée, de préférence dans les groupes de consonnes qui renferment une liquide. Somme toute, les formes syncopées sont relativement rares et il y a lieu de s'en étonner, puis que ces documents ont été en grande partie rédigés et composés dans le nord de la Gaule, c'est-à-dire dans une région dont la langue vulgaire se distinguait précisément de celle des autres provin ces par la suppression de la voyelle atone et qu'ils datent d'une épo que où le roman de ce territoire était fixé dans ses gran des lignes. Seu les des graphies tel les que oceurre, dricto, subtis, concul cet, signa, sin, reflètent jusqu'à un certain point la langue parlée du vne au VMe. C'est que, en ce point comme en tant d'autres, les notaires des chancelleries impéria les, municipa les et monastiques subissaient l'ascendant du latin littéraire.
DIPHTOSQUES. — A partir du IVe, l'emploi de se pour e et de e pour œ a gagné tous les textes vulgaires. Les grammairiens avertissent inutilement et, finalement, se laissent entraîner à des formes que consacre deux graphies différentes du même mot. Bédé et Alcuin se règlent sur leurs prédécesseurs et bien que le De orthographia de ce dernier ait servi de modèle aux scribes, les formules du VMe n'en fourmillent pas moins de fautes. Il semble, qu'en ce point, la reforme orthographique n'ait commencé à agir qu'au IXe. L'a réduit à une voyelle simple, fut aux débuts assimilé de préférence à l'e bref ou e ouvert, mais en bas latin on ne se préoccupe plus ni de la quantité ni de la qualité de l'e, qu'on transcrit au moyen de œ.
L'ancienne diphtongue prend dans la syllabe accentuée la place de e ouvert : œi, 4 12. 24 * msea, 23 30, mœœ. 36 », iniœgrum, <S7 ;7. A l'atone, l'échange est encore beaucoup plus fréquent, mais n'offre plus d'intérêt à l'époque mérovingienne. Le signe œ est surtout usité à l'infinitif actif : eomponene. 67« ; dinumerarse, 175 » ; suscilarse. 175 a. Ces infinitifs en ree proviennent en majeure partie des formules de Bourges. Die a été exceptionnellement orthographié diaei dans les documents de l'Anjou (a disei présente, 11 s) qui écrivent correctement quelques lignes plus haut : a die présente, 11 '.
JE et œ s'échangent assez souvent dans les textes bas latin. Bède et Alcuin recommandent d'écrire jedus (= jeedus) quand il signifie de/ormis el fœdus dans le sens de paetum. Les manuscrits des formules s'en tiennent à la tradition vulgaire et orthographient indifféremment : feditate, /œditale et f&ditate.
Oi, diphtongue grec que, devient régulièrement œ en latin et peut être exceptionnellement réduite à o, comme dans 8to£x7)tuç et -apoixîa. Dans les formules, on rencontre : parrœchia, 396 ', 13, 399 '« : parreechiis, 420 » : parreeehiam, 566 20, 520 « , parocia, 14 8 parrochia (onze fois), paroehia, 260 !0, parachia. 260 ;*. Quant à dioicesis, on n'a relevé que des graphies en o : diocesis (onze fois ) diocèse, 219 ».
Au atone est dissimilé en a, lors que la syllabe suivante renferme une voyelle vélaire.un u ou uno ; agustissimo, 173 s : aguslo. 174 5. La réduction des au à a est surtout fréquente dans auetor et ses dérivés. La diphtongue ou est traitée de même devant u final et aussi devant a, e, ou ;', nafragiis, 15 « , agmentum, 335 ». Même les monosyllabes aut, ad et at permutent entre eux. Ad tient lieu de aut et aut de al ou ad. Au se substitue à o dans audire, 103 « pour adiré, dans instaurel pour instaret, 370 43. Causam sert de variante à easu, 76 « et à casa, 328 s, 17 « .
Les formules confondent à tout instant aut et ut ; dans ces conditions, il n'y a pas lieu d'être surpris de rencontrer udire pour audire, dans le recueil de Saint-Gall. Par contre, les formules, même les plus vulgaires, présentent peu d'exemples de la simplification de au en o. propre au latin populaire. Les monophtongaison de au en o provoquent cependant des graphies inverses : oflerendi, 72 18 dans le sens de au/erendi, 72 M. Le copiste des formules andeeewenses écrit saulsaditus, 9 IS ; austes anticus, 15 » ; austililer, 16 31 en même temps que solsadia, 9« ; ostibus, 15 » ; ostias, 15« On admet généralement que la diphtongue eu des mots grecs se prononçait en latin en deux syllabes. Ainsi s'expliquent les graphies qui remplacent eu par eo, fréquemment attestées dans les textes de l'empire et du moyen âge : eologias,6 3, 70 10 ; eoglogias, 108 S1 : Eoropa, 529 '. En hiatus l'u de eu a été transformé en consonne bilabiale, et pour transcrire le son nouveau on s'est servi du signe w qui se rencontre au vme et au IXe : euuangelicum. 260 10, 429 » ; euuangelistarum, 203 u. Le graphie eo a même pénétré par analogie orthographique dans la conjonction seu, bien que l'u dans ce cas ne fût pas syllabique seo ( = seu) devant une voyelle, 44 « >, 53 5, 57 13, 196 23-30 etc., seo devant une consonne, 43 », 47 », 89 •>, 91 ■', 143 32. De même que au, eu pouvait perdre l'élément bilabial, on trouve ainsi Eptaticum dans formules de Beichenau, 372 *.
V. Les éditions. — Il n'est pas question ici d'autres actes que ceux qui concernent la jurisprudence, c'est-à-dire des protocoles ou modèles, sans mélange de pièces relatives à la discipline et à la liturgie. Cette distinction s'impose parce qu'on a donné, un peu abusivement, le nom de formules, à des diplômes ou chartes tels que ceux qu'on trouve rassemblés sous le nom de Formulée alsalicse \ Formula : alaman Formulapromotionum seu eleclionum episcopalium 3, Formula ? exorcismorum el excommuniccdwnum '. Les érudits du début du xvm siècle, gens lieureux qui n'avaient qu'à choisir entre les textes inédits les plus importants, se contentaient de déflorer une collection, de l'indiquer au passage. C'est ainsi que Cujas cita la formule 2« du livre I » de Marculf. dans son commentaire de la constitution 52« du ('.ode Justinien et la formule 12 du livrell » dans ses Observatiunes. I. VIII, n. 1 I. I.e président Brisson en a cité également dans srni lie Formulis et sullemnibus Populi Romani verbis libri VIII. Opus.. nunc récognition el »... mendis purgatum, in1. l-'rancofurti, 1592. l'ierre et François Pithou en ont cité un plus grand nombre. 1'. Pithou a inséré la formule 2e du livre l« de.Marculf dans le Premier livre des Mémoires des comtes héréditaires de Champagne et de Brie... in-l, Paris, 1572 : 1581 ; Fr. Pithou en a transcrit, en totalité ou par extrait un i ;rand nombre dans son glossaire de la loi sali que, imprimé en 1602. Le manuscrit que lui avait communiqué le président Savaron sera décrit et étudié plus loin. lection, ou les formules relatives au même objet sont rapprochées, annonce un choix ou un classement d'après plusieurs manuscrits. Les formules de Lin-.
Apres ces deux publications. Baluze entreprit une nouvelle édition qu'il donna en H.77. dans sa NODO ticker, CommtntaUa de Marculflnls, lente, 1818, i >. : J 1 sq. iv« aussi parfois mentionnées des Formula '.••/ dtuUruv, ((m n'onl rien de i uin avec uns formu les Juridiques ; cf. G. Honod,dans Bevut criti que, 1879, i trdestus, Notice sur lei manu rmu les relai i droit obstroi dont l'empire des 1 rmus tutoie 'le qualorzt formula Inédites, dans Btbltolliiqm de l'Êi rollectio formularum, ex veterib. codicib. mss. eruil in unum collegit, nunc primum edidit dans Capitularia regum Francorum, t. n, p. 557-580. Ce recueil était encadré des séries que voici : Marculfi libri duo Formu- /(irum/ed.alt. P.deChiniac. t. n. p Appendix Outre le manuscrit dont Bignon s'était servi, Baluze fit usage d'un manuscrit qui appartint successivement à Pithou, de Thou, Colbert jusqu'à son entrée à la bibliothè que royale et qui est aujour d'hui à Paris, lat. 212 ?,. k-quel contient les quarante formules du livre 1« de Marculf et vingt-sept seulement du livre II ». Le prologue diffère à peine de celui du lat. 4627, sauf le nom de Glidulfus ou -Eglidulfus. Le nombre des formules est, d'après l'index de cent dix-sept, niais les cinq premiers numéros ne pouvant être considérés comme des formules (ce sont : Epislola Ilclenœ ad Constantinum imperatorem ; epislola Constantin ! ad Helenam malrem ; epislola Conslanlini ml Athanasium episcopum : epislola Julii episcopi [roman i\ ml Atexandrinos ; de episcopo eligendo, Yalentinianus imperator ad episcopos),ce nombre doit être réduit à cent douze. Parmi ces cent douze formules, il y en a huit qu'on ne connaît que par l'index, le copiste les ayant omises dans le texte (ce sont les n. 90, 95, 97, 105, 106, 107, 108, 109) ; mais les formules 911. 95, 108 et 109 sont dans Marculf, et les n. 105, loi., 107 dans le manuscrit qu'à fait connaître Pardessus, la 97e seulement, serait à chercher, elle est indiquée par les mots Prologo de venditionc, qui ne permet pas une identification certaine avec une pièce contenue dans un autre recueil.
A la suite des quatre collections de Bignon.Baluze donna son propre recueil de formules, la plupart inédites,.Sa moisson comptait quarante-neuf pièces el les n. il, 15,46, 17. ei in avaient él l' ouvrage composé par Ison, moine de Saint (.ail. vers l'ai. pour instruire ses discip les. Les formules.'i a 15 incluse emenl (saut 7), sont tirées du ms. /'..'.« . néglige par Bignon. La 10 se trouve dans le lus. U09. fol. 120.
Baluze ; les seu les qu'on n'j trouve pus s..ni les i, 12, 17, ix. 19, 20', 2. ».. 26. 38. 10.
■. S2. 88. '« ■.1. ». i« ... l »s. 121. 127. 152. 158. n. s. 169, 171, in : ;. im. mais, sur ces trente quatre formules, cinq : i. 12,25,26,151, sont contenuei Ii i-..i is., lat. 112J, et une. la in. ;, dans l( I il • A partir de cette époque et grâce à l'impulsion de Pardessus et aux efforts soutenus de E. de Rozière (son gendre ), les publications de formulaires se succédèrent nombreuses :
1844 : Formukv Andegavenses, publiées d'après le manuscrit de Weingarlen, actuellement à Fuhlc, pse Eug. de Rozière, in-8, Paris (ainsi que les suivants).
1853 : Formu les inédites publiées d'après un manusi rit de la bibliothè que de SaintGall, dans même revue 1853, série III, t. iv. p. 464-483 ; cf. Ad. Tardif, même revue, 1854, série III, t. v, p. 94-96.
L. Rockinger, hrci formelsammlungen ans der '/.cil der Karolinger ans Munchncr llundschriften milgetheill.Aa.ns Qucllcn zur bayer. Geschichte, 1858. t. vu. p. 1-312.
1859 : Formu les inédi les publiées d'après deux manuscrits des bibliothèques roya les de Munich cl de Copenhague, dans Revue histori que de droit français et étranger. 1859, t. v. p. 1-65.
Avec cette édition, excellente à beaucoup d'égards, on possède pour longtemps le corpus integrum des Formu les. La découverte cl la publication des poussières de textes contenues dans !<■ ms. 379 ie la collection Baluze apporte peu de chose.< ajouter a ce que nous savions déjà, Pithou et Baluze n'avaient pas impunément défloré cette collection. Depuis 1882, un choix de formu les a été publié en :
1887 : Textes relatifs aux institutions privées et publiques, aux époques mérovingienne et carolingienne, publiés par.Marcel Thevenin, Institutions privées, dans Collection de textes pour servir à l'élude et ci l'enseignement de l'histoire. « J'estime, écrit l'auteur, que les formulaires d'actes publics ou privés sont les sour ces les plus importantes du droit des deux premières ra ces. »
VI. Le contenu des formulaires. — On ne peut songer à analyser les formu les : c'est l'histoire entière de nos anciennes institutions qu'on se trouverait amène a exposer. Après avoir décrit les différents recueils, d'après les manuscrits qui les contiennent, nous allons entreprendre d'en inventorier rapidement le contenu, suivant l'ordre adopté par E. de Rozière et qui semble définitif, sauf les additions qui seront indiquées s'il y a lieu. Afin de rendre le maniement plus rapide, nous ferons suivre cha que chapitre de la mention des formu les qui s'y rapportent.
Voici la série des abréviations adoptées :
And. = Formula ; Andegavenses.
Arg. = Formula ; Ar^entincnses.
Arv. = Formula ; Arvernenses.
Aug. = Formula ; Augienses.
Big. = Form. Salic-Bignoniana>.
Bit. = Formulœ Bituricenses.
Dion. = Collectio S. Dionysii.
Emm. = Fragm. cord. S. Emmerani.
Extr. = Formula ; Extravagantes.
Flav. = Collectio Flaviniacensis.
Form. = Form. epist. coll. minores.
Imp. = Formulai Impéria les.
Laud. = Form. codic. Laudunensis.
Lind. = Form. salie. Lindenbrogianœ.
Marc. = Marculfi Formula ;.
M. Kar. = Form. Marc. a>vi Karolini.
Ro.Mer. = Form. Sal. Roziére-Merkel.
Morb. = Formula ; Morbacenses.
Par. = Formula3 Parisienses.
Pat, Collectio Pataviensis. l'ilh. = Fragm. form. Pithœi.
Salz. = Formula' Salzburgenses.
Sang. = Form. Sangall. miscellan.
C. Sang. = Collectio Sangallensis.
Sen. = Cartœ Senonicre.
Sen. rec. = Formul. Senon. recentiores.
Tur. = Formula ; Turonenses.
Vis. = Formula ; Visigothica ;.
(Roz.) = Eug. de Rozière, Recueil générai, nn.
1° Sacramenta futelitalis. Dans toute société organisée des rapports nécessaires lient les citoyens avec le souverain, et les citoyens entre eux. Parmi les rapports entre le souverain et les sujets figure en première ligne le serment de fidélité. Ces serments sont réciproques : ils ont existé dès le temps des Mérovingiens et on les récidive le plus possible ; non seulement à chaque avènement, mais à tout changement de maître. Chaque conquête est suivie de serments qu'une conquête suivante fera violer à tous risques et périls ; le serment est une sorte de parjure légal. Aucun texte de serment, appartenant à l'époque mérovingienne, ne nous est connu ; les formules qui nous ont été conservées datent des Carolingiens : connue : caria de ducatu et palricialu vel comitalu.
Marc. I. S ; M. Kar. 15 (Roz., 7).
3° Carta de nntrustione. — La truslis royale constitue pour celui qui en fait partie un lien d'une nature particulière, cf. M. Deloche, La Trustis et l'Anlrustion royal sous les deux premières races, in-8°. Paris, 1873 (voir Dictionn. au mot Gar des). La formule qui se lit tout en quelques mots : Rectum est ut qui nubis fidem pollicentur inlesam nostro tueantur auxilio.
Mare. r. ls (Roz l°
Cartet de mundeburde. — Ces formu les ont pour objet la protection qui émane de la puissance royale pour ceux qui, comme les monastères, ne pensent se défendre eux-mêmes.
Marc. i. 21 : Mare. Add. 2 ; Flav, 69 ; Sen. 28 ; Imp. i 55 il :-/.. 9 15).
5° Immunita les. — Formu les de chartes d'exemption ou d'immunité en faveur d'églises et de monastères.
Marc. i. 3 ; M. Kar. 30 : Imp. 1. 11. 12 (Roz., 16, I i.
6* Confirmationes immunitalum. — (C'était une façon d'améliorer d'une part la situation et d'autre part, de faire reconnaître par quelqu'un le titre renforcé.
Marc. i. 1 : M. Kar..'Il : Imp. 13, 15, 28, 29 a. b., 43 : Sen. 35 m :,./.. 20, 22, 25, 21, 2 1. 26, 23).
7° Prœcepta pro Judais negociatoribus. — Autre méthode pour battre monnaie aux dépens d'autrui.
Imp Sen. 36 (Roz., 27, 28,30,2 I S«
Prœcepta de navibus cl teloneis. - Les tonlieux entaient douanes et octrois.
Marc. Add. M ; Flav. 48 ; Marc. Suppl. 1 : Imp. 19, 2 ». 22. 2 1 (Roz., 32. 32 bis, 3G, 35, 3 :1.
le. Touchant le service militaire.
Ro Mer. il : Sri.. 19 ; Pat. 3 (Roz., 37, 38, 39).
10° Prœcepta de rébus forefactis et redditis. — Sur les confiscations et la levée de saisie.
Imp,. i« . H).
11° Securitas. - Accordée à celui qui est menacé pour avoir exécuté les ordres du roi.
Marc. I. 32 (Ho/.., 12)
//. PORMULJB M> JC.s PRIVAT, V M VBS. — C'est la section la plus riche : elle offre pour l'hi du droit privé une mine presque inépuisable. I)' les actes concernant les personnes, puis les biens et leur transmission.
1° Commendatio. — Entre les personnes, on distingue celles qui sont maîtresses d'elles-mêmes et jouissent de leurs droits et celles qui sont sous la puissance d'autrui. La formule qui se lit tout en quelques mots : suus la puissance d'autrui afin d'avoir les moyens de se nourrir et de se vêtir : Dum et omnibus habetur percognilum, qualiter ego minime habeo, unde me pascere vel vestire debeam, ideo juin pietali vestrœ, et mihi dei reuit voluntas, m me m vestrum mundoburdum U eommendare deberem, gmul ita et feci....
Tur. i : ; (Roz
les Francs, on voil dividus réduits a se vendre eux-mêmes par suite d'un ou d'un mêlait )■■ !> noxiam). D'où le nom d'obnoxitttio donné a l'acte par lequel un coupable aliène sa liberté au profit d'autrui. Par extension, ce terme d'obnoxiaUo s'appli que à tout acte d'aliénation, soit volontaire, soit forcé, qu'il s'agisse d'un esclave ou d'un homme libre, quelle qu'en soit la cause. Nous avons ici neuf formuli quatre sont rendues inévitab les pour infraction à la loi (And. 25) nous montre un mari et une femme se vendant avec tout ce qui leur reste : Constat nos vindedisse et Un uindedimus u vobis estalus nostros cum omni peculiare, guod habemus mil ! remus, manso cl terni vil viniolas, quantum i die preesente possedire vidimur in fundo Ma villa super Icrni eeclesiœ Andicavis, vel ubi summus. Une (Sen. App. 6) se rattache au droit gallo-franc ; un individu y aliène sa liberté pour réparation du vol d'un cheval qu'il a conduit dans une retraite : Domino met) semper, ego enim Me. Dum non est ineognitum. qualiter insligante parle adversa mihi conligil, quod ego caballo ad homine alico nomen Mo in lascega (= laxaga) subduxi, unde ■ furlu victus adparueri et vilee periculum exinde incurrere potueram, cl ego non habeo, unde ipsos faeinus vel ipso furie emendare vel satisfacere debeam, propterea • u vnbis. habuit pielas cl dignatio vestra (cf. I »i sali que, lit. u. art. -1 : loi des Alamands, lit. xi.ix. art. 2 Tur. 10 : And. 2. 3. 10. 2 :.. ; Sen. I : Sen. App. G : Arv.5 ; Marc u, 28 ; Ro.-Mer. 26 ; Pith. 77 : \ II. IN. 19, 15, 16, -17. 50. 51.
3° Epistolœ colleclionis. — Deux formu les intéressantes qui constatent la vente collective d'un enfant nouveau né (voir Alumni si, trouvé au porche d'une église et vendu par les pauvres qui l'ont trouvé. ( les pauvres formaient une sorte de confrérie, sous l'autorité d'un marguillier. On retrouve encore, dans les pays contemporaine, les varones de solemnidad, loqueteux officiels, disparus des autres pays ch Cur/ii ilr sanguinolenlo quem de malricola suscipi... invenimus [nos gui ml matricula sancli illius resedire videmur) infantolo sanguinolenlo qui afflue vocabulum non habetur et de cumplo | euncto] populo parentes ejus invenire non potuemus : ideo convenu nobis unianimiler consentientes d per voluntate mariera Mo presbitero, ni ipso infantolo ml homine nomen Mo venumdare deberemus,quod ita cl fecimus. Et ai i ipimus pro ipso,sicut apul nos i onsuetudoest treanlo \ trient*) uno cum nostro paslo... Celle vente de nouveau-né est autorisée par le Code Théodosien, 1. V, tit. vm.
And. 19 ; Tur. 11 (I ;.>/.. 53,54).
4° Manumissiones per denarium. Formu les relatives aux affranchissements (voir ce mot) dont le nom se multipliait. Les émancipation dont il s'agit dans ce chapitre -uni celles que prévoit la loi Sali que et qui doivent avoir lieu devant le roi. Au jour désigné pour l'audience nivale, et parmi l'appareil de circonstance, un maître amené son esclave, se prosterne, place une pièce de monnaie dans la main de l'esclave, la Lut sauter en l'air en signe d'abdication de son droit de propriété. (( I. I « i Sali que, lit. xxviu ; loi Ripuaire, tit. 1 1\ » Sen. 12 : lii'J. 1 : Murc.i. 22 : M. Kar. 27 : Ro. M.r. lu ; I'at. 7 : Imp. 1 : C. Sang. Add. 2 (Roz., 55-61 inel.).
5 » Manumissiones in ecclesiis. - (Voir Ai 1 1 w*< msM..VII \ I s. | Bit. 9 ; Sen App.2. 3 :Arv.3 :Tur.l2 :F\tr. 1.1 Aug.. B. 21. : ;i (Roz., t. 2.1.5. e.<i. 69, 68, 1 0« Manumissiones ml gradus ecclesiaslici recevo i in. 1.2. 16, 17 : Sen, rec. 9 ; Imp Mer.
Sang. 17 ; Imp. Add. 2 il ;-.-. 70, 7 I. 72 bis, 71. 72. 76, 75. 77). tfanumi'ssio/i o/n.
Marc. 1. 39 ; 11. 32. 3 I Ro. Mer. 13a, 1 I.ind. '.'. 10, 11 ; Aug. 1 :. 18, 20, 12 : Sen. I ; Arv 1 ; 6 ; Lu m u u d 0 Big.2 ; Fit ■ ; Arg. 1 ;\ iv I 6 ; ml r ' 1,85 M. 86, 9° Manumissiones posl decessum. And. 23 ; Marc, n, 33 : Sen. App. 4 (Roz., 98-99).
10° Redemplionale. — Rachat qu'un esclave fait de sa propre personne au moyen de son pécule. Sen. 43 (Roz., 100).
11° Epistolœ conculcatoria'. — Ce sont des autorisations de s'unir légalement, accordées à des esclaves mariés sans permission de leur maître. Une de ces formu les (I.ind. 20) est passée en présence de trois scabini (ou échevins) dont l'institution date du vm« siècle et qui remplacent les curia les (De Rozière, Recueil, t. i, p. 13G).
Ro. Mer. 31 ; Morb. 18, 19 ; Aug. B. 41 ; And. 59 ; Sen. 6 ; Marc, n, 29 ; Lind. 20 ; Emm. n. 23 ; Big. 11 (Roz., 101, 102, 10G, 103, 104, 105, 107, 108, 109).
12 » Libelli repudii. — Formu les de divorce. Une formule (Tur. 19) invoque l'incompatibilité d'humeur : Cerlis rebas et pro bâtis cousis inler marilum et uxorem repudiandi locus palet. Idcirco, dum inler illo et coniiuie sua illa non caritas, secundum Deum sed discordia régnât et illorum nulla est voluntas pariler conversandi, placuit utris que voluntatibus, ut se a consortio conjugali separare deberenl, quod ita et fecerunl.
Tur. 19 ; Marc, n, 30 ; Sen, 47 ;Ro. Mer. 18 ; And. 57. (Roz., 110-114 incl.).
13° Adoptiones. — Dans une formule (Tur. 23) l'adoptant explique qu'il a été privé d'enfants à raison de ses péchés ; même supposition dans une autre (Marc, il, 13) et plus brutalement dans (Lind. 18) : Dum... peccatis meis facientibus procreationem filiorum minime luibere videor...
Tur. 23 ; Marc, n, 13 ; Ro. Mer. 45 ; Lind., 18 ; Emm. n, 21 (Roz.. 115-118 incl.).
14° Qualiler pupilli recipianlur. — C'est un acte par lequel le magistrat d'une province judex procineise, avec le consentement des notablesde la cité, confie des pupil les soit à un parent, soit à une autre personne dévouée qui s'en charge. Tur. 21 (Roz., 119).
15° Cartula mancipationis. — Dulcissimo fdio meo Ht. ill. Prisca consueludo et leç/um décréta sanxerunl, ut p très ftlios in potestate haben les tempore, quo perjeclos in eos esse prœspexerinl annos, poslulata a patribus absolutione, percipiant, quod tamen patres ipsi, si voluerint. concédant. Unde ambiguum non est, quod obedientise veslrse sagacilas noslrum compellet animum, ut te a noslro dominio corpore relaxare debeamus. Unde paternes potestalis inluitu decernimus ad instar personœ nostrœ tuum gaudeas pervertisse statum. Oblatos aulem a lequin que nummus distractionis at que mancipationis causa me suscepisse agnosco et melioralum t utem te gaudeo. Unde, quicquid te malui, volai, contuli et habere decreoi, totum tibi per h une mancipationis meœ cartulam confirmo, hanc ruboro et concedo : per Palrem et Filium et Spiri/um Sanctum. qui est Trinitas inseparabilis et una majestas, per regnum glonosissimi domini noslri ill. régi qenli que suie salutem vel omnium sacerdolum coronas. Vis. 31.
18° Parla inler parentes.
Tur 25 ; Sen. 29 ; Marc, i, 20 ; n. 14 : Ro. Mer. 21 ; And. 55 ; Big. 19 ; Vis. 33 (Roz., 122, 123, 127, 124, 124 bis. 125, 126).
19° Teslamenta seu tiereditorise.
Flav. 8 ; Marc, u. 10. 12, 17 ; Sen. App. 1 a ; Tur. 22 ; Lind. 12 : Sen. 42, 45 ; Ro. Mer. 23, 24 ; Emm. i, 5, 7 ; Pitb. 4(i : Vis. 21. 22, 26 (Roz., 128, 132, 136, 129, 130, 131, 133, 135. 137 ; 136 bis 134).
20° Donationes regum.
Marc, i, 14 a, b. c : Imp. 2, 10, 26, 27, 44 ; Fat. 4 ; Vis. 9, 10 (Roz., 138, 139, 145, 142, 140, 146, 143, 141).
21° Donaliones cum immunilate.
Marc, i, 14 d. 15 ; M. Kar., 23, 24 ; C. Sang. Add. 3 (Ro ?.. 147-150 incl.).
22° Confirmationes.
Marc, i, 16, 17, 31, 35 ; M. Kar. 25, 26 ; Morb. 26 ; Imp. 16, 18, 39, 45 (Roz., 154, 152, 151, 158, 153, 157, 155, 156).
23° Donaliones privatorum.
Lind. 6 ; Tur. 4 ; Marc, n, 36 ; Big. 17 ; Arv. 6 ; And. 56 ; Aug. B-35 ; Vis. 30, 31 (Roz., 159-165 incl.).
24° DoncUiones parenlum in fdios.
Tur. 21 ; Marc, n, 11 ; Ro. Mer. 25 ; Sen. 23 ; Big. 10, 12 ; And. 36, 37 ; Lind. 14 ; Vis. 29 (Roz., 166-170, 171, 173, 171, 172).
25° Prologi donationum ad loca sanctorum.
Marc. Add. la, b, c, d, e ;Marc. n, 2 ; Tur. la ; Ro. Mer. 4 b ; Aug. A. 1-A. 12, B. 28-B. 33 incl. (Roz., 176, 193, 177, 178, 179, 175, 180, 181, 182-192).
26° Donationes ad loca sanctorum.
Ro. Mer. 1, 2, 3 ; Tur. Add.l : Flav. Add. 1 ; And. 46 ; Sen. 41 ; Aug. A.'l4, 15, 16, 17, B. 1,B. 36 ; Lind. 1 ; Lind. Add. 2, 3 ; Flav. 7 ; Big. 18 ; Emm. i, 6 ; n, 15, 16, 17 ; Extr. i, 21, 22 ; Vis. 7 et 8 ; Pith. 108 (Roz., 194, 205, 206, 195, 196, 197, 198, 208, 209, 210, 211, 199, 207, 300, 201, 202, 203, 290).
Tur. 17,18 ; And. 35, 41 ; Marc, i, 12 ; n, 7, 8 ; Lind. 13 ; Lind. Add. 1 ; Ro. Mer. 16 ; Pith. 38 ; Vis. 23 (Roz., 245,246,254, 247, 253, 249, 249,251, 250, 252).
31° Tradiliones. — Ici commencent les formules d'actes onéreux ou commutatifs.
Sen. 34 ; Flav. Add. 2,6, ; Tur. 15 ; Tur. App. 3 ; Emm. i, 4 (Roz., 255-258 incl.).
Marc, n, 37, 38 ; And. 1 a, b ; Sen. App. 1 6, c, d ; Bit. 3, 6, 15 b, c, d ; Tur. 2, 3 ; Tur. Add. 4,5 ; Sen. 93, 40 ; Flav. 9, 10 ; Vis. 25 (Roz., 259, 260, 261, 265, 266, 262, 263, 263 bis, 264).
33° Venditiones.
Tur. 12 ; Tur. Add. 2 ; And. 4, 21, 27 ; Marc, n, 19, 20 ; Sen. 2 ; Ro. Mer. 9, 10, 11 ; Lind. 8 ; Big. 4 ; Aug. I, 13, 39 ; Pith. 96, 101 ; Vis. 12-13 (Roz., 267, 279, 276, 270, 280, 277, 268, 275, 281, 269, 271, 272, 278, 273, 274, 282, 283).
34° Confirmationes venditionum.
Mare. Suppl. 2 ; M. Kar. 28 ; imp. 34 (Roz., 284-285).
35° Traditiones.
Sen. App. 5 ; Estr. i, 23 (Roz., 286-289).
I Conditiones servorum.
Marc, h, 22 ; Tur. 9 ; Lind. b ; And. 9 ; Ro. Mer. 12 ; s, n, 9 ; Vis. 11 (Roz., 290-297).
Commutationes.
Marc, i, 30 ; n. 23-24 ; Imp. 36, 42, 54 ; Tur. 26 ; Ro. Mit. 20 ; Lind. 5 ; Sen. 5 ; And. 8 ; Hig. 15 ; Bit. 1 ; Aug. i, Sang. I, II, 20 ; C. Sang. 5, 11, 19 ; Arg. 3 ; i, 27 (Roz., 298, 304, 305, 299, 300, 316, 302, 303, 306, 310, 311, 313, 312, 314, 315, 312).
Confirmationes commutationum.
Imp. 3 ; Imp. Add., 1 ; Pat. 5 (Roz., 317-318).
Tur. 6, 7, 34 ; Tur. Add. 3 ; Flav. Add. 3, 4 ; Ro. Mer. 6, 7, 22, 23, 33, 34, 35, 36, 37 ; And. 7, 58 ; Par. 1 ; Bit. 2 ; Marc, n, I, 5, 9, 39, 40, 41 ; Sang. 2, 3, 11, 15, 22, 23 ; I. iul. 2, 3, I ; Aug. A 18, A 19, A 20, H 2, H 3, I, 1, B 5, B 6, B 7, 1, 8, i, 9, B 10, B 11, B 12, I, 11, I', 15, B 16, B 17, B 37 ; C. Sang, 6 a b, 7, 8, 9, 13, n, 15, 21 ; Add. i, 5 ; Sen. il, 15, 16, 31, 32, 33 ; Bip. 2, 21, 22 ; Imp. 21 ; Sen. rec. 19, 20 ; Pith. 23, 25, 28, 30, 36 ; Aug. B 11, 15 ; Vis. 36-37 ; Extr. i, 24, 2, 27 ; Emm. i, 8 (Roz., 332, 319, 344, 327, 341, 320, 321, 321, 343, 336, 326, 329, 329, 349, 349, 322, 358, 323, 324, 345, 345, 337, 328, 328, 325, 330, 331, 331, 346, 333, 334, 335, 347, 347, 348, 348, 350, 350, 354, 362, 363, 367, 360, 352, 352, 352, 353, 351, 59, 366, 367, 338, 338, 356, 364, 366, 340, 340, 339, 339, 339, 342, 342, 355).
40° Cautiones.
Marc, 25, 26, 27 ; And. 22, 38, 60 ; Sen. 3, 48 ; Tur. 13 ; Tur. App. 1 ; Vis. 38-44 (Roz., 368, 370, 373, 375, 372, 374, 370, 377).
41° Evacuatorise.
Tur. 11 ; Marc, n, 35 ; Sen. 21 ; And. 17, 18 ; Hit. 1 (Roz., 378, 379, 380, 382, 381).
42° Mandata.
Arv., 2 ; Tur. 2, 15 ; Tur. App. 4 ; Sen. 13, 50 ; And. 48, 51, 52 ; Sen. rec. in ; Marc, i, 21, 36 ; n, 1 ; Is. il, 42, 1 ; (Roz., 384, 385, 389, 386, 387, 391, 395, 396, 390, 392, 393, 394).
43° Partitio.
Imp. 5, 9, 21 ; C. Sang. 10-20 ; And. 45 ; Aug. 45 ; Aug B. 23 (Roz., 398, 399, 400, 401, 402).
44° Apennes. Déclarations judiciaires faites après des accidents de force majeure : invasions, incendies ; ce sont, en quelque manière, des dons pour attirer l'attention des autorités sur les spoliations commises, sur la recherche des coupables, sur les moyens à prendre pour protéger les victimes et assurer leurs droits.
Arv. 1 ; Bit. 7 ; And. 31, 32, 33 ; Tur. 27, 28 ; Tur. Add 7 ; Sen. 38, 16 ; Marc, t, 33, 34 ; M. Kar. 19, 22 ; Imp. 17, 23 (Roz., 103, 104, 106, 107, 105, 108, 109, 110, 111, 112, 112 bis, 413 bis, 416, 415).
III. FORMULA AE JUDICIO OBDINEU SPBCT.
1° Suggesliones. Ce ne sont point ici des exploits tire, mais des actes préliminaires aux insjudiciaires. Les formules (Morb. I, 9 ; Bit. il ; Sen. il ; Aug. C. 5, C. 6 ; M. Kar. 1, 21 ; Flav. 117 c) contiennent des requêtes, des suppliques ou pétitions, des réclamations ou plaintes adressées au souverain, au comte du palais, aux évêques, aux abbés, aux juges des villes, pour obtenir justice ou signaler des méfaits reconnus. On y implore la puissance souveraine contre les abus de pouvoir ; on y proteste contre des usurpations d'hérédité, contre des troubles causés à des églises protégées par le prince : on y réclame la restitution d'objets enlevés, de domaines envahis. Les formules (Morb. 17 ; Sen. 27, 30 ; Pat. 2 ; Salz. 57) comprennent des intercessions, des recommandations émanées de puissants personnages et qui ont aussi pour objet le redressement de torts ou de griefs.
Morl. 4, 5, 17 ; Bit. Il ; Sen. 27, 30, 14 ; Aug. C 5, 6 ; M. Kar. 1, 21 ; Flav. 117 c ; Pat. 2 ; Salz. 57 ; 1 ; Form. eph. i, 2, 3 (Roz., 118, 117, 126, 419, 127, 428, 120, 422, 421, 121, 129, 130).
Dans une autre espèce, où il s'agit d'un vol, le père de l'accusé est contraint de jurer sur l'innocence de son fils. Lorsqu'un serment est ainsi déféré par le juge, il est dressé procès-verbal de sa prestation ; et l'acte ou bref qui le constate (brève sacramentale) est remis à la partie intéressée. Voici des formules de serment en ce genre :
Dans un procès où un terrain était revendiqué comme usurpé, le serment prêté par le détenteur est ainsi conçu (Sen. 21) :
Notifia sacramentale. — Notitia, qualiter et quibus presentibus veniens homo alicujus nomen ille in pago illo, in basilica sancto illo, ubi plurima sacramenta precurrere videtur. Ante virum magnificum illo vel reliquis quam pluris bonis hominibus, qui subierunt firmacrum, posita manum suam super sacrosancto altaro sancto illo, sic furalus divi : Hic juro per hunc loco sancto et Deo altissimo et virtutibus sancto illo : unde me ille homo in malo publico malabat, quod ego terra sua, aut ronjuge sua illa, in pago illo, in loco que dicitur ille, de eorum polestale per jortiam nunquam proprisi aut pervasi, sed de ista parte triginta et uno anno fer amplius semper exinde veslitus et post me divisi et per lege et justitia plulis obleneal me habere quem ipsius lue, aut conjuge sua illa ad reddere ; et alio de ista causa, quo mihi judicatum fuit, in nullo non reddibio nisi isto et unio ( = idoneo) sarramenlo. Per hunc loco sancto et Deo altissimo et virtutibus sancto illo. Insequenler vero post ipse tris aloariœ et 12 conlaudan les juraverunt et de linguas eorum legibus dixerunt. Id sunt qui hunc sacramentum exciperunt manibus que eorum subter firmaoemni.
Par ce lieu saint, par le Dieu Très-Haut, par la vertu de tel saint ;... sur l'action intentée par un tel contre moi, parce que j'aurais usurpé sa terre ou celle de sa femme située dans un tel canton et en tel endroit,... je jure que je n'ai jamais envahi ni soustrait par la force à leur pouvoir cette partie du terrain, mais que j'en suis resté investi pendant trente et un ans et plus, que je l'ai divisée après moi, et que, par la loi et la justice, j'ai plutôt droit de la posséder que d'avoir à la rendre à un tel ou à sa femme ; que de ce chef suivant qu'il a été jugé, je ne dois rien autre que le serment légalement prêté par ce lieu saint, par le Dieu Très-Haut et par les vertus de tel saint.
Voici le serment dans un cas de légitime défense où l'assailli tue son agresseur (Tur. 31) :
Brève sacramentale. — Brève sacramentale, qualiter ingressus est ille in loco nuncupante illo, in ecclesia illa sub presentia illius judicis vel bonorum virorum. Quisubler tenentur insertis, ad placitum suum custodiendum, unde relretn dis diebus quadraginta relationem de morte illius per judicium bonorum virorum accepit. Juralus dixit : Per hunc locum sanctum et Dei reverentiam. Dum ego solemmniler mihi ambulabum, jamdictus ille quondam in loco nuncupante illo mihi malo ordine adsallioil, vel liuoravit cl colaphis super me posuit cl ad rapincun vel ad insidiam super me faciendam adstelit et reas meas mihi malo ordine diripere vel tollere temptavit ; et ego in sua orla contentione vel in sua movita at que par sua culpa in ipso loco ipsum interfeci. Ver reverentiam istius sancti cl Deo altissimo. Simililer testes sibi similes, visorcs et cognilores, secundum quod ci judicatum fuit, post ipsum juraverunt ut, quicquid jam dictus ille de hac musa juraoit, verum et idoneum sacramentum dedil. Id sunt qui hunc sacramentum exciperunt manibus que eorum subter firmaoemni.
Par ce lieu saint, par la révérence de Dieu, je jure ce qui suit : Pendant que je marchais paisiblement, cet homme nommé un tel, m'a assailli à mauvais dessein dans tel endroit, m'a fait des meurtrissures, m'a porté des coups de poing, m'a attaqué avec intention de vol ou de guet-apens et a tenté de m'ex torquer mes effets ou de me les enlever à mauvais dessein. Dans cette tentative et dans cette rixe, suscitée par lui et par sa faute, je l'ai tué sur la...
Sen. 10, 11. 17. 20. 21. 22.
Sen. ree. 1. 2. 3, I. 5, C, 7 :
And. 12. 13, 1 l. 1« >. 16, 2 1. 28, 29, 30, 47. 53 ;
Big. 7. 8, 9, 13, 11. 17 :
1° Episeoporum electio. — Une formule (Extr. n, 2) indique la composition du corps électoral : clerus, ordo (la curie) et plebs. En général, le clergé prend l'initiative et présente le candidat. Une part notable d'influence est faite à l'ordo curiœ qui renferme les citoyens les plus considérables de la ville. La plebs n'aura, le plus souvent, qu'à applaudir au choix qu'on lui dicte ou à désigner un nom si on lui en présente plusieurs. Les votes sont individuels, émis, non par voie de scrutin, mais par division, per secessionem, c'est-à-dire que ceux qui veulent d'un candidat se rangent rapidement d'un côté ou d'un autre. Une fois l'élection acquise, on adresse au roi une supplique (scedula) pour soumettre le résultat à son approbation :
(Marc. 7) : Consensu civium pro episcopalum. Suggerendo piissimo ac precelentissimo domno illo rege vel seniore commo une illo a servis vestris, quorum subscriptionis vel signatuli subler lenentur inserte. Principalitatis vestrae circum specta elementia novit juxta petentibus [dignanter] adnuere suo moderamine judicio pondérante, presertim cum Ma deposcuntur generali preci cunctorum voci communitatis, que proficiat conslanter ecclesiæ regimini populari, qui el ipso regale clementiæ prosit salutis pariter ac merce des. Quoniam sanctae memoriæ vir apostolicos Me, illius urbis episcopus. Inem adpropinquantem, ab hac luce mignwit, tempore naturae completi, ne distutulie sint, quod absit, oves decidentes postore in loco ejusdem suppliciter postulamus, ut instituere dignetis inlustrem virum Muni, aut venerabilem illum, cathedrae illius successorem, in quo es præspicuas sublimis, ingenuitas nationis, elegantia religiosus, diligentia castitalis, caritalis locuplex. Voluntalis inrefragabiliter manos nostras hune consensu decrevinus roborare.
A la suite de cette pétition, le roi fait connaître sa décision et transmet au prélat son acte de nomination.
Lors que l'acte de nomination royale est arrivé, une demande est transmise au métropolitain et à ses suffragants de procéder à la consécration de l'élu.
Quand les règles du droit canonique sont exactement observées, c'est dans ces formes que s'accomplit la succession épiscopale, mais le principe de l'élection souffre bien des accrocs. Fréquemment, le roi se substitue aux électeurs, nomme directement un évêque et délègue un prélat complaisant à sa consécration. Bem non minus pietate quam severitate constringat, qui sciat commissa sibi talenta assiduæ prædicationis sermonibus expolire et adquisita multiplicata que gregis suæ salutem ad ovile dominico nullis maculis sordidato valeat presentari. Et quia cognovimus sanctæ recordationis domno Mi, urbis illius antistite, evocatione divina ab hac luce migrasse, de cujus successorem sollicitudinem congruam una cum pontificibus vel proceribus nostris plenius pertractantes decrevimus, inlustris vero, aut venerabile, illo in ipso urbis pontificalem in Dei nomine committere dignitatem, quem plerumque aput animas nostras et actione probata commendat el nobilitatis ordo sublimat ac morum probitas vel munsueludinis et prudentialis : honestitas exornat. Qua de re statuta presentibus ordinamus, ut cum adunatorum caterva pontificum, ad quos tamen nostræ serenitatis devotio scripta pervenit, ipsum, ut ordo poscit, benedici vestra industria studiat, voluntatis nostræ deliberalionis reseratis oraculis publicare alque subjectum, Domino annuente, sortire quatenus, dum ecclesiæ ibi dispensatione divina commissa strimæ regere atque gubernare videtur, nobis apud æternum retributorem mercium suarum sufragia largiantur, et Me pro peccatorum nostrorum mole indesinenter inmensum Dominum debeat deprecari.
(Marc. i.6) : Indecolum regis ad episcopum ut alium benedical et l'injonction doit être obéie sans tarder : Agat almitas vestra, ut et nostræ voluntate devotionis incunctanter debeatis implere et consécrateur et consacré auront en outre à prier pour le souverain, et lam vos quam ipse pro stabilitate regni nostri jugi invigilante plenius exorelis.
Sous les Carolingiens, l'abus ne cesse pas, quoique les Capitulaires prennent soin de sanctionner la faculté de libre élection qui doit appartenir au clergé et au peuple. En fait, le droit électoral est souvent violé, mais ceci dépasse la limite chronologique de nos études. La formule (C. Sang. 1) montre le souverain concédant à une cité le droit d'élire son évêque, à condition que les suffrages porteront sur un candidat entièrement digne, que le choix sera agréé par le roi qui, dans la plénitude de la science à lui concédée par Dieu, se réserve de nommer un autre évêque. L'évêque délégué par le souverain pour diriger l'élection adresse aux fidèles de la cité une proclamation, parfois très développée (par exemple : Extr. n, 1). « Nous faisons savoir à tous les fidèles qui habitent ce diocèse que nous avons été envoyé ici pour vous instruire de la faculté qui vous est concédée, par l'empereur, d'élire un évêque... (les instructions remplissent six pages).
Marc, i, 5, 6, 7 ; M. Kar. 12, 13, 14 ; Marc. Suppl. 0 ; C. Sang. 1, 26 ; Extr. n, 1, 2, 3, 4, 5, 7 (Roz., 517, 518, 515, 515 bis, 516, 520, 519, 521, 512, 514, 513, 515).
2° Episeoporum benedictio. — Le métropolitain convoque les prêtres, diacres, honorati, clerici, possessores et toute la population du diocèse à la consécration du nouvel évêque.
Extr. n, 6, 7, 8, 9 (Roz... 522-525).
C. Sang. 37, 38 (Roz., 526-528 incl.).
Sen. rec. 17 ; Ro. Mer. 52, 64 ; M. Kar. 32 ; C. Sang. 30, 42 ; C. Sang. Add. 1 ; Dion. 1 (Roz.. 520, 530-532, 531. 533-535). Moins dans les enquêtes prêtent serment devant les conciles ou synodes. On y reçoit le serment des pécheurs convertis qui jurent de s'abstenir désormais de fornication et d'adultère, ainsi que la promesse des époux divisés qui se réconcilient et se garantissent pour l'avenir une inviolable fidélité. Les individus accusés d'un méfait ou d'un crime se purgent par serment de l'accusation dirigée contre eux.
(Roz. 536 543.) 6° Excommunicaliones.
(Roz., 544-548.) 7° Canonicoram furamenlum. Serment prêté par les chanoines au moment de leur investiture.
(Roz., 549.),so l'receptum de clericis. — Déclaration d'aptitude aux ordres sacres. L'ingénu entièrement libre de ses actions qui n'est inscrit sur aucune matricule de servage, est autorisé à se couper la chevelure, et à se vouer à la clericature.
Marc. i. 19 (Roz., 550).
9° Presbyterorum institulio. — Suppliques adressées à des archidiacres pour qu'ils daignent pourvoir aux besoins religieux de telle ou telle église par la nomination d'un desservant. Ce sont encore des actes émanés des archidiacres qui confient à tel ou tel ecclésiastique, soit les fonctions d'archiprêtre, soit le service d'une église paroissiale.
Bit. 5 : Bo. Mer. 54, 37 ; Fstr. n, 10 ; Form. ep. iv, 1 (Roz., 551, 553. 552, 554 ;).
1° Monachorum petitiones et promissiones. — Acte de profession religieuse ; demande d'admission dans un monastère. Oblation d'un enfant par ses parents.
En raison de sa date, la formule wisigothique offre un intérêt particulier :
(Vis. 45) : l'iacitum. — Sanctissimo domino meo ill. episcopo ill. servus vester Suggestio paruitalis nuslnv saneto pontificatui vestro deprecaoil audilus, ul me in rellam monasterii sunrii domini mei illius marliris cenobialrm agendovilam perpétua tempore permani prseciperes. Unde et beaiiludo vestra inluilu mercedis, pelilionem meam placidissimo suscipiens unimo, in eundem sacratissimum heum ul habilarem, Désira gloriosa perpatuil oolunias. Unde mihi placuit h une sponlanea uoluntale emittere placitum per cuius texli jormamsineerissima promiuodevotione,mediebusomnibus, quibus in hue pntuero durare oita, prsediclse sanclee ecclesiœ dignis Deo ministrando offlciis tolam que animi mei Doluntalem in summo caritalis at que humilitalis splendore ministrare,et tin. palrocinante divina misericordia, per omni gralise faborem, remota omni discordia, scu diversarum fumulutiunes nefandarum operum, trunsire anima meis templandi erit facilitas, sed, ut dixi, suprafatse cellœ vestrse omnibus diebus vilse mcœ ministrare srrritium. Quod si, immula oolunlale, ab ea quat promilto deelinare tenlaoero ri ad alia loca Iransire ausus fuero, furatim duc per seternitatem superns lenliœ suum que terribilcm juturi juditii diem, quia liberum hubr.it vestra potestas veslri que successores, m caulam meam perse qui volunlatem et ad jus ret> sanclee censurai decus.Siquis rem <\r aliis personis in domumsuam me recipere aul retinere ooluerii et adubi '■rit m lilionem veslram et minime me consignare uobis intenderit sed e contrario continere oel defendere nituerit, communicatio illius irrita sit, a diabulo dumnatione confusus, sententia anathemaiorum puniulur et mm.ludum Scariolh sslerno fudilio cont rema tur, nec ulli hominum religiosorum seu laicorum mi se audeat retinere ; quod si feceril supra scripta damnations un urrai ri me apudse retinere non valsai, in qua plaetlo, stipulations subnixa, manu mea subscripsi ri lestibus a ;n » rogitis pro flrmilate traduit roborandum. l'ai tum fdai dam.
Extr. h. - 13 ; Flav. 12 ; \ 46 (Roz., 556 bis, 557, 555 '. 555 >, 559, 558, 556).
11° lie monuclus fugitiois aut pubis. — La formule (Flav. Add. 5) est d'un abbé qui prie son collègue de ne pas recevoir le fugitif, mais de le lui renvoyer ; la formule (Aug. C. 16) est de moines qui prient une communauté de laisser un fugitif repentant rentrer dans sa communauté d'origine.
Flav. Add. 5 ; Aug. C. 16 ; Mort.. 16, 25 (Roz., 561, 563, 562).
12° Ecclesiarum fundationss rt immunilates. — Érection ou dotation de basiliques et d'églises : possession et confirmation de leurs biens, fondation de monastères, de collégiales, concessions de privilèges d'immunités, de demandes présentées au roi pour les obtenir, supplique adressée par les frères d'une communauté aux religieux d'une autre maison afin que par l'intercession de leurs prières, ils obtiennent du roi les renouvellements qu'ils espèrent d'une autorisation déjà obtenue, mais égarée.
Sen. rec. 13 ; Imp. 6, 25 40 ; Far. 2 ; C. Sang, 3. 4 ; Pat. 6 ; Marc, i, 1, 2 ; 11, 1 ; M. Kar. 29, Flav. 43, 41 : Bo. Mer. 61, 62 ; Dion. 2. 3. 9 ; Extr. i, 1 ; l'itb. 108 (Roz., 561. 570, 566, 565, 567, 576, 568, 569, 571. 575, 571, :>72. r.73. 577,578).
1° Abrenuntio diaboli.
(Roz., 579.) 2° Ordo pœnitentiir.
(Roz., 580.) 3° Probationum rilus : ludicia aquss frigi des (eau froide).
(Roz., 581-591 :cf. Zeumer, p. 601 sq. ; p. xiv.) 4° Judicia jerri et aquœ ferventis (fer rouge ; eau bouillante).
(Roz., 595-613 ; cf. Zeumer, p. 601, sq. ; p. xiv.) 5° Judicia punis et casci (pain et fromage).
(Roz., 614-623 ; cf. Zeumer. p. 601 sq. ; p. XV.) 6° Judicia libri psullerii (le psautier).
(Roz., 624-625 ; cf. Zeumer, p. 601 sq. ; p. xv.) 7° Exorcismi. — Les exorcismes contre les énergumènes et contre les maléfices.
(Roz.. 626-632.) 8° Indicta. Les mandements royaux ou autres prescrivant des jeûnes publies.
Ro. Mer. 63 ; !.. Sann. 31, 32 (Roz., 636, 633, 634, 635).
9° Eulogiss seu liltsrse uisitalionis. Les eulogies ou lettres de Visitation pour la célébration des grandes fêtes.
Marc n, 42, 13. 1 1, 15 ; M.Suppl. 3,4 ; M. Kar. 9, 11 (Roz., 639, 'il« . 637, 638, 3 11, 642, 641 bis, 642 Us).
10° Lillerse formata seu dimtssorise. Formules d'ixeat portant permission donnée par un évêque à un ecclésiastique son subordonné d'aller dans un autre diocèse remplir les fonctions de son ministère.
Extr. m, 11, 12. 13. M, 15, 16, 17. 18, 19, 20,20 », il » Litterte communia Lettres de recommandation.
VI. ÉPÎTRE. Ici vient une collection de lettres en tous genres ; elle renferme : 1° Des Épîtres ad responsum, p. xvn) ; — 2° Des epistolarum formæ, c'est-à-dire des modèles de lettres (Roz. 882-88« ) ; Zeum. p. x vu).
H. Leclecq. FORNICATION. On donnait le nom de fornix qui signifie voûte, arc, berceau, à une construction arquée et même aux arceaux des portiques supportant les aqueducs blicas spectantes (Roz., 695-702) (Zeum. p. xv) ; — 2° Des rites relatives aux employés royaux : ou qui ont pour but, soit la remise de divers objets, soit l'accomplissement de certaines commissions (Roz., 703-708) ; — 3° Des epistose ad negotia privata speculan les (Roz., 709-72D) ; — 4° Des epistose commentalicim (Roz., 721-730) ; — 5° Des epistose deprecaloria (Roz., 731-751) ; — 6° Des epistose varia. (Roz., 752-842 ; Zeum. p. xvi) ; 7° Un fragment ou débuts de lettres (Roz., 853-« 81 ; pour lesquels les termes arcuationes et npus arcualum furent préférés. De la voûte même, le nom de fornix s'appliqua au local, généralement exigu, qu'elle renfermait. Dans un mur d'enceinte de ville, les fornicés étaient nombreux, fornicés mure apti ad excurrendum ; de même, les portiques des rues se terminaient fréquemment par des espèces de réduits surbaissés, fornicés, les cirques, les amphithéâtres en avaient également bon nombre, et là s'établissaient des femmes de mœurs légères qu'on abordait sans autre présentation. Nous avons déjà parlé de ces réduits (voir Cella, et 284). Celle qui faisait son métier de prostituée à l'un fornix fut appelée, fornicatrix ou fornicaria, qu'Isidore de Séville définit : comme nous dirions une fille en chambre. Ceux qui recouraient à leurs services furent nommés fornicatores ; le mot fornicatio adopté par le latin ecclésiastique veut dire des cella fornicariæ (Dictionn., ol. 2881) et ce mot reçut une adaptation mystique : membra Christi membra fornicariæ, demande saint Hilaire ; et saint Augustin dit dans un sermon : Amicilia quæ est hujus mundi adultéra, animas et f- il ab uno et vero et legitimo conjugio, quo annulum Spiritus Sancti accepistis. C'est ainsi que l'on rencontre sans cesse ce terme dans la Vulgate. Quitter le vrai Dieu pour retourner au paganisme, c'est fornicer : fornicari cum Moloch... ; posl deos alienas : le prophète épouse une prostituée : intro fornicationis. Même on étend ce nom aux jeunes qui font profession de sodomie. Il y eut des chrétiennes condamnées à exercer le métier de prostituée et des prostituées qui sortirent des fornicés pour répandre leur sang et confesser la foi : les noms de Théodora et d'Afra justifieront assez ce qui nous reste à dire. Au revers du quatrième folio du Térence imprimé à Lyon, en 1493, par Trechsel, on voit une gravure représentant un théâtre romain, rempli de spectateurs disposés dans trois rangs d'en avant, et dans une loge qui tient la place de nos modernes avantscènes, on voit deux œdiles désignés par leur nom, l'un d'eux tient une baguette. Au fond est le proscenium où doivent paraître les acteurs qu'attend à son poste, prêt à les accompagner, un musicien jouant de la bec ou du hautbois, c'est celui dont le Pseudolus de Plaute dit, en annonçant la fin d'un acte : « Pour un moment je rentre à la maison, et pendant que j'y serai, mes tromperies, le joueur de flûte vous charmera par ses airs. » C'est l'entr'acte.
Au rez-de-chaussée voûté se voient les lieux de débauche et pour qu'on ne puisse s'y tromper, une banderolle avec le mot fornicés qu'Isidore de Séville explique ainsi : Fornicatrix est, cujus corpus publicum enim sub arcualis prosternebatur, quæ loca fornicés dicuntur. Horace, Juvénal, Suétone, Tertullien nous apprend dans le De spectaculis, chap. xvn, qu'on faisait publiquement la réclame parmi les assistants : Locus, stipiendum prædicator. Vincent de Beauvais raconte que Iseut, fut jetée, par ordre du magistrat, dans le meritorium d'un amphithéâtre ; la vie de saint Rain de Rouen lui attribue la destruction d'un temple de Vénus à Rouen.
Nona tire des groupes qui se tiennent et qui mais l'un d'eux, un soldat, montre une femme suppliante, il est évidemment inspiré par les faits de la Théodora. Somme rifler aux dieux, elle fut, après avoir été conduite dans un meritorium, la populace suivait, impatiente d'assister à la scène. UUen.JDi anima, c. xxw ; Depudlcitia, c. 1 sq. ; /'./.., \lttor. fragm., III, n. 9. 'S. \ugustin, Serin., xciv, graoun sur boit >Ju Térence de 1463, dans Revue <ir./r.../..se déroulerait ad fornicem, comme dit saint Ambroise. Pendant que la vierge attendait tout du secours de Dieu, un soldat se présente, elle tombe à ses pieds, mais lui s'empresse de dire : « J'ai revêtu ces habits pour venir à toi te sauver. Prends les et donne-moi les tiens, puis sors d'ici sans détourner la tête, car la femme de Loth a péri pour avoir jeté son chaste regard sur le repaire des impudiques. » Ils font l'échange de leurs vêtements, et la vierge put fuir'.
La fornication, τρoπv6îa, est considérée par les Pères comme d'une gravité moindre que la πoρvεια. Au iv » siècle, il existait une tendance à excuser la fornication chez l'homme, ce qui faisait dire à saint Ambroise : nec vero licet quod mulieri non licet, eadem viro quæ ab uxore debetur castimonnia. (Quant à ce qui concerne les peines infligées, ceci appartient à l'étude du droit canonique.)
I. I. I. < 1 1 in Q.
FORTIFICATIONS.— I. Grecs et Romains. II. Balistique. III. Celtes. IV. Germains. V. Romains. VI. Enceinte d'Aurélien. VII. Gaule romaine. VIII. Gaule franque. IX. Carcassonne. X. Afrique romaine. XI. Afrique byzantine.
I. Grecs et Romains. — On se figure volontiers que tout l'art et toute la science de l'ingénieur dans l'antiquité et au moyen âge n'allaient qu'à lever une muraille à l'en tour d'une ville, muraille plus ou moins élevée, plus ou moins épaisse, plus ou moins contournée, percée et crénelée avec, de distance en distance, des tours rondes ou carrées, pour servir de renfort aux défenseurs et d'agrément aux promeneurs. Ces imaginations se fondaient sur un enseignement officiel. Il était dit et répété que l'art moderne de la fortification était caractérisé par le tracé bastionné, tracé où le pied des murs est partout vu et battu par l'assiégé et de cette conception nouvelle on faisait honneur à Vauban. Cependant, il existe un certain nombre de principes connus très anciennement, dont l'application donne des résultats divers suivant la nature et la portée des armes en usage, la qualité des matériaux qu'offre le pays, la configuration du sol sur lequel on s'établit, le caractère des troupes chargées de la défense et l'importance des ressources financières dont on dispose.
Il y a deux mille ans, Philon relisait : « Il faut construire les tours suivant la nature des lieux. Les murs seront non pas complètement ronds, mais arrondis seulement à l'extérieur, et présenteront à l'intérieur une face plane comme un cylindre coupé en deux par un plan perpendiculaire à sa base. Les autres seront hexagonales, pentagonales ou tétragonales. On les fera saillir à l'extérieur, d'une part, pour que les traits envoyés des lignes contre les murs de charpente pour l'attaque, et afin que, d'autre part, elles ne souffrent point quand elles seront frappées par les béliers et les pétroboles. En effet, les coups qui arrivent normalement aux faces produisent peu d'effet, tandis que ceux qui viennent se briser contre un angle saillant, perdent presque toute leur force... On ménagera de nombreuses poternes dans les flancs pour effectuer facilement des sorties.
En avant de toutes ces poternes, on lèvera des coussins tant pour les garantir de l'incendie et des voltes-ou-tranet... nfamo II lupanaredel circo agonaie, done t> ! i„r ollragglo condolta proleggendola lu m.in.. pétroboles, que pour empêcher l'ennemi de s'en approcher. On fera certaines courtines larges de 13 m. 20 au-dessus d'une série de voûtes reposant sur des pieds-droits ayant 4 m. 60 de largeur et de longueur. Ces voûtes serviront de corps de garde et seront fermées du côté de l'ennemi par un mur épais de 1 m. 40. Ce mode de construction est beaucoup plus économique que les autres, tout en procurant une solidité suffisante, car les murs épais de 4 m. 60 n'ont rien à craindre des lithoboles et ceux de 1 m. 40 peuvent se réparer facilement. Les courtines doivent avoir au moins 9 m. 20 de hauteur. »
II. Balistique. — Ces dispositions et ces mesures étaient inspirées et calculées d'après la balistique du temps. Or les machines de jet de l'antiquité portaient à des distances peu considérables. La catapulte lançait des traits ou des pierres. Les machines construites dans les règles occupaient un espace minimum d'environ 20 diamètres en longueur, 13 en largeur et de 17 à 18 en hauteur.
Les pétroboles, dont faisait ordinairement usage la défense pour interdire l'approche aux assaillants, avaient un projectile pesant 30 mines, ou 26 livres environ. Si on applique à cette machine les formules des ingénieurs grecs, on trouve qu'elle devait avoir 31 cent. de diamètre pour le ton et une hauteur de près de 6 mètres. Cette seule dimension suffit à montrer que la machine de trente mines ne pouvait être placée sur les remparts. Pas un parapet n'aurait pu l'abriter ; il fallait l'établir en arrière sur le sol même de la ville, et tirer en bombe par-dessus la fortification.
Les plus grands oxybèles étaient employées dans l'attaque des places ; leur calibre était de 0 m. 14, elles avaient 2 m. 00 de long sur 2 m. 40 de haut et 1 m. 70 de large. Au dire des anciens, il fallait recourir à d'extrêmes précautions pour l'usage de ces armes de jet. Il fallait faire choix, pour fabriquer les cordes de torsion, du ton, des muscles les plus développés par l'exercice des animaux les plus vigoureux, comme ceux du cou des taureaux ou ceux des jambes des cerfs et des chevaux. On faisait tremper ces muscles dans l'eau, on les battait pour les séparer dans leur longueur, on les réduisait en nasse, puis on les peignait doucement et on les filait pour les transformer en corde. On employait au même usage et avec succès les cheveux de femme, pourvu qu'ils fussent longs, fins et bien imbibés d'huile. Ces cordes, ainsi préparées, étaient tendues ensuite et enroulées en écheveau sur la catapulte au moyen d'appareils spéciaux qui permettaient d'obtenir une tension que l'on constatait égale pour chaque brin ; aussi Vitruve voulait-il que les artilleurs fussent musiciens. Ces machines construites en cordes, en bois, soumises à des réactions très violentes et en outre aux influences atmosphériques, se dérangeaient facilement. Aussi on tâchait d'obtenir des résultats en multipliant les engins. À l'attaque de Jotapata, Vespasien avait cent soixante machines en ligne. À Carthagène, les Romains trouvèrent cent vingt oxybèles de gros calibre et deux cent quatre-vingt-un de petit calibre, vingt-trois grandes lithoboles et cinquante-deux petites, en tout 476 pièces d'artillerie proprement dite, sans compter plus de 2 500 armes de jet dites scorpions et analogues pour l'usage à notre ancien fusil de rempart. Les Juifs avaient, à la fin du siège de Jérusalem par Titus, environ quarante lithoboles et trois cents oxybèles. On voit par ces exemples que la proportion des oxybèles était sensiblement constante et variant de un à cinq ou à six.
Pendant les trois siècles pacifiques de la domination romaine, la Gaule s'était déshabituée des idées militaires, et lors que les barbares parurent menaçants sur le Rhin, beaucoup de villes n'eurent d'autre parti à prendre que de réparer en hâte leurs anciennes défenses ; celles qui n'en avaient aucune se hâtèrent d'en élever et recoururent, comme à une carrière, aux monuments civils. Ces enceintes furent longtemps l'unique défense à l'abri desquelles les habitants des cités connurent la sécurité ou l'illusion de la sécurité. On n'en saurait rien dire de précis : car, remaniées, transformées d'âge en âge, elles ont disparu avant l'époque où on aurait pris des croquis recevables et donné des descriptions plus ou moins complètes. Les conditions dans lesquelles elles furent élevées ou renforcées ne laissent pas supposer un plan systématique.
III. Celtes. — Dès l'époque de César, on voit les Celtes mettre leurs femmes, leurs enfants et leurs richesses à l'abri des attaques derrière des fortifications de bois, de terre et de pierre. « Ils se servent, dit César, de pièces de bois droites dans toute leur longueur, les couchent à terre parallèlement, les placent à une distance de deux pieds l'une de l'autre, les fixent transversalement par des troncs d'arbres et remplissent de terre les vides. Sur cette première assise, ils posent une assise de gros fragments de rochers et, lors que ceux-ci sont bien joints, ils établissent un nouveau radier de bois disposé comme le premier, de façon que les rangs de bois ne se touchent point et ne portent que sur les assises de rochers interposés. L'ouvrage est ainsi monté à hauteur convenable. Cette construction, pour la variété de ses matériaux, composée de terre et de pierres formant un parement régulier, est bonne pour le service et la défense des places, car les murailles que l'on admire encore de nos jours, est, sous le rapport monumental et topographique, un souvenir qui n'a pas perdu son intérêt. La plus ancienne muraille de la ville, celle de Servius, remontait à l'époque des rois et formait une enceinte plus petite que le mur d'Aurélien, jalonnant presque partout les crêtes des sept collines. La ville s'agrandit, déborda la muraille, projeta des faubourgs qu'Aurélien (270-275) et Probus (282) voulurent enfermer dans une enceinte plus vaste, afin de les préserver contre les menaces barbares et les incursions des nations. D'après Grisar, Histoire de Rome, t. I, p. 30. Les pierres qui la composent empêchent les bois de pourrir ; les arbres, ayant environ quarante ans, doivent être rompus ou déassemblés très difficilement.
IV. Germains. - Les Germains établissaient des remparts de bois couronnés de parapets d'osier, comme nous le voyons sur un bas-relief de la colonne Antonine. Les Romains eux-mêmes, lorsqu'ils guerroyaient en Germanie ou en Gaule, élevaient souvent des remparts en bois, sortes d'ouvrages avancés qu'on peut voir sur les bas-reliefs de la colonne Trajane. Outre ces ouvrages, dans leurs camps retranchés, ils établissaient des fortifications en bois, comme celles établies au Métaure. Le mur commence près de la porte Flaminienne, au point où le Tibre borde la ville. Il borde la rive gauche du fleuve, le long du Champ de Mars, arrive au pont Saint-Ange, puis au pont d'Aurélien ou de Valentinien (ponte Sisto), il y traverse le fleuve, escalade le Janicule où l'on en voit encore des restes importants et atteint l'Ara Coeli, le château-fort qui, jadis, dominait la hauteur : de là, il descend au sud-est vers la porte Portuensis, près de laquelle le Tibre sort de la ville. La muraille n'entourait ainsi que la partie méridionale de la région transtibérine et non pas la partie septentrionale où se trouve la basilique de Saint-Pierre. Le plan des murailles de Rome. D'après Grisar, Histoire de Rome, t. I, p. 30, on voit les remparts, de distance en distance, des échafaudages de charpente qui abritaient les machines de siège.
Tous les cent pas romains (29 m. 1/2), de puissantes tours antiques fenêtres. Du côté intérieur, où s'étendait la villa Ludovisi, les anciennes arca des sont encore parfaitement conservées. Exceptionnellement, on rencontre des tours rondes, mais celles-ci sont une véritable rareté et sont toutes de construction postérieure. Il y a sur tout le parcours de l'enceinte trois cent quatre-vingt-une tours. Les courtines qui les relient ont en moyenne une hauteur de 16 mètres. Murs et tours sont briquetés. Dans leur partie basse et massive, l'épaisseur est d'environ 1 mètre. À l'intérieur courait partout entre de puissants contre-forts une haute galerie ouverte voûtée en arca des (fig. 1563). Cette galerie subsiste en grande partie.
Les murailles de Rome entre les portes Salarienne et Pincienne. D'après Grisar, Histoire de Rome et des Papes. Au-dessus des murailles et font à l'extérieur une forte saillie. Dit entre la porte Salarienne et la porte Pincienne, il y a une restauration moderne, c'est une des rares tours qui dominent encore la hauteur des murailles avec l'empereur Aurélien, en 1904, c. n, L'enceinte de Rome. M. Il s'y ouvrait des meurtrières, qui allaient en se rétrécissant de l'intérieur à l'extérieur (fenestree). Il y a un chemin de ronde. La partie la plus ancienne de la muraille de S. Laurent. Journal t. n, p. 27, nach antiken Bildu i rrançais, rev, el ann. par O. Riemann, 1885, t. n, Plranesi, IntlchlU dt Borna, l. i. pi. s. n. j. urbls do Lanclanl donne ces tours avec leurs escaliers, sous Honorius (403), le géomètre Ammon en public une courte description officielle. Nous la possédons dans le célèbre manuscrit d'Einsicdeln, mais avec des remaniements apportés au texte dans le Ve vers l'époque d'Hadrien Ier, pour le mettre en rapport avec l'état actuel. Ammon, qui entre jusque dans les détails, nous apprend que l'antique muraille possédait 7020 créneaux (propugnacula), que, outre les meurtrières pour les archers, il s'y ouvrait 2 066 embrasures (fenestrœ majores) qu'elle avait cinq poternes (posternœ), en plus des portes sus-indiquées et 126 necessarias ou latrines qui saillaient en dehors.
Les poternes, pour quelques commodités qu'elles offraient, étaient une source de dangers pour la ville. Avant les travaux de restauration d'Honorius, elles étaient en bien plus grand nombre ; elles avaient été percées primitivement par l'obligation de respecter des droits privés et pour laisser une issue à des chemins privés, protégés par les lois, qui traversaient la ligne des remparts. Honorius ne laissa subsister que les cinq signalées par Ammon qui toutes se trouvaient sur le Tibre et offraient par là même une surveillance plus facile. Il fit fermer les autres — on peut encore s'en rendre compte aujourd'hui, par de massives cloisons.
Pour mieux garantir la muraille, on creusa le sol à l'extérieur et on le débarrassa des gravois qui s'y étaient accumulés. Les parties endommagées de la muraille furent réparées, les tours remises en état ; les portes furent l'objet de soins particuliers.
La plupart des portes, avec les tours semi-circulaires qui les flanquent, avec leur rangée régulière de fenêtres cintrées au-dessus du passage, montrent une unité de type qui permet de le faire remonter dans l'ensemble, en leur état actuel, à l'époque d'Honorius. C'était un noble et solide travail, fait pour braver les siècles et qui les a bravés. Une des inscriptions existe encore à sa place primitive, au-dessus de la porte Tiburtine, à l'extérieur ; une autre subsiste près de son ancien emplacement, au-dessus de la porte Prénestine. L'esquisse donnée ici de la porte Tiburtine offre cette particularité d'enclaver un arc d'une porte plus ancienne d'Auguste, en partie enterré (fig. 4564). Les statues d'Honorius et de son frère Arcadius ont disparu de leurs piédestaux, mais l'inscription célébrait le soin qu'avaient pris les empereurs de fortifier la ville « éternelle ». L'inscription mentionnait primitivement que cette sécurité avait été donnée sur les avis de Stilicon, aujourd'hui ce passage n'est plus lisible : S. P. Q R. impp. Cœss. dd. un. invictissimis principib. Arcadio et Honorio victorib. ac triumfatorib. semper Augg. || ob instaurâtes urbi seternœ muros portas ac tunes egeslis (immensis I ruderib. (ex suggestione u. c. || et inlustris corn, et mag. utriusq. mililise Stilichonis) ml perpeluilatem nominis eorum simulacra constitua II /curante FI. Macrobi<i Lominiano), v. c. pra-f urbi d. n. m../. eorum.
Les tours de la porte Appienne ont été remaniées plus tard. Cette porte et ses tours ont encore dans leurs parties basses un magnifique revêtement de marbre. Il est vraisemblable que les architectes d'Honorius ont pris à cet usage les blocs de marbre du temple de Mars, qui se trouvait hors de la porte, à gauche, sur le clivus Martis. Si le temple n'était pas déjà en ruines, il fut exceptionnellement sacrifié, parce que sa position pouvait fournir un point d'appui aux assaillants.
La partie des murailles qui semble avoir subi le moins de modifications, sous Honorius, et dans les siècles postérieurs, est celle qui se trouve comprise entre les portes Salaricnne et Pincienne (fig. 4565). C'est la partie de la muraille qui représente le plus fidèlement aux yeux du spectateur avec celles qui avoisinent le Latran et le Monte Testaccio, le travail gigantesque d'Aurélien et de Probus.
VII. Gaule romaine. — Ce n'est que depuis peu d'années qu'on s'est attaché à l'étude des enceintes primitives des villes de la Gaule à l'époque romaine, que, comme tant d'autres sujets archéologiques, on négligeait systématiquement. En 1807, écrit M. A. Blanchet, Millin passa près des murs antiques de Sens, presque intacts alors ; mais il ne les vit pas. Depuis un siècle les enceintes des villes sont tombées en grand nombre sous la pression, quelquefois de la nécessité, le plus souvent de la spéculation, et on n'a guère pris le soin de décrire, de mesurer et de dessiner ces murailles prêtes à disparaître. M. Blanchet a tenté de réunir toutes les remarques relatives aux premiers remparts de nos vieilles cités et il a pu dresser le tableau suivant ;
Autun (Augustodunum). Enceinte de l'époque d'Auguste, 5 922 mètres de périmètre. Autun » Enceinte réduite à la fin du iii siècle, 1 300 mètres env. Nîmes (Nemausus). Enceinte de l'époque d'Auguste, 6 200 m. env. Nîmes » Enceinte réduite, fin du iii siècle, 2 300 mètres environ.
Trêves (Augusta Treverorum). Enceinte du ier siècle, 6 418 m. Augst (Augusta Rauracorum). Enceinte du ier siècle, 4 767 m. ? Fréjus (Forum Julii). Enceinte du ier siècle, 4 000 à 4 100 mètres. Avenches (Aventicum). Enceinte du ier siècle, 4 000 m. env. Cologne (Colonia Agrippina). Enceinte du ier siècle, 3 911 m.
Heddernheim (Civ. Taunensium). Enceinte du ii siècle, 2 700 m. ? Poitiers (Limonum). Enceinte du ii siècle, Sens (Agedincum). » Bordeaux (Burdigala), » Bourges (Avaricum). » Chartres (Autricum). » Strasbourg (Argentoratum). Nantes (Condivicnum). Paris (Lutetia). Bouen (Rotomagus). » Dijon (Dibio). » Chalon-s.-S. (Cabillonum). » Dax (Aquæ Tarbellicæ). Boulogne-sur-mer (Gesoriacum). Le Mans (Suindinum). » Soissons (Augusta Suessionum). Nevers (Nevirnum). » Beauvais (Cæsaromagus). » Angers (Juliomagus). » Bennes (Condate). » Grenoble (Cularo). » Tours (Cæsarodunum). » Évreux (Mediolanum). », 2 600 m. 2 500 m. 2 350 m. 2 100 m. 2 100 m. 1 800 m. 1 665 m. 1 620 m. 1 600 m. env. 1 500 m. env. 1 500 m. env. 1 465 m. 1 440 m. env. 1 400 m. 1 400 m. env. 1 375 m. env. 1 270 m. 1 200 ou 1600 1 200 m. env. 1 160 m. env. 1 155 m. env. 1 145 m.
Orléans (Cenabum). Enceinte du ii siècle, 1 100 à 1 125 m. Bayonne (Lapurdum). » 1 100 à 1 125 m. Auxerre (Autessiodurum). » 1 080 m. Melun (Metiosedum). » 1 000 m. env. Meaux (Meldunum). » 1 000 m. env. Périgueux (Vesunna). » 955 m. Saintes (Mediolanum). » 935 m. env. Mainz (Confluentes). » 920 m. env. Andernach (Antunnacum). » 910 m. Sens (Augustomagus). » 840 m. Saint-Dizier (Austra). » 740 m. Noyon (Noviomagus). » 599 m. env. Antibes (Antipolis). » 590 m.
Ces villes ne sont pas les seules dont les enceintes romaines ont été reconnues, mais celles dont l'étude faite assez soigneusement pour qu'il soit permis d'évaluer le périmètre des murailles. Assurément, l'étude des enceintes est difficile, car les murs antiques sont bien souvent dissimulés par des constructions récentes ; en outre, de nombreuses parties ont été démolies ou modifiées au cours des siècles. De sorte qu'il est généralement impossible de vérifier l'exactitude des auteurs qui ont décrit, à diverses époques, les murailles des cités de la Gaule. Les enceintes forment deux groupes et les murailles, élevées sous Auguste et ses successeurs immédiats, ont un périmètre plus développé. De ce nombre sont les premiers murs d'Autun et de Nîmes, ceux de Fréjus, d'Avenches et de Trêves ; ils sont aussi beaucoup moins épais que ceux de la seconde catégorie. À la fin du iii siècle de notre ère, lors que la ligne de défense du Rhin n'était plus une garantie suffisante contre les invasions, les populations décimées élevèrent, sans doute avec l'aide des légions, des murailles plus puissantes dont le périmètre ne dépasse pas 1 500 mètres. Quand il s'agit de cités qui eurent des enceintes successives, il est facile d'évaluer la réduction. Ainsi, au commencement du v siècle, Autun n'était plus que la vingtième partie de la ville bâtie par Auguste ; Nîmes était réduite au septième de sa superficie. Il est probable que la réduction fut différente, suivant les cités. En général, on peut dire que le nord de la Gaule eut beaucoup à souffrir des invasions du iii siècle.
VIII. GAUL : 1 RANQUE, — À l'époque franque, nous trouvons dans les récits de Grégoire de Tours des oppida (il écrit ordinairement opida) qui sont déjà considérables puisqu'il applique ce terme à onze cités qui sont Auxerre, Bordeaux, Maçon, Nîmes, Orléans, Périgueux, Reims, Saint-Quentin, Tongres et Zülpich, et à un seul castrum qui est Birten (Berlunum) au diocèse de Cologne. Il importe toutefois de remarquer que oppidum n'emportera pas longtemps le sens de place forte, car deux chartes du vi siècle entendent ce mot au sens de territoire. Déjà ce sens se rencontre, au moins au vi siècle, chez Grégoire de Tours qui parle de l'abbas Petrocorii opidi, ce qui ne peut s'entendre d'une place forte, puis que le monastère en question est à cinq kilomètres de la ville.
Irum ou castellum (les deux expressions sont synonymes) sert à désigner des enceintes fortes de moindre importance que l'oppidum. Les historiens et les auteurs mérovingiens utilisent un vocabulaire qui varie selon les régions de la Gaule romaine au iii et au iv siècle de notre ère, dont Comptes-rendus, Description de l'ouvrage, Des fortifications dans l'ancien Bas-Poitou à l'époque romaine. Bulletin de la Société des Antiquaires de l'Ouest, arts du M. Jacob, Géographie de Grégoire de Tours, in-8, Paris, avec un emploi plus fréquent que castellum, qui n'est appliqué qu'à quatre localités : Blaye, Châteaudun, Neuss et Vendôme. Dans deux de ces cas (Châteaudun et Vendôme), il reproduit textuellement le traité d'Andelot ; ailleurs, il donne à Châteaudun le nom de castrum. Voici la liste des vingt-deux localités :
Blaoicum, Blaye ; Capraria, Cabrières ; Confluentes, Coblentz ; Dunum, Châteaudun ; Ivoy (aujourd'hui Carignan) ; Gredonense castrum, Grèzes-le-Château ; Looolantrum, Vollore ; Mediolanum, Châteaumeillant ; Chastel-Marlhac ; Miglidunum, Melun ; Nioisium, Neuss ; Sellus, Chanteauce aux ; Tauredunum, Tonnerre ; Thigernum, Thied ; Trinorcium, Tournus ; Ugernum, Beaucaire ; Vabrense castrum ; Vicloriacus, Vitry-le-Brûlé ; Vindocinum, Vendôme. C'était là, on le voit, de fort minces localités, puisque nous y rencontrons deux places de notre liste précédente. Coblentz dont l'enceinte avait 920 mètres ;
Melun. 1 minute et Dijon qui avec ses 1 500 mètres d'enceinte, ses quatre portes, ses trente-trois tours (voir Dijon), paraissait à Grégoire si supérieur aux autres castra qu'il s'étonnait qu'on n'en eût pas fait une civitas. Le reste était infime et dans ce nombre Linum disparut, dès 563, dans un tremblement de terre suivi d'un éboulement, castrum Vabrense cessa d'exister dès le VIe. Cabaret, Cabrières et Dio sont descendus au rang de simples villages.
Pour modestes que fussent ces bicoques, ce n'en étaient pas moins des obstacles avec lesquels il fallait compter, c'est ainsi que le castrum Caino, Château-Clinon, conservait au temps de Grégoire de Tours, le souvenir du siège qu'il avait subi vers l'an 515. Castrum De r., au territoire de l'Éziers, fut conquis par Théodebert en 533 ; Capui Arielis fait l'objet de discussions topographiques. Grégoire de Tours dit qu'après l'invasion de la Septimanie et l'occupation de Carcassonne par les Francs, en 585, Reci passa la frontière, s'empara des chaînes de Capui Arielis, dévasta la plus grande partie du Toulousain et emmena ses habitants en captivité. Jean de Biclar mentionne cette expédition mais ne donne pas les noms des deux castra. Les érudits du XVIIe placèrent Capui Arielis à Castelnaudary, tout simplement à cause de ce ary final, comme d'ailleurs cette ville était la clef du Toulousain tout semblait clair ; au XIXe, Fauriel acceptait encore cette explication. Dom Ruinart cependant suggéra le village de Iret (sic) et Dom Vaissète établit l'identité des castra de Caput arietis avec les forteresses de Cabaret qui a donné lieu au Cabardès, connue sous le règne de Charles le Chauve, sous le nom de Cob non, satisfait à toutes les conditions requises : son nom a, dans la langue du midi de la France, pie que Caput arietis : l'un et l'autre se traduisant par tête et l'on a dit que la forme du mont qui domine Puylaurens au XIIe, et la butte position au moins autant que les murailles ont lieu son importance. Carcassonne. — La conquête du sud de la Gaule par les Wisigoths nous a valu d'intéressantes fortifications à Toulouse, qu'ils occupèrent quatre-vingt-neuf ans et dans quelques villes de la Septimanie qui furent fortifiées avec soin : Narbonne, Béziers, Agde, Carcassonne, Toulouse furent fortifiées d'après les traditions romaines du bas temps ; si l'on en juge Enceinte du XIIIe.
1. Barbacane de la porte Narbonnaise. — 2. Tour de Bérard (ou de St-Bernard). — 3. Tour de Bénazet. — 4. Tour de N.-D. (ou de Rigal). — 5. Tour de Mouretis. 6. Tour de la Glacière. — 7. Tour de la Porte-Bouge.
— 8. Grande barbacane (détruite) 9. Avant-porte de l'Aude. — 10, Tour du petit Canizou. — 11. Tour de l'évêque, appartenant aux deux enceintes. — 12. Tour du grand Canhou.
— 13. Tour du grand Brûlas. — 14. Tour d'Ourliac— 15. Tour Cremade. — 16. Tour Cautières. — 17. Tour Poulets. — 18. Tour de la Vade (ou du Papegay). — 19. Tour de la Pevre.
Enceinte wisigothe, VIe-VIIIes.
20. Tours et porte Narbonnaise. — 21. Tour du Trèsau (Treshaut, Trésor). — 22. Tour de moulin du Connétable. — 23. Tour du Yioulas.
— 24. Tour de la Marquière. — 25. Tour du Sanson. — 26. Tour du moulin d'Avar. — 27. Tour de la Charpentière. — 28 à 36 (voir Château). — 37. Tour de Justice.— 38. Tour Wisigothe — 39. Tour de l'Inquisition. — 39 à 44, une ligne plus grêle passant près de Saint-Nazaire, marque l'enceinte primitive qui fut reportée suivant la ligne tracée par la Tour de l'Évêque. — 40. Tour de Cahuzac. — 41. Tour du Coin (de Prade, Mipadre).
— 42. Tour du Moulin. • — 43. Tour et poterne de Saint-Nazaire. — 44. Tour Saint-Martin. — 45. Tour des prisons. — 46. Tour de Castera. — 47. Tour du P1Ô. — 48. Tour de Baltbazar. — 49. Tour de Darejean (Dareja).- — 50. Tour de Saint-Laurent. — 51. Escalier descendant à la poterne de la Tour de la Peyre- — 52. Tour du Trauquet. — 53. Tour de Saint-Sernin.
Château.
28. Tour de la Chapelle. — 29. Tour de la Poudre. — 30. Avant-porte du château. 31. Tour peinte, la Guette. — 32. Tour Saint-Paul. — 33. Porte du château. — 34. Tour des Casernes. — 35. Tour du Major. — 36. Tour du Degré.
5666. — Plan de Carcassonne. D'après Viollet-le-Duc, La cité de Carcassonne, p. 85, fig. 10.
Prétendant à la royauté ; mais le moins glorieux de ces castra est le Meroliacense, dont les habitants se rendirent honteusement au roi Théodoric malgré que la nature leur eût donné des secours précieux. Le castrum, dit Grégoire, « est entouré non pas de murs, mais par un rocher taillé de cent pieds de hauteur ou davantage. Au milieu est un étang d'une eau fort agréable à boire : dans une autre partie, se trouvent des sources si abondantes que l'eau vive coule par la porte de la forteresse en formant un ruisseau fin, ce castrum comprend un espace tellement vaste, que r. mil E, 'i I Ufications [n unes] de par les portions importantes d'enceintes qui entourent la cité de Carcassonne. Le château Narbonnais de Toulouse parait avoir été construit d'après les données antiques. Il se composait, nous dit-on, « de deux grosses tours : l'une au midi, l'autre au septentrion, l'une de terre cuite et de cailloux avec de la chaux, le tout entouré de grandes pierres sans mortier, mais cramponnées avec des lames de fer scellées de plomb. Le château était élevé sur terre de plus de trente brasses, ayant vers le midi deux portails de suite, deux voûtes de pierre de taille jusqu'au sommet ; il y en avait deux autres de suite au septentrion et sur la place du Salin. Par le dernier de ces portails, on entrait dans la ville dont le terrain a été haussé de plus de douze pieds... On voyait une tour carrée entre les deux tours ou plates-formes de défense car elles étaient terrassées et remplies de terre, suivant Guillaume de Puilaurens. puis que Simon de Montfort en fit enlever toutes les terres qui s'élevaient jusqu'au comble '.
Les Romains avaient inculqué que pour la fondation d'une ville, on choisissait le site de préférence au bord d'une rivière et en pente inclinée : si l'inclinaison se terminait par un escarpement un peu marqué tout était pour le mieux. Le point le plus élevé de l'escarpement devenait celui où s'établissait le château, servant à la fois de vigie et de réduit qui commandait les murailles et la ville elle-même, de façon, le cas échéant, à annuler l'avantage qu'un ennemi pourrait tirer de l'occupation. Le château prit aussi le nom de donjon. Les parties les plus faibles de l'enceinte étaient les courtines entre les deux tours. L'enceinte wisigothe de la cité de Carcassonne conitions rappelant celles décrites. Végèce. Carcassonne reste un monument trop peu signalé et digne d'attention. Jusqu'au IVe, la ville jouit, comme le reste de la Gaule, d'une paix pro : après les désastres de l'Empire, elle fut plus considérée que comme un castellum. Il s'en emparèrent : peu de temps après, les Humains en redevinrent maîtres. En 407, les Goths pénétrèrent dans la Narbonnaise première, d'où ils passèrent en Espagne : et Euric, roi des Wisigoths, s'empara de Carcassonne. Le traité de paix conclu avec l'Empire, en 439, l'établit possesseur de Carcassonne et de tout le territoire de la Novempopulanie, située à l'ouest de Toulouse. C'est alors que fut bâtie l'enceinte intérieure de la cité, sur les débris des fortifications romaines. En effet, la plupart des tours wisigothes, encore debout, sont assises sur des substructions romaines qui semblent avoir été élevées hâtivement, probablement au moment des invasions franques. Les bases des tours wisigothes sont carrées et ont été grossièrement arrondies pour recevoir les défenses du Ve. Du côté méridional de l'enceinte on remarque des soubassements de tours, moyen de blocs énormes, posés à joints vifs et qui appartiennent certainement à l'époque de la décadence de l'empire. Quoiqu'il en soit, ainsi que le dit Viollet-le-Duc, il est encore facile aujourd'hui de suivre toute l'enceinte des Wisigoths (fig. 4566). Les fouilles ont permis de reconnaître les fondations de cette enceinte sur les points où elle a été supprimée à la fin du XIIe, pour augmenter le périmètre de la cité. Cette enceinte primitive affectait une forme ovale, avec une légère dépression sur la façade occidentale, suivant la configuration du plateau sur lequel elle est bâtie. Les tours, espacées entre elles de 25 à 30 mètres environ, sont cylindriques à l'extérieur, terminées carrément du côté de la ville et réunies entre elles par de hautes courtines (fig. 4567). Le sol de la ville est beaucoup plus élevé que celui du dehors et presque au niveau des chemins de ronde. Les courtines, fort épaisses, sont composées de deux parements de petit appareil cubique, le milieu est rempli non de terre, mais de blocage maçonné à la chaux. Les tours s'élevaient au-dessus des courtines et leur communication avec celles-ci pouvait être coupée, de manière à faire de chaque tour un petit fort indépendant (fig. 4568). Cette figure fait voir la tour et ses deux courtines du côté de la ville, les ponts de communication sont supposés enlevés. L'étage supérieur crénelé est couvert par un comble et ouvert du côté de la ville afin de permettre aux défenseurs de la tour de voir ce qui s'y passe et aussi pour permettre de lancer des pierres et autres projectiles au moyen de poulies. La tour figurée sur base cubique regarde la campagne, on a figuré à côté une poterne assez élevée au-dessus du sol, qu'on ne put y accéder sans échelle. Les poternes même ainsi sauvegardées en outre défendue par une meurtrière. Toute la construction wisigothe est élevée par assises de petits moellons de 0 m. 10 à 0. m 12 de hauteur environ, avec rangs de briques. Les larges baies en plein cintre sont ouvertes dans les tours cylindriques du côté de la campagne, elles étaient munies de volets et tenaient lieu de meurtrière. L'armement de ces tours consistait en un créneau ; des chemins de ronde, des courtines, on communiquait aux tours par des portes dont les linteaux surbaissés étaient soulagés par un arc en brique. Un escalier de bois mettait à l'inférieur en communication avec le supérieur qui était ouvert du côté de la ville par une arcade percée dans le pignon.
Malgré les modifications apportées au système de défense de ces tours, pendant les Xe et XIes, on retrouve toutes les traces des constructions des Wisigoths. Jusqu'au niveau du sol des chemins de ronde des courtines, ces tours sont entièrement pleines et présentent ainsi un massif puissant propre à résister à la sape et aux béliers.
En avant des tours et de la courtine courait un fossé. Les fossés des villes gallo-romaines au moment de l'invasion des barbares, tels que ceux de Sens, de Bourges, de Beauvais, étaient larges et autant que possible profonds, comme la vallée qui conduise de la Méditerranée à l'Océan et à l'entrée des défilés qui pénètrent en Espagne par Limoux. Alct, Quillan, Mont-Louis, Puycerda ou Campredon. L'assiette était donc parfaitement choisie et elle avait été déjà prise par les Romains qui, avant les Wisigoths, voulaient se ménager tous les passages de la Narbonnaise en Espagne. Mais les Romains trouvaient par Narbonne une route plus courte et plus facile pour entrer en Espagne, et ils n'avaient fait de Carcassonne qu'une citadelle, qu'un castellum, tandis que les Wisigoths, s'établissant dans le pays après de longs efforts, durent préférer un lieu défendu déjà par la nature, situé au centre de leurs possessions de ce côté remplis d'eau : les fossés de Sens étaient inondés et d'une largeur de 20 mètres environ.
Les Wisigoths, entre tous les peuples barbares, qui envahirent l'Occident, furent ceux qui s'approprièrent le plus promptement les restes des arts romains, au moins en ce qui regarde les constructions militaires et, en effet, ces défenses de Carcassonne ne diffèrent pas de celles appliquées à la fin de l'Empire, en Italie et dans les Gaules. Ils comprirent l'importance de la situation de Carcassonne, et ils en firent le centre de leurs possessions dans la Narbonnaise. Le plateau sur lequel est assise la cité de Carcassonne commande la vallée de l'Aude, qui coule au pied de ce plateau, et par conséquent la route naturelle de Narbonne à Toulouse. Dès lors, il s'élève entre la Montagne Noire et les versants des Pyrénées, lentement à l'angle que forme la rivière de l'Aude en quittant ces versants, tournant vers l'est. Carcassonne se trouve ainsi à cheval sur la seule côte-ci des Pyrénées, à une ville comme Narbonne, assise en pays plat, difficile à défendre et à garder. Les événements prouvèrent qu'ils ne s'étaient point trompés ; en effet, Carcassonne fut leur dernier refuge, lorsqu'à leur tour ils furent en guerre avec les Francs et les Bourguignons. En 508, Clovis mit le siège devant Carcassonne et fut obligé de lever son camp avant d'avoir pu s'emparer de la ville. En 588, la cité ouvrit ses portes à Austrovalde, duc de Toulouse, pour le roi Gontran ; mais peu après, l'armée franque ayant été défaite par Claude, duc de Lusitanie, Carcassonne rentra au pouvoir de Reccarède, roi des Wisigoths. Ce fut en 713 que finit ce royaume ; les Maures d'Espagne, sous le commandement de Moussa ben-Nocaïr, devinrent alors possesseurs de la Septimanie. On ne peut se livrer qu'à de vagues conjectures sur ce qu'il advint de Carcassonne pendant quatre siècles ; entre la domination des Wisigoths et le commencement du XIe, on ne trouve pas de traces appréciables de constructions dans la cité, non plus sur les remparts.
X. Afrique romaine. — L'occupation de l'Afrique du Nord pour les Romains imposa à ceux-ci l'adoption d'un vaste système défensif. Au début du IIIe, la ligne de leurs postes longeait la lisière méridionale de l'Aurès, enfermait la région des Ziban, au sud-ouest de Biskra, se repliait vers le nord-ouest, protégeait le Hodna du côté de l'Occident, arrivait à neuf au sud d'Aumale et, dés lors, couvrait le Tell algérien et oranais, en passant par Boghar, Tiaret, Tlemcen, et alla Marnia.
Il ne pouvait être question d'élever une sorte de muraille de Chine pour protéger cet immense territoire ; la défense fut conçue d'autre façon, par la présence d'une légion et de corps auxiliaires. La légion, IIIe Augusta, eut à Theveste (Tebessa) un camp permanent qui n'a pas été trouvé ; au début du IIe, elle s'établit à Lambèse (voir ce mot), et y tint garnison pendant deux siècles. On y a trouvé les restes d'une enceinte carrée, aux angles arrondis, de 400 mètres de côté, avec des murs épais de 0 m. 60, construits en moellons : ce fut probablement le premier camp de la légion. Une autre enceinte a laissé des traces plus nettes ; elle a délimité jadis le camp permanent de la IIe légion. Il mesure 500 mètres de long sur 420 de large : le rempart ne se distingue plus aujourd'hui que par des talus de terre. Il était construit en pierres de taille et offrait, à l'intérieur, de distance en distance, des plates-formes destinées probablement à placer des machines de guerre.
Sur la frontière militaire furent construits des camps permanents, sur le modèle de celui de la légion, mais de dimensions réduites. Le camp de Bénian (Ala Miliaria) (voir Dictionnaire, t. IV, fig. 386) était occupé par un corps de cavalerie. C'est un carré de 210 mètres de côté, gardé sur deux de ses faces par le lit d'une rivière. Le rempart est partout marqué par un fort talus ; formé de deux murs accolés : un mur extérieur en pierres de taille, et un autre, par derrière, en moellons. Sur les fronts de l'ouest et du sud, on reconnaît les emplacements de deux portes défendues par des tours rondes de 5 mètres de diamètre. Autre camp, uni (Ad Majores), à 11 kilomètres au sud-ouest de Tébessa, dominant la plaine d'une cinquantaine de mètres et possédant une enceinte, en pierres de taille, de 170 mètres sur 100 mètres. Quand il lia que angle d'une tour carrée saillant à l'extérieur. Sur chacune s'ouvrait une porte : celle de l'est, qui subsiste encore, est une longue voûte en pierres énormes, 3 mètres 50 de hauteur.
Au sud, sur la frontière de Maurétanie, à peu de distance à l'est de Bénian, à Tagremaret : c'était, d'après le nom, un guide du visiteur, résumé historique, monuments d'après les documents tirés des ouvrages de Wayret et Villet-le-Duc, in-8°, Paris, 1891 ; J. de Vaisemble, Sur la visite à la cité de Carcassonne (Aude), dans Bulletin de la Société archéologique du Midi, t. XXXV, p. 119-132 ; J. Doc, La cité de Carcassonne du VIe au VIIIe, dans Annuaire de la Faculté des Lettres de Bordeaux, 1879, t. ; de Neufchâteau, La cité nue et les rebâtis de Carcassonne, 1912, assure que les architectes de Philippe le Hardi seraient bien en peine aujourd'hui de se reconnaître dans la Cité de Viollet-le-Duc. L'auteur jouit sans doute des confidences de Philippe le Hardi, qui n'ont pas atteint notre âge, nous nous contenterons de rendre justice et de dire avec M. Salomon Reinach : On peut dire, que presque tous les historiens, archéologues, etc., ont parlé de ces enceintes sans se préoccuper de reconnaître leur date, de distinguer les murailles indigènes et byzantines des murailles romaines ; du reste, cette distinction est souvent difficile à faire.
Ces camps permanents, ou plutôt ces citadelles à la frontière, étaient reliés par des fortins, des tours, des postes-vigies d'où l'on faisait, en cas de besoin, des signaux télégraphiques. Le choix était inspiré par la nécessité de surveiller de larges étendues dont la soumission était douteuse. M. Gsell signale à Ksar Shébi (Gadiaufala), au sud-est de Constantine, dans une belle position militaire, dominant l'immense plaine des Harakta, et à l'entrée d'un étroit passage qui donne accès à un pays montagneux, parcouru par l'oued Chérif et ses affluents. Il y avait là un nœud important de routes, que la forteresse surveillait. Élevée sur une croupe rocheuse, à 120 mètres à l'est du col, elle mesure 66 mètres 40 de long sur 58 mètres de large. Un des angles offre une tour carrée saillante, de 10 mètres de côté. On distingue les traces d'une autre tour, au milieu des faces ouest et est, et de deux sur la face sud ; la face nord, entièrement détruite, devait présenter la même disposition. La construction est excellente et indique une haute époque. Les pierres, presque toutes à bossage, ont jusqu'à 1 mètre 50 de longueur et forment des assises de 0 mètre 35 à 0 mètre 60, d'une très grande régularité. Malheureusement, cette citadelle a servi de carrière aux Byzantins, lorsqu'ils établirent une forteresse, dans le même, de manière à barrer complètement le passage.
Outre les constructions élevées par l'État, il y eut des murailles dressées sur l'initiative des villes pour se protéger. Les archéologues qui ont parlé de ces enceintes ne se sont pas attachés, d'ordinaire, à reconnaître leur date, à distinguer les murailles indigènes et byzantines des murailles romaines ; du reste, cette distinction est souvent difficile à faire. D'une manière générale, on peut dire que presque toutes les villes de la Maurétanie furent fortifiées à l'époque romaine ; au contraire, en Numidie, où les révoltes et les incursions des barbares étaient moins à craindre, la plupart des villes restèrent ouvertes. Les murailles ont été construites de diverses manières. Ainsi, celles de Rapidum, dont nous allons parler, et d'autres cités de la même région, sont en pierre de taille. Sur le littoral de la Maurétanie, les enceintes sont presque partout en moellons, très fortement cimentés, avec deux parements en pierre de petit appareil. Dans le Tell oranais, on n'a souvent employé que des moellons bruts liés simplement avec de la loire, ou un détestable mortier.
Les fortifications de Rapidum (aujourd'hui Smir Djouab), à vingt-sept kilomètres d'Aumale, comptent parmi les plus intéressantes. La ville, écrit M. S. Gsell, en 1901, couvrait environ 15 hectares ; elle s'élevait au milieu d'une plaine sur un dos de terrain incliné vers le midi et bordé, au sud et au nord, par deux ruisseaux, fossés naturels, utiles à la défense. Rapidum, qui se trouvait sur la grande route militaire reliant Auzia (Aumale) à la vallée du Chélif, fut, au Ier et au IIe, une des portes de la plus ancienne frontière de la Maurétanie. Il y avait là une garnison formée, comme l'indiquent plusieurs épitaphes, de soldats de la deuxième cohorte des Sardes, peut-être aussi de cavaliers d'une aile de Thraces. Des vétérans s'établirent auprès du camp. Une tribu maure était aussi fixée en ce lieu. Deux inscriptions, recueillies aux portes occidentale et orientale de l'enceinte, nous apprennent que les vétérans et les indigènes africains habitant Rapidum élevèrent à leurs frais, mais pourtant avec le concours du gouverneur de la province, un mur en pierres de taille, destiné à protéger leurs demeures :
MVRVM A FVNDAMENTIS LAPI
DE QVADRATO EXSTRVXERVNT PECVNIA ET SVMTV OMNI
[SVO ID EST VETERANORVM et paganorum]
Ce fait se passa en l'année 167 de notre ère, sous Marc-Aurèle et Lucius Verus. Le centre urbain de Rapidum fut ainsi définitivement constitué. Rapidum devint plus tard un municipe romain, sans doute dans la première moitié du IIIe, après que la frontière militaire eût été poussée plus au sud. Des rebelles la prirent et la dévastèrent, probablement lors de la grande insurrection qui troubla cette partie de la Maurétanie entre 253 et 260. Dioclétien et Maximien, dit une inscription découverte à la porte orientale, la firent réédifier depuis ses fondations, et lui rendirent son ancien aspect.
rectangulaires, faisant saillie en avant du mur. Les deux portes qui s'ouvraient à l'ouest et à l'est ont été dégagées en 1882-1883 ; peut-être y avait-il une autre porte au sud, celle-ci n'a pas laissé de traces bien distinctes. La porte de l'ouest (fig. 4570) se compose d'un hémicycle de 6 m. 90 de diamètre et, en arrière, d'un passage rectangulaire, large de 4 m. 60. Deux pilastres à base moulurée se dressaient à l'entrée de la partie rectangulaire et devaient porter une arcade. Il y avait sans doute, une autre arcade à l'extrémité opposée de ce court passage, qui devait être surmonté d'une toiture. L'hémicycle était au contraire, à ciel ouvert. Par derrière ces pilastres, on voit les trous dans lesquels s'enfonçaient les gonds des vantaux de fermeture. La porte orientale (fig. 4571) est d'une architecture plus simple. C'est un couloir rectangulaire, de 4 m. 70 de long sur 4 m. 70 de large, rétréci à chacune de ses extrémités par deux pieds-droits qui encadraient jadis une baie cintrée. Ceux de la première baie ont des bases à moulures, derrière lesquelles sont creusés des trous pour les gonds des vantaux. Rien n'indique que cette porte ait été flanquée de tours. Intérieurement, la ville était divisée en trois quartiers, séparés par des murailles qui paraissent dater d'une époque, peut-être de la restauration de Dioclétien. Cette disposition avait l'avantage de faciliter la défense. Après la prise d'un quartier, les assiégés pouvaient se réfugier dans un quartier voisin : l'ennemi avait ainsi, pour prendre Rapidum, trois places fortes à enlever successivement. Le quartier supérieur, au nord, était protégé par un rempart un peu moins fort et d'une construction moins soignée que l'enceinte de la ville, mais muni de tours carrées. Vers le milieu, une porte s'ouvre entre deux tours, précédée de deux colonnes (fig. 4572). La muraille qui sépare le quartier du sud de celui de l'est, présente aussi une porte, défendue par deux tours. En arrière des pieds-droits à base moulurée, qui encadrent la baie, on remarque, comme aux deux portes de la ville, des trous pour les gonds des vantaux. En dehors de l'enceinte, au nord-est, de nombreux débris de construction paraissent indiquer l'existence d'un faubourg assez important. Plusieurs villes romaines, de la région de Sour-Djouab, étaient entourées d'une enceinte analogue à celle que nous venons de décrire : Aïoun Bessem, Aumale, Sidi Hamza.
XI. Afrique byzantine. — Après avoir reconquis, en quelques semaines, l'Afrique du Nord sur les Vandales, Bélisaire reçut de Justinien l'ordre de mettre le pays en état de défense. Malgré les raisons qu'il pouvait avoir de s'en remettre à la capacité du général victorieux, Justinien ne laissa pas que de prendre lui-même, la direction jusque dans le détail, de cette immense entreprise. Il traça lui-même un plan déterminant le système d'occupation des confins militaires et se fit adresser personnellement les rapports des officiers. Au point de vue de la défense, l'Afrique fut partagée en quatre circonscriptions : Tripolitaine, Byzacène, Numidie, Maurétanie.
L'œuvre réalisée en Afrique par les ingénieurs byzantins rappelle l'œuvre de Vauban, sur nos frontières, et si l'étude technique d'une place ou d'une citadelle, comme celle de Lille, reste un objet d'admiration reconnaissante envers son auteur, il n'est pas hors de propos d'indiquer combien les principes qui guidaient Vauban sont intéressants à rapprocher de ceux dont s'inspiraient les ingénieurs byzantins . Comme au début du XVIIe, les places fortes sauvèrent la lignée, Procope pouvait dire que les fortifications de Justinien en Afrique avaient sauvé la monarchie . • Et il dit ailleurs : • Si nous dressions la liste des fortes par Justinien devant des hommes habitant un pays éloigné, et incapables de faire de leurs yeux la preuve, assurément la multitude de ces constructions ferait sauter les yeux, et il paraîtrait incroyable V. E. bien, il est l'impression que produit, aujourd'hui encore, la vue des innombrables forteresses byzantines dont les ruines couvrent le sol de l'Afrique : partout, sur les rivages de la mer, dans les solitudes, au milieu des plaines désertes du haut plateau numide, dans les steppes de la Tunisie, les restes de puissantes citadelles attestent la merveilleuse activité que déploya le grand empereur ; et en face des rescrits qui organisèrent la défense des frontières africaines, les monuments viennent, par un vivant commentaire, prouver le soin qu'on apporta à exécuter les instructions de Justinien. Ici, comme sur l'Euphrate, comme aux monts d'Arménie, comme aux rives du Danube, quelques années ont suffi à réaliser une œuvre prodigieuse, à reconstituer en la fortifiant l'admirable système défensif jadis créé par Rome, à couvrir la province entière d'un réseau de places fortes, dont les savantes dispositions et la construction rapide font également honneur aux talents stratégiques et à l'énergie volonté des générations byzantines.
Avant le VIe, les Maurétanies avaient connu un système d'occupation très différent de celui de la Numidie. Pour se tenir en garde contre une population mal soumise, il avait fallu multiplier les postes militaires et cerner chaque massif montagneux d'une chaîne serrée de forteresses 8. À côté des fortifications permanentes, occupées par les garnisons, on avait multiplié les refuges fortifiés (voir Castellum). Mais ce ne fut pas seulement en Afrique qu'on procéda à la construction de ces lignes successives de fortification. Voulant, écrit Procope, couvrir la frontière du Danube, Justinien borda le fleuve de nombreuses forteresses et installa, tout le long du rivage, des postes, pour empêcher les barbares de tenter le passage. Mais à la construction de ces ouvrages, tout entachée de la fragilité des espérances humaines, fit réflexion que, si les ennemis réussissaient à franchir la glace, ils trouveraient des populations absolument sans défense, et qu'ils pourraient sans peine réduire les personnes en esclavage et piller les propriétés. Il ne se contenta donc point de leur assurer, au moyen des citadelles du lieu, une sécurité générale ; mais il multiplia dans tout le pays plat les fortifications, de telle sorte que chaque propriété agricole se trouva transformée en un château fort ou voisine d'un poste fortifié.
Ceci entraîne un système de places fortes où le nombre devient une des conditions de la sécurité ; au nombre s'ajoute la variété presque infinie ; ici, une enceinte continue de remparts comme à Souk-Ahras ; là, une ceinture de forts comme à Sufès, à Thélepte ; ailleurs, une simple forteresse suppléant à tout, à Timgad, à Mdaourouch, à Tobna ; certaines enceintes ont été calculées très largement pour permettre à la population de se réfugier, comme à Bordj-Bou-Arreridj, à Zana. Ensuite, c'est un dédale de fortins, de redoutes, de tours isolées, de murs continus, tout cela répondant à une double préoccupation : recueillir et abriter les colons, contenir et refouler les agresseurs.
Une place forte byzantine comporte ordinairement une triple série de défenses : d'abord le mur d'enceinte, ayant deux étages de hauteur ; à l'étage inférieur, des meurtrières ; au premier étage, élevé parfois de neuf mètres, un chemin de ronde couvert et solidement voûté sur tout le pourtour de la place. Au sommet, une terrasse crénelée. Tout le long des remparts, de fortes tours carrées, à trois étages, et garnies de créneaux, certaines disposées de façon à pouvoir être isolées, afin de continuer la défense, même après la prise de la courtine. En avant du mur d'enceinte, à une distance équivalant au quart de la hauteur du rempart, court l'avant-mur, à l'abri duquel peuvent se placer les gens de la campagne qui, avec leurs bestiaux et leurs ustensiles, occuperont le glacis. Devant cette première muraille, un fossé, très large, très profond, rempli d'eau et s'enfonçant en terre plus profondément que les fondations de la muraille, afin que les mineurs ne puissent l'atteindre et la miner. Il faut, pour bâtir solidement, en pierres de taille soigneusement appareillées, d'après un plan bien étudié. De plus, il faut que le pays environnant soit fertile, ayant de l'eau en abondance dans la place ou à proximité, et des matériaux de construction.
En général, le mur byzantin est formé d'un double revêtement de pierres de taille, l'intervalle entre les deux parements étant comblé par une maçonnerie en blocage. Cette muraille doit être à la fois très haute et très épaisse : très haute pour protéger la place contre toute escalade, très épaisse pour amortir le choc des machines destinées à faire brèche. Le traité anonyme de la Tactique demande que le rempart ait au moins cinq coudées, soit 2 m. 31 d'épaisseur, vingt coudées, soit 9 m. 24 de hauteur ; et, dans la pratique, il n'est pas rare que ces dimensions soient dépassées. Au rapport de Procope, les murailles de Martyropolis, en Arménie, mesuraient douze pieds (3 m. 70 d'épaisseur) et quarante pieds (12 m. 32) de hauteur ; celles de Dara atteignaient 18 m. 50. En Afrique, l'épaisseur habituelle de la courtine varie entre 2 m. 30 et 2 m. 70 ; la hauteur dans les rares citadelles où le mur s'est conservé intact jusqu'à son couronnement, atteint 8 m. 05 à 10 mètres, par exemple à Lemsa, à Tebessa.
La partie inférieure du mur de rempart. D'après Diehl, L'Afrique byzantine, p. 149, fig. 1-2. Les parois du fossé sont verticales, ce qui doit le rendre infranchissable. Enfin, le long du fossé, les matériaux de déblai sont entassés de manière à former une haute levée de terre. Ce qui précède, c'est la théorie, c'est l'« ordonnance », laquelle souffre bien des altérations. En fait, le fossé est souvent supprimé, lorsqu'on estime que les deux murailles sont une défense suffisante. Si, comme dans les caselles, on fait l'économie d'une enceinte sur deux, alors on creuse le fossé, mais pas toujours, et il arrive qu'une simple muraille, ou même un simple rempart, est jugé suffisant. Lorsqu'on sait qu'on n'a à redouter que les attaques des Arabes, étrangers aux plus élémentaires notions de poliorcétique, on se dit qu'une simple muraille suffit, car « les Arabes, écrit Procope, sont naturellement incapables de conduire un siège régulier, et n'importe quoi, le mur le plus misérable, un simple terrassement, suffit à briser leur attaque ».
Le traité anonyme de la Tactique précise les conditions indispensables à l'assiette d'une place de guerre. En principe, il faut faire choix d'une hauteur entourée d'escarpements, ou d'une position défendue par une rivière. Si on ne peut rencontrer ces conditions et qu'il faille s'établir en plaine, du moins sera-t-il nécessaire que le rempart plus exposé aux attaques directes de l'ennemi, doit être construit avec un soin particulier ; l'anonyme demande que jusqu'à sept coudées de hauteur (3 m. 21), on n'emploie dans la bâtisse que de très grandes pierres de taille, soigneusement ajustées ; et, d'une façon générale, dans toutes les constructions militaires du temps de Justinien, non seulement la pierre remplace partout les épaulements de terre, mais très souvent des pierres droites et minces alternent avec les blocs posés de champ et s'insèrent dans la masse de la maçonnerie de manière à former des boutisses et à renforcer la solidité extérieure de la fortification (fig. 4573). Surtout, il importe que le mur soit assez élevé, pour qu'en aucun point ses défenseurs ne soient exposés à être dominés par l'ennemi ; s'il est absolument impossible d'éviter cet inconvénient, des mesures défensives spéciales en atténueront le désavantage. C'est pour cela qu'au premier étage des remparts, on ménage fréquemment des galeries couvertes et voûtées où les combattants trouveront un abri ; c'est pour cela que, sur la terrasse crénelée qui couronne la muraille, on élève parfois une toiture qui protégera les hommes contre les flèches de l'ennemi ; c'est pour cela, qu'entre les créneaux, on dispose du blindage formé de pièces de toile ou de laine, ou même de matelas tendus le long du mur ; c'est pour cela enfin qu'en avant du rempart, à une distance de deux coudées (0 m. 92), on installe des filets aux mailles très serrées, ou s'amortira le jet des pierres.
Sur tout le pourtour supérieur du rempart, court un chemin de ronde assez large. Tantôt il est porté sur des contreforts intérieurs, épaulant la courtine, et reliés entre eux par des linteaux ; tantôt une partie de sa largeur est prise en encorbellement, et soutenue sur de forts corbeaux qui débordent le parement intérieur ; il forme comme une sorte de balcon surplombant la muraille ; tantôt il couronne tout simplement la courtine, et a la même largeur que les tours (fig. 1575). Pavé de grandes dalles plates, posées sur le sommet de la muraille, il est bordé, vers le dedans de la citadelle, d'une assise de pierres de taille, haute de 0 m. 50 ; vers l'extérieur, il est couvert par un parapet crénelé ayant même diamètre que les tours, généralement assez saillantes. Flanquent la muraille. La forme en est très variable : le traité de la Tactique demande qu'elles soient hexagonales et circulaires au dedans ; en fait, les unes sont carrées, d'autres hexagonales ou octogonales ; parfois même, commencées sur un plan carré, s'achèvent en une construction circulaire ; le plus habituellement elles sont carrées tout simplement. Leurs dimensions varient à l'infini : en général pourtant, les tours qui couvrent les angles extérieurs de la forteresse sont de proportions plus considérables. Par une anomalie assez singulière, mais presque constante, l'épaisseur de leurs murailles est moindre que celle des courtines : elle varie entre 1 m. 25, 1 m. 50, 1 m. 80 ; presque jamais elle ne dépasse 2 mètres ; quant à la hauteur, elle atteint, là où il est possible de la vérifier avec exactitude, de 11 m. 50 à 16 ou 17 mètres.
D'habitude, ces tours s'ouvrent sur l'intérieur de la forteresse, par une poterne assez étroite ménagée dans leur face interne.
Épaisseur que le parement extérieur du rempart et dont les créneaux mesurent 1 m. 50 de hauteur. À certains endroits, le chemin de ronde est coupé de marches ayant même largeur que lui, et lors que la déclivité du sol est très prononcée, à rachetillée de niveau. Ce chemin de ronde fait tout le tour de l'enceinte, assurant les communications entre les tours qui flanquent les courtines et y prennent accès par une ou plusieurs portes. On monte au chemin de ronde par des escaliers, sur différents points de l'enceinte, à la face intérieure de la muraille, et appuyés sur une arcade ou sur un fort massif de maçonnerie ; parfois on ne trouve que cette sorte d'escaliers intérieurs dans les tours qu'on gagne le chemin de ronde.
À l'intérieur du rempart, de distance en distance, mais assez rapprochée l'une de l'autre pour couvrir utilement la courtine, il y a des tours. D'ordinaire, elles ont deux ou même trois étages ; en bas, une salle carrée, faiblement éclairée par de rares meurtrières, et voûtée soit en berceau, soit en voûte d'arête, soit parfois même en coupole ; au niveau du chemin de ronde, et prenant accès sur lui par une porte particulière, se trouve le premier étage ; une fenêtre assez large, ouvrant sur l'intérieur de la citadelle et souvent surmontée d'un arc de décharge, soigneusement lié, éclaire d'habitude cette salle. Pour la couvrir, il y a soit une voûte, soit plus fréquemment un plafond en bois, soutenu par des solives profondément engagées dans des trous ménagés à cet effet. La tour était couronnée par une terrasse crénelée.
Sur les différentes faces de l'enceinte, un certain nombre de portes et de poternes donnaient entrée. —Porte à Mdaourouch. D'après Diehl, L'Afrique byzantine, p. 102, fig. 15. Une porte ou surprenant une poterne, les défenseurs groupés sur le chemin de ronde, peuvent continuer la défense sans avoir à se préoccuper de protéger les escaliers des tours ; au reste, lors que les tours s'ouvrent sur la cour de la forteresse, la salle du rez-de-chaussée demeure d'ordinaire sans communication avec celle de l'étage. Enfin, il n'est point rare que les villes fortes byzantines aient une ou plusieurs maîtresses tours, de dimensions plus considérables et d'une résistance plus puissante, destinées à offrir, aux défenseurs, un suprême refuge. C'est ainsi qu'on trouvait, à Iara, un donjon que l'on appelait la tour de garde : de même, il y avait à Nice la tour du centenier et à Edesse la tour des Perses. Ces tours étaient fortifiées avec un soin tout particulier : leurs murailles, plus épaisses que d'ordinaire, avaient 2 mètres, — 'Exemple à Timgad. ' Exemples à Lemsa, Aïn-Tounga, Timgad. — ■ Procope, De ædificiis, p. 212-213. Dans le château. On attachait une importance toute particulière à fortement protéger ces issues, qui constituaient naturellement le point vulnérable de toute ville forte. D'habitude, les portes s'ouvraient donc entre deux tours très proches l'une de l'autre qui en couvraient l'accès ». C'était le parti le plus simple ; mais il ne semblait pas toujours suffisant : alors on s'ingéniait à imaginer mille moyens pour compliquer la défense. Tantôt, dans une des faces latérales d'une tour de l'enceinte, on perçait une porte sur l'extérieur commandée à la fois par la tour et par la courtine voisine ; puis, du réduit intérieur de la tour, une seconde porte, placée à angle droit avec la première, conduisait dans la citadelle, resserrée encore à son débouché et comme étranglée entre deux puissants contreforts. Tantôt, les deux portes se trouvaient disposées dans un même axe : mais sur les côtés de la petite cour qui les séparait, des couloirs dérobés, ménagés dans l'épaisseur de la muraille, permettaient d'assaillir sur les flancs les ennemis retenus entre les deux portes, et criblés en même temps par les flèches des postés sur les courtines : peut-être même pouvait-on par ce moyen tenter de couper la retraite aux assaillants (fig. 457G1577). En tout cas, on s'appliquait toujours à placer les entrées de la citadelle sous l'abri tout prochain de quelque tour voisine ; les unes et les autres ne sont jamais dépourvues de cette protection. Enfin, on faisait les portes très étroites : les poternes ont généralement un mètre tout au plus d'ouverture ; les portes principales ne dépassent guère une largeur de trois mètres et souvent elles en ont moins (2 m. 25, 1 m. 25). De lourds battants, épais de 0 m. 55 et assujettis par une forte barre transversale, poussée dans les glissières, fermaient la baie de l'arcade et garantissaient la sécurité de la forteresse. Quelquefois même, on tâchait de dissimuler les portes aux vues de l'ennemi. En lin, dans un certain nombre de villes fortes, et d'ordinaire sur le point le plus élevé de la place, s'élevait un réduit fortifié, véritable citadelle qui pouvait, la ville prise, offrir aux défenseurs une dernière retraite. Comme l'enceinte, il était sur ses différents fronts flanqué de tours carrées ; parfois il était encore renfermé par une sorte de donjon intérieur. Les murailles de cet ouvrage, fortes que celles des remparts de la cité, mesuraient en général 1 m. 20 à 1 m. 50 seulement.
Mais, il ne suffisait pas d'assurer la défense : il fallait encore procurer à la citadelle des approvisionnements ; ce point surtout était d'une importance particulière et l'auteur de De ædificiis insiste longuement. Il faut que l'alimentation d'eau soit de bonne qualité et en quantité suffisante pour fournir à la garnison et aux populations fugies dans la ville ; il faut, autant que possible, avoir l'eau à l'intérieur ; tout au moins en doit-on y approvisionner sans difficulté. Si, sur le point qu'on veut fortifier, on ne trouve aucune source, on y amènera par un aqueduc l'eau d'une montagne éloign
En même temps que des pièces destinées à être peintes ou gravées sur les parois des édifices, Fortunat parait avoir écrit les épitaphes métriques. Ain fait tant d'autres auteurs en renom ; saint Jérôme osait l'épitaphe de l'an la. El dius écrivait pour la tombe d'une chrétienne tels distiques relevés par Sirmond dans une église de Milan ', Sidoine Apollinaire a deux reprises de l'exécution matérielle de ce qu'il nomme ses nenise funèbres. Je n'ignore pas disait Edmond Le Blant qu' epitaphium signifie païen, funèbre, et qu'il faudrait se garder de tenir pour des épitaphes véritables toutes les pièces en tête desquelles on lit ce mot. Cependant, dans un de nos manuscrits de Fortunat, n. 13fi4s du fonds latin de la Bibliothèque nationale, fol. 50 v°, l'epitaphium Ruriciorum porte le titre suivant : Epitaphium super sepulcra Episcoporum Domnorum Ruriciorum mention qui contribue à démontrer la nature de cette pièce. De même, une pièce épigraphique de saint Damase intitulée dans les éditions : De sanctis Chrysantho et Daria, porte, dans un de nos manuscrits, le titre plus significatif : Isti versiculi scripti sunt super sepulchrum Chrysanthi. Les Épitaphes composés par Venance Fortunat sont presque tous d'ailleurs caractérisés par leur contexte même où l'on figurent des formules qui ne laissent guère de place au doute :
CELSVS IN HOC HVMILI TVMVLO IACET ATTICVS ILLE
ÛRJNDÏTA SVNT TVMVLO IVLIANI MEMBRA SVB ISTO
E. Le Blant, n'a reculé que devant l'insertion d'une seule pièce, V epitaphium Wilithrude qui compte cent soixante vers, et par son étendue, lui paraissait rentrer plutôt dans la classe des éloges funèbres ; toutefois s'empressait-il, et avec raison, de faire remarquer : il ne faudrait pas induire que les inscriptions tumulaires n'avaient jamais une longue étendue, celle-ci, entre autres, qui compte cent dix-neuf vers, a été retrouvée sur son monument bout. Les compositions de Fortunat n'ont pas eu cette fortune, mais il n'y a pas lieu d'en être surpris : Invasions des barbares, les guerres religieuses, les révolutions ont couvert notre sol de ruines. Que sont, en effet, les marbres où furent inscrites les épitaphes composées par Sidoine Apollinaire ? Que sont les pièces métriques écrites par Consicius Secundinus pour une basilique de Lyon, lesquelles saint Cyprien, dit Jules, avait ornées de ses propres mains ? La disparition des vieux sanctuaires de France nous doit-elle faire rejeter l'importance des inscriptions qui les ornaient ?
Après avoir emprunté à Edm. Le Blant tous les éléments de cette démonstration qui n'est pas une des moins utiles contributions de son œuvre épigraphique, il nous reste à dresser, comme pour le pape saint Damase, le catalogue des pièces que leur longueur ne nous permettra pas de transcrire.
1° Inc. : l'aima sacerdotii venerando Tetricus cultu.
1° Inc. : Quales honores hic plebate probes. Épitaphe de saint Tetricus. Il est du précédent et son successeur sur le siège de Langres, qu'il gouverna trente-trois ans, enseveli dans la même basilique de Dijon : voir le texte dans Dictionnaire, t. IV, col. 835.
2° Inc. : Dius apex Adam ut fecit dona omnia donec.
Des. : Ipsave libertas Vus liberal atque beabit. Acrostiche adressé à l'évêque Sagrius d'Autun en échange.
3° Inc. : Qui celerare paras lier hue déficelé vialor.
Des. : Quantum posse valet plus mihi relié pla cet.
4° Inc. : Dum chlamydem Martinus inops divisit egeno.
Des. : Cui Deus occurrit qui dédit aslra faber.
5° Inc. : Koscerc qui suavis Martini gesta beati.
Des. : Artifice angelico geminus irel homo.
6° Inc. : Quid Deus in famulis operetur opimus amalor.
Des. : Rettulit alque diem reppulit unde necem.
7° Inc. : Dum caderet Marlinum arbor pressura bealum.
Des. : Dum trabc conversa danl quo que ligna fugam.
8° Inc. : Idola dum cuperel Martinus sternere fulta.
Des. : Quanta fi des cuius curril ad arma polus.
9° Inc. : Quisquis ad hœc properas venerandi limina templi.
Des. : Ut sibi cœlestes resliluanlur opes.
10° Inc. : Pannonim regio misit tibi Gallia fructum.
Des. : Forlunato adimat toi maculosa reo.
11° Inc. : Magna beatorum relinet hsec terra talenla.
Des. : Vivat ut altithrono vir sine fine Deo.
12° Inc. : Quamois œlatis senio jam fleclerel annos.
Des. : Ter quino lustro vixit in orbe decus.
13° Inc. : Olim quœ proi>iis latatu est Gallia regnis.
Des. : Densaret gelidas horrida bruma niues.
14° Inc. : Jungitur hic tumulo fratris germanus et almo.
Des. : Vincit cl inoiclum sors miseranda virum.
15° Inc. : Quam bem agni.
Des. : Sarapla merito quat dédit nia du.
16° Inc. : Ad Felicem, episcopum Biturigum.
6° Inc. : Pannonùe regio misit libi Gallia fractum. Des. : Fortunalo adimat tôt maculosa reo. Cette pièce et les suivantes furent inscrites sous des peintures murales exécutées par ordre de Grégoire de Tours, dans son église cathédrale. Ce sont des légendes explicatives qu'on peut rapprocher de celles dont nous avons parlé déjà (voir Ambroise et Dittocheion). Grégoire de Tours n'était pas homme à dédaigner ce moyen d'instruction, lui qui citait le cas (Vitae Patrum, c. xii, n. 3) d'un pauvre esclave chrétien que les peintures et leurs légendes avaient appris à lire et à écrire. Fortunat, Miscell., 1. X, c. vi ; E. Le Blant, Inscr. chrét., t. i, p. 251, n. 186.
7° Inc. : Du/71 clamudem Martinus inops divisit egeno. Des. : Cui Deus occurril qui dédit astra jaber. (Voir au n. 6.) — Fortunat, Miscellanea, 1. X, c. vi. E. Le Blant, Inscr. chrét., 1. 1, p. 252, n. 187.
8° Inc. : Noscere qui suavis Martini gesta beati. Des. : Artifice angelico gemmens iret homo (Voir au n. 6.) — Fortunat, Miscellanea, 1. X, c. vi ; E. Le Blant, Inscr. chrét., 1. 1, p. 252, n. 188.
9° Inc. : Quid Deus in famulis operetur opimus amator. Des. : Betlulil at que diem reppulit unde necem. (Voir au n. 6.) — Fortunat, Miscellanea, 1. X, c. vi ; E. Le Blant, Inscr. chrét., t. i, p. 252, n. 189.
10° Inc. : Dum caderel Marlinum arbor pressura beatum. Des. : Dum trabe conversa dunt quo que ligna fugam. (Voir au n. 6.) — Fortunat, Miscellanea, 1. X, c. vi ; E. Le Blant, Inscr. chrét., 1. 1, p. 253, n. 190.
11° Inc. : Idola dum cuperet Martinus slernere fulta. Des. : Quanta fuies cuius currit ad arma polus. (Voir au n. 6.) — Fortunat, Miscellanea, 1. X, c. vi ; E. Le Blant, Inscr. chrét., 1. 1, p. 253, n. 191.
12° Inc. : Forte colebatur dum quis pro martyre latro. Des. : Nec la cet extincli nec lalet ambra rei. (Voir au n. 6.) — Fortunat, Miscellanea, 1. X, c. vi ; E. Le Blant, Inscr. chrét., 1. 1, p. 252, n. 192.
13° Inc. : Turbine sub mundi cum persequerentur ini qui. Des. : Ne tenebris crucier quœso feralis opem. Ces reliques des martyrs de la légion Thébéenne furent retrouvées par Grégoire de Tours dans le trésor de la basilique de Saint-Martin, d'où elles furent réintégrées à la cathédrale, leur ancien séjour (Hist. Franc, 1. X, c. xxxi). Cette translation fut l'occasion du poème de Fortunat destiné à être peint ou gravé à côté des reliques. — Fortunat, Miscellanea, 1. II, c. xviii ; E. Le Blant, Inscript, chrét., 1. 1. p. 253, n. 193.
Annales, I. x. p.
Du Cange, Gloss. med, et infini.
15° Inc. : Quisquis ad hsec properas venerandi limina templi. Des. : Ut sibi cceles les restituantur opes. On ne peut que donner raison à A. Salmon et E. Le Blant contre Dom Th. Buinart et Luchi, au sujet de la destination de cette pièce, qui devait d'après le premier vers, se lire sur la porte d'un oratoire que les manuscrits appellent ; De oratorio Arlanensi, ce que Ruinart corrige en De oratorio Arlhonensi ; il s'agit ici non d'Arthona près de Riom, mais d'Artanne près de Tours, qui fit toujours partie du domaine des archevêques. Or, tandis que Grégoire de Tours nous dit lui-même : In multis vero locis infra Turonicum lerminum et ecclesias et oratorio drdicavi, nous lisons dans l'avant-dernier vers de la présente pièce : Quae sacer autistes nova tecla Gregorius efjert. — Fortunat, Miscellanea, 1. X, c. v ; E. Le Blant, Inscr. chrét., 1. 1, p. 257, n. 195.
16° Inc. : Magna beatorum retinel hsec terra talenta. Des. : Vivat ut allithrono vir sine fine Deo. A l'intérieur de l'oratoire d'Artanne. — Fortunat, Miscellanea, 1. X, c. xi ; Acta sanct., avril t. iii, p. 111 ; Férussac, dans Bulletin des sciences historiques (Antiquités), in-8°, Paris, t. xviii. p. 410 ; Péricaud, Notice sur Saint-Nizier, p. 16 ; E. Le Blant, Inscr. chrét., t. i, p. 258, n. 196.
19° Inc. : Dulce capui populi Dagobercthe perennis amore. Des. : Surrecturus eris (ulgidus ore nilens. Épitaphe du jeune prince Dagobert, fils de Chilpéric II et de Frédégonde, mort à la villa royale de Braine, en 580, d'où son corps fut apporté à Saint-Denis. Cette épitaphe est acrostiche. Sur la mort de ce jeune prince voir Grégoire de Tours, Hist. Francor., 1. VII, c. xxxv. — Fortunat, Miscellanea, 1. IX, c. v : Baronius, Annales, t. x, p. 382 ; Ch. Le Cointe, Annal, eccles. Francor., t. ii, p. 210 ; Felibien, Histoire de l'abbaye royale de Saint-Denis, p. 549 ; Jaillot, Recherches sur la ville de Paris, Quartier de la Cité. p. 121 : Dubois, Hist. ecclés. Parisiens., t. i, p. 116 : Mabillon, De re diplom., Supplem., p. 111 ; P. Labbe, Thesaur. epigraph., p. 580 ; E. Le Blant, Inscr. chrét., 1. 1. p. 268, n. 200.
23° Inc. : Conditur hic regum genetrix et regia conjux. Des. : Magna sed augusto deducens saecula cur.su. Épitaphe d'Austréchilde, épouse de Chilpéric, que E. Le Blant incline à attribuer, ainsi que les deux suivantes, celles de Clodomir et Clotaire, ses fils, à Fortunat. Du Chesne, Hist. Franc, script., t. 1, E. Le Blant, Inscr. chrét., 1. 1, p. 316-318, n. 218.
24° Inc. : Olim quae propiis leetata est Gallia regnis. Des : Densaret gelidas horrida bruina nives,
28° Inc. : Ardua sacrati baptisma aula causent. Des. : Vivis aillun meritis rex in amore luis. Épitaphe d'une reine, épouse de Thibert qui en eut une fille appelée Berthoura. Fortunat, Miscellanea, 1. II.
F. X. Kran Kristl. Inschrift. der Rheinlande,
Des. : Il mercur clundi quand, que, lare Pétri 1 pi
32° Inc. : Quamvis pontificem premerel tremebunda senectus. Des. : Ut mer car clausi quando quœ clave Pétri. Épitaphe d'Exitiosus, évêque de Limoges, successeur de Ruricius II. — Fortunat, Miscellanea, 1. IV, c. vi ; Gallia christiana. t. ii, p. 503 ; Ch. Le Cointe, Annales, t. ii, p. 191 ; B. Guérard, dans Notices et extraits, t. xii, 2e partie, p. 188 ; E. Le Blant, Inscr. chrét., t. ii,p. 318, n. 556.
33° Inc. : Hoslis ini que Adam paradiso fraude repellis. Des. : Non premit urnu rogi sed lenel ulna Dei. Épitaphe de l'évêque Gallus, qui gouverna vingt-sept années l'église de Clermont et mourut en 559. — Fortunat. Miscell, 1. IV, c. iv ; Acta sanct., juillet t. i, p. 109 ; Baronius. Annales, t. x, p. 311, 312 ; Mabillon, Acta sanct. ord S. Benedicti, t. i, p. 120 ; E. Le Blant, Inscr. chrét., t. ii, p. 326, n. 559.
34' Inc. : Quantus amor Domini maneat tibi papa Leonti. Des. : Instawatori reddit honore vicem. A Saintes. — Fortunat, Miscellanea, 1. I, c. xiii ; Barthius, Adversariorum commentariorum libri LX, p. 562 ; Ch. Le Cointe, Annal, eccles. Francor., t. ii, p. 11 ; Du Gange, Glossarium et Forcellini, Lexicon, au mot Interrasilis ; Mabillon, Liturgia gallicana, t. iii, n. 10, p. 187 ; Emeric David, Histoire de la peinture, 1842, p. 53 ; U. Maynard, De sancto Fortunato et postuma latina poesis, p. 111 ; De Fleury, Histoire de sainte Radegonde, 2e édition, p. 204 ; F. Le Blant, Inscr. chrét., t. ii, p. 362, n. 580. sa les. Établissement du christianisme en Périgord. p. 84 ; E. Le Blant, Inscr. chrét., t. ii, p. 368, n. 582.
39° Inc. : Qui cupit œlerna sociari in sede beatis. Des. : Al que simul certanl hic facit illa colit. Sur ou dans une église de Bordeaux. — Fortunat, Miscellanea, 1. I, c. vi ; Baronius, Annales, t. x, p. 252 ; E. Le Blant, Inscr. chrét., t. ii, p. 379, n. 587.
40° Inc. : Qui cupis ecjregii struclorem noscere lempli. Des. : Donec rite sequens consolidasset opus. Sur ou dans une basilique de Bordeaux. — Fortunat, Miscellanea, 1. I, c. xi ; Acta sanct, octob. t. iv ; p. 923 ; J.de Launoy, Opéra, t. ii, p. 587, 592 ; Valons, Disceptalia de basilicis, p. 106, et la Defensio, p. 409 ; Gallia christiana. t. vii, p. 17 ; Tillemont, Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique, 1693, t. iv, p. 717 ; C. Le Cointe, Annales, t. i, p. 000 ; t. ii, p. 14 ; E. Le Blant, Inscr. chrét., t. ii, p. 381, n. 588.
41° Inc. : Summus in arce Dei pia dona Léontius offert. Des. : Tempore qui parvo non peritura ferunl. La pièce est intitulée : De calice Leontii episcopi (de Bordeaux). — Fortunat, Miscellanea, 1. I, c. xiv ; Baronius. Annales, t. x, p. 253 ; C. Le Cointe, Annales, t. ii, p. 15 ; E. Le Blant, Inscr. chrét., t. ii,p. 382, n. 589.
42° Inc. : Culmina conspicui radiantveneranda Nazari. Des. : El dédit hœc quœ nunc amplificata placent. Pour une basilique dédiée à saint Nazaire, on ignore dans quelle localité. — Fortunat, Miscellanea, 1. I, c. x ; Acta sanct., juill. t. vi, p. 515 ; C. Le Cointe, Annales, t. ii, p. 13 ; E. Le Blant, Inscr. chrét., t. ii, p. 383, n. 590.
43° Inc. : Culloris Domini loto sonus exiil orbe. Des. : Talibus ofjiciis proemia justa metit. Pour une basilique dédiée à saint Vincent, au lieu dit Vernèmetis. — Fortunat, Miscellanea, 1. I, c. ix ; Tillemont, Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique, t. iv, p. 547 ; Acta sanct.. juin t.ii, p. 168 ; Baronius, Annales, t. x, p. 205 ; Le Cointe. Annal, eccles. Francor., t. ii, p. 14 : Extraits des Essais historiques de d'Argentan sur l'Agenais, par J. Labrunie, publiés par Ad. Magen. p. 39 ; Ain. Thierry, Histoire des Gaulois, 1844. Introduction, p. cxxiv ; J. Barrère, Histoire religieuse et monumentale du diocèse d'Agen, in-4°, Agen, 1855, t. i, p. 59, 137, 138 ; A. de Gourgues, Dordogne. Noms anciens de lieux du département, in-8°, Bordeaux. 1861, p. 48 ; E. Le Blant, Inscr. chrét., t. ii, p. 385, n. 592.
49° Inc. : Irritis avolum laergmis ne flete sepulchrum. Des. : Quem non pœna premit vita superna manet. Épitaphe d'un inconnu. — Fortunat, Miscellanea, 1. IV, c. xxi ; F. Le Blant, Inscr. chrét., t. ii, p. 509, n. 636.
50° Inc. : Impedior laergmis prorumpere nomen amantis. Des. : Itum patriam cœli dulcis amice tenes. Épitaphe d'un inconnu. — Fortunat, Miscellanea, I. IV, c. xviii : F. Le Blant, Inscr. chrét., t. ii, p. 510.
51° Inc. : Discite morla les terris nihil esse quod obstet. Des. : Quorum vota ai des redde benigne vicem. Sur une église. — Fortunat, Miscellanea, 1. I, c. vi ; Le Cointe, Annales, t. ii, p. 1 ; E. Le Blant, Inscr. chrét., t. ii, p. 512, n. 638.
52° Inc. : Innumeris hominum subjecla est vita periculis. Des. : Ilic situ palma placet sed tibi palma manet. Épitaphe. — Fortunat, Miscellanea, I. IV, c. xv ; Barthius, Adversar., p. 1995 ; Forcellini, Lexicon, au mot Diaconus ; E. Le Blant, Inscr. chrét., t. ii, p. 512.
53° Inc. : Quisquis in hoc tumulo cineres vis nosse sepulchri. Des. : Mox obiit et magnum parva sepulcra tegunt. Épitaphe. — Fortunat, Miscellanea, 1. IV, c. xx ; E. Le Blant, Inscr. chrét., t. ii, p. 511, n. 639.
Inc. : Scribere per laergmas si possim dura parentes. Des. : Vives post tumulum virgo recepta Deo. Épitaphe. Fortunat, Miscellanea, I. IV, c. xxviii ; V. Maynard, De S. Fortunato, p. 83 ; Clouet, Histoire ecclésiastique de la province de Trèves, t. i, p. 693 ; E. Le Blant, Inscr. chrét., t. ii, p. 517, n. 642.
Inc. : Omni metu sors irreparabilis horam.
Ses poésies mêlées, Miscellanea, ne sont réunies par aucun lien et se rencontrent pêle-mêle dans un complet désordre. Le livre IV est composé d'épitaphes, l'Appendice contient toutes les pièces adressées à sainte Radegonde et à l'abbesse Agnès. Parmi tout cela, on rencontre des panégyriques dans lesquels la louange dépasse tellement la mesure du goût et de la vérité, qu'on a conclu que l'auteur ignorait tout de ceux qu'il louait. Fortunat ne s'est pas contenté de louer Sigebert et Brunehaut ; il a prodigué ses éloges à des monstres comme Caribert et Frédégonde. Parmi les panégyriques, se place le poème en l'honneur de la virginité (l. VII, n. m), dont l'inspiration procède du traité De Virginilie de saint Ambroise (voir Dictionn. au mot Femme, col. 1335). On y retrouve ce parallèle entre la condition de la vierge et de l'épouse où, par des raisons physiologiques d'une vérité cruelle et sans idéal, le poète établit les avantages de l'état de virginité ; on le voit, non sans surprise, dépeindre les suites du mariage : la grossesse, la confusion qui en résulte, l'accouchement, l'allaitement, la mort de ce fruit pour lequel on a tout sacrifié : le veuvage, qui prive du mari et ne rend pas la virginité. Sur ce thème, Fortunat a su placer des détails gracieux, des beautés de sentiment, quelques images éclatantes et pompeuses. Aux panégyriques se rattachent aussi les épitaphes qui en sont la quintessence. La rhétorique de Fortunat, jointe à un besoin de louer qui ne se peut assouvir, y prend toutes ses aises, et soit qu'il loue en son nom, soit qu'il loue au nom d'autrui, soit enfin, qu'il le fasse, pour ainsi parler, sur commande, il s'en donne à cœur joie et déborde. Mais ses épitaphes, si enflées et si longues qu'elles soient, laissent le lecteur froid sinon incrédule.
De tous les jugements portés sur Fortunat, favorables pour la plupart, aucun n'est parvenu à faire de lui un personnage illustre, un bon poète, un grand évêque. C'est, qu'en effet, il ne fut rien de tout cela, à beaucoup près. Ch. Xisard a tracé de ce prélat italien, car, grâce à Dieu, il n'était pas Français, le plus fin portrait, le seul à vrai dire, et qui laisse loin en arrière, les rapsodies d'auteurs dont nous ne retrouvons même pas les noms, après avoir longuement parcouru leurs livres. Fortunat fut un aimable jouisseur, épris du présent et faisant bon marché de la postérité et de ses jugements. Il avait l'entregent et la bonté avec la passion de n'être jamais déplaisant à personne. Prudent, avec quelque chose de plus que la prudence, et cette nuance qu'on nommerait volontiers, si le mot n'était fâcheux : poltronnerie, prudent « comme un homme qui a peur de se compromettre, et qui aime mieux tout louer que de critiquer rien. Sa vue ne s'étendait pas au delà des choses dont elle était frappée ; il manquait de prévoyance » et lorsqu'il s'était laissé surprendre par l'événement, il manquait de résolution pour l'affronter et de courage pour se défendre. L'amitié protectrice de sainte Radegonde lui assurait l'indulgence de ceux qui eussent été en mesure de lui nuire ; son insignifiance lui valait des absolutions que n'eût pas toujours obtenu sa souplesse. Il fut cajolé de tous ceux qui l'approchèrent, et il prenait ces cajoleries pour de l'amitié ; mais la robuste franchise d'une amitié profonde lui resta toujours inconnue. Il préférait les louanges à tout et afin d'être loué, il flattait les uns, encensait les autres. C'était l'homme des hommages officiels, le successeur et l'héritier des panégyristes impériaux du IVe ; il place ses louanges à fonds perdu et pourvu qu'il fréquente des abbesses, des évêques, qu'il approche des princes et courbe très bas.
Lorsqu'il s'adresse à Frédégonde, Fortunat n'est pas mieux inspiré. Ne s'avisa-t-il pas dans l'épitaphe du jeune Chlodobert (voir n. 26) d'oser dire qu'il naquit du mariage royal, alors qu'il l'avait largement devancé. Dans la première pièce du livre IXe, Fortunat s'adressant à Chilpéric lui dit : « Un grand péril menaçait votre tête ; il allait vous accabler ; mais votre heure n'était pas venue, et la mort fut écartée. Pendant qu'elle voltigeait autour de vous, en brandissant ses armes, le sort, mais cette fois, avec l'aide de Dieu, vous arracha aux glaives. Dans cette extrémité vous revîntes de la mort à la vie et le jour qui devait être le dernier de vos jours en fut le premier. La foi prit les armes et combattit pour vous. Votre cause fut gagnée sans vous et le haut siège (Paris) revint à qui il appartenait en propre. » Tout ceci est une façon — poétique — de rappeler que Chilpéric s'était emparé par trahison du royaume de Paris d'où Sigebert l'avait su chasser et l'avait obligé de fuir jusqu'à Tournai, où il allait le relancer lors que Frédégonde le fit assassiner ; et cela se disait dans la langue de Fortunat, sine te tua causa peregit. Pour celle qui avait guidé les poignards, l'évêque n'avait que des louanges : « Que d'un trône, lui dit-il, dont les annexions se multiplient on vous laisse jouir en paix, vous et votre épouse, l'honneur du royaume par ses mœurs, et qui le gouverne en exerçant avec vous l'autorité. Femme de bon conseil, intelligente, adroite, circonspecte, utile à la cour, se faisant aimer par ses largesses, excellant enfin en toutes sortes de mérites, l'illustre Frédégonde est, de plus, belle comme le jour. Portant le poids des soucis de la royauté, elle est pleine de tendresse pour vous et vous seconde efficacement. Dans son zèle à stimuler davantage les vœux dont vous êtes l'objet, elle demande et obtient pour vous les prières de Radegonde. La gloire du roi a sans doute assez d'éclat par elle-même, mais la reine en est le couronnement. » Du mari, de celui que Grégoire de Tours qualifie Néron et Hérode, voici ce que Fortunat trouve à dire : « Il se fait un rempart d'œuvres de piété ; sa justice est si bien réglée que personne ne se plaint jamais de ses arrêts, il ne suit en tout et partout que la ligne droite ; sa bouche ne s'ouvre jamais que pour la vérité ; enfin, si l'on pouvait connaître et rassembler toutes ses qualités on en trouverait assez pour faire une belle part à plusieurs personnes. »
Naissait, sainte Radegonde et l'abbesse Agnès souriaient de cette faiblesse et comblaient leur bon évêque de victuailles, friandises, confitures, secrets des couvents féminins. Tout cela passait sous le nom d'eulogies. Avec les pâtisseries on envoyait les pièces de résistance et la lucre abbesse voulut savoir quel accueil on leur avait fait. Tout de suite. Fortunat répond qu'on a mangé au premier service les légumes farcis au miel et ils étaient si succulents qu'on y est revenu deux, trois et quatre fois ; ensuite vint la viande dressée en forme de montagne avec des collines et tout un jardin varié de ragoût qu'il a mangé sans en rien laisser. La mère abbesse double l'envoi : nouvelle viande, nouveaux légumes au miel, poulets énormes, fruits, bol de crème. L'évêque en vient à bout. Au sortir d'un repas chez son ami Gogon, il étouffe : « J'écris, j'ai le ventre bourré de viande de haut goût ; je me recueille. Le mélange avec d'autres viandes me donnerait la colique. Où le bœuf est couché, il n'y a place ni pour le poulet ni pour l'oie, je pense qu'ils prendront la fuite. Dans la lutte entre cornes et plumes la partie n'est pas égale. Cependant, appesanti par le sommeil, mes yeux se ferment ; la faiblesse de ces vers prouve que je dors déjà ». Que ne s'est-il endormi plus tôt ce soir-là ? — Mais il faut être juste. Fortunat a été parfois un auteur liturgique agréable ; il semble en effet qu'on doive lui attribuer l'hymne de Noël : Agnoscat omne saeculum, l'hymne à la Vierge : Quem terra, pondus, aethera et le livre intitulé : In laudem sanctae Mariae.
II. Leclercq.
L'emplacement d'un forum était mesuré, déterminé, divisé en quatre parties égales par deux lignes se coupant à angle droit : le cardo maximus tiré du nord au sud et le decumanus maximus tiré de l'ouest à l'est. Le forum, parfois, subit une transformation. D'abord marché, il était devenu centre de la vie civile et politique de la localité ; celle-ci devint si envahissante que le marché devint gênant, encombrant, et fut finalement éliminé : on lui attribua un emplacement nouveau ; c'est ce qui arriva à Pompei. À Rome, le forum resta plus longtemps à sa destination primitive ; les patriciens n'y venaient guère et gouvernaient l'État du Comitium et du Vulcanal. Mais le forum attirait puissamment la multitude ; d'un marché, on faisait un lieu de plaisir, de fêtes, de spectacles ; puis, quand ce peuple exerça des droits politiques, péniblement arrachés à l'aristocratie, il les exerça là où il faisait toutes choses : au Forum. Le forum cessa alors d'être un marché ; les changeurs, les orfèvres, le commerce de luxe s'y installèrent et on relégua les marchands des denrées nécessaires à la vie sur divers emplacements. Qui, à leur tour, prirent le nom de forum ou de macellum. Il y eut ainsi un forum piscarium, marché aux poissons ; un forum holitorium, marché aux légumes ; un forum pistorium, marché au blé et aux farines : un forum suarium, marché aux cochons ; un forum vinarium, marché aux vins ; un forum cupedinis, marché aux comestibles. Ce n'était pas tout. Les forums particuliers devinrent insuffisants et firent place à de nouveaux marchés : magnum Macellum, sur le Caelius ; macellum Liviae ou forum Esquilinum sur l'Esquilin. Chaque ville unit par avoir un.
ICI, pendant ce temps, le Forum romain poursuivait sa transformation. Il se couvrait de temples, de tribunaux, de basiliques, de palais ; ce fut un forum judiciaire, d'ailleurs bien insuffisant et qui fut ensuité par Auguste. La province, surtout en Italie, suivit l'exemple de la capitale et les villes transformèrent leur forum. Les forums de l'Italie, d'Aride, île de Minturnes, de Calatia, d'Auximum, de Potentia, de Pisaure, etc., s'entourèrent de boutiques et de portiques, s'encombrèrent de temples, curie, trésor, prison, basilique ; et des raccordements leur donnaient tant bien que mal la forme rectangulaire requise, suivant les prescriptions de Vitruve.
II. Le Forum romain. — À Rome, le forum était une vallée marécageuse et boisée où s'accumulaient les eaux fluviales. Le forum était inondé de temps à autre, il l'est encore de nos jours. Ovide l'a décrit en des vers connus :
Hoc, ubi nunc fora surit, udœ tenture paludes ;
Amne redundalis fossa madebait aquis. Curtius ille
us, sir, us i/i// sustinet unis.
sulidii est tellus, si',1 lacus unie /ail.
Quu Velabra soient in circum ducere pompas Nil firaeler salins, cassa que canna fuit.
Ilic quo que lueus crut juncis et aniintine densus Et pede velato n »n adeunda ; »//i/.s
L'extrémité ouest de la vallée est dominée par le Capitule, jadis temple de Saturne, et le temple de Saturne, l'umbilicus centre de Rome et du monde, construit au IVe comme pendant au militaire d'or, à l'autre angle des rostres, le portique des Consentes restauré : ap. Jésus-Christ par Pretextatus, préfet de Rome, pour favoriser la renaissance du paganisme et enfin, image de Rome asservie et déchue, la colonne dédiée à Phocas, en 608, par Smaragde, exarque de Ravenne.
Après la victoire définitive de Théodose sur le tyran Eugène (394), le paganisme n'avait plus qu'à disparaître ; les temples se fermèrent pour toujours, mais l'aspect du Forum ne changea pas. Les temples subsistèrent, entretenus vaille que vaille. Les statues des dieux épargnées à cause de leur beauté devinrent l'ornement des jardins, des places publiques. Les préfets chrétiens de Rome n'oublièrent pas le forum dans la répartition de ces œuvres d'art. Nous traiterons plus loin la question des églises chrétiennes sur le forum.
Le Forum n'échappa pas au ravage périodique des incendies. L'incendie de Néron (19-28 juillet 64) se trouve être le plus ancien monument du forum. À l'extrémité opposée, vers l'est, s'élevait une petite colline appelée Velia, prolongement du Palatin, ayant son point culminant la plus tard, lui construit l'arc de Titus. Le côté nord s'appuyait au Quirinal et à l'Esquilin.
Sous César et son fils Auguste, au début de l'empire, le Forum se transforma complètement ; la curie lui fut reconstruite, les basiliques Julia et Emilia agrandies et transformées, la Regia, le temple de Castor, le temple de Saturne et celui de la Concorde réédifiés en marbre, l'étendue du Forum fut restreinte à l'est, mais terminée de ce côté par le temple de César et l'arc d'Auguste. Plus tard, les arcs de Tibère et de Septime-Sévère furent ajoutés à ceux d'Auguste et de Fabius, le militaire d'or fut placé par Auguste à l'an 20, aux rostres. Domitien éleva un temple à Vespasien et à Titus. Le temple dédié à Faustine par décret du Sénat, et vingt ans plus tard à Antonin, son mari ; la Xanthi, cercle des scribes ou employés de l'État et des archives dont l'emplacement est incertain ; ravagea la curie, une grande partie du côté nord du Forum, la Regia, le temple et l'atrium de Vesta, le temple de Jupiter Stator, Néron lui-même, puis Vespasien et Domitien en relevèrent les ruines.
Sous Titus et sous Antonin, il y eut peu de dommages au Forum. Sous Commode, tout le côté est fut dévasté ; il se déclara dans le temple de la Paix, gagna le Palatin en consumant le Vesta, et tous les monuments intermédiaires. Septime-Sévère et Caracalla reconstruisirent les monuments détruits. Ce fut Julia Domna, femme de Septime-Sévère, qui fit réédifier le temple de Vesta. Sous le règne de Carinus, un incendie légitime à l'ouest et au nord-ouest du Forum. Le forum de César, la curie, la grecostase, la basilique Julia furent construits par Dioclétien : le temple de Saturne par décret du Sénat. Les temples de César, de Vénus et de Rome furent relevés par Maxence, qui, en même temps, construisit le temple de Romulus et la basilique qui devait porter son nom. L'empereur élargit la vue romaine.
Ovide, Fast., VI, 101 sq. ; en face de la basilique, d'un portique. Il refit aussi le dallage de l'arc du Forum et du Comitium et, sans doute, y inséra le pavé noir. En 410, les Goths d'Alaric incendièrent cette même partie du Forum qu'Honorius restaura plus ou moins.
À l'époque des rois et sous la république, le forum et le comitium étaient distincts et rivaux, inséparables ; mais, sous l'empire, la distinction politique entre le forum et le comitium disparaît. Tacite en vient même à mentionner forum et comitium comme formant un tout. De temps à autre, une scène violente ou tragique vient animer le forum, mais ces cruautés, ces révoltes, ces déchaînements vite réprimés ne rendent plus au forum sa situation perdue. La tribune est fermée aux orateurs populaires et politiques, on y vient recevoir le congiarium, écouter les allocutions impériales, les communications officielles, les oraisons funèbres.
« Le triomphe de la religion chrétienne ne modifia pas, tout d'abord, l'aspect du forum. Les temples, fermés il est vrai, furent respectés et entretenus ; les basiliques restèrent ouvertes aux oisifs, aux plaideurs et aux hommes d'affaires ; toujours curieux de beaux discours, les Romains continuèrent à venir les entendre aux rostres ; les sénateurs siégeaient encore à la curie et d'illustres orateurs y prenaient la parole. C'est au vieux comitium, dans la maison d'Anicius Acilius (Labrio Faustus, située au lieu dit ad palmam) qu'avait été promulgué, en 438, le Code Théodosien. Du comitium encore, qui put se croire revenu aux beaux jours d'autrefois, l'empereur Théodoric, en l'an 500, harangua le peuple romain. Procope ne nous raconte-t-il pas que, pendant la guerre gothique, des fauteurs de la religion déchue cherchèrent à ouvrir, la nuit, les portes du temple de Janus, afin que le dieu puisse, comme jadis, sortir pour défendre son peuple. Les consuls inauguraient, par de splendides cortèges, leur entrée en fonctions. Un seul édifice antique, le dépôt d'archives appelé Templum sacræ Urbis, avait été transformé en église par Félix IV (526-530), et, devant l'héroon de Romulus qui lui servait de vestibule, sur la voie sacrée, où un pavé étrange avait mis en mouvement l'imagination populaire, la légende de la chute du magicien Simon se localisait. La prison, déjà sanctifiée cependant par le souvenir de saint Pierre et des martyrs, n'était pas encore visitée par les pèlerins et conservait toujours son ancienne clientèle ».
« Privé de ses grandes processions antiques, comme celle des ludi magni, le Forum ne perdit pas au change. Le pape Serge Ier, au vii siècle, fit du Forum le point de départ d'un grand nombre de processions : aux quatre fêtes de la Vierge, le 2 février, le 25 mars, le 15 août et le 8 septembre, la procession (litania) se formait à Saint-Hadrien, pour, de là, gagner Sainte-Marie-Majeure. Celle du 15 août était particulièrement solennelle. La procession du lundi de Pâques était plus magnifique encore, après que le pape était allé célébrer la messe à Saint-Pierre, le cortège arrivait au forum par le clivus Argentarius, passait devant la prison, sous l'arc de Septime-Sévère ; puis longeant la basilique Aemilia, pénétrait en passant sous l'arc de Fabius sur le clivus sucer, dépassait les arcs de Titus et de Constantin, la meta sudans et le Colisée, pour aller reconduire le pape à Saint-Jean de Latran. Benoît, le chanoine, nous a laissé l'itinéraire tel qu'on le suivait encore au xii siècle 13. »
III. Les forums provinciaux. — Les documents chrétiens mentionnent, à diverses reprises, les forums provinciaux. Dans les actes du martyre de saint Pionius, il est question du forum Martha, à Smyrne. Les forums provinciaux, écrit H. Thédenat, s'étaient de bonne heure modelés sur celui de Rome. Ils avaient, comme lui, des boutiques et des portiques ; ils étaient entourés des mêmes édifices : temples, curie, tribuneaux, basiliques, prison, trésor ; les citoyens riches les ornaient de monuments dont les inscriptions rendaient leurs noms immortels ; peu à peu ils étaient non moins encombrés de dédicaces aux Romains illustres, aux empereurs et aux princes de la famille impériale, aux magistrats et aux bienfaiteurs de la cité ; de telle sorte que, au point de vue monumental, et aussi au point de vue moral, le forum provincial était une réduction du forum romain. Et, en effet, sur beaucoup de forums provinciaux, en Italie surtout, on reproduisit les statues et les éloges dédiés par Auguste, sur son forum, aux grands hommes de guerre à qui Rome devait sa puissance, c'est ainsi qu'on a retrouvé à Pompéi les statues d'Enée et de Romulus, ou plutôt leurs bases avec les inscriptions, et à Arretium toute une série de sept éloges 15. Les forums provinciaux étaient ornés aussi de statues de divinités offertes souvent par de riches citoyens 16 et quelquefois placées dans un édicule. Les empereurs et les princes des Familles impériales, des particuliers aussi avaient des statues à pied ou équestres, votées par le conseil des décurions ou autorisées par lui ; si le personnage était un empereur, un patron de la colonie ou un bienfaiteur insigne, le décret ajoutait souvent que la statue devait être érigée dans l'endroit le plus en vue du forum ; et, comme on voit à Rome, les censeurs procéder à l'enlèvement des statues qui encombraient le forum, nous voyons aussi, dans un municipe africain, un remaniement des statues entre lesquelles il était devenu difficile de se frayer un passage 5. La statue la plus enviée par les forums de province était sans aucun doute celle de Marsyas, dont la présence attestait que la ville jouissait du droit italique.
Les monuments des forums provinciaux portaient aussi, de toute part, les inscriptions des bienfaiteurs de la cité qui les avaient élevés ou restaurés : des citoyens avaient construit, embelli ou réparé le forum lui-même * ; ils avaient fait ou refait le dallage de son area • et le pavé des rues y aboutissant ou le traversant ; ils l'avaient entouré de trottoirs ; ils avaient réparé ou complété ses portiques », reconstruit en marbre son tribunal, et n'avaient pas manqué de graver le souvenir de tous ces bienfaits sur la pierre ou sur le bronze. La comparaison entre les monuments et la disposition du Forum romain et des forums provinciaux révèle donc la plus grande analogie, il en sera de même si nous les comparons au point de vue moral. Le théâtre était moins vaste : ce n'étaient plus les destinées du monde qui s'y jouaient : mais comme les honneurs qu'on y briguait étaient aussi bien qu'à Rome, les plus élevés auxquels les candidats pouvaient aspirer, la lutte n'était pas moins vive sur les modestes lices de province et les mêmes passions s'y agitaient. C'est en effet au Forum que se faisaient les élections : à Pompéi, on voit la différence du droit entre les anciens habitants et les colons amenés par Sylla créer, comme à Rome, la lutte entre deux classes ; à Nola, un des anciens habitants (ex veteribus), élu décurion, croit la victoire assez importante pour la mentionner dans son inscription 13.
Comme à Rome, le forum est le centre de la vie publique : c'est là que le gouverneur de la province tient ses assises. Il y a, comme au Forum romain, des arcs d'où l'on fait les communications officielles et où l'on prononce des oraisons funèbres : en effet, avec l'autorisation des décurions ou en vertu d'un décret spontanément porté, les restes des citoyens qui ont illustré ou enrichi leur cité peuvent reposer un instant au forum et c'est de là que partira la pompe funéraire. C'est au forum que les magistrats prêtent serment ; on y célèbre des sacrifices ; on y met en adjudication les travaux publics ; on y paie les impôts ; on y distribue des sportules ; dans les basiliques, on fait du commerce 20 des affaires d'argent - rp. inscr. lat., t. n, n. 1341, 1359, 4275, 1278 ; t. viii, n. 714, 1413 ; t. i, n. 689, 1022, 5833 ; t. ii, n. 5805 ; t. iii, n. 2919, 2 rp. inscr. lat., t. v, n. t. viii, n. 1584 ; l. i, n. 1596. cr. lat., t. v, n. 742 ; t. viii, n. 704 ; i. ix, n. 4579 ; t. ii, n. 5416 ; t. iii, n. 1184. — ' Corp. inscr. lat., t. x, n. 1698, 1660, 520 I ; i. xiv, n. 375. cr. lat., L x, n. i. — Corp. inscr. lat., t. viii, n. 608, « il : rp. inscr. lat., on juge les procès ; et l'on vient entendre des conférences. Les élections des magistrats, les inaugurations, les dédicaces des monuments ou des statues érigés par les particuliers, sont l'occasion de repas publics, de fêtes qui souvent se célèbrent au forum. Nous avons le programme très attrayant et varié de jeux donnés pendant trois jours sur le forum de Pompéi par A. Clodius Flaccus pour sa première et sa seconde élection au duumvirat. Outre ceux que leurs affaires amenaient au forum, les désœuvrés aussi en faisaient leur promenade favorite : à Timgad comme à Rome, ils ont laissé sur les dalles les traces de leurs jeux ; désirait-on rencontrer quelqu'un, c'est là qu'on était sûr de ne pas le manquer ; en même temps que l'on apprenait les nouvelles répandues par les flâneurs, on trouvait sur les albums, le moyen d'occuper son temps pour les jours suivants : en effet, sur les albums des monuments d'Eumachia, les forenses de Pompéi pouvaient lire les annonces des ventes et des adjudications, le programme du prochain spectacle 17. Une peinture de Pompéi représente le portique du forum avec une longue affiche devant laquelle s'arrêtent les passants. Cette peinture fait d'ailleurs partie d'une curieuse série trouvée à Pompéi et représentant les scènes les plus variées de la vie populaire sur le forum : on y voit des marchands de drap 30, et de toile, des boulangers, des pâtissiers, des fruitiers, des cordonniers prennent les mesures de leurs pratiques ou vantent leur marchandise ; un gargotier a allumé son fourneau ambulant et sert ses clients ; un marchand de ferraille et de pots a étalé sa marchandise ; un aveugle en haillons, conduit par un chien, reçoit l'aumône ; un amateur dessine une statue équestre d'après nature ; un chaudronnier couvre, avec le bruit de son marteau, les hurlements d'un gamin qui subit, dans l'école voisine, une correction sans doute salutaire ; et, au milieu de ce tapage, des magistrats exercent gravement leurs fonctions.
Sainte-Marie-Antique est située dans la partie sud du Forum, près du temple du divin Auguste, d'abord autre chose que la bibliothèque (fig. 1580-4581) jointe à ce temple, précédée d'une grande cour, sur les parois de laquelle furent fixées les tables de bronze où étaient inscrits les noms des soldats qui, après avoir achevé leur service, obtinrent leur congé. Et de grandeur, toute sa beauté, avec ses églises, ses palais, ses autres monuments, est construite avec la chaux provenant des marbres antiques. » L'histoire de la ruine du Forum, de sa dégradation, de son avilissement reste à écrire. (On sait aujourd'hui comment il fut ressuscité à partir de 1870.) Au cours de la troisième campagne de fouilles commencée en 1898 et dirigée par Dussi, on découvrit l'autel de César, la pierre noire, le tombeau de Romulus et le xx° siècle s'ouvrit par la trouvaille des monuments du Juturne et de la vieille église de Sainte-Marie-Antique. La découverte de cette église, au pied du Palatin, prit les proportions d'un événement et c'en était un en matière archéologique. Les uniques fouilles antérieures sur ce point en mettant au jour diverses parties. La découverte rendit un édifice tel qu'il existait au moment de son abandon au xiii° siècle. La valeur archéologique principale de la découverte réside dans les peintures qui décorent les parois et s'échelonnent entre la fin du vr° siècle, le xiii° siècle, époque jusqu'alors la plus déshéritée et à peu près inconnue de la peinture romaine ! Certaines peintures, aujourd'hui aliénées, se trouvaient, au moment de la découverte, dans un état de conservation parfaite. Même en tenant compte de l'altération produite par le temps, ces peintures présentent un intérêt exceptionnel de ce fait qu'elles nous sont parvenues dans leur état primitif, sans les restaurations et les retouches postérieures. Agurenl, presque toutes de toute genre. L'époque à laquelle la transformation de la bibliothèque en église lui fut réalisée n'est pas connue d'une façon certaine. Les uns veulent faire remonter l'installation du culte chrétien dans l'édifice au iv° siècle même à l'époque de Constantin le Grand, d'autres consentent à reculer jusqu'à l'époque byzantine, au vr° siècle,... certainement des peintures chrétiennes furent exécutées sur les parois. Quoiqu'il en soit, il est peu insoluble, l'édifice primitif lui fut adapté, mais ne subit aucune transformation radicale ; on se contenta de construire dans la nef principale pour marquer la schola cantorum ; la salle au milieu de l'édifice devint le sanctuaire ; les deux salles latérales prirent la destination des prothèses et de diaconicum. L'ouverture d'une abside est de date postérieure.
Au Forum romain avait pris naissance la religion idolâtrique des dieux avec l'autel de Saturne et le temple consacré à Vesta ; ce lieu peut être ce souvenir qui fit choisir la bibliothèque du Palais impérial pour l'église dédiée à la Vierge Marie. On ne possède pas de documents qui permettent de prouver cette transformation que mentionnent les Mirabilia urbis Romae.
La Vila S. Silvestri, apocryphe de la seconde moitié du v° siècle, rapporte que de son temps un dragon habitait in monte Tarpeio in quo est Capitolium. On lui pouvait rendre visite et c'est ce que ne manquaient pas de faire, une fois le mois, « des mages et des vierges sacrilèges » qui, par un escalier de trois cent soixante-cinq marches, portaient au dragon sa pitance mensuelle. Quand le dragon s'ennuyait trop, il sortait de chez lui, il se promenait dans la ville, invisible à tous (on le croit sans peine) mais laissant une odeur empestée (l'odeur de la voirie). Un beau jour, le pape Silvestre l'enferma dans sa caverne pour jamais. Mais le dragon s'ennuya et, on ne sait comment, déménagea. Au x° siècle, il avait quitté son logement au pied du Capitole pour s'installer sous le temple de Vesta. J.-B. De Rossi et d'autres aperçurent dans cette légende du temple de Vesta des réminiscences du feu sacré qu'on y vénérait et du serpent qui jouait un rôle important dans le culte de cette déesse. Constantin et Silvestre n'auraient eu raison du souvenir persistant de Vesta qu'en fondant, dans le voisinage de son temple, un culte rival, et une église dédiée à la Vierge. Mais, il paraît, qu'à une légende on substituait ainsi une autre légende.
Cette église changeait de vocable de temps à autre ; elle s'était réclamée de « saint Antoine », mais aussi de « saint Silvestre », et Sancta Maria de Inferno, ce dernier nom prévalut, mais avec une retouche, et devint, jusqu'à la démolition, en 1899, Sancta Maria Liberatrix (a pœnis inferni).
Derrière l'abside de Sainte-Marie-Libératrice, on trouva, en 1702, une autre abside très ancienne, située à un niveau inférieur de 4 m. 40 à celui de l'église du xvi° siècle. Dans la conque de l'abside, une fresque montrait, parmi les saints, l'image du pape Paul Ier (757-767) :
SANCTISS[t'miis]PAVLVS ROMANVS PAPA
Afin de trouver, vaille que vaille, un sens au mot antiqua, on imagine de revenir à l'historiette du pape Silvestre élevant une petite église en l'honneur de la Vierge dans une dépression de terrain proche de la fontaine de Juturne, cette église aurait reçu dans la suite le nom d'Antiqua. Mais il semble que l'idée de faire bâtir une église à la Vierge par le pape Silvestre afin de donner raison à la Vierge, soit un divertissement qu'il est difficile de prendre au sérieux. L'église serait antiqua, à coup sûr, si elle remontait à cette antiquité, mais il faudra d'abord montrer qu'elle a existé des heures. Antiqua, dans le Liber pontificalis, s'entend à la fois de l'église et de la diaconie, qui sait si ce n'est pas très simplement une allusion à cette image libelliformis antiqua, dont il est parlé, d'après la vie de Grégoire III. Quoiqu'il en soit, il est passablement aventureux d'écrire que le nom d'Antiqua fut donné à l'église afin de lui permettre de revendiquer sa propre dignité dans une lutte légitime contre Marie Majeure ; mais il est tout à fait inexact d'avancer que si Santa Maria Antiqua est plus ancienne que Sainte-Marie-Majeure, l'origine en est à tout le moins assez proche de Silvestre, puis que dix-sept années seulement séparent la mort de ce pape du début du pontificat de Libère, auteur de Sainte Marie-Majeure. Assurément, mais elle ne s'appelait pas alors Sainte-Marie-Majeure et tout uniment à Libérii. Quant à Sainte-Marie du Trastévère, elle attendit jusqu'au VIIIe pour troquer son titre de basilique Julii ou Catilina. Lors de sa reconstruction, sous Xyste III (432-440), la basilica Liberii prit le vocable de Sainte-Marie, sans qu'il fut question - selon l'opinion fut soutenue par un religieux plaidant pro domo, le P. Lugano, Sancta Maria, olim Antiqua, nun Nova, 1900, à l'aide des archives de Sainte-Marie-la-Neuve - de prouver que l'ancienne église, S. M. Nova, actuellement Sainte-Françoise-Romaine, était en réalité S. M. Antiqua, l'auteur appartenait à l'ordre des Olivétains et défendait une tradition de famille. Cet ouvrage Antiqua sive Nova avait déjà son démenti dans la vie de Benoît Ier, de Majeure ou de Mineure. On la trouve nommée Sancta Maria, dans le Liber pontificalis, neuf fois au concile de 649, une fois dans le martyrologe hiéronymien : au VIIe, seulement, apparaissent les qualifications de Major, de Minor ; jusque-là, il n'en avait pas été question, il est donc gratuit de soutenir que Sancta Maria Antiqua est la plus remarquable église de Rome, sinon au point le plus remarquable de l'Empire : elle est la plus ancienne église connue de Rome et même du monde qui soit dédiée à la Vierge. L'église devint par la suite une diaconie ; elle est mentionnée comme telle dans un document qui date du milieu du VIe, et il est remarquable que la plus ancienne liste des diaconies, rédigée sous Léon III, la mette au premier rang. Voici une justification du vocable antiqua. Elle semble s'être développée de bonne heure, puisqu'elle s'annexa, comme atria, quelques parties extérieures de l'édifice des dieux Augustes, qui lui était contiguë. Sous Léon IV (847-855), la diaconie fut transférée, avec d'autres privilèges, à l'église de la Vierge que ce pape érigea sur la voie Sacrée, près de l'oratoire de Saint-Pierre. L'église ne disparut pas aussitôt ; on ignore même à quel moment elle disparut ; au XVIe, Sancta Maria Liberatrix l'avait remplacée. Mais avant d'avoir été dépouillée de sa diaconie, Sancta Maria Antiqua servait, en certaine façon, de chapelle à cette institution charitable. On ignore la date de sa construction. Le fait qu'elle fut dans un monument civil ne permet guère de lui attribuer une date antérieure au Ve. Par l'Itinéraire d'Einsiedeln qui la mentionne sur le Forum et par le Liber Pontificalis, nous savons qu'elle existait au VIIIe. Sur les fresques mises à découvert en 1702, le pape Paul Ier (757-767) était représenté avec un nimbe quadrangulaire, preuve qu'il était encore vivant. Mais au-dessous de lui, on aperçoit, par endroits, des couches de peintures plus anciennes ; ces différentes couches permettent de constater dans l'art des évolutions qui ont dû occuper plusieurs siècles.
Une inscription funéraire, datée de l'an 459, gît devant l'église, mais il est à craindre qu'elle n'ait pas été trouvée en place.
Après avoir franchi la porte (1), on traverse un étroit vestibule (2), reste d'un ancien portique (3), et on pénètre dans l'atrium (A), qui communique avec le narthex (B) et conduit à la basilique à trois nefs, encore reconnaissable grâce à la présence de belles colonnes en granit gris, autrefois peintes, surmontées de chapiteaux en marbre blanc provenant d'un édifice d'époque classique. La partie antérieure de la nef centrale était occupée par le schola cantorum (1). Au fond, on voit le presbyterium (D) et le mur de l'abside. A droite et à gauche, la prothèse (E) et le conicum (V). Tout cet édifice a été élevé dans le palais de Caligula, qui, comme on le sait, s'étendait jusqu'à derrière le temple de Castor et Pollux. Toutefois, cette partie du Palatin avait été complètement remaniée, sinon reconstruite par Hadrien. Si la partie antérieure de l'église a été encastrée dans quelque salle du palais, l'atrium occupe le remplacement d'une cour, d'un jardin ou d'un péristyle qui était orné d'un grand bassin (4) dont on voit le prolongement à droite jusque dans le narthex et le bas-côté droit de la basilique ; des stoas et des niches de cette période païenne subsistent encore. Ce bâtiment appartenait sans aucun doute au palais que Caligula prolongea jusqu'au temple de Castor.
Aussitôt après avoir franchi la porte de l'atrium (A), on rencontre, en tournant à gauche, un fragment bien conservé (5). Sur un fond bleu, trois saintes étaient représentées, abritées par un édicule : une des trois a disparu, les deux qui subsistent sont : Sainte Agnès et Sainte Cécile. De l'autre côté de la porte, étaient figurés trois autres saints effacés. Sur la longue muraille qui continue, à angle droit, le mur sur lequel nous avons vu les deux saintes, les traces de peinture se réduisent à peu de chose. Au centre, une niche carrée qui, au moment de la découverte, présentait une scène de la tentation de saint Antoine avec ce débris d'inscription :
Un peu plus loin, avant la niche demi-circulaire (G) contenant une inscription peinte, qui nous apprend le nom et la qualité de celui qui a fait exécuter les peintures :
TVONOMINE XPISTOFORIAGAVDENTIPINGERE FECITEGOLEI MABBAS XI-SACER-ETMON/.... qui fit peindre (ces murs) ? C'est moi, Léon, abbé, prêtre du Christ et moine.
Dans la niche demi-circulaire ((3), étaient représentés plusieurs saints, dont il subsiste quelques vestiges ; les noms ont disparu, mais il reste quelques lettres :
-EPAC
peut-être ont-elles fait partie du nom Érasme.
Dans la petite niche (7), une tête barbue et assez bien conservée de saint Abbacyrus, avec son nom peint en caractères grecs de chaque côté du personnage, sur des lignes verticales :
Au-dessus, sur la même muraille, sont peintes trois figures de saints, debout, et dont l'inscription presque effacée comportait deux lignes et ne laisse guère lire que dans la première, peut-être la fin du nom Abbacyrus (...VRVS) et certainement, le nom de saint Jean IOHS en monogramme.
On traverse l'atrium dans sa largeur et, sur le premier pilastre, du côté droit de l'entrée du narthex, on lit ces mots tracés à la pointe qui indiquent la date de décoration du vestibule :
ETEAHCÛ0H EV KCO CKI---
ce qui donnerait A.D. 792, d'après l'ère de Constantinople.
Sur la longue muraille qui fait face à celle des niches (6 et 7), on rencontre d'abord une inscription verticale incomplète où il est question de rémission des péchés :
Dans l'épaisseur du couloir (8), on voit à droite cinq saints, dont les noms, peints en lettres de couleur noire, ont cessé d'être lisibles, mais ces noms avaient été heureusement déchiffrés, lors des fouilles de 1885, nous les avons déjà transcrits, c'étaient :
A gauche, on distingue encore deux saints dont l'un était :
Sur le plafond du couloir qui était, lui aussi, orné de peintures, on voit encore la tête d'un saint.
Plus loin (9), sur la partie du mur qui fait suite au couloir, on voit deux personnages debout, dont le premier porte un capuchon à l'allure de casque ; à la suite, le Christ entre deux anges, et, plus bas, peut-être :
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i& up donateur. Suit un personnage à nimbe carré, que deux saints pontifes présentent à la sainte Vierge, assise et désignée par l'inscription verticale :
Près du personnage à nimbe carré, cette inscription : nimbe carré
1 A
dès lors, il ne peut être ici question que du pape [Had]rianus [pape] [Romanus] (772-795), qui fit exécuter la peinture.
Après la Vierge, trois saints, dont le premier est :
Le narthex, très exigu, ne présente rien de remarquable.
La nef centrale était presque tout entière consacrée à la schola cantorum, logée dans un enclos rectangulaire analogue à ce que nous avons rencontré et décrit ailleurs, notamment à Salone (voir Chantres). La balustrade est encore debout dans sa partie inférieure. Cette partie était pavée avec de belles dalles de granit gris. Vers le centre, un peu à gauche (11), on a retrouvé les fondations de l'ambon. Dans la notice du pape Jean VII, au Liber pontificalis, on lit ceci : Basilicam ita que sanctae Dei genitricis quae Antiqua vocatur pictura decoravit. Illic que ambonem novum fecit, et super eandem ecclesiam episcopium quantum ad se construere voluit, illic que pontificatus sui tempus finivit. L'ambon de Jean VII (705-707), s'il était retrouvé, équivalait à une attestation solennelle des lieux découverts. Or, on retrouva en place la plateforme octogone de cet ambon qui porte, aux deux extrémités, sur les tranches, le même texte, en grec d'un côté et, de l'autre, en latin (Qg. 1583-1584) :
Don de Jean, serviteur de la mère de Dieu.
Le centre de l'ambon n'a pas d'inscription.
Il n'est pas surprenant, fait observer H. Thédenat, que Jean VII ait embelli cette église. Sa maison paternelle était tout près de là, sur le Palatin, dont son père, Platon, était administrateur. Lui-même fit construire, au-dessus de l'église, sa demeure, gouvernant l'Église universelle de ces mêmes palais d'où les empereurs romains avaient régné sur le monde. Sancta Maria Antiqua fut donc la chapelle privée de son palais, qu'il se plut à orner, Saint-Jean-de-Latran étant sa cathédrale.
Les lieux registres supérieurs sont occupés par des épisodes empruntés à l'Ancien Testament ; le registre intérieur montre le Christ entouré de saints. La portion de la muraille, qui va de ce registre jusqu'au sol, est ornée par une draperie peinte.
Du registre supérieur, il reste peu de chose, seulement vers le centre du mur, les débris de trois tableaux, dont nous reparlerons.
Immédiatement après la porte (12), sur l'angle du mur (13), commence la deuxième série.
1° Du premier tableau, on ne voit plus que, à droite, quelques traces de la bordure servant d'encadrement.
2° Du second tableau (avant la porte 11), il subsiste la partie inférieure de deux personnages. Dépassons la porte (14), dont l'épaisseur est ornée de peintures dont nous parlerons plus loin, afin de poursuivre (en 13) la série des scènes de l'Ancien Testament, dont l'interprétation est d'autant plus aisée, qu'on peut lire les noms des personnages représentés dans les inscriptions verticales qui les accompagnent.
3° L'homme assis, la tête appuyée sur la main, dort, à côté : l'ACOB ; derrière lui, on distingue à peine un autre personnage. L'inscription explicative a disparu, mais le sujet est aisé à reconnaître, d'après ce qui est raconté dans la Genèse (xxviii, 10-18) : Jacob.
drale. Le Liber pontificalis nous dit qu'il fit orner cette île de peintures et qu'on peut voir son portrait dans diverses églises. Malheureusement, aucune peinture de Sancta Maria Antiqua ne nous le montre avec le nimbe carré. Mais il y a, dans les grottes vaticanes, une mosaïque représentant Jean VII, avec le nimbe carré. C'est donc un portrait. Elle provient de l'oratoire élevé par ce pape dans l'ancienne basilique de Saint-Pierre, à l'extrémité de la dernière nef septentrionale, et dédié à la très sainte Vierge. Au-dessous de cette mosaïque est fixée une inscription en marbre dont les lettres ont la même forme que ceux de l'inscription de l'ambon de Sancta Maria Antiqua. Le texte est le même :
Comme sur l'ambon aussi, le même texte était répété en grec, mais celle partie a disparu ; on la voyait encore au XVIe.
Après avoir traversé le narthex et la schola cantorum, qu'on revienne à l'entrée de la nef de gauche au point marqué (12) sur le plan, l'une des portes met en communication l'atrium avec ce qui est immédiatement sur le mur à gauche de celle-ci, là où on a déposé un sarcophage païen, orné de masques (13), commence une série de peintures disséminées sur trois registres qui couvraient les deux murs portés (12-14), et toute la muraille (13'-20) jusqu'au presbyterium (D).
Il sortit de Beer-Shéba et s'en alla à Charan, et il se trouva en un lieu où il passa la nuit, car le soleil couché. Il prit des pierres, s'en fit un chevet, et s'endormit. Il eut un songe : une échelle était dressée sur la terre, son sommet touchait le ciel et les anges de Dieu montaient et descendaient. Et l'Éternel dit : « Je suis l'Éternel, le Dieu d'Abraham, ton père, et le Dieu d'Isaac ; la terre sur laquelle tu es couché, je te la donnerai à ta descendance... » Et Jacob se réveillant dit : « Certainement, l'Éternel est en ce lieu et moi, je ne le savais pas. » Et il eut peur et dit : « Que ce lieu-ci est terrible, ce n'est autre que la maison de Dieu et c'est ici la porte des cieux ! » Et Jacob se leva de bon matin, prit la pierre dont il avait fait son chevet, la dressa en stèle et versa l'huile sur elle.
À gauche du tableau, un homme, assis ou à genoux, devant lui, un personnage debout. Peut-être un ange, dont la partie supérieure a disparu : il touche Jacob.
Jacob, continue la Genèse, resta seul et un homme lutta avec lui jusqu'au lever de l'aurore. Celui-ci, voyant qu'il ne prévalait pas contre lui, toucha l'emboîture de sa hanche et l'emboîture fut luxée ; puis il dit : « Laisse-moi aller, car l'aurore se lève. » Et Jacob répondit : « Je ne te laisserai point aller sans que tu m'aies béni ; » et il le bénit.
Maintenant commence l'histoire de Joseph.
5° Un homme, Joseph, comparaît devant un homme assis. Le reste a disparu, ainsi que les inscriptions, mais il n'est pas douteux qu'on ait représenté Joseph recevant de son père Jacob l'ordre d'aller visiter ses frères qui faisaient paître leurs troupeaux dans le pays de Sichem.
6° Joseph — on lit encore IOS... — étant allé visiter ses frères, ceux-ci le jettent dans une citerne d'où ils le retirent pour le vendre à un marchand ismaélite représenté ici avec son chameau : ubi Joseph VENDITUS EST NEGOTIATORIBUS in Egypto. FRATRIBUS SVIS.
Tableau 11 et 12 représentaient vraisemblablement Joseph expliquant les songes du pharaon, ensuite comblé d'honneurs.
Au registre supérieur, trois sujets étaient encore visibles et se trouvent placés ainsi.
Dans la partie qui manque, on voyait, sans aucun doute, l'arche flotter.
Immédiatement, sous le deuxième registre, se trouve le troisième registre, d'un grand effet décoratif : c'est une théorie de saints, de grandeur naturelle, faisant face au spectateur, les noms sont inscrits perpendiculairement à côté de chaque figure et chaque nom est précédé de O ATI OC, le commencement et la fin de chaque nom est marqué d'un signe, une sorte d'esprit doux, qui ne laisse pas que d'être parfois utile pour déterminer l'initiale lorsqu'elle est devenue invisible. Les saints sont rangés de chaque côté du Christ siégeant sur une chaire, de couleur pourpre, et bénissant de la main droite, tandis que de la main gauche, il tient le livre des évangiles (fig. 4586).
À droite de la porte (12) il y avait probablement deux figures, mais il ne reste rien que la trace d'un cadre.
À gauche de la porte (14) on observe quelques vestiges. À côté, deuxième saint de qui il subsiste un nimbe et ces lettres à gauche : O ATIO.
À droite de la porte (14) commence une théorie mieux conservée (nous comptons les numéros à la suite de ceux des scènes de l'Ancien Testament).
16° Saint imberbe en costume byzantin officiel (tunique blanche et chlamyde), portant une petite croix dans la main droite et une couronne dans la main gauche. Du nom il subsiste la fin :.... OC et ce ne peut être qu'un nom de trois ou quatre lettres ; nous allons y revenir.
17° Un évêque, la barbe courte, portant des deux mains son livre, vêtu d'une chasuble bleu sombre, tiges ; il y a là deux saints, dont il ne reste que les nimbes. L'un, placé en (13) du plan, était imberbe. De chaque côté de la tête on lit : r et la dernière lettre du nom semble un C : peut-être saint Marnas ou Mammas, martyr de Césarée en Cappadoce, sous Aurélien, et que le Guide de la peinture prescrit de représenter, jeune, imberbe.
Mais le saint Mammas du catalogue de Cencius Cameras, sous laquelle on aperçoit une dalmatique et, sur les épaules, le pallium : O ATI OC RPIROPI OC. Probablement saint Grégoire le Grand (590-604).
18° Saint avec la barbe courte, formant réplique au n° 16. Ce qui subsiste du nom permet de rétablir sans hésitation Sergios, dont le nom est inséparable de Bacchus sur les martyrologes et dans le culte en Occident comme en Orient.
19° Figure très endommagée d'un vieillard à barbe blanche, vêtu d'une longue tunique rouge que recouvre en partie le pallium bleu sombre. D'après la position de la main gauche, il semble qu'il devait tenir un livre. La première lettre du nom est seule visible, c'est un C — ; la traverse qui suit a dû appartenir à un A et, d'après l'identité du personnage suivant.
20° Figure bien conservée et présentée en manière de réplique à la précédente, pieds nus, tunique rouge et pallium bleu sombre, livre gemmé, longue barbe blanche. Le nom est intact : O ANOC EVOUMIOC. C'est le célèbre abbé Euthyme le Grand (377-473), et qui paraît faire pendant à son confrère en monachisme, en sainteté et en célébrité, saint Sabbas ou Sabas, qui serait donc représenté au n° 19.
21° Ecclésiastique, barbe courte, chasuble jaune, tenant un livre :
Le prêtre Abundius, martyr sous Dioclétien, enterré au cimetière de Sainte-Théodora à Rignano, sur la voie Flaminienne, dont les reliques furent retrouvées, en 1582, dans l'église des Saints-Côme-et-Damien, d'où elles allèrent au Gesu, et dont l'épitaphe originale se conserve au musée de Latran :
ABVNDIO PERS MARTYRIS ANCTS DEP VII IDVS DEC
22° Un ecclésiastique à barbe courte, vêtu d'une chasuble rouge, tenant un livre :
Saint Valentin était un prêtre de Rome dont la basilique, située sur la voie Flaminienne, fut restaurée par le pape Théodose (642-649).
23° Un évêque, imberbe, pieds nus, portant le pallium ; dans la main droite il tient une petite croix de bénédiction, dans la main gauche un livre. Les deux dernières lettres de son nom sont écrites dans le sens horizontal :
O ATIOC AAC ; AVAPOC. C'est l'évêque Alexandre qui fut pape de Rome, au commencement du VIIIe, et qu'on a confondu, jusqu'au XVe au moins, avec le martyr Alexandre (voir ce nom) de la voie Nomentane.
24° Un évêque, à barbe courte, chasuble jaune, pallium, tenant un livre ; saint Léon le Grand :
C'est saint Silvestre.
Saint Clément, l'ancre rappelle le martyre tel qu'il est rapporté dans la passio Clémentis.
De la main droite, il bénit à la manière grecque ; de la main gauche, il tient un livre : Nimbe cruciforme.
La théorie de saints qui fait suite, à gauche du Christ, ne comprend que des évêques, vêtus, sauf une exception, de la chasuble et du pallium et tenant chacun un livre à la main. Les noms sont intacts :
28° IOANNIC XPICOSTOM. Barbe courte, chasuble bleue.
29° YPITIPOC, longue barbe, chasuble jaune, probablement Grégoire de Nazianze.
30° BACIAIOC. longue barbe, chasuble bleue.
31° NCTPOC à/.EZANAPINOC. (ce dernier inscrit dans le sens horizontal, sur deux lignes) barbe courte, chasuble rouge.
32° KVPIAAOC, longue barbe, chasuble rouge, C'est saint Cyrille d'Alexandrie.
33° ENEICFANI OC (les trois dernières lettres horizontalement), longue barbe, pieds nus, tunique blanche, pallium. Dans la main droite une petite croix de bénédiction.
45SS. — Sainte Anne, peinture de Sainte-Marie-Antique. D'après W. de Gruneisen, pl. lxix.
38° Sur la paroi de droite, une peinture beaucoup mieux conservée représente la descente du Christ aux enfers (voir ce mot), sujet familier aux artistes byzantins. Le Christ, reconnaissable à son nimbe crucifère, tient de la main gauche un rouleau : il tend la main droite pour aider à sortir des limbes les âmes qu'il est venu délivrer, deux d'entre elles se lèvent. Le pied du Christ pose sur la tête de Satan ou plus probablement du personnage qui figure le Léviathan, mais le nom s'est effacé. A gauche, sainte Anne avec sa petite fille Marie et ces mots (ja. 4588) :
SCA ANNA
A droite, Elisabeth avec son petit garçon Jean-Baptiste et ces mots :
Les peintures diffèrent de style avec les autres ; elles ne sont pas sans quelque mérite.
Sur ce même emplacement, on distingue encore, sur Éléazar et Salomone, mère des Macchabées.
D'après W. de Gruneisen, op. m., pi. xvn.
On traverse le narthex (B) pour gagner le bas-côté de droite. Le mur avait été décoré avec la même ampleur que le bas-côté de gauche ; c'était la même disposition sur trois registres, mais le registre inférieur ne semble pas avoir présenté une théorie de saints. Il ne subsiste que peu qui se rapporte à l'histoire évangélique. La seule partie conservée occupe la niche (lô) semi-circulaire.
SCA
La muraille, quelques vestiges de peinture, sur les registres superposés dont on a parlé. Lettres :
Il semble qu'on puisse restituer : nous aurions ici la présentation de Marie au Temple.
Sur le registre inférieur :
41° Une femme étendue sur un lit, la tête couverte d'un voile noir ou bleu, les mains levées vers un personnage imberbe qui tend les bras vers elle. C'est plus que vraisemblable la scène de l'accouchement de la Vierge et de l'enfant remis aux sages-femmes (voir Apocryphes).
42° Trois personnages debout, causant, tenant des
45 » Le roi Ezéchias, bien désigné par son nom et sa qualité (voir Ezéchias,) :
+ HEZECHIAS REX (S
est étendu sur son lit, prêt à rendre l'âme, et la tête tournée vers la muraille. A droite, le prophète Isaïe debout, tenant un rouleau d'une main et bénissant des objets en main, semblables à des plats. Sur la tête du premier, on lit horizontalement :
Ce sont les rois mages se mettant en route.
A l'entrée du presbytérium (16), sur un mur qui semble être le prolongement de la balustrade de la schola cantorum, subsistent, en partie, deux des nombreuses scènes bibliques dont cette église était ornée. De l'autre, prononce ces paroles (Is., xxxvm, 1) :
C'est l'illustration de cette scène : Ezéchias tomba malade à la mort et Isaïe, fils d'Amos, vint vers lui et lui dit : « Donne des ordres pour ta maison, car tu vas mourir. » Et Ezéchias tourna sa face contre la muraille et pria l'Éternel et versa beaucoup de larmes. Et l'Éternel dit à Isaïe : Va et dis à Ezéchias, j'ai entendu sa prière....
En arrière de ces deux scènes, sur le pilastre intérieur qui forme de ce côté la schola cantorum (17), on voit, à droite, deux peintures superposées de style classique.
43° Au-dessus. — Le Christ sur un trône, flanqué de deux archanges.
44° Au-dessous. — Un groupe, en grande partie effacé, une femme voilée dans l'attitude de la prière, son manteau de pourpre recouvre même sa tête. On lit de chaque côté dans le sens perpendiculaire : <fig. 4589).
Autour d'elle sept figures mâles de tailles différentes, chacune tenant la main ouverte et levée ; un personnage à gauche porte le nom d'Éleazar.
C'est la mère des Macchabées avec ses sept fils et Éleazar le martyr qu'ils imitèrent.
Au-dessous, une inscription illisible :
VNT II' ePI'18
49° Sur la face intérieure regardant la schola (au n. 17 du plan), une figure de femme dont il ne reste que la partie inférieure, et une autre femme, une vêtue de gris, l'autre parée de bijoux ; à droite, des soldats, dans un camp, portant le casque en tête. Sur la dernière tour du mur, ces mots :
CAPVT OHTTiiis (c'est l'épisode de Judith.
A l'extrémité opposée de la schola cantorum (au sens de la longueur), au retour d'angle, une petite niche a reçu :
50° La Vierge et l'enfant, avec ces deux monogrammes, à gauche et à droite : i-r i*p qu'il faut développer ainsi : à vivix Mapla.
A l'extrémité opposée de la schola cantorum (au sens de la largeur) (au n. 18), sur le pilier :
51° La scène de l'Annonciation. L'ange debout, la main droite levée et tenant de la main gauche un sceptre, se dirige vers Marie, assise sur un siège. Cette peinture, d'un bon style, est accompagnée de l'inscription suivante en lettres noires sur fond blanc, combinaison de Luc, i, 2<i, 42 :
+ XAIPcx £/.« ?'. tcûmenh OK ; \iz-i aoû eYACTHMévi) <TÙ CNRYNAIZI v.rX EÙAOTHMCNOÎ 6 WTPTTOC THC KOI> ;* ;o-ou qui regarde la chapelle F in. 19 du plan), ligure le Christ entouré de plusieurs saints à V( us, les restes d'une inscription grecque :
■■MMxeocK ecesw.« . 1 » Sur le pilier correspondant, de l'autre côté de la schola (n. 21), sont peints trois saints très effacés,
55° En face du pilier (19), sur le pilastre situé entre la porte de la chapelle F et la porte de l'abside D, les trois Hébreux dans la fournaise, nimbés, debout, parmi les flammes, faisant face au spectateur, les bras étendus,
58° A gauche, à côté d'un petit mur qui ferme le bas-côté de gauche, deux personnages nus, dans l'eau. Peut-être une représentation des Quarante martyrs de Sébaste, au-dessous ces mots :
THTPA0H THC CIKONOC ; AITCON BPCO
c'est-à-dire : r, v ?*v''i ttjç stxôvoç...
L'abside D est pavée en opus alexandrinum, c'est-à-dire avec des sections de pierre et de marbre de diverses couleurs, formant des rosaces et des dialogues aux byzantins des églises de Rome, repose sur un appareil antique en briques (opus spicatum) qui supportait la mosaïque de l'édifice antérieur à l'église chrétienne, sur la partie est du mur du fond de la concavité de l'abside (12), 1 Christ en croix avec le nimbe cruciforme aujourd'hui très effacé, une de ses bras est tendu tout l'en-tour des peintures, qui, de tous les points de l'édifice, lui sont adressées. D ■ i ubins dont la tête repose sur di lanc et derouge, nt(flg. 159 ' ousen letti sur fond rouge, >« M pi li ts des textes grecs i mpt a ri.eut m s, uii. (a partie droite de cette longue inscription a été respectée par le temps : oaXojj. CûN PEZHAOATE IAM CN tOJ [ctcoanco o N'ecTe cpàvcoceN AUTON H MHP AYTOY £N HMCPA NYM[AIAGHKHC ezanectclaac o'jx aTai *0ùC AAAA YYXOC K TTAROC CCTAI KH [HMCPA CKINH rnùùcoh TW KCO K Seigneur, qui ne sera ni jour ni nuit, et sur le soir de ce jour la lumière paraîtra (Zach., xiv, 6, 7). — Le soleil se couchera à midi, et je couvrirai la terre de ténèbres au milieu du jour... Je ferai, comme pour le deuil d'un fils unique, et sa fin sera un jour d'amertume (Amos, vin, 9, 10). — Celui-ci est notre Dieu et aucun autre ne sera estimé, comparé à lui (Baruch, m, 36). ■ — Ils verront celui qu'ils ont transpercé (Joan., xix, 37.) — Une variante de ce texte du Deutéronome (xxix, 66) : Et ta vie sera suspendue devant toi. » Au-dessous de l'inscription, est peint un groupe d'hommes et de femmes, tournés vers le Crucifix qu'ils paraissent adorer.
59° Dans l'abside proprement dite (23), la peinture « Sortez, fils de Sion. et contemplez le roi Salomon avec le diadème dont sa mère l'a couronné le jour de ses noces et au jour de la joie de son cœur (Cant., in, 11). — Toi aussi, par le sang de ton alliance, tu as fait sortir les captifs du lac où il n'y a pas d'eau (Zach., ix. 11). — En ce jour, il n'y aura pas de lumière, mais du froid et de la gelée. Et il y aura un jour connu du
est une fresque de grandes dimensions fort effacée. Le Christ, de grandeur colossale, le livre des évangiles dans la main gauche, bénit de la main droite. De chaque côté, les têtes ailées du tétramorphe figurant les évangélistes. A droite du Sauveur (par conséquent à gauche du spectateur), un pape, de petites dimensions, à nimbe carré, c'est-à-dire vivant encore au moment où fut exécutée la fresque, est désigné par cette inscription :
Le dernier mot est écrit horizontalement sur le nimbe (tout ce qu'on peut lire c'est SIMVS | PAV-V | ROMAN. Il s'agit du pape Paul I » (756-767) par l'ordre duquel fut exécutée cette peinture. Au-dessous et sous les pieds du Christ, une peinture e a ces mots : on knv o eeoc e 1 1 // n thn chn cipinhn [ OCCIME^B t] v ; xt/Jp'.o)v.. h Bcoç r/i[t~j\-j TT)V a'ry elpTJVTJv [Sjoç rt\j.vi..
Le mur dans lequel fut découpée l'abside a été aussi décoré de peintures.
60* De chaque côté, à la hauteur du sommet de la conque, se voit un groupe de quatre papes, tenant les livres des Évangiles ; trois portent le nimbe rond et le quatrième, le nimbe carré (U lj. L'n nom accompagnait 1593, 1 iphin.
D'après W. de Gruneisen, op. cit., pi. m A. chaque image, il n'en reste presque aucune trace. La figure la plus à droite, près de l'abside, offre ces mots : les trois premières lettres disposées perpendiculairement.
La deuxième figure offre à gauche du nimbe :
C'est Martin I« ; Il a le nimbe circulaire, il était donc mort quand fut exécutée cette peinture.
Le pape qui a un nimbe carré est peut-être Boniface VII qui, au témoignage du Liber pontificalis, l'a décoré de peinture Sancta-Maria-Antiqua. Un archéologue a manifesté son regret de ne pas découvrir l'image du pape Honorius, de mémoire, mais peut-être n'éprouvait-on pas une dévotion spéciale à ce personnage, à une époque où l'explication de sa conduite restait obscure. plusieurs fois, deux docteurs des Églises latine, à gauche du spectateur, grecque à droite. Ces images étaient séparées par une inscription en grandes lettres blanches, courant en bas sur le mur de l'abside. D'après la place qu'elle occupe, on peut admettre que c'était la dédicace de l'église ; nous voici bien à Sancta Maria Antiqua :
+ SCAE-DI genetr\c\ SEM perçue virgini marlAE 02° Rien n'a subsisté des deux Pères de l'Église latine (24), si ce n'est quelques vestiges des nimbes et le nom de :
»ses es AGVS/INUS es
63° Les deux docteurs de l'Église grecque (25) sont mieux conservés, c'est saint Grégoire de Nazianze et saint Basile :
+ O ATIOC TPHTOPIOC O OCOAOROC CS + O ATIOC PC5 BACIÀ'-oç
Au-dessous de l'inscription dédicatoire à la Vierge, deux évêques, auxquels correspondent de l'autre côté (25), deux figures semblables, tiennent des rouleaux déployés (s
04°Ce sont quatre docteurs. Saint Léon et saint Grégoire de Nazianze à gauche (2 1 1, saint Basile et saint Jean Chrysostome à droite (25). Leurs noms, sauf un seul :
I0ÙANNHC ont disparu, mais les rouleaux déployés qu'ils portent donnent des passages de leurs ouvrages qui permettent de les identifier.
Pour saint Léon, trois ou quatre lignes du début ont disparu. La citation est extraite du chapitre iv, du Tome, lettre par lui écrite à Flavien de Constantinople en 449, contre l'hérésie d'Eutychès '.
'Evepyet yàp 't/.-j- -répa u.op<p7] <iz Ta -rfi OaTÉp » xv. NO N'lAC On 5 epeiAHONecx HKCNTO/lieNA OROVKATC-AZO Me/ovo/pecT
TCAOVTOCCIEPECTH
NTOVCOMA'uC-KAIT OWieN/VTONA« A/
TVCOAVMACINTOAC 15 TVCVBLLL ÇINVNO
'EvEp--s :î yàp htaripa n.op<pr ; ;j. :rà t ?,ç Oarépou xotvojviaç ÔTtep tSiov èoxïjoev toû p.èv X6y°u [xévou ôreep èa-riv toû Xoyoo, toû 8è oâ>u.aToç èx teXoûvto ; Ô7TEp èariv toû aa>[xaToçxai tô fièv aÛTÔJv 8iaX<xu,7tet TOÏÇ O-z.'Vi.xo'tv, to Se txî ; OSpeaiv GrcoPour saint Grégoire de Nazianze, l'emprunt est fait à l'Oratio xxx, c. 12 ' :
»Iv' îj toioùto to auvay6[ievov, oùx va 7roiâ> tÔ 8éÀY)ua to èjjtôv, oùSè yâp ècttIv to è\xo\i toù aoù xex&>- picu.évov, àXXà xo xoivov êu.où Te xal aoù, &v cjç uia 6e6tt,ç oûtio (jtîa (JoûX^o-tç.
Pour saint Jean Chrysostome, les caractères sont plus petits, les deux premières lignes manquent, il est peu utile de figurer ici ces lettres sans suite qui ont permis néanmoins la reconstitution du texte emprunté à un sermon in S. Thomam apostolum placé parmi les œuvres de saint Jean Chrysostome !.
'IcoâvvouToù XpuaoCTTÔjjtou èx toù X6you eïç ©oijxàv tôv tocùtoc àxoùaaç éxàOï]pa tï)v ^uxtjv àmmîixç. à7teSocâ(jiev -rijv à(J.tpiëoXov yvcojjnQv, àvÉXa- • 6ov t6v voùv 7T£7r£TCTU.évov, rJ'^â[j.7]v toù o-cû|j.aT<jç /alpcov xal Tpéu.« v, xal u.STà t&v SaxTÙXoiv xal tô ttjç ^x^ç ôu.|^a, xal Sûo XoiTtôv èvspyetcôv f)a86[r »)v.
Ces quatre citations font partie des Testimonia Palrum, cités par le concile de Latran de 649 qui lança une condamnation contre le Type.
Dans cette abside, il est aisé de reconnaître plusieurs peintures superposées sur des couches successives. C'est ainsi que, sous les images de saint Grégoire de Nazianze et de saint Basile (25), on voit, très apparente, une Vierge byzantine, richement vêtue, portant un diadème fermé. Cette Vierge elle-même a été peinte par-dessus une Annonciation ; on distingue encore l'ange et la tête inclinée de la Vierge. Ces deux figures sont d'un style encore inspiré par les souvenirs classiques et bien préférables aux docteurs qui les ont recouvertes. Sous l'Annonciation quelques traces subsistent d'une peinture plus ancienne encore. Il est clair que cette succession de peintures n'a pas seulement répondu à l'altération des enduits produite par l'humidité qui devait être grande dans ce lieu. On aurait pu se contenter de rafraîchir, de restaurer en gardant toujours la même image ; au contraire, à chaque nouvelle couche d'enduit, on imaginait un sujet différent de l'ancien. Tout ceci, outre les différences de style et d'exécution dénote une évolution de l'art qui n'a pu s'accomplir qu'au cours d'une période assez longue, du viie au Xe, probablement.
MAGI
écrit au-dessus d'eux. Jésus étend vers eux la main. A droite de la Vierge se tient, les ailes éployées, l'ange qui a guidé les mages et derrière saint Joseph, debout, nommé lui aussi (les trois dernières lettres sont perpendiculaires).
Tous ces personnages sont nimbés, mais Jésus a le nimbe cruciforme.
66° Au-dessous, la scène représente la marche vers le Calvaire, d'une bonne conservation. Jésus, désigné par le nimbe cruciforme, suivi d'une foule, marche, la main étendue pour bénir ; en avant Simon le Cyrénéen porte la croix (fig. 4594) :
SIMON_ CYRENE SIS P
67° Sur la muraille opposée, à droite, presque tout a disparu. On peut toutefois reconnaître le Christ entouré des apôtres (27) désignés par ce mot :
68« L'ornementation de ces murailles latérales était complétée par douze médaillons, six à gauche, six à droite, contenant les bustes des apôtres. Quatre médaillons et quatre noms sont seuls visibles à gauche :
Les têtes, de style classique, rappellent ce qu'on voit dans tant de médaillons en mosaïque.
De l'abside (D) on passe dans la pièce (E) où les peintures sont en fâcheux état. Sur le mur du fond (29), creusé d'une niche rectangulaire, on lit encore quelques noms, tous précédés de l'épithète O ATI OC et les noms écrits dans le sens perpendiculaire ; en allant de gauche à droite (30).
69* Partie inférieure d'un saint en costume byzantin, chlamyde rouge et tunique blanche.
! ii clerc, tonsuré : il reste le bas de la chasuble et de la tunique. C'est peut-être le martyr persan Uarachisius :
71' Un moine noir, encapuchonné, le moine persan Dometius :
ACOMET'.C 15
72 » Figure barbue, pas de nom.
73' Laïque, imberbe, chlamyde jaune et tunique blanche, tenant une croix et une couronne. A gauche de la tête on lit :
TTANTEAEHMON
71* Clerc, tonsuré, chasuble rouge, tenant une croix et peut-être, un livre.
75' Saint, imberbe, long vêtement ouvert par devant, tenant un rouleau :
ICÙANNHC 76* Saint, imberbe, portant la tunique et le pallium :
KE ACOC 77° Il reste un nimbe et une partie du nom. ABBA xOpoç Personnage, barbe courte, tenant en main un rouleau :
KOCMAC 70° Très endommagé mais on peut lire encore le nom :
ABBAKYPOC 80« Un diacre, en longue tunique ou dalmatique blanche, tenant un encensoir :
CTe<t>ANOC 81° Il ne reste qu'un nom, la figure a disparu :
TTPOKOTTIC 82° Figure disparue, mais le nom est resté :
L'oratoire (F ») à gauche de l'abside présente un tout autre intérêt ; on est saisi par l'effet d'ensemble que produisent les peintures si bien conservées par endroits, si riches et si harmonieuses de ton. La chapelle était divisée en deux parties presque égales par une banquette de dalles de marbre, offrant une ouverture au milieu, afin de permettre d'aller d'un côté dans l'autre. La partie du fond, se trouvait un autel, dont la base en marbre existe encore avec le tombeau pour les reliques. Sur la paroi du fond Cil I, se trouve représenté le crucifiement dans une niche rectangulaire.
La croix est plantée parmi les rochers qui, comme la montagne du fond, à droite, sont déchirés par le tremblement de terre qui signala la mort de Jésus. Au-dessus de la croix, comme à Saint-Valentin, sont figurés le soleil et la lune. A droite de la croix (à gauche du spectateur), la Vierge Marie, debout, nimbée : tenant élevé, à la hauteur du visage, un pli de son (Sainte-Marie-Antique.) D'après W. de Gruneisen, op. cit., fig. 172. manteau ; du côté opposé, l'apôtre Jean tenant un livre gemmé et ce nom :
Devant la Vierge, tout au pied de la croix, un nommé perce, avec sa lance, le côté du Sauveur, tandis que, de l'autre côté, un soldat lui présente, à la pointe d'un roseau, l'éponge imbibée de vinaigre : le vase de vinaigre est placé à ses pieds. Le Christ, les yeux ouverts, incline la tête vers la droite. De chaque côté de la niche, sur l'épaisseur du mur, est peint un palmier, avec ses réguliers fruits ( : à droite et Paul à gauche : et, faisant pendant, après saint Paul, saint Cyr (34) (fig. 4596) : ses t CVIRICVS patrons de la chapelle dont le souvenir de leur martyr a inspiré la décoration. La date de cette décoration
459G. — Saint Cyr. D'après W. de Gruneisen, op. cit., pi. 133, fig. 100.
nous est connue avec certitude : en effet, le pape Zacharie (741-752) encore vivant est représenté dans l'angle (33) avec son nom (fig. 4597) : + ZACCHARIAS PAPA 85° Après saint Cyr, à l'angle opposé (34) un personnage à genoux offre, sur un pan de son manteau, l'église qu'il vient de construire ou de décorer. Lui aussi porte le nimbe carré et ce nimbe est encadré dans une inscription qui porte un petit détail qui a son prix : le nom de la basilique : Sancla Maria Antiqua. C'est donc l'Itinéraire d'Einsiedeln qui avait raison et une fois encore l'archéologie met fin à une contestation sans issue. nimbe carré Theodotus, primiccrius dcjensorum et dispensator sanctœ Dei genitricis semper que virqinis Mariie, quse vocatur antiqua. Cette inscription fut découverte, le 19 décembre 1900, elle était alors très lisible, mais elle a beaucoup perdu depuis. Le personnage désigné Théodote, tient dans sa main le modèle de l'oratoire qu'on reconnaît sans peine comme identique à celui de nos jours. Ce Théodote, mentionné dans le Liber ponlificalis, était primicier, c'est-à-dire, chef des avocats et administrateur de la diaconie. Ces de[ensores étaient des personnes chargées des rapports avec les tribunaux et notamment de l'exécution des sentences ecclésiastiques. Ils avaient un service d'avouerie et de police '.
Théodote était l'oncle du pape Hadrien I« (772795) qui, à la mort de son père, fut élevé a proprio thio Theodoto dudum consule et duce poslmodum vero primicerio sanctœ nostra ? ecclesisc '. En outre, une inscription conservée dans l'église de San t'Angelo de Peschiera nous apprend qu'elle fut rebâtie, vers 755 à 770, après l'époque de la décoration de Sancla Maria Antiqua par ce même Théodote : Holim duc nunc primiccrius sa(ncta)e sed(is) Apostolicœ et pater (hjuius ben- (erabilis) diacfoniœ ) 3.
Les peintures qui couvrent les murs latéraux montrent que Théodote avait une dévotion particulière envers saint Cyr et sa mère, sainte Julitte. Il lit décorer l'oratoire par une interprétation des actes de ces martyrs dont voici un rapide sommaire : Arrêtée à Tarse de Cilicie. où elle s'était retirée pour fuir la persécution, Julitte est amenée devant le gouverneur Alexandre et se nomme : Julitte, originaire d'Iconium, mère d'un petit garçon de trois ans. Celui-ci était caché hors de la ville ; on le découvre cependant et on l'amène par-devant le tribunal. Amené devant le gouverneur, c'est l'enfant qui prend la parole et dit : Je suis de souche chrétienne, • Et aussitôt s'engage entre ce magistrat et le marmot une conversation parfaitement invraisemblable. !.e magistrat impatiente lui fait donner la fessée et quand le bourreau est là, la chair de l'enfant n'est pas même rougie. On le met en prison et il chante des psaumes. Le lendemain, nouvel interrogatoire, nouveaux prodiges. On lui enfonce des clous dans la tête, un ange les lui retire ; on lui coupe la langue et le petit garçon cause plus que jamais ; on le jette dans une chaudière remplie de poix, de cire et de loupes, il en sort indemne ; enfin, on lui coupe la tête, un personnage, barbe courte, porte une longue moustache et brandit son fouet :
VBI SCS-CVIRICVS-CATOMVLEBATVS EST P 90 » Sur deux colonnes on lit le nom du président : qui siège entre deux soldats, devant lui l'enfant et sa mère, chacun désigné par son nom :
+ VBI-SCS-CVIRICVS-LINGVA-ISCISSA-LOQVIT AD PRESIDEM CS
91° Endommagé. Par une fenêtre' on voit, dans la prison, saint Cyr et sainte Julitte (toujours nommés), les mains levées dans l'attitude de la prière : ubi ses CVIRICVS-CVM MATRE-^ et comme elle ne repousse pas ; cela met fin à l'histoire. C'est sur le mur de gauche (3â), en entrant, que commence la série. i'out, un soldat derrière elle, est interrogée par le gouverneur. Dans le lointain, le je une Cyr. ub[ SCMullita ducilur ad preSIDi'M 87« Cyr, désigné par son nom (+ SCS CVIRICVS CS) au-dessus de la tête, est poursuivi par des soldats envoyés à sa recherche : à droite, la porte de la ville - -si A, en arrière, une maison : colloque de Cyr et du gouverneur ; on lit :
+ VBI SCS CVIRICVS-C[/in s'i »mim se confiteturÇl] Scène très incomplète, qu'on décrit ainsi : Unr (rai ■i,m el caiomis i.<•'/( (voir Dictionn., au mot Chatimi st). A gauche, le gouverneur assis, fait un geste de demande, à droite, l'aide bourreau imberbe, à barbe courte, tient Cyr tout nu dans ses bras ;
On traverse la chapelle dans la largeur I repn nd (36) la suite de la passion des saints martyrs.
92 » Un bourreau tient par le manche une grande poêle carrée ; la mère et l'enfant vêtus d'une simple ceinture y sont étendus côte à côte. De l'autre côté de la poêle, un soldat attise le feu. Au dessus, entre deux anges, le Christ, au nimbe cruciforme, penché vers les martyrs qu'il bénit. el imponl sanctum puerum supra rum '.
Le tableau suivant s. ange : ANGELVS. ten lime, descend du ciel dans la direction de la d< ne :
+ VBI -~SCSCVIRICVS ACVTIB*V CONFICTVS ET C5 91' Un bourreau a saisi l'enfant par un l'élève pour le précipiter sur le sol. Assit su + VBI SCS-CVIRICVS-IN terrain iliisus est.
98« Au-dessus comme légende d'un tableau disparu, qui représentait certainement des saints innommés, on lit ce fragment de formule souvent employée pour désigner les martyrs et les saints anonymes (fig. 4600).
RIS-QVORVM NOMINA-DS~-SCET-CS
Tel est ce rare ensemble où l'iconographie, la peinture et l'épigraphie concourent à produire une œuvre d'un intérêt exceptionnel. Il est vraisemblable qu'on ne s'entendra jamais sur la date de ces ouvrages. Quelques inscriptions comme celle de Théodote le primicier, celle de l'ambon de Jean VII, quelques nimbes carrés donnés à des personnages historiques ne permettent pas autre chose que de constater les travaux aux faits à une date où nul ne doute que l'église fut employée pour le culte. Partir de là, pour calculer d'après le nombre des plâtras superposés ou le type des personnages représentés pour remonter jusqu'au Ve, est par trop aventureux.
V. Sarcophages. — En entrant dans l'église, on remarque des loculi creusés dans l'épaisseur des murs pour recevoir des sépultures ; des ossements sont accumulés dans certaines parties de l'atrium (A) d'où on doit conclure qu'un cimetière s'était établi devant Sancta Maria Antiqua et à l'intérieur. Des sarcophages vieux avaient été apportés d'ailleurs et utilisés.
En sortant de la chapelle Saint-Cyr pour aller à l'angle occidental du narthex, on rencontre (40), engagée dans la muraille, la face d'un sarcophage du début du Ve, portant cette inscription :
D M S
CLODIAE-SE CVNDAE CONIVGI DULCISSIMAE ET BENE MERENTI QVAE VIXIT AN • XXV-MEN • X • DIEB • XIIII IN CONIVGIO MECVM FVIT SI NE QVERELLA ANVIIM III DIEB XVIIILCAELIVS FLORENTINVS-7-COH-XC
C'est l'épitaphe de Clodia Secunda, épouse de L. Cœlius Florentius, centurion de la dixième cohorte urbaine. Née le 4 août 182, morte le 17 juin 207.
Après avoir traversé le narthex, on voit près de la porte (14), dans l'angle (13), un sarcophage païen, orné de masques, trouvé dans l'église.
A droite de la porte (14), un beau sarcophage chrétien sur lequel se succèdent les scènes suivantes, de gauche à droite : 1. le vaisseau d'où Jonas a été précipité dans la mer ; sur le côté, la mer personnifiée par un personnage assis, tenant le trident ; 2. Jonas couché sous le cucurbite ; devant lui le monstre marin qui l'a rejeté ; plus haut, sur la colline, un troupeau ; 3. une orante debout entre deux oliviers ; 4. le défunt assis, lisant entre deux arbres ; 5. le bon pasteur portant la brebis sur ses épaules avec deux autres brebis à ses pieds ; 6. le baptême du Christ dans le Jourdain ; 7. deux pêcheurs retirant leurs filets. (Dictionn., t. n, col. 356, fig. 1291.) C'est un monument du iv' siècle.
Dans l'angle (proche du n. 48 du plan), on a trouvé deux sarcophages en terre cuite, et un loculus qui portait une inscription peinte, noire sur fond blanc :
+ CR_ IV =ESVRW
CVVENIETI R
TERRIS^ M
IVS S
Dès là, une inscription, devant l'entrée de la chapelle des Quarante martyrs, portant la date de 12. Il n'est pas certain qu'elle ait été trouvée à sa place primitive.
+ HICREQVISCIT IN PACE AMANTI Vs AUN : FEXQVI VIXIT P LVS MIN ANN PLCS DEPOSITVS SVB BXI Kr,/MARTIAS QVIN
[QVIESPCDN-IVSTINIPP AVCINOQVARTA-
Hic requiescit, in pace, Amanlius auri/ex, qui vixit plus minus annis L. depositus, xub die xi kalendas Marlias, quinquiea posl coiuulatum dnmini nostri Juaiini perpetui Augusli, indictione quarla.
VI. Chapelle des Quarante martyrs. — Il suffit de jeter un regard sur le plan. L'idée de la position de cet édifice. Installée dans un édifice de l'époque impériale, contre lequel à un niveau supérieur se heurte la Via nova. Il est possible que ce petit oratoire ait été un temple à l'époque d'Hadrien, à laquelle il est possible de le faire remonter en ne tenant compte que de la technique. A l'époque même, ou en lit une chapelle, les murs latéraux décorés de fresques ou de peintures, probablement vers la deuxième moitié du vii siècle. Quoi qu'on n'ait pas d'autre indice que la décoration pour imposer à cet oratoire le vocable des Quarante martyrs, il semble tout à fait justifié. La façade extérieure avait reçu des peintures. A droite de l'entrée, sur le contrefort, on voit encore un évêque vêtu de la chasuble, avec le pallium par-dessus la dalmatique, et portant devant lui un rouleau avec la même citation du Tome de saint Léon que nous avons déjà vue dans la basilique. Il est possible de lire : xoivONiaç ô-Ep zlShov Éa/rjK£N to0 p.èv 8V PeCTHNToû
MATOCCKTEX
OVNtoç Outre les quatre docteurs, il y avait aussi quatre médaillons, le plus bas à droite est seul reconnaissable et on y peut lire :
+ O AT »>« ev0ym'.oç Près de l'endroit marqué (1) sur le plan, on voit encore les traces d'une descente aux enfers.
En pénétrant dans la chapelle, sur la paroi immédiatement à gauche de la porte d'entrée, vestiges d'une grande peinture avec personnages de grandeur naturelle où on croit reconnaître la Vierge et l'enfant, avec un donateur. Tout à fait à gauche, un évêque (ou un pape) ayant le pallium et tenant en main un livre. En (a) du plan, deux rangées de saints en riches costumes, bien conservés : ce sont les Quarante martyrs de Sébaste. En (b) autres peintures où il y a bien peu de chose à déchiffrer. Dans le mur du fond, une niche ou abside (c) où est figuré le martyre des quarante soldats. On sait que, d'après le récit de leur confession, ils furent exposés nus, les mains liées derrière le dos, pendant une nuit d'hiver très rigoureuse, sur la surface d'un étang glacé. Dans une maison voisine, on avait préparé une étuve pour recevoir ceux qui n'auraient pas le courage de tenir jusqu'à la mort. Il arriva qu'un des soldats, vaincu par la souffrance, sortit de l'étang et se dirigea vers l'étuve dont le gardien, spontanément, alla occuper sa place. Cet homme pensait avoir vu descendre du ciel trente-neuf couronnes ce qui lui avait fait soupçonner une défection.
Le tableau peint dans l'abside représente les quarante martyrs debout sur l'étang glacé. Au-dessus de chaque martyr, était écrit son nom, quelques-uns sont encore lisibles, le premier à droite KYPIC0N ; au-dessus QKAIKOC, puis CEYB ; <S>\KWM !i.\ WMIÏÇ.OZCes noms semblent être ceux de Kyrion, Ecdicius, Sevcrianus, Théophilus ou l'hilotlieus, et Angias, qui sont mentionnés dans les actes. A droite, devant la maison, un soldat assis, casqué et armé d'une lance, dort, appuyé sur son bouclier. Près de lui, des quarante soldats qui n'ont pas eu la force de persévérer, gravissent la berge pour se réfugier dans l'étuve.
A droite de l'abside (d), les peintures représentent des saints. Au-dessus, un ciborium dont le sommet est décoré par un nimbe cruciforme et auxquelles sont suspendues des lampes. A droite, en entrant, un sarcophage de marbre enfoncé dans le sol a contenu plusieurs corps ; il semble avoir été exécuté pour un personnage de la religion juive et sa famille, qui a été amené ici d'un cimetière juif, sur le panneau antérieur on lit : e n o a e ki x(e)ÏTai SetXtxiç x(al)2fflçpovla oûv6ioç AÙTOÙ x(ai) Mapîa x(al) NlxavSpoç utot aûrtôv.
VII. Église des Saints-Côme-et-Damien. — Cette église, située du côté opposé du Forum, a été décrite (Dictionn., t. m, col. 2350-2367).
VIII. Amphithéâtre Flavien. — Voir Dictionn., t. i, au mot Amphithéâtre, col. 1648-1682.
IX. Le testamentum. — L'Itinéraire d'Einsiedeln mentionne ce local qui apparaît pour la première fois et ne semble pas devoir être un monument païen. Aux termes de l'Itinéraire ce testamentum est distinct de l'arc de Titus et le précède, à main gauche, quand on vient du Colisée. Au moyen âge, il y eut en cet endroit une tour dite turris cartularia, parce qu'elle servait de dépôt d'archives ; peut-être aura-t-elle succédé au Testamentum ou auraient été déposés certains actes publics, les testaments par exemple.
X. Oratoire des Saints-Pierre-et-Paul. — Après avoir traversé l'arc de Titus, l'Itinéraire d'Einsiedeln mentionne à droite une ecclesia S. Pétri. Il était impossible de soutenir l'identification avec le titre de Saint-Pierre-es-liens (voir Dictionn., au mot Chaînes de saint Pierre), mais on peut reconnaître dans l'oratoire du Forum une chapelle qui se trouve devant le temple de Rome et dont la fondation se rattache à l'épisode célèbre de Simon le magicien. C'est une fort belle histoire, mais qui ne contient pas le plus petit grain de vérité.
Dès le second tiers du Me, il est question de l'ascension de Simon et de sa chute sur la voie Sacrée. Seulement, il n'existe aucun témoignage certain de la venue de Simon à Rome. Pour s'en tenir aux opinions et aux traditions déjà anciennes, dès les environs de l'année 303, Arnobe parle de ce vol. Avant lui, il est fait des allusions à un séjour de Simon à Rome, sans qu'il y soit question du prodige. Les plus anciennes se lisent dans Justin le Philosophe, puis dans saint Irénée, dans Tertullien, et dans les Philosophumena. Les Acta Pétri cum Simone racontent que Simon, indigné de la créance que les Romains accordaient à saint Pierre, leur annonça qu'il allait monter au ciel et porter ses plaintes contre eux à son père céleste. « Une grande foule se réunit sur la place qu'on nomme sacra Via pour le voir voler » et Simon répond à son attente, s'élève dans l'air, mais voilà que saint Pierre prie et Simon tombe et se brise une jambe en trois endroits. On l'emporte à Aricie, puis à Terracine où les médecins achèvent de le tuer à force de soins. Dans les actes apocryphes de saint Pierre et saint Paul longtemps mis sous le nom de Pseudo-Marcellus, et qui remontent tout au plus au Ve, on fait un pas de plus, seulement on change de place. Le théâtre de l'ascension n'est plus la voie Sacrée, c'est le Champ de Mars. Là, s'élève une tour en bois d'où Simon prend son vol, et Néron l'observe du haut de cette même tour. Parti du Champ de Mars, Simon vient s'abattre au Forum, sur la voie Sacrée, mais au lieu de se tirer d'affaire avec trois fractures, il y laisse la vie et se brise en quatre morceaux, ce qui peut s'expliquer ; mais ce qui ne s'explique pas, c'est que les quatre pavés sur lesquels il s'écrase se trouvent soudain liés ensemble et ne forment plus qu'un seul pavé : Cecidit in locum qui Sacra Via dicitur in quatuor partes fractas quatuor sili ces adunauit qui sunt ad testimonium victoriæ apostolicæ usque in hodicrnum dicm. Le pavé de la voie Sacrée rappelait la mésaventure de l'imposteur. Simon s'effaça devant le souvenir de son vainqueur l'apôtre Pierre. Les quatre pavés si singulièrement rattachés furent dédaignés, puis oubliés ; on leur préféra deux pavés, ou plutôt deux empreintes, deux trous où les apôtres Pierre et Paul, priant contre Simon, avaient laissé la trace de leurs genoux. Dans les ITpâ ;Etç tô>v àyt&jv àrcoaTÔXcùv IIsTpou xai ITaÙAOu8, on lit ce renseignement xai Téoaapa uipr ; yev6u.evoç TÉaaapaç atAixï ? auvTjvwosv, oï eiaiv etç u.apTÙpiov TTfi tùv à7toaTÔaûjv vîxt)ç coç tJjv cnfiu.£pov 7]uipav. Vers la fin du VIe, sans indiquer la voie Sacrée, Grégoire de Tours a connaissance à Rome de deux pierres qui existent de son temps : Extant hodiequc apud urbem Roman duw in lapide fossulœ...' Il avait même entendu dire que les apôtres avaient attaché à l'eau de pluie tombée dans ces fossulœ le pouvoir de guérir ceux qui les invoquaient pieusement. Jusqu'à la fin du moyen âge, le peuple de Rome recourut à cette eau. Des pierres semblables étaient conservées d'après la légende sur la Via Sacra et ne cessèrent d'attirer les pèlerins pendant tout le moyen âge. Vers la fin du vmc siècle, la notice de Paul Ier, au Liber pontificalis, dédaigne de mentionner le soi-disant vol, mais affirme que le pontife éleva en ce lieu une chapelle dédiée aux apôtres Pierre et Paul in Sacra Via luxta templum Romuli, là où peu avant leur martyre ils auraient fait une dernière prière ; il ajoute qu'en ce lieu on voyait encore l'empreinte de leurs genoux in qu.od.am fortissimo silice. Mais si on commençait à ne plus s'entendre touchant la circonstance où s'étaient faites les empreintes, on n'oubliait pas le vol de Simon, puis que au commencement du VMe, le pape Jean VII faisait figurer cet épisode parmi les mosaïques de sa chapelle à la basilique de Saint-Pierre du Vatican. Quant à la chapelle construite par Paul Ier, elle s'élevait probablement proche de l'église des Saints-Come-et-Damien, il s'appelait Sanctus Petrus in Silice, ubi cecidit Simon Magus ; elle ne dura pas longtemps. Au xne siècle, le silex ubi cecidit Simon Magus est mentionné par le chanoine Benoit comme situé au voisinage de l'église des Saints-Côme-et-Damien et du templum Romuli, c'est-à-dire, de la basilique de Constantin. Dès l'année 1375, les pavés en question avaient déjà reçu l'hospitalité à Sanela Maria Nova. Ces pierres sont tout uniment deux des pentagones de basalte qui étaient employés au pavage des rues de la Rome antique, sur lesquels on a imposé la légende et qu'a sauvegardé, contre la barbarie du moyen âge, l'historiette que résume l'inscription :
In queste piètre pose le ginocchia S. Pietro Quando i demonii portaron Simon Mago per aria.
XI. Saint-Laurent-in-Miranda. — Cette église voisine des Saints-Come-et-Damien est l'ancien temple d'Antonin et de Faustine, franchement transformé en église chrétienne. Le nom de Mirandi ou Mirunda a pour lui le témoignage des Mirabilia urbis Ruina-, mais il est impossible de remonter plus haut. Pour quoi ce vocable de Saint-Laurent, on l'ignore et toutes les conjectures sont vagues. Le portique romain conserve ses dix colonnes magnifiques en marbre cipollin. En 1876, des fouilles dégagèrent le bas des colonnes qui était enseveli, et firent découvrir près du socle des représentations païennes et des symboles chrétiens, notamment deux monogrammes du Christ qui sont détaillés, des graffiti tracés dans la pierre tendre avec une pointe de fer. A en juger par leur forme, ces monogrammes doivent appartenir à la fin du iv ou au début du Ve. Un chrétien zélé aura voulu sans doute sanctifier la demeure des démons. Nous avons déjà fait connaître un graffite qui représente probablement une chrétienne livrée aux bêtes pendant que le fauve la dédaigne pour vider sa rancune contre le bestiarius (voir Dictionn., t. i, col. -160, fig. 92).
XII. Saint-Hadrien. Cette église est installée dans l'ancienne salle des séances du Sénat, la Curia Hostilia rebâtie par Dioclétien et dont les murs subsistent encore, sauf à l'endroit où on a élevé une abside. Honorius Ier (625-638), la dédia au martyr Hadrien et dut sans doute la diviser en trois nefs par une double rangée de colonnes. Un simple portique couvert. Vers la fin de son pontificat, Hadrien Ier la restaura ; le temple de la Concorde menaçait ruine et il eut écrasé l'église chrétienne en s'écroulant. L'église se trouvait donc située entre le Capitole et le Forum ; l'Itinéraire d'Einsiedeln la mentionne près du Capitule et de l'Umbilicus Romæ, situé derrière les : à gauche de l'arc de Septime-Sévère. On trouve sur ce point une inscription dédiée à la déesse Concorde, et, sur le seuil de la porte, on voit encore gravé le symbole de la Concorde, le caducée. On voulait détruire l'église en détruisant le temple qui la menaçait, on s'y prit mal, le temple s'écroula sur l'église. Hadrien la reconstruisit ; elle a été nivelée au XVIe, en 1530, pour donner passage à l'entrée triomphale de l'empereur Charles-Quint.
XIV. Sainte-Marie-Cannapara. Ici annapara c'est la « Corderie », et la Corderie c'est la basilique Julia. Sainte-Marie-in-Cannapara est une petite basilique dont on a retrouvé les restes au bout de la basilique en question, du côté du temple de Saturne et de l'ancien vicus Jugarius. C'est connue un des portiques extérieurs de l'immense édifice et l'appréciation au culte chrétien ne demanda rien de plus que de séparer la Curia Hostilia du Secretarium senatus qui, à son tour, fut affecté au culte et dédié à sainte Martine. Les documents du moyen âge joignent au vocable de Saint-Hadrien celui de in Tribus, mais, comme pour Sainte-Martine, on ignore la date exacte de l'affectation nouvelle. Un passage de la 1re, de saint Grégoire par Jean le Diacre (iv, 93) permettrait de penser que, dès le VIIe, il y avait ici un oratoire élevé à sainte Martine. La vie de Léon III, au Liber pontificalis, en fait mention. Dans la crypte, se trouve un marbre souvent cité qui rappelle le prétendu architecte du Colisée, Gaudentius, c'est un faux Insigne, au revers duquel on lit cette épitaphe bien authentique venant de la catacombe de Sainte-Agnès :
AVGVRINA IN PACE
XIII. Saints-Serge-et-Bacchus. Avec le temps, Saint-Hadrien était devenu une importante diaconie ; Saints-Serge-et-Bacchus furent également une diaconie, mais on ignore tout quant à l'origine de cette église. Le Liber pontificalis, dans la notice de Grégoire III, parle d'une église placée sous ce vocable, mais on ne sait si c'est bien de celle du Forum qu'il entend parle, des décorations et quelques aménagements. Le catalogue de Cencius Camerarius la mentionne.
XV. Sainte-Marie-in-Foro. Cette église serait identique, sous un nom différent, à Sancta Maria in Macello Marturum ; mais l'ancienne église de Sancta Maria in Macello devait se trouver vers la place Montanara.
XVI. SAINTE-MARIE-IN-ARA-CLI. Cette église qui domine de haut le Forum, ne porte ce vocable que depuis le XIIIe : auparavant, elle était désignée sous le nom de Sancta Maria in Capitolio. Le nom qui a prévalu s'explique par une légende consignée dans les Mirabilia et qui est, paraît-il, très poétique. En 1892, on trouva près de l'église la moitié d'une architrave sur laquelle un monogramme cruciforme laissait lire le titre HT5MENOC. L'autre moitié devait offrir le nom de cet higoumène qui, au VIe, dirigea le monastère contigu à la basilique de Sancta Maria in Capitolio. Vers la fin du XVIe, ils étaient remplacés par des moines latins dépendants de l'abbaye de San Cosimato in Andrea, au Transtévère. Ce que l'on connaît nu, c'est l'origine d'un mince intérêt, c'est l'orAthenienses dicilur, abili in Capitolium, quod est in rredio urbis Romæ, ut per divinationes addisceret quis regnaturus fuisse ! post ipsum in romana republica ; et diclum est ei a pgthonia quod infans hebrœus, jubenle Deo a coelo bealorum descendens, in hoc domiciliumslatim pim veniet, celerum genitus sine macula, alienus que ab aris nostris. Quare exiens inde Augustus Cœsar a divinations, aedificaoii ' in Capitoli aram magnam in subtimiori loco, in quaet scripsil latinis litteris dicens :
Ubi jactum est, post lot annos domicilium al que basilica bealœ et semper virginis Mariœ us que in présentent diem, sicut et Timotheus chronographus commémorât 3. Cette chroni que anonyme emprunte son récit à celle de Jean Malala, terminée vers l'an 574. La source qu'elle cite, l'historien byzantin 1 imothée, écrivait un peu auparavant.à une épo que qui n'est pas connue avec précision, mais le passage que nous avons cité, relatif à l'église est une addition du VMe. Le rédacteur n'a pas écrit son addition avant 740 ', ce qui invite à reporter les commencei, ~i J 1 .i J 1 ^Il theo cl Ettsebio '. L'auteur a donc recouru de préférence à des sour ces byzantines du VIe, et ne paraît pas avoir dépassé l'année 574. Il a recueilli la légende relative à l'Art coeli et il la transmet sous la forme suivante : « César Auguste, dans la cinquantesixième année de son gouvernement, au mois d'octobre que les Athéniens (ou plutôt les Macédoniens) appellent Ilyperberelieus, se rendit au Capitole, qui est au centre de la ville. 11 voulait consulter les augures pour savoir qui, après sa mort, porterait le sceptre impérial. La pythonissc lui répondit : « Par le commandement de Dieu un enfant juif descendra du ciel des bienheureux et prendra sa demeure dans ce bâtiment. 11 est né sans tache et est l'ennemi de nos autels. » Alors César Auguste quitta le lieu de l'oracle et établit sur le Capitole, en un point élevé, un grand autel et y mit en langue latine cette inscription : « C'est l'autel du (ils de Dieu. » Et aujour d'hui encore, après tant d'années, subsiste le bâtiment et la basili que de sainte Marie toujours vierge comme nous l'apprend le chronographe '1 imothée. -■ Augustus vero Çœsar LYI anno regni sui, mense octobrio, qui hgperbcrclœus secundum ments de Sancta Maria in Ara-Cceli à une date peu éloignée de Sancta Maria Antiqua.
Sur le promontoire qu'occupa l'église, s'élevait aux temps païens, près de l'ara capilolina un temple a Junon et peut-être le sanctuaire chrétien vint faire face à un sanctuaire païen. La légende de l'érection par Auguste d'une ara cœli chrétienne se rattache peutêtre à une inscription anti que mal interprétée. En 1896, on a trouvé l'épitaphe d'une prêtresse de Junon qualifiée dea virgo eaelcstis 6 :
FLAVIAE • EPICHA r idi La date, '259 après Jésus-Christ, se lit sur le coté :
IDIB • NOV
L'éditeur (i. Gatti a rapproché le mot caelestis du titre postérieur de l'église. H. Grisar conjecture que le texte : JJwc ara filii Dei est se rapporte, par une fausse interprétation, ace texte célèbre de l'inscription de Dcua fidius tsemo sanclusl '. Huelsen suppose, une Vercingétorix. Primitivement, ce n'était pas une prison, mais une Fontaine appelée Tullianum', coulant au pied du Capitole et aujour d'hui encore conservée (huis le monument. A une épo que ancienne, des can aux - encore visib les — la mirent en relation avec la Cloaca maxima. Le réservoir du Tullianum est en partie creusé dans le tuf et il était d'abord recouvert d'une voûte en pierres colossa les '. A l'épo que impériale, c'était une prison d'État, el c'est alors que la chambre où se trouve la source rejut sa voûte actuelle,. — Arc de triomphe de Constantin. D'après (irisar, Histoire di Rome el des papes, i. i. p. iso, nu. it inscription du temple voisin de la r,>i : fldel Aug. Sacr. qui aurait été interprétée fitio dei Auguslus sacraait *. XVII. La PRISON Mami.uiink. — Non loin de l'Ara Cœli el pies de l'arc de Sévère, entre la Curie el le ('.apitoie, se trouvait la prison fameuse depuis l'épo que des rois, où périrent Jugurtha, Catilina et ses compli ces, l<r-<i« tUS, tilllt ou tllllil ; ce tonl lis BOUrcefl jaillissantes. percée d'une ouverture dans le milieu. Cette ouverture servait & descendre les prisonniers condamnés à mourir de faim. A l'extérieur de la prison, on lit encore les noms des consuls VibiuS Ruflnus et I \er\a sous lesquels fui laite, une restauration du monument ' di« . 1602). amertinische Kerker, dans Zeltschrlft fur kalholische théologie, t. w. p, 109 sq ' • »•/'. inser. lui., i m. n Un récit représente les apôtres Pierre et Paul languissant de longs mois dans le caveau du fond avant d'être mis à mort ; ils convertissent leurs geôliers Processus et Martinianus et avec eux quarante-sept détenus. Ce récit se trouve dans la Passio sancli Pétri 1, ouvrage apocryphe mis sous le nom du pape Linus, ce qui ne l'empêche pas d'avoir été rédigée au déclin du ^e siècle -. Pour comble d'infort une, le passage en question dans pseudo-Linus est une interpolation postérieure ; quant aux actes de Procès et Martinien ils ont sans doute été composés par un rédacteur qui n'avait auc une idée des lieux puisqu'il trouve possible d'introduire dans un cachot qui mesure moins de trois mètres sur six, cinquante et une personnes : de toute discussion, il faudrait renoncer à faire usage de cette indication, mais c'est ici qu'il est nécessaire de se souvenir que l'Itinéraire, tel qu'il nous a été conservé, présente souvent des déplacements de mots et de lignes ; dans le cas présent, il est admissible que trois lignes ont été transposées et mises plus haut que la place qu'el les devaient occuper, avant les monuments du Forum, dont suit l'énumération. Pour les Romains du vu-vinsiècle, le forts et carcer S. Pétri se trouvaient réunis au même lieu. En aucun autre endroit de Rome, on ne trouve localisée cette double tradition.
Le culte ne s'y dirigea pas dès la première heure. En 3GS, ce lieu, mal famé, continuait à loger les cri-
II,
v/rsa wWMr M ff lîl lffl93ilroiBl l'iliTll« 4604 et 4604 &'s. — Bas-relief des piédest aux des colonnes de l'arc de triomphe de Constantin.
D'après une photographie. les deux apôtres, les deux geôliers et les quarante-sept détenus. Une fois en veine d'invraisemblan ces, ce rédacteur imagine de faire, au commandement de saint Pierre, jaillir une source du rocher pour le baptême des convertis. Après les apôtres, on y faisait passer beaucoup de martyrs, ce qui est, somme toute, possible. L'Itinéraire d'Einsiedeln, au VIIE mentionne une source et une prison de saint Pierre au même endroit : Fon.s S. Pétri ubi est carter ejus '. Dans le texte de l'Itinéraire, on trouve ce renseignement proche de la porte Aurélienne, ce qui a fait imaginer que l'apôtre avait été martyrisé sur le Janicule', hypothèse insoutenable. Si l'Itinéraire était à l'abri mincis, un certain Doryphorianus y fut enfermé, et le lieu gardait alors son nom de carcer lullianus' : Doryphorianum pronunliutum canitis reum trusum que carcere lulliano. Cette réputation détournait d'y établir le culte, à supposer qu'à cette épo que le souvenir de saint Pierre fut déià associé à celui du Tullianum qui garda, vraisemblablement sa destination jusqu'au VIe. Au Ve, c'est encore la custodia Tulliana, dans les actes de Chrysante et Darie qui font même allusion aux antiques »an aux 6 : èv ty) toû TouXXavo'j çuXocxj). ta y.avàXta èxù6ïv ; les Mirabilia~, citent les loca qute inveniunlur in passionibus sanctoriim sous le Capitole. Plus tard, les actes de Calepodius, de Sixte, d'Etienne et pseudo-Linus emploient le nom de Custodia Mamertini ou privala Mamertini, désignation dont l'origine n'est pas connue. Dans tout ceci, il n'est question de saint l'icrre que chez le pseudo-Linus et dans les actes de Procès et Martinicn. A cette épo que, s'ouvre la période byzantine de l'histoire romaine. C'est alors que la justice criminelle et le petit commerce abandonnent l'anti que Forum et ses abords pour se transporter de l'autre cite du Capitule à l'ancien Forum olilorium, actuellement place Montanara. Le préfet J avait son tribunal ; l.i se trouvait la prison publi que dont l'emplacement est inarqué par Saint-Nicolas in carceie. Certains documents disent carcere Tulliano, t'était leTullianum translere à l'autre bout du Capitule. Le vrai Tullianum, débarrassé de sa clientèle, fut visité ; l'imagination y découvrit des martyrs connue en d'autres temps elle inventa des victimes de la Bastille.
XVI 1 1. Ane de triomphe de Constantin. — Parmi tant de monuments illustres qui encombraient le Forum, au moins autant qu'ils l'ornaient, une place éminente appartient à l'arc de Constantin, érigé par le Sénat, proche de la Via Sacra. L'édifice se compose d'une arcade triomphale et de deux plus petites, séparées de la grande par des colonnes (fig. i<>03 ; ; il porte un atti que où se trouve l'inscription.
Les piédest aux, élevés sur une double plinthe, sont ornés de victoires d'un style grossier ; sur les retours, ils portent des représentations de captifs conduits par des soldats, et ils sont couronnés par une cymaise lourdement copiée sur cel les déjà si lour des de base de Septime-Sévère. Le monument a été construit avec des débris de l'arc de Trajan ; ce faisant, Constantin suivait une tradition romaine. Sylla avait enlevé d'Athènes les colonnes du temple de Jupiter ( llvmpien pour en orner le Capitole. Constantin s'appropria des statues de prisonniers da ces qui couronnèrent son arc de triomphe où, au xvisiècle, un fou malfaisant, Lorenzino. le bizarre assassin d'Alexandre de Médicis, les décapita. Les bases des colonnes opposent l'élégance de leurs profils a la lourdeur des piédest aux. Les colonnes, excepté une en marbre blanc, sont toutes de ja une anti que, finement cannelées et ne diminuent que depuis le premier tiers de leur hauteur au point où les cannelures sont complètement evidées. Les chapite aux corinthiens à feuil les d'olives sont aussi contemporains de Trajan : mais la plupart sont muti les et les ang les des tailloirs manquent pres que partout : ail les vigoureusement détachées laissent voir en beaucoup de parties le galbe nu de la corbeille. I.'architrave, composée d'un talon sans ornement et de trois faces légèrement inclinées est du iv siècle. La frise, aujour d'hui tout à fait brute, a dû recevoir jadis un re\ ■ t emi ni de marbre, le i ang de per les qui terJchi par en bas est de deux cent imèl avant sur le fond et laisse ainsi précisément la place de min ces dal les de marbre, dont les anciens, au temps de la décadence, révélaient leurs monuments, lie nombreux trous attestent l'emploi les retenaient. Ces marbres ont parti iru. La corniche est un des plus be aux restes de l'antiquité ; elle ressaute au droit des colonnes ; ces ressauts et une longueur en retour d'un mètre sont des raccords avec les fragments plus anciens ; les ornements grossiers, empâtés comme de simp les épanelages, rendent sensible la différence avec les sculptures voisines où le modèle des feuil les se perd dans la gradation des pi nombres jusqu'à l'ombre énergi que des profonds refoullleinents : Ici l'ove, qui rappelle exactement la forme de l'œuf, est pres que détachée de la gorge à Je elle tient a peine et elle ressort vivement dans l'encadrement noir qui l'entoure. Les sculpturi pitoyab les, pauvres copies d'ouvrages excellents. Telle victoire, qui écrit sur un bouclier leshauts faits du héros, rappelle l'admirable statue de bronze de l'.rescia, l'une des merveil les de la statuaire anti que, sauf, comme remar que Ampère, la différence qui existe entre un chef-d'œuvre et une monstruosité. Il est curieux de voir la même donnée reproduite par l'art dans sa perfection et dans sa décadence (fig. 160 I et 160 I bis). Le pied d'une victoire couvre toute la jambe d'un soldat barbare.
Passons aux arcs et à leurs bas-reliefs.
La qrande arcade s'élève jusqu'à l'entablement dont la clef touche pres que le dessous de l'architrave. L'archivolte porte deux moulures ornées de raies-decœur grossiers. Les tympans sont occupés par des victoires ailées qui portent dis enseignes ; ces ligures ont de loin un grand effet et un style accentué que l'incorrection du dessin semble effacer à mesure qu'on s'en rapproche. Sous les pieds de ces victoires, une figurine debout, sertà. remplir le vide jusqu'à l'imposte.
La corniche d'imposte, avec plus d'exagération que celle de l'entablement, pèche également par un excès de richesse. Les détails y surabondent ; de petits aigles déploient leurs ailes contre les volutes des modillons : les denticules sont enrichies de petites tables rentrantes, et chaque membre du profil est orné avec un luxe qui jette un peu de confusion dans l'ensemble. Au-dessous de l'imposte, les piédroits de l'arc, actuellement dépouillés de leurs ornements, portaient autrefois des enseignes ou des trophées, ornements en bronze également appliqués sous la voûte, comme des trous existants invitent à le croire. Les murs des deux côtés de la grande arcade sont décorés par de grands bas-reliefs de l'époque de Trajan. D'un côté on lit : surmontant une scène qui représente un combat, dans lequel le vainqueur pousse ses soldats sur l'ennemi en fuite. De l'autre, les mots : et on voit une Victoire descendre du ciel, poser une couronne de lauriers sur le front de l'empereur.
Chacun des petits arcs est moins richement orné : quatre niches carrées avec des bustes en bas-reliefs grossiers, en forment toute la décoration. L'œil est choqué du profil confus des impostes ; les figures des tympans sont barbares et grotesques à force d'ignorance du dessin. La vue se repose sur les médaillons entre l'entablement et les petits arcs, on en compte quatre sur chacune des façades principales et deux sur les murs latéraux, aussi exquis par leur rare conservation que par leur admirable facture (Voir Dictionnaire, t. I, lig. 1000, 1061) ; un médaillon placé sur la façade orientale représente le lever du jour, et sur la face du couchant on voit la lumière précipiter son char dans les flots ; les huit autres ont trait aux chasses et aux sacrifices. L'entourage de ces médaillons est fruste et en retrait de trente centimètres sur l'affleurement du mur. La présence d'un petit fragment de porphyre entre les deux médaillons de gauche, sur la façade septentrionale, ne laisse aucun doute sur la présence d'un revêtement de marbre. Au-dessus de ces médaillons on lit, sur la face méridionale :
SIC X SIC XX
r celle qui regarde le Cotisée, on lit :
VOTIS X VOTIS XX
qu'il faut probablement entendre des vœux décennaux et vicennaux : vols decennalibus votis vicennalibus sicut vicennalia sicut vaticanis hatti que a gardé son caractère plus que la plupart des arcs de triomphe grâce à ses bas-reliefs et à ses statues couronnant les colonnes. Ces huit statues en marbre pavonazetto représentent des rois captifs. Sept sont antiques, la huitième fut remplacée sous Clément XII, les têtes sont modernes. Entre ces statues courent d'admirables bas-reliefs accouplés deux à deux, tous du temps de Trajan. Mais tout y sacrifie à la figure humaine, les personnages sculptés et presque ciselés se détachent sur des perspectives architecturales qui ne sont que de simples croquis. Sur l'un, nous voyons une allocution impériale du haut des Rostres, sur un autre une scène de congiarie, sur laquelle on a brisé la tête de celui qui figurait Constantin (probablement sous le règne du tyran Eugène, en 392-394) (fig. 4603) ; (voir aussi Dictionnaire, t. n, fig. 2000).
L'inscription était répétée sur les deux faces du monument * :
IMP-CAES-FL-CONSTANTINO-MAXIMO P • F • AVGVSTINO • S • P • Q • R •
QVOD-INSTINCTVDIVIN ITATISMENTIS MAGNITVDINE-CVM-EXERCITV-SVO
« A l'empereur César Flavius Constantin, très pieux, très heureux, auguste, qui par l'inspiration de la divinité et par son génie sut, avec son armée, triompher du tyran et de toute sa faction en même temps, venger la république, le sénat et le peuple romain dédièrent un arc illustre à ses triomphes. (Voir Dictionnaire, t. m, col. 2674-2676, fig. 3250.) XIX. Statue de Constantin. — Presque au milieu du rectangle du Forum proprement dit, près du lac Curtius et de la base d'une ancienne statue équestre de Domitien se trouvait la statue du premier empereur chrétien. L'Itinéraire d'Einsiedeln le nomme Cavallus Constantin ! et il nous en a conservé l'inscription. En 1873, on a trouvé les restes du piédestal. Cette inscription fut dédiée en 334, sous le consulat d'Anicius Paulinus, alors préfet de la ville :
Cette inscription était connue par Scaliger et l'Einsiedeln qui dépendent l'un de l'autre. L'equus Conslanlini devenu le caballus Conslanlini, descendit de son piédestal vers le Xe, et s'alla reposer au Latran ont dit les antiquaires ; ils ont changé d'opinion depuis qu'ils ont pris le titre plus grave d'archéologues, et ont reconnu que c'était Marc-Aurèle et non Constantin qui piaffait dans la cour du Latran. Peut-être changera-t-on encore. Quant à la base, et à l'inscription on n'en peut discuter.
XX. Colonne de Phocas. — En 1811 fut dégagé un monument, le dernier érigé à un empereur sur le Forum romain. C'est une colonne, restée debout, taillée vers le n0 ou mc siècle de l'empire, retirée de quelque monument de cette époque dont on peut voir encore le piédestal en briques renfermé dans les degrés grossièrement construits au VIIE, quand elle fut par Smaragdus, exarque d'Italie, dédiée, en 608, à Phocas 2 :
XXI. La liturgie au Forum. — Non seulement des oratoires, des églises furent érigés au Forum parmi ces édifices dont les noms sonnaient les grandeurs du paganisme, mais la voie Sacrée devint l'itinéraire des processions qui, dès l'époque byzantine, se mirent à sillonner en divers sens le Forum, Le jour de Noël, une procession partait de Sainte-Marie-Majeure pour gagner Sainte-Anastasie, à travers le Forum. Le mer-
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credi des Cendres, une procession se rendait de Sainte-Anastasie à Sainte-Sabine. Le 1 » novembre, la chapelle palatine (voir ces mois) célébrait la tête de son titulaire, saint Césaire, martyr à Terracine ; cette fois, la procession partait de l'église des Saints-Côme-et-Damien, prenait à gauche par la voie Sacrée, passait devant l'arc de Titus et entrait au Palatin. Les quatre fêtes de la Vierge célébrées le 2 février, le 25 mars, le 15 août, le 8 septembre voyaient la procession partir de Saint-Hadrien. De grand matin, on y voyait affluer de toutes les églises presbytérales ou diaconales des processions partielles, marchant avec des allumés, au chant des antiphones. Le pape arrivait de son côté ; il allait à Sainte-Martine où ses diacres et lui revêtaient des planètes (chasubles) noires. Puis il procédait à la distribution des cierges bénits, comme il était observé au commencement du xne siècle. Dès le matin du 11 août, le pape allait à l'oratoire de Saint-Laurent ; ouvrir l'armoire qui renfermait la célèbre icône ; il faisait sept prostrations devant elle, lui baisait les pieds et la descendait. Au milieu de la nuit, après les matines de Sainte-Marie Majeure, le pape revenait au Latran ; les cardinaux se chargeaient de l'icône et la procession se mettait en marche dans la direction du Cotisée. Douze huissiers, portant des torches, précédaient l'image miraculeuse ; près d'elle marchait le préfet de Rome, cum duodecim liris, c'est-à-dire avec les douze chefs de la milice régionale, tous portant des cierges allumés. Puis venait la croix stationale et le long cortège de la curie. A Sainte-Marie-la-Neuve, sur la voie Sacrée, on faisait une première station. Les clercs, à l'intérieur de l'église, exécutaient des psalmodies de matines ; au dehors, l'image arrêtée devant le portique était l'objet d'une cérémonie singulière. On lui lavait les pieds avec de l'eau parfumée *. Seconde station à Saint-Hadrien et nouveau lavement des pieds du Christ, las ! du temps, les braves maîtres d'école qui lisaient le « Martyrologe d'Ovide, c'est-à-dire, ses In rédigeaient les Mirabilia urbis Romae, se rappelaient peut-être, à ce propos, que jadis on avait coutume de laver une fois l'an la déesse Cybèle dans le ruisseau on trouvait la » Maison d'Orphée » où, du temps du pape Léon IV, un serpent basilic avait établi son repaire. C'est précisément au cours de la procession de l'Assomption, que ce saint pontife avait triomphé du monstre, et arrêté le cours de ses méfaits. Enfin on arrivait à Sainte-Marie-Majeure, bien fatigués ; une messe pontificale, aux premières lueurs de l'aurore, terminait cette longue cérémonie.
« Plus solennelle encore était la procession du lundi de Pâques. Ce jour-là, le pape allait en grand gala, comme nous dirions, célébrer la messe à Saint-Pierre. En allant, il passait derrière les édifices qui bordent au nord la voie Sacrée et le Forum. Mais, au retour, le cortège les longeait par devant. Il débouchait par le clivus Argentarius (via di Marforio) devant la prison Mamertine, passait sous l'arc triomphal de Septime-Sévère, plus loin sous l'arc de Nerva, devant le temple de Faustine, montait la voie Sacrée sur ces pavés où Simon le Magicien était — (disait-on) — tombé jadis, atteignait l'arc de Titus, puis la Meta Sudans ; d'où, laissant à droite l'arc de Constantin et le Cotisée, il disparaissait vers le Latran.
« Mais ce n'est pas seulement au chant des litanies que les ruines du vieux Forum reprenaient vie de temps à autre. On y vit bien d'autres scènes. Au début du vin siècle, le pape Jean VII transporta la demeure pontificale auprès de l'arc de Titus. C'était se mettre au cœur même de la Rome d'alors, au voisinage des événements politiques qui, de loin en loin, venaient rompre la monotonie du régime byzantin. Au printemps de l'année 713, il y eut bataille sur la voie Sacrée entre les partisans du duc en fonctions, Christophe, et ceux d'un nouveau gouverneur, Pierre, qui devait sa nomination à la faveur d'un usurpateur hérétique. La guerre civile nous dit le Liber pontificalis, ensanglanta la voie Sacrée. Déjà trente cadavres s'entassaient sur les pavés traditionnels de Simon le Magicien, quand le pape intervint. Les prêtres se jetèrent dans la mêlée, portant la Croix et les Évangiles. Ils réussirent dans leur mission pacifique, Pierre et ses partisans purent faire retraite ; un changement d'empereur, survenu peu après, confirma la victoire du parti chrétien.
« Cinquante ans plus tard, nouveau recommencement des choses. A l'endroit appelé Tria Fata, devant l'église Saint-Hadrien, juste au lieu où se rejoignaient autrefois le Comitium et le Forum, on vit s'assembler les Romains, « tous les prêtres et chefs du clergé, les officiers de l'armée, l'armée elle-même, les citoyens honorables : enfin, le peuple romain dans son ensemble, grands et petits - ». II s'agissait d'élire un pape, à la suite de l'expulsion d'un intrus. C'était le seul cas où il fut encore question de comices et d'élections. Le primicier, un autre Christophe, présidait l'assemblée. On discourut, comme aux temps de la vieille république, et même on finit par s'entendre. De ce que l'on ne saurait cependant qualifier de conclave, sortit le pape Étienne III (7,68) *.
XXII. Bibliographie. 1'- Allard. Le Forum. Piganiol, Les origines du Forum, dans Mélanges d'archéologie et d'histoire, 1908, t. xxviii, p. 233-282. E. de Ruggiero, Il Foro romano, in-8°, Roma, 1913. H. Leclercq. FOSSOYEURS. I. L'œuvre des fossoyeurs. II. Le nom de fossoyeurs. III. Rang hiérarchique. IV. Dignité de la fonction. V. Monuments ligures. VI. [Laïcisation des fossoyeurs].
I. L'œuvre des fossoyeurs correspond assez mal au titre de fossor que nous rencontrons dans les catacombes. Pour être tout à fait exact, il faudrait rassembler dans une même idée, la notion de fossoyeur, de terrassier, de mineur, et même d'ingénieur. La corporation des fossores, comme nous dirions aujourd'hui le syndicat des travailleurs souterrains, avait à sa charge une entreprise considérable, celle du percement des galeries, de leur entretien, peut-être de leur décoration, de la vente des parcelles, loculi et cubiculi. Il est clair que nous nous trouvons ici en présence d'une corporation importante, par le nombre de ses membres et par le nombre des affaires qui passaient entre ses mains. Lorsqu'on étudie les souterrains, on s'aperçoit bien vite que les excavateurs n'avançaient pas au hasard de la fantaisie ou des besoins du moment. Ils procédaient à des forages, étudiaient la nature du sol, son degré de résistance, le développement possible d'une installation, la possibilité des niveaux superposés, etc. Nous ne savons à peu près rien de tout ce côté administratif, sinon ce que les faits et quelques inscriptions permettent d'induire, car les textes sont deplorablesment silencieux au sujet des copiatae ou fossores. Comment ont-ils débuté, comment duraient-ils et quand ont-ils fini ? Autant de questions sans réponses. Il est clair que lorsque l'idée de creuser un hypogée, d'y déposer une ou plusieurs tombes, d'y accéder par une galerie, est venue aux premiers fidèles de Rome, ils ont recouru à la main-d'œuvre païenne, la seule qu'ils eussent sous la main. Puis ils ont dû, peu à peu, organiser des équipes, acquérir certaines notions, adopter certaines règles ou certains usages, affecter des quartiers ou des régions, aussi on peut avancer que la corporation des fossores est une des moins connues et des moins étudiées. D'ailleurs, il n'y eut pas d'inhumations souterraines qu'à Rome, il y en eut à Naples et ailleurs (voir Catacombes) ; dans tous ces lieux, on est encore plus complètement ignorant de ce qui concerne la corporation et ses membres.
Il n'est pas que ceux-ci aient affecté de se montrer. Il y a un ouvrage inédit du même Suarez, Defunctoribus laborantibus, etc. — Sarcophage conservé dans la cour de la maison Irace, à Rome ; la cuve sert de réservoir et l'huisserie. Les fossores se sont plu à être représentés dans les catacombes, au travail, le pic à la main, attaquant le roc qui surplombe. Ils étaient ici chez eux et on peut croire qu'ils comptaient parmi eux des décorateurs qui se chargeaient des peintures à fresques. En effet, les représentations de fossores sont fréquentes sur les parois des galeries et des cubiculi, mais rien ne rappelle leur souvenir sur les monuments qui n'étaient pas à leur disposition, par exemple les sarcophages sculptés. Il est à remarquer que les représentations de fossores ne nous les montrent pas creusant des tombes et faisant, proprement parler, l'office de fossoyeurs, mais le pic ou l'ascia à la main, taillant des galeries et des cubiculi, tantôt taillant, tantôt façonnant. L'attitude même qu'on leur donne est intéressante à noter. Nous y pouvons voir de quelle façon ils ont procédé, s'ouvrant un chemin avec leur pic à travers les couches du sol, tantôt au-dessus de leur tête, tantôt à leur hauteur. Dans aucun cas, nous ne les voyons représentés dans une attitude familière aux mineurs, c'est-à-dire couchés sur le dos. Parfois, ils sont représentés au repos, le pic ou la pioche sur l'épaule. Il est à remarquer que les images des fossores ne se rencontrent pas dès l'origine. Dans la première aire du cimetière de Calliste, qui remonte à la fin du iiie et au début du IVe, on ne les voit représentés nulle part. Là où on peut les mieux juger, lorsqu'ils sont debout, le pic sur l'épaule, en tenue de travail, la tunique serrée à la taille, ils ne se distinguent pas des autres ouvriers du même temps. Parfois, ils laissent retomber la tunique ou bien ils tiennent à la main la petite lampe sans laquelle ils ne pouvaient s'aventurer dans les couloirs. Il faut songer que ces travailleurs ont perforé des kilomètres de galeries, des centaines de cubiculi, creusé un nombre de tombes qui n'est pas inférieur à six millions, bien que ce chiffre ne soit qu'une approximation ; bien plus, qu'ils ont déblayé un cube gigantesque de matériaux, l'ont transporté à distance, puis, lors d'une persécution ou pour des raisons de solidité, ont comblé certaines de ces galeries qu'ils avaient creusées, et on comprend alors combien fut respectable le rôle de ces humbles qui furent vraiment les laborantes, xotckxty) ; par excellence.
II. Le nom DE FOSOR. — On n'encourt pas d'appellation spécialement réservée aux fossores avant le IVe, mais le nom ilc\nl rtlc. pjus ancien, s'il ne l'est pas autant que la fonction qu'il désignait, un admet généralement l'étymologie du mot xotckxty) ; comme venant de i-ô -■>'> nomôaQoù, a laborcmdo, Godefroy préfère la faire venir de iizb To0xoireroû, a planclu ou bien i-.h t ?, ; x.o -•-/. : avec le sens de ouïes pn si laborem. A toutes ces balivernes. — sotliglieze dit rondement. LIS. De Rossi, il faut et suflit d'opposer une inscription inédite vue par Marini au cimetière Ostrien uns. Vatic. 9087, fol. 3526) dans laquelle il est mention d'un certain Debcslus montanarius qui laboravit fier totum eimiterium au ive ou au début du Ve :
Cette inscription devint ainsi le meilleur rnmineii taire d'une inscription grecque gravée : sur le devant midité.' inii par détruire le texte, m. us d avait été Iranscrlt dans des manuscrits du ki léclc, pai tlcullèrement par Piètre Sablnus, qui le \ d m >i>>nm Ctnctorum posi Mtneroam lois. Mann i'. A l$S,tol. I.'. :'. :( Jus. l.V.ISS.tol. lOSfr.Vatic. Ottob. ■« ! '■. fol. 103) i ■ B. De Rossi, Roma d'un sarcophage d'apparence païenne, représentant des autels et des sacrifi ces : ta xoûpia ene
5 RPAYCN XPYCHC H CYNBIOC AY TOY
Aovyivcp îç TaÛTa Ta /copia i~ Éypa'yEv XpùaTjç • ») oûv6ioç AÙTOÙ.
Le mot xotckxty) ; passa de la langue grecque dans la langue latine, mais ce ne fut probablement pas beaucoup avant le milieu du IVe puis que nous lisons dans un texte législatif de l'année 360 : copiatas recens usus instituit nuncupari 1. Il devait du moins en être ainsi en Italie puis que cette loi de Constance est adressée au préfet du prétoire. Une autre loi du même prince accepta Romas en 357, fait de même mention de ceux qui copialœ appellantur 2. Une des plus anciennes inscriptions qui contient la mention de ce mot, est un fragment tracé sur un couvercle de sarcophage, haut. 0,268, larg. 0,28, en marbre grec et d'origine inconnue, qui fait partie de la collection du Campo santo tedesco à Rome. On voit Jonas couché sous le cucurbite et les tra ces de la mention xôTrtdnqç à la ligne 2 3 :
• ANT
• KOni
• PHOC
■ AOP
5 • T
• I
A Rome et dans les pays de langue latine, on fit usage du mot fossor ou fossarius. Muratori pensait que la présence de ce mot suffisait à prouver l'origine chrétienne d'une épitaphe ' ; c'est trop dire. Sans doute on en pourrait compter facilement les exemples sur des pierres païennes, mais enfin on pourrait les compter. Nous connaissons sur un cippe païen élevé par Tiberius Claudius Cratinus à celle qu'il nomme callibertse suie, la formule finale suivante : FOSSOR PARCE HIC IAM CVBAT 5.
Une inscription du iie et peut-être du IIe, certainement chrétienne, fait mention d'un fossor, et TOnoçuXa ? :
TCOIY)(raç BaiScope e(xi Jcôv tco te tottoçùXaxt xal u-ecteiteûx tfoaaopt (Svjvâpia) 8éxa* TrapavyéXXo te v ôvôjiaTi xal 0(eo)û u.ï ;te v Taïç aToaïç (j.t)te v roi xïjTîco 7rôïXov 7^ ccofia TsOîjvai TVXÇ-kt, '.Cl-I àp/TJÔEV coptauivcov ttueXcov 8<jo. 'O Se ab-rçaôu-Evo : ; xal 6 i Ts6T)vai, }.6yov tco x(upi)co Scôcyouatv.
In hoc loco hupogœi requielnrio facto Theodorus sursum positus (ou bien anle positus) est relinqucns et loci cuslodi et fossori denurios decem. Et obnuncio in nomine et intercessione Dei (ou bien Deus sponsorem invocans) ne que in porticibus nc que in horlo arcam vel corpus (licere) poni, exceptis duabus arcis ab initia constituas, qui vero petieril et qui permiseril poni rationem Deo reddent.
Voici donc un fossor qui est en même temps gardien de cimetière et reçoit pour la surveillance et l'entretien d'un tombeau bisome la petite rétribution de dix deniers. Comme la tombe était entourée de portiques et de jardins, le fossor se trouvait évidemment chargé des mêmes soins pour les autres tombes du même enclos ; en même temps que fossor, il était donc un peu jardinier. Mais resterait à savoir s'il appartenait en quelque manière, par son titre de fossor, à la hiérarchie cléricale ? On n'en aperçoit nul indice.
Cette inscription qui a fait autrefois partie du cabinet du cardinal Passionei et dont l'origine est inconnue, est entrée, depuis lors, dans les collections de la bibliothèque vaticane. Giacuzzi et Kirchhoff ne parvenaient pas à y découvrir le nom du défunt. J. R. de Rossi propose de lire à la deuxième ligne : 7roi7]aa ; ©aloVops <xv(e)té07] ou bien àv-E(-é)0T) ; ainsi le nom du défunt serait Théodore e.
Quoiqu'il en soit, nous voyons que les fossores pouvaient désigner des artisans aux fonctions fort diverses. Outre le pic pour creuser, l'ascia pour aplanir, la truelle pour maçonner et plâtrer, le pinceau pour décorer, le stylet pour graver, il leur fallait encore manier la bêche et le râteau pour jardiner. Nous verrons plus loin, par les peintures du tombeau du fossor Diogène, qu'ils maniaient encore le compas et l'équerre avec la règle. Enfin, ils sont administrateurs, passent des contrats de vente et d'achat d'une concession, débattent le prix d'un loculus ou d'un arcosolium ou d'un cubicule, et lors que l'affaire en vaut la peine, font venir des témoins et se rassemblent en nombre pour la signature d'un contrat, pour lequel parfois on convoque un prêtre, comme dans ce cas.
Ici, le fossor porte un titre différent, celui de mansi^narius, sorte de sacristain en dehors des ordres. Et ceci nous amène à voir le rang hiérarchique des fossores.
A partir de la paix de l'Église nous voyons les fossores comptés dans les rangs du clergé. Les lois civiles de 357 et de 360 qui ont été rappelées plus haut leur accordent tous les mêmes privilèges que les clercs ; saint Jérôme donne ce titre de clérici à ceux qui avaient cette charge, officium, d'ensevelir et d'inhumer : linteo cadaver obvolvere, fossam humum lapidibus construentes ex more tumulum parure. Épiphane, l'auteur anonyme du traité de septem ordinibus ecclesiæ, le liber notarum de l'éron, le chroniqueur du vi » siècle édité par Mai placent les fossarii, κωμητῶν au dernier ou à l'avant-dernier degré de la hiérarchie.
Étaient-ils de véritables clercs ? Constituaient-ils un degré hiérarchique parmi les ordres mineurs, ou bien leur office de fossor était-il associé indifféremment à l'un ou à l'autre des ordres mineurs.' Il semble, que dans certains cas, on ne les distinguait pas des ostiarii. Dans le document relatif de l'Église de Cirta, on voit nommer l'évêque, les prêtres, les diacres, les sous-diacres et les fossores, tous présents pour une affaire qui concerne le lieu des réunions liturgiques. Peut-être les sept individus qualifiés fossores étaient-ils en même temps ostiarii, mais c'est le premier nom qu'on leur donne. Par contre à Rome, sous le pontificat du pape Corneille, en 251, c'est-à-dire un demi-siècle avant le document de Cirta, nous possédons un dénombrement complet du clergé de l'Église romaine qui comprend, pour les ordres mineurs : quarante-deux acolytes, cinquante-deux exorcistes, lecteurs et portiers, il n'est pas question de fossores ; peut-être ici sont-ils confondus avec les ostiarii, mais c'est ce titre qui prévaut sur l'autre.
Ce nombre de cinquante-deux parait fautif et très insuffisant. De Rossi propose d'y ajouter une ou deux centaines. A Carthage, où l'on a retrouvé en si grand nombre des épitaphes de clercs des ordres mineurs du IVe et du Ve, il n'a pas été découvert une seule épitaphe de fossor. A Hadrumète, où il existait une catacombe, nulle mention de fossores. Dans les documents du i« siècle et des siècles suivants, les fossores et les copias sont expressément distincts des ostiarii, et dans quelques-uns de ces textes ils constituent un des sept degrés de la hiérarchie inférieure, d'où ont disparu acolytes et exorcistes gradus ecclesiæ... septem ostiarius, fossarius, lector, subdiaconus, diaconus, presbyter, episcopus '.
IV. Dignité de la fonction. Dans les galeries et cubicules d'époque antérieure à la paix de l'Église, aussi bien dans la catacombe de Calliste que dans les autres catacombes, on ne rencontre ni mention, ni indice quelconque de l'ingérence des fossores, d'une vente opérée par eux ou du prix perçu, Ces contrats de vente ne se rencontrent qu'à une date postérieure dans les galeries creusées au iv siècle, ou bien dans les tombes percées parmi des arcosolia plus anciens. Et cependant le plus gros de l'œuvre d'excavation remonte à l'époque des persécutions, les fossores n'ont dû ensuite que déchoir de leur importance.
Il est à remarquer que cette immense entreprise de percement et d'aménagement des galeries n'a laissé pour cette période des trois premiers siècles, aucune trace de contrat conclu avec les préposés à la direction des cimetières. On ne fait même que rarement usage de la formule SIBI ET SVIS qui indique une tombe préparée du vivant de celui qui y repose. Il y eut à cela une raison évidente. Ce que nous nommerions aujourd'hui concession perpétuelle, équivalant pour celui qui en faisait la dépense à un droit de propriété et durant à la tombe, eut exigé que les galeries demeurassent toujours accessibles aux héritiers et ayants droit de ce propriétaire ; or, c'est ce qu'on voulait éviter afin de pouvoir obstruer les galeries à mesure qu'elles étaient remplies avec la terre qu'on extrayait d'autres galeries. On réservait l'accès de cubicules décorés, de tombes vénérées, quant aux tombes les plus simples, leur sort était prévu : on devait savoir que le jour où des galeries entières seraient pleines, on n'y pourrait plus mettre un seul corps, on le obstruerait. L'esprit mystique qui régnait encore dans la communauté faisait accepter cette perspective par ceux même à qui leur fortune eût permis de s'acheter une tombe et d'en réserver l'accès à leurs descendants. De même, que dans la synaxe liturgique ils prenaient une satisfaction profonde à frôler les pauvres membres de la communauté, de même ils se complaisaient à la pensée de dormir à jamais parmi ces humbles compagnons. Pour s'assurer cette tombe, il n'était pas besoin de conclure un contrat ; il suffisait de mourir et de laisser inhumer ses restes au hasard du jour des funérailles, à son rang d'arrivée.
C'était une sorte de dévotion, une forme de l'humilité chrétienne, que cette promiscuité du tombeau. Dans les actes apocryphes de sainte Agnès, on lit cette observation à retenir : »facilitas vos audio in nescio quas vias personas expendendo consumere ac pro sceleribus suis punitos cum omni gloria tradere sepulturae... Valerianus dixit : facilitas nostras egentibus damus, advenas suscipimus, viduis opem ferimus, orphanis subvenimus, inhumata corpora tegimus et honestas martyribus tradimus sepulturas« . Et ce n'est pas seulement des pauvres, mais des inconnus à qui on fait l'aumône d'une sépulture : »ultimum illud et maximum pietatis officium« : c'est, dit l'auteur, »peregrinorum et pauperum sepultura« . Un demi-siècle auparavant, la même idée était exprimée dans la lettre de l'Église de Rome à celle de Carthage qui rappelle le devoir des clercs : »quod incumbit hoc opus, a plus forte raison les fossores« . Hiéronymus, Di... »ordinibvs« ,i [52 q. ; G. Morin, Hiérarchie et liturgie dans l'Église gallicane au vi » siècle, Rev. bénéd., 1891, t. viii, quibus grande periculum imminet si corpora martyrum nulli sepeliantur. C'est là une des œuvres de charité par excellence et pour la désigner, les fidèles n'ont pas trouvé d'expression plus significative que « bene facere » :
• ■ • CVI BENE FECIT VXOR EIVS CVM FILIIS SVIS- ■ -■■ CVI BENE FECIT VXOR ET FILI EIVS1
• ■ ■ FILIA SVA FECIT VENE MATRI '
enfin au cimetière de Saint-Hermès :
CERVNTIVS QVI VIXIT ANNOS XXV REMISIT AMVMNV NONINE BENIG NV QVI FECIT CORPORI BENE
Gerontius qui vixit annos XXV reliquid alumnum minime Benignum qui fecit corpori bene.
On est, sans doute, d'après cela, fondé à admettre qu'à Rome et à Carthage, et en général dans les églises chrétiennes des trois premiers siècles, le soin de la sépulture était si relevé qu'il était volontaire et qu'on n'avait pas besoin de recourir à la main-d'œuvre payée ; les clercs s'y distinguaient particulièrement. Lorsqu'après la paix de 313, tant de choses furent modifiées, les catacombes furent progressivement délaissées, mais les fossores en furent à peine moins honorés. L'anonyme de septem gradibus ecclesiæ imprimé parmi les écrits de saint Jérôme, s'exprime ainsi à leur sujet : « laies fossarios esse ecclesiæ convenu, qualis Tobias propheta fuit : ejus fidei, ejus sanctitatis, ejusseienlix atque virtutis ». Et l'auteur déjà cité du Chronicon palatinum dit que le Christ a en quelque façon consacré le grade de fossor, en se rendant au tombeau de Lazare : « Christus in se consacrando ecclesiam, gradus ejus singulos consecravit.... fossarius fait quando Lazarum de monumento evocavit ». Dans le traité de septem gradibus, adressé à un évêque, on trouve une vive insistance au sujet du traitement dont les fossores doivent être l'objet de la part des prêtres, que surtout on ne les considère pas comme des mercenaires ou des esclaves, qu'on ne les compare pas aux laïques, car ils sont clercs et reconnus tels par l'évêque « ipse (episcopus) ordinarium sacerdotes... ipse fossarios ». Au même titre que les autres clercs, ils doivent, en cas de besoin, recevoir les secours pécuniaires de l'Église à laquelle ils appartiennent, mais comme ce point n'a pas été toujours observé, l'auteur s'émeut : « eget... fossarius. moriuntur fame qui alios sepelire mandantur ; poscunt misericordiam, qui misereri aliis sunt præcepti ».
Les fossores recevaient donc de l'Église la rétribution indispensable à leurs besoins journaliers et à ceux de leur famille : « sumptus necessarios de laboribus justis », lisons-nous dans une autre occasion, mais ces paroles ne trouvent pas ici leur explication. Aucune précision n'est possible sur ce point en l'absence de tout texte.
V. Monuments figurés. — Le procès-verbal de tradition de l'Église de Cirta, dont nous avons parlé plus haut, met en scène six fossores et plus particulièrement deux d'entre eux : « inductis et adplicitis Victore Samsurici et Salurnino fossoribus ». On les interroge sur leur état et ils répondent, l'un « fossor », l'autre « artifex ». Il se trouvait donc parmi les fossores des « artisans ». Une équipe de fossores devait avoir à sa tête un mensor, ce que nous appelons en France un « contremaître », c'est-à-dire l'homme qui possède une demi-connaissance technique, qui sait lire un plan, faire usage du niveau, du compas, tracer une ligne, calculer ; un d'eux dont l'inscription est ornée d'une bêche est qualifié : « ARCHITECTI » * (voir fig. 4612). C'est un de ces contremaîtres que nous avons dans une fresque célèbre que Boldetti fit connaître pour la première fois dans un croquis plus fidèle que ceux qu'il consacrait aux autres fresques, les restes de cette peinture se voient encore à la catacombe de Domitille. Cette peinture ornait la lunette d'une niche à sarcophage. Le dessin de Boldetti demeurait fort oublié dans le volume in-folio, quand l'illustration de la Fabiola de Wiseman conféra soudain à Diogène, le fossor, la célébrité. Ce qui subsiste de l'original est bien peu de chose, et il est fâcheux d'avoir à ajouter que la destruction partielle de ce monument est due à d'Agincourt qui entreprit de détacher l'enduit de la paroi. Diogène est représenté avec le pic sur l'épaule droite, il tient de la main gauche un bâton à l'extrémité duquel était fixée la lampe ; sur l'épaule droite, il a jeté un sac dont le dessinateur de Boldetti a fait une pelle. Ce sac, c'était tout simplement le petit bagage de la journée : pain, fromage, sel et boisson, car on ne remontait pas des galeries pour déjeuner. A droite de Diogène, on voit une sorte de construction à abside et, de chaque côté, les instruments de la profession : un marteau, une houe et un pic. Dans la copie de Boldetti, on voit un compas, mais G. Wilpert soutient que c'est une illusion produite par l'ombre des pieds. Boldetti avait pu lire l'inscription :
Le sarcophage a disparu, mais l'inhumation dans ces sarcophages était rare dans les catacombes et il est facile de supposer qu'un simple artisan n'aurait pas obtenu cette distinction. Les lignes tracées pour servir de fond au tableau paraissent vouloir donner l'impression d'une abside, des lignes obliques pourraient vouloir indiquer un escalier. Ne serait-ce pas un souvenir d'une excavation qui avait été dirigée par Diogène. Même en supposant que ce soit l'ombre des pieds que Boldetti a pris pour un compas, tous les outils et instruments qui entourent l'image du défunt montrent assez son importance. Parmi ces instruments, il s'en trouve un en forme de lance qui a fait écrire à Ed. Le Blant : « un bas-relief chrétien où l'on tenait le marteau du lapicide ». J.-B. De Rossi a pu, en se guidant par les seuls types paléographiques des inscriptions, déterminer à plusieurs fois le cimetière d'où elles provenaient et il en a conclu que des officines de lapicides étaient attachées à certains, sinon à tous les cimetières. Le splendide type paléographique qu'on rencontre parmi les plus anciennes inscriptions du cimetière Ostrien sur la voie Nomentane ne se rencontre pas ailleurs.
De même dans une famille d'épitaphes de la fin du IVe, et du premier quart environ du Ve. Le fossoyeur Dlogcne. D'après Wflpert, Le pltture délie catacombe, p. 180, où figurent des artistes sculptant le marbre d'un sarcophage prescrite des instruments semblables. Le fossor est-il donc appelé à manier dans les galeries funèbres, le ciseau du lapicide, à travailler les seules pièces de marbre qu'on y rencontre communément, dire les dalles des épitaphes ? Ces monuments eux-mêmes sembleraient l'attester. Tandis que les deux grands recueils de marbres des catacombes romaines, ceux de Bosio et de Boldetti, présentent à peine quelques épitaphes de clercs de l'ordre inférieur, les inscriptions de fossores s'y trouvent très considérablement. N'est-ce point là un enseignement de plus, et ne semblerait-il pas que les hommes dont la tombe recevait plus souvent que celles de leurs supérieurs la légende commémorative, étaient ceux dont on trouve gravées de façon négligée les sigles NB - M - et V • N • M •, abréviations de benemerenli et venemerrnli qui ne se rencontrent pour ainsi dire pas d'autres cimetières, mais seulement parmi les épitaphes d'une famille de fossores du cimetière Ostrien. Or, au septième mille de la voie Nomentane, au cimetière de saint Alexandre, dont les galeries pauvres d'inscriptions sur marbre, une des rares épitaphes porte précisément le sigle V • N • M • en caractères semblables à ceux des marbres du cimetière Ostrien. Il est clair que ces gens du septième mille de la Nomentane ont des adresses à leurs voisins. De même, au cimetière de Calliste, on a relevé des inscriptions de famille paléographique parmi les galeries les plus anciennes ; il semble permis de croire que chaque cimetière ou groupe de cimetières était propriétaire d'une officine lapidaire, laquelle était vraisemblablement gérée par les fossores du cimetière.
Ce n'était là cependant qu'une particularité, un détail attaché à la profession. Le vrai fossor était le mineur qui, l'ascia à la main, raclait les arénaires, les galeries, les cubicules. En tête de l'épitaphe citée déjà de Debestus, nous voyons une ascia, et nous voyons des Saints-Pierre-et-Marcellin. Le plus souvent, on les représente deux à deux, ce qui semble bien indiquer le désir de figurer non un tel fossor, mais le fossor en général. Au IVe, nous rencontrons cependant deux fossores représentés individuellement : Diogène et un autre nommé.
Dans la Cappella dei Sacramenti A3 (fig. 1012) au cimetière de Calliste, les fossores sont représentés le pic à la main ; sur une fresque du cimetière de Pierre-et-Marcellin, paroi d'entrée du cubicule double, on voit un fossor qui se rend au travail (1re moitié du Ve), il porte la tunique et les escarpins, et son bâton auquel est suspendue la lampe, son sac à provisions, jeté sur l'épaule gauche (fig. 4G10). Une autre fresque du même cimetière et de la même date, dont il ne subsiste presque plus rien, montre la lampe déjà accrochée. Dans le cubicule XI de la catacombe ad duos lauros, le fossor qui travaille correspond à un camarade qui allume la lampe. Bosio a encore vu ces deux figures intactes, aujourd'hui elles ont en partie disparu.
À ces fresques, ajoutons une série d'épitaphes : d'abord celle d'Atieianus, benemcrenti, avec son ascia ; nous trouvons ce même instrument sur les fresques. L'habitude de figurer les fossores au travail a commencé vers la seconde moitié du IVe et s'est continuée jusqu'à l'époque où les catacombes furent définitivement abandonnées. Nous les trouvons représentés dans la catacombe de Saint-Calliste, de Domitille, avec une pioche. (Voir encore Dictionn., t. i, col. fig. 1015, col. 2964, Bg. lulG.) Une inscription trouvée en l'année 1900 au cimetière moderne du Campo Verano, sur remplacement de l'ancien cimetière de Cyriaque, est ainsi conçue (fig. 611) :
DIE III / KALMAIAS FLSIIIICO NE SECVNDO CONSS-
Flfaoius Eurialus nir) h(oneslus) conparaoil lorum sibi se vivo ad me(n)su(m) betili martyris I.aurentii descendenlibfus ) in crypta parle dext(e) ra de jossore... v (lo)ei ipsius die m kal. maïas l'I (avio) Slilicone secundo Consule.
Haut. 0m.58, larg. Om.60, épaiss. 0m. 04, lettres passées à la couleur rouge.
Cette inscription est datée de l'année 105 ; elle rappelle que FI. Eurialus, homme de condition (vir honestus), acheta de son vivant une tombe à droite en descendant dans la crypte, près de l'autel de Saint Laurent, le célèbre martyr de la voie Tiburtine. La phrase ad mesa beatis martyris Laurentii équivaut à ces mots ad bealum J.aurentium.
Il est ici question d'un fossor... l« d ipsius, ce qui montre bien que les fossores étaient embrigadés par équipes affectées aux différents cimetières. Et non seulement nous pouvons tirer de notre texte cette indication, mais encore rapprocher ce fossor loei ipsius du TONOTTYLAKI KAI 0OCCOPI que nous avons déjà rencontré. Ce qui est singulier, c'est le soin qu'on a pris de marteler à une époque ancienne le nom du fossor. Ceci, dans l'épigraphie officielle, était réservé à des cas exceptionnels, comme la mémorise damnalio ; il est presque certain que l'adoption d'un procédé tellement infamant doit indiquer que le fossor dont le nom a disparu de la pierre s'était rendu gravement coupable, ce qui avait entraîné son expulsion du corps dont il avait fait partie. Seule, l'autorité ecclésiastique aura pu ordonner une punition aussi solennelle, qui laisse supposer l'excommunication ou l'apostasie. En l'occurrence, ce sont les prêtres du titre dont dépendait la catacombe de Cyriaque, -titre des Saintes Prudentienne-et-Praxède - qui auront prescrit le martèlement. Un seul autre exemple d'expulsion officielle du cette épitaphe est datée de l'année 105, il est donc naturel que c'est le même ignaié dans les deux inscriptions, et il est remarquable que dans les deux noms, une seule lettre V, ce qui permettrait de supposer le nom Virenlius. On peut en induire aussi que cette deuxième inscription provient, comme la précédente, de la catacombe de Cyriaque.
Une inscription du cimetière de Sainte-Agnes nous montre les noms des deux prêtres titulaires martelés ; ces exemples, ni les seuls connus dans l'épigraphie de la hiérarchie chrétienne, il est notable qu'ils concernent deux prêtres et deux fossores, assurément si ceux-ci n'avaient pas été affiliés régulièrement à la hiérarchie, on n'eut pas pris le soin de leur infliger cette peine officielle.
Il serait peut-être encore en droit de compter parmi les fossores anonymes ce Vincenlius qui faisait suivre son épitaphe d'une pelle (fig. 4614, n. 8), le bon et très doux Castorinus qui travaillait au cimetière de Calliste (fig. 1614, n. 11), et certainement Félix (fig. PU I, n. 1, 2).
Mais la série la plus intéressante est celle des fossores qui négocient la vente des tombes. Quelques-unes sont datées. C'est d'abord celle-ci, qui porte une mention chronologique rarement employée, et qui est datée d'après le pontifical d'un pape de Rome.
Sub daim anlistite, le pape... Ju les [« | comparaott ab Alexandro fossore... lui ». 1903, p. 316.
Les dates consulaires sont plus nombreuses, mais auparavant, il faut citer une autre inscription trouvée dans la même galerie de la catacombe de Pierre-et-Marcellin et mentionnant le même fossor Alexandre :
RVFINA EMIT SIBI LOCV
En 380, au cimetière de Commodille, dans la galerie C2 :
GRATIANO-V-ET-THODOSIO EGO-FL-VICTOR-MEVI BO CONPARASSE • CVM CON juge mca /OCVM
En 420, au cimetière de Commodille, d'où elle fut Co(n)stat nos émisse Januarium et Britium locum anle domna(m) Emerila(m) a (/Jossoribus Bur donc et Micinum et Musco r[a]tione auri solidum un(um) semes(sem)cons(ulibus)d (ominis) n (ostris) Thaeodosioet4Vale(n)tiniano II. Januarius et Britia payèrent leur tombeau un sou (solidus) d'or et la moitié d'un as.
En 370, au cimetière de Pontien, trois fragments d'un grande plaque de marbre (fig. 4612) :
VIXIT AN • III
Il SPRANCATIVS QVI dcpoSITVs est NONAS MAIAS-theodosio Et ValcnTINI ANO III K^>i
S6SBHR
transportée au monastère de Saint-Paul sur la voie d'Ostie et copiée par Aide le je une.
Les mentions d'achat d'une tombe sont nombreuses, mais nous ne retiendrons que celles qui font mention du fossor ou des fossores qui ont conclu l'achat :
EGO TIBERIVS... NVS CONPARABI...1* Exu PERANTIVM FOssore... MVM DEPOSITA E...' A^CO : EGNATIVS CAPRIOLVS SE VIVO HVNC
LO II CVM A SEMPA'
NDER SE BIBV.. locum BESOMVM CONPARayi/ ; a fossore... VTIONE 3 EMETSIBI LEOIL/l'u » locum ABACILLINE FOSSORE'
de Calliste se trouve dans la première région ecclésiastique qui comprend l'Aventin : il est plus probable qu'il existait une équipe de fossores par cimetière, par région. Chaque cimetière se développait dans son coin sans aller rejoindre le cimetière voisin, parfois tout proche, ce qui serait arrivé si plusieurs cimetières avaient été gérés par une même société. Pour locum
TNMESTAREFODTV
f (UNCATIU.S'QN//
_J
EGO TIBERIVS Sabi ? Il NVS CVMPARABI II PER ANTIVM FOssorem biso MVM DEPOSITA -Ll s
SABINVS ! A MVLIA LO CVEMET '
SERBVLVS EMIT BISOMV A LEONTIV FOSSORE 8 161 I. n. I).
Le P. Marclii a suggéré que chaque cimetière avait sa compagnie de fossores. On lit dans le Liber pontificulis la mention par régions de diacres, de notaires, de cimetières, mais rien sur les fossores. BolP CC DD NN VALENT1N1ANI V ET ANATOU DIE XV KA ^ENDAS MA1AS CONSTANJ lius DEP0S1TVS IN PACE QVJ_,.„.-- - »' VIXIT ANNIS Li* MENyWto ^0 CVS CONSTANT ! ARCLTÉC J'i QVI fviT j detti a public, avec sa négligence routinière, l'épid'un fossor nommé Junius, et qualifié d'Aventin. Il dit l'avoir rencontrée au cimetière de Lucine, tantôt dans celui de Pontien. La prétention est plus vraisemblable, puisque le cimetière Manicchl, Epigrafla crUttana, 1910, p. 320, n. 390.
Marucchl, / monument !, pi. i, n. 24. 'Boldclll mer. D iftCH.
Il est plus probable que les cimetières aient été séparés, car si on avait mis leurs galeries extrêmes en communication, on aurait mis leurs galeries en communication. De plus, le type paléographique particulier d'un cimetière ne se retrouve pas dans le cimetière voisin. L'épitaphe mentionne un contrat passé devant omnes fossores, non tous ceux d'une région, mais tous ceux d'un cimetière, le cimetière de Commodille.
Il existait des diacres régionnaires, et ceux-ci exerçaient leur autorité sur tous les cimetières de leur région, mais chaque cimetière avait son équipe de fossores. Quant à l'organisation et à l'administration de cette équipe, on voit que les textes épigraphiques ne nous apprennent que des noms. On ne peut rien tirer d'une inscription du Piémont qui parle des chrétiens fossores, puisqu'elle est fausse.
Et voici encore une série de fossores :
1° FRIGIANVS ET HERCVLEVS FOS
SORES RVFIO FOSSORI BENE QVE SCENTI-LEGITIMA FRATRI Km RISSIMO POSVIT-VIXIT ANNO XXXVI CVM PACE
VI. Laïcisation des fossors. — A Constantinople, Constantin créa un corps de neuf cent cinquante leclicarii et decani consacrés gratuitement au soin des funérailles, et principalement de celles des pauvres '. Ils remplaçaient les sandapilarii de Rome antique qui transportaient les bières, sandapilée, aux puticoli et aux autres champs de repos. Dès l'origine, les chrétiens avaient en horreur cette sépulture en fosse commune et s'étaient abstenus de recourir à la corporation des sandapilarii, clercs et fidèles avaient pris à leur charge l'ensevelissement et l'inhumation de ceux de leur religion. Les jurisconsultes, les historiens et les archéologues sont tous d'accord pour voir dans les leclicarii et les decani de Constantin l'institution analogue à celle des copialse ou laborantes, c'étaient en réalité des fossores. Mais les copialœ de Constantinople n'avaient pas la même organisation et n'appartenaient pas au clergé. Les decani byzantins ont été en quelque façon des huissiers, des massiers 5, qui escortaient le convoi funèbre comme on le voit faire par les confréries modernes qui existent encore dans beaucoup de localités. Ce n'étaient plus les terrassiers, les fossoyeurs, les gardiens de cimetières que nous avons vu à Rome, mais des porteurs de corps ou des « pénitents ». Sous l'empereur Anastase, leur nombre fut porté à onze cents *. Selon la volonté de Constantin, les leclicari et les decani étaient en un certain sens des volontaires réquisitionnés, s'il est possible de rapprocher ces deux mots et ces deux idées ; ils devaient être fournis à l'Église de Constantinople ex diversis corporibus urbis et cette disposition est confirmée par Honorius et Théodose en 409 : Non plures quam nongenti quinquaginta decani sacrosanctæ hujus amplissimæ urbis deputentur ecclesiæ ; nulli alii corporatorum præter prædictum numerum, immunitate concessa ». C'étaient des laïques choisis dans tous les corps de métiers ; on leur accordait l'exemption d'impôts, afin que, sine mercede, facerent dejunctorum exequias. Cette institution ne se retrouve ni à Rome ni dans aucune autre ville.
A mesure que les conditions nouvelles créées par la paix de l'Église faisaient entrer les foules dans le christianisme, il devenait matériellement impossible aux anciennes corporations ou équipes de fossores cimétériques de Rome de suffire à la charge écrasante des inhumations. Les cimetières à ciel ouvert se multipliaient et exigeaient sans doute moins de labeur puisqu'il n'était plus nécessaire de creuser des galeries mais seulement des fosses, cependant il fallut recourir à une organisation nouvelle car les catacombes ne furent pas délaissées tout de suite.
Les fossores devinrent trop nombreux pour être choisis avec le soin qu'on pouvait y apporter jadis, au temps où ils appartenaient au clergé. Dans le récit des émeutes qui signalèrent l'élection du pape Damase, les fossores sont nommés avec les arenarii, les quadrigarii, c'est-à-dire le bas personnel du cirque et de l'amphithéâtre parmi les fauteurs de la sédition et des violences qui l'accompagnèrent. Les lois de Constance réglementent avec une attention particulière à Rome et en Italie l'immunité du tribut quinquennal (lustralis collatio) des clerici qui copiatœ appellantur 8. Il y en avait d'autres dès lors, et ceux-ci simples laïques qu'on verra transformer l'office des fossores en un commerce.
Avant d'en parler, il suffira de dire un mot de ceux qu'un papyrus célèbre, la lettre de Psenosiris, nomme les bons et fidèles fossoyeurs...toïç xaXoî ; y.aî XLaTOtç è ; a'jTÛv rôiv vey.porâçcov... Ces nécrotaphes de l'oasis de Kysis étaient une vieille corporation païenne et n'avaient de commun que leur funèbre fonction avec les fossores des catacombes romaines ou les y.<.o~ii-x.i orientaux.
Une épitaphe métrique trouvée, en 1792, au cimetière de Calliste (on se rappelle qu'on donnait ce nom à toutes les nécropoles indistinctement situées sur la voie Appienne et sur la voie Ardéatine) parle des fatigues d'un fossor et de sa rétribution (fig.4G14. n. 15). Il est bien possible que cette inscription vienne vraiment du cimetière de Calliste qui était sous la dépendance directe du pape, auquel s'appliquerait bien ce solennel début : Salvo episcopo. Il ne subsiste malheureusement qu'un tiers environ, assez néanmoins pour permettre à J.-B. De Rossi de rétablir au moins le sens général de la pièce. Il a cru pouvoir s'accorder quelques-unes des libertés que l'auteur avait dû prendre certainement avec la prosodie, à en juger par la partie restante. Nous avons ici un dialogue entre le lecteur du poème et le fossor Innocentius.Voici ce texte, conjectural en ce qui concerne les paroles, vraisemblable en ce qui regarde le sens 10.
HIC LABOR EST GRA'hs loca condere proximasanctis QVORVM SVFF RAff'is fas sit conscendere cadum QVOD NVMQAM Veslris meritis posselis adiré IPSORVM HOC DONum nam que ultro agnoscimus HIC INNOCENTI LABor est qui dulce cubile [omnes ET POPVLIS PRO VOTO fecit et ipse sepulcrum CONSTITVIT SVVM loco sanctis propiore HAEC TIBI SIT FOSSor mer ces condigna laboris CERTE MEVS LABOR hoc meruit quare cave lector NE SVB FRAVDE JVa hic velis deponere membra ALTERVM LOCVS hic corpus non recipit ' La paléographie de cette inscription nous reporte vers la limite du ive ou du v« siècle. A cette date les fossores étaient devenus comme les maîtres des cimetières et pour se récompenser de leur peine, ils se réservaient une place ambitionnée entre toutes, la sépulture adsanctos (voir 1. 1, col. 479). Les fossores firent plus que de se réserver une place privilégiée, ils en trafiquèrent et certains contrats passés par leurs mains furent homologués par les prêtres du titre dont dépendait le cimetière.
Settele a remarqué justement que les témoins épigraphiques de ces transactions ne sont pas antiques « . et J.-B. De Rossi ne les fl0CV55lWSBip VETOVIMEM/J/lFO
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IOV1NVS-5IB1COM PAR.AVITABICTORI NO-B1SCMVLOCNTT EXWERVCOLLEGMP^l ■'■« !., pi. im, juge pas antérieurs au iv siècle. Nous avons cité au début de cette dissertation une épitaphe de L. Faustinus qui acheta sa sépulture du mansionarius Ju les SVB CONSCIENTIA PRESBYTERI MARCIANI '.Voici un autre témoignage sur une inscription provenant du cimetière de Commodille et encore en place sur le loculus 2.
CAIANVS EMIT CVM VIVIT SIBI ET VXORI SVAE AB ADEO DATO FOSSORE SVB PRESEN Tl SANCTI MAXIMI PRESBITERI. M P C5 Nous possédons une inscription de l'année 521 qui mentionne l'achat d'un locum... a presvileris tituli sanc(li) Crisogoni, id est Petro priore, Crisogono secundo, Calello tertio, Gaudioso quarto, vel a Filippo /ireposito beati marliris Prancali sub presentia nonnes Cutties ancille Dei vel sub presenliri Johannitis virgari 3, ces deux derniers sont vraisemblablement la sacristine et le bedeau. En 523, autre inscription portant concession d'une tombe a domino papa Hormisda et Transmundo prœposito basilicie beati Pétri apostoli *. On voit ainsi que les fossores ne faisaient que suivre un exemple venu de haut, seulement les fossores ne concédaient que contre espèces sonnantes 3 (fig. Mil 1. n. 11) :
Le loculus a été acheté au prix de J-J00 folles, monnaie de très petite valeur.
Et ce n'est pas seulement aux fossores qu'on a affaire. On pourrait croire que leur antique organisation subsiste et que c'est moins avec le fossor qu'avec la corporation qu'on passe le contrat, car il y a contrat dont la pierre témoigne et de même que sur les tombes anciennes qui prescrivaient un payement au fisc en cas de violation, il y avait enregistrement du contrat dans les archives de l'administration. C'est ce que nous apprend une épitaphe fort curieuse ' :
LOCVM VICENTI QVEM CVMPARA VIT CVM SVIS SI QVI VOLVERIT REQVI 5 RERE VENIAT IN CLE (meterium) « Tombe de Vincentius... Si quelqu'un veut (connaître) réclamer (le contrat d'achat), qu'il vienne au cimetière. » Évidemment, là, il aura satisfaction, on lui montrera les originaux.
Mais ce qui complique c'est que certains fossores s'étaient rendus acquéreurs, ou s'étaient constitués propriétaires d'une galerie, d'un cubicule. et alors l'administration des cimetières n'avait rien à voir dans l'acquisition. Ces fossores avaient légué cette parcelle de souterrain comme ils eussent légué un champ, un lopin de terre à leurs héritiers et ceux-ci exploitaient ce bout de cimetière. Une inscription du cloître de la basilique de Saint-Laurent est ainsi conçue ' (fig. 4614. n. 10) :
A V R EX S V PE R ANTIVS COSTAT ME EMISSE A FO 5 SSORISDISC INDENTIB(us) Mais le constat indique bien que tout en passant aux mains des héritiers la parcelle exploitée continuait à faire l'objet de contrats enregistrés par l'administration du cimetière.
Pour plus de sûreté, on prenait la précaution de bien désigner le lieu choisi et concédé, comme sur cette inscription provenant de la catacombe de Saint-Sébastien, et qui a émigré dans la cour de la bibliothèque ambrosienne à Milan 9 :
EGO EVSEBIVS ANTIOCENO S AN PL-MLXX COMPARAVIE GOSSVIVVS IN CATACVMRAS AA LVMENAREM A FOSSORE OA 5 APATOSTANEES AMICV S D III IDVS SEPT ^ Ego Eusebius Antiochenus annis plus minus 70, comparavi, ego suprascriplus, vivus in catacumbas ad lumenarem a fossore Odolpalo. Slanees amicus ; Deposilus III idus seplembris. Est-ce bien depositus qu'il faut lire, ne serait-ce pas plutôt : die, le jour où Eusèbe a conclu son achat, plein de vie, avec le fossor Odolpatus, dans la catacombe, en présence de son ami Stanees ? Quoiqu'il en soit, si Eusèbe, Odolpat et Stanees jargonnaient entre eux le latin de la même façon dont ils l'écrivaient, on se demande comment ils parvenaient à s'entendre.
Parfois aussi, semble-t-il, la vente et l'achat d'une tombe a entraîné à des contrats privés d'où les fossores étaient exclus, l'ne inscription du cimetière de Domitille mentionne un contrat de vente grave sur une grande pierre employée à la fermeture d'une tombe construite sous le pavement ' : vu calendas febr(u)arfi)as ego Aurelius Constanlius scripsi pro Aurelio Bialurinu (Yiatorino) eum vendidisse locum quem émit Aurelius Laurenftius ). Cette formule est précisément celle des contrats originaux dont on conservait le texte complet sur des tablettes de cire, qu'on a retrouvé par centaines d'exemplaires à Pompéi dans la maison de L. Cecilius Jucundus 10, ou bien sur des feuillets de parchemin. La transcription épigraphique ne donnait que l'essentiel, ce qui importait à la légalité du contrat. Ceci explique que ces débuts d'inscription de 426 déjà citée : Costati nos émisse ( = constat nos émisse), et cette autre« :
Toutefois il ne faut pas se flatter de retrouver dans quel que recoin des catacombes des contrats sur tablettes de cire : on a fait usage de parchemin, de papyrus et il semble que tout a péri.
SABINI BISO MVM SE BIB »M FECIT SIBI IN CYMI IE RIVM BALBINAE ô IN CRYPTA NOBA
Nous avons déjà fait connaître une inscription mentionnant l'achat d'un arcosolium in Callisti ail domniam) Soterf ita un (voir l)ictinnn.,au mot Arcosolium t. i. col. 2774).
Dans la basili que de Saint-Paul, Margarini a transcrit ce fragment * :
■NSJ
se l'ii'jO CONPARAVLS/ locum 'JN CIMITERIO) Un peut suppléer le nom manquant par celui d'un des cimetières voisins : I.ucinœ, CommmliU.i. Timolhei, Thecla.
La mention du cimetière devait être accompagnée sur les contrats de la mention du lieu, nous en retrouvons quelques indi ces rien que dans l'épigraphie du cimetière de Calliste : ad sanction Cornelium,ad tppoli/tum, ad domnum Gaium, ou bien des indications plus précises encore : ; ;i luminare majore super arcosolium ad luminarem, in crypta nova rétro sanclos, crypta nova in sinistrum, undecima crypta.
Dans les sépultures des cimetières a ciel ouvert et des basiliques, nous retrouvons les mêmes indications empruntées au contrat original3 :
... inbasilica sanclorum Nasari cl Naboris secundo ami juxta fenestram...
... incontra columna Vil...
... m parle mulicrum columna i>rima :....
... ad sanclum Pelrum apostolum anle regiam (porlam) in partit u columna secundo, quomodo intramus sinistra parle virorum :...
.... in basilica maiort ad domnum Laurentium in medio et silu presbylerii.....
I.a tonnes des basiliques servait ainsi de point de repère pour la désignation dis sépultures ; dans la basili que vaticane, il y a\ait au pied de cha que colonne des tombes préparées et retenues à l'avance. C'est pour quoi on trouve sur le tambour ou sur la moulure de ces colonnes les noms des concessionnaires. Sur la moulure d'une base de la colonne à gauche de l'aute de saint Jérôme on lit quelques lettres de l'épo que constantinienne :
OSA ET VITALIS ^
Dans la basili que primitive, celte base était la huitième de la nef centrale et Pierre Sabinus y avait encore lu ceci ' : macrobia # VENERIOSA ET VITALIS * KACCIC. De semblab les mentions ont été lues par Pierre Sabinus dans d'autres parties de la basili que « :
— in quarto columna minoris ordinis a s. Andréa : in septima columna maforis nauis juxta caput S. Andréa : NICIACARITOSA.- ■ TAVMASO Pompeio l'gonio donne d'autres textes » :
— in columna quinta navis minoris a sinistra in ultima linea inferioris epistylii seu basis : CRESCENTIANI.
— in X columna versus chorum in summo epistylii inferioris :... ANI SENIORIS.
On ne saurait douter de l'interprétation puis que dans Pierre Sabinus on lit encore :
— in lertia columna navis majoris juxta organa :
LOCVS BENEDICTI V-CET IVLIANETIS C-FBosio rapporte que dans une des nefs secondaires au pied de la base de la neuvième colonne, on trouva une sépulture qu'il décrit en ces termes : fatto dilavolc di marmo, il cui slrato era di porfido e dentro vi erano délie ossa eccnrri.lc quali lengo per indubitato che siano de santi marliri, poichè nella base di delta colonna era quesla iscrizione :
LOCMA-CCLVIIIIINCLA qualc io cosi interprelerei : loi us marlyrum CCLVIlll in Chrislo '. Cette interprétation a eu naturellement le plus grend accueil dans les manuels d'archéologie. I.e digne Bosio ne doutait de rien ; il lançait d'un seul coup deux cent cinquante-neul martyrs dans Vexercitus marlyrum ; seulement il fallut licencier ce bataillon et lire tout uniment :
LOC MACCI VIIIMNC-
et interpréter : locus \lacci nona in < Une inscription chrétienne de Home, de l'année 104, fait mention de la fenêtre proche du second arc dans la basili que des saints Nazaire cl N'abor I un nouvel exemple de l'achat det ms, et du soin qu'on prenait a bien déterminer la achetée* :
Cette inscription a eu à subir l'épn u orrections. Doni a transcrit NO VER. et ajoute quelques fol. 1 126. - / loi. Mlcell. lettres libéralement sur la copie de A. Statius. Muratori, comme il va sans dire, a ajouté quelques fautes, et notamment, ligne 2, où il a écrit ATÏSCRESIVM et XXXD • III ■ De Rossi a restitué la lecture probablement correcte XXXÇIII, soit 39 ans. Quant au mot ucresium, ville épiscopale du ive-Ve, ce nom s'appli que à deux vil les nommées Urci ou Urgi, situées l'une en Numidie, l'autre dans l'Afri que proconsulaire ». Ligne 4e, la copie de A. Statius est évidemment défectueuse, il faut remplacer le T par un I, aucun nom de consul-empereur ne se termine en tus. et il s'agit ici d'Honorius. consul pour la sixième fois :
Les contrats de vente et d'achat ont également enregistré le prix payé. Le P. Marchi n'a connu et étudié que trois textes provenant des catacombes, ce sont :
1° Une inscription de l'année 426 qui fixe une tombe bisome anle domna(m) Emerila(m) à un sou et demi d'or ; ;
2° Une inscription non datée fixe à deux sous d'or une tombe bisome in luminare maiore :
3° Une inscription non datée fixe a 1500 fol les une tombe bisome.
Le P. Marchi ne voulut pas s'aventurer à définir la valeur précise de cette dernière somme. Cavedoni estime que 1600 jolies valent cinq sous d'or plus 60 Jolies3, mais cette valeur du follis n'a pas été constante ; sous Constantin et à la limite du IVe et du Ve, le calcul paraît exact. On s'est demandé pour quoi on payait une tombe un sou et demi et deux sous et quatre sous d'or à peu près vers le même temps ; la raison est peut-être la même qui fait qu'on ne paie pas le même prix à la même épo que une maison à Batignol les et un hôtel aux Champs-Elysées. Une autre épitaphe romaine conservée à VIstitulo di Bologna et provenant d'une catacombe est ainsi conçue * :
PRIMVS ET INNO CENTIA SIBI ET CVRI SVO EMIT F-N VII
Primus et lnnocenlia sibi et cu(mpa)ri suo émit follibus numéro seplem millibus. Chiffre considérable que, pour cette raison, J.-B. de Rossi croit inexact et propose de réduire à septingentis.ee qui donne environ deux sous et demi d'or. On voit par une série d'autres exemp les que le prix des tombes soit à fleur du sol, soit dans les basiliques varie entre six et un sou et demi d'or.
Dans la basili que de Saint-Paul, en 543, une tombe est payée SOLIDVM VNVM SEMIS ; entre 532 et 566 : SOLID • Il ; vers 498 : SOL-DVO : au VIe : SOLID-IIET TRIMI(sscm) ; en 500 : SOL-TRIS ET TRIMISSE vers le même temps : AVRI SOL-TRIS {et)s\(missem) à la limite du ve et VIe, sur un fragment trouvé au-dessus du sol sur l'emplacement du cimetière de Calliste : SOLIDVS Mil ; a une date incertaine du v« siècle : AVRI SOL-IIU J(rimisse) vers le \ie-vii0 siècle : SOLIDOS V ; en 504 : SOLIDV I 6. Sur un fragment du cimetière de Calliste 6 : loeus bonos injNI ET C\isltantiac...quem comporavit se m'jvVM SOLIDVS Mil Aj pp. in quo est deposiljMS IN PACE BONjosianiis Cette pierre est opistographe ; elle avait déjà servi au IVe et on y lit une autre mention du prix de la tombe :
S O
L I
& VI +
QVI VIX>«
deposit| NONAS /) cons. Ce TEI \lc\locus eomparatus A RE DE M \plo praeposilo Sur le cartouche du couvercle d'un sarcophage de marbre au Vatican, on lit que ce sarcophage fut acheté au prix de neuf sous d'or : AVREIS IX7.
Saint Grégoire le Grand voulut abolir dans l'Église romaine le trafic des tombes s, mais il n'en put venir à bout et Yanliqua consuetudo se retrouve en pleine vigueur sur une inscription de l'an 619 qui mentionne l'achat d'un locus pour six sous d'or, achat conclu entre Théodore vir clarissimus grœcus Vizanleus a viro venerabili Victore archipresbytero liluli sanela : Cecilix ».
Sur deux épitaphes bien connues de la basili que Vaticane, on lit : Locum concessum a papa Hormisda et Transmundo prœposito basilics ? beali Pétri (en 536) et locum concessum sibi (Marcellus sous-diacre de la VIe région) et posleris ejus a beatissimo papa Joanne (en 563) 10. Ces deux exemp les pres que contemporains et appartenant à la basili que Vaticane invitent à croire, qu'au VIe, la concession du privilège des sépultures dans cette basili que était réservée au chef de l'Église romaine, du moins dans les principa les basiliques de la ville. Dans la basili que de saint Pancrace on trouve, en 537, la mention d'une sépulture faite beatissimo papa Vigilio concedenle » ; une autre pierre qui se trouve dans le pavement de Saint-Martindes-Monts, et dont l'origine n'est pas connue, fait mention d'une tombe, quem donavit dominus papa Hormisda, et au-dessous : possedatur locus, eum nequis unquam rcmob(e)at (en 522) 1 !. Il semble que vers le temps du pontificat Hormisdas, par qui commence la série des inscriptions citées, ou peu de temps après, le pape se soit réservé la concession des sépultures à l'intérieur des basiliques.
Un document très curieux au sujet de ce privilège est un papyrus de Ravenne, mentionnant une donation faite en 491, qui fut enregistrée par les magistrats municip aux et les defensores sanclœ ecclesix catholicaj ciuitatis Ravennatis. On y lit ceci : Domino sancto ac bndissimo papa Joanne (sic) Maria spectabilis femina (et.... vir meus simijliter fusis precibus supplicavimus, ut intra basilicam sancti Laurcnli... locum nobis ubi corpuscula nostra requiescerenl non dcnegasse(l). In cujus conlali beneficii vicissiludincm, etc. I3, suit la dotation faite à l'Église de Ravenne d'une maison, dont la donatrice se réserve l'usufruit sa vie durant. L'archive de le basili que Vaticane devait renfermer des monuments analogues.
H. Leclercq.
On s'étonne que ces interprètes dont la perspicacité ne se pouvait mettre en défaut, aient été assez maladroits pour se brouiller avec le pouvoir. Quoiqu'il en soit, en 319, on rencontre deux édits successifs de Constantin 3 interdisant aux haruspi ces de rendre visite à leurs compatriotes, même à leurs amis, avec intention d'exercer leur art, sous peine d'être brûlés vifs. Probablement une prédiction peu mesurée leur avait attire ce déboire, mais la pénalité était trop grave pour être longtemps applicable et les haruspi ces attendaient le premier coup de foudre pour découvrir et propager quelle que belle explication qui leur rendrait la faveur impériale. La foudre c'était le feu du ciel, quelque chose comme le doigt de Dieu, un présage d'une qualité éminente qui mettait à néant tous les autres présages : Quidquid exta, quidquid unus minubunliir. secundo /ulminr abolebitur '. Le coup de foudre survint à point nommé : il ne choisit pas son point de chute, mais les haruspi ces étaient décidés à n'être embarrassés par aucun présage. La foudre tomba donc, en 320, sur l'amphithéâtre Flavien, le qu'il n'endommagea guère puis que pas un seul historien n'a daigné s'en souvenir. Peu importait, la signification n'en était pas moins éclatante. Le i était un monument public, donc le coup de foudre était un de ces fulmina publica qui concernaient l'État et l'empereur. Restait à savoir si ce serait un fulmen Iustum ou un /ulmen adversum. Et voici où l'empereur allait recourir à ces haruspi ces qu'il malmenait l'année précédente ; il n'y manqua pas, connu nous le prouve la constitution suivante que Constantin Maxime ' :
Impp. Constantin us a. ad Maximum.
Si de palatio nostro aul céleris operibus publicis degusiniiim fulgore esse constiteril, relente mure veteris obseroantise quod portendat, nb haruspicibus requiratur et diligrnlixsime scribturu collecta ad nostram scientiam i. natur.. Il, 34. — - loslen, referatur. céleris elium usurpandse hujus consuetudinis licentia tribuenda, dummodo sacriftciis domesticis ubstineanl, quie specialiter prohibita sunt.
Eam aulem denuntintionem ad que inlerprelatiunem, quse de tactu amphitheatri scribla est, de qua ad Ilcracliunum tribunum et magfistrum) of/iciorum scribseras, ad nos esse scias perlutam.
Dat. Xil kal. ian. Serdicie ; acc(epta) TJI1 id. mar. Crispo II et Constantino II CC Conss.
« L'empereur Constantin Auguste à Maxime — S'il arrive que quelque partie de notre palais ou des autres monuments publics soit frappée de la foudre, on demandera aux haruspi ces, en se conformant à l'ancienne observance, ce que cela présage, et un rapport rédigé avec le plus grand soin, sera ad notrc Science. Il doit aussi accorder aux autres l'autorisation d'user de cette pratique, pourvu qu'ils s'abstiennent des sacrifi ces domestiques, qui ont été expressément prohibés. Quant à l'interprétation du coup de foudre qui frappe l'amphithéâtre, à propos de laquelle tu as écrit à I U ■raclianus. tribun et maître des offi ces, sache qu'elle nous a été transmise. Donnée le 17 décembre à Sardi que ; reçue le 8 mars. Les Césars Ki l / \ iV V-sJ 'V }JW ) j\ \ Crispus et Constantin étant tous les deux consuls pour la deuxième fois.
Le titre de Maxime n'est pas donné, mais le Chronographe de 3& i nous apprend que le préfet de Rome du 1er septembre 319 au 13 septembre 323 fut Maxime '. Il est possible que' le texte de la Constitution soit écourté puis que les commissaires chargés par Théodore Il de la rédaction du ( ivaient l'autorisation d'abréger et de modifier le texte :. a sa date, comme les Césars. Crispus et Constantin reçurent le consulat pour la seconde fois le 1er janvier 321, c'est probablement le 17 décembre que la Constitution a été établie à Sardi que. Que racontèrent les haruspi ces, on ne le sait pas, cela importe peu. puis que nous voyons qu'ils s'étaient empressés de transmettre par la voie hiérarchique une belle interprétation qui les remit bien en cour et que, désormais on devait, comme par le passé, recourir à leurs services, ils ne souhaitaient rien de plus ! ' (Voir
III
FOULON. Cette profession est mentionnée souvent parmi les documents anciens. Nous voyons un foulon donner le coup de grâce à saint Jacques de Jérusalem. Il existait des collegia /uf/onum, mais l'épiKruger, Histoire des ■>>>urcr du itrnit romain, trad. Brissaud, Paris, 1894, p. :ixi- :i.x :,. _- • m. a. Ku ntln et Vart fulgural <irs haruspi ces, dan V Instruction publi que en Belgi que, 1913, t. lvi, i ■Busèbe, Hlsl.eccl.,\ II, c. vvm. /'. C, t. w, ool. 201. graphie chrétienne ne nous fait connaître que de rares foulons ' (fig. 4615) :
IOYCTOY TNA* COC IAKU) KYMINA AIACAACO J0^
'Ioùcttou yvaç>^(oo)ç, i'jloû] 'Iaxtijëou], Kuu-tvâ. Atà
Justos le foulon, fils de Jacob de Cymina ( ?) En paix.
Cette épitaphe provient de la nécropole de Jafîa. Dalle rectangulaire en marbre noir veiné de blanc 0 m. 295 long, sur 0 m. 195 larg., hauteur des lettres 0 m. 025.
De ce monument nous rapprocherons une inscription trouvée à Rome il y a peu d'années et qui fait mention d'un titulus encore inconnu et qui a pu s'appeciel ouvert, on trouva au premier niveau l'escalier rompu d'un côté qui donnait accès à une petite région cimetériale qui a gardé la plupart de ces loculi intacts, mais qui sont d'époque tardive. Sur la ch aux fermant un de ces loculi, on lit ce graffitte : IOYCTIA NOC. et au centre une croix grecque. Les épitaphes étaient souvent tracées en grandes lettres rouges entre un loculus et le loculus suivant. On a lu entre autre celle-ci3 :
H. Leclercq. • FOURRURE. - Les Romains faisaient peu usage de la fourrure, mais les gens de la campagne employaient les peaux de leurs bêtes pour se réchauffer. Columelle recommande pour les esclaves ruraux, des fourrures à manches, pelles manicatœ. Sous l'Empire, la mode se mit aux fourrures ajustées : pelles induts>
DÎL€' D£MI0NKEWVJXITM£CVMAN N'XV*1VN
CEÏ>WE1N :FACE£VMSANCTI S'WA'W0S
LIXIOLECTORL-
MIHIANNTXVI'
VDINEM1IBV1
SAERER1S
1er litulus Fullonis ou de Fullonicse. Tout ce qu'on sait par les documents d'époque postérieure, — cette inscription paraît du IVe — c'est qu'il a existé une fullonica près de la via Merulana. Le texte n'offre pas de difficultés et la pierre, brisée en deux parties et d'une belle paléographie 2 (fig. 4616). Dileclissimo. marito. anime dulcissime Alexio. leclori. de Fulloni ces qui vixit mccum.ann AT junclus.mihi La pierre mesure 1 m. 95 en longueur sur 0 m. 95 en hauteur.
Au mois « de février 1920, on fit ouvrir un grand escalier près du mausolé de sainte Hélène et conduisant au deuxième niveau de la catacombe des Saints-Pierre-et-Marcellin. Pendant la durée des travaux, outre quelques formae (voir ce mot) du cimetière à lorise 4 et aux couvertures de peau garnies de poils. L'édit de Dioclétien énumère les peaux de bœufs, de chèvres, de moutons, d'agneaux, de chevreuils, de mouflons, de cerfs, de martre, de castors, d'ours, de loups, de renards, de léopards, d'hyènes, de lions et de phoques s. Au Ve, les invasions germaniques introduisent les rhénanes, les maslrucœ, les sisyrse, véritables robes de fourrure interdites à Rome dès 416 6, mais costumes usuels des gens du moyen âge '. Sur quelques fresques des catacombes, représentant de riches romaines, on a eu peut-être l'intention de figurer la fourrure 8, mais c'était comme ornement. Il n'est pas douteux que les petits pâtres qui ont servi de modèle au type du bon Pasteur ne fussent couverts de pèlerines fourrées.
Les moines portaient un vêtement de fourrure appelé communément melole, fourrure très simple, non apprêtée, généralement une toison de chèvre. Saint Jérôme, dans la préface à la règle de saint Pakhôme, parle de cette Caprinam quam melotem vocant ; dans les Vitœ Patrum, on lit aussi : Melotem, quaest caprinu pellîs, et dans la vie de saint Fructueux de Braga : Melotem ex caprinis pellibus indutus (Voir Mélote) : enfin nous savons que saint Benoit en était revêtu.
H. Leclercq.
FOURCHETTE. Après avoir consacré une notice aux cuillers chrétiennes dont nous avons classé un grand nombre d'exemplaires, nous ne rencontrons pour ainsi dire pas une seule fourchette. Barrufaldo t|ui, le premier, s'occupa de ce petit objet, croit que les Romains n'en faisaient pas usage ' et ce serait la raison pour laquelle on ne trouve pas de nom latin pour le désigner, car furca, fwcula, furcilla n'ont jamais servi à un auteur latin pour désigner une fourchette. — Fourchette.
D'après Bullettno delta commisslone arch, cornm. <li Ttoma, 1873, t. a, pi. ix. chette de table. Les Romains mangeaient avec leurs doigts et parfois se servaient du cochletir ou de la ligulu dont l'extrémité était effilée et permettait de piquer un morceau. Marquardt admet < | mles Romains n'ont connu l'usage de la fourchette que tardivement, après le iv siècle, de notre ère. i. a\ius avait dans son Dictionnaire b »t fuêclnula. ' t lem t Est lenne, Thés. ar. ling., 2' édlt., au mol xpedtypa. - ' A. Castellani, !ti antiche i argento, dans Bull, delta coirunl bien publie une fourchette, mais Baoul-Bochette la déclara suspecte '. Arditi opéra de même et décida qu'une autre fourchette trouvée dans un tombeau de l'estum était fausse3. On sait cependant que les Grecs usaient d'un instrument appelé x.pEâypa qui rappelle notre fourchette*, et Marquardt qui en observe une sur une peinture d'Herculanum représentant des provisions de cuisine ne suppose pas qu'on puisse en faire usage.
Au mois de février 1873, on découvrit sur la piazza Morgana, au pied du Capitole, à Rome, à une profondeur d'environ deux mètres, une fourchette en argent, d'une conservation parfaite, que nous reproduisons ici \ Elle est d'un galbe très élégant et se termine en pied de biche. Particularité notable, car la fourchette publiée par Caylus se terminait de la même manière et aussi une fourchette trouvée à Pompéi. On en pourrait mentionner quelques autres et notamment une fourchette trouvée à Yverdon (pays de Vaud), entre les Me et ix' siècle *, une fourchette figurée dans les miniatures du manuscrit de l' llortus déliciarum, au xne siècle :. Aucun exemplaire ne porte de symboles chrétiens.
FOURCHE (Supplice de la). Le supplice de la croix fut aboli par Constantin, au témoignage d'Aurelius Victor et de Sozomène '. Godefroy ', suivi par Tillemont « et par Hamel » estime que ce fut en 315. En effet, un édit daté du 1er janvier 311 porte la peine du crucifiement ; tandis qu'une loi datée du 1er août 315 porte contre les esclaves la seule peine de l'exposition aux bêtes : si qui ejusmodi reus inventus... serous bestiis obiciatur « . Le début de cette loi semble également clair : Plagiarii melalli pœna cum celeris tinte cojnitis suppliciis lenebanlur, y est-il dit. Or nous savons que d'après le droit pénal humiliores nul in melallum danlur au ! in crucem tollunlur ; honesliores inperpeluumreUtgantur '. Godefroy a cru pouvoir préciser plus et fixer la défense d'infliger le crucifiement à une loi datée du 21 mars 315 qui interdit de marquer les esclaves au front avec un fer rouge ». Quis non oidel, dit-il, eadem de causa utrum que pœnir qenus uholitum (le crucifiement et la marque) ob memoriam videli cet passionis dominical Christi cujus signum in frontibus tiun christiani notabant ? Enfin, Godefroy en veine de déductions attribue cette mesure aux instances de Lactance, précepteur de César (ris pus. Tout ceci est sujet à contestation. La loi de Constantin qui porte la peine du crucifiement est du 1er janvier 311, Volusiano et Anniana consulibus ; la loi interdisant la marque est du 21 mai 315 et tout permet de croire que Lactance ne rejoignit pas Constantin en Gaule avant 316 ou 317 « . Il y a plus. M. P. Franchi fait usage de la Mathesis de Firmicus Maternus composée entre 334 et 337 ». A ceux qui naissent sous certaines constellations, il fait prévoir le supplice de la croix : m crucem crudeliter erigitur ; m crucem tollunlur ; m crucem tollenlur ; in crucem (aciet jussu imperatoris altolli1*. Si le supplice de la croix était aboli, ces prédictions n'avaient pas le sens commun.
.(., t. m. n. 12043 ; t. v, n. 2781. — osten.
I. IX. lit. xviii. 1. 1. — • l'a ni, Senientur, V ; cf. Ph.E. Husehke, Jurlsprudeniia ante)ustlnlanc qum supersunt, « P, Monce aux, Histoire littéraire de l'Afri que rhrét t.in.p 295 i h Momrmen, dans Hermès, 1894, t. xxix, 11 faut donc, avec Baronius, Juste Lipse » et Moramsen 3 abaisser cette date. La loi du 1er août 315 dont Godefroy déduit l'abolition du crucifiement ne défend que la marque au fer rouge, marque en forme de croix. C'est un acheminement, ce n'est pas encore la prohibition formelle. Dans l'édit de accusalionibus, le crucifiement n'est plus indiqué par le mot crux, mais par palibulum ; on constate dès lors une intention assez claire d'éviter ce mot crux, rien de plus : l'abolition formelle dont parle Sozomène se trouve rapportée par lui parmi les derniers actes législatifs du règne. Cela même n'a pas suffi puisqu'on a pu soulenir que le supplice du crucifiement fut appliqué jus que sous le règne de Théodose '-, et si ce supplice disparut, ce n'est pas en vertu d'une loi, mais parce qu'il tomba en désuétude. Cette opinion n'est pas soutenable. On ne peut, après le règne de Constantin apporter un seul exemple de condamnation régulière et légale au supplice de la croix. Si on peut invoquer quel que exemple, c'est un abus de pouvoir tel qu'on peut toujours l'attendre de la part d'un tyran lorsqu'il se met au-dessus de lois. Ainsi lorsqu'on rapporte 6 que le césar Gallus fit périr (radis eruribus les deux Apollinaire, le père gouverneur de Phénicie, le fils gendre du préfet d'Orient, il est clair que Gallus ayant tant fait que d'infliger à des personnages de naissance illustre un supplice réservé aux esclaves ne s'est pas laissé arrêter par le scrupule d'observer une loi abolie depuis quelques années. Le crurilragium appliqué aux crucifiés afin de hâter leur mort, était par lui-même un supplice distinct '. Un témoignage un peu plus tardif est celui de saint Augustin qui, au début du Ve rappelle que le supplice de la croix est aboli depuis longtemps : Cum sub antiquis seelerati crucifigerentur, modo nullus crucifigilur s. A cela on ne saurait opposer que les témoignages suivants. Vers 360-361, Lucifer de Cagliari s'adressant à l'empereur Constance, lui dit : Addas ferociores ullores qui devotos Dei milites adversus edicla feralia tua resistentes, quo minas et rrueialus cl tormenta fîdei vigore... calcemus, possint vel gladio invadere vel crucifigere vel igné torrere vel quolibet inaudilo génère pœnarum viscera nostra ac membra laniare . Il s'agit ici de ce que Constance peut ordonner, non pas de ce qu'il ordonne ; en outre Lucifer emprunte presque les termes dont il se sert à une lettre de saint Cyprien : Qui Cornelium adversus edicla feralia resistentem et minas et cruciatus et tormenta fidei vigore calcantem vel gladio invaderent vel crucifigerent vel igné lorrercnl vel quolibet in audilo génère pœnarum viscera cjus et membra laniarenl 10. Il est facile de voir que dans cette citation Lucifer n'a pas entendu écarter un terme qui n'était plus conforme à la législation en vigueur à l'époque où il écrivait. Un autre passage du même auteur prouve encore moins : Quantum ad exitum nihil inlercst clavo per te an lancea moriar, restrictis post terga manibus aut porrectis sparsis que... gladio an securi caput auferas, ad palum me an ad crucem alliges, igné lorreas an vivum humo condas, saxo prœcipites an in maria mergas. labandagine... longe a me meum caput excutias an omni sublililate subliliore sagitla diutissime ftgens in meo corporc ludas ll. Dans cette énumération de supplices dont dispose un tyran, l'auteur mentionne le crucifiement, ce qui ne veut pas dire que ce tyran y recoure, pas plus qu'il ne fait usage de la labandago, inusitée à Rome > :. Enfin, un texte du rhéteur Pacatus n'est pas plus probant. En 389, il loue Théodose et célèbre sa douceur en disant qu'il n'a pas condamné le tyran et usurpateur Maxime à un de ces terribles supplices connus : Non illum in crucem tolli, non culleo insui. non discerpi in frusta jussisti » ; il se contenta de le faire décapiter. Presque à la même date, et avec des coupables de moindre rang, en 387, lors de la répression de la révolte d'Antioche, le supplice de la croix ne fut pas employé, mais seulement, au dire de Libanius, on fit usage tcôv u.èv Çiçei TreaôvToiv, tcûv 8è 7tupl tccç <liuy_àç àiévTCdv, -Co-j Se aTO(xaai 8ï)pîcov Sx~aV7j6s'JTCÙV **.
La suppression du supplice de la croix laissait un vide à remplir, applicable à un certain nombre de crimes ; il fallait lui découvrir un équivalent. Tout d'abord on peut écarter un témoignage tardif et de peu de valeur de Georges Codinus qui attribue à Constantin ce supplice équivalent : ô Se u-Éyaç Ktova- -ravTÎvoç... xpa-rrjaaç T'.vàç tcôv... Xflo-rcôv bitiae -ï^youv èçoùXxtasv 1S. D'ailleurs, vers 387, saint Jean Chrysostome, parlant de la croix, la compare à tous les supplices usités en ce temps ( — ÇùXov — 'u,à\i-si — ovuxeç — ;) 16 et ne dit rien du supplice de la fourche. Même conclusion semble ressortir du code Théodosien compilé vers la fin de l'année 437, publié le 15 février 438 ; on n'y rencontre aucune allusion à la furca. Il est vrai qu'on lit dans Prudence, à propos du martyr saint Romain : relortis brachiis furca eminus... aclus inferebatur rogis '. et les condamnés à ce supplice de la furca avaient les bras ramenés derrière le corps, retorta brachia. Saint Augustin aussi parle de la furca, mais sans préciser et d'une manière oratoire, lorsqu'il commentant Ezéchiel, xxxiv, 26, il dit : Domine, frange furcas forum guibus hœretici prémuni colla infirmorum. Quid enim lam augusttim el /urca compression quam noli audire Christum, audi me ? Remove furcam, respirare permilte. Toile furcam de collo meo, toile jugum levé Domini mei. Le texte d'Ezéchiel, dans les Septante, porte : èv tcô o« UVTP(t|<ai \lz tov Çuy&v ~'j~i xXotoû xÙTciv. Furca correspond à xXoioç quant au mode de suspension.
La furca classique consistait en deux branches écartées comme un V ou bien en une sorte de carcan A dans l'intérieur duquel était engagée la tête ; les bras se trouvant attachés aux extrémités de ce carcan !.
C'est dans le Digeste que nous voyons la furca régulièrement substituée à la crux, par exemple, là où le jurisconsulte Paul écrit in crucem tolliintur, le • corrige : in furcam (ollunlur2. Il faut noter ce fait que la substitution d'un terme à l'autre est contemporaine de Justinien et exécutée par les rédactions du Digeste. Isidore de Séville relève la différence essentielle qui existe entre la furca et la crux : Pâlihulum vulgo furca dicitur quasi ferens caput ; suspensum mim et strangulatum ex eo exanimat, std palibuli minor pana quam crucis ; nam palibulum uppensos slatim exanimal, aux au/cm suffixes diu crucial . L'horreur du supplice de la croix se trouvait non seulement dans la souffrance, mais dans la lenteur avec laquelle la mort venait délivrer le patient. Comme dit Sénèque, on perdait la vie goutte à goutte : prr slillitmitlere animam ', pendant trois ou quatre jours. Vivunt cum plurimo crucialu, écrit Origène, aliquando tiutem et totn nocle el adliuc post eam tola die 7. Les actes peu sûrs de saint Timothée et de sainte Maure parlent de neuf jours >. Pendant la persécution de Dioclétien, Eusèbe nous apprend qu'il y eut des crucifiés : xctl i »/.}.v. inxXiv ot [ièv xxtx -•j <s\Wrfisç toîç xaxoùpyoïç, ot Se xxl /eipôvcoç àvàrrï/.'.v xxtco zapx ; -ïjpoùjiE'joî -.z « cû'jTcçct :, S » xal i~' aÙTÔiv xpîcov /.'.^.ôi8taç6£p« ïcv, ; les uns à la façon des malfaiteurs, les autres d'une manière pire encore, on les clouait la tête en bas et on les laissait vivants jusqu'à ce qu'ils périssent de faim sur le gibet même. Eusèbe ne parle ici que de l'Égypte, mais il est probable que partout on clouait les crucifiés plutôt que de les lier, mais sans qu'on veuille dire que c'était une règle dont on ne se départissait pas. Nous voyons d'une part qu'il existait une variété assez grande, ainsi Actes de saint André, apôtre, on lit ceci : totc 0<.>« .ci>6el< ; 6 Aiys* ? -ï,> G7y.upôi aùxov exé^euaev, ovra ; 8T)Xa)aaç -'j~.-. xevTiovaplou ; va SeOf, Ta ; veïpac, xal r6Saç...87rû »5 |xr, JjXoie, iu.na.pzli T'iy.ov èx- /.c'Try) ' ». Du martyr Pionius brûlé vif à Smyrne, en 250, il fut cloué au poteau placé au centre du bûcher et parfois, certaines miniatures (Vatic. gr. 746) montrent le panetier du Pharaon lié à la croix « , La croix prolongeait le supplice, la fourche l'abrégeait : palibulum suspensum el strangulatum ex en exanimat, écrit Isidore de Séville. On ne voit pas très bien quelle difficulté ont pu soulever Juste Lipse et Saumaise à propos de l'expression furca figere qui se lit dans le Digeste. Lorsqu'on sait en quoi consiste le supplice de la furca, le mot figere s'explique très naturellement. En Gaule, au vi« siècle, nous voyons par le témoignage de Grégoire de Tours que les condamnés avaient les mains ramenées sur le dos et liées, les pieds liés aussi : Tune sicul erat ligalis post 1er gum manibus, jaclavit se promis in terram... solutœ sunt manus el pedesejus ». Au moins pour les mains, on rencontre déjà un témoignage analogue dans Ammien Marcellin : Post terga manibus oinclis suspendi prsscepit a. Le patient était-il attaché par le cou dans les branches de la fourche ? On n'en a aucune preuve incontestable. Sans doute, on lit dans Grégoire de Tours : Disruptis vinculis palibuli reus ad terram ruit « et disruptis vinculis, inlœsus ad terram ruit 1S, mais ces textes peuvent être interprétés de différentes manières.
Chez les auteurs grecs, on rencontre στύξ (et στύγξ) et le supplice s'appelle στύγξειν (et στύγξειν), correspondant au latin infurcare ». Cependant on trouve aussi les termes ξυλαξοῦσθαι, chez le continuateur de Théophane et chez Procope « . Jean Malala emploie le substantif ἀναξυωμένος. Le même auteur emploie aussi ξυξεύειν. Chez les auteurs antérieurs à l'adoption du supplice de la furca, ξυλαξοῦσθαι avait le sens de crucifier et la signification originelle est : empaler, c'est-à-dire introduire le pieu aigu dans l'anus du patient et le laisser s'enfoncer dans le corps. Le supplice de l'empalement n'est pas mentionné dans les actes des martyrs des trois premiers siècles, mais nous le rencontrons ordonné par Braham, roi de l'Perse, pour le diacre Benjamin ». Les Goths ont également employé ce supplice et la reine Frédégonde l'infligea à une de ses servantes : Scisso sod ; inposuiam defigi praecepit ■'. La furca était différente du pal, puisqu'elle se terminait par deux branches : ξύλον, στύξ, ξύλον στίβας, ξύλον σιδηροῦν.
Ruahforth, S. M, irai Autant, i. duos l',if„r\,/ lirttisli School nt Rome, 1902, 1. 1, p. JR.
FOUS. — L'antiquité n'a pas ignoré systématiquement les fous, mais elle leur a témoigné peu d'intérêt. Le législateur romain s'occupe des furiosi, au point de vue de leur capacité civile et de ce qui, dans leur condition, ressort du droit '. Ils doivent, en général, être soignés au domicile de leurs parents : en cas d'impossibilité matérielle, on peut les évacuer sur les prisons où un quartier distinct, et peut-être un régime spécial, leur sera réservé. Mais, on s'étonne de ne pas rencontrer de prescriptions à leur sujet dans les traités des Pères : en outre les historiens ni l'archéologie ne nous font connaître l'existence d'asile à eux destinés. Peut-être, dans certains cas, les considérait-on simplement comme malades et les envoyait-on dans les hôpitaux.
En regard de ces malheureux qu'on doit plaindre, il existe deux catégories qui ont peut-être un titre plus mérité encore à l'épithète de « fous ». Ce sont ceux qui donnant à la parole de l'apôtre : -Vos stultii propter Christum, font le métier de « fous pour le Christ ». Il n'est pas d'excentricités, parfois d'un goût douteux et d'une morale à peine tolérable auxquelles ils ne se soient livrés sous prétexte d'ascèse et de sanctification ces singuliers personnages toujours restés à l'état d'exception et qui ont principalement obtenu créance et succès en Orient. C'est ainsi qu'on cite une certaine Isidora au IVe, un Sérapion et un Bessarion le thaumaturge au ve ; un Syméon et un Thomas au vie ; un André au xe qui se fera une quasi-célébrité sous le nom d'André Salos ou le fol : la galerie se poursuit jusqu'à nos jours. Enfin, à un degré encore inférieur, car ceux-ci n'ont même pas la folie véritable ou feinte de bonne foi pour excuse, nous rencontrons cette écœurante mascarade qui a obtenu en Occident un long succès au moyen âge. Évêque, fête, ordre et pape des fous, autant d'incongruités dont nous n'avons, heureusement rien à dire, laissant de grand coeur cette matière aux médiévistes. Nous rappellerons seulement le diptyque que nous avons décrit (Dictionn., t. iv, col. 1142 n. 64) qui servait de couverture à un office des fous, car du cloaque médiéval la liturgie elle-même ne s'est pas tirée sans éclaboussures '.
H. Leclercq.
FRACTIO PANIS. - I. Fractio panis dans le Nouveau Testament. II. La fractio panis de la Capella greca. III. Le terme frangitur dans les liturgies. IV. La fraction dans les liturgies orientales. V. La fraction dans la liturgie romaine. VI. Prières ou antiennes de fraction dans l'ancienne liturgie romaine. VII. Les termes fractio et infra actionem. VIII. La fraction dans les liturgies gallicane et mozarabe. IX. La fraction dans la liturgie celtique. X. La fraction dans la liturgie ambrosienne. XI. Bibliographie.
I. FRACTIO PANIS DANS LE NOUVEAU TESTAMENT.
Ce terme se rencontre souvent dans le Nouveau Testament au sens propre ainsi que dans les descriptions des scènes de la multiplication des pains : acceptis quinque panibus... adspiciens in cœlum benedixit et fregit et dedit discipulis panes (Matth., xiv, 19) et accipiens septem panes et gratias agens fregit et dedit discipulis (Matth., xv, 36). Mêmes expressions dans Marc, vi, 41 : et 6, 19 et dans Luc, ix, 16. Ces actions successives adspiciens in cœlum, benedixit fregit et dedit eis sont des rites ordinaires des repas juifs. Nous les voyons reproduits à la cène dernière : mais là naturellement ils prennent un sens tout particulier et deviennent rites de l'Eucharistie.
Matth., xxvi. 26 : Accepit panem et benedixit ac fregit deditque discipulis.
Marc, xiv, 22. : Accepit panem et benedicens et dedit eis.
Luc, xxii, 19 : Accepit panem gratias egit et fregit et dedit eis.
I Cor., xi, 24 : (initias agens, fregit et dixit.
Il faut ajouter à ces textes celui de saint Paul : Panis quem frangimus, nonne participatio corporis Domini est (I Cor., x, 16) ? et celui de saint Luc à propos des disciples d'Emmaus : Accepit panem et benedixit ac fregit et porrigebat eis (Act., xxiv, 30). Et ipsi narrabant quae gesta erant in via, et quomodo cognoverunt eum in fractione panis (Act., xxiv, 35), et celui de Jérémie : Parvuli petierunt panem et non erat qui frangeret eis (Jer., Thren., iv, 4) Dans tous ces textes, on voit que la fraction est devenue un rite eucharistique au même titre que la bénédiction et l'action de grâce. Il ne faut donc pas s'étonner que le nom de fractio panis, frangere panem, ait désigné le rite eucharistique au même titre que celui de benedictio calicis benedictionis ou d'eucharistie. Aussi le trouvons-nous dans ce sens dès l'origine : Quotidie, quodque, perdurantes unanimiter in oratione, et frangentes circa domos panem sumebant cibum cum exsultatione et simplicitate cordis (Act., ii, 46). Una autem sabbato quum convenissemus ad frangendum panem, Paulus disputabat (Act., xx, 7). Ascendens autem frangens panem (Act., xx, 11). Et cum haec dixisset, sumens panem gratias egit Deo in conspectu omnium et cum fregisset, coepit manducare (xxvii, 30). Erant autem perseverantes in doctrina apostolorum et communicatione fractionis panis et orationibus (Act., ii, 42).
Je sais bien que les exégètes discutent sur la portée eucharistique de quelques-uns de ces textes. Il n'est pas étonnant que le doute soit possible dans tel ou tel cas, puis que, comme nous l'avons dit, la bénédiction, l'action de grâce et la fraction du pain, sont des rites ordinaires de tous les repas juifs. Mais tout cela n'empêche que la fraction ne soit devenue un rite proprement eucharistique et que d'ordinaire la fractio panis dans des documents anciens ordinairement signifie l'eucharistie. Nous allons voir quelle place occupe le rite de la fractio et quelle importance il a dans la liturgie.
II. LA FRACTIO PANIS DE LA CAPELLA GRECA.— La peinture retrouvée par Mgr Wilpert dans la Capella greca de la catacombe de Priscille, et remontant au ii siècle, représente la scène eucharistique dans l'acte même de la Fractio panis ». Comme l'a démontré Mgr Batiffol, on n'en peut pas tirer un argument bien solide pour dater la fresque, mais il est de tout premier intérêt de pouvoir illustrer par une peinture des catacombes aussi anciennes ce rite sacré. Autour d'un autel, six personnages sont assis ; un septième personnage, au haut bout de la table, à gauche, rompt du pain : devant lui est posée une coupe, puis deux plats, l'un contenant deux poissons, l'autre cinq pains : tout à gauche quatre paniers remplis de pain et trois autres à droite. Il y a évidemment ici une allusion au miracle de la multiplication des pains. Mais, le calice et les autres détails de la scène indiquent assez que l'artiste a voulu représenter l'eucharistie, en relation avec le miracle, et au moment de la fraction. Nous avons donné une reproduction de la Fractio panis à l'article de Dom Leclercq, Aoape, t. i. col. 797 sq. Cette fresque ne rappelle pas seulement l'acte de la Fractio panis qui précède la communion, elle enseigne encore que celui qui rompt le pain et distribue l'eucharistie, c'est le président de la table, c'est-à-dire en somme l'évêque qui accomplit l'idée que la seule eucharistie est celle de l'évêque ou en union avec l'évêque '.
III. Le terme frangitur dans les liturgies. Les quatre textes eucharistiques parallèles emploient tous le terme (fregit, comme on peut le voir dans le si I. Mais aucun ne répète ce mot après corpus.
Matth., xxvi. 26 : hoc est corpus meum. Marc, xiv, 22 : hoc est corpus meum. Luc, xxii, 11 : hoc est corpus meum quod pro vobis datur.
I Cor., xi. 23 : hoc est corpus meum quod pro vobis tradetur.
Il n'en est que plus curieux de voir le mot frangitur er dans les plus anciennes formules liturgiques : Anaphore d'Hippolyte : Hoc est corpus meum quod pro nobis confringetur.
Statuta apost. : Hoc est corpus meum quod pro vobis frangitur. Domini : Quod pro vobis confringitur. -t. Apost., I. VIII : Quod pro multis frangitur. Lie Sacramentis : Quod [tu multis confringetur. Lit. sancti Jacobi : Quod pro vobis frangitur et datur. Lit. sancti Basilii : Quod pro vobis frangitur. La fractio panis, n'ont jamais encore été étudiés d'une façon méthodique. Les notices de Suicer, Thésaurus s.. |. tu m les. (,ml. lexteon. Du Cange, Glossanain média el Inflma graeltatis, aussi bien que ceux de pants dans les lexiques latins, sont très insuffisants.
La découverte et l'explication par Mgr Wilpert, Patrologia, 1891 - i Plltun é mllll., m. r. i.. i. m.,oi. 99. - - Apolog., I, n. 63, P. C, t. vi, col LdSm(,rn.,vm ;Funk,op.
I.iturgia Armen. : yuod pro vobis distribuitur in expiationem peccatorum.
Lit. Serapionis : Quod pro vobis frangitur in remissionem peccatorum.
La Didaché se rapproche de cette tradition : De pane fracto : gratias tibi agimus... sicut hic panis fractus dispersus erat supra montes e ! collectus fuit unus, ita colligatur ecclesia tua a finibus terra : in regnum tuum. c. ix.
Le mot frangitur tout seul, ou frangitur et datur. frangitur et distribuitur, ou frangitur, tradetur, frangitur et dividitur. divitur ut comedatur, se rencontrent encore dans les liturgies de saint Marc, (Alexandrine), de saint Basile (Alexandrine), de saint Grégoire (Alexandrine), de saint Cyrille (copie), de saint Basile (copte), de saint Grégoire (copte), du Sauveur (éthiopienne), des apôtres (éthiopienne), de saint Basile (éthiopienne), de Pioscore (éthiopienne), de saint Cyrille (éthiopienne), des 31o pères de Nicée (éthiopienne), de saint Épiphane (éthiopienne), de Théodore de Mopsueste, des nestoriens, de saint Jacques (syrienne), de saint Sixte (syrienne), de saint Pierre (I* et II » syrienne), de saint Jean l'evangéliste (syrienne), des Douze Apôtres (syrienne), de saint Clément (syrienne), de saint Denys (syrienne), et quelques autres ■.
Comme le dit Renaudot, la lecture quod pro vobis frangitur que les liturgies expliquent souvent par les deux termes : ξύρω et θρύπτω se trouve à peu près dans toutes les liturgies orientales « .
En dehors de ces termes : Corpus quod pro vobis frangitur ou termes équivalents, il n'est pas question de la fraction dans les documents anciens, tels que les textes de saint Justin sur l'eucharistie, la Didaché, l'Anaphore de saint Hippolyte, les statuta éthiopiens, l'Anaphore de Sérapion, le Testamentum Domini, le de Sacramentis, les catéchèses de saint Cyrille, et même peut-être le canon romain ancien. Je ne crois pas non plus qu'il y soit fait allusion, du moins d'une façon un peu distincte, dans les écrivains anciens après saint Ignace.
Il est fait allusion à ce pain rompu et dispersé sur les collines qui a été réuni et qui est symbole d'unité des chrétiens entre eux par la communion. (Funk, op. cit., p. CLX). Cette pensée deviendra une et dans l'épître de s. Polycarpe, Ad Phil., v, p. 271. — »In garum orientalium collectio« , 2 vol. in-4°, 1715. — »Renan, op. cit., t. II, p. 54« . Les tables très complètes dressées par l'abbé Cagin confirment cette donnée. Il y a des expressions qui rappellent la fraction : v.x-'x xupiaxr,v ». x'jptou -rv. :<. -v xa -. ! (Funk, Opéra Patrum Apost., t. I, p. rxxx). • xxxvi, mi Casulam, Posl peractum dlemsabbatt, noctia tnltto fuerant cor formule de fraction dans certaines liturgies. L'Anaphore de Sérapion a un passage analogue, et sicut hic panis dispersus erat supra montes, etc. Cf. G. Rauschen, Monumenta eucharistica et liturgica, Bonn, 1919, p. 27. Cette pensée revient aussi fréquemment chez les Pères, notamment dans saint Cyprien. Quant à saint Ignace, il se sert de l'expression : eva apxov xXtôv-co ; (Funk, t. I, p. 190).
Le texte de saint Augustin, et autres textes similaires que l'on pourra citer, prouvent bien qu'à son époque en Afrique, on rompait le pain eucharistique, mais non pas que la fraction fût alors une cérémonie distincte et indépendante, comme elle fut plus tard '. Mais à partir d'une certaine époque, du IVe au VIe et au-delà, elle s'implante dans la plupart des liturgies et y prend des développements de plus en plus importants. Elle met en relief le souvenir des souffrances corporelles du Christ, de la passion et de la mort ; elle affirme la divinité et l'unité du corps et du sang du Christ, séparés ou réunis, l'union des fidèles dans la participation au corps et au sang du Christ, etc.
IV. La fraction dans les liturgies orientales. — La fraction dans la plupart de ces liturgies donne lieu à des cérémonies assez compliquées et accompagnées généralement d'un proœmium fractionis et d'une ou de plusieurs oraisons. A proprement parler ce rite est étroitement uni à d'autres que l'on appelle l'unio, la consignalio et la commixtio. L'unio pour les Grecs, &'{'.y. vcactç, a pour but de montrer que le corps et le sang du Christ, consacrés par deux formules distinctes, ne font qu'un, ou comme le dit la profession de foi qui accompagne ces rites : hoc esse corpus istius sanguinis, h une esse sanguinem istius corporis -. A cette fin, le prêtre trempe une partie de l'hostie dans le sang du calice et touche les autres parties. Cette dernière cérémonie est la consignalio, chaque parcelle étant en quelque sorte marquée et signée par le sang. Enfin une des parcelles de l'hostie est mêlée au sang, commixtio. La fraction ou plutôt les fractions, car il y en a plusieurs, précèdent et suivent ces rites. En voici du reste un exemple tiré de la liturgie copte de saint Basile : Proœmium ante fractionem. Sacerdos : Iterum gratias agimus tibi Deus omnipotens... Precamur eum (Deum), rursus, ut nos efjiciat dignos communione corporis sancti et sanguinis pretiosi Christi ejus... Populus. Amen.
Cum dicit sacerdos hanc benedictionem, vélum sericeum dextra gestans et ad occidentem conversus, eo vélo populo signum facit, manum super disco tenens : quando vero recitalur benedictio, diaconi dicent deprecalionem, sacerdos vero faciem et oculos convertet ad corpus quod in disco positum est, dicet que : Deus misereatur nostri et benedicat nobis, illuminet vultum suum super nos et misereatur nostri.
Tum sacerdos sumet corpus sanctum manu dextra, imponet que sinistræ, ponet que digitum super corpus in latere despotici seu majoris particule eo loco ubi fractum est, et dicet : Corpus sanctum.
Tollet que digitum suum de super corpore, immitet que in calicem et intinget extremum pollicis sui sanguine pretioso : tum edu cet digitum e sanguine, et iterum signabit sanguinem sanguine, in modum crucis gloriosæ, et dicet : Est sanguis pretiosus Christi ipsius omnipotentis Domini Dei nostri.
Tune edu cet digitum suum e calice sanguine pretioso tinclum. et signabit eo corpus una cruce, de super fractura e latere majoris particule, et infra ex parte exteriori corporis, unam crucem formans super sanguinem e t duas super corpus. Diaconus dicet : Orale. Sacerdos : Pax omnibus. Populus : Et cum Spiritu tuo.
Oratio fractionis ad Patrem. Sacerdos : Domine Deus noster ; Magne, œterne, etc. 3.
Oratio fractionis alia Basilii : Deus parens Lucis, vitæ principium, etc.
Oratio fractionis alia Joannis Chrysostomi : Dedisti nobis gratiam adoplionis, etc. Pater noster.
Oratio post Pater noster.
Diaconus : Inclinatc capila vestra Domino.
Populus : Coram te Domine. Oratio inclinalionis ad Patrem. Oratio absolutionis ad Patrem. Mémento vivorum et mortuorum. Sancta sanctorum. Omnes e populo prostrati erunt in terram super faciès suas : immitel que sacerdos DESPOTICUM in sanguinem, extrema sui parte formabit que cum eo crucem unam in sanguine : tum edu cet et cosignabit corpus sanctum in disco, cruce una : tum signabit eum semel sanguine pretioso in modum crucis, et ita perficiet tres signationes corporis super sanguinem, et tres ex sanguine super corpus. Peractis vero, signalionibus tribus, mitlet DESPOTICUM in sanguinem. intra calicem dicens : Benedictus Dominus Jesus Christus Filius Dei et Spiritus Sanctus. Amen Tune accipiet sacerdos tertiam partem in qua erat DESPOTICUM, dividet que in tres partes : quod si fuerint magnæ, frangit cas in disco et tres partes manui dextra ; imponet, quam retinebit elevatam : levam vero intra discum et dicet : Corpus sanctum et sanguis pretiosus.... credo hoc esse corpus vivificum.... Credo ipsius divinitatem separatam non fuisse ab ipsius humanitate, etc., suit la communion *.
L'exemple suivant montrera les analogies entre la liturgie grecque de saint Grégoire et la liturgie copte du même.
Liturgie grecque de S. Grégoire.
Proœmium Fractionis. Sacerdos : Jesu Christe nomen salutare.... qui te benedixit, etiam nunc benedic, qui te sanctificasti, etiam nunc sanctifica.
Qui te frangisti, etiam nunc frange qui te dedisti discipulis et apostolis tuis, etiam nunc, Domine, da nobis et omni populo tuo.
Oratio fructionis : qui es, qui eras, qui venisti, et iterum venturus es... Pater noster.
Alia oratio fractionis : Benedictus es Christe Deus omnipotens, liberator. Ecclesiae lux.
Pater noster.
Tu enim es Verbum Patris...
Pater noster s.
Liturgie copte de S. Grégoire.
Proœmium Fractionis ad Filium. Domine Salvator noster.... Qui benedixisti illo tempore, benedic etiam nunc.
Qui sanctificasti illo tempore, sanctifica etiam nunc.
Hic frangit corpus sanctum quinque partem sépare a parte, et dicit : qui frangisti illo tempore : frange etiam nunc. Populus : Amen.
Hic dividit et partit unam alteri supponat in crucis figuram. Qui dedisti discipulis sanctis et apostolis... Auje Domine, da nobis.
Hic sacerdos dividit sanctum corpus sequentem orationem récitons fractionis ad Filium.
Benedictus es Christe Deus noster omnipotent. Salvator Ecclesiae lux....
Alia oratio Fracti ad Filium.
Tu es Verbum Dei Patris...
Pater noster.
Les Grecs pour donner au rite un réalisme plus vivant, se servent d'un glaive ou d'une lance &Y'a X6y3P1 pour diviser l'hostie et même la percer avec des prières adaptées '. Mais, c'est une particularité qui ne se retrouve pas dans les autres liturgies orientales et qui n'est pas primitive.
V. La FRACTION DANS LA LITURGIE ROMAINE. — Dans la liturgie romaine actuelle, la fraction n'est plus entée que par un rite sans paroles ou du moins sans paroles se rapportant au rite de fraction, et on peut dire qu'elle passe à peu près inaperçue. Voici la rubrique du missel : Submitlit patenam hostiee, discooperit calicem, genuflectit, surgit, accipit hostiam ; PRASALT eau SUPSR calicem, per medium dicens : Per eumdem Dominum nostrum Jesum Christum Filium tuum. Partem quæ in dextera est ponit super patenam. Deinde ex parte, quæ in sinistra remansit, frangit particulam dicens : Qui tecum oioit et regnat, etc.
Ce rite suit, comme on sait, l'embolisme du Pater : Libéra nos, quæsumus et précède le Pax Domini, avec lequel il semble fondu. Il est évident que sur ce point, comme sur quelques autres, la messe romaine actuelle ne présente qu'un résumé et que pour avoir l'intelligence complète du rite, il faut l'étudier dans les liturgies anciennes.
Amalaire dont les interprétations sont souvent fantaisistes dit que la division de l'hostie en trois parties dans le rite romain avait pour but d'imiter la fraction que Jésus fit avec les disciples d'Emmaüs :. Ce qui est vrai, c'est que l'une des trois parties était réservée sur l'autel, l'autre était mise dans le calice et la troisième était pour la communion du prêtre, des ministres et des fidèles '. Jean d'Avranches, au XIe explique l'usage que l'on faisait des trois parties à son époque : dos corpus Domini tripliciter dividal, quorum partem unam sacerdos calici immittens... Alia se, diaconum subdiaconum que communi cet, tertiam viaticum si opus fuerit in patina usque ad funem misste reseruei :
L'injection de la particule de l'hostie dans le calice a été interprétée diversement. Les uns y voient un souvenir du rite de la messe des présanctifiés au vendredi saint, quand une particule de l'hostie consacrée la veille est mise dans le calice qui contient du vin et de l'eau non consacrés. La fraction se fait ce jour-là à la fin de l'embolisme du Pater, mais sans le Pax Domini. A l'époque où la communion se donnait encore sous les deux espèces, on n'eut pas pu consacrer le vin en quantité suffisante, un autre calice fort grand, était préparé, où l'on versait quelques gouttes du vin consacré pour le sanctifier. Cette cérémonie est marquée dans les ordines romains '. Le mélange de l'hostie au vin consacré aurait la même origine « . Mais on peut voir aussi, par la comparaison avec les rites orientaux, que ce mélange du corps et du sang du Christ est un motif naturel.. cet usage. Les hosties autrefois plus épaisses qu'aujourd'hui, cette parcelle pouvait avoir besoin d'être humectée, n ; ie dans la plupart des églises grecques où l'hostie destinée aux malades est mise en réserve le Jeudi saint pour toute l'année, les prêtres la font ramollir avec du vin pour la rendre plus facile à avaler. Le Christ était un acte de foi en l'unité du corps et du sang '.
Enfin ce mélange nous rappelle encore le rite du fermentum (voir Fermentum), t. V, col. 1371. Le concile d'Orange, en 441, prescrit : Cum capsa et calix offerendus (inferendus) est, et admixtione eucharistiae consecrandus, c. XVII. La cupsa est la boîte où l'eucharistie est conservée ; elle contenait la parcelle réservée pour la mettre dans le calice, après la fraction de l'hostie. Cette parcelle était celle réservée par le prêtre lui-même à une messe précédente ou celle qui avait été envoyée par un évêque. Ce rite représentait l'unité du sacrifice. C'est au Pax Domini que ces parcelles étaient mises dans le calice. La fraction de l'hostie consacrée le jour même avait lieu ensuite ; et une parcelle de cette hostie était mise aussi dans le calice avec ces mots : Fiai commixtio, etc. Ordo, I, n. 18, 19, et Ordo, II, n. 13. C'est cette dernière partie du rite qui seule s'est conservée dans la messe romaine ».
Au sujet de la fraction dans la messe romaine, il faut rappeler que le pape saint Grégoire Ier introduisit sur ce point une réforme importante. Voici comment il l'explique lui-même : Orationem vero dominicam ideo mox post precem dicimus, quia mos apostolorum fuit ut ad ipsam solummodo orationem oblationes hostiam consecrarent. Et valde mihi inconveniens visum est ut prece quam scolasticus composuerat super oblationem diceremus, et ipsam traditionem quam redemptor noster composuit super ejus corpus et sanguinem non diceremus. Sed et dominica oratio apud Graecos ab omni populo dicitur, apud nos vero a solo sacerdote.
Ce changement avait pour conséquence de mettre d'accord l'usage de Rome avec celui de Constantinople. La fraction a lieu en effet chez les Grecs après le Pater, la litanie diaconale et la bénédiction de l'évêque sur le peuple ; la fraction et la communion sont intimement unies ; l'évêque prononce la fameuse acclamation : « Ta àyl* Totç âyioîç », à laquelle le peuple répond par une doxologie, la fraction a lieu alors, suivie de la communion. Pourtant, saint Grégoire se défend d'avoir voulu imiter les Grecs et fait remarquer les différences qui subsistent entre les deux usages ; en premier, le Pater est récité par tout le peuple ; à Rome, c'est le prêtre qui le récite.
Ce texte de saint Grégoire a été souvent discuté. On s'est étonné que le pape semblât attacher si peu de considération au canon de la messe comme composition d'un obscur rhéteur, et qu'il considérât le Pater comme la seule prière récitée au service eucharistique à l'époque apostolique. Mais ce qui seul nous intéresse ici en ce moment, c'est le renseignement qui nous est donné sur la fraction. Avant saint Grégoire, le calice se terminait avec la doxologie solennelle : Per ipsum, etc., qui comportait l'élévation du calice et de l'hostie (voir Canon, t. II, col. 1847, Élévation, t. IV, col. 2662). Vin en la donnant aux malades (voir la lettre de saint Augustin au P. Morin, De Gratcorum templis. Nous voyons dans Eusèbe lit. I, e. SXXVI), que celui qui porta l'eucharistie au vieillard Sérapion eut l'ordre de la lui donner, le concile de Carthage (Conc. Carth., IV, c. lxxvi), qui veut qu'on mît l'eucharistie dans la bouche du malade, permet de croire qu'on la mêlait dans une liqueur. Au Xe, on prescrivait au solitaire, en prenant la sainte hostie, de prendre en même temps du vin dans un petit vase destiné à ce ministère (Lcfa sancf., dans du vin est peut-être un reste de l'ancien usage).
La fraction avait lieu à ce moment, Saint Grégoire jugea bon d'insérer dans le canon, à la suite de la doxologie finale, le Pater avec la clausule initiale et l'embolisme Libéra nos ; la fraction fut renvoyée après.
C'est probablement à la suite de ces changements que la prière de fraction disparut, mais nous la retrouverons dans les autres liturgies et même dans l'ancienne liturgie romaine.
Voici le rite tel que nous le lisons dans la messe pontificale romaine d'après les ordines du Ve et du IXe. La fraction proprement dite est accompagnée de rites avec lesquels il ne faut pas la confondre, mais dont on ne peut la séparer.
Le « Pax Domini sit semper vobiscum » est suivi du baiser de paix (voir Baiser de Paix). Le pape met alors dans le calice le fragment de pain consacré qui lui a été apporté au commencement de la messe, puis il rompt une de ces deux oblatœ, et en laisse la moitié sur l'autel. Ce fragment, appelé « sancta », et qu'il ne faut pas confondre avec le « Fermenlum », comme on l'a fait quelquefois, est une partie d'une hostie consacrée à une messe précédente. C'était un symbole qui exprimait, comme le « Fermenlum », du reste, l'unité du sacrifice eucharistique et son caractère de perpétuité. Il n'y a qu'un seul sacrifice, hier, aujourd'hui, demain, à Rome et dans toutes les églises du monde ; c'est le même sacrifice, la même victime, le même prêtre, la même oblation.
La moitié de l'oblation restée sur l'autel et la seconde oblation, tout entière, sont placées sur la patène et portées devant le pape qui est maintenant retourné à son trône. Les autres pains consacrés sont portés devant les évêques et les prêtres qui célébraient devant le pape. Alors a lieu la fraction du pain opérée par le presbylérium tout entier. Les oblations portées devant le pape, aussi bien que celles portées devant les concélébrants, sont rompues et distribuées. Depuis le pape Sergius (687-701), cette cérémonie s'accomplit au chant de l'Agnus Dei. Mgr Duchesne pense qu'avant saint Grégoire, le Pater était récité à ce moment, après la fraction. Saint Grégoire n'aurait fait que le transporter avant la fraction. Il était réservé une part de l'oblation envoyée comme fermenlum aux prêtres des paroisses de Rome. (Voir Fermentum, t. V, col. 1371).
VI. Prières ou antiennes de fraction dans l'ancienne liturgie romaine. — La fraction, dans la messe romaine actuelle, n'est accompagnée d'aucune formule ayant trait à ce rite. Mais, nous avons dit que l'on peut retrouver quelques-unes de ces formules dans l'ancienne liturgie romaine. Dom Cagin a fort opportunément rappelé sur ce point l'attention des liturgistes et ces reliques liturgiques ont trop d'intérêt pour que nous ne les signalions pas ici. Nous ne reviendrons pas sur la formule : « Emilie angelum luum. Domine », que nous avons donnée tout entière. Voir Epiclèse, t. V, col. 165. Les termes : « Nos frangimus, Domine », indiquent bien qu'il s'agit ici d'une antienne de fraction, ou, comme le veut Dom Cagin, d'une épiclesis désaffectée. Mais il fait en même temps remarquer qu'épiclesis et fraction sont intimement liées ! Or, l'origine de cette remarquable formule, d'après les manuscrits, est assez vraisemblablement romaine.
Une autre formule d'origine romaine, quoiqu'elle paraisse ambrosienne à première vue, est la suivante : « Corpus tuum frangitur Christe.... sanguinis tui sit nobis semper ad vitam ad salvandas animas, Deus noster. Agnus Dei qui tollis peccata mundi, miserere nobis. A bel justus atque sanctus agnum agno obtulit immaculatum ».
Nous citerons les suivantes :
Antequam dieat. Pax Domini. ineipit INFRA ACTIO. Hic est agnus qui de caelo descendit : cuius ris corpus super altare frangitur, alléluia. Et qui mundo corde ex eo accipit, anima ejus vivet in perpetuum, alléluia.
Et post compléta infractions deinde dicit : Pax Domini sit semper vobiscum, etc. Sabbato sancto in vigiliis Paschae.
INFRACT. Angeli circumdederunt altare, et Christus administrai Panem sanctorum et calicem vitæ in remissionem peccatorum. Alleluia, alleluia.
INFRACT. Multitudo angelorum simul archangelorum Domine laudat tibi referunt ; quia misisti Spiritum sanctum tuum ad confirmandum nobis corpus et sanguinem Domini Dei nostri Jesu Christi. Alleluia.
On pourra trouver dans les livres liturgiques romains d'autres indices des anciennes formules de fraction, à voisinant l'épiclesis ou la communion. Il nous a suffi de signaler celles-ci qui rappellent un rite de la messe romaine aujourd'hui presque disparu.
VII. Les termes FRACTIO et INFRA ACTIONEM. —
VIII. La fraction dans les liturgies gallicane et mozarabe. - Rappelons d'abord le texte de saint Germain de Paris qui, dans sa fameuse description de la messe, nous donne la définition de la fraction telle qu'on l'entendait de son temps : Confractio vero et commixtio corporis Domini lantis mysteriis declaratur antiquitus sanctis Patribus fuit, ut dum sacerdos oblationem confrangeret, videbatur quasi angelus Dei membra fulgentis pueri cultro concidere, et sanguinem effusum in calicem excipiendo colligere, ut veracius dicerent verbum dicente Domino carnem ejus esse cibum et sanguinem esse potum. In hac confractione sacerdos vult augere, ibidem debet addere, quia una caelestia ferentis miscentur, et ad orationem sacerdotis caeli aperiuntur.
Sacerdote autem frangentur, supplex clerus psallet antiphoniam, quia patiente dolore mortis omnia elementa testamenti sunt elementa.
On voit quel sens réaliste l'auteur attache au rite de la fraction et comment elle rappelait aux fidèles un instant avant la communion, le sacrifice sanglant de la croix. D'autres rites mettront cette vérité encore plus en relief. Une antienne chantée à ce moment soulignait encore la solennité du rite.
Comme le dit Mgr Duchesne, une certaine dose de superstition s'introduisit de bonne heure dans ce rite. On arrangeait sur la patène les parcelles de l'hostie de manière à former une figure humaine. Le concile de Tours de 567 interdit cette pratique et ordonna de disposer les parcelles en forme de croix. Grégoire de Tours (585) mentionne simplement la fraction sans donner de détails. Verum ubi explicuit verbis (les paroles du canon) confractio corporis Dominici uneno, et ipse sumpsit, et aliis distribuit ad edendum, etc. Les formules de fraction dans les liturgies galli sont nombreuses, mais elles ne sont pas toujours à leur place naturelle. Nous n'en citerons que quelques-unes :
Post secreta. Credimus, Domine, credimus in hac fractione corporis, et effusione sanguinis nos esse redemptos : confidimus etiam quod spe hic interim jam veniamus, in aeternum perfrui mercamur.
Post secreta. Credimus, Domine, advenium tuum : nos Passionem tuam, corpus tuum in peccatorum nostrorum remissione confractum, sanguis sanctus tuus in pretium nostrae redemptionis effusus est. Qui cum patre et Spiritu sancto, etc.
Dans la liturgie mozarabe, le rite de la fraction est aussi assez compliqué. Après le Post pridie et le Te prestante et l'élévation de l'hostie et du calice, qui répondent à notre doxologie finale du canon et à notre seconde élévation, le peuple récite le Credo.
Puis le prêtre rompt l'hostie en deux parties égales, divise l'une en cinq parties et l'autre en quatre et les dispose en forme de croix, comme l'indique la figure ci-contre.
Ces neuf parties répondent aux neuf mystères, les sept mystères de la vie de Jésus-Christ formant la croix, et les deux autres, Gloria et regnum, qui sont les mystères du ciel, étant à la droite de la croix. Rporatio répond à l'Incarnation.
Le prêtre dit alors le Mémento des vivants, puis le Pater, encadré de certaines prières. Puis il procède à la fraction, qui est unie à la commixtion et à la communion.
Voici du reste la rubrique du missel mozarabe : Sic presbyter. Accipiat modo particulam (quae dicitur de patena) : et ponat super calicem : in resurrectionis ostendit dicat tribus vicibus : « Ecce leo de tribu Juda radix David, alléluia ». - Chorus quolibet vice : « Qui sedes super cherubim, radix David, alléluia ». - Tunc dicat istam orationem inter se submissa voce : « Sancta sanctorum, nostri Jesu Christi, si sumus ad veniam : et defunctis fidelibus praestetur ad requiem ».
La traction chez les mozarabes est accompagnée d'une antienne qui est désignée par l'une ou l'autre de ces rubriques : Ad confractionem panis dicat chorus, ou ad confractionem panis antiphona. Nous en citons quelques-unes pour montrer que les païens d'ordinaire en relèvent la communion : ad me non esuriet : qui crédit in me non inquam. Ego sum lux mundi : et qui sequitur me non ambulabit in tenebris : sed habebit lumen vitae. Veni ad me. Qui manducat meam carnem et bibit meum sanguinem : in me manet et ego in illo. Gloria et honor Patri et Filio et Spiritui • in saecula saeculorum. Amen.
Ad confractionem panis. Antiphona, Tu Domine da escam nobis in tempore opportuno : muni, p. 448, 494. On aura remarqué que plusieurs de ces antiphones ont des analogies
V.
luam et impie omnem animam benedictione. (Feria 6 » in IIII Dom. Quadr.) ».
Ad confractionem vero panis dicitur haec antiphona tribus vicibus : Memor esto nostri, Christe, in regno tuo, et dignos fac nos de resurrectione tua. Postea simbolum 2.
IX. La fraction dans la liturgie celtique. — Le rite est plus compliqué encore chez les Celtes. L'hostie était divisée de sept façons différentes, suivant les fêtes ; en cinq parties aux messes communes, en sept aux fêtes des saints et des vierges, en huit aux fêtes des martyres, en neuf le dimanche, en onze aux fêtes des apôtres, en douze aux kalendes de janvier et au jeudi saint, en treize le dimanche après Pâques et le jour de l'Ascension, en soixante-cinq aux fêtes de Noël, de Pâques et de la Pentecôte. On les disposait en forme de croix, avec quelques complications quand elles étaient nombreuses ; à la communion, chacune des parties de la croix ou de ses appendices était distribuée à un groupe spécial de personnes, prêtres, moines, etc.
Pendant ce rite, on chantait un répons. Nous donnerons ici celui du missel de Stowe. L'oraison dominicale suivait. Voici la curieuse formule du missel de Stowe :
Ter canitur. « Isund conogabar indablu tuair (orsincailech fobdidithir leth nabairgine is in cailuch » (c'est-à-dire, en gaélique, qu'ici a lieu une élévation et le mélange du corps et du sang du Christ dans le calice).
Fiat Domine misericordia tua super nos quemadmodum sperabimus in te. « Isund conbongar in bairgen : (Fraction).
Cognoverunt Dominum. Alléluia. In fractione panis. Alléluia.
Panis quem frangimus corpus est Domini nostri Ihesu Christi. Alléluia.
Calix quem benedieimus (alléluia) sanguis est Domini nostri Ihesu Christi (alléluia) in remissionem peccatorum nostrorum (alléluia).
Fiat Domine misericordia tua super nos. Alléluia. Quemadmodum speravimus in te. Alléluia.
Cognoverunt Dominum. Alléluia.
Credimus, Domine, credimus in hac fractione corporis et effusione sanguinis nos esse redemptos, et confidimus, sacramenti hujus adsumptione munitos, ut quod spe interim hic tenemus mansuri in caelestibus veris fructibus perfruamur. per Dominum...
X. La fraction dans la liturgie ambrosienne. — Dans la liturgie ambrosienne, le canon se termine par une doxologie qui diffère peu de la doxologie romaine. Après la doxologie, le prêtre divise l'hostie en disant : Corpus tuum frangitur, Christe calix benedicitur ; le prêtre détache alors une parcelle de l'hostie destinée à être déposée dans le calice en disant : Sanguis tuus sit nobis semper ad vitam et ad salutem animas. Commixtio consecrata corporis et sanguinis Domini nostri Jesu Christi nobis datur et sumitur in vitam aeternam, Amen. On chante alors le confractorium, antienne de fraction. Après la fraction on chante le Pater. Cette succession de rites est bien remarquable. Comme dans la plupart des liturgies, fraction, commixtion et communion sont étroitement unies. La fraction est mise en relief par les paroles : Corpus tuum frangitur et par le chant du confractorium. Enfin et surtout il est intéressant de noter que le rite ambrosien maintient l'ancien usage romain, fraction avant le Pater. Cette concordance curieuse montre que ce rite conserve les traces de la liturgie romaine ancienne que la liturgie romaine actuelle a perdues. Et ce n'est pas le seul exemple dans cette liturgie.
En Gaule et en Espagne, l'ordre liturgique est : fraction, Pater, commixtion.
Les Grecs divisent l'hostie en quatre parties dont ils font une croix sur l'autel, et mettent une de ces parties dans le calice.
Voici la forme de la croix :
NI
II
XI
KA
Comme le dit Brightman, la fraction eut d'abord pour objet d'imiter le geste du Seigneur à la cène et de distribuer le corps du Christ pour la communion. Plus tard, il devint dans ces liturgies, comme dans les autres, geste symbolique rappelant la passion. Il croit même pouvoir distinguer dans ces liturgies, au moins dans certaines d'entre elles, trois fractions : a) la reproduction du geste du Seigneur rompant le pain ; b) la fraction symbolique de la passion ; c) la fraction pour distribuer l'hostie aux fidèles.
F. Cabrol.
FRANCE. Note préliminaire. — Nous avons réservé tout ce qui concerne les questions galloromaines pour être traitées séparément. On trouvera ici ce qui a plus particulièrement rapport à l'archéologie franque : cependant s'il était aisé d'établir une distinction en ce qui regarde les textes et les sépultures ayant trait aux envahisseurs de la Gaule, on ne pouvait songer à l'étendre aux monuments du culte et à l'épigraphie qui ont donc été abordées ici dans leur ensemble. L'étude des antiquités de l'Église et de la liturgie gallicanes attireront à elles les observations sur le clergé franc (voir Gallicanes, Église et liturgie).
I. Les Origines. — I. La légende de l'origine troyenne. II. Pays désignés sous le nom de France. 1. France germanique. 2. France gauloise. 3. France mérovingienne. 4. France des écrivains romains.
5. France et Neustrie. 6. France carolingienne.
II. Le nom de France.
IV. La I îL-l^iq uc, glacis de la France.
A'. Première période d'invasions de peuples franques ou sicambres.
VI. Ligues.
VII. Luttes et accords entre la ligue des Francs et l'Empire.
VIII. Les Francs de 340 à 440.
IX. Le royaume de Clodion et 'le Mérovée.
X. Le royaume de Childéric Ier.
XI. Progrès du royaume franc de Clodion à Clovis (440-511).
XII. Le royaume de...
XIII. Le royaume de...
XIV. Le royaume de...
XV. Le royaume de Childebert Ier.
XVI. Le royaume de Clotaire Ier.
XVII. L'héritage de...
XVIII. Le royaume de Charibert (561-567).
XIX. Le royaume de...
Marchomir et Sumeson, l'un fils de Priant, roi d'Anténor ; et, enfin, choisirent pour rois Pharamond, Clodion et Mérovée. Il y a une légende, la légende troyenne, un mythe ou, plus simplement, une fiction puérile d'érudits de basse époque, une invention d'un clerc. Quelle idée l'a emporté ? Quels documents a-t-il mis en son livre ? Quel texte a-t-il interprété ? Et comment la légende troyenne des Francs est-elle arrivée aux premiers auteurs qui en ont parlé sans se copier ?
Voici la question : quelle valeur doit-on accorder au récit qui nous a été transmis par les plus anciens historiens des Francs, et d'après lequel les Francs seraient venus de l'est, soit de la Pannonie, comme le répète après d'autres Grégoire de Tours, soit de la ville de Troie, ainsi que le rapportent Frédégaire, ou l'auteur quelqu'il soit qui écrivait dans la seconde moitié du VIIe, et l'auteur inconnu des Gesta regum Francorum, historien de la première moitié du VIIIe. On peut négliger les textes d'une date postérieure qui, sur ce point particulier de la légende troyenne, procèdent tous de l'œuvre des deux chroniqueurs.
Rien ne fait supposer que l'auteur des Gesta ait connu la chronique dite de Frédégaire : en tous cas, il est certain que le récit de la « légende troyenne » qu'on lit chez l'un, n'a pas servi de source au même récit qu'on rencontre chez l'autre. Non seulement les deux récits ne se doivent rien ; mais ils présentent les plus grandes différences. Il faut donc admettre qu'ils dérivent de quelque source commune. Le principal document écrit sur lequel travaillent les deux historiens, c'est l'œuvre de Grégoire de Tours : l'auteur des Gesta a en outre amplement puisé dans les traditions orales. Or les quelques mots de Grégoire de Tours : Franci a Pannonia fuisse digressos, ne sauraient être considérés comme l'origine de la légende. C'est un « on dit » populaire. Si Grégoire avait connu l'origine troyenne des Francs, il ne l'eût sans doute pas passée sous silence, et si la légende existait de son temps, elle n'était, à coup sûr, que peu répandue. L'a-t-elle été d'ailleurs jamais ? Au contraire de Grégoire, qui ignore les noms des premiers rois francs, le compilateur de l'Histoire des Francs épitomata, mieux renseigné à son gré, complète le texte qu'il transcrit en se recommandant de l'autorité de saint Jérôme et de Virgile, pour affirmer que le premier roi franc fut Priam. Mais saint Jérôme ne parle des Francs, en dehors de sa Chronique, qu'en un endroit de la Vie de saint Hilarion, et il ne fait pas allusion à l'origine troyenne de ce peuple. Frédégaire ne peut pas non plus avoir en vue les mots exinde origo Francorum, qu'on lit dans ses Excerpla ex Eusebii chronico, Hieronymo interprète : ces mots ne se trouvent ni dans la version arménienne de la Chronique d'Eusèbe, ni dans le texte original de la version de saint Jérôme. C'est là une simple glose, une interprétation postérieure. En tout cas, ce n'est pas à ces mots que songe Frédégaire, quand il dit que « saint Jérôme a écrit sur les rois des Francs. » Le Père de l'Église n'est donc point l'auteur de la légende.
Quelques érudits modernes se sont tournés vers les continuateurs de sa Chronique : on rencontre chez Prosper Tiro les noms de Priam, de Pharamond, de Clodion et de Mérovée. Mais le plus ancien manuscrit de Prosper Tiro ne renferme pas ces noms de rois ; ils n'existent que dans des manuscrits très postérieurs, que Frédégaire n'a pu connaître. Restait le passage du Breviarium latin de la Cosmographie chrétienne du prétendu Ethicus, où se trouve un récit qui ne laisse pas de rappeler la légende dont nous nous occupons. Avant de soutenir que Frédégaire a suivi Ethicus, il faudrait savoir quel était cet Ethicus et son traducteur ou, plutôt, son abréviateur Jérôme ? À quelle époque ont-ils vécu, si tant est qu'ils ont jamais existé ? On ne saurait le dire. A la vérité, il n'importe ici. Frédégaire a-t-il connu le Breviarium et s'en est-il servi ? Voilà toute la question. Si le Breviarium est la source de la légende, il est clair que non seulement l'accord doit régner sur les points essentiels entre ce document et le récit du chroniqueur franc : ce récit doit en dériver avec une clarté, une certitude qui ne permettent aucun doute.
Voici ce qu'on démêle dans l'obscur récit du Breviarium : Romulus, petit-fils de Numitor, après avoir vaincu les Lacédémoniens, en vient aux mains avec Francus et Vassus, princes de race royale, les bat, prend Ilion et retourne à sa ville. Francus et Vassus, alliés aux Albani et campés dans les montagnes de l'Istrie, livrent bataille à Romulus. Ils sont défaits, et la déroute est telle que, tandis que les Albani qui ont pu échapper au carnage se réfugient dans leurs montagnes, Francus et Vassus prennent la fuite avec une poignée de braves Troyens. A travers la Rhétie, ils parviennent ad invia et déserta Germanise, laissent à gauche les Palus Méotides, et, menant l'existence de brigands et de pirates, ils bâtissent là une ville du nom de Sicambria. Cet itinéraire est étrange. Sans nous arrêter à le commenter, retenons seulement du récit attribué à Ethicus, le nom du prince Francus, issu de race royale, la chute de Troie, la défaite des Troyens par les Romains, l'exode à travers la Rhétie vers une nouvelle patrie et la fondation de la ville de Sicambria, non loin des Palus Méotides. Notons surtout qu'Ethicus ne parle pas des Francs, qu'ils ne sont nommés nulle part dans le Breviarium, et qu'il ne dit point, par conséquent, que les Troyens sont devenus des Francs. Ethicus ne parle que des Troyens et du prince troyen Francus, lequel est bien ici une personne et non une expression ethnique.
Au contraire, l'Histoire des Francs épitomata et les Excerpla ex Eusebii chronico nomment Priam, contemporain de la guerre de Troie, premier roi des Francs. Tout au plus peut-on rapprocher Francus du Francion de Frédégaire, et la fondation de Sicambria près des Palus Méotides de celle de la ville ad instar Trojæ nominis, élevée non loin du Rhin. C'est tout. Pas un mot, pas une pensée du Breviarium ne se retrouve plus dans le récit de Frédégaire, qui pourtant transcrit très exactement les chroniques, et, là même où il s'écarte de Grégoire de Tours, le suit encore presque mot à mot. Jérôme et Virgile, dont il déclare s'inspirer, racontent que Troie a été détruite par les Grecs, non par les Romains, comme le fait Ethicus. En vain l'on chercherait chez Frédégaire Vassus, et Romulus, et les autres rois de Rome, et les Albani, et les Palus Méotides. En vérité, l'hypothèse qui considère le Breviarium comme la source directe des récits du chroniqueur franc est trop invraisemblable pour qu'on doive insister.
Si l'on songe, d'une part, que Frédégaire ne dit dans aucun passage qu'il ait ajouté quelque chose aux chroniques qu'il compile, mais qu'il nous livre indirectement la preuve que, quand il transcrit des interpolations, il le fait de bonne foi et en croyant copier des passages authentiques ; et, d'autre part, que saint Jérôme n'a pas dit un seul mot de l'origine troyenne des Francs, force est bien de rapporter les récits de Frédégaire sur cette légende qu'il témoigne avoir empruntée à ce dernier, Virgile n'étant évidemment pour le chroniqueur franc qu'une source secondaire. C'est parce que le texte interpolé de la Chronique de Jérôme parlait de Priam, que Frédégaire connaissait par Virgile, qu'il a pu écrire : De Francorum vero regibus beatus Hieronymus, qui jam olim fuerunt, scripsit. Quod prius Virgilii poetae narrât historia... Voilà les seuls mots ajoutés par le rédacteur de l'Histoire des Francs épitomata.
L'auteur de l'interpolation a puisé dans la tradition de son temps certaines particularités historiques qu'il n'a certes point tirées des chroniques de Jérôme et d'Idace. Ainsi, il rapporte qu'après la mort du roi Francion, les Francs mirent à leur tête, à la place d'un roi, des duces : on savait donc encore que, jusqu'au commencement du Ve, les Francs établis sur le Rhin, avaient vécu à l'état de peuplades conduites et soumises par des duces. L'interpolateur était sûrement un Franc ou un Gaulois ; la nature de ses additions en témoigne. En transcrivant les chroniques de Jérôme et d'Idace, il avait regretté de n'y point rencontrer ce qu'il avait le plus à cœur, on n'y parlait à peine des Francs, et en des termes qui ne convenaient qu'à un peuple vaincu. La Chronique de Jérôme disait : Franci a Constante perdomiti et pax cum cis fata. C'était trop peu à son gré : il rassembla donc tout ce qu'il put découvrir dans Jérôme et dans Idace, d'indications sur les nations les plus diverses, afin d'y rattacher son peuple. Jérôme ne dit rien de l'origine et des migrations des Francs : l'interpolateur transporta aux Francs la légende des origines troyennes des Romains, lit de Priam l'ancêtre des siens, et combla une lacune qui sépare la guerre de Troie du règne de Childéric, avec son érudition indigeste, avec des généralités ressassées et de vagues notions géographiques. Dès son entrée dans la Chronique de Jérôme, la légende de l'origine troyenne des Francs se répandit rapidement, la critique n'étant guère le fait des chroniqueurs de cette époque. Aussi bien la sage réserve et le doute qu'avait laissé paraître Grégoire de Tours touchant les premiers rois francs ne pouvaient satisfaire la conscience nationale. Il n'y a que les esprits réfléchis qui se résignent à ne point savoir.
L'auteur inconnu des Gesta regum Francorum vécut environ un siècle après l'interpolation de la Chronique de Jérôme. Il débute comme un poète épique ; il chante plutôt qu'il ne raconte la guerre de Troie et la chute d'Ilion. Tandis qu'Énée fuit en Italie, Priam et Anténor, avec le reste de l'armée troyenne, douze mille hommes, montent sur des navires, parviennent aux rives du Tanais, entrent dans les Palus Méotides et arrivent en Pannonie ; ils y élèvent la ville de Sicambria. Devenus une grande nation, ils habitent durant des siècles les lieux. Sauf la mention de Troie et de Priam et l'établissement définitif des Francs sur le Rhin, il diffère en tous points des récits de l'interpolateur et de Frédégaire. Cette divergence ne s'expliquerait pas si l'auteur des Gesta avait eu sous les yeux un document écrit : ici, comme ailleurs, on retrouve plutôt chez lui l'écho de la tradition orale. L'ancienne légende, devenue monnaie courante dans les cloîtres, réapparaît ici altérée, déformée ; on ne la reconnaît qu'à trois noms qu'elle a conservés : Troie, le roi Priam et le Tanais. Selon le Breviarium de la Cosmographia d'Ethicus, l'auteur des Gesta n'a plus suivi que Frédégaire. Au contraire, la destruction de Troie, le Francus (= Francion ?) les Palus Méotides, les Albani (Alains ?) et la ville de Sicambria du Breviarium que nous retrouvons dans les Gesta, ne s'expliquent que par un emprunt du prétendu Ethicus à cette chronique, la tradition contemporaine.
II. Pays désignés sous le nom de Franci. — 1. France germanique. — Le nom de Francia servit d'abord à désigner le pays de basse Germanie, situé sur la rive droite du Rhin, dans lequel les Francs s'étaient établis. C'est là qu'il faut placer la première France, celle d'Eumène , celle d'Ammien Marcellin ', d'Ausone', de saint Jérôme8, de Claudien 7, de Sulpice Alexandre 8, et de la carte de Peutinger. D'après cette carte, elle s'étendait, le long du Meuve, depuis la Suevie ou la Souabe, jusqu'à la mer d'Allemagne. Plus tard, c'est-à-dire au v siècle, la France, si je puis m'exprimer ainsi, franchit le Rhin avec les Francs et s'étendit avec eux sur plusieurs provinces de la Gaule '. » Un aureus de Constantin, à Heur de coin, qui lit partie de la collection Ponton d'Amécourt port. droit, Constantin avec la légende :
CONSTANTINVS P-F-AVG-
et au revers une femme assise à terre, le corps penché en avant, la tête surmontée d'une mitre, appuyée tristement sur sa main droite. Au-dessus un trophée avec ces mots : au-dessous le mot :
évidemment la plus ancienne personnification du peuple Franc, que Constantin refoula en 310, date probable de cette monnaie, heureusement M. d'Amécourt, dans Annuaire de la Société française de Numismatique et d'Archéologie, 1867, t. ii, p. 275-276, pl. ii, n. 3. Il ne peut être confondu avec le buste du même empereur que Cohen, Description historique des monnaies frappées sous l'Empire romain, montre au n. 741, avec un trophée des nations : Gaudium Romanorum et au-dessous Aleman 2. France gauloise. — Un des premiers, sinon le premier à faire usage du mot Francia, est Cyprien, évêque de Toulon, auteur d'une Vita S. César ii, écrite en 542 ». Dans un passage, omis par Dom Bouquet, il avance que Césaire envoyait des sermons et des instructions aux évêques dans la France, dans les Gaules, en Italie, en Espagne et en d'autres provinces '. Il est vraisemblable qu'il entend ici, sous le nom de France, une contrée située sur la rive gauche du Rhin, car on ne voit guère à quelle Église et à quel évêque il les eût adressés sur la rive droite. Il y avait dès lors une région qui était suffisamment désignée, dès qu'on la nommait Francia. C'est dans la Francia que la reine Clotilde vient trouver Clovis, au dire de Nicetius de Trêves, dans une lettre écrite en 562 ou 563 à Glodesinde, épouse d'Alboin, roi des Lombards 3. Or Clovis avait alors sa résidence à Soissons. Marius d'Avenches, vers 581, considère l'Orléanais comme faisant partie de la France * et Grégoire de Tours y fait entrer la ville de Sens, où résidait la reine Teudechilde s, pendant que le deuxième des trois Frédégaire y place également la ville de Pont-Sainte-Maxence !. Plus tard, au x° siècle, l'abbé Jean de Gorze, donne le nom de France à la Gaule belge, dès le règne de Chilpéric Ier, sous lequel vécut sainte Glodcsinde ?.
D'autre part, Poitiers, au dire de Fortunat6 ; l'Auvergne, au dire de Grégoire de Tours • ; le Limousin, au rapport de saint Ouen 10 ; le monastère de Luxeuil, d'après les Gesta regum Francorum, n'étaient pas situés en France. « De ces différentes autorités, conclut Guérard, appartenant la plupart à la première race, on doit conclure que la France gauloise s'étendait depuis la Loire jusqu'au Rhin. Effectivement le siège principal de la royauté et le centre de la domination des Francs étaient compris dans ces limites. C'était là, par exemple, que les résidences royales de Paris, de Soissons, d'Orléans, de Reims, et de Metz, étaient situées ; il n'y a donc rien d'étonnant que le nom de France ait été d'abord attaché à ces contrées 11. »
3. France mérovingienne. — Dès le temps de la première race, tous les rois portent le titre de rois des Francs, de même les successeurs de Clovis, dont aucun ne prend le titre de roi de Neustrie, d'Austrasie, de Paris ou d'Orléans. Dans l'appendice de Marius d'Avenches, écrit en 624, il est dit que la Francia partagée en trois royaumes n'en forma plus qu'un seul « comprenant l'Austrasie, la Neustrie et la Bourgogne. Ce même nom de Francia se retrouve chez Grégoire de Tours disant que Brunehaut vint d'Espagne en France 13 et chez le pape saint Grégoire parlant des pays soumis aux Francs 14. D'une façon générale, on doit entendre par Francia la France proprement dite, c'est-à-dire, le pays compris entre la Loire, l'Océan, le Rhin, et le plateau de Langres, pays qui répond à la seconde et à la quatrième Lyonnaise, aux deux Belgiques, et aux deux Germanies de l'ancienne Gaule. Aussi, l'abbé Lebeuf a eu tort d'en retrancher les deux Germanies, la première Belgique et une partie de la seconde, tandis qu'il y mettait, sans preuves, la Basse Bretagne 13.
4. France des écrivains romains. — Pour les écrivains romains, la France, c'est la Francia, située sur la rive droite du Rhin au nord de la Rhénanie. Dans le panégyrique anonyme de Constantin, on lit : Quid loquar nirsus intimas Francise nationes jamnonab lus locis quœ olim Romani invaseranl, sed a propriis ex origine sui sedibus at que ab ullimis barbarise litoribus avulsœ, ut in deserlis Galliœ regionibus collocalx pacem Romani imperii juvarent1', ? Reges ipsos Franciœ, qui per absentiam patris lui pacem violaverant, non dubitasti ultimis punire crucialibus l~ ; — saint Jérôme : Inter Saxonc ; et Alamannos gens non tant lala quant valida, apud historicos Germania'nunc Francia vocatur 18 ; et Saxones cêesi Deusone in Francorum regione ls ; — Ausone ». Accedunl vires quas Francia quas que Chamaves, Germani que tremant ; t une verus habebere limes, et encore Ammien Marcellin « , Claudien --, Sulpice Alexandre -a. Il n'est pas croyable qu'aucun de ces auteurs n'ait entendu dire que les Francs Saliens, dès le IVe, s'étaient introduits et établis en Belgique où, quoi que battus par Julien, ils étaient demeurés, au point que, dès le début du vc siècle, il se répandaient dans le Tournaisis et jusque dans l'Artois et le Cambrésis. Ils préferaient sans doute paraître l'ignorer afin de ne pas rompre la belle ordonnance qui distribuait tout le pays en deçà du Rhin sous des noms bien méthodiques : Germanie première, Germanie seconde, Belgique première, Belgique seconde. L'abbé Lebeuf pense que si « ce nom (Francia) ne fut usité chez aucun historien dans tout le temps que les Francs furent occupés à gagner du terrain sur les Romains dans la Gaule Belge, au delà de l'Escaut et de la Meuse (c'est que) les déplacements continuels de ces tribus françaises (disons franques) furent cause qu'on ne parlait des pays qu'elles occupèrent en deçà du Rhin que sous les anciens noms de ces pays ; ils y étaient trop récemment arrivés pour que le nom de France put être donné au territoire qu'ils occupaient 21. » G. Kurth estime qu' « il eût semblé attentatoire à la majesté de l'Empire, de laisser le nom d'un peuple barbare s'imposer à une partie du sol impérial -5. » Les deux explications, mises bout à bout, nous expliquent probablement le fait constaté.
A partir du vic siècle, Grégoire de Tours, outre la citation qu'il fait de Sulpice-Alexandre et du texte du traité d'Andelot, emploie pour son compte, à quatre reprises, le mot Francia et pour une fois au moins il est impossible d'expliquer le vrai sens géographique du mot, lorsqu'il écrit : Quidam Aquilinus nomine, dum venationes cum pâtre suo in silves Franciœ exerecret, pavorem pessimum, inimico insidiante, incurrit 26. D'un deuxième passage, il résulte que l'Auvergne et la ville d'Auxerre en Bourgogne sont exclues par lui de la dénomination de Francia : Tempore Teudechildse régime Nunninus quidam tribunus ex Arverno de Francia post reddila reginœ Iribula revertens. Audisiodorum urbem adivit 2T. Le troisième texte établit que le nom de Francia désigne le pays des Francs d'Outre-Rhin : Saxones... exe unies de regione sua in Francia venerunt et us que Divitiacum ' civilatem prsedam coerunt », enfin le quatrième texte étend Francia à tout le royaume d'Austrasie : Igilur CMotoeharius, posl mortem Theodooaldi, cum regno Francité suscepisset '. Il n'est donc pas douteux que le mot Francia ait largement débordé de son sens primitif et s'identifie avec le royaume d'Austrasie. Un quart De environ avant Grégoire de Tours, Théodebert écrit à Justinien qu'il règne sur les Franciœ, auxquels il ajoute la Thuringe, etc.4. (Comme Théodebert, fils de Théodoric, possédait l'héritage de celui-ci, la partie nord-est du royaume de Clovis, celle qui prendrait bientôt le nom d'Austrasie. Il niant à l'Aquitaine et à la Bourgogne, nous voyons qu'on n'omettait pas de considérer comme faisant partie de la Francia, puisqu'on écrit : Ila que matrona Gistaadi proceris nomine Bella sei ilote misera rogiwil se de Francia Piclavis ad sanctae duci dévote ruïa m'et saint Nicetius de Trêves écrit à la reine Glodesinde : Audistiauataa domnabonuc mémorise Hro dehildis qualiter in Francia veneril * ; ainsi on vient de France à Poitiers, et on vient de Bourgogne en France.
5. France et Neustrie. — Un des caractères les plus sensibles de la période qui s'étend, en Gaule, du iv au vii siècle, c'est la confusion. Il existe sur le même sol des envahisseurs et des envahis qui se disputent le droit de tout exiger et les moyens de ne pas tout accorder. Gallo-Romains et conquérants Germains se lient et puis se mélangent, mais ce n'est que lentement qu'un peuple nouveau sortira de leur rapprochement. Au début, et longtemps après le début, nous n'apercevons que la confusion et, faute de documents nombreux ou assez précis, c'est presque le chaos. Le langage, la constitution politique, l'administration, le partage des terres nous apparaissent presque inexplicables dans leur désordre compliqué. Des choses distinctes, des lieux d'habitation de diverses natures, de pays différents sont désignés par un vocable identique, tandis que des mots différents servent à désigner des choses et des êtres semblables.
A quoi s'applique alors le mot : France ? à la réunion des royaumes francs, à l'Austrasie ou à la Neustrie ? Adrien de Valois estime que Francia désigne la Neustrie' ; Dom Ruinart dit que plusieurs villes dites France ont fait toujours partie de l'Austrasie, d'autres toujours partie de la Neustrie ; A. Jacobs affirme que le mot Francia, dans Grégoire de Tours, ne s'applique qu'à l'Austrasie et à la Neustrie, à l'exclusion de l'Aquitaine au midi de la Loire. Dans tel passage, comme Historia Francorum, 1. IV, c.xiv. Francia s'applique exclusivement à l'Austrasie '. Cependant, dans Frédégaire, le mot Francia désignerait la région occupée par les Francs tant en Neustrie qu'en Austrasie '. Pétigny admet que le royaume de France, le véritable royaume de France, dit-il, n'avait été donné à aucune province de la Gaule que nulle partie des Francs n'y avaient établi de colonies de leur nation. » F. Bourquelot admet pour les premiers temps une fluctuation dans le mot de Francia qui, plus tard, se cristallise en Neustrie ».
Dans l'appendice de Marius d'Avenches, un passage écrit vers la deuxième moitié du vi siècle, est ainsi conçu : Per idem lempus, divisa in tribus olim regnis Francia, in uno, a Chlotacario, regno conjungitur '. Dans Grégoire de Tours, II, ix (IY. xvi), on lit : Sai m Franciam venerunt et us que ad Divitiam civilatem praedas egerant. Enfin, dans le troisième continuateur de Frédégaire : Pippinus élections tolius Francise, sublimalur in regno. Donc le mot Francia a désigné l'ensemble des royaumes francs. Le mot Francia a désigné de même l'Austrasie. Grégoire (IV, Xiv), écrit à propos du royaume de Soissons : Cldotacarius.post mortem Theobaldi cum rcijnum Francia ! suscepisset. Ce royaume, le lot de Théodebald, celui de Théodebert et de Théodoric, c'est le royaume d'Austrasie, dont Metz est la capitale.
Enfin Francia s'applique à la Neustrie. Marius d'Avenches rapporte, sous l'an 523, la mort du roi Sigismond en France : A Burgundionibus Francis traditus est, et in Franciam in habita monachali perductus, ibi que cum uxore et filiis in puteo est projectus « . Ce meurtre, nous apprend de son côté Grégoire, fut accompli dans l'Orléanais (III, vi), qui n'a jamais fait partie de l'Austrasie.
Francia et Neustria sont formellement assimilées dans la Vie de saint Rigomer : Eu tempore quo <I>bertus rex vel Chlolarius germanus suus, Neustriam sive Franciam sorte inler se diviserunt ». Le premier continuateur de Frédégaire écrit de même : Ebroïnus, a Luxovio cœnobio egressus, in Franciam regreditur, usque Isram fluviam veniens peraccessit. Luxeuil (Haute-Saône) faisait partie de la Bourgogne. Isra, c'est l'Oise, ayant son cours en Neustrie.
Aux viii° et ix° siècles, on trouve quelquefois employées les expressions : Francia romana, Francia teutonica, qui marquent une distinction entre la Gaule centrale et celle des bords du Rhin. Dans le partage de l'an 806 Charlemagne, après avoir fixé les lots de deux fils Louis et Pépin, attribue à Charles tout ce qui se trouve hors des limites marquées auparavant, à-dire, la France et la Bourgogne, sauf ce qui a été laissé à Louis, et l'Allemagne qui a été assignée à Pépin, c'est-à-dire l'Austrasie, la Neustrie, la Thuringe et la Saxe. Un précepte de Louis le Ier en 828, est adressé : Omni abbatibus, ducibus, comilibus... celeris que fidelibus nostris, partibus Francise, Burgundise, Provincise, Septimanise, Italise, Austrise, Neustrise, Bajoarise et Slanonanlibus '. Il ne s'ensuit pas que la Neustrie porte encore le nom de Francia. Le traité d'Andelot, en 587, est immédiatement explicite quand il dit que Galswinthe est en France, où c'est en Neustrie qu'elle demeure : De civilalibus... quæ in milido... m Francia lum est adquisisse, ;. Si Théodebert revendiquait pour l'Austrasie le Francia, il n'en était pas moins appliqué à la Neustrie. Au vi° siècle, la Francia a déjà envahi une immense région qui s'étend jusqu'à la Loire et la Bourgogne, au sud : jusqu'à l'Atlantique, la Manche et la mer du Nord, à l'ouest ; jusqu'à la Frise au nord ; et à l'est, jusqu'à la Saxe. Il va sans dire que la Bretagne n'y est pas incorporée : la distinction entre Francia et Britannia durera longtemps encore, on en percevra même l'écho jusqu'en 1789.
Cependant les tronçons tendaient à se rejoindre et à s'unir. Déjà, en 613, dans l'Appendix à Marius d'Avenches on lit ceci : Divisa in tribus olim regnis Francia in uno a prœfato rege Francorum conjungitur, et Fortunat oppose Francus à Ilalus dans le sens où Francia est opposé à Italia ' :
Si gravis arma lenens Ilalus lenct hospes arenas
Aut que Francus habet pagina pandit âge.
De même, dans les recueils de formules (voir ce mot) nous voyons la Francia opposée à l'Italia. La douzième des Formulae Senonenses est ainsi datée : Actum fuit hoc sub die memorato, kalendis junii in anno S, Christo propilio imperii domni Karoli serenissimi augusti et anno 40 regni ejus in Francia alque 35 in Italia... a ; et dans une des formules impériales, on lit : dato... in Francia [6] vel in Italia [26] 3. Enfin, le moine de Saint-Gall écrit : « Lorsqu'il m'arrive de nommer la Francia, j'entends par ce nom toutes les provinces cisalpines [du royaume franc]. » Franciam vero interdum cum nominavero, omnes cisalpinas provincias signipco '. « Il est facile de relever dans les écrivains du vii°, du viii° et du ix° siècle de nombreux exemples de chacune de ces deux acceptions nouvelles employées concurremment avec celle que nous avons vue en usage chez Grégoire de Tours. La seconde se rencontre même déjà au vi° siècle sous la plume d'une religieuse de Poitiers ; parlant de sainte Radegonde, elle dit : Dominas virtutum largiter eam in miraculis clariorem reddidit in Francia $. On peut dire qu'en général les écrivains francs, lorsqu'ils envisagent leur pays dans son ensemble ou qu'ils l'opposent à d'autres, emploient le mot Francia dans son sens le plus large ; par exemple : Tanta mala et effusione sanguinum a Brunechildis consilium in Francia jaclse sunt ut prophelia Sseville implerelur ' et encore : Ipse (Pépin le Bref après sa campagne de Bavière) vero duce Christo cum magno triumpho in Francia ad propria sede feliciter remeavit 8. Lorsqu'il s'agit de distinguer entre elles les diverses parties du royaume, ils réservent Francia pour désigner celle qui a été le plus anciennement connue sous ce nom. De même, lorsqu'il arrive aux écrivains étrangers de parler du pays des Francs, ils emploient généralement le nom de Francia dans cette acception vague et générale qui embrasse toutes les provinces soumises à la dynastie mérovingienne ; ainsi s'exprime saint Grégoire le Grand : Plage gravior fuit advenlus Agilulfi, ita ut cernerem Romanos more canum in collis /unibus ligatos, qui ad Franciam ducebantur véna les s.
Cependant, dès le vi° siècle, on constate la tendance à une identification plus étroite entre la Francia et le pays de Neustrie. Déjà, dès Le précédent, on pouvait lire dans la vie de saint Rigomer : Francia sive Neustria 10 et les écrivains de Neustrie accaparent le mot de Francia à ce point qu'ils opposent Francia à Austrasia « . C'est ainsi que, dans la Vie de saint Éloi, on le représente quittant Limoges, sa patrie, ut Francorum adiret solum lz, c'est ainsi encore que saint Léger dit à Ebroïn : Dum superare cupis omnes habitatores in lola Francia, tuam potius aufers quam indignus accepisti gratiam 13, même façon de s'exprimer dans la Vita S. Huberti,4 et d'autres documents I5 et jusque dans l'épigraphie, sur une épitaphe du vii° siècle IS :.... THEODORICO REGE IN FRANCIA (Voir Gbaffites).
L'auteur du Liber Historiæ va plus loin ; non seulement il refuse à tout ce qui n'est pas de la Neustrie le droit au nom de Francia, mais il le retire aux régions qui le portent déjà, notamment le pays des Ripuaires et la Rhénanie. A propos de la victoire de Clovis à Tolbiac, il écrit : Facla que Victoria, reversus est in Francia ad reginum suam. Voici la Ripuarie dépossédée et la Neustrie ne se laissera pas arracher son titre. Était-ce affaire d'engouement ? Non, certes. Si, dans le Liber Historiæ les témoignages sont nombreux de cet accaparement du nom de Francia pour la Neustrie (voir les chap. xv. xxxvi. xl), le même usage se retrouve dans plusieurs vies de saints, notamment celle de saint Léger, déjà citée, celles de sainte Bathilde : Austrasii... receperunt Childericum... regem Austri, Burgundiones vero et Franci faeti sunt uniti » ; de saint Ouen : Procedente lempore orla est discordia inter regem Francorum et Austrasiorum '« ; de saint Didier de Cahors : Chlodoveus quidem regnum Francorum, Sigeberlus aulem Austrasiorum regnum gubernavil 13.
De tout ceci, il se dégage un fait évident, c'est que le nom de France et de Franc est tiraillé à l'excès et que les uns le réclament, les autres s'en emparent, personne ne le répudie, mais tous n'en sont pas dignes, Italiens et Bretons entre autres. Parmi ceux qui invoquent ce nom comme un titre de gloire, on ne se reconnaît pas toujours très facilement et il semble que l'auteur du Liber Historiæ dont on vient de voir l'intransigeance se contredit convenablement quand, à propos du conflit entre la Neustrie et l'Austrasie, il ne voit que des Francs dans les deux pays : In illis diebus, insligante diabolo, Franci denuo in Colia silva in Francos invicem irruerunt - » et ces mêmes Austrasiens à qui il déniait le droit de porter le titre de Francs, il les nomme néanmoins superiores Franci, sans doute parce que les Francs proprement dits habitaient plus bas ; voici d'ailleurs les textes : Regnum ipsius in superiores Francos in Ausler Theodoaldus filius ejus accepit ; — Igitur Burgundiones et Austrasii et superiores Franci simul commoto grandi excrcilu valde per Campanias digressi, pago Sessaunico... ingrediuntur ; — Austrasii vero Franci superiores congregati in unum Dagoberlum super se regem slatuunt B1. Si les Francs de Neustrie sont considérés, eux, comme les véritables Francs, c'est qu'ils sont les Saliens, les fondateurs de la monarchie franque, les conquérants de la Gaule, de qui le pays est, par excellence, la Francia.
Mais Francia ne s'applique pas avec la même intensité à toute la Neustrie. A partir d'une date qui n'est pas antérieure à 779, on se met à opposer Francia et Neustrie. En effet, dans un diplôme de 779 nous lisons encore : Tarn ultra Ligere quameitra Ligere.vel in Burgundia, etiam in l'ruvinria rel in Francia quant in Austrasia* (dans ce texte, la Neustrie n'est pas encore distincte de la Francia). En 786, sur un autre diplôme, nous lisons ceci : Quidquid autem de regno nostro extra hos terminas fuerit.id est Franciam et Austrasiam, i illa parte quam Ludovico dedimus, at que Alamaniam excepto portione quam Pipino adscripsimus. Austriam, Neustriam, Turingiam, Saxoniam, Frisam et partem tria quet dicitur Northgoui dilecto filio nostro Karolo concedimus 2 : en lin. en 828, toujours sur un diplôme, nous lisons encore : Omnibus epi abbatibus, ducibus, comitibus, ceteris que fidelibus nostris, partibus Francise, Burgundiee, Provinciœ Seplimanise, llalise, Auslrise, Neuslrise, Bajoarise. et Silal'oniœ commanenlibus2. Or, la première trace que nous rencontrons d'une opposition entre Francia et Neustrie se lit dans un passage de l'historien Nitihard, mort en 813 '. Et Abbon donne à cette opposition son expression caractéristique dans ce vers au sujet de l'élévation du roi Eudes :
Francia latamur quamvis is Neustricus esset.
La Seine traçait la limite entre les deux pays. Ekkebard d'Uracb nous dit que Neustria pars est Galliæ Cis Sequanam, illa scilicet quæ Sequanæ Ligeri que interjacet *, et Adrevald dit qu'Orléans et Paris sont les deux points extrêmes de la Neustrie : Omnis ferme Xeustria quœ a Genabensi urbe per transversum Lutetiam usque Parisiorum pertingit oppidum '.
Le nom de Francia avait non seulement glissé du nord de la Rhénanie jusqu'aux rives de la Seine, mais il allait disparaître dans ces régions mêmes d'où il était parti. Einhard, prend les Francs Orientaux pour l'équivalent des Germains : Fastrada, écrit-il, quæ de orientalium Francorum, Germanorum videlicet genus erat ' ; ce n'est qu'une indication, cependant on voit poindre déjà le nom de Germains. Une dizaine d'années plus tard, le biographe de Louis le Débonnaire, oppose les Franci aux Germant et, sous ce dernier nom, il entend déjà ceux à qui, dix années auparavant, Einhard donnait encore le nom de Franci orientales. Déjà, pour ce biographe, Nimègue a cessé d'appartenir à la Francia et comme l'écrit G. Kurth, « la patrie primitive du peuple franc se voit enlever son nom, et le Franc de race germanique, c'est-à-dire le Franc [pris à la souche], n'est plus un Franc*. » Ce n'est qu'un indice, qu'une tendance. Lien des textes continueront à parler des Franci orientales, ils ne sont pas encore dépossédés, mais cela viendra.
Aquis palatium, quod tunc erat una de prima Francia eral. Après cette date, le sens large du mot ne se rencontre plus que de façon exceptionnelle. D'ailleurs l'empire étant divisé, chaque lot de la Francia qui est entré dans chaque division réclame une dénomination spéciale : il y a ainsi une Francia occidentale « ou Francia nova », ou encore la Francia latina « et Francia romana », toutes désignations très claires. Le Chronicon Laureshamense l'appelle Francia gallicana et saint Euloge de Cordoue, Francia inferior par opposition au pays de langue germanique qu'il nomme Francia ulterior. — La partie orientale ou Allemagne, fut appelée Francia orientalis '5 et Francia Teuton ; Enfin, le royaume intermédiaire au nord entre la France et l'Allemagne, qui avait été la patrie des Francs fondateurs de la monarchie, continua d'être appelée Francia, sans plus « , ou bien Francia antiqua » et Francia media '*.
La confusion était grande, ainsi qu'on peut l'entrevoir. Les chroniqueurs s'employèrent efficacement à l'aggraver. Les uns retournent aux désignations géographiques de l'époque romaine et nomment respectivement la France, la Lotharingie et l'Allemagne : Gallia, Belgica et Germania ; tel est le cas pour Prudence de Troyes, Hincmar de Reims et le moine Richer, les autres imaginent des distinctions peu précises : un annaliste anglo-saxon parle de pays à l'est du Rhin, pays du milieu et pays à l'ouest ; d'autres encore parlent d'un regnum ou imperium Aquense, de Bavière, à Aquilania.
Le peuple laissa dire et lit une trouvaille. Dans l'empire on avait taillé trois royaumes attribués à Charlemagne, à Lothaire et à Louis le Germanique ; il y eut donc un regnum Lotharii qu'on trouve mentionné dès 872 dans les Annales d'Hincmar. Ce sera bientôt la Lotharia, les Lotharienses, forme latine, tandis que la forme usuelle et courante fut Lotharing et de là Lotharingi qui donna naissance à Lotharingia. — Il y eut un royaume de Charlemagne, regnum Caroli, qu'on trouve encore mentionné dans la Chanson d'Autriche :
Dirai de Godefroi, roi li bon duc de Bouillon, Li duc chevauche à force et tous si compaignon, O lui est li quens Hues et Robert li Frison, Et tout li pèlerin de roiaume Charlon.
Il y eut un royaume de Louis le Germanique qui mit plus de temps à cesser de s'appeler France. L'Allemagne tenait à son nom de Francia orientalis et parfois, lorsqu'ils combattaient en Italie les rois d'Allemagne, s'appelaient : rex Francorum et Italicorum, comme nous le voyons sur trois diplômes d'Otton Ier datés de 951 « , tandis qu'en 952, il s'appelle dans cinq actes successifs : imperator Romanorum et Francorum ' ; enfin, dans le célèbre diplôme du 13 février 962, qui confirme les territoires pontificaux, on lit ceci : Pro remedio animae nostrae et filii nostri sive parentum nostrorum ac successorum nostrorum et pro cuncto a Deo conservato atque populo Francorum.
Sans trop nous écarter des limites chronologiques de nos études, nous pouvons ici faire mémoire de la généalogie des rois francs, rédigée au IXe, qui contient les mentions suivantes :
Dagobertus rex in Francia, Sigeberthus rex in Austrasia ; Childebertus rex in Austrasia, Theodericus rex in Francia ; Regnandus in Austrasia... Grimoaldus, major domus in Francia sub Childeberto.
Puisque deux princes distincts l'un sur la France, l'autre sur l'Austrasie, il est clair que ces deux désignations ne visent pas un même royaume.
Vita Chuonradi, c. XXVII. »Liutprand, 1, XIV, XVI. ' Hincmar, Vita Karoli, c. VII. — ' Wipo, Vita Chuonradi, c. II. ' Prudence, Annal., ad ann. 855. Diplom. Ottonis, 1. 1, p. 315.
Dans la vie de saint Hubert, on nous dit de lui : Franciam Sequanorum deseruit, et in Austriam ad Pippinum ducem... se confulit.
La Chronique de Moissac, du IXe, nous offre ce passage : in Francia, defuncto Chlotario (ann. 670) qui regnavit annis IV, Theodoricus et Childebertus, fratres ejus, sublimantur in regnum. Theodoricus, in Francia habens majorera domus Hebroinum, Childebertus vero in Austria cum Walardo duce '.
Enfin l'assimilation de la France et de la Neustrie est restée traditionnelle dans notre histoire.
Philippe Mouskes († 1282) raconte dans sa Chronique, que Clovis, fils de Dagobert, eut trois fils, Clotaire, Childéric et Théodoric, et, au moment de sa mort :
Fais fu par le conseil des Frans Clotaires rois, ses fils aînés ;
Et Childeris, le second né.
Ot toute la terre d'Austrasie,
Et s'ot castiaus en Lombardie ;
Et Théodoris li main né,
Est en France od li roi remés.
Ailleurs, le même auteur écrit :
Et Pépins, li sires d'Austrasie,
Rendi de France la maistrie
A Tiébaut, ki fius iert Grimot...
Et ailleurs, encore :
Et Charlemagne
Fu prince de France et d'Austrasie
Dans le royaume de Charlemagne, Girard d'Amiens semble confondre dans le nom de France la Neustrie et l'Austrasie, quand après avoir parlé des chagrins du grand prince, il dit :
Lu résume, la province de France était bornée, sous les carolingiens, au nord par la mer : au nord-ouest, par la Lorraine ou Austrasie ; à l'est, par la Bourgogne ; au sud, encore par la Bourgogne et par l'Aquitaine, et à l'ouest par la Neustrie et la Bretagne. Elle eut pour limites constantes l'Océan et la Loire, mais elle a varié d'étendue à l'Orient et à l'Occident. Quant à elle, lorsqu'elle est opposée à la Neustrie, celle-ci, au lieu de s'étendre, comme auparavant jusqu'à la Meuse, ne s'avançait plus à l'est que jusqu'à la Seine, et le nom de France s'appliquait aux pays situés entre la Seine et la Meuse, pays qui avaient par conséquent appartenu jadis à la Neustrie. Mais la France, ayant encore été resserrée du côté de l'Orient par le partage de Verdun, en 843, la province de France ne put plus s'étendre.
Quant à la France du milieu, Francia média ou plus anciennement mentionnée dans une charte de Louis le Débonnaire, qui est de 835 (Bouquet I, 638) ou 838 (Baluze), 830 (Pertz). Ce document attribue à cette France moyenne les pays de Woëvre (Meuse), de Vouzy (Marne), de Chêms (Ardennes), de Porcien (Ardennes) de Reims, de Metz et de Trêves. D'après le traité préliminaire de 842, qui fut suivi d'un traité à Verdun, Louis et Charles le Chauve offrirent à Lothaire de lui céder, pour complément de part, tout le pays borné, d'un côté, par le Rhin, et de l'autre par la Meuse d'abord, puis par une ligne qui, partant des sources de la Meuse, gagnerait celle de la Saône, et suivrait ensuite le cours de la Saône et du Rhône jusqu'à la Méditerranée. Cette portion représentait le tiers de ce qui devait lui revenir dans l'empire, après la distraction précédemment faite de la Bavière, de l'Aquitaine et de la Lombardie. La première était déjà possédée sans contestation par Louis le Germanique, la seconde par Charles le Chauve, et la troisième par Lothaire. Le traité de Verdun ayant agrandi son lot vers l'est, en transportant la limite précédente de la Meuse à l'Escaut, ses possessions s'étendirent en définitive entre la France orientale et la France occidentale sur une bande d'environ 1500 kilomètres de long et 200 kilomètres de large, depuis la mer du Nord jusqu'aux frontières du duché de Bénévent. Sous le nom de France moyenne, le biographe d'Aldric, évêque du Mans, semblerait avoir compris toute la partie de cette bande située dans la Gaule. Mais la France moyenne proprement dite était loin d'atteindre jusqu'aux Alpes. À la mort de l'empereur Lothaire, en 855, ses États furent partagés entre ses trois fils. L'ainé, Louis, obtint l'Italie avec le titre d'empereur. Le plus jeune, Charles, reçut pour sa part la Provence, le Dauphiné, le Lyonnais et la plus grande portion de la Bourgogne transjurane, le tout réuni formant ce qui fut appelé le royaume de Provence. À Lothaire, le puîné, échurent toutes les autres possessions de son père dans la Gaule, et celles-ci furent alors proprement désignées sous le nom de France moyenne, Francia mediana.
III. Le nom de « Franc ». — À l'origine, Francus n'avait pas de signification ethnique, c'était un titre, une qualification. Il existait des Francs Chamaves (voir ce mot), des Francs Bructères, des Francs Ampsivariens, de même parmi les Chattes, les Hattuariens, les Saliens, les Sicambres, les Bipuaires et plusieurs autres. Nous en trouvons un souvenir sur la carte de Peutinger, au IVe, où on lit : Chamavi qui et Franci (Chamavi qui et Franci). Certaines peuplades : les Glauques, les Usipons, les Bructères, après s'être parés de ce nom, y renoncèrent.
L'origine du nom de Francus a donné lieu à des controverses nombreuses et interminables. D'après J. Hotman, frank vient de frei qui signifie : libre. Jacob Grimm adopte cette explication, et G. Kurth observe qu'il leur a été impossible de découvrir, dans le vocabulaire des langues germaniques, un radical autre que frei ayant le sens de libre. C'est parce que tous les Francs étaient des hommes libres, que l'adjectif franc a fini par prendre le sens d'homme libre dans le latin, le français et l'allemand. En réalité, c'est seulement à partir du Ve que nous voyons apparaître pour la première fois dans le mot francus la notion de liberté. Le canon 1er du concile dit : Siquis francam filiastram suam... dederit vin ingenuo nui servo ; le canon 5 : Si francus nom mulierem et sperat quod ingenua sit, et postea invenit quod non est ingenua, dimittat eam si vult ei aliam ; le canon 6 : Homo francus accepit beneficium a domino suo et duxit secum suum vassallum mulierem senonenses (voir Formulaires, p. 9, n. 1). — Sulpice-Alexandre, 161, XVII, c. 11, n. 3. — L.v.ius, De magistratibus, p. 3, n. 5. — S'ils ne s'étaient déjà compris parmi les susmentionnés Kurth, dans Questions historiques, où francœ personœ semble désigner la condition civile plutôt que la nationalité.
Le radical germanique auquel se rattache le mot franc, c'est trech, ou frêlih en vieil allemand, qui signifie fier, hardi, et, pour tout dire, farouche. Devenu francus sous son vêtement latin, le mot est retourné dans les langues germaniques, à peine retouché sous le nom de frank. Les contemporains disaient quelque chose d'analogue. Isidore de Séville écrit à propos des Franci : Alii eos a feritate morum nuncupatos existimant. Sunt etiam in his mores inconditi, naturalis ferocitas animorum. Un siècle plus tard environ, l'auteur du Liber Historiæ écrit de son côté : Tune appelavit eos Valentiniannus imperator Francos allica lingua hoc est feras, a duritia vel audacia cordis eorum ; et au IXe, Ermold Nigellus écrit aussi : Francus habet nomen a feritate sua. Ainsi Francus n'est pas un nom ethnique, mais une simple épithète qu'on donnait, peut-être sans y regarder de très près. Pendant la première moitié du XIXe, alors que vivaient nombreux les soldats des guerres de la République et de l'Empire, à combien ne donnait-on pas l'épithète de « mon brave ». Quand ces hommes défilaient, demi-solde, invalides, à la tournure martiale, c'étaient « les braves ».
Ce nom de Francus, nous le rencontrons chez les écrivains latins, pour la première fois à l'occasion d'une victoire d'Aurélien, en 241, dans la Haute Germanie. Le nom était aisé à retenir, facile à prononcer, et il fut préféré à toutes les dénominations baroques dont se décoraient les peuplades d'Outre-Rhin. On s'habitua à dire les Francs, le mot était compris. L'acceptation collective du mot franc avait son pendant dans celle du mot « Romain ». Le Romain n'était plus l'habitant de Rome, c'était tout homme libre de l'empire qui, depuis l'édit de Caracalla (voir le mot Édit), était citoyen romain : In orbe romano qui sunt, ex constitutione imperatoris Antonini cives romani facti sunt. On était romain, quoi que Gaulois, Italiote ou Breton. Il y avait en somme deux mots qui exprimaient deux confédérations en présence. Les peuplades incorporées à l'Empire étaient romaines, les peuplades qui, sur l'autre rive du Rhin, menaçaient l'Empire, étaient franques. Toutefois, Franc était moins compréhensif que barbares qui s'étendait aux Numides comme aux Sarmates, comme aux Francs.
En somme, « on appelait Francs, pendant les derniers siècles de l'Empire, tous les peuples barbares du Bas Rhin ». Le nom n'avait pas de valeur ethnique. Il désignait un certain groupement politique et non une certaine origine. Il n'y avait pas de Franc de race, il n'y avait que des Francs de nationalité. Du IVe au Ve, il se forma, par le fer et par le feu, un premier royaume franc confiné au nord de la Belgique entre la chaussée romaine de Bavay à Maastricht, la forêt Charbonnière, la Lys et les collines du Boulonnais. Sous le règne de Clodion, ce royaume s'étendit jusqu'à la Somme au-delà de Cambrai. La population indigène ne fut pas seulement conquise, elle fut massacrée et ce qui fut épargné réduit à une condition inférieure et ainsi il se forma deux groupes entièrement distincts au point de vue juridique et politique. Les Francs étaient les maîtres et les Romains leur étaient asservis. « Si cette situation avait duré, nul doute qu'il se fût bientôt formé deux classes héréditaires, comprenant l'une les indigènes, l'autre les conquérants. On les aurait distingués à la religion, à la langue, à la condition sociale, à la constitution physique. Mais la situation ne dura pas ».
Au royaume embryonnaire de Clodion succéda le royaume de Clovis s'étendant jusqu'à la Loire, puis gagnant l'Aquitaine et arrivant jusqu'au pied des Pyrénées. À cette triple progression correspond une triple phase de l'histoire des Francs et du sens de leur nom. Le mot Francus se rencontre dans le texte avec des acceptions différentes correspondant à chacune de ces phases successives.
Au VIe, lors que Grégoire de Tours compose ses livres, il nous montre par maints exemples que les Gallo-Romains étaient compris sous le nom de Francs, au même titre que leurs compatriotes d'origine germanique. Lors que les Francs sont irrités contre le jeune roi Théodebert qui ne veut pas épouser sa fiancée, par amour pour une concubine, il ne peut s'agir des Francs germaniques seuls, mais de toute la population (Hist. Franc, 1. III, c. xxvii) ; et lors que, après la mort de Clotaire Ier, Chilpéric distribue, pour les gagner, les trésors aux Francos uliliores, il n'en peut excepter les Gallo-Romains qui composaient une partie de l'aristocratie influente du royaume franc (Ibid., 1. IV, c. xxii). Lors que Grégoire avoue sa répugnance à raconter par le détail les guerres qui épuisent Francorum gentem et regnum, il n'en exclut pas apparemment les Gallo-Romains dont il est lui-même et qui prennent leur part de tant de maux (Ibid., 1. V, c. i) ; d'ailleurs, ce même Grégoire nous dit que le roi Chilpéric lui montra un objet d'art confectionné ad exornandam atque nobilitandam gentem Francorum, ce qui ne peut s'entendre que de toute la nation (Ibid., 1. VI, c. II). Dans un passage relatif au judex Audo, nous lisons encore ceci : Ipsc enim cum Mummolo prœfecto mullos de Francis, qui lempore Childeberli régis senioris ingenui fuerant, publico tributo subegit, par quoi Grégoire ne veut pas dire qu'il existe des Francs non libres, mais que des Francs, hommes libres dès le temps de Childebert, furent contraints de payer l'impôt (Ibid., 1. VII, c. xv). Nulle part l'idée de Franc et d'homme libre ne se compénètrent plus exactement. Or les hommes libres du royaume de Neustrie étaient en immense majorité des Gallo-Romains, c'est donc eux qu'on appelle Franci.
D'autres textes nous montrent, par exemple chez Fortunat, le mot Ilalus opposé à Francus, et lors que, dans plusieurs passages, il veut opposer les Francs germaniques aux Francs gallo-romains, il n'emploie pas Francus et Romanus, mais Francus et barbarus ; parlant de Vilithuta, femme franque née à Paris :
Chez Frédégaire on constate, comme chez Grégoire de Tours, la diversité des acceptions du mot Francus ; mais il vivait au vi siècle, et les distinctions commençaient alors à s'effacer, principalement en Burgondie. Les vies de saints ne sont pas moins instructives.
La plupart, disait Fustel de Coulanges, commencent par vanter la noblesse des personnages. En général, elles se servent des expressions nobilis genere, nobilibus parentibus ortus, ortus nobili progenie, ortus inclita prosapia. Mais parfois, elles remplacent ces expressions par celle-ci : ex nobili Francorum prosapia genitus. Mais si l'on compare entre elles les vies où sont employées ces diverses expressions, on voit qu'aucune idée spéciale ne s'attachait à l'une d'elles, et que dans la langue fort prétentieuse des hagiographes, elles étaient synonymes. Toutes également, et avec le même vague, voulaient dire que le saint n'était pas de basse naissance. Mais aucun de ces hagiographes ne songeait précisément à la race franque ou à la race romaine, l'as une fois, en effet, dans un tel nombre de vies de saints, nous ne voyons que l'auteur oppose les deux races l'une à l'autre, ni même qu'il paraisse connaître deux races '. Franci désignait tous les sujets du royaume des Francs. Il est impossible d'avoir lu les textes sans être frappé de cette vérité. Les mots rex Francorum ne signifiaient pas que le roi ne régnait que sur les Francs de race ; si Francorum avait ici son sens ethnique, il en résulterait que le roi mérovingien n'aurait eu aucun titre qui indiquât son autorité sur des hommes de race romaine. Nous rencontrons fort souvent l'expression palatium Francorum ou proceres Franci ; or nous savons par de nombreux exemples, que beaucoup d'hommes de race romaine figuraient dans les plus hauts rangs du palais et parmi les proceres. On trouve cent fois l'expression exercitus Francorum ; or nous savons que ces armées comptaient au moins en Neustrie, plus de Romains que de Francs ; nous savons aussi que le service militaire était obligatoire pour tous indistinctement et qu'il y eut même des Romains qui commandèrent les armées. L'armée était donc un mélange de races, et pourtant on l'appelait toujours exercitus Francorum ; cela ne signifiait autre chose que l'armée des pays du royaume des Francs. Dans ces expressions comme dans beaucoup d'autres, le mot Francus avait perdu son sens ethnique. On était un Francus dès qu'on était un membre du royaume des Francs.
Outre les Romains, les Wisigoths, les Bourguignons et les Francs, Grégoire de Tours mentionne comme établis dans la Gaule, les Thuringes, les Alamans, les Bretons, les Saxons, les Taifales, les Juifs et les Syriens. — Les Thuringes n'étaient qu'une colonie venue de la Thuringe de Germanie s'établir en deçà du Rhin. Childéric, chassé par ses sujets, se réfugia dans le pays habité par ce petit peuple qui fut soumis par Clovis en 491. Les Alamans, qui sous la conduite de Chrocus avaient ravagé la Gaule et pénétré jusqu'en Auvergne, habitaient au iv siècle la rive droite du Rhin ; ils descendirent à la fin du v siècle suivant jusqu'à l'Helvétie qu'ils occupèrent. Battus par Clovis et par les Bourguignons, ils ne jouèrent plus qu'un rôle très secondaire dans l'histoire de la Gaule. Les Alamans venus en Gaule avec les Suèves et les Vandales laissèrent une partie d'entre eux qui s'établirent dans le Valentin, puis dans le pays armoricain : un roi alain résidait à Orléans. Les Alamans des bords de la Loire furent par Thorismond, fils et successeur de Théodoric. Les Saxons en Gaule habitaient au-delà de la Loire, Eux, à la tête des Goths, et de Bourges le chef breton Riotame dont parle Sidoine Apollinaire. Au vi siècle ils durent reconnaître la suzeraineté des Francs, mais leur soumission fut plus que nominale sous les fils de Clotaire. Les incursions des Saxons sur les côtes, des bouches du Rhin à celles de la Loire, remontent aux premières années du v siècle. Les Saxons des bords de la Loire qui luttèrent contre les Romains disparurent à la fin du v siècle. Les Saxons de Bayeux formaient la majeure partie des habitants de la Bessin, l'époque franque aponymée en France et en Belgique. Recherches sur l'établissement gradin l'arrondissement de Cherleroi, et sur la détermination de la poque / de la cité Bajocassium dépeuplée par les invasions de ces pirates. Le souvenir de ce petit peuple se maintint longtemps dans ce pays et une portion du territoire de Bayeux était connue au temps de Charlemagne sous le nom d'Ost-Saxonia. Les Taifales, peuple de race scythe, étaient des laires de l'armée romaine établis dans le Poitou, où résidait le praefectus Taifalorum gentium suarum terres qui leur avaient été attribuées par l'empereur. La région où habitaient les Taifales (Theiphalii) s'appelait Theiphalia, aujourd'hui Tiffauges. Les Vascones qui, au premier siècle de notre ère, étaient établis au-delà des Pyrénées, vinrent, enhardis par la faiblesse des fils de Clotaire, occuper une partie de la Novempopulanie, mais ils furent forcés de se soumettre, en 602, à la domination franque et réduits au rang de nation tributaire. Les Juifs étaient nombreux en Gaule : on en voit à Paris, Orléans et Bordeaux, etc. ; ils se livraient à des trafics de toute nature ainsi que les Syriens qui eurent assez de crédit pour acheter un siège épiscopal ; l'un d'eux, le marchand Eusebius, devint, à force de présents, évêque de Paris et confia toutes les fonctions de l'église à des Syriens de sa famille.
IV. La Belgique, glacis de la France, ou — pour éviter toute confusion — la Belgique, forme en quelque façon le glacis naturel de la région septentrionale de la France ; par conséquent, elle devait être la première à recevoir les envahisseurs francs venus du Rhin et qui se fixèrent entre la Meuse et la Sambre, avant de s'établir sur le sol actuel de la France. Ainsi envahie et occupée, la Belgique cessa de bonne heure d'être romaine et se trouva être franque, avant la France même. Dans cette région, d'où ils déborderaient sans tarder longtemps, les Francs se trouvaient encore à l'aise, ils s'y trouvaient chez eux, car l'occupation romaine dans cette région avait été toujours précaire et les Saliens et les Ripuaires s'en étant emparés sans beaucoup de peine, s'y étaient implantés assez solidement pour n'avoir guère à craindre un retour offensif. Cette occupation semble avoir causé un minimum de dommage aux populations déjà établies sur le sol belge, qui devint pendant plusieurs siècles une sorte de gîte d'étape où dépassaient des armes, d'où les Francs partirent, à différentes reprises, à la conquête de villes situées au sud de la Sambre. Attachés à leurs terres, cramponnés à leurs habitations, les Belges virent leurs envahisseurs s'élancer à la conquête de nouveaux territoires, sans surprise et, peut-être, sans regret, sachant que c'étaient des hôtes de passage et qu'il ne fallait pas se laisser submerger par eux.
Ainsi, la Belgique a connu une époque salienne même, dans les parages les plus au nord, une époque si ambre qui n'a point eu d'analogue en France. Cette époque ne va à rien moins qu'à contenir un laps de temps de deux, trois (et à mesure qu'on se rapproche du Rhin), quatre siècles. Pendant ce long espace, les Belges, en France et qu'on désigne sous ce même nom avant la conquête des envahisseurs germains, avaient déjà dit, refoulé devant eux les populations et s'étaient implantés nationalement belges. C'était une nuance déjà assez lointaine et oubliée pour que d'autres envahisseurs leur succédassent et prissent leur place, germains eux aussi. Périodiquement, un flot de population germanique venait revendiquer la riche Belgique où il rencontrait des hommes de leur race, car il n'y restait que très peu de Gaulois ou de Celtes, et ainsi se formait un groupe belgo-germain sans cesse accru des apports venus des rives du Rhin, principalement vers les bouches de ce fleuve et de la Meuse. Là, se trouvait le réservoir des peuplades franques, venues elles-mêmes de la direction du nord-est en suivant le cours du Rhin, et écartant ce qu'elles rencontraient sur leur passage.
De ces pays d'où ils surveillaient et choisissaient l'instant à leur convenance pour faire irruption en Belgique, les Francs savaient combien était incomplet l'établissement des Romains parmi les Belges. César n'avait pu conquérir lui-même ces lointaines régions dont la soumission restait précaire et ne fut jamais complète. Ces peuplades ne se regardaient pas comme sujets, mais tout au plus comme alliés de Rome. « Il est vrai, que les armées avaient massacré une partie des habitants et que la misère et les vexations avaient fini par en détruire une autre partie ; mais il est vrai aussi que les Belgo-Germains, habitants de cette partie de la Gaule, la dernière assujettie, furent aussi les premiers à secouer le joug et à tendre la main aux envahisseurs francs, leurs frères par l'origine, qu'ils accueillaient sur leur territoire, devenu trop étendu pour la population. Aussi, dans toute la partie nord de l'ancienne Gaule Belgique, partie formant la Hollande et la Belgique actuelle presque entière, ne vit-on jamais fonder aucune ville, aucun établissement romain, ni même construire aucun monument, temple, etc. Pendant tout le temps de la domination romaine, ces Belges ou Belgo-Germains, étaient au fond toujours restés ennemis du conquérant et sympathiques à leurs frères de Germanie, dont ils protégeaient les entreprises avec un plein assentiment et souvent par des sacrifices matériels ».
L'entente secrète ou publique avec les populations belges, permettait aux envahisseurs de rapiéter des coups de main. Un jour, un parti de 2 000 cavaliers Sicambres franchit le Rhin, gagna le pays des Éburons, et vint attaquer le camp romain d'Aduatica, tailla en pièces ces cinq cohortes, épouvanta le reste et se retira sans être inquiété : Trans Rhenum sese receperunt, 1. VI, c. xli.
V. Première période d'invasions de peuplades franques ou sicambres. — Le départ de César pour l'Italie fut bientôt connu et marqua un redoublement d'audace. Au milieu du flux et du reflux presque continuel des peuplades, des groupes s'arrêtaient et s'implantaient, en sorte qu'à côté des anciennes tribus belgo-germaines on commençait à voir des établissements franco-germains nouveaux, vivant en bon accord. C'était une manière de soulagement de voir des Francs venir prendre possession d'un sol que les Belges ne se sentaient pas la force de disputer aux Romains dont ils supportaient le joug avec douleur ; qui jamais ante se populi romani imperio subjeci dotèrent, 1. VII, c. i ; malgré certains ménagements adoptés à leur égard. Ils avaient conservé leurs institutions et leurs chefs, le droit de réunion annuelle dont cependant César prenait la présidence. César lui-même constate ces établissements cisrhénans de peuplades germaniques et entre autres des Sègnes et des Contrusiens, qui habitaient entre les Éburons et les Trévires, dans la contrée correspondant à une partie des Ardennes et du Condroz : Segni, Contrusii, ex gente et numero Germanorum qui sunt inter Eburones Treverosque, legatos ad Cœsarem miserunt, oratum ne se in hoslium numero duceret, neve omnium Germanorum, qui essent dira Rhenum unam esse causam judicaret, 1 VI. c. xxxii. Cicéron constate lui aussi la présence de ces Germains établis en Gaule. Ces établissements étaient en quelque sorte isolés et dispersés parmi les populations du pays qui les toléraient ou les subissaient.
Il serait aussi intéressant qu'utile de pouvoir désigner avec précision les quartiers de ces établissements successifs, espèces d'invasions partielles et pacifiques dont les Belgo-Romains se réjouissaient, que les Romains toléraient et qui préparaient le futur envahissement, comme les fourriers préparent le logement de l'armée qu'ils précèdent. Mais nous ne possédons à peu près aucun élément tant textuel que monumental pour résoudre ce problème.
« Quand César fut rentré définitivement en Italie et que le soin de son autorité et de sa gloire l'y retint tout à fait, il flatta les Gaulois et leur accorda toute espèce de faveurs pour gagner leur amitié. Il leur prodigua les richesses et combla d'honneurs les principaux chefs, de façon à ce que Rome n'eût plus à craindre leurs révoltes 2. Cette tactique réussit assez bien avec les Gaulois du midi déjà amollis par la prospérité et l'abondance, mais fort peu avec les Belges qui avaient conservé intacte leur énergie. C'était la conséquence du caractère plus mou et plus efféminé des Gaulois du sud et du caractère plus guerrier et plus sauvage des Belgo-Germains du Nord. La Gaule n'est bonne qu'à servir de proie, disait Civilis, après avoir tenté un soulèvement général, ce qui lui resta de force ce sont : Les seuls Gallos quid alii quant prœdam victoribus ? et tam quod roboris sit Belgas secum palam mitto. César ne pensait et ne parlait pas autrement : Horum omnium fortissimi sunt Belgæ, propterea quod a cultu atque humanitate provinciae longissime absunt, minimeque ad eos mercatores saepe commeant atque ea quae ad effeminandos animos pertinent. Cette distinction entre Gaulois du midi et Gaulois du nord déjà mélangés d'éléments francs suit toute l'occupation romaine. Ce fut dans le nord où les contingents d'auxiliaires qui, tout en conservant leur nom national, combattaient dans les rangs de l'armée impériale : on rencontre ainsi des Nerviens, des Tongrois, des Ménapiens, etc., mais rien de semblable pour les peuplades méridionales. Cette incorporation à l'armée romaine laissait aux peuplades de la Gaule belge une homogénéité complète et une autonomie à peine entamée.
Vers l'an 35 avant Jésus-Christ, les Ubiens blirent entre le Rhin et la Meuse, au nord d'Igépie. Les Ubiens affichaient leur origine germanique comme un point d'honneur d'une fidélité prouvée à l'alliance de Rome : ils furent donc placés, comme fiefs, au nord des Trévires, entre le Rhin et la Meuse. Expérimenta fuit super ipsam Rheni ripam, ut arcerent, non ut custodirentur. Ils eurent fort à faire. L'an 30, la Gaule fut témoin d'une révolte fomentée par les Tréviriens qui avaient appelé à leur aide les peuplades germaniques ; l'an 29, nouvelles rébellions, soulevées par les Morins, alliés aux Suèves venus d'Outre-Rhin ; l'an 19, autre invasion, enfin, l'an 14, eut lieu une invasion formidable de Sicambres, associés aux Teuctères et aux Usi-, aidés par les restes des Éburons et les Aduatiques. Ce grand effort échoua, Drusus soutint la poussée, la refoula et Auguste, pour en finir, décida de localiser ces populations dans la partie du territoire la plus éloignée du Rhin, dont ils se plaisaient à favoriser le passage aux envahisseurs germains. Il leur enleva jusqu'à leur nom et leur imposa celui de Tungri ; il les remplaça le long du Rhin, entre ce fleuve, le Wahal, la Meuse, et la Roër, par les Sicambres vaincus et soumis, et par leurs alliés les Suèves, auxquels il donna le nom de Gugernes ; enfin, il cantonna les Tungri à l'occident, les derniers dans des terres qu'il signa. Cette deuxième grande colonisation germanique eut lieu en l'an 9. Tacite en dit un mot : VI quondam Sugambri excisi et in Gallias trajecti fuerunt, « comme autrefois les Sicambres décimés furent transportés dans la Gaule. Mais Tacite fait en même temps allusion à une autre colonisation de Sicambres opérée par Tibère, encore lui, vers l'an 20 après J.-C. : « Il fit, dit-il, passer dans la Gaule, 10 000 prisonniers de guerre et les établit dans des lieux qu'il leur assigna le long du Rhin, - vers le nord des Ubiens, selon quelques-uns. Il les y laissa établir par les conseils plutôt que par la force. Mais ces conseils et cette persuasion semblent avoir eu pour but, non pas de décider les Sicambres à s'établir en Gaule, mais plutôt de vaincre qu'ils devaient le long du Rhin et non s'avancer trop vers le cœur du pays. Il ne paraît rien qui puisse indiquer que les peuplades suivantes aient pris part à ces immigrations : Tongrois, Ubiens, Suèves, Suniques, Bétases et d'autres peuplades, plus ou moins unies sous la tête des Sicambres, qui semblent comme ayant formé une collectivité nationale : il en était plusieurs peuplades qui habitaient, entre le bas Escaut et la basse Meuse, la région nommée aujourd'hui Campine. Vers cette époque, toutes ces peuplades composent les armées de Civilis qui, conduisant vraiment la vieille colonie sicambre, s'avance au pays entre Rhin et Meuse jusqu'aux rives de l'Escaut, et se répand dans les provinces du Limbourg, de Namur, de Liège et même une partie du Luxembourg. Ces nouveaux occupants avaient pour voisins : à l'est, les Ubiens et au sud les Tréviriens, placés entre la Moselle et la Meuse, qui les Nerviens, voisins, lesquels habitaient l'Entre-Sambre-et-Meuse, l'Escaut et la Dyle.
À la fin du Ier siècle, ces peuplades virent arriver du nord, dans la direction de l'Yssel, des compatriotes abandonnant la côte au-delà des embouchures du Rhin. Cet apport nouveau de population entraîna un premier résultat important, puisqu'on prit l'habitude de désigner anciens et nouveaux occupants sous le nom de Saliens. « Les Saliens arrivés dans les environs de la Toxandrie sur le sol romain, y ont leur domicile », nous dit Ammien Marcellin : Salii in Toxandri locum habitacula sibi figere. « Les Salii, les Nerviens, les Tréviriens, les Rémois, les Tongres étaient restés maîtres de leurs institutions germaniques et avaient conservé leurs chefs. Ils étaient seulement du peuple romain, partageaient, où rot ku'tov6[£01 âicavreç ; ils étaient exempts d'impôts, sauf de celui du courage et du contingent militaire : sibi non tributa sed virtutem et viris indici. L'importance de ces colonies était déjà bien grande à cette époque, puis que Rome avait constaté qu'une partie de la Belgique était franque ou germaine, et que la division géographique du pays avait modifié. Toute la contrée du nord-est et toute la région appuyée à la rive gauche du Rhin, avaient reçu les noms de Gaule germanique première ou supérieure et germanique seconde ou intérieure, par opposition avec l'autre partie qui retint le nom de seconde germanique ou germanique inférieure, renfermait à peu près toutes les contrées où les peuplades franques s'étaient localisées en prenant possession du territoire, c'est-à-dire la Tongrie, la Hesbaye, l'Éburonie, une portion de la Nervie et une grande partie du cours de la Sambre. Il ne fut sans doute que la sanction des faits que l'opinion publique constatait unanimement à l'avance. Ptolémée, vers l'an 150, parle d'une manière plus précise de la haute et de la basse Germanie ; mais il s'agissait encore des régions tout à fait proches du Rhin. Ce ne fut que plus tard que la division se fit comme nous venons de l'indiquer. Le progrès ne se dessinait que graduellement.
Pendant ce temps, Rome tirait bénéfice de ce qu'elle faisait défendre son front par les Saliens contre les agressions des Ripuaires. À la faveur de cette protection, le pays en avait la paix et tenait les Ripuaires au delà du Rhin ; ce fut environ l'an 70 jusqu'à l'an 176, une période d'un siècle pendant laquelle les Sicambres et les autres peuplades d'invasion demeurèrent tranquillement, en même temps que les autochtones, inserviables chacun et se maintinrent dans la tranquillité. Cette tranquillité favorisa l'établissement d'installations agricoles, de villas dont on rencontre parfois les ruines ; quant à aucun. Il ne faut pas laisser... — Pline, l.h.i. liai.. I. 1\.
Mais les barbares francs ligués, continuaient à se tenir massés sur la rive droite du Rhin, et d'autres (les Saliens) le long de la côte, au nord des embouchures du même fleuve, guettant l'heure favorable où ils pourraient se répandre sur les régions convoitées. Une première tentative, dirigée par les Cattes, échoua (en 168) ; huit ans plus tard (170), les Chauques prirent la voie de mer ainsi que les routes fluviales, Escaut, etc., qui les menèrent jusqu'au cœur du pays où ils débarquèrent et aussitôt portèrent la dévastation dans le Brabant, dans les Flandres, dans la Hesbaye et même dans une partie du Hainaut ; mais cette fois encore on parvint à les refouler (180). Cependant, les habitants du pays ruinés par les exigences du fisc, découragés par l'impuissance du pouvoir impérial, se prirent à envisager les invasions comme un moyen de délivrance. En l'année 188, un soulèvement général coïncida avec une invasion de Saxons et de Frisons et l'empereur Commode fut obligé de conclure la paix avec les peuplades campées le long du Rhin et dont plusieurs furent reçues sur le territoire romain et jusque parmi les possessions de l'empire.
Cette insécurité entraîna un résultat important. Les grands propriétaires gaulois et les hauts fonctionnaires impériaux s'abstinrent de résider sur des terres et de briguer des offices dans des contrées si désavantageuses, en sorte qu'on fut réduit à confier l'administration à ceux qui n'avaient pas crainte d'affronter « un climat qui attristait les regards de tous ceux dont ce n'était pas la patrie. » Il fallut livrer les charges romaines aux indigènes. Vers 226, autre invasion barbare qui fut rejetée au delà du Rhin.
Sicambre ne doit pas être séparé de Salien : l'identité des deux races n'est pas douteuse et, longtemps après, les Saliens unis aux Ripuaires reprirent les noms collectifs de Francs et de Sicambres. Ces peuples partis des environs de l'embouchure du Rhin et de la Meuse s'étaient dirigés vers l'Escaut qu'ils dépassaient, cherchant à atteindre la rive gauche de la Lys, et laissant des traces onomastiques curieuses à retenir, comme ces noms de Suèveghem et Suèvezeele qui semblent garder la mémoire des Suèves. Ils tentaient même d'arriver au nord de la Nervie, dont les terres fertiles leur semblaient bien préférables aux sables arides de la Campine. Les Suèves établis le long du Rhin, depuis sa source jusqu'à vers Cologne, s'étendaient fort avant dans les terres dans la direction de la mer Baltique et du Danube et, à l'occident, ils s'étendaient jusqu'à l'Elbe.
VI. Ligues. — C'est dans cet immense domaine qu'il faut donc placer les peuples qui alimentèrent les bandes d'envahisseurs. Les Romains donnaient le vocable de Germains à tout ce qui venait d'au-delà du Rhin et ce nom, en usage dès le temps de César, était encore nouveau lors que Tacite écrivait : Germanise vocabulum recens et nuper additum : quoniam, qui primi Rhenum transgressi Gallos expulerint, ac nunc Tungri, tunc Germani vocantur. Les Romains attaquèrent les Germains alors divisés en plusieurs nations ayant une langue et des mœurs communes, mais formant entre elles des lignes distinguées par des noms particuliers, par la forme de leur gouvernement, par leurs armes et par leur manière de combattre. Chaque ligue se distinguait en outre, non par la forme ou la couleur du vêtement, car tous étaient à peine vêtus, mais par les insignes tatoués sur le corps, par la manière de nouer et de couper la chevelure, par le port de la barbe, la teinture qu'ils employaient, (c'est ainsi que les deux grandes ligues des Suèves et des Sicambres comprenaient toutes les autres). On reconnaissait les soldats de la ligue suève à la coutume de nouer leurs cheveux sur l'oreille ou sur la nuque : Insigne gentis, obliquare crimen, nodoque substringere. Les princes et les chefs les ramenaient sur le sommet de la tête et les nouaient en forme d'aigrette et de panache : capillum retro sequuntur, ac supra in ipso solo vertice religant.
La ligue des Sicambres avait remporté de grands avantages sur les Romains, mais ce que les armes ne pouvaient faire, la division en vint à bout et on a dit que Drusus et Tibère réussirent à soumettre cette ligue. Tibère ne se faisait pas illusion sur ce point et Tacite rapporte une de ses lettres avouant que l'adresse eut plus de part que la bravoure à ce succès : Se, novies a divo Augusto in Germaniam missum, plura consilio quam vi perfecisse ; sic Sugambros in deditionem acceplos. La ligue des Sicambres ne subsistant plus au temps de Tacite, il n'en a pas donné les marques distinctives, mais Martial nous apprend qu'elle consistait dans la façon de nouer leurs cheveux :
Crinibus in nodum torlis venere Sicambii.
Vers le premier quart du IIIe, ces ligues n'existaient plus qu'à l'état de souvenir et l'incursion tentée vers 226 au-delà du Rhin avait été suivie d'un retour offensif de l'empereur Alexandre-Sévère qui s'en vint camper à Mayence, d'où il poussa quelques-unes de ses troupes au-delà du Rhin. Sur ces entrefaites, il se décida à traiter avec les barbares ; mais, ayant été assassiné, son successeur, Maximin, fit ravager sans obstacle plus de 400 milles de la Germanie : Per quadringenta millia, écrit-il lui-même au Sénat, Germanorum vicos incendimus, greges abduximus, captivos abstruximus ; il ne s'arrête que devant les obstacles matériels : Pervenissemus ad situas, nisi altitudo paludum nos transire non permisisset. Cette dévastation dont les Suèves étaient victimes fit ouvrir les yeux aux peuples voisins qui ne virent de remède que dans la formation de nouvelles ligues ou le rétablissement des anciennes. Ce fut ainsi que se formèrent : 1° la ligue des Suèves ou Alamans, depuis Mayence jusqu'aux sources du Rhin et jusqu'aux pays des Marcomans voisins du Danube, et 2° la ligue des Francs qui, commençant au-dessus de Cologne, s'étendait d'un côté jusqu'à l'Océan et de l'autre jusqu'à vers l'Elbe.
Le nom de Franci était commun à toutes les nations dont se composait cette ligue. Il est malaisé de dire jusqu'où elle s'étendait au nord. Les Francs s'étendaient jusqu'à l'Océan et même jusqu'à l'Elbe, quoique les Saxons occupassent l'embouchure de ce fleuve et celle du Visurgis ou Weser. Cette ligue rassemblait les Bructères, les Chamaves, les Ampsivariens, les Cattes, les Angrivariens, les Ansuariens ou Attuariens, les Saliens, les Chauques, les Chérusques et les peuples riverains de l'Elbe ; ce qui fait dire à Claudien qu'après une victoire remportée par Stilicon, les troupes des peuples de la Gaule allaient paître librement dans les montagnes des Francs situées au-delà de l'Elbe : medium que ingressa per Albim Gallica Francorum montes armenta pererrent.
L'anonyme de Ravenne dit que les Francs avaient habité longtemps sur les bords de l'Elbe : in qui, Albis patria per multos annos Francorum linea remorala est. En réalité, on trouve les Francs sur le Rhin, dès qu'on entend parler d'eux, ils étaient nombreux et occupaient un vaste pays. La ligue des Francs s'est formée sans guerres, sous l'impulsion du péril et de la nécessité de s'en défendre, entre des peuples qui se connaissaient depuis longtemps et dont les rivalités se muaient à la vue d'une menace commune. Cette ligue doit avoir été conclue peu de temps après la révolte des peuples bataves, saliens et autres commandés par Civilis. Lien que ce ne soit pas avant le milieu du IIIe seulement, la ligue et même le nom de Franci soient cités pour la première fois.
La ligue des Francs occupait le même pays que les anciens Sicambres, se composait à peu près des mêmes nations que l'ancienne ligue des Sicambres, portait les mêmes noms, comme eux, sur le sommet de la tête. Sidoine Apollinaire les nomme Cletonsi Sicambri et leur donne le nom de Sicambria. D'ailleurs, les Francs eux-mêmes se paraient de ce nom et s'en faisaient honneur. Fortunat donne à Caribert le nom de Sicamber et saint ; il s'adressant à Clovis, lui dit : milis depone colla, Sicamber. Cependant, il ne paraît pas qu'en ressuscitant la ligue on chercha à faire revivre le vocable, le nom de Franc était sans doute trop répandu pour qu'on songeât à le répudier.
Ce nom fait son apparition dans les auteurs latins à propos de la plus ancienne expédition tentée par la ligue franque. Yopiscus nous apprend qu'« au temps où Aurélien était près de Mayence comme tribun de la VIe légion gauloise, les Francs ayant fait irruption et s'étant répandus dans la Gaule entière, il les battit de telle façon qu'il en tua sept cents et fit trois cents prisonniers de guerre qu'il vendit. Les soldats composèrent ce refrain :
Mille Francos, mille Sarmatas semel occidimus. Mille, mille Persas quaerimus.
Cet événement se rapporte à l'année 241.
VII. Luttes et accords entre la ligue des Francs et l'Empire. — Le mouvement de la ligue des Francs ne fit que s'accentuer, assez pour donner de l'inquiétude aux Romains qui songèrent ou durent songer à mettre la Gaule à l'abri de nouvelles incursions. On a conjecturé d'après une lettre de Valérien à Aurélien, en 257, que Valérien avait attiré quelques capitaines francs au service de l'empereur, on ne peut soutenir cette conjecture que d'après les noms des quelques officiers en question, mais ces noms peuvent être francs ou suèves, ou quades ou marcomans.
Entre-temps, il y eut une nouvelle tentative de traversée du Rhin, au-dessus de Mayence. Tandis qu'on menaçait la Gaule sur ce point, Valérien était retenu en Orient par la guerre contre les Perses qui lui ménageait le suprême désastre, son fils Gallien fut en Occident où les généraux choisis par son père luttèrent contre les Alamans, les Hérules et les Francs ; Zosime nomme Germains ceux que Zonaras nomme Francs ; Zonaras ajoute que Gallien tailla en pièces une armée de Alamans près de Milan. Zosime avoue que la guerre sur le Rhin se termina par un traité avec un prince barbare qui du Rhin (255). Posthume lit construire plusieurs forts sur la rive du Rhin ; lorsqu'en 260, il fut proclamé empereur, il régna sept ans, entretenant avec soin l'alliance faite. Mais ce traité avait marqué un nouveau recul.
Certains s'étaient introduits jusqu'à dans la Nervie, d'autres avaient reçu dispense de leur service militaire ; il devenait évident que les établissements des Francs dans la Gaule Belge devenaient stables. L'avènement de Posthume marquait un progrès nouveau ; il inaugurait la série des empereurs gaulois, qui, habitant le sol de la Gaule Belge, tantôt combattant les barbares le long du Rhin, tantôt s'unissant à eux pour combattre les Romains, restaient toujours d'accord avec les Saliens de l'intérieur et protégeaient leurs établissements. Posthume, dès son avènement, recourut aux auxiliaires francs afin de grossir l'armée avec laquelle il combattait Gallien : multis auxiliis Francis. Les Francs apprirent ainsi, non plus seulement à combattre sous les Romains, mais à les battre.
Après la mort de Posthume, assassiné en 267, les Francs prirent et rasèrent les forts que cet empereur avait construits dans leur pays et, franchissant le Rhin sur différents points, ils inondèrent la Gaule ; après l'avoir ravagée, ils pénétrèrent jusqu'à dans l'Espagne et s'étant emparés de Tarragone, ils faisaient de là des courses dans les provinces voisines et les mettaient à contribution : Francorum gentes, direpta Gallia, Hispaniam vastato ac penitus direpto Tarraconensium oppido, possident imo nautis in lempore narigiis, in Africam quidam saepe permeant. Paul Orose qui mentionne ces événements, nomme les Francs Germani ullricorei, les Germains de delà le fleuve, il nous dit que le souvenir de ces déprédations survivait de son temps et qu'on en montrait les traces. Il ajoute que les Francs demeurèrent douze ans maîtres de l'Espagne, en sorte qu'on peut fixer à peu près la durée de leur séjour en ce pays vers 267 ou 268 à 279 ou 280. Aurélien avait d'autres soucis que d'aller les relancer jusque-là. Tétricus avait succédé à Posthume, en qualité d'empereur des Gaules, et compta parmi les Francs qui allèrent orner à Rome le triomphe d'Aurélien. Celui-ci avait réussi à chasser les Saliens des terres qu'ils possédaient depuis treize ans en pleine Gaule Belge, en Nervie et en Trévire, et il refoula les barbares jusqu'au-delà du Rhin. Mais les résultats furent éphémères et la même année (275) au moment où Aurélien fut tué, les choses reprirent leur ancien état. Les barbares forcèrent de nouveau la frontière, traversèrent le Rhin et se répandirent jusqu'au cœur du pays ; les Saliens expulsés de leurs habitations et sans doute réfugiés provisoirement dans leurs forêts ou même en pays étrangers, outre-Rhin, en sortirent pour reprendre leurs possessions dans la plus grande partie de la Belgique. Quand, après un interrègne de six mois, le Sénat romain élut Tacite à l'empire, on apprit à Rome vers ce temps que les envahisseurs s'étaient emparés de plusieurs villes considérées Gauloises. En 276, Probus devint empereur et Vopiscus rapportant les éloges qui lui furent donnés, nous voyons qu'il y est question des Francs : Testes i invictis strali puludibus. Le nouvel empereur voulut rétablir en Gaule l'autorité romaine et s'y transporta à la tête d'une grande armée (277) et trouva d'autant plus de barbares établis dans le pays que les frontières en étaient, on peut le dire, restées ouvertes de tous côtés.
Probus, soit par lui-même, soit par aux, livra de nombreux combats et (initias a barbaris occuplias « . Les barbares furent rejetés au delà du Rhin, du Neckar, et de l'Elbe, art h., c. xxmii ; Eutrope, op. n/..ix, 8. - Uistor., I. \ II, c. \mi. - - ■ Vopiscus, In Tucilo, c. ni. us, in Prob., c. xu. - ■ » Zosime, In Prob., quie Bheno barbaris tnfeitabantur.. Illtt. rom. breo., I. IX, e. xvn. les forts détruits après la mort de Posthume furent relevés, le transrhenanus limes fut rétabli. Probus accorda la paix aux vaincus et cantonna dans la Belgique des tribus entières composées d'une multitude de Francs auxquels il concéda des territoires (280) : quum Franci ad imperatorem accessissent, et ab eo se des obtinuissenl *. Cette concession de territoires se réduisit probablement à rendre la possession d'une région envahie depuis Gallien et que les Romains eussent été hors d'état de se réserver. D'ailleurs, Probus eut la faiblesse de triompher plus en parole, que dans les actes ; il imposa aux vaincus un traité accablant et un tribut écrasant ; cela fait, il écrivit au Sénat qu'il avait vu à ses pieds neuf rois de Germanie solliciter la paix, avait retiré de leurs mains soixante et dix villes célèbres, avait enrichi la Gaule des dépouilles de la Germanie, avait fait périr 400 000 Germains par les armes et avait distribué 16 000 d'entre eux dans les provinces de l'empire. « Dès aujourd'hui disait-il encore, les barbares, labourent et sèment pour vous et ils combattent vos ennemis intérieurs. Les champs gaulois sont labourés par les bœufs des barbares et les attelages germains captifs présentent le cou à nos cultivateurs : Subacla est omnis qu.ee ienditur late Germania ; novem reges gentium diversarum ad meos pedes, imo in vestros, supplikes strati que jacuerunt... Nam et quattuor millia hostium caesasunl, et sedecim millia armalorum nobis oblata, et septuaginta urbes nobilissimœ captivitate hostium vindicatœ... Omnes jam Barbari vobis arant vobis jam serunt et contra interiores militant... Arantur gallicana rura Barbaris bobus, et juga germanica captiva præsent nostris colla cultoribus -. » Voici en somme ce que l'on peut lire derrière toute cette emphase : Probus ayant vaincu des Iseti, ou peupla des tributaires révoltées contre le fisc romain et qui refusaient l'impôt, fut heureux de rétablir encore le même état de choses et transplanta dans les Gaules des tribus entières pour cultiver les champs à titre de Iseli nouveaux.
A l'égard des 16 000 prisonniers : Probus les incorpora dans ses
En 291, Maximien et Constance Chlore se décident à chasser Carausius de l'île de Bretagne. Pendant que Maximien fait construire une flottille, Constance va à Boulogne ; mais peut-être pour détourner le coup qui le menace. Carausius décide les Francs à une nouvelle invasion ; ils passent le Rhin et s'avancent dans la direction de l'Escaut. Constance laisse un simple corps d'observation devant Boulogne et marche vers les envahisseurs, les bat, fait un grand nombre de prisonniers chamaves et frisons qui sont repartis dans la Gaule et employés au labourage des terres : Aral ergu nunc mihi Chamaaus et Frisius,.. et frequentat nundinas meas pecore vertali et cultor barbarus luxai annonam, quin eliam, si ad delectiim criculur, accurrit, et obsquiis teritur, et tergo cccrcelur, et servire se militiae mitaine gratulalur *.
Dans le panégyrique de Constantin, prononcé en 310, Eumène revient sur ce même événement et dit que Constantin ayant chassé les Francs de la Batavie, en transporta une partie dans la Gaule : Quid loquar... intimas Francise nationes... a propriis ex origine suis sedibus... aoulsas. et in deserlis Galliae regionibus collocalus, ut pacem imperii cultu juvarenl et arma délecta*.
Dans ces deux passages, Eumène ne dit pas que ces Francs établis en Gaule fussent sujets à aucun tribut ni à aucune imposition ; s'ils mettaient l'abondance dans le pays, c'était en vendant leurs denrées aux marchés romains, frequcatat nundinas pecore venali, ils étaient obligés à fournir des soldats, servire se militiae nomine gratulatur.
Eumène, dans le panégyrique prononcé en 310, marque que ces Francs avaient été distribués dans les environs d'Amiens, de Beauvais, de Troyes et de Langres, pour en cultiver les terres incultes : Nunc per oiclorias tuas... quidquid in/reguens Ambiano et Bellooaco, Tricassino solo, Liagonico que reslabut bartiarii cullore revirescit '.
Constance (Chlore) ayant battu les Francs, leur donna des lois après les avoir expulsés de la Batavie, tantius terrain Balaviam a dum gentibus aalarn purgaoil ; il en transporta un grand nombre comme prisonniers et sous le nom de teif dans diverses parties de la Gaule, surtout dans les contrées peu habitées de la Belgique : Franciœ nationes in deserlis ni bus collocalas, ut pacem Romani imperii eultu juvarenl al arma deleclu.... Ipsas in romança transtulit nationes ni non solum arma, std eliam feritaiem poncre nission des Francs ne faisait que préparer leur expansion prochaine en éparpillant dans les deux Belgiques de leur nation.
En définitive, les victoires de Constance Chlore aboutissaient à appliquer une fois de plus le système adopté par les empereurs au Sénat, Hi rtin, Gtntthl. Maxim. Aug., a. 10. — * Eumène, Paneggr. tntlnl, n. 9. - ' Eumène, Paneggr. Constantin, n. 10.
Les panégyriques outrés de leurs flatteurs ne changent rien aux faits : les Francs plus ou moins battus, pillés, ruinés par les expéditions lancées contre eux restèrent en possession du territoire qu'ils occupaient.
« Ensuite les troupes franques, faisant partie des armées romaines, mais n'oubliant jamais, tout en prêtant leur force à ces armées, qu'ils servaient leurs ennemis et qu'ils devaient rester Francs avant tout et amis des peuples conquis, composés de frères. Ces Francs étaient ainsi familiarisés et, en quelque sorte, pliés à la civilisation de Rome. On peut leur assimiler les limites limitanei et riparii cantonnés le long du Rhin et toujours prêts à saisir l'occasion de s'avancer vers les terres fertiles de l'intérieur du pays. Ces milites riparii étaient, sans doute, constitués par des corps chargés du service des flottilles ou des flottes créées pour garder les fleuves et les côtes. Il semble, en effet, qu'il y avait une flottille germanique chargée de garder le Rhin et fixée à Cologne surtout ; une autre, pour le service de la Roër et de la Meuse, fixée à Weisweiler ; une autre, pour le Ruppel et l'Escaut, fixée à Rumps ; et enfin, une autre encore pour les bords de la mer du Nord et l'embouchure du vieux Rhin, à Katwys et à Woerburg. etc. '. La Notitia dignitatum imperii, énumérant les flottilles chargées de garder les fleuves, parle de la flottille de la Sambre ».
La lutte ouverte, les cultures étaient abandonnées par les riches colons romains qui se réfugiaient dans les villes et les forteresses qu'ils construisaient pour se mettre à l'abri, et livraient leurs champs à leurs esclaves et à leurs serviteurs souvent de nationalité franque. Beaucoup de terres furent même abandonnées et, comme telles, furent confisquées par le fisc romain. On tenta en vain de coloniser de nouveau ces contrées abandonnées en donnant les terres à qui en voulait ». t VIII. Les Francs de 310 à 110. — Constantin, fils et successeur de Constantin Ier, s'attacha les Francs et en remplit son armée ; il se préparait à les conduire contre son frère Constant, lors que celui-ci fit assassiner son rival (310). Les Francs se répandirent dans la Gaule et, renforcés par leurs compatriotes, venus d'au-delà du Rhin, ils rencontrèrent l'an Constant, lui tinrent tête et ne consentirent à rétrograder qu'à la condition d'une paix avantageuse : Franci a Constante perdomili, et pax cum eis facia ', qu'Ammien Marcellin nomme pax limitum, expression que favorise ce que dit Socrate, à savoir que Constant, vainqueur des Francs, ne laissa pas que de conclure avec eux un traité d'alliance. On avait donc réglé les frontières des deux nations, ce qui suffit à prouver que le Rhin ne servait plus de barrière aux Germains dans toute sa longueur, ils étaient donc établis en deçà de ce fleuve, au moins vers son embouchure. Libanius, dans un discours prononcé en 349, fait honneur à Constant d'avoir donné aux Francs des chefs qui les engagèrent à demeurer en paix avec l'empire ; il y a bien de l'apparence que ces chefs étaient les capitaines des Francs établis sur les terres de l'Empire en deçà du Rhin. Mais quelle pouvait être la frontière tracée par cette pax limitum '.' Peut-être indiquait-elle comme limite aux établissements francs la forêt Charbonnière et dès lors, ceux-ci avaient définitivement pris possession de tout le territoire correspondant à la Belgique actuelle . » La Notitia dignitatum imperii parle, nous l'avons vu, d'une flottille romaine de la Sambre ; mais elle indique comme stations principales Quartes et Hargnies près de Maubeuge : Prœfectus classis Sambricæ in locu Quartani sive Hornensi. Une importante partie du cours de cette rivière était donc occupée par les Francs, puis que les stations romaines étaient ni vers les sources de la rivière. Quant à la Meuse, elle était dés longtemps au pouvoir des barbares depuis la mer jusqu'à Naumir et au-delà, ainsi que les contrées arrosées par la Senne et la Dyle. La Notitia nous fait voir la présence de garnisons franques ou alliées aux Francs dans les lieux suivants : s cerne : un corps de Ménapiens.
Yvoir Famars ; Arras Noyon Senlis Lowaigc : Langres :
» licti Astes.
Nerviens. I lataves. Bataves. de toutes tribus.
En 350, le 18 janvier, Constant fut déchu et remplacé par Magnence qui fut reconnu comme empereur dans tout l'Occident. Magnence était né en Gaule où son père était venu d'au-delà le Rhin. Il renouvela les alliances avec les barbares, leva de nombreuses troupes en Germanie parmi les Francs et les Saxons : néanmoins il ne conserva pas longtemps les Francs dans son parti. Silvanus, fils de Bonitus, se déclara contre lui et se rangea au parti de Constant : son exemple fut suivi par une partie des Francs. Magnence vaincu en trois occasions, se suicida à Lyon (août 353). Son frère Décentras, battu par Chonodomarius, roi des Alamans, se tua de même, à Sens.
Constant avait pensé jouer en profond politique en tournant les Germains contre Magnence. Ceux-ci profitant de la circonstance il i. aient passé ce lieu e du Rhin derrière lequel Rome les rejetait depuis tant Des, ils se répandirent à flots sur la Gaule sans défense. Quand la mort de Magnence, l'eut rendu maître de tout l'Empire, Constant songea à réprimer les exactions de ces Alamans. Ces peuples, voisins de l'Italie, lui étaient redoutables. et il employa contre eux les Francs Silvanus reçut le commandement des troupes de la (huile et le titre de général de l'infanterie : pedestris militiæ rector ' ; à la tête de S IJOD boni mes, il se rendit à Cologne, passant par Auxerre, par Troyes et par Reims, obligeant les barbares d'abandonner ces provinces. De son côté, Constance marcha contre les Alamans (33 1) mais après quelques escarmouches, il traita avec eux aux conditions qu'ils voulurent : Pacem... quæ justis conditionibus plectebatur '. Ammien nous fait connaître les noms de quelques chefs des Francs. Les rois avec lesquels traita Constance s'appelaient Gundomadus et Vadomarius ; peut-être n'eurent-ils qu'à se féliciter que Constance KM alors entoure jus que dans Son propre palais, d'une multitude de chefs Francs qui occupaient les premières places : quorum... in palatino multitudo fl irebat '. Parmi eux se trouvaient Seniauchus qui equestrem lurmain comitum tuebatur et Bappo ducens promolos ;... Teulomcres proteitor domeslicus,... Sculariorum tribunus nomine Bainobau des. Cette paix accorda aux Francs d'outre-Rhin de nouveaux domaines le long de ce fleuve, jusqu'aux Vosges et comprenant Mayence et Strasbourg. En somme, les Francs avaient, cette fois, remporté la victoire.
La situation de Silvanus devenait des plus délicates Arbétion lui imputa des lettres qui n'allaient à rien moins qu'à le rendre coupable de haute trahison envers Constance, Malarichus, commandant des troupes franques et Mcllobau des, tribun, prirent sa défense ; l'intrigue fut découverte, mais Silvanus ne voulait pas s'en remettre à la clémence, ni à la r • tance, il songeait plutôt à se retirer, au delà du Rhin, parmi ceux de sa nation. On l'en dissuadaLes Francs avaient eu trop à sa plaindre de lui pour i e bon accueil. Alors Silvanus se proclama empereur et, vingt-huit jours [dus lard, Constance le fit. ■,. Les barbares, aussitôt, franchirent le Rhin en si grand nombre que les armées romaines battirent en retraite. Ursicinus, qui devait remplir les fonctions qu'avait exercées Silvanus, se retira à Reims Dès la fin de l'année précédente, Constance avait envoyé son neveu Julien César dans bs (.ail les. Julien (•(rivant aux Athéniens leur raconte qu'à son arrivée, u bares s'étaienl emparés d li paj s le long du Rhin, et de quarante mil les, ils en ravall trois f.jïs autant. Julien partit de Milan à la fin de décembre, trouva les Francs maîtres de Cologne.
•m Agrippinam... pertinaet Barbarorum dionc reseratam magnis viribus et delelam « .ravageant — 'Ammien Marcellin, Hist.,\. XV, c. vin.
Franci a » Australie, ln-i ; Bruxelli II ' Ammien Marcellin, //^r.. I. XV, e. v. — ' Ammien ni, Ibld., I.XlV.c. x.—'Ibtd.,}. \N.. ( l. XV, c. mu.. tout jusqu'aux portes d'Autun. Le Gésar employa l'hiver et le printemps à reconstituer une armée avec les troupes dispersées : provinciœ fragmenta. Au mois de juin, il dégagea Autun, passa à Auxerre, jeta une garnison dans Troyes et gagna Reims d'où il conduisit l'armée à la rencontre des Alamans, maîtres de Mayence, de Worms, de Spire, de Strasbourg et du territoire dépendant de ces villes. Les Alamans battus et rejetés sur la rive droite du Rhin, Julien tenta de reprendre Cologne aux Francs ; mais il semble que la campagne se borna à des négociations, elle se termina par un traité et l'armée romaine, passant par Trêves, alla hiverner à Sens. Cette paix fut toute provisoire. A Sens où il avait son quartier général, Julien fut assiégé dès l'hiver de 356-357 K Dès le printemps il concentra une armée à Reims et marcha sur la Première Germanie pour y opérer sa jonction avec un corps de 25 000 hommes que Constance envoyait contre les Suèves et les Alamans. Toute cette année fut employée à la guerre contre les Alamans qui furent contraints de demander la paix. Julien leur reprit tout le pays dont ils s'étaient emparés en deçà du Rhin, ravagea leur propre pays et rétablit les forts et les garnisons sur le Rhin.
Le traité de l'année précédente n'avait été conclu qu'avec une partie de la nation des Francs et seulement avec les rois voisins de Cologne ou avec ceux des Bructéres. Les autres nations, qui n'avaient pas été comprises dans le traité, continuaient leurs incursions ; un de leurs partis ayant été attaqué, dans le pays de Juliers, par les troupes romaines, se jeta dans deux châteaux bâtis sur la Meuse, et y soutint un siège de cinquante-quatre jours, au bout desquels il fut obligé de se rendre faute de vivres ; ils n'étaient que 600 : Remos Severus magister equitum per Agrippinam pelens et Jutiacum Francorum validissimos cuneos in sexcentis velitibus, vacua præsidiis loca vastantes, offendi - ; Une armée de secours arriva après la chute de ces places.
Julien ouvrit de bonne heure la campagne et arriva jusqu'à Tongres : Petit primos omnium Francos eis videli cet quos consuetudo Sulios appellavit ausos olim in Romano solo apud Toxiandriam locum habitacula sibi figere praelicenler *. Aussitôt les Saliens députèrent les principaux de leur nation pour demander la paix, remontrant qu'habitant un pays qui leur appartenait, ils ne devaient point être inquiétés lorsqu'ils n'attaquaient pas les Romains : Cui cum Tungros venisset, occurrit legatio... pacem sub hac lege prselendens, ut quiescenlcs eos, lanquam in suis, née lacesseret quisquam nec vexaret '. Julien, n'ayant rien à répondre, fit des présents à ces envoyés et leur proposa d'ajouter au traité existant quelques conditions équivoques à transmettre à leurs compatriotes : Hos legatos, negotio plene digeslo, opposita que condilionum perplexitate. ut in iisdem traclibus moralurus, dum redcunt. m uneralos absolvitr A peine furent-ils partis. Julien reprit sa marche en avant et pénétra au cœur du pays tandis que les chefs délibéraient sur ses propositions. Les Saliens surpris acceptèrent toutes les conditions que leur proposait un adversaire à ce point déloyal et Julien leur confirma la possession du pays qu'ils occupaient : Deden les se eum opibus liberis que suscepil. Soumission aparente comme toujours. C'était l'inévitable comédie, toujours reprise entre un empire, impuissant, et ses redoutables tributaires.
Dans sa lettre aux Athéniens, Julien découvre le dessein qu'il a poursuivi. Il voulait rétablir quelques forts sur le Rhin, pour être le maître de ce fleuve et pouvoir faire remonter sans obstacles les blés que l'on tirait d'Angleterre, pour munir les garnisons établies sur le haut Rhin. Ce projet était extrêmement important ; mais l'exécution en était si difficile que, comme nous le voyons dans Zosime, le préfet des Gaules était d'avis que l'on payât 20 000 livres d'argent aux barbares de tribut annuel, pour obtenir d'eux la permission de faire cette navigation ; et l'empereur Constance avait approuvé ce traité qui suffirait à faire la preuve que les Francs étaient maîtres des pays situés sur les deux rives du fleuve et que les Romains n'y possédaient ni ville ni garnison.
Julien ne put supporter l'idée d'un semblable traité ; il marcha contre les Chamaves qui occupaient les deux rives du Rhin et s'étendaient jusqu'à la Meuse, les battit, les obligea à repasser le Rhin : Pacem hoc tribuit pacto, ut ad suc redirent incolumes, prit des otages, fit reparer trois châteaux abandonnés depuis longtemps : Munimenta tria recta série superciliis imposita fluminis Mosse, subversa dudum '. Ensuite, Julien marcha sur le haut Rhin où il employa le reste de la campagne contre les Alamans. Tout ces succès étaient plus apparents que réels, plus éclatants que durables. D'ailleurs Julien lui-même était obligé de rester dans les limites des « capitulations » consenties par les troupes barbares incorporées dans les armées romaines. Lors que Constance prétendit les lui enlever, Julien ne manqua pas de faire observer que : Sub hoc vénérant pacto, ne ducerentur ad par les unquam Transalpinas : verendum se affirmons ne volunlarii barbari militares ssepe, sub ejusmodi legibus assueli, transirc ad noslra, hoc cognilo, deinceps arcerenlur... abstrahendos a Galliarum de/ensione pugna ces numéros barburis que jam formidatos '. On ne tint aucun compte de ces observations, les troupes étrangères acheminées vers Paris d'où elles devaient se diriger vers l'Italie, se mutinèrent et proclamèrent Julien empereur. Celui-ci céda et, pendant son règne si court, les Francs observèrent les traités conclus avec lui. Il semble que l'influence du chef franc Malarichus n'y fut pas étrangère.
Valentinien, deuxième successeur de Julien, vint en Gaule en 365 et dès le mois de janvier de cette année apprit que les Alamans avaient franchi le Rhin sur la glace : Cum per glacia les tractas hiemis rigidum inhorrcscerel sidus, cuneatim egressa multitudo licentius — ' Jbid.. I. XX, c. îv. vagabatur '. Le Franc Charietton marcha contre eux, à la tête d'une armée romaine qui lâcha pied, s'enfuit et laissa tuer son chef : dum ceden les objeclu corporis et vocis jurgalorio sono audentius rctinet '. Valentinien rétablit les forts sur le Rhin et en bâtit de nouveaux. Ammien Marcellin dit qu'il y en avait depuis l'Océan jusqu'à la Rhétie : Hhenum omnem a lihctiorum exordio ad us que frétaient Occanum magnis molibus communiebal, castra extoltens attius et castella, turres que assiduas per habi les locos et opportunos '.
En 370, les Saxons se jetèrent sur la Gaule, taillèrent en pièces l'armée du comte Nannienus, puis, à la nouvelle qu'une armée considérable marchait contre eux, ils demandèrent la paix qu'on leur accorda à condition qu'ils abandonneraient leur butin : discedere permissi sunt Saxones sine impedimento undc vénérant reversuri '. Pendant leur retraite, ils tombèrent dans un guet-apens et y périrent tous : quibus omni jam formidine vacuis reditum que paranlibus, occulte, pedites missi insidias in abdila quadum valle slruxerunl '. Paul Orose ajoute que cela se passa in ipsis Francorum finibus (VII. x.xxn) et Ammien Marcellin dit que c'était non loin de la mer, enfin saint Jérôme et Cassiodore précisent que ce massacre eut lieu à Deuson. On a proposé Deutz près de Cologne, Duisbourg sur le Rhin, Dusseldorf et Deynse sur la Lys, ce dernier lieu est probable. Cette guerre contre les Alamans prit fin en 371 par un traité avec leur roi Macrien, lequel fut tué ensuite dans un combat contre les Francs : l'eriit autem in Francia, postetiquam, dum internecive vastando perrwnpit avidius, oppeliit Mellobaudis bellicosi régis insidiis circumvenlus *.
En 375, Valentinien, passant en Pannonie, l'y laissa en qualité de comes domeslicorum à la cour de Gratien. Mellobau des commandait avec le comte Nannienus les troupes de la Gaule ; il semble distinct de Meraubau des qui fut élevé au consulat en 377 et en 383. À la mort de Valentinien, le franc Meraubau des fit proclamer empereur le jeune Valentinien sous le nom duquel il gouverna l'Italie et la Pannonie avec le titre de magister mililum. Richomer, un autre franc, devenu aussi comes domeslicorum, devint dans la suite magister mililum et consul (384).
En 378, les Alamans passèrent le Rhin sur la glace, au nombre de 40 000 ou même de 70 000 hommes, conduits par le roi Priarius. Gratien envoya contre eux une armée conduite par Mellobau des et Nannienus : Knnnienu... ti que Mellobaudtm junxit pari poteslate collegam, domeslicorum comilem, regem que Francorum virum bellicosum et fortem 7. Nannienus, sobriœ virtulis duei, proposait la temporisation, Mellobau des ne l'entendait pas ainsi et pugnandi cupidilale raptatus, ut consueoeral, ire in hostem dif/erendi impatiens angebatur. Les Alamans attaqués près d'Argentaria (Colmar) furent taillés en pièces, leur roi tué. À partir de ce moment Mellobau des disparait. Les Alamans battus et soumis passèrent de la révolte à la servilité 8.
Frunciu mixta Suevis Ccrlal ml obsequium, Latiis ut mililet urmis. de faire des courses en Gaule (379). Cette année-là, Gratien envoya en orient des troupes commandées par Baudon et Arbogaste, tous deux Francs de nation et tri, u\ Romains, Quant.i Richomer, il mt consul vers le temps OÙ hconsul Meraubau des péril tragiquement, enveloppe dans la dl I. XXVIII, c. v. — ' Ibtd., I. XXVIII, v. ». — « ;/.„/., I. XXX, cm. ' rtM.,1. XXXI. r. i.— • A ■. Preealto de Gratien. Son rival et vainqueur, Maxime devint en peu de temps maître de la Gaule. Les troupes romaines, probablement aussi le contingent franc, s'étant prononcés pour lui Mais comme les principaux chefs francs étaient dans le parti de Valentinien et de Théodose, ils ne tardèrent pas à rompre avec le tyran Maxime.
Après la défaite du tyran Maxime, Valentinien le jeune revint en Décident, toujours flanqué d'Arbogaste, dont l'audace, le courage et l'intelligence égalaient le désintéressement. Arbogaste vainquit Victor, fils de Maxime, destitua Nannius et donna le commandement des troupes du Rhin à Charietton (un Franc ?) et à Syrus (38 !). Arbogaste voulait qu'on lui livrât Marcomer et Sunnon : « Communet Caesarem poenam ii Francis exigendas, nisi... auctores... belli traderent in quos violatae paris perfidia puniretur » ; mais, une fois encore, tout s'arrangea ; les traités furent renouvelés, et après une courte entrevue, on échangea les otages : « Iam Francorum lursim colloquio, imperatoribus quibusdam ipsis ». Arbogaste, maître absolu, avait disposé de tous les principaux commandements militaires en « Imperatore pene infra privato modo redacto, ci militaris rei cura, saepe Francorum iradtis, Aussi ad Valentinianum, n. 1, 6, '■. 8. Sulpice Alexandre, ] III, dans Gi, Hist. Francor., l. II, c. ix. —
Arbogaste ne pouvait admettre que Valentinien exerçât le pouvoir et il se refusait même à se démettre du commandement général des troupes. Le jeune empereur et son mentor recoururent à la décision de l'empereur Théodose quand un jour le conflit prit fin : on trouva Valentinien étranglé dans son appartement (juin 392) et Arbogaste fit proclamer le rhéteur Eugène, dont nous avons déjà fait connaître l'aventureuse carrière (voir Flavien Nicomaque). Comme l'attitude de Théodose restait hésitante, Arbogaste eut le loisir, à la fin de 392, de marcher contre les Francs ; il passa le Rhin à Cologne, au cœur de l'hiver, toujours poursuivant de sa haine Marcomer et Sunnon, »subregulos Francorum, gentilibus odiis inseparans« . Il pénétra dans le pays des Bructères, passa dans celui des Chamaves, ne trouvant partout que le désert, en sorte qu'Eugène fut trop satisfait de renouveler les traités et de retourner en Italie (393), ayant un grand nombre de Francs dans son armée : »collectis Francorum viribus« , évidemment d'une nation différente des Bructères, des Chamaves, des Cattes et des Ampsivariens, c'est-à-dire des Saliens et des Attuariens.
Ces Francs civilisés, envahissant les armées romaines, commandées par des chefs de leur nation, étaient préférés aux soldats romains par les faibles empereurs ; ils encombraient le palais, ils semblaient d'avance les jeunes successeurs de ces fantômes des maîtres du monde, et ils se croyaient déjà si Romains, ou plutôt ils considéraient la Gaule comme tellement à eux, qu'ils se chargeaient de la défendre contre les nouvelles invasions de leurs frères d'outre-Rhin.
Après la défaite et le suicide d'Arbogaste, que suivit de près la mort de Théodose (16 janvier 395), l'Occident échut à Honorius sous la tutelle de Stilicon, Vandale d'origine, dont le premier soin fut de renouveler les alliances avec les Francs et les Alamans. Dans un voyage dont la durée ne dépassa pas quatorze jours, Stilicon remonta le Rhin et rajeunit les accords. Claudien nomme les Sicambres et les Francs comme faisant un seul peuple ; il parle des Bructères, habitants de la forêt Hercynienne ; des Chérusques, établis sur les bords de l'Albis ; il dit que les Saliens, s'appliquant à la culture de la terre, changent leurs épées en faux ; enfin que tous ces peuples, jadis terribles, et dont il fallait acheter la paix, obéissent aux ordres de l'empereur : »Illi terribiles, quibus otia vendere semper mos erat, et cedat requiem mercede pacisci. Nalis obsidibus, pacem iam supplice vultu captivoque rogant, quam si post terga reuinci Tarpeias pressis subcunt cervicibus arecs *« .
Les Alamans demandèrent à envoyer un contingent dans les armées romaines, ce qui leur fut refusé, ce privilège étant réservé aux Francs : »sociare calervas Oravit, iungi que luis Alamannia signis ! Nec doluit contempla lamen, spreto que recessit Auxilis laudata ft des« .
En 398, les Francs firent quelques mouvements, cependant Claudien nomme les Sicambres au nombre des nations alliées de l'Empire qui devaient accompagner l'empereur dans son expédition contre Gildon ; »Germania cuncta [cratur Navibus, et socia comitenlur classe Sicambri« , dont la révolte est imputée à l'influence de Marcomer et Sunnon : »Res (ividi concirc novas, odio que jurentes Pacis, et inyenio scelerum que cupidine fratres« .
Un de ces princes fut livré aux Romains, l'autre fut assassiné par ses propres sujets, et à cette occasion Claudien nous dit que les crimes des rois sont soumis au tribunal des magistrats romains : »Sub judice nostro Regia romanus disquirit crimina carcer. Marcomeres Sunno que docent, quorum alter Elruscum Perlulil exilium ; cum se promilterel alter. Exulis ullorem, jacul mucrone suorum« .
Ces princes régnaient sur les Bructères, les Chamaves, les Cattes et les Ampsivariens ; Stilicon mit d'autres rois à leur place. On suppose que l'un de ceux-ci était ce Théodemer, fils d'un Richimer ou Richomer dont parle Grégoire de Tours, et duquel on a une monnaie d'or sans aucun signe de christianisme *. Grégoire s'exprime ainsi sur son compte : »In consularibus [[astis] legimus Theodemerem, regem Francorum, filium Richimeris quondam, et Aschillam, matrem ejus, gladio interfeclos« . La date de ce dernier événement n'est pas connue, mais on a conjecturé non sans vraisemblance que Théodemer s'était opposé aux envahisseurs de l'an 407 dont il fut victime.
L'année 407 fut signalée par l'irruption des Vandalès, des Suèves et des Alains qui poussèrent devant eux jusqu'aux contrées riveraines de l'Océan, puis se retirèrent chargés de butin, traînant à leur suite une partie de la population réduite en esclavage. Cette invasion avait été rendue plus facile par le fait que les Romains avaient abandonné aux Francs la seconde Germanie presque tout entière. La preuve en est donnée par la Notitia dignitatum imperii rédigée vers la première dizaine d'années du Ve.
Une loi de Théodose de 23 février 438, nous apprend que les garnisons distribuées sur les frontières formaient la séparation entre les terres de l'empire et celles des barbares : »Constat disposilione ma/orum vallo limitis ab excursione barbarica defensuri, quidquid intra romani nominis concludilur polestalem« . Donc ce qui était au delà des lignes de la frontière ne faisait point partie du nom romain. Nous apprenons par une loi de l'an 391, adressée au comte Ricimer, magister utrius que militix, que ces lignes étaient généralement placées le long des rivières : »cum supra virentes fluminum ripas omnis legionuni multitudo consislil« .
En conséquence de ces deux lois, nous voyons que le commandant de la Seconde Belgique n'avait sous ses ordres que trois corps de troupes réglées : l'une compagnie de cavaliers dalmates à Marci (Marquise ? ou Mark, près de Calais ?), 2° une cohorte de Nerviens à Épatiacus (Portus Itiacus, Boulogne ? ou Étaples ?) ; 3° une flotte à l'embouchure de la Somme. On voit par là que les Romains avaient abandonné toute la côte de ce pays aux Saxons. Ils n'avaient en tout que trois garnisons, l'une à l'entrée de la Somme, l'autre à Boulogne et l'autre à Ambleteuse ou à Calais. — Il existait encore un dux tractus Armoricani et Nervicani, mais comme les Nerviens habitaient le Hainaut, entre l'Escaut et la Meuse, ce commandant n'entretenait plus aucune troupe dans ce pays. Des corps de lœtes ou Ueti, troupes originaires de Germanie, étaient répartis sur l'étendue de la Gaule, y possédaient des terres à condition de les défendre à leurs frais en cas d'attaque des barbares. Quelques-uns portaient le nom de leur nation, comme les Bataves, les Francs, les Suèves, les Teutoniciens, d'autres portaient les noms des lieux de leur premier établissement, comme les Nervii, les Lingonenses, les Lagenses, les Lteti Acli. Quelques-uns de ces corps étaient placés dans le milieu de la Gaule ; parmi ceux qui étaient établis à la frontière des Francs, on trouvait : 1° des Bataves surnommés Xcmetacenses, à Arras ; 2° des Nerviens à Famars, pris Yalencicnncs ; 3° des Lagenses sur le Jekcr, près de Tongres ; 4° des Lètes Atli ou Acti à Yvoi, sur une petite rivière qui tombe dans la Meuse ; 5° enfin les Lingonenses répandus en divers lieux de la Première Belgique.
Les garnisons romaines étaient peu nombreuses, très éloignées du Rhin. Non seulement les Romains avaient abandonné une grande étendue de pays aux Francs Saliens, mais ils avaient à peu près dégarni ces frontières. Tournay, Thérouanne, Havay, villes considérables, n'avaient point de garnisons ; Cologne non plus, semble-t-il. — Nous apprenons encore, par la Notitia, qu'il existait douze cohortes de Francs dans les armées romaines : une sous le nom de Francs, une sous le nom de Chamaves, en garnison dans l'Égypte, cinq de Francs Saliens, deux de Bructères, deux d'Ampsivariens, une d'Angrivariens. Il y avait en outre trois corps de cavalerie ou alœ : la première en Égypte, la seconde en Phénicie, la troisième en Mésopotamie.
L'éloignement où les garnisons romaines étaient du Rhin dans cette partie des Gaules suffit à prouver que, depuis l'an 360, les Francs avaient débordé les limites que Julien leur avait assignées. L'armée auxiliaire des Francs était commandée par un général de cette nation qui avait le titre de magister mililum et qui était peut-être ce Chariobau des qui en 408, chassé de la Gaule par le tyran Constantin, périt avec Stilicon. On lui donna pour successeur Allovich ou Allobich.
Le grand désastre de l'an 407 avait trouvé les Francs à leur poste et fidèles à leurs alliés romains. Ils s'opposèrent aux Vandalès et ce ne fut qu'après avoir remporté une grande victoire sur les Francs que les Vandalès furent en état de passer le Rhin : »Gentes Alanorum... Sucvorum, Vandalorum multioque cum iis aliœ Francos proterunt, Rhenum transeunt, Gallias invadunt« , dit Paul Orose une dizaine d'années à peine après l'événement. Les Vandalès passèrent le Rhin le 31 décembre 406, probablement sur la glace.
Les Saxons avaient fait de grands ravages cette même année 406 sur les côtes de la Gaule ; saint Jérôme dans une lettre écrite en 409, associe les Saxons aux dévastateurs de la Gaule. Quant aux Vandalès, ils avaient trop bien appris à connaître les Francs pour s'acharner contre eux ; ils ne souhaitaient autre chose que d'avoir le chemin libre devant eux et ils tournèrent leurs armes contre la Première Germanie, de là ils passèrent dans la Belgique et s'avancèrent jusqu'à l'Aquitaine : »Primum a solo patrio efjusa est gens (Vandalorum) in Germanium primam, nomine barbaram, ditione liromanam ; posl cujus exilium primum arsit regio Iielgarum, deimle opes Aquilanorum luxurianlium« . Orose dit en outre que ces peuples s'avancèrent jusqu'aux Pyrénées : »Directo que impetu Pyrenœum us que perveniunt« ; mais qu'arrêtés par cette barrière, ils se répandirent dans les provinces voisines qu'ils ravagèrent : »cujus obiec ad trmpus repulsœ, per circum fa vineias refunduntur« .
Les Burgondes avaient suivi la voie que leur traçaient les Vandalès, les Suèves et les Alains, mais, eux, après avoir descendu le Rhin, s'arrêtèrent en Alsace et dans une partie de la Séquanie et s'y établirent ainsi que nous le dirons plus loin.
Saint Jérôme, dans la lettre citée, dit que Mayence fut prise et ruinée par les barbares : »Moguntiacum, nubilis quondam civitas, capta alqw a est« , Worms fut détruite par un long siège : »VangiotUti longa obsidione deleti« , il ne dit rien de Trêves, ni de Cologne, mais ajoute que la puissante ville de Reims, »urbs pnvpotens« , Amiens, Arras, Thérouanne, Tournay, Spire et Strasbourg sont entre les mains des Germains, »translata ; in Germaniam« .
Cette invasion entraîna encore d'autres ruines : Saint-Quentin en Vermandois fut détruite ; Laon à un long siège, Langres, Besançon et Sandon dans le Mâconnais furent pris par les Vandales et pendant que les Lyonnaises, l'Aquitaine, les Narbonnaises et la Novempopulanie étaient ravagées, Stilicon ne semblait en prendre aucun souci, uniquement préoccupé de la conquête de l'Illyrie orientale. Tandis qu'il s'employait tout entier à ce projet, les troupes d'Angleterre se révoltèrent et proclamèrent un empereur, qui fut Constantin. Celui-ci choisit deux généraux, Justinien et Nebiogastes, lequel semble être un nom franc. Constantin débarqua à Boulogne avec une armée et y passa quelque temps en négociations avec les troupes des Gaules et de l'Aquitaine qui se déclarèrent pour lui, en sorte qu'il fut reconnu par tout le pays, jusqu'aux Alpes et aux Pyrénées. Il marcha contre les Vandales et les Suèves et remporta sur eux une grande victoire, mais il ne les poursuivit pas, leur donna le temps de se rallier, de recevoir des renforts et de reprendre leurs dévastations. D'après Zosime, ces événements remplirent l'été de l'année 407. Une armée romaine commandée par Sarus vint disputer la Gaule à Constantin, mais après avoir remporté un succès près de Valence, elle eut à compter avec les Bagaudes et, après leur avoir abandonné ses équipages, se replia vers l'Italie (début de 408). Constantin était maître de la Gaule, bientôt il le fut de l'Espagne et n'ayant plus personne à redouter, il se nomma consul pour l'année suivante et fut reconnu comme tel dans les Gaules. Peu après (409) il fut reconnu empereur par Honorius. On était à la veille de la prise de Rome par Alaric (410), c'est assez dire que l'Empire s'écroulait de toutes parts.
Au même moment (août 410) Constantin envoyait le général Edobinch au-delà du Rhin, chez les Francs et les Alamans pour en tirer des troupes. Les Vandales prétendirent bien ne pas leur laisser le temps d'arriver, conduits par leur roi Godégisile, ils attaquèrent les Francs de la Gaule par qui ils furent taillés en pièces ; 20 000 hommes et Godégisile furent tués ; le reste ne fut sauvé que par l'intervention de Respondial, roi des Alains : De Rheno agmen suorum convertit, Vandalis Francorum bello laborantibus. Respondial ayant dégagé les Vandales, ne jugea pas à propos de continuer la guerre contre les Francs ; il fila avec les Suèves et le reste des Vandales vers le midi, pour aller joindre les barbares qui les ravageaient.
Constantin ne recueillit plus que des revers. Son fils avait été vaincu et mis à mort, lui-même assiégé dans Arles avait appris la destruction de cette année de secours qu'Edobinch avait levé pour lui en Gaule. Tandis que Jovin s'emparait d'Arles, Jovin se faisait proclamer empereur à Mayence et les Vandales, les Suèves et les Alains, à Galliis jugientes, Hispania se rot Insère, nous apprend Jornandès. Jovin disait en partie son élévation à l'empire à Goar, roi des Alains et à Gondicaire, no... Burg les qui, en 411, au dire de la Chronique de Prosper, parti propinquentem Rheno oblinuerunt. Nous les retrouvons plus tard, en 413, sur la rive septentrionale, descendant la vallée du Rhône, s'emparant de Vienne, de Valence et de Narbonne, s'associant les Goths, puis se brouillant avec eux, leur faisant la guerre et étant vaincu et pris.
C'est vers ce temps que la Chronique de Prosper place, à la vingt-sixième année du règne d'Honorius, un prince destiné à n'être pas oublié comme tant d'autres : Faramundus régnât in Francia. Aimoin, qui écrivait en 855, est le plus ancien auteur qui fasse mention de ce Pharamond, inconnu à Grégoire de Tours, à Frédégaire et à nos premiers historiens. On peut donc le laisser dans l'ombre d'où il ne doit pas sortir. Suivant l'opinion commune des modernes, écrit Fréret, Pharamond monta sur le trône en 420 et laissa la couronne, en 127, à Clodion. Grégoire de Tours, le plus ancien des historiens français, qui avait feuilleté avec attention Sulpitius Alexander et Renatus Profuturus Frigeritus, écrivains contemporains au temps du prétendu Pharamond, pour y chercher ce que ces auteurs avaient dit des Francs et de leurs rois, qui avait lu les chroniques consulaires et qui les cite, ne dit pas un mot de Pharamond, preuve certaine que ces auteurs n'en avaient pas parlé. Frédégaire, qui avait consulté d'autres auteurs que Grégoire pour faire son abrégé, qui avait mis un Friga, un Francion et d'autres héros fabuleux au nombre des rois francs, connaissait si peu Pharamond que non seulement il ne le nomme pas, mais qu'il donne Théodemer pour le père et le prédécesseur de Clodion, ce qui prouve que Pharamond était inconnu dans le VIe et le VIIe.
Vers 421, les Francs firent encore quelques incursions et le comte Castinus, comes domestitorum, marcha contre eux. La guerre ne dura pas longtemps, puis que l'année suivante, 422, Castinus passait en Espagne avec le titre de magister militum. Il y éprouva des déboires et quelques années plus tard, on trouve, en qualité de magister militum, le célèbre Aétius qui, en 429, d'après Idace, battit les Wisigoths aux environs d'Arles. Prosper de son côté, dit que cette année-là, les Francs furent chassés de la partie des Gaules qui est voisine du Rhin. Pars Galliarum propinqua Rheno, quam Franci possidendam occupaverant, JEtii comitis armis recepto. Jornandès a commenté ainsi ce passage : Superbiam Suèvorum, Francorumque barbariem, immensis caedibus, servire Romano imperio cœgil. La partie des Gaules, voisine du Rhin, dont Aétius chassa les Francs, était probablement la partie de la Seconde Belgique, voisine de la Première Germanie et de Mayence. Cette guerre durait encore en 431, mais Aétius, pour ne pas changer la méthode romaine, remporta une victoire sur les Francs et conclut la paix avec eux : Superatis... in certamine Francis et in pace susceptis. On ne peut douter que cette dernière expédition d'Aétius contre les Francs ne regarde ceux de la Seconde Germanie sur lesquels régnait Clodion. Dans le panégyrique de Majorien, Sidoine Apollinaire introduit la femme d'Aétius, jalouse de la gloire dont Majorien s'était couvert en son jeune âge. Cette femme, le croyant destiné à l'Empire, veut engager Aétius à sa perte, et, pour le lui rendre redoutable, elle décrit ce qu'il a fait jusqu'alors. Après avoir parlé de ce qu'il avait fait, en l'absence d'Aétius, pour défendre Tours, elle ajoute :
Post tempore parvo Pugnatis pariter Francos, qua Clodio patentes Atrcbatum terras pervaserat.
Elle décrit ensuite un défilé et un retranchement construits pour défendre le passage d'un pont bâti sur une rivière voisine de Lens, vicus Helense, ce qui détermine le nom du roi des Francs et le lieu où se faisait la guerre : hic cœuntes Clodobaudum angusta vias, arcuque subactum Vicum Helenam flumenque simul. Le poète décrit longuement les Francs. « Ils ont, dit-il, une taille gigantesque, que leurs cheveux blonds, rassemblés sur le front et sur le sommet de la tête, font paraître encore plus grande ; la nuque du cou et le visage rasés, à l'exception des moustaches, qu'ils peignent avec soin ; les yeux bleus, mais vifs et perçants ; des habits étroits, serrés d'une large ceinture sous le ventre, et si courts qu'ils laissent apercevoir leurs jarrets. Ils se font un jeu dès l'enfance d'agiter leurs boucliers, de lancer leurs haches à deux tranchants, et de prévoir le lieu qu'ils frapperont ; en dardant leurs javelines, ils s'élancent en même temps contre l'ennemi, et souvent ils devancent le trait qu'ils viennent de lancer ; s'ils sont accablés par le nombre ou par la situation du lieu, dans lequel ils sont attaqués, la mort peut les accabler, mais la crainte ne peut les saisir ; ils périssent sans être vaincus et leur bravoure semble les soutenir encore quand la vie les abandonne ». Rutile quibus arce cerebri Ad frontem coma tripla ia cet, nudataque cervix Setarum per damna nibet, lam lumine glauco Albet aquosa acies. ac vullibus undique rasis, Pro barba tenues peraranlur pectine crislse. Striclius assutœ vestes procera cœrcent Membra virum, patel his altato tegmine poples, Latus et angustam suspendit balteus alvum. Excussisse citas vastum per inane bipennes, Et plagœ prescisse locum, clypeos rotare Ludus, et in lortas praecedere saltibus haslas, In que hostem venisse prias. Puerilibus annis Est belli malurus amor : si forte premantur Seu numéro, seu sorte loci, mors obruit illos, Aon timor : invicti perstant, animoque supersunt Jam prope post animam.
Le royaume de Clodion et de Mérovée. — Ce Clodion est le premier roi des Francs dont parle Grégoire de Tours, quoiqu'il en reconnaisse d'autres avant lui. Les Francs, d'après lui, se partagèrent en plusieurs États qui se donnèrent des rois à longs cheveux, pris de la première et plus noble famille de leur nation. Les victoires de Clovis en fournissent la preuve : Tradunt enim multi (Francos)... primum quidem litora Rheni amnis incoluisse dein, transacto Rheno, Thoringiam (seu Thongringiam) transmeasse ; ibi que juxta pagos et civitates, reges crinitos supra se creavisse de prima, et, ut ita dicam, nobiliori suorum familia, quod postea probatum Chlodovœi victoriœ tradiderc s. Clodion fut probablement élu chef des Francs, au moins des Saliens et des Ripuaires, quoiqu'il ne régnât que sur le pagus de Dispargum ; mais, suivant la remarque de Fréret, il y a quelque apparence que la défaite de Théodomer et les victoires des Romains effrayèrent les Francs et les déterminèrent à se réunir pour la plupart sous un chef unique. Clodion ou Clogion résidait donc à Dispargum : Ferunt eliam l une Chlogionem, utilem ac nobilissimum in génie sua, regem Francorum fuisse, qui apud Dispargum castrum habitabal, quod est in termino Thoringorum s. L'emplacement de Dispargum pourrait être Diest, sur le Demer ou bien Duisborch sur la Thille entre Louvain et Bruxelles. Le reste de la citation de Grégoire nous montre Clodion faisant reconnaître tout le pays — Jbtd., vs. 238 sq. — 6 Hlstor. Francor., 1. II, — Histor. Francor., 1. II, c. ix. — jusqu'à la Somme, marchant contre les Romains et s'emparant de cette ville et après y avoir demeuré quelque temps, il se rendit maître de tout le pays jusqu'à la Somme, Chluyio aulem, missts exploratoribm ad urbem Cameracum, perluslrala omnia ipsc secutus, Romanos proteril, civitatem adprehendil, in qua paucum tempus residens, usque Suminam fluvium occupavit '. Hincmar, dans sa vie de saint Rémi, disait que les Francs s'étant rendus maîtres des villes de Tournai et de Cambrai et de la partie de la Belgique qui s'étend jusqu'à la Somme, s'y étaient établis sous les rois Clodion et Mérovée. Assurément l'affirmation de Hincmar, écrivant vers l'an 845, est sujette à contestation, mais il a pu ne pas inventer ce fait dont on ne lui voit retirer aucun avantage.
Aétius avait consenti la paix aux Francs dans un temps où il n'était pas en état de leur rien refuser. Priscus parle de cet accord dans son histoire et il nous dit qu'Aetius adopta le plus jeune des deux fils de Clodion. Ce jeune homme venu à Rome y reçut le titre d'allié et d'ami des Romains. Après la mort de Clodion, la faveur d'Aétius mit ce jeune prince sur le trône à l'exclusion de son aîné et le rétablissement de ce dernier fut un des prétextes pris par Attila pour porter la guerre en Gaule. Priscus nous dit encore qu'il avait vu à Rome ce jeune prince près de l'empereur : or entre 426 et 440 on ne trouve aucune loi impériale rendue à Rome, mais en 440, l'empereur y passa au moins six mois, c'est alors sans doute que vint ce jeune homme encore imberbe et qui pouvait donc être né vers 421. C'était sans doute le jeune Mérovée, de qui l'abrégé de Frédégaire nous apprend qu'en 451, il commandait les troupes de sa nation sous Aétius, à la bataille qui ruina la fortune d'Attila. Grégoire de Tours semble conserver des doutes sur la légitimité de Clodion à Mérovée : De hujus (Chludionis) stirpe quidam Merovechum regem fuisse adserunt, et peut-être cette réserve s'expliquerait-elle par les bruits qui coururent sur la légitimité du prince auquel on donnait pour père une divinité marine éprise des charmes de l'épouse de Clodion qui se baignait dans la mer.
Quoiqu'il en soit, peu d'années plus tard, lorsqu'Aétius eut été assassiné par Valentinien III, Mérovée déclara la guerre aux Romains et attaqua en même temps la Première Germanie et la Seconde Belgique :
Francus Germaniam primum ligeam que secundum S terne bat.
Les Francs qui se jetèrent sur la Première Germanie étaient ceux qui habitaient vers le Neckar et qui avaient suivi Attila, mais que Mérovée avait obligés de le reconnaître après la défaite du roi des Huns. Grégoire de Tours suppose que Mérovée était maître de Bar et la Chronique d'Ivo dit qu'il brûla Metz, mais on n'en trouve rien dans les auteurs et la guerre semble avoir été courte, la Chronique de Prosper place en 456 la mort de Mérovée et l'avènement de son fils Childéric I ». — Ce prince, monté sur le trône en 450, fut chassé l'année suivante par une révolte des Francs : Childericus vero cum esset nimia in luxuria dissolutus... cœpit filiaa r<>rum (Francorum) turpissime delrahere*. Lorsque Childéric s'éloigna, les Francs de Gaule prirent pour chef Aégidius maître de la milice, quoiqu'il ne fût pas de leur nation, et Grégoire de Tours dit même qu'ils lui proclamèrent : Denique Franci, hoc (Childerico) ejecto, Mgidium sibi... unanimiter regem adseiseunt, qui cum octavo anno super eos regnare. (C'était une histoire des Francs, l. II, c. 12. — Sidoine, epist. Avit, vs. 12. Histoire des Francs, I. II, c. 12.) à la tête des Francs un souverain étranger et cet Aégidius avait sur les bras tant de guerres à soutenir que ses sujets en pâtissaient : cela leur suggéra la pensée de rappeler ce roi Childéric, dont les mœurs dissolues leur avaient déplu. On se flatta que l'exil et l'âge avaient dû calmer ce jeune homme. Grégoire de Tours se contente de nous apprendre que, la huitième année de son exil, Vinomadus, demeuré fidèle au roi détrôné, ayant négocié sa réconciliation avec les Francs et le leur ayant fait savoir par le signal dont il était convenu, c'est-à-dire par l'envoi d'une pièce d'or qu'ils avaient coupée en deux, ce prince revint de la Thuringe où il avait trouvé asile et fut reconnu par les Francs. Fût-il à lutter contre Aégidius ? Les écrivains postérieurs à Grégoire de Tours parlent de plusieurs combats livrés, mais ceci reste assez vague. Idacc observe que la mort d'Aégidius fut regardée comme un effet de la vengeance de ses ennemis ; Moritur, alii dicunt insidiis, alii veneno deceptus. Quoiqu'il en soit Syagrius succéda à Aégidius et s'établit à Soissons dont il fit la capitale de son royaume et où il était encore au temps de l'entière conquête des Gaules par Clovis.
La Gaule était divisée en plusieurs nations qui cherchaient toujours à s'affermir et même à s'étendre. En 405, Childéric très peu assagi, fut rejoint par l'épouse fugitive du roi de Thuringe, la reine Basine qui avait conçu pour le roi des Francs une passion violente. Il l'épousa et elle lui donna un fils qui fut Clovis. Cette Basine s'exprimait assez rondement, et Grégoire de Tours nous dit qu'en venant relancer son amant, elle lui dit : Noci utilitatem tuam, quod sis l'aide strenuus, ideo que veni ut habitent tecum ; d'ailleurs elle voulait un homme vigoureux et Childéric était averti : A'am noveris, si in parlibus transmurinis aliquem cognovissem utiliorem te, expelissem utri que cohabitationem eius.
Childéric mourut en 482, au plus tard, ayant régné dix-huit ans depuis son rétablissement et fut inhumé à Tournai. Son fils Clovis lui succéda.
XI. Progrès du royaume franc de Clodion à Clovis (440-511). — À l'époque où l'historien des Francs se renseignait sur le passé de la nation, il rencontrait un récit d'après lequel les Francs étaient sortis de la Pannonie pour s'établir à l'ouest sur la rive du Rhin d'où, après une étape dont la durée n'est pas fixée, ils se portèrent sur l'autre rive, en Thuringe : Dehinc transacto Rheno, Thoringiam transmeasse. Cette dernière appellation ne pouvant s'appliquer qu'à une région située sur la rive droite du Rhin et, par conséquent, différente du pays qui conserva, au moyen âge, le nom de Thuringe. Arrivés dans ce nouvel établissement, dit encore Grégoire de Tours, « ils créèrent pour commander, suivant les pagi et les civitates, des rois chevelus pris dans la première et, pour ainsi dire, dans la plus noble de leurs familles ». Ces faits ne peuvent se rapporter qu'au Ve. En effet, un des premiers rois francs, Clodion, habitait, vers l'an 140, le pays des Thuringes et faisait sa résidence dans le castrum de Dispargum. Il ne tarda pas à pousser dans la direction de l'ouest, rencontra sur sa route une armée romaine, la battit et se rendit maître de Cambrai et de tout le pays situé au nord de la Somme '.
Le deuxième successeur de Clodion, Childéric, avait su constituer un royaume homogène dont la capitale se trouvait à Tournai, sur l'Escaut. De là il poussait ses conquêtes assez loin, car on le voit guerroyer sur les bords de la Loire, à Orléans, à Angers (il s'agit de la Première Belgique voisine des Alamans), mais il vint mourir et fut enterré dans sa capitale à Tournai (fin du Ve).
« Vers cette époque, les Francs obéissaient à plusieurs princes et formaient différents groupes. Il existait un groupe à Cologne, gouverné par Sigebert le Boiteux, qui fut père de Cloderic ' ; un autre groupe à Cambrai gouverné par Ragnacaire ' ; un troisième groupe peut-être au Mans et qui aurait obéi à Rignomer, frère du précédent 3 : enfin un quatrième groupe, gouverné par Chararic, dont on a fait un roi de Thérouanne, alors qu'il est tout au plus possible de dire qu'il devait être établi dans la Gaule septentrionale. Tous ces princes avaient un collègue de leur nation destiné à les éclipser, Clovis, successeur de Childéric et dont la capitale se trouvait, pour quelques années encore, à Tournai.
En 486, Clovis, allié à Ragnacaire de Cambrai, attaqua Syagrius qui, prenant le titre de « roi des Romains » résidait à Soissons, le battit et occupa cette capitale de la Seconde Belgique. Dès cette époque, Clovis aura été probablement maître de Reims, où il reçoit le baptême en 496 (voir Clovis). Son royaume semble, dès lors, s'étendre jusqu'à la Loire. En effet, au commencement du VIe, nous apprenons de Grégoire de Tours que Clovis et Alarie, roi des Wisigoths, eurent une entrevue dans une île de la Loire située près du village d'Amboise, territoire de la cité de Tours *. Il est tout à fait vraisemblable que cette entrevue eut lieu sur un point frontière des deux royaumes.
En 507, la victoire de Vouillé est suivie de la conquête d'une partie du royaume wisigoth, de l'Auvergne et de tous les pays situés entre la Loire et le royaume burgonde '. Dès lors, Clovis est maître des deux tiers de la Gaule ; nulle puissance ne peut plus rivaliser avec celle des Francs dont la capitale est transférée à Paris, où Clovis meurt le 27 novembre 511 (voir Clovis).
Les Gesta regum Francorum, rédigés au VIe, confirment ces données. On y lit que vers le temps de son mariage (493) Clovis étendit sa domination jusqu'à la Seine et qu'ultérieurement il occupa tout le pays jusqu'à la Loire '. Cette dernière extension fut certainement le résultat du traité conclu entre Clovis et la confédération armoricaine.
En 511, au concile d'Orléans, on voit assister trente-deux évêques, parmi lesquels treize obéissaient peu d'années auparavant au roi des Wisigoths : Bourges, Cahors, Rodez, Clermont (en I » Aquitaine) ; Bordeaux, Saintes, Périgueux, Angoulême, Poitiers (en IIe Aquitaine) ; Eauze, Bazas, Auch (en Novempopulanie) ; Tours (en IIIE Lyonnaise). (Ce dernier prélat devait avoir, dès avant 507, une partie de son diocèse dans les États de Clovis). Les dix-neuf autres signataires du concile appartiennent aux IIe, IIIE et IVe Lyonnaises, ainsi qu'à la IIe Belgique (ce sont : IIe Lyonn., Rouen, Avranches, Évreux, Coutances ; IIIE Lyonn., Le Mans, Nantes, Angers, Ossismi, Vannes, Rennes ; IVe Lyonn., Paris, Troyes, Orléans, Auxerre et Chartres ; IIe Belg., Soissons, Amiens, Vermand, Senlis). Ces souscriptions prouvent qu'avant la victoire de Vouillé, le royaume des Francs s'étendait au nord-ouest jusqu'à la mer par les cités d'Amiens, de Rouen, de Coutances et d'Avranches ; qu'il touchait l'extrémité de la péninsule armoricaine par les évêchés d'Ossismi et de Vannes ; la Loire par Nantes, Angers, Orléans, enfin Auxerre et, au sud-est, il confinait au royaume de Bourgogne par les cités d'Auxerre et de Troyes. Dans la direction du Rhin, le royaume de Clovis devait comprendre tous les pays situés au nord du royaume Burgonde, tel que nous l'a fait connaître le concile d'Epaone.
XII. Le partage du royaume de Clovis, 511. — « Le roi Clovis étant mort, écrit Grégoire de Tours, ses quatre fils, c'est-à-dire Théodoric, Clodomir, Childebert et Clotaire prirent possession de son royaume en le partageant entre eux par portions égales *. > Cette dernière indication semble fort claire ; en réalité, elle nous apprend peu de chose, car il est malaisé de déterminer ces royaumes égaux. Tout l'empire de Clovis fut divisé en quatre royaumes, mais les copartageants ne semblent pas s'être préoccupés le moins du monde de suivre le tracé des anciennes circonscriptions provinciales ; ils ne se sont pas non plus souciés des limites naturelles. Le principe qui semble avoir présidé à ce partage aurait été celui-ci. L'ancien royaume franc antérieur à la grande extension de l'an 507, fut divisé entre les quatre frères qui y eurent chacun leur capitale. Théodoric, né d'une épouse qui n'est pas la reine Clotilde, et l'aîné des frères, obtint pour sa part les contrées d'outre-Rhin, qu'on pouvait considérer en quelque façon comme le berceau des Francs. Quant à l'immense territoire qui s'étendait entre la Loire, l'Océan, les Pyrénées et les Cévennes, il fit l'objet d'un partage distinct entre les quatre frères ; ce fut pour ainsi dire, une colonie de terre ferme dont chacun eut son lot. Ce partage contenait en germe la ruine de l'empire franc si les copartageants cessaient de s'entendre, ou si leurs héritages subissaient après eux de nouveaux morcellements. Les expéditions contre le royaume burgonde aboutirent, en 534, à la destruction de ce royaume et à son démembrement entre les vainqueurs. En 536, ce fut au tour de la Provence arrachée au royaume ostrogoth de succomber, en sorte que l'unité franque était à peu près réalisée, mais c'était une unité incertaine. À chaque mort royale, la division devrait morceler jusqu'à l'endettement l'État conservé ou agrandi. Les fils de Clovis comprirent le péril.
XIII. Le royaume de Clodomir (511-524). — Le royaume de Clodomir avait pour capitale Orléans. On est certain de pouvoir attribuer Tours à ce royaume, puis que Clodomir désigna Ommatius pour y occuper le siège épiscopal (521-526) *. A. Longnon a conjecturé, avec vraisemblance, d'après les raisons tirées des exigences stratégiques, que le royaume de Clodomir avait également compris : Sens, Auxerre, Bourges, Orléans, Chartres, Tours, Angers, Nantes et Poitiers. Lors que Clodomir eut péri pendant la poursuite du roi burgonde Godemar, son royaume échut à ses fils, enfants en bas-âge, pour qui leur aïeule Clotilde réclama l'élévation à la royauté. Leurs oncles Childebert et Clotaire en tuèrent deux et le troisième leur fut soustrait, mais ne régna pas. Dès lors l'héritage de Clodomir fut partagé entre les trois frères survivants : Childebert, Clotaire et Théodoric. Grégoire de Tours dit bien que, seuls, Childebert et Clotaire regum Chlodomeris inter se sequa lance diviserunt 10, il a omis le troisième larron. Voici la part de chacun : Childebert : une fraction de la cité de Sens formée de Melun et de Château-Landon ; Bourges, bientôt conquis, semble-t-il par Théodoric ; Orléans et Chartres. — Clotaire : Tours, la cité de Poitiers. — Théodoric : la cité de Sens, sauf ce qu'y tailla Childebert ; Angers ; Auxerre. — Quant à Nantes on n'a pas de raison pour l'attribuer de préférence à l'un des trois frères.
Francorum, c. xiv. — ' Historia Francorum, I. III, c. i. —
XIV — Le royaume de Théodoric (511-555). — Le royaume de l'aîné des fils fut le plus vaste. Il allait vers le Rhin, ce qui lui permit d'intervenir dans les affaires de la Germanie et de s'arrondir en annexant la Thuringe '. La capitale de ce royaume était à Metz et son étendue est indiquée par plusieurs documents. Grégoire de Tours y fait rentrer Cologne 2, Zulpich 3, Trêves . Metz i. et Verdun . Vers le nord, le royaume d'Australie atteignait les bouches du Rhin. Les États de Theodoric s'étendaient encore sur l'Auvergne ' (Cahors *, Limoges •), et confinaient à la Septimanie. Ils comprenaient encore Lodève, Alais et Uzès, en outre Theodoric posséda, mais pour peu de temps, Béziers et Arles. En 531, le roi d'Austrasie eut sa part du démembrement de la Bourgogne, et en 537, de la Provence, De plus, nous savons par le prologue de la loi bavaroise que Theodoric était chez lui à Châlons-sur-Marne '« .
Plusieurs vies de saints contiennent des indications relatives à l'étendue du royaume d'Austrasie. La vie de saint Thierry, abbé du Mont-d'Or nous apprend que Theodoric possédait Reims » et la vie de saint l'hal permet de soutenir que Troyes lui obéissait également '. La vie de saint Jean de Réomé montre que le Tonnerrois (faisant partie de la cité de Langres) obéissait à Theodoric « . Semblable indication pour le Lassois (même cité) dans la vie de saint Valentin ». La vie de saint Germain de Paris permet de faire rentrer les villes de Chalon-sur-Saône et d'Autun dans les états de Théodebert, fils de Theodoric « . La vie de saint Maur, ouvrage du ix » siècle, sans valeur historique, fait voir la fondation du monastère de Glanfeuil (voir ce mot), près d'Angers, avec le consentement du même Théodebert « . La vie de saint Yrieix confirme le fait de la possession du Limousin par le roi de Metz ». Enfin, la vie de saint Dalmace, rapporte que, vers 533, Rodez passa des mains des Goths dans celles des Francs d'Austrasie '. Une lettre de l'évêque Léon, de Sens, adressée à Théodebert en 538, prouve que ce prince n'exerçait son autorité que sur la partie de la cité de Sens correspondant au Sénonais et au Provinois '•.
Ce n'est pas tout ; dans un concile tenu à Clermont, en 535, avec l'assentiment du roi Théodebert, les évêques s'intitulent, les « évêques de ses églises20 » et on rencontre parmi eux les titulaires de Cologne, Trêves, Metz, Verdun, Reims. Châlons-sur-Marne, Langres et Windisch pour les provinces occidentales du royaume austrasien ; les titulaires de Bourges, de Clermont, du Gevaudan, de Rodez, de Viviers et de Lodève pour les provinces méridionales. En 549, autre concile à Clermont et qui reunit dix évêques : Trêves, Besançon, Sion, Chalon-sur-Saône, Vienne, Aix, Digne, Glandève, Eauze et Bourges « . Un concile tenu à Toul, 10, ne laisse aucun doute sur la possession de cette cité ».
De l'ensemble de ces faits, A. Longnon conclut que, vers 517, le premier royaume de Metz se divisait en trois groupes isolés, dont un seul avait une véritable importance. Un groupe principal comprenant deux autres groupes, l'un germano-belge comptant Cologne, Trêves, Metz, Verdun, Toul, Reims, Châlons-sur-Marne et peut-être Troyes, avec certainement Mayence, Worms, Spire, Strasbourg et Iîàle ; l'autre aquitain comptant Clermont, Limoges, Cahors, Rodez, le Gevaudan, le Velay et, sans doute, Arles. Après la réunion d'une partie de la cité de Sens et de la cité d'Auxerre (héritage de Clodomir) et après la conquête de Bourges, le royaume d'Austrasie forma un État fort étendu, sur près de 1 000 kilomètres, allant des rives du Rhin à celles du Tarn. Après le partage du royaume de Clodomir en 524, Theodoric eut part des dépouilles burgondes : Langres, Besançon, Avenches, Constance et Sion en 554, il y ajouta Autun, Chalon-sur-Saône, Vienne, et Viviers ; en 536, nouvel agrandissement de huit cités : Avignon, Cavaillon, Apt, Aix, Riez, Senez, Digne et Glandève. — Un groupe secondaire comprenant Eauze, capitale de la Novempopulanie, peut d'ailleurs se rattacher au groupe principal par la cité d'Agcn qui aurait formé soudure. — Un troisième groupe comprenant la cité d'Angers et peut-être la cité de Nantes.
Théodebert, fils de Theodoric, avait continué sa politique et ajouté à ses conquêtes ; malgré la malveillance de ses oncles Childebert et Clotaire qui avaient projeté de lui interdire l'héritage paternel », Il est vraisemblable que Théodebert sut faire respecter son bien, mais son fils Théodebald fut moins heureux et ses grands oncles le dépouillèrent de quelques cités au nombre desquelles Eauze qui, en 551, ne lui appartenait plus. Vienne qui lui fut enlevée en 549 au plus tôt ou en 553 au plus tard, enfin l'/.ès.
XV. Royaume de Childebert Ier (511-558). — Le royaume de Childebert Ier aurait eu Paris pour capitale « et Grégoire de Tours l'a quelquefois désigné sous le nom de rex Parisiorum JS. En 524, quand disparut le royaume de Clodomir, Orléans, qui en était la capitale fut réunie au royaume de Paris ». En 530, Bourges faisait partie des États de Childebert « , mais on ne saurait assurer que ce fut pour longtemps, car en 535 l'évêque de Bourges figure dans un concile tenu à Clermont pour les évêques du royaume d'Austrasie ». En 551, Lyon faisait certainement partie du royaume parisien puis que ce fut Childebert qui nomma l'évêque Nicetius « . Un prêtre de Bordeaux, Heraclius, fut employé par Childebert en qualité d'ambassadeur ; ce qui laisse présumer que Bordeaux dépendait du royaume de Paris.
Les hagiographes apportent quelques autres indications. L' »Inuentio de saint Fuscien permet de faire entrer Amiens dans les limites de ce royaume« ; la vie de saint Vigor nous apprend que Baveux en faisait partie dès avant l'année 530 *' ; et la vie de saint Marcoul donne le même renseignement pour Coutances aï.
La vie de saint Samson », les légendes de saint Paul Aurélien ', de saint Tugdual - et de saint Léonor « , font connaître que l'autorité de Childebert s'étendait jusque dans la péninsule armoricaine ; en outre les vies de saint Calais • et de saint Rigomer 6 la montrent affermie dans le Maine. La vie de saint Leobin ou Lubin donne la même affirmation pour Chartres et pour Meaux 6, enfin la vie de saint Séverin pour la ville de Château-Landon, au diocèse de Sens '. Un passage de la vie de saint Cybar favorise l'opinion qui fait régner Childebert sur la cité de Saintes8 ; un autre passage de la vie de saint Ferréol incite à croire que la ville d'Uzès fut rattachée en 555 au plus tard au royaume de Paris *.
A ces documents viennent s'ajouter, entre 533 et 557, sept conciles tenus dans le royaume de Childebert, mais les évêques qui y siégèrent n'appartenaient pas exclusivement au royaume de Paris ; ce sont les conciles d'Orléans (533), Orléans (538), Orléans (541), Orléans (549), Paris (551 ou 555), Arles (554), Paris (557). Seul le concile d'Orléans (519) en son canon 15e confirme le fait de la possession de Lyon par Childebert.
Quelques diplômes peuvent être utilisés. Ceux relatifs au monastère de Saint-Calais confirment le fait de la domination de Childebert sur le Maine10. Enfin un diplôme de Childebert à l'Église de Paris, en 558, accorde diverses propriétés sises dans le Melunais, le pays de Fréjus et de Marseille, ce qui permet d'assigner ces deux villes parmi celles qui furent annexées en 537 au royaume de Paris 11.
On a déjà fait mention d'une lettre de Léon, évêque de Sens (538) d'après laquelle on voit que la cité de Sens était partagée ; la ville de Sens et son territoire dépendaient du royaume d'Austrasie, la ville de Melun et son territoire dépendaient du royaume de Paris 1J. Trois lettres du pape Vigile (546 et 550) représentent l'évêque d'Arles comme sujet de Childebert ».
Après ces agrandissements, c'est-à-dire après 537, le royaume de Paris formait quatre groupes principaux : « Le premier groupe, limité au nord par la Canche qui séparait le territoire de Thérouanne de celui d'Amiens, n'atteignait pas la Loire dans la partie inférieure de son cours, car ni Angers, ni Tours n'en faisaient partie ; mais il s'étendait au delà de ce fleuve, au sud d'Orléans, en comprenant le territoire de cette ville. A l'est, les cités d'Amiens, de Beauvais, de Meaux et les pays de Melun et du Gâtinais (démembres de la cité de Sens), limitaient le royaume de Paris contigu de ce côté aux royaumes de Soissons et de Metz. — L'existence du second groupe nous est attestée par le lien qui rattachait Bordeaux et Saintes au royaume de Childebert. Ce groupe comprenait en outre la partie de la Novempopulanie que possédait le roi de Paris. — Le troisième groupe était formé du lot qui fut attribué à Childebert lors du partage de la Bourgogne, c'est-à-dire de Lyon et de son vaste territoire, et très probablement des cités de Mâcon, Genève et Tarentaise. — Le quatrième groupe comprenait les cités que le partage de la Provence, en 537, unit aux États du roi de Paris et qui paraissent avoir été au nombre de sept : Arles, Marseille et Fréjus indiqués par les documents contemporains comme ayant appartenu à Childebert, ainsi que Toulon, Antibes, Vence et Nice, dont l'attribution au même prince est dictée par la logique « . »
XVI. Royaume de Clotaire Ier (511-561). — Les écrits de Grégoire de Tours permettent de constater que le royaume de Clotaire dont la capitale était à Soissons, s'étendait sur les différentes villes suivantes : Clermont, Limoges, Poitiers, Chalon-sur-Saône, Dijon, Reims. Parmi ces villes, on reconnaît (sauf pour Poitiers) des possessions du royaume d'Austrasie. Mais c'est qu'en effet, elles n'appartiennent à Clotaire que depuis le démembrement du royaume de Théodoric et de Théodebert, en 555. La ville de Tours appartenait aussi au royaume de Soissons. A ces indications bien sommaires, les textes hagiographiques donnent quelques additions.
Les Gesta regum Francorum (vers 720) ont pris à Grégoire de Tours un fait qu'ils ont précisé. Grégoire dit que Clotaire fut attaqué par Childebert et Théodebert, et in silvam con/ugit 18. A cela les Gesta ajoutent de leur propre autorité tn sihm in Arelauno l*, c'est-à-dire dans la forêt de Brotonne, vis-à-vis de Caudebcc. Cette addition gratuite ne peut être retenue, d'autant qu'à cette époque il est impossible d'attribuer Rouen au domaine de Clotaire.
Une charte de fondation du monastère de Saint-André le Bas, de Vienne, datée de la neuvième année du règne de Clotaire, prouve que Vienne faisait partie du royaume de Soissons avant l'année 555 20.
« Si l'on en juge par ce que l'on sait de l'état de la Gaule au milieu du VIe, le royaume de Soissons se composait de quatre groupes comme les possessions de Théodebert et de Childebert. L'un de ces groupes comprenait le royaume de Soissons proprement dit, c'est-à-dire les cités de Tournai, de Cambrai, d'Arras, de Noyon, de Soissons et peut-être aussi celle de Tongres, auxquels les convenances géographiques prescrivaient en quelque sorte de joindre Boulogne, Thérouanne et Laon. — Le second groupe, évidemment formé du lot qui échut à Clotaire dans la succession de Clodomir, se composait des cités de Tours et de Poitiers. — Le troisième, répondant d'abord aux cités bourguignonnes que le partage de 534 donna à Clotaire, contenait probablement Belley, Grenoble, Valence et Die, et il s'accrut, en 537, de la partie de la Provence qui fut attribuée au roi de Soissons à la suite de la cession que les Ostrogoths firent de ce pays aux fils de Clovis. Le domaine provençal de Clotaire semble avoir été formé des cités de Saint-Paul-Trois-Châteaux, Orange, Carpentras, Vaison, Sisteron, Gap et Embrun, c'est-à-dire de la partie septentrionale de la Provence. — Enfin le quatrième groupe comprenait une partie de la Novempopulanie, province qui, en 551, paraît être divisée entre Childebert et Clotaire : nous serions assez disposés à y placer aussi Toulouse, dont la possession par Clotaire expliquerait la participation des guerriers de ce prince à l'expédition de Septimanie, en 533, car il ne pouvait avoir un intérêt immédiat dans ce pays que si quelqu'un de ses domaines y était contigu ».
XVII. L'HÉRITAGE DE CLOVIS (511-561) ET DE CLOTAIRE (501). — Dans l'espace d'un demi-siècle, après tant de divisions, de déchirements et de partages, le royaume légué par Clovis à ses quatre fils avait été rassemblé de nouveau tout entier sous le pouvoir de Clotaire qui mourut à Compiègne en 561, et fut enterré à Saint-Médard de Soissons. Comme son aïeul, Clotaire laissait un vaste royaume à partager entre quatre fils : Charibert, Gontran, Chilpéric et Sigebert.
Chilpéric ne voulut pas attendre l'heure des partages. A peine les funérailles de son père étaient-elles terminées, il se rendit à la villa royale de Berny où était conservé le trésor royal et gagna par des présents les principaux chefs qui le proclamèrent roi. Aussitôt il s'empara du siège royal de Paris, mais ses frères s'unirent, l'en chassèrent et procédèrent à une division régulière, divisio légitima, que Grégoire de Tours raconte en ces termes : « Le sort donna à Charibert le royaume de Childebert et Paris pour résidence : à Gontran, le royaume de Clodomir dont le siège était à Orléans ; à Chilpéric, le royaume de Clotaire, son père avec Soissons pour capitale ; à Sigebert enfin, le royaume de Théodoric et Reims comme siège royal 3. » Induits en erreur par ces paroles, Dom Vaissète, l'abbé Lebeuf et d'autres savants historiens ont pensé découvrir dans le partage de 551 une exacte reproduction de celui de 511. Mais on se rappelle que dans cet intervalle d'un demi-siècle des graves changements s'étaient produits ; ainsi le royaume burgonde exclu du premier partage faisait partie du second. La corrélation indiquée par Grégoire de Tours ne va sans doute pas au-delà des sièges royaux. Ce sont dès lors, quatre nouveaux royaumes qui sont tracés sur le sol de la Gaule, et c'est chacun d'eux dont il faut essayer de reconnaître l'étendue et les limites.
XVIII. Royaume de Charibert (561-567). — Ce royaume avait sa capitale à Paris '. Il s'étendait dans la direction de Poitiers et au-delà sur la Saintonge • et l'évêché de Bordeaux. Tours lui appartenait également ' et on voit, par le texte du traité d'Andelot ', que les cités de Meaux, de Senlis, d'Avranches, de Tours, de Poitiers, d'Aire, de Conserans, de Bayonne et d'Aire, en faisaient partie également, ainsi que les cités de Chartres (le Dunois, le Vendôme et le Chartrain) et de Beauvais '. On voit par le texte du traité que tout ce lot fut transféré, à la mort de Charibert, à ses héritiers. Le royaume ainsi morcelé tenait à cœur au roi Gontran, son frère qui, après la mort de Chilpéric, prétendit l'unir à son propre royaume. Cette idée ne le quitta plus et il la réalisa enfin au traité d'Andelot qui lui valut les cités de Bordeaux, de Limoges, de Cahors, de Béarn et de Bigorre, lesquelles auraient donc fait partie primitivement du royaume de Charibert. Au concile de Tours, du 1er novembre 567, nous voyons parmi les évêques du royaume de Paris les prélats de Tours, de Rouen, de Paris, de Nantes, de Chartres, d'Angers, de Rennes, du Mans et de Séez. Le second royaume de Paris se serait donc étendu « sur tout l'ouest de la Gaule, depuis la Bresle qui sépare l'Île-de-France d'Amiens et de Ponthieu jusqu'aux Pyrénées ». Les dont la possession par Charibert résulte des documents, sont Lieuvaux, Senlis, Meaux, Sens, Chartres, Tours, Poitiers, Limoges, Cahors, Albi et Conserans. On peut conserver quelques doutes au sujet du sort de Toulouse et de quelques cités limitrophes, Auch, Lectoure et Eauze, durant le règne de Charibert. Appartenaient-elles à Chilpéric, qui, après 567, posséda tout au moins Toulouse ? On pourrait croire, en effet, que l'exiguïté du royaume de ce prince dans la France primitive « l'eût été compensée par l'adjonction à ses États de quelques cités méridionales, mais rien ne le prouve cependant ; et si l'on considère que les royaumes des trois autres fils de Clotaire n'avaient guère d'enclaves, il semblera plus convenable d'attribuer les villes dont nous parlons à Charibert 10. » En 567, à la mort de Charibert, son royaume est partagé entre ses trois frères survivants, et voici le lot de chacun :
Gontran : Ressontois (un tiers), Senlis (un tiers), Paris (un tiers), Chartres (un tiers composé de Chartres et de Blois), Séez, Nantes, Périgueux, Agen, Saintes, Angoulème.
Chilpéric : Beauvais (en grande partie ?), Senlis (un tiers), Rouen, Chartres (un tiers composé de Poissy et Dreux ?), Paris (un tiers), Lisieux, Bayeux, Coutances, Le Mans, Angers, Limoges, Cahors, Bordeaux, Bazas, Dax, Oloron, Béarn, Bigorre, Comminges, Eauze, Auch, Lectoure, Toulouse.
Sigebert : Avranches, Ressontois (un tiers), Paris (un tiers), Meaux, Tours, Poitiers, Labourd, Aire, Conserans.
La cité de Paris resta indivise : ou bien partagée en trois fractions afin que chacun des frères en eût une part et il fut réglé qu'aucun des trois ne pourrait y entrer que du consentement des deux autres sous peine de perdre sa part du royaume de Charibert.
XIX. Royaume de Gontran (561-613). — Ce royaume avait sa capitale à Orléans ». Il a subi différentes transformations. Et d'abord, entre 561 et 567, le tiers hérité dans le démembrement du royaume de Charibert lui donne une large extension. Entre 584 et 587, il s'étend aux deux tiers environ de la Gaule. En 587, il fait abandon de quelques parcelles à son neveu Childebert. Entre 591 et 593, peu ou point de changements.
Grégoire de Tours mentionne un bon nombre de villes du royaume de Gontran, les hagiographes ne nous font rien connaître à ce sujet, mais les six conciles réunis par ordre du prince entre 567 et 585 ajoutent bien des précisions : ce sont le IIe concile de Lyon (567), IVe concile de Paris (573), Ier concile de Mâcon (583), Ve concile de Valence (584), IIe concile de Mâcon (585), De cet ensemble de renseignements on peut conclure que, de 561 à 567, le royaume d'Orléans s'étendait du centre de la Gaule au sud-est de ce pays, jusqu'au littoral de la Méditerranée, laï 567, Gontran ajoute trois tronçons du royaume de Charibert, dont l'un confinait à ses anciens États et comprenait un tiers de la cité de Senlis, un tiers de la cité de Paris, un tiers de Ressontois, l'Étampois, dépendant de la cité de Sens, le Chartrain et le Dunois, la cité de Séez. Le deuxième tronçon composé du territoire de Nantes, le troisième comprenant une portion de l'Aquitaine avec Saintes, Angoulème et Agen. En 584, l'assassinat du roi de Soissons, Chilpéric, annonce les grandes conquêtes. Gontran s'empare de Paris et s'y établit. Il avait été convenu entre eux que celui qui entrerait dans la ville de Paris sans la volonté de son frère, perdrait sa part, et que le martyr Polyeucte avec les confesseurs Hilaire et Martin seraient ses juges et ses rémunérateurs. C'est après cela que mon frère Sigebert y est entré, lequel frappé de mort par le jugement de Dieu, a perdu sa part, Chilpéric a fait de même. Ils ont perdu leurs parts ensuite de ces transgressions ; et c'est pour quoi, l'un et l'autre, ayant encouru le jugement de Dieu et les malédictions des traités, je soumettrai à ma domination, la loi aidant, le royaume de Charibert tout entier, avec
En 593, le 28 mars, Gontran mourut, et Childebert mit à exécution le traité, au préjudice des droits du roi Clotaire II. Mais Childebert mourut lui-même en 596 et le royaume si laborieusement façonné par Gontran, fut de nouveau menacé. Childebert avait laissé le royaume de Bourgogne et une partie de l'Alsace (Strasbourg, Bâle, Constance et Saintois, qui est la partie méridionale de la cité de Toul), à son second fils Théodoric qui perdit, dès la première année de son règne, Paris et plusieurs autres cités voisines de la Seine, parmi lesquelles les Chartres et Sens.
En l'an 600, Clotaire II, vaincu à Dormiciles, fit les frais d'une nouvelle reconstruction du royaume de Gontran, entre les mains de Théodoric son fils aîné. On convint alors que tout le pays renfermé entre la Seine, la Loire et l'Océan appartiendrait désormais à Théodoric *, ce qui constituait en réalité l'annexion au royaume de Bourgogne des cités de Coutances, Bayeux, Lisieux, Évreux et de la portion de la cité de Rouen comprise sur la rive gauche de la Seine.
« Le dernier changement à signaler dans les limites du royaume de Bourgogne eut lieu en l'année 610. A cette date, l'Alsace était ravagée par le roi d'Austrasie Théodebert, qui réclamait de son frère une rectification de limites pour laquelle un plaid fut convoqué sur la frontière austro-bourguignonne, au château de Seltz, où Théodoric, effrayé par la puissante armée que Théodebert amenait avec lui, céda à ce prince non seulement l'Alsace, mais aussi le Saintois, le pays des Turenses, autrement dit le territoire de Windisch ou de Constance, et celui des Campanenses c'est-à-dire la cité de Troyes qui étaient, paraît-il, l'objet de réclamations réitérées. Mais deux années plus tard (612), Théodoric prenait sa revanche en s'emparant du royaume de son frère, avec l'aide de Clotaire II, qu'il se préparait à dépouiller également, lors que la mort l'enleva, à Metz, en 613 *. »
XX. Royaume de Chilpéric (561-613). — La capitale de ce royaume était Soissons, qui l'avait été du royaume de Clotaire. Les limites de ces deux royaumes ne concordent pas comme pourrait le donner à croire un texte de Grégoire de Tours, tous deux cependant étaient le plus petit dans le partage de 511 et dans celui de 561. Le royaume de Chilpéric était destiné à des fortunes très diverses.
Lors que mourut Clotaire, son troisième fils, Chilpéric, devançant ses frères s'empara du trésor royal conservé à Berny, entra dans Paris et s'y établit. Ses frères l'en chassèrent et, rendus méfiants à son égard, lui rognèrent le plus possible le royaume qu'ils lui donnèrent. Mécontent de son lot, Chilpéric profita du moment où son frère Sigebert guerroyait contre les Huns pour s'emparer de sa capitale Reims et de plusieurs autres villes du royaume d'Austrasie. Sigebert se retourna, battit son frère, prit Soissons, reprit son bien et le roi de Neustrie demeura sans capitale (564).
Vers 567, Chilpéric vit la fortune lui sourire. La mort de son frère Charibert lui valait un héritage considérable : Beauvais (en grande partie), Senlis (un tiers), Rouen, Chartres (un tiers composé de Poissy et Dreux), Paris (un tiers), Lisieux, Bayeux, Coutances, Le Mans, Angers, Limoges, Cahors, Bordeaux, Bazas, Dax, Oloron, Béarn, Bigorre, Comminges, Eauze, Auch, Lectoure, Toulouse. Dans ce lot il fit un choix : Bordeaux, Limoges, Cahors, Béarn et Bigorre, qu'il donna en douaire à sa jeune femme, Galswinde, princesse wisigothe. Cette princesse était soeur de Brunehaut, qui avait elle-même épousé Sigebert roi d'Austrasie. Après l'assassinat de Galswinde, Brunehaut décida son mari et son beau-frère Gontran à attaquer Chilpéric qui, s'il ne fut pas détrôné, perdit à tout le moins les villes du douaire dont hérita Brunehaut.
Chilpéric ne se résigne pas à cette amputation. Il s'empare de Tours et de Poitiers, qui appartiennent à Sigebert, mais il les perd presque aussitôt. Il envoie son fils Clovis à Bordeaux, une des villes du douaire perdu, mais ce jeune prince en est chassé. Il jette son autre fils Théodebert sur Tours et Poitiers, fait ravager le Limousin, le Quercy. Alors Sigebert, à la tête d'un contingent barbare envahit le royaume de Neustrie, dévaste le Parisis et contraint Chilpéric à implorer la paix.
En 575, Chilpéric, allié à Gontran, attaque de nouveau Sigebert qui répond au sac du pays remois par l'occupation de Paris. Théodebert, fils aîné de Chilpéric, est tué en Aquitaine, toutes les cités situées entre Paris et la Touraine sont prises et Sigebert s'avance jusqu'à Rouen. A ce moment, la Ie et la IIe Lyonnaise abandonnent Chilpéric et prient Sigebert de les recevoir dans son royaume : il accepte et Chilpéric fuit, se réfugie dans les murs de Tournai et semble perdu : c'est alors que Frédégonde fait assassiner Sigebert '. En peu de temps Chilpéric reconquiert Soissons, sa capitale ; Tours et Poitiers, tout ce que Sigebert avait possédé du royaume démembré de Charibert, enfin il quitte Soissons et s'établit à Paris. Alors il songe à s'emparer du lot de Gontran dans l'héritage de Charibert ; s'empare de Saintes, en 571, de Périgueux et d'Agen en 581.
Entre 576 et 581, les États de Chilpéric, d'après ce que nous apprend Grégoire de Tours, comprennent au moins trente-trois cités qui entraînent nécessairement la possession de cités intermédiaires. On voit ainsi que le royaume de Neustrie s'étendait des bouches de l'Escaut jusqu'aux Pyrénées. Les cités appartenant à ce grand royaume qui paraissait alors destiné à restaurer l'unité de l'empire franc, sont Tournai, Therouanne, Arras, Cambrai, Soissons, Vexin, Beauvais, Senlis, Paris, la presque totalité de la cité de Chartres, Rouen, Lisieux, Bayeux, Coutances, Rennes, Vannes, Nantes, Angers, Le Mans, Tours, Poitiers, Angoulême, Saintes, Périgueux, Agen, Limoges, Cahors, Bordeaux, Béarn, Bigorre, Dax, Albi, Toulouse.
Les actes des conciles ne permettent malheureusement d'ajouter aucun nom à cette liste. Un diplôme de Childéric pour l'abbaye de Saint-Lucien, confirme le fait de la possession de Beauvais, dès 583 ', et la vie de saint Evroul permet d'ajouter Amiens à la liste.
En 584, Chilpéric est assassiné ; son fils unique Clotaire II, âgé de quatre mois seulement, est placé sous la tutelle du roi Gontran. On a déjà dit ce qui advint : Gontran, après sa brouille avec Frédégonde, mère du petit roi, annexa les villes à sa convenance dans l'État de son pupille, c'étaient Rennes, Le Mans et Angers. Ce tuteur nous est représenté par Grégoire de Tours comme un père ayant sous lui deux fils, c'est-à-dire les fils de Sigebert et de Chilpéric qu'il avait adoptés ', mais il se faisait une idée assez originale de l'adoption. En tous cas, le jeune Clotaire ne parut bientôt à Gontran qu'un intrus dans la famille mérovingienne. A son autre neveu, Childebert, il disait : « Je donnerai à Clotaire, si je le reconnais pour mon neveu, deux ou trois cités dans quelle que partie de mon royaume, afin qu'il n'ait pas l'air d'en être déshérité ». En 587, le traité d'Andelot assurait à Childebert la succession de son oncle au détriment de son cousin. Bien plus, en lieu de son neveu suspect, la capitale, Soissons, et le jeune Clotaire, conduit par sa mère, n'avait d'autre ressource que de chercher refuge à Tournai où on les retrouve tous deux en août.
En 593, à la mort du roi Gontran, Frédégonde et son fils hâtent de rentrer dans le Soissonnais, s'avancent même jusqu'à Reims et rentrent, vainqueurs, à Soissons.
En 596, la mort de Childebert, roi d'Austrasie et de Bourgogne, remet Frédégonde et son fils en campagne : emparent de Paris et des cités voisines de la Seine, comme Sens et Chartres, peut-être Laon. Ces succès ne sont pas durables.
En 600, Théodoric II, roi de Bourgogne, et son frère Théodebert II, roi d'Austrasie, marchent contre le roi de Neustrie et lui font subir une grave défaite à Dormelles, sur les bords de l'Orvanne, au diocèse de Sens. Naturellement, Sens et Chartres et Laon sont enlevées au vaincu. De plus, le roi de Bourgogne se fait céder tout le pays situé entre la Seine et la Loire jusqu'à l'Océan et la frontière de Bretagne, tandis que le roi d'Austrasie obtient le duché entier de Dentelin, qui paraît correspondre aux cités de Boulogne, de Thérouanne, d'Arras, de Noyon, de Cambrai et de Tournai ; en sorte que le royaume de Clotaire II se trouve réduit à douze pagi situés entre la Seine, l'Oise et la mer, pagi que représente vraisemblablement la totalité des cités de Rouen, de Beauvais et d'Amiens.
En 601, Clotaire tente de nouveau le sort des armes, mais il est complètement battu sur les bords de la Louette, aux environs d'Étampes et signe la paix à Compiègne, puis il attend les événements.
En 612, il voit les deux frères aux prises et donne son appui à Théodoric contre Théodebert. Celui-ci perdit son royaume d'Austrasie et Clotaire se hâta d'occuper le duché de Dentclin, prix convenu de son alliance : mais Théodoric victorieux pouvait oublier ses conventions ; il signifia à Clotaire d'évacuer sur-le-champ ce duché contesté. Déjà il entrait en campagne, quand il mourut.
En 613, grâce à l'appui des grands d'Austrasie et de Bourgogne, qui abandonnèrent Brunehaut et les fils de Théodoric, le roi Clotaire, âgé de trente ans à peine, réunit sous son sceptre toute la monarchie franque.
XII. Royaume de Sigebert (561-600). Sigebert eut le royaume de Théodoric avec Reims pour capitale. Quoiqu'en dise Grégoire de Tours, cette affirmation n'est pas tout à fait exacte. Sigebert n'avait pas tout ce qu'avait possédé Théodoric, notamment l'ancien lot burgonde rattaché au royaume de Metz en 534 et qui s'en était détaché. Par contre, en 507, le nouveau royaume d'Austrasie s'arrondissait d'une partie considérable du royaume de Charibert, comprenant la Seconde Aquitaine et la Novempagi. Au royaume de Sigebert appartenaient les cités de Cologne, de Trêves, de Metz, de Reims, de Châlons-sur-Marne, de Soissons, de Meaux et d'Avranches, les deux tiers de la cité de Sedis, le tiers du Ressontois au diocèse de Beauvais, un tiers de la cité de Paris, les châteaux de Dun et de Vendôme, quelques parcelles du pays chartrain, le droit de passage (perium) dans l'Étampois : les cités de Tours, Poitiers, Limoges, Clermont, Cahors, Albi, du Gévaudan, de Bordeaux, Aire, Labourd, de Béarn, de Bigorre, de Conserans, d'Avignon, de Vix, la moitié de la cité de Marseille et l'évêché d'Alais. De plus, antérieurement au traité d'Andelot (587), le royaume de Sigebert s'était, soit sous son règne, soit sous le règne de son successeur Childebert II, agrandi des cités de Tongres, de Strasbourg, de Toul, de Laon, de Bodez, d'Yvois et de Vence.
Quant à ce qui est de la configuration du royaume de Sigebert, on peut assurer que cet État formait au moins quatre tronçons.
« Le premier tronçon, qui composait l'Austrasie proprement dite, était originairement formé des possessions franques d'outre-Rhin et des cités de Neuss, de Tongres, de Trêves, de Metz, de Verdun, de Toul, de Strasbourg, de Dijon, de Langres, et de Laon. Auxquels il faut ajouter certaines terres. — Hist. Francor., I. VIII, c. XIII. — Util. Francor., I. IX, c. XXXVI. — H. M. Francor., I. X, c. XII. — Fredegarius Scholasticus Chronicon. — Ibid., c. XIV. — Jhsi Francor., I. IV, c. XIV. Il s'accrut dès l'an 564 par l'annexion de Soissons, la capitale de Chilpéric, et, en 567, plusieurs fragments du royaume de Charibert (le tiers du Ressontois, le tiers de la cité de Senlis, le tiers de celle de Paris et la cité de Meaux) lui permirent d'atteindre la Seine.
Le second tronçon, qui, en raison de son étendue, doit être décrit immédiatement après le précédent, se composait, en 561, d'une partie des possessions aquitaniques des premiers rois de Metz et de quelques cantons de la Provence : on sait que les cités d'Auvergne, du Gévaudan et du Rouergue et très probablement aussi le Velay et le Vivarais, sur lesquels les textes de l'époque sont muets, les évêchés d'Alais et d'Uzès, les cités d'Avignon, d'Aix et de Vence, la moitié de celle de Marseille et sans doute aussi celle de Fréjus, en faisaient partie. Après la mort de Charibert et le meurtre de Galswinde, ce groupe s'augmenta d'une bande de territoire qui, des rives du Tarn, atteignait les bords du Loir et touchait même à l'Océan, en englobant les cités d'Albi, de Cahors, de Limoges, de Poitiers, de Tours, ainsi que les pays de Vendôme et de Dun, démembrés de la cité de Chartres. Le pervium ou droit de passage sur le Chartrain, l'Étampois et sans doute aussi le Parisis, reliait ce tronçon à la partie franque du royaume d'Austrasie.
« Le troisième groupe des États de Sigebert s'étendait de l'embouchure de la Gironde aux Pyrénées, et il était composé de cités provenant de l'héritage de Charibert ou du domaine de Galswinde, c'est-à-dire de Bordeaux, d'Aire, de Labourd, de Béarn, de Bigorre, et de Conserans.
« Le dernier groupe n'avait que peu d'importance. Il ne semble avoir compris qu'une seule cité, celle d'Avranches, sur la côte septentrionale de la Gaule.
En 575, le royaume de Sigebert s'étendait du Rhin à la Loire et allait s'agrandir des États de Chilpéric lorsqu'il fut assassiné. Son fils Childebert fut dépouillé d'une partie du royaume par son oncle Chilpéric.
En 584, à la mort de Chilpéric, Childebert recouvra le territoire de Senlis et momentanément la ville de Meaux.
En 587, le traité d'Andelot le constitua héritier de Gontran, ce qui lui valait les cités de Meaux, de Senlis, d'Avranches, de Tours, de Poitiers, d'Aire, de Bayonne, de Conserans et d'Albi. Gontran se réservait la propriété viagère du tiers de la cité de Paris que Sigebert avait obtenu en 567, du Dunois, du Vendômois et des cités de Bordeaux, de Limoges, de Cahors, de Béarn et de Bigorre ; à sa mort, ces cinq dernières villes devaient revenir à Brunehaut. Cette princesse obtint même sans tarder la cité de Cahors.
En 596, Théodebert succéda à Childebert dans le royaume d'Austrasie, dont les cités de Strasbourg, de Bâle et de Constance, ainsi que le Saintois, avaient été détachés pour être annexés au royaume de Bourgogne. En 600, Théodebert s'annexa la cité de Soissons, le duché de Dentelin, qui ne revint à la Neustrie qu'en 630.
— On ne s'accorde pas, il va sans dire, sur l'étymologie du mot Burgonde, et cela n'importe guère. A. Jahn avoue qu'il ignore tout de ce peuple dont les origines se perdent, à l'entendre, dans la nuit des temps ; ce qui n'empêche nullement E. Beauvois de préciser l'origine de cette peuplade et de dresser la généalogie de ses souverains. Il les fait sortir de la Norvège et spécialement du centre de la vallée de Loerdalem, héritage du roi Néofil, dans la paroisse de Borgund. Vers le milieu du Vème siècle, les Burgondes habitaient, paraît-il, le nord de la Germanie, entre la Vistule et l'Oder ; ils étaient voisins des Gépides, qui les exterminaient presque complètement en 325. Quelques années plus tard, ce qui restait de Burgondes suivit le mouvement qui entraînait les peuples barbares ; ils arrivèrent sur les rives du Mein, poussèrent jusqu'au Rhin au nombre de 80 000 hommes — ces dénombrements sont toujours très arbitraires — et ils parurent au moment de pénétrer dans la Gaule. En l'année 411, on les voit figurer avec les Francs, les Alamans et les Alains parmi les partisans du tyran Jovin, ce qui ne l'empêcha pas de succomber peu de temps après. Néanmoins, en 413, les Burgondes s'emparèrent de plusieurs régions arrosées par le Rhin, ayant Worms pour capitale. Cet État burgonde ne dura guère ; il engagea la lutte contre Aétius, ce qui lui attira une rude défaite, et, en 435 ou 436, le passage des bandes d'Attila acheva de faire disparaître cette ombre de royaume. Ce qui put échapper au désastre abandonna les lieux si funestes à la nation, et, en 443, « leurs restes, reliquia Burgundionum, s'établit en Savoie, probablement avec Genève comme capitale : Sabaudia Burgundionum reliquis datur cum indigenis dividenda », probablement à la condition de servir comme auxiliaires dans les armées romaines. Le témoignage de Grégoire de Tours confirme celui de Prosper ; il dit que sous le chef franc Clodion, les Burgondes étaient établis dans la partie de la Gaule comprise au sud du Rhône.
Qu'était alors cette Sabaudia ou Sapaudia ? Une contrée de laquelle il faut retrancher les diocèses de Morienna (Maurienne) et Tarentasia (Tarentaise) ; mais par contre, dans laquelle il faut faire entrer le pays arrosé par le Rhône après sa sortie du Léman : « A Pœninis Alpibus ejusque copia lonlium Rhodanus fluens..., et paludibus se ingurgitât nomine Lemanno. eam que intermeans, nusquam aquis miscetur externis... Unde sine jactura rerum per Sapaudiam jertur et Sequanos ; longe que progressus, Viennenscm latere sinistro perstringit, dextro Lugdunensem ». Les Séquanes habitaient le pays qui formera le diocèse de Belley et faisait partie de la Maxima Sequanorum. C'est en effet après sa sortie de l'évêché de Belley que le Rhône coule entre Lyon et Vienne ; ainsi donc le diocèse de Genève formait tout au moins l'extrémité sud-ouest de la Savoie et la civilas Genavensium représente assez exactement le pays cédé aux Burgondes en 443. Nous savons du reste que Childéric, l'un des deux premiers rois bourguignons, résidait à Genève. Son royaume de Sapaudia ne comprenait pas la totalité du pays désigné sous ce nom, car au milieu du Vème siècle, la ville d'Yverdun, faisait partie de la civitas Aventiœ (Avenches), séparée de la cité de Genève par les monts du Jura, obéissait aux Alamans à une époque où Genève obéissait aux Burgondes.
Les cités extrêmes du royaume burgonde étaient, au midi, Avignon, Cavaillon, Apt, Sisteron, Gap et Embrun et les territoires de ces cités devaient confiner aux diocèses d'Arles, d'Aix, de Riez, de Digne, de Senez, de Glandève et de Nice, en sorte que le cours de la Durance servait probablement de frontière aux deux nations. A l'ouest, la limite entre la Bourgogne et la Gothie a été déjà indiquée. Au nord, vers le pays des Francs, les textes sont formels et nous apprennent que Auxerre, Troyes, Châlons et Toul appartenaient aux Francs. D'autre part, les Burgondes tenaient fortement Langres. A l'est, les Alpes traçaient la frontière. Un seul point reste sujet au doute, les Burgondes possédaient-ils la civitas Basiliensium, renfermée entre la boucle du Rhin et les diocèses de Besançon et de Windisch ? En définitive, on l'ignore. Bâle faisait, il est vrai, partie de la Séquanaise, et tout le reste de cette province appartenait, en 517, à la Bourgogne : mais on ne doit pas oublier que les guerres du V siècle rompirent souvent l'unité des provinces. Les auteurs modernes penchent généralement, en raison du silence des documents bourguignons, à exclure Bâle du royaume de Bourgogne, et cette opinion acquiert presque le caractère d'une certitude aux yeux de Rogel de Belloguet, car, suivant cet auteur, Childebert II aurait détaché, entre autres, l'Alsace et le Sundgau du royaume d'Austrasie, pour en gratifier son second fils Théodoric qu'il faisait roi de Bourgogne : or on sait que le Sundgau était formé de la partie septentrionale de la civitas Basiliensium. Cependant le coup ne porte pas ; Frédégaire ne parle nullement, en effet, du Sundgau comme on s'accorde généralement à le croire, mais bien des habitants du Saintois, Suggenlenses, pays démembré de la cité de Toul. Toutefois les paroles du chroniqueur du VIIe prouvent que le Sundgau faisait partie du royaume d'Austrasie sous Sigebert I et Childebert II, car ce pays était, comme son nom l'indique, « le canton méridional » de l'Alsace, partagé en Nordgau et en Sundgau ; mais rien n'autorise à croire que le royaume de Bourgogne, fréquemment désigné par l'appellation de « royaume de Bourgogne », ait eu la même limite septentrionale que l'ancien État bourguignon. Ce ne sera donc point le texte de Frédégaire, mais bien l'absence complète de preuves, ou même d'indices, qui nous décidera à ne pas renfermer la civitas Basiliensium dans les limites du royaume de Gondebaud et de Sigismond.
En 523, les fils de Clovis, à l'instigation de leur mère Clotilde, se liguent contre le royaume des Burgondes qui était gouverné par les fils de Gondebaud, Sigismond et Godemar. Ceux-ci sont battus et mis en fuite. Sigismond se fait moine à Saint-Maurice d'Agaune, mais Clodomir l'enlève et l'emmène dans l'Orléanais. Après le départ des Francs, Godemar reconquiert son royaume, ce qui rappelle sur les lieux Clodomir, qui prend la précaution de faire assassiner son prisonnier Sigismond, sa femme et ses enfants. Clodomir ne fait pas appel cette fois à ses frères Childebert et Clotaire, mais il réclame l'aide de son frère consanguin Théodoric. Les deux rois francs sont vainqueurs de Godemar à Vézeronce, au territoire de Vienne, dix lieues au sud d'Ambérieux, 21 juin 524. Pendant la poursuite, Clodomir est tué. Alors, dit Grégoire de Tours, « les Francs donnent la chasse à Godemar, écrasent les Burgondes et soumettent tout le pays ». Nouveau retour offensif de Godemar qui reprend possession du royaume. Temps d'arrêt.
Pas avant 532 se place une troisième expédition. Cette fois, Childebert et Clotaire font appel à Théodoric qui refuse son concours. La prise d'Autun, relatée par Grégoire de Tours, aurait décidé du sort de la Bourgogne entière. Une fois de plus, Godemar prend la fuite : mais il ne perd pas courage. Une lettre de Cassiodore nous dit que Burgundio quin cliam ul sua reciperet, devolus efjeclus est, reddens se lotum dum accepisset exiguum. Elegit quippc inleger obedire, quant imminnlus nbsisterc. Tulius nunc défendit régnum, gaando arma deposuit. Reeuperavil enim prece quod umisit acie. Godemar se décida donc à reconnaître la suzeraineté des Ostrogoths moyennant un léger agrandissement territorial, et, il « détend plus sûrement son royaume, dit-il, maintenant qu'il a déposé les armes ». Il y eut donc entre l'expédition de 532 et la prise d'Autun amenant la ruine définitive du royaume burgonde, en 534, une dernière période d'accalmie.
Sur ces entrefaites, Théodoric d'Austrasie étant mort, son successeur Théodebert s'associa à ses collègues Childebert et Clotaire pour en finir avec les Burgondes. Marius d'Avenches écrit dans sa chronique, à la date de 534 : Paulin » juniare, indielione duodecima. Ilor consule reges Francorum Chitdeberlus, Chlotarius et Theudeberlus Burgundiam obtinuerunt et, fugalo Godomaro rege regnum ipsius diviserunl. Le royaume burgonde avait donc cessé d'exister, on allait procéder à son démembrement. « On sait que les territoires d'Autun, Chalon, Vienne et Viviers, qui étaient contigus aux possessions du roi d'Austrasie en Aquitaine, lui appartinrent après l'occupation défaillante, Épiso des de l'histoire des Burgondes, dans lire de Tours, lit que les Francs soumirent tout le tandis qu'Agalhias prétend que les Francs furent battus à plate couture, opinion admise par Caillenier, l-'law, Hist. des arts industriels, t. I, p. 32, qui s'en tiennent à Grégoire de Tours. Cf. Du rôle de la Bourgogne native de la Bourgogne ; peut-être même la soumission des deux dernières cités remontait-elle à la guerre de 524. Nevers, dont les textes contemporains ne nous apprennent rien durant le second tiers du VIe, et qui était enclavé dans les possessions tant anciennes que nouvelles de Théodebert, lui fut aussi très certainement attribuée. Lyon échut à Childebert. Quant à Clotaire, les documents ne faisant rien connaître au sujet de sa part des dépouilles de Godemar, le devoir du géographe historien est de présenter les hypothèses les plus probables.
« Théodebert ayant au moins les trois cités d'Autun, de Chalon et de Nevers, celles de Vienne et de Viviers lui appartenant de fait, il ne reste que huit cités bourguignonnes dont la possession puisse être assignée à ses oncles, les deux adversaires de Godemar en 532. Les pays soumis à la domination de ces deux princes avant le partage de la Bourgogne ne confinant en aucune façon à ce royaume, il est probable qu'on se borna à donner à Childebert et à Clotaire un lot composé de cités touchant les unes aux autres, sans s'inquiéter de la distance, plus ou moins grande, qui les séparait de leurs domaines de France et d'Aquitaine. Lyon, avons-nous dit, fit partie du lot de Childebert ; c'est donc probablement à ce prince qu'échurent les cités de Mâcon, de Genève et de Tarentaise, tandis que les territoires de Belley, Grenoble, Valence et Die auraient formé la part de Clotaire. Nous ne donnons ce résultat que comme une simple hypothèse, mais en faisant néanmoins observer qu'il répond à la fois aux exigences provenant de la configuration géographique de chacune des circonscriptions que nous venons d'énumérer, et à l'égalité qui paraît avoir dû présider au partage de 534 ».
XXIV. Établissement des Wisigoths en Gaule (413-507). — Vers le milieu du Ve, Hermanaric régnait sur la région comprise entre l'Océan Sarmatique, le Palus Méotide et le Pont-Euxin ; parmi les peuplades établies sur cet immense domaine se trouvaient les Ostrogoths cantonnés entre le Borysthène et le Tanaïs, et les Wisigoths habitant à l'ouest du Borysthène. L'impulsion donnée par les Huns, en 376, entraîna les Wisigoths qui s'établirent sur les rives du Danube, obtinrent de l'empereur Valens une partie de la Thrace et de la Mésie et embrassèrent l'arianisme. Contenus un moment par Théodose, ils s'enhardirent bien vite et pillèrent la Thessalie, l'Épire, l'Achaïe.
Introduits en Italie par Alaric, gouvernés par Ataulphe, les Goths débordèrent ce pays et, en l'année 412, se montrèrent en Gaule. Une année plus tard (413), ils s'emparent de Valence, échouent devant Marseille, mais se rendent maîtres de Narbonne, et probablement peu de temps après de Toulouse ; mais ce sont des succès sans lendemain puisque, dès 414, le patrice Constantius les contraint de sortir de la Gaule et ils se dirigent vers l'Espagne. En 419, on retrouve les Goths en deçà des Pyrénées conduits par Wallia, successeur d'Ataulphe. Il a fallu, cette fois, leur faire de larges abandons de territoires et ce même patrice Constantius, qui les avait refoulés, leur cède, au nom de l'empereur Honorius, l'Aquitaine depuis Toulouse jusqu'à l'Océan. Gothi, intermisso certamine quod ugebanl, prr Constantium ad Gallias revocati, se des in Aquitanica a Tolosa us que ad Oceanum acceperunt ; tel est du moins le témoignage de la Chronique d'Idace, tandis que Prosper d'Aquitaine dit qu'on leur donna la province de Bordeaux avec quelques villes des provinces voisines : Conslantius palricius ftrmat cum W allia, data eidem ad inhabitandum Si Aquitania el quibusdam cioitatibus confinium provinciarum. Toulouse devint la capitale du nouvel État.
Après son succès en Narbonnaise, Théodoric II envoya (en 463) son frère Frédéric porter la guerre en Touraine ; celui-ci se rendit maître de Chinon, y repoussa les assauts du comte Egidius et, en 464, fut vaincu et tué près d'Orléans. Ce revers local ne retarda que pour peu de temps la conquête wisigothe. Dès 471, Euric, successeur de Théodoric II, était maître de la vallée de l'Adour ; l'année suivante, Euric était maître des villes du Gévaudan, d'Albi, de Rodez, de Cahors et de Limoges, peut-être même du Velay, en sorte que Bourges et Clermont, dans la Première Aquitaine, demeurèrent seuls au pouvoir des empereurs. Euric était arien et persécutait les catholiques, en sorte que, au témoignage de Sidoine Apollinaire : Burdegali, Petrocorii, Ruteni, Lemovices, Gabalitani, Vasates, Convenae, Auscenses, multo que juncti major numerus civitatum, summis sacerdotibus ipsorum morte truncatis, nec ullis deinceps episcopis in defunctorum officia suffectis, per quod uti que minorum ordinum ministeria subrogabantur, latini spiritualis ruinæ limitem traxit. Non content de ces conquêtes, Euric songeait à étendre sa domination de l'Océan jusqu'au Rhône et à la Loire : Rumor est Gothos in Romanum solium custruere : huic semper irruptioni nos miseri Arverni janua sumus. Nam quae oris inimicorum hinc peculiaria ministrorum subministrabant, quia, quod nondum terminas suas ab Oceano ad Rhodanum Ligeris limitaverunt, solam, sub ope Christi, moram de nostra tantum obice patiuntur.
Les années 471 et probablement 472 furent consacrées à la conquête de Bourges et du Berry, de la Touraine ; l'Auvergne offrit une rude résistance, mais l'empereur Nepos la livra en 473 à Euric, qui liait venu à bout de son dessein, et son royaume était borné au nord et à l'est par la Loire, à l'ouest par l'Océan et au sud par la Méditerranée.
Idace, Chronicon. -- Sidoine Apollinaire, Epist. ix ; Carmen, c. xxiv, v. 17, t. i, p. 118, d'Avenche.
Après la mort de l'empereur Nepos (480), Euric passa le Rhône, s'empara d'Arles et de Marseille, battit les Bourguignons, soumit le pays entre la Durance, la mer et les Alpes Maritimes, et il ratifia ses conquêtes par un traité avec Odoacre, roi des Hérules, régnant en Italie. En 481, Euric mourut et eut pour successeur Alaric. Trois quarts des années de Ce avaient été employées à poursuivre le plan de conquête des Goths, et on pouvait le croire réalisé pour longtemps.
Leur pouvoir était fortement établi, néanmoins il offrait un indice auquel on pouvait entrevoir des revers futurs et même prochains. Partout les Goths portaient la persécution avec eux, et les populations catholiques de la Gaule appelaient de tous leurs vœux les libérateurs assez forts pour les délivrer de ces Ariens persécuteurs.
Les indications éparses dans les écrits de Grégoire de Tours ajoutent quelques traits à ceux que nous connaissons sur la condition du clergé catholique dans le royaume wisigoth.
Alaric possédait à Narbonne un palais, d'où, pour apercevoir plus commodément la plaine de la rivière, il fit abaisser le faîte de l'église métropolitaine. La persécution d'Euric est mentionnée par Grégoire, et nous apprenons aussi que l'évêque de Tours, Volusien, et son successeur, Verus, furent exilés par Alaric.
Un document conciliaire, le concile d'Agde, tenu en l'année 506, c'est-à-dire dans l'année qui précéda la chute du royaume wisigoth, nous donne d'importantes indications sur les noms et les sièges des évêques gaulois du royaume d'Alaric. Nous avons déjà parlé de ce concile (voir Dictionnaire, au mot Agde, et Histoire des conciles), au point de vue de la discipline liturgique et des institutions canoniques ; ici, nous devons nous borner à quelques indications strictement historiques. Trente-quatre évêques ont répondu à la convocation, et vingt-quatre d'entre eux sont venus à Agde ; les dix autres s'y sont fait représenter par des prêtres ou des diacres.
Le concile d'Agde nous montre l'extension du royaume wisigoth à la veille de sa disparition. Il s'étend, en effet, sur huit des provinces romaines de la Gaule, qui sont : Première et Seconde Aquitaine, Novempopulanie, Première Narbonnaise (celles-ci entièrement soumises), Troisième Lyonnaise, Viennoise, Seconde Narbonnaise et Alpes Maritimes. Dans la Première Aquitaine, sept évêques sont présents à Agde, ceux de Bourges, d'Auvergne (Clermont), de Rodez, d'Albi, de Cahors, de Limoges, de Gévaudan ; l'évêque de Velay manque. Dans la Seconde Aquitaine, les évêques de Bordeaux et de Périgueux ; si ceux d'Angoulême et de Poitiers sont absents, nous savons par ailleurs que ces villes appartenaient aux Goths ; il en devait être de même pour Agen, enclavée entre des possessions incontestablement wisigothiques, et pour Saintes, limitrophe de Bordeaux, Périgueux, Angoulême et Poitiers, toutes cités wisigothiques. Les douze cités de la Novempopulanie sont inconnues ; sur l'identification de laquelle on n'est pas d'accord. Six évêques sur sept prélats appartenant à la Première Narbonnaise sont représentés, Béziers seule exceptée, par suite sans doute d'une erreur. Dans le pays voisin de la Durance et des Alpes Maritimes, plusieurs évêques se sont rendus au concile, ceux d'Avignon, d'Arles, de Digne, de Senez, de Fréjus et d'Antibes.
L'énoncé de ces noms, dit justement A. Longnon, suffît à prouver que d'autres cités de la Provence devaient aussi appartenir à Alaric. En effet, si les cités de Digne, de Senez, de Fréjus et d'Antibes confinent l'une à l'autre, et les sont séparées des cités d'Arles et d'Avignon, conséquemment du corps du royaume, par le diocèse d'Aix, c'est-à-dire par une bande de territoire de soixante kilomètres de large, Aix devait donc obéir aux Goths en 506, car on ne peut admettre l'existence d'une enclave wisigothique aux environs des Alpes, et, dans cette hypothèse, il faut aussi accorder aux Wisigoths la cité de Marseille, que Jordanès nous dit avoir été conquise par Euric vers 480, et qui faisait cependant partie du royaume bourguignon en 499.
En 517, au concile d'Epaone, les villes extrêmes du royaume bourguignon, au midi, sont Avignon, Cavaillon, Apt, Sisteron, Gap et Embrun, dont les territoires confinent aux diocèses d'Arles, d'Aix, de Riez, de Digne, de Senez, de Glaudève, de Nice, qui, on l'a vu, font partie du royaume wisigothique. On serait alors amené à considérer la Durance comme servant de limite aux deux nations, vers Gap et Embrun, jusqu'aux montagnes qui séparent les territoires de ces villes des territoires wisigoths. Cependant, comme on rencontre à Agde, en 506, l'évêque d'Avignon, et qu'on le rencontre de nouveau à Epaone, en 517, on en induit que, dans l'intervalle, cette ville a passé des mains des Goths dans celles des Bourguignons. La solution de ce problème pourrait être celle-ci : « La Durance (Hait un rempart pour les Bourguignons, mais elle devait être également considérée comme une ligne défensive pour la domination des Wisigoths en Provence : un moment, vers 499, les Bourguignons s'étaient étendus au sud de cette rivière en occupant Arles et Marseille, précédemment soumises aux Goths, mais ces villes n'avaient pas tardé à retourner à leurs anciens maîtres, que le concile d'Agde (506) nous montre en possession du pays situé sur la rive gauche de la Durance. Or, le territoire de la cité d'Avignon s'étendait sur l'une et l'autre rive de ce cours d'eau, de sorte que l'évêque, tout en résidant au chef-lieu de la cité, à droite de la Durance, n'en devait pas moins l'obéissance au roi Alaric. Il suffît de jeter un coup d'œil sur la carte des anciennes cités de la Gaule, pour s'assurer que cette explication offre une certaine vraisemblance ».
XXV. Les Wisigoths dans la Gaule à partir du VIe — En 507, la victoire de Clovis à Vouillé mit le royaume wisigothique à deux doigts de la ruine. Le vainqueur conquit tout le pays jusqu'aux Pyrénées, s'empara de Toulouse, capitale du royaume, et se saisit du même coup des trésors d'Alaric. Ce prince ayant péri et ne laissant d'héritier légitime qu'un enfant en bas-âge, auquel on préféra un bâtard du défunt ; ce fut Gésalic, élu maître de Narbonne, qui fut impuissant à rétablir les affaires de sa nation et assista à la promenade triomphale d'une armée franque qui s'emparait presque sans coup férir du Quercy, du Rouergue, de l'Albigeois et de l'Auvergne jusqu'aux frontières du royaume burgonde. La domination gothique était alors réduite à la Narbonnaise Première (sans Toulouse) et à la partie du royaume de Provence située au sud de la Durance.
Après cette expédition de 533-534, le royaume wisigoth retrouva enfin la paix. Le successeur d'Amalaric, Theudis, avait transporté sa capitale de Narbonne à Barcelone, il mourut en 554 ; après lui Athanagild, en 567. On ne put s'entendre au sujet de sa succession, enfin, après un interrègne de cinq mois. Liuva, gouverneur de la Septimanie en fut élu roi. Il résida à Narbonne, associa à la couronne son frère Leovigild à qui il abandonna l'Espagne « . Liuva mourut en 572 et Leovigild réunit de nouveau la Narbonnaise à l'Espagne ; il semble même qu'il reprit alors Lodève que Théodebert avait enlevé en 533 ».
Jusqu'en 585, la Septimanie vécut en paix. A cette date le supplice du prince Herménégild provoqua une intervention du roi d'Austrasie Gontran, suivie d'une deuxième expédition en 589. Nonobstant ces efforts, la Septimanie demeurait entière. Un document de l'année 589, le concile tenu à Tolède le 8 mai, suivi d'un synode provincial des évêques de la Narbonnaise à la fin de cette même année, nous apprennent qu'à cette date les Wisigoths dominaient encore à Nîmes, Maguelonne, Lodève, Agde, Béziers, Narbonne, Carcassonne et Elne. Les limites de la Septimanie n'avaient pas varié lorsqu'en 680, le roi Wamba fit publier un statut fixant les bornes de chaque diocèse. Ce document divise le royaume des Wisigoths en six provinces, parmi lesquelles la Narbonnaise. Ce document, dont A. Longnon paraît faire le doute, nous apprend d'ailleurs la mention des évêchés de Nîmes, Agde, Maguelonne, Carcassonne et Elne.
XXVI. Les Wisigoths dans la Gaule, au VIe. — On a vu qu'après la bataille de Vouillé et la mort d'Alaric II, son fils Amalaric fut écarté de sa succession ; il trouva un défenseur dans son aïeul et tuteur, Théodoric le Grand, roi des Ostrogoths, que Grégoire de Tours qualifie régulièrement du titre de roi d'Italie. En 508, Théodoric envoya en Gaule le duc Ibbas et ses succès valurent à Amalaric la possession de son royaume sous la tutelle de Théodoric qui conserva le gouvernement réel jusqu'à sa mort (526). A cette date, Amalaric exerça le pouvoir et abandonna à son cousin Athalaric, fils de Théodoric, les possessions des Wisigoths situées sur la rive gauche du Rhône. Ce sont ces possessions qu'il s'agit de déterminer ici.
Nous utiliserons les souscriptions des évêques présents aux conciles d'Arles (524), de Carpentras (527) et d'Orange (529). A ces conciles assistaient dix-huit, seize et un absent, et quatorze évêques : il ressort de ces chiffres que les Goths qui, en 507, ne possédaient que le pays situé au sud de la Durance et comptant au plus douze cités avaient dû étendre, au cours des vingt-deux années suivantes, leur autorité sur six cités de plus. Les prélats qui siégèrent aux trois conciles provençaux n'indiquent pas le nom de leur siège. Cependant il est possible d'identifier plusieurs d'entre eux grâce aux souscriptions des conciles d'Agde (506), d'Epaone (517) et d'Orléans (541 et 549). C'est ainsi qu'on peut constater l'annexion d'Avignon, Orange, Saint-Paul-Trois-Châteaux, Vaison, Carpentras, Apt, Gap et Embrun au royaume ostrogothique ; l'examen de la carte impose d'ajouter Sisteron. Nous savons à peu près la date à laquelle ces villes furent annexées. En 517, dix d'entre elles étaient représentées au concile d'Epaone, or une lettre de Cassiodore nous apprend que le roi Athalaric conféra la dignité de patricien à Tulum qui, envoyé en Gaule en 523, sut donner une nouvelle province à la République Romaine sans courir les chances de la guerre.
Au début du règne d'Athalaric, ce prince a donc exercé la souveraineté sur vingt-deux villes de la Gaule qui sont :
Province d'Arles : Trois-Châteaux, Vaison, Carpentras, Orange, Avignon, Cavaillon, Arles, Marseille, Toulon.
Province de Vienne : Gap, Sisteron, Apt, Aix, Riez, Fréjus, Antibes.
Province d'Embrun : Embrun, Digne, Senez, Glandève, Cimiez et Nice, Vence.
Le chroniqueur Jordanès parait faire erreur lorsqu'il rapporte au règne d'Athalaric (526-534) un événement que l'historien Procope, mieux instruit, place sous le règne de Vitigès. Celui-ci céda aux réclamations des rois francs la partie des Gaules possédée par les Ostrogoths ; il y ajouta même une somme de 10 000 sous d'or à partager entre Théodebert, Childebert et Clotaire, lesquels prirent de leur côté l'engagement d'abandonner l'alliance de l'empereur Justinien. Procope ajoute que les pays et l'argent furent partagés également. Les textes contemporains entrent dans peu de détails à ce sujet ; ils nous apprennent seulement que les cités d'Aix, de Digne et de Glandève obéirent alors à Théodebert, tandis que Childebert eut dans sa part Arles, Marseille et Fréjus. Pendant, grâce à ces faits, il parait possible de dire à peu près exactement quel fut le sort de vingt-deux cités qui avaient appartenu aux Goths et dont chacun des copartageants dut avoir sept au moins dans son lot. En effet, si l'on examine la carte des cités, on verra que la possession d'Aix, de Digne et de Glandève entraînait nécessairement celle des cités de Riez et de Senez, sans lesquelles ces villes auraient formé trois tronçons complètement isolés les uns des autres ; nous savons donc déjà que la zone intermédiaire de la Gaule dans le sens du Rhône aux Alpes échut au roi d'Austrasie, mais nous n'en avons pas la composition entière. La zone méridionale forma évidemment le lot de Childebert, puis que ce prince possédait Arles, Marseille et Fréjus, et que les cités comprises entre la mer et les villes que nous venons de reconnaître comme austrasienne, étaient au nombre de sept : Marseille, Toulon, Fréjus, Antibes, Vence et Nice. Il reste donc au nord de la portion austrasienne incontestée, dix cités sur lesquelles sept seulement doivent sans doute revenir à Clotaire, le plus jeune et le moins puissant des rois francs : ne rejetons donc pas le lot de Théodebert par l'adjonction des territoires d'Apt, de Cavaillon et d'Avignon, qui forment mieux corps que toute autre cité avec ce que nous savons avoir appartenu au roi d'Austrasie, et nous émettrons l'hypothèse que Clotaire eut pour sa part les villes de Saint-Paul-Trois-Châteaux, Orange, Carpentras, Vaison, Sisteron, Gap et Embrun. Ainsi se justifient les paroles de Procope sur l'égalité de chacun des trois lots que formèrent les anciennes possessions des Goths.
II. SÉPULTURES. I. DE L'EXISTENCE ET DES CARACTÈRES DE L'ART GAULOIS
L'existence d'un art gaulois n'est rien moins que certaine. Antérieurement à la conquête de la Gaule par les Romains, les populations, assez peu civilisées, ne s'interdisaient ni la construction, ni l'ornementation, mais leur domaine artistique était aussi mal défini que leur domaine politique. Les principes adoptés en Gaule étaient, pour autant qu'on peut le savoir, les mêmes qu'on retrouve dans une grande partie de l'Europe et, la part des Gaulois fut réelle et active, n'en est pas moins confondue aujourd'hui avec l'apport des autres peuples de ce temps et probablement sans distinction possible. A-t-il existé, dès lors, un art spécifiquement gaulois ? S'il a existé, les textes, ainsi qu'on peut s'y attendre, n'en ont rien dit ; quant aux monuments que nous apprennent-ils ? Il va sans dire que, sous le nom de monuments, il n'est pas question d'édifices, mais seulement de menus objets.
Certains monuments de pierre, comme ceux de Gavrinnis, avaient, au dire de L. Courajod, reçu des populations indigènes de la Gaule, à une époque indéterminée, mais bien antérieure à toutes les pénétrations méridionales, une ornementation dessinée et gravée dont le sentiment, qui ne s'éteignit pas complètement aux temps gallo-romains, ni même aux temps mérovingiens, peut être parfaitement apprécié... Elle n'était pas, en somme, extrêmement différente du caractère affecté par les arts importés plus tard en Gaule, après le passage des Romains, par les invasions barbares et pratiqués par d'innombrables tribus germaniques. C'était un composé de dessins géométriques, puis d'enroulements, de méandres compliqués, de spirales, qui ne sont pas sans analogie avec ce que nous savons de la décoration des meubles contenus dans les nécropoles mycéniennes et avec ce que l'on connaît d'une civilisation primordiale et universelle à laquelle l'Orient et le centre de l'Europe auraient été soumis.
On aurait été surpris que l'Orient n'eût pas été appelé à comparaître, ressource suprême qui dispense d'avouer qu'on n'a rien à dire. Quand on lit de près et qu'on pèse les mots de cette explication, on ne peut se refuser à reconnaître qu'elle n'explique rien, n'apprend rien. Des cercles, des lignes brisées, des lignes spirales et, pour parler comme Blaise Pascal enfant, des « ronds » et des « barres » ont grande chance de venir assez naturellement au bout de la pointe ou du ciseau de ces rudes artistes qui ne savent au monde autre chose que ces signes. La combinaison qu'ils peuvent faire de ces signes les élèvera-t-elle par hasard à la dignité de symboles et pour avoir tracé deux circonférences concentriques ou bien recoupé deux ou trois cercles était-il nécessaire d'avoir vu le mobilier des nécropoles mycéniennes ou autres ? On est en droit d'en douter. Peut-être est-il superflu de regarder si loin ; qu'on feuillette les livres des écoliers de sept à douze ans, on trouvera sur les marges, les gardes et la couverture, une solution des origines de ces arts primitifs. Ce sont les mêmes mains inexpertes maniant un outil, traçant une figure géométrique ou humaine avec une maladresse supérieure, mais sans qu'on leur ait enseigné jamais pareille chose ; presque tous fabriquent des « ronds », des « barres » et des « bonshommes » parce que, sans être allés à Mycène ni ailleurs, ils ont ouvert les yeux et vu partout autour d'eux la droite, la courbe et l'individu.
« 1° Prévalence de la décoration géométrique : 2° Prévalence du goût de la symétrie sur celui de la forme vivante, de la logique sur l'imagination ; 3° Goût pour l'emploi des couleurs vives, d'où la ferronnerie de Bibracte, les cabochons de corail qui décorent les objets métalliques de la Champagne, les perles d'ambre et en pâte de verre multicolore ; 4° Goût pour le travail ajouré, très frappant dans les beaux ornements de bronze provenant des nécropoles de Chassemy, dans l'Aisne, de Somme-Bionne, dans la Marne, etc. ; 5° Tendance à la stylisation, c'est-à-dire la transformation de la forme humaine en fioritures, en motifs de décoration ». Il n'y a rien dans tout cela qui soit particulier aux Gaulois, qui permette de reconnaître certains ouvrages et de les leur attribuer. Le lieu de la trouvaille pourrait, au premier abord, paraître une indication décisive, mais outre que le hasard des fouilles peut amener la découverte dans le sol de la Gaule d'une tombe anonyme renfermant un étranger enterré avec ses bijoux, ces bijoux eux-mêmes, les armes, les vêtements étaient l'objet d'échanges, de rachats, en sorte qu'ils peuvent se rencontrer en des lieux très éloignés de celui où ils furent fabriqués. Les voyages, le commerce, la guerre, les invasions, les exodes de peuplades ont tellement brouillé les témoins de ce lointain passé que les poteries et les verres, dont la fragilité semblerait favoriser une fabrication rapprochée, se rencontrent parfois à des distances considérables de leurs ateliers de fabrication probables. Si on compare un grand nombre de collections, on constate des différences si vagues entre les pièces dont elles se composent qu'on n'aperçoit pas de raison valable d'attribuer les uns de préférence aux autres à telle ou telle peuplade. Tous présentent plus ou moins la décoration géométrique, tous négligent la figure animée, humaine ou animale, parce qu'elle oppose à leur inhabileté des difficultés presque insurmontables. Gaulois, Germains, Barbares, de toute provenance, semblent de même ressentir un goût très vif pour l'orfèvrerie et la verroterie cloisonnée et si les Gaulois n'avaient pas attendu les envahisseurs pour pratiquer cette ornementation, ils n'ont pu dans la suite que rivaliser d'adresse dans les procédés avec ces orfèvres venus de très loin et très experts au sertissage des pierres dans les métaux. Les ajours peuvent-ils être considérés comme une particularité du goût et de l'art des Gaulois ? Mais n'est-ce pas plutôt une question d'économie qui suggère cette technique grâce à laquelle on épargne le métal employé avec le bénéfice de retirer une décoration non seulement sans rien ajouter mais en retranchant quelque chose. La stylisation n'est souvent, elle aussi, qu'un pis-aller et le résultat plus ou moins cherché de l'inexpérience. Quand on voit un objet informe, une sorte d'arbre branchu entre deux plantes, et qu'en remontant la série on arrive à Daniel debout, les bras tendus, priant entre deux lions accroupis, on se demande ce que la stylisation a pu avoir de voulu, si elle n'est pas le résultat imprévu de l'ignorance et de la maladresse. En somme, l'existence d'un art gaulois distinct n'est pas verifiable, ses produits n'étant pas suffisamment caractérisés.
L'art gaulois est rudimentaire. Point d'architecture ; des maisons de bois composées de troncs d'arbres rapprochés. Ni peintures, ni sculptures, mais des rayures plus ou moins malhabiles, pour décorer les ustensiles, simples entailles qui s'alignent, se croisent, se courbent et d'où sort, avec le temps, une décoration géométrique. Toutes les peuplades ont bégayé ce rudiment. Ce qu'on remarque, dans l'ornementation gauloise, à mesure qu'elle se développe et se complique, c'est l'adoption et la préférence marquée pour la spirale, les zigzags, les entrelacs, les stries, les lignes courbes, les S, la simple ou la double croisette, le swastica.
La spirale est fréquemment employée sur les fibules, sur des plaques de bronze ; un bracelet trouvé dans le tumulus de Montceau-Lambert se termine en spirales. — L'entrelacs (voir ce mot) abonde ; on le retrouve sur la céramique comme sur le métal, avec tout ce qui en dérive, nattes, chevrons, losanges et cercles emboîtés, recroisés, le tout parsemé de cercles, de points, d'étoiles. Les pointillés sont aussi fort appréciés ; on les emploie pour former des carrés, des cercles, des chevrons, quelquefois même ils sont creux, par exemple à Chassemy (Aisne), à Orgemont. — Les stries sont tracées avec une certaine finesse et forment tantôt des ondulations, tantôt des chevrons, tantôt des spirales ; on en trouve beaucoup d'exemples dans la collection Caranda. Le signe en S employé à la décoration des bracelets, des torques, des monnaies, on y pense voir un symbole dont on cherche d'ailleurs inutilement à déterminer le sens. Ce type a survécu à la conquête romaine, même alors son prestige ne s'évanouit pas entièrement. Il fut momentanément amoindri, mais il reprit ensuite un sérieux essor à la faveur du renouveau que les invasions franques ménagèrent aux coutumes et aux croyances d'autrefois. Le signe en S reçut alors de l'importance. La faveur reconquise par lui devint même si grande, qu'il put pendant quelque temps marcher de pair avec la croix du Christ. Le swastika ou croix gammée, symbole venu d'Orient, qu'après un long intervalle nous voyons reparaître dans les cimetières chrétiens de Rome. Les pauvres gens qui s'y sont fait enterrer n'ont pas oublié ce signe ancien et respecté et il leur a paru propre à représenter leur foi nouvelle. Des Gaulois ont partagé cette pensée. La roue est un symbole. Le Triskèle, autre symbole, est le signe en S qui se termine par deux S croisées.
Après la conquête romaine, l'art gaulois se conserva avec moins d'altérations au nord des pays arrosés par la Seine et par l'Oise, correspondant à peu près au Soissonnais. Par le midi de la France pénétrait l'influence orientale, gagnant de proche en proche depuis Marseille ; elle continue à s'exercer sur les objets mobiliers ; il faut l'influence de Rome pour substituer un art véritable et des produits industriels.
L'art gallo-romain. La conquête romaine apporta à la Gaule, entre autres bienfaits, la paix, les institutions et les arts qui en sont l'épanouissement naturel. Pour avoir été conquise et maîtrisée à l'heure où Rome possédait encore des forces vives, des vertus et des idées fécondes, il arriva à la Gaule ce bonheur inouï — sans doute providentiel — de prendre le gouvernement de l'humanité pour une suite Des si longue que nous n'en voyons pas le crépuscule. Vainqueurs et vaincus possédaient un réservoir si ample de tout ce qui fait vivre, que de leur rapprochement naquit cette source intarissable de civilisation qui a produit l'art roman et l'art ogival, puis que nous ne voulons pas empiéter sur des temps plus rapprochés de nous. Rome était usée, la Gaule lui succéda ; l'art gréco-romain s'y acclimata et y domina bientôt sans contestation possible. Mais parce que le génie gaulois était plus souple et, pour tout dire, moins formaliste que le génie romain, les influences orientales pénétrèrent cet art en train de se développer. L'art gallo-romain, dès son début, au temps d'Auguste, fut fortement imbu de l'influence alexandrine. Nous avons parlé déjà des colonies de Syriens répandues en Gaule (voir Colonies), mais c'est dès le début de notre ère que nous y rencontrons ces groupes d'Apaméens, d'Antiochiens, de Syriens et d'Égyptiens qui implantent des goûts de motifs, révèlent une technique dont l'art gaulois extrait le suc et relève les plus grands bénéfices. « Lorsqu'on étudie l'ensemble des œuvres gallo-romaines, — abstraction faite de celles de la Gaule Narbonnaise qui se rattachent plus étroitement à l'Italie, — on est frappé en particulier dans les bas-reliefs funéraires, de leur caractère réaliste, de la préférence des artistes pour les portraits, pour les scènes de la vie familière, du commerce, de l'industrie, à l'exclusion des scènes mythologiques et symboliques, qui ne se rencontrent qu'à titre exceptionnel. Cela est surtout sensible dans le Belgium, dans la vallée de la Moselle et de la Meuse ; les sculptures, comme celles des monuments d'Igel, d'Arlon et de Neumagen, ont paru attester l'originalité de l'art gallo-romain dans cette région ; mais il faut ajouter que les bas-reliefs du centre de la France et de l'Aquitaine présentent, en général, les mêmes caractères. Le peu national, n, p. 190 ; Musée de Saint-Germain, p. 29, 86, 87, 95, 102, 128, 130, 137, 151, 175 ; cf. G. Boissier, Le musée de Saint-Germain, p. 18 : Quelle n'est pas notre surprise de voir aussi, à une époque très reculée, sur les objets appartenant au mobilier funéraire de la Haute Italie ainsi que sur des autels païens de la Gaule ! Qui donc l'a porté des rives de l'Indus aux bords de l'océan Atlantique ? Hucher, Note sur l'Influence de l'art celtique et mérovingien, dans Bulletin de la Société nationale des antiquaires de France, 1873, t. XIII, p. 100. D'intérêt que les Gaulois romanisés trouvaient aux traditions mythologiques de la Grèce, l'importance qu'avait prise chez eux l'industrie, le commerce et l'agriculture pourraient être allégués dans une certaine mesure pour expliquer ces tendances, mais nous pensons que, là aussi, il faut invoquer, du moins à l'origine, une influence étrangère, et cette influence n'est certainement ni grecque, ni italienne, puis que les représentations de métiers sont également rares dans les monuments grecs et romains.
Aux épitaphes sculptées, on doit joindre les mosaïques et notamment celles de Pont d'Oly (Basses-Pyrénées), de Taron (au musée d'Avignon), de Narbonne, prouvent l'origine orientale de leurs auteurs.
Un facteur important dans l'art gallo-romain, fut le christianisme. C'est que l'art chrétien présque dès le jour du triomphe du christianisme s'ouvre largement à l'art oriental, syrien et byzantin. En Gaule, il a tout à refaire, car les quelques bâtiments d'églises élevés depuis l'évangélisation du milieu du Vème siècle ont tous péri par ordre de Constance Chlore, qui a préféré sacrifier les édifices pour sauver les fidèles. L'art rajeuni, renouvelé dès le VIe dans les oratoires, les basiliques des Gaules, ne s'affranchit pas tout d'un coup ; il se traîne encore longtemps à la suite des vieux modèles des catacombes qu'il reproduit indéfiniment sur les sarcophages. Il faut attendre que l'influence syrienne se fasse de plus en plus sentir pour amener des changements notables dans les conceptions esthétiques chrétiennes.
III. Sépultures gallo-romaines. — Au VIe livre de ses Commentaires sur la guerre des Gaules, César, parlant des mœurs des Gaulois, écrit « qu'il n'y avait pas encore longtemps que les esclaves et les affranchis qu'un homme de distinction avait aimés, étaient brûlés sur le même bûcher que leur ancien maître, » Ac paulo supra hanc memoriam servi et liberti, quod ab illis dilectos esse constabat, iustis funeribus confectis una cremabantur. Si cette coutume a existé avant la conquête romaine ce n'est assurément pas dans la Gaule Belge, car on n'en a jamais rencontré aucun indice. Au contraire, les découvertes si nombreuses pendant la seconde moitié du XIXe, ont fait la preuve que les Rèmes et les Suessions inhumaient leurs morts habillés, armés et parés, les chefs dans leur char de guerre, les femmes avec leurs boucles d'oreilles d'or ou de bronze, leurs fibules à ressort, leurs torques, avec pendeloques de bronze, de terre ou d'ambre. Dans leurs tombes prenait place une nombreuse vaisselle de terre fabriquée à la main, sans l'aide du tour, avec de l'argile séchée simplement au soleil ou très peu cuite. Ces constatations ont été faites principalement en Champagne et en Soissonnais où les fouilles ont été bien plus nombreuses qu'ailleurs. Le principal témoin pour la Normandie, l'abbé Cochet, cite il est vrai plusieurs découvertes de vases grossiers en terre renfermant des ossements humains incinérés, mais on ne peut, avec quelle que assurance, rapporter à l'époque gauloise que le cimetière des Moulineaux qui a fourni avec une urne cinéraire en terre grossière, une épée et une lance dont les formes ont beaucoup de ressemblance avec les armes trouvées en Champagne, dans les mêmes conditions. Il n'y a malheureusement aucun éclaircissement à retirer de l'Artois souterrain dont l'auteur parait avoir confondu les sépultures de l'âge de pierre et de l'âge des dolmens avec celles des Gaulois.
Si l'usage de l'incinération existait avant la conquête romaine, ce n'était probablement que dans certaines parties de la Gaule en rapports commerciaux avec les Romains. Ceux-ci incinéraient leurs morts et cet usage se propagea rapidement après la conquête, de sorte que, vers la moitié du Ier siècle, il était généralement adopté. Il n'y a donc aucune différence entre nos cimetières des deux premiers siècles et ceux du même temps en Italie. Une urne en verre, ou en terre cuite fabriquée au tour, renferme les restes de l'incinération ; (cendres du bûcher et ossements plus ou moins pulvérisés). On y trouve parfois les bijoux dont le mort avait été paré et que le feu a souvent déformés, et l'obole à Caron pour le passage du Styx. Autour de cette urne sont alignés des vases en terre, en verre, en bronze, quelquefois même en argent qui contiennent les débris des mets dont était pourvu le défunt pour son repas posthume. La poterie affecte des formes élégantes : la terre est blanche, grise ou rouge. La poterie rouge est vernissée, brillante et souvent décorée d'ornements et de sujets en relief. On remarque que l'estampille des fabricants imprimée dans la pâte avant sa complète dessiccation.
On rencontre ce type de sépulture dans toute la Gaule, y compris la Belgique Première et la Germanie Première. C'est celui qui est contemporain des premiers groupements de chrétiens qui n'ont pas laissé de traces monumentales autre que les inscriptions d'Aubagne, de Maguelonne et d'Autun. Si, comme c'est fort probable, ces premiers fidèles disséminés étaient déjà assez instruits de la discipline chrétienne pour soustraire leur cadavre à l'incinération, leurs tombes ont sans doute à tout jamais disparu et leurs ossements sont dispersés ou méconnaissables. Les sépultures, à incinération, au contraire, se retrouvent parfois groupées un grand nombre aux abords de villes, le long d'une voie publique, tandis qu'à la campagne on les trouve par petits groupes, à peu de distance des habitations.
Ce que nous avons comparé à un raz de marée, cette ruée périodique des populations sorties de la Germanie et s'abattant sur nos pays, venait anéantir à peu près De en siècle tous les efforts tentés, les travaux accomplis. Au Ve, la Gaule Belge comptait nombre de riches villas qui furent incendiées. Quand on fait des fouilles sur leur emplacement, on rencontre toujours sur le sol de chaque pièce d'habitation, les charbons provenant de la combustion des poutres, et des solives qui soutenaient les tuiles à rebords de la toiture. Si on trouve parfois quelques monnaies, il est très rare qu'elles dépassent le règne des empereurs qui vivaient au commencement du IIIe : s'il s'y découvre quelques monnaies du IVe, c'est que la villa ou métairie a été restaurée et cette restauration a pu être constatée plusieurs fois dans la maçonnerie de petit appareil qui constitue les murs des caves.
La première ruine des établissements romains correspondant, d'après F. Pilloy, à un changement notable dans les mœurs et les coutumes de la population qui ne semble plus être la même qu'auparavant. On dirait que la contrée ayant été dépeuplée par suite de guerres intestines ou d'invasions, une autre race est venue prendre la place de l'ancienne, car on ne voit aucune transition dans la nature et la forme des objets dont elle se servait. Ce qui distingue surtout la nouvelle population, c'est l'habitude qu'elle avait d'inhumer ses morts et ce qui vient appuyer l'hypothèse émise plus haut, c'est que rarement les cimetières à inhumations se trouvent sur les mêmes emplacements que ceux de l'époque précédente alors qu'on procédait à l'incinération. Il y a cependant des exceptions : ainsi à Caranda, à Sablonnières, à Breny (arrondissement de Laon, Aisne), M. Fr. Moreau a trouvé dans le même cimetière des incinérations et des inhumations ; mais celles-ci étaient postérieures aux premières, car on ne trouvait d'urnes cinéraires qu'entre les fosses à inhumations qui renfermaient en outre les débris de vases funéraires détruits en établissant la seconde sépulture.
Le mobilier funéraire des tombes diffère tout à fait suivant qu'il s'agit d'inhumation ou d'incinération. La poterie rouge vernissée (improprement appelée samienne) a complètement disparu pour faire place à une céramique dont les formes rappellent de loin celle qui était en usage pendant les siècles précédents, mais plus grossière. La poterie blanche est devenue très rare : elle est remplacée par une terre d'un jaune sale. Les vases rouges n'ont d'autre décoration que des dessins linéaires imprimés sur la panse, à l'aide de la roulette, et pour couverte, un vernis qui ne résiste guère au lavage. Ce qui domine, c'est la poterie grise rugueuse. Les vases à inscriptions bachiques deviennent assez communs. Par contre, la verrerie a fait des remarquables progrès et c'est surtout le verre soufflé souvent décoré de filets blancs ou polychromes qui domine, alors que les cimetières à incinération ne fournissaient en majorité que des vases de verre moules de formes lourdes, de teinte bleuâtre ou verdâtre. La bijouterie émaillée est passée de mode, ou bien les ouvriers n'avaient pas fait leur école, leurs produits sont remplacés par des bijoux de métal, or, argent, agrémenté de nacre, ou de bronze damasquiné, ou incrusté d'argent. Souvent les soies ont été ensevelis avec leurs armes, dont les formes rappellent celles dont se servaient les Germains et les Francs, et l'examen des squelettes fait voir qu'ils avaient dépassé la quarantaine, ce qui est un indice de leur qualité de cultivateurs au sol qu'ils exploitaient et non en activité de service.
À quoi doit-on attribuer cette radicale et subite transformation ? À quelle époque s'est-elle produite ? Si, avec E. Pilloy, on se reporte à la chronologie, on voit que dès l'époque des Trente tyrans, la Belgique a eu à souffrir beaucoup, non seulement des guerres intestines, mais de la part des envahisseurs Germains. En 262, Posthumius appelle les Francs qu'il oppose à Gallien ; en 277, Probus reprend sur eux soixante villes de la Gaule, mais il les y tolère par un traité. En 288, Maximien Hercule rétablit dans leurs privilèges les Laètes, associés aux envahisseurs d'Outre-Rhin et donne aux Francs des terres incultes dans la Germanie Supérieure. Sous Constantin, nouvelles incursions de barbares repoussées victorieusement, mais vers la fin du IVe, il se produit une nouvelle recrudescence d'invasions que les empereurs ne peuvent plus contenir. Dès lors ils sont obligés de composer avec les Francs qui forment la majeure partie des envahisseurs. D'ailleurs, les légions n'avaient plus qu'un nom ; elles étaient presque entièrement composées d'auxiliaires barbares auxquels on accordait des avantages refusés jusqu'alors aux légionnaires romains. C'étaient des Francs qui les commandaient, qui devenaient généraux d'année, commandants de la cavalerie des Gaules ; l'un d'eux, Magnence, se fit même nommer empereur.
Là se trouve la raison véritable de la profonde modification dans les mœurs de la population indigène, soumise depuis longtemps au joug des Romains et foncièrement jusqu'alors attachée à leurs usages. Les Laètes, les auxiliaires à qui, après leur congé, on accordait des terres à cultiver ou à mettre en valeur, s'étaient bientôt aussi romanisés par le contact et les mariages. Mais leur nombre croissant, leurs goûts, leurs mœurs n'avaient pas laissé que d'entamer la civilisation romaine : de nouveaux procédés industriels avaient été apportés, dont les résultats sont visibles sur le mobilier funéraire de cette époque.
Une autre cause contribuait à faire délaisser les incinérations, les chrétiens n'en voulaient pas entendre parler. Mais il ne semble pas qu'avant les dernières années du IVe, les chrétiens aient possédé en Gaule des cimetières distincts de ceux des païens. À Homblières, à Vermand, à Sablonnières, à Boulogne, des coupes de verre à sujets bibliques ou à inscriptions chrétiennes ont été trouvées dans des tombes certainement chrétiennes et qui furent néanmoins relevées parmi d'autres appartenant sans contestation possible à des païens, ce que témoignaient par exemple les oboles à Caron trouvées dans la bol nom breux vases dans lesquels on constatait la présence des restes des mets nécessaires au repas à faire sur les bords du Styx. Ces oboles et certains objets trouvés dans la bourse des défunts sont d'utiles indications chronologiques sur l'époque à laquelle les inhumations ont succédé aux incinérations et sur celle où les cimetières ont été abandonnés.
On donnait souvent aux morts pour le tribut à Caron la première pièce venue, mais on voit néanmoins apparaître dans les inhumations, les numéraux des empereurs qui ont régné pendant la seconde moitié du IVe, et le mobilier funéraire qui a le plus de rapports avec celui qui garnissait les sépultures par incinération. Par conséquent, les nécropoles du IVe sont excessivement rares, c'est donc une indication certaine que le mode de l'inhumation a succédé à celui de l'incinération, vers le milieu du Ve, et a suivi la ruée des peuples.
À Vermand, le pécule d'un soldat était composé de vingt-huit monnaies aux effigies de Claude le Gothique, Mariniana, Valérien, Probus, Tacite, Maximien Hercule et Constantin le Grand. Toutes les riches sépultures qui entouraient le tombeau militaire, aux armes si brillantes, possédaient comme obole à Caron, des aurei de Magnence et de Valentinien Ier. On sait qu'à Homblières, où, par suite de circonstances toutes particulières, les oboles à Caron étaient de l'empereur régnant au jour du décès, tous les empereurs depuis Magnence jusqu'à Honorius étaient représentés.
Or, ces faits s'éclairent si on les rapproche des dons qui avaient si appauvri la population, si déraciné ceux qui n'avaient pas péri, que les agglomérations franques ne succédèrent pas aux agglomérations galloromaines. En faisant choix de sites nouveaux, mais probablement peu éloignés de ceux qui avaient été saccagés, les nouveaux possesseurs du sol n'ayant que peu de chose à exploiter et à utiliser des exploitations rurales, étaient encore plus indifférents à choisir leur cimetière à la suite de l'ancien champ de repos. La religion ne pouvant être invoquée, il restait la commodité, la proximité. D'ailleurs, les signes distinctifs des sépultures du Ve, probablement en bois, exceptionnellement en pierre, avaient pu et même dû disparaître. Quand, par hasard, comme à Breny, Sablonnières, Caranda, les nécropoles réunissent des squelettes du même temps. C'est en 405 et 406 que le raz de marée (Suèves, Alains, Vandales) saccagea tout le nord de la Gaule, ne laissant partout que des ruines. Les cimetières manquent à cette date néfaste par la raison péremptoire que les Gallo-Romains, les Lètes, les vétérans auxiliaires et les colons avaient tous subi le sort commun ; ceux qui n'avaient pas succombé avaient été emmenés en esclavage. Cette situation va se prolonger jusqu'au milieu du Ve, vers le moment où Clodion le Ripuaire et Mérovée le Salien occupaient, de concert, tout le nord de la Gaule jusqu'à la Somme. Les Romains possèdent encore le sud de la Gaule Belge, mais d'une possession précaire, sans cesse menacée et qui laisse prévoir le moment prochain où elle va prendre fin.
IV. Sépultures franques. — En 496, la capitale franque est transportée de Tournai à Soissons, en 508 de Soissons à Paris ; il existe dès lors un grand royaume franc. Mais depuis un demi-siècle environ, vers 450, les cimetières francs s'agglomèrent et, précisément, sur des emplacements presque toujours différents de ceux des cimetières gaulois ; indice qui a son prix en ce qu'il montre que les ravages accomplis en 405 et 406 ont emporté les cadavres des Gallo-Romains et des Francs, les deux cimetières sont bien distincts et on observe rarement des enchevêtrements.
On a fait longtemps usage pour désigner ces tombes du terme « mérovingien » qu'il est préférable d'abandonner. La langue historique ayant consacré sous ce nom la première dynastie, il serait puéril, et d'ailleurs tout à fait vain de prétendre y rien changer et nous étudierons ce qui a trait à cette dynastie sous le mot Mérovingiens. Mais la langue archéologique ne doit pas se soumettre à une classification que ni le temps ni l'usage, ni la vérité des faits n'ont consacré, et qui est impropre. Ni Mérovée le Salien, ni Clodion le Ripuaire n'ont pas plus l'un que l'autre conquis la Gaule et les peuples que gouvernaient Childéric et Clovis étaient des Saliens et surtout des Ripuaires. Nous descendons surtout des Ripuaires ; leurs cimetières ne sont pas mérovingiens, mais francs. Les bords du Rhin, la Thuringe possèdent des cimetières qui renferment un mobilier funéraire exactement semblable à celui que nous recueillons en Gaule ; il ne viendra à l'esprit de personne de leur donner la qualification de mérovingiens. La seule expression exacte est celle de francque et elle s'applique à tous les cimetières où dort la même population, qu'ils soient en France, aussi bien qu'en Belgique, en Angleterre ou de l'autre côté du Rhin. Les sépultures des Francs sont uniformément orientées d'ouest en est. Il ne faut cependant pas en conclure que leurs occupants fussent chrétiens ; dès le milieu du Ve, ils se tournaient vers l'Orient parce que leurs ancêtres, aryens, étaient adorateurs du soleil. Mais pendant l'été les tombes regardent le nord-est, pendant l'hiver le sud-est, et pendant les autres saisons l'orientation va presque exactement vers l'est. Les morts sont habillés, parés de bijoux, munis d'ustensiles de toilette, peignes, pinces épilatoires, d'objets d'usage tels que couteaux, ciseaux, perçoirs, clefs, briquets, pierres à feu, etc. Les hommes sont tous soldats. Les chefs portent l'épée et sont munis de leur bouclier ; les inférieurs tiennent dans le bras droit la hampe de la framée dont le fer est tourné, tantôt vers la tête, tantôt vers les pieds. La francisque est attachée à la ceinture ainsi que le poignard. Rien ne vaut comme illustration la tombe typique du Franc de Selzen, dessinée par Lindenschmidt et reproduite plusieurs fois par l'abbé Cochet (fig. 4621, n. 1). Les Francs apportaient une extrême attention au choix de l'emplacement de leurs cimetières, toujours placés à quelque distance des habitations. Ils sont généralement situés sur un terrain calcaire ou sablonneux, légèrement en pente et bien exposés aux rayons du soleil. La règle, c'est que les nouvelles sépultures s'ajoutaient aux anciennes par rangées et en descendant. E. Pilloy dit avoir constaté maintes fois ce fait dans le département de l'Aisne. Dans les terrains plats, c'est souvent la partie centrale du cimetière qui est la plus ancienne, les tombes s'ajoutant les unes aux autres en allant du centre à la circonférence du cercle qui limite la métropole. Grâce à des fouilles nombreuses, le même archéologue a pu arriver à distinguer d'une façon certaine les plus anciennes sépultures de ces cimetières de celles qui les ont suivies. Ce qui caractérise ces premières, dit-il, c'est, d'abord, l'extrême rareté des cercueils de pierre qui plus tard deviennent très communs. Quant au mobilier funéraire, c'est, pour les hommes, la présence de la framée, du bouclier et de la francisque, armes qui furent abandonnées, comme nous le verrons plus tard, dès le VIIe. Ils sont habillés d'une tunique de peau lacée sur le devant au moyen d'une cordelette ; et, pour faciliter cette opération, chaque homme était muni d'une grosse aiguille ou passe-lacet de bronze, que l'on a souvent pris, à tort, pour un instrument de toilette à l'usage du sexe féminin. Le ceinturon, assez étroit, en cuir, se ferme à l'aide d'une boucle ovale, épaisse, en bronze ou en potin, métal composé de cuivre, d'étain et de zinc que connaissaient les Gaulois, puisqu'ils en faisaient des monnaies. Pour les chefs, cette boucle était d'argent ou même d'or, elle était décorée de grenats taillés en table qui s'incrustaient à plat entre des cloisons. Le pommeau de la garde de leur épée, le fermoir de leur bourse recevaient une ornementation semblable dont le tombeau de Childéric, ceux de Pouan, d'Arcy-Sainte-Restitue, de Beauvais, ont donné de magnifiques spécimens. La bijouterie à l'usage des femmes présente le même caractère ornemental. La fibule en forme de S ou d'oiseau au bec crochu, de même que la fibule sont gravies au burin dans les intervalles que n'occupent pas les grenats, souvent posés sur paillons d'oreilles, les bagues, les épingles à cheveux terminées par une petite spatule, les bracelets, très simples et renforcés à leurs extrémités de corés de grenats. Enfin les colliers, où l'ambre est très commun, sont formés de perles de moyenne grosseur, en verre ou en pâtes colorées, et de très petits grains de verre soufflé ; on y voit assez fréquemment suspendues à l'aide d'un fil de bronze, des monnaies romaines de petit module (fig. 4622-4623).
Entre les deux pieds des morts de condition ordinaire, et quelquefois à leur tête, on trouve un ou deux vases de terre noire ou grise, rarement blanche ou rouge, à carène saillante et à pied et ouverture rétrécis : ils sont décorés sur la panse, d'ornements linéaires imprimés à la roulette. Chez les riches, ces vases funéraires sont remplacés par des flacons ou des coupes à pieds de verre, quelquefois décorées de filets d'un émail blanchâtre d'une extrême ténuité.
En se reportant à la description des cimetières gallo-romains, on voit que le mobilier funéraire des deux époques est si différent qu'il ne se prête à aucune confusion.
Il faut se garder d'attribuer aux Francs ce qui ne peut leur appartenir. On a dit plus haut que jusqu'au milieu du Ve, les Sicambres n'avaient pas encore pénétré jusqu'à la Sambre, que dès le milieu du Ve jusqu'à la fin du VIe, la Belgique actuelle est couverte presque partout de Francs. Il s'agit là d'une occupation assez pacifique et d'un envahissement de proche en proche plutôt que d'une invasion avec tout ce que ce mot évoque de violence. Dans ces conditions et pendant cette période, il s'est formé graduellement sur le sol de la Belgique un peuple composé d'éléments divers, sortis de la même souche teutonique et où l'élément romain reste nombreux et agissant. Au cours de cette période, les commencements du VIe furent troublés par la ruée des Suèves, Alains et Vandales, suivis à quelques années de distance par les Ripuaires qui s'implantent en Thuringe et s'y affermissent ; mais il n'est pas admissible que les sépultures retrouvées à Furfooz, à Spontin, à Samson et à Steinfort appartiennent à ces Ripuaires. Ces quatre cimetières, en effet, ont donné un mobilier funéraire exactement semblable à celui d'Abbeville (Homblières), de Vermand, de Boulogne-sur-Mer, de Caranda, de Sablonnières, de Chouy, de la Villa d'Ancy, de Saint-Quentin, de Reims, d'Amiens, de Misery-sur-Somme, de Chevincourt (Oise), etc., où s'affirment les IVe et Ves. Or, il n'y avait pas encore de Francs établis en France à cette époque. Il faut donc que ce soient des Gallo-Romains ; ce que confirme le style franchement romain des objets exhumés. Ainsi donc Furfooz, Spontin, Samson et Steinfort étaient habités au IVe par des Gallo-Romains ; s'il s'y trouvait des Ripuaires, ils n'avaient pas encore d'établissement assez fixe et de produits assez caractérisés pour qu'on le puisse reconnaître.
intermédiaire, qualifiée assez justement de franco-romaine, coïncide avec le VIe, et se trouve particulièrement bien représentée par les quatre cimetières fouillés dans le Boulonnais entre 1860 et 1866. Un ne se contente plus d'une fosse ni d'un cercueil de bois. On fait usage communément d'un cercueil de pierre. La population, remarque à ce propos J. Pilloy, a plus d'aisance, de fixité, elle peut lui offrir plus de sacrifices pour donner une dernière demeure impérissable à ses morts. En même temps, la forme se modifie : les cercueils ne sont plus rectangulaires, ils se rétrécissent vers les pieds. Les dalles de couverture prennent en forme de toit. L'armement des guerriers s'est modifié, avait observé que l'armement des soldats ne ressemble plus à celui des guerriers de l'époque précédente ; ils comptent dans leurs rangs beaucoup d'hommes qui portent l'arme à peine si chez nous on rencontre encore quelques rares exemples de l'emploi de cette arme. En effet, observe J. Pilloy, « d'abord la francisque disparaît presque complètement, le umbo du bouclier est inconnu, la lance et les flèches sont une exception ; seul, le scramasax persiste, mais, en revanche, il prend des dimensions inusitées ; souvent, il a plus de 0 m. 60 de longueur. L'épée se voit aussi, mais très rarement ; sa forme n'a pas varié. Au lieu de ces boucles ovales ou arrondies, en bronze ou en potin, munies de tenons cordiformes d'attache ou de ces plaques-boucles triangulaires allongées, où la boucle fait corps avec la plaque, ils ont, comme les femmes, de grosses boucles en fer ou en acier avec plaques, contre-plaques et quelquefois appendice carré, le tout orné de clous à tête saillante. »
Pour les femmes, la bijouterie est complètement différente de ce qu'elle était au VIe. « Les femmes ont des fibules le plus souvent polygonales, quelquefois circulaires, dont le fond, partie résistante ou se voient à l'arrière les tenons destinés à l'épinglette qui attachera les vêtements, est ordinairement en bronze ; mais sur cette platine est fixée une plaque très mince d'or ou d'argent, souvent bombée au centre où brille un cabochon presque toujours de verre bleu ; dans le champ sont disposées par 3 et 6 ou 4 et 8 des bâtes, affectant généralement la forme triangulaire, mais quelquefois présentant celle d'un cercle, d'un quatre-feuilles, d'une amande, dans lesquelles sont sertis des grenats taillés en table ou bien des verres de couleur jaunes ou verts reposant comme à l'époque précédente sur des gaufrures d'argent... Pour rendre le bijou plus chatoyant, ce qui est resté libre dans le champ entre les bâtes est littéralement couvert de filigranes affectant toutes les formes possibles, mais où cependant domine le cercle, l'S, l'arc de cercle terminé par deux enroulements, la torsade, etc. »
Le même procédé est employé pour l'épingle à cheveux, pour les pendants d'oreilles. Nous assistons à l'alliance de la forme circulaire (pour les fibules) et des verroteries, associées au filigrane romain. Autre indice important, les grandes fibules digitales ont disparu complètement de même que les broches ornithomorphes. « La forme des grains de collier a aussi varié ; on ne trouve plus de ces perles minuscules dorées ou argentées à l'intérieur, assemblées par trois et quatre, pas plus que celles affectant la forme d'un long et étroit cylindre, elles sont toutes plus grosses, plus variées de formes et de couleurs ; le verre devient bien plus rare pour faire place à la pâte céramique ou émaillée ; la proportion des perles d'ambre ou plutôt de résine purpurine augmente de plus en plus. »
Autre changement pour l'agrafe de ceinture. Les petites boucles ovales ou carrées de la première époque disparaissent pour faire place à d'énormes boucles généralement en fer, auxquelles sont jointes des plaques allongées de même métal et fixées au cuir à l'aide de tenons. Souvent, la ceinture porte une seconde plaque semblable à la première, mais du côté opposé à la boucle. « Ce qui distingue ces garnitures de fer, c'est qu'elles sont presque toujours revêtues d'une damasquinure ou plutôt d'un placage d'argent découpé artistement en milliers de linéaments, quelquefois accompagnés de bronze et plus rarement d'or, ou apparaissent les prémices d'un art nouveau, dont l'entrelacs sera le dernier mot. Aux dents de loup franques viennent se joindre les grecques classiques, comme aux émaux cloisonnés sont venus s'allier les filigranes romains. »
À cette même époque appartiennent les rouelles ajourées placées sur le côté gauche des femmes franques pour suspendre la trousse ; la bague, ordinairement en bronze, souvent munie d'un large chaton avec cabochon de faux saphir ou de strass, remplaçant le cloisonné de l'époque précédente, ou encore offrant des dessins en creux ou des monogrammes. « Les élégantes avaient enfin aux pieds des petites plaques-boucles avec contre-plaques qui rappelaient dans de moindres dimensions celles de la ceinture. »
La poterie ne conserve plus aucun caractère romain, c'est la forme dite à carène qui prédomine. « Chose singulière, c'est lors que nous reconnaissons avec certitude l'influence de cet art dans la bijouterie que nous le voyons disparaître d'un autre côté. »
Enfin, la verrerie devient aussi rare qu'elle a été relativement abondante à la période précédente.
VI. Sépultures carolingiennes. — Longtemps les fouilles faites dans les cimetières ont été conduites avec si peu de méthode qu'on semble avoir suivi la même inspiration qui guidait les dévastateurs des catacombes romaines : découvrir des tombes pour les dépouiller et faire collection d'objets divers : armes, vases, bijoux.
Au manque de méthode qui caractérise les fouilles et les font ressembler à des dévastations organisées, vient s'ajouter la confusion existant dans les inhumations. Au VIe, on enterre fréquemment dans la partie des cimetières déjà occupée par des tombes des siècles précédents, celles-ci à leur tour, ont été bouleversées par des inhumations du IXe et Xes.
Au cours de nombreuses fouilles dirigées avec autant de science que de méthode, Ed. Pilloy eut la satisfaction de rencontrer des cimetières qui ne remontaient pas au delà de l'époque carolingienne et d'autres où l'ordre primitif n'avait pas été troublé, tels étaient notamment les cimetières de Montigny-en-Arrouaise, de Grugies et de Pontru (arrondissement de Saint-Quentin).
Si on figure l'étendue totale d'un tel cimetière, par un rectangle, on pourra le sectionner ainsi :
Ainsi qu'on l'a dit plus haut, la 3e zone, celle qui correspond au VIe, offre un mélange assez intime des deux sortes de mobiliers ; on le sent, plutôt qu'on n'y voit, une transition continue de la première à la seconde civilisation dont les caractères ne sont bien tranchés que dans les périodes extrêmes. Dans la cinquième zone, qui correspond au IXe, on trouve encore par-ci, par-là, une inhumation habillée et parée : quelquefois encore, les femmes ont été enterrées avec leur bague ; on trouve également sur la poitrine ces épinglettes à doubles crochets qui remplaçaient quelquefois les fibules et parfois, aussi, un vase funéraire. Mais avec le Xe, il n'existe absolument plus rien dans les tombes que le squelette.
Le cimetière de Wancennes (province de Namur) a d'abord reçu les guerriers à épée et à francisque ; ce sont les Francs de l'époque de l'occupation ; leurs femmes sont parées de fibules où le grenat taillé en table est serti dans des cloisons d'or, d'argent ou de bronze, mais ensuite apparaît un mobilier sévère et pauvre, c'est celui des derniers arrivés, les paysans carolingiens qui, n'ayant plus les ressources que la rapine procurait aux Francs, doivent se borner à vivre maigrement de l'élevage et de la culture et ne peuvent donner à leurs femmes les riches bijoux qu'aimaient les femmes franques. C'est aussi l'époque où le scramasax est la seule arme des hommes qui ne sont plus tous soldats ; des fibules où une feuille de cuivre estampé et des morceaux de verre incolore imitent de très loin celles ornées de filigranes ou de cabochons dont se parent les femmes riches qui sont bien rares maintenant ; des plaques-boucles avec contre-plaques en bronze étamé, mais le plus souvent en fer, où s'étale l'ornementation des VIe et VIIes.
Donc, quand dans nos cimetières, nous voyons successivement disparaître les armes franques et la bijouterie cloisonnée, et apparaître, au contraire, les plaques et contre-plaques de ceintures de grandes dimensions qu'accompagnent le scramasax pour les hommes, et pour les femmes les fibules où le filigrane s'allie au cabochon qui, à l'époque carolingienne, règne en seul maître sur les châsses, le mobilier liturgique, les évangéliaires, les vêtements sacerdotaux, etc., il faut pourtant bien en conclure que tous ces objets appartiennent à un même âge et sont les produits d'une même industrie.
VII. L'art et le mobilier funéraire des Francs. — L'étude des arts chez les Francs « est appelé à jeter un grand jour sur les migrations de ces peuples. On trouve, en effet, chez eux, un style composé en partie de traditions dont il faut rechercher l'origine et les influences dans les nombreuses étapes qu'ils ont parcouru depuis les confins de l'Asie et les bords de la mer Caspienne, jusque dans nos contrées. Ainsi le style des ciselures et des damasquinures de certaines boucles est évidemment asiatique : nous retrouvons l'analogue dans l'ancien art persan. Les bijoux d'or avec un sertissage de pierres précieuses et filigranes appartiennent à un art industriel dont la patrie se trouve, croyons-nous, aux abords de la mer Noire. Les serpents, les oiseaux fantastiques, nous rappellent le Nord et la Scandinavie. Si la forme, dans leurs vases en poterie et en verre, se ressent quelquefois du contact des Romains, le décor y reste complètement étranger. Il est important de remarquer que dans les contrées occidentales où les Francs s'établirent, leur influence se fit sentir dans l'ornementation et la sculpture décorative pendant toute la période romane : elle ne disparut qu'à la fin du XIIe, lors que les artistes cherchèrent leurs modèles dans la nature et particulièrement dans sa flore ». D'autre part, on ne saurait trop se tenir en garde contre les confusions possibles qui naissent du mélange des populations. La présence d'un cimetière dans un lieu occupé jadis de façon certaine par telle peuplade n'emporte pas nécessairement la présence de produits artistiques de cette peuplade. Voici par exemple le cimetière de Charnay (Saône-et-Loire). H. Baudot apporta un soin et une perspicacité louables à l'exploration, mais pour avoir négligé de cataloguer soigneusement au fur et à mesure de l'ouverture le mobilier funéraire de chaque tombe, il a rendu impossible la distinction entre objets, la comparaison des ensembles, leur attribution à une peuplade déterminée.
Qu'il y eut à Charnay des Burgondes, on n'en saurait douter ; les grandes plaques de fer oblongues, plaquées d'or ou d'argent, munies de boucles bombées et d'énormes ardillons en font foi ; mais il y a aussi des Francs à préciser : une station de Francs Saliens : mais il est nécessaire d'observer qu'il y eut ici plusieurs couches de sépultures, ce qui indiquerait l'occupation assez longue de cette position par une tribu franque pendant plusieurs générations. Les armes sont peu variées, le style des boucles et plaques de fer damasquiné est absolument analogue à celui des agrafes franques des premiers temps rencontrées en Belgique, dans le nord de la France et sur les bords du Rhin. Il est en outre remarquable que le cimetière de Bel-Air, où les anthropologistes voient des restes de Burgondes caractérisés par les mesures des crânes recueillis, n'a donné, au point de vue archéologique, que des objets francs et non burgondes.
Bassecourt, dans le Jura Bernois, nous offre un exemple de cimetière franc. Les agrafes et plaques de ceinturon sont nombreuses, presque toutes en fer plaqué et damasquiné d'or, d'argent ou de fils de laiton, ou bien en fer mat à bossettes de bronze. Elles rappellent, soit par leur forme, soit par leur décoration, les pièces de même genre rencontrées en Belgique (musée de Namur), en Lorraine (musée de Nancy), en Rhénanie (musées de Mayence, Trêves et Bonn).
VIII. Trois cimetières francs excentriques. 1° Bassecourt. — Ce cimetière, situé près de Délémont (Jura Bernois), fut découvert en 1876, exploité sans méthode, en sorte que beaucoup d'objets ont dû être perdus, ce qui subsiste, — un millier d'objets environ — est conservé au musée du collège de Délémont, au musée de Berne et au musée historique de Bâle. Beaucoup d'urnes, par conséquent beaucoup de guerriers, mais aussi beaucoup de tombes féminines. L'angon, seul, n'a pas été rencontré ; par contre, on trouva une épée de dimension moyenne, deux umbos de boucliers, vingt-cinq scramasaxes de forte taille atteignant jusqu'à 0 m. 70 et 0 m. 73 de longueur, sur 0 m. 054 et 0 m. 057 de large ; de gros couteaux et des poignards ; une dizaine de haches du type dit francisque, quelques-unes à large tranchant en croissant, des lances de formes variées, dont plusieurs fort élégantes ; quelques pointes de flèches massives et à hameçon, un coutelas à douille, rappelant celui de Charnay, et un trident représentent l'arsenal de cette colonie franque.
Les agrafes et plaques de ceinturon sont nombreuses, presque toutes en fer plaqué et damasquiné d'or, d'argent ou de fils de laiton, ou bien en fer mat à bossettes de bronze. Elles rappellent, soit par leur forme, soit par leur décoration, les pièces de même genre rencontrées en Belgique (musée de Namur), en Lorraine (musée de Nancy), en Rhénanie (musées de Mayence, Trêves et Bonn). Les boucles et plaques de bronze sont rares, une seule est remarquable ; elle mesure 0 m. 215 de long sur 0 m. 08 de large et sa décoration fort simple se rencontre plus particulièrement dans les régions occidentales de la Gaule, dans le Maine, l'Anjou, la Touraine. La forme carrée, rectangulaire, quelquefois arrondie de ces plaques de fer, ainsi que leur ornementation par la damasquinure, accusent la technique des Francs de la première époque, principalement les Saliens (voir des agrafes presque semblables dans les musées de Namur, Charleroi, Nancy, Mayence, Trêves, Bonn). La fibule est rare à Bassecourt ; peut-être aura-t-elle tenté plus que les autres pièces, la cupidité. La fibule digitée y est inconnue : une seule fibule circulaire s'est conservée ; elle est en fer, revêtue d'une feuille d'or, rehaussée de filigranes et de verroteries de couleur bleu et de nacre. M. Barrière-Flavy qui l'a fait connaître est peu fixé à son sujet ; elle est, dit-il en 1898, de style germanique et, en 1901, elle appartient au type byzantin.
Les colliers sont au nombre d'une trentaine, peut-être trente-deux complets, formés de grains de pâte colorée ou incrustée, de pierres polies, de pâtes de verre veinée ou striée de teintes grenat, bleu, vert, jaune ou briques. Le verre souillé est rare, ainsi que la couleur rouge. Des morceaux d'ambre, mais pas de grains émaillés, brillent dans les parures des tombes. Toutes les tombes étaient en terre libre ; C. Barrière-Flavy, Un cimetière de l'époque des invasions barbares dans le Jura Bernois (Suisse), dans Bulletin archéologique du Comité des travaux historiques, 1898, p.
Les boucles d'oreilles, légères et gracieuses, font ressouvenir des bijoux de ce genre trouvés dans les cimetières francs de Belgique, notamment celui de Wancennes.
Des épingles à cheveux en bronze doré, des bractéates d'or avec filigranes de même.
La poterie ne comporte que quelques spécimens, vases rouge pâle ou grisâtre s'éloignant des formes franques et se rapprochant plutôt de la forme burgonde. Bien dans les agrafes, pas plus que dans la bijouterie et la céramique, ne peut être rapporté aux Burgondes sur la frontière desquels on se trouverait ici.
« Toute cette région qui, au sud de Bâle et à l'est de Délémont, s'étend presque en ligne droite jusqu'à la frontière française et même au-dessous de Montbéliard, est semée de nombreuses stations inexplorées dont quelques objets recueillis de côté et d'autre concourent à témoigner d'une occupation franque. On a pu noter ainsi trois ou quatre groupes de cimetières qui correspondent à autant de cantonnements francs sur la frontière bourguignonne. Ce sont, entre Bâle et Délémont : Laufen, Walhen, Liesberg ; à l'ouest de Délémont : Develier, Courfaivre et Bassecourt ; au-dessus du grand coude du Doubs : Frégiécourt, Villars, Courgenay, Aile ; et, plus au nord Beurnevesain ; enfin, au sud-ouest de Porrentruy, près de la frontière française : Cheveney, Grand-Fontaine et Danevant. « Les sépultures nombreuses rencontrées dans le Jura, à droite et au nord-est de la ligne tracée par ces localités, ont restitué des pièces absolument franques. » La fixation de la frontière par les seuls témoins archéologiques serait assurément chose un peu aventureuse ; les textes historiques doivent être tenus en sérieuse considération, mais du moins est-il nécessaire de rappeler que l'archéologie, doit être entendue et son témoignage pris en considération. Les occupations barbares ont eu des remous fréquents sur lesquels nous n'avons à peu près pour nous guider que les résultats des fouilles. Boger de Belloguet, reste fort en deçà de la limite tracée par C. Barrière-Flavy, dont A. Jahn se rapproche plus dans sa carte du royaume burgonde à l'année 517 ; enfin, G. Meyer von Knonau et Sal-Vcegelin indiquent approximativement une frontière se rapprochant de celle de l'archéologie, qui inviterait à admettre qu'après avoir longé le Doubs depuis Saint-Hippolyte environ jusqu'à Saint-Urzanne, elle décrivait une courbe au-dessus de Bassecourt, rencontrait la Birse qu'elle suivait jusqu'au passage de Pierre-Pertuis. De là, la limite glissant sur la haute crête de Jura s'avançait vers le nord-est jusqu'en aval de Soleure, où elle allait se confondre avec le cours de l'Aar ( ?).
2. Bel-Air. — La colline de Bel-Air se rattache aux dernières ondulations du Jorat, situé au midi de Chéseaux-sur-Lausanne (canton de Vaud) ; elle est séparée du village par un ruisseau qui l'entoure à moitié. Dès longtemps, le soc de la charrue heurtait les dalles des tombes et les laboureurs en avaient bouleversé un si grand nombre qu'on ne croyait pas qu'il s'en put trouver encore. Cependant les fouilles reprises depuis 1838 en ont rendu au jour, au moins trois cents -. « La découverte de monogrammes mérovingiens et de dix monnaies de Charlemagne ne laisse aucun doute sur l'âge des sépultures déposées du Ve au IXe de notre ère ». La longueur moyenne des tombes est de 6 pieds vaudois sur 2 ( = 1 m. 98 sur 0 m. 66) et leur orientation est du nord-ouest au sud-est '. La nature du sol et la disposition de ces tombes en plusieurs couches apportent quelque variété dans la construction ; de plus, la décomposition augmente en raison directe de la profondeur de l'inhumation, au point qu'il ne reste que quelques traces insaisissables de grandes pierres brutes, plates et schisteuses, posées de champ, deux ou trois composent le couvercle ; quelquefois, le fond est plaqué, et toujours la terre a comblé le vide. Parfois des murs sans ciment ou des pierres informes remplacent les dalles : trente-quatre ont été taillés dans un banc de roc recouvert à peine d'un pied de terre. Les autres ne présentent pas de particularités. Objets divers trouvés dans les tombes de Bel-Air. D'après Fr. Troyon, dans Mittheilungen der antiquarischen Gesellschaft in Zürich, 1841, 1. i, pi. n, m.
Mes des squelettes de la couche la plus inférieure ; en outre, la superposition des couches est loin d'être parallèle ; dans la couche supérieure, situés à deux ou trois mètres dessous de la surface du sol, sont formés en majorité un squelette couché à terre libre. Dans les deux couches inférieures, qui ne dépassent pas les dalles ni les pierres n'ont entouré le cadavre qui, couché nu, les bras longs du corps, les pieds tournés vers l'Orient, dure de l'époque romande, 1868, t. jcxv, p. Débris non romains des premiers âges jusqu'à Charlemagne ; enfin, Fr. Troyon, I Bel-Air, prié Lausanne, dans Bei guère d'autres positions. Une seule fois les bras sont croisés sur la poitrine, quelquefois les mains sont rapprochées ; les guerriers posent la main sur la poignée de leur arme. Les débris osseux sont tellement friables que les crânes eux-mêmes tombent en poussière, parfois quelques traces révèlent seule la présence d'un squelette. Beaucoup de sarcophages ont été ouverts à différentes reprises. C'était un capital en réserve qu'un sarcophage et lorsqu'un temps jugé suffisant s'était écoulé, on y revenait, on balayait les ossements desséchés dans un coin pour faire place à un nouveau cadavre, quelquefois on refoulait dans une niche couverte d'une pierre plate les débris humains, ou bien on se contentait d'étendre le nouvel occupant sur ce qui restait de son prédécesseur. Et cette pratique toute seule suffit à montrer le chemin parcouru depuis l'époque où les fidèles imposaient une amende à celui qui poserait un cadavre par-dessus le leur.
Environ la moitié des tombes renfermaient des armes, des agrafes, des boucles, des anneaux, des colliers, des vases et d'autres ornements en métal, en terre cuite ou en verre.
Les armes sont des coutelas en fer, larges, forts, pointus et tranchants d'un côté. Ils reposent ordinairement, ils ne se rencontrent pas avec les armes ; ils consistent en grains de terre cuite, d'émail, de verre de couleur. Vers les pieds du défunt se trouve le vase sépulcral fait d'argile grise et jaunâtre, évasé au sommet, quelquefois pourvu d'une anse et d'un goulot ; les vases en pierre ollaire, faits au tour figurent un cône tronqué renversé ; deux vases, en verre, ont la forme d'une petite bouteille et d'une coupe arrondie à sa base. Enfin, on a trouvé des épingles à cheveux, une fibule, des ornements de fourrures, une petite mosaïque sur bronze, des clefs en fer, des peignes en os, des ciseaux à ressort, un croissant en argent, des verroteries, des silex informes et un fragment de quartz (fig. 4625).
Ce qui est plus important à constater, c'est que l'art, le nombre et la richesse des mobiliers funéraires témoignent d'un développement de civilisation. Dans la couche inférieure ce sont les boucles qui prédominent. Le bronze s'y rencontre plus souvent que le fer ; les coutelas et les grains de collier sont moins nombreux et moins bien travaillés que dans la couche supérieure. On y a découvert seulement deux agrafes en cuivre. La couche moyenne offre déjà la preuve d'un perfectionnement sensible. Les boucles commencent à se placer le long du fémur droit, par-dessus une lame beaucoup plus petite et conservent les traces de poignées de bois. Un fer de pique, une pointe de flèche en fer, deux en silex et une en os, appartiennent encore aux armes offensives.
Les agrafes, placées sur le côté droit du bassin sont composées d'une plaque, d'une boucle et d'un ardillon qui unit ces trois pièces. La plaque est, le plus souvent, carrée, ronde ou triangulaire, et ornée de rosettes ou têtes de clous, au nombre de trois, quatre ou neuf, qui présentent en dessous de forts tenons destinés à entrer dans le cuir de la ceinture. L'ardillon est massif, et la boucle à peu près ovale. Des ciselures recouvrent les agrafes en cuivre, dont deux rappellent par leur étamage la métallurgie gauloise. Celles de fer offrent parfois des incrustations de lamelles d'argent ou de filets d'une finesse extrême formant des entrelacs divers et disposés pour les encadrements en lignes droites, parallèles, obliques, brisées. Plusieurs plaques du même travail ornaient souvent le même ceinturon.
Bien des tombes ne contenaient autre chose que des boucles, généralement ovales et munies d'un gros ardillon. Quelques-unes ont été coulées, d'autres portent des rayures et des disques. Les pendants d'oreilles sont grands et ronds et les bagues en argent ou en cuivre sont, pour la plupart, munies d'un chaton '. Les colliers semblent réservés aux femmes et ne sont pas destinés à recevoir une ornementation ; on rencontre les agrafes en fer, mais sans incrustation de filets d'argent. Sur une plaque de cuivre est gravé un quadrupède ailé à tête d'épervier. Deux médailles en bronze, malheureusement frustes, sont romaines. Les coutelas, les lames, les grains de collier, les silex, les débris divers et la pointe en os mentionnée, appartiennent encore à cette classe de tombes.
C'est dans la couche supérieure qu'on rencontre les pièces les plus remarquables. Les coutelas forts et acérés, accompagnés de petites lames et de débris de fourrures, les agrafes de bronze, ou de fer uni, les agrafes et les boucles de ceinturon avec damasquinure. Dans cette couche, seulement on rencontre des vases.
Parmi ces guerriers, une mère fut ensevelie avec son enfant couché sur son sein. Quelques tombes d'enfants montrent les souvenirs ensevelis avec eux, perles de verre, bague, fibule de bronze, clefs. Dans la tombe d'une toute jeune fille, un collier de quatre-vingt-dix perles. Dans la coiffure des femmes, on plantait des losanges d'argent avec des verres enchâssés. Dans un sarcophage de guerrier, on trouva un coutre de charrue, un éperon de fer sans mollet, une agrafe, un peigne en os, « les ciseaux à ressort, un poignard, un coutelas.
3. Charnay. — Voici un cimetière caractérisé et qui s'offre à l'étude dans des conditions particulièrement favorables. En 1829, H. Baudot vit à Charnay (arr. de Verdun, Saône-et-Loire), chez un paysan, un vase en terre noire différent des produits ordinaires de la poterie romaine. Bien d'autres vases avaient été trouvés au même lieu, ainsi que des ossements, des armes en fer, des bijoux, tout cela avait été ou brisé ou fondu ou détruit : un lame de sabre cependant, d'un fer plus pur et par conséquent moins oxydé que le reste, avait été transformée en instrument à l'usage du ferrement des chevaux : on en avait fait un cure-pied. Dès 1832, H. Baudot commença l'exploration et la commission archéologique de la Côte-d'Or attira l'attention sur les premiers résultats obtenus. On a raconté tant de fois qu'un passage de Chateaubriand avait éveillé la vocation historique d'Augustin Thierry ; on a si justement fait honneur à ce dernier d'avoir ressuscité l'histoire de nos origines nationales, qu'il serait injuste de ne pas rendre aux archéologues laborieux et modestes la très grande part qui leur revient pour servir à la réparation des parois des habitations. Au cours de cette exploitation, on rencontrait des vases de terre, parfois un vase d'argent. C'est moins un cimetière avec des sépultures alignées, qu'un champ d'inhumation où des défunts ont été enterrés isolément ou par groupes, tous dans le sol, sans sarcophage ni cercueil et plus ou moins profondément. Quelquefois, plusieurs corps sont rapprochés dans la même fosse, d'autres fois des membres épars sont enterrés isolément. Est-ce l'indice d'un champ de bataille ou bien, plus prosaïquement, est-ce le résultat d'un bouleversement de la couche supérieure de sable et de perturbations produites par d'antiques inondations. Plusieurs fosses creusées de quelques décimètres dans la couche inférieure de terre glaise, étaient plus régulièrement disposées.
La tête de certains squelettes reposait sur une pierre ou en était quelquefois entourée, comme pour la préserver du contact des terres qui devaient la recouvrir. L'une de ces pierres est creusée en gueule de four ; les autres, de formes très irrégulières, sont toutes striées et semblent avoir appartenu à d'anciennes tombes (fig. 4626). Les corps étaient généralement dans l'intérêt attaché depuis à des études que leurs découvertes, leurs rapprochements et leurs commentaires ont permis d'élever au niveau d'une science. Tout l'art et toute l'adresse des historiens se fussent rapidement épuisés en récits éclatants et vagues, si l'érudition n'avait soumis à une critique rigoureuse les textes dont elle lit sortir à peu près tout ce qui s'y trouvait caché et les monuments dont elle interrogea le mystère et confronta le témoignage pour y apprendre de quelle manière nos ancêtres avaient coutume de se vêtir, de combattre, de vivre. Avant l'abbé Cochet, et ses successeurs, H. Baudot avait entrevu la question et l'avait soulevée ; pendant plus de vingt années, il ne cessa d'explorer la nécropole, dirigeant les fouilles, observant, comparant, étudiant. « Mes observations, pouvait-il écrire, n'ont pas été faites à la hâte, en courant, j'ai tout vu, tout fait par moi-même, n'épargnant ni l'argent, ni le temps, ni la peine. Néanmoins les exigences en matière archéologique n'étaient pas, au milieu du XIXe, ce qu'elles sont devenues depuis et les objets exhumés se présentent à nous, dans un mémoire excellent, mais qui n'est pas exempt de confusion, » Cependant, nous avons à Charnay, le cimetière barbare dans lequel sont ensevelis Francs et Burgondes, un des plus intéressants à décrire pour l'étude du passé de notre nation.
Parmi une immense quantité de briques et de tuiles romaines éparses, se trouve le village de Charnay, et, à 200 pas du village, sur la droite d'un ancien chemin reliant la Saône au Doubs, on voit une langue de terrain vague, espèce de plateau longeant le chemin, qu'on nomme Champ-de-la-Velle. Le sol en est composé d'une couche de sable d'un mètre environ de profondeur, reposant sur un fond de terre jaunâtre, argileuse, très grasse, exploitée de temps immémoriaux ; quelques-uns semblaient avoir été déposés assis, les os friables à ce point qu'il était impossible de différencier les squelettes masculins des squelettes féminins ; aucun enfant.
Armes. — Les armes offrent en général peu d'originalité. Baudot a recueilli vingt et un umbos de boucliers dont un seul avait conservé les branches servant d'armature. Plusieurs de ces umbos ont été trouvés par couples.
Sabres et coutelas. C'est l'arme la plus commune, le scramasax ; plus fort et plus long dans les tombes riches. Lame droite à un seul tranchant, pointe effilée, soie longue qui montre l'existence d'une poignée forte. Les fouilles ont donné plus de deux cents coutelas. Le fourreau de l'arme se composait de deux plaques de bois minces rapprochées et maintenues par une bande de fer ou de bronze rabattue de charnière et fixée par de petits clous. Voici un exemple de l'un de ces fourreaux restitué à l'aide de débris ramassés dans trois tombes différentes ; il est orné d'une garniture en bronze (fig. 1627).
Épée. — L'épée est plus rare que le coutelas, Baudot en a rencontré une quinzaine à peine, et six lames seulement étaient entières, deux étaient munies de leur poignée terminée par un pommeau de forme triangulaire surbaissée (fig. 4628), la garde forme un ovale en terre. Il n'avait pas plus de 0 m. 095 pour se loger entre la garde et le pommeau. La longueur totale est de 0 m. 90 centimètres, avec 0 m. 90 centimètres de largeur et 0 m. 055 de épaisseur. Bourreau analogue à celui décrit par M. de Sévelinges, à Charnay, in-8, Paris, 1860.
Coutelas à douille. — Déjà décrit et figuré (voir col. 2211).
Fers de flèche. — Dix-neuf exemplaires ; plusieurs (fig. 4628). — Armes provenant de Charnay. D'après Baudot, Mémoires sur les sépultures barbares, pl. n et m.
à Charnay, et on peut considérer qu'elles désignent des tombes franques ; pas deux fers de lance n'étaient exactement semblables. Si la forme est la même, la longueur est différente d'un exemplaire à l'autre ; étaient réunis par groupes de deux, quatre, cinq, agglutinés par l'oxyde de fer. Leur forme est celle de lances losangées ; deux sont barbelés, tous ont une petite douille, quelquefois ouverte, le plus petit mesure 0 m. 22, le plus grand 0 m. 70. Tous sont munis d'une douille percée d'un œillet où s'engageait le rivet traversant la hampe, parfois le rivet porte une tête de cuivre, ronde et saillante. Un des plus petits fers de lance est orné de plusieurs filets circulaires placés au-dessus de la douille (fig. 4026). Fermée dans laquelle s'engageait le bois de la flèche. Les dimensions varient de 0 m. 065 à 0 m. 13.
Haches ou francisques. — Une vingtaine seulement : la plus légère ne pèse pas plus de 500 grammes, la plus massive atteint au poids de 1 500 grammes. La forme la plus commune à Charnay est celle dont le
Vêtements. — Du vêtement nous ne connaissons que les parties ornées par les mét aux, tout ce qui est tissu ou cuir a péri.
Petits couteaux. — Il tenait l'emploi du canif, servant aux mêmes usages de la vie quotidienne. On le rencontre souvent réuni au scramasax soit dans le même fourreau. On a trouvé une quantité de boucles de toutes formes, de toutes dimensions et de toutes matières : or, argent, bronze, potin et même en verre avec un ardillon de bronze.
Plaques de ceinturon. — Il y a de ces plaques d'une dimension déconcertante. Le P. Montfaucon plus versé au, soit agglutiné par l'oxyde de fer. La taille varie beaucoup.
Baudriers. — En tissu ou en cuir. Des ornements variés de forme décoraient le baudrier : c'étaient de petites plaques en argent, en tel en bronze doré, argenté ou étamé, plus ou moins saillantes, carrées, ovales ou rondes, unies ou gravées, portant au revers un petit appendice qui traversait le cuir ou tissu et y était maintenu soit par une goupille, soit par un rivet dans les antiquités classiques de la période transitoire, on a imaginé d'en faire une coiffure. À Charnay, telle plaque mesure 0 m. 42 en comptant plaque et contre-plaque ; la largeur est de 0 m. 09. Les grandes plaques sont carrées, un peu étroites, quelquefois arrondies à l'extrémité opposée à l'anneau. Elles sont plates, ou si imperceptiblement courbes qu'il serait impossible de les ajuster à un ceinturon qui épouse le contour de la taille ; plus probablement elles décoraient le baudrier. Ces larges plaques sont très richement ornées : le fer est revêtu extérieurement d'une mince feuille d'argent décorée de brisures, entrelacs, losanges, zigzags, enroulements, etc., toujours formés de deux manières, ou bien par un simple trait noir ou par deux traits parallèles entre lesquels court un pointillé. C'est un placage sur lequel on enlevait les parties avec un outil, sorte d'emporte-pièce. Quelques plaques, malgré ces ornements plats, présentent des sujets en relief léger, obtenus par pression ou par percussion. Malgré le relief, la feuille d'argent a partout la même épaisseur. Trois des plus belles plaques ont des grenats, non pas sertis, mais incrustés dans la plaque et retenus par un mastic blanchâtre encore visible. Parfois l'oxydation a fait sortir les pierres de leur cavité, Quelques plaques sont parsemées de petites bossettes en argent (fig. 4029). (Voir Ceinture.) Un ornement en argent ne sont retenus que par du mastic, une autre boucle présente à l'extrémité de la plaque une palme (fig. 4631) ; une autre, plus remarquable, la seule dorée, porte une bordure ornée de têtes de serpents.
Le système de charnières des boucles de bronze est identique à celui des plaques de fer, ce qui tient sans doute à ce que les unes étaient coulées et les autres forgées.
Bijoux. — La fibule était, chez les barbares, le bijou le plus apprécié. On en rencontre à Charnay de tous les modèles, de toutes les valeurs, depuis l'or massif orné de camées, jusqu'à la simple broche de fer. Nous ne pouvons que renvoyer ici au mot Fibule.
Les colliers sont représentés par vingt-quatre exemplaires ; pris un aspect terreux ; sauf des perles de verre transparent et d'émail, les grains en verre sont rares, ils sont bleuâtres et verdâtres, un seul était en cristal de roche.
À ces objets, qu'on ne saurait en vérité appeler bijoux, viennent s'ajouter des boutons demi-sphériques, des globules de cristal. Les médaillons, au nombre de neuf, sont plus riches et peuvent être rapprochés des fibules pour la matière et pour l'ornementation. Les pendants d'oreille sont rares ; un seul était entier ; ajoutons-y six épingles à cheveux toutes de même forme et exactement semblables pour la matière et pour le travail ; c'est une boule en métal évidée à l'intérieur, formée de deux parties semisphériques dont il est impossible d'apercevoir la jointure. Sans compter les grains isolés, c'est plus que l'abbé Cochet n'en a recueilli dans tous les cimetières francs de Normandie. Tous ces colliers étaient formés de grains d'ambre, de verre transparent, d'émail, de terre cuite taillée et non émaillée. La grosseur des plus petits grains peut être comparée à celle d'une forte tête d'épingle, et celle des plus gros à la grosseur d'une noix, en passant par tous les calibres intermédiaires (fig. 1632).
La forme est tantôt ronde, plate ou allongée comme un tube sectionné ; divers tronçons, d'autres ont la forme d'un baril, d'un tambour, d'un dé à jouer ou allongé, quel que soit le modèle. Les grains d'ambre n'ont pas de forme régulière, allongés, arrondis, coupés à facettes de la main ou avec un instrument tranchant ; sur un seul grain, un peu plus gros qu'une noisette, on paraît tracé à la pointe un quadrillage.
Aujourd'hui toutes ces parures jadis clinquantes ont pris un aspect terreux ; M. Deloche en utilise quelques-unes pour son étude sur la colombe.
Les anneaux sont au nombre de six, dont deux en argent, les autres en bronze. Sur le chaton de l'un, un oiseau qui semble un toucan ; lieux bracelets d'un onyx romain et trois fragments d'un bracelet en émail noir ou verre coloré par l'oxyde de fer. Un anneau de bronze y reste attaché auquel était peut-être suspendue une monnaie, une médaille en bronze à jour de 0 m. 09, brisée, une plaque découpée à jour de destination ; éliminer les clous, les ciseaux, les pilatoires, des éclats de silex, sans aucun briquet, qui se trouvaient dans les Comptes rendus et Mémoires, 1905, t. mu.
IX. L'archéologie barbare et franque. — Les peuples barbares et, plus que tous les autres, les Francs, trouvèrent dans le nord de la Gaule, une société assez ébranlée pour qu'il leur fut aisé d'achever sa destruction, ce qu'ils firent ; mais ils ne se bornèrent pas à détruire et ils ne détruisirent pas tout. Outre qu'ils respectèrent et adoptèrent dans beaucoup de cas l'organisation politique qu'ils trouvaient établie, ils conservèrent les usages adoptés, mais ils y mirent leur empreinte. A un art en pleine décadence, ils imposèrent le voisinage d'un art tout différent comme goût, comme technique et parfois comme application. A l'art architectural, ils n'avaient rien à opposer : la peinture et la sculpture leur étaient également étrangères, mais ce fut dans ce qui était journalier, individuel et pour ainsi parler, portatif, que les Francs substituèrent à un art mièvre et décadent des ouvrages parfois rudes et encore frustes, mais parfois d'une perfection achevée. Armes, bijoux, objets usuels, ornements de toilette, vêtement, mobilier devinrent les branches authentiques du nouvel art national, qui, à en juger par le nombre, la variété et la valeur de ses produits dut être vraiment populaire au meilleur sens de ce mot, c'est-à-dire que ses produits furent accessibles aux plus riches aussi bien qu'aux plus pauvres. Il a fallu d'innombrables fouilles, des milliers de pièces et des trouvailles inespérées pour convaincre tous ceux qui refusèrent jusqu'à l'évidence et même après l'évidence acquise, d'admettre la distinction éclatante entre un art gaulois, gallo-romain et franc. Cette notion même d'un art franc paraissait à la plupart une gageure ou une facétie en un temps où il était entendu que le nom d'art ne pouvait être accolé qu'aux ouvrages de la Grèce et de Rome.
De même que l'archéologie chrétienne repose, peut-on dire, tout entière dans les catacombes qui l'ont gardée à peu près intacte pendant une longue période Des, de même l'archéologie franque gît dans la première couche du sol. Tandis que les tombes des martyrs et des premiers fidèles ont eu beaucoup à souffrir de la dévotion indiscrète des uns et de l'avidité ignorante des autres, des tombes franques ont également rencontré deux ennemis : les violateurs, qui, à une date rapprochée de l'inhumation, détroussaient le cadavre ; les ouvriers qui, de nos jours, saccageaient les tombes avec une sorte de joie stupide. On ignorera toujours le chiffre des tombes détruites, dépouillées pendant les siècles du moyen âge et depuis la renaissance jusqu'à nos jours. La découverte d'une tombe devient trop souvent une sorte de partie de plaisir macabre. On tâte, on tripote, on joue, on brise sans souci du respect dû à ces vieux morts. L'hommage de respect que tout homme civilisé rend à un cadavre qu'on porte au cimetière, il s'en croit dispensé à l'égard du squelette, extrait de ce même cimetière. C'est à qui s'emparera d'un ossement, d'un vase, d'une monnaie, d'un débris quelconque. Benjamin Fillon a raconté comment fut « disputée » la dépouille d'une morte retrouvée intacte après plus de quinze siècles (voir Fontenay-le-Comte). La même scandaleuse exploitation avait signalé la découverte la plus fameuse de l'archéologie barbare, celle du tombeau de Childéric Ier, à Tournai, en 1653.
Cette découverte de Tournai a vraiment inauguré l'archéologie franque par le livre de Chiflet (voir ce mot) paru à Anvers en 1655, qui révélait la précieuse trouvaille. Après cela, l'archéologie barbare retombe dans l'oubli. Mabillon et les bénédictins avec leurs illustres émules, Du Cange, Baluze et quelques autres n'ont d'attention et d'estime que pour les mo- | Le silence se fait de nouveau, jusqu'en 1839. A cette date, Houben rapporte des découvertes faites à Xanten, dans le grand-duché de Luxembourg, avec une surabondance de détails qui provoquent parfois le soupçon. Cet antiquaire trop ingénieux se fit mystifier d'une façon plaisante (voir Seaux) et son ouvrage peut à peine être pris au sérieux. Mais désormais l'essor est donné. En 1841, Frédéric Troyon fait connaître les tombes de Bel-Air, près Chéseaux-sur-Lausanne, en 1844 et 1846, von Kaiser décrit les sépultures de Nordendorf, en Bavière, et Ch. Roach Smith publie le journal de fouilles de Bryan Faussett, intitulé Inventorium sepulchrale (1847). Ce furent alors coup sur coup, en 1847, la description des tombes fouillées au mont Lupfen, près Oberflacht (Bavière), par von Dürrich et l'étude de la nécropole de Fridolfing, sur la Salza (Basse Bavière), par W. Menzel, puis l'année suivante, un travail solide qui fit connaître les frères L. et X. Lindenschmidt, dont les fouilles à Selzen (Hesse Rhénane) révélèrent des tombes germaniques dont on ne saurait exagérer l'importance.
A partir de 1850, les travaux se succèdent et tendent à débrouiller, fil à fil, l'écheveau emmêlé de l'archéologie barbare. La progression suivie ne peut être mieux décrite que par rémunération des ouvrages principaux. Le Dr Rigollot d'Amiens ouvre la série par des Recherches historiques sur les peuples de la race teutonique qui envahirent la Gaule au V siècle (1850). Le mouvement archéologique prend aussitôt une grande activité en Angleterre. J. Yonge Akermann fait successivement paraître : Remarks on some of the weapons of the Celtic and Teutonic races, 1852 ; On account of excavations in an anglo-saxon Burial ground at Harnham-Hill near Salisbury, 1854 ; Remains of pagan Saxonism, 1855 ; R. C. Neville publiait les intéressantes découvertes, trop brièvement commentées, du cimetière saxon de Wilbraham, dans le Cambridgeshire (1852). W. M. Wylie faisait connaître le cimetière de Fairford dans le comté de Gloucester (1852) ; la même année, Th. Wright, donnait son livre : The Celts, the Romans and the Saxons et l'année suivante Ch. Roach Smith commençait la publication de ses Collectanea antiqua. En Suisse, Fr. Troyon étudiait bracelets et agrafes antiques (1852) pendant que H. J. Gosse et le Dr Gosse révélaient d'anciens cimetières trouvés soit en Savoie, soit dans le canton de Genève (dans Publications de la Société d'histoire et d'archéologie de Genève, 27 janvier 1853 ; 27 septembre 1855), et adoptaient une désignation particulière pour les sépultures barbares d'une région délimitée. De même qu'il y avait dès lors une archéologie saxonne, il y eut une archéologie burgonde.
En Belgique, on vit paraître des études sur les cimetières barbares auxquels s'appliqua le nom de franc ; cimetières des environs de Namur : au Tombois, aux En France, l'abbé Cochet (voir ce nom) fonde cette branche nouvelle de la science qu'est l'archéologie franque, explore de nombreux cimetières, écrit des articles, des brochures, des livres, parle, convainc, entraîne et laisse après lui mieux que des fouilles, que des collections, que des catalogues, que des livres ; il laisse une doctrine comme un Champollion, un De Rossi dans d'autres domaines archéologiques. La première édition de La Normandie souterraine est de 1851 : dès lors, pendant seize années, l'infatigable archéologue, fouille, compare, expose, complète ses premières études, précise ses précédentes trouvailles dans les Sépultures gauloises, romaines, franques et normandes (1857), le Tombeau de Childéric Ier (1859), une deuxième édition de La Normandie souterraine (1864) et La Seine-Inférieure historique et archéologique (1866). Un nouveau progrès est accompli : on abandonne à peu près généralement l'épithète mérovingien, pour adopter le vocable franc, lorsqu'il s'agit de désigner l'archéologie dont les monuments commencent à se classer d'une manière scientifique. A l'exemple, et parfois, sur l'impulsion de l'abbé Cochet, des publications isolées paraissent, dont quelques-unes ont un mérite durable : Dufresne fait connaître les sépultures gallo-franques trouvées en 1854 à Fareberswiller (Moselle) ; Danjou décrit les collections de Rue-Saint-Pierre entrées au musée de Beauvais (1856) ; Peigné-Delacour étudie le trésor de Pouan (1858) ; Morlet les cimetières des environs de Strasbourg (1864) ; H. Baudot fait paraître, en 1860, un Mémoire dont nous avons parlé sur les sépultures des barbares de l'époque mérovingienne découvertes en Bourgogne et particulièrement à Charnay, et l'abbé Haigneré laisse un travail consciencieux sur Quatre cimetières mérovingiens (encore) du Boulonnais, 1866. Un nouveau progrès indiqué, fut la délimitation d'une branche wisigothique dans l'archéologie barbare, proposée par Br. Dusan, en 1862 ; on n'y prit garde, et ce n'est que de longues années après qu'on y revint, grâce à Al. J. de Baye et M. C. Barrière-Flavy, mais le nom du moins, avait été prononcé. Pendant ces années on vit paraître, hors de France : De Bonstetten, Recueil d'antiquités suisses (1855), et Supplément (1868) ; Hasslins, Allgemeines Todtenfeld bei Ulm, 1860 ; Schaaffhausen, Ueber germanische Grabstätten am Rhein, 1868.
La renaissance des études, qui marque en France l'année 1866, va s'étendre à l'archéologie franque. Les fouilles dirigées par M. Moreau dans l'Aisne, qui feront de Curanda une bourgade presque célèbre, La Picardie souterraine inspire les travaux de Ed. Fleury : Antiquités de l'Aisne, 2 vol. et de J. Pilloy, Études sur d'anciens tumulus de sépultures de l'Aisne, 3 vol., un des savants les plus compétents, les plus avertis et les plus ingénieux. Th. Eck a créé le musée Leclercq à Saint-Quentin et publié quelques excellentes monographies sur les cimetières de cette région. Non loin de la Picardie, un autre archéologue J. de Baye a donné des Études archéologiques remarquables sur l'Époque des invasions barbares. I. L'industrie longobarde (1888). II. L'industrie franque (1891). Des monographies se succèdent depuis 1891 dont plusieurs présentent un intérêt, notamment celles de M. Ph. Delamain, sur le cimetière d'Izerpes (Charente), de M. J. Martin, sur les sépultures barbares, sous dalles brutes, des environs de Tournas ; de plusieurs autres, Bulletin d'archéologie du Comité des travaux historiques, et plus que tous autres, la vaste, précise et prudente enquête entreprise par C. Barrière-Flavy dont
Parallèlement à ces découvertes et à ces travaux, il faut encore nommer :
En Suisse, le travail de MM. Le Roux et Ch. Marteaux, sur Les sépultures burgondes delà Savoie (1899) ; de Ed. de Fellenberg, sur le cimetière d'Elisried ; de J. P. Kirsch, sur le cimetière de Fetigny (voir ce mot) ; de M. Besson, sur L'art barbare dans l'ancien diocèse de Lausanne, 1909, et les deux seules années parues de la Revue Charlemagne, 1911, 1912.
En Italie ; Ed. Calandra, La necropoli barbarica scoperta a Testona, 1880, et L. Campi, Le tombe barbariche di Civezzano, 1886 : T. von Wieser, Das Langobardische Fürstengrab und Reihengräberfeld von Civezzano, 1887.
En Hongrie, J. von Pulszky, Die Goldfunde von Szilagy-Somlyo, 1890 ; W. Lipp, Die Gräberfelder von Keszthely, 1885.
En Allemagne ; quelques études assez médiocres sur des cimetières de moindre importance trouvés à Andernach, Meckenheim, Reidenhall.
En 1877, D. van Bastelaer, fondateur du musée de Charleroi, entama une série de travaux archéologiques avec son étude sur Le cimetière belgo-romanofranc de Slrée/Mons. Quelques suivirent un grand nombre de mémoires : L'époque franque, au point de vue des archéologues n'est pas la même en France qu'en Belgique, 1882 ; Les cimetières francs dans l'arrondissement de Charleroi, 1888 ; Les vases déformés purement francs et leurs ornements à la roulette, Liège, 1881-1882 ; La question franque au congrès de Charleroi, 1889 ; Le cimetière franc de La Buissière, 1890 ; Le cimetière franc de Thirimont, 1890 ; Les petites fouilles de la Société archéologique de Charleroi, 1893 ; Plusieurs cimetières francs à Thuillies, 1894 : Le cimetière franc de Fontaine-Valmont, 1895. De son côté, A. Béquet, directeur du musée de Namur publiait une série de mémoires sur les fouilles de 1880 à 1884, sur les cimetières de Resteigne, de Furfooz, de Wancennes, d'Eprave, de Pry, dans les Annales de la Société archéologique de Namur, t. xv à xx, et résumait ses conclusions en 1888, dans La Belgique avant et pendant les invasions des Francs. Une partie de ces travaux tend à éclairer sinon à résoudre la question de la distinction à établir entre Francs Saliens et Francs Ripuaires, qui est bien « une des plus importantes étapes dans la marche ascendante des études archéologiques du haut moyen âge. Nous sommes, écrit M. C. Barrière-Flavy, parfaitement convaincu qu'il existe une différence dans l'art industriel non seulement des principaux peuples barbares dont l'histoire a conservé les noms : Wisigoths ou Goths, Burgondes, etc., mais encore entre les diverses fractions de cette collectivité qui fut la nation franque. » Un troisième érudit, M. A. de Loë, a étudié les antiquités franques découvertes à Harmignies, 1884, le Limbourg, les Flandres, dressé la Liste des localités où des sépultures franques ont été découvertes jusqu'ici en Belgique, 1888, et la carte historique et protohistorique des environs de Mons, 1890, suivis d'un mémoire sur les Francs Saliens dans la province de Brabant, 1891. À ces indications bibliographiques, il faut joindre une autre série d'informations, les collections publiques et privées renfermant d'innombrables et précieux monuments. Parmi les musées formés par les sociétés archéologiques, nous mentionnerons principalement : les musées de Saint-Germain-en-Laye, d'Abbeville, d'Amiens et de Péronne (Somme) ; de Laon, de Saint-Quentin et de Soissons (Aisne) ; d'Arras, de Boulogne-sur-Mer et de Saint-Omer (Pas-de-Calais) ; d'Avesnes, de Cambrai, de Douai, de Lille (Nord) ; de Bar-le-Duc, de Verdun (Meuse) ; d'Auxerre et de Sens (Yonne) ; de Langres et de Saint-Dizier (Haute-Marne) ; de Mézières et de Sedan (Ardennes) ; de Nancy (Meurthe-et-Moselle) ; de Troyes (Aube) ; de Vesoul (Haute-Saône) ; d'Autun, de Chalon-sur-Saône, de Mâcon et de Tournus (Saône-et-Loire) ; de Belfort, de Beaune (musée municipal et musée de la Soc. archéol.), de Châtillon-sur-Seine, de Dijon et de Semur-en-Auxois (Côte-d'Or) ; de Besançon et de Montbéliard (Doubs) ; de Lons-le-Saunier et de Poligny (Jura) ; le musée archéol. de Lyon ; les musées d'Annecy (Haute-Savoie) ; de Chambéry (Savoie) ; de Melun (Seine-et-Marne) ; de Beauvais et de Senlis (Oise) ; de Caen et de Lisieux (Calvados) ; des Andelys, d'Évreux, de Gisors, de Louviers et de Pont-Audemer (Eure) ; de Dieppe, de Fécamp, du Havre, de Neufchâtel-en-Bray, de Rouen (Seine-Inférieure) ; d'Angers (Maine-et-Loire) ; de Laval (Mayenne) ; du Mans (Sarthe) ; d'Orléans (musée historique et musée de Jeanne d'Arc) (Loiret) ; de Tours (Indre-et-Loire) : de Vendôme (Loir-et-Cher) ; de Chartres (Eure-et-Loir) de Poitiers, musée de la Soc. des antiquaires de l'Ouest (Vienne) ; de Niort (Deux-Sèvres) ; d'Angoulême (Charente) ; de Saintes (Charente-Inférieure) ; de Périgueux (Dordogne) ; d'Agen (Lot-et-Garonne) ; de Montauban (Tarn-et-Garonne) ; de Toulouse (Musée Saint-Raymond) ; de Bodez (Aveyron) ; de Narbonne (Aude) ; de Montpellier (collect. de la Soc. archéol.) (Hérault) ; de Foix (Ariège) ; de Grenoble (Isère) ; de Colmar, de Mulhouse, de Metz, de Strasbourg.
En Belgique, les musées d'Arlon, de Bruxelles, de Charleroi, de Liège, de Namur, de Saint-Nicolas ; en Suisse : les musées de Bâle, de Berne, de Bienne, de Constance, de Délémont, de Fribourg, de Genève, de Lausanne, de Neuchâtel, de Schaffouse, de Soleure, d'Yverdon, de Zurich ; en Allemagne, ceux d'Augsbourg, de Berlin, (Muséum fur vaterlandische Alterthùmer) de Bonn, Darmstadt, Francfort-sur-le-Mein, Guben, Karlsruhe, Mannheim, Mayence, Munich, Nuremberg, Sigmaringen, Stuttgart, Spire, Strasbourg, Trêves, Ulm, Wiesbaden, Worms.
Il faudrait citer aussi des cabinets d'antiquaires, mais ceux-ci après quelques années se dispersent et nous ignorons le sort qu'ont pu avoir les riches collections formées à Baye, à Péronne, à Saint-Quentin, à Abbeville, et ailleurs, pendant les bouleversements de la guerre de 1914 à 1918. Et malgré tout le zèle des collectionneurs, des milliers de tombes ont péri, spoliées, dévastées, exploitées : des milliers d'autres ne seront sans doute jamais explorées, car on pourrait presque aller jusqu'à poser en règle générale que toutes les églises et les chapelles antiques qui n'ont point été détruites ni rasées de fond en comble, possèdent, sous leurs dalles ou sous leur pavement, des sépultures franques faisant partie d'un cimetière qui s'étend parfois sur un vaste rayon autour de l'édifice et de ses ruines. A. de Caumont, cite un des capitulaires de Théodulphe, évêque d'Orléans, lequel défend d'abord d'enterrer désormais dans les églises, si ce n'est les prêtres et autres personnages, et ordonne ensuite de recouvrir d'un pavement les sépultures qui s'y trouvent déjà, mais auxquelles on ne touchera pas. Il n'est pas douteux que dans beaucoup d'églises où le sol a été relevé considérablement il doit exister à une profondeur variable des inhumations, non seulement franques, mais gallo-romaines, qui feront peut-être, quelques-unes du moins, l'émerveillement des archéologues de l'avenir.
X. Le vêtement et l'armement des Francs. — L'absence complète ou la rusticité grossière des monuments figurés, comme le mutisme ou l'énigmatique brièveté des textes littéraires, nous eussent laissé ignorer presque tout du costume et des armes barbares, si les tombes n'avaient révélé ce que les manuscrits, les inscriptions, les bas-reliefs ne pouvaient nous apprendre. « Ce que je désire recueillir, avec ardeur, c'est moins un vase ou une médaille, qu'une ligne du passé, écrite dans la poussière des temps, écrivait l'abbé Cochet ». Il semble qu'une certaine uniformité régnait dans les vêtements et l'armement de tous ces barbares, Burgondes, Wisigoths ou Francs. Mais uniformité n'est pas identité. Nous sommes moins renseignés en ce qui regarde les Wisigoths, parce que les cimetières moins nombreux au sud de la Loire, ont été fouillés, sauf deux ou trois, avec peu d'attention et bouleversés plutôt que fouillés. Dans les nécropoles franques on peut arriver à un résultat plus positif et à des précisions d'une certaine rigueur. La reconstitution proposée par J. Quicherat est vague et contestable. B. van Bastelaer a serré de plus près la vérité dans ses recherches sur l'armement et le costume du guerrier franc de la Gaule belge ; A. G. Schayes avait tenté une reconstitution du costume germano-belge, qui ne devait pas sensiblement différer de celui du franc. Dans ce costume, les armes tenaient une place prépondérante, et il est certain que leur fabrication devait occuper une partie considérable de la population. Leur quantité dépasse tout essai de statistique et, pour un grand nombre, leur qualité est tellement excellente, qu'il arrive que des haches, exhumées après quatorze ou quinze siècles de séjour dans la terre, peuvent encore faire un utile service. Ces armes ont été, semble-t-il, fabriquées dans les vallées de la Belgique, ou du moins le fer qui est entré dans leur fabrication provenait de Belgique. L'affirmation ne s'appuie, ajoutons-le, sur aucune preuve.
Pour le vêtement proprement dit, on cite complaisamment une description de Sidoine Apollinaire, laquelle s'applique à un jeune prince, paré d'un manteau de couleur rouge écarlate et vêtu d'une tunique de soie blanche, brodée d'or, mais il est superflu d'ajouter que ce pimpant attirail ne devait pas être fort commun. Les pieds étaient enveloppés de bandes de cuir, les genoux, les jambes et les mollets étaient nus. Un justaucorps de plusieurs couleurs, haut et serré, allait à peine à la hauteur du jarret. Les manches couvraient la partie supérieure des bras et l'étoffe était verte, rayée de rouge. Une ceinture ornée de têtes de clous autour des reins, un glaive suspendu à l'épaule par une courroie : penduli ex humero gladii balteis supercurrilibus.
Les détails donnés par Pomponius Mela et par Strabon sont moins facilement applicables aux Francs parce que ces deux auteurs, et le second surtout, ont parlé principalement des Belges qui, à cette époque, ressemblaient beaucoup moins à des Francs qu'à des Gallo-Romains.
Le Franc devait être revêtu d'un justaucorps de toile, dont les fragments sont visibles parfois sur des pièces de métal, grâce à l'oxydation. À la taille, une ceinture de cuir de longueur et de largeur variable, ornée d'une boucle, d'une agrafe, d'une plaque. À cette ceinture étaient suspendus l'épée ou le scramasax, la bourse, le couteau, la trousse des objets usuels, tous rattachés par de petites boucles ou plaques arrondies et ajourées. Le fourreau de cuir ou de bois qui protégeait l'épée ou le grand couteau ou le sabre portait de même une décoration, parfois l'extrémité se terminait d'un disque de métal. La hache francique, la lance et le bouclier complétaient l'armement, l'angon est rare, le casque est encore plus rare.
I.a femme franque portait une ample robe dont l'étoile ne s'est nulle part conservée. Le cou et la gorge étaient emprisonnés dans une sorte de fichu croisé et maintenu droit par une longue épingle ou par une broche ou fibule, plus simplement par une épine. Les iles nus probablement. Une fibule habituellement ronde, placée sur la poitrine, était pourvue d'une chatnette terminée par un crochet, au moyen duquel on pinçait vers le bas une partie de la robe traînante. À la taille, une ceinture peu différente de celle des hommes, à laquelle s'attachait la bourse, la rouelle de bronze ajourée d'où s'échappaient quelques chainettes, trois ou quatre, de même métal, retenant chacune un ou plusieurs objets de toilette ou de nécessité, tels que pince, briquet, perçoir, cure-oreille, clefs, ciseaux, etc. La chaussure, plus délicate, composée de lanières plus étroites de cuir ou de toile soutenant le pied et s'enroulant parfois autour de la jambe.
Dans Bulletin de la Société des antiquaires de Normandie, 1860, t. i, p. 1, Flavy, Le costume et la coiffure à l'époque mérovingienne, dans Bulletin de la Société archéologique du Midi de la France, 1871, t. 8, p. 115 sq. ; L. Blancard, Les Francs et leurs monnaies mérovingiennes, dans Mémoire de la Société des sciences de Marseille, 1803-1806, t. 1, p. 187 ; i, p. 1, Coutil, Casques antiques, in-12, Le Mans, 1915, [vols, Histoire légendaire des Francs et des Burgondes aux IVe et Ves, Paris, 1867, p. 80, t. 1, p. 201 : la Saga de Thidrek de Bern, p. 13-20. --• Ibid., ces boucles se fixaient à l'aide de petites boucles ou plaques de métal de même style que les agrafes de la ceinture. Au cou, elles portaient un collier composé de grains d'ambre taillé, de perles, de verre soufflé, de terre céramique, de pâte de verre avec incrustations multicolores. Les pendants d'oreilles se composaient d'un grand anneau fait d'un léger fil de bronze ou de fer argenté ou doré, parfois même de laiton avec une pendeloque formée d'une perle de verre, d'un morceau d'ambre, ou d'un bouton polyédrique en métal incrusté de grenats. Les bracelets et les bagues sont généralement simples, en verre ou en bronze rehaussés d'un chaton ou ornés d'un monogramme.
XI. Le casque et la coiffure. — Les Gaulois et les Romains protégeaient leur tête à l'aide d'un casque de métal ; les barbares en devaient donc porter aussi et l'axiome fut admis que les Francs étaient coiffés du casque. La légende ne laissait d'ailleurs aucun doute. Gannar, chef des Burgondes, parle de son casque venant des salles de Kiâz ; Vidga, fils de Vêlent, réclame, pour combattre, un heaume solide ; Sigurd, partant à la conquête de Grimhilde, au pays des Burgondes, équipe onze cavaliers bien armés et coiffés de heaumes ; Walthari, chef des Huns, porte un casque à crinière rouge. Cependant, malgré la légende, les fouilles ne révélaient pour ainsi dire jamais la présence de casques. On avait mieux que cela ; on avait des couronnes. Un jésuite, le P. Vignier (t 1670), ayant trouvé aux Riceys, près Bar-sur-Seine, une tombe barbare contenant deux adultes, deux enfants et deux seaux, coiffa les adultes de la monture en bronze des seaux et déclara gravement que les défunts portaient un diadème ou couronne radiée ; le lieutenant en conclut qu'il avait découvert la tombe de Divico, fondateur des Riceys, 58 ans avant Jésus-Christ. En 1710, découverte analogue près de Verdun, une couronne de bronze dorée fermée par une anse de cuivre, avec à l'intérieur des débris de cuir. Même facétie en 1838, près de Xanten (grand-duché de Luxembourg), découverte de la sépulture d'un chef franc dont la tête était coiffée d'une couronne de cuivre. Il s'agissait toujours d'une garniture de seau dont on faisait un couvre-chef. L'abbé Cochet lui-même fut trompé un instant et aussi il pensa voir un casque dans l'umbo des boucliers, mais l'exiguïté de la pièce le convainquit de son erreur.
Un antiquaire français pensait que les Francs portaient un simple bonnet de fer prenant la forme de la tête, laissant le visage à découvert et arrondi au sommet, qui était quelquefois surmonté d'une pointe aiguë. C'est à peu près, disait-il, la coiffure de guerre actuelle de certaines peuplades du Caucase et des cavaliers persans. J. Quicherat parle du casque à cimier des barbares, ce qui n'est prouvé ni par un monument, ni par un texte ; R. van Bastelaer, mieux instruit, ne donne pas le casque aux Francs du Ve.
Les peuples de la race teutonique qui envahirent les Gaules, dans Mém. de la Soc. des ant. de Picardie, 1850, t. 1, p. 1, N. A. H. - u (ii. N. A-Hou, Élu des sur les monnaies du moyen âge, dans Mém. de la Soc. nat. des ant. de France, 1834, t. 1, p. 1. Quicherat, Histoire du costume, p. 88 ; Cf. B. Lambert, Note sur les Francs, Essai sur la reconstitution archéologique de l'armement et du costume des Francs de la Sambre, Bruxelles.
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Nous verrons dans un instant que le casque a été employé par quelques chefs barbares, mais non par tous. Grégoire de Tours rapporte que Clovis, à la bataille de Vouillé, cum fugalis Gothis Alaricum regem interfect, duo ex adverso subito adveniunt, cum conlis ultraque ei latera feriunt. Sed auxilio lam loricæ quant velocis e qui, ne periret exemptus est, sa cuirasse et son cheval le sauvent, il n'est pas question du casque. Les Francs portaient une chevelure épaisse qui, relevée et nattée, pouvait leur servir de protection. La partie postérieure du crâne était rasée, sauf, au dire d'Agathias et de Grégoire de Tours, pour les rois francs, par un privilège qui les distinguait du reste des guerriers, privilège étendu peut-être à quelques chefs. Sur les sceaux de Childéric Ier, de Dagobert II, on voit la tête encadrée d'une abondante chevelure ; sur le sceau de Childéric, les cheveux sont tordus en tresse à la hauteur des yeux et ensuite noués au-dessus des épaules. Cette coiffure se retrouve exactement sur une plaque de ceinturon wisigothique trouvée à Saint-Léon (Haute-Garonne), ce qui confirme le renseignement donné par Sidoine Apollinaire : Aurium legulorum, sicut mos gentis est, crinium superjacentium flagellis operiuntur.
Lindenschmidt doute que les Francs et les autres peuples barbares eussent la chevelure longue et flottante, l'opinion qu'il exprime paraît reposer sur une confusion et d'ailleurs cet archéologue a souvent rapproché indûment des pièces de natures diverses attribuables aux premières et aux dernières époques des invasions barbares et jusqu'à la période carolingienne.
Ajoutons encore que certaines peuplades germaines, que les Francs ont pu imiter, avaient coutume de se teindre les cheveux, particulièrement les hommes, au dire de Pline, d'une couleur rouge ce qui devait leur donner un aspect féroce. Au dire d'Isidore de Séville, les Goths faisaient usage de la sanguine.
L'emploi du casque ayant été exceptionnel, il y a donc lieu d'énumérer les exemplaires connus : côte des Deux-Amants (fig. 4634). Cet objet se compose d'une première calotte en cuivre battu d'un seul morceau, destinée à envelopper le crâne au-dessus des oreilles et possédant un couvre-nuque. Sur cette première calotte est plaquée une bande de fer, puis une bande de cuivre repoussé, puis au sommet, une partie conique également en fer et qui se terminait par un tube, portant très probablement une aigrette. Le couvre-nuque est également revêtu d'une lame de fer. La bande inférieure, le couvre-nuque et le côté supérieur sont couverts d'émoux rouges et blancs séparés par des cloisons en fer d'une extrême délicatesse. Des rosettes d'or sont incrustées au milieu de petits disques d'émail rouge, sur la zone supérieure de la bande inférieure et sur la zone inférieure du cône qui termine le casque. Quant à la zone intermédiaire, en cuivre repoussé, elle présente des postes en forme de palmes contournées. Des rangs de perles très délicates et des rinceaux peu saillants et fins complètent l'ornementation de cette zone. Cette bande intermédiaire est de plus couverte d'une feuille d'or extrêmement mince et appliquée au brunissoir, sans soudure ni apprêt quelconque. Deux jugulaires, dont on voit encore les larges attaches, étaient émaillées sur le fer cloisonné. De l'extrémité du couvre-nuque au frontal, le casque porte 0 m. 23 et la zone intermédiaire, couverte d'or, a 0 m. 10 de largeur.
Il n'est pas possible d'admettre que ce casque soit de fabrication romaine, c'est une œuvre barbare.
2. Casque de Vézeronce (franc ou burgonde) découvert en 1871, sur le lieu de la bataille de 524. (Voir Dictionn., t. n, au mot Casque, col. 2332, fig. 2169), rappelle par sa forme le heaume du XIe.
3. Casque (goth) trouvé en 1896, dans une propriété de l'orphelinat de Giulianova, sur la commune de Montepagano, près d'Ancône, conservé au musée de Berlin.
Historia naturalis, 1. XXVIII, c. i. — Lindenschmidt,
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5-6. — Deux casques exhumés en 1901 et 1902, près de Vid (Dalmatie), conservés au musée de Vienne.
8. Casque (alaman ?) trouvé, en 1902, à Gammertingen, près Sigmaringen, conservé au musée de M. Hohenzollern-Sigmaringen.
9. Casque découvert, en 1903, à Chalon-sur-Saône, conservé à l'arsenal de Berlin.
Jusqu'à cette date récente, on n'avait jamais trouvé le casque dans les innombrables sépultures franques explorées (fig. b : ;« ). Sur ce casque on ne voit aucune ornementation, il se distingue en ceci des neuf exemplaires qui précèdent. La calotte est, en quelque sorte calquée, sur la forme du crâne, les trous peuvent avoir servi à adapter la jugulaire.
11-13. — Trois casques provenant de la Russie méridionale et conservés au musée de Berlin : calotte composée de quatre plaques de forme triangulaire, avec des jugulaires, le tout en fer, parfois avec une bande.
14. Casque ayant fait partie du cabinet d'Anastasy, trouvé en Égypte sur la tête d'une momie, entre, en 1828, au musée de Leyde. Une calotte en cuir se trouve à l'intérieur de cette coiffure.
Un texte intéressant confirme le fait que les Francs n'usaient pas du casque. L'historien Agathias décrit ainsi l'aspect d'une armée franque qui ravagea l'Italie en 553 : « L'armement de cette nation est fort simple. Il est tel qu'il n'exige point d'artisans spécialisés de divers genres. Ceux qui s'en servent peuvent aisément faire eux-mêmes les réparations nécessaires. Ils paraissent ne connaître ni cuirasses ni cnémides. La plupart d'entre eux ont la tête découverte. Il en est pourtant, en petit nombre, qui combattent avec des casques, ils ont la poitrine et le dos nus jusqu'aux reins, d'où des braies, de toile pour les uns, de cuir pour d'autres, les enveloppent jusqu'au bas des jambes. Excepté un très petit nombre, ils ne se servent pas de chevaux, car combattre à pied est pour eux une tradition nationale dans laquelle ils ont vie et exercent avec soins. Ils portent une épée longue de la cuisse et un bouclier au côté gauche. Ils n'emploient ni arcs, ni frondes, ni aucune espèce de traits propres à être lancés de loin, mais des haches à double tranchant. »
Lorsque Procope parle de l'armée de Théodebert, il dit simplement que « des cavaliers, en petit nombre, talent le roi. Seuls, ils étaient armés de lances. Tous les autres étaient fantassins, ni arcs, ni lances ; chacun d'eux portait une épée et un bouclier dont le fer très fort était à double tranchant affilé ».
Sidoine Apollinaire décrit le costume et l'armement d'un jeune prince barbare nommé Sigismer et son escorte. Ils sont vêtus de longues tuniques leur laissant les jambes découvertes et munies de manches courtes ne couvrant que le haut des bras. Ils portent des souliers ne chaussant le pied que jusqu'au talon et gardent les jambes nues jusque au-dessus des genoux. Ils ont une épée suspendue à un baudrier passé sur l'épaule, avec des pelleteries ornées de têtes de clous. Un manteau de couleur complète leur ajustement. Ils sont armés de lances à crochets et de haches de jet qu'ils tiennent de la main droite et sont protégés par un bouclier fixé au bras gauche ; les parties courbes de ce bouclier ont un reflet semblable à celui de la neige ; l'ambo est de couleur fauve. Nulle mention du casque dans cette description de soldats sous les armes, car Sidoine prend soin de nous en avertir.
Les casques que nous avons décrits présentent des analogies pour le type, et pour la décoration, elle montre chez les artisans sinon des modèles identiques, du moins une méthode commune de travail, l'emploi de procédés identiques et du même goût en matière ornementale. « Ils sont de la même époque » pourrait-on dire.
Parmi les motifs décoratifs exécutés au repoussé, on remarque des oiseaux, probablement des colombes, becquetant des grappes de raisin, des ceps de vigne avec leurs fruits, des croix. Voici, par exemple, le casque de Vézeronce (voir fig. 2169), celui de Gammertingen, celui de Gutlingen, et celui de Vid qui reprennent ce même sujet en le variant chacun à sa manière, et il est difficile de n'y pas reconnaître l'influence des monuments du plus ancien art chrétien. D'autre part, certaines parties des calottes de casques ornées comme celle de Giulianova et de Gammertingen, présentent des figurations évoquant un souvenir vague, défiguré et atténué, mais qui n'en existe pas moins, d'une époque très antérieure. Ces figurations consistent en cervidés menacés par des oiseaux de proie à l'énorme bec crochu. Il s'agit de ces mêmes oiseaux rapaces, dont la présence est si fréquente sur les fibules barbares. Si l'on compare ces oiseaux au fort bec recourbé avec les volatiles (paraissant être des colombes), qui existent sur les bandes formant la base des casques, on remarque un contraste saillant entre les deux motifs de décoration. Ce contraste n'a du reste, rien de choquant ; il ne nuit pas à l'effet d'ensemble des casques. Sur la bombe, c'est une scène d'un cachet sauvage, des oiseaux de proie s'apprêtent à attaquer des cervidés ; plus bas, sur le bandeau, la note est toute différente et empreinte d'une allure gracieuse ; des colombes s'apprêtent à becqueter les grappes de ceps de vigne disposés en volutes parmi lesquels elles errent. Dans le premier cas, on discerne nettement le reflet d'un art de style oriental, l'art scythique, j'ose dire. Et cet art, il semble bien que ceux qui continuaient à en tirer parti n'en avaient plus la compréhension et ne le perpétuaient que par routine. Dans le second cas, on est en présence de motifs d'ornementation d'un caractère franchement occidental, celui de l'art primitif des chrétiens. C'est cette dernière particularité qui permet de dater, de la manière approximative, l'époque à laquelle ces casques furent en usage et, peut-être aussi, de déterminer le rayon de leur fabrication.
Pour la coiffure des femmes franques, il va sans dire qu'il n'est pas question de casques. La chevelure des jeunes filles était probablement flottante, celle des femmes mariées relevée et tordue sur le sommet de la tête. Près de la tête ou sur la poitrine, on a rencontré fréquemment une épingle de bronze, argentée ou dorée, terminée par une tête ornée. À Envermeu (voir ce mot), l'épingle était recueillie sous le crâne du sujet ; à La Balme, l'oxydation avait collé quelques cheveux à l'épingle ; à Seraucourt-le-Grand, l'épingle se trouvait invariablement sous la poitrine ou sous le menton ; à Montigny-en-Arrouaise, sous la tête des femmes ; au Jardin-Dieu de Cugny, une épingle en argent doré, à tête conique ornée de filigranes, reposait sous le crâne de la défunte. Dans une tombe de la villa d'Ancy, on rencontra soixante-quinze épingles. Dans les cimetières fouillés par l'abbé Haigneré, dans le Boulonnais, l'épingle était toujours posée en travers de la poitrine, au-dessous du cou, probablement pour retenir un fichu.
XII. Épée. — On a trouvé dans les tombes franques un nombre considérable d'épées ; cette arme ne présente guère de particularités remarquables. La largeur de la lame est habituellement de 0 m 05, elle est fixée à la poignée à l'aide d'une soie mince et courte. Le pommeau, de forme triangulaire, très aplati, est rivé à l'extrémité de la soie. Les épées des grands chefs sont d'une grande richesse, comme on le voit pour celle de Childéric Ier, celles de Pouan, de Rue-Saint-Pierre, d'Arcy-Sainte-Restitute et quelques autres ; on emploie l'or et l'argent sur la poignée, à Boussières (Doubs), à Harmignies (Belgique), à Vendersheim (Allemagne), le pommeau est damasquiné, quelquefois il était de bois ou d'os, enveloppé de fils d'or. La longueur diffère : en Normandie 0 m 89 ; dans l'Artois, 0 m 75 ; dans l'Oise, 0 m 58 et 0 m 65 et 0 m 45 à Hermès ; en Champagne 0 m 78, dans l'Aisne, la Moselle, le Rhin, 0 m 89, et 0 m 90, et 0 m 95 ; à Belleray, Meuse, 0 m 98 ; en Belgique 0 m 69 ; 0 m 72 ; 0 m 80 ; 0 m 90. En Bourgogne ont été rencontrées les épées les plus grandes et les plus massives variant entre 0 m 86 et 0 m 92. Cochet a toujours rencontré l'épée au côté gauche des morts ; D. van Bastelaer aussi, dans les sépultures de Thuillies, mais la pointe en l'air et la poignée à la main du guerrier. Lors que l'épée et le scramasax sont déposés dans la tombe, on les a souvent croisés sur la poitrine du défunt, comme à Mondorf. Dans la nécropole d'Oyes (Marne), qui compte 2 000 sépultures, on n'a rencontré que trois épées, ce qui montre une fois de plus que l'épée n'était pas une arme commune et cela confirme les mots de Tacite parlant des Germains : Rari gladiis utuntur. À Oyes les épées ne se distinguent en rien de ce qu'elles sont ailleurs, une d'elles est accompagnée d'une hache et d'une lance à crochets ; à Joches (Marne) une très belle épée était placée à la droite du défunt.
De même qu'on brisait intentionnellement différents objets déposés dans la tombe afin d'empêcher leur utilisation future par les violateurs, on ébréchait souvent une épée, ou bien on la ployait au feu. Ce fait a été constaté dans le cimetière d'Harmignies et dans plusieurs cimetières francs de la Normandie fouillés par l'abbé Cochet, notamment à Envermeu, de même C. Barrière-Flavy a fait cette constatation en Bourgogne, et Ch. Aubertin l'avait faite déjà à Beaune. Il est incontestable que la brisure des lames est trop nette pour n'être pas intentionnelle. Le fait avait été constaté en 1839, par l'abbé Durand, dans le cimetière de Bénouville (Calvados).
En 1859, l'abbé Cochet écrivait ceci : Il n'a été trouvé dans les fouilles de tous les pays et de toutes les époques. Nous avons rencontré beaucoup d'armes rompues ou entaillées dans les tombes francs d'Envermeu, de Londinières, d'Ouville, dans les sépultures gallo-romaines d'Eslettes, de li du château de Bobert le Dialde... L'épée de Childéric II fut trouvée rompue... Une cinquantaine d'épées ployées ont été vues à Tiéfenau, en Suisse, lors de la découverte qui s'y fit en 1851, d'armes et de chariots de guerre. M. de Bonstetten dit que l'usage de briser les armes au feu dans le tombeau des guerriers était également chez les anciens habitants du mark et chez les Vénèdes. Et l'abbé Cochet conclut que cette mesure était une précaution prise contre les violateurs de sépultures. C. Barrière-Flavy et plusieurs archéologues sont d'un avis différent. J. A. Vorsaae considère ces faits, constatés en Sleswig, en Jutland, en Poméranie et à Bornholm, comme « fondés sur d'antiques coutumes religieuses datant de l'âge de bronze, comme l'offrande aux dieux du butin de la victoire : les ex-voto étaient en général tordus, brisés, martelés, de façon à être mis hors d'usage. Les épées ployées recueillies dans les sépultures de Herrlisheim ont suggéré une explication analogue, et D. von Bastelaer, au sujet d'armes tordues et brisées rencontrées à Strée, dit que c'était là un signe de deuil pratiqué fréquemment en Germanie et assez souvent en Gaule. Haches, lances et couteaux ne souffraient pas ce traitement d'abord parce que leur valeur vénale était bien inférieure à celle d'une épée, mais la présence de bijoux précieux dans les tombes où on ébréchait une épée était un contre-sens puis que les violateurs étaient assurés de ne pas perdre leur peine. Ce qui est plus vraisemblable, c'est que différentes inspirations décidaient de cette pratique. Tantôt on voulait marquer que l'épée du guerrier lui était devenue inutile, tantôt on voulait détourner les voleurs de s'emparer d'un objet dont ils ne pouvaient tirer beaucoup d'argent.
XIII. Fourreau de l'épée. — L'épée était protégée par un fourreau de bois recouvert de cuir qui s'est généralement pourri et dont il ne subsiste que la bouterolle et les ornements en bronze ciselé, ou plus rarement en argent. Quelquefois, sur le plat du fourreau, on remarque de petits ronds de bronze assez semblables à des monnaies frustes ou à des boutons. Dans quelques cas extrêmement rares, l'extrémité du fourreau est renforcée d'une pièce de métal en forme de demi-lune, par exemple à Envermeu.
À Oberflacht, les lames étaient dans les fourreaux ; les plus simples fabriqués en écorce de bouleau...
Irts. Littér. et Beaux-Arts, 1804, t. V, p. 517. D'autres renforcés de cuir et quelques-uns ayant une garniture d'argent au bas, à la tête et sur les côtés. À Fareberswiller (Moselle), « le fourreau se composait en deux planchettes de bois, recouvertes de cuir, le tout ajusté entre des tringles de cuivre » ; à Seraing, près Liège, on reconnaissait sur les lames les vestiges d'un fourreau de lois qui fut probablement recouvert de cuir ; à Envermeu, une lame d'épée sur toute sa longueur porte la trace d'un fourreau ouvert de cuir. Vers le sommet, deux tringles de cuivre rayées, étamées ou argentées, décoraient le fourreau dont la pointe arrondie était garnie à la base d'une feuille d'argent longue de 0 m. 10 et munie également de deux tringles argentées ou d'argent pur : cet ornement, du reste, ne se rencontre que d'un côté, celui par où l'épée ne touchait pas aux vêtements du guerrier. D'après M. Van Bastelaer, le cuir était plus spécialement employé pour le fourreau des épées ; le bois recouvert de cuir pour les scramasax. Lors que le cuir est uni, les ornements métalliques abondent : boutons, anneaux, plaquettes de bronze. Le cuir était retenu, le long de la lame, par une tige creuse de cuivre, ou par une série de rivets. Lors que le cuir était gaufré, il représentait d'ordinaire un système de tresses, par exemple à Haulcs-Wihcrics et à Fontaine-Vaimont.
Le dard ou bouterolle avait une forme spéciale en gouttière ; elle enveloppait le double de cuir à l'extrémité et se prolongeait le long d'un des côtés du fourreau plus ou moins haut vers l'ouverture. Le fourreau était aussi pourvu à l'entrée d'un anneau ou bracelet auquel était joint une bélière qui servait à le rattacher au ceinturon. Cet anneau est ordinairement ciselé, quelquefois même orné de verroteries. On a trouvé des fourreaux d'épées ornés à Envermeu, à Fareberswiller, à Seraing, à Bel-Air.
XIV. Le scramasax. — On a dit : c'est l'arme des Saxons, puis que sax en la langue de ces barbares signifie combattre. Étymologie empirique que les faits contredisent, car c'est dans les tombes anglo-saxonnes que cette arme se rencontre le plus rarement. Sur 794 tombes fouillées dans le Kent, on n'a rencontré que neuf scramasax. Le scramasax semble correspondre aussi bien aux brèves gladii que Tacite donne aux Germains du nord, qu'aux mtti qu'Ammien Marcellin assigne aux Quades et aux Gotlis, enfin au culler validas nommé par Grégoire de Tours, au scrama de la loi wisigothe, au demi-spatha de la loi burgonde (semis patium dans un capitulaire de Pépin), au cultellus de la loi salique. Le scramasax n'excluait pas l'épée, les guerriers s'armaient des deux instruments, ainsi qu'on le voit dans les poèmes qui n'ont subi aucune retouche postérieure.
On est porté à croire qu'on maniait cette arme des deux mains, ce qui expliquerait la longueur considérable de la soie. La poignée atteint une longueur de 0 m. 18 à 0 m. 20 et souvent elle occupe le tiers de la longueur totale de l'arme.
Cette soie était, le plus souvent, introduite dans un morceau de bois ou d'os, et rivée à l'extrémité opposée. La poignée d'os était composée d'anneaux séparés par une bague de métal (par exemple à Bel-Air, Suisse) ; elle était revêtue de cuir uni, ou dans les armes riches de feuilles d'or et incrustée de verroteries. Point de garde, la poignée n'est séparée de la lame que par une plaque de fer à peine débordante. Le fourreau consistait généralement en deux planchettes reliées par une ferrure de bronze et recouvertes de cuir. L'extrémité était le plus souvent arrondie et munie d'un dard de bronze. Tour à tour le scramasax servait d'arme et d'ustensile, un peu à la façon de l'ancien sabre ou baïonnette, il y a un siècle ; son usage était journalier, il servait à combattre un ennemi, à tuer un porc, à couper des branches, à creuser un trou en terre.
La lame portait des sillons dans le sens de la longueur, et on a conclu du rapprochement des textes que cette rainure contenait du poison. Mais ces textes semblent plutôt porter à faire croire que le cas était exceptionnel. D'après le récit de Grégoire de Tours, on peut soutenir que c'était là un raffinement de cruauté. Pour l'assassinat de Prétextat, évêque de Rouen, Frédégonde fait empoisonner la lame du scramasax : Cum validis cuiiris quos vulgo scramasaxos vocant, infectis veneno, utraque lalera ei feriunt ; pour l'assassinat de Sigebert duos cullros ferreos fieri præcepit, duos etiam caraxari profundius cum veneno infici jusserat. De plus, l'immense majorité des scramasax recueillis dans les cimetières ne porte pas de rainure, ou bien cette rainure n'est qu'un filet si mince qu'il n'eût guère pu recevoir du poison, et il se termine trop loin de la pointe pour avoir pu communiquer aisément le poison à la plaie.
Il y a eu trois formes de scramasax chez les Francs établis en Belgique, en France et en Allemagne. « Chez les uns, le tranchant et le dos de la lame s'inclinent également vers la pointe, où ils se réunissent sous une courbure égale de chaque côté. Cette courbure est parfois fort peu prononcée, et le tranchant et le dos sont presque en ligne droite. Pour d'autres, le tranchant est droit et le dos seul se courbe vers la pointe. Dans les derniers, c'est le dos qui est droit et le tranchant se courbe vers la pointe. Il arrive aussi que le dos n'est ni courbé ni arqué, mais droit et coupé au bout en biseau net, ou un peu creusé à la façon de la pointe de certains cimeterres de Turquie. » Le scramasax se retrouve dans la généralité des cimetières burgondes. Tandis qu'à Herpès (Charente) les scramasax varient entre 0 m. 26 et 0 m. 40 de longueur, à Charnay, ils ont 0 m. 50 à 0 m. 70 et même, à Yertamboz (Jura), on signale un scramasax qui mesure 0 m. 785, ceci explique pourquoi il porte dans le code des Burgondes le nom de semi-spatha. Chez les Burgondes, l'arme présente plusieurs variétés. Tantôt le dos est droit, et le tranchant, à partir des deux tiers de la longueur, se relève insensiblement vers la pointe, tantôt le dos et le tranchant se courbent simultanément, soit d'une manière insensible, soit brusquement vers l'extrémité. D'une façon générale, le scramasax burgonde s'éloigne de la technique du scramasax franc.
Voici quelques dimensions pour des scramasax recueillis en Belgique, Picardie, Ile-de-France, Artois, Champagne : 0 m. 30, 0 m. 33, 0 m. 35, 0 m. 40, 0 m. 42, 0 m. 44, 0 m. 47, 0 m. 50, 0 m. 55, 0 m. 60 et 0 m. 65. Dans la Bourgogne cisjurane : 0 m. 52, 0 m. 60, 0 m. 67, 0 m. 70, 0 m. 72, 0 m. 785 ; dans la Bourgogne transjurane ou Suisse : 0 m. 55, 0 m. 59, 0 m. 62, 0 m. 64, 0 m. 65, 0 m. 67, 0 m. 70, 0 m. 72, 0 m. 76, 0 m. 77, 0 m. 83. Le scramasax est très fréquent chez les Francs Neustriens et devient plus nombreux encore à mesure qu'on se dirige vers l'Est. Dans la Rhénanie, l'abondance devient profusion ; sur deux cents sépultures d'une même époque, dont les mobilier funéraires sont conservés au musée de Mayence, on compte vingt-trois grands couteaux ou langsax et quarante-sept scramasax.
Il est trop rare de pouvoir rencontrer et citer une arme barbare ornée d'un symbole chrétien pour ne pas accorder quelques lignes de description à un scramasax franc orné d'une croix.
Des terrassements faits à Blandy (canton du Châtelet, Seine-et-Marne), au mois de décembre 1869, mirent au jour une dizaine de cercueils de plâtre renfermant des squelettes et non pourvus de couvercles. Ces cercueils ne portaient aucune marque décorative, croix, stries, etc. ; chacun d'eux renfermait un squelette.
Au côté droit de l'un des morts se trouvait une épée ou long couteau, probablement un scramasax qui fut trouvé intact et mis en pièces par les curieux et les enfants. D'après les débris recueillis, cette arme pouvait mesurer 80 à 90 centimètres. Le fourreau en métal se terminait en pointe. Il était droit, sans renflement, quoique l'adhérence de plâtre, d'autres matières étrangères et l'oxyde lui donnent aujourd'hui une forme renflée vers le milieu de la longueur. Sa partie supérieure, à l'endroit joignant le manche, est ornée de clous à tête cylindrique, en cuivre jadis doré, au nombre de quatre et d'incrustations en argent offrant la forme d'une croix et de lettres qui semblent pouvoir être ramenés à ceci : *3 + C*. Des traces de filets incrustés en argent se distinguent sur les bords. Le manche est également en métal, sans garde, légèrement recourbé d'un côté, et portant, pour seul ornement, — dans son état de dégradation actuelle — deux clous en cuivre plus gros que ceux du fourreau. On y distingue des traces d'un treillis métallique qui devait le recouvrir entièrement. La lame était en fer et tranchante d'un seul côté.
Dans la tombe du guerrier, le scramasax était habituellement déposé à droite du défunt, mais tantôt la pointe en haut, et donnant au squelette l'attitude du port d'arme ; tantôt la pointe en bas et placée contre le fémur. À gauche du défunt, elle occupe généralement les mêmes positions ; mais il est fréquent de rencontrer le scramasax posé obliquement, la pointe vers le genou ; au milieu du corps ou entre les jambes, la pointe en bas, en travers sur la poitrine ou sous le corps. À Selzen, le scramasax se trouvait généralement à gauche, placé un peu obliquement entre la poitrine et le bras, la pointe en haut.
XV. Couteau. — On peut dire que partout où a été inhumé un défunt, on rencontre un couteau. Les femmes aussi bien que les hommes le portent à la ceinture ou suspendu parmi les objets de la trousse. On ne vivait pas et on ne pouvait pas vivre sans un couteau ; le vol de cet instrument indispensable est puni par la loi salique d'une amende de quinze sols : Si quis cultellum alienum furaverit, sexaginta denariis qui faciunt sol. XV culpab. judic *. Il devait être parfois renfermé dans un étui faisant corps avec le fourreau d'un plus grand couteau ou même du scramasax ; car on rencontre les deux lames parallèlement adhérentes par l'oxydation à Charnay, à Bassacourt, à Muids.
XVI. Poignard. — On rencontre rarement le poignard dans les tombes. Ses dimensions sont celles d'un grand couteau : la soie est courte et robuste et terminée par un pommeau de fer, quelquefois damasquiné or ou argent, comme celui de Sainte-Catherine-les-Arras (Pas-de-Calais) ', celui de Wabern (Suisse). En France, on a trouvé des poignards à Arc-et-Senans, Houssié (Loire-Inférieure), Chaussin (Jura), Menoux.
G. Leroy, Sépultures de l'époque franque découvertes à Blandy, canton de Châtelet, dans l'H. Baudot, Mémoires sur les sépultures barbares de Bourgogne, 1860, p.
'Si. 'Lindenschmidt, Das germanische Recht, t. II, p. 180. 'A. Thierry, l. c.
Fleury, Antiquités et monuments de l'Ain, t. II, rare qui soit sortie des sépultures barbares. Lindenschmidt a écrit qu'on ne l'avait recueillie que dans les plus riches sépultures et particulièrement dans celles où il y avait des chevaux ensevelis. Assertion qui est entièrement dépourvue de preuves. Cochet ne dit rien de pareil au sujet des deux angons recueillis en 1854 et 1855 à Envermeu. Cinq autres ont été trouvés dans la province rhénane et sont entrés dans les musées de Mayence, de Wiesbaden et de Darmstadt, un autre est conservé au musée de Sigmaringen, un au musée national bavarois de Munich, deux dans les musées de Stuttgart et de Constance.
Lindenschmidt est également mal inspiré ou mal instruit lorsqu'il écrit que l'angon doit être particulièrement regardé comme une arme des Francs Ripuaires ; en réalité, la Belgique et la région principale occupée par les Saliens est le pays qui a fourni le plus d'angons. Les Alamans en firent usage ; pour les Bavarois, c'est douteux ; pour les Burgondes, il semble qu'ils l'ont toujours ignoré. Ceux qui ont été trouvés à Charnay faisaient partie de la dépouille de barbares francs. Actuellement, on connaît dans les musées une trentaine d'angons authentiques (fig. 4637). La Belgique n'a donné huit, la Suisse six ; la Saône-et-Loire, quatre ou cinq, ainsi que l'Aisne. Quant à la Somme, la Meuse, la Marne, le Nord, le Pas-de-Calais, il n'en ont fourni qu'un ou deux. Tous ces angons ont une longueur moyenne de 0 m. 90, la plupart atteignent un mètre ; quelques-uns 1 m. 15, et celui de Selzen, 1 m. 28.
En 1910, on trouva sur le bord de la route à Thory, à environ 0 m. 80 de profondeur, un angon très bien conservé. Cette arme, longue de 0 m. 40, pèse 550 grammes et n'a qu'une barbelure s'amorçant sur la tige à cinq centimètres de la pointe. La longueur de celle-ci est de 0 m. 08, elle s'incurve légèrement à son extrémité, vers le tige. La douille largement ouverte est percée de deux trous pour passer les clous qui la fixaient solidement à la hampe, dont il ne reste que des débris tombant de vétusté.
XVIII. Lance. — La lance, à en juger par les sépultures, était bien loin d'être une arme commune. L'abbé Cochet va jusqu'à écrire qu'elle était réservée aux hommes libres. Chez les Francs, comme chez les Lombards, la puissance royale était conférée par la tradition de la lance. Exceptionnellement, il existe des nécropoles où la lance a été recueillie à de nombreux exemplaires, alors que le scramasax y est rare ou manque presque totalement, comme à Herpès (Charente).
Peut-être est-on fondé à introduire une distinction entre la lance et la framea. Celle-ci serait une arme relativement courte, à flamme plutôt large, losangée, très affilée des deux côtés, massive, qu'on rencontre avec quelques variantes, en Belgique, sur les bords du Rhin, figurant avec le bouclier, l'épée, quelquefois la francisque dans les sépultures des Francs.
La framea était beaucoup moins répandue que la lancea. Peut-être, vu les proportions de la hampe, était-elle réservée à la cavalerie. La lance était moins en usage chez les Burgondes que chez les Francs et les Saxons ; quoiqu'on en ait rencontré une quarantaine à Charnay (mais les nationalités y sont mélangées). La majeure partie des lances connues vient de cimetières qui ont renfermé des restes de Francs et d'Alamans, comme à Bassecourt, à Lavigny, à Severy, à nsingen.
La position occupée par la lance dans les tombes est variable ; mais, toutefois, elle est plus constante que pour les autres armes. Elle se trouvait généralement à droite du cadavre, la pointe dirigée vers le haut.
4637. Angon de Belleray. D'après Barrière-Flavy, Les arts industriels, t. I, p. 36.
La longueur moyenne est de 0 m. 90, la plupart atteignent un mètre ; quelques-uns 1 m. 15, et celui de Selzen, 1 m. 28.
En 1910, on trouva sur le bord de la route à Thory, à environ 0 m. 80 de profondeur, un angon très bien conservé. Cette arme, longue de 0 m. 40, pèse 550 grammes et n'a qu'une barbelure s'amorçant sur la tige à cinq centimètres de la pointe. La longueur de celle-ci est de 0 m. 08, elle s'incurve légèrement à son extrémité, vers le tige. La douille largement ouverte est percée de deux trous pour passer les clous qui la fixaient solidement à la hampe, dont il ne reste que des débris tombant de vétusté.
4638. — Angon trouvé à Thory. D'après F. Poulainé, dans Revue archéologique, 1912, p. 159.
XVIII. Lance. — La lance, à en juger par les sépultures, était bien loin d'être une arme commune. L'abbé Cochet va jusqu'à écrire qu'elle était réservée aux hommes libres. Chez les Francs, comme chez les Lombards, la puissance royale était conférée par la tradition de la lance. Exceptionnellement, il existe des nécropoles où la lance a été recueillie à de nombreux exemplaires, alors que le scramasax y est rare ou manque presque totalement, comme à Herpès (Charente).
Peut-être est-on fondé à introduire une distinction entre la lance et la framea. Celle-ci serait une arme relativement courte, à flamme plutôt large, losangée, très affilée des deux côtés, massive, qu'on rencontre avec quelques variantes, en Belgique, sur les bords du Rhin, figurant avec le bouclier, l'épée, quelquefois la francisque dans les sépultures des Francs.
La framea était beaucoup moins répandue que la lancea. Peut-être, vu les proportions de la hampe, était-elle réservée à la cavalerie. La lance était moins en usage chez les Burgondes que chez les Francs et les Saxons ; quoiqu'on en ait rencontré une quarantaine à Charnay (mais les nationalités y sont mélangées). La majeure partie des lances connues vient de cimetières qui ont renfermé des restes de Francs et d'Alamans, comme à Bassecourt, à Lavigny, à Severy, à nsingen.
Procope dit que les Francs ne faisaient pas usage de l'arc ; mais Grégoire de Tours nous dit qu'après, plus répandue en Belgique et dans l'Est que dans tout autre pays occupé par les barbares.
XIX. Fers de flèches. — Les barbares, mais non pas tous, ont fait usage de flèches. D'abord, écartons les Burgondes qui, s'ils en firent usage, les réservaient probablement à la chasse. A Charnay, en Bourgogne, cimetière mêlé où vinrent reposer, Francs, Alamans et Burgondes, on a trouvé dix-neuf fers de flèche, quelques-uns par groupes de deux, quatre ou cinq, collés ensemble par l'oxyde de fer. Leur forme est myrtiforme, losangée, barbelée ; le plus grand mesure 0 m. 13, le plus petit 0 m. 065. Constatation analogue en Normandie, où l'abbé Cochet en a trouvé à Douvrend, Londinières, Parfondeval, Envermeu et, dans une tombe de cette localité, un paquet de quatre, dont deux losangées et une en ovale, la quatrième ressemblait à un dard aux pointes acérées.
Le seul cimetière d'Armentières (Aisne) a donné dix-neuf flèches, celui de Brény, quarante-six. Cependant, on n'a jamais rencontré nulle part des débris d'arc et du carquois. Le carquois était probablement en bois, comme l'arc, et le bois peut avoir été complètement détruit ; mais l'armature des deux bouts, en fer, a pu subsister.
Il y eut un échec des Francs dans la forêt Charbonnière, où les Francs firent pleuvoir une grêle de traits sonnés : »Qui (Franci) coniunctis arborum trunci concidibus superskmtes, velut e fastigiis turrium, sagittas tormentorum ritu effudere inlitns herbarum aenenis, ut summœ cuti, ne que lethalibus inflicla locis vu h'iutl dubiae morta les sequerenlur« . Chez tous les peuples allemands, la flèche est en usage ; mais l'abbé Cochet, comme un diminutif de la lance, comme une dernière arme agressive, et d'autres archéologues y voient une arme non de guerre mais réservée à la chasse ou à la pèche. Peut-être est-il préférable de ne pas apporter d'exclusivisme à cette question. Il serait à coup sûr plaisant de dire que les soldats de la Marne et de Verdun combattaient avec des flèches, cependant le corps de l'aviation a usé de fléchettes avec succès ; nous vous croire qu'il y a eu ainsi des corps de barbares qui ont fait usage de flèches sans que les historiens nous en aient rien fait connaître.
La loi salique prévoit le cas des blessures faites avec des flèches : »Si secundum digitum, quo sagittalur, exctuserit, sol. XXXV culpabilis judicelur ; quis alterum saqitla toxicata perculere volueril« . La loi des Lombards contient aussi une pénalité pour ce cas ; la loi des Wisigoths mentionne la fronde et les flèches, dans l'armement des guerriers. Jornandès nous apprend qu'ils excellaient au maniement de l'arc, et d'après Végèce, ils s'en servaient à la guerre : »Deteclis pecloribus et capitibus, eongressi contra Gothos, milites nostri miiltiludinc sagitlariorum sœpe deleli« .
XX. Francisque, hache. — L'arme nationale des Francs s'appelait francisque : »quas et Hispani ab usu Francorum per derivationem (franciscas) vocarunt« , écrit Isidore de Séville. C'est une hachette dont la lame est dirigée vers le haut. Voici des francisques trouvées à Parfondeval (Seine-Inférieure), à Londinières (Seine-Inférieure) et à Colchester. C'était vraisemblablement une arme de jet. Procope dit qu'au signal donné, toutes les hachettes volaient dans la direction des boucliers ennemis et s'y plantaient probablement en les fracassant.
Il y eut des francisques à lame plus étroite, droite ou peu recourbée vers le bas et dont l'axe du tranchant coupe par le milieu le sommet ou tête de l'arme (principalement en Rhénanie). On la rencontre en Bourgogne, dans le nord de la France, en Belgique, mais en Belgique, la hache à large tranchant recourbé en arc est plus fréquente. Cette hache semble un modèle intermédiaire entre la hachette de jet et la hache de combat.
Cette dernière est un robuste engin dont le tranchant se développe en demi-lune en haut et en bas. Cochet l'a signalée à Envermeu (voir Dictionnaire, t. V, col. 7 »). fig. 4101). Cette hache en forme de croissant se rencontre surtout dans les sépultures burgondes, à l'exclusion presque absolue de la francisque. Dans les tombes burgondes, ces haches de grand modèle étaient déposées à l'extrémité inférieure de la tombe, aux pieds et quelquefois sur les tibias des squelettes. Cette arme massive est probablement celle que Sidoine Apollinaire nomme « securis bipennis ». Les plus remarquables spécimens ont été recueillis à Arlay, à Arc-et-Senans, au Châtelet, à Corberon, dans la Bourgogne cisjurane, à Bassecourt, à Avenches, en Suisse. Entre les exemplaires burgondes et ceux qui ont été rencontrés à Caranda (Aisne), à Herpès (Charente), à Envermeu (Seine-Inférieure), à Selzen (Rhénanie), il n'y a pas de différence typique, mais une simple question de poids et de dimensions.
Tandis que la francisque se relève, il existe un autre type de hachette qui se dirige vers le bas, le tranchant forme un demi-croissant tronqué, tantôt coupé horizontalement, en haut, tantôt légèrement évasé et terminé en pointe également vers le haut. On a rencontré ce type à Caranda, à Bendorf, près Andernach. La forme la plus commune, à Charnay, comme ailleurs, est celle dont le fer est légèrement courbé et s'élargit du côté du tranchant. Celle qui vient ensuite est droite, uniforme des deux côtés, évasée légèrement près de la tête, qui pouvait être destinée à frapper, et fortement, du côté du tranchant. Une autre forme, dont Baudot n'a trouvé qu'un seul exemplaire, est remarquable par l'étendue de la partie tranchante qui n'a qu'une pointe en haut, le bas étant coupé horizontalement.
L'étude du mobilier funéraire porterait à elle seule un utile enseignement si elle ne faisait que nous montrer la compénétration des usages, des types, des races qui vivaient sur notre sol. Dans cette région où dominaient les Burgondes et d'où la francisque est absente, on rencontre cependant la francisque, par exemple à Clucy, à Chargey-les-Gray, à Vannaire, à Saint-Phal, à Charnay, sans qu'il soit possible d'apporter aucune précision sur la nature des tombes où on les a trouvées. Deux francisques réclament même un moment d'attention. La première provient de Chaffois (Doubs) ; elle est conservée au musée de Besançon. Le fer, assez dégagé, n'est point perforé à la tête pour percevoir le manche, mais il est ménagé en douille couverte qui va en s'élargissant, et qui devait ensuite être fortement maintenue sur le bois au moyen d'une ou de deux viroles ; cette sorte de douille faite seulement de deux appendices mesure 0 m. 12 de long. La deuxième est d'une élégance remarquable par la courbe qui la relève au sortir de la douille ; mais, détail intéressant, la tête est pourvue d'un long appendice de fer mesurant 0 m. 24, lequel se fixant au manche par un clou rivé à son extrémité, en assurait la solidité. Cette espèce rarissime recueillie à Chavannes (canton de Vaud) peut être comparée aux deux haches de Travecy et de Remies (Aisne) ; à d'autres encore trouvées à Caranda (Aisne), à Saint-Jean-du-Vieil-Âtre (Meurthe-et-Moselle), mais ces dernières sont bien plus massives.
On a enfin trouvé dans quelques tombes d'enfants des haches ou francisques dont les dimensions font de simples jouets.
La répartition géographique de la francisque offre de grandes inégalités ; d'après Lindenschmidt, en Rhénanie, on la rencontre suivant la proportion de une pour 4 ou 5 sépultures ; en Belgique, une pour 10 sépultures ; en Normandie, une sur 36 sépultures ; cette progression semble toutefois un peu trop rigide. Ce qui paraît certain, c'est que la francisque est essentiellement l'arme du Franc de la conquête de la Gaule au Ve et au VIe ; elle disparaît au VIIe. En effet, dans les cimetières du Boulonnais fouillés et étudiés par l'abbé Haigneré, la lance et le scramasax sont fréquents, la francisque ne se rencontre qu'à un seul exemplaire, à Uzelot. Vers la fin de la période mérovingienne, on abandonne progressivement la hache. Déjà Charlemagne ne la mentionne plus dans son ordonnance sur l'armement complet de l'armée, et, au Xe, la hache de jet n'était plus connue que par les traditions.
Il existe de nos jours une opinion répandue d'après laquelle la francisque serait une hache à deux tranchants, bipennis : on a pu réunir une demi-douzaine de citations tirées de manuels scolaires, et toutes concordent à mettre entre les mains des Francs la hache à deux tranchants. Ils ne sont pas seuls, puisque Agathias et Procope en parlent eux aussi : « Pedi les erant eœteriomnes (Franci) non arcu, non hasla armali sed ensem clypeum que gestabant singuti ac securim unam, cujus ferrum valde crassum et utrimque acutissimum erat, e ligno manubriiim admodum breve ». Et Végèce nous décrit la bipennis qui est « securis luibens utraque parte lalissimum et acutissimum ferrum ». Voilà que Grégoire de Tours nous dit que c'est avec une hache bipennis que Clovis fendit le crâne du soldat de Soissons : « levata manu bipennem cerebro ejus inlisit » ; enfin, bien plus tard, au IXe, l'évêque de Reims Hincmar parle de la « francisca quae vocatur bipennu » et au siècle suivant, Flodoard à son tour parle de la « francisca quae vocatur bipennu ». Il est vrai que cette arme a été représentée comme répondant à un instrument trouvé à Parfondeval (Seine-Inférieure) (voir plus haut fig. 4639) par l'abbé Cochet, qui le décrit et l'étudie ainsi : « Deux haches de Parfondeval avaient, dans leur forme, quelque chose d'extraordinaire et de bien inusité... L'une est à deux tranchants et rappelle, si même elle ne reproduit pas, la fameuse bipenne des anciens. Chose à noter, c'est que les deux côtés sont loin de se ressembler. Ce sont véritablement deux outils différents, juxtaposés et, pour ainsi dire, mariés l'un avec l'autre. L'un côté présente la francisque ordinaire, mais l'autre reproduit la lie du charpentier, espèce d'instrument tranchant fait pour doler le bois plutôt que pour le couper, de sorte qu'un côté abattait l'arbre et que l'autre le préparait ». Heureux de sa découverte, Cochet croyait qu'elle emporterait conviction et déciderait Ch. Koach Smith, Akermann, et le Dr Rigollot à admettre l'existence de la bipennis pour la francisque ; en réalité, la prétendue francisque de Parfondeval est une herminette à double tailloir à l'usage d'un charpentier (voir ce mot), qui fut enterrée avec son outil. En fait, la bipennis reste dans sa plus grande largeur, le dos n'a pas plus de 0 m. 004 à 0 m. 005 d'épaisseur ; cette arme formidable, d'un fer plus pur, d'un grain plus serré que celui des autres armes, est mieux conservée : l'oxyde l'a beaucoup moins rongée ; elle pourrait encore servir au besoin. On remarque près du dos une ligne de festons tracés en creux et au milieu de la lame deux croix gravées analogues à celles qui décorent certaines fibules. Cette arme meurtrière, à pointe très aiguë, devait servir à deux temps, comme lance en engageant le combat, et comme coutelas dans la mêlée et le corps à corps. La hampe qui les eût gênés pouvait alors être facilement retirée, car aucun rivet ne la liait à la douille, où nulle trace ne s'en fait remarquer.
XXIII. Fourches. — Dans quelques tombes barbares on a recueilli des fourches à deux et à trois introuvables dans les tombes franques si par ce mot on entend une arme à deux coupants ; nous nous en tiendrons donc à l'application de ce mot à la hache burgonde décrite plus haut.
Dans les tombes, la francisque est toujours placée vers l'extrémité inférieure, sur les tibias ou à côté des pieds : Envermeu, Londinières, Selzen. Quant à la place de la hache vers la partie inférieure du squelette, on peut la considérer comme la règle en cette matière ; on l'a observée à Védrin, à Seraing, à Pry, à Wancennes, à Harmignies, ailleurs encore en Belgique ; de même à Charnay, à Ven-d'huile. On signale à Herpès une hache à la hauteur du genou droit ; au Jardin-Dieu de Cugny vers le bassin, à Rouvroy sur l'abdomen.
XXI. Piques. — On a rencontré, mais rarement, des coutelas munis d'une douille servant à les emmancher ce qui les transformait en véritable fer de pique. On les a trouvés à Lisse-court (Suisse), à Resteigne (Belgique), à Labeuvrière (Pas-de-Calais) ; c'est surtout à Charnay (Loire) que le type (conservé au musée de Saint-Germain-en-Laye), est digne d'attention (fig. 1640). La forme est celle d'un coutelas, car il n'y a qu'un côté tranchant ; mais une douille de forme carrée placée à la base indique que l'arme s'ajustait sur une hampe, dont on a trouvé quelques débris libres dans la douille. Elle mesure 0 m. 68 de longueur totale ; 0 m. 075 de dent, très robustes et certainement destinées au combat. Les pointes de quelques-unes de ces pièces sont pourvues de crochet imitant le hameçon. Des fourches ont été trouvées à Marchelepot (Somme), à Basscourt (Suisse), à Andernach-sur-le-Rhin (tous tridents) et à Moxhe (Belgique) (deux dents).
XXIV. Bouclier. — Les barbares ont fait un usage peu généralisé du bouclier. Les légendes le mentionnent, mais heureusement, les tombes le conservent. Chez les Anglo-Saxons, il était assez répandu pour que, en 996, on signale à Winchester une rue de fabricants de boucliers. ShieU-Wrighfs Street ; parmi les barbares qui envahirent la Gaule, le bouclier est plus rare. Parmi les Francs, le bouclier était une manière de signalement pour les guerriers éprouvés, les hommes les plus nobles. En temps de paix, même, ils ne s'en séparaient pas et dans les réunions, ils manifestaient leur approbation aux projets qui leur étaient soumis, ou leur acquiescement à l'élection d'un chef, en frappant sur leumbo de fer. En temps de guerre, la perte du bouclier imprimait le déshonneur ou, à tout le moins, jetait le soupçon sur le guerrier. Les tombes franques dans lesquelles on trouve le bouclier sont donc celles d'individus distingués par leur mérite : aussi on rencontre fréquemment dans la tombe qui contient un bouclier, l'épée ou la hache bipennis et quelquefois les deux.
La forme du bouclier a pu varier ainsi que ses dimensions, mais nous sommes mal renseignés à son sujet parce que, sauf l'umbo, tout le reste étant confectionné en bois ou en cuir à péri, l'umbo et les branches métalliques de la monture sur laquelle posait l'appendice ne nous apprennent rien sur la forme de l'arme. Était-il rond ou ovale ? Quel était son diamètre ? À Selzen, Lindenschmidt rencontra dans une tombe les vestiges pourris d'un bouclier de cuir de forme ovale. Ce qui formait le bouclier c'était un assemblage de languettes de bois (de tilleul ?) recouvertes de peau. Elles étaient maintenues à la partie centrale appelée umbo par plusieurs rivets à têtes plus ou moins saillantes et ornées. Au revers, une tringle de fer, posée diamétralement ou renforcée à sa partie médiane, permettant de tenir le bouclier à pleine main, celle-ci étant protégée par l'umbo (fig. 4641). Cette armature porte le nom de manipule et se termine à contre à Vermand (Aisne) s, à Misery (Somme), et il n'est pas prouvé qu'ils ne fussent d'origine galloromaine.
En France, une trentaine de nécropoles ont donné au moins deux umbos : Belfort, Crimolois (Côte-d'Or) deux ; Hardenthun (P.-de-C.) huit ; Chassemy, Caranda, trois ; Beny (Aisne) quatre ; Saint-Jean-du-Vieil-Aître (Meurthe-et-Moselle), huit ; Charnay (Saône-et-Loire) vingt-et-un ; Chérisy (P.-de-C.) six ; Oyes (Marne), quatre. En Belgique, quelques stations en ont restitué abondamment : Eprave, quatre ; Wancennes, deux ; Lède, quatre ; Harmignies, six ; Pry, sept ; Anderlech, neuf. Quant aux nécropoles qui ont fourni un umbo, la liste en serait fastidieuse.
La place occupée par le bouclier dans la tombe n'a rien de fixe. L'abbé Cochet pense qu'on le mettait habituellement sur le côté droit du guerrier et explique que les autres places où on l'a rencontré par le 2, 3, droite et à gauche, soit par une verge unique, soit par deux verges munies de rivets, comme à Chasseny (Aisne) 2 ; quelquefois, le manipule était formé d'un faisceau de trois verges comme à Londinières (Seine-Inférieure) 3.
L'umbo de fer a une forme bien caractérisée. Le cône très aplati, pourvu d'un rebord plat, simule assez bien un casque, et il a été, parfois, pris pour tel. Le sommet du cône est muni d'un bouton sur tige, souvent argenté ou damasquiné, parfois en bronze ciselé. L'umbo est hémisphérique à Andernach, à Harmignies parfois le bouton d'amortissement manque. Le cône est quelquefois très bas et présente des parois légèrement évasées (Andernach) ou bien s'allonge en pain de sucre (Andernach, Eyellhofen) 4. On a pu signaler quelques umbos terminés par une pointe effilée, mais ils sont excessivement rares et rien ne permet d'affirmer qu'ils fussent de fabrication franque ; on en a renommé à Fairford, à hauteur des genoux ; Great Driffield, près de la tête ; Ozingell, au milieu de la poitrine ; Hardenthun, sur la main et sur le genou gauche ; Pry, sur la poitrine ; Harmignies, près de la tête.
Les umbos ont reçu des décorations brillantes. Sidoine Apollinaire parle d'un umbo blanc comme neige sur les bords et dont le centre lançait des éclats fauves.
En 1852, fut trouvé dans le cimetière mérovingien de Londinières (Seine-Inférieure), un bouclier en fer dont l'état de conservation complète fait une pièce capitale pour l'archéologie franque. L'abbé Cochet, qui le fit connaître, remarquait avec raison que s'il ne s'était rencontré que l'umbo seul, l'intérêt de cette découverte n'eut pas dépassé celui d'un autre umbo découvert à Envermeu, même département, en 1850, et des cimetières barbares de France, d'Allemagne ou d'Angleterre avaient rendu des umbos, notamment à Selzen, à Fairford, à Ozingell, à Charflay (Saône-et-Loire), à Misery (Somme). Dans ce dernier exemplaire, l'umbo et l'appendice étaient revêtus d'une lame d'argent doré, sur laquelle était estampé le nom de l'orfèvre. Un des quatre boucliers d'Ozingell possède encore sa main et les deux clous qui attachaient cette traverse à l'umbo. Cette espèce de manipule paraît au complet ; de même pour le bouclier de Lenham où on ne remarque qu'un brassard plus ou moins compliqué. Ce qui rend le bouclier de Londinières intéressant, c'est l'armature en fer qui l'accompagne (lig. 1642). Cette armature est complète et si quelques parties ne sont pas entières, celles qui restent peuvent aisément en donner l'idée et les faire suppléer. Cette armature composée tout d'une pièce présente, au centre, une lame de fer reployée en creux, mais non entièrement fermée. Cette ouverture est ménagée pour la main du guerrier. Car tandis que la paume saisissait le dos de la plaque, les doigts pénétraient dans l'ouverture et s'y tenaient fortement accrochés.
À laquelle se trouvait le bouclier ; à Envermeu, au dire de l'ouvrier fouilleur, l'umbo fut trouvé près de la tête. Les différents ouvrages que nous possédons sur les sépultures des temps mérovingiens nous représentent les boucliers à des places différentes. À Ozingell, d'après Roach Smith, le squelette avait sa lance au côté droit, son vase au côté gauche, le sabre sur les reins, le couteau à gauche du bassin, et l'umbo du bouclier juste sur la poitrine, et l'archéologue, sur la foi de l'explorateur, retrace à l'auteur de l'umbo un cercle noir pointillé indiquant la circonférence de la garniture ou corps du bouclier. Cette garniture paraissait aller depuis les yeux jusqu'au bas des côtes, ce qui suppose un diamètre de 0 m. 70. Wylie, qui a fouillé lui-même les tombes aux de Fairford reproduit sur sa dernière planche le corps d'un soldat saxon ayant le sabre au niche, le seau de bois sur l'épaule droite et l'umbo de son bouclier entre les deux jambes à la hauteur du genou. Lindenschmidt reproduisant les tombes de Selzen, figure le bouclier au bras gauche d'un soldat, armé d'un long sabre, de ciseaux et d'un poignard. L'abbé Cochet estime cette place la plus naturelle, et
Cette lame de fer était fixée sur les bords de l'umbo au moyen de clous dont les têtes plates sont encore très visibles. Le côté convexe était en dehors de l'umbo et la partie concave regardait le dedans. Mais à partir des deux clous, le manche de fer se partageait des deux côtés en trois verges plates terminées par un petit rond au milieu duquel passait un clou. Ce faisceau de verges imite assez la foudre, tel qu'on le représente dans les mains de Jupiter ou sous les serres de l'aigle antique. Ce double faisceau servait à soutenir d'un côté une planche de bois qui formait le corps du bouclier, de l'autre le cuir ou la peau qui recouvrait le bois. La planche de bois, encore très reconnaissable, nous évalue son épaisseur entre les têtes de clous et le rond placé à l'extrémité des verges. Elle avait juste un centimètre d'épaisseur. Mais quelle était la forme de cette planche, ronde ou ovale ? Rien ne nous l'indique. L'armature invite à penser que le bouclier avait cette forme elliptique qu'on retrouve plus tard aux écus des chevaliers du moyen âge.
La longueur totale de l'armature du bouclier de Londinières était de cinquante centimètres. Le diamètre de l'umbo n'était que de dix-sept centimètres ; sa hauteur, de onze à douze. La tombe découverte et fouillée par un ouvrier peu intelligent n'a pas laissé savoir la place exacte, -j. - Roach Smith, Collet tant anliqna, t. m. pari, i, pi, 2. — ' RlgoUot, dani Mémoir éUdesantlq. Si le Franc, le Germain, le Saxon ne devaient jamais quitter leur bouclier, sous peine de déshonneur. Il s'ensuivait naturellement que cette arme a dû être inhumée avec eux dans la position où ils la portaient pendant la vie. Rigollot observe que le bouclier est rare dans les Sépultures mérovingiennes. En effet, à Londinières, on n'en a rencontré qu'un seul sur quatre cents squelettes, et à Envermeu, un seul aussi sur un nombre à peu près égal de défunts. À Arfondeval, à Lucy, à Neufchâtel, à Douvrend, on n'en a signalé aucun. À Charnay, Baudot n'a rencontré que cinq umbos sur plus de deux cents squelettes. Même constatation en Angleterre '. Dans la nécropole franque de la Marne, on a renoncé à quatre umbos en bon état et trois autres en mauvais état. Dans une tombe, l'umbo était posé sur la poitrine du squelette ; son diamètre est de 0 m. 18 ; la hauteur de la base au sommet est de 0 m. 11 ; il est surmonté d'un bouton de clous, à large tête aplatie, qui le fixaient au bouclier, sur lequel ils étaient rivés. Le manipule, très cintré, décrit presque un demi-cercle ; l'arc est de 0 m. 48. De semblables clous, en pareil nombre que ceux de l'umbo, l'assujettissaient au bouclier, qui se trouvait à la paume de la main, correspondant à la cavité de l'umbo, dont la dimension proportionnée main qui pouvait l'enserrer, l'il. pari. I. p. - Cochet, Note sur an I U a/ee dans (Setne-Infirleure. eo : Bulletin du < langue, de Phlstotre el
saisir facilement et la retenir sans fatigue. Le bois du bouclier et le revêtement, dont il pouvait être couvert, atteignaient une épaisseur assez grande ; elle est indiquée par la distance qui se trouve entre la tête des clous et la courbure opérée pour les river. Dans une autre tombe, l'umbo gisait au-dessus de la tête, séparé du crâne par une épaisse couche de terre ; ici le manipule est droit et mesure seulement 0 m. 42. Dans un troisième, le diamètre de l'umbo est de 0 m. 18, il est rivé par cinq forts clous de cuivre et le manipule mesure 0 m. 57. Pour le quatrième umbo, la position est particulièrement significative. Une excavation avait été pratiquée à gauche dans la paroi de la fosse pour le placer. Le bouclier tel qu'il se rencontre à Oyes, est le même qu'on retrouve en usage dans d'autres régions, il se rapproche singulièrement de ceux trouvés à Charnay, en Bourgogne. Le manipule rectiligne a été rencontré à Charnay, à Oyes ', à Fère-en-Tardenois ; cette forme est plus répandue qu'on le croyait naguère.
A la paix de l'Église. — Il ne suffisait pas d'apporter des textes légendaires pour justifier l'antiquité merveilleuse de la prédication évangélique dans la Gaule romaine, il fallait étayer cette littérature à l'aide de monuments. Un prélat italien, Ciampini (voir ce nom) s'y employa avec succès ; il dressa un catalogue des églises construites par les fidèles pendant les trois premiers siècles et, tirant parti de tous les textes les plus décriés, il parvint à établir une liste aussi imposante que fantaisiste. La Gaule y était, à elle seule, représentée par plus de vingt édifices, bien dûment datés. Le plus ancien de tous était une église dédiée au Précurseur à Vaison par une dame pieuse, en l'an 44. Deux ans plus tard, Limoges n'avait plus rien à envier à Vaison ; elle possédait une église dédiée à saint Étienne ; en 47, c'étaient Béziers et Bordeaux, Le Mans, Aix, Marseille, Agen, Clermont et Toulouse : A Ferrières-en-Gâtinais, on jetait les hauts cris de se voir passé sous silence et la série continuait, avec Metz, Trêves, Cologne, Molsheim, Sens, Chartres, Limoges, Reims, Narbonne et Paris. On peut se dispenser d'en rien dire. Les grands érudits du XVe et du XVIIe ont montré le cas qu'il faut faire de ces fables, qui parfois ressemblent à des facéties.
Les seuls indices archéologiques dignes d'attention pour cette période primitive du christianisme en Gaule sont des textes comme la lettre de l'église de Lyon-Vienne en 177, laquelle ne mentionne aucun édifice, et des monuments comme l'épitaphe de Pectorius d'Autun, le sarcophage de la Gayole, les inscriptions de Marseille, d'Aubagne, de Maguelone, qui attestent la présence de chrétiens dans ces parages, mais ne nous apprennent rien de positif sur les églises qui ont pu s'y élever. Tout au plus pourrait-on admettre l'existence d'une chapelle funéraire à la Gayole (voir ce mot), canton de Brignoles (Var), vers le VIe. Mais, précisément, ce lieu détourné, peu abordable, n'aura jamais pu servir qu'à une famille et à ses serviteurs. Il est donc superflu de s'engager à la recherche d'édifices chrétiens avant la deuxième moitié du IIIe. Autre chose d'admettre l'existence de communautés chrétiennes au IIe dans la vallée du Rhône, à Vienne, à Lyon, à Arles, déjà prospères à l'époque où la persécution de Marc-Aurèle les atteignit, mais dont nous ignorons tout ce qui concerne les conditions de leur installation. Après cette épreuve, en 177, les fidèles demeurèrent encore trois quarts De sans recevoir une organisation unique, puisque c'est seulement sous le pontificat de Fabien (236 à 251) que l'Église romaine se trouva en mesure d'envoyer en Gaule une mission de sept évêques chargés de procéder à l'évangélisation méthodique du pays qu'ils se partagèrent de la façon suivante : Paul, Trophime et Saturnin prirent le Midi, Martial, Austremoine et Gatien le Centre, Denis remonta jusqu'à l'Ile-de-France ; il ne fut pas question des provinces situées au nord de cette limite *. Les persécutions de Dèce, en 250, de Dioclétien en 303, entravèrent l'essor qu'aurait pu prendre cette tentative d'apostolat. Quels édifices s'élevaient au début du IVe, on ne nous le dit nulle part, mais tandis qu'Eusèbe nous dit que le césar Constance Chlore empêcha leur destruction, Lactance, mieux instruit de ce qui concerne l'Occident, écrit que « Constance, afin de ne pas paraître en dissentiment avec les empereurs, permit de jeter à bas quelques églises, c'est-à-dire des murailles qui pourraient être rebâties quelque jour ».
II. Les témoignages épigraphiques. - Les missionnaires chrétiens utilisaient les mêmes routes que le peuple et l'administration, s'établissaient dans les mêmes centres habités ; ils se répandaient et prospéraient suivant des directions qu'il est possible de retrouver aujourd'hui. Après avoir essaimé le long de la côte méditerranéenne, ils remontaient la vallée du Rhône ou bien s'enfonçaient dans la direction du Sud-Ouest. Le Centre restait d'un abord difficile et il fallut la présence de saint Martin pour sillonner cette région de voies et d'églises. Le bassin de la Loire, les provinces du Nord et du Nord-Est furent d'une pénétration encore plus malaisée. Sur la façade de l'église de Saint-Agricola, à Reims, on lisait cette inscription tracée en lettres d'or :
FELIX MILITIAE SVMPSIT DEV0TA I0VINVS CINCVLA VIRTVTVM CVLMEN PROVECTVS IN ALTVM B1SQVE DATVS MERITIS EQVITVM PEDITVMQVE MACISTER EXTVLIT AETERNVM SAECLORVM IN SAECVLA N0MEN
Nous n'avons pas ici une épitaphe, mais une inscription dédicatoire. Dom Marlot, Valois, Tristan
DEVOTIONL NCE-PR
a-v t
.TAL1S^ESP\' ;
D'après Le Blant, Inscripl. ehrit. de la Gaule, t.I,pl. 3X, n. 231.
Savaron, le P. Sirmond, Godefroi et E. Le Blant ont vu dans ce Jovinus, le consul de l'an 307, Flavius que le nom du fidèle qui les avait fait construire. Dans le second texte du testament de saint Rémi, l'église Saint-Agricola est ainsi dénommée : basilica Jooiniana tituli beati Agricole '.
Un monument souvent cité et reproduit est conservé à l'hôtel de ville de Sion (Valais).
Il ne s'agit pas ici d'une épitaphe, mais d'un monument public destiné à commémorer la réparation d'un édifice chrétien auquel la légende applique l'épithète de prisca œdes, et il n'est guère douteux qu'il s'agisse d'un édifice religieux. La date nous reporte à l'an 377 « (« S- « 643).
Un autre témoin épigraphique d'une église en Gaule est conservé au musée de Narbonne. C'est sur un bloc de marbre blanc qui mesure 3 m. 49 de longueur sur 1 m. 70 de hauteur. On ne sait où cette inscription fut découverte. Il a l'apparence, dit l'auteur du mémoire conservé dans les papiers de l'abbé, il a l'apparence qu'on trouva celle pierre lorsqu'on creusa les fondations de la nouvelle Église. » C'est donc bien à tort que le Gallia christiana fait provenir cette inscription du village de Minerve (voir G haï fîtes), hameau de cinquante feux, bâti sur une étroite éminence au fond d'une sorte de cratère et dont le faible périmètre exclut l'idée de la présence d'un édifice aussi considérable que le suppose l'énorme débris qui porte l'inscription*. De plus, le mémoire adressé à l'abbé était rédigé par un habitant du pays fort au courant de toutes les trouvailles ; il y a donc apparence que l'église en question se trouvait à Narbonne. Ce qui du Gallia christiana peut être retenu, c'est que ce bloc de marbre, abandonné longtemps à la porte du TD0-CTvïï0'Ml5£MNfll M'HO(-<nirtem^^ wjtkïîek-E' i • 6 okosi n u v ;
Efj-ARAT0W« l'UW0HASiïRlv- ' CONFRRICCLE-MASSILLËNSI.
Cette inscription doit se lire ainsi : Deo et Christo miserante, limen hoc collocalum est, anno quarto, consule Valentiniano Augusto sexsto, tertio kal. decembres, XVIII arum episcopatus Rustici, Rusticus episcopus, episcopi lionosi filius, episcopi Araloris de sorore nepos, episcopi Venerii socius in monasterio, compresbyter ecclesiae Massiliensis, anno X V episcopatus sui, die anni Y, tertio id. octobres, curantibus L'rso presbytero, Ilcrmete diacono et eorum sequentibus, cœpit deponere parietem ecclesiae dudum exustae, XXV die quadratum in fundamentis poni cœpit. Anno illo, vil id. octobres, absidem poni fecit Monlanus subdiaconus, Marcellus Galliarum praefectus, Dei cultor, prece exegit episcopum hoc onus suscipere, impendia necessaria repromittens per biennium administrationis suae, artificibus mercedem solidorum DC, ad opera et caetera solidorum ID. Hinc oblationes : scilicet episcopi Venerii solid. C... episcopi Dynamii, L Oresi, CC... Agrceci... et Deconia... Salut }
Les mots anno III I de la première ligne paraissent indiquer l'époque où le limen fut mis en place, par analogie avec les autres mentions chronologiques concernant les phases diverses de la construction : la première pierre fut posée après quarante-sept jours de travaux préparatoires ; l'abside fut achevée la deuxième année. Le limen est le seuil ou le linteau d'une porte, mais ce mot désigne aussi l'entrée d'un édifice ou cet édifice entier. Aux premiers siècles, remarque Edm. Le Blant, on indiquait par cette même expression les seuils de saints lieux, que les fidèles baisaient en se prosternant, comme les païens le faisaient avant eux, et les linteaux où leur dévotion suscitait évidemment loin de sa fin si l'on ne fût encore parvenu qu'au couronnement de la porte principale.
Le sixième consulat de Valentinien III nous reporte à l'an 445, dix-neuvième année de l'épiscopat de Rusticus qui dut être sacré le dimanche 9 octobre 427. Les travaux commencèrent le 13 octobre 445. L'abside fut terminée le 9 octobre 447 et comme le fait observer E. Le Blant, on avait apparemment choisi pour cette opération importante l'anniversaire de la promotion de Rusticus. Nous voyons qu'il avait fallu au préalable déblayer le terrain des ruines d'une église ancienne : cœpit deponere parietem ecclesiae dudum exustae, opération qui exigeait des soins particuliers par respect pour les matériaux qui avaient appartenu à la maison de Dieu.
Le texte présente quelques abréviations intéressantes : les sigles C. L. K. T. E. ont été interprétés collocalum est par les auteurs du Nouveau traité de diplomatique ; le sigle C, à la sixième a été traduit par E. Le Blant curantibus, expression fréquente dans les légendes épigraphiques relatives aux constructions ; ARTIFI.B, n'offre pas de vraie objection à l'interprétation admise artificibus et le mot sequentibus semble ;
Haut de 70 centimètres, notre marbre ne peut, comme l'a pensé Tillemont, avoir servi de limen inférieur. Si l'on en juge par sa corniche interrompue, par l'ornementation circulaire de la droite, nous ne posséderions guère que la moitié de ce monument dont ce qui nous reste mesure 3 m. 49 cent. Une pièce d'une telle longueur peut-elle avoir surmonté une porte, si haute qu'on le veuille admettre ? L'élévation qui suppose et réclame une pareille dimension porterait plutôt à croire que ce marbre figurait dans l'ornementation de l'entrée désignée tout entière par le mot limen. Ce fait résulte encore de l'inscription même qui semble constater l'achèvement d'un édifice désigner des acolytes, suivant une traduction littérale du grec ἀκόλουθος.
Les inscriptions qui ornaient les édifices religieux de la ville de Tours nous sont connues, non par les monuments eux-mêmes, mais par les écrits des auteurs en renom qui avaient composé ces petits poèmes épigraphiques. Fortunat, à la demande de Grégoire de Tours, rédigea une pièce tracée, sans doute, sur la porte de la cella du saint et il en ajouta quatre autres. La basilique de Tours offrait aussi de nombreuses inscriptions dues à différents auteurs : Sulpice-Sévère, Fortunat, Paulin de Périgueux, Sidoine Apollinaire ; presque toutes sont longues et n'ont d'intérêt que dans l'absence de toute indication de lieu, E. Le Blant conjectura que ces tituli, de même que les épitaphes, se rapportaient à la ville de Trêves. Il a existé dans cette ville, jusqu'en 1802, auprès du Palais Romain.
Voici encore deux inscriptions relatives à des églises et provenant d'une petite chapelle romane, à quelques pas du château de Gléon, commune de Villesèque, canton de Durban (Aude), et entrées depuis au musée de Narbonne.
La première est brisée par le milieu et fort mutilée. C'est une dédicace métrique sur laquelle la présence d'une croix au début tend à nous reporter, au plus tard, à la fin du Vème siècle.
Un temple chrétien placé sous l'invocation de saint Laurent, qui comptait parmi les plus antiques et prenait rang avant toutes les autres églises paroissiales de la ville. On ne savait rien de plus sur cet édifice que ce qu'en disait les Gesta Trevirorum, qui lui donnent le nom d'Ecclesia ad Palacium. Une fouille, exécutée vers 1860, a permis de reconnaître que l'église Saint-Laurent était de construction romaine. En restaurant le vieux palais qui l'avoisine, on a découvert, au niveau même du sol de cet édifice, la mosaïque qui formait le pavement primitif de l'église et sur la droite de laquelle existaient encore les fondations de deux colonnes. Il n'y a plus lieu de mettre en doute que l'inscription conservée par Scaliger est le Ululas de Saint-Laurent. Elle se réfère à Itinien III (425-455) : anNO XVIII / EPI.SCPT/ RVSTICI ANNI DIE CCLXVI KL / IVL /
Il résulte d'un document manuscrit du frère Louis, mineur, qu'elle [cette inscription] se trouvait dans l'île de Notre-Dame de la Major (tenant les Pèlerins), et qu'elle supportait l'autel de Saint-Pierre-et-Saint-Paul, propriété de la famille de Lastours. C'est en effet dans un jardin appartenant à un membre de cette famille, que ce marbre fut trouvé. Tout fait présumer qu'il existait sur l'emplacement de cette église un sanctuaire plus ancien.
Voici un autre débris, également d'époque tardive, puis que la première ligne est précédée d'une croix ; la présence de ce symbole et la paléographie ne permettent pas de placer cette inscription avant le VIème siècle. C'est une inscription métrique qui se lisait sur la porte d'une église, ce qui subsiste est assez énigmatique.
Un chrétien nommé Diusvirus et sa femme Wiliesinda ont, pour la rémission de leurs péchés, élevé un sanctuaire au Seigneur.
Voici un autre débris, également d'époque tardive, puis que la première ligne est précédée d'une croix ; la présence de ce symbole et la paléographie ne permettent pas de placer cette inscription avant le VIème siècle. C'est une inscription métrique qui se lisait sur la porte d'une église, ce qui subsiste est assez énigmatique.
Il semble que ce texte soit le meilleur commentaire du débris de Villesèque ; brisé presque aussitôt que mis en place, ramassé et retourné pour une destination nouvelle. Il est donc possible et même probable que ce fragment témoigne de la persécution arienne, au VIème siècle, dans le sud-ouest de la Gaule.
Nous rappellerons seulement une inscription de Celeyran (Aude), tracée sur un gros bloc de marbre blanc ; c'est encore un monument du VIème siècle :
SCR. M AR HIC SNT MARCELLI DD • ANNO
DD AB Hl
XL) II ET OBIIT SVB DIE Xllll KAL Hic in pace requiescit bone memorise Petrus filius
L'inscription ne dit pas clairement si c'est Pierre ou Asclepius qui fonda la basilique. Quoiqu'il en soit, la règle de saint Aurélien dit que le monastère fondé par cet évêque d'Arles le fut en la cinquième année après le consulat de Basile le jeune ainsi (pie l'église consacrée aux saints apôtres. Cette date nous reporte en 546, tandis que Pierre est mort en 579 après avoir survécu à son père. Sur cette église nous ne reviendrons pas ici, après en avoir parlé ailleurs assez longuement (t. i, col. 1213-1214, Bg. 294).
Chorier, historien de l'Église de Vienne, a publié une inscription qui, dit-il, ne se lit que dans les anciens cartulaires. Jean Du Boys qui l'avait fait connaître le premier n'indique point le manuscrit dans lequel il l'a retrouvée. Voici le texte :
(En place de l'épiscopat de saint Domnin vers l'an 534. L'inscription a été composée du vivant de cet évêque.
Chorier dit qu'elle se trouvait dans l'église de Saint-Pierre, sous l'image de Domnin. Elle aura pu être connue d'Adon — qui a connu celles d'Avit et de Namatius — et lui suggérer les éloges qu'il donne à Domnin.
Il n'est pas certain que la dédicace qui accompagne la légende en faisait partie. Quant à Flavius Lucanius, son nom ne se trouve pas dans les fastes. C'était donc un de ces nombreux consulaires qui ne devaient point leur titre à la possession des faisceaux, mais seulement à une naissance illustre ou à la faveur impériale.
L'évêque Léonce II de Bordeaux mourut vers l'année 567. Pendant son épiscopat il avait fait remplacer un petit sanctuaire élevé par son prédécesseur Amelius, et élevé sur le même emplacement une basilique consacrée à saint Denis. L'auteur a pensé, sans raison, que cette église se trouvait à Paris ; elle devait s'élever dans le diocèse, sinon dans la ville même de Bordeaux.
L'inscription dédicatoire est encore l'ouvrage de Fortunat :
QVI CVPIS ECRECII STRVCTOREM NOSCERE TEMPLI TAM PIA NON PATIAR VOTA LATERE TIBI
LONCIVS HINC OLIM SACRA CVM DELVBRA FVISSENT ET PLEBS OB SPACIVM SAEPE TIMERET ITER
Inflm. latinitatis, aamot Secretarlum ; P. Z. Collombet, Histoire de la sainte Église de Vienne, depuis les premiers temps du christianisme, jusqu'à la suppression de la Société archéologique de la France,
DONEC RITE SEQVENS CONSOLIDASSET OPVS
Cet évêque Léonce était un grand bâtisseur et Fortunat le fournissait de dédicaces métriques. Il bâtit, en un lieu que nous ignorons, une basilique dédiée à un saint du nom de Nazaire et en voici le titre épigraphique :
Culmina conspieui radiant veneranda Nazari
Cuius membra solum sptrUus aslra lenel
Semine terrigeno terrenis usibus exsors
Immortale bonum pulvere nalus homo
Nil earnale volens sed Christi prmmia poscens
Sanguine de prnpriu t'ietima digna Deo
Ilœc libi lempla sacer dévolu
Leontius offert
Majorem que suam hinc cupil esse domum
Hic prias augusto (abricata est machina giro
Quo ne que t une poterat plebs veneranda capi
Dejeclam que solo rursus fundavit ab imo
Et dédit hsec quœ nunc amplifteata placent.
Cette autre basilique, également bâtie par Léonce et pourvue d'une dédicace de Fortunat, était consacrée à saint Vincent ; reste à savoir où s'élevait la basilique. En 585, le prétendant Gondovald s'enfuit de Bordeaux et se réfugia au chef-lieu du pays de Comminges, poursuivi par les troupes de Gontran qui passèrent la Garonne à la nage et arrivèrent près de la basilique de Saint-Vincent juxta terminum At/ennensis urbis. Si on tient compte du sens du mot juxta dans la légende de saint Vincent, ce mot doit s'interpréter comme in ; quant au mot terminus, son acception est bien précise (dans la langue de Grégoire de Tours, il faut donc traduire : « située sur le territoire d'Agen » et non pas, comme on l'a proposé maintes fois : « près des confins de l'Agenais ».
L'église, nous dit encore Grégoire de Tours, s'élevait « à l'endroit où le martyr couronna, dit-on, son sacrifice pour le nom du Christ. Les habitants s'y étaient réunis avec ce qu'ils possédaient de plus précieux ; mais l'armée royale mit le feu aux portes, les brisa à coups de hache, envahit l'édifice, passa au fil de l'épée tous ceux qui y étaient renfermés, et enleva les richesses qu'on avait déposées dans la basilique, ainsi que les ornements du culte.
Le lieu du martyr de saint Vincent est incertain ; on reconnaît généralement que le saint fut martyrisé In Agennensi territorio, Reonemensis ruris, agro Vellano, et non loin d'une rivière, sur une colline où s'élevait un temple païen. Son corps resta enseveli en ce lieu pendant un siècle et demi, ensuite il fut transporté à cinq milles (7 500 mètres) au Castrum Pompeiacam, où s'éleva une basilique qui fut considérée comme le lieu même du martyre.
Fortunat, qui écrivait à Poitiers, intitule la dédicace relative à cette basilique : De basilica ultra (al. apud) Gammnam. Il la situe donc sur la rive gauche de la Garonne et nous dit que l'évêque Léonce donna la toiture d'étain. Au dire de Fortunat, le même Léonce aurait consacré au vrai Dieu et à saint Vincent le temple païen d'un lieu appelé Vernemelis.
Fortunat nous donne l'explication de ce mot : Nomine Vernemetis volait vocilare veluslas Quod quasi fanum ingens gallica lingua refert.
Le gaulois a gardé les deux mots dont se forme ce vocable. Ver (fear) que Fortunat traduit par ingens signifie en effet : supérieur, excellent, proéminent ; nemet (neimherd) qu'il rend par fanum veut dire : bois, champ, enceinte, lieu consacré. Ainsi en langue gauloise Vernemetis signifiait « grand temple ». Ce nom était porté par d'autres localités de la Gaule ; accentué sur l'antépénultième, il a dû produire en français Vernan les.
Voici l'inscription dédicatoire :
Nous ne ferons ici que mentionner les inscriptions de l'hypogée de Poitiers (voir ce mot), petite crypte de destination funéraire, au fond de laquelle se trouve un autel élevé sur deux degrés. Des inscriptions se lisaient sur les montants de la porte, sur la pierre du seuil, sur une autre pierre dont la position ancienne n'a pu être déterminée, sur une grande marche demeurée en place, sur deux fragments ornés de gravures, enfin sur un débris sculpté. Plusieurs légendes étaient peintes en couleur sur les parois. Dans un arcosolium se trouvait une légende murale peinte. La partie supérieure recouvrait une légende plus ancienne qui a pu être lue après qu'on eût fait disparaître la légende plus récente. L'inscription, remise au jour par le lavage des lettres qu'on avait superposées, indique deux particularités distinctes : d'abord la dédicace de l'édifice faite le 3 des kalendes du mois d'août, puis, à une autre date, l'introduction des reliques des saints :
• • • -PRVMRALI VDIAR NOVENB DIES-XIII
et après le lavage :
IN PRIMIS SCA DEDICATIO INCRESSA EST III KLACVSTAS ETQVODFACITDECEMBPRIDIAE III ETXIIIIKL IANVARIAS INCRESSIO SCORVM HIC EST + FI Dl MHIL SOSTANOS IN- [CRESSAS SVNT IN NOMENI DNI
MARTIVS SVNT
QVOD FA R-PIXE III
Au lieu-dit (arrondissement de Bergerac (Dord.) au lieu dit « fa ville de Meillc » parmi des débris de l'époque du bas-empire, fut trouvée une pierre dont le sommet est orné d'un monogramme du Christ et d'une inscription dont trois lignes subsistent :
+ IN XPI NOMINE SAFFARIVS EPS DOMVM Dl"« EDEF L'inscription complète ; les deux premières lignes n'offrent aucune difficulté ; elles mentionnent Saffarius, évêque de Périgueux, qui est connu pour avoir reçu, en 590, avec ses collègues de Bordeaux, d'Angoulême et de Poitiers, la mission de rétablir l'observance régulière dans le monastère de Sainte-Croix de Poitiers *. La troisième ligne a été lue assez diversement, de la façon suivante : SVMM DIE DEP ; SVMMDIEDEP ;SCMM DIE DE P, et interprétée : summodie depositus, ce qui en ferait une épitaphe. Mais la lettre qui a été lue p est mutilée sur la boucle en sorte qu'on peut soutenir que la boucle n'a jamais existé, pas plus que le p qui était une F. En outre, le | est surmonté d'une barre transversale qui indique que l'abréviation, il faut donc abandonner la lecture die qui ne donne lieu à aucune utilisation de cette barre transversale et on arrive alors à une coupure différente des mots : Dl EDEF. Enfin le premier mot commence par une lettre onciale un rf, la lettre suivante où l'on a vu un C paraît être un O et les deux M qui suivent forment, par la juxtaposition étroite de leurs bases, l'V qui complète le mot domum. Edm. LeBlant s'arrête donc, après étude d'un moulage à la lecture suivante domum Di edef(icanit) et « je serais, dit-il, plus affirmatif si, au lieu d'un moulage, j'avais sous les yeux la pierre originale, car je crois voir après l'F la trace d'un I court et ne descendant pas jusqu'à la ligne inférieure, et de plus la courbe d'un C. » L'inscription est gravée sur un bloc épais de 15 centimètres, tandis que l'usage à peu près général pour les épitaphes est de se servir d'une plaque mince. À ce premier indice, s'ajouterait le peu de vraisemblance de l'inhumation d'un évêque dans une localité que rien n'indique pour cet honneur ; la formule de début in nomine, rare sur les épitaphes, est au contraire fréquente sur les inscriptions dédicatoires. On a donné à la pierre le nom de cippe, terme inexact puis que ce n'est pas un monument destiné, comme c'est le cas pour les cippes, à être vu de tous côtés. Seule la face antérieure a été aplanie, ornée et inscrite ; les faces latérales et la table supérieure sont brutes et simplement épannelées, de sorte qu'il semble que ce petit monument était destiné à être encastré dans la paroi de l'édifice dont elle mentionnait le prélat fondateur '.
Le monogramme est composé des lettres | et X, insertion du p, et cette forme est fréquente en Gaule. Il est probable qu'à la fin du VIe, rares étaient les Gaulois en état de développer ces lettres en 'Ihsouç xpiotô ; ; mais on savait peut-être le sens général qu'il fallait leur attribuer. Nous hésiterions un peu à admettre que les fidèles y aient vu une étoile, symbole de la lumière rappelant le Christ illuminateur. Tout cela est assurément possible, mais le moins qu'on en puisse dire c'est que c'est assez douteux.
C'est à une époque tardive que se rapporte l'inscription suivante tracée sur un monument trouvé, en 1693, dans l'église de Saint-Pierre du Ham, près de Valognes. Nous reparlerons plus loin (voir Graffites) de l'autel de Ham et nous ne mentionnerons ici que la première légende gravée sur une face latérale et offrant un sens indépendant : :
IN HONORE ALMÇ MARIA GÉNÉTRICIS DNI HOC
[TÇMPLVM HOC
SVA€ ALTAR€ CONSTRVXSIT FIDILIT6R AD^VAÉ
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AGVSTO M€DIO ÇT HIC FESTVS C« L€BRATVS DI€S
Le seigneur Fromond, pontife, recteur de la ville de Coutances, a, en l'honneur de la bienfaisante Marie, mère de Notre-Seigneur, élevé ce temple et cet autel, et les a pieusement et dignement dédiés au milieu du mois d'août ; que cet anniversaire soit célébré tous les ans par une fête. Cette pierre est datée de la sixième année du règne de Thierry, roi de France, par conséquent l'an 676.
III. Églises de l'époque mérovingienne. — Sur tous ces édifices, pas plus que sur une infinité d'autres, nous ne savons rien ou presque rien. Les édifices bâtis en Gaule avant le IXe sont si peu nombreux qu'on a cru pouvoir nier leur existence et c'était assurément aller trop loin. Les témoignages épigraphiques qui viennent d'être rapportés s'échelonnent entre le ive et le VIe, et il est impossible de songer à entreprendre ici un travail parallèle sur les sources littéraires ; cependant, les écrits de Grégoire de Tours, les Vies des saints mérovingiens, les Chroniques permettraient de classer une longue série de monuments religieux parmi lesquels beaucoup furent de vastes et riches édifices, à en juger par les allusions qui y sont faites. Les évêques mérovingiens étaient presque tous d'infatigables bâtisseurs ; saint Namatius à Clermont, saint Félix à Nantes, saint Dalmatius à Rodez, saint Agricola à Châlons tinrent à honneur, peut-être à devoir, d'élever des basiliques. Les rois francs ne croyaient pouvoir moins faire que de rivaliser sur ce terrain avec les évêques et une basilique, un martyrium, un baptistère leur semblaient d'incomparables moyens d'expiation pour les graves reproches que leur faisait leur conscience. Il faut se réjouir de ces dispositions et des actes positifs qui en furent le résultat puisqu'ils nous ont créé des centres de civilisation et de moralité. En outre, ces fondations royales, dûment privilégiées, richement dotées sont devenues quelque chose comme les noyaux historiques autour desquels se sont amassés et développés les éléments de l'histoire nationale. Clovis à Sainte-Geneviève de Paris, Childebert à Saint-Germain-des-Prés, Clotaire Ier à Saint-Médard de Soissons et à Saint-Ouen de Rouen, Dagobert à Saint-Denis, Radegonde à Sainte-Croix de Poitiers marquaient le sol d'une empreinte sacrée qui deviendrait un sanctuaire célèbre, un monastère, une bibliothèque, un trésor d'art et une tradition écrite et d'âge en âge accrue. L'exemple des évêques et des rois fut imité par les nobles, ceux-ci par piété, ceux-là par ostentation ou par courtisanerie, multiplièrent les églises et les excavations ; d'une fouille peut permettre de retrouver un pan de muraille, quelques moellons sur une longueur insignifiante, il n'est pas certain d'ailleurs qu'on ait toujours pris la précaution d'asseoir les basiliques sur de solides fondations de maçonnerie. Pour celles de ces églises qui étaient en bois, on se contentait très probablement d'assises peu profondes, pour beaucoup d'autres, à en juger par la rapidité à laquelle elles
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— L'église de Savennières. D'après R. de Lasteyrie, L'architecture religieuse de France à l'époque romane, 1912, p. 117. Dg. 29. Les monastères qui en étaient comme l'appendice et la garantie de conservation paru, et c'est à peine si quelques vestiges se sont conservés. Ici ce sont les textes qui auraient le plus à nous apprendre, et les textes ont été lamentablement négligés ; mais du moins, ils existent, et on ne doit pas désespérer de les voir réunis un jour. Les monuments qui sont irrémédiablement disparus, même les assises dans le sol ne peuvent être reconnues, non pas qu'on ait pris la peine de les arracher, mais les édifices qui ont périodiquement remplacés les basiliques n'ont pas été élevés et achevés (rapidité qui contraste avec la lenteur qui présida aux constructions de style ogival), on est porté à croire que les fondations furent réduites au plus petit. Il y eut autant de causes de ruine. Un autre motif de disparition fut le changement de goût, cette intolérance de l'esprit français qui semble ne pouvoir supporter que ce qui a plu et charmé aux premières générations n'a pas le droit de subsister quand le goût change. Il est probable que ces vénérables constructions parurent incommodes et laides aux yeux des siècles suivants, impatients de montrer qu'ils étaient capables. Celui qui les a détruites, les églises romanes, a rasées pour les constructions ogivales, celles-ci disparurent sous le crépissage, les fausses piliers, les lambris et toute la végétation parasite que cultive le XVe. Il en fut ainsi des églises comme des habitations, des maisons royales, parce qu'elles avaient cessé de plaire. Les basiliques mérovingiennes ont disparu aussi complètement que les villas de Childéric, de Dagobert ou de Clotaire, et on n'en est pas surpris quand on apprend qu'en 1780, Louis XVI faisait exécuter les plans d'un projet de reconstruction du château de Versailles.
On sait peu de faits positifs sur la technique de ces édifices mérovingiens ; il est tout à fait probable qu'ils reproduisaient avec quelques maladresses les types de basiliques élevées pendant la période romaine. Au cours de ces longs siècles prospères, les architectes, les maçons, les mosaïstes, les sculpteurs avaient construit et même rempli la Gaule de monuments moins spacieux et moins riches peut-être que les monuments analogues qui s'élevaient à Rome ; mais c'étaient les mêmes plans, les mêmes procédés et les mêmes artifices de construction. Leurs successeurs du Ve au IXe n'eussent pas été capables de faire autre chose ou de le faire autrement. Aussi les traditions romaines se conservèrent et s'appliquèrent. Au VIIe, il existait des constructeurs qui ne voulaient pas s'en écarter. On lit que l'évêque de Cahors, Didier (637-660), fit construire une église : Non nostro gallicano more, sed sicut antiquorum marorum ambilus magnis quadris que saxis extrui solel. Voilà le « grand appareil », mais il est vrai qu'on nous présente le fait comme remarquable et même exceptionnel. Cependant, si on pouvait encore tenter l'entreprise à Cahors et y réunir les équipes de maçons indispensables, c'est qu'apparemment on ne les avait pas dressés pour la circonstance et qu'il existait en Gaule des ateliers qui conservaient la tradition des anciennes bâtisses. Ces ateliers étaient connus, on s'adressait à eux, ils envoyaient des maçons expérimentés au loin pour répondre aux demandes qui leur étaient faites. En 675, Benoît, abbé de Wearmouth, en Angleterre, Gallias petiit, ceminararios qui lapideam ecclesiam, juxta ritum Romanorum facerent, adducturus.
Peut-être se contentait-on pas toujours d'imiter et de reproduire les formes consacrées par l'usage. Il y eut, au moins, un et peut-être plusieurs essais pour trouver des formules nouvelles. Un certain abbé Audulfe fit construire à Saint-Maixent, pour recevoir le corps de saint Léger, une église dont on nous dit ceci : Monasterii mirae magnitudinis fabrica est domus, cujus fabricae edificatio est dissimilis omnibus basilicarum constructionibus. Malheureusement, nous n'en savons pas plus. Il faut en croire sur parole les chroniqueurs mérovingiens qui expriment leur admiration pour les édifices religieux construits de leur temps, car cette admiration n'est pas celle d'ignorants et d'aveugles ; ceux qui n'en ménageaient pas l'expression avaient sous les yeux assez de belles choses pour se former au goût. Les ouvrages du temps de la Gaule romaine n'avaient pas disparu tous et tout d'un seul coup, les rapprochements, les comparaisons, étaient faciles à faire et même en admettant de la part de ces écrivains ecclésiastiques et monastiques une tendance à louer à l'excès et admirer sans réserve tout ce qui avait une destination conforme à leurs croyances religieuses, on ne peut pas croire que leur admiration soit toujours l'effet de leur complaisance.
Un peu prématurément et non sans souci, peut-être, d'exalter la gloire locale, des archéologues ont pensé découvrir des édifices mérovingiens ou leurs fondations. Arcisse de Caumont voyait un monument mérovingien dans l'église de Gennes (Maine-et-Loire), ce qui peut être contesté (voir Gennes). L'église de Savenières (même département) a été en grande partie refaite au XIIe et au XVe. Ce qu'on peut invoquer de plus décisif en faveur de ces constructions, ce sont les cordons de briques disposées en épis et un grand nombre de briques mêlées à la maçonnerie (fig. 4649).
Ces deux localités d'Anjou seraient privilégiées, si la Touraine ne présentait, de son côté, des exemples plus contestables encore. Le seul argument employé en leur faveur est l'emploi du petit appareil, mais il faut se souvenir qu'au Xe, dans la vallée de la Loire, il ne subsistait à peu près aucun édifice et certainement aucune église ; les Normands avaient tout détruit, il fallut tout reconstruire, avec des moyens de fortune, et il est plus que probable, on peut dire certain, que beaucoup de ces reconstructions ne se firent que moyennant l'emploi du petit appareil.
Les vestiges qu'on a cru découvrir à Tours sur l'emplacement de l'église de Saint-Martin, de la basilique construite par saint Perpet en l'honneur du thaumaturge, ne sont pas mieux appuyés. Cette basilique de saint Perpet, consacrée en 470, devait être fort considérable puisqu'on y comptait cent vingt colonnes et cinquante-deux fenêtres ; mais ici encore les Normands passèrent et détruisirent, à deux reprises, et en 903, en sorte qu'il fallut tout reconstruire et c'est à cette reconstruction qu'appartiennent les débris parmi lesquels se trouvent peut-être des débris plus anciens, à peu près impossibles à identifier.
IV. TÉMOIGNAGES ET VESTIGES. — NOUS AVOUS
parlé déjà des églises en bois (voir t. IV, col. 2400), Grégoire de Tours cite plusieurs fois celle de Thiers, et les cathédrales de Reims, de Strasbourg, la première église de Tongres étaient également en bois. L'église bâtie à Tours par saint Brice était probablement en bois. Sidoine Apollinaire en fait mention dans un de ses poèmes épigraphiques, où il emploie, avec intention probablement, le mot machina qui signifie un travail de charpente. C'est pour ce sanctuaire bâti sur pilotis que Fortunat composa la pièce suivante :
CVRSIBVS ANTIQVAS ARS NOVA SVBDIT AQVAS CVM BAVDECVNDE QVO MENTE BASILIVS VNA
Ce qui donnera toujours à ces recherches sur les sertissures un travail de charpente. Cette inscription se lisait dans l'abside de la basilique élevée par saint Perpétue. Venance Fortunat nous donne une autre attestation intéressante ; il s'agit d'une église bâtie sur pilotis, mais nous ne savons en quel lieu. Fortunat composa une longue épitaphe en mémoire d'un certain Baudelc, nommé qui fut, en son vivant, ambassadeur en Espagne, un chrétien qui aimait à bâtir des églises ou à les doter ; il en construisit une en l'honneur de saint R. de Lasteyrie, L'église Saint-Martin à Tours, étude critique, dans Mémoires de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, anciennes églises, une utilité réelle, c'est que dans le plus grand nombre de cas, l'emplacement choisi pour la construction d'un édifice à cet usage, et c'est sur le même terrain que s'élevaient les édifices qui le précédaient, celui qui était jugé insuffisant ou dangereux. Un des exemples les plus démonstratifs de la superposition de constructions qui se chevauchent l'une l'autre, nous est donné par la basilique de Reims (voir Dictionnaire, au mot Clovis, t. III) et mieux encore par les trois constructions successives retrouvées sous le pavement de l'église de Romainmôtier, au diocèse de Lausanne, où l'on a relevé le plan du petit oratoire construit par le duc Lantelme, qui remplaça, vers le milieu du VIIIe, une église plus vaste, consacrée en 753 par le pape Étienne II, et enfin l'édifice actuel.
A Metz, des découvertes non moins intéressantes ont été faites en 1897 et 1898. L'église Saint-Pierre dans la citadelle était devenue méconnaissable sous les remaniements et les transformations successives, mais du moins l'emplacement rappelant l'église d'une ancienne abbaye de femmes, fondée vers 613 ou 620, délaissée, puis restaurée vers 990 par l'évêque Adalbéron, retouchée, restaurée encore à l'époque romane, puis à l'époque gothique. Lors de la construction de la citadelle, la communauté de femmes se transporta dans l'intérieur de la ville ; l'église fut abandonnée et reçut des destinations diverses, mais les murs extérieurs furent conservés ; ils sont bâtis en petits moellons, coupés de cinq en cinq assises par un rang de briques, et il n'est plus contestable que ces murs remontent au début du VIIe. L'abside et les colonnes ou piliers de la nef ont disparu, mais on a par contre rencontré beaucoup de débris sculptés ; sur certains d'entre eux, on voit apparaître les entrelacs, sur d'autres des motifs de décoration florale, empruntés à des monuments antiques. En particulier, un vase d'où sort une vigoureuse plante de lierre (fig. 4651). Plus curieuse encore, une représentation du Christ debout, bénissant de la main droite, portant une large auréole et placé sous un édifice à fronton, figure et décoration qui rappellent les diptyques et a bien pu être tracée d'après un de ces petits monuments dont l'église de Metz ne devait pas être dépourvue (fig. 4651).
A Aime, en Tarentaise, l'église du village s'élève sur l'emplacement qu'occupèrent deux édifices superposés, et le plus ancien des deux paraît pouvoir remonter à l'époque franque.
A Poitiers, l'hypogée des Dunes nous a fait connaître une chapelle funéraire du VIe.
A Paris, sous le flanc méridional de Saint-Germain-des-Prés, on a relevé des fondations qui pouvaient avoir appartenu à l'église construite au temps de Childebert sous le vocable de Sainte-Croix-et-Saint-Vincent et apportées à la construction primitive ; on voit que l'abside circulaire a été emboîtée dans un revêtement polygonal, les colonnes de la nef ont été remplacées par des piliers, les tribunes (dont la disposition des fenêtres indique l'existence) furent supprimées, enfin les combles furent refaits (fig. 4652).
Quelques édifices de moindre importance ont été épargnés par les reconstructions. Nous ne faisons que les mentionner ici rapidement parce qu'ils doivent faire l'objet de descriptions détaillées : ce sont la crypte de Saint-Laurent, à Grenoble ; la crypte de Saint-Paul, à Jouarre ; l'abside de la cathédrale à Vaison, exception faite pour son revêtement extérieur ; deux petites cryptes à Saint-Maximin (Var) ; en Anjou, une partie de l'église de Courcôme ; dans la Loire-Inférieure, l'église de Vertou et une partie du transept de Saint-Philbert de Grandlieu ; dans les Deux-Sèvres, à Saint-Maixent, la crypte de Saint-Léger, dont les piliers pourraient appartenir à une construction de 683 ou 684 ; à Chartres, quelques substructions de la cathédrale et quelques sculptures dans les églises de Saint-Brice et de Saint-Martin-au-Val.
Des chapiteaux peuvent mettre sur la voie d'édifices anciens, mais il est bien malaisé de dire qu'ils n'ont pas été déplacés ; lors que la preuve en est faite ils fournissent d'utiles indications pour dater les édifices qu'ils décorent, comme c'est le cas pour les deux cryptes de Jouarre et de Grenoble. Les cryptes de Saint-Irénée à Lyon et de Saint-Médard à Soissons ne peuvent pas, malheureusement pour elles, offrir des témoins aussi irrécusables de leur antiquité. Il y a Saint-Seurin de Bordeaux. Le dépôt de Saint-Denis en contenait plusieurs sur l'origine exacte desquels on n'était pas suffisamment fixé. Enfin on conserve de ces anciens chapiteaux francs au Louvre (provenant de Saint-Vincent de Paris), à l'archevêché d'Auch (provenant d'Eause), au musée de Nantes (provenant de l'ancienne cathédrale de cette ville et de l'église de Vertou), au musée de Soissons. Des morceaux d'architecture ont été retrouvés à Trêves, des plaques, des pilastres, des devants d'autel et des balustrades sont conservés également. L'église primitive de Chivg a été étudiée au point de vue de ses origines et de l'architecture chrétienne, dans même temps que M. Lefebvre a étudié les chapiteaux de Chivg, dans Gaiss. t. m, entrés dans les musées de Nîmes, de Narbonne, de Toulouse.
2. Baptistères. — Il faut accorder une mention spéciale aux baptistères ; ils se sont conservés à Aix, à Riez, à Fréjus, à Venasque, à Poitiers (voir Dictionnaire au mot Baptistère). Celui de Poitiers, le plus ancien de tous, placé sous le vocable de Saint-Jean paraît remonter au VIe, avec des additions probablement du VIIIe et d'autres de l'époque romane ; quelques parties sont peut-être même antérieures au VIe.
Pour les baptistères, les constructeurs s'inspirèrent du plan de certaines salles de bains. La cuve formait le centre et on y descendait pour l'immersion complète. Le baptistère n'offrait qu'exceptionnellement des particularités techniques et ornementales. Le tracé le plus généralement préféré semble l'octogone ; on trouve aussi, dès le IVe, sur les monuments figurés, le plan circulaire et la coupole centrale. Un plan fréquent, emprunté à l'architecture romaine, est le rectangle dans lequel s'inscrit un octogone, comme à Bapteste où quatre triangles de maçonnerie pleine contournent l'édifice. A Riez (Basses-Alpes), des absidioles s'inscrivent dans les angles du carré ; le baptistère de Fréjus et celui de Mazan (Ardèche), ont des angles arrondis, suivant la courbe des absidioles.
Le baptistère de Poitiers, a longtemps intrigué les archéologues pour lesquels sa destination n'est devenue certaine qu'après la découverte de la piscine qui en occupait le centre. L'édifice avait la forme d'un carré flanqué de trois absidioles (peut-être quatre, mais ceci est douteux). Les absides du nord et du sud ont été reconstruites de nos jours avec une inexpérience déplorable. Le narthex occidental est romain (fig. 4654). Le plan est d'autant plus curieux, qu'il appelle la comparaison avec celui du baptistère de Venasque (Vaucluse). Nous aurons occasion de parler du baptistère de Nantes.
Le baptistère de Riez pourrait remonter au VIIe ou au VIIIe. Pas plus que celui de Poitiers, il n'a échappé aux prétendues restaurations. Les colonnes à fûts de granit, surmontées de chapiteaux corinthiens peu classiques, ont été enlevées dans quelqu'édifice de basse époque, les voûtes ont été refaites dans le style du XIIe (fig. 4655).
Le baptistère de Fréjus est relié par une galerie à la cathédrale. Les baptistères de Bapteste (Lot-et-Garonne), d'Angers, de Chambéry n'offrent plus que des vestiges. Le premier consistait en un octogone, logé dans une maçonnerie de forme carrée ; il était relié par un narthex à l'abside orientale d'une petite église. Le deuxième, également octogone, n'avait que 5 mètres de diamètre intérieur et il se reliait à l'église Saint-Maurille par une galerie (ce baptistère semble plutôt carolingien).
Le baptistère de Venasque, date vraisemblablement du premier quart du VIIe (fig. 4656). Son plan consiste en un rectangle flanqué de quatre absides de dimensions inégales, englobées dans des massifs carrés.
A Aix, un grand baptistère octogone à collatéraux était tangent à la cathédrale ; il a été presque entièrement reconstruit, c'est-à-dire défiguré, au XVIe. On ne saurait que mentionner, sans le comparer aux précédents édifices auxquels il paraît fort postérieur, un petit baptistère, situé à l'ouest de l'église de l'Ainay à Lyon, dont les arcatures posent sur des colonnes antiques ; un autre à Mazan (Ardèche), dont le plan est ancien et rappelle les baptistères de Ravenne, mais il doit leur être bien postérieur.
On ne connaît que par des textes le baptistère de Besançon. Le baptistère de l'église de Paris a depuis longtemps disparu, mais il avait laissé un souvenir topographique dans l'église de Saint-Jean-le-Rond, qui a disparu aussi. A Boulogne-sur-Mer, la petite église Saint-Jean, proche voisine de l'ancienne cathédrale et démolie au XVIIe, marquait aussi la place du baptistère primitif.
3. Les chances de destruction se sont exercées si largement en Gaule, que nous sommes loin de pouvoir présenter un ensemble de ruines et de renseignements qui rappelle, même de très loin, ce que nous avons vu dans l'Afrique du Nord et en Égypte. En Gaule d'ailleurs, les monuments antiques, cette carrière toujours ouverte de matériaux prêts à être utilisés, étaient loin d'offrir des ressources aussi inépuisables aux constructeurs de basiliques et de martyria. Sans être rares, les monuments antiques étaient moins nombreux et moins somptueux ; ils étaient aussi moins considérables. A l'exception de villes comme Arles, Trêves, Bordeaux, Lyon, on ne pouvait exploiter colonnes et moellons sans crainte de venir à bout de cette veine, aussi commença-t-on de bonne heure à remplacer les colonnes, qui se faisaient rares, par des piliers.
Pour substituer le pilier à la colonne, les architectes francs avaient encore un autre motif, le tassement de la maçonnerie et la poussée des arcs pouvaient parfois faire perdre leur aplomb aux colonnes et mettre en péril tout l'édifice.
La construction de tribunes au-dessus des bas-côtés soulevait d'autres problèmes et donnait naissance à d'autres inquiétudes dont ces mêmes architectes se délivraient en supprimant les tribunes, et la disposition de deux ordres de colonnes superposées. Ce n'est guère avant l'époque carolingienne qu'on s'y hasarda en Gaule, sauf peut-être quelques exceptions très rares parmi lesquelles il faudrait compter la basilique de Saint-Martin de Tours où il s'agissait de faire entrer 120 colonnes.
La disposition dite chalcidienne, qui était un retour des collatéraux sur les extrémités du vaisseau central a été employée dans un certain nombre de basiliques, probablement aussi en Gaule. Le revers du mur de façade de l'église Saint-Pierre, à Vienne en Dauphiné, a conservé les traces d'une décoration qui ne s'expliquerait guère sans cette disposition.
Cette même basilique de Saint-Pierre de Vienne nous montre encore une autre disposition notable. Nous y voyons que les bas-côtés pouvaient avoir des jours directs sur l'extérieur, sans préjudice des fenêtres percées au sommet des murs latéraux de la nef principale et qui restaient le véritable éclairage de la basilique.
L'abside, généralement aveugle dans les basiliques de Rome, comportait des fenêtres dans certains pays, notamment en Gaule ; nous en avons l'assurance grâce à un texte de Grégoire de Tours racontant un vol commis dans l'église de Saint-Martin. Les voleurs, dit-il, s'introduisirent dans le temple par la fenêtre de l'abside. Les fenêtres comportaient une certaine décoration. Nous voyons à Saint-Pierre de Vienne qu'elles étaient intérieurement flanquées de colonnes ; il est probable qu'on fit aussi usage du stuc. Dans la baie de la fenêtre ou était insérée une plaque de marbre ou de pierre découpée, comme celle qui s'est conservée à Saint-Bénigne de Dijon (voir Fenêtre). Comme le climat de la Gaule, surtout pendant l'hiver, n'avait pas permis de maintenir ces ouvertures, on les garnissait de verre, Grégoire de Tours nous apprend que l'Église du Puy-de-Dôme avait des fenêtres en verre. C'étaient de fausses vitres où la combinaison des verres de diverses couleurs produisait un bel effet qui enchantait Fortunat et Sidoine Apollinaire. L'évêque Patiens décora de ces verres colorés les baies de l'église qu'il fit construire à Lyon vers 150. L'église d'Issoire possédait, on vient de le voir, des verres colorés et leur couleur jaune était si éclatante qu'un voleur s'en empara, convaincu que cette substance contenait de l'or.
Tandis que dans les basiliques anciennes on ne voit pas trace de transept, cette disposition (qu'on rencontre toutefois dès le IVe, à Saint-Pierre de Rome et à Saint-Paul-hors-les-Murs) devient commune dès le Ve. En Gaule, au VIe, le transept est commun : Saint-Martin de Tours, Sainte-Croix et Saint-Vincent de Paris (depuis Saint-Germain-des-Prés), l'église bâtie par l'évêque Namatius à Clermont, l'église de Jumièges avaient un transept.
A l'intersection de la nef et du transept, sur l'espace rectangulaire s'élevait parfois une construction en charpente, tour-lanterne ou clocher. Cette disposition semble avoir été usuelle en Gaule. Peut-être les lanternes des églises de nos contrées ont-elles été inspirées par les coupoles centrales des églises d'Orient. Il est toutefois plus vraisemblable que des architectes obligés de couvrir cet espace rectangulaire et extrêmement embarrassés pour faire rejoindre deux toits inégaux se pénétrant et formant des angles rentrants aient adopté une combinaison qui supprimait la difficulté.
Les tours-lanternes, en Gaule, sont mentionnées par Grégoire de Tours et par Fortunat. On les nommait lurris, domus allans ou dormis arœ, car l'autel était placé au-dessous. Nous savons, grâce à Grégoire de Tours, que dans la basilique de Saint-Antolianus à Clermont, au-dessus de l'autel quatre arca des sont tenues par des colonnes de marbre de l'aros et d'Héraclée, portaient à leur tour des murs sur lesquels posait un plancher orné de très riches peintures. Sur ces tours-lanternes, se dressait un pavillon de bois à plusieurs étages en retrait, percés d'arca des, le sommet passait du plan rectangulaire au plan circulaire et supportait une flèche élevée ; On a écrit que le petit nombre de textes qui parlent des tours-lanternes ne permet pas d'affirmer qu'elles servissent à éclairer cette partie de l'église. Cette observation est erronée. Ces tours-lanternes offraient matière à la décoration la plus brillante, on les rehaussait de dorures et même de figures peintes. Il existait des tours-lanternes à Tours, à Clermont, à Narbonne, à Paris, à Bordeaux. Fortunat nous a décrit celle de Nantes : « Au centre de l'édifice, dit-il, un pinacle en forme de tour monte vers le ciel et son couronnement passe du carré au plan circulaire, la tour, s'élageant en arca des, porte une flèche qui fait l'effet d'une montagne. Là sont exposées des peintures auxquelles il semble que l'art ait insufflé la vie, tant les couleurs animent les membres. » L'usage des clochers est presque aussi ancien en France. Saint-Martin de Tours, achevé en 470, avait un clocher avec cette inscription :
4. Cryptes. — L'existence des cryptes n'est pas rare dans les églises de la Gaule ; on en rencontre la mention assez fréquente dans les écrits de Grégoire de Tours, mais encore faudrait-il pouvoir parfois se reporter aux monuments, disparus depuis des siècles, pour décider s'il s'agit d'une confession (voir ce mot) ou d'une véritable chapelle souterraine. Lors que plusieurs tombes se trouvaient rapprochées et recevaient l'hommage des fidèles, il y a bien des raisons de croire que le lieu offrait le dégagement nécessaire à la circulation ; ainsi dans l'église Saint-Jean de Lyon, les tombes de saint Irénée et des martyrs Epipode et Alexandre formaient une véritable crypte souterraine ; dans l'église Saint-Pierre de Bordeaux, la crypte était de dimensions suffisantes pour contenir, outre les tombes saintes, un autel sur lequel on célébrait le saint sacrifice. Encore qu'on doive admettre que l'éclairage de ces cryptes était parfois défectueux, cependant la piété des fidèles ne devait jamais les laisser dans une complète obscurité. On peut donc aisément croire que si, dans cette crypte de Saint-Pierre, une femme fut enfermée par le sacristain sans qu'il l'ait aperçue, c'est que la crypte était assez vaste pour qu'on put y échapper au regard. Deux monuments contemporains de cette période nous ont été conservés, la crypte de Jouarre (Seine-et-Marne), dont la partie ancienne, ornée de colonnes et de chapiteaux a dû faire partie d'une église bâtie vers l'an 634 ; et la crypte de Saint-Laurent de Grenoble. Nous aurons prochainement (voir Grenoble, Jouarre) l'occasion de décrire ces deux monuments auxquels nous ne nous arrêtons pas ici ; la crypte de Saint-Laurent remonte au VIe ou VIIe. À Bordeaux, la crypte de Saint-Seurin (voir Dictionnaire, t. II, col. 1066) peut appartenir à l'époque mérovingienne, mais il est malaisé d'en juger avec certitude à cause des graves remaniements qu'elle a dû subir. Il n'y a pas lieu de discuter les titres des cryptes de Saint-Avit et de Saint-Aignan à Orléans, qui sont des monuments d'âge bien plus récent ; quant aux cryptes de Lyon, de Béziers, elles ont souffert tant de restaurations qu'on n'en saurait rien tirer d'utile. Nous ne croyons pas non plus devoir discuter les titres de l'église de Saint-Émilion, de Saint-Jean de Maurienne, du Bonceray d'Angers, de Saint-Léger à Saint-Maixent et quelques autres encore.
Toutes ces constructions offraient bien peu de variétés quant à la technique ; les basiliques, les baptistères, les cryptes étaient généralement mal bâtis en petit appareil. Les constructeurs, architectes et maçons gaulois ou francs, ne faisaient qu'appliquer les traditions romaines. Parmi les monuments, ou les portions de monuments qui nous ont été conservés, on voit faire usage du petit appareil cubique, appareil réticulé, appareil en arête de poisson. Parfois il est employé à gros joints, ou bien on rencontre les assises de briques, insérées de distance en distance, sur une épaisseur de deux ou trois rangs. L'emploi du petit appareil se conservera dans certaines provinces jusque vers le milieu du XIe. Quant au grand appareil, on a vu plus haut saint Didier de Cahors en faire encore usage au VIIe : magnis quadris que saxis.
Peut-être serions-nous un peu déçus si les églises franques étaient parvenues intactes jusqu'à nos jours. Les contemporains, Grégoire de Tours, Fortunat, se complaisent en des descriptions qui, malgré leur enthousiasme, font regretter les arides nomenclatures du Liber pontificalis. À les en croire, l'or, le marbre, le bronze, la peinture, les incrustations font des églises de leur temps un ruissellement de magnificences. Il est possible, probable même, qu'on ne négligea rien pour décorer au mieux les temples chrétiens ; les rois mérovingiens, les évêques rivalisèrent avec les grands de générosité, quant au goût et à l'habileté, si on en juge par les manuscrits, les mosaïques et les inscriptions de l'époque, on est obligé de convenir que ce n'est plus le goût et l'habileté de la société gallo-romaine. Dans ces petits poèmes dont Fortunat tenait tout un assortiment, comme avant lui saint Damascène, ce ne sont qu'expressions ampoulées : Hac domus ampla mical ; — Domus hœc micat ; — Mical hsec don us ; — Ista domus rutilat ; — Aula Dei radial ; — Virginis aula micat ; — Radial domus ; — Prœjulgcnl limina templi. Il y a dans tout ceci beaucoup de convention. Fortunat, ayant à célébrer trois basiliques, une à Tours, une à Auch, une à Saintes, ne s'est pas mis en frais d'imagination :
Emirat aula decens venerando in culmine ducta...
Voici pour la première.
Digna saccrdulis Bibiani lempla coruscant...
Voici pour la deuxième.
Emical altilltroni cultu vencrabile templum...
Voici pour la troisième.
5. Décoration. — Il semble que ce qui frappe surtout Fortunat — et c'est ce qui devait être le plus apprécié par ses contemporains — c'est l'éclat : mical, julgeat, resplendcat ; pour eux la beauté paraît être en raison directe du miroitement. Ce goût s'arrange bien des rares indications qui nous ont été transmises sur l'emploi des métaux. Comme les édifices antiques, les basiliques mérovingiennes reçoivent parfois un toit en métal ; sur le sanctuaire de Saint-Denis, on a porté la somptuosité jusqu'à faire usage de l'argent ; à Paris, le toit de Sainte-Croix et Saint-Vincent (= Saint-Germain-des-Prés) était en cuivre doré, celui de Saint-Martial était couvert de plomb ; l'église de Nantes et une église dédiée à Saint-Vincent, près de Bordeaux, étaient couvertes de feuilles d'étain. Cependant, ces prodigalités n'ajoutaient rien à la beauté de l'édifice ; l'argent, le plomb, le cuivre, l'étain en longues feuilles minces, sur une toiture inclinée, dans un climat rigoureux, ne mettent pas longtemps à ressembler à un toit d'ardoises.
L'extérieur des églises mérovingiennes n'offrait donc rien ou peu de chose de flatteur à la vue ; on a dit avec raison que leur aspect « était certainement misérable. » Les fenêtres et surtout les portails que l'architecture romane fera si riches, sont des ouvertures de la plus grande simplicité ; tout au plus gravera-t-on sur le linteau d'une porte un monogramme du Christ ou l'encadrera-t-on d'un chambranle de marbre ; parfois, il est vrai, on le surmontait d'une peinture ou d'une mosaïque, mais à l'extérieur ces décorations sur enduits ne pouvaient guère durer. Sur les façades des églises et dans l'atrium, les tiens, tiers d'un savoir qui était leur monopole, se plaisaient à prodiguer les inscriptions métriques, auxquelles on donnait parfois la forme de croix et qu'on pouvait lire dans plusieurs sens (voir Acrostiches), t. I, col. 369. À l'intérieur, le spectacle changeait. Non, cependant que toutes les églises fussent parées comme des trésors, ce qu'on appelle la « piété de nos pères » et sous ce nom il est bon de comprendre un peu de vanité, n'y eût pas suffi. À l'intérieur comme à l'extérieur, on se trouvait en présence de murailles lépreuses ; mais si, à l'extérieur, on se résignait à les laisser dans leur nudité, à l'intérieur on les recouvrait volontiers d'enduits, de placages qui, tant bien que mal, dissimulaient l'indigence de la construction. Une sorte de badigeon, assurément peu noble, mesure de s'attaquer à la figure humaine. Le groupe de sarcophages du sud-ouest montre que les ateliers cultivaient l'étude des motifs tirés de la flore.
En dehors des surfaces planes, sur lesquelles on avait la ressource de nulle combinaison géométrique qui se recoupent, se chevauchent, les entrelacs et de toutes les fantaisies de la courbe ou de la ligne brisée, il fallait encore peindre et décorer les charpentes, les plafonds. À Tours, le plafond de Saint-Eutrope était sculpté, mais le plus souvent on tentait d'une peinture aux tons vifs. Un plafond ainsi décoré était une œuvre de grand prix, démontable à l'occasion. Lorsque l'évêque Perpet lit rebâtir Saint-Martin de Tours, il fit démonter l'élégant plafond peint de la basilique qui fut transporté dans l'église de... Murs extérieurs de l'église de Cravant. B. Enlart, Manuel d'archéologie française, 1902, t. I, p. 181. Un badigeon, consistant en une couche mince de plâtre, était étendu sur toutes les parois, ce qui n'était ni coûteux, ni très cher ; c'était propre, pour quelque temps au moins. Si on possédait quelques ressources, on ne se contentait pas de ce badigeon, gypsalio, on mélangeait avec le plâtre de la poussière de marbre blanc et on obtenait ainsi du stuc, sorte de pâte assez consistante pour qu'on pût lui faire subir un polissage, l'orner en creux et en relief, en somme lui donner l'apparence de sculptures de marbre. Fortunat (III, 29) parle d'une église de Verdun ainsi ornée et toute blanche :
Cunclida situera radial hœc aula sereno
Mais à cette blancheur, on préférait la fresque ou la peinture. Des fresques nous ne pouvons rien dire, car pas un vestige n'a subsisté. Grégoire de Tours, dans son Histoire des Francs (II, 11), rapporte que la femme de Namatius, évêque de Clermont, lisait aux peintres chargés de décorer une église qu'elle construisait, la description qu'elle voulait y faire représenter. Il est probable que le dessin géométrique ornemental aux tons de décoration murale une large part. Saint-Pierre-et-Saint-Paul, à Paris, le plafond de Sainte-Croix-et-Saint-Vincent était en placages et mosaïques. — Les incrustations, les mosaïques n'ont pas connu, en Gaule, un sort plus clément que les peintures et nous en sommes réduits à leur sujet à des textes du V et du VI siècle. Toutefois, comme les ouvriers qui travaillaient cette partie de la décoration formaient quelques rares ateliers qui se transportaient sur les lieux où les appelaient une commande, il y a lieu de croire qu'ils n'employèrent pas en Gaule des procédés différents de ceux qu'ils appliquaient en Italie ou en Orient où leurs œuvres se sont mieux conservés. Pour les placages de marbre, on ne se donnait plus la peine d'en reprendre des coins comme ceux dont il nous reste, à Rome, deux vestiges (tigre et agneau provenant de la basilique de Junius Bassus) ; le goût géométrique prévalait sans exception, les losanges, cercles, ovales, etc., fournissaient les artistes d'un assortiment médiocre.
Cependant, laide pour l'œil, mais de ton admirablement varié, l'aubaine était si belle qu'on débitait le marbre en plaques minces, on les juxtaposait ainsi obtenues, deux à deux, de façon à ce que les veines de la pierre formassent des dessins symétriques. On retrouve ce procédé à Sainte-Sophie de Constantinople, à Saint-Démétrius de Salonique, à Saint-Vital de Ravenne, à Sainte-Sabine de Rome, à la cathédrale de Parenzo ; il n'est pas douteux que ce procédé n'ait été appliqué dans les églises de la Gaule mérovingienne. Nous savons d'ailleurs qu'il en était ainsi à Clermont, où ces marbres variés étaient gravés et sculptés.
Les mosaïques offraient moins de chances de destruction que les placages et permettaient plus de variété, plus d'éclat par l'emploi des émaux et des cubes dorés et argentés. Ici encore, les ateliers de marbriers mosaïstes suivaient une technique uniforme et échangeaient entre eux, sinon leurs cahiers de modèles, du moins le répertoire de sujets à traiter. Tout porte à croire que rien ne ressemblait plus aux mosaïques d'une basilique de Ravenne ou de Rome que les mosaïques d'une basilique franque. Fortunat et ses rivaux moins connus s'extasiaient devant ces splendeurs qu'ils nous décrivent en termes si pompeux et si vagues qu'on n'y trouve pas une indication utile à retenir, sinon que des mosaïques ornaient les sanctuaires de Tours, Autun, Auxerre, Chalon-sur-Saône, etc.
À Toulouse, l'église de la Daurade fut décorée de mosaïques au VIe ; elles furent détruites sous Louis XV par la volonté d'un évêque et de chanoines stupides ; il en reste une description, et ce morceau est trop important pour l'histoire de notre ancienne archéologie pour ne pas faire l'objet d'une attention particulière.
Au commencement du XVIIe, le curé de la Daurade, Chabanel, dit que « la richesse et magnificence de ces petites pièces de marquetteries enduites et croustées d'or, de la grosseur et forme d'un dé, transparentes comme cristal et peintes de diverses couleurs dont sont composées les images des douze Apôtres et autres saints qui couvrent la vieille muraille de cette église et environnent le grand autel montrent évidemment que c'est ouvrage royal ». Un siècle plus tard, Dom Martin, auteur de La religion des Gaulois, voit dans la Daurade un temple gaulois et « il est constant, dit-il, que le corps du bâtiment en lui-même et sa forme sont vraiment gaulois ».
Grâce à cette opinion, il s'attarde un peu à décrire les mosaïques : « Tout le massif du mur, écrit-il, est incrusté d'une mosaïque admirable, principalement les niches, dans chacune desquelles est représenté un saint de l'Ancien Testament, Jésus-Christ, quelques apôtres et évangélistes, les anges saint Michel, saint Gabriel, saint Raphaël, saint Huriel, Hérode, Ézéchias et plusieurs autres dont quelques tableaux qui les couvrent dérobent la vue... La mosaïque consiste en de petits morceaux de verre diversifiés de couleurs, taillés carrément, artistement rangés et mastiqués sur un fond de stuc. La couleur jaunâtre qui règne et l'emporte sur toutes les autres couleurs, jointe à l'éclat de tout l'ouvrage, a pu faire naître le nom latin et français de cette église Deaurala, Daurade, comme qui dirait Dorée ».
Dom Martin voulait bien qualifier d'« admirable » un ouvrage que ses anciens et ses confrères en majorité devaient sans doute déclarer barbare et « gothique », ce qui était alors le dernier degré du mépris ; Mabillon lui-même et Montfaucon ne se fussent peut-être pas montrés plus indulgents.
Dom Martin sut communiquer son admiration à quelques-uns de ses confrères et l'on vit, chose incroyable, jusqu'à six bénédictins s'intéresser en même temps à l'archéologie, pendant plus de quarante jours, — arande sevt spnlium. — Six moines de la Daurade montèrent aux échelles, époussetèrent, fourbirent, astiquèrent les mosaïques qu'une crasse séculaire, faite de poussière et de fumée, recouvrait d'un voile ; et tout joyeux, probablement très surpris de leur éclatant succès, ces frotteurs de murailles virent apparaître « à peu près dans tout leur éclat primitif ces rares et admirables mosaïques ».
Ce n'est plus Dom Martin, c'est Dom Lamothe, qui emploie l'adjectif. Ceci se passait à la fin de 1633, et, heureusement, Dom Odon Lamothe eut l'heureuse pensée de consigner les résultats de l'opération dans une chronique latine conservée dans ms. lat. 12680 de la Bibliothèque nationale, fol. 213-240, 249-275 v° ; le passage relatif aux mosaïques a été traduit par M. Degert, à qui nous l'empruntons.
Dom Lamothe a suivi un ordre qui ne se comprend qu'après avoir vu la reproduction donnée par Dom Martin du chœur de la Daurade. L'abside à pans coupés est divisée par trois rangs de niches superposées et ces trois rangs contiennent respectivement, d'après Dom Lamothe (qui corrige son confrère), 22, 22 et 21 niches (et non 15, 18, 16). Chaque niche contenait un sujet distinct et indépendant, dans la plupart des cas.
Voici leur description :
1° « Au rang le plus élevé, la première niche à gauche représentait le martyre des saints Innocents. Au centre, le bourreau debout, l'épée dégainée au-dessus de sa tête nue, tenait de sa main gauche, par les cheveux, un enfant qu'il égorgeait ; à ses pieds gît un enfant mort, à sa droite un autre à demi-mort pousse des cris. Le tout sur fond d'or et pré verdoyant. Pas d'inscription.
2° Hérode assis donne l'ordre d'exécuter ces enfants, son visage est enflammé de colère ; il tient de sa main gauche un sceptre carré et lève sa droite vers le bourreau ; il est vêtu d'une robe rouge et violette ; un nimbe d'argent orne sa tête, on y lit HERODIS. Fond d'or.
3° Pas d'inscription. On croit reconnaître un mage en adoration devant la niche ou s'en éloignant par un chemin autre que celui qui l'y a amené : sa tête est entourée d'un diadème, il porte quelque chose dans sa main, son visage est tourné vers le berceau de l'enfant Jésus. Fond d'or et pré verdoyant.
4° Vitrail dans une baie cintrée : figures de sainte Anne et de Marie avec l'enfant Jésus ; sur l'encadrement en mosaïque, on voit des deux côtés trois perdrix.
5° et 6° Présentent deux mages comme la niche 3, couverts d'un bonnet, dans chaque niche et en attitude d'adoration ; celui de la niche 5 a les cheveux longs et les mains jointes, il semble vêtu en prêtre ; celui de la niche 6 a la main droite étendue sur la poitrine, il porte une sorte de capuchon multicolore et l'habit à larges manches rattaché aux genoux par des rosettes. Pas d'inscription.
11° et 12° Grande fenêtre en face du maître-autel. Sur le même rang, mais en parlant de l'extrémité de droite, la 1re, la 2e et la 3e niches présentent chacune un mage assez semblable à ceux que nous avons déjà décrits, ils ne diffèrent entre eux que par quelques détails de costume ou d'attitude.
4° Vitrail connu précédemment au même numéro.
5° Marie porte Jésus sur sa main droite reposant sur sa poitrine ; Jésus souriant bénit les mages de sa main droite. Marie est voilée et chaussée ; sa robe bleue et rouge admirablement variée ; sur sa tête est écrit le mot MARIA.
6° Un homme de haute stature, la tête tournée vers Marie, son bras est nu jusqu'au coude ; sa main droite montre une étoile placée un peu au-dessus de sa main gauche, une brebis est à ses pieds, sur sa tête le mot : PASTOR.
7° et 8° Grande fenêtre du côté de l'épître.
9° La sainte Vierge, la tête couverte d'un bonnet, est assise comme sur un siège épiscopal, les pieds chaussés, sa main droite reposant sur sa poitrine lui donne un air majestueux ; sa gauche tient une croix d'or qui repose sur son pied droit et glisse vers sa tête ; elle se tourne vers l'enfant Jésus qui repose dans une crèche sous des traits fort juvéniles, mais vénérables. Comme inscription, vers la tête du personnage principal : MARIA.
10° L'enfant Jésus couché dans une crèche, emmailloté dans des langes ; un âne bien dessiné, du côté de l'évangile, regarde, tourné vers l'épître, Jésus couché ; un bœuf dont la tête s'élève au-dessus de Jésus.
Au second rang, dans la première niche en commençant par la gauche, comme précédemment, on voit :
1° Esdras qui, d'un air méditatif, soutient son manteau de sa main gauche ; de la droite, il tient un livre sur les genoux ; il se tourne un peu vers l'autel, ses pieds portent des sandales. Inscription sur la tête : ESDRAS.
2° Abimélech revêtu d'un manteau d'arpent avec inscription sur la tête : ABIMELECH.
3° Philippe, les mains jointes, la tête nue, les yeux respectueusement tournés vers le Sauveur. Inscription sur la tête : PHILIPPVS.
4° Sous le vitrail du nord, Simon, la tête nue, regarde aussi le Sauveur. Sa main droite s'élève un peu dans l'air, sa gauche repose sur la cuisse. Sur sa tête on lit : SIMON.
13° Gabriel, dans la même attitude que saint Michel et Raphaël, couvert d'un bonnet en forme de diadème, figure jeune ; il tient dans sa main gauche un bâton assez long, dans sa droite trois globes ronds et verts de grosseur inégale. Inscription de la tête : GABRIEL.
11° Raphaël, à peu près la même attitude, mêmes traits et mêmes attributs, avec l'inscription : RAFAËL.
15° Saint Paul, tête nue, barbe courte avec diadème ; il lève sa main droite dans l'attitude de l'extase, de sa gauche il tient un grand livre orné de cubes rouges. Autour de sa tête, on lit : PAVLVS.
16° Saint Matthieu, la main droite posée sur la poitrine ; sa gauche tient un livre, également sur la poitrine, les pieds nus dans des sandales. Inscription autour de la tête : MATTHAEVS.
17° Saint Marc, la main droite pendante sur les genoux, la gauche tient un livre d'or sur sa poitrine, sa tête découverte se tourne légèrement vers le Sauveur. Inscription autour de la tête : MARCVS.
18° Saint Barthélémy ; la main droite levée en l'air, la gauche soutient et soulève un peu la toge, il semble marcher, porte des sandales. Autour de la tête, l'inscription fautive : MARTALAMEVS.
19° Saint Thomas, tourné vers l'image du Sauveur, vers lequel se dirigent aussi ses mains dans l'attitude de l'admiration (cette figure placée sous la fenêtre qui regarde le midi est coupée en deux, des pieds à la tête, par une fente du mur). On lit sur la tête : TOMAS.
20° Jacob regarde le Sauveur, la main droite élevée autour de la poitrine et étendue vers le peuple, la gauche ne paraît pas. Inscription sur la tête : JACOBVS.
21° Isaïe : l'obscurité, la saleté, l'éloignement, le danger de chute ne permettent pas de voir la figure de cette niche pas plus que la suivante ; elle s'est cependant très bien conservée et on la voit entourée d'un brillant manteau ; inscription autour de la tête : ESAIAS.
22° Ezéchiel apparaît orné d'un très riche manteau sur fond d'or et prévoyant ; sur la tête, le mot : ESECHEL.
Le troisième rang avait beaucoup souffert, il était effacé sur plusieurs points.
La chapelle de sainte Lucie, enfermée sous les niches d'Esdras et d'Abimélech, entre deux arca des, quatre figures suivantes ;
1° Lévi, le visage tourné vers le maître autel, la main gauche un peu élevée et étendue (le reste du corps est effacé) autour de la tête, le mot : LEVI.
2° Simeon, nimbé avec le mot SEMEON (le reste du corps est effacé) ; tête entourée d'une auréole avec l'inscription : JACOB (le reste du corps est effacé).
7° et 8° Dans l'arcade qui forme la chapelle de saint Pierre, où était jadis la porte de l'église, se trouvent deux figures de prophètes : l'une porte écrit autour de la tête : ENOC, l'autre : ELIAS.
10° Abraham, l'air vieux, austère et grave, la barbe longue, les cheveux épars, la tête penchée vers son fils. On lit tout autour : HABRAAM.
11° et 12° La porte et l'autel en forme de pyramide qui soutient la Vierge noire empêchent de voir la couleur de ces niches.
13° À côté de la Vierge noire, à gauche, on n'aperçoit que la moitié inférieure du corps d'un prophète ; le reste est effacé. Pas de nom.
14° Joël, tête nue, avec l'inscription fautive : NOËL ; le reste de la niche est effacé.
15° Porte du couloir menant à la sainte image et à la sacristie ; dans l'embrasure, deux figures de prophètes dépourvues d'inscription depuis 1628 ; sur l'une on lisait jusqu'alors : ABDIA ; l'autre n'a pu être découverte.
16° Ananias, un des trois jeunes gens de la fournaise de Babylone, dans un coin, derrière l'autel de la Nativité ; les mains étendues, il regarde l'ange Gabriel qui est devant lui. Inscription autour de la tête : ANNANIAS.
Azarias, mains élevées avec, pour inscription : MIZAEL.
20° Benjamin, revêtu d'un riche manteau, visage jeune, appuie le côté droit de la main droite sur un doigt de la main gauche, la tête découverte. Sur la tête, le mot : BENIAMIN.
21° Joseph, l'air tout jeune, les mains jointes, la tête découverte, des sandales aux pieds, couvert d'un très riche manteau, il regarde vers son frère Benjamin, sur fond d'or, avec le mot IOSEH autour de la tête.
Au premier rang des niches, à la naissance de la voûte, au-dessus des chapiteaux des vingt-deux colonnes de jaspe étaient dessinés sur la mosaïque vingt-deux perroquets. Dans l'intervalle des colonnes, six ou huit paons merveilleusement dessinés prennent leurs ébats autour d'un vase rempli d'eau. Dans le rang inférieur des niches, huit ou dix figures d'anges, dont on ne voit que le buste, semblent exciter à la piété. » Cette description permet de reconstituer la décoration murale d'une église mérovingienne ; elle se composait de trois scènes superposées, la première représentait l'adoration des bergers et des mages avec l'épisode de la visite de ces derniers à Hérode et le massacre des innocents. La deuxième figure le Christ et sa mère avec quatre archanges et douze apôtres ou évangélistes. La troisième offre des scènes bibliques : Joseph et Benjamin ; les trois Hébreux dans la fournaise, des prophètes. Il semble que l'exécution ait été bonne, du moins Dom Lamothe lui prodigue les témoignages d'admiration ; l'ensemble devait être riche et varié grâce à l'emploi des fonds d'or et des couleurs verte, rouge, argent, bleue, violet. Les personnages sont vêtus à la romaine, évidemment les artistes ont eu sous les yeux des modèles romains ou ravennates. La présence des animaux : perroquets, perdrix, paons fait aussi partie de la pure tradition ornementale.
Chabanel et Dom Martin attribuaient ces mosaïques aux Wisigoths (418-506) ; il n'y a pas lieu d'y contredire encore que les connaissances en fait d'archéologie comparée soient un peu courtes chez ces deux auteurs qui n'ont pas tant jugé la technique qu'ils ont supputé les circonstances historiques.
C'était une si exceptionnelle bonne fortune de rencontrer un pareil ensemble que nous ne pouvions en abréger la description ; mais nous ne retrouverons rien qui y puisse être comparé. Les mosaïques qui couvraient le sol des églises étaient loin d'offrir la même richesse, la même variété, le même art. Ces pavements de mosaïque n'étaient pas rares et on en a retrouvé quelques-uns de l'époque mérovingienne à Saint-Quentin (rinceaux) à Thiers (lion de style oriental) ', à Saintes, à Sens, à Nevers, à Saint-Hilaire de Poitiers, à Sainte-Colombe de Vienne, mais ce sont partout des débris à peu près insignifiants. Quant aux pavements en dallage découpé, il n'est pas douteux qu'on en rencontrât des exemples dans notre pays, mais il n'en subsiste aucun témoin. Le dallage de l'église de Fleury-sur-Loire est ancien, mais il a été apporté d'Italie au XIIe.
Village perdu dans la région montagneuse du canton de Lussan. Une population chrétienne y était groupée dès le VIe, et possédait des reliques de saint Marcel martyr à Chaton ( ?). L'église romane n'est pas mentionnée dans les textes avant 1314 ; elle a disparu au cours du XIXe et fait place à une construction de style pseudo-ogival. L'un monument s'est toutefois conservé, un bloc en marbre blanc qui, après avoir servi d'autel, était devenu un bénitier ; c'est un monument contemporain du Ve. Publié de façon fautive par Angelo Mal ' et par E. Le Blant qui ne l'avait pas vu et qui l'a attribué au Xe, par les Bollandistes enfin, et ignoré par Alline, M. L. H. Labande l'a publié en photographie *.
Ce bloc de marbre, creusé dans sa partie supérieure pour servir de tombeau aux reliques, mesure en hauteur 0,59 mètre, en largeur 0,62 mètre à la base et 0,46 mètre au sommet, en épaisseur 0,45 mètre en bas, 0,35 mètre en haut ; il a la forme d'une pyramide tronquée. Sur la face antérieure, au milieu d'un encadrement composé d'un chrisme et d'un vase avec des feuillages. Sur celle face, une inscription maladroitement gravée avec des lettres dont la hauteur varie entre 25 et 35 millimètres :
ET SCE CROCI ?
ET VALERIANI QVI PI SVNT IN TERRITI/RI VM CIVITATIS CABILÛN NIN3I8
Hic habet reliquias sancti Marise et sanctae Crucis et sanctorum martyrum Marcelli et Valeriani, qui passi sunt — 1659. Autel de Saint-Marcel de Carreirct. D'après Mémoires de l'Académie de Vaucluse, 1902, pl. XIX, XX.
8. Colonnes et chapiteaux. — La description de la mosaïque de Toulouse nous a fait apercevoir un grand nombre de niches. Les niches et les arcatures ont été un des motifs préférés de la décoration à cette époque. L'abside et même le pourtour intérieur des murs de l'église étaient évidés d'arcatures, nous en avons des exemples au baptistère Saint-Jean de Poitiers, dans l'abside de la cathédrale de Vaison, dans les bas-côtés de Saint-Pierre de Vienne, le baptistère de Vénaux. Ces arcatures ne sont pas seulement de grandes baies aveugles, ce sont parfois une rangée de cintres minuscules au haut d'une muraille, ce qui montre évidemment leur dessin purement décoratif. Par une intéressante réminiscence de l'art classique, on observe que l'Italie, l'Afrique, la Grèce ou l'Asie Mineure, elle en possédait cependant un nombre assez respectable pour fournir longtemps aux besoins ; en outre, les charrois apportaient de très loin des sarcophages, ils pouvaient de même apporter des colonnes. La Gaule possédait peu de gisements de marbre et les ouvriers des grandes carrières d'Afrique et d'Orient ne se dérangeaient pas pour si peu ; la navigation et les charrois fournissaient les bâtisseurs des colonnes lorsqu'ils ne trouvaient pas à leur convenance celles des édifices païens.
On a signalé une sculpture du VIe à Epône.
En fait d'ambons, ceux de Saint-Maurice d'Agaune (Dictionnaire, t. I, col. 1346, fig. 317) et de Baulmes semblaient les seuls spécimens conservés. Les chancels ne sont ni plus nombreux ni en meilleur état. Un des plus curieux débris a été signalé à Incarville-Saint-Apre (Dordogne) d'où il est passé au musée de Périgueux (fig. 4660). La décoration ajourée de ces morceaux, l'alternance des arcatures en fronton et en cintre. Mais ce qui résulte de l'adoption de ce motif de décoration, c'est l'emploi des colonnes, colonnettes et chapiteaux. Pour les colonnes, on peut dire, presque sans chance d'erreur, que les Francs n'en ont point taillé ; ils les tiraient des édifices antiques. Si, comme nous l'avons déjà fait observer, la Gaule était moins civilisée, partant moins riche en monuments païens, n'avait plus la complication et l'adresse de quelques bons morceaux (voir Chancels) ; on se contentait de perforer une plaque tant bien que mal ou bien d'y tracer à la pointe du ciseau quelques lignes, feuillages, motifs allégoriques légèrement tracés, sans aucun relief, tels qu'on voit des pampres sortant d'un calice sur une pierre encastrée dans le mur de la façade de Saint-Quenin de Vaison (fig. 4661).
Il pourrait bien en avoir été de même pour les chapiteaux. Sans contester ou nier absolument l'existence d'ateliers de marbriers en Gaule, outre qu'on n'a pas la preuve de leur présence en aucune localité, on a bien des raisons de croire que les ruines antiques étaient tout autant exploitées pour les chapiteaux que pour les colonnes. Il est à peu près impossible de déterminer l'origine de ces pièces d'architecture d'un transport si aisé. Ce n'est pas que les chapiteaux soient rares en Gaule (voir Diclionn., t. m, col. 475-478), on y rencontre quelques spécimens assez bons, connus par dessin, une facture, par exemple un chapiteau du musée d'Arles (fig. 1662), d'autres qui offrent une certaine élégance dans la crypte de Jouarre, et sur lesquels l'influence byzantine est manifeste, d'autres encore dans la crypte de Grenoble ; il est impossible de décider si ces pièces ont été travaillées sur place ou si elles ont été importées. Le grain des marbres peut, à la rigueur, aider à trouver la solution, mais, lorsqu'on a dégrossi le bloc, il restera à prouver qu'il n'a été retaillé que pour être placé sur place. Cela pouvait être le cas pour des chapiteaux comme ceux de Saint-Laurent de Grenoble, dont la décoration grossière et presque difforme invite à croire qu'ils ne proviennent pas des ateliers qui fournissaient tant de marbres délicatement ouvragés. Une autre indication favoriserait l'opinion qui admet l'existence d'ateliers de sculptures dans nos pays. A Jouarre, par exemple, l'acanthe des chapiteaux du type classique qui s'exécutait encore en Italie ; les volutes sont parfois tournées de bas en haut.
Il y a eu un renouveau sous Charlemagne, mais pour peu de temps. Cependant, la renaissance carolingienne sera obligée d'avoir recours à des artisans devenus presque étrangers à l'ancienne technique romaine, faisant parfois effort pour y atteindre, mais lui préférant des procédés différents. Les Romains préféraient la pierre au bois ; les Francs, qui sont de préférence charpentiers et orfèvres, introduisent l'emploi du métal ; les édifices religieux continuent à être construits en grand nombre, et, à part quelques exceptions, on n'en a que peu de vestiges.
Saint-Quentin. La crypte paraît être celle de l'église bénite en 816, achevée en 824, consacrée en 835. A l'heure où nous écrivons, il ne nous est pas possible de savoir ce qui subsiste de cet édifice après la dévastation de la ville par l'état-major allemand en 1916.
Chivy (Aisne). Des chapiteaux carolingiens sur lesquels on a beaucoup disserté. Anonyme, Controverse archéologique sur les origines de l'église de Chivy, dans Bulletin de la Société académique de Laon, 1866-1870, t. xviii, p. 263 ; Ed. Fleury, Les chapiteaux mérovingiens de l'église de Chivy, dans même recueil, 1866-1870, t. xviii, p. 1 ; Annuaire de l'institut des provinces, 1870, IIe série, t. xii, p. 162 ; le même, L'église primitive de Chivy étudiée au point de vue des origines de l'architecture chrétienne, dans Bull. de la Soc. académ. de Laon, 1871-1871, t. xx, p. 419-477 ; Revue des Sociétés savantes des départements, 1873, V° série, t. v, p. 309 sq. ; J. de Laprairie, Les chapiteaux de l'église de Chivy, dans Bulletin de la Société archéologique de Soissons, 1875, IIe série, t. v, p. 203 ; E. Lefebvre-Pontalis, Étude sur les chapiteaux de l'église de Chivy, dans Gazette archéologique, 1887, t. xii, p. 29-36, pl. (fig. 4665).
Yvors (Aisne). Dans l'église, un pan de mur carolingien.
La Bourse (Pas-de-Calais, arrond. de Saint-Pol) ; une abside et la base de la tour-lanterne qui surmontait le transept.
Bruay (Nord), vestiges analogues, démolis vers la fin du xix° siècle.
Saint-Riquier (Somme, arrondissement d'Abbeville). L'église abbatiale fut bâtie par saint Angilbert de 793 à 798 et reconstruite au XIe. Nous possédons A. P. M. Gilbert, Notice historique et descriptive de l'église, sa noblesse, ses divers établissements, seigneuries et fiefs de l'abbaye situés en divers lieux, ses prieurés, l'Hôtel-Dieu, le château de la Ferlé, dans Mémoires de la Société des antiquaires de Picardie, Doc. inéd., t. ix-xi, 3 vol., in-4°, 1880-1885 ; Petau, De Nithardo... ac Iota ejusdem prosupia, in-4°, Parisiis, 1615 ; Mabillon, Acta Sanctorum ord. S. Benedicti, t. v, p. lit ; G. Durand, Picardie historique et monumentale, t. v, p. 140 sq. (Voir Dictionn., au mot Saint-Riquier).
Chartres. Sous le chœur de la cathédrale, au milieu et en contre-bas de la grande crypte bâtie par l'évêque Fulbert après l'incendie de 1020. Sous l'église Saint-Brice, une très vieille crypte où l'on trouve des chapiteaux et des fûts antiques et mérovingiens, et des sculptures carolingiennes. La crypte elle-même date du xi° siècle.
Germigny-des-Prés (Loiret). Cette église remonte incontestablement à l'époque carolingienne, puisqu'elle fut fondée par Théodulfe, évêque d'Orléans, et consacrée le 3 janvier 806. Il est vrai que l'inscription qui nous donne ce détail est sujette à caution. Un incendie survenu dans le courant du ix° siècle, au début du siècle suivant, l'église resta debout et conserva même une partie de sa décoration primitive. Au xii° siècle, l'auteur des Miracula de saint Maximin de Micy copiait les inscriptions du monument et l'une d'elles a été retrouvée sous le badigeon qui recouvrait la voûte de l'abside. Conservée jusqu'à nos jours sans autre altération, l'église a dû subir une restauration assez radicale pour lui permettre de défier le temps et surtout les études des archéologues.
Orléans, Deux cryptes. Celle de Saint-Avit, dont on ne connaît pas l'histoire, et celle de Saint-Aignan, sur laquelle on est mieux instruit. On y reconnaît les indices de plusieurs reconstructions successives. L'église primitive (ou censée telle) aurait été détruite par les Normands en 865, incendiée en 990, rebâtie par le roi Robert et consacrée en 1029. A l'ouest de la crypte, on voit un caveau rectangulaire, précédé d'une partie trapézoïdale ; à l'est, un hémicycle communiquant par cinq baies avec un collatéral qui contourne toute la crypte et sur lequel s'ouvrent cinq absidioles ; cette dernière partie est plus moderne.
Sainte-Oustrille (Cher, canton de Gracay). Sculptures carolingiennes remployées autour de l'abside.
Saint-Pierre-des-Etieux (Cher, canton de Charenton-sur-Cher). Petite chapelle garnie d'arcatures intérieures au bas des murs.
Reims. L'église de Saint-Remi fut reconstruite au ix° siècle et consacrée en 852 par Hincmar. En 995, l'abbé Airard entreprit la reconstruction sur des proportions plus vastes ; son successeur trouva ces proportions si vastes qu'il fit tout démolir ou peu s'en fallut et reconstruisit un édifice d'allures plus modestes. De l'œuvre d'Airard, il conserva les colonnes : Aggressus est inchoalum diruere opus, quo pene diruit et fundamentis quibusdam relictis quae architectis visa sunt necessaria [ore futuris aedificiis], divinam domum cepit faciliori quidem structura sed minus indecentiore construi.
Issoudun, l'ancienne chapelle du château, au pied du donjon, offre une abside flanquée de deux réduits.
Montierender (Haute-Marne). La nef de l'église abbatiale est l'œuvre de l'abbé Adso (900-992) ; elle fut consacrée par l'évêque de Châlons Gébuin. « La 100'J. —Saint-Pierre de Jumièges. D'après R. de Lasteyrie, op. cit., a. 154, lin. 137. ou des galeries (vestibula) furent terminés, ou du moins curent atteint une hauteur suffisante, on jeta par terre l'incinéral, on posa un toit voûté et un petit mausolée au dessus du tombeau de saint Rémi. L'abbé Thierry mourut en 1045, Herimar reprit peu après les travaux, acheva l'aile nord du transept, s'attaqua à l'aile sud dont les fondations étaient à fleur de terre, construisit les escaliers donnant accès aux combles et fit faire le toit. Léon IX consacra la nonne en 1040. En 1170, nouvelle reconstruction partielle, l'église de Celles NI ; entièrement le chœur, la façade et les deux prétons. On trouve ça et là des colonnes de granit ou de marbre et des chapiteaux d'un style archaïque que JC latéri aux que Thierry épargna dans l'édifice d'Airard. Les uns proviennent de l'église tienne, quelques-uns peuvent remonter au IVe ou au Ve.
Si curieux par son histoire et si elle a été reconstruite et remaniée depuis lors. Aucun texte ne le donne à penser, mais la couche de badigeon qui en recouvre actuellement les murs ne permet de distinguer ni les parties d'appareil, ni les traces de reprise qui pourraient nous édifier. La construction semble être faite en moyen appareil à gros points, comme on en a beaucoup d'exemples au XIe. Les longues colonnes (une paire sont octogonales) qui surmontent les bas-côtés s'ouvrent sur la nef : dont les dimensions sont longues. R. de Lasteyrie, L'architecture religieuse, Vignory fait longtemps.
Il n'est pas soutenable, car un document qui existe encore aux archives de la Haute-Marne (Vignory, cote 17) nous apprend qu'elle venait d'être construite quand elle fut consacrée, en 1050-1052, par l'évêque de Langres, Hardouin, et donnée à l'abbaye de Saint-Bénigne de Dijon. Tout au plus peut-on admettre, en tenant compte des formes très archaïques de ses chapiteaux, que les traditions artistiques de l'époque carolingienne n'avaient point totalement disparu. La cathédrale, elle fut bâtie par l'évêque Hugues de Chalon, entre 999 et 1039 ; mais elle procède encore par sa technique et sa décoration des méthodes carolingiennes. Heric, Miracula S. Germant Anlissiodorensis, 1. II, c. iv ; Carré, Crypte de Saint-Germain d'Auxerre, dans Congrès scientif. de France, 1858-1859, t. il, p. 383 ; (Fournier), Description des saintes grottes de l'église de l'abbaye royale de Saint-Germain d'Auxerre, Auxerre.
Crypte de Saint-Germain d'Auxerre. Construite par le comte Conrad, oncle de Charlemagne entre 843 et 850. L'église qui surmontait cette crypte connut maintes vicissitudes, mais la crypte, malgré ses nombreux remaniements, date encore en majeure partie du IXe. Une deuxième crypte se trouve contenant l'abrégé de Ui r nts dont les Saint-Gcosmes (Haute-Marne, arrond. de Langres).
Crypte qui fut jadis déclarée mérovingienne et plus tard fut décidément ramenée au Xe. Mais de l'époque carolingienne il reste du moins un panneau d'entrelacs encastré dans une piscine du mur (fig. 4666) ; V. Bigolet, Monographie de l'église de Saintes pris Langres (H.-M.), dans /.'• chrétien, 1890, IVe série, t.i.p 186-490 ; R. H. Brocard, Monographie de V église de Saint-Geosmes, dans Mém. de la Soc. hist. an h. de Langres, 1862, Cn, p. 215-222 ; /.'/ crypte de r église de Saint Geosmes, dans Bull, de la Soc, 1880-1885, t. n. p. ni : C. C. Daguin, de Saint Geosmes, dans Mém. cit., t. n, p. 191-211 : !.. Godard, l.n crypte de Saint Geosmes, diocèse :>'/rrs, dans Revue de l'art chrétien, 1858, t. n. p. 175-176 ; I. Quicherat, rVoi t'c. »' ta crypte Dijon, 187G ; Chomton, Histoire de V église de Saint-Bénigne de Dijon, in-fol.. Dijon, 1900 ; Dirtionn., 1. 1\, au mut Dijon.
Flavigny (Côte d'Or), l'une crypte subsiste sous les ruines de l'ancienne abbatiale que (liai lis le Chauve avait fait rebâtir, mais qui fut reconstruite ilu M' an x i n ■ siècle. La crypte fut elle i' instruite ou Sens (Yonne). Crypte carolingienne de Saint-Savinien.
Tournus (Saône-et-Loire). L'église s. uni Philibert l I I Ml. liai savantes, 1882, \ It s, rie. t. vi, p. 1* :: \' :~, M ! d'archéol. eltThisl., 1886, t. i, p. 167-170.
Châtillon i i iôte d'( ni. I glise de \ m les, qui aurait été cornu 991, mai déraillement remaniée depuis.
Dijon (Côte r de Sain ! Bénigne fut truite en 995, termim e en 1016 par l'abbé Guil l.iume. A côté il« la grande rotonde une petite traction al. nia jadis le corps de saint Bénigne et parait antérieur a l'an 1 li Plancher la croyait ;lèi le, i e qui est au moins beaucoup dire, < etti crypte contient î les chapite aux que Viollel le-Duc croit antérieurs a la renaissance romane, que M. de Lasteyrie pense qu'on pourra un jour attribuer une date antérieure a Charlemagne (lie. 1667). J. r. Monographie de la crypte et rotonde de Saint Bénigni et df l'ancienne basiliqut r, in-N°, fondée.m iv siècle, brûlée au par les abbés Hervé et Etienne ; c'est à l'un d'eux qu'est dû le grand avanl corps qui i u. il. i Bg, 1668). Ci-Ile ci lui construite par l'abbé Bernier i 1019) M. Canat, M le su ; I abbatiale de Tournus, dans Congi I rance, rentes époques de construction de Saint-Philibi Tournus, dans Anna les de /' I de Mdcon, Il t' série, I. vin.
Si lomnes i Nié' ilingienne. <. Enlart, t., t. i. p. i
/ 1. RÉGION PARISI1 (KB. I 'I
Brie, la Beauce ne sont pas riches en monuments antérieurs au xi siècle. Jouarre (Seine-et-Marne). Crypte. G. Bouet, Exploration des cryptes de Jouarre, dans Bull, monum., 1871, ês^uupkj IVe' série, t. vu, p. 311-317 ; A. de Caumont, Note sur les tombeaux et cryptes de Jouarre, dans Bull, monum., 1843, t. ix, p. 182-193 ; D'Espinay, Notice sur les cryptes de l'ancienne église de Jouarre, dans Congrès archéol. de France, 1871-1872, t. xxxvin, p. 359-380 ; G. Rethoré, Les cryptes de Jouarre, notice historique, in-8°, Paris, 1889.
Rugles (Eure, arrond d'Évreux). A. de Caumont, L'église carolingienne de Rugles, dans Bulletin monumental, 1862, IIP série, t. vm, p. 360-362.
Mont Saint-Michel, un pan de mur en petit appareil avec arases de tuile aux, ayant fait partie de l'église élevée en 995, par Richard Ier. E. Cornryer, Description de l'abbaye du Mont Saint-Michel et de ses abords, précédée d'une notice historique, in-S », Paris, 1877 : P. Goût, Le Mont Saint-Michel. Histoire de l'abbaye et de la ville, Élude archéologique et architecturale des monuments, in-4°, Paris, 1910.
Langon (Ilie-et-Vilaine, arrond. de Redon), chapelle de Sainte-Agathe. Audren (de Kerdrel), Sur la chapelle de Langon, dans Bull, archéol. de l'association bretonne, 1857, t. vi, p. 147 ; Brune, Sur la chapelle de Langon, dans même recueil, 1850, t. n, p. 171 ; Piollet, Notes sur la chapelle de Langon, dans Bulletin monumental, 1839, t. v, p. 490-493.
Saint-Scroan (Ilie-et-Vilaine). A l'extrémité orientale d'une chapelle dédiée à saint Pierre. — L. Duchesne, dans Bull, de la Soc. archéol. d' Ille-et-Vilaine, t. xx, p. 1.
Tours. (Indre-et-Loire). Restes de l'église Saint-Martin (début du xii siècle), retrouvés lors des fouilles exécutées de 1860 à 1887. C. Chevalier, Les fouilles de Saint-Martin de Tours, recherches sur les six basiliques successives élevées autour du tombeau de Saint-Martin, in-8°, Tours, 1888 ; R. de Lasteyrie, L'église de Saint-Martin de Tours, étude critique sur l'histoire et la forme de ce monument du ve au XIe, dans Mém. de l'Acad. des Inscr. et Bel les-Lettres, 1892, t. xxxiv, p. 1-62 ; S. Ratel, Les basiliques de Saint-Martin à Tours (supplément), quelques observations sur les dernières fouilles exécutées en 1887, in-8°, Tours, 1891.
Le Mans. Église de la Couture, construite vers 995 par les soins de l'abbé Gausbert, remaniée dans la suite. Un incendie survenu en 1184 amena la transformation complète de la nef ; autres changements importants en 1306 et en 1421 et 1562 ; on retrouve encore au chœur, au transept et le long de la nef des portions de murs en petit appareil avec ou sans insertion de briques, qui permettent de reconstituer aisément le plan de l'édifice, au début du règne du roi Robert (fig. 4670). A. de Dion, La nef de la Couture, dans Congrès archéologique de France, 1878-1879, t. xlv, p. 278-290 ; Em. L. Dubois, L'église de Notre-Dame de la Couture au Mans, dans Revue hist. archéol. du Maine, 1889, t. xxv, p. 257-284, 5pl. ;G.d'Espinay, L'église abbatiale de la Couture, dans Congrès archéol. de France, 1878-1879, p. 31-45.
M. Brutails et le l'évêque de la Croix pensent que ce ne fut pas avant le déclin du but du siècle suivant, puisque, selon leur opinion, sur la technique des piliers qui les relient. À cette opinion, on objecte que l'appareil des piliers de cette église, alternant avec des rangs de briques, recouvert en 1900, p. 129, l'in. pi. xxi ; J. A. Brutails, sur l'église de Saint-Philibert de Grandlieu, dans Bulletin monumental, 1898, t. LXIII, p. 12, de la Croix. Étude sur l'ancienne église de Saint-Philibert de Grandlieu. Il : r. de la, dans Mémoire sur l'Indre-et-Loire). Nef et cloître de l'église (fig. 17) : Bourassé, Notice paroissiale de la commune de la Salle, 1865, p. 102-111, Manuel, Saint-Martin, fondé par l'impératrice, femme de Charlemagne, avant 814, et rétabli, selon la tradition, avant 1040, dit avoir été rebâti l'an 1 par sa seconde femme, Hildegard. Quoiqu'il en soit, M. d'Espinay a montré et presque démontré que Saint-Martin fut fondée au VIIIe, par l'évêque qui y reçut la sépulture, puis rebâtie au IXe. Il est certain qu'on travaillait à Saint-Martin en 1012, car on y trouva alors le corps de saint Loup, évêque d'Angers. L'examen des ruines de l'édifice laisse reconnaître plusieurs constructions d'âge différent : le chœur, contemporain de Louis VII ou Philippe Auguste ; — une nef non voûtée antérieure au XIIe ; — un transept saillant bâti en petit appareil et dont le centre comprend deux parties distinctes : d'abord quatre grands arcs avec plein cintre, construits en briques et pierres et surmontés d'une voûte en berceau. Les fouilles de 1902 exécutées à la cathédrale d'Angers ont mis au jour des restes des églises qui avaient précédé la cathédrale actuelle et qui avaient été retrouvées une première fois en 1757 et 1763. Ces restes comportent l'abside, le transept et une partie de la nef de l'édifice reconstruit au commencement du XIe par l'évêque Hubert de Vendôme, et consacré en 1030. À un niveau inférieur, on a retrouvé la nef d'une église plus ancienne et qui, par conséquent, doit être carolingienne, qui a dû, elle-même, remplacer celle qui avait été construite en 470. Cette église carolingienne était construite en pierre alternant avec des rangs de briques.
A Saint-Serge d'Angers, on voit aussi dans le transept une tour carrée, puis, à l'intérieur de cette construction, une coupole sur pendentifs ajoutée après coup, car ni les arcs qui la portent, ni les quatre grosses piles ron des surmontées de quatre colonnettes qui les soutiennent ne sont liés avec les maçonneries voisines. La forme aplatie de cette coupole, les chapiteaux ornés d'entrelacs et de damiers des grosses piles, ceux qui couronnent les quatre colonnettes et qui sont grossièrement imités du type corinthien, forment un ensemble assez archaïque pour qu'on doive l'attribuer sans hésiter au XIe, c'est-à-dire sans doute au même cycle de constructions que la nef. Il en résulte que le transept avec ses insertions de briques ne saurait être postérieur au Xe. Sept des maçonneries de petit appareil, à la base des piliers de la croisée, quelques assises plus anciennes de grand appareil alternant avec deux rangs de briques. M. d'Espinay a montré que les parties en petit appareil devaient remonter à l'évêque Renaud qui restaura l'édifice vers l'an 1000 ; les assises plus anciennes, où se voient les briques, doivent dater de la restauration qui suivit le départ des Normands, dernier quart du IXe. A. de Caumont, Coup d'œil sur l'état des études archéologiques de l'Ouest de la France et sur quelques-uns des monuments qu'on y rencontre, dans Bulletin monumental, 1834, t. I, p. 352-353 ; 1835, t. II, p. 55-56, pi. IV ; E. Dainville, Église Saint-Martin à Angers, dans Rev. archéol. Anjou, 1862, p. 389 ; G. D'Espinay, L'ancienne église Saint-Martin d'Angers, dans Rev. hist. de l'Anjou, 1873, Ve série, t. II, p. 269-283 ; 325-341 ; Noti ces archéologiques, t. I, p. 69 sq. ; L. de Farcy, dans Revue de l'art chrétien, 1903, IVe série, t. XIV, p. 4-5 ; A. Héron de Villefosse, Vestiges romains à Saint-Martin d'Angers, dans Bulletin archéologique du Comité, 1910, p. 1 ; R. de Lasteyrie, Architecture religieuse, p. 118-150, pi. 133, 214 ; A. Ramé, De quelques monuments sur l'architecture carolingienne, dans Bull. du Comité des travaux historiques, 1882, p. 188 ; Bulletin archéologique du Comité, 1914, p. 248-255 ; 1909, p. cxxx-cxxxi, cxxxix-xliu ; Pinier, Fouilles dans la crypte des cloîtres Saint-Martin à Angers, juin-août 1913, dans même recueil, 1914, p. 248-255 ; G. D'Espinay, Découvertes sur la place du Ralliement à Angers (bain sacré et baptistère), dans Bulletin monumental, 1879, t. XLV, p. 102.
Gennes (Maine-et-Loire, arrond. de Saumur). Église dédiée à saint Eusèbe, pouvant remonter au début de l'époque carolingienne et peut-être à l'époque mérovingienne. V. Petit, Relation de la visite faite à Gennes, dans Bull. monum., 1862, IIIe série, t. VIII, I ; D'Espinay, Noti ces archéologiques, t. II, I. L'église Saint-Itin est aussi fort ancienne. Godard Faultrier, Dernières fouilles exécutées à Gennes, dans Bulletin monumental, 1864, t. XXX, p. 866. (Voir Gennet).
Dans le département du Maine-et-Loire, les églises de Savenières, de Distré, de Châtillon-sur-Thouet, sont anciennes et probablement carolingiennes ; à Voutegon, un des murs latéraux, à Saint-Maur de Glanfeuil, un pignon de l'église avec sa croix d'entrelacs. De Cougny, Mémoire sur l'église de Savenières, dans Congrès archéol. de France, 1871-1872, t. XXXVIII, p. 130-141 ; C. Enlart, Manuel, p. 410, fig. 46 ; B. Ledain, dans Bull. des antiq. de l'Ouest, 1880, IIe série, t. II, p. 102-117 ; Ch. Urseau, La croix de l'abbaye de Saint-Maur, dans Bull. archéol. du Comité des trav. hist., 1898, p. 136-141. (Voir Glanfeuil).
RÉGION DU SUD-OUEST. — Saint-Généroux (Deux-Sèvres). Église remontant certainement au IXe, peut-être au VIIIe (fig. 1674), Berthelé, Communication sur l'église de Saint-Généroux, dans Bull. archéol. du Comité des trav. hist., 1893, p. xxxix-xlii, a donné un résumé d'une notice dont la publication in extenso, quoique annoncée, n'a pas eu lieu. L'auteur signale plusieurs constructions de style carolingien dans la région, notamment la crypte de Saint-Léger à Saint-Maixent, l'abside de Gourgé, les églises de Tourtenay, de Châtillon-sur-Thouet, de Louin, Saint-Hilaire-des-Echaubrognes. Il discute l'opinion de M. Rupé sur la date de l'église de Saint-Généroux, attribuée au XIe par cet archéologue qui s'appuie sur l'analogie de son appareil avec celui des églises de Cravant et de Saint-Mesme-de-Chinon. Saint-Généroux était au prieuré de l'abbaye de Saint-Jouin-de-Marnes et son église fut bâtie par les religieux de ce monastère qui élevèrent également l'église Saint-Jacques à Thouars, dans le second quart du XIe. Si l'on compare les deux églises, on voit que l'église Saint-Jacques est bâtie en moyen appareil avec joints très épais, caractéristiques, tandis que le petit appareil se rencontre à Saint-Généroux. À Saint-Jacques, on trouve des doubles aux, des chapiteaux, des piliers cantonnés de colonnes ; à Saint-Généroux, au contraire, les chapiteaux employés.
L'absence de contreforts prouve que l'architecte de Saint-Généroux ne savait pas les nécessités, tandis que celui de Saint-Jacques a recouvert son monument d'une voûte en berceau. L'absence de cordon de briques à Saint-Généroux et la comparaison de son abside avec le chevet de l'église de Gourgé bâtie à la même époque, et avec le chœur de l'église Saint-Jacques construit au début du XIe, déterminent à dater Saint-Généroux de la seconde moitié du Xe, et probablement entre 942 et 962. L'abside, précédée d'un chœur nu voûté en berceau et flanquée de deux absidioles qui longent le chœur, rappelle par son plan celui de l'église de Saint-Généroux, toutes deux sont construites en petit appareil. M. J. Berthelé écrit à propos de cette église, qu'un diplôme du roi Eudes, du 30 décembre 889, confirmant les donations faites par l'abbé de Saint-Hilaire aux chanoines de cette église, mentionne le village de Gourgé et d'autres localités : il n'est pas fait mention de l'église qui n'existait donc pas à cette date, puisque quand un villa comprenait une église, on n'a pas manqué d'en faire mention ; la charte en question ne mentionne que l'église du domaine de Gavriacum. En 912, le roi d'Outremer, confirmant les possessions de l'abbaye de Saint-Hilaire, s'exprime en ces termes : Villas cum ecclesiis, ni est Campaniacum, Roliacum, Polentum, Lusiacum, Fronleniacum, Benatiacum, Masogelum, Cuiomnum, Gurgiacum, Vosalium, cum, Longum Rele ; d'où il ressort qu'en 942, l'église de Gourgé était bâtie et c'est celle qui subsiste. J. Berthelé, Le chevet de l'église de Gourgé, dans Revue Poitevine et Saintongeaise, 1884, I, p. 317-327 ; Église de Gourgé, rapport par R. de Lasteyrie, dans Bull. archéol. du Comité, 1885, p. 111-113 ; J. Berthelé, Note sur l'église de Gourgé, près Parthenay (Deux-Sèvres), dans Bull. de la Soc. nat. des antiq. de France, 1884, p. 294-297 ; L'église de Courue, dans Recherches pour servir à l'histoire des arts en Poitou, in-8°, 1889, p. 11.
Tourtenay (Deux-Sèvres). Église carolingienne.
Saint-Maixent (Deux-Sèvres). Crypte très restaurée de l'église abbatiale. J. Berthelé, Architecture mérovingienne. La date de la crypte de Saint-Léger, à Saint-Maixent, dans Bulletin monumental, 1884, V série, t. X, p. 89-112.
Saint-Jouin-des-Marnes (Deux-Sèvres). Vestiges carolingiens remployés. — J. Berthelé, L'église de Saint-Jouin-des-Marnes, dans Bulletin monumental, 1885, VIe série, t. I, p. 263-272, 393-401.
Airvault (Deux-Sèvres). Vestiges carolingiens remployés. — J. Berthelé, La date de l'église d'Airvault, dans Revue poitevine et saintongeaise, 1877, t. III, p. 257-272 ; A. de Caumont, Notes sur l'église d'Airvault, dans Bulletin monumental, 1840, t. VI, p. 209-211.
Saint-Vincent-sur-Risle (Dordogne). Église pouvant dater du VIIIe ; ainsi peut-être qu'une partie de la salle basse du clocher de Brantôme ou une colonne à fût antique est surmontée d'un chapiteau.
Pont-Vaubé (Charente Inférieure), morceaux carolingiens remployés.
Ribeauvillé (Lot-et-Garonne), morceaux carolingiens remployés. - Tholin, Études sur l'architecture religieuse de l'Agenais du Xe au XIIe, suivie d'une notice sur les sépultures du moyen âge, Agen, 1874.
Chamalières (Puy-de-Dôme, arrond. de Clermont), à l'extrémité occidentale, restes de l'église du Xe ; de Chambéry en Savoie, in-8°, Milan, 1875 ; Crypte de Lemenc (Savoie), dans Congrès scientif. de France, 1864, t. XXX, p. 98 ; Un dernier mot sur le baptistère de Lémenc, dans Mém. de l'Acad. de Savoie, 1868, IIe série, t. IX, p. 327-328 ; C. Oncien de la Bathie, Réplique, p. 351-383 ; L. Pillet, Mémoire, p. 385-393 ; De Saint-Andéol, Mémoire, p. 329-349 ; Mém. doc. Soc. Savois., 1859, t. III, p. XLII-XLIII, XLVIII-LIII ; A. Perrin, dans Mém. Acad. scien. Savoie, 1887, IIIe série, t. XII, p. XIX-XXIX ; G. M. Raymond, Notice historique sur l'église de Lémenc, près de Chambéry, à l'occasion de la restauration de cette église et de la translation des reliques de saint Concord, le 1er juin 1828, dans recueil cité, 1830, Ire série, t. IV, p. 236-255.
Le Bourget (Savoie, arrond. de Chambéry). Crypte en partie carolingienne. Dès le IIe, on trouve mention de Brogae et c'est à une époque peu postérieure que fut construite la crypte sur laquelle repose le chœur de l'église. Au-dessus de la crypte s'éleva sans doute une église, mais on n'en sait rien ; ce n'est que tardivement que la crypte est désignée sous le vocable de Notre-Dame-la Basse. La crypte est sur plan hémicirculaire, orientée de l'est à l'ouest : elle
Cleppé (Loire, arrond. de Montbrison). Nef de l'église très remaniée. — A. Broutin, Le chapiteau de Cleppé, dans Ancien Forez, 1891, t. IX, p. 369-371.
Saint-Romain-le-Puy (Loire, arrond. de Montbrison). Une série de chapiteaux remployés. — A. de Barthélémy, Notice sur le prieuré de Saint-Romain-le-Puy, en Forez, dans Bull. monumental, 1843, t. IX, p. 137-146 ; De Charpin-Feugerolles, dans Congrès archéol. de France, 1885-1886, t. LI, p. 71-76 ; Portier, Église de Saint-Romain-le-Puy, dans Bulletin de la Diana, 1887, t. IV, p. 291-298 ; É. Révérend du Mesnil, Rapport sur l'excursion archéologique faite par la société de la Diana à Saint-Romain-le-Puy, dans même recueil, 1881, t. I, p. 345-403 ; F. et N. Thiollier, Art et archéologie dans le département de la Loire, in-8°, Saint-Étienne, 1898, pl. XI ; R. de Lasteyrie, Architecture religieuse, p. 157.
Lémenc (Savoie, près Chambéry). Crypte en partie carolingienne. — L. Biraghi, Saint-Ambroise à Lémenc n'offre ni peintures ni sculptures. Elle est divisée en trois nefs recouvertes par une voûte en berceau. La nef centrale a deux absides, l'une à l'ouest, intacte (1 m. 80 larg. à l'entrée, 1 m. 40 prof.), l'autre à l'est, remaniée au XVe (1 m. 60 et 1 m. 30). Des piliers tracent les nefs, ces piliers reposent sans chapiteau ni entablement sur des tronçons de colonnes antiques (1 m. 38 de haut), sciées par le milieu. Entre ces piliers s'ouvrent des passages, en plein cintre de 2 m. 10 de haut sur 1 m. 20 de large. La voûte est sensiblement à la même hauteur dans les trois nefs, mais elle s'infléchit régulièrement de l'ouest à l'est : elle a 2 m. 75 à l'ouest, 2 m. 50 à l'est. La longueur totale de la nef centrale avec les deux absides est de 7 m. 30, la largeur totale de la crypte à l'ouest est de 7 m. 50. Le mur extérieur a 1 m. 40 d'épaisseur et il est percé de trois baies, deux au nord et une au midi, la quatrième est moderne. J. Burlet, L'église du Bourget-du-Lac. Notice historique et archéologique, in-8°, Chambéry, 1911 ; Mabillon, De re diplomatica. Supplementum, I, VI, cap. X, p. 647 ; E. Burnier, Le château et le prieuré du Bourget, dans Mémoires de la Société savoisienne d'histoire et d'archéologie, Ire série, t. X ; De Seyssel, Notice sur l'église et le prieuré du Bourget, dans Congrès des sociétés savantes de la Savoie, 1905 ; Catta, Les monuments anciens de la Savoie, dans Bulletin de la Soc. d'hist. nat. de la Savoie, 1899 ; Th. Reinach, La date et l'auteur de la restauration de l'église du Bourget, dans Mém. de la Soc. Savoisienne d'hist., I, XX, fasc. 1, 2.
Lyon. L'église d'Ainay a une chapelle à colonnes antiques qui fut achevée vers 960, mais qui a été totalement remaniée. Les ruines de l'église de l'Ile qui fut commencée en 985. F. de Saint-Andéol, Les sept monuments chiliens de Lyon antérieurs au XIe, dans France littéraire, Lyon, 1864 ; Boue, Notes historiques et archéol. sur les cryptes de Lyon, dans Congrès scientif. de France, 1841-1842, p. 383. Dans la vallée du Rhône, F. de Saint-Andéol, dans Revue de l'art chrétien, t. VII, p. 358 sq., signale huit monuments carolingiens sur lesquels il y aurait lieu de discuter et probablement de réduire considérablement le nombre. On en peut lire autant pour H. Revoil, Sur les monuments de Provence antérieurs au XIe, dans Procès-verbaux de l'Académie du Gard, 1868-1869, p. 69, et Architecture romane du midi de la France, t. I, appendice.
Vienne (Isère). Nous avons déjà parlé, à propos de l'architecture mérovingienne, de l'église Saint-Pierre (voir plus haut, col. 2284). Elle eut à souffrir une restauration importante en l'année 920 ; laquelle est attestée par une charte de Hugues, comte et marquis de Provence, qui parait en avoir fait les frais. C'est alors probablement qu'on remplaça les colonnes de la nef par de maigres piliers. Une charte de 1055 parle d'une autre restauration pro recens instaurato apud Viennum S. Petri cœnobio. C. Enlart, Manuel, t. I, p. 163 ; R. de Lasteyrie, Architecture religieuse, p. 43, notes 2 à 4 ; p. 155, note 2.
Vaison (Vaucluse). L'église Saint-Quinin qu'on faisait remonter au VIIIe ou au IXe n'est pas antérieure au XIIe. La cathédrale romane de la même ville reconstruite en 910 par l'évêque Humbert a conservé l'abside flanquée d'absidioles d'une église mérovingienne, du VIe ou VIIe, et une partie des murs extérieurs d'une nef carolingienne qui comptait six travées au lieu de trois qui subsistent seules aujourd'hui. — E. Breton, Mémoire sur les antiquités de la ville de Vaison (Vaucluse), dans Mém. de la Soc. nat. des antiq. de France, 1842, IIe série, t. VI, p. 111-160 ; J. Courtet, Notice historique et archéologique sur Vaison, dans Revue archéologique, 1851, Ie série, t. VIII, p. 306-322 ; R. de Lasteyrie, Saint-Quinin et la cathédrale de Vaison, dans Mém. de la Soc. nat. des antiq. de France, 1880, Ie série, t. IX, p. 35-56 ; Labande, dans Bulletin monumental, t. XIX, p. 283 sq.
Aime-en-Tarentaise. F. L. Borrel, Les monuments anciens de la Tarentaise (Savoie), in-4°, Paris, 1884, p. 110, pl. 24, 28 ; p. 225, pl. 76 à 88.
Zurich (Suisse). Confession ou crypte du monastère de femmes. Rahn, dans Mittheilungen der Antiquar. Gesellsch. in Zurich, t. XXV.
Coire (Suisse), Crypte de Saint-Lucius ; et Munster (Grisons) restes d'une église abbatiale bâtie vers l'an 800, et où l'on a retrouvé des peintures du IXe, des stucs, des pierres ornées d'entrelacs. J. Zemp, Église de Saint-Jean à Munster dans les Grisons, Genève, 1906. Suisse). Crypte de Saint-Gervais.
Saint-Gall (Suisse). Voir ce mot.
Aix-la-Chapelle. Voir pour Charlemagne fut commencé vers 790 et consacré et à laquelle succéda la cathédrale actuelle. Les renseignements que nous fournit cette miniature (1675) sont corroborés par une ancienne description qui nous
Mettlach (près de Trêves). Église bâtie entre 975 et 1000 par Lioffinus, qui en fut abbé de 987 à 1000. Un texte du XIe affirme l'intention qu'a eu l'architecte d'imiter l'église d'Aix-la-Chapelle. J. C. I.ager, Urkundliche Geschichte der Abtei Mettlach, in-8°, Trier, 1875 ; Rivoira, Orig. dell'archit. lombard., t. II, p. 544, lig. 547-548, pl. 5.
Essen (près Dusseldorf). Autre église inspirée par celle d'Aix-la-Chapelle. G. Humann, Die ältesten Bautheile der Münsterkirche zu Essen, dans Jahrb. Ver. Alterth. Rheinl., 1886, t. LXXXII, p. 107-121 ; Der Westbau des Munsters zu Essen, aufgenommen und erläutert, in-4°, Essen, 1890 ; Rivoira, Orig. dell'archit. lombard., t. II, pl. 6.
Fulda. Église du Saint-Sauveur, fondée par saint Boniface vers 744, rebâtie sur un plan plus vaste par Wigulfus entre 775 et 781, et cette nouvelle église aura dû disparaître de nouveau à peu de temps de là, puisque l'abbé Hrabanus construisit les cryptes qui subsistent ainsi que l'abside occidentale et ce nouvel édifice fut consacré en 819, puis incendié en 937. Nous savons que c'était une grande basilique cruciforme, à chaque extrémité d'une abside surmontée d'une tour, dans Fuldaer Gymnasialprogramm, 1881 : G. von Schlosser, Schriftquellen zur Geschichte der karolingischen Kunst, Wien, 1896, p. 111 sq.
Henfeld. Église fondée en 768, rebâtie entre 830 et 850, incendiée en 937. On peut croire que l'église et la crypte elle-même avaient brûlé entièrement, puisque la nouvelle crypte dut être rebâtie, et l'église aura dû subir le même sort, en sorte que les vestiges antérieurs au XIe sont douteux ; les vestiges enfouis dans le sol permettent-ils de restituer les dispositions essentielles de l'édifice primitif ? On l'a
« L'abbaye de Lorsch fut fondée en 761. Son premier abbé fut saint Chrodegand, le fameux évêque de Metz. Mais absorbé par l'administration de son diocèse, il dut céder, en 776, la direction de l'abbaye à son frère Gundeland. Ce fut donc ce dernier qui présida à la construction de l'église — dont la consécration fut faite le 1er septembre 771, en présence de Charlemagne, par Raymond Lull, archevêque de Mayence. Le 21 mars 1090, le monastère fut la proie d'un incendie terrible. Il fallut le reconstruire. Une nouvelle église remplaça celle du VIIIe et la consécration en fut faite en 1130. D'importants travaux d'agrandissement eurent encore lieu dans les années qui suivirent, grâce aux libéralités d'un moine fort riche, nommé Albert. Au siècle suivant, l'abbaye changea de maîtres. Donnée en 1232, par l'empereur Frédéric, aux archevêques de Mayence, elle fut, par ceux-ci, concédée aux cisterciens, puis aux prémontrés. Ces derniers restaurèrent l'église et en reconstruisirent le chœur ; cela mit fin à la consécration qui eut lieu en 1621, l'incendièrent, et elle ne fut plus habitée. Les bâtiments conventuels disparurent ; l'église, dont il ne subsiste que trois travées, fut transformée en magasin, le porche seul resta debout pour témoigner de l'ancienne splendeur de l'abbaye.
Ce rapide exposé suffit déjà à montrer combien il est peu probable que du monument consacré en 771, il puisse subsister aujourd'hui autre chose que des débris, sans parler de l'incendie de 1090 — sans parler des autres causes de destruction — qui a pu laisser intacte une partie de son architecture, tout en consumant l'église. Le chroniqueur qui nous a laissé le récit de cette catastrophe nous apprend en effet que le feu prit dans le beffroi des cloches, envahit les tours, les combles, les galeries, et que les ruisseaux de plomb fondu tombant des toitures ne permettaient pas de pénétrer dans l'église : « l'incendie, mirabilis dolatura, absciditium in quo signa ecclesiæ dependebant, tectis exustis ne quid sonitu excitari posset, arripuit, dehinc totam superiorem fabricam, turres quoque eam porticibus flammis oblinuit, ad extremum butilentis plumbi deliquio, cujus materia omne tectum [ucrat, subveniendi, ingrediendi velquippiam exinde eruendi omnimodam abstulit facultatem ». Il est prouvé que le feu avait consumé les portiques garnissant les côtés de l'atrium. Je affirme que le mot « portions » du texte précité désigne les portiques de l'atrium plutôt que les bas-côtés de l'église. Les deux interprétations sont possibles, mais à l'appui de la première, on peut faire valoir que les galeries de l'atrium avaient été couvertes en plomb par l'abbé Gerbodo, dans la deuxième moitié du Xe, et que les fouilles de 1890 ont fait découvrir sur tout le pourtour de l'atrium une couche de cendres et de charbon prouvant que ces galeries avaient péri par le feu. Comment admettre que dans cet embrasement général le porche ait été épargné par les flammes et qu'elles aient même respecté les sculptures qui le décoraient et dont aucune ne porte la moindre trace d'incendie ? N'est-ce pas la preuve évidente que ce porche n'existait pas encore en 1090 ?
« Mais l'idée de faire du porche de Lorsch un monument du VIIIe soulève bien d'autres objections. Il y a plus de cinquante ans déjà qu'un des archéologues les plus autorisés que l'Allemagne ait eus, Schnaase, avait été frappé du contraste que ce porche présente, pour la beauté de l'appareil, avec les monuments carolingiens, comme l'église d'Aix-la-Chapelle. A Lorsch, la construction est très soignée, tout l'appareil est à joints fins, les sculptures sont d'un style qui dénote une imitation de l'antique, naïve peut-être, mais qui exigeait des artistes habiles. A Aix-la-Chapelle, rien de pareil ; la construction est grossière, la sculpture nulle ; il a fallu, pour décorer le monument, faire venir d'Italie des colonnes et des marbres sculptés. Or, peut-on admettre qu'en 771, il y ait eu dans l'empire des Francs des maçons assez habiles pour appareiller les pierres de Lorsch, des artistes assez consommés pour en sculpter les frises et les chapiteaux, alors que vingt-cinq ans plus tard le puissant empereur d'Occident, malgré tous les efforts qu'il avait faits depuis un quart De pour ressusciter le goût des arts et des lettres, dut se contenter, pour la chapelle de son propre palais, d'ouvriers tellement inférieurs à ceux de Lorsch ? Schnaase en a conclu qu'il fallait voir dans cet édifice une construction romane et non carolingienne. L'accueil peu empressé qui fut fait à ses observations l'a depuis amené à conclure, et finalement à l'opinion que le porche en question ne pouvant être antérieur à l'église d'Aix-la-Chapelle, devait être d'origine de l'Ecclesia varia construite pour Louis le Germanique, c'est-à-dire remonter à la fin du IXe. Il admettrait même l'identification de cette ecclesia varia avec le porche, qui aurait servi à la fois de chapelle et de vestibule à l'atrium. Mais je rappelle que la nécropole de Louis le Germanique fut rebâtie et consacrée de nouveau en 832.
D'autres objections que celles de Schnaase ont été faites par d'autres auteurs qui font de ce monument un édifice du VIIIe, principalement aux arguments invoqués par Schnaase, notamment ces gables triangulaires qui relient les piliers à l'étage supérieur et dont les analogies internes se rencontrent dans quelques miniatures carolingiennes ; le style de l'antique que dénotent le dessin de cannelures des pilastres incrustées çà et là dans les sculptures de la façade ; enfin l'emploi de pierres de couleurs variées qui rappelle et explique le nom d'ecclesia varia donné à la chapelle funéraire de Louis le Germanique.
Mais ces caractères appartiennent-ils exclusivement à l'époque carolingienne ? Il est facile de prouver que non. Que les miniaturistes carolingiens aient eu un certain goût pour les gables triangulaires, cela est vrai ; et l'on peut admettre qu'on n'en trouve la preuve dans aucun édifice sûrement carolingien, que ce goût était partagé par les architectes de l'époque. Mais pour tirer de là un argument valable, il faudrait qu'on n'eût jamais rien fait de semblable au XIIe et au XIIIe. Or, bien au contraire, les gables reliant les colonnes sont loin d'être rares dans l'architecture romane. Tantôt ils sont mêlés à des arcs en plein cintre, comme à Notre-Dame-du-Port de Clermont, à Saint-Étienne de Nevers, à Montbron (Charente) ; tantôt ils sont employés seuls comme au clocher de Mauriac (Cantal) ou à l'abside de Venerque (Haute-Garonne), etc. Trouvera-t-on les exemples qui précèdent peu convaincants parce qu'ils sont étrangers à l'Allemagne ? Mais le porche de Lorsch, à quelle que date qu'on doive l'attribuer, ne peut être considéré comme une œuvre purement germanique. Il n'a d'analogue dans aucun édifice d'outre-Rhin carolingien ou roman. Ceux qui l'ont construit ont donc puisé leurs inspirations ailleurs que dans le pays.
VI. Caractères des églises carolingiennes. — 1. Plan basilical. — La plupart, on pourrait dire tous les édifices carolingiens, sauf de très rares exceptions, sont encore construits sur le plan des basiliques. Les plans polygonaux se rencontrent à Aix-la-Chapelle, à Ottmarsheim, à Nimègue, à Germigny-des-Prés, à Saint-Satyre de Milan. Les plans basilicaux se ressentent toutefois de l'indigence grandissante des matériaux, presque partout les piliers remplacent les colonnes antiques, par exemple à Seligenstadt, Michelstadt, Saint-Philbert de Grandlieu, Saint-Pierre de Menue, Montierender, les cathédrales de Beauvais et d'Orléans.
L'abside est toujours demi-circulaire, et son rayon est exactement la largeur de la nef centrale ; parfois elle est engagée dans un blocage de maçonnerie qui, à l'extérieur, se présente sous la forme d'un massif carré ou à coins recoupés. Les collatéraux se terminent aussi parfois par des absidioles. Disposition tardive en Occident. En Afrique, par exemple, où se sont conservés, au moins en plan par terre, beaucoup d'églises, l'abside est flanquée presque uniformément de deux sacristies aussi larges que les bas-côtés dans le prolongement desquels elles se trouvent, et toujours de forme quadrangulaire. On ne connaît que deux exceptions, qui datent probablement l'une et l'autre de l'époque byzantine : dans la grande basilique de Tigzirt et à Matifou, on voit des secrelaria dont le fond est courbe, ce sont là des remaniements. A Rome, il faut attendre la fin du VIIIe (pontificat d'Adrien Ier, 772-795) pour rencontrer des absidioles jumelées des deux côtés de l'abside centrale, à Sainte-Marie in Cosmedin et à Sainte-Marie in Domnica (sous Pascal Ier, 817-824). Dès lors, on rencontre d'autres exemples en Italie, à Saint-Ambroise de Milan, à Alliate en Italie, à Saint-Généroux, à Gourgé, à Vaison, à Valcabrère, en France. A partir du IXe, ce type avait gagné en Italie et en France.
2. Double abside. — Une autre innovation, de la même époque, c'est l'église avec deux absides aux deux extrémités de la nef (voir Abside) ; nous en trouvons des exemples dans le plan de Saint-Gall, à Saint-Sauveur de Fulda, à Sainte-Marie du Moutier de Reichenau, à Saint-Emmeran de Ratisbonne, dans la crypte de l'église du Bourget et probablement dans l'ancienne église de Saint-Riquier. Les églises à deux absides sont communes à partir du IXe et on continue à en construire jusqu'au XIe principalement dans les pays rhénans.
3. Plan cruciforme. — Pendant longtemps, on ne se risquait qu'à introduire de manière timide entre la nef et l'abside un transept. A partir de l'époque carolingienne, cette disposition devient fréquente ; on la rencontre sur le plan de Saint-Gall, à Saint-Martin d'Angers, à Saint-Philbert de Grandlieu, à Saint-Généroux, à Michelstadt, à Sainte-Praxède de Rome, etc. Ce transept déborde de plus en plus l'alignement des bas-côtés et tend à donner au plan la forme ancienne de la croix en T, mais en même temps, l'abside, au lieu de s'ouvrir directement sur le transept, est reportée un peu plus loin et la partie qui va du transept à l'abside garde les proportions de la nef, en sorte que la croix se trouve formée ainsi. Les archéologues allemands ont revendiqué pour leur pays le mérite de cette innovation dont les premiers exemples se rencontreraient, à les en croire, dans les églises des célèbres abbayes de Fulda, de Saint-Gall, d'Hirschau, de Corvey.
I. Plan tréflé. — Le plan tréflé resta en faveur. On voit dans l'église de Gourgé des absides aux extrémités du transept, à Wenclen, la chapelle construite en 800, par saint Ludger est trifolie ; à Saint-Honorat de Lérins une chapelle dédiée à la Trinité est égale ; pourrait dire de l'église de Germigny lesqu'elle offre le rapprochement d'un trèfle et d'un quatre-feuilles.
1. Chaityonnaires. — Dans quelques villes du nord de la France et de la Belgique on use encore de nos jours du vieux mot corolles pour désigner une ceinture de chapelles qui enveloppe l'abside ; les archéologues ont donné à cet ensemble le nom de déambulatoire (voir ce mot) sur l'exacte signification duquel nous nous sommes déjà expliqués. Cette disposition se retrouve, on peut le dire, dans une multitude d'églises ; elle répondait à une nécessité, il satisfaisait si bien les besoins qu'il devint difficile dans la suite d'y renoncer (voir Dictionnaire, au mot Chœur, t. III, col. 1413-1414). On a trouvé dans les basiliques d'Afrique un couloir de service, mais c'est un simple corridor de service, sans communication directe avec le sanctuaire. Non loin de Tours, à Notre-Dame du Mans. A Orléans, la crypte d'Ugnan présente celle de l'ouest : il peut être carolingien, mais en partie, celle qui offre précisément des chapelles rayonnantes, est du XIe. Les sanctuaires des églises la Couture au Mans et à Saint-Philibert de Tournus ont aussi des chapelles rayonnantes ; la Couture ne remonte qu'à la fin du Xe, Saint-Philibert anciennement rebâti. Somme toute, on ne connaît actuellement en France des chapelles rayonnant autour du chœur que la reconstruction de Saint-Martin de Tours. Dans les églises carolingiennes, il faut bien distinguer le fait de l'art de la période (Künstle, t. III, p. 128 ; Dehio et Bezold, Kirchliche Baukunst, t. I, p. 160).
II. Narthex. — Le narthex a eu une grande importance ; celui de l'église de Chamalières (Puy-de-Dôme) a trois arcs portant sur des colonnes ; ce narthex est flanqué de deux tourelles cylindriques contenant les escaliers en vis qui conduisent aux combles ; les deux églises de Werden laissèrent peut-être, dès l'époque carolingienne, des narthex montants surmontés l'un et l'autre de deux tours.
7. Atrium. — L'usage de l'atrium est encore très répandu au début de l'époque carolingienne, il se maintint en Italie ; en Gaule, il tendit à disparaître rapidement. Dans les églises monastiques, on reporta l'atrium sur les flancs de l'église, et on disposa sur ses quatre côtés les lieux réguliers ; il devint le cloître (voir ce mot). Dans les églises des villes, il devint difficile, vu l'encombrement des maisons, de songer à faire plus qu'à acquérir et niveler le sol destiné à une nouvelle église, on renonça à la faire précéder d'une place plus ou moins vaste.
8. Tours et clochers. — Le plan de Montierender montre deux tours d'escaliers cylindriques, détachées de l'église et surmontées d'oratoires dédiés à saint Michel et à saint Gabriel. A Aix-la-Chapelle, il y a d'autres tours, de même à Saint-Riquier, où l'insuffisance de la perspective sur le plan ne permet pas de dire s'il s'agissait de deux ou quatre tours. A Havenne, dans les deux églises dédiées à saint Apollinaire, les tours cylindriques sont également isolées du corps de la basilique. A Milan, le clocher de Saint-Satyre est de forme circulaire ; à Rome, le clocher de Saint-Marc est de forme analogue et de la même époque.
9. Voûtes. — L'usage de poser un plafond en charpente orné de caissons et de peintures s'est continué à l'époque carolingienne. On se contentait de poser une voûte presque toujours de proportions exiguës dans l'hémicycle de l'abside. Cependant, dès le Xe, on entrevoit des tentatives de voûtage des nefs ; mais ce n'est encore qu'en petit nombre et pour des édifices de faibles dimensions. Des textes sont rares et peu concluants et on hésite à dire si l'essai se bornait au sanctuaire. Cependant, on sait que, dans certains cas, le voûtage s'étendait à l'église, par exemple à Aix-la-Chapelle, où la partie centrale était recouverte d'une coupole, le collatéral qui l'entoure supportait une voûte d'arêtes. A Germigny-des-Prés, les voûtes en berceau qui recouvrent les quatre bras semblent primitives et on a reconnu les amorces de la coupole qui couvrait primitivement la partie centrale. L'église de Saint-Martin de Tours avait, au début du XIe, une voûte qui ne couvrait pas seulement l'abside ; le chroniqueur parle d'un camerae umbilicus qui semblait comporter une coupole sur le carré du transept. D'autres chapelles ou de petites basiliques romaines ont conservé des voûtes.
Les Carolingiens ont surtout pratiqué la voûte en cul-de-four, mais ils ont coutume de toutes les coupoles ; elles devaient être employées que dans les parties de l'édifice dont la hauteur était suffisante, c'est-à-dire, qu'on a dû nécessairement en placer sur la nef. Cependant, il serait téméraire d'affirmer qu'on n'a jamais employé les voûtes ailleurs qu'à Aix-la-Chapelle. Ainsi, le chroniqueur Richer nous apprend qu'un quart de la cathédrale de Reims, agrandie en 976, était voûté, et il nous dit expressément que la partie voûtée était à l'entrée : Hic (Adalbéron épiscopus) structuris œcclesiæ sacræ plurimum studuit. Fornix enim qui ab ecclesiæ introitu per quartam partem totius basilicæ pertinet, eminenti structura dislendebatur, et ampliore receptaculo et digniore schemate tota ecclesia decorata est.
10. Tribunes. — Malgré ces exemples, on doit dire que les églises voûtées furent rares à l'époque carolingienne, la toiture en charpente resta la règle communément appliquée. Dès lors, on continua à élever, comme à une époque antérieure, des tribunes. Nous savons qu'on en voyait dans l'église de Saint-Riquier et à la cathédrale du Mans. Les églises en forme de rotonde en avaient également, c'est le cas pour Aix-la-Chapelle, Mettlach, Ottmarsheim, et aussi pour des églises du Xe, comme Saint-Pierre à Jumièges. On a imité grossièrement le chapiteau corinthien. Les architectes peu confiants dans la résistance de ces colonnes, ont parfois préféré leur donner une fonction simplement décorative ; au lieu de leur faire supporter la charge, ils ont bâti un robuste pilier, dont ils sont sûrs ; devant ce pilier, ils ont appliqué la colonne. La plupart des piliers sont sur plan carré, lourds et trapus ; mais il a fallu quelquefois — bien que rarement — s'écarter de cette règle, comme nous le voyons à Saint-Pierre de Vienne où les piliers ont pris la place des colonnes et en rappellent en quelque sorte les dimensions. Outre le pilier carré, on a fait usage du pilier à angles coupés raccordés par un congé triangulaire à un tailloir et à un socle carré. Ce type se rencontre à la Basse-uvre de Beauvais où il alterne avec des piliers carrés.
12. Arcades et baies. — A la partie inférieure des murailles, on employa un mode de décoration peu
Montierender, la Couture du Mans. « Ces tribunes n'avaient sans doute pas l'élégance de celles qu'ont possédées les basiliques des premiers siècles. Les arcs qui les faisaient communiquer avec la nef reposaient sur de massifs piliers qui ressemblaient beaucoup, comme proportions et comme forme, à ceux qu'employaient les constructeurs du XIe. Ces arcs étaient le plus souvent groupés deux à deux sous un arc de décharge et leur retombée commune était portée sur une colonnette surmontée d'un gros chapiteau (Jumièges, Montierender, la Couture). Ils pouvaient aussi être groupés par trois et cette disposition, très employée à l'époque romane, a probablement son origine dans ces grandes baies byzantines à remplage intérieur que les constructeurs d'Aix-la-Chapelle ou d'Ottmarsheim ont grossièrement copiées ».
11. Supports. — Les voûtes de quelques cryptes, notamment Saint-Seurin de Bordeaux, posent sur des colonnes antiques ; on a fait mieux pour la crypte de Saint-Germain d'Auxerre, on a taillé des colonnes à chapiteaux imités du type corinthien ; à Flavigny, coûteux ; on évida le mur en forme d'arcades dont les retombées s'appuyaient sur des colonnettes à fûts antiques ou sur de petits pilastres.
13. Éclairage. — Les églises carolingiennes sont éclairées par les parties hautes de la nef ; les bas-côtés et l'abside ont aussi leurs fenêtres, mais le plus souvent de proportions exiguës. Les églises des grandes villes ou des riches monastères étaient trop vastes pour que ces lucarnes fussent jugées suffisantes, aussi les fenêtres y prenaient des dimensions conformes à leur destination, par exemple à la Couture du Mans, à la Basse-uvre de Beauvais, à Saint-Généroux, à Suèvres, à Saint-Philbert de Grandlieu. L'ouverture de la fenêtre (et il en est de même pour les portes), était une simple baie que n'encadrait ni saillie ni rinceau. Parfois, mais rarement, la fenêtre est encadrée par l'arc de décharge ou par un cordon de moulures qui contournent les archivoltes. Ces cordons ont un biseau chargé de billettes, de petits tronçons de baguettes ou de denticules, petits cubes espacés (La Basse-uvre, Cravant, Saint-Généroux). Quelquefois ces moulures carlovingiennes, dans Comptes rendus de l'Académie des inscriptions, dessinent entre les fenêtres « les frontons remplis d'appareil réticulé (Cravant, Saint-Généroux).
La baie des fenêtres était remplie par des plaques de verre. On ne se contentait pas de verre transparent ; on usait de verres teintes qu'on rapprochait de manière à former des combinaisons symboliques ou étriquées. M. Pilloy a trouvé dans les fouilles de Sézy-les-Mézières quelques débris d'un petit vitrail qu'il fait remonter au IXe. Nous savons qu'au Xe, la cathédrale de Reims possédait des vitraux à personnages et l'église Saint-Bénigne de Dijon en avait un à sainte Paschasie.
14. Chapiteaux. — Les sculpteurs ont fait assaut de créativité, ainsi qu'on en peut juger par l'examen des chapiteaux de Saint-Martin d'Auxerre, crypte de Saint-Germain, chapiteaux de Saint-Romain-le-Puy, de Germigny, de Chamalières (fig. 4678). Dans la crypte de Saint-Martin d'Auxerre, un chapiteau s'est inspiré du type ionique (fig. 4679), ce qui est l'une des raretés ci pour ainsi dire exceptionnel, tandis qu'on ne cessa jamais de tailler des chapiteaux inspirés de plus ou moins près par le type corinthien. Celui-ci surtout dans les manuscrits pour les canons d'Eusébe (voir Dictionnaire au mot), où il est employé tantôt avec deux rangs, tantôt avec des feuilles. [Il y eut des chapiteaux carolingiens ornés de figures.] J'en possède, dit M. de Lasteyrie, un exemple incontestable à Saint-Lignan d'Orléans (fig. 4680), le corps de la partie inférieure de laquelle date de l'an mille. Je crois qu'il en existe beaucoup d'autres dont on a méconnu la vraie date. On a pris, en effet, l'habitude d'attribuer en bloc au XIe les figures sans prendre garde que l'art roman n'est pas né brusquement en l'an mille, que les traits qui le caractérisent ont dû se former graduellement et que notre ignorance nous fait prendre pour des inventions du XIe ou du XIIe bien des détails plus anciens, que les artistes de cette époque n'ont fait qu'imiter et transformer. C'est le cas des chapiteaux à sculptures carolingiennes qui nous en présentent des exemples ornés de têtes d'animaux ou d'oiseaux, remplaçant les volutes d'angle, les autres étaient ornés de feuillages ; d'autres enfin, offraient des représentations de figures humaines.
15. Colonnes : décoration, feuillages ou rinceaux entrelacés d'animaux, ou plus simplement des damiers, spirale, etc. Bien que l'on n'eût pas absolument renoncé à la taille des colonnes, car la carrière des édifices antiques était bien décidément épuisée, on ne façonnait que des colonnes en comparaison avec les admirables monolithes de l'art antique. Si on s'en rapportait à la documentation des manuscrits, toutes ces colonnes ne seraient que des colonnettes fragiles et si minces qu'elles n'eussent pas suffi à la solidité des édifices. Les enlumineurs s'inquiétaient peu de reproduire les dimensions exactes, il était plus élégant d'aligner leur portique dont la sveltesse laissait d'autant plus de champ pour recevoir l'écriture.
16. Bases. Les bases, à en juger par les miniatures, offraient une imitation évidente des bases attiques, mais souvent, on empâtait la base afin d'affermir la colonne ou le pilier. À Saint-Philibert de Grand lieu, on constate un de ces empâtements extraordinaires pour assurer la solidité. Il y avait encore des bases en forme de chapiteaux renversés ou de dalles de pierre ornés de figures d'hommes ou d'animaux. Les artistes carolingiens ont même dû connaître ces fantaisies étranges dont quelques églises romanes font preuve. Ainsi des colonnes portées en guise de base par deux hommes pliant sous leur poids ou posées sur le dos d'un lion (Saint-Gilles), ou sur le monstre dévorant un homme (manuscrit du IXe, de la bibliothèque d'Angers), il est vrai que ces sculptures ne leur ont pas fait défaut franchement misérables.
17. Stuc. L'usage du stuc dans l'application de reliefs, s'il en fut, se voit à Saint-Riquier, Angilbert, filiation de l'un des premiers employés à décorer les murs intérieurs des églises. On en a retrouvé en place un nombre considérable, on n'y voit que des méandres. À Saint-Riquier, avant la destruction de l'armée allemande, il y avait des stucs du XIe, formés d'une corbeille en pierre sur laquelle on a appliqué des groupes de personnages ou des feuillages en stuc.
18. Entrelacs. Voir ce mot, t. V, col. 55.
19. Peinture. — La grossièreté des matériaux employés dans la construction des églises, le disparate que devaient offrir les murailles, — on en peut juger par l'église de d'avant — conduisit les architectes à cacher le mieux possible leur ouvrage, qu'ils couvrirent d'un enduit sur lesquels on étala du stuc et plus souvent encore de la peinture.
Malheureusement, rien de plus fragile que cette décoration et aucun vestige ne s'en est conservé en France. Cependant, des textes nous apprennent que les églises de Saint-Riquier, de Saint-Gall étaient ornées de sujets très variés. La Basse-uvre de Beauvais était probablement peinte. Une frise en stuc portée sur dix armatures que soutiennent des colonnettes à fûts de marbre. Le cul-de-four est orné d'une mosaïque à fond d'or de style byzantin, représentant deux anges en adoration, devant l'arche d'alliance. En 1870, la restauration de l'église a fait découvrir sous les arcades du sanctuaire d'autres mosaïques. Cet exemple est malheureusement isolé ; nous ne possédons rien d'analogue en France. Quant à la mosaïque d'Aix-la-Chapelle, voir Dictionnaire, t. III, col. 694-695.
Les pavements en mosaïques continuaient à être pratiqués ; on en conserve un spécimen à Aix-la-Chapelle.
21. Tentures. — La décoration des églises carolingiennes était complétée par des tentures que l'on suspendait à l'arc triomphal et aux arcades de la nef. C'étaient de riches étoffes de soie, parfois rehaussées de pierreries. On y voyait souvent représentées, à l'aide de broderies ou de peintures, des scènes de la vie du Christ. Le Liber pontificalis nous a conservé de précieux renseignements sur les tentures qui ornaient les églises de Rome au IXe. Le manque de documents ne nous permet pas d'affirmer que pareil luxe ait été déployé dans les églises des Gaules. Il est à croire cependant que les riches abbayes et les grands centres de pèlerinage rivalisaient à cet égard avec les églises de Rome, car dans les motifs d'architecture figurés dans les manuscrits carolingiens, nous voyons fréquemment des voiles de couleurs diverses suspendus aux arcades ou relèves autour des colonnes.
22. Ambons. — (Voir ce mot). Aux exemples que nous avons donnés, nous pouvons ajouter l'ambon récemment retrouvé de Romainmôtier (fig. 4681).
IV. Épigraphie. — I. Utilisation de l'épigraphie chrétienne. — L'épigraphie chrétienne de la Gaule est une des sources les plus abondantes de la chronologie et de l'archéologie de notre pays. Ces témoignages dispersés et ces témoins presque anonymes, car leur nom découvre même à peine une personnalité distincte, nous permettent de reconstituer une partie de l'histoire du christianisme dans les lieux où il a été plus florissant et où il est demeuré plus vivace que partout ailleurs. Les fastes épiscopaux, dans leur sèche nomenclature et la brièveté voulue de leurs récits, nous font connaître les pasteurs des Églises, l'épigraphie nous initie à la communauté souvent fervente, souvent malheureuse qui vécut à l'ombre de ces Églises. Interrogée avec obstination et avec prudence, elle permet de ressaisir quelques aspects d'un tableau dont l'érudition peut seulement tracer l'esquisse. Il y a lieu toutefois d'être surpris qu'il n'ait pas encore été entrepris à l'aide des documents si nombreux que l'archéologie met entre les mains de l'historien. Qu'on ajoute à ces indications données par l'épigraphie toutes celles que les diplômes, les monnaies, les fouilles, les bijoux, nous apportent et il n'est pas aventureux de soutenir que l'histoire de France, étudiée à l'aide de ces milliers de textes et de monuments, ressemblerait probablement assez peu à ces vastes et froides machines qui ont contribué à tromper le public depuis Mézeray jusqu'à Henri Martin. Considérés isolément, ces documents sont parfois énigmatiques et presque inutilisables, à peine peut-on y voir une indication historique : leur rapprochement les complète, les illustre mutuellement ; par eux, nous touchons aux croyances et aux superstitions de nos pères, nous entrevoyons les coutumes qui n'ont pas entièrement disparu de certaines contrées, nous retrouvons leur langage inculte, nous assistons aux alternatives de prospérité et de décadence des Églises, aux occupations, aux luttes individus, aux déchirements de l'hérésie et au déploiement de la foi orthodoxe.
II. ÉPITAPHES PAÏENNES ET CHRÉTIENNES. — Une distinction matérielle permet un premier classement entre ces deux catégories d'inscriptions. Les épitaphes païennes sont, le plus souvent, gravées sur des cippes ; au contraire, les fidèles font choix d'une dalle peu épaisse, parfois ils se contentent de retourner une épitaphe qui est retirée à une tombe, ils se servent aussi d'une plaque de marbre qu'ils n'ont pas même pris soin d'équarrir. D'après ces indications, on juge ce que nous réserve l'épigraphie proprement dite. Il n'est question d'élégance ; la correction est déjà une sorte de miracle, c'est à l'aide d'un ciseau et d'un clou que l'inscription est tracée, qu'il vaille sur la pierre écorchée du marbre.
Toutefois, la rudesse ne serait pas une preuve indubitable du christianisme ; tous les païens n'avaient pas le loisir et les moyens nécessaires pour confier l'épitaphe qu'ils voulaient faire graver à une lapicide bien expert. Il faut donc tenir compte de la nation, provincialis, quae vixit annis, mensibus, diebus ; M. Pontius Gemellus, veteranus legionis I, Miner viæ Pim Fidelis, missus honesta missi beneficiori ; Pontiae Martinet liber tse, et coniugi karissimæ, feminae sanctissimæ et incomparabili, quæ vixit cum eo annis XXII, mensibus u, diebus v, sine ulla animi lusioni, M. Pontius Gemellus, sibi posteris que suis faciundum curavit et ascia dedicavit. Hâve Dulciti. Gaudentius te salutat. Il ne serait pas impossible, écrivait A. Allmer, que Pontius et sa femme aient été des chrétiens, inavi ces noms de Dulcitius et de Gaudentius presque introuvables sur les inscriptions païennes, se montrent, au contraire, fréquemment sur les inscriptions chrétiennes, et même aussi, dès les premiers auteurs. Dès la deuxième moitié du IVe, le nombre de chrétiens à Lyon était considérable. Chacune des épitaphes, qui présentent d'ailleurs toutes les caractères ordinaires des tombes païennes, on rencontre quelque marque insolite, telle qu'une palme, une couronne, un surnom plus tard fréquent chez les chrétiens.
• KARISSIMAE • FEMINAE • SANCTISSIMAE ET • INCOMPARABILI • QVAE VIXIT • CVM • EO • ANNIS • XXII
Voici deux exemples dignes d'attention :
• M •
Une inscription provenant du même lieu est ainsi libellée :
La nécropole de Trion berichti ixxx, i, xxv, n. 26 ; Poidebard, op. cit., p. i, n broil : hominis sanctissimi, qui vixit annis LXX, mensibus v, diebus x, sine macula, Sedatius Agathonicus, filius patri dulcissimo posuit et sab ascia dedicavit. Easebi vale !
Ici encore Allmer estime « qu'il ne serait pas impossible que Claudius ait été chrétien » et on peut ajouter que ce serait même vraisemblable, si on tient compte de ce sine macula appliqué à la vie entière et qui semble inspiré par une réminiscence des Livres saints.
Une inscription conservée au musée d'Arles, offre si peu de signes chrétiens que Séguier dans son Index l'a rangé parmi les païennes, Maffei et Orelli de même, et cependant il est impossible de douter que Pascasia ne fût chrétienne, l'ascasia n'était d'ailleurs qu'un surnom et avait sans aucun doute été imposé au baptême par deux génies nus et ailés et de chaque côté, les symboles suivants en haut-relief :
1° Adam et Eve chassés du paradis ; aux pieds d'Eve se voit un mouton, à côté d'elle un personnage vêtu, jeune, portant de longs cheveux, pose sa main sur l'épaule de la première femme, il est probable qu'on a voulu représenter le Christ, ainsi que nous le voyons, sur un sarcophage du musée de Latran. — 2° Daniel entre les lions, à sa droite l'ange ; à sa gauche, Habacuc portant le pain incisé en croix. — 3° La barque d'où fut jeté Jonas, sur le devant le monstre marin qui engloutit le prophète.
Une inscription de Lyon offre des marques de christianisme qui ne sont pas assez évidentes pour permettre de la classer parmi les inscriptions chrétiennes. L'emploi de sive, comme l'indique l'inscription de Optatina Reticia, ainsi que le nom Pascasia, qui semble être une allusion à la solennité au cours de laquelle cette chrétienne fut baptisée, achèvent la démonstration. L'épitaphe est gravée sur un sarcophage chrétien (fig. 4682) :
Oplatinæ Relicisæ sive Paschasise conjugi amantissimæ Ennius Fillerius sive Pompeius, maritus, posuit sepulcrum cum qua vixit annis octo, mensibus novem et diebus duobus.
Le mari et la femme étaient donc deux convertis qui avaient pris au baptême un nom nouveau. Eunius Philterius fit sculpter un sarcophage dans l'atelier de sa ville, et la face antérieure est conservée aux deux tiers, elle nous laisse voir d'abord la tessère soumettre de la ranger parmi les inscriptions chrétiennes :
On rencontre l'épithète castissima sur certaines inscriptions païennes, mais cette insistance rarissime de castitatis, rapprochée de la spes alterna et de l'affectio vera erga omnes homines, semblent assez imprévues sur une épitaphe païenne, du moins dans leur groupement et leur précision. L'expression même semble beaucoup plus voisine du langage chrétien que de la langue païenne. Colonia rapporte cette inscription au commencement du IIIe, et ceux qui l'ont pu voir avant sa disparition s'accordent à dire qu'on trouvait gravés, en caractères très altérés par le temps, quelques mots grecs inexplicables : à gauche ΤΗΝΤΑΑΙ, à droite ΥΤΕΙΑΙΝΕ ΑΩΥΠΙ (d'après Api) ou ΑΩΤΟΡΟΙ (d'après Bellièvre ; c'est tout bonnement εфаῖος pour víαῖος, ayant le sens du souhait latin tuus in pace). Citons encore un exemple à Trêves (fig. 16). La formule dedicamil est exceptionnelle sur les inscriptions chrétiennes en prose, mais la présence de deux colombes et du vase figurés au bas du marbre ne laisse pas même une hésitation, Genesius fut un fidèle de l'Église de Trêves ; sa pierre funéraire, à laquelle sa femme promettait de ne pas périr, qui est en effet échappée à bien des chances de destruction, est conservée aujourd'hui au musée de Mannheim ; elle est en marbre blanc, mesurant 0 m 50 sur 0 m 625.
Certaines inscriptions n'offrent pas un symbole aussi facile à interpréter. Une pierre trouvée dans le cimetière de saint Marcel, évêque de Taris, au IVe, porte une épitaphe de basse époque, peut-être chrétienne. Le vétéran Tertinianus appartenait au corps Metiapii, troupe auxiliaire connue par les textes. Son épitaphe offre une paix qui n'est pas un symbole indiscutable, mais très probable, de christianisme, surtout à l'époque où l'inscription semble avoir été gravée et qui parait être le IVe. La façon de chiffrer du défunt se retrouve sur différentes inscriptions chrétiennes, notamment en Espagne et même en Gaule. La dalle qui recouvrait une tombe beaucoup moins ancienne qu'elle, enfouie à un mètre de profondeur entre les quatre piliers de la tour Saint-Marcel, est aujourd'hui déposée au musée Carnavalet.
Le Riant n'hésite pas à reléguer parmi les inscriptions païennes un certain nombre d'épitaphes qui, à coup sûr, appartiennent à cette catégorie, celles par exemple qui contiennent le pompeux étalage de cursus honorum, ou bien les stries V et Q gravées devant les noms propres pour distinguer entre les morts et les survivants. Sur ce dernier point, nous serons moins affirmatifs à propos d'une inscription de Narbonne que sa formule avait fait classer comme chrétienne :
LAGGE FILI
MATER TVA ROGAT TE
VALE
P • Q -XV
La présence du sigle, même unique, dans l'épigraphie chrétienne, il serait excessif d'en conclure qu'il ne peut se trouver que sur une inscription païenne ; nous avons déjà rencontré le sil tibi terra levis dans un chrisme, sur une inscription de Dacie (voir ce mot), formule d'un paganisme beaucoup plus accusé que celle des dimensions du tombeau ; mais, en outre, il faut observer que les mots mater tua rogat te ut me ad te recipias se rencontrent sur une inscription de Cartenna (Tenis) en Afrique :
M • FILI • MATER ROGAT- VT ME AD-TE-RECIPIAS
L'inscription sur laquelle Pontier avait ajouté à tort le sigle D.M.S. qui, d'ailleurs, ne prouverait pas le paganisme.
Les exemples recueillis de l'emploi de cette variation (voir ce mot) sur les pierres funéraires des chrétiens ne sont pas seulement « quelques rares monuments » et nous pourrions ajouter un certain nombre d'exemples à ceux que nous avions présentés il y a plusieurs années, l'ascia, le sigle D. M. ne doit être considéré comme un symbole de paganisme dans tous les cas. Nous les voyons rapprochés sur une inscription de la Première Narbonnaise à Masassy près de Béziers :
D VIVENTI M
TITVLVM QVI VIXSIT ANNOS XLV MESIS V-DIES XXVIII -LIBER 5 RELIQVIT PILIATVM
Cette épitaphe était gravée sur un sarcophage chrétien, et la forme des caractères, l'incorrection de l'orthographe indiquent un ouvrage de basse époque. Viventius a, par testament (reliquit), laissé la liberté à un esclave Pittatus ou Piliatus. Nous connaissons d'autres exemples de cette générosité à l'époque chrétienne (Voir Affranchissement et Esclave), vrai que les païens affranchissaient par testament et le Digeste contient un titre relatif à cet te munissis testamento.
Il est peu commun de trouver sur les marbres chrétiens de la Gaule plus de deux lettres liées ensemble, comme on le voit souvent aux temps antiques et au moyen âge : rarement ils portent entre les mots des points superposés ( ;) ; la date par l'indiction ne figure pas sur les épitaphes des païens. Certaines mentions tendent à disparaître, par exemple, l'indication patronymique directe : un tel, fils d'un tel ; celle de la patrie, de la condition sociale du défunt, de sa profession, de sa postérité dans la famille. Aux nomenclatures si précieuses d'autrefois succède le simple famulus Dei qui est plein de modestie, mais qui ne nous apprend rien. On lit sur les marbres païens la mention des survivants qui ont fait préparer la tombe. C'est pour les marbres chrétiens où elle figure une marque d'antiquité, car nous la voyons disparaître peu à peu, à mesure que le temps avance.
III. Formation d'un nouveau type Épigraphique. — La doctrine enseignée par le christianisme n'entraînait pas seulement l'abandon de formules jugées superflues ou incompatibles avec la foi nouvelle, elle amenait par voie d'élimination un remaniement complet du type épigraphique. Les enseignements de saint Paul ne furent pas indifférents à l'élaboration du nouveau type. Sa doctrine sur la félicité des âmes de ceux qui sont morts dans le Christ (I Thess., IV, 12-16), contredisait formellement les perspectives moroses de l'Hadès païen. Dès lors, les fidèles se prirent à envisager la mort sous l'aspect de l'introduction dans la véritable vie et le bonheur sans fin ; le jour de la mort devint la date bénie, celle qu'on fêtait, celle dont on transmettait la mémoire. La mention du jour de la mort sur une épitaphe est un des critères les plus sûrs du christianisme d'une inscription ; toutefois cette mention mit longtemps avant de se faire accepter. Si la foi enseignait que le défunt avait passé à une vie meilleure, la nature se résignait difficilement à célébrer une date cruelle rappelant la disparition d'un être aimé. Ce fut progressivement que la répugnance céda devant la croyance, jusqu'à ce que l'habitude eût consacré le nouveau formulaire. Beaucoup de marbres en Gaule conservent le témoignage de cette antique répugnance à inscrire le jour de la mort du défunt, et ce ne sont pas tous des marbres appartenant à la période primitive de l'évangélisation de notre pays. À Maguelone, près de Montpellier, un fragment ancien porte ces seuls mots :
VERA IN PACE
et un agneau couché (Voir Dictionnaire, I, col. 881, lig. 197). Ce monument parait être du VIe, d'autres, à Vaison et à Arles, ne sont pas moins concis :
PAX
IN DEO HAVE VALE
SVSO
VERA
PAX TE
COVM
Le formulaire païen a laissé une empreinte visible sur deux marbres chrétiens appartenant à la période vraiment antique de l'évangélisation, à une date où le formulaire chrétien n'existait pas dans notre pays et la croyance ne trouvait d'autre moyen de l'exprimer que par l'emploi de symboles connus des seuls initiés. C'est le cas pour une inscription qui nous est connue par la copie prise au XVe par Peiresc :
Q • VETINAE QVI • VIX • ANN
EVNOETO XV • M • III
VETINII • HERMES ET ACTE
PARENTES • FIL • PIISSIMO
On retrouve ici le nom triple que les chrétiens feront plus tard disparaître, mais l'ancre et les poissons ne laissent place à aucune hésitation sur le christianisme des parents du jeune Eunœtus, mort à l'âge de quinze ans et trois mois.
Une inscription de Marseille se rattache par l'élégance de sa gravure aux plus beaux temps de l'épigraphie. Elle offre le tria nomina, passe sous silence le jour de la mort, mentionne la filiation, indique le nom de celui qui éleva le tombeau. Ces détails baissent assignent une date antérieure au plus ancien formulaire chrétien. La présence de l'ancre, celle de l'acclamation le font contemporaine des plus anciens marbres de Rome :
REFRIGERET NOS Qui potest
Le mot iynis peut s'autoriser d'autres exemples, tels que VI IGNIS CONSVMPTVM ; VI IGNIS ABSVMPTVM, et d'un passage des Récognitions clémentines : Confugile ergo ad aquas islas ; solœ sunt enim quæ possint vim ignis extinguere, et on peut citer d'autres textes encore.
L'épigraphie chrétienne prenait donc le contre-pied de l'épigraphie païenne. Une sorte d'anonymat enveloppait comme un linceul le fidèle défunt. Avoir servi Christ, après l'avoir connu, solliciter la prière des survivants principalement au jour anniversaire du décès, paraissait une identification suffisante pour ces innombrables chrétiens d'un prénom, reconnaissante tout au plus à leurs parents. Au lieu de se parer des titres et dignités que l'ambition, la faveur, ou le mérite avaient procuré, les défunts évitaient cet anonymat par une désignation aussi vague que « servus Dei », « ancilla Dei ». Même les noms de ceux à qui un sentiment de piété avait fait élever le tombeau, qui trouvaient une sorte de satisfaction à rappeler leur souvenir de celui du défunt, ces noms devaient disparaître. L'est pas tout, le défunt n'est plus seulement un anonyme avec un prénom, isolé de sa famille, de ses amis, c'est encore un oisif, semblerait-il, car son épitaphe omet le plus souvent de faire mention de la profession qu'il a exercée. Le nombre des fidèles qui ne se sont pas soumis à cette règle est malheureusement peu élevé, et toute cette modestie a sans doute droit à l'admiration du moraliste, quant à l'archéologue il en pense autrement, il ne peut que se dire que les hommes n'ont guère rendu facile sa tâche systématique et leur abstention des indications positives les a privés de renseignements précieux.
Les indications chronologiques gravées sur les marbres sont des dates consulaires dans le royaume des Bourguignons, des dates royales, chez les Francs et les Wisigoths. Edmond Le Blant a rendu compte de cette particularité de la manière suivante : « Pour des temps antérieurs, un marbre a date consulaire sur un point de notre sol, c'est voir, par une main matérielle, que la main de Rome était sur cette terre ; mais, lors que l'Empire a vu décroître ses possessions immenses, lors que les Bourguignons tiennent la lime, cela a un autre sens et je vais tenter de l'expliquer ».
En des points saillants dans l'histoire des Bourguignons à la fin du Ve et au VIe, leur déférence pour l'empire, dont ils se plaisent à se déchirer les blancs, l'assassinat d'un barbare est un crime plus grand et plus puni que celui d'un Romain, les princes bourguignons leurs sujets d'une protection égale, ainsi l'a décidé Gondebaud, qui, selon le témoignage de Grégoire de Tours, a voulu que sa loi lui fût douce aux vaincus de famille. Maîtres en apparence de notre royaume, nous ne sommes en réalité que vos soldats. C'est par nous que vous administrez une terre si éloignée de votre empire, la distance même où vivent vos sujets marque glorieusement l'étendue de votre puissance, l'action lointaine de votre gouvernement« .
Les Bourguignons ne donnent pas qu'à Byzance ces marques de leur soumission. L'Italie qui leur vint en aide, contre l'agression des Francs, les tient pour des sujets dévoués. Pour recouvrer ses possessions, écrit Cassiodore au Sénat, le Bourguignon s'est déclaré indépendant, se donnant tout entier à nous afin de recevoir une part de ce qu'il avait perdu. Qu'à cette époque ses rois datent par les consuls, rien à cela que de simple et de logique ; leurs actes sont d'accord avec ce qu'ils écrivent à l'empereur, alors qu'ils proclament l'action si étendue de son pouvoir, avec ce que Rome attend d'eux.
Les temps vont changer. En 534, les enfants de Clovis envahissent la Bourgogne et la subjuguent. Mais la conquête ne détruit pas chez elle une apparence d'autonomie qui doit bientôt servir la politique perfide de ses vainqueurs, en leur permettant de désavouer des actes accomplis par leurs ordres. Mais si les Bourguignons leur payent tribut, s'ils leur fournissent un contingent de troupes, ils peuvent, du moins, passer à leurs propres yeux, à ceux des autres peuples, pour une nation libre et se gouvernant elle-même d'après ses coutumes et sa loi. À côté de leurs privilèges que l'on mentionne encore au VIe et au IXe, ils gardent même après la conquête et soixante-trois ans de plus qu'aucun autre peuple du monde ancien, leur vieil usage de dater par les consuls, dont ils associent en dernier lieu les noms à ceux des rois. Leurs nouveaux maîtres cependant suivent un autre système.
Chez la race qui devait posséder la Gaule et lui donner son nom, le caractère dominant est la passion de l'indépendance. Les premiers mots de son pacte national proclament qu'elle a secoué le joug des Romains et son histoire ne démentira pas cette fière parole. Que le Bourguignon se contente des titres de Patrice, de Maître des armées, le Franc porte le cœur plus haut ; il sera Consul et Auguste, c'est-à-dire l'égal de l'empereur ; s'il propose à celui-ci un traité d'alliance, il l'a, dit-il, librement résolu, et sa prose ne rappelle en rien les humbles protestations transmises par saint Avit. Le premier entre les barbares, il effacera de ses monnaies d'or l'effigie impériale, pour y placer celle de ses rois. Procope rapporte le fait en le présentant comme un coup d'audace et les monuments de notre numismatique en fournissent la preuve matérielle.
L'indépendance est hautement proclamée. Les vies des saints parlent de ce temps glorieux où les Francs secouant le joug de Rome, n'ont plus voulu relever que d'eux-mêmes. Approchez des marbres où la Bourgogne inscrit les dates consulaires ceux où nos pères ne veulent tracer que les noms de leurs rois, le tableau sera complet : chez les premiers, une déférence dont la marque survit même aux institutions romaines ; chez les autres, la volonté ferme de s'appartenir et de le faire connaître. Ainsi, d'après la carte, l'histoire de la plus grande partie de la Gaule au VIe, la date par les consuls représenterait la soumission à l'empire, la date par les rois impliquerait la déclaration d'indépendance.
Les monuments des Wisigoths vont nous le montrer plus nettement encore, par l'inconstance même de leur système chronologique. Au temps de la domination romaine, les noms des consuls se lisent sur les marbres de la deuxième Aquitaine, de la première Narbonnaise et de Novempagiie ; mais dès l'avènement d'Alaric II (484 à 507), la mention des années de son règne y figure seule. C'est le fait d'un prince indépendant et tenant son royaume proprio jure, comme le dit Jornandès. Il est, comme l'a été son père, législateur en même temps que soldat, maître des Romains et des barbares qui vivent sous son sceptre et vont constituer fortement la nationalité wisigothique. Jusqu'alors donc, rien d'inattendu, à en juger par ce que nous apprend la différence des dates usitées chez les Francs et les Bourguignons, et le système opposé de ces barbares ; mais une inscription découverte à Narbonne marque l'an 517 par le nom du consul d'Occident, Mavortius.
Les Wisigoths sont et demeurent cependant les maîtres du pays : pour quoi donc cette prétérition des noms d'Amalaric, le roi d'alors, et dont le prédécesseur, le successeur, suivent un autre système ? Pour quoi, au-delà des limites romaines, cette date par un consul romain ? Bien de plus utile en ces matières que d'apparentes anomalies qui forcent à la recherche ; et les éclairent ou révèlent souvent des faits mal fondés ou laissés dans l'ombre pour les historiens. Nous leur devons de mieux comprendre le caractère de la capitulation signée en 534 entre les Bourguignons et leurs vainqueurs ; et les monuments nous apporteront encore d'autres renseignements.
En 511, Amalaric, devenu par la mort de Gésalic, son frère, seul roi des Wisigoths, exerce un pouvoir tout nominal. Le grand Théodoric, son aïeul, qui l'a sauvé d'un rival dangereux, gouverne de fait sous son nom, et les coutumes romaines, que le prince ostrogoth tient à honneur de faire revivre, deviennent la loi du sol wisigothique. Jusqu'en 526, une date consulaire, dans les possessions d'Amalaric, n'aurait rien qui pût surprendre, mais l'épitaphe de Narbonne appartient au 1er juillet 527, et le vieux roi était mort. N'y a-t-il point là difficulté nouvelle et ne doit-on pas penser que le prince wisigoth aura, de son aïeul, voulu reprendre une liberté longtemps entravée par l'existence de Théodoric ?
Procope atteste le contraire. En mourant, le maître de l'Italie a un autre de ses petits-fils, Athalaric, et le roi wisigoth, peu rassuré sur les visées des Francs, dure avec le nouveau prince un traité d'amitié et d'alliance. Ce fut là, semble-t-il, le premier acte de son indépendance recouvrée.
Si nous nous reportons maintenant aux faits mis en lumière par la différence des dates dans le royaume des Francs et dans celui des Bourguignons, par les résultats que nous apportent les travaux de J. de Rossi, nous reconnaîtrons qu'au temps de Théodoric, et suivant le caractère de leurs relations avec l'empire, les royaumes barbares admettaient ou rejetaient la supputation par les consulats. Amalaric, si effaçait son aïeul, n'a donc point cessé, quand mourut celui-ci, de promulguer, dans son propre royaume, les noms des consuls d'Occident. Ainsi faisaient les Bourguignons dans leur respect pour le vieil empire, et le même fait semble avoir eu, chez les deux peuples, une même cause.
Amalaric devait disparaître une marque tout éphémère de la puissance romaine. Son successeur Theudis, dont se défiait avec tant de raison Théodoric, date de nouveau du nom royal les monuments de la Wisigothie. En 541, un marbre de Narbonne, marqué de la dixième année de son règne, renoue ainsi la chaîne interrompue de la chronologie et montre ce que Rome a perdu d'influence et de prestige sous les faibles successeurs du grand Théodoric.
Encore un mot sur le système chronologique suivi dans la première Aquitaine, un an après sa conquête par les Francs. A compter de cette époque, plusieurs épitaphes s'y rencontrent et toutes, sans exception, portent les noms des nouveaux rois. Et pourtant, à Clermont, l'une des villes où se rencontrent ces monuments, un concile de l'an 535 est marqué, suivant la mode romaine, du post-consulat de Paulin. Ce n'est point un fait isolé dans le royaume d'Alaric, où les inscriptions, les lois, portent la date de son règne. Le concile d'Agde, en 506, sente le nom du consul Messala ; en Algérie, en Espagne, lors que les épitaphes chrétiennes ne mentionnent que les années de l'ère locale, les conciles illicites nomment de même le consul, suivant l'ancien usage de ce double fait d'une faire deux parts dans les documents qui nous occupent.
L'emploi d'une supputation, son abandon, son remplacement par une autre ont été en Italie le résultat presque journalier des revirements politiques dont les dates lapidaires gardent la marque. Nous sommes moins bien informés pour la Gaule où les marbres ne laissent que trop bien sentir les regrettables lacunes de l'histoire.
De 486 à 495, cinq localités de la Lyonnaise, ou de la Viennoise, qui ne forment pas un groupe clair et qui se séparent d'ailleurs des centres où s'emploient d'autres méthodes, présentent une supputation par les postconsulats de Symmaque. En 491, deux villes voisines, Vienne et Vézéronce, offrent deux dates différentes, et une autre cité de la même province, Valence, fournit peut-être pour la même année une mention conçue suivant un troisième système.
Autre anomalie. Lors que le consulat a disparu, la Bourgogne, dernier pays où survive la mémoire de cette grande institution, les longues supputations par les postconsulats, poussées chez elle plus loin qu'en toute autre contrée, s'expriment de deux diverses : à Lyon, un compte, jusqu'en 601, par le consulat de Justin qui reçut les faisceaux en 540 ; à Vienne et dans ses alentours, un autre, en 628, par les consulats, depuis le dernier.
Fait consul, Basile qui fut nommé en 541, le fait existe nettement délimité au point de vue géographique, se produisant durant soixante années, sans que trouble un seul instant, sans que le Savigny, conservés aux Archives dans un volume, années auparavant le pape Innocent proclamait le même principe.
Encore un mot. Si ces déductions sont exactes, plus d'une conséquence devra s'en dégager. L'histoire est trop souvent muette et parfois les documents nous font défaut pour de longues séries d'années. Lors que, dans une autre sol dont les destinées nous seront demeurées inconnues, nous trouverons sur un marbre une date par les consuls ou par les rois, l'accord des monuments et des faits dans les trois royaumes dont on vient de parler ne permettra-t-il pas alors d'estimer, par cette date, la condition politique du pays qui l'aura présentée ? Devant l'incertitude des délimitations à cette époque, une inscription consulaire ou royale, trouvée vers les bornes supposées du royaume des Francs et de la Bourgogne, ne devra-t-elle pas faire attribuer au pays qui, seul des deux, possède des monuments semblables, la part du sol où le nouveau marbre aura paru ?
Il est, de plus, des systèmes éphémères. Dans la Viennoise, le nom du consul de l'an 534, Paulin, sert de point de départ à une autre supputation poursuivie durant trois années, tandis que dans la partie de l'Italie qui nous confine, elle s'emploie encore en 546, et n'est remplacée que plus tard, d'après les marbres qui nous sont connus, par les postconsulats de Basile, consul dès 541. Sur le même point de notre sol et dès que disparaît le nom de Paulin, celui d'un consul de 538 est pris comme base pour un nouveau calcul, et jusqu'en 550, au moins, l'on compte par les postconsulats de Jean.
Voici un tableau des mentions chronologiques consulaires et royales fournies par nos inscriptions de la Gaule. Nous donnons l'année, le texte et la référence au Recueil de Le Blant et avec l'indication (*) au Nouveau recueil du même auteur :
334.... OPTATO ET PAVLINO CONSVLIBVS, n. 62.
347.... RVFINO ET EVSEBIO CONSS-, n. 596 ; n. 297 *.
377.... DN GRATIANO • AVG • Mil ■ ET MERCOS, n. 369.
378.... VALENTE VI ET VALENTINIANO ■ Il ■ CONS, n. 7.
405.... PC DOM NTRI HONORI AVGVSTI SEX, n. 591 : POST CONSS HORIO VI, n. 277*.
409.... YINATIAONGÛPJOYOH-KAI-KGOCTION^
TINOYTO-AMHNI TTANHIVIOY IB
HMCPA KIP, n. 248.
422.... HONORIO XIII ET THEODOSIO X CONSS, n. 53.
431.... PTS CONSV THEVDOSI XIII, n. 44.
441.... CCTA THN YFTATIAN T0ON ACCTTO-
T00N BAACNTINI ANOYTO T7€MTON
KAI ANATAAIOY TOY AAMTTPOTA-
TOY, n. 415.
444.... a/i NO XVII EPISC-PT • RVSTICI ANNI _DIE CCLXVI KL IVL, n. 618.
445.... CS-VALENTINIANO AVGVIIII KL-DXVIIM-ANNO EPTVS-RVSTIC... n. 017.
447.... CALLPIO VC CONS, n. 35^
448.... POSTEMIANOE/Ze/IONE VVCC, n. 68.
,J M X
449.... ASTORIO VC CONSS, n. 667.
453 ?.... DOM -N -TV, n. 284*.
454.... PC OPILIONIS VCC, n. 57 ; cf. n. 695.
455.... VALENTINIANO VI ET ANTHEM/'o..., n. 610.
Les monuments retrouvés dans ces dernières années ne modifient pas cet état de choses. Un seul d'entre eux, compris dans le périmètre que l'on assigne à la Viennoise, donne une date calculée d'après les proconsulats de Justin, il se trouve à Trept, vers le nord de l'arrondissement de Saint-Jean de Bournay, c'est-à-dire dans un lieu aussi voisin que l'est Saint-Laurent de Meire (où fut trouvé une inscription datée d'un post-consulat de Justin) du territoire.
470
472....
472 ou 592.
473....
474....
481 ou 343 ?.
483....
485, 508 ou 509...
485 ?....
486....
487....
488....
489.... Pas avant 489-490.
490, 493, 539 ou 540.. Après 490.
491....
491 ou 520. Après 491 ?. Après 491.
492....
SEVERO V • C ■ CONSVLE, n. 627 ; S_E_VERO E* IORDANE CON, 1^496 ; DN N SEVERO ET IORDANE VV CC. n. 79.
FISTO ET MARCIANO CON, n. 391.
INDIC---ECEMA ANNO-XTO, n. 309*.
DOM NOS LEONE VV C_CON, n. 391.
DN LEONE IVNIORE V-CSS, n. 631 ; DN LEONE IVNRE V CSS, n. 334.
PLACIDO CONSVLE, n. 442.
FAVSTO VIRO C CONSS, n. 448. _ PCC VENANTI VIRI CLARISSIMI CC. n. 434.
SYMMACHO VC CON, n. 105*.
P02T CON ?YMM, n 662 ; POST CONS SYM, n. 388a.
BOETIO VERO CLARISSIMV CONSVLE, n. 379 ;
mensis SEXTI ITERVM PC SYMMACHI-V-C-INDICTIONE Xn. 481ajJND_IX-VII ETERVM PS SYMACI VC CL, n. 169*.
DEDAMIO VIRO CLAIDLSSIMO-CONSVLE, n. 374 a.
PROBINOET-EVSEBIO, n. 548.
indicliouE XIII Regnum dni nostri Alorici régis, n. 556a. n. 194*.
NE TE-
493 494 495 495 ?. 496.
498....
500, 527, 591 ou 09n..
501....
Après 503 534.
SE— S POST CONS SYMC IVNIO n's vlri clarissiNU CONSSS, n. 474Z ».
POST CONSVLATO LONGINI BIS ET FAVSTI, n. 436 ; D IIIJ_K_DEC IND XV OLIBRIO IVNIORE CVNS, n. 38S.
PC----TI CONS-ONE Xllll, n. 160*.
I VC IND RVINTA, n. 451.
KALENDA-- CONS--- IND---, n. 464.
ANASTASIO VC CONSVLE, n. 623 ; ANASTASIO ET RVFO VV CC, n. 32.
PC ANASTASI ET RV/ï VV CC SS. n. 77.
TVRCIO-ASJERIO-CONS, n._625.
DECIES PC SYmma Chl IVN VC \ndictione TERTIA, n. 538 ; POSL cor,* ASTERII eJ_Praesidii vv. ce, n. 458ee ; VIATORE VC CONS, n. 186*.
Pc As/ERII cl PraesidH CC ? n. 432.
PC VIAT, n. 391 ; XII REG DOMNI ALARICFJJJ 482.
PAVLINO »V-K C 5, n. 12.
ANNO SIX REGNO, n. 565.
AVIENO VERO CLARISSIMO CONSOLE, ii. 374 ; ABIENO CONSVLE, n. 21 ; AVIENO VERO CLAS CONSOLE, n. 381 ; ABIENO VCONS. n. 03 ; AVIENO CV CON, n. 67 ; AVIENO CONS. n. 510.
Après 504 CYTHEO VC CONS. n. 78.
ONE XII-POS-CITTE. n. 95*.
- U ANNO XXI. n. 612. 5/0...
506, 523 ou...
GNVM DOMNI NOSTRI THEVDO-
53ii ou 53.VÎ7..
538... 538 ou Après 540...
Après 540 THEVDOBERTI REGIS, n. 571.
SVB D-IIIIDVS IANVARIIAS DC ET ERVM PAIINI IVN • IND QVARTA DECIMA, 2^187 ; INDICTIONAE XJJH ETERVM PCSPAV IVNIORE V CC, n. 458_r.
•••LINI VCJNDIC XV, n. 128*.
TERTIO_PC PAVLINI IVN V CC,n. 393 ; XMJ KL APRILES INDIXSIONE XV PC PAVLINI IVNIORES, n. 477 b OHANNE VC ■ C-INDSECVNDA. n. 152*.
ANNO llll RIG DOM NOS TEVDOBERTI, n. 507.
••••p. c.LOHAN/i/s v.c. cons.. n. 458 ni.
PC ■• -IONIS, n55 ; ITERUM POST CONSOLATO IOHANNIS VIRI CLARISSIMI CONSOLIS, n. 688. irès540 D.cC INDICTIO« f, n. 664 ; OV V C CONS, n. 669. p. c. JUSTJNJ V cc, n. 458/i ; p. <. IVSTINI VIR C COS, n. 668.
Après 540 ou 165 ?...
541....
INDICV- ■• REGN On THIVD--,n.. PRIDIE NON SEPTEMBRINDICTVBASJLIO VC, n. 637 ; XKALMAIAS INDIC QVARTA ANN-XREGN DO NOSTEVDERE, n. 616 ; PC IVSTINI. n. 51.
Après 541. posl coNS BaSilii COS VC, n.493 ; p.c. BASILI V--.. n. I58n ;-SIL VCC INDIC XIIH ^1200 ; BASILI VCC, n. 110.
Après 5 11 '.'. ■ Ll VCC, n. 458*.
543,546,591 INDICCIONE Vllll DNI THDTRI. ou 603.
. », I I cil !.« > 15 •46
HANNISVCC,
ii. 23 • -XIONE OCTAVA n. 112*.
SEPTIMO KAL /« NVARIAS V CONS. IVS/iNI INDICTIONE OCTAI'o, V-P CIV—, il 15.
SEPTEMFTRIS VI PC IVSTINI VC iND NONA, n. 40.
SEXSIESPOSTCNBASILIVVCCSSCNS 194 ; KSKAL FEBRVARIAS 4-P • CON BASILI INDIC XI. n. 167 ; NOVIES POSCONO IOANNISVCVSS. u.
147,548,562,.u593,18 ou 621 554 555
557 V
558 559 559 ?.
561 563.
563 564 565 565 ou 579 566 ou 567
568.
571.
373 579... 579 '...
582...
PRID ID • APRIL DVO DECIESJ PCBASIILI VC IVNIORISINDICT-PRIMA,n. 512.
TREDECIES PC- •■■CONS ---INDI-TER-, n. 168*.
•••DIC llll DNI—A— PI REGI, n. 234*. ■RVARIAS VI X P--CC INDE SEXTA, _n. 697.
PDIAE MIKAL AGVSTAS SEPSIES DECIES PC BASILII VC INDE VIII, n. 411.
HOCTAVO KAL IVNIAS HOCSIES DECIS PC BASILII VC CON INDE VIII, n. 405a.
DECEMB ■ INDICJIIANN ■ V-JJJ MATHANAGILDI _ REGIS, n. 620 ; INDICT llll ANN V— • IANAGILDI REG[S, n. 320. ^Xllll KL NOVEMBRIS V-EXXPC BASILI VCC INE VI III, n. 417 ; VICIES POS-- ATO BASILII IV-- INDIXCIONE X, n. 325 .
PRIDI KAL MAJAS VICIES II PVS CON BASILI V CC INDEX, n. 461 ; VICIES ET BIS PST CONSLTO BASILI VIRI CCS IN XIII, n. 131*.
NONO DECINO FALENDASS SEPTEMB VICES ITTER P CC BASILI VV CLARISSIMI CONSOLES INDEXIONI TESIA DECNA, n. 466 n.
V-- OVATER POST CONSIVSTINI INDIC TERTIA DECIMA, n. 5 XXV PC IVSTI INDICT XIII, n. 101.
NON KAL-MAIAS X----PC BAS1LI-VCCONS-INDICTIONE QVARTA DECIMA, n. 406.
S KAL NOMEMBRIS XXVI POST CONS BASILI h VIRI CLR CONS INDIC QVARTA DECEMA._n. 450.
Il AS IND PRIMA--- NN LIVBANI RIGS, n. 616 b.
DVODECIMO KÂL IANVARIAS XXX
QVARTA, n. 432 6. SVB DIE COS SEPTEMBRISXXXIII PC BASILLVCCON INDICSEXTA,n.449 ; llll NON APRILIS LXV XXXIII POST IVSTINV ET INDICT SEXTA, n. 2 »). VII IDVS MARSIAS Iricies NOVIES P~C BASILI VCC IND XII, n. 438a. A-XXXVI II- -BASILI V-CC IND-XIIII, 601.... VIII KAL APRILIS LXI PC IVSTINI INDIC QVARTA. n. 17.
606(ou546 ?) OCTAVO KL SEPTEMBRIS i'/ÎDICTIONE NONA REGNVM DOMNI T/IEODOBERTI REGES, n._556d.
606.... KALSEPT-BRS ANNO LXVI PC BASILI VCC IND Vlll,_n. 397.
612.... s |DVS FEBRVARS ANN KVI REGNO DMI THEVDOBERT. n. 561.
Vers 616 ou INDÏC ■ MI-AN ■ SU • RIG • DOM • NOST 660... CLOTTARI REGIS, n. 107 *.
622 ?.... LXXXII PC---, n. 10*.
Après 623 ?. REG---CHLO--ANNO X—, n. 128.
628(ou557). XV KL NOVEMBRIS AN XXXXVI RIG CLOTARIO D III, n. 375.
628 ou 629....| w CC SS INDI SECVND---- YLORIOSISSIMI DUGOberti, n. 397a.
631.... RIGNV DOM- - NOSTRI DAGVBERTI REGES IND QVARTA, n. 136*.
Vers 632.. ANO---E RIGNO DAGOBERTI REffis, VII n. 373a.
636.... RIGNO DMI DAGO--GIS, n. 230 *.
643 (ou 690) DIAEVIMDVS • AVGVSTAS ■ VBI FECIT AGVSTA DIES SEPTE ANNO V » REGNVM DOMNI NOST CLODOVEI REG., n. 586a.
646 ?... KLENDAS IVLIAS RIGNI DOMNI NOSTRI CHDOEDO REGIS TANTO INDICCIONE QVARTA. n. 476.
676 ?.. ANNO Mllll IAM REGNANTE THEODORICO REGE, n. 91.
689.... ANNO SECVNDO DMI EGICANI REGIS, n. 621.
695.... RIGNI DOI NOSTRE CLODOVEO REGES llll INDIC OCTAVA, n. 477.
Dans la série qui précède, on a pu voir à différentes reprises une mention chronologi que distincte des dates consulaires et des dates roya les, c'est l'indiction. Ce mode de supputation est pres que sans valeur chronologi que quand il se présente isolément ; en effet. un cycle renouvelable de quinze années dont chac une porte le nom d'indiclion et une numération de 1 à 15, ne peut servir à préciser une date que s'il vient compléter une mention plus précise et portant sur unipériode mieux définie. Le tableau suivant montrera que pour une période de trois années, c'est au 1er septembre que commence l'indiction ordinairement en usage sur les marbres, de telle façon que le consul entré en charge le 1er janvier voit deux indictions, c'està-dire les huit derniers mois de celle qui se trouvait en cours lors de sa nomination et quatre mois de l'indiction suivante ; cha que indiction correspond de même, en conséquence, à deux consulats.
Indictions Les huit dern. mois XIV' au 1er sept.. XV' indict. au 1« sept., Irc' indict. au 1er sept., IIe indict.
Consuls Ami. 491 (au l,r janv.) Olibrius junior Ann. 402 (au 1er janv.) Anasttisius Rufus Ann. 493 (au 1,r janv.) Eusebius Albinus En ce qui touche le jour où commençait l'indiction, il y a i-u des variations. L'inscription romaine de l'an 522 qui, U 3 des i des d'août (par conséquent le 11 de ce mois) écrit cette date : IN FINE IND » • XV ' peut a la rigueur s'appliquer encore à l'indiction commençant le 1er septembre. Mais, en Gaule, nous rencontrons des indictions calculées d'après la date du 1er janvier ', c'est le cas pour une inscription de Vienne, de l'année 559 dans laquelle quel que système que l'on adopte pour la supputation des postconsulats et des indictions on trouve un désaccord, à moins d'adopter le 1« janvier ; de même pour une autre de Revcl Tourdans1 et une de Vienne. A Vienne aussi nous trou-
I^HOCTOJWOLORE)
ÇVJE5CITINPACEBÔ INBMEMOFILAUVF
Iri/\enoxqvjv« it ANMVS JM/XVOB' £77NPACEVEX.\'IIlfK !
INQVEHBNSVEXXP JCBASILIV CC1N
VIII !
Ii, si. — Inscription de Vienne. D'après E. Le ISIant, Recueil, t. n, pi. 52, n. 302. vous cette épitaphe pour laquelle l'indiction est certainement calculée d'après le 1er janvier 5 (fig. 468 1) :
IN HOC TOMOLO RE QVIESCIT IN PACE BO NB MEMORIA LIVE RIA ENOX_QVI VIXIT 5 ANNVS P M' XV OBI
ET IN PACE VEX XIIIIKL NOVENBRISVE XX P C BASILI V C C INE VI III
In hoc tumulo requiescit in parc bonc memoria Libéria innox, quœ vixil annos plus minus quindecim, obiil in pace... ? xivkal. novembris....' XX, post consul. Basili v. c. c, indlcliont nona.
Nous trouvons également à Vienne, au musée, un fragment d'inscription découvert >lans les fouil les de Salnt-Gervais. Les irrégularités de la pierre ont contraint le graveur a couper le texte par de larges Interval les, particularité qui n'est pas sans exemple ». Si l'on Buppose l'indiction comptée a partir du 1« janvier la < 1 : 1 1 nie ; letrente-troisième consulai de d'après la méthode victorienne i prolefr, p. ■ ; Mariai, / papiri diplomatie ! raceolti cl tlluf.,n lo ;, „. >/6(d.,n.466a,467.- ' Ibtd., Journal de Vienne etde Vïsère, L853 ; Moniteur uniperTournal général de Vtnstructton publi que,. 791 ; i >.- l'ossi, InserlpL christ., t. i,i>. xi.vni ; Le Blant, InserlpL, n, 149, pi. 321. — Le Blant, InserlpL, a. r, » ' !.<• Blant, Nouveau recueil, n. 120 </, 128, l 17. pond en effet a la sixième indiction, année 573 ' ( fie. •1685). omni Enfin nous en trouvons encore un autre exemple à Vienne .
Le nombre des inscriptions qui supputent avec le début de l'année au mois de janvier est donc exceptionnel ; mais il faut noter que l'indiction est notée parfois après le consulat •, parfois avant « >, parfois avant la date royale ». Cependant, d'une façon raie, l'indiction est plus ordinairement notée par le nom des consuls.
Nous possédons, pour la Gaule, environ deux cent cinquante inscriptions à date certaine, consulaire ou
MQM V ! T
ANNVÇ t E M E TM t N S i S P l Y 5 /VÇ hP X ■ : °B !lTlr\ ; VACLSV BDltcû> 5EPTFNBRÎJ-A'XX) !'PCBA5/L-. VCC°H^|lHDK5e> :TA r-^iW royale. La plus ancienne est perdue et nous ne la connaissons que par la lecture donnée en 17.il par le Journal de Trévoux. Elle 'avait été trouvée avec quelques autres marbres sur la montagne.le Saint-Irénée à Lyon ; Us caractères, nous dit-on, en étaient ■ mal formés et peu compassés. ■ Cet ail l'épitaphe d'une chrétienne nommée Silenliosa, inhumée le i ' février 334, sous le règne de Constantin le Grand « :
OPTATO ET PAVLINO CON
SVLIBVS KAL
Le second monument par date d'antiquité certaine esl conseï \ é dans un coin du cimi Just, a Valcabrère i Novempopulanie) ;il se distingue autant par sa forme que par ses dimensions, 1 in. 70 de longueur sur ii m. : ; ». de haul la double taplie <de Valeria Severa el.ju pn lus, gravée \sur le cintre d'arca des en saillie ; le champ évidé avait reçu une décoration en appli que, peut-être une mosaï que, mais dont il ne reste plus de trace Ce dernier détail et les dimensions du marbre prouvent que celuici provient d'un monument important ' (fig. 4686). D'après la copie de Dumège :
[ET EVSEBIO CONSS PACPATROCLVSPRAESBYTER SIBI IN PACE >|>
et d'après l'estampage :
Val. Severa. egil annos XXX recessil m non jul Ruflno et Eusebio conss.
Pac Palroclus prœsbyter sibi in pace.
Sur une inscription gravée sur marbre blanc, incomplète, retirée du mur d'enceinte d'une propriété située près de Narbonne et provenant suivant toute apparence du cimetière de l'ancienne église de Saintroyale, l'année du régne n'est pas toujours marquée après Findiction. Dans ce cas, la présence de l'A qui suit le chiffre XV s'expliquerait facilement, car il pourrait se relier à ce nombre et le groupe XVA représenterait le mot quinta décima, comme nous lisons sur d'autres inscriptions de la Gaule : DIAE Vl°, ANNOV« , et encore : XMO KAL NOVEMBRIS ; et INDICTIONE XMA2. Ce point admis, il serait tentant de voir dans le trait final de la première ligne la haste d'un R et de lire INDI XVA regN\ LEOVILDI REGES3.
V. Age des diverses formu les. — Nous avons déjà rappelé et transcrit les plus caractérisées de nos anciennes formu les. Cel les de Marseille et d'Aubagne qui ne se distinguent du paganisme qu'à la condition d'y apporter une attention bien avertie ; cel les de Siv aux et de Vaison dont la brièveté montre une brus que rupture avec la prolixité du formulaire païen, cel les ! » Il Félix, voisine du lieu de la découverte, on lit la date du règne de Leovigild :
S INd« LXVAI-- NI LEOVILDIR EGES La lecture de cette inscription est rendue difficile par la disparition d'un très petit nombre de lettres à la fin de sa première ligne et par l'incertitude de ce que pouvait être son dernier caractère qu'arase la cassure.
Faut-il y voir un I ou la haste d'une lettre coupée par le milieu, lettre qui ne semble pas pouvoir être la première du mot domïNI, attendu que dans le reste du texte, la lettre D à la forme onciale d. Il ne peut donc être procédé ici que par voie de conjecture. Si l'A qui vient après le chiffre XV est l'abréviation du mot an/io, il devrait être suivi d'un X et non d'un |, car lors que s'écoulait la XVe indiction Leovigilde était dans la quatorzième année de son règne. Il n'y aurait pas toutefois là une difficulté absolue dans le cas où, comme nous voyons assez fréquemment sur les marbres, le chiffre Xllll aurait été tracé à rebours, c'est-à-dire si le graveur avait écrit IIIIX au lieu de Xllll. On n'aurait alors qu'à supposer un D terminant la ligne pour avoir la formule INDI XVA (nno) iiiiX f/NI LEOVILDI REGES. Une autre lecture est toutefois, possible car, dans les inscriptions à date qui progressivement expulsent les éléments de détermination du défunt par le nom, la filiation, la profession. Quelques rares inscriptions datées jalonnent le groupe des marbres dont la date ne peut être fixée que d'après le dépouillement plus ou moins complet du défunt de tout ce qui l'a distingué en ce monde, et ces inscriptions à date certaine sont rédigées d'après le même formulaire. L'épitaphe chrétienne est en voie d'élaboration et Une faut pas se montrer trop rigoureux à l'égard de certaines survivances qui rappellent le style antique. Par exemple, une inscription déposée autrefois au cimetière de Saint-Pierre-l'Étrier à Autun, débute par ces mots : mémorise alterna sont incontestablement païens, mais il faut remarquer que se lisant au ck-but de l'inscription, ils ont fort bien pu être gravés d'avance sur le marbre, de même que de nos jours nous trouvons des dizaines de monuments funéraires emmagasinés chez les marbriers et qui, mis en vente et entièrement lisses portent déjà les lettres II. I. P. à la base, lettres au sujet desquelles, pas un acquéreur sur mille ne songera à réclamer. L'inscription d'Autun est datée de l'année 378 et ainsi conçue :
H-VIII-DECESSIT VIII KAL-NOV VALENTEVIET VALENTINIANOIICONS-
Des inscriptions de Trêves et de Sainte-Croix-duMont nous fournissent le type d'un âge déjà un peu plus avancé où la date de l'année, si rare sur les épitaphes païennes, commence à apparaître et que caractérisent les débuts simples destines à une si large expansion : hic ja cet, hic païsat, hic quiescit. L'inscription de Trêves n'existe plus aujourd'hui :
MARTYRIVS ET SIL
5 VIA IN PACE
celle de Sainte-Croix-du-Mont appartient à l'année IIe et présente un bon type du style épigraphique de cette époque. Le marbre original est conservé au musée de Bordeaux (fig. 4687).
PATER MAVRVSIVS ET VRSA Mater ?
La dernière période offre l'épigraphie chrétienne définitivement dégagée de tout ce qui caractérisait l'épigraphie païenne ; sauf de très rares exceptions le jour de la mort y figure toujours : la date de l'année devient fréquente, ou ne rencontre plus le nom du père, ni celui des auteurs du tombeau, la profession sociale a disparu, de même toute indication de liens us. Au sommet ou bien au commencement de la première ligne la croix, plus rarement le chrisme et un début compliqué dans ce genre : liir requiescit m imre bonce mémorise, in hoc lumulo requiescit bonse i astciiane. Inscriptions du i au xiie recueillies principalement dans la France, dans Mém, •/< h \ On midi de la France, 1834, i. u, p. ihj ; ;o, (lonnaïre mémorise Nous trouvons des épitaphes de cette époque à lîriord * et à Aoste IN HOC TVMV LO REQVIESCIT BONAE MEMO RIAE VILLIARIC PATER PAVPERO RVM QVI VIXIT ANNVS LXXXVOBI ITIN PACE X CLS FEBS INO OCVA lu + HIC REQVI ESCIT IN PACE BONE MEMO RIAE INGILDVS QVI VIXIT AN NIS llll ET MEN SIBVS OCTO OBIIT INXPO TERTIO P_C PAVUNI IVN V C C ' L'inscription de Viliaric est encastrée dans la construction de l'église de Saint-Laurent-de-Mûre ; celle d'Ingildusest encastrée dans le mur de l'église d'Aoste à la gauche de la porte principale, elle est datée de 537.
Voici encore quelques types de formules qu'il est utile de noter à leurs dates respectives :
439 : Hic iaeet Sanclulus, famulus Dei, anno III cl nxesc ses //// pausal die Mercuri Astorio vc cons. '.
1 17 : Hic ja cet Décora Mercurina que vixit annos XX oviit xm kal moins vigeiia l'usée Callpio vc cons. '.
469 : Hic requiescit in puce venerabilis Conlumeliosus qui vixit annos XXXI, d. XI, obiit XV k. febrarias Marciano vv. ce. '.
47 1 : Hic requiescit in pace bone mémorise speelabilis Expeetolus q. vixit annus L. m. vil cuius dp. est sub die vm kl junias dn. Leone iunre vc ss.*.
488 : Hirequiescit in pace bone mémorise Badaridus vir honeslus qui vix annus I.X oviit xm ka. julias. Dedamio viro claidssini » 491 :In hoc lumulo condilur bonse mémorise Severianus qui religionem devola meule suscepit sic quem anima ad aulhorem Dm remeante terrena membra terris reliquil exactis vilse annis XXXII obiit pridie idus augustas resurgit in xpo dno noslro post consulalo Longini bis et Fausli « .
492 : In hoc lumulo requiescit bone mémorise Ursus qui vixit in pace annus XVI nbiet il non marcias p.c. Anastasi cl Ru fi ov ce. ».
503 ; In hoc tumulo requiescit bone mémorise Ursus qui vixit in paceannus XI. Y, obiit k.jan. pe. Abieni jun. d. con. '3..
: In hoc lumulo requiescit in pace bone mémorise Julianela trnsiil in annos XXXXY anno nono ■ domni nostri Alarici '*.
51 1 : In hoc tomolum requiescit in pace h une m rite Simplicius qui vixit annos plus minus XC, obiit in pace V k novembrisFelice r. c. c. '.
600 environ : + In Iwc tomolo requiiscit bone memoriegiselus qui oiexil in pure plus menus annus XXXXV et transiet idus kalendas annumquartum repi. 80, n. is :,. - - ' i :. Le niant. InscripL, t. u, p pi. 45, n. 268, — 'P.Souclet.dans 11 r,1720, ui-l, Veronse, 1734, p, 94 ; Bimard de la Bastle, /' et eplstoue, dans Mural taurus, i. i, Blant, InscripL, n. 87. i Le Blant, Nouveau r • i.. Le Blant, fn n ript., t. il, n. 37 i. l.n, n. 136. ■• Ibtd., t. n. n. 89. « • »'., i. n, D mim Domini noslri Theodorici Tiges indicci une dudecuma '.
E. Le Blant fait observer que ces quelques types nous montre le développement continuel des formules épigraphiques.
HIC IACET est l'une des plus anciennes que nous rencontrions en Gaule sur les épitaphes à date certaine. C'est d'ailleurs tout simplement un emprunt au style païen. HIC PAVSAT et HIC QVIESCIT figurent sur des épitaphes de Trêves antérieures à l'invasion des Ripuaires. Mais ce début paraît trop simple, on le gonfle, on l'amplifie du mieux que l'on peut : hic requiescit, hic reqaiescit in pace, hic requiescit bonse mémorise, hic requiescit in pace bonse mémorise, in hoc lamulo condilur ou bien requiescit bonse mémorise, in hoc lumulo requiescit in pace bonœ memoria*. En somme, il doit être permis de regretter cette terminologie si vide de vérité et il permis de s'étonner que les chrétiens aient fait porter leur humilité de façon si malencontreuse. Ces gens qui ne sentaient pas le ridicule profond qu'il y a à s'appeler Conlumeliosus et à faire précéder ce nom par l'épithète venerabilis, eussent mieux fait de moins raffiner, de nous apprendre bonnement leur nom, celui de leurs proches, leur profession et les dignités qu'ils avaient briguées. Leur modestie artificielle ne nous édifie guère et la connaissance du passé y perd vraiment beaucoup.
Les inscriptions datées nous permettent de situer d'une manière approximative l'apparition et la disparition de certaines formules : par exemple ;
DEPOSITIO, suivi d'un nom au génitif, apparaît en 334 et en 405 2 ; RECESSIT de 347 à 489 ' ; DECESSIT en 3784 ; OBIIT de 422 à 632 environ5 ; TRANSIIT.de 466 à 695*.
En 431, 491, les religieuses sont nommées sur nos marbres : DEOSACRATA PVELLA. PVELLA DEO PLACITA ' ; dans les inscriptions de Trêves dont l'antiquité ne peut être contestée : PVELLA DEI PVELLA, SANCTIMONIALIS 8 En 511 pour la première fois, en 520 et en 524, 540, ces saintes filles reçoivent le nom de RELIGIOSA 9, fréquent dans le texte de Grégoire de Tours, les capitulaires, les lois barbares 10 et qui devait s'implanter dans notre langage.
FAMVLVS DEI, se montre de 449 à 552 ll ; l'épithète banale BONAE MEMORIAE de 473 à 689 12 ; on trouve en Gaule, PLVS MINVS en 511 jusqu'en 643 ou 690« ; OBIIT IN CHRISTO formule spéciale aux légendes des lapidaires de la Viennoise, paraît de 515 à 565 ».
Les inscriptions portent souvent des marques chronologiques mutilées ou insuffisantes. Telle est, par exemple, la formule indiquant l'année du règne d'un souverain dont le nom n'est pas donnéanno REGNI SEPTIMO ; telle est encore l'indiction exprimée seule, note significative au moment où elle fut gravée, mais aujour d'hui devenue presque sans valeur ; tels sont encore la trace incomplète d'un postconsulat, les noms des consuls à nombreux homonymes. Il faut ne pas se contenter d'énumérer ces vagues données.
Sur nos marbres originaux, après l'année 377, l'abréviation cos pour consul fait place à cons. ; — le premier postconsulat et le titre de dominus noster appliqués aux empereurs datent de 105 ; — pas de longue série d'années calculées par un postconsulat avant 496 ; — le titre vir clarissimus n'apparaît pas avant 417 ; — junior ajouté au nom du consul pas avant 471 ; et c'est en 447 pour la première fois qu'on relève le nom d'un seul consul sans la mention de son collègue. Quant aux épitaphes datées simplement de l'indiction, le premier emploi en Gaule de cette supputation, rare jusqu'au vie et VIe, se rencontre en 487 sur ce marbre de Saint-Thomé, dans le Viennoise !i :
NEBVS PARITER ET NOMINC M TERRAMQVE SIMVL S0CI0SQVE reliquit sacerdotii TENVIT QVI SEDE CORONOM INIS ET SEPTEM REVOLVENTIBVS Annis pZeis.'CVNCTA CEMET SVISMET CARV^.^ mensis SEXTIITERVMPCSYMMACHI V-C1NDICTI0NE- ■ • VI. Age des signes et symboles chrétiens. — Le relevé statistique des symboles peut servir au classement chronologique des épitaphes chrétiennes de la Gaule. L'utilité de ces symboles, tous connus et rencontrés dans d'autres régions de l'Occident se trouve dans l'indication approximative qu'ils nous permettent de donner à l'âge d'un monument non daté.
L'ancre et le poisson se voient sur quelques épitaphes ; le poisson se voit encore sur un monument de l'année 474 et sur des épitaphes qui sont probablement postérieures à cette date, mais cette survivance d'un type symbolique ne doit pas nous empêcher de lui assigner généralement une date très ancienne. En Gaule, l'ancre a paru et a disparu de bonne heure, quant au poisson, nous le voyons sur des épitaphes de Cimiez, de Saint-Romain-d'Albon et de Trêves, l'une de l'année 474, la deuxième de 631, la troisième non datée, mais de basse époque.
Les autres signes et symboles apparaissent dans l'ordre suivant sur nos inscriptions non datées :
Très antique. Inscript., n. 548a, 5516 ; voir 533 ; et probablement Nouveau recueil, n. 455, un emploi de ce symbole vers la fin du Ve. -3^=^ Très antique, à Aubagne notamment ; mais se rencontre encore de 474 à 631 ; voir Inscript., n. 631 et 261 ; Nouveau recueil, n. 334 et 136. s » Années 377, 405, 470, 493 ; Inscript., n. 369 4^ 591. 496, 77 ; Nouveau recueil, n. 297.
A 00 Années 377, 405, 493, après 499, 525 ou 540, 547 ; Inscript., n. 369, 591, 77, 565, 55, 467. Années 378, vers 400, 431, 448, vers 450, 454 ou 525, 473, 488, 493, 510, 518, 526 ou 627, avant 528, 559, 563, 612, 631 ;
Inscripl., n. 7, 412, 44, 68, 515, 57, 72, 374a, 69, 61, 38, 379, 566, 432, 405a, 461, 561 ; Nouveau recueil, n. 136. Vers 400, 431, vers 450, 474, 525 ou 540 ;
Inscripl., n. 412, 44, 515, 632, 55. Années 445, 456, 676 ? 681 ou 682, Inscript., n. 617, 609, 91 ; Nouveau recueil, p. 457. Années 448, 488, 496, après 499, 527, après 585 ; Inscript., n. 68, 374a, 498, Martin, Inscript., n. 412. fVers 450, 454 ou 525, 488, 493, 510, 559563. Inscript., n. 515, 57, 374a, 69, 61 405a, 461.
Les résultats ainsi obtenus sont analogues à ceux qu'on peut relever sur les marbres romains, avec les différences ordinaires d'écart chronologique, mais dans le même ordre que sur notre sol, sauf une modification insignifiante.
Ces deux symboles sont contemporains, à Rome. L'âge apostolique.
Rome : De 298 ? 323 à 451 ? ou 474.
.'360 à 509. Une date qui se classe entre 542 et 559.
De 150 à 559.
De 375 ? 107 à 327.
De 391 à 172. U 139.
Gaule : De 378 à 612. De 377 à 493.
De 377 à 547.
De 400 environ à 525 ou 540.
De 503 à 680 environ. De 445 à une date postérieure à 585.
De 450 environ à 563.
On a pu remarquer que Rome précède toujours la Gaule dans l'adoption des formules des symboles lapidaires et les abandonne avant elle. C'est ainsi que le poisson, abandonné, oublié, depuis longtemps à Rome, se retrouve sur les monuments chrétiens de notre pays.
Sur une inscription de la Gaule, entrée par legs au British Muséum, on voit le symbole de croix triple :
LEVBORICVS HIC REQVIIS CIT IN PACE VIXIT ANN VS VIII + + +
VII. Les NOMS PROPRES. - Nous avons dit que le formulaire épigraphique chrétien avait répudié entre autres éléments les tria nomina, le vieux système romain, c'est-à-dire la réunion du praenomen, du nomen et du cognomen. Ce nom triple appartenait au citoyen de naissance libre, mais ne lui était pas spécial ; il pouvait être acquis par l'esclave affranchi et par l'étranger (levé à la possession du droit de cité). Voici comment s'opérait l'adjonction de noms dans ces deux derniers cas. Le praenomen et le nomen du patron se mettaient devant le nom unique de l'esclave ou de l'étranger, et cette adjonction tenait d'un patronage dont le client croyait devoir s'enorgueillir. Sur le monument de M. CAELIVS, centurion tué dans le massacre des légions de Varus, on trouve les bustes de ses deux affranchis qui ajoutèrent à leur nom servile (le PRIVATVS et de THIAMINVS) le praenomen et le nomen du maître auquel ils devaient la liberté ; ils l'appelaient désormais : M. Caelius Priovalus et M. Thiaminus. Dans le De bello gallico, I, xi, n. nous voyons la civitas conférée à un barbare : Commodissimum est C. Valerium Procillum, C. Valerii Caburi filium... cujus pater d C Valerio Flacco civitatem donatum ad eum (Ariovistum) mittere. On voit ici le gaulois Caburus, fait citoyen romain par C. Valerius, nomen et le nomen de celui qui était son patron.
La régularité des noms romains déjà gravement troublée antérieurement à l'avènement des empereurs chrétiens, s'altère davantage à mesure que l'on arrive à l'époque où les marbres des fidèles deviennent plus nombreux. Les tria nomina, tels que Quintus Velinius Eunœtus, par exemple, indiquent une époque très antique et pendant laquelle on ne rencontre que peu d'inscriptions chrétiennes. Les vocabulaires multiples empruntés aux empereurs peuvent permettre parfois de rattacher certains monuments au règne de ces princes. Ceux dans lesquels un gentilice autre que Flavius figure comme prénom, appartiennent à l'âge suivant. Ce gentilice Flavius se retrouve employé comme prénom jusqu'à la fin du siècle.
Une inscription de Trêves, trouvée à Saint-Mathias, est ainsi conçue (fig. 2772) :
ET FIL IM
POSneruNT « Ici repose en paix Valentina, chrétienne baptisée qui a vécu 17 ans et 5 mois ; Germanio son époux et (ses enfants ?)... lui ont consacré (cette sépulture), en mémoire de son affection.
Le nom de l'épouse de Germanio se rencontre souvent parmi les fidèles de cette contrée, et on peut en donner pour raison la présence des deux premiers Valentinien. Il n'y a là, du reste, qu'une confirmation d'un fait constaté dans l'histoire des vocabulaires, qu'une preuve nouvelle de l'habitude commune à tous les âges de donner aux enfants les noms des souverains.
Aucun nom n'a égalé, semble-t-il, la vogue de Flavius. Les marbres gaulois où les chrétiens sont désignés par un nom unique paraissent, en général, et sauf indication chrétienne, appartenir à l'époque la plus récente. En ce qui concerne les noms à forme germanique, ils n'ont pas encore été rencontrés sur les inscriptions à date certaine avant l'an 400. Gaudentius est particulièrement fréquent chez les fidèles, comme d'ailleurs les noms qui évoquent l'idée de joie ou de félicité, Gaudentius, Gaudiosus, et il semble bien que la légère affection qui au début aura inspiré le choix de pareils noms a dû être assez vite remplacée par la banalité qui recouvrait de même d'autres vocabulaires. Le martyr Marlyrius avait eu certainement à l'origine une signification douteuse, comme nous le voyons dans les actes d'un martyr : Leclor quogue Marlyrius.. fam nominis pignore commendante * ; même observation pour Vincentius, Victor.
VIII. Les noms d'origine bibliique : un trait intéressant à noter : l'Orient chrétien prodiguait les vocabulaires empruntés à la Bible, lis Isaac, Irène, Salomon sont innombrables, celles en particulier d'Égypte, de Syrie offrent des noms bibliques d'individus connus par le texte ou par le souvenir de leur vie. Les noms bibliques sont plus rares ici - c'est un fait digne d'attention que nous avons dit combien fut large à certaines époques le mouvement d'immigration syrienne en Gaule et l'importance prise par les colonies d'Orient aux (voir Colonies). Autre singularité. La Gaule et principalement les environs d'Arles étaient tout remplis du souvenir des épisodes bibliques que reproduisaient les sarcophages. Adam et Eve, Daniel, Joas, Moïse, sont fort bons à figurer en sculpture, mais on ne leur fait aucun accueil dans les familles. Le symbolisme dont on était déjà assez friand mettait sous ces noms une figure, un souvenir évangélique, et malgré cette recommandation, les fidèles ne les prisaient point. En Gaule, aussi bien qu'en Italie, les noms adoptés par les chrétiens ne sont presque que ceux des patriarches, des saintes femmes qui furent la gloire d'Israël. Les plus répandus sont : Susanna qui se rencontre une dizaine de fois ; Marthe, deux fois ; Jacoba, une fois ; Revitta pour Rebecca, une fois ; Lazard, une fois ; Samson, une fois. Et Edmond Le Blant observe que peut-être faudrait-il réduire à rien cette liste si nous savions l'origine de ces défunts ; origine exotique peut-être. Voici, en effet, deux chrétiens qui ont porté des noms bibliques, une Susanna entre autres, et son épitaphe nous apprend qu'elle était originaire de province Syria : l'autre est un nommé Abraham dont l'épitaphe fut composée par Sidoine Apollinaire qui nous apprend que ce saint homme était oriental : natus ad Euphraten. Il ne serait donc pas impossible que d'autres porteurs de ces noms bibliques fussent étrangers à la Gaule.
Les inscriptions juives sont rares sur notre sol et nous aurons occasion de les étudier, mais nous pouvons dire déjà qu'elles ne nous donnent qu'une maigre moisson de noms bibliques. Par une coutume qui s'est perpétuée, les Israélites ont substitué souvent aux appellations dont la forme eût accusé leur religion, des noms empruntés aux nations chez lesquelles ils vivaient. Parfois ces noms voilent pour les étrangers un vocable hébraïque qu'ils traduisent ou rappellent d'une façon conventionnelle que les initiés saisissent. C'est ainsi que dans une inscription de Smyrne, le nom de Salomon est dissimulé sous la forme 'Eπiv)V07coi6 ?. Sur le marbre que nous allons transcrire, E. Renan inclinait à voir dans Dulciorella l'équivalent de Noémi :
DE FILIO CONDAM DNI SA 5 PAVDI ID EST IVSTVS MA
IX. Les noms d'humilité. ■ — L'onomastique chrétienne est aujourd'hui presque exclusivement hagiographique. Le paganisme ne comptait pas de saints, il n'avait qu'un petit nombre de demi-dieux et sa dévotion à leur égard était fort modérée. Dès lors, il mettait dans le choix des prénoms une variété qui nous paraît un peu déconcertante, bien que la tradition s'en soit conservée jusqu'à nos jours. L'énigme que nous offrent les noms japonais, chinois, hindous, persans, etc, recouvre le plus souvent un vocable gracieux ou symbolique, mais la dernière tentative faite en Occident, de substituer, végétaux, minéraux, outils et le reste a suffisamment ridiculisé le calendrier républicain pour qu'il soit superflu d'insister. Les païens n'avaient pas notre exclusivisme et ils aimaient à parer leur vie d'idées riantes. Des enfants sont dénommés Pielas, Probitav, Mquilas, Dignilas et leurs dérivés ; d'autres reçoivent des appellations plus riantes : Melile, Hedove, Lepos, Eros, Amor, Suavis, Amœnus, Amabilis, Jucundus, Charisitts, Elegans, Cale, Prepon, ou bien des vocabules de bon augure : Abascantus, Profulurus, Forlunalus, Félicitas, Eulyches. Les noms d'amitié recherchent les diminutifs : Calella, Porcella, Felicula et ne s'arrêtent pas aux animaux, les fleurs sont mises à contribution : Viola, Hyacinthus et aussi les pierres précieuses : Cinnamus, Amomus, Nardus, Unio, Gemmula, Sardonyx, Amethystus, Smaragdus, Beryllus. Il s'en faut de beaucoup que les fidèles aient proscrit et fait disparaître tous ces noms, puis que certains sont parvenus jusqu'à nous comme Violette ou Hyacinthe. Toutefois les fidèles n'adoptèrent pas toute l'onomastique de leur temps, loin de là. Aux noms gracieux et à ceux qui évoquaient l'idée de plaisir, de richesse, d'éclat, ils préférèrent des appellations ridicules ou abjectes. Était-ce un sentiment d'humilité ? était-ce bravade ? L'un et l'autre peut-être. Edmond Le Blant croit devoir faire remonter ces appellations à l'époque des persécutions, lors que les chrétiens étaient l'objet d'une haine folle et d'accusations déraisonnables. Il n'était pas d'invective, pas d'épithètes dont ne parussent dignes ces « ennemis du genre humain ». Eux, qui donnaient leur vie pour une croyance à tel point méconnue et maudite, pensaient que c'était la moindre des choses et comme une revanche anticipée de se parer de ces noms outrageants. De même qu'ils se proclamaient chrétiens, ils se faisaient gloire de tout ce qu'on leur reprochait. Cet état d'esprit est fréquent parmi les peuples persécutés. Au xvi, les protestants tenaient à honneur le nom de gueux, au xviii les Vendéens n'eussent pour rien au monde renoncé à leur titre de brigands. L'humilité à de ces détours subtils qui ressemblent à l'orgueil à s'y méprendre, mais l'orgueil de ceux qui risquent leur vie n'a rien que d'excusable. Tertullien disait aux païens : « Nommez-nous sarmenticii. » Jetez cette parole dérisoire à ceux que vous brûlez dans un cercle ardent. Soit. Bien des fidèles recueillirent ces injures et s'en décorèrent. Il y eut des chrétiens et des chrétiennes qui se nommèrent Alogia, Alogius, Insapientia, tous noms rappelant l'accusation de sottise et de folie jetée communément aux premiers fidèles. On vit aussi une série de noms vraiment imprévus comme Injuriosus, Calamniosus, Conlumeliosus auquel nous avons déjà fait remarquer que vient à venerabilis.
Ces appellations ne suffisent pas, on rencontre des chrétiens qui ont nom Imporlunus, Eriliosus. Puis viennent ceux qui correspondent aux termes vagues de reproche et de mépris : Fcedulus, Fcedula qu'on rencontre plusieurs fois en Gaule ; Malus, Mala, Maliliosus. Pecus, et encore Molesta, Prœjeelus, Projectus, Projectitius, d'autres enfin, si repoussants qu'on se demande s'ils n'ont pas été imaginés par quelque philosophe cynique : Stercus, Slercorius et ce dernier obtiendra une véritable vogue parmi les fidèles.
Nous serez heureux, avait dit Jésus, lors que les hommes vous persécuteront, vous chargeront d'injures et vous calomnieront à cause de moi. Réjouissez-vous alors et tressaillez d'allégresse parce que votre récompense est grande dans le ciel, car ils ont persécuté de même les prophètes qui vous ont précédés. (Matth. v, 11-12.) Saint Paul avait dit : Gloriamur in tribulationibus, scientes quod tribulatio, patientiam operatur, patientia autem probationem, probatio vero spem (Rom. V, 3, 4). Un sentiment de résignation joyeuse, un sentiment de volupté intellectuelle à s'imprégner de l'injurieux mépris que provoquait leur foi entraînait les chrétiens à ces pieuses exagérations.
Les marbres de la Gaule font usage d'un nom dont on ne trouve pas d'exemple chez les païens, c'est celui de Neglecta. Faut-il y voir l'expression d'un reproche ému aux fidèles, cette contemptissima inertia dont Suétone parle ? Ou bien est-ce une allusion à une négligence d'ordre plus matériel ? En tout cas, le nom fait songer au portrait tracé par saint Jérôme de la vierge qu'une vierge doit se choisir : Placeat ci cornu non comptai quae formosu, sed gravis, pollens, sordidi.
X. Relevés paléographiques. — Ici encore nous anticipons un peu sur ce qui sera dit sur ce sujet dans l'étude générale des inscriptions. Nous empruntons marques textuellement à E. Le Blant, B. les E. les F. les P. les q. les R, dont la haste et les membres tran(s)N mpip comme nous en voyons des types dans une inscription trouvée à Rejeux, ces lettres disons-nous, paraissent en 185 (ou 508), en 502, 547, 563, 1 64 ( ?) ;
Le C carré se montre en 506, 534 (ou 609 ( ?), 602, 643 (ou 691) du A grec. Le même substitué à la lettre latine se ne en 586 ou 587, 593 (ou 17 16 ( ?), L'€ lunaire, en.VJ7. 545 (ou 605), 666 (ou l.'F prenant plus ou moins la forme d'un E. existe alpt., n. l'H.,\ util, n. 17s. : s. JéEPUL, i mi, mi Laetam, n. 9 i.. t e Blant, ii-, »■ Il- ; Lupl, Epitaphlum Seuera marlyrls, l ». t 17 : Comp iptlbns, 1881, Grégoire de Tours, De gloria confessorum, e. • VJ. à Vienne dans l'épitaphe célèbre d'une femme baptisée par saint Martin qui mourut à la fin du iv« siècle : on la retrouve sur un marbre daté de l'an 488' ;
L'h, en 405, 195, 534 ton 609), 5-15 (ou 605), 531 à 5G1 ou 504 à 028 ;
L'L, en forme de 1 en 501 et 610 ;
L'09, en 527, 545 (ou 605), 568, 6 L',N à barre diagonale n'atteignant pas l'extrémité des hastes, en 472, 19 : i, 528, 559 cl au delà ;
L O plus petit que les lettres qui l'entourent, en 405, 148, 501, 510,.M 7.
L O carré, après el. JS (ou 629), G 13 (ou 690), ils :' ;
L'O (Q), en 187, 194 I.T (si en ne.4 :
I.'u ou H, en 534 (ou 609), 668, 676, G89 ;
I.'U arrondi par la base, en 1 19, 501, 545 (ou 605). i 'n \ erra par un double exemple le mode d'application pratique d'une part des données qui viennent d'être exposées.
Prenons comme premier type, une inscription indiquée par Grégoire de Tours :
Cette légende présente quatre marques d'antiquité : brièveté du texte ; défaut d'indication du jour de la mort ; début simple HIC REQUIESCIT que nous savons antérieur à des formes plus compliquées ; SACRATA DEO PVELLA, expression qui se trouve, Comme nous l'avons vu, sur nos plus anciens monuments. L'épitaphe de Crcsccntia se classerait donc parmi nos plus anciennes (préciation est fondée, puis que, dès le temps de Grégoire de Tours, c'est-à-dire au vi siècle, la tombe était mutilée, délaisée et le souvenir de la morte complètement perdu.
Un deuxième type est fourni par une épitaphe de Narbonne e :
IN PACE BONE ME
QVI BIXIT PL MINVS 5 ANNVS_ XXXVII OBI
ET KAL IVLIAS INd_ D'après la comparaison des marbres chrétiens de notre pays, cette inscription ieure à la fin du iv siècle par la forme, irrégulière au singulier, de l'abréviation CONSS, moins ancienne que i ONS el surtout que COS ; elli rieureà 122 à cause du t obiit, à 137 i >03 pi I i ment, par ête à la prem ne. Elle ne semble point devoir remonter plus haut que 1 17. à cause de la mention d'un seul di isuls et de la quai irissimus ajout.. de ce. plus haut que 1 18, a rai on i formule initiale : fti'i n plus haut que 191, par la pn l'indictlon ; plUS haut que « i 1 1. a eau ade l'emp ' p/US minus, et les détails de la paléographie n'infirment en rien ces nombreuses données).que l'absence du nom di la tombe. mention dont on rem iplcs jusqu'en 17 » rend probable l'attribution du monum tournai, ( italoaue <lti mu Restituons maintenant le nom du consul Mavortius supprimé à dessein ; il reporte le marbre de Narbonne à l'an 527 et montre ainsi l'utilité pratique des règles décrites plus haut, puis que leur application amène à seize années seulement en deçà de la date réelle.
XI. Dates et noms des jours — Il est superflu de faire remarquer que les inscriptions à date certaine forment une petite minorité dans l'épigraphie chrétienne, tandis qu'il n'existe qu'un petit nombre d'inscriptions — sauf dans la haute antiquité — qui ne présente quel que élément de notation chronologique ; malheureusement, il est souvent impossible d'en tirer aucune indication utile. On a vu que les fidèles, considérant la date de la mort du chrétien, comme le jour de sa naissance véritable, prenaient soin d'en faire mention sur l'épitaphe, mais cette mention par calendes, par ides ou par nones est, chronologiquement, inutilisable. L'abandon progressif des vieilles méthodes entraîna l'adoption d'une indication rajeunie, la date s'exprime par le quantième du mois.
C'est ainsi que nous lisons à Amiens :
Defuncla est u[bi fecit] novembris diis XV. De/unctus est ubi fie il no di XV. Defunelus est ubi ficit gennarius dies XV. Dc/uncta est ubi jicil julius dies xxill.
E. Le Blant, signalait à Plaidt, près d'Andernach une inscription ainsi libellée ' :
+ CONDE TVR TOMO LO ANSERI CO ET DE POSI
cio eivs qvo FACTE MENSI SERIA & Xllll PTITIN SCL /S XXXV + Condetur iomolo Anserico et deposicio eius quo [d] fac[it] mensis seplember, dies XIV [vix]it in s(œ)c- (u)l(o) [ann]us xxxv (aujourd'hui transportée en Amérique).
Sur une inscription de Bordeaux, on trouve les deux modes d'indication rapprochés 2 :
ACCEPIT-TRANSITVM-SVV
Ces inscriptions ne portent pas de dates certaines, mais on rencontre, dès le temps de Childebert, une formule analogue dans un acte de donation ainsi daté : datum quod fecit menso décembre dies sex et on trouve d'autres exemples en grand nombre de cette manière de dire dans les documents diplomatiques 3. Les Orientaux, nombreux en Gaule, ou on les désignait sous le nom de Suri, dataient leurs épitaphes suivant la coutume de leur pays Les anciens noms des jours que nous avons conservés, s'indiquent parfois sur nos marbres. La désignation du dimanche à seule disparu de notre langage qui n'offre rien d'équivalent du dies solis, A Villeneuve-les-Avignon, nous rencontrons A, AN ICO ; à Trêves HMEPA Kl-B (pour dies dominica, xuptcod)) ; à Angoulème : DIE TOUS ; à Lyon, rfi'e VENERIS : à Vienne HMEPA T7APACKEY... ; à Fenay, DIEASABATO.
Quant à la notation fetia prima, secunda,...sabba o, qu'on rencontre déjà chez Grégoire de Tours, elle n'est pas représentée dans l'épigraphie *.
XII. Les chiffres. — Les inscriptions de la Gaule ne nous offrent que des exemples connus des chiffres en usage. D'abord nous mentionnerons l'ÈTiÎOTiuov |3xù ancienne lettre grecque qui sert à indiquer le chiffre six, qu'on trouve sous des formes assez diverses S y I f ; nous le voyons dans une inscription de Revel-Tourdan, à trois reprises 6, à Lyon *, ailleurs encore, mais c'est une inscription romaine qui détermine sa valeur de façon certaine ' :
Elia Ebentia facel Siplimn Fauslino coiugi meo qui fecit mecufjn) menses ix (6 + 3 ;, in illis mensibus novem triginta diebus sanus....
Les chiffres quatre, neuf et quarante ne sont qu'exceptionnellement figurés comme nous le faisons IV, IX. XL. les anciens préfèrent : Il M, VII II, XXXX.
Une inscription trouvée au cimetière Saint-Marcel à Paris répète le chiffre des dizaines de la manière suivante 8 :
MEMORIA FECIT VRSINA COIOGI SVO VRSI NIANO VETERANO 5 DEMENAPIS VIXXI ANNOS ■ XXXXXXXV^^^
On trouve des renversements, ou plutôt des inversions dans l'ordre des chiffres. Par exemple à Toulouse IXXV ; à Briord VX, il faut simplement additionner comme si les chiffres étaient placés dans l'ordre qui nous est familier. Quelquefois le nombre est précédé du mot NVMERO, ou bien NVM, ou bien N°. On rencontre ainsi parfois une combinaison de lettres et de chiffres, comme dans ces exemples : AN NO VMM DECEMO, ANNO NONO X, ANNOS VIGINTI ET III. Les nombres quinto, sexto, decimo s'écrivent : V, VI, XMO. Dans quelques cas assez rares les chiffres sont accompagnés de leur transcription en lettres, par exemple : XXX TRIENTA. TRIGINTA, en fin, on ne peut être surpris de trouver à Narbonne l'emploi, d'ailleurs exceptionnel du d once pour représenter un chiffre, si on se rappelle que cet usage est courant dans l'épigraphie d'Espagne.
XIII. Ponctuation. — Rien de particulier n'est à signaler ; la ponctuation se compose de points séparatifs entre certains mots et ces points sont placés au milieu de la ligne. Souvent les points sont remplacés par une feuille de lierre, ou bien par une sorte de S. Pour ce dernier sigle, il est assez facile à reconnaître lorsqu'il se présente par groupes ; en ce cas, les S sont traversés d'une barre. Il est rare que la séparation des mots soit marquée par des points superposés ; néanmoins, on en trouve des exemples.
XIV. Incrustations. L'exécution des épitaphes, quoi que généralement très grossière, comportait quelques raffinements. Quelques épitaphes conservent la trace de couleur dans le creux des lettres ; le tombeau de l'évêque Chaletricus à Chartres était plaqué d'os ou d'ivoire, comme le coffret de Coire ; on ornait parfois l'inscription d'émoux ou de pierres de couleur (voir Dictionnaire, t. n, col. 765, fig. 1499). Un type intéressant de ces épitaphes rehaussées de verroteries a été exhumé à Poitiers, et on en peut rapprocher une pierre funéraire de Venasque qui garde encore les cavités où étaient scellées les incrustations.
XV. ÉPIGRAPHIE et évangélisation. — Des « traditions », car tel est le nom heureux imaginé pour désigner un ensemble d'imaginations sans fondement historique, représentent la Gaule comme le champ d'élection des premiers prédicateurs du christianisme. Saint Pierre, saint Paul, saint Clément, à l'envi, lui envoient missionnaires sur missionnaires. Dès le premier siècle, sinon plus tôt, les Églises pullulent en Gaule.
Nous ne les découvrons que bien plus tard. Les écrivains ecclésiastiques ne nous apprennent rien de cette germination merveilleuse perdue dans la nuit des origines. L'Histoire sacrée de Sulpice-Sévère, les Actes de saint Saturnin, l'Histoire des Francs de Grégoire de Tours, la lettre des sept évêques à sainte Radegonde, l'épigraphie en ligne sont d'accord pour nous faire savoir que la foi chrétienne se répandit tardivement, peu à peu, sur notre sol. Les Actes de saint Saturnin recourent à une expression assez caractéristique, parlant de l'expansion du christianisme dans notre pays ; ils emploient ces mots : sensim et gradatim. Sulpice-Sévère écrit : Sub Aurelio Antonini filio persecutio quinta, sérias trans Alpes Dei religione saepta. Or, voici que l'épigraphie confirme ces données par un témoignage d'une précision singulière. Il ne s'agit pas ici d'un texte d'âge douteux, d'authenticité contestable et d'ailleurs isolé. Le témoignage de l'épigraphie se compose de centaines de témoignages concourant tous à une démonstration unique.
Si les fidèles, les évêques, les Églises avaient été implantés sur le sol gaulois en grand nombre dès le Ier siècle, ils eussent laissé des traces comme ils en ont laissé ailleurs et beaucoup plus qu'ailleurs, puis que nulle part, sauf peut-être à Rome, la foi n'avait obtenu de si nombreuses recrues ; or, on ne constate rien de semblable. À Rome, où le christianisme avait pris pied dès la deuxième moitié du Ier siècle, les traces de sa présence sont en effet nombreuses, positives, coordonnées à ce que les textes nous apprennent. En Gaule, rien de pareil. La région du Rhône, où vinrent prêcher les disciples de saint Polycarpe, est celle qui possède le plus grand nombre de ces monuments, rares ou inexistants dans les autres provinces. Ainsi, là où les textes nous font connaître l'existence d'une Église florissante, les monuments se montrent. On ne peut contester que le nombre, la distribution, l'âge comparatif des anciennes inscriptions sorties du sol, comme pour nous verser qu'elles se formèrent les chrétientés des anciens jours, ne soient des faits dont il faille tenir grand compte. Exhumées par des fouilles que les besoins de la vie ont étendues partout dans une inégale mesure, les monuments sont rares, 7, 10, pour l'Italie, le Nivernais ; Grégoire de Tours, De gloria martyrum, c. ij, et les suppléments que peuvent fournir nos autres recueils hagiographiques ; un fait important se dégage : aux Ve, VIe, et VIIes, c'est-à-dire presque aussi longtemps que dans la Grande-Bretagne et les pays d'outre-Rhin, de nombreux apôtres parcourent le nord de notre sol ; la Deuxième, la Troisième Lyonnaise, les deux Belgiques, les deux Germanies, la grande Séquanaise, qui, au VIe, gardait encore les temples païens, voient de longs combats contre l'idolâtrie conservée par des mœurs sauvages ou ramenée par la conquête barbare ; et le nord est si lent à recevoir ou à recouvrer la foi du Christ, qui demeurera longtemps prêt à la laisser faiblir.
Gagnant de proche en proche et partie de Rome, l'évangélisation s'essaya d'abord dans la Viennoise et dans la Première Lyonnaise, c'est-à-dire dans les provinces où la vie romaine a le mieux pénétré. Voilà sa conquête et son quartier général. Le centre se montrera plus réfractaire et ce n'est que vers la fin du IVe que saint Martin triomphera des résistances. Les textes sont formels et c'est bien quelque chose. Conciles, vies de saints rédigées à une date rapprochée de la mort du personnage qu'elles glorifient, en conviennent tout en ajoutant que pendant un siècle ou deux, la lutte entre la croyance nouvelle et l'ancienne se poursuit. À mesure qu'on remonte vers la portion septentrionale, l'évangélisation est plus tardive encore, plus fragmentaire, et les Églises séparées par de plus longues distances. Les découvertes n'ont fait, depuis un siècle, que vérifier les données fournies par les documents. Les fouilles ont fait apparaître de nombreuses inscriptions qui, toutes, confirment ce que nous savions. En 1892, après trente-trois années de vigilance infatigable et de recherches auxquelles rien n'échappait, Edmond Le Blant pouvait écrire : « Sur les trois cent cinquante inscriptions que contient mon Nouveau recueil, cent trente-cinq appartiennent à la Viennoise, à la Seconde Narbonnaise, aux Alpes Maritimes, c'est-à-dire aux provinces les plus voisines de l'Italie, d'où l'évangélisation nous est surtout venue ».
« Si l'on interroge, en effet, les Actes des saints et les suppléments que peuvent fournir nos autres recueils hagiographiques, un fait important se dégage : aux Ve, VIe, et VIIes, c'est-à-dire presque aussi longtemps que dans la Grande-Bretagne et les pays d'outre-Rhin, de nombreux apôtres parcourent le nord de notre sol ; la Deuxième, la Troisième Lyonnaise, les deux Belgiques, les deux Germanies, la grande Séquanaise, qui, au VIe, gardait encore les temples païens, voient de longs combats contre l'idolâtrie conservée par des mœurs sauvages ou ramenée par la conquête barbare ; et le nord est si lent à recevoir ou à recouvrer la foi du Christ, qui demeurera longtemps prêt à la laisser faiblir.
IIe BELGIQUE : Acta sanct., 18 avril, t. ii, p. 652, saint Ursmer ; 20 février, t. iii, p. 198, saint Eleuthère ; 8 juin, t. ii, p. 91, saint Médard ; 5 septembre, t. ii, p. 605, saint Bertin ; 9 septembre, t. iii, p. 397, saint Omer : 16 octobre, p. 981, 982 ; saint Mommolin ; 17 février, t. iii, p. 29, saint Silvin ; 6 février, t. i, saint Vaast ; 11 août, t. ii, p. 673, saint Géry ; 2 janvier, t. i, p. 154, saint Blimond ; saint Paulin de Nole, Epistola, xviii, n. 4, saint Victrice.
Ire GERMANIE : Acta sanct., 7 juillet, t. ii, p. 333, saint Goar ; 27 mars, t. iii, p. 702, saint Rupert.
IIe BELGIQUE : Acta sanct., 2 mai, t. i, p. 265, saint Germain ; Grégoire de Tours, Hist. Francor., l. VIII, c. xv, saint Ulfilaïc.
Ire SÉQUANAISE : Acta sanct., 16 octobre, t. vii, p. 885, saint Gall ; 29 mars, t. iii, p. 587 et 30 août, t. vi, p. 580, saint Eustase ; 30 août, t. vi, p. 580, saint Agile ; Acta sanct. ord. S. Benedicti, t. ii, p. 26, saint Colomban. Tous ces indices sont confirmés par l'épigraphie.
« Les provinces que le Rhône relie à la Méditerranée, la Ire Lyonnaise, la Viennoise surtout, possèdent les monuments les plus anciens, les plus nombreux, et parmi ces marbres, les premiers en date appartiennent exclusivement à des localités voisines de la mer. Marseille, Aubagne, Arles, la Gayole, Maguelonne, c'est-à-dire à celles que durent d'abord parcourir les ouvriers évangéliques. L'antiquité, le nombre font en même temps défaut dans le centre, où la foi ne se développa qu'en second lieu, et l'itinéraire des missions tardives dont nos provinces du nord furent le théâtre donne, pour ainsi dire, l'exacte contre-partie de la carte, si peu remplie pour ces contrées. Pour le sud-ouest, de même si pauvre en inscriptions chrétiennes, on ne peut s'empêcher de remarquer qu'au Ve, d'après les vies des saints, un évêque d'Auch, Orientius, aurait eu, comme les apôtres du nord, à convertir des populations, à renverser des temples et des idoles, et qu'un disciple de saint Martin fut tué vers le même temps par les païens de Brives.
Et ce ne sont pas seulement les épitaphes qui témoignent de l'expansion du christianisme dans la Viennoise, les sarcophages ornés de symboles et de figures montrent que la foi a trouvé dans cette province un établissement plus large et des partisans plus fortunés. Il n'en faut pas conclure que le nombre et la qualité des inscriptions funéraires sont en rapport étroit avec le développement du christianisme sur tel ou tel point du sol ; mais on ne peut non plus se soustraire à cette constatation que la richesse relative des provinces et leurs coutumes ont dû influer, dans une certaine mesure, sur la production des légendes des lapidaires. De ce rapport certain, nous trouvons une preuve nouvelle dans un fait historique remarquable survenu à Trêves.
« On remarquera qu'un signe important dans les âges épigraphiques, la mention du nom de ceux qui ont fait faire la tombe, s'arrête pour la Gaule, en 470, et que cette mention constitue le trait saillant du formulaire de Trêves. D'autres détails nous reportent au même temps et s'ajoutent à cette donnée. La Rome des Gaules a-t-elle donc vu, à la fin du Ve, un événement qui puisse expliquer la suppression si remarquable des monuments lapidaires de son christianisme ?
Nous savons combien de désastres accablèrent la malheureuse cité. Salvien parle de quatre prises d'assaut dont elle se releva. Une cinquième l'arracha aux Romains pour la mettre sous le joug des barbares. Cela se passa vers 464. Les nouveaux vainqueurs étaient les Ripuaires, voués encore, et pour de longues années, au culte des idoles. Clovis ne fut reconnu par eux qu'après le meurtre de Sigebert, en l'année 509. La conversion dont l'époux de Clotilde donna l'exemple aux Francs, en 496, ne devait, d'ailleurs, ni les atteindre, ni les réformer tous. Parmi ceux qui suivaient ce chef et plus tard même ses fils, plus d'un resta sourd à la voix du Seigneur. Dans la vie de saint Rémy, pour ne citer qu'un seul fait, il est raconté qu'après le baptême de Clovis, une scission se fit parmi les siens. Un parti, demeuré idolâtre, se retira vers Cambrai, sous la conduite de ce Ragnacaire que ses leudes abusés vendirent au roi pour de faux bijoux d'or. Un demi-siècle ne suffit pas à faire germer dans le cœur de nos aïeux le sentiment chrétien. Si la loi salique et Agathias vantent chez les Francs la pureté de la foi, il en était, et ceux-là venaient précisément du royaume de Metz, qui n'eussent point mérité un tel éloge. Entrés en Italie, au temps de Théodebert, ils prirent des enfants, des femmes de ceux qui voyaient en eux des alliés, les immolèrent et les jetèrent dans un fleuve, comme une offrande faite à quelle que divinité terrible pour le succès de la guerre qui s'ouvrait. « Ce peuple, dit Procope, est chrétien, mais il observe les rites de la vieille idolâtrie, employant, pour la divination, les victimes humaines et d'horribles sacrifices. » Lors de la conquête de l'Auvergne, on retrouve chez les Francs, cet esprit de pillage sacrilège et de dilapidation qui leur avait fait saccager les églises de Trêves. Grégoire de Tours, en attestant leur conduite dans la guerre, rapporte un fait qui nous les montre tels qu'ils étaient alors au bord du Rhin. A Cologne, dit-il, se trouvait un temple richement orné, les barbares y faisaient leurs libations, mangeant et buvant à l'excès. On y adorait des idoles, on y suspendait l'image faite en bois des membres atteints de quelque mal. Saint Gall l'apprend, vient avec un seul clerc, et pendant l'absence des païens, brûle le temple. Ceux-ci voyant la fumée lever, cherchent l'incendiaire, le découvrent et le poursuivent l'épée à la main. Le saint diacre se réfugia dans le palais du roi. Thierry apprenant ce qui s'était passé, calma par des paroles de paix la fureur des idolâtres et put les désarmer. Plus tard encore, un saint stylite, qui vivait sous Childebert II, vit de même dans le pays de Trêves, la statue colossale d'une divinité des forêts et plusieurs autres simulacres. « Aux alentours, la présence des Francs ouvre une longue succession de violences. Sous leur joug dans le pays d'Arras, les églises se remplissent de ronces et sont livrées aux plus vils usages », par eux encore, dans le nord-est, suivant le récit du moine Jonas, la religion chrétienne avait presque disparu au VIIe. En vain donc, saint Materne, saint Euchaire, saint Valère avaient voué leur existence à l'évangélisation de la contrée, en vain, les barbares eux-mêmes y avaient reçu leurs enseignements et le long séjour d'une cour chrétienne y avait affermi la vraie foi : en vain, comme le montrent l'histoire, la succession épiscopale, les marbres, cette terre avait entendu la parole de Dieu ; un paganisme grossier, une brutale ignorance, s'y étaient battus à la fois ; l'œuvre était à reprendre, et pour ne mentionner que les contrées les plus voisines, près de Mayence, à Carignan, cinquante années plus tard, saint Goar, saint et filaire durent travailler sans relâche à la conversion d'idolâtres assez puissants encore au VIe, pour chasser l'évêque de Worms. Ce fut donc entre des mains païennes que tomba la Rome des Gaules, au moment où s'arrêtent ses monuments d'épigraphie chrétienne. Les maux qu'y ni les barbares, les épreuves que souffrit son Église, se reconnaissent à plus d'un signe. L'histoire n'a, que je sache, rien laissé de précis sur les conséquences religieuses de la conquête franque ; mais les documents relatifs à cette époque semblent, comme les inscriptions, accuser un trouble considérable dans l'Église tréviroise. Depuis saint Agrèce, son quatrième évêque, jusqu'à saint Nicetius, qui fut le quatorzième, et mourut en 568, les dates, la succession épiscopale, s'établissent avec quelque certitude. De ce prélat jusqu'au vingt-quatrième, Aprunculus, mort en 527, les détails historiques et la chronologie entièrement en défaut. Or, ce trouble dans les catalogues correspond à l'âge de l'invasion, à celui où les inscriptions chrétiennes. Anbs évêques de Trêves, Cyrille et Marcellus, réparent les sanctuaires dévastés, brûlés par les barbares. Il n'eurent point seuls à souffrir. Lorsque Thierry s'empara de l'Auvergne, il emmena, raconte Grégoire de Tours, de nombreux Arvernes pour servir dans l'Église de Trêves. C'était apparemment pour relever un culte abaisse par les violences de la conquête franque. La dépression du christianisme dans la Première Belgique à la fin du Ve a peut-être laissé d'autres marques. On ne sait que trop bien quels maux enfantait une irruption des barbares, les églises s'écroulaient, le sang inondait les sols, l'Église était en deuil ; l'épouvante dispersait les pasteurs. Devant les hordes d'Alaric, les Romains avaient fui de toutes parts, saint Augustin, saint Jérôme les virent abîmés en Afrique, en Palestine. La suppression subite des marbres funéraires atteste encore qu'en l'année 410 la ville éternelle avait vu périr ou disparaître ses enfants.
Les fidèles de la Première Belgique, dont les épîtres manquent de même après une invasion, eurent peut-être à souffrir les mêmes douleurs. Il paraîtra sans doute téméraire de voir dans une inscription du Ve retrouvée près de Vienne et appartenant à un enfant de Trêves, la marque possible d'une fuite des chrétiens devant les Ripuaires, on ne saurait toutefois s'en défendre entièrement. Dans la Première Lyonnaise, à Saint-Didier-la-Plain, on a récemment signalé l'épitaphe d'un évêque étranger au pays. Ce personnage se nomme Jamlychus, et son inscription mutilée présente le type particulier à la fin du Ve :
+ t + tmidiluR HOC T V M V L« boivir memorlAE IAMLYCHVS EPs in spe resurre< TION I S P Y K • I A » • • ■ • • • • Il CONS VIXIT ANios |
Il vient de voir que saint Cyrille mourut en 458, c'est-à-dire peu de temps avant la prise de Trêves (464). Son successeur, qui fut témoin de ce désastre, porte précisément le nom gravé sur notre fragment : Jamblichus. L'évêque expatrié dont la Première Lyonnaise possède l'épitaphe doit être, selon toute apparence, celui qui assista à la ruine de sa ville, à la restauration de l'idolâtrie. Environné de Jamblichus, il a sans doute, comme saint Césaire au temps de Marie, comme les évêques d'Afrique sous le joug des Vandales, subi l'exil, après avoir vu sa terre devenue son ennemie. L'Église de Trêves aurait donc ainsi vu, après l'invasion des idolâtres, disperser ses pasteurs et plusieurs de ses enfants, qui vinrent chercher dans la Première Lyonnaise, dans la Viennoise, asile sur une terre romaine et chrétienne. La prise par les barbares d'une illustre métropole va ainsi perdre toutes ses splendeurs, le trouble contemporain dans les siècles, l'envoi de nombreux clercs à son Thierry, la persistance de même, l'attitude de ses adeptes sans le règne, même de ce prince, la brusque et remarquable suppression des monuments épigraphiques, enfin, la découverte dans les environs de Trêves, vous semblent autant de points faits pour attester la désertion par les chrétiens d'une ville venue à la proie des idolâtres. Ainsi les légendes des lapidaires fournissent un moyen de déterminer la date de la conquête franque et d'éclairer une époque inconnue dans l'histoire de l'Église.
XVI. Inscriptions grecques chrétiennes. — Le poète Conrad Celtes déplore l'abandon des vestiges de l'ancienne magnificence de Trêves, et vers la limite du XVe et du XVIe, il mentionne l'existence d'épitaphes grecques :
O quanta vestris mœnibus inelylis
Obliterala est gloria principum.
Viri Treverenses, Mosellœ
Qui gelidum bibilis liquorem
Idola divum vidimus inchjta
Inscripla saxis sub tilulis suis
In plaleis, heu, nullo honore
Marmoreis recubare saxis
Sepulcra ; qrœcis vidi epilaphiis
Inscripta busla ; el starc sub horlulis,
Et mœnibus sacrala functis..
Les anciens collecteurs d'inscriptions et les archéologues des derniers siècles ne nous ont fait connaître que deux inscriptions grecques à Trêves, celle d'Eusebia et celle de Cassianos. Une seule a été trouvée depuis, vers le commencement du XIXe ; elle marquait la sépulture d'un fidèle appelé « AÇiÇoç 'Afpiima originaire de l'Orient, comme tant d'autres qu'on désigne ainsi que lui sous le nom de Syrien.
Sauvai, dans son Histoire des antiquités de Paris, écrit ce qui suit : « Il y a quelque vingt ans qu'au marché des chevaux du faubourg Saint-Victor on trouva aussi quantité de tombes avec des inscriptions grecques que je n'ai pu retrouver ». L'abbé Lebeuf, nous met en garde contre ce renseignement. « Quant aux inscriptions grecques dont parle Sauvai, il paraît, dit-il, qu'elles n'avaient de grec que le monogramme avec les deux lettres A et GO ». Les inscriptions grecques chrétiennes de la Gaule sont des plus rares. Nous avons déjà fait connaître celle de Pectorius, à Autun (voir ce mot) ; on en trouve une à Lyon, trois à Trêves, une à Vienne, une à Apt, dont le caractère n'est pas bien déterminé, une aux Tourelles, une à Marseille et la dernière à Narbonne. Nous ne revenons pas sur l'inscription d'Autun. Celle de Lyon n'est qu'un fragment dont il y a bien peu de chose à tirer :
»f A la ligne de la deuxième ligne, il est probable que nous avons un monogramme du Christ mal déchiffré ou mal reproduit ; à la cinquième ligne, il faut lire probablement : [iixpôv 7rpô^ et ») x.6. On peut traduire ainsi : » Ici repose en paix Cassianus ;{ : fils de Bedsimius (' ?) du bourg d'Adana, qui vécut un peu au delà de vingt-deux ans. » A Vienne, une épitaphe de Matrona, fille de Mokimos 10 et qui est intéressante par certaines survivances du formulaire d'autrefois (fig. 4688) :
« Ev6x xeïtgci èv MccTpcâvoc, Quyé.Tnp Moxîu.o'j, u.&yMTioz 'Pcou.r(ç, ^7aaa 7tXe ;.cù sàx-ttov etï) EÏxca'. xoà ttÉvtc.
L'origine de cette inscription du musée de Vienne, n'est pas connue, mais la nature de la pierre ne permet pas de douter que le monument n'appartienne au pays.
Nous avons ici la mention de la filiation et en outre l'indication d'une charge publique remplie par le père de la défunte ; qu'était-ce au juste qu'un yukyMnoç 'Pcou,7]ç ? Nous ne le savons pas avec précision, et le mot mancipatus qu'on retrouve inséré dans le code Théodosien peut également s'entendre, au dire de Godefroy, du service des postes et de celui de la boulangerie.
Enfin la date de la mort n'est pas mentionnée. Quant à la mention FLAIOGAANOY, qui est certainement une corruption de irXsov SXonov, c'est l'équivalent de ; lus minus.
L'inscription grecque d'Arles rappelle, dans une ville où l'élément hellénique tenait une large place, un nommé Josés ' :
_P. GNOAAH Kl TH ICOCHC AnO kcû
ANOTEPOY KA TOTEPOY
Ce Josès était (i~ô x c'jo.r, ;) du bourg d'Epicium haut-bas. Que cette ville se distinguât en deux quartiers portant les noms de ville haute et ville basse, rien de plus fréquent, mais qu'on fut des deux quartiers à la fois c'est plus difficile ; il est vrai qu'il y aura toujours des gens pour avoir un pied dans chaque camp.
A Sal les d'Aude, une inscription conservée au musée.
4G89. — Épitaphe juive d'Auch.
D'après E. Le Blant. Épigraphie chrétienne en Gaule, 1800, pi. iv. sée de Narbonne, nous y reviendrons :, et à Marseille un autel dont nous reparlerons également *.
Celle-ci est moins connue : elle se trouva quelque temps à Attichy, mais nous ignorons sa provenance ' :
XVII. Les juifs étaient nombreux en Gaule. Grégoire de Tours nous dit que I'- retour du roi Chilpéric à Orléans fut salué par des laissés à la fuis le latin, l'Hébreu et la langue des Syriens*. Cependant les traces d'an hêoloote /.. » aoril i S il par M. !.. Boiter tur les envoyées par MM. Dutevel, Germer-Durand et \fathon, dans Bulletin du Comité de lalangue, 1855-1856, t, m, • i Grégoire de Tours, Ht loria Francorum, 1, VIII, -. i. /'./.. i. i.v\i, cul. l in. • i >•■ Saulcy, dans Complet épigraphiques de ces juiveries sont, des plus rares. A Orléans, où nous venons de voir qu'ils formaient un groupe assez compact au vi« siècle, nulle trace n'est résidée. Les deux seuls monuments qui se soient conservés sont une épitaphe à Narbonne, une légende dédicatoire à Auch (fig. 4689). Parlons d'abord de cette dernière.
Cette inscription est entrée au musée de Saint-Germain-en-Laye ; elle est complète, sauf à la première ligne la lettre finale du mot sancto écrit en abrégé sct(°). Au bas, on distingue les symboles familiers aux juifs, la palme, le chandelier à sept branches, le SchofaT et le mot SChalom (paix) en lettres hébraïques.
M. de Saulcy avait proposé la lecture suivante ' :
In Dei nomine sancto Peleser qui hic. Ben Nid deposilus est cum ipso locoli invidiosi ! Crepen dédit donum ; Jona jecil. elle fut presque aussitôt modifiée par un érudit, M. Laro que :
In Dei nomine sancto Jeliciter deposilus est... oculi invidiosi crêpent ! Dedicatum donum Jona fecel. et M. Canéto lut à son tour :
In Dei nomine sanrto Pelesler qui lii Ben-nid Deus esto cum ipso ! o cœli invidiosi, Crepen dedit donum Jona fecit, qu'il traduisait ainsi : i Au saint nom de Dieu, Pelester qui est ici, fils de Nid, que Dieu soit avec lui ! O cieux jaloux ! Crepen a fait don, Jonas a gravé. < Enfin M. Th. Heinach :
In Dei nomine seto (sancto) pelesler (felicilerl) qui ic (hic) Bennid lis (Deus) esto c(u)m ipso, ocoli (oculi) invidiosi crêpent dedit donttm, Jona leceb (jecit) « Au saint nom de Dieu, heureusement (repose celui) qui est ici, Bennid (Dieu soit avec lui). Que les gens envieux crèvent) a fait don. Jonas a gravé. — l'alx. • Ainsi donc, comme le remarque E. Le Blant, pas de difficultés pour la première ligne, tout le monde est d'accord et il serait bien difficile de ne l'être pas.
Pour la deuxième ligne, il faudrait lire Pelegtr pour Pereger, mutation de r en I dont on reconnaît en Gaule d'autres exemples ; ce nom Peleger sérail une traduction latine du vocable juif (icrsnn.
La troisième ligne est certaine : /).s esto • »<i< : : en continuant sur la ligne suivante, l'acclamation oculi invidiosi crepen(t). La disparition du ( final sur les marbres n'est pas chose rare.
I :l fin de la quatrième ligne et le débul de la cinquième offrent une formule bien connue de Del donum pour dono. Enfin la cinquième J pour de stn> fecit. C'est l'expression de l'homme re. s ;int ri proclamant que tous ses biens sont un don du i ' Elle est d'origine juive Ch, Clermont-Gannei nême recueil, 1870, 17 Fi quatres ■>< France, roi, p. i 16, l 17 ; Le même, IWonumrnl laplaalrt •■ du i ti. Retnach, dans Revue des éludt Don de Dieu). On peut donc lire : In Dei nomine sancto Peleqer.... Deus eslo cum ipso.
Oculi invidiosi crêpent : De Dei dono Jona fecit.
Est-ce une inscription dédicatoire ou une inscription funéraire ? On peut hésiter. Cependant le mot par, à la fin peut aider à soutenir le sens funéraire. De plus la formule de dono dei fecil s'est toujours rencontrée, sauf une seule exception, sur des monuments dédicatoires.
L'acclamation au sujet des yeux envieux est tout simplement une malédiction lancée contre le mauvais œil (voir Amulettes).
La date de l'inscription est ancienne. Peut-être du vn-vm' siècle, la forme du G est exceptionnelle, tandis que O sous cette forme 8 est fréquente à l'époque que nous venons de dire.
Quant à l'inscription de Narbonne (voir ce mot).
XVIII. Survivances païennes. — Des termes empruntés à la phraséologie païenne se retrouvent dans les inscriptions chrétiennes, principalement dans celles qui marquent quelque intention à la poésie. Avec la meilleure volonté du monde, on ne pouvait s'affranchir de tout le personnel et de tout les accessoires mythologiques. Un vieil abbé égyptien avouait à Jean Cassien l'empreinte laissée par les poètes classiques sur son imagination. « Les incitations des maîtres, mes lectures assidues, ont, pour ainsi dire, infecté mon esprit de poésie et de vers. Ces fables, ces récits de combats, que j'ai appris dans mon enfance, la mémoire les remet sans pudeur devant mes yeux au milieu des méditations, des chants sacrés, et, lors que je supplie le Seigneur de me pardonner mes fautes, je revois sans cesse les héros combattant ; l'imagination qui évoque ces fantômes m'empêche d'élever mon âme vers le Très-Haut, et les larmes mêmes de la prière sont impuissantes à les écarter '. » Les formules de nos inscriptions attestent la réalité de ce tableau. Le Tartare, le Styx, les Champs-Elysées (voir ce mot) sont employés couramment par les chrétiens qui n'ont évidemment pas d'autres figures à leur disposition pour exprimer les idées qu'ils veulent rappeler à l'aide de ces mots. Ainsi qu'au code Théodosien nous trouvons, dans plusieurs inscriptions chrétiennes le dimanche désigné par les mots dies solis ; dans une épitaphe métrique, le Seigneur est appelé comme l'était Jupiter : le souverain de l'Olympe3 ; une autre place aux Champs-Elysées l'âme d'une jeune femme dont on déplore le trépas .
Plusieurs siècles après l'apparition de la religion chrétienne, il n'était pas rare d'entendre des chrétiens jurer par Hercule ou par Jupiter, comme ils conservaient les noms des consuls sur les marbres soixante-six ans après la disparition du consulat, et se paraient sur les chartes du titre de citoyen romain dépourvu depuis des siècles de toute signification. Cet excellent Grégoire de Tours conservait dans son langage si fruste des réminiscences virgiliennes. Naturellement les poètes aux en vogue, ceux qui s'aventuraient à une besogne réputée si difficile, ne se faisaient pas faute de répandre à pleines mains les images rassemblées dans leurs cahiers. L'auteur anonyme d'une inscription ne trouve rien de mieux pour dépeindre la béatitude de saint Hilaire que le vers où Virgile célèbre l'apothéose du berger Daphnis 5.
Parmi les marques de l'influence exercée en plein moyen âge par l'antique idolâtrie, « cet héritage qu'à l'aide du diable, les pères transmettent à leurs enfants 6. » nous pouvons parcourir les pénitentiels pour être édifiés. Les pénitentiels du ixe au XIe parlent, ainsi qu'on l'avait fait en 5S9 au concile de Narbonne du jeudi célébré en l'honneur du maître des dieux '. On préparait à certaines époques des repas destinés aux Parques e ; malgré les adjurations de l'Église, la foule continuait à pousser d'assourdissantes clameurs pour secourir la lune en travail ; des chrétiennes invoquaient Minerve ; un grand apôtre de la Gaule croyait à la puissance malfaisante des dieux de l'Olympe 9. Au village de Chouy, près de Neuilly-Saint-Front (Aisne), on a ouvert une tombe antique, chrétienne si l'on en juge par un anneau resté au doigt du mort et qui porte des symboles adoptés par les premiers fidèles : une colombe avec le rameau, une palme, un agneau, un cerf. Dans la bouche du défunt se trouvait une monnaie d'argent de l'empereur Valentinien II. C'était, selon toute apparence, l'obole à Charon qui devait longtemps encore être placée dans les tombes, car l'abbé Lebeuf parlait, au xviii siècle, de paysans des environs d'Auxerre munissant encore de ce tribut les cadavres qu'ils ensevelissaient 10.
XIX. Les formules épigraphiques locales. — Il est toujours vrai de dire et utile de répéter que la chronologie et la topographie sont les deux soutiens de toute histoire digne de ce nom. M. de Longpérier a pu dire à propos de la numismatique que « chaque province eut son style ; » cette vérité s'applique de même à l'épigraphie. À chaque lieu nouveau qu'il visite, disait Edm. Le Blant, l'antiquaire voit varier les formules, les symboles, l'écriture, la disposition, les ornements des marbres et ces dissemblances indifférentes en apparence, méritent d'être étudiées avec soin. Nées parfois de la diversité des temps, aussi bien que de celle des lieux, elles peuvent guider dans la restitution des textes, accuser la nationalité des personnages, l'âge des inscriptions, apporter même des documents pour l'histoire des idées. A Vichy et à Coudes, l'ornementation des épitaphes témoigne de l'existence d'un style particulier à la province.
Deux inscriptions d'Amiens présentent un type commun qui est des plus frappants. Le symbole de la résurrection, l'Arbre reverdissant placé en face de l'Arbre dépouillé par l'hiver appartient aux seuls monuments de Trêves.
Le symbole du Vase se rencontre particulièrement sur les marbres de Vienne.
A Amiens, le monogramme dit constantinien est toujours inscrit dans un cercle, il ne l'est jamais sur les monuments d'Arles.
L'Ancre, ce symbole des premiers âges chrétiens, ne se rencontre en Gaule qu'à Arles et à Marseille. Les caractères runiques se distinguent sur les monuments du nord de la Gaule.
Per et prv figurent en sigles sur les légendes lapidaires de la deuxième Lyonnaise.
Voici dans les différentes provinces de la Gaule les formules typiques les plus remarquables :
Première Germanie :
Mayence : IN HOC TITVLO REQVIESCIT ' ; FELICITER2' Worms : TITVLVM POSVIT3.
Première Belgique :
Trêves : PRO CARITATE « ; PRO AMORE ; TITVLVM POSVIT5 ; HIC IACET ; HIC IACET IN PACE' : PATRES pour parentes '.
Deuxième Belgique :
Amiens : VBI FECIT NOVEMBER OIES XV et semblables8, DEFVNCTVS EST*.
Viennoise :
SVRRECTVRVS IN XPO et formules analogues ; Briord : HVMANITAS ; ABSTVTVS. Briord et Vienne : VOLVNTAS. Vaison et Arles : PAX TECVM. Marseille : RECESSIT, conservé même après que ce mot a disparu du formulaire épigraphique.
Première Aquitaine : *Cou des : TRANSIIT IN ANNOS*.
Première Narbonnaise : Toulouse : REQVIEVIT IN PACE.
Première Lyonnaise - Viennoise : *BONAE MEMORIVS ; APTVS*.
1« Lyonnaise, 2 » Lyonnaise, 2« Germanie, Grande Séquanie, Viennoise, 1 » Aquitaine, 1« Narbonnaise.
Alpes Maritimes : BONAE MEMORIAE, inconnu dans le reste de la Gaule et très peu fréquent à Rome.
1 » Lyonnaise, 1« Germanie, Grande Séquanaise, Viennoise, 1 » Aquitaine : OBIIT, d'un usage général, est peu fréquent à Rome.
TRANSIIT, tout au moins, peu fréquent à Rome.
Si indifférents qu'ils paraissent, ils méritent d'être relevés, car ils attestent l'existence d'un formulaire suivi par les inscriptions funéraires, qui peut aider à classer des inscriptions dont on ignore la provenance.
Ibld., n. 324, 325, 325 a, 330 a.
Voir plus loin.
Ibld., n. 379, 382, 383.
Ibld., n. 371.
Ce fini est particulièrement curieux, c'est le soin que les hommes de ce temps prenaient, comme nous le voyons, de rédiger eux-mêmes leur épitaphe ou bien de faire insérer dans celle qu'on leur préparait la formule caractéristique qu'ils savaient bien ne jamais ou presque jamais manquer sur les tombes de leurs concitoyens.
Et cela même ne leur suffisait pas toujours.
Parfois, c'est un symbole qu'il leur aura fallu de décrire afin de permettre au lapicide de le faire figurer sur l'épitaphe qu'on lui commandait.
Par exemple, sur la tombe d'un civis mediomalricus enseveli à Bordeaux : il a fait représenter la figure très caractéristique d'un personnage debout de coffret à anses.
Il peut arriver ainsi qu'un fragment dénué d'intérêt prenne une sorte de valeur.
Par exemple, sur un fragment trouvé à Narbonne, on lit à la dernière ligne : *5 NN LIVBANI RISS, qui doit s'entendre : anno MNl LIBANI R(e)GIS* ; et l'on sait que les marbres de la Première Aquitaine indiquent fréquemment la date du règne des souverains wisigoths.
C'est donc ici l'an 568, deuxième année du règne de Libani.
L'inscription de la Viennoise, trouvée à Revel-Tourdan, va nous montrer l'importance du formulaire local (fig. 4G90).
* HIC REQVIESCET IN PA CE BONE MEMORIAE GVN DIISCLVS IN SPE RESVRRE 5 XIONIS MESERECORDIAE XPI Q VIXIT IN SECOLO ANNVS LXÇIII OBIIT IN XPO XS KAL • FEBRVA_RIAS SP ! CON BASILI INDI XI.
Le pays voisin du Rhône, près de Lyon, offre une formule particulièrement intéressante.
Saint-Romain-en-Galle : SVRReriiinis DIE CAELO CVM VENERIT AVCTOR (Le Blant. Inscr., n. 398).
1 Vienne : SVRRICT VRA CVM (dies) DNI ADVENERIT.
EXXAMENOY (epxopivoû), n. 115.
RESORGE IN CHRISTO, n. 418.
RESVRRECTVRVS CVM SANCTIS, n. 119.
RESVRRECTVRVS IN CHRISTO, n. 127.
RESVRGIT IN XRO DNO NOSTRO, n.
RESVRRECTVRA IN CHRISTO.
Grenoble : In spe resurrEXIOnis misericoRD\ AE Christi, n. 470 a.
« IN SPE resurrectionis, n. 470 b.
Saint-Germain-du-Plain : In spe resurrecj I O N I S, n. 661.
Aucun marbre de nos provinces ne reproduit cette formule, qui n'a pu naître et se localiser ainsi sans raison.
L'affirmation à la croyance à la résurrection de la chair se présente contre la contradiction formelle jetée à une négation de ce dogme.
Or, nous savons que le gnosticisme en général niait la résurrection des corps et n'admettait qu'une résurrection spirituelle.
Le gnostique Marcos, chef de la secte des marcosiens, vint en Gaule et séduisit beaucoup de fidèles, notamment les femmes, particulièrement celle du diacre Asianus, dont il fut l'hôte.
Par lui et par ses disciples, l'erreur grandit dans la Lyonnaise et provoqua les réfutations de l'évêque saint Irénée.
Il écrivit un ouvrage en grec pour confondre les gnostiques et défendre le dogme de la résurrection, auquel le cinquième livre de son ouvrage est presque entièrement consacré.
Cet écrit reçut un honneur alors assez rare, et qui témoigne de l'intérêt qui s'attachait aux questions traitées par l'évêque ; il fut l'objet d'une traduction latine.
L'espérance de la vie future s'affermissant chez nos pères et se proclamant hautement dans la Lyonnaise, les païens s'en irritaient, et nous savons que les persécuteurs faisaient réduire en cendres les corps des martyrs ou bien les faisaient précipiter dans le fleuve, afin qu'il n'en restât pas trace et qu'ainsi la croyance en la résurrection ne pût se soutenir.
Les tombes de la contrée conservent l'expression de la croyance.
Autour des lieux où se rencontre la formule in spe resurreclionis, il n'est pas rare de rencontrer la représentation de Daniel, qui est comme l'illustration de ce dogme (voir Daniel).
XX. Inhumation dans les sanctuaires. — Voir Dictionnaire, t. i, au mot An sanctos ; Amen des, dans le droit funéraire.
XXI. Formules liturgiques. — Elles sont assez peu fréquentes dans l'épigraphie de la Gaule.
Une inscription d'Aoste rappelle la parabole des dix vierges (fig. 4691).
On relève la même allusion sur un marbre de Jouarre : Cenabii hujus mater sacralas deo vir.... tes oleumcum tampadibus prudente... lias occurirc Christum...
Les formules liturgiques sont plus fréquemment employées dans les inscriptions d'Italie et dans celles d'Espagne.
Dans le Vivarais, au village d'Arras, une inscription débutait par une formule empruntée à un texte sacré : Sur un fragment lyonnais, nous lisons VT INTER ELECTV-, qui rappelle l'antique formule : Ut., inter eleclos ju béas adgregare.
Les prières contiennent fréquemment l'expression placere Deo qu'elles empruntent au langage biblique.
Si l'on en juge par les rapprochements qui précèdent, ce serait d'elles que les inscriptions tiendraient encore cette même formule : PVELLA DEO PLACITA : QVI PLACVERE DEO DICTIS FACTISQVE SVPREMO.
Pour le même motif, on pense reconnaître sur deux épitaphes de Bainson et de Marseille des fragments de psaumes, chantés aux funérailles ; voici l'inscription de Bainson : Il semble que nous ayons ici un emprunt ou du moins une réminiscence du psaume iv, 9, 10 : In pace in idipsum dormiam et requiescam, quoniam tu, Domine, singulariter in spe constiluisti me.
La basilique de Saint-Martin à Tours offrait un certain nombre d'inscriptions dans lesquelles chaque mot pour ainsi dire rappelait le texte des offices consacrés au grand thaumaturge.
n. 242, 3 122. On lit Vota borne memoria Mannonts liber »■' sepulaum Augendi oblatus. \..« I note 'J- 'P. Méi ' !l • • Lu, n • ■ et les formules d'un marbre de Vaison se retrouvent sur d'autres monuments funéraires ' :
Épitaphe de Vaison ADIVNCTA PIETATE MODIS IVSTISSIMA SANXIT PATRICIVS PRAESVL PATRIAE RECTORQVE VOCATVS LARCVS PAVPERIBVS PARCVS SIBI DIVES ECENIS » QVAM CVM POST DECIMVM RAPV1T MORS INVIDA LVSTRVM ■ Sur quatre monuments de Briord, nous lisons : ABSTVTA PASSI1NS DVLCISSEMA APTA s ABSTVTVS ARCVS DVLCISSIMVS APTVS « ABSTVTI PASS1INS DVLCISSIMI APTI >° ABSTVTVS PASSIINS DULC1SSEMVS APTVS » La première des légendes qui portent ces mots est en prose ; les trois autres sont écrites en vers ou composées de lambeaux métriques. Pour ces dernières, l'hexamètre que représente cette série d'épithètes pèche contre toutes les règles prosodiques ; pour la troisième, l'adjectif passiins s'accorde mal avec les pluriels qui l'entourent. Ces lourdes erreurs, comme le fait remarquer Edmond Le Blant, ont leur prix, car elles accusent l'imitation d'un modèle commun où figurait un hexamètre que la combinaison des quatre textes semble permettre de restituer ainsi :
Astatiis, largus, paliens, dulcissimus, aptus.
Une inscription funéraire de Briord, faite pour deux époux, mais copiée sur une pièce dédiée à un seul personnage, accuse de même l'imitation. Les mots QVI FVERVNT INSIGNIS MERITIS nous ramènent à l'hémistiche qui fuit insignis merilis, comme la phrase TRANSIERVNT AD VERAM REMEANS E CORPORE VI TA M qui garde du modèle le verbe au singulier, redevient un vers par la simple substitution de transiit à transierunt l-.
Il va sans dire que les poésies épigraphiques étaient copiées et malmenées avec un entrain infatigable. Cette pratique se comprend d'autant mieux que l'on s'offrait le luxe d'une pièce de vers et qu'on pouvait y introduire les plus énormes barbarismes, bousculer le rythme sans la plus légère inquiétude, quel lecteur eut été capable de relever les énormités dont le morceau était parsemé. Et ce procédé fut longtemps en honneur. En 1062, on inscrivait sur l'épitaphe de l'évêque de Sens cet hexamètre gravé sur la tombe de Tetricus 13 :
Summus amor regum populi decus urina parenlum.
Peut-être est-il possible de retrouver la trace des anciens formulaires d'épigraphie. Un formulaire latin du XIe provenant de l'abbaye de Reichenau, contient, parmi divers modèles, cette légende épigraphique « :
Hane quiquc devoti convenitis ml aulam Poplilibus que flexis prupiatis ad ciram Cernile conspicuum sacris sedibus allas Gerultus quod condidit lamina nitent 5 Virgines quod conde cet almo podori Sub que volo Maries intulil in aulam Hic agni cruor caro que propinatur ex ara Cujus laclu h^ijus sacrantur lamina axis Hue quicum que cum prece penelralis ad arcem. 10 Dicile rogo aime miserere Gerollo Titulo qui luti ornât Virginis templum JEthereo fruatur sede felix in tevutn.
Sur les marges d'un glossaire du même siècle, une main contemporaine a tracé des formules et des modèles divers, parmi lesquels figure une épitaphe ls :
Vir pielale probus Verecundi nomine diclus Insignis clarus diviciis que plenus Quas bene dispensons cœlestis culmina regni.
Mercatus petiit conjuge cum propria 5 Vir februi octonis prsereptus morle kalendis Decessit sequitur née mora post obitus Nobilis uxoris Gerberga fuit vocitata Ha'e eliam quinis morte obiit numéro.
Cette réunion à des modèles semble assigner une même destination aux deux pièces qui précèdent : peut-être fait-elle connaître en même temps l'un des usages des anciennes collections d'épitaphes métriques latines, textes le plus souvent médiocres et recueillis sans aucun but historique.
XXIII Inscriptions métriques. — Au premier rang des pièces composées à l'aide de formulaires il faut compter les inscriptions métriques. Ici il faut renoncer aux citations qui nous entraîneraient trop loin, nous verrons cette question en parlant des anthologies d'inscriptions (voir ce mot).
L'un exemple suffira. Beaucoup d'hommes s'intéressaient au moyen âge à ces vieilles épitaphes versifiées, ils en composaient des recueils et même ils y apportaient toute l'attention dont ils étaient capables. Mais en même temps ils avaient grand soin de laisser à l'écart les indications historiques ne recherchant que le texte métrique. Un manuscrit du XIe contient une inscription correctement copiée dont l'original a été retrouvé à Verceil. Le copiste avait pris soin d'omettre cette mention chronologique 1G :
Il en est presque toujours ainsi pour les textes métriques conservés dans les sylloges du moyen âge.
Nous en trouvons un exemple en Gaule.
L'église Saint-Pierre à Vienne en Dauphiné s'élève sur l'emplacement d'une basilique des premiers siècles ; vers le milieu du XIXe, elle était encore occupée par un atelier de forge. Incessamment ébranlés par la percussion des machines, les murs de la nef se dépouillèrent de l'enduit qui les recouvrait, et des portions largement dégradées laissèrent voir à l'intérieur de mauvais pilastres de plâtre, les fûts de belles colonnes romaines. A la suite de réparations et de recherches, le pavé donna plusieurs fragments d'épitaphes de sarcophages et, au niveau du sol antique, une sépulture recouverte de son inscription '.
Parmi les débris un remarque le reste d'une dalle de marbre OÙ se lisent les trois lignes suivantes :
PLACEAT GEMIRE QVOD CELEBRARE • • •
NOVIES PC BASILI V CC IND XII
ne contient le milieu d'un pentamètre qui Qguxe sur une épitaphe insérée sans indication de provenance, dans un manuscrit du IVe -. et consacre à Sylvia, mère du patrice Celsus qui commanda des armées de Gontran. Connue on rencontraient souvent une même pièce sur la tombe de différents personnages, on pouvait hésiter à attribuer le débris de Vienne à la tombe de Sylvia. Cependant la tombe a été retrouvée dans l'une des villes d'Outran et la date du fragment se rapporte à l'époque où la mère de Celsus a pu mourir. Incomplète à son début, la ligne... NOVIES PC BASILI ne pouvait présenter sur ce point que le nombre dix ou l'un de ses multiples ; or, tricies répond exactement à la douzième indiction et, d'après la méthode victorienne suivie alors pour la supputation des postconsulats, ce chiffre nous reporte à l'an 579. Or ce fut en 562, que Celsus fut patrice et l'épitaphe nous apprend que Sylvia, morte à soixante-dix-huit ans, vit son fils revêtu de cet honneur.
A côté de ces simples concordances, nous rencontrons un élément de certitude. Par un mode de supputation employé quelquefois aux premiers temps du moyen âge, le texte métrique annonce que la chrétienne mourut il y a... lignes de prose qui terminent le fragment retrouvé reproduisent cette mention en énonçant, suivant la forme antique, que Sylvia est morte le 7 des ides du même mois. Toute raison de doute disparaît dès lors, il d'après la comparaison des monuments, dont l'un trouve de même dans les fouilles de Saint-Pierre donne la formule CUÏUS I I. iilus iuni> uuvons ainsi compléter l'épitaphe de Sylvia :
Quisquis Iini/im sortilur munere seclum ;u /lutins proditur Me suo Cuncla que mundano currentia tempi Vel bona probra mimai morte cadunt ô Phœbus nempe nilens merila producitur ortu. Si promis claro clnuserit orbe diem Consulibus alavis pollens hic Siloia corpus.
Terrenum liquit ccelica régna /miens Insignis gemino vite quœ sidère fulsit in Culminibus se< In religione I >■ o Nalorum splendore potens subfulla vigore Gaudebat posta.se reparasse / i 'nde sacerdolii claro dotatus honore i.i celsum meru.it cernere Palricium \'i Ter quinum rapida vergebcnl lempora luslrum l'A super adjeelus tertius annus erat Martius aurait redimilus sydere oeris Nono sole micans prœmia lanta tulit ll.r, suprema dits coelesti un limine prima 2o (jtmni rapuit seclo hanc dnlit ipsa polo Pignora désistant lacrimis planctu que graoarl Non plrn eal gémi :■■ quod • i et.
On peut à la suite ajouter notre main de Vienne :
XXIV. Inscription ; \r. — L'épigraphie de la Gaule chrétienne est principalement funéraire, cependant nous avons conservé un certain nombre de textes destinés à la décoration monumentale et n'ayant pas un caractère exclusivement funéraire. Un de ces petits poèmes e pus, par l'ortunat et ailn.lius. évêque d'Autun, nous apprend qu'il ne s'agit pas d'un simple exercice littéraire, mais d'une composition épigraphique destinée à être lue en couleurs sur les parois d'un vestibule : Si : hoc opère paricli conscripto, pro me osliario picturt vel veslibulum '. Paulin de l'Ériqueux se plut lui aussi à ces destinées à la décoration des sanctuaires. Fortunat s'y intéressa particulièrement et ses ouvrages en comptent un bon nombre. Nous avons même conservé une inscription dont la destination est certaine : In cellulam simili Martini ubi pauperum r-sliil, ro gante l On ne saurait songer à comparer Damase et Fortunat ; cependant tous deux ont eu le goût et le sens de l'épigraphie murale, tous deux nous ont laissé des textes qui font partie de nos richesses d'archéologie chrétienne. Paulin de Nole, Sidoine Apollinaire et Venance Fortunat avaient célérence de s'être appliqués à leurs compositions épigraphiques pour vouloir les conserver à la postérité et prendre soin de les insérer dans leurs œuvres. Leurs contemporains lisaient ou épelaient avec quelle peine ces textes dont toutes les allusions ne devaient pas être saisies, mais ils savaient, par contre, y apercevoir des renseignements historiques ou traditionnels qu'il nous est plus difficile d'entendre aujourd'hui. G] l'ours, tempérament d'historien, toujours aux aguets pour remplir cartons de mites à introduire dans ses ouvrages, parfois transcrit ces inscriptions et invoqué leur témoignage. Les anciens éditeurs Brower e1 Lui les commentateurs de Fortunal n'ont vu dans ses compositions métriques epilaphia, elogia, etc., que de pures descriptions. l'.dniond Le Blant s'est inscrit en faux contre cette interprétation et il a accueilli, en conséquence, ces textes épigraphiques parmi ceux de la Gaule. Le nom sous lequel on désignait assez couramment ces sortes de pièces, epitaphium. n'a pas le sens strict que nous donnons aujourd'hui à ce mot ; il peut désigner un éloge ou une seule d'O funèbre très étendue, mais ici encore il ne faut pas introduire une règle stricte là où elle n'a pas existé.
Une inscription tumulaire retrouvée sur son monument encore debout, compte cent dix-neuf vers Damase aimait la brièveté, et pour cause, car sa muse était bien sèche et sa provision de vers bien modique. Fortunal était moins chiche et il prodiguait ses compositions qui ont été transcrites ; tombes, sur les porches et sur les parois des basiliques.
Une partie de son œuvre épigraphique est à la gloire de saint Martin de Tours et à la demande de s. Ces inscriptions auront naturellement leur place lors que nous étudierons les souvenirs du grand thaumaturge ; nous ne tirons ici que les mentionner rapidement. La pièce composée pour la cellule de saint Martin, comme le texte de plusieurs autres or et l'in ; er : ce qui est une formule : épigraphique ; rencontre d'analogues dan - 1. l ',.■. itlon mit Martin l'avant-dernier distique, est également familière aux compositeurs d'inscriptions :
TV QVOQVE QV1 CAELIS HABITAS MARTINE PRECATOR PRO FORTVNATO FER PIA VERBA DEO
Il est probable que, curieux comme il l'était, Fortunat avait eu le souci de connaître ce qui se gravait sur le marbre ou s'écrivait en mosaïques dans les basiliques de Rome, c'est ce qui explique que certaines rencontres d'expressions qui ne semblent pas pouvoir s'expliquer par de simples coïncidences. Trois pièces consacrées aux basiliques de Tours, d'Auch et de Saintes débutent ainsi ' : et qui trouve sa réplique dans le début de l'épitaphe du pape Benoît III 3 ;
Quisquis hue propêras Chrislum pro crimine poscens.
Il existait ainsi une sorte de fonds commun où s'approvisionnaient ceux qui tentaient la difficile aventure d'écrire quelques vers. Les idées et les mots, les tours de phrase s'empruntaient avec la pensée qu'on serait copié soi-même. L'église de Primuliacum dans la seconde Aquitaine et celle de Noie en Campanie portaient le même distique que :
C'est sur l'archivolte de l'église de Mozac, près de Clermont, qu'un pèlerin de Tours a fait graver deux vers empruntés à deux pièces différentes qu'il avait copiées à Tours * :
INCREDIENS TEMPLVM REFER AD SVBLIMIA VVLTVM INTRATVRI AVLAM VENERANTES LIMINA XPI
On a trouvé à Belcodène, près de Marseille, trois débris d'une inscription carolingienne gravée sur une pierre épaisse où se lisent les mots suivants '* :
1° 2° 3°
QVILAGRI PRECES IANVA TEMPLI + HOCOPVS B PAX EGRE
M. Albanès a reconnu dans ces fragments la reproduction des cinq premiers vers d'une légende murale écrite au VIIe, par l'évêque saint Eugène, pour une église d'Espagne. L'inscription de Belcodène débutait donc ainsi :
+ ECCE DOmus domini QVE DVCIT adatria cœli cordibus
Les compositions métriques de Fortunat furent mises de même à contribution. Venantius Fortunatus ■,i ; !.. Le Blant, Nouveau recueil, a. 206-209. — habendus est inler aucunes primarios lilterulurœ, ut ila dicam epigraphicœ christianœ 7, écrit M. de Rossi, et en effet, une légende gravée au VIIIe sur une église de Wessex, est formée de morceaux empruntés à deux poésies composées par cet évêque. Dans l'un de nos anciens manuscrits, la première est précédée de ce titre : Item versus inEcelcsia nova Parisius ».
En même temps que des pièces destinées à être peintes ou gravées sur les parois des édifices Fortunat nous paraît avoir écrit des épitaphes métriques« .
XXV. Fautes de transcriptions. — De ces fautes on dresserait tout un glossaire : les unes intentionnelles, et ce sont les plus rares, les autres involontaires. Nous savons par une recommandation de Fortunat qu'il se défiait des petites vengeances des lapicides qui, vexés de voir dédaigner leur formulaire, recevaient commande d'un texte tout nouveau. Ils semaient dans ce texte quelques fautes qui naturellement tombaient à la charge du versificateur. Mais le cas le plus fréquent tenait à l'ignorance ou à l'inadvertance des graveurs. Ceux-ci ne comprenaient pas, le plus souvent, ce qu'ils écrivaient ; un mot estropié, un mot oublié, une lettre changée ne les troublaient en aucune manière ; le client était-il satisfait ? on l'ignore. Sans doute, les lapicides travaillaient « à la pièce » et savaient qu'on serait toujours obligé de recourir à eux. Nous avons déjà rappelé quelques-unes de leurs bévues ; le mot tanto inséré à la place d'un chiffre ou bien cette mention inintelligible transiet idas kalendas novenbras. On en a donné déjà plusieurs exemples.
Mais, ainsi qu'il faut s'y attendre de la part d'ouvriers aussi ignorants, ce sont les textes métriques qui sont maltraités au point de devenir parfois méconnaissables. Nous avons déjà cité ces quatre monuments de Briord où se lisent avec des variantes les mots : ce qui permet de reconstituer le vers de la façon suivante ;
Astulus, largus, patiens, dulcissimus, ciptus.
A Briord encore, où il semble que les habitants avaient un goût bien vif pour la poésie, une épitaphe métrique a peu près supportable au singulier a été mise au pluriel et on devine ce qui en est résulté :
VTILITAS EVRVM LAVDANDA NEMIS MIRANDA V0L0NTAS
n'est que la déformation de ce qui suit :
Qui fuit insignis meritis...
Ulilitus loudanda nimis miranda voluntas.
Transiil ad veram remeans e corpore vitarn.
On a peine à croire que ceux qui copiaient ou que ceux qui imaginaient ces adaptations pouvaient être encore en état de distinguer les vers de la prose ; mais l'habitude devait se transmettre et, au XIe, l'hexamètre d'un éloge funèbre.
Régula quod dut habens vocitamen domnus et abbus est travesti de la façon suivante :
Régula quod dat Italiens vocitamen domnus Basilius et abba ' ».
I RANCE.
I
Bien exceptionnelles sont les transcriptions, on n'ose « lire correctes, ce serait trop demander, nuiis encore reconnaissables. L'inscription de la Gayole nous montre le Seigneur désigné par l'épithète que Virgile donne à Jupiter : Reclor Olympi '. Une inscription d'Arles épitaphe de l'évêque Hila
ANTISTES 00MINI QVI Paupertalis AMOREM es PRAEPONENS AVRO RAPVIT CaelesliA RECNA es HILARIVS CVI PALMA 06ITVS El pidere XPS es CONTEMNENS FRACILEM TERrenl C0RP0RIS VSVM rj HIC CARNIS SPOLIVM LIQVIT A,/ ASTRA VOLANS es SPREVIT OPES DVM QVAERIT OPES MORTALIA MVToxu es PERPETVIS CAELVM DONIS TERRESTRIBVS EMIT es CEMMA SACERDOTVM PLEBISQVE ORBISQVE MACISTER es RVSTICA QVINETIAM PRO XPO mania SVMENS es SERVILE OBSEQVIVNI non DEDICNATVS ADIRE es 0FF1CI0 VIXIT MINIMVS ET CVLMINE SVMMVS es _ NEC MIRVM SI POST HAEC MERVIT TVA LIMINA XPE es ANCELICASQVE DOMOS INTRAVIT ET AVREA RECNA es DIVITIAS PARADISE TVAS FLACRANTIA SEMPER es CRAMINA ET HALANTES DIVINIS FLORIBVS HORTOS es SVBIECTASQVE VIDET NVBES ET SIOERA OELI es
Le troisième vers est calqué sur ces nuits de l'épître aux Philippiens, i. 21 : Mini enim oioere Chrislus est cl mori lucrum ; le dernier hexamètre reproduit celui dans lequel Virgile chante l'apothéose de Daphnis *.
XXVI. Acrostiches. — Nous ne reviendrons pas ici sur les compositions acrostiches dont nous avons donné des exemples en p irlanl de ce mot {Diction., t. i, col. 369 370).
XXVII. Graffites. — Voir ce mot.
XXVI IL Vie chrétienne. - Tant de traits curieux mais épars conservés par les inscriptions permettent de retrouver quelques aspects de la vie chrétienne ; les de notre ère. Nous les voyons dans toutes les circonstances, toutes les altitudes. Les voici visites dans le sommeil par des apparitions éblouissantes et, sur le commandement des saints, fondant, relevant les ■ s :
NOCTE S0P0RE LEVI CVIDAM VENIENTE MACISTRO INSTAVRATOREM TE DOCET ESSE SVVM«
DIVINIS FLAMMEIS VISIONISFREQVENTER ADMONIT ET VIRTVTIS MACNAE MAI IESTATIS MARTYRII CAELESTIVM VIRCIN IMMINENTIVM EX PARTIB • ORIENTIS EXSIBITVS PRO VOTO CLEMATIVS VC DE PROPRIO IN LOCO SVO HANC BASILICAM VOTO QVOD DEBEBAT A FVNOAMENTIS RESTITVIT \ ni, i lux toits de métal, brillants de marbres, « le vitr aux, d'or, étincelants de mille lumières :
Le Blant, Nouveau recueil, n. 331. Le i làat, il. trucript., n. 580. ■ • Ibtd., n. 6' 1 ibld., n. 54. — ' Ibtd., n. 18 iivsnis.crv/i/.i \. i i ;. Le Blant, Ibld, n. j 16 sanctuaires ou les fidèles venaient dormir comme taisaient les païens au temps d'Esculape, dans l'attente de quelque vision qui leur apporterait la santé • ; voici le peuple se pressant aux funérailles : HABVIT TALEM CVM OMNEBVS VITAM VT FVNERIS SVI EXSEQVIAS PRAESENTIA PONTIFICIS AC SACERDOTVM CLERIQVE ET PLEBIS MERVERIT CVM LAMENTATIONE ET LAVDEBVS HONORARI IC ; chantant des psaumes que désignent nos marbres « ; voici les tombes miraculeuses 1J :
QVI QVAQVA CREBRIS OSTENTET MAXIM, s/ffnis- • • le démon cliassè » :
MARTYRIS ADVENTV DAEMONIS IRA FVCIT les mala des guéris « :
QVI LEPRAE MACVLAS MEDICATA PER OSCVLA PVRCAT les morts ressuscites 1S : les chants sacrés que répète un double chœur » : les ruines des macérations acceptées par les puissants du monde :
OCCVLVIT LAETO IEIVNIA SOBRIA VVLTV SECRETEQVE DEDIT REGIA MEMBRA CRVCI«
HVIC VICTVS TENVIS » SAEPE GEIVNA «
les jeunes filles repoussant les riches alliances afin de suivre l'Époux céleste - »
OB QVAM MAGNA PATREM PREMERET CVM TVRBA PROCORVM ILLA DEVM LEGIT FELICIORE TORO
les veufs, les veuves lui consacrant le reste de leurs jours :
CONIVCE DEFVNCTO CONSOCIATA DEO
« VTÔVITATIS FRVCTIBVS--
»CÛNNVBIO IVNCTVS SIMILE SED CONIVCE RAPTA STANS IN AMORE DEI NON FVIT ALTER AMOR -
« cvlvS CASTVS AMOR COLIT IPSA SEPVLCRA MARITI NEC PLACITVRA HOMINI SED DEDIT ESSE DE ! ' les époux vivant en chasteté :
QVORVM VITA TAUS fuit ut lin QVENS CONIVX MARITVM XX Annos EXCEDENS IN CASTITATE PERPEtiia PERDVRARET-'
Voici encore nos pères rachetant les captifs par les invasions : répandant de nombreuses dotations les i pour rapporter à Dieu, c'est ce que l'on tenait Ibtd., n. 31 •• Nou ■I Ibtd., n. 126. Ibtd, n i.
» Ibtd. n. 648. Ibtd., n. 191 accueillant, secourant les veuves, les orphelins, les exilés, les voyageurs :
HVNC MERVIT VENIENS EXVL HABERE PATREM '
PATER ORFanorum5 invoquant les saints, les martyrs :
ANNVE PRECIBVS NOSTRIS INVOCATVSQVE MEMENTO '
avec lesquels les justes ressusciteront pour prendre place près d'eux dans le ciel :
RESVRRECTVRVS CVM SANCTIS '
A TERRA AD MARTYRES'
INTER SANCTIS ■
léguant par testament la liberté à des esclaves :
HIC RELIQVIT LEVERTO PVERO NOMINE MANNONE PRO REDEMTIONEM ANIMAE SVAE'
RELIQVIT LIBERTVS ID EST
Les temps s'avançaient et l'un ne pouvait trop se réjouir d'amasser par les bonnes œuvres les seuls trésors impérissables » :
MISERE AD CAELOS QVAS SEQVERETVR OPES
car chacun le redisait alors, la fin de ce monde était prochaine « ' :
EXPECTANTQVE DIEM NVNC DOMINI PROPERAM.
On était là, du reste, il faut le dire en pays de mauvaise tradition. En 1731, à Saint-Irénée de Lyon, des ouvriers, pratiquant une tranchée pour poser des conduits, découvrirent un cimetière qui fournit à la loi des marbres funéraires païens et chrétiens. « On aperçoit, dit un témoin de la fouille, plusieurs autres tombes engagées à droite et à gauche du canal, mais on ne les suivait pas pour ne pas faire de trop grands écarts ; on se contentait de tirer ce qui se trouvait dans le chemin tracé pour la conduite des eaux. Tout fut donc volontairement abandonné, et pourtant la plus grande partie des marbres découverts par hasard, dans cette fouille si féconde, portaient des mentions chronologiques, et parmi eux se trouvait la première de nos inscriptions chrétiennes datées. De vieux monuments ont été délaissés ou voués à de vils usages. Des épitaphes, dont l'une couvrait la tombe d'un évêque, ont été mutilées, puis employées à broyer les couleurs ». Un marine daté, qui atteste l'ancienneté du culte de sainte Agnès en Gaule, a servi de table aux ouvriers d'une ferme ; on y retrouve à peine quelques mots. A Lyon, Edm. LeBlanl trouva deux épitaphes placées dans un dallage, dans les marches d'un escalier de jardin ; l'une d'elles est des plus connues et des plus antiques. A Aosle, deux inscriptions célèbres encastrées dans la façade de l'église, ont disparu sous un recrépissage. A la Terrasse, une autre est perdue au milieu des matériaux d'un mur. A Briord, deux pierres inscrites servent de banc à une habitation, de seuil à une cave ». Lors que manquent les originaux, des copies nous restent parfois, mais quoi qu'en ait dit Muraton, elles peuvent rarement les remplacer. On le voit aux différences extrêmes des transcriptions faites d'après mes marbres, au peu de ressemblance des anciennes copies avec les monuments retrouvés. Néanmoins, ceux qui ont conservé ces débris, ont rendu service, encore qu'ils n'y aient pas apporté toute l'application désirable. Trop souvent ils ont interprété au lieu de copier et rejeté les débris qu'ils jugeaient inutiles, dont nous eussions tiré parti.
XXX. LA LANGUE DES INSCRIPTIONS DE LA GAULE
La distribution et les exemples qui vont suivre sont empruntés à l'étude de M. J. Pirson, La langue des inscriptions latines de la Gaule, dans la Bibliothèque de l'Institut de Philosophie et Lettres de l'université, fasc. xi, 1901. Nous restreignons les exemples à la langue chrétienne et à quelques spécimens pour chaque type.
L'a tonique a pour ainsi dire conserve intégralement sa valeur durant toute la période latine : ce n'est qu'à la fin du ix siècle, dans la cantilène de sainte Eulalie, qu'on note le changement di Voit Dictionnaire, t. n, au mot Cantilène. Sous l'influence de phonèmes environnants, i s'est transformé tantôt en e, tantôt en o dans quelques textes d'origine vulgaire. De là les formes correspondantes : ajoutons à ce nom propre AGNERICVS, dans lequel n est devenu e sous l'influence de i. E. L'assimilation des sons e et i est fréquente dès le début ; la tendance s'est accentuée toujours davantage et les exemples pullulent. En voici pour l'e tonique libre : fit • i ficerunl, fidililer, confeti', monisliriumi ; eclisia ; il faudrait naturellement citer des noms propres : ASCLIPIVS, MVMMOLINVS. - L'e tenue entravé aussi est fréquemment rendu par i ». L'exemple le plus frappant est requiis cet, contracté ensuite en requiscei et devenu comme tel la formule normale des inscriptions chrétiennes Requiiscit, requiscit, requioil, requibit, quiisctl ; et pour d'autres exemples : adoliscens, minsis. L'i n'a ici qu'une valeur orthographique ; on ne prononçait pas / à l'époque mérovingienne, puisque la majeure partie des langues romanes, notamment le français et le provençal, ont conservé un son e ou un son dérivé de e. Ces graphies prouvent simplement que l'e était très fermé. L'e latin aurait donc atteint aux V et VI siècles l'étape à laquelle nous arrivons dans les formes mi, quid, sil, dift, podir, Serments de Strasbourg, en 842. Toutefois la prononciation e reste douteuse et même assez peu probable dans certains cas.
L'e bref et l'e long du latin classique se distinguaient surtout dans le latin vulgaire par une différence de qualité, l'e bref avait un son ouvert (rendu parfois par e vulgaire). L'e bref tonique libre devient e dans une foule d'exemples : adsedua, la il pour iicel, menu lis, letulum, uteletas, veri. Il est rare que l'i bref tonique et libre soit rendu par e comme dans VIGELIA, et l'i bref tonique entravé devient t dans ancella, quinnta, enox, etc. A l'exception de quelques formes, l'altération de l'e et de l'i est pour ainsi dire propre aux inscriptions chrétiennes qui les confondent très souvent, ce qui prouve qu'aux ve et vi siècles, l'orthographe assimile entièrement ces deux voyelles. L'i long tonique est parfois devenu e, mais rarement : LOPECENA ; le langage populaire emploie pour liic cl nesi pour nisi, épaves d'une ancienne tradition attestée par Varron et par Cicéron qui n'a rien de spécial à la Gaule.
Les inscriptions chrétiennes de la Gaule se distinguent par la permutation fréquente de o et de u bref toniques, qui se produit dans des conditions semblables à celles de l'e et de l'i. Dans nos inscriptions, comme dans tous les textes de l'époque mérovingienne, c'est l'o qui est transcrit le plus souvent par u : amure, cfuiure, hue, oclubi is. Cet usage de transcrire par u l'o fermé et l'o ouvert, devenu o fermé, provient évidemment de l'assimilation de u bref et de u long dans le latin vulgaire. Il ne s'est guère généralisé que dans les inscriptions chrétiennes et dans les textes mérovingiens. De là, il a passé aux gloses de Cassel (vii siècle) et aux Serments de Strasbourg. Alternance de u pour o comme de o pour u ; l'exemple le plus fréquent de ce phénomène est le mot tumulus dont la forme normale sur les inscriptions est tumul, et on trouve pour uxur, resorge et des noms propres. La forme n'ollre rien de remarquable, tandis que la forme sous mérite attention. Il semble que le rédacteur ou le sculpteur a voulu donner à cet o tonique une valeur culière, car c'est le seul o qui, dans cette inscription, est devenu u. Cet o a dû tout d'abord avoir un son ouvert ; mais, sous l'influence de l'u final, il a pu prendre un son ouvert. En dehors de sous, les Inscriptions de la Gaule renferment encore l'ail, Corp. inscr. lat., t. xn, n. 2153, Le Blant, Inscripl., n. 18, Corp. inscr. lat., t. xn, n. 2066, et pour d'autres exemples : adoliscens, minsis.
L'i bref tonique libre devient e dans une foule d'exemples : adsedua, la il pour iicel, menu lis, letulum, uteletas, veri. Il est rare que l'i bref tonique et libre soit rendu par e comme dans VIGELIA, et l'i bref tonique entravé devient t dans ancella, quinnta, enox, etc. A l'exception de quelques formes, l'altération de l'e et de l'i est pour ainsi dire propre aux inscriptions chrétiennes qui les confondent très souvent, ce qui prouve qu'aux ve et vi siècles, l'orthographe assimile entièrement ces deux voyelles. L'i long tonique est parfois devenu e, mais rarement : LOPECENA ; le langage populaire emploie pour liic cl nesi pour nisi, épaves d'une ancienne tradition attestée par Varron et par Cicéron qui n'a rien de spécial à la Gaule.
O. — Les inscriptions chrétiennes de la Gaule se distinguent par la permutation fréquente de o et de u bref toniques, qui se produit dans des conditions semblables à celles de l'e et de l'i. Dans nos inscriptions, comme dans tous les textes de l'époque mérovingienne, c'est l'o qui est transcrit le plus souvent par u : amure, cfuiure, hue, oclubi is. Cet usage de transcrire par u l'o fermé et l'o ouvert, devenu o fermé, provient évidemment de l'assimilation de u bref et de u long dans le latin vulgaire. Il ne s'est guère généralisé que dans les inscriptions chrétiennes et dans les textes mérovingiens. De là, il a passé aux gloses de Cassel (vii siècle) et aux Serments de Strasbourg.
Alternance de u pour o comme de o pour u ; l'exemple le plus fréquent de ce phénomène est le mot tumulus dont la forme normale sur les inscriptions est tumul, et on trouve pour uxur, resorge et des noms propres. La forme n'ollre rien de remarquable, tandis que la forme sous mérite attention. Il semble que le rédacteur ou le sculpteur a voulu donner à cet o tonique une valeur culière, car c'est le seul o qui, dans cette inscription, est devenu u. Cet o a dû tout d'abord avoir un son ouvert ; mais, sous l'influence de l'u final, il a pu prendre un son ouvert. En dehors de sous, les Inscriptions de la Gaule renferment encore l'ail, Corp. inscr. lat., t. xn, n. 2153, Le Blant, Inscripl., n. 18, Corp. inscr. lat., t. xn, n. 2066, et pour d'autres exemples : adoliscens, minsis.
L'e latin aurait donc atteint aux V et VI siècles l'étape à laquelle nous arrivons dans les formes mi, quid, sil, dift, podir, Serments de Strasbourg, en 842. Toutefois la prononciation e reste douteuse et même assez peu probable dans certains cas.
L'e bref et l'e long du latin classique se distinguaient surtout dans le latin vulgaire par une différence de qualité, l'e bref avait un son ouvert (rendu parfois par e vulgaire). L'e bref tonique libre devient e dans une foule d'exemples : adsedua, la il pour iicel, menu lis, letulum, uteletas, veri. Il est rare que l'i bref tonique et libre soit rendu par e comme dans VIGELIA, et l'i bref tonique entravé devient t dans ancella, quinnta, enox, etc. A l'exception de quelques formes, l'altération de l'e et de l'i est pour ainsi dire propre aux inscriptions chrétiennes qui les confondent très souvent, ce qui prouve qu'aux ve et vi siècles, l'orthographe assimile entièrement ces deux voyelles.
L'ilong tonique est parfois devenu e, mais rarement : LOPECENA ; le langage populaire emploie pour liic cl nesi pour nisi, épaves d'une ancienne tradition attestée par Varron et par Cicéron qui n'a rien de spécial à la Gaule.
Les inscriptions chrétiennes de la Gaule se distinguent par la permutation fréquente de o et de u bref toniques, qui se produit dans des conditions semblables à celles de l'e et de l'i. Dans nos inscriptions, comme dans tous les textes de l'époque mérovingienne, c'est l'o qui est transcrit le plus souvent par u : amure, cfuiure, hue, oclubi is. Cet usage de transcrire par u l'o fermé et l'o ouvert, devenu o fermé, provient évidemment de l'assimilation de u bref et de u long dans le latin vulgaire. Il ne s'est guère généralisé que dans les inscriptions chrétiennes et dans les textes mérovingiens. De là, il a passé aux gloses de Cassel (vii siècle) et aux Serments de Strasbourg.
Alternance de u pour o comme de o pour u ; l'exemple le plus fréquent de ce phénomène est le mot tumulus dont la forme normale sur les inscriptions est tumul, et on trouve pour uxur, resorge et des noms propres. La forme n'ollre rien de remarquable, tandis que la forme sous mérite attention. Il semble que le rédacteur ou le sculpteur a voulu donner à cet o tonique une valeur culière, car c'est le seul o qui, dans cette inscription, est devenu u. Cet o a dû tout d'abord avoir un son ouvert ; mais, sous l'influence de l'u final, il a pu prendre un son ouvert.
Diphtongues. — On retrouve les diphtongues en Gaule quoiqu'elles aient cessé d'avoir aucune valeur réelle, cette survivance s'explique par l'ordinaire attachement des provinciaux aux traditions du passé. Use tient la place de e simple : precipuœ, pacse ; et on trouve dans les inscriptions œ pour ë, comme dans sœpulchris, brxvis, prœsbytcr, secclesia. Presque aussi souvent se représente un ë, comme dans requiœscit, quiœti et un grand nombre d'autres tels que : fœminis, fxliciler, dise. Dans certains cas se tient lieu de î et aussi de î : sedibus pour idibus et on signalera enfin le changement de as en a dans pradia pour prœdia. ei, est une graphie archaïsante, devenue très rare, comme flammeis. oi se réduit à n'être plus que ce dans AGROECVS pour Agrecius, FOEDVLA pour Fedala, fssmina ; ai et oi, après s'être simplifiées toutes deux en e ont fini par permuter entre elles. Alors que les langues romanes ne connaissent que la forme cœlum, on trouve dans les inscriptions chrétiennes civlum à côté de cœlum ; de même cœcus et ccecus, alors que les langues romanes n'ont conservé que cœcus.
ru (et sa forme secondaire on) se rencontre dans les textes de l'époque mérovingienne, dans les inscriptions chrétiennes, noms propres, soit francs, soit burgondes, enfin dans les documents germaniques eux-mêmes du vi, vii et viii siècles, sous les formes eu, eo, iu, io. On trouve ainsi TEVDERICVS, THEVDERICVS, THEVDORICVS, TEHEVDORICVS, etc. Cette graphie était alors d'un usage si fréquent qu'on l'a introduite dans les noms grecs pour représenter le groupe eu : THEVDOSIVS. La prononciation de cette diphtongue est incertaine ; on peut toutefois affirmer que la tendance générale était de prononcer eu en deux syllabes. La graphie THEVDOSIVS ne s'explique qu'en admettant qu'on a d'abord prononcé Theudosius. eu s'est parfois simplifié en a, comme dans aguslasls ; il s'est aussi simplifié en o, dans LORENTIVS.
Voyelles atones. — L'a s'affaiblit en i et cet i est rendu tantôt par e tantôt par ù se rapprochant de ou. On a donc MONICVS, MONECVS, MONVCVS. A atone subit une transformation semblable dans monislirium. Dans d'autres documents vulgaires de la décadence, on trouve monesterium, dont on saisit l'importance au point de vue de la phonétique des langues romanes et surtout de l'ancien français. En effet, moulicr, mostiero, mosleiro supposent un prototype vulgaire tel que monisterium ou monesterium.
— L'a en contact avec une consonne palatale tend à devenir e, comme on le voit dans IENVARIAS -7. GENVARIAS :s, GENOARIAS i9. GENARIVS30. Cet c, peut même passer à i, comme GINOARIVS3'. Les formes en e apparaissent si fréquemment à côté de celles en a qu'elles sont, pour ainsi dire, aussi régulières que ces dernières et qu'elles ont été admises par les grammairiens.
On peut remarquer dans le latin vulgaire une tendance à fusionner e bref et e long atones en un même son fermé qui pouvait s'exprimer au moyen de i : didicaoil« , riliquiœ^au début du mot ; redimplionem ». prœslitiril3« , au milieu du mot ; paci 30, sempir » à la fin du mot.
L'i protonique ou posttonique du latin littéraire est remplacé par e dans les documents épigraphiques de la Gaule. Les inscriptions chrétiennes en font un si fréquent usage qu'il est devenu pour ainsi dire la voyelle normale de la syllabe atone et qu'il constitue un des traits caractéristiques de la langue latine des v° et vne siècles : menisler« , mesericordiœ™, megravit »' ; • — ■ dignetatem « . admenislrator -. disceplina, », nie Iclas « , temporebus 15, jemena *j — requiescel », obiet« , luxel' ». Cette substitution de e à i atone, si répandue à l'époque mérovingienne, n'a pas laissé de modifier dans une large mesure le domaine de la morphologie. Cet e vulgaire correspondant à l'i de la langue littéraire avait évidemment un son fermé.
Pour transcrire l'u grec, qui tenait à la fois de Vu et de 1'/, les inscriptions de la Gaule ont recours aux signes généralement employés à cet effet dans les textes de la décadence : martures 3« , marluribus » ; toutefois 1'/ de l'époque classique ne laisse pas d'être employé : murlirio,j2 ; cet i peut à son tour devenir e, comme dans marlhcru M. Enfin l'y a été employé aussi mais un peu à tort et à travers, les lapicides le substituaient à la voyelle i, surtout dans les mots d'origine grecque, croyant sans doute par là faire preuve d'érudition : BOHETYVS '« ', hyc ». L'y dans la langue des derniers siècles avait plutôt une tendance à passer à i, on ne rencontre qu'une seule forme où il ait suppléé l'u latin : mylicres « .
L'o long et l'o bref atones, parallèlement à l'e bref et à l'e long, se sont unifiés dans un même son fermé représenté par u, tantôt dans la syllabe initiale : pusuerunl '', nubiscum 58, tantôt à l'intérieur du mot : palruciniis ', sanctcmunia les 60, tantôt à la syllabe finale : custus », nepus 63. L'assimilation de l'o et de l'u a modifié considérablement la déclinaison des thèmes en o, qui est presque méconnaissable, septime a, quartu *, unnu'\ Dans les inscriptions chrétiennes, annus est n. 325. — » Le Blant, Nouveau recueil, n. 162. — « Le Blant, Inscript., n. 257. — »Le Blant, Nouveau recueil, n. 1 1« ). — » Corp. inscr. lat., t. xn, n. 25S4. — * Corp. inscr. lat.,t. xn, n. 1499. — « Corp. inscr. lat., t. xn, n. 5400, 2176,2121. — »Le Blant, Inscript.,n. 294. — ''Corp. inscr. lat., t. xn, n. 3361. — « Corp. inscr. lat., t. xn, n. 2185. — »Corp. inscr. lut., t. xn, n. 2193. — « Corp. inscr. lot., t. xn, n. 07 1. — ' »- Corp. inscr. lui., t. xn, n. 674. — « Corp. inscr. lat., t. xn, 207 1. — »Corp. inscr. lat., t. xn, n. 20S5. — '' Corp. inscr. lat., t. xn, 2197. — 4, : Corp. inscr. lat., t. xu, 2 122. — « Corp. inscr. lat., t. xn, n. 2062, etc., etc. — »Corp. inscr. lat., t. xu, n. 934. — « Corp. inscr. lat., t. xn, n. 933. — iùCorp. inscr. Ici., t. xu,n.2115. — » Corp. inscr. lat., t. xn, n.2120.— - Corp. inscr. lat., t. xn. n. 1798, t. xm, n. 23S2.
— 63Le Blant, 7Vouoeaurecuei7,n. 215. — '■' Corp. inscr. lat., t. xu, n. 1213. — '■' Le Blant, Inscript., n. 215, — M Corp. inscr. loi., t. xn, n. l.« )25. - — » Le Blant, Inscript., n. 247. — 5S Le Blant, Nouveau recueil, n. 251. — E' Corp. inscr. lat., t. xn. n. 2085. — M Corp. insa. lat., t. xn, n. 2188.
— « Corp. inscr. lai. A. xn, n. 1499. — '- Corp. inscr. lat., t. xn, n. 5336. — »Corp. inscr. lat., t. xn, n. 2079.— « Corp. inscr. lat., t. xn, n. 1504. '■ Corp. inscr. lat., t. xu, n. 2087. pour ainsi dire devenu la forme régulière de l' accusatif pluriel1. Les noms germaniques dont la voyelle atone est indéterminée et transcrite par i, par u ou par e, font alterner sur les inscriptions chrétiennes l'e et l'o atones : THEVDORICI -, THEVDERICVS », THEVDOBERTI ', THEODEBERTVS '.Quant à l'u du datif : FRONTV , il est dû à l'influence du celtique qui transcrivait souvent au moyen de u l'o long lai in T. L'it atone devient u à la syllabe initiale : iogalem ', BORDIGALA ; à l'intérieur du mot et, avec une telle fréquence, que dans certains mots cette voyelle est pour ainsi dire devenue normale lumulus, titullXS, /umulus. fournissent d'innombrables exemples avec : lelolis, tetolo, litolo, lilolum, tetolum, — famola, famolus, janxoli, — tumolo,lumolum,tomolum,tomolo,thom la syllabe finale, ce qui conserve la désinence archaïque : tuos » pour luus ; eterom 1S, menas « , bonememoi Syncope de la voyelle atone. - Nombreux exemples en Gaule. Le provençal et le français se différencient surtout des autres langues romanes en ce qu'ils ont généralement supprimé toutes les voyelles postoniques ou protoniques non initiales ; d'où on peut se demander si une certaine prédilection pour les formes syncopées ne distinguait pas déjà le latin de la Gaule du latin des autres provinces. Les inscriptions et les vulgaires de toute nature de la Gaule sont évidemment appelés à trancher la question, mais seulement lorsqu'on aura dépouillé tous les documents des autres provinces de l'empire. Alors, il sera possible de les comparer et de constater si, oui ou non, les inscriptions de la Gaule renferment un nombre relativement plus considérable de formes syncopées. 1 (ans l'affirmative, ou se trouvera en présence d'une différence locale certaine : FELICLA », vinclis ', GVNDESCLVS Parmi les autres formes syncopées, il en est qui ont été adoptées par toutes les langues romanes, comme Domni, Domnolus, Domninus, Domnula, sans oublier le participe passé postus et le mot fréquent dans l'épigraphie chrétienne deposlio pour deposilio ''' ; enfin les noms propres : BENDICT VS •'« . FILTERIVS -'. SEGLENO '. Pour expliquer la graphie deposio a, il faut probablement admettre qu'on prononçait deposilsio et que les deux dernières syllabes se sont fusionnées. La syncope peut n'avoir existé que dans l'orthographe lors que, par exemple, (Ile atteint la voyelle tonique ; il ne s'agit probablement que d'une liaison de la voyelle avec la consonne avoisinante : MAVROLNV -', MVMOLNVS J', CRSTI ; » ; il n'y a guère que deux formes qui ne puissent s'expliquer par une ligature, ce sont : CONATS (coi levthardz « . Ce sommet de simples abréviations non surmontées du tilde ordinaire, comme c'est encore le cas pour KM Al s 'Corp. (ruer, lai., I. \u.ii. (82,926,937,940,1213,2485, !079,2081. I eBlant, iiucripf.,n.536. LeBlant, Ibld., ri. 559. — ' Corp. Inscr. lui-, t. un, 0.1511. — 'Le tilant. Inscript., n. 5 i pérandieu, Épigraphic t. xn, n. 381, 2061, 2070, 2081, 2086, 'JosT, 2088, 2090, JIM. 2158, 2423, 2584 ; I. \ i. x :2. mi., t. x n, n. '.i :, ;,. — »LeBlant, /nscrlpl.,n. 611.
La voyelle atone s'élidait aussi fréquemment en hiatus, soit devant une voyelle tonique, soit devant une rue, qui a laissé de nombreuses traces dans les documents vulgaires a dû se généraliser dès l'époque latine, puisqu'il est commun à toutes les langues dérivées du latin requescit', requiscit « . reqiscil - :, requescel, \ reques cet M, requibil rtlhèse. — - Une voyelle parasite s'introduit parfois pour faciliter la prononciation : lempulo », dômesilicus ', reqisicit.
Prosthèse. — Notamment i devant les mots « commençant par s suivi d'une consonne ; Ismaragdus. Ispes, Ispeluncola.
Consonnes. < In signale la confusion fréquente entre b et p, parfois le lapicide peut être seul responsable, mais dans le plus grand nombre des cas, on se trouve devant une prononciation courante. On relève aussi l'altération de / ; en 6, principalement dans les inscriptions chrétiennes : mais l'altération la plus significative est celle de /> en V. Ces deux consonnes ont été assimilées en un même son bilabial spirant à partir du ni siècle de notre ère, aux v cl \r siècles, c'était devenu tout à fait commun, principalement à l'intérieur des mots : oviit1 », noveletatt « '. liriii », pour liber i. Les deux consonnes permutent beaucoup plus rarement au commencement du mot : bixit, bisit, bolum, bene. I levant H, « . cl parfois aussi devant e, avant et après l'accent, le u bilabial du latin vulgaire disparait : MAVRTI pour Mavurti, OCTAVM pour Oclavum et ce qui prouve que l'emploi du signe V pour VV pouv.iii n'être qu'un procédé graphique, c'est qu'on le surmontait parfois de l'apex qui indiquait que le i » de va il ei i • prononcé, par exemple serùm pour >eriwm. Cependant il parait bien établi que la généralité de ces graphies sans i> représentait la prononciation réelle ; phénomène d'autant plus remarquable qu'il est absolument en contradiction avec les langues romanes.
Les transformations que subissent le i/ et le t ne présentent rien de particulièrement intéressant : quit ''. haut ''. si I ». aput ' '.
L'échange entre i et g est en cours dans les inscriptions chrétiennes, peut-être n'est-il qu'une persistance des traditions orthographiques de l'époque archaïque. luedunensi i :. relu t< Devant u, les inscriptions, de l'époque, impi expriment la palatale \( laire sans l'adjonction > lément labial « . Seule, une inscription chrétienne du v on du commencement du \t siècle adopte l'orthographe qu en usage à l'époque parmi les grammairiens convienl toutefois d'ajouter qu'un autre texte chrétien, probablement plus ancien, persiste dans la tradition antique : eppoqu ». Enfin u dam cett' ! ion de la lin du Inscr. lui., t. mi, n. 956. Jullian, op. cit., t. xn. n i orp. inscr. lai., t. mi. n. |oi>7. ' Jullian, op 0, 'Ml. oi i. ■• h.n, ■'■ Corp. inscr. lui-, t. xnr, n.2418. - Schuei m flgulins, n. 1710. i e Blant, Inscript., n. 204. t. mi. n. 5346, 1861. ! Corp. insi r. lai., I. mu. n. Le Blant,.Nouveau recueil, n. IT. :ej. IloJ, \rp. inscr. loi., t. xin, 1503. lai.. t. xiu. 2364. ' orp. In r. lai., I. mi.
Inscr. lai., t. mi. n. 272, inscr. lai., t. xu, n. 2\ n. 248-1, lat., t. xn, n. 533. — « Corp. inscr. lai., t. xn, n. 1499. — *' Corp. inscr. loi., t. in, n. 21 •- Corp. lier, tel., t. vin, n. 2417. — » l r. tel. t. xiii. ri. 533 lai., t. mil lai., I. mi, n. I i n.. « Bentu, '' rblndung uni V. un l. • VIIe : condam ' ; il disparaît également devant i et e, dans un grand nombre de cas : reqiescit 2, reqiescct 3, reqescel ', reqisicit s, çis, 6, ç/n ?a 7, ci 8, qiqe '. A vrai dire les formes romanes dérivées des mots latins quielus, qui, quserere, n'ont pas conservé cet élément labial : mais celui-ci, en vertu des lois phonétiques du français n'a pu disparaître en Gaule avant le vuic siècle. La langue de nos inscriptions paraît donc bien être une fois de plus en contradiction manifeste avec l'état de choses roman. Est-ce à dire qu'il faille n'attribuer aucune valeur à ces graphies et à d'autres analogues qu'on relève en grand nombre dans les textes de la décadence ? Elles se produisent trop fréquemment pour ne pas les prendre en considération. Si la chute de l'a ne s'est généralisée que dans le courant du vm' siècle, elle a très bien pu se préparer et se manifester isolément à une époque plus ancienne. On remarquera d'ailleurs que les exemples mentionnés appartiennent en majeure partie à des textes de date récente.
Le groupe x (es) est transcrit de plusieurs manières : linexit ' ». viexil ' '. indiexione '-' : — exsimia « , ox sur 14, indixsionc ' '. Les deux transcriptions peuvent se combiner, comme par exemple : ucxsor, ecxspeclo. Mais, la sifflante a dû, dans la prononciation, prendre le dessus et s'assimiler à l'er, car dans les derniers siècles l'r se réduisit à s et passa comme tel en français : bisit »'. visit 1T. supp les '*, jusla « .
Assibilalion. — À l'époque mérovingienne, le groupe li est transcrit par si, ce qui montre que ce groupe est en train de s'assibiler : marsias - tersio n, sepsies », le groupe ci se substitue à li dans indiccione^3, tercium« braeionem - : le groupe sci en hiatus subit une altération analogue dans consiensia 2°.
L'une des questions les plus controversées, dans l'histoire des sons du latin et des langues romanes, est la date de l'assibilation du c devant c et i : Faut-il la reporter à l'époque latine ou bien attendre l'époque du Ve ou du VIe ? Les graphies de nos inscriptions semblent plutôt appuyer cette dernière opinion ; en effet, le i devant e, i, se trouve rendu soit par qu, soit par k ; comme dans les mots suivants : quiesquil 2S, requisquit **, quiescuil3' ; on peut encore y ajouter celles où le c et le ch alternent : sumaci31, chingxit ». Une seule graphie septrum23, semble à première vue plaider en faveur de l'opinion de ceux qui veulent que l'assibilation se soit produite déjà à l'époque antique : mais il a été démontré que le C figurait réellement dans le texte original de cette inscription M.
On rencontre souvent un i supplémentaire intercalé entre deux voyelles pour combler l'hiatus : coiius, eiius, cuiius. Quelques formes, connues depuis longtemps, prouvent que, dès la période latine, le g suivi de e ou i et le groupe di saisi d'une voyelle s'étaient assimilés au i supplémentaire qu'on pouvait dés lors rendre de plusieurs manières : gejm ah genoarias *', madias « .
Nasa les. — L'emploi de m devant les consonnes labiales et de n devant les dentales n'a ja mais été strictement observé dans les textes vulgaires. Les inscriptions de la Gaule sont restées fidèles aux traditions orthographiques de l'âge archaïque : conpensa33, conplel 40, conplectens ». Par contre, l'm apparaît devant les dentales dans comlemporalis *, volom las *, et, à la syllabe finale, par suite d'un affaiblissement d'articulation, l'a se substitue parfois à l'm, comme dans les mots : lelolum « , Annorun 43. La langue des inscriptions se distingue, en outre, dans l'usage des consonnes nasales, par plusieurs exemples d'assimilation syntaxique. L'n prend la place de l'm final devant la consonne dentale initiale du mot suivant can dies »'. elian viro, felicen te, tan dulcis, in pacen fedelis'1, cun nobis,a.
Aspiration. — La langue latine ne possédant pas de consonnes aspirées, il fut de règle, pendant l'époque républicaine, d'exprimer les aspirées grecques au moyen des consonnes fortes latines correspondantes. Ce ne fut qu'au temps de Cicéron que la mode s'établit, dans la transcription des mots grecs, d'écrire et de prononcer l'aspiration. Il est peu probable que cette innovation se soit répandue en dehors des cercles lettrés qui l'avaient provoquée, car les inscriptions de l'Empire, réellement populaires, restent en général fidèles à l'orthographe archaïque, et les langues romanes, d'autre part, attestent que cette aspiration factice n'eut qu'une vogue momentanée.
Tlieodericus ; — C = Ch : Crisli,Crisliana.
Au point de vue roman, c'est la manière de rendre le tp qui offre le plus d'intérêt. Les inscriptions ont recours, comme la langue littéraire, au signe double ph. Lorsque, au cours du IVe, le 9 fut devenu aspirant, on se servit pour rendre le son nouveau de la consonne / : inofilus 49 et dans un très grand nombre de noms propres : So/ronius, Slefan-is, Epsefanius, Eufemia, etc.. etc.
Le signe de l'aspiration li devient dans l'alphabet des inscriptions lapidaires une lettre sans aucune valeur réelle : uulhorem ;,°, hopem '. lunluis r-, thomolo M. L'ii de hoclo hoctavo, !. orties n'a probablement pas plus de raison d'être que l'/i des autres formes ci-dessus, qui commencent par une voyelle. La langue vulgaire recourait encore au signe de l'aspiration, de même qu'au i supplémentaire, pour supprimer l'hiatus à l'intérieur d'un mot : diluiconiis'** et parmi les noms propres : Euhodus, Euhelpistus, Hemmanuhel, Dagnihiel (pour Daniel).
Le 11 joue le même rôle dans Euuarislus et dans euorurn ; l'n paraît aussi remplir ce rôle dans Dagninil. Il arrivait, par contre, que \'h venant à tomber entre deux voyelles, celles-ci se contractaient, ce qui était encore un moyen d'éviter l'hiatus. Il faut en mentionner les noms germaniques qui ont naturellement conservé dans les textes latins leur aspiration originaire : Hludemici, Hlodericus, et dans les inscriptions lut., t. xn. n. 160. — » Le Blant. Inscript., 11. 670. — « Ailmer, op. 1 if., n. 233. — ■ sl Corp. inscr. lut., t. xu. n. 933.
Le Blant, Inscript., n. 91. — s3 Le Blant, Inscript., 11.209 e. — » G. Paris, dans Comptes rendus de l'Acad. des Inscriptions., 1S93, p. S3 note. — - ; Corp. inscr. lat., t. xu, n. 2193. ■ - Corp. inscr. lut., t. \u, n. 619. — 1 : Corp. inscr. loi., t. xu. n. 934. Le Blant, Nouveau recueil, n. 2 Corp. inscr. lut, t. xu, n. 941. — « Le Blant, Inscript.. n575. —, : Corp. inscr. lat., t. xin. n. 97. »>. — <- Le Blant, Nouveau recueil, n. 101. — « Corp. inscr. lat., t. xu.n. 2i>.n :..
— » Corp. inscr. lat., t. xu. n. 5403. -- « Corp. inscr. lat., t. xu. n. 2058- — » Corp. inscr. lat., t. xn,n. 2085. — '■' Corp. inscr. loi., t. xm. n, 2391. Corp. inscr. Int., t. xm, n 1515. 'Le Blant, Nouveau recueil, n. 251. de la Gaule, ces mots apparaissent déjà sous la forme : Chrodoberlus, Chlodoaldus, Chlodobertus, Chlodovecus, Chlotarius, et d'autre part : Flolarius. onnes doubles et consonnes simples.
La langue populaire n'obéit pas à des règles fixes ; elle redouble ou simplifie un groupe de consonnes sans se préoccuper des préceptes de la grammaire et du bon usage ; mais le caprice ou l'ignorance du graveur n'expliquent pas toutes les licences prises, il y a de bonnes raisons pour croire que, sur ce point, l'orthographe des textes vulgaires, et notamment des inscriptions, reflétait une particularité de la langue parlée.
La cas le plus fréquent est l'emploi de / au lieu de II, par exemple : solecetus, et II au lieu de /, par exemple : Paulin*. Paullinus, et d'autres plus singuliers, comme p.llio, mil les, senillus. Les métriciens-graveurs redoublaient dans le vers la consonne, lorsqu'ils avaient besoin d'une syllabe longue :
Insignesquc triumphos relligione dicaoil '.
Stemmale censura relligione cluens '-■ Jlic quo que relliquiis micat ille Georgius almi
Même échange pour la lettre s. un rencontre.s s au lieu de s, et s au lieu de ss ; n au lieu de nn : m au lieu n ; mm au lieu de m. fous ces exemples sont si fréquents, si faciles à rencontrer que nous nous dispenserons d'en apporter ici.
Assimilation. Les textes latins de la décadence renferment nombre de graphies dans lesquelles le groupe il s'est réduit à // ou à /. par exemple : icm, Victoria et. sur une inscription de l'année 627, le mot FRVTV' a reçu un i faiblement gravé après coup, comme si le graveur s'était d'abord laissé induire en erreur par la prononciation frullu. nd s'est assimilé en un : et mn est devenu un dans oderannus ' pour Auderamnus conformément aux lois phonétiques du roman du Midi de la Gaule, dont cette inscription provient.
I.a pareille de ;. / cl s a contribué à altérer les GTOUrs, tantôt en assimilant 17 à l's comme dans depussor, tantôt en faisant sonner IV avec l's dans h m. supes les, supesli les, par contre l's est rempar ; dans requiircit.
Chute </'■ • Le latin vulgaire avait une tendance à simplifier le groupe net en laissant tomber n dial, comme dans ces nuits tro] [ui 'ils pour qu'il soit nécessaire de les noter : sanla, sanlimonialis, defuntus, cunlis, cunta. Les inscriptions de la Gaule renferment d'autres formes ou ml est devenu et, comme : defuclus, defucla, conjuclione. L's médial tombe également dans contrui Le p. introduit subsidiairement entre m et la consonne suivante est fréquemment omis : promsit « , !/(■, contem nlionem10, redimtionem ».
Parmi les deux groupes de ci. lis. ouïes, ce sont CCUX nui renferment une nasale, qui s'altèrent le plus souvent. Le groupe le plus sujet à la réduction est m, par exemple : Narbonesium, Lugdunesis, Carthaginesi, Viennent ensuite lis groupes m, ml. ne, nq. lia1 i la forme primitive de hi préposition con n'est qu'une forme lairc.
En revanche, par suite de l'affaiblissement de la ur l'Introduisait dans certains mots I ■ l-hilil, it.|</.. n Jullian, op. mi., n. ssi. 'Corp. tnscr. lai., i. mi, n. 4311. (.'..r/.. oc. r. lot., I. xn, n. 'Il I. I. lllanl,. :(., I. \ m. n. 2 17 I (..</.. tnscr. Int., t. \n. n.5284. irp. m-,r. /.i/., t. mi. n. 1798,2106, 2709, 12 17. I ■ r, lai., I. mi, ou elle n'était rien moins qu'étymologique. D'OÙ ces uinxil, vincturum, creux pour hères, nsimus, trigensimis. Comme l'orthographe reagit sur la prononciation, il s'est fait que cet n devint parfois partie intégrante du mot ; du moins, ce phénomène s'est produit en roman : conjnnx ', ou la nasale s'est introduite sous l'influence du verbe junqere.
D( même que l'/i devant les dentales, 17 » tombe devant les labiales : septebris ■.. decebris.
L's disparaît également (levant c et / : quiecit, :, re quicunt,s. Il reste enfin à signaler la disparition du q devant ii et d : renum « , MADALENA - ». Toutefois, la valeur de ces deux exemples est plus ou moins problématique, parce que le premier appartient à une inscription qui pourrait être postérieure au VIe et que le second provient d'un texte impu.
Consonnes simples. Le 7 initial devant e et i avait fini par disparaître : le g initial subit la formation en i supplémentaire et finit par disparaître totalement, comme dans trienla. 1 ne inscription donne quarranla « au lieu de quadraginla, et mais apprend : te forme est bien un terme du langage vulgaire en regard du latin classique quadraginla. La coi intervocalique disparaît encre.tans dediaverunl », document païen. Les documents vulgaires présentent quelques exemples de la chute du d intervocalique, tandis que la chute du e n'est attestée catégoriquement qu'une seule fois dans Jona, JAUSSQ OÙ la r. insuline est tombée dans les mêmes conditions que dans dediave rnnl.
Il arrive que la voyelle du mot simple reste intacte dans le composé : consacravit ; le changement de i en e, dans sedece, scdecem, se rattache peut-être à la même cause, ce qui est évident pour les parfaits en dédit au lieu didil : perdedit, reddedit, subdedit, tradedit. Le préfixe ab se réduisait parfois à a ; les graveurs ont pensé bien faire en rétablissant le b dans abstulus, absluli.
Particularités. — On redouble la voyelle pour en marquer la longueur : exerciluus, lacuus ; il était malaisé de doubler Vi parce que n représentait e, alors que les graveurs imaginèrent de tripler la haste m, pour indiquer Vi long.
Les principales particularités que présente la consonantisme se rattachent toutes à l'influence exercée par l'alphabet grec que l'alphabet latin dans le midi de la Gaule, la Narbonnaise et la Lyonnaise. Il a également influencé l'orthographe des inscriptions de Trêves et en général, de toutes les parties de la Gaule, où la langue, la littérature et la civilisation grecque avaient pénétré. On trouve parfois en tête d'un texte latin des exclamations grecques transcrites aussi en latin, en outre, il arrive fréquemment que les lapicides entremêlent caractères latins et caractères grecs, le Z et le S, le P latin et le P grec sont souvent confondus ; le X est transcrit par ch et le c et le k latins également remplacés par ch : charitate, charissimus. Le doublement du i mettait, dès le Ier siècle après Jésus-Christ, sur la voie du va.
Une dittographie mérite d'être signalée à part et rapprochée de ce que nous avons montré à propos de la bonté (voir ce mot) sur la tendresse des parents pour les enfants. Le mot fiftlia -, d'où procède notre diminutif fifille.
Lexigraphie. — Certains vocabulaires à thème consonantique ou vocalique, dont le génitif pluriel est en ium, prennent à l'accusatif pluriel la désinence is au lieu de es. Ce phénomène s'observe encore dans les inscriptions chrétiennes des Ve et VIes : mensis au lieu de menses ; on trouve même l'accusatif opis bien que le génitif pluriel soit opes. La terminaison is est surtout d'un usage fréquent dans les adjectifs : aprilis octobris ; l'accusatif novembras est très douteux parce qu'il appartient à un texte extrêmement corrompu. Le nominatif antestetis (antistita 3, anles les ') en regard de la forme classique anlistes, anlislilis, a été refait sur les cas obliques. En donnant au cas sujet le même nombre de syllabes qu'aux cas régimes, plus nombreux et partant d'un usage plus fréquent, la langue populaire simplifiait le système de la déclinaison.
La seconde déclinaison a empiété sur la troisième, au génitif pluriel : misorum pour mensium 5. Orum semble avoir été la désinence préférée de la langue populaire au génitif pluriel ; elle avait au moins l'avantage d'être plus précise, plus pleine que um. On observe ce phénomène dès l'époque archaïque, qui substitue pauperus à pauper et on le retrouve dans les inscriptions chrétiennes : pater pauperorum' ; in paupero mesoroquœ projasa ' ; amatas pauperibus « .
Noms propres. — Ici encore nous trouvons des témoignages de la différence qui existe entre le latin parlé et le latin littéraire. Les noms propres de femmes, pour la plupart (des classes inférieures de la société et le plus souvent des affranchies ou des esclaves), comprennent ordinairement un nom gentilice et un surnom. Le gentilice, d'origine latine ou étrangère, se termine toujours en ia et se décline selon les règles traditionnelles de la grammaire. Le surnom, au contraire, est fréquemment emprunté à la langue grecque et conserve les désinences propres au grec. C'est ainsi que dans ces noms propres on trouve juxtaposées les terminaisons latines et grecques : Maria Fronime, Pompeia Tgchece.
Le nom propre peut aussi ne se composer que d'un surnom : Selentioses, Squelio les.
Par analogie avec des noms grecs, les noms latins ou germaniques terminés par le suffixe ana ou ceux dont le radical a été élargi au moyen d'une nasale, se sont grécisés ; on a eu ainsi : Rumuliane, Roccolane, Velenliane.
Parmi les « cognomina ou sobriquets, on est frappé du nombre considérable des formes en o ou io. Cela tient à ce que le suffixe avait un sens péjoratif et qu'il s'ajoutait de préférence aux noms des gens de condition inférieure. Mais la prédilection de la langue des inscriptions de la Gaule pour les noms propres en o, onis ne découle pas uniquement de la valeur dépréciative du suffixe o. Elle trouve aussi sa raison d'être dans l'influence d'idiomes étrangers, du celtique et du germanique. L'o final des noms propres latins a eu le même sort que l'o final des mots celtiques et, à son tour, il a été exprimé par u.
Les noms celtiques en o (u), onis ont, en outre, exercé leur influence sur les noms propres latins en us ; ils se les ont assimilés et les ont fait passer dans la catégorie des radicaux consonantiques. L'influence des langues germaniques qui commença à se faire sentir en Gaule à partir du Ve et qui ne fit que grandir pendant les VIe et VIIes, amena une perturbation analogue dans la déclinaison des noms propres. Les Francs introduisirent en Gaule leurs noms de personne masculins en o, onis, qui s'assimilèrent comme les noms propres celtiques, les noms latins de la 2e déclinaison 3. C'est d'ailleurs attesté par cette inscription chrétienne du VIe 10, où figurent, à côté des noms germaniques en o, des noms latins en u (= o) pour us. On y trouve, par exemple : Jucundu, Eluciu. Schorilio, à côté des vocabulaires étrangers Atuo, Arcillino, Dolena, Ingoberto, Leonardo, Lobasio, Omarlunn,.SYmarno. On peut encore interpréter de cette manière les nominatifs suivants : Valentiniano, Berancio. Ampelio, et noter que les noms germaniques eux-mêmes se terminent en u pour o : Reudolfu, Baudulfu, Obluju ».
Les noms propres grecs en /, ; élargissent, aux cas obliques, leur radical au moyen d'une dentale, par analogie avec certains noms propres grecs : Qyj.vc. ©AXirroç Hermelis, Agnetis.
Conjugaison. — Les fluctuations qui auront pour résultat de modifier, en roman, tout le système de la conjugaison latine, se dessinent déjà dans les textes latins de la décadence. Les lignes de démarcation entre les différentes classes commencent à s'atténuer, à s'effacer ; les échanges s'entrecroisent, se multiplient. Les permutations sont surtout fréquentes entre les groupes des verbes en ère, ère et re. Ce dernier s'enrichit aux dépens des deux autres. Les verbes en ère, s'assimilent, en Gaule, aux verbes en ire ; par exemple à la 3e personne du singulier du présent de l'indicatif : facit, respendil, lenil ; à l'infinitif : occuriit.
Le changement de conjugaison n'est parfois qu'apparent, car Vi substitué à Vi de l'infinitif peut conserver la valeur d'une brève, comme le prouve ce Pandire serf liunulo carminé pauea delel.
Deux graphies attestent le p - verbes en 'us la classe des verbes en ire et vice-versa. Cette permutation s'est produite à toutes les époques de la langue latine, en dehors de la période classique : rfebunt, requiescenl. La graphie requiesciet s'explique par l'hésitation du graveur entre la 1e et la 2e conjugaison. Quant au verbe l'ut, fréquent sur les monnaies mérovingiennes, on pourrait l'interpréter comme re- •juisciet, mais comme on a relevé ailleurs un participe fiens, fientes, il est plus probable que nous avons la ; t ne autre forme verbale d'un infinitif perc2. f.a langue des inscriptions ne se borne pas à fusionner les diverses classes de verbes. Sous l'influence de l'analogie, elle altère, en outre, les formes verbales avec une telle liberté qu'elle aboutit parfois aux créations les plus étranges ; ponere donnera posivit et Une inscription chrétienne présente le parfait isit.
Verbes déponents. — Certains sont conjugués comme des verbes actifs, c'est un vestige de l'époque archaïque qui s'est conservé et qui a été transmis dans les langues romanes qui ne connaissent pas les verbes déponents : Basilicam studuit hanc [abricare Deo' ; ordenarunt fabricare1, Epilaphium qui inluis'. Il arrive que les verbes déponents sont employés dans le sens de verbes passifs, ce qui leur enlève entièrement leur valeur première : Xomen si forte defunctse requires « .
La langue chrétienne emploie placitus au sens passif qu'on trouve déjà dans Virgile : puclla Deo placiia : : /■laeetus et Domino *.
Genres. — Les anomalies relevées rentrent dans la catégorie des formes irrégulières, dues à la fusion du neutre et du masculin des thèmes en </. Cette fusion avait pris, déjà à l'époque latine, de vastes proportions, et elle aboutit à la disparition totale de ce neutre dans les langues romanes.
A partir du Ve et du VIe, dans les documents, qui devient la forme normale du relatif féminin. Les exemples, pour le nominatif, sont innombrables ; à l'accusatif, le fait est plus rare : Sepullura mea quem feci » ; Fedula cum i/uem vixi « .
Syntaxe. — Lors que le verbe avait pour sujets plusieurs noms de choses ou de personnes, ou employait le singulier ou le pluriel, selon que l'on considérait les sujets comme participant à l'action séparément ou simultanément. Le singulier était d'usage surtout lors que le verbe était en tête de la proposition : Posuil Maurusius et l'rsu muter, : ; Febrarius pater et la mater tetolum posuil ». Voici un exemple du singulier et du pluriel : Palernio Viclorina patri et -<>r<, ri ponendum curavit et sub ascia dedicaverunt « . que les sujets étaient des noms de chose on recourait au singulier. Lors que les sujets étaient unis par eum, le singulier et le pluriel étaient également de mise. I >ans l'épigraphie chrétienne de la Gaule, le singulier qui prédomine : Flavinius Lucanius vit consularis earn sans /ei il île proprio basilicam ». La vulgarité du langage épigraphique se trahit surtout dans le peu d'importance qu'il apporte à faire accord entre le nom et l'adjectif ou l'apposition avec le nom.
Servant de complément direct à un verbe, t n, n. l^7j. H. Prou, op. cff., ■'''. i 2057, 2058 17, 2109, LcBlant, J 209.- ■ Ibtd., n. 684. l Allmer, • a. 162. cr. ta/., t. XII, n. 631. — 'Corp. lai., t. nu, n. 2584. » Corp. inscr. lai., t. mi, n. 388. tro Inti réunit In lingua hiimo, ln-8« , verbe intransitif : Belligeransqae palam sœoissima prtelia1'. Avec certains verbes déponents qui régissent l'ablatif : Fruitur cumlaude coronam 1T. A l'époque de la décadence, les verbes intransitifs de la langue littéraire devinrent souvent de véritables transitifs avec régime direct.
Datif. — Le verbe deficere régissait l'accusatif en latin classique, il a préféré le datif à l'époque de la décadence : decere régit le datif à l'époque archaïque et à l'époque de la décadence. La langue épigraphique transforme généralement les participes présents en adjectifs en leur donnant la forme de superlatifs : i tnjugi merenlissime, conjugi amantissimse, etc., et cette nouvelle catégorie d'adjectifs régit le datif accompagné, outre, certains adjectifs en bilis qui reçoivent par là-même une valeur transitive. Les adjectifs en bilis avaient, en général, un sens passif, mais à l'époque de la décadence, ils ont parfois été employés comme actifs.
On se sert surtout du génitif pour marquer l'âge du défunt, en ce cas le génitif peut prendre la forme d'un substantif et d'un adjectif qui prend la valeur d'un substantif : de vingt ans, des années. Il arrive que ce génitif de temps se rattache à un verbe, le verbe être et même le verbe vivere. Cet emploi suppose que le génitif a perdu toute trace de sa signification première pour devenir l'équivalent de l'accusatif ou de l'ablatif de son temps. C'est là sans doute le point extrême de son développement dans la langue populaire.
On rencontre le génitif de relation après les adjectifs, tels que ingens, castus carnis.
Ablatif. — Dans les inscriptions de la Gaule, à quelque époque qu'elles appartiennent, l'ablatif se rencontre aussi souvent que l'accusatif : vixit annis, mensibus, diebus..., on rencontre même vixit annis... menses...
Ablatif absolu. — Les inscriptions usent de l'ablatif absolu, en faisant du sujet de la proposition principale le sujet de la proposition indépendante, dans certaines formules, telles que se vivo, se virgo.
Modifications propres aux inscriptions chrétiennes. La langue des inscriptions chrétiennes qui appartiennent aux VIe et VIIes a profondément modifié les attributions traditionnelles des différents cas. Le latin de l'époque mérovingienne a une tendance fort marquée à réduire le système de la déclinaison en fusionnant le cas sujet et l'accusatif, l'évolution de la langue s'opère à l'avantage de l'accusatif. Les inscriptions, les monuments des Ve et VIes nous montrent l'accusatif en train de supplanter tous les autres cas qui ne disparaîtront entièrement qu'en roman.
L'accusatif pluriel tient souvent lieu de l'ablatif quand il s'agit de marquer le lieu sans aucune idée de mouvement : Requievit sub diem, requiescit in pace.
L'accusatif pluriel des mots Idus, Nonæ, Kalendæ n'est très vraisemblablement qu'une survivance de l'ancienne manière de dater, qui permettait de séparer ces termes de la préposition ante et qui s'est encore maintenue exceptionnellement dans cette inscription chrétienne : Rusticula ante quartum idus Januarias decessit. Ce qu'il importe de faire observer, c'est que la tradition a été assez puissante pour faire triompher l'accusatif là où l'ablatif était de rigueur.
Accusatif au lieu de nominatif. — Quelques exemples dans les inscriptions : Theodvaldo lapide(m) non dur. Dans l'exemple suivant, la forme du cas sujet a été remplacée par celle du cas régime : Cujus fidis castitate probitalis in diem obitum (pour obitus) constitit.
Ce qui contribue le plus à différencier les inscriptions païennes des inscriptions chrétiennes, c'est la tendance à remplacer le génitif classique par un autre cas indirect sous la forme du datif, accusatif ou ablatif, lorsqu'il s'agit d'exprimer un rapport de possession. C'est là le trait commun à tous les documents qui émanent de l'époque mérovingienne : Primus fuit abbas monasterio nostro ; Hic sunt pignora de coberturio Domno Monulfo ; Qui fuerunt fili Magno ; Ursiniano subdiacono sub hoc tumulo ossa quiescunt ; Reus et servus Jesu(m) Christo ; Tauru petrain ; Theodvaldo lapident ; Post consolatum Importuna vira clarissimo viro consule ; Pusl consulatum Agapelo ; Regini Domini nostri Chlodoveco ; Regini Domini nostri Chodeo regis ; Hic facit puer nomine Valentiniano.
L'accusatif-ablatif tient encore lieu du génitif déterminatif dans l'indication de certaines dates, par exemple : Anno XIII regno (pour regni) Domini nostri. La formule régulière est : Anno XXXVII regni domni Chlotari.
Prépositions. — Lorsque le verbe ne renfermait pas une idée de mouvement, on exprimait généralement le lieu au moyen de in et de l'ablatif. — In disparaît devant un substantif accompagné d'un adjectif : Ne terra aliena ignoti cum nomine obissem ; parfois la suppression de in est réellement anormale : conditus hoc tumulo. Les inscriptions de la Gaule usent fréquemment de la préposition cum, là même où il était de tradition d'employer in : Exstructor templi quo corartis urna sepulchralis relinet cum pace perenni ; Hic requiescit bonæ memoriæ Vassio cum pace ; Tilulum cum seternitate vincturum.
Ad empiète surtout sur le domaine du datif : Ad nunc martiribus sedem tribuentibus aplani. Les documents qui recourent le plus souvent à cette préposition sont les cachets d'oculistes. Ad tient lieu du génitif de possession. Cet emploi ne s'est généralisé que dans les documents les plus barbares et les plus récents : Hic requiescunt membra a duos fratres.
De, marque la sortie après des verbes tels que migrare, ubire, excipere, rapere, ferre, recedere. En outre, il exprime l'origine, la provenance avec les noms de lieu à la question unde ? C'est surtout dans les inscriptions chrétiennes que le domaine de cette préposition s'est élargi. Nous l'y trouvons en lieu et place du génitif déterminatif qui a fini par disparaître entièrement dans les langues romanes : Lumen præbens de lumine vero ; Très fili domini Araloris de filio condam domini Sapaudi. La langue des inscriptions exprime le moyen à l'aide de de, surtout dans les formules de suo, de sua pecunia, de proprio. Le véritable ablatif instrumental n'est exprimé qu'une seule fois à l'aide de cette préposition dans une inscription chrétienne : Verba dei toto de pectore prompsii.
In devient d'un usage fréquent là où la langue classique, au lieu d'établir un rapport d'antériorité entre deux idées, aurait conçu leurs relations à un tout autre point de vue et aurait eu recours soit à la synthèse, soit à un adjectif, soit à une autre préposition : Vixit annos LXXV in bono, dedilus in religione ; Studens in diebus vitæ suæ, in elemosinis pronta, vixit in virginitate ; Fuit in populo gratus et in suo genere primus. In présente un ablatif de temps : Obierunt initio sancti Martini ; Requievit in pace in mense Juliano.
C'est un trait connu que l'emploi facultatif de l'accusatif ou de l'ablatif après les prépositions, qui, selon la grammaire classique, régissaient exclusivement un de ces deux cas. Cette simplification graduelle du système de la déclinaison latine est due à deux causes établies depuis longtemps. L'une d'ordre purement phonétique, réside dans la chute de Y m final, dans la fusion de Yu et de l'o d'une part, de l'ie et de l'e d'autre part. C'est ainsi que s'expliquent les constructions suivantes :
In : qui passi sunt in territuriis ; ad Dei officio paralus ; clauditur hoc cimiterium ;
Sub : sub die (marquant le temps) ;
Post : post consolatum ;
Pro : pro caritate ; pro redemptionem animæ suæ.
La seconde cause d'erreur est due à l'importance croissante des prépositions aux dépens des désinences casuelles. Comme les premières suffisaient à elles seules à exprimer un rapport donné entre deux idées, on les voit suivre indifféremment, surtout dans la foule, de l'accusatif ou de l'ablatif, voire même du datif et du génitif : In hunc tumulum requiescit ; Trasiit in annos XXXV.
On remarquera surtout la confusion qui s'est introduite dans l'emploi de hunc et de hoc dans les inscriptions chrétiennes, ce qui prouve qu'à l'époque mérovingienne, la forme de l'accusatif singulier s'est figée et remplit indifféremment le rôle de l'accusatif ou de l'ablatif. Ces phénomènes laissent déjà pressentir la fusion de hunc et de hoc dans les langues romanes : pro luminaria sanctorum ; cum quem vixit ; cum filios suos.
Adjectif possessif. — Les rapports de possession sont souvent exprimés d'une manière insuffisante, qui prête à l'amphibologie, rend le discours obscur ou illogique. Il arrive assez souvent que, dans une même proposition, le possessif, adjectif ou pronom réfléchi, se rapporte indifféremment soit au sujet, soit au complément. C'est au bon sens à rétablir le lien naturel et à suppléer à l'insuffisance de l'expression : Hic conditus Gennasius vixit annis. Conjux semper amantissima sui atque obsequenlissima dicacio.
La substitution de se, suas à ejus est conforme à l'évolution du latin parlé. La disparition de suus levant eorum, quand il y a plusieurs personnes, n'est dû qu'à l'ignorance, parfaitement aux tendances de la langue parlée à l'époque impériale. Au VIe, le phénomène est indirectement attesté par le grammairien Virgilius Maro, qui avait peine à comprendre qu'on exigeât, inutilement à la grammaire classique, suus au lieu de l'emploi du pluriel du pronom déterminatif, lui semblant naturel.
Temps. Emploi du présent pour le futur : A si furie requires, legendo cognoscis. La substitution d'un temps à l'autre peut simplement résulter de la fusion de l'i et de l'e : pridie idus Augustas. La langue épigraphique se rapproche encore de la langue familière en faisant usage du prétérit historique, qui donne au discours la même allure rapide que le présent employé au lieu du futur :
Nobilis Eugenia præclari sanguinis ortu, quæ meritis vixit, hic tumulata facit.
On revient, à l'époque mérovingienne, à l'emploi du parfait de l'infinitif au lieu du présent : Malluit luce proprium corpus committere quam quæsisse solum ; Quis vi des meritis uslra subisse (= subire) poli.
La tendance à substituer dans les temps composés l'auxiliaire fui à l'auxiliaire sum pour exprimer une action accomplie dans le passé s'accentue à mesure qu'on approche du moyen âge, dans les textes de la décadence, fui devient de plus en plus fréquent et, pour ainsi dire, régulier. La langue des inscriptions recourt logiquement à fui pour exprimer que le défunt était tel ou tels de son vivant : Fuit amalus pauperibus delectus ab omnibus ; mais elle l'emploie également alors que sum aurait dû être employé avec les participes defunctus, natus : fuit defunctus. La concordance des temps n'est parfois pas observée, ce qui est compréhensible lorsqu'on voit les écrivains eux-mêmes commettre les mêmes irrégularités :
Les inscriptions rentrent encore dans la tradition de la période post-classique, lorsqu'elles font dépendre en fin d'infinitif de verbes marquant un sentiment, une affection de l'âme : Sedem victuris gaudens componere membris ; mais elles se caractérisent aussi en l'ajoutant à des verbes qu'on ne rencontre jamais, ou du moins liés rarement, construits de la sorte dans la littérature : Si quis est qui non amat adorare Dominum Christum quæsere.
L'infinitif accompagne, en outre, certains verbes qui, à l'époque classique, étaient des verbes de plein exercice, mais qui tombèrent peu à peu au rang d'auxiliaires : Quos hinc cûrjiuribus [axai alunliens.
Vocabulaire. — La plupart des procédés de dérivation sont représentés dans le latin épigraphique de la Gaule.
O, lu. — Suffixe vulgaire par excellence, s'attache de préférence aux noms de personnes, c'est qu'en vertu de sa valeur fondamentale, l'individualisation, il convenait mieux que tout autre pour créer des sobriquets, qui faisaient ressortir le plus souvent dans un sens péjoratif, le trait caractéristique d'une personne : Algo, Buccio, Capilo, Carbo, Comedo, Escurilio, etc.
Osus. - Désigne à la lois l'abondance et la conformité ; les adjectifs en osus sont nombreux, ils dérivent le plus souvent de substantifs de la troisième conjugaison : Contumeliosus, Ficosus ; d'autres dérivent d'adjectifs : Veneriosa, Bonosus, Bellosa. Le suffixe usus s'ajoute également à des radicaux grecs et donne naissance à des noms propres hybrides : Tryphosa, Charistosa.
Ilus olus. - Le plus usité des suffixes diminutifs est certainement nias (olus), qui s'adapte ordinairement à des noms propres de personnes, mais aussi à des noms communs et parfois à des adjectifs ; l'analogie avec les mots dont le radical était terminé en io, le suffixe s'est élargi en iolus : Blandola, Domnolus, Ferreola, Lupula.
Utils. - Se rencontre dans quelques noms propres de noms communs et d'adjectifs : Regilla, Tantillus, devenus de véritables substantifs : ampullarius, anularius, armariarius, assidarius, barbaricaria.
Issa. — Suffixe grec parvenu à s'implanter dans le latin de la décadence : Basilissa, habbalissa.
Mots étrangers. — Ils sont d'origine germanique, celtique ou grecque. Parmi ces derniers, certains étaient depuis longtemps naturalisés en Italie et d'un usage courant : ecclesia, martyrium, diaconus, dogma, elemosyna, presbyler, sarcophagus, stemma. Cette sorte d'infiltration du lexique latin par le lexique grec n'est propre ni à la langue de la décadence, ni au latin vulgaire ; la langue littéraire a été, comme on sait, de tout temps, plus ou moins tributaire du grec. Mais précisément, parce que cette influence de l'hellénisme s'est surtout produite par l'intermédiaire de la littérature et des classes cultivées, il n'est pas sans intérêt de constater, dans un grand nombre d'inscriptions, que le langage littéraire n'est pas resté étranger au mouvement. En effet, à côté des termes grecs mentionnés dans les textes officiels ou relatifs au culte, il en est d'autres qui appartiennent à des documents d'un caractère tout privé. Les vocabulaires cités appartiennent en très grande majorité aux inscriptions du midi de la Gaule, où l'hellénisme a joué un rôle prépondérant et une action plus efficace que dans toute autre partie de cette contrée. Nous ne donnerons que les mots empruntés aux textes chrétiens (les références sont aux numéros du Corpus, de Le Blant, Inscript., et du Nouveau recueil par une *). Absis, C. I. L., XII, 5330. Trieleris, Le Blant, 708.
Xenodochium, Le Blant, 334.
Parmi les mots d'origine germanique, qui tous proviennent d'inscriptions rhénanes, on trouve aliberga ; hcriberga, (nom propre), C. I. L., XII, 2404, alberœ. Le Blant*, 73.
Acolijlus, Le Blant, 36. Anachorilicus, Le Blant, I, p. 62. Analhema. Le Blant, 248. Baptisma, C. I. L., XII, 5750. Basilica. Le Blant. 445. Blastcma. Le Blant. *, 83. Cœnobium. Le Blant, 91. Epitaphium, Allmer, 462. Elysiun, C. I. L., XII, 5350.
Mots rares ou nouveaux. -- Nous ne relevons que ceux qui se lisent dans les inscriptions chrétiennes.
Capus, Kraus, op. cit., n. 153 ; Le Blant lit carus ; Seelman, capus qui est la leçon de la pierre et ce mot exprimerait l'idée que le défunt occupait de son vivant une situation élevée (voir Le Blant, n. 321, 333, 341).
Censura, signifiant sévérité, mœurs rigides. Le Blant *, 6.
Compresbulcr, collègue d'un prêtre, C. I. L., XII, 5336.
Dolus, forme vulgaire de Dolor, C. I. L., XII, 2033 ; du même sens dolose, C. I. L., XII, 2093 ; XII, 1939.
Exstruetor templï, entrepreneur, C. I. L., XII, 972.
Monacha, nom féminin refait sur monachus, Egli, Die christl. Inschriften der Schweiz, 1895, n. 44.
Parmi les adjectifs, il faut mentionner :
Bonemem irius ; adjectif de formation bizarre, propre aux inscriptions chrétiennes, surtout à celles de la Gaule et de l'Italie. Beaucoup d'épitaphes commençaient par la phrase « mem irise illias », et les mots suivis d'un nom propre ont été considérés comme un adjectif s'accordant avec le nom suivant. C'est ce qui a permis la création de bonememoria qui a donné naissance à bonememorius. La fusion de l'adjectif et du substantif devient même si intime, qu'on perd le sentiment de la composition et que l'on fait subir au nouveau mot diverses altérations : benememorius, C. I. L., XII, 5399 : benememoriœ, C. I. L., XII, 1498 ; bonx memori, C. I. L., XIII, 1511.
Commemorialis, sous la forme de commemoralis, C. I. L., XII, 5356.
Innox, forme vulgaire de innocens, ayant même radical que innocuus, mais un radical consonantique : in-noc-s. C'est précisément en quoi cette forme est populaire, car la langue vulgaire avait une tendance à créer des mots à thème consonantique en regard des vocabulaires classiques à thème vocalique : In hoc lumulo requiescit in pace bonememoria Liveria innox ; hic requiescit innox ; Bertefreida innox.
Perassiduus, C. I. L., XII, 944.
Petrinus, Le Blant, 334.
Scptinaris, Le Blant, n. 91. l'rœrulilus, Le Blant, 334.
Sepulcralis, C. I. L., XII, 972.
Serenijer, Allmer, IV, 140.
Parmi les verbes : Conjorlare, fortifier, réconforter ; coinluciscere, briller ; claere, être célèbre ; Pausarc, synonyme de requiescere ; Persislere, persévérer.
Parmi les particules : Jugiler, même sens que juge, uccipr qui lacrimis perjundis jugiler ora.
In se, locution synonyme de una : Hic jacel ambigua pielas dolor cl pudor in se nomine Solonias.
Sublus, sublus enim tria consistant monumenla petrina.
Usqnid in, renforcement de usque : usquid in sempiternum.
Changement de sens. — La langue littéraire se montre beaucoup plus circonspecte que le parler populaire, dans le développement progressif de la signification de certains termes qui aboutit parfois à un sens tout différent du sens primitif.
Com par : ce mot figure dans les inscriptions chrétiennes et païennes avec le sens d'époux et d'épouse, remplaçant conjux ou maritus, et non seulement en Gaule, mais en Italie, en Dalmatie, etc.
Filius : ce mot sert à désigner les garçons et les filles indistinctement : Très fdios in diebus XXVII hic posuimus, Sapaudum filium Rusticam filiam, Rusticulam filiam.
Homo : ce mot tente à supplanter complètement vir qui disparaît presque complètement aux derniers temps de la période latine dans les textes d'origine vulgaire. (Voir Dictionnaire, au mot Femme : Le concile de Màcon et l'âme des femmes, t. V, col. 1349.)
Infans : ce mot a subi une transformation analogue à celle de filius, sa signification s'est généralisée, il signifie non seulement l'enfant en bas-âge, mais le garçonnet et la fillette, puer et puella de douze ans ; on trouve même infantia appliqué à un homme de vingt-trois ans, et on peut croire que ce mot est pris ici dans le sens de « jeunesse » ou « vie ». Bonememorius Maurolenus, qui vixit annis plus menus XXIII. Cuius infantia bona fuit.
Malrona : ce mot est usité dans le sens de conjux : Titulum posuit dulcissima sue matronæ in Christo.
Memoria : ce mot a pris, dans les inscriptions funéraires, un sens tout à fait nouveau, celui de « tombeau ». Les auteurs ecclésiastiques, et particulièrement saint Jérôme, l'ont également employé avec cette acception ; mais comme cette modification est surtout attestée par les documents épigraphiques, il est vraisemblable qu'elle y a pris naissance et qu'elle est ainsi d'origine plus ou moins vulgaire. De ce qu'on disait « élever un tombeau à la mémoire de quelqu'un », on a fini par dire, en abrégeant : « élever une mémoire ».
Parens : ce mot apparaît tout d'abord avec la signification de « père », « mère » ; mais on s'en sert aussi pour désigner les personnes apparentées à la famille, comme saint Jérôme, Ado. Rufinum, I. II, e. 11. « parentes militari vulgariquc sermone cognatos et affines nominal ».
Parentes : ce mot est fréquent dans les inscriptions chrétiennes, avec le sens de parentes.
Lias : ce mot empiète sur le domaine de liber, de puer, de infans, de filius et semble être du langage familier.
Uli : Dans la langue de la décadence, le pluriel de populus ne désigne plus qu'une multitude d'hommes et non plus des collectivités politiques, des nations, il a le sens de « la foule », « les gens » : Sacra qui mistica semper divisit populis ; Populis speculum fuit.
Titulus : ce mot qui signifia d'abord « inscription gravée », ensuite « titre honorifique », a servi finalement à désigner l'inscription et la pierre dont il était le signe caractéristique et le « tombeau ». C'est le sens le plus usuel dans les inscriptions chrétiennes : Titulum facere ; titulum ponere ; sub hoc titulo.
Vus : ce mot, sous la forme populaire vasum, a le sens de « tombeau », qu'on ne retrouve dans aucun texte littéraire, mais seulement dans cette inscription : Corpus hoc vasum situm.
Jugalis : adjectif substantif qui désigne les personnes unies par le mariage.
Lapsus : dans le sens de deceplus, trahi par la mémoire : lapsus memoria ; privé de ressources : lapsus facultatibus ; privée d'enfant, de postérité : lapsus subolis.
Quadrillas : employé substantivement au neutre dans le sens de pierres équarries, taillées.
Urbicus : citadin, mais urbs étant devenu synonyme de Roma, urbicus a signifié romanus.
Virginius : cet adjectif devient parfois substantif et désigne un jeune mari.
Complere : remplir : bis undenos tevi complelis duxil mensibus annos.
Deplere : soustraire : bis denos uixi depletis mensibus annos.
Deseroire : renoncer à, abandonner : deservi fragilem terrent corporis usum.
Deslinare : graver, inscrire : Hic tumulum titulumque donaoit honori et proprium nomen distinat.
Kraus, op. cit., n. 2. — Egll, op. éd., n. 11. L'époque romane le sens de « avec » idée d'accompagnement et idée de moyen ; beneficio qui indiquait une action prise en sens favorable a pris un sens de plus en plus indéterminé ; cirea. appliqué aux personnes ne signifie plus « autour » mais « environ » et devient synonyme de in et de erga : juxta et secundum sont fréquemment pris l'un pour l'autre ; prit mar que non seulement la destination, mais la cause ; quondam a pris la valeur de defunctus comme nous disons « feu » un tel ; sire a conservé la fonction que lui avait assignée la langue classique, il signifie « ou » ou « et », mais il prend aussi la signification de « et » et finalement sert à introduire un sobriquet, comme nous disons : un tel.... ; salis a gardé le sens qu'il avait à l'époque archaïque « beaucoup » « fort » : Umanelas in eu sa les lauilanda ».
Changement de sens propre aux inscriptions chrétiennes.— Les inscriptions de la Gaule comprennent, dit M. Pirson, un nombre considérable de marbres chrétiens qu'il importe d'étudier séparément parce que leur vocabulaire présente certains caractères. Lorsqu'on compare, sous ce rapport, la langue de l'épigraphie chrétienne avec la langue des auteurs ecclésiastiques, on est frappé de la ressemblance qu'elles présentent et qui suppose évidemment une action lente et continue du langage des lettres sur celui des classes inférieures. L'unité du latin de l'Église qu'il faut avant tout mettre en évidence parce qu'elle est à elle seule, une preuve irréfutable de la propagation et de la pénétration des croisades nouvelles dans les masses populaires de la Gaule entière.
Aplus : épithète élogieuse, a le sens de « attaël bienveillant » : Slalio miseris et poilus eginis omnibus aplus luit ; Hic jacit Arlemiadulcis aplus ' ; Dulcissimus aplus '.
Astulus : épithète élogieuse : Vir magnus, clei ac mente benignus, astulus, largus... Les auteurs ecclésiastiques ont aussi employé astulus avec cette signification et saint Augustin écrit : Nunc enim eam dico asluliam qua usitatius in malitiosis intelligi cl vocari solel, non sicul noslru lo qui Scriptura consuevil, quae saepe asluliam in bono ponit, autde asluli ut serpentes ; et illud : ut et innocentibus dicit asluliam. Quamquam et apud illos Romanos linguae disertissimus dixerit : Xc<iuc illi tamen ad cavendum dolus, aut aslulia deeranl, aslutiam ponens in bono : sed apud illus rarissimum apud nostros frequenlissimum est« .
Bealus : épithète réservée à ceux qui jouissent de la félicité éternelle et appliquée, en occident, aux saints illustres, aux martyrs, aux innocents : Vrbicius abbu nobelis natalebus bealus ex operibus '.
Carilas : ce mot qui avait signifié l'amour, l'affection, se particularise et finit par ne plus signifier que l'amour du prochain, la « charité » : ooluni charitatr largissima, la signification première a persisté dans ces textes : Frater propter cantate titulum... qui vixerunt in conjugali adfi du et i arilai alitas : a perdu le sens péjoratif, il signifie une foi profonde : s il modo suinta (i des sil pia credul silio, depositus : restreint au sens d'inhumation, et depositus, deposita ont remplacé nhilus. de) une ta ; les exemples sont presque innombrables (Dictionn., t. iv, au mot 1) ;
Facilis : a reçu une signification toute particulière, dérivée du sur. premier ; il di signe les esprits ini n. 2478 t., t. I, '2 177 cLxvn. ! » Le Blant, Inscript., n. 471. - ■• < Int., t. mi, n. 2090. ' Le Blant, Nouveau recueil, n. Corp. inscr. lot., i. mi, n. 1721.-- »
V. 77
dérés, capricieux. On trouve dans Grégoire de Tours, dans Sidoine Apollinaire cette signification et aussi dans les inscriptions : Terruil faci les cum pace palerna l.
Fidelis : ne s'applique qu'aux chrétiens baptisés.
Marlirium : église, oratoire élevé sur les restes d'un martyr : Vixitannus quin qui et in marlirio annus septe 2.
Proponere : faire un vœu : Vilam suani proul proposueral gessit 3.
Reus : débiteur, engagé par vœu à remplir une promesse : Reus et servus ihm. Chrislo *. Ce sens n'est pas particulier aux documents chrétiens. Virgile et Macrobe l'ont employé dans une acception analogue.
Slatio : a côté de porlus ne peut avoir que le sens de rade, refuge des vaisseaux, appliqué métaphoriquement, la vie étant comparée à une traversée : Slalio miseris et portas eginis omnibus aptus fuit 5.
Utilis : dans les textes de la décadence a un sens beaucoup plus général que d'habitude, ici Bertrejrida innox, honesta, décore, blanda, ulelis, caula », par le bas, va s'évasant. Une ressemblance frappante, presque une identité rapproche les marbres arlésiens des marbres romains ; identité de manière et de style, même cuve en parallélogramme, même couvercle, parfois même disposition et même réunion de sujets. Toutefois une comparaison attentive des séries permet de constater que les sculpteurs arlésiens ne se sont pas bornés à reproduire servilement les modèles romains. Un sarcophage d'Arles qui représente la vie du Christ, depuis son enfance jusqu'à l'Ascension, n'a pas d'analogue à Rome. Cette même école artésienne était trop pénétrée des modèles antiques pour ne pas lui faire quelques emprunts directement : ainsi plusieurs sarcophages offrent aux extrémités du couvercle des têtes juvéniles de grande dimension qui sont inspirées par les masques que plaçaient souvent les païens pour amortir les angles (voir Dictionn., t. i, fig. 983).
Il a donc existé en Gaule des écoles et des ateliers qui ont fabriqué des sarcophages. Leur décoration strictement ornementale, géométrique, florale sans offrir le même intérêt que la nature animale, rachète cette infériorité par une exécution moins maladroite. Le dessin de cette décoration paraît fourni par les mosaïques gallo-romaines ; il se retrouve dans les coffrets d'ivoire de la même époque et jusque sur les bijoux et verroteries de fabrication mérovingienne. Le cor, non plus sculpté mais gravé au trait, se montre au VIe et au VIIe sur le sarcophage de saint Andoche à Saulieu, sur celui de saint Francovee à Autun, sur celui de saint Leonien à Vienne, en ligne avec une richesse plus grande, sur une tombe en l'enton-du-Cher, où sont représentés, d'un côté, Daniel, orant entre les lions ; de l'autre, deux griffons accostant un vase d'où jaillit un jet d'eau. La première de ces représentations est fréquente sur les agrafes mérovingiennes du Jura et de la Sâone, l'autre est un motif d'importation orientale, que la Grèce et Rome ont adopté et cent fois reproduit, mais qui reprend ici son caractère primitif '.
II. Utilisation de sarcophages antiques. — Les sarcophages de la Gaule sont avec ceux de Rome et de l'Italie les seules séries vraiment importantes, malgré l'intérêt dont sont loin d'être dépourvus ceux de l'Afrique et ceux de l'Espagne qui ont été étudiés en leur lieu. Au point de vue de l'interprétation symbolique, nos sarcophages ont inspiré le remarquable travail d'Edmond Le Blant, au sujet duquel nous reviendrons (voir Symbousme). Mais ces marines rares et mutilés, devant lesquels l'antiquaire s'arrête presque seul aujourd'hui, ont eu leurs siècles de splendeur ; la plupart étaient affectés à la sépulture des saints et Grégoire de Tours avait songé à composer un livre avec leur seule histoire : Slalueram... Mu lanlum scribere quœ ad sepultura bealissimnrum martyr um confessorum que dirinitus gesta... De son côté, Victor de Vita raconte qu'en Afrique saint Armogaste, averti par une révélation divine que sa dernière heure était proche, appela près de lui le chrétien Félix. « Je vais bientôt mourir, lui dit-il, et au nom de notre foi commune, je te conjure de m'ensevelir sous le chêne que voici. Le Seigneur te punira, si tu ne t'empresses de m'obéir. » Il ne s'inquiétait pas, ajoute l'auteur, du lieu, du mode de sa sépulture ; mais il voulait faire connaître ce qui lui avait été révélé. Félix répondit : « Que Dieu me garde, vénérable confesseur, de souscrire à ton vœu ! Une basilique que tes restes seront déposés, avec la pompe triomphale des honneurs dus à tes vertus. » Armogaste insista, et Félix, ne voulant pas affliger cet homme de Dieu, lui promit d'obéir. Quelques jours après, le saint quitta ce monde et l'on se hâta d'ouvrir une fosse sous l'arbre qu'il avait indiqué. Le travail fut lent et difficile, car le sol était dur et les racines enchevêtrées ; inquiet de voir ainsi l'inhumation retardée, Félix les fit couper, et, creusant profondément dans la terre, il découvrit un sarcophage de marbre tout préparé et si magnifique que jamais roi n'en avait eu de pareil.
Sans aucun scrupule, on vidait la tombe des anciens occupants pour faire place à un nouveau occupant ; il s'agissait d'un hommage éclatant rendu à un personnage illustre, mais de plus en plus les ateliers devinrent capables de fabriquer de beaux sarcophages ; la nécessité n'embarra re. On aurait...
■lire que ce qui avait convenu à cl' Bert aux, La sculpture en Italie, du dans A. Michel, Histoire de l'art depuis les premiers temps jusqu'à nos jours ne pouvait être devenu méchant ; il est vrai que le christianisme était apparu dans l'intervalle et avait rendu beaucoup de ces décorations inacceptables pour des fidèles. Mais on avait une raison beaucoup plus décisive. Qu'il s'agît de sarcophage païen ou de sarcophage chrétien, l'intelligence de ces petits était complètement ou presque complètement perdue. La richesse du travail déterminait surtout le choix de la cuve ou du couvercle. Pour ne parler que de la France, on tira parti de tombes païennes afin d'ensevelir le comte Flavius Memorius à Arles. C'est en effet un monument d'origine païenne où sont figurés des griffons, des sphinx et deux centaures combattant un lion. Dans l'étroit bandeau qui encadre cette dernière scène et l'une des faces latérales est placée l'inscription ; une entaille, laiteuse, le lien de métal qui autrefois avait attaché le couvercle à la tombe, interrompt la légende. Des lois nombreuses créèrent « le réprimer ces exhumations sauvages ». La loi nouvelle de Théodose et de Valentinien frappe sévèrement les misérables qui oseraient troubler le repos des morts et exposer leurs ossements à la lumière du jour : « Faites respecter les cadavres », disent les empereurs. Le martyr saint Andéol fut de même enseveli dans un sarcophage païen : nous avons vu que les restes de Charlemagne (voir ce mot) furent déposés dans une tombe décorée de l'histoire de Frosculpine. S'il n'y eut que des marbres chrétiens dans la crypte de Saint-Maximin, il en a été introduit d'autres dans celles de Saint-Victor de Marseille, de Saint-Honorat d'Arles et dans les églises de Vence, de Saint-Clément, où des tombes païennes, purifiées sans doute par la présence d'un corps saint, ont été placées sous l'autel. Quelquefois cependant un scrupule parut être venu aux chrétiens : E. Le Blant, vit en 1857, dans la catacombe de Saint-Calixte, un sarcophage dont les sculptures, entièrement rasées, indiquent sans doute son origine païenne. A Bourg-Saint-Andéol dans le Vivarais, un sarcophage païen a reçu au moyen âge une sculpture chrétienne.
III. Ignorance des sujets. — On ne peut être surpris que les gens du moyen âge aient méconnu la signification des sujets païens ou chrétiens qu'ils avaient sous les yeux quand on voit que les archéologues du XVIIe au XIXe n'étaient pas plus avancés et interprétaient les sarcophages chrétiens avec la plus étourdissante fantaisie. Il semble que, pour les Français, l'idée même qu'il ait existé des sarcophages de fabrication chrétienne et portant des scènes chrétiennes ne se soit pas présentée ; aussi tous leurs efforts tendaient à découvrir dans l'arsenal de la mythologie des épisodes applicables aux représentations bibliques qu'ils avaient sous les yeux. Seuls Peiresc et Millin s'avisèrent d'instituer des rapprochements avec les sarcophages italiens et se mirent ainsi sur la voie des explications exactes. Un contemporain de Peiresc, Louis Chaduc, voit dans les Juifs buvant à la source que lit Moïse, des païens qui se purifient avant d'offrir un sacrifice, tandis que Grosson, antiquaire marseillais, y voit une cérémonie d'affranchissement : esclaves sont à genoux, dit-il, et le prêtre tient la baguette levée. Son compatriote Ruffi découvre les sept Dormants, ou, selon Grosson, y voit une assemblée de savants ou de philosophes ; enfin les trois Hébreux dans la fournaise, derrière lesquels on voit le buste de Nabuchodonosor, deviennent un sacrifice aux dieux lares. A Toulouse, la réunion du Christ et de ses disciples est transformée en conseil des douze pairs ; à Cahors, les figures si fréquentes d'Adam et d'Eve sont prises pour celles de Deucalion et de Pyrrha. Legrand d'Aussy discute au sujet d'un sarcophage de la cathédrale de Clermont où se voit, dans la forme ordinaire, le Christ ressuscitant Lazare debout dans son édicule et devant eux Marie prosternée. « A l'une des extrémités de la face antérieure et au bord de l'angle qu'elle forme, on remarque, dit-il, un temple dans lequel est une femme enveloppée de bandelettes depuis le cou jusqu'aux pieds, agenouillée devant un des hommes et elle a l'air de le supplier. Si l'on en croit ces sortes de savants que rien n'embarrasse, qui ne doutent de rien et savent tout expliquer, cette femme est une vestale coupable qui, condamnée à mort, pour avoir laissé éteindre le feu sacré, demande sa grâce, car, selon eux, Isis et Vesta n'étaient à Rome qu'une même divinité. Par une métamorphose bien singulière, ce monument païen, qui représente probablement un mystère d'Isis, et qui jadis renferma le cadavre de quelque idolâtre auvergnat ou romain, devint dans l'église cathédrale un monument sacré destiné au mystère réputé le plus saint de la religion romaine. Sans sa forme, on l'eût probablement détruit et mis en pièces, il y a longtemps. Heureusement, il exista une circonstance où l'on eut besoin d'un autel. On trouva que le sarcophage pouvait en faire un, en l'élevant sur un socle. En conséquence, il fut placé dans la chapelle appelée du Saint-Esprit, et, quand je le vis, on y disait journellement la messe. De pareilles sottises excitent à la fois le rire et la pitié ». — Le citoyen Legrand d'Aussy ne se doutait pas alors à qui s'adresseraient l'ire et la pitié — Quelques-uns s'étonnent à la vue d'un homme nu, couché, près d'un monstre. « C'est, dit-on, une figure couchée qui semble faire des efforts pour écarter un dragon ; allégorie inexplicable, à moins qu'on n'ait voulu représenter l'état de contrainte de l'homme en servitude ». Dans un groupe mutilé où figure la croix surmontée d'une couronne, on a imaginé de voir « les restes d'un sujet obscène ». Les trois Hébreux dans la fournaise et le buste du roi Nabuchodonosor sont devenus trois anges de Sodome et la statue de sel. Saint Pierre tenant un pli de son manteau est pris pour Judas, la bourse à la main. A Narbonne, sur une tombe décorée de divers sujets bibliques, des archéologues du XVIIIe ont cru voir la représentation des noces d'Ataulphe et de Placidie. Enfin au XIXe ces fantaisies ont trouvé de nouveaux interprètes. A propos du sarcophage de Livia Primitiva, Didron écrivait le plus sérieusement du monde : « J'ai peine à croire qu'il s'agisse ici du Bon Pasteur et je pense plutôt que le sarcophage a été exécuté par les ordres d'un propriétaire de moutons et d'un marin, d'un riche pêcheur qui serait devenu un opulent berger ». La palme de l'ingéniosité appartient probablement à Hadrien Berbrugger dont la description et l'interprétation d'un sarcophage trouvé à Dellys (Algérie) semblent vouloir braver le sens commun. Il s'agit de sept petits bas-reliefs représentant : 1° Daniel et le serpent des Babyloniens devenu « un médecin donnant sa première ordonnance à son premier client et faisant offrande au serpent d'Esculape ; — 2° le Christ touchant de son bâton les urnes de Cana, c'est le même « médecin remuant un remède avec un rameau de palmier dépouillé de ses feuilles ; » — 3° La guérison de l'hémorroïsse, c'est notre « médecin explorant l'occiput d'un malade ; » — 4° Le Christ assis entre deux apôtres, c'est le médecin parmi ses élèves ; — 5° la multiplication des pains, c'est le médecin qui « remue avec une grande spatule une préparation à chaud qui bouillonne ; » — 6° la guérison de l'aveugle-né, c'est toujours le médecin « palpant l'artère temporale d'un jeune garçon ; » enfin le reniement de saint Pierre, c'est le médecin « remettant un remède à un malade qui promet s'il est guéri de sacrifier un coq à Esculape ». En sorte qu'après Edm. Le Blant, on ne peut trouver de meilleure conclusion que cette jolie boutade de Fontenelle : « Nous avons aux anciens l'obligation de nous avoir épuisé la plus grande partie des idées fausses qu'on se pouvait faire ; il fallait absolument payer à l'erreur et à l'ignorance le tribut qu'ils ont payé, et nous ne devons pas manquer de reconnaissance envers ceux qui nous ont acquittés. Il en va de même sur diverses matières, où il y a je ne sais combien de sottises que nous dirions si elles n'avaient pas été dites et si on ne nous les avait pas pour ainsi dire enlevées ».
IV. Sujets plus particuliers à la Gaule. — Sans doute, toutes les tombes rencontrées sur le sol de la Gaule ne reproduisaient pas servilement les modèles romains ; un certain nombre de représentations y sont nouvelles ou du moins assez rares pour qu'on ne puisse leur rencontrer d'analogue dans les sarcophages romains qu'après d'assez longues recherches ; il faut nommer parmi ces sujets plus particuliers à la Gaule : le massacre des Innocents, la remise des clefs à saint Pierre, la mort d'Ananie, le saint Sépulcre, le Christ montant au ciel, le jugement des calomniateurs de Suzanne, Habacuc apportant à Daniel les pains et les poissons symboliques, Daniel représenté vêtu dans la fosse aux lions et saluant le roi de Babylone, David combattant Goliath, un buste souvent répété et qui paraît être celui de saint Genès ; une femme, que l'on croit être Plautille, debout près de saint Paul prisonnier, une autre assistant au sacrifice d'Abraham, un édicule abritant le bélier immolé à la place d'Isaac, l'image symbolique de ce bélier arrêté par les cornes dans un buisson d'épines, le groupe singulier d'un chien et d'un personnage vêtu du pallium, les disciples se bouchant les narines devant le cadavre de Lazare, des enfants offerts au Seigneur, Tobie et le poisson, le jardin des Oliviers, le baiser de Judas, le Christ et un ange nimbés, Moïse quittant Pharaon, la chute des cailles dans le désert, saint Joseph endormi, un ange lui ramenant la Vierge, l'image répétée des Dioscures, des génies funéraires, le ciel représenté à la mode païenne, le Seigneur modelant le premier homme, les chasses au cerf, au sanglier, etc. On ne trouve, par contre, qu'une seule fois, l'arche de Noé, et jamais le groupe de l'Amour et Psyché, ni celui d'Orphée.
V. Sarcophages historiques. — Nous ne pouvons dire, mais nous pouvons présumer ce qu'eût été le livre projeté par Grégoire de Tours sur les sarcophages ; un recueil d'historiettes à l'usage des nourrices. Il est plus que probable que dans ce livre il eût introduit des récits tels que celui qu'il a inséré dans l'Histoire des Francs (I, IV, c. xiii) d'un prêtre enfermé vivant dans un sarcophage, et encore dans le De gloria confessorum (c. xi), de deux époux chrétiens, Hilarius et sa femme, unis dans le même tombeau où Hilarius, heureux de retrouver celle qu'il avait aimée, se réveillait du sommeil de la mort et étendait le bras pour attirer à lui le crâne de la morte. Le livre eût peut-être été un peu macabre, mais il est permis de le regretter néanmoins, sachant la profusion de détails historiques que Grégoire savait introduire dans ses récits.
« Plus que tout autre pays, disait Edmond Le Blant, la France évoque devant et suscite un moment les souvenirs historiques ou les anciennes légendes. Nos pères y ont saluées les sépultures de quelques acteurs de l'Évangile : l'aveugle-né ; Marthe, l'hôtesse du Christ ; Marie Madeleine, la grande repentie ; celle des vieux martyrs, saint Andéol, saint Andoche, sainte Quiterie. La tradition nous reporte de plus au temps des fils de Constantin, à celui des princes wisigoths, d'une héroïne des chansons de gestes, la fantastique reine Pédauque, des guerriers, des saints mérovingiens, des invasions sarrasines, de Charlemagne et de ses preux, de Louis le Débonnaire, et même, dit-on, à l'âge des combats en champs clos. Chacune de nos riches sépultures devait avoir ainsi son histoire ou sa légende. Tout est muet maintenant pour plusieurs, dont l'attribution, fût-elle imaginaire, aurait pour nous son intérêt ; On ne sait à qui furent destinés, entre tant d'autres, l'étrange sarcophage de Charenton, ceux de Lucq-de-Béarn, de Valbonne, de Saint-Honorat, tous les quatre retrouvés dans de célèbres abbayes, la plupart des tombes qui sanctifiaient une église de Clermont, celui qui, de Provence sans doute, fut transporté dans un village voisin de Paris.
« Ces marbres, nus et muets, devant lesquels l'antiquaire s'arrête presque seul aujourd'hui, ont eu leurs siècles de splendeur. Souvent, on les groupait dans des sanctuaires où s'empressaient les fidèles ; ainsi fut-il fait à Saint-Honorat d'Arles, à Marseille, dans les Saint-Victor, à Saint-Maximin, à Clermont, où l'église qui les contenait reçut de leur réunion le nom de San lu Maria inter sanclos. Des balustrades entouraient ces sépulcres « peints et dorés » qu'abritaient des ciboria surmontés de croix gemmées ou de riches étoles. Ils recouvraient ; on suspendait au-dessus d'eux des colombes d'or ; on les jonchait incessamment de fleurs et de verdure ; des lampes, des cierges brûlaient devant eux nuit et jour ; les fidèles en prières les couvraient de larmes et de baisers ; autour d'eux se voyaient des ex-voto sans nombre, les fers, les chaînes des prisonniers délivrés par la vertu des saints, les armes des guerriers venus remercier le ciel de leurs victoires. Des serments solennels se prêtaient sur ces marbres sacrés. Là venait l'immense foule des misérables, les fiévreux, les aveugles, les paralytiques, les boiteux, les fous et les épileptiques si nombreux alors que, laissés libres et errants, ils communiquaient leur mal par la vue même de ces attaques. Ils étaient là, s'agitant furieux dans les sanctuaires, hurlant auprès des tombes comme des bêtes fauves ; là, sous l'étreinte des crises, se produisaient ces mouvements désordonnés, ces rotations de la tête, cette effrayante contraction du corps se raidissant en arc pour rebondir comme un ressort d'acier, phénomènes que la science retrouve et étudie à cette heure même, tels que les a vus et décrits un Père du Ve.
« Des guérisons miraculeuses s'accomplissaient devant ces sépulcres près desquels les malades venaient passer des jours et des nuits, espérant obtenir dans quelque songe une apparition secourable ; recueillant, emportant comme de précieux remèdes, præbenedictione, suivant le mot d'alors, la poussière, les fragments mêmes détachés des marbres sacrés, maigres les châtiments terribles dont le ciel frappait, disait-on, une témérité si haute, des débris de la cire de leurs cierges, quelques gouttes de l'huile de leurs lampes, l'eau miraculeuse dont plusieurs se remplissaient d'eux-mêmes, celle qui les lavait aux jours de Pâques. Grégoire de Tours montre une femme rendue à la santé après qu'on l'eût étendue sur le sépulcre d'une sainte. Il était rare pourtant que l'on touchât à ces marbres, dont le grand évêque osait à peine, dit-il, lui-même, approcher ses lèvres ; nulle force humaine ne pouvait les mouvoir si leurs saints hôtes n'y consentaient ; les bienheureux qui y reposaient les voulaient honorés et les protégeaient contre toute offense. Les hommes assez hardis, assez impies pour les fouler aux pieds, pour les mutiler, pour les ouvrir, étaient frappés de châtiments terribles ; l'un de ces sépulcres, disait-on, avait broyé une main coupable de s'y être appuyée sans respect.
« Parfois, se démentaient pourtant les marques d'une vénération si haute. Irrités contre les dieux qui les frappaient ou n'exauçaient point leurs prières, les païens les menaçaient, les châtiaient en leur refusant... pour celui sur lequel l'archéologie chrétienne de la Gaule s'arrêtera longtemps.
VI. Essai de classement. 1. AGEN. — Dans l'église Saint-Caprais, couvercle d'un sarcophage qui aurait renfermé les restes du duc Regnowald, général au service du roi Gontran (VIe). Le travail peut être de cette époque. Les deux génies funèbres tenant les flambeaux renversés reproduisent des modèles antiques. Les deux épisodes de Jonas sont intéressants. Ainsi fit, disait-on, Auguste, qui, après la destruction de ses vaisseaux par une tempête, exclut d'une pompe solennelle la statue de Neptune. Les chrétiens continuèrent cette étrange pratique, encore vivante chez le vulgaire dans un pays voisin de la France, la superstitieuse Italie. On mettait violemment en demeure les bienheureux pour leur arracher quelque grâce ; les preuves abondent dans nos vieilles chroniques. Et un tombeau que l'on croit posséder encore, celui de saint Métrias, a été autrefois couvert de ronces et privé de tout culte pour forcer l'illustre confesseur à faire restituer un bien enlevé à son église. Edmond Le Blant avait pu réunir deux cent quatre-vingts sarcophages ou débris, tombes sans couvercles, couvercles sans tombes, lorsqu'il publiait son important recueil, en 1896. Depuis cette époque, quelques cuves et des fragments sans grande importance ont été rencontrés ; on peut tenir ce nombre de trois cents pièces du xie au XVIe, suivies d'une notice sur les sépultures du moyen âge, in-8, Agen, 1874, p. 283 ; E. Le Blant, Sarcophages chrétiens de la Gaule, p. 92, n. 114, pl. XXXIII, n. 2. Église Saint-Caprais, chapelle Sainte-Anne, tombeau de marbre brisé au début du XIXe, quelques fragments représentant : a) les trois Hébreux dans la fournaise, dont deux bourreaux attisent les flammes et Nabuchodonosor assis devant son buste posé sur une colonne ; b) multiplication des pains ; c) bon pasteur.
À Agen et dans les environs. Un certain nombre de sarcophages décorés de simples ornements, cités par Boudon de Saint-Amand et par Tholin. Plusieurs renferment deux corps. D'ailleurs, on voit également deux époux sur un sarcophage de Dellys qui ne contenait qu'un seul squelette. Le couvercle terminé par deux têtes de Méduse est païen. Entre deux, figures nues et couchées représentant la Terre et l'Océan, trois groupes (les Victoires et de génies portant des couronnes). La Terre est une femme accompagnée d'un bœuf et une corne d'abondance ; l'Océan est un homme tenant une rame, une pistrix le regarde. Ce sarcophage porte des traces de dorure.
Bibl. — Millin, Les déparlements du midi de la France, t. II, p. 268, pl. XXXVII, n. 2 ; Bulletin monumental, t. XI, p. 119 ; R. Garrucci, Storia dell'arte cristiana, t. V, p. 131, pl. XXXI, n. 2 ; E. Le Blant, Les sarcophages chrétiens de la Gaule, p. 113, n. 205, pl. II, lig. 2. Jadis dans l'église Saint-Sauveur, servant d'autel à la chapelle Saint-Grégoire, transporté aux eaux thermales pour y servir de bassin de fontaine et percé alors de nombreux trous, ce sarcophage est enfin entré au musée de la ville. La face antérieure offre une division en cinq arcades, dans les retombées desquelles sont sculptés, entre des dauphins, deux monogrammes du Christ et deux couronnes ; aux extrémités sont des corbeilles renversées d'où s'échappent des fleurs.
Sarcophage d'Aix. D'après Le Blant, Sarcophages de la Gaule, p. 91, ont été vus par Scaliger qui écrit à leur sujet : Il y a des sépulcres de pierre de taille avec les A et les C de Constantinus Magnus, qui sont vieux de mille trois cents ans.
SUS de l'autel dans la chapelle de saint Mitre, cire de Tours raconte de ce tombeau que saint Métrias avait légué des biens à l'église d'Aix. Pic s'en empara et l'évêque dit au saint confesseur, en se prosternant devant son sépulcre : Hélas, glorieux saint, il n'y aura plus ici de luminaire et l'on n'y chantera plus les psaumes que tu aies vengé tes serviteurs et fait rendre à l'église les biens qui lui ont été arrachés. Cela dit, il jeta des yeux sur le loin beau et devant les saints, qu'il ferma. Le coupable, naturellement, mourut, mais après avoir restitué les biens usurpés et fait déposer sur le sarcophage le double de l'argent qu'il avait frappé l'église. Le sarcophage actuellement conservé et ci-dessous décrit : Sous un portique, le Christ au centre sur un mont, il relève deux fidèles probablement des époux. Jésus donne la loi à Pierre, les autres apôtres portent un volumen et le présentent au Seigneur. Aux pieds de ce dernier sont inclinés un homme et une femme, sans doute deux enfants de petite taille. Ce tombeau n'ayant que deux mètres de hauteur, il est peu probable qu'il ait été utilisé.
Les sujets figures sous les arcades sont, de gauche à droite : 1° le sacrifice d'Isaac, bélier et ange tenant le volumen ; 2° résurrection de Lazare, femme debout, voilée, entre deux saints protecteurs ; 3° guérison de l'aveugle par le Christ dont l'hémorroïsse touche le bas de la robe ; 4° Moïse recevant les lois de la loi sous forme d'un volumen roulé et lié ; il est tenu par un personnage. Les faces latérales portent des imbrications (fig. 1696), d'Aix. Ms. U de l'abbaye, Les monuments de la France, t. i, pl. cvii ; vers Pitton, pl. cxl ; Statistique des Bouches du Rhône, t. ii, p. 416 ; Bulletin monumental, Lxi, 7, p. 372 ; R. Garrucci, Storia dell'arte cristiana, t. v, p. 116, pl. ccclxxix, n. 2 ; H. Gibert, L'ancienne chapelle de l'hôpital ; encastré au-dessus des fonts baptismaux : fragment de marbre d'un sarcophage ; celle du centre porte une architrave, les deux autres des cintres : alternance épigraphique n. 2117, pl. i, n. I.
9. Musée d'Aix ; fragment. A gauche, l'édicule à coupole représentant le saint sépulcre ; à droite, trois figures difficiles à déterminer.
10. Musée d'Aix : fragment. Représente probablement la guérison d'un aveugle.
11. Rue Roux-Alphéran, n. 35 ; encastré au-dessus de la porte d'entrée ; fragment d'un bas-relief représentant le passage de la mer Rouge.
12. Angoulême. — Découvert vers 1845 dans un jardin parmi les débris de l'ancienne église Saint-Ausone détruite au XVIe pendant les guerres de religion ; recueilli avec d'autres antiquités dans une remise donnant sur le jardin de l'évêché, il y fut bientôt abandonné et recouvert de débris de toutes sortes ; beau témoignage d'incurie ecclésiastique à l'égard d'un monument chrétien du VIe, qui a peut-être aujourd'hui achevé de disparaître. La face antérieure de la cuve représente deux paons qui s'abreuvant dans un vase d'où s'échappent des pampres et des grappes de raisins ; deux colonnes torses occupent les extrémités ; les faces latérales sont décorées de chevrons non opposés.
14. Sarcophage conservé (vers 1890) dans le domaine de Piquo-Talen, commune de Castelnau-de-Guers, près de Pézénas, et provenant probablement d'Aniane. Ce monument est probablement un des derniers de la série des sarcophages sculptés en Gaule, il appartient au VIe. Sur la face antérieure le Christ et deux apôtres dans des cartouches séparés par des panneaux décoratifs. Les rideaux qui encadrent les trois figures sont relevés et soutenus par des anneaux. Le couvercle en forme de toit est orné d'imbrications et d'un monogramme du Christ. Dict., t. ii, col. 1081, fig. 1593.
15. Apt. — Cathédrale. La moitié antérieure de la cuve, sciée dans le sens de la longueur, a été posée sur le revers qui décorent des imbrications. Le monument a été figuré et décrit au mot Apt, t. i, col. 2644. Serviau musée d'Avignon. Ce monument a été figuré et décrit au mot An.
17. Arles. — Voir Dictionnaire, t. i, col. 2908-2909. Tombe de marbre dont le milieu est brisé : il ne subsiste que les deux sujets placés aux extrémités et entre eux une bande étroite où l'on retrouve quelques traces du bas de figures disparues, assez toutefois pour identifier les sujets représentés. Voici la série de ces sujets : 1° Résurrection du fils de la veuve de Naim ; 2° multiplication des pains ; 3° le Christ prédisant le reniement de saint Pierre ; 4° le Christ sur le trône posant sur une figure tenant un voile déployé (voir Dict., t. i, col. 3030-3031) ; 5, 6, deux sujets imprécis ; 7° le Christ guérissant un aveugle.
18. Deux fragments, qui doivent provenir des faces latérales d'une tombe. Sur l'un est représentée une scène de baptême, probablement le baptême du Christ (voir Dut., t. ii, col. 375). Sur l'autre fragment un homme debout et un homme agenouillé recueillent dans leurs mains l'eau qui tombe d'un rocher ; ce sont, sans hésitation possible, les Hébreux présents au miracle du rocher d'Horeb (fig. 11).
19. Fragment de bas-relief représentant la remise des clefs à saint Pierre qui reçoit une clef (et non pas deux) dans le pli de son manteau. A la retombée des aiules, deux dauphins affrontés à un coquillage, un triton.
20. Fragment qui représente la résurrection de Tabithe par saint Pierre dont les Actes donnent le récit suivant : Il y avait entre les disciples, à Joppé, une femme appelée Tabithe, nom que les Grecs traduisent par Dorcas ; elle pratiquait les bonnes œuvres et l'aumône. Or, étant tombée malade en ces jours-là, elle mourut : et quand le corps eut été lavé, on le mit dans une chambre haute. Comme Lydda est près de Joppé, les disciples apprirent que Pierre se trouvait dans cette ville, ils lui envoyèrent deux hommes pour le prier de venir auprès d'eux. Pierre se mit en route avec ces hommes. Lorsqu'il fut arrivé, on le mena dans la chambre haute ; toutes les veuves le saluèrent en pleurs, en lui montrant les tuniques et les vêtements que leur faisait Dorcas. Pierre les fit sortir, puis, mis à genoux, il pria ; puis, se tournant vers le corps, il dit : « Tabithe, lève-toi ». La sainte femme ouvrit les yeux et, ayant vu Pierre, se mit sur son séant ; il lui donna la main et la leva, puis, ayant appelé les veuves, il la leur montra vivante. Sur notre bas-relief on voit la morte se relever à la voix de l'apôtre, deux femmes voilées, des veuves, et deux petites figures, peut-être des enfants secourus par Tabithe (fig. 1698).
Des pains et des poissons, particularité digne d'attention qu'ici la main divine est remplacée par un personnage arrêtant le bras du patriarche auprès duquel sont deux figures, peut-être les serviteurs laissés au bas de la montagne ; 3° guérison du paralytique ; 4° une femme debout entre deux saints protecteurs ; 5° la guérison de l'hémorroïsse ; 6° un personnage dont la tête et le bras droit sont brisés ; 7° ce dernier sujet est d'une interprétation moins certaine. On y voit, dit E. Le Blant, un vieillard assis, lisant un volumen, en présence de trois Hébreux, reconnaissables à leur costume. L'un d'eux est debout devant lui et soutient son livre ; l'autre se tient derrière son siège, à demi caché par un arbre : un troisième se prosterne à ses pieds. A la gauche est un personnage imberbe, tenant un volumen, et qui semble s'adresser au vieillard. Sur le livre que tient ce dernier, le sculpteur a inscrit le monogramme : ?, il s'agit donc ici d'un texte saint (fig. 4699). Ce sujet se retrouve sur d'autres bas-reliefs, mais sous une forme plus simplifiée : à Rome, à Saint-Maurice-l'Ardèche (Musée de Lyon), à Narbonne et trois fois à Arles.
Sarcophage d'Arles. D'après Le Blant, op. cit., pl. m.
Arles. Les interprétations ont varié d'autant que aucun symbole n'assure le sens historique, on a pensé y voir Abraham sous le chêne de Mambré !, Job entouré de ses anciens amis. On peut admettre les raisons qu'y oppose E. Le Blant. Pour la scène de Mambré il voudrait voir des anges, mais l'usage des ailes était loin d'être universellement admis au ve ou au VIe pour désigner les anges ; en ce qui le concerne, il objecte que les mariés ne nous l'ont point encore montré sous les traits d'un vieillard. Bottari et Le Blant préfèrent donc voir « Moïse lisant l'Écriture aux Hébreux » (Lui bien sur la plaque voisine de la Porte des Eaux). Quoiqu'il en soit, le type plastique est très probablement inspiré par les bas-reliefs figurant le jugement de l'âme par Minos.
Le second livre d'Esdras nous montre les Hébreux entourant le docteur sur un estrade et levant la main en criant amen ! et adorant Dieu. A cette double scène répond l'attitude des Israélites représentés près du vitrail, l'un fait, en étendant la main, l'acclamation (voir Esdras nous montre le docteur debout, me qu'ils l'illustrent, 1907, t. I, p. i 18). Voir encore m. is. plus, on remarquera la présence du personnage d'un homme à longs cheveux, tenant un volumen, et qui semble parler au vieillard. D'après les types figuratifs adoptés par les artistes chrétiens, on ne peut guère méconnaître ici le Christ. Or, selon le témoignage des Pères et celui du IVe livre dit d'Esdras, ce dernier, inspiré par Dieu, aurait reconstitué le texte des Écritures perdues.
Quoiqu'il en soit de cette explication, à laquelle nous préférons celle de Bottari et continuons avec lui à voir ici le personnage de Moïse, ce sujet est un de ceux qui Millin, Voyage dans les départements du Midi de la France, t. iii, p. 548, pl. xvi, n. 2 ; Estrangin, Description de la ville d'Arles, in-16, Aix, 1845, p. 371, 372 ; De Rossi, Bull, di archeol. cristiana, 1868, p. 40 ; E. Le Blant, Sarcoph. d'Arles, p. 7, n. 6, pl. iv ; Sarcoph de la Gaule, p. 32, n. 46, pl. x, fig. 1.
23. Beau sarcophage (voir Dictionnaire, t. i, col. 1129, fig. 280). Huit arbres sculptés en ronde bosse rejoignent, deux par deux, leurs branches de manière à former sept voûtes sous lesquels sont figurés sept sujets ; 1° résurrection du fils de la veuve de Naim ; ont été fréquemment répétés sur les sarcophages de la Gaule.
Bandeau inférieur : 1° Une femme en prière, les bras en croix, entre deux arbres : à sa droite, un homme ; 2° miracle de Cana ; 3° Daniel empoisonnant le dragon de la ville d'Arles, p. 220 ; d. Le Blant, Sarcophages d'Arles, p. 10, n. 8, pi. vi.
25. Sarcophage dont les faces latérales ont disparu. La face antérieure nous montre : 1° la résurrection de Lazare, debout dans un édicule, sur le côté duquel se voit un bas-relief représentant Daniel qui donne un pain empoisonné au dragon des Babyloniens ; - Aveugle guéri ; 3° ; - 1° Miracle de Cana ;
d'Arles. D'après Le Blant, Sarcophages d'Arles, pi. ix. des Babyloniens : il est jeté au monstre qui l'engloutit ; au-dessus du monstre, restes d'un génie sauvant la tempête ; Ion rejeté par le monstre, dort à l'ombre d'une roche, derrière une roche, un personnage lui tend la main ; 6° Adam, Eve et le serpent ; 7° Daniel priant, les bras en croix, entre les lions et deux personnages, l'un est barbu, l'autre décapité, le premier présente un pain à incisions en croix, l'autre tient un poisson à tête de dauphin. Ces vivres indiquent qu'il n'y a eu pouvoir douter l'Eucharistie ; voir 5° Le Christ, prédisant à saint Pierre son reniement : 6° Moïse frappant le rocher ; fig. 1701.
26. Sarcophage destiné à deux époux, dont les sarcophages d'Arles. D'après Le Blant, Sarcophages d'Arles, pi. x. Le bas-relief de Brescia, Diet., t. v, fig. 1042, sur lequel Habacuc apporte des vivres symboliques ; Bol. s. ulinr, t. pi. xxxvii ; GorI, dans Sannai iii. ui. Inexactement reproduit, pi. i. E. Le Blant, op. cit., p. ii. Il comporte un médaillon central sonore, achevé sauf les figures afin que l'acheteur put faire exécuter les portraits des défunts. Il y a une large frise qui représente Suzanne : la scène commence par un homme levant Daniel en même temps qu'il curse ; l'un d'eux -il est dans un linteau, l'autre a les mains libres ; 2° sacrifice d'Abraham ; 3° Moïse recevant la loi ; 4° Suzanne debout, lisant, entre deux arbres et les deux vieillards qui l'épient ; 5° jugement de Pilate au moment où il se lave les mains (voir Dicl., t. i, au mot Assesseur).
Bande inférieure : 1° les jeunes Hébreux refusent d'adorer l'idole élevée par Nabuchodonosor ; l'un d'eux montre du doigt le ciel (Dan. iii, 17) ; 2° Daniel entre les lions d'Habacuc ; 3° le passage de la mer Rouge et la foule des Israélites qui vient d'échapper au désastre.
On remarque que sur ce sarcophage le souci de la symétrie et de la routine, deux scènes aux extrémités du bandeau supérieur doivent se balancer à peu près en manière de répliques et de cha que côté du médaillon dont il faut remplir les cavités, la main divine revient un porti que divisé par six colonnes formant quatre niches et, au centre, un espace libre qu'occupe le Christ. Il est d'une taille qui empiète sur l'architrave et encore rehaussé par la montagne aux quatre fleuves mystiques sur laquelle il est posé : il donne la loi à saint Pierre, qui porte la croix (dont le sommet est brisé) encore reconnaissable par les points d'attache. Aux pieds du Christ, des brebis qui représentent les dus. On lit dans le sacramentaire Grégorien : In ovium tibi placitarum benedictionem selernam numerentur ad regnum. Sur une tombe de Rome, ces brebis sont remplacées par des défunts ; nous pouvons donc croire que l'image symbolique de celui ou de ceux qui reçut le tombeau d'Arles est comprise dans ce troupeau, ainsi que nous lisons sur une épitaphe d'Aix.
À la droite du Christ, saint Paul, puis un palmier dans les branches duquel est posé un phénix. Les deux princes des apôtres sont accompagnés de deux apôtres. Les deux niches extrêmes présentent des sujets formant symétrie ; ils représentent le Christ au moment où il va laver les pieds à saint Pierre, le Christ est vêtu de la tunique ; le tableau de l'autre extrémité représente la comparution du Christ devant Pilate ; un personnage pose la main sur l'épaule du Christ et le présente au proconsul ; c'est en effet le geste d'introduction d'un accusé devant son juge, comme nous le voyons dans les actes de Claude et Astère : Lysias, prœses provinciæ Lyciæ, in civili iudicio, sedens pro tribunali, dixit : Officium meæ decretioni meæ Christiani. Commentariensis Eulhalius dixit : Ex his unus ante conspectum claritatis tuæ adslat. Dans la suite du récit, Euthalius présente successivement au juge les autres chrétiens.
Nous avons ici le Christ dans deux scènes de la passion, représenté imberbe et, au centre, le Christ représenté barbu (Rg, 1702). ifér/lises, p. 98 ; E. Le Blant, Sarcoph. d'Arles, n. 11, pi. i.
28. Sarcophage, face antérieure décorée di arca des. Dans celle du milieu le Christ debout, la main droite levée, le volumen dans la main gauche ; dans les deux niches voisines des apôtres lui présentant l'un les pains, l'autre des leurs mains recouvertes d'un pan de leur pallium. Pains qui représentent l'Eucharistie. Puis viennent deux personnages un rouleau à demi déployé dans la main, beaucoup plus ancienne, n'offre que ce (pic nous avons aujourd'hui sous les yeux.
Bibl. — Bibl. nat., ms. latin Peirei il. 27 ; Millin, t. ii, p. 561, pi. i. xv. n. 6 ; Cahier d'archéol., p. 89 ; Grimouard de Saint-Laurent, Le B et VOrante, dans Revue de l'art chrétien, juillet 1875, p. 64 ; E. Le Blant, Sarcoph. d'Arles, p. 22, n. 13, pi. xi, lig. 2.
30. Sarcophage d'enfant. Au milieu, le Christ, entre deux figures qui pourraient être des évangélistes. Enfin dans les deux niches des extrémités, deux hommes debout levant la main et faisant le geste de l'acclamation (voir ce mot). À gauche, Abraham, qui porte le couteau du sacrificateur ; la victime et l'autel sont prés de lui ; à droite, Daniel, un autel sur lequel un serpent est étendu, c'est le dragon des Babyloniens empoisonné par le prophète (fig. 1703). Deux arbres, tenant un volumen ; d'autres rouleaux, faisceaux, à ses pieds. À droite et à gauche, strigiles, et pilastres aux deux extrémités.
31. Fragment de couvercle d'un sarcophage, trois arca des dans lesquels on voit : 1° le miracle de Cana ; 2° une femme debout entre deux arbres tenant un volumen ; 3° entrée du Christ à Jérusalem. Couronnes mélangées à des feuillages. Fragment de sarcophage, incomplet aux deux extrémités : 1° Miracle du rocher frappé par Moïse, 2° Moïse ou saint Pierre saisi par les Juifs ; tant la brebis sur les arbres ; V Vf il y a la multiplication des pains ; 6° Un apôtre, le reste du sujet manque. D'après un dessin à la sanguine. Bibl. - Mai édlt. Garrucci, ii. 15, pi. xii, ng. i. li.
32. Fragment d'une cuve de dont on ne voit que l'aigle, si placée au milieu de la croix et des deux côtés de la croix. On en a plusieurs exemples.
33. Débris mutilé de la partie supérieure d'une tombe, encastré dans le mur extérieur de l'ancien couvent des Minimes, aux Aliscamps. À gauche, tête ornementale ; guérison du paralytique ; baptême du Christ ; génie tenant un cartouche.
34. Couvercle de sarcophage qui porte une épitaphe du iv° ou v° siècle :
Rien n'établit que cette épitaphe se réfère à une tombe plus loin. Au-dessus de la croix était posée une couronne à lemnisques flottants et à l'intérieur le monogramme : reconnaissable par les points d'attache. Au pied de cette croix, deux soldats qui gardaient le tombeau du Christ ; l'un semble avoir été endormi, il est fort détérioré, l'autre se réveille en sursaut. De chaque côté, six apôtres tournent les regards vers le sujet central et lèvent le bras en signe d'adoration ou d'acclamation. Sur le couvercle, deux génies soutiennent un cartouche, à droite et à gauche les bustes des époux dans des cadres ronds que soutiennent des génies (imagines clypeales), les angles sont marqués par deux masques scéniques. Les faces latérales sont décorées, mais les sujets représentés n'ont qu'un très faible relief ; ils représentent Moïse frappant le rocher d'Horeb et le baptême du Christ par saint Jean (voir Diction., t. ii, col. 375, fig. 1310). Malgré la différence de six mois seulement qui sépare la date de naissance du précurseur de celle du Christ, Jean-Baptiste est représenté sous les traits d'une sorte de géant barbu et Jésus semble un enfant en bas âge. chrétienne ; le symbolisme des sculptures ne nous apprend rien à ce sujet, mais la défunte est représentée avec une colombe becquetant des raisins, ce qui peut faire conjecturer le christianisme.
Un témoin de cette scène tient le volumen, c'est peut-être un évangéliste (fig. 4705).
La tessère n'a reçu aucune inscription ; peut-être les noms des défunts étaient-ils peints et non gravés. Cette tombe passe pour avoir contenu les restes de Constantin II.
ces hommes pleurent (voir Larmes dans la prière) : 3° résurrection de la fille de Jaïre : 1° aux pieds du Christ une femme prosternée, probablement l'hémorroïsse ; 5° sujet incomplet, il ne reste que le Seigneur, debout, levant la main droite et tenant de la gauche le volumen.
39. Fragment d'un sarcophage dont la partie principale est occupée par des strigiles et dont les extrémités sont ornées par les quatre petits sujets bibliques suivants :
1° Élie enlevé au ciel sur un quadrige et jetant son manteau. Sous les pieds des chevaux se voit une figure fol. 17. 18, Il ; Estrangin, Description de la ville d'Arles, p. 267, l ahier, Noua, mél. d'archéol., Décoration Blant, Sarcoph. d'Arles, p. 31, n. 21, pi. xviii, Bg, 1.
40. Fragment offrant la même disposition réelle que le précédent et que Peiresc semble avoir vu en entier ; les deux sujets de gauche ont disparu, il les décrit ainsi : Figura Christi, ni videtur inter alias fructus ipsi offerentes (peut-être la multiplication des pains et des poissons). Les scènes conservées sont les suivantes : le Christ et la Samaritaine au puits de Jacob ; le Christ adressant la parole à Zachée posté dans un arbre, pendant qu'une femme touche le bord de son vêtement ; à droite, le tableau supérieur est brisé, on voit le Christ faisant le geste de s'avancer et Peiresc nous apprend que c'était ici osculum Judæ ; le tableau inférieur n'est connu que par l'Eiresc : Inidiliu clavium n.
Bibl. — Bibl. nat., ms. latin Peiresc, n. 6012, fol. 15 ;
Sarcophage d'Arles. D'après Le Blant, op. cit., pi. xix. de fleuve couché, Le Jourdain ; 2° Élisée, les mains vertes d'un voile, attend la chute du manteau d'Élie, puis, à un autre moment, il frappe le Jourdain de ce manteau, il a auprès de lui un personnage debout, représentant l'un des fils des prophètes qui virent le miracle. 3° Jésus dans la crèche, abordé par un berger portant le pedum, l'âne et le bœuf, la Vierge assise sur une chaise à la tête du berceau ; Peiresc, en 1613, a vu ce sujet encore entier et en a pris un dessin ; le même dessin nous montre que le tableau suivant représentait l'adoration des Mages, on ne voit plus aujourd'hui que deux têtes d'un troisième qui montre l'étoile.
Au revers se trouvait, il ne reste que les traces suivantes : Estrangin, Description de la ville d'Arles, p. 375 ; Ch. Cahier, op. cit., p. 91 ; E. Le Blant, Sarcoph. d'Arles, p. 30, n. 23, pi. xviii, lig. 2.
41. Au milieu du bas-relief, entre deux rangées de Illes, le Christ, debout, tient de la main gauche le livre ouvert et fait, de la droite, le geste du discours ; à ses pieds, un faisceau de volumina. La tête du Seigneur est nimbée, particularité assez rare, mais non unique, sur les monuments antiques. Aux deux côtés, deux apôtres regardent le Christ et tiennent le volumen. Une ancienne ti I Vlillln, voyait dans cette tombe celle de saint Honorat, E. Le Blant propose, mais avec un doute, de rapporter à ce sarcophage l'inscription suivante de Peiresc :
Areu marmorea IV columnis fulla, in qua Christus imberhis. cum orbe circum caput. L'Il tus Ira alia figura syndonata invitatus ingrederetur domum, in cujus ianua vélum adpi levatum nsi décrit sciait perdu. C'est d'autant plus regrettable qu'il y a un trait évangélique qui ne se retrouve pas sur les autres monuments. Le couvercle latin, Peiresc, n. fol. 46 v° ; Millin, Voyage, t. III, p. 153, pi. LXIV, n. 5 ; Estrangin, Description de la ville d'Arles, p. 374 ; Ch. Cahier, Souvenirs de l'ancienne église d'Arles, p. 273 ; et Nouv. mél. d'archéol. Décorat. d'églises, p. 86, 88 ; E. Le Blant, Sarcoph. d'Arles, p. 32, n. 25, pi. XIX. Croix ; 3° La barque de Jonas, le monstre marin qui engloutit le prophète.
42. Fragment de couvercle (Voir Dict., t. I, col. 2989, fig. 983).
43. Fragment de couvercle de sarcophage (voir Dictionn., t. V, col 2344, fig. 4682) ayant contenu les 44. Sarcophage, à l'extrémité gauche, Moïse, et peut-être Josué avec lui, recevant la loi de Dieu. Afin d'occuper l'angle par une main divine, ce sujet est assez ordinairement figuré pour utiliser la partie la plus rapprochée d'un médaillon. Ici le tableau est rectangulaire et on remplit le champ libre par un reste d'une chrétienne Optatina Reticia, qui reçut au baptême probablement le nom de Paschasia.
Le cartouche de l'inscription est soutenu par deux amours nus ailés. Les scènes représentées sont les suivantes : 1° Adam et ve chassés du paradis ; près d'Ève se voit une brebis qui rappelle l'obligation du travail manuel qui va lui incomber ; un personnage jeune et chevelu pose sa main sur l'épaule d'Ève, est-ce un ange, ou le Christ ? On n'a pas d'éléments certains pour le dire ; 2° Daniel entre les lions ; à sa droite, l'ange ; à gauche, Habacuc portant un pain incisé. En regardant le dessin de Le Blant, Sarcoph. • Bg. 28, pi. XXI ; Dictionn., t. II, col. 968, ng. 1567.
Dans l'église du couvent des Minimes et coni saint Honorât, à l'entrée de la première cha, sarcophage très mutilé et (|ue Millin a vu en meilleure condition. Il est probable, dit-il, que sur la partie fragmentée à gauche, il y avait un corps en bandelettes et que le groupe qu'on y aperçoit entre la résurrection de Lazare, en outre E. Le Blant a noté sur le monument la présence d'une marche de Pédicule où est communément enfermé le corps de Lazare. À l'autre extrémité, toujours d'après Millin, était représenté Moïse frappant le rocher. On voit en outre la multiplication des pains et des poissons, la guérison d'un aveugle ; au centre, sous deux palmiers formant voûte, un orant avec deux personnages barbus à ses côtés, sans aucun doute, les saints protecteurs. Février 1844, dans l'église de Saint-Trophime, ont un disciple, et d'après lui un autel semble figurer l'image divine ; 2 Apôtre du premier plan tient le volumen ; devant eux un scrinium rempli de rouleaux ; 3° Apôtre tenant un volumen, faisceau de volumina posé sur le sol ; 4° le Christ annonçant à Pierre son prochain renoncement, un coq ; 5° saint Pierre levant la main en signe de protestation ; un apôtre, 6° guérison d'un aveugle ; 7° Daniel empoisonne le dragon des Babyloniens. Bandeau inférieur : 8° Miracle du rocher d'Horeb ; 9° le Christ et un apôtre ; 10° le Christ levant la main en regardant forante qui occupe l'arcade suivante et à laquelle il adresse la parole. Devant lui une cassette du type de celles qui contenaient les volumina ; 11° femme en prières ; 12° l'hémorroïsse aux pieds de Jésus ; 13° le Christ et un apôtre, devant le Christ se trouve un scrinium ; 14° le miracle de Cana. Aux retombées des voûtes, colombes becquetant des fruits dans des corbeilles et, au milieu, couronnes avec lemnisques flottants (flg. 4711).
49. Sarcophage qui sert de devant d'autel dans l'église de Saint-Trophime ; sur le couvercle était gravée une inscription qui a été recueillie par Saxi et qui a aujourd'hui disparu :
VIR ACRIP1NENSIS N0MINE CEMINVS HIC IACET QVI P0ST DICNETATEM PRAESIDIATVS ADMINESTRATOR RATI0NEM N0VE PR0VINCIARVM D1CNVS EST HABITVS HIC P0ST ANN0S XXXVIII Mil ET DIES SEX FEDELES IN FATA
Le sujet représenté est la scène bien connue sous le nom de Dominus legem dat (voir ce mot). Le Christ barbu, assis sur un trône, posant le pied gauche sur l'escabeau, un volumen déployé dans la main droite, sur la tête le monogramme avec la boucle de rho retroussée (voir Dictionn. au mot Christianisme). À ses côtés deux apôtres dans l'attitude de l'adoration. J'ai tenu à donner un type des tombes de pierre qui couvraient les Aliscamps d'Arles. Il porte aux extrémités de son couvercle, des pasteurs et entre eux des brebis, signe ordinaire des tombes des fidèles. Au milieu, une tessère dont l'inscription a complètement disparu. Sur le versant du couvercle E. Le Blant avait relevé l'inscription suivante dans un cartouche grossièrement tracé (Og. 1712).
51. Débris d'un sarcophage de l'église Saint-Honorat, vu par Peiresc qui l'a décrit, dessiné par l'acteur Beauméni, étudié par E. Le Blant d'après les vi, es chez M. Révoil, à Servanne, en s'aidant des documents qui précèdent, en sorte que ce précieux antique qu'il pourrait trouver en France. De nombreuses reproductions de ses détestables copies existent encore, j'en ai vu, écrivait Edouard Le Blant, entre les mains de M. de Lagoy, à Aix, à la bibliothèque de Poitiers, etc. Ces dessins, qui remplissent de volumineux cahiers et fournissent, çà et là, de précieux documents, sont exécutés avec une certaine adresse, mais sans aucune conscience. Quelques-uns des monuments qu'il figure sont de pure invention, au moins pour la plus grande partie des détails. Ses copies d'inscriptions ne présentent aucun sens et sont à peine reconnaissables lorsqu'on les compare à ceux des originaux qui nous sont parvenus. Beauméni a heureusement dessiné notre sarcophage, mais il faut se garder, à coup sûr, d'accepter dans toutes ses parties le dessin de cet étrange archéologue ; ici, comme souvent ailleurs, il nous montre sa bizarre et lubrique imagination.
Sarcophage d'Arles. D'après Le Blant, op. cit., pi. XXIV. Monument nous est suffisamment connu (fig. 4713 et 171). Voici la description de Peiresc :
Arca marmorca duplici ordine figurarum.
In superiori :
Virgo Maria velala sedens, puerulum in lenens, venienlibus Magis Thiaratis, quorum primus coronam o/Jert, atii duo disons Ihurc cl myrrha plenos.
S. Joannes pellibus indulus Chr istlam nudum baptisons, superveniente columba aquam de cœlis cadenlem roslro gustanle. Disputatio in templo. Idolorum despeclus per 1res juvencs thiaratos prœsente'principe sedente.
In inferiori :
Christus inier ilis< ipulos dormien les, imberbis.
Judie osculum talellillbus stipali.
I'ilatus sedens in subsellio, paludatus, caronatus que, inanus lauans ex urceo, in ralinum tripodi impositum.
Sepukrum apertum, a salellitibus dormientibus cusloditum.
Très virgines suppli ces, una manum ad Christ uni admovens.
Christus post resurectionem inier discipulos.
Aseensio in ccelum, sublatus lamen videtur Christus a manu de cœlo venienle, respieienlibus discipulis et ••Iralis.
Voici maintenant, ce qu'on peut tirer de la copie du sarcophage exécutée par Beauméni en 1783. El d'abord, qui était-ce Beauméni ? Un acteur qui savait dessiner habilement ! Une lettre de l'intendant à Beauméni, datée du 27 mai 1717, charge Beauméni, moyennant 1 000 livres annuellement et « no i,\ res de frais de voyage », de relever les monuments fantaisistes. Faisant quatre parts des deux bandes supérieures de notre bas-relief. Beauméni en intervertit l'ordre pour le rang inférieur, puis il les encadre de ligures obscènes que n'a jamais portées le marbre artésien. Dans le dessin qu'il nous présente du monument original sont introduits des détails d'invention pure ; des cartouches à inscriptions, dont le DM qu'il avait coutume d'ajouter sur la plupart de ses reproductions de tombes antiques ; le nom de VESTA, placé par lui sur Pédicule qui représente ici le saint Sépulcre ; la figure de sailli Joseph, debout derrière le de la Vierge, devenant un satyre cornu ; des personnages à deux têtes, une lampe allumée près du Christ montant au ciel. Si l'on inventions des disciples changés par lui en femmes dont l'une tient nu nourrisson, la suppression de l'image de Pilate, le support d'un vase traditionnel devenant un trépied de sacrifice portant un feu, on comprendra à quel point il faut se référer au dessin laissé par Beauméni.
Maigre ces écarts et ces erreurs, la copie de la i... n (Ire un véritable il I. par les traits principaux, à la description qui vient de lire et aux débris qui nous sont parvenus, il est facile de reconnaître que les scènes représentées sur le sarcophage sont celles que Peiresc a décrites, et que Peiresc n'a point mentionnées, faute sans doute de les avoir comprises, me semblent difficiles à expliquer.
Il est possible que dans leur nombre, il y ait eu une scène représentant l'ange intervenant entre la Vierge et saint Joseph : le vague du dessin de Beauméni ne permet pas de dire si ces sujets ont été exécutés, après coup, les faces latérales d'un marbre préparé pour des gentils, ou si des fidèles ont accepté, sinon commandé le sarcophage tel que nous le voyons. Dans celle-ci, j'aurait ici une nouvelle marque ( !« ■ l'influence que les idées païennes avaient < prit de quelques chrétiens, aux premii le l't giise. Li's images « les t >.. n pendants aux deux extrémités du bas relief témi ois de plus du goût « b's sculpteurs tains pour les dispositions symétriques.
Peiresc reconnaît avec raison, après l'Adoration des Mages, le Baptême du Christ. Je ne saurais dire exactement quel peut être le personnage assis que l'on voit avant le Précurseur ; mais l'identité de son costume avec celui de ce dernier me porte à croire qu'il s'agit ici de saint Jean dans le désert ; la construction que l'on aperçoit au deuxième plan n'y ferait pas obstacle. Bottari a figuré (pi. cxciv) un sarcophage où le sculpteur a représenté des arca des dans le désert, au sortir de la mer Rouge.
Comme la description de Peiresc, le dessin de Beauméni nous montre ensuite et dans les conditions iconographiques qui sont d'ailleurs connues, les trois jeunes Hébreux comparaissant devant le roi et refusant d'adorer l'idole.
« Au second rang, on remarquera un sujet entièrement nouveau : le Christ au jardin des Oliviers, entre ses disciples endormis appuyant leurs têtes sur leurs mains. L'homme qui marche en avant, dans le groupe qui avoisine, est évidemment Judas embrassant son maître, ainsi que le montre le Recueil des inscriptions chrétiennes de la Gaule, t. i, p. 25 ; Sarcophages d'Arles, p. 46, n. 35, pl. xxix, xxx.
52. Sarcophage qui reçut en 1570 la dépouille du président de Pérussis, aujourd'hui à Aix, aux Bains de Sextius. La face principale est consacrée au passage de la mer Rouge, chars et cavaliers de l'armée égyptienne disparaissant dans les flots pendant que la sœur de Moïse joue du tympanon. Les faces latérales sont également inspirées par des scènes de l'Exode. Le Pharaon fit appeler de nuit Moïse et Aaron et leur dit : « Partez d'avec mon peuple, vous et les fils d'Israël ; allez et sacrifiez au Seigneur comme vous le dites. Emmenez vos brebis, vos troupeaux comme vous l'avez demandé. » Les Hébreux prirent alors, avant qu'elle fût levée, la farine qu'ils avaient préparée, et, la liant dans leurs manteaux, ils l'emportèrent sur leurs épaules. Exod. xii, 30-34. Debout devant le roi qui le congédie, Moïse reçoit en même temps un volumen que lui tend une main sortant des nuages, auprès de lui, les Juifs avec leurs enfants et leurs troupeaux ; comme sur le bas-relief principal, l'un de ces hommes porte au cou une étoffe où la farine est enroulée, détail qui se retrouve sur des tombes d'Arles, de Saint-Maximin et de Vérone. Pilate, qu'indique ensuite Peiresc, est bien reconnaissable par son siège, son scabellum, et par le vase élégant placé devant lui sur un support. Le saint Sépulcre, représenté, comme ici, sous la forme d'un édicule à coupole, se retrouve sur un sarcophage de Bourne. Les deux tombes dont je parle nous offrent, si je ne me trompe, les plus anciennes figurations que l'on connaisse de ce monument ; de même que l'édicule de Lazare, ces représentations sont évidemment idéales ; car elles ne répondent en rien à ce que nous savons de la structure des tombes juives. Il s'agit là d'un édicule romain, semblable à celui que nous retrouvons sur un marbre du musée de Latran. Au premier plan, trois femmes sont agenouillées devant un personnage debout qui parle en levant la main droite et qui semble être le Christ lui-même, selon le texte de saint Matthieu (xxvii, 9), plutôt que l'ange apparu aux deux Marie et à Salomée (Marc, xvi, 1-7).
« Le groupe suivant nous montre le Seigneur entre ses disciples après la résurrection. Dans ce dernier tableau, on l'a représenté montant au ciel en présence des apôtres frappés d'étonnement et prosternés. Le mouvement prêté à Jésus n'a rien de l'idéal que la scène revêtira plus tard sous la main des artistes ; le Fils de Dieu gravit une pente et des nuages sortent une main qui lui saisit le bras. Ainsi que la note de Peiresc, le dessin de Beauméni atteste l'existence, sur notre marbre, de la main divine. » Derrière lui, la colonne de lumière, puis la chute des cailles et Moïse frappant le rocher (fig. 4715-4716).
53. Musée d'Arles, chapelle 1, n. 59. Sarcophage très mutilé ; trois bas-reliefs séparés par des strigiles, imbrications sur les faces latérales. Au milieu, personnage (le Christ), tête et mains brisées, derrière lui deux palmiers, à ses pieds un scrinium. Aux deux extrémités, figure masculine vêtue du pallium, à terre, faisceau de volumina ; 3° deux hommes vêtus du pallium ; 1° miracle de la multiplication des pains et des pois.
57. Musée d'Arles, chapelle 3, sans numéro. D'un sarcophage à arca des : 1° personnage vêtu du pallium ; 2° Christ imberbe avec un disciple barbu ; 3° Paralytique ; 1° Christ imberbe avec disciple ; E. Le Blant, Sarcophages d'Arles, p. 51, n. 11.
Musée d'Arles, chapelle 3, n. 134. Fragment d'un sarcophage à arca des : L'année égyptienne poursuit les Hébreux ; au bas, trois figures couvertes, femmes appuyées sur des corbeilles, un homme tenant une rame ; c'est le symbole de la mer Rouge. Au moment où Moïse, jeune et imberbe, touche les eaux de sa baguette, les soldats et le char de Pharaon sont engloutis. A droite, les Hébreux, un d'eux porte à son cou la farine dans un manteau roulé, femmes, enfants, Marie, sœur de Moïse, tenant son tympanon. Colonne lumineuse, une des pointes de la flamme s'y voit encore.
Bibl. Millin, Voyage, p. 358, pl. i.xvii, n. 3 ;
63. Musée d'Arles, chapelle 9, sans numéro. Trois arca des d'un sarcophage : 1° Deux piés très mutilés dont l'un tient un volumen ; 2° guérison d'un aveugle ; 3° renoncement prédit à saint Pierre. Aux fruits. Bibl. — E. Le Blant, Sarcophages d'Arles, p. 56, n. 17.
64. Musée d'Arles, chapelle 9, sans numéro. Un personnage barbu, vêtu du pallium, saint Pierre ou un autre apôtre arrêté par deux hommes. Colombes et corbeilles à la retombée du linteau. — E. Le Blant, Sarcophages d'Arles, p. 18.
65. Musée d'Arles, chapelle 1 : d'un sarcophage d'enfant. A gauche, un prophète, vêtu du pallium, lève la main droite vers le Christ, qui se trouve au milieu, tenant le livre. Bibl. E. Le Blant, Sarcophages d'Arles, p. 56, n. 19.
66. Musée d'Arles, sans numéro. Deux fragments de sarcophage à arca des. Maison d'un aveugle, prédiction du reniement de saint Pierre.
Bibl. — E. Le Blant, Sarcophages d'Arles, p. 50.
67. Arles, Église Saint-Trophime. - Devant d'une Jacquemin, Guide du voyageur dans Arles, p. 28 ; II. Clair, Monuments d'Arles, p. 217 ; Estrangin, Description d'Arles, p. 220, 372 ; E. Le Blant, Sarcophages d'Arles, p. 54, n. 12.
Musée d'Arles, chapelle 3, n. 134. Fragment d'un sarcophage à arca des : L'année égyptienne poursuit les Hébreux ; au bas, trois figures couvertes, femmes appuyées sur des corbeilles, un homme tenant une rame ; c'est le symbole de la mer Rouge. Au moment où Moïse, jeune et imberbe, touche les eaux de sa baguette, les soldats et le char de Pharaon sont engloutis. A droite, les Hébreux, un d'eux porte à son cou la farine dans un manteau roulé, femmes, enfants, Marie, sœur de Moïse, tenant son tympanon. Colonne lumineuse, une des pointes de la flamme s'y voit encore.
60. Musée d'Arles, chapelle 5, sans numéro. Trois jeunes gens dans la fournaise, un bourreau. Fragment de couvercle de sarcophage, sur une draperie rouge, un génie vêtu d'un manteau attaché aux épaules et qui retombe en arrière, débris d'un buste d'homme tenant un volumen et levant de la main droite, oratoire. A côté, quelques traces d'un génie qui supportait le cartouche contenant l'inscription. Guérison d'un aveugle. Bibl. E. Le Blant, Sarcophages d'Arles, p. 55, n. 16, représentant le passage de la mer Rouge, semblable à celle du musée de Bourne. Bibl. — E. Le Blant, Sarcophages d'Arles, p. 51.
68. Arles. Église de Notre Dame de la Major. - Deux fragments de sarcophages encastres dans la façade du presbytère. 1° Christ barbu et deux apôtres, chacun sous une arca de ; 2° passage de la mer Rouge. Bibl. E. Le Blant, Sarcophages d'Arles, p. 56, n. 52.
69. Arles. Église de Notre Dame de Grâce ; dans l'abside, fond de sarcophage qui a conservé la moitié inférieure du bas-relief brisé à ras du fond. On y distingue : 1° trois corbeilles appartenant à une scène de la multiplication des pains ; 2° un coq, qui fait partie de la scène du reniement de saint Pierre ; il est scellé un débris de l'orant sur le mur, et à côté, un débris de l'orant sur le mur extérieur et comprenant cinq slips séparés par des arbres qui forment voûte : 1° guérison d'un aveugle ; 2° un scrinium ; 3° le paralytique guéri emportant son grabat ; 4° résurrection du fils de la veuve de Naïm couché dans un sarcophage à strigiles. Toutes les têtes sont mutilées, sauf celles des deux saints voisins de l'orant, qui sont champlevées sur le fond. Une croyance populaire attribue ce sarcophage à saint Genès, que représente l'orant ; le scrinium est un billot, la serrure devient une hache ; inutile de discuter.
Quelques fragments insignifiants sont fixés dans ce même mur ; il est possible que l'un d'eux ait fait partie d'un bas-relief représentant le passage de la mer Rouge.
D'autres débris étaient encastrés dans le mur de l'ancienne église ; on les a arrachés dans l'espoir de trouver des cachettes de trésors. — A Servannes, chez M. Révoil, un sarcophage sur lequel une orante debout entre les arbres, séparée par des strigiles de deux saints vêtus du pallium.
73-71. Quelque temps après la tourmente révolutionnaire, un charretier transportait des Champs-Élysées d'Arles la partie de sarcophage.... C'était pour la mettre en pièces et la faire servir ensuite à réparer les dommages survenus aux chaussées du Rhône par la crue des eaux. Un bon citoyen la réclama, et donna en échange au porteur une charretée de pierres. Ce fragment est aujourd'hui (1824) dans le cabinet de M. Yernan, notaire à Arles. Il représente six des apôtres disposés deux par deux dans une niche particulière, soutenue par des colonnes torses ayant des chapiteaux corinthiens. L'entablement est orné de colombes, d'oiseaux, etc. Ce sarcophage de marbre décèle le travail du IVe. Imberbe ; osculum Pilati (il a voulu dire Judas) ; Figura seminuda adolescentis sedentis, ad quam figura muliebri, stans nescio quid oranti (c'est l'épisode de Job avec sa femme) ; Ara inter duos figuras stantes, quorum una barbata manum ori admovet, alia imberbis Christi videtur esse, c'est le Christ prédisant à saint Pierre son futur reniement : le coq, qui a disparu, était perché sur un cippe dont Peiresc a fait un autel.
Bibl. Biblioth. nat., fonds latin, Peiresc, n. 6012, fol. 42 r° ; E. Le Blant, Sarcophages d'Arles, p. 66, n. 63.
81. Supra arcum sacelli Divæ Marinæ, sub inscriptione ROTLANI DVS, circa marmorea in qua : Lazarus surgens ; Cæcus sanatus ; Paralyticus grabatum deferens ; Moyses e rupibus aquas eliciens, gustantibus figuris quibusdam prostratis.
82. In sacello... arca marmorea : guérison de l'hémorroïsse ; miracle de la piscine probatique ; entrée du Christ à Jérusalem.
83. Juxta portam priorem Sci Honorati... A lia in qua : Vir et uxor in orbe sub quo illo bibunt ex fonte aquarum. Il s'agit du sarcophage qu'a fait graver le P. Dumont, et qui se trouve à la planche xxx du recueil de Lalau- : au milieu, le buste de deux époux dans un cadre arrondi, et, au-dessus d'eux, les deux cerfs qui boivent aux quatre Meuves symboliques coulant de la montagne. Des rangées de strigiles séparent ce tableau de deux bas-reliefs placés à l'extrémité de la tombe et représentant deux apôtres, dont l'un, derrière lequel est un palmier, tend une main vers l'image des défunts. Devant celui-ci, un faisceau de volumina. Un scrinium rempli de ces rouleaux se voit aux pieds de l'époux. Donne en 1640 à l'archevêque de Lyon ; disparu.
84. Alia item marmorea, in qua sphynges, gryphi et centaures, falso Sabaudiae principi attributa cum culmine. Memorium militis perlineat. Sarcophage païen qui dut être vide de son premier occupant et recevoir au IVe le corps de Memorius. Dans l'étroit bandeau qui encadre la scène de combat entre les centaures et les hommes, et sur l'une des faces latérales, on grava cette épitaphe :
BENE MERENTI IN PACE P FL MEMORIO P V P QVI MILITAVIT P IOVIANOS ANNOS XXVIII PRO P DOM P AN VI PRAE P LANCIARIS P SPECULATORIBUS PRINCIPIBUS AN III COMES RIPA AN I COM MAURET P TINGITAN IIII VIXIT AN LXXV PRAESIDIA CONJUX MARITO DULCISSIMO.
FRANCE. -- V
147C
Bene merenti in pace, Flavio Memorio, viro perfectissimo, qui militavit in Jovianos annos XXVIII, protectori lanisticus annos, praelectoris lanciaris speculatoribus principis annos III, comes ripae annis I, comes Mauretaniae Tingitanae annos IIII, vixit annos LXXV, praesidia conjux marito dulcissimo.
Après avoir abrité Fl. Memorius, le sarcophage servit de cuve à la Salpêtrière, et finalement entra, par voie d'acquisition, au musée. Le Blant, Sarcophages d'Arles, p. 68, n. 67. Lem pedibus premens, adstante figura muliebri pede salutans, osculans. In capite ci pedibus, gryphi cauda in cujus angulis : Pastores ovem fugiunt in qua xii figura sub arboribus et signum solare inter duas patinas arbores.
88. Aliud fragmentum in autem mura, in quo : Miraculum caeci nati et erba Christi ad Petrum cum gallo.
89. Aliud ibidem, in quo : Adam cum Eva et serpente. Bibl. — Bibl. nat., ms. latin, Peiresc, 6012, fol. 1.
E. Le Blant, Sarcophages d'Arles, p. 69, n. 72.
90. Aliud in quo : Figura muliebris relata inter diras arbores, cum binis avibus ; Figura Pastoris ovem larlis : Miraculum piscium cl... (sic).
91. In muro templi ipsius, subtus portant intus aliud fragmentum, in quo : Christus imberbis glubo insidens inter duodecim apostolos, quorum sex tantum barbant gerunt. Cette représentation de Christ assis sur le globe se rencontre principalement sur les mosaïques.
Bibl. — Bibl. nat., ms. latin, Peiresc, 6012, fol. I. Sarcophages d'Arles, p. 69, n. 71.
92. Aliud in quo : Miracula pueri excitali a mortuis, fini et piscium, etc.
93. Intra in posteriorem ecclesiam... alia in qua : Christus monti insidens, praedicans cum miraculo piscium.
Bibl.— Bibl. nat., ms. latin, Peiresc, 6072 ; E. Le Blant, Sarcophages d'Arles, n. Tu. n. 76.
I. Rétro uttarc muits : Arca marmorea, IV columnis alla, in qua : Christus imberbis cum orbe circum caput. Et in operculo : Christus tunisiens ab alia figura syndonala in oculis est ut ingrederetur domum, in cujus fanua velum aapensum levalum est. Le sujet du couvercle est nouveau sur les sarcophages : peut-être la cuve décrite par Peiresc est-elle celle de notre figure...
95. On trouve dans les Antiquités d'Arles, par M. Bebatu, carier consr du Ilot au siège seneschal de celle ville, 1655, petit manuscrit conservé à la Bibliothèque de l'Arsenal, n. 240, la mention d'un sarcophage d'enfant qui parait être chrétien. Au milieu est une figure d'homme debout tenant le voile drapé du pallium ; c'est le Christ, selon toute apparence, et un autre personnage à l'extrémité de gauche, et sans à celle de droite, un troisième, que l'archéologue n'a pas pris soin de tracer, bien qu'il en ait marqué la place. Deux champs de Strigi les séparent les trois cadres destinés à contenir ces figures. M. Bebatu a accompagné sa notice d'un croquis informe et note suivante : « C'est un petit sépulcre de marbre fort gentil. Il est anti que. Il a 1 pan 1 « J de longueur, un pan et demi de hauteur. Il a 7 strigi les à chaque quarré un peu bas. Il est dans le couvent des capucins d'Arles, proche leur réfectoire, et leur sert de lavoir. » D'un abbé Florentinus était au verso du couvercle d'une tombe. A l'une des extrémités triangulaires de ce couvercle, taillé en dos d'âne, se le monogramme (cv^) inscrit dans un cercle et portant l'A et l'oe suspi l'autre boni le monogramme ^ à droite et à gauche de chacun de lll un paon, symbole de la résurrection.
Voici le texte de l'épitaphe, corrigé soigneusement par Peiresc :
+ 'FVLCIDA RECNA PETENS CAELESTI SORTE VOCATVS LVCIS ET AETHERIAE2 PENITRANS3 FASTICIA LAETVS OPTIMVS ATQVE PIVS NVNC FLORENTINVS IN ISTO RESPLENDIT' TVMOLO MERITIS SANCTISSIMVS ABBAS EFFERA QVI QVONDAM LINCVAE OESCRIMINA CALCANS NEQ6-0PTARE MALVM STVDIT NEC LAEDERE QVEMQVAM TERRVIT IPSE TAMEN FACILES SED PVBLICE VERBIS IVSTITIAE TRAMITEM SERVANS CVM PACE PATERNA NESCIAJVRANDI PANDENS CONLOQVIA « CVNCTIS VERBA Dl SOLLERS TOTO DE PECTORE PROMSIT SANCTA QVIBVS » ONT RESONANT PRAECONIA SEMPER ATQVE PARASSIDVIS CONCENTIBVS AETHERA PLAVDENT BELLA CERENS CARNIS PESTIFERA VITIA CONTRA BELLIOERANSQVE PALAM SAEVISSIMA PROELIA VICIT AST HINC CELSA POLI CAPIENS IAM PRAEMIA FELIX SANCTORVM SOCIVS FRVITVR CVM LAVOE CORONAM » + HVIVS NAMQVE VIR !_pj)RPVS PER CVNCTA SACRATVM IAMDVDVM ADVECTVM DNI CVM LAVDIBVS AMPLIS CONSTANTINVS OVANS POSVIT FAELICITER ABBAS INTRA BEATA CRVCIS CONDENS FASTICIA SACRAE NECNON ET TVMVLI PRETIOSA TECMINA FIRMANS PRAESTRVXIT'°SOLIDA E CRVSTATO « MARMORE FVLCHRA AD TAMEN'- EXACÏTS IAM SEPTEM DENIQVE LVSTRIS CONDITA QVO FVERANT PRAEFATI MEMLRA SEPVLCHRO EFFVLSERE PETRI TANDEM DE SEDE BEATI QVAE PROPRIIS MERITIS PANDVNT HIC SICNA SALVTIS VIRTVTVMQVE S1MVL PRAESTANT ET COMMODA LARCA INFIRMIS VALIDVM DANTES PER CVNCTA VICOREM ERCO POTENS PASTOR CONPENSA PRAEMIA VOTIS '= SPLENDIDA SED XPÔ COMMENDA SAEPE POETAM CVIVS PARVA TIBI PROMSERVNT CARMINA LAVDEM IANVARIVM » EX HOC QVEM CAND1DA MENTE NVTRISTI TANFLLLVMQVE SEMVL SCALPTOREM » MARMORIS HVIVS ADNIXIS « PRECIBVS DNÔ PER SAECVLA CVNCTA MORE TVO PLACIDVS COMMENDA IVCITER HINC IAM ESSE QVOQVE'- MONACHVM NOSTI QVEM SCE BENICNVM NVNC ET IN AETERNO'3 HILARIANVM » SEMPER A DORNA + PRIMVSITAQVE ' »FVIT SCS FLORENTINVS ABBAS MONAS [TERIO NOSTRO PER ANNOS-V- -j ET MENSESV=' QVIJVIXIT ANNISPLM-Lxx. QBIIT PRID ID. APRILDVODECIES- PCBASILH- VCIVNIORIS- INDICTPRIMA POST HVNC SECVNDVS FVIT DOMNVS REDEMTVS ABBAS« + Appelé par la volonté céleste dans l'éclatant royaume, entré plein de joie dans les hauteurs de la lumière suprême, Florentinus, le bon, le saint abbé, brille dans cette tombe de la splendeur de ses vertus. Il réprima les dangereux écarts de la parole, ne souhaita, ne fit jamais le mal. Pourtant sa voix sut contenir, mais toujours par des remontrances publiques, les hommes inconsidérés qu'elle rappelait au devoir ; car il alliait à la douceur l'exercice sévère de la justice. N'entretenant avec tous, et sans faire de vains serments, il tirait de son cœur la parole de Dieu et ces accents qui font toujours retentir dans les airs la sainte louange du Seigneur. Il combattit les vices impurs de la chair, et on le vit sortir victorieux de cette lutte terrible. La récompense céleste est venue couronner tant d'efforts ; il jouit avec les saints d'une couronne de gloire.
Plein de joie, l'abbé Constantinus a, depuis longtemps, apporté, en chantant les louanges de Dieu, les restes vénérables de cet homme ; il les a fait ensevelir sous les voûtes bénies de la Sainte-Croix, et a voulu que des supports revêtus de marbre soutinssent le précieux tombeau. Sept lustres s'étaient écoulés depuis que le corps y reposait, quand de la demeure de saint Pierre éclata cette marque de la béatitude qui se manifeste à la fois par des bienfaits, par des miracles, par la guérison des malades. Égale donc, puissant pasteur, l'éclat de la protection à l'ardeur de tes vœux. Supplie souvent le Christ pour le poète dont les faibles vers sont consacrés à ta louange, pour Januarinus, instruit par les leçons de ta tendresse, et Tantillus, qui a gravé ce marbre. Que ta bonté accoutumée recommande sans cesse à Dieu par des prières celui que tu sais être un religieux plein de douceur, et qu'enfin Hilarianus soit toujours protégé par toi.
+ S. Florentinus a été le premier abbé de notre monastère. Il l'a dirigé pendant cinq années et six mois et a vécu environ soixante et dix ans. Il est mort la veille des ides d'avril, douze ans après le consulat de Basile le Jeune, clarissime, dans la première indiction. Le second abbé, son successeur, a été le seigneur Redemptus. » L'épitaphe, qu'entourait une moulure, se voyait, au XVIIe, dans l'église de Sainte-Croix, où le corps du saint avait été transporté. De quel monastère est-il question ? H. Le Blant a trouvé cette note dans les papiers de l'abbaye de Saint-Germain : Ista subjiciunt ex diplychis eiusdem monasterii (le monastère fondé par saint Aurélien, sous les auspices de Childebert) : Simul que precan les, oramus, Domine, pro animabii'i famulorum tuorum Patrum alque institulorum quondam nostrorum Auréliani, Pétri, Florentini, Redempti, Constantini, Himeleri, Hilarini, Januari, Reparali. Childeberti, Ullrogothœ vel omnium [ralrum nostrorum etc. Les personnages nommés dans cette prière figurent à la fois, en effet, dans notre inscription, à la fin de la règle spéciale écrite par saint Aurélien, et dans la lettre adressée par saint Grégoire le Grand pour confirmer les privilèges autrefois accordés au monastère établi par cet abbé. Recueil des inscriptions des Pyrénées-Orientales, dans Société scientifique et littéraire des Pyrénées-Orientales, 1854-1858, t. x-xi ; (tiré à part, p. 208). Le même, Notes sur quelques monuments du Roussillon, dans Bulletin monumental, e lll.t.n, p. 37 ; Le Portalon, L'église d'Arles-sur-Tech et ses antiquités, dans Bulletin du Comité historique des Arts et Monuments, 1852, t. in, p. 147.
98. Accu. — Sarcophage provenant de Saint-Cyr, et conservé au musée de Toulouse, dont la n. 115, pi. xw, lig. 1, 2, 3 ; Dictionnaire, t. i, col. »il' Vu couvent des Ursulines ; débris, un berger appuyé sur son pedum, deux brebis se battant à coups de tête, une brebis couchée (Dictionnaire, t. i, col. 3144, Bg. 11 I pi. xxxv, fig. 4 ; Dictionnaire, t. i, col. 3144 iîg 1118.
100. Débris, orante cuire deux saints protecteurs.
1718. — Sarcophage d'Auch.
D'après E. Le Blant, Sarcophages de la Gaule, pi. xxv, n°. 1. La face principale et les petits côtés répètent, sauf quelques détails, le sarcophage de Lucq-de-Béarn. Non seulement les sujets sont identiques, mais la technique elle-même, d'où on peut inférer qu'ils sortent du même atelier. Face principale : 1° résurrection de Lazare, au second plan, un homme se bouche les narines ; Marie prosternée au premier plan : 2° une femme en prières entre deux saints protecteurs ; 3° multiplication des pains ; 4° sacrifice d'Abraham ; le patriarche, l'enfant, autel avec flamme, en lier, un ange qui tient un rouleau, deux témoins ; petits côtés : Adam et Eve (voir Dictionnaire, t. i, col. 3144, n°. 317) ; Daniel entre deux lions. Ce sarcophage que d'Elusal nu... 1718).
Bibl. — Du Mège, Description du Musée des antiques, catalogue des antiquités et des objets d'art, issu 1881, n. su ; 1 !. Garrucci, Storia dell'arte cristiana ; Prato, 101. Crypte de Sainte-Marie d'Auch, sarcophage trouvé en 1852, type du sud-ouest, cuve rétrécie par le bas, couvercle en forme de toit, décor de vignes et rinceaux. Au milieu de la cuve et du couvercle, le monogramme AXCJ dont le rho prend la boucle du R latin. Cette tombe aurait, dit-on, reçu les restes de l'évêque d'Auch, saint Léotade, mort en 718 ; elle est antérieure de plus d'un siècle à cette date. in-8°, Paris, 1850 ; Le guide du voyageur à Sainte-Marie d'Auch, in-8°, 1854 ; Notice sur le lambeau de saint Léotade, dans Revue de l'art chrétien, t. i, p. 187 ; Abbé Cochet, Le tombeau de sainte Humaine, p. 21 ; Lie Rossi, Bull. arch. crist., 1880, p. 19« ,. n Garrucci, Storia dell'arte cristiana, t. v, p. 130, pi. cccLxxxvn, n. 5 ; E. Le Blant, Sarcophages de la Gaule, p. 98, n. 115 ; Dictionnaire, t. i, col. 3144, corriger ; « postérieur à la première moitié du ix siècle.
102. Trois sarcophages dessinés par Peiresc (Dictionnaire, t. i, col. 3144-31 15).
Bibl. — E. Le Blant, Note sur un sarcophage chrétien jadis conservé à Auch, dans Bulletin archéologique du Comité des travaux historiques, 1889, p.
Dictionnaire, t. i, col. : ;i 1 1 1345.
ANTODONI AN I MAE Dulci IN PACE QVI vixit ANN XLV-Menses Vllll-Dies XVI- • • 105. Musée Calvet. Au centre le Christ enseignant 108. Musée Calvet. Fragment provenant de l'abbaye de Saint-Ruf, décrit et figuré dans Dictionn., t. i, col. 189G, fig. 510, scène de l'histoire d'Ananie. et tenant une longue croix ; à ses pieds une femme agenouillée, Phémorroïsse ou la Chananéenne, des uolumina liés et posés à terre ; aux deux extrémités des prophètes ou des apôtres levant la main en signe d'acclamation ; l'intervalle des trois motifs est rempli par deux panne aux de strigi les. Le couvercle n'ap partient pas à cette tombe : au centre une tessère sans inscription, de cha que côlé les bustes des époux se détachant sur des draperies, l'homme et la femme debout entre deux arbres symbolisant le paradis ; deux saints protecteurs à ses côtés ; 4 » guérison de Phémorroïsse ; 5° Moïse frappant le rocher (Dictionn., t. n, col. 67, fig. 1201). tiennent le volumen, tètes d'adolescents imberbes aux ang les (fig. 4720). l'église Saint-Maurice-d'Ardèche et entré au musée de Lyon, vers 1851. Sept compartiments, marqués par des colonnes torses et supportant alternativement des frontons et des arca des ; des vases et des colombes, dans les retombées des frontons et des ares : 1° ré surrection du fils de la veuve de Naïm ; 2° Daniel empoisonnant le serpent ; 3° le Christ annonçant à saint Pierre son triple reniement ; 4° guérison d'un aveugle ; 5° groupe que nous avons déjà rencontré ailleurs, à Arles notamment, deux Juifs coiffés de la to que ronde parlant à un vieillard assis sur une roche, au pied d'un arbre et tenant un volumen (fig. 4721). l ;Martigny,Exp{tra{io/i 'l'un sarcophage chrétien du musée lapidaire de Lyon, dans les Anna les de f*Ai adémiedt Mâcon, 1867, t. vi, p.5-60, pi. ; I !. Garruccl, Storia deWarte cristiana, I. n. p. 37, pi. ci cxix ; E. Le Blant, Sarcoph. de la Gaule, p. 25, pi. n. 35, vu. fig. 1. le Nil et la mer Rougi. A l'autre rive, dans le désert, on voit devant un haut porti que Moïse touchant les flots de sa baguette, puis la colonne lumineuse, et -Marie avec son tambourin à la tête des Hébreux portant leur farine et conduisant leurs enfants i lig. 1722). Bibl. — E. Le lîlaut. Sarcoph. de la Gaule, p. llti, 1 1, pi. XXXI, flg. 1.
112. bêrvoes. - i iuvercle de sarcophage du vu siècle. Sous une inscription a peine. entre des banderoli s d'ornements, deux colomouvercle, le monogramme A^Cû encadré de Feuillages et autres ornements. Conservé au musée de 1 téziei s, d'où il a été apporté de Clairac, près Maureilhan.
•1° (fol. 138). Couvercle représentant des vignes chargées de fruits, lin lit au bas du dessin : ■ Nota que ce couvert, qui est au cimetière de la Magdeleine, a 8 pur, de irgeur et 7 de longueur et le fonds de la cuve sert de ions baptism aux. Cehry du verger est semblable, sauf qu'il est rompu en un bout. ' Ce tombeau est au musée, mais privé de son couvercle.
5« Au domaine de Pradine-le-Bas, près de Béziers, un frai sarcophage encastré dans un mur et ou se détache le monogramme du Christ encadre d'une couronne-.
Bibl.- -Bibl. liai., ms. français, n. Î64S : Unit des anciens monuments qui paraissent lement de la Première et de la Si irbon1627 el 1628 ; !.. t s'oguier, dans Bulletin 1879, p. 162 ; E. Le 1722 Sarcophage di B D'après !.. I.e Blant, Sarcophages de la Gaule, pi. xxxi, lit ;. 1. avant dans un vase et l'image d'un aigle aux ai les éployées.
113. béziers. Au-dessus de la porie méridionale de l'église Saini-Aphrodise. Neuf compartiments surmontés de frontons angulaires entre lesquels sont des d'où s'échappenl des pampres. Au centre le Christ, tenant le volumen, de cha que côté quatre apôtres. liibl. — Sabatier, Notii e sur Véglise de Saint-Aphrodise, dans Bulletin de la Société archéologi que de Béziers, t. i, p. 20-21 : L. t s'oguier, dans même Bulletin, t. iv, part. 2, p. 162 ; E. Le Blant, Sarcoph. de la Gaule, p. 131, n. 17 : ;, pi. xi. m, fig 1 : Bulletin archéologi que du Comité des trav aux historiques, 1905, p. 32 ■ tait > au-dessus de la porte du cimel 1ère de Set. Afroet portail le monogramme A^co, abrite par 1 ure. I.. Ii mnisques e Igl les sur un sépulcre de marbre en l'église Saint-Jacques. < ■ mon •mit.
Blant, Sarcoph. de la Gaule, p. 131, n. 171. Bulletin 'logi que du Comité des trav aux historiques, 1905, p. 329 sq. imbes deforme évasée, scion la mode du temps et « lit pays, son ! ornées « I « - rince aux, de pampre tant de vases, de monogrammes i\u Christ inscrits dans I l'une est tenue par une main des cendue du ciel. Want la crypte, dit M.Léo Drouyn, existait un sanctuaire dont lesol est à 1 m. ou i m. 50 plus bas epule sol decelle- Crypte, et qui doit être le sol primitif ; la, (vers 1880) on a lait des fouil les, et j'ai vu en place des tombes semblab les a cel les qui sont es dans la crypte, lin a dii. lorsqu'on l'a construite, laisser en place d'autres tombi es de même. On les croit venues de Saint Seurin. bien qu'une d'el les ail été achetée par M. Léo Drouyn dans unecampagne situi • aux i on fins des paroisses « hTale-ne-c el « hBèg les, pu s de Borde aux. de la \ iiifines chréti cle-rc-q. Manuel (Tarchéol. chrét., 1907, t. n, p n., t. n, col tendre de Bourg, trouvé hl « ' dcccml i l'un placement de l'ancien cimetière de Saint-Seurin (aujour d'hui allées Damour), à Borde aux. Dans le couvercle était encastrée une pla que de marbre blanc d'Italie, de 0 ni. 88 sur 0 m. 42 et d'épaisseur inégale. Malgré les trous de scellement préparés, on s'était contenté d'employer le mortier, après que la partie inférieure, moins épaisse eut été mise au niveau de la partie supérieure au moyen d'un fragment de bri que engagédessous.
L'inscription est tracée sur cinq lignes : IC IACIT FLAINVS DE NVMERO MAT TIACORVM SENIORVM QVI VIXST ANNVS QVARAGINTA ET QVI NQVE ET DISMISIT GRANDE CRVDELITATE VXSORI ET FILIS IVIS (Hjic iacit Fla(v)inus de numéro MattiacoTiim seniorum qui vixs(i)t unnus quaraginla et quin que et dismisit grande(m) crudelilate(m) uxsori et (ili(i)s (s)uis.
Crudclitatem tient ici la place de dolorem. Dans une inscription de Celeia (Nori que) on trouve crudc les parentes facere cur(averunt). L'inscription paraît être de la fin du iv° siècle, elle mentionne un soldat du numerus des Mattiaci seniores.
118. BOVJta. — Trois fragments de provenance inconnue, achetés à Bourg ; ils ont pu faire partie d'un même sarcophage, avec un médaillon au centre, des strigi les de cha que coté et, aux extrémités, le bon pasteur (à droite), un berger (a gauche).
Bibl. — E. Le Blant, Sarcoph. de la Gaule, p I, n. 5, pi. i,n. 2, : ;. i. anépigraphe. La coupe du couvercle forme des ang les servant d'acrotères sur lesquels sont sculptés des dauphins dévorant une pieuvre ou une proie quelcon que. En 1580, ce sarcophage fut fracturé par les huguenots.
121. Ce sarcophage, qui aurait reçu, dit-on, les restes de saint Didier de Cahors, se trouvait autrefois dans la cathédrale, chapelle de Saint-Sauveur, et il reposait sur quatre pilastres de pierre. Les huguenots l'ouvrirent, en brisant le côté gauche du couvercle, brûlèrent les ossements qu'il contenait et en jetèrent les cendres. I.a tombe elle-même fut épargnée et reléguée dans une arrière sacristie, puis ramenée dans une chapelle du cloître, où elle se trouvait lors que M. de Besombes la décrivit. A la Révolution elle disparut, puis on la retrouva à Lalben que, comm une de l'arrondissement de Cahers, et elle entra dans la collection Basilewsky, transportée à Pétrograd, ce que n'admet pas M. Mommeja.
Le couvercle n'existe plus ; il portait, au milieu, en bas-relief le buste d'un personnage tenant le volumen et se détachant sur une draperie que soutenaient deux génies ailés. A gauche, se voyait un tribunal et une femme debout tenant un volumen, peutêtre Suzanne ; à droite, la comparution du Christ devant Pilatc.
La cuve montre Lazare debout dans un édicule dont le fronton se termine par deux masques. Un berger appuyé sur son bâton se détache à la base du petit monument. Le Christ, sans baguette, lève la main droite en se tournant vers une femme inclinée que lui présente un apôtre. Guérison d'un aveugle, orante debout entre deux saints protecteurs ; arrestation de Moïse par les juifs. Moïse frappant le rocher. Ce marbre est du v » siècle (Dictionn., t. n, col. 1550, fig. 1832). semble-t-il, dans un monastère de femmes existant au ■ ht lieu. Le marbre est décoré sur les quatre faces ; les deux petits côtés par des ligures géométriques obtenues par des intersections de cerc les ; les grands côtés par : !• Daniel entre deux lions, figuré el décrit dans nn., t. iv, col. 231, fig. 3580 ; et 2« par deux griffons courant vers un vase (Voir Griffons).
124. château de la bastide, près de Goudargues •172 :1. — Fragment de Sarcophage.
D'api es E. Le Blant, Sarcophages de la Gaule, pi. xxix, fig. 4. iGard). — Fragment de couvercle de ge : un buste de personn ime. décoré de la /.ma, se détachant sur une draperie dont un génie, semblable a une Victoire, soutient l'extrémité, a gauche autre liénie nu, ailé, qui sans doute soutenait le cartouche de l'épitaphe (fig. 4723). qui avaient chac une sans doute leur sarcophage. Au cvm' siècle, on voyait encore celui de sainte G avec l'épitaphe suivante :
HOC IACET IN TVMVLO SACRATA GEORGIA CHRISTI ET DIVOTA BONIS MENTE FIDEMERITO OB QVAM MAGNA PATREM 5 PREMERET CVM TVRBA PROCORVM ILLA DEVM LEGIT FELICIORE TORO Martyrologe universel, p 685 ; Fontanini, Commenlari li que de Saint-Illidius, nommée aussi Sancla Marin inter Sanctos ; on y conservait les tombes des ■•véq.i dus, Gallus, Avolus, Justin, d'Illidius lui-même el du sénateur Injurlosus. Il n'en resti ll que de s :,int \ i au temol gnage de > irégoit e di roui s. sous la voûte d'une crypte une multitude de sarcophages de marbre appartenant à des fidèle ittestaicnl des Uas-reliefs représentant les mirac les du <.hrist et des apôl rcs. La tombe de saint Vénérand était surmontée d'un édiculi une fenestella permettant de passer la télé el d'apercevoir le sari issise trouvait la tombe de saint N'épolien. Boni Buinart, avait remarqué le grand nombre de ces sarcophages à Saint-Vénérand, où, dit-il, « sur plusieurs d'entre eux, esl lijairé le Christ enseignant, puis la multiplication des pains et des poissons, d'autres traits de l'histoire sainte représentés selon le type des temps anciens, ainsi que l'on en trouve dans la Rome souterraine et parmi les autres monuments du premier âge. 11 n'en existe plus au dehors de cette église, soit que les tombes y aient été transportées, soit qu'el les aient été abîmées sous les ruines î les édifi ces détruits par l'invasion normande.
126. A Saint-Vénérand se trouvait un sarcophage de marbre blanc sculpté à la partie antérieure seule I7UI. Fragment de sarcophage o Clennont. D'après E. Le Blant, Sarcophages de 1<i (onde, pi. xvn, n. 3. ment ; ce n'était que cinq fragments dont in>i ont été conservés ; figurée ! décrit, Dietionn., t m, col. 1931-19 I nient don présente le sacrifice d'Abraham el i ■ d'un Le 1 'lit ici. les deux sujets de droite contenaient l'entrée du ( a li rusali 129. A Saint-Vénérand, figuré et décrit dans Dictionn., t. m, col. 1932, fig. 3038.
130. ANotreDame-d' entre-Saints, sarcophage décrit dans Dictionn., t. m, col. 1935 et dont E. Le Blant a donné un croquis ancien d'après Louis Chaduc ; il a contenu les restes de saint Just.
131. A Notre-Dame-d'entre-Saints : In sacello ecclesise Illidianœ, quod hodie S. P. Benediclo sacralum est, visuntur marmoreœ tabula ; exhibentes miraculum Christi domini panent multiplicanlis in quorum una hœe habetur inscriptio :
HIC-REQVIESCVNTCORPORASANCTORVM QVORVM NOMINADEVS-SCIT-
132. Cathédrale. Tombe découverte dans le sol et transformée en autel dans une chapelle du chœur derrière le maître autel. Figuré et décrit dansDictionn., t. iv, col. 1933-1934, fig. 3041, et les petits côtés, Dictionn., t. m, col. 1089, fig. 2681.
133. Cathédrale. Dans la façade était encastré un fragment de sarcophage, au milieu du pignon ; il en a été retiré. Figuré et décrit dans Dictionn., t. iii, col. 1935, fig. 3042 ; voir t. i, col. 2928, fig. 987.
135. Dessins de Louis Chaduc représentant deux fragments de sarcophages du VIe. L'un représente une chasse au cerf et au lièvre, figuré et décrit dans Dictionn., t. iii, col. 1935, fig. 3043 ; l'autre l'arrestation de Moïse ou de saint Pierre et le miracle d'Horeb, marbre blanc grisâtre. — Deux personnages debout, vêtus du pallium et qui semblent être des apôtres.
136. — Mairie, au-dessus de la porte, fragment représentant la piscine probatique et dans un registre inférieur, le paralytique étendu sur son lit ; c'est le type connu de cette scène : trois arcades devant lesquelles sont deux personnages assis, puis le Christ et le paralytique s'éloignant.
Ancien cabinet du Dr Long ; trois débris : a) la guérison de l'hémorroïsse ; b) le Christ posant la main sur la tête d'un petit personnage, un aveugle peut-être ; personnage de haute taille vêtu du pallium, urnes de Cana ; c) Abel tenant une brebis dans ses bras. En outre, deux fragments encastrés au-dessus de la porte de l'ancienne maison du Dr Long ; ils semblent avoir fait partie de sarcophages chrétiens et présentent deux figures d'hommes vêtus du pallium. llibl. Grégoire de Tours, De gloria confessorum, c. xlii ; E. Le Blant, Sarcoph. de la Gaule, p. 2, n. 2.
110. BLHB. — Cloître, fragment de sarcophage orné de strigiles et, au milieu, monogramme du Christ dans une couronne de lauriers ; cette tombe aurait servi à l'ensevelissement de l'empereur Constant, assassiné à Elne, par Gaison.
Ilibl. — E. Le Blant, Sarcoph. de la Gaule, p. 137, ii. 194.
111. Cloître d'Elne, deux tombes et, dans la cour, une troisième, cuves de forme évasée, sans couvercle. On y retrouve comme décoration, les pilastres plats, le vase d'où s'échappent les pampres, VIe.
142. B8PA.QNBT (Gers). — Sarcophage de la fin du VIe. Au milieu, entre deux rangées de strigiles qu'encadrent des pilastres, on voit Adam et Eve debout devant l'arbre. Le reste de la description est si vague que Edm. Le Blant lui-même ne sait qu'en penser. Couvercle en forme de toit. llibl. — E. Le Blant. Note sur un sarcophage chrétien inédit, dans Bull. archéoL du Comité, 1888, p. 368.
113. ETALOSDES. — Sarcophage. Cochet, Nouvelles archéologiques, dans Bulletin de la Société des antiquaires de Normandie, 1860, 1. 1, p. 81.
144. Brassa. — Mémoire pour l'histoire de l'abbaye d'Eisses b'-s Villerïeufoe d » A génois ; Ordre de Saint-Benoit. * Il est à propos de faire mention au sujet des reliques comme il y a au monastère un fort beau tombeau de marbre ouvragé et bizelé à l'extérieur ayant sur ses côtés une figure en la forme et façon qu'elle est cy marquée sur le papier (lithographie ayant les bords épais de trois pouces, le creux en longueur six pieds onze pouces, en largeur trois pieds sept pouces et en profondeur deux pieds sept pouces ; il est dans un petit caveau voûté sous le grand autel, le bruit est commun dans tout le pays que le sr comte et maréchal de Matignon, lieutenant pour le Roi au gouvernement de Guyenne, après l'avoir vu et considéré, le fit tirer de là pour l'emporter et en faire, dit-on, un abreuvoir pour ses chevaux ; on le porta sans résistance jusque sur le seuil du grand portail de l'église, étant déjà la moitié dehors, il fut impossible de le faire passer plus avant, quoy qu'on y attelât un grand nombre de chevaux et de paires de bœufs, ce qui ne semble pas croyable. Il est encore proche du grand portail dans son entier, et il y en a dans l'église un semblable de matière et ouvrage, mais beaucoup plus petit, et portant d'un côté l'autel d'une chapelle et de l'autre dans la nef.
Bibl. Bibl. nat., Résidus Saint-Germain, fonds latin, n. 12669, Monasticon benediclinum, t. xii, fol. 166 v° ; E. Le Blant, Sara, pli. de la Gaule, p. n. 109 ; A. de l'Anténay, /.'« ifr/ioye d'Eysses en Agenois, dans Revue de l'Agenais, 1892, t. xix, p. 151-180, 221-254, 397-411. îtô. foix. — J. de Laprairie, Sur un fragment de liage chrétien co agrès logique de France, 1884, t. li, p. 118.
116. QARBBSB (la).- -On conserve à la Garesse, près du Mas-d'Agenais, un sarcophage de marbre sans couvercle, divisé par des pilastres en cinq compartiments, quai i « •• d'entre eux sont remplis par des cannelures en chevron. Au milieu, le monogramme A XCO inscrit dans une couronne et au-dessus duquel deux rideaux levés. n : Voircemot. marbre blanc qui se trouvait, en 1862, dans une maison attenante à l'ancien prieuré de Goudargues (Gard) C'est un fragment d'un que nous avons déjà itérée sur des sarcophages. Il s'agit du ciel divisé par un buste d'homme, les bras écartés, tenant de chaque main l'extrémité d'un voile déployé us de sa tête et qui sert d'escabeau au Christ assis, entouré de deux...
157. Musée lapidaire. Restes d'un tombeau portant le monogramme A ^ 00 sur une des faces latérales. Dorure, décrit et figuré Dictionn., 13, fig. 104.
Au centre, le monogramme dans une couronne surmontant une Croix dont les bras portent deux colombes, et au pied de cette croix, deux soldats gardiens du saint Sépulcre. A droite et à gauche, les douze apôtres en deux groupes de six. Au-dessus de leurs têtes figurent la voûte céleste, ainsi que le soleil et la lune qui flanquent le monogramme ; les petits côtés représentent la tentation d'Adam et d'Eve : les trois jeunes Hébreux dans la fournaise.
. edit. 1818, p. 1 H. pi. n, n. 3 ; R. Ga Sloria delt arte crisliana, t. v, p. 7 r, n. 1, 2, 'i ;
Bulletin monumental, 1878, t. xi.iv, p. 771-772 ; E. Le Blant, Sarcoph. de la Gaule, p. 142, n. 204, pi. i-, lig. 1, Hclionn., 1. 1, col. 3013, lig. 1044.
160. — Le nombre respectable de sarcophages conservés à Marseille s'explique par la vénération du sanctuaire de Saint-Victor ; la crypte sera décrite au mot Marseille. Nous ne ferons ici que les cataloguer rapidement : Saint-Victor, Vestibule de l'église supérieure, copiai entièrement disparu. Voir au mot Marseille antiquila les qurndam in-l », I il rucci, SI', no d< i. n. I ; Le Blant, Sarcoph. nus de Peiresc, di RufTI sur la montagi quatre fleuves auxquels, à gauche, le miracle de Cana, à droite, la multiplication des pains. Bibl. — Bibl. nat., ms. lat., Pein I. 102 ;
A. de Hum, Hisl. de la ville de M ■ dit., t. n R. Garrucci, Sloria del l'arle crisliana, t. v, p. 130, i.xxxm. n. 3 ; E. Le Blant, Sarcoph. de la Gaule,
162. Saint-Victor, vestibule. de sarcophage perdu, connu par un croquis de RufTI. — Douze agneaux en deux groupes de six se dirigent vers une arcade sous laquelle se voient les quatre évangélistes ou les cris.
163. Saint-Victor, crypte, aujourd'hui au musée de Marseille. Figuré et décrit, au mot Marseille (Sarcophages).
Ml. Cimetière de Paradis, crypte Saint-Victor,. Figuré et décrit, au mot Marseille (Sarcophages).
Bibl. — Bibl. nat., ms lat. 13820, fo A. de quités et monuments marseillais, p. 162, pi. xxi, n. 2 ; Millin, Voyage, t. m, p. 177, pi. i.vm, n. 2 ; Garrucci, Sloria delVarte crisliana, t. v, p. 83, pi. ceci. vu, n. 2 ; E. Le Blant, Sarcoph. de la Gaule, p. lu, n. 53, pi xiv, fig. 2 ; Catal. des monum. chrét. du musée de Marseille, i. 34.
Saint-Victor, crypte, aujourd'hui au Musée. Figuré et décrit, au mot Marseille (Sarcophagi chrétien, t. vi, p 225, pi. vi ; Van Kothen, Notice sur les cryptes de l'abbaye de Saint-Victor, p. G I ; l'enon, ■iue, n. 115 ; R. Garrucci, Sloria delCarle crisliana, t. v, p. 102, pi. cccLXvm, n. 1 ; E. Le Blant, Sarcoph. île la Caille, p. 41, n. 54, pi. XVI, n. 2 ; Le Blant, Calai, du musée de Marseille, p. 71. r 166. Saint-Victor, aujourd'hui au Musée. Figuré et décrit dans Dictionn., au mot Mai Garrucci, Sloria xliii, n. 1 ; App >n. chrét. a ium. chrét. du ujour d'hul au J décrit dans Diclionn., au mot Marseille (Sarcophages).
169. Saint-Victor, crypte, aujourd'hui au Musée. Figuré et décrit dans Diclionn., au mot Marseille (Sarcophages).
170. Saint-Victor, crypte, aujourd'hui au Musée. Le Christ entre six apôtres, figuré et décrit au mot Marseille (Sarcophages).
171. Saint-Victor, crypte, sarcophage disparu, mais décrit par Maffei qui a cru voir l'adoration des mages, quand sa description même semble indiquer l'adoration des bergers. « A un autre, qui est, dit-il, dans l'église souterraine, on voit l'enfant Jésus dans le berceau, qui est cependant gâté et rongé, les mages sans couronne, les anges en l'air et deux animaux en bas qui paissent. » représentant deux apôtres debout séparés par une colonne torse ; 2« partie gauche du couvercle d'un sarcophage offrant encore trois arcades soutenues par des palmiers, et sur chacune desquelles est sculptée une brebis regardant vers la droite.
175. Musée. Fragment rapporté du bassin de Carénage. Sacrifice d'Abraham.
176. Musée. Fragment de couvercle apporté d'Arles, Sacrifice d'Abraham.
177. Musée. Débris de couvercle. Terminé à gauche par une tête du martyr saint Genès. Derrière on voit un homme debout, étendant le bras droit et aux pieds duquel se trouve un faisceau de volumina. Puis un arbre, un groupe qui représente peut-être Suzanne entre les deux vieillards.
178. Musée. Provenance inconnue. Fragment de couvercle ; cartouche anépigraphe, génie ailé. Cadre R mm. 5S rond soutenu par deux génies avec le buste d'un homme tenant le volumen. Inscription du XIVe : Jacobus Makes de Tornacho.
Le Christ dans une couronne soutenue par deux anges t vêtus, aux extrémités de la face principale de la cuve, deux apôtres. Figuré et décrit dans Dictionn., au mot Marseille (Sarcophagi
182. Marseille, entré depuis au musée d'Avignon.
Saint Pierre au moment où le Christ lui prédit son triple reniement ; aux pieds de l'apôtre, un coq (lig. 4729). 153. Marbre disparu. Couvercle d'un sarcophage, partie droite, représentant l'adoration des mages, et MAS DE BLRASD-MAILLA.SE. — Au mas de Durand-Maillane, à 1 500 mètres environ à l'est de Saint-Remy de Provence, près de la route de Marseille, sous un bouquet d'arbres, à quelques mètres d'une habitation, un couvercle de sarcophage est abandonné : il mesure 1 m. 10 de longueur sur 0 m. 85 de largeur. Publié par Millin d'après un dessin peu exact qui a donné une lecture fautive, il porte ces mots : La décoration nous autorise à supposer ici un monument chrétien, à raison de la présence des deux 4731 — Sarcophage de Mas-Saint-Antonin. D'après E. Le Blant, Sarcophages des Gaules, pi. xlviii. un berger auprès de la Vierge Marie. Figuré et décrit dans Dictionn., au mot Marseille (Sarcophages). 184. xas-d'aoexa/s. - u.ré, découvert en 1785 ; sarcophage di marbre blanchi centre du monogramme à el (0, le tout inscrit dans une couronne ; de chaque côte, des pilastres encadrant « les chevrons opposés. Transporté à Bo •■n H sci i d'abreuvoir. liibl. — Braqu que • !,■ \ la bibliothèque • »■. ajouter : Léon Palustre, Lu, rypte de Sainte-Quitterie,m u anti que sarcophage chrédans Bulletin monumental, 1873, v érie, t. i, i Mil] ni. LIX, n. \, Il ic \ colombes s'approchant du vase de lait, symbole fréquent sur les marbres du pays '(h« - 4730). 1 ST. M in x UNI AN', pn à la bibliothèque de Foix, bri :i. raju ité, reli gué sous une remise, débité de nouveau, finalement les débris subsistant sont entrés au Louvre, i ■■. race antérieure représente cinq sujets différents : quatre i renfermaient des groupes d'apôtres - deux par deux. Au centre, la résurrection du Mis.le la veuve de \aiin. couelie sur un lit. I.a face latérale de deux registres superposés, des moutons, des.in\ re< sui I Daniel, nu. enti Villefi tien du M, ! t. il, p. 97 ; E. Le Blant, Sarcoph.rde la Gaule, p. 136, n. 193, pi. xlïiii, fig. 1, 2, 3. 188. mesde. — •■ Il y a quelques années, en démolissant un bâtiment appelé le Cloître, adossé à la cathédrale de Mende, on trouva un fragment de marbre blanc qui n'attira pas l'attention, mais qui n'était autre que la partie inférieure d'un sarcophage chrétien, le fond de la cuve avec la partie attenante à la face antérieure. Ce morceau resta plusieurs années dans une cour de chantier. C'est là que nous l'avons dessiné et réclamé en vain pour le petit musée de la Société d'agriculture de la Lozère. Il a disparu en 1879, sans qu'il ait été possible de le retrouver. » Ce sujet représentait un sacrifice d'Abraham. 189. Metz. — Sarcophage de Louis le Débonnaire, voir Dictionn.. au mot Metz. Bibl. — Mabillon, Annales Ordinis S. Benedicli. partie gauche d'un couvercle de sarcophage ou figure un sujet des plus rares, le massacre des Innocents (connu seulement sur un tombeau de Saint-Maximin), même scène mais avec un plus grand nombre de figures. 193. iluxïplzat. — Au-dessus de la porte du presbytère ; transporté depuis au grand séminaire de Nîmes, Fragment de la face de côté d'un sarcophage de forme évasée, pas antérieur à la fin du VIe, Deux registres, dans le registre supérieur, le bon pasteur entre deux arbres sur lesquels sont perchés des oiseaux, deux autres pasteurs à ses côtés ; registre inférieur ; deux moutons et deux béliers se chargent à coups de tête. Bibl. — A. Michel, Nimes et ses tombeaux chrétiens, 4732 — Sarcophage de Moutier-Saint-Jean. D'après E. Le Blant, Sarcophages de la Gaule, pi. 1. t. n, p. 612, 613 ; Histoire de Metz, par les Bénédictins, t. i, p. 263, 560 ; Th. Puillon de Boblaye, Notice historique sur l'ancienne abbaye royale de Saint-Arnould, in-8°, Metz, 1857, p. 27 ; Prost, Le tombeau de Louis le Débonnaire, dans Mémoires de la Société d'archéologie et d'histoire de la Moselle, t. xm. p. 133 ; R. Garrucci, Storia del l'arte cristiana, t. v, p. 139, pi. cxxxix ; E. Le Blant, Sarcoph. chrél. de la Gaule, p. 11, n. 14, pi. m, 8g. 2,3,4,5. in-8 », Nîmes, 1882, p. 22 ; E. Le Blant, Sarcoph. de la Gaule, p. 107, n. 127. pi. xxix. n. 2. 194. moxzie — Deux fragments d'un sarcophage de marbre sur lesquels se détache le monogramme • y/ /•> inscrit dans une couronne et des colombes becquetant des raisins. vêtu, selon la tradition d'une tuni que talaire ; il tenait de la main gauche le volumen sacré el de l'autre mulongue croix, enrichie par la sculpture de pierres précieuses peur écarter l'idée funeste que pouvait éveiller sa vue. Aux cotes du Seigneur, les apôtres se groupaient par rouil les devant chac une des arca des. du tombeau étaient ornées de simp les imbrications. ' (Fig. 1732.) IMaiit,.Sun » ; »/ !, chrét. de fa G ;.. 1. n. 1. 197. xaxtes. — Bulletin archéologique du Comité, 1900. p. 406-428 ; G. Durville, Les fouilles de Vévêché de Nantes (1910-1913), dans Bulletin de la Société archéologique de Nantes, 1913, supplément. 198. Xaj. en 1658. Figure et décrit dans Dictionn., au mot Narbonne (Sarcophagi 199. Au Musée — 1° Esdras( ?) lisant à deux Juifs ; 2 arrestation de saint Pierre ; 3° orante voilée ; 1° multiplication des pains et des poissons ; 5° Moïse dit. Figuré et décrit dans Dictionn., au mot Narbonne. pi. XI. V. flg, 1. 200. Partie droite de la face antérieure d'un sarcophage. Figuré et décrit dans Dictionn., au mot Narbonne (Sarcophages). 201. Musée, n. 526, fragment. Figuré et décrit dans Dictionn., au mot Narbonne (Sarcophages). {ment (0 m. 7(1 0 m. -17,) ; cinq personnages à pallium, deux tenant le volumen. ' I, pi. M. IV., 203. Plusieurs sarcophages décorés d'ornements suivant le type en usage dans les ateliers du Sud- lui i six exemplaires conservés au Musée, ligure et décrit Pierre présentant une COUrom Le Christ enseignant. Saint Paul présentant une couronne. i-'igiii tionn., au mot Naji la chapelle des fonts baptismaux, tombeau divisé en sept compartiments par des colonnettes que surmontent alternativement des frontons et des cintres : 1° Prédiction du reniement de saint Pierre ; 2' miracle de Cana ; 3, 4, 5 martelés : 6' guérison d'un aveugle ; 7« résurrection du fils de la veuve de Nain. Sur le petit côte, la Samaritaine au puits di I iguré rit dans Dictionn., au mot N'ai iarcophdges Église Saint-Paul, à droite de la porte de la chapelle des fonts baptismaux, partie antérieure d'un petit sarcophage à sept arca des, de mauvais style, niant le Christ au milieu de six apôtres. Le reste est engagé dans le mur ; sur une des faces latérales : Adam et Eve. 207. Même église, même cote, un peu plus haut, sarcophage orné de vignes et de rinceaux. 208. Même église, à gauche, sarcophage placé la face en bas : deux rangées de bas-reliefs, il n'en reste qu'une, l'inférieure : arrestation de saint Pierre, multiplication des pains et des poissons et, peut-être, miracle d'Horc). 209 Même église, au-dessus du précédent, une croix gravée sur le crépi indique qu'il recouvre un sarco210. A/Ci'. — Découverte de sarcophages du IV siècle, au monastère de Saint-Ions à Nice, dans Bulletin de la Société française des fouilles archéologiques, 1910, t. u. p. 53-58, 2 pi. Bibl. — !.. Ménard, Hist. civil ' litt. de la ville de Ntmes, in-l », Paris, 1750-1758, t. vu, p. 191 ; Azaïs, Notice sur saint Baudile ; Lanothe, Promenade d'un curieux dans A ij F. Germer-Durand, Note sur plusieurs fragments de sarcophages chrétiens de Ntmes, dans Mém. de l'Acad. du Gard, 1877-1878, 1 partie-, p. 5-8 ; A. Michel. Ntmes chrétiens, in-8°, Ntmes, 1882, p. 10 ; E, Le Blant, Sarcoph. chrét. de la Gaule, p. 10 pi. \x\iu. Dit tionn., au mot Nîmes. qui parai, seul,- la Pu n 129, pi au mol Ni • 214. Chez M. Pocheville, fragment, la Samaritaine au puits de Jacob. 215. Chez M. Pocheville, fragment, l'hémorroïsse. Figuré et décrit dans Dictionn. au mot Hémorroïsse. 216. Au Louvre, fragment. Figuré et décrit dans Dictionn., au mot Nîmes. 217. Dessins conservés par Rulman, de sarcophages dont le lieu d'appartenance n'est pas certain. Un fragment s'est conservé, le reste est figuré et décrit dans Dictionn., au mot Nîmes (Sarcophages). 218. Dessin de Rulman, fragment de la partie gauche d'un couvercle. Figuré et décrit dans Dictionn., 1. 1, col. 2578, fig. 851. 219. Dessin de Rulman ; fragment d'une tombe _.Uj mËgm décorée de strigi les et de cha que côté un sujet incomplet ; à gauche, la multiplication des pains ; au-dessous et à droite ?? 220. Dessin de Rulman, fragment, du xie ou du XIIe. Apôtres. Centre : Adam et Eve. 221. Avignon, musée Calvet, marbre acheté à Nîmes ; fragment de couvercle d'un sarcophage. Figure et décrit dans Dictionn., au mot Nîmes (Sarcophages). Ce marbre appartient aujour d'hui au musée d'Avignon., — Fragment encastré « lans le mur d< l'église ; deux compartiments de droite d'un bas : présentant le Christ devant Pilate. Bibl. — Br. Dasan, dans Revue archéol. du midi de la Franc, t. i. p. 253 ; E. Le Blant, Sarcoph. de ta Gaule,. n. 171. pi. xlii.ii. 3. Sarcophage de ch aux carbonatée dont il reste des fragments insignifiants et deux dessins. Figuré et décrit dans Dielionn., au mot I'oitiers (Sarcopli PCJOLS (arrondiss. de Villeneuve, Lot-et-Garonne). — Sarcophage sans couvercle, portant le monogramme ^ inscrit dans une couronne et encadré de strigi les ; deux colonnettes aux extrémités. Bibl. — Léo Drouin, dans Congres archéol. de France, 1858, p. 54 ; A. de Caumont. Abécédaire d'archéologie, it. Sarcoph. chrét. de la Gaule, p. 90, 230. put [il). - Fragment jadis i isiron à vingt pieds de hauteur dans la partie méridionale de l'église de Saint-Jean-des-Fonts-Baptismaux ; transporté au musée en 1825. La scène principale figure le songe de saint Joseph (voir Dictionn., au mot Joseph (Saint). Bibl. — Mangon delà Lande, Essajs historiques sur des antiquaires de VOuest, 1842, t. xxni, p. 65, pi. iv, n. 5 ; Catalogue du musée des antiquités de l'Ouest à Poitiers, 1843, p. 16 ; E. Le Blant, Sarcoph. chrét. de la Gaule, p. 83, n. 97, pi. xxiv. fig. 1, 2. 230. Deux bas-reliefs disparus qui formaient les extrémités d'un sarcophage dont la face avait été détruite. Décrits dans Dictionn., au mot Poitiers (Sarcophages). Couvercle de tombe dans l'église Saint-Hilaire, taillé en forme de toit, avec des imbrices terminés en an té fixes Figuré et décrit dans Dictionn., au mot Poitiers (Sarcophages). Trois tinnl.es dans une crypte ou « cave de Saint-Barthélemy, près Saint-Hilaire ». Figurées et décrites dans Dictionn., au mot Poitiers (Sarcophages). rBAJf. — Débris encastré dans la façade sud de l'église, double cep de vigne ('échappant d'un m. nt de Bi /i.-rs). — ■ j le mérovingien, sur unie & entre dl ce aux. D'après ! :i reproduction, ce marbre, di les antiquités du département de la Haute-Loire, p. 111, 112 ; Aymard, Congrès scientifiques de la France, 22 session, t. n, p. 483 ; Aymard. Fragment de sarcophage chrétien du V* siècle, dans Annales de la Société d'Agric., sc. et arts et commerce du Puy, 1853, t. xvm, p. 551 ; Annales de la Société académique du Puy, t. xxvm, p. 627 ; t. xxix, p. 553 ; De Rossi, Bull, di archéol. crist., 1865, p. 31 ; R. Garrucci, Storia ael l'arte crisliana, t. v, p. 113. pi. cccxcvm ; Grimouard de Saint-Laurent, dans Revue de l'art chrétien, 1883, p. 369 ; E. Le Blant, Sono/, h. chrét. de la Coule. n. 91, pi. xvii, lig. 4.
231. Quarré-les-Tombes. — Gui II sur Quarré-les-Tombes. Ses sarcophages mérovingiens, dans Revue archéologique, 1895, p. connu par un dessin peu exact. Dom Marlot, - un dessin conserve da Deux fragments ont été retrouvés au musée de Reims : l'un morceau de la figure centrale, le Christ donnant la Loi nouvelle à saint Pierre, et lui tendant un pain nu bout d'un pain inamissable dans Marlot, prouve uniquement que nous tenons de Pi Bibl nat., ms. français, n. Dom Marlot, Mi Nouv. mél. d'archéol. Ivoires, miniatures et émaux, p. 167 ; R. Garrucci, Storia del l'arte crist., t. v, p. 66, pi. cccxli, n. 1 ; E. Le Blant, Sarcoph. chrét. de la Gaule, p. 17, n. 17 ; Cf. L. Demaison, Fragment d'un sarcophage chrétien autrefois dans l'église Saint-Nicaise au musée de Reims, dans Trav aux de l'Acad. de Reims, 1885, t. lxxix, p. 143, pi. Fragments d'un sarcophage chrétien conservés au Musé : de Reims, in-8« , Reims, 1887 ; E. Le Blant, Note sur quelques fragments de sarcophages nouvellement signalés, dans Bulletin archéol. du Comité, 1888, p. 271.
244. Même cimetière. Deux sépulcres presque sans ornements, avec couvercle en toit à quatre pentes, portant le monogramme ÇjÇ.
Même cimetière. Tombe sans couvercle, avec monogramme AJffaS ; 'a cuve, évasée par le haut, est décorée d'arabesques sous lesquelles figurent des plantes ornementales. Ce marbre se trouve aujourd'hui dans le jardin de l'évêché. Beauméni indique qu'à chaque extrémité une figure à pallium qui manque sur les dessins modernes.
4735. — Sarcophage de Rignieux. D'après E. Le Blant, Sarcophages de la Gaule, fig. iv.
241. Sarcophage trouvé au cimetière de Saint-Amand. Jonas couché et Jonas vomis par le monstre marin. Figuré et décrit dans Dictionn., au mot Rodez.
JBIW. — E. Le Blant, Sarcoph. de la Gaule, p. 73, n. 90.
242. Cimetière de Saint-Amand : Sarcophage de marbre sans couvercle présentant au milieu le monogramme (>jb et à chaque extrémité une figure debout vêtue du pallium. Colonne torse à chaque bout de la cuve. Il est divisé en cinq arcades. Au milieu le Christ, se tournant à droite vers saint Paul debout sur un escabeau, devant un siège ; à droite saint Pierre. Chaque apôtre a un livre ouvert à ses pieds, sur celui de saint Pierre on voit le monogramme _IL très légèrement tracé. Sous les arcades extrêmes deux femmes voilées, en prières et qui pourraient bien, comme le propose E. Le Blant, représenter l'Église de la Circoncision et l'Église des Gentils. Figuré dans Dictionn., au mot Église, t. iv, col. 2229, fig. 3978.
247. SAINT-QUENT, au pied de la hauteur sur laquelle est bâtie Lectoure, ancien emplacement de la cathédrale et nombreuses tombes romaines. Débris d'une tombe en marbre gris-blanc de Saint-Béat, génie funèbre avec son flambeau renversé. Voir Dictionn., 1. 1, col. 1628, fig. 395. L'étoile a une tendance marquée à figurer le monogramme du Christ.
Bibl. — Millin, Voyage dans les départements du phage était recouvert d'une couche de terre de 0 m. 35 ; il est en calcaire fin, orienté de sorte que les pieds du cadavre soient tournés vers le levant ; il reposait sur la terre, entouré d'un blocage de pierres sèches. La cuve contenait un squelette dont la taille devait être de 1 m. 65 environ ; en outre des ossements un anneau de bronze et une boucle de ceinturon. Le couvercle déplacé était brisé en douze morceaux, son épaisseur varie de 0 m. 11 au centre à 0 m. 07 sur les bords. Voici les dimensions du sarcophage : longueur extérieure 2 m. 08 ; longueur intérieure, 1 m. 94 ; largeur extérieure à la tête 0 m. 64 ; aux pieds, 0 m 3'J ; hauteur moyenne, 0 m. 45 ; profondeur 0 m. 37 à 0 m. 41). Les grands côtés sont ornés de hachures obliques formant des lignes à trois brisures, plus ou moins régulières, qui ressemblent à une arête de poisson près des angles. À la tête, deux grandes croix pattées, sculptées en méplat et séparées par une sorte de palme à six pointes, surmontée d'une petite croix pattée. Le tailleur de pierre a eu soin de piquer le fond de stries vermiculées pour que les croix se détachent mieux. Les deux grandes ont des encoches en angle aigu dans leur pied et un crochet vient rejoindre la tête de leur hampe. Ce type se retrouve à Paris, il est vraisemblable qu'il doit reproduire un monument, croix de procession ou de bénédiction vénérée et connue dans le pays (fig 4736).
Le sarcophage de Saint-Martin-Chennetron, en vergelé semblable à la pierre de Saint-Leu-d'Esserent, doit sortir du même atelier que ceux qui ont été découverts en 1807 dans le chœur de l'église abbatiale de Sainte-Geneviève de Paris, Alexandre Lenoir, qui les a dessinés, figure sur leurs petits côtés quatre grandes croix pattées, séparées par des petites dont le nombre varie de trois à neuf. On voit aussi une palme à quatre ou à six pointes entre les deux croix, sur d'autres tombes dans les mêmes planches. L'ornementation de ces sarcophages et de celui de Saint-Martin-Chennetron prouve qu'ils n'étaient pas destinés à être enfouis, mais posés sur le sol, comme les tombeaux romains et ceux des Aliscamps, à Arles (lig. 1736).
E. Lefebvre l'ontalis, Le sarcophage mérovingien de Saint-Martin-Chennetron (Seine-et-Marne), dans Bulletin monumental, 1905, t. lxix. p. 230-233 ; cf. Sarcophage de Saint-Plat. D'après E. Le Blant, Sarcophages de la Gaule, pi. n pi. LIX, lig. 2. Lenoir, Statistique monumentale de Paris, atlas, t. i, abbaye de Sainte-Genevière, pi. i-n 252-255. Bajnt-Haximik, arrondissement de
Bibl — Failli inédit » de r Saint Maximin
256. Saint-Piat, près de Maintenon (Eure-et-Loir), servant de fonts baptismaux dans l'église et jadis d'autel. Au centre, le monogramme du Christ dans une couronne portée par une croix dont les branches portent des colombes, et deux soldats au pied de la croix. Sous les six arcades de droite et de gauche, on a placé les douze apôtres (fig. 4737).
257. Saint-Pons. — A. Barety, Les fouilles du monastère de Saint-Pons, découverte de sarcophage du IV siècle, dans Nice historique, 1908, t. x, p. 317-334.
258. Saint-Roman-en-Gal. — Couvercle de sarcophage en forme de toit à quatre versants ornementés qui se trouvait au « cloître de Sainct-Roman » et qui sous le nom de tombeau de sainte Marthe. Voici les sujets figurés : 1° Moïse tenant le volumen et faisant jaillir la source à laquelle se désaltèrent deux Juifs non coiffés du bonnet caractéristique de leur nation ; un troisième saisit le prophète ; 2° multiplication des pains et des poissons ; 3° orante debout entre deux saints protecteurs ; 4° prédiction du reniement de saint Pierre ; 5° résurrection de Lazare (fig. 4738).
264. Thison (près Béziers). Fragment sorti des fondations d'une chapelle ruinée et encastré dans le mur du sanctuaire reconstruit (moitié de la partie droite). Cinq compartiments, séparés par des colonnes supportant des arcades, occupaient la face antérieure. Dernier à droite, le Christ comparaît devant Pilate assis qui détourne la tête. Compartiment à gauche, le Christ guérit un aveugle, derrière le Christ l'hémorroïsse à genoux. Cette réunion de deux miracles dans un seul sujet est rare, néanmoins on en rencontre des exemples, à Rome, à Aix-en-Provence (fin IVe). n'est connu que par un dessin. L'une des faces principales porte une croix, l'autre un vase accosté d'oiseaux.
Ancienne France. Languedoc, t. 1, 1 » partie, pi. xxxi ; -h, Musée de Toulouse, n. 705 ; R. Garrucci, Storia dell'arte cristiana, t. v, p. 131, pi. ceci xxxvn, n. 9 ; E. Le Blant, Sarcoph. de la Gaule. p. 124, n. 151, pi. xxxviii, lig. 1.
Saint-Sernin ; au Musée. Fragment de la face antérieure d'un sarcophage évasé divisé par des pilastres en trois compartiments, ceux des extrémités unis de pampres et de raisins, celui du centre était deux registres, celui du haut, seul conservé, représente un pasteur debout et un enfant. Figuré et décrit dans Dictionn., au mot Toulouse (Sarcophages).
Mbl. — Du Mège, Description du musée de Toulouse, 19 ; E. Le Blant. Sarcoph. de la Gaule, p. 125, n. 152, pi. xx.xvin, n. : ;.
Saint-Sernin ; aujourd'hui au Musée. Tombe à sept compartiments ; le Christ et les apôtres. Figuré et décrit dans Dictionn., au mot Toulouse (Sarcophages).
270. Saint-Sernin ; aujourd'hui au Musée. Fragment de chrét. de la Gaule, p. 127, n. 157, pi. xli, II. 1, 2. 3.
271. Musée. Trois Hébreux dans la fournaise, figuré et décrit dans Dictionn., au mot Toulouse (Sarcophages).
275. Musée. Fragment, coquille avec deux bustes, combat de coqs, figure et décrit dans Dictionn., au mot Toulouse (Sarcophages).
Bibl. — E. Le Blant, Sarcoph. chrét. de la Gaule, p. 128, n. 159, pi. xi., lig. 3.
285. Musée. Dix tombes et fragments provenant des mêmes lieux et aussi des cimetières de Terreïade et de Saint-Sauveur. Ces marbres des temps mérovingiens sont ornés de pampres, de rinceaux, de chevrons opposés, de pilastres et marqués du monogramme du Christ.
Bibl. — Du Mege, Archéologie pyrénéenne, t. n, pi. lxxv, et xc ; E. Le Blant, Sarcoph. de la Gaule, p, 129, n. 160-169.
TOURS. — Caveau sépulcral de Saint-Martin, deux fragments antiques découverts en 1860, englobés dans la maçonnerie. M. C. Chevalier y reconnaît les d'exécution très grossière : 1° personnage tenant un volumen ; 2° orante entre deux saints protecteurs ; 3° multiplication des pains ; 4° guérison d'un aveugle ; 5° Moïse frappant le rocher, figure et décrit dans Dictionn., au mot Toulouse (Sarcophages).
271. Église de la Daurade ; aujourd'hui au Musée ; couvercle d'un sarcophage dit de la reine l'édauque, Figuré et décrit dans Dictionn., au mot Toulouse (Sarcophages).
Bibl. — Du S riplion, n. bach, Musée de Toulouse, n. 700 ; R. Garrucci, Storia dell'arte cristiana, t. v, p. i I I Blant, e Sainl Mic lui du Toulouse ; aujourd'hui au Musée. Le Christ et six apôtres, deu ur les petit. ure et décrit dans Dictionn., au mot l'ouï. i n'si, (Sarcophages).
Le Blant.
Restes de la dalle de marbre envoyée par saint Euphrone d'Autun. Dans les reliefs qui décorent le plus important de ces débris, on trouve la trace d'une longue croix gemmée avec A et û0 suspendus par des mains : sur l'autre, une sorte de fuseau qui a pu former le corps d'un candélabre posé sur un des bras de la croix.
288. i.unei li ie Sain ! Us dmh ' erde irait été transporté dans les jardins du comte de Madsfeld et encasti
Figuré et décrit dans Dictionn., au mot
Lue longue croix gemmée avec A et Ω ; les deux
304. Cathédrale. Sarcophage avec paons. Figuré et décrit dans Dictionnaire, au mot Vienne.
VI. GÉOGRAPHIE.
I. Sources géographiques. — Parallèlement au classement, à la description et à la critique des monuments figurés : édifices, inscriptions, monnaies, etc., une place doit être réservée à l'énumération des monuments littéraires contenant les bribes d'histoire échappées aux chances de destruction. Le premier qui s'appliqua à recueillir intégralement et à classer méthodiquement les textes historiques de la Gaule fut Dom Bouquet, dans son Recueil des historiens de la Gaule, dont le tome III parut en 1738. L'entreprise était vaste ; elle englobait tous les passages des auteurs grecs et latins relatifs à l'histoire et à la géographie. Il était impossible d'être complet du premier coup, néanmoins la compilation offrait les textes les plus importants ; elle conserve encore aujourd'hui sa valeur, à tout le moins pour les textes des auteurs latins, car ceux des auteurs grecs ont fait l'objet d'une compilation plus récente intitulée : Ῥωμαϊκά, ou Geographica, Extraits des auteurs grecs contenant l'histoire et la géographie des Gaules. 6 vol. in-8, Paris, publiés par l'histoire de France. Quoi que critiquable à divers égards, le travail de Cougny rend de bons services ; on s'est familiarisé avec sa disposition (t. i, géographes ; t. ii à V, historiens ; t. vi, auteurs divers). Ainsi présentés dans leur nudité, ces textes ont besoin d'un commentaire qui, pour n'être pas toujours exempt de préoccupations et d'opinions préconçues, n'en est pas moins le guide indispensable à qui veut savoir l'exacte signification de ces textes difficiles. Les ouvrages les plus utiles sont ceux d'Alexandre Bertrand, Géographie de la Gaule romaine, In-8, Paris, 1869 ; Alex. Bertrand, Nos origines. La Gaule avant les Gaulois, d'après les monuments et les textes, in-8, Paris, 1884 et 1891 ; Alex. Bertrand, Archéologie celtique et gauloise, Paris, 1875 et 1889 ; D'Arbois de Jubainville, Les premiers habitants de l'Europe, en 2 vol., Paris, tient, en note, les textes allégués ; Kœg de Bello, dans Revue critique, 6 septembre 1879 ; int. dans Revue critique, 11 octobre 1879 ; D'Arbois de Jubainville, Bulletin critique, 1892 ; Revue celtique, - U'Ari. unville, dans Revue critique, 1892. — 'Gaidoz, dans Revue critique, lelon.daos Blbl.di : '.hartes, ii. Ii, périodique, t. l\, ■ ob de Fub tinvllle, dans / ;. vue crlguet, Ethno génie gauloise, 4 vol., in-8, Paris, 1858. Il n'est pas nécessaire, pour les buts que nous poursuivons, de recourir au livre de K. Zeuss, Die Deutschen und die Nachbarstämme, in-8, München, 1837, dont tout ce qui n'est pas de valeur a été repris et cité dans les ouvrages déjà mentionnés ; à plus forte raison, il est superflu d'ouvrir K. Müllenhoff, Deutsche Alterthumskunde, édit. Rœdiger, 3 vol., in-8, Berlin, 1890-1892. Les géographes qui ont parlé de la Gaule nous ont laissé des indications utiles et parfois des descriptions que rien ne peut dispenser de lire. Ce sont, entre autres, innombrables, les plus importants : Strabon (66 av. J.-C.-24 apr. J.-C.) a tiré parti des écrits de Posidonius, qui avait voyagé en Occident au 1er siècle avant notre ère. Géographie, édit. Muller, trad. fr. d'A. Tardieu, 3 vol. in-12, Paris ; Pomponius Mêla (sous Claude) a composé un De situ orbis en trois livres ; on trouve dans les livres II et III une description des côtes de l'Océan et de la mer Intérieure avec des détails précis sur les villes et les pays. De situ orbis, édit. Is. Vossius, La Haye, 1658 ; édit. G. Pan, in-8, Berlin, 1807 ; édit. C. Frick, in-8, Leipzig, 1880. Pline l'Ancien, (79 apr. J.-C), Historia naturalis, maintes fois réimprimée. Il a noté une multitude de faits qu'on ne trouve que chez lui, mais qui demandent à être utilisés avec précaution. /'/c/ tandrie (4e siècle, apr. J.-C), a lu et a la suite à prendre place, maigre leur moindre importance, les Géographi grœci minores, édit. Miller (collect. Didot), et les Géographi latini minores, édit. Al. Biesc, in-8, Heilbronn, 1878. Parmi les premiers, on compte Ru/ius Festus Avienus (fin du 4e siècle), auteur du livre intitulé Ora maritima, description, en vers, des côtes de la mer Intérieure et de l'Océan ; compilation exécutée d'après des géographes grecs. Un anonyme a laissé une Cosmographie en grec à la fin du 7e siècle et qui lui a été traduite en latin deux siècles plus tard ; édit. Pinder et l'arlhev, i.l io. Parmi les deuxièmes, on trouve dans l'édition citée : une Chorographia d'Auguste ou d'Agrippa ; une Cosmographia de Julius Honorius, abrégé composé au 5e siècle d'après un monument plus ancien (une notice d'environ 360) ; une Cosmographie vers l'an 6. Sur I. de ces différents ouvrages, on trouvera h hte der rômischen Literatur, 2 vol., in-8, Leipz les ouvrages cités rentrent dans la catégorie des travaux littéraires, au moins d'intention, une autre série, d'une origine et d'un but différents, est constituée par les documents administratifs. Ce sont : t. i.v. — • Dubois, Tabou, Paris, 1891 ' • ;'« .1.1. rttt que, 1 1 juin 1 - critique, 7 juillet i »iii« e, I msen, dan ti Dresde, 18 117 ; Plndâ. i.. Wutde poste de l'Empire romain. Ces documents ont fait l'objet de recherches approfondies, depuis d'Anville, Notice sur l'ancienne Gaule, tirée des monuments romains, in 4, Paris, 1670 ; Fortia d'Urban, Recueil des itinéraires anciens, in-4, Paris, 1845 ; L. Renier, Itinéraires romains de la Gaule, dans Annuaire de la Société nationale des antiquaires de France, 1850 ; E. Desjardins, Géographie de la Gaule romaine, t. iv ; A. Longnon, Atlas historique de la France, fasc. i l. a. Itinerarium Antonini Augusti, rédigé sous le règne d'Antonin Caracalla, révisé et remanié à plusieurs reprises jusqu'au règne de Constantin (4e siècle) ; édit. Pinder et Parthey, in-8, Berlin, 1848. e. Vases Apollinaires, c'est-à-dire quatre gobelets d'argent trouvés à Vicarello (= Aquœ Apollinares) sur lesquels sont gravés les noms des stations de Gadès à Rome (12e siècle) ; édit. Corps, inscr. lat., t. xi, n. 3281-3284 (Voir Garrucci). 2° La Table de Peutinger, consiste en douze feuillets dont manque la plus extrême de gauche (0 m. 34 x 6 m. 82). C'est une carte frontière de l'Empire romain conservée à la Bibliothèque (jadis impériale) de Vienne. Cette copie ne remonte qu'au 13e siècle, mais elle semble reproduire une copie plus ancienne qui serait contemporaine de Justinien et qui, jusqu'à ce règne, aurait reçu des additions sur un original du 1er siècle qui serait peut-être l'Orbis pictus d'Agrippa. Le tracé est fort rude, mais la présence d'un très grand nombre de noms de lieux et de peuplades rend ce document précieux et doit lui mériter plus d'attention que ceux qui précèdent. Il fut édité pour la première fois par M. Welser, à Venise en 1591, et à Anvers en 1598 ; cf. C. Ruelens, La première édition de la Table de Peutinger, 1598, dans Bulletin de la Société belge de géographie, 1884, t. vin, fasc. 3 (in-8, Bruxelles, 1884, 32 p. et pl.) ; autre édition par Mannert, Tabula itineraria Peutingeri, in-fol., Lipsiœ, 1824 (les planches par Scheyb) ; E. Desjardins, La Table de Peutinger, d'après l'original conservé à Vienne, précédée d'une introduction historique et critique et accompagnée : 1° d'un index alphabétique des noms de la carte originale, avec les leçons des éditions précédentes ; 2° d'un texte donnant, pour chaque nom, le dépouillement géographique des auteurs anciens, des inscriptions, des médailles et le résumé des discussions touchant son emplacement ; 3° d'une carte de redressement comprenant tous les noms à leur place et, identifiés, quand cela est possible, avec les localités modernes correspondantes ; 4° d'une seconde carte établissant la conformité des indications générales de la table avec les connaissances présumées des anciens sous Auguste (Orbis pictus d'Agrippa), in-fol., à 3 colonnes, Paris, 1809-1874, 14 fascicules parus et l'ouvrage est resté inachevé ; E. Desjardins, Géographie de la Gaule d'après la Table de Peutinger, comprenant : 1° la reproduction des deux premiers fragments de la carte originale ; 2° une introduction critique sur l'époque et l'importance de ce manuscrit pour la géographie ancienne de la Gaule ; 3° une table de dépouillement de tous les auteurs anciens, des inscriptions et des médailles ; 4° une table alphabétique de renvoi au texte et aux cartes ; 5° une carte de redressement portant à leur place les noms, les routes et autres indications renfermées dans la carte originale, in-8, Paris, 1869 ; une dernière édition (réduite) a été donnée par Konrad Miller, Die Wellkarte des Castorius genannt die Peutingersche Tafel, einleitender Text, in-8, Ravensburg, 1888 ; atlas in den Farben des Originals herausgegeben und eingeleitet. Accédant fragmenta Agrippæ geographica, in-8, Bonnse, 1876 ; W. Tomaschek, Die St der Tabula Peutingeriana, in-8, Wien, 1883 ; R. Liotz, Zur Erklärung und Geschichte der Peutingerschen Tafel, dans Mittheilungen d. Instil. cesterr. Gesch. forsch., Iss., t. vii, p. 209-222 ; V. Durand, dans Bulletin de la Diana (Montbrison), 1887, t. iv, p. 211-214, 227-241 ; Mûllenhoff, dans Deutsche Alterthumskunde, t. iii, p. 212-332 ; Schweder, dans Fleickheise n's Jahr12, p. 113 ; 1893, p. 151 ; Cantz, Die Grundlagen der Peutingerschen Tafel, dans Hermès 1894, t. xxix, p. 586-596 ; K. Miller, dans Neues Jahrbücher für Philologie und Pädagogik, t. cxxi-CL\i ; Schweder dans Philologus, 1893, 1897. 3° Les Bornes milliaires n'ont pas encore fait l'objet d'un travail d'ensemble ; il est vrai qu'on ne pourra jamais se flatter de les posséder toutes. Un bon nombre d'entre elles sont cependant publiées, principalement dans le Corp. inscr. lat., beaucoup sont brisées, détruites, disparues : certaines ne seront jamais connues que par les anciens recueils d'épigraphie. C'.f. E. Desjardins, Géographie de la Gaule romaine, t. iv, p. 160 sq. (en partie de A. Longnon) ; A. Bertrand, dans Revue archéologique, 1863, t. vi et vii ; V'siècte, dans Revue archéologique, 1866-1867, 1 1 t. xii, p. 377-399 ; l. xiv, p. 1-15 ; C. Jullian, dans Revue historique, t. xix, p. 331 : L. Duchesne, dans Mélanges Gréaux, / de travaux d'érudition classique dédié à la mémoire de C/. Gréaux, in-8, Paris, 1884, p. 133-141 ; Le même, dans Bulletin île la S. On ne doit pas séparer de ce texte capital pour l'étude de la géographie ecclésiastique du moyen âge la Notice des évêchés, rédigée à la m. m lus l.'.t vers l'un 1 lu, I mr. anliquit. Roman., 1694, i. sulum el Galliarum, notitia magistratuum imperii utriusque, notitia provinciarum imperii utriusque cum notis, in-4, Claromonti, 1675 ; Script, hist. byzant., 1729 ; h dignitatum et administrationum omnium, tam civilium quam militarium, in parlibus Orientalis et Occidentis, cum libellis provinciarum Romanarum el Gallicarum ad codd. mss. editorum que fidem recensuit commentariis que illustravit, Edit, Bôcking, 3 vol, in-8, Bonna i3 (avec les commentaires de PanI.
Toponymie en Gaule du 1er au 7e siècle. — Si haut qu'on remonte dans le passé, on trouve les Gaulois occupés à changer les noms des villes, comme les Français de nos jours changent les noms des rues. A la suite du séjour d'Auguste en Gaule, en l'an 27 de notre ère, plusieurs tribus n'imaginent pas de démonstration plus frappante de leur loyalisme que le remplacement des noms primitifs de leurs villes principales par des vocabules nouveaux à l'estampille d'Auguste, de César ou de Jules, agrémentés de termes celtiques qui, antérieurement à l'occupation romaine, avaient servi de vocabules géographiques : bona, source ; dunum, colline ; durus, durum, forteresse ; magus, gros bourg ; nemetum, temple ; ritum, gué ; brioa, pont. On forma ainsi : 1° Augusto-bona, chez les Tricasses, Troyes (Aube) ; Julio-bona, chez les Calètes, Lillebonne (Seine-Inférieure). 2° Augusto-dunum, chez les Éduens, Autun (Saône-et-Loire). 3° Augusto-durus, chez les Baïocasses, Bayeux (Calvados).
4° Augusto-magus, chez les Silvanec les, Senlis (Oise) ; Césaro-magus, chez les Bellovaques, Beauvais, (Oise) ; Julio-magus, chez les Andécaves, Angers (Maine-et-Loire).
5° Augusto-nemetum, chez les Arvernes, Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme). Luguslo-rilum, chez les Lemovices, Limoges (Haute-Vienne).
Prirent le nom d'Augusta : Augusta Suessionum, virorum, Tanduorum, Vermand, Hâtions hybridi lieux.
C'est ainsi que Lucotetia, plus tard Lutelia des Parisii, devint Parisius, Paris ; Agedincum des Senones, Senones, Sens ; Auaricum des Bituriges, Bituricas, Bourges ; Samarobriva des Ambiani, Amiants, Amiens ; Divona ou Bibona des Cadurci, Cadurcas ou Caturicum, Cahors et d'autres.
Et pour parler des noms latins et hybrides, c'est ainsi qu'Augusta Suessionum est devenue Soissons ; Césaro-magus, des Bellovaci, Beauvais ; Césaro-dunum des Turones, Tours ; Julio-magus des Andecavi, Angers ; Augustoritum des Lemovices, Limoges.
Pendant le séjour d'Auguste en Gaule, la plupart des villes furent libéralement érigées en civitates correspondant exactement chacune au territoire et à la population de l'ancienne tribu gauloise, son chef-lieu, où se réunissait la curie.
La civitas prit peu à peu, dans la langue populaire, le nom même de la tribu administrée par eux.
Le siège de la curie des Parisii était avant tout, au regard des populations, la ville des Parisii et cette appellation passa bientôt dans l'usage.
Les noms pris par certaines villes sous le haut Empire rendaient nécessaire une distinction lors que ces noms étaient empruntés à Auguste, à Jules ou à César ; c'est ce qui fait comprendre pour quoi Ptolémée, afin d'éviter les confusions, mentionne le vocable de la tribu gauloise, à la suite d'Augusta ; — Rauracorum, Suessionum, Trevirorum, Veromanduorum ; il y avait là le germe de la révolution toponymique du XIIe.
— Ommatius éleva une église dans l'intérieur de la ville de Tours (intra muros urbis Turonica)... il commença aussi la construction de la basilique de Sainte-Marie, dans l'intérieur de la ville, finira muroi urbis I ». Voici d'autres exemples de l'emploi du deuxième sens : lorsqu'ils se furent joints à Wizcronce, lieu de la ville de Vienne (locus urbis Viennensis), ils odemar « . — Clodomir ayant tué Sigismond, la femme et les fils de la Colombe, village de la ville d'Orléans (Aurelianensis urbis vicus) ; — Wiliulf parti de Reims... arrivait à la ville de Paris (apud urbem Parisiacam), lorsqu'il mourut à la villa de Rueil » ; — Il y avait au village de l'Issigny, dans la ville de Tours (urbis Turonicœ) une.. « ;— Maxime vint au château de Chinon, dans la ville de Tours (urbis Turonica). Grégoire de Tours mentionne tantôt sous le nom d'urbes, tantôt sous le nom de civitates quatre-vingt-trois villes épiscopales, parmi lesquelles onze seules ne figurent pas dans la Notitia civitatum du début du Ve avec le titre de civitas (Agde, Carcassonne, Chalon, Labourd, Mâcon, Maestricht, Momociacus (lieu aujourd'hui inconnu et qui a possédé deux évêques au moins), Nevers, Nice, Uzès, Zulpich (Tulbiacum, qui n'est mentionné dans aucun document comme siège épiscopal). A. Longnon croit néanmoins que Zulpich, comme Moniociacus, comme Châteaudun, comme Arisitum (Alais), doit être compté au nombre des civitates, à côté de Namur, de Dorovernis et de Giansi, dont le rang de civitas, et peut-être possible comme sièges épiscopaux, n'est révélé que par les textes mérovingiens : NAMVCO C- ; NAMVCO CIVE : DOROVERNIS CIVITAS ; GIANSI CVETATE.
Grégoire de Tours donne encore le nom de Deuz (Pivitia), ville située sur la rive droite du Rhin, en faisant ainsi un indice qu'on puisse invoquer en faveur de l'existence d'un siège épiscopal.
— » Ibld.— '. I. II. e. xxxvn. • Ibld,l.\ <.,\.\ I,c. ■ - Hilil. Grégoire donne indifféremment à un grand nombre de villes de la Gaule les titres de civitas et d'urbs ; en voici la liste : Aire, Albi, Angoulème, Autun, Auvergne (Clermont), Auxerre, Avignon, Béarn, Béziers, Bordeaux, Bourges, Cahors, Cambrai, Chalon-sur-Saône, Cologne, Embrun, Langres, Limoges, Lyon, le Mans, Meaux, Metz, Nantes, Orléans, Paris, Poitiers, Reims, Rodez, Rouen, Saintes, Soissons, Tours, Trêves, Vannes, Verdun, Vienne. De plus, il donne le nom de civitas à Avranches, Baveux, Besançon, Bigorre, Conserans, Coutances, Labourd, Tournai, Zulpich. En outre des villes auxquelles Grégoire donne indifféremment les deux titres, il réserve le mot urbs aux suivantes : Agde, Agen, Aix, Angers, Arles, Auch, Bazas, Carcassonne, Cavaillon, Châlons-sur-Marne, Chartres, Comminges, Dax, Die, Genève, Grenoble, Javouls, Laon, Mâcon, Maestricht, Marseille, Momociacus, Narbonne, Nevers, Nice, Nîmes, Périgueux, Rennes, Senlis, Sens, Strasbourg, Tongres, Toulouse, Troyes, Uzès, Valence, Velay, Viviers.
Parmi ces villes, un certain nombre n'avaient pas encore le rang de civitas lorsqu'a été rédigée la Notitia au début du Ve, c'étaient Chalon-sur-Saône, Labourd et Zulpich, auxquels Grégoire donne ce titre, et Agde, Carcassonne, Chalon-sur-Saône, Mâcon, Maestricht, Momociacus, Nevers, Nice, Uzès, auxquels il prend sur lui de donner le titre d'urbs.
3. municipium. — Ce terme servait, sous l'Empire, à désigner une ville municipale se gouvernant d'après ses lois particulières et dont les citoyens jouissaient du droit de cité. À l'époque mérovingienne, le mot devenait d'un usage assez rare et Grégoire de Tours n'en a fait usage que deux fois pour désigner des chefs-lieux de civitas : Mummolus, fils de Peonius, dit-il, était habitant de la ville d'Auxerre. Peonius gouvernait le comté de ce municipe (Peonius vero huius municipii comitatum regebat) ; — À une certaine époque, lors que l'évêque Francon gouvernait l'église du municipe d'Aix (cum Franco episcopus hujus municipii ecclesiam gubernaret).
Au moyen âge, ce terme devient tout à fait rare, et c'est surtout un mot savant qu'on tend à appliquer à des localités peu importantes, et, finalement, au château fort.
4. oppidum. — Grégoire de Tours reste dans la tradition classique lorsqu'il applique ce mot à une place forte plus importante que ne l'est un simple castrum. Il qualifie d'oppida les onze civitas suivantes : Auxerre, Bordeaux, Mâcon, Nîmes, Orléans, Paris, Périgueux, Reims, Saint-Quentin, Tongres et Zulpich ; tandis qu'un seul castrum (Birten = Bertunum, dioc. de Cologne) reçoit ce titre d'oppidum.
À l'époque mérovingienne, oppidum était pris au sens de pagus ou de territoire. On a trouvé un exemple au moins dans Grégoire de Tours lorsqu'il qualifie saint Cyprien du titre d'abbas Petracorii oppidi ; or le monastère en question se trouvait situé à 54 kilomètres environ de la ville épiscopale de Périgueux et il a donné naissance à la ville de Saint-Cyprien (Dordogne).
Praria (Cabrières) ; Caput Arielis (Cabaret) ; fluens (Coblentz) ; Dese (Dio) ; Dispargum ; Danurn (Châteaudun) ; Eposium (Ivoy, aujourd'hui Carignan) ; Gredonense castrum (Grèzes-le-Château) ; Levolautrum (Vollore) ; Luccœ (Loches) ; Mediolanum (Châteaumeillant) ; Meroliacus (Chastel-Marlhac) ; Miglidunum (Melun) ; Nivisium (Neuss) ; Sellus (Chantoceaux) ; Tauredunum ; Termodorum (Tonnerre) ; Thigernum (Thiers) ; Trinorcium (Tournus) ; Ugernum (Beaucaire) ; Vabrense castrum ; Victoriacus (Vitry-le-Brûlé) ; Vindocinum (Vendôme).
De ces localités, deux ont disparu : Tauredunum et castrum Vabrense ; trois sont déchues au rang d'infimes villages : Caput Arielis, aujourd'hui Les Tours (Aude) ; Cabrières et Dio ; trois, au contraire, ont connu un assez grand développement : Coblentz, Dijon, Melun. Quatre ont, avec le temps, ajouté le mot castrum à leur nom : Dunum, Mediolanum, Meroliacus, Sellus, sont devenus Châteaudun, Châteaumeillant, Chastel-Marlhac et Chantoceaux (pour Châteauceaux).
6. Castellum. — À l'époque mérovingienne, castellum était d'un emploi moins fréquent que castrum : postérieurement, ces deux mots furent employés indifféremment et castellum était communément employé. Grégoire de Tours toutefois ne donne le titre de castellum qu'à quatre localités : Blaye, Châteaudun, Neuss et Vendôme, et, pour Châteaudun et Vendôme, il ne fait que reproduire le texte du traité d'Andecy.
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Chaque mot DOIT être conservé. Préserve sauts de ligne. CONTEXTE PRÉCÉDENT : --- e de Childebert Ier donné à l'église de Paris en 558, mentionne la villa Cellas nominala, cum basilicis, appendiciis, etc. Voici la liste des villae mentionnées par Grégoire de Tours ; la lettre (R) désigne les résidences royales : Belsananeum (R), Bellain ; Brennacus (R), Berny ; Bulgiatum, Bonghcal ; Cala (R), Chelles ; Compendium (R), Compiègne ; Churiacus, Fleurey-sur-Ouche ; Muchao ; Marllnl ; Nieul-lez-Saintes ; Nooigenlum (R), Nogent-sur-Marne ; Nucetum (R), Noisy-le-Grand ; Pontico (R), Ponthion ; ---
TEXTE À CORRIGER : ---
Rhotojalum (R), le Yaudreuil ; Rigujolum (R) ou 1 jalum, Rueil ; Sauriciacus, Sorcy ; (Severiacus I. Civray-sur-Esvres ; Stublo, Estoublon ; Thcmellum, Thome aux ; Turnacus, Ternay ; Vicloriacus (R), Vitry, sur la Scarpe.
9. domus. — Grégoire de Tours emploie indifféremment domus et villa, par exemple lorsqu'il parle île la villa royale de Marilegia. Le mot domus ne di que sept localités seulement : Iciacus, lssac ; Jocundiacus ; Marciacus, Marsas ; Marilegia, Marlenl Sexciacus ; Vibriacus ; Vindiacus.
10. L0CC8. — Selon la remar que de A. Longuon, ce terme est le plus vague di ml un lieu habite et il n'est pas toujours aise d'en déterminer l'importance. Les anciens auteurs latins en faisaient usage indifféremment pour désigner tantôt une r. tantôt une ville, tantôt un simple lieudit. « Dans cette phrase : Liguria quod est locus ameenissimus, l'evè que de Tours appli que le mot locus à la Liviêre, région assez étendue des environs de Narbonne, tandis qu'il parle ailleurs de Maurienne, qui devint chef-lieu d'un évêché sous le roi Gontran, et du Puy (Anicium), qui était peut-être dès lors la résidence de l'evè que du Yclay. eu leur attribuant cette même qualification. Ailleurs, en (in, le mol locus est appliqué au château de Dijon (silum loci Divionensis), comme au village de ronce (Isère), ainsi qu'à Nazel les (Indre-et-Loire), où au site de Mediocanlus, qui. choisi pour retraite par saint Patrocle. est occupé aujour d'hui par le village de la Celle (Allier) '.
1 1. pagus ou Comitatus. — Dès l'épo que romaine il existait en Gaule des paqi, véritab les divisions territoria les, ayant une administration propre ; nous les trouvons mentionnés dans César, dans Tite-Live, dans Pline, mais nous n'avons à nous occuper ici que des pagi de l'épo que fran que et mérovingienne qui ne cb rivent en auc une façon des pagi romains. Dès le vi« siècle, pagus sert à désigner le territoire gouverne par un comtes et qui, à l'origine, n'avait d'autres limites que cel les de la civilas. Grégoire de Tours n'avait pas rompu avec les anciens usages et, volontiers, il donnait le nom de pagus à des vici ; même, se conformant au langage des actes publics, il nomme pagus le territoire de la civilas ou du pays régi par un comte ; ou bien encore le territoire d'un caslrum. C'est ce qui expli que que nous rencontrions chez lui, mais chez lui seulcmen. les pagi : Balbiacensis s, Berravensis ', < nensis7, leiodorensis ', I.ipiiliucensis', NobiliaceRsis« , Transaliensis », Vosagensis '« -. Chez le même auteur. pagus désigne encore le territO ' l'agus Bilurigi lerrilorii a ; pagus Piclavensis » ; pogi mensis « ; pagus Suessionicus » ; pagus Tholosanus « et pagus Tornacrnsis ». Toutefois pagus ne représenti qu'une fraction de la civilas lorsqu'il est question de Miglidunum (Melun) « , de.s/...' ripes) », et nodorum (Tonnerre) « .
Enfin ; chez Grégoire de Tours a des noms de légions forestières : pagus Carnolenus qui Perlicensis vocanl » (le Perche), el pagus Vabrensls *« , la Wo une petite région etbnogra] lenheureux Senoch, de race i ht iphali sage de i'Hisloria b'rancorum montre que pagu glorta marlyruni, c. i.ix. — » Miracula beati Martini, I. l\. c. \w i. - \ u.iPatrum, c. xv, n. 2. « Hlsl I. \ l. c. xxxiv ; Mirai. b. Mort., I, ' HIMI c. xx ; I. X,c ■ Vu c. xv, n. 1. avoir le sens de « campagne » : ad extremum Leudastes pucros Merovechi qui in pago egressi fuerar.l..., gladio trueidavU '.
Aussi Longnon conclut avec A. Jacobs que, dans les écrits de l'évê que de Tours, pagus était « un terme incertain et vague que traduisait parfaitement notre mot pays *. »
Reste à savoir s'il en est de même dans les actes publics ou privés ?
Au début de la période dans les limites de laquelle nous réduisons nos étu des, la circonscription ecclésiasti que coïncide assez généralement avec la circonscription civile, et la cioitas possède un évè que qui exerce, au point de vue spirituel, une aulorité parallèle à l'autorité judiciaire ou militaire du cornes.
La présence d'un cornes n'entraîne pas nécessairement l'existence d'un comitatiis, mais la circonscription porte dès lors le nom de pagus et les chartes n'indiquent ja mais la situation d'une villa autrement que par le pagus dont elle dépendait a.
Grégoire de Tours nous fait connaître dix-huit vil les de la Gaule qui étaient, en son temps, le siège ou la résidence d'un cornes, ce sont : Angers ', Angoulême ', Autun \ Auvergne 7, Auxerre 8, Borde aux *, Bourges 10. Chalon-sur-Saône », Châteaudun « , Javols », Limoges « , Me aux 1S, Orléans », Poitiers « , Rouen », Saintes « , Tours ' », Lyon « .
16. Ri 010. - Ce terme qui, au moyen âge, ne parait ja mais avoir sei ■ circonscription admicon que, se trouve joint à plusieurs un nom de cité i c'est ainsi qu'on rencontre dans les écrits de cet auteur la regio Andi i regio Arverna '\ la nsis ', la ; a ', la regiu Hhedt nit a », la regio Turonii a ''. • l\. Formai mx des m>ji lieux sont souvent les seu les tra ces que des populations entières aient lais r séjour dans une contrée ; leur explication peut non s, ulement fournir de précieuses indications sur la place que doivent occu] peupli : a mil les ethnographiques, mais encore ouvrir des vues i ur leurs moeurs, leur civilisation et leur religion « . Mais si l'identification des noms de lieux est un problème ardu entre tous, l'anades formes qu'ont n ■. donne des renseignements que ne procure pas la langue usuelle. eignements offrent l'avantage d'êtn I dal i s. : i i\ ail Juli cherat, rormenl la plus riche des nomenclatures qui se oi abulaire, le produit de la médil H ment d'une donni.dope. Il n'est pas l'a uvre de quelques l né a la longue cl au basaidepuis le jour que le territoire comm habité ; il a pour auteur tous les peup les qui sont venus s'établir dans m NniUs par leur origine, ne le sont pas r Ils indiquent tantôt la configuration ou la nature d i. i antôl [ui vivent d lh~i Froncor.,1. VII, c. xvn. ' Hist. Francor.,1. I\. c. xix. lh i. Francor., I. IV, c. xvnj. — ' Hist.Fn l. V, '-. v II* t. I rancor., I. IV, i Du l ■ Mlracula beat ! Martini, l. II. r. xxxm. ir., 1. VIII, c. xxx ; De glor. martyr., e. u ; m lirait Jullanl.c. wiii. Mlracula beat ! Martini, 1. III. d'autres fois la destination que les lieux ont r<>, i hommes ; ou hien encore, c'est la nu moire d'anciens événements qu'ils nous ont consi e nom des personnages par qui les centres de population furent ici créés, là transformes : de sorte que dans le dii naire topographi que les renseignements abondent pour la géographie physi que, pour la statisti que ancl pour l'histoire. Quant aux mots dont le sens nous échappe (et c'est le plus grand nombn n ont pas moins de valeur [jour cela. Ils se présentent comme autant de problèmes a résoudre ; et i qu'on soit parvenu a l< 1s peuvent avoir leur i à raison de leur forme toute seule dans plus d'une des opérations de la philologie ». » On sait à quel les fantaisies se sont abandonne ci UX qui recherchaient les étymologies anciennes et ne i daient pas la scienci étendue et pénétrante qui guidait Hadrien de Valois ou 1' uf dans uni rière si difficile à parcourir. La plupart u'. pi rcevaient que la ressemblance lointaine et superficielle pour asseoir l'identification la plus conjecturale qu'ils avançaient avec, une certitudi un croit généralement que pour amener ces noms de leur ancienne à la forme présente, il suffit d'obscrv certaine combinaison de lettres et on opère d'api système vicieux d< peut attendre aucun Ion résultat. C'est ainsi qi de se rappeler ou de savoir qu'un certain nombre de noms de lieux actuels ne procèdent pa^ de leur ancien vocable latin, on s'attarde à des explications pitoyab les, Voici par exemple Sancerre, désigné dans les te> iiécle sous le nom de Sacrum Casaris. E, de Ci rl an auti l dédié à l i sar « ; or Sancerre autre chose que l'ancien Castrur. près duquel fut construit le monastère de Saint-Satur, sanctus Satyrus, qu'au.x et au \r siècle on nomma saint Si ne ou Sant-Serre. La ville voi qui n'est que Caput Cyricus fut également élevée a la dignité d'une étymologic savante et devint Cuput Cervium ' ».
La recherche des noms de lieux présente un avantage particulier ; on y connaît le point de départ, tandis que dans les noms communs i e qu'on cherche c'est cette origine en considérant les formi lois de la phonéti que et les circonstan ces particuli Seulement, il arrive pour les noms communs que cette méthode conduit à une impasse, le dernier ter ; trouve refraclaire. l'our les noms de lieux, le point de départ est donne 1 1 les altérations les plus Compn tantes ne peuvent faire illusion. Voi roux, irt, Liancourt, Montbron dont la phonéti que court grand ris que de ne pas sans itu des, tandis que le recours au nom original expli que tout. sufTU à. tout : I lulfi, Curlis Berardi, Ledonis curlis, Mons Berulfl.
Les règ les qui déterminent le passage de la ' lalme a la forme française sont les mêmes pour les noms communs et pour les noms de lieu ; seul l'altération va souvent plu dans ceux la. vu qu'il » oui I I rit lire el l'usage des livres contre leI ni urat. niche populaire. Voici un exemple qui ilierement l'archi nduil par I on avait jadis Indlq Die« e. xxx s. •■ xw r., 1. V, c. x notant la forme diminulive en euil proposa sarcophagulus, lequel n'aurait ja mais pu fournir que sar/ail ; en conséquence il fit de cercueil un diminutif du germani que sarc, allemand, actuel sarg, cercueil. Mais un nom de lieu résout le petit problème. Il existe dans le Calvados une localité nommée Cerqueux que les pouillés dénomment ecrlesia de sarcophagis ; ainsi il est bien vrai que la langue a, de sarcophagus fait cerqueux, dont cercueil est un diminutif moderne. Dans ce mot, toutes les règ les de notre phonéti que sont observées. La finale phagus, étant sans accent, est tombée ; la syllabe co, qui porte l'accent, est restée, Il est curieux de suivre le parallélisme entre la langue des noms communs et celle des noms de lieux. De la déclinaison latine l'usage avait conservé, en un très petit nombre de mots, le génitif pluriel en orum : geste Francor, gent Paienor, genl Sarasinor, et quel que autres ; de cela il nous reste leur, qui est illorum. Ce génitif est un débris de tradition conservé dans un recoin de la langue, en désaccord avec la métamorphose générale ; car cette métamorphose, réduisant tout à deux cas, un sujet et un régime, excluait un génitif particulier. Ces génitifs en or existent dans quelques noms de lieux ! Francorchamps, Francorum campus (Belgi que, près de Spa) ; Courtisols, Curtis Ausorum (Marne) ; Villepreux, Villa peror au xne siècle, primitivement Villa pirorum ; Francorville au XMe, aujour d'hui Franconville, Francorum villa (Seine-etOise).
Les noms de lieu ont quelquefois conservé des mots latins qui sont restés étrangers au français. Il y a dans l'Aude une localité qui se nommait Mansus sanctorum puellarum, et qui se nomme aujour d'hui le MasSaintes- Puel les. Puelle ne se trouve pas dans nos anciens textes, il est constamment remplacé par pucelle, qui vient d'un tout autre radical, se rattachant à puella tandis que l'autre se rattache à puer. Si l'on veut savoir ce que serait devenu compendium s'il était passé dans le lrançais, on l'apprend par Compiègne qui se disait Compendium.
> < La forme latine est l'habillement le plus ancien sous lequel se rencontrent les noms de lieu » dit Quicherat, et le fait est incontestable. On peut espérer, avec Gaston Paris, qu'un temps viendra où les étu des celtiques, plus avancées, nous permettront, sous cet habillement, de reconnaître le vrai nom primitif, mais actuellement il faut à coup sûr s'en tenir à la forme latine. On peut ajouter cependant que pour les noms d'origine germani que, il serait plus facile de retrouver la forme nationale, et il est douteux que, dans la bouche du peuple, ils aient ja mais passé par la forme latine ; on peut même le nier à coup sûr pour les noms importés par les Normands au Xe, pour ceux-là c'est à la forme irlandaise, parfaitement déterminable, q Vil faut s'adresser. Les Romains s'efforcèrent, sans brutalité mais avec méthode, d'imposer leur civilisation aux Gaulois. Qu'il s'agit des coutumes de la vie, de l'inhumation ou de la langue, ils attirèrent à eux tout ce qui existait avant eux, l'accommodèrent à leur génie propre ; eux-mêmes créèrent de nouvel les dénominations et, comme le latin resta encore en usage pendant liait sièc les parmi les gens éclairés, ce qui avait été fait pour les noms trouvés avant lr conquête fut accompli pour les noms apportés par d'autres bar bares, soit sous le régime soit dans les premiers sièc les qui suivirent la destruction du régime. 11 n'y eut d'exception que pour quelques pays frontières où la dépopulation avait été telle au Ve, que les étrangers qui vinrent s'y établir depuis ne purent ni recevoir la transmission d'une nomenclature territoriale, ni subir l'influence du latin pour la nomenclature qu'ils créèrent eux-mêmes. Tel fut le cas de la Flandre, de la Lorraine allemande, de l'Alsace, mais il semble que la Bretagne bretonnante ne devrait être assimilée à ces contrées qu'avec certaines réserves, et, quant au pays bas que, les peup les qui l'occupent encore sont-ils doncdès étrangers arrivés dans une région abandonnée par les Romains ? Leurs noms de lieux ne se sont-ils pas plutôt transmis jusqu'à nous sans discontinuité depuis une épo que antérieure à la conquête romaine ? Un autre fait non moins important à constater, c'est que depuis le déclin du VIe, les formes latines deviennent moins pures pour beaucoup denoms de lieu des pays où dominait l'élément romain, et que, dès l'avènement des Carolingiens, il y a de ces noms qui ont cessé de prendre l'habillement latin pour adopter la mode romane. Tel est le premier degré de la métamorphose qui les rendra français. Le cas est rare assurément, il l'est moins au xe, moins rare encore au XIe, de sorte qu'après l'an 1100, ceux qui écrivent en latin ne savent plus rendre avec exactitude la nomenclature territoriale. Les dénominations d'un usage fréquent qu'ils ont eu l'occasion de rencontrer dans leurs lectures, ils les mettent dans leur forme pure. Ils se contentent de consigner les autres en français, ou bien ils les affublent d'une forme latine calquée visiblement sur la française, ou bien encore ils les traduisent par des équivalents, qui sont des jeux de mots. Ainsi le xi » siècle a vu se tarir la source où doit puiser le philologue qui veut avoir les noms de lieu dans leur forme primitive, ou tout au moins dans une forme aussi voisine que possible de la primitive.
Les lois applicables aux mots de la langue usuelle le sont également aux noms de lieux. Il n'y a pas deux logiques dans la tête des peuples, ni deux phonétiques dans leur gosier. Cette règle demande toutefois une interprétation. Les noms de lieux paraissent avoir souvent subi des altérations plus violentes et plus arbitraires que les mots ordinaires ; ce qui tient à l'impossibilité pour les gens qui s'en servaient, de se tromper sur l'identité du lieu qu'ils désignaient. On ne peut rejeter de prime abord, dans la nomenclature locale, des dérivations qui seraient inadmissibles dans la lexicologie commune. Toutefois, ce sont là des exceptions, en sorte qu'il reste permis de dire que l'instinct qui a déterminé la déformation du latin dans les bouches gallo-romaines, a été le même pour les noms de lieu que pour les mots de la langue usuelle. Dans les deux cas, s'est accompli le travail d'une prononciation qui eut pour principe d'éteindre la sonorité du plus grand nombre des syllabes, et de raccourcir les mots en portant tout l'effort de la voix sur la syllabe accentuée. Dans les deux cas aussi ont agi ces dispositions particulières de l'oreille et du gosier auxquelles est due la variété dialectique. Il s'ensuit que des accidents pareils caractérisent les deux nomenclatures.
A — Nous suivons ici l'ordre adopté par Quicherat sous le titre d'Accidents généraux de la formation française. Dans les noms féminins de la première déclinaison : Vienna, Vienne ; Geneoa, Genève ; ainsi que dans les pluriels de la même déclinaison employés aux cas obliques (accusatif et ablatif) d'une manière indéclinable : Arcas, Arques (Seine-Inférieure) ; Marcomitis, Marconites (Hérault) ; sauf quelques exceptions provenant de ce que la terminaison s'est tout à fait arrondie, de façon que le mot français est devenu masculin, lorsqu'il devrait être féminin par son origine : Rosarias, Rosiers (Haute-Loire) ; Sulinis, Salins (Jura). Quant aux noms masculins de la seconde déclinaison employés de même au pluriel d'une manière indéclinable, ils ont pris tantôt la désinence muette, la désinence sourde, en conservant l's ou une consonne équivalente, comme signe de pluriel : Lambros, Lambers (Nord) ; Tungris, Tongres (Belgique) ; Meltis (forme très abrégée du primitif Mediomatricis, laquelle se trouve déjà dans Grégoire de Tours), Metz ; Iiemis, Reims ; Meldis, Meaux.
2° Mutation des voyelles - On pourrait introduire sous ce titre l'histoire entière du vocalisme de la langue française. Il y a des voyelles fortes ou toniques qui ont été remplacées par d'autres, notamment u par è, e par i, o par e et par u et réciproquement : Para, la Fère (Aisne) ; Dea, Die (Basses-Alpes) ; Fiscus, l'Ésc (Hérault) ; Massa, Alisse (Côte-d'Or) ; Vindonissa, Venissieux (Saône-et-Loire). — La voyelle o a pu se substituer à la diphtongue au : Gaunissa, Gonesse (Seine-et-Oise). — Les diphtongues ai, eu, oi (ayant eu à l'origine la valeur de ei), on, qui n'existent pas en latin, se sont mises à la place ; ai de a : Interanum, Entrains (Nièvre) ; eu de o, Forus, Leurs (Loire) ; a, de e : Ambacia, Amboise (Indre-et-Loire), Blois (Loir-et-Cher) ; Muscella, Moisselle (Seine-et-Oise) ; ou de o et de u : Tolosa, Toulouse (Haute-Garonne) ; Tulfum, Toufflum (Meurthe-et-Moselle).
3° Suppression ou syncope de voyelles. — Les voyelles faibles par leur nature, ou que la prononciation avait rendues telles, ont entièrement disparu : Aurelianis, Orléans (Loiret) ; Corbie (Somme) ; Dionantum, Dinant (Belgique) ; Suessionis, Soissons (Aisne) ; Virodunum, Verdun (Meuse) ; Besua, Bezée (Côte-d'Or). Il faut cependant distinguer le cas d'hiatus ; il y a lieu aussi de séparer les voyelles qui suivent la tonique de celles qui la précèdent.
4° Addition intérieure de telles. — Ce qu'on appelle aussi diphtongaison. Fréquente pour la voyelle i qui s'est introduite comme signe d'une mouillure qui a affecté la prononciation de la voyelle primitive : Deppa, Dieppe (Seine-Inférieure) ; Doza, Dieuze (Meurthe) ; ou pour adoucir la rencontre : Pitueris, Pithiviers (Loiret).
5° Mutation de consonnes. - Vaste sujet qu'on ne peut résumer brièvement ; ajouter que des consonnes douces ou dures ont été remplacées par d'autres de même nature : Vermeria, Vermelles (Yonne) ; Biterris, Barpemont (Var) ; — c) d'une voyelle met en présence le changement de l'une des deux ; Agalha, Agde (Hérault). Deux consonnes de valeur différente, qui se suivaient, sont modifiées par l'attraction : Pentus, Pern (Orne) ; d'Or. Les consonnes éteintes par la prononciation ont été remplacées par d'autres, consonnes n'ayant qu'une valeur phonétique : Trevirorum, Nevers, au lieu de Noviomagus, Trévoux (Ain), au lieu de Trévoui ; la consonne finale qui produisait un son sourd a été remplacée par une consonne à terminaison Lemausus, Limours (Seine-et-Oise) ; Namucum, Namur (Belgique).
6° Déplacement ou métathèse de consonnes. — Une consonne (ordinairement une liquide) passe devant ou derrière une voyelle que primitivement elle suivait ou précédait : Ventulum, Drevent (Cher) ; Durcaptum, Drucat (Somme) ; Nitalia, Nauphle (Seine-et-Oise), Nanties (Eure), Niautle (Sarthe).
7° Contractions, c'est l'accident par suite duquel une liquide, placée immédiatement devant une liquide semblable ou une autre consonne, s'est écrasée de façon à transformer en diphtongue la voyelle qui suit : Calsum, Causse (Lot) ; Mellentum, Meulan (Seine-et-Oise) ; Cohlriciolus, Coudrecieux (Seine).
8° Fusion d'une consonne et d'une voyelle en une seule articulation. — Lors que l'e ou i, suivis d'une autre voyelle, a ou o, s'assemblaient avec une consonne labiale, d'où la nasale gn (orthographe si ou ni) : Cavanicnac, Cavalerie, Cavanac (Lot) ; Dinia, Digne ; ou l'articulation représentée par ge ou par gi : Andiacum, Anjouac (Charente) ; Podiolum, Poujol (Hérault) ; Divionc, Diouanc (Côte-d'Or).
9° Suppression ou syncope d'une consonne. - Phénomène fréquent, auquel sont sujettes surtout les dentales d et t, puis les labiales b et p, puis le c et le g, aussi bien lorsqu'ils sont durs que lorsqu'ils sont doux, puis la liquide n, enfin la sifflante s : Lodcna, Luynes (Bouches-du-Rhône) ; Calalaunis, Châlons, autrefois Chaalons ; Latona, Losne (Côte-d'Or) et où l'addition de l's est le signe orthographique de la contraction des deux voyelles. La consonne syncopée ne se trouve pas toujours ni nécessairement entre deux voyelles ; elle peut se trouver à côté d'une autre consonne : Luthra, Lure ; Sundris, Cerres (Aube) ; Silvanectis devenue Senelectis par métathèse, après la syncope du v, Senlis (Oise).
Il y aurait lieu d'introduire une distinction entre ici deux grandes régions linguistiques de la France, sans parler des divisions secondaires. Les muettes qui se trouvent dans l'intérieur du mot ne sont pas de même au nord et au midi ; le d, par exemple, se syncopent toujours dans les pays de langue d'oïl, au lieu qu'il persiste dans ceux de langue d'oc. Ainsi l'Audon (Gard), Cadarosse de Cadarosca (Vaucluse), Caderot de Cadaroscus (Bouches-du-Rhône) ne seraient pas possibles au nord, tandis qu'au sud, des formes telles que Caen de Cadomum, Rougemont de Cadusia (Aisne et Aube) seraient au moins rares : le d devant l'i pourra disparaître ; dans les pays français (Vidiliacus, Yzeclay), ce changement n'aura lieu devant l'a que dans les pays provençaux (Madalice, Mazauges). Il en est de même dans l'ordre de faits qui se rattachent aux mutations de consonnes, du changement de c en ch devant l'a. En dépouillant les noms, on voit venir ch dans les départements : Aisne, Allier, Aube, Charente, Eure-et-Loir, Haute-Marne, Oise, Orne, Seine, Yonne, que le i a fait disparaître ; Lot, Loir. Vaucluse, outre, quelques-uns au nord du nord, même les départements où on a parlé picard offrent soit ce mélange, soit la prédominance du c, qui est ordinaire dans les départements normands. Ces faits appartiennent sans doute à la phonétique générale, mais leur constatation dans la nomenclature topographique n'est pas superflue.
12° Apocope. — Suppression opérée à la fin du mot, indépendamment de l'accident qui a emporté la désinence grammaticale : Ver-num, Ver (Eure-et-Loir) ; Vap-incum, Gap ; et celle-ci que Gaston Paris déclare « d'une violence bien extraordinaire » Novi-ento, Noui (Indre-et-Loire). L'idée qu'on a pu concevoir que cette voyelle représentait la préposition à et par conséquent une construction grammaticale inutile pour le nom employé comme sujet ou comme régime direct. Al dans Albarnone aura été pris de même pour la préposition combinée avec l'article ; et lo dans Lovolautrum pour l'article seul. L'aphérèse n'est qu'apparente dans Cenomannis, le Mans ; Diolindum, le Linde (Dordogne). L'article qui précède ces noms n'est pas autre chose qu'une transformation des syllabes supprimées. On en a la preuve pour Cenomannis en se reportant à la forme barbare Cilmanis qu'on trouve parmi les souscriptions du concile d'Attigny, en 765. Cilmannis francisé a été pris pour un substantif Mans, précédé du pronom indicatif cil, ce, et l'article a été substitué au pronom. Par conjecture, il est permis d'admettre l'assimilation de dio dans Diolindum avec lo, qui sera devenu plus tard la, par changement du genre.
15° Prosthèse. — C'est l'addition d'une lettre ou d'une syllabe au commencement du nom, soit de l'e devant l's suivi d'une muette, soit d'une consonne, provenant de diverses erreurs. Scoralia, Escorailles (Cantal) ; Spondalianum, Espondeillan (Hérault) ; Scatront-, Eschevronne (Côte-d'Or) ; Spissia, Epoisses (Côte-d'Or) ; Stampae, Etampes (Seine-et-Oise). D'autres fois c'est la combinaison avec une particule devenue fixe : Insula, Lille (Nord) ou Lisle (Meuse) ; Stirpis, Lesterps (Charente) ; Eremus, Lerm (Lot-et-Garonne). Ou bien encore ad Slaliacum devenu Staliacus fera Astaillac (Corrèze) ; ad Aquas devenu Aquas fera Dax (Landes) ; la (villa) de Heriis devenue Heriis, fera Beheries (Nord).
16° Diérèse. — « Accident qui d'un seul mot en a fait deux parce qu'on s'est mépris sur le sens du dérivé français » : Alpicum, le Pec (Seine-et-Oise) ; Dagninus, d'Agny (Saint-Vincent-d'Agny) (Rhône) : Laurelum, le Rouet, ancien faubourg de Marseille ; Tricastinis, déterminatif ethnique de l'ancienne ville épiscopale de Saint-Paul (Drôme) travesti en Trois-Châteaux. Cet accident est tout à fait rare, et c'est à peine s'il a besoin d'une détermination propre. Labcs ayant le même son, mais s'écrivant de même, mises dans l'écriture l'une pour l'autre : Acmantus, Esmans (Seine-et-Marne) ; Drcwernum, (Seine-et-Olse) ; Juliobona, Lillebonne (Seine-Inférieure) ; Lia, Mouchard (Jura) ; Anacum, Aunay en Bazois (Nièvre) ; Reiteste, Réthel (Ardennes) ; Fticnnorus, Arqueneuf (Yonne), qui a été successivement Requcneuf, Requegneux, puis par la prosthèse de la proposition à, A Requegneux, Arquegncux, et enfin Arqueneuf.
II. — Nous passons au développement des principes condensés plus haut et à l'étude des particularités de la désinence.
L'étude des familles de désinences est essentielle dans leurs syncopes et transformations. « L'accent tonique ayant toujours eu sa place vers la fin des mots, la voix a opéré avec plus de décision sur cette partie que sur les autres ; de sorte que toutes les fois que les mêmes éléments se sont rencontrés à la désinence, ces éléments ont été réduits d'une manière uniforme, suivant les habitudes. »
1° Désinence féminine ia. - Elle a fléchi de plusieurs manières : a) à la syncope de l'i : Alisia, Alise (Côte-d'Or) ; Carcrisia, Chacrise (Aisne) ; Valentia, Valence (Drôme) : Cadusia, Chaourse (Aisne) et Chaource (Aube) par l'introduction d'un r euphonique devant la sifflante : b) déplacement et transport de l'i dans la syllabe où est l'accent : Muceriic, MaziOres, Meziéres, (très répandu) ; Vadecia, Vausse (Lot) ; c) réduction de l'i en diphtongue a disparu : Axia, Aixe (Haute-Vienne) ; Sarmatia, Sarmaisc, Sermaize, Sermoise ; d) extinction de la voyelle accentuée : Dei etia, Lecize (Nièvre) (autrefois Dtceizc) ; e) la pi des consonnes /, n, / devant la ace a amené ordinairement une mouillure qui est diversement figurée dans le thème français : Botkalia, Boujeaiifcs ou, plus correctement, Lioujaii/e (Doubs) ; Massilia, Marsei/ie ; Gasnapia, la Garnar/ie (Yonne).
2° Désinence neutre ium. — Le français n'ayant pas de genre neutre a transformé généralement en masculins les mots de la langue commune, qui étaient neutres en latin. Il n'en est pas ainsi des noms de lieu en ium. Il y a eu un partage, dont la raison paraît par suite duquel certains noms sont devenus masculins, d'autres féminins. Pour parler plus exactement, car dit très justement Quichérat, le genre d'un nom de lieu est toujours douteux en français, > que les noms dont il a pris la désinence que nous appelons rime masculine, et tantôt celle qui constitue la rime féminine. Les masculins sont moins nombreux que les féminins et les neutres, ils perdent toute désinence : Cadugius, (Yonne) ; Parisius, Taris ; Grussias, Greux (Indre-et-Loire).
3° Désinence icus, n porté avant elle, a fait qu'elle s'est réduite en une syllabe muette où le c dur a été adouci en die ou en t : Abenticum, Avenche (Suisse) ; certain nombre de di amarica, la Camargue devant icus, a, um a amené, une confluence : Vrbatilicus pagus, le pays d'Il Mazauges (Gard). Si, au contraire, l'i de la désinence icus, a, uni avait été accentué, on le retrouverait dans les iricum, Lautrec (Tarn) ; Marticum, Martigues (Bouches-du-Rhône) : Fabrica prononcé de cette façon a donné Fabrègues (Aveyron, Hérault), Fabrloue (Var), Fabrie et Fabries (Aveyron), Faurie (Hautes-Alpes, Isère, Puy-de-Dôme).
5° Désinence anicus, enicus, onicus. — Ce n'est qu'une variété du cas examiné à part parce qu'elle a amené dans la bouche des Méridionaux une transformation qui étonne au premier abord, tant elle semble arbitraire : n est devenu r et r est devenu y sans doute du xi° au xn' siècle, /icrfaianirus, Bissarguei (Alpes) ; Mairanicir, Meyraraues (Var) ; Agusanicis, Gmargues (Hérault). « Cette mutation, qu'elle paraisse, écrit Quicheral, n'en est moins une des lois fondamentales de la formation du français. Toutes les fois que le c ou g dur, soulevés en quelque sorte par l'accent qui les précède, sont rencontrés avec la finale ne, ils l'ont changée en re, diai dia c'ne, puis diacre et dans la nomenclature des noms de lieu Carnotis, Car n'tes, Char n'tes, par métathèse Char t'nes, et enfin Chartres ; Lingonis, Lang'nes, Langres. » G. Paris fait observer à ce propos une confusion : dioconus— diacre n'est pas la même chose que Mairanicœ = Magrargues ; dans le premier cas l'i qui se change en r suit le r, tandis que dans le second elle le précède ; et c'est le premier cas seul qui se rencontre en français ; le second, dans les noms communs, dans les noms de lieu et est tout à fait propre à la langue d'oc.
6° Désinence iacum et ses équivalents iaea, iacu — « Il n'y en a pas de plus fréquents car elle affecte peut-être un vingtième des noms les plus anciens. Elle représente un suffixe celtique qui a servi pour la composition au moins jusqu'au vn* siècle de notre ère, de sorte que ce suffixe a donné naissance à une infinité de produits hybrides par son union avec des radicaux latins et plus tard avec des noms germaniques. Des témoignages historiques très anciens attestent le mode de combinaison auquel il s'est prêté. Dans la légende de saint Domitien il est dit qu'un homme riche, propriétaire d'un domaine appelé Culaunia d'où sortait la fontaine Calnnna, voulut que le domaine et la source prissent son nom et comme il s'appelait I.utinus, la source devint Fonslulinus et le domaine Latiniacus, Lagnen (Ain). Viriziacum, Ycrzy, bourgade de l'ancienne des environs de Reims, devait son nom à son fondateur, au dire de l'auteur de la vie de saint Basile. Un saint Lucain fut mis à mort, en 409, par les Alains et les Suèves, dont il suivait la grande armée. Il qui fut témoin de ce martyre était en Beauce. Il porta depuis lors le nom de Lucaniacum, Loigny (Eure-et-Loir). Répandue dans toute l'étendue de la Gaule, soumise par conséquent à la variation et de prononciation, la désinence iacum a fléchi de beaucoup de façons différentes !
A) Dans le midi, —a) L'ai porté sur ac, qui est devenu la finale du thème moderne ; Ali Alloue (Lot) ; Call ;-irum, Calviac (Dordogne). b) L'i de la désinence latine était précédée d'un l ou d'un n : Casiliacum, iureliacum, AurcinVe (Cantal). L'i de celle-ci meurt ou bien l'éll ron). Suite qu'il y a eu des rentes et de la Creuse, mais même dans la Vienne (Barnesac, Dissac, Loubressac, Moussac, Torsac), dans l'Indre (Lignac, Prissac), et jusque dans le Maine-et-Loire (Brissac, autrefois Brechessac, Bracaseacum). Il y en a même en deçà de la Loire, dans toute l'étendue de la Bretagne ; mais c'est par le fait des Bretons, et non par une influence quelconque de la prononciation méridionale que ceux-ci nous ont été conservés : Musuliacum, Muzillac (Morbihan) ; Prisperiaca, Pipriac (Ille-et-Vilaine) ; Avesiacum, Avessac (Loire-Inférieure).
B) Les anciens pays de Guyenne, Auvergne, Lyonnais, Bresse et Comté nous offrent des noms terminés par as, al, a, qui se prononcent tous également â.
C) Dans le voisinage de la langue méridionale, la désinence ac du nom francisé a fléchi soit en ec, soit en ex : Ruffiucum, Ruffec (Charente et Indre) : Flaviacam, Fleix (Vienne).
F) Des noms germaniques se sont combinés avec les suffixes iacus, a, um, par exemple : Baudiliacus, Bouilly (Yonne) ; Theodalciaga, Thezey (Meurthe). Ceux de ces composés qui affectent le féminin se présentent souvent comme indéclinables, et il en est résulté la désinence ies ; Sassigniacas, corruption de Saxoniacas, Sassegnies (Nord). Par contre Landreri's, Orberchies, Wergm's (Nord) n'apparaissent dans les textes anciens que sous la forme : Landericiacum, Albericiacum, Wariniacum, textes du XIe, tandis que ceux du viie ou du ixe devaient porter certainement : Landericiacas, Albericiacas, Wariniacas.
Il y a deux sortes d'exceptions aux règles qui viennent d'être énoncées. Les unes ne sont qu'apparentes ; elles proviennent d'une mauvaise orthographe qui a été anciennement adoptée pour rendre le son produit par la flexion du latin. Exemples : Irais et Aubiers (Deux-Sèvres) ; Mont-Louis (Indre-et-Loire) ; Hurtel (Allier) ; Boyer (Saône-et-Loire) ; Goix (Yonne), etc. répondant aux types Hytlriacum et Albiacum, Mons-Laudiacus, Uriacum, Gaudiacum, Fioiacum. Ils devraient être écrits par conséquent : Iray, Aubié, Mont-Louy, Hurié, Boyé, Gonay.
L'autre groupe d'exceptions provient de ce que le c final est tombé en même temps que la désinence grammaticale : cas assez rare, qui s'explique par une prononciation où l'accent était porté sur l'avant-dernière syllabe du nom latin. Ainsi Gcuriaium, Panbeciacum, Dommariacus, Scubiliacus, Engoniacus, Palerniacum, ont fait Gueurres (Seine-Inférieure), Pembé (Loire-Inférieure), Demare (Rhône), Angoin (Saône-et-Loire), la Souille (Yonne), Payerne (Suisse), comme si la forme latine avait été Gauria, Pembecus, Dommaria, Eugonium, Hcubilia, Paternia ou Paterna.
Par une apocope de ce genre Moguntiacum est devenu Mogunlia, qui est presque la seule forme qu'on trouve dans les textes latins à partir du VIe et c'est sur Mogunlia que se sont formés les noms français et allemands Mayence et Mainz. « Les accidents de la désinence n'excluant pas ceux de l'intérieur des mots, il s'ensuit qu'un même type qui a été commun à toute la Gaule, a pu fournir un nombre infini de dérivés différents. Prenons un exemple. Le nom Coliacum ou Cauliacum dans la composition duquel entre un radical celtique analogue pour la forme et pour le sens, au mot breton coat, bois, forêt, a fourni : Coisia (Jura), Cuisia (Jura), Cuisiat (Ain). Cussac (Aveyron, Cantal, Corrèze, Dordogne, Gironde, Haute-Loire, Haute-Vienne), Cuxac (Aude), Cazac (Lot). Cuzieu (Loire), Cuzieux (Ain). Cuissay (Orne), Cussay (Indre-et-Loire, Eure-et-Loir), Cussey (Côte-d'Or, Doubs), Cusey (Haute-Marne), Cusset (Allier), Cossé (Maine-et-Loire, Mayenne, Orne). Cuissy (Yonne, Aisne), Cuisy (Seine-et-Marne, Aisne, Meuse), Coisy (Somme), Cussy (Saône-et-Loire, Nièvre, Yonne, Calvados), Cusy (Yonne), Cuzy (Saône-et-Loire). Choisy (Seine, Seine-et-Oise, Seine-et-Marne, Oise), Choisies (du type Cotiacas) (Nord). Choisey (Jura), Chouzey (Loir-et-Cher). Chouzé (Indre-et-Loire).
Comme dernière remarque sur la désinence iacum, depuis le XIe, elle a été le plus souvent changée en aium ou eium dans le latin à l'usage des clercs de la langue d'oil : Vitraium, Ivreium, Vitray, Ivry. Mais alors le latin n'est plus qu'un calque du thème français.
7° Désinence acus, aca, acum. — Elle a été produite par un radical celtique différent de celui qui figure dans iacum. Les équivalents français de acum sont ac, al, as, a, ay, ey, e.
8° Désinence ate, atis, atus, et leurs équivalents atus, etus, itus, adus, edus, idus. — Attachées à des noms d'origine gauloise, elles ont engendré des terminaisons françaises en as et at (prononcées à) dans les pays de langue d'oc ; en ay, ey, oy (prononcées ey), et, etz et er (sourdes), é, dans la langue d'oil. Par une très rare exception la désinence Brivate, Briourfe (Haute-Loire), a gardé en français tous les éléments qu'elle a en latin.
9° Désinence etum. — Par ses corruptions etus, itus, edus, idus, et par la forme de ses dérivés, on peut la rattacher à la famille précédente, mais elle est purement latine : elle appartient à des composés qui désignent les plantations d'une même espèce d'arbres : Alnelum, Alnidun, Alnidus, Aulnar, Aulnay, Aunay, Aulnois, Aulnoy (tous noms très nombreux) et, avec la prosthèse de l'article : Launai, Launay, Launoy, Lannoy, Custanelum, Caslanedum, Caslanidum, Caslanef (dans le midi), Chatenea (dans l'ouest), Chatenay (centre et nord), Chatenoy (Saône-et-Loire, Loiret). Coryletum, Colrylum, Colridum, Colridus, Coudra, Coudrai, Coudroy (centre), Coudrof (Eure-et-Loir), Cauroy (Ardennes, Marne, Somme), Cauroir (Nord). Salicetum, Salcidum, Saulce, Sauze, Saulze, Saulzaïs, Saussay, Saussey, Saussoy, Saulcois, Saulchois, Saulzoy (respectivement dans l'Allier ; — Drôme, Gard, Lot ; — Puy-de-Dôme ; — Cher ; — France centrale ; — Côte-d'Or, Manche ; — Seine-et-Marne ; — Jura ; — Somme, Nord ; — Nord). Ces dérivés et leurs analogues ont pris assez souvent le genre féminin, la Saussaye, la Aulnaye, la Pomeraye, la Pomarède, ce qu'il faut attribuer sans doute à ce que le primitif latin était neutre et que les noms neutres, ainsi qu'on l'a remarqué précédemment, sont devenus tantôt masculins, tantôt féminins.
11° Désinence ava. - Elle n'a pas toujours l'accent, quand elle l'a, elle a été chiée : Rionava, Renève (Côte-d'Or), Massava, Mesve (Côte-d'Or).
12° Désinence ivus, ivum. — Le V est devenu ieu, ieux : Pontious, Ponthieu (Somme), Bacivus, Bezieux (Nord).
13° Désinence arus, arum, irus. — Ordinairement la consonne intervocalique a disparu : Talamariim, Talmoy (Côte-d'Or).
14° Désinence verus, verum et vero (à l'ablatif). — Accentuée elle a donné naissance à des dérivés où, après l'extinction de V, l'e a contracté à la fois un son ferme et une mouillure : Locoverus, bouviers (Eure). Mais l'accent, porté avant elle, l'a fait fléchir en une terminaison muette, vrc : Doverum, Dover (Eure).
15° Désinence mus, inum, — Prononcée soit avec l'accent : Ingolinus, Angoulin (Charente-Inférieure) ; Conslantinus, Cotent (Charente-Inférieure) ; accent porté sur la syllabe antépénultième, auquel cas l'i subit la syncope : Vindocinum, Vendôme (Loir-et-Cher), transformation euphonique de Vendocne.
16° Désinence iscus, isca, iscum. — L'avant-dernière syllabe était accented et a généralement conservé sa valeur.
17° Désinence oscus, oscum. — Fléchissement divers suivant les pays, mais toujours avec extinction du c.
18° Désinence osaca, use. — Le c est le plus souvent adouci.
19° Désinence onus, ones, onis. — Dans les noms d'origine celtique ainsi terminés, l'o était presque toujours bref, par conséquent non accentué, ce qui fait qu'il a disparu en français, entraînant avec lui le n qui le suivait.
20° Désinence onnus, onnum. — Non seulement on a disparu en français, mais la consonne qui précédait, quelle que fut sa nature, n'a pas éprouvé de syncope.
21° Désinence onna. — Indépendamment de sa flexion naturelle onne, elle a fourni des dérivés où l'o a faibli au point que la désinence française est enne ou aine.
22° Désinence dunum, - Due à un radical celtique qui s'est combiné avec d'autres mots soit celtiques soit latins. Elle a fourni deux sortes de dérivés, selon que le d s'est conservé ou a subi la syncope. Dans l'un et l'autre cas, la voyelle radicale a varié selon les lieux. Elle est il, o, et i. Durum, dorum. — Formés ainsi que la précédente sur un radical celtique. Généralement, la voyelle a été transformée en è, oi, a, eu, o ; mais les flexions en è et eu sont rares.
23° Désinence magus, omus, omum. — Celtique latinisé, qui a toujours un o dont il était précédé. Par là il n'y a pas de terminaison initiale m, au moyen de laquelle on peut rattacher le nom français à l'original latin par on, en, an : Argenlomayus, Argenton (Indre) ; Aiollomagus, Rouen (Seine-Inférieure) ; Ruan (Indre) ; Iolomagus, Limoges (Haute-Vienne) ; Blomagus, Blom (Puy-de-Dôme) ; Bournaud (Vienne) ; Cadomus, Caen (Calvados).
24° Désinence ogilus, ogilum, oialus, oialum, oilus, oilum, olius, olium. — Celtique latinisé, où l'o initial n'est qu'une voyelle de soutien introduite par la formation latine. Ogilus est le thème primitif ; oialus, oilus sont des produits de l'époque barbare ; olium, a prévalu depuis le XIe, et n'est que l'image du français euil, eu, eut, qui répond à tous les types précédents : Argenlogilum, Argentolium, Argenteuil (Seine-et-Oise), Brocogilus, Brocoialo, Bruilum, Brolium, Breuil, nom d'une infinité de lieux écrit quelquefois Bruel. — De la contraction de la liquide ont résulté les terminaisons eau, ou et iou de quelques dérivés français : Blanoilus et Ertnolium, Bléneau et Armeau (Yonne) ; Braiolum, Brou (Eure-et-Loir).
25° Désinence inius, inium, onium, de la plus basse latinité. — Elles répondent au suffixe germanique ingen et ont pour équivalents en français enc, eng, ain et in.
26° Désinence ingus ou angus, inga, ingas, à l'accusatif pluriel, ingis à l'ablatif. — Elles ont même origine que les précédentes. Les noms qu'elles affectent ont pris les formes françaises ain, in, ins, incq, ignés, ines, inges, ingues et ange ou anges. La prononciation ing, inyhem a pu se conserver à la frontière des idiomes germaniques : Leodringas, Ledringhem (Nord), Tatinghem (Pas-de-Calais).
27° Désinence encum, incum, ingum. — Les deux premières sont communes à des noms d'origine celtique et à des noms d'origine germanique. Elles ont toutes fléchi de la même manière : anc, ens et ent dans l'ancienne Narbonnaise et dans la Gaule méridionale ; ans dans les deux Bourgognes ; an dans le reste de la langue d'oil.
28° Désinence composés de deux ou plusieurs mots de forme latine. — Lors que ces mots ne se sont pas fondus, ils ont produit des noms français où la séparation s'est maintenue quelquefois, et où d'autres fois la fusion a eu lieu. Parmi les éléments dont ces noms sont formés, il y en a toujours au moins un qui est un substantif appartenant à la langue commune.
.li/. l'aima, baume, grotte nie. chaîn est ; burgus, il h. ; calma, chaume, champ maigre ; campus, champ ou camp ; canlus itant <<mthus) coin de t-iii. heu de repai rapporte-t-il pi nu cl avec de bonnes raison mips, habitation en général, le plus souvent priation religieuse, ancien camp romain, petite ville fortifiée ou château féodal ; telier, lieu présentant des vestiges d'ancien ici.. ; il ion r< mise. hampi • r imba, une rur.ii ou simplement tilium, ulmus, m i ferlé, i fontalni tions barbares et plus tard hameau, petit village ; haya, haye, enceinte du château féodal primitif et par extension le château lui-même, ou encore un bois clos ; insula, île, le plus généralement entre deux bras de rivière ; landa, lande, grande étendue de terre improductive ; locus, lieu, le plus souvent consacré par la religion ; mansio, maison ; mansus, la propriété rurale avec ses bâtiments d'exploitation ; mara, mare, étang ou fla que d'eau ; mansionile, mesnil, diminutif de mansus ; monasterium, monastère ou simplement église ; mons, mont ; monticellus, monceau, éminence de terrain ; mota, motte, monticule factice, le plus souvent formé pour l'assiette du château féodal, et, par extension, château ; olca, ouche, pièce de terre labourable, entourée de fossés ; petra, pierre, naturelle ou apportée, toujours de grande dimension ; plexitium, plessis, palissade formant une enceinte de fortification, château : podium, puy, éminence, montagne ; pralum, pré ; pons, pont sur une rivière ; porlus, port sur la côte de la mer ou sur une rivière, et encore passage d'un pays à un autre ; rivus, ruisseau, petite rivière ; rupes et roca (syncope de rupica), roche ; sala, salle, habitation d'apparat du propriétaire barbare ; silva, sauve, forêt ; strata, estrée, grande voie pavée ; turris, tour ; vadum, gué ; vallis, val, vallée ou vallon ; vicus, via, grand village avec des rues ; villa, ville dans le sens primitif de domaine rural, avec les groupes d'habitations disséminées dessus, ou bien encore village ; villare, villier, augmentatif de villa. La plupart de ces noms, communs à la nomenclature territoriale de toute la France, ont contracté, par la flexion dialectique ou par l'orthographe, des formes différentes, auxquelles il importe de les ramener. Ainsi : Aqua, aquie, eau, eaues, ague, aiguë, aiguës, aix ; boscus, bosc, bos, bois ; burgus, bourg, borg, burg, burcq ; calma, calme, chalme, chaume ; campus, cam, camp, champ ; canlus, cant, cante, chante ; casa, case, caze, chaise, chèze ; castrum, castra, castre, châtre ; castellum, caste, câteau, châtel, château ; castellare, châtelar, châtelard, castelier, châtelier : cella, celle, selle ; cumba, comb, combe : curlis, cort, curt, court, cour, cou ; fagus, fag, fay, fan, foin ; fraxinus, frasne, fresne ; haya, haie, haye ; hamus, ham, han, hem : hamellus, hamel, hameau ; landa, lande, la une ; mansus, mas, meix, metz, mée ; mara, mare, mar, mur ; monasterium, monastier, monestier, montié, moutier ; mons, mon, mont ; monticellus, moncel, moussel, monceau, mousseau : petra, peyre, père, pire, pierre ; podium, puy, poy, pueg, puech, pé, pi ; pratum, prat, pré ; rivus, riu, rieu, ru ; sala, salle, sal, zèle, zeelle ; silva, silve, selve, sauve ; strata, estrade, estrée ; tilium, tille, til, teil ; vadum, sue, vez ; vallis, val, van ; vicus, vie, vy, vieux ; villa, ville, velle : villare, villard, villars, viller, villiers. Caslrum, fons, quercus, rupes se rendent le plus souvent comme s'il y avait castellum, fontana, casnus, roca, ces irrégularités montrent que le nom latin tel que nous le possédons est une traduction de français.
1° Noms composés dont les éléments ne se sont pas fondus dans le dérivé. — Lors que les mots qui forment le nom composé ne se sont pas fondus en français, le rapport de possession qui est celui qu'exprime le plus souvent le thème latin, se rend, suivant les règles de notre ancienne langue : soit par la juxtaposition pure et simple du nom du possesseur ; soit avec interposition de l'article sujet devant le nom du possesseur lors que celui-ci est un nom commun ; soit avec interposition de le ou la ayant valeur du pronom celui ou celle, et se rapportant à la chose possédée.
2° Noms composés dont les éléments se sont fondus dans le dérivé. — Dans un cas qui est celui de tous les composés de formation très ancienne, des bizarreries imprévues peuvent dérouler dans la recherche du dérivé français ; c'est un des embarras les plus sérieux des recherches de ce genre et pour la solution duquel l'histoire rendra plus de service que la phonétique.
3° Du génitif pluriel masculin orum de la seconde déclinaison en composition. — Il a souvent passé dans le dérivé français avec une partie de sa flexion grammaticale, à cause de la valeur que la pénultième or recevait à la fois de la quantité et de l'accent.
4° A/fixes terminés en acum, iacus, iacas. — D'anciens noms d'origine celtique, d'autres d'origine germanique qui avaient été latinisés d'après le type celtique sont devenus, avec villa ou d'autres objets de possession, desimpies affixes qui se sont réduits par apocope : Taunacum villa, Tonneville (Seine-Inférieure) : villa Brisniacus, Brin-ville (Manche).
5° Noms germaniques préfixes ou suffixes. — Les noms germaniques, qui du VIe au Xe sont entrés en si grand nombre dans la composition des noms de lieu, y ont fléchi souvent d'une toute autre manière que dans la langue commune, de sorte qu'en opérant sur ces mots, d'après les règles ordinaires de leur transformation, on n'arriverait point à la forme qu'ils affectent dans le composé.
a) Pour ce qui concerne les noms masculins. Ils peuvent avoir été déformés par la prononciation ou par l'orthographe : Bosonis mons, Bauzemont (Meurthe), au lieu de Bozemont ; Castrum Radulfi, Châteauroux (Indre), au lieu de Châteauraou/ ; Curtis Bcliardi, CoubeW (Seine-et-Marne), au lieu de Coubarrf ; Le curlis, Lf'ancourt (Oise), au lieu de Le'oncourt ; Mous Berulfi, Montbron (Charente), au lieu de Mont brou ; Teudonis villa, Tantonxitte (Meurthe), au lieu de Tconville ou 27i ;onville ; Ou avoir été syncopes et contractes d'une manière exceptionnelle : Dotonis villa, Douville (Eure), au lieu de Doonville : Widonis villa, Wo inville (Meuse), au lieu de Vionville ou Gui'onville ; Ou avoir été apocopes d'une ou deux syllabes, sans préjudice d'autres réductions intérieures. Cet accident est celui qui se reproduit le plus fréquemment lors que le nom germanique est préfixe : Baclilione ralle, à l'ablatif, Bailleval (Oise) ; BernerioaHi's, Bré-val (Seine-et-Oise) ; Caroli-locus, Chaa-lis (Oise) ; Flodobo monte, Fau-mont (Nord) ; Gosleni fontana, Gaille-fontuine (Seine-Inférieure) ; Hunulfocurtc, Honne-court (Nord) ; Idonis villare, I-villiers (Eure-et-Loir) ; Manulfi villa, Mai-ville (Eure-et-Loir) ; Mauronti villa, Mer-ville (Nord) ; Sonteri ponte, Char-pont (Eure-et-Loir). Ces noms offrent encore des exemples d'aphérèse : Leudardi villa, Ouarville (Eure-et-Loir) ; Slricovildi villa, Triqueville (Eure) ; Sicramnocurle, Craincourt (Meurthe) ; au lieu de Louarville, Etriqueville, Sicraincourt ; Et de prosthèse : Fratboldi curtis, A//racourt (Meurthe). La flexion est régulière dans Carte Godelan ir) ; GaadenioiUa et Pons Godant, Goinvilk- et Pontgouin (Eure-et-Loir) ; Rupes C Rochechouart (Vienne) : Theodonis villa, Thionville (Moselle), etc., etc.
Après avoir traité des noms masculins, Quicherat abordait les noms germaniques de femme et établissait ce fait important, demeuré inaperçu, que les noms de femme latinisés sur le type de la première déclinaison ajoutent aux cas obliques la syllabe entre le radical et la désinence. On en trouve la preuve dans beaucoup de textes barbares, notamment :
1 ) Par une charte de donation de l'an 521 à la cathédrale du Mans où le donateur dit : Ego et conjux mea Truta, tandis qu'il y a à la suscription : signum Trudanx uxoris ipsius ;
2 ) Par le testament de Bercaire, évêque du Mans, qui appelle Cagliberta au nominatif, une religieuse dont le nom devient au génitif : Calibertanœ ;
3 ) Par une charte de l'abbaye de Prum, en 721, on la fondatrice de cette maison se dit : ego Bertrada à la suscription, tandis qu'il y a signum Bertradunœ à la signature ;
4 ) Par une précaire de Saint-Germain-des-Prés, de l'an 730, souscrite par Ercamberta, l'une des parties prenantes, laquelle est appelée au génitif, dans la teneur, Ercambertanœ ;
5 ) Par le quatrième continuateur de Frédégaire qui mentionne à l'année 767 un voyage de Pépin le Bref, cum regina sua Berlranade, (corrigez Berlrudane), quand le nom de cette reine au nominatif était Bertrada ;
6 ) Enfin par le testament de Raymond II, comte de Toulouse, où la femme de ce seigneur est constamment appelée Berta au nominatif, et Bertanœ au datif. Cette syllabe additionnelle ou épenthèse des cas obliques ayant pris l'accent, il en a résulté dans le français des fermes doubles, Bzrte et Bertain, Ide et Idain, Eve et Evain (qui avaient fort embarrassé les linguistes) et par extension de la même règle à des substantifs de la langue commune : nonne et nnnnain, ante et antain, etc. C'était là une vraie découverte philologique destinée à servir de point de départ à des recherches nouvelles.
La nomenclature territoriale est d'une grande richesse : Adlanx villa, Attainville (Seine-Inférieure), Londainville (Eure-et-Loir) ; rue villa, Flexai'nvillc (Seine-et-Oise) ; Gunzanse villa, Goussai'nville (Seine-et-Oise) ; Blancanœ curtis et Curtis Blancane, Comblanchien (Côte-d'Or) pour Comulanchtiin ; etc., etc. qui figurent au génitif dans tous ces composés, faisaient au nominatif : Adla, Doda, Flarsa, Gunza, Bla suints.
Des transformations bizarres, des déformations rendant méconnaissables ont fait subir aux noms des saints des accidents dont il suffira de dire quelques mots : Flexions différentes d'un même nom : S. Benedirlus, Benoit, Bénct, Bénezet. S. / nin. SI Euphi mie, (Jflange. S / reol, Ferjol, Ferjeux, Fargeau. S. H H lalre, Hellier, Millier. S. Leodegartus, Léger, l.igaire. S. Maclovius, Maclou, Malo. S. Marcus, Marc, Max. S. Maximus, Maxime, Mayme, Mesme, Même. S'. Medardus, Médard, Mard, Mars, Merd. S. Pelrus, Pierre, Père, Peyre, Pey. S. Stephanu* he, Estève, Eslère. S. Sulpicius, Sulpice, Supplix, Supplet, Souplet.
Noms complètement défigurés : S. Andeolus, St. -André (Yar). S, Benignus, St.-Berain (Saône-et-Loire). S. Pancratus, St. -Branches (Yonne). S. Priscus, St. -Bris (Yonne). S. Cyricus, St. -Chartres (Vienne). S. Sigiramus, St. Ciran (Indre). S. Desiderius, St.-Dierry (Puy-de-Dôme). S. Desiderius, St.-Gcry (Lot). S. Eugendus, St. -Eugène (Saône-et-Loire). S, Eugendus, St.-Yan (Saône-et-Loire). S. Ferreolus, St.-Forget (Seine-et-Oise). S. Baldomerus, St.-Galmier (Loire). S. JEgidius, Sl.-Gely (Hérault). S. Hilarius, St.-Illiers (Seine-et-Oise). S. Hilarius, St.-Ylie (Jura). S. Leodegarius, St.-Liquairc (Deux-Sèvres). S. Anastasia, Ste-Nitasse (Yonne), S. Sidonius, St.-Saens (Seine-Intérieure). S. Adjuter, St.-Ustre (Vienne). 6« . Eusebius, St. -Usage (Doubs) ; Usage (Saône-et-Loire) ; Eusoge (Yonne).
Noms dont le genre a changé : S. Illidius, Ste-Olive (Ain). S. Peirusius, Ste-Pereuse (Nièvre). Sca Agnès, St. -Aunes (Hérault). Sca Eulalia, Sl.-Eloi (Ain).
Fusion de Vadjeclif avec le nom : Ses Vulmarus, S. Yulmarus, Samer (Pas-de-Calais). Ses Martialis, San Martialis, Samarcolium, Sammarco les (Vienne).
Saints dépouillés de leur titre : Mamers, (Ses) Marmerlium, Mamertum (Sarthe). Terrehault (Ses) Errehaldus (Sarthe).
Redoublement de l'adjectif : S. Amantius, Ses S'Amantius, St. -Chaînas (Bouches-du-Rhône) ; St. Chaînant (Cantal, Correze). S. Electus, Ses S'Electus, St.-Chely (Aveyron, Lozère). S. Anianus, Ses S'Anianus, St.-Chinian (Hérault). S. Eparchius, Ses S'Eparchius, St.-Cybard, Cibard (Charente, Dordogne, Gironde). S. Theofridus, Ses S'eo/ridus, St.-Chaflre (Haute-Loire).
Fusion d'un déterminatif : S. Pelrus de villa, St. Pcravillc (Nièvre).
S. Petrus in via. St. peravy (Loiret).
S. Remigii Mons, St.-Remiremont (Meurthe).
Substitution de domnus d sanctus :
Domnus Aper, Don ri lu-. Vosges).
Domnus Lupus. isnc).
Domna V irunarie (Eure-et-Loir, Loiret.
M eu Domna Maria, Dannemarie (Doubs, Seine-et-Oise).
Domnus Marti lartin (Doubs, Jura, i et-Marne, Domnus Marttnus, DommartIn(AJn, Domntu Pelrus, Damplei Domnus Petrus, Dompalre (Vosges).
Domnus Petrus, Dompierre (Ain, Charente, Doubs). Domnus Briocius, Dombrot (Vosges). Domnus Ferreolus, Damphreux (Doubs) Domnus Stephanus, Domptail (Meurthe). Domni Abdon et Sennen, Dandesigny (Vienne).
Substitution d'un nom de saint au nom primitif :
Athanum, St.-Yriex (Haute-Vienne).
Augusta Veromanduorum, St. -Quentin (Somme).
Auditiacus, St.-Galmier (Loire).
Belagnum, St. -Privât (Corrèze).
Bergoiate, St.-Andéol (Ardèche).
Brioverum, St.-Lô (Manche).
Centrannum, St.-Berthevin (Mayenne).
Condatisco, St. -Claude (Jura).
Conseranis, St.-Lizier (Ariège).
Deâs, St.-Philbert de Grandlieu (Loire-Inférieure l.
Floriacum, St. -Benoît-sur-Loire (Loiret).
Gellona, St.-Guilhem-du-Désert (Hérault). donna, St.-Florent-le-Vieil (Maine-et-Loire).
Glannajolium, St.-Maur-sur-Loire (Maine-et-Loire).
Indiciacus, St.-Flour (Cantal).
Jona, St. -Gemme-le-Robert (Mayenne).
Leuconaus, St.-Valery-sur-Somme (Somme).
Lugdunum Convenarum, St.-Bertrand-de-Comminges (Haute-Garonne).
Miciacum, St.-Mesmin (Loiret).
Noviomagus, St.-Paul-Trois-Châte aux(DrÔme).
Les dictionnaires topographiques qui se font en province avec l'appui du gouvernement sont d'excellents recueils de matéri aux, mais rien de méthodi que n'a encore été tenté pour centraliser et coordonner les faits acquis à la science des antiquités historiques et phonétiques de la France. En 1840 « un erudit d'un esprit très cultivé et d'un sens droit », A. Le Prévost, traçait la voie à suivre, dans son Dictionnaire des anciens noms de lieux du département de l'Eure, in-12, Évreux. Des livres, conçus d'après cette donnée, mais différents de leur modèle, parurent successivement pour les départements de la Mayenne et de la Sarthe : Cauvin, Géographie-ancienne du diocèse du Mans, in-4°, Le Mans, 18-13 ; de la Dordogne : Gourgues, Noms anciens de lieux du département de la Dordogne, in-S », Borde aux, 1861 ; du Jura : Rousset, Dictionnaire géographi que, histori que et statisti que des communes de Frarche-Comté, 6 vol. in-8°, Besançon, 1853-1858 ; du Nord : Mannier, Étu des étymologiques, historiques et comparatives sur les noms des vil les, bourgs et villages du département du Nord, in-8°, Paris, 186-1. Le même genre de recherches, introduit par M. Guérard (voir ce nom) dans la publication des cartulaires, donna naissance à des index géographiques qui sont de petits dictionnaires relatifs à autant de contrées. En dernier lieu, un répertoire général, qui doit embrasser tous les départements de la F'rance, s'exécuta par les ordres du ministre, et de cette entreprise sont sortis, depuis cinq ans qu'elle est commencée, les répertoires particuliers de l'Yonne, d'Eure-et-Loir, de la Meurthe, des Basses-Pyrénées, de l'Hérault, de la Nièvre. » Depuis l'année 1867, où J. Quicherat écrivait ces lignes, beaucoup d'autres dictionnaires topographiques ont paru, pour les départements de Maine-et-Loire, etc., des trav aux ont été publiés et disséminés dans des recueils périodiques comme les Remarques sur quelques noms de lieu des monnaies mérovingiennes, de J. Quicherat ', les Exemp les de noms de i fundi • formés à l'aide de genlili ces romains et du suffixe » acus », de H. d'Arbois de Jubainville \ et bien d'autres matéri aux sont dispersés et inutilisés, faute d'être exploités, dans cette « œuvre grandiose que serait un Dictionnaire général de tous les noms de lieux qui, antérieurement au xne siècle, se trouvent dans des documents quelconques. Pour être menée à bonne fin, la tâche excéderait sans doute les foi ces d'un seul homme » — mais qu'un seul homme s'y appli que et l'on verra bien, i Le jour où on posséderait un pareil ouvrage l'histoire de notre pays, dans le sens le plus large du mot, aurait fait un grand pas en avant s. » Identifications et rectifications sont destinées à faire longtemps encore une sorte de feu croisé dont le résultat est perdu faute de savoir où chercher des remarques précieuses '. C'est ainsi que beaucoup de rectifications de Aug. Longnon qui n'ont pas trouve place dans sa Géographie de la Gaule au ri« siècle sont restées ignorées parce qu'il eût fallu aller les découvrir (ou les deviner) dans quatre recensions publiées dans la Revue criti que, 1S73, t. n, p. 74-82, 89-97, 107-11 s. 121-132 s. Il faut en rapprocher le travail d'Alf. Jacobs Géographie des diplômes mérovingiens, in-S », Paris, 1862, exclusivement consacré aux diplômes authentiques et f aux de l'abbaye de Saint-Denis, utiliser quelques indications contenues dans la recension de L. Delisle, sur le livre de J. Tardif, Carton des rois. dans Revue criti que, 1873. D'Arbois de Jubainville. Recherches sur l'origine de la propriété foncière et des noms de lieux habités en France. Période celt que et romaine, in-12, Paris, 1890 ; E. Pascalein, Des noms de lieux d'origine burgonde en Savoie, dans Congrès des Sociétés savantes de Savoie, 1902, t. xvi, p. 179-186 ; F. Bourquelot, De la transformation des noms de plusieurs ville gauloises pendant la domination romaine, dans Mém. de la Soc. des anliq. de France, 1857, t. xxm, p. 387-435 ; Le même, Document relatif à la géographie de la Gaule, antérieur au IX' siècle (Liste de vil les et de peup les de la Gaule publiée par Gruter), dans Annuaire de la Société des antiq. de France. 1851, t iv, p. 265 ; cf. Comptes rendus de V Académie des Inscript., 1878, p. 157 ; A. Longnon, Les noms de lieux de la France, leur origine, leur signification, leurs transformations, publié par P. Maréchal, L. Mirot, in-8°, Paris, 1920.
Il est d'ailleurs pres que superflu de s'attarder à des indications essentiel les qui devraient être complétées par des recherches minutieuses dans les éditions des cartulaires, des ouvrages de Grégoire de Tours, des vies des saints mérovingiens, des chartes disséminées dans une multitude de publications, sans oui lier les résultats fournis par la numismati que, l'épigraphie. Si on insiste tellement ici sur ce sujet, c'est que l'histoire des temps gallo-romains et francs leur devra une impulsion utile et un essor certain.
VII. PARTICULARITÉS. — I. Noms propres francs. — En 1827, Augustin Thierry, dans la seconde édition des Lettres sur l'histoire de France, expos.a dans une Note placée à la suite de l'Avertissement et complétée par un appendice rejeté à la lin de l'ouvrage, un point de vue nouveau sur l'orthographe des noms des premiers souverains de la France. Cet appendice était intitulé : 1° Noms des rois des deux ra ces frankes, rectifiés d'après l'aw ienne orthographe et le son de la langue ludes que ; 2° explication des noms francs, d'après les racines de l'ancien idiome tudes que.
D'après ces règ les nouvel les, un bouleversement complet s'imposait, si complet qu'on en venait à ne utilisées dans l'édition des Diplômes (voir ce mot i. par Laucr et Samaran. du parlait. La Ici Ire > damnée et faisait place au k. Le gothi que avait deux guttura les sour des, le q et le k, il n'avait pas ti contraire, les textes francs de l'épo que mérovingienne n'avaient ni le q ni le k et ne connaissaient que le c. Le Ane fait son apparition qu'à l'épo que carolingienne. D'ailleurs k et c n'ont rien de germani que : k est grec, c est latin. Quand les Germains délaissèrent leurs runes, les uns lirent choix de fr, les autres de c pour des raisons qui nous échappent et peut-être sans auc une raison, sinon qu'il leur fallait ce son et qu'on le représenta comme ou put.
Le ch devait faire place à h, devant une VOJ ou kh, ou tout simplement k. On ne conservera ch que s'il est immédiatement suivi de / ou de r, mais ici encore on pourrait mettre h tout uniment. Ainsi, au lieu dt Cbildéric et Childebert on aura Hildérik et Hildebert ; au lieu deRichildet Richard on aura Rikhild et Rikhard ; au lieu de Chunibert et Godeschalk, on lira Kunibert et Cndeskalk : enfin, au lieu Je Chlotilde et Chlovis on aura Hlotilde et Hlovis. Ce n'était pas l'opmion de Grimm qui apercevait un indice archaï que dans < h remplaçant h. (Grégoire de Tours écrit de même Chuni pour Huni ; il appelle Cbrôcus, un mi allemand qui se nommait probablement Hruoh. Dans la loi Sali que, chunnas signifie hunderte, « cent ■>. Ce ch pour h s'accorde mieux avec le latin, dans les mots cenlum, cannabis, que Vh usité comme équivalent du c latin dans les autres dialectes germani que cependant il faut reconnaître que Vh des autres dialectes germaniques est aussi ancien que le ch franc, puisqu'on le trouve en gothi que et dans les plus vieux monuments des autres dialectes. Aussi les écrivains étrangers à la nation fran que rendent-ils par un h le ch franc. Tel est le comte Marcellin qui écrit : Hlotarius, Hildeberlus, Ilramnus '. La substitution de h à ch en France n'a pas eu lieu avant le IXe. Au ix« et au x siècle, on lit dans les diplômes Hludowicus, Hlotharieus, c'est l'orthographe carolingienne. Nous lisons le nom de Clovis orthographié Cludovaeus sur une inscription :
Le même nom paraît sous les formes Clodoveus ou Clodovios sur des monnaies d'Arles ; un roi Clotaire est appelé Clotharius sur des monnaies d'Arles et de Viviers '.
Le g devant l'e et Vi doit, pour retrouver son ancienne consonne, être remplacé par gh : Sighebert, Sighismond, et. en effet, quelques diplômes mérovingiens nous montrent le g suivi d'une h. comme AghiUbertus, Aghilus, Ghibolnus, GhUUmnrus. Il est probable que le ijli n'a d'autre utilité Ici que d'assurer le son guttural, toutefois l'analogie ne permet pas d'intercaler un h après le g dans tous les noms mérovingiens ou carolingiens OÙ cette consonne se trouve suivie d'un i ou d'un e. (.'est même l'usage contraire qui parait mieux justifié. Si les Francs semblent avoir eu un g guttural, ils en avaient un qui, devant i el e, se rapprochait beaucoup du / '. L'orthographe Chlogio pour Chlodio, Chlo/to dans Grégoin de Tours, nous pn un phénomène analogue dans le franc mérovin I 1^72, t. \i. iuquet,t.n, Blant, Grimm croit même ([n'en général, el devant les lettres autres que i et e, le q avait dans la langue fran que un i son très mou, ce qui parait assez légèrement avancé. comme on n'est pas en mesure d'y contredire... !
L'u voyelle oi nsonne suivi d'un i ou d'un a doit être remplacé par le w et c'est ainsi qu'on ol Chlodotvig, Merowig, Foklutin, CUolswinde. De même l'o devant l'e et IV doit quelquefois sul ir la mèn. mutation : Audwin, Thcodwin ; dans le h tut allemand le pluson de notre t> est exprime par ui p lettre d le v simple y est l'équivalent de / ; il en est de même dans le vieux saxon, mais non dans le gothi que, l'anglo-saxon et le vieux scandina1 textes francs de i'épo que mérovingienne n'offrent à notre connaissance aucun exemple d u du v pour/. Filu(marus), nom d'un monétaire de Reims est identi que au haut allemand piïo. Fridiricus, monétaire de Poitiers, Fredoaldus, monétaire de Toulouse, !'n<lus, Fredullus, monétaire de Roui ; encore Godofridus, monétaire de Maestricht, Haganfridus, Ermenfridus, Charifridus, monétaii nach, etc., ne sonl pas un autre mot que le vieux haut allemand fridu (paix). Dans Fulfradus) on reconnaît encore le vieux haut allemand vol (plein) s. On chercherait donc vainement la trace d'un v mérovingien ayant la valeur d'/, comme en haut allemand. 1 l'autre part, dans un grand nombre d'exemp les mérovingiens, le v simple et le double u sont employés comme équivalents.
Comparez à Waldo ', Valdolina'' et Valdo (monétaire de Bonneuil-sur-Marne) ; — a Wandilo 8, à Wandalmarus ', à Wandelberlus,0, Wandalmarus » ; — à Wanegisibus (monétaire de Scarponni ). à Waningus '*, Vaningus a ; — à Warno « et à Warnai harius », Varnacharius « ; — à Wineramnus », Vinoaldus « et Vinul/us (monétaire de Trêves) ; à Wiliacharius », Viliomude (monétaire de Nantes).
Le w très fréquent au début des mots mérovingiens, est rare dans l'intérieur de ces mots : en voici deux exemples : Berlotvinus et Erchanwaldus. Au commencement des mots le v tend à devenir dur, comme dans Vasconia, vespa, vadum, viscum qui donneront Gascogne, guêpe, gué, gui. Voici trois exemples mérovingiens où cette transformation est achevée : Gualderadus, Guichingus et Guerpinus pour Valderadus, Vichingus et Verpinus. Le w initial est un moyen terme entre v et r qui ne laisse plus entendre Vu comme Guallrnus venu de Waldacharius, et Guarnerius identique à Warnacharius.
Dans l'intérieur des mots le w fait place au v et celui-ci s'élide souvent, ainsi pour les mots dans lesquels entre vul/us, voici ce qui advient : Ebrulfus, Merulfus, Aigul/us, Rigul/us, etc. Le v initial du premier terme de Wineramnus, Vinoaldus et Vinul/us est dans le second terme de A'Ebroinus, Faroinus, inus, Chardoinus, Ghiboinus, etc., et du premier terme de Valdolina est traité de dans le second terme de Beroaldus, Ricoaldus, Chnuoldus, Chalodoaldus, Chadolouldus, etc., etc.
Partout, à l'époque où l'on écrit par un p simple la lettre initiale du terme des composés, et les seuls qui osent pu citer sont lSrri, nwuldus. Partout ailleurs ou bien le t primitif s'est changé en u, t. i, p. I2s. n. : ' Bouquet, t, u, - '• Tardif, n. il.- - « f*fd.,a 1. 1. u.
La syllabe baud était condamnée pour faire place à bald réputée plus archaïque, mais encore ne faudrait-il pas confondre baldus et baudus pour loger tout le monde sous l'enseigne bald. Baudus n'est d'ailleurs qu'une variante de badus et on trouve dans Grégoire de Tours : Gundobadus, Transobadas, dans Frédégaire : Willibadus qui ne doivent en aucune façon être modifiés et déformés en Gundobaldus, etc.
La terminaison ild a été embellie d'une h parasite pour donner Chlothilde, Nanlhilde, Balhilde ce qui est incontestablement plus distingué que Clotilde ou Batilde, mais il eut été préférable de ne pas s'arrêter en chemin et d'aller jusqu'à Chrot(h)e-childis ou Chrotfhje-childe et ainsi des autres. La terminaison aire est condamnée pour her et devenir Chlothcr, Lother, etc.
Et de toute cette réforme à la mode allemande, il n'est resté que le souvenir d'une tentative avortée. En 1827, on appelait cela « couleur locale », quatre-vingts ans plus tard, on se livrait encore à des exercices du même genre, et le fétiche s'appelait « philologie », mais c'était toujours le même ; au début du XIXe, il infligeait à notre histoire nationale une allure de mascarade ; au début du XXIe, il imposait à l'histoire de tous les temps et de tous les pays des règles impérieuses, qu'on a le droit de se flatter ici de n'avoir jamais observées.
La langue tudesque, la langue germanique primitive n'existait plus dès le temps de Clovis. Il existait alors plusieurs langues ou dialectes germaniques ayant des lois différentes. Les noms propres francs appartiennent à la langue franque dans laquelle on peut même distinguer deux périodes correspondant à chacune des deux premières races royales. Clodion. — Chlodio, diplôme de 751 (Tardif, n. 54), Grégoire de Tours écrit Chlogio et Sidoine Cloin. Mérovée. — Merovcchus, dans Grégoire de Tours (Bouquet, il, 167). Childéric. — Childebericus, dans Grégoire et Frédégaire, CHILDIRICVS sur son sceau. Clovis. — Chlovechus, dans Grégoire CLOTHOVECHVS sur une monnaie et dans la lettre du concile d'Orléans. Théodoric. — Theodoricus et Theudericos, dans Grégoire. Clodomir. — Chlodotneris, dans Grégoire et Frédégaire : Chlodomirus est postérieur. Childebert. — Childeberlus, dans Grégoire ;... berchtus dans Fortuna't et de nombreux diplômes (Tardif, n. 6, 7), où on lit Dagobercthus. Clotaire. — Chlolhacharius, dans Grégoire et signature originale (Tardif, n. 4, 5). Théodebert. — Theudebertus, dans Grégoire, quelquefois seulement, et plus souvent Theodobertus. Théodebald. — Theodubaldus, dans Grégoire. Charibert. — Churiberlus, dans Grégoire et Frédégaire Gontran. — Guntrhramnus, dans Grégoire et Frédégaire : Gunleramus, dans Fortunat (mais dans un vers, il est vrai). Chilperic. — Chilperius, dans Grégoire de Tours. Sisçebert. — Sigibertus, dans Grégoire ;... berethus, comme pour Childebert. Dagohcrt. — Dagobercthus, signatures originales (Tardif, n. fi, 7. 31).
Pour les maires du Palais on trouve encore : Landri. — Landcricus, dans Frédégaire, les diplômes (Tardif, n. 7, 11) plus tard Landricus. Berthoald. — Berthoatdus, dans Frédégaire, on aura dû dire ou du moins écrire Berclhovaldus. Warnachaire. — Warnacharius, dans Frédégaire et un diplôme (Tardif, n 11). Ega. — JEga, dans Frédégaire. Pépin le Bref. — Pippinns, dans Frédégaire. Grimoald. — Grimnaldus, dans Frédégaire et les diplômes (Tardif, n. 38, 44, 45). Frchinoald. — Erchinoaldus, dans Frédégaire. Ehroïn. — Ebroinus, diplômes de 653 et de 710 (n. 11, 15) ; Ebruinus, dans les continuateurs de Frédégaire. Waratton. — \Yarado, deuxième continuateur de Frédégaire ; N'arallo, dans un diplôme (Tardif, n. 17) et dans les Gesta regum Francorum. Pépin de Herstall. — Pippinus, dans trois diplômes (Tardif, n. 38, 53-54) ; Pipinus dans un seul (n. 34). Théodoald. — Tlieudoaldus, deuxième continuateur de Frédégaire. Rainfroy. — Ragan[ridus, dans le deuxième continuateur de Frédégaire et Reganfredus dans un diplôme (Tardif, n. 50). Char les Martel. — Carlus, deuxième continuateur de Frédégaire ; Carolus, troisième continuateur ; Karolus, diplôme (Taidif, n. 56).
II. Numismatique. — Nous ne donnerons ici que des indications rapides sur un sujet qui sera repris lorsqu'on traitera des monnaies avec le détail que réclame ce sujet. Borghesi et Mommsen ont pensé que l'atelier monétaire de Lyon, en activité au ier siècle de notre ère, fut abandonné pour n'être rouvert qu'au mo siècle ; A. de Barthélémy estime, au contraire, que cet atelier ne fut jamais fermé pendant toute la durée de l'empire. Sur la colline de Fourvière, dit-il, on a trouvé un double coin d'un aureus de Faustine II ; les deniers de l'empereur Albin représentant le génie de Lugdunum n'ont pu être frappés qu'à Lyon, et on a recueilli, dans cette ville, un nombre considérable de moules en terre, destinés à la fabrication de pièces impériales en argent, depuis Caracalla jusqu'aux Gordiens ; enfin, quelques inscriptions permettent de penser que l'atelier monétaire de Lyon fut permanent.
A partir du règne d'Aurélien, les pièces frappées à Lyon portent quelquefois une L à l'exergue, suivie de l'une des premières lettres de l'alphabet latin. Sous Numérien et Carin on lit LVG ; et il est possible que cette innovation dût s'expliquer par la nécessité de distinguer les pièces sorties des différents ateliers dont la création serait récente. Sous Dioclétien, nous connaissons l'existence d'un atelier monétaire à Trêves, qui restera en activité jusqu'au Ve, c'est-à-dire jusqu'à l'époque où Trêves tombera au pouvoir des Francs. Sa marque distinctive est TR à l'exergue. Comme on trouve des piécettes en argent de poids très faible, imitations faites après 413 des monnaies impériales de l'atelier de Trêves, on serait en droit d'en conclure que l'atelier resta en activité après la conquête de la ville par les Francs et au profit de ceux-ci.
Autre atelier à Amiens, dont la marque est AMB entre 350 et 353 sur des monnaies aux noms de Magnence et de Décentius. On sait qu'il exista en Gaule pendant quinze années, 258 à 273, un empire gaulois, avec Postumius (258-267), et Carausius (267-273). Pendant cette période, on frappa beaucoup de monnaies des trois métaux à Amiens, à Lyon, à Cologne, ailleurs aussi sans doute, à l'effigie ou au nom de Postumius, de Vietorinus, de Marius, de Laelianus, de Tetricus. Sur les pièces sorties de l'atelier de Cologne on lit le sigle : COL-CL-AGR1P ;— C-CA-ALes ateliers d'Espagne sont figurés par des lettres isolées sur les pièces de Postumius, de Victorinus et des deux Tetricus.
Le sigle du Rhin, on a trouvé des bronzes à l'effigie de Postumius portant la couronne radie ; l'atelier de Lyon frappait la tête laurée. Des milliers de petits bronzes de cette époque et d'innombrables copies, la plupart d'un style très barbare, de ces monnaies, laissent deviner que leur fabrication dut être continuée très longtemps après la disparition de l'empire gaulois.
Lors que les Francs, Burgondes, Ostrogoths et Wisigoths furent établis en Gaule définitivement et sans avoir à redouter un retour offensif de l'empire disparu, ils continuèrent à frapper la monnaie en or aux types et aux noms impériaux pendant une cinquantaine d'années. Au revers, on conserva voir les monogrammes des rois Gondebaud et Sigismond sur des monnaies au nom d'Anastase ; ils auraient imité le roi Théodoric, dont on pense lire aussi le monogramme sur certaines pièces italiennes du même empereur ; cette conjecture est peut-être contestable, si on remarque que les lettres isolées et les monogrammes placés dans le champ paraissent le plus souvent indiquer des ateliers monétaires.
Ce fut Théodoric 1er, roi d'Austrasie, qui, après des campagnes heureuses en Italie, signa la monnaie de son nom : DN THEODEBERTVS VICTOR, en conservant les types impériaux (fig. 47-12. C. D) ; il semble que son monnayage fut continué sous Théodebald, son fils et successeur (548-555) ; du moins on ne connaît pas encore de monnaies au nom de celui-ci.
Monnaies franques. D'après A. de Barthélémy, Numismatique de la France, 1re partie, 1891, p. 26, fig. la représentation de la Victoire de face, inaugurée sous Théodose II (101-450), puis on adopta la Victoire de profil qui avait commencé à paraître sous In 27). Pendant ce temps, la Gaule fut inondée de sous et de tiers de sous, de fabrique plus commune, portant des légendes incohérentes : tout au plus peut-on distinguer les pièces qui appartiennent à ri : 1. On conservait les noms des empereurs régnants bien qu'ils n'eussent plus d'autorité. Justin II, Maurice, Tibère, Phocas, Héraclius figurent ainsi sur les frappées par les rois francs qui portent : rois demi-francs des degrés, qui parut sur les li. La fin du VIe, la Gaule fut envahie par les peuples venus d'au-delà du Rhin, il n'y avait plus qu'un atelier à Lyon. Après la prise de Rome, les ateliers romains en argent. On a voulu l'exemple de Théodebert Ier fut suivi par ses successeurs lors que l'Austrasie vint au pouvoir de Childebert Ier et de ses descendants (555) ; on a des témoins pour l'Austrasie, aux noms de Sigebert 1er (fig.) et de Childebert II, son fils (fig. 17 12 1) pour le royaume de Paris ; au nom de Chilpéric (fig. 4742 G) pour le royaume d'Orléans (fig. 4742 11).
Plusieurs de ces pièces, depuis quelques années, sont barbares, mal à déchiffrer. Il serait très profitable de déchiffrer des textes barbares, 1 p parce qu'ils appartiennent à la minéralogie, r »i d Nous sommes ainsi en pi I us par la mala naître qu'il reher la mention d'un nom plus ni commi ni.1 re du texte d< l 'ro sur lesquels ils substituent leurs effigies à celles des empereurs, contrairement à l'usage général. Procope, qui mourut vers 565, pouvait avoir eu connaissance de monnaies au nom de Théodcbert (t 548), de Sigebert, de Contran, de Caribert 1er et même de Childebert II ».
Les monnaies portant des noms royaux sont très rares et appartiennent presque exclusivement aux ateliers de Bourgogne et de Provence. Clotaire II à Arles, Marseille, Uzès, Viviers et Chalon-sur-Saône : Dagobert Ier dans les mêmes villes, plus Avignon, Agaune, Javouls et Limoges ; Sigebert II à Arles, Marseille, Viviers, Javouls : Clovis II à Marseille et Chalon ; Clotaire III, Childéric II Childebert III, Dagobert III à Marseille. Dans la France septentrionale, nous ne voyons guère que Clovis II à Orléans, Dagobert I« et Clovis II à Paris. En Provence et dans la Première Lyonnaise, la tradition romaine persista, grâce surtout aux ateliers d'Arles et de Lyon. De 540, date de la lettre des Goths, à 613, les noms des empereurs Justin Ier, Justinien, Justin II, Maurice-Tibère, Phocas et Héraclius furent maintenus sur la monnaie d'or, même dans les ateliers nouveaux tels que Marseille Gap, Venasque, Senez. Uzès, Viviers et Vienne, créés sous les rois francs. C'est à partir de 613 que, dans cette région, les noms de ces rois francs furent définitivement substitués à ceux des empereurs. Ils se maintinrent jusqu'au commencement du VIIIe : à ce moment, l'abaissement du pouvoir royal paraît avoir fait oublier les noms des princes qui se succédaient. En Neustrie ou en Austrasie. les maires du palais gouvernaient ; en Provence, les patrices signaient les monnaies de Marseille. En même temps que les rois d'Austrasie devenaient les maîtres de l'ancienne Province et de la Lyonnaise, il se manifestait une grave modification qui se continua jusqu'à l'avènement des Carolingiens. Les monnaies, outre le nom de l'empereur ou du roi, portaient celui d'un fonctionnaire qualifié monétaire ; un peu plus tard ce monétaire, dont nous reparlerons, figurait seul sur la monnaie. À partir du VIIe, le nombre des monétaires alla se multipliant, ainsi que le nombre des ateliers qu'on retrouve dans une multitude de vici, de castra, de localités aujourd'hui disparues, dont les noms figurent sur les monnaies de l'époque mérovingienne ; les causes de cette diffusion d'ateliers monétaires ne sont pas encore complètement définies.
Les monnaies franques étaient : 1° le sou d'or (aureus, solidus) du poids de 72 grains (3 gr. 72) : il était d'un poids plus faible que le sou d'or romain qui, depuis la réforme de Constantin, pesait 84 grains (4 gr. 45). C'est sans doute le motif qui poussa Majorien, en 458, à permettre aux agents du fisc de refuser les sous gaulois. Le sou franc portait la marque xxi (siliques). 2° le tiers de sou (triais) pesant 24 grains (1 gr. 28), marqué vi (siliques). Le denier d'argent pesant 20 grains (1 gr. 08). — La livre d'or, la livre d'argent, le sou d'argent étaient des monnaies de compte. — Notons en passant que dans la loi Gombette on voit un annexe, ajouté probablement sous le règne de Sigismond (516-523), qui prohibe le cours de quatre espèces de sous d'or : Valentiniani, Genanensis, Gotici et Ardaricanos ; ce texte ne nous est pas arrivé assez correct pour que l'on puisse déterminer sûrement ces quatre monnaies. Notons aussi que l'on rencontre assez fréquemment des pièces en argent et en cuivre qui sont évidemment des triens dorés, produits de la fraude. Grégoire de Tours rappelle que Clovis acheta les leudes de Ragnacaire, roi de Cambrai, avec des aureus imitant l'or : eral enim itreum deauratum sub dolo factum.
Les légendes des monétaires n'ont pas pour l'étude du latin vulgaire une importance comparable à celle des légendes des épigraphiques. Les lapicides interprètent les thèmes d'une clientèle inculte et qui tient cependant à exprimer ses sentiments, mais sans nul souci d'orthographe, les graveurs se transmettent quelques formules presque immuables, quelques noms propres de localités et d'individus. Cependant les listes dressées par A. de Longpérier, Ad. de Barthélémy et Quicherat ont montré, il y a environ un demi-siècle, que, au fur et à mesure des découvertes, la double série onomastique devenait assez imposante. L'utilisation des légendes des monétaires demande de minutieuses précautions. Le déchiffrement des monnaies est souvent difficile et la lecture obtenue n'est parfois que conjecturale. Il n'est pas toujours aisé de déterminer une lettre à une époque où les caractères offrent une ressemblance qui va presque jusqu'à l'identité.
Ainsi, au VIIe, comme les hastes dépassent le corps de la lettre, il est souvent impossible de décider si on se trouve en présence d'un D ou d'un P ; dans les B, les deux panses ne sont pas séparées : cette lettre est souvent formée d'un trait vertical auquel s'appuie une ligne courbe légèrement infléchie au milieu, de telle sorte qu'elle peut être prise pour un D : et encore l'M et l'N sont tracées de la même façon : et dans l'M la barre brisée réduite à un trait horizontal, fait ressembler cette lettre à une H. En outre, le monnayage mérovingien est, dans son origine et son développement, un monnayage d'imitation. Non seulement les premières monnaies mérovingiennes sont de simples copies des monnaies impériales, sur lesquelles on conserve le nom de l'empereur, Anastase, Justin, Justinien, Maurice Tibère, qu'on altère de plus en plus à mesure qu'on s'éloigne du prototype : mais les monnaies mérovingiennes proprement dites, avec des types nouveaux de légendes, c'est-à-dire un nom de lieu, le lieu de la frappe, un nom d'homme, le monnayeur, d'abord correctement écrits, furent à leur tour le point de départ d'imitations ; de telle sorte que d'une légende correcte on arrive, à travers une série d'altérations purement graphiques, à des pseudo-légendes composées de lettres sans signification, et derrière lesquelles il est souvent difficile de découvrir le prototype. La difficulté est donc, en présence d'incorrections dans les légendes, de distinguer celles qui représentent une altération phonétique ou même graphique, mais consciente, de celles qui résultent de l'ignorance d'un copiste. Enfin, il faut compter avec la négligence des graveurs et ne pas conclure de l'oubli d'une lettre à la disparition de cette lettre dans la prononciation.
On trouve, dans les monnaies du VIIe, des exemples intéressants de la chute de la dentale. Le nom de Clovis II est une seule fois écrit sur les monnaies Chlothovechus (Bibl. nat., n. 605). L'orthographe courante est Chlodoveus ou Chlodovius et Clodovios ; sur un tiers de sol de l'atelier de Marseille on lit Ch rerje. Les monnaies mérovingiennes témoignent de la persistance du d après la chute de la voyelle qui le suit. Sur une monnaie de Tournai, on lit : Teudcharius (n. 1086), et sur une autre du même atelier, Teudoliariu\ (n. 1087). On ne peut citer qu'un exemple de disuaison de la dentale sourde intervocalique : Beorcnas m. 1 ».70), pour Betoregas (n. 1668, 1669, 1672). nom de la cité de Bourges ; rien ne permet de supposer que cette omission soit imputable à la négligence du graveur.
Au sujet de la chute de l's finale au nominatif de la seconde déclinaison on peut citer les monnaies mérovingiennes où le nom de monnayeur se lit au nominatif : Ebrulfus jccil (n. -170), Francio fieit (n. 548\ M'iretomos lecel (n 1869) ; mais on trouve également des noms d'hommes de cette conjugaison terminée en u et en o. Sont-ce des nominatifs d'où l's a été retranché ou des ablatifs. La première raison d'hésiter, d'après M. Prou ', est que souvent la forme en us ou os. et la forme en u ou o s'appliquent au nom d'un même monnayeur : Abundantius (n. « 2009) et ibi dancio (n, 2008), dans l'atelier de Silaniaco ; — Alafridus, Alafredos, (n. 2492, 2491) et Alafredo m. 2493), dans l'atelier i'Agenappio ; — Almundus m. 1865,1866) et Allamundo, Alemundo (n. 1863, 1864) à Cannât :- Guirius et Pelru cl [Guijrio (n, 92) a Lyon.
La seconde raison qui pourrait incliner à voir dans les terminaisons en o, comme qui précèdent, et dans les terminaisons eu u. i cl les que Launomundu (n. 144), Magnovaldu (n. 455), Gabiulfu (n. 1173), Aribaudu (n. 1720), etc., des nominatifs privés de l's finale, est que nous lisons sur un triens attribuable de préférence à Clovis III, Chlodovio rie (n. 71), c'est-à-dire l'union d'une forme d'ablatif avec un nominatif certain : et encore que nous lisons sur un triens, d'un côté Baudigisilo et de l'autre Ducceleno fie : (ii. 2551) ; pour ce qui regarde rnier triens. la lecture présente une première difficulté : il semble que Ducccleno, qu'on retrouve sous les formes/Jff v/,/iii, (n 2552) et Docili no (il. 2553), ii nom d'homme, et comme il y a de l'autre le nom Baudigisilo ou Baudogisi (n. 2552) ou Baudigisil (n. 2.V> : ;), le triens serait signé de deux monnayeurs, ce dont on a d'autres exemples, nous en avons cité un plus haut : S'il fallait joindre les deux légendes en une seule on aui ligisilo Ducceleno (ici, c'esl ■ H us' Baudigisilus a fait cette monnaie à Ducceleno. Quel que soit l'interprétation qu'on adopte, le sujet de rail un nom de la seconde déclinaison avec un nominatif > n o, car (ici est ici pour ficit.
Voyons maintenant si nous trouvons dans les noms de monnayeurs des tel s en faveur de la dision de l's au nominatif de la seconde déclinaison. D'abord, >' il est vrai que les monnayeurs inscrivaient leur nom au nominatif sur les monnaies, il n'est pas moins certain que d'autres fois ils le mettaient à l'ablatif. C'est ce qui apparaît nettement si, au lieu de nous arrêter aux seuls noms de la seconde déclinaison, nous considérons les noms de la déclinaison imparisyllabique en <i. unit. A côté de Imccio (n. 89), on trouve Duccione (n. 198) ; a côté de JSoi l 1543), J CM'. ! ».) : ri Dodo ia. L002 a 1004 et ll« .i I, el Dodone in. 2« i7j : à liri\is. on trouve Waldo (n. 371 et 372) ri Wal dont in. 368, 370). D'où il suit que Abundancio, Ala/rcdo. Pelru, Laumomundu, Aribaudu, etc., doivent être ce qu'ils paraissent, c'est-à-dire des ablatifs. Que les monnayeurs signent ou fassent signer à l'ablatif, il n'y a rien là qui puisse nous surprendre] si nous pensons à la confusion qui s'était établie au VIIe entre les cas obliques qu'on employait indifféremment les uns pour I L'ablatif a ici la valeur d'un génitif ». 0 i n i 1 est | l'emploi s'impose pour une marque de fabrique exprimée par le nom du fabricant. Sui des monnaies frappées, peut-être i mort ib i tout la lin du VIIIe, el |i gienni i, dans \l M. Vf. Wilmotti. m g. i,. I.l le|, i, » inici u paraisse une signature de monnayeur. nous I De ofjicina Maurenli' et Deoflcina Mar :t(i) (n. 87, 88). Un triens frappé à Vienne, au nom de l'empereur Maurice Tibère, D( oflicina Laurenti (n. 1303) : un autre triens du même atelier porte simplement Laurent : (n. 1304). Puis, sur quelques monnaies du VIIIe, le génitif s'est conservé : Baseliani Uzerche, a col. de Basilianus (n. 2016) ; Conslantiani (u. 405) à Argentat, Genobaudi (n. a Crisse (Sarthe), etc. Reste à expliquer les i Chlodovio rex et Ducceleno ou Baudigisilo ftci(t). La valeur des 11. casuels était ignorée du peuple au VIIe, si bien qu'on a pu employer un i comme n sujet. Ce n'est pas la uni' hypothèse sans fondement, car trois triens d'Essoncs in. 842 a s H) portent en de, d'un côté, Bellone mon ou Bellonemui -474 :1. - Verre franc. D'après Bnllrl. archêol. 'lu (historiques, 18'JT, p. 225. de l'autre, Exona ficit, ce qui doit se lire liettone mon- [etario] Exona ficit ; l'ablatif liettone est donc le sujet du verbe ficit.
Si l'on pouvait employer comme un nominatif l'ablatif d'un nom imparisyllabique, a fortiori, pareille confusion pouvait-elle si produire dans les noms parisyllabiques de la seconde déclinaison, d'autant plus que la terminaison en -ode de l'ablatif de cette déclinaison pouvait être prise pour la flexion du nominatif à cause du grand nombre de noms terminés en -o, -oïlis.
Quoiqu'il en soit, les légendes des monnaies nuvingiennes, bien loin de fournir des exemples de la chute de l's finale au nominatif, témoignent au contraire de la résistance de cette lettre flexionnelle. En effet, on peut citer un assez grand nombre de nominatifs (la première syllabe desquels l'u a disparu, alors que l's se maintenait). Ainsi non (n. 528) pour An pour Canlerellus (n. 1) dans un atelier de Dudoaldus ; Framigills (n. 19), pour Toulouse ; Fridics (n. 1) à Besam, à Riom ; Saturnins (n. 1916) pour Saturninus, dans un atelier indéterminé de la région de Rodez ; Viliimuds (n. 2654), pour Viliemundus (n. 2508). Ajoutons encore un nom de la troisième déclinaison : Vitals (n. 728) pour Vitalis, à Paris.
III. Verrerie franque. — La verrerie franque offre quelques types originaux, mais en petit nombre. Les tombes franques contiennent rarement des spécimens de la verrerie, tandis que la poterie est copieusement représentée. Cependant, il faut faire exception pour deux cimetières fouillés en 1890, à Mayot et Anguilcourt-le-Sart (canton de la Fère, arrondissement de Laon, Aisne). Les verriers francs du VIe étaient fort dépourvus d'imagination, ou bien leur disparition. Cependant, les verriers francs savaient enjoliver leurs œuvres, mais c'était à l'aide d'un autre procédé d'une exécution beaucoup plus facile. Ils se servaient pour cela d'une pâte d'émail plus ou moins liquide qu'ils appliquaient à froid à l'aide du pinceau. Comme cet émail se fondait à une température un peu inférieure à celle qui aurait pu déformer le verre, on voit qu'il suffisait de faire recuire les pièces décorées pour fixer très solidement l'ornementation. Quelquefois la pâte d'émail était très liquide, l'épaisseur des applications était alors presque insensible et les filets devenaient capillaires ; mais on pouvait, à l'aide d'une sorte de barbotine, obtenir de gros filets saillants ou des rinceaux d'un charmant effet. Les boutons... p. 229. La clientèle était fort accommodante, car ils semblent n'avoir connu et exécuté qu'une demi-douzaine de formes tout au plus. Il n'en était pas ainsi au VIIe ; les formes étaient multipliées, diversifiées, la technique s'est modifiée mais ne s'est pas améliorée. Au IVe, la pâte est généralement très limpide, translucide et incolore ; au VIe, il n'en est plus ainsi, le jaunâtre, le bleuâtre, le verdâtre ont presque tout envahi ; en revanche, les artisans sont parvenus à éliminer les bulles et les filandres, c'est à peu près le seul progrès accompli. À première vue, il est facile de distinguer les produits du IVe des produits du VIe grâce à une particularité : l'ornementation en filets de verre amollis à la lampe et collés sur la panse ou sur le goulot pendant qu'ils ne sont pas encore refroidis est à peu près uniforme au IVe, au VIe, elle a des blanchâtres qui souvent terminent les vases à fond conique et à panse déprimée, ont parfois le diamètre d'un gros pois.
On a retiré des fouilles de Mayot un cornet de verre bleuâtre à ouverture évasée (fig. 4743) et dont la lèvre montre un double bourrelet formé de multiples filets d'émail blanc offrant à peine l'épaisseur d'un fil. L'extrémité se termine en pointe, à la façon d'une amphore, avec un gros pois d'où sort un fil assez gros et saillant enroulé en spirale jusqu'à la naissance de la partie cylindrique. Ici la décoration change, elle se compose de six boutons de verre transparent figurant les points d'attache d'un lambrequin en forme de draperie dont les plis, figurés par des filets d'émail, sont en s'élargissant des extrémités au milieu. La ductilité de la pâte ainsi employée permettait d'heureuses combinaisons artistiques. La sépulture d'un riche guerrier, trouvée à Anguilcourt-le-Sart, renferme, parmi un abondant mobilier funéraire, une coupe de verre verdâtre dont toute la surface extérieure a été décorée à l'aide de rinceaux circulaires qui, en se croisant et se recroisant, s'amincissant aux extrémités pour s'élargir sur les bords de la coupe, produisent un ensemble d'un effet que l'on pourrait comparer à une tulipe.
La hardiesse de l'exécution, alliée à une entente parfaite des principes de l'art décoratif, avait fait de cette simple calotte de verre un objet d'une grande valeur artistique. Dans tous les cimetières, et même dans ceux d'Outre-Rhin, le type de ces verres en cornet est caractéristique de la verrerie franque : il fallait les poser sur une couronne afin d'en faire usage, doute à la façon de nos lampes d'église. Le diamètre de ces petits vases variait entre 8 et 12 centimètres, la profondeur entre 1 et 6 centimètres. À Mayol et à Arcy-Sainte-Restitute, on a rencontré deux bouteilles à large base, couvertes d'ondulations, en une nouveauté, car on sait que c'est par le même procédé qu'on inscrivait sur le fond des barillets le nom du fabricant. Plusieurs spécimens en ont été retrouvés. Un ut d'Armentières (arrondissement de Château-Thierry, Aisne) ; il offre à la partie centrale un chrisme étoilé, à six rais, la boucle du R majuscule n'étant pas visible (voir au mot Chrisme). Autour du chrisme ondule une ligature sainte, à laquelle, par de petits pédoncules, six feuilles cordées et piquantes sont attachées. La surface est couverte d'imbrications à la manière des pommes de pin, à moins qu'on n'ait voulu reproduire une aigrette. Ce type aura joui d'une certaine vogue, car on le rencontre sur plusieurs exemplaires, différant entre eux par des variantes. Le musée de Namur possède une coupe presque semblable, à la différence qu'entre les feuilles quadrillées pendent des raisins. Deux autres coupes du même musée proviennent l'une d'Epraves, l'autre de Namur même. La première offre un monogramme occupant le fond du vase et une partie de la panse.
471... — Coupe de Sablonne, 1746. — Lentille de Mayot, 1, 17. D'après le Bulletin archéologique du Comité, 1897, p. 230.
Coupe de Mayol, émail blanc. Cela était de la production industrielle, il y avait aussi une verrerie de luxe. À Arcy-Sainte-Restitute, on a trouvé un collier composé de deux cent vingt perles de verroterie et un vase en terre dont la partie supérieure était percée d'ouvertures rondes destinées à recevoir des lentilles de verre blanc.
Les objets que nous venons de décrire, rapprochés des monnaies trouvées dans les mêmes fouilles, ne peuvent appartenir qu'au VIe, à ses débuts. Ainsi, à cette date, au confluent de l'Oise et de la Serre, se trouvait une population chrétienne jouissant d'une certaine aisance. Nous lui voyons faire usage d'un procédé de fabrication qui se retrouve dans la province de Namur, c'est-à-dire à une distance considérable du Laonnais et du Soissonnais, et ce procédé consistant en une pression exercée sur le verre ramené à l'état plastique par une chaleur modérée, remplace celui de la gravure usité au IVe. Il est possible qu'il ait existé au VIe, aux environs du confluent de la Serre et de l'Oise, une verrerie importante faisant usage des sables du Soissonnais auxquels s'approvisionne aujourd'hui la glacerie de Saint-Gobain. De ce centre, l'exportation par les voies fluviales aurait répandu ses produits dans l'Entre-Sambre-et-Meuse et la Gaule Belge. Mais ce qui, d'un autre côté, est certain, c'est qu'au IVe, il existait une verrerie dans la province de Namur. En effet, bien que les verres de Furfooz, de Spontin, de Samson aient des formes identiques à celles des verres de la même époque que nous trouvons à Homblières et à Vermand, la matière n'est pas la même ici que là-bas ; autant dans la région de l'Oise elle est incolore généralement, autant en Belgique et dans le Luxembourg elle est impure et colorée en jaune ou en vert par les oxydes dont sont chargés les sables belges. Puis il y a dans le travail une sorte de rudesse, d'inhabileté qui distingue très visiblement les produits belges de ceux, bien plus parfaits, de la Picardie. Il a dû en être de même au VIe. Nous penchons donc pour la seconde hypothèse et nous avons la conviction, en présence surtout de la similitude des produits des deux pays, quant à la forme surtout, que si les officines étaient permanentes, les ouvriers verriers devaient aller souvent des unes aux autres, tout comme cela existe encore de nos jours.
IV. Terre cuite. — Un curieux bas-relief en terre cuite fut trouvé, en 1849, à Saint-Mathurin (Maine-et-Loire), à l'extrémité d'une pièce déterre dite du Chardonnet, baignée par le ruisseau de la Devisserie. Là se trouvaient groupés une douzaine de tombes à la profondeur de 40 à 50 centimètres ; cinq orientés au nord, deux au sud, cinq à l'ouest. Ils étaient faits de briques et de longues ardoises brutes, en forme de trapèze, avec un toit aplati, leur longueur était de deux mètres en moyenne. Les squelettes étaient conservés. Un était couché sur le ventre, les bras en croix, la tête au sud, on avait pour cela été obligé de percer les parois latérales de la tombe et de façonner sur chaque bras une petite rigole en ardoises sèches. Une autre tombe, la tête tournée à l'ouest, renfermait un personnage sur le cœur duquel avait été placé un bas-relief en terre cuite, haut de 16 centimètres, large de 10, représentant une croix grecque placée au centre d'un fronton triangulaire et posée sur un cep de vigne qui plonge ses racines dans un petit vase et se termine par une grappe de raisin. Ce pampre sert d'encadrement à un buste dont les traits sont fort altérés et qui, ainsi rapproché de la vigne — ego sum vitis vera — semble bien vouloir figurer le Christ. Ce monument remonte au IVe ou au Ve ; les briques à crossettes, c'est-à-dire à rebords employées pour les tombes, suggèrent à elles seules cette date que confirme le type et le symbolisme du bas-relief.
V. Climat de la France. — Les géographes anciens ne se donnaient pas souvent la peine de regarder de fort près ce dont ils parlaient. Strabon, Pline, Dioscoride, Diodore de Sicile s'en rapportaient aux récits qu'on leur faisait des contrées dont le remplacement leur était mieux connu que les particularités. Ils parlaient de la Gaule, comme en pouvaient parler des Orientaux ou des Méridionaux, avec leur éloquence et leur imagination. Ce sont cependant leurs prétendus témoignages qui ont servi à étayer une thèse sur le climat de la France, climat qui, très froid du temps de Jules César, se serait échauffé peu à peu jusqu'au Ve. La preuve de cette élévation de température on pensait avoir trouvé dans le fait : 1° de la gelée des rivières de la Gaule ; 2° de l'entrée tardive des troupes en campagne. La première preuve repose sur un passage de Diodore de Sicile, qui ne dit pas ce qu'on lui a fait dire, il ne dit pas que « toutes les rivières navigables de la Gaule, sans en excepter le Rhône, gèlent aisément », mais cet historien, après avoir énuméré plusieurs des rivières de la Gaule, au nombre desquels il place le Danube, ajoute quelques lignes plus loin des paroles qui ne s'appliquent ni au Rhône ni aux autres rivières : « Il est encore d'autres rivières navigables qui gèlent de manière à former un pont sur leurs eaux ». Les mots « en excepter le Rhône » et « aisément » n'ont jamais fait partie du texte de Diodore. L'entrée tardive des années en campagne est généralement non pas une règle absolue, puisque Grégoire de Tours parle d'une expédition entreprise au milieu de l'hiver, par Arbogast (Hist. Francor., 1. II, c. ix) : Ratus luto onus Francorum recessus penetrandos urene, cum decussis foliis nudis arborum insidiantes occultare non possent. La température n'était pas la seule raison du retard des campagnes jusqu'à la saison d'été. Les expéditions, presque toutes dirigées contre la Germanie, imposaient d'immenses convois qu'il fallait amener de fort loin et, parfois, des extrémités de la Gaule. C'est ainsi que Julien tirait de l'Aquitaine les approvisionnements qu'il expédiait vers l'Escaut. D'ailleurs, en hiver, l'état des routes rendait les transports presque impossibles.
S'il est possible de rencontrer dans Grégoire de Tours des exemples de floraisons ou de fructifications précoces et d'en déduire la douceur du climat, il est également possible de signaler des gelées hâtives, des hivers rigoureux dans les différents écrits du même écrivain. Mais il est par trop arbitraire de prétendre tirer argument de faits que Grégoire lui-même tient pour exceptionnels ou, pour mieux dire, prodigieux. L'Hist. Franc, V, xiv, mentionne hoc anno multa prodigia apparuerunt in Galliis, vastationes quae multae fuerunt in populo ; nam mense januario rosae visae sunt. De même, au mois de décembre, une poussée hâtive de sève jette fleurs et feuilles sur un buisson de l'Orléanais et le souvenir de ce prodigium se conservera, grâce à sa coïncidence, avec une translation des reliques de saint Benoît. De tout ceci, il n'y a pas plus à tirer des conclusions pour le climat que de la naissance d'un monstre à deux têtes ou à trois pieds pour la conformation des individus à l'époque mérovingienne. D'autres arguments ne valent pas plus que ceux qu'on vient d'examiner. Des pluies, des inondations sont des phénomènes passagers et qui ne se sentent pas avec la nuisance deux ans de suite. On peut se faire une idée du climat par le souci qu'en avait gardé un stylite nommé Vulfilaïc, qui racontait à Grégoire de Tours le fait suivant : « Dans le territoire de Trêves, sur une montagne... j'élevai une colonne, au haut de laquelle je me tenais avec de grandes souffrances, sans aucune chaussure. Et lorsqu'arrivait la saison de l'hiver, tellement brûlé par la rigueur de la gelée, que la violence du froid glaçait mes pieds et que l'eau glacée pendait à ma barbe en forme de chandeliers. Car cette contrée passe pour avoir très fréquemment des hivers rigoureux. » En résumé, rien dans les renseignements fournis par l'histoire n'autorise à supposer que, depuis la conquête romaine, le climat de la France, en général, ait été sensiblement modifié.
VI. Densité de la population. — A s'en tenir aux indications d'un document du IXe, le polyptyque d'Irminon, un domaine de 2 210 kilomètres carrés contenait une population de 18 000 habitants, soit une densité moyenne de 8,5 habitants par kilomètre carré, chiffre très faible, puis que la densité actuelle en France dépasse 70 habitants par kilomètre carré. Mais, ainsi qu'on doit s'y attendre, cette population était très inégalement répartie ; on comptait 72 habitants par kilomètre carré sur les terres labourées et presque personne sur les terres boisées, celles-ci occupant 91 pour 100 du domaine total. Enfin le nombre des enfants est infime : il ne dépasse guère le nombre de deux par famille. Ce dernier point semble, au premier abord, confirmé par d'autres documents de la même époque. D'après le polyptyque de Saint-Rémi de Reims, rédigé vers l'année 850, on trouve dans les domaines de cette Église une moyenne de 2,6 ou 2,5 enfants par ménage. Toutefois, il importe d'ajouter que les enfants adultes d'une famille cessent de figurer dans le recensement. Dans l'Église de Marseille, le dénombrement des mancipia, en 814, donne une moyenne de 3,8 enfants par ménage, sans que les adultes des deux sexes soient comptés. Sur ce point, les chiffres du document d'Irminon ne vaudraient donc pas ; en outre, la population habitant les propriétés de l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés était répandue dans une contrée située au sud-ouest de Paris, région où la densité de la population a toujours été très faible, région plus boisée du reste, mais pas plus que le reste de la France. Ce serait une erreur de croire qu'une grande étendue de bois eût entraîné le petit nombre des habitants par suite de l'impossibilité de les nourrir, car alors on pâturait les bois, on y nourrissait des troupeaux de porcs et même des troupeaux de bœufs.
On peut contester des documents si anciens, on peut hésiter entre 2 ou 3 enfants par famille, il est certain que le nombre des enfants était peu élevé. D'une part, on peut arguer que le polyptyque d'Irminon ne parle pas des personnes absentes du domaine ni de la population urbaine, mais d'autre part, on n'a cependant obtenu cette proportion de deux enfants par ménage qu'à la condition de compter en qualité d'enfants tous les membres de la famille qui ne sont pas désignés comme chefs de ménage (mari et femme) ; or, parmi ces membres, il se trouve des parents autres que les enfants et étrangers, dont le nombre compense peut-être celui des enfants, car on émigrait du domaine de Saint-Germain-des-Prés dans d'autres logis que de nier que la réciprocité n'eût lieu.
Le cartulaire de Saint-Victor de Marseille montre que les enfants établis ailleurs sont montrés ; on ne constate qu'une faible proportion de familles d'origine mixte ; on trouve, en effet, 24 maris ayant des femmes d'autres domaines. Si les... Il est difficile de déterminer le climat... de Palaiseau au IXe : c'est-à-dire d'un petit coin de terre de 1 061 hectares, et a comparé l'état ancien avec l'état de la population de la culture et de la production vers 1832, d'où il a conclu que la population de ce finage n'était inférieure que d'un quart à la population de la même commune au XIXe. Toutefois, il faut observer qu'il a calculé sur un fisc qui était relativement plus peuplé que les autres et n'a pas tenu compte des forêts.
Levasseur, comptant les habitants des manses tributaires, leurs esclaves dont il n'est pas fait mention dans le polyptyque, attribuant aux terres cultivées des manses seigneuriaux la même population qu'aux manses tributaires, et accordant (d'après les données du recensement de 1886) 5,1 habitants aux forêts, estime que le chiffre de 22 000 habitants qu'il a obtenu par ce procédé pour le domaine de Saint-Germain est suffisamment justifié et correspond à la densité de 10. Mais il ne s'agit dans ce calcul que du seul domaine susdit, et ce serait s'aventurer beaucoup d'appliquer ces chiffres à la France entière.
En multipliant le nombre 10 par la superficie actuelle de la France, on trouve un nombre rond de 5 300 000 habitants, nombre trop faible, puisqu'il n'est calculé que d'après une population rurale. La proportion entre la population urbaine et la population rurale se modifie rapidement, eu égard aux conditions économiques générales ; en 1790, elle était de 22 pour 100, en 1886, de 36 pour 100. Nous ne possédons aucun élément d'évaluation pour la population urbaine au IXe, mais des travaux conduits séparément amènent leurs auteurs à des conclusions analogues.
Inama-Sternegg, d'après les textes allemands, estime que les familles étaient peu nombreuses au IXe ; Lamprecht croit que le pays rhénan devait avoir en l'an 900 vingt fois moins d'habitants qu'en 1880 ; Levasseur admet que la France aurait possédé approximativement au IXe huit millions d'habitants.
Tur CLEME TE ROG NTISSIM AMUS ET PER IHM UT ACCE XRM FI PTA ABE LIUM TU AS ET BENOSTRUM HEC DCNA
L'écriture fait songer aux caractères onciaux anglosaxons ou irlandais ; on ne peut les déchiffrer qu'à l'aide d'une forte loupe. Passavant a lu, à tort : hapeas et penedieas. Sur la patène, trois hosties pour la communion du clergé. La nappe est ornée de dessins brodés ou damassés. Au pied, la schola cantorum. H. Leclercq.
FREISINQ * (Manuscrit liturgique DE). Sous la cote Theul. in-4 », n. 16, on conserve à la Bibliothèque royale de Stockholm, un sacramentaire en parchemin, 370 feuillets, 0,265 m. de haut sur 0,235 de long, du XIe, avec neumes, fol. 4° : Liber sacramentorum de circulo anni, exposilus a sancto Gregorio, papa Romano, fragment de calendrier, où on lit : III nonas julii Oudalrici, episcopi. Nonis julii Vuillibuldi, episcopi. un idus julii Margarete, virginis (Adeheilhsubmersa). xviii kal. septembris. Ypoliti, martyris. Vuigberti. x kal. octobris. Mauricii, cum sociis suis, et sancti Emmerani, martyris. vin kal. octobris Conceptio sancti Johannis Baptiste. Sancti Hodperti, episcopi. Idibus octobris, Vigilia sancti Galli confessoris. xvi kal. novembris, Depositio sancti Ga l'i. vin idus novembris, Vuillibrodi, episcopi. un idus novembris, Dedicatio ecclesiae sanctae Aflrœ.
fol. 180 : litanies ; on y rencontre les noms de Galle, Magne, Otmare, Corbiniane, Oudalrice, Pirmini..., Vualdpurgis. H. Leclercq.
FRÉJUS (Manuscrits liturgiques de). — l.'(R. 1) Sacramentaire de l'église cathédrale de Fréjus. XIIe. Fol. 1. Ancienne garde qui est un fragment d'un antique épistolaire. Fol 2. Bénédictions pontificales. — Début : Benedi[ciio] in sabbalo sancto. Deus qui de Ecclesie lue intemerato utero novos populos producens... formules pour la bénédiction à donner par l'évêque à chacune des grandes fêtes, aux fêtes communes et pour la bénédiction quotidienne. — Fin : Que ad veram salutem pertinent peragalis. Quod ipse preslare.
Fol. 7. Office pontifical du Vendredi saint. • In Paraceven, orationibus omnibus expletis, duo presbiteri.... — Fin :...l'oslea privatim cantantur vespere, et sic vadunt ad mensam.
Fol. 8. Incipit ordo ad reconsiliandos sacros ordines per impositionem munus episcopi.
Fol. 10. Ad consecrandam palenam..., ad calicem.., benediclio corporalis palle.... ad vestimenta sacerdotalia.
Fol 13. Oratio ad consignendos sive confirmandos infantes ad clericum faciendum....
Fol 15 termine le Pontifical.
Fol. 16-17 contiennent des oraisons pour la Noël (autre main et autre date).
Fol. 18. Prières préparatoires à la messe. Ordinaire de la messe jusqu'au canon, avec le Gloria et le Credo. Dans le premier, nous trouvons les variantes : Propter tuam magnam gloriam » et : Quia tu solus sanctus. dans le second : Et vitam futuri seculi, comme dans les Chartreux.
En janvier : Anlonii con'. Speusippi, Elasipi et Melasipi, mart. ; t^ti mal : Mamerti, episc, Poncii, nuirl., Majolis, abbatis.
En juin : Ciriei et Jolilc, martyris ejus, mur !., Irenei, episc. et mart, et sociorum ejus.
En juillet : Victoris mart. sociorum que ejus.
En septembre : Siri et Juencii episc. et cuiif.
En octobre : Dionisii ariopagitc, episc. et mart, et : Dionissi, mari, et sociorum ejus. le 30 : Marcelli, ccnlurionis, mart.
En novembre : Aciscli et Vielorie, mart. Pétri, episc. cum nliis dclx, mari.
En décembre : Grisant i et Darie, mart. et Leone u.
Fol. 29. Ici commencent les préfaces. — De Nativitate Domini : Elerne Deus, Quia per incarnati Verbi.
Fol. 30 v'. Le Christ en ciel. Fol. 31. Préface et canon de la messe. — Per omnia secula seculorum. Amen. Dominus vobiscum. El cum spiritu tuo.
Sursum corda. Le V du Vere Dignum et le T du Te igitur sont omis.
Fol. 52. Au premier mémento, après et omnium circumstantium, on ajoute : al que omnium fidelium christianorum.
Fol. 55 v« . Les prières avant la communion offrent des différences avec le texte de la liturgie romaine. — Hec sacrosancta commixlio corporis et sanguinis D. N. J. C, fiat, mihi et omnibus, sumenlibus salus mentis et corporis, et ad vitam capescendam eternam préparai \io salularis. Amen.
Oratio unie corpus : Domine, non sum dignus te suscipsere tantum obsecro, propicius esto mihi peccatori, et presla, ut hec veru corporis et sanguinis tui porcio non sil mihi ad judicium, ne que ad dampnalionem, sed sil omnium peccalorum meorum oblata remissio, anime que. et corporis meipia gubernacio, et potens ad vitam introduclio Qui cum Patre.
Alia Domine Jesu Christe, fili Dei vivi.. IHaceat tibi, sancta Trinitas.. propiciabile..
Ainsi se termine l'ordinaire de la messe.
Fol. 56 v°. Commencement des diverses messes de l'année. — In vigilia natalis Domini. Oratio. Deus, qui nos redemptionis... Comme dans les anciens sacramentaires ou missels non pléniers, il est indiqué pour chaque jour que les trois oraisons (désignées ici sous les titres de Oratio, Super oblata, Ad complendum), avec les changements qu'il peut y avoir à faire à la préface et au canon.
Fol. 62 v°. Formule de l'imposition des cendres. — O homo, recognosee quia pulvis es et in pulverem reverteris, cinis es et in cinerem ibis Ideo, âge penitenciam, et habebis vitam eternam. Per Christum...
Fol. 106. Commencement des fêtes des saints. — In natali sancti Stephani. Oratio. Da nobis, quesumus. Domine.
Fol. 129. Le jour de la Transfiguration, 6 août, on ait les raisins. — In transfiguratione Domini. Benedictio, Domine, et nos fructus novos une... icramentairc finit au fol. 173 \°, après les messes pour les morts et pour diverses circonstances.
Les folios qui suivent n'en faisaient pas partie, siècle, saint Dominique, saint François Claire, saint Antoin de Padoue, saint Louis, dont quelques-uns y furent ajoutés postérieurement, nous renvoie forcément vers l'an 1200. Le calendrier ne contient ni la Visitation, ni la Présentation, ni la Conception de la sainte Vierge, ni la Transfiguration.
(R. 2) Missel de Fréjus. XIIe s. Lettres ornées à la préface et au canon, Per, Vere Te igitur.
Fol. 1. Feuillet d'un ancien graduel, contenant une partie de la messe de l'Assomption, notée en neumes.
Fol. 2. Préface. Per omnia secula seculorum. Amen. Sanctus, Sanctus, Sanctus.
Après ceci, et avant le canon, vient la prière : A péri, Domine, os meum ad benedicendum nomen tuum, munda que cor meum ab omnibus variis et nequissimis cogitationibus, ut exaudiri merear, deprecans pro populo tuo, quem elegisti tibi. Te igitur, ctementissime Pater...
Fol. 7. Messe de l'Avent : Rurale celi desuper... — Les messes contenues dans ce volume sont en petit nombre, et rangées dans un ordre peu ordinaire, dont nous donnerons une idée en citant les titres : l'Avent, la sainte Vierge, l'Assomption (avec trois proses), In commémoration B. M, In Nativitate Domini, In Epiphania Domini, In Annuntialione B. M, In die Pasche, In die Ascensionis, In die Pentecostes, Missa de Angelis, De Tnnitale, la Sainte-Croix, Pro peccatis, Unius apostoli, Unius martyris, Plurimorum martyrum, Unius confessoris, Plurimorum Confessorum, etc.
VII (R. G.) Rituel d'Arles. XVe s.
Fol 1. In nomine D. N. J. C, Amen. Incipit succurrio sive ordinarius sacerdotalis de collacione seu amministracione sacramentorum ecclesiasticorum, secundum usum venerabilis ecclesiae Ulicensis.
11. Leclercq. Deux titres furent principalement employés par les fidèles dans les premières générations pour se désigner : ils se donnaient les noms de frères (ou de sœurs) et de saints. Ce dernier titre se trouve encore employé dans les canons de Grégoire le Thaumaturge pour désigner les laïcs, mais il n'est plus là qu'une réminiscence, et, après le milieu du IVe, ce nom de « saints » est assez généralement délaissé. L'appellation de frères, associée à la précédente, est plus durable. Si l'une exprimait l'étroite union qui existait entre les chrétiens et Jésus, source de toute sainteté, l'autre mot, qui présidait entre tous au nom de Jésus, était un titre qu'il aurait pu leur donner, combien différent de cette appellation vide qu'on employait dans quelques associations païennes, comme celle des frères Arvales. Les Juifs aussi faisaient usage de ce titre de frères, mais c'était une appellation plutôt protocolaire, et restreinte à des liens de tribu ou même d'école. Le véritable initiateur du sens nouveau, intime, familial donné au mot frères était le Sauveur lui-même, lorsqu'il désignait ses disciples, il les appelait sa mère et ses frères : Ἀδελφοί. Saint Paul s'exprimera de même : Ἀδελφοί. Clément de Rome, la Didaché, les Apologistes conservent et emploient cette locution, et Tertullien, toujours ami des outrances, ne veut pas réserver ce nom pour les seuls fidèles, il l'étend à tous les hommes : Fratres etiam vestri sumus, jure naturalis matris unius. Athénagore, qui n'ignore pas à quels sous-entendus outrageants donne naissance ce titre de frère ou de sœur, s'adresse aux païens et leur dit : « Selon la différence des âges, nous traitons les uns de fils et de filles, tels autres de frères et de sœurs, tels autres de pères et de mères, mais ces titres de parenté n'entraînent aucune souillure ». Minucius Félix proteste lui aussi contre les accusations infâmes portées contre les fidèles : « Ils se connaissent à des marques, à des signes secrets ; ils s'aiment presque avant de s'être connus. Puis la débauche devient la religion, le lien qui les enlace. Ils s'appellent sans distinction frères et sœurs, si bien que par l'emploi de ce nom sacré, ce qui ne serait qu'adultère ou fornication devient inceste ». Mais Minucius répond : « Si nous sommes animés d'un mutuel amour, cessez de vous plaindre, car nous ne savons pas haïr ; si nous nous appelons frères, n'en soyez pas jaloux, n'avons-nous pas le même Dieu pour père ? N'avons-nous pas tous la même foi, et ne sommes-nous pas tous héritiers de la même espérance ? Pour vous, vous ne pouvez vous reconnaître à aucun signe ; vous êtes constamment dévorés de haines mutuelles et ce n'est que dans le parricide que se manifeste votre fraternité ». Tertullien dira aussi : « Combien avec plus de raison on nomme frères et on regarde comme tels, ceux qui reconnaissent en Dieu le même père, qui s'enivrent du même esprit de sainteté, qui, sortis du sein de la même ignorance, ont été frappés de l'éclat de la même vérité ? Mais peut-être on nous regarde comme des frères peu légitimes parce que notre fraternité ne fait jeter aucun cri à la tragédie ; ou bien parce que les biens que nous possédons nous unissent comme des frères, ce qui, parmi vous, dissout presque toujours la fraternité ». Au IIIe, le vocable devient d'un usage moins fréquent, mais on le rencontre cependant dans les Philosophumena, dans les Actes du martyre de saint Pionius et saint Cyprien commence volontiers ses lettres par la formule : Dilectissimi fratres ; il ouvre ainsi son traité De lapsis ; et s'il en est ainsi, c'est que le titre de frère est en quelque sorte le témoignage public de l'initié : Nos autem postquam eum qui fidem suam et assensum doctrinae nostrae testatus est, sic abluimus, ad eos qui dicuntur fratres adducimus. Frères, pour n'être plus d'un usage aussi courant, reste néanmoins bien acclimaté dans la langue ecclésiastique. Les confesseurs de la foi donnent ce titre aux évêques et aux clercs ; de leur côté, les dignitaires de l'Église donnent aux fidèles ce même titre comme une marque d'honneur. Constantin lui-même, s'adressant aux évêques et aux chrétiens, les traite de ἀδελφοί ; et le nom de frères sera employé encore longtemps, car « il n'y a pas d'autre cause à ce nom de frères que nous nous donnons réciproquement que la conviction que nous sommes égaux » ; et saint Augustin : « Aucun précepte ne nous est plus caché, de nous appeler frères, même à ceux qui nient être les nôtres ». L'épigraphie nous conserve plusieurs témoignages de l'emploi des noms de « frères », « sœurs », « fraternité ». Le corps entier des fidèles s'appelait volontiers : ecclesia fratrum, cuncti fratres, fratres, fraternitas. L'inscription la plus célèbre qui conserve cette mention est celle de Cherchel (Dictionnaire, t. I, col. 813, fig. 175 ; cf. col. 774, 2795-2797 ; t. III, col. 1275-1276) : Aream al sepulchra cultor Verbi coniunxil. El cellam struxit suis cunctis sumptibus, Ecclesiae sanctae hanc reliquit memoriam. Salve, fratres, puro corde et simplici : Evelpius vos saluto sancto Spiritu. Ecclesia fratrum hanc restituit litulum M. Antoni Iuliani Severiani, clarissimi viri. Ex ingenio Asterii. « Un adorateur du Verbe a donné l'area pour les sépultures, et a construit la cella entièrement à ses frais ; à la sainte Église, il a laissé ce monument. Salut, mes frères, au cœur pur et simple. Moi, Evelpius, je vous salue au nom du Saint-Esprit. « L'Église des frères a restauré ce lilulus de M. Antonius Iulianus Severianus, clarissimus vir, de la composition d'Asterius ». Cette inscription rappelle qu'un nommé Severianus donna à la communauté chrétienne de Césarée un terrain destiné à servir de cimetière ; il y fit bâtir un oratoire, et l'évêque Evelpius prit possession de l'area et de la cella au nom de son Église, alors il s'adressa à un poète de sa connaissance qui composa cinq vers iambiques, incorrects, mais naïfs, dans lesquels l'évêque donne à ses ouailles le nom de frères. Plus tard, au cours d'une persécution sans doute, le monument fut détruit ou mutilé ; il fut rétabli, recopié, et imité, mais on y ajouta une ligne rappelant cette restauration, laquelle n'est guère antérieure à la deuxième moitié du IVe. À cette date, on employa encore l'expression ecclesia fratrum. Le titre primitif devait appartenir au IIe. Sortons de cette Église de Césarée, rappelons une autre inscription ainsi conçue (fig. 913) : In memoria eorum quorum corpora in ac cubitorio hoc sepulta sunt Attimi Caritalis Julianae Rogatae matri Victoris presbyteri, qui hanc locum cunctis fratribus donavit. Ici, c'est le prêtre Victor qui donne à la communauté qu'il gouverne le titre de cuncti fratres. Ceci a fait supposer à J.-B. De Rossi que les fidèles auraient adopté le titre de fratres, ou ecclesia fratrum, pour se constituer en collège funéraire. Ce n'est qu'une conjecture. Sur une inscription d'Euménie (voir ce mot), on rappelle la mémoire de cinq enfants morts en même temps ; on lit sur une face latérale du cippe : Εἰς τὴν κοινὴν τῶν ἀδελφῶν... τῶν ἀδελφῶν. Cette stèle touche à la partie est de l'area des frères. À Héraclée du Pont, Cyriaque d'Ancône lut l'inscription suivante : Αὐρήλιος Ἀντωνιανὸς... καὶ τὴν θυγατέρα μου... καὶ τὴν μητέρα μου... Ἀὐρηλίαν... ἡμῖν... τὸν πατέρα... τὸν ἀδελφὸν... Ἀὐρήλιον... ἔτεぽν... βασιλεῖ... τοῖς ἀδελφοῖς. Un des plus anciens témoins épigraphiques à Rome est une inscription datant du IIe, qui rappelle les réunions des chrétiens dans les catacombes, mentionne le memento pour les défunts et nous donne un texte en partie liturgique. L'inscription couvrait trois plaques de marbre qui fermaient un tombeau du premier étage de la catacombe. Des pierres originales, il n'en reste que ci : « Et ainsi que Dieu a dit en chassant Adam : Tu as été pris de la terre, tu retourneras à la terre, de même notre Agape, notre fille, repose ici dans le tombeau, parce que le Christ l'a voulu ; elle est morte en la vingt-septième année de sa vie : c'était le plein âge que lui avait assigné le Christ. « Eucharis est ma mère, Pie mon père. Je m'adresse à vous, mes frères : quant vous venez ici prier, et que dans les prières communes vous invoquez le Père et le Fils, n'oubliez pas de grâce de vous rappeler la chère Agape, afin que le Dieu tout-puissant garde Agape dans l'éternité ». Nous citerons encore un document du IVe utile à connaître, la lettre écrite sur papyrus par un certain Justin au « frère Paphnuce, en des termes fort respectueux » : [Τῶ] ξοιϰο |ἱου... [ἱ]λαροῦ... [ἀ]δελφοῦ... [Π]αφνουκίου... [Χ]ριστου... [ἐ]ν... [τ]ῷ... [ἀ]δελφῷ... [Π]αφνουκίῳ...
uant vous venez ici prier, et que dans les prières communes vous invoquez le Père et le Fils, n'oubliez pas de grâce de vous rappeler la chère Agape, afin que le Dieu tout-puissant garde Agape dans l'éternité ». Nous citerons encore un document du IVe utile à connaître, la lettre écrite sur papyrus par un certain Justin au « frère Paphnuce, en des termes fort respectueux » : [Τῶ] ξοιϰο |ἱου... [ἱ]λαροῦ... [ἀ]δελφοῦ... [Π]αφνουκίου... [Χ]ριστου... [ἐ]ν... [τ]ῷ... [ἀ]δελφῷ... [Π]αφνουκίῳ...
5 f)[v ïâei Ypa](pîjv[a]i re[p6ç rr ;i] 0 »))V ^[TJCTTÔTJTJTAV, X.ÙpiE liOU àya-'.T :' 7U(rreûou,ev yàp T ?)V 7ioX'.TÎa[v a]ou èv o'jpavû. èyîÔîv 0eopoûu,év ae xèv 10 Sca-ÔTTjvxxi xevov (-)à[T]pto[vaj. ïva oijv ;iT) ;toXXà ypâtpco xai Èv yàp [TroJXXfl XaX'.â oûx èxçeû ! ;ovT[ca] (t)ï ;(v) àuapTÎr, ~y.^y.y.y.\û> [o]5v, 15 8éa7to-a îva [jlv7)[i.ov[s]Ù7)ç u.01 elç Tàç àytaç acu sù^àç, îva Suvy]6û^.cv u.époç tûv (au :-) apTiôiv • eïç yàp lu.El tov — apxxa20 Xû SÉÎEaOat to [iixpàv è/.éou Sià toû ^gzcov MayaptoU« TroXXà TtpoaaycopE'J(co) -àvteç toÙç ïj^âiv èv xw èppto 25 fiévov ac tj 0îx 7ipévoia <puXà ;x['. | è-l (léyiarov xpôvov èv xco Xco xupis àya7nr)T[é] Au uerso XpT)OT0<p6p[0U] seigneur. Nous croyons que vous êtes citoyen du ciel, à cause de quci nous vous regardons comme maître et patron Afin de ne pas passer par trop de discours pour un paresseux babillard (car dans la profusion des paro les on n'échappe pas au péché), je vous prie, maître, de vous souvenir de moi dans vos prières afin que je puisse obtenir le pardon de mes péchés. Car je suis pécheur. Acceptez, je vous prie un petit présent d'huile des mains du frère Macaire. Tous mes respects à tous mes frères dans le Seigneur. Que la divine Providence vous conserve en bonne santé pendant longtemps dans le Seigneur Christ, mon seigneur. « A mon seigneur et cher frère Paphnuce, fils de Christophore, de (la part de) Justin. » C'est encore à la prière des frères qu'on recommande Luci/ere conjugi dulcissime, omnem dulciludinem cum tuctum Maxime marilo reliquissel meruil titulum inscribi ut quis que de jralribus legeril roqet Deu ut sanelo et innocenti spirito ad Deum suscipealur. Cette prière, est assurée à Alexandre à qui les frères décernent le nom de frère : et de même pour Leontius à qui les frères adressent dans sa.tombe du cimetière de Priscille, le dernier adieu ' : AXAFR A TR 1 BVS VALE Avant de quitter la catacombe de Priscille, voici encore une épitaphe ' : 10VQ TH K Domino fratri Philonico soror fecil forte qui fuit et vixil indissolubililer mecum annos XXX. 11 est possible qu'il s'agisse ici d'un frère et d'une sœur selon la nature ', mais on peut aussi entrevoir une union spirituelle dans laquelle chacun garda la virginité. Au contraire c'est encore à tous les fidè les que s'adresse cette formule sur une inscription qui a fait partie du musée Olivieri à Pesaro ' : ZCOCIMOC ■ KAI ■ EYNEIKH TCO • IAIC0 ■ TEKTCO ■ EYNEI KCO ■ KAACOC ITZICOMENCO THNXAPHN-TOY-GEOYEIPH 5 NHNEXETE AAEA<t>OI Zc>>aiu.o ;x'ù EûveLxr] tcô 18Î<o tsx[v]&i Eùvaxco xocXtûç [ï)]i ;co(jivcp Try [xl^pv toû ©soû é^ste Même au iv« siècle nous voyons encore usité ce vocable de frères. Une inscription de Sataf, Aïn Kebira de l'année 369 '. Il y a ici deux épitaphes et le retour du mot fratris dans la deuxième semble indiquer qu'il ne s'afîi t pas d'une famille, mais de Ddé les qui se donnent un titre ce que nous voyons d'ailleurs sur une inscription du porti que de Babiska (voir ce mot, t. h, col. 20-21), en 536, de notre ère :• Les frères Sargon et Théodore et Bakkos achetèrent les jardins, moi, le frère Yohannan, fils de Zakkai j'ai construit et mené a terme... A cette date tardive, il esl peu probable que le mot frère soit entendu dans son sens primitif, ces « frères » sont sans doute les membres d'une confrérie ous i voir !ii). Nous ne ferons qu'indiquer d'un mot la fort une réservée au mot • frère ■ par les règ les monastiques qui l'appliquèrent indistinctement à tous les religieux. II. Leclf.rcq. FRÉRET (Nicolas). Fréret né à Paris le 15 février 1CSS, y est mort le S mars 17 19. Il n'eut guère d'enfance puis que dès l'âge de seize ans il faisait sa distraction des écrits de Scaliger, Dodwell, Usher et autres savants aussi rébarbatifs. A dix-neuf ans, il était l'auteur de dissertations crudités sur les cultes de Bacchus, de Cérès. de Cybèle et d'Apollon. Après uvoir traverse la barreau par obéissance à l'égard des volontés paternel les, il revint avec une passion accrue aux étu des historiques, dédaignant les contr : rietes quotidiennes et trempant son caractère dans la contradiction. Les livres devinrent sa seule compagnie et son cabinet fut pour lui l'univers. L'amitié du comte de Boulainvilliers l'encourageait à dédaigner les tracasseries domestiques et les délassements frivo les. Le 23 mars 171 I. a l'âge de vingt-six ans. il fut reçu a l'Académie des Inscriptions et Bel lesLettres, non en qualité de membre, mais à titre dVliot et si ce litre était convenable à son âge, a-t-on pu dire, il était injurieux pour son érudition. Son début fut un coup de maître. Dans un discours sur l'origine d s Français prononcé en séance publi que, Fréret essaya de prouver : l°que les Francs étaient une nation ou plutôt une ligue de différents peup les de la Germanie ; 2 que ces mêmes Francs servaient dans les troupes romaines et que leurs rois ou chefs vivaient dans une sorte de vassalité à l'égard des empereurs . Aujour d'hui encore la solidité de ce travail, I dance et la qualité de l'érudition qui s'y déploie fait de cet écrit un des plus graves qui existent sur les origines de notre histoire nationale. Fréret trouva un ail solu, l'abbé de Vcrtot, qui, non content de répandre sa proie insipide, s'avisa de faire taire l'écrivain dont il ne partageait pas les vues ; il s'agita tant et s'adressa si haut que Frérel fui eu criminel d'E. la Bastille. « Un a peine aujour d'hui a se rendre compte des motifs qui purent produit idil Raoul-Roc sanl de Louis X IV, a la V(.ll<- de la Régem commençait a devenir politi que > Bientôt en effet, avec il détail » from Surin : inscriPrlnceton i. nv, loge d,- M. Fréret, clans //,•, i. VAeale comte de Boulainvilliers. l'abbé Dubos, Montesquieu et l'abbé de Mably, le débat s'agrandit, se passionne et prend un caractère nouveau. 11 ne s'ag t plus uniquement de la recherche scientifi que d'une vérité histori que ; dans la querelle entre les Gaulois et les Francs, on voit apparaître la diversité de sentiments et d'intérêts, d'appréciation du présent et d'aspiration \ers l'avenir qui commençait a éclater, au sein de la nation, entre la m le tiers-état '.« .Fréret avait montre une direction féconde, mais il ne s'y engagea pas après ce premier pas. La Bastille lui prouva qu'on ne pouvait contredire impunément les pouvoirs qui usent de la prison comme procédé d'argumentation. Désor mais I la le silence sur des matières on son talent l'eût peut-être conduit résultats considérab les, et c'est ainsi qu'il cesse d'appartenir à nos étu des pour relever exclusivement des étu des d'antiquité classi que et orientale. 11. Leci.eiîcq. FRESQUES. — 1. Techni que. IL Rôle du cierge romain. III. Fresques hors de Borne. IV. Rôle du cierge chrétien. Y. Les artistes. VI. L'inintellit l'abandon. VII, Après la paix de l'Église. VIII. Fssai de classement. I. Techni que. — - Nous ne connaissons qu'une partie, coi i vrai dire, des catacombes de Rome, mais l'état de dégradation où el les furent laissées, puis l'abandon et l'oubli, enfin l'indiscrétion et la maladresse des fouilleurs et des archéologues amateurs, jusqu'au milieu du xix » siècle, ont fait subir d'irréparab les per les à un ensemble décoratif qu'il est permis d'imaginer, mais qu'il est impossible d'évaluer. Après le travail matériel d'excavation, d'aménagement la vente des tombes, toute la partie administrative qu'on entrevoit (voir Fossoyeurs), il y eul une partie artisti que, un effort de décoration, qu'on fait plus que soupçonner, qu'on possède sur certains points de façon assez complète pour en parler avec précision Le travail matériel i-xipipar cette décoration imposait de longs et diffici les trav aux et requérait la présence d'un personnel expérimenté La décoration n'affectait pas une cal acombe depuis le vestibule d'entrée jusqu'aux [dus extrêmes ramifications ; elle ne faisait pas l'objet d'une entreprise comme serait le plafonnage et le badigi onnage d'un local quelcon que. ambulacres et les cubicu les une fois creuses dans la pouzzolane ou dans le tuf pouvaient attendre indétiment la décoration. Celle-ci dépendait généralcmnt de deux circonstan ces, la richesse ou la sainteté du défunt, S'il liait riche, la famille voulail lui faire l'honneur d'une tombe décorée, facile a reconnaître et la vanité humaine n'y était sans clou i s'il était martyr, la piété des fidè les ou l'admiration distinguaient cette tombe sainte par d< nements. Il y eut des exemp les, en petit n introduits dans les catacombes, mai e facile vu les dimensions et le poids. ■ •iniiie a la tombe de saint que en briques, mal tioin fera la d. i i [ue. La p clamait uni ont transmis la Suivant Pline ', la pan demie royale dei l depuii l'année 1749 )u flnant ier </« la Fri /.• itr> turla peinturt i., de l'agriculture el dri arlidr Lille. ; ■ ch aux et de pouzzolane et deux couches de ch aux et de ituc marmorin l. Vitruve exige, outre un premier badigeon grossier, trois couches de ch aux et pouzzolane et trois autres couches de ciment marmorin -. Auc une de ces six couches ne doit être appliquée sur la précédente alors que celle-ci commence à sécher et les trois dernières couches doivent être étendues de manière à ce qu'el les se coagulent et forment une masse compacte ». On a trouvé au Palatin, dans les fouil les au palais des empereurs, un mur dont le revêtement satisfait à toutes ces prescriptions ; les arti sans pompéiens adoptaient un procédé un peu différent ', ceux des catacombes n'acceptèrent pas non plus toutes les prescriptions compliquées de Pline et de Vitruve. La raison est aisée à donner. Les parois en tuf des catacombes n'offraient pas la résistance nécessaire pour supporter le poids d'un revêtement très lourd, on fit donc choix d'un enduit dont l'épaisseur totale ne dépassait pas un centimètre. On relève bien quelques différen ces suivent les lieux et les époques. Ainsi jusqu'au Me avancé, l'enduit se compose exclusivement de deux couches, à l'épo que qui suit, on se contente souvent d'une seule couche. Cependant, à la catacombe des on en met deux ; à la crypte de saint Janvier, à la catacombe de Prétextât on en met jusqu'à trois ; il est juste de dire que la couche inférieure n'est pas appliquée sur le tuf, mais sur l'opus murarium plus capable de supporter un pareil poids. Avant le milieu du m« siècle, on ne connaît aucun exemple de fresques exécutées sur un enduit d'une seule couche et cette circonstance est un précieux indice chronologi que pour la détermination de l'âge des peintures appliquées sur les enduits. Il est assez probable que les peintres des catacombes ne sont arrivés à établir ces règ les qu'après divers tâtonnements et quelques mésaventures. Ainsi on peut supposer que les premières fresques tracées sur un enduit trop lourd se seront détachées des parois et écrasées sur le sol, nous privant des ouvrages les plus anciens et, à en juger par ce qui reste, les plus parfaits. Afin d'éviter la chute des enduits, on imagina dans les cubicu les les plus anciens pourvus de sofïtes plats, de fixer le stuc au soffite avec des clous de fer, dont plusieurs sont encore visib les aujour d'hui '. Nous devons à cette précaution la conservation de la voûte de la crypte de Lucine nonobstant ses gran des crevasses. A la Cappella greca la paroi gauche verticale était tellement friable qu'on fit usage de chevil les en ciment dont on reconnaît la place aujour d'hui '.
La composition de l'enduit est ici conforme à la formule de Pline et de Vitruve. Lorsqu'il comporte deux couches, celle de dessus est faite d'un mélange de chaux et de marbre pulvérisé, d'une extrême solidité et offrant une belle surface glacée. Lors que l'enduit ne comporte qu'une seule couche, elle est faite d'un mélange de chaux de pouzzolane dont la surface est blanchie au moyen d'un lait de chaux. Les meilleurs enduits des catacombes sont aujourd'hui ceux de la crypte du couronnement d'épines ( ?) au cimetière de Prétextât, du cubicule sous le grand lucernaire et du cubicule d'Ampliatus au cimetière de Domitille ; de l'hypogée des Acilii et d'une partie de la crypte des Flavii, de la Capella greca et de la crypte de saint Janvier ; les enduits de la plus mauvaise qualité se trouvent au Cimetérium majus et à la catacombe de Saint-Hermès. La qualité de l'enduit diffère encore suivant qu'il est destiné à recevoir des peintures ou bien à servir simplement de revêtement à la paroi du tuf. Dans le premier cas, le stuc est d'une pâte plus fine, et on peut croire que la différence de préparation et de prix devait être assez considérable puis que, dans un même cubicule, les parties non destinées à la décoration sont toujours enduites de stuc de moindre qualité, c'est le cas dans la crypte de Miltiade du cimetière de Calliste, où cette distinction a été observée pour des surfaces assez exiguës, par exemple, une niche et deux arcosolia revêtus d'un enduit moins soigné que le soffite qui est peint . Cette circonstance dont la raison économique avait échappé à J.-B. De Rossi, l'a induit à présenter des explications de caractère historique peu exactes. Il a pensé que la crypte avait d'abord servi de lieu de réunion liturgique sous le pape Fabien et que la niche et les arcosolia étaient des additions datant du pontificat de Miltiade '. En réalité, la crypte entière, telle qu'elle existe, est primitive et date des premiers temps qui suivirent la paix de l'Église. Une crypte plus célèbre, celle des Cinq-Saints, creusée peu après l'an 300, au cimetière de Calliste, offre également deux modes de revêtement. Celui de la paroi du fond sur laquelle est tracée la fresque des Cinq-Saints est à deux couches, celui de la voûte et des parois latérales non peintes n'a qu'une seule couche. A partir de la fin du IIIe, le stuc à une seule couche s'emploie de plus en plus. Le cubiculum duplex du diacre Sévère, qui n'a pas de peintures, est enduit d'un stuc qui ne diffère pas de celui qui sera employé à la dernière période des excavations, qu'il soit peint ou non. Ce stuc à une couche est employé dans la chambre de l'Ostrianum qui mène à l'arénaire et qui, d'après une inscription trouvée en ce lieu, est antérieur à l'année 291. La pose de l'enduit constituait une opération préliminaire réservée à un corps de métiers, analogue à celui de nos plâtriers (tectores, ξωιàραι) ; leur besogne achevée, le peintre (pictor, ζωγράφος) abordait la sienne. Il traçait d'abord sur le stuc frais les lignes géométriques de son dessin à l'aide d'une pointe dont on peut suivre aujour d'hui encore le léger sillon. Les corrections pouvaient se faire sans grand inconvénient grâce à l'éclairage défectueux des cubicules et cette circonstance n'a pu avoir que des conséquences heureuses en voilant bien les négligences d'artistes peu consciencieux '. D'autres artistes plus soigneux veillaient à effacer la légère trace laissée par la pointe et à aplanir le champ. On en trouve un exemple à la Cappella greca, où le peintre, mécontent de l'esquisse d'une figure symbolique de l'été tracée sur la frise et qu'il jugeait de proportions trop grandes, passa son pouce sur tout le contour afin de lisser la surface et recommencer un modèle plus réduit '. Des que l'on arrive aux ouvrages du IVe, on ne trouve plus rien de semblable. Le tracé géométrique des voûtes est fait au pinceau et sans tire-lignes ni compas. De là des inégalités choquantes entre les panneaux, des lignes tordues, un art qui, trop souvent, fait penser à des crayonnages enfantins. L'exécution a parfois racheté la négligence de l'esquisse et parfois aussi fait disparaître presque complètement le trait en le recouvrant de couleur. A partir du Ve, un procédé nouveau se répand, au lieu de dessiner à la pointe sur le stuc humide, on dessine la figure avec un trait courant de pinceau de couleur d'un ton clair, plus clair que la couleur de la figure qu'on veut exécuter. Les corrections deviennent aisées au moyen de teintes différentes. Mais il fallait renoncer à enlever ces essais si aucun d'eux n'était jugé satisfaisant, car le stuc fixait la couleur de l'esquisse, comme il eût fait pour la couleur du tableau, que ce fût l'ocre clair ou le vert de mer. Les artistes se trouvèrent obligés de la force à acquérir une plus grande habileté, afin d'éviter les repentirs qui eussent détérioré le champ de la fresque ; il est juste de dire que dans les derniers ouvrages, on supprime la difficulté en exécutant l'esquisse telle qu'elle est, fautive ou non, sans corrections. Sur une fresque du IVe, nous voyons un serviteur portant une large corbeille ; l'esquisse avait porté le vêtement beaucoup trop à droite, on a rempli l'espace ainsi marqué, au risque d'aboutir à une difformité*. Un croquis du Ve tracé à la couleur blanche, sur un fond noir ', est demeuré inachevé, sans doute à cause de la difficulté de dominer l'obscurité du champ. Le peintre lui-même ne s'y retrouvait plus. On ne rencontre nulle part la « mise au carreau » dont les Égyptiens ont fait usage pour tracer leur dessin ; il est arrivé à certains peintres des catacombes de manquer leur travail. Celui qui dessina l'adoration des mages de la catacombe de Domitille ' s'aperçut trop tard que la composition ne remplissait pas le cadre qui lui avait été assigné ; pour y porter remède, il augmenta l'écart entre les figures des magis. D'autres décorateurs se montraient plus prévoyants. Ceux auxquels nous devons le jugement de Daniel, au cimetière de Calliste ', et deux voûtes du cimetière des Saints-Pierre-et-Marcellin ' avait la précaution de calculer auparavant la largeur des figures et la dimension des éléments ; le IIe voûte du cubicule M du cimetière Prétextât(2I) Itli. J.W.IIpert, LepfMure.pl. 12, et tirant au garance, terre claire, teinture neutre, chair, violet, noirs. Des teintures faite sur la paroi pour ce calcul se voient encore aujourd'hui. La présence de la chaux humide dans l'enduit impliquait l'emploi exclusif des couleurs minérales lavées dans l'eau. Les couleurs les plus généralement employées sont le rouge, le brun, le jaune, le blanc, le vert ; on ne voit que rarement l'azur, le minium, le cinabre et le noir, et dans plusieurs cas on constate des mélanges. Les fonds sont ordinairement la teinture naturelle de l'enduit ; cependant il arrive dans quelques cubicules qu'on les a recouverts d'une teinte uniforme. Les chairs sont exécutées au moyen du brun clair étendu jusqu'au jaune mute clair ; plus rarement qu'à marquer les lumières, le brun ou le rouge servent pour les ombres. Aux catacombes, comme à Pompéi ', ce sont les amortis qui dominent, les couleurs éclatantes, qui donneraient des coups de lumière trop cruels et des plaques d'ombre trop opaques, sont repoussées ; la tonalité générale est douce, harmonieuse, un peu voilée. Quelquefois, cependant, on rencontre un arcosolium et même un cubicule entier revêtu d'une peinture rouge vif ou jaune clair, et la décoration est assortie à ce fond. On retrouve à peine, dans les catacombes, un procédé d'art qui a joui d'une extrême faveur et atteint à une rare perfection dans la décoration des édifices pendant les premiers siècles de l'Empire, nous voulons parler des reliefs en stuc rehaussés de peinture. Le travail le plus notable, dans ce genre que contiennent les catacombes, est un groupe du Bon Pasteur parmi les arbres. Le pasteur, les brebis et les mains branches sont en relief peint ; quant aux feuilles et aux détails secondaires, ils sont simplement peints ou tracés sur l'enduit. Cet emploi des stucs nous amène à dire quelques mots d'un genre de décoration dont le cubicule d'Ampliatus (voir ce mot) nous offre un exemple intéressant et précieux. Le goût très vif des collections d'art qui se développèrent à Rome pendant les derniers siècles de la République et au début de l'Empire conduisit les particuliers, à l'imitation des princes étrangers, à faire construire des galeries destinées à recevoir des tableaux et des statues. Ceux à qui leur fortune ne permettait pas ces constructions dispendieuses, ces salles immenses soutenues par des pilastres et des colonnes de marbre, se tireraient d'affaire à meilleur compte : ils faisaient peindre à fresque sur leurs muraillles des faux pilastres en cadrant des faux tableaux. Ampliatus donna l'exemple, et les deux chambres dont le cubicule donne une idée très exacte de la décoration des appartements d'une maison particulière. Dans une architecture de fantaisie composée de colonnes, de corniches, de soubassements peints en trompe-l'œil sont mis en panneaux que remplissent des scènes « du genre pastoral », un amour gardant un troupeau, un bouc et des brebis, des vaches, en bref des bergères inspirant du même puits que celles qui orneront les jardins du christianisme dans le choix des sujets, ni dans l'inspiration, ni dans le style. On est fondé à croire que les fidèles ne se contentaient pas de faire orner les muraillles de leur dernière demeure, mais qu'ils prenaient un pareil soin pour les maisons qu'ils habitaient. On en trouve une preuve nouvelle dans la décoration de la maison des saints Jean-et-Paul, au Cælius (voir ce mot).
SI fervents qu'ils pussent être, les chrétiens vivaient dans la société païenne et en subissaient l'influence ; ce dont certains ne prenaient pas même la peine de se défendre '. Il est intéressant d'en trouver une preuve nouvelle dans un sujet aussi étranger ou indifférent en apparence que la décoration des maisons privées. C'est que, en effet, la fresque était devenue un moyen économique à l'usage des petites gens pour imiter le luxe des riches, et tous les chrétiens ne savaient pas se défendre de cette ambition de la richesse apparente. Le spectacle irritant des jouissances et des splendeurs qui remplissaient le palais des grands personnages poussait à reproduire autour de soi quelque chose de ce luxe. La fresque s'y prêtait heureusement et économiquement. Comme elle demande une exécution rapide et qu'on y souffre des imperfections de détail, les artistes purent travailler vite et couvrir de vastes surfaces pour des prix modérés. Les salles qu'ils décoraient ne s'éclairaient ordinairement que par la porte, et des voiles tendus dans l'atrium, d'une colonne à la colonne suivante, tamisaient la lumière trop vive. C'est dans cette demi-obscurité que se développaient les fresques sur lesquelles on n'apercevait pas les imperfections de détail dont nous avons parlé. Les conditions étaient, on le voit, peu différentes dans les maisons de ce qu'elles étaient dans les catacombes, pour le plus grand détriment de l'art qui tournait à n'être plus qu'une industrie. Nous disions plus haut que les catacombes offraient, dans leur système décoratif, des points de contact avec les caveaux funéraires égyptiens ; or, nous trouvons de ceci une confirmation dans une remarque de Pétrone, qui attribue à l'audace des Égyptiens l'invention de la fresque, cette imitation en raccourci du grand art *. En multipliant la fresque dans leurs demeures et dans les catacombes de Rome, les fidèles prirent ainsi leur grande part de responsabilité dans la décadence de l'art. C'est encore Pétrone qui observe que l'usage de la fresque a perdu la peinture. On le comprend sans peine. Les gens de petite fortune l'avaient adoptée pour suivre d'une manière à portée de leurs ressources l'exemple donné par les riches ; à leur tour, les riches l'empruntèrent à la petite société lorsqu'ils virent que les peintres de fresques atteignaient à une certaine habileté dans la reproduction des œuvres d'art célèbres. On leur en demanda des copies qui se multiplièrent et la peinture originale, négligée d'autant, commença à dépérir.
II. Rôle du clergé romain. — La décoration des catacombes semble avoir été, en partie du moins, placée sous la surveillance de l'Église romaine. Le pape Zéphyrin confia à Calliste, son futur successeur, la surveillance du « Cimetière. 2 et J.-B. De Rossi en induisait que les fresques des deux plus anciennes capelles dei Sacramenti (A2 et A3) avaient été exécutées par l'ordre et sous le direction de Calliste' ; en réalité, ces fresques sont plus anciennes . Quoiqu'il en soit de ce fait particulier, on ne saurait tirer une règle générale. À quelle date et dans quelle mesure le clergé romain a-t-il exercé une sorte de police administrative sur les cimetières ? Nous l'ignorons absolument. Une épitaphe, que sa paléographie permet de reporter au IIIe, nous montre deux prêtres préposés à la surveillance du cimetière de Domitille ALEXIVS ET CAPRIOLA FFCERVNT SE VIVI IVSSV ARCHELAI ET DVLCITI PRESBB. D'autre part, pendant le deuxième moitié du IIIe, on est fondé à croire que ce régime n'est pas appliqué à tous les cimetières. Le peu d'étendue du cimetière de Sainte-Agnès, en particulier, donne lieu de penser qu'il n'a jamais fait partie des vingt-cinq cimetières auxquels étaient attachés des titres presbytéraux ; en outre, le manque de locaux destinés aux assemblées nombreuses confirme l'hypothèse du maintien de son caractère privé. Ce cimetière ne sera jamais tombé dans le domaine administratif de l'Église de Rome, ce qui lui a permis de garder le nom de son fondateur, de se développer et d'être décoré sans subir la loi du clergé romain. Garrucci a imaginé l'existence d'un canon artistique dressé par les clercs et imposé par eux aux artistes *. Tous les faits contredisent cette assertion, au moins pendant les deux premiers siècles, et, même après, il faut encore faire très large la part d'indépendance des artistes et des artisans.
On s'expliquerait difficilement que d'assez bonne heure et généralement le clergé n'ait pas veillé à l'ornementation des cimetières qui étaient les véritables édifices du culte. L'adoption et le maintien pendant plusieurs siècles de types symboliques inviteraient déjà à rechercher une direction unique et suprême, si un autre fait assez significatif ne nous amenait à la même conclusion. On sait que l'origine des principaux cimetières, celui de Domitille en particulier, fut un hypogée appartenant à un fidèle qui consentit à en ouvrir l'accès à ses coreligionnaires. Tant que l'hypogée et ses premières galeries n'étaient pas sortis des mains du propriétaire, celui-ci demeurait libre d'en régler la décoration à son gré et suivant son goût. Précisément dans la catacombe de Domitille, les plus anciennes fresques, certainement antérieures à l'épitaphe que nous transcrivions plus haut, sont exécutées d'après un programme très différent de celui qui commencera à prévaloir dès la première moitié du IIe. Nous pouvons suivre ici l'histoire des premiers tâtonnements qui aboutissent à un système que nous décrirons ailleurs. Les quatre plus anciennes voûtes peintes ne nous offrent aucun symbole chrétien . La voûte du corridor qui donnait accès à la galerie est couverte des rameaux d'une vigne dans laquelle de petits amours font la vendange, les plafonds de trois chambres nous présentent une décoration composée exclusivement d'amours (fig. 4750). Ce motif se retrouvera longtemps dans les fresques des catacombes, ce qui ne se retrouvera plus, c'est un amour occupant le médaillon central « . On admettra ces légères figures désormais à titre d'accessoires, mais dès le début du IIe, le Bon Pasteur a pris définitivement possession du médaillon central de la voûte et il ne partagera plus cette place qu'avec des sujets bibliques ou symboliques '. Les autres fresques du IIe ne sont pas toutes aussi indépendantes des types qui reparaîtront plus tard à satiété. Le repas funèbre de deux convives servis par un homme ne reparaîtra plus. Tandis que le personnage debout entre deux lions servira de prototype à la tentation de Daniel. On rencontre encore trois et puis un hippocampe identique à ceux des peintures pompéiennes et qui deviendra le monstre marin auquel on jette le prophète Jonas ; mais à la fin du IIe, il est encore sans destination précise et n'a qu'une valeur décorative. Un troisième sujet destiné à obtenir peu de vogue chez les fidèles fait son apparition : il s'agit de l'agneau bondissant près du vase de l'eau suspendu à la houlette :. Ainsi, pendant le IIe, on ne constate rien qui ressemble à l'adoption de types et de symboles ; il faut attendre le début du siècle suivant pour rencontrer les premiers types bibliques.
III. Il nous reste de Rome. — Les fresques romaines étant hors de proportion avec les quelques fresques rencontrées ailleurs, on s'est habitué à ne voir qu'elles, à ne parler que d'elles. Cependant, il y eut et il en reste d'autres qui ne doivent pas être sous silence. À Naples, dans la catacombe de saint Janvier, il nous est resté un Adam et ve et la gracieuse allégorie des jeunes filles bâtissant une tour, thème fourni par le livre d'Hermas ». En Orient, les exemples connus sont infiniment rares. Longtemps on a cru réduit à une seule fresque dessinée par le voyageur Pacho dans la combe de Cyrène (voir ce mot) ; c'est une représentation du lion Pasteur qui peut remonter au IIe. La scène librement traitée ; il conduit un petit troupeau : brebis et porte la septième sui es (voir Dictionnaire, fig. 3479). À Apamée, se trouvait peut-être une fresque représentant la sortie de l'arche de Noé.
Le plus précieux ensemble de peintures, en dehors de Rome, avant le Ve, se voit dans une chapelle de la nécropole d'El-Bagaouât, située à cinq lieues de la ville d'El-Kargeh (Grande-Oasis) (voir ci-dessous). Les chapelles d'El-Bagaouât sont d'époques diverses, celle qui nous intéresse est antérieure à la paix de l'Église. La coupole, ornée de fresques, repose sur quatre arcs de soutènement accolés au mur. Les arcs des murs au nord, à l'est et à l'ouest ont une décoration architecturale et binaire. La face antérieure de l'archivolte porte une guirlande de fleurs, l'archivolte à l'est est décorée d'un cep de vigne et de trois croix, la décoration des pendentifs est assez banale : croix et branchages. Le sommet de la coupole est occupé par un immense épi de vigne en forme de tour. Tout le champ laissé libre par les pampres est rempli de scènes bibliques sur fond blanc. Presque tous les mêmes sujets que nous rencontrons à Rome dans les catacombes, mais traités d'une manière très différente. Une première particularité, c'est que chaque épisode est accompagné du nom des personnages qui s'y trouvent représentés (n. t. j, fig. 906). Les inscriptions, si rares sur les murailles romaines, sont ici prodiguées. Parmi les sujets traités avec une originalité remarquable, il faut signaler les sept Vierges sages, Jérémie, le supplice de sainte Thècle, la poursuite des Hébreux par les Égyptiens, le martyre d'Isaïe. La présence de sainte Thècle est particulièrement digne d'attention ; elle nous ramène aux origines du symbolisme chrétien.
En possédons pas de fresque, mais un texte important et qui a Vers l'an 300, le concile d'Elvire (= Grenade) libella ainsi : Placuit picturas in ecclesia debere, ne quod colitur et adoratur in parietibus. J.-B. DeRossi estime que cette interdiction s'applique aux églises bâties à la surface du sol, aux irruptions et aux visites des païens qui pouvaient tourner en dérision ce qui s'y trouvait présenté. Ainsi, ces églises, en Espagne, ne pouvaient avoir l'image des saints quod colitur et la figure du Christ quod adoratur. Nous avions admis cette explication, qui nous semble incomplète. Si les Pères d'Elvire avaient cherché, dans la proscription des images, un moyen d'éviter les caricatures, ils auraient dû s'exprimer d'une autre façon. En réalité, ce qu'ils reprochaient aux images, ce n'est pas de tomber dans la caricature, ni de l'inspirer, mais d'être elles-mêmes des objets de vénération et d'adoration. Ce canon indique qu'il y avait des gens qui ne distinguaient pas entre la réalité et les images, et qui vénéraient ou adoraient les images. Pour porter remède, on condamnait le culte et l'adoration.
Maintenant, il faut décider si les premiers chrétiens, les premiers chrétiens, ont soutenu l'adoration des images ou si les évêques espagnols se sont attaqués à l'adoration des images ou à l'abus dont ils étaient témoins. Ce n'est peut-être pas très facile à décider, mais il semble de bien que pour couper court à une pratique jugée pernicieuse, ils ont tranché dans le vif, interdit les fresques, et l'affaire fut jugée. Cette interprétation a été présentée au XVIIe par Noël Alexandre, au XIXe par Funk, et, depuis, par M. Tunnel. Elle respecte le texte du canon en litige ; d'autre part, elle n'est qu'une mesure disciplinaire qui n'aborde pas la question dogmatique du culte des images. Elle peut enfin aider à comprendre l'insigne pauvreté de l'art chrétien en Espagne.
IV. Rôle du clergé chrétien. — La décision radicale prise par les Pères d'Elvire témoignait, à tout le moins, d'un peu d'intérêt pour l'art chrétien. Il est probable que, parmi tant de questions qui sollicitaient l'attention des conducteurs de l'Église chrétienne, la question de l'art leur parut assez oiseuse, peut-être même ne soupçonnèrent-ils pas l'existence d'une question de l'art chrétien. « Si l'on compare, écrivait J.-B. De Rossi, dans les cimetières souterrains, la richesse, la variété, la liberté de sujets et de types des plus anciennes peintures avec la roideur grandissante, la pauvreté d'invention de jour en jour plus évidente du cycle des figures à la fin du IIe, on constate l'invraisemblance de l'hypothèse d'après laquelle la peinture chrétienne aurait été introduite subrepticement et en opposition avec la discipline primitive de l'Église ». Mais il est douteux que personne vienne soutenir cette introduction subreptice. En pareille matière, et lors que les faits sont patents mais ne sont jalonnés par aucun texte, le mieux à faire, si on ne veut pas s'interdire toute hypothèse, c'est de tâcher de se tenir aussi près que possible de la vraisemblance.
Voici des gens riches qui ont passé leur vie entière dans le luxe et dont la conversion au christianisme n'a pas rompu les liens de société. Chrétiens, ils ont vécu au sein d'une civilisation qui ne conçoit pas une inhumation sans honneur ; au contraire, elle donne à la tombe tout ce que les arts peuvent lui donner. Rien, dans l'enseignement dogmatique, moral et l'usage disciplinaire, ne réprouve et n'interdit cette pratique. Ces chrétiens riches viennent à mourir, et leurs héritiers prennent soin de leur faire une tombe ornée. Eux-mêmes, peut-être, auront de leur vivant pris ce soin, comme ce ménage chrétien qui a fait peindre un paysage et cette inscription : Nous nous sommes retirés dans notre jardin, et : in hortulis nostris recessimus... Ces chrétiens riches possédaient une tombe vaste et décorée, et la pensée leur est venue d'en faire jouir leurs serviteurs chrétiens ad religionem pertinentes meam. Dès lors, le pli est pris.
Remarquons que cette dernière inscription est une des plus anciennes qui nous soient restées ; des petites gens, un portier, une coiffeuse, un cocher, une chambrière, dès l'instant qu'ils sont de la religion du maître, jouissent eux aussi de ce tombeau décoré, et leurs parents, leurs amis qui ont assisté aux funérailles, qui reviennent célébrer l'anniversaire, trouvent cela fort beau et fort convenable. Ainsi, des gens qui n'auraient eu jadis que l'asile des puticuli, ou à qui un collège privé aurait assuré une tombe décente mais pauvre, se familiarisent avec l'idée d'agrémenter la dernière demeure. Ce qui s'est fait sur un point se répétera sur un autre ; on se dira les uns aux autres : Il faut faire quelque chose dans le genre de telle tombe. On a vu un Daniel ou un Bon Pasteur, ou une ancre, ou un poisson, et on les imite, on les copie tant bien que mal.
L'Église n'intervient pas, elle n'y songe pas plus que de nos jours un évêque ne songe à intervenir chez un particulier qui aura accroché une statuette ou une gravure dans sa chambre à coucher, pas plus qu'il ne songe à interdire à un autre particulier de placer une statuette ou une gravure dans un corridor. Les cimetières sont des lieux privés, où les chrétiens vont dormir leur dernier sommeil, et dont la hiérarchie ecclésiastique ne réglemente pas encore les dispositions et la décoration. Il est même probable qu'elle voit avec bienveillance et qu'elle encourage cette pratique qui s'est répandue et a obtenu l'approbation d'un grand nombre.
Puis, à la fin du IIe, l'administration cimétériale s'organise sous Zéphirin ; loin de réprimer, elle approuve et met en pratique la décoration qui est devenue un usage général qu'on ne discute pas, qu'on suit et qu'on adopte sans y penser. Ceux-ci préfèrent un symbole inanimé, ceux-là un personnage de l'Ancien Testament, tel autre une colombe, un agneau... Cependant, peu à peu, une idée d'art s'introduit ; on procède à la décoration du cubicule, on imagine des ensembles, on combine des répliques, on balance, on symétrise. À la Cappella greca et dans les Capelle de' Sacramenti, on prend sur le vif ce souci décoratif.
Les prêtres y sont-ils pour quelque chose ? Quand on l'aura montré, alors il sera permis de juger les preuves qu'on en donne ; jusque-là, tout ce qu'on en peut dire est gratuit. Car, de voir du symbolisme des cycles théologiques et des raffinements que les théologiens seuls eussent pu ruminer, nous avons dit déjà maintes fois que nous n'y croyons rien. Il n'est pas possible de décider s'il s'agit de peintures ou de fresques, mais il est difficile de contester que le clergé chrétien n'a accordé qu'une attention distraite à tout ce qui concernait la peinture.
Les préoccupations se tournaient d'un autre côté, et quant aux textes tardifs qu'on a apportés, ils ont été soumis à une savante torture pour en extraire ce qu'ils ne contiennent pas.
Inscription, opislographe, provenant de Syrie, d'où elle a été apportée à la basilique de Saint-Laurent, porte celle mention : • LOCVS PRISCI PICTORIS. Une pierre coupée en deux fragments nous montre les brosses du peintre Félix, mort à vingt-trois ans (Voir t. III, col. 1, lig. 3201). Brosses DEP III • NONASAVC. Cette épitaphe est du IVe. Il ne fallait rien moins que le penchant personnelité de ces peintres pour se résoudre au métier presque mécanique qui leur était réservé. Au IVe, lorsqu'apparaient les types chrétiens, ceux qui cherchaient une expression séante à la pensée des fidèles s'étaient suivant tournés vers les modèles du paganisme et les avaient arrangés à leur usage ; mais si la part d'invention était fort mince, du moins n'était-elle pas tout à fait absente. Lorsque, dès la fin du IVe, l'Église de Rome prit l'administration et exerça la surveillance des cimetières, les artistes chargés de la décoration perdirent l'ombre d'originalité qu'ils pouvaient avoir conservée. Ayant aperçu le parti qu'ils pouvaient tirer de la peinture, les chefs de cette église et leurs coopérateurs ne songèrent qu'à la faire servir à l'instruction des fidèles, sauf à la détourner de sa destination véritable. On ne s'aperçoit nulle part que le clergé romain ait cherché dans la peinture autre chose qu'un moyen d'instruire et de moraliser. Toute conception artistique, tout souci esthétique semble lui être demeuré étranger. Dès que le fidèle avait fait quelques pas dans les catacombes, il était environné, obsédé des symboles, dont la rudesse montre bien que tout plaisir esthétique était subordonné à une préoccupation pédagogique. Ces Abraham, ces Daniel, ces Jonas, ces Bon Pasteurs, ces orants, ces colombes et presses au point d'empiéter parfois les unes sur les autres, n'obéissent pas à une intention plus artistique que celle de nos modernes éducateurs qui affichent le long des parois d'une salle d'enfants en primaire, les uniformes de l'armée française, les unités diverses du système métrique et les principales productions agricoles du département.
Ceci aide à comprendre la stagnation et la décadence rapide et irrémédiable de la peinture catacombale. Le peintre est un fournisseur n'ayant d'autre utilité que celle du métier qu'il exerce et cette utilité est moins sensible que celle du boulanger. Ainsi ces deux mots : originalité, force, sont sans application dans les ouvrages de ces puissants qu'ils représentent, ils n'ont été sans emploi dans les individus. I ne seront cependant pas assez maîtres d'eux-mêmes pour se contrôler et la tendance n'aliénera le prétexte pour se livrer à quelques audaces, ainsi que l'on de la peu. Mais dans cette échappée, on peine enlèvement à rapidement la discipline... us doivent s'y soumettre ouvent que risquer un caprice vite puni.
Ce qui a manqué surtout, c'est une haute ur qui avait comment faire pour pi aller plus loin. Di les amours de la vigne du vestibule des Flaviens et ceux du lucernaire de la crypte de Saint-Janvier aux amours des fresques pompéiennes, on voit que si l'exécution est moins soignée, le dessin est aussi ferme. La Suzanne de la Cappella greca montre aussi un dessinateur instruit, formé à l'observation. Pour en arriver là, il n'est pas besoin de savoir la dissection, il suffit de savoir le dessin, d'avoir un modèle devant les yeux et de le reproduire. L'anatomie (voir ce mot) n'est pas ignorée en ce temps, et s'ils l'avaient désiré, les peintres des catacombes auraient eu sous la main des moyens suffisants de s'instruire. Tout leur effort a été, semble-t-il, de choisir des modèles païens et de les démarquer pour un usage nouveau. Nous avons eu déjà l'occasion d'en faire la démonstration. La raison de cet asservissement ne se trouve pas exclusivement dans l'ignorance ou la maladresse. Les peintres des catacombes savaient que les anciens avaient non seulement réalisé des œuvres excellentes et parfaites, mais qu'ils avaient énoncé des règles immuables dont on ne devait pas s'écarter dans la production de l'œuvre d'art. Il en était résulté un canon anatomique ou « règle des proportions » dont on n'osait plus s'affranchir. Cette « règle de proportions » avait été appliquée à un si grand nombre d'ouvrages antiques que la pensée de s'en affranchir et de modifier les types ainsi consacrés paraissait un peu sacrilège. Cette regrettable timidité qui prenait sa source dans un sentiment profond d'impuissance et une conviction justifiée d'ignorance fut un des facteurs qui hâtèrent la décadence. À partir du jour où la copie joue le même rôle que l'original, l'art disparaît ; il ne reste que le commerce. Autant les « répliques » exigent une étude approfondie et une pénétration personnelle du sujet, autant la vulgaire copie annule la personnalité et cesse d'appartenir à l'histoire de l'art et de la pensée.
On n'est pas surpris outre mesure de cette infériorité du personnel artistique quand on se rappelle qu'il se composait de décorateurs appartenant à la catégorie des Fossoyeurs (voir ce mot). Les fresques des catacombes permettent de retrouver des séries d'ouvrages qui décèlent la même main et peut-être le même atelier. Par exemple, à la catacombe des Saints-Pierre-et-Marcellin, la fresque du cubicule VI, celle de la crypte de la Madone, celles du cubiculum duplex et celle de la chapelle du cycle christologique ; — à la catacombe de Calliste : les fresques de la crypte d'Orphée et des deux chapelles des Sacrements A* et A3, — à la catacombe de Domitille : les fresques de la crypte de Diogène et du cubicule contigu offrant une représentation du jugement, outre l'arcosolium de la crypte de la pecorelle, de la crypte des boulangers et d'autres décorations voisines — à l'Ostrianum : les fresques des cubicules I et III. Dès la première moitié du Ve, nous constatons dans les catacombes de Priscille et de Prétextat la présence d'un artiste ou du moins des élèves d'un même maître : un graffiti déchiffré sur le stuc d'un arcosolium a permis de lire le nom d'un maître mosaïste et de ses élèves chargés de la décoration de la latonia ad catacombas.
VI. L'inintelligence et l'abandon. — Si indifférents que pussent être aux questions esthétiques, les premiers conducteurs de l'Église chrétienne, si préoccupés par d'autres soucis, ils ne pouvaient ignorer absolument le point de vue artistique. La vie hellénistique était revêtue de beauté ; alors le sens de la grâce et du décor se retrouvait partout. Les hommes supérieurs qui guidaient les premiers fidèles ne pouvaient leur demander et ne leur demandèrent pas le renoncement à une existence embellie par le sourire de la beauté. Le premier souci se porta, probablement, moins à innover qu'à purifier. En cette première aube, a-t-on dit avec grâce et justesse, l'apparition d'une figure nouvelle est chose aussi grave que pourra l'être mille ans plus tard, celle de tout un porche de cathédrale. Les changements dans l'art classique ont une marche si lente qu'elle paraît immobile ; ici la lenteur se justifiait par la prudence. Que l'on songe à l'immense difficulté qu'on trouvait à créer des images nouvelles, à émonder le champ de l'antique imagerie du pullulement des plantes vénéneuses. C'était beaucoup, pour assainir la maison romaine, que d'effacer des murs cette mythologie dont les allusions étaient moins facilement saisies que les réalités, graves ou gaillardes.
Dans les cimetières souterrains, la piété et la poésie avaient leur place marquée. Saint Jérôme raconte dans son commentaire sur Ézéchiel qu'il allait visiter les tombeaux des apôtres et des martyrs. Il paraît n'avoir pas même remarqué les fresques ; il n'a vu que du « noir ». « Bien des fois, dit-il, il nous arrivait de pénétrer dans des cryptes pratiquées au sein de la terre où, à gauche et à droite des visiteurs, des corps ensevelis sont alignés dans les parois. L'obscurité est si grande que le mot prophétique qu'ils descendent vivants aux enfers semble toucher à sa réalisation. À de rares intervalles, une lueur tombée d'en haut vient tempérer l'horreur de ces ténèbres, mais si peu qu'on la croirait descendre non d'un soupirail, mais d'un trou exigu ; et de nouveau, pas à pas, on avance et à ceux que la nuit profonde environne revient la pensée de Virgile :
Horror ubi que animos simul ipsa silentia terrent.
« Partout l'horreur et le silence même atterrent les esprits. » Prudence aussi s'aventura dans les catacombes et y fut un peu moins aveuglé par l'obscurité, mais, en définitive, les hommes du IVe ne soupçonnèrent pas le mérite et l'intérêt des témoignages offerts par les fresques.
La simplicité de cette imagerie aura dérouté ou peut-être rebuté ceux qui se sont risqués à y rechercher quelque chose. Il faut se rappeler qu'à ce moment la renaissance constantinienne avait de hautes visées et réalisait quelques beaux ensembles. Pour ceux qui regardaient, éblouis, la conque des absides et l'arc triomphal des basiliques avec des ors, des personnages en grand nombre, des scènes majestueuses comme à Sainte-Pudentienne, gracieuses comme au mausolée constantinien de sainte Constance, méticuleuses comme à Sainte-Marie-Majeure, il était presque permis de dédaigner ces rudiments de sujets bibliques dont la simplification déroutait. Au lieu de quelque scène telle que l'imagination l'évoque, le salut de Noé dans l'arche se réduisait à un homme dont le buste émerge d'un coffre et qui tend le bras vers le rameau qu'apporte une colombe. Le frappement du rocher par Moïse n'était pas moins déconcertant dans sa simplicité. Un homme debout qui pose son bâton sur un talus ; même type, même geste pour la résurrection de Lazare, où on remplace le talus par une momie. Les Israélites révoltés et assoiffés ont disparu dans le premier miracle comme les Juifs demeurent absents dans le second miracle, où on se serait d'autant plus attendu à les voir que Jésus dit dans l'évangile de saint Jean : « J'ai parlé à cause de la foule qui m'entoure, afin qu'ils croient que c'est toi qui m'as envoyé ». De même, Jonas et le paralytique sont ramenés au plus concis, la multiplication des pains et des poissons figurée non pas par une foule représentée tant bien que mal, mais par quelques corbeilles. Nous savons aujourd'hui, après des rapprochements, des confrontations, le sens de ces figures, mais il est bon de se rappeler que Bosio, Boldetti, Aringhi et d'autres qui ont visité les catacombes et à qui on ne peut reprocher d'avoir ignoré l'antiquité ont souvent méconnu la signification de ces figurines. N'en était-il pas de même au IVe et au Ve ? On était sans doute encore bien près des temps où ces images avaient été peintes, les sculpteurs de sarcophages avaient dans leurs cahiers de modèles des types analogues, néanmoins, il semble possible qu'on négligea de très bonne heure toute cette imagerie considérée comme barbare. Le pape Damase avait donné aux tombes saintes une décoration appropriée au goût des pèlerins de son temps, quant à ce qui se trouvait dans les ambulacres et les cubicules, on devait passer sans s'arrêter.
Il arriva au premier art chrétien, cette mésaventure qui s'est souvent reproduite. Une école remplaça l'école jadis en vogue, et l'accabla de son dédain. Qu'on vienne du sort infligé aux cathédrales ogivales du XVIIe et du XVIIIe, qu'on se rappelle en quelle estime David et ses élèves tenaient Watteau, Chardin et Fragonard, et on pourrait trouver jusqu'à nos jours d'autres comparaisons. La tentation était grande d'oublier dans leurs irons sombres les dessins naïfs, et il faut reconnaître que les fidèles et les clercs du IVe étaient assez excusables. Ce qui donne à ces œuvres une si précieuse valeur à nos yeux, ce n'est pas leur mérite artistique, c'est l'enseignement historique et dogmatique dont ils rendent témoignage.
VII. Après la paix de l'Église. — À partir de la paix de l'Église, l'histoire de la fresque chrétienne est terminée : elle se survit, mais la mosaïque règne et triomphe. On continua de peindre, on ne renonça pas à faire des fresques dans les catacombes et dans les églises, mais la fresque avait servi de compensation pour ceux qui n'avaient pas les moyens d'avoir des sculptures, aujourd'hui elle faisait fonction de moindre importance, et ce fut sa fâcheuse destinée de n'être plus une production originale, mais une sorte de succédané. Il y eut à Rome des décorations, une chapelle fut décorée, une caverne à Antinoé. Mais tout cela est bien chétif et bien isolé. Vers la fin du IVe ou le commencement du Ve, une lettre de saint Nil nous fait connaître les peintures qui ornaient alors les églises d'Orient. Un homme, Olympiodore, voulait bâtir une église et y représenter des scènes de chasse. Saint Nil n'approuve pas cette idée, et dit : « On couvrira les murs de scènes de l'Ancien et du Nouveau Testament, peintes par un bon artiste ; ainsi, ceux qui ne connaissent pas les lettres et qui ne peuvent pas lire les Saintes Écritures apprendront aux peintures les belles actions de ceux qui ont servi Dieu fidèlement, ils seront excités à imiter cette conduite qui leur fit préférer le ciel à la terre, les choses invisibles aux visibles. »
Choricius de Gaza nous décrit les peintures qui décoraient une des églises de la ville au Ve. Il nous apprend que tous les sujets sont empruntés au Nouveau Testament. Le cycle des peintures commence à l'Annonciation : l'ange descendant du ciel, s'approche de la Vierge à filer ; il lui parle et il semble qu'on entende ses paroles ; la Vierge est surprise et la pourpre qu'elle tisse s'échappe presque de ses mains. La Visitation vient ensuite et l'on voit Élisabeth accourir vers la Vierge dont elle voudrait embrasser les genoux pendant que la Vierge l'en empêche. Plus loin, la Nativité : le bœuf et l'âne sont auprès de la crèche où repose le nouveau-né ; la Vierge est couchée à demi accoudée sur le bras droit. Puis une voix avertit les bergers, les distrait de leurs troupeaux ; ils sont dans le pâturage auprès d'une source, la garde du chien, et se rendent à l'appel. L'ange leur apparaît, il leur indique où se trouve l'enfant ; les troupeaux qui ne se doutent point de l'apparition, ni où s'abreuvent, mais le chien plus intelligent, semble comprendre que quelque chose d'extraordinaire se passe. La peinture suivante représente le vieillard Siméon saluant l'enfant divin porté dans les bras de sa mère. Les scènes qui viennent après représentent les principaux miracles du Sauveur : les noces de Cana, où le Christ, accompagné de sa mère, change l'eau en vin ; un des serviteurs verse dans les amphores l'eau contenue dans un vase ; un autre, après avoir rempli la coupe, la fait circuler autour de la table. La figure satisfaite de celui qui boit laisse entendre que le vin ne soit exquis. Puis c'est la belle-mère de saint Pierre guérie par Jésus à la demande de l'apôtre ; le paralytique et le serviteur du centurion guéris également. Plus loin, les funérailles du fils de la veuve que les femmes suivent en pleurant, mais la douleur se change en joie à la suite de la résurrection de l'homme. Le repentir de la femme adultère, la tempête apaisée, le Christ marchant sur les flots, la guérison du possédé et de l'aveugle, la résurrection de Lazare, complètent cette deuxième série. Enfin viennent les scènes aux derniers jours de la vie de Jésus : la trahison de Judas, le jugement du Christ, Pilate, la crucifixion, les soldats gardant le tombeau, l'Ascension.
Le nombre de ces épisodes ira croissant. Saint Jean Damascène, qui a vu des cycles de peintures, ne fait remonter l'origine qu'à l'époque de Constantin. Alors, on commença à représenter les scènes de la vie de Jésus, le juste Syméon recevant le Christ dans ses bras, le baptême de Jésus, la résurrection divine, l'ascension. Nous verrons, en élucidant les cycles en mosaïque de Rome et de l'Orient, que la piété se manifeste en traits éclatants dans ce tableau. Démétrius, le martyr du Christ, y est représenté. Il vient sans doute de sortir de sa prison. Assis devant cette prison sur les degrés de pierre, il accueille plein de joie et de courage ses bourreaux qui surviennent. Il brûle de subir la mort pour le Christ et de partager son supplice. Comme la croix lui est refusée, il saisit ce qui lui est offert et s'enivre des délices du martyre. La main gauche appuyée avec fermeté sur la pierre où il est assis, il présente son flanc aux piques, heureux, vous n'en doutez pas, du nombre de ses bourreaux et triomphant. C'est avec un visage brillant de sérénité et un regard où rayonne la grâce qu'il attend les meurtriers ; il invite presque leurs lances à pénétrer tout entières dans son corps. Vous diriez qu'il reçoit ceux qui vont le couronner. Mais la beauté de son noble visage n'impose pas aux bourreaux. Furieux, dans des altitudes farouches, ils élèvent leurs bras impatients, et percent les flancs et la poitrine de la victime, partout où le hasard fait tomber leurs coups. Il y en a un parmi eux qu'émeut la force héroïque de l'athlète ; le respect entre dans son cœur et suspend sa lance qu'il ne veut pas plonger dans le flanc du bienheureux. Derrière, se tient le serviteur du martyr, Lupus ; saisi d'effroi, il recule devant ce spectacle et semble vouloir fuir, mais la pitié triomphe ; le dévouement pour son maître relève son courage, et la douleur de son âme lui donne part à l'épreuve. Ce double sentiment de douleur mêlée d'effroi est exprimé par son geste et son attitude. D'une main, il relève les bords de son vêtement comme pour se dérober tout entier et se soustraire au péril ; il étend l'autre, qu'il oppose dans sa frayeur à l'affreux spectacle. Mais l'expression dominante de son visage, c'est la douleur. Il semble prêt à verser des larmes. Cependant, Démétrius n'attendra pas la récompense de ses travaux, déjà sur sa tête est suspendue une couronne que lient la main d'un ange descendu des cieux.
Une peinture assez remarquable est cette fresque du cimetière de Calliste qui offre le portrait en grandes dimensions des trois saints Policamus, Sebastianus et Carinus. L'œuvre est du Ve. C'est comme un souvenir donné à la civilisation romaine qui s'en va ; les types sont purement romains : la tunique, le pallium avec ses plis classiques, l'expression même de ces visages imberbes font revivre les nobles romains de l'époque. Cette peinture se trouve dans la crypte de sainte Cécile. Vers le même temps, les catacombes de Naples et de Syracuse reçoivent encore quelques peintures. Les grands travaux entrepris par le pape Damase et par des initiatives privées firent songer à transporter sur les parois des souterrains éclairés par les larges lucernaires les grandes compositions qui se déployaient à l'aise dans les basiliques ; ces tentatives n'ont guère plus de valeur que peuvent en avoir des copies. Les peintures d'Albano et plusieurs autres disséminées en Italie n'ont de même qu'une valeur secondaire et offrent moins d'intérêt pour l'art que pour l'érudition. Il en est de même en Afrique. Au contraire, en Égypte, nous avons déjà signalé l'intérêt des peintures d'El Bagaouât. Enfin, nous rappellerons d'un mot les peintures de Deir-Abou-Hennis à Antinoé.
VIII. — Essai de classement. — Rome, Via Appia, Catacombe de Domitille (voir ce mot). 1° Galerie des Flaviens, Deuxième moitié du Ier siècle. Voûte : Rinceaux de vigne parmi lesquels se jouent des amours et des oiseaux, les amours agitent des banderolles et des baguettes ; ornements en forme d'étoile et de dauphins. Niche et paroi droite : Ornements étoilés, tête ornementale, paysages, petits amours volants ; quelques figurines se détachent dans un disque crénelé. Niche et paroi gauche : Daniel, vêtu, entre deux lions ; pêcheurs, amours, animaux. Paroi du fond : Banquet funèbre (pain, poisson) servi sur un guéridon à trois pieds par un personnage debout à droite ; deux convives assis à gauche. 2° Cubiculum (le plus ancien cubicolo, Wilpert ; « vulgairement appelé de Saint-Nérée, » Le Fort). Fin du Ier siècle. Entrée et paroi d'entrée : Figure ornementale féminine, peut-être Psyché ; à la voûte, un hippocampe, brebis bondissant autour du vase de lait, sur une paroi à gauche de l'entrée. Bibl. — J. Wilpert, Pitture, pl. VII, 2 ; XI, 1. Voûte : Au centre, le Bon Pasteur vêtu d'une tunique, assujettissant de ses deux mains la brebis sur ses épaules ; à ses côtés, deux brebis. Il occupe un médaillon entouré d'une zone unie d'où rayonnent les quatre branches d'une croix de Malte ; une ligne circulaire relie vers leur milieu et traverse ces branches occupées par une colombe, des fleurs, des festons et des guirlandes. Les espaces libres entre les branches de la croix contiennent chacun, au-dessus de la ligne circulaire, un paon faisant la roue, perché sur un piédouche agrémenté de festons ; enfin, un oiseau occupe chaque angle du plafond. Bibl. — J. Wilpert, Pitture, pl. IX, XI, 3 ; XII, 1. Parois : Champ blanc coupé de lignes de couleurs traçant les panneaux. À l'intérieur de ces panneaux et à des hauteurs irrégulières, on voit des amours vivement dessinés. Bibl. — J. Wilpert, Pitture, pl. X. Arcosolium de gauche : Au bas de la voussure, de chaque côté, canards et autres volatiles, figures ornementales masculines et féminines ; au sommet, le Bon Pasteur vêtu de la tunique à l'exomide, chaussé de bottines, debout entre deux brebis, tenant la syringe de la main droite et de la main gauche, la brebis qu'il porte sur ses épaules. La lunette, presque entièrement détruite, offrait un paysage animé dans le meilleur style pompéien. Bibl. — J. Wilpert, Pitture, pl. VI, 2 : X. Arcosolium du fond : Amour portant une brebis ; Bon Pasteur accompagné de quatre brebis. Parois : Décoration à la mode pompéienne, simulant des motifs d'architecture irréelle, colonnettes, portes, placages de marbre, le tout en plâtre. — Sur la paroi qui fait face à la porte, un panneau contient un bouc couché, une brebis debout et un bœuf debout, à peine plus grand que la brebis. — Sur la paroi dans laquelle est prise la porte, à droite, trois panneaux ; celui du centre représente un jeune berger nu et trois brebis qui le regardent, les deux autres panneaux n'ont que des animaux, dont un bœuf.
Arcosolia : Tous deux sont entaillés dans la paroi opposée à la porte. Leur décoration pourrait être un peu postérieure à celle des parois. Dans l'un, deux paons affrontés à une inscription ; dans l'autre, un calice et deux oiseaux aux ailes en étion, caissons avec croisés. V. a' : iux ckvigne, repeinte au IVe.
4e CUBIC : « /. 7it(pri est à la basilica di Sanla Pelronilla, Wilpert ; « situé proche de la sépulture de Flavius Sabinus, Le Fort ». Fin du IIe. Voûte : Dans un disque central, oiseau volant tenu par qui lui est attaché à la patte ; dans quatre lunettes, fruits ; entre les lunettes, corbeilles de fruits ; aux quatre angles, son ornementation est les mêmes. Les encadrements sont tracés par des lignes planes : mêmes éléments d'ornementation que pour la voûte.
5° C V (aWingresso neWepogeo dei Flavi, Wilpert ; « salle à droite de l'entrée », Le Fort). Début du IIIe. Jeunes Éros et Psychés faisant la cueillette de fleurs dont ils emplissent des corbeilles ; trois plates-formes façonnées en forme de conques et accompagnées chacune d'un couple d'oiseaux : colombes, perroquets, paons ; festons de fleurs et branches de roses.
G » COBIOULVM m io). Première moitié du IIIe. Voûte : Au centre, dans un octogone, Orphée jouant de la lyre et entouré d'animaux. Chaque pan de l'octogone forme le sommet d'un trapèze dont la base est le segment d'un cercle tangent aux parois de la salle. Les huit trapèzes contiennent des scènes bibliques alternées avec des scènes champêtres. Ce sont : Daniel entre deux lions ; un bœuf debout dans un paysage ; la résurrection de Lazare ; un bœuf couché dans un paysage ; David en tunique et à l'exomide et la fronde à la main ; une brebis debout dans un paysage ; Moïse frappant le rocher ; une brebis couchée dans un paysage. Les encadrements de l'octogone et du trapèze sont relevés par des motifs ornementaux : ovés, nettes. — Orphée, Daniel et le bœuf à un paysage sont détruits aujourd'hui.
Arcosolium principal (au fond) : Sa voûte forme une véritable voûte. Sur la paroi au-dessus de la baie est l'arcosolium ; à gauche, un homme en tunique et en manteau, tenant un volume ; à droite, figure d'homme détruite jusqu'à la ceinture et qui devait se trouver dans la même attitude que le précédent (probablement deux saints) ; au centre, trois flammes, vestiges de la jeunesse dans la fournaise. Voûte : Au centre, Noé dans l'arche ; dans quatre compartiments en demi-cercle ; Jonas nu couché ; Job assis sur un rocher, le jeu de Tobie entièrement nu, un poisson dans la main droite et un bâton dans la main gauche. Les deux derniers sujets sont détruits.
Le Bon Pasteur, d'abord décapité par le percement d'un « lin », et depuis refait à droite une la dentelle. Sur la paroi, hors de la bande de l'arcosolium, la multiplication des pains et la Samaritaine, celle d'aujourd'hui détruite. Lunette : Génuflexion d'un défunt recommandé à un saint. Peu de détails sont visibles ; l'œuvre est très ancienne.
Paroi du côté gauche, un I sur lequel est appuyé un pedum auquel est suspendu un vase de lait.
Bibl. — Bottari, Seuil, e pitt., t. n, pi. lxiii-i.xii, inclus ; Séroux d'Agincourt, Histoire de la décad. de l'art, pi. vi, n. 3 ; pi. ix, n. I, 5 ; L. Perret, Combles de Rome, t. i, pi. x.xxiv bis ; Garrucci, i pi. xxv-xxix, 1, 2, i, I, inclus ; J. Wilpert, Pitture, pi. xl, 2 ; t.v, Lvi (chrél., p. 2ô, n. 1G. T Al iacripta di Ampliato, Wilpert).
Deuxième moitié du IIIe. Voûte. — Moïse frappant le rocher. Le Christ et le vase de lait entre deux brebis. — Lunette. Isaie et la Vierge avec l'enfant.
Bibl. — J. Wilpert, Pitture, pi. i.xxxm ; Dicl t. n.pl. hors-texte au mot Catacombes (Art des).
8° CUBIci 0, près de la crypte d'AmpliatUS. Deuxième moitié du IIIe. Voûte : Hippocampe. Paroi droite : oiseau. Arcosolium à droite : Bâton feuillu.
9° ARCOSOUU.M (pressa il piu antico cubicolo, Wilpert). Deuxième moitié du IIIe. Voûte : Guirlande et branches de roses. Lunette : Guirlande et colombes.
10° CRYPTE D'EULALIUS. Deuxième moitié du IIIe. Bibl. J. Wilpert, Pitture, pi. XCI, n. 2.
11° : [Pressa il pianerottolo délia scala, Wilpert). Deuxième moitié du IIIe. Le Bon Pasteur entre deux orantes dont une à péri. Au-dessous, disque entre deux colombes et fleurs. Bibl. — J. Wilpert, Pitture, pi. xcn. n. 2.
12° CUBICULVM {pressa il primo pianerottolo, Wilpert). Deuxième moitié du IIIe. Niche de droite : Le Bon Pasteur avec niche (de la paroi du fond) : Orant et orante. Jonas dormant sous le cucurbite, motifs ornementaux. Bibl. — J. Wilpert, Pitture, pi. xi.in, n.3 ; pi. lxiii, n. 2 ; i.xxxiv, n. 1 ; i.x.xxv, n. 2.
JANUAR1U8. Fin du IIe. Deux orantes voilées et deux brebis à droite et à gauche d'un cartouche sur le fond rouge duquel on lit en traits blancs : IANUARIUS COIUGI FEICIT. Bibl. — Séroux d'Agincourt, ff l'sf. de la décad. de l'art, pi. vin, n.3 ; GAITUCC pi. xxx\i, n. 2 ; L. I.e Fort, Peint chrél., pi. 62, n. 72 ;.1. Wilpert, Pitture, pi. L.xxxiv. 2 ; CXVI, 2.
14> sêpulturi nerottolo inferiore délia scala principal,-). Fin du IIe ou première moitié du IIIe. Orante non voilée ayant à sa droite sept (et peut-être cinq récipients pour le vin) à sa gauche. Bibl.— J. Wilpert, Pitture, pi, « ni, n. 1. Au-dessous du loculus, un berger tenant la syringe de la main droite et paissant son troupeau entre deux arbres dans un jardin.
Bibl. — J. Wilpert, Pitture, pi. xxm, 3 ; lxxvi, 1 ; cxxiv-cxxvii, 2.
17 » crypte en face de celle des six saints. Début du IVe. Arcosolium à gauche, lunette : Résurrection de Lazare ; voûte : fantaisies. Arcosolium à droite, lunette : Moïse frappant le rocher, voûte, fantaisies. Bibl — J. Wilperl, Pitture, pi. cxxvn, 2.
18° SÉPULTURE DES DEUX ORANTES (uicini al cubiculilo, Wilpert). Première moitié du IVe. Deux orantes voilées parmi les arbres. Jonas rejeté par le monstre et reposant sous le cucurbite. Bibl. — J. Wilpert, Pitture, pi. lxxxu, 1 ; cxxxvui.
19° CUBICULUM x. Première moitié du IVe. Voûte : Les trois jeunes Hébreux, Noé, figures ornementales masculines et féminines, et têtes ornementales. Paroi à gauche : Jonas rejeté par le monstre (et Jonas au repos ?) orante et chevaux. Paroi à droite : Multiplication des pains et sacrifice d'Abraham. Paroi du fond : Daniel dans la fosse aux lions entre deux colombes. Arcosolia : Décoration de fantaisie. Bibl. — J. Wilpert, Pitture, pi. cxxxix ; cxl.
20° Sépulture avec les quatre MAGES. Première moitié du IVe. A la partie supérieure, quatre mages viennent offrir leurs présents ; à la partie inférieure et sur les côtés, rameaux de vigne.
21° CRYPTE DE SUZANNE. Première moitié du IVe. Paroi à gauche : Suzanne priant entre deux vieillards. A la partie supérieure, en trait léger, figure de sept brebis. Bibl. — J. Wilpert, Pitture, pi. cxlii, 1.
22° arcosolium (presso la cripla di Amplialo). Première moitié du IVe. Paroi et voûte : Amours à la vendange ; lunette, le « Christ enseignant parmi les apôtres.
23° SÉPULTURE DE L'ORANTE DANS UN CHAMP DE BLÉ. Première moitié du IVe. Adam et Eve ; orante non voilée dans un champ de blé ; le Bon Pasteur avec six brebis et deux arbres portant chacun un oiseau.
24° arcosolium des oiseaux (non loin de la crypte di Amplialo). Première moitié du IVe. Voûte : Deux vases sans poignées, guirlandes ; lunette : guirlandes de feuillages entre deux colombes portant le rameau d'olivier. — Peinture sans valeur et très grossière due à un ouvrier.
25° SÉPULTURE AVEC L'IMAGE DE SAINT PIERRE. Première moitié du IVe. Le défunt entre deux arbres, deux agneaux et les apôtres Pierre et Paul (ouvrage aux deux tiers détruit). Première moitié du IVe. Voûte : Le Christ juge entre quatre saints : lunette : orante voilée à côté de saint Pierre. Colombe tenant dans son bec un rameau d'olivier ; serpent enroulé à un arbre et agneau foulant aux pieds la queue de ce serpent ; vase de lait et défunte dont l'image ne subsiste (pudepuis la poitrine jusqu'aux pieds). Au-dessus de ces symboles, on lit en lettres rouges : CALENDINA VIBES. Bibl. — J. Wilpert, Pitture, pi. clxxxiii, 2.
28° CUBICULE DES « petits apôtres ». Antérieur à l'année 348. Arcosolium. Paroi de face, deux colombes ; voûte : le Christ jugeant parmi les apôtres ; lunette : défunte en orante entre les princes des apôtres.
29° CRYPTE DE DIO GÈNE. Vers 348. Niche pouvant recevoir un sarcophage. Voûte : Moïse frappant le rocher ; résurrection de Lazare ; buste du Christ entre les princes des apôtres. Lunette : le fossoyeur Diogène ; paroi de face au-dessus de la niche : cartouche destiné à recevoir l'inscription flanquée de deux colombes avec le rameau d'olivier.
30° ARCOSOLIUM DES BREBIS, Milieu du IVe. Le Bon Pasteur parmi les arbres, avec six brebis. Bibl. — J. Wilpert, Pitture, pi. cxvn, 2.
31° ARCOSOLIUM DES PETITS ORANTS. Milieu du IVe. Aux extrémités, Moïse frappant le rocher et la résurrection de Lazare ; au sommet, le Bon Pasteur vêtu d'une tunique à rondelles, chaussé de bandelettes tenant la brebis à deux mains sur ses épaules, derrière la brebis de gauche, une orante ; derrière celle de droite, un orant.
32° ARCOSOLIUM EN FACE DE CELUI DES PETITS ORANTS. Moitié du IVe. Moïse frappant le rocher ; résurrection de Lazare. Bon Pasteur.
33° CUBICULUM (DeBosio) appartenait à la corporation des boulangers. Moitié du IVe. Cubicule ovale terminé en abside à chaque extrémité de son grand axe ; les deux absides sont percées de chaque côté d'un arcosolium rétréci au fond comme ceux du n 30 et 31. Abside à gauche : Au centre le Bon Pasteur, barbu, vêtu d'un petit manteau en épitoge, et d'une tunique courte à rondelles, chaussé de hautes bottines ; de chaque côté sont représentées les Saisons, à l'extrême gauche, l'Hiver, par un paysan, la bêche sur l'épaule, qui s'approche d'un grand feu ; à côté de lui, l'Automne, par un jeune homme, presque entièrement nu, qui tient de la main droite une grappe de raisin et de la main gauche une corne d'abondance ; à droite, à côté du Bon Pasteur, l'Eté représenté par un moissonneur, la faucille à la main ; enfin, le Printemps, sous la figure d'un jeune homme cueillant des roses. Abside à droite : le Christ assis et enseignant ses apôtres : saint Pierre et saint Paul sont assis chacun à une extrémité. Quatre arcosolia : 1° Jonas rejeté hors du navire ; 2° Jonas reçu par le monstre ; 3° Jonas reposant sous le cucurbite ; 4° Jonas inquiet à la vue du dessèchement de la plante. Corniche : Au-dessous des absides, sous un bandeau qui fait le tour de l'ovale représentant le service de l'annone. Panneaux aux côtés des absides : Moïse frappant le rocher ; multiplication ou langage avec le boisseau. Paroi en face des arcosolia : num. S ult. e pitt., t. II. I « I LI\ a I vu inclus ; Scroux d'Agincourt, Hist. de la décad. de t'art, pi. vin, ~i. Ha, pi. xx, 11 I ; pi. xxi, xxu ;.1. Wilpert, Rômische Quartalsclirift, 18,87, t. i, pi. i, il, m : Pilture, pi. xx, I ; pi. x\i, wii ; Dictionn, t. i. lig. 770-774.
34 » OUBICOLVM il (deBosio). Moitié du IVe. Voûte : Disque central ; jugement de deux défunts par le Christ, accompagné de deux saints. De ce disque rayonnent dix compartiments d'inégale largeur dans lesquels sont représentés de deux en deux, les sujets suivants : Moïse frappant le rocher ; la multiplication des pains ; le sacrifice d'Abraham ; les trois Hébreux dans l'arche ; les compartiments intermédiaires sont chargés de rinceaux avec paon, faisant la sur un glu. Arcosolium à droite : Il n'y a pas de lunette, la voûte étant courbée de façon à se métamorphoser en cul de four ; à gauche, au sommet : Adam et Eve ; à droite, le paralytique emportant son lit. Arcosolium à gauche : Même forme que le précédent : au sommet : Daniel parmi les lions, à chaque extrémité un saint.
U larchand d'orge). Moitié du IVe.
Abside : Moïse frappant le rocher ; multiplication des pains et le défunt dans l'attitude d'orant. Sur la paroi de face. Vonarolo siège à son comptoir, entouré
'ORZAROW.
Milieu du IV* siècle.
Moïse frappant le rocher et résurrection de Lazare au extrémil mmet, le Bon Pasteur entre une orante et un orant.
Ilibl. — J. Wilpert, l'itlure, pi. cxcvm.
:t7° SÊI'ULTUJ : r.ZAMilieu du iv s, Défunt en prb liibt. —.1 Wilpert, l'itlure, pi. xi.in, I.
ABRAVlilieu du l'aroi supérieure (de gauche a droite) ; Troupeau, Bon Pasteur, orante voilée. Bon Pasteur, troupeau.
Paroi inférieure : sa ' Ibraham Ilibl. — J. Wilpert, l'itlure, pi. CCI,. Milieu du Ue : A gau. i -. lions ; a droite, frappant le rocher ; au sommet, le Bon Pasteur,. tuni que il chaussé de ba tenant ieux mains la brebis sur ses épau les. Lunette : lion, (orme d'un double cercle, buste iunt ; de cha qui médaillon, un Bibl iri, Seuil e pill., t. u, pi. cxx<. r, pi. xwii, 2 ; L. l.e Fort, Peint, chrét.,. L Wilpert, Pittu Arcosolium, lunette : Il ne subsiste que le centre et le dro i ; la peinture. La défunte, Vénéranda, en ■ tue d'une daim | averti ideau ou d'un bonnet de linge blani sur lequel un voile orné de rondel les cl de frangi extrémités, : jardin du Paradis symbolisé par quelques buissons en fleurs, sous les auspi ces nartyre Pétronille qui, vêtue d'une longue robe et d'un manteau, la tète nue, montre du doigt une corbeille pleine de volumes et posée à terre ; au-dessus de cette corbeille on voit un livre ouvert. Voussure : festons grossièrement ébauchés Bibl — De Bossi, Bull, di arch. crist., 1875, pi. i, n ; !.. Le Fort, Peint, chrél., p. 81, n. 106 ; J. Wi l'itlure. pi. CCXUI.
Il » S n longi dal primo pianerotlolo délia scala principale, Wilpert). Deuxième moitié du du iv« siècle. Daniel dans la fosse aux lions. Moïse frappant le rocher ; résurrection de Lazare ; la défunte entre deux saints.
.'. —.1 Wilpert, Pilture, 2.
IV siècle.
Job ; voûte : décoration en écaille lunette : guirlan des. liibl. — J. Wilpert. Pilture, pi. cxcxvi, 1.
STRI : CELUI DE JOB. Deuxième moitié du IVe.
Paroi de face : Jouas jeté au monstre et la multiplication des pains ; vuûle : décoration en écaille ; lui guirlan des.
Bibl, — J. Wilpert, Pitture, pi. ccxxi, ô.
•Il » ARCOSOLIUM A'J/.T. Deuxième moitié du iv« s.
Paroi : Orante voilée et imitation de marbre ; voûte : baptême, multiplication des pains et Bon Pasteur ; lunette : vase sur lequel volent deux colombes.
Bibi — J. Wilpert, Pilture, pi. ccxxvm, 1. 2.
45° arcosolium (non lungi del cubicolu i V. Wilpert), Deuxième moitié di iv siècle. l'aroi au-dessus de la baie de l'arcosolium : In surrection de Lazare, Adam et Eve, Noé dans l'arche. Moïse frappant le rocher ; voussure : décoration en écail les ; lunette : guirlandi (. — J. Wilpert, l'itlure, pi. ccxxvn. ité du cubiculum IV). ème moil ié du i v siècle.
Paroi.' Guirlan des, oise aux, branches de roses ; voussure : multiplication des p rrection de Lazare et buste du Christ ; lunette : le Christ entre les princip aux apôtres •17° cubiculum iv (de Bosio). Deuxième moitié du IVe Si' : Médaillon inscrit dans un octogone et contenant un buste ib trou et vêtu d'un manteau à lide. I lois mp, très restreint et chargé de quatre gran des branches d'olh ier, de deux de (leurs chimériques et, aux quatri colombes tenant dans leurs pattes le rameau d'olivier. u' au-dessu frappant le rocher. Michée prophétisant la venue du Christ et l'adoi tent plus) ; droite, vestiges d'un propl, phec entre deux dromadaires et d'autres anim aux.
Arcosolium à </. nte voilée ; au sommet, Noi de 1. a/are ; lum I tandis qu'a droite un homme Vêtu d'une lu maie ' d'un ch.ap. r,1min A sandale ; [u \ droite 48° ARCOSOLIUM XV. Deuxième moitié du IVe.
Paroi de lace : Résurrection de Lazare ; adoration des mages dans un premier registre ; ensuite le paralyti que et Moïse frappant le rocher dans un deuxième registre ; lunette : testons de feuil les et de fleurs.
Bibl. — J. Wilpert, Pitture, pi. ccxxxix ; ccxl. 1.
■19° CRYPTE AVEC LES MAOES. Deuxième moitié du iv« siècle.
Paroi à gauche : Adam et Eve et les rois mages.
Paroi à droite : Résurrection de Lazare et les trois jeunes Hébreux.
Paroi du /and : Le Christ nimbé, assis, enseignant les douze apôtres également assis, mais sans nimbe.
Voûte : Dans un dis que : le buste du Christ nimbé.
Bibl. — De Rossi, Bull, di arch. crist., 1879, pi. i-n ;LeFort, Peint, chrét., p.. 84, n. 113 ; J. Wilpert, Pitture, pi ccxxv, 1 ; ccxxxi.
50 » ARCOSOLIUM DES colombes (nella galeria dei Flaui). Deuxième moitié du iv« siècle.
Colombe avec rameau d'olivier, imitation de marbre, palmes, vases, entre deux oise aux.
51° arcosolium rouoe. Deuxième moitié du ive s.
Lunette : Le Christ entre deux apôtres ; il ne reste que l'apôtre de gauche, vêtu d'une tuni que et d'un manteau timbré Z, et un coin du dossier du siège du Christ ; le reste est détruit. Voûte : Palmes et écail les ; paroi, hors de la baie : Moïse frappant le rocher ; résurrection de Lazare ; imitations de marbre.
52° CRTPTE SON RETROUVÉE. IVe.
Adoration des mages, guérison de l'hémorroïsse.
Via Ardeatina. — Catacombe des Saints-Marc-etMarcellin et de Saint-Damase.
1° crypte DE saint Damase. Première moitié du iv° siècle.
Arcosolium ; paroi de /ace : Le Christ enseignant les apôtres ; voûte : décoration de fantaisie et, au sommet, le pasteur paissant son troupeau ; deux niches : paon faisant la roue.
Bibl. — J. Wilpert, Pitture, pi clxxvii, 1 ; clxxviii, 2° Galerie des cerfs. Antérieure à l'an 340.
Au-dessus de l'entrée deux cerfs se désaltèrent a une fontaine.
3° crypte des ÉVANOÉLISTES. Antérieure à l'année 340.
Paroi du /ond.Le Christ enseignant les quatre évangélistes.
Voûte : Vases d'où sortent les branches sur lesquel les perchent des oise aux et même un paon. marcellin. Deuxième moitié du IVe.
Niche sur la sépulture des martyrs ; voûte : Moïse frappant le rocher, multiplication des pains, sacrifice d'Abraham et les martyrs prêts à monter vers le Christ par l'échelle que menace le dragon infernal ; lunette : Moïse devant le buisson ardent ; la fondatrice de la crypte entre les saints martyrs.
Voûte : Les quatre saisons, amours, moissonneurs, vendangeurs, etc.
Niche du sarcophage ; voûte : Canéphores entièrement nues, décoration de fantaisie et Moïse frappant le rocher ; lunette : le Christ enseignant les apôtres.
Bibl. — J. Wilpert, Pitture, pi. clxxvii, 2 ; ccxliv ;
CCXLV, 1.
6° arcosolium d'eudoxie. Deuxième moitié du IVe.
Lunette : Défunte entre les prin ces des apôtres ; voûte : décoration de fantaisie.
Bibl. — J. Wilpert, Pitture, pi. ccxlix, 1.
Via Ardeatina. — Catacombe de la Nunziatella. crypte. Deuxième moitié du nf siècle.
Pla/ond : Dans un dis que central,.lésus-Christ assis, vêtu d'une robe à double bande verticale et d'un manteau, tient à la main gauche un volume entr'ouvert ; son avant-bras droit est détruit. Le dis que, encadré d'une bordure dentelée est inscrit dans une couronne de laurier, qu'enveloppe à son tour une autre bordure dentelée. Au delà de cette dernière, quatre panne aux orientés vers les quatre côtés du cubicule renferment chacun (il n'en subsiste que trois) un homme \ètu d'une tuni que à double bande verticale, drapé dans un manteau et chaussé de bandelettes, un des quatre évangélistes, suivant M. de Rossi ; les pieds de ces personnages reposent sur la ligne d'un grand cercle qui coupe les panne aux. Entre ces compartiments, dans la direction des quatre ang les du plafond, la ligne du grand cercle supporte quatre piédouches sur lesquels se trouvent debout alternativement un orant et une orante. Les têtes des deux orants sont détruites, ainsi que l'une des deux orantes. L'orante qui subsiste est voilée ; mais, particularité de costume extrêmement rare, sinon uni que dans les peintures des catacombes, sa dalmati que à double ban des vertica les est tellement courte qu'elle lui descend à peine jusqu'au genou et laisse voir ses jambes nues. Les deux orants sont habillés de la même façon. Cha que piédouche, s'élève entre deux brebis adornées et enlacées d'un léger rinceau. Aux quatre ang les, une colombe tenant un rameau entre ses pattes est cantonnée dans un quart de cercle dentelé.
Parois : Leur ornementation consistait en panne aux délimités par des lignes unies et superposées sur deux étages. Ceux de l'étage inférieur ont été ruinés par l'établissement de loculi. Ceux de l'étage supérieur ont perdu pres que toute leur décoration par la chute de l'enduit Paroi de l'entrée : deux saints ; paroi à gauche : Moïse frappant le rocher et le paralyti que ; paroi d droite : guérison du lépreux, multiplication des pains et un saint ; arcosolium : Noé. pi. LXXIV-LXWL, 2 ; lxxvii, 1.
Via Appia. — Catacombe de Saint-Sébastien.
1° crypte. Première moitié du IVe.
Paroi du tond : Dans une lunette tracée sur la paroi comme une lunette d' arcosolium, restes d'une peinture divisée en trois compartiments ; à gauche : orante voilée, pendant la dalmati que à double bande verticale, dans le champ, à droite, une étoile fleuronnée ; au centre : agneau posé sur une éminence. Bon Pasteur portant la tuni que courte, les jambes et les bras nus ; à droite : un homme portant une draperie sur le bras gauche (peut-être un athlète).
Arcosolium ; voûte : Moïse frappant le rocher ; au centre, buste du Christ imberbe et Jésus enfant entre le bœuf et l'âne, orante.
Via Appia — Catacombe de Prétextât. !• crtpte DE LA passion ? Première moitié du il* siècle. Le niveau primitif de cette crypte a été abaissé à la lin du 11e siècle ou au début du siècle suivant pour y pratiquer des loculi. L'un d'eux, a reçu le corps de OYPANIA OYTATHP HPOAHC. Los peintures sont antérieures au remaniement du cubicule. Voûte : Médaillon à triple encadrement au centre de ce plafond. Le médaillon contient le Bon Pasteur tenant de ses deux mains les pieds de devant de la brebis posée sur ses épau les, tandis que les pieds de derrière restent libres ; dans quatre lunettes, bordées de fleurs, quatre canards ; entre les lunettes, branches de fleurs, à chacun des quatre ang les : colombes.
Paroi gauche : Le couronnement d'épines( ?), la résurrection de Lazare, la Samaritaine au puits de Jacob.
Paroi à droite : La guérison de Phéraorroïsse.
2* CRTPTE DE saint Janvier. Deuxième moitié du IIe, vers l'an 175.
Vuûte : cintrée en forme de calotte à quatre côtes dont la première est couverte de branches de fleurs, la seconde d'épis, la troisième de branches de v la quatrième de branches d'olivier. Cette allégorie des quatre Saisons a pour complément les scènes peintes en demi-cercle sur les murail les autour des baies savoir : 1' des enfants, garçons et fil les cueillant des roses ; 2' des moissonneurs ; 3° des vendangeurs ; 4« de jeunes garçons faisant la cueillette des olives.
Paroi de l'entrée (sur la porte) : Le printemps. tfiche de gauche ; lunette : Bon Pasteur (pres que entièrement détruit), l'Été.
Niche de face ; lunette : Moïse frappant le rocher ; l'Automne.
Niche de droite : lunette. Jonas jeté à la mer ; l'Hiver.
Bibl— De Rossi, Bull, di archiol. ernt., 1863, p. 3 ; Garrucci, Sloria, pi. xxxvn ; L. Le Fort, Peint, chrét., p. 21, n. 13 ; J. Wilpert. Pitlure, pi. XXX, 1, 2, xxxjixxxiv ; Dictionn., t. m, pi hors-texte.
3' CUBICULE ELEVE DE LA GRANDE EXCAVATION. Début du uie siècle.
Voûte : Le pasteur défendant son troupeau.
Arcosolium ; voûte : Le Christ législateur dans un ensemble décoratif où entrent les dauphins, les chèvres les oise aux, les vases, les Heurs.
Bibl. — J. Wilpert, Pitlure, pi. xlix-i., 1.
4* ARCOSOLIUM DE CAJLV/l./A LUCINA. Deuxième moitié du Me.
Voûle : Bon Pasteur dans un médaillon ovale entouré d'une couronne ; lunette : Daniel parmi les lions au centre ; Jonas rejeté par le monstre, à droite ; et Jonas sous le cucurbite, à e ;.i 9° ARCOSOLIUM DES TRO.S I Deuxième moitié du ive s.
Voûle : Au sommet, le monogramme du Christ avec A 00. à cha que extrémité un lion Pasteur avec une brebis et un monogramme avec A 00. f. • - J. Wilpert, Pitlure. pi. CLxxvin, 2.
10° ARCO.-<< CELERINA. Deuxième moitié du iv° siècle.
Paroi : Un saint barbu ; Libère ; Suzanne et les vieillards repri seu les sous la forme d'une brebis entre deux loups. Voûle : Urbain ; les princes des apôtres et ite du Christ ; lunette : monogramme du Christ entre deux colombes et brebis entre deux agneaux. Via Appia — Hypogée anonyme près de la catacombe de Prétextat.
1° ARCOSOLIUM DE DANIEL. Première moitié du IVe. Voûle : Daniel dans la fosse aux lions.
2° Crypte DE LA CROIX. Milieu du IVe. Sur la porte : Croix équilatérale. Via Appia. — Hypogée de Lucine.
1° CUBICULE DOUBLE W. X. Première moitié du IIe. Voûte du cubicule X : Le Christ juge, quatre saints intercesseurs et quatre orantes (détruit aux deux tiers, en sorte qu'on ne voit plus qu'un saint vêtu de la tunique et du manteau, la partie inférieure du corps des deux orantes et deux oiseaux) Au-dessus de la porte d'entrée du cubicule Y : Le baptême du Christ.
Bibl. — J. Wilpert ; Pitlure, pi. xxix, 1.
Parois : Oiseaux, vases, arabesques, vestiges de deux hommes en tunique courte et manteau (saints ?).
Bibl. — De Rossi, Roma sotterr., t. i, pi. xiv.
Voûte du cubicule Y : Daniel, debout un orant entre deux lions, vêtu de la tunique à l'exomide, occupe un disque central, inscrit dans un cercle dont les subdivisions contiennent quatre vases de fleurs, quatre grandes têtes et quatre plus petites personnifiant les Saisons, les Vents ou les Planètes.
En dehors du cercle, huit compartiments sont tracés sur un fond que décorent des guirlandes de fleurs, et aux quatre angles, des oiseaux.
Les quatre compartiments dirigés vers les angles renferment alternativement, sur des piédestaux, un Bon Pasteur, dans le même attirail et la même attitude, et une orante en tunique lalaire et manteau serré, avec un voile court sur la tête.
Les quatre compartiments intermédiaires ont chacun une figurine :
Voûte : Dans un disque central entouré d'une bordure dentelée et séparée par une large zone, d'une ligne circulaire que chargent les bouquets de fleurs.
Bon Pasteur, debout entre deux arbres et deux brebis, tenant de chaque main les pattes de la brebis qu'il porte sur les épaules.
Entre le cercle de fleurs et un cercle dentelé plus rapproché des parois, quatre vases de fleurs.
Aux quatre angles, colombes tenant dans leurs pattes le rameau d'olivier.
— De Rossi, Roma sotterr., t. i, pi. xv ; Le Fort. Peint, chrét., p. 24, n. 14 : Garrucci, Storia, pi. nr, 1 ; J. Wilpert, Pitlure, pi. xxxv. 2 ; xxxvi. 1.
3° CUBICULE E, NON LOIN DE LA SÉPULTURE DE* SAINT CORNEILLE.
Première moitié du IIIe.
Voûle à arêtes : Dans le disque central, Bon Pasteur chaussé de bandelettes et vêtu de la tunique à l'exomide, debout entre deux brebis et deux arbres, tenant de la main gauche la brebis sur ses épaules et portant de sa main droite le seau de lait.
Comme habillement et comme attitude, cette figure est une répétition de celle qui domine au centre du cubicule Ve du cimetière de Priscille, sauf addition du seau de lait.
Le disque est enveloppé d'une zone à laquelle des lignes unies servent d'encadrement ; sur cette zone se détachent quatre vases de fleurs.
A chacun des angles, oiseau posé sur une branche.
Sur les parois : Oiseaux volants et paons affrontés sous des guirlandes grossières.
4° SÉPULTURE DE SAINT CORNEILLE. SOUS* le pape Jean III (500-573).
A gauche : Saint Sixte II et saint Optât.
A droite : Saint Corneille et saint Cyprien.
Via Apia. -Catacombe de saint Callixte.
1° Crypte d'Orphée (Cubicule L 2).
Deuxième moitié du IIe.
Voûte : Dans un octogone central, Orphée entre deux brebis.
L'octogone est inscrit dans un double cercle d'où rayonnent vers les quatre angles les quatre bras d'une croix de Saint-André chargés d'ornements et coupés vers leur extrémité par un dernier cercle sur lequel s'appuient quatre lunettes entre les bras de la croix.
Ces lunettes encadrées d'une bordure dentelée, sont ruinées sauf une seule qui enserre un taureau marin.
A chaque angle, une colombe tient un rameau dans ses pattes.
Bibl. — De Rossi, Roma sotterr., t. n, pi. x, xvi, 2, xxv, 5 ; Garrucci, Storia, pi. iv, 1 ; J. Wilpert, Pitlure, pi. xxxvii.
2* CHAPELLE DES SACREMENTS A 2.
Deuxième moitié du IIIe.
Voûte : Disque central enveloppé de deux zones concentriques que sépare une couronne circulaire de laurier, la zone extérieure étant limitée par une simple ligne.
Dans le disque : Bon Pasteur, les jambes nues, vêtu d'une tunique, debout entre deux brebis et deux arbres, tenant de ses deux mains la brebis se trouvant sur ses épaules.
Les deux zones sont frappées par les quatre bras d'une croix chargés de guirlandes.
Au delà de la dernière zone, dans des médaillons, quatre têtes ornementales alternent avec quatre paons faisant la roue.
Quatre lunettes renferment : un trépied chargé de poissons entre sept corbeilles de pains, un sujet perdu.
Jonas vomi par le monstre, Jonas sous le cucurbite.
Aux quatre angles, sous les paons, oiseaux et ornements.
Paroi d'entrée : Saint intercesseur, debout, diapré à l'exomide.
Paroi de gauche : Sur un bandeau entre deux loculi : Moïse imberbe frappant le rocher, pêcheur presque nu assis sur un rocher et tenant un poisson accroché à sa ligne ; repas de sept disciples à une table, chargée de deux plats de poissons, et devant laquelle on voit sept corbeilles de pain.
Panneau à droite : ornements et oiseaux.
Paroi du fond : Au sommet, navire battu par la tempête ; bandeau entre les deux loculi : baptême ; panneau à droite, docteur assis et vêtu d'un manteau à l'exomide.
Paroi de droite : Panneau de gauche : ornement ; bandeau entre deux loculi : résurrection de Lazare non entouré de bandelettes et qui se tient déjà à quelques pas en avant de l'édicule ; de même, le Christ n'étend plus la baguette ; colombe volant avec un rameau d'olivier entre les pattes ; panneau à droite : ornement, dauphin enroulé autour d'un trident, dauphin nageant.
3* CHAPELLE DES SACREMENTS A J.
Deuxième moitié du IIIe.
Voûte : Dans un disque central enveloppé de quatre zones concentriques, le Bon Pasteur, les jambes nues, vêtu d'une tunique à l'exomide, debout entre deux arbres et deux brebis, et tenant de ses deux mains la brebis sur ses épaules.
Les deux zones, les plus voisines du disque, sont frappées de quatre bras de croix chargés d'ornements et largement évasés à leur pied en un demi-cercle où est inscrit une coquille.
Au-dessous, quatre coquilles, quatre bandes chargées d'ornements en étoile frappent les deux dernières zones, hors desquelles elles se prolongent sur le champ du plafond vers les parois du cubicule.
Entre ces bandes, quatre paons faisant la roue se détachent sur les deux dernières zones.
Au-dessous d'eux, dans le direction des angles, quatre caissons contiennent des vases de fleurs, et plus bas, aux angles, alternent quatre figurines, deux génies et deux jeunes filles, qui dansent.
Enfin, huit colombes, par un lien d'une courbe gracieuse qui s'attache à leurs pattes, volent à droite et à gauche des quatre figurines.
Paroi d'entrée : Moïse frappant le rocher.
Le Christ et la Samaritaine.
Paroi de gauche : Jonas jeté au monstre ; bandeau supérieur, pêcheur tirant de l'eau un poisson accroché à sa ligne, paralytique ; bandeau entre deux loculi : à chaque extrémité de ce dernier bandeau, colombe volant.
Paroi du fond : Bandeau supérieur, Jonas brûlé par le soleil ; à chaque extrémité du bandeau, colombe volant : bandeau entre deux loculi : multiplication des pains et des poissons par le Christ, à côté duquel se tient une orante voilée ; banquet de sept personnes à une table chargée de deux plats de poisson, devant cette table on compte huit corbeilles de pain : Isaac et Abraham en orante, un arbre et un fagot ; panneaux à droite et à gauche du loculus, deux fossoyeurs.
Paroi de droite (Résurrection de Lazare ? ) : Jonas vomi par le monstre, bandeau supérieur ; le sujet du bandeau entre les deux loculi est détruit.
Plafond (détruit).
Paroi de l'entrée : A gauche de la porte.
Résurrection de Lazare qui, sans bandelettes, est déjà sorti de l'édicule, le Christ a passé sa baguette dans la main gauche ; à droite du la porte : Moïse, imberbe, frappant le rocher.
Lunette très détériorée par l'ouverture de jeux. Cinq personnages, femmes et enfants, en oraison.
Bibl. — De Rossi, Roma sotterr., t. m, pi. vi ; L. Perret, Les catacombes de Rome, t. i, pl. lvii ; Le Fort, Peint. chrét., p. 52, n. 51 ; J. Wilpert, Pitture, pi. xc.
12' ARCOSOLIUM (nella regione di Sun du', Wilpert). Fin du IIe. Voussure : le pasteur faisant paître quatre brebis.
Bibl. - J. Wilpert, Pitture, pi. exu, 1 ;
13' CRYPTE DE SAINT-MILTIADE A 3. Début du IVe si. Voûte : Disque central renfermant le Christ qui ressuscite Lazare. Trois disques concentriques se développent, portant au centre : le premier et le douzième, une couronne de laurier. Sur le troisième disque, sont représentées quatre lunettes renfermant chacune un oiseau. '/ de lunette : le lion Pasteur dans un disque encadré d'une bordure crénelée.
De Rossi, Roma sotterr., t. n, pi. xxiu, xxiv, 1-2 ; Garrucci, Storia, pi. xn ; Le Fort, Peintures, chrét., p. 39, n. 53 ; J. Wilpert, Pitture, pi. cxxvm, 1
IVe. Voûte : Deux lunettes qui renferment chacune l'image de Saison demi-conclue. Elles sont entourées avec deux branches de laurier et deux colombes volant avec le rameau d'olivier et un vase ; la deuxième représente les Heurs et les deux dauphins nageant de l'autre ; enfin, la troisième représente les lombes, avec le Christ de deux inclus, pi. xxvi ; Garrucci, Storia, pl.xm ;
15' ARCOSOLIUM PRÈS DE LA CRYPTE DE SAINT-MILTIADE 105. Début du IVe.
16' CRYPTE DE L'OCÉAN. Première moitié du IVe. Voûte en berceau, à lucernaire, divisée en compartiments par de larges bandes unies. De chaque côté, les rampants ont deux compartiments contenant l'un un paon gigantesque, l'autre un paon de moindres dimensions. Au sommet de la voûte, en arrière du lucernaire, un cadre uni et carré renferme une tête chimérique de l'Océan. Dans le tuyau du lucernaire, on avait exécuté un buste, dont la tête peinte sur toile avait été rapportée et fixée par des clous. Cette toile n'existe plus ; mais les trous des clous sont visibles, et la tête s'était vaguement décalquée, sur le mur, à travers la toile.
17' ARCOSOLIUM DU CADUCÉE, Première moitié du IVe.
Voussure : Au sommet, dans un disque entouré d'un double cordon qui se détache sur un semis de fleurs, orante sans voile, vêtue d'une dalmatique à double bande verticale ; en bas, de chaque côté, un panneau contenant un chevreau bondissant avec le thyrse appuyé à son flanc ; en haut, de chaque côté, compartiment contenant deux canards.
pi. CXXXIV, 1.
18' ARCOSOLIUM DE MARGUERITE. Première moitié du IVe.
Cet arcosolium est entièrement revêtu d'un enduit rouge qui sert de fond aux peintures.
L'arcosolium : Cartouche de l'inscription.
Voussure : A gauche, en bas, les trois Hébreux dans la fournaise réconfortés par l'ange ; au-dessus, Jonas vomi par le monstre ; au sommet, dans un disque, orante, peut-être la défunte Marguerite ; à droite, Jonas au repos, et, en bas, Jésus-Christ, suivi de deux disciples, ressuscitant Lazare.
19' ARCOSOLIUM DE LA MAISON E 19. Première moitié du IVe.
Voussure : Sur un fond rouge, à palmettes bleuâtres et roses, trois panneaux, à gauche adoration des mages ; au sommet, lion Pasteur, jambes nues, vêtu d'une tunique, debout entre deux brebis ; étendant la main droite et tenant de la main gauche, la brebis sur ses épaules : à droite, la défunte assistant à la multiplication des pains.
Lunette : Vestiges insignifiants de deux orantes.
Paroi, hors la baie de l'arcosolium : à gauche, figure virile (Moïse frappant le rocher ?) ; résurrection de Lazare ; jardin de fleurs, (paradis).
1. Bibl. — De Rossi, Roma sotterr., t. m, pi. vii, vin, 2 ; Le Fort, Peint, chrét., pi. cxliii, 1 ; cxliv.
P 3. Première moitié du IVe.
Sur l'entrée, à droite et à gauche : Oiseaux parmi les fleurs ; au milieu : deux brebis.
21' ARCOSOLIUM DE LA « CROCE VELATA ». Première moitié du IVe.
Voussure : Méandres de vigne chargés de raisins entre lesquels volent des oiseaux ; lunette : au milieu de rameaux chargés de feuillages et de fleurs, s'élève un fût couvert de verdure que coupe aux trois quarts de sa hauteur une traverse également verdoyante ; cette croix est flanquée de deux colombes affrontées, posées à terre.
22' ARCOSOLIUM DE LA VENDEUSE D'HERBES, P 42. Milieu du IVe.
Voussure : Rameaux de vigne couverts de raisin et deux oiseaux ; lunette : la défunte, marchande de légumes, debout entre une table chargée de ses denrées, sous laquelle est une corbeille pleine de verdure et un tabouret, également chargé de verdure. Elle est vêtue d'une longue robe à deux bandes verticales. Le corps a été détruit de la ceinture jusqu'au haut, sauf le sommet de la tête, par le percement d'un loculus qui a également fait disparaître les marchandises posées sur l'étal.
Au-dessous de la table de l'arcosolium, guirlandes et boutons de roses.
Sur la paroi : à gauche de la baie de l'arcosolium, sujet perdu ; à droite, Moïse sous les traits de saint Pierre, frappant le rocher, drapé dans un manteau timbré d'un I.
23' SÉPULTURE SUR LA CHAPELLE DES SACREMENTS A 2. Deuxième moitié du IVe.
Homme tenant un rouleau, oiseaux, guirlandes.
24' ARCOSOLIUM DES ÉTOILES B 7. Deuxième moitié du IVe.
Voussure : Étoiles et ornements circulaires ; lunette : monogramme du Christ et festons de fleurs.
Bibl. — De Rossi, Roma sotterr., t. m, pi. xxxv ; Le Fort, Peint, chrét., p. 83, n. 111.
25' ARCOSOLIUM DU SACRIFICE D'ABRAHAM. Deuxième moitié du IVe.
Voussure : Résurrection de Lazare ; sacrifice d'Abraham ; multiplication des pains.
Arcosolium du fond destiné à recevoir le sarcophage, lunette : au centre, le Bon Pasteur, chaussé de bandelettes et vêtu d'une tunique, portant la brebis, debout entre deux brebis, deux arbres et deux bienheureux qui se précipitent vers deux rochers placés à l'extrémité de la composition et de chacun desquels jaillit une source, près de laquelle se voient deux lions.
L'aroi gauche : Le Christ, debout entre deux jeunes gens, vêtus de tuniques à rondelles aux épaules et en bas, dont l'un lui présente une corbeille de pain ; à terre, sept corbeilles de pains. La tête du Christ est effacée et son corps a été détruit depuis le haut jusqu'aux genoux par l'ouverture d'une niche.
Paroi droite : Moïse tirant sa chaussure et main divine paraissant dans un nuage ; Moïse frappant le rocher.
Voussure : Imitation de mosaïque.
26' ARCOSOLIUM DU JUGEMENT A 9. Deuxième moitié du IVe.
Voussure : Deux défuntes voilées en orantes et buste du Christ ; lunette : le Christ juge, avec deux saints intercesseurs.
Paroi de face : Monogramme du Christ dans un cercle et guirlandes de fleurs.
Bibl. — De Rossi, Roma sotterr., t. m, pi. xxxviii ; Le Fort, Peint, chrét., p. 85, n. 117 ; J. Wilpert, Pitture, pi. ccxliii, 1.
27' ARCOSOLIUM. Deuxième moitié du IVe.
Voussure : Le Bon Pasteur paissant.
Paroi de face : Le lion Pasteur, guirlandes, fruits.
28' ARCOSOLIUM A 10. Deuxième moitié du IVe.
Voussure : Moïse frappant le rocher.
Paroi de face : Le Bon Pasteur dans un jardin enclos d'une barrière de treillage.
Bibl — De Rossi, Roma sotterr., t. m, pi. xxxvii, 2 ; Le Fort, Peint, chrét., p. 87, n. 118.
29' CRYPTE DE LA CHUTE D'ADA ET D'EVE A 11. Deuxième moitié du IVe.
Arcosolium : à gauche ; voussure : guirlandes de fleurs, liane ;
à droite : Adam et Eve, de chaque côté de l'arbre de la connaissance.
30' CUBICULUM DU CHRIST AU NIMBE. Milieu du IVe.
Voûte : Dans un médaillon central, buste du Christ nimbé ; sur les quatre arêtes, quatre défunts en oraison ; dans les demi-lunes, ménagées entre les arêtes, quatre scènes de l'histoire de Jonas.
Paroi gauche : Moïse frappant le rocher.
Paroi droite : Noé.
Paroi du fond : Résurrection de Lazare.
Arcosolium principal ; voussure : Décoration de fantaisie ; lunette : amours et guirlandes.
Arcosolium à droite ; voussure : Décoration de fantaisie ; lunette : deux colombes tournées vers un calice.
Bibl. — J. Wilpert, Pitture, pi. ex, exi, 1, 2.
Via Labicana. Hypogée anonyme.
ARCOSOLIUM. Milieu du IVe.
Voussure : Le Bon Pasteur, guérison du lépreux, Noé, Daniel dans la fosse aux lions ; quatre vases en forme de calices.
Lunette : Orante voilée, repas de la foule, multiplication des pains, deux vases.
Via Labicana. Catacombe des Saints-Pierre-et-Marcellin.
1 » CUBICULUM DOUBLE. Première moitié du IVe.
Premier compartiment.
Voûte : orante non voilée.
Paroi de l'entrée : fossoyeur au travail.
Deuxième compartiment.
Arcosolium principal ; voussure : Bon Pasteur et Christ opérant un miracle ; résurrection de Lazare.
Arcosolium de droite ; voussure : Baptême, Moïse frappant le rocher, orante au sommet.
Lunette : le miracle de Cana.
Voûte : Au centre, Bon Pasteur, chaussé de bandelettes et vêtu d'une tunique et d'un manteau court ; il serre de la main gauche les pattes d'un agneau et tient de la main droite la syringe ; dans quatre compartiments, séparés par une figurine (deux orants et deux orantes alternés), Jonas jeté au monstre, Jonas vomi par le monstre, Jonas reposant sous le cucurbitacée, et Jonas méditant sous le cucurbitacée desséché.
Encadrements fleuronnés.
Paroi de l'arcosolium : à gauche, Moïse frappant le rocher ; à droite, Noé dans l'arche.
Lunette de l'arcosolium : La Vierge assise tenant l'enfant ; un ange à côté.
Voussure : à gauche, résurrection de Lazare ; au sommet, piéta debout ; personnage.
Paroi de face : à chaque côté de l'arcosolium, orante.
Bihl. — De Rossi, Ruina sotlerr., t. m, pi. xxxv ; Ce Fort, Pei'nf..Are/., p. 83, n. 111.
29° ARCOSOLIUM a lu. I teuxième moitié du iV siècle.
Voussure : Moïse frappant le rocher.
Paroi de face : I.e lion Pasteur dans un jardin enclos d'une barrière de treillage.
Bibl — De Rossi. Borna sotlerr., t. III, pi. XXXVII, 2 ; Le Fort, Peint, chrét., p..S », n. 118.
311° CRTPTE lit : LA CIICTE D'ADAil ET b'P.YV. A 11.
Deuxii i 1 i \ ' Arc,^.,lnn' a gauche ;
l'oiissure : guirlan des de fleurs, : Adam et Eve, de cha que côté de l'arbre de la Science.
31° ARCOBOLIUU D'ÊUILIEN FÉLIX -I 1 : G.
Deuxième mollir du rv< sieele.
Voussure : I avisions tracées par des lignes crénelées ;
compartiments de gauche : dis que au sommet : oii volant ;
compartiment de droite • orante.
Bibl. — L. Le l'on. Peint chnl, p. H'. ;, u. 110 ;
De Rossi, Roma sotlerr., l. m, pi. xxxvu.
a. :'■ : ROVOE.
Deuxième moitié du v's.
H. suri cet ion de La/are.
Bibl. — l.r Fort, Peint chrét., p. G2, n. 71.
LA CRYPTE DE SAIXTE-
ixte lll ( 132-4 m).
Rampant du lucernaire, partie supérieure :
grande oranle représentant sainte Cécile ;
bandeau intermédiaire : croix laline entre deux brebis ;
bandeau inférieur : tri is ligures masculines habilli es de la tuni que et du manteau ;
le 3' paraît tonsuré ;
ce sont Policamus, Sabustianus et Curinus.
liibl De Rossi, Roma sotlerr., t. ii,j>i. v. vii iucci.
S'.iirio. pi. \ :
Le I Drt, Peint, chrét, p '.m. n. 121.
PAROI lit : l.\ sniii < !.\ TEil entre des arbres fleuris ;
le dis que, encadré d'une simple bande,
s'enlève sur un fond chargé de arabesques.
A cha que extrémité de la voussure,
panneau dont le sujet est détruit.
Bibl. — De Rossi, Roma sotlerr., t. m, pi. xiv ;
Le Fort. Peint, clirct., p. GO, n. G7.
u.llr a.
Cours du i\r siècle.
Plafond à caissons ornés de fleurons et d'étoi les.
Dans un dis que central,
personnage vêtu d'une longue ordée dans le bas avec des rondel les ;
il tient de la main droite un objet indéterminé.
La tète et toute la partie gauche du corps,
de l'épaule au genou gauche,
n'existent plus.
Sur les parois, enlre les loeuli,
oise aux et guirlan des de fleurs
Bibl. — De Rossi, Roma sotlerr., t. n, pi. xxn ;
Garrucci, Sloria, pi. xi. 2 ;
Le Fort, Peint, clirét.. p 72, n. 89.
Via Appia.
Catacombe de Sainte Sctè.e.
M DU CIIRIS1 AU NIMBE.
Milieu du IVe s
Voûte :
Dans un médaillon central,
buste du Christ nimbé ;
sur les quatre arêtes,
quatre défunts en orants ;
dans les demi-lunes,
ménagées entre les arêtes,
quatre scènes de l'histoire de Jouas.
Paroi gauche :
Moïse frappant le rocher.
Paroi droite :
Noé.
Paroi du fond :
Résurrection de Lazare.
Arcosolium principal ;
voussure :
Décoration de fantaisie :
lunette :
amours et guirlan des.
Arcosolium à droite ;
voussure :
Décoration de fan-.
lunette :
deux colombes tournées vers un calice.
Bibl. — J. Wilpert, Pitture, pi. ex, exi, 1, 2.
Via Lutina.
Hypogée anonyme.
ARCOSOLIUM
Milieu du IV* siècle.
arc :
Le lion l'asteur,
gui rison du lépreux,
Noé,
Daniel dans la fosse aux lions ;
quatre vases en forme de cali ces.
Lunette :
Orante voilée,
repas de la foule,
multiplication des pains,
deux vases.
Bibl. — Nuovo bulletl. di archeol, crisl., 1903, t. ix, pi. vi ;
J. Wilpert, Pitture. pi. cclv, cclxvi, cci.xvn.
\ ia Labicana.
Catacombe des Saints-Pierre-et-Marcellin.
1 » C03ICCLUM double.
Première moitié du m* s.
Premier compartiment.
Voûte :
orante non \
Paroi de l'entrée :
fossoyeur au travail
Deuxième compartiment.
Arcosolium principal ;
voussure :
Voûle : Rame aux de vigne et oise aux. Première moitié du IVe. Voûte : oise aux et brebis parmi les arbres.
25° 8ÊPVLTDRK !■/ :/ ISILIQUBDES 3A1ST8PIBBRE-E. 'A. l'remnie ilnilu IV* siècle. Bandeau supérieur : Pasteur paissant le troupeau, résurrectioi. Moïse frappant le rocher, Job, orante voilée. Bandeau intérieur : Adoration des mages et des bergers, mangeoire, deux orantes voilées.
Voûle : Rame aux de vigne et oise aux. Mière moitié du Voussure : A gauche, en bas, Jonas englouti ; en haut : alliage : au sommet, dans un disque, le Bon Pasteur vêtu d'une tunique à pèlerine, chaussé de bandelettes, tenant de la main droite le sceptre et de la main gauche la brebis sur l'épaule, porte en équilibre la brebis sur l'avance : droite, en haut, têtes de feuillage ; en bas, Jonás couché sous le cucurbitacée, appuyé sur un lit semi-circulaire, trois hommes vêtus de tuniques, à droite seul barbu ; à chaque extrémité en avant du lit, l'une dalmatique à double bande verticale, sur un siège ; entre la femme de gauche et la table, un vase à terre ; entre celle de la table, petite fille debout (même costume que les deux femmes), tenant un verre de la main droite. Sur la table, un poisson dans un plat.
Anche ; au-dessus des personnages de droite ; AGAPE MISCE Ml Amours avec guirlandes. — Bottari, Seuil, e pilt., t. n, pi. cxxvn ; Si roux d'Agincourt, Hist. de la décad. de l'art, pi. VI, 5 ; D Ros './'/'. diarcheol. crist. ; 1882, pL m ; Garrucci, Storia, pi. i.vi. 1. 2 ; Wilpert, Pilture, pi. exil, 2 ; i'.lyii ; L. Le Fort, Peint, chrél., p. i 28° ' •' XI.
Première moitié du IV« siècle. Voûte : Bon Pasteur. Moïse frappant le rocher ; Jonas vomi par le monstre ; Daniel, résurrection de Lazare, multiplication des pains, le paralytique qui oise aux et
Paroi d'entrée : Fossoyeur au travail. Bibl. — J. Wilpert, Pilture, pi. i.xxi. 2 29° ■ v IX (de Rossi).
Première moitié du IV* siècle. m : Dans un disque central dont l'encadrement est octogonal, Pasteur chaussé de tunique à pèlerine, tenant la syrinx de la main droite et portant la brebis sur l'épaule, entre deux arbres et deux brebis. Du centre rayonnent huit scènes séparées entre elles par une brebis debout presque invisible. Les quatre compartiments principaux renferment Moïse recevant les tables de la Loi.
Abraham frappant le rocher, imberbe touchant de sa verge les sept et un sujet disparu. Les quatre compartiments, disposés en croix de Saint-André, sont chargés de nements avec figurines chimériques d'hommes et de brebis.
A chacun des angles, nuages effacés d'un agneau soutenant contre une épaule une palme et portant sur le dos le vase de l'eau nimbé (Cette voûte est détruite presque à moitié.)
Paroi gauche : Trois bandeaux entre les loculi, verts de guirlandes horizontales, de fleurs et de feuillages très sommairement ébauchés mais très agencés.
u i :.\ TBBL uiiere moitié du IV* sil Arcosolium, paroide lace : Deux orantes ; frappant le rocher, résurrection de Adam et I ; !■■ OR I PTSDV TRICLINIARQ iv siècle.
Isteur s un disque central. boli (lu s, oise aux, têtes décoratives. Irco li'um, paroi de face : cadre des animaux ; monstre et Jona I. lunette : banquet ;
En arrière d'une table, accoudés sur un lit en forme de sigma, cinq convives ; s.i\oir ; un homme bu\ant (n - belle plus grande que II s aul i deux enfanl. el deux autres 1 u a droite, autre femme, vêtue d'uii *V 83.* double bande verticale, debout et près d'elle, avec ces mots :
Les deux femmes ont la tête nue et les cheveux relevés en chignon.
Paroi gauche : Je une homme vêtu d'une tunique, assis à un devant un plat.
32« arcosolium DE BALAAM.
Première moitié du IVe. Voussure : Moïse frappant le rocher ; Balaam ; orante voilée ; lunette : résurrection de Lazare.
33 » cubiculum x (de Bosio).
Première moitié du iv° siècle. Voûte : Le Christ au centre, dans un carré, lequel est inscrit dans un cercle.
Aux pointes de ce carré, sortent les branches d'une croix de Saint-André, dont la partie inférieure offre deux dauphins affrontés et deux agneaux adossés.
Entre les deux branches de cette croix, quatre panneaux carrés contiennent deux orantes voilées ; la multiplication des pains et Balaam.
Areosidium : voussure : Moïse frappant le rocher, Jonas au repos, orante voilée ; lunette : Bon Pasteur.
Bibl. — J. Wilpert, Pitture, pi. lvoi, 2 ; clxv. :î1« ARCOSOLIUM VOISIN nu CUBI C'ULE.y///.
Première moitié du n » siècle. Paroi de face : Banquet funèbre.
Voussure : Moïse frappant le rocher, résurrection de Lazare, chute d'Adam et Eve.
Le Christ parmi les symboles eucharistiques, orante voilée et colombe ; lunette : Bon Pasteur.
Bibl. — J. Wilpert, Pitture, pi. clxvi, 1 ; glxvii.
35« crypte de oaudjsxtia.
Milieu du IVe. Paroi d'entrée : Orants.
ircosolium ; paroi de /aie : Amours et guirlandes ; voussure : orants : lunette : banquet céleste.
36° ARCOSOLIUM EX FACE DE LA CRYPTE DE QAUDEXTIA.
Milieu du i\e siècle. Voussure : Noé, Jonas vomi par le monstre.
Lunette : Banquet céleste.
Fiibl. — De Rossi, Bull, di archeol. cris/.. 1882, pi. vi ; Le Fort, Peint, chrét.. p. 67, n. 80 ; J. Wilpert, Pitture, pi. clvii, 2, pi. ci. xxxvii. 1, 2.
37 » CRYPTE DU MIRACLE DE CAXA.
Milieu du IVe S.
Paroi de l'entrée : Fossoyeur avec sa lampe.
Arcosolium, voussure : Multiplication des pains, miracle de Cana au sommet Noé dans l'arche ; lunette : bouquet céleste.
du iv siècle.
Arcosolium principal : Amours avec vases de fleurs sur la paroi de face ; voussure : orants et colombes ; lunette : sacrifice d'Abraham, le bélier est à gauche cl l'autel à droite : au centre.
Abraham, le couteau levé, tient, de la main gauche, Isaac à demi-renversé eu arrière par un ma très violent ; la tête d'Isaac est elt a
Arcosolium de droite : Amours avec guirlandes, sur le paroi de face.
Voussure : à gauche, Jonas -mis le <icurbite ; au sommet, buste de femme ; à droite, Jcn -,
Parois entre les bandeaux des loculi, fleurs grossières.
39° crypte des ORAXTS.
Deuxième moitié du ive s.
Voûte.
Dans un disque central, un homme nu tenant à la main un objet indéterminé.
Encadrement octogonal, sur les pans duquel reposent des panneaux avec deux orants et deux orantes alternés, deux Amours et deux Psychés alternés.
Le cubicule étant un peu plus profond que large, l'excès de dimension a été racheté à la voûte en avant et en arrière, par une guirlande qui n'a pas à se répéter sur les côtés.
III« arcosolium DES AMOURS.
Les autres arcs ; il n'y a pas de peintures : mais ils sont encadrés sur les parois, de guirlandes de fleurs et de fruits, le tout de teinte monochrome. II. XX. CI. xxi. /// (de Bosio). Deuxième moitié du IVe. Arcosolium, paroi de face : Orante avec VIC... ET PETE (pro...) ; à gauche, les trois Hébreux : à droite, trophée de loups. Lunette : orante avec l'inscription fil | m DVLCISSIMA' ■• »I : à gauche, repas des Vierges M ! :' ite, les vierges la allumée. Voussure : Adam Daniel. Bibl, — Bottari, Scult. e r-itt., t. m, pi. cxlviii, cxi.ix : Seroux d'Agincourt, Hist, d, ■/. de fort. pi. xii, 16 ; Perret, Cala t. n, pi. xxxix-xi.n inclus : (.arrucci.'
Lundi, Voûte à arêtes : Dans un disque central, Bon Pasteur chaussé de bandelettes et vêtu d'une tunique tenant de ses deux mains la brebis sur les épaules, debout entre deux brebis. Ce disque est séparé, par des rinceaux opulents, de quatre lunettes, dont l'une a été complètement emportée par la mutilation du cubicule ; une autre, coupée en grande partie, pouvait contenir une orante ; la troisième renferme Moïse frappant le rocher, et la quatrième la résurrection de Lazare. Aux angles, en pendentifs, deux canards adossés, séparés par le tranchant de chaque arête de la voûte.
9« CUBICULUM (de Bosio). Milieu du IVe. Arcosolium ; lunette : La Vierge en orante, vue à mi-corps, ayant l'enfant devant elle ; de chaque côté, chrisme constantinien. Voussure : panneau gauche, buste de femme en orante voilée ; sommet, buste du Christ imberbe ; panneau droit, buste d'orant à cheveux coupés court. Bibl. — Séroux d'Agincourt, Hist. de la décad. de l'art, pi. xi, 8 ; Perret, Catac. de Rome, t. n, pi. v, vn ; Garrucci. Storia. pi. lxvi, 1 ; De Rossi, Images de la Vierge, pi. vi ; J. Wilpert, Pilture, pi. cxxm, 1 ; clxiv, 1 ; ccvn ; cevm ; ccix.
10° CRYPTE DES CAJUARDS. Deuxième moitié du IVe. Voûte : Canards accouplés. Paroi de l'entrée : Homme et femme en orants. Arcosolium ; voussure : canards et guirlandes ; lunette : orante voilée et vase. Paroi gauche : Orant et Lazare. Paroi droite : Vases, Moïse frappant le rocher. Bibl. — J. Wilpert, Pitlure, pi. cxvm, 1.
11° Crypte de Suzanne. Deuxième moitié du IVe. Voûte à arêtes : Dans quatre compartiments, quatre scènes, de l'histoire de Jonas. Arcosolium : lunette : Suzanne debout en orante, coiffée d'un voile sur ses cheveux, relevés en chignon, entre deux arbres et deux personnages ; celui de gauche, vu de profil, demi agenouillé, il étend le bras droit vers elle ; celui de droite lui tourne le dos, mais renverse la tête de son côté pour lui désigner du bras quelque chose à l'extrême droite, sans doute la porte de jardin. Voussure : à gauche, les trois jeunes Hébreux ; au sommet, orant ; à droite, les trois mages debout, l'étoile et Hérode assis.
12° PREMIER ARCOSOLIUM DES MAGES AVEC L'ÉTOILE. Deuxième moitié du IVe. Paroi de face : Sacrifice d'Abraham et Moïse devant le buisson ; lunette : Lazare, Bon Pasteur et orante voilée ; Voussure : adoration des mages, Adam et Eve, le paralytique, Daniel, Noé, Job, orant. C'est, à peu de chose près, la composition retournée de la voussure de l'arcosolium précédent, auquel il fait face ou peu s'en faut. Lunette : Peinture effacée ; on aperçoit seulement les vestiges de deux têtes, chacune vers une extrémité du champ et Bon Pasteur. Voussure à gauche : au bas, Jésus-Christ, assis entre sept corbeilles ; plus haut, Noé dans l'arche, entre deux figures incertaines ; au sommet, Daniel entre les lions ; à droite : en haut, Adam et Eve, et, entre eux, dans un médaillon ovale, un petit orant ; en bas, Hérode et les mages.
14° ARCOSOLIUM DE ZOSIME. Première moitié du IVe. Voussure : Trois scènes de l'histoire de Jonas, Bon Pasteur, Moïse et Aaron menacés par les Juifs ; lunette : deux orantes voilées et buste de la défunte avec inscription mutilée. Bibl. — J. Wilpert, Pitture, pi. ccxxm, ccxxiv.
15° ARCOSOLIUM DU VIGNERON. Deuxième moitié du IVe. Paroi de face : Le paralytique, Moïse frappant le rocher ; voussure : orante voilée, pasteur avec troupeau et vigneron conduisant un chariot attelé de deux bœufs ; lunette : le Christ juge entre deux saints. Bibl. — J. Wilpert, Le Pilture délie catacombe romane, pi. clxxviii, 1 ; ccvlv, 2.
Via Salaria nova. Catacombe de Sainte-Félicité. SÉPULTURE de sainte Félicité, VI-VIIe. Le Christ couronne la martyre et ses fils. Bibl. — De Rossi, Bull di archeol. crisl., 1884-1885, pi. xi-xn.
Via Salaria nova. — Catacombe de Thrason. ARCOSOLIUM DES ORANTS. Première moitié du IVe. Voussure : Sacrifice d'Abraham, Tobie et le poisson, Bon Pasteur, résurrection de Lazare. Moïse frappant le rocher. Lunette : orant et orante voilée entre deux vases de lait. Bibl. — J. Wilpert, Piiture, pi. CLxrn, 2 ; clxiv. 2.
Via Salaria nova. — Catacombe sous la vigna Massimo. 1 » SÉPULTURE DE MARCIANA. Fin du IIe. Bandeau supérieur ; panneau gauche : Le Christ dont le manteau est timbré d'un I, ressuscitant Lazare ; panneau central, détruit ; panneau droit : Daniel entre deux lions. Panneau au-dessous de Lazare : Pasteur, chaussé de bandelettes et vêtu d'une tunique et d'un manteau, appuyé de la main gauche sur le bâton, et serrant de la main droite la syringe sur la poitrine, debout entre deux brebis et deux arbres. Panneau entre le premier et le deuxième rang de loculi : Épitaphe de MARCIANA au-dessus d'une guirlande de fleurs que deux paons soutenaient dans leur bec par les extrémités ; le paon de gauche est détruit. Plafond de la galerie : Ornements à écailles et à palmettes. Bibl. — De Rossi, Bull, di archeol. crisl., 187 :1, pi. i-n.
2° SÉPULTURE DE METILENIA RUFINA. Fin du IIe ou première moitié du IVe. Bandeau inférieur : Dans un cartel, épitaphe de R VF IN A, tracée au minium, et soutenue par deux génies. Bandeau supérieur : Cinq compartiments, le premier détruit ; le deuxième, les trois jeunes Hébreux (il reste un seul personnage) ; le troisième, Moïse frappant le rocher ; le quatrième, Daniel entre deux lions ; le cinquième, multiplication des pains. Plafond de la galerie : Ornements à écailles et à palmettes. Paroi à gauche : Orante velue de pourpre dont il ne reste que la tête, le cou orné d'un collier, l'épaule et le bras droit ; à droite : autre orante, richement parée de perles et de bracelets, vêtue de blanc avec broderies. Bandeau entre les loculi : Ornements, festons, oiseaux et fleurs. Plafond, à gauche : Jonas rejeté ; au centre : Jonas, le cucurbite ; à droite : Moïse frappant le rocher. Bibl. — Seroux d'Agincourt, Hist.deladéead.derarl, pi. vin. 1. 2 ; Perret, CcUac. de Hume, t. ni, pi. n \i : Garrucci. Sloria, pi. i.wn. 1 ; Le Fort, Peint chrét., I ; J. Wilpert, Pillure, pi. cxxn, 1 ; ci.xxiv : *•.XVI.
1 » COCHER. Première moitié du IVe. Paroi de face : Deux victoires tenant des rames et des palmes et deux oiseaux sur des guirlandes. Voussure : Cocher sur son quadrige, camphores entre deux chevaux ailés ; couronnés ; un coureur un bâton et une cruche, accompagné d'un chien. Lunette : Buste du défunt entre deux muses. Bibl. — J. Wilpert. Pitture pi. c.xi.v, 2 ; cxlvi, 1.
5° ARCOSOLIUM DO SOLDAT. Première moitié du IVe. Voussure : Mère et enfant ; buste d'un homme de guerre ; homme de guerre avec l'épée dégainée ; lunette : homme de guerre, armé de la lance et du bouclier : à ses côtés, un enfant. Bibl. — J. Wilpert. Pitture, pi. cxi.v, 1-3.
DO COCHER. Première moitié du IVe. Paroi de face : Deux amours avec des guirlandes ; lunette : sacrifice d'Abraham, lion Pasteur, Moïse frappant le rocher ; lunette : orante, non voilée, entre deux ornements étoilés. Bibl — J. Wilpert, l'itture, pi. cxlvi, 2, 3.
7° ASCOSOLIUM DE SILVESTRE. Milieu du IVe. Paroi de face : Orante voilée, Moïse frappant le rocher ; voussure : oiseau au vol ; lunette : Bon Pasteur ; à sa gauche, un jeune homme, jambes nues, vêtu d'une tunique dont l'encolure est ornée de broderies, ainsi que les poignets et le bas ; il tient de la main droite un calamus et de la main gauche deux feuillets d'un livre sur lequel on lit ces mots : RORMITIO SI LVESTRE. Bibl. — Perret, Catac. de Rome, t. in, pi. ix-xi ; Le Fort, Peint, chrét., n. G5 ; Garrucci, Stor., pi. lxx, 2 ; J. Wilpert, Pitture, pi. cxx. 2. 3 ; clxxxiii, 1.
8« *v de orata. Milieu du IVe. Résurrection de Lazare, orante, les trois Hébreux, Daniel, orante.
9° SÉPULTURE. Milieu du IVe. Paroi de face : Moïse imberbe frappant le rocher, Noé dans l'arche et la colombe. Sur une ligne un peu au-dessous à gauche, le Christ vêtu de la tunique et du manteau, debout entre les sept corbeilles qu'il touche d'une verge ; au centre, les trois mages vêtus d'une tunique courte avec le petit manteau rond plus court, menton nus, apportent leurs offrandes à l'enfant que la Vierge tient sur ses genoux. La Vierge porte une robe longue avec ceinture ; elle est coiffée d'un voile posé sur les cheveux et assise sur un siège à dossier arrondi et à marchepied : à droite, un orant âgé entre deux jeunes orants. Sur une ligne inférieure : Daniel entre deux lions ; à la suite, l'ange Raphaël auquel le jeune Tobie, nu, sauf une ceinture sur les reins, présente en accourant le poisson ; à côté de cette scène, Tobie vêtu d'une tunique, un pied chaussé et l'autre nu, un bâton dans la main droite, semble fuir et appeler, de la main gauche, l'ange aux bords du Tigre, personnifié par un vieillard accoudé sur le sol. Au fond, Jonas jeté au monstre, il cucurbite.
Bibl. - I. Wilpert, Pitture, pi. CCX11.
Catacombe de Sainte-Priscille.
1° IL'- ICILIU8. Fin du Ier siècle. Les dauphins, ornements géométriques et fleuronnés, et affrontés à un >.
2° CAPR.L-,i du IIe. Paroi de l'entrée : Moïse frappant le rocher, tête ornementale, les trois jeunes Hébreux, personnage isolé, d'elout, marchant. Voûte en berceau (détruite). On aperçoit du côté droit le bas du corps d'un homme en marche, peut-être le paralytique ; du côté gauche, vestiges de la partie inférieure des ornements, t. ntale dans un ai.
Paroi de la nef : Trois scènes de l'histoire de Suzanne. Parois de l'espace de l'autel : Noé, Fractio panis, sacrifice d'Abraham, résurrection de Lazare, Daniel. Voûte de l'espace de l'autel : Défunts orants parmi les saints et environnés de ceps de vigne. Bibl. - - Seroux d'Agincourt. Histoire de la décadence de l'art, pi. ix, 12, 13, 11 : !.. Perret, Les catacombes de Rome, t. m, pi. xxiv, xxv ; Garrucci, Sloria, pi. lxxx, lx.xxi 1 :1 t, Peintures chrétiennes, p 18, n 9 ;.1. Wilpert, l'itture. pi vm, 2 ; xin, xiv, xv. 1 : xvi. 3 » ARC080LIUM DANS t.A <AITI.li du ne siècle. Voûte : Bon Pasteur.
1 » SÉPULTURE DE LA PROPHÉTIE J J'ISAIE. Première moitié du IIe. La Vierge tenant l'enfant et Isaïe prophétisant : Ecce virgo concipiet. De chaque côté de la sépulture : trois orants et Bon Pasteur, buste de la défunte.
5° CUBICOLUM III (de Bosio). Deuxième moitié du IIe. Voûte : Dans un disque central, Bon Pasteur debout entre deux brebis, et deux arbres, les jambes entièrement nues, vêtu de la tunique à l'exomide et portant la brebis ; il a la syringe appendue au lien gauche. Autour du disque, encadrement formé d'une couronne de laurier et séparé par une large zone, d'un cercle perlé et dentelé d'où se dirigent vers les angles de la voûte quatre bras d'une croix de Saint-André que couvrent des ornements en façon de vases et de perles. Entre ces bras, quatre couronnes de laurier ceignant chacune un médaillon qui contient une colombe avec un rameau entre les pattes. Aux quatre angles de la voûte, aplanies au centre, sont extrêmement émoussées sur l. de leur parcours.
L'armée d'entrée : De chaque côté un intérieur. Storia, pi. lxxiv ; J. Wilpert, Pillure, pi. wi, 3 ; \ui, xi.iii, 1, G » Fin du n Voûte ; L'Annonciation ; aux quatre angles, deux compartiments, dont il ne subsiste que deux.
Vrcosolium di curliii ■ clxxvii ; Séroux d'Agincourt, Hist. de la dêcad. de l'art, pi. xii, 4 : Garrucci, Stor., pi. lxxv ; lxxw. 1 ; L. Le Fort, Peint, chrét., p. 20, n. 10 ; J. Wilpert, Pilture, pi. xlix. xlv, 2. 7° NICHE PRÈS DE L'HYPOGÉE DESACLLILFS. Milieu du IIe.
Voussure : Eve tentée par le serpent, Jonas sous le cucurbite : lunette : guérison de l'aveugle-né et paon.
Bibl. — J. Wilpert, Pilture, pi. lxx.
8° CUBICULUM v (de Bosio). Deuxième moitié du IIe.
Passage d'entrée, à la voûte : Jonas rejeté par le monstre.
Voûte : Disque central, Bon Pasteur vêtu de la tunique à l'exomide et chaussé de bandelettes, étendant le bras droit d'un geste oratoire, tenant de sa main gauche sur ses épaules un bouc ou une chèvre, debout entre une brebis et un bouc ou une chèvre et deux arbres sur chacun desquels est perché un oiseau ; quatre lunettes contenant alternativement un paon et une perdrix ; entre le disque et les lunettes, bandes de couleur.
Paroi gauche : Sacrifice d'Abraham.
Paroi droite : Les trois jeunes Hébreux et colombe avec rameau d'olivier.
Paroi du fond : Vierge recevant le voile, orante, la Vierge et l'Enfant.
9° NICHE SÉPULCRALE VOISINE DE L'ARÉNAIRE.
Fin du IIe.
Voussure : Bon Pasteur et trois scènes de Jonas ; lunette : calice entre deux paons, disque entre deux colombes volant, festons de fleurs et branches de roses.
Bibl. — J. Wilpert, Pilture, pi. cix ; Le Fort, Peint, chrét., p. 20, n. 26.
10° CUBICULUM CLARVM. Début du IVe.
Paroi gauche : Résurrection de Lazare et de la fille de Jaire.
Paroi droite : Les trois jeunes Hébreux refusent l'adoration de la statue de Nabuchodonosor.
Bibl. — J. Wilpert, Pilture, pi. cxxn.
11° SÉPULTURE VOISINE DU CUBICULVM CLARVM.
Première moitié du IVe.
Pasteur paissant son troupeau.
12° arcosolium du bon pasteur (proche de l'hypogée des Acilii). Première moitié du IVe.
Lunette : Bon Pasteur.
13° niche des OISEAUX. Première moitié du IVe.
Festons de fleurs, feuilles de roses, paons et colombes portant le rameau d'olivier.
Voussure : Festons de fleurs et feuilles de roses ; lunette : vase vers lequel volent deux colombes.
Bon Pasteur.
Voûte : Bon Pasteur, colombes, rameaux fleuris.
Voûte : Au centre, dans un disque encadré d'un trait rouge, d'une ligne de perles vertes et rouges, d'une ligne rouge. Bon Pasteur chaussé de bottines et vêtu d'une tunique, tenant des deux mains la brebis sur ses épaules, debout entre deux brebis et deux arbres sur chacun desquels est perché un oiseau ; puis, quatre lunettes renfermant trois épisodes : Jonas et Noé dans l'arche ; entre les quatre lunettes, orantes sur des piédestaux et aux quatre angles colombes volant.
Arcosolium ; lunette : Deux pièces de vin et huit tonneliers qui semblent transporter une troisième pièce ; il y a huit têtes et huit corps, mais seulement sept paires de jambes ; voussures : entre deux vases, paons faisant la roue.
Paroi de l'entrée : Résurrection de Lazare. Bibl., J Wilpert, Pilture, pi. ccxix, 1 ; cci., 1. Via Salaria vêtus. — Catacombes de Saint-Hermès. 1 » CRYPTE DES POISSONS. Fin du IIe. Voûte : Dans un carré, le Bon Pasteur ; à chaque angle du carré se rattache une guirlande qui va d'un angle à l'autre. Ce sujet est inscrit dans une circonférence timbrée de quatre demi-lunes renfermant des colombes ou des oiseaux alternés. Dans l'intervalle des demi-lunes, sacrifice d'Abraham, Daniel, les trois jeunes Hébreux, orante voilée.
Paroi de l'entrée : Deux dauphins tordus sur des tridents.
Arcosolium : voussure : Guirlande de feuillage ; lunette : multiplication des pains et colombe sur un pilastre. Bibl. — J. Wilpert, Pilture, pi. exiv, cxv. 2° SÉPULTURE. Fin du IIe ou première moitié du IVe (bandeau dans une galerie).
Cette peinture devait avoir un certain développement : il n'en reste que l'extrémité gauche, où l'on distingue deux personnages, dont l'un est Moïse frappant le rocher ; monstre qui rejette ( ?) Jonas.
Bibl. — J. Wilpert, Pilture, pi. cl, 1, 2 ; eu.
4° ARCOSOLIUM DU CHRIST ENTRE SES DISCIPLES.
Antérieurement à l'année 337.
Paroi : Autour de la baie de l'arcosolium, superposés en encadrement cintré, les douze apôtres, et le Christ au point culminant, tous isolés revêtus de la tunique et du manteau et assis de la même manière sur un siège à dossier. En bas, à gauche, corbeille contenant des rouleaux. — Lunette : Pasteur en tunique courte, chaussé de petites bottes et appuyé sur un bâton, entre six brebis qui lèvent la tête vers lui ; la scène se prolonge sous la voussure de chaque côté, les brebis paissent sous les arbres. Au sommet de la voussure, quatre colombes volent par paires, deux vers la droite et deux vers la gauche. Au-dessous du Pasteur, sur un bandeau, les trois jeunes Hébreux dans la fournaise et l'ange qui les réconforte. Au-dessous de la table de l'arcosolium, trois panneaux : à gauche femme tenant une coupe et une branche de fleurs : au centre, un fossoyeur : à droite, une femme tenant une branche et une couronne de fleurs, près d'elle à terre, une couronne de fleurs.
Bibl. — L. Perret, Calai t. in, pi. xxxv ;
Garrucci, Storia, pi. lxxxu. 1 ; Le Fort, Peint, chril., ii. 54 ; J. Wilpert, Pillure, pi. cui.
5°.1 de Bosio). Deuxième moitié du IVe.
Lunette : Entre deux vases, orante voilée ; voussure : à gauche, en bas, multiplication des pains ; en haut, Démétrius, sujet ruiné ; à droite, en haut, en bas, deux brebis qui accompagnent un Bon Pasteur détruit.
Bibl. — Bottari, Scult. e pi//., t. m, pi. CLXXxvm ; Garrucci,.storia, pi. lxxxiii, 3 ; Le Fort, Peint, chrét.,
G » ARCOSOLLUIL (2° de Bosio). Deuxième moitié du IVe.
Lunette : Le paralytique, guérison du démoniaque.
; entre les lions, voussure : Moïse frappant le rocher, Jonas sous le cucurbile séché, Bon Pasteur entre deux brebis, Jonas à l'ombre du cucurbile. Résurrection de Lazare.
Bibl. — Bottari. Scult. e pill., t. m, pi. clxxxvu ; Garrucci. Storia, pi. lxxxiii, 2 ; Le Fort, Peint, chrét., P 56 : J. Wilpert, Pitlure, pi. ccxi.vi.
WLIVH (1° de Bosio). Deuxième moitié du IVe.
Lunette : Scène du jugement de l'âme par le Christ assis sur un haut tribunal, assisté de deux saints ; voussure : Moïse frappant le rocher, résurrection de Lazare, les trois jeunes Hébreux.
Bibl. - Bottari. Scult. e pill., t. m, pi. ci.xxxvi ;
Seroux d'Agincourt, Hlst. de la décad. de l'art, pi.. mi, Ha, pi. i.xxxn, 2 ; t.xxxm. 1 ; Le Foi i.
Peint, chrét., p. 55, n. 55 ; J. Wilpert, Pitlure, pi, CI Cl XLVII.
8« ESCALIER VOISIN DE LA CRYPTE ANTIQUE, IV siècle.
Le Christ entre saint Prote et saint Hyacinthe.
Bibl. — J. Wilpert, Pitlure. pi. cclx, 1.
Arcosolium en mosaïque ; cours du Ier siècle.
Lunette : Encadrement forme de médaillons ronds et fleuronnés. Dans le champ de la lunette, on distingue encore, bien que très altérées, une tête d'homme grandeur naturelle et le sommet de deux autres têtes semblables, placées sur la même ligne. Voussure : Côté gauche, moitié inférieure, en avant, sujet détruit ; en arrière. Daniel entre deux lions ; moitié supérieure, en avant, sujet détruit ; en arrière, résurrection de Lazare devant le Sauveur. Sommet : sujet détruit. Droit, quartier, à la moitié supérieure d'une tombe de saint Léon le Grand (440-461) « il a la rigueur de celui de S. mimi que qui entreprit des travaux ass. région niie, Hypogée de Saint-Valentin.
Bous le pape Théodore Visitation La Vierge nimbée, debout, tenant l'Enfant, la tête ceinte d'un nimbe de botte, et touchant une femme vêtue d'une tunique sans manches, demandant à l'Enfant, la femme de gauche. Cette scène représente la toilette de l'enfant lavé par les deux accouchées, elle est inspirée par un p. i vanapocryphes (Voir Diction., l. i, col. 2564 ; hg. irist en croix, nimbe, vêtu d'une tunique, les pi m pan meut, a côté de la Vierge et de saint Jean l'un et l'autre nimbes. Saint I. allient, désigne par son nom, nimbé, barbu, vêtu d'une tunique nu d'un manteau. Personnage ii barbu - ntin).
Bibl. Bottari, s, ait. e pilt., t. m, pi exa ; cxai ; Seroux d'Agincourt, Hist. de la décad. île l'art, pi. xn, S, 17, 18 ; Garrucci, Storia, pi. lxxxi\. ii. Marucchi, La cripta sépulcrale de S. Valenlino, nella Via Flaminia rinvenulae descritla, Roma, t.s 7 n ; Le Fort, Peint, chrét., p. '■*'■'•. n. 127.
Via Portuensis. Catacombe de Pontien.
rtptbdbs bateliers. Première moitié du IVe.
Voûte : Bon Pasteur et symboles des Saisons.
Arcosolium ; Voussure : décoration en écailles ; lunette : batelier prenant une cargaison d'amphores.
Bibl. — Wilpert, Pitlure. pi. ci xxin, 1.
ubr. Deuxième moitié du IVe.
Moïse frappant le rocher. Noé dans l'arche.
Bibl. — J. Wilpert, Pitlure, pi. u.xxm.
i ubr. Deuxième moitié du IVe.
Les trois Hébreux dans la fournaise et le Christ parmi huit apôtres.
Bibl. — J. Wilpert, Pitlure, pi. ccxxv, 2.
1 » M lin du v siècle.
Saint Pollion entre saint Pierre et saint Marcellin.
Bibl. — J. Wilpert, Pillure, pi. ci.v.
l'extrême droite saint Rufinianus, vêtu d'une tunique à manches serrées et à callicules gemmées sur l'épaule droite et au bas ; portant une chlamyde attachée sur l'épaule droite par une riche agrafe et des chaussures étroites qui paraissent à mi-jambes sous la tunique. Via Osliensis. — Catacombe de Thèele. CRYPTE DOUBLE. Deuxième moitié du IVe. Arcosolium du 1 » cubiculum : Paroi de face : Défunte en orante, vase d'où émergent des fleurs ; voussure : Daniel, Moïse frappant le rocher, Christ.
Paroi d'entrée du 2° cubiculum : Daniel parmi les lions, Moïse frappant le rocher, Arcosolium gauche ; voussure : vases d'où émergent des fleurs ; Arcosolium droit ; paroi de face : Jonas précipité dans la mer et rendu par le monstre, voussure : deux amours avec des guirlandes de fleurs ; lunette : une mère et son enfant introduits dans le ciel par les saints. Arcosolium du milieu : Paroi de face : Jonas au repos et Jonas irrité : voussure : décoration en écailles ; lunette : sacrifice d'Abraham. H. Leclercq.
FRODEBERT ET IMPORTUNUS. —
Au nombre des formules publiées par Baluze, et transmises par lui aux éditeurs qui l'ont suivi, se trouve un petit groupe de lettres datant du VIIe et offrant un intérêt très particulier, puisqu'au lieu d'être écrites en prose, on a employé dans leur composition la prose rythmée et assonancée. Elles se composent de lignes rimées d'inégale longueur. La rime n'y est obligatoire que pour la syllabe accentuée et nullement pour celles qui suivent. Ainsi vero va bien avec payere, animus avec sYalus, donum avec annone, palaio avec odoralus et même domo avec morimur. Dans la poésie du moyen âge, au contraire, la rime frappait soit la dernière syllabe seule, soit les deux dernières. Dans nos formules, on ne se préoccupe que de faire rimer les syllabes accentuées, et même on fait rimer des mots accentués l'un sur la pénultième, l'autre sur l'antépénultième : anima avec status, dono avec morimur, robore avec ore, pulilas avec amicilias. La rime n'est souvent qu'une simple assonance, et même e y correspond à i, par exemple : condignum, regnum ; stringit, fraudolenlus. Les auteurs de ces bizarres compositions semblent au premier abord ne s'être préoccupés que d'accoupler deux par deux, quelquefois quatre par quatre, rarement trois par trois, des lignes d'inégale longueur terminées par des mots semblables pour le son, verba per similitudinem june ta, selon la définition que contient le titre même d'une de ces formules. On y sent un embryon de rythme, un effort vers le rythme. Les cinq formules offrent une correspondance ironique d'abord, puis tout de suite injurieuse entre deux personnages nommés Frodebert, évêque, et Importunus.
Dans la première formule, Frodebert se plaint qu'on lui ait fourni du blé de mauvaise qualité, et prie son correspondant de s'entremettre pour lui en procurer de meilleur. Sanctorum meritis beatificando domno et fratri Importuno. Domne dulcissime et frater carissime Importuno, Quod recipisti, tam dura, Estimasti nos iam vicina (a). Morte de famé pe n're, (b). Quando talem annonam voluisti largue (c). Nec ad pretium, nec ad donum. Non cupimus talc annonse. Fecimus inde comentum : — Si Dominus imbolat (d) formentum ! — A foris turpis est crusta ; Ab intus (e) miga nimis est fusca. Aspera est in palato, Amara et fetius odoratus (f). Mixta vetus apud novella (g) ; Faciunt inde oblata non bella (h). Semper habeas grutum, Qui tam larga manu voluisti donutum. Dum Deus servat tua potestate. In qua cognovimus tam grande largitatis. Vos vidistis in domo Quod de famé (nobiscum !) (i) morimur. Homo, satis le (k) prsesumo (l) salutem. Et rogo ut pro nobis dignetis orare (m) Transmisimus tibi de illo pflne ; (n) Probato, si inde potis manducore (o). Quamdiu vivimus, pl une Libérât (p) nos Deus de taie pnnel Congregatio puellare (q) soncta Refudaf taie posta. Nostra privata stultitia (r) Ad le (s) in summa amicitia. El earil al is l ne iuro tenere (l ).
Importunus n'aimait pas le badinage ; on lui avait dit que son présent ne valait rien, il répond que Frodebert est un ravisseur de femmes et qu'il a été engendré dans un monastère. Bealificando domno et fralre l-'rodeberto p Domne 1 r Audivimus, quod noster fromentus Vobis non fuit acceptus. ! >• vestra gesta volumus intimare, Ut de vestros pures Nunquam delectel hoc io{ irere Illud enim non fuit condiynum, Quodegisti in Segeberto rej/num trimaldo maiorem domus, Qucm ei sustulisti sua unica ove, sua uxore, Inde postea in regno nunquam habuit honore. l£t cum génies venientes Toronica regione Misisti ipsa in sancta cou-'. | In] monasterio puellarum, Qui est constructus in honor[i Non ibidem lectiones dlvinis Sed [congre siojnia Inti : Oporlet conlocul i nec est.il... (20 à 22 lettres) tb hominii Sed qualera te terio puellarum pro pi fuisti r lomn.., i !
Importunus plaisent ja mais à imiter vos plaisanteries. Car ce n'était pas beau ce que tu as fait dans le royaume de Sigebert, à l'égard du maire du palais Grimoald, quant tu lui as enlevé son uni que brebis, son épouse. Aussi fut-il à ja mais déshonoré dans le royaume et, en compagnie des gens allant dans le pays de Touraine, tu l'as envoyée dans la sainte congrégation.... dans le couvent de fil les qui est bâti sur... Là vous ne lisiez point les saintes Écritures, mais vous aviez de coupab les relations. Il faut (signé) Importunus, de la terre de Pai
A ce coup de boutoir, Frodebert parait un peu embarrassé de répondre : il s'adresse au Seigneur en invoquant le précepte de Salomon qui détourne de discuter avec l'insensé. Il ne semble pas pouvoir nier ce dont on l'accuse et se contente d'une légère allusion à l'adultère dont parle Importunus, mais il n'est pas en reste d'injures avec son correspondant. Voici sa réponse :
Incipiunl oerba per similitadinem iuncta de fl.de vacua. dolo pleno /alsalore. Agino Salomon per sapientia Bene scripsit hanc sententia, Ut, ne similis liât (a) sUilto. Numquam repon des (b) ei in multo Et retractavi le) tam in multum. Sic respondere iussi stnlto, Ut confundautur stultum gredo (d). Numquam présumât (e) gloriflre. Respondi, dixi de falsatore, Nec ei parcas in sermone, Qui se plantatum ex robore (I) ; Qui non pepercit suo ore, Vaneloquio susorrone, Verborum vulnera murone, Qui sui oblitus adiutoris, Immemor est (g) nutritoris, Calcavit iur[e]et [pudoris]. Qui f[id]ei date et pri<iris Alodis (h) sui reparatoris Sordidas vomit pudoris (jj, Incredulas dieit loquellas et improbas, Quoinquinat et conscientias ; Bonum merito conquesitas, Mandas, sanctas et antiquas, Pulchras. firmissimas et puli'las Meas rumpit arail /lias. Verba d/eil. Quœ numquam vidlt ; Ea scr/bit, Quœ animus fecit (k). Parcat, qui eum crédit I (l) Et si loquestem non sl n'ngit Furorem (m), latro fraudolentus Homicidum est reus certus, Adulter, raptor esl manifestus, In numerus fecit excessus Errando vadit quasi cuecus, Fuscare temptat meum decus. A Deo dispectus et désert us Ab Inimico est perventus, Et per lingua et per pectus. Nolite, Domne, nolite, fortis, Nolite credere lanlas sortes ! (n) Per Deum juro et sacras fontis, (o) Per Sion, et Sinai montis : Falsator est ille l« etus. Ex cogitator est defamatus. Deformato vultu est deformatus. (p) Qualis est animus, Talis est st »tus. Non est homo hic miser t »lis ! Latrat, [vulpis] ; sed [non] ut cunis. Psallat de trapa, iq) ut linguaris dilutor Maior nullis (r) talis falsntor. Grunnit post talone, Buccas inflat in rotore, Crebat et currit in sudore, Fleummas iactat in pudore, (s) Nullum, vero Fecit pavore, Qui non habet adiutorem Semper secundum meum tutorem, Non movite bracco taie baronem, Non [vadit ?] bracco contra insonleni. Non cessate bracco, ab exaperto s« cco [bjrncco Et salte decrascianto (ss) Non timere falco. Non perdas illo loco, (t) Non va les uni coco, (u) Non simulas tuo potre, (v) Vere nec tua matre. Non gaudeas de dentés 1 (x) Déformas tuos parentes. Ad tua falsat »ra Talis de cet corona.
Ici commencent les paroles rattachées par la similitude des sons au sujet du faussaire vide de bonne foi, plein de ruse. — [Agios !] Salomon avec sagesse a bien écrit cette pensée : Pour ne pas devenir semblable à l'insensé, ne lui réponds pas longuement. Je l'ai méditée bien souvent. J'ai fait répondre à l'insensé de manière à ce que les pas de l'insensé soient confondus, et qu'il n'ait pas lieu de se glorifier. J'ai répondu, j'ai dit pour ce qui concerne le faussaire, ne l'épargne pas dans tes discours lui qui.... dont la bouche n'épargne personne, ce bavard, cette mauvaise langue aux paroles blessantes, ce scélérat qui, oublieux de celui qui l'avait aidé, oublieux de celui qui l'avait nourri, a foulé aux pieds.... qui, [oublieux] de la foi jurée et de sa première fidélité ( ?), sur celui qui l'a rétabli dans la propriété de sa terre, a vomi de sa les puanteurs, qui tient des propos incroyables et infâmes, qui souille les consciences, qui détruit mes amitiés, acquises par de bons services, pures, saintes et de vieille date, belles, très solides et irréprochables. Il bavarde sur ce qu'il n'a jamais vu, et met par écrit les inventions de son cerveau. Périsse qui y ajoute foi ! Et, s'il ne met pas un frein à sa fureur de bavardage, ce larron ami de la fraude, [je dirai] qu'il est coupable d'homicide, que c'est un adultère déclaré, un ravisseur convaincu. Il a commis toutes sortes d'excès. Il marche au hasard comme un aveugle ; il essaie de noircir ma réputation, il est méprisé et abandonné de Dieu L'ennemi (le diable), s'est emparé de lui, et par la langue et par le cœur. N'allez pas, Seigneur ; n'allez pas, homme généreux ; n'allez pas croire de telles infamies. Je le jure par Dieu et par les fonts sacrés, par Sion et par les monts du Sinaï ; c'est un faussaire, un calomniateur perdu de réputation. Difforme, son visage est hideux. Telle âme, telle attitude ; ce n'est pas un homme un tel misérable. Il jappe, le renard, mais pas comme un chien ;... comme un dénonciateur à la langue bien pendue. On n'a jamais vu un pareil, un plus grand faussaire. Il grogne derrière nos talons, gonfle les joues avec... éclate avec bruit, et court en sueur, lance des crachats avec puanteur : mais à personne il ne fait peur, car il n'a pas de défenseur supérieur à celui qui me seconde et me protège. Un chien braque ne touche pas un tel baron, n'attaque pas un innocent.... Il ne cesse pas.... d'un sac ouvert.... le faucon... ne pas craindre.... Tu ne vas pas un cuisinier, tu ne ressembles pas à ton père, voire ni à ta mère. Puisses-tu ne pas jouir des dents ! Tu déshonores tes parents. A ta t.. onvient une telle couronne de fiel.
Après ce déluge d'invectives, Importunus ne veut pas demeurer en reste ; il s'adresse encore une fois à Frodebert, qu'il maltraite plus encore que dans sa première lettre. A mon seigneur Frodebert, sans Dieu, qui n'est ni saint, ni évêque, ni clerc séculier, chez qui régne l'antique ennemi des hommes (le diable), qui ne se lie pas du tout à moi, et qui a l'œil ouvert sur tes actions. C'est lui que je te souhaite aimablement. Car tu n'aimes pas Dieu, et tu ne crois pas en son Fils. Toujours tu as fait le mal. Contre l'Adversaire (le diable), tu te crois assez fin, mais nous croyons que tu mens. Voire tu ne crains pas le Christ, et lui n'est pas d'accord avec toi. De celui que tu aimes, en ton cœur, tu accomplis les œuvres, et les parents n'aimaient pas le Christ, quand ils t'ont fait dans un monastère, ton père, en compagnie du Seigneur, n'a pas fait de saintes œuvres ; c'est pour quoi le Seigneur l'a mis en liberté, l'a blâmé, il s'est repenti dans la suite. Tu n'es pas à l'image de la sainte Écriture, et tu ne rends pas.... Souviens-toi de Grimoald, tout ce que tu lui as fait.... et il n'a pas oublié le mal que tu lui as fait. Il a possédé sa femme. Ma conscience de la sainte Église. [Située] près de non par dévotion, avec grand.... tu causes trop de dommages, tu leur enlèves or et argent et honneur ! Pourquoi prends-tu sur toi de les damner ? Par les mauvais nabots. Tu aimes les filles de tous les pays, pour nulle raison. Tu n'es pas bon, tant que tu suis ce chemin. Par ta longue queue, non ? — par tout (ce qu'on a lu de ne plus que Dieu et les autres tautologies), et te dise la vérité, s'il le plaît, lis [ceci] et plie, pose sur ta poitrine. Si tu ne le veux pas...
Enfin Frodebert met un terme à la correspondance, par de nouvelles insultes :
Nolite, Domnœ, nolite, sanctae, Nolite credere fabulas falsas Quia multum habetis falsatores, Qui vobis proférant falsos sermones, Furi atque muronis Similis etiam et susuronis, Et vobis, Domine, Non erunt protectoris.
Latrat vulpis, sed non ut canis Saltus mit semper inanis Cauta proferit, iam non fronte Cito decadet ante cano forte.
Volât upua, et non arundo ;
Istero commedit in so frundo ;
Humile facit capta dura, Sicut dilatus in falsatura.
Falsator. Vadit Tamquam latro, Ad aura psollit.
Ut Escotus mentit, semper vadit Toritus, et oc dicit Quo numquam vidit.
Nolite, Domne, atque prudentis, Vestras non confrangat mentis, Et non derelinquere serventes.
Tempus quidem iam transactum, Et hoc feci, quod vobis fuit adaptum, Jam modo per verba fallacia Sexum deiactus de vestra gratia. »
N'allez pas, Seigneur, n'allez pas, saint homme, n'allez pas croire de faux récits, parce que vous avez beaucoup de faussaires, qui vous rapportent de faux discours. Des voleurs et des scélérats,.... et mauvaises langues, et nous n'aurons pas, Seigneur, quelqu'un qui nous protège. Renard, il aboie, mais pas comme le chien. Il commence des sauts qui n'aboutissent pas : il montre la queue, mais non la tête ; il ne tient pas longtemps devant un chien hardi. Il vole comme la huppe, mais non comme l'hirondelle ; il mange de la m... : chatte méchante il se fait humble, comme le délateur qui commet un mensonge. C'est un faussaire qui a la démarche d'un larron. Il... à l'oreille, ment comme un Irlandais, va toujours le sourcil froncé, et parle de ce qu'il a jamais vu. Ne le permettez pas, Seigneur, homme prudent, qu'il ne change pas vos intentions, et n'abandonnez pas vos serviteurs. Le temps, à la vérité, est déjà passé, et j'ai fait ce qui était dans vos intérêts. Puissé-je seulement — par suite de paroles trompeuses, — n'être pas exclu de vos bonnes grâces. »
Il serait fort hasardeux de tirer parti de ces cinq pièces si curieuses pour y trouver quelque ragoût de scandale. Les auteurs sont connus, c'est Frodebert ou Chrodebert II, évêque de Tours et Importunus, évêque de Paris ; est-ce à dire qu'ils aient composé ces lettres de médisances, de calomnies et d'injures, on a toute raison d'en douter. Le prétexte est d'abord d'une futilité déconcertante. L'envoi d'un présent de farine grossière ou avariée ne semble pas devoir provoquer tant de railleries et l'envoi d'un échantillon du mauvais pain pétri avec cette farine ne mérite assurément pas le titre d'adultère et le reste. S'il y eut parfois des évêques un peu frustes et d'éducation ébauchée, il serait au moins étrange d'en rencontrer deux en même temps et qui « s'accrochent » de pareille façon. On ne connaît à peu près rien de ces deux évêques, raison de plus pour ne pas leur constituer un dossier composé de pièces si peu épiscopales de fond et de langage. L'accusation portée contre Chrodebert au sujet de la femme de Grimoald ne trouve nulle part de confirmation, ce qui est dit de sa paillardise non plus. Les reproches adressés à Importunus sont plus vagues, mais ne sont pas non plus appuyés par l'autorité d'aucun texte. Ce qui est plus étrange et prête largement au soupçon, c'est la préoccupation de se dire ces jolies choses en un langage apprêté et où presque chaque mot a dû être l'objet d'un calcul afin de sûr qu'il rimait comme on lit que pussent être les désirs de ceux qui faisaient usage de la prose assonancée. Il est plus que probable que cette correspondance est l'ouvrage de quelque clerc, bien haineux et posant à loisir ces attaques furieuses contre deux prélats qu'il a gaiement. Sa vengeance était habile, il se dissimulait et mettait ses deux victimes dans une posture scandaleuse tout en donnant à ses accusations l'espèce d'autorité qui s'attache aux invectives épiscopales. Quoiqu'il en soit, le Frodebert qu'on met en scène est évidemment le même que les auteurs du Gallia christiana identifient avec Chrodebert ; on rencontre fréquemment « i » pour « Ch » par exemple, Gandus pour Chrolgandus, et dans la loi salique : « franne » pour « chranne », « friomosido » pour « chreomosdo » ; plus souvent encore « Cl » pour « Chl ». Frodebert occupa le siège de Tours après l'année 658. Importunus, celui de Paris, vers 666. Les lettres 3e et 5e ne sont pas adressées à Importunus mais à un personnage que rien ne désigne explicitement. Mais les noms de Frodebert, d'Importunus et de Grimoald suffisent à donner une date et une place à cette correspondance sur les auteurs de laquelle on peut épiloguer mais dont l'authenticité ne peut être contestée.
Les lettres d'une espèce rare, assurément, écrivait M. Paul Meyer dans l'introduction dans un formulaire est d'autant plus surprenante qu'elles offrent un caractère plus sonne. Le praticien qui nous a conçu cette singulière correspondance en milieu de formules, l'aura plutôt accueillie connue un document curieux en soi que pour l'utilité qu'elle pourrait offrir comme modèle de lettres. Le fait même d'avoir été admis dans un formulaire est, à mon avis, une forte présomption de l'authenticité de ces cinq pièces. Si elles étaient un simple jeu d'esprit, leur place n'aurait pas été dans un recueil qui ne contient que des actes non suspects ou des formules tirées de diplômes authentiques. Considérées comme un document historique, elles offrent un singulier intérêt. Sans parler des renseignements intimes qu'elles ajoutent à ce que nous savions de Grimoald, elles nous ouvrent une vue sur une époque qui n'a laissé que peu de monuments ; elles nous font assister à une scène aussi vivante qu'aucune de celles que Grégoire de Tours a diptées. Elles sont bien propres à nous faire apprécier l'état de barbarie dans lequel les esprits étaient tombés au VIIe. Comme document littéraire, elles nous présentent un essai de poésie qui, par le rythme et par la langue, devait se rapprocher singulièrement des chansons populaires du temps ; si je ne craignais de commettre un anachronisme de trois ou quatre siècles, je dirais que les lettres de Frodebert et d'Importunus sont de beaucoup le plus ancien exemple d'estribot.
En abordant l'étude de ces curieux écrits, M. Hirson estime qu'il n'y aurait rien d'impossible à ce qu'ils fussent l'ouvrage des deux évêques, ceux-ci, ajoute-t-il, n'ont pas toujours montré une conduite exemplaire ; elle pourra être l'œuvre d'un homme d'Église, un moine, du pays ou de l'entourage. Dans les Monumenta Germaniae historica, Legum, t. V, p. 184, on lit : Nullo modo aduel faits et gestes des deux prélats serait surtout exercée aux dires peu édifiants et a dû faire scandale dans les milieux ecclésiastiques. Le fait qu'à la suite de l'envoi de la lettre, commissaire, Zeumer, que ces lettres fussent l'œuvre d'un seul auteur. Mais il est possible que les lettres fussent composées et que, vivant des principaux intéressés, leur mort n'aurait plus eu de raison d'être. Le quatrième et le cinquième morceau sont du même auteur, ou, tout au moins, une imitation du quatrième. Le fond et la forme offrent des analogies frappantes ; en outre, ils sont l'un et l'autre dédiés à des domnœ, qu'on ne peut toutefois identifier sans plus avec les noms auxquels les mots Cony et puellare sancla semblent faire allusion. Les deux dernières pièces diffèrent à certains égards des trois premiers. Elles n'ont point, par exemple, la dédicace ; les deux évêques ne sont point mentionnés ; la satire y est devenue tout à fait impersonnelle. La suscription en tête du quatrième morceau : Incipiunt verba per similitudinem, pourrait faire croire qu'elles ont été ajoutées. En ce qu'on y dit du menteur, il peu s'appliquer à Frodebert. Il n'y a pas lieu de douter, était sûr que les mots per similitudinem visent le contenu. Mais ils peuvent tout aussi bien se rapporter aux assonances ; on ne peut plus rien affirmer. Il n'est donc pas certain que les deux derniers soient de l'auteur des premiers, et même on peut se demander s'ils sont aussi anciens. Malgré ce qui semblerait les rattacher à la même polémique, plusieurs particularités du troisième pièce rappellent directement certains faits relatés dans la troisième ; ces allusions seraient, il est vrai, parfaitement possibles dans une imitation postérieure, mais on a peine à croire qu'au VIIe, on se soit encore intéressé à ce point à l'évêque Frodebert. On peut donc dater tous ces textes de la seconde moitié du VIIe.
Il s'agit moins de vers que de groupes de mots, dont certains sont rythmés à l'égal des vers : et encore :
Nolile domnœ, nolile | Nolile credere tanlas surlrs.
Dans la plupart des groupes, il est impossible de retrouver un principe quelconque de versification. C'est plus strictement observé fréquemment la rime : dukissime et novella et bella ; plant et pane ; a undo et frw rime riche, avec consonance ; plus rarement : comentum et formentum ; - bonita et aritate. Souvent, l'homoéophonie se borne à la dernière syllabe : /alsatura et corona que t'asso la rime, l'homoéophonie prend généralement, voyelles quodam in utrlw que les consonnes qui séparent la syllabe tonique de la syllabe finale sont différentes : fusca, crusta ; — sancla, pasta ; — manum, adversarium ; — talis, cunis — talone, rotore ; — baronem, insontem. Certains groupes ont une espèce de rime intérieure : ou bien :
Domno meo Frodoberto, sine Deo Nec saneto, ncc episcopo Miaulas, sanclas et critiquas Pulchras, firmissimas et pulitas
Les rimes et les assonances sont, en général, réparties par groupes de deux. Le sens est complet à la fin de la seconde ligne ou permet du moins de faire une pause. La troisième pièce débute par une tirade monorime, le quatrième en offre plusieurs exemples, et dans la première on rencontre des rimes entre-croisées.
Pour toutes ces raisons, ces écrits, antérieurs à la réforme carolingienne, constituent un document précieux pour l'histoire de la langue.
Vocalisme. — Il n'y a pas lieu de s'attarder à certaines graphies fautives, comme la confusion de o et a. L'orthographe a été modifiée par la fusion de l'e et de Vi, de l'o et de Pu. Entre m et l la voyelle i a été labialisée : similas est devenu simulas. Plusieurs graphies mettent sur la voie de la prononciation populaire du temps : on lit pulitas pour pôlitas et Pu sert ici à exprimer le son fermé que l'o primitivement ouvert de polire avait pris dans le latin du nord de la Gaule, qui l'a traité en syllabe initiale libre comme l'o fermé. — On trouve Pi substitué à IV : dilalus, dilulor, dispeclus, ce qui se rencontre d'ailleurs fréquemment dans le latin de la décadence. On trouve aussi Pi long de si affaibli en se ou en e : sed tu jubis, sed le placit se vidis amico. Le mot se apparaît fréquemment dans les textes des bas temps et dans l'ancien français. L'ï s'est affaibli en e fermé, puis en e ouvert, enfin en a, c'est ainsi que hirundo se lit dans nos documents arundo. Dans V Appendix Probi, on recommande hirundo non harundo.
Consonantisme. — On retrouve à la fin du VIe, certaines graphies archaïques iogo, digido, pudoris pour joco, digilo, putores ; survivance de l'usage graphique datant de l'Empire, lors que les consonnes entre deux voyelles devinrent sonores, et qui, dans la suite, influença jusqu'à un certain point la prononciation des lettrés. Au point de vue de la langue vulgaire, elles ont, au VIIe, perdu toute valeur. L'habitude de substituer la sonore à la sourde dans l'écriture a suscité des graphies inverses comme caula pour cauda, rotore pour rudore.
Il faut noter la chute de l'aspiration : oc pour hoc ; phénomène banal ; la prosthèse de i qui donne islerco, Escotus ; la métathèse de l'r qui nous vaut formenlum, la vocalisation du g devant m, qui donne fleummas pour flegmas. Le groupe mu a été réduit à m et Grimualdo est devenu Grimaldo. Entre m et n de damnare, la langue archaïque avait inséré un p qui s'est maintenu et qu'on retrouve jusque dans l'ancien français.
Syntaxe. — La langue des deux premiers pamphlets passe de la deuxième personne du singulier à la deuxième personne du pluriel avec une brusquerie qui déconcerte :
Semper habeas gratum Qui tam largo manu voluisli donatum Dum Deus serval tua potestate...
Vos vidistis in domo Quod de fama nobiscum morimur. Homo, Salis te présuma salutare Et rogo ut pro nobis dignetis orure Transmissimus tibi de illo pane Probato si inde potis mandueure.
Est-ce bien au souci de refléter ces sentiments qui partagent l'âme de l'auteur qu'il faut attribuer cette faconde dire ; mais on la rencontre fréquemment en Belgique où une population incomplètement francisée emploie dans une même phrase, sans en être choquée et sans s'en apercevoir, le tutoiement et le vouvoiement.
D'après l'écriture, ce manuscrit doit être attribué à la première moitié du IXe. Comme les lettres sont contemporaines de Grimoald (t. 656), on voit que les copistes ont eu tout le temps d'en altérer le texte. Ils ne s'en sont pas fait faute. Outre l'extrême barbarie du jargon employé, il existe des lacunes dans les lettres 2, 3 et 4. Celles de la lettre 3 sont peu importantes et proviennent de l'usure du parchemin ; les lacunes des pièces 2 et 4 sont plus considérables et ont une toute autre cause. Dans le manuscrit, les cinq lettres se suivent dans cet ordre : 1, 2, 4, 3, 5 ; les lettres 2 et 4 se suivent donc et occupent les deux faces du feuillet 28. Or, il se trouve que la partie inférieure de ce feuillet a été déchirée en diagonale et arrachée, puis réparée par l'application au recto d'une feuille triangulaire de parchemin qui recouvre une partie de l'écriture encore subsistante. Cette maladroite réparation remonte vraisemblablement au XVIIe : elle est sûrement antérieure à Baluze, qui remplace par des points les mots et les lettres que recouvre la bande de parchemin. En plaçant le feuillet entre l'œil et la lumière, on peut lire suffisamment la partie couverte et on parvient à diminuer notablement la lacune de la pièce.
Bibliographie. E. Baluze, Capitularia regum Francorum, t. II, col. 163 ; E. de Rozière, Formules usitées dans l'empire des Francs du V au IXe, p. 1 ; Schuchardt, Der Vokalismus des Vulgärlateins, 1866, t. I, p. 64 ; A. Boucherie, Cinq formules latines rimées et assonancées du VIe, in-8°, Montpellier ; P. Meyer, dans Revue critique, 1867, t. III, p. 344-350 (il annonce que M. Paul Meyer a des documents pour une étude pour la Bibliothèque de l'École des Chartes) ; K. Zeumer, Formulae merovingici et karolini aevi, dans Monumenta Germaniæ historica, Legum, 1884, t. V, p. 220-226 ; Le même, dans Neues Archiv der Gesellschaft für ältere deutsche Geschichtskunde, 1881, t. VI, p. 76 ; Winterfeld, Hrotsvits literarische Stellung, dans Archiv für das Studium der neueren Sprachen, t. CXVI, p. 59-62 ; J. Pirson, Pamphlets bas-latins, dans Mélanges de philologie romane et d'histoire littéraire offerts à MM. Wilmotte, in-8°, Paris, 1910.
Il s'agit d'un harnachement de cheval qui offre un bel exemple de l'emploi fronde. Il s'agit d'un frontail sculpté en marbre blanc, impérial de Constantinople, entre deux bandes qui servent de décor. Le côté sculpté est tantôt droit, tantôt (plus souvent) incliné comme celui des dosserets.
Une plaque représente David combattant Goliath (Voir Dictionnaire, t. IV, col. 1755). Dans la main droite, il tient la fronde, dans la gauche le pedum, insigne de sa profession de berger. Le type sémite est bien accentué et l'attitude est vive et prise sur le vif.
Les balles de fronde, sortes d'olives dont la matière est le bronze, le fer, la pierre, ont exercé surabondamment l'ingéniosité des faussaires qui ont multiplié par cent ces monuments d'allure énigmatique.
FRONTAIL. Le musée de Stockholm possède, parmi les objets provenant des trouvailles faites à Vendel (Uppland), un mors de cheval qui compose d'un frontail, d'une bride et d'un mors de cheval (fig. 1754). Cette bride se compose d'une suite de plaques ajourées en bronze doré, entaillées sur certains points et fixées sur des bandes de cuir. Le frontail et les deux parties qui l'unissent au mors sont formés par une alternance de pièces métalliques richement ciselées.
La ciselure est très soignée et semble avoir tenu compte de tous les détails que donnait l'observation directe de ces reptiles. Les bossettes de bronze ajouré et doré auxquels le mors en fer est fixé renferment aussi des ornements empruntés au règne animal, mais ils sont impossibles à déterminer.
Chacune de ces rondelles placée aux deux extrémités du mors possède une autre pièce métallique mobile qui servait de point d'attache aux rênes.
Il est permis de supposer que les deux modes de cloisonnage successivement employés dans l'orfèvrerie : 1° l'email en fusion ; 2° les pierres précieuses taillées en tables, concoururent l'un comme l'autre à servir un style ornemental adopté en premier lieu pour attacher les rênes.
Ces attaches habilement ciselées et en partie émaillées offraient des détails non moins intéressants et sont d'ailleurs différentes de tout ce qui se rencontre dans l'industrie scandinave. L'art répandu chez les Francs, les Burgondes, les Alamans et les divers peuples germaniques ne nous offre pas davantage des points de comparaison.
Où devons-nous aller les chercher ? Peut-être dans ces pays orientaux où l'orfèvrerie cloisonnée a pris naissance.
La date de ce harnachement ne semble pas faire de difficulté, on l'attribue couramment au VIIe.
H. Leclercq.
FRONTAL. Voir Camblaucum, t. I, col. 17.
FRONTONS. - Nous avons déjà fait connaître un membre architectural qu'on rencontre dans les basiliques africaines, le dosseret (voir ce mot) ;
L'emploi des matières premières et les procédés industriels variaient, mais le résultat obtenu était approximativement le même. La technique de cet objet le fait considérer comme importé en Scandinavie, conclusion que confirme l'examen de la décoration zoomorphique.
Dans cette décoration, les serpents tiennent une place considérable. Plusieurs appliques les représentent artistement enlacés quatre par quatre. On les retrouve encadrant les deux grandes roses du frontail.
La ciselure est très soignée et semble avoir tenu compte de tous les détails que donnait l'observation directe de ces reptiles.
Les bossettes de bronze ajouré et doré auxquels le mors en fer est fixé renferment aussi des ornements empruntés au règne animal, mais ils sont impossibles à déterminer.
Chacune de ces rondelles placée aux deux extrémités du mors possède une autre pièce métallique mobile qui servait de point d'attache aux rênes.
Il est permis de supposer que les deux modes de cloisonnage successivement employés dans l'orfèvrerie : 1° l'email en fusion ; 2° les pierres précieuses taillées en tables, concoururent l'un comme l'autre à servir un style ornemental adopté en premier lieu pour attacher les rênes.
D'après Wilpert, Le pitre, pl. 62, n. 2. deniers ; les haricots, fasioli, quatre deniers : les asperges asparagus hortulanus, six deniers : les asperges sauvages, asparagus agrestis, quatre deniers ; les carottes pastinaca, trois ou six deniers suivant la grosseur. Deux acheteuses se présentent ; on a imaginé de suppléer à ce que nous ignorons et de découvrir la nature de leurs emplettes ; car elles se préparent à aller assister à un banquet qui se trouve à la suite sur la même fresque. Il est surprenant que, dans cette voie des conjectures, on ne nous ait pas appris qu'elles avaient oublié leur porte-monnaie, mais que la fruitière leur ferait crédit. En attendant et pour ne pas séparer ces marchands, on peut rappeler ici une grainetière dont Bosio a publié l'épigraphe (Dict., t. i, fig. 771) :
Pollecla, vendait de l'orge, rue Neuve.
Fuite de la persécution (La).
I. Enseignement du Christ.
II. Fuite de saint Pierre.
VII. Sous Marc-Aurèle. — En l'année 177, la haine des chrétiens s'éleva à Lyon à son paroxysme. Une fois de plus nous rencontrons dans un document d'une authenticité à l'abri de toute discussion, des faits de fuite et l'opinion d'une puissante et fervente communauté chrétienne à ce sujet. L'Église de Lyon-Vienne racontait aux frères de l'Asie et de la Phrygie les préliminaires de la persécution. « Non seulement on nous interdisait les maisons, les bains, le forum, mais en général on défendait encore à chacun de nous, de paraître en quel que lieu que ce fût. Cependant, la grâce de Dieu... fit d'abord éloigner les faibles, puis elle fit avancer des piliers solides qui pouvaient par leur résistance attirer sur eux tout le choc du méchant. » Il y eut donc, semble-t-il, non seulement des fugitifs, mais des fugitifs par l'ordre des chefs de la communauté. Un peu plus loin, la lettre dit « qu'on emprisonnait tous les membres zélés des deux églises, » èx tôv S6o èxxXr)<jiûv TràvTaç toùç cnrouSatouç -. Les autres, les tièdes, étaient donc hors d'atteinte. A cette persécution lyonnaise, se rattachent des actes qui paraissent avoir subi des retouches mais qui laissent subsister un épisode intéressant. Deux jeunes gens, Epipode et Alexandre, « étaient dans la fleur de leur jeunesse et n'étaient pas mariés. Dès qu'ils virent la persécution, ils songèrent à suivre le conseil de l'Évangile, mais ne pouvant pas fuir d'une ville dans une autre, ils se contentèrent de chercher une retraite où ils pussent demeurer cachés et servir Dieu en secret. Ils la trouvèrent dans un faubourg de Lyon, près de Pierre-Encise, et ce fut la maisonnette d'une veuve chrétienne qui les cacha. Il y furent quelque temps inconnus, par la fidélité que leur garda leur sainte hôtesse, et par le peu d'apparence qu'avait leur asile ; mais enfin, ils furent découverts. Ils furent arrêtés, au passage étroit d'une petite chambre, au moment où ils s'échappaient ; ils étaient si éperdus, lorsqu'ils virent les gardes, qu'Épipode oublia un de ses souliers. D'autres actes, de moindre autorité, se rapportent au même temps. Ils nous disent que Marcel et Valérien réussirent à s'échapper de Lyon, pendant la persécution : ils furent saisis et mis à mort. — Enfin, à cette même persécution, se rapportent des actes auxquels Tillemont fait assez bon accueil, et qu'on peut ne pas rejeter entièrement. On y voit un sous-diacre, nommé Concordius, qui sort de Rome pour se mettre à l'abri et va se réfugier à la campagne, chez son ami Eutychius.
VIII. Sous Septime-Sévère. — Tout au début du IIIe, un esprit éminent, Clément, didascale de l'Église d'Alexandrie, aborde la question du martyre. Il blâme ceux qui s'y livrent volontairement « comme les gymnosophistes de l'Inde qui se jettent témérairement dans le feu » ; au contraire, il n'a que des louanges pour ceux qui ont erré dans les solitudes, dans les montagnes, dans les cavernes, et les antres de la terre. On n'a pas le droit d'aller s'offrir aux juges. Si, dit-il, le Seigneur nous ordonne de fuir par les paroles : Quand vous serez persécutés dans une ville, fuyez dans une autre, ce n'est pas parce que c'est un mal de souffrir. Mais il veut que nous ne soyons pas la cause ni de notre mort, ni du crime de celui qui nous persécuterait ou nous tuerait... Si celui qui fait périr un homme de Dieu pèche contre Dieu, celui qui s'offre peut tout aussi bien être regardé comme coupable du meurtre. Et il en sera de même de celui qui n'évite pas la persécution en se laissant prendre. Celui-là coopère autant qu'il le peut à l'iniquité de son persécuteur ; s'il provoque le persécuteur, il est absolument dans le cas de celui qui provoque la bête féroce. La composition du livre des Stromates paraît antérieure à l'année 202. A cette date, la persécution de Septime-Sévère était imminente. Dirigée principalement contre les chefs des communautés et contre leur apostolat, elle ne pouvait ignorer le docteur illustre qui dirigeait le Didascalée ; aussi Clément, conformant sa conduite à son enseignement, quitta Alexandrie et se retira en Cappadoce, non pas en fugitif qui se cache, mais en émigrant qui s'éloigne. Il séjourna auprès de l'évêque de Césarée de Cappadoce, Alexandre, dont il administra l'Église après que cet évêque eût été mis en prison. Chassé d'Alexandrie, où son enseignement portait de grands fruits, Clément n'était resté ni silencieux ni inactif dans sa retraite. L'évêque Alexandre lui rendait ce témoignage d'être un « prêtre saint, homme vertueux et estimé... sa présence ici a, selon la providence et la vigilance du Maître, fortifié et fait accroître l'Église du Seigneur ». Le départ de Clément avait été accompagné de la dispersion des maîtres du Didascalée, en sorte, dit Eusèbe, qu'« il ne se rencontra plus personne à Alexandrie pour catéchiser, tous se trouvaient éloignés par la menace de la persécution. » Ce fut Origène, âgé de dix-huit ans, qui s'improvisa catéchiste et chaque jour la persécution contre lui était si ardente que la ville entière ne suffisait plus pour le cacher : il allait de maison en maison, changeant de demeure.
A l'époque du règne de Sévère, le pape Calliste organisait et développait le cimetière de la voie Appienne à Rome. Les fidèles qui s'y réunissaient pour prier, savaient que la police hésiterait parfois à s'engager à leur poursuite dans les souterrains aux ramifications de labyrinthe ; néanmoins, elle pouvait guetter leur sortie et les saisir à ce moment, pour les emmener devant les juges. Le cas avait été prévu. Des corridors aboutissaient à une sablonnière voisine où les fidèles pouvaient se disperser sans crainte d'être poursuivis, parce que cette issue était non seulement dissimulée et donnait sur la campagne, mais surtout parce que dans le cas où la police se serait aventurée dans la catacombe, sa poursuite se trouvait rendue impossible par une différence de niveau qui ne permettait de gagner la sablonnière qu'à celui qui avait eu le temps de monter une échelle mobile qu'il retirait après lui, laissant les poursuivants devant un obstacle insurmontable, à la faveur duquel le fugitif avait tout le temps pour gagner le salut.
IX. L'attitude de Tertullien. Vers le temps de la persécution de Sévère, à une date qui parait flotter entre 200 et 206, Tertullien adressait Ad uxorem libri duos, dans lesquels celle-ci avait pu lire : « Mieux vaut encore, en temps de persécution, fuir de ville en ville que renier le Christ dans la prison ou la torture. Plus heureux, cependant, ceux qui sortent de la mort avec la gloire du martyre ». Tertullien n'était pas au terme de sa vie. Si on rapporte le traité intitulé : De fuga in persecutione à l'année 213 ou 214 au plus tôt, on s'explique assez bien les circonstances d'où il est sorti. Tertullien, comme d'autres âmes ardentes, ne concevait pas l'Église du Christ avec quelques taches qui en ternissent l'éclat, il la voulait immaculée, idéalement belle et parfaite, détachée des contingences de ce monde, au sein duquel elle devait vivre et agir. A la voir telle que son esprit impitoyablement logique la lui montrait, elle avait dégénéré de sa pureté primitive, dévié de la tradition apostolique. A le taire, il n'y avait aucun mal, si les faits lui donnaient raison : a le dire, il pouvait y avoir utilité, mais à le crier trop haut, il y avait péril de décourager, de troubler et peut-être d'égarer les fidèles. Ce retour à la stricte observance ne sera jamais, quoiqu'il arrive, l'erreur des âmes dégénérées, mais l'illusion des tempéraments indomptables qui traversent la vie sans en apercevoir les exigences. Depuis une cinquantaine d'années, la secte de Montan, prêchait le retour à la foi et à la discipline des premières générations chrétiennes. Pour y atteindre, les sectaires avaient une progression bien tracée : renoncer au monde, renoncer au mariage, renoncer à tout pour se délester de tout et se trouver apte au martyre. En Orient, cette doctrine eut une rapide diffusion ; en Occident, ce fut tout le contraire. En Afrique, vers la fin du règne de Sévère, il existait une petite communauté montaniste, que les catholiques traitaient avec indulgence et peut-être dédain. Entre 207 et 212, on les toléra aux offices liturgiques. Ils avaient sans doute leurs réunions dont on ne s'alarmait pas et qu'ils agrémentaient de visions et de prophéties. Au dire de saint Augustin, Tertullien combattit d'abord cette confrérie : il n'en est toutefois resté aucune trace, mais cela a dû arriver avant 207, puisque en 207, le montanisme de Tertullien commence à transparaître dans l'édition des livres Adversus Marcionem. Attraction ou sympathie, il adopta une tenue ascétique, un costume qui excita la curiosité : il en fut un membre communautaire qui véritablement adopta le vêtement des philosophes ; ceci ne fut qu'un acte de la part d'un homme assurément original, pour qu'une incartade ne surprit pas trop partout. C'était un acte grave et, comme on l'a dit joliment, « c'était une prise d'habit ». Après les allusions sympathiques au montanisme renfermées dans l'Adversus Marcionem, cette manifestation indiquait une véritable adhésion à la secte. Ce n'était pas une rupture avec l'Église, mais comme une sécession. Il n'tarda pas à s'en apercevoir. Les années qui suivirent furent marquées par une semi-montaniste : Adversus Marcionem, De resurrectione carnis, De exhortatione castitatis, De virginibus velandis, entre 208 et 211 ; le De corona militis en 211, le De idololatria en 211 ou 212, le manifeste Ad Scapulam en 212. Dans tous ces écrits, Tertullien se considère comme catholique et membre de l'Église catholique, au sens qu'il lui donnait jadis, et cependant le désaccord se faisait de plus en plus jour. La question de vêtement avait été l'occasion du De pallio ; une question analogue inspira à Tertullien un traité sur le voile à toutes les femmes chrétiennes. En 212, on ne pouvait plus se dissimuler qu'une rupture était imminente... On vit paraître le De idololatria qui recommandait aux chrétiens de rompre avec la société païenne : le De corona militis prescrivait le refus du service militaire ; le Scorpiace voulait qu'on courût au-devant du martyre ; et, désormais, Tertullien lit un crime aux clercs de ne pas penser et parler comme lui. Il ne restait plus qu'un coup à donner pour marquer la rupture, ce fut le De fuga in persecutione, qui en décida. Pendant la persécution, conduite en 211-212 par Scapula, Tertullien, adressa un sort de défi au proconsul : ensuite il publia, coup sur coup, deux traités sur le martyre. Le Scorpiace garde encore une apparence de modération (211 ou 212) ; le De fuga (213), est plus qu'une attaque : c'est une bravade. Maintenant, le clergé d'Afrique repoussait ses idées, il le savait, et ne ménageait plus personne. « Je connais des pasteurs, avait-il écrit, qui, en temps de paix, sont des cerfs au combat ». La constance de ceux qu'il malmenait de la sorte avait tout de l'obstination par lasser Scapula qui, fatigué de supplications, avait laissé s'apaiser la persécution.... Ce n'était toutefois qu'un répit, une trêve qui pouvait être rompue à tout moment, les fidèles s'y attendaient. Un catholique, nommé Fabius, ne sachant que faire, interrogea Tertullien sur la conduite à tenir : « Faudrait-il fuir ou non devant la persécution ? » Tertullien répondait : « Fugiendum necne in persecutione, quod nescio quid annuntiaretur ». La discussion s'était engagée, mais interrompue par une pause. Tertullien n'était pas satisfait et sans doute le prétexte était excellent pour reprendre et traiter à fond la question. Le traité De fuga fut donc écrit : « Semi-tractatam materiam absolvi mecum pleniorem eum de silo nunc renuntiulatis... Igitur consultationem huius ordinem gessimus ».
X. Donc, Tertullien établit la cause de la persécution. Dieu la permet, il l'a pour éprouver un et pour nous pour vivre. La persécution ne peut venir de Dieu, mais seulement du démon ; mais le démon est l'instrument de Dieu, qui permet la persécution, mais il ne le peut faire que dans la mesure qui lui est donnée. Il va sans dire que les tentes des anciens furent tentées qu'après que Satan en eut obtenu de Dieu la permission. Sur les païens, la puissance du démon est plus grande, sur les fidèles, il n'en a aucune, il n'a que celle que Dieu lui consent, aut ex causa probationis, aut ex causa reprobationis. La persécution n'est pas l'œuvre du démon, il ne faut donc pas la fuir.
Venant de Dieu, permise par lui, elle est bonne en elle-même, même si elle nous paraît pénible et cruelle ; mais, en définitive, les maux qu'elle cause aboutissent encore au bien, et il est bien superflu de prétendre s'y dérober, car on ne peut se dérober à la volonté de Dieu. Que dit-on, en effet, pour justifier la fuite ? On n'ira pas sans doute jusqu'à oser dire qu'on redoute de renier sa foi dans les supplices, car si on est certain de la renier, on peut tenir la chose comme faite ; si on n'est pas certain, pour quoi ne pas se persuader qu'on triomphera, qu'on confessera et qu'on sera sauvé, sans avoir fui ? Il dépend de nous, de nous seul et non pas de Dieu, que nous soyons confesseurs ou apostats. Si cela dépend de nous, il faut supposer que nous confesserons ; il faut le vouloir, car ne pas vouloir confesser, c'est déjà apostasier. Mais supposons que cela dépende de Dieu, alors remettons-nous-en à lui, confions-nous à sa grâce, à sa protection.
Un chrétien fugitif s'abritait de la parole de Jésus-Christ ; mais le précepte du Maître ne s'applique qu'à la circonstance pour laquelle il a été donné, c'est aux seuls apôtres qu'il s'adresse, hoc praeceptum in personas proprie apostolorum, et in tempora et in causas eorum pertinere. La preuve en est dans ce qui précède et ce qui suit cette phrase, tout ceci ne s'appliquant qu'à eux. Et que leur recommande Jésus ? Il leur dit de fuir, mais pour un temps et pour se donner l'opportunité de répandre l'Évangile, pour empêcher que cet Évangile ne fût étouffé en son berceau, et c'est pourquoi leur champ de fuite est rigoureusement délimité : intra terminos Judaeae praeceptum fugae coninebatur. Lors que la Judée eut entendu prêcher l'Évangile, ces mêmes apôtres allèrent vers les gentils et alors ils ne se soucièrent plus de fuir le danger en allant de ville en ville. Voilà l'exemple de Paul. D'abord, il consentit à s'échapper de prison, mais à la fin de son apostolat, bien qu'Agabus lui eût prédit le martyre et malgré toutes les supplications, il ne consentit plus à se dérober et se rendit à Jérusalem.
Que le précepte de Jésus soit local et temporaire, on en trouve la preuve dans son enseignement tout entier qui inculque sans cesse le devoir de la souffrance et du renoncement en face des persécutions. Viendra-t-on arguer de faiblesse, de timidité, mais on s'entendra dire par le Christ : « Celui qui estime sa vie plus que moi n'est pas digne de moi. » Oui, Jésus lui-même a fui, mais il a fui pour la même raison que les apôtres, parce que son œuvre n'était pas encore assez avancée. À l'heure de sa passion, il n'a pas fui, il a demandé à son Père d'éloigner le calice de l'épreuve, mais à condition que son Père y consentît. Celui qui fuit se substitue à la volonté du Père Céleste, à qui seul appartient d'éloigner ou d'approcher le calice. Nulle part les apôtres n'ont ordonné la fuite, ils recommandent le contraire lorsqu'ils nous disent, comme saint Jean (1, ni, 16), « de livrer notre vie pour nos frères » et que la crainte ne cohabite pas avec l'amour (I, iv, 18). Et Tertullien, qui a cependant rapporté, au chapitre v, le cas du chrétien Rutilius, d'abord fugitif, errant, cherchant une cachette de plus en plus sûre, puis payant rançon et néanmoins arrêté, condamné et brûlé vif. Tertullien, à qui cet exemple semblerait avoir dû ouvrir les yeux sur ces fugitifs qui n'étaient pas des lâches, en vient cependant à écrire qu'il préfère voir quelqu'un renier sa foi au milieu des tourments que prendre la fuite. « J'aime mieux, écrit-il, avoir à vous plaindre qu'à rougir de vous. Un soldat perdu sur le champ de bataille est plus beau qu'un soldat sauvé par la fuite. » S'il en est ainsi pour les chrétiens, à plus forte raison pour les clercs et les évêques. Mais ce sont là des principes que ne peuvent comprendre et suivre que ceux-là seuls qui ont reçu le Paraclet qui le portent au dedans d'eux-mêmes, source de lumière et de courage.
Ainsi donc, le montaniste pourra seul ignorer la tentation de fuir la persécution, ou du moins il pourra seul la surmonter. C'était bien le moins que la secte se donnât ce privilège. D'ailleurs, il n'y avait pas matière à hésitation. Pour tout bon montaniste se mettant sous le patronage du Paraclet, la cause était entendue. « Presque toutes les paroles » du Paraclet étaient une excitation au martyre. Deux des oracles cités par Tertullien dans le De fuga y conviennent expressément le fidèle. Les voici :
Spiritum vero si consulas quid magis sermone illo Spiritus probat ? Quam quod omnes paene ad martyrium exhortantur, non ad fugam ; ut et illius commemoremur : Publicaris, inquit, bonum tibi est ; qui enim non publicatur in hominibus, publicabitur in Domino. Ne confundaris, justitia te producit in medium. Quid confundaris laudem ferens ? Poleslas filium cum conspiceris ab hominibus (De fuga, c. ix). Et si maintenant l'on consulte l'Esprit, est-il des paroles que l'Esprit approuve davantage ? Presque toutes ses paroles à lui exhortent au martyre, non à la fuite, car lui aussi il faut le citer : « Tu es exposé à l'infamie publique : tant mieux pour toi », dit-il. « Qui n'est pas exposé ainsi devant les hommes, l'est devant Dieu. Ne rougis pas. C'est la justice qui t'exhibe au milieu de tous. Pourquoi rougir quand tu t'acquiers de la gloire ? Ta puissance naît au moment même où les regards des hommes se fixent sur toi. » Et cet autre oracle faisant suite au précédent :
Sic et alibi : Nolite in lectulis nec in abortibus et febribus mollibus optare exire, sed in martyriis, uti glorificetur qui est passus pro vobis. (De fuga, c. ix.) Et de même ailleurs : « N'allez point souhaiter de mourir dans votre lit, dans les avortements ou dans les langueurs des fièvres, mais bien dans le martyre, afin que soit glorifié celui qui a souffert pour vous. » Ce n'est pas à dire cependant que cette exaltation du martyre allait jusqu'à obliger les fidèles à le rechercher, à le provoquer. Il leur était recommandé de l'attendre sans le craindre et surtout sans le fuir ; on ne connaît dans la secte aucun exemple analogue à la frénésie des circoncellions (voir ce mot). Quant aux fugitifs, le Paraclet n'hésitait pas à les flétrir (De fuga, x, 1). De sorte qu'on peut considérer, sans l'ombre d'une hésitation, la doctrine développée dans le De fuga, non seulement comme hérétique (ce n'est pas le point de vue envisagé ici), mais comme contraire à la discipline admise par l'Église catholique. Le montanisme n'était pas destiné à une large extension. L'Occident lui fut hostile ou indifférent et on ne voit nulle part l'indice que le traité De fuga ait exercé, hors de Carthage, peut-être hors de l'Afrique, une influence quelconque sur la discipline de l'Église. D'ailleurs, le calme reparaissait et les persécutions allaient être interrompues pendant assez longtemps. Toutefois, nous rencontrons encore un fugitif illustre. Eusèbe fait probablement allusion aux massacres d'Alexandrie ordonnés par Caracalla en 215, lorsqu'il raconte dans la vie d'Origène : « Pendant le temps qui s'était écoulé depuis son départ d'Alexandrie (pour l'Arabie), une guerre assez vive avait éclaté dans la ville : il la quitte, va en Palestine et donne ses leçons à Césarée ».
XI. Sous Maximin. La persécution de Maximin « ne s'étendit point d'entier, mais demeura locale », nous dit Firmilien. Il quitta Alexandrie pour la Palestine, il l'y trouva en butte à la persécution ; il ne l'y suivit pas, mais fui avec le prêtre Protocle et tous deux se rendirent en Germanie, pour y être particulièrement recherchés, comme l'atteste ce fait (lire : tant la notice qu'il - Julienne de Césarée de Cappadoce, qui reçut l'écrivain fuyant, pendant deux ans, dévouement, elle réconforta l'écrivain). Firmilien nous dit de plus que, sous le gouverneur Serenus, beaucoup de chrétiens s'enfuirent pour éviter la persécution.
Pendant ces années de retraite, Origène composa une Exhortation au martyre, pièce longue et assez languissante qui est loin d'avoir la valeur littéraire de la lettre de Tertullien aux martyrs de Carthage ou du traité que devait écrire quelques années plus tard saint Cyprien ; les réminiscences bibliques y abondent et l'érudition semble, par moments, étouffer l'émotion personnelle. Origène n'y fait pas difficulté de reconnaître que Jésus-Christ a dit aux apôtres de fuir, mais « il faudra, dit-il, que nous les entendions nous, ces paroles ; à cette condition, nous serons les frères des apôtres qui les ont entendues et nous serons avec eux ». D'une manière générale, Origène se rangeait à la doctrine de la fuite. Il est permis aux soldats du Christ, dit-il, s'ils ne se sentent pas assez forts pour subir la persécution et s'ils ne pourront résister à la torture, de laisser passer la colère des persécuteurs et de fuir d'un lieu dans un autre lieu. Ce qui importe, c'est de ne pas nier Jésus, une fois qu'on l'a confessé. Or, ce n'est pas nier le Christ que de fuir afin de ne pas se mettre dans le cas de le nier. Que le timide ou le poltron s'éloigne du camp et regagne son foyer. Cette doctrine se lit non seulement dans son commentaire sur Matth., x, 23, mais il y revient aussi sur Matth., xiv, 13, où, à propos de ces mots : Quod cum audisset Jesus, secessit inde in navicula in locum desertum seorsum ; il remarque qu'on doit fuir les persécuteurs et éviter, autant que possible, leurs embûches : τος διωκτὰς φεύγειν καὶ τὰς ἐνέδρας αὐτῶν ἐκτρέπεσθαι. Et c'est pure présomption d'aller au-devant du mal. A propos du texte xi, 54 ; Jésus ergo non pro palam ambulabat in Judaeam, sed abiit in regionem desertam, quae dicitur Ephraim, ibi versabatur cum discipulis, il dit encore : « Il est bon, honnête, de ne pas fuir et de donner une grande tentation ; il est bon de l'éviter même pour deux raisons, d'abord qu'on n'en connaît pas d'avance l'issue, et ensuite parce que les fautes commises à cette occasion seront imputées à celui qui est devenu une occasion du péché pour un autre sera puni pour ces péchés. » A plus forte raison, martyr, il sert puni aussi celui qui, bien loin de se retirer, alors qu'il pouvait le faire, ne se retire pas du tout et court à la persécution, lié par son honneur et sa louange.
Les apostasies nombreuses menaient ces de l'ennemi, une multitude de chrétiens monta au Capitole et renonça à sa foi, défiant d'eux-mêmes ceux-ci confessaient le Christ à leur manière douloureuse manière. La fuite entraînait avec elle la confiscation, c'est-à-dire la ruine, la misère et les privations qui en découlent. « Celui, écrit saint Cyprien, qui, abandonnant ses biens, se retira parce qu'il ne voulait pas renoncer à Jésus-Christ, l'aurait sans doute confessé, s'il eût été pris comme les autres : qui patrimonio derelicto, ideo secessit quia non erat negaturus, confiteri uli que, si fuisset ipse detentus ». La situation des fugitifs était plus cruelle encore que celle des bannis ; ceux-ci n'avaient qu'à séjourner dans le lieu qui leur était assigné, ceux-là vivaient dans des transes perpétuelles. Après un premier sacrifice qui consistait dans l'abandon de leur pays, de leur maison, de leur famille, de leurs biens, ils commençaient une vie haletante et pourchassée. Inscrits sur les listes des criminels, les chrétiens fugitifs étaient recherchés par la force publique ; il leur fallait errer de retraite en retraite, vivre dans les déserts, les montagnes, les forêts, les cavernes où souvent ils se traînaient pour mourir ; mais auparavant il leur avait fallu endurer le froid, la faim, la soif, la maladie, se garder de l'assaut des brigands, des sauvages, de la poursuite des païens, des barbares toujours en quête d'esclaves. On lit dans le Digeste cette loi au sujet des biens des condamnés ou des absents : « damnatorum bona obsignari, et si redierint et se purgaverint, integrum rem suam habeanl. Si respondit, neque qui se detendant habuerint, lum post annum bona in fiscum coguntur ». Ainsi donc, dans un an, les biens des contumaces étaient placés sous séquestre ; Cyprien parle à plusieurs reprises de ceux de la sorte : « Exhortes laici sunt, pati bonis suis omnibus spoliat ». Il savait à quoi s'en tenir. Il était, à l'art de la partie, l'amphitryon parmi lesquels le martyr était arrivé par la suite, on n'eût affolement ; il n'était pas à la tête d'une importante communauté, mais il assurait le fonctionnement administratif. La correspondance de l'évêque contient des avis, des prescriptions relativement aux sommes qui doivent être distribuées aux confesseurs, aux pauvres, à tous ceux dont la charge incombe à l'Église. Il y avait aussi son patrimoine privé à soustraire au fisc. En se faisant chrétien, Cyprien s'en était dépouillé, mais des fidèles l'avaient racheté et le lui avaient rendu, de sorte qu'il en demeura propriétaire. Il emporta dans sa fuite des sommes importantes, qu'il fit passer au fur et à mesure des besoins à ceux qu'il avait chargés de l'administration de la caisse ecclésiastique ; il en déposa d'autres à titre de libéralité entre les mains d'un prêtre investi de sa confiance. À l'époque de la persécution de Valérien, on voit qu'il possédait encore ses immeubles ; il avait donc réussi à les soustraire à la confiscation. Quand tout fut ainsi arrangé, l'évêque, avec un groupe de fidèles et de clercs, se déroba. La colère des païens fut grande ; un arrêt de proscription fut lancé contre lui et les biens du fugitif furent confisqués. On lut sur les murs de Carthage une affiche ainsi conçue : « Si quis lenet vel possidet de bonis Cypriani episcopi christianorum ». Il se réfugia probablement non loin de Carthage, mais on ignore le lieu choisi. Pendant son absence, son Église fut confiée à deux évêques voisins, Caldonius et Herculanus, et à plusieurs prêtres, parmi lesquels Rogatianus, dont la fidélité et l'énergie lui étaient connues. Les agents du proconsul ne paraissent pas l'avoir cherché bien sérieusement.
La retraite de Cyprien ne fut pas approuvée de tout le monde : les uns furent surpris, les autres affectèrent d'être scandalisés. En Afrique, des bruits désobligeants circulèrent sur son compte ; ils trouvèrent accueil auprès du parti qui ne se résignait pas à la promotion épiscopale d'un personnage fort saint, mais bien déterminé à être le maître et à le faire sentir à ses inférieurs. On l'accusa de lâcheté et tout au moins de faiblesse. Son biographe Pontius, écrivant plusieurs années après, ne s'en consolait pas et éprouvait le besoin de le défendre encore : « Cyprien, dit-il, obéit alors à la volonté de Dieu : il devait se réserver pour l'avenir ; s'il s'était exposé au martyre, son œuvre eût été incomplète et personne n'eût été là pour réparer les maux de la persécution ». Cyprien lui-même n'était pas indifférent à ces racontars : à plusieurs reprises il y fait allusion, rappelle qu'il n'a pris une résolution si grave que sur l'ordre direct de Dieu. Son exil volontaire se prolongeant, il écrit dans ses lettres que ce n'est pas le désir du retour qui lui manque, mais il croit devoir déférer au sentiment de ses amis et se rendre à l'évidence que sa présence à Carthage offrirait moins d'avantages que d'inconvénients. Son ami Tertullus, piètre ou évêque du voisinage, paraît avoir exercé sur lui dans ces circonstances une réelle influence. Et plus haut que Tertullus, il y a cette règle des livres saints qui disent qu'on a le droit et même le devoir de fuir les persécuteurs, à condition de ne se souiller d'aucun acte d'idolâtrie. Cette règle, il la développera plus tard dans le traité : De lapsis, ex : « Quiconque se retire quelque temps, en restant fidèle au Christ, ne renie pas sa foi, mais attend son heure ». Autour de lui, le petit groupe qui l'entourait soutenait sa volonté : « À merveille, à merveille, écrira Pontius, ce fut une véritable inspiration de l'Esprit, un grand bonheur, qu'un homme né pour tant de choses utiles ait pu ajourner son martyre. Voulez-vous la preuve que cette retraite n'a pas été motivée par la crainte ? Pour laisser de côté toute autre excuse, lui-même a souffert plus tard ce martyre ; il l'eût fui toujours suivant sa coutume s'il l'avait fui déjà auparavant. Ce fut véritablement de la crainte, mais une crainte légitime, la crainte qui redoutait d'offenser le Seigneur, la crainte d'un homme qui préférait obéir aux préceptes de Dieu, plutôt que d'être couronné indûment. En effet, une âme vouée à Dieu en toute chose, et ainsi esclave de ses avertissements divins, a cru que si elle n'obéissait pas à Dieu ordonnant alors la retraite, elle pécherait par le martyre même ». On ne devait pas s'exprimer de façon bien différente dans l'entourage de l'évêque fugitif.
Malheureusement, le parti hostile ne se laissait pas entamer. Voyant le prestige de Cyprien bien établi à Carthage, les brouillons comptèrent obtenir à Rome meilleur accueil. À Rome, on jugeait les hommes sans les connaître et les événements sans les étudier. Peu de temps après la mort du pape Fabien, le sous-diacre carthaginois, Crémentius débarqua en Italie et s'aboucha avec les prêtres qui dirigeaient l'Église de Rome pendant la vacance du siège. Au départ, ceux-ci remirent au voyageur deux lettres : l'une adressée à Cyprien, lui annonçant le martyre de son collègue, l'autre, sans adresse ni signature, et visiblement destinée au clergé de Carthage. Toutes deux vinrent aux mains de Cyprien. Il put à peine en croire ses yeux. « Nous avons appris, disait-on, que le saint pape Cyprien s'est retiré. On nous dit qu'il a bien fait, étant un personnage en vue (persona insignis) » et à ce propos, les prêtres romains rappelaient doucereusement que le vrai bon pasteur (Fabien) donne sa vie pour ses brebis tandis que le mercenaire (Cyprien) prend la fuite à l'approche du danger. À Rome aussi on avait vu des apostats ; une partie d'entre eux étaient des personnes insignes. Cela dit, le clergé romain exposait le zèle dont lui-même était animé, le courage avec lequel il remplissait les devoirs que la persécution lui imposait. Cyprien répondit. Il accusa réception de la lettre notifiant le martyre du pape Fabien et ajouta : « J'ai lu une autre lettre, sans adresse ni signature. L'écriture, le contenu, le papier lui-même m'ont un peu surpris. Peut-être y a-t-on changé ou retranché quelque chose. Je vous la retourne telle quelle afin que vous voyiez si c'est bien elle que vous avez remise au sous-diacre Crémentius ». Les prêtres romains comprirent la leçon, cassèrent aux gages leur rédacteur maladroit et n'en furent pas quittes à ce prix. Il leur fallut encore prendre connaissance d'une série de treize lettres que Cyprien leur adressa pour les convaincre qu'il n'avait pas failli à son devoir de pasteur. Ces treize lettres étaient sa correspondance pastorale depuis son exil volontaire (lettres N° à VI, lettres X à XIX). Du lieu de sa retraite, il n'avait cessé de gouverner son Église, communiquant constamment avec elle, instruit des moindres détails, exhortant le clergé et le peuple, encourageant les martyrs, veillant à l'assistance des pauvres, reprenant le zèle exagéré des uns, corrigeant la mollesse des autres, se faisant tenir au courant par ses correspondants du jour de la mort de chacun des confesseurs décédés en prison, afin que leur commémoration puisse être célébrée parmi les mémoires des martyrs.
Malgré l'émotion que lui avait causé la lettre de Rome, Cyprien prolongea sa retraite, sachant que son retour à Carthage ne pouvait que redoubler les violences des bourreaux et entraîner des maux plus grands pour l'Église. « Nous devons veiller à la paix », écrit-il à son clergé, « et nous résigner quelque temps, malgré mes regrets, à vous manquer. Par notre présence nous pourrions provoquer la haine et la violence des ennemis ; nous pourrions causer la rupture de la paix, nous qui, bien plutôt, devons assurer la tranquillité de tous ». Il ajournait son retour jusqu'au moment où à Carthage lui diraient que le moment était venu : « Quand vous m'aurez écrit que la paix est rétablie et que je puis rentrer, ou si auparavant le Seigneur daigne me l'ordonner, alors je reviendrai vers vous ». Les mois s'écoulant, la persécution semblant se relâcher, ses clercs le rappelaient à l'été de 250. Il leur répondit qu'il n'allait céder déjà à leurs conseils, car il craignait le réveil de la haine des païens. Au commencement de 251, il écrivait encore : « Cela augmente mon chagrin et me cause une douleur plus grande, c'est que, malgré cette inquiétude et cette menace, je ne puis me rendre en personne auprès de vous. En ces temps de persécution et d'embûches des perfides, nous voulons éviter que notre arrivée n'excite là-bas un plus grand tumulte. Qui doit en toute chose veiller sur la paix et la tranquillité, ne peut pas risquer de paraître avoir lui-même fourni matière au désordre et déchaîné de nouveau la persécution ». Ayant pris cette grave résolution de fuir, il la soutenait maintenant avec la fermeté de caractère qu'on lui connaît, au risque de provoquer de nouvelles rumeurs. Il rentrerait à son heure. Aussi bien les contradicteurs avaient perdu du terrain avec un adversaire de cette trempe. Les prêtres de Rome étaient... Cyprien avait consenti à leur donner les motifs de sa conduite. Lui, fuyant, leur avait-il dit, alors que le peuple sa mort... il n'avait fait que de mettre en pratique le précepte du Seigneur, sic mandata Domini instruunt.
Il avait cherché moins son salut que la paix de l'Église. Lorsque j'étais absent, ni dans mes pensées, ni dans mes actes, ni dans mes conseils, je n'ai pas manqué aux fidèles. Suivant les préceptes du Seigneur, j'ai veillé sur nos frères en tout ce que j'ai pu, dans la mesure de mes forces. Les prêtres romains répondirent par une lettre pleine de déférence ; cette fois, Novatianus tenait la plume, ils ne cachèrent plus leur admiration pour l'évêque de Carthage. Loin de lui rien reprocher, ils ne découvraient maintenant plus rien à reprendre dans sa conduite. On voit qu'ils étaient reconnaissants que ce grand homme eût daigné leur donner les motifs de sa conduite et avec une jolie souplesse. Ils se trouvaient ainsi aux mérites d'une détermination qu'ils avaient d'abord blâmée : « Consiliorum (uorum nus non tuam iudi ces voluisti quant partitives inveniri », lui disaient-ils, « ni, in lais rébus gtslis, laudem teum, dum iii »*- probamus, inoenirtmui et luurum consiliorum bonorum coht quia et adflrmalores, esse possumus« .
Dans cette lettre, ils hasardaient un aveu intéressant : la persécution avait obligé plusieurs évêques voisins à fuir et à se cacher à Rome. Des fugitifs volontaires se trouvaient, au jour où la persécution le calmait, dans une situation différente de celle des bannis. Cyprien fait observer à ceux qui, rompant leur ban, rentrent dans leur patrie avant qu'il n'y ait eu sentence d'exil, s'exposent à être punis non plus comme chrétiens, mais comme violateurs des lois : »Delinquilur... quando...allus ci pairiam nmir extarris faetut tnr, ni ■ n inm quasi ehrislianus, ted quasi différente« : aucune sentence judiciaire n'avait jamais eu l'apaisement qui lui permettait de bravader ainsi.
Son exil durait depuis qu'il avait écrit une lettre aux fidèles ; il annonça qu'il reviendrait après Pâques, »ut repra diem cum i' llegis mris« . En effet, on le revit.
La fuite de saint Cyprien venait bien montrer le peu d'importance qu'avait eu sur la conduite des fidèles le traité de Tertullien. On sait que Cyprien avait pour lui une grande admiration, il l'appelait volontiers le maître. Dans cette discussion provoquée autour de sa résolution, il n'a pas une seule fois fait allusion aux maximes outrées que Tertullien avait tenues dans son traité. Et lui-même, à plusieurs reprises, abordant cette question de la fuite d'un point de vue diamétralement opposé.
Dans le traité »De la fuite« , il s'explique ainsi : »Le premier degré de la victoire consiste à confesser le Seigneur quand on tombe entre les mains des gentils ; le second à se retirer prudemment pour Dieu« . La première confession est publique, la seconde secrète... D'un côté, il y a plus de courage, de l'autre plus de prudence, mais aussi plus de sécurité. L'un, quand sonne l'heure, est déjà mûr pour le ciel ; l'autre diffère son sacrifice, mais s'il quitte son patrimoine pour ne pas trahir Dieu, il l'aurait certainement confessé s'il était tombé entre les mains des bourreaux.
XI. Indrie »il de Val. i. il y eut î les exilés ' : il ne fait pas d'illusion aux fugitifs. Saint Cyprien cette foi plus à la fuite, il fut exilé à Curubis et y demeura jusqu'à l'époque de son martyre. Saint Denis fut, île sur le côté, exilé dans la Maréote. Il est remarquable que l'attitude de Valérien ait changé. On n'en sait pas avec certitude la raison, mais on peut supposer que, atteignant tous personnellement au salut de leur peuple dont ils partageaient les périls. Sous Valérien, au contraire, eux seuls étaient exilés, quel que fût leur sort, les fidèles étant épargnés, ils ne croyaient plus devoir se dérober devant un danger personnel. En ce qui concerne saint Maxime, évêque de Nole, il s'enfuit au loin pour conserver sa vie, mais pour épargner à sa faiblesse une épreuve dont il craignait de ne pas triompher.
XV. Sous Dioclétien. — Au début du règne de Dioclétien (285) nous rencontrons plusieurs récits de mince autorité qui parlent de la fuite de quelques martyrs. La suite de la série de témoignages qui viennent d'être énumérés, on peut considérer que la fuite étant considérée par les chrétiens comme un procédé légitime de se soustraire à la persécution, il est donc admissible que des faits analogues se soient produits et aient été conservés dans la mémoire des fidèles, puis inscrits peut-être dans les récits retouchés ou composés à une époque déjà éloignée des événements.
Les actes de saint Sébastien ont très peu de valeur, mais peut-être ont-ils gardé quelques vestiges historiques. On peut admettre que des fidèles se soient réfugiés dans la maison d'un certain Chromatius, et que celui-ci, pour éviter l'encombrement et les dénonciations, ait évacué tout ce monde dans une villa de Campagne. Un dimanche, l'évêque de Rome vint voir cette partie de son troupeau qui allait s'éloigner, la confia à un prêtre du nom de Polycarpe, et, au moment du départ, quelques-uns demeurèrent à Rome. Tout cela n'a rien de invraisemblable et qui ne présente aucune difficulté. On en pourrait dire autant pour quelques autres pièces qui, réduites à l'incident de la fuite, n'offrent rien que de vraisemblable ; ce qui ne veut pas dire que l'incident soit authentique. Dans les actes de Donatien, évêque de Nantes, fugitif, Kulii et V font voir réfugiés dans une caverne, du martyr Lucien, de Beauvais, le montrent fuyant hors de la ville, etc. Il ne se trouve en tout cela rien d'invraisemblable, mais les actes n'en sentent pas plus lisibles.
Mais nous trouvons de nouveau des faits certains. Trois évêques, il est vrai, prirent la fuite. L'année ibidale du premier édit de nos persécuteurs, on lit : « La plupart prirent la fuite, c'est du moins ce que dit le lecteur du premier édit de l'évêque d'Apt, pris à la nouvelle de la panique et des chrétiens mus, duumvir d'Apt, afin de provoquer la livraison des archives de leur Église, pour en retirer les livres qui doivent être détruits, donnent le mobilier, la chaire épiscopale, tout ce qui leur tombe sous la main. » À peine est-il douteux que si l'évêque s'était trouvé là, il n'eût pas été épargné, mais aux officiers qui vinrent le réclamer, on répondit qu'il était absent.
Il s'était enfui et caché. Optat de Milève nous apprend qu'il ne fut pas le seul, car la persécution épargna ceux qui s'étaient cachés : « latentes dimisit illæsus ».
En Galatie, sous l'administration du consulaire Théotecne, en 303-304, nous rencontrons la Passion de S. Théodote d'Ancyre, pièce excellente qui a été jetée aux oubliettes et qui conserve une valeur historique incontestable. Il y a un cahier qui rendait à l'Église des services, * La fuite, lisons-nous dans sa passion, présentait des périls ; dans certaines régions les vastes solitudes n'offraient aucune ressource pour vivre, ou bien la grossièreté des aliments qu'elles offraient aux fugitifs faisait préférer leurs maisons. Ici, Théodote, prisonnier, il put s'approvisionner de vin pur qu'il distribuait aux chrétiens au fur et à mesure qu'il en avait besoin, de sorte que la maison du chrétien devint le lieu de réunion des prêtres fugitifs venus pour le sacrifice. Après un séjour à quoi milles d'Ancyre, Théodote ouvrit une porte à l'Orient, d'où sortait un diacre de l'Église, à deux stades environ de Malos. Il y avait un gril pour les fugitifs qu'il tirait des grils de l'officium. Il se retira dans la solitude, dans les lisières.
Le quatrième édit ajouta à la violence de la persécution : en Orient, en Occident. Il se retira à deux Inhn Norique, ils se cachèrent dans les solitudes, fuyant en grand nombre sous Maximien Hercule, grand-père de Constance, commença la persécution ; des païens dérobèrent nos frères chrétiens aux recherches de leurs ennemis, sacrifièrent même leurs biens ou affrontèrent la prison, plutôt que de les trahir ; ils accueillaient ceux des nôtres qui se réfugiaient chez eux et s'exposaient pour les protéger '. » Dans la province du Pont, il se trouve des fugitifs qui gagnent la Perse, l'Arménie et les déserts de l'Arabie. A Rome, les actes de saint Anthime nous apprennent que tous les prêtres se cachaient. Ces actes sont fort sujets à caution et on peut dire la même chose de la Passion des saints Abundius et Abundantius, mais cette dernière contient un détail qui peut être retenu. Vingt-trois chrétiens se tenaient cachés au vicus Canarius dans la maison de la matrone Théodora, in domo Theodoræ, in vico qui dicitur Canarius (peut-être le vicus Caprarius), sous la conduite du prêtre Abundius et du diacre Abundantius. P. Allant conjecture, non sans vraisemblance, que c'étaient les habitants d'un bourg du Latium qui avaient fui à Rome dans l'espoir de s'y mieux cacher.
Parmi ceux qui s'enfuirent pour échapper à la torture et au supplice, il est impossible d'accepter toutes les indications contenues dans les actes, mais il est souvent plus impossible encore de les contester et de les rejeter sur de bonnes raisons. Dans la Pamphylie, Calliope s'enfuit de Perge à Pompeiopolis ; dans le Pont, une illustre famille prit la fuite, les grands-parents de saint Basile et de saint Grégoire de Nysse (du côté maternel). A l'approche du danger, ils quittèrent Néocésarée avec quelques serviteurs et s'enfoncèrent dans des régions boisées où ils vécurent sept années. En Égypte, saint Menas préféra la compagnie des bêtes féroces à celle des adorateurs des idoles. En Gaule, saint Genesius d'Arles refusa de transcrire les ordres du persécuteur et prit la fuite. Afin de se conformer à la parole évangélique qui ordonne d'éviter la persécution, il fit plus que se cacher, il changea de ville plusieurs fois. Saint Julien, cédant aux conseils de saint Ferréol, quitta le Dauphiné pour l'Auvergne, et saint Ferréol lui-même, ayant réussi à sortir de prison, se data de fuir la persécution et de gagner une région étrangère. Lorsque Julien apprit que des gens de police étaient envoyés à sa poursuite et que sa cachette était sur le point d'être découverte, il vint se livrer afin de ne pas compromettre ses hôtes.
XVI. Sous Galère. — Après l'abdication de Dioclétien (305), Galère continua la persécution : mais Maximin Daïa, à qui était échu l'Orient, crut devoir attendre quelque temps et il commença par publier une sorte d'amnistie religieuse. Grâce à cette trêve, les chrétiens songèrent à se réorganiser et, dans la première moitié de l'an 306, Pierre d'Alexandrie publia une série de canons disciplinaires concernant les différents cas soulevés par la conduite des fidèles pendant la persécution. Beaucoup s'étaient enfuis, cachés, avaient abandonné leurs biens, les espérances étaient très diverses. Pierre s'étant caché pendant la persécution était donc qualifié mieux qu'aucun pour légiférer sur cette question.
Le canon 7e condamne la conduite des maîtres chrétiens qui ont envoyé des esclaves à leur place devant le juge, en sorte que ces esclaves ont sacrifié et apostasié ; ceux-ci sont coupables et feront une année entière de pénitence, mais les maîtres qui ont lâchement abusé de leur pouvoir, qui ont obligé à l'idolâtrie ceux qui avaient pu fuir, sont condamnés à trois années de pénitence.
Les canons 8e et 9e parlent des fidèles qui, après une première apostasie, se sont relevés d'eux-mêmes, sont retournés au combat, ont souffert l'emprisonnement et les tortures ; ils seront reçus à la communion des prières, du corps et du sang, quoi que, s'empresse de remarquer l'évêque, ils ne se soient pas conformés à l'enseignement du Christ qui nous a enseigné de prier afin de n'entrer pas en tentation ; ils ne se sont pas conformés non plus à son exemple, car Jésus s'est souvent dérobé à ceux qui voulaient lui dresser des embûches. Quelquefois, il évita de les rencontrer et quand vint l'heure de sa passion, il n'alla pas au-devant, il attendit que ses ennemis vinssent le prendre. Il les livra à Pilate. Le Christ, parlant de ceux qui souffrent et meurent pour lui, a dit : « tradent vos et non pas vos ipsos tradetis ». Il veut que nous fuyions la persécution, que nous passions d'un lieu dans un autre quand on nous persécute en son nom ; il ne veut pas que nous nous présentions aux satellites du diable. Saint Pierre nous en donne la raison. C'est, premièrement, pour que nous ne soyons pas pour eux la cause de crimes de toute espèce ; secondement, pour que nous ne les forcions pas à être plus cruels, troisièmement pour que nous ne les mettions pas dans le cas d'accomplir des œuvres de mort. Il faut attendre, se tenir sur ses gardes, veiller et prier pour ne pas entrer en tentation. C'est ainsi qu'à l'exemple du Maître, Étienne, Jacques, attendirent d'être arrêtés, et aussi Pierre, qui fut crucifié à Rome, et Paul, qui fut décapité dans la même ville. Ce que tous désiraient, c'était d'enseigner la parole de Dieu. Ils cherchaient non ce qui leur était utile, mais ce qui était utile aux autres et ils savaient qu'il faut qu'on entre par beaucoup d'affections dans le royaume de Dieu.
Le canon 13e approuve formellement la fuite : « Aucun reproche ne doit atteindre ceux qui se sont dérobés à la persécution pour sauver leur vie, lors même que d'autres auraient été détenus à leur place. » À Éphèse, Caïas et Aristarque furent saisis à la place de Paul. À Jérusalem, lors que Pierre s'évada de la prison, il fut cause que les soldats de garde furent condamnés à mort et cependant Pierre ne peut être tenu responsable de ce châtiment, car, après la découverte de la fuite de son prisonnier, les soldats auraient pu se sauver eux-mêmes.
En cette même année 306 éclate la persécution de Galère et de Maximin Daïa, persécution qu'Eusèbe nomme une « seconde déclaration de guerre ». Ici encore les exemples de fuite sont nombreux. Natâlie, veuve du martyr Hadrien, est demandée en mariage par un officier supérieur de l'armée. Comme elle est chrétienne, son refus ne peut manquer de lui valoir la prison et peut-être la mort. Elle organise la fuite d'un groupe de chrétiens également menacés, s'embarque et arrive à Argyropolis, près de Byzance, où elle meurt de fatigue.
En 307, à Sirmium, le jardinier Serenus, déjà avancé en âge, se cacha, mais après un laps de quelques mois rentra chez lui se croyant en sûreté et trouva le martyre. — En Lycaonie, une mère, Julitta, s'enfuit avec son enfant nouveau-né et deux servantes dans l'Isaurie : de là à Tarse, en Cilicie, où elle trouva le martyre. En Lycie, Aphien s'enfuit de la maison paternelle. — À Antioche, Domnina, avec ses deux filles, Bernice et Prosdoxès, laissent leur ville, leur maison et leurs proches et fuient au loin. Ils se réfugièrent à Édesse, dans l'Osrhoène ; le mari de Domnina conduisit lui-même les soldats à leur poursuite et les emmena vers la Syrie. Saint Jean Chrysostome leur a consacré une homélie. Personne, dit-il, ne les accusera de lâcheté, car elles accomplirent le précepte du Christ qui dit : lorsqu'on vous poursuit..., et elles se tressaient une couronne, la couronne du mépris des choses présentes. Elles avaient le Christ pour compagnon, le Christ pour lequel elles s'exilaient, et au secours duquel elles avaient un droit spécial. Lorsqu'il fallut fuir, elles fuirent ; lorsqu'il fallut battre, elles s'arrêtèrent, et, enchaînées par l'amour du Christ, elles suivirent leurs geôliers. S'il ne faut pas chercher la tentation, il faut lutter lorsqu'elle se présente et faire preuve d'abord de douceur, puis de force. La voie qu'elles suivaient allait d'Édesse à Carrhes, puis vers l'Euphrate qu'elle traversait et gagnait Hieropolis. Au-delà de cette ville, on rencontra... la troupe fit halte et Domnina, demeurée seule avec ses filles au bord de l'eau, leur dit : « De tous les maux, le plus atroce c'est le diable, dont nous ne pouvons même entendre parler sans rougir. Toute mort est préférable avec le secours du Christ. » Elles se noyèrent à l'instant.
Vers 308, se place le martyre d'Eulampius et d'Eulampia dans les actes desquels il est parlé d'une fuite des fidèles dans les lieux déserts.
En 309, le diacre Habib, de l'Église d'Édesse, parcourait les communautés des environs, mais pas si secrètement que les magistrats n'en fussent avertis et l'ordre vint de l'arrêter. Habib était alors en tournée apostolique aux environs de Zeugma. Le gouverneur envoya dans la bourgade de Telzcha ; on lit des perquisitions qu'on étendit assez loin, mais on ne le trouva pas ; on arrêta toute sa famille et les habitants du village furent enchaînés ; sa mère, ses parents, les notables furent amenés à Édesse et incarcérés. Quand, dans son refuge, Habib apprit tout ceci, il réfléchit : Mieux vaut pour moi, se dit-il, me présenter au magistrat du lieu. Je rougirais de rester caché et d'envoyer au ciel mon prochain pour y être couronné à cause de moi. Quel bien fera la religion chrétienne à celui qui fuit de peur de la confesser ? Il partit et se livra.
En 310, Quirin, évêque de Sciscia, fut arrêté, sur l'ordre de Maximin, après des recherches ; car, nous disent ses actes authentiques, l'évêque, sachant qu'on l'arrêtait, avait quitté son siège ; on l'arrêta donc pendant sa fuite et on le ramena à Sciscia. Maxime lui dit : « Vous fuyiez ? » - « Je ne fuyais pas ; j'accomplissais simplement l'ordre du Seigneur, car nous lisons dans nos livres : Si l'on vous poursuit dans une ville, passez dans une autre. » - « De qui est ce précepte ? » - « Du Christ. »
XV. Il. Après les persécutions. En 314, le concile d'Ancyre, dans son canon 3, décide que ceux qui se sont enfuis devant la persécution, mais qui ont été trahis, peut-être par ceux de leur famille qui ont souffert avec persévérance la confiscation de leurs biens, des tortures et la prison, déclarant qu'ils étaient chrétiens, mais qui ensuite... ne doivent pas être pris en compte pour la communion de l'Église.
XVI. Saint Athanase. L'arianisme va devenir souvent aussi impitoyable : il l'avait déjà montré ; il le montrera ensuite avec le nestorianisme, le monophysisme, surtout l'iconoclasme, ressuscitant les persécutions atroces et provoquant des fuites en grand nombre. Mais à ces illustres fugitifs, il faut encore ajouter saint Athanase.
Au plus fort de la lutte arienne à Alexandrie, on donna à Athanase le conseil de s'éloigner ; il refusa et resta encore tout l'hiver, pendant que parut le coup de force qui, le 8 février 356, mit l'île de Théonas entre les mains des soldats du duc Syricianus. Les portes furent enfoncées, les fidèles bousculés, Athanase demeurant dans sa chaire. Des laïcs et des moines l'entouraient ; ils parvinrent à l'entraîner ; il fut, c'était ce qu'on voulait. Où était-il ? Palladius, vers 388, raconte le fait suivant : « À Alexandrie, j'ai connu une vierge d'environ soixante ans que j'ai rencontrée. Or, tout le clergé savait qu'étant jeune, environ à vingt ans, elle était extrêmement belle, elle était à éviter à cause de sa beauté, afin qu'elle ne donnât pas sujet de blâme par suite du soupçon. Quoiqu'il en soit, il arriva que les Ariens conspirèrent contre le bienheureux Athanase, évêque d'Alexandrie, au nom d'Eusèbe, le puissant, sous l'empereur Constance, et lorsqu'ils l'accusaient injustement par leurs calomnies, invitant à être juge par un tribunal corrompu, il ne se confia à personne, ni parent, ni ami, ni élève, ni un autre. Mais les envoyés du préfet, étant entrés soudain dans l'évêché et le cherchant, il prit sa tunique et, au beau milieu de la nuit, il s'enfuit chez une femme de confiance. Cette chose, elle fut tout à fait effrayée. Alors, il lui dit : « Comme je suis cherché par les Ariens et dénoncé injustement, avec une réputation déraisonnable et jeter dans un péché ceux qui veulent me punir, je me suis mis dans l'idée de... Dieu m'a révélé cette nuit ceci : Tu n'as à être sauvé chez personne, sinon chez celle-là. » Donc, dans une joie considérable, ayant discuté, se fit toute entière au Seigneur, saint pendant six ans, la vie durant de... elle lavait ses pieds, faisait le service, pourvoyait à tous ses besoins, empruntait des livres et les lui procurait. Et personne, parmi les hommes d'Alexandrie entière, ne sut, dans les six ans, où passait son temps le bienheureux Athanase. Dès que la mort de Constance fut annoncée et qu'elle parvint à ses oreilles, s'étant habillé de nuit, il fut trouvé dans l'église et tous furent hors d'eux-mêmes et le contemplèrent comme vivant entre... il se justifiait des amis sincères : « C'est pour ceci que je ne me suis réfugié vers vous, afin qu'il vous fût facile de serment et d'autre part ausvi. » Elles y me suis réfugié vers celle sur laquelle personne ne pouvait avoir de soupçon, parce que je lui ai été utile et... historique, même, quelqu'un, assurément, pour peu de chose, la fuite d'Athanase... ilde f... u... autrement circonstanciée, les Ariens auraient pris soin de... onifui... dii... 11, parce qu'ils ignoraient le terme que, agissant autrement, ils auraient été homicides d'eux-mêmes, auraient désobéi à Dieu et auraient paru avoir honte de supporter les tourments de l'exil, qui sont plus terribles que ceux de la mort. Ceux donc qui mourront dans la fuite ne mourront point sans gloire ; ils auront la palme du martyre. » Pendant six longues années, la police chercha vainement Athanase. « Tout ce que l'Égypte comptait d'honnêtes gens était pour lui. C'était le défenseur de la foi, le pape légitime, le père commun ; c'était aussi, grande recommandation, l'ennemi, la victime du gouvernement. Le désert lui était hospitalier : il pouvait frapper sans crainte à la porte des monastères et des cellules. Sauf quelques dissidents qui ne se montraient que derrière les uniformes, la population était entièrement à ses ordres. » Ja mais il ne fut trahi, ja mais sa trace ne fut éventée par la police. En véritable Égyptien qu'il était, il ne dédaignait pas, à l'occasion, de leur jouer des tours. Un soir, qu'il remontait le Nil en barque, il entendit derrière lui un bruit de rames : c'était une galère officielle. On héla son bateau : « Avez-vous vu Athanase ? » - « Je crois bien », dit-il, en contrefaisant sa voix. - « Est-il loin ? » - « Non, il est tout près, devant vous, ramez ferme. » - La galère s'élança vers le sud, et le proscrit, virant de bord, rentra tranquillement chez lui.
XIX. Saint Augustin. — Dans sa lettre à Honorat, saint Augustin exprime sa pensée. Les pasteurs des âmes ne doivent pas fuir, s'ils n'ont pas de raisons particulières, si le danger est le même pour eux et pour les fidèles et que ces derniers ont besoin de leur ministère ; ou si leur fuite doit être un sujet de scandale. Même dans le cas où tous sont exposés à mourir s'ils ne fuient pas et dans le cas où la persécution les atteint tout seuls, quelques-uns parmi eux doivent demeurer en se cachant parmi les fidèles ; s'ils ne peuvent pas s'entendre, qu'ils tirent au sort les noms de ceux qui auront à garder le troupeau. Par contre, s'ils sont recherchés personnellement, pourvu qu'ils se fassent suppléer auprès des fidèles, ou s'ils n'en ont pas à gouverner, il ne faut pas qu'ils restent. La fuite est, pour eux, un précepte ou, au moins, une permission : fugere de civitate in civitatem a facie persecutionis... preceptum sive permissio est... prædicatoribus Evangelii.
XX. Sous les Vandales. - Victor de Vita a rapporté l'histoire de la persécution des Vandales en Afrique : Ces barbares impitoyables, ayant trouvé la province en repos et florissante, s'essayèrent à silloner le pays de leurs bandes pour détruire fertilité ; ils mettaient à sac, remplissaient le pays de carnage, massacres, brûleries, et leur furie s'étendit si avant que même les arbres fruitiers et les plantes étaient coupés et arrachés — nous avons revu ces choses — à la fin, les malheureux Africains, pour éviter cette fureur, s'étaient cachés dans la profondeur des grottes et dans les cavernes des montagnes, crevasses de la terre, lieux souterrains. Sous le roi Hunerich, la persécution redoubla. Deux ans avant qu'elle n'éclatât, un chrétien vit en songe l'église de Faustus décorée de riches tentures et brillamment éclairée. Tout à coup, comme il se réjouissait de cette magnificence, les lumières s'éteignirent, l'obscurité et une odeur fétide envahirent le sanctuaire et une horde d'Éthiopiens chassa la blanche troupe des fidèles. Un prêtre vit, dans la vieille basilique, une foule immense qui disparut et fit place à une multitude de pourceaux et de chèvres. Un évêque rêva qu'il était transporté sur une montagne d'où il apercevait un grand troupeau de brebis ; au milieu d'elles étaient deux chaudières bouillantes dans lesquelles on les précipitait après les avoir égorgées et tout le troupeau fut détruit. Un autre chrétien dit : « J'ai vu sur la montagne de Ziqua un personnage de taille gigantesque qui criait, à sa droite et à sa gauche : Fuyez ! Fuyez ! N'était-ce point un envoyé du Christ, le Christ lui-même répétant les paroles qu'il avait dites à ses disciples : Lorsqu'on vous persécutera dans une ville, retirez-vous dans une autre ? »
H. Leclercq. FULDA (Manuscrits liturgiques de). Le monastère de Fulda, fondé par saint Boniface, en 744, se développa assez rapidement pour que, au début du IXe, à l'époque où s'arrêtent nos éludes archéologiques, on puisse entrevoir l'existence dans cette abbaye d'une école de calligraphes dont l'histoire mal connue ne peut s'éclaircir que vers les Xe et XIe, à l'aide des monuments paléographiques qui furent le produit de leur activité. On a pu identifier comme originaires de Fulda, un groupe de six sacramentaires, tous honorables pour l'école qui les a produits. Aucun d'eux n'est demeuré à Fulda. Trois ont émigré en Italie : ce sont le ms. lat. 3548 de la bibliothèque Vaticane ; le ms. 151 de la bibliothèque de Verceil et le ms. 7 de la bibliothèque d'Udine. Trois autres sont conservés en Allemagne, ce sont le cod. theol. 231 de la bibliothèque de l'université de Goettingue ; le cod. A. n, 52, de la bibliothèque de Ramberg ; enfin le cod. lat. 10077 de la bibliothèque de Munich. De ces six sacramentaires, le cod. theol. 231 de Goettingue est le plus important, par son texte comme par ses miniatures, pour la plupart en pleine page, et par ses initiales. Le sacramentarium Fuldense est un utile témoin du Xe, dans lequel il n'est entré aucune des pièces du lectionnaire ou de l'antiphonaire. C'est un type bien pur du sacramentaire dit Grégorien, contenant environ cent cinquante messes de saints et près de deux cents messes votives pour les circonstances les plus diverses. Le nombre des vigiles et des octaves est assez grand. Tous les dimanches, tous les fériés et fêtes majeures, beaucoup de messes votives ont des préfaces propres et ordinairement plusieurs oraisons de rechange. À chaque dimanche, on rencontre l'ancienne Oratio super populum. D'autres particularités méritent d'être remarquées au passage. Le canon de la messe, placé en tête du sacramentaire, contient différentes additions, surtout dans le Communicantes, après le Suppliques et dans les oraisons qui précèdent la communion. Au samedi saint, à côté de quatre leçons et oraisons secundum Gregorium, nous trouvons aussi Aliae orationes gelasianae. La même juxtaposition se rencontre pour le rite du baptême. On fit (p. 330-343) l'Ordo scrutinii tel qu'Amalaire, Jessé d'Amiens, d'autres encore le décrivent pour le IXe ; puis (p. 343-353), le simple Ordo baptisterii qui se substituait à l'époque carolingienne au système des sept scrutins. Au premier scrutin de la quadragésime (p. 330-332), prend place l'allocution ix catéchumène donnés impies six dimanches avant Noël.
iunctio 112, 113, tenda nwr : on lit ce al lement audacieux : itio pro ebdomadario rejetori lei : ix kl. jan. In vigilia nat. Domini. viii kl. jan. In vigilia nat. Dni. Primo galli nlu. Mane prit : In die ad missam. 10. viii kl. jan. Nat. s. Stephani. 11. vi kl. jan. Nat. s. 'angelista. 13. v kl. jan. Nat. ss. innocentum. 11. ii kl. jan. Nat. s. Silvestri, pape. 14. kl. jan. Oct. Oui. 15. non. jan. Nat. S. Geneviève, virginis 15. non. jan. Vigilia epiphanie 16. viii M, jan. Epiphania dni nri Jesu Christi. 17. Id. jan. oct. epiphanie et nat. s. Hilarii, conf. xxi W. ieb. Nat. s. Pelagii, presbiteri. xvn kl. ieb. Nat. s. Marcelli, pape et mari. xv kl. ieb. Nat. s. Prisca, mart. xiv kl. Nat. ss. Marii et Marthe. xiii kl. ieb. Nat. s. Fabiani, mari. Eodem die s. Sebastiani, mari. 21. xii kl. ieb. Nat. s. Agnetis, virg. i '.-/. ieb. Sut. s. Vincentii, m x kl. ieb. ss. Emerentiana, Macharii al que Eugenia. viii A :/, ieb. Conversio Pauli, apostoli Eodem die, Nat. s. Praiecti, martyris. v kl. ieb. Nat. s. Agna secundo. 24. iv non. ieb. 1 Va/, s. Agalnee, virg. d. l'b. Sut. s. Scholastica, virg. <lie Nat. ss. Zotici, Herenei, Jacinthi. 27. Eodem die s. Soteris, mari. xvi kl. mari. Nat. ss. Valentinii, Vitalis, Felicula et Zenonis. xiv kt. mart. Nat. s Julianœ, virg. viii kl. mart. Cathedra s. Petri. vi kt. mart. Nat. s. Mathie, apostoli. mart. Nat. ss. Perpétua et Felicitatis. v id. mari. Vigilia s. Gregorii, papa. 1,1. mart. Nat. s. Gregorii, papa. xiii kl. apr. Vigilia s. Bénédicli, abbatis. i die Nat s. Cuthberti, episcopi. mi kl. apr. Nat. ii. abb. et conj. viii kl. apr. Annuntiatio virginis, virg. phaniam. 1 Theophantam. Dominica iv, post theophaniam. Dominica i iam. Dominica m 7..V.V. m quinqu vu. 19. 19. 20. 22. 24. *2S. 29. 29. 29. 31. 19. Dominica in quadragesima (el les Fériés n à vi, 53. I> n. in quad n a VI. 63. Dvnv li's fériés n à vi, sabba 68. Dominicay in XL let les fériés H à VI, sabbaio). ulmarum. 73 Dominica inpalmis(el feries n, m, iv). 76. Reconcilialio panilentis, in i. 78. Officium. 80. In cena Dni ad missam. 81. Feria vi, in 83. Benedktio eerei, in sabbalo sancto. 85. Orationes quœ dicuntur per singulas tn sabbalo sancto, seenndum Gregorium. Sabbalo. In die sancto (et tous les jours de la semaine). 94. Dominica pns ! albas. 95. Alise orationes de resurrectione. 97. In pascha annotinum. 98. Orationes el pre ces in parochiis. 99. m id. apr. Nat. s. Leonis, pape. 99. Id., apr. Nal. s. Eujemia. 100. xvin A7. mai. ATaf. ss. Tiburlii Valeriani et Maximi. 100. ix W. mai Nat. s. Georgii mart. 101. viii kl. mai. In latania maiore et in n 1er. rogat. 102. viii kl. mai. A'ut. s. Marci, evangelista 102. iv kl. mai. Nal. s. Vitalis, mart. 103. kl. mai. Nal. apostolorum Philipp et Jacobi. 103. \^non. mai. Nata les. Juvenalis. 104. Eodem die, inveni : rucis. 105. Eodem die. Nal. ss. Alexandri, Evenlii et 7 doli. 105. ii non. mai. hannis, ap' 106. vi id. mai. Nat. ss. Gordiani et Epimachi. iv id.mai. Nat. ss. Nerei, Achilleiet Panchl 107. m id. mai. Dedicatio ecclesia b. Mariaad martyres. 1H7. In letania minore Feria m. :abii. 108. Feria ï-v. 109. Eodem die, Vigilia ai Uni. 110. In die ascensionis Domini. 110. viii W. /un. Nat. s. t'rbani. 111. /n sabbatho pentecost. 112. /n vigilia penti 113. Die sanrln, i vi). 110. Sabbalo in xn lectionibus. 117. Octava pei : 118..A d'a missn eodem die. 11R. fc/. /ui 119. iv i f..vs. Marcellinl et Petrl. 119. n ;ion. /'un. Vigilia s. 120 non. /u/i • 122 \\n W. r um. p. 131. 131. 131. 132. 133. 133. 133. 134. 134. 135. 135. 136. 136. 137. 13S. 138. 139. 139. 140. 141. 141. 142, 142. 143. 143. 141. 145. 145. 1 16. 140. 147. 147. 148. 1 is. 14S. 149. 15U. 150 151. 151. 152. 152. 153. 153. 151. 155. 155. 156. 156. 157. 157. 158. vi id. fui. Nal. ss. VII Iralrum. v id. fui. Nal. s. Benedicti, abbatis. viii kal. aug. Nal. s. Jacobi, apostoli. iv kal. aug. Nat. ss. Felicis Simplici, Faustini el Beatricis. m kl. aug. Nat. ss. Abdon et Sennen. kl. aug. Ad. s. Petrum ad vincula. Eodem dia Nal. ss. Machabeorum. iv non aug. Nat. s. Slephani, papse. viii id. aug. Nat. s. Xysti, episcopi. Eodem die Nat. ss. Felicissimi et Agapiti. viii id. aug. Nat. s. Donali, episcopi. vi id. aug. Nal. s. Cyriaci. v id. aug. Vigilia s. Laurentii. iv id. Aug. Nat. s. Laurentii. m id. aug. Nal. s. Tiburlii, Id. aug. Nat. s. Yppolili, mari. xix kl. sept. Nat. s. Eusebii, presb. Eodem die. Vigilia assumptionis s. Marise. xvm kl. sept. Assumplio s. Mariœ. xvi kl. sept. Oct. s. Laurentii. xv kl. sept. Nal. s. Agapiti. xiv A-/, sept. Nat. s. Magni, mari. xi kl. sept. Nat. s. Timothei, mari. ix kl. sept. Nat. s. Bartholomei, apostoli. vi kl. sept. Nat. s. Ru fi. matyris. v kl. sept. Nat. s. Hermelis el s. Augustini. iv kl. sept. Nal. s. Sabinse, oirg. Eodem die. Decollatio s. Johannis baptistse. m kl. sept. Nal. ss. Felicis et Adaucti. kl. sept. Nal. S. Prisci. mari. vi id. sept. Nalivitas s. Mariée. Alia missa. v id. sept. Nal. s. Gorgonii. m id. sept. Nal. ss. Proti el Jarinthi. xvm kl. oct. Ad salulandam crucem. Eodem die. Nat. ss. Cornelii et Cypriani. Missa propria sancli Cypriani. xvn kl. oct. Nat. s. Nicomedis. xvi kl. oct. Nal. s. Eufemise et s. Lucie et Geminiani. xii kl. oct. Vigilia s. Mathei, evangelislse. xi kl. oct. Nat. s. Mathei, evangelislse. x kl. oct. Nat. ss. Mauricii et sociorum. v kl. oct. Nat. ss. Cosma> el Damiani. m kl. ocl. Dedicalio basilicœs. Michœli archangeli. il kl. oct. Nat. s. Hieronimi presbyleri. Non. oct. Nat. s. Marci, papse. Eodem die. nat. s. Marcelli et Apulci. kl. ocl. Nat. ss. Remigii, Germani et Vedasti, conf. viii kl. oct. Vigilia ss. martyrum Dyonisii, Ruslici et Eleutherii. il id. oct Nat. s. Càlisli, papse. xv kl. nov. Nat. s. Lucse, evangelislœ. vii id oct. Nat. ss. martyrum Dyonisii. Ruslici et Eleuthrii. vi A-/, nov. Vigilia apostolorum Simonis el p. 100. Eodem die, nat. s. Felicitatis. 166. viii A-A dec. Nat. s. Chrisogoni, mari. 166. mil dec. Nal.ss.Saturnini,Chrissanti,Muuri et Daritï. 167. Eodem die. Vigilia s. Andrese apostoli 168. il kl. dec. Nal. s. Andrese, apostoli. 169. n non dec. Nal. s. lienedicti. 169. viii id. dec. Oct. s. Andréa ; apostoli. 169. Id. dec. Nat. s. Lucise, virg. 170. m id. dec. Nat. s. Damasi, papse. 170. xii kl. fan. Nat. s. Thomse. 171. Dominical, posloct. paschse. 171. Dominica n. post. oct. paschœ. 172. Dominica rn, post. oct. paschse. 173. Dominica iv, post. oct. paschse. 173. Dominica. post ascensionem Dni. 174. Annunliatio jejunii mensis quarti. 174. Mensis i\ feria iv. 175. Feria vi. 175. Sabbato in xii lectionibus. 170 à 192. Vingt-cinq dimanches après la Pentecôte coupes entre le xvie et xvn' par les fériés des quatre-temps, de septembre. p. isr.-is7. 193. Dominica vi, unie natale Domini. 194. Dominica v. anle natale Domini. 194. Dominica iv. anle natale Domini. 194. 195. Fériés iv, vi et samedi. 195. Dominica ni anle natale Dni. 197. Fériés iv, vi et samedi. 197. Dominica n, anle natale Domini. 198. Tous les jours de la semaine. 200. Dominica i, anle natale Dni. 201. Alise oraliones de adventu Dni.
Messes votives : 202. Missa de sancta Trinitale. 202. Alia missa de sancta Trinitate. 203. Missa ad grat um 20 !. Alia missa de eodem. 204. Missa de carilale. 20 1. Alia missa. 21 15. Missa pro concordia fratrum. 205. Alia missa. 206. Missa de sapientia. 206. Missa ad poscendam humilitutem. 207. Missa pro adipiscenda sapientia. 207. Missa pro temptationc cernis et gratin Spirilus Sancli. 208. Missa pro pelilionc lacrimarum. 208. Alia missa. 209. Missa in honore sancte crucis. 209. Missa in veneralione sancte Mariœ. 210. Alia missa. 211. Missa ad pnscenda angelica sufjragia. 211. Missa in veneralione s. Johannis baplista'. p. 218. Missa colidiana, pro rege. 218. A lia missa colidiana pro rege. 219. Missa pro rege, eoniuge et proie. 220. Missa pro rege, tempore sijnodi. 221. Missa pro rege, et exereitu ejus. 221. Missa pro renibus. 222. Oraliones in tempore belli. 222. Admissam. I. Alia missa. Missa ad comprimendas gentiiim feritates, 224. Oratio saper militantes. 224. Missa pro pace. 22« '. Missa in conlentione. 225. Missa pro inreligiosis. 226. Missa contra oblojuentcs. 227. Missa pro inimicis. 227. Alia missa. 228. Missa contra jtuli ces maie agen les. 228 Oraliones pro famé, de pestilentia repetlenda ac sterelitate terra.. Missa pro conseroandis frugibus. 229. Obseri'aliones ad ptuuiam postulandam. Missa. Alia missa. 230. Missa ad posccndam serenit^tem. 231. Missa ad repellendam poleslalem. Exorcismas salis et aquœ, contra fnlgnra. T.vi. Missa tempore mortalilalis. 233. Benedictio salis ad pecora. 2 :i.'i. Missa pro peste animalium. 23 I. Missa pro qualicum que tribulatione (pour tous les jours de la semaine). 237. Missa pro peecalis (pour tous les jours de la semaine sauf le samedi). 239. Missa sancli Ambrosii. 239. Oraliones pro quacum que tribulatione et pro peecalis. 211. Missa in ordinutione episcopi. 2 12. Missa pro episcopo, in die ordinationis ejus. 213. Missa sacerdotis, in natale episcopi. 2 13. Missa pro antistite et céleris episcopis. 21 1. Missa in dcdicatione ectlesite. 244. Missa in anniversario dedicationis. 245. Missa abbatis et congregalionis sibi commisses. 215. Missa eommunis abbatis et congreqationis, simutquc omnium, oivorum et defunctorum. 2 16. Missa in nriliiiatione presbqleri. 217. Missa in anniversario ordinutione presbyleri. 2 18. Missa sacerdolis propria (suivie de dix autres). 257. Missa in ordinutione mullorum presbitcrorum. 258. Missa ootiva pro amico. — Alia missa. I. Missa pro salute umus vioi.
260. Missa pro amico ootioa.
261..Vissa pro amico in tribulatione posito.
261. Missa pru amico in angustils, sive oppressionne adversantium \> visib'liiim et pro se 202. Missa voliva p.o amico in sanclorum (feriis).
Missa pru famillaribus. 26 i. Missa famtliarium et eommunis ftdeltum, Missa prn tribulantlbus, vel pressurant sustinenltbus. Missa monachorum. 2ù7. Missa prn monachit nostrls.
Missa prn perlculo murmuralionis canendu. • subja lis canenda. ■ Oratio m pr'i/ci llont untus fralris. 27n. Oratio m profeetlone plurimorum fratrum. 270. Oratio colidiana m profeclione fratrum. Missa pro iter agenlibus. — Alla missa. 272. Oratio pro redeuntibus de itincre. ou i. d'ahcii. i m : Orationes in adventu fratrum supervenientium. 273. Missa pro naviganlibus.
Missa pro confilentibus peccala sua et penitentibus. 27 1. Oratio super lus qv i agape velelemosinas faciunl. 27 I. Missa pro elemosinario. — Alia. 270. Missa pro infirma. — Alia. 277. Alla missa pro in/ïrmis.
Oratio pro reddito sandale. 27S. Missa pru illo gui febre cantineti.r.
Oratio in introitn visilationis infirn oruir.. 281. Oratio ad dandam penitentiam more solito fcria VI infra quadragesin.am. 2S|. Ordo ad visilundum et ungendum infirmum. 200. In agenda mortuorum.
307. Missa pro dejunclo episcopo, in die depositiunis.
307. Mlsra in die dépositions m, vu vel A'xr.
308. Missa in anniversario unius de/uncti.
309. Missa in anniversaria plurimorum defiwrlorum. 309. Missa in cemeterio. — Alia.
311. Missa pro defuncto episa 312. Missa pro defuncto sacerdoli.
312. Missa pro plurimis saceraotibus.
313. Missa pro defuncto sacerdote vel abbale. 313. Missa pro munaiho, de sacutu conuerso. '.', 1 I. Mi :.su jiro defuncto, imper baptizato.
31 I. De eo qui penitentiam desiderat et minime perficil. 315. Missa unius dcfuncti. — Alia. — Alia. - — Alia..'il 7. Missa eommunis defunctorum. — Alia. 318. Missa pro defunctis. — Trois autres.
320. Missa lam oiuorum guam dcjunclorum.
321. Missa generalis velomnimi 322. Missa commuais vivorum et defunctorum.
323. Missa pm salute i ivorum vel in agenda mortuorum. 393. Aetio nuptialis.
327. M issu pru sU-i ilitale mulierum.
328. Missa in natale gemmum.
329. Denuntialio scrulinii in dominica m quadra gesimse.
330. Feria il. Ordo scrulinii. i. Sabb'jlu. Ordo scrulinii.
335. Feria IV pus ! médium xi. :l. Ordo scrulinii.
Sabbiitu sanclo. Ordo scrutiiiii. 343. Ordu baptislerii. 343. Ordo baptizandi infirmum.. ».I i. Ail catechizaudum paganum.
Bénédictions :
355. Benedictio crucis ; 357 : erucis ex métallo pruparatee ; 358 : cerei in puriflcatione scie Munie ; 358 : frondium suc florum m palmis. Oratio ml capillos infant) Oratio ad i lei fi u/n / ■ ndum,. Oratio cum alii nantur monaeht. m mutant, riduam, quandu jucrr tilalem ; Missa m natale ancillarum ciuliim m '.
In cat Vint ; put utei. p. 369. Fortis ubi aliqua neglegcntia conligil, super vasa in anliquis lotis reporta ; pro quibus libel vuris. 350. Ad omnia quœ volucris.
370. Salis et aqua : dominicis ne quolidianis diebus.
371. Orationes inmonaslerio.
378. Impositio manus super energuminum catecuminum parvulum. 378. Super energuminum calecuminum majoris xlatis.
Appendice :
378. Super energuminum baplizatum. 381. Missa in eleclione episeopi uel abbalis.
381. Missa pro ordinato episcopo.
382. Missa pro abbate. 382. Missa pro pasloribus.
382. Missa pro prineipibus.
383. Missa pro omnibus persecutionem pro justifia palicntibus.
384. Missa pro consacerdotibus.
3S1. Missa pro omni gradu ecclesiastico.
385. Missa pro remissione peccalorum et requie defunctorum.
388. Jn natale virginum.
389. In natale martyrum. 389. Prœlalio.
La plupart des manuscrits de la bibliothè que actuelle de Fulda proviennent de Weingarten. Parmi les anciens manuscrits Fuldenses, cinq seulement sont contemporains des origines du monastère, ce sent : 1° le Nccrologe (ix-xi« siècle) : 2 » la Régula sancli Benedicti (IXe) et 3°-5° les trois codiees Boni/atiani.
Le manuscrit fut écrit en lettres majuscu les vers l'année 540 pour l'évê que Victor de Capoue. L'harmonie des quatre évangi les que contient ce manuscrit a été souvent reproduite. L'ordre des sections est, pour la majeure partie, celle du Dialessaron de Tatien.
H. Lrcr.Li i ;ro.
FULMINATA (LÉGION xil ). — A Rome, au centre de la place Colonna, s'élève la célèbre colonne de Marc-Aurèle, construite, sur le modèle de la colonne Trajane, peu après le décès de l'empereur, en l'an 180. La place formait alors une vaste cour entourée de portiques. Creuseà l'intérieur,un escalier permettait de monter jusqu'au sommet, ofi se dressait la statue de l'empereur avec, probablement, celle de Faustine. Avec les sièc les, le sol se releva et la base se trouva audessous du niveau actuel des rues environnantes. Le pape Si\te IV lui fit donner la base actuelle sur le sol de la place et de même que saint Pierre se dressait au sommet de la colonne Trajane, la slatue-de saint Paul couronna la colonne de Marc-Aurèle. Une petite chapelle, dite de Saint-André de Columpna, relevant de la basili que voisine de Saint-Silvestre, avait la garde du monument au moyen âge, et on conserve, dans le porti que de Saint-Silvestre in Capile, une inscription de l'année 1119 qui détermine les droits de ce monastère sur la columpna Antonini et l'ecclesia S. Andrée que circa tant sita est '. La petite chapelle tenait l'emploi qu'avait rempli jadis te gardien Adri auprès du monument dont il était qualifié procurator columnee cenienaria dioi Muret *. En bon cicérone. Adraste expliquait sans doute aux visiteurs le sujet des riches relief-, en spirale représentant un choix d'épiso des inspires par les victoires remportées par.Mai c-Aui elc sur les Qua des et les Marcomans '. Un des bas-reliefs et qui uve en assez bonne place, à la troisième spire la rue représente une figure aux larges ai les ruisselantes et commémore certaine pluie miraculeuse et bienfaisante qui. au milieu d'un épouvantable orage, sauva tout a la fois l'armi Dacie, de la soif et de la défaite ' I |. L' épisode fameux a iei un caractère tout pari iculier : fore, i artiale, elle tient le milieu entre la conception chrétienne et l'attitude neutre et prétendument philosophi que que le' ■ plu ! Marc Aurèle gardait vis-à-\ is des religions de l'empire.
On peut croire que les fidtl quel que complai elief qui rappel surprenant récit qu'on se raconta un joui une armée, commandée par l'empereur en personne, sauvée par d'une troupe d tiens. Telle était du moins la version q I chez les fidè les ; on leur a montré depuis qu'ils s'étaient « .ainsi que tous ceux qui ont voulu voir dans ce bas-relief une preuve de l'intervention suppliante et exam oldats chrétiens . Il n'était pas question de Romains se sentant défaillir et mourant de soif, s'ils levaient leurs boucliers, c'était en guise de parapluies et non pour recueillir l'eau et se désaltérer ; pas la conception païenne : au-dessus des soldats romains pressés les uns contre les autres et qui se précipitent contre Iei rangs de l'armée ennemie, ce n'est pas un Jupiter PluoiU qui parait comme i n'est pas une autre divinité païenni moins une ligure chrétienne, c'est simplemi gantes que de la pluie. Cela s'accorde bien avec lapidaire du Vatican. - ■ L'exécution en est ti que el moins achevée que pour la colonne Trajane. — '11.. Histoire </■ /'<./, i \a fulminate el lu colonna dt Marco Aun • toilta callolica, 1895, t. i, p, 716monun question non plus de Qua des anéantis par la foudre, puis que l'ouvrage construit par eux pour attaquer Itlon des Romains, ouvrage livré aux flammes, a tient pas au bas-reliel de la pluie ; pas question enfin de chrétiens agenouillés, ce sont •. s qui lu lieuse, i ratûitement qu'on impose a la légion XII le.surnom de pl. xv ;Bellori,Ld colonne anlonine, pl.m ;ECkhel, Doctrina ninnmorujn oettrumt t. m. p. < j relllj dans Mithi ilungen </. k< m. Ablheil, 1894,t.ix,| tersen, mén ■ Fulminala. Pour que ces explications fussent acceptées il eût fallu supprimer d'abord le bas-relief, ensuite les récits qui nous ont conservé la relation de l'événement. Ces récits rapportaient que pendant que l'armée était engagée, probablement dans la région du Gran, les chaleurs de l'été avaient succédé sans transition à un long hiver. Les Qua des trouvèrent moyen de couper aux envahisseurs l'approvisionnement d'eau et, dévorée par la soif, épuisée de fatigues, l'armée attaquée allait périr ou capituler, déjà les Romains répondaient plus faiblement aux coups de l'ennemi quand un terrible orage éclata, la pluie survint rafraîchissant les Romains tandis que la foudre et la grêle frappant les Qua des les effrayèrent au point qu'une partie d'entre eux se rendirent. Voici ce qui se raconta.
Historiquement, le fait est certain, et il se place selon toute vraisemblance dans la treizième année du règne, soit 173-174. Il est attesté par trois relations indépendantes entre el les et qui ont respectivement pour auteurs Apollinaire de Hierapolis, Tertullien et Dion Cassius. A la suite de ces témoignages fondament aux prennent rang des attestations qui en dépendent du moins en partie, ce sont ceux d'Eusèbe de Césarée, de Grégoire de Nysse, de Rufin d'Aquilée, de saint Jérôme, de Paul Orose et de l'auteur de la fausse lettre mise sous le nom de Marc-Aurèle et placée à la suite de l'Apologie Ir8 de saint Justin. Parmi les auteurs païens, Ju les Capitolin et Themistius dans son xvc discours à Théodose, Claudien dans le In Vlum consul. Honorii, ne sont pas moins tardifs et dépendants de Dion Cassus ; on en peut dire autant de XiphiIin. L'auteur des Livres Sibyllins, quoi que chrétien, admet la version païenne de Capitolin, de Themistius et de Claudien. Il est surprenant que Tertullien qui vint à Rome et a dû voir la colonne et le bas-relief n'y fasse pas même allusion, mais, peut-être ne voulait-il pas qu'on put lui opposer certains table aux, d'inspiration tout à fait païenne, sur lesquels on voyait Marc-Aurèle suppliant les dieux et disant : « Jupiter, j'élève vers toi cette main qui n'a ja mais fait couler le sang. » Pour lutter contre l'exploitation chrétienne on mit en circulation une autre explication du prodige : un magicien égyptien, nommé Arnouphis, qui suivait l'armée avait su, par ses incantations faire intervenir les dieux, en particulier Hermès aérien1.
Tout ceci ne fait que rendre plus nécessaire le recours aux textes et leur discussion.
Le premier en date et en importance nous est donné par Apollinaire, évè que de Hierapolis en Phrygie (et non pas de Hierapolis en Syrie). Eusèbe, qui nous le fait connaître, énumère ses ouvrages dont « une grande partie, dit-il, a été conservée par beaucoup de personnes » et il place sa période d'activité à l'épo que où « Montan et ses speudo-prophétesses faisaient leur début dans leurs errements 2. » Ceci ne permet pas de placer l'écrit antimontaniste d'Apollinaire après l'année 175. £et écrit succédait, |ast' où tcoXÙv xxivotou.ï ;6V :cs7)ç xpovov, à un A6yoç Tcpô ; tov (3xaiXéx, à cinq livres Ebô ; 'EXXïjva ;, à deux livres IIspl àkrfislaç et deux livres II ?6 ; 'IouSxîoo ;. Mais si ces ouvrages ne sont pas datés, il faut observer néanmoins qu'Eusèbe ne mentionne Apollinaire qu'à la suite de Méliton de Sar des, auteur lui aussi d'une Apologie adressée à Marc-Aurèle ; on est donc fondé à croire que celle d'Apollinaire avait le même destinataire. La Chroni que pascale le dit d'ailleurs formellement, ainsi que Photius (Cod. xiv) qui a eu entre les mains un Ilept xaù Ilxaxx el un-IIspl sùo-eSe^x ; qu'Eusèbe, qui en convient d'ailleurs, n'a pas connus. Comme l'apologie était adressée à « l'empereur » et non pas « aux empereurs », elle doit donc être datée entre 170 et 176 et comme elle est antérieure à l'écrit contre les montanistes et postérieure à l'épisode de la campagne contre les Qua des on n'a de choix qu'entre les années 174 et 175.
C'est encore sous le règne de Marc-Aurèle, immédiatement après la lettre des martyrs de Lyon, en 177, qu'Eusèbe rapporte le fait emprunté à Apollinaire. Contre son habitude il ne dit pas auquel de ses ouvrages il l'emprunte et il est vraisemblable que c'est de l'Apologie qu'il l'a tiré. Voici son récit :
Toutou St) Mâxpov Aùpï]Xi,cv Kaîaapa Xôyoç e%zi Tcpixavotç xal Exp[xàxaiç àvxt rrapaxaxxé jievov |jtâ/_Y), SÎ'Jjei tue^o u.Év7iç aùxoù trjç axpaxiâç, èv à ;j.y])(avtayevéo'Ôalxoùç S'ÈTrl oûtcoxxXouu.Éj7 ;; XEyscovoç oxpaxicoxaç Sià tûotecoç èÇ èxeivou xal sic, Ssùpo év xyj i ;pôç xoùç iroXEuiouç TtapaxâÇet yôvu 0Évxaç£7Ù y9jv xxxà t6 oîxeïov juùv xgùv e jjc/ov e0 :> ; lirl xà ; irpô ; ton/ 8eov Ixs-jiaç xpa7tÉ,0xi., Se xotç rcoXeuioiç xoù xoioùxou Sy) 0Eàu.axo ; çx'.evxoç, ééXXo xt Xoyo ; è'/ei 7rxpaSD ;6TEpov TCixaxaXa6EÏv aùxixa, o-xyjtitôv (xèv si ; <p jyJjv xal à7câiXELxv o-oveXaùvovxa xoù ; tcoXeu/.ou ;, op.6pov 8È èjtI xyjv xcùv xo 6eïov 7rapaxexXr,xôxcov cxpxxtàv, Tràaxv aùx/jv x xoù S.youç [xÉXXouaav ôsov oùrcw à ;axxco[XEvov.
'H 8' tcrropîa çÉpsxat p.èv xal ~apà xotç Ttôppco xoù xa0' 7)[xxç Xôyou cruyypaçEÙaiv oï ; [xÉXov yly jvev xtjç xaxà xoù ; S r\Kox>\ii jou ; ypacpïj ; Se xal Trpô ;
XÔJV 7)[i.E7£pôW. 'AXXÀ XOÏÇ [XZJ 'ÎCOÔEV lotoplxoïç, àxE xîjç TctaxEcoç àvoixsloiç, xé0sixxi |xèj xô où u,ï]V xal xxï ; xàiv eù^xï ; xoG0' (i'Aoyr)0/) » xoùç Se ys Y]U.ErÉpoiç' are àXr,0Eiaç 91X01 ;, â7rXcô xxl à/.xxoT)0E !. xporteo xô Ttpa^0Èv rcapasés 3xai. Toùxwv S' av eïï) xal 'A7roX1.vap1.oc, èÇ xetvou <pï|iaç T7]v Si' EÙ)(^ ; xè 7rapâSD50V Trejtoiijxuïav XEyEÔÙva olxsîav xto repôç xoù (3xo\Xsco ; eïkrftè 10.1 nrpoc/)yopiav, xEpauvo66Xov xyj Pcû[xaltdV 7ti./.XRJ0EÎO'av 9COV7).
« On raconte que le frère de celui-ci, Marc-Aurèle César, rangeait ses soldats en bataille contre les Germains et les Sarmates : son armée, réduite par la soif, était dans l'impuissance. Or les soldats de la légion appelée Mélitine, à qui sa foi a valu de subsister depuis ce temps jusqu'à ce jour, tandis qu'ils étaient en ligne de combat en face des ennemis, mirent le genou en terre selon l'usage qui nous est familier dans les prières et commencèrent à invoquer Dieu. Les ennemis furent surpris de ce spectacle étonnant : on raconte qu'on en vit bientôt un autre plus surprenant : un orage soudain mit les ennemis en fuite, puis en déroute, tandis qu'une pluie douce rendait à elle-même l'armée de ceux qui avaient prié la divinité et qui avaient tous été en péril de mourir de soif.
« Le récit de ce prodige est rapporté même par les auteurs qui sont éloignés de notre foi et se sont occupés d'écrire l'histoire du temps dont il est question : on le rencontre d'ailleurs aussi chez les nôtres. Cependant les narrateurs païens, étrangers à notre croyance, racontent le fait merveilleux sans avouer qu'il est le résultat des prières des nôtres : ceux de notre parti au contraire, amis de la vérité, le présentent simplement et ingénument comme il s'est accompli. L'un d'eux est encore Apollinaire ; il dit que depuis ce moment, la légion qui, par la prière, avait fait ce miracle, reçut de l'empereur le nom latin caractéristique « le Fulminante ». Le deuxième témoin fondamental est Tertullien.
Immédiatement à la suite du témoignage d'Apollinaire, Eusèbe écrit ceci : « Tertullien peut lui aussi être de cela un témoin digne de créance : dans une Apologie de la foi qu'il adressa au Sénat romain, il continue notre récit par une preuve plus forte et plus éclatante. Il assure, en effet, qu'on possédait encore de son temps une lettre de Marc-Aurèle, l'empereur le plus intelligent, dans laquelle il atteste que son armée, sur le point de périr de soif en Germanie, fut sauvée par les prières des chrétiens et Tertullien dit que ce prince menaça de mort ceux qui essaieraient d'accuser les nôtres. Tertullien a parlé deux fois, brièvement, du « miracle de la pluie », dans l'Apologicum, e. v, et dans Ad Scapulam, c. iv. Eusèbe ne se réfère qu'au premier de ces écrits qui est de l'année 197 (le deuxième est de l'année 212). Le témoignage d'Eusèbe est postérieur d'au moins un quart De à l'événement qu'il atteste. Tertullien, ayant vécu longtemps à Rome avant sa conversion, avait non seulement pu voir la colonne Antonine, mais rencontrer des témoins de l'époque où la nouvelle du prodige avait circulé : il avait même pu rencontrer des soldats de la légion de Mélitine ; cependant ses souvenirs personnels semblent n'entrer pour rien dans son témoignage. Emporté par son besoin de démonstration à tout prix, trompé par une information inexacte, il écrivait :
Al nos e contrario edimus proteclorem, si litterte Mari i Aurelii gravissimi imperaloris requirantur quibus illam germaniram silim christianorum forte militum precalionibus impelnito imbri discussam conleslatur. Qui sirut non palam ab eiusmodi hominibus peenam dimovit itaalio modo palam dispersit. adiei ta eliamaccusaloribus damnnlione. et quidem tetriore.
Nous pouvons nommer un empereur qui s'est déclaré leur débiteur. On lise la lettre où le très grave empereur Marc-Aurèle atteste que la soif cruelle qui désolait son armée en Germanie fut apaisée par la pluie que le ciel accorda aux prières des soldats chrétiens. S'il ne révoqua pas expressément les édits qui punissaient les chrétiens, du moins les rendit-il absolument sans effet, en établissant des peines, même plus rigoureuses contre leurs accusateurs.
Le troisième témoin fondamental est Dion Cassius, consul pour la deuxième fois en 229. Il écrivit sous les règnes de Caracalla et d'Héliogabale une sorte de compilation historique qu'il termine sous le règne d'Alexandre Sévère. Mais déjà, avec Dion, nous nous éloignons de l'événement d'environ un demi-siècle, certainement, qu'Eusèbe visait lorsqu'il parlait d'auteurs éloignés de notre foi qui ont raconté le fait sans admettre l'influence des prières chrétiennes. Dion préférait y découvrir l'influence d'Hermès aérien provoquée par les sortilèges du magicien.
Dion est-il tributaire d'Apollinaire ou de Tertullien ? On n'en a pas la preuve ni l'indice. Tertullien a-t-il eu entre les mains l'Apologie d'Apollinaire ? Il est peu probable qu'il n'en ait pas eu connaissance, quand on se rappelle les immenses lectures de Tertullien et qu'on songe que pour la composition de son Apologeticum il n'avait dû négliger la lecture d'aucun écrit similaire antérieur au sien. Il avait certainement connaissance de Miltiade et de Méliton, mais il ne mentionne Apollinaire et n'emprunte aucun passage (reconnaissable) de ses écrits. Ce qu'il a su du « miracle », il a pu l'apprendre ailleurs ; du moins, Apollinaire a rapporté le prodige et le résultat qui en fut un nouveau nom donné à la légion de Mélitine, en Asie.
Xiphilin, abréviateur de Dion Cassius, attribue lui aussi le prodige aux prières et relate le nom nouveau donné à la légion. Il ne peut s'agir que de la deuxième légion, qui, après avoir pris part au siège de Jérusalem, sous Vespasien, avait été envoyée en garnison à Mélitine, sur les bords de l'Euphrate, où elle demeura longtemps et d'où elle ne fut probablement rappelée momentanément en Europe, si elle le fut, que pour les besoins de la guerre du Danube. Josèphe parle des exploits de la douzième légion hors du siège de Jérusalem et de son envoi à Mélitine. Une monnaie frappée sous Hadrien, à Césarée de Cappadoce, et une autre monnaie frappée à Ancyre sous Antonin le Pieux, mentionnent toutes deux la douzième légion et nous apprennent ainsi que, pendant le règne de ces princes, elle n'avait pas quitté l'Asie. Ce sera donc Marc-Aurèle qui appela à la défense des frontières du Nord une des légions destinées à protéger l'Orient alors pacifié, et cette légion serait retournée plus tard dans son ancienne garnison où nous la retrouvons sous Alexandre-Sévère.
Tandis que certains récusaient le témoignage de Xiphilin et se refusaient à admettre que la douzième légion eût jamais quitté sa garnison d'Asie, d'autres consultaient Tacite pour apprendre de lui à quels distances, dans les circonstances impérieuses, on déplaçait les légions. Dans les guerres terribles contre les Germains, aucune force n'était négligeable et on voit la légion X Fretrens, tenant garnison en Syrie, amenée en Germanie. Quoiqu'il en soit, et bien que le récit d'Apollinaire et de Xiphilin ait été accueilli et répandu par Eusèbe, saint Jérôme et d'autres qui les ont suivis, il faut convenir que le danger couru par la légion dont il s'agit a eu une influence sur le sobriquet qui lui a été donné.
Une inscription nous avait appris que, des militaires portaient l'appellation à laquelle Apollinaire donne une origine tendancieuse.
QPETRONIVSC F
C'était même dès le temps d'Auguste que la douzième légion avait troqué son nom d'Antiqua contre celui de Fulminata. Son histoire n'était pas des plus glorieuses. La légion rendit peu de services à Corbulon, subit un désastre, lors de la première révolte des Juifs, sous le commandement du légat Cestius Gallus, tâcha ensuite, par son courage, d'effacer ce souvenir, mais vainement et fut envoyée « en pénitence » à Mélitène, loin des molles garnisons de la Syrie. Cette garnison de Mélitène, dans la Petite Arménie, rapprochait la légion d'un centre de christianisme très fervent, l'Osrhoène (voir Dictionnaire, aux mots Abgar et Édesse), ce qui expliquerait facilement qu'elle ait, dès lors, commencé à compter dans ses rangs bon nombre de soldats chrétiens. La qualité de la légion s'en trouva-t-elle améliorée ? C'est ce qu'on ne nous dit pas. Mais il ressort du fait que le « miracle » ne fut pour rien dans le surnom de Fulminata, qu'on peut réduire l'incident à une simple pluie torrentielle, vraie pluie d'été, sans intervention d'orage et de foudre. Dans le bas-relief, la bataille a lieu sous la pluie, on ne voit pas trace d'éclairs, c'est Baronius et Rocca qui les ont mis de leur propre autorité. Apollinaire ne prend à son compte que la pluie survenue après la prière des soldats : quant à l'orage, il ne s'en porte pas garant : on raconte, a-t-il soin de prévenir, δέξω τί ξύω... ce qui est la façon ordinaire des anciens lorsqu'ils enregistrent un fait sans l'affirmer. Par contre, Dion parle de la foudre sans faire ses réserves, mais lui aussi admet d'abord la pluie qui rafraîchit et réconforte, ensuite l'orage et la grêle : « Accablés de chaleur, dévorés par une soif ardente et brûlés par le soleil, les soldats romains recevaient, sans avoir la force de les rendre, les coups de l'ennemi, et ils auraient péri jusqu'au dernier si on n'eût vu tout à coup les nuées s'assembler, se condenser et verser sur les légions une pluie abondante. Tandis que les soldats rafraîchis par la bienfaisante ondée, tendent leurs boucliers et leurs casques pour recevoir l'eau du ciel et apaiser leur soif, les ennemis les attaquent avec une fureur toujours croissante. Le danger eût été plus pressant que jamais si la foudre et la grêle, tombant sur les Parthes, ne les eussent mis en complète déroute ; de telle sorte que l'orage, qui rafraîchissait les Romains et leur donnait une vigueur nouvelle, brûlait leurs ennemis des feux du ciel et les forçait à fuir ou à se réfugier, humbles et désarmés, dans le camp des légionnaires. » Il y a donc eu des actes distincts, semble-t-il. Un peu instruit de la chrétologie des auteurs chrétiens : « l'armée exténuée, soudain rafraîchie par une pluie survenue assez subitement pour qu'on pût l'attribuer à l'effet de la prière, ce qui ne mérite à aucun degré le nom de miracle. L'attaque des ennemis ne s'en trouva pas ralentie et la situation demeurait critique jusqu'au moment où un orage éclata et la grêle tomba avec assez de violence pour gêner les assaillants, les désorganiser et les rompre, ce qui n'est pas non plus un miracle, au sens que la théologie donne à ce mot. En 395, l'armée de Théodose combattant Eugène, près d'Aquilée, vit de même éclater un orage qui mit l'ennemi en déroute. »
Il s'agissait cependant ici de savoir si la réaction païenne triompherait de la politique chrétienne et Théodose conduisait son expédition un peu à la manière d'une croisade : cependant on n'a pas argué du « miracle ». La foudre a achevé l'ennemi, mais c'est la pluie qui a sauvé l'armée et, sur la colonne Antonine, on n'a fait aucune allusion à la foudre, d'une représentation cependant facile, et on a figuré la pluie, ce qui, en matière de sculpture, n'est pas chose très aisée ; c'est la pluie qui a décidé du sort de la journée.
Prodige pour les uns, coïncidence pour les autres, l'événement fut admis par tout le monde et émut les esprits. Les chrétiens y firent voir une intervention surnaturelle, ce que pour parler bref on nommait miracle — comme on a dit en d'autres temps « miracle de la Marne » ; — or il est toujours flatteur de pouvoir montrer la Providence faisant des miracles pour vous, et puis « un miracle bienveillant » ne pouvait être l'ouvrage que du vrai Dieu. Quel triomphe, quel argument pour faire cesser la persécution, si l'on persuadait à l'empereur cette intervention du Dieu des chrétiens ! Dès les jours mêmes qui suivirent l'incident, une version circula, d'après laquelle l'orage favorable aux Romains aurait été le fruit des prières des chrétiens. C'est en s'agenouillant, selon l'usage de l'Église, que les soldats pieux auraient obtenu du ciel cette marque de protection, laquelle flattait, à deux points de vue, les prétentions chrétiennes : d'abord en montrant ce que pouvait sur le ciel une poignée de croyants ; puis en témoignant chez le Dieu des chrétiens d'un certain faible pour l'empire romain. Que l'empire cesse de persécuter les saints, on verra ce que ceux-ci obtiendront du ciel en sa faveur. Dieu, pour devenir le protecteur de l'empire contre les barbares, n'attend qu'une seule chose, c'est que l'empire cesse de se montrer impitoyable envers une élite qui est dans le monde le ferment de tout bien.
« Cette manière de présenter les faits fut très vite acceptée et fit le tour des Églises. À chaque procès, à chaque tracasserie, on avait cette excellente réponse à faire aux autorités : « Nous vous avons sauvés. » Cette réponse gagna une force nouvelle, quand, à l'issue de la campagne, Marc-Aurèle reçut sa septième salutation impériale, et que la colonne Antonine s'éleva, par ordre du sénat et du peuple, portant parmi ses reliefs l'image du miracle. On en prit même occasion de fabriquer une lettre officielle de Marc-Aurèle au sénat par laquelle il défendait de poursuivre d'office les chrétiens et punissait de mort leurs dénonciateurs. » Ruquel Tertullien fait allusion.
Soit qu'il ne crût pas à son authenticité, soit qu'il n'ait pu se la procurer, Eusèbe — bien à contre-cœur sans doute — n'a pas inséré cette lettre, lui l'historien toujours empressé à bourrer son récit de pièces originales ; il n'en parle que par ouï-dire et sur la parole de Tertullien. Y a-t-il eu une lettre de Marc-Aurèle ? On n'en peut guère douter. Tertullien a pu n'avoir qu'une copie apocryphe entre les yeux ou n'en sait rien, mais lui, si bien informé, ne se fût pas exposé dans une polémique à s'attirer un démenti du premier venu, qui eût dit : « Vous donnez en preuve une lettre de l'empereur et il n'y en eut jamais aucune d'écrite à propos de cet événement. » D'ailleurs, Tertullien n'est pas seul à en témoigner. Dion Cassius écrit pour sa part : ξαὶ... τῶν... φοβουμένων.... Que contenait la lettre en question ? Un bref récit sans doute qui devait avoir quelque ressemblance avec le bas-relief du monument officiel ; c'est probablement même d'après le récit consigné dans la lettre que fut combinée la scène figurée. Tertullien y a-t-il fait un emprunt textuel ? On l'a pensé. Lorsqu'il écrit « imber christianorum forte militum precationibus imperatoribus », il se pourrait qu'il cite et que ce « forte » fut de la lettre. Si furie venait de Tertullien lui-même, ce serait un non-sens : irait-il dire que ces soldats étaient peut-être chrétiens, lui qui prétend qu'ils l'étaient et que c'est parce qu'ils l'étaient que leur prière fut entendue et exaucée ? Marc-Aurèle a pu insinuer volontairement ce doute, peut-être parce que lui-même n'était pas convaincu et ne savait si le prodige était dû à la prière des soldats chrétiens ou bien à une intervention des dieux de l'empire. « Forte » ne blessait personne et tout le monde pouvait le tirer à soi.
La lettre telle qu'elle nous a été conservée est indubitablement apocryphe et postérieure de plusieurs siècles à l'original qu'elle a prétendu remplacer ; mais n'y a-t-il pas eu deux apocryphes ? Le premier, contemporain de l'épisode, et le second, fort tardif ? L'est le premier évidemment qu'aurait utilisé Tertullien, à supposer que ce ne fut pas l'original.
Si nous n'avions que le récit de Dion, l'épisode de la Sis Germanica serait classé depuis longtemps parmi les incidents dont les historiens font mention en deux lignes ; dans ce récit, il ajoute quelques précisions : Marc-Aurèle lit grâce aux ennemis débandés ; l'armée le proclama pour la septième fois imperator et il prit ce titre sans attendre la ratification du sénat, car le prodige marquait suffisamment la volonté divine ; enfin Faustine reçut un titre ; mais il faut ajouter que depuis l'acclamation impériale par l'armée, l'opinion du siège fut purement et simplement à l'égard du titre Faustine, on n'en a trouvé jusqu'à ce jour la mention sur aucun monument. Ce qui importe, c'est que Tertullien puisqu'il dit que l'empereur écrivit au sénat pour narrer l'événement et annoncer sa septième salutation impériale.
Il semble donc que la lettre de Marc-Aurèle soit de tout. Apollinaire, en l'ignorant, l'a peut-être connue le fait que par elle. Tertullien l'ont certainement lue et admise ; le sculpteur de la colonne s'en est probablement inspiré. Est-ce un racontar qui parvint à Apollinaire et lui fit croire que l'empereur avait donné à la légion XII le nom de ξεπαυνοῖοç, ou bien, la légion portant depuis longtemps le nom de Fulminata, Marc-Aurèle aura-t-il fait une allusion dans sa lettre, disant, par exemple, que la Fulminata était devenue Fulminatrix ou quelque chose d'approchant, et Apollinaire, peu au courant des questions militaires, compris comme il a pu et raconté comme il a pu procéder les récits d'Apollinaire et du bas-relief est une gageure. Comme l'écrit d'Apollinaire est de 211 au plus tard et l'événement de 171 au plus tôt, il faudrait que la colonne eût été élevée, décorée, et qu'Apollinaire l'eût vue ; quant à Tertullien, il ne la mentionne même pas ; pour que Dion Cassius y ait découvert tout ce que contient son récit, il lui faut accorder une singulière imagination. Renan dit que le décret d'érection de la colonne est de l'année 171 : il l'a rêvé. Et le rhéteur Themistius lui non plus ne fait pas allusion au bas-relief lorsqu'il écrit avoir vu une représentation du prodige où l'empereur était représenté πὰρ' εὐχ... τῶν... ; car il n'y a pas trace d'empereur, de sacrifice, de soldats en prière sur le bas-relief. Themistius dit encore que les soldats boivent dans leurs casques et leurs boucliers, rien de pareil sur la colonne, au contraire les boucliers servent à protéger contre la pluie.
L'événement ainsi célébré, exploité et tiraillé, ne devait pas tomber dans l'oubli. Les écrivains postérieurs n'ont pas manqué de le rappeler. Sulpice-Sévère n'en dit rien, l'occasion s'en présentât ; l'auteur Orose raconte avec prolixité, mais nul ne sait de ce qu'il avait appris de Tertullien, on doit inférer Dulcidius de Nicéphore Calliste.
Le XIIE livre des Oracles sibyllins, composé en Égypte, vers l'an 250-270, parle du prodige de la pluie, mais il l'attribue à la prière de l'empereur ; il ne dit rien de l'orage. La lettre apocryphe de Marc-Aurèle n'est guère antérieure au VIe ; elle n'est pas méprisable. Le faussaire conserve l'adresse au sénat, il parle de l'événement avec modération : l'armée cernée, la soif angoissante, la prière des soldats, la pluie qui revivifie et la foudre qui accable ; non content de cela, l'auteur donne des noms propres : Pompeianus et Vitrasius Pollio ; ces deux noms sont habilement choisis s'ils ne sont pas dans le texte original, car les deux personnages sont historiques : T.C. Pompeianus, gendre de l'empereur, consul pour la 2e fois, en 173 ; Vitrasius Pollio, également entré par une alliance dans la famille impériale, et consul pour la 2e fois, en 176. Enfin, l'auteur précise la situation en disant que l'armée manquait d'eau depuis cinq jours. À côté de ces éléments utiles, l'apocryphe est heureusement déparé par de grossières imaginations qui ne permettent pas de prendre un seul instant le change à son sujet ; de plus, il a emprunté de toutes parts : à l'édit de Galère, au discours de Grégoire de Nysse, etc. S'il avait eu entre les mains la lettre de Marc-Aurèle, il se fut contenté probablement de l'interpoler, peut-être ne travaillait-il déjà que sur un apocryphe ancien. Vouloir tirer un fait historique de cette lettre n'est assurément pas chose impossible ; il suffit pour cela de lui faire dire ce qu'elle ne dit pas, et de lui prêter ce qu'elle ne contient pas.
À la légion XIIe appartenait probablement le soldat Mercurius, martyr *, et certainement l'officier Polyeucte, converti par Néarque, son compagnon d'armes, mis à mort sous Decius (voir Polyeucte). Sous Licinius, la XIIe légion eut, nous l'avons dit, les Quarante martyrs de Sébaste (voir Quarante martyrs).
H. Leclercq.
FUNDUS. — Sous la République, sous les premiers empereurs et jusqu'à l'époque des jurisconsultes classiques, on conserva, au moins en Italie, aux lieux le nom du premier possesseur quiritaire 6. Les documents officiels enregistraient une fois pour toutes, sans la modifier à chaque changement de propriétaire, l'indication primitive ; le nom de la famille, avec une terminaison en anus, devenait le nom particulier de la propriété, et les ventes, partages, donations et autres actes juridiques devaient le modifier fort rarement ; car dans les textes législatifs et épigraphiques, principalement dans les tables alimentaires', il est rare qu'une dénomination spéciale fasse reconnaître un changement de propriétaire ou un partage, lesquels devaient être assez fréquents. Il est même possible qu'un certain nombre de fonds, appartenant à un même propriétaire, aient été réunis de façon à former une espèce d'unité, soit pour la vente, soit pour l'établissement de servitudes ou de rentes foncières7 ; mais dans ce cas c'est le nom d'un des morceaux qui est généralement porté par la collection. Sur l'inscription de Volceii, qui est de l'époque de Constantin 8, on trouve sans doute les mentions d'agellus superior et agellus inferior, mais les noms propres qui désignent les fonds ne sont pas relativement beaucoup moins nombreux que dans la période précédente. Après Constantin, on ne trouve plus de révision régulière et générale des cadastres ; dans le code Théodosien et dans le code Justinien, il n'y a que des révisions locales et partielles ; mais tout acquéreur d'une propriété est tenu, sous les peines les plus sévères, de faire sa déclaration au fisc et de s'engager à payer l'impôt foncier *.
La persistance ineffaçable du nom primitif symbolise l'unité du fundus, même morcelé par des partages, des ventes, des donations ; et cette unité, loin de se détruire, va se consolidant, à cause des nécessités fiscales. Dès le règne d'Aurélien, on saisit un commencement de législation fiscale 10 qui est certainement antérieure à cette époque. On voit dans les Responsa de Papinien que pour gagner du temps, le fisc demande le paiement global de l'impôt foncier à un seul propriétaire auquel il donne en revanche des actions contre les autres propriétaires qui sont également redevables de l'impôt « . Le maintien du fundus comme unité apparaît dans l'adjectio (en grec ρτιος) qui consiste essentiellement en ceci qu'à l'origine les propriétaires incapables de payer l'impôt foncier pouvaient abandonner leurs champs. Les agri deserti étaient adjugés à quiconque s'engageait à payer l'impôt. Mais quand le nombre des propriétés abandonnées ne cessa plus de s'accroître, le fisc s'inquiéta et pour lui venir en aide, le gouvernement imagina une législation savante et compliquée, pleine de contradictions, mais qu'on peut ramener à deux points principaux : défense au possesseur de biens fertiles d'abandonner les parties de son domaine moins productives ; obligation imposée à certains propriétaires de se charger des agri deserti ou des agri stériles pour en payer les impôts. C'est là ce qu'on appelle proprement l'adjectio.
Dans une foule de ventes, de donations, de partages ' le morceau de terre dont il est question dépend d'un fonds plus grand : portant un nom propre, et le lopin négocié est indiqué par un certain nombre d'onces qui peuvent varier de un à douze et comprendre même des subdivisions de l'once. On sait que la division onciale était employée pour la détermination des parts dans les héritages. L'héritage représentant un as, l'once en était la douzième partie =. On trouve le système oncial encore en vigueur à Rome en 1037, à Tivoli en 978, à Ravenne en 1193 ; et les subdivisions de l'once employées dans nos textes sont le panctus qui paraît être la douzième partie de l'once et le scripulus qui est la moitié du panctus.
Comment procédait-on dans le cas où il ne s'agissait plus d'une terre nue, mais d'objets tels qu'une maison, une exploitation quelconque. Nous voyons que le droit de propriété sur chaque portion est absolu. C'est ce que prouvent de nombreux cas 3 où avec quelques onces d'un fonds, on vend une portion de la maison, portio edificii. Les termes qui expriment la vente excluent toute idée d'indivision. Une lettre de saint Grégoire le Grand (n, 2) mentionne la donation à l'Église romaine de >S onces (par conséquent les deux tiers) de toute une fortune * et le partage se fait et la séparation a dû se faire aussi. En un seul cas, le partage oncial paraît n'exprimer qu'une division idéale ; c'est quand il s'agit d'une cession sous la forme d'emphythéose s. La propriété n'étant pas transférée, le fond reste vraiment indivis.
Une épitaphe trouvée à Carthage entre la Malga et les premiers oliviers de la Marsa, est gravée sur une plaque de marbre blanc irrégulière dans laquelle on a tracé un cadre d'un trait pour y faire mention de Forlunalus m jiace procuralor I'undi Bcnbennelnjsis ° (fig. 1759).
FUNÉRAILLES. Les funérailles chrétiennes sont une des manifestations les plus vives à la fois de la croyance et des rites de la religion. Lorsqu'on étudie l'histoire des origines, on est souvent surpris de voir combien léger a été l'effort tenté pour concentrer tous les indices qui permettraient de remonter au premier état d'une institution et offriraient les moyens d'en suivre les développements et les transformations. Les premières funérailles chrétiennes sont celles du Golgotha racontées en quelques mots par les évangélistes. Dès le livre des Actes, nous voyons les funérailles du diacre Étienne et celles d'Ananie et de Saphire, celles de Tabithe ; on entrevoit un groupe d'hommes destinés à prendre soin des inhumations et des formules destinées à les sanctifier. Les Actes des martyrs montrent à Smyrne, pour Polycarpe et Pionius ; à Antioche, pour Ignace ; à Lyon, pour les compagnons de Pothin, une préoccupation générale d'ensevelir dans certaines conditions les corps des témoins du Christ. Ensuite, viennent les vies des Saints, les histoires d'Eusèbe, de Grégoire de Tours, de Bède, Ici miracula, tous recueils dont le dépouillement méthodique ne peut ni ne doit trouver place ici et dont les informations multiples, les unes précises, les autres vagues, apporteraient les éléments indispensables à l'histoire du rite chrétien des funérailles dont saint Cyprien disait : exercitia sunt...non funera '.
Dès lors que, pour les fidèles, la mort cessait d'être, comme pour les païens, l'irrémédiable et final épisode au-delà duquel on ne voyait et on ne savait plus rien, du moment que la mort devenait le natale d'une existence nouvelle, on comprend la signification du terme employé pour la désigner : adersio, <<• rsilio, ilio, que nous rencontrons dans les écrits des Pères et dans la belle formule : lue sur deux épitaphes romaines8. Saint Cyprien, dans son traité : De mortalitate, cent : Nobis spei révélation est, /mires nostros non esse lugendos accersione Dominica de saeculo liberatos, cum sciamus non eos umilli sed praemilti, reci 1ère... uivere apud Deum '. Les épitaphes ne manquent pas et les aussi de dur en parlant du défunt : RECESSIT, PRAECESSIT et le canon de la messe romaine enseigne la même doctrine, lorsqu'il parle de ceux qui nos prœcesserunt cum signo fidei. Le chrétien, dont on célèbre les funérailles, sera déposé dans un cimetière ou dormitorium dans l'attente de la résurrection : in christianis mors non est mors, sed dormitio et somnus l0. À peine l'âme a-t-elle quitté le corps, on clôt les yeux qui se sont fermés à la lumière : lli ergo sanctorum corpora ssspius manibus ac gremio exi ipientes oculos illos et ora clauden les... paulo [i »sl eadem officia ab aliis consequutisunl11. Ensuite, on lave le corps : Lavari honesta liant et sulubri qtise mihi et atlorem et sanguinem servant, rigere et pallere mortuus possum ». Puis viennent les onctions, les parfums dont on faisait grand usage : Thura plmw non emimus ; si Arab les qumruntw, si icml Sabaei plwiset chai mer ces christianis sepeliendis profligari quam diis fumigandis « . On ne faisait qu'imiter en cela ce qui s'était fait pour le corps du Sauveur ; mais à mesure qu'on s'éloigna des Juifs, des coutumes orientales, que l'Occident eut à vivre avec ses seules ressources, l'exportation et rachat des aromates devinrent un luxe auquel des le IVe, la multitude des fidèles avait renoncé pour se contenter d'une aspersion de baume et de myrrhe » :
Aspersa que mirra sabteo Corpus medicamine serva. lit s,ui\cnt un reste de cette mixture qu'on laissait dans une Qo erre plaquée dans le plâtre qui fermait la tombe, ou disposée à l'intérieur de cette tombe pour la parfumer avant que la corruption vint accomplir son œuvre « . Au temps de Tertullien, on se racontait, avec une petit frisson, l'historiette t. i m,i al. 904. 1 1 rtuUii a, Api I c.xxn ; /'./.. » Agnr.ir tulla via Nomentana, Ronu, 1880, p. d'un cadavre qui s'était reculé dans sa tombe, afin de faire place à un nouvel occupant qu'on s'apprêtait à déposer sur lui, chose inouïe : Esl rclalio apud noslros in cœmeterio corpus corpore juxta collocando spatium recessu communicasse >.
Autre historiette du même Tertullien et qui nous apprend que les lits des cadavres étaient allongés contre le corps, mais qui nous parle aussi des prières que le prêtre récitait au moment de la déposition du défunt : Scio feminam qaamdam vernaculam ecclesiie forma et œtute intégra funclam, post unicum et brève matrimonium, cum in pace dormissel, et morante adhuc sepultura intérim oratione presbjleri componerelur, ad primum habitum oralionis manus a lateribns dimolas in habitum supplicem conformasse, rursum que condila pace situi suo reddidisse a.
Le P. Marchi décrivant les sépultures romaines qu'il avait ouvertes en grand nombre et la position des cadavres écrit que le plus grand nombre était enveloppés de la tête aux pieds dans une couche de chaux de l'épaisseur d'un pouce environ. Ce lait de chaux était assez limpide en même temps qu'assez épais, s'infiltrer sans couler et se répandre, se modelait sur le linceul dont il gardait l'empreinte. Le plus souvent on constate un linceul de tissu très fin et un deuxième linceul extérieur plus grossier qui enveloppait le tout. On trouvait aussi des défunts ensevelis sans linceul, avec leurs vêtements, d'autres avec leurs anneaux, leurs bijoux. Les linceuls étaient blancs nous dit Prudence :
Candore nitentia elaro Prætendere linlea mos est.
L'ensevelissement était confié aux mêmes fossoyeurs qui creusaient la tombe : Officium linleo cadaver obvolvere, fossam humum lapidibus construere, des ex more tumulum parare. Dès le IVe, saint Augustin nous apprend que les riches se faisaient enterrer avec leurs vêtements les plus précieux ; mais c'étaient là des originalités que la multitude des fidèles n'imitait pas. Saint Jean Chrysostome nous dit, de son côté, qu'on continuait généralement les usages anciens : Exinde cum reddiderit puer animam, quemadmodum desiderant, jubent parentes officia adlubere : manus componunt, oculos claudunt, caput directe statuant, pedes seducunt, lavant, sepulcro condigno, dignis funeribus condunt.
Tout ce qui précède n'a été que l'ensevelissement proprement dit ; les funérailles consistent essentiellement dans les différentes cérémonies qui accompagnent un enterrement. Littré a fait remarquer que funérailles et obsèques sont synonymes « avec cette différence qu'obsèques est le terme général, se disant aussi bien du plus modeste enterrement que de l'enterrement le plus somptueux ; tandis que funérailles implique la somptuosité et l'éclat. Dès l'antiquité, la loi des XII tables condamnait l'étalage de douleur ostentatoire, les manifestations théâtrales restées en usage jusqu'à nos jours dans certaines régions de l'Italie sous le nom de vocero. Une épitaphe (du IIe) nous donne le ton différent qui va de plus en plus régner dans les funérailles chrétiennes :
MACVS PVER INNOCENS ESSE IAM INTER INNOCENTIS COEPISTI QVAM STAVILES TIBI HAEC VITA EST QVAM TE LETVM EXCIPET MATER ECCLESIAE DE OC 5 MVNDO REVERTENTEM COMPREMATVR PECTORVM CEMITVS STRVATVR FLETVS OCVL0RVM
Plus de cris, plus de larmes, donc et, comme dit saint Jérôme : Non ululatus, non planctus, ut inlcr sæculi homines fieri solet sed Psalmorum linguis diversis examina concrepabant. Pleurer les morts avec des éclats de douleurs et d'abondantes larmes, ce n'était pas seulement, dit saint Cyprien, mentir à sa propre foi, c'était donner à croire aux persécuteurs que le sein de Dieu ne s'était pas ouvert pour les défunts : Occasionem dandam non esse gentilibus ut nos merilo ac jure reprehendant quod quos vivere apud Deum dicimus, ul exstinctos ci perditos lugeamus ; et fidem quam sermone cl voce depromimus cordis et pectoris testimonio non probemus. Spci nostr, ac fidei prœvaricalores sumus ; simulata, ficla, ficata videtur esse quæ dicimus.
Commodien n'est pas moins catégorique lorsqu'il interdit les larmes sur les défunts : lugere (quod fus est) nolite, lamen orale pro illis.
Les inscriptions nous font voir les larmes, impia pielas, connue parle saint Paulin, taries par l'espoir en Dieu :
0 NVNQVAM DEFLENDE TVIS VIVENTEMQVE DEO CREDITE FLERE NEFAS
Gaudemus que Deo flerc nocens amor est.
Christum laudimus, cum evocalos quo que ab Mo, quasi miserandos non æquanimiter accipimus.
INCLYTA SIDEREO RADIANS EVPHRASIA RECNO NEC MIHI FLENDA MANES CVM TIBI LAETA PLACES
Comme saint Augustin, privé de sa mère, les chrétiens font taire leur douleur en face de la tombe ; bien plus, ils s'efforcent à la joie à la pensée de bonheur éternel du défunt de qui ils disent que venlurus ad Christi sedem, ad regnorum cœlestium claritatem lugere non débet nec plangere, sed potius secundum pollicitationem Domini, secundum fidem vel in profectio hac sua et translatione gaudere. Pour quoi s'attrister sur le compte de celui qui, comme on lit sur une lampe copte, repose dans la joie, dans la béatitude ?
Ce sont d'autres hommages qui sont rendus aux morts ; In hominum Deo carissimorum obitus, nous dit Eusèbe de Césarée, corweniunt (quod verœ pietalis milites jure appellaris) nam et eorum sepulcra celebrent, et tacs ibi vola que nun.cu.pare, et bealas illorum animas venerari consuevimus, id que a nobis merilo fieri statuimus. Tertullien ajoute qu'on faisait usage d'encens : Thwa dico cl cetera peregrinitatis ad sacrifieium idolorum, eliam hominibus ad pigmenta medicinalia, nobis quo que insuper ad solatia sepulchre usui sunt.
Ces soins, au reste, n'étaient pas laissés à la volonté des particuliers ; on leur en faisait un devoir rigoureux comme nous le voyons par ce texte, souvent cité de la correspondance de saint Cyprien : Et quod maximum est, corpora martyrum aut ceterorum, si non sepeliuntur, grande periculum imminet cis quibus incumbit hoc opus.
Ce soin était considéré comme un des plus notables de la piété chrétienne, comme nous le voyons par ces vers de Prudence à propos du martyr Hippolyte :
Palliolis etiam bibulœ siccanlur arenæ
Ne quis in infeln puh'crc ros maneal.
Si quis et in sudibus recalenii adspergine sanguis
Insidel, h une omnem spongia pressa rapil.
Nec jam densa sacro quidquam de eorpore silva
Obtinet aut plenis fraudât ab exequiis.
A peine les martyrs avaient-ils succombé que la foule, comme nous le voyons par les actes de saint Cyprien, se précipitait pour imbiber éponges et mouchoirs, tandis que les chefs responsables se préoccupaient, ainsi que l'avait fait Joseph d'Arimathie, d'obtenir à tout prix les reliques précieuses, mais sans toujours y réussir. Si, comme pour Polycarpe, on consumait les ossements sur le bûcher ; si, comme pour les martyrs de Lyon, on les jetait à la rivière, il faudrait bien peu connaître la ferveur chrétienne pour douter que des parcelles quelconques n'eussent été recueillies et honorées à la suite.
Les Constitutions apostoliques (VI, XXX), nous apprennent les hommages qu'on leur rendait : Congregamini in cœmeteriis, disent-elles, lectionem sacrorum librorum facientes, at que psallentes pro defunctis martyribus et omnibus a sæculo unilis, et pro fratribus vestris qui in Domino dormierunt : item antilypam regalis corporis Christi et acceptam seu gratam eucharistiam offerte in ecclesiis Dei, et in cœmeteriis, at que in funeribus mortuorum, cum psalmis deducite eos, si fuerint fidèles in Domino :
— Pretiosa enim in conspectu Domini mors sanctorum ejus.
On célébrait donc fréquemment, sinon toujours, à partir du IVe, le saint sacrifice pour les simples fidèles ; fréquemment l'autorisation était donnée d'avoir des autels portatifs in domiciliis. C'était plus légitime et on ne paraissait pas ainsi empiéter sur l'honneur rendu aux martyrs. À Rome, le pape Innocent Ier que per - diversa constitua presbuteri sacramentorum confitendorum jus habent alque licentiam. Ainsi pouvaient se multiplier chaque jour les messes pro defunctis, devenues le centre et le noyau des funérailles. À Rome, encore, nous voyons qu'il y eut bientôt la missa dierum depositione defuncti, tertii, septimi, trigesimi et annualis.
Dans le commentaire sur Job, égaré parmi les ouvrages d'Origène, on lit encore : Convocantur in anniversariis diebus memorise vel parentum defunctorum vel amicorum scilicet quorumcumque qui in fide decessissent sacerdotes simul et laici, et nous voyons, p. 471. — Plan et coupes de la chambre souterraine de l'un des kilkriken.
D'après Mittheilungen der K. K. Central-Commission zur Erforschung und Erhaltung der Baudenkmale, Wien, t. XVIII, p. 57-83, concours de fidèles feux volus et triumpho magno, le sacrifice était offert dans l'église souterraine ou non, après toute la pompe voulue. Mais lorsqu'il s'agissait de quelque fidèle, à peine connu, il n'en était pas de même. À peine quelques parents et amis se groupaient, comme nous le voyons, pour les funérailles d'une religieuse, venue mourir non loin de Rome, à Ostie, sainte Monique, au sujet de laquelle saint Augustin nous apprend que mum nafferetur pietium pridie nostri, in luxta sepulcrum posito, et l'évêque écrit à son tour à saint Augustin : per triduum hymnis Deum collaudavimus super sepulcrum (d'un jeune, d'après une inscription de l'Ombrie de l'année 373), où les parents et amis ainsi rassemblés célébraient la psalmodie, sepulchralibus christianam fidem indicant, f6u6, ln-4°, Viteburg, 1736 : 1. 10. F, V. L. Antiquitates circa funera ritus christianorum quovis tempore in Ecclesia observatos, ln-4°, i, Larroquanus, licet curlmontis usurpatts a primis mistiuni terrae mandabantur mortuorum corpora, dans i, nanti. De uarlo sepellendi ritu, in, Holmi, Th. Pfafner, De officiis veterum christianorum in curandis funeribus, rum mu. ln-4, \ Itebi SALMOS-TIBIQVE -DICAMVS AVRELIAYGVIA QVE-VIXIT-ANNIS-XXXVIIII MENS-IIII-D-II-DVRAVITCVMMARITOANNIS XXIIIIMENS-IIII-&-II-DEP-DIE-PRID-KALMAIAS VALENTINIANO-ET-VALENTEAVGGIIII Cara pia coniunx Hygia dedila que marilo Funeris tui causa tola nos mente dolemus icternamqae domum Cominiemus Amanlius paravi scncli tui menés nobis pelentibus adsint [nobis que ut semper libenler que psalmus tibi dicamus.
Voir Défunts.
H. Leclercq.
FUNÉKIRCHEN. À Sopianæ, Pannonie inférieure (aujourd'hui Funfkirchen), on découvrit, en 1780, sous une des tours de la cathédrale, une sorte de chambre souterraine qui fut décrite une fois et à laquelle personne ne songea plus. Devant, se trouve un vestibule et un corridor qui communiquent avec l'extérieur. Était-ce un hypogée souterrain qu'a surmonté jadis une martyrium ? On ne sait. Dans la chambre sépulcrale fut certainement déposé un sarcophage, emporté depuis, mais après avoir été violé et les ossements répandus sur le sol. La voûte était décorée. Au centre, un monogramme qui a péri, mais après avoir été vu ; ce monogramme est disposé dans une couronne. Aux quatre angles, des médaillons contenant des bustes, probablement ceux des défunts inhumés dans ce cubicule. Entre les médaillons, des vases de fleurs, des paons et des colombes, tandis que le fond représente une sorte de prairie de fleurs. Sur les parois latérales, les panneaux étaient disposés par trois de chaque côté. Sur un des côtés, on peut encore reconnaître les rois mages présentant leurs dons. Au centre, se trouvait très probablement la Vierge avec l'Enfant, le sujet suivant a gardé quelques traces du symbole de Xoe. Sur la paroi en face, il ne se voit plus qu'un fragment de la scène de Jonas jeté au monstre, et couché sous le cucurbite. Sur la paroi du fond, deux personnages, Pierre et Paul, montrant le chrisme. Sur la paroi d'entrée, des feuillages en forme d'arabesques. Treize tombes en tuiles dites à capanna furent trouvées lors de la découverte de 1780 ; une d'elles portait un chrisme à la tête et un aux pieds. Cette crypte parait remonter au milieu du IVe.
FUSTEL DE COULANGES. — I. Début. II. Professorat. III. La Cité antique. IV. Enseignement. V. Histoire des institutions politiques. VI. Polémiques. VII. La fin. VIII. Bibliographie.
I. Débuts. — Numa-Denys Fustel de Coulanges naquit à Paris, le 18 mars 1830. Il entra, en 1850, à l'École normale. Déjà, il avait lu les leçons de Guizot sur la civilisation en France et ce livre fut le premier qui eût vivement frappé son esprit ; il s'orientait vers l'Histoire. Ni frondeur ni servile, il se soumit au régime infligé à l'École pendant ces années qu'on a appelées « l'ère de la mortification » ; il réserva son jugement, garda les apparences de la docilité, préoccupé par-dessus tout de cultiver son esprit et d'étendre ses connaissances. Il lisait et il acquérait, affermissant et approfondissant sa prédilection pour l'histoire, dérobant le plus possible ses heures et son attention à une culture purement formelle et littéraire dont la vanité l'écœurait. « Des devoirs écrits, disait son professeur Chéruel, attestent des connaissances étendues, une lecture attentive, une intelligence remarquable.... » Il donnerait volontiers son temps à l'étude, et il n'acquerrait que l'indispensable, c'est-à-dire ce qu'il doit savoir pour l'examen ? - Quant à l'étude, un sieur Jacquinet, il reconnaissait à M. Fustel un esprit sautillant. Toi lui manquait, le jugement, la netteté, la méthode, n'ont qu'imperfections. M. Jacquinet, d'ailleurs, cette sobriété voulue et parfois cherchée, caractéristiques de la plupart des maîtres de l'École normale.
De retour en France, professeur de seconde à Amiens (1855), puis de lettres (1857), professeur d'histoire, il soutint à Paris, le 10 décembre 1857, sa thèse de doctorat. La thèse latine, comme un muriès qui se et la polybe, montrait comment au IVe les Romains disposaient pour conquérir et comment Rome soutenait la lutte. La soutenance fut remarquée pour l'érudition (du candidat), la facilité d'improvisation et les réserves nécessaires sur ce travail où il est permis de constater encore une insuffisance de critique dans l'emploi des sources et la tendance à simplifier arbitrairement les problèmes historiques. Avec l'année scolaire 1858-1859, M. Fustel entra au lycée Saint-Louis, qu'il quitta en juillet 1860 pour aller occuper la chaire d'histoire à l'université de Strasbourg (octobre 1860).
II. Professorat. ■ — Posté à l'extrême frontière, M. Fustel pouvait observer les premiers symptômes d'une étrange maladie qui, venant d'Allemagne, travaillait à s'infiltrer en France : la philologie. « On entend par philologie, avait écrit Rollin, une espèce de science composée de grammaire, de rhétorique, de poétique, d'antiquités, d'histoire, de philosophie et quelquefois même de mathématiques, de médecine et de jurisprudence. » Tant de choses dans un seul mot ! eût dit M. Jourdain. Dans cet amalgame, on rencontrait d'aventure, des bribes d'histoire ; mais ni l'art ni la science de l'Histoire, telle que l'esprit français, clair et précis tout ensemble, synthétique et minutieux à la fois, l'avaient conçue et appliquée. Besogne utile mais infime, destinée à des manœuvres, la philologie n'en prétendait pas moins se substituer à la science des maîtres ; elle confondait les matériaux avec l'édifice, et prenait l'échafaudage pour la façade. Peseurs de variantes et prosecteurs de radicaux s'érigeaient en rénovateurs de la science historique, prônant leur recette, dédaignant toute autre méthode que la leur. Leur intransigeance convainquit les uns, inquiéta les autres ; on se soumit à la discipline nouvelle ; M. Fustel lui tint tête et cribla de sarcasmes ce qui lui apparaissait moins comme une discipline que comme une superstition. « A en croire certains esprits, disait-il, il faut borner le travail à un point particulier, à une ville, à un événement, à un personnage, tout au plus, à une génération d'hommes. J'appellerai cette méthode le spécialisme. Elle a ses mérites et son utilité, elle peut réunir sur chaque point des renseignements nombreux et sûrs. Mais est-ce bien là le tout de la science ? Supposez cent spécialistes se partageant par lots le passé de la France ; croyez-vous qu'à la fin ils auront fait l'histoire de France ? J'en doute beaucoup. Il leur manquera au moins le lien des faits ; or ce lien est aussi une vérité historique. Je ne sais même pas si chacun d'eux aura bien rempli sa partie, car je ne suis pas bien sûr que l'on puisse connaître exactement une génération d'hommes si l'on ne connaît pas celle qui précède, ni même une institution, si l'on n'a pas étudié l'institution dont elle dérive *.
Ces réflexions ne s'adressaient alors qu'à une douzaine d'auditeurs : mais leur nombre s'accrût bientôt. La parole de M. Fustel ne sacrifiait rien de l'austérité scientifique, mais sa vigueur d'exposition, sa lucidité, faisaient valoir l'étendue de ses recherches et la solidité de ses connaissances. Le détail curieux, l'anecdote imprévue, le menu fait n'étaient pas systématiquement exclus, mais ils n'étaient pas introduits à titre de délassements : lors que M. Fustel les accueillait c'était à titre d'éléments historiques concourant pour leur part à l'exposition des idées générales, à l'expression d'un état social, à la révélation d'un caractère individuel. Cette sobriété et cette maturité dans le jugement et le langage plurent tout de suite et, en peu de temps le professeur d'histoire s'assura un auditoire hebdomadaire de trois cents personnes, jeunes gens, hommes faits et vieillards. En même temps il essayait d'un groupement plus intime et d'une formation plus technique pour les jeunes gens qu'on lui confiait. Avec eux, il commentait un document tel que la Germanie de Tacite, le De republica de Cicéron, l'Histoire des Goths de Jornandès. Le texte une fois établi de façon correcte, les quelques variantes dignes d'attention réservées, on étudiait la valeur, la signification, la portée du document au point de vue de l'histoire politique, des institutions sociales, de l'organisation judiciaire, du progrès de la civilisation. Mais déjà un cours de cette nature devenait une singularité, un îlot historique que menaçait de submerger le flot montant sans cesse de la philologie. M. Fustel à Strasbourg, comme M. Quicherat à Paris, observaient sans émotion cette crise malsaine qui menaçait l'esprit et le goût français de la contamination germanique ; ils savaient que, l'engouement passé, cet esprit, avide de clarté et d'élégance, reprendrait ses droits et ils continuaient leur enseignement lucide. Autour d'eux on ne faisait pas le vide, mais les philologues dressaient une muraille de gros livres et de minces brochures d'où l'histoire était absente, il n'y était plus question que de textes ; les plus rébarbatifs, les moins intelligibles, y occupaient la place d'honneur et l'Allemagne, comme toujours, menait le branle. Sous le spécieux prétexte de colliger tout ce qui avait servi à établir la leçon du texte et devait justifier le choix de l'éditeur, chaque mot, et dans ce mot chaque lettre déclanchait un éboulement de sigles latines, grecques, hébraïques, majuscules, minuscules, chiffres grands ou moyens ou petits, crochets, étoiles, obèles, astérisques, croisillons, et le reste, tellement qu'il était possible dés lors d'entrevoir le jour où, le texte disparaissant, il ne resterait que les variantes. Ces besognes chétives, adaptées à des tempéraments laborieux et à des intelligences mécaniques, trouvaient d'autant plus de partisans et de preneurs que le nombre de ceux capables d'éditer un texte dépassera toujours le nombre de ceux capables de le comprendre, de le situer dans l'histoire et d'en tirer parti pour la connaissance des idées et des faits. De sa chaire de Strasbourg où il vivait, dira-t-il, dans une atmosphère d'enthousiasme naïf qui l'agaçait, M. Fustel souhaitait passer dans une chaire parisienne ; car si « la province a du bon, encore n'en faut-il pas abuser. Personne avec qui causer. On échange des nouvelles, mais des idées jamais. Pas d'amis, j'entends pas de compagnons d'étude et de pensée. Pour le travail je suis comme seul au monde, toujours avec moi-même, ne recevant des autres aucune impulsion, aucune chaleur. Quand les forces seront épuisées, quand j'aurai attrapé le fond du sac, que deviendrai-je ? » Quatre mois après avoir écrit ces lignes, il recevait sa nomination à Paris (28 février 1870).
III. La Cité antique. — Pendant ces années de labeur solitaire, M. Fustel avait publié un livre. Reprenant et développant sa thèse latine, il consacra son cours, du mois de novembre 1862 au mois de juillet 1863 à l'étude de ce qu'il nommait « notre antiquité grecque et italienne » prévoyant dès lors que le cours pourrait se transformer en un livre. Au mois de février 1864, le livre était prêt pour l'impression et devait s'appeler La Cité antique. Cependant le livre ne trouva pas un éditeur et M. Fustel dut l'imprimer à ses frais ; il dut se borner à un tirage de 660 exemplaires. Depuis ce temps, La Cité antique a dépassé la vingtième édition. L'accueil de ce qu'on nomme « la critique » fut peu bienveillant. Sainte-Beuve eut un mot poli, escorté de réserves ; Faine se montra moins circonspect ; M. Villemain loua le « publiciste chez qui l'émotion produisait parfois l'éloquence » et les Jésuites pensèrent découvrir un futur apologiste de la religion chrétienne.
Il arriva au monde antique que cette association succomba tout entière ; le jour où la religion eut perdu son prestige, son empire se trouva trop ébranlé pour l'État et l'État eut assez à faire pour durer sans compromettre ses ressources avec la religion. Moins les hommes tinrent aux récits dont leurs pères ne doutaient pas, moins ils étaient disposés à faire crédit à l'institution religieuse et à ses représentants, plus ils se montraient impatients d'en réduire l'influence. À l'oligarchie sacerdotale, succéda la démocratie municipale, mais ce ne fut qu'une étape.
Il n'y eut plus qu'un instant qu'on louchait aux divinités du paganisme, leur inconsistance happait tous les esprits raisonneurs, le panthéon encombré de divinités superflues qu'on laissa à la fusion des cités. L'esprit municipal perdit sa raison d'être en perdant ses incarnations ; l'exclusivisme intransigeant succéda au cosmopolitisme rêveur, la cité parut étroite, mais la patrie sembla irréelle et on aspira vers une formule plus compréhensive sans savoir laquelle choisir. À ce point, les Grecs n'offraient plus à qui voudrait les soumettre que la peine de les conquérir. Rome se trouva en position et en mesure de tenter cette conquête, et avec son ordinaire décision, tenta et réussit. À part quelques épisodes d'obsidion aux, ce fut moins une conquête qu'une rafle ; l'hellénisme était mûr pour la soumission.
Quand Rome eut absorbé toutes les cités helléniques, la cité romaine se transforma en un empire uni et immense : ce jour-là, la cité antique avait cessé d'exister. Telle était la nature du régime municipal chez les anciens qu'il lui fallait une indépendance complète ou il cessait d'exister. La liberté municipale et l'empire de Rome étaient inconciliables. Les villes conservaient des magistrats et des titres ne répondant plus à rien de réel, et dont l'autorité avait fait place à des droits illusoires, tels que la surveillance de la viande aux marchés. À leur place, Rome se gardait d'instituer aucune magistrature afin que toutes les affaires politiques et contentieuses vinssent aboutir au Sénat. Afin de plus sûrement ruiner la cité, Rome ne substituait rien du tout au régime qu'elle détruisait. Aux peuples à qui elle enlevait leurs institutions, elle ne donnait les siennes en échange.
La situation légale des habitants de l'Empire apparaît clairement dans les écrits des jurisconsultes romains. (On y voit que les peuples sont considérés comme n'ayant plus leurs lois propres et n'ayant pas encore les lois romaines. Pour eux, le droit n'existe donc en aucune façon.) À mesure que les peuples entraient dans l'Empire de Rome, ils perdaient leur religion municipale, leur gouvernement, leur droit privé. Il y eut ainsi, surtout sous le régime républicain et sénatorial, un pouvoir unique, absorbant qui attirait tout à lui et ne distribuait rien à personne. Ce fut comme un temps d'arrêt entre la dissolution du régime municipal et la formation d'une société nouvelle.
Par le droit de cité romaine, Rome ouvrit une porte à ceux qui n'étaient pas Romains pour s'agréger à elle, et cette porte ne fut d'abord entrebâillée que devant ce qu'il y avait de meilleur, de plus riche, de plus considéré dans le Latium. On pouvait obtenir ce titre de citoyen de Rome qui valait à ses possesseurs richesses, honneurs, sécurité. La guerre sociale fut entreprise par les alliés de Rome qui ne voulaient plus être alliés mais devenir Romains. Victorieuse, Rome fut pourtant contrainte de céder à ce qu'on lui demandait et les Italiens reçurent le droit de cité. À partir de ce temps, l'Italie entière forma un seul État ; les provinces restaient en dehors de l'unité romaine.
La Grèce entra la première dans l'État romain, pour lequel elle manifestait une vive admiration. Les hommes s'habituèrent à lever les yeux au-dessus de leurs cités qui leur parurent chétives par comparaison à Rome, la cité par excellence, la patrie, le prisme de tous les peuples. Il fallut de peu qu'on ne rougit de la ville où l'on était né, dont les intérêts parurent mesquins, ses honneurs dérisoires, et l'on s'estimait rien si l'on n'était pas citoyen romain. Aucune ville ne sollicitait une multitude d'individus travaillant individuellement à l'acquérir, par faveur, par achat ou autrement ; un moyen facile et prompt consistait à se vendre comme esclave à un citoyen romain, car l'affranchissement dans les formes légales conduisait au droit de cité.
En effet, le premier volume avait fait scandale ; il avait permis de mettre en question la science de l'auteur et de jeter le doute sur sa sincérité. On ne pouvait pas, on ne voulait pas admettre, qu'il fut possible qu'un homme osât penser et parler autrement que la foule et, ce faisant, qu'il put avoir raison contre tous. Assez chatouilleux en matière de probité scientifique et assez nanti de preuves et de textes pour justifier sa thèse, M. Fustel entreprit la double tâche de justifier ses idées maîtresses et de récrire son livre en entier. Il écrivit donc une série de mémoires sur quelques problèmes les plus ardus du haut moyen âge, connus comme le colonat, la propriété des terres en Germanie, la marche, la justice mérovingienne, les titres romains des rois francs, la loi des Chamaves, le titre De migranti bus de la loi Salique, l'immunité, la confection des lois sous les Carolingiens, le capitulaire de Kiersy-sur-Oise. Toutes ces dissertations ne le détournaient pas du soin de remanier complètement le volume publié et ce fut, on peut le dire, un nouvel ouvrage, tant par le développement du texte que par la transformation de l'exposition. Jusqu'alors il s'était contenté de décrire les institutions et d'interpréter les faits avec un bref renvoi aux sources. Il adopta une méthode nouvelle, présentant une sorte d'enquête où chaque témoin, chaque texte faisait l'objet d'une discussion minutieuse. Et une première conséquence fut de limiter l'ouvrage au seuil de la période capétienne. Encore la mort trop prompte ne lui laissa-t-elle pas le loisir de rédiger le septième et dernier volume prévu par lui pour l'achèvement de son œuvre. L'ouvrage peut être considéré comme achevé et toutes les conceptions historiques de M. Fustel sur les premiers siècles de notre histoire exposées avec une clarté et une richesse de preuves qui laissent peu à ajouter.
La conquête romaine fut un bienfait pour la Gaule divisée par les factions et désormais presque impuissante à prospérer par ses seuls moyens et à repousser l'étranger. Rome exerça un pouvoir tutélaire, garda sa conquête contre la discorde intérieure, lui épargna les discordes civiles, la pire des invasions germaniques et l'initia à une civilisation supérieure. Le spectacle offert par la Gaule romaine pendant une période de trois siècles est un des plus instructifs que puisse offrir l'histoire. À une grande prospérité matérielle s'associait une mesure suffisante de liberté, de sorte que l'union entre vaincus et vainqueurs s'opéra si vite, si complètement et avec une si absolue bonne foi que les Gaulois, de plein gré, devinrent des Gallo-Romains.
Ces conditions politiques et sociales s'altérèrent au IVe ; alors on vit simultanément une aristocratie puissante se constituer, les classes moyennes tomber dans la pauvreté, et l'autorité publique s'affaiblir. Les empereurs n'étaient que des noms magnifiques dont l'impuissance avérée ne laissait plus rien à attendre à ceux qui, jadis, s'appuyaient sur la force du pouvoir impérial et comptaient avec elle. La prépondérance passa aux grands propriétaires fonciers qui n'étaient ni des sots ni des lâches, mais qui n'avaient ni l'esprit militaire ni le sens du gouvernement. Cette substitution d'une autorité vacillante survint au moment où la Gaule allait courir les plus grands dangers. Pas plus que les Gallo-Romains, les Germains n'avaient accru leurs forces, celles-ci étaient plutôt amoindries, mais surtout la Germanie, comme l'Empire subissait une transformation. Ses antiques institutions succombaient, ses goûts, ses habitudes sédentaires faisaient place à l'impatience du changement, au désir de conquêtes et de jouissances, ce qui précipita ce peuple vers les frontières.
Ces peuples sortis de Germanie entraient en Gaule par une crevasse, par une fissure de cette frontière où Rome ne croyait jamais avoir qu'à combattre d'immenses armées et se préparait en conséquence. Au lieu de cela, une poussée se faisait sur un point, une autre fois sur un autre point, la barrière cédait, le flot s'engouffrait et s'avançait plus ou moins loin, ravageant tout, s'étalant, s'arrêtant et cette stratégie déconcertait les Romains. Quelques peuples plus tenaces s'implantèrent : les Wisigoths dans le sud-ouest, les Burgondes dans le bassin du Rhône, les Francs dans le nord de la Gaule, et les Romains s'arrangèrent avec eux, au lieu de les combattre, ils les incorporèrent. Il y eut ainsi une sorte de côte militaire où chacun trouva ou prit son avantage : les Romains qui crurent leur prestige sain et sauf, les Gallo-Romains qui, aux prix d'hôtes incommodés, crurent protégés, les Barbares qui trouvèrent une vie infiniment plus douce et plus agréable que dans leurs forêts.
Le régime politique de la Gaule prit un autre compromis, inspiré étroitement du régime impérial. La royauté n'était pas élective mais héréditaire ; sauf le cas d'usurpation, elle se transmettait comme un bien patrimonial, en vertu de l'ordre naturel de succession. On pouvait même la léguer par testament ou par simple déclaration de volonté. Deux conditions étaient nécessaires : l'acte de reconnaissance et d'installation, et la prestation du serment de fidélité par tous les sujets. Ce régime était une monarchie absolue, sans aristocratie ni démocratie influentes. Les grands n'étaient pas tels en vertu de leur naissance, mais en vertu de leurs offices. Le roi les consultait lorsqu'il jugeait convenable de le faire ; au VIe, il prit l'habitude de convoquer, sinon chaque année, du moins à de fréquents intervalles, tous les dignitaires laïques et ecclésiastiques du royaume. Les assemblées étaient simplement consultatives, elles ne décidaient rien, ne portaient remède à rien. Le peuple n'y tenait qu'une place très effacée. Tout ceci n'était qu'un simulacre.
Les rois francs renouvelèrent tout ce qui leur plut — et tout ce qu'ils osèrent — du passé impérial. Ils sont les maîtres de la paix et de la guerre, des impôts, des lois, de la justice ; ils interviennent dans les affaires privées, ils font revivre le crime à peine aboli, ils se parent des insignes et des titres romains, ils exigent pour eux les titres et les hommages qu'avaient jadis les empereurs. Le Palais concentre le gouvernement et l'administration, combine le service du prince et l'exploitation de l'État ; son importance produisit un personnage qui, sous le nom de maire, fut un véritable premier ministre. Toute une hiérarchie de fonctionnaires nommés par le maire sortait du palais et y revenait rendre ses comptes. Quant aux assemblées locales, elles avaient disparu. Le système fiscal différait peu de celui qu'avaient établi les Romains ; mais, pour l'armée, on renonça aux troupes permanentes et soldées et les remplaça par la levée en masse. La justice du roi, qui avait son tribunal, s'entourait de quelques dignitaires de son choix ; comme il ne pouvait évoquer toutes les causes devant son tribunal, il abandonnait, au comte, celles que celui-ci, à son tour, jugeait avec quelques notables, mais toujours au nom du roi. Somme toute, l'État mérovingien offre le spectacle de la survivance presque complète du Bas-Empire. « L'invasion qui a éliminé de la Gaule la puissance impériale, n'a pas fondé un régime nouveau. Elle n'a pas introduit une nouvelle façon de gouverner les hommes, de les administrer, de les juger. » La grande innovation qu'on entrevoit à peine, mais qui s'élabore et d'où sortira un régime nouveau, s'accomplit dans l'organisation de la propriété et dans les relations individuelles, là se trouve le germe vivant de la féodalité. Le droit de propriété semble ne subir aucune altération et un domaine rural du VIe ressemble presque trait pour trait à un domaine rural du IVe ; mais l'innovation se produit dans le mode, jusqu'alors inconnu, de possession du sol, qu'on appelle le bénéfice. Le bénéfice n'a pas été établi par la loi, il doit sa naissance à des faits purement privés. En principe, le bénéfice est un usufruit accordé par un bienfaiteur à un obligé ; mais, dans la réalité, la pratique, dictée par la bienveillance, ou des calculs, fit tortiller et étendit la graine. Lorsqu'un pauvre cédait à un riche dont il voulait s'assurer l'appui, la terre, il allait, pour conséquence, unir son sort dans la structure sociale par la création d'un lieu de dépendance entre deux hommes libres, l'un se réservant les droits, tandis que l'autre incombaient. Au bénéfice s'ajouta le patronat qui prit, sous la domination franque, un développement inconnu jusque-là. La faiblesse se mit sous la protection de la force, qui s'engageait, en échange d'une garantie.
En dehors de Clovis et de Dagobert Ier, les Mérovingiens montrèrent une rare incapacité pour le gouvernement ; il semble que tous leurs actes ne tendissent qu'à énerver l'autorité monarchique pour le plus grand profit de l'aristocratie qui gagnait en puissance et en autorité tout ce que perdaient les monarques sans vigueur, sans esprit de suite, sans conception royale. La puissance s'émietta et chaque grand arracha — et retint ce qu'il put, en sorte qu'il arriva un moment où la dynastie fut annulée, puis écartée, puis remplacée. Les Carolingiens entraient en scène moins par l'effet d'une habileté supérieure que par la conséquence d'une capacité transcendante. Charlemagne tenta de ressaisir et de ramener à lui ce faisceau de l'autorité suprême, mais sans détruire les institutions féodales, il tenta plutôt de les utiliser. C'était une contradiction ; il put la résoudre de son vivant, mais elle se vengea après lui, reparut et emporta tout. Un demi-siècle après lui, la féodalité avait définitivement triomphé.
VI. Polémiques. — Une exposition si vaste et si lucide se présentant comme une explication et une contradiction ne pouvait manquer de surprendre et d'irriter. M. Fustel s'attendait à des critiques, il allait jusqu'à prévoir une réfutation peremptoire. « Elle ne m'aurait, s'avouait-il à lui-même, affligé que dans une certaine mesure. Quand on a consacré sa vie et son âme à l'étude d'une science, les petites piqûres de l'amour-propre d'auteur sont bien peu de chose à côté de l'intime jouissance que j'aurais éprouvée à ce qu'on me montrât la vérité. » Cette réfutation n'est pas venue. M. Fustel était du nombre de ceux qui ont le droit de juger ceux qui s'établissent leurs critiques, car « ceux-là, disait-il, qui s'attribuent le droit d'apprécier les travaux d'autrui sont pour la plupart des hommes qui ne savent rien du sujet ou qui s'imaginent le connaître parce qu'ils ont consulté quelque ouvrage de seconde main » ; ou bien « si le critique est un spécialiste qui ait étudié personnellement la question, il tombe volontiers dans un autre travers. Quand il juge un livre, il songe à lui-même bien plus qu'au livre. Il fait une comparaison perpétuelle entre chaque page qu'il lit et l'idée qu'il a dans l'esprit. Si la page contredit son idée, naturellement il donne raison à son idée, et il lui paraît évident que c'est l'auteur du livre qui s'est trompé. » Il semble n'avoir qu'une préoccupation, c'est « de montrer que, si savant que puisse être l'auteur, il est, lui critique, plus savant que lui ; il serait perdu d'honneur, s'il ne le démontrait pas ». La puérile vanité de ces fastidieuses recensions qui encombrent les revues, énumérant des rectifications, des bévues, voire des erreurs, saupoudrant l'éloge d'amertume, reprochant l'usage d'une édition ancienne à la place d'une édition récente, ajoutant une ou deux références bibliographiques, méconnaissant l'effort accompli, ignorant le service rendu et dénigrant l'auteur pour poser. Le critique, tout cela l'exaspérait. L'indigence de ces aristarques de pacotille, impuissants à saisir les idées, à les discuter, à les combattre, montre assez le peu de cas qu'il faut faire de ces prétendus critiques plus désireux de garnir les rayons de leur bibliothèque que les cases de leur cerveau.
Ayant pris la mesure de ces contradicteurs, M. Fustel eut été en droit de les dédaigner, son caractère et sa conscience le lui interdisaient également. Son caractère supportait difficilement la contradiction, sa conscience lui prescrivait de ne pas laisser prendre racine à une opinion qu'il jugeait pour fausse. Parce qu'il ne touchait à la critique qu'à l'égard d'autrui qu'avec des scrupules, il s'étonnait et s'irritait de n'être pas traité avec les mêmes égards. Il souhaitait quelle belle argumentation, une grande bataille rangée dans laquelle chaque adversaire ferait donner toutes ses troupes — les textes — et à l'issue de laquelle le vaincu s'avouerait tel ; au lieu de cette stratégie compassée. M. Fustel ne rencontrait jamais que des escarmouches et une épuisante guérilla. Or, il était l'érudit le moins apte qui fut à ce genre de lutte. C'était comme un joueur d'échecs qu'on eût réduit au tric-trac. Il en vint à penser à une conspiration nouée contre lui et contre ses ouvrages : des indices, soigneusement rapprochés, fortifiaient en lui cette conviction, qui empoisonna ses dernières années. Le ton de ses polémiques fut souvent empreint d'une aigreur chagrine, et cependant, il eut pu songer que la qualité de ses contradicteurs : Paul Viollet, Glasson, Julien Havet, d'Arbois de Jubainville, devait suffire à le convaincre qu'il n'était pas vrai qu'on dédaignât ses thèses, encore moins qu'on fît le silence autour d'elles. Tout à la fin de sa vie, il écrivait : « Mes livres ont été accueillis par trop de clameurs et de haines pour pouvoir produire quelque effet. » Clameurs, assurément ; haines, le mot n'est-il pas injuste et explicable par la maladie dont le progrès troublait de plus en plus l'équilibre physique d'un corps débile et déjà presque épuisé.
M. Fustel ne pouvait manquer de rencontrer en travers de son chemin un groupement qu'on désigne avec la clarté nécessaire sous le nom de « critique allemande » et il en parlait ainsi, dénonçant le chauvinisme des Allemands comme l'origine d'une infinité d'erreurs. « Je ne sais, disait-il, s'il y en a parmi eux qui soient capables de parler avec calme des batailles de Bouvines ou d'Iéna, d'Arminius ou de Conradin, des vertus des Germains de Tacite ou de l'essence germanique de certains radicaux.... Ils connaissent les textes, et analysent dans la perfection tous ceux qui n'ont aucun rapport avec l'histoire de leur patrie ; mais ici l'analyse prend un caractère particulier ; leur texte se prête à toutes les idées qu'ils ont d'avance dans l'esprit, à tous les sentiments qui bouillonnent dans leur cœur. Ils l'interprètent, ils le modifient, ils en font ce que leur sentiment veut qu'il soit, ils ont toujours, même en érudition, l'humeur guerroyante. Ils entrent dans un document comme dans un pays conquis, et bien vite ils en font une terre d'Empire ». La plupart des Allemands, écrit-il encore, assujettissent leur science à leur patriotisme ; ils ne voient guère dans le passé que ce qui est favorable à l'intérêt de leur pays ; leurs livres sont autant de panégyriques en l'honneur de leur race et autant de pamphlets contre les ennemis qu'elle a eu à combattre. Le culte de la patrie est la fin suprême de leurs travaux. Ce qu'ils condamnent chez les autres, ils l'admirent chez eux. Ils altèrent les faits de très bonne foi et presque à leur insu. Leur érudition « marche de concert avec les ambitions nationales et s'évertue à leur créer des titres ».
M. Fustel avait longtemps enfermé en lui un polémiste, qui, peut-être, s'ignorait, et qui n'attendait qu'une occasion pour éclater. Cette occasion s'offrit, lorsqu'assailli de tous côtés par la critique, il fut forcé de riposter et de passer à l'offensive. À vrai dire, quiconque avait lu de près la Cité antique pouvait soupçonner qu'il saurait, le cas échéant, montrer bec et ongles, aussi n'y eut-il pas lieu de s'étonner quand on le vit se hérisser au contact de l'ennemi et frapper hardiment à droite et à gauche. Ce ne furent pas des polémiques à fleur de peau, propres à amuser seulement la galerie. Sauf l'invective, la grossièreté et la mauvaise foi, M. Fustel se servit avec une égale supériorité de toutes les armes usitées en pareil cas, même de l'ironie. Son argumentation, souvent acerbe, toujours alerte, brève et incisive, pénétrait comme un trait acéré jusqu'au cœur et y faisait des blessures profondes. Ses jugements étaient durs, sévères, et, dans sa pensée du moins, irrévocables. À part quelques rares exceptions, la sentence tombait d'un poids très lourd sur la tête de l'inculpé et si ce dernier prétendait en appeler, son audace paraissait presque une impertinence. Aucun amour-propre n'était ménagé, ni aucune situation respectée. Quand M. Fustel protestait de ses sympathies pour l'homme avec qui il se trouvait en discussion, il était parfaitement sincère, il laissait les personnes en dehors du débat, et ne mettait en cause que les théories. Il n'avait souci, comme il le proclame lui-même, que de l'exactitude historique, et c'est justement pour ce motif qu'il montrait une âpreté si extraordinaire, la vérité étant une de ces choses qui ont droit à tous les dévouements et à tous les sacrifices.
VII. La fin. — Parmi les contradictions soulevées par la Cité antique, M. Fustel avait eu la surprise de recevoir les éloges des Pères jésuites et le blâme du païen Louis Menant qui écrivait : Le livre de M. Fustel est un plaidoyer contre l'antiquité en chrétienne. Il a de quoi satisfaire également les défenseurs du moyen âge et les partisans de la doctrine du progrès. M. Fustel répondit : si quelques défenseurs du moyen âge ont été satisfaits de mon livre, c'est de deux choses l'une, ou bien qu'ils l'ont mal lu, ou que l'expression m'a tellement trahi que j'ai eu le malheur de dire exactement le contraire de ce que je pensais... Veuillez vous rappeler ce que j'ai dit de la manière dont se forment les religions et de l'influence mauvaise qu'elles exercent, et dites-moi si j'ai fait l'éloge de n'importe quelle théocratie... Si je même fait l'éloge du christianisme... Dire que le christianisme, né du progrès de l'esprit humain, et continuant (je l'ai dit) la marche de la philosophie, a différé des vieilles religions antiques, il n'a pas eu l'État (des l'abord, bien entendu), ce n'est pas bien vivement le christianisme, je crois que vous admirez plus que moi l'antiquité, mais je n'admire pas plus païen que moi. Je ne suis pas plus chrétien que vous. Chrétien, il ne le redevint pas et il s'appliqua à omettre dans ses écrits et dans son enseignement jusqu'à une allusion à ces croyances surnaturelles qu'il repoussait. Quand sa santé compromise lui lit aux suprêmes adieux, il inséra dans son testament cette clause singulière : « Je désire un service conforme à mes sentiments, je suis, à la vérité, ni pratiquant, mais je dois me souvenir que je suis né dans la religion catholique, et que ceux qui m'ont précédé dans la vie étaient aussi catholiques. Le patriotisme exige que si l'on ne pense pas comme les ancêtres, on respecte moins ce qu'ils ont pensé ». M. Fustel vivait le 12 septembre à onze heures du matin.
Parmi les noms donnés à l'historien et géographe, M. Fustel de Coulanges, dans p. 157 sq., Fustel de Coulanges, l.n-12, C. Jullian, Fustel de Coulanges, dans Revue de Paris, 15 février 1916 ; (.. Monod. J./. Fustel de Coulanges, dans Revue historique, 1889, t. XLI, p. 177-225 ; F. Passy, Discours à l'occasion de la mort de M. Fustel de Coulanges, dans Compte rendu de l'Acad. morales, 1889, p. 869 ; J. Simon, Notice historique sur la vie et les travaux de M. Fustel de Coulanges, dans Mémoires de l'Acad. des sciences morales, 1891, t. VIII, p. 33 ; A. Sorel, Notice sur les travaux de M. Fustel de Coulanges, dans Compte rendu de l'Académie des sciences morales, 1891, p. 5 sq. ; A. Sorel, Notice sur M. Fustel de Coulanges, dans Mém. de l'Acad. des sciences morales, 1895, t. XVIII, p. 185 sq. ; O. Fagniez, Quelques réflexions sur Fustel de Coulanges dans La Réforme sociale. Bulletin de la Société d'économie sociale, 1905, t. XI, p. 869-886 ; P. Allant, Élu d'histoire et d'archéologie, in s. ». Paris, un rapprochement entre la néologie et celle de l'époque.
VIII, Bibliographie. Mémoire sur la vie de Chio, dans Archives des missives et lettres, 1856. Quid Vesla cullus in institutis veterum privatis publicis que valuerit, in-8« , Parisiis, 1858. Polybe ou la Grèce conquise par les Romains, in-8 », Paris, 1858. — Leçon d'ouverture du cours d'histoire de la Faculté des lettres de Strasbourg, 1860. - La Cité antique, in-12, Paris, 1864 ; la 7e édition (1879) a été revue et augmentée. — Compte rendu de l'Histoire des dieux romains, de Belot, dans Revue de l'Instruction publique, 1868-1869. Les débuts de l'Histoire, leçon professée aux Tuileries en 1870, dans Revue archéologique, 1908, p. 99-107. L'Amende honorable, in-8, Paris, 1870. Les institutions militaires de la République romaine et leurs rapports avec les institutions politiques, dans Revue des Deux Mondes, novembre 1870. La politique d'envahissement : Napoléon et M. de Bismarck, dans Revue des Deux Mondes, janvier 1871. — De la justice liée dans l'antiquité et les temps modernes, dans Revue des Deux Mondes, février, 15 mars, 1er août, 1er octobre, 1871. — Les libertés communales en Europe, dans Revue des Deux Mondes, 1er juillet, 1871. — La question germanique au XIXe, dans Revue des Deux Mondes, 15 mai, 1872. De la manière d'écrire l'histoire en France et en Allemagne, dans Revue des Deux Mondes, septembre 1872. Les origines du régime féodal. I. La propriété foncière à l'époque de l'Empire romain et dans la Société mérovingienne. II. Le patinage clérical, lité, dans Revue des Deux Mondes, 1er août 1873, 1er août 1874. Histoire des institutions politiques de l'ancienne France. Première partie : L'Empire romain et la royauté mérovingienne. In-8, Paris, 1874. Étude sur les origines du régime féodal, dans Compte rendu de l'Académie des sciences morales, 1874, t. I ; 1875, t. I. Rapport sur le concours relatif à la noblesse en France et en Angleterre, dans Compte rendu de l'Acad. des sciences mor., 1875. Les institutions politiques au temps de Charlemagne, dans Compte rendu de l'Acad. des sciences mor., 1876, t. I. De l'inégalité du wergeld dans les lois franques, Revue historique, 1876, t. II. Présentation à l'Académie des sciences de la Revue historique, dans Compte rendu, 1876, t. II. De la conférence au théâtre historique, dans Compte rendu, t. I. Rapport sur l'ouvrage de M. Luchaire, Alain le Grand, t. dans Compte rendu, 1877, t. CVII, p. 1-10. Les impôts au moyen âge, dans Compte rendu, t. ex. - Leçon d'ouverture du cours d'histoire du moyen âge à la Sorbonne, dans Revue politique et littéraire, 8 février 1879. — La question de droit entre César et le Sénat, dans Journal des Savants, juillet, 1879. — L'enseignement supérieur en Allemagne, dans Revue des Deux Mondes, 15 août 1879. — Recherches sur le tirage au sort appliqué à la nomination des archontes athéniens, dans Nouvelle revue historique du droit, 1879. — Comment le druidisme a disparu, dans Compte rendu, 1879, t. CXII. — Présentation de H. Vast, Le cardinal Bessarion, dans Compte rendu, 1879, t. CXI. — Présentation de Chéruel, Histoire de France pendant la minorité de Louis XIV, dans Compte rendu, 1879, t. CXI. — Présentation de Karéiew, Étude sur les paysans français au XVIIe, dans Compte rendu, 1879, t. CXIII. — Étude sur la propriété à Sparte, dans Compte rendu, 1880, t. CM, CIV. — Étude sur l'immunité mérovingienne, dans Revue historique, 1883, t. XXII, XXIII. — Présentation de Lagrèze, La Navarre française, dans Compte rendu, 1883, t. CXIX. — Présentation Chéruel, Histoire de France sous le ministère de Mazarin, dans Compte rendu, 1884, t. CXXI. — Présentation de Luchaire, Histoire des institutions monarchiques de la France sous les premiers Capétiens, dans Compte rendu, 1884, t. CXXI. — Recherches sur quelques problèmes d'histoire : Le colonat romain. Le régime des terres en Germanie. La marche germanique. L'organisation judiciaire dans le royaume des Francs, in-8, Paris, 1885. — Recherches sur cette question : Les Germains connaissaient-ils la propriété des terres ? dans Compte rendu, 1885, t. CXXIII, CXXIV. — Présentation de Beauchet, Histoire de l'organisation judiciaire en France, dans Compte rendu, 1886, t. CXXV. — Présentation de Bazin, La vie de Lycurgue et le traité de Xénophon sur la république des Lacédémoniens, (ibid). — Observations sur un ouvrage de M. de LaveH. Leclercq. tut ions franques, dans Revue des Questions historiques, 1890, l. XI, p. 183-204 ; Revue critique (sur la Gaule romaine), p. 482-493 : Revue historique, 1890, t. XLIV, p. 345-352 ; 1891, t. XLV, p. 320 ; 1892, t. XLIX, p. 343-347 ; Revue des questions historiques, t. XLV, p. 208-220, t. XLVI, p. 228.
Col. Encaustique, par H. Leclercq.
I. Étymologie. Définition. Lieu d'origine.
II. L'encens dans les religions non chrétiennes et dans le culte juif.
III. L'encens dans le culte chrétien primitif.
IV. L'encens dans les rites funéraires.
V. L'encens dans la liturgie en Orient.
VI. L'encens dans la liturgie en Occident.
VII. Emplois extraliturgiques de l'encens, par E. Feiirenbacii.
2 à Encensoir. —
I. Témoignage.
II. Monuments, par H. Leclercq.
à Enchantement, par H. Leclercq.
33 à Encre, encrier, par H. Leclercq.
39 à Endymion, par H. Leclercq.
1. Eucharistie, par H. Leclercq 681 à 686
2. Eucharistie. — I. Eucharistia dans les classiques et dans le Nouveau Testament. H. Eucharistia et Eucharistia. III. Eucharistia dans les Pères grecs. IV. Eucharistia dans les liturgies grecques. V. Eucharistia chez les latins (liturgies mozarabe, gallicane, ambrosienne, romaine). VI. La prière eucharistique, par F. Cabrol 686 à 692
Eudoxie, par H. Leclercq 692 à 694
Eugène de Laodicée, par H. Leclercq. 694 à 702
Eugyppius, par H. Leclercq 702 à 704
Eukhaïta, par H. Leclercq 704 à 705
Col. Eusèbe de Cèsarée. - i. Du rang d'Eusèbe. II. Sources sur sa vie. III. Jeunesse. IV. Persécution. v. Premiers travaux. VI. Épiscopat. VII. Le concile de Nicée. VIII. Le discours d'ouverture. IX. Le symbole de Nicée. X. La question pascale. XI. Discussion avec les philosophes. XII. Droits métropolitains. XIII. Concile d'Antioche. XIV. Conciles de Césarée, de Tyr et de Jérusalem. XV. Concile de Constantinople. XVI. Eusèbe et Constantin. XVII. Derniers travaux. XVIII. Le caractère. XIX. La postérité. XX. Les œuvres littéraires : 1° Vie de Pamphile ; 2° Sur les martyrs de Palestine ; 3° Collection des anciens martyrs ; 4° Chronique ; 5° Histoire ecclésiastique, par H. Leclercq 747 à 775
Évangéliaires. — I. Le mot. II. La représentation. III. L'emploi. IV. Le culte. V. Tradition artistique. VI. Essai de classement de quelques évangéliaires.
VII. Couvertures d'évangéliaires, par H. Leclercq 775 à 845
1. Évangélistes, par H. Leclercq 845 à 852
2. Évangélistes (Symboles des), par H. Leclercq 852 à 923
Évangiles. — I. Cérémonial. II. Les séries ou systèmes : 1° Espagne ; 2° France ; 3° Milan ; 4° Haute Italie ; 5° Naples ; 6° Rome : 1. type italien, 2. type anglo-saxon, 3. type franc. III. Remarques sur le système romain, par G. Godu 923 à 938
Eve. — I. Adam et Eve. II. Fresques. III. Sculpture. IV. Ivoires, V. Verres. VI. Gemmes, VII. Manuscrits. VIII. Métal. IX. Lampes. X. Haut-relief. XI. Peintures. XII. Terre cuite, par H. Leclercq 938 à 019
Éventail, voir Flabellum.
1625 à 1635
1. Flagellation. — I. Généralités. II. Personnes soumises aux châtiments corporels. III. Instruments et modes d'exécution de la peine. IV. Bibliographie, par L. Gougald
1635 à 1638
2. Flagellation (Supplice de la), par H. Leclercq
1638 à 1643
Flamines chrétiens, par H. Leclercq.
1643 à 1651
Flavien (Nicomaque), par H. Leclercq.
1651 à 1668
Flaviens-Auréliens. — I. La région. II. Les niveaux. III. Cubicules A, B. IV. Cubicules P, V. Cubicule C. VI. Cubicule R. VII. Cubicule L. VIII. Cubicule E, par H. Leclercq
1668 à 1689
Fléau de balance, par H. Leclercq
1689 à 1693
Fleurs. — I. Pour les défunts. II. Dans les églises et sur les autels, par H. Leclercq
1693 à 1699
Fleurs de lis, par H. Leclercq
1699 à 1708
Fleury-sur-Loire. — I. Fondation de Fleury. II. Situation du Mont-Cassin. III. Projet d'enlèvement des reliques. IV. Discussions sur la réalité de l'enlèvement. V. Le premier témoin de la translation. VI. Nouvelles discussions. VII. Vraisemblance du récit anonyme. VIII. Paul Diacre et la date de la translation. IX. Le témoignage de Paul Diacre. X. Adrevald et son récit. XI. La lettre du pape Zacharie. XII. Le témoignage de la chronique de Leno. XIII. Le témoignage d'Ame de Salerne. XIV. Les témoignages liturgiques les plus anciens : 1° Paris ; 2° Lyon ; 3° France ; 4° Belgique ; 5° Suisse ; 6° Bavière ; 7° Autriche ; 8° Pologne ; 9° Espagne ; 10° Italie ; 11° Angleterre ; 12° Écosse ; 13° Irlande. XV. Les témoignages historiques. XVI. Les dernières polémiques. XVII. Bibliothèque, par H. Leclercq
1709 à 1760
Col. Fonds de coupe. I. Chronologie. II. Destination. III. Sujets. IV. Essai de classement : 1 sujets bibliques ; 2° le Christ et les saints ; 3° sujets et devises variés ; 4° Inscriptions ; 5° divinités païennes ; 6° sujets de genre profane ; 7° portraits masculins ; 8 portraits féminins ; 9° portraits d'époux et de familles ; 10° animaux ; 11° judaïsme. V. La graphie, par H. Leclercq
1819 à 1859
Fontaine, par H. Leclercq
1859 à 1860
Fontenay-le-Comte. — I. Fontenay-le-Comte. II. Localité. III. La tombe de saint Méfiant, par H. Leclercq
2J35
2520 2556 2576 2576
257S
Frères, par H. Leclercq 257S à 25S5
Fréret (Nicolas), par M Leclercq 25S5 à 25SG
Col. Fresques. — I. Technique. II. Rôle du clergé romain. III. Fresques hors de Rome. IV. Rôle du clergé chrétien. V. Les artistes. VI. L'inintelligence et l'abandon. VII. Après la paix de l'Église. VIII. Essai de classement, par H. Leclercq.
2586 à 2640
Frioul, voir Cividalk.
Frodebert et Importunus, par H. Leclercq.
2640 à 2653
Fronde, par H. Leclercq
2654
Fronde (Ballets de), par H. Leclercq
2654
1. Frontail, par H. Leclercq 2654 à 2656
2. Frontal, voir Camelaucum, t. III, col. 1781.
Frontons, par H. Leclercq 2656 à 2658
Fruitière, par H. Leclercq 2658 à 2659
Fugitif, voir Droit d'Asile, t. IV, col. 1549.
Fumigatorium, voir Encensoir, t. V, col. 21.
Fuite de la persécution (La). — I. Enseignement du Christ. II. Fuite de saint Pierre. III. Fuite de l'Église de Jérusalem. IV. Sous Domitien. V. Sous Trajan. VI. Sous Antonin. VII. Sous Marc-Aurèle. VIII. Sous Septime-Sévère. IX. Le traité de Tertullien. X. De fuga in persecutione. XI. Sous Maximin. XII. Sous Decius. XIII. Sous Gallus. XIV. Sous Valérien. XV. Sous Dioclétien. XVI. Sous Galère. XVII. Après les persécutions. XVIII. Saint Athanase. XIX. Saint Augustin. XX. Sous les Vandales, par H. Leclercq
2660 à 2681
Fulda (Manuscrits liturgiques de), par H. Leclercq
2681 à 2692
Fulminata (Légion XII), par H. Leclercq.
2692 à 2703
Fundus, par H. Leclercq
2703 à 2705
Funérailles, par H. Leclercq
2705 à 2715
Funfkirchen, par H. Leclercq
2715 à 2716
Funis, voir Ceinture.
Fustel de Coulanges. — I. Début. II. Professorat. III. La Cité antique. IV. Enseignement. V. H